Politique américaine

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS


Présidentielles 2012

Barack Obama sera- t- il réélu ?

Is Obama doomed to be a one-term president?
L’ÉCONOMIE PEUT- ELLE COULER OBAMA ?

Press Works To Debunk Texas Miracle

RICK PERRY’S TEXAS ECONOMIC MIRACLE?
The Texas Unmiracle

All Hat, No Cattle

Krugman: I’m So Right About Rick Perry, Even Data Supporting Perry Prove It
Breaking down Rick Perry’s ‘Texas miracle’


Se pourrait-il donc qu'Obama puisse déjà être bel et bien considéré comme un grand président ?...
Un président plus fort

Voir aussi Obama et la santé

... ou s'il s'avérait qu'en bout de ligne, il aura plutôt déçu ?...
Obama est- il vraiment notre ami?
Les relations internationales des États-Unis sous Barack Obama - La continuité avant le changement
La lâcheté de Barack Obama- Victor-Lévy Beaulieu
Un « amateur » à la maison- Blanche
Barack, as- tu du coeur?
Barack Obama: a movable president
The pain of black America just got worse
It’s all breaking bad for Obama - MARGARET WENTE

Barack Obama, Prix Nobel de la Paix ?...
Barack Obama reçoit le traitement Bob Woodward

Un prix de la paix pour un président de guerre  -  Richard Hétu
Obama reçoit le Nobel avec humilité
UN PRIX POUR DE BONNES INTENTIONS  -  AGNÈS GRUDA
Une récompense à double tranchant  -  RICHARD HÉTU
Le Nobel de l’espoir  -  MARIO ROY

Voir aussi Obama, ou la "puissance douce" du monde...

Obamania
Joyeux anniversaire, Barack
No deal in sight on U.S. debt
Un politicien comme les autres?
Un président et sa cote de popularité
Un président plus fort
Primaires: les démocrates trouvent matière à se réjouir
Obama lit un conte de Noël à des enfants
Obama, l'homme le plus puissant du monde
Une présidence prometteuse  -  Robert Asselin
Obama : Roosevelt serait fier - John Parisella
OBAMA : ENCORE EN LUNE DE MIEL - NICOLAS BÉRUBÉ
Les premiers 100 jours d'Obama - UN RYTHME D’ENFER
Un ami qui vous veut du bien - ALEXANDRE SIROIS
L’ébauche d’une doctrine Obama -  RICHARD HÉTU
Le lutteur -  Nicolas Bérubé
Obama interviewé par un écolier de 11 ans


... ou plus tant que ça ?...
Upset win by Republicans in New York seen as Obama rebuke
Les bons coups ont coûté cher
Des élections de catégorie 4 ou 5 aux États-Unis
Le dilemme Obama
Un président et sa cote de popularité
Un vent de contestation souffle sur les primaires
Les primaires de la colère
Obama vole de nouveau au secours des démocrates en difficulté
Obama peut-il rebondir? - Richard Hétu
Rude semaine pour les démocrates américains

La raclée - Mario Roy
Le 41e sénateur - Lysiane Gagnon
Un républicain enlève le siège de Ted Kennedy
Obama risque l'humiliation
Obama et son «hiver d'épreuves»
Les Américains divisés sur Obama
Un élu démocrate passe dans le camp des Républicains
Obama: de moins en moins populaire
États-Unis: les élections de 2010 se préparent
Obama, un an après: un certain désenchantement
Triomphes républicains au New Jersey et en Virginie
Un référendum sur Obama?
Moins d'attentes envers Obama
LA COTE D’OBAMA TOMBE À 50%  -  Nicolas Bérubé

Le rêve est-il déjà terminé ?...
Obama has no solution to world's oil addiction
Presiding over disaster
How did Obama morph into Bush?
Santé, climat: Obama semble s'accommoder de demi-victoires
Rentrée périlleuse pour Obama  -  RICHARD HÉTU
Il ne marche pas sur l’eau  -  Lysianne Gagnon
Obama tente de regagner l’appui des gais


Le président Obama démontrerait-il donc un déficit de leadership ?
Barack Obama fails to fight for his values - Globe Editorial
The Republicans only look like they won – which may be all that matters

 
... et pourtant, mérite-il vraiment les critiques qui peuvent lui être adressées ?...
Chicago was Obama's kind of town. Maybe Washington isn't - Jeffrey Simpson

Le choc du présent - Mario Roy

... et au fait, jusqu'à quel point peut-on tout reprocher à celui qui détient le "job le plus difficle au monde" ?...
A messiah is not enough

Un sénateur démocrate se retire
Obama: le poids des responsabilités - Jocelyn Coulon
Le syndrome du messie -  Stéphane Laporte
La faute d'Obama? - Lysiane Gagnon

Un an après, Obama reconnaît éprouver doute et déception

Se pourrait-il donc que changer le monde s'avère un peu plus facile à dire qu'à faire, après tout ?...
Rahmadan
- Joe Klein
Attacks on 'Rahmbo' reveal White House in crisis
Le facteur noir
Un an après, la promesse Obama à l'épreuve des faits

Et quoi qu'on puisse penser d'Obama, serait-il même envisageable de nier que ce dernier fasse à peu près tout ce qui est en son possible en vue de pratiquer ce que l'on pourrait qualifier de "politique du compromis" ?...
Obama, ce « républicain modéré »

Et en fait, les difficultés d'Obama ne mettent-elles pas surtout en évidence la déliquescence du système politique américain ?...
Où est la grogne?
Can America be put back together?
The Civil War never ended – it just gave way to an uncivil one
Budget battle lays bare American culture war
Can Americans be saved from themselves? - Gerard Caplan
Ideological warfare leaves little room for deficit reduction
Just another vote for dysfunctional polarization
Et maintenant, la paralysie
Une Amérique déboussolée

Les élections du désarroi

L’heure du thé

Demi-victoire pour les républicains et le Tea Party

Et le candidat le plus insolite est…
America needs new politics
Une querelle dangereuse
LA REPRISE  EN OTAGE -  Pierre Fournier
La cause Alito contre Obama

Révolution dans la loi électorale américaine

... et ne démontrent-elles pas surtout à quel point la polarisation et l'entêtement idéologiques ont pu rendre le gouvernement américain pratiquement dysfonctionnel ?
Une guerre de perceptions

La limite


D'ailleurs, la crise de la dette aux États-Unis n'est-elle pas en train de prouver à quel point l'excès de partisannerie et d'entêtement idéologique, notamment dans ce pays, peut justement entraîner un pays dans ni plus ni moins que sa propre chute ?...
Even if it wanted to, U.S. can’t pull off Canadian-style ‘fiscal miracle’
Dette américaine - Irresponsable!
Dette: Obama appelle au compromis, les démocrates préparent un plan concurrent
Le plan Boehner adopté... puis rejeté

Le président qui pourrait perdre le « triple A »
Boehner pris au piège du Tea Party
U.S. Senate kills Boehner debt bill two hours after it passes in the House

House Republicans survive showdown, pass bill on U.S. debt ceiling
In U.S. debt deal, "compromise" is a dirty word
Un cocktail de facteurs a mené la superpuissance au bord du gouffre
Perspectives - La tyrannie du triple A
Relèvement du plafond de la dette américaine - Un désaccord fait craindre un«effet papillon» sur l'économie mondiale
Obama to stress 'incalculable' harm of debt failure
Hope fades for partisan bargain over U.S. debt crisis
Crise de la dette - Espoirs déçus à Washington
Le spectre de septembre 2008
Pre-election posturing and the U.S. debt crisis
No deal in sight on U.S. debt
Relèvement du plafond de la dette américaine - Le bras de fer se poursuit
Les États en défaut de paiement - Une cause de récession
Écoutez ce que vous disent les agences de notation
GOP freshmen turn Boehner’s dream job into a nightmare

Une « crisemajeure » en cas de défaut, avertit la Fed
Will Americans ‘do the right thing’ on debt? - Jeffrey Simpson
In debt talks, Republicans refuse to lead - Globe Editorial
Le compte à rebours est amorcé
Les yeux tournés sur le 2 août

Après la fête, la facture

Le douzième commandement

Obama fait monter les enchères
Tu ne hausseras point les impôts
États-Unis - L'impasse

Et jusqu'à quel point le dénouement de cette tragi-comédie est-il vraiment porteur d'espoirs ?...
Une entente coûteuse
États-Unis - La dette américaine bondit au-dessus du PIB
Relèvement du plafond de la dette américaine - Les É.-U. n'ont pas désamorcé «la bombe de leur dette», estime la Chine
Note de crédit - Regagner un AAA perdu est possible, mais très difficile
Fin du feuilleton de la dette
À la prochaine crise

Dette américaine - Le contresens
Réduction du déficit aux États-Unis - Le problème de la dette reste entier
États-Unis - Un abaissement de la cote pourrait être indolore
Le supplice de la dette
La Chambre adopte le compromis
Top Senate Democrat supports debt pact
U.S. lawmakers close to deal to avoid default

Dette des États-Unis - Faute de parvenir à une entente, le Congrès américain songe à un plan B
Relèvement du plafond de la dette américaine - Obama rencontre des chefs du Congrès
La « bande des six » à la rescousse


Et si, aux États-Unis, il y avait carrément quelque chose qui se trouvait à être viscéralement, sinon absolument opposé à toute forme de changement ?...
C’est le centre qu’on veut assassiner


Et de toute façon, pourrait-on vraiment penser qu'Obama puisse être du genre à baisser les bras ?...
Yes we try - Ariane Krol

Place à Obama 2.0

Le retour du «réformateur»
L'Amérique au travail
Objectif: reconquérir les Américains

Y a-t-il d'ailleurs quoi que ce soit à son épreuve ?...

Un président plus fort

La semaine des succès - Agnès Gruda
WASHINGTON  La folle semaine du président

Et s'il y avait toujours moyen d'espérer, après tout ?...

Fermeture de la prison de Guantanamo - Obama prêt à défier le Congrès
« Les républicains vont se planter »

Et si Obama amenait réellement le changement, après tout ?...

Les bons coups ont coûté cher
Les cadeaux de Noël d’Obama
Obama finding a way through the legislative ‘gridlock’
Journée faste en vue pour Obama

Obama crafts transformative presidency
Un président plus fort
Voir aussi Obama et la santé
Obama Seeking Tax on Biggest Banks
Vers la fin du tabou homosexuel dans l'armée américaine
Les lobbies américains sous pression
L’administration Obama rompt avec la « guerre contre la drogue »


Et qu'en est-il de la charmante Michelle ?...
Michelle Obama mobilise les chefs cuisiniers pour lutter contre l'obésité

Maman en chef, un an plus tard - Marie-Claude Lortie
L'an 1 de Michelle O - Nathalie Collard
LA NOUVELLE MICHELLE - Marie-Claude Lortie
Les 100 jours de Michelle Obama - Yoland Cohen
Inspirante Michelle -  NATHALIE COLLARD

...et de la petite famille présidentielle ?...
Sasha et Malia Obama aiment la Maison-Blanche

...et quoi de neuf pour Hillary ?...
LE RETOUR D’HILLARY CLINTON  -  Richard Hétu
Hillary Clinton en tournée africaine


... ou même pour Bill ?

UN CAUCHEMAR DE CINQ MOIS PREND FIN  -  Nicolas Bérubé

L’effet Bill Clinton  -  Richard Hétu
Voir aussi... La vie après la Maison-Blanche  -  Richard Hétu

... et que dire de Jimmy, pendant qu'on y est ?...
En bref - Jimmy Carter obtient la libération d'un compatriote
Carter en mission en Corée du Nord embarrasse Washington


Car après tout, la plus grande force ne reste-t-elle pas d'abord et avant tout de savoir bien s'entourer ?...
Une grand-mère puissante et infatigable



Obama vs l'économie...
« Tax me »

États-Unis - Le milliardaire Warren Buffett appelle à taxer plus lourdement les millionnaires
Crédit immobilier - Obama signe l'arrêt de mort de Freddie et Fannie
Selon le milliardaire Warren Buffett - Les riches Américains devraient payer plus d'impôts
Obama en campagne en Ohio - Les riches doivent payer leur juste part d'impôts
Wall Street sous la férule d'Obama
La réforme Ikéa

Obama promulgue la réforme de Wall Street
Le Congrès américain offre à Obama la réforme de Wall Street
U.S. Senate votes to reform Wall Street
Réforme financière - Wall Street a échoué, dit Obama
Les républicains lèvent leur blocage de la réforme de Wall Street
Réforme financière: les républicains bloquent encore le débat
La Fed principal régulateur des banques?
Where did the bank bailout money go?
L'aide alimentaire pour 39 millions d'Américains
Les grandes banques doivent être «cassées», selon la Fed
Obama obtient le soutien inédit de 13 républicains au Sénat
Exportations - Les États-Unis à l'assaut des pays émergents
For Obama, being a deficit hawk was not an option
Casse-tête budgétaire - Ariane Krol
Obama veut un gel partiel du budget pendant trois ans
Créer des emplois avant tout
Obama au chevet de la classe moyenne
Obama approuve une task force en charge du déficit
Le chantier inachevé de Barack Obama - Sophie Cousineau
Obama, «Robin des Bois», selon un ministre italien
Obama défend sa proposition de taxe sur les banques
Obama veut taxer 50 banques

Obama songe à taxer les banques sauvées par Washington

Les banques à politique salariale risquée dans la mire de Washington
L'anti-réforme de Wall Street
La Chambre américaine approuve la réforme de Wall Street
Obama limite les salaires des patrons d'entreprises renflouées

Obama mobilise les entrepreneurs pour relancer l'emploi
«Obamanomics»: un bilan mitigé
Obama annonce un forum sur l’emploi en décembre
É-U: le patronat critique le projet de réforme financière
Primes des banquiers : Les États-Unis passent à la vitesse supérieure
Obama exhorte les banques à prêter davantage aux PME
Contrôler les salaires des grandes banques américaines?

Wall Street peste contre Washington
WASHINGTON  Les primes restent sur la sellette
Geithner conseillé par des banquiers millionnaires
Spitzer dénonce le « jeu de chaises musicales » d’Obama 
Les 5 recommandations du shérif de Wall Street  -  Vincent Brousseau-Pouliot

Wall Street n’a pas retenu les leçons de la crise, juge le président Barack Obama
La « prime à la casse » a permis la vente de 700 000 automobiles
Déficit   Washington revoie les chiffres à la baisse
ÉTATS-UNIS   Les plus riches pourraient subir des hausses d’impôts
Barack Obama défend sa politique de relance
OBAMA ET LA CRISE  « Nous avons éteint l’incendie »
États-Unis : Un nouveau plan de relance serait nécessaire
OBAMA PROPOSE UNE RÉFORME HISTORIQUE  -  Steven Hurst
La Fed vous a à l’oeil - SOPHIE COUSINEAU

Il faudra un temps « considérable » pour sortir de la crise, dit Obama
Bras de fer entre Washington et Wall Street - RUDY LE COURS
Grands maux,  grands moyens - SOPHIE COUSINEAU
BUDGET AMÉRICAIN -  Obama s’attaque au gaspillage de fonds publics
Obama engage la lutte contre l’évasion fiscale et espère récupérer 210 milliards en 10 ans
Un pays à crédit -  NICOLAS BÉRUBÉ
Voir aussi Économie

Le Trésor américain veut « protéger les consommateurs »


...et par ailleurs, pourra-t-on jamais en venir à régler le problème de l'immobilier, si l'on souhaite que l'économie puisse avoir la moindre chance de vraiment redémarrer ?...
États-Unis - Il faut mettre de l'ordre dans l'immobilier


Obama et la santé
LE SALUT OU LA PERDITION D’OBAMA

David Frum fired after lamenting Republican failure on health care
Les marchés: la réforme santé d'Obama soigne... la consommation
De l'eau au moulin pour l'industrie de la santé

Un président plus fort
Obama met les républicains au défi de tuer sa réforme
États-Unis: le Sénat étudie le dernier volet de la réforme
Biden, euphorique: «Quelle putain d'histoire!»
Obama promulguera la réforme de la santé mardi
L'audace de persévérer - Richard Hétu

Réforme de la santé: victoire historique pour Obama

La victoire d'Obama - Ariane Krol

Building up from foundations - Globe editorial

Health insurance reform and the middle vote
‘The most powerful woman in American history’ eyes next mountains to climb
U.S. health-care bill: messy but historic
La réforme de la santé de Barack Obama est adoptée
Democrats pass historic bill, ending century-long fight for health care

Santé: Obama gagne la guerre

Obama pourrait réussir là où ses prédécesseurs ont échoué
Santé: la résurrection d'une réforme
Washington turns ugly on eve of historic health-care vote

Réforme de la santé: le suspense demeure entier
Congressman safeguards Obama’s presidency
Santé: Obama engrange des soutiens pour un vote ce week-end
Réforme de la santé: le dernier tour de piste de Barack Obama
Réforme de la santé: les voix manquent, selon un démocrate
Lettres - La santé des Québécois et celle des Américains
Santé: la majorité démocrate va se passer des républicains au Sénat
Obama tire à boulets rouges sur les assureurs
Obama tend la main aux républicains, mais reste ferme
Santé: Obama ira de l'avant, avec ou sans les républicains
Sommet sur la santé: les républicains flairent un piège
U.S. health summit: The world's a stage, the politicos merely players
Obama présente son propre plan de réforme de l'assurance maladie
Femme recherche homme doté d'une bonne assurance maladie!

The bully pulpit email
Obama n'abandonnera pas la réforme de la santé
Obama réduit ses ambitions
Un républicain enlève le siège de Ted Kennedy
Obama gagne un vote « historique »
La réforme reste « très solide », assure le conseiller d’Obama
Le Sénat adopte la réforme de la santé d'Obama
Le Sénat boucle la réforme de la santé

Santé: la réforme d'Obama prend forme
Une réforme de la santé moins ambitieuse que prévu
Réforme de la santé d'Obama: vote crucial au Sénat

Le cadeau de Noël d'Obama: la réforme de la santé?
Santé: pas de cadeau de Noël pour Obama
Santé: la guerre de tranchées commence au Sénat
RÉFORME DE LA SANTÉ  Le Sénat américain dit « oui » au débat
Réforme de la Santé : les sénateurs républicains prêts au combat
Obama remporte une bataille, pas la guerre  -  RICHARD HÉTU
Les démocrates ont leur grande gueule - Richard Hétu
Une première victoire à Obama et sa réforme santé
Réforme du système de santé: le Sénat, un obstacle
L’épicerie ou les médicaments ?  -  Isabelle Kretz
Une étape décisive est franchie au Sénat
Le cauchemar des Américains  -  RICHARD HÉTU
Comment les compagnies d’assurances mettent les États-Unis en danger 
Il faut sauver grand-maman  -  Mario Roy
Obama traité de menteur : des excuses  -  Judith LaChapelle
Obama : « Le temps des querelles est révolu »  -  RICHARD HÉTU
Ted Kennedy : La cause d’une vie  -  RICHARD HÉTU
Un Anglais charme la droite américaine  -  Mali Ilse Paquin

Santé : Méchant débat  -  MARIO ROY
Santé: Obama monte au créneau  -  Richard Hétu
Le web contre « les tactiques de la peur »
Grippe pro-Obama  -  Sylvio LeBlanc
Malgré les doutes et les critiques, le président garantit une réforme du système de santé cette année

La santé, Waterloo d’Obama?  -  Richard Hétu
RÉFORME DE LA SANTÉ  Obama en mode séduction

Obama s’attaque à l’hydre de la santé
Santé : Gare aux « horreurs » du système canadien ! -  RICHARD HÉTU

Assurance maladie aux États-Unis - La réforme de «Barack W. Bush»
The rancorous realities of Obamacare


Obama et l'éducation

Obama Promise: Focus on Getting Kids to College
Obama offers his vision for improving education

États-Unis: un nouveau plan d'éducation
 

Obama et l'environnement

Why no offshore drilling on the U.S. shelf?
Obama veut montrer patte verte
Les centrales solaires d'Obama dans la ligne de mire des écolos
Et voir surtout Les États-Unis seraient-ils donc de retour dans la partie ?...
ainsi que Ceci dit, n'y a-t-il pas encore loin de la coupe aux lèvres, en réalité ?...

... et encore un autre chantier, et donc peut-être un autre exploit à l'horizon ?...
Obama veut lancer la réforme de l'immigration cette année



Obama, ou la "puissance douce" du monde...
‘Change cannot be denied,’ Obama says in speech on the Middle East

Le plan Obama pour le monde arabe

Barack Obama prône un État palestinien basé sur les frontières de 1967
America’s Arab comeback
Afghanistan: la Russie dans le camp d'Obama
Obama mise sur la force tranquille
Réchauffement au sommet
Obama, vu par Medvedev
Obama may yet earn his Nobel
Le Canada retournera son uranium irradié aux États-Unis

Les États s'engagent à améliorer la sécurité en quatre ans
Nucléaire: l'Ukraine répond à l'appel d'Obama
Le nouveau traité START - Washington et Moscou signent
Traité nucléaire - Le petit pas

La dissuasion a meilleur goût, mais...
Obama va restreindre l'usage de l'arme nucléaire
In Easter address, Obama strikes ecumenical tone
Sarkozy et Obama s'affichent plus proches que jamais
Désarmement nucléaire: avantage Russie
Arsenaux nucléaires - Washington et Moscou s'entendent sur un nouveau traité START
Désarmement nucléaire: un nouveau START le 8 avril

Après la santé, le nucléaire?
SALT et START
Voir aussi Barack Obama, Prix Nobel de la Paix ?...
Obama et la bombe - Petit pas

Obama souhaite une «réduction spectaculaire» de l'arsenal nucléaire
Désarmement - Accord de principe entre Washington et Moscou
Hu Jintao et Obama plaident pour plus de coopération
USA : 680 MILLIARDS: BUDGET RÉDUIT POUR LA DÉFENSE
Les Américains demandent, les Russes écoutent  -  Judith LaChapelle
Le Canada et les États-Unis forment une « famille » 

Le ton change au 490, Sussex Drive  -  Alexandre Sirois
Dégel américano-russe  -  Jocelyn Coulon
Désarmement nucléaire : Sommet exceptionnel à l’ONU  -  AGNÈS GRUDA
Obama appelle à la coopération  -  Richard Hétu
Bouclier antimissile en Europe : L’approche Bush mise au rancart 
Beau, bon, pas cher  -  MARIO ROY

De Hollywood aux Champs-Élysées  -  Nicolas Bérubé
LE RETOUR D’HILLARY CLINTON  -  Richard Hétu
Moscou choisit la coopération  -  FRÉDÉRICK LAVOIE
POUR UNE RELATION  « PRODUCTIVE »  -  Richard Hétu

Entente conclue sur les arsenaux nucléaires  -  Richard Hétu
Poutine moins cordial que Medvedev  -  Frédérick Lavoie

SÉCURITÉ INTERNATIONALE  Obama en voie de changer la dynamique
La méthode Obama -  André Pratte
Débarquement de Normandie : Obama contre Bush

Obama fait la cour aux Latino-Américains
Un livre en tête des palmarès grâce à Chavez et Obama

Voir aussi

Avec Obama, la Maison Blanche se montrerait-elle enfin déterminée à ce qu'on puisse constater un certain avancement même dans le pire des dossiers, celui du conflit israélo-palestinien ?...


Et comment l'Amérique d'Obama est-elle perçue ailleurs dans le monde ?....
Obama boude- t- il l’Europe?

Obama courtise l'Asie
Sommet de l'APEC: les États-Unis déjà sous pression
Obama s'envole vers une nouvelle Asie - Richard Hétu

Et l'ouverture d'Obama l'empêche-t-elle pour autant de se tenir debout ?... Ou ne pourrait-on pas plutôt affirmer le contraire ?...
Dialogue sino-américain sur les «sujets embarrassants»

Obama exprime son soutien au dalaï-lama
Le dalaï-lama à la Maison-Blanche

Dalai Lama sparks standoff
Obama défie Pékin et accepte de rencontrer le dalaï lama
«Obama est en avance sur ses prédécesseurs» - Richard Hétu
Un discours d'Obama en Chine... censuré sur le Net chinois
Obama plaide pour la liberté d'expression en Chine
Barack Obama aborde les droits de l'homme avec le président chinois
Obama en Chine: Pékin prend l'avantage
Obama demande la libération d'Aung San Suu Kyi

... mais pourrait-il pourtant en faire plus ?...
Des parlementaires demandent à Obama d'aider un dissident chinois

Obama déçoit les dissidents chinois
Obama muet sur le Tibet

Cuba, ou l'art de dénoncer une politique tout en la maintenant
Cuba défie Washington de lever l'embargo

Obama au pouvoir, l’embargo demeure
Raul Castro : « J’ai été élu pour défendre le socialisme »
L’après-Castro commence
Obama reconnaît l’échec de la politique américaine envers La Havane tout en la maintenant...
Cuba: petite histoire de l’embargo - Claude Picher
En bonne forme, Fidel Castro célèbre ses 83 ans

Et par ailleurs, a-t-on réellement prouvé qu'on pouvait dépasser la logique de la Guerre Froide ?...

Pacte militaire controversé entre Washington et Bogota


Comment dénoncer la torture tout en l'excusant chez soi...
Donald Rumsfeld poursuivi pour « torture »

La torture a- t- elle mené à ben Laden?
Obama lève le gel de procès
Guantánamo - Barack Obama n'a toujours pas fermé le camp de détenus
Procès pour terrorisme : Washington essuie un revers
La simulation de noyade ? «Oh que oui», a ditBush
Au procès d'un ancien de Guantánamo
Obama stiffs Maher Arar
L'héritage de la torture
Pour journalistes avertis seulement
L'avocat d'Omar Khadr demande à la Cour suprême de mettre fin au procès
D'ex-détenus torturés pourront poursuivre Londres
Pentagon bars Canadian journalists from Guantanamo Bay
Omar Khadr’s defender sees ‘no way’ for fair trial
Blackwater veut se lancer dans la formation de la police afghane
Blackwater toujours actif
Guantanamo devant la Cour suprême
Guantanamo: le Sénat approuve la venue de détenus aux États-Unis
Pas besoin de devenir un monstre  -  PATRICK LAGACÉ
La CIA sous la loupe du ministère de la Justice  -  Mathieu Perrault
Un tournant pour la présidence de Barack Obama  -  AGNÈS GRUDA
Le recours à la torture orchestré de haut  -  AGNÈS GRUDA

La face obscure de Blackwater  -  Nicolas Bérubé
Pas de remords pour la soldate England  -  Laura-Julie Perrault
Poursuite pour torture
Le lourd héritage de la torture - RICHARD HÉTU
L’injustifiable - ANDRÉ PRATTE
Obama offre son « soutien total » au personnel de la CIA
Obama sous un feu croisé de critiques
Voir aussi  Pourquoi Harper tient-il tant à soutentir la torture ?...

Mais ceci dit, tuer les prisonniers vaut-il vraiment mieux que les torturer ?...

Un choix de l'administration Obama? - Tuer plutôt que capturer

Et si les États-Unis s'avéraient coupables de choses encore pires que la torture elle-même ?...

En bref - Plainte contre la CIA

Comment, de façon plus générale, accuser les autres tout en se montrant on ne peut plus indulgent envers soi-même...

L’élite hors la loi

Les États-Unis auraient-ils donc une petite tendance à se moquer des ressortissants étrangers tout comme des autres nations elles-mêmes, en fait ?...

Arar ne pourra poursuivre les autorités américaines, dit la Cour suprême des USA


Comment faire l'apologie des droits de l'homme tout en s'en moquant éperdumment chez soi...

WikiLeaks ouvre les portes de Guantánamo - Innocents incarcérés, suspects dangereux libérés
Droits de la personne - Les États-Unis sur la sellette à l'ONU
Le flou juridique perdure à Guantánamo

Les États-Unis ne respecteraient-ils donc les conventions internationales que lorsqu'ils le veulent bien ?...

Killing and lying as a patriotic duty Gerald Caplan

Dossier Ben Laden - De la torture
Une exécution injustifiable

Obama et le casse-tête de Guantanamo
Il y a neuf ans, Guantánamo
Guantánamo - Barack Obama n'a toujours pas fermé le camp de détenus
Guantánamo, huit ans plus tard
La fermeture de Guantanamo risque d'être ralentie
Obama n'arrive pas à fermer Guantánamo
Douze détenus de Guantanamo renvoyés
Guantánamo en Illinois
Des détenus de Guantanamo transférés dans l'Illinois
Les détenus du « Guantánamo afghan » ont maintenant des droits
La ville qui veut les détenus de Guantánamo  -  RICHARD HÉTU
« Ils ont adoré la prison »  -  RICHARD HÉTU
QUE FAIRE DE GUANTÁNAMO?
Les États-Unis réfléchissent à l’après-Guantánamo
ÉTATS-UNIS Des détenus de Guantánamo transférés ?

Le duel de Washington - RICHARD HÉTU
De l’argent pour la guerre, mais pas pour Guantánamo

GUANTÁNAMO  - Cheney critiqué dans son propre camp

GUANTÁNAMO - Le casse-tête d’Obama
PRISON DE GUANTÁNAMO  - Obama devra refaire ses devoirs - Richard Hétu

GUANTÁNAMO Un 2e détenu jugé aux États-Unis ?
L’AFGHANISTAN VEUT RAPATRIER UN AFGHAN TORTURÉ À GUANTANAMO
Obama cautionne le retour des tribunaux à la Guantánamo
Place à la « doctrine Bush-Obama » -  RICHARD HÉTU


Obama et l'Islam
L’ébauche d’une doctrine Obama -  RICHARD HÉTU
LE DISCOURS D’OBAMA EN NEUF THÈMES TRADUIT PAR LAURA- JULIE PERREAULT
APRÈS LES MOTS, LE MONDE ATTEND LES ACTIONS - Agnès Gruda
Second début -  Mario Roy

UN ORATEUR EN TERRAIN MINÉ -  RICHARD HÉTU
Un discours signé Ben Rhodes

Un réveil brutal pour Barack Obama

Peu d’espoir au Pakistan et auMoyen-Orient

Mais peut-on vraiment espérer un réel changement tant que les paroles ne donneront pas suite à des actions ?...

Huit mois après le discours d’Obama au Caire, l’espoir a fait place à la frustration

Les États-Unis n'éprouveraient-ils donc pas le moindre scrupule à soutenir les pires régimes de la planète ?...

Voter, qu'ossa donne?


Et si Obama devait tout simplement s'avérer incapable de livrer la marchandise, après tout ?...

L’ombre de Jimmy

Fronde démocrate à l’horizon ?
Will tax-cut compromise be Obama’s undoing?
Barack Obama semet à dos l’aile gauche démocrate

Et pendant ce temps, du côté des Républicains...
Le dilemme

Le parti de la haine
Une vraie manne pour les humoristes
Republicans want anyone but the pragmatist - JEFFREY SIMPSON
QUIZ: républicains et controverse 101
« Oups » : les 53 secondes qui pourraient couler Rick Perry
Présidentielle américaine - Le phénomène Herman Cain
Mitt Romney: Barack Obama’s match
Chris Christie le « sauveur » ?
Les malheurs de Perry
Échanges musclés entre Romney et Perry
Future shock: And the winner is … Barack Obama!
Rick Perry, clone de George W. Bush?
Les républicains en campagne - À droite, toute!
Bachmann et Perry, le duel des ultras
Un autre gouverneur texan à la Maison- Blanche?
A Reaganesque presidential hopeful
En attendant Palin, voici Bachmann

États-Unis - Entrée remarquée du Tea Party dans la course à la Maison-Blanche
Michele Bachmann’s flair, tea party clout could derail Romney’s GOP hopes
Republicans still yearning for white knight
Fou rire républicain
CELUI QUI FAIT RÊVER LES RÉPUBLICAINS
Those old Bush ideas haunt us still - Jeffrey Simpson
Les républicains craignent la montée de la droite ! - Le Tea Party rend service à Obama
Le Tea Party triomphe
Les républicains s'entredéchirent
Linda McMahon: de la lutte à la politique
GOP resurrects Bush for tax debate
Palin et ses «mamans grizzlis»
Le Parti républicain en guerre contre un de ses candidats
Chris Christie, gouverneur rock'n'roll
La Floride croit-elle encore en Crist?
Health insurance reform and the middle vote
Douze États veulent contester la réforme Obama

Place au «nouveau» Mitt Romney
L'avortement: un complot contre les Noirs?
Élection en Arizona: McCain a de la concurrence à droite
L'an 1 du mouvement Tea Party - Richard Hétu
«Rahmbo» perd des plumes
Brewing up a political storm
Marco Rubio, c'est leur «tasse de thé»
Dick Cheney en 2012: une candidature rêvée...
Le «Nobel en guerre» séduit même la droite
Le plan pour l'emploi des républicains
Sarah-manie, qu'on le veuille ou non - Marie-Claude Lortie
La rebelle - Jean-Pascal Beaupré
Ouragan Katrina: l'armée américaine accusée de négligence
Un phénomène appelé Sarah Palin - Richard Hétu
Triomphes républicains au New Jersey et en Virginie
Un référendum sur Obama?
«Nous voulons qu'Obama réussisse»
Un présentateur de Fox News s'excuse pour manque d'équilibre
Drôle de guerre: la Maison-Blanche contre Fox News  -  Richard Hétu
Fox News, pas une chaîne d'informations ?...
Comme Jesse James...   -  Richard Hétu
Tim Pawlenty déjà en piste pour 2012  -  Richard Hétu
Qui a peur de Glenn Beck ?  -  RICHARD HÉTU
Qu’est-ce qui fait courir Michael Bloomberg ? - RICHARD HÉTU
Carter dénonce le racisme de la droite  -  RICHARD HÉTU
Quand Bush dénigrait Palin, Obama et cie  -  Richard Hétu
La nature de la grogne anti-Obama  -  RICHARD HÉTU
Obama traité de menteur : des excuses  -  Judith LaChapelle
Rentrée périlleuse pour Obama  -  RICHARD HÉTU
Carburer à la haine de Ted Kennedy  -  RICHARD HÉTU

Rentrée controversée... ou à l'américaine, tout simplement !... 
La double vie de Sarah Palin ?  -  Alexandre Sirois
Avis de tempête pour les vacances d’Obama
Un Anglais charme la droite américaine  -  Mali Ilse Paquin
Après les « Truthers », les « Birthers »... MARIO ROY
Obama, Joker socialiste  -  Nicolas Bérubé
L’étrange obsession des birthers  -  Richard Hétu
Obama et les médias accusés de « partager le même lit »  -  Richard Hétu
Dick Cheney est accusé d’avoir caché un programme antiterroriste au Congrès

La démission de Sarah Palin suscite des interrogations

Sarah Palin démissionne
MINISTRE DE LA JUSTICE DÉCHU SOUS BUSH  Alberto Gonzales provoque la controverse dans une université du Texas

Intéressante critique des Républicains...
Un républicain passe aux démocrates - Richard Hétu
Le Parti républicain doit changer, estime Colin Powell

Ci-gît le parti des valeurs familiales  -  RICHARD HÉTU

Les républicains peuvent-ils rebondir ? - Nicolas Bérubé
La voix de la droite : « La réponse à la crise, c’est plus de liberté »...
Qu’est-ce qui fait courir Dick Cheney ? - RICHARD HÉTU
Rumsfeld évite de s’exprimer sur l’Irak -   Nicolas Bérubé
DIJONGATE :  La moutarde monte au nez des conservateurs - Richard Hétu
Palin irrite certains républicains -  Richard Hétu

Un élu républicain, introuvable pendant des jours... était avec son amante 


Quand la droite américaine s'emballe...

(Serait-il donc possible de trouver pire que les Républicains ?...)
Repères - Règlements de comptes à Washington
Le Tea Party - Le délire
Opinion: Back to a future that looks like the ’50s
La trilogie républicaine
Reactionaries are feminists, too
Le Devoir de philo - Ce que penseraient les pères fondateurs américains du mouvement Tea Party
Ron Paul stirs the pot for America’s annoyed

La controverse qui ne veut pas mourir
U.S. Tea Partiers run for cover
Dix questions sur le Tea Party
Obama face à la haine
Will that be one lump or two for American democracy?
Oklahoma City, 15 ans plus tard
Un Américain sur trois considère l'État fédéral comme une menace
Y a-t-il deux Amériques?
États-Unis: une droite radicale en pleine résurgence
«Un autre Oklahoma City est une possibilité très réelle»


Et qu'en est-il maintenant de ce cher vieux Bush ?...
Amnistie internationale demande au Canada d'arrêter George W. Bush
George W. Bush’s inner circle, 10 years after 9/11
Bush's legacy in 7 words: ‘Nobody was lying. We were all wrong’
GOP resurrects Bush for tax debate
Le lanceur de chaussures contre Bush attaqué par... une chaussure
Washington a laissé Ben Laden s'échapper en 2001
G. W. Bush séduit son public montréalais
Le monde selon W.  -  VINCENT MARISSAL
Des protestations éloquentes  -  Laura-Julie Perrault

Non, rien de rien…  -  Agnès Gruda

Un groupie d'Obama face à Bush
Bush critique son successeur


Et par ailleurs, le procès de Bush serait-il déjà commencé, sinon achevé ?...
«Les Irakiens ont l'impression d'être retournés à la case départ»

Le testament de la décennie - 1. Le chaos des années Bush

Les républicains seraient-ils donc carrément irresponsables ?
Dette américaine - La destruction

La fin de l’ère Schwarzenegger ?  -  NICOLAS BÉRUBÉ


Un Somalien comparaît pour piraterie à New York

Un mythe très ancré
Chasse virtuelle à l’immigrant

Ou cette fameuse  ne serait-elle pas plutôt en train de purement et simplement sombrer dans l'islamophobie ?...
When talk isn’t cheap

De la politisation du 11 septembre
Géopolitique du virtuel
Obama’s mosque missteps

Coming to terms with Islam in America
Le moustachu, les barbus et les médias

Les musulmans, ces mal-aimés


Mais est-ce pour autant l'idée du siècle que d'ériger une mosquée en plein sur le site des attentats du World Trade Center ?...
Les New-Yorkais d'accord pour la mosquée, mais ailleurs
The culture of offence
L'ultime victoire de ben Laden
La «mosquée de Ground Zero»: un enjeu électoral
Eaux troubles à New York
Le maire de New York milite pour la «mosquée de Ground Zero»

Obama nomme une femme juge à la Cour suprême
Les neuf juges de la Cour suprême américaine

Madame la juge  -  Nicolas Bérubé

Sotomayor survit à son interrogatoire  -  Richard Hétu

La candidate à la Cour suprême fait la leçon aux républicains

L’interrogatoire de Sonia Sotomayor  -  Richard Hétu

LOS ANGELES - Une première hispanophone à la Cour suprême- NICOLAS BÉRUBÉ
CINQ CHOSES À SAVOIR sur la Cour  suprême


Et comment protéger des citoyens américains dans un monde si violent ?...
L'Iran veut juger trois randonneurs américains

IRAN - Journaliste irano-américaine libérée
Journaliste américaine détenue en Iran : bien triste journée de la liberté de la presse

Le racisme serait-il encore profondément ancré en Amérique ?...
Un chauffeur de taxi new-yorkais agressé parce qu'il était musulman

Reconstruction à deux vitesses à La Nouvelle-Orléans - Des plaies ouvertes, cinq ans après Katrina
De «raciste» à victime
Un ado mexicain abattu par un garde-frontière américain
Les Américains tirent leur portrait racial
Racial change was slow in coming – until Nashville
Michelle Obama en guenon sur Google
Un juge de Louisiane refuse de célébrer un mariage mixte
UNE BIÈRE POUR L’AMÉRIQUE  -  Nicolas Bérubé
Le « sommet de la bière » vole la vedette  -  Nicolas Bérubé

L’illusion d’une Amérique « post-raciale »  -  Richard Hétu


Voir aussi Et si l'on parlait simplement de racisme ?...

Obama face à la haine

Un néonazi plaide coupable d'avoir voulu tuer Obama

Obama est-il en danger ?  -  Alexandre Sirois

La nature de la grogne anti-Obama  -  RICHARD HÉTU

Obama à Phoenix : Une douzaine de manifestants armés dans la foule

DE LA HAINE D’OBAMA À LAVIOLENCE PHYSIQUE - RICHARD HÉTU
Les exorcistes américains -  FRÉDÉRICK  GAGNON


Le New Jersey éclaboussé par un nouveau scandale  - Richard Hétu

Retour sur une campagne mémorable -  Richard Hétu


La vie après la Maison-Blanche  -  Richard Hétu

CES RETRAITÉS CÉLÈBRES  -  Tristan Péloquin


Et y aura-t-il un jour une place pour l'homosexualité en cette prétendue "Terre de Liberté" ?...

La « Défense du mariage » : une loi indéfendable ?
On gay rights, Obama dithering less
États-Unis - Obama juge la loi interdisant le mariage homosexuel anticonstitutionnelle»
MARIAGE GAI AUX ÉTATS-UNIS :  Le vent tourne - RICHARD HÉTU


A tribute to Ronald Reagan at 100 - Gerald Caplan
Nancy Reagan dit « parler à son mari » -  Nicolas Bérubé

LES CONFIDENCES INÉDITES DE JACQUELINE KENNEDY
Jacqueline Kennedy takes off elbow-length gloves and comes out swinging

R.I.P, Ted Kennedy !...
Resolute liberal, fruitful statesman - Globe editorial
Le dernier des Kennedy  -  MARIO ROY

LE LION DU SÉNAT REND L’ÂME  -  Mathieu Perrault

Ted Kennedy : La cause d’une vie  -  RICHARD HÉTU

Après l’assassinat de ses frères, il avait pensé quitter la politique  -  AGNÈS GRUDA

Chute et rédemption de Ted Kennedy  -  AGNÈS GRUDA

Boston remercie son bienfaiteur  -  RICHARD HÉTU

Ted Kennedy : Le Massachusetts pleure son sénateur
Obama-Kennedy, destins croisés  -  Vincent Marissal
Carburer à la haine de Ted Kennedy  -  RICHARD HÉTU


Et que dire de cette bonne vieille "guerre au terrorisme" ?...
Privatisation de l'espionnage - La dérive
Terrorisme: l'éducation d'Obama
Ce que les États-Unis savaient sur le complot d’Al-Qaeda
Obama: «Nous sommes en guerre»
Scanners et liste noire - Lysiane Gagnon
Les combattants d'Al-Qaeda: plus jeunes et plus violents
L'inefficacité du profilage - Rima Elkouri
Les profilages - Mario Roy
La terreur incompétente - Mario Roy
Attentat raté: Obama semonce les services de sécurité
DES COMPTES À RENDRE
Des Américains approuvent le renforcement des contrôles
Le renseignement américain sur le gril
Les É.-U. et le Yémen envisagent des frappes contre Al-Qaeda
Le «pants bomber» - Mario Roy
Toujours vulnérables - André Pratte
Attentat raté: Obama traquera les coupables
Washington a laissé Ben Laden s'échapper en 2001
Aucune information fiable sur Ben Laden depuis des années
Les accusés du 11 septembre de retour sur les lieux du crime
Un complot d’Al-Qaeda à New York ?  -  Richard Hétu
Petraeus affirme que la guerre contre le terrorisme est un succès

« Elvis », Al-Qaeda et Guantánamo  -  Judith LaChapelle

Voir aussi Guerre

Les États-Unis auraient-ils un réel problème avec tout ce qui se rapporte à la répartition de la richesse ?...
Le 911 à 300$ l'appel!


Y aurait-il quelque chose de pourri aux États-Unis d'Amérique ?...
De l’égoïsme collectif

Canada warned not to follow U.S. tough-on-crime ‘mistakes’
LES ARMES À FEU AVANT TOUT
Senate blocks move to lift ban on gays in US military
«Une journée interminable qui dure des années»
Barack Obama contre la Cour suprême
Immigration: l'Arizona sera-t-il boycotté ou copié?
Appel au boycottage de l'Arizona
Projet de loi sur l'immigration en Arizona: la guerre aux illégaux

Obama se moque de John McCain

En bref - Immigration: Obama critique l'Arizona
L'Arizona encourage le profilage racial
É.-U.: un condamné sera fusillé, une première depuis 1996
Peloton d'exécution ou injection?
La Virginie suscite la polémique en célébrant son passé sudiste
Celle qui n'en peut plus du puritanisme - Marie-Claude Lortie
La Maison Blanche annonce un décret sur l'avortement
Le Texas exécutera-t-il un innocent?
Près de 1% de la population des États-Unis est incarcérée
Moins de Roosevelt, plus de Reagan
Tous les États américains pourraient permettre le port d'arme
Californie: un groupe de citoyens veut interdire le divorce
Le condamné est-il un cobaye? - Richard Hétu
Hausse marquée de la vente d'armes aux États-Unis
Le gouverneur du Texas a-t-il fait exécuter un innocent?
Prisons californiennes : Surpopulation, émeutes et chaos  -  Nicolas Bérubé
Schwarzenegger contre les juges  -  Nicolas Bérubé
Ouragan Katrina: l'armée américaine accusée de négligence


La Californie serait moins solvable que le Kazakhstan
État d'urgence budgétaire en Californie

La Californie a besoin d'une réforme fiscale selon Schwarzenegger


Et se pourrait-il en fait que l'on soit carrément en train d'assiter carrément au "déclin de l'empire américain" ?...
America, the eagle with clipped talons - Jeffrey Simpson

Are America's Best Days Behind Us?
America as a trading partner, yes; economic model, no - Jeffrey Simpson
Poutine accuse les États-Unis de «parasiter» l'économie mondiale
What America needs is shock therapy - Jeffrey Simpson
Debt-ceiling chicken and the end of empire - Margaret Wente

LES BOBOS DE L’AMÉRIQUE
Le réservoir se vide
It’s evening in America - MARGARET WENTE
U.S. profligacy endangers Canada - Jeffrey Simpson
Le déni
Wake up, Americans. Your economic dream is a nightmare - Jeffrey Simpson
Those old Bush ideas haunt us still - Jeffrey Simpson
Alas, we’re stuck with the U.S. economy - Jeffrey Simpson
Des jours sombres pour les États-Unis d'Obama - Le déficit devrait atteindre 1342 milliards de dollars
Happy Fourth of July – America needs it - Jeffrey Simpson
A solitary lament for an America in decline - Jeffrey Simpson

À moins qu'un tel constat ne s'avère peut-être encore quelque peu prématuré ?
Reports of America’s death are greatly exaggerated - Doug Saunders

Se pourrait-il donc que les États-Unis s'avèrent tout simplement incapables de se relever de cette crise ?...
LA BELLE LANCÉE AMÉRICAINE ENTRAVÉE



États-Unis - Standard & Poor's décote des géants de la finance
Un électrochoc humiliant
LA DÉCOTE DES ÉTATS- UNIS DÉCORTIQUÉE

Le choc du lendemain

La Chine furieuse, le Canada confiant

Dette américaine - Décote historique pour Washington
Regagner le AAA: possible, mais très difficile
World’s leading economies hold urgent talks after U.S. credit downgrade

Budget: le poker d’Obama

Le monstre américain

OBAMA PROPOSE DE RÉDUIRE ( UN PEU) LES DÉPENSES
Le cul- de- sac américain

UN NOUVEAU PROJET DE TAXE BANCAIRE

President on the defensive on fixing fiscal mess



Le rêve américain s'apparenterait-il de plus en plus à un mirage pour les Américains eux-mêmes ?...
LES PERDANTS DE SINCITY
Agent immobilier à Las Vegas, un métier risqué

À deux doigts de la rue
Déprime américaine
L'immobilier au plus mal

Le petit programme d'Obama - Affligeant!
La reprise est inégale aux États-Unis
Inland Empire: le nouveau Detroit
ÉTATS-UNIS  De plus en plus d’enfants ne mangent pas à leur faim
SLAB CITY - La « dernière ville libre d’Amérique » -  Nicolas Bérubé
Épargner, l’affaire des riches  -  RICHARD DUPAUL
L'Américain nouveau: moins cigale, plus fourmi

Et par ailleurs, la puissance américaine aurait-elle donc perdu un peu, sinon beaucoup de son lustre ?...
Lettres - Le monde a changé oui, mais comment ?
La solitude des États-Unis -  François Brousseau
Au bord du suicide
L’empire blessé
Le déficit des comptes courants en hausse aux É.-U.
L'empire contrarié - Mario Roy
Le crépuscule américain - Mario Roy
Le testament de la décennie - 1. Le chaos des années Bush
«Yankee, Go Home!» - Mario Roy

Et tout cela n'a-t-il pourtant pas l'air d'empêcher les Américains de croire leur nation supérieure aux autres ?
The myths that bind Beijing and Washington

Barack Obama face à l'«exceptionnalisme américain»


Et malgré tout, ne peut-on pas dire qu'il y ait toujours de l'espoir ?...
Le printemps d’Al- Jazira

Oklahoma City: là où la crise a oublié de s'arrêter
Californie: l'interdiction du mariage gai jugée illégale
Arizona: un sursis pour les clandestins
Immigration illégale - Le duel contre l'Arizona, un pari risqué pour Obama
Immigration: Washington poursuit l'Arizona
La Cour suprême limite la prison à vie pour les mineurs américains
Les menaces de boycottage de l'Arizona se multiplient
Le combat d'un soldat gai contre le Pentagone
Mariage gay: procès décisif devant la justice californienne
Le vieillissement, la récession et l'effet Obama font baisser la criminalité
Houston «change le monde pour les gais»
Californie: le pot sur le point d'embraser les débats

Lorsque la Terre de Liberté se montre sous son meilleur jour...
Le gouverneur qui vit librement

Et ne parle-t-on pas surtout d'un pays de diversité avant toute chose, pour le pire mais aussi pour le meilleur ?...
Le Texas de la super avant-garde - Marie-Claude Lortie

Et que se passe-t-il par ailleurs, aux États-Unis d'Amérique ?...
Katrina: La Nouvelle-Orléans optimiste, mais fatiguée
Whitman à la conquête de la Californie
Primaires: l'ex-présidente d'eBay l'emporte en Californie




 


LE DEVOIR
THE GAZETTE
GLOBE AND MAIL

ARTICLES SUR LE WEB


World Trade Center controlled demolition conspiracy theories
'Pull It' Means 'Pull It Down'

7 World Trade Center

9/11 conspiracy theories

Sprinklers just the start in keeping buildings safe from fire

9/11 Truth: What Happened to Building 7
Building 7 Controlled Demolition

What About Building 7?

HOW DID WORLD TRADE CENTER 7 FALL?


Obama et le lobby juif
Obama's Irsael shuffle

Obama et le capitalisme
Can Obama save capitalism ?...
Obama will revive Carter’s taxes 

The Nobel Peace Prize 2002

  Le mythe de Reagan
The Reagan myth !...
Reagan vs Carter

Les Années Reagan
Did Reagan really end up the Cold War ? Or rather : HOW did he really do it ?...

Par ailleurs, voir aussi...
Que penser de Margarett Thatcher ?...


What's the origin of Uncle Sam?

Uncle Sam

What does Uncle Sam's name mean?

Lord Kitchener Wants You

 





Un prix de la paix pour un président de guerre  -  Richard Hétu
Le président Barack Obama a reçu hier le prix Nobel de la paix. Il a défendu l’engagement de son pays dans deux guerres en soulignant que l’usage de la force est parfois justifié pour rétablir l’ordre. De ce côté-ci de la frontière, les partis de l’opposi
« Le mouvement non violent n’aurait pas suffi à stopper les armées d’Hitler. Des négociations n’auraient pas suffi à convaincre les dirigeants d’Al-Qaeda à déposer les armes. »
NEW YORK — Se décrivant comme « le commandant en chef d’une nation engagée dans deux guerres », Barack Obama a défendu le recours à la force militaire dans certaines circonstances hier à Oslo à l’occasion de la remise de son prix Nobel de la paix.
Le discours du président américain, à la fois sobre et élevé, reflétait sa volonté d’aborder de front le paradoxe apparent que constitue l’attribution d’un tel honneur à un chef d’État qui vient tout juste d’annoncer l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires en Afghanistan.
« Je ne peux rester inactif face aux menaces qui pèsent sur le peuple américain. Car ne vous leurrez pas: le mal existe dans le monde », a déclaré le lauréat lors d’une cérémonie tenue à l’hôtel de ville d’Oslo, capitale de la Norvège.
« Le mouvement non violent n’aurait pas suffi à stopper les armées d’Hitler, a-t-il ajouté. Des négociations n’auraient pas suffi à convaincre les dirigeants d’Al-Qaeda à déposer les armes. Dire que la guerre est parfois nécessaire n’est pas un appel au cynisme, c’est la reconnaissance de l’histoire, des imperfections de l’homme et des limites de la raison. »
Accueilli par des trompettes à son arrivée dans une salle de cérémonie où l’attendaient 1000 personnes, dont le roi et la reine de Norvège, Barack Obama est également revenu sur la « controverse considérable » qui a suivi le choix du comité Nobel d’honorer un président n’ayant même pas achevé la première année de son mandat à la Maison-Blanche.
Humilité
Tout en acceptant son prix avec « une profonde gratitude et une grande humilité », il a reconnu que cet honneur pouvait sembler prématuré.
« Comparé à certains géants qui ont gagné ce prix – Schweitzer et King, Marshall et Mandela – ce que j’ai accompli est peu. Je suis au début, non à la fin, de mes efforts sur la scène mondiale », a-t-il déclaré, rangeant parmi ses priorités la consolidation de la paix et la sécurité dans le monde, la stabilisation de l’Afghanistan, la lutte contre le changement climatique et les efforts pour une planète sans armes nucléaires.
Martin Luther King est le seul lauréat américain du prix Nobel de la paix que Barack Obama a cité au cours de son discours de 36 minutes.
« Il y aura des moments où des pays, individuellement ou de concert, jugeront l’usage de la force non seulement nécessaire mais moralement justi fié, a-t-il dit . Je fais cette déclaration en n’oubliant pas ce que Martin Luther King, Jr. a dit lors de cette même cérémonie il y a plusieurs années : "La violence n’apporte jamais une paix durable. Elle ne résout aucun problème social : elle en crée simplement de nouveaux, qui sont plus complexes que ceux d’avant." »
Avant de remettre son prix à Barack Obama, le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, a également fait allusion à Martin Luther King, affirmant que le président américain était l’incarnation du « rêve » du pasteur noir. Il a également évoqué la controverse entourant le choix d’Obama en précisant que le Nobel de la paix était « un appel à l’action ».
« L’histoire est remplie d’occasions perdues. C’est maintenant, aujourd’hui, que nous avons l’occasion de soutenir les idées du président Obama », a-t-il dit.
Même si certaines parties de son discours auraient pu être prononcées par George W. Bush, Barack Obama a voulu se démarquer de son prédécesseur en se faisant non seulement l’apôtre du multilatéralisme mais également en se vantant d’avoir interdit le recours à la torture et d’avoir ordonné la fermeture de la prison de Guantánamo.

« Nous perdons notre âme lorsque nous transigeons avec les idéaux pour lesquels nous nous battons, a-t-il dit. Et nous faisons honneur à ces idéaux en les respectant non seulement lorsque c’est facile, mais également lorsque c’est difficile. »

EXTRAITS DU DISCOURS D’OBAMA
SURSAPLACEDANS L’HISTOIRE:

Comparé à certains géants de l’histoire qui ont reçu le prix... ce que j’ai accompli est peu.
SUR L’USAGEDE LA FORCE:
Il y aura des moments où des pays, individuellement ou de concert, jugeront l’usage de la force non seulement nécessaire mais moralement justifié.
SURLECOÛTDELAGUERRE:
Nous sommes en guerre, et je suis responsable du déploiement de milliers de jeunes Américains pour combattre dans une terre lointaine. Certains seront tués. Aussi je viens ici avec une conscience aiguë du coût du conflit armé.
SURLAMENACENUCLÉAIRE:
Il nous appartient à tous de souligner que des pays comme l’Iran et la Corée du Nord ne jouent pas le jeu ... Ceux qui recherchent la paix ne peuvent pas rester passifs lorsque des pays se dotent d’armes pour la guerre nucléaire.


CONTRE LE « PROTECTORAT PERMANENT»
Barack Obama a promis hier que l’Afghanistan ne deviendrait pas un « protectorat permanent » des États-Unis, en défendant sa décision d’entamer un retrait du pays à partir de juillet 2011, lors d’une interview sur la chaîne CBS. M. Obama a prévenu que sans échéancier, certains Afghans tiendraient la sécurité fournie par les États-Unis pour acquise. « Il y a je pense des gens en Afghanistan qui seraient parfaitement satisfaits de faire du pays un protectorat permanent des États-Unis, sans fardeau à porter, et pour lequel nous payons pour une armée qui garantit leur sécurité et leurs prérogatives », a-t-il dit.


UN PRIX POUR DE BONNES INTENTIONS  -  AGNÈS GRUDA
Barack Obama est le quatrième président américain à recevoir le prix Nobel de la paix. Une nomination qui a créé la surprise générale, surtout pour le lauréat, qui n’a pas encore bouclé la première année de son mandat. Cette reconnaissance internationale sera-t-elle un accélérateur de réformes ou un cadeau empoisonné ?
La surprise a été générale, et le principal intéressé a été le plus étonné de tous. Barack Obama a appris hier matin, au réveil, qu’il venait de recevoir le prix Nobel de la paix, neuf mois à peine après avoir accédé à la présidence des États-Unis.

Parmi les noms qui avaient circulé dans les jours précédant la remise de ce prix prestigieux, il y avait celui du dissident chinois Hu Jia, ou encore celui de l’ex-otage Ingrid Betancourt. Mais Barack Obama ne figurait sur aucune liste sérieuse de candidats potentiels.
La Maison-Blanche n’avait d’ailleurs pas prévu cette éventualité, et l’entourage présidentiel n’avait eu aucune discussion à ce sujet avant l’attribution du prix, a indiqué Rahm Emanuel, directeur du cabinet de Barack Obama, hier matin. Si vite, si tôt? C’est le genre de commentaires qui circulaient hier, dans les heures qui ont suivi cette annonce. Faisant écho aux réserves soulevées par sa nomination, le président Obama a accueilli son prix « avec humilité ». Il a souligné qu’il ne le voyait pas comme une « reconnaissance de [ses] réalisations », mais plutôt comme une « affirmation du leadership des États-Unis face aux aspirations de toutes les nations ».
« Pour être honnête, je n’ai pas l’impression que je mérite de me retrouver en compagnie de tant de personnalités qui ont transformé leur époque et qui ont été distinguées par ce prix », a-t-il dit avant d’énumérer les causes qui pourront mieux avancer, grâce à ce prix: désarmement nucléaire, lutte contre le réchauffement climatique, dialogue entre les peuples et les religions, sans oublier la paix au Proche-Orient.
En attribuant cette récompense à un président qui n’a encore réussi à mener à terme aucune de ses réformes, et dont le pays est empêtré dans deux guerres à l’issue pour le moins incertaine, le comité norvégien a soulevé une vague de scepticisme.
« Obama n’a aucune contribution jusqu’à maintenant. Il n’en est qu’au début. Il commence seulement à agir », s’est étonné l’ex-président polonais Lech Walesa, Prix Nobel de la paix, millésime 1993.
« Une chose est certaine : le président Obama ne recevra aucun prix de la part des Américains pour la création d’emplois », a ironisé Michael Steele, président du comité national du Parti républicain aux États-Unis.
D’autres, au contraire, se sont réjouis de cette nomination. Barack Obama a déjà « contribué à changer l’atmosphère dans le monde », a fait valoir l’ex-leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev.
Le comité du prix Nobel de la paix estime lui aussi que Barack Obama a déjà exercé une influence positive, avec ses mots et ses discours. « À titre de président, il a créé un nouveau climat dans les relations internationales », écrit-il dans son communiqué.
Celui-ci précise que c’est grâce à ses « efforts extraordinaires en faveur de la diplomatie internationale et pour la coopération entre les peuples », ainsi qu’à son engagement pour le désarmement nucléaire, que le président Obama a mérité cette distinction.
Le comité dit espérer que ce prix aidera Barack Obama à « lutter pour ses idéaux ».
Le prix de l’après-Bush
Le communiqué vante les vertus de Barack Obama, mais par endroits, implicitement, il écorche son prédécesseur
George W. Bush. « Grâce à l ’ i nitiative d’Obama, les États-Unis jouent maintenant un rôle plus positif face aux défis cli matiques auxquels le monde fait face », y lit-on par exemple.
« Ce pri x est cla i rement une réaction à Bush », croit l ’ historien Gil T r oy, s péc i a l i s t e d e s pr é s i d e n c e s américaines et professeur à l’ Université McGill.
Ce qui transpire de ce prix, c’est un grand soupir de soulagement, renchérit Graham Dodd, politicologue originaire des États-Unis qui enseigne à l’ Université Concordia.
« C’est comme si le monde d i s a i t : " Mon Dieu qu’on est content que Bush soit parti, c’est tellement mieux maintenant !" » r é s u me Graham Dodd.
Quand i l a entendu hier que le président Obama venait de recevoir le prix Nobel de la paix, ce dernier a cru à un poisson d’avril. Et maintenant, il craint que cette reconnaissance i nternationale ne revienne comme un boomerang contre son lauréat.
« Ce prix risque d’écorcher la légitimité d’Obama, ses adversaires politiques pourraient dire : " Regardez, il n’a rien fait pour mériter ça, c’est un politicien vaniteux, mais il ne réalise rien" », s’inquiète Graham Dodd.
Selon Gil T r oy, l e pri x Nobel e s t u n « i mmense cadeau » et un moment de « validation » i nternationale pour Obama. Il récompense sa « capacité à générer de l’espoir et à inspirer ».
Il appartient maintenant au président d’utiliser ce cadeau comme un levier pour faire avancer ses réformes. « S’il n’y parvient pas d’ici six mois, ce prix pourrait se retourner contre lui », croit-il.
Le comité norvégien a voulu récompenser le changement de ton, la rhétorique et les précédents créés par le premier Afro-Américain à accéder à la présidence des États-Unis. I l voulait donner un coup de pouce à un dirigeant qui espère résoudre les conflits par le dialogue, contrairement à son prédécesseur qui « tirait avant de parler », selon Graham Dodd.
C’est, en quelque sorte, u n pr i x pou r l e s bon nes intentions de Barack Obama. Mais l e présent pou r r a i t se t r a nsfor mer en c adeau empoisonné. Et la stratégie de Barack Obama doit encore porter ses fruits.


Une récompense à double tranchant  -  RICHARD HÉTU
NEW YORK — Une bonne réputation, ça n’a pas de prix, n’estce pas? Dans tous les pays, la réponse ne fait pas de doute, sauf peut-être aux États-Unis, où l’attribution du prix Nobel de la paix à un président peut exposer ce dernier à la critique ou au ridicule.
Le 22 septembre 2009, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou (à gauche) et le président palestinien Mahmoud Abbas (à droite) ont échangé une poignée de mains au cours d’un mini-sommet avec Barack Obama afin d’entreprendre des négociations sur le statut final entre Israéliens et Palestiniens.
« I l est dommage que le vedettariat du président ait éclipsé d’inlassables militants qui ont obtenu des résultats en matière de paix et de droits de l’homme », a déclaré le président du Parti républicain, Michael Steele, dans un communiqué.
« Une chose est certaine, a-til ajouté. Le président Obama ne recevra pas de récompense des Américains pour la création d’emplois, la responsabilité budgétaire, ou pour avoir lié ses paroles à des actes. »
L’animateur de radio conservateur Rush Limbaugh ne s’est pas gêné pour en remettre, affirmant que l’annonce venue d’Oslo « révèle complètement l ’ i l lusion qu’est Barack Obama ».
« Avec cette récompense, les élites mondiales encouragent Obama, l’homme de paix, à ne pas envoyer de soldats supplémentaires en Afghanistan, à ne pas agir contre l’Iran et son programme nucléaire et à persévérer dans ses intentions d’émasculer les États-Unis », at-il écrit dans un message publié sur le site du journal Politico.
Le prix Nobel de la paix 2009 peut-il se retourner contre Barack Obama aux ÉtatsUnis ? Certains de ses admirateurs semblent le croire ; ils ont conseillé au président de ne pas accepter cet honneur qu’ils j ugent « prématuré ». C’est nota mment le sentiment du journaliste et auteur George Packer.
« Le président devrait remercier le comité Nobel et lui demander de garder le prix pour quelques années encore », a écrit l’auteur de The Assassins’ Gates sur son blogue. « Il ne devrait pas contribuer à l’accusation injuste voulant qu’il ne soit qu’un beau parleur en acceptant cette récompense attribuée en bonne partie pour les discours qu’il a prononcés à Berlin, à Prague et au Caire. »
Barack Obama n’a évidemment pas écouté Packer et tous ceux qui partageaient cette opinion. Dans sa brève déclaration à la Maison-Blanche, il a accepté le prix Nobel « comme un appel à l’action, un appel lancé à tous les pays pour qu’ils se dressent face aux défis communs du XXIe siècle ».
I l aurait pu ajouter que sa récompense était aussi la concrétisation d’une de ses plus i mportantes promess es élec t ora l es : r ehausser l’image des États-Unis. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs estimé que le comité Nobel avait consacré « le retour de l’Amérique dans le coeur de tous les peuples du monde » en décernant son prix le plus prestigieux au président américain.
Le Nobel de Barack Obama n’est pas la seule illustration du regain de popularité des États-Unis dans le monde. Des sondages récents ont également permis de mesurer ce phénomène, qui n’est pas négligeable à une époque où les Américains l ivrent aux extrémistes une bataille pour les « coeurs et les esprits ».
Il reste à savoir si le président américain pourra donner raison au comité Nobel dans les nombreux dossiers épineux dont il a hérité. Il s’en trouvera sans doute plusieurs pour se demander comment un lauréat du prix Nobel de la paix peut continuer à faire la guerre en Afghanistan, pour ne nommer que ce conflit.
En attendant, le couronnement de Barack Obama, après moins d’un an à la MaisonBlanche, semble n’avoir eu pour effet que d’exacerber les divisions politiques aux ÉtatsUnis, comme le démontre la réaction du Parti démocrate aux critiques républicaines.
« Le Parti républicain s’est allié ce matin aux talibans et au Hamas dans leur empressement à critiquer le président », a déclaré un porte-parole du Parti démocrate.
I l faut dire que certains r é publ i c a i n s o nt fél ic ité le président Obama après l ’a nnonce d’Oslo, dont l e sénateur de l’Arizona, John McCain. Mais celui-ci s’est empressé d’ajouter que son ancien rival faisait désormais face à des attentes encore plus élevées qu’avant.

Le Nobel de l’espoir  -  MARIO ROY
Ce n’est pas la première fois que l’attribution d’un prix Nobel de la paix étonne. C’est une caractéristique qu’il partage souvent avec le prix Nobel de littérature et, parfois, d’économie. En ces domaines et contrairement aux prix de médecine, de physique ou de chimie, il existe peu de critères objectifs et rigoureux. De sorte que le comité Nobel se sent libre, chaque année, d’y aller un peu à la tête du client!
C’est ce qui s’est produit, hier, avec Barack Obama.
Mais, au moins, on demeure avec lui sur le terrain de la paix et non de quelque autre cause édifiante et consensuelle, certes, mais étrangère à la nature du prix. Souvenons-nous d’Al Gore en 2007: il s’agissait de donner un appui politique à la mouvance écologiste. Et, davantage soucieux en 2006 de lutte contre la pauvreté que de paix, le comité avait choisi Muhammad Yunus, dispensateur de micro-crédit au Bangladesh...
Barack Obama et la paix pour de vrai, donc, en 2009. Ou pour être précis: Obama et l’espoir de la paix.
Si on excepte une seule réaction vraiment négative (celle, ô surprise, des talibans...), les réserves avec lesquelles on a accueilli la nobelisation du locataire de la Maison-Blanche tiennent à une chose : son arrivée toute fraîche dans la communauté des chefs d’État et de la diplomatie internationale. Or, c’est précisément par « ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie » que le comité Nobel explique le choix de Barack Obama. Et il précise: le président « a instauré un nouveau climat dans la politique internationale ».
Ondiraqu’il s’agit d’unhommage auxmots et aux intentions puisque, en neuf mois, c’est tout ce que Barack Obama aura pu offrir au monde.
Mais il reste que les mots comptent. Et que, dans les meilleurs cas, les intentions sont suivies par des actes.
Par exemple, le discours d’Obama au Caire, en juin, a constitué un puissant désaveu de la doctrine du choc des civilisations, désaveu auquel il appartient dorénavant au monde arabo-musulman de souscrire à son tour. Et encore: l’intention exprimée par le leader américain d’ouvrir le dialogue avec l’Iran, ou Cuba, ou la Corée du Nord, a bel et bien changé, si peu que ce soit à ce stade, la dynamique des relations.
Reste à savoir si le prix Nobel de la paix sera une bénédiction ou un fardeau pour cet homme qui a reçu deux guerres en héritage. « Un combat sans merci », a commenté le commandant en chef des forces armées de son pays, hier, en acceptant le prix. « Et une autre où il faut combattre l’adversaire pour atteindre la paix. »
C’est le paradoxe auquel Barack Obama n’échappera pas.

Le Nobel du rêve  -  Lysianne Gagnon
Le prix Nobel de la paix à Obama? Mais pourquoi ? Parce qu’il a écrit de beaux discours? Parce qu’il est le premier Noir à accéder à la Maison-Blanche ?
Ce ne sont pas de bonnes raisons, à moins de triturer le sens des mots. Normalement, le prix Nobel de la paix est destiné à des gens dont l’action (non pas les discours d’intention) a favorisé l’avènement de la paix quelque part dans le monde. Comme, par exemple, Gorbatchev, Mandela, Sadate ou Hume et Trimble en Irlande du Nord.
Barack Obama n’est qu’au début de son premier mandat, et ce n’est pas le diminuer que de dire que ses appels conciliants à la bonne volonté n’ont pas encore porté leurs fruits. Les rêves de paix ne sont pas des réalisations.
Les contentieux avec l’Iran et la Corée du Nord ne sont aucunement réglés. Le conflit au Proche-Orient non plus, et s’il y a des progrès qui s’y annoncent confusément, ils sont dus, non pas au président américain, mais aux pressions internes des démocrates israéliens et à l’émergence, en Cisjordanie, d’une classe moyenne palestinienne qui enamarredu Hamas. Enfin, Obama entend quadrupler les forces militaires en Afghanistan et maintient toujours en Irak des troupes armées jusqu’aux dents… Cela ne constitue pas exactement des missions de paix!
Ce n’est pas le premier choix bizarre du jury du Nobel. En 2005, on a donné le prix à El Baradei, l’ex-directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique dont la complaisance envers l’Iran n’est plus à démontrer. En 2001, à l’expatron de l’ONUKofi Annan, qui a laissé faire les massacres au Rwanda. Ces dernières années, on a favorisé les militants environnementalistes, qui n’ont pourtant rien à voir avec la résolution de conflits (Al Gore, ou une experte en reforestation du Kenya). Comme si le concept de paix était un gigantesque fourre-tout pour diverses bonnes causes.
Les Nobel ont gardé leur pesant d’or dans les domaines où les réalisations sont facilement quantifiables, comme la médecine, la physique ou la chimie. Mais dans un domaine à haute teneur subjective comme la littérature, il y a longtemps que le prix Nobel a perdu son éclat. Le « politically correct » et les préjugés l’emportent trop souvent.
Cette année, comme en 2004, le prix littéraire va à un auteur marginal… qui a l’atout d’être une femme (Herta Muller, Elfriede Jelinek, vous connaissez?). Plusieurs ont vu dans le choix de Harold Pinter, en 2005, une récompense pour ses virulentes sorties anti-américaines contre la guerre en Irak, quoique son oeuvre eût mérité un prix.
Nombre de grands écrivains ont été honorés (Lessing, Pamuk, Le Clézio, Coetzee, Naipaul, Mahfouz, etc.), mais compte tenu de la richesse de la littérature américaine, il est anormal que les Américains aient été si peu présents dans le palmarès depuis Steinbeck, en 1962. Seules exceptions: Saul Bellow (1976), qui est né au Canada, Isaac Bashevi Singer (1978), qui écrivait en yiddish sur la vie dans la Pologne d’avant-guerre, Czeslaw Milosz (dont l’oeuvre se passe aussi en Pologne), et Toni Morrison (1993), qui avait le mérite d’être femme et noire. Où sont Philip Roth, John Updike, Joyce Carol Oates?
Mais comment s’en étonner, après la sortie de Horace Engdahl, qui présidait le jury littéraire jusqu’à cette année? « L’Europe, disait-il, reste le centre de la littérature mondiale. Les États-Unis sont trop isolés, trop insulaires, ils ne traduisent pas assez, ils ne participent pas assez au grand dialogue de la littérature… » Il est vrai que les Américains lisent peu de traductions. Mais cela n’excuse pas l’ignorante arrogance de M. Engdahl.








Une présidence prometteuse  -  Robert Asselin
En six mois, Barack Obama a réhabilité l’image des États-Unis
Le président a tellement investi dans la réforme de la santé que, s’il échoue, les Américains douteront de sa capacité à réaliser le changement qu’il a promis.
L’auteur est directeur associé de l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa. Six mois après l’inauguration du président Barack Obama, quel bilan doit-on faire de sa présidence? A-t-il réussi à jeter les premiers jalons du changement qu’il a promis?
Barack Obama et sa femme Michelle lors de la cérémonie d’investiture, le 20 janvier dernier.
Conscient de sa popularité et du capital politique dont il disposait pour mener à terme des réformes, le président Obama a entamé son mandat en menant quatre grands chantiers de front: l’économie, la santé, l’environnement et la politique étrangère. Mais il a dû composer avec les circonstances difficiles dont il a hérité et sur lesquelles il n’avait aucun pouvoir.
La pire crise économique depuis la Deuxième Guerre mondiale a complètement dominé l’agenda politique et a nécessité qu’il orchestre la plus grande intervention du gouvernement dans l’économie américaine depuis le New Deal de Roosevelt : dépenses gargantuesques pour stimuler l’économie, sauvetage des secteurs financier, bancaire et automobile, réglementation massive et soutien financier direct aux travailleurs licenciés. Était-ce démesuré? La vraie question est plutôt : avait-il le choix?
Sur la forme, l’approche d’ouverture et le style de leadership qui ont caractérisé les décisions et les actions du président Obama depuis six mois contrastent nettement avec celles de son prédécesseur. Son charisme est indéniable, sa personnalité plaît et le ton est conciliant. Malgré une baisse récente de sa popularité, le président bénéficie d’un taux d’approbation qui oscille entre 50% à 55%.
Sur le fond, personne ne peut nier qu’il a fait des avancées importantes sur le front de la lutte contre les changements climatiques, qu’il a déjà réorienté la politique étrangère des États-Unis et grandement réhabilité l’image de son pays dans le monde. Aux yeux de bien des nations, l’adversaire américain est redevenu le partenaire tant attendu.
Mais comment expliquer qu’un président populaire, élu avec un mandat clair et qui bénéficie par surcroît d’une majorité démocrate au Congrès, éprouve tant de difficulté à faire passer sa réforme de la santé, la pièce maîtresse de sa politique domestique?
Il y a deux obstacles qui empêchent pour le moment le président de mener sa réforme à terme: les Blue Dog Democrats, ces sénateurs et représentants de son parti qui trouvent la réforme trop coûteuse et trop « libérale » aux yeux des commettants plus conservateurs qu’ils représentent, et l’opposition de plus en plus manifeste à sa réforme dans l’opinion publique. Il ne faut pas sous-estimer les puissants lobbys qui représentent les intérêts privés opposés à la réforme.
À court et à moyen terme, le président a deux grands défis devant lui. Le premier, c’est qu’il a maintenant tellement investi de capital politique dans la réforme de la santé que, s’il échoue, les Américains douteront de sa capacité à réaliser le changement qu’il a promis. Le deuxième, c’est qu’il devra rapidement s’attaquer au redressement des finances publiques, sans quoi sa crédibilité et la viabilité de ses projets futurs en souffriront grandement.
La présidence d’Obamademeure fort prometteuse. Le changement qu’il a entamé est réel, mais, dans le système politique américain, le pouvoir n’est pas concentré uniquement dans ses mains. C’est largement sa capacité à établir des consensus qui déterminera son succès.



 
100e journée d’Obama à la présidence :  « Je suis fier, mais je ne suis pas satisfait » - Nicolas Bérubé
« La plupart des présidents font face à deux ou trois gros problèmes. Nous faisons face à sept ou huit problèmes. »
— Barack Obama s’est dit « fier, mais pas satisfait », hier, du travail accompli par son administration après 100 jours passés à la tête des ÉtatsUnis, au moment où « sept ou huit problèmes urgents » commandent toute son attention.
Barack Obama, au cours d’une conférence de presse marquant, hier, sa 100e journée à la présidence des États-Unis.
« Nous avons connu un bon départ. Mais ce n’est que le départ. Je suis fier de ce que nous avons accompli, mais je ne suis pas satisfait. Des millions d’Américains n’ont pas de travail et de maison. Le crédit n’est pas aussi efficace qu’il le devrait. Notre déficit à long terme est trop élevé. (...) »
Dans une conférence de presse diffusée hier soir sur les grands réseaux de télévision et sur l’internet, Barack Obama a répondu à plusieurs questions portant sur les grands enjeux du moment, mais aussi sur ses observations sur le rôle de président.
Par exemple, M. Obama s’est candidement dit surpris par le nombre de dossiers critiques qui arrivent simultanément sur le bureau du leader du pays le plus puissant du monde.
« Je n’avais pas prévu de faire face à la fois à la pire crise économique depuis la Grande Dépression, à l’épidémie de grippe, aux banques en difficulté.. . La plupart des présidents font face à deux ou trois cela n’a pas été le cas. »
M. Obama a aussi noté que son nouvel emploi lui donne beaucoup de pouvoirs, mais que les limitations sont importantes, et rarement mises en lumière.
« Je réalise que les pouvoirs du président ont des limites. Je ne peux pas appuyer sur un bouton et faire en sorte que les banquiers font tout ce que je veux. Ou tirer un levier et convaincre le Congrès d’appuyer mes décisions. » gros problèmes. Nous faisons face à sept ou huit problèmes. »
Le président s’est dit troublé par la culture de l’immobilisme qui a cours à Washington. « Le changement à Washington se produit lentement. Il y a beaucoup de prises de position partisanes et j’aurais aimé que cela soit laissé de côté, en ces périodes troublées. Malheureusement,
Nos valeurs profondes
Questionné sur les méthodes de torture autorisées par l’administration Bush, le président a réitéré son engagement envers les règles établies par la convention de Genève et a évoqué les décisions prises par Churchill pour appuyer sa réflexion.
« Durant la Seconde Guerre mondiale, alors que Londres était bombardé, l’armée britannique détenait 200 militaires allemands. Churchill aurait pu les torturer, mais il ne l’a pas fait, car il comprenait qu’à force de prendre des raccourcis, on corrompt nos valeurs les plus profondes. »
Inter rogé sur la nécessité de fermer la frontière avec le Mexique pour tenter d’endiguer la propagation du virus de la grippe porcine, comme cela a été suggéré par certains membres du Congrès, le président a rejeté cette éventualité.
« J’ai largement consulté nos experts en santé publique, quotidiennement et même parfois d’heure en heure, a-t-il indiqué. À ce stade, ils ne recommandent pas de fermer la frontière. D’après eux, ce serait comme fermer la porte de la grange après que les chevaux se sont échappés, parce que nous avons déjà des cas aux États-Unis ».
Sur la question du rôle du gouvernement dans la sauvegarde des constructeurs automobiles de Detroit, le président a rappelé que ce n’était pas de gaieté de coeur qu’il devait s’occuper du dossier.
« Les critiques disent: "Obama veut contrôler la construction d’automobiles aux États-Unis". J’aimerais rappeler que je ne prends pas plaisir à me mêler de cela. C’est la situation à laquelle je suis confrontée. Mon objectif est que le gouvernement puisse se désengager des constructeus automobiles le plus vite possible. »
Sur la route
Plus tôt en journée, le président Obama s’est rendu dans la petite ville d’Arnold, au Missouri, pour y tenir une assemblée publique. Il y a souligné les principales réalisations de son administration, et appelé les Américains à se serrer les coudes au cours des prochains mois.

« J’ai confiance en l’avenir, mais je ne suis pas content du présent. Pas quand des t ravai l leurs sont encore au chômage et des familles sont incapables de payer leurs factures. Cela prendra du temps et de l’effort. Nous allons reconstruire l’Amérique, et conserver notre rôle de phare dans le monde. »




Roosevelt serait fier - John Parisella
Barack Obama passe haut la main le test de ses 100 premiers jours à la présidence des États-Unis
En plus d’être le commandant en chef, M. Obama est le communicateur en chef et le pédagogue en chef. Il est en voie de redéfinir la présidence.
L’auteur est chercheur associé à l’Observatoire sur les ÉtatsUnis de la chaire Raoul-Dandurand, professeur associé à l’université Concordia et coauteur du livre « Élections: Made in USA Édition 2008 ».
Le concept des 100 premiers jours d’une nouvelle présidence a pris naissance avec l’arrivée au pouvoir de avec Franklin Delano Roosevelt. Au beau milieu de la grande crise économique, il a prêté serment comme président le 4 mars 1933. À cette époque, près du quart de la population américaine était en chômage, plusieurs banques frôlaient la faillite, des familles entières vivaient en sans-abri. Voilà l’Amérique dont FDR a hérité de son prédécesseur, Hebert Hoover.
En 100 jours, Roosevelt n’a pas réussi à renverser la vapeur, mais il a réussi à restaurer l’optimisme et a fait rejaillir l’espoir auprès des Américains. Depuis, tout nouveau président est sujet à l’évaluation des 100 premiers jours. En termes de réussite, FDR représente la norme. Et bien sûr, Barack Obama, comme tous ses prédécesseurs depuis, ne peut échapper à la comparaison.
Tout comme Roosevelt, Obama fait face à une sérieuse crise économique qui se conjugue avec un système financier en péril. De plus, les Américains sont impliqués dans deux guerres, en Irak et en Afghanistan. Après huit années d’administration Bush– Cheney, la crédibilité morale de l’Amérique sur le plan international est à son plus bas. Obama et son équipe ont vite réalisé dès leur victoire, le 4 novembre 2008, que la situation se détériorait et que son gouvernement devait prendre rapidement des mesures audacieuses et, parfois, controversées. Malgré les quelques ratés de certaines nominations, l’administration Obama a vite repris son aplomb et a mis en oeuvre un programme ambitieux sur les plans économique et financier. Des investissements massifs dans un vaste programme d’infrastructures ont été adoptés. Le budget le plus imposant de l’histoire américaine a été présenté, un programme de sauvetage pour aider les banques, le secteur financier et le secteur hypothécaire était incontournable et, finalement, une démarche pour restructurer l’industrie automobile américaine a été enclenchée.
Tout cela n’a pas empêché Obama d’aller de l’avant sur d’autres fronts tout aussi essentiels. Il s’est aussitôt attaqué aux dossiers de l’éducation, de l’environnement, de la recherche et de l’universalité des soins de santé.
Sur le plan de la politique étrangère et de la diplomatie, Obama s’est rapidement dissocié de l’approche Bush– Cheney. Dans un premier temps, il a annoncé la fermeture éventuelle de la prison à Guantánamo, et il a décrété l’interdiction de la torture. Ensuite, sa participation aux différents sommets internationaux (OTAN, G20, Sommet des Amériques) a présenté une image plus conciliante et plus portée vers le multilatéralisme.
Et pour ceux qui ont voulu tester sa volonté d’utiliser la force, on a fait la démonstration de sa détermination dans la libération du capitaine Phillips des mains des pirates somaliens. De plus, son approche envers le monde musulman le démarque de Bush– Cheney. Tout n’est pas parfait, mais le président a réussi à changer le ton, à modifier la dynamique. L’enthousiasme pour Obama se propage au-delà des frontières américaines.
En plus d’être le commandant en chef, il est aussi le communicateur en chef et, parfois, le pédagogue en chef. En jouant ces divers rôles, il est en voie de redéfinir la présidence. Il maîtrise de façon impeccable sa performance devant les médias, tant traditionnels que les nouveaux médias numériques, projetant l’image d’un leader à l’écoute.
Dans tout cela, Obama reste foncièrement l’homme de famille, authentique, ouvert au multiculturalisme, rassembleur, généreux et visionnaire. Ses adversaires républicains ne cessent d’affirmer qu’il a échoué le test des 100 premiers jours. Certains de ses supporteurs plus à gauche expriment certaines déceptions. Les derniers sondages sont pourtant des plus éloquents. L’approbation du travail d’Obama par la population américaine se situe audelà des 60%. Il passe le test haut la main. Roosevelt serait fier.



ENCORE EN LUNE DE MIEL - NICOLAS BÉRUBÉ
Trois mois après son arrivée au pouvoir, Barack Obama est énormément populaire auprès des Américains. À une époque où les gens font plus confiance au gouvernement qu’aux grandes entreprises, le président semble donner un nouveau souffle au pays, qui s’enf
LOS ANGELES — La liste des défauts d’Obama est longue, et Kevin Shear prend plaisir à la réciter, un peu comme un enfant prend plaisir à faire sortir l’air d’un ballon sur le point d’éclater.
Obama est trop timide. Il n’est pas assez fier de son pays. Il veut faire tripler le déficit national. Il s’est trop incliné lorsqu’il a rencontré le roi Abdallah d’Arabie Saoudite. Il a besoin d’un télésouffleur pour donner ses discours. Il est au pouvoir parce que la presse américaine est en admiration devant lui.
« Obama va en Europe et il s’excuse pratiquement d’être américain, ajoute M. Shear, qui travaille comme figurant sur les plateaux de tournage à Los Angeles. Il veut que le reste du monde nous aime. Personnellement, je ne m’intéresse pas à ce que le reste du monde pense de nous. Gouverner le pays le plus puissant du globe n’est pas un concours de popularité. »
Kevin Shear n’a pas voté pour Barack Obama. En fait, il n’a pas voté du tout. Malgré tout, il donne aujourd’hui son appui, timide, au nouveau président.
« Je ne l’aime pas, mais je trouve que les républicains sont encore pires, dit-il. Pour l’instant, j’endure. Je ne sais pas combien de temps cela va durer. »
L’opinion de M. Shear représente une réalité que bien peu de spécialistes et de politologues auraient pu prévoir, il y a à peine trois mois: Barack Obama est plus populaire aujourd’hui que le jour de son élection.
Après environ 100 jours au pouvoir, le président Obama a l’appui de 63% des Américains, soit la plus haute marque obtenue par un président pour cette période de son mandat depuis trois décennies. Le 4 novembre dernier, 52,9% des électeurs ont voté pour lui.
Sur la question de l’économie, cruciale cette année, 71% des Américains affirment avoir confiance dans les décisions économiques d’Obama. Le président reçoit l’appui de pratiquement tous les électeurs démocrates, des deux tiers des électeurs indépendants et du tiers des électeurs républicains, selon un sondage Gallup réalisé à la mi-avril.
Les analystes y voient la touche magique du président, qui a réussi à s’imposer sans avoir l’air de museler ses opposants. La cote de popularité d’Obama tranche avec celle des républicains au Congrès. Ils sont sous la barre des 30% pour ce qui est de la confiance du public.
« Pour être bien perçu actuellement par le public américain, vous devez faire la preuve que vous pouvez travailler avec vos adversaires », note Dick Keil, porte-parole de la firme Public Strategies Inc.
Selon lui, la coalition montée à Washington par Obama est toujours en place, au moment où il tente de combattre la crise économique et plusieurs autres problèmes de front.
« Le président est très populaire chez les démocrates et, plus important encore, chez les indépendants. Cela montre aussi que les gens sont à l’aise avec l’idée d’un gouvernement qui intervient pour régler les problèmes et trouver des solutions, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. »
Soigner sa gauche
Pendant que les Amér i c a i ns appuient massivement leur président, certaines personnes à gauche se demandent s’i l n’en fait pas trop pour trouver un terrain d’entente avec ses opposants. Obama a été élu haut la main l’automne dernier, rappellent-ils. Il a un mandat clair pour changer le visage des États-Unis.
« Je crois que le contraste avec Bush est si frappant que les gens sont encore sous le choc, explique Sarah Right, une étudiante qui habite Santa Monica. Personne chez les démocrates n’ose encore critiquer Obama parce que, globalement, il va dans la bonne direction. »
Selon elle, le support quasi unanime dont jouit le président chez les électeurs qui l’ont supporté va s’effriter plus tard durant son mandat.
« Obama est en faveur de l’utilisation du charbon pour produire de l’électricité, alors que la gauche est contre à 100%. À moins d’un changement de la part d’Obama, je peux concevoir le jour où les écologistes manifesteront devant la MaisonBlanche », dit-elle.
Christian Haskin, qui a fait du bénévolat pour la campagne de Barack Obama l’an dernier, estime que le président est « incroyablement efficace » et dit être fier de le voir représenter les États-Unis à l’étranger. Si une maison de sondage devait l’appeler, dit-il, il n’aurait que de bons mots à propos du président.
« Mais, au fond de moi, j’aimerais voir un changement plus radical à Washington, note-t-il. Je ne suis pas fan des conseillers économiques du président, qui sont tous issus de Goldman Sachs et des autres compagnies qui nous ont mis dans le pétrin. Je ne sais pas si nous apprenons de nos erreurs. J’espère que oui, mais je ne suis pas certain. »
Il aimerait aussi voir les médias américains faire un meilleur travail d’analyse. Les centaines de milliards de dollars en fonds publics investis dans les banques et les compagnies d’assurances ne font plus l’actualité. Où est passé l’argent ? Les contribuables seront-ils remboursés?
« Les médias de droite critiquent Obama sur tout, alors que ceux de gauche l’applaudissent, dit-il. C’est difficile d’avoir l’heure juste. Je trouve qu’Obama fait du bon travail, mais je voudrais mieux comprendre où l’on s’en va. »




Les premiers 100 jours d'Obama - UN RYTHME D’ENFER - Richard Hétu
OBAMADANS LES TRACES DE FRANKLIND. ROOSEVELT Le 29 avril, Barack Obama terminera ses 100 premiers jours à la Maison-Blanche, une étape hautement symbolique qui rappelle les débuts d’un des plus grands présidents américains, le démocrate Franklin D. Roosevelt
«Vous pouvez aimer ou ne pas aimer ce que Barack Obama a accompli, mais il a certainement fait beaucoup de choses.»
NEW YORK — Les États-Unis n’avaient jamais connu un début de présidence aussi mouvementé: entre le 3 mars 1933, date de la prestation de serment de Franklin D. Roosevelt, et la fin d’une session spéciale du Congrès, le 16 juin 1933, le père du New Deal transforma son pays en promulguant pas moins de 15 textes de loi majeurs et en redonnant confiance aux Américains ébranlés et appauvris par une grave crise économique. Le hasard voulut que cette période décisive durât un peu plus de 100 jours.
Depuis lors, le concept des « 100 premiers jours » s’est enraciné dans la vie politique des ÉtatsUnis, chaque président tentant de profiter de sa lune de miel avec le public et le Congrès pour mettre en chantier, le plus rapidement possible, ses principaux projets.
Conscient du poids et de la nature arbitraire de cet aspect de l’héritage de Roosevelt, John Kennedy avait tenu à avertir les Américains, lors de son discours d’investiture, que son ambitieux programme ne serait pas complété dans les 100 premiers jours de sa présidence. « Pas même dans les 1000 premiers jours ou pendant la durée de mon gouvernement ou durant l’existence de notre planète. »
Qu’à cela ne tienne: les médias américains, friands de chiffres ronds, ont déjà commencé à analyser les 100 premiers jours de Barack Obama à la MaisonBlanche, qui tomberont le 29 avril. Et, s’il faut se fier à Allan Lichtman, professeur d’histoire à l’American University de Washington, ils devront conclure qu’« aucun président américain depuis Roosevelt n’aura été plus actif » que le 44e au cours de cette période hautement symbolique.
« Vous pouvez aimer ou ne pas aimer ce que Barack Obama a accompli, mais il a certainement fait beaucoup de choses, dit l’historien. Il ne susciterait pas une réaction aussi passionnée chez les conservateurs s’il n’avait pas été aussi actif. »
Une bonne performance
De façon générale, historiens, politologues et commentateurs créditent Barack Obama d’une bonne, voire excellente performance durant ses 100 premiers jours à la présidence. Malgré quelques faux pas lors de la formation de son cabinet, le démocrate de 47 ans a démontré, à leurs yeux, une efficacité certaine dans la gestion de la MaisonBlanche, de son programme et de son image.
Cette semaine, David Broder, doyen des chroniqueurs politiques de Washington, a donné le ton à ses collègues avec ce verdict : « Plusieurs membres du cabinet en sont encore au stade de l’apprentissage, mais l’équipe de la Maison-Blanche a contribué à ce qui a été une performance brillante de la part d’Obama. Ce qui est frappant est la capacité de l’équipe d’évoluer à un rythme rapide afin d’attaquer les défis dont ils ont hérité et de lancer des efforts ambitieux sans créer une impression de confusion à propos des priorités du président. » aussi rapidement.
Il pourrait certes avoir à s’en repentir si son plan se solde par un échec, comme l’ont prédit les républicains, qui s’y sont massivement opposés.
« Le succès de sa présidence dépendra du rendement de l’économie dans six mois ou un an », dit John Burke, spécialiste de la présidence à l’Université du Vermont. « Pour le moment, le public comprend que l’économie ne s’améliorera pas dans un ou deux mois. »
La longue liste des lois, décrets et plans promulgués par Barack Obama durant ses 100 premiers jours s’étend à plusieurs domaines, de la finance à l’immobilier, en passant par l’avortement, l’automobile, la santé, l’environnement, l’Afghanistan et le traitement des suspects de terrorisme. Mais, de l’avis de la plupart des experts, aucune de ces mesures n’est plus importante que le plan de relance économique de 787 milliards de dollars adopté à la mi-février. Le nouveau chef de la Maison-Blanche peut se vanter d’être le seul président à avoir obtenu du Congrès autant d’argent
La peur des conservateurs
En fait, le succès éventuel de son programme économique pourrait aider Barack Obama à devenir une figure transformatrice à la Roosevelt, selon Allan Lichtman, l’historien.
« Nous sommes à la fin d’une ère conservatrice qui a commencé avec l’élection de Ronald Reagan en 1980 et le début d’une nouvelle ère dans l’histoire politique américaine. Ces tournants ont toujours produit des changements significatifs », dit-il.
Mais n’est pas FDR qui veut. Pour accomplir ses réformes prioritaires dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’énergie, Barack Obama aura besoin d’une poigne qu’il n’a pas démontrée durant ses 100 premiers jours, selon H.W. Brands, historien à l’Université du Texas et auteur de Traitor to His Class, une biographie de Roosevelt.
« Obama n’a pas encore prouvé qu’il pouvait inspirer la peur chez les démocrates et les républicains du Congrès, dit-il. C’est une chose qui le différencie de Roosevelt. Derrière son sourire permanent, Roosevelt dissimulait une dureté qui lui permettait d’isoler les républicains et les démocrates conservateurs. Nous n’avons pas encore vu cela chez Obama. »
Le nouveau président n’a peutêtre pas encore intimidé les républicains du Congrès, mais il fait certainement peur à plusieurs commentateurs conservateurs, dont David Frum, ex-rédacteur des discours de George W. Bush, qui voit un désastre financier se profiler à l’horizon en raison de ses politiques.
« Je ne le blâme pas d’emprunter pour sortir les États-Unis et les économies mondiales de leur marasme actuel, a-t-il écrit récemment. Je le blâme d’assortir ses emprunts à une longue liste d’interventions étatiques discréditées. Celles-ci vont lourdement hypothéquer l’avenir des Américains qui hériteront de sa dette. »

D’autres conservateurs plus hyperboliques n’hésitent pas à accuser Barack Obama de vouloir mener les États-Unis sur la voie du socialisme, du communisme, voire du fascisme. Le nouveau président peut sans doute se consoler en se disant que Franklin Roosevelt a fait face aux mêmes accusations en son temps.



Un ami qui vous veut du bien - ALEXANDRE SIROIS
Sur la scène internationale, Bush aimait être craint. Le nouveau président américain préfère être aimé.
Le monde entier a su à quoi s’en tenir au sujet de George W. Bush peu après le 11 septembre 2001. Il s’est mis à se comporter comme le fier-àbras qui distribue les coups dans la cour d’école dès que sonne l’heure de la récréation.
À voir comment Barack Obama se comporte sur la scène internationale depuis près de 100 jours, il est tentant de l’imaginer, plus jeune, dans la même cour d’école que son prédécesseur au style de cowboy texan.
Il aurait certes été l’anti-Bush. Le brillant élève prêt à aider les moins doués à faire leurs devoirs. À condition qu’ils acceptent, en échange, de bien se comporter.
Sur la scène internationale, Bush aimait être craint. Le nouveau président américain préfère être aimé.
Il se présente comme un ami qui vous veut du bien. Et les autres grands leaders du monde en redemandent.
Puissance douce
Prenez Hugo Chavez, président du Venezuela. Ces dernières années, il a qualifié les États-Unis de pays « terroriste » et comparé Bush au « diable ».
Devant Obama, au Sommet des Amériques la semaine dernière, le loup s’est soudainement transformé en agneau. « Je veux être ton ami », a dit Chavez au successeur de Bush, en lui serrant la main.
Et que dire de Dmitri Medvedev, fils spirituel de Vladimir Poutine et président d’une Russie qui a pris goût à narguer Washington et le reste de l’Occident. En marge du sommet du G20, il a précisé qu’Obama est son « nouveau camarade ».
Les universitaires ont un nom pour la méthode mise de l’avant par Obama en politique étrangère depuis son entrée à la MaisonBlanche. La puissance douce. C’est-à-dire chercher à convaincre plutôt qu’à contraindre. L’inverse de ce qu’on appelle la puissance dure, jadis privilégiée par Bush et ses faucons.
Pour l’influent quotidien américain Politico, la rupture, en matière de politique étrangère, est dramatique à Washington. Il s’agit carrément du « plus radical changement de cap philosophique » en 28 ans. Soit depuis que le républicain Ronald Reagan a succédé au démocrate Jimmy Carter.
Carter a été jugé faible et mou par les Américains. Tout particulièrement en raison de son impuissance à résoudre la crise des otages américains en Iran, détenus pendant 444 jours.
La diplomatie ne suffit pas
Lesrivauxrépublicainsd’Obama, désarçonnés par le fait que la lune de miel entre le président démocrate et les Américains semble s’éterniser, se sont justement mis à agiter le spectre de Carter. Étroitement surveillé, Obama aura fort à faire pour ne pas perdre la face dans plusieurs dossiers chauds sur la planète. À commencer par celui de l’Iran, qui a fait si mal paraître Carter, pays avec lequel le nouveau président cherche à dialoguer. Un pari risqué.
La Corée du Nord, le Pakistan et l’Afghanistan – des pays où l’héritage de Bush s’apparente à un gâchis – mettront aussi rudement à l’épreuve la méthode de ce Casanova de la politique étrangère.
Or, contrairement à Carter, Obama semble plus pragmatique qu’idéaliste. Il s’est déjà rendu compte que la diplomatie, parfois, ne suffit pas. Depuis son arrivée au pouvoir, par exemple, les attaques d’avions américains sans pilote dans les zones tribales pakistanaises se sont multipliées.
Il faut néanmoins souhaiter qu’il conserve son penchant pour la séduction en politique étrangère. Et que sa méthode ne provoque pas de dérapage incontrôlé. Si c’était le cas, les Américains seraient impitoyables. I ls exigeraient rapidement un retour à l’époque du fier-à-bras
(après tout, du moment que la méthode douce peut fonctionner, alors pourquoi s'en priver ?!...)NDE


Le lutteur -  Nicolas Bérubé
— La politique américaine ressemble souvent à un match de lutte professionnelle. Il y a des coups fourrés, du clinquant, des sauts du haut du troisième câble. Dans les deux cas, il y a beaucoup de bruit. Dans les deux cas, il y a souvent bien peu de substance.
La controverse entourant le discours de Barack Obama en Égypte, aujourd’hui, offre un exemple de cette veine de la politique américaine. Depuis des jours, les commentateurs conservateurs accusent le président de vouloir être aimé des ennemis de l’Amérique, de vouloir s’excuser au nom de l’Amérique, bref, d’avoir honte de son pays.
Mitt Romney, qui réchauffe ses moteurs pour la prochaine campagne de 2012, est sorti de son mutisme des derniers mois pour critiquer Obama cette semaine.
« C’est une bonne idée de tendre la main aux autres nations. Mais il est important de ne pas s’excuser. L’Amérique n’a jamais dit aux autres nations quoi faire. L’Amérique a sacrifié ses soldats pour aider les gens des autres pays à être libres. »
Le double langage ici est évident. En 2006, la secrétaire d’État de l’époque, Condoleezza Rice, avait fait les manchettes en Égypte, après avoir déclaré durant un passage dans ce pays : « Durant 60 ans, mon pays, les ÉtatsUnis, a cherché à favoriser la stabilité aux dépens de la démocratie au Moyen-Orient, et nous n’avons accompli aucun des deux. »
Dans les grandes règles non écrites de la politique et des médias américains, un républicain qui admet un tort est lucide et courageux, alors qu’un démocrate qui fait de même est faible et place son pays en danger.
Il m’arrive parfois d’imaginer ce que les conservateurs auraient dit si les guerres bâclées en Irak et en Afghanistan avaient été déclenchées par un président démocrate. Les conservateurs seraient furieux, hors d’eux. Ils frapperaient le plancher du ring à grands coups de poing et feraient crier la foule en grimpant dans les câbles.
Pendant ce temps, les guerriers discrédités continuent de dispenser leurs opinions. Le mois dernier, l’ex-vice-président Dick Cheney a prononcé un discours sur la torture le jour même d’une allocution d’Obama sur le sujet. Les médias ont présenté la chose comme un duel entre deux titans, un débat d’idées sain et excitant.
Seuls quelques journalistes se sont donné la peine d’examiner les faits. Ils ont trouvé le discours de Cheney truffé d’erreurs et de demi-vérités. Exactement comme la rhétorique simpliste qui a mené les États-Unis en guerre sous le règne de Bush.
Dans l’arène de la politique, les démocrates ont aussi leurs trucs. Barack Obama n’est pas lui-même étranger à l’usage de ces fauxfuyants. Mais ses méthodes sont plus subtiles.
Récemment, le président a admis trouver que Washington était plus difficile à changer qu’il ne le croyait, « comme un gros paquebot que l’on ne fait pas facilement changer de cap ».
Le président viendrait-il de remplacer son slogan « Changement » par « L’art du possible » ? Cela ne va-t-il pas à l’encontre de tout ce qu’il a promis à chaque jour de sa campagne présidentielle l’an dernier?
La question ne lui a pas encore été posée. La preuve qu’Obama sait faire un saut du troisième câble et atterrir sur la pointe des pieds.


Obama interviewé par un écolier de 11 ans
WASHINGTON — Un garçon de 11 ans a atteint une rapide renommée dans les médias américains hier en interviewant le président Barack Obama à la Maison-Blanche.
« Le président est une personne normale », a résumé l’écolier, Damon Weaver, à la sortie de son entretien exclusif avec le président, filmé pour la chaîne de l’école élémentaire Kathryn Cunningham, à Canal Point, en Floride.
Dans le cadre d’un projet scolaire, Damon Weaver avait sollicité cet entretien il y a huit mois, après avoir déjà interrogé le futur vice-président Joe Biden pendant la campagne.
« Tu as un beau costume, mon garçon », dit le président en guise d’introduction à l’apprenti journaliste, installé, cravaté et micro en main, dans les fauteuils d’un salon de la Maison-Blanche.
Interrogé sur les tâches de sa fonction de président, Barack Obama répond: « c’est très intéressant. C’est beaucoup de travail. Quelquefois on est éreinté, mais chaque jour on a la possibilité d’aider quelqu’un. »
Au cours de cet entretien long de 10 minutes, plusieurs questions ont touché l’éducation, la violence à l’école, les repas à la cantine et les devoirs. Parlant parfois comme à un journaliste professionnel, le président s’est laissé aller à évoquer « budgets scolaires » et « fonds fédéraux », assurant qu’il fera un « grand discours » sur l’école le 8 septembre.
« Il est très grand et gentil », a relevé l’apprenti journaliste qui, à la fin de son entretien, a fait sourire le président en lui demandant : « Maintenant que je vous ai interviewé, voulezvous être mon pote? »





LA COTE D’OBAMA TOMBE À 50%  -  Nicolas Bérubé
(7 juillet 2009) La cote de popularité du président Barack Obama est tombée à 50%, soit le taux le plus bas depuis son investiture, selon un sondage publié hier à la veille de son 200e jour à la présidence. La moitié des Américains approuvent l’action du président, contre 42% qui la désapprouvent, reflétant leur malaise croissant face à la manière dont son administration s’attaque à la crise économique et face à la réforme du système de santé, très disputée au Congrès, selon ce sondage Quinnipiac. Ces chiffres marquent une forte baisse par rapport au précédent sondage de l’institut Quinnipiac, qui donnait encore à M. Obama 57% d’opinions favorables contre 33% le 2 juillet dernier. –



LA REPRISE  EN OTAGE -  Pierre Fournier
Le président Obama menotté par un système politique dysfonctionnel à Washington
Pour ceux qui doutent encore que le système pol it ique américain soit devenu de plus en plus dysfonctionnel, la semaine dernière et toute la première année de la présidence Obama ont été dégrisantes.
On ne connaît pas d’autre démocratie avancée dont le chef d’État élu a autant de difficulté à réaliser son programme politique et économique, alors même qu’il jouit de fortes majorités au Sénat et à la Chambre des représentants. Quels que soient les mérites de la réforme du système de santé, de la législation sur le changement climatique et des mesures de relance pour promouvoir une croissance à long terme (par opposition aux projets d’infrastructures à court terme), la combinaison d’un système politique polarisé et d’intérêts particuliers perturbateurs a fait dérailler l’essentiel du programme du président.
Si le système des contrepoids a bien servi les libertés individuelles et l’entreprise privée aux XIXe et XXe siècles, il semble maintenant de plus en plus obsolète et incapable de générer ou de tolérer le leadership audacieux et éclairé nécessaire pour guider de manière cohérente une économie complexe dans un cadre international de plus en plus concurrentiel.
Gouverner dans l’intérêt national pendant une période de difficultés économiques est rarement facile, mais cela devient carrément impossible lorsqu’on est pris en otage par l’obstruction permanente (les « filibusters »), des cycles d’élections bisannuels, des groupes de pression puissants et une vague de populisme. I l n’est pas étonnant que l’impasse à Washington, le chômage élevé, la pauvreté et les saisies immobilières (malgré les renflouements et les programmes de stimulation massifs), et la perception d’un retour en force de Wall Street et de l’appât du gain dans la haute finance, aient nourri l’amertume et une colère généralisée.
Ébranlés par la défaite au Massachusetts et leur chute libre dans les sondages, le président Obama et les démocrates semblent maintenant déterminés à assurer leur survie politique en surfant sur le ressac populiste. Pour commencer, quelle meilleure cible que les grandes institutions financières? Certes, les prises de risque excessives des banques américaines sont généralement considérées comme les coupables, mais l’histoire démontrera que la cause sousjacente la plus importante de la crise économique est le déclin de la compétitivité américaine et d’autres économies développées.
Néanmoins, les sauvetages d’urgence des institutions et le retour rapide de primes généreuses pour les dirigeants alors que l’économie est encore en difficulté ont généré pour les banques américaines un scénario de cauchemar dont elles sont largement responsables.
Résultat, les grandes institutions financières américaines viennent de se voir imposer un impôt de 90 milliards de dollars pour leur responsabilité dans la crise financière au cours des 10 prochaines années. Ce n’est pas particulièrement significatif pour les bénéfices dans leur ensemble, mais c’est un mauvais présage pour l’avenir.
La récente décision de la Cour suprême de déplafonner les contributions politiques de groupes de pression organisés, ce que le président Obama appelle un « feu vert à une nouvelle vague d’ingérence de groupes d’intérêts particuliers dans la politique intérieure » ( New York Times, 20 janvier 2010), pourrait bien aider les banques à monter une contreoffensive, mais cette voie est semée d’embûches et exigera de la part des banquiers un sens politique plus fin que celui dont ils ont fait preuve récemment.
Le ressac populiste ne s’arrêtera pas là. Le président constatera qu’il est difficile, voire impossible, de résister aux forces protectionnistes du pays, jusqu’au sein de son propre parti. Il subira également des pressions pour prendre les républicains de vitesse sur la question de l’immigration, avec des conséquences négatives pour l’économie des ÉtatsUnis et du monde.
Si la majorité des économistes voient juste en prévoyant une croissance économique robuste et une reprise de la création d’emplois à court terme, bon nombre de failles structurelles du système politique feront simplement l’objet d’un replâtrage… qui tiendra un temps. Le jeu complexe entre les facteurs économiques et politiques ( dont beaucoup n’ont pas été évoqués ici) continuera cependant de miner la reprise économique.






LA NOUVELLE MICHELLE - Marie-Claude Lortie
De femme inquiétante à maman en chef, Michelle Obama s’est transformée du tout au tout.
Difficile de dire exactement quand Michelle Obama est devenue ce qu’on appelle en anglais « a household name ». Un nom et un visage connus dans toutes les chaumières.
Est-ce au printemps 2007, quand Maureen Dowd, la chroniqueuse du New York Times, a écrit qu’elle avait un effet « émasculant » sur son mari Barack, parce que, durant ses discours, elle osait déboulonner la nouvelle idole politique pour rappeler qu’il n’était pas capable de ramasser ses chaussettes et de faire son lit?
Est-ce quand les républicains ont essayé dedéclencher une controverse autour de son fameux « Pour la première fois de ma vie, je suis fière de mon pays » – car ils y voyaient un signe de patriotisme conditionnel?
Est-ce quand elle est arrivée à la convention démocrate, en août 2008, habillée d’une frappante tenue turquoise pour se présenter comme une mère, une fille, une soeur, une épouse, bref pour amorcer officiellement sa nouvelle vie de « la femme de », elle qui avait pourtant été, d’abord et avant tout, une avocate diplômée de Harvard et Princeton, brillante et indépendante?
Ou est-ce quand elle est allée à l’émission de Jay Leno, en octobre 2008, lancer un dernier appel en faveur de son mari, intervention qui arrivait juste après le scandale de la garde-robe à 150 000$ de Sarah Palin? Vous vous rappelez, elle en a profité pour dire qu’elle s’habillait chez J. Crew, marque de moyenne gamme typiquement américaine et qu’elle commandait sur l’internet. Les ventes du marchand de prêt-à-porter ont alors explosé.
et potager bio
En fait, ce qu’on retient surtout, en mettant bout à bout les moments-clés de son arrivée dans la sphère publique, des primaires à la présidentielle, en allant jusqu’à l’investiture et aujourd’hui, c’est que l’arrivée de Michelle Obama dans notre univers s’est faite par étapes. Et qu’à chacune de ces marches gravies une à une, elle s’est transformée sous nos yeux, pour devenir la maman en chef parfaite que l’on a vue à la Maison-Blanche depuis 100 jours.
D’abord, on l’a connue comme avocate, femme de carrière ambitieuse – elle a rencontré son mari dans un grand bureau de Chicago alors qu’elle était sa supérieure. Puis les médias ont commencé à en faire un personnage politique très attaché à son identité noire, en révélant notamment que sa thèse à Princeton portait sur le racisme.
Ajoutez à cela sa phrase jugée pas suffisamment patriotique et, évidemment, le fameux fist bump (poing à poing) vaguement rappeur avec son mari, et, tranquillement, Michelle la battante a commencé à être perçue avec scepticisme par la population. C’est là que le magazine New Yorker, en juillet 2008, a choisi de caricaturer cette perception d’une Michelle menaçante en la dessinant sous les traits d’une Angela Davis armée d’un AK-47.
Alors qu’on commençait à se demander si Michelle allait devenir un handicap pour Barack, la transformation a pris un autre tournant. C’est ainsi qu’elle est arrivée à la convention démocrate à la fin de l’été 2008 en se présentant comme une soeur, une fille, une épouse, une maman. Rassurante à souhait. Quelques semaines plus tard, elle a lancé la phrase « mom in chief ».
Ajoutez à cela de fort judicieux choix de garde-robe et des discours rassembleurs, une présence en retrait au moment de l’investiture et peu à peu, elle est devenue la super maman et icône de la mode de surcroît que l’on connaît aujourd’hui. Et c’est cette image qui a été consolidée par ses 100 premiers jours à la Maison-Blanche. Car, qu’a-t-elle fait durant ce temps?
Elle a installé sa famille – adopté un chien, installé des balançoires dans le jardin, lancé un potager, organisé une fête pour le Super Bowl.
Certes, elle a rendu visite à différentes écoles et est allée parler dans quelques ministères fédéraux. Mais a-t-elle dit quoi que ce soit de frappant? Ou n’est-ce pas plutôt le succès de ses changements de garde-robe en voyage au G20 en Europe qui ont fait la une?
La superstar
Quoi qu’il en soit, ce viragemaman a porté ses fruits. Non seulement Michelle Obama est-elle à Washington aux côtés de Barack dans une position d’influence incomparable, mais elle a maintenant plus d’appuis que jamais dans la population.
Selon un sondage Washington Post/ ABC News paru fin mars, sa popularité est à 76%, soit à 28 points du niveau de l’été dernier. Aussi, dit le sondage, la proportion de gens qui la voient négativement a fondu.
« En fait, la chose qui me frappe le plus c’est à quel point elle est devenuepopulaire, partout. Tout le monde l’adore », affirme Rebecca Traister, journaliste au magazine Salon.com qui se penche sur la place des femmes dans la société américaine.
« Sauf que, ajoute Mme Traister, ce qui est aussi frappant, c’est qu’elle est aimée et perçue de façons différentes selon les gens, qui voient en elle ce qu’ils veulent aimer. »
Certains aiment qu’elle soit belle et toujours parfaitement bien habillée; d’autres aiment son ouverture et sa modernité; d’autres apprécient sa façon très familiale de voir la vie, d’autres aiment qu’elle n’ait pas peur de montrer ses bras musclés; d’autres voient d’un bon oeil qu’une femme
brillante épaule son mari à la direction du pays...
« On peut trouver dommage qu’elle ait dû se transformer à ce point pour ne plus devenir menaçante, mais la réalité, c’est qu’elle a été brillante là aussi, dit Mme Traister. Elle est devenue un personnage qui plaît à tous, qui ne fait plus peur à personne. »
Mais tout cet enthousiasme, cet amour collectif pour Michelle, surtout aux ÉtatsUnis, ne cachent-ils pas aussi un peu de culpabilité, de racisme à l’envers?
Peut-être, admet la journaliste. Peut-être qu’on est en train de surjouer notre appréciation pour la Michelle carte de mode et maman en chef pour oublier nous-mêmes qu’on s’est jadis inquiétés de la force de son personnage d’avocate afro-américaine aux idées fortes.
Robes politiques ?
Veronica Arreola, directrice-adjointe du Center for Research on Women and Gender à l’Université de l’Illinois à Chicago, constate la même métamorphose de Michelle l’inquiétante à Michelle la maman parfaite.
« C’est quand même ironique que durant la campagne électorale, elle ait été décrite comme une femme noire fâchée, alors qu’aujourd’hui, tout le monde n’a de questions que sur sa garde-robe, dit-elle. Remarquez, le fait est qu’elle s’habille super bien et qu’elle est toujours magnifique, même avec un jean et un t-shirt. »
Et, continue Mme Arreola, cette question des vêtements – qui a quand même pris pas mal de place durant les 100 premiers jours – est difficile à cerner même pour les féministes qui l’observent.
« Une partie de toute cette attention donne l’impression qu’on est en 1962, de retour au temps de Camelot », constate Mme Traister en faisant référence à l’époque de John Fitzgerald Kennedy.
Mais en même temps, force est de constater que Mme réussit à se servir de ce dossier vêtements, autant qu’elle le peut, pour affirmer ses valeurs. C’est parfois en choisissant des tenues dessinées par des créateurs hors de l’establishment traditionnel – Isabel Toledo, d’origine cubaine, pour l’investiture, ou Jason Wu, d’origine taiwanaise, pour sa robe du bal inaugural.
C’est parfois en montrant ses bras musclés sur la photo officielle de la Maison-Blanche.
Sheila Gibbons, la rédactrice en chef de Media Report to Women, constate en outre que tout cela est fait dans le respect du décorum et que Mme Obama joue ce jeu fort respectueusement. « De toute façon, tout ce qu’une première dame fait différemment reçoit immédiatement beaucoup d’attention », note-t-elle.
Mme Gibbons croit cependant que le public est maintenant prêt à ce que Mme Obama passe à autre chose, à un niveau d’action plus concret.
Maintenant, dit-elle, les Américains ont hâte qu’elle choisisse clairement une cause – elle a déjà dit qu’elle voulait aider les familles des militaires et les mères qui travaillent. Le compte à rebours, croit Mme Gibbons, est lancé.

« Bientôt, selon moi, on va commencer à entendre, parfois avec justesse et parfois injustement, "où est Michelle, que faitelle? " »

L’ÈRE MICHELLE OBAMA
Michelle Obama a-t-elle déclenché une nouve l l e è r e dans le monde de la pub et des magazines ?
Grâce à elle, voit-on de plus en plus de femmes noires à la une des revues de mode? Ou est-ce une impression?
Aucune étude quantitative n’a encore été faite pour mesurer l’impact de Mme Obama sur la présence des femmes noires dans les médias, mais n’avez-vous pas l’impression que oui, elle a eu un impact? Prenez juste le magazine Vogue. En mars, Mme Obama était en page couverture. En avril, c’était Beyoncé. Et en mai, c’est un groupe de mannequins dont deux Noires, Liya Kebede et Jourdan Dunn.
« Il était temps! » lance Sheila Gibbons, rédactrice en chef de Media Report to Women. « Les femmes non caucasiennes ont traditionnellement rarement été mises en valeur sur les couvertures des magazines. Oui, je crois que Mme Obama va changer cela. »
Aucune autre femme noire américaine n’a jamais eu autant de place dans le regard des médias que Mme Obama, remarque Mme Gibbons. Il est normal que ça ne passe pas inaperçu.
« Deux femmes afro-américaines, de suite, à la une du Vogue, c’est effectivement quelque chose de très rare », commente Rebecca Traister, de Salon.com. « Et j’ai remarqué récemment que Beyoncé était partout pour la promotion de son nouveau film. Ça n’arrive pas souvent qu’une actrice noire, à part Halle Berry, ait autant de visibilité. »

LE FACTEUR MAMAN
En choisissant de jouer la carte maman à fond, Michelle Obama est-elle en train de symboliser un nouveau personnage de la Cité: la femme qui cherche à amener des changements politiques, mais utilise son personnage de mère pour rendre ses demandes plus acceptables ?
« Nous sommes très là-dedans, en ce moment, aux États-Unis », explique la journaliste Rebecca Traister.
« Les femmes peuvent choisir de demander toutes sortes de choses, mais si elles le font au nom de leurs enfants, cela met tout le monde plus à l’aise. »
Veronica Arreola, directriceadjointe du Center for Research on Women and Gender à l’Université de l’Illinois à Chicago, constate la même chose.
« Elles demandent ce qu’elles veulent, disons de meilleurs soins de santé, ou des congés de maladie payés, par exemple, mais au lieu de le demander comme femmes uniquement, elles le demandent comme mères, au nom de leurs enfants », explique-t-elle. « Le discours est alors beaucoup plus efficace quand il est présenté ainsi. » Mieux accepté.
Michelle serait-elle en train de se repositionner pour mieux relancer son activité sociale, en brandissant la caution maternelle?
Les premières dames ont pratiquement toujours épousé des causes qui les concernaient comme mères, que ce soit la couverture universelle des soins de santé pour Hillary Clinton, la lutte contre la drogue chez les jeunes pour Nancy Reagan, l’alphabétisation pour Laura Bush.
Mme Obama, elle, a parlé d’aider les familles de militaires, d’oeuvrer pour une meilleure conciliation travail-famille.
Mais Mme Traister et Mme Arreola insistent: elles ne reprochent pas à Mme Obama son positionnement. En fait, elles constatent plutôt son habileté politique.
« Et puis je ne suis pas contre le fait qu’elle se proclame mom in chief, dit Mme Arreola. C’est tout un travail d’être une mère. Et elle fait un boulot fantastique à cet égard. »
Toutefois sommes-nous certains que Mme Obama, elle, est totalement satisfaite de son tournant maman à 100%? De ce nouveau personnage d’épouse idéale ? Elle qui avait une brillante carrière et gagnait même plus d’argent, jadis, que son mari.
« Rappelez-vous, indique Mme Traister, comment elle a réagi quand une jeune écolière, répondant à une question sur ce qu’elle voulait faire plus tard, lui a dit qu’elle voulait devenir première dame, comme elle. Mme Obama lui a répondu du tac au tac: "Tu sais, ça ne paie pas beaucoup." »



Les 100 jours de Michelle Obama - Yoland Cohen
La première dame des États-Unis incarne le féminisme de la compassion: une éthique du soin des autres
La compassion est entrevue comme une éthique du care, de la reconnaissance de leurs besoins et du partage du pouvoir avec les autres, plutôt que sur eux ou contre eux.
L’auteure est historienne à l’UQAM.
Si l’on en croit les journalistes et les faiseurs d’image, Michelle Obama aurait subi une transformation radicale pour se faire aimer par le public américain et devenir la star internationale acclamée partout dans le monde.
Elle aurait troqué ses habits de black angry woman qu’elle aurait été à Chicago contre ceux plus soft (et pastels), de la maman aimante et généreuse qui soutient son mari dans les moments difficiles, qui s’occupe de ses filles et de son potager (bio), en plus de défendre une cause humanitaire (à définir) pour marquer son passage à la Maison-Blanche. Sans compter qu’elle a dûabandonner son poste de vice-présidente aux affaires de l’Université de Chicago pour suivre son mari à Washington!
Et les j ournalistes de se demander ce qu’est le féminisme devenu, et si la conquête du pouvoir politique n’oblige pas des femmes, émancipées et sûres d’elles comme Michelle Obama, de transiger avec leurs principes égalitaires pour y accéder.
Certes, le rôle de la première dame implique la plupart du temps de mettre en oeuvre ces qualités féminines et maternelles qu’en d’autres lieux Michelle Obama aurait reléguées au vestiaire. Mais il n’est pas indifférent qu’elle se pare de ces habits-là. Car elle s’inscrit dans une tendance lourde qui, ces dernières années, témoigne de la résurgence de ces qualités maternelles comme un des éléments de la politique pratiquée par des femmes.
Avant elle, Ségolène Royal a dû essuyer les critiques virulentes de certaines féministes françaises pour s’être commise en affichant publiquement son attachement à son rôle de mère, et sur le fait qu’elle en faisait la référence fondamentale de son expérience dans la vie pour briguer les suffrages populaires.
C’est aussi la référence à la fameuse sacoche de Monique Jérôme-Forget: la métaphore de l’ex-ministre des Finances renvoyait au caractère rassurant de la mère de famille qui tient les cordons de la bourse et ne dépense rien qui ne soit indispensable à son bien-être.
Le rôle public des femmes et leur émancipation se sont construits comme une extension de leurs fonctions maternelles tout au long du XXe siècle. Dans la plupart des grands pays occidentaux, et de façon presque simultanée au tournant du siècle dernier, les pionnières de la première vague de revendications féministes étaient des moralistes (militantes pour l’abolition de la prostitution, pour la tempérance et l’hygiénisme) en même temps et pour les mêmes raisons qu’elles étaient des suffragistes (en participant au vote, elles contribueraient à assainir la scène publique, dépravée). Leur rôle de mère était le fondement à partir duquel étaient revendiqués, et souvent obtenus, leurs nouveaux droits.
L’assignation des femmes à la famille et à la procréation, bien que largement remise en cause par la découverte de la pilule contraceptive et par l’entrée massive des femmes dans le marché de l’emploi salarié, deviennent les cibles des revendications féministes égalitaires. Dès lors, ces deux logiques vont se disjoindre pour donner naissance à la deuxième grande vague féministe des années 70. Rejetant d’emblée toute association avec les mouvements maternalistes, le mouvement féministe égalitaire gardera ses distances face à ses origines pour s’affirmer comme l’unique prétendant à l’émancipation des femmes.
Plus récemment, une vision féministe contemporaine plus nuancée alimente désormais le débat. C’est un féminisme de la compassion qui vise à l’émancipation des hommes et des femmes en faisant des qualités autrefois attribuées aux mères des valeurs universelles du care dans un monde vulnérable. La compassion y est entrevue comme une éthique du care ou du soin aux autres, de la reconnaissance de leurs besoins et du partage du pouvoir avec les autres, plutôt que sur eux ou contre eux.
Nouvelle utopie? En tout cas, les gens ne s’y trompent pas, puisqu’ils choisissent de plébisciter des femmes et aussi des hommes, comme Barack Obama, qui font de cette nouvelle éthique du care leur credo politique. Michelle Obama peut continuer de cultiver son jardin et en partager les fruits (et légumes) : c’est sa politique pour changer la Terre!


Inspirante Michelle -  NATHALIE COLLARD
Les 100 premiers jours de Barack Obama au pouvoir sont aussi ceux de Michelle Obama à titre de première dame des États-Unis. Après Nancy Reagan, Hillary Clinton et Laura Bush, c’est au tour de Mme Obama d’insuffler sa touche personnelle à la Maison-Blanche.
Et dans ce rôle bien en vue, cette avocate de 44 ans est tout à fait inspirante.
À l’exception d’Hillary Clinton, qui n’a jamais caché ses ambitions ainsi que son désir de participer activement à la vie politique, les premières dames de l’histoire récente étaient plutôt discrètes.
En très peu de temps , Michel le Obama a réussi à t ransformer une fonction qui pourrait facilement se limiter à un rôle protocolaire, accompagné de quelques oeuvres de charité et d’un intérêt accru pour la couleur des rideaux du salon Bleu, en un rôle plus significatif aux yeux du peuple américain.
Qu’on pense simplement à l’appellation « Mom in chief» – véritable trait de génie sur le plan de la communication – qui a permis à Mme de s’adresser à toutes les Américaines en leur donnant l’impression qu’elles étaient sur le même pied d’égalité.
C’est ce qui est fascinant chez Michelle Obama, cette facilité à nous convaincre qu’elle est une femme comme les autres, que sa famille est une famille américaine ordinaire aux prises avec les mêmes problèmes quotidiens – les devoirs, le souper, la promenade du chien – que toutes les autres familles nord-américaines. Ce qui n’est pas tout à fait faux tout en étant complètement éloigné de la réalité de l’épouse d’un président des États-Unis. On ne sait pas trop comment le couple Obama réussit ce tour de force mais en toutes circonstances, ils démontrent une très grande classe tout en faisant preuve d’un naturel désarmant.
En outre, il ne faut pas oublier que Mme Obama, comme toutes les femmes, exerce une influence sur son conjoint. Est-ce cette influence qui fait en sorte qu’au cours des premiers mois de son mandat, le président Obama a rétabli le financement des centres de planning familial, nommé plusieurs femmes à des postes-clés de son gouvernement et créé le poste d’ambassadrice responsable des dossiers touchant les femmes? Le magazine féministe Ms observait récemment que M. Obama avait fait plus pour les femmes en trois mois que bien des présidents durant un ou même deux mandats.
Ce qui est égal ement réjoui s - sant chez Michelle Obama, c’est qu’elle semble absolument fidèle à ce qu’elle est . En d’aut res mots, elle incarne ses valeurs, qu’elles soient familiales ou sociales. Selon ses porte-parole, Mme Obaman’accepte pas plus que trois événements publics par semaine afin d’honorer sa promesse d’être une mère présente pour ses filles. Les valeurs familiales ont souvent été une stratégie de communication. Dans le cas de Michelle Obama, on y croit.
C’est pour cette raison qu’elle est vite devenue un modèle. Et parce qu’elle rompt complètement avec le mythe de la super woman des années 90 (mère parfaite, amante incroyable ET professionnelle avec une carrière exigeante) pour nous proposer plutôt l’image d’une femme menant une vie riche, aux multiples facettes, de façon saine et équilibrée.

En cela, c’est sans aucun doute la femme la plus inspirante à loger au 1600 Pennsylvania avenue depuis Eleanor Roosevelt.



LE RETOUR D’HILLARY CLINTON  -  Richard Hétu
Remise d’une blessure au coude, la secrétaire d’État américaine a repris en main les dossiers internationaux et fait taire les rumeurs sur sa prétendue perte d’influence au sein de l’administration Obama.
« On a en la personne d’Hillary Clinton une secrétaire d’État très coriace, très disciplinée et très expérimentée. Ses années à la Maison-Blanche et au Sénat lui ont donné une vaste connaissance des rouages de l’État et des jeux de pouvoir. »
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK— Deux semaines plus tard, la pointe de Tina Brown, exrédactrice en chef du New Yorker, continue de susciter des commentaires à Washington. « Il est temps que Barack Obama permette à Hillary Clinton d’enlever sa burqa », a-t-elle écrit, déplorant la prétendue invisibilité de la secrétaire d’État américaine lors des six premiers mois de la présidence de son ancien rival politique.

Si la pertinence de l’image utilisée par Brown est encore débat tue, i l n’en va pas de même, en revanche, de la substance de sa critique. Au cours des deux dernières semaines, Hillary Clinton a employé les grands moyens pour attirer sur elle les projecteurs, commençant par un discours majeur à Washington sur les priorités du département d’État et enchaînant avec une série d’activités – visites à l’étranger, entrevues télévisées et discussions sinoaméricaines – qui lui ont valu plusieurs manchettes.
« Les Ét ats-Uni s sont de retour », a répété Hillary Clinton à chaque étape de son voyage en Asie du Sud-Est.
La chef de la diplomat ie américaine faisait référence à la volonté de l’administration Obama de ne pas laisser à la Chine le monopole de l’inf luence stratégique dans une région que George W. Bush aurait trop négligée.
Mais elle aurait également pu parler d’elle-même.
Une blessure et des rumeurs
Victime d’une fracture du coude – elle a fait une chute, à la mi-juin, alors qu’elle marchait vers sa voiture au sous-sol de l’immeuble du département d’État –, Hillary Clinton a dû ralentir le rythme de ses activités durant un mois. Elle a ainsi dû annuler plusieurs rendezvous importants, dont le sommet États-Unis-Russie à Moscou et la réunion ministérielle du G8 à Trieste, en Italie.
Ces absences ont alimenté les rumeurs voulant que la secrétaire d’État ait été réduite à jouer un rôle secondaire dans l’élaboration et l’exécution de la politique étrangère de l’administration Obama. Selon un refrain déjà entendu, Hillary Clinton ne doit pas seulement composer avec un président populaire qui lui fait de l’ombre à l’étranger en multipliant les tournées et les discours, mais également avec des émissaires de haut niveau, comme George Mitchell, chargé du ProcheOrient, et Richard Holbrooke, responsable de l’Afghanistan et du Pakistan.
Toujours selon ce refrain, l’influence de la secrétaire d’État a également été réduite après qu’un de ses lieutenants, Dennis Ross, eut été muté à la Maison-Blanche, où il conseille désormais le président dans le dossier iranien. À en croire une commentatrice comme Tina Brown, Barack Obama aurait ainsi réussi à isoler son ancienne rivale, qui doit regretter aujourd’hui le piège que lui a tendu le président. Mais la réalité est tout autre, selon Richard Murphy, expert au Middle East Institute.
Coriace et expérimentée
« Hillary Clinton est très enthousiaste à propos de son rôle », déclare Murphy en entrevue. « C’est une femme d’une grande énergie et d’une grande habileté. Et elle se dévoue totalement à sa tâche. »
Secrétaire d’État adjoint pour les affaires du Proche-Orient
entre 1983 et 1989, Richard Murphy estime que Clinton a réussi jusqu’à présent à suivre sc rupuleusement les l ignes directrices de la politique étrangère de Barack Obama, notamment en ce qui a trait à la question du gel total des activités de colonisation en Cisjordanie. Il en va du succès de son mandat à titre de chef de la diplomatie américaine, selon lui.
« Il n’y a rien qui pourrait détruire davantage l’efficacité d’un secrétaire d’État que de laisser voir aux dirigeants étrangers qu’il y a des différences d’opinions entre le président et le secrétaire d’État, explique Murphy. C’est ce qui a nui à Colin Powell. Il y avait des rivalités au sein de l’administration Bush qui ont affaibli sa position. »
Rompue aux batailles bureauc r atiques de Washington, Hillary Clinton devrait également savoir s’imposer auprès des autres acteurs importants de la politique étrangère des ÉtatsUnis, dont Holbrooke et Ross, qui sont reconnus pour leur indépendance.
« On a en la personne d’Hillary Clinton une secrétaire d’État très coriace, très disciplinée et très expérimentée, dit Richard Murphy. Ses années à la Maison-Blanche et au Sénat lui ont donné une vaste connaissance des rouages de l’État et des jeux de pouvoir. »
De son côté, l’ancien secrétaire d’État Henry Kissinger a avoué au New York Times ne pas se souvenir d’une époque où les relations entre le département d’État et la Maison-Blanche étaient plus harmonieuses.
Les critères du succès
Mais Hi l la ry Cl i nton ne pourra se contenter de survivre aux batailles bureaucratiques de Washington, selon Aaron David Miller, du centre de recherche Woodrow Wilson, qui a servi sous six secrétaires d’État.
« Les secrétaires d’État les plus importants ont été associés à de grandes idées, à des crises difficiles et à des percées diplomatiques qu’ils ont orchestrées. Par définition, les secrétaires d’État efficaces gèrent des crises et règlent de grands problèmes. Au bout du compte, Hillary Clinton sera jugée selon ces critères », soutient Miller.
Ce n’est évidemment pas les grands problèmes qui manquent. Hillary Clinton les a tous abordés depuis son retour à l’avant-scène, des ambitions nucléaires de la Corée du Nord et de l’Iran au conflit israélopalestinien, en passant par la lutte contre les talibans au Pakistan et en Afghanistan.
La secrétaire d’État a également tenté d’ouvrir un nouveau chapitre dans les relations des États-Unis avec l’Inde, où elle a fait une visite de trois jours, et avec la Chine, dont plusieurs dirigeants ont participé à une rencontre de deux jours à Washington cette semaine.

L’idée qu’elle se soit laissé imposer une burqa, même métaphorique, semble plus insultante que jamais.
DES DÉCLARATIONS QUI DONNENT LE TON...
Message aux pays arabes
Hillary Clinton en a surpris plusieurs en appuyant sans réserve l’appel de Barack Obama en faveur d’un gel total des activités de colonisation en Cisjordanie. En tant que sénatrice de l’État de New York, elle avait toujours défendu les positions du gouvernement israélien. Mais la secrétaire d’État a également adressé un message aux pays arabes lors de son discours devant le Council of Foreign Relations le 15 juillet, les appelant à prendre « maintenant » des mesures « significatives » vers une normalisation de leurs relations avec Israël, à « préparer leur opinion à la paix et à accepter la place d’Israël dans la région ». « Nous attendons des actes de la part d’Israël, mais nous reconnaissons que ces décisions sont difficiles politiquement. Et nous savons que les progrès vers la paix ne sont pas de la seule responsabilité des États-Unis ou d’Israël », a-t-elle ajouté.
Chine-États-Unis : « la relation bilatérale du siècle »
« Notre relation avec la Chine sera la relation bilatérale la plus importante du monde dans ce siècle. » Ainsi parlait Hillary Clinton en février dernier à l’occasion de son premier voyage en tant que secrétaire d’État. Barack Obama a tenu le même discours lundi dernier en ouvrant à Washington un sommet sino-américain de deux jours qui a mis l’accent sur l’importance de la coopération entre les États-Unis et la Chine pour répondre aux défis communs, de la crise économique aux changements climatiques en passant par la prolifération nucléaire. À l’issue de ce sommet, la secrétaire d’État s’est notamment réjouie de l’attitude des responsables chinois sur la question iranienne. « La Chine partage nos inquiétudes sur le fait que l’Iran devienne une puissance nucléaire », a-t-elle dit. Clinton a également affirmé que Chinois et Américains avaient discuté en profondeur de la question du nucléaire nord-coréen. La Chine est l’un des proches alliés de la Corée du Nord, qui a récemment mené un essai nucléaire, tiré des missiles et… accusé Hillary Clinton d’être « inintelligente ».

Le « non » de l’Inde
En faisant une visite de trois jours en Inde il y a deux semaines, Hillary Clinton a confirmé le rapprochement entre Washington et New Delhi commencé sous l’administration Bush, qui a signé en 2006 un accord historique américano-indien conférant au souscontinent le statut de puissance nucléaire. La visite de la secrétaire d’État a pris fin avec la signature de plusieurs accords, dont l’un ouvrira aux sociétés américaines de l’armement le vaste marché indien. Boeing et Lockheed pourront ainsi participer aux appels d’offres que l’Inde lancera pour 126 avions « tout usage », l’un des gros contrats d’armement du monde. Mais tout n’est pas rose entre Washington et New Delhi. La secrétaire d’État américaine a en effet essuyé un « non » sur la question du réchauffement climatique, les responsables indiens refusant de se plier à la volonté américaine d’imposer à leur pays un plafond aux émissions de gaz à effet de serre.

Adieu à la présidence
Hillary Clinton voudrait-elle de nouveau briguer la présidence des États-Unis? La question lui a été posée lors d’une entrevue télévisée en Thaïlande, où elle s’est arrêtée pendant sa tournée récente en Asie du Sud-Est.
« Je ne sais pas, mais je doute vraiment qu’une perspective comme celle-là fasse un jour partie de ma vie », a-telle répondu.
Alors qu’elle faisait face à la même question dimanche dernier sur la chaîne NBC, elle s’est montrée plus catégorique. « Je dis non, jamais, pas du tout. »
« Je ne fais plus de politique », a-t-elle ajouté à ABC.
Dans ses entrevues télévisées, la secrétaire d’État s’est dite satisfaite de son rôle au sein de l’administration Obama et de ses relations avec son ancien rival.
« Nous avons de très bonnes relations, a-t-elle dit à l’émission Meet the Press, à NBC. Nous avons des échanges francs et ouverts. J’ai le privilège d’être dans la position d’un conseiller en chef, d’être le chef de la diplomatie que suit le président, mais je sais bien que c’est le travail d’équipe qui sera plus efficace pour l’Amérique. »

Et Clinton d’ajouter, en parlant d’Obama : « Je dois dire, en tant que personne qui a passé énormément de temps à le combattre ( pendant la campagne), je trouve qu’il réalise un travail extraordinaire. »


Hillary Clinton en tournée africaine
— La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton est arrivée hier au Kenya, première étape d’une tournée de 11 jours en Afrique, la première, d’abord consac rée au renforcement des liens économiques avec le continent et à la stabilisation de la Somalie.
La tournée de Mme Clinton, la plus longue depuis sa prise de fonction, vise notamment à démontrer au continent noir l’implication des États-Unis après la polarisation de la nouvelle administration sur d’autres régions du globe.
Clinton s’emploiera à resserrer les liens avec trois puissances du continent – Kenya, Nigeria et Afrique du Sud – et à apporter son soutien à trois pays marqués par des conflits récents – Angola, République démoc rat ique du Congo et Liberia – pour achever sa tournée par une visite au Cap-Vert.
Clinton devait s’exprimer, ce matin à Nairobi, devant un forum d’une quarantaine de pays africains aux relations commerc ia les préférentielles avec les États-Unis, en échange de leur engagement à des élections libres et au libre-échange.
La secrétaire d’État mettra également à profit ce séjour pour rencontrer le président somalien élu en janvier, Sharif Cheikh Ahmed, acculé dans la capitale somalienne par une offensive des insurgés islamistes lancée au début du mois de mai.
Les États-Unis et leurs alliés ont à plusieurs reprises montré du doigt l’Érythrée, accusée de soutenir ces insurgés encouragés publiquement par de hauts responsables d’Al-Qaeda.



UN CAUCHEMAR DE CINQ MOIS PREND FIN  -  Nicolas Bérubé
Laura Ling et Euna Lee sont rentrées aux États-Unis hier. La libération des deux journalistes par la Corée du Nord laisse-t-elle entrevoir un renouveau du dialogue entre Pyongyang et Washington? Ce qui est sûr, c’est qu’elle fait date dans la brève histoi
« Quand nous avons passé la porte, nous avons vu le président Bill Clinton. Nous étions renversées. Nous savions à ce moment-là, dans notre coeur, que le cauchemar allait prendre fin. »
Les deux journalistes américaines détenues en Corée du Nord depuis près de cinq mois sont rentrées chez elles, tôt hier matin.
Laura Ling et Euna Lee sont arrivées avant l’aube à l’aéroport Bob Hope, à Burbank, en banlieue de Los Angeles, où leurs proches les attendaient sur le tarmac.
Dans une allocution émotive, Laura Ling a raconté que, 30 heures plus tôt, elle et sa collègue étaient toujours dans une prison de Pyongyang, où elles craignaient d’être envoyées sans avertissement dans un camp de travaux forcés.
« Tout à coup, on nous a annoncé que nous devions aller à une rencontre. On a changé de lieu, et quand nous avons passé la porte, nous avons vu, debout devant nous, le président Bill Clinton. Nous étions renversées. Nous savions à ce moment-là, dans notre coeur, que le cauchemar allait prendre fin. »
Mme Ling a dit que ses 140 jours de détention en Corée du Nord avaient été « les plus difficiles de sa vie ». Derrière elle, son mari, Ian Clayton, avait du mal à contenir ses larmes. M. Clayton a dit avoir écrit à sa femme chaque jour depuis son arrestation, survenue en mars dernier.
En matinée, le président Barack Obama a tenu à l’extérieur de la Maison-Blanche un point de presse dans lequel il a rendu hommage à Bill Clinton, dont i l a salué le « t ravai l extraordinaire ».
« Les deux journalistes sont de nouveau avec leurs proches. Nous sommes bien évidemment très soulagés. Les images de la réunion que nous avons pu voir à la télévision sont une source de joie non seulement pour les familles, mais aussi pour le pays tout entier. »
M. Clinton a fait une visitesurprise en Corée du Nord, mardi, et obtenu la libération des deux journalistes, condamnées en juin par Pyongyang à 12 ans de travaux forcés.
Selon l’agence nord-coréenne KCNA, l’ex-président Clinton et le leader Kim Jong-il ont eu des discussions « franches et approfondies sur les dossiers en cours entre la RPDC et les États-Unis dans une atmosphère sincère ».
Euna Lee, 36 ans, et Laura Ling, 32 ans, qui habitent toutes deux à Los Angeles, ont été appréhendées le 17 mars par des militaires nord-coréens alors qu’elles se trouvaient près du fleuve Tumen, qui sépare la Chine et la Corée du Nord. Les circonstances exactes de leur capture sont floues.
Au moment de leur arrestation, les deux femmes enquêtaient sur le trafic d’humains dans la région, et plus précisément sur le sort des réfugiées nord-coréennes qui fuient leur pays.
Voyage coûteux
L’aller-retour de Bill Clinton en Corée du Nord a coûté environ 200 000 $, notamment pour la location d’un Boeing 737. Hier, le réseau ABC a indiqué que les frais d’utilisation des téléphones satellitaires à bord totalisaient 15 000 $.
L’avion avait été affrété par le millionnaire d’Hollywood Steve Bing, grand ami de Clinton. M. Bing, qui finance régulièrement les activités du parti démocrate, a annoncé qu’il paierait de sa poche les frais du voyage.
Qu’est-ce que Current TV ?
Au moment de leur arrestation, en mars dernier, Laura Ling et Euna Lee tournaient un documentaire pour la station Current TV, un projet mis sur pied il y a cinq ans par l’ex-vice-président Al Gore et l’homme d’affaires Joel Hyatt.
Établie à San Francisco, Current TV qui diffuse par internet et par câble des émissions sur des enjeux sociaux, environnementaux et économiques. Les auditeurs sont invités à envoyer des capsules vidéo, dont certaines sont diffusées à la télé et en ligne.
Al Gore a eu l’idée de lancer cette station « citoyenne » après avoir été échaudé par la couverture de CNN lors du fameux dépouillement judiciaire en Floride, aux élections présidentielles de 2000.

Current TV a signé un partenariat avec Radio-Canada, qui parrainera la création d’une version canadienne de la chaîne. Le service doit en principe voir le jour à l’automne.
Quelques républicains ont reproché à Bill Clinton d’avoir joué le jeu de Pyongyang en orchestrant la libération des deux prisonnières. D’autres ont fait fi de la ligne de parti pour féliciter l’ancien président. Celui-ci, accompagné de Al Gore, a accueilli hier les journalistes Laura Ling et Euna Lee.

Vers une percée diplomatique ?  -  Richard Hétu
— Dès la confirmation du succès de la mission de Bill Clinton en Corée du Nord, une question a surgi dans les médias américains et internationaux : le voyage de l’ancien président laisse-t-il entrevoir une percée diplomatique dans le dossier nucléaire qui divise depuis plusieurs années Pyongyang et Washington?
Au lendemain de la libération des deux journalistes détenues en Corée du Nord, les experts et les responsables américains répondaient à cette question de manière circonspecte, estimant qu’il était encore beaucoup trop tôt pour juger de l’impact du geste « humanitaire » du leader nord-coréen, Kim Jong-Il.
« Cela dépendra du rapport que présentera Bill Clinton à l ’administration Obama » , a déclaré Scott Snyder, spécialiste des relations américanocoréennes, dans un entretien téléphonique. « Nous ne savons pas encore ce qui s’est dit entre l’ancien président et les dirigeants nord-coréens. Mais c’était une occasion pour ces derniers de changer la direction de leurs relations avec Washington. »
C’était aussi une chance unique pour Kim Jong-Il de se faire une publicité positive dans son pays et à l’étranger.
Plusieurs commentateu rs conservateurs ont d’ailleurs, comme l ’a ncien ambassadeur américain à l’ONU John Bolton, reproché à Bill Clinton et à l’administration Obama d’avoir fait le jeu d’un dictateur dangereux.
Mais au moins un ancien membre de l’administration Bush s’est dissocié de ce point de vue.
« Je ne pense pas qu’il était dans l’intérêt de quiconque de voir ces deux journalistes contraintes à des travaux forcés » , a décla ré Victor Cha, conseiller de la Maison-Blanche pour les affaires asiatiques sous George W. Bush. « Aussi la démarche de Bill Clinton a-t-elle servi une très bonne cause, même si elle a valu au gouvernement nord-coréen plus d’attention. »
Barack Obama, de son côté, a répété hier ce que son entourage avait affirmé la veille : le voyage de Bill Clinton était une initiative strictement privée. Il a ajouté qu’il ne fallait pas y voir le signe d’un adoucissement de la pression diplomatique sur le régime communiste, sommé par la communauté internationale d’arrêter son programme nucléaire.
L’aide de la Maison-Blanche
Ma i s la Ma i son-Blanche a tout de même joué un rôle important dans la mission de l’ancien président. Par l’entremise de l’ambassade de Suède à Pyongyang, elle s’est notamment assurée que la Corée du Nord était bel et bien prête à gracier et à relâcher les journal istes américaines si Bi l l Clinton se rendait sur place pour demander leur libération.
Les dirigeants nord-coréens avaient déjà communiqué une telle volonté aux deux journalistes américaines, qui avaient retransmis l’information à leurs familles ainsi qu’à l’ancien vice-président Al Gore, cofondateur de la chaîne Current TV pour laquelle elles travaillent.
Pendant ses tractations avec Pyongyang, la Maison-Blanche a fait savoir aux Nord-Coréens que la visite de Bill Clinton ne pouvait en aucun cas être liée au dossier nucléaire. Mais l’ancien président s’est entretenu pendant une heure et quart avec Kim Jong-Il, et il a ensuite dîné avec lui pendant deux heures.
Il a sûrement pu se faire une bonne idée de l’état de santé du leader nordcoréen – qui aurait été victime d’une attaque cérébrale il y a un an – et peut-être aussi de son attitude vis-à-vis du dossier nucléaire.
« Il y a peut-être maintenant une chance d’une reprise des négociations à six pays et d’un progrès véritable », a commenté William Cohen, ex-secrétaire à la Défense sous Bill Clinton, dans une entrevue à CNN.

Le syndrome du sauveur
ANALYSE
La tentation de jouer les Superman peut aussi faire boomerang. Les circonstances de la libération des infirmières bulgares ont donné lieu à toutes sortes de spéculations.
La scène se passait il y a deux ans, presque jour pour jour, et demeure à ce jour l’unique heure de gloire politique de Cecilia Sarkozy, ex-femme de l’actuel président de la France.
Après un marathon de négoc iations avec les autor i tés libyennes, celle-ci est accueillie en héroïne à sa descente d’avion, à Sofia, où elle arrive accompagnée de cinq infirmières bulgares et d’un soignant palestinien, tout juste arrachés aux geôles de Tripoli.
Quelques mois plus ta rd, c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui dépêche un avion médical vers la Colombie pour tenter de sauver la plus célèbre des otages des FARC, Ingrid Betancourt. L’opération se terminera en queue de poisson.
Cette semaine, l’ex-président américain Bill Clinton a eu plus de chance en réussissant à ramener deux journalistes américaines accusées d’espionnage par la Corée du Nord.
Y a-t-il un lien entre ces trois opérations ? Ou s’agit-il d’un nouveau rôle pour les politiciens et leurs proches: voler personnellement au secours de prisonniers détenus injustement à l’autre bout du monde ?
Selon le politologue canadien Andrew Cooper, ces trois opérations de sauvetage, malgré leurs résultats inégaux, appartiennent au même courant : le rôle de plus en plus important joué par les célébrités dans la diplomatie internationale.
Ça peut être Mia Farrow qui s’engage pour le Darfour. Mais ça peut aussi être un ex-président ultra-médiatique qui va tirer des journalistes d’une prison de Pyongyang.
Andrew Cooper a écrit un livre sur le rôle diplomatique des célébrités. Selon lui, si la diplomatie s’exerçait autrefois uniquement dans les coulisses, aujourd’hui, elle repose souvent sur la combinaison de deux éléments. D’un côté, les tractations obscures habituelles. De l’autre, l’entrée en scène d’une mégastar qui cueille les fruits de ce processus.
Quand ce mariage fonctionne, tout le monde y gagne. En posant aux côtés de Bill Clinton, le leader nord-coréen Kim Jongil gagne de la crédibilité, note Gil Troy, historien à l’Université McGill. Bill Clinton s’affirme dans un nouveau rôle en se refaisant une virginité politique. Et enfin, le succès de l’opération rejaillit forcément sur le président Barack Obama. Bref, tout le monde est content, sans oublier les deux journalistes et leur famille… Mais la tentation de jouer les Superman peut aussi faire boomerang. Les circonstances de la libération des infirmières bulgares ont donné lieu à toutes sortes de spéculations, y compris l ’ hypothèse d’une promesse de vente d’armes à la Libye. Encore aujourd’hui, il reste bien du flou dans cette histoire.
Il y a deux semaines, le nouveau premier ministre bulgare a accusé son prédécesseur de s’être fait racketter en versant plus de 70 millions de dollars pour faire libérer ces femmes, alors que, of ficiellement, la Bulgarie s’était contentée d’effacer la dette libyenne. Avant de jouer les Indiana Jones, les étoiles de la politique internationale ont donc intérêt à s’assurer que l’aventure dans laquelle elles se lancent est bien ficelée.
Mardi, dans une pleine page du New York Times, des dizaines de grands noms de la littérature et du journalisme ont signé une pétition réclamant la libération du Canadien Maziar Bahari. Correspondant du magazine Newsweek, cinéaste et écrivain, ce dernier a la double nationalité canadienne et iranienne. Il est détenu depuis six semaines à Téhéran.
Une autre journaliste canadienne, Amanda Lindhout, kidnappée il y a un an en Somalie, a supplié cette semaine Ottawa de verser la rançon réclamée par ses ravisseurs.
Leurs situations sont évidemment différentes. Et selon la section canadienne de Reporters sans frontières, Ottawa fait tout son possible pour leur venir en aide. N’empêche: on se prend à rêver à un Bill Clinton made in Canada.






L’effet Bill Clinton  -  Richard Hétu
L’ancien président obtient la libération de deux journalistes américaines en Corée du Nord
Bill Clinton était-il en mission commandée par la Maison-Blanche ? Ce voyage et son dénouement laissent-ils présager un rapprochement entre Washington et Pyongyang sur la question nucléaire ?
COLLABORATION SPÉCIALE
L’agence officielle nord-coréenne KCNA a diffusé hier cette photo de l’ancien président américain Bill Clinton et du leader Kim Jong-Il.
— Sa visite en Corée du Nord a pris tout le monde par surprise, tout comme le dénouement de sa mission: moins de 24 heures après son arrivée à Pyongyang pour y négocier la libération de deux journalistes américaines, Bill Clinton a obtenu satisfaction et décroché un succès immédiat à son retour sur le devant de la scène.
Lors d’un entretien avec le leader de la Corée du Nord, Kim Jong-Il, l’ancien président a obtenu la grâce et la libération de Laura Lin et Euna Lee, pour le comportement desquelles il aurait présenté des excuses, selon l’agence officielle nord-coréenne KCNA. Il est rentré aux ÉtatsUnis avec elles.
« La mesure prise pour libérer les journalistes américaines est une manifestation de la politique humanitaire et éprise de paix de la République populaire démocratique de Corée », a annoncé l’agence.
Bill Clinton était-il en mission commandée par la MaisonBlanche ? Ce voyage et son dénouement laissent-ils présager un rapprochement entre Washington et Pyongyang sur la question nucléaire ? Et quel rôle la secrétaire d’État Hillary Clinton a-t-elle joué dans cette affaire ?
Les questions étaient plus nombreuses que les réponses à la fin de la journée d’hier. La MaisonBlanche a nié avoir orchestré la mission de Bill Clinton. Le site Politico a néanmoins affirmé que Barack Obama avait donné il y a plusieurs semaines son accord à la visite de l’ancien président.
« Il s’agit d’une mission à caractère uniquement pr ivé pour obtenir la libération des deux Américaines et nous ne faisons pas de commentaires. Nous ne voulons pas mettre en péril le succès de l’ancien président », a déclaré Robert Gibbs, porte-parole de la présidence américaine.
La Maison-Blanche a également démenti une information diffusée par l’agence KCNA selon laquelle Bill Clinton aurait transmis à Kim Jong-Il un message verbal de Barack Obama.
De son côté, Pyongyang a donné à entendre que l’ancien président américain et le leader nord-coréen n’avaient pas seuBill Clinton avait été accueilli à sa descente d’avion par le viceministre des Affaires étrangères, Kim Kye-gwan, qui est le négociateur principal de la Corée du Nord dans le dossier du désarmement nucléaire de Pyongyang. lement abordé la question des journalistes américaines lors de leurs discussions. « Il y a eu un large tour d’horizon sur les questions d’intérêt commun », a précisé l’agence KCNA.
Les observateurs aguerris n’ont pas manqué de relever que
Les relations entre les ÉtatsUnis et la Corée du Nord se sont détériorées après l’essai nucléaire réalisé par Pyongyang le 25 mai et le tir de deux nouveaux missiles à courte portée le 4 juillet. Il y a deux semaines, Hillary Clinton a déclaré que la Corée du Nord n’avait « plus d’amis » pour la mettre à l’abri de sanctions internationales. En réponse, Pyongyang a décrit la secrétaire d’État comme une écolière « inintel l igente » et annoncé la fin de toute discussion sur son désarmement.
Tout comme la MaisonBlanche, l ’ e n t o u r a ge d’Hi l lary Clinton s’est montré prudent sur la mission du mari de la chef de la diplomatie américaine.
« Ce qui nous intéresse est l’issue heureuse de ce dossier et la confirmation du retour des deux journalistes saines et sauves », a déclaré sous le couvert de l’anonymat un membre de la délégation de la secrétaire d’État lors d’une escale à Rota, dans le sud de l’Espagne, dans le cadre de sa tournée en Afrique.

Journalistes à Current TV, une chaîne fondée notamment par Al Gore, Laura Ling, 32 ans, et Euna Lee, 36 ans, avaient été arrêtées le 17 mars alors qu’elles venaient d’entrer illégalement en territoire nord-coréen par la Chine. Elles avaient été condamnées en juin à 12 ans de travaux forcés pour avoir franchi la frontière sans autorisation, pour « dénigrement » du régime et pour un « crime grave » dont les juges n’avaient pas précisé la nature.
Un ancien président modèle
COLLABORATION SPÉCIALE
— En choisissant de confier à Hillary Clinton le poste de secrétaire d’État, Barack Obama faisait un pari audacieux: il parviendrait à s’assurer non seulement la loyauté de son ancienne rivale, mais également celle de son mari, qui avait encore le pouvoir de lui nuire.
Jusqu’à présent, le 44e président n’a pas à se plaindre du 42e, qui continue à se comporter en ancien président modèle et à poursuivre son travail humanitaire. Avant sa visite surprise en Corée du Nord, il avait accepté le poste d’envoyé spécial de l’ONU en Haïti, où il tentera de trouver des remèdes pour redresser le pays le plus pauvre du continent américain.
Mais sa mission à Pyongyang le replace sur le devant de la scène et ouvre la porte à d’autres initiatives du genre.
Selon le site internet Politico, la visite de l ’ ancien président en Corée du Nord a été orchestrée par les familles des deux journal istes détenues. Elles ont joint Bill Clinton après avoir appris des autorités nord-coréennes qu’elles étaient prêtes à libérer les femmes si l’ancien président al lait les chercher à Pyongyang.
Toujours selon le site Politico, la Maison-Blanche aurait donné le feu vert à la mission de Bill Clinton il y a plusieurs semaines.
La visite de l’ancien président était la première d’une telle figure depuis celle de Madeleine Albright en 2000.
John Bolton critique Obama et Clinton
« Cela s’apparente dangereusement à une négociation avec des terroristes. »
WASHINGTON— L’administration Obama a récompensé la Corée du Nord pour sa mauvaise conduite en envoyant l’ancien président Bill Clinton négocier la libération de deux journalistes américaines, a estimé l’ancien ambassadeur américain à l’ONU John Bolton.
M. Bolton, qui, sous l’administration Bush, était partisan de la ligne dure vis-à-vis de Pyongyang, a déclaré à l’AFP que la mission de M. Clinton contredisait un certain nombre de prises de position publiques de sa propre femme, la secrétaire d’État Hillary Clinton.
« Cela s’apparente dangereusement à une négociation avec des terroristes », a dit M. Bolton au sujet de cette visite surprise destinée à obtenir la libération des journalistes Laura Ling et Euna Lee.
« Je pense que c’est un très mauvais signal parce que c’est exactement ce que nous essayons d’éviter avec les terroristes ou les États voyous en général, et cela encourage leur mauvaise conduite », a ajouté M. Bolton, avant l’annonce de la libération des journalistes.
Il a toutefois persisté et signé même après avoir appris que la Unis, a-t-il par la suite déclaré sur les ondes de Fox News. Selon moi, c’est un cas classique où l’on récompense la mauvaise Corée du Nord avait décidé de gracier les deux femmes condamnées à 12 ans de travaux forcés. « Mon inquiétude, c’est que le résultat soit bien meilleur pour la Corée du Nord que pour les Étatsconduite, soit la capture de deux Américaines innocentes. »
L’ancien ambassadeur à l’ONU a également rejeté l’affirmation de la Maison-Blanche selon laquelle il s’agissait d’une « mission d’ordre seulement privé ». « Il s’agit d’un ancien président marié à la secrétaire d’État. Cela n’a rien de privé », a-t-il souligné.
La visite contredit également, selon M. Bolton, la volonté affichée de Mme Clinton de séparer le cas des deux journalistes des efforts pour ramener Pyongyang à la table des discussions à six (deux Corées, ÉtatsUnis, Chine, Japon, Russie) sur le désarmement de son programme nucléaire.
« Hillary a dit qu’elle voulait dissocier les deux, mais ( Bill) Clinton a été accueilli à l’aéroport par le vice-ministre des Affaires étrangères Kim Kye-gwan qui est le principal négociateur nord-coréen et l’a été pendant 15 ans ou plus », a dit M. Bolton.






Obama annonce un forum sur l’emploi en décembre
WASHINGTON — Le président américain Barack Obama a annoncé hier que son administration allait organiser en décembre un forum sur la création d’emplois, pour discuter avec des entrepreneurs de la façon de relancer l’embauche aux États-Unis.
« Il nous faut absolument examiner toutes les mesures supplémentaires et responsables que nous pouvons prendre pour encourager et accélérer la création d’emplois dans ce pays », a déclaré M. Obama lors d’une allocution à la Maison-Blanche. « C’est pourquoi en décembr e , nous t i e nd r o n s u n forum à la Maison-Blanche sur l’emploi et la croissance. Nous réunirons des PDG et des propriétaires de petites entreprises, des économistes et des experts f i nanciers, ainsi que des représentants syndicaux et des associations à but non lucratif pour parler de la façon dont nous pouvons créer des emplois et refaire partir notre économie », a-t-il poursuivi.

Primes des banquiers : Les États-Unis passent à la vitesse supérieure
WASHINGTON —
La banque centrale ( Fed) a annoncé hier qu’elle s’attaquait à la question des primes dans la banque, conformément aux recommandations approuvées à la fin de septembre à Pittsburgh par les membres de ce groupe réunissant les principaux pays avancés et émergents.
Alors même que tarde la concrétisation de leur promesse faite au G20 de Londres (en avril) de prêter 100 milliards US au Fonds monétaire i nternational ( FMI), cette annonce de la Fed surprend par sa rapidité, dans la mesure où la question des primes avait été imposée à l’ordre du jour de Pittsburgh par les Européens, et que les États-Unis ont pu y sembler peu réceptifs dans un premier temps.
Après la Grande-Bretagne et la France, qui ont commencé à transposer à leur échelle les recommandations du G20, sur les primes, les États-Unis apparaissent donc le trio de tête des pays avançant sur la question.
Et la Fed semble déterminée. Notant que « les pratiques du secteur financier en matière de primes ont été l’un des nombreux facteurs ayant contribué à la crise », elle enjoint les banques à revoir dès maintenant leur politique en la matière, sous peine de sanctions, avant même la publication d’une nouvelle directive sur le sujet qu’elle souhaite voir adoptée rapidement.
Dans le prolongement de cette action, le président de la Fed, Ben Bernanke, a laissé entendre vendredi que les engagements pris au G20 « d’élever les normes en matière de capitaux », et de « créer des instruments plus puissants pour assurer que les grandes sociétés multinationales financières assument la responsabilité des risques qu’elles prennent » n’étaient pas pour lui de vains mots.
L’heure est venue d’agir « pour faire baisser la probabilité de toute future crise et d’en atténuer la gravité », a-t-il dit.
Jugeant que les plus grosses sociétés financières devaient payer pour les risques qu’elles font courir à la collectivité, il a répété que la Fed travaillait « avec les autres régulateurs américains et internationaux » à établir des normes de capital et de liquidités plus strictes pour ces entreprises-là.
M. B e r n a n ke a même lâché au détour d’une phrase qu’« une des solutions envisagées » n’était pas moins que d’« imposer une surtaxe sur leur capital », notion difficilement envisageable aux ÉtatsUnis avant la crise.
Le vice-président de la Fed, Donald Kohn, a affirmé pour sa part que « le processus de résolution des problèmes » mis en évidence par la crise ne faisait « que commencer ».
Et alors que le président de la banque britannique Barclays, Marcus Agius, s’est inquiété en début de semaine que les nouvelles règles sur les primes ou les obligations de capital dans les banques ne nuisent aux banques britanniques, du fait d’une application inégale selon les pays (ils visaient clairement les ÉtatsUnis), M. Kohn a insisté sur l’importance de la coopération internationale pour « éviter que les règles du jeu ne soient pas les mêmes pour tous ».
Il y a loin bien sûr de la parole aux gestes, mais au moins les intentions des ÉtatsUnis sont affichées clairement, alors mêmes que certains de leurs partenaires doutaient encore fortement de leur détermination il y a peu.

Wall Street peste contre Washington
Les initiatives de l’administration Obama pour contenir les salaires de certains patrons ont été critiquées à Wall Street. Des prêteurs tels que Bank of America soutiennent que ces mesures sont susceptibles de nuire à ces mêmes sociétés que Washington cherche à sauver.
Bank of America, Citigroup et American International Group (AIG) font partie de ces sociétés dont la rétribution totale des patrons a été taillée de 50% en moyenne.
« Les gens veulent travailler ici, mais ils souhaitent être payés équitablement », lance Scott Silvestri, porte-parole de Bank of America, une banque qui a reçu 45 milliards US des fonds de renflouement. « Nos concurrents dépistent nos employés qui offrent la meilleure performance, dit-il, et ils jouent sur la question des salaires pour les recruter et leur offrir un salaire équitable. »
Kenneth Feinberg, grand manitou de la rémunération au département américain du Trésor, a annoncé jeudi qu’il avait sabré la rétribution totale de 50 % en moyenne des patrons de sociétés qu’il a passées à la loupe, y compris Bank of America, Citigroup et American International Group (AIG). En parallèle, la Réserve fédérale américaine (Fed) a fait connaître des directives destinées à lier davantage la rémunération dans les banques à la gestion du risque.
Ensemble, ces mesures visent à s’attaquer à ce que l’administration Obama qualifie de prises de risques débridées alimentées par une rémunération trop généreuse. La déconfiture du marché de crédit qui a suivi ces pratiques ces dernières années a donné lieu à une crise financière qui a entraîné des pertes et des dépréciations de plus de 1600 milliards US à l’échelle mondiale et la disparition de 7,2 millions d’emplois aux États-Unis.
Les entreprises renflouées n’ont qu’elles-mêmes à blâmer pour les mesures énergiques a n noncées j eudi , estime Stuart Grant, investisseur et directeur général de Grant& Eisenhofer PA, à Wilmington, au Delaware.
« Dans ces sociétés, les conseils d’administration auraient dû établir une rémunération d’une manière adaptée aux circonstances en ce qui concerne l’ampleur, les incitatifs et le risque, ajoute-t-il. C’est horrible, mais c’était inévitable et c’est leur propre faute. »
Un pactole
L’ i ndust r i e f i na nc i è r e demeure un pactole pour les grands patrons. Même après les coupes exigées par M. Feinberg, 66 des patrons des sept entreprises qu’il a scrutées à la loupe jouissent d’une rémunération à long terme d’au moins 1 million US. Par exemple, Bank of America, dont le siège se trouve à Charlotte, en Caroline du Nord, versera à ses grands patrons une moyenne de 6,04 millions US cette année.
M. Feinberg, 63 ans, a analysé la rétribution de 136 employés qui ont obtenu 340 millions US au total, soit une moyenne de 2,5 millions US chacun. Il a été autorisé à se pencher sur le dossier de 175 personnes, soit les 25 employés les mieux payés de chaque entreprise. L’écart s’explique du fait que certains patrons, y compris 13 à Bank of America et 12 chez AIG, ont quitté leur emploi avant que M. Feinberg n’eut fini son travail. Chez AIG, cet assureur de New York qui a accepté un renflouement fédéral de 182 milliards US, le PDG Robert Benmosche a cherché à assurer les employés qu’ils ne seront pas contraints par l’administration Obama de rembourser la paie qu’ils ont déjà touchée.
« La grande majorité des employés d’AIG ne tombe pas sous l’autorité deM. Feinberg », a indiqué M. Benmosche dans une note aux employés cette semaine. M. Feinberg a déjà approuvé la rémunération de M. Benmosche, qui atteint 10,5 millions US. AIG a versé 165 millions US en primes aux employés de sa division de produits dérivés.

Geithner conseillé par des banquiers millionnaires
Certains des conseillers les plus proches de Timothy Geithner, secrétaire américain au Trésor, dont aucun n’a eu à être confirmé dans ses fonctions par le Sénat, ont gagné des millions de dollars par année à travailler pour Goldman Sachs Group, Citigroup et d’autres firmes de Wall Street, selon des documents de divulgation financière.
Les conseillers de Timothy Geithner (notre photo), secrétaire américain au Trésor, n’ont pas eu à se soumettre à l’examen du public, comme doivent le faire les responsables confirmés par le Sénat.
Parmi ces conseillers se trouve Gene Sperling, qui l’an dernier a touché 887 727 $ US de Goldman Sachs et 158 000 $ US pour des discours prononcés principalement devant des sociétés financières, y compris la firme dirigée par R. Allen Stanford, qui est accusé d’être le cerveau d’une combine à la Ponzi. Un autre conseiller de premier plan, Lee Sachs, a divulgué plus de 3 millions US en salaire et en revenus de partenariat obtenus de Mariner Investment Group, un fonds spéculatif de New York.
À titre de membres du cabinet officieux de M. Geithner, MM. Sperling et Sachs exercent leur influence en coulisse au département du Trésor, où ils contribuent à surveiller le programme de sauvetage de 700 milliards US destiné aux banques en plus d’établir les règles touchant la rémunération des patrons et de travailler à la refonte des réglementations financières. Pourtant, ces conseillers n’ont pas eu à se soumettre à l’examen du public, comme doivent le faire les responsables confirmés par le Sénat. Ils ne sont pas non plus tenus de témoigner devant le Congrès pour défendre ou expliquer les politiques du Trésor américain.
« Ces gens sont i ncroyablement brillants, talentueux et ils apportent du savoir », soutient Bill Brown, professeur invité à la faculté de droit de l’Université Duke et ancien directeur de Morgan Stanley. « Le risque tient au fait qu’ils vont exacerber encore plus le problème voulant que nos responsables de la réglementation soient identifiés à Wall Street », ajoute-t-il.
Obama critique
S’il n’est pas inhabituel que des responsables du Trésor soient issus de l’industrie financière, il reste que le président Barack Obama a été très critique à l’égard de Wall Street, blâmant sa culture portée sur le risque et les rémunérations généreuses qui ont contribué selon lui à la déconfiture des marchés financiers.
S’adressant à des patrons de l’industrie financière le mois dernier, le président Obama a dit : « Nous ne reviendrons pas à l’époque du comportement irresponsable et aux excès non réprimés qui ont été au coeur de cette crise où de trop nombreux acteurs ont été motivés uniquement par l’appétit de gains rapides et de primes gonflées. »
MM. Sperling et Sachs touchent tous deux un salaire de 162 900$US au Trésor.

Spitzer dénonce le « jeu de chaises musicales » d’Obama  -  Vincent Brousseau-Pouliot
L’ancien shérif de Wall Street, Eliot Spitzer, est déçu de la réforme de la réglementation des banques entreprise par l’administration Obama, qu’il qualifie de « jeu de chaises musicales ».
Eliot Spitzer doute que la Réserve fédérale soit l’institution la mieux placée pour gérer les risques sur les marchés.
« Je ne crois pas que la réforme de l’administration Obama va assez loin. Elle ne fait que rebâtir le statu quo, que déplacer les boîtes dans la maison. C’est davantage un jeu de chaises musicales réglementaires qu’une réforme sur le rôle que doivent jouer les banques », a dit l’ancien procureur général et gouverneur de l’État de New York au cours d’une entrevue exclusive à Presse Affaires.
En j uin dernier, Barack Obama a présenté sa réforme de la réglementation du système financier américain. Le président propose de donner davantage de pouvoirs à la Réserve fédérale et de créer une agence fédérale de protection financière des consommateurs. Plusieurs projets de loi sont présentement à l’étude au Congrès.
Eliot Spitzer doute que la Réserve fédérale soit l’institution la mieux placée pour gérer les risques sur les marchés. Selon l’ancien procureur général de New York, la Fed avait déjà cette responsabilité avant la crise financière, mais Alan Greenspan et son successeur, l’actuel gouverneur Ben Bernanke, ont failli à leur tâche. « En t héorie, i l s comprenaient que c’était leur rôle, mais ils n’avaient pas la même vision au pla n i déologique. I l s n’ont pas assumé leur rôle », dit-il.
L’ancien gouverneur démocrate a aussi des réserves sur d’autres membres de sa famille politique, dont le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner. « Quand il était président de la Réserve fédérale de New York, Geithner n’a pas porté attention aux problèmes de risques sur les marchés, dit Eliot Spitzer. Il a fait exactement ce que les banques new-yorkaises voulaient qu’il fasse. Évidemment, c’est facile de critiquer a posteriori – je le sais pour avoir fait de la politique assez longtemps –, mais Geithner et les autres doivent être plus dynamiques dans leurs actions à l’égard des banques. »
La dette, toxique pour l’économie
Simple citoyen depuis sa démission comme gouverneur de New York en mars 2008, à la suite de son implication à titre de client dans un réseau de prostitution, Eliot Spitzer s’intéresse beaucoup au sort des institutions financières, car il considère l’endettement c omme une pollution de l’économie.
« La dette est à l’économie ce que les émissions de gaz à effet de serre sont à l’environnement, dit-il. C’est facile de dire que prendre sa voiture pour conduire deux milles ne fait pas de différence. Si tout le monde ne prenait pas sa voiture, ça ferait une énorme différence. C’est la même chose pour les risques sur les marchés, qui peuvent être foudroyants au plan structurel pour l’économie. »
Eliot Spitzer fait-il confiance à Wall Street pour ne pas répéter les mêmes erreurs qui ont mené à la crise financière ? « Wall Street peut et va se discipliner durant de courtes périodes, dit l’ancien procureur général de New York. La question, c’est plutôt : combien de temps faut-il aux gens pour oublier ? Nous vivons ces spasmes dans les marchés et nous oublions aussi vite que possible. Nous rationalisons ensuite la crise suivante en disant que nous serons meilleurs la prochaine fois, mais c’est le même film qui repasse. »

Les 5 recommandations du shérif de Wall Street  -  Vincent Brousseau-Pouliot
Pendant longtemps, Eliot Spitzer était l’ennemi numéro un de Wall Street. Procureur général de l’État de New York, il s’est particulièrement intéressé aux pratiques de la haute finance. Une croisade qui lui a valu le surnom de shérif de Wall Street. Un an après la crise, Eliot Spitzer nous fait part de ses cinq recommandations pour les banques américaines.
1 > Scinder les grandes banques
Trop gros pour tomber. C’était l’adage de Wall Street jusqu’au 15 septembre 2008, jour de la faillite de Lehman Brothers. Comme la règle ne tient plus, il ne faut pas se priver pour scinder certaines grandes banques, dont Citibank, selon Eliot Spitzer. « Il y a plusieurs façons de faire, dit-il. On peut faire augmenter les réserves de capitaux dans les grandes institutions financières, de sorte qu’elles deviendront moins rentables et qu’elles finiront par se scinder. On peut aussi les taxer différemment, ou réglementer leurs secteurs d’activités ou leur expansion géographique. »
2 > Augmenter les réserves de capitaux
Ce fut le talon d’Achille des banques mal capitalisées, qui furent incapables de faire face à la crise financière sans aide gouvernementale. La solution est simple : augmenter les réserves de capitaux dans les institutions financières, ce qui réduira l’effet de levier. « Nos institutions financières ont trop utilisé l’effet de levier, dit Eliot Spitzer. Ça ne doit plus se reproduire. Quand l’économie et les marchés allaient bien, l’effet de levier était une chose merveilleuse. Personne ne perdait d’argent avec ça. Mais dans un marché en baisse, l’utilisation de l’effet de levier a créé un désastre. »
3 > S’attaquer à la rémunération des dirigeants
Pour Eliot Spitzer, le problème n’est pas t a nt que les banquiers new-yorkais gagnent trop d’argent. C’est que leur contrat les encourage à prendre trop de risques. « Il y a une asymétrie dans la rémunération des dirigeants entre la récompense de bons résultats et la punition de résultats décevants, dit-il. Cette asymétrie génère une tolérance au risque qui n’est pas saine pour l’économie. » S’il est sceptique en raison de l’ampleur de la tâche, Eliot Spitzer suggère de forcer les dirigeants des banques à encaisser leurs options sur plusieurs années et de calculer le prix des options en tenant compte de la performance de l’entreprise sur plusieurs années.
4 > Avoir une vraie police du risque
Le plan Obama prévoit deux polices du risque : la Réserve fédérale et la nouvelle agence fédérale de protection financière des consommateurs. S’il est méfiant à l’égard de la Fed, Eliot Spitzer est d’accord sur le principe. « Vous devez avoir une entité réglementaire qui gère le niveau de risque sur les marchés, dit-il. Il devrait y avoir quelqu’un qui dit : "Attendez un instant, je comprends que chaque transaction a du sens pour les parties en jeu, mais l’ensemble des transactions fait en sorte qu’il y a trop de risques sur les marchés. »
5 > Recentrer la mission des banques
S’il n’en tenait qu’à Eliot Spitzer, c’en serait fini des produits dérivés complexes et les fonds de couverture (hedge f unds) pour les banques. « Elles sont là pour veiller sur les épargnes des gens et investir dans les secteurs où il manque de capitaux, pas pour investir dans des fonds de couverture qui ne donnent pas accès au capital aux gens qui en ont besoin, dit-il. Malgré tout l’argent qu’il y a dans le milieu financier, c’est encore difficile d’avoir un prêt. »


Déficit   Washington revoie les chiffres à la baisse

WASHINGTON — La MaisonBlanche va réévaluer à la baisse son estimation de déficit budgétaire pour 2009 à 1580 milliards de dollars, soit quelque 262 milliards de moins que la précédente estimation, a indiqué un responsable de l’administration du président américain Barack Obama.
Le bureau du budget de la Maison-Blanche fera cette annonce la semaine prochaine, a indiqué le responsable sous le couvert de l’anonymat.
En mai, l’administration américaine avait revu sa prévision de déficit pour l’exercice en cours en hausse, à 1841 milliards de dollars, soit plus de 13% du produit intérieur brut ( PIB) américain.
Justifiant ce déficit record par les circonstances exceptionnelles nées de la crise et de la situation héritée du gouvernement précédent, le président Obama s’est engagé à ramener le déficit aux alentours de 3% du PIB en 2013, année qui marquera la fin de son mandat.
Cette baisse de l’estimation du déficit budgétaire a été attribuée à des dépenses moins importantes qu’initialement prévu pour aider les banques en difficulté et l’industrie financière.
Le déficit budgétaire pour 2009 correspondra ainsi à environ 11,2% du PIB américain et le budget de l’administration américaine devrait être désormais d’environ 3650 milliards de dollars, contre 3998 milliards annoncés précédemment.


ÉTATS-UNIS   Les plus riches pourraient subir des hausses d’impôts

WASHINGTON — Les Américains les plus riches vont peut-être devoir payer plus d’impôts. Après avoir bénéficié de réduct i ons f i s c a l e s s ous George W. Bush, ils pourraient bientôt être mis davantage à contribution afin de financer des baisses d’impôts pour les classes moyennes et populaires, ainsi que la réforme du système de santé.
Barack Obama présente souvent les riches comme les grands gagnants de l’ère Bush, soulignant que leurs impôts ont baissé alors que leurs revenus se sont envolés durant la présidence de son prédécesseur républicain.
Le président Barack Obama veut augmenter l’impôt des plus riches pour financer des baisses d’impôts pour tous les autres. Il souhaite également plafonner les déductions fiscales des familles à hauts revenus pour les emprunts immobiliers et les dons aux associations caritatives, afin de fournir une couverture médicale à davantage d’Américains.
Les démocrates de la Chambre des représentants veulent une hausse encore plus forte de l’impôt sur le revenu pour les riches afin de financer la réforme de l’assurance santé.
Avec ces divers projets, une famille de quatre enfants avec des revenus de 5 millions US pa r a n ve r r a i t s o n i mpôt sur le revenu augmenter de 4 4 0 0 0 0 $ US. Pour l a même famille, mais avec un revenu a n nuel de 8 0 0 0 0 0 $ US, la hausse serait de 30 000 $ US, selon une analyse de la société de services financiers Deloitte Tax.
Imposer les riches pour financer l’assurance santé représenterait un changement important dans la manière dont les ÉtatsUnis ont financé jusqu’ici leurs progra mmes de protec t i on sociale. Le régime des retraites (Social Security) et le programme d’assurance santé pour les personnes âgées (Medicare) sont financés par des cotisations sur les salaires. Même si les riches paient davantage par ce biais, l’effort est partagé avec les classes moyennes et avec les travailleurs pauvres.
En revanche, l e projet de réforme de l’assurance santé exa miné à l a Chambre des représentants conduirait à augmenter de 544 milliards US sur 10 ans les impôts payés par seulement 1,2 % des ménages : ceux qui déclarent un revenu supérieur à 350 000 $ US par an.
Millionnaires
Le texte imposerait une « surtaxe » de 5,4 % sur l’impôt sur le revenu des couples gagnant plus d’un million de dollars par an à partir de 2011. Ceux gagnant plus de 350 000 $ US s’acquitteraient d’une surtaxe de 1 %, et ceux gagnant plus de 500 000 $ US, d’une surtaxe de 1,5 %.
Pour l es « s uper r i c hes » , c omme u n c é l i bat a i r e qui déclare 5 millions de dollars par an, l’augmentation serait de 450 000 $ US par an, selon l’analyse de Deloitte. Mais pour la plupart des riches contribuables concernés, la « surtaxe » serait beaucoup plus fa ible, assurent les démocrates.
La t ranche d’imposition la plus élevée est aujourd’hui de 35 %, et s’applique sur les revenus supérieurs à 372 950 $ US. Barack Obama veut la porter à 39,6 % en 2011 en laissant expirer une partie des baisses d’impôts décidées sous la présidence Bush. La « surtaxe » proposée par les élus démocrates de la Chambre la ferait passer à 45 %, soit son niveau le plus élevé depuis 1986, où elle était alors de 50 %.
B a r a c k Oba ma pr é s e n t e souvent les riches comme les grands gagnants de l’ère Bush, soulignant que leurs i mpôts ont baissé alors que leurs revenus se sont envolés durant la présidence de son prédécesseur républicain. « Je pense que la meilleure manière de financer (l’assurance santé) est que les personnes comme moi, qui ont beaucoup de chance, payent un petit peu plus », a-t-il expliqué récemment.
Cette année, 47 % des Américains décla r a nt l eurs r evenus ne paieront aucun i mpôt fédéral sur le revenu, selon des projections.


Barack Obama défend sa politique de relance
— Barack Obama est passé à l’offensive sur le f ront économique face à des Américains inquiets de la montée du chômage, défendant sa politique de relance en assurant qu’elle commence à faire sentir ses effets.
Les nouveaux chiffres du chômage aux États-Unis sont attendus aujourd’hui et les analystes anticipent un taux de 9,6 %, un sommet jamais atteint depuis 26 ans et dangereusement proche de la barre psychologique des 10%.
L’administration Obama s’est empressée hier d’affirmer que le plan de relance fonctionnait. Il a ajouté deux à trois points de croissance à l’économie américaine au deuxième trimestre, a souligné la présidente des conseillers économiques de la Maison-Blanche, Christina Romer.
M. Obama lui-même a retroussé ses manches pour aller porter la bonne parole dans l’Amérique profonde. Mercredi, il était en visite dans l’Indiana, un État sinistré où le taux de chômage avoisine les 18%. Il y a fustigé la « désinformation » orchestrée par certains, selon lui, pour critiquer son plan de relance qui, a-t-il affirmé, commence à marcher.
Les chiffres du produit intérieur brut (-1% en rythme annuel au 2e t rimestre contre -1,5 % anticipé par les analystes) sont le « signe important que l’économie va dans la bonne direction », a-t-il dit.
L’administration Obama a fort à faire pour convaincre les sceptiques. Un sondage de l’institut Quinnipiac publié hier montre que la cote de popularité du président est tombée à 50%, le niveau le plus bas depuis son élection et en chute de sept points en un mois. Pire, moins de la moitié des électeurs (49 %) approuvent sa politique économique.
Les adversaires républicains du président se sont lancés à l’assaut du plan de relance. John Boehner, le leader républicain à la Chambre des représentants, a ainsi promis aux démocrates « un été long et chaud ».
L’administration peut puiser quelque réconfort dans certains indicateurs montrant des signes d’amélioration, comme le PIB. Mais ces chiffres risquent de ne guère peser auprès de l’opinion publique si le taux de chômage continue d’augmenter.



OBAMA ET LA CRISE  « Nous avons éteint l’incendie »

— Le président américain, Barack Obama, a défendu, hier, son action économique au cours des six premiers mois de son mandat. Il a déclaré avoir « éteint l’incendie » que représentait la crise mais reconnu qu’il restait de gros travaux pour remettre la maison en état.
« Je crois que nous nous sommes éloignés de l’abîme. Je crois que nous avons éteint l’incendie », a déclaré M. Obama.
« L’analogie que j’emploie parfois, c’est que nous avions une maison superbe et elle a pris feu. Nous sommes arrivés et il a fallu utiliser la lance à incendie. Le feu est éteint, mais nous avons découvert qu’il y avait de la maçonnerie à faire, que le toit fuit, que la chaudière est hors d’usage... Oh! et puis tiens, le paiement des traites est en retard », a-t-il dit à PBS, selon une retranscription de ses propos fournie par la chaîne publique de télévision.
Ces grands travaux, entrepris avec « les ressources limitées qui sont les nôtres », vont « prendre un certain temps », a-t-il admis. « Nous ne sommes pas tirés d’affaire et personne n’est plus conscient que moi de la difficulté des temps que les gens traversent en ce moment », a dit le président.
Régulation des activités financières
M. Obama a rappelé aussi son entreprise de régulation des activités financières pour empêcher les prises de risques outrancières qui ont fortement contribué à la crise.
Cependant, « on n’a pas l’impression que les gens à Wall Street éprouvent le moindre remords pour tous les risques qu’ils ont pris ; on n’a pas l’impression que ce qui s’est passé a provoqué un changement de culture ou d’attitude, et c’est pourquoi les propositions de réforme de la réglementation financière que nous avons présentées sont si importantes », a-t-il dit.
M. Obama a cependant assuré n’avoir aucun regret quant à l’aide que l’État fédéral a apportée à de grandes institutions financières, dont certaines, comme la banque d’affaires Goldman Sachs, annoncent des profits considérables susceptibles de choquer les Américains aux prises avec le chômage et la récession.
« Si nous n’avions pas arrêté l’hémorragie du système financier, les choses seraient bien pires pour tout le monde », a-t-il dit.



États-Unis : Un nouveau plan de relance serait nécessaire
SINGAPOUR — Les États-Unis pourraient avoir besoin d’un s e c ond pla n de r el a nce s e concentrant sur des t ravaux d’infrastructures pour mettre la première économie mondiale sur la voie de la reprise a indiqué hier une conseillère du président Barack Obama, à Singapour.
Laura Tyson, membre de la Commission de conseil économique de Barack Obama, a indiqué que le premier plan de relance incluait « un montant significatif d’investissements pour la croissance à long terme », lors du Nomura Asia Equity Forum à Singapour.
Le plan de relance actuel de 787 milliards US devrait créer ou sauvegarder 3,5 millions d’emplois, a-t-elle dit.
Un second plan de relance, qui mettrait l ’accent sur les travaux publics, pourrait être nécessaire pour remettre l’économie américaine sur les rails, a estimé Mme Tyson.
La conseillère de la MaisonBlanche a déclaré qu’il était encore trop tôt pour quantifier le montant d’un second plan, mais que « nous en aurons une meilleure idée d’ici la fin de l’année ».
Cependant , ses ef fets sur le chômage seront moindres qu’attendu, car la crise a eu un plus grand impact sur les destructions d’emplois que prévu, a-t-elle déclaré au cours du forum.
Les signes de reprise pour l’économie américaine touchée par la crise seront sans doute plus évidents au cours des troisième et quatrième trimestres, par rapport au deuxième trimestre, a-t-elle ajouté.
Mme Tyson a également dit que le déficit budgétaire du pays – qui est déjà l e plus i mportant depuis la Seconde Guerre mondiale – pour r a i t s’aggraver plus que prévu cette année et dépasser la prévision précédente de 12 % du produit intérieur brut ( PIB).
L e s c o mmentaires de la conseillère suivent la déclaration du président Obama du mois précédent selon laquelle l e c hômage aux États-Unis pourrait grimper au-delà des 10 %, mais qu’une nouvelle injection d’argent public n’était « pas encore » nécessaire.
La conseillère a tenu à préciser que ses déclarations ne représentaient que son point de vue et non la position officielle de l’administration.



OBAMA PROPOSE UNE RÉFORME HISTORIQUE  -  Steven Hurst
WASHINGTON— Le président Barack Obama a dévoilé hier un projet de réforme du système de régulation financière, souhaitant que ce nouvel éventail de mesures permette de ramener la confiance dans l’opinion publique et empêche une répétition de la pire crise dont a été victime Wall Street en sept décennies.
Le projet défendu par le chef de la Maison-Blanche renforce les pouvoirs de surveillance de la Réserve fédérale – la banque centrale américaine – sur l’ensemble du système financier et prévoit la création d’une nouvelle agence destinée à protéger les consommateurs des abus qui ont joué un rôle important dans la crise actuelle.
Le président américain a souligné que son projet était « une révision radicale du système de régulation financière, une transformation à une échelle jamais vue depuis les réformes qui ont suivi la Grande Dépression » des années 30.
Barack Obama a attribué la plupart des difficultés auxquelles sont confrontés les États-Unis « à une cascade d’erreurs et d’occasions manquées » au cours de plusieurs décennies.
Et il a une nouvelle fois montré du doigt « u ne culture de l’irresponsabilité » ayant pris racine « de Wall Street à Washington ».
Le projet de 88 pages avancé par l’administration va susciter un intense débat au Congrès, où des détracteurs l’accusent déjà d’imposer un trop grand nombre de restrictions qui nuiront à la compétitivité des entreprises financières américaines dans l’économie internationale.
En vertu de ce plan, la Réserve fédérale aurait un pouvoir de surveillance sur les holdings et les institutions financières si importantes qu’une défaillance de leur part pourrait saper le système financier américain. Ces nouveaux pouvoirs conférés à la banque centrale américaine s’accompagneraient cependant d’un abandon d’une partie de l’autorité bancaire de la Fed au profit d’une nouvelle agence de protection financière des consommateurs.
Nombre de banquiers s ’ opposent à u ne t el l e agence et de nombreux parlementaires s’inquiètent que la Réserve fédérale ne devienne trop puissante.
Travaillant au côté de la Fed, un nouveau Conseil surveillerait l’ensemble du système financier et aurait pour tâche d’empêcher l’effondrement inattendu d’institutions d’envergure comme ce qui s’est passé à l’automne dernier avec l’assureur AIG et Lehman Brothers, notamment engagé dans des activités de courtage.
L e pr oj e t de Ba r a c k Obama n’entre pas dans le débat en cours sur la question de savoir si certaines compagnies d’assurances devraient faire l’objet d’une surveillance fédérale.
Le chef de la MaisonBlanche souhaite que son plan, que va examiner le Congrès, devienne un texte législatif d’ici la fin de l’année, un projet ambitieux étant donné le fait qu’il pousse également les parlementaires à réformer le système de soins d’ici octobre.

Pas assez loin, selon des experts
WASHINGTON — La réforme de la régulation financière proposée hier par le président Barack Obama a été accueillie avec scepticisme par plusieurs économistes pour qui elle ne va pas assez loin.
La nécessité de cette réforme, qui vise à combler des lacunes béantes ayant permis à la finance américaine de prendre des risques démesurés, faisait pourtant l’unanimité.
« Dans l’ensemble, cela suit les principes généraux de ce que la plupart d’entre nous voulions voir, mais il y a eu certains aspects qui représentent des occasions manquées », considère Douglas Elliott, économiste à la Brookings Institution.
Il s’est dit déçu de voir que l’architecture globale resterait quasi inchangée, avec la seule disparition du bureau de supervision des caisses d’épargne. Cinq sur six institutions resteront en place.
« Avoir autant d’instances de régulation laisse toujours possible le système de choix » entre les régulateurs, qui « permet aux sociétés de trouver le maillon faible », souligne-til, faisant référence au fait que par le passé plusieurs sociétés ont pu changer de statut pour échapper à la vigilance de tel ou tel régulateur, comme la banque Washington Mutual, qui a fait faillite en septembre 2008.
« Aujourd’hui nous sommes au moment précis où il faut mettre un terme définitif aux chamailles juridiques et aux guerres de clocher qui ont alimenté une structure archaïque incapable d’empêcher la crise ou de la gérer », approuve Hal Schott, professeur de finance à Harvard et directeur du Comité sur la régulation des marchés financiers, groupe indépendant créé en 2006.
L’un des aspects les plus critiqués a été le rôle étendu qui devrait être accordé à la banque centrale, la Réserve fédérale, pour superviser les institutions financières dont la faillite menacerait la stabilité du système, même si ces sociétés n’ont rien à voir avec la banque, le champ traditionnel d’intervention de la Fed.
Fusionner des instances de régulation « est assurément sensé », opine Diana Furchtgott-Roth, du Hudson Institute, s’insurgeant en revanche contre une disposition de la réforme destinée à donner au gouvernement le pouvoir de placer sous tutelle les plus grosses sociétés qui menaceraient de s’écrouler.
« L’ i dée que l ’ État prenne l e contrôle de groupes qui ont des problèmes parce qu’il décide qu’ils sont " trop gros pour faire faillite " est une invitation au clientélisme politique », s’inquiète-t-elle.
Des critiques sont aussi venues du secteur financier, soucieux de ne pas perdre sa liberté d’action.
Le projet « va encore alourdir la finance américaine d’une régulation inutile qui va générer des coûts et abaisser la qualité des services financiers, en fournissant des avantages compétitifs aux sociétés les plus grosses et les moins innovantes », a accusé le président du fonds Euro Pacific Capital, Peter Schiff.


La Fed vous a à l’oeil - SOPHIE COUSINEAU
Clairement, le gouvernement ne souhaite plus revivre un autre Lehman Brothers, du nom de cette banque d’affaires qui a failli emporter le système financier avec elle à l’automne dernier.
Le président Barack Obama n’a pas e xagéré d ’ u n iota lorsqu’il a décrit sa reforme de la réglementation de l’industrie financière comme étant la refonte la plus ambitieuse depuis la crise économique de 1929.
Hypothèques, cartes de crédit, comptes bancaires, fonds communs de placement, fonds de couverture, produits dérivés : il n’y a 1er OBJECTIF RENFORCER LA SUPERVISION DU « RISQUE SYSTÉMIQUE » pas un seul produit financier ou un seul intermédiaire du marché qui en sortira intact.
« Notre but, c’est de restaurer les marchés pour qu’ils récompensent le travail, la responsabilité et l’innovation, et non la témérité et la cupidité », a expliqué Barack Obama lors de son allocution à la Maison-Blanche.
Trois grands principes guident cette réforme. De un, le gouver– Création d’un Conseil de surveillance des services financiers (CSSF), présidé par le secrétaire au Trésor et chargé d’identifier les risques nouveaux menaçant le système. – Placement de toutes les institutions financières (banques, fonds d’investissements, sociétés d’assurances...) dont la faillite mettrait en danger l ’ensemble du système économique sous la coupe d’un régulateur unique, en l’occurence la Réserve fédérale (Fed). – Relèvement des normes de capital de toutes les banques. – Réévaluation des normes comptables afin de définir la façon de provisionner d’éventuelles pertes. 2e OBJECTIF RENFORCEMENT DE LA RÉGULATION nement aura le droit d’intervenir pour prévenir ou stopper l’effondrement de toute institution financière qui, de par sa taille ou par un effet domino, menacerait la stabilité de l’économie américaine. Quitte à en prendre le contrôle ou à la scinder en plusieurs entités !
Clairement, le gouvernement ne souhaite plus revivre un autre Lehman Brothers, du nom de cette banque d’affaires qui a failli emporter le système financier avec elle à l’automne dernier.
De deux, les consommateurs seront mieux protégés, des prêteurs sans scrupule comme de leur propre crédulité financière, par une nouvelle agence de défense des droits des consommateurs. Cette agence aux pouvoirs musclés éduquera les Américains – Renforcement du contrôle de la titrisation. Les émetteurs recourant à ces pratiques leur permettant de monnayer des actifs sous formes de titres devront retenir 5% du risque de crédit qui leur est associé. – Renforcement des efforts de la SEC en vue de durcir les normes s’appliquant aux agences de notation. – « Régulation complète » des produits financiers dérivés s’échangeant de gré à gré, en particulier les dérivés de risque de crédit (« credit default swaps »). 3e OBJECTIF RENFORCEMENT DE LA PROTECTION DU CONSOMMATEUR tout comme elle forcera les institutions prêteuses à les informer de façon simple et transparente.
« Les contrats avec de longues clauses en petits caractères que personne ne peut décrypter, c’est du passé », a dit Barack Obama.
De trois, les banques ne seront plus les seules à être surveillées de façon étroite. L’État scrutera aussi les acteurs financiers à l’extérieur du secteur bancaire comme les banques d’affaires, les fonds de couverture, les assureurs ou les émetteurs de produits dérivés. Ceux-ci devront gérer leurs affaires plus prudemment, en conservant de plus grandes réserves de capitaux et en prêtant moins.
« Nous allons colmater les brèches qui permettaient à des firmes de magasiner leur régulateur – Création d’une Agence de protection financière du consommateur, chargée de surveiller l’offre aux particuliers dans l’épargne, le crédit et les services financiers. 4e OBJECTIF DONNER AU GOUVERNEMENT LES MOYENS DE FAIRE FACE AUX CRISES FINANCIÈRES – Proposition d’un texte de loi donnant au gouvernement le pouvoir de placer sous la tutelle de la FDIC (et éventuellement de la SEC) toute institution financière majeure qui menacerait de s’écrouler. et de choisir celui qui les supervisera de la manière la plus relâchée », a promis Barack Obama.
Ce sont des principes fort louables, et rares sont ceux qui trouveront à y redire. Mais là où les Américains grincent des dents, c’est dans l’implantation de cette nouvelle réglementation.
Cet t e a mbit i euse r éfor me s’intitule « Partir sur de nouvelles bases ». Pourtant, l’administration Obama s’appuie sur toutes les agences en place pour l’exécuter, comme la Réserve fédérale, la Securities & Exchange Commission, le Trésor, la société fédérale d’assurance-dépôt, etc. Non seulement elle n’a pas fait le ménage dans sa kyrielle d’agences au profit d’un super régulateur, elle en a même créé d’autres! Seul le Office of Thrift Supervision est sacrifié. 5e OBJECTIF RENFORCEMENT DE LA RÉGULATION ET DE LA COOPÉRATION INTERNATIONALES – I mposition aux sociétés financières étrangères présentes aux États-Unis de normes identiques à celles des sociétés américaines.
— Agence France-Presse
Pour s’assurer que rien ne tombe entre deux chaises, la Maison-Blanche compte créer un Conseil de surveillance des services financiers. Cet organisme parapluie coordonnera le travail des différents régulateurs et identifiera les nouvelles « menaces » au système.
Si cette solution a le mérite d’être expéditive, elle reste lourde tout en déresponsabilisant quelque peu les différents surveillants de l’industrie.
De plus, la banque centrale des États-Unis, la Réserve fédérale, hérite de pouvoirs immenses. La Fed suivra de très près les firmes les plus imposantes, à qui elle pourra faire passer, sur une base régulière, des tests de solidité financière. Ainsi, elle aura droit de vie ou de mort sur ces entreprises de même que sur leurs filiales non réglementées tout comme celles établies à l’étranger !
Ainsi, l’administration Obama politise la Fed, dont les décisions sur les institutions financières risquent de prêter f lanc à la
D’autant plus que l’auguste Fed n’est pas à l’abri d’une erreur de jugement. Nombreux sont ceux qui jugent que sa politique monétaire expansionniste sous Alan Greenspan, qui a maintenu les taux d’intérêt à des niveaux trop bas, trop longtemps, au début des financière se regimbait, même si le président Obama s’est bien gardé de la cibler en parlant d’une responsabilité partagée. Il a ainsi évoqué cette « culture d’irresponsabilité qui partait de Wall Street et qui s’étendait à Washington et à Main Street ». controverse. Or, le rôle premier de la Fed est de contrôler la hausse des prix tout en maximisant la croissance de l’économie. Veut-on vraiment qu’une banque centrale endosse l’uniforme métallisé d’un Terminator? années 2000, a soufflé la bulle immobilière jusqu’à ce que la crise du crédit explose.
Mais bon, il faut voir ce qui restera de cette réforme une fois qu’elle sera passée à la moulinette du Congrès. Déjà hier, l’industrie
Ce n’est pas la première fois, par exemple, que le gouvernement américain essaie de réglementer l’industrie des fonds de couverture. Toutefois, ses puissants lobbyistes, parmi lesquels se trouve l’ancien vice-président républicain Dan Quayle, ont toujours réussi à contrer les velléités de supervision du gouvernement américain.
Ajoutez à cela un menu législatif chargé, et cette réforme pourrait être passablement édulcorée lorsque les représentants et les sénateurs américains seront enfin appelés à se prononcer sur elle. Reste à voir avec quelle énergie la MaisonBla nche défendra c et t e réforme, elle qui a passé les derniers mois à éteindre les feux de la crise financière. Ainsi, la nouvelle réglementation financière sera un grand « stress test » pour la jeune administration Obama.





I
l faudra un temps « considérable » pour sortir de la crise, dit Obama
— Le président américain Barack Obama a prévenu hier qu’il faudrait un temps « considérable » pour sortir d’une « récession très profonde », mais a défendu les progrès accomplis grâce à un gigantesque plan de relance de l’économie.
Les chiffres du chômage publiés vendredi constituent « le rappel que nous sommes toujours au coeur d’une récession très profonde et qu’il nous faudra un temps considérable pour en sortir », a dit M. Obama au moment où il annonçait une accélération de la mise en oeuvre d’un plan censé stimuler l’économie américaine.
Selon les chiffres publiés vendredi par le département du Travail, le taux de chômage a fait un bond inquiétant en mai pour atteindre son plus haut niveau depuis plus d’un quart de siècle, à 9,4% contre 8,9% en avril.
Cependant, l’économie américaine a détruit 345 000 emplois en mai, contre 504 000 en avril et 643 000 en moyenne sur les six mois précédents.
M. Obama a vu un encouragement dans ce ralentissement : « C’est le signe que nous allons dans la bonne direction. Ce qui est crucial, c’est, dans les prochains mois, de capitaliser sur ces modestes progrès », a-t-il dit.
Mais, a abondé Daniel Tarullo, un des gouverneurs de la banque centrale (Fed), la reprise économique, attendue d’ici à la fin de l’année, risque d’être « douloureusement lente ».
M. Obama a paru acquiescer. « Je ne suis pas satisfait, a-t-il dit. Il nous faut faire plus. La plus grande préoccupation que j’ai, c’est que le tribut payé par les familles et les communautés aux suppressions d’emplois aille en s’autorenforçant » parce qu’elles consommeraient moins et contribueraient ainsi à davantage de licenciements.
Plan de relance
Le propos de son plan de relance est précisément de transformer « ce cycle négatif en cycle positif », a-t-il dit.
Il va donc puiser plus abondamment dans les 787 milliards de dollars d’un plan promulgué en février pour créer ou sauvegarder plus de 600 000 emplois au cours des 100 prochains jours, a-t-il dit.
Au cours de ses 100 premiers jours d’application, ce plan a déjà créé ou sauvé plus de 150 000 emplois, a-t-il dit. Il a défendu ce plan contre ceux qui disent que les mesures ne sont pas efficaces ou qui lui reprochent d’aligner des déficits records.
« Je sais que certains, malgré toutes les preuves du contraire, ne croient pas à la nécessité ni à la promesse de ce plan », a-t-il dit. Mais « si nous n’avions rien fait, je crois qu’on peut dire que, selon la plupart des économistes, nous aurions vraiment pu partir en chute libre ».
« La reprise pourrait être douloureusement lente, et l’économie restera inhabituellement vulnérable à de nouveaux chocs », a déclaré M. Tarullo, de la Fed.
« Les dernières statistiques laissent quelques raisons d’espérer que l’activité économique est proche de toucher le fond et que la croissance reviendra d’ici à la fin de l’année », mais « la stabilisation ou l’amélioration commencerait à partir d’un niveau très bas », a estimé M. Tarullo, selon le texte d’un discours prononcé à Washington.
« Les nouvelles restent mauvaises dans deux domaines qui importent directement pour les familles américaines: le chômage continue de monter et les prix du logement continuent de baisser », a-t-il ajouté, citant deux des principales raisons de l’appauvrissement des ménages, qui, en tant normal, assurent plus des deux tiers de la croissance américaine par leur consommation.


Bras de fer entre Washington et Wall Street - RUDY LE COURS
Il n’y a jamais eu lune de miel entre Wall Street et Barack Obama. Les 100 premiers jours du nouvel occupant du bureau Ovale ont plutôt montré que le torchon peut brûler, si la récession devait se prolonger jusqu’à l’an prochain.
« Toute reprise va échouer à moins de briser l’oligarchie financière qui bloque une réforme essentielle. »
On a beaucoup vu et entendu cette semaine le président Barack Obama s’indigner des pratiques douteuses des émetteurs de cartes de crédit et de leurs taux d’intérêts quasi usuraires exigés à des consommateurs étranglés par la récession.
L’influence de Wall Street passe aussi par le financement des campagnes des membres du Congrès qui doivent par la suite renvoyer l’ascenseur.
Ce populisme bon ton, qui exploite la hargne légitime des Américains contre l’oligarchie financière, ref lète les réelles difficultés de la Maison-Blanche à convaincre Wall Street de travailler pour le bien des ÉtatsUnis. Elle s’est plutôt habituée à l’inverse depuis les années Reagan.
Fragilisées par des montagnes d’actifs toxiques, les banques hésitent à nettoyer leur bilan, quitte à ne pas remplir leur rôle économique classique qui consiste à prêter l’argent qu’on leur confie.
Cette semaine, le Fonds monétaire international, qui j oue rema rquablement son rôle de chien de garde dans la tourmente présente, soulignait que « la priorité des priorités à ce stade-ci est la réforme du système financier ». Cela suppose l’assainissement des actifs improductifs et la recapitalisation des institutions fragiles, mais fiables. Le FMI soulignait que ces i nit iatives doivent progresser « de manière plus convaincante ».
Parallèlement, la Banque du Canada notait jeudi dans son Rapport sur la politique monétaire que les progrès sur ce front « ont été plus lents que prévu aux États-Unis et au sein d’autres grands centres financiers ».
La critique la plus véhémente est toutefois venue de Simon Johnson, ancien économiste en chef du FMI. Dans la livraison présente du mensuel The Atlantic, il signe une longue analyse The Quiet Coup ( Le coup d’État en douce) qui va droit au but: « Si le personnel du FMI pouvait parler librement des États-Unis, il leur dirait la même chose qu’il dit à tous les pays aux prises avec la situation présente: toute reprise va échouer à moins de briser l’oligarchie financière qui bloque une réforme essentielle. »
Réseau d’influence
Mais comment s’y prend donc Wall Street? En utilisant son réseau d’influence.
On a souvent décrié que l’ancien secrétaire au Trésor de l’administration Bush, Henry Paulson, était un ténor de Goldman Sachs.
Faut-il rappeler que l’actuel secrétaire Timothy Geithner est l’ancien président de la Réserve fédérale de New York ? C’est elle qui a orchestré à huis clos l’achat avantageux de Bea r Stea rn par JP Morgan l’an dernier et les sauvetages de Citigroup et d’AIG à grands renforts de milliards d’argent public.
Faut-il rappeler que le chef du Conseil économique national Lawrence Summers avait aussi porté le chapeau actuel de M. Geithner sous Bill Clinton ? Il a été à ce titre l’artisan de la révocation de la Glass-Steagal Act. Cette loi limitait la fusion des banques commerciales, des banques d’investissement et des compagnies d’assurance afin d’empêcher qu’elles deviennent « trop grosses pour tomber ». M. Summers a aussi empêché que l’Agence des contrats à terme sur les produits de base (CFTC) puisse surveiller les transactions sur les produits dérivés.
On voit mal comment ce tandem pourrait aujourd’hui faire un virage à 180 degrés et piloter la mise au pas du système financier, assortie d’un resserrement de sa réglementation et de plafond à la rémunération des oligarques (Seize mois avant son entrée en fonction, M. Summers a touché cinq millions en tant que directeur du fonds spéculatif D. E. Shaw& Co.) Voilà pourquoi l’économiste Joseph Stiglitz, qui se veut la mauvaise conscience de l’administration Obama, se montre si sceptique sur la capacité de la Maison-Blanche de réformer Wall Street. « L’Amérique a une porte tournante, résumait-il la semaine dernière en entrevue à l’agence Bloomberg. Les gens passent de Wall Street au Trésor et reviennent sur Wall Street. L’enjeu n’est pas que cela se fasse sans quiproquo. L’enjeu, c’est l’état d’esprit. »
Renvois d’ascenseur
L’influence de Wall Street passe aussi par le financement des campagnes des membres du Congrès qui doivent par la suite renvoyer l’ascenseur. On en a eu un bel exemple au début du mois quand ils ont forcé le Conseil financier des normes comptables ( FASB) à assouplir la règle de la juste valeur marchande ( mark to market), rétroactivement au 31 mars. Cela aura permis aux banques désireuses de gonfler la valeur leurs actifs toxiques d’af f icher de bien meilleurs résultats au premier trimestre.
Cela permet aussi à plusieurs de mieux résister à l’examen de leur solvabilité (stress test) imposé par Washington aux 19 plus importantes institutions f inancières. Leurs résultats seront connus le 4 mai et détermineront dans quelle mesure certaines devront augmenter leur capitalisation.
Les cancres auront bien du mal à dénicher des investisseurs privés. Ils risquent la tutelle, voire la nationalisation.
La stratégie d’élimination des actifs toxiques des banques jusqu’à concurrence de 1000 milliards adoptée par Washington ne sera déployée qu’à compter de juin. Déjà fort complexe de par sa mécanique, elle paraît en partie torpillée par le changement apporté aux normes comptables.
Le Private Public Investment Fund ( PPIF) prévoit la mise aux enchères des actifs toxiques dont voudront se départir les banques. Les enchérisseurs seront des entités présidées par le secteur privé, mais financées en grande partie par le contribuable.
Les banques seront moins enclines à tester cette mécanique puisqu’elles ne sont pas forcées de tester la juste valeur marchande. À l’opposé, qui osera offrir un prix suf fisamment alléchant pour que les banques choisissent de vendre plutôt que d’attendre et d’espérer un rétablissement du marché ?
Entre-temps, elles préféreront empiler des réserves d’argent qu’elles prêteraient, si leur bilan n’était pas grevé d’éléments douteux.
Entre-temps, la récession continue, et pourrait même s’aggraver comme le craint le FMI. Si cela s’avère, la crédibilité de M. Obama en prendra pour son rhume et Wall Street pourra encore faire les 400 coups au détriment des Américains et du monde.


Grands maux,  grands moyens - SOPHIE COUSINEAU
Barack Obama a eu le courage de dire qu’il faudra peut-être passer par une restructuration judiciaire pour relancer GM ou Chrysler.
Peut-on juger d’une présidence en 100 jours? On commence seulement à concevoir les grands chambardements qui s’annoncent depuis que Barack Obama tient la barre des États-Unis. En ce sens, tout jugement est hâtif.
En même temps, BarackObama a déjà tant promis. On ne peut qu’être frappé par le sentiment d’urgence qui anime le 44e président des États-Unis, alors que le pays traverse sa pire récession depuis la crise économique de 1929, tout en menant deux guerres de front. Ainsi, les historiens comparent déjà Barack Obama à Lyndon Johnson et à Franklin Roosevelt, deux présidents qui ont réinventé le pays.
Ce qui étonne chez Barack Obama, ce ne sont pas ses promesses en santé, en éducation, en environnement, etc. Elles collent aux ambitions traditionnelles des démocrates, qui rêvent de les accomplir depuis des années. Ce qui frappe, c’est qu’il pilote tous les dossiers de front, avec détermination et aplomb.
Barack Obama a obtenu des succès rapides en politique internationale, en annonçant la fermeture de la prison de Guantánamo, en tendant la main à l’Iran, en s’ouvrant à Cuba. Mais en économie, sa volonté de réparer le système financier et de sauver Detroit s’est heurtée à des difficultés d’une complexité insoupçonnée. La Maison-Blanche a sous-estimé l’ampleur de la tâche. dépotoir pour racheter les actifs qui encombrent les bilans des banques, comme les hypothèques à haut risque. C’est ce que Wall Street souhaitait.
Qu’il aurait été facile de se porter au secours de General Motors et de Chrysler, en renflouant ces constructeurs jusqu’à la prochaine crise. C’est ce que les travailleurs syndiqués, la base traditionnelle des démocrates, espéraient.
Dans ces deux dossiers qui accaparent son attention, Barack Obama a évité le piège de la déresponsabilisation. Qu’il aurait été facile de créer une banque-
Mais dans les deux cas, cela aurait équivalu à récompenser les cow-boys de la haute finance et les dirigeants aveugles des constructeurs automobiles. Avec l’argent des contribuables, ce qui est répugnant.
BarackObama a eu le couragede dire qu’il faudra peut-être passer par une restructuration judiciaire pour relancer GM ou Chrysler, les deux constructeurs les plus mal en point. Avoir recours à la loi sur la faillite, qui est la façon la plus rapide de remodeler les géants de Detroit, version petite cylindrée, ce n’est pas la fin du monde, a expliqué Barack Obama en préparant le terrain.

Le président n’a toutefois pas été aussi franc en ce qui concerne le système financier. Le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, avait implicitement écarté la nationalisation des banques, fin janvier. Mais c’est ce qui va arriver à certaines institutions financières, par la porte d’en arrière.
Hie r , le gouvernement a informé confidentiellement les PDG des grandes institutions renf louées de leurs résultats préliminaires au fameux « stress test ». Les banques et assureurs qui sont trop fragiles pour tenir le coup jusqu’à ce que la reprise se matérialise devront trouver un moyen de se recapitaliser, et vite. Dans les conditions de marché actuelles, cela tient de l’exploit.
Il ne reste plus qu’une centaine de milliards de dollars dans le programme d’aide à l’industrie financière (TARP). Reconnaissant que le Congrès n’allongera pas un cent de plus à Wall Street, après le scandale des primes versées aux cadres de l’assureur AIG, l’administration Obama devra se débrouiller avec cela.
Dans l’éventualité, très probable, que cet argent s’épuise, le gouvernement pourra renflouer les institutions en difficulté en convertissant ses actions privilégiées en actions ordinaires. Ainsi, les actionnaires actuels devront se tasser pour faire la place à l’Oncle Sam, le nouveau patron.
Si les principes qui guident l’administration Obama sont les bons, l’exécution, elle, a laissé à désirer au cours de ces trois premiers mois. Ainsi, il est étonnant de voir à quel point la MaisonBlanche intervient dans la gestion des entreprises renflouées, avec des résultats mitigés.
Dans le secteur automobile, c’est patent. Après avoir remercié le grand patron de General Motors, Rick Wagoner, après avoir pris à son compte les garanties des constructeurs automobiles, le président Obama a les mains pleines de cambouis.
Ainsi, c’est le gouvernement qui négocie directement avec les créanciers de Chrysler, pour qu’ils troquent leurs dettes de 6,9 milliards de dollars contre un maigre 1,5 milliard et une participation de 5% dans la nouvelle Chrysler. Or, les plus grands créanciers du constructeur, JPMorgan Chase, Citigroup, Morgan Stanley et Goldman Sachs, font justement partie des institutions financières auxquelles le gouvernement vient en aide, ce qui est parfaitement contre-productif.
Ce degré d’interventionnisme fait sourciller aux États-Unis. popularité dont jouit encore Barack Obama.
Holman Jenkins Jr. déplore que le jugement d’affaires du président soit obscurci par des considérations environnementales. Les émissaires de Barack Obama ont laissé savoir aux dirigeants de GM qu’il vaudrait mieux discontinuer la marque GMC, sans toutefois remettre en question la Chevy Volt. Les gros GMC sont Un chroniqueur du Wall Street Journal a caricaturé le président cette semaine, en le surnommant le roi Barack le Bon, une critique décapante qui surprend compte tenu de l ’ i mmense les véhicules les plus rentables de GM, alors que la verte Volt s’annonce comme un « trou noir financier », même les experts du gouvernement en conviennent.
Ces errements alimentent les craintes de ceux qui doutent de la capacité du président Obama à contenir les dépenses du gouvernement tout en réformant le système de santé aux ÉtatsUnis. Tous les nouveaux programmes devront être payés à même des réductions de dépenses, a promis Barack Obama en esquissant son budget le 26 février. Barack Obama s’est ainsi engagé à ce que le déficit budgétaire retombe à 3% du produit intérieur brut en 2013, alors qu’il se situera à 12,3% en 2009!
Y parviendra-t-il ? Son succès ou son échec teintera le jugement que le monde portera sur la présidence de Barack Obama.


 
ÉTATS-UNIS  : Baisses d’impôt pour les ménages  & La fin de (ou des...) privilèges pour les pétrolières
— Le Trésor américain a annoncé hier que les baisses d’impôt promises à la classe moyenne par le président Barack Obama atteindront 736 milliards US sur 10 ans, ce qui devrait permettreàun « coupletype » d’économiser 800$US par année.
Le gouvernement du président Barack Obama a rompu avec le laisser-faire des années Bush en matière de lutte contre les monopoles privés, pour rapprocher sa position de celle des autres grands pays industrialisés. Hier, M. Obama était en compagnie de l’entraîneur de l’équipe de basketball de l’Université de Caroline-du-Nord, championne 2009 de la NCAA.
Les petites et moyennes entreprises bénéficieront, pour leur part, de baisses d’impôt de 100 milliards US sur la même période, ajoute le ministère dans un communiqué publié en même temps que le « Livre vert », document détaillant les recettes prévues du budget de l’État fédéral.
À l’inverse, le gouvernement annonce l’abrogation de plusieurs dizaines de niches fiscales coûtant « des centaines de milliards de dollars à l’État ».
Le Trésor annonce ainsi qu’il met fin à des allégements fiscaux pour les sociétés pétrolières, et notamment aux crédits d’impôt pour l’exploration et le forage pétroliers.
Le Trésor américain veut aussi rétablir le taux d’imposition maximal de 39,6% pour les contribuables les plus aisés, qui avait été supprimé en 2001 par le gouvernement du président George W. Bush.
Cette modi fication devrait entrer en vigueur lors de l’exercice budgétaire 2010-2011, indique le Ministère.
Pour être effective, la proposition du gouvernement doit encore être approuvée par le Congrès.
Le gouvernement Bush avait réduit le taux maximum d’impôt sur le revenu de 39,6% à 35% en 2001. Pour l’année en cours, ce taux prévaut pour les contribuables disposant d’un revenu imposable supérieur à 372 950$ US (pour un couple).
Le Trésor indique que le seuil à partir duquel s’appliquera le taux de 39,6% à partir de 2011 variera en fonction du statut des contribuables et qu’il sera indexé sur l’inflation.
Le l ivre ver t indique par ailleurs que le gouvernement de Barack Obama va remettre en vigueur le taux d’imposition de 36% (le deuxième plus élevé) s’appliquant aux couples disposant d’un revenu imposable supérieur à 250 000$ US, qui avait été abaissé à 33% en 2001.
Concurrence
Par ailleurs, le gouvernement du président américain Barack Obama a rompu avec le laisserfaire des années Bush en matière de lutte contre les monopoles privés, pour rapprocher sa position de celle des autres grands pays industrialisés.
Ce changement de ligne s’est matérialisé par l’abrogation d’un document de référence du département de la Justice publié en septembre, qui expliquait comment interpréter les règlements sur la concurrence.
« Je pense que les conclusions du rapport manquent leur cible, voilà pourquoi nous l’abrogeons. Sa principale faiblesse est qu’il érige trop d’obstacles aux efforts du gouvernement pour faire appliquer les lois antitrust », a souligné l’adjointe du ministre de la Justice responsable des dossiers de concurrence, Christine Varney, au cours d’une conférence à Washington.
Son retrait « constitue un changement de philosophie et la meilleure façon de faire savoir à tout le monde que la division antitrust (du ministère) engagera des poursuites avec détermination quand des monopoles tenteront d’utiliser leur domination sur le marché pour étrangler la concurrence et nuire aux consommateurs », a-t-elle fait valoir.
Durant sa campagne présidentielle, M. Obama avait reproché au président Bush de partir avec l’un des pires bilans de l’histoire en matière de défense du consommateur.
Le New York Times relevait hier qu’aucune plainte contre un monopole n’avait été engagée sous la présidence de ce dernier (2001-2009). Alors que dans les années 90, les jugements les plus spectaculaires aux États-Unis pour défendre la concurrence – comme ceux à l’encontre de Microsoft et d’Intel – avaient été à l’initiative du département de la Justice.
Mme Varney a souligné qu’il était « temps de faire plus d’efforts ».


Les États-Unis doivent s’attaquer aux sources du déficit
Ben Bernanke affirme que l’État ne pourra pas emprunter indéfiniment au rythme actuel
WASHINGTON — Le président de la Réserve fédérale des États-Unis, Ben Bernanke, a affirmé hier au Congrès que l’État ne pourrait « pas emprunter indéfiniment » au rythme actuel pour financer le déficit public, et appelé la classe politique à s’attaquer aux sources de ce déficit.
Le président de la Fed, Ben Bernanke, devant le Congrès hier.
Dans ses remarques préliminaires avant son audition par la commission du Budget de la Chambre des représentants, M. Bernanke a rappelé le niveau élevé des engagements financiers de l’État fédéral.
« Une attention expresse aux questions qui touchent le caractère soutenable à long terme du budget est particulièrement cruciale, à cause des difficultés budgétaires et économiques qui vont de pair avec le départ à la retraite de la génération du baby-boom et la hausse durable des coûts médicaux », a-t-il déclaré.
« Avec un ratio de dette par rapport au PIB ( produit intérieur brut, NDLR) déjà élevé, nous ne pourrons pas continuer à emprunter indéfiniment pour satisfaire ces demandes », a-t-il souligné.
Ce ratio devrait atteindre 70% en 2011, a-t-il rappelé.
Les sommes colossales que le Trésor américain emprunte pour financer un déficit budgétaire record (13% du PIB en 2009, d’après les estimations du Congrès) ont suscité des inquiétudes à la fois des marchés et de responsables politiques américains et étrangers.
« Ces dernières semaines, les rendements sur les titres du Trésor à long terme et les emprunts immobiliers à taux fixe (qui leur sont corrélés, NDLR) ont augmenté. Il apparaît que cela reflète les inquiétudes quant aux vastes déficits de l’État fédéral mais aussi d’autres causes », a expliqué M. Bernanke.
La Réserve fédérale s’est lancée en mars dans une politique d’achats de titres de dette de l’État, contestée jusqu’au sein de ses rangs, où certains responsables dénoncent la confusion des rôles entre le Trésor et la Fed.
Pour M. Bernanke, l’intervention du Congrès et de l’exécutif est déterminante. « Même au moment où nous prenons des mesures pour contrer la récession et les menaces sur la stabilité de notre système financier, maintenir la confiance des marchés financiers exige qu’en tant que nation, nous commencions à programmer maintenant le rétablissement de l’équilibre budgétaire », a-t-il insisté.
M. Bernanke a par ailleurs livré aux parlementaires le dernier état des prévisions économiques de la banque centrale. « Nous continuons à prévoir que l’activité économique connaisse son point bas, puis reparte à la hausse, dans le courant de cette année », a-t-il rappelé.
Mais, selon lui, « même une fois une reprise apparue, le taux de croissance de l’activité économique réelle devrait rester sous son potentiel de long terme pendant un moment ».

 
BUDGET AMÉRICAIN -  Obama s’attaque au gaspillage de fonds publics
La moitié des économies proviennent du budget de la Défense, qui continue cependant d’augmenter à un moment où les États-Unis restent engagés en Afghanistan et en Irak.
WASHINGTON— La Maison-Blanche a présenté hier son projet de budget détaillé pour l’exercice 2010, année de la relance de l’économie mais aussi du début, encore modeste, de la réduction d’un déficit public gigantesque pour l’administration de Barack Obama.
« On dépense beaucoup d’argent inutilement, inefficacement et, dans certains cas, de manière vraiment ahurissante », a dit Barack Obama en présentant son projet de budget détaillé pour l’exercice 2010. On voit ici le président lors d’une visite impromptue il y a quelques jours dans un restaurant d’Arlington, en Virginie, où il a insisté pour payer lui-même son repas.
Le président, dont le premier exercice entier va être compliqué par une conjoncture économique défavorable, a insisté en présentant ce budget sur la chasse au gaspillage.
« On dépense beaucoup d’argent inutilement, inefficacement et, dans certains cas, de manière vraiment ahurissante », a-t-il dit.
Comme annoncé en février, la MaisonBlanche compte, durant l’exercice 2010 (qui débutera en octobre), réduire le déficit public aux environs de 1200 milliards de dollars, contre 1750 milliards estimés pour l’exercice en cours (qui s’achève en septembre).
La moitié des économies proviennent du budget de la Défense, qui continue cependant d’augmenter à un moment où les États-Unis restent engagés en Afghanistan et en Irak.
Les subventionsagricoleset l’éducationsont aussi des sources d’économies importantes.
Symbolisant la volonté d’éliminer le superflu, le Bureau de gestion et du budget de la Maison-Blanche a publié un document qui énonce 121 dépenses obsolètes et inefficaces supprimées ou considérablement réduites.
La somme de 17 milliards de dollars ainsi économisée est « une belle somme, même dans les normes de Washington », a jugé M. Obama.
Mais c’est « une fraction de pourcentage par rapport aux milliers de milliards que ce budget ajouterait à la dette publique », a tonné le chef de l’opposition républicaine au Sénat, Mitch McConnell. « Il est clair qu’il y a beaucoup plus à faire pour protéger nos enfants et petitsenfants », a-t-il insisté, mettant en garde contre le poids de l’endettement pour les générations futures.
Le Congrès à majorité démocrate avait approuvé à la fin du mois d’avril un projet de budget préliminaire, et doit maintenant se prononcer sur ce projet détaillé.
« Même si le Congrès ne devrait pas donner son accord à tous les changements proposés par l’exécutif, le processus (d’audit sur les dépenses inutiles) et les projets qui en résultent sont un pas dans la bonne direction et un signe de discipline budgétaire », a estimé le président de la commission budgétaire de la Chambre des représentants, John Spratt.


« Un code des impôts plein de failles »
Obama engage la lutte contre l’évasion fiscale et espère récupérer 210 milliards en 10 ans
— Le président Barack Obama a engagé hier le combat contre les paradis fiscaux et la fraude à l’impôt, en même temps qu’il promettait des mesures incitatives aux sociétés qui créeraient des emplois aux ÉtatsUnis plutôt que de les délocaliser à l’étranger.
Barack Obama et le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, en conférence de presse hier. Le président s’en est pris à ces Américains, individus ou entreprises, qui « se dérobent » à leurs responsabilités.
Au total, les mesures annoncées hier, associées à d’autres à venir, doivent faire rentrer 210 milliards de dollars sur 10 ans dans les caisses de l’État américain, a indiqué M. Obama.
M. Obama s’en est pris à ces Américains, individus ou entreprises, qui « se dérobent » à leurs responsabilités, « encouragés par un système fiscal défaillant » et servant les intérêts des riches.
« Voilà un code des impôts plein de failles qui fait qu’il est parfaitement légal pour des sociétés de ne pas payer ce qu’elles devraient. Voilà un code des impôts grâce auquel il est beaucoup trop facile pour un petit nombre de particuliers et de sociétés d’abuser des paradis fiscaux pour éviter de payer la moindre taxe. Et voilà un code des impôts qui dit que vous paierez moins d’impôts si vous créez un emploi à Bangalore, en Inde, que si vous le créez à Buffalo, dans l’État de New York », s’est ému M. Obama.
M. Obama a montré du doigt les paradis fiscaux comme les îles Caïmans, territoire britannique des Caraïbes, où, selon la Maison-Blanche, 18 857 sociétés sont enregistrées à la même adresse.
Priorité
La lutte contre les paradis fiscaux constitue une des priorités de certains partenaires des États-Unis dans l’action concertée du G20 (les pays industrialisés et émergents) contre la crise financière mondiale.
M. Obama et son administration visent en particulier des dispositions permettant à des sociétés de soustraire à l’impôt des filiales à l’étranger. Ces sociétés transfèrent vers ces filiales des revenus qui échappent ainsi au fisc américain.
Selon la Maison-Blanche, 83 des 100 plus grandes sociétés américaines ont des filiales dans des paradis fiscaux.
M. Obama a aussi dans le collimateur les riches américains qui placent leur argent sur des comptes of fshore sans avoir beaucoup à redouter du fisc. Le gouvernement américain propose ainsi que des institutions financières étrangères traitant avec les États-Unis signent avec ces derniers un accord: elles auraient à partager autant d’informations sur leurs clients américains que ne le font les institutions financières américaines, faute de quoi elles seraient supposées faciliter l’évasion fiscale et pourraient être sanctionnées de taxes sur les versements à leurs clients.
L’administration demande au Congrès de légiférer sur le sujet.
Elle veut par ailleurs mettre fin à la possibilité de déductions fiscales pour les sociétés américaines qui créent des emplois à l’étranger, a dit M. Obama.
L’administration compte récupérer 103,1 milliards de dollars en supprimant les avantages fiscaux qui favorisent selon elle la création d’emplois à l’étranger.
El le r isque cependant de rencontrer des résistances au Congrès et de la part du monde des affaires.
Ces réticences pourraient apparaître avec la présentation de la version complète du premier budget de M. Obama pour 2009, en mai. Ce budget, étoffant les grandes lignes budgétaires déjà présentées plus tôt cette année, contiendra d’autres mesures réformant la fiscalité.
C’est une combinaison de mesures annoncées hier et contenues dans le budget qui doit faire économiser 210 milliards sur 10 ans.
Le budget prévoit le renforcement des effectifs du fisc avec 800 employés à temps plein pour traquer et faire juger les fraudeurs.

Un pays à crédit -  NICOLAS BÉRUBÉ
Les abus des agences de crédit font sortir les Américains de leurs gonds Barack Obama n’a pas l’habitude d’exposer sa colère en public. Or, cette semaine, le président des États-Unis a accusé les compagnies de cartes de crédit d’arnaquer ( rip off ) les c
Payer des souliers à 75$ avec une carte de plastique est bien plus attrayant que de sortir quatre billets de 20$ et d’avoir un portefeuille vide.
— Demandez à des Américains assis autour d’une table pour souper de vous raconter leurs mésaventures avec les cartes de crédit, et vous ferez mieux d’aller chercher une autre bouteille de vin à la cuisine: la soirée sera longue.
Comme de nombreux enfants, la petite Sasha Obama salue son père, à son retour d’une autre dure journée au bureau. Peu de parents, toutefois, reviennent chaque jour de la Maison-Blanche ou rentrent à la maison en hélicoptère. Mais un papa reste un papa, et c’est avec enthousiasme que la fillette de 7 ans souhaite la bienvenue à son président de père.
« J’ai 5000$ de dettes sur ma carte, lance Lucy, 26 ans, responsable de la mise en marché dans une boutique J. Crew à Santa Monica.
« J’ai acheté des choses inutiles, je le reconnais. Mais je fais mes paiements. La compagnie n’arrête pas d’augmenter les frais et le taux d’intérêt. Mon taux est à 30%. Ça devrait être illégal. »
Un rire sarcastique fuse à l’autre bout de la table. « Il y a quelques années, j ’avais 30 000$ de dettes sur ma carte, explique Sue, musicienne indépendante qui gagne sa vie en faisant de la pub. Mon taux d’intérêt a bondi à 25%. J’ai dû laver des voitures, repeindre des maisons et promener des chiens pendant cinq ans pour arriver à m’en sortir. Ils ont fait de l’argent avec moi. »
Peu de sujets non liés à la politique et au sport professionnel ont la capacité de faire sortir les Américains de leurs gonds. Les cartes de crédit sont de ceux-là.
Samedi dernier, le président Obama a accusé les compagnies de cartes de crédit d’arnaquer ( rip off) les consommateurs en imposant des pénalités arbitraires ou des frais cachés et en haussant rétroactivement leurs taux d’intérêt.
« Assez, c’est assez, a dit le président. Les compagnies nous attirent avec des promesses de taux très bas et se réservent le droit de faire bondir ces taux en tout temps, sans raison – même sur les achats qui datent de plusieurs mois. »
« Cerveau sous anesthésie »
La facilité de faire des dépenses avec une carte de crédit est abondamment documentée. Payer des souliers à 75$ avec une carte de plastique est bien plus attrayant que de sortir quatre billets de 20 $ et d’avoir un portefeuille vide. George Loewenstein, spécial iste de neuro-économie à l’Université Carnegie-Mellon, soutient que la nature des cartes de crédit « fait en sorte que le cerveau est anesthésié contre la douleur du paiement ».
Les géants du crédit l’ont compris. L’an dernier, les compagnies de cartes de crédit ont envoyé 5,3 milliards de prospectus par la poste aux ÉtatsUnis, une moyenne de 15 par adulte.
Les Américains utilisent leurs cartes de crédit pour rénover leur maison, acheter une voiture, payer les frais de scolarité de leurs enfants. Aujourd’hui, la famille américaine moyenne a 9000$ de dettes en cartes de crédit. Et la plupart paient des frais importants. En 2008, les consommateurs ont déboursé 17 milliards en pénalités.
(Si vous croyez que seuls les gens naïfs ou peu avisés se font prendre dans la spirale des dettes, lisez le texte « My Personal Credit Crisis » d’Edmund L. Andrews, qui paraîtra demain dans le New York Times Magazine. M. Andrews, un journaliste économique pour le Times, y raconte ses déboires avec les compagnies de cartes de crédit, qui lui demandaient 28% d’intérêt. « Je me sentais comme un consommateur de crack qui téléphonait à son revendeur », écrit-il.)
Des règles sévères établies par la Réserve fédérale pour limiter les hausses des taux d’intérêt des cartes de crédit entreront en vigueur en juillet 2010.
Or, le président veut des changements dès aujourd’hui et demande au Congrès d’adopter un projet de loi en ce sens. Une tâche difficile : plusieurs sénateurs démocrates sont réticents à placer des bâtons dans les roues des compagnies de crédit, qui craignent de voir leurs revenus chuter en période de difficultés économiques.
Qu’à cela ne tienne, M. Obama fait pression pour que la loi soit adoptée avant la fin du mois. S’il gagne son pari, les taux seront limités à 15% et les frais arbitraires seront abolis.
Durant une rencontre publique au Nouveau-Mexique, cette semaine, le président était accompagné d’une résidante locale, Christine Lardner, une mère de famille qui a vu le taux d’intérêt de sa carte passer à 30% après une transaction faite par erreur et qui a dépassé sa limite de crédit.
« La compagnie a dit qu’elle était parfaitement dans son droit de hausser notre taux, a dit Mme Lardner. Augmenter mon taux d’intérêt à 30% est abusif et corrompu. Les pratiques comme celle-là sont peut-être légales, mais elles sont éthiquement indéfendables. »


Le Trésor américain veut « protéger les consommateurs »
— Le secrétaire au Trésor américain, Timothy Geithner, a souligné hier que sa réforme de la régulation financière, en cours d’élaboration, doit permettre une meilleure protection des consommateurs.
« Trop de consommateurs ont été exposés à des risques à cause d’une régulation laxiste », a dit hier le secrétaire au Trésor américain, TimothyGeithner.
« L’innovation financière a augmenté le nombre de produits et services financiers auxquels les consommateurs peuvent avoir accès », a relevé M. Geithner à la Commission bancaire du Sénat.
« Ces changements ont apporté de nombreux bénéfices, mais nous devons faire en sorte que lorsque les ménages choisissent de s’endetter, ou d’investir leurs économies, il y ait des règles claires et justes pour empêcher les manipulations, les tromperies et les abus », a ajouté M. Geithner dans sa déposition écrite.
« Trop de consommateurs ont été exposés à ces risques à cause d’une régulation laxiste », a estimé M. Geithner, pour qui il faut rendre les choses plus simples afin que les « choix financiers qui s’offrent aux consommateurs soient clairs, raisonnables et adéquats ».
Le secrétaire au Trésor a ainsi redit sa volonté de s’attaquer aux racines de la crise actuelle, provoquée par le laxisme des normes de prêt et le développement immodéré des crédits hypothécaires à risque. Ce marché s’est écroulé comme un château de cartes à l’été 2007 avec la baisse des prix de l’immobilier.
M. Geithner avait dévoilé à la fin de mars un projet de réforme de la régulation financière, qui doit maintenant être mis au point en concertation avec le Sénat.
Le Trésor souhaite durcir les normes existantes et assujettir au contrôle des autorités un grand nombre d’entreprises ou de marchés qui y échappaient jusqu’ici. Un des axes affichés de la réforme est la protection du consommateur.
Selon le Washington Post, le gouvernement envisageait la création d’une autorité de régulation des produits financiers responsable de protéger les consommateurs, en chapeautant entre autres les prêts immobiliers et les fonds communs de placement.
Sans confirmer cette information, un responsable du Trésor a indiqué à l’AFP que, dans le cadre de l’élaboration de la réforme de la régulation, le Trésor organisait régulièrement des tables rondes et qu’il avait notamment rencontré « des groupes de consommateurs et d’investisseurs ».




Obama gagne un vote « historique »
Ce vote rapproche les États-Unis « de la fin de près d’un siècle de lutte ».
WASHINGTON a montré clairement la division entre démocrates et républicains sur ce dossier.
Le président américain Barack Obama et sa famille ont quitté jeudi matin la Maison-Blanche pour Hawaii, où ils vont passer les fêtes de fin d’année. Le président avait retardé son départ en vacances pour être présent à Washington lors du vote par le Sénat de la réforme de la couverture maladie, l’une des mesures phares du début de son mandat.
Le plus dur est peut-être encore à venir: un compromis devra être trouvé entre le texte du Sénat et la version notablement différente déjà votée à la Chambre des représentants. Les démocrates estiment toutefois être allés trop loin pour échouer maintenant.
Le vote du Sénat est un succès appréciable pour Barack Obama, qui a vécu une année souvent chaotique. Sa cote de popularité est tombée à environ 50% alors qu’il doit gérer un chômage élevé, une montée de la violence en Afghanistan et un débat sur la santé qui divise l’opinion.
Le texte pourrait avoir un impact déterminant sur les élections de mi-mandat en 2010, voire sur les chances de réélection de Barack Obama en 2012.
Après le vote, le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, John Boehner, s’est livré à une attaque en règle du texte, le qualifiant de «monstruosité» et dénonçant «la prise de contrôle du système de santé par le gouvernement démocrate».
Le texte instaure pour la première fois le principe d’une couverture santé obligatoire pour presque tous les Américains et prévoit des aides pour permettre aux gens à faible revenu d’y accéder. Les entreprises seraient de leur côté incitées à fournir une couverture médicale à leurs employés par un mélange de crédits d’impôts et de sanctions.
La réforme, évaluée à près de 1000 milliards de dollars en 10 ans, sera financée par des impôts, des cotisations et des coupes dans le programme d’assurance médicale publique pour les personnes âgées (Medicare). Si elle est appliquée comme prévu, elle permettra une réduction des déficits publics de 130 milliards de dollars durant les 10 prochaines années, selon le Bureau du budget du Congrès.
M. Obama a réaffirmé jeudi que le texte aiderait à mettre fin à des pratiques très critiquées des assureurs américains, comme le fait de refuser de couvrir un client en raison d’une maladie préexistante. De fait, la nouvelle loi interdit aux assureurs de refuser des prises en charge ou de faire payer des primes plus élevées à cause de maladies préexistantes.
Certains membres de l’aile gauche du Parti démocrate ne sont pas emballés par le texte du Sénat, estimant qu’il ne va pas assez loin en laissant 24 millions de personnes sans assurance santé. Selon des analystes, la loi étendrait la couverture médicale à environ 94% des Américains âgés de moins de 65 ans, un total dont sont exclus les immigrés clandestins.
Vacances
Par ailleurs, Barack Obama et sa famille ont quitté jeudi matin la Maison-Blanche pour Hawaii, où ils vont passer les fêtes de fin d’année. Le président avait retardé son départ en vacances pour être présent à Washington lors du vote.
Les vacances de Noël à Hawaii sont une tradition pour la famille Obama. Le président est né en 1961 dans l’archipel et y a passé une grande partie de sa jeunesse.
Selon le j ournal local Honolulu Advertiser, les Obama vont résider dans une villa de cinq pièces en bord de mer dans le village de Kailua, à 19 km au nord-ouest d’Honolulu, où des mesures de sécurité, comme des barrières en béton et des interdictions de stationner, sont visibles depuis plusieurs jours.
Aucune activité publ ique n’est prévue pendant le séjour des Obama, qui prendra fin le 3 janvier, a indiqué la Maison-Blanche.

La réforme reste « très solide », assure le conseiller d’Obama
WASHINGTON — Le principal conseiller du président Obama, David Axelrod, a défendu hier le projet de loi destiné à élargir l’accès à l’assurance maladie aux ÉtatsUnis, malgré les modifications apportées au texte initial de la Maison-Blanche, et a exhorté les sénateurs à l’adopter.
Bien que le projet de loi n’instaure pas d’« option publique », c’est-à-dire une assurance maladie publique qui serait mise en concurrence avec des assurances privées, comme le souhaitait M. Obama, il est tout à fait conforme à la promesse formulée par le président, a estimé hier son principal conseiller, David Axelrod.
M. Axelrod a jugé sur CNN que le projet de loi sur lequel les sénateurs vont devoir se prononcer dans les prochains jours est « très, très solide ».
Bien que le texte n’instaure pas d’« option publique », c’est-à-dire une assurance maladie publique qui serait mise en concurrence avec des assurances privées, comme le souhaitait M. Obama, il est tout à fait conforme à la promesse formulée par le président, a estimé David Axelrod.
Dans un éditorial publié dans le New York Times d’hier, le vice-président Joe Biden dit, de son côté, « partager la frustration de certains autres sénateurs progressistes » quant à l’absence d’« option publique » dans le texte de loi.
Mais « même si elle n’est pas parfaite, cette proposition de loi n’est pas médiocre, elle est, au contraire, très bonne », écrit M. Biden, ajoutant que la réforme permettra « à 30 millions d’Américains sans assurance maladie d’avoir accès à une couverture maladie à portée de leurs finances ».
M. Axelrod a encore assuré sur CNN que « nous sommes sur le point de tenir notre promesse (...) et de remporter une grande victoire au profit du peuple américain. Il va être encore plus en sécurité, ses dépenses de santé vont baisser et il sera un peu plus en position de force face aux assureurs », faisant écho à M. Obama qui avait estimé la veille qu’« après un demi-siècle de bataille, nous sommes sur le point de faire aboutir la réforme de la couverture maladie aux États-Unis ».
Le président américain avaient pris la parole après que le dernier sénateur démocrate encore indécis, Ben Nelson, eut manifesté son ralliement à la réforme.
Ce dernier réclamait une disposition garantissant l’interdiction de l’utilisation de fonds publics pour financer des procédures d’avortement, et a estimé avoir obtenu gain de cause.
L es c hefs démoc r ates misaient sur un premier vote des sénateurs pour clore les débats dans la nuit d’hier à aujourd’hui vers 1h, avant un vote final le 24 décembre, conformément au délai qu’ils s’étaient fixé.
Une fois que le Sénat aura adopté son propre texte, il devra être fusionné avec celui de la Chambre.



RÉFORME DE LA SANTÉ  Le Sénat américain dit « oui » au débat

WASHINGTON — Toutes les voix comptaient et pas une seule n’a manqué: les 58 sénateurs démocrates et leurs deux alliés indépendants ont voté samedi soir pour l’ouverture du débat sur la réforme de santé défendue par le président Obama. La couverture maladie universelle doit toutefois encore franchir de nombreux obstacles avant de devenir réalité aux États-Unis.
Sur les 40 sénateurs républicains, seul un s’est abstenu. Le « oui » l’a donc emporté par 60 voix contre 39, la majorité des deux tiers étant requises pour empêcher l’opposition de faire barrage à l’examen du texte en séance plénière. Le marathon législatif reprendra après le congé de l’Action de Grâce, qui sera célébré jeudi aux États-Unis.
Même procédurale, c’est une victoire pour Barack Obama, qui ne ménage pas ses efforts depuis un an pour faire passer la réforme la plus importante du système de santé américain depuis au moins un demi-siècle. Le démocrate Bill Clinton avait échoué bien avant cette étape dans les années 1990.
Le por te-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a salué hier un vote qui constitue « un pas en avant vers la fin des abus des assureurs, la maîtrise des coûts de santé qui flambent (...) et l’extension d’une couverture santé de qualité à ceux qui n’en ont pas ».
Le texte prévoit l’extension de l’assurance maladie à quelque 31 millions d’Américains qui n’en possèdent pas actuellement en taxant les assureurs et les plus riches. Les experts budgétaires du Congrès estiment le coût de la réforme à 979 milliards US sur dix ans.

L’épicerie ou les médicaments ?  -  Isabelle Kretz
Les Américains sont confrontés à des choix déchirants auxquels les Canadiens n’ont pas à faire face
Je peux témoigner que les excellents reportages de Richard Hétu et Nicolas Bérubé sur le système de santé aux États-Unis ( La Presse, 13 octobre) donnent un portrait désolant, mais fidèle de la situation.
En Caroline du Nord, je suis travailleuse sociale au sein d’un des secteurs du programme Medicaid – le programme d’assurance maladie pour les gens vivant sous le seuil de pauvreté officiel. Mes clients sont des adultes handicapés ou âgés de plus de 65 ans. Mon travail consiste à déterminer une fois par année s’ils remplissent toujours les conditions d’admissibilité au programme: avoir été reconnu comme personne handicapée mentale ou physique par le Social Security Administration, avoir un revenu mensuel de moins de 923$ et avoir des réserves comptables de moins de 2000$. Medicaid paiera alors tous leurs soins médicaux et leurs médicaments.
Mais ceux, parmi mes clients, dont le revenu mensuel dépasse 923 $ doivent s’acquitter d’une franchise de plusieurs milliers de dollars avant d’avoir droit à Medicaid. Je vois ainsi tous les jours des gens faisant face à des dilemmes inconnus par les Canadiens : payer l’électricité ou les médicaments ; faire l’épicerie ou consulter le médecin (parce que j’ai décidé de payer l’électricité la semaine dernière plutôt que mes médicaments… et que mon hypertension me donne des maux de tête).
Et il y a les cas extrêmes qui chavirent encore plus mon coeur de Québécoise. Pendant 20 ans, un de mes clients, soudeur de métier, a profité de l’assurance maladie payée par son employeur. Il s’est retrouvé un jour sans travail – et donc sans assurance maladie. On lui a diagnostiqué peu de temps après une maladie terminale du foie nécessitant une greffe. Au moment de la greffe, n’ayant aucun revenu et ayant épuisé ses économies, il a eu droit à Medicaid, qui a couvert les coûts reliés à la greffe.
Mais voici l’ironie : on lui a récemment alloué une pension d’invalidité qui hausse son revenu au-dessus de la limite maximale de 923$ de Medicaid, qui avait jusqu’à maintenant couvert le coût très élevé de ses médicaments immunodépresseurs. « Je n’ai pas assez d’argent pour vivre et payer mes médicaments. Et sans ces médicaments, je meurs », m’a-t-il dit, la voix larmoyante, quand je lui ai expliqué qu’il devait dès lors couvrir une franchise de plus de 7000$ tous les six mois, pour avoir droit à Medicaid.
I mpuissante, le seul conseil que je pouvais lui offrir était de faire des demandes auprès des compagnies pharmaceutiques, celles-ci ayant un programme d’aide pour les plus démunis. Comble d’ironie, s’il devait un jour avoir les moyens de souscrire une assurance médicale, aucune compagnie ne voudra l’assurer, puisqu’il a une condition préexistante…

Aucun système de santé n’est parfait – même pas le système canadien, on le sait. Mais personne au Canada ne doit s’endetter, hypothéquer son avenir ou faire faillite pour se soigner, pour rester en vie. Je connais beaucoup d’Américains qui, comme moi, espèrent que la réforme qui se décidera à Washington leur donnera cette chance.


États-Unis / Réforme du système de santé :
Une étape décisive est franchie au Sénat - Emannuelle Parisse
États-Unis
WASHINGTON — La réforme du système de santé du président américain Barack Obama a franchi une étape, hier, avec le vote décisif de la commission des Finances du Sénat, qui a rallié une voix de l’opposition.
Au début du mois, une grande manifestation a réuni à Washington des dizaines de milliers d’opposants à la réforme du système de santé concoctée par la Maison-Blanche. Depuis, de compromis en compromis, d’alliance en alliance, le projet fait son chemin, d’abord au Sénat, puis à la Chambre des représentants.
Le projet de loi obtient 14 voix contre 9, soit les 13 démocrates de la commission et la sénatrice républicaine modérée Olympia Snowe, qui devient la première de son camp à se rallier aux démocrates sur ce sujet. « Quand l’histoire appelle, l’histoire appelle », a-t-elle déclaré.
Ce soutien représente une première victoire pour les démocrates et la Maison-Blanche engagés depuis plusieurs mois dans ce projet.
Le plan de réforme de la couverture maladie, l’une des grandes priorités législatives de la présidence de Barack Obama, se rapproche donc un peu plus d’un débat sur le parterre du Sénat, un stade auquel un tel projet de réforme n’était jamais parvenu auparavant.
« Pente glissante »
Hier, plusieurs sénateurs ont souligné que la bataille pour cette réforme avait commencé il y a une centaine d’années, avec les propositions du président Théodore Roosevelt.
« Nous restons engagés à adopter une loi qui fasse baisser les coûts, engendre de la concurrence (dans le secteur des assurances), améliore la qualité des soins et laisse le choix (du prestataire) », a écrit dans un communiqué le chef de la majorité démocrate, Harry Reid, qui s’est félicité du vote.
Le président de la commission des Finances, Max Baucus, avait ouvert la séance d’hier en disant : « Presque t out a été dit , maintenant i l est temps d’agir. »
De son côté, le sénateur Charles Grassley, le plus haut représentant républicain de la commission des Finances, a regretté que le plan des démocrates n’ait pas fait une place aux idées républicaines. « Il est clair que ce projet de loi s’oriente déjà sur la pente glissante d’un plus grand contrôle de la santé par le gouvernement », a-t-il dit.
Réduire le déficit
Le projet concocté par la commission des Finances a l’avantage d’avoir reçu un estimation avantageuse quant au coût. Le Bureau du budget du Congrès (CBO) a publié une étude de ce texte qui conclut qu’il réduirait le déficit budgétaire américain de 81 milliards sur 10 ans.
Par ailleu r s , les discussions se poursuivent notamment sur l ’opportunité d’inclure dans la réforme une « option publique » qui serait en concurrence avec les assurances privées. Le plan de M. Baucus n’en comporte pas, au contraire de celui de la commission de la Santé et des versions mises en avant à la Chambre des représentants.
Le t exte de l a commission des Finances est central dans une controverse qui divise démocrates et républicains, mais aussi les démocrates entre eux, et la Chambre et le Sénat. I l est en effet censé maintenir la cohésion des démocrates et peutêtre rallier des républicains modérés au moment de l’adoption finale du texte.

Le cauchemar des Américains  -  RICHARD HÉTU
Après plusieurs semaines de tractations, l’influente commission des Finances du Sénat américain tiendra aujourd’hui un vote crucial sur un projet de réforme de la santé qui pourrait ouvrir la porte à un débat houleux et historique en séance plénière. Ce plan pourrait non seulement réduire de 29 millions le nombre d’Américains non assurés, mais également aider les dizaines de millions d’Américains qui sont sous-assurés en raison de l’attitude controversée des compagnies d’assurances.
NEW YORK — Le verdict est tombé le 23 janvier 2008, soit six jours avant l’arthroplastie discale que devait subir Kim Kutcher, une ex-infirmière de 44 ans: sa compagnie d’assurance maladie, Anthem Blue Cross, refusait de couvrir les frais de cette nouvelle intervention, qui consiste à remplacer un disque intervertébral par une prothèse.
La réforme de la santé proposée par Barack Obama n’a pas pour objectif d’abattre les compagnies d’assurances, mais elle pourrait en aider plusieurs en obligeant les assureurs à couvrir certains traitements ou à s’entendre sur le maximum qu’un assuré pourrait devoir payer de sa poche pour un traitement.
« La compagnie a justifié sa décision en disant qu’il s’agissait d’une intervention expérimentale, alors qu’elle est approuvée par le gouvernement fédéral depuis le mois d’août 2006», a expliqué Mme Kutcher à La Presse, au cours d’un entretien téléphonique.
Ayant déjà subi plusieurs traitements dans l’espoir vain d’éliminer ses maux de dos, Kim Kutcher a décidé de se faire opérer quand même. Elle entendait contester plus tard le verdict de son assureur. Au fil des mois, elle aura réussi à faire passer la facture de l’hôpital de 137 000$ à 60 000$, mais Anthem Blue Cross refuse toujours de lui rembourser ne serait-ce qu’un cent de cette somme.
«Ils ont invoqué toutes les excuses possibles pour refuser de payer», raconte Kim Kutcher, qui vit à Dana Point, en Californie, avec son mari, dont l’assurance maladie devrait en théorie couvrir les soins médicaux de toute la famille.
« Je les hais, ajoute Mme Kutcher en parlant des assureurs privés en général. J’espère que cette industrie finira par mourir.»
Une réforme nécessaire
La réforme de la santé proposée par Barack Obama et ses alliés démocrates du Congrès n’a pas pour objectif d’abattre les compagnies d’assurances, mais elle pourrait aider des personnes comme Kim Kutcher en obligeant les assureurs à couvrir certains traitements ou à s’entendre sur le maximum qu’un assuré pourrait devoir payer de sa poche pour un traitement.
Kim Kutcher fait partie des quelque 25 millions d’Américains qui étaient «sous-assurés», en 2007, selon les dernières données du gouvernement fédéral, soit une augmentation de 60% depuis 2003. Tombent dans cette catégorie tous ceux dont la couverture médicale ne les protège pas contre des dépenses médicales élevées. Ces «sous-assurés» s’ajoutent évidemment aux quelque 47 millions de personnes qui n’ont aucune couverture médicale aux États-Unis.
Robert Floyd, ex-plombier de Williamsport, en Pennsylvanie, s’est également retrouvé dans la catégorie des sous-assurés lorsque sa femme a été obligée de souscrire une nouvelle assurance médicale chez son employeur.
« L’a ssu reu r ref usa it de couvrir les traitements dus à une condition préexistante », explique M. Floyd, 59 ans, qui s’est fait opérer pour des problèmes de rétine et pour un cancer du rein à la fin de 2007. « Non seulement notre couverture médicale nous coûtait plus cher qu’avant, mais il fallait également payer de notre poche tous les traitements pour mon cancer et ma rétine. Nous avons dû nous endetter de plusieurs milliers de dollars avant de trouver une meilleure solution. »
Option publique
La réforme de la santé à l’étude au Congrès interdirait aux assureurs privés de refuser une couverture à cause d’antécédents médicaux.
«Le statu quo ne peut plus durer, dit Robert Floyd. Cela n’a pas de sens. Les assureurs privés peuvent faire ce qu’ils veulent.»
S’il n’en tenait qu’à Kim Kutcher, les États-Unis se débarrasseraient des assureurs privés en adoptant un système de santé à payeur unique. Sachant que son pays n’est pas encore prêt pour un tel modèle, l’ex-infirmière se satisferait d’un régime public qui concurrencerait les assureurs privés.
Barack Obama et plusieurs parlementaires démocrates se sont exprimés en faveur d’un tel système appelé «option publique» dans le jargon politique de Washington.
«La population américaine est largement en faveur de l’option publique, dit-elle. J’espère qu’elle survivra aux marchandages des prochaines semaines et que non seulement les travailleurs pauvres pourront en bénéficier, mais aussi les gens de la classe moyenne comme moi. Nous sommes bombardés de factures médicales.»

Comment les compagnies d’assurances mettent les États-Unis en danger  -  Nicolas Bérubé
LOS ANGELES — Pendant 15 ans, Wendell Potter a travaillé aux relations publiques de CIGNA, un géant de l’assurance maladie privée aux États-Unis. En tant que directeur des communications, son rôle était de veiller à ce que les plaintes des clients ne mettent pas la compagnie dans l’embarras. M. Potter a remis sa démission l’an dernier. Il milite depuis en faveur d’une assurance maladie publique aux États-Unis. La Presse l’a interviewé. Q Après
une carrière fructueuse passée à CIGNA, vous avez remis votre démission l’an dernier. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision ? R À l’été 2007, je suis allé passer quelques jours chez mon père, au Tennessee. Un matin, j’ai lu dans le journal local qu’une « expédition de santé » allait avoir lieu tout près, dans un terrain de foire, en Virginie. Cela a piqué ma curiosité. J’ai donc emprunté la voiture de mon père et je suis allé faire un tour. Ce que j’ai vu m’a scié. Des milliers de personnes sans assurance ma l a d ie a t t e nda ie nt de s heures en file pour voir un médecin ou un dentiste. Les spécialistes travaillaient en public, protégés de la pluie par des infrastructures conçues pour des animaux de foire. Il n’y avait aucune intimité, tout était ouvert. Plusieurs patients avaient dormi dans leur voiture pour avoir une place. Je n’arrivais pas à croire que tout ça avait lieu aux États-Unis. Disons que cela a accéléré une réflexion que j’avais entreprise. Quelques mois plus tard, j’ai remis ma démission. Q Près
de 50 millions d’Américains n’ont pas d’assurance maladie. Vous n’avez pas découvert ça du jour au lendemain ? R Durant la majeure partie de ma carrière, j ’avais l’impression de t rava i l ler pour une cause juste. J’avais un bon salaire, un grand bureau. Je savais que 47 millions d’Américains n’avaient pas d’assurance maladie. Or, comme la plupart de mes collègues, j’étais isolé de la « vraie vie », de la réalité de ces gens. Tant qu’on n’a pas côtoyé la misère, tout cela reste théorique, ça reste une statistique. Dans mon quotidien, j’étais préoccupé par les profits de la compagnie, par les attentes de Wall Street. C’est ce qui vous occupe l’esprit, à ce niveau-là. Q Comment
l ’ industrie s’y prend-elle pour répondre aux attentes de Wall Street ? R L es a ssu reu rs t entent pa r tous le s moyen s de limiter les réclamations importantes. Par exemple, les gens malades voient leurs primes grimper, année après a n née. Bien des gens ne peuvent plus payer ces primes. C’est prévu. Les clients malades ne renouvellent pas leu r contrat et l ’a ssu reu r perd un client qui nuisait à ses profits. Des millions de personnes sont écartées de cette façon. Q Cette
situation est décrite dans le film Sicko, de Michael Moore. Dans votre travail, vous avez été appelé à critiquer le film et à discréditer M. Moore. Comment cela fonctionne-t-il ? R J’ai vu le film et mon rôle était de trouver les failles, même si, dans mon for intérieur, j’ai trouvé le film très juste. Nous avons lancé une campagne pour discréditer Moore. Nous avons fait savoir aux élus démocrates du Congrès que ce n’était pas une bonne idée de parler du film, de soutenir ses conclusions. S’ils le faisaient, ils s’exposaient à des répercussions. La perte de contributions financières ou bien une campagne publicitaire visant à les discréditer. Ça a fonctionné. Le film a été marginalisé. Q Le
président Obama veut réformer l’assurance maladie. De l’intérieur, quelle est la position de l’industrie face à ces bouleversements ? R Les compagnies ont peur d ’u ne « option publ ique », car cela les forcerait à diminuer leurs profits afin d’être concurrentielles avec le gouvernement. Or, les compagnies veulent une réforme pour une raison bien simple : des milliards de dollars en fonds publics sont en j eu. Une des idées proposées est de forcer les gens à acheter une police d’assurance privée, qui serait en partie subventionnée par le gouvernement. Les compagnies y voient une occasion en or de faire croître leur industrie. C’est pour cela qu’elles financent les lobbyistes, plus actifs que jamais à Washington. Elles veulent une part du gâteau. Q Vous
avez donné des entrevues à PBS, MSNBC et CNN, mais les compagnies d’assurances n’ont pas réagi à vos propos. Pourquoi ? R Je pense que leur stratégie est de ne pas chercher l’affrontement. L’affrontement crée la controverse, et la controverse donne de la visibilité. Je sais que CNN a essayé d’obtenir qu’un représentant de l’industrie vienne débattre avec moi en ondes. On a répondu que personne n’était disponible... Je crois qu’ils ont peur de mes arguments, d’avoir l’air de patiner. Je connais leurs méthodes, car je les ai appliquées durant des années. Q Votre
vie a changé du tout au tout depuis votre départ. Comment vivez-vous votre nouveau rôle de critique ? R C’est très libérateur. Dans mon emploi, je devais toujours peser mes mots, faire attention à ne pas mettre la compagnie dans l’embarras. Plus j’étais critique de mon travail, plus c’était difficile. Aujourd’hui, personne ne me dit quoi dire, quoi faire. Tant que des gens seront intéressés à m’entendre, je vais continuer de donner des entrevues.


Obama traité de menteur : des excuses  -  Judith LaChapelle
Le représentant républicain Joe Wilson, qui a accusé mercredi soir le président américain Barack Obama de mentir lors de son discours devant le Congrès sur la réforme de la protection santé, a regretté hier devant la presse sa remarque « spontanée ». M. Wilson a qualifié son commentaire de « déplacé » et « regrettable ». De son côté, le président Obama a dit hier accepter les excuses du parlementaire.


Obama : « Le temps des querelles est révolu »  -  RICHARD HÉTU
Obama exhorte le Congrès à adopter rapidement une réforme du système de santé
NEW YORK — Après un mois d’août tumultueux au cours duquel la conf iance des Américains à son égard s’est effritée, Barack Obama a tenté hier soirdereprendre lamainsur le dossier de la santé. Il a exhorté le Congrès à adopter rapidement une réforme dont profiteraient des millions d’Américains qui bénéficient d’une assurance maladie et encore davantage ceux qui n’en ont pas.
« Je ne suis pas le premier président à adopter cette cause, mais je suis déterminé à être le dernier », a déclaré Barack Obama, dans un discours jugé crucial pour sa réforme, mais aussi pour sa présidence.
« Je ne suis pas le premier président à adopter cette cause, mais je suis déterminé à être le dernier », a déclaré Barack Obama, dans un discours jugé crucial pour sa réforme et sa présidence.
Le chef de la Maison-Blanche a explicité pour la première fois les modalités d’une réforme qui doit atteindre trois grands objectifs. Il s’est employé à décrire ces objectifs et à s’attaquer à ce qu’il a qualifié de « mythes » et de « mensonges » concernant la réforme du système de santé. Jusque-là, il avait tenté de rester au-dessus de la mêlée et de laisser les détails aux parlementaires.
« Le temps des querelles est révolu », a-t-il déclaré. « Le temps des petits jeux est terminé. Le moment d’agir est arrivé. »
Tout en dénonçant « le même spectacle pa r t isan qui ne fait que renforcer le mépris que de nombreux Américains ont envers leur propre gouvernement » , le président s’est dit ouvert aux idées des parlementaires démocrates et républicains.
« Mais sachez ceci: je ne perdrai pas mon temps avec les calculateurs pour lesquels il est de meilleure politique de tuer ce plan que de l’améliorer », a-t-il dit, en allusion aux républicains qui ont souhaité voir la réforme du système de santé devenir son Waterloo.
En défendant son approche, le président démocrate a insisté en premier lieu sur la nécessité d’offrir « plus de sécurité et de stabilité » à ceux qui ont déjà une assurance maladie. Il a ainsi promis qu’une nouvelle loi interdirait aux assureurs de refuser une couverture à cause d’antécédents médicaux ou de retirer, sous un prétexte ou un autre, leur couverture à des personnes malades.
Il a également assuré que la réforme fournira une assurance maladie aux dizaines de millions d’Américains qui n’en ont pas. Il s’est dit ouvert, pour atteindre cet objectif, à l’instauration d’un régime public qui coexisterait avec les assurances privées. Et il a promis que la réforme freinera la croissance des coûts de la santé.
À la fin de son allocution, il a fait appel à la compassion de ses compatriotes. Il a cité de façon émouvante une lettre de TedKennedy, ardent défenseur de l’assurance maladie universelle, qui lui a été remise après la mort du sénateur.
« Ce à quoi nous faisons face, a-t-il écrit, est d’abord et avant tout une question morale. Ce qui est en jeu ne se réduit pas aux détails d’une politique mais touche aux principes fondamentaux de justice sociale et au caractère de notre pays », a dit le président, qui a notamment salué Victoria Kennedy, la veuve du sénateur, assise à la gauche de sa femme, Michelle.
C’est donc sur un ton émouvant que Barack Obama a choisi de clore son allocution, qui faisait suite à plusieurs sondages indiquant que la réforme du système de santé minait sa popularité.

« VOUSMENTEZ! »
Joe Wilson, représentant républicain de la Caroline-du-Sud, croyait peut-être qu’il assistait à une simple réunion publique où les détracteurs de Barack Obama peuvent dire tout haut tout le mal qu’ils pensent de lui et de la réforme du système de santé qu’il propose. Barack Obama était en train de s’attaquer aux « mythes » et aux « mensonges » que ses adversaires ont répandus selon lui au sujet de la réforme du système de santé. Il venait de démentir la rumeur selon laquelle les immigrés clandestins pourraient profiter de la réforme quand le représentant Wilson l’a traité de menteur. « Vous mentez ! » s’est écrié Wilson. La présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, lui a lancé un regard assassin et le président s’est interrompu. Il faut se demander si un président américain a déjà été apostrophé de la sorte lors d’un discours devant les membres du Sénat et de la Chambre.




Santé: Obama monte au créneau  -  Richard Hétu
NEW YORK — Fragilisé par un débat de plus en plus acrimonieux sur sa réforme du système de santé, Barack Obama a tenu une réunion publique au New Hampshire, hier après-midi, afin de défendre un des principaux chantiers de sa présidence et de dénoncer les « tactiques de la peur » employées selon lui par ses opposants.
Le président Barack Obama fait campagne pour son projet de réforme du système de santé américain depuis plusieurs semaines déjà. Plus tôt cet été, il a prononcé un discours au Children’s National Medical Center de Washington.
« Si nous sommes en désaccord, soyons-le sur des choses réelles, pas sur des déformations fantaisistes qui n’ont pas la moindre similitude avec ce qui est vraiment proposé », a déclaré le président américain aux quelque 1800 personnes venues assister à la réunion dans une école de Portsmouth.
Accusant ses détracteurs d’utiliser la peur comme argument, le chef de la MaisonBlanche a notamment nié les accusations formulées vendredi par l’ancienne gouverneure d’Alaska, Sarah Palin, selon lesquelles la réforme de santé permettrait de mettre sur pied un « tribunal de la mort » avec des « bureaucrates » qui décideraient qui a le droit ou pas de recevoir des soins.
« Je ne suis pas en faveur de cela, je veux être clair là-dessus », a déclaré le président, qui a précisé que la réforme permettrait de donner davantage d’information en fin de vie.
La réunion publique de Portsmouth n’a pas donné lieu au chahut qui a caractérisé d’autres assemblées d’information sur la réforme du système de santé tenues par des parlementaires démocrates. Hier matin, à Lebanon, en Pennsylvanie, le sénateur Arlen Specter a notamment été vivement pris à partie par des électeurs qui s’inquiétaient non seulement du coût élevé du plan, mais également des risques d’intrusion de l’État dans leur compte de banque.
« Je suis républicaine », a déclaré une femme, selon le compte rendu de l’AFP. « Le problème, ce n’est pas la réforme de la santé. Le problème, c’est la transformation de ce pays en Russie, en pays socialiste. »
Le débat sur la santé est tout aussi houleux à la radio, à la télévision et sur l’internet, où les commentateurs dépassent parfois les limites de la décence. La Maison-Blanche et des organisations juives ont notamment dénoncé l’animateur de radio Rush Limbaugh, qui a comparé le président Obama à Adolf Hitler. « Adolf Hitler, comme Barack Obama, a imposé ses diktats », a déclaré Limbaugh la semaine dernière. Un de ses concurrents, Glenn Beck, a pour sa part établi un lien entre le nazisme et la réforme du système de santé.
Malgré la vigueur de l’opposition et le scepticisme croissant d’une partie de la population, le président a remporté une victoire significative, fin juillet, lorsqu’une commission influente de la Chambre des représentants a adopté un compromis sur la réforme du système de santé qui ouvrira la voie en septembre à un vote de l’ensemble de la Chambre des représentants. Le projet permet notamment d’offrir des soins aux plus de 46 millions d’Américains qui n’y ont pas accès. Elle améliore aussi la liberté de choix et la qualité des soins, selon Barack Obama.
La réforme est moins avancée au Sénat, où l’influente commission des Finances n’a pas encore accouché de son projet de loi.





Le web contre « les tactiques de la peur »
WASHINGTON — Le président américain Barack Obama a répondu hier à ceux qui ont recours aux « tactiques de la peur » pour s’opposer à son ambitieuse réforme de la santé, en lançant un site internet destiné à tuer dans l’oeuf les rumeurs qui entourent le projet.
Comme il l’avait fait pendant la campagne présidentielle de 2008 avec le site fightthesmears. com (« lutte contre la calomnie »), le président américain a lancé un nouveau site, whitehouse.gov/ realitycheck, consacré à défendre sa réforme de la santé.
Le site dénonce notamment des rumeurs affirmant que la réforme encourage ou même exige l’euthanasie des personnes âgées.
« Les rumeurs et le recours aux tactiques de la peur n’ont fait qu’augmenter au fur et à mesure que plus de gens s’engagent dans le débat. Vu les nombreuses affirmations scandaleuses qui circulent, il est temps de s’assurer que chacun connaisse les faits concernant la stabilité et la sécurité que va apporter la réforme », a expliqué dans un courriel David Axelrod, le principal conseiller du président américain. Désinformation
Cette initiative intervient alors que les alliés démocrates de M. Obama dénoncent une campagne de désinformation sur le sujet et les perturbations orchestrées de rencontres entre les parlementaires et la population pour expliquer la réforme.
« Étouf fer les opinions contradictoires n’est tout simplement pas américain. Étouffer les faits, c’est ce qui nous a fait échouer dans cette tâche pendant des décennies », écrivent la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le chef de la majorité démocrate de la Chambre, Steny Hoyer, dans une lettre publiée par le quotidien USA Today.
La veille, le chef de la minorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell, avait accusé les démocrates de chercher à « diaboliser les citoyens qui sont énergiques sur le sujet ».
L’ancienne candidate à la vice-présidence Sarah Palin avait accusé vendredi M. Obama de vouloir mettre en place des « tribunaux de la mort » en réformant le système de santé, avec des « bureaucrates » qui décideraient qui a le droit ou pas d’être soigné.
L’administration Obama espère un vote à l’automne dans ce dossier sur lequel les administrations démocrates successives se sont cassé les dents.
Près de 50 millions d’Américains sont dépourvus d’assurance santé. La réforme actuelle vise à remédier à cette situation.


Grippe pro-Obama  -  Sylvio LeBlanc
Alors que le président Obama peine à faire adopter sa vaste et indispensable réforme du système de santé, la pandémie de grippe A ( H1N1), qui inquiète six Américains sur 10, pourrait changer la donne en sa faveur. Autant la crise économique naissante à l’automne 2008 a facilité son élection, autant la crise sanitaire qui s’annonce pourrait l’aider à faire passer sa réforme. La récession fait perdre chaque jour leur assurance à 14 000 Américains, dans un pays où la couverture médicale est pourvue en grande partie par l’employeur. Qu’est-ce que ce sera quand la pandémie frappera de plein fouet? En plus de faucher des vies, elle videra les écoles, fera grimper les taux d’absentéisme au travail et du chômage. La pandémie pourrait faire de grands dommages d’ici à ce que la réforme soit votée. Le cas échéant, les électeurs insécurisés pousseront les élus réticents à dire oui à la réforme Obama, sous peine de n’être pas réélus.

Barack Obama persiste et signe
Malgré les doutes et les critiques, le président garantit une réforme du système de santé cette année

« Ce débat n’est pas un jeu pour ces Américains, et ils ne peuvent attendre plus longtemps une réforme. »
COLLABORATION SPÉCIALE
— Barack Obama est catégorique: la réforme du système de santé des États-Unis deviendra réalité cette année, malgré les doutes et les critiques croissants que suscite le plus ambitieux chantier de sa présidence.
Le chef de la Maison-Blanche a fait cette prédiction hier soir, au cours de sa quatrième conférence de presse diffusée à une heure de grande écoute, sachant que l’échec de son projet pourrait lui coûter très cher sur le plan politique. Il a également promis que la réforme de l’assurance maladie n’augmenterait pas le déficit du gouvernement « pour la décennie à venir ».
En fait, selon le président, la réforme est cruciale à l’effort de réduction du déficit et de relance économique, un argument qui va au-delà du discours traditionnel concernant les dizaines de millions d’Américains non assurés.
« Si nous ne réduisons pas ces dépenses, nous ne parviendrons pas à réduire notre déficit », a déclaré Barack Obama au début d’une conférence de presse qui aura été dominée par le dossier de la santé.
« Nous adopterons une réforme qui diminuera les coûts, encouragera la liberté de choix et accordera une couverture de santé sur laquelle tous les Américains pourront compter. Et nous le ferons cette année », a-t-il ajouté.
Cet engagement ferme survient au moment où le soutien à l’action du président Obama a diminué, notamment dans les dossiers névralgiques de la santé et de l’économie, selon les sondages. Le scepticisme croissant du public est partagé au Congrès non seulement par les républicains, mais également par certains démocrates conservateurs, qui s’inquiètent du coût de la réforme – estimé à plus de 1000 milliards de dollars – et de son financement.
Le président a tenté de rassurer les uns et les autres en insistant sur l’impact positif qu’aura la réforme de la santé sur le déficit, un jugement contesté. Il n’a cependant pas voulu abandonner l’idée controversée de soumettre les contribuables les plus riches à un impôt supplémentaire de 1% à 5,4% pour financer une partie de la réforme.
Il a également endossé la création d’un programme d’assurance maladie géré par le gouvernement pour faire concurrence aux assureurs privés, un autre projet qui suscite une certaine opposition chez les démocrates conservateurs et l’opposition certaine des républicains.
Le président a évidemment réservé ses commentaires les plus critiques aux stratèges et parlementaires républicains, qui disent vouloir « tuer » la réforme afin de le « briser » sur le plan politique.
« Soyons clairs: ce n’est pas de moi qu’il s’agit, a-t-il dit. J’ai une excellente assurance maladie, et il en est de même pour chaque membre du Congrès. Ce débat est le reflet des lettres que je lis chaque jour dans le Bureau ovale et des histoires que j’entends dans les réunions publiques… Ce débat n’est pas un jeu pour ces Américains, et ils ne peuvent attendre plus longtemps une réforme. Ils comptent sur nous pour accomplir cette tâche. Et nous ne devons pas les laisser tomber. »
Le président a défendu son empressement à voir la Chambre des représentants et le Sénat voter sur des projets de réforme.
« Je suis pressé parce que je reçois chaque jour des lettres de familles assommées par les coûts médicaux, et elles me demandent de l’aide, a-t-il dit. Si on ne fixe pas de dates butoir dans cette ville, rien n’arrivera. La position de défaut est l’inertie. »

Avant la conférence de presse du chef de la Maison-Blanche, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, avait indiqué qu’elle disposait d’un nombre suffisant de voix pour adopter un projet de réforme avant la pause parlementaire du mois d’août. Le Sénat ne devrait cependant pas se prononcer sur sa version avant le mois de septembre.





La santé, Waterloo d’Obama?  -  Richard Hétu
Des démocrates modérés et conservateurs ont également exprimé des réticences à l’égard de la réforme.
Trois pas en avant, deux pas en arrière: voilà comment progresse la réforme du système de santé des États-Unis promise par Barack Obama, qui pourrait devenir la réalisation la plus importante de sa présidence ou, comme l’a souhaité un sénateur républicain la semaine dernière, « son Waterloo ».
Les progrès sont indéniables. La semaine dernière, la Chambre des représentants a présenté un plan détaillé qui vise à diminuer les coûts, à fournir de meilleurs soins et à améliorer le système d’assurance santé en élargissant notamment la couverture à 97% des Américains. Pour financer une partie de la réforme, dont le coût s’élèverait à plus de 1000 milliards de dollars en 10 ans, la Chambre prévoit un impôt supplémentaire de 1% à 5,4% pour les familles gagnant 350 000$ et plus. Une autre partie du financement proviendrait des économies réalisées grâce à la réforme.
T rois commissions de la Chambre ont déjà approuvé ce projet, qui devrait être soumis au vote de l’ensemble des représentants avant les vacances parlementaires d’août. La commission de la santé du Sénat a également donné son aval la semaine dernière à une autre version de réforme.
Les progrès ne s’arrêtent pas là. La réforme du système de santé jouit d’appuis importants à l’extérieur du gouvernement, non seulement parmi la population, mais également auprès des associations d’hôpitaux et de médecins, entre autres, qui s’étaient élevées contre les changements proposés par l’administration Clinton dans les années 90.
Nombreux obstacles
Mais les obstacles ne manquent pas. Malgré la promesse de Barack Obama de privilégier une approche bipartite dans le dossier de la santé, les républicains se sont unanimement opposés aux plans proposés par les démocrates de la Chambre et du Sénat. Ils ont notamment critiqué le coût de la réforme de même que la création d’une assurance maladie publique qui ait pour vocation de concurrencer les assureurs privés.
Selon les républicains, un tel système serait le début de la fin du système de santé privé aux États-Unis.
Des démocrates modérés et conservateurs ont également exprimé des réticences à l’égard de la réforme. Ils ont trouvé un allié de taille la semaine dernière en la personne de Douglas Elmendorf, directeur du Bureau du budget du Congrès, un organe législatif indépendant. Après avoir étudié les projets de loi de la Chambre et du Sénat, Elmendorf a conclu qu’aucun d’eux ne parviendrait à contenir la hausse des coûts de la santé publique, un des principaux objectifs de Barack Obama.
« Nous ne voyons pas le type de changements fondamentaux nécessaires pour réduire de manière significative la trajectoire des dépenses de santé fédérale », a déclaré Elmendorf.
Faisant allusion à cette conclusion, un groupe de six sénateurs, dont trois démocrates, a envoyé vendredi une lettre au chef de la majorité du Sénat, Harry Reid, lui demandant de reporter à plus tard un vote prévu pour le 27 juillet sur un projet de réforme.
Les républ icains, dont le sénateur de Caroline-du-Sud Jim DeMint, ne demandent pas mieux, souhaitant vivement que ce vote n’ait pas lieu avant les vacances parlementaires. Dans leur esprit, cette période de relâche permettra aux Américains d’exprimer à leurs élus leur opposition à la réforme du système de santé proposée par les démocrates.
« Quand les sénateurs et les représentants reviendront en septembre, ils auront peur de voter contre le peuple américain », a déclaré le sénateur DeMint lors d’une téléconférence avec des militants conservateurs la semaine dernière.
« Cette question de la santé est le Jour J pour la liberté aux États-Unis, a-t-il ajouté. Si nous sommes capables de stopper Obama dans ce dossier, ce sera son Waterloo. Cela le brisera. »
Danger manifeste
De toute évidence, Barack Obama est conscient du danger auquel il fait face. Vendredi, lors d’un point de presse à la MaisonBlanche, il a insisté sur la nécessité de ne pas relâcher les efforts pour réformer le système de santé.
« Ce n’est pas le moment de ralentir, a-t-il dit. Au cours des dernières semaines, nous avons établi un consensus (sur la réforme) jamais vu dans ce pays. Nous devons maintenant franchir la ligne d’arrivée », a-t-il ajouté, tout en se disant « absolument convaincu » que la réforme sera adoptée cette année.
Peu après, la Maison-Blanche a créé un précédent en annonçant sur sa page Twitter que le président donnerait une conférence de presse télévisée mercredi à une heure de grande écoute. La réforme du système de santé sera évidemment au menu.

ÉTATS-UNIS Contretemps à la réforme
Le président Barack Obama a subi hier un sérieux contretemps dans sa vaste entreprise de réforme du système de santé américain quand les dirigeants du Sénat ont dit ne pas en être en mesure de voter sur un texte avant les vacances parlementaires d’août. M. Obama avait donné aux deux chambres du Congrès jusqu’aux vacances d’été pour voter chacune sur les versions initiales d’une réforme. Elles devaient tâcher ensuite de s’entendre sur un texte commun à leur retour en session.



RÉFORME DE LA SANTÉ  Obama en mode séduction

CHICAGO — Le président Barack Obama a mené, hier, une entreprise de séduction auprès des médecins américains pour vaincre leurs réticences envers une réforme du système de santé sans laquelle l’économie risque, selon lui, de connaître le sort de l’industrie automobile.
M. Obama est engagé dans une vaste campagne pour faire adopter une telle réforme par le Congrès avant fin 2009. Les médecins, lobby influent, disposent dans l’affaire d’un pouvoir considérable et M. Obama s’est employé à les rallier en prenant la parole, à Chicago, devant l’American Medical Association, leur plus grande organisation.
M. Obama a dressé un parallèle avec General Motors, l’ex numéro un de l’automobile qui vient de déposer son bilan, soulignant qu’une grande partie des problèmes du constructeur venait du coût de la couverture maladie payée à ses salariés.
« Si nous ne réparons pas notre système de santé, l’Amérique pourrait bien prendre le même chemin que GM: payer toujours plus, recevoir toujours moins en retour et se retrouver fauché », at-il dit.
M. Obama a dénoncé un système dans lequel des millions d’Américains ne peuvent plus se permettre d’avoir une assurance maladie parce qu’elles sont hors de prix, où des entreprises sont forcées de licencier ou de fermer à cause du prix de la couverture de leurs salariés et où l’État, déjà confronté à des déficits records, risque de devoir bientôt payer autant pour couvrir les personnes âgées et les handicapés que pour la défense du pays.
L’explosion des coûts constitue « une bombe à retardement pour le budget fédéral », a-t-il dit.
Il veut réduire les dépenses tout en étendant la couverture santé aux 46 millions d’Américains qui en seraient dépourvus (environ 15% de la population).
Il veut améliorer la qualité d’un système privilégiant la quantité des interventions à la qualité : la réforme « réduira le nombre des erreurs médicales qui causent 100 000 morts inutiles chaque année dans nos hôpitaux », a-t-il dit.
Les parlementaires travaillent à un projet à soumettre à M. Obama. Une telle réforme est une entreprise sur laquelle l’ancien président Bill Clinton s’est cassé les dents.
L’opposition républicaine voit là une occasion d’attaquer la popularité de M. Obama et ses amis démocrates en vue des élections de mi-mandat de 2010; ils dénoncent une « socialisation » de la médecine qui va encore aggraver les déficits.
M. Obama a répliqué sèchement: « Quand vous entendez les partisans du non prétendre que j’essaie d’instaurer une médecine gérée par l’État, sachez ceci: ils ne disent pas la vérité. »


Obama s’attaque à l’hydre de la santé
UNE COUVERTUREMÉDICALE POUR TOUS
— Le président Barack Obama a mis tout son poids hier derrière une réforme du système de santé, un grand projet censé offrir une couverture médicale à des dizaines de millions d’Américains, mais aussi une entreprise ardue et politiquement dangereuse.
C’est un projet sur lequel l’ancien président Bill Clinton s’est cassé les dents dans les années 90. George W. Bush s’est contenté de retouches.
M. Obama, lui, veut faire adopter la réforme avant fin 2009, dès sa première année.
« Nous avons atteint un point où ne rien faire devant le coût du système de santé n’est plus possible. Le statu quo est intolérable », a-t-il dit à Green Bay, une localité exemplaire, selon la Maison-Blanche, dans la maîtrise des dépenses pour des prestations adaptées.
« Nous avons le système de santé le plus onéreux au monde. Nous dépensons presque 50% de plus par personne pour la santé que le deuxième pays le plus cher. Le problème, c’est que nous ne nous portons pas mieux pour autant », a-t-il dit lors d’une réunion publique.
M. Obama compte tenir deux promesses : offrir une couverture aux 46 millions d’Américains qui en seraient dépourvus (environ 15% de la population); contribuer à réduire les déficits de moitié d’ici à 2013 en diminuant des dépenses de santé qui, au rythme actuel, absorberont dans dix ans un cinquième de la richesse nationale selon lui, pour des prestations en dégradation constante.
Mais il s’attaque à une hydre qui a participé à la défaite des alliés démocrates de M. Clinton aux élections de 1994.
À nouveau, leurs adversaires républicains dénoncent une socialisation du système.
M. Obama a toutefois décidé de procéder différemment de M. Clinton. Il a engagé une vaste concertation pour tenter de rallier les parties prenantes (politiques, médecins, assurances, etc.) en amont et s’en remet aux parlementaires pour rédiger la loi.




Santé : Gare aux « horreurs » du système canadien ! -  RICHARD HÉTU
Réforme de la santé aux États-Unis
La réforme doit contribuer à réduire les coûts des soins médicaux et laisser aux Américains la liberté de choisir leur couverture.
Depuis quelques jours, des centaines de milliers, voire des millions de téléspectateurs américains font la connaissance de Shona Holmes, une Ontarienne qui les met en garde contre l’implantation chez eux d’un système de santé inspiré de celui qui a cours au Canada.
« J’ai survécu à une tumeur au cerveau. Mais si je m’étais fiée à mon gouvernement, je serais morte », dit la jeune femme dans une publicité diffusée dans huit États américains, dont la Virginie, la Louisiane et l’Indiana.
« Je suis citoyenne canadienne, ajoute-t-elle en fixant la caméra. Alors que ma tumeur au cerveau s’aggravait, le système de santé de mon gouvernement m’a dit que je devais attendre six mois pour voir un spécialiste. »
Mais tout est bien qui finit bien: comme elle l’explique dans l’annonce, Shona Holmes a reçu un traitement adéquat… aux États-Unis !
Cette pub de 30 secondes, financée par une fondation américaine vouée à la défense de la libre entreprise, n’est qu’un exemple parmi d’autres du dénigrement du système d’assurance maladie canadien qui accompagne le débat sur la réforme de la santé aux États-Unis.
Le groupe Conservatives for Patients’ Rights en fournira un autre exemple aujourd’hui sur deux chaînes câblées nationales et une chaîne locale de Washington, dans une publicité de 30 minutes intitulée La fin des droits des patients: les conséquences d’un système de santé géré par le gouvernement. L’annonce mettra en vedette des patients et des médecins du Canada et de Grande-Bretagne qui décriront les « histoires d’horreur » des systèmes de santé de leur pays respectif.
Cette pub sera diffusée à la veille du retour des parlementaires américains à Washington, où ils doivent s’atteler à la rédaction des textes de loi qui concrétiseront la réforme du système de santé promise par Barack Obama.
« Je pense que le statu quo est inacceptable et que nous devons boucler la réforme cette année », a déclaré le président américain jeudi dernier, lors d’un appel téléphonique aux plus ardents suppor ters de sa campagne présidentielle.
« C’est notre plus grande chance de démontrer que le mouvement que vous avez lancé durant la campagne n’est pas fini. »
Les alliés démocrates du président à la Chambre des représentants se sont engagés d’adopter d’ici à la fin juillet une loi donnant à tous les Américains la possibilité d’une couverture médicale. Depuis huit ans, le nombre de personnes non assurées aux ÉtatsUnis est passé de 38 millions à plus de 46 millions.
Deux grands principes
La réforme, qui sera également débattue au Sénat, devra respecter deux autres grands principes fondamentaux, selon le président : elle doit contribuer à réduire les coûts des soins médicaux et laisser aux Américains la liberté de choisir leur couverture.
Il n’est donc pas question de copier le modèle du voisin du Nord. Mais la seule mention du système canadien peut apporter de l’eau au moulin des adversaires d’une réforme, a rappelé le stratège Frank Luntz dans une note adressée récemment aux parlementaires républicains. « Les histoires d’horreur du système de santé canadien ont un impact, mais vous devez trouver une façon de les incarner », a-t-il écrit, évoquant une stratégie que les groupes opposés aux objectifs du président Obama ont déjà adoptée dans leurs publicités télévisées.
Le stratège recommande également aux politiciens de bien choisir leurs mots pour dénoncer le système de santé canadien ou britannique. Voici donc ce que les élus républicains devraient dire, selon Frank Luntz, lorsqu’ils s’adressent à la population: « Dans les pays où le gouvernement gère la santé, des politiciens prennent VOS décisions enmatière de santé. ILS décident si vous recevrez tel ou tel traitement, ou si vous êtes disqualifié parce que le traitement est trop coûteux ou parce que vous êtes trop vieux. Nous ne pouvons pas avoir cela aux États-Unis. »
Les partisans de la réforme de santé n’ont évidemment pas l’intention de céder tout le terrain à leurs adversaires. Ils ont commencé à diffuser leurs propres pubs, qui donnent le mauvais rôle aux compagnies d’assurance plutôt qu’aux politiciens ou aux bureaucrates. Ils auront également l’aide du chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, qui sera à Washington demain pour parler des bienfaits du système de santé canadien au WoodrowWilsonInstituteetdurant des rencontres avec des membres de l’administration Obama et des parlementaires américains.
« Une bataille est engagée sur les soins de santé universels aux États-Unis et le NPD s’en mêle. J’espère que vous nous appuierez », écrit la présidente du NPD, Anne McGrath, dans un message où elle invite les partisans du parti à faire un don pour appuyer « Obama dans sa lutte pour les soins de santé universels ».




L’administration Obama rompt avec la « guerre contre la drogue » -  RICHARD HÉTU
Le nouveau responsable appelle à l’abandon du slogan belliqueux
« Peu importe comment vous expliquez aux gens qu’il s’agit d’une “ guerre contre la drogue” ou une “ guerre contre un produit ”, les gens voient une guerre comme une guerre contre eux. Nous ne sommes pas en guerre contre les gens de ce pays. »  
— Mille neuf cent soixante-neuf : Richard Nixon, président des États-Unis, déclare la « guerre à la drogue », s’inspirant d’un slogan appliqué à la pauvreté par son prédécesseur, Lyndon Johnson. La formule servira à plusieurs de ses successeurs pour résumer la politique répressive du gouvernement fédéral à l’égard d’un problème sans frontières.
D e u x mi l l e ne u f : G i l Kerlikowske, nouveau chef de la lutte contre la drogue au sein de l’administration Obama, appelle à l’abandon de l’analogie belliqueuse, la considérant comme un obstacle à une gestion plus efficace des problèmes reliés à la drogue.
« Peu importe comment vous expliquez aux gens qu’il s’agit d’une " guerre contre la drogue" ou une " guerre contre un produit", les gens voient une guerre comme une guerre contre eux. Nous ne sommes pas en guerre contre les gens de ce pays », a déclaré Gil Kerlikowske lors d’une entrevue publiée hier dans le Wall Street Journal, sa première depuis sa nomination à ce poste, il y a un peu plus de deux mois.
Kerlikowske, ex-chef de police de Seattle, n’est pas le premier tsar de la drogue à prôner l’abandon de l’expression « guerre à la drogue ». Un de ses prédécesseurs, le général à la retraite Barry McCaffrey, refusait également d’utiliser le slogan sous l’administration Clinton. Mais ses politiques étaient aussi répressives que celles de ses prédécesseurs.
Or, Kerlikowske incarne la promesse d’un changement réel, selon Nathan Nadelmann, directeur général de la Drug Policy Alliance, un groupe favorable à la dépénalisation.
« Nous allons voir des progrès significatifs sur les principaux engagements du président Obama dans le dossier de la drogue », a-t-il déclaré lors d’une entrevue téléphonique. « Nous allons voir l’élimination de certains programmes de la " guerre à la drogue" dont l’échec est patent. Et nous allons voir une hausse importante des sommes consacrées au traitement. L’accent ne sera plus mis seulement sur l’incarcération. »
L’administration Obama avait déjà signalé de diverses façons son intention de rompre avec la politique de l’administration précédente à l’égard de la drogue. Elle a notamment réclamé la fin de la disparité des peines pour trafic de cocaïne en poudre et trafic de crack, son dérivé peu coûteux. En vertu d’une loi adoptée en 1986, revendre un gramme de crack expose à la même peine que revendre 100 grammes de cocaïne en poudre. Cette disparité apparaît non seulement injustifiée, mais également raciste, dans la mesure où le trafic du crack touche d’abord les Noirs.
L’administration démocrate a également annoncé la fin des raids fédéraux dans les dispensaires de marijuana médicale situés dans les 13 États où ceux-ci ont été légalisés. En tant que candidat, Barack Obama a, d’autre part, promis de lever l’interdiction au financement fédéral des programmes d’échange de seringues.
Le virage de l’administration démocrate ne manquera pas de soulever des vagues. Le sénateur républicain de l’Oklahoma, Tom Coburn, s’est déjà inquiété de l’approche permissive de Gil Kerlikowske à l’égard de la marijuana. Le chef du syndicat de la police de Seattle a formulé la même critique, faisant allusion à des secteurs de sa ville qui seraient devenus des marchés de marijuana à ciel ouvert.


WASHINGTON  La folle semaine du président
Assemblée générale de l’ONU, sommet sur le climat, G20, réunion tripartite sur le ProcheOrient, rencontres bilatérales multiples... Le président des États-Unis Barack Obama, qui en a déjà plein les bras en politique intérieure, sera cette fois mis à l’épreuve sur le front diplomatique. Une folle semaine sur laquelle plane également l’ombre de l’Iran.
WASHINGTON — La semaine qui s’ouvre s’annonce comme celle du grand oral diplomatique pour Barack Obama, véritable test de leadership pour un président américain qui s’est engagé à « changer le monde».
Le président Barack Obama a mené hier une grande offensive médiatique. Sur les grandes chaînes de télévision, il a notamment défendu son projet critiqué de réforme de la santé et s’est exprimé sur les sujets de l’heure en matière internationale.
En quatre jours, il plongera la tête la première dans la politique des Nations unies à New York , ava nt d’être l’hôte d’un sommet du G20 consacré à la crise économique à Pittsburgh. C’est donc le monde qui vient à lui, et les attentes à son égard sont grandes.
À l’heu re où il bata ille ferme dans le dossier de la réforme nationale de la santé, Barack Obama se retrouve aussi sous pression sur la scène internationale : on lui réclame de relancer le processus de paix au Proche-Orient, de prouver que Washington est sérieusement engagé dans la lutte contre le réchau ffement climatique et d’être capable de fa i re face à la menace nucléaire iranienne. Les Européens le poussent en outre à agir contre les comportements à risque des financiers américains.
Sans compter le poids des deux guerres héritées de son prédécesseur : l’Irak, dont il se désengage, et surtout l’Afghanistan, où il a dépêché des renforts avant de prendre du recul pour décider de la suite, pris entre l’aggravation du conflit et les appels au retrait qui se multiplient.
Discours attendu à l’ONU
«Le leadership, ce n’est pas seulement de dire aux gens ce que vous voulons, comme l’a découvert l’administration Bush. Le leadership, c’est de réussir à faire faire aux gens ce que vous voulez qu’ils fassent», résume Jon Alterman, ancien responsable du département d’État sous George W. Bush et spécialiste du Proche-Orient au Center for Strategic and International Studies (CSIS).
Obama le tribun est très attendu pou r son premier discours, mercredi, devant les 192 membres de l’Assemblée générale, qui devrait donner le ton de ce leadership, fondé sur une nouvelle coopération multilatérale dans laquelle chacun prend ses responsabilités.
Pendant cette Assemblée générale, ce sont les ÉtatsUnis qui assureront la présidence tournante du Conseil de sécu rité : du coup, fa it exceptionnel, Obama deviendra le premier président américain à présider le Conseil pour une session spéciale sur le désarmement et la nonprolifération. Il compte en émerger muni d’une résolution susceptible de porter son ambition de dénucléarisation mondiale et de faire monter la pression sur l’Iran et la Corée du Nord.
Il prendra aussi la parole au sommet sur le climat organisé par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon pour marquer les esprits en vue du sommet de Copenhague, en décembre, où doit se négocier un nouveau traité mondial destiné à succéder au protocole de Kyoto.
Outre ces discours sous les projecteurs, il y aura, encore plus important, les rencontres qu’on ne voit pas. Dès aujourd’hui, Barack Obama doit rencontrer en privé les dirigeants de la Russie, de la Chine et du Japon, à New York.
Inquiétudes du G20
Déjà un habitué des grands pow-wow i nternationau x, moins d’un an après son arrivée à la Maison-Blanche, il s’apprête ensuite à présider le G20 de Pittsburgh, son deuxième sommet du genre consacré à la crise. Mais il risque d’y contrarier ses interlocuteurs, mécontents de l’absence d’action américaine en matière de régulation financière et de primes aux banquiers, malgré ses pressions sur Wall Street.
« Il y a une très forte inquiétude que les leçons n’aient pas été tirées » aux États-Unis, note Heather Conley, en charge de l’Europe au CSIS.
Le calendrier de la semaine sera aussi fonction de l’actualité des derniers jours. Dans le dossier proche-oriental d’abord.
Malgré le « chou blanc » de l’émissaire spécial George Mitchell, de retour d’une tournée infructueuse, et le peu d’optimisme sur un déblocage, M. Obama sera l’hôte d’une rencontre tripartite demain avec le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.
La Chine est quant à elle furieuse d’avoir été pénalisée pour violation des règles commerciales en matière d’exportation vers les États-Unis, geste qui laisse craindre un réveil du protectionnisme américain.
Dossier iranien
En revanche, Washington a ravi Moscou en remisant au placard le projet de bouclier antimissile européen de son prédécesseur, sans que l’on sache exactement encore ce que la Russie pourrait avoir accepté en échange. Peut-être de j ouer de son inf luence auprès de Téhéran ?
Car sur cette folle semaine pla ne l ’o m br e de l’ I ran. Hillary Clinton a signalé que sa patience avait des limites et exhorté Téhéran à bouger da ns le dossier nucléa ire. Seule réponse du président Mahmoud Ahmadinejad avant son arrivée à l’Assemblée générale, vendredi: il a une nouvelle fois remis en question la réalité de l’Holocauste et l’existence d’Israël. Les Six s’apprêtent à participer à une nouvelle conférence, le 1er octobre, avec le régime iranien.







Hu Jintao et Obama plaident pour plus de coopération
VISITE OFFICIELLE DU PRÉSIDENT AMÉRICAIN EN CHINE
PÉKIN — Pour sa première visite officielle en Chine, le président américain Barack Obama et son homologue chinois Hu Jintao ont dialogué en privé plus de deux heures, hier, à Pékin. Au cours de ces discussions, ils ont trouvé des points de convergence, comme le dossier nucléaire iranien et le climat, sans éluder les sujets de tension récurrents tels que les droits humains et le Tibet.
Barack Obama a passé en revue, hier, la garde d’honneur devant le Grand Hall du Peuple, qui borde la place Tiananmen, à Pékin.
« Les relations entre nos deux pays se situent au-delà d’un seul sujet », a estimé Barack Obama lors d’une conférence de presse aux côtés de son homologue chinois Hu Jintao.
Les deux chefs d’ État ont évoqué en termes audacieux les relations entre les deux puissances, soulignant leur coopération en économie, sur le changement climatique, l’énergie et les dossiers nucléaire iranien et nord-coréen.
Le président Obama a tenu à mettre l’accent sur les intérêts communs des deux pays. « Je ne crois pas que le succès d’un pays doit se faire aux dépens d’un autre. » Et de marteler que leurs relations sont « positives et complètes ».
Cependant, le président américain a évoqué les droits humains, répétant qu’ils étaient universels et devaient être respectés par tous. Ils ont d’ailleurs fixé une date pour s’entretenir sur la question des droits humains l’année prochaine, une des questions sur laquelle Washington et Pékin lesquelles divisés.
Ainsi, Hu Jintao a appelé les États-Unis à respecter les « intérêts propres » de la Chine, une notion faisant référence à la fin du soutien à Taiwan et au dalaï lama, le leader tibétain en exil.
Si Barack Obama a reconnu que le Tibet était une partie de la Chine, il a exhorté Pékin à reprendre le dialogue avec les émissaires du dalaï lama.
À la fin de leurs entretiens au Grand Hall du Peuple, qui borde la place Tiananmen, les deux hommes ont également évoqué les tensions sur le terrain économique, le président américain déclarant que la Chine avait aidé les ÉtatsUnis à sortir de la pire récession de cette génération.
Sur les sujets internationaux, le président Barack Obama a prévenu qu’il y aurait des conséquences si l’Iran ne démontrait pas que son programme nucléaire est « pacifique et transparent ».
« L’Iran a l’occasion de présenter et de démontrer ses intentions pacifiques, mais s’il ne profite pas de cette opportunité, i l en subira les conséquences », a lancé Barack Obama.
Washington a besoin de Pékin, partenaire économique important de l’Iran, pour accentuer la pression internationale afin que Téhéran abandonne son programme nucléaire.
Le président chinois n’a pas précisé quel type de conséquences affronterait l’Iran, mais a souligné l’importance de la négociation.



USA : 680 MILLIARDS: BUDGET RÉDUIT POUR LA DÉFENSE
Le président américain Barack Obama a approuvé hier un budget militaire pour 2010 doté de 680 milliards de dollars, affirmant que sa volonté de mettre fin aux gaspillages du ministère de la Défense montrait qu’une autre politique était possible à Washington. «J’ai toujours rejeté l’idée selon laquelle nous devrions forcément gaspiller les milliards de dollars du contribuable américain pour assurer la sécurité de notre pays», a dit Barack Obama, avant de promulguer la loi de programmation budgétaire du ministère de la Défense lors d’une cérémonie à la Maison-Blanche. Le texte contient en outre une augmentation de la paie des militaires de 3,4%. Il comprend également 6,7 milliards de dollars pour le financement de véhicules résistant aux mines. En outre, 7,5 milliards sont prévus pour entraîner et équiper l’armée et la police afghane.

Les Américains demandent, les Russes écoutent  -  Judith LaChapelle
La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a discuté hier avec les dirigeants russes des pressions à mettre sur l’ Iran qui développe son propre programme nucléaire. Mais dans ce dossier, comme dans le cas d’une aide en Afghanistan, les Russes « ti
REntendons-nous bien , quand les Russes disent que les sanctions sont inévitables, ça ne veut pas dire qu’ils y participeront. I l s sont extrêmement réticents à aller t rès loin là-dessus. Mais c e s e r a i t u n s uccès diplomatique considérable si l eu r s bonnes r elat i ons ave c l ’ I r a n per mett a i e nt de t rouver une solution de c o mprom i s . J e p r é s u me que les Russes ont dit aux Américains : avant d’en arriver là, il faudrait négocier.
Le président russe Dmitri Medvedev a rencontré hier la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton à son arrivée à Moscou.
RC ’e s t considérable pour les Russes. L’autre grosse pomme de discorde, qui se règle par la force des choses, est l’adhésion de la Géorgie et de l ’ Ukraine à l’OTAN, qui a été renvoyée aux calendes grecques. Les Russes s e montrent donc davantage disposés à coll aborer sur l ’A fgha nista n, en ouvrant l ’espace aérien et terrestre pour le t ra nsit de matériel militaire américain. C’est très i mportant pour les États-Unis, à cause de la situation incertaine au Pakista n. Et selon Robert Gates, cela représente des économies de quelque 700 millions de dollars dans le budget militaire américain. Non. Ce que les Russes disent sa ns le d i re, parce qu’ils sont en bons termes avec les États-Unis, c ’e s t : vous avez protesté du bout des lèv res quand l’ I nde et le Pakistan se sont dotés de l ’a r me nucléaire, mais quand i l s ’agit d’un État avec lequel vous n’avez pas de bonnes relations, il faut l’empêcher au nom de la non-prolifération. L’ I ran est u n pa rtenaire de la Russie. I l s y vendent des armes, ils construisent une centrale nucléaire à des fins paci f i ques. Ce s ont deu x producteurs gaziers qui collaborent. L’idée d’un I ra n nucléaire les dérange, mais les gêne i nfiniment moins que les Américains. En ce moment, les Russes tien nent u n peu l a d r a gée haute au x A méric a i ns . I l s l e u r ont demandé d’aba ndonner le bouclier a nti missile et i l s o n t o b t e nu s a t i s f a c t i o n . Les Américains vont l eur demander une collaboration sur l’ I ran et l’Afghanistan.
RTous les dirigeants américains se font un point d’honneur d’aller rencontrer des opposa nt s e n Russie pour leur donner un soutien moral. Mais Obama a tenu un discours en rupture avec Bush en disant que les ÉtatsUnis sont pour la démocratie, mais que ce n’est pas à eux de l’exporter.


Le Canada et les États-Unis forment une « famille »  -  Vincent Brousseau-Pouliot
L’ambassadeur d’Obama au Canada livre son premier discours au Québec
« B o nj o u r mesda mes e t messieurs! »
David Jacobson, avocat de Chicago, a été vice-président des finances de la campagne présidentielle de Barack Obama.
En commençant son discours avec quelques mots en français, le nouvel ambassadeur des États-Unis au Canada, David Jacobson, a réussi sa rentrée diplomatique en sol québécois. L’avocat de Chicago, qui a été vice-président des finances de la campagne présidentielle de Barack Obama, a livré son premier discours au Québec hier matin lors d’une conférence du Conseil des affaires canadoaméricaines, au centre-ville de Montréal. « Mon fils étudie à l’Université McGill, alors je vais accepter toutes les invitations à Montréal au cours de mon mandat », dit-il.
Sur un ton rassurant, l’ambassadeur s’est engagé à ne pas rouvrir l’Accord de libre-échange nord-américain ( ALENA). « Nous n’avons aucun intérêt à renégocier l’ALENA, dit-il. Peut-être pourrions-nous tout au plus faire quelques ajustements au chapitre de l’environnement et du droit du travail. Mais fondamentalement, l’ALENA fonctionne. »
David Jacobson a aussi réitéré le souhait de l’administration Obama de trouver une solution au différend entre les deux pays sur la clause Buy American. Cette clause exclut les entreprises canadiennes du processus d’attribution des contrats des États américains et des villes américaines en vertu du plan de relance économique. « Nous comprenons bien les inquiétudes du Canada, dit David Jacobson. Chaque élu que j’ai rencontré depuis ma nomination m’en a parlé, chaque journaliste à qui j’ai donné une entrevue aussi. Le président Obama croit beaucoup au libre-échange, et il y a des discussions parmi des membres supérieurs des deux administrations afin de résoudre cette question. »
Au cours d’un discours d’une quinzaine de minutes prononcé sur un ton conciliant, l’ambassadeur des États-Unis a souligné les liens très forts unissant le Canada et son pays. « Ce qui peut sembler extraordinaire pour d’autres pays semble ordinaire pour nos deux pays, dit-il. Nous ne sommes pas seulement des voisins ou des amis proches, nous faisons partie de la même famille. Nous avons toujours été là l’un pour l’autre. »
David Jacobson a rappelé les liens économiques entre les deux pays, vantant notamment la capacité énergétique du Canada. « Le Canada est notre plus grand fournisseur d’énergie, en plus d’être le plus sécuritaire et le plus fiable, dit-il. Les sables bitumineux sont la plus grande réserve de pétrole au monde qui n’appartient pas à un État. »
L’ambassadeur de 57 ans a toutefois averti son auditoire canadien: les États-Unis n’hésiteront pas de temps à autre à faire connaître leurs divergences sur certains dossiers commerciaux, notamment le respect des droits d’auteur. En avril dernier, Washington a placé son voisin du Nord sur une liste de pays qui ne réprimaient pas suffisamment le piratage. Le Canada est le seul pays occidental sur cette liste.
David Jacobson, qui prononçait hier son deuxième discours au pays depuis sa nomination, a déjà rencontré le premier ministre du Québec, Jean Charest, deux fois en privé. Il compte visiter les 10 provinces du pays d’ici la fin de novembre.

Le ton change au 490, Sussex Drive  -  Alexandre Sirois
Entrevue avec David Jacobson, nouvel ambassadeur des États-Unis à Ottawa
Les deux ambassadeurs américains à Ottawa nommés par George W. Bush ne faisaient pas toujours dans la dentelle. Paul Cellucci et David Wilkins n’ont jamais hésité à casser du sucre sur le dos des leaders politiques canadiens.
Le nouvel ambassadeur des États-Unis au Canada, David Jacobson, affirme que le président Obama s’attend à ce qu’il transmette son message d’espoir et de changement aux Canadiens. «Il y a bien sûr plusieurs moyens de le faire, mais je pense que l’aspect le plus fondamental de mon travail, c’est ça», dit-il.
En poste depuis la semaine dernière, le nouvel ambassadeur des États-Unis, David Jacobson, promet pour sa part une relation constructive. Le mot d’ordre de cet ami personnel de Barack Obama : chercher un terrain d’entente lorsqu’il y a des différends.
M. Jacobson était de passage cette semaine à Montréal. Il a entamé, avec cette visite du Québec, un périple de six semaines dans les dix provinces canadiennes. Il nous a accordé une entrevue exclusive. Le changement de ton à Washington vat-il aussi se refléter à Ottawa? Q La
Presse : Quel rôle Barack Obama souhaite-t-il vous voir jouer au Canada? R David Jacobson : Je pense que je vais avant tout tenter de transmettre le message d’espoir et de changement du président aux Canadiens. Il y a bien sûr plusieurs moyens de le faire, mais je pense que l’aspect le plus fondamental de mon travail, c’est ça. Q Vous
n’ê t es pas i s s u du milieu de l a diplomatie. Quel est selon vous le rôle d’un ambassadeur ? R Une de mes responsabilités est d’expliquer au gouvernement canadien – et, plus important encore, au peuple canadien – les prises de position de mon pays et de son gouvernement. Et je pense que mon expérience d’avocat sera très importante à ce chapitre.
Une autre est de tenter de comprendre le mieux possible ce que les Canadiens et leurs leaders pensent pour ensuite tenter de l’expliquer à Washington. Enfin, ma responsabilité est de me lever le matin et de me coucher le soir en pensant à la relation entre les États-Unis et le Canada dans son ensemble. Q La
façon dont vos prédécesseurs concevaient leur rôle critiquiez vous aussi le premier ministre du Canada ? R Il y a des moments, au c ou r s d ’ u ne r el a t i on , où vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord sur tout. C’est i névitable lorsqu’on parle de deux pays souverains et d’une relation aussi profonde et complexe que celle entre le Canada et les États-Unis. J’aimerais croire, cependant, que nous pouvons aborder ces différends d’une manière constructive. en a choqué plus d’un au Canada. Paul Cellucci avait par exemple dit être déçu et choqué que le Canada ne déclare pas la guerre à l’Irak. David Wilkins a pour sa part critiqué le premier ministre Paul Martin, quand celui-ci a reproché aux États-Unis de ne pas avoir signé le protocole de Kyoto. Doit-on s’attendre à ce que vous Q Doit-
on comprendre que vous allez probablement faire preuve de plus de circonspection que vos prédécesseurs ? R Mes deux prédécesseurs étaient de bons employés du service public et ont fait du bon travail. Je ne vais les critiquer d’aucune façon. Je ne connais pas les faits et les circonstances qui les ont poussés à dire ce qu’ils ont dit. Tout ce que je peux vous offrir, c’est ma vision des choses. Et je pense que ce que j’ai appris à ce sujet, je le tiens du président. C’est que vous devez toujours tenter de trouver un terrain d’entente dans toute relation. Q Parlons
maintenant des enjeux les plus importants. La semaine dernière, des journalistes ont affirmé qu’une entente qui exclurait le Canada de la clause Buy American (qui se trouve dans le plan de relance économique du gouvernement des États-Unis) serait imminente... R Je ne sais pas où le journaliste a obtenu ses informations, mais ce que je peux vous dire, c’est qu’il n’y a pas d’entente pour l’instant. Il y a eu plusieurs discussions dans ce dossier et les deux parties ont dit que les pourparlers étaient constructifs. Je peux maintenant participer à ces discussions et j’ai l’intention de les faciliter. J’ai espoir que nous pourrons trouver une solution. Q L’Afghanistan
pourrait être l ’enjeu l e plus i mportant de votre mandat. Jusqu’ici, votre président a été trop diplomate pour nous demander de prolonger notre mission (au-delà de 2011) dans ce pays. Allez-vous le faire à sa place? R Je vais vous dire la même chose que ce que le président a dit quand il a rencontré le premier ministre Harper à Washington. Nous veillons avant tout à ce que les troupes canadiennes et américaines en Afghanistan travaillent de la façon la plus efficace possible pour atteindre nos buts communs en 2009 et en 2010. Q Barack
Obama vient d’obtenir le prix Nobel de la paix « pour ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre l es peuples ». Vous êtes l ’un de ses amis. Qu’est-ce qui le motive ? Qu’est-ce qui est à la source de ses efforts ? R En premier lieu, son idée centrale selon laquelle vous devez respecter les autres et tenter de les traiter avec le même respect et la même dignité avec lesquels vous voudriez qu’on vous traite. Ensuite, son principe de base: nous devons mettre l’accent sur les choses qui nous unissent plutôt que sur celles qui nous divisent. Q Le
prix signifie par-dessus tout qu’on approuve sa politique étrangère. Vous contribuez à cette politique. Ne croyez-vous pas que les attentes seront dorénavant trop élevées ? R Il fait face à des problèmes et à des choix extrêmement difficiles, mais je ne pense pas que les attentes des gens vont devenir irréalistes. Les défis qu’il devra surmonter, comme il l’a dit souvent, sont complexes. Et je ne pense pas que le prix Nobel va les rendre plus faciles ou plus difficiles à surmonter.

Dégel américano-russe  -  Jocelyn Coulon
M. Obama remporte une belle victoire avec l’adoption par l’ONU d’une résolution sur la non-prolifération nucléaire
L’équipe Obama a compris qu’il était préférable d’avoir la Russie à ses côtés.
Le président américain Barack Obama vient de remporter une belle victoire au Conseil de sécurité de l’ON U. Sa diplomatie d’ouverture a mené à l’adoption hier d’une résolution sur la non-prolifération nucléaire.
Face notamment au nucléaire iranien et nord-coréen, à l’enlisement du processus de paix israélo-palestinien, et aux conséquences de la crise économique, Barack Obama estime qu’il était préférable d’avoir la Russie du président Dmitri Medvedev (à gauche) à ses côtés.
À Pittsburgh aujourd’hui, dans le cadre de la réunion des leaders du G20, il n’aura sans doute pas la même chance, les divergences sur la relance économique brouillant une entente entre pays occidentaux. Mais les leaders du G20 pourront saluer un développement bien concret dans les relations internationales, le dégel américano-russe, dégel fondamental pour la gestion des questions de paix et de sécurité mondiales et qui porte maintenant ses fruits.
C’est bien Barack Obama qui a pris l’initiative de relancer les relations entre les États-Unis et la Russie en annulant le déploiement en Europe de l’Est d’éléments d’un bouclier antimissile aussi inutile que provocateur envers Moscou.
Contrairement aux affirmations de l’administration Bush, les éléments de ce bouclier, dont on prévoyait l’installation en Pologne et en République tchèque en 2015, n’ont jamais été destinés à contrer la menace de missiles iraniens de longue portée. Celle-ci est inexistante. Ils étaient – du moins c’est ce qu’on a tenté de nous faire croire – d’abord et avant tout conçus comme une garantie au lien de sécurité entre ces pays et les États-Unis.
Mais cette garantie n’était qu’un écran destiné à masquer les véritables capacités de ces éléments du bouclier, comme l’a révélé un général américain : la surveillance en profondeur du territoire russe. Le gouvernement russe ne s’y était pas trompé en protestant furieusement contre ce qu’il qualifiait de nouvelle déma rche d’encerclement.
L’équipe Obama a pris la bonne décision. Elle a compris que, face au nucléaire iranien et nord-coréen, à l’enlisement du processus de paix israélo-palestinien, à la nécessité d’éviter des frictions inutiles au sujet de l’Ukraine et de la Géorgie et aux conséquences de la crise économique, il était préférable d’avoir la Russie à ses côtés.
Le premier dossier où Washington a besoin de la coopération de la Russie, mais aussi de la Chine et des autres puissances, est celui du nucléaire. Hier, lors d’une réunion exceptionnelle des chefs des 15 États membres du Conseil de sécurité, le président Obama a fait adopter une importante résolution sur le Traité de non-prolifération des armes nucléaires grâce au soutien russe.
Cet instrument visant à combattre la prolifération de la bombe atomique n’a pas tenu tous ses engagements. Au x cinq puissa nces nucléa ires reconnues par le traité s’est ajouté un club d’États non reconnus par le traité – le Pakistan, l’Inde, Israël et la Corée du Nord – auquel l’Iran pourrait bientôt se joindre. Si rien n’est fait pour stopper ce processus, Washington et d’autres capitales craignent un effet en cascade auprès d’autres pays désireux d’acquérir l’arme ultime.
La Russie aide présentement l’Iran à construire ses installations nucléaires civiles, d’où l’impérieuse nécessité de Washington d’obtenir sa coopération afin de convaincre le régime à Téhéran de renoncer aux aspects militaires. Le président russe Dmitri Medvedev vient de donner son accord à des nouvelles sanctions contre Téhéran. Les négociations qui vont s’engager le 1er octobre entre toutes les parties sont, selon certains spécialistes, la dernière chance de conclure un accord diplomatique afin d’éviter une escalade militaire.
Le deuxième dossier porte plus largement sur les relations de sécurité entre la Russie et le monde occidental. Au cours des huit dernières années, celles-ci se sont dégradées, malgré une collaboration exemplaire sur la lutte au terrorisme. Toutefois, la guerre en Irak, l’expansion de l’OTAN aux frontières de la Russie et le conflit entre celle-ci et la Géorgie l’an dernier ont empoisonné l’atmosphère.
Trois personnages clés ont joué et jouent un rôle dans le présent dégel américano-russe : le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates – déjà en place dans les derniers deux ans de l’administration Bush –, le nouveau secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, et le président russe Dmitri Medvedev.

Chacun à sa manière pousse au réchauffement et on devrait assister à une plus grande coopération entre la Russie et les États-Unis au cours des prochains moins.

Désarmement nucléaire : Sommet exceptionnel à l’ONU  -  AGNÈS GRUDA
Dans un geste qualifié d’historique, le Conseil de sécurité a adopté hier une résolution par laquelle il s’engage à «poursuivre un monde plus sûr et à créer des conditions pour un monde sans armes nucléaires».
La secrétaire d’État Hillary Clinton échange avec le chef de cabinet de la Maison-Blanche, Rahm Emanuel, au cours de la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui a adopté hier la résolution 1887.
Cette résolution, pilotée par le président Barack Obama, a exigé des mois de négociations. Elle appelle les États signataires du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) à respecter leurs obligations, et enjoint aux autres pays dotés de l’arme atomique d’adhérer rapidement à cet accord international.
Le Conseil de sécurité appelle aussi l’ensemble des États à s’engager dans des négociations visant à réduire leurs arsenaux nucléaires. À abandonner tout essai nucléaire. Et à négocier dès que possible un nouveau traité interdisant la production de matériaux fissiles à des fins militaires.
C’est un premier pas «vers un monde sans armes nucléaires», s’est réjoui hier le président Obama.
Cette résolution « extrêmement importante » relance le processus de désarmement qui s’était effiloché dans les années 90, souligne le politicologue Frédéric Mérand, du Groupe interuniversitaire d’étude et de recherche sur la sécurité internationale, à Montréal.
Pour la première fois depuis sa création, la séance du Conseil de sécurité était présidée par un président américain. En soi, c’est «hautement symbolique», dit Frédéric Mérand. Et le symbole est d’autant plus fort que la résolution votée à l’unanimité hier valide la démarche de désarmement nucléaire que Barack Obama a lancée en avril, à Prague.
Fait à souligner, le président des États-Unis a cueilli hier les fruits diplomatiques de l’abandon du projet de bouclier antimissile, que l’administration de George W. Bush prévoyait installer en République tchèque et en Pologne.
La Russie était fortement opposée à ce projet, qu’elle voyait comme une menace potentielle dirigée contre son territoire. La mise au rancart du projet avait été accueillie avec un soupir de soulagement à Moscou.
Et il y a quelques jours, le président russe Dimitri Medvedev a renvoyé l’ascenseur à son homologue américain, en se disant ouvert à d’éventuelles sanctions contre l’Iran – État que l’on soupçonne de vouloir se doter de l’arme nucléaire sous couvert de projets civils.
Ce changement de cap marque un déblocage significatif entre les deux pays qui possèdent 90% des armes nucléaires de la planète: la Russie et les États-Unis. «Le projet de bouclier antimissile encourageait carrément la Russie à relancer son programme nucléaire», dit Frédéric Mérand.
La résolution, qui porte le numéro 1887, a exigé quelques contorsions diplomatiques. Afin de ne pas froisser la Chine, elle ne mentionne pas directement l’ I ran, pas plus qu’elle ne nomme la Corée du Nord, autre pays qui aspire à faire partie du club nucléaire.
La résolution d’hier est toutefois loin de conduire directement à un monde sans armes atomiques, avertissent les sceptiques. Obama se fait des illusions sur la probabilité que cette résolution entre réellement en vigueur, et il «exagère ses potentielles retombées positives», met en garde Henry Sokolski, du Non Proliferation Policy Education Center, cité par le Washington Post. Comme d’autres critiques, celui-ci croit que Barack Obama mise trop sur des traités qui pourraient ne pas être ratifiés avant plusieurs années.


Obama appelle à la coopération  -  Richard Hétu
Le président américain parle d’une « nouvelle ère » pour la communauté internationale
NEW YORK — Les États-Unis sont prêts à entamer « une nouvelle ère de coopération », a annoncé Barack Obama hier devant l’Assemblée générale de l’ONU, tentant de tirer un trait sur l’unilatéralisme qui a caractérisé la politique étrangère de l’administration Bush.
Le discours du président Obama lui a valu de nombreux applaudissements parmi des délégués habitués à l’unilatéralisme de l’administration Bush.
« Il ne peut s’agir de l’effort de l’A mérique seule », a déclaré le président américain après avoir énuméré les défis auxquels fait face la com mu nauté internationale, de la prolifération nucléaire aux changements climatiques en passant par la lutte antiterroriste. « Ceux qui critiquent l’Amérique et lui reprochent d’agir seule dans le monde ne peuvent se tenir à l’éca rt et attendre que l’Amérique résolve toute seule les problèmes du monde.
« Nous avons cherché – dans les mots et dans les actes – à ouvrir une nouvelle ère de coopération dans le monde, a-t-il ajouté. Le temps est venu pour nous tous de prendre notre part de responsabilité pour apporter une réponse mondiale à des défis mondiaux. »
Ce nouveau ton , qui a valu à Barack Obama d’être applaudi chaleureusement pa r ses pairs, lui permettra peut-être également de revendiquer deux victoires diplomatiques. Le président russe Dimitri Medvedev a d’abord ouvert la porte à de nouvelles sanctions contre l’Iran en raison de son programme nucléaire.
« L es sa nc tion s mènent rarement à des résultats productifs, mais elles sont parfois inévitables », a déclaré le chef du Kremlin à l’issue d’une rencontre avec le président américain en marge de l’Assemblée générale.
Le président a également obtenu l’appui de la Russie et de la Chine en faveur d’une résolution du Conseil de sécurité pour réduire la prolifération des armes nucléaires.
Dans sa première allocution devant l’Assemblée générale de l’ON U, Barack Obama a mis en garde non seulement l’Iran mais également la Corée du Nord, deux pays dont les ambitions nucléaires inquiètent la communauté internationale.
« Dans leurs actions jusqu’à présent, les gouvernements de la Corée du Nord et de l’Iran menacent de nous entraîner sur une pente dangereuse », a dit le président américain.
« Les nations qui refusent d’assumer leurs obligations devront en assumer les conséquences », a-t-il ajouté.
Au lendema i n de son mini-sommet avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et le président de l’Autorité palestinienne Ma hmoud Abbas, Ba rack Obama a également appelé les deux parties à entreprendre « sans conditions » des négociations sur le statut final entre Israël et les Palestiniens.
À son tout premier discours dans l’enceinte des Nations unies en 40 ans de pouvoir, le président libyen Mouammar Kadhafi a lui aussi retenu l’attention, prononçant une diatribe de 96 minutes contre l’ONU au cours de laquelle il a notamment réclamé l’abolition du droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité ou l’ajout de nouveaux membres pour accroître sa représentativité.
« On ne devrait pas l’appeler le Conseil de sécurité, mais le "conseil de la terreur"», a-t-il dit.
Il a également accusé l’ONU de ne pas avoir empêché « 65 guerres » depuis sa création en 1945.
Kadhafi n’a pas battu le record de quatre heures et demie de Fidel Castro à la même tribune en 1960, mais il a largement dépassé les 15 minutes allouées aux intervenants. Après une heure, son interprète, épuisé, a dû être remplacé. Plusieurs délégués ont quitté l’enceinte de l’ONU au cours de son discours.

Bouclier antimissile en Europe : L’approche Bush mise au rancart  -  Judith LaChapelle
Washington a annoncé hier que les États-Unis abandonnent l’approche de George W. Bush quant au projet de bouclier antimissile en Europe, après avoir revu à la baisse la menace iranienne. L’équipement, qui devait servir à intercepter des missiles à longue portée lancés à partir de l’Iran vers les États-Unis, sera remplacé par un nouveau système d’interception basé sur des navires. La Russie, qui n’a jamais vu d’un très bon oeil l’arrivée de missiles américains près de ses frontières, a salué la décision. Les Républicains, pour leur part, ont accusé l’administration de Barack Obama de commettre « une grave erreur ». La Presse se penche aujourd’hui sur l’origine de ce changement de cap majeur et sur l’impact de cette décision remarquée. Q Quelles
L’abandon du bouclier survient une semaine avant la rencontre Obama-Medvedev qui doit avoir lieu à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Ci-dessus, les présidents
sont les raisons de Washington d’abandonner le projet ? R « En matière d’armement, le président George W. Bush avait une approche dogmatique, alors que Barack Obama privilégie une approche pragmatique », rappelle le professeur Pierre Martin, de l’Université de Montréal. Entre une technologie peu fiable pour contrer une menace imprécise, et la perspective de faire des gains politiques et diplomatiques en Europe, « Obama a dû se dire que le jeu en valait la chandelle ». Car l’Europe et une bonne partie des membres de l’OTAN n’ont jamais approuvé ce projet. QQ u
elle est iranienne ? R Les derniers renseignements colligés pa r les Américains montreraient que l’Iran planifie plutôt s’équiper de missiles à courte et moyenne portée plutôt que de missiles à longue portée (plus de 5000 km). En conférence de presse hier, le président Obama a i nd iqué qu’u ne
la menace défense efficace contre l’Iran exige que la riposte se fasse à partir d’autres lieux, comme à bord de navires. Mais il n’a pas exclu que la Pologne et la République tchèque, qui devaient respectivement recevoir 10 intercepteurs et un radar, ne soient un jour sollicitées pour recevoir de nouveaux équipements. Q La
technologie pour intercepter des missiles de longue portée est-elle au point ? R Pas du tout, et c’est l’une des raisons importantes de l’abandon du projet. « C’est com me a r rêter u ne ba l le de fusil en tirant une autre balle », illustre Pierre Martin. C’est pourquoi la MaisonBlanche dit plutôt vouloir équiper ses navires d’intercepteurs de missiles de courte et moyenne portée SM-3 à l’efficacité démontrée. Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a indiqué que le nouveau projet permettra au pays de se protéger sept ans plus tôt que prévu. En outre, a ajouté la Maison-Blanche, ce changement permettra d’apporter une meilleure défense à Israël, qui craint que des armes nucléaires iraniennes ne soient bientôt braquées sur elle. Q Comment
la nouvelle estelle accueillie en Europe de l’Est ? R Avec consternation. La Pologne célébrait justement hier le 70e anniversaire de l’invasion soviétique. Le chef du bureau pour la sécurité nationale de la présidence polonaise, Aleksander Szczyglo, a parlé d’un « échec de la réflexion à long terme de l’administration américaine dans cette partie de l’Europe ». L’ex-premier ministre tchèque Mirek Topolanek estime que « ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’État tchèque, pour la liberté et l’indépendance de la République tchèque ». « En Europe de l’Est, dit le professeur Vincent Pouliot de l’Université McGill, il y a toujours de la nervosité face aux Russes. La Guerre froide est terminée depuis 20 ans, mais dans les pays qui ont vécu des expériences difficiles avec les Russes, on aurait probablement préféré une ligne plus dure. » QS ’a g i t -
i l d ’u n s i g n e d e réchauffement des relations Russie-États-Unis ? R L’abandon du bouclier su r v ient u ne sema i ne avant la rencontre ObamaMedvedev qu i doit avoi r lieu à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ON U. Le président russe a décla ré h ier que l u i et son homologue a méricain « allaient travailler ensemble su r des mesu res efficaces pour faire face aux risques de la prolifération des missiles ». Il a salué « l’approche responsable » du président Oba ma qui a écouté les arguments des Russes. « Je su is prêt à pou rsu iv re ce dialogue. »

La preuve que le Canada a fait le bon choix, estiment des observateurs
L a déc ision du président Obama de mettre un frein au programme de bouclier antimissile en Europe confirme que le Canada a eu raison de ne pas participer au projet.
C’est en gros ce qu’affirme Bill Graham, ancien ministre canadien de la Défense dans le gouvernement libéral de Paul Martin.
« Compte tenu des coûts, du fonctionnement du système, de l’environnement politique en Europe et de l’hostilité russe, la décision du président Obama est logique, a dit M. Graham dans un échange de courriels avec La Presse. Ce qui réaffirme le bon sens de notre décision à l’époque. »
Retour en arrière. Le jeudi 24 février 2005, le premier ministre Paul Martin annonce que le Canada ne participera pas au projet de développement d’un bouclier antimissile si cher au président américain George W. Bush.
Cette déc ision su r v ient après des mois de déchirements tant au sein du cabinet que des troupes libérales depuis l’arrivée de M. Martin au poste de premier ministre, en décembre 2003.
Au début de son mandat, le chef libéral se montrait ouvert à une coopération, soulignant qu’il s’agissait de la défense de l’Amérique du Nord et pas seulement des États-Unis. Quelques semaines plus tard, son nouveau ministre de la Défense, David Pratt, allait encore plus loin, évoquant une participation financière canadienne.
En juillet 2004, à la suite des élections fédérales où les libéraux de Martin forment un gouvernement minoritaire, Bill Graham remplace M. Pratt (battu dans sa circonscription) à la Défense. Les libéraux sont toujours aussi divisés sur la question. Puis, en février 2005, à 10 jours d’un congrès national s’annonçant houleux, M. Martin renonce à toute participation canadienne. Au nom de Washington, l’ambassadeur Paul Cellucci manifeste son irritation.
À leur arrivée au pouvoir en février 2006, les conservateurs laissent ouverte la porte à une réouverture du dossier. Mais ce timide appel du pied n’a jamais eu d’écho. Dans leurs premiers contacts, au téléphone et en personne, ni le président Bush ni Stephen Harper n’abordent le sujet. Les deux pays consacrent bien davantage de temps à leurs différents commerciaux, dont le bois d’oeuvre.
L’économie d’abord
Et aujourd’hui, l’économie semble toujours le sujet de préoccupation numéro un des deux nations.
« Qui s’intéresse au bouclier antimissile ? La loi Buy A merican, ça, c’est important ! » lance Michel Fortmann, professeur de sciences politiques et directeur du Groupe d’étude et de recherche sur la sécurité internationale à l’Université de Montréal.
À l’époque de la Guerre froide, dit-il, les Américains avaient besoin du territoire c a n a d ie n p ou r dé ploye r un système de défense (la fameuse ligne DEW) contre la menace soviétique. Alors qu’aujourd’hui, les systèmes de détection sont déployés dans l’espace.
En ce sens, l’appui que cherchait le président Bush auprès du Canada pour ce projet était davantage politique que stratégique. Et le refus canadien aura, somme toute, fait bien peu de vagues dans l’ensemble des relations bilatérales.


Beau, bon, pas cher  -  MARIO ROY
Le bouclier antimissile, qui fut l’un des projets chéris de George W. Bush en matière de défense, passe à la trappe. Hier, Barack Obama a officié à un enterrement de première classe de la portion européenne de ce système. Un système coûteux, complexe, non éprouvé. Et qui était parvenu à braquer la Russie avant même d’être déployé en Pologne et en République tchèque, ce qui était prévu pour 2018.
L’ex-président, en effet, n’avait pu convaincre Moscou que l’initiative était essentiellement destinée à intercepter d’éventuels missiles iraniens à longue portée et munis d’une tête nucléaire. L’actuel président, lui, affirme qu’il vaut mieux déployer plus tôt, dès 2011, des intercepteurs mobiles éprouvés, les SM-3, contre une menace iranienne que l’on évalue aujourd’hui différemment. L’Iran s’intéresse plutôt aux engins à courte et moyenne portée qui ne menacent pas l’Amérique, plaide ainsi Obama. Et un rapport des services de renseignement américains (judicieusement...) coulé au Newsweek, mercredi, soutient que l’Iran ne se donnera pas l’arme nucléaire dans un avenir prévisible.
Bref, face à cela, le président des États-Unis croit qu’il peut se débrouiller pour l’instant avec du beau, bon, pas cher. Quitte à voir venir plus tard. sur l’utilité d’un système de défense peu fait pour stopper... des hommes armés d’exactos , image emblématique de la menace réelle du XXIe siècle. De sorte qu’il ne se trouvera personne – nul contribuable a mérica in , en pa rtic ulier ! – pour critiquer cette décision.
Ailleurs, cependant, les choses sont un peu différentes.
La «nouvelle Europe» que célébrait l’ex-secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, n’accepte pas facilement ce qu’elle voit comme une dangereuse concession faite aux Russes, les oppresseurs d’hier. Les Polonais et les Tchèques, par exemple, tiennent à une présence américaine sur leur sol et, à Washington, exercent des pressions en conséquence. Même la «vieille Europe» estimera sans doute utile de s’interroger sur la nouvelle brasse géopolitique que la décision de Barack Obama peut amener.
Car, de fait, Moscou accueille l’annonce avec plaisir.
Et il s’agira maintena nt de savoi r lequel de deu x effets possibles l’affaire aura su r les politiques du duo Poutine-Medvedev. Ou bien une assurance accrue vis-àvis Washington, comme le craignent John McCain et les républicains. Ou bien un réchauffement des relations qui aiderait à circonscrire les Iraniens, de facto alliés de Moscou. On le saura rapidement. Barack Obama et le président Dmitri Medvedev se rencontrent, la semaine prochaine, parallèlement à l’assemblée générale de l’ONU et à la réunion du G20. Et, le 1er octobre, les Iraniens viendront défendre leur programme nucléaire devant le Conseil de sécurité de l’ONU.
Le coup de dé de Barack Oba ma , qu i est u n geste d’ouverture, aura, espérons-le, des suites intéressantes.

De Hollywood aux Champs-Élysées  -  Nicolas Bérubé
ÀHollywood, Charles H. Rivkin est connu pour diriger avec brio l’entreprise d’animation qui a produit des séries à succès, comme Sponge Bob, et des animations pour des pubs de Nike, Honda et Starbucks.
Le nouvel ambassadeur des États-Unis en France, Charles H. Rivkin, a récemment dit que l’élection d’Obama avait eu un effet « foudroyant » sur l’attitude des Français à l’égard des États-Unis. « Nous sentons très clairement que nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère», a-t-il dit. Ci-dessus, le président Barack Obama, sa femme Michelle, la première dame française Carla Bruni et le président Nicolas Sarkozy en avril dernier à Paris.
À Paris, lundi prochain, M. Rivkin fera une arrivée remarquée, et dans un rôle bien différent: celui du nouvel ambassadeur américain en France.
Le poste est sans conteste l’un des plus prestigieux de la diplomatie américaine. Thomas Jefferson et Benjamin Franklin l’ont occupé. L’ambassadeur américain à Paris reçoit des invitations à dîner avec les gens riches et célèbres. Il loge avec sa famille dans une somptueuse résidence, située au 41, rue du Faubourg Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement. Le président de la République habite tout près, au Palais de l’Élysée, au numéro 55.
Charles H. Rivkin reçoit cette faveur pour ses bons services durant la campagne présidentielle. Militant démocrate, il a récolté plus de 500 000$ dans le sud de la Californie pour la candidature de Barack Obama.
En entrevue au New York Times récemment, M. Rivkin a dit que l’élection d’Obama avait eu un effet « foudroyant » sur l’attitude des Français à l’égard des États-Unis.
« Nous sentons très clairement que nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère, qui pourrait engendrer une collaboration historique entre les deux pays », a-t-il dit.
Diplômé en relations internationales de Yale et détenteur d’un MBA d’Harvard, Charles H. Rivkin parle couramment français. Il dit s’être rendu à Paris ou à Cannes chaque année par affaires depuis 20 ans.
Âgé de 47 ans, M. Rivkin compte parmi les plus jeunes ambassadeurs américains en France. Son père, William R. Rivkin, diplomate de carrière, a été nommé ambassadeur au Luxembourg par John F. Kennedy. Il a par la suite servi au Sénégal et en Gambie.
Durant sa campagne, M. Obama a promis de « changer la culture de Washington », et de « faire les choses différemment ». Ce voeu ne s’étend toutefois pas aux nominations politiques. Selon le New York Times, 38 des 65 ambassadeurs nommés par Obama depuis le début de sa présidence l’ont été pour des raisons politiques.
Depuis les années 60, environ le tiers des ambassadeurs nommés par la Maison-Blanche l’ont été pour des raisons politiques. Selon l’American Academy of Diplomacy, cette proportion est trop élevée. L’institution a écrit à Barack Obama plus tôt cette année pour lui demander de réduire à 10% le nombre de ses nominations politiques. « Trop souvent, ces positions sont utilisées pour récompenser des gens qui ne sont pas qualifiés pour occuper le poste », soutient le groupe.
Le président qui a le moins fait appel aux nominations politiques dans l’histoire récente des États-Unis est Jimmy Carter. Moins du quart des ambassadeurs sélectionnés sous son gouvernement l’ont été pour des raisons politiques.
M. Carter a accédé à la présidence en 1977. Il n’a pas été réélu.



Moscou choisit la coopération  -  FRÉDÉRICK LAVOIE
— Le pouvoir russe a décidé de laisser sa chance à Obama. Malgré plusieurs points de divergence encore en suspens entre Washington et Moscou, le président Dmitri Medvedev a choisi la coopération, faisant oublier l’atmosphère aux relents de guerre froide des dernières années de l’administration Bush.
Le président des États-Unis, Barack Obama, et celui de la Russie, Dmitri Medvedev, lors d’une séance de signature officielle hier à Moscou.
Signal fort de cette relation renouée, les présidents russe et américain se sont tout d’abord entendus sur des sujets militaires, hier. La Russie permettra le transit sur son territoire des soldats et du matériel militaire américains à destination de l’Afghanistan.
Les deux pays reprendront aussi leurs exercices militaires communs. Ils avaient été interrompus en août dernier, après la guerre éclair entre la Russie et l’ex-république soviétique de Géorgie, désormais alliée de Washington.
Rencontre avec l’opposition
Les dirigeants russes ont même fermé les yeux sur la décision de Barack Obama de s’entretenir directement ce soir avec des leaders de la microscopique opposition russe, à laquelle le Kremlin fait la vie dure.
« Le simple fait qu’Obama ait proposé cette rencontre est déjà un pas courageux de sa part », se réjouit l’ancien député de la Douma Vladimir Ryjkov, qui participera à la rencontre. « Ça veut dire qu’il ne considérera pas l’opinion du Kremlin comme celle de tous les Russes. » Les prédécesseurs d’Obama n’avaient jamais osé faire un tel affront au Kremlin, note-t-il.
M. Ryjkov ne s’attend toutefois pas à ce que le président américain puisse faire quoi que ce soit pour aider l’opposition russe à prendre de la vigueur et proposer une solution de rechange au tandem autoritaire Poutine-Medvedev.
« La rhétorique du Kremlin est depuis longtemps que tous [nos problèmes] sont causés par les États-Unis », poursuit Leonid Gozman, coprésident de Cause juste, un nouveau parti libéral d’opposition modérée. « Mais je crois que maintenant, les deux parties comprennent que l’un sans l’autre, nous n’arriverons à rien. »
Avant de s’attaquer aux enjeux mondiaux, i l reste toutefois encore à Obama et à Medvedev certaines pommes de discorde bilatérales à régler. C’est le cas du bouclier antimissile en Europe de l’Est, un projet de l’administration Bush qu’Obama persiste à vouloir concrétiser, en dépit de la forte opposition de Moscou.
Medvedev a cependant perçu une ouverture de la part de son homologue hier, voyant poindre à l’horizon un « compromis possible ».

La Russie souhaite aussi une reconnaissance tacite par Washington de sa « sphère d’influence » en ex-URSS. Elle voudrait ainsi que le président américain prenne exemple sur l’Europe et retire son appui à une adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’OTAN.

POUR UNE RELATION  « PRODUCTIVE »  -  Richard Hétu
George W. Bush et Vladimir Poutine ont amené les relations entre la Russie et les États-Unis à leur plus bas depuis la fin de la guerre froide. Afin de réchauffer le climat diplomatique, Barack Obama et Dmitri Medvedev ont choisi de laisser de côté les sujets délicats et de multiplier les accords.
— En multipliant les accords avec Dmitri Medvedev, Barack Obama a donné un nouvel élan hier à une relation entre les États-Unis et la Russie qu’il souhaite « ni bonne ni mauvaise mais productive », pour reprendre l’expression de Michael McFaul, conseiller de la Maison-Blanche pour les affaires russes.
McFaul avait utilisé cette formule à la veille du départ du président américain pour une nouvelle tournée diplomatique dont la première étape, Moscou, est peut-être la plus importante.
« J’insiste sur le mot " productif" par opposition au mot "bon" ou " mauvais" », avait dit le conseiller à un groupe de journalistes. « Nous voulons faire affaire avec les Russes sur les sujets qui concernent notre sécurité nationale commune et notre prospérité. »
Autrement dit, le président Obama veut remplacer la diplomatie des sentiments par celle du pragmatisme en ce qui a trait aux relations de son pays avec la Russie. Ainsi, il ne plongera pas son regard dans celui de son homologue russe pour y découvrir une « âme », comme l’avait fameusement annoncé George W. Bush lors de sa première rencontre avec Vladimir Poutine.
Et il n’abordera pas la Russie uniquement comme un État plus ou moins voyou, comme l’avait également fait son prédécesseur après avoir réalisé que l’âme de Poutine était celle d’un dirigeant autoritaire.
« L’idée est de ne plus voir la Russie comme un problème que l’Amérique devrait régler, mais comme un pays partenaire avec lequel on va s’efforcer d’aborder des sujets cruciaux », a déclaré Sarah Mendelson, spécialiste de la Russie au Centre d’études internationales et stratégiques de Washington.
Barack Obama s’est attelé à cette tâche hier. Il a notamment signé avec son homologue russe un accord sur la réduction des arsenaux nucléaires de leur pays respectif. Et il a obtenu de son hôte l’ouverture de l’espace aérien russe pour acheminer soldats et matériel militaire américains vers l’Afghanistan.
Ce « redémarrage » des relations russo-américaines, pour employer une autre expression à la mode à Washington, est loin de garantir l’avènement d’une ère de bonne entente entre les deux grands adversaires de la guerre froide. Les États-Unis et la Russie continuent notamment de diverger sur plusieurs dossiers, dont le projet de bouclier antimissile américain en Europe.
Le président pourrait également indisposer ses hôtes aujourd’hui à l’occasion d’un discours majeur sur les relations russo-américaines. Il n’abordera pas seulement la manière dont les deux pays doivent traiter les problèmes du XXIe siècle, mais également les questions des droits de l’homme et de la démocratie.
Son allocution risque cependant d’avoir un impact restreint auprès de la population de Russie puisque seule une chaîne secondaire la retransmettra.

Entente conclue sur les arsenaux nucléaires  -  Richard Hétu
— Les États-Unis et la Russie ont promis hier de réduire leurs arsenaux nucléaires du tiers, cherchant non seulement à renouveler l’un des plus importants traités de l’après-guerre froide, mais également à rétablir la bonne entente entre les deux pays.
Cet accord, qui prendra le relais du traité START de 1991 sur la réduction des arsenaux nucléaires, a dominé la première journée d’entretiens entre Barack Obama et son homologue russe Dmitri Medvedev. Les deux présidents ont conclu deux autres ententes importantes, tout en reconnaissant leurs profonds différends dans certains dossiers, dont le projet antimissile américain en Europe centrale.
À sa première visite à Moscou en tant que président, Barack Obama ne s’est pas moins dit confiant de pouvoir réaliser des « projets extraordinaires » avec son vis-à-vis russe.
« Le président (Medvedev) et moi avons convenu que la relation entre la Russie et les États-Unis avait souffert d’une certaine impression de dérive. Nous avons décidé de relancer la relation américano-russe », a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse.
« Aujourd’hui, après six mois de collaboration, c’est exactement ce que nous avons fait. »
Le président américain faisait notamment référence à l’accord qu’il venait de signer avec son homologue russe chiffrant les exigences du nouveau START, qui doit entrer en vigueur à l’échéance de l’entente précédente, soit en décembre. Les ÉtatsUnis et la Russie se sont ainsi engagés à mettre au point d’ici la fin de l’année un traité qui réduirait les ogives nucléaires déployées dans chaque pays à un total de 1500 à 1675 exemplaires, comparativement à plus de 2200 actuellement, et de 500 à 1100 le nombre de vecteurs nucléaires (missiles intercontinentaux, sous-marins et bombardiers stratégiques) de chacun des deux pays.
Donner l’exemple
« Les États-Unis et la Russie, les deux principales puissances nucléaires, doivent donner l’exemple. Et c’est ce que nous faisons aujourd’hui », a déclaré le président Obama.
Les États-Unis et la Russie ont également signé une entente sur le transit de soldats et de matériel militaire américains par la Russie vers l’Afghanistan. Ils ont également convenu de reprendre leurs activités militaires communes, qui avaient été suspendues en août 2008, à l’époque de la guerre russo-géorgienne. Ce conflit avait contribué à la détérioration de la relation entre les deux puissances.
Tout n’est évidemment pas revenu au beau fixe, comme l’a souligné Dmitri Medvedev en conférence de presse.
« En quelques heures, nous ne pouvions pas faire disparaître le fardeau de tous les problèmes », a-t-il dit, faisant notamment allusion au projet de bouclier antimissile américain en Europe.

Barack Obama a commis une bévue lors de la conférence de presse en parlant de sa rencontre à venir avec le « président » Vladimir Poutine. Le président américain aura un entretien d’une heure aujourd’hui avec le premier ministre russe, qui est toujours considéré comme l’homme le plus puissant de Russie.

Poutine moins cordial que Medvedev  -  Frédérick Lavoie
Obama flatte l’ego russe
MOSCOU— En visitant Moscou, Barack Obama voulait réconcilier son pays non seulement avec le Kremlin, mais avec la Russie entière.
Le premier ministre russe Vladimir Poutine, après avoir rencontré le président américain Barack Obama, hier, s’est rendu dans un club de motards, les Loups de nuit, sur le point de partir en expédition patriotique en Ukraine. M. Poutine avait pour l’occasion délaissé le costume strict et la cravate sévère qu’il portait le matin pour revêtir un blouson noir plus en phase avec le style de l’assistance, selon des images abondamment diffusées par les télévisions russes. Il a été reçu par le président du club, Alexandre Zaldostanov, un géant barbu aux cheveux longs aussi connu sous le pseudonyme de « chirurgien », qui s’apprêtait à se lancer dans un périple de 1500 kilomètres en compagnie de centaines de camarades.
Dans l’un de ses grands discours auxquels il a habitué la planète depuis son entrée en fonction, le président américain a notamment flatté l’ego russe en reconnaissant l’héritière de l’Union soviétique comme une « grande puissance ».
« Que les choses soient claires dès le départ: l’Amérique veut une Russie qui soit forte, pacifique et prospère », a lancé, hier matin, le président américain aux diplômés de la Nouvelle école économique de Moscou, qui forme une partie de l’élite russe.
Le président a bien précisé toutefois que ce n’était pas à lui à définir les intérêts nationaux de la Russie. « Mais je peux vous dire quels sont les intérêts nationaux des États-Unis et je crois que vous verrez que nous en partageons plusieurs. »
Maniant habilement la citation, Barack Obama a repris les
COLLABORATION SPÉCIALE mots du plus grand poète russe, Alexandre Pouchkine, tout en faisant constamment référence aux difficultés communes qu’ont connues les États-Unis et la Russie pendant toute leur histoire. Comme pour mettre les deux États sur un pied d’égalité.
Il a rappelé « qu’aucun pays dans l’histoire des batailles n’a jamais souffert autant que l’Union soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale. » Une remarque qui a un fort effet en Russie, où on reproche souvent aux Alliés d’oublier le rôle de Moscou dans la victoire contre le nazisme.
Poutine au déjeuner
Le président américain a toutefois voulu freiner les ardeurs des dirigeants russes, qui lui demandaient implicitement de reconnaître l’ex-URSS comme faisant partie de leur « sphère d’influence ».
« L’époque où les empires pouvaient traiter les États souverains comme des pièces d’un jeu d’échecs est révolue », a tranché Obama.
Il a toutefois ouvert la porte à un compromis sur le bouclier antimissile en Pologne et en République tchèque, l’un des dossiers bilatéraux les plus sensibles. Il a laissé entendre que si la Russie pouvait l’aider à neutraliser toute menace nucléaire en provenance d’Iran, les ÉtatsUnis abandonneraient leur projet controversé.
La journée d’Obama a commencé par un déjeuner « à la russe » avec le premier ministre Vladimir Poutine, l’homme fort du régime. Le président américain l’avait accusé la semaine dernière d’avoir « encore un pied dans le passé ».
L’entretien de deux heures entre les deux hommes a été visiblement moins cordial que celui de la veille avec le président Medvedev.
Devant les caméras, les hommes, un peu mal à l’aise, ont échangé les salutations d’usage avant de se lancer à huis clos dans un entretien « très franc » et « très direct », selon un responsable de la Maison-Blanche.
« Rien ne sera facile »
« En ce qui a trait aux sujets sur lesquels nous ne sommes pas d’accord, comme la Géorgie, je ne m’attends pas à une communion des esprits dans un avenir proche », a reconnu M. Obama à l’issue de la rencontre.
En fin d’après-midi, le président américain s’est entretenu avec des responsables d’ONG, puis avec des leaders de la maigre opposition russe, indiquant d’entrée de jeu qu’il était venu pour les « écouter » plutôt que pour donner des leçons.
Le politologue Sam Greene, du centre Carnegie de Moscou, estime que si Obama a réussi à jeter les bases d’un nouveau dia logue r usso - amér ica i n , « rien ne sera facile » pour la suite des choses.
« Et ça n’a pas à l’être. Ce qu’il faut, c’est que [les Russes et les Américains] s’assoient à la même table pour discuter des détails ennuyeux et des problèmes, au lieu de se parler indirectement en donnant des interviews à CNN », note-t-il.
Et c’est ce que cette visite de 48 heures à Moscou, une éternité dans l’horaire d’un président, semble avoir permis de faire.




SÉCURITÉ INTERNATIONALE  Obama en voie de changer la dynamique

— L’arrivée de Barack Obama à la tête des États-Unis pourrait bien changer grandement la dynamique internationale en matière de sécurité, estime l’expert Bruce Jones, directeur du Center on International Cooperation de l’Université de New York.
La nouvelle approche coopérative dont Barack Obama fait montre dans tous les discours qu’il prononce à l’étranger tranche avec l’attitude de son prédécesseur.
« C’est encore très tôt, mais on peut déjà voir, dans les actions, dans les déclarations et dans les nominations, que l’administration Obama place les menaces transnationales au centre de sa politique de sécurité », a souligné M. Jones, de passage à Ottawa, où il donnait une conférence au Centre de recherches pour le développement international (CRDI).
Non seulement le nouveau président américain comprend que la sécurité nationale de son pays passe par la sécurité internationale et que les deux sont interdépendantes, soutient le spécialiste, mais M. Obama admet aussi qu’il ne peut agir seul et qu’il doit mettre l’accent sur la coopération avec les autres États , notamment les pays émergents.
« Le monde a changé, il y a plus d’acteurs importants maintenant. Les États-Unis doivent s’adapter à cette réalité, et c’est au coeur de la vision du président », estime M. Jones, ancien conseiller du secrétaire général des Nations unies et coauteur de l’ouvrage Power and Responsibility : Building International Order in an Era of Transnational Threats, publié cette année.
La nouvelle approche coopérative dont Barack Obama fait montre dans tous les discours qu’il prononce à l’étranger, notamment celui qu’il a prononcé au Caire cette semaine, tranche avec l’attitude de son prédécesseur.
Mais avant que cette vision ne se traduise en actions concrètes, le président américain aura à surmonter plusieurs obstacles, croit Bruce Jones.
« Le premier est évidemment la crise financière, dit-il. Non seulement ça prend beaucoup de ressources, mais aussi ça accapare le président, qui consacre la majeure partie de son emploi du temps à la gérer. »
La question d’un éventuel conflit avec l’Iran pourrait aussi, selon l’expert en sécurité internationale, avoir un impact décisif sur les relations des États-Unis avec la Russie ou avec le MoyenOrient, deux régions du monde à qui l’administration Obama a tendu la main et avec qui elle espère maintenant collaborer étroitement.
Mais sans aucun doute, selon M. Jones, les États-Unis continueront à jouer un rôle majeur dans les questions de sécurité internationale, et ce, malgré l’état actuel de leur économie et l’émergence de nouvelles puissances, notamment en Asie.
« Personne d’autre n’a les capacités, les ressources ni même la volonté de remplacer les Américains sur la scène internationale », conclut-il.


La méthode Obama -  André Pratte
Le cinquième sommet des Amériques a pris fin sans que les 34 chefs d’État et de gouvernement ne parviennent à s’entendre sur le l ibel lé du communiqué. Néanmoins, cette rencontre doit être vue comme une autre réussite du président américain sur la scène internationale. L’attitude et le discours conciliants de Barack Obama ont séduit même les adversaires les plus coriaces des États-Unis.
« Il nous est arrivé de vouloir imposer nos conditions, a reconnu M. Obama lors de la cérémonie d’ouverture. Je vous donne ma parole que nous recherchons un partenariat d’égal à égal. Je suis ici pour ouvrir un nouveau chapitre d’engagement qui sera soutenu tout au long de mon administration. »
À la veille du Sommet, le président avait annoncé la fin des restrictions sur les voyages et les transferts de fonds vers Cuba. Cette mesure, quoique modeste, a été perçue par plusieurs observateurs comme le premier pas vers la levée de l’embargo américain. Même si M. Obama et ses porteparole ont souligné qu’on était encore loin d’un changement aussi important, la réaction positive de Raoul Castro laisse croire que les choses pourraient se passer plus vite qu’on ne le croyait possible jusqu’à maintenant.
Le réchauffement soudain des relations entre les États-Unis et le président du Venezuela, Hugo Chavez, constitue le développement le plus spectaculaire de ce sommet de Port of Spain. MM. Obama et Chavez se sont croisés à trois reprises en marge de la rencontre et chaque fois, les échanges ont été étonnamment chaleureux. Rappelons que le président Chavez est réputé pour son anti américanisme, lui qui n’a pas cessé de dénoncer la « dictature mondiale » imposée par les États-Unis. En fin de semaine, il a annoncé le retour d’un ambassadeur vénézuélien à Washington.
La méthode Obama semble donc porter ses fruits sur le continent américain, à tout le moins en ce qui a trait à l’atmosphère des relations internationales. Il reste à voir quels seront les effets concrets de cette façon de faire.
En tout cas, elle n’a pas empêché MM. Morales et Ortega d’accuser les Américains de tous les péchés de la terre. Le livre qu’Hugo Chavez a remis au président Obama, Les veines ouvertes de l’Amérique latine, est un essai célèbre dénonçant le « pillage » dont le sud du continent a été victime aux mains des grandes puissances.
Vendredi soir, le président américain exprimait le voeu que « si les États-Unis ne doivent pas avoir une politique d’ingérence dans les affaires des autres pays, cela doit aussi signifier qu’on ne peut pas blâmer les États-Unis pour tous les problèmes qui surgissent dans l’hémisphère ». La suggestion de lecture de M. Chavez indique que les SudAméricains ne sont pas prêts à effacer l’histoire aussi facilement.

Peut-être l’administration Obama ne se fait-elle pas d’illusions à cet égard. Son objectif est sans doute plus pragmatique, plus tactique. « Si je vous prends dans mes bras et que vous continuez à me frapper, devinez qui est blâmé? » souligne le chef de cabinet du président, Rahm Emanuel, au sujet de la manière douce de son patron. Quels qu’en soient les résultats, la méthode Obama a l’immense mérite d’être plus conforme aux valeurs démocratiques que l’approche étroite et arrogante de son prédécesseur.

Débarquement de Normandie : Obama contre Bush
Bernard Petit a vu défiler en 30 ans plusieurs présidents américains à l’occasion des cérémonies de commémoration du Débarquement tenues dans sa petite commune.
L’ex-maire de Colleville-surMer, tout près du cimetière où sont inhumés des milliers de soldats américains tombés au combat, n’a pas toujours aimé ce qu’il a entendu. En particulier lors de la venue de George W. Bush, qui, dit-il, l’a « profondément choqué » en tenant un discours de « va-t’en-guerre ».
Le nouveau chef d’État américain, Barack Obama, saura certainement faire mieux, souligne l’homme de 71 ans, qui compte parmi les nombreux admirateurs français du charismatique dirigeant.
« Je pense qu’il est populaire parce qu’il parle de paix, qu’il est porteur d’espoir », indique M. Petit.
L’enthousiasme manifesté par l’ex-maire envers Barack Obama reflète, avec 65 ans de recul, celui qu’il réserva aux soldats américains débarqués en force dans sa Normandie natale.
« La vie sous l’Occupation était caractérisée par un sentiment : la peur. Le débarquement nous a permis de renouer avec la liberté », relate M. Petit, qui avait 6 ans à l’époque.
« Je suis allé voir les soldats alliés le soir du débarquement... J’ai appris 40 ans plus tard que la plupart des hommes que j’avais rencontrés à cette occasion avaient été tués le lendemain lors d’une opération qui a mal tourné », relate l’ex-maire.

« J’ai sans doute été l’un des derniers civils à les voir vivants », souligne M. Petit, qui aura une pensée toute particulière pour ces disparus aujourd’hui.




Obama fait la cour aux Latino-Américains
Washington tempère toutefois les espoirs d’un rapprochement avec Cuba
— Star du sommet des Amériques, Barack Obama a une nouvelle fois marqué sa volonté de rupture en proposantunpartenariatsurunpied d’égalité à ses voisins latino-américains, y compris lesplus critiquesde Washington. Unchangementdeton illustré notammentpar le « nouveau départ » offertàCubaet la poignée de main à Hugo Chavez.
PHOTOKEVIN LAMARQUE, REUTERS
Barack Obama a fait preuve d’humilité hier au sommet des Amériques de Trinité-et-Tobago. Une attitude qui a semblé plaire à son homologue vénézuélien, Hugo Chavez (à l’arrière-plan) : « Je crois que le président Obama est un homme intelligent, comparé au précédent président des États-Unis. »
Le chef de la Maison-Blanche a laissé entendre qu’il était prêt à accepter la proposition du président Raul Castro qui a offert des discussions sur des sujets autrefois tabous pour La Havane, comme les prisonniers politiques. Washington a toutefois mis un bémol hier, à Trinité-et-Tobago: la balle reste dans le camp du régime castriste, au dire du porte-parole de M. Obama, Robert Gibbs.
Autre symbole, le président américain a salué avec un large sourire son homologue vénézuélien Hugo Chavez, qui avait tant détesté George W. Bush. La presse brûlait de savoir ce que Barack Obama avait dit à celui qui avait comparé son prédécesseur au « diable ». « Je lui ai dit " como estas" (comment ça va?) », a-t-il confié en riant. « Je crois que c’était un bon moment », a pour sa part jugé Hugo Chavez après cette brève rencontre. « Je crois que le président Obama est un homme intelligent, comparé au précédent président des États-Unis. »
Barack Obama n’a pas voulu dire s’il prévoyait un entretien bilatéral avec Hugo Chavez. « Je crois que nous faisons des progrès à ce sommet », s’est-il contenté de dire.
« Les relations dépendent de plus de choses que de sourires et de poignées de main », avait déclaré de son côté le conseiller économique deBarackObama, Larry Summers, à des journalistes. Le président vénézuélien a indiqué ensuite qu’il rétablirait l’ambassade du Venezuela à Washington, sept mois après des expulsions mutuelles des représentations diplomatiques de part et d’autre.
Hugo Chavez a également proposé que Cuba, absent de ce sommet, organise le prochain rendez-vous. « Je ne vais pas parler au nom de Cuba. Ce n’est pas à moi de le faire (mais) nous sommes tous ici des amis de Cuba, et nous espérons que les États-Unis le seront également », a-t-il déclaré lors du déjeuner des participants.
Humilité
Dans son discours d’ouverture du cinquième sommet des Amériques, qui réunit 34 pays, le président américain a fait assaut d’humilité et d’humour pour promettre un changement de politique, comme de style, à ses partenaires.
« Nous avons parfois été désengagés et parfois nous avons cherché à dicter nos conditions, a-t-il admis sous des applaudissements nourris. Mais je vous promets que nous cherchons un partenariat d’égal à égal. Il n’y a pas de partenaire senior ou junior dans nos relations. »
L’un des chefs d’État les plus critiques envers Washington, le président équatorien Rafael Correa, a réagi favorablement à ces propos. «C’est le début d’une nouvelle ère très intéressante dans la relation», a-t-il lancé. Il a toutefois ajouté : «Nous n’avons pas encore vu de grands changements vis-à-vis de Cuba».
Barack Obama a aussi serré la main à un chef d’État que le défunt ancien président Ronald Reagan avait passé des années à tenter de déloger du pouvoir au Nicaragua: Daniel Ortega. Le président sandiniste est venu se présenter au président des ÉtatsUnis, selon des responsables américains.
Cela n’a pas empêché Daniel Ortega – remplacé lors du scrutin de 1990 qui mit fin à la guerre civile puis remis au pouvoir par les électeurs en 2006 – de dénoncer, dans un discours de près d’une heure, le capitalisme et l’impérialisme américain, sources selon lui de tous les maux de l’Amérique latine. Il a même rappelé l’épisode de la baie des Cochons, tentative d’invasion américaine de Cuba en 1961, tout en reconnaissant que l’actuel président ne pouvait guère en être tenu responsable.
« Je suis reconnaissant au président Ortega de ne pas me reprocher des choses qui se sont déroulées quand j’avais 3 mois », a apprécié Barack Obama, suscitant rires et applaudissements des autres dirigeants.
Cuba
Mais la plus forte salve d’applaudissements a accueilli l’appel du chef de la Maison-Blanche à un nouveau départ dans les relations entre Washington et La Havane après près 50 ans de guerre froide. « Je sais qu’il y a un long voyage à faire pour dépasser des décennies de méfiance, mais il y a des mesures cruciales que nous pouvons prendre pour avancer vers une nouvelle ère », a-t-il déclaré. « Les ÉtatsUnis veulent un nouveau départ avec Cuba. »
La question de Cuba, exclue en 1962 de l’Organisation des États américains (OEA), est ainsi revenue au premier plan de ce sommet des Amériques organisé en pleine crise économique mondiale. Aux pays d’Amérique latine qui ont vu chuter leurs exportations, Barack Obama a proposé un nouveau fonds de croissance et un nouveau partenariat régional pour développer des sources d’énergie parallèles et lutter contre le réchauffement de la planète.
 


Un livre en tête des palmarès grâce à Chavez et Obama
Un livre offert par Hugo Chavez à Barack Obama, lors de leur rencontre de la semaine dernière, s’est hissé au palmarès des livres les plus vendus à cause de cette notoriété subite.
Les veines ouvertes de l’Amérique latine, du romancier uruguayen Eduardo Galeano, est un classique de la littérature antiaméricaine et anticoloniale qui est toujours à la mode, près de 40 ans après sa publication.
L’entourage du président Obama a fait savoir aux médias que le livre ne figure pas parmi ses priorités, d’autant plus que M. Chavez lui a donné la version originale espagnole. Quant à M. Galeano, qui a 69 ans, il a été assailli par des demandes d’entrevue, et a décidé de n’en accorder aucune, a expliqué à La Presse son agente new-yorkaise, Susan Bergholz. Il sera de passage à Ottawa à la fin mai dans le cadre d’un festival littéraire.
L’éc r iva i n uruguayen ne prévoit pas non plus publier une version mise à jour de son livre. « Une fois qu’il a fait quelque chose, Eduardo n’aime pas y revenir », a expliqué Mme Bergholz. La version actuelle comporte toutefois un chapitre supplémentaire écrit en 1978, qui ajoute des données supplémentaires pour appuyer les thèses de M. Galeano.
Le livre affirme que le sousdéveloppement de l’Amérique latine est dû au pillage de ses matières premières par l’Occident depuis le XVIe siècle. Eduardo Galeano estime que la liberté des marchés est un leurre parce que des monopoles privés se forment inévitablement.
Ses autres livres étaient des romans, parce qu’il estime que les émotions et l’imagination sont essentielles pour bien expliquer des concepts sociopolitiques. Il préfère d’ailleurs le poète chilien Pablo Neruda au romancier argentin Jorge Luis Borges, parce que ce dernier est trop « cérébral ».








Obama au pouvoir, l’embargo demeure
LA HAVANE — Cuba estime que l’arrivée au pouvoir de Barack Obama à la présidence des États-Unis «n’est synonyme d’aucun changement» dans l’application de l’embargo américain contre l’île, a dit hier le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez.
« La politique de blocus demeure intacte. L’arrivée du gouvernement d’un nouveau président des États-Unis n’est synonyme d’aucun changement dans l’application du blocus », a-t-il dit à l’occasion de la publication à La Havane d’un rapport sur les conséquences de l’embargo qui sera présenté le 28 octobre devant l’Assemblée générale de l’ONU.
Selon M. Rodriguez, la preuve qu’il n’y a « aucun changement », c’est que M. Obama a prorogé d’un an, lundi, la « loi sur le commerce avec l’ennemi » qui a donné naissance à l’embargo contre Cuba en 1963.
L’embargo a ensuite été durci en 1992 et en 1996, puis adouci à partir de 2000 pour autoriser la vente au régime cubain de produits agricoles et de médicaments, sous certaines conditions.
Le 13 avril, Barack Obama a modifié les sanctions pour autoriser les voyages sans limite des Cubano-Américains vers l’île communiste, certains envois et le commerce dans le secteur des télécommunications. Le service postal pourrait aussi être rétabli entre les deux pays.
Bruno Rodriguez a reconnu ces avancées en les qualifiant de « positives », mais considère qu’il s’agit de mesures « limitées ».


Raul Castro : « J’ai été élu pour défendre le socialisme »
Le président cubain Raúl Castro coupe court aux espoirs de réforme
LA HAVANE — Trois ans après avoir pris la relève de son frère Fidel, le président cubain Raúl Castro a voulu couper court aux espoirs de Washington et de Bruxelles de voir des réformes démocratiques à Cuba en déclarant non négociable le système politique de l’île communiste.
Dans un discours ce week-end, Raúl Castro a dit que la solution à la crise économique était de renforcer le socialisme.
Dans un discours prononcé ce week-end devant le Parlement, Raúl Castro, 78 ans, a martelé qu’il n’avait pas été désigné à la présidence « pour restaurer le capitalisme à Cuba » et que la solution aux graves difficultés économiques du pays était au contraire de « renforcer » les institutions et le Parti communiste.
« J’ai été élu pour défendre, maintenir et perfectionner le socialisme, non pour le détruire. Cela doit être très clair », a-t-il ajouté à l’adresse des États-Unis et de l’Union européenne, qui réclament, selon lui, « des gestes unilatéraux pour démonter le système politique et social de Cuba ».
Il a réitéré sa disposition à ouvrir un « dialogue entre égaux » avec Washington et à aborder tous les sujets, sauf le système politique cubain.
L’administration américaine, pour lever le « plus vieil embargo du monde » et normaliser ses relations avec Cuba, exige la libération des prisonniers politiques – au nombre de 200 selon la dissidence – et des réformes démocratiques dans l’île, dirigée par un parti unique et les frères Castro depuis un demi-siècle.
Quant à l’Union européenne, pour encourager Raúl Castro à faire des progrès en matière de démocratie, elle a levé en juin 2008 des sanctions prises en 2003 après une vague d’arrestations de dissidents.
Jugé plus pragmatique que son frère, le général Raúl Castro a pris il y a trois ans la relève de Fidel, malade mais toujours très influent à bientôt 83 ans. Son arrivée avait alors suscité à l’étranger, mais aussi à Cuba, des espoirs quant à un assouplissement du régime cubain.
Raúl Castro a reconnu une « diminution de l’agressivité et de la rhétorique anticubaine de la part de l’administration américaine » de Barack Obama, qui a permis le mois dernier une reprise des discussions – suspendues depuis cinq ans – sur les flux migratoires. Il a tout de même affirmé que, dans les faits, rien n’avait changé.
Il a cité à titre d’exemples l’embargo, qui reste « intact », les restrictions sur les voyages et les envois de fonds des CubainsAméricains qui, selon lui, existent toujours malgré l’annonce de leur levée par Barack Obama en avril, et le maintien de Cuba sur la « liste noire » des pays soutenant le terrorisme.
Raúl Castro a de nouveau réclamé la « restitution sans conditions » du territoire de la base navale de Guantánamo (est de Cuba), seul endroit de l’île où, depuis la Révolution de 1959, « la torture a été appliquée », selon lui
Il a toutefois reconnu les « imperfections du socialisme » cubain, « où parfois deux plus deux font trois », et souligné qu’il continuerait « à restructurer l’appareil d’État », très bureaucratisé, pour le rendre plus fonctionnel.
Il a souligné que le prochain Congrès du PC, repoussé sine die, devait aborder la question de la relève de la direction vieillissante du parti.
Crise économique
Les Cubains sont soumis à de sévères mesures d’économie d’énergie cet été. Le régime, aux prises avec des déficits budgétaires et la chute de ses revenus d’exportation, cherche à faire face aux difficultés économiques du pays.
Ces mesures d’économie surviennent alors même que Cuba continue à recevoir du pétrole gratuit du Venezuela en échange de services. Certains soupçonnent le régime de vendre au noir le brut vénézuélien pour se procurer des devises. Plus vraisemblablement, cette cure d’austérité énergétique est le résultat de la crise économique mondiale.
Le président Raúl Castro a annoncé samedi une nouvelle série de restrictions budgétaires dans les domaines de l’éducation et de la santé, qui font pourtant la fierté du régime castriste.




L’après-Castro commence
Les gestes d’ouverture de Barack Obama à l’égard de Cuba sont timides. Il ne s’agit pour l’instant que de permettre les voyages des Américano-Cubains vers leur île natale et de faciliter les transferts de fonds. On est encore loin de la levée de l’embargo commercial.
L’aéroport international de La Havane, à Cuba.
Mais le virage est néanmoins significatif. En admettant l’échec de la politique américaine, lors du Sommet des Amériques, à Trinité et Tobago, le président américain a amorcé le début de la fin d’une logique d’affrontement, survivance absurde de la guerre froide et grand symbole du dogmatisme américain. Un petit pas qui laisse croire que, de part et d’autre, on commence à préparer l’après-Castro.
Il évident qu’ici, on applaudira. Le Canada n’a jamais coupé ses liens avec Cuba, même pendant la Guerre froide, parce qu’on a toujours cru que la meilleure façon d’encourager la démocratisation de ce pays était de maintenir des liens, une approche plus sage que celle des Américains, qui ont diabolisé Fidel Castro et braqué son régime. Ce désir de dialogue, on l’a vu chez tous ces touristes québécois qui voient Cuba comme un pays ami.
En principe, les États-Unis se refusent à établir des relations normales avec Cuba parce que ce pays n’est pas démocratique. L’argument est boiteux, car les États-Unis entretiennent, dans une sensibilité à géométrie variable, des liens étroits avec bien des dictatures, comme l’Arabie Saoudite. Leur agressivité envers Cuba tient bien davantage à la survivance d’un anticommunisme primaire, au poids politique des exilés cubains, et aux cicatrices de l’escalade du début des années 60.
L’insistance sur l’instauration de la démocratie repose en outre sur une vision étriquée des droits qui ramène la démocratie à la tenue d’élections libres. Il est vrai que Cuba est une dictature, où il n’y a pas d’élections, où l’oppression étouffante muselle les citoyens, où il y a des prisonniers politiques. Mais ce n’est pas un régime de terreur. Dans le monde des régimes totalitaires, Cuba est loin d’être parmi les pires. Par contre, bien des pays en principe démocratiques tolèrent la torture et les assassinats politiques.
Il n’en reste pas moins que ce pays est dans une impasse économique, sociale et politique, un pays figé qui attend la mort de son dictateur, un « paradis socialiste » qui, depuis l’arrivée à sa tête de Raoul Castro, s’est transformé en gérontocratie monarchique. Le modèle d’économie planifiée a été un échec total. Cuba est incapable de nourrir ses citoyens et de produire ce dont ils ont besoin, il survit grâce à la charité internationale et en expliquant ses échecs par un embargo américain qui est politiquement bien commode.
Cependant, ce pays dispose d’un énorme potentiel, comparé à bien des nations latinoaméricaines. Ce potentiel tient largement aux réalisations de la révolution castriste: un système de santé de haut niveau, une identité nationale forte, un degré d’éducation comparable à celui des sociétés industrialisées.
À condition, bien sûr, que la transition se fasse bien. Le Canada, un pays du Nord qui n’a jamais coupé les ponts avec Cuba, peut jouer un rôle utile. Mais au Sommet des Amériques, le premier ministre canadien n’a pas joué ce rôle. Stephen Harper voulait parler « d’affaires » et espérait que la question cubaine ne prendrait pas trop de place, ne comprenant pas l’importance qu’elle revêt en Amérique latine.

Pourquoi? Parce que l’ouverture à Cuba est trop associée au règne libéral? Parce qu’il y aurait chez M. Harper des réflexes anticommunistes, comme on l’a senti dans le cas de la Chine? Mais le résultat est là. Encore une fois, M. Harper a été déphasé, en dehors de la plaque, comme s’il ne trouvait plus sa place dans un monde qui change trop vite.


 
Obama reconnaît l’échec de la politique américaine envers La Havane tout en la continuant
Barack Obama a rejeté les critiques des républicains, qui ont condamné ses échanges très médiatisés avec Hugo Chavez.
PORT OF SPAIN — À l’issue de son premier sommet des Amériques, Barack Obama a admis que la politique menée pendant 50 ans par les États-Unis à l’égard de Cuba « n’avait pas marché ». Mais il a tout de même écarté une levée rapide de l’embargo, appelant le régime castriste à accomplir des gestes de bonne volonté.
La réunion, qui s’est close avec une déclaration finale signée uniquement par le pays hôte, aura aussi été le théâtre d’un réchauffement très médiatique des relations entre Washington et Caracas.
« Je pense que les signaux envoyés jusqu’ici fournissent au moins la possibilité d’un dialogue franc sur une variété de sujets, y compris les questions cruciales de la démocratie et des droits de l’homme dans toute la région », a déclaré le chef de la Maison-Blanche lors d’une conférence de presse. « Le test pour nous tous, ce ne sont pas que des mots, mais aussi des actes. »
Après avoir allégé la semaine dernière certaines sanctions imposées par les États-Unis à Cuba, Barack Obama a souhaité que le régime castriste prouve sa bonne foi à l’aide de gestes unilatéraux. « Ils pourraient libérer des prisonniers politiques », a-t-il suggéré. « Réduire les taxes sur les transferts d’argent » envoyés par les CubanoAméricains vers l’île serait une autre mesure possible.
Dans un entretien publié hier, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, un dirigeant de gauche modéré, a estimé que Washington ne devait pas « attendre des gestes de Cuba pour que d’autres pas soient faits ».
Rapprochement critiqué
Outre la question cubaine, les relations entre le président américain et son homologue vénézuélien Hugo Chavez ont été au coeur du sommet des Amériques. Là encore, le réchauffement était à l’ordre du jour.
Après les poignées de mains sous l’oeil des caméras, et le livre qu’il a offert à M. Obama, Hugo Chavez a ainsi annoncé qu’il proposerait à Washington de nommer Roy Chaderton, actuel représentant vénézuélien à l’Organisation des États américains (OEA), au poste d’ambassadeur aux États-Unis.
Les États-Unis et le Venezuela n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis plusieurs mois.
De son côté, Barack Obama a rejeté les critiques des républicains sur la scène politique américaine, qui ont condamné ses échanges très médiatisés avec le président Chavez, lequel avait eu des mots très durs à l’endroit de l’administration Bush. « Il est difficile d’imaginer que nous mettions en jeu les intérêts stratégiques des États-Unis (en serrant la main au président vénézuélien) », a-t-il estimé.
Immigration
Le président américain s’est en outre verbalement engagé hier à revoir certaines des politiques de Washington en matière d’immigration, selon les dirigeants d’Amérique centrale. Le président du Nicaragua, Daniel Ortega, opposant déclaré à Washington, a affirmé avoir trouvé un Obama ouvert sur tous les sujets traités pendant le sommet. « Je veux croire qu’il est enclin, qu’il a la volonté » de changer la politique américaine, a-t-il déclaré.
Le sommet s’est en revanche achevé sur un double couac, puisque la photo de groupe de clôture n’a pas eu lieu, et que seul Trinité-et-Tobago, hôte de la réunion, a signé la déclaration finale, plusieurs pays, dont le Venezuela, refusant de la parapher pour exiger la réintégration de Cuba dans l’Organisation des États américains (OEA).
Cette déclaration fixe des objectifs non contraignants aux pays de la région en matière de promotion des droits de l’homme et de protection de l’environnement. « LA MÉTHODE OBAMA » : L’ÉDITORIAL D’ANDRÉ PRATTE À LIRE EN PAGE A18.


Cuba: petite histoire de l’embargo - Claude Picher
En levant l’interdiction de voyager ou d’envoyer de l’argent à Cuba, le président Barack Obama a fait un virage important par rapport à la politique américaine des 50 dernières années.

Certes, la plupart des experts pensent qu’on es t encore très loin de la levée totale de l’embargo américain. Ils ont sans doute raison. M.Obama lui-même n’est visiblement pas prêt à bouger en ce sens. N’empêche : les nouvel les mesures représentent, pour Cuba, une bouffée d’air frais attendue depuis longtemps. Si on fait exception des quelques assoupl issements consentis par Jimmy Carter en 1977 (et que son successeur Ronald Reagan s’empressera d’annuler), tous les présidents depuis Eisenhower, démocrates et républicains confondus, sont demeurés r igoureusement inflexibles dans ce dossier.
Au premier coup d’oeil, on peut être porté à sympathiser avec Cuba, le petit qui se bat vaillamment contre le gros. La disproportion entre les deux pays est monstrueuse. Aux taux de change courants, le produit intérieur brut américain fait 260 fois celui de Cuba. Ou, pour dire les choses autrement, l’économie cubaine est plus petite que celle du Vermont, un des plus petits États de l’ Union. Comment expliquer qu’une puissance économique aussi prodigieuse que les États-Unis mette autant d’acharnement à étouffer son minuscule voisin?
D’ailleurs, dans ce combat inégal, Cuba, malgré la brutalité du régime, a reçu de nombreux témoignages d’appui. On ne compte plus, aux Nations Unies, le nombre de résolutions condamnant l’embargo américain et il existe, partout dans le monde, des groupes de pression qui militent pour la levée de l’embargo.

Pour mieux comprendre le dossier, il serait peut-être utile de revoir comment on en est arrivé là.
 
 En janvier 1959, Fidel Castro renverse le régime corrompu du dictateur Fulgencio Batista. Au début, la nouvelle est très bien accueillie aux États-Unis. Washington n’hésite pas : il reconnaît le nouveau gouvernement sur-le-champ. Castro vient lui-même à New York où il est accueilli en véritable héros.
La lune de miel ne dure pas
Cinq mois plus tard, le gouvernement Castro fait voter une loi sur la redistribution des terres. Objectif noble, certes, mais qui ne va pas sans défaut: toutes les terres appartenant à des citoyens ou des entreprises américaines sont confisquées sans compensation. C’est un coup dur pour les propriétaires américains des immenses plantations de canne à sucre: au total, ces expropriations représentent 10% de la superficie de l’île, ce qui n’est pas rien
Comme il fallait s’y attendre, les États-Unis protestent et, pour la première fois, évoquent la possibilité de sanctions économiques. Le gouvernement Castro ne reste pas inactif. Devant la menace de sanctions américaines, il signe un traité commercial avec les Soviétiques. Le moment est mal choisi: le monde est en pleine guerre froide et tout rapprochement avec Moscou est forcément perçu comme une provocation par Washington. Puis, éclate la crise des raffineries de pétrole. Le traité avec Moscou prévoit notamment la livraison de pétrole brut à Cuba. Or, lorsque les premières cargaisons arrivent, les pétrolières américaines installées dans l’île refusent de raffiner le pétrole soviétique. Cela déclenche une grave crise, qui prend fin lorsque le gouvernement cubain exproprie les pétrolières sans compensation. Le geste cause énormément de ressentiment aux États-Unis.
À ce stade, les Américains commencent à en avoir assez, et annoncent qu’ils suspendent leurs achats de sucre. Là aussi, Castro ne perd pas de temps: toutes les installations industrielles américaines sont nationalisées dans les semaines qui suivent, sans compensation.
Dans ces conditions, cela ne prend pas de temps avant que le conflit dégénère rapidement. En 1961, le président Kennedy lance l’invasion de la baie des Cochons, qui se termine par un fiasco intégral. À ce moment, le gouvernement Castro a depuis longtemps tourné le dos aux États-Unis et s’appuie désormais sur l’Union soviétique, qui lui achète sa production sucrière à des prix plus élevés que les cours du marché. Puis éclate en 1962 une nouvelle crise, la pire de toutes. Castro permet aux Soviétiques d’installer leurs missiles à Cuba, à quelques dizaines de kilomètres des côtes américaines. Pour Kennedy, c’est en trop, et il somme les Soviétiques de se retirer. Le monde retient son souffle, mais Moscou finira par plier. Toute l’affaire laisse un goût extrêmement amer, non seulement aux dirigeants politiques et militaires américains, mais aussi dans l’opinion publique, que tous ces événements ont fini par rendre farouchement anticastriste.
Aussi, personne. ne pense à protester très fort lorsque, toujours en 1962, Kennedy annonce un embargo intégral sur tout le commerce de marchandises, les relations financières et les voyages à Cuba.
Officiellement, l’embargo dure donc depuis 47 ans.
L’évaluation des dommages financiers est difficile. Cuba a certainement souffert de l’embargo, qui lui a fermé les portes du riche marché américain. De plus, les Cubains ont dû s’approvisionner ailleurs qu’aux États-Unis, et souvent à prix forts.
Le gouvernement cubain évalue ses pertes à 70 milliards. C’est probablement exagéré.
Le sucre est, de loin, le principal produit d’exportation cubain. Or, quand les États-Unis ont arrêté d’acheter du sucre cubain, l’Union soviétique a pris la relève, et à des conditions fort avantageuses pour Cuba. Et après l’implosion de l’Union soviétique, la Chine a pris le relais à son tour (la Chine est aujourd’hui le premier client de Cuba). En ce qui concerne les exportations, c’est le pétrole qui arrive en tête de liste. Lorsque les Américains ont cessé de vendre du pétrole aux Cubains, ceuxci ont conclu un accord avec les Soviétiques, comme nous l’avons vu. Plus tard, le Venezuela d’Hugo Chavez est venu à la rescousse; les Cubains n’ont même pas besoin de se soucier des fluctuations des cours, parce que Chavez leur fait un prix de faveur.
Les échanges internationaux de Cuba (avec qui, par ailleurs, le Canada n’a jamais cessé de faire du commerce) n’ont donc probablement pas autant souffert que le prétendent les autorités cubaines.


En bonne forme, Fidel Castro célèbre ses 83 ans
LA HAVANE— Le leader cubain Fidel Castro a fêté hier ses 83 ans en poursuivant dans la presse ses « réflexions » sur l’actualité alors que des photos récentes le montrent en bonne forme, trois ans après son retrait du pouvoir pour des raisons de santé.
« La meilleure chose sera toujours d’avoir une cause juste à défendre et l’espoir de continuer à aller de l’avant », écrit l’ancien président cubain qui n’a plus fait d’apparition publique depuis une grave maladie l’ayant conduit à la fin du mois de juillet 2006 à céder le pouvoir à son frère Raul, 78 ans.
Fidel Castro, qui a fêté hier ses 83 ans, apparaît en bonne forme sur des photos datant d’environ deux semaines et publiées sur le site internet de l’organisation américaine Pasteurs pour la paix, reçue par le dirigeant cubain pendant une tournée sur l’île.
Le père de la révolution de 1959, dont l’état de santé est classé secret d’État, semble par ailleurs en bonne forme sur des photos datant d’environ deux semaines, les plus récentes à être publiées par l’organisation américaine Pasteurs pour la paix, reçue par Castro lors d’une visite dans l’île.
Sur les photos, Castro porte une casquette et un survêtement de sport blanc et se tient debout aux côtés de membres de cette organisation venue offrir une aide humanitaire aux Cubains.
Bête noire de Washington depuis un demi-siècle pour son virage communiste et accusé par des ONG de bafouer droits et libertés, Fidel Castro reste malgré sa retraite très influent tant à Cuba qu’auprès des militants « anti-impérialistes » américains à l’étranger.
Il multiplie depuis deux ans les réflexions sur l’actualité et reçoit régulièrement dans sa retraite les chefs d’État « amis » de passage, comme le VénézuélienHugoChavez, autre bête noire de Washington.
Mais si Fidel Castro est toujours très loquace dans ses écrits sur la politique étrangère, il se montre depuis quelque temps discret sur la situation dans son pays.
L’î le communiste, sous embargo américain depuis 47 ans, est confrontée à sa plus grave crise économique depuis la chute de l’URSS en 1991.
« Quel degré d’inf luence conserve Fidel Castro au sein du pouvoir ? Raul le consulte-t-il toujours pour tout? C’est la question que tout le monde se pose », résume un diplomate étranger.
Devant le Musée de la révolution à La Havane, des dizaines de petits « pionniers » en uniforme s’étaient rassemblés hier pour lui rendre hommage. « Il est un exemple pour nous. Quand Fidel va mourir, je serai très triste, mais ses idées, elles, resteront toujours », assure Guillermo Armado, 13 ans.
Hector, un étudiant de 26 ans, s’est dit « indifférent ». « Fidel a beaucoup fait pour notre pays, mais nous ne pouvons plus continuer à vivre comme il y a 50 ans, et ça, nos dirigeants ne l’ont pas encore compris. »



La CIA sous la loupe du ministère de la Justice  -  Mathieu Perrault
Vexations, sévices corporels, menaces... Un rapport qui remonte à 2004, mais rendu public hier, révèle que la CIA ne reculait devant rien pour faire parler les présumés terroristes qu’elle détenait en Irak et en Afghanistan. Au courant de ce rapport, Barack Obama avait préféré tourner la page sur ces méthodes peu glorieuses pour plutôt préparer l’avenir. Or, le secrétaire américain à la Justice a annoncé hier qu’il ferait enquête, bien que la majorité des Américains ne souhaite vraisemblablement pas remuer toute cette boue. Chose certaine, le président ne peut plus faire l’économie d’une enquête qu’il aurait préféré éviter.
Le secrétaire américain à la Justice, Eric Holder, a annoncé qu’il rouvrait l’enquête sur les agents de la CI A qui ont utilisé des « techniques d’interrogation améliorées », que plusieurs assimilent à de la torture. Un rapport du bureau d’éthique du département de la Justice a dénoncé hier la décision prise l’hiver dernier de ne poursuivre aucun de ces agents, dont les agissements ont été déta illés da ns u n rapport datant de 2004 aussi rendu public hier.
La nouvelle est une tuile pour l’administration Obama, qui avait pesé de tout son poids dans la décision de ne pas poursuivre les agents. Un porte-parole du président, en vacances à Martha’s Vineyard, a indiqué que la décision relevait exclusivement de Me Holder. « Le président pense qu’on doit regarder en avant, pas vers l’arrière », a indiqué le relationniste.
Le rapport de 2004 dévoilé hier, qui avait été signé par l’inspecteu r généra l de la CIA, confirme plusieurs cas dévoilés au fil des ans par les médias. Il décrit en détail la technique de torture dite du waterboarding, noyade simulée à répétition qui peut durer une vingtaine de minutes, ainsi que d’autres « techniques d’interrogation a méliorées ». Le rapport de 150 pages, dont environ la moitié est censurée, fait aussi état de méthodes « non autorisées », comme menacer de violer la mère d’un détenu ou d’exécuter ses enfants, actionner une perceuse électrique devant un détenu nu et aveuglé par une cagoule ou encore simuler des exécutions.
Les hauts dirigeants ont affirmé au vérificateur général que plusieurs attentats avaient été évités – à l’aéroport Heathrow, sur des ponts de New York, sur des voies ferrées et des stations d’essence
aux États-Unis –, mais le rapport indique qu’aucune preuve n’appuie leurs affirmations.
Le nouveau chef de la CIA, Leon Panetta, a immédiatement envoyé à ses employés une note interne dans laquelle i l qua l i f ie le rappor t de 2004 d’« histoire ancienne ». « L’utilisation de techniques d’interrogation améliorées a commencé quand notre pays réagissait aux horreurs du 11 septembre 2001 et s’est terminée en janvier », écrit M. Panetta.
Da ns u n com mu n iqué, l’ONG Human Rights Watch, de son côté, a réclamé une « enquête criminelle complète sur les crimes » commis par la CIA.
Le rapport de 2004 confirme que les techniques de noyade simulée étaient plus dures que celles qui étaient utilisées par l’armée américaine dans son programme SERE, qui visait à préparer les soldats aux interrogatoires de l’ennemi. Les défenseurs de la CI A ont souvent avancé qu’il était légitime d’appliquer à des ennemis des techniques utilisées contre ses propres soldats dans le cadre de leur entraînement.
L’inspecteur général de la CIA a aussi décrit quelques mesures prises par l’agence de renseignement contre les agents aya nt com m is des excès. Un employé civil d’un sous-traitant militaire, qui a battu à mort un détenu penda nt quatre jou rs en 2003 à la base d’Asabad, en Afghanistan, a été renvoyé et son employeur a vu son contrat révoqué. Un agent de la CIA qui, devant 200 élèves d’une école islamique, a frappé avec la crosse de son fusil un professeur qui souriait « de manière inappropriée » à ses questions, a été rapatrié et affecté à des dossiers intérieurs.

UN CAS ARAR ENCORE POSSIBLE
L’administration Obama a retiré à la CIA la responsabilité d’interroger les présumés terroristes. Mais le nouveau groupe d’interrogation qui se chargera de ces cas pour mieux les encadrer ne renoncera pas à l’une des mesures les plus controversées de l’administration Bush : l’envoi de suspects vers des pays tiers qui souvent se livrent à la torture. La nouvelle a été dévoilée par le New York Times, qui en a eu confirmation officielle par le département d’État, lequel a affirmé que les suspects envoyés vers des prisons étrangères seront surveillés de près pour éviter qu’ils soient torturés. « C’est scandaleux » , dénonce en entrevue Maria Lahood, l’avocate de Maher Arar aux États-Unis, qui est affiliée au Center for Constitutional Rights. « Le cas de Maher Arar a déjà démontré que le renvoi vers un tiers pays, même avec des garanties diplomatiques, mène à la torture. Obama a fait la promesse d’arrêter la torture, mais ce que l’administration propose ne fera absolument rien pour stopper le phénomène. Nous avons déjà un cas très fort, celui de Maher Arar, qui en fait la preuve. »
LES POINTS SAILLANTS DU RAPPORT
En mai 2003, Abu Zubaydah a subi 83 séances de torture par l’eau, la plupart ne dépassant pas 10 secondes. Mais les enregistrements de 21 heures d’interrogatoire, dont deux séances de noyade simulée, ont été perdus ou endommagés. L’interrogateur est entré dans la cellule où Al-Nashiri était assis, enchaîné, et a fait semblant une ou deux fois d’armer un pistolet déchargé. Probablement le même jour, il a fait fonctionner une perceuse électrique alors qu’Al-Nashiri était debout, nu et aveuglé par une cagoule. Les interrogateurs ont dit à Khalid Shaykh Muhammad que, si quelque chose d’autre survenait aux États-Unis, ils allaient tuer ses enfants.
L’interrogateur du quartier général a dit à AlNashiri que, s’il ne parlait pas, on allait « faire venir sa mère ». Il lui a fait croire qu’il était d’un pays arabe où, selon la croyance populaire, l’agression sexuelle des mères fait partie des techniques de torture des gouvernements. Un interrogateur s’est inquiété que les bras d’Al-Nashiri se disloquent de ses épaules pendant qu’on le soulevait à répétition alors que ses poignets étaient enchaînés derrière son dos.

L’interrogatoire selon la CIA
La prise d’attention consiste à prendre le détenu par le collet avec les deux mains et à l’approcher rapidement et de manière contrôlée vers l’interrogateur. Durant la technique du mur, le détenu est tiré vers l’avant puis rapidement et fermement repoussé contre le mur afin que ses omoplates le heurtent. Une serviette enroulée est disposée derrière son cou pour éviter que sa tête ne se cogne au mur. La prise faciale sert à maintenir immobile la tête du détenu. L’interrogateur place ses paumes ouvertes de chaque côté de la figure du détenu, le bout des doigts loin de ses yeux. La claque faciale ou insultante est donnée avec les doigts légèrement écartés. La main de l’interrogateur entre en contact entre le menton et le lobe de l’oreille. Dans l’emprisonnement étriqué, le détenu est placé dans un lieu clos, par exemple une boîte petite ou grande, généralement dans le noir. Les emprisonnements dans les espaces les plus petits ne doivent pas dépasser 2 heures et doivent être espacés de 18 heures. On peut placer un insecte non dangereux avec le détenu. En position debout, le détenu est placé à 4 ou 5 pieds d’un mur, les pieds écartés à la largeur des épaules. Ses bras sont étendus devant lui et ses doigts s’appuient sur le mur pour soutenir tout son poids. Le détenu ne peut pas changer la position de ses mains ou de ses pieds. Les positions de stress consistent par exemple à obliger le détenu à s’asseoir sur le plancher, les jambes complètement étendues devant lui et les bras élevés au-dessus de la tête, ou alors à s’agenouiller sur le plancher tout en se penchant vers l’arrière avec un angle de 45 degrés. La privation de sommeil ne peut pas dépasser 11 jours à la fois. La torture par l’eau consiste à attacher le détenu à un banc, les pieds surélevés. L’interrogateur place un linge sur la bouche et le nez du détenu et verse de l’eau sur le linge de manière contrôlée. La respiration est restreinte pendant de 20 à 40 secondes, ce qui produit une sensation de noyade et de suffocation.

Un tournant pour la présidence de Barack Obama  -  AGNÈS GRUDA

« Nous ne gagnerons rien si nous consacrons notre temps et notre énergie à distribuer les blâmes pour les actions passées. »

Cette déclaration du président Barack Obama date de quatre mois à peine. Son administration venait de rendre publics les fameux mémos autorisant les agents de la CIA à recourir à certaines techniques de torture, dont la simulation de noyade, dans les interrogatoires de présumés terroristes.
D eva nt ces révélation s , Barack Obama avait adopté u ne attitude fer me : son administration allait cesser les pratiques controversées. Mais en même temps, elle pré féra it tou r ner la page plutôt que de s’engluer dans un long examen j udiciaire au x retombées politiques imprévisibles.
C’est cette stratégie qui a volé en éclats, hier, lorsque le ministère de la Justice a annoncé qu’il ferait enquête sur les méthodes d’interrogatoire de la CIA. Le président n’a pas commenté. Il s’est contenté d ’i nd iquer qu ’i l laissait la décision entre les mains de son ministre, Eric Holder. Ça montre à quel point le dossier est délicat.
I l faut dire que l’ad min ist ration Oba ma n’ava it probablement pas le choix. L’annonce de l’enquête, qui pourrait conduire à des poursuites criminelles, coïncide avec la publication du rapport du vérificateur interne de la CIA qui détaille les méthodes de travail des enquêteurs de l’agence.
Le rapport date de 2004. On y découvre la panoplie de moyens utilisés par les agents de la CIA pour faire parler les prisonniers soupçonnés de terrorisme. Ils ont menacé un détenu de tuer ses enfants. Ils ont simulé des exécutions pour faire croire à un prisonnier qu’il pourrait être tué. Ils ont menacé un suspect avec une perceuse électrique et frotté un autre avec une brosse dure. Dans tous les cas de figure, il s’agit d’actes criminels graves, a souligné hier l’organisation Human Rights Watch.
Déjà en avril, après l’affaire des mémos, l’administration Obama s’était attiré beaucoup de critiques pour sa retenue. Le New York Times, traditionnellement sympathique au président, l’avait f ustigé en éd itor ia l en le sommant de « s’engager sur la voie de la reddition de comptes ». Avec les nouvelles révélations, la pression devenait trop forte.
Il reste que Barack Obama ma rche en ter ra i n m i né. L’e nq uê te a n nonc é e h ie r pourrait marquer un « tournant dans sa présidence », c roit l’h istorien Gil T roy. Selon lui, la majorité des Américains n’ont pas envie de passer des mois à disséquer publiquement les excès de la lut te a nt iter ror iste . Paradoxalement, cette exposition des péchés capitaux de l’ère Bush pourrait donc faire boomerang et revenir contre son successeur.
La CIA a connu des heures sombres dans les années 70, lorsque la commission Church avait mis au jour ses tentatives pou r assassiner Fidel Castro, rappelle le politologue Louis Balthazar.
L’enquête annoncée hier pourrait conduire, en bout de piste, à un exercice semblable. Mais Barack Obama risque de se faire reprocher d’avoir affaibli l’agence de renseignement américaine. Bref, si elle constitue une excellente nouvelle pour la justice, elle relève plutôt de la « patate chaude » pour un président qu i ma noe uv re péniblement pour préserver ses appu is , su r sa d roite comme sur sa gauche.
D’ailleurs, s’il avait fermé la por te à u ne enquête, Barack Obama aurait cette fois risqué de se mettre à dos les défenseurs des droits de la personne, qui forment son électorat habituel.
Da n s u n com mu n iqué publié hier, Human Rights Watch rappelle avoir recueilli de l’information sur quelque 350 cas de détenus victimes de mauvais traitements en Irak et en Afghanistan. « Pas un seul agent de la CIA n’a été tenu responsable de ces actes », dénonce l’organisation.
L’administration Obama semble avoir décidé que cette ère d’impunité tire à sa fin. Reste à savoir si l’enquête se limitera aux simples agents qui brandissaient leur perceuse ou laissaient des détenus tout nus dans le froid ou si elle remontera jusqu’à ceux qui leur donnaient des ord res . Pou r l’i nsta nt , ce n’est pas clair.

Reste aussi à savoir quelles seront les conséquences politiques de cet exercice que Barack Obama aurait préféré éviter.



Le recours à la torture orchestré de haut  -  AGNÈS GRUDA
Dans une entrevue diffusée par le réseau NBC cinq jours après les attentats du 11 septembre 2001, le vice-président Dick Cheney tient ces propos désarmants de franchise.
Le recours à la torture dans le cadre de la guerre contre le terrorisme a été orchestré de haut, planifié et systématique, note la journaliste Marie-Monique Robin, réalisatrice de un documentaire qui démonte les rouages du système des sévices infligés aux détenus dans les prisons américaines en Irak, en Afghanistan et à Guantánamo (ci-dessus).
« Nous devons agir dans l’ombre, nous devons libérer les services de renseignement de toute contrainte », dit-il en expliquant les moyens que Washington compte déployer afin de combattre le terrorisme.
Cette déclaration, passée inaperçue à l’époque, est un peu le tournant à partir duquel Washington s’est engagé sur le chemin de la torture, permet de constater un documentaire diffusé depuis cette semaine sur l’internet.
Le recours à la torture a été orchestré de haut, planifié et systématique, note la journaliste Marie-Monique Robin, réalisatrice de Torture made in USA, qui démonte les rouages du système des sévices infligés aux détenus dans les prisons américaines en Irak, en Afghanistan et à Guantánamo.
À défaut de révélations fracassantes, son documentaire contient plusieurs témoignages inédits. Mais surtout, il permet de décortiquer la mécanique qui a permis aux dirigeants des États-Unis de légitimer des pratiques telles que le simulacre de noyade et des dizaines d’autres supplices, pourtant interdits tant par les lois américaines que par les traités internationaux.
Surprise
En se l a nça nt dans son e nquête, Ma r i e - Monique Robin, auteure du Monde selon Monsanto, savait qu’elle entrait en zone trouble. « Mais j ’ai été surprise par l’ampleur du programme de torture, et par son caractère systématique », confie-t-elle.
Jointe à La Nouvelle-Orléans où elle travaille ces jours-ci sur un reportage au sujet de la pollution alimentaire, la journaliste raconte comment elle a décortiqué 80 heures de témoignages devant des commissions publiques américaines. Et comment elle a dû pousser fort pour obtenir certains de ces témoignages, comme celui de Matthew Waxman, chef de cabinet de l’ex-conseillère à la sécurité nationale Condoleezza Rice. Ou alors celui du général Ricardo Sanchez, ex-commandant des forces américaines en Irak.
« Je reconnais que nous avons maltraité des gens », dit ce dernier, visiblement ému, dans un témoignage inédit où il prend la responsabilité de ces actes de torture.
« Dès le début, nous savions que nous devions nous salir les mains », affirme de son côté Matthew Waxman.
À partir de là , comment l’administration Bush allaitelle s’y prendre pour mettre en place la machine de la torture ? D’abord en faisant appel à une armée de juristes, qui allaient conclure que les protections des conventions de Genève ne s’appliquent pas aux combattants d’Al-Qaeda.
P uis, en f a i s a nt a ppel à des autorités médicales qui allaient cautionner les sévices. Et enfin, en faisant l a promotion des mauvais traitements.
« Je pense que vous traitez trop bien vos prisonniers », dit le généra l G eof f rey Miller, responsable de la prison de Guantánamo, en visite à la tristement célèbre prison d’Abou Ghraïb. Son message a été bien entendu…
Résistances
Le documentaire de MarieMonique Robin met aussi en lumière les résistances qui exista ient , même c hez les républicains, contre ces glissements successifs.
Des agents du FBI ont été révulsés de voir le traitement i nf l igé aux prisonniers de Guantánamo, par exemple. Mais ces voix ont été progressivement neutralisées.
« Plusieurs témoins étaient meurtris par ce qu’ils avaient vu, ils se demandaient : comment mon parti a-t-il pu faire ça ? » dit la journaliste.
À qui revient la responsabilité ultime de la torture ? L e d o c u ment a i r e p o i n t e vers le vice-président Dick Cheney. Et George W. Bush ? « Quand j e l eur posais l a question, certains éclataient de rire, comme si Bush n’était qu’une marionnette », dit la documentariste.
Ce que c el l e - c i r e t i e nt s urtout de s on r eportage, c’est que des actes criminels peuvent trouver une justification, même dans un régime démocratique. « Je crois que mon film a une portée universelle, car aucun pays n’est à l’abri. »

La face obscure de Blackwater  -  Nicolas Bérubé
Des armes de contrebande emballées dans des sacs de nourriture pour chiens. Des tueries spontanées. Des employés dépressifs dépendants des stéroïdes. Une licence pour tuer le plus grand nombre de « sales Arabes » possible.
Des membres de la société américaine Blackwater échangent des tirs avec des partisans de Moqtada al-Sadr qui s’approchent d’un bâtiment défendu par des soldats américains et espagnols, à Najaf, en 2004.
Le fondateur de la compagnie Blackwater est accusé par deux ex-employés d’avoir mené en Irak une opération « corrompue », « violente » et « raciste », financée par les contribuables américains.
C’est ce que stipule une déposition produite dans un tribunal américain par deux ex-employés de Blackwater, la firme de mercenaires privée dirigée par Erik Prince, un ancien marine proche du parti républicain. Blackwater a reçu des centaines de millions de dollars en contrats du département d’État pour son travail en Irak depuis l’invasion américaine, en 2003.
Les deux hommes, qui ont requis l’anonymat en raison des menaces qui pèsent contre eux, affirment aussi qu’au moins un ex-employé sur le point de dénoncer les agissements de la firme a été tué « dans des circonstances floues ».
Dans leur déposition faite sous serment plus tôt ce mois-ci, « John Doe no1 » et « John Doe no2 » affirment que les mercenaires à l’emploi de Blackwater vont en Irak comme des chasseurs partent dans les bois.
« Aller en Irak et tuer le plus d’Irakiens possible était vu comme un sport, un jeu », indique le rapport.
Plusieurs des mercenaires employés par M. Prince avaient des problèmes psychologiques, d’alcool ou de drogue. « Des employés disaient être venus en Irak pour tuer le plus de "sales Arabes" possible », note John Doe no1.
Vidéos effacées
Certains directeurs régionaux de Blackwater refusaient d’envoyer ces hommes sur le terrain, mais leurs décisions étaient infirmées par la direction de Blackwater aux États-Unis, qui avait peur de « perdre de l’argent ».
Les débordements violents étaient monnaie courante. Dans un des cas, John Doe no1 affirme que le convoi dans lequel il se trouvait s’est rangé sur le bord de la route en raison d’une crevaison. Une voiture civile avec deux personnes à bord est passée sur la route. Un employé de Blackwater s’est mis à tirer sur le véhicule. « De l’angle où j’étais, il était évident que le tireur avait blessé et sans doute tué le passager, et probablement blessé le conducteur. »
Les deux hommes notent que tous les véhicules de Blackwater étaient munis d’une caméra vidéo qui filmait les missions durant la journée. « Chaque soir, les di rigeants de Blackwater regardaient les vidéos. Celles qui étaient jugées compromettantes étaient effacées. »
John Doe no1 sout ient qu’Erik Prince faisait du trafic d’armes en Irak. Il dit avoir personnellement déballé des sacs de nourriture pour chiens remplis d’armes semi-automatiques. Les armées arrivaient en Irak à bord des avions privés de Prince. Ce dernier tirait « des revenus substantiels de sa participation dans le trafic illégal d’armes », note le délateur.
« En plusieurs occasions après mon départ, la direction de Blackwater m’a personnellement menacé de mort ou de violence, déclare-t-il. De plus, selon des informations provenant d’anciens collègues, il semblerait que M. Prince et ses employés aient tué une personne qui avait fourni de l’information aux autorités fédérales, ou qui prévoyait le faire. »
Des Irakiens poursuivent
La déposition des deux employés fait partie d’une poursuite civile intentée en Virginie contre Blackwater par les familles d’Irakiens tués par des agents de sécurité de la firme.
Erik Prince, 40 ans, vient d’une famille milliardaire proche du parti républicain. Ancien marine, il a fondé Blackwater en 1997, et a construit un centre d’entraînement en Caroline-du-Nord, financé à même sa fortune personnelle. En 2007, M. Prince a dû témoigner devant le Congrès pour expliquer une fusillade impliquant plusieurs de ses agents, et qui avait fait 17 morts à Bagdad. Depuis, la compagnie a changé son nom pour Xe.
Un rapport du Congrès américain montre que, entre janvier 2005 et septembre 2007, les employés de Blackwater ont participé à 195 fusillades en Irak, et qu’ils avaient été les premiers à faire feu dans 163 cas.
Après les scandales, le département d’État a annoncé qu’il annulait les contrats de Blackwater en Irak. Or, l’administration Obama a payé 174 millions à Blackwater pour ses services de sécurité en Irak et en Afghanistan cette année, selon une enquête du magazine The Nation.
M. Prince a déclaré que son entreprise n’avait rien à se reprocher et qu’il entendait se défendre en cour.

Pas de remords pour la soldate England  -  Laura-Julie Perrault
Il y a cinq ans, la soldate Lynndie England a été au coeur du scandale de la prison d’Abou Ghraib. Des photos, la montrant triomphante sur une pyramide de prisonniers irakiens nus, ont valu aux États-Unis des critiques sévères. Aujourd’hui, celle que le chanteur Mick Jagger a rebaptisée « la fille avec la laisse » regrette-t-elle ses agissements ? Pas vraiment, s’il faut en croire une entrevue accordée à la BBC.
La soldate américaine Lynndie England avait été condamnée à trois ans de prison après avoir été reconnue coupable de mauvais traitements, de complot et d’actes indécents sur des détenus de la prison d’Abou Ghraib, près de Bagdad.
Dans un extrait de l’entretien diffusé hier sur le site de l’émission Newsnight, l’ex-réserviste estime que les humiliations qu’elle et ses collègues ont fait endurer aux détenus n’étaient pas inacceptables puisqu’elles avaient pour but de leur extirper d’importantes informations.
« En compa ra ison avec ce (que les Irakiens) nous auraient fait, c’est presque rien. Si vous y pensez, au même moment, (les Irakiens) coupaient la tête de nos gars. Ils brûlaient leurs corps. Les traînaient dans les rues de Badgad. Les pendaient à des ponts », affirme aujourd’hui Lynndie England.
Selon l’ex-militaire, les techniques utilisées pour « casser » les détenus d’Abou Ghraib, sont monnaie courante même en sol américain. « Tout le monde a passé à travers ce genre de tactiques d’humiliation pendant les camps d’entraînement de l’armée américaine », plaide celle qui est aujourd’hui mère d’un jeune garçon.
Depuis que les cl ichés montrant Lynndie England t raîna nt des détenus en laisse ont été rendus publics par l’émission 60 Minutes en avril 2004, la vie de la jeune soldate a été complètement bouleversée: elle a été remerciée « avec déshonneur » de l’armée et a fait trois ans de prison après avoir été reconnue coupable de mauvais traitements, de complot et d’actes indécents. Mise en liberté en 2007, elle affirme recevoir fréquemment des menaces de mort.
Dans des entrevues précédentes accordées à d’autres médias, Lynndie England, qui avait 21 ans au moment de la prise des photos, a répété à maintes reprises n’avoir fait que ce qui lui a été ordonné par ses supérieurs. Or, si Mme England et six de ses pairs ont été reconnus coupables par la cour martiale de mauvais agissements, aucun membre de l’état-major n’a eu à répondre de ses actes.



Poursuite pour torture
Les juristes qui ont aidé le gouvernement Bush à justifier des actes de torture pourront être poursuivis en justice, a estimé hier un tribunal de Californie. Le juge Jeffrey White de San Francisco ouvre la voie à des actions légales pour les terroristes condamnés aux États-Unis en vertu de ces textes. Il a refusé de rejeter une plainte déposée par Jose Padilla contre John Yoo, ancien responsable au ministère de la Justice sous George W. Bush. Padilla a été emprisonné pour 17 ans sous le chef d’accusation de terrorisme, après avoir été détenu quatre ans comme suspect de terrorisme.

Le lourd héritage de la torture - RICHARD HÉTU
Le président a donné l’impression de vouloir ménager la chèvre et le chou depuis le début de cet épisode.
Dès les 48 premières heures de sa présidence, Barack Obama a signalé son intention de tirer un trait sur un des chapitres les plus sombres de l’histoire américaine en annonçant la fermeture des prisons secrètes de la CIA et en révisant les méthodes d’interrogatoire de l’agence de renseignement afin d’y interdire notamment la simulation de noyade.
Mais il ne se délivrera pas aussi facilement du lourd héritage de la torture, comme le démontre depuis une semaine et demie la fureur soulevée à droite et à gauche par sa décision de publier des notes confidentielles sur les programmes d’interrogatoire de suspects de terrorisme sous l’administration Bush.
La droite, menée par un Dick Cheney plus médiatique que jamais, accuse le nouveau président de mettre en péril la sécurité des États-Unis en levant le voile sur des pratiques qui, à son avis, ont permis d’arracher de précieuses informations à des membres d’Al-Qaeda.
La gauche, représentée notamment par l’organisation MoveOn. org, réclame de son côté la nomination d’un procureur spécial pour « enquêter et poursuivre les architectes du programme de torture de l’ère Bush ». Il reviendra au ministre de la Justice, Eric Holder, de trancher ces questions.
Pris entre deux feux, le président a donné l’impression de vouloir ménager la chèvre et le chou depuis le début de cet épisode. Au moment de publier les quatre notes internes du ministère de la Justice, il a exprimé sa réticence envers des poursuites, estimant que les ÉtatsUnis doivent « regarder de l’avant, et non pas en arrière ». Son directeur de cabinet, RahmEmanuel, a réitéré cette position dimanche dernier lors d’une entrevue télévisée, soulevant la colère de plusieurs organisations progressistes, dont MoveOn.
Réagissant sans doute à ce tollé, le président Obama a laissé la porte ouverte mardi à des poursuites contre les avocats du ministère de la Justice ayant rédigé, entre 2002 et 2005, les notes confidentielles qui ont donné une couverture juridique à l’emploi par la CIA de techniques d’interrogatoire assimilées à des actes de torture (nudité, positions pénibles ou humiliantes, perturbation du sommeil, lumières aveuglantes, musique assourdissante, exposition à des températures extrêmes et simulation de noyade).
Pas le choix
Mais pourquoi donc l’administration démocrate a-t-elle décidé de publier ces notes qui soulèvent une polémique susceptible de détourner Barack Obama de ses priorités?
Parce qu’elle n’avait pas le choix, selon le président et plusieurs de ses conseillers, dont le secrétaire à la Défense Robert Gates. Sa décision découle d’une poursuite intentée par l’association américaine de défense des libertés (ACLU), qui a également invoqué la loi sur l’accès à l’information pour obtenir la publication, d’ici au 28 mai, d’une quarantaine de photos montrant des sévices pratiqués par du personnel américain sur des prisonniers en Irak et en Afghanistan entre 2001 et 2006.
La plupart des informations contenues dans les notes confidentielles du ministère de la Justice étaient déjà connues, mais certains détails inédits ont apporté de l’eau au moulin des critiques de l’administration Bush. On apprend notamment, dans une note rédigée en 2005, que Khalid Sheik Mohamed, le cerveau présumé des attentats du 11 septembre 2001, s’est vu infliger la simulation de noyade à 183 reprises pour le seul mois de mars 2003. Un autre membre présumé d’Al-Qaeda, Abou Zoubaydah, l’a subie 83 fois.
Comme l’ont rappelé les auteurs d’une enquête du Sénat publiée mercredi, la simulation de noyade faisait partie des méthodes utilisées par la Chine communiste pendant la guerre de Corée pour arracher de fausses confessions aux soldats américains. En fait, selon cette enquête, les États-Unis, sous l’ère Bush, ont recyclé aux dépens de suspects de terrorisme des méthodes mises au point dans les années 1950 pour aider les GI à résister à la torture en cas de capture par des pays ennemis.
L’enquête du Sénat conclut notamment que Condoleezza Rice, du temps où elle était conseillère à la sécurité nationale, et John Ashcroft, ex-ministre de la Justice, font partie des responsables américains ayant donné le feu vert en 2002, à la demande de la CIA, au recours à la simulation de noyade, une des formes de torture préférées des régimes despotiques, de l’Inquisition espagnole à Pol Pot.
« Personne n’est au-dessus de la loi », a déclaré cette semaine le ministre de la Justice actuel, qui a déjà rangé la simulation de noyade parmi les actes de torture interdits par les lois américaines et internationales.
N’en déplaise à Barack Obama, ce triste chapitre n’est donc probablement pas clos.


L’injustifiable - ANDRÉ PRATTE
La lecture des notes de service du ministère américain de la Justice autorisant les techniques d’interrogatoire de la CIA donne froid dans le dos. Ces notes, émises en 2002 et en 2005, ont été rendues publiques jeudi dernier, sur ordre du président Obama.
Les juristes y consacrent des dizaines de pages à écarteler les textes de loi pour justifier l’injustifiable: le recours à des méthodes violentes et dégradantes dans l’espoir de soutirer des informations de présumés terroristes d’Al-Qaeda.
Les notes décrivent les méthodes en question avec une minutie et une monotonie toutes bureaucratiques, comme s’il s’agissait de règlements de zonage. Ainsi , la noyade simulée ne peut être employée pendant plus de cinq jours dans un mois, deux fois par jour. Durant chaque séance, la noyade ne peut être simulée plus de six fois, pour une durée maximale à chaque simulation de 40 secondes.
Lorsqu’un détenu est arrosé, la température de l’eau ne doit pas être inférieure à 41 degrés Fahrenheit. Si un détenu est dévêtu aux fins de l’interrogatoire, il ne doit pas faire moins de 68 degrés Fahrenheit dans la pièce.
On peut projeter un prisonnier contre un mur f lexible, conçu pour accentuer le bruit du choc, « peut-être 20 à 30 fois » durant un interrogatoire. La « gi f le faciale » et la « gifle abdominale » sont également décrites en détail. De même pour le confinement dans des pièces juste assez grandes pour permettre au détenu de se tenir debout ou assis.
Les avis favorables du ministère de la Justice reposent sur la condition que la CIA « respectera soigneusement toutes ces lignes directrices ». Or, cette condition est naïve à l’extrême. Comme l’écrivait Michael Ignatieff, qui avant de se lancer en politique s’est longuement penché sur la question, « je ne vois pas comment on peut gérer institutionnellement des techniques coercitives d’interrogatoire pour empêcher qu’elles ne dégénèrent en torture. »
On pourrait discuter longtemps de la nature des méthodes décrites dans les notes de service: s’agit-il de torture ou non? Peu importe: il est inévitable que, une fois la porte entrouverte, les agents aillent plus loin, plus fort que ce qu’ont autorisé les dociles juristes du ministère de la Justice. On apprenait d’ailleurs hier que la noyade simulée a été utilisée à 183 reprises contre un détenu et 83 fois contre un autre.
La décision de Barack Obama de publier ces troublants documents a été applaudie. Plusieurs sont cependa nt déçus du fait que la Maison-Blanche a écarté toute poursuite contre les agents ayant eu recours à ces méthodes coercitives et contre leurs supérieurs. Cette décision est pourtant compréhensible. Si le président avait ouvert la voie aux poursuites, il aurait exposé son pays à d’interminables procédures judiciaires et à une terrible guerre politique entre démocrates et républicains.

Cela dit , les Amér ica ins devraient s’assurer que le recours à la torture ne dépende pas seulement des convictions (ou absences de scrupules) d’une administration donnée. À cette fin, une enquête permettant de tracer un portrait complet des techniques telles qu’employées dans les cellules de la CIA ( plutôt que dans les lignes directrices de l’agence), de même que de leur efficacité réelle pourrait être fort utile.



Obama offre son « soutien total » au personnel de la CIA
Un détenu soumis 183 fois à la simulation de noyade
— Le président Barack Obama a invoqué hier des « circonstances exceptionnelles » pour défendre contre les critiques sa décision de rendre publiques des notes rendant compte des méthodes employées par la CIA pour faire parler les terroristes sous l’administration Bush.
M. Obama, qui s’était rendu au siège de la CIA à Langley, près de Washington, a aussi assuré au personnel de la grande agence de renseignement qu’il avait son « soutien total » et qu’il ferait tout pour protéger l’identité et la sécurité de ses membres.
Au même moment, un examen attentif de ces notes internes mettait au jour de nouveaux détails extraordinaires sur le recours à ces méthodes dénoncées comme des actes de torture par leurs détracteurs : par exemple le fait que le « cerveau » présumé des attentats du 11 septembre 2001, Khalid Cheikh Mohammed, avait été soumis 183 fois à la simulation de noyade en mars 2003 et qu’un autre membre d’Al-Qaeda, Abou Zoubaydah, l’avait été à 83 reprises en août 2002.
« J’ai agi en premier lieu à cause des circonstances exceptionnelles qui entouraient ces notes internes », a dit M. Obama au siège de la CIA. Il a invoqué le fait que son administration faisait face à une procédure judiciaire d’une grande organisation de défense des libertés et qu’il serait « très difficile de monter un système de défense efficace » contre elle. Il a aussi invoqué le fait que, selon lui, une grande partie de l’information contenue dans ces notes internes était déjà sur la place publique.
Les quatre notes internes donnent la vision la plus détaillée à ce jour d’un programme sur lequel l’administration Bush s’employait à garder le secret.
Les critiques
La publication de ces notes a donné lieu à des critiques des défenseurs et des opposants à ces techniques d’interrogatoire autorisées après les attentats du 11 septembre.
Les adversaires ont reproché à l’administration Obama d’écarter la possibilité de poursuites contre ceux qui avaient procédé aux interrogatoires, mais aussi contre ceux qui les avaient autorisés.
Les défenseurs de cesméthodes se sont alarmés du risque que l’administration Obama ne lie les mains de la CIA, qu’elle ne crée un précédent et que des extrémistes n’exploitent cette décision. Une des grandes inquiétudes causées par cette affaire tient toujours à la protection des agents de la CIA contre la révélation de leur identité et les poursuites.
« Il faut que vous sachiez que vous avez mon soutien total », a dit M. Obama aux gens de la CIA.
Il a été chaudement applaudi à son arrivée.
Cependant, il a reconnu, qu’une inquiétude « compréhensible » s’était exprimée dans les discussions qu’il avait eues avec de hauts responsables de l’agence.
« Je me suis battu par le passé pour protéger la confidentialité des informations classées secrètes, et je continuerai à le faire à l’avenir. Et rien n’est plus important que de défendre l’identité des agents de la CIA », a-t-il dit.

« Alors ne vous laissez pas décourager par ce qui s’est passé au cours des dernières semaines. Ne vous laissez par décourager par le fait que nous puissions avoir à reconnaître que nous avons fait des erreurs », a-t-il dit en parlant des décisions de la précédente administration.



Obama sous un feu croisé de critiques
RÉVÉLATIONS SUR LA CIA

« Appliquer les lois du pays ne devrait pas être une décision politique. »
— Après la publication de notes internes révélant les méthodes d’interrogatoire de l’ère Bush, l’administration Obama se retrouve sous le feu croisé de critiques de la part d’associations de droits de l’homme et de conservateurs mécontents.
PHOTOKEVIN LAMARQUE, ARCHIVES REUTERS
Le waterboarding, ou la simulation de noyade, que des pacifistes avaient dénoncé en novembre 2007 à Washington, est aujourd’hui reconnu par les États-Unis comme de la torture.
« Nous n’utiliserons plus ces techniques à l’avenir. Mais nous défendrons absolument ceux qui se sont conformés à ces notes internes et ces directives », a expliqué Dennis Blair, le directeur du renseignement américain (DNI) de Barack Obama, dans un communiqué.
Le président lui-même a affirmé que les agents de la CIA chargés des interrogatoires « ont fait leur devoir ».
Il n’en fallait pas plus pour irriter les associations de droits de l’homme qui réclament des comptes depuis des mois.
« Le département de la Justice semble offrir un sauf-conduit de sortie de prison à des individus qui, selon le ministre de la Justice Eric Holder lui-même, étaient impliqués dans des actes de torture », s’insurge le directeur général d’Amnistie internationale Larry Cox. « Les lois n’ont de sens que si elles sont appliquées. Les États-Unis ont des lois qui interdisent la torture », dit-il.
Le Center for Constitutionnal Rights (CCR) estime que « c’est une des plus grandes déceptions de cette administration qui semble réticente à faire respecter la loi là où des crimes ont été commis par d’anciens responsables ».
Le CCR précise que ce sont les « responsables de haut niveau qui ont conçu, justifié et ordonné le programme de torture (...) qui doivent être traduits en justice ».
Par ailleurs, l’Association américaine de défense des libertés publiques (ACLU) a qualifié d’« intenable » la position du président Obama sur l’absence de poursuites. « Appliquer les lois du pays ne devrait pas être une décision politique », ajoute l’ACLU dans un communiqué.
De leur côté, les anciens du camp Bush n’épargnent pas M. Obama, mais pour des raisons bien différentes.
Deux hauts responsables de l’ancienne administration ont dénoncé la publication des notes internes, qui informent les terroristes et affaiblissent l’espionnage américain.
« La publication de ces notes n’était pasnécessaire en termes de droit et n’est pas saine en termes de politique », affirment l’ancien directeur de la CIA, le général Michael Hayden, et l’ancien ministre de la Justice Michael Musakey dans un éditorial du Wall Street Journal.
« Avec la révélation de ces techniques, les terroristes sont assurés d’être informés des limites absolues à l’intérieur desquelles les États-Unis agissent pour obtenir des informations. Ils peuvent donc adapter leur entraînement et affaiblir l’efficacité de ces techniques », ajoutent-ils.


Fermeture retardée?
Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a estimé hier qu’il allait être « difficile » de fermer la prison de Guantánamo le 22 janvier prochain, comme s’y est engagé le président Barack Obama. Pas moins de 223 personnes suspectées d’activités terroristes sont encore incarcérées dans ce centre de détention situé dans l’île de Cuba. En entrevue à ABC, Robert Gates a tenté de minimiser l’importance de la date butoir fixée par Barack Obama.

Les détenus du « Guantánamo afghan » ont maintenant des droits
WASHINGTON — Les ÉtatsUnis vont accorder des droits aux quelque 600 prisonniers du centre de détention américain de Bagram, parfois surnommé le « Guantánamo afghan », en leur permettant de contester leur détention, alors qu’ils n’avaient jusqu’ici pas même accès à leur dossier.
Le Pentagone a annoncé, hier, que ces hommes, enfermés parfois depuis des années sans recours, allaient bénéficier de l’aide d’un responsable militaire américain pour rassembler preuves matérielles et témoignages. Ils pourront ensuite plaider leur cause, voire convoquer des témoins, devant un conseil militaire chargé de réexaminer les dossiers.
« Il s’agit d’une procédure de réexamen afin de garantir que les détenus sont présentés à intervalles réguliers devant un conseil où ils peuvent contester leur détention », a assuré le porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman, en précisant que les mesures étaient en phase de mise en oeuvre.
« C’est une pratique que nous avions mise en place en Irak pour nous aider à gérer la population des détenus et au bout du compte la réduire, en nous assurant que nous ne gardions que les personnes les plus dangereuses », a précisé M. Whitman.
La pr i son de Bagram, située sur la base aérienne du même nom au nord de Kaboul, doit être remplacée cet automne par un large complexe pénitentiaire.
Prisonniers de guerre
Cont ra i rement à ceu x de Guantánamo, ses détenus, considérés comme des prisonniers de guerre arrêtés sur le champ de bataille, ne disposent pas des services d’avocats et ne savent pas quelles charges l’armée américaine retient contre eux.
En juillet, ils avaient été plusieurs centaines à entamer un mouvement de protestation, exprimant leur crainte d’être incarcérés « indéfiniment ».
Ils refusaient notamment de participer aux conversat ions vidéotéléphoniques ou de recevoi r la vi site de leurs familles, dans le cadre d’un programme de la Croix-Rouge.

La ville qui veut les détenus de Guantánamo  -  RICHARD HÉTU
Le président américain Barack Obama a ordonné la fermeture de la prison de Guantánamo d’ici le 22 janvier 2010. Que faire des 229 détenus qui s’y trouvent ? Standish, petite ville du Michigan, offre une réponse étonnante en proposant de les accueillir.
STANDISH, Michigan — Un scénariste hollywoodien pourrait trouver à Standish, petite ville du Michigan située sur les rives du lac Huron, la matière à une version très américaine de La grande séduction.

Les quelque 1500 habitants de cette communauté ne sont pas désespérément à la recherche d’un médecin, comme ceux de la bourgade du film québécois. Ils ont plutôt un urgent besoin de détenus.
Le plus important employeur de Standish est une prison de haute sécurité construite en 1990 pour accueillir les pires criminels de l’État. Or, ce centre de détention doit fermer ses portes le 1er octobre, faute de prisonniers en nombre suffisant.
D’où la cour pressante que font les responsables municipaux aux autorités fédérales pour les convaincre de transférer chez eux des détenus de la prison de Guantánamo, dont le président américain Barack Obama a ordonné la fermeture d’ici le 22 janvier 2010.
«Si une ville américaine doit tirer profit de l’accueil de ces détenus, je voudrais que ce soit la mienne», indique le maire de Standish, Kevin King, qui se dit convaincu d’exprimer l’opinion d’une majorité de ses concitoyens sur ce sujet.
Mais les opposants au transfert de détenus de Guantánamo à Standish parlent fort et évoquent les pires scénarios.
«Rien ne pourra empêcher un allié des terroristes de menacer de faire sauter l’école secondaire durant une partie de basketball afin d’obtenir la libération de ses compagnons», lance Paul Piche, un des gardiens de la prison de Standish. « Nous voulons des touristes, pas des terroristes », ajoute-t-il.
Un impact dévastateur
Disons que les touristes ne sont guère nombreux ces temps-ci à Standish, dont l’un des deux motels est carrément miteux. Sur l’artère principale de la ville – une route à quatre voies le long de laquelle les piétons ne s’aventurent pas –, les magasins à un dollar côtoient les McDonald’s, Taco Bell et autres fleurons de la restauration rapide et du commerce bon marché.
Dans le secteur résidentiel de la municipalité, des affiches «À vendre» se dressent devant plusieurs maisons, dont certaines ont été saisies. Le tableau permet de mieux comprendre la réaction favorable des responsables municipaux à la possibilité de sauver la prison locale en y accueillant des détenus de Guantánamo, dont soit 33% de son budget. Si la prison ferme, tout cela disparaîtra. L’impact sur les finances et l’économie de la municipalité serait dévastateur.»
Le centre de détention de Standish n’est pas l’unique lieu envisagé par les autorités fédérales pour le transfert de détenus de Guantánamo. La prison militaire de Fort Leavenworth, au Kansas, fait également partie des options à l’étude, mais cette à croire que la plupart d’entre eux sont favorables à cette éventualité ou s’y résignent.
« J ’étais en faveu r de la construction de la prison il y a 20 ans et je suis pour qu’elle reste ouverte, dit Ruth Caldwell, propriétaire d’une boutique de cadeaux. Et si elle doit accueillir des détenus de Guantánamo pour rester ouverte, eh bien, qu’il en soit ainsi. En tant que contribuable et propriétaire « La prison emploie plus de 300 personnes dans une ville où le taux de chômage dépasse 17 %. De son côté, la municipalité a un contrat de service pour l’eau et les égouts avec la prison qui lui rapporte 36 000 $ par mois, soit 33 % de son budget. Si la prison ferme, tout cela disparaîtra. » certains sont accusés d’avoir participé au complot terroriste du 11 septembre 2001.
« Nous voyons la situation d’un point de vue purement économique», dit le directeur de la municipalité, Michael Moran. «La prison emploie plus de 300 personnes dans une ville où le taux de chômage dépasse 17%. De son côté, la municipalité a un contrat de service pour l’eau et les égouts avec la prison qui lui rapporte 36 000$ par mois, solution ne semble pas avoir de partisans parmi les élus et les citoyens de cet État.
Favorables ou résignés
Aucun sondage scientifique n’a été mené auprès de la population de Standish pour mesurer l’appui réel au transfert de détenus de Guantánamo dans la prison locale, qui se trouve aux abords de la ville. Cependant, après avoir parlé à plusieurs citoyens, on est porté d’un commerce, je sais que nous avons besoin de cette prison.»
La nouvelle vocation du centre de détention de Standish risquerait de bouleverser la vie professionnelle de Ronald Schwab, dont la clinique vétérinaire se trouve à moins d’un demi-kilomètre de la prison de Standish. Selon la rumeur, le vétérinaire et ses voisins immédiats, dont deux garderies et un salon de coiffure pour dames, pourraient être expropriés par le ministère de la Défense, qui voudrait élargir la zone sécuritaire autour de la prison.
Mais cette possibilité ne provoque pas plus qu’u n haussement d’épaules chez le vétérinaire.
« Je pense que plusieurs personnes sont aussi résignées que je le suis, dit-il entre deux consultations. Le gouvernement fédéral peut faire ce qu’il veut. Cela dit, nous avons dépensé une somme astronomique pour construire cette prison. Ce serait scandaleux de la fermer après seulement 19 ans.»
Les opposants au transfert de détenus de Guantánamo à Standish ont eu l’occasion de se faire entendre le 20 août à l’occasion d’une réunion publique organisée par un représentant républicain du Michigan, Peter Hoekstra, qui fait campagne pour devenir gouverneur de l’État.
David Munson est au nombre des citoyens de Standish qui ont été convaincus par les arguments du républicain, qui est opposé, comme plusieurs élus de son parti, à tout transfert de détenus de Guantánamo en sol américain.
«Ils sont différents des prisonniers que nous avons ici, dit Munson, propriétaire d’un bar. Ils veulent tuer le plus grand nombre d’Américains possible. S’ils viennent ici, Standish deviendra une cible facile.»
Les gardiens de la prison de Standish tiennent le même discours. Il faut dire qu’un changement de vocation du centre de détention signifierait probablement pour les plus âgés d’entre eux une mutation dans une autre ville et un licenciement pour les plus jeunes. Les plus âgés comme les plus jeunes seraient remplacés par des centaines de militaires qui vivraient avec leurs familles parmi la population civile de Standish.
Mais le discours de la peur semble avoir un impact limité.

« J’ai l’impression de reviv re le même débat qu i a précédé l’ouverture de la prison », dit Elyse Sanford, dont le salon de coiffure avoisine le centre de détention. « On avait tenté de nous faire peur avec des scénarios qui ne se sont jamais réalisés. »


« Ils ont adoré la prison »  -  RICHARD HÉTU
S TA N D I S H , M i c h i g a n — Après avoir consacré la journée du 13 août à la visite de la prison de Standish, les responsables gouvernementaux et militaires ont répondu pendant une heure et quart aux questions des autorités locales.
«À la t oute fin, je leu r a i demandé s’ils avaient aimé la prison », s’est souvenu le maire de Standish, Kevin King, lors d’une entrevue. « La réponse était unanime. Ils ont adoré la prison. »
Les 30 responsables gouvernementaux représentaient les différents départements engagés dans le dossier de Guantánamo, dont la Justice, la Défense et la Sécurité intérieure. Leur visite à Standish s’est faite dans le cadre d’un projet visant à réunir les détenus de Guantánamo dans un même endroit. Celui-ci associerait prison de haute sécurité pour les détenus poursuivis en justice ou jugés trop dangereux pour être libérés, centre de rétention pour ceux en attente d’être relâchés dans un pays tiers, et salles d’audience pour organiser les procès sur place.
L’administration Obama n’écarte pas la possibilité d’envoyer les détenus de Guantánamo qui peuvent être inculpés devant les tribunaux de droit commun de New York, de Washington ou d’Alexandria, où plusieurs procédures antiterroristes ont déjà eu lieu.
« Nous attendons la décision », a déclaré le maire de Standish sur le ton d’un soupirant.

600 LITS POUR 229 DÉTENUS
> Même si tous les 229 détenus de Guantánamo aboutissaient à Standish, les autorités ne devraient pas avoir trop de mal à les loger. La prison de haute sécurité du Michigan compte 600 lits répartis dans six unités. > Équipé de centaines de caméras, de détecteurs de mouvement et de pression et de grilles de cinq mètres de haut couronnées par des barbelés militaires, le centre de détention n’a pas vu un seul de ses prisonniers s’échapper depuis son ouverture, il y a 19 ans. > Un total de 215 terroristes internationaux et 127 locaux sont détenus dans des prisons américaines, dont quelques-uns des plus célèbres – Ramzi Yousef, Richard Reid et Ted Kaczynski – se trouvent dans l’établissement de très haute sécurité de Florence, au Colorado.



QUE FAIRE DE GUANTÁNAMO?
Fermer Guantánamo est plus facile à dire qu’à faire. C’est visiblement ce que constatent les collaborateurs du président américain Barack Obama, qui s’est donné comme objectif de fermer la tristement célèbre prison d’ici le 22 janvier 2010. « Nous passons en revue le cas de chacun des détenus... afin de juger si, oui ou non, ils doivent faire l’objet d’un procès... (ou) être libérés », a expliqué le viceprésident des États-Unis, Joe Biden, le mois dernier. Il faut aussi déterminer où iront les prisonniers qui ne seront pas libérés lorsque Guantánamo sera chose du passé. Selon le Washington Post, deux scénarios sont actuellement à l’étude. Les détenus pourraient être transférés dans une prison militaire au Kansas ou dans un établissement de haute sécurité au Michigan. Celui-ci a d’ailleurs reçu la visite de responsables de l’administration Obama cette semaine. La Maison-Blanche devra aussi convaincre le Congrès du bien-fondé de cette initiative. Car jusqu’ici, les parlementaires refusent de laisser entrer les prisonniers de Guantánamo en sol américain.



Les États-Unis réfléchissent à l’après-Guantánamo
De nombreux élus ont exprimé leur inquiétude de voir arriver ceux que l’administration Bush a présentés pendant sept ans comme « les pires des pires » terroristes.
— Les États-Unis envisagent de déplacer les détenus de la prison de Guantánamo, arrêtés dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme », vers une prison spéciale qui accueillerait également des salles d’audience, a indiqué hier le quotidien américain The Washington Post.
La Maison-Blanche a cependant assuré hier qu’« aucune dé c i s i on dé f i n i t i ve n’e s t arrêtée ».
Selon le Post , qui cite des sources gouvernementales anonymes, la prison sera gérée par les ministères de la Défense, de la Justice et de la Sécurité intérieure, chacun d’eux étant responsable de différents détenus.
Les deux premiers ministères se partageraient la charge des détenus condamnés par la justice et de ceux que l’administration ne peut pas inculper mais qu’elle juge trop dangereux pour les libérer.
Le dernier ministère s’occuperait des hommes en instance d’immigration, c’est-à-dire dont la libération a été autorisée mais qui attendent qu’un pays tiers accepte de les accueillir.
Salles d’audience
La prison abriterait des salles d’audience dans lesquelles seraient organisés les procès de droit commun ou les procès devant des tribunaux militaires d’exception. L’objectif est de limiter au maximum le nombre de transferts, donc les risques d’évasion, précise le quotidien.
Dans l’attente d’un plan complet et précis sur l’avenir du centre de détention de Guantánamo, le Congrès américain a temporairement interdit au président Obama, en juin, d’en accueillir le moindre détenu sur le sol américain.
De nombreux élus ont exprimé leur inquiétude de voir arriver dans leurs circonscriptions ceux que l’administration Bush a présentés pendant sept ans comme « les pires des pires » terroristes.
Lieux à l’étude
Parmi les lieux à l’étude, selon le quotidien, figurent la prison militaire de Fort Leavenworth, au Kansas, où existent de fortes réticences locales, et une prison de haute sécurité dans l’État du Michigan, dont la fermeture est actuellement envisagée.
Interrogé sur la possibilité que cette prison soit choisie, le porteparole de la Maison-Blanche Robert Gibbs a assuré hier: « Je ne sais pas à quel stade ils en sont dans le choix de sites particuliers, mais ce qui est sûr, c’est qu’aucune décision définitive d’aucune sorte n’a été arrêtée. »
« La f e r me t u r e de Guantánamo sera un geste vide de sens si nous la rouvrons ailleurs sous un autre nom », a réagi dans un communiqué Jameel Jaffer, avocat auprès de la puissante association américaine de défense des libertés civiles ACLU.
Le président Barack Obama a ordonné par décret la fermeture de la prison de Guantánamo, où sont encore détenues 229 personnes soupçonnées de terrorisme, d’ici à janvier 2010.



ÉTATS-UNIS Des détenus de Guantánamo transférés ?
L’administration Obama envisage de créer un tribunal au sein d’un centre de détention aux États-Unis pour loger des terroristes présumés, combinant des structures de détention militaires et civiles dans une prison à haute sécurité. Selon plusieurs hauts responsables américains, l’administration Obama pourrait installer ce centre de détention dans une prison à haute sécurité qui doit bientôt fermer ses portes au Michigan, ou dans un pénitencier militaire construit il y a 134 ans à Fort Leavenworth, au Kansas. Ce centre de détention pourrait accueillir les 229 détenus actuels de la prison de Guantánamo, àCuba: membres présumés d’Al-Qaeda, talibans et combattants étrangers.

 
Le duel de Washington - RICHARD HÉTU

 Obama : « Guantánamo a aidé Al-Qaeda »
— Pas question de faire marche arrière. La prison de Guantánamo sera fermée d’ici au 20 janvier 2010. Et plusieurs de ses détenus seront transférés vers les États-Unis, n’en déplaise aux critiques de cette politique.
« Au lieu de servir d’outil pour contrer le terrorisme, Guantánamo est devenue un symbole qui a aidé Al-Qaeda à recruter des terroristes », a déclaré Barack Obama, hier matin, lors d’un discours majeur sur la sécurité nationale. « Le coût que nous aurions à payer en maintenant Guantánamo ouvert dépasserait de loin les complications que pose sa fermeture. Nous sommes en train de nettoyer ce qui est tout simplement un gâchis », a-t-il ajouté.
Répondant à ses critiques de droite et de gauche, le président démocrate a également défendu avec vigueur sa décision de renoncer aux techniques d’interrogatoire « accrues » approuvées sous l’administration Bush pour faire parler les suspects de terrorisme, ainsi que celle de rétablir, dans un nouveau cadre judiciaire, les tribunaux militaires d’exception mis en place par son prédécesseur républicain.
« Je crois de tout mon être que nous ne pouvons pas assurer, à long terme, la sécurité de ce pays, à moins de faire appel au pouvoir de nos valeurs les plus fondamentales », a-t-il dit dans son discours prononcé aux Archives nationales à Washington.
M. Obamab a livré ce discours au lendemain d’un vote du Sénat lui refusant les fonds pour la fermeture de Guantánamo et le transfert des détenus tant qu’il n’aura pas soumis de plan détaillé à ce sujet.
Le président n’a pas présenté de tel plan, choisissant plutôt de défendre les principes qui guident ses décisions en matière de sécurité nationale. Ce faisant, il a renvoyé dos à dos ses critiques de droite et de gauche, précisant que « les Américains ne sont pas des absolutistes ».
Le chef de la Maison-Blanche a accusé les critiques de la fermeture de Guantánamo d’entretenir une « peur irrationnelle » concernant le transfert de certains suspects de terrorisme vers des prisons de haute sécurité aux États-Unis.
« Gardez ceci à l’esprit: personne ne s’est jamais échappé de l’une de nos prisons fédérales dites "supermax", dans lesquelles sont enfermés des centaines de terroristes », a-t-il dit.
Le président a en outre promis de ne jamais libérer « des gens qui représentent un danger pour les Américains ». Il n’a ainsi pas écarté la possibilité que certains détenus ne pouvant être jugés mais continuant à être dangereux puissent être placés en détention préventive.
« Je serai franc: c’est la question la plus difficile à laquelle nous ferons face », at-il dit.

Cheney : « Il n’y a pas de demi-mesures »
— Cachant mal sa colère et son amertume derrière un ton sarcastique, Dick Cheney a présenté hier à Washington un véritable réquisitoire contre Barack Obama et ses politiques antiterroristes.
« L’administration a découvert qu’il est facile de se faire applaudir en Europe grâce à la fermeture de Guantánamo. Mais il est difficile de trouver une solution de rechange qui serve les intérêts de la justice et de la sécurité nationale de l’Amérique », a-t-il déclaré lors d’un discours devant l’American Entreprise I nst itute, un laboratoi re d’idées néo-conservatrices.
L’ancien vice-président des États-Unis a pris la parole dès la fin du discours du président démocrate. Son allocution sur la sécurité nationale avait été annoncée la semaine dernière. Il ne faut sans doute pas voir comme une coïncidence la décision du chef de la Maison-Blanche d’aborder le même sujet, le même jour.
Le réquisitoire de Dick Cheney ne comportait aucune expression de regret pour les décisions controversées de l’administration Bush ni de sympathie pour la complexité des défis dont le nouveau président a hérité.
Comme elle l’a fait sur de nombreuses tribunes au cours des dernières semaines, l’ancienne éminence grise de George W. Bush a accusé le président Obama de mettre en danger la sécurité de son pays, notamment par ses décisions de fermer la prison de Guantánamo et de tourner le dos aux méthodes d’interrogatoire « accrues » approuvées sous l’administration républicaine pour faire parler les suspects de terrorisme.
Selon Dick Cheney, le débat autour de ces techniques assimilées à la torture ne peut que réjouir les ennemis des États-Unis.
« Quand ils voient le gouvernement forcé de se défendre sur la question des interrogatoires, les terroristes voient se réaliser leur souhait, à savoir la disparition de notre unité, l’ébranlement de note détermination et la distraction de nos dirigeants. Bref, ils voient la faiblesse comme une occasion », a-t-il déclaré, tout en dénonçant l’« indignation feinte » et le « moralisme bidon » des critiques des méthodes d’interrogatoire.
« Dans le combat contre le terrorisme, il n’y a pas de demi-mesures », a-t-il ajouté.
Un constat qui, selon lui, s’applique au dossier de Guantánamo.
« Je pense qu’à la réflexion, le président va se rendre compte que transférer les pires terroristes au coeur des États-Unis sera source de grand danger, et qu’il le regrettera dans les prochaines années », a-t-il dit.
L’ancien vice-président a fait allusion aux attentats terroristes du 11 septembre 2001 à 25 reprises, lors de son discours, se félicitant notamment du fait que les États-Unis n’aient pas été frappés de nouveau depuis cette date.




De l’argent pour la guerre, mais pas pour Guantánamo
— Le Sénat américain a adopté hier soir un projet de budget supplémentaire pour 2009 de 91,3 milliards de dollars pour financer les guerres en Irak et en Afghanistan, tout en refusant au président Barack Obama les fonds qu’il réclamait pour la fermeture de Guantánamo.
Les sénateurs ont adopté le budget par 86 voix contre 3, après plusieurs jours d’un débat portant essentiellement sur le sort des 240 détenus de la prison située dans l’île de Cuba. Mercredi, ils avaient adopté un amendement par 90 voix contre 6 visant à interdire d’accorder des fonds pour la fermeture de Guantánamo.
Hier, le président Obama a affirmé dans un discours sa détermination à fermer le camp de détention de Guantánamo comme il s’y est engagé et a défendu l’idée de transférer des détenus du camp de Guantánamo vers des prisons de haute sécurité aux États-Unis, malgré l’inquiétude soulevée au Congrès et dans l’opinion publique par la perspective d’un transfert de ces prisonniers sur le sol américain.
« Gardez ceci à l’esprit: personne ne s’est jamais échappé de l’une de nos prisons fédérales (dites) supermax, dans lesquelles sont enfermés des centaines de terroristes », a-t-il dit.
Sous la pression de certains républ icains, qui réclament le maintien de la prison de Guantánamo, les leaders démocrates du Sénat avaient annoncé mardi qu’ils ne fourniraient pas les 80 millions de dollars demandés par le président Barack Obama, tant qu’ils ne disposeraient pas d’un plan précis.
« Les démocrates du Sénat ont hâte d’examiner les détails du plan de l’administration lorsqu’il sera disponible et de travailler avec le président à la sécurité des Américains et à traduire en justice ceux qui cherchent à nous atteindre », a indiqué hier le patron démocrate du Sénat Harry Reid.
De son côté, le chef de la minorité républicaine Mitch McConnell a déclaré hier devant le Sénat qu’il « est clair pour les républicains et les démocrates au Congrès que l’administration n’a pas de plan actuellement pour fermer Guantánamo, et fermer sans plan est inacceptable ».
Le budget supplémentaire approuvé par le Sénat pour 2009 doit financer les guerres en Irak et en Afghanistan jusqu’au 30 septembre. Il contient notamment 18 milliards pour les personnels militaires et 21,9 milliards pour le remplacement de matériel militaire.

GUANTÁNAMO  - Cheney critiqué dans son propre camp

— Deux anciens membres de l’équipe de sécurité nationale du président américain George W. Bush, dont l’actuel secrétaire à la Défense, ont rejeté les propos de l’ancien vice-président Dick Cheney, qui a critiqué jeudi l’intention de Barack Obama de fermer Guantánamo.
L’administration Obama est obligée de fermer la prison controversée car celle-ci « entache » l’image des États-Unis, a estimé le chef du Pentagone, Robert Gates, maintenu dans ses fonctions par le président américain Barack Obama après avoir servi dans l’administration Bush, dans une interview diffusée hier par la chaîne de télévision NBC.
Le centre de détention américain situé à Cuba « est probablement l’une des meilleures prisons du monde actuellement », a souligné M. Gates, « mais il entache » l’image des États-Unis et « son seul nom est une condamnation » des pratiques antiterroristes américaines, a-t-il jugé sur la chaîne de télévision NBC.
Il a défendu le souhait exprimé jeudi par le président Obama de transférer certains détenus de Guantánamo dans des prisons américaines, malgré la vive controverse que suscite cette perspective.
L’ancien ministre à la Sécurité intérieure de l’administration Bush, Tom Ridge, a lui aussi désavoué l’ex-vice-président dans un entretien devant être diffusé demain sur CNN, et dont des extraits ont été publiés hier.
« Je suis en désaccord avec Dick Cheney » sur le fait de dire que les États-Unis sont moins sûrs à cause des décisions prises par l’actuel président, a-t-il affirmé, tout en soulignant qu’il rejetait également les propos de M. Obama selon lesquels l’administration précédente « fondait ses décisions sur la peur ».



 
GUANTÁNAMO - Le casse-tête d’Obama
Jusqu’à 100 détenus pourraient n’être ni libérés ni poursuivis
— Entre 50 et 100 détenus de Guantánamo sont jugés trop dangereux pour être libérés mais sans qu’il soit possible de les inculper, selon le secrétaire américain à la Défense, qui met le doigt sur une inextricable situation juridique et diplomatique pour l’administration Obama.
« La question est de savoir ce que nous allons faire des 50 à 100 (détenus) que nous ne pouvons ni libérer ni juger » devant des tribunaux américains, qu’ils soient civils ou militaires, a-t-il affirmé hier lors d’une audition au Congrès.
M. Gates a dans le même temps demandé au Congrès un budget exceptionnel de 50 millions de dollars « qui nous permettrait d’entreprendre des constructions si nous en avions besoin pour ces détenus ».
Le président Barack Obama a décrété la fermeture du centre de détention de Guantánamo d’ici janvier 2010, cette enveloppe pourrait financer la construction d’une nouvelle aile au sein d’un prison américaine existante pour recevoir des détenus, a précisé un responsable militaire sous le couvert de l’anonymat.
Tout en précisant que le ministère de la Justice était chargé de réexaminer la totalité des dossiers des détenus, un par un, le secrétaire à la Défense a assuré que « nous avons commencé à discuter cette semaine des détenus qui ne peuvent être transférés vers d’autres pays et ne peuvent être traduits devant des cours fédérales ».
Interrogé par l’AFP, un porte-parole du ministère américain de la Justice a refusé de commenter les propos de M. Gates. Le ministère de la Justice demande au Congrès 30 millions pour mener à bien cette tâche. L’existence d’une « troisième » catégorie de détenus faisait déjà partie de la rhétorique du Pentagone sous l’administration Bush, observe Sharon Bradford Franklin, experte auprès du Constitution Project à Washington.
Mais, « comment sait-on que quelqu’un est dangereux », objecte-t-elle.
« Si c’est à partir d’éléments recueillis sous la torture, nous savons que ce n’est pas entièrement fiable et si ce n’est pas sur cette base, s’il existe des preuves crédibles, alors ne devrions-nous pas les réunir et être en mesure d’inculper cette personne ? », explique-t-elle.
« Très peu de détenus pourront être poursuivis » parce que les preuves contre eux sont très fragiles, estimede soncôté le major Barry Windgard, qui défend Fayiz al-Kandari, un Koweïtien inculpé de « complot » et de « soutien matériel au terrorisme ». En 25 ans de carrière, il certifie n’avoir « jamais vu des éléments à charge aussi fragiles pour justifier une incarcération illimitée ».

PRISON DE GUANTÁNAMO  - Obama devra refaire ses devoirs - Richard Hétu

COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK— De toute évidence, il est plus facile de promettre de fermer le camp de détention de Guantánamo que de le faire. Barack Obama en a eu une autre preuve, hier, lorsque les démocrates du Sénat, emboîtant le pas de leurs collègues de la Chambre des représentants, ont refusé d’accorder au Pentagone les fonds nécessaires au transfert des détenus de la prison controversée vers les États-Unis.
Les détenus de Guantánamo doivent patienter encore quelques mois avant de connaître leur prochaine destination.
La décision a été prise hier matin par les démocrates d’une commission du Sénat chargée de superviser les dépenses militaires et diplomatiques des États-Unis en Irak et en Afghanistan. Ces démocrates ont donc cédé aux pressions des républicains du Congrès, qui ont récemment fait campagne contre la fermeture du camp de détention de Guantánamo, la base navale américaine située à Cuba.
Le président avait demandé 80 millions pour la fermeture de la prison d’ici le 22 janvier 2010. Selon le sénateur démocrate de l’Illinois, Dick Durbin, il devra présenter un plan détaillé sur le sort des prisonniers avant le déblocage de ces fonds.
« L’administration n’a pas présenté un programme à ce stade-ci, a dit le sénateur Durbin, numéro deux de son parti au Sénat. Je pense que Guantánamo doit être fermé et nous devons attendre les directives du président sur ce qui arrivera aux détenus. On nous demandait auparavant de défendre l’inconnu. »
Les républicains jubilent
Et les républicains du Congrès n’ont pas manqué de faire de cette question leur cheval de bataille. Un élu du Kansas, où se trouve la prison militaire de Leavenworth, un des lieux possibles d’incarcération, a proposé, la semaine dernière, l’adoption d’un texte intitulé « Loi pour garder les terroristes hors d’Amérique ».
De son côté, le chef de file de la minorité républicaine de la Chambre a incité les parlementaires à approuver ce projet de loi, « car nos électeurs ne veulent pas de ces terroristes dans leur voisinage », a-t-il dit.
Le texte a été défait, mais les républicains ont promis de revenir à la charge.
Malgré les résistances du Congrès, l’administration Obama a réitéré hier sa volonté de fermer la prison de Guantánamo d’ici 2010. « D’après ce que je sais, tout est en bonne voie pour fermer le centre de détention dans les délais impartis par le président par voie de décret », a déclaré le porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell, lors d’une conférence de presse. « Je ne vois rien indiquant que cette date risque de ne pas être respectée. »
Un groupe de travail piloté par le ministère de la Justice a été chargé de réexaminer les dossiers des quelque 240 suspects de terrorisme emprisonnés à la base navale. Il s’agit d’abord de déterminer lesquels seront rapatriés dans leur pays ou transférés dans un pays tiers.
Le groupe de travail doit ensuite décider si les détenus restants doivent être inculpés devant des tribunaux fédéraux, des cours martiales ou devant les tribunaux militaires d’exception, dont le rétablissement a été annoncé par le président Obama la semaine dernière.
Le groupe devra enfin déterminer où ces suspects de terrorisme seront détenus après la fermeture de Guantánamo.
Le président Obama doit prononcer un discours demain sur la fermeture du centre.


L’AFGHANISTAN VEUT RAPATRIER UN AFGHAN TORTURÉ À GUANTANAMO
L’Afghanistan a demandé aux ÉtatsUnis le rapatriement d’un Afghan de 19 ans, envoyé à Guantánamo alors qu’il n’avait 12 ans, selon un procureur de l’État afghan. D’autres avocats ont affirmé qu’il avait été torturé dans la prison américaine. À l’âge de 12 ans, Mohammad Jawad avait été arrêté par la police afghane en décembre 2002 pour avoir lancé une grenade qui avait blessé deux soldats américains. Il avait ensuite été livré à l’armée américaine et transféré au début de l’année 2003 à Guantánamo où il se trouve toujours. « Il n’y a aucun doute que Jawad a été torturé alors qu’il était aux mains du gouvernement américain pendant les sept dernières années », a lancé son avocat, Eric Montalvo, un commandant du corps des marines américains désigné par le département américain de la Défense.

GUANTÁNAMO Un 2e détenu jugé aux États-Unis ?
Le gouvernement américain veut traduire devant un tribunal de droit commununAfghan arrêté alors qu’il était mineur, faisant de lui le deuxième prisonnier de Guantánamo jugé sur le sol américain. Arrêté en 2002 pour avoir lancé en Afghanistan une grenade sur un convoi américain, le jeune homme avait alors 16 ou 17 ans selon le Pentagone, mais seulement 12 selon le gouvernement afghan et ses avocats. Par ailleurs, des chercheurs américains dénoncent l’absence d’éthique professionnelle qui a présidé aux décisions médicales dans la prison de Guantánamo et le rôle de l’armée américaine dans ces manquements, dans une étude publiée jeudi par The Lancet.


Obama cautionne le retour des tribunaux à la Guantánamo
En arrivant au pouvoir, Barack Obama s’est empressé de désavouer l’administration Bush en signant un décret qui ordonnait la fermeture de la prison de Guantánamo. Il a aussi suspendu les commissions militaires, les tribunaux d’exception qui y sévissent. Q
QQue R
À Guantánamo, des prisonniers font la file au milieu d’une rangée de soldats qui recherchent un objet interdit au camp.
sont les commissions militaires ? Lors de guerres aux XVIII et XIXe siècles, les premières commissions militaires servaient à juger des militaires américains et étrangers sur le champ de bataille. Après le 11 septembre, George W. Bush les a remises au goût du jour : il a créé un tribunal militaire d’exception sur la base de Guantanamo Bay, à Cuba, pour juger les « combattants ennemis » capturés à l’étranger. Ces tribunaux ont été démantelés par la Cour suprême américaine, qui a jugé en 2006 que cette instance violait la Constitution du pays et la convention de Genève. L’administration Bush a réécrit la loi et, à la surprise de tous, a élargi plutôt que limité la juridiction des commissions militaires, à qui il a aussi permis de juger des non-citoyens vivant légalement aux États-Unis.
QQuelle
est la différence entre ces commissions et les cours civiles et pénales américaines ? Ces commissions ne garantissent pas les mêmes droits aux prévenus que les cours américaines puisque ceux qui y sont jugés ne sont pas Américains et ne se trouvent pas sur le territoire des États-Unis. Les accusés qui comparaissent devant ces tribunaux d’exception à Guantánamo se voient assigner d’office un avocat militaire. Pendant le procès, les preuves obtenues sans mandat de perquisition sont permises. Le ouï-dire est aussi admis à moins que l’accusé puisse prouver que la source du ouï-dire n’est pas crédible.
QQu
e propose Barack Obama ?
RLors de sa campagne électorale, Barack Obama a dit des commissions militaires qu’elles étaient « un immense échec ». Il propose maintenant de les maintenir pour juger une vingtaine de « combattants ennemis » et présumés terroristes parmi les quelque 240 détenus qui se trouvent toujours à Guantánamo, mais en modifiant quelques règles. Dans l’énoncé rendu public hier, Barack Obama assure que les preuves obtenues « à l’aide de techniques d’interrogatoire cruelles, inhumaines et dégradantes ne seront plus admises pendant le procès ». Le ouï-dire pourra toujours être utilisé comme preuve mais il incombera au procureur de prouver sa valeur. Le président Obama note aussi que les accusés auront « plus de latitude pour sélectionner leurs avocats », sans pour autant donner de détails à ce sujet.
QBarack
Obama revient-il sur sa décision de fermer la base de Guantánamo Bay ?
RNon, pas pour le moment. Le président américain a signifié le 22 janvier 2009 qu’il fermera la prison controversée d’ici au 2 janvier 2010. Il n’est pas revenu sur ce sujet hier.
QQui
sera jugé devant les commissionsmilitaires? LeCanadien Omar Khadr sera-t-il du nombre?
ROn ignore la liste complète des détenus de Guantánamo qui devront faire face à ce tribunal militaire d’exception. Selon les experts, tous ceux dont le procès a été suspendu par Barack Obama devront y faire face. C’est le cas de Khalid Shaikh Mohammed, le cerveau présumé des attentats du 11 septembre. Omar Khadr est dans la même situation. Le procès du jeune Canadien, appréhendé en Afghanistan alors qu’il n’avait que 16 ans, a déjà débuté et est suspendu pour le moment.


Place à la « doctrine Bush-Obama » -  RICHARD HÉTU
Les Américains seront bientôt la cible d’une nouvelle campagne public itaire dénonçant la « doctrine Bush-Obama », promet Anthony Romero, directeur de l’ACLU, une importante association de défense des libertés civiles.
Les récentes volte-face de l’administration Obama en matière de sécurité nationale, notamment le rétablissement des tribunaux d’exception pour juger certains suspects emprisonnés à Guantánamo, déplaisent au défenseurs des libertés civiles.
L’ama lgame ent re Ba rack Obama et George W. Bush est peut-être injuste, mais il illustre la colère des organisations comme l’ACLU après deux décisions du président démocrate sur des questions de sécurité nationale qui jurent avec ses promesses électorales et même avec ses déclarations récentes.
« Il est temps de mieux protéger le peuple américain en traduisant rapidement en justice les terroristes devant nos cours fédérales ou militaires régulières », avait déclaré Barack Obama durant sa campagne présidentielle.
Il est revenu sur cette promesse et a rétabli vendredi les tribunaux militaires d’exception mis en place par son prédécesseur républicain pour juger certains suspects de terrorisme emprisonnés à Guantánamo. Bien qu’il se soit vanté d’avoir amélioré les garanties légales des prévenus – les confessions obtenues sous la torture seront notamment écartées –, il n’a pas rassuré ses nouveaux critiques.
Deux jours plus tôt, le président avait fait une volte-face encore plus soudaine: moins d’un mois après avoir autorisé la publication de nouvelles photos de sévices pratiqués par le personnel militaire américain en Irak et en Afghanistan, il a annoncé son intention de s’y opposer devant les tribunaux.
« Je crois que la publication de ces photos n’ajoutera rien à notre compréhension de ce qui a été exécuté par un petit nombre d’individus par le passé. Je crois que, en fait, la conséquence la plus directe qu’aurait leur publication serait d’attiser les sentiments anti-américains et d’exposer nos soldats à un danger plus grand », a déclaré Barack Obama.
George W. Bush n’aurait probablement pas parlé autrement, ce que l’ACLU n’a pas manqué de souligner.
« Tactiques d’obstruction »
« L’adoption par l’administration Obama des tactiques d’obstruction et de la politique d’opacité de l’administration Bush apporte un démenti cinglant au désir exprimé par le président de rétablir l’État de droit », a déclaré Anthony Romero, le directeur de l’organisation, qui avait réclamé la publication des photos des sévices au nom de la loi sur l’accès à l’information.
L’ironie – et elle est de taille –, c’est que Barack Obama tirera probablement profit aux ÉtatsUnis de ces décisions qui ont indigné certains de ses supporters. Ainsi, dans un reportage sur le retour des tribunaux militaires d’exception, le New York Times tenait pour acquis que cette décision « bénéficiera à l’administration sur le plan politique parce qu’elle rehausse la réputation de M. Obama comme leader qui adopte une ligne dure à l’égard des suspects de terrorisme ».
Il faut dire que les républicains semblent avoir ébranlé la MaisonBlanche avec la férocité de leurs attaques contre la décision du président de fermer le camp de Guantánamo. À les entendre, de dangereux terroristes seront bientôt en liberté dans les villes américaines.
Les républicains ont également sévèrement critiqué la décision du président Obama de publier des notes internes du ministère de la Justice cautionnant le recours à des méthodes d’interrogatoire assimilées à la torture.
En faisant volte-face sur des questions de sécurité nationale, Barack Obama aurait donc démontré un pragmatisme qui fait non seulement partie de sa personnalité mais également de la réalité du pouvoir.
Délicats dossiers
Il ne fait pas de doute que le président a hérité de plusieurs dossiers délicats, dont celui des détenus de Guantánamo. Des 420 suspects de terrorisme qui s’y trouvent encore, cinq sont accusés d’avoir participé au complot du 11 septembre 2001, y compris le cerveau présumé des attentats, Khalid Shaikh Mohammed. Le gouvernement américain aurait pu perdre un procès contre eux devant une cour fédérale ou militaire régulière compte tenu des mauvais traitements qui leur ont été infligés depuis leur capture.
La publication de nouvelles photos de sévices en Irak et en Afghanistan aurait pu, d’autre part, entraîner Barack Obama encore plus profondément dans un débat qu’il semble vouloir éviter, celui de la torture sous l’administration Bush. Elle aurait également pu provoquer une vague de colère dans le monde musulman à la veille du discours que le président doit prononcer au Caire, capitale de l’Égypte, le 4 juin.
Les nouvelles photos de sévices devaient être publiées d’ici au 28 mai.
Quoi qu’il en soit, Barack Obama se retrouve aujourd’hui dans la position bizarre où ceuxlà mêmes qu’il a dénoncés lors de la campagne présidentielle le félicitent.
« Nous sommes encore en guerre. La publication de ces photos aurait représenté une victoire psychologique pour nos ennemis. J’applaudis la décision du président », a déclaré jeudi le sénateur républicain de l’Arizona, John McCain.



L’ébauche d’une doctrine Obama -  RICHARD HÉTU
Aucun président américain n’aura incarné autant que Barack Obama cette humanité commune dont il s’est fait le champion au Caire. Aucun président américain n’aura contredit autant que lui la thèse du choc des civilisations.
NEW YORK — Barack Obama ne ferme pas les yeux sur « l’extrémisme violent » incarné par AlQaeda et les autres organisations qui veulent en découdre avec les États-Unis et leurs alliés. C’est « la première chose que nous devons affronter », a déclaré le président américain dans son discours au Caire, faisant écho à une des préoccupations majeures de son prédécesseur.
Aussi , comme George W. Bush, Barack Obama est-il prêt à employer la force pour combattre cette menace, que ce soit en Afghanistan ou au Pakistan. Il en va, selon lui, de la sécurité des États-Unis et de la stabilité des pays où les talibans et les disciples d’Al-Qaeda conspirent contre le pouvoir. Le 44e président américain a également évoqué le lien « inébranlable » entre Israël et son pays, ainsi que ses craintes à l’égard d’un Iran nucléaire, deux autres thèmes chers au 43e président. Mais là s’arrêtent les comparaisons entre les deux hommes.
En fait, si l’on en vient un jour à parler d’une doctrine Obama en matière de politique étrangère, celle-ci aura probablement été ébauchée à l’occasion de ce discours historique à l’adresse de 1,5 milliard de musulmans. Un discours de rupture avec l’ère Bush dans lequel Barack Obama n’a pas prononcé une seule fois les mots « terreur » ou « terrorisme ». Un discours marqué au coin de la réconciliation au cours duquel le président américain a renoncé au projet d’imposer une démocratie made in USA au Moyen-Orient ou ailleurs sur la planète.
« Je sais que la promotion de la démocratie a soulevé de la controverse au cours des dernières années, une controverse liée en bonne partie à la guerre en Irak. Permettez-moi donc d’être clair : aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé à une nation par une autre », a-t-il déclaré.
Dans la vision du monde que le président Obama a présentée au Caire, les États-Unis ne sont donc plus les fiers champions de valeurs transcendantes, mais les humbles partenaires de peuples et de nations qui travaillent de concert pour relever les défis d’une humanité interdépendante.
« Car l’expérience récente nous a enseigné que quand un système financier connaît des ratés dans un pays, la prospérité décline partout. Quand un nouveau virus infecte un humain, tous font face au même risque. Quand une nation tente d’acquérir l’arme nucléaire, le risque d’une attaque nucléaire augmente pour toutes les nations. Quand des extrémistes violents prennent refuge dans un bout de territoire montagneux, des gens sont menacés de l’autre côté de l’océan. Et quand des innocents en Bosnie et au Darfour sont tués, c’est une tache sur notre conscience collective. C’est la responsabilité que nous avons les uns envers les autres », a-t-il déclaré.
Et d’ajouter : « C’est une responsabilité difficile à accepter. Car l’histoire de l’humanité ne manque pas de nations et de tribus qui en ont subjugué d’autres au nom de leurs propres intérêts. Or, en cette nouvelle ère, de telles attitudes sont autodestructrices. Compte tenu de notre interdépendance, tout ordre mondial qui élève une nation ou un groupe de gens au-dessus d’un autre échouera inévitablement. »
Il s’en trouvera sans doute pour attribuer à la naïveté le discours de Barack Obama sur l’interdépendance des nations. Le président américain a lui-même reconnu hier qu’« aucun discours ne peut éliminer des années de méfiance ».
Mais aucun président américain n’aura incarné autant que Barack Obama cette humanité commune dont il s’est fait le champion au Caire. Aucun président américain n’aura contredit autant que lui la thèse du choc des civilisations. Il ne s’est d’ailleurs pas gêné, dans son discours, pour évoquer son expérience personnelle.
« Je suis chrétien, mais mon père est venu du Kenya, d’une famille qui comprend des générations de musulmans, a-t-il dit. Enfant, j’ai passé plusieurs années en Indonésie et j’ai entendu l’appel du muezzin à l’aube et au crépuscule. » Un peu plus tard, il a ajouté: « On a beaucoup parlé du fait qu’un Afro-Américain du nomde Barack Hussein Obama pouvait être élu président. Mais mon histoire personnelle n’est pas unique. Ce rêve de perspectives d’avenir pour tous ne s’est pas encore réalisé en Amérique, mais sa promesse existe pour tous ceux qui viennent sur nos côtes – ce qui inclut près de sept millions de musulmans américains dans notre pays qui jouissent de revenus et d’une éducation plus élevés que la moyenne. »

Que de belles paroles? Il faudra un certain temps avant de juger de l’impact du discours de Barack Obama au Caire. Mais celui-ci marque peut-être la naissance d’une doctrine mettant davantage l’accent sur le pouvoir de l’empathie plutôt que sur celui des armes.


LE DISCOURS D’OBAMA EN NEUF THÈMES
TRADUIT PAR LAURA- JULIE PERREAULT
1. LA RAISON DU DISCOURS « Je suis venu ici dans l’espoir d’un nouveau départ dans la relation entre les États-Unis et les musulmans de partout dans le monde. Un départ basé sur un intérêt commun et le respect mutuel. Et basé aussi sur la vérité que l’Amérique et l’Islam ne sont pas mutuellement exclusifs et n’ont pas besoin d’être en compétition. » 2. L’ISLAMOPHOBIE « Je considère que c’est ma responsabilité comme président des États-Unis de me battre contre les stéréotypes sur l’Islam là où ils apparaissent. Mais ce même principe doit s’appliquer à la perception qu’ont les musulmans des États-Unis. » 3. LA GUERRE EN IRAK « Contrairement à la guerre en Afghanistan (qui était une nécessité), la guerre en Irak était un choix qui a fait naître de profondes dissensions dans mon pays et autour du monde. » 4. LE RÉVISIONNISME « Six millions de juifs ont été tués, soit plus que la population actuelle d’Israël. Nier ce fait est sans fondement, ignorant et haineux. » 5. LE CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN « Il est indéniable que les Palestiniens – musulmans ou chrétiens – ont souffert dans leur quête d’une patrie. Depuis plus de 60 ans, ils endurent la douleur du déplacement. (...) Il ne devrait pas y avoir de doute : la situation des Palestiniens est intolérable. » « Les Israéliens doivent reconnaître que tout autant que leur droit d’exister ne peut être nié, celui de la Palestine ne peut l’être non plus. Les États-Unis n’acceptent pas la légitimité des nouvelles colonies juives. Elles violent les ententes passées et mettent en péril les efforts pour arriver à la paix. »


6. L’IRAN ET L’ARME NUCLÉAIRE « Je comprends ceux qui protestent parce que certains pays ont l’arme nucléaire et d’autres ne l’ont pas. Aucune nation ne devrait avoir le droit de décider quels pays auront ou non l’arme nucléaire. » 7. LE PORT DU HIJAB « Il est important que les pays occidentaux n’empêchent pas les citoyens musulmans de pratiquer leur religion comme ils le désirent, notamment en dictant ce qu’une femme musulmane doit porter. Nous ne pouvons pas déguiser l’hostilité à l’égard d’une religion derrière le prétexte du libéralisme. » 8. L’AVENIR DES RELATIONS AMÉRICANO-MUSULMANES « C’est plus facile de commencer les guerres que de les terminer. Plus facile de blâmer les autres que de se regarder soimême. (...) Mais nous devrions prendre le bon chemin plutôt que le chemin facile. » 9. LES ENSEIGNEMENTS RELIGIEUX « Nous avons le pouvoir de faire du monde ce que nous cherchons, mais seulement si nous avons le courage de prendre un nouveau départ, en gardant en tête les Écritures. Le Coran nous dit : “ Ô! humanité, nous vous avons créés femme et homme et nous vous avons divisés en tribus et en nations afin que vous vous connaissiez les uns, les autres. ” Le Talmud nous dit : “ Toute la Torah a pour but de promouvoir la paix. ” La Bible nous dit : “ Bénis ceux qui maintiennent la paix. Ils peuvent être appelés les fils de Dieu. ” Les gens du monde peuvent vivre ensemble en paix. Nous savons que c’est la vision de Dieu. Maintenant, nous devons en faire notre oeuvre sur terre. »

LESGRANDS DISCOURS D’OBAMA
> Le 2 octobre 2002 Discours à Chicago contre la guerre en Irak. > Le 27 juillet 2004 Discours sur la scène de la convention démocrate de Boston. > Le 18 mars 2008 Discours sur la question raciale à Philadelphie. > Le 20 janvier 2009 Discours d’investiture à Washington. > Le 5 avril 2009 Discours à Prague sur « un monde sans armes nucléaires ». > Le 17 mai 2009 Discours sur l’avortement sur le campus de l’Université Notre-Dame. > Le 4 juin 2009 Discours au Caire sur les relations entre les États-Unis et les musulmans.

APRÈS LES MOTS, LE MONDE ATTEND LES ACTIONS - Agnès Gruda
Une rupture. Voilà comment on peut résumer le discours que Barack Obama a livré hier au Caire. Le président américain s’est clairement éloigné de la politique étrangère de son prédécesseur, particulièrement à propos du monde musulman. Il reste à voir comm
« Le président a marqué plusieurs bons points, en comparant le Coran avec la Bible et la Torah par exemple », a noté un professeur de l’Université américaine du Caire. « C’est un grand geste, je lui donne A+ pour la formulation, mais C+ pour la substance. »
Il a dit quelques mots en arabe et a cité le Coran trois fois plutôt qu’une. Il a évoqué la beauté du muezzin, l’appel musulman à la prière. Il a souligné le passé civilisateur de l’Islam et les blessures que le colonialisme occidental a infligées aux musulmans.
Puis il a parlé de l’humiliation des Palestiniens condamnés à l’occupation israélienne. Du rôle que les États-Unis ont joué, dans le passé, dans le renversement d’un gouvernement démocratique à Téhéran. Et du droit de tous les pays, y compris l’Iran, d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins civiles.
Très attendu, le discours de 50 minutes que le président Barack Obama a livré hier au Caire a marqué une nette rupture avec la rhétorique américaine des dernières décennies. Riche en symboles, l’appel au dialogue était cependant peu spécifique quant aux orientations politiques concrètes de Washington.
S’il a reçu un bon accueil à Kaboul, Bagdad, Beyrouth ou Ramallah, le discours présidentiel y a aussi soulevé de nombreuses réserves. Et une grande question : maintenant que les mots ont changé, qu’en est-il des actions?
« Je considère comme une de mes responsabilités de combattre les stéréotypes négatifs à l’égard de l’Islam, où qu’ils se manifestent », a assuré le président Obama.
« Aussi longtemps que notre relation est définie par nos différences, nous donnerons des armes à ceux qui sèment la haine plutôt que la paix », a-t-il aussi lancé aux musulmans de la planète.
Avant d’ajouter : « Ce cycle de suspicion et de discorde doit se terminer. »
Formulation c. substance
Sur la question cruciale du Proche-Orient, Barack Obama a assuré Israël du lien « indestructible » qui l’unit aux États-Unis. Mais il a aussi souligné la « douleur » des Palestiniens et a appelé l’État hébreu à cesser de coloniser la Cisjordanie. Et il s’est engagé personnellement à travailler pour la seule issue susceptible, selon lui, de clore ce conflit vieux de six décennies : la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël.
Mais des analystes se sont dits déçus qu’il n’ait pris aucun engagement précis sur la marche à suivre pour en arriver là. « George W. Bush parlait lui aussi nouveau commencement ». Idem pour le gouvernement israélien, qui a dit espérer l’avènement d’une ère de réconciliation. Mais en même temps, le premier ministre Benyamin Nétanyahou persiste et signe: il ne veut pas freiner l’expansion des implantations juives en Cisjordanie. Et le Hamas ne se précipite pas non plus pour reconnaître son voisin hébreu.
Autrement dit, si le diable est dans les détails, le discours de Barack Obama lui laisse encore un grand champ d’action.
« Le président a marqué plusieurs bons points, en comparant le Coran avec la Bible et la Torah par exemple », a noté Rami Khouri, professeur de l’Université américaine du Caire cité hier par CNN.
« C’est un grand geste, je lui donne A+ pour la formulation, mais C+ pour la substance », a-t-il résumé. de la solution de deux États, mais avec quels pouvoirs ? Sur quel territoire? Obama n’en dit rien », a déploré hier Rachad Antonius, politicologue de l’UQAM – qui soulignait quand même la « haute valeur symbolique » du discours.
Cette partie cruciale du discours présidentiel a été accueillie avec satisfaction, mais aussi avec une dose de scepticisme au Proche-Orient.
Un porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas a parlé d’un « pas important vers un
« Barack Obama a dit que l’Islam ne se situe pas hors du monde civilisé, mais en fait partie intégrante. Ce sont des propos extrêmement significatifs, ils ont fait chaud au coeur de nombreux musulmans dans le monde », a dit Khalid Mustafa Medani, politicologue à l’Université McGill. « Mais est-ce que cela signifie que dorénavant, il va agir vigoureusement pour amener les acteurs du conflit israélo-palestinien, y compris le Hamas, à discuter ensemble ? » s’est-il demandé, ajoutant que c’est ce genre d’initiative que le monde attend aujourd’hui.
Réactions
Il reste qu’au-delà de ces réserves, Barack Obama a marqué plusieurs précédents dans la rhétorique présidentielle américaine. Le seul fait d’admettre que le Hamas est le représentant légitime d’une partie du peuple palestinien marque un virage majeur.
Ce mouvement qui contrôle la bande de Gaza a d’ailleurs exprimé des réactions étonnamment positives au discours présidentiel. Ce discours « marque une percée », a dit un conseiller d’Ismail Haniyeh, ex-premier ministre du Hamas, particulièrement heureux des références aux souffrances des Palestiniens. Tout en tendant la main aux musulmans, Barack Obama les renvoyait aussi à leurs propres responsabilités et leur demandait de collaborer au combat contre « les extrémistes qui menacent gravement notre sécurité ».
Ce n’est pas acquis, selon le politicologue québécois Sami Aoun. « Reste à voir si les élites et les pouvoirs dans le monde musulman iront à la rencontre de cet appel au dialogue », a-t-il noté.
Enf in, Barack Obama n’a pas non plus oublié de s’adresser aux minorités musulmanes établies aux ÉtatsUnis. Et à défendre leur liberté de pratiquer leur religion et leurs coutumes, y compris dans leur manière de se vêtir.
« Je rejette l’opinion de ceux parmi les Occidentaux qui croient qu’une femme qui couvre sa tête est d’une certaine façon moins égale », a-t-il clamé, soulignant que l’égalité tient davantage à l’éducation qu’au port du voile islamique.

« Le mot-clé de ce discours, c’est : respect », résume le professeur Khalid Mustafa Medani.


Second début -  Mario Roy
« Ce qui existe dans le coeur des foules, c’est la foi en l’être humain », dit Barack Obama.
Quelques heures après l ’adresse au monde musulman qu’a livrée Barack Obama, au Caire, la chaîne CNN a tenté d’obtenir des commentaires de femmes afghanes. Impossible. L’une a chuchoté que son petitfils, qui se trouvait avec elle, ne l’autorisait pas à parler. Surtout, la plupart des Afghans (et des Afghanes) n’ont pas accès à la télévision, ni même à l’électricité. Ils ne savent rien du périple égyptien du président des États-Unis.
La réalité, dans son aspect le plus désespérant, est celle-là.
Aussi, comment un simple discours, fût-il extraordinairement brillant et inspiré, pourrait-il être autre chose qu’une crème cosmétique appliquée sur des situations de fait qui semblent éternelles ?
Car le statut de la femme ou la grande pauvreté en Afghanistan n’en sont que des échantillons. Des situations autant ou plus alarmantes sont légion.
Celle du lourd déficit démocratique des pays arabes, par exemple. Ou celle, dénoncée par les intellectuels arabes eux-mêmes, de leur rejet autoinfligé de la modernité. Celle de la monstrueuse inhumanité des fous d’Allah. Ou celle de la tragique dérive américaine des années Bush : l’Irak, Abou Ghraib, Guantanamo, la torture, le braquage idéologique. Celle, enfin et surtout, du conflit insoluble qui, entre la Méditerranée et le Jourdain, divise deux peuples cousins et empoisonne la planète entière depuis un demi-siècle...
Barack Obama a évidemment vu ce gouffre séparant la parole du réel.
Il l’a identifié dès le départ, à la quatrième minute d’une allocution qui en a duré 55: « On a déjà, à l’avance, beaucoup parlé de ce discours. Mais je suis conscient qu’à lui seul, il ne pourra effacer des années d’antagonisme. »
Partout dans le monde, cette adresse du président américain a été accueillie de façon positive. Hormis chez les extrémistes de tous bords, platement prévisibles, la critique a surtout consisté à dire : ce sont de belles paroles, mais il faut maintenant des actes.
C’est vrai.
Mais, si l’on veut vraiment jouer à la « minute de vérité » ( puisque Obama a placé son allocution sous le signe du parler vrai), il faudra se rendre compte qu’on surévalue le pouvoir immédiat de l’Amérique en même temps qu’on sous-évalue la puissance à long terme de la parole.
Par exemple, le pouvoir de coercition de Washington à l’endroit d’Israël est beaucoup plus limité qu’on le croit. Et, d’autre part, ce serait nier le pouvoir des idées que de prétendre que le président américain n’a livré, hier, que du vent. « Oblitérer des idées n’a jamais réussi à les faire disparaître », a-t-il d’ailleurs remarqué.
Ultimement, le message de Barack Obama, destiné à initier un « nouveau début » entre diverses obédiences, pourrait se résumer en une idée, justement. Par delà les divisions ethniques ou religieuses, a-t-il dit, « ce qui existe dans le coeur des foules à travers le monde, c’est la foi en l’être humain ».
De fait, c’est dans cette foi que réside la seule planche de salut.




UN ORATEUR EN TERRAIN MINÉ -  RICHARD HÉTU
COLLABORATION SPÉCIALE

— À la veille de son discours très attendu en Égypte, Barack Obama a reçu hier un accueil royal en Arabie Saoudite ainsi qu’un message-surprise attribué à Oussama ben Laden, qui a renouvelé ses menaces à l’endroit des États-Unis. Il n’avait sans doute pas besoin d’un rappel de la difficulté de sa mission, mais le début de sa première visite présidentielle au Moyen-Orient lui en a fourni un.
Le discours du président Obama au Caire, la capitale égyptienne, sera l’aboutissement d’une promesse électorale, celle de parler directement à un auditoire musulman à partir d’une grande capitale islamique dans les premiers mois de son mandat présidentiel. Le but était et demeure de raccommoder les relations entre les États-Unis et le monde arabo-musulman, qui ont connu une détérioration marquée au cours de la présidence de George W. Bush.
Le chef de la Maison-Blanche a cru bon de faire précéder son allocution par un détour au royaume wahhabite, où se trouvent les lieux saints de l’islam, Médine et La Mecque.
« Alors que j’ai entrepris ce voyage et que je dois visiter Le Caire demain, j’ai pensé qu’il serait très important de venir là où l’islam est né pour demander conseil à Sa Majesté », a déclaré le président Obama, qui a rencontré le roi Abdallah dans sa ferme près de Riyad, la capitale saoudienne.
Les deux hommes devaient évoquer le conflit israélo-arabe, l’influence régionale croissante de l’Iran et le dossier Afghanistan-Pakistan, entre autres.
Mais cette visite a été éclipsée en partie par la diffusion sur la chaîne arabe Al-Jazira d’un message audio attribué à Oussama ben Laden. Le chef d’Al-Qaeda y accuse Barack Obama d’être aussi hostile que George W. Bush à l’égard des musulmans. Il a notamment condamné la politique du nouveau président américain vis-à-vis du Pakistan, dont l’armée mène ces jours-ci une offensive contre les talibans dans la vallée de Swat.
« Obama et son administration ont jeté les semences d’une haine et d’une plus grande volonté de revanche contre l’Amérique, a déclaré le chef d’AlQaeda. Le nombre de ces semences équivaut à celui de ceux qui ont souffert et de ceux qui ont été déplacés de la vallée de Swat. Que le peuple américain se prépare à continuer à cueillir pendant les années et les décennies à venir les fruits de ce qui a été semé par les dirigeants de la Maison-Blanche. »
La veille, le numéro deux d’AlQaeda, Aymane al Zaouahri, avait diffusé son propre message audio, invitant les Égyptiens à ne pas se laisser berner par « des campagnes de relations publiques, des visites théâtrales ou des propos raffinés » d’un « criminel ».
La Maison-Blanche est restée discrète sur le contenu du discours du Caire. Avant de s’envoler pour le Moyen-Orient, le président s’était contenté de promettre qu’il ne s’agirait que d’un premier pas vers un dialogue plus large avec les 1,2 milliard de musulmans de la planète.

Le président Obama prendra la parole à l’Université du Caire. Une rencontre avec le président égyptien Hosni Moubarak est également au menu de sa visite.


Un discours signé Ben Rhodes
Il n’a pas encore la renommée de Jon Favreau, le rédacteur principal des discours de Barack Obama. Mais Ben Rhodes a reçu une des missions les plus importantes de sa jeune carrière: rédiger le discours que prononcera le président américain aujourd’hui à l’adresse du monde musulman.
Âgé de 31 ans, Rhodes n’en sera pas à sa première expérience du genre. À titre de rédacteur principal des discours de Barack Obama en matière de politique étrangère, il revendique déjà la paternité de l’allocution du président à Prague sur « un monde sans armes nucléaires ». Il est également l’auteur principal du rapport sur l’Irak de James Baker et Lee Hamilton, qui recommandait un désengagement américain dans ce pays et un rapprochement avec l’Iran, des stratégies poursuivies aujourd’hui par l’administration démocrate.
Même si ses discours portent la signature d’un autre, Barack Obama joue un rôle important dans leur rédaction, réclamant des changements jusqu’à la dernière minute. Mais les mots de Ben Rhodes pourraient contribuer à un changement majeur dans les relations entre les États-Unis et le monde musulman.

Pas mal pour un gars qui a décroché une maîtrise à l’Université de New York en écriture de fiction…




Un réveil brutal pour Barack Obama

« Il y avait à Washington un désir féroce de voir Moussavi triompher. »
AprèsladéfaiteduHezbollah lors des élections législatives de dimanche dernier au Liban, Barack Obama s’est probablement mis à rêver à un doublé en Iran, où Mahmoud Ahmadinejad incarne les idées radicales contre lesquelles il s’est élevé dans son discours au Caire.
Certes, à la veille du scrutin iranien, le président américain s’était bien gardé d’exprimer une préférence pour un des quatre candidats . Mais , en commentant l ’enthousiasme observé dans les derniers jours de la campagne iranienne, il avait déclaré que les citoyens de la République islamique, tout comme ceux du Liban, semblaient ouverts à de « nouvelles possibilités ».
Or les résultats du scrutin iranien représentent un réveil brutal pour Barack Obama. Sa politique de la main tendue vis-à-vis de l’Iran se complique non seulement à cause de la réélection d’un critique implacable des États-Unis et d’Israël, mais également en raison des questions soulevées quant à légitimité du vote iranien de vendredi.
La première réaction de la Maison-Blanche, contenue dans deux phrases brèves, illustre la situation délicate dans laquelle se retrouve le président américain.
« Comme le reste du monde, nous sommes impressionnés par le débat vigoureux et par l’enthousiasme que cette élection a générés, en particulier chez les jeunes », a dit le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs, dans un communiqué.
« Nous continuons à suivre de près la situation dans son intégralité, y compris les informations faisant état d’irrégularités », a-t-il ajouté.
Prudence à l’étranger
De son côté, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a exprimé le souhait que les résultats reflètent « la volonté et le désir véritables » des électeurs.
La F rance et la GrandeBretagne ont fait preuve de la même circonspection alors que le Canada, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, s’est dit « extrêmement préoccupé » par les informations faisant état d’« irrégularités » ainsi que d’actes « d’intimidation ».
La réaction d’Israël a été beaucoup moins mesurée.
« S’il y avait encore un espoir de changement en Iran, la réélection d’Ahmadinejad montre que la menace iranienne est d’autant plus grave », a déclaré le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Danny Ayalon, appelant la communauté internationale « à stopper le programme nucléaire iranien et le terrorisme iranien ».
La victoire d’Ahmadinejad a été saluée par les alliés de l’Iran, dont la Syrie, le Venezuela et le Hezbollah. La Russie a souhaité, de son côté, que le président réélu fasse preuve de « davantage de compréhension et de sagesse à l’égard de la communauté internationale » et qu’il « se démarque de la politique unilatérale fondée sur la force militaire et la mise sur pied d’un programme nucléaire ».
Pro-Moussavi
L’élection d’un candidat « réformateur » ou « modéré » commeMir Hossein Moussavi n’aurait pas garanti un changement dans les ambitions nucléaires de l’Iran ou dans sa politique étrangère. Elle aurait cependant permis à l’administration Obama de poursuivre ses manoeuvres de rapprochement sans avoir à composer avec un président qui maudit les États-Unis, nie la réalité de l’Holocauste et tient des discours menaçants visà-vis d’Israël.
« Il y avait à Washington un désir féroce de voir Moussavi triompher », a commenté Trita Parsi, président du Conseil national iranien-américain. Sur le plan symbolique, il aurait été beaucoup plus facile de traiter avec lui qu’avec Ahmadinejad. »

Mais la réélection du président iranien ne fait pas que des malheureux à Washington. Certains intellectuels néo-conservateurs, dont Daniel Pipes, directeur du
Washington s’est donné jusqu’à la fin de l’année pour juger de la réussite ou de l’échec de ses démarches de dialogue avec Téhéran.
Middle East Forum, ont souhaité publiquement la victoire d’Ahmadinejad, de peur que sa défaite soit i nterprétée faussement comme un signe d’ouverture de la part de l’Iran.
À la veille du scrutin, Michael Rubin, de l’American Enterprise Institute, a exprimé une idée semblable. « Si une personne à la voix douce et au comportement moins combatif – une personne comme l’ancien premier ministre Mir Hossein Moussavi – devait l’emporter, ce serait plus facile pour Obama de croire que l’Iran desserre le poing quand, en fait, son autre main, cachée sous son manteau, empoigne un poignard », a-t-il dit lors d’une discussion organisée par l’Heritage Foundation. L’administration Obama s’est donné jusqu’à la fin de l’année pour juger de la réussite ou de l’échec de ses tentatives de dialogue avec Téhéran.

« Je ne veux pas fixer de date artificielle », avait déclaré le président américain à l’issue de son premier face-à-face avec le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. « Mais je pense effectivement qu’il n’est pas nécessaire de discuter indéfiniment. »
Reste à savoir si les résultats de la présidentielle iranienne lui permettront, d’ici à la fin de l’année, d’entamer ce dialogue avec Téhéran.



Peu d’espoir au Pakistan et auMoyen-Orient
Allocution de Madeleine Albright à la Conférence de Montréal
« Il existe, tant en Israël qu’en Palestine, des gens qui n’ont aucun intérêt à ce que la paix s’installe, qui profitent de l’absence de paix. »
Le Pakistan, avec son mélange de djihadisme et de bombes nucléaires, est l’endroit le plus inquiétant sur la planète. Feu Yasser Arafat avait les mains liées et était donc incapable de faire la paix avec Israël. Ses successeurs, le Fatas et le Hamas, ont encore moins de pouvoir décisionnel.
Tel est le constat dévastateur de Madeleine Albright, secrétaire d’État sous la présidence de Bill Clinton, qui visitait hier la Conférence de Montréal. Mme Albright, qui enseigne maintenant à l’Université Georgetown, qui s’est décrite comme une « optimistequi s’inquiète » quant à l’avenir géopolitique des points chauds de la planète. Mais ses analyses étaient souvent pessimistes.
« Je pense que tous les éléments de la solution au problème (de la Palestine et d’Israël) se trouvent dans le plan élaboré à la fin de la présidence Clinton », a-t-elle affirmé en conférence de presse. « Mais le président Arafat ne pouvait pas prendre de décision. Maintenant c’est encore pire. » En d’autres mots, malgré sa popularité auprès des Palestiniens, M. Arafat ne pouvait pas s’engager à ce qu’une solution négociée soit respectée par ses compatriotes. Et maintenant qu’une guerre civile larvée entre le Hamas et le Fatas fondé par M. Arafat mine la politique palestinienne, l’absence d’interlocuteur pour Israël est encore plus criante. dit encouragée par les récents succès de l’armée pakistanaise contre les talibans dans la vallée de Swat, mais prédit qu’il faudra d’énormes investissements en infrastructures et en services sociaux pour sécuriser la région. Elle juge par contre qu’un « plan Marshall » pour le Pakistan n’est pas approprié, parce qu’il faut que le pays décide par lui-même de ses priorités, qui ne sont pas
Cela dit, « il existe, tant en Israël qu’en Palestine, des gens qui n’ont aucun intérêt à ce que la paix s’installe, qui profitent de l’absence de paix » , a dit Mme Albright.
L’ex-secrétaire d’État a prévenu qu’il ne fallait pas s’attendre à des progrès rapides au Pakistan, un pays qui l’inquiète encore plus que l’Afghanistan. Elle se forcément liées au marché et à l’économie. « Le président Obama ne promet pas une démocratie jeffersonienne en Afghanistan, et c’est très bien ainsi. »
Mme Albright est revenue sur une déclaration faite en 2006, où elle avait affirmé que l’Irak serait « pire que le Vietnam » pour les États-Unis. « Je ne parlais pas en termes de morts américains ou irakiens. C’est simplement un recul de la réputation et de l’autorité morale américaines, à cause de l’imposition de la démocratie, à cause de Guantánamo, d’Abou Ghraib. Et l’Iran a beaucoup bénéficié » de la chute du régime de Saddam Hussein.
La politologue de 72 ans a entamé son discours à la Conférence avec un appel passionné à la réforme sans peur de l’économie, à la faveur de la crise. « Nousdevonsnoussouvenir des leçons des années 30 », a tonné Mme Albrigth, dont les parents juifs, diplomates tchécoslovaques, ont échappé à l’ Holocauste. « Nous devons nous concentrer sur les faits, pas sur les peurs. La tentation du protectionnisme est grande. On peut penser que la concurrence à l’échelle mondiale fait autant de gagnants que de perdants (et donc qu’il vaut mieux être protectionniste). Si on cède à cette tentation, ce sera l’apocalypse économique. Le marché n’a pas de conscience sociale, mais il peut être encadré. »






Il ne marche pas sur l’eau  -  Lysianne Gagnon
Après le lyrisme, la réalité est revenue, dure et incontournable.
C’est sur le plan domestique que les choses sont le mieux engagées pour Barack Obama. Relance financière, transformation de l’industrie automobile, politiques environnementales novatrices…
C’est sur le terrain de la lutte contre le terrorisme que le revirement est le plus marqué. Obama promettait de fermer Guantánamo cette année, mais il s’est heurté à l’opposition vigoureuse du Congrès. Même les démocrates l’ont laissé tomber, parce que l’opinion publique se rebelle à l’idée de voir de présumés terroristes (dont l’un serait le chef des attentats du 9-11) transférés dans des prisons en sol américain.
Au grand dam des militants des libertés civiles, le président Obama a aussi dû se rallier à l’idée de mettre sur pied des tribunaux militaires d’exception – l’une des raisons étant que les preuves contre les détenus de Guantánamo reposent sur des témoignages obtenus sous la torture (notamment le « water-boarding » ou la simulation de noyade), preuves qui seraient inadmissibles devant un tribunal ordinaire. Seule différence avec les tribunaux envisagés par l’administration Bush, ceux-là accorderaient un peu plus de droits à la défense.
Obama s’est engagé à ce qu’aucun détenu sur qui pèsent des accusations de terrorisme ne soit libéré sans que la preuve ait été faite de son innocence, ce qui laisse entrevoir que des hommes seront emprisonnés indéfiniment sans jamais avoir été jugés – un accroc de taille aux principes démocratiques… mais que faire d’autre? Relâcher dans la nature des gens dont aucun pays ne veut et qui, s’ils n’étaient pas des terroristes au moment de leur capture, le sont probablement devenus après des années à Guantánamo?
Autre volte-face, Obama refuse d’autoriser la publication de photos illustrant des sévices commis par des militaires américains. On le comprend de refuser d’alimenter la propagande antiaméricaine en affichant des gestes commis par une minorité de militaires. Ce serait du masochisme pur. Mais pourquoi s’était-il engagé à le faire?
Reality kicks in… Les Européens étaient éperdument en amour avec Barack Obama – à condition que cela ne leur coûte rien. Le jeune président n’a rien obtenu de ce qu’il leur demandait. Aucun gouvernement européen ne lèvera le petit doigt pour l’aider à régler le problème de Guantánamo en accueillant un ou deux détenus. Il n’est pas davantage question que les puissances militaires européennes accroissent leur effort dans les zones dangereuses de l’Afghanistan – une guerre qu’Obama a imprudemment faite sienne et dans laquelle il risque de s’enliser comme ses prédécesseurs au Vietnam.
Reality kicks in… Malgré ses messages conciliants, Obama n’a rien changé à l’attitude belliqueuse du président iranien Ahmadinedjad. Rien changé non plus, malgré ses messages forts en faveur de la création d’un État palestinien, à l’intransigeance du gouvernement Nétanyahou. Les Israéliens ne se laisseront pas dicter leur conduite par le président américain, lequel, pour des raisons politiques et morales, ne pourra jamais par ailleurs laisser tomber l’État d’Israël. Tout au plus Obama a-t-il réussi à activer la lutte contre les talibans au Pakistan, mais ce sursaut de vigueur, de la part du gouvernement pakistanais, tient peut-être surtout au fait que pour la première fois, Islamabad a vu les talibans se rapprocher de la capitale.
C’est finalement sur le plan domestique que les choses sont le mieux engagées. Relance financière, transformation de l’industrie automobile, politiques environnementales novatrices… Reste le gros morceau: la réforme de l’assurance maladie, une opération qui n’ira pas de soi, mais qu’Obama doit absolument réussir. ureur chez les démocrates de gauche, déception chez ceux qui croyaient que la victoire de Barack Obama allait changer le monde. Non seulement le nouveau président n’a-t-il rien révolutionné, mais il marche à certains égards dans les traces de Bush…
Comme disent les Anglais, « reality kicked in ». Après le lyrisme, la réalité est revenue, dure et incontournable. Il n’y aura pas de miracle. Cet homme ne marche pas sur l’eau.


Obama tente de regagner l’appui des gais
Le président accorde de nouveaux avantages aux partenaires homosexuels des employés de l’État
COLLABORATION SPÉCIALE
Des manifestants pour les droits des homosexuels à Beverly Hills en mai dernier.
— Après huit années d’une administrationrépublicaine qui les a combattus sur tous les fronts, les défenseurs des droits des homosexuels croyaient avoir trouvé un solide allié en Barack Obama, dont ils ont favorisé l’élection à la Maison-Blanche.
Mais, près de cinq mois après l’investiture du président démocrate, ces mêmes militants ne cachent pas leur mécontentement face à son inaction dans les dossiers qui leur tiennent à coeur, et au sujet desquels il avait pris des engagements fermes lors de la campagne présidentielle. C’est donc en partie pour tenter de regagner leurs faveurs que Barack Obama a promulgué hier sa première initiative dans le domaine des droits des homosexuels.
Ainsi, d’un seul trait de plume, il a étendu aux partenaires homosexuels des employés de l’État certains avantages accordés aux autres couples. Ces avantages n’incluront cependant pas une couverture médicale complète.
« Nous devons tous reconnaître que cela n’est qu’un pas », a déclaré Barack Obama.
Certains défenseurs des droits des homosexuels ont réagi favorablement à l’initiative du président. « C’est un pas en avant bienvenu et attendu depuis trop longtemps », a déclaré Joe Solmonese, président de la Human Rights Campaign, la plus importante organisation américaine de défense des droits des homosexuels.
Mais Solmonese a ajouté que le président Obama se devait de passer à l’action sur ses principaux engagements électoraux en matière de droits des homosexuels. Le candidat démocrate avait notamment promis d’abroger le Defense of Marriage Act (loi fédérale de 1996 autorisant les États à ne pas reconnaître les mariages contractés dans d’autres États favorables aux unions entre conjoints du même sexe), ainsi que l’interdiction faite aux citoyens ouvertement homosexuels d’intégrer l’armée.
Or, le chef de la MaisonBla nche n’a donné aucune indication de son intention de remplir ces promesses à court ou à moyen terme. De toute évidence, il craint le tollé que pourrait soulever une telle démarche chez les conservateurs.
Mais la grogne des défenseurs des droits des homosexuels ne tient pas seulement à cette inaction. La semaine dernière, ceux-ci ont été indignés par la façon dont le ministère de la Justice a défendu la loi sur la défense du mariage dans une cause en Californie. Le ministère a notamment fait valoir que les États ne sont pas tenus de reconnaître les mariages homosexuels, tout comme ils ne sont pas tenus de reconnaître les mariages entre cousins ou entre un oncle et sa nièce.
Comme plusieur s aut res défenseurs des droits des homosexuels, John Aravosis a été insulté par la comparaison entre les mariages gais et les unions incestueuses. Et il en tient responsable le président Obama.

« Quand un président vous dit qu’il sera différent, vous le croyez, a-t-il dit. Ce n’est pas qu’il n’a pas tenu ses promesses, il nous a poignardés dans le dos. »




Tim Pawlenty déjà en piste pour 2012  -  Richard Hétu
Encore méconnu, le républicain vise la Maison-Blanche
NEW YORK — Il n’a ni le sexappeal de Sarah Palin, ni l’argent de Mitt Romney, ni le bagout de Mike Huckabee, mais il semble croire en ses chances de devenir le républicain qui affrontera Barack Obama à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012. Son nom? Tim Pawlenty. Tim qui?
Tim Pawlenty exerce son troisième et dernier mandat au poste de gouverneur du Minnesota. Républicaines, les ambitions présidentielles de ce grand amateur de hockey semblent aujourd’hui ne plus faire de doute.
Le gouverneur du Minnesota, qui exercee son troisième et dernier mandat à ce poste, n’aurait pas aujourd’hui à répondre à cette question si les conseillers de John McCain avaient eu le dernier mot dans la sélection du candidat républicain à la vice-présidence en 2008. C’est lui, et non la gouverneure d’Alaska, qu’ils avaient préféré comme colistier du sénateur d’Arizona, selon The Battle for America, 2008, le livre des journalistes Dan Balz et Haynes Johnson sur la dernière course à la Maison-Blanche.
N’ayant pas été choisi par McCain, Pawlenty est donc encore peu connu en dehors de son État, où cet avocat de formation, amateur de hockey et de pêche, a vu le jour il y a 48 ans au sein d’une famille modeste – son père était routier et sa mère, ménagère, est morte du cancer alors qu’il avait 15 ans.
Mais ses ambitions présidentielles ne semblent plus faire de doute. Après tout, le gouverneur n’a-t-il pas accepté hier une invitation de prononcer un discours le 7 novembre devant les membres du Parti républicain d’Iowa, l’État rural du Midwest où aura lieu le premier rendez-vous électoral de la campagne présidentielle de 2012? C’était le dernier signe d’une longue liste témoignant de ses intentions.
« Il est entendu que Tim Pawlenty fait campagne pour la présidence des États-Unis. Je ne pense pas qu’aucun doute ne subsiste à ce sujet au Minnesota», dit Larry Jacobs, politologue à l’Université du Minnesota.
M a is a - t-i l la moi nd re chance?
«Il fait face à des obstacles importants, répond Jacobs. Non seulement il n’a pas une fortune personnelle comme Mitt Romney, mais il vient aussi d’un État où il est difficile de trouver des bailleurs de fonds pour financer une campagne présidentielle.»
Tim Pawlenty a également des atouts. À un peu plus d’un an de la fin de son troisième mandat comme gouverneur, il jouit d’un taux de popularité supérieur à la plupart de ses homologues américains. Il aura réussi à faire accepter à un État plutôt démocrate un programme résolument conservateur reposant sur des coupes budgétaires et le refus des hausses d’impôts. Il aura également instauré une période de réflexion obligatoire de 24 heures avant de procéder à un avortement dans son État et fait voter une loi exigeant que le serment d’allégeance aux États-Unis soit récité dans les écoles publiques.
«Il a déjà commencé à utiliser sa feuille de route comme conservateur fiscal pour critiquer Barack Obama sur la question du déficit, dit Steven Schier, politologue au Carleton College. Je suis persuadé qu’il continuera à marteler ce thème au cours des prochaines années.»
Comme d’autres observateurs de la scène politique au Minnesota, Schier décrit le gouverneur Pawlenty comme un homme sympathique et affable, avec lequel on aimerait jouer au hockey ou aller à la pêche.
« Mais il n’excite pas les foules comme Barack Obama et Sarah Palin, dit-il. Or, c’est important dans une campagne. Il ne suffit pas d’être sympathique, intelligent et compétent. »

Qui a peur de Glenn Beck ?  -  RICHARD HÉTU
Du temps où il gagnait sa vie comme trublion de la radio matinale, Glenn Beck, nouvelle star de la chaîne de télévision Fox News, ne reculait devant rien pour faire grimper ses cotes d’écoute. Ceux qui ont suivi sa carrière depuis le début se souviennent notamment d’un épisode au cours duquel il a téléphoné à la femme d’un concurrent pour se moquer en ondes de sa fausse couche, survenue deux jours plus tôt.
Pourfendeur de « l’État vampire », l’animateur de Fox News Glenn Beck s’est fait un des promoteurs les plus enthousiastes de la manifestation antigouvernement du 12 septembre à Washington.
L’alcool, la marijuana et la cocaïne, dont Beck a abusé jusqu’au milieu des années 90, ont sans doute contribué à ses gags les plus cruels. Mais ni sa sobriété ni sa conversion au mormonisme n’ont étanché sa soif de controverse. Au cours des dernières semaines, l’animateur, auteur et entrepreneur de 45 ans a, notamment, accusé Barack Obama de racisme, associé sa réforme de la santé au nazisme et dénoncé l’emprise des communistes sur son gouvernement.
Or, si ses écarts de jeunesse ont failli lui coûter sa carrière, ses outrances de l’âge adulte lui permettent non seulement de s’enrichir – le magazine Forbes estime à 23 millions de dollars ses revenus annuels –, mais également d’exercer une influence dans les débats politiques aux États-Unis, où une partie de la population, habitée par la colère ou la peur, trouve refuge dans son humour, son pathos et ses théories de la conspiration.
« Glenn Beck à la présidence », pouvait-on lire sur des pancartes brandies par des participants à la manifestation antigouvernement du 12 septembre à Washington, dont l ’a n i m a te u r de F ox News, pourfendeur de «l’État vampire», s’était fait un des promoteurs les plus enthousiastes.
Néfaste ?
Le natif de Mount Vernon, dans l’État de Washington, est-il pour autant néfaste à son pays, comme le laissait entendre l’hebdomadaire Time dans son avant-dernier numéro, dont la couverture était ornée d’une photo de l’animateur tirant la langue ?
La question a fait tiquer plu sieu r s con ser vateu r s , dont Tim Graham, directeur de l’analyse des médias au Media Resea rch Center à Washington.
« Chaque fois que quelqu’un de la droite se bâtit un auditoire fervent, nos élites l ibéra les s ’empressent de nous expliquer que chacun de ses fans est un demeuré qui crache le feu », dit Graham à La Presse. « Le magazine Time avait employé exactement la même approche au milieu des années 90 pour traiter de la montée de Rush Limbaugh. »
Limbaugh demeure le roi incontesté des animateurs de radio, devançant largement ses deux plus proches rivaux, Sean Hannity et Beck, qui ont leur propre émission radiophonique en plus de celle qu’ils animent à la télévision sur la chaîne Fox News. Mais Beck, qui a fait ses premiers pas à télévision sur la chaîne Headline News, petite soeur de CNN, a un style qui le distingue de ses concurrents de la droite.
« À côté de lui, Bill O’Reilly a l’air fade », dit Graham en faisant allusion à l’animateur qui demeure le champion des cotes d’écoute sur Fox News.
Graham estime d’ailleurs que Beck va parfois trop loin, com me l orsqu’il a acc usé le président Obama d’être « raciste » et d’avoi r « u ne haine profonde des Blancs ou de la culture blanche ».
Boycottage
Cette déclaration de Glenn Beck lui a valu d’être boycotté pa r u ne soixa nta ine de sociétés, dont Wal-Mart, P roctor & Ga mble et K ra ft Foods, qui ont retiré leurs publicités de son émission après avoir subi les pressions d’u n groupe appelé ColorOfChange.org.
Mais cette campagne de boycottage n’a encore servi qu’à alimenter la controverse dont Glenn Beck est friand et à faire grimper ses cotes d’écoute, qui sont supérieures à celles de toutes les émissions de MSNBC et CNN, les chaînes rivales de Fox News, en dépit de l’heure ingrate de la diffusion de son émission, qui a vu le jour au début de l’année. Glenn Beck commence à 17h.
Glenn Beck est-il néfaste à son pays ? Greg Mitchell, rédacteur en chef de la revue Editor & P ublisher, reproc he au Time de ne pas avoir eu le courage de répondre à sa propre question.
« Plutôt que de le traiter comme le démagogue paranoïaque qu’il est, ils l’ont dépeint comme une figure médiatique comme les autres, un Keith Olbermann de la droite », dit Mitchell en faisant allusion au plus populaire des animateurs de la chaîne d’information MSNBC. «Or si on met côte à côte ce qui peut être considéré comme les pires moments d’Olbermann et de Beck, on voit que la comparaison ne tient pas.»
La liste des pires moments de Beck doit sans doute inclure son accusation selon laquelle Barack Obama veut créer une « force de sécurité nationale civile semblable aux SS d’Adolf Hitler ». Il faisait allusion à AmeriCorps, programme gouvernemental visant à encourager le bénévolat, dont le financement a triplé sous l’administration démocrate.
Et qu’en est-il de sa théorie voulant que Barack Obama soit entouré par des communistes? Beck soutient qu’elle a été confirmée par la démission récente de Van Jones, conseiller spécial de la Maison-Blanche pour les «emplois verts», qui a déjà été associé à des groupes radicaux. «Ce n’est que la pointe de l’iceberg», a déclaré Glenn Beck à son auditoire sur un ton qui faisait penser à celui du sénateur Joseph McCarthy, célèbre pour sa chasse aux communistes dans les années 50.

Qu’est-ce qui fait courir Michael Bloomberg ? - RICHARD HÉTU

Il y a près d’un an, en pleine tourmente à Wall Street, le maire de New York, Michael Bloomberg, se posait en sauveur de la ville et demandait au conseil municipal de changer les règles du jeu afin de lui permettre de briguer un troisième mandat, alors que la loi limitait à huit ans la durée de sa charge.
« La crise actuelle ne doit pas être sous-esti mée, et nous allons faire face à des défis sans précédent », avait décla ré le millia rda ire de 67 ans, fondateur de l’agence d’information financière qui porte son nom et huitième fortune des États-Unis avec 16 milliards de dollars selon le magazine Forbes.
« Nous pourrions être au bord d’un effondrement », avait-il ajouté.
Un an plus tard, Michael Bloomberg admet volontiers que sa ville a évité le pire. Mais il n’est pas moins déterminé à conserver son poste, ayant réussi à convaincre le conseil municipal d’exaucer sa demande. Et il est prêt à investir 10 0 millions de dollars – il en a déjà dépensé 40 – pour triompher à l’occasion des élections municipales du 3 novembre.
À moins d’une surprise monumentale, Bloomberg, un indépendant soutenu par les républicains, gagnera son pari face à son principal adversaire, Bill Thompson, contrôleur général de la Ville, qui a été désigné mardi dernier par les démocrates pour défier le maire sortant.
Mais qu’est-ce qui fait donc courir Michael Bloomberg ? Dans Mike Bloomberg : Money, Po w e r, Po l i t i c s , un l iv re à pa ra ître cette sema i ne, la jou rna liste du Ne w York Times Joyce Purnick fournit la réponse d’un autre milliardaire new-yorkais, Mort Zuckerman, qui met en doute la ra ison pou r laquelle le maire a réclamé un troisième mandat : « Non, ce n’était pas la crise économique. Quelle autre chose peut-il faire ? »
Michael Bloomberg a certainement été tenté par la présidence des États-Unis. Com me le laisse entend re P u rnick da ns sa bio - graphie, le maire de New York au rait probablement annoncé sa candidature à la Maison-Blanche en 2008 si un candidat plus conservateur que John McCain – un Mike Huckabee, par exemple – avait remporté l’investiture du Parti républicain. Il aurait pu, à titre d’indépendant, courtiser l’électorat centriste.
C hose cer ta i ne, i l ét a it persuadé d’être plus qualifié que McCain ou Barack Oba ma , deu x pol itic ien s auxquels il voue une certaine admiration.
Rêve de jeunesse
« Mais que diable connaissent-ils à la gestion et à la façon de mener les gens ? Rien, a-t-il dit à Purnick avant le scrutin présidentiel. Si vous rega rdez mon ent repr ise, pourquoi, après tout le succès que nous avons eu avant que je me lance en politique, pensez-vous que je ne pourrais pas diriger le gouvernement ? Que diable dois-je accomplir pour faire mes preuves ? Pourquoi pensez-vous que je ne serais pas qualifié pour être président des États-Unis après tout le succès que j’ai connu avec ma société et notre administration ? Pour l’amour de Dieu, je ne brigue pas la Maison-Blanche, mais ce n’est pas différent. »
Si le t on de Bloomberg trahissait une certaine frustration, c’est peut-être qu’il réalisait que son rêve de jeunesse – devenir le premier président juif – venait de passer.
Com me ma ire, M ichael Bloomberg peut se vanter d’avoir contribué au sauvetage financier de la ville après le choc du 11 septembre 2001, à la baisse de la criminalité et à l’amélioration des performances des écoles publiques. Il s’est aussi donné la réputation d’un croisé de la santé et de l’environnement en interdisant la cigarette dans les lieux publics et les graisses industrielles dans l’alimentation, ainsi qu’en plantant un million d’arbres dans la ville.
Après deux mandats à la mairie de New York, il aurait très bien pu quitter la politique et poursuivre ses activités philanthropiques ou sportives (il est devenu maniaque de golf au cours des dernières années). Mais il a décidé que sa ville ne pouvait se passer de sa compétence et de son indépendance.
« Je me fous de ce que les groupes de pression veulent. Je ne reçois pas un sou d’eux. Je travaille pour 1 $ par année et je travaille pour vous, et pou r vous seu lement », a déclaré le maire mardi soir lors du lancement officieux de sa campagne.
Son principal adversaire, Bill Thompson, tentera de convaincre les New-Yorkais que Michael Bloomberg travaille en fait depuis huit ans pour « les riches et les puissants», comme le laisse entendre sa première pub télévisée. Il lui reprochera également de vouloir devenir «maire à vie».

Tiens, c’est peut-être une idée à laquelle Michael Bloomberg n’avait pas pensé…

Carter dénonce le racisme de la droite  -  RICHARD HÉTU
NEW YORK — Jimmy Carter a soulevé une vive polémique aux États-Unis en attribuant à la couleur de la peau de Ba rack Oba ma « une pa rt considérable des démonstrations intenses d’a nimosité contre » lui, y compris la sortie du représentant républicain de Caroline-du-Sud, Joe Wilson, qui a crié « Vous mentez ! » en plein discours du président devant le Congrès la semaine dernière.
Ce couple a manifesté, avec des milliers d’autres Américains, devant la Maison-Blanche samedi. Ils en ont contre le plan de réforme de la santé du président Obama, et peut-être contre Obama lui-même, comme le laisse croire leur pancarte.
« Je vis dans le Sud (des États-Unis) et j’ai vu le Sud faire un grand chemin contre le racisme et j’ai vu le reste du pays qui partageait l’attitude du Sud face aux minorités faire aussi un long chemin. Mais le racisme existe toujours et je pense qu’il remonte à la surface parce que beaucoup de Blancs croient – pas seulement dans le Sud mais dans tout le pays – que les Afro-Américains ne sont pas qualifiés pour diriger cette grande nation. C’est une attitude abominable et cela me peine et me préoccupe beaucoup », a déclaré l’ancien président, qui vit en Géorgie, lors d’une entrevue diffusée lundi soir sur la chaîne de télévision NBC.
L’ancien président faisait nota m ment référence à la colère exprimée contre Barack Oba ma l ors des réu nions publiques sur la réforme du système de sa nté et de la manifestation anti-gouvernement de samedi dernier à Washington. Il n’était pas le premier démocrate à relier au racisme une partie de l’opposition au premier président noir des États-Unis. Certains élus de son parti ont d’ailleurs tenu le même discours lundi lors du débat à la Chambre des représentants qui a précédé l’adoption d’une résolution de « désapprobation », par 240 voix contre 179, pour sanctionner Joe (« Vous mentez ! ») Wilson.
Ma is Jim my Ca rter est de loin le démocrate le plus important à exprimer une tel le opi n ion . L es c r itiques de Barack Obama ont dénoncé avec vigueur son commentaire.
« C’est une diversion pathét ique orc he st rée pa r les démocrates pour faire oublier l’impopularité des propositions du président en matière de santé », a déclaré Michael Steele, le premier président noir du Pa rti républicain. « Dire que l’opposition des Américains à l’égard des politiques du président Obama est reliée à la couleur de sa peau constitue un outrage et démontre de façon troublante jusqu’où les démocrates sont prêts à aller pour dénigrer tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. »
La Maison-Blanche s’est gardée d’appuyer les dires de Jimmy Carter.
« Le président ne croit pas que la critique à son endroit soit reliée à la couleur de sa peau», a déclaré le porte-parole de la présidence, Robert Gibbs.
Larry Sabato, politologue à l’ Université de Virginie, espère, de son côté, que le commentaire de Jimmy Carter servira de point de départ à une réflexion sur la critique au temps de Barack Obama.
« Carter a partiellement raison », a-t-il déclaré au cours d’un entretien téléphonique. « Des millions d’Américains fondent en partie leur jugement du président Obama sur la couleur de sa peau. C’était évident durant la campagne de 2008. Mais il a gagné. Il n’y a pas beaucoup de sociétés qui élisent à la présidence un membre d’un groupe minoritaire qui a été longtemps opprimé.
« Cela d it , nous devons trouver un terrain d’entente sur la façon dont nous allons procéder pendant la présidence d’Obama. Nous devons être capables de critiquer le président. C’est notre sport national. Le compromis évident est d’éviter les caricatures grossières et les stéréotypes. Mais nous devons permettre une critique libre et vigoureuse des politiques d’Obama. Agir autrement serait également raciste.»

LE «MENTEUR AFRICAIN»
Mark Williams, un des organisateurs du mouvement de contestation Tea Party, ne cache pas son animosité à l’égard de Barack Obama, qu’il décrit sur son blogue comme un « musulman indonésien converti en truand de l’aide sociale ». Le mouvement Tea Party a joué un rôle important dans la perturbation des réunions publiques de cet été sur la réforme du système de santé et dans l’organisation de la manifestation anti-gouvernement de samedi dernier à Washington, où Barack Obama était décrit sur une affiche comme le « menteur africain dans la MaisonBlanche » et dépeint sur une autre comme un sorcier vaudou. Des exemples parmi d’autres d’un phénomène familier aux yeux de plusieurs Noirs. « Jimmy Carter a raison de dire que les gens du mouvement Tea Party sont malheureusement les héritiers de groupes qui ont cherché à nous diviser depuis le tout début de l’histoire de ce pays », a déclaré hier Benjamin Jealous, président de la NAACP, l’organisation de défense des droits civiques.




Quand Bush dénigrait Palin, Obama et cie  -  Richard Hétu
Barack Obama, Hillary Clinton et Joseph Biden peuvent se consoler. Si George W. Bush les a dénigrés en privé au cours de son séjour à la Maison-Blanche, il n’a pas été plus élogieux à l’endroit de John McCain et Sarah Palin.
L’ancien président George W. Bush, photographié en 2008.
En fait, selon l’auteur d’un livre à paraître, le 43e président était peutêtre le républicain le moins enthousiasmé par la décision du sénateur de l’Arizona de choisir la gouverneure de l’Alaska comme colistière lors de la campagne présidentielle de 2008.
« J’essaie de me souvenir où l’ai déjà rencontrée », aurait-il dit à un groupe de conseillers quelques jours après la sélection de Sa ra h Palin. « N’est-elle pas gouverneure de Guam ? » aurait-il demandé, l’oeil moqueur, en faisant référence l’île du Pacifique.
Matt Latimer, ex-rédacteur de discours pour George W. Bush, lui attribue ces propos dans Speech-Less : Tales of a White House Survivor, un ouvrage qui sera en librairie le 22 septembre.
L’auteur se décrit comme un conservateur convaincu qui a perdu plusieurs de ses illusions après avoir travaillé au Congrès, au Pentagone et à la Maison-Blanche.
Il reconnaît cependant à l’ex-président républicain un flair politique certain au sujet de Sarah Palin.
« Elle est intéressante, mais attendez que la rose perde de sa fraîcheur », a déclaré George W. Bush à ses conseillers, selon des extraits du livre de Latimer publiés dans le numéro courant du magazine GQ. «Cette femme a été mise dans une situation pour laquelle elle n’a aucunement été préparée.»
Selon Latimer, le 43e président a tenu des propos semblables au sujet de Barack Obama, après que celuici l’eut critiqué sévèrement dans un discours.
Un monde dangereux
«On vit dans un monde dangereux et ce type n’est aucunement qualifié pour le diriger. Il ne comprend rien à rien, je vous le garantis », aurait-il déclaré devant ses conseillers.
Pour critiquer Joseph Biden, George W. Bush aurait adopté un ton plus humoristique : « Si raconter des âneries était payant, Joe Biden serait milliardaire. »
Le commentaire grivois sur Hillary Clinton, que l’auteur de Speech-Less attribue à l’ancien président reflète l’opinion que celui-ci a longtemps entretenue sur les chances de l’expremière dame de lui succéder à la Maison-Blanche : « Attendez qu’elle pose ses grosses fesses derrière ce bureau. »
Lors des élections générales, cependant, George W. Bush a vu juste en prédisant la défaite de John McCain, après avoir appris que celui-ci avait du mal à remplir un amphithéâtre à Phoenix, la plus grande ville de l’Arizona. « Il ne peut pas attirer 500 personnes dans sa propre ville ? Même pas 500 personnes ? Je pouvais attirer ce nombre à Crawford. L’avion descend en vrille, les gars », aurait-il dit à ses conseillers.



La nature de la grogne anti-Obama  -  RICHARD HÉTU
N E W YO R K — Vladimir L én i ne. Joseph Sta li ne. Adolf Hitler. Fidel Castro. Qu’obtient-on si l’on additionne ces quatre personnages ? Si l’on se fie à l’une des pancartes brandies lors de la manifestation qui a attiré des dizaines de milliers de personnes samedi à Washington, la bonne réponse est : Barack Obama.
Barack Obama fait les frais d’une campagne de dénigrement depuis plusieurs mois.
« Si vous n’avez pas peur, c’est que vous ne faites pas attention à ce qui se passe », pouvait-on également lire sur cette affiche ornée des photos du président américain et des quatre chefs d’État totalitaire.
Tous les manifestants de Washington ne partageaient pas cette hantise de Barack Obama. En scandant « assez, assez » da ns Pennsylva nia Avenue, plusieu rs d’entre eux voulaient exprimer leur opposition à l’expansion du pouvoir fédéral, qui aurait commencé avant l’arrivée du démocrate à la présidence. À leurs yeux, George W. Bush et les républicains du Congrès ont eux-mêmes abandonné la lutte des conservateurs et des libertaires contre le « trop d’État ».
Mais la manifestation de Washington était aussi le point culminant d’une campagne de dénigrement dont Barack Obama fait les frais depuis plusieurs mois. En traitant le président de socialiste, de communiste, de fasciste et même de raciste, plusieurs protestataires reprenaient les accusations lancées par un des promoteurs de la manifestation, Glenn Beck, à son émission de télévision diffusée sur la chaîne Fox News.
Et c’est ainsi que la réforme de la sa nté proposée pa r Obama peut être associée selon eux aux idéologies les plus meurtrières de l’histoire. Que son projet de s’adresser aux élèves des écoles publiques peut être comparé à de l’endoctrinement à la Saddam Hussein ou à la Kim Jong-Il. Ou qu’un représentant républicain peut accuser le chef de la Maison-Blanche de mentir au cours d’un discours solennel devant le Congrès des États-Unis.
Obama n’est évidemment pas le premier président à susciter de vives réactions. Son prédécesseur, George W. Bush , a été f ra nchement détesté par une bonne partie de la population. Mais il n’a pas suscité un tel vitriol au cours de sa première année à la Maison-Blanche. Et si des tena nts de la gauc he l’ont compa ré à H itler ou à l’antéchrist, ils n’ont pas été encouragés à le faire par les commentateurs les plus popu la i res de la rad io et de la télévision, dont Rush Limbaugh et Beck.
Normal ou pas ?
D’où la question : quelle est la véritable natu re de la campagne anti-Obama ? Certains observateurs, dont quelques con sei l ler s du président, n’y voient rien d’anormal, estimant que la plupart des présidents démocrates soulèvent des réactions exce ssive s au sei n d ’u ne cer ta i ne d roite. Cer ta i ns c ritiques de Bill Cli nton , rappellent-ils, étaient prêts à croire le pire à son sujet, à savoi r qu’il s’éta it liv ré au trafic de la cocaïne, qu’il avait été mêlé à la mort d’un de ses con sei l ler s , V i nce Foster, qu’il était un violeur en série, etc.
L a légiti m ité des présidents démocrates Franklin Roosevelt et Harry Truman avait également été remise en question par des ultraconservateurs, qui les accusaient de socialisme ou de complicité avec les communistes.
Mais au moins une des commentatrices américaines les plus en vue, Maureen Dowd, du New York Times, a abandonné ce point de vue à la su ite de la sortie du représentant républicain de Caroline du Sud, Joe Wilson, qui a créé un précédent la semaine dernière en traitant u n président de menteu r lors d’u n discou rs deva nt le Congrès.
« J ’a i hésité à ad met t re que la folie stridente de l’été – les efforts désespérés pour dépeindre notre premier président noir comme l’Autre, u n ét ra nger, soc ia liste, marxiste, raciste, nazi ; un sans-coeur qui débrancherait les personnes âgées ; un serpent qui endoctrinerait les enfants – était liée à la race, a écrit Dowd dans sa chronique d’hier.
« J ’éta is plutôt d ’accord avec quelques-u n s des conseillers d’Obama, selon lesquels les présidents démocrates ont toujou rs provoqué une réaction écuma nte chez les pa ra nos – du père Coughlin contre FDR à Joe McCarthy contre Truman, en passant par les John Birchers contre JFK et le vaste complot de la droite contre Bill Cli nton . M a is l’i n solence c hoqua nte de Wilson à l’égard de la fonction du président – aucu n démocrate n’a ja ma is c rié "menteu r" à W. qua nd il utilisait de fau x prétextes pour j ustifier la guerre en Irak – m’a convaincue : certaines personnes ne peuvent pas croire qu’un homme noir soit président et ne l’accepteront jamais. »
Voilà un débat dont on n’a pas entendu le dernier mot.


Rentrée périlleuse pour Obama  -  RICHARD HÉTU
NEW YORK — Vérification faite, le discours que Barack Obama prononcera aujou rd’hu i à l’adresse des écoliers américains ne contient aucune propagande socialiste, contrairement aux prévisions de ses détracteurs.
Le succès ou l’échec de la réforme du système de santé pourrait définir la présidence de Barack Obama. Tout comme la guerre en Afghanistan, qui s’enlise et est de moins en moins populaire auprès des Américains.
«Et peu importe ce que vous voulez faire de votre vie – je vous garantis que vous aurez besoin d’instruction pour le faire », dira le président américain devant des élèves de Virginie, dans une allocution que pourront diffuser en direct – ce n’est pas une obligation – les écoles publiques des États-Unis.
Il ajoutera : « Et ce n’est pas seulement important pour votre propre vie et votre propre avenir. Ce que vous ferez de votre scolarité décidera rien de moins que de l’avenir de ce pays. »
La Maison-Blanche a cru bon de publier à l’avance le discours du président pour apaiser les commentateurs et les parents conservateurs qui craignent que Ba rack Obama ne transmette aux petits Américains des idées socialistes.
Controverse surréaliste ? Ce ne serait pas la seule à avoir vu le jour au cours des dernières semaines. Mais la réaction défensive de la Maison-Blanche illustre à quel point les critiques conservateurs les plus féroces, voire outranciers, réussissent à imposer leurs points de vue dans les débats politiques actuels.
Un autre exemple a été donné dans la nuit de samedi à dimanche lorsque le conseiller spécial de la Maison-Blanche pour les « emplois verts », Van Jones, a démissionné. Désigné par l’hebdomadaire Time comme l’une des 100 personnalités les plus influentes au monde, Jones était depuis plusieurs jours dans le collimateur de l’animateur de la chaîne Fox News Glenn Beck, qui l’avait notamment qualifié de « communiste ». De leur côté, des élus républicains avaient réclamé son départ vendredi, après qu’un site conservateur eut découvert son nom au bas d’une pétition datant de 2004 et réclamant une enquête pour déterminer si l’administration Bush « n’avait pas volontairement permis que les attaques du 11 septembre aient lieu, peut-être comme prétexte pour déclarer la guerre ».
C’est dans ce contexte délétère que le président Obama se présentera demain soir devant le Congrès pour tenter à nouveau d’imposer sa vision dans le débat sur la réforme du système de santé, un chantier dont le succès ou l’échec pourrait définir sa présidence.
Des démocrates sceptiques
Durant toute la pause parlementaire d’août, ce débat aura été dominé par des voix conservatrices et républicaines qui se sont exprimées dans les médias ou les réunions publiques d’un bout à l’autre du pays. Leurs objections, légitimes ou tendancieuses – certains commentateurs ont associé la réforme au nazisme – se sont ajoutées à celles des démocrates modérés du Sénat et de la Chambre des représentants.
À ce stade-ci du débat, le défi de Barack Obama consiste moins à convaincre des élus républica ins d’appuyer sa réforme qu’à obtenir un compromis entre les différentes factions démocrates. Il devrait ainsi définir de façon plus explicite les paramètres d’un projet qui inclurait notamment un système controversé d’assurance santé publique à créer en parallèle aux assurances privées existantes.
«Le Congrès et le pays sont engagés depuis plusieurs mois dans un débat vigoureux », a déclaré le président hier à Cincinnati lors d’un piquenique organisé par l’organisation syndicale AFL-CIO. «Et ce débat est une bonne chose, car nous devons faire les choses comme il faut. Mais vient un moment dans chaque débat où il faut décider, où il faut agir. Et ce moment est arrivé. »
La controverse autour de la réforme du système de santé a coïncidé avec une chute de la cote de popularité de Barack Obama, qui était supérieure à 60% au printemps dernier. Celle-ci est tombée à 52,8 % selon la moyenne des sondages compilés par le site RealClearPolitics.
Mais la santé n’est pas le seul dossier controversé que doit gérer Ba rack Oba ma en cet te rent rée. Celu i-c i devra notamment décider s’il enverra des renforts militaires en Afghanistan, où les Américains sont engagés dans un conflit de plus en plus meurtrier et de moins en moins populaire. Selon un sondage publié la semaine dernière, six Américains sur 10 sont désormais opposés à cette guerre.
L’ironie veut que le président ait sans doute besoin de l’aide des républicains s’il veut continuer le combat contre les taliba ns en Afghanistan. Un tel scénario ne manquerait pas d’ajouter à la déception de ses partisans progressistes, qui le soupçonnent déjà d’être prêt à des compromis qu’ils jugent inacceptables en matière de santé.
« Oui, nous pouvons », scandaient les partisans de Barack Obama il y a un an. Et l’écho de répondre : « Peut-être pas. »




Rentrée controversée  -  ARIANE KROL
«É coutez votre prof et faites vos devoirs. » En ce j our de rentrée des classes américaine, le message ne devrait surprendre personne. Mais dans la bouche de Barack Obama – ou, plutôt dans l’esprit tordu de certains de ses détracteurs – un discours est forcément une tentative de manipulation. Et ce, même si l’auditoire n’est pas en âge de voter.
Le président Obama, qui s ’e s t pr ê té au jeu de l’i nterv iew ave c u n écolier floridien le mois dernier, s’adressera aux jeunes de tout le pays ce midi. En direct d’une école secondaire de la Virginie, il leu r pa rlera de l’importance d’avoir des rêves et d’étudier pour les réaliser. I l insistera su r l’effort, la persévérance et la responsabilité de chacun dans l’atteinte de ses objectifs. La quintessence des valeurs traditionnelles. Pourtant, l’idée que ce discours puisse être présenté en classe a déclenc hé u ne controverse sa ns précédent.
Des parents ont exigé que leur école le boycotte ou, à défaut, que leurs enfants en soient exemptés. Certains les ont même gardés à la maison pour plus de sûreté. Des critiques de droite en ont rajouté, accusant Obama de vouloir endoctriner les enfants et de profiter de l’occasion pour vendre son programme politique. On croit rêver.
Pou r ca lmer le jeu, le département de l’Éducation a modifié la feuille d’exercices accompagnant le discours, él i m i na nt la question où l’on demandait aux écoliers d’écrire une lettre indiquant « comment ils pouvaient aider le président ». La MaisonBlanche a aussi accepté de dévoiler le texte de l’allocution hier, afin que les parents puissent en prendre connaissance.
Le discours, qui s’adresse aux écoliers de la première à la 12e année, est un peu long et contient des passages sans doute trop abstraits pour les plus jeunes du primaire. Mais le président leur parle aussi de c hoses d rôle - ment concrètes, comme la difficulté de vivre avec une mère seule et de manquer d’argent. S’il cite son parcours, c’est plus pa r souci de crédibilité que pour se donner le beau rôle – il évoque un élève un peu dissipé, qui a fait des mauvais coups et a eu de la chance.
Dans la plupa rt des pays, un tel discours susciterait au mieux de l’indifférence, au pire des critiques sur la futilité de l’exercice. Un chef d’État qui vante les vertus de l’école ? Où est la nouvelle ? Ma is de toute év idence, beaucoup d’Américains ont encore du mal à accepter que Barack Obama soit leur président. Ils voient des intentions politiques dans le plus banal de ses discours, comme s’il était en pleine campagne électorale et, donc, n’avait pas encore été élu. Après plus de 200 jours de mandat, c’est une forme de déni assez inquiétante.



La double vie de Sarah Palin ?  -  Alexandre Sirois
Si Sarah Palin rêve encore d’accéder à la Maison-Blanche, elle n’est pas au bout de ses peines.
L’ex-copain de la fille de Sarah Palin dresse un portrait dévastateur de l’ex-candidate républicaine à la vice-présidence.
Une nouvelle tuile vient de s’abattre sur l’ancienne candidate républicaine à la vice-présidence. Levi Johnston, l’ex de sa fille Bristol, a décidé de laver son linge sale... en public.
Bristol, rappelons-le, avait soulevé la controverse en pleine convention républicaine en 2008, forcée d’admettre qu’elle attendait un bébé alors qu’elle n’avait que 17 ans.
Levi Johnston, père du bébé, brosse aujourd’hui un portrait dévastateur de la grand-mère de son fils. Il a offert ses révélations croustillantes au magazine Vanity Fair moyennant une rémunération dont la teneur n’a pas été révélée.
Les confidences du j eune homme laissent croire que l’image publique de Sarah Palin ne correspond pas à la réalité. Adepte de chasse et de pêche, hockey mom, mère exemplaire de cinq enfants...tout ça serait de la frime.
«Je ne l’ai jamais vue toucher à une canne à pêche. Elle avait une arme à feu dans sa chambre et elle m’a demandé un jour de lui montrer comment s’en servir», raconte Levi Johnston.
Gênée par le bébé
«On ne s’occupait pas beaucoup d’élever les enfants dans cette maison», ajoute-t-il. Selon lui, Sarah Palin et son mari – au bord du divorce – n’étaient jamais aux fourneaux et ne s’occ upa ient pas plus des tâches ménagères. Les enfants devaient à la fois « cuisiner, faire le ménage, faire le lavage et se préparer pour l’école».
Le jeune homme soutient que l’ex-politicienne n’a presque pas vu jouer son plus vieux fils au hockey. Il va même jusqu’à affirmer qu’elle souhaitait adopter secrètement le bébé que Bristol et lui attendaient. «Elle ne voulait pas que les gens sachent que sa fille de 17 ans allait avoir un bébé.»
Sarah Palin a annoncé sa démission de son poste de gouverneure de l’Alaska le 26 juillet dernier. Depuis, les spéculations vont bon train quant à la façon dont elle souhaite poursuivre sa carrière politique. Les confessions de Levi Johnston pourraient lui nuire.
« Qu’un personnage ne se révèle pas aussi propre et net que son image publique ne va pas en étonner beaucoup. Les gens de la droite vont prendre sa défense et les gens plus à gauche vont en profiter pour en remettre», souligne le directeur de la chaire d’études politiques et économiques américaines à l’Université de Montréal, Pierre Martin.
«Il reste que ses perspectives d’accéder à la présidence, qui me semblaient déjà faibles sinon inexistantes, relèvent, avec ça, encore plus du rêve», estime-t-il.
Obama l’écraserait
Ces révélations surviennent quelques semaines après la publication d’un sondage selon lequel Barack Obama écraserait Sarah Palin si elle se lançait dans la course à la Maison-Blanche.
Selon le Marist Institute for Public Opinion, l’actuel président l’emporterait avec 56% des voix. Sarah Palin devrait se contenter de 33% des intentions de vote.
«Si elle n’a pas fait le poids en 2009, comment imaginer qu’elle soit à ce point meilleure devant un président qui sera mieux aguerri en 2012?» a indiqué le coprésident de l’Observatoire sur les États-Unis de l’UQAM, Charles-Philippe David, joint par courriel en Russie.
« Mais tout demeure possible. . . Pensons à Rona ld Reagan, qui s’y est pris à deux reprises avant de finalement ravir la Maison-Blanche. »




Avis de tempête pour les vacances d’Obama
Entre autres soucis, un ouragan pourrait rendre visite au président américain en congé sur la côte Est
WASHINGTON — Ba r a c k Obama a entamé hier la première semaine de vacances de sa présidence, mais les d i f ficultés économiques, les violences en Irak et en Afghanistan, les soucis liés à sa réforme de la santé et même la météo pourraient gâcher son séjour à la plage.
Malmené dans les sondages, Barack Obama va devoir jouer quelques coups de maître à partir d’une position délicate, comme sur cette toile dans une galerie de New Delhi en Inde.
Le président américain, qui fait aussi face à une chute de confiance de ses concitoyens sur sa politique pour l’emploi, s’est envolé hier pour la résidence présidentielle de Camp David d’où il doit rejoindre demain l’île huppée de Martha’s Vineyard au Massachusetts.
Dernier invité-surprise du week-end présidentiel: le premier ouragan de la saison dans l’Atlantique, Bill, et sa « forte houle potentiellement extrêmement dangereuse pour les personnes ». L’ouragan devrait frôler demain la côte Est des États-Unis, selon le Centre national des ouragans, à Miami.
Comme pour souligner que les présidents américains ne sont jamais vraiment en vacances, la Maison-Blanche a ajouté une ligne à l’agenda de M. Obama : une déclaration sur les élections afghanes de jeudi. Juste avant son départ hier, il a déjà qualifié le scrutin d’« important pas en avant ». Seuls 49 % d’Américains disent dorénavant avoi r conf i ance dans l e f a i t que M. Obama prendra l es bonnes décisions pour l e pays.
Le porte-parole Robert Gibbs n’a pas caché par ailleurs que Barack Obama sait pertinemment qu’il ne peut pas rester complètement silencieux s’il veut sauver sa réforme du système de santé américain, un test majeur pour sa présidence.
« Nous allons mettre à jour l’agenda durant tout le weekend. Il se peut que nous ajoutions certains événements relatifs à la réforme de la couverture santé », a dit M. Gibbs mardi.
Mais « arrivé à un certain point, le président voudra profiter pleinement de ses vacances », dans une villa ultrasécurisée appelée la Ferme du héron bleu, « tout comme vont le faire, je l’espère, des millions d’Américains », a ajouté le porte-parole.
Le séjour de Barack Obama avec sa femme Michelle et ses filles Malia et Sasha respecte la tradition. En général, les présidents fuient la MaisonBlanche et la moiteur de l’été à Washington en août.
Mais ils échappent rarement à l’attention des médias et aux critiques d’hommes politiques désireux de montrer que le président n’assume pas ses fonctions présidentielles.
En 2001, George W. Bush avait essuyé un feu nourri pour avoir passé la plupart de son mois d’août à Crawford, au Texas, à débroussailler dans sa résidence de 850 hectares. En 2005, le même Bush avait subi un nouveau coup de chaud quand on lui avait reproché d’être resté longtemps dans sa résidence alors que le très meurtrier ouragan Katrina dévastait une partie des côtes américaines.
Cette fois, une association conservatrice s’est violemment opposée à la réforme de la couverture santé du président avec une publicité qui se moque de ses vacances et des plages idylliques de Martha’s Vineyard.




Un Anglais charme la droite américaine  -  Mali Ilse Paquin
Les républicains n’auraient pu mieux demander pour attaquer Barack Obama et sa réforme de la santé: un politicien anglais qui dénonce son propre système de santé « socialiste ». L’américanophile Daniel Hannan a réussi le double exploit de diaboliser le projet d’Obama et de se mettre à dos toute la Grande-Bretagne, y compris son parti.
LONDRES — La droite américaine a recruté un alliésurprise dans sa campagne contre la réforme du système de santé de Barack Obama. Il est polyglotte, est diplômé de l’Université d’Oxford et siège au Parlement européen à Strasbourg. Et il possède une éloquence qui rappelle cel le d’un cer t a i n Tony Blair.
Daniel Hannan, député européen conservateur, est la nouvelle coqueluche du réseau d’information Fox News et consor ts depuis quelques semaines . Son message ?
Les Américains ne doivent pas imiter le système de santé « socialiste » de la Grande-Bretagne, le NHS ( National Health Service).
À l ’ émission Fr e e d om Watch, sur Fox News, il a affirmé le 5 août à l’animateur Andrew Napolitano : « Je ne souhaiterais le NHS à personne… Les listes d’attente sont interminables et le taux de survie est faible. Il vaut mieux tomber malade aux États-Unis qu’en Grande-Bretagne. »
Une semaine plus tard, il déclarait à un Sean Hannity mielleux, encore sur Fox News : « Je trouve incroyable que vos citoyens veuillent placer le droit de vie et de mort entre les mains d’un État bureaucratique ! »
Opinions excentriques
Daniel Hannan a répété plusieurs fois que le NHS était une « antiquité ». « C’est le t r oi s i ème employeu r en importance au monde. Électoralement, c’est impossible de s’en débarrasser. »
Ses déclarations ont donné des munitions aux pourfendeurs de Barack Obama. Et elles ont fait l’effet d’une bombe en Grande-Bretagne, où la population s’est spontanément ralliée derrière le NHS dans une campagne sur Twitter.
Le député, fervent thatchériste, a forcé le chef de son parti, le conservateur David Cameron, à interrompre ses vacances pour rétablir le tir. « M. Hannan a des opinions excentriques… Nous appuyons ent ièrement le NHS », a affirmé M. Cameron à des journalistes devant sa maison.
Le ministre de la Santé, Andy Burnham, a accusé Daniel Hannan d’être antipatriotique et a demandé à David Cameron hier de l’expulser de son parti.
Un franc-tireur
Élu au Parlement européen en 1999, Daniel Hannan agit comme un franc-tireur dans son parti. L’eurosceptique de 37 ans est l’auteur d’un essai proposant un système de « comptes d’épargne santé », comme à Singapour.
Toutefois, c’est sa fougueuse harangue cont re Gordon Brown qui a soufflé la droite américaine. Lors de la visite du premier ministre britannique au Parlement européen en mars dernier, M. Hannan avait vilipendé ses programmes de dépenses contre la récession.
« Les électeurs voient ce que les marchés boursiers ont déjà vu: vous êtes le premier ministre défait d’un gouvernement défait », avaitil conclu. Son discours a été vu 2,5 millions de fois sur YouTube.
À cette époque, les républ icains ét a ient à cour t d’arguments contre le plan de sauvetage onéreux de Barack Obama pour sortir les États-Unis de la crise économique.
Le lendemain de la sortie de Hannan, le républicain Rush Limbaugh déclarait à son émission de radio: « Les républicains à Washington devraient apprendre une leçon de courage de cet homme. »
Désormais, Daniel Hannan est le politicien britannique le plus aimé de la droite américaine depuis Tony Blair.



Après les « Truthers », les « Birthers »... MARIO ROY

Barack Obama ne serait pas né aux États-Unis, mais plutôt au Kenya, ce qui rend illégal son séjour à la Maison-Blanche. Ce sombre complot est tenu pour vérifié par une quantité non négligeable de conservateurs américains. Il a été soutenu devant des tribunaux par certains, notamment pour se soustraire à des missions de combat, car on ne saurait obéir à un commandant en chef qui n’est qu’un usurpateur. Il a même été (presque) cautionné par un commentateur de CNN, Lou Dobbs...
Ces adeptes du complot sont désignés sous le vocable de Birthers, à la fois par association et par opposition aux Truthers qui, eux, défendent diverses théories ésotériques sur le 11 septembre 2001.
Il y a cependant une grosse différence.
La plupart des conspiracy buffs que l’on a connus depuis un demi-siècle, dont ceux du 11 septembre, viennent de la gauche. En particulier de ce segment de la gauche que l’on regarde toujours avec inquiétude, redoutant l’apparition chez elle de nouvelles lubies potentiellement plus dangereuses.
Les Birthers, eux, viennent de l’autre extrémité du spectre politique, ce qui est un phénomène nouveau. Plus précisément, ce sont des partisans, des militants, des ténors ou même des élus du Parti républicain. La voix officieuse des franges extrêmes du parti, Rush Limbaugh, entretient cette polémique ; 28% des électeurs républicains croient qu’Obama est né à l’étranger et 30% ont des doutes...
De sorte que cette affaire est en train d’enfoncer davantage encore le Grand Old Party, déjà en piètre état, dans les sables mouvants de la pitrerie idéologique et de la marginalité politique.
Certes, on peut en rire. Toutes ces simagrées nuiront bien davantage, en effet, aux républicains eux-mêmes qu’à Barack Obama. Et qui a encore la moindre sympathie pour les républicains, en particulier après le calvaire des années Bush fils ? Cependant, pour la démocratie américaine fonctionnant sur le mode bipartite, le naufrage du GOP est une catastrophe. Il ne s’agit pas tant de son naufrage électoral que de sa décomposition intellectuelle – c’est bien pire – que l’on a vraiment commencé à noter lors de l’irruption de Sarah Palin dans la dernière campagne présidentielle.
Après l’élection, David Frum, l’une des voix républicaines les plus respectées et qui a travaillé avec deux présidents, disait : « Notre parti semble aspirer à gouverner un pays qui n’existe plus. » Dans le même temps, Karl Rove, principal stratège politique de George W. Bush, ajoutait que l’avenir du parti devrait s’abreuver au « marché des idées ». Cet été, l’ex-secrétaire d’État Colin Powell (qui a appuyé Obama à la présidentielle) a demandé au parti de cesser de se tasser à l’extrême droite et de rouvrir un véritable débat.
Or, pour l’instant, ces gens ne semblent avoir aucune influence. Powell a été traité de « démocrate », insulte suprême. Palin erre toujours dans le décor. Limbaugh demeure par défaut le maître à penser des républicains. Et leur dernière trouvaille intellectuelle est une théorie du complot...
Abraham Lincoln doit faire des doubles saltos arrière dans sa tombe.



Obama, Joker socialiste  -  Nicolas Bérubé
— Une étrange affiche présentant Barack Obama maquillé en Joker, le personnage du film Batman incarné par Heath Ledger, a fait son apparition aux États-Unis. D’abord distribuée sur le site Flickr, l’image a été aperçue récemment dans les rues de Los Angeles et d’Atlanta. Mais c’est surtout sur l’internet que les détracteurs d’Obama l’ont fait circuler.
L’affiche, où le mot « socialiste » est accolé au nom d’Obama, a été décrite comme raciste et provocatrice. Sur le site collectif Associated Content, Robert Dougherty se questionne sur l’intention de l’auteur, qui reste anonyme.
« Le Joker (dans le film) est bien des choses, mais il n’est certainement pas socialiste, écrit-il. Tous ceux qui ont vu The Dark Knight le savent, le Joker est un partisan de l’anarchie. »
Quoi qu’il en soit, l’affiche n’est que la dernière manifestation d’une vague d’images et de commentaires qui visent à dépeindre Barack Obama sous un jour menaçant. Les adversaires d’Obama jouent depuis quelques semaines sur la peur, un thème qui avait largement disparu du discours public depuis l’arrivée au pouvoir du président.
Ainsi, les birthers, un groupuscule d’extrême droite qui doute qu’Obama soit né à Hawaii, ont reçu des heures de temps d’antenne aux périodes de grande écoute, même après qu’il eut été établi que leurs prétentions étaient sans fondement.
Parallèlement, le président a été accusé de racisme pour avoir pris la défense de son ami, l’universitaire noir Henry Louis Gates, arrêté dans sa propre maison par un policier qui croyait avoir affaire à un cambrioleur.
Bien des critiques d’Obama se réclament d’Ayn Rand, auteure et philosophe qui a popularisé les théories économiques du laisser-faire et des responsabilités individuelles dans les années 40 et 50.
Or, la droite américaine d’aujourd’hui semble davantage intéressée à marquer des points politiques qu’à combattre l’ingérence de l’État dans la vie économique du pays.
Aucun leader républicain, par exemple, ne remet en question l’existence du Medicare, un programme fédéral de 440 milliards qui offre l’assurance maladie aux personnes de 65 ans et plus. Le programmeest extrêmement populaire, notamment auprès des compagnies d’assurances privées, qui n’ont pas à payer les soins de millions d’aînés susceptibles d’avoir besoin de traitements médicaux coûteux.
Cet été, les adversaires d’Obama semblent appliquer à la lettre les enseignements de Karl Rove, stratège politique de George W. Bush, selon qui la meilleure façon de battre l’autre camp est d’attaquer ses points forts. En 2004, Rove avait attaqué sans relâche les triomphes militaires de John Kerry, faisant oublier à la nation que Bush n’avait jamais mis les pieds au Vietnam.
Selon les sondages, le point fort du parti démocrate est Barack Obama, et c’est lui que les conservateurs visent.
Pour le chroniqueur Frank Rich, cette paranoïa est la manifestation d’un mouvement démographique inéluctable: l’élite blanche n’est plus la seule à tirer les leviers du pouvoir en Amérique. Dans 30 ans, note-t-il, les Blancs seront minoritaires aux États-Unis, selon les statistiques.

« La leçon que nous devons tirer des récents événements est celle-ci: l’Amérique n’est pas postraciale, écrit-il dans le New York Times. Nous ne sommes qu’au début d’un combat qui pourrait bien durer 30 ans. Et ce n’est pas une bière froide qui apaisera la colère de ceux qui ne peuvent accepter que le visage de l’Amérique ne ressemble plus au leur. »

OBAMA MENACÉ 30 FOIS PAR JOUR
Barack Obama est un président menacé. Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, le nombre d’attentats fomentés contre le chef d’État américain a bondi de 400% comparativement au nombre recensé pendant le règne de George W. Bush. Barack Obama serait ainsi la cible d’une trentaine de menaces potentiellement mortelles chaque jour, révèle Ronald Kessler, dans son livre In the President’s Secret Service.



L’étrange obsession des birthers  -  Richard Hétu
« Ces gens sont fondamentalement soit racistes, soit d’extrême droite. Ils ne supportent pas de voir Barack Obama président largement parce qu’il est noir, mais aussi parce qu’il est progressiste. »
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK — Les théoriciens de la conspiration ne mettent pas en doute la date de naissance de Barack Obama, qui pourra célébrer demain son 48e anniversaire l’esprit en paix. Mais l’endroit où le président américain a vu le jour soulève aux États-Unis une polémique dont l’ampleur menace de redéfinir le Parti républicain.
Une reproduction de l’annonce que la mère et le père d’Obama avaient fait paraître dans un journal d’Honolulu, le 13 août 1961, pour faire part de la naissance de leur fils.
La controverse ne date pas d’hier. Durant la campagne présidentielle de 2008, des rumeurs ont circulé selon lesquelles le candidat démocrate est né au Kenya, la patrie de son père. Or, la Constitution des États-Unis stipule expressément que « nul ne pourra être élu président s’il n’est pas citoyen de naissance ». L’équipe du sénateur de l’Illinois a tenté de combattre ces rumeurs en publiant sur l’internet le certificat de naissance de Barack Hussein Obama, qui dit qu’il est bel et bien né le 4 août 1961 à Honolulu, dans l’État d’Hawaii.
Peine perdue. Pas moins de 58% des républicains doutent que le président démocrate soit né aux États-Unis (28% d’entre eux refusent carrément d’y croire), selon un sondage de la maison Research 2000 diffusé vendredi. Les personnes âgées et les gens des États du Sud sont les plus susceptibles de sympathiser avec les birthers, nom donné aux promoteurs de cette théorie du complot selon laquelle les États-Unis sont représentés à la Maison-Blanche par un imposteur né en Afrique.
De là à taxer de racisme ou d’extrémisme les birthers, il y a un pas que n’ont pas hésité à franchir certains observateurs, dont Mark Potok, du Southern Poverty Law Center, un organisme qui étudie les regroupements extrémistes : « Ces gens sont fondamentalement soit racistes, soit d’extrême droite. Ils ne supportent pas de voir Barack Obama président largement parce qu’il est noir, mais aussi parce qu’il est progressiste. »
Orly Taitz est l’une des pionnières du mouvement des birthers. Originaire de la Moldavie¸ cette avocate de Californie multiplie depuis un an les actions en justice pour prouver l’inégibilité de Barack Obama, dont elle compare la politique à celles de Staline et Hitler. Elle a pu défendre sa théorie de la conspiration à l’émission radiophonique de l’animateur Lou Dobbs, qui a également traité du sujet à son émission télévisée sur CNN, une chaîne d’information sérieuse.
Plusieurs autres vedettes des médias, dont les animateurs radiophoniques Michael Reagan et Rush Limbaugh, ont aussi exprimé en ondes de la sympathie pour les birthers. « Barack Obama a une chose en commun avec Dieu. Vous savez ce que c’est? Dieu non plus n’a pas de certificat de naissance », a ironisé Limbaugh lors d’une émission diffusée en juin.
Les birthers peuvent également compter sur des alliés à la Chambre des représentants, où neuf élus républicains ont proposé un texte de loi qui exigerait que les candidats à la présidence produisent leur certificat de naissance. Certains de leurs collègues, qui semblent avoir peur de se mettre à dos les « conspirationnistes », emploient des formules évasives lorsqu’ils sont interrogés sur la citoyenneté du président démocrate. « Il y a des questions », dira l’un. « Je n’ai pas vu le document original », dira l’autre. « Je ne pourrais pas le jurer sur la Bible », dira un autre encore.
Ces élus entretiennent le doute malgré la conclusion catégorique à laquelle le groupement non partisan FactCheck.org, qui relève de l’Université de la Pennsylvanie, est arrivé après avoir examiné l’original de l’acte de naissance d’Obama: « Nous confirmons qu’il est absolument conforme à tout ce que requiert le département d’État pour prouver que l’on est citoyen américain. Notre conclusion: Obama est né aux États-Unis, comme il l’a toujours dit. »
FactCheck. org a également trouvé une annonce que la mère et le père d’Obama avaient fait paraître dans un journal d’Honolulu, le 13 août 1961, pour faire part de la naissance de leur fils.
Mais ces preuves irréfutables n’ont pas encore eu raison des birthers, dont l’influence risque de ternir l’image du Parti républicain, si l’on se fie au sondage Research 2000. Ce ne serait pas la première fois que les théoriciens du complot auraient une certaine emprise sur le Grand Old Party. Dans les années 50 et 60, les Birchers, membres de l’organisation d’extrême droite John Birch Society, voyaient des communistes partout, y compris dans le Bureau ovale, à l’époque du président républicain Dwight Eisenhower.
William Buckley, fondateur de la revue conservatrice National Review, avait tenu à dissocier le Parti républicain des Birchers en condamnant les « diffamations idiotes et paranoïaques » des membres de ce mouvement. Aucun républicain de sa stature ne s’est encore levé pour fournir pareil verdict sur les birthers.




Obama et les médias accusés de « partager le même lit »  -  Richard Hétu
« Aucune équipe de la Maison-Blanche depuis celle de John Kennedy n’a été meilleure que l’administration Obama dans la manipulation du moyen de communication qu’est la télévision. »
COLLABORATION SPÉCIALE
— « Est-ce qu’un président récent a joui d’une couverture médiatique plus favorable? » Robert Samuelsson, chroniqueur économique au Washington Post, a soulevé cette question au début du mois, s’inquiétant de l’« engouement » de la presse américaine pour Barack Obama, dont les projets ambitieux devraient, à son avis, inspirer aux journalistes du scepticisme, d’abord et avant tout.
Samuelsson a répondu à sa propre question ainsi : « Eh bien, peut-être John Kennedy durant un moment, mais aucun depuis. » DavidZarawik, critique desmédias au Baltimore Sun, a, lui aussi, évoqué l’ancien président, la semaine dernière, en analysant les rapports entre Obama et la presse: « Aucune équipe de la Maison-Blanche depuis celle de John Kennedy n’a été meilleure que l’administration Obama dans la manipulation du moyen de communication qu’est la télévision », a-t-il écrit.
Zarawik faisait notamment référence à la décision de la chaîne ABC de diffuser depuis le salon Bleu de la Maison-Blanche son journal télévisé du 24 juin, ainsi qu’une émission spéciale à heure de grande écoute, le même jour, sur la réforme de la santé, un des grands chantiers de l’administration démocrate, depuis le salon Est. Républicains et commentateurs conservateurs n’ont pas manqué de critiquer vigoureusement cette exclusivité accordée à ABC à un moment-clé du débat sur la santé.
« Les émissions ne devraient pas être diffusées depuis le salon Est et le salon Bleu. Elles devraient plutôt être diffusées depuis la chambre à coucher d’Obama puisque ABC (et une bonne partie des médias asservis) partagent le même lit », a écrit le chroniqueur Cal Thomas.
Le Parti républicain, de son côté, s’est plaint de ne pas avoir été invité à participer à l’émission spéciale d’ABC, qui durera une heure. « Faute d’opposition, je crains que l’émission ne se transforme en publicité à la gloire du programme démocrate », a écrit Ken McKay, un des cadres de la formation politique, dans une lettre au président d’ABC News.
ABC News a répondu à McKay en l’assurant que les participants à son émission spéciale représenteront un large éventail d’opinions sur le système de santé américain. Ces participants – experts, citoyenset journalistes – seront invités à poser des questions au président Obama.
N’empêche: si la chaîne ABC finit par présenter Barack Obama et sa réforme de la santé sous un jour positif, elle ne sera pas la première à faire ainsi le jeu de l’administration démocrate. Au début du mois de juin, la Maison-Blanche a ouvert toutes grandes ses portes à Brian Williams et à la chaîne dont il est le chef d’antenne, NBC. Ceux-ci ont tiré de cet accueil exclusif deux émissions spéciales, intitulées Inside The Obama White House, qui brossaient un portrait franchement sympathique du président, de sa femme et de son équipe.
Certains commentateurs ont critiqué Williams et NBC, les accusant de complaisance envers le président. Si complaisance il y a eu, elle aura été payante pour la chaîne de télévision, dont les cotes d’écoute ont augmenté les deux soirs où elle a diffusé ses émissions spéciales sur la Maison-Blanche.
Et si manipulation il y a eu de la part de la Maison-Blanche, elle vient de cette certitude que les médias ne peuvent résister à l’attrait commercial des Obama. Ce n’est pas seulement vrai pour les chaînes de télévision, mais également pour les magazines, dont les ventes augmentent chaque fois que le visage de Barack Obama ou, encore mieux, celui de sa femme Michelle, apparaît sur leur couverture.
Comme elle le fait avec les chaînes de télévision, la MaisonBlanche négocie ferme avec les magazines pour s’assurer que leurs reportages « exclusifs » soient positifs, un peu comme le font Brad Pitt et Angelina Jolie avant de poser pour les photographes et de répondre aux questions des journalistes.
Michael Wolff, critique des médias aumensuel Vanity Fair, n’en revient pas. « Ces gens à la Maison-Blanche exercent un plus grand contrôle sur les médias qu’aucune autre administration avant eux », a-t-il écrit dans le numéro courant de son magazine.
Ma i s Ba r a ck Obama n’est pas entièrement satisfait. Mercredi dernier, lors d’une entrevue à la chaîne CNBC, il s’est plaint, sans la nommer, de la chaîne d’information Fox News, qui tend à favoriser le point de vue républicain. « Vous auriez du mal, si vous regardiez cette chaîne pendant toute la journée, à trouver une histoire positive à mon sujet », a-t-il déploré.
Le jour où le président démocrate s’estimera satisfait du travail de Fox News, il faudra vraiment faire son deuil de l’indépendance du journalisme américain.



Dick Cheney est accusé d’avoir caché un programme antiterroriste au Congrès
— L’ancien viceprésident américain Dick Cheney était hier sous le feu des critiques de parlementaires démocrates après des révélations dans la presse selon lesquelles il aurait ordonné à la CIA de cacher au Congrès pendant huit ans un programme antiterroriste.
Selon le New York Times, l’actuel patron de l’agence de renseignement américaine, Leon Panetta, a informé des parlementaires que la CIA avait « caché au Congrès pendant huit ans des informations sur un programme antiterroriste sur ordre direct de l’ancien vice-président Dick Cheney ».
M. Cheney, ardent défenseur des méthodes controversées de l’administration Bush dans la « guerre contre le terrorisme », passe également pour un adepte du secret.
Nommé à la tête de la CIApar le président américain Barack Obama au début de l’année, M. Panetta a mis un terme à ce programme après en avoir eu connaissance, le 23 juin, ajoute le quotidien.
La nature exacte de ce dispositif restait incertaine.
Deux anciens responsables de la CIA ont expliqué au Washington Post qu’il consistait à doter l’agence de renseignement de « moyens nécessaires », sans plus de précision, mais qu’il n’avait trait ni aux interrogatoires de suspects de terrorisme ni aux écoutes téléphoniques, des méthodes largement critiquées aux États-Unis.
La loi américaine, explique le New York Times, stipule que les commissions du renseignement du Congrès doivent être informées des pratiques des services secrets, sauf dans certains cas.
En l’occurrence, les parlementaires démocrates interrogés par le journal ont estimé que ces informations auraient dû être portées à la connaissance des commissions.
« La question est de savoir si l’ancien vice-président des ÉtatsUnis a refusé de donner certaines informations sensibles aux parlementaires. Ce n’est pas acceptable », a dit sur CNN l’influent sénateur démocrate Kent Conrad.
L’obligation de fournir ce type d’information est « requis par loi », a-t-il rappelé.
La représentante Anna Eshoo, membre de la commission du renseignement de la Chambre, s’est prononcée en faveur d’une enquête indépendante sur la question. « Nous devons savoir qui a donné les ordres », a-t-elle dit au Washington Post, ajoutant que la commission dont elle est membre pourrait le cas échéant utiliser son pouvoir de citation pour interroger des responsables.
Le démocrate Patrick Leahy, qui préside la puissante commission des Affaires judiciaires du Sénat, s’est également prononcé en faveur d’une enquête: « Je crois qu’on ne peut pas faire comme si de rien n’était », a-til dit sur CBS. « Personne n’est au-dessus des lois, a-t-il ajouté. On ne peut pas dire: vous êtes le vice-président, vous n’êtes pas obligé de respecter la loi. »
Un sénateur du propre camp de M. Cheney, le républicain Judd Gregg, a admis que si ordre avait été donné à la CIAde ne pas informer les membres du Congrès, il s’agissait d’« une erreur ».


La démission de Sarah Palin suscite des interrogations
Surprenante colistière de John McCain lors de la présidentielle américaine, la très conservatrice Sarah Palin a officiellement démissionné hier de son poste de gouverneure de l’Alaska. Un départ anticipé, après un bref mandat de deux ans et demi, qui alimente les spéculations.
Sarah Palin a officiellement démissionné hier de son poste de gouverneure de l’Alaska. On la voit ici avec sa fille Piper vendredi dernier lors de l’un des trois pique-niques auxquels elle a pris part avant de quitter ses fonctions.
Le 3 juillet, prenantaudépourvu même ses amis les plus proches, Sarah Palin, 45 ans, a annoncé qu’elle démissionnerait le 26 juillet, soit un an avant la fin de son mandat de quatre ans, et passerait le relais au gouverneur adjoint, Sean Parnell, 46 ans. Cette passation de pouvoir a eu lieu hier après-midi à Fairbanks.
Depuis, les raisons de ce départ alimentent les spéculations : s’agit-il d’aspirations en vue de la prochaine présidentielle ou d’une éventuelle implication dans des détournements de fonds alors qu’elle est l’objet d’une vingtaine de plaintes pour violation de l’éthique ?
Assaillie de questions, Sarah Palin n’a rien expliqué. Tout en suggérant qu’elle pensait à un rôle plus important, à l’échelle nationale. « Je suis tournée vers l’avenir maintenant pour voir comment nous pouvons faire avancer ce pays ensemble avec nos valeurs – moins d’intervention du gouvernement, une sécurité nationale plus forte et une fiscalité bridée », a-t-elle écrit début juillet sur Facebook.
« Il n’y a pas de projet après le 26 juillet. Il n’y a absolument pas de projet, je ne peux pas le répéter assez », a martelé à l’envi sa porte-parole, Meghan Stapleton, balayant les rumeurs sur une ambition présidentielle pour 2012 comme sur un contrat télévisuel.
Sarah Palin est en tout cas annoncée comme oratrice le 8 août à la bibliothèque présidentielle Ronald-Reagan, en Californie. Elle a raconté envisager d’écrire un livre et de partir en campagne auprès de divers candidats dans le pays pour bâtir une coalition conservatrice.
Et surtout, elle compte continuer à dire ce qu’elle pense, notamment sur le réseau de microblogage Twitter. Elle y décroche un franc succès avec des formules de 140 mots souvent à l’emporte-pièce, strophes de chansons country à l’appui... Elle y a plus de 100 000 lecteurs assidus.
Ce qui est loin de faire un mouvement populaire, notent les analystes. « Il faut faire plus que tweeter pour avoir une présence nationale permanente » , note Jerry McBeath, directeur du département de sciences politiques de l’Université d’Alaska, à Fairbanks.
« Je crois qu’elle estime avoir quelque chose à dire qui est important pour les électeurs partageant ses vues, et qu’il faut qu’elle continue à s’exprimer. Je crois qu’elle se cherche : au départ , elle voulait être gouverneure, puis viceprésidente, et maintenant, qui sait ? » ajoute-t-il.
Son éventuel avenir politique est également assombri par une popularité en baisse : selon un sondage Washington Post-ABC, sa cote est dans le rouge, avec 53% de mauvaises opinions. L’été dernier, près de six Américains sur 10 pensaient du bien d’elle...
En 2008, le choix de Sarah Palin comme colistière de John McCain s’était avéré détonant : jusque là inconnue sur la scène nationale, la télégénique première femme gouverneur de l’Alaska était atypique, énergique, populaire et mère d’une famille nombreuse.
Séduisant l’électorat conservateur, elle a aussi attiré moqueries et critiques avec ses gaffes, son ignorance des dossiers ou ses libertés avec les fonds de campagne... Sans compter les soupçons d’abus de pouvoir qui planent sur elle.



Sarah Palin démissionne
— Plébiscitée par la base du parti républicain, stigmatisée par d’autres, Sarah Palin, qui a renoncé hier à son poste de gouverneure de l’Alaska, se définit comme un « pitbull » et ne cache pas ses ambitions politiques.
À 45 ans, l’ancienne candidate à la vice-présidence américaine, qui avait enthousiasmé les foules, mais s’était aussi fait reprocher de jouer les « divas » et d’avoir causé la défaite du candidat John McCain, reste populaire auprès des plus conservateurs qui la verraient bien chef de file pour de futures échéances.
« Je ne fais pas cela pour rien », avait-elle confié peu avant l’élection présidentielle comme on lui demandait si elle envisageait de poursuivre une carrière nationale en cas de défaite républicaine.
Fervente chrétienne, elle avait aussi déclaré espérer que Dieu lui « montrerait la voie » si elle devait se lancer dans la course à la Maison-Blanche.
Depuis, les spéculations n’ont cessé sur son éventuelle candidature à l’élection de 2012.
Pendant la campagne, Mme Palin, qui s’était comparée à « un pitbull avec du rouge à lèvres », avait été la caution conservatrice du ticket républicain. Elle avait mobilisé la base populaire de ses électeurs en assénant les coups les plus durs au candidat démocrate Barack Obama, au risque d’aliéner l’électorat centriste.
Lunettes couture, tailleurs bien coupés et coiffure rétro, cette excellente basketteuse et chasseuse de caribous, membre de la National Rifle Association qui défend le droit au port d’armes, se veut proche de l’Américain moyen,
 notamment dans sa façon de s’exprimer.

MINISTRE DE LA JUSTICE DÉCHU SOUS BUSH  Alberto Gonzales provoque la controverse dans une université du Texas - Nicolas Bérubé

Interrogé durant quatre heures par un comité d’enquête du Sénat, Alberto Gonzales avait fait l’histoire en répétant 64 fois « Je ne m’en souviens pas ».
Alberto Gonzales a annoncé sa démission comme ministre de la Justice de George W. Bush le 27 août 2007.
Survenue en 2007, la séance avait signé l’arrêt de mort de la carrière du ministre de la Justice, incapable d’expliquer pourquoi huit procureurs fédéraux avaient été renvoyés sous sa houlette.
Même les républicains s’étaient retournés contre lui. « Les licenciements ont été menés avec incompétence, a dit le sénateur républicain Tom Coburn à Gonzales. Vous devriez goûter à la même médecine et mettre tout cela dernière vous en démissionnant. »
Quelques mois plus ta rd, Gonzales, aussi dans l’embarras pour avoir autorisé le gouvernement à torturer les prisonniers faits durant la guerre contre le terrorisme, a donné sa démission.
Aujourd’hui, Alberto Gonzales, grand ami de GeorgeW. Bush, fait un retour controversé dans l’actualité. L’Université Texas Tech vient d’annoncer son embauche à titre de professeur de droit. M. Gonzales sera chargé d’expliquer les rouages du pouvoir exécutif à une quinzaine d’étudiants de première année. Il commencera à travailler le 1er août, pour un salaire annuel de 100 000$.
Dès l’annonce de l’embauche, des étudiants et des universitaires texans ont dénoncé la décision de Texas Tech. Des opposants ont lancé des groupes Facebook contre la nomination d’Alberto Gonzales. Le journal étudiant de Texas Tech, The Daily Toreador, réputé pour ses opinions de droite, a publié un éditorial condamnant l’embauche de l’exministre de la Justice.
« En quittant Washington dans le déshonneur, M. Gonzales n’a pas rempli ses fonctions de ministre de la Justice et n’est donc pas une figure qui peut servir de modèle. Alors pourquoi l’embaucher ? »
Ses opposants font aujourd’hui circuler une affiche sur laquelle figure la photo d’AlbertoGonzales et celle, tristement célèbre, d’un détenu de la prison d’Abou Ghraib, le corps recouvert d’une toile et les mains liées par des fils électriques.
« Vous ne connaissez peutêtre pas Alberto Gonzales, mais nous sommes certains que vous connaissez son travail », peuton y lire.
Selon Steven G. Kellman, professeur de littérature comparative à l’Université du Texas à San Antonio, l’embauche de Gonzales est un exemple de favoritisme.
« Dans la plupart des universités, les nouveaux professeurs sont choisis à la suite d’un appel de candidatures et après avoir été passés en revue par leurs pairs, écrit-il. L’embauche unilatérale de Gonzales constitue une forme d’assistance académique à un fonctionnaire déchu. »
M. Kellman compare l’embauche de Gonzales à « l’embauche de Bernard Madoff pour enseigner l’éthique des affaires ».
Ami du recteur
Alberto Gonzales, compagnon de longue date de M. Bush, le servait déjà quand il était gouverneur du Texas. Il a été à ses côtés dès les premières heures de sa présidence.
À titre de conseiller à la MaisonBlanche, puis de ministre à partir de 2005, Gonzalez avait la réputation d’être l’un des conseillers les plus empressés à préparer, à mettre en oeuvre ou à justifier les décisions de l’administration, y compris les plus controversées, comme les méthodes d’interrogatoire des prisonniers de la « guerre contre le terrorisme », considérées comme des actes de torture par leurs détracteurs.
C’est aussi Gonzales qui a établi les modalités de détention des prisonniers à Guantánamo et leur jugement par des tribunaux d’exception, et lui encore qui a autorisé les écoutes secrètes de citoyens américains, un dossier encore controversé.
C’est le recteur de l’Université Texas Tech, Kent Hance, qui lui a offert l’emploi de professeur cet été. M. Hance a récemment dit que Gonzales et lui étaient « de bons amis, depuis les années 80 ». Le recteur est également proche de George W. Bush.
La vague de commentaires négatifs n’influence pas sa décision, a dit le recteur, « car ils ne proviennent pas des fidèles donateurs » qui financent l’université.

Intéressante critique des Républicains...
La nouvelle reine de l’opinion sur le web - ENTREVUE AVEC ARIANNA HUFFINGTON    - LOS ANGELES
En2005, l’auteure et chroniqueuse gréco-américaineAriannaHuffington a lancé TheHuffington Post, un site web de nouvelles et de commentaires à saveurprogressiste, qui était destiné à faire un contrepoids au populaire site conservateur Drudge Report. Quatre ans plus tard, son rêve est devenu réalité: en février, The Huffington Post a reçu 8,9 millions de visiteurs uniques, contre 3,4 millions pour le Drudge Report, selon la firme Nielsen NetRatings. Ce succès a attiré l’attention: Mme Huffington commente régulièrementl’actualité àCNN, CBSet surPolitico.com. La Presse l’a récemment interviewée. QVotre
Arianna Huffington a lancé saveur progressiste. The Huffington Post en 2005, un site web de nouvelles et de commentaires à
site, The Huffington Post, célébrera son quatrième anniversaire en mai. Quel était votre objectif lorsque vous l’avez fondé et avez-vous l’impression de l’avoir atteint ? R Je voulais rassembler des gens de différentes périodes de ma vie et permettre des discussions intéressantes. Les discussions animées ont toujours fait partie demes intérêts – ça doit être à cause de mon ADN grec et la façon dont j’ai été élevée. Ces conversations ont eu lieu autour de la table, lors de lancements littéraires, durant les randonnées en montagne avec des amis... Avec The Huffington Post, l’idée était de prendre ces discussions – à propos de la politique, des livres, des arts, de la musique, de la nourriture, du sexe – et de les emmener dans le cyberespace, en créant un point de ralliement pour les nouvelles, de l’opinion et des idées provocatrices, en temps réel. Je considère que nous avons atteint ces objectifs, mais nous en avons fixé de nouveaux en cours de route. Le meilleur reste à venir. Q Les gens d’allégeance progressiste sont généralement heureux qu’Obama soit à la MaisonBlanche. En tant que média progressiste, votre rôle est-il de critiquer Obama, de critiquer ses critiques ou les deux? R Aucun des deux. D’abord et avant tout, notre rôle est de chercher la vérité – peu importe où cela peut nous mener. QVotre
site est très critique à l’égard des républicains et des conservateurs. Était-ce plus facile à faire quand le parti était au pouvoir ? R En fait, non. Aujourd’hui, le Parti républicain est en train d’imploser. Les républicains s’obstinent à traiter Obama de socialiste et sont incapables d’offrir des solutions aux crises que traversent les États-Unis. Ils ne font que proposer les mêmes idées qui nous ont menés dans le pétrin en premier lieu. C’est le vrai dilemme pour le Parti républicain: ses idées maîtresses ont été appliquées durant huit longues années – et elles nous ont menés au désastre. Ce n’est pas comme si nous n’avions fait qu’un bref essai routier avec les théories conservatrices : nous avons carrément acheté la voiture. Et elle s’est révélée être un citron. Alors, tant que les conservateurs n’inventent pas un nouveau modèle – et pas seulement une nouvelle couleur ou une option de vitres teintées – nous ne sommes pas au bout de nos peines. Q Les journaux dépensent de plus en plus de temps et d’argent à tenter d’améliorer leur site internet, qui bien souvent est déficitaire. Quel conseil donneriez-vous à l’éditeur d’un journal ? R La question clé à laquelle font face tous les gens qui travaillent dans les médias aujourd’hui est la suivante: est-ce que l’on décide d’exploiter et d’accepter les changements provoqués par l’arrivée de l’internet ou bien prétend-on pouvoir sauter à bord d’une machine à voyager dans le temps et retourner vers un passé qui n’existe plus et qui ne peut être ramené à la vie. Il est certain que, à mesure que nous progressons et que nous découvrons les nouvelles règles de la route, il va y avoir – et c’est une bonne chose – beaucoup d’expérimentations avec différentes formes de revenus. Or, ce qui ne marchera pas – ce qui ne peut pas marcher – c’est de prétendre que les 15 dernières années n’ont pas existé et que la survie de l’industrie passe par la dissimulation du contenu derrière de grandes palissades. Les habitudes des consommateurs ont changé. Les gens sont habitués à avoir leurs nouvelles quand ils le veulent, dans le format qu’ils veulent, comment ils le veulent, où ils le veulent. Et ce changement est là pour rester. Alors, au lieu d’essayer d’endiguer le flot de nouveautés et d’innovations, les grands médias doivent naviguer dans les rapides et tenter de tirer parti des nouvelles possibilités.
Que pensez-vous des réseaux sociaux comme Twitter et Facebook ? Vont-ils un jour jouer un rôle majeur dans la façon dont les gens consomment les nouvelles ? Vont-ils bousculer les médias traditionnels ? R Twitter et Facebook sont des exemples fascinants de réseau sociaux qui fonctionnent. Nous avons vu des exemples frappants du rôle de Twitter lors de récents événements d’actualité, comme le tremblement de terre en Chine ou lors de l’assaut terroriste à Bombay. Cela dit, l’élément clé pour comprendre l’avenir des médias n’est pas de prévoir le prochain type de plateforme en vogue, ou la façon dont l’information sera livrée – les technologies changent trop rapidement pour qu’on puisse faire des prédictions. L’idée est d’avoir du contenu et de le livrer d’une façon qui plaise aux gens. L’internet a permis aux consommateurs de nouvelles d’avoir beaucoup de latitude et de liberté – et cela va se poursuivre, sur plusieurs types de plateformes. Je crois que les gens engagés, qui veulent s’informer, ne constituent pas une espèce en voie de disparition.

Un républicain passe aux démocrates - Richard Hétu
Un cadeau à Barack Obama pour ses 100 premiers jours à la Maison-Blanche
À la veille de son 100e jour à la présidence des États-Unis, Barack Obama ne pouvait guère rêver à un plus beau cadeau: prenant le Tout-Washington de court, le sénateur républicain de Pennsylvanie, Arlen Specter, a annoncé qu’il passait dans le camp démocrate, une décision susceptible de faciliter l’adoption des réformes ambitieuses du chef de la Maison-Blanche.
« Depuis mon élection en 1980 comme membre de la grande coalition menée par Ronald Reagan, le Parti républicain a dérivé loin vers la droite », a déclaré le sénateur Arlen Specter pour justifier sa décision de passer chez les démocrates.
Avec la défection de Specter, les démocrates ne sont désormais plus qu’à un sénateur de la majorité qualifiée de 60 sur 100 dont ils ont besoin pour empêcher l’opposition d’utiliser le filibuster, une forme d’obstruction parlementaire qui permet à la minorité du Sénat de repousser indéfiniment l’adoption d’un texte de loi, ou la confirmation d’un juge, entre autres. Ils pourraient contrôler un 60e siège si Al Franken obtenait gain de cause contre le sénateur sortant du Minnesota, le républicain Norm Coleman, qui en appelle actuellement des résultats de l’élection de novembre 2008 devant la Cour suprême de son État.
La défection d’Arlen Specter inf lige un nouveau coup dur aux républicains, dont la radicalisation semble s’accompagner par une diminution d’influence au sein de la population américaine. Âgé de 79 ans, le sénateur faisait partie de l’aile modérée du Grand Old Party (GOP), une appartenance qui compromettait ses chances de victoire en 2010 à l’occasion de la course à l’investiture républicaine pour le siège qu’il occupe depuis 1981. Il avait notamment été condamné par les éléments purs et durs du GOP de son État après avoir voté en faveur du plan de relance économique du président Obama.
« Je ne suis pas prêt à laisser l’électorat des primaires du Parti républicain de Pennsylvanie décider de ma carrière de 29 ans au Sénat des États-Unis, pas prêt à laisser ce jury juger cette feuille de route », a déclaré l’ancien procureur lors d’une conférence de presse tenue hier après-midi à Washington.
Dans une déclaration publiée vers midi, le sénateur Specter avait déjà annoncé son intention de se présenter pour les élections de 2010 aux primaires du Parti démocrate, dénonçant du même coup la radicalisation des républicains.
« Depuis mon élection en 1980 comme membre de la grande coalition menée par Ronald Reagan, le Parti républicain a dérivé loin vers la droite, a-t-il indiqué. L’année dernière, plus de 200 000 républicains de Pennsylvanie ont changé leur affiliation pour devenir démocrates. Je constate aujourd’hui que ma philosophie politique s’accorde davantage avec celle des démocrates qu’avec celle des républicains. »
Au cours de sa longue carrière au Sénat, Arlen Specter s’est fait connaître pour son indépendance et son expertise dans les dossiers touchant à la justice, le renseignement et les anciens combattants. Il est présentement vice-président de la commission des Affaires judiciaires. Il y a un an, il a annoncé qu’il était atteint de la maladie de Hodgkin, une forme de cancer du système lymphatique dont il était en rémission après six mois de chimiothérapie en 2005.
Évidemment, les démocrates ont jubilé en apprenant sa défection. « Vous avez mon appui total, a déclaré le président Obama à son ancien collègue du Sénat lors d’une conversion téléphonique en matinée. Je suis ravi de vous avoir. » « Nous l’accueillerons à bras ouverts », a déclaré de son côté la sénatrice démocrate du Michigan, Debbie Stabenow. La majorité de 60 votes au Sénat ne garantirait pas au président Obama le passage automatique de ses réformes. Elle inclurait un certain nombre de démocrates conservateurs et deux sénateurs indépendants, dont Joseph Lieberman, du Connecticut, qui pourraient choisir de participer à un filibuster avec les républicains un projet de loi particulier à la fois.
Mais il ne fait pas de doute que les chances du président démocrate de faire adopter ses réformes prioritaires en santé, éducation et énergie viennent d’augmenter.

Le Parti républicain doit changer, estime Colin Powell
— L’ancien secrétaire d’État Colin Powell a affirmé hier qu’il était toujours républicain, mais il estime que son parti a besoin de changements et doit être plus accueillant.
M. Powell, un républicain modéré, a appuyé le démocrate Barack Obama lors de la dernière élection présidentielle. L’ancien vice-président de GeorgeW. Bush, Dick Cheney, et le commentateur Rush Limbaugh se sont souvent moqués des tendances politiques de M. Powell, se demandant s’il était toujours membre du Parti républicain.
M. Powell a affirmé, au cours d’une émission diffusée sur les ondes de CBS, que si le Parti républicainn’essayaitpasde s’intéresser à plus de gens, celui-ci ne pourrait compter que sur une faible base de partisans. En se déplaçant vers la droite de l’échiquier politique, le parti risque de perdre les républicains et les démocrates modérés ainsi que les électeurs indépendants, a ajouté l’ancien secrétaire d’État. Au sujet de ses choix lors de l’élection présidentielle, M. Powell a assuré avoir voté souvent pour le candidat républicain, mais il a reconnu avoir appuyé les démocrates John Kennedy, Lyndon Johnson et Jimmy Carter.


Ci-gît le parti des valeurs familiales  -  RICHARD HÉTU
« Je pense qu’il serait préférable qu’il démissionne », avait déclaré Sanford au cours du débat sur le rôle de l’ancien président Bill Clinton dans l’affaire Lewinsky. Onze ans plus tard, le gouverneur adultère de Caroline-du-Sud n’a pas l’intention de démissionner de son poste, même si des éditorialistes de son État et des membres de son propre parti le réclament.
COLLABORATION SPÉCIALE
— Bien entendu, le Parti républicain n’a pas le monopole des scandales, comme l’ont notamment démontré les anciens gouverneurs démocrates de New York et d’Illinois, Eliot Spitzer et Rod Blagojevich, dont la chute a été précipitée par le goût des prostituées ou la soif d’argent.
Mais les élus républicains se surpassent ces jours-ci, offrant un enterrement de première classe à leur réputation de défenseurs des valeurs familiales. En l’espace de huit jours, deux d’entre eux, et non les moindres, ont admis un adultère, ajoutant à l’embarras de leur famille celui des chrétiens évangéliques qui constituent la base électorale de leur parti.
« Je ne donnerai aucun nom mais la femme avec laquelle j’ai eu une liaison et son mari étaient des amis proches et tous deux ont travaillé pour moi », a déclaré le sénateur du Nevada John Ensign, 51 ans, le 16 juin.
Le 24 juin, le gouverneur de la Caroline-du-Sud Mark Sanford, 49 ans, y est allé de sa propre confession lors d’une conférence de presse : « La vérité, c’est que j’ai trompé ma femme. »
Ces aveux ne pouvaient guère tomber plus mal pour le Parti républicain, dont l’impopularité surpasse même celle de l’ancien vice-président Dick Cheney, selon le plus récent sondage NBC/ Wall Street Journal. Considérés comme des étoiles montantes du Parti républicain, Ensign et Sanford caressaient tous les deux des ambitions nationales qui auraient pu les inciter à briguer la MaisonBlanche en 2012. liaison sexuelle avec Monica Lewinsky.
« Je pense qu’il serait préférable qu’il démissionne », avait déclaré Sanford au cours du débat sur le rôle de l’ancien président dans l’affaire Lewinsky. « Je viens du monde des affaires. Si le président d’une compagnie faisait face aux mêmes accusations, il serait parti. »
Onze ans plus tard, le gouverneur adultère de Caroline-du-Sud n’a pas l’intention de démissionner de son poste, même si des éditorialistes de son État et des était parti faire de la randonnée pédestre dans les Appalaches.
Mémorable à plus d’un titre, l’histoire de Mark Sanford n’est que la plus récente d’une série mettant en relief l’hypocrisie de certains républicains. Le sénateur Ensign du Nevada ne s’était pas davantage gêné pour donner des leçons de morale. En plus d’avoir voté pour l’impeachment de Bill Clinton, il avait mené en 2007 une campagne appelant à la démission de son collègue républicain de l’Idaho, Larry Craig, impliqué dans un scandale sexuel dans les
Ces ambitions appartiennent désormais au passé. Mais leurs positions intransigeantes sur les questions d’ordre moral ne sont pas oubliées. À l’époque où ils siégeaient à la Chambre des représentants, Ensign et Sanford ont tous deux voté en faveur de la destitution de Bill Clinton pour avoir menti sous serment à propos de sa membres de son propre parti le réclament. Ceux-ci ne lui reprochent pas seulement son infidélité mais également son recours à des fonds publics pour financer ses visites en Argentine, où se trouve son amante. D’autres encore lui reprochent d’avoir tenté de camoufler son voyage de la semaine dernière à Buenos Aires en faisant notamment dire à son équipe qu’il toilettes publiques d’un aéroport.
Sanford, Ensign, Craig. À ces noms, il faut également ajouter celui du sénateur républicain de Louisiane, David Vitter, qui a admis en 2007 avoir trompé sa femme avec des prostituées de Washington, ainsi que celui de l’ex-membre de la Chambre des représentants, Mark Foley, qui a abandonné son siège en 2006 après la révélation d’une correspondance électronique compromettante avec un stagiaire de 16 ans.
Après cette série noire, les républicains n’enfourcheront pas de sitôt les valeurs familiales comme cheval de bataille électoral.
« Je pense qu’ils tenteront de régler le problème en fuyant cette question », a déploré Tony Perkins, président du Family Research Council, une organisation qui considère le mariage et la famille comme les piliers de la civilisation. « Ils ne veulent plus parler de valeurs familiales. »
Avec un président démocrate dont le mariage et la famille font figure de modèle, il faut s’attendre à ce que les républicains se rabattent sur un autre thème qui leur a déjà été cher, la responsabilité fiscale. Les plus récents sondages indiquent d’ailleurs que les Américains sont préoccupés par le déficit de l’État, qui doit s’élever à plus de 1000 milliards de dollars pour l’exercice budgétaire de 2009.

Les républicains seront évidemment accusés d’hypocrisie, ayant eux-mêmes contribué à l’accumulation des déficits sous George W. Bush. Mais ont-ils le choix de se battre sur ce terrain-là ?




Les républicains peuvent-ils rebondir ? - Nicolas Bérubé
Cent jours après l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, les républicains semblent moins influents que jamais. Leur refus de collaborer avec un président populaire déplaît aux Américains. La défection-surprise du sénateur vétéran Arlen Specter vient s’ajout
Le Parti républicain est dans un creux historique : il est moins populaire aujourd’hui qu’à n’importe quel moment depuis 25 ans. À peine 31% de l’électorat dit avoir une opinion favorable du parti.
Le président Barack Obama, tout sourire, pose fièrement avec la casquette officielle du FBI que vient de lui remettre son directeur, Robert Mueller. M. Obama en était hier à sa première visite au quartier général de la police fédérale depuis son arrivée à la Maison-Blanche, le 20 janvier dernier.
La raison de cette impopularité est simple : huit Américains sur dix estiment que les républicains portent le blâme de la crise économique, selon un récent sondage commandé par le Wall Street Journal.
La crise de leadership chez les républicains ne semble pas déplaire à l’administration Obama. Plusieurs responsables ont pris plaisir, le mois dernier, à affirmer que l’animateur de radio conservateur Rush Limbaugh était devenu « le chef idéologique » des républicains, déclenchant une chicane publique au sein du parti.
À plus long terme, les choses s’annoncent difficiles pour le parti. Le succès de Barack Obama aux dernières élections a été particulièrement retentissant chez les jeunes adultes. Chez les électeurs âgés de 18 à 29 ans, 58% disent être d’allégeance démocrate, contre 33% pour les républicains. Il y a 15 ans, les deux partis étaient à égalité pour ce groupe d’âge.
Or, il est naïf de croire que le Parti républicain est condamné à une longue agonie, a récemment rappelé le chroniqueur du New York Times, Paul Krugman.
Les républicains, dit-il, étaient en aussi mauvaise posture il y a 10 ou 15 ans et cela ne les a pas empêchés de reprendre le contrôle à la fois du Congrès et de la Maison-Blanche.
« Pour l’heure, l’administration Obama a les coudées franches, notamment parce qu’elle ne fait pas face à un parti de l’opposition crédible, surtout sur la question des politiques économiques. Or, le Parti républicain demeure l’un des deux partis nationaux et il pourrait très bien reprendre le pouvoir s’il devait changer de leadership. »
Débats intéressants
La crise d’identité du Parti républicain promet de donner lieu à des débats intéressants. Récemment, Steve Schmidt, ancien directeur de la campagne présidentielle de John McCain, a fait les manchettes après avoir suggéré que les républicains devraient appuyer... le mariage gai.
Les jeunes électeurs sont majoritairement en faveur du mariage gai et les positions du Parti républicain pourraient devenir intenables à long terme, calcule-t-il.
« Les républicains devraient réexaminer leurs positions sur des enjeux qui ne font pas partie à mon avis de leurs valeurs fondamentales, a dit Schmidt. Le danger est que, au fil du temps, les républicains se retrouvent coupés de l’opinion de la majorité des électeurs. »
L’un des républicains les plus populaires du moment, le gouverneur de l’Utah, Jon Huntsman Jr, est d’ailleurs en faveur de l’union civile. M. Huntsman a été réélu en novembre dernier avec 77% des voies, dans un État socialement conservateur.
Le Grand Old Party (GOP) réussira-t-il à renaître de ses cendres? Si le passé est garant de l’avenir, le parti a de beaux jours devant lui.


Qu’est-ce qui fait courir Dick Cheney ? - RICHARD HÉTU
L’ancien vice-président est omniprésent dans les médias ces jours-ci
NEW YORK
L’ancien vice-président Dick Cheney est de toutes les tribunes ces jours-ci pour critiquer Barack Obama et pour défendre les politiques les plus controversées de l’administration Bush.
L’homme i nvi sible es t devenu l’homme incontournable. Après avoir préféré les coulisses à l’avant-scène durant ses années à la vice-présidence des ÉtatsUnis, Dick Cheney se retrouve ces jours-ci sur toutes les tribunes, d’où il étrille Barack Obama, défend les politiques les plus controversées de l’administration Bush et met en garde le Parti républicain contre la modération.
Le voici donc, mardi, sur la chaîne économique Fox Business, critiquant sévèrement la décision du nouveau président américain de fermer le camp de détention de Guantánamo d’ici un an: « Je pense que c’est une idée affreuse. Si l’on fait venir ces gens aux États-Unis, je ne connais pas un seul membre du Congrès qui va se lever pour dire : ‘‘Mon Dieu, envoyez-moi quelques terroristes. J’aimerais bien avoir quelques gars d’Al-Qaeda dans ma circonscription.’’ »
Deux jours plus tôt, lors d’une entrevue sur la chaîne CBS, il accusait le chef de la MaisonBlanche de mettre la sécurité des États-Unis en danger par sa décision de renoncer aux techniques d’interrogatoire, assimilées à la torture, qui ont été autorisées par l’administration Bush pour faire parler les suspects de terrorisme. Il retenait également l’attention en accordant sa préférence à l’animateur de radio Rush Limbaugh, conservateur pur et dur, sur l’ex-secrétaire d’État Colin Powell, comme républicain modèle.
Et, dans une semaine, il prononcera un discours sur la sécurité nationale devant l’American Entreprise Institute, un laboratoire d’idées néoconservatrices.
L’ubiquité de Dick Cheney ne tranche pas seulement avec la prédilection de l’homme pour le secret. Elle rompt également avec la tradition américaine.
« Ce comportement est très inhabituel, dit Joel Goldstein, professeur à la faculté de droit de l’Université de Saint-Louis et spécialiste de la vice-présidence américaine. D’ordinaire, une fois qu’ils quittent leurs fonctions, les anciens vice-présidents entrent dans une période d’hibernation pour donner à la nouvelle administration la chance de faire ses preuves. Ce n’est que plus tard qu’ils refont surface pour lancer leur campagne à la présidence ou formuler des critiques. »
Sauf erreur, Dick Cheney, un des vice-présidents les plus impopulaires de l’histoire américaine, n’a pas l’intention de briguer la Maison-Blanche. Dans une certaine mesure, cette renonciation le libère et lui permet notamment de tenter d’influencer le débat sur la torture, à un moment où plusieurs démocrates et représentants de groupes de défense des libertés réclament des enquêtes parlementaires ou des poursuites judiciaires contre les architectes du programme d’interrogatoire de la CIA.
Si la Maison-Blanche s’inquiète des interventions de Dick Cheney, elle le cache bien. Lundi, le porte-parole du 1600 Pennsylvania Avenue, Robert Gibbs, a adopté un ton philosophique pour accuser l’ancien vice-président de vouloir rejouer l’élection présidentielle de 2008 avec ses critiques.
« Je pense qu’il s’agit d’une série d’idées et de pensées qui étaient en grande partie le thème des dernières élections, et qui ont été rejetées », a-t-il dit.
Et Robert Gibbs d’ajouter : « Ils (les républicains) avancent en regardant en arrière. Si le vice-président ( Dick Cheney) pense que c’est la façon de renforcer le Parti républicain, nous le laissons volontiers à ces pratiques. »
Conscients de l’impopularité de Dick Cheney, certains républicains souhaiteraient le voir suivre l’exemple de George W. Bush, qui a choisi de rester discret sur la politique menée par son successeur.
« Il est en train de détruire ce qui reste du Parti républicain, a déclaré Lawrence Wilkerson, ex-directeur de cabinet de Colin Powell au secrétariat d’État, lors d’une interview sur la chaîne MSNBC. Il devrait rentrer chez lui et se la fermer. »
Mais l’ancien vice-président n’a pas dit son dernier mot.
« Je suis convaincu, absolument convaincu, que nous avons sauvé des milliers, peut-être des centaines de milliers de vies », a-t-il dit dimanche sur CBS en défendant les techniques d’interrogatoire de la CIA.
Bien sûr, le même homme s’était aussi dit absolument certain que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive.

Rumsfeld évite de s’exprimer sur l’Irak -   Nicolas Bérubé
Biographie de l’ancien secrétaire à la Défense de l’administration Bush
« La malhonnêteté intellectuelle de la presse est un problème sérieux. Les journalistes veulent être dramatiques, et ça influence leur couverture. »
LOSANGELES— DonaldRumsfeld n’aime pas parler de l’Irak. Du moins pas en public.
Dans une biographie rédigée par Brasley Graham et intitulée By His Own Rule ( Selon ses propres règles), Donald Rumsfeld (à gauche), ancien secrétaire à la Défenses des États-Unis, retrace sa longue carrière.
C’est ce que révèle une nouvelle biographie de l’ancien secrétaire à la Défense des États-Unis, qui sort en librairie cette semaine.
Rédigé par Bradley Graham, ancien militaire et journaliste au Washington Post, le livre intitulé By His Own Rule ( Selon ses propres règles) retrace la longue carrière de celui qui a été l’un des principaux défenseurs de la doctrine des frappes préventives dans l’administration de George W. Bush.
M. Graham raconte que Donald Rumsfeld lui a posé une condition lorsqu’il s’est assis pour lui accorder une série d’entretiens : l’Irak ne ferait pas partie de la discussion.
« Au départ, le sujet de l’Irak était hors limite, écrit-il. Il a finalement accepté de parler de cer
tains aspects de la guerre. »
Ses règles personnelles
Dans son ouvrage, l’auteur rapporte un certain nombre de règles personnelles établies par Rumsfeld lorsque celui-ci travaillait comme chef de cabinet, puis comme secrétaire à la Défense dans l’administration de Gerald Ford, dans les années 70.
Pa rmi ses règles, on trouve: « Ne dis pas de mal des autres membres de l’administration », « Ne garde pas un emploi trop longtemps », et « Garde tes collègues informés, car sinon les décisions seront mauvaises ou malavisées ».
Force est de constater que M. Rumsfeld n’a pas suivi ses propres règles lorsqu’il a atteint le poste de secrétaire à la Défense sous George W. Bush. Depuis sa démission, en novembre 2006, plusieurs de ses anciens collègues l’ont décrit comme ayant une personnalité bornée, incapable de tenir compte des opinions divergentes, et sujet à des colères intempestives.
L’ancien vice-président Dick Cheney demeure l’un de ses plus fidèles alliés, et le considère comme « le meilleur secrétaire à la Défense de l’histoire de la nation ».
Ces jours-ci, Donald Rumsfeld affirme que ce sont les médias qui sont responsables de son impopularité, de même que celle de l’administration Bush.
« La malhonnêteté intellectuelle de la presse est un problème sérieux, confie-t-il ce mois-ci au magazine Time. Les journalistes veulent être dramatiques, et ça influence leur couverture. Cela fait gagner des Pulitzer, cela fait la première page des journaux, cela est bon pour être reconnu. »
George W. Bush cherche lui aussi à se dissocier de la guerre en Irak ces jours-ci. À titre d’exemple, sa page biographique sur le site de la bibliothèque présidentielle qu’il veut faire construire mentionne abondamment les attaques du 11 septembre, mais ne fait aucune référence à l’Irak.


La voix de la droite : « La réponse à la crise, c’est plus de liberté »...
En 2004, au lendemain des attentats de Madrid qui ont fait près de 200 morts, José Maria Aznar, premier ministre de droite, s’est fait montrer la porte après huit ans à la tête du pays. Les Espagnols n’avaient digéré ni sa célérité à faire porter le blâme des attentats à l’ETA, le mouvement séparatiste basque, ni sa décision d’impliquer son pays dans la guerre en Irak. Depuis sa défaite électorale, l’ex-politicien, grand allié de George W. Bush, a rebondi. Il siège aujourd’hui au conseil d’administration de News Corporation, la multinationale médiatique de Rupert Murdoch, propriétaire de Fox News et du Wall Street Journal. Il enseigne à l’Université de Georgetown et dirige un institut de recherche conservateur, la Fondation pour les études sociales et l’analyse. Il était de passage à Montréal hier pour prononcer un discours sur l’avenir de l’Europe dans le cadre de la série de conférences 357C, chapeauté par l’homme d’affaires Daniel Langlois. La Presse en a profité pour interroger (en français !) M. Aznar sur l’avenir de la droite à l’ère de la crise économique et du président Obama. QVous
José Maria Aznar a été premier ministre de l’Espagne de 1996 à 2004. Il dirige aujourd’hui un institut de recherche conservateur et siège au conseil d’administration de News Corporation.
êtes l’un des plus grands défenseurs du libéralisme. Est-ce devenu mission impossible avec la crise économique actuelle ? R Au contraire. Je ne crois pas que la crise soit la faute de l’économie libre. C’est le prétexte qui a été trouvé pour mettre les mains de l’État sur l’économie. La réponse à la crise, c’est plus de liberté. Ce n’est pas plus de dépenses, plus de déficit, plus de dettes et plus d’interventionnisme. Pas plus de réglementation, mais une meilleure réglementation. Les pays qui prennent le chemin de la libéralisation, de l’innovation et de l’ouverture à l’extérieur seront les premiers à s’en sortir. Malheureusement, au G20, 17 des 20 pays ont adopté des mesures protectionnistes. QQue
pensez-vous des remèdes proposés par Barack Obama pour traverser la crise actuelle ? R Barack Obama a une grande occasion devant lui. Sa capacité de leadership est indéniable. Mais ses décisions sont difficiles à juger pour le moment, c’est le temps qui le dira. Je lui souhaite du succès. QPourtant,
quand il a été élu, vous avez soulevé un certain tollé en disant que l’élection d’un premier président noir était de l’« exotisme historique ». Vous avez changé d’idée depuis ? R J’ai été mal cité. J’ai dit que ça prenait des circonstances exceptionnelles pour qu’il soit élu. C’est arrivé après une grande bataille au sein des partis démocrate et républicain. Et à un moment où il y a beaucoup de grands problèmes dans le monde à régler. QVous
avez dit à maintes reprises que la droite européenne doit imiter la droite américaine qui, je vous cite, a « gagné la bataille des idées ». Après sa déconfiture aux dernières élections américaines, comment la droite peut-elle renaître de ses cendres ? R Le Parti républicain américain a besoin d’une transformation. Il a besoin de temps pour trouver un nouveau leader et de réorganiser ses idées. Il a l’occasion de se poser des questions importantes sur l’économie, la présence de l’État dans l’économie et au point de vue de la sécurité internationale. En Europe, la droite est majoritaire et ça semble être une tendance : en Allemagne, en Italie, en France. J’espère que l’Espagne fera la même chose aux prochaines élections. Mais je ne serai pas de la course. QVotre
décision d’impliquer l’Espagne dans la guerre en Irak a eu un immense impact sur votre carrière politique. Vous êtes présentement poursuivi par le Parti communiste espagnol pour cette décision. Feriezvous les choses différemment aujourd’hui ? Bush a-t-il eu tort de partir en guerre ? R Je crois que les choses se sont améliorées depuis la guerre en I rak. Le monde est plus sûr depuis le départ de Saddam Hussein. Je ne regrette pas d’avoir envoyé l’armée espagnole en Irak : 18 des 35 pays européens ont fait la même chose ! Avec ce qui se passe ailleurs en Iran, au Pakistan et en Afghanistan, on voit que maintenant les États-Unis se retirent et je pense que c’est une décision correcte.

 
DIJONGATE :  La moutarde monte au nez des conservateurs - Richard Hétu
Le président Obama a fait couler beaucoup d’encre en choisissant de garnir son hamburger de moutarde de Dijon.
— La chaîne d’information MSNBC et l’animatrice Andrea Mitchell ont-elles conspiré pour cacher au public américain la prédilection de Barack Obama pour la moutarde de Dijon, ce condiment supposément élitiste ?
La question semble pour le moins saugrenue à une époque où les États-Unis font face à plusieurs crises. Mais elle constitue le point de départ du « Dijongate », un pseudo-scandale qui a troublé plusieurs commentateurs conservateurs cette semaine.
Rappelons les faits. Mardi midi, le président américain et son bras droit, Joseph Biden, décident d’aller manger des hamburgers chez Ray’s Hell Burger, un restaurant d’Arlington, en Virginie. Une reporter et un caméraman de la chaîne NBC font partie du petit contingent de journalistes qui accompagnent le tandem de la MaisonBlanche afin d’immortaliser le moment où l’homme le plus puissant du monde passera sa commande au comptoir comme M. Tout-le-Monde.
« Je voudrais un hamburger avec du fromage cheddar et de la moutarde, pas de ketchup. Avezvous de la moutarde épicée, de la moutarde de Dijon ou quelque chose du genre? » a demandé Barack Obama.
Peu après, MSNBC, la chaîne soeur de NBC, a diffusé des images de cette scène historique. Dans son énervement, l’animatrice Andrea Mitchell a couvert la voix du président en commentant à chaud ce qu’elle voyait. Il n’en fallait pas plus pour qu’un blogueur l’accuse de « camouflage » et donne à cette affaire le nom de « Dijongate », sous prétexte que les téléspectateurs n’ont pas entendu le chef de la MaisonBlanche demander de la moutarde de Dijon.
« Obama a commandé un hamburger avec de la MOUTARDE DE DIJON! Je parie qu’il a dû demander conseil à John Kerry à ce sujet » , a écrit William Jacobson, professeur de droit à l’Université de Cornell, sur son blogue.
L’idée selon laquelle la moutarde de Dijon est un condiment élitiste s’est répandue comme une traînée de poudre chez les commentateurs de droite. Sean Hannity, animateur de Fox News, a ironisé en affirmant que le président avait commandé un « condiment très spécial » pour son « hamburger de fantaisie ».
« Quelle sorte d’homme commande un hamburger sans ketchup mais avec de la moutarde de Dijon? » s’est pour sa part scandalisée l’animatrice de radio Laura Ingraham.
« Il est incroyable, Obama », a déclaré de son côté Mark Steyn dans le cadre de l’émission radiophonique de Rush Limbaugh. « Il mange un hamburger avec de la moutarde de Dijon. De la moutarde de Dijon! »
Le Dijongate ne devrait pas étonner Barack Obama. Dans son livre L’audace d’espérer, il évoque la réaction paniquée d’un de ses conseillers politiques après qu’il eut demandé à une serveuse de restaurant si elle avait de la moutarde de Dijon pour accompagner son hamburger au fromage.
Pour rassurer son conseiller, le futur président lui dit : « Je ne crois pas qu’il y ait des photographes dans le coin. »


Palin irrite certains républicains -  Richard Hétu
« Il y a au Sénat des gens qui travaillent depuis 25 ans pour arriver là où, presque du jour au lendemain, Sarah Palin se retrouve. Cela crée de l’envie. »
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK — Le plus récent passage de Sarah Palin à New York et à Washington a démontré au moins une chose: malgré les moqueries dont elle fait encore l’objet, la gouverneure d’Alaska demeure une star médiatique et une des personnalités préférées de la base républicaine.
Dimanche dernier, Sarah Palin, ex-candidate à la vice-présidence des ÉtatsUnis, a assisté au match de baseball des Yankees de New York contre les Rays de Tampa Bay au Yankee Stadium de New York.
Le hic, c’est qu’elle se fait aussi des ennemis au sein de l’establishment de son parti, comme l’indiquait lundi cette manchette du quotidien The Hill, dont le sujet de prédilection est le Congrès des États-Unis : « Palin commence à irriter certains sénateurs républicains. »
Selon The Hill, ces parlementaires trouvent que l’ex-candidate à la vice-présidence « prend trop au sérieux ses propres ambitions présidentielles ». Il faut évidemment préciser que quelques-uns des nouveaux ennemis de Sarah Palin lorgnent eux-mêmes la Maison-Blanche en 2012 ou ont des amis qui rêvent de briguer la présidence.
« Je mets ces commentaires anonymes sur le compte de la jalousie », a dit à La Presse Bill Lacy, directeur de la campagne présidentielle de l’ex-sénateur républicain Fred Thompson. « Il y a au Sénat des gens qui travaillent depuis 25 ans pour arriver là où, presque du jour au lendemain, Sarah Palin se retrouve. Cela crée de l’envie. »
Certains bonzes républicains en veulent à Sarah Palin pour une autre raison. En mars dernier, ils l’ont invitée à prononcer le discours principal d’une importante soirée de collecte de fonds qui a eu lieu lundi à Washington. La gouverneure d’Alaska a d’abord refusé avant de se raviser. Mais il était trop tard: l’ancien président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, avait accepté de remplacer la star montante du Parti républicain.
Puis une autre controverse a éclaté à quelques jours de cette soirée. La gouverneure d’Alaska allait-elle au moins daigner y assister? Après avoir semé le doute et la confusion à ce sujet, elle a décidé d’y aller, finissant par monopoliser l’attention des invités et des médias. Fait à souligner : au même moment où Newt Gingrich s’adressait à l’auditoire d’environ 2000 personnes, la chaîne Fox News diffusait une entrevue enregistrée avec Sarah Palin qui a été vue par les millions de téléspectateurs réguliers de l’émission de l’animateur Sean Hannity.
« Nous vous l’avions dit », a déclaré la gouverneure lors de cette entrevue, rappelant qu’elle et John McCain avaient prévenu les Américains que Barack Obama engagerait les États-Unis « sur la voie du socialisme ».
Si Sarah Palin a perdu des amis au sein de l’establishment républicain, elle demeure, en revanche, très populaire auprès d’un certain public, comme elle l’a démontré samedi à Auburn, une petite ville de l’État de New York. Ce jour-là, pas moins de 20 000 personnes se sont déplacées pour la voir participer à un défilé en l’honneur de William Seward, le secrétaire d’État responsable de l’acquisition de l’Alaska au XIXe siècle.
Bien sûr, la gouverneure républicaine n’a pas encore annoncé son intention de briguer la présidence en 2012.
« Je ne crois pas que sa candidature soit un fait acquis », a dit Bill Lacy, qui dirige aujourd’hui un laboratoire d’idées à l’Université duKansas. « Il est clair, cependant, qu’elle ne ferme aucune porte. Cela dit, elle ne doit pas donner l’impression d’être déjà en campagne, comme le fait Mitt Romney. »


Un élu républicain, introuvable pendant des jours... était avec son amante
Le gouverneur conservateur de Caroline-du-Sud, Mark Sanford, qui s’était volatilisé pendant plusieurs jours la semaine dernière entraînant les spéculations des médias américains, a reconnu hier avoir eu une relation extraconjugale.
Le gouverneur républicain de la Caroline-du-Sud, Mark Sanford, et sa femme Jenny, ont connu des jours plus heureux, comme lors de ce dîner organisé par Barack Obama pour l’association nationale des gouverneurs, à Washington.
« La vérité, c’est que j’ai trompé ma femme », a-t-il admis au cours d’une étrange conférence de presse qu’il avait organisée pour s’expliquer sur ses déplacements pendant la semaine dernière, alors que ni sa femme, ni ses collaborateurs ne pouvaient dire où il se trouvait.
M. Sanford, 49 ans, un temps pressenti pour représenter le camp républicain à l’élection présidentielle de 2012, a admis qu’il avait eu une liaison de plusieurs mois avec une femme en Argentine.
S’excusant longuement auprès de son épouse, Jenny, de ses quatre enfants et des ses électeurs, il a annoncé qu’il allait renoncer à diriger l’Association des gouverneurs républicains, mais a refusé d’indiquer s’il allait quitter son poste de gouverneur. Versant des larmes, il a dit qu’il a passé les cinq derniers jours à « pleurer en Argentine ». Sa famille n’était pas présente à la conférence de presse.
Pendant près d’une semaine, l’élu s’était volatilisé. Ses collaborateurs avaient d’abord indiqué qu’il faisait de la randonnée dans la chaîne de montagne des Appalaches, avant de se rétracter, ce qui avait suscité la curiosité de la presse.
L’élu, qui défend les valeurs familiales et religieuses, se trouvait en réalité en Argentine auprès d’une femme rencontrée huit ans auparavant avec laquelle il avait au départ une amitié « très innocente ».
Lorsqu’il siégeait au Congrès américain, Sanford avait appuyé la destitution du président démocrate Bill Clinton, citant la nécessité d’une « légitimité morale ».
Cet aveu s’ajoute à une liste grandissante de mauvaises nouvelles pour les républicains, qui cherchent à regagner des appuis face au populai re président Barack Obama et ses troupes démocrates.
Des extraits de la correspondance par courriel entre le gouverneur et sa maîtresse ont été publiés hier par The State, un quotidien de la Caroline-du-Sud. Le bureau du gouverneur n’a pas voulu commenter le contenu de ces courriels, mais n’a pas non plus mis en doute leur authenticité.
L’une des missives envoyées par le gouverneur à son amante pouvait se lire ainsi: « Je pourrais digresser et te dire que tu as la capacité de donner de sublimes baisers doux, ou que j’aime les démarcations de ton bronzage, ou alors que j’aime la courbe de tes hanches, ta beauté érotique lorsque tu te tiens (ou que tu tiens deux superbes parties de ton corps) dans la lueur diffuse de la nuit – mais en disant cela, je m’aventurerais dans des détails sexuels. »
Sanford n’a pas dévoilé l’identité de la femme avec qui il entretenait cette relation.
Des critiques disent qu’il a négligé ses obligations de gouverneur et a mis l’État en danger en quittant le pays sans transférer officiellement ses pouvoirs. Sanford a révélé hier matin qu’il avait passé sept jours en Argentine.
Sa femme a indiqué dans un communiqué qu’elle lui avait demandé de quitter temporairement le domicile conjugal.
La semaine dernière, une autre étoile montante du Parti républicain, connue pour ses positions conservatrices, avait reconnu avoir eu une relation extraconjugale. Le sénateur du Nevada, John Ensign, 51 ans, avait admis avoir eu une liaison avec l’une de ses employées.


Des protestations éloquentes  -  Laura-Julie Perrault
SLOGANS ANTI-BUSH ET LANCERS DE SOULIERS
Ovationné par les centaines de gens d’affaires qui ont payé jusqu’à 400 $ pour l’entendre parler, l’ex-président américain George W. Bush a reçu un tout autre accueil dans les rues de Montréal, hier. Des centaines de personnes se sont massées devant l’hôtel Reine Elizabeth afin de dénoncer, à coups de slogans et de lancers de souliers, la première visite de l’ancien chef d’État.
Le périmètre de sécurité autour du Reine Elizabeth n’a pas empêché les manifestants de lancer de vieilles chaussures, un clin d’oeil au journaliste iranien emprisonné pour avoir lancé ses chaussures au visage de M. Bush.
« Bush terroriste, chambre de commerce complice », ont crié à répétition les manifestants, qui se sont massés dès 11 h hier devant le chic hôtel où devait avoir lieu le discours de George W. Bush, une conférence organisée par la firme Paiements optimal en collaboration avec la chambre de commerce de Montréal.
« À mes yeu x , Bush est un has been. Pourquoi les gens de la chambre de commerce veulent-ils l’entendre ? Pensent-ils vraiment qu’il a quelque chose à leur apprendre ? Sont-ils d’accord avec lui ? » s’est indignée Françoise David, porte-parole de Québec solidaire.
Cette dernière a participé à la manifestation aux côtés de plusieurs autres organismes, dont la Ligue des droits et libertés, le collectif Échec à la guerre et la Fédération des femmes du Québec. Tous ont dénoncé hier la guerre en Irak et l’utilisation de la torture par les autorités américaines, deux i nitiatives de George W. Bush.
Un imposant dispositif de sécurité a été déployé pour f a i r e f ace à l a manifestation. Des policiers montés à cheval ou à bicyclette ainsi qu’une escouade antiémeute ont obligé les manifestants à s’éloigner de l’hôtel du boulevard René-Lévesque. Deux d’entre eux, qui ont refusé de se déplacer, ont été arrêtés manu militari. « De la police montée sur des chevaux, si ce n’est pas de la provocation, je ne sais pas ce que c’est », a tonné Charles Lemieux, du collectif Échec à la guerre.
Le périmètre de sécurité n’a pas empêché les manifestants de lancer de vieilles chaussures en direction des policiers et du Reine Elizabeth, un clin d’oeil au journaliste irakien Mountazer al-Zaidi, qui a passé plus de six mois en prison pour avoir lancé ses chaussures au visage de M. Bush.


Non, rien de rien…  -  Agnès Gruda
« Vous êtes président et vous pensez a u x menaces qu i guettent votre pays. Une des leçons que j’ai apprises, c’est que vous devez frapper avant d’être frappé. »
C’est avec cette formule lapidaire que l’ancien président George W. Bush a justifié hier sa décision d’attaquer Bagdad, en mars 2003.
Interviewé par le prochain délégué du Québec à New York, John Parisella , l ’exprésident Bush a esquivé toutes les tentatives de lui faire porter un regard critique sur certaines décisions de sa présidence.
À un moment, l’animateur lui a rappelé que Washington avait le monde derrière lui lorsqu’il avait lancé une offensive contre l’Afghanistan au lendemain des attentats du 11 septembre, mais que ses appuis se sont effrités après le déclenchement de la guerre contre l’Irak.
« Mais à l’époque, tous les services de renseignement de la planète disaient que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive », a répliqué l’ex-président.
Mais l’ Histoire a démontré le contraire, lui a rappelé l’animateur. « De toute façon, le monde est bien mieux sans Saddam Hussein », a tranché George W. Bush, selon qui sans cette guerre, le monde serait aujourd’hui en proie à une course nucléaire entre l’Iran et l’Irak.
Oui, mais si M. Bush avait su à l’époque ce qu’il a fini par savoir au sujet de l’absence d’armes de destruction massive en Irak, aurait-il quand même tenté de renverser Saddam Hussein ? Réponse : « Je crois que j’ai pris les décisions que je devais prendre. »
George W. Bush cite les progrès de l a d é moc r a -




Bush critique son successeur
— L’ancien président George W. Bush a critiqué les décisions de son successeur Barack Obama en matière économique et de sécurité nationale, selon des propos rapportés par un quotidien américain qui ont immédiatement entraîné une contre-attaque de la Maison-Blanche.
Lors d’une visite à Erie (Pennsylvanie), l’ancien président s’est défendu de vouloir critiquer son successeur tout en lui réservant quelques piques, a rapporté hier le Washington Times.
« Je sais que c’est le secteur privé qui va faire sortir le pays de la période économique que nous vivons », a-t-il dit devant un groupe d’entrepreneurs, dans une critique voilée de l’interventionnisme de l’administration Obama dans la sphère économique. « Vous pouvez dépenser votre argent d’une meilleure manière que le gouvernement ne le fait », a-t-il ajouté.
M. Bush a également évoqué le camp de détention de Gua nt á namo, que Ba r a c k Obama a promis de fermer d’ici janvier prochain. « Je ne vais pas critiquer mon successeur, at-il affirmé. Je tiens juste à vous dire qu’il y a des gens à Gitmo qui tueraient des Américains sans hésitation. »
Le porte-parole de la MaisonBlanche, Robert Gibbs, sans répondre directement aux propos de M. Bush, a rétorqué hier par une critique cinglante de son propre bilan. « Je pense qu’il y a déjà eu un débat » sur les positions des uns et des autres, a-t-il dit. « Nous avons compté les points en novembre et nous avons gagné ».
« Le président Obama a hérité d’une catastrophe économique, d’un chômage de masse, d’un énorme déficit, de banques insolvables, de constructeurs automobiles qui ont reçu des milliards de dollars et ont maintenu une stratégie qui les a obligés à revenir tous les trois mois demander plus », a-t-il énuméré.
M. Bush s’était montré jusqu’à présent réticent à critiquer M. Obama en public, laissant cette tâche à son ancien vice-président Dick Cheney, qui s’est montré particulièrement féroce.







MARIAGE GAI AUX ÉTATS-UNIS :  Le vent tourne - RICHARD HÉTU
« Nous avons le devoir de nous assurer que l’égalité existe pour tout le monde. »
Quel sera le prochain État américain à reconnaître aux homosexuels le droit de se marier ? Le New Hampshire? Le New Jersey? New York?
Quelle que soit la réponse, la tendance est claire : le mariage gai gagne du terrain aux ÉtatsUnis. Entre le 3 avril et le 6 mai, trois nouveaux États – l’Iowa, le Vermont et le Maine – l’ont légalisé, emboîtant le pas au Massachusetts et au Connecticut.
« Il ne s’agit pas seulement de victoires tactiques », a déclaré à La Presse Scott Davenport, de l’association Freedom to Marry, au lendemain de la promulgation par le gouverneur démocrate du Maine d’un texte de loi définissant le mariage comme une union entre deux personnes et non plus entre un homme et une femme.
« Nous assistons à un changement progressif qui s’étendra à tous les États-Unis. Cela ne se produira pas du jour au lendemain, mais nous y arriverons. »
L’optimisme de Scott Davenport repose sur plusieurs facteurs, dont l’évolution marquée de l’opinion à l’égard du mariage gai. Les Américains sont désormais 49% à l’approuver, selon le plus récent sondage Washington Post/ ABC News, comparativement à 32% en mars 2004.
La même étude, publiée à la fin du mois d’avril, indiquait que 66% des Américains âgés de 30 ans et moins sont en faveur du mariage homosexuel. Cette donnée a convaincu au moins un stratège républicain de mettre son parti en garde contre la tentation de continuer à enfourcher ce thème comme cheval de bataille.
« Les républicains devraient réexaminer jusqu’à quel point nous sommes définis par des positions qui, à mon avis, ne correspondent pas à nos valeurs fondamentales, et qui nous mettent en porte-à-faux avec ce qui deviendra un jour l’opinion d’une majorité substantielle d’électeurs », a déclaré Steve Schmidt, stratège de la campagne présidentielle du sénateur républicain de l’Arizona, John McCain, lors d’un discours récent.
« Quelque chose a changé »
Bien qu’ils promettent de continuer leur combat, les adversaires du mariage homosexuel reconnaissent que le vent a tourné depuis 2004, l’année où 11 États ont approuvé par voie référendaire un amendement à leur Constitution qui définit le mariage comme l’union entre un homme et une femme.
Même la victoire qu’ils ont remportée lors du référendum de novembre 2008 en Californie semble lointaine.
« C’est palpable, quelque chose a changé, et les gens doivent réagir », a déclaré Brian Brown, de l’association NOM ( National Organization for Marriage), qui vient de lancer une campagne publicitaire de deux millions de dollars pour « mettre de l’avant le fait que le mariage entre personnes du même sexe sape les droits civils de ceux qui croient en la simple vérité selon laquelle le mariage est l’union d’un homme et d’une femme ».
Un des faits marquants de la lutte en faveur du mariage homosexuel est peut-être survenu le 3 avril. Ce jourlà, la Cour suprême de l’Iowa a jugé dans une décision unanime que l’interdiction du mariage homosexuel était inconstitutionnelle et que les couples de même sexe devaient avoir « plein accès » à l’institution du mariage civil. Ce verdict n’était pas rendu par un tribunal de San Francisco ou de Boston, mais par un État rural situé en plein coeur des États-Unis.
Trois j ours plus t a rd, le Vermont a créé un précédent en devenant le premier État à légaliser le mariage homosexuel par voie législative, et non judiciaire. Le Maine a emprunté la même voie, et les États du New Hampshire, du New Jersey et de New York, entre autres, suivent également cet exemple, privant les adversaires du mariage homosexuel de leur argument préféré contre les « juges activistes ».
ÀNewYork, c’est le gouverneur démocrate David Paterson, le premier Noir à occuper ce poste, qui mène le combat en faveur de la légalisation des mariages entre personnes de même sexe. À la mi-avril, en présentant un texte de loi sur ce sujet, il a comparé sa lutte au mouvement en faveur de l’abolition de l’esclavage au XIXe siècle.
« Nous avons le devoir de nous assurer que l’égalité existe pour tout le monde », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.
Le texte de loi devrait être adopté facilement par l’Assemblée de l’État de New York. Son passage par le Sénat demeure cependant incertain.
Sur le plan national, Barack Obama maintient son opposition au mariage homosexuel, tout en se disant « ouvert à la possibilité » que son opinion sur le sujet soit erronée. Cette position lui a valu d’être critiqué par des militants des droits des homosexuels. Scott Davenport, de l’association Freedom to Marry, lui donne cependant le bénéfice du doute.
« Je crois que le président Obama f i n i ra pa r changer d’avis », a-t-il dit


La fin de l’ère Schwarzenegger ?  -  NICOLAS BÉRUBÉ
Arrivé au pouvoir en 2003, Arnold Schwarzenegger promettait d’imposer son gros bon sens à la bureaucratie de l’État le plus populeux des États-Unis. Aujourd’hui, le gouverneur républicain est impopulaire, et la Californie est au bord de la faillite. Schwa
Il devait faire le ménage, passer le balai, chasser les bureaucrates incompétents et injecter une dose de gros bon sens dans un État endetté et paralysé par les querelles partisanes.
Le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, connaît une fin de règne difficile. On le voit ici au début du mois alors qu’il réconforte des personnes évacuées à la suite des incendies de Santa Barbara. L’acteur Rob Lowe l’observait derrière.
Aujourd’hui, Schwarzenegger est incapable de combler le déficit de 21,3 milliards qui frappe la Californie. Le gouverneur songe à supprimer l’assurance maladie à plus d’un million d’enfants pauvres, éliminer l’assistance sociale, libérer des prisonniers un an avant la fin de leur peine, et fermer 80% des 279 parcs de l’État.
Près de six ans après avoir pris le pouvoir, Schwarzenegger se trouve au point mort. Ses gestes d’ouverture envers les progressistes lui ont coûté l’appui des républicains. Ses prises de position pro-entreprise l’ont mis en froid avec les démocrates. Avec un taux de popularité de 32%, Schwarzenegger est isolé, incapable de changer la trajectoire de l’État le plus endetté des ÉtatsUnis, et la huitième économie mondiale.
Les images du politicien macho, aimant fumer le cigare et terroriser ses adversaires en les invitant à discuter dans son bureau, font désormais partie du folklore de la politique californienne.
« Durant sa c a mpagne, Schwarzenegger promettait de dégraisser l’État, de réformer le système politique et de restaurer un sens des responsabilités », note Jaime A. Regalado, directeur de l’Institut d’études politiques Edmund G. Brown à l’Université de Californie à Los Angeles.
« Aujourd’hui , on se rend compte qu’il n’a rien accompli de tout cela. Rien. »
La semaine dernière, les électeurs ont rejeté à deux contre un les hausses de taxes et les mesures d’emprunts demandées par Schwarzenegger pour boucler le budget. Le gouverneur se battait depuis des mois pour faire passer ces mesures impopulaires.
Un contraste avec ses performances des premiers temps, où la population l’appuyait avec enthousiasme. « À son arrivée au pouvoir, Schwarzenegger était un meilleur acteur que lorsqu’il était à Hollywood, dit M. Regalado. Dans le fond, il ne savait pas comment gouverner. À la longue, les chiffres du budget vous rattrapent. »
Pour Ethan Rarick, directeur du centre Robert T. Matsui de l’ Université de Berkeley, Schwarzenegger a hérité d’une tâche quasi insurmontable : gouverner la Californie.
« Les électeurs ont une énorme part de responsabilité dans les problèmes budgétaires, a-t-il noté récemment. Ils profitent de services publics de haute qualité sans payer les impôts équivalents, et ils ont créé un système où le gouverneur et les législateurs ont les mains liées en matière fiscale. »
Bons points pour l’environnement
Schwa rzenegger demeure populaire à l’extérieur de la Californie, où les gens ont surtout entendu parler de ses initiatives progressistes, sur l’environnement et le mariage homosexuel, souligne M. Regalado.
« L’héritage de Schwarzenegger se trouve dans ses mesures environnementales. Il n’avait pas fait campagne là-dessus, mais sa ténacité a été remarquée. Il est en faveur des énergies propres et des voitures moins polluantes, et c’est ce dont les gens vont se souvenir. »

Le mandat de Schwarzenegger prendra fin à l’automne 2010. Le gouverneur ne peut présenter sa candidature une troisième fois. Il y a quelques années, les gens le voyaient déjà à Washington. Une perspective difficile à imaginer, note M. Regalado.
« Quand vous êtes gouverneur, c’est vous le patron. Quand vous êtes sénateur, vous avez 99 collègues. C’est difficile de voir cela comme une promotion. Je pense que la carrière publique de Schwarzenegger est derrière lui. »



Un Somalien comparaît pour piraterie à New York
Une première en plus de 100 ans
NEW YORK— Un jeune Somalien capturé par l’ US Navy dans l’océan Indien a été déféré, hier, devant un tribunal de New York, qui a décidé de le juger comme un adulte notamment pour piraterie, un chef d’inculpation pour lequel le procureur va requérir la prison à vie.
Abdi Wali Muse est arrivé de Somalie dans la nuit de lundi à hier à New York.
Abdi Wali Muse était le premier pirate présumé à comparaître devant la justice américaine depuis plus d’un siècle. Il a été inculpé de « piraterie selon la loi des nations », un chef d’inculpation qui est « nécessairement » puni par la détention à vie, a indiqué le procureur, Lev Dassin, en fin d’après-midi.
Le jeune Somalien est inculpé par ailleurs de complot pour s’emparer d’un navire par la force, d’utilisation d’armes à feu durant une attaque visant à s’emparer d’un navire, de complot visant à une prise d’otages et d’utilisation d’armes à feu dans le but de s’emparer d’otages.
La date du procès n’a pas encore été fixée, mais une prochaine audience plénière se tiendra le 21 mai.
Le tribunal du district sud de Manhattan avait d’abord déclaré le huis clos dans l’attente de la détermination de l’âge d’Abdi Wali Muse, l’avocat commis d’office, Phil Weinstein, ayant déclaré avoir parlé au père du pirate, qui affirmait qu’il n’était âgé que de 15 ans. « Il dit qu’il est né le 20 novembre 1993 », avait déclaré le juriste.
Peu après, le juge Andrew Peck a rouvert la séance à la presse en déclarant que le jeune homme serait jugé comme un adulte et que les arguments de son père n’étaient pas crédibles.
Vêtu d’un T-shirt bleu et la tête baissée, la main gauche bandée, le jeune Somalien, arrivé dans la nuit de lundi à hier à NewYork, a suivi l’audience par le truchement d’un interprète.
Abdi Wali Muse est le seul survivant des quatre auteurs de la prise d’otages à bord du cargo Maersk Alabama. Il avait été blessé à la main gauche à la suite d’un coup de couteau infligé par un membre de l’équipage lors de la lutte pour le contrôle du porteconteneurs américain, le 8 avril au large de la Somalie.
Une partie de l’équipage avait finalement repris le contrôle du cargo, mais les pirates s’étaient enfuis en prenant en otage le capitaine Richard Phillips sur un canot de sauvetage.
Ce dernier a été libéré au bout de cinq jours par une opération commando de la marine américaine, au cours de laquelle le jeune pirate s’est rendu, tandis que les trois autres pirates étaient tués.
C’est « quelqu’un qui n’a pas connu la faim chez lui, qui connaît la religion », a dit son père sur les ondes de la radio Voice of America. À propos de « ce qui l’a conduit à prendre la mer (...), la seule explication que j’aie c’est qu’en raison de son jeune âge, il a été entraîné dans des mauvaises actions », a-t-il ajouté, assurant que son fils n’était « pas un garçon à problème ».
La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a annoncé lundi que le groupe de contact de l’ONU sur la piraterie au large de la Somalie (CGPCS) se réunirait début mai à New York pour tenter de faciliter les poursuites en justice contre les pirates interpellés.
Le CGPCS, créé en janvier dernier par le Conseil de sécurité de l’ONU, regroupe plus de 20 pays, ainsi que l’Union africaine, l’Union européenne, l’OTAN, le secrétariat de l’ONU et l’Organisation maritime internationale.


 
ÉTATS-UNIS Résolution historique
Barack Obama a qualifié hier d’« historique » la résolution adoptée la veille par le Sénat présentant formellement des excuses, au nom du peuple américain, pour « l’esclavage et la ségrégation raciale » envers les Noirs américains. Le président américain pourrait assister au début du mois de juillet à une cérémonie au Capitole pour célébrer l’événement.



ÉTATS-UNIS   Une enquête met en évidence d’importants manquements à la sécurité - Nicolas Bérubé

Des bombes introduites dans 10 édifices fédéraux à haut risque
— Les agents fédéraux américains ont la réputation d’être tatillons et pas spécialement sympathiques. Une enquête révèle qu’ils sont aussi dangereusement inefficaces.
Le rapport précise, sans les nommer, que les édifices visés par l’enquête sont considérés comme étant à « haut risque » d’être la cible d’une attaque. Ci-dessus, des pompiers mènent une inspection au Lincoln Memorial, à Washington, après une alerte au bacille du charbon, en novembre 2006.
En mai et juin derniers, des enquêteurs ont pu entrer dans 10 édifices fédéraux américains en ayant sur eux le matériel nécessaire pour fabriquer une bombe.
Une fois à l’intérieur, les enquêteurs ont pu trouver un endroit tranquille pour assembler la bombe et la dissimuler dans une valise, pour ensuite marcher librement à divers étages de l’édifice.
La liste des bâtiments visités lors de l’enquête n’a pas été rendue publique. Le rapport précise qu’il s’agit d’édifices de « niveau de sécurité IV », soit des endroits considérés comme étant à « haut risque » d’être la cible d’une attaque.
Le responsable du Comité sur la Sécurité intérieure et les Affaires gouvernementales, le sénateur Joe Lieberman, s’est dit « révolté » par les conclusions du rapport, qui a filtré dans les médias hier.
« Franchement, il est inacceptable que des millions de personnes qui visitent les édifices fédéraux ou y travaillent soient potentiellement exposés à une attaque terroriste. »
M. Lieberman a noté que deux attaques sur des immeubles fédéraux avaient eu lieu ces dernières années : l’attaque terroriste contre le Pentagone le 11 septembre 2001, qui avait fait 184 victimes, et l’explosion qui a soufflé le Murrah Federal Building, à Oklahoma City, en 1995, où 168 personnes ont perdu la vie.
Les manquements qu’ont observés les enquêteurs habillés en civil sont importants. Dans un cas, un garde a été filmé en train de dormir, assis sur sa chaise. Un autre agent a révélé avoir pu franchir le contrôle de sécurité en 27 secondes, alors qu’il avait sur lui toutes les composantes nécessaires à la fabrication d’une bombe.
Un enquêteur a aussi vu un nouveau-né passer avec son landau dans une machine à rayons X, un incident potentiellement dangereux pour l’enfant, et qui est dû à la négligence de l’agent en service.
Des problèmes « fondamentaux »
Hier, la sénatrice du Maine, Susan Collins, a qualifié « d’inacceptables » les résultats de l’enquête, dont le réseau ABC a diffusé les conclusions, et aussi certaines images vidéo.
« Ce qui me choque, c’est que les problèmes sont fondamentaux. Si les enquêteurs avaient réussi à faire entrer des composantes pour une bombe dans un ou deux édifices, ça aurait été troublant, surtout qu’il s’agit d’édifices à haut risque. Mais le fait qu’ils ont réussi chaque fois démontre que le problème est particulièrement répandu. »
De passage devant un comité sénatorial, hier, le directeur du Federal Protective Service, Gary Schenkel, a dit prendre l’entière responsabilité des manquements de son organisation.
« Je suis le responsable, je suis le directeur. Nous avons des problèmes sur le plan de la supervision et nous allons y remédier. »
L’enquête a été menée par le Government Accountability Office, une organisation qui surveille les activités du gouvernement. Le document note que plusieurs édi f ices sont protégés par des agents privés, qui sont souvent mal entraînés ou dont la formation remonte à plusieurs années.




LE CANADA, C’EST OÙ? C’EST QUOI ?  -  Louise Leduc
Aujourd’hui, les États-Unis célèbrent leur fête nationale sur fond de crise économique. Le sondage Angus Reid révèle que leurs connaissances de leur voisin du Nord semblent encore très limitées : seulement 7% des Américains savent que le Canada est leur p
Les Américains ignorent que le Canada est le principal partenaire commercial des États-Unis, ils ne comptent pas du tout sur leur voisin pour les aider dans la lutte contre le terrorisme et ils ne sont qu’un tiers à pouvoir situer correctement sur une carte le Québec, l’Ontario et la ColombieBritannique, révèle un sondage Angus Reid mené en juin sur l’internet.
Aux yeux de 50% des Américains, la Chine est le premier partenaire commercial de leur pays, tandis que 11% croient que la bonne réponse est le Japon. Seulement 7% ont correctement choisi le Canada.
Ce tiers de répondants capables de situer géographiquement des provinces canadiennes étonne particulièrement Charles-Philippe David, coprésident de l’Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand, à l’UQAM. Pas parce que c’est peu, mais parce que c’est beaucoup, dit-il, quand on compare ce résultat à des études semblables sur l’état des connaissances des Américains. « Quand j’enseignais aux États-Unis il y a 15 ans, les gens pensaient souvent que le Québec était une province du Mexique. »
Chez Angus Reid, on ne nie pas que certains répondants ont peut-être fait une petite recherche sur Google avant de répondre au questionnaire électronique.
Guy Lachapelle, professeur de science politique à l’Université Concordia, est lui aussi surpris qu’un tiers des répondants soient quand même capables de situer correctement les trois provinces canadiennes sur une carte, mais il est convaincu que les Américains connaissent de mieux en mieux le Canada en général et le Québec en particulier. Le Canada, ne serait-ce qu’en raison de tous ces débats reliés au libre-échange et des mérites comparés des systèmes de santé (un enjeu d’importance lors de la dernière campagne électorale canadienne) et le Québec, en raison de sa forte percée culturelle. « Tout le monde sait que Céline Dion est canadienne et que sa première langue, c’est le français. Le Cirque du Soleil, Guy Laliberté en tête, s’est beaucoup publicisé comme une institution québécoise. Le Canada et le Québec font aussi beaucoup plus parler d’eux qu’on ne le croirait. Moi-même, il
m’est déjà arrivé d’être interviewé par un obscur journal de Floride! Et Montréal a également beaucoup fait parler de lui en raison de son opposition à la guerre en Irak: les médias américains ont relevé que c’est chez nous et à Barcelone qu’il y a eu le plus de manifestants dans les rues. »
Le vice-président aux affaires publiques d’Angus Reid, Jaideep Mukerji, pense que « les Américains sont de plus en plus curieux du Canada ». Il souligne que près d’un Américain sur cinq a visité le Canada au cours des cinq dernières années. Et que « près des trois quarts de ceux qui ne sont pas venus ont dit que ça les intéressait ».
Les Américains qui souhaitent venir au Canada aimeraient surtout (à 22%) visiter la Colombie-Britannique, l’Ontario (20%) et le Québec (14%). Pourquoi ces provinces en particulier? Là encore, la force culturelle du Québec ressort. Les Américains attirés par le Québec le sont pour ses festivals et ses concerts (24%) de même qu’en raison de sa culture unique (24%), alors qu’ils ont surtout envie d’aller en Ontario parce que c’est tout près (20%) et en ColombieBritannique pour profiter des beaux paysages (41%).
Même si elles sont toujours insuffisantes, les connaissances des Américains sur le Canada s’améliorent, croit Charles Doran, directeur du Centre d’études canadiennes à l’Université Johns Hopkins, à Washington. On parle tellement de la montée de la Chine que ce n’est peut-être pas si surprenant, dit-il, que la moitié (50%) des Américains définissent à tort ce pays comme leur premier partenaire commercial.
Pour ce qui est de la géographie, « pas sûr non plus que beaucoup d’Américains sauraient situer le Texas avec exactitude ! » lance-t-il. « Par ailleurs, bon nombre d’Américains ont des liens familiaux avec le Canada – beaucoup d’entre eux ont d’ailleurs un patronyme francophone –, sans compter que plusieurs ont maintenant des liens d’affaires avec des Canadiens et qu’ils sont nombreux à voyager. »
Enfin, s’ils décident de mettre le cap vers le Nord, ce ne sont pas trop les nouvelles exigences aux frontières qui empêcheront les Américains de le faire: 74% des répondants ont indiqué que le fait de devoir présenter un passeport américain ne changera rien à leur souhait de se rendre au Canada.

La crise obsède les Américains
« La crise économique actuelle est d’une ampleur sans précédent depuis la Grande Dépression. »
Malgré le changement de cap opéré par le président Barack Obama ces derniers mois, le calvaire des Américains n’est pas terminé.
À en croire le sondage Angus Reid, ils demeurent obsédés par la crise économique et convaincus que leur pays va dans la mauvaise direction.
Preuve que la crise affecte leur moral: 41% des Américains pensent que les États-Unis sont sur « la mauvaise voie ».
Moins du tiers, soit 31%, estiment au contraire que le pays va dans la bonne direction. Les autres Américains interrogés se disent incertains.
Selon le directeur de la chaire d’études politiques et économiques américaines à l’Université de Montréal, Pierre Martin, une partie des Américains qui parlent d’une « mauvaise voie » sont probablement en accord avec les politiques mises de l’avant par Barack Obama, mais estiment que les améliorations ne sont pas encore notables.
L’autre partie des Américains qui tient le même discours est probablement formée de conservateurs d’allégeance républicaine, estime M. Martin. Leur opinion serait donc « un refus très partisan de considérer quoi que ce soit de positif », dit-il.
À la base des inquiétudes en sol américain: l’économie. C’est la réponse donnée par 53% des Américains lorsqu’on leur a demandé: « Quelle est la question la plus importante à laquelle les États-Unis doivent se confronter aujourd’hui ? »
Les autres enjeux ne font pas le poids. La santé arrive en deuxième position, à 9%. Le terrorisme, véritable bête noire des Américains sous George W. Bush, glisse en cinquième position, à 3%. Et seuls 2% des Américains placent en tête de liste les guerres en Irak et en Afghanistan. « Il n’y a rien d’étonnant à ce que l’économie prenne une telle place dans les préoccupations des Américains. C’est une crise d’une ampleur sans précédent depuis la Grande Dépression », fait remarquer M. Martin. Il précise que l’enjeu de la santé est intimement lié aux problèmes économiques actuels.
Par ailleurs, si le désengagement américain semble rassurer la population, l’expert estime que si l’Afghanistan et le Pakistan les préoccupent moins, c’est surtout parce que les Américains perçoivent mal l’ampleur des défis dans ces deux pays. « C’est clair que n’importe quel observateur objectif va se rendre compte qu’on n’est pas sorti du bois dans ce dossier! »

OBAMA TOUJOURS POPULAIRE AU CANADA
Les Canadiens continuent d’admirer Barack Obama: voilà ce que laisse croire un sondage publié à la veille de la fête nationale des États-Unis, et qui suggère que le président américain est plus populaire que les politiciens canadiens. Selon ce sondage Harris-Décima - La Presse Canadienne, les trois quarts des Canadiens croient que M. Obama accomplit de « l’excellent » ou du « bon » travail. Une proportion de 16% des répondants ont qualifié « d’adéquate » la performance du président américain, tandis que 4% disent que son rendement est de piètre qualité. La popularité de M. Obama au Canada s’étend à toutes les régions du pays. Le leader américain est plus populaire parmi les Québécois, les Ontariens et les résidants des provinces de l’Atlantique, mais à peine moins à l’ouest de l’Ontario. Le vice-président de Harris-Décima, Jeff Walker, a noté que la popularité de M. Obama au Canada n’a jamais diminué depuis sa prestation de serment et il profite encore de l’appui de la population, du moins celle du Canada.


Neutres face à la souveraineté
« Dans cinq ou dix ans, j’ai l’impression que les Américains seront moins inquiets d’un point de vue identitaire. »
Si un autre référendum sur la souveraineté avait lieu au Québec, le gouvernement des États-Unis devrait rester neutre, croient 68% des répondants américains à un sondage Angus Reid réalisé en juin.
« Et c’est exactement ce que souhaitait le Parti québécois lors du référendum de 1995: que le gouvernement reste neutre », dit Guy Lachapelle, professeur de science politique à l’Université Concordia.
À l’époque, Bill Clinton s’était très peu avancé. Invité aux Communes, il avait parlé d’un Canada « fort et uni » et de la belle relation commerciale entre les ÉtatsUnis et le Canada, refusant catégoriquement de s’engager davantage et d’évoquer l’hypothétique séparation du Québec.
Quand on indique par ailleurs aux Américains qu’il y a au Québec des lois sur l’affichage et quand on leur demande ce qu’ils penseraient du fait qu’on vote sur ce sujet dans leur propre État, 67% des répondants s’y montrent favorables.
Facileàdirequandonn’est pas concerné? Guy Lachapelle, secrétaire général de l’Association internationale de science politique, observe que « pas moins de 26 États ont voté jusqu’ici des lois linguistiques ».
Vrai, la montée de l’espagnol fait peur, relève pour sa part CharlesPhilippe David, coprésident de l’Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand. « À mon avis, on est d’ailleurs au plus fort de cette inquiétude, inquiétude que Barack Obama saura sûrement calmer si l’on se fie déjà au rapprochement entre les démocrates et les hispaniques. Dans cinq ou dix ans, j’ai l’impression que les Américains seront plus inclusifs, moins inquiets d’un point de vue identitaire. » Actuellement, pour 64% des répondants, pas question que l’espagnol devienne la deuxième langue officielle des États-Unis. Même la pertinence de l’enseigner à l’école est matière à débat : 50% des répondants n’y sont pas favorables.
Charles Doran, directeur du Centre d’études canadiennes à l’Université Johns Hopkins à Washington, croit que tout parallèle entre le français au Québec et l’espagnol aux États-Unis est hasardeux. « Les deux situations ne se comparent pas. Au Canada, le français est la langue de l’un des deux peuples fondateurs. Aux États-Unis, l’espagnol est au contraire le fait d’une immigration encore très récente. »



Les mauvais voisins  -  Alain Dubuc
Le resserrement de la frontière canado-américaine nous replonge 100 ans en arrière.
Ce sera le premier été où les familles devront être munies de passeports pour passer quelques jours sur le bord de la mer en Nouvelle-Angleterre. Au-delà de l’agacement pour les voyageurs et des effets négatifs sur le tourisme des deux côtés de la frontière, cette nouvelle mesure de contrôle douanier soulève des questions bien plus profondes sur la nature de nos rapports avec les États-Unis et sur la dynamique du bloc continental que nous formons.
L’Europe s’agrandit et a réussi à pratiquement éliminer les frontières sur un vaste territoire. Malgré l’hétérogénéité de ses populations, elle a favorisé une véritable mobilité des personnes. Par comparaison, le resserrement de la frontière canado-américaine nous replonge 100 ans en arrière, et cette logique est absolument à contre-courant dans un monde de plus en plus ouvert.
Le paradoxe est d’autant plus grand que nous partageons la plus grande frontière, que le niveau d’échanges entre nos deux pays est le plus important au monde, que nos modes de vie sont similaires et que les deux sociétés sont interreliées comme nulle part ailleurs.
Ce qui sera décevant pour bien des gens, c’est que l’arrivée du président Obama n’a rien changé à la situation, bien au contraire. Le renforcement des frontières, amorcé par l’administration Bush, s’est poursuivi avec la même intensité. En plus, le Canada doit faire face au plus sérieux sursaut protectionniste américain depuis longtemps, avec les clauses d’achat américain des grands projets de relance économique.
La dynamique qui a amené les États-Unis à renforcer les contrôles frontaliers repose sur deux fondements, qui tous deux reflètent un mélange d’indifférence et d’incompréhension à l’égard du Canada, pourtant leur plus important partenaire commercial.
Le premier fondement, c’est la lutte contre l’immigration illégale, de Mexicains et de Latino-Américains qui pénètrent aux ÉtatsUnis par ses frontières sud. Cela a mené à un important déploiement, clôtures, patrouilles et vérifications serrées des identités. Dans une logique mécanique, on a étendu au Nord des mesures conçues pour le Sud. Heureusement, l’arsenal de protection n’est pas le même. Mais la loi est la même, sans tenir compte du fait que le Canada est une économie avancée, en symbiose avec les États-Unis, et que le Mexique est une économie émergente avec les problèmes que cela comporte.
Le second fondement, c’est la sécurité, surtout après le 11 septembre. Les Américains, à juste titre, ont voulu mieux protéger leur territoire. Leur argument massue étant le fait que la frontière canado-américaine soit une passoire par laquelle sont passés les terroristes du 11 septembre. C’était faux. Mais la légende urbaine est si persistante que la secrétaire du département de la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, l’a répétée il y a quelques mois, pour ensuite s’excuser. Mais quelqu’un l’avait « briefée », ce qui en dit long sur la culture qui préside aux prises de décision.
Ces contrôles sont-ils nécessaires ? Les Européens, qui ont bien plus souffert du terrorisme que les Américains, ont manifestement jugé que ce n’était pas la meilleure façon de gérer les problèmes. Je soupçonne que, là comme ailleurs, les États-Unis ont déployé des mesures de sécurité qui servent plus à frapper l’imagination qu’à donner des résultats tangibles.
Mais il n’y a pas que la sécurité. Les douaniers américains ne font pas que vérifier les identités, ils contrôlent le contenu des paniers de pique-niques, ils rendent la vie difficile aux camionneurs. Et tout cela illustre le réflexe de repli sur soi des Américains en période de crise, qu’elle soit provoquée par le terrorisme ou la récession. Et nous en sommes les victimes, en sachant que, pour des raisons géographiques évidentes, nous ne pouvons pas choisir nos voisins.



Un mythe très ancré
Les Américains persistent à croire que des terroristes passent régulièrement par la frontière canadienne pour rentrer aux États-Unis
Le gouvernement canadien devra renforcer
sa campagne de sensibilisation auprès des Américains pour changer
leur perception.
L’auteur est chercheur associé à l’International Center for Terrorism Studies, à Washington, et à la chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes à l’Université du Québec à Montréal.
La déclaration de la secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, cette semaine, au fait que des terroristes passent régulièrement par la frontière canadienne vers les États-Unis est un mythe qui se perpétue chez nos voisins du Sud, et ce, malgré un nombre considérable d’initiatives entreprises par le gouvernement du Canada depuis septembre 2001.
Que l’on pense à la déclaration sur la frontière commune en décembre 2001 entre le Canada et les États-Unis, à la mise en place d’un cadre législatif plus strict sur le terrorisme (considéré trop strict pour certains), à l’augmentation significative des budgets des agences de renseignement, à la création d’une liste d’entités terroristes similaire à celle en place auxÉtatsUnis et j’en passe. L’idée d’un voisin mou sur l’enjeu du terrorisme est toujours présent, tant dans la classe politique américaine que dans la population générale.
Cette situation prouve deux faits. De l’un, les États-Unis ne sont toujours pas à 100% satisfaits de la façon dont le Canada traite la menace terroriste et souhaite voir la mise en place d’une position encore plus dure sur le sujet. Avec les récents événements qui se produisent au Mexique, les Américains n’ont jamais été aussi sensibles quand vient le temps de parler de frontières depuis 2001. Les États-Unis s’assurent d’ailleurs d’afficher occasionnellement leur mécontentement sur le système de réfugiés implanté au Canada, jugé par plusieurs politiciens américains comme étant une potentielle menace à la sécurité du continent.
Deuxièmement, ce récent épisode démontre également que cette inquiétude était présente pendant l’administration Bush et s’est perpétuée chez la nouvelle administration démocrate du président Obama ou, du moins, chez certains membres de son cabinet . Ainsi , on se rend compte que cet état d’esprit est répandu autant chez les républicains que les démocrates, sans oublier la population qui ne manque rarement de souligner le fait que son voisin du nord prend à la légère la menace terroriste, et ce, à tort ou à raison.
La réaction de l’ambassadeur du Canada à Washington, Michael Wilson, est un pas ferme dans la bonne direction. Le Canada se doit d’une manière ou d’une autre de se détacher de ce mythe, qui continue à ternir l’image du Canada sur la scène internationale, mais surtout aux États-Unis.
Cependant, ce mythe est tellement ancré que le gouvernement du Canada devra prendre de bien plus grands moyens pour arriver à ses fins. Il est sans doute plus difficile de changer la perception au sein de la population américaine, mais une sérieuse campagne de sensibilisation se doit d’être renforcée. Le Canada s’est déjà mis à l’oeuvre par le passé à démontrer comment le pays prenait au sérieux la menace terroriste. Force est de constater qu’il y a encore un important chemin à faire quand on apprend que la chef de la sécurité intérieure aux États-Unis croit toujours que le Canada est un transit pour des terroristes qui veulent sévir chez nos voisins.

Si l’on décide de se choquer, aussi bien le faire pour de vrai et être crédible dans ses démarches.


 
Déclarations sur les terroristes du 11 septembre et le Canada Janet Napolitano clarifie ses propos
La secrétaire américaine de la Sécurité intérieure a déclaré que sa visite à Ottawa était une tentative d’aplanir ses relations avec le Canada.
OTTAWA— La secrétaire du département américain de la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, a dû une nouvelle fois clarifier ses déclarations sur les terroristes du 11 septembre2001, lors de sa visite à Ottawa, hier.
Il y a quelques semaines, dans une entrevue à CBC, Mme Napolitano avait soulevé l’indignation de ce côté-ci de la frontière en affirmant à tort que les responsables des attentats du 11 septembre étaient venus du Canada.
Elle est depuis revenue sur ses paroles. Mais elle a été appelée à le faire à nouveau, hier, lors d’une conférence de presse au parlement, à l’occasion de sa première visite officielle dans la capitale canadienne. « Laissezmoi le dire encore une fois : nous savons et je sais que les ter roristes du 11 septembre n’ont pas traversé la frontière canadienne. Je regrette que les médias canadiens ne semblent entendre que cela, une déclaration inexacte de ma part à ce sujet », a-t-elle dit.
Ce n’était pas la première fois que la secrétaire faisait sursauter les médias canadiens depuis sa nomination par le président américain Barack Obama. Elle a notamment soulevé des inquiétudes en commandant une étude des points faibles de la frontière canado-américaine, peu après son arrivée en poste.
Dans une entrevue accordée au Christian Science Monitor, la semaine dernière, cette ancienne gouverneure de l’Arizona a déclaré que sa visite à Ottawa se voulait une tentative d’aplanir des relations devenues cahoteuses avec les Canadiens, tout en se penchant sur des enjeux d’intérêt mutuel.
Nouvelle ère de collaboration
Le ministre de la Sécurité publique, Peter Van Loan, lui a facilité la tâche en faisant deux conférences de presse à ses côtés, au cours desquelles il a décrété une « nouvelle ère de collaboration » avec les États-Unis en matière de sécurité aux frontières et d’échanges commerciaux.
Le ministre et la secrétaire ont annoncé mardi à Detroit qu’ils comptaient rendre permanent le projet pilote Shiprider. Ce projet consiste en des patrouilles sur un même bateau d’agents canadiens et américains dans des eaux frontalières, comme certaines portions du fleuve Saint-Laurent, ce qui permet d’arrêter des malfaiteurs des deux côtés de la frontière.
Les deux politiciens sont toutefois restés vagues sur certaines de leurs intentions, comme la création d’un nouveau processus d’évaluation de la menace et des risques ainsi que de l’échange d’information entre les deux pays concernant la circulation des biens et des personnes.
Par ailleurs, le ministre Van Loan a désigné la cybersécurité comme une nouvelle forme de course aux armements pour le Canada comme pour les ÉtatsUnis, une image que Janet Napolitano n’a pas réfutée. Il a convenu que la Chine et la Russie, mais aussi des individus ou groupes d’intérêts étaient particulièrement actifs dans le domaine.
« Nous continuons à élaborer des systèmes de défense, et nous continuons à avoir du succès, mais c’est comme une course aux armements, nous nous améliorons, et ils s’améliorent », a-t-il dit.




UNE BRÈCHE DANS LE MUR  -  Nicolas Bérubé
Inauguré il y a 35 ans, Friendship Park est le seul pointderencontrelelongdes3169 kmdelafrontière américano-mexicaine. Les gens des deux pays ont pris l’habitude de fréquenter le parc, divisé par une grande grille, pour voir des proches dont ils sont sépa
Des hélicoptères de l’armée américaine bourdonnaient audessus de sa tête. D’immenses VUS blanc et vert des Border Patrol, les agents frontaliers, circulaient sur les routes de terre battue, donnant à l’endroit l’ambiance d’une zone militaire.
Les Mexicains disent être humiliés par le mur, symbole pour eux de l’arrogance et du sentiment de supériorité qui animent les Américains.
Dans un stationnement isolé, Dan Watman a rejoint un groupe qui a marché durant une demi-heure sur un sentier à travers un champmarécageux pour atteindre sa destination: Friendship Park, sans doute le parc le plus difficile d’accès en Amérique.
« Le parc était méconnaissable, dit M. Watman, qui est professeur d’espagnol dans un collège de San Diego. D’habitude, c’est un endroit paisible. Ce jour-là, il y avait des bulldozers et des camions partout. »
M. Watman est passé à l’action. Il s’est planté au centre du parc, à l’endroit où des grues et des bulldozers érigeaient trois murs parallèles hauts de 5 mètres sur la frontière mexicaine.
M. Watman tenait une affiche de carton sur laquelle il avait écrit « MAKE FRIENDS ».
Les travaux ont stoppé. Des agents sont arrivés et lui ont ordonné de quitter les lieux. M. Watman a refusé.
Au bout d’une heure, les autorités fédérales lui ont passé les menottes et l’ont emmené de force à bord d’un camion blindé. Des agents ont également confisqué la carte mémoire de la caméra vidéo d’un supporter qui filmait la scène.
Les bulldozers ont repris leur travail. M. Watman a été accusé d’avoir fait intrusion dans une zone contrôlée par le gouvernement fédéral.
« Mon geste était symbolique, mais je voulais envoyer un message, dit-il. Je dois bientôt aller en cour, mais ça m’est égal. Je ne pouvais pas me taire devant ce qu’ils sont en train de faire au parc. »
Endroit unique
Friendship Park comprend plusieurs tables de piquenique, quelques vieux chênes qui font de l’ombre, et offre une vue saisissante de l’océan Pacifique. Mais ce qui rend l’endroit unique n’est pas son emplacement bucolique : le parc, de forme circulaire, est coupé en son centre par la frontière avec le Mexique.
Depuis des décennies, des familles séparées par les lois sur l’immigration viennent passer du temps le long de la grille haute de quatre mètres qui sépare les deux pays. Des vendeurs de tamales et de tacos font des affaires au Mexique comme aux États-Unis, passant leurs mets entre les larges barreaux d’acier.
Dan Watman, lui, a lancé un projet peu orthodoxe: organiser des activés culturelles pour les gens des deux côtés dumur. Au fil des années, il y a donné des cours d’espagnol et d’anglais, des séances de lecture et même des leçons de surf, les participants dévalant les vagues de chaque côté de la frontière, qui s’étend sur 3169 km à travers le continent.
« Les activités sont très suivies, dit-il. On peut avoir entre 20 et 150 personnes des deux côtés de la clôture.
Le Friendship Park a été inauguré en 1971 par la femme du président Nixon, Patricia, qui l’a décrit comme un symbole de paix et de fraternité entre les peuples. Ce jour-là, Mme Nixon avait demandé que des employés coupent le fil de fer qui marquait la frontière, afin qu’elle puisse aller embrasser des bébés du côté mexicain. « Je souhaite de tout mon coeur que cette clôture soit un jour démantelée, a-t-elle dit, et que nous puissions vivre dans l’harmonie. »
Dan Watman a quant à lui commencé à fréquenter le parc il y a cinq ans. Il avait l’habitude d’emmener ses élèves en visite à Tijuana, à quelques minutes de route de San Diego. En 2004, les agents frontaliers ont exigé qu’il remplisse tous les formulaires de douane nécessaires pour faire cette visite, qui auparavant était organisée spontanément.
« C’était interminable. Ces formulaires étaient complexes. Tout ça pour une simple visite d’une journée. »
C’est à ce moment qu’il a eu l’idée de d’emmener ses élèves au Friendship Park, une activité qui a été appréciée, dit-il. « La rencontre a été extraordinaire. Les élèves ont aimé cela. Ils posaient toutes sortes de questions sur la vie auMexique aux gens de l’autre côté. C’était touchant de voir autant d’interactions, et aussi de voir à quel point les jeunes Américains connaissent peu de choses sur la vie au Mexique. »
Au bout de quelques visites, M. Watman a formé un groupe, Border Meetup, et se rendait une douzaine de fois par été à la frontière, avec des bénévoles et des gens intéressés. Il y a organisé plusieurs activités d’échange, comme des lectures de poésie, des cours de yoga, des séances de salsa, suivies des deux côtés de la clôture.
Des activités banales, mais qui poussent souvent les participants à faire des découvertes étonnantes, dit-il.
« Bien des Américains sont surpris d’entendre un Mexicain dire qu’il aime vivre au Mexique, avec sa famille, et qu’il ne cherche pas à immigrer aux États-Unis. LesAméricains sont aussi souvent étonnés de parler à des Mexicains qui sont en vacances et qui visitent la région frontalière. Pour eux, c’est difficile de concevoir que des Mexicains peuvent avoir le luxe de faire du tourisme. »
Les Mexicains, eux, disent être humiliés par le mur, symbole pour eux de l’arrogance et du sentiment de supériorité qui anime les Américains. « Dans nos discussions à travers la clôture, plusieurs Américains témoignent de leur dégoût pour le mur. Ça surprend toujours les Mexicains. Pour eux, tous les Américains sont racistes et arrogants. Ça leur donne tout un choc que voir que des Américains sont gentils avec eux et intéressés à leur parler. »
Surveillance accrue
Aujourd’hui, le parc est fermé au public et surveillé par des agents frontaliers qui passent la journée à l’air climatisé, dans leurs véhicules garés entre les tables de piquenique. Tout contact avec les gens de l’autre côté du mur est interdit.
John Fanestil, un prêtre méthodiste qui habite San Diego, a pris l’habitude d’aller célébrer la messe en plein air chaque dimanche au Friendship Park. Ce printemps, son groupe et lui se sont heurtés à un groupe d’agents frontaliers armés qui leur ont ordonné de rebrousser chemin.
« J’ai célébré la messe quand même, à l’extérieur du parc. Quand j’ai voulu m’approcher de la clôture pour donner l’Eucharistie, ils m’ont arrêté et passé les menottes. »
M. Fanestil a été relâché plus tard, et aucune accusation n’a été portée contre lui. Aujourd’hui, il craint de retourner au parc. « Le parc a été construit sur le lieu de la première rencontre entre les Américains et les Mexicains après la guerre, au milieu du XIXe siècle. C’est le point de naissance de la frontière, c’est un endroit qui symbolise notre relation avec nos voisins. C’est inacceptable de voir cet endroit violé et dénaturé. Il faut trouver un compromis. »
Ces jours-ci , le groupe de défense de Friendship Park récolte des signatures d’élus et de citoyens de la région afin d’envoyer une lettre ouverte au président Obama. Le nouveau grand patron de la frontière, Alan Bersin, nommé par Obama, a déjà parlé de Friendship Park comme d’un endroit symbolique important.
« C’est un parc qui a une longue histoire. Je ne suis pas fermé à l’idée qu’un endroit puisse symboliser une plus grande ouverture entre nos deux pays », a-t-il récemment confié.
Depuis l’arrivée des démocrates au pouvoir, toutefois, la construction du mur s’est poursuivie, et rien ne semble indiquer qu’une révision de cette mesure soit en cours. Barack Obama ne s’est pas exprimé publiquement au sujet du mur. Son attention semble plutôt accaparée par la réforme des lois sur l’immigration, une question à laquelle il a promis de s’attaquer cette année.
Coûte que coûte, M. Watman et ses compagnons continuent de visiter les environs du parc. Cet été, ils ont même organisé une conversation silencieuse avec les gens du côté mexicain: séparés par plusieurs centaines de mètres, les deux groupes ont communiqué en langue des signes grâce à deux interprètes qui suivaient leurs gestes respectifs à l’aide de jumelles.

« Le parc est important pour les gens, et c’est un problème qui ne partira pas en fumée, dit M. Watman. Les gens ici sont engagés et sentent qu’ils sont en train de perdre une chose précieuse et rare. Nous allons nous battre jusqu’à ce que le parc redevienne un lieu d’échange et de rencontre. C’est notre objectif. »

STOPPER L’IMMIGRATION ILLÉGALE
À la fin des années 90, l’administration Clinton a durci les mesures à la frontière pour stopper le problème grandissant de l’immigration illégale. La région a été inondée de caméras de surveillance, de détecteurs infrarouges, de projecteurs et de voitures de patrouille. La barrière du Friendship Park été remplacée par une haute clôture.
Les mesures de sécurité ont fait chuter l’immigration illégale en Californie. Pour ne pas se faire prendre, les immigrants clandestins passaient désormais la frontière dans le désert de l’Arizona et du Texas, des endroits difficilement accessibles, au relief brutal, que les stratèges anti-immigration américains avaient cru impossibles à franchir et sans ressources.
Vague de répression
L’augmentation de l’immigration illégale durant l’ère Bush a mené à une autre vague de répression à la frontière. Cette fois, le mur allait être construit en divers endroits stratégiques. Et les barrières existantes allaient être renforcées.
Dans les quelques mois qui ont précédé le départ de George W. Bush, les travaux ont pris de l’ampleur, note Dan Watman. « Le chantier tournait constamment, jour et nuit. On aurait dit que les travailleurs avaient reçu l’ordre de tout faire pour finir la clôture le plus vite possible, coûte que coûte. »
Depuis le début de l’année, des agents armés tiennent les visiteurs à l’écart du parc. Le gouvernement affirme que les lieux servaient de point d’échange pour la drogue et les armes. Les autorités américaines sont en train de construire un mur triple qui empêchera toute interaction avec les gens de l’autre côté. Le parc deviendra une simple section du mur qui sépare les deux pays.



Chasse virtuelle à l’immigrant
NOUVELLE INITIATIVE DU TEXAS Toujours rêvé de jouer au garde-frontière ? Un nouveau programme de la Coalition des shérifs de la frontière du Texas permet à quiconque possédant une connexion internet haute vitesse de surveiller la frontière entre le Texas
COLLABORATION SPÉCIALE
Les gardes-frontières entre le Mexique et le Texas ont renforcé leur surveillance visuelle grâce à l’installation de caméras et une connexion internet haute vitesse. Des bénévoles du monde entier, inscrits sur un site internet, prêtent alors leurs yeux pour surveiller et alerter sur tout mouvement suspect retransmis par la caméra.
— La frontière entre le Mexique et le Texas n’a sans doute jamais été autant scrutée. Depuis novembre dernier, plus de 100 000 personnes se sont inscrites pour surveiller virtuellement et bénévolement une partie des 2500 km qui séparent les deux États.
Provenant des quatre coins du monde, ces douaniers du XXIe siècle comptent dans leurs rangs aussi bien des mères au foyer, des policiers à la retraite que des buveurs dans des pubs australiens. N’importe qui peut s’inscrire pourvu de posséder du temps libre et une connexion internet haute vitesse permettant d’observer en temps réel les images retransmises par un réseau de caméras.
Selon le responsable du programme pour la Coalition des shérifs de la frontière du Texas, Don Reay, cette armée de gardes-frontières virtuels a permis « cinq saisies de drogue totalisant plus de 1100 kg de marijuana » et d’empêcher une quarantaine de trafiquants potentiels de traverser la frontière en cinq mois.
La tâche des Virtual Texas Deputies est relativement simple: armés de patience, ils doivent scruter les images fixes retransmises par un réseau de caméras. Si une embarcation se met à traverser le Rio Grande ou si des silhouettes se faufilent entre les buissons, ils n’ont qu’à appuyer sur le bouton rouge Report Suspicious Activities de leur écran. Cela envoie immédiatement un courriel aux responsables du site qui font ensuite suivre le message au poste de police le plus près.
En cinq mois, les employés de la compagnie privée BlueServo qui gère le site web ont reçu 30 000 messages rapportant des activités suspicieuses. « Aucun message n’est considéré comme une fausse alerte parce que nous ne savons pas ce que les gens ont vu », précise Don Reay.
Financé par une subvention de 2 millions US du gouverneur républicain de l’État, Rick Perry, ce réseau ne compte pour l’instant que 15 caméras. À l’avenir, la Coalition des shérifs souhaiterait installer au moins 200 caméras le long de la frontière.
Ancien garde-frontière luimême et ayant travaillé dans la lutte contre le trafic de drogues, Don Reay est convaincu de l’efficacité du programme. « Nous avons plus de 100 000 personnes qui se sont enregistrées. C’est un nombre significatif d’yeux supplémentaires qui sont ajoutés pour regarder la frontière », soutient le Texan.
Évidemment, tout le monde ne partage pas son enthousiasme. Le sénateur Eliot Shapleigh, d’El Paso, croit que « le programme de caméras a été conçu plus pour des raisons politiques que de sûreté. » Ce sénateur démocrate dénonce notamment que des citoyens ordinaires soient invités à surveiller la frontière. Ce programme « fait appel à des volontaires pour faire des chasses à l’immigrant virtuelles », critique-t-il.
S’il ne s’oppose pas à l’emploi de caméras pour soutenir les efforts des autorités responsables de la sécurité frontalière, il considère que ce projet est trop onéreux et pas suffisamment efficace. Le programme « n’a mené qu’à une poignée d’arrestations au cours de ses premiers six mois d’existence », déplore-t-il.
Le responsable du projet, Don Reay, devrait quant à lui savoir d’ici le mois de juin si le programme sera poursuivi, voire étendu.



Madame la juge  -  Nicolas Bérubé
La nomination de Sonia Sotomayor à la Cour suprême des États-Unis est confirmée
Le président a félicité la juge pour son courage et sa ténacité.
La nomination de la juge Sonia Sotomayor à la Cour suprême des États-Unis a été approuvée, hier, par un vote de 68-31 au Sénat américain.
Partisans et détracteurs de la juge Sonia Sotomayor rassemblés devant le Capitole, à Washington, peu avant le vote qui a confirmé sa nomination à la Cour suprême, hier.
Mme Sotomayor, 55 ans, devient ainsi la troisième femme et la première hispanique à siéger à la Cour suprême, une institution fondée il y a 220 ans.
Sa confirmation a déclenché une vague de sympathie, hier, aux États-Unis et ailleurs dans le monde.
Mme Sotomayor était dans un palais de justice de New York, hier, où elle suivait en direct avec des amis et des partisans le dépouillement des votes sur un écran géant.
Des témoins ont dit que la juge avait les yeux humides après le vote. Elle a reçu un appel de sa mère, avec qui elle a eu une brève conversation en espagnol.
Dans le corridor, des journalistes ont tenté de lui poser des questions, mais la juge a refusé de répondre. « Je m’en vais avec mes amis », a-t-elle dit.
Candidate choisie par Barack Obama, Sonia Sotomayor prêtera serment d’al légeance à Washington, demain. Hier, le président a félicité la juge pour son courage et sa ténacité.
Vote historique
« Dans ce vote historique, le Sénat a affirmé que la juge Sotomayor a l’intelligence, le tempérament, l’intégrité et l’indépendance d’esprit pour servir avec distinction à la plus haute Cour de la nation », a dit le président.
Dianne Feinstein, sénatrice de la Californie, a salué la confirmation de la nomination de la juge. « Je crois que c’est une journée de réjouissance pour toutes les jeunes femmes de la nation. Cela envoie un message: "Oui, je peux y arriver si je travaille fort." »
Le président de la commission judiciaire du Sénat, Patrick Leahy, a lui aussi félicité Mme Sotomayor. « C’est le rêve américain. C’est le rêve dont nous parlons tous lorsque nous sommes en campagne électorale. Aujourd’hui, nous l’avons rendu possible. »
À Los Angeles, l’auteure et activiste Nancy De Los Santos portait un chandail « Wise Latinas Rule » en référence au commentaire de Sotomayor, scruté ad nauseam durant les audiences sur sa confirmation. « C’est fantastique de voir qu’une hispanique a pu être admise dans le club sélect de la Cour suprême », a-t-elle dit.
Les réseaux sociaux Twitter et Facebook ont été inondés de messages d’encouragement et de célébration.
Née en 1954, Sonia Sotomayor a été élevée dans les habitations à loyer modique du Bronx. Sa mère travaillait six jours par semaine à titre d’infirmière et a pu envoyer ses deux enfants dans des écoles réputées. Sonia Sotomayor a par la suite obtenu des diplômes de Princeton et de Yale, où elle a dirigé la Yale Law Review.
Le poste de juge à la Cour suprême est l’une des positions les plus inf luentes aux États-Unis. Les juges y sont nommés à vie, et continuent de façonner les aspects les plus importants de la société américaine bien après que le président qui les a choisis eut quitté la Maison-Blanche. D’allégeance progressiste, la juge risque de prendre des décisions qui s’apparentent à celles de son prédécesseur, David Souter, qui prend sa retraite.
Trente et un républicains disent non
Hier, neuf élus républicains ont voté en faveur de Sotomayor, alors que 31 ont voté contre. Les 59 démocrates présents pour le vote ont appuyé la juge.
L’opposition de la majorité des sénateurs républicains à la nomination de Sotomayor n’attirera sans doute pas la sympathie des électeurs latinos. Aux dernières élections, deux hispaniques sur trois ont appuyé les démocrates.
Hier, la présidente de la Ligue des citoyens hispaniques, Rosa Rosales, a dit être « très déçue » du vote des républicains.
« Lorsque le temps viendra, nous pourrons bien choisir de ne pas vous appuyer, car vous avez choisi de ne pas soutenir une personne qui est parfaitement qualifiée », a-t-elle dit.
Les hispaniques représentent 15% de la population américaine, et leur poids démographique est en croissance. En Californie, 36% des résidants sont d’origine hispanique.





Sotomayor survit à son interrogatoire  -  Richard Hétu
CANDIDATE À LACOUR SUPRÊMEDES ÉTATS-UNIS
Après quatre jours d’un feu roulant de questions, la juge d’origine portoricaine est d’ores et déjà assurée de devenir la première Hispanique à siéger à la plus haute instance américaine.
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK — Ses critiques républicains auraient bien voulu freiner ou bloquer son ascension à la Cour suprême des ÉtatsUnis, mais Sonia Sotomayor ne leur aura laissé aucun espoir, démontrant non seulement son sang-froid, mais également son expertise durant tout son passage sur le gril. Aussi, après quatre jours d’un feu roulant de questions, la juge d’origine portoricaine est d’ores et déjà assurée de devenir la première Hispanique à siéger à la plus haute instance américaine.
Après la conclusion de son témoignage hier à Washington, la juge Sonia Sotomayor pose sa main sur le bras blessé du président du comité judiciaire du Sénat américain, le démocrate Patrick Leahy ( Vermont). S’étant fracturé la cheville le mois dernier, Mme Sotomayor portait elle aussi une attelle durant toute la durée de son témoignage.
« Je pense que vous avez un brillant avenir », lui a dit le sénateur républicain de Carolinedu-Sud Lindsey Graham, au quatrième et dernier jour de son audition devant la commission judiciaire du Sénat en vue de sa confirmation.
Bien que crit ique de certaines déclarations de la juge Sotomayor, le sénateur Graham a laissé entendre qu’il pourrait voter en faveur de sa confirmation à la Cour suprême, où Barack Obama l’a choisie pour remplacer le juge David Souter qui s’est retiré. Le sénateur d’Alabama Jeff Sessions, numéro un des républicains au sein de la commission judiciaire, a pour sa part indiqué qu’il n’entendait pas recourir à des manoeuvres parlementaires pour bloquer la confirmation de la magistrate.
Le Sénat, où les démocrates détiennent 60 sièges sur 100, devrait confirmer la nomination de la juge Sotomayor avant la pause estivale du mois d’août.
Même si elle obtient l’appui de Lindsey Graham et de quelques autres républicains, Sonia Sotomayor n’aura pas réussi à gagner à sa cause la majorité des sénateurs de ce parti au sein de la commission judiciaire du Sénat, qui ont mis en cause son impartialité. Durant toutes les auditions, ceux-ci sont revenus sur une phrase qu’elle a prononcée en 2001: « J’espère qu’une femme hispanique avisée et forte d’une expérience riche prendrait, plus souvent qu’à l’inverse, une meilleure décision » qu’un juge blanc.
Lors de la première journée d’audition, la juge Sotomayor a assuré ne pas croire « que l’appartenance à un groupe ethnique ou racial ou à un genre soit un avantage pour un jugement sain ».
C’était « une rhétorique théâtrale qui est tombée à plat », a-telle ajouté au sujet de sa fameuse phrase, sans toutefois convaincre ses interrogateurs, qui se sont dits troublés par cette déclaration.
Du début à la fin des auditions, la juge Sotomayor a également dû s’expliquer sur sa décision de rejeter en appel une plainte pour discrimination raciale portée par des pompiers blancs de New Haven, au Connecticut. Cette plainte a récemment été jugée recevable par la Cour suprême.
La magistrate s’est défendue en faisant valoir qu’elle avait fondé sa décision sur la jurisprudence en la matière. Elle a été interrogée sur plusieurs autres questions, et notamment sur la lutte antiterroriste, les armes à feu et l’avortement. Même si elle n’a pas convaincu tous les républicains, elle a répondu à leurs questions avec aplombpendant toute la durée de son interrogatoire.
Sonia Sotomayor comptait évidemment sur plusieurs défenseurs parmi les sénateurs démocrates de la commission judiciaire, qui ont vanté le parcours de cette fille du Bronx ainsi que son expérience. La magistrate a été désignée juge fédérale par George Bush père en 1991 puis juge à la Cour d’appel fédérale de New York en 1997 par Bill Clinton.




La candidate à la Cour suprême fait la leçon aux républicains
DEVANT LA COMMISSION JUDICIAIRE DU SÉNAT
Il serait inconcevable aujourd’hui qu’une décision soit considérée comme opportune alors qu’elle autorise l’arrestation et la détention de personnes sur la seule base de leur origine ethnique.
— Sonia Sotomayor, quasiment assurée de devenir la première juge hispanique à la Cour suprême de l’histoire américaine, s’est défendue, hier, face aux critiques des conservateurs. Elle s’est même attelée à critiquer implicitement la « guerre contre le terrorisme » de George W. Bush.
« Je veux dire devant vous, sans équivoque ni doute, que je ne crois pas que l’appartenance à un groupe ethnique ou racial ou à un genre soit un avantage pour un jugement sain », a-t-elle déclaré, au deuxième jour de son grand oral devant la commission judiciaire du Sénat en vue de sa confirmation.
La candidate du président Barack Obama était pressée de s’expliquer sur une phrase prononcée en 2001 : « J’espère qu’une femme hispanique avisée et forte d’une expérience riche prendrait, plus souvent que l’inverse, une meilleure décision qu’un mâle blanc » . C’était « une rhétorique théâtrale qui est tombée à plat », s’est défendue Mme Sotomayor.
Les critiques les plus conservateurs avaient uti l isé cet te remarque pour mettre en cause la partialité de Mme Sotomayor, d’origine portoricaine, qui a grandi dans le Bronx, un quartier populaire de New York.
Le sénateur républicain de l’Alabama, Jeff Sessions, a dit hier être toujours « très troublé » par ce parti pris racial, selon lui, qui pourrait s’épanouir « pleinement » si le Sénat confirmait la nomination de Mme Sotomayor à la Cour suprême. Les neuf juges de la plus haute cour des ÉtatsUnis sont nommés à vie.
Dans l’après-midi, dans une allusion à peine voilée à la « guerre contre le terrorisme » décrétée par l’ancien président George W. Bush, la magistrate s’est lancée dans une comparaison avec l’internement d’Américains d’origine japonaise durant la Seconde Guerre mondiale, dans l’ouest des États-Unis, à partir de 1942.
Alors que la Cour suprême avait estimé, en 1944, que cette pratique était bel et bien constitutionnelle, Mme Sotomayor a expliqué qu’il lui paraissait « i nconcevable aujourd’hui qu’une décision soit considérée comme opportune par notre gouvernement alors qu’elle autorise l’arrestation et la détention de personnes sur la seule base de leur origine ethnique ».
Bien que Mme Sotomayor n’ait pas étendu son parallèle, l’allusion à la détention de personnes d’origine arabe lors de la présidence de George W. Bush, que certains démocrates jugeaient arbitraires, n’a pas échappé à la salle d’audience.
Durant les quatre jours d’audition, la commission doit entendre 31 personnes, dont l’ancien directeur du FBI Louis Freeh, mentor de Mme Sotomayor, et Linda Chavez, une militante conservatrice.
Les républicains auront 14 intervenants, dont un représentant des pompiers blancs, dont la plainte pour discrimination raciale rejetée en appel par Mme Sotomayor avait finalement été jugée recevable pa r l a Cour suprême fin juin.
Si Sonia Sotomayor était confirmée par les sénateurs, elle deviendrait la troisième femme à occuper un tel poste et la première d’origine hispanique. Elle succèderait à David Souter qui s’est retiré en juin.
L’opposition républicaine a peu de chances de lui faire barrage. Les démocrates détiennent 60 sièges au Sénat, soit la majorité pour lui donner le feu vert.



L’interrogatoire de Sonia Sotomayor  -  Richard Hétu
Cour suprême des États-Unis Nomination de la première Hispano-Américaine
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK— Depuis le jour de sa nomination historique à la Cour suprême des États-Unis, il y a un mois et demi, Sonia Sotomayor a observé un silence complet en public, laissant à d’autres le soin de répondre à ses critiques, parmi lesquels certains l’ont accusée de racisme.
La juge Sonia Sotomayor comparaît ce matin devant la commission judiciaire du Sénat américain. Le président Barack Obama a annoncé le 26mai dernier qu’il la choisissait pour combler un siège vacant à la Cour suprême des États-Unis.
Mais le mutisme de la magistrate d’origine portoricaine prendra fin ce matin, un peu après 10h. Débutera alors sa première audition devant la commission judiciaire du Sénat américain, dont les membres démocrates et républicains la soumettront à un interrogatoire en règle sur son expérience, sa philosophie judiciaire, son tempérament et ses déclarations passées, afin de déterminer son aptitude à remplacer le juge David Souter, qui s’est retiré.
Retransmise en direct par les chaînes d’information continue, l’audition de Sonia Sotomayor s’inscrira dans un rituel cher à Washington qui a déjà engendré des affrontements mémorables. En 1987, par exemple, le Sénat a refusé de confirmer la nomination du juge Robert Bork après 12 longues journées d’auditions. Quatre ans plus tard, le juge Clarence Thomas a échappé de justesse au même sort après qu’une de ses anciennes employées, Anita Hill, l’eut accusé, devant la commission judiciaire du Sénat, de harcèlement sexuel.
À moins d’une surprise, l’interrogatoire de Sonia Sotomayor ne devrait pas donner lieu à des moments aussi explosifs. En fait, à peu près tout le monde s’attend à ce que la nomination de la juge âgée de 55 ans soit confirmée par le Sénat, où les démocrates peuvent compter sur au moins 58 votes (en excluant ceux de Robert Byrd et d’Edward Kennedy, tous les deux malades) sur 100.
Mais le caractère historique du premier choix de Barack Obama à la Cour suprême – Sotomayor est en passe d’entrer dans l’histoire à titre de première hispanique à la plus haute instance américaine – et la nature même des critiques dont fait l’objet la magistrate conféreront à son passage sur le gril un intérêt particulier.
Les auditions dureront au moins quatre jours et verront défiler, outre Sotomayor, une trentaine de témoins qui exprimeront leur appui ou leur opposition à la confirmation de la candidate d’Obama, qui a été désignée juge fédérale par George Bush père en 1991 puis juge à la Cour d’appel de NewYork par Bill Clinton en 1997. Le maire de New York, Michael Bloomberg, et l’ancien joueur de baseball David Cone feront partie des témoins de la défense.
Bloomberg saluera le parcours exceptionnel de Sotomayor, qui a grandi dans un quartier modeste du Bronx avant de fréquenter les plus prestigieuses universités américaines. Il soulignera également son centrisme et sa modération en tant que juge. Quant à Cone, il vantera la décision de la magistrate de mettre fin en 1995 à une grève de 232 jours du baseball professionnel en invalidant le contrat collectif que voulaient imposer les propriétaires d’équipes aux joueurs.
Deux noms sont à retenir parmi les témoins qui ont été invités par les républicains à prendre la parole devant la commission judiciaire du Sénat : Frank Ricci et Linda Chavez. Ricci est ce pompier blanc dyslexique à qui la Cour suprême vient de donner raison, par cinq voix contre quatre, dans une cause l’opposant à la municipalité de New Haven, au Connecticut. Il s’était vu refuser une promotion après avoir passé un test que la Ville et le service des pompiers avaient invalidé, car aucun des 19 candidats noirs ne l’avait réussi.
Dans une décision ultérieure, la juge Sotomayor avait donné raison à la municipalité de New Haven. Elle devra expliquer sa décision aux sénateurs républicains, qui voient dans son verdict son incapacité à appliquer la loi de façon impartiale en raison de ses convictions personnelles et politiques.
De son côté, Linda Chavez, ex-membre de l’administration Reagan, ne devrait pas manquer de revenir, comme le feront plusieurs sénateurs républicains, sur la déclaration de Sonia Sotomayor qui lui a valu d’être traitée de raciste par certains conservateurs, dont l’ancien président de la Chambre des représentants Newt Gingrich.
« J’ose espérer qu’une femme Latina avisée, riche de ses expériences, parviendrait plus souvent qu’à l’inverse à une meilleure conclusion qu’un homme blanc qui n’a pas vécu cette même vie », a-t-elle déclaré lors d’un discours en 2001.
Selon Chavez, ce commentaire n’était « pas qu’une simple gaffe, mais une description fidèle de ses opinions sur l’importance de la race et de l’ethnicité dans son rôle en tant que juge ».
On verra dès aujourd’hui si les républicains parviendront à faire trébucher Sotomayor sur cette question délicate, qui éclipse pour le moment d’autres sujets importants à leurs yeux, dont l’avortement et les armes à feu.


 
Cour suprême des États-Unis Nomination de Barack Obama - Accusations de racisme contre la juge Sotomayor
RICHARD HÉTU
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK— « J’ose espérer qu’une sage Latino-Américaine pourvue d’une riche expérience arriverait la plupart du temps à une meilleure conclusion qu’un homme blanc qui n’a pas vécu cette vie-là. »
La nomination par Obama de la première Hispano-Américaine à la Cour suprême est critiquée par certains républicains.
Ainsi parlait Sonia Sotomayor lors d’un discours prononcé en octobre 2001 devant la faculté de droit de l’Université de Californie à Berkeley. Ces jours-ci, la même déclaration lui vaut d’être qualifiée de raciste par plusieurs commentateurs conservateurs et quelques politiciens républicains.
Née dans une famille d’immigrants portoricains du Bronx, la magistrate de 54 ans a été choisie mardi par Barack Obama pour succéder à David Souter à la Cour suprême des États-Unis.
« Imaginez si un candidat au poste de juge avait dit: " Mon expérience en tant qu’homme blanc me rend meilleur qu’une Latino-Américaine". Le nouveau racisme n’est pas mieux que le vieux racisme », a écrit mercredi l’ancien président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, sur Twitter.
Et l’ex-parlementaire de Géorgie d’ajouter: « Un raciste blanc serait forcé à retirer sa candidature. Une Latino-Américaine raciste devrait également se retirer. »
L’animateur de radio Rush Limbaugh a pour sa part sonné la charge chez les commentateurs conservateurs en traitant la juge hispanophone de « raciste inversée ».
Les défenseurs de Sonia Sotomayor ont reproché à ses critiques d’avoir extrait la déclaration de la magistrate de son contexte. Ils ont fait valoir que celle-ci parlait des cas de discrimination fondée sur le sexe ou la race que doivent trancher les juges.
Quoi qu’il en soit, les politiciens républicains n’ont pas tous crié au racisme. « Non, je ne suis pas d’accord avec ça », a déclaré le sénateur républicain de l’Utah Orrin Hatch lors d’une entrevue sur CNN, tout en qualifiant de « très troublants » certains commentaires de la juge Sotomayor. Plusieurs organisations conservatrices ont préféré les expressions « radicale » ou « activiste » pour décrire la magistrate de New York. Elles l’ont notamment critiquée pour avoir déjà dit que « la Cour d’appel est le lieu où se fait la politique ».
Cet te i nsistance sur certains commentaires de Sonia Sotomayor donne à penser que ses critiques conservateurs n’ont pas trouvé grand-chose à lui reprocher parmi les nombreuses décisions qu’elle a rendues en tant que juge. Elle devra quand même expliquer sa prise de position en faveur de la Ville de New Haven, qui avait refusé de promouvoir 18 pompiers blancs à la suite d’un examen qu’aucun candidat noir n’avait pu passer avec succès.
La magistrate comparaîtra dans les prochaines semaines devant la commission judiciaire du Sénat, qui doit approuver ou rejeter sa nomination à la Cour suprême. D’ici le vote final de confirmation par l’ensemble des sénateurs, les républicains devront décider de leur stratégie. Leur défi est délicat : satisfaire la base conservatrice du parti, qui s’oppose au choix du président Obama, sans s’aliéner l’électorat hispanophone, dont le poids politique s’accroît.
En attendant, le sénateur républicain de Floride Mel Martinez a invité ses collègues à être « justes » à l’égard de la juge Sotomayor.
« En tant qu’Américain d’origine hispanique, je tire une grande fierté de la nomination d’une personne d’origine hispanique à la Cour suprême », a-t-il déclaré mardi.


 

LOS ANGELES - Une première hispanophone à la Cour suprême
- NICOLAS BÉRUBÉ
: Un piège tendu par Obama aux républicains?
« J’ai décidé de sélectionner une femme inspirante, avec une profonde expérience et une vaste perspective qui, je crois, fera une excellente juge », a dit l e président Obama.
Le président Barack Obama a nommé, hier, Sonia Sotomayor au poste de juge à la Cour suprême des États-Unis. Si sa candidature devait être confirmée par le Congrès, Mme Sotomayor deviendrait la première hispanophone et la troisième femme à occuper ce poste prestigieux.
« J’ai décidé de sélectionner une femme inspirante, avec une profonde expérience et une vaste perspective qui, je crois, fera une excellente juge », a dit le président Obama.
Le choix de Mme Sotomayor a été perçu par plusieurs analystes comme un piège tendu aux républicains. Comment pourront-ils s’opposer à la nomination historique d’une self-made woman sans avoir l’air de snober la communauté hispanophone, un bloc important de l’électorat qui a fui le Parti républicain aux dernières élections?
« À mon avis, cette nomination comporte bien plus de risques pour les républicains que pour la Maison-Blanche, a analysé hier le journaliste Ben Smith sur le site Politico.
Les républicains, dit-il, ont pour priorité de renouer les liens avec les hispanophones, qui ont voté aux deux tiers en faveur d’Obama aux dernières élections.
« Les républicains doivent marcher sur des oeufs s’ils veulent critiquer Mme Sotomayor. Une opposition féroce de la droite pourrait être très mal reçue en Floride et dans l’Ouest américain. »
L’opposition de la droite s’est mise en branle, hier, quelques minutes après l’annonce. Si les commentateurs des réseaux câblés ont sorti le vitriol pour attaquer « les aptitudes intellectuelles » de Mme Sotomayor, les élus ont été plus réservés.
« Nous allons examiner ses décisions, afin d’être certains que ses jugements ne sont pas teintés par ses préférences politiques ou ses sentiments personnels », a dit le sénateur républicain Mitch McConnell.
Interviewé à CNN, l’ancien ministre de la Justice sous Bush, Alberto Gonzales, a affirmé que Mme Sotomayor était « bien qualifiée » pour occuper le poste.
Une femme du Bronx
Consciemment ou non, le président Obama a choisi une femme dont les origines modestes et les accomplissements subséquents s’apparentent à sa propre histoire.
Sonia Sotomayor vient d’un milieu modeste. Née en 1954, elle a été élevée dans les habitations à loyer modique du Bronx. Sa mère travaillait six jours par semaine en tant qu’infirmière et a pu envoyer ses deux enfants dans des écoles réputées.
« La mère de Mme Sotomayor a acheté la seule encyclopédie complète du quartier pour ses enfants », a noté hier le président Obama
Sonia Sotomayor a par la suite obtenu des diplômes de Princeton et de Yale, où elle a dirigé le Yale Law Review. Elle a travaillé pour le procureur en chef de New York avant d’être nommée juge à la U.S. District Court en 1991 par le président George Bush père. Son successeur, Bill Clinton, l’a nommée juge à la Cour d’appel en 1997.
Les républicains, minoritaires au Sénat, ont peu de chances de faire dérailler la nomination de Mme Sotomayor. D’allégeance progressiste, la juge risque de prendre des décisions qui s’apparentent à celles de son prédécesseur, David Souter, qui prend sa retraite.
Le poste de juge à la Cour suprême est l’une des positions les plus influentes aux États-Unis.
Les juges y sont nommés à vie et continuent de façonner les aspects les plus importants de la société américaine bien après que le président qui les a sélectionnés a quitté la Maison-Blanche.

CINQ CHOSES À SAVOIR sur la Cour  suprême
> La Cour suprême, créée par les pères fondateurs des États-Unis à l’article III de la Constitution, est la plus haute juridiction du pays, appelée à se prononcer sur des questions fondamentales de société. > Elle est formée de neuf juges, dont son président. Ils sont nommés à vie. Ils peuvent quitter leurs fonctions quand ils le souhaitent, . comme le sortant David Souter, 69 ans, ou mourir en fonction, comme William Rehnquist en 2005. > Depuis la création de l’institution, les juges sont restés en moyenne 15 ans en fonction, avec un nouveau juge arrivant tous les deux ans environ. > Pour saisir la Cour suprême, un plaignant doit déposer une requête mettant en cause la constitutionnalité d’une décision émanant des cours d’appel fédérales ou, dans certains cas, des tribunaux des États, d’un arrêt rendu par une Cour suprême d’État ou d’un traité. Sur plus de 10 000 requêtes déposées l’année dernière, la Cour s’est saisie seulement d’une centaine d’affaires. > Adoptés à la majorité, les arrêts de la Cour sont rédigés par un juge, les autres décidant de se joindre à celui-ci ou au contraire de rédiger leur propre argumentaire, ce qui donne une idée assez précise de la position de chaque juge. – AFP


 
IRAN - Journaliste irano-américaine libérée
— La journaliste iranoaméricaine Roxana Saberi a été libérée hier à Téhéran après la réduction en appel à deux ans avec sursis de sa peine de huit ans de prison pour espionnage au profit des États-Unis.
« Je vais bien, je ne veux pas faire de commentaires, mais je vais bien », a dit MmeSaberi en sortant de la prison d’Evine, avant de quitter les lieux en voiture en compagnie de son père Reza Saberi.
« Sa peine a été réduite à deux ans avec sursis », a dit son avocat Salahe Nikbakht, alors que son deuxième avocat, Abdolsamad Khoramshahi, a expliqué que « cela dépend d’elle si elle veut quitter le pays ou pas ».
Le président Barack Obama s’est dit « soulagé » par le geste « humanitaire » de l’Iran, mais rejette les accusations d’espionnage au profit des États-Unis, selon son porte-parole.
La secrétaire d’État, Hillary Clinton, a dit auparavant qu’elle était « très encouragée » par cette libération, saluée également par Reporters sans frontières et Amnistie internationale pour qui Mme Saberi « n’aurait jamais dû être emprisonnée ».
« Il s’agit d’une excellente nouvelle. Cette décision peut faire jurisprudence pour d’autres journalistes détenus en Iran », a estimé RSF.
La journaliste avait été condamnée le 13 avril par le tribunal révolutionnaire à huit ans de prison pour espionnage au profit des États-Unis.


Journaliste américaine détenue en Iran : bien triste journée de la liberté de la presse
La journaliste Roxana Saberi, prisonnière de l’Iran, poursuit sa grève de la faim L’éclaircie dans les relations entre l’Iran et les États-Unis, lancée par Barack Obama lui-même, aura été de courte durée : le sort d’une jeune journaliste pigiste américain
Il y a 10 ans, rien ne prédisait à la journaliste américaine Roxana Saberi un avenir politique. En 1998, la jeune femme du Dakota-du-Nord, couronnée reine de beauté de son État, était finaliste au concours Miss USA. Aujourd’hui, elle est la prisonnière la plus célèbre de l’Iran.
Arrêtée en janvier 2009, puis condamnée à huit ans de prison pour « espionnage », la journaliste, qui a travaillé en Iran pendant six ans pour le compte de la BBC, de Fox News et de NPR avant d’être interpellée, est le sujet de manchettes des grands quotidiens américains depuis des semaines.
Ces jours-ci, la santé de la pigiste de 32 ans inquiète autant Hillary Clinton que le ministre des Affaires étrangères du Japon, qui a soulevé la question, hier, lors d’une rencontre avec son homologue iranien.
Pour contester sa détention dans la prison d’Evine, Roxana Saberi a entamé une grève de la faim le 21 avril, soit trois jours après l’annonce du verdict de la Cour. Lorsqu’elle a appris que les autorités iraniennes niaient le sérieux de sa démarche, elle a arrêté de boire. Vendredi, elle a dû être hospitalisée quelques heures dans la clinique de cette prison au lourd passé.
Réservée aux prisonniers politiques, la prison d’Evine a une réputation qui la précède: dans les années 80, des milliers de jeunes dissidents y ont été exécutés. En 2003, la photographe montréalaise Zahra Kazemi y est morte après avoir été battue.
Malgré les dénégations des autorités iraniennes, le geste de résistance de la journaliste n’est pas passé inaperçu. Dimanche, journée internationale de la liberté de la presse, une cinquantaine de personnes, éparpillées aux États-Unis, en Europe et au Moyen-Orient, ont décidé d’entamer à leur tour une grève de la faim pour demander sa libération. Parmi eux, des membres de l’organisation Reporters sans frontières et des journalistes d’un peu partout dans le monde.
Sur le site web Free Roxana (Libérez Roxana), plusieurs d’entre eux expliquent leurs motivations. « Roxana est une personne remarquable. Elle est une véritable inspiration pour les jeunes journalistes féminines du monde entier. Même si j’allaite, je jeûne par intermittence par solidarité et je vais continuer jusqu’à sa libération », écrit Jamila Bey, une collègue de Mme Saberi à la National Public Radio (NPR).
Ingérence ?
Le gouvernement iranien est peu attendri par l’élan de solidarité international. « Le pouvoir judiciaire (iranien) est une entité indépendante et toute forme d’ingérence dans le processus judiciaire est contraire aux normes internationales », a dit hier le porte-parole de la diplomatie iranienne, Hassan Ghashghavi. Il a rappelé que la décision de la cour révolutionnaire, rendue le 18 avril, sera bientôt entendue en appel. La lauréate du prix Nobel de la paix, l’avocate Chirine Ebadi a déjà fait savoir qu’elle représentera Mme Saberi au cours de cet appel.
Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a créé une surprise le mois dernier en demandant un procès transparent pour la reporter qui, de père iranien et de mère japonaise, détient la double citoyenneté américaine et iranienne. La secrétaire d’État des États-Unis, Hillary Clinton, qui a maintes fois décrié l’arrestation et la condamnation de la jeune femme, lui a alors demandé de joindre la parole au geste en facilitant sa mise en liberté.
La voix de l’amoureux
Le sort de la journaliste risque de bientôt rebondir au Festival de Cannes, qui débutera à la mi-mai en France. Le réalisateur kurde iranien Bahman Ghobadi, dont les films ont été couronnés sur la Croisette et à la Berlinale, y présentera son dernier opus, coscénarisé avec sa fiancée.. . Roxana Saberi !
Dans une longue lettre publiée récemment dans les médias de son pays, le cinéaste raconte que son amoureuse voulait quitter l’Iran depuis un certain temps et retourner aux États-Unis, le pays où elle a grandi, mais qu’elle était restée pour être à ses côtés.
« Ma copine iranienne, avec des yeux japonais et des pièces d’identité américaines, est en prison. Honte à moi! Honte à nous! » écrit le réalisateur d’Un temps pour l’ivresse des chevaux.



Un juge de Louisiane refuse de célébrer un mariage mixte
CHICAGO — Un juge de paix a refusé de marier un Noir et une Blanche en Louisiane sous prétexte que leurs enfants seraient rejetés par leurs communautés respectives, a rapporté hier la presse locale.
« Je ne suis pas raciste », a assuré Keith Bardwell, juge de paix à Tangipahoa Parish, au j ou r na l Hammond St ar. « J’organise des cérémonies pour des couples noirs ici même, dans ma maison. Je pense d’abord aux enfants », a-t-il ajouté.
M. Bardwell a précisé au journal qu’il pensait que les mariages mixtes ne duraient pas l ongtemps et que l es enfants issus de telles unions n’étaient acceptés ni par la communauté noire ni par la communauté blanche.
« Je ne célèbre pas de mariages mixtes parce que je ne veux pas imposer aux enfants une situation qu’ils n’ont pas voulue eux-mêmes, a ajouté le juge. Dans mon coeur, je sens que les enfants vont souffrir plus tard. »
Beth Humphrey, qui est blanche, et Terence McKay, qui est noir, ont finalement été mariés par un juge de paix dans une localité voisine.
« Je ne peux toujours pas croire qu’il ait fait ça. C’est un cas de discrimination flagrante », a déclaré Mme Humphrey.
L e c o uple e nv i s a ge de porter plainte pour discriminat i on e t l a puissa nte Association a méricaine de défense des libertés civiles (ACLU) a appelé à une sanction rapide du juge de paix.
« Je maintiens ma décision et c’est mon droit de ne pas marier des couples mixtes », a déclaré M. Bardwell dans un communiqué adressé à la télévision locale.


UNE BIÈRE POUR L’AMÉRIQUE  -  Nicolas Bérubé
ANALYSE
LOS ANGELES — Le « sommet de la bière » à la Maison-Blanche a attiré tellement d’attention cette semaine aux États-Unis qu’il est impossible de ne pas y voir la manifestation d’un phénomène plus large. En vérité, le pays entier a besoin d’une bière. La crise économique fait les manchettes depuis plus d’un an. La réforme de l’assurance santé irrite à peu près tout le monde. La guerre en Afghanistan s’éternise. Les banques font des milliards en profits au moment où des millions de travailleurs ramassent leurs effets personnels et quittent leur bureau pour la dernière fois.
Cette dose de réalité frappe tous les Américains. Or, le choc est particulièrement brutal en Californie, qui se débat avec un déficit record de 26 milliards.
La bonne nouvelle : l’État le plus populeux des États-Unis vient d’adopter son budget cette semaine.
La mauvaise: le document ratifié par Arnold Schwarzenegger autorise des coupes de 9 milliards dans le système d’éducation, de 2 milliards dans les soins de santé offerts aux personnes pauvres, et de 1,2 milliard dans le salaire des employés de l’État. Avec un taux de chômage de 11,6%, la Californie est l’un des États les plus touchés par la crise économique.
« Les négociations sur le budget avaient lieu à huis clos, mais nous entendions toujours dire que le filet de sécurité pour les plus démunis serait préservé, note Linda Wanner, directrice du California Catholic Conference.
« Or, en fin de compte, le budget est rempli de coupes draconiennes qui concernent nos enfants et les gens les plus vulnérables. »
Jamais un gouverneur de la Californie n’avait laissé les finances publiques s’embourber à ce point. Jeudi, le jour de son 62e anniversaire, Schwarzenegger a reçu les résultats du dernier sondage d’opinion mené sur sa cote de popularité. À peine 28% des électeurs sont satisfaits de son travail, tandis que 59% le désapprouvent.
Le ciel n’est encore tombé sur la tête de personne en Californie. Les touristes ont envahi les plages. Les autoroutes sont bondées. Des travailleurs de partout sur la planète proposent leur candidature pour venir travailler chez Google, Pixar ou Apple.
Mais une simple conversation avec un voisin ou un collègue laisse apparaître l’étendue du problème. Bien des commerçants paient le loyer avec leurs économies (ou leur carte de crédit), en espérant que les clients recommencent bientôt à dépenser. Plusieurs travailleurs craignent de perdre leur emploi et, du même coup, l’assurance santé fournie par leur employeur.
Il y a quelques mois, les États-Unis semblaient voguer sur une vague d’optimisme et de bons sentiments. Plus maintenant. Aujourd’hui, l’extrême droite scrute l’acte de naissance de Barack Obama, et l’arrestation d’un universitaire noir dans sa propre maison monopolise les conversations.
Des idées pas très reluisantes commencent à faire leur chemin. Ces jours-ci, le gouvernement californien jongle avec la possibilité d’autoriser l’extraction de pétrole dans des réserves situées sous l’océan Pacifique, à cinq kilomètres des côtes de Santa Barbara, du jamais vu en 40 ans. Des revenus de 1,8 milliard pour l’État s’y trouveraient.
Les écologistes sont contre, bien sûr. Mais ce ne sont pas eux qui paient la bière.


Le « sommet de la bière » vole la vedette  -  Nicolas Bérubé
Obama tente de noyer dans le houblon la première controverse raciale de son mandat
LOS ANGELES — Une bière froide peut-elle calmer les esprits ?
Le professeur Henry Louis Gates Jr, le vice-président Joe Biden, le policier James Crowley et le président des ÉtatsUnis Barack Obama ont discuté hier à bonne distance du regard des médias, derrière la Maison-Blanche.
Barack Obama et Joe Biden ont fait le pari que oui. À la MaisonBlanche, hier soir, le président et le vice-président ont rencontré le policier et le professeur au centre de la querelle raciale qui balaie les États-Unis depuis une semaine.
Les quatre hommes se sont réunis autour d’une table de patio sur laquelle trônaient les quatre verres de bière les plus célèbres d’Amérique. La rencontre, dont les médias ont été tenus à distance, a eu lieu derrière la Maison-Blanche.
MM. Obama et Biden, en chemise, ont discuté avec l’universitaire noir Henry Louis Gates Jr et le sergent James Crowley, le policier blanc qui l’a arrêté le 16 juillet.
En soirée, le président a dit dans un communiqué avoir apprécié la rencontre, qui a été cordiale. « Même avant que nous prenions une bière, j’ai appris que les deux hommes avaient passé du temps ensemble, histoire de discuter de leur expérience. J’ai toujours cru que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise. Je crois que nous pouvons tous tirer des leçons de cet épisode. »
Le policier Crowley a dit que la rencontre avait permis aux participants de « regarder vers l’avenir, et non vers le passé ».
Le professeur Gates a fait savoir que toute cette affaire était le résultat « d’un accident ». Il s’est dit « heureux de vivre dans un pays où les policiers mettent leur vie en danger pour nous protéger. J’apprécie plus que jamais les sacrifices qu’ils font pour notre bien ».
La rencontre a pris des allures de question nationale aux ÉtatsUnis, où les nouvelles au sujet des enjeux cruciaux – comme la guerre en Afghanistan, la réforme de l’assurance maladie et la crise économique – ne manquent pourtant pas cet été.
Durant la journée, CNN et MSNBC ont même diffusé une petite horloge dans un coin de l’écran, qui marquait le décompte avant le « beer summit ». On pouvait aussi voir des images de la table vide à laquelleon servirait plus tard de la Bud Light (pour M. Obama), de la Blue Moon (pour le sergent Crowley), de la Red Stripe (pour M. Gates Jr) et de la Buckler (pour M. Biden). En soirée, NBC, ABC et CBS ont tous ouvert leur bulletin télévisé avec l’histoire.
Fasciné par la fascination
Le président a admis être « fasciné par la fascination » qui s’est formée autour de cette rencontre. Durant la journée, Obama a dit ne pas apprécier le terme « beer summit », répété par les médias. « C’est un terme accrocheur, mais cela n’est pas un sommet. C’est simplement des gars qui prennent une bière à la fin de la journée, une occasion pour écouter le point de vue de l’autre. »
Barack Obama a souvent fait part de son exaspération envers le cycle des nouvelles 24h, qui force la télé à remplir du temps d’antenne coûte que coûte. Or, le président semble encore apprendre les rouages du métier. C’est par sa faute qu’il se trouve aujourd’hui mêlé à cette histoire.
La semaine dernière, Obama a dit que la police a agi « stupidement » dans le dossier de l’arrestation d’Henry Louis Gates Jr, spécialiste des études afro-américaines à l’Université Harvard, arrêté chez lui le 16 juillet par la police, qui croyait à un cambriolage. M. Gates a dit qu’il n’aurait jamais été traité de la sorte s’il avait été Blanc. Le sergent Crowley a nié avoir agi par racisme, soutenant que M. Gates était agité et non coopératif durant l’incident.
Quoi qu’il en soit, les commentaires du président avaient jeté de l’huile sur le feu. Plusieurs policiers noirs présents lors de l’arrestation à Cambridge, au Massachusetts, ont appuyé leur collègue blanc, affirmant que la question de la race n’était pas en jeu.
Devant la passion provoquée par ses déclarations, M. Obama a reconnu deux jours après son intervention qu’il avait mal choisi ses mots et n’avait fait que causer « davantage de frénésie médiatique ». Il a appelé les deux hommes, et l’idée d’une rencontre a été lancée.

L’illusion d’une Amérique « post-raciale »  -  Richard Hétu
Le président, qui choisit toujours ses mots avec soin, a-t-il commis une simple erreur ou a-t-il plutôt voulu profiter de l’arrestation de Gates pour lancer un débat qui a dégénéré ?
Cette photo prise par un voisin montre l’arrestation le 16 juillet dernier d’un ami du président Obama, le professeur Henry Louis Gates, après qu’il eut enfoncé la porte de son domicile parce qu’il avait égaré ses clés à son retour d’un voyage.
Barack Obama a toujours refusé d’être le porteétendard d’une Amérique « post-raciale », celle qui aurait surmonté les clivages raciaux en élisant un président issu du mariage d’un Noir et d’une Blanche.
« Si des gens pensent qu’il n’y a plus de racisme parce que j’ai été élu, ils se trompent », a-t-il déclaré récemment à sept journalistes noirs qui l’accompagnaient à bord de l’avion présidentiel.
Mais l’illusion perdure et explique peut-être la décision du chef de la Maison-Blanche de plonger dans la controverse entourant l’arrestation d’un ami noir, éminent universitaire de Harvard. Lors d’une conférence de presse mercredi dernier, Obama a qualifié de « stupide » l’attitude de la police de Cambridge dans cette affaire, une déclaration qui a soulevé une « tempête raciale » aux États-Unis, pour reprendre l’expression d’un tabloïd new-yorkais.
Rappelons brièvement les faits : Henry Louis Gates, spécialiste des questions africaines et afro-américaines à l’université Harvard, est arrêté le 16 juillet après avoir enfoncé la porte de son domicile parce qu’il avait égaré ses clés à son retour d’un voyage en Chine. Le sergent James Crowley, un policier blanc, est dépêché sur les lieux à la suite de l’appel d’une voisine qui croyait à un cambriolage. S’ensuit une altercation entre Gates et Crowley à l’issue de laquelle le sergent arrête le professeur âgé de 58 ans pour trouble à l’ordre public, charge abandonnée mardi dernier.
« Je ne connais pas tous les faits, a dit Barack Obama mercredi dernier, mais la police de Cambridge s’est conduite de manière stupide en arrêtant quelqu’un alors que la preuve était faite qu’il était chez lui. »
Il a ajouté que l’arrestation de Gates illustre la réalité à laquelle plusieurs Noirs et Latinos font encore face aux États-Unis.
Deux jours plus tard, face au tollé soulevé par sa critique de la police de Cambridge – des syndicats policiers du Massachusetts ont notamment réclamé des excuses –, Barack Obama a fait amende honorable en expliquant qu’il aurait pu mieux choisir ses mots, et il a invité le professeur Gates et le sergent Crowley à prendre une bière à la Maison-Blanche.
Mais le président, qui choisit toujours ses mots avec soin, a-til commis une simple erreur ou a-t-il plutôt voulu profiter de l’arrestation de Gates pour lancer un débat qui a dégénéré? La réponse à cette question n’est peut-être pas étrangère à sa déception face à la couverture médiatique de son discours devant la NAACP, célèbre organisation de défense des droits des Noirs, qui fêtait son centenaire à New York le 16 juillet, le jour même de l’arrestation de Gates.
Dans une bonne partie de ce discours, il a décrit les « barrières » qui se dressent encore aujourd’hui devant les Noirs. Ceux-ci ont « plus de risques de souffrir de maladies mais moins de chances d’avoir une couverture santé », a-til dit. Les jeunes Noirs ont « cinq fois plus de risques que les enfants blancs de voir l’intérieur d’une prison » tandis que le chômage et virus du sida font « des ravages dans la communauté afro-américaine avec une force disproportionnée ». Le gouvernement a toujours un rôle à jouer pour abattre ces barrières, a ajouté le président.
Mais les médias américains ont occulté cette partie de son discours pour mettre l’accent sur l’autre, où il reprenait le mantra de la responsabilité individuelle. « Nous avons besoin d’une nouvelle mentalité, de nouvelles attitudes, a-t-il dit. L’un des héritages les plus destructeurs et les plus durables de la discrimination est la manière dont nous avons intériorisé le sens des limites, la manière dont tant d’entre nous en sont venus à attendre si peu. »
Au lendemain de son discours, Barack Obama s’est plaint à un chroniqueur du Washington Post de ce que les médias n’en avaient couvert qu’une partie. « Quand je parle de la responsabilité du gouvernement, cela ne fait pas les manchettes », a-t-il déploré.
Pour comprendre sa f rustration, il faut savoir que les associations noires critiquent souvent le président, à qui elles reprochent de ne pas aborder de façon assez spécifique les problèmes de leur communauté.
Le premier président noir avait peut-être en tête ces critiques lorsqu’il a répondu à la question sur l’arrestation de Gates, qui met à son avis en relief le problème du profilage racial. Même en s’excusant vendredi pour son mauvais choix de mots, il a souligné que la « frénésie médiatique » autour de sa déclaration prouvait que « ces questions sont encore très délicates en Amérique ».
Personne ne le contredira là-dessus.



Obama est-il en danger ?  -  Alexandre Sirois
Entrevue avec l’historien américain James T. Patterson
donc pas quelque chose de nouveau. Q Cette
Barack Obama durant une séance de jogging sous haute surveillance, il y a une dizaine de jours à New York.
semaine, un site web conservateur a parlé d’un éventuel coup d’ État pour se débarrasser de l’administration Obama... R Vous avez des personnes qui disent qu’on doit s’en débarrasser, mais il n’y a pas quelque chose de sérieux qui se trame. Il y a simplement beaucoup de gens très fâchés. Et c’est surprenant parce que le plan de réforme de la santé de Barack Obama, qui a mis la plupart de ces gens en colère, est loin d’être radical. En fait, il est très modeste si on le compare à ce que vous avez au Canada. Q On
parle aussi de menaces de mort. Selon l’essayiste Un sondage sur Facebook où l’on demande si Barack Obama doit être tué, un site web conservateur qui défend l’idée d’un coup d’État pour se débarrasser du président américain... Aux États-Unis, la grogne anti-Obama a grimpé d’un cran la semaine dernière. Même le renommé chroniqueur du New York Times Thomas Friedman craint dorénavant pour la vie de son président. Il a écrit mercredi que le « climat » actuel en sol américain est le même « que celui qui existait en Israël » à la veille de l’assassinat du premier ministre Yitzhak Rabin. La Presse a joint James T. Patterson1, historien américain réputé, pour en discuter. Q La
Presse : Y a-t-il d’autres exemples, dans l ’ histoire américaine récente, où un président américain a été aussi rudement attaqué par ses adversaires ? R Ja mes T. Patterson : Je pense que oui. Nous avons vu ce genre de choses à plusieurs reprises dans l’histoire américaine. En particulier sous (le président démocrate) Franklin D. Roosevelt et dans les années 50 avec Joseph McCarthy (le sénateur républicain qui disait pourfendre les communistes). Et, plus récemment, quand les républicains ont tenté de destituer Bill Clinton, en 1998. Des propos excessifs ont alors été tenus par beaucoup d’Américains. Au sujet de Roosevelt, par exemple. On affirmait, parfois publiquement, mais plus souvent en privé, qu’il était un juif, un communiste, un socialiste. Ou qu’il voulait être un dictateur. De nombreux conservateurs le détestaient et ont fait tout ce qu’ils ont pu pour le chasser de son poste. Et à partir de la fin des années 40, McCarthy et ses alliés, y compris Richard Nixon, ont affirmé que le département d’État était bourré de communistes et d’espions. Ce n’est Ronald Kessler, Barack Obama est la cible de 30 menaces potentielles par jour. Historiquement, est-ce quelque chose d’unique ? R Il y a toujours la possibilité (d’un assassinat) et c’est pourquoi les services secrets sont si prudents. Le président William McKinley a été tué en 1901. Et bien sûr, en l’espace de quelques années, John Kennedy, Bobby Kennedy et Martin Luther King ont été tués. On a tenté de tuer le président Gerald Ford à deux reprises. On a tiré sur Ronald Reagan et il a presque été tué en 1981. Et il y a eu, j’en suis sûr, beaucoup de menaces de mort proférées contre nos présidents. Q Pensez-
vous, comme l’ancien président démocrate Jimmy Carter, que le racisme est à la source d’une partie des attaques personnelles contre Obama ? R Oui. J’en suis sûr. Le racisme est v ra iment moins virulent aujourd’hui. Les États-Unis ont fait énormément de chemin au cours des 50 dernières années. Mais il y en a encore. QL e
climat, les menaces... Êtes-vous inquie t, vous aussi ? R Certainement. Ça m’inqu iétera it même si je n’aimais pas le président. Mais je n’ai pas atteint le stade où je pense que c’est sans précédent. Je pense qu’il y a un nombre relativement petit de gens qui font vraiment beaucoup de bruit et qui ont attiré l’attention parce que des rassemblements publics ont été organisés. Un petit pourcentage de ces gens dit des choses très stupides. Et certains, en privé, envoient des menaces de mort. Mais je ne me réveille pas chaque matin en pensant que le président va être tué. 1. James T. Patterson a enseigné l’histoire à la prestigieuse Université Brown dans le Rhode Island, de 1972 à 2002. Au cours des dernières années, il a notamment publié deux essais sur l’histoire américaine contemporaine (de 1945 à l’élection de George W. Bush) qui ont été salués par la critique. Il s’apprête à publier un livre au sujet d’un célèbre rapport sur les Noirs aux ÉtatsUnis, intitulé The Negro Family, qui a fait grand bruit lorsqu’il a été rendu public en 1965, sous le président Lyndon B. Johnson.


Une douzaine de manifestants armés dans la foule  -  Nicolas Bérubé
DISCOURS D’OBAMA DEVANT 5500 VÉTÉRANS À PHOENIX
Le président a rappelé que la mission en Afghanistan est une mission « fondamentale »
LOS ANGELES — Des images saisissantes ont circulé hier sur les écrans des grandes chaînes américaines. Elles montraient des manifestants armés de fusils d’assaut et de revolvers, debout dans la foule de citoyens venus dénoncer un discours de Barack Obama à Phoenix, en Arizona.

Au total , 12 personnes armées ont été observées dans la foule, selon la station locale KTAR. Plusieurs centaines de personnes étaient venues manifester pour ou contre la réforme de l’assurance maladie proposée par le président Obama.
L’un des hommes, qui a dit s’appeler Chris, a expliqué simplement qu’il portait ses armes sur lui parce qu’il avait « le droit de le faire ». Des images diffusées à CNN montraient qu’il portait un fusil d’assaut AR-15 en bandoulière et un revolver à la ceinture.
Selon CNN, un autre homme non identifié avait un fusil d’assaut AR-15. La police locale et les agents fédérauxont dit garder un oeil sur les deux hommes.
« Si nous avons besoin d’intervenir, nous allons intervenir, a affirmé le détective J. Oliver au quotidien Arizona Republic. Le fait que des armes soient visibles alors que le président est en ville a déclenché beaucoup d’émotion. Nous nous occupons de maintenir l’ordre sur les deux fronts. » Personne n’a été arrêté.
En Arizona, les titulaires d’un permis de possession d’arme ont le doit de porter leur arme sur eux en public pourvu qu’elle soit visible. Hier, les manifestants n’ont pas été en contact avec le président, qui donnait un discours devant 5500 membres des Veterans of Foreign Wars (VFW) à l’intérieur du Phoenix Convention Center.
C’est la troisième fois cet été que des hommes armés prennent part aux manifestations autour d’activités officielles du président. La semaine dernière, à Portsmouth, au New Hampshire, deux hommes armés ont manifesté à l’extérieur d’une école secondaire où Barack Obama discutait avec les citoyens. Les agents des services secrets ont également arrêté un homme qui avait un couteau sur lui. Un fusil a été saisi dans sa voiture.
Selon le porte-parole des services secrets, Ed Donovan, le fait que des hommes armés manifestent dans des États permissifs au sujet du port d’arme, comme l’Arizona et le New Hampshire, n’a pas d’impact sur le programme de sécurité du président.
« Dans les deux cas, le sujet n’est pas entré à l’intérieur de nos sites ou n’a pas essayé de le faire. Ils se tenaient dans des lieux réservés au public. L’élément important ici, c’est que ces individus n’auraient pas pu entrer à l’intérieur avec une arme. »
L’Arizona, représenté au Sénat par John McCain, avait voté en faveur du candidat républicain aux élections présidentielles de novembre dernier. Barack Obama et le vice-président Joe Biden n’ont pas visité l’État durant la campagne.
Mission « longue et complexe »
À l’intérieur du Phoenix Convention Center, le président a rappelé que les Américains et leurs alliés sont en Afghanistan pour une mission « fondamentale » qui sera « longue et complexe ».
« L e s p r o b l è mes en Afghanistan ne sont pas survenus du jour au lendemain, a dit M. Obama. Et nous ne serons pas victorieux du jour au lendemain. Ce ne sera pas rapide. Ce ne sera pas facile. Mais nous ne devons jamais oublier. Ce n’est pas une guerre de choix. C’est une guerre de nécessité. Ceux qui nous ont attaqués le 11 septembre veulent nous attaquer à nouveau. »
Le président Obama poursuivait sa tournée dans l’Ouest américain. Ce week-end, la famille Obama a pu visiter le Grand Canyon.
M. Obama a aussi ironisé sur son intention d’appliquer à lui-même la rigueur budgétaire du gouvernement en indiquant qu’il était exclu que la MaisonBlanche acquière un nouvel hélicoptère présidentiel équipé d’une cuisine résistante à une frappe nucléaire, comme le voulait le Congrès.
« Laissez-moi vous dire que si les États-Unis étaient attaqués à l’arme nucléaire, la dernière chose qui me viendrait à l’esprit serait de me faire un lunch », a dit le président.
Selon des observateurs, les vétérans ont réservé un accueil « poli » à M. Obama.
Selon une journaliste du New York Times: « Les discours de George W. Bush étaient reçus avec beaucoup d’enthousiasme par les militaires. M. Obama a reçu un accueil plus réservé ici. Son discours a été interrompu occasionnellement par des applaudissements polis. »


DE LA HAINE D’OBAMA À LAVIOLENCE PHYSIQUE - RICHARD HÉTU
Dans un rapport confidentiel, le ministère américain de la Sécurité intérieure estime que la crise économique et l’élection de Barack Obama favorisent une résurgence possible de la violence associée à l’extrême droite aux États-Unis. La polémique autour d
«Nous avons, nous aussi, constaté une résurgence des activités des groupes d’extrême droite, particulièrement sur l’internet. (...) Ces sites alimentent la haine et la paranoïa, et certains individus y trouvent la motivation pour agir. »
— Ils avaient en commun la haine de Barack Obama, la passion des armes à feu et une frustration face à leur situation financière. Dans un élan de rage, ils ont semé la peur et la mort autour d’eux, abattant un total de sept personnes, dont cinq policiers, et en blessant plusieurs autres. Le cas de ces trois hommes devrait sonner l’alarme. Or, plusieurs Américains préfèrent ne pas entendre parler de la menace des extrémistes de droite qui vivent parmi eux.
Joshua Cartwright, 28 ans, est le dernier parano armé à avoir pété les plombs. Samedi dernier, au lendemain d’une violente dispute avec sa femme, ce réserviste de l’armée américaine a tué deux policiers venus l’arrêter dans le stationnement d’un club de tir de Crestview, en Floride. Il est mort peu après dans la ville voisine de DeFuniak Springs, à l’issue d’un échange de coups de feu avec des policiers de cette municipalité.
Cartwright avait des armes à feu et des couteaux cachés dans tous les recoins de sa maison, indique un rapport de police rédigé après sa mort. « Il croyait que le gouvernement américain conspirait contre lui » et « il était profondément troublé par l’élection de Barack Obama à la présidence », peut-on lire dans le document, qui cite la femme du disparu, Elizabeth Cartwright, 21 ans.
Deux jours avant sa mort, Joshua Cartwright avait perdu son emploi dans un magasin de téléphones.
Son histoire rappelle celle de Richard Poplawski. Le 4 avril dernier, ce chômeur de 22 ans, équipé de plusieurs armes, dont un fusil d’assaut AK-47, a ouvert le feu sur trois policiers qui s’étaient présentés à son domicile de Pittsburgh, en Pennsylvanie, pour répondre à un appel au sujet d’une dispute familiale. Après le drame, un de ses amis a confié à des journalistes que Poplawski n’était pas seulement furieux d’avoir été licencié; il était également inquiet face à la possibilité que l’administration Obama « empiète » sur les droits des citoyens et interdise les armes à feu.
Cette possibilité n’existait que dans sa tête.
La menace de l’extrême droite
Jim Adkisson, un chômeur de 58 ans, est probablement le premier extrémiste à avoir tué des gens après avoir exprimé, en juillet dernier, sa hantise des liberals, des démocrates et de leur candidat à la présidence, qu’il appelait « OussamaHusseinObama ». Dans un manifeste de quatre pages, il incitait ceux qui partagent ses vues à assassiner ces progressistes qui « tentent de transformer notre pays en État communiste ».
Après avoir rédigé son manifeste, Adkisson s’est rendu dans une église progressiste de Knoxville, dans le Tennessee, un fusil de chasse caché dans un étui de guitare. Il a tué deux personnes et en a blessé sept.
Des cas isolés? Il serait sans doute rassurant de le croire, mais le contexte économique et politique aux États-Unis favorise la « violence associée à une résurgence de l’extrême droite », selon un nouveau rapport du ministère américain de la Sécurité intérieure, qui cite le cas de Richard Poplawski, le tueur de Pittsburgh.
Distribué aux forces de l’ordre américaines, le document n’appelle pas seulement à la vigilance contre « les loups solitaires » à la Timothy McVeigh, auteur de l’attentat contre le siège du gouvernement fédéral d’Oklahoma City, en 1995, mais également contre les groupes d’extrême droite qui profitent du « ralentissement économique » et de « l’élection du premier président noir » pour recruter de nouveaux membres.
Selon ce rapport daté du 7 avril, le ministère de la Sécurité intérieure « n’a aucune information précise selon laquelle des terroristes américains seraient en train de préparer des actes de violence », mais les extrémistes de droite « pourraient attirer de nouvelles recrues en jouant sur les peurs liées à plusieurs questions nouvelles », dont l’immigration clandestine et le contrôle des armes à feu.
Le rapport , qui a fait l’objet d’une fuite, précise que les groupes extrémistes pourraient également miser sur la difficile réintégration des soldats qui reviennent d’Irak et d’Afghanistan pour trouver de nouveaux membres.
Cette dernière mention a fait bondir plusieurs conservateurs, dont le chef de file de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, John Boehner, qui a reproché au ministère de la Sécurité intérieure d’avoir qualifié les vétérans d’Irak et d’Afghanistan de « terroristes potentiels ». Des associations d’anciens combattants ont également exigé et obtenu des excuses de la ministre
Janet Napolitano, qui a défendu les conclusions du rapport avant de déplorer la façon dont elles avaient été présentées.
Au bout du compte, la polémique autour du document aura éclipsé l’appel à la vigilance qu’il contenait, une tournure qui a déçu les spécialistes de l’extrémisme aux États-Unis.
« Nous avons été consternés de voir le rapport faire l’objet d’autant de critiques, car nous croyons qu’il visait juste », dit Deborah Lauter, directrice des droits civiques à la Ligue anti-diffamation. « Nous avons, nous aussi, constaté une résurgence des activités des groupes d’extrême droite, particulièrement sur l’internet. Cela nous inquiète parce que leurs sites influencent des gens qui ne sont pas nécessairement des membres. Ces sites alimentent la haine et la paranoïa, et certains individus y trouvent la motivation pour agir. »
RichardPoplawski, qui fréquentait des sites racistes et antisémites, fait peut-être partie de cette catégorie. Jim Adkisson, lui, semblait se fier davantage à des vedettes médiatiques qui s’offusqueraient d’être associées à l’extrême droite. Dans sa voiture, les policiers ont notamment trouvé des livres de Bill O’Reilly et de Sean Hannity, deux animateurs de la chaîne d’information Fox News qui, chaque soir de la semaine, mettent en garde les téléspectateurs contre les dangers et les méfaits de Barack Obama et de ses alliés « socialistes ». Glenn Beck, un de leurs collègues, va plus loin en accusant le président de « marxisme » ou de « fascisme ».
Peut-on également les accuser d’alimenter la haine et la paranoïa?
« Nous avons déjà remarqué, dans le débat sur l’immigration, une rhétorique extrémiste dans certains médias de masse, répond Deborah Lauter. Je pense que nous assistons au même phénomène depuis l’élection d’Obama. »

Rhétorique extrémiste
« Notre gouvernement ne nous mène pas sur la voie du socialisme ou du communisme. (...) Il nous mène vers une forme non violente de fascisme. Qu’on le veuille ou non, le fascisme connaît une résurgence. » – Glenn Beck, animateur de Fox News « Nous avons pour président un tout-nu de marxiste. » – Michael Savage, animateur de radio « Soyons sérieux : toutes l es supputations selon lesquelles Obama est le véritable antéchrist seront confirmées ou infirmées le jour où quelqu’un réussira à abattre ce fils de pute. » – Le site Free Republic « Ces fous au Montana qui disent : " Nous allons tuer des agents fédéraux parce que l’ONU est sur le point de conquérir le monde", eh bien ! ils commencent à avoir raison. » – Dick Morris, commentateur de Fox News


Les exorcistes américains -  FRÉDÉRICK  GAGNON
L’assassinat du Dr Tiller ravive la guerre entre pro-vie et pro-choix
Le président Obama aura plus de difficulté à prôner avec succès son discours rassembleur.
L’L’auteur est professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal et directeur adjoint de l’Observatoire sur les ÉtatsUnis de la chaire Raoul-Dandurand. assassinat du médecin George Tiller, survenu dimanche, n’était pas le premier, ni le dernier épisode de la guerre que se livrent les militants pro-vie et pro-choix aux ÉtatsUnis. Barack Obama a certes été élu à la présidence, mais la société américaine n’a pas autant changé qu’on pourrait le croire et n’est pas soudainement devenue un « paradis progressiste ». La guerre culturelle américaine continuera effectivement à battre son plein et les acteurs de cette guerre, les « exorcistes américains », poursuivront leur lutte au grand dam d’Obama.
Victoria Pay se recueille devant la Clinique de santé pour femmes de Wichita, au Kansas, propriété du Dr George Tiller. Le médecin, spécialisé dans les avortements tardifs, a été assassiné dimanche dernier.
L’objecti f des « exorcistes américains » est simple : protéger les valeurs traditionalistes de la société américaine sur des enjeux aussi divers que l’avortement, le mariage gai, l’enseignement de la théorie de l’évolution dans les écoles et l’euthanasie. Répondant à l’appel lancé par l’ultraconservateur Pat Buchanan en 1992, ils mènent une guerre religieuse visant à expurger la société américaine de ses « démons » progressistes et séculiers – par exemple, les médecins qui pratiquent l’avortement, les féministes, les militants pour le mariage gai ou encore les réalisateurs hollywoodiens qui « banalisent » la consommation de drogues au cinéma.
Les « exorcistes » sont ainsi de plusieurs types et brandissent le crucifix pour diverses raisons. Il s’agit parfois du président lui-même, comme l’a démontré George W. Bush en proposant l’adoption d’un amendement constitutionnel interdisant le mariage gai. Mais on compte aussi parmi eux des juges qui, à l’instar d’Ashley McKathan, insistent pour afficher les 10 commandements sur leur robe de magistrat; des pasteurs qui, comme Becky Fischer, invitent les chrétiens préadolescents à rejeter l’homosexualité ; ou encore des blogueurs qui, comme Kevin McCullough, s’insurgent contre la nudité dans les jeux vidéo comme Mass Effect. Pour les « exorcistes » , les élites laïques et libérales se sont emparées du pouvoir et sont en train de détruire les fondements spirituels de la société.
C’est du moins l’avis de celui qui peut être qualifié « d’exorciste américain par excellence », c’est-à-dire Bill O’Reilly, l’animateur de The O’Reilly Factor, une émission d’affaires publiques que plus de trois millions d’Américains regardent quotidiennement sur Fox News. Dans un livre intitulé Culture Warrior, O’Rei l ly expl ique que les « t radit ional istes » comme lui doivent lutter contre les « progressistes sécul iers » . Il méprise ainsi ceux qu’il appelle les « extrémistes de gauche » de la ville de San Francisco, esquinte les artistes rock comme Marylin Manson d’inciter les jeunes à adopter un style de vie dévergondé et accuse les médecins pratiquant l’avortement de s’adonner à des « pratiques barbares ».
George Tiller était d’ailleurs l’une des cibles préférées d’O’Reilly, qui l’avait surnommé « Tiller le tueur de bébés » et qui n’hésitait pas à affirmer que le médecin « détruisait des foetus pour 5000 dollars » et était « l’équivalent moral d’al-Qaeda ».
Il serait certes exagéré d’affirmer que la rhétorique – incendiaire et haineuse – d’O’Reilly a eu une influence directe sur l’assassin de Tiller. Mais i l ne fa i t aucun doute que The O’Reilly Factor incite les Américains à radical iser leurs posit ions sur les enjeux de la guerre culturelle. En effet, comment demander à un amateur de cette émission de faire preuve de modération à l’égard d’un Américain pro-choix quand on lui répète soir après soir que les groupes pour l’avortement « exécutent des bébés » et sont l’équivalent de Hitler ?
À l’inverse, le meurtre de Tiller incitera aussi les individus et groupes de gauche à croire que tous les militants pro-vie sont des êtres « jusqu’au-boutistes » et « dérangés ». Barack Obama aura ainsi plus de difficulté à prôner avec succès son discours rassembleur.
Mais les républicains subiront aussi les contrecoups des événements de dimanche. Il sera effectivement ardu de faire campagne contre l’avortement en 2010 et en 2012 sans raviver le triste souvenir de l’assassinat. Voilà une bien mauvaise nouvelle pour un parti déjà en déroute qui souhaitait utiliser la rhétorique de la guerre culturelle pour enregistrer des gains électoraux.






Vives réactions aux États-Unis
Assassinat d’un médecin spécialisé en avortements tardifs - NICOLAS BÉRUBÉ
LOS ANGELES
L’assassinat d’un médecin pratiquant des avortements tardifs dans une clinique du Kansas, dimanche, a déclenché les passions aux États-Unis. Hier, des témoignages de sympathie ont été émis dans tout le pays.
La Kansas Coalition for Life respecte la vie de tous les êtres humains, même celle du Dr Tiller, abattu d’une balle à la tête, dimanche. C’est pourquoi ses membres vont prier pour sa rédemption, mais non pour celle de son meurtrier explique l’affiche déposée aux abords de la clinique.
Le président Obama a vivement condamné le crime haineux. « Je suis choqué et dégoûté par le meurtre du Dr George Tiller, survenu alors qu’il était à l’église, dimanche matin. Peu importe les différences au sujet de l’avortement, on ne peut rien résoudre en ayant recours à des actes de violence. »
Les groupes anti-avortement ont dénoncé le meurtre, mais ont appelé du même souffle les militants pro-vie à ne pas cesser de dénoncer les médecins qui pratiquent les avortements.
Le fondateur du groupe Operation Rescue, Randall Terry, a dit que le tueur avait commis un « acte lâche et déplorable ». Il a ajouté que le Dr Tiller était « un meurtrier en série qui a récolté ce qu’il avait semé ».
Le Dr Tiller distribuait des feuillets paroissiaux dans le hall de son église, dimanche matin, quand un homme a fait irruption et lui a tiré une balle dans la tête, avant de prendre la fuite.
Peu après, la police a arrêté Scott Roeder, 51 ans, qui sera accusé du meurtre de George Tiller. Roeder avait une attitude « oeil pour oeil, dent pour dent » envers les médecins qui pratiquent des avortements. Son frère a affirmé que le suspect avait de « profondes opinions anti-avortement et anti-gouvernement » et qu’il avait souffert de diverses maladies mentales dans sa vie.
Le docteur George Tiller était l’une des cibles favorites des militants pro-vie, qui se réunissaient quotidiennement devant sa clinique, au centre-ville de Wichita, au Kansas. En 1993, il a été atteint par balles aux deux bras devant sa clinique.
Le Dr Tiller, 67 ans, était propriétaire de l’une des trois cliniques aux États-Unis qui pratiquent des avortements sur des patientes enceintes de 20 semaines ou plus. Il se spécialisait dans l’interruption de la grossesse des femmes enceintes d’un bébé affreusement déformé ou ayant des incapacités cérébrales majeures.
Menaces de Fox News
Le travail du Dr Tiller a été dénoncé fréquemment sur le réseau conservateur Fox News, où l’animateur et commentateur Bill O’Reilly avait lancé une véritable croisade contre lui, le traitant de « nazi » et de « tueur de bébés » sur les ondes.
En 2005, M. O’Reilly a dit que quiconque ne travaillait pas activement à stopper le Dr Tiller « avait du sang sur les mains ».
La clinique du Dr Tiller était gardée 24 heures par jour par une voiture de patrouille. Des gardes armés se tenaient à l’entrée et chaque visiteur devait franchir un détecteur de métal. Au fil des ans, plusieurs patientes ont rapporté s’être fait harceler violemment par des militants pro-vie devant le terrain de la clinique.
Le procureur en chef des ÉtatsUnis, Eric Holder, a donné le mandat aux policiers fédéraux d’augmenter la sécurité de certaines cliniques d’avortement et des médecins qui y travaillent.
Hier, un médecin du Nebraska, qui pratiquait quelques jours par semaine à la clinique du Dr Tiller, a dit avoir l’intention de poursuivre le travail de son collègue. La clinique devrait rouvrir ses portes lundi prochain, a-t-il assuré.

ATTENTATS ANTIAVORTEMENT AUX ÉTATS-UNIS
> 1993: Le docteur David Gunn est tué d’une balle dans le dos alors qu’il se rend à sa clinique, en Floride. > 1994: Quatre personnes sont tuées dans deux fusillades dans des cliniques d’avortement, en Floride et au Massachusetts. > 1998: Barnett Slepian, obstétricien de New York, est tué par un tireur embusqué alors qu’il se trouve chez lui avec sa famille. Source: National Abortion Federation

Fusillade au musée de l’Holocauste
WASHINGTON
— Un homme présenté par les médias américains comme un octogénaire prônant la supériorité de la race blanche a ouvert le feu au musée de l’Holocauste de Washington, provoquant la mort d’un agent de sécurité et semant la panique dans le coeur touristique de la capitale.
« Il est mort », a déclaré un porte-parole de la police au sujet de l’agent de sécurité, précisant que le tireur également hospitalisé après avoir été atteint par balle lors de la fusillade se trouvait « toujours dans un état critique ».
Selon les premiers éléments recueillis sur place auprès de témoins et des autorités, l’homme est entré dans le musée de l’Holocauste armé d’un fusil et a tiré, blessant l’agent de sécurité et provoquant la riposte des autres gardiens tandis que les visiteurs paniqués se mettaient à couvert.
Selon trois télévisions américaines, le tireur est un homme de 88 ans, identifié comme étant James Von Brunn. Connu pour avoir des liens avec des milieux prônant la supériorité de la race blanche et des organisations antigouvernementales, il a fait de la prison pour être entré muni d’un revolver à la banque centrale américaine en 1981.
Ni le FBI , ni la police, ni le maire de Washington n’ont cependant confirmé ces informations ni donné le moindre détail sur le suspect.
Selon Mark Potok, spécialiste des groupes d’extrême droite américains interrogé sur CNN, Von Brunn est une figure de ces milieux et défend dans ses écrits la thèse selon laquelle « les juifs contrôlent tous les autres groupes déplaisants, les Noirs, les basanés, les Jaunes, les gais (...) dans le but de détruire l’Amérique blanche et chrétienne au profit des juifs ». Ces groupes « sont très actifs depuis quelques mois », et notamment depuis l’élection de Barack Obama, le premier président noir des États-Unis, a souligné M. Potok.
Cette fusillade intervient quelques jours seulement après une visite du président américain au Moyen-Orient et en Europe, où il a rendu hommage aux victimes de l’Holocauste en visitant le camp d’extermination de Buchenwald en Allemagne.
Plus de 30 millions de personnes ont visité le musée de l’Holocauste depuis son ouverture en 1993, dont 85 chefs d’État.
L’amba s s ade d’ I s r a ë l à Washington a condamné la fusillade dans un communiqué, se disant « choquée et attristée » et indiquant « suivre la situation de près ».




SLAB CITY - La « dernière ville libre d’Amérique » -  Nicolas Bérubé
  À la fin des années 40, des ex-militaires ont monté un campement sur le terrain d’une ancienne base de l’armée américaine dans le désert de la Californie. Au fil du temps, « Slab City » a grossi, pour devenir une communauté formée de voyageurs,
« Il n’y a rien ici, ça n’a pas de valeur financière, alors l’État nous laisse faire. »
SLAB CITY, Californie — On arrive à Slab City par la California State Route 111, une autoroute à deux voies qui semble venir de nulle part et ne mener nulle part.
Perdue au milieu de nulle part en Californie, Slab City ressemble à un terrain de camping qui tente de se relever au lendemain d’une guerre nucléaire.
Près de cette route se trouve un campement composé de dizaines de roulottes munies de panneaux solaires faits maison. De Westfalia tapissés de coquillages et montés sur quatre blocs de ciment. De clôtures faites avec de vieux fuselages d’avions de chasse et surmontées d’enjoliveurs qui brillent au soleil.
On ne trouve pas de poteaux électriques. Pas d’eau courante. Pas de routes asphaltées. Pas de commerces. Pas de bureau d’accueil.
Le thermomètre de la voiture indique 44 degrés à l’ombre, et il n’y a pas beaucoup d’ombre.
Au détour de la route poussiéreuse s’élève une habitation faite de plusieurs roulottes mises bout à bout. La sonnette d’entrée consiste en une vieille cloche de métal et un marteau rouillé.
Une femme dans la cinquantaine répondauson strident. Elle dit s’appeler Carol et habiter à Slab City depuis huit ans.
« C’est un bel endroit, dit-elle, un endroit calme. Les gens laissent leurs voisins tranquilles et vice versa. »
Devant sa maison se trouve un petit puits décoratif dont les parois sont recouvertes de pierres taillées avec soin. Le puits est profond d’environ 60 cm. Il est aussi sec que les milliers de kilomètres carrés de désert qui l’entourent.
« On espère le finir un jour, lance Carol, pince-sans-rire. Pour l’instant, on l’appelle notre puits à souhaits. »
Vision post-nucléaire
Slab City ressemble à un terrain de camping qui tente de se relever au lendemain d’une guerre nucléaire. À part quelques arbres et buissons, il n’y a pratiquement pas de verdure.
Au centre du campement, une salle de spectacles en plein air est meublée avec des sièges d’autobus et des sofas défoncés. Une petite bibliothèque libre-service dans une caravane possède des centaines de livres et de magazines, dont tous les numéros du National Geographic publiés entre juillet 1977 et mai 2003.
Le terrain appartient à l’État de la Californie, et a servi de base militaire pour l’entraînement des soldats durant la Seconde Guerre mondiale. Après la fermeture et la démolition de la base, l’endroit a été abandonné. D’ex-soldats ont décidé d’y vivre. Le campement évolue depuis. Il n’y a pas de taxes à payer, pas d’impôts. La population atteint 500 âmes en hiver et tombe à 150 l’été, quand la chaleur paralyse tout. Le désert semble appartenir à tout le monde et à personne à la fois.
« Il n’y a rien ici, ça n’a pas de valeur financière, alors l’État nous laisse faire », lance Danny Cook, homme aux yeux bleus perçants qui a le regard triste et la poignée de main ferme.
Âgé de 56 ans, M. Cook a été machiniste, homme à tout faire, barbier. Il y a trois ans, il a appris qu’il était atteint d’un cancer du foie inopérable. Il a déménagé de San Diego à Slab City parce qu’il ne pouvait plus travailler et avait besoin d’un endroit où poser sa roulotte.
Depuis, il s’est installé des panneaux solaires pour faire fonctionner son ventilateur et recharger son rasoir. Il a accroché une douche dans un arbre derrière chez lui. M. Cook remplit ses citernes d’eau à la station-service du village de Niland, à 10 minutes de route, et donne 10$ au pompiste pour qu’il le laisse faire.
L’an dernier, il a acheté de la terre et des mottes de gazon pour faire un jardin, protégé du soleil par un toit en bois peint. Il lui a fallu creuser un mètre dans le sol sec du désert avant de mettre la terre. Ces jours-ci, M. Cook récolte des courgettes, des asperges, des tomates, de la coriandre et plusieurs variétés de fleurs.
Son médecin lui a dit que les métastases sur son foie sont maintenant grosses comme des balles de golf. Il pense que l’année 2009 sera la dernière de sa vie.
« Mon degré d’énergie diminue, dit-il. Je suis heureux d’être ici et d’avoir mon jardin. Je me dis que réussir à faire un jardin au milieu du désert, c’est quand même un accomplissement. »
La fête au village
Chaque samedi soir, les habitants de Slab City font la fête. Ils se réunissent dans un endroit appelé The Range, une sorte de scène extérieure. Il y a des spectacles et des jeux. Une pancarte délavée par le soleil indique qu’il est préférable d’être « habillé chic » pour l’occasion.
« Les femmes qui ne possèdent pas de robe chic peuvent en emprunter une en appelant Bob The Builder », note l’affiche. Bob The Builder est un ex-militaire dans la soixantaine qui parle fort et aime sa bière bien froide. Il habite à Slab City « depuis des années » et offre ses services de réparateur en tout genre aux habitants.
L’été, le mercure dépasse les 45 degrés à Slab City. Une température que la plupart des gens ne peuvent tolérer, dit-il. « L’été, les saisonniers repartent, et il n’y a que nous qui restons. L’endroit redevient plus calme. Cette année, avec la crise économique, les gens sont plus nombreux à rester. Le fait de ne pas payer de loyer est très attirant. »
Cette semaine, Bob a passé son temps à apprendre une chanson de Neil Young à la guitare. Il espère pouvoir la jouer à la fête, samedi soir.
Slab City, dit-il, est le dernier territoire libre d’Amérique.
« J’aime penser qu’on est libres et que nous vivons une belle vie. Ma copine dit plutôt qu’il s’agit de la fin du rouleau. Dans la vie, voyez-vous, tout est relatif. C’est une question de point de vue. »



LeNew Jersey éclaboussé par un nouveau scandale  - Richard Hétu
Quarante-quatre personnes, dont trois maires et cinq rabbins, arrêtées dans un coup de filet spectaculaire
NEW YORK
S’il y a un État américain dont il est difficile de ternir encore plus la réputation, c’est bien leNewJersey, qui a produit au fil des ans quantité de politiciens corrompus, d’avocats véreux et de mafieux impénitents.
Parmi les 44 personnes arrêtées, 15 ont été accusées d’avoir participé à un réseau de blanchiment d’argent qui a des ramifications jusqu’en Israël et en Suisse. L’argent blanchi provenait notamment de la vente d’organes et de faux sacs à main Gucci et Prada, selon le procureur fédéral Ralph Marra.
Et pourtant, depuis hier matin, l’État de Tony Soprano est éclaboussé par un scandale qui ferait probablement honte au mafioso de la série télévisée de HBO. Dans un coup de filet spectaculaire qui a commencé à l’aube, le FBI a arrêté pas moins de 44 personnes pour corruption, blanchiment d’argent ou trafic d’organes, dont les maires d’Hoboken, de Secaucus et de Ridgefield, ainsi que cinq rabbins.
Le maire d’Hoboken, Peter Cammarano, âgé de 31 ans, a été interpellé 23 jours seulement après son investiture. Il est accusé d’avoir accepté un pot-de-vin de 25 000$, dont 10 000$ lui ont été versés jeudi dernier, selon le procureur fédéral du New Jersey. Sa ville, qui a vu naître Frank Sinatra, est située sur la rive opposée à celle de Manhattan.
Au total, 19 élus et responsables locaux ont été arrêtés pour corruption.
« Ces personnalités politiques se sont vendues », a déclaré Ralph Marra, le procureur fédéral. « Elles vivaient dans un monde où l’éthique était inexistante. »
« Le problème de corruption dans l’État du New Jersey est l’un des pires, voire le pire dans la nation », a déclaré, de son côté, Ed Kahrer, un des responsables de l’enquête au sein du FBI. « La corruption est un cancer qui détruit les valeurs fondamentales de l’État. »
Les 15 autres personnes arrêtées ont été accusées d’avoir participé à un réseau de blanchiment d’argent qui des ramifications jusqu’en Israël et en Suisse. Au cours des 10 dernières années, ce réseau aurait recyclé des dizaines de millions de dollars par l’entremise d’oeuvres caritatives contrôlées par des rabbins du New Jersey et de Brooklyn, dans l’État de New York. L’argent blanchi provenait notamment de la vente d’organes et de faux sacs à main Gucci et Prada, selon Ralph Marra.
Ces religieux juifs « ont dissimulé leurs vastes activités criminelles derrière une façade de respectabilité », a déclaré le procureur fédéral.
Un homme de Brooklyn, Levy Izhak Rosenbaum, a été accusé de trafic d’organes pour avoir convaincu des donneurs israéliens de lui vendre pour 10 000$ des reins qu’il revendait 160 000$.
Un « témoin coopératif »
Le FBI enquêtait depuis 10 ans sur le réseau de blanchiment d’argent lorsqu’il s’est assuré l’aide d’un « témoin coopératif », il y a deux ans. Celui-ci aurait réussi à berner des membres de la communauté juive syrienne du New Jersey et de NewYork en se faisait passer pour un homme d’affaires ayant de l’argent sale à recycler.
Ce même témoin coopératif a également aidé le FBI en piégeant les élus et les responsables du New Jersey qui ne demandaient pas mieux que de recevoir des pots-de-vin pour faire avancer ses dossiers, selon les autorités. Il se faisait passer pour un promoteur immobilier auprès d’eux.
Le procureur fédéral n’a pas identifié le témoin coopératif, mais tout indique qu’il s’agit de Solomon Dwek, fils d’un rabbin qui dirige la synagogue de Deal, dans le New Jersey. Dwek, âgé de 36 ans, est lui-même à la tête d’une école religieuse. Il fait face depuis 2006 à des accusations de fraude bancaire pour avoir tenté d’encaisser un faux chèque de 25 millions de dollars.
Le scandale ne touche pas seulement des édiles municipaux. Joseph Doria, membre de l’administration du gouverneur démocrate du New Jersey Jon Corzine, a démissionné de son poste hier après que la police eut perquisitionné à son domicile. Doria luimême n’a pas été arrêté dans le coup de filet.
Cette affaire tombe mal pour le gouverneur Corzine, qui fera face au jugement de l’électorat en novembre prochain.
« Toute corruption est inacceptable », a-t-il déclaré dans un communiqué. « L’ampleur de la corruption dont nous sommes témoins est tout simplement révoltante et ne peut pas être tolérée. »
Durant toute la journée, les chaînes de télévision new-yorkaises ont montré les images des élus du New Jersey, menottes au poignet, montant à bord d’un autobus qui devait les conduire vers Newark, leur lieu de détention, aux côtés de rabbins en habit traditionnel.
L’un des religieux arrêtés, Saul Kassin, est le grand rabbin de la communauté juive syrienne des États-Unis. Il dirige une synagogue à Brooklyn.




Nancy Reagan dit « parler à son mari » -  Nicolas Bérubé
L’ex-première dame des ÉtatsUnis, Nancy Reagan, soutient voir apparaître son mari certaines nuits dans sa demeure de Bel Air, dans l’ouest de Los Angeles.
L’ancien président Ronald Reagan et son épouse Nancy, dans la limousine présidentielle. La photo a été prise le 6 février 1984. M. Reagan est mort en 2004. Il avait 93 ans.
« Cela peut sembler étrange, mais des fois, je me réveille et Ronnie est là... Je commence à lui parler et je peux le voir. »
C’est là une des confidences surprenantes que fait Mme Reagan dans une entrevue à paraître dans le numéro de juillet du magazine Vanity Fair et dont des extraits ont été rendus publics. Très lucide malgré ses 87 ans, l’ex-première dame y exprime son opinion sur Barack Obama et parle du coup de fil que lui a passé la nouvelle première dame du pays.
Mme Reagan, qui n’aime pas voyager, dit qu’elle aurait aimé être invitée à la Maison-Blanche quand le président Obama a annoncé la levée de l’embargo sur le financement de la recherche sur les cellules souches, au mois de mars. Nancy Reagan mi l ite depuis longtemps en faveur de ce type de recherche, qui pourrait permettre de guérir la maladie d’Alzheimer, dont souffrait son mari.
« Je serais allée à Washington et vous savez que je n’aime pas me déplacer. Sur le plan politique, il aurait été bien que le président m’invite. Mais bon. Personne n’est parfait. Il m’a téléphoné pour me remercier, mais il aurait pu faire plus de kilométrage avec la nouvelle si j’avais été là. »
Nancy Reagan s’est rendue hier à la Maison-Blanche, où le président Obama a annoncé la mise sur pied d’un comité chargé de commémorer le 100e anniversaire de la naissance de Ronald Reagan, en 2011.
Impressionnée par Obama
Dans son entrevue à Vanity Fair, Mme Reagan dit avoir été impressionnée par la campagne d’Obama l’an dernier. « Je pense qu’il a mené la meilleure campagne présidentielle que j’aie vue de ma vie. Disciplinée, organisée, une très, très bonne campagne. »
Mme Reagan a toutefois voté pour John McCain, ce qui a dû être difficile : sa famille a coupé les ponts avec McCain quand ce dernier a divorcé de sa première femme, Carol, très proche des Reagan.
Nancy Reagan occupe une place importante dans l’imaginaire des Américains. Elle est en quelque sorte la « première grand-mère » du pays. Les politiciens, démocrates comme républicains, prennent soin de la traiter avec révérence.
Michelle Obama lui a téléphoné après les élections et les deux femmes ont eu une conversation de 45 minutes.
« Elle voulait des conseils, des suggestions, a dit Mme Reagan. J’étais heureuse de lui parler. Je lui ai suggéré de faire des soupers d’État. C’est agréable. Vous avez des serviteurs, alors il n’y a rien à faire. Et l’on a du bon temps. On peut faire des affaires. C’est comme ça que Washington fonctionne. »

Mme Reagan a eu des propos touchants pour son mari, décédé en 2004. « Je m’ennuie beaucoup de Ronnie... Les gens disent que ça s’améliore avec le temps. Non, ça ne s’améliore pas. »


Retour sur une campagne mémorable -  Richard Hétu
Le livre de Wolffe ne contient pas de grandes révélations mais foisonne d’anecdotes inédites, comme ce face-à-face entre Obama et son pasteur, Jeremiah Wright.
Le 13 décembre 2007: à quelques heures d’un débat télévisé en Iowa, où aura lieu le premier rendez-vous électoral de la campagne présidentielle de 2008, Hillary Clinton croise Barack Obama sur le tarmac de l’aéroport RonaldReagan, près de Washington.
La sénatrice de New York demande à parler à son rival afin de s’excuser auprès de lui pour les propos de Bill Shaheen, un conseiller de sa campagne au New Hampshire. Celui-ci a déclaré la veille que, si Obama devient candidat démocrate à l’élection présidentielle, le camp républicain va certainement exploiter ses anciennes expérimentations avec la drogue.
Au lieu d’accepter ces excuses, Obama profite de l’occasion pour se plaindre à l’ex-First Lady de la campagne de dénigrement dont il croit faire l’objet. Une campagne qui inclurait un courriel transmis par un des bénévoles de sa rivale en Iowa, dans lequel on le décrit comme un musulman.
L’accusation fait bondir Hillary Clinton, qui se met à gesticuler et à critiquer les coups bas de son adversaire et de son entourage. Obama tente alors de la calmer en plaçant une main sur son bras. Elle a un mouvement de recul, comme si elle trouvait ce geste condescendant ou envahissant, ou les deux à la fois.
En montant dans son avion, quelques instants plus tard, le sénateur de l’Illinois est envahi par un sentiment d’émerveillement. « Je n’avais jamais vu cette inquiétude dans son regard auparavant », dit-il à ses principaux conseillers en s’installant dans son siège. « Je pense que nous pouvons gagner cette course. »
Flair et ambition
L’anecdote est tirée de Renegade : The Making of a President, le premier livre sur la campagne présidentielle de 2008, l’une des plus passionnantes de l’histoire américaine. L’auteur, Richard Wolffe, ancien journaliste à l’hebdomadaire Newsweek, a devancé de nombreux concurrents en le faisant paraître mardi. Son récit de la rencontre impromptue entre les deux grands rivaux démocrates tend à démontrer que le tact et le charme de Barack Obama ne sont peut-être pas aussi infaillibles ou redoutables que son flair et son ambition politiques.
Le titre de l’ouvrage de Wolffe – Renegade – fait référence au nom de code qu’utilisent les agents des Services secrets pour désigner le sénateur de l’Illinois. En anglais, l’expression peut s’appliquer à quelqu’un qui rejette les conventions. Comme l’explique l’auteur, cette acception convient bien à Obama, obscur politicien de Chicago au nom et aux origines exotiques qui a bâti une redoutable machine électorale en mettant en pratique les leçons tirées de son expérience de travailleur communautaire.
Le sous-titre du livre – The Making of a President – est une allusion évidente à la série d’ouvrages de Theodore White consacrés aux élections présidentielles de 1960 à 1972. C’est d’ailleurs Obama lui-même qui a conseillé à Wolffe d’écrire ce livre après son fameux discours sur la question raciale à Philadelphie, en mars 2008.
« Pourquoi n’écris-tu pas un livre sur la campagne ? Comme Theodore White. Ce sont des livres extraordinaires », a déclaré le futur président, qui allait accorder une douzaine d’entrevues exclusives à Wolffe au cours des mois suivants.
Renegade n’est pas aussi complet que les livres de White. L’auteur ne passe pas beaucoup de temps avec les rivaux d’Obama, y compris le républicain John McCain, et escamote des étapes importantes de la course à l’investiture démocrate, dont les primaires de Pennsylvanie, de Caroline-duNord et du Missouri. Mais Wolffe écrit bien et n’a pas de mal à accrocher le lecteur en racontant l’étonnante ascension de Barack Obama.
Pasteur Wright
Son livre ne contient pas de grandes révélations mais foisonne d’anecdotes inédites, comme ce face-à-face entre le candidat et son pasteur, Jeremiah Wright. Les deux hommes se sont en effet rencontrés à Chicago avant la conférence de presse catastrophique de Wright au National Press Club de Washington en avril 2008.
Obama avait déjà prononcé son discours sur la question raciale et craignait que la résurgence de son pasteur ne ramène sur le tapis une controverse qu’il croyait avoir enterrée.
« Écoutez, vous êtes un pasteur, vous avez votre propre rôle à jouer, a déclaré Obama à Wright. Mais je peux vous dire comment fonctionne la politique au temps des blogues et des chaînes d’info continue. Vous devez vous attendre à ce que cela se transforme en cirque médiatique. »
Et Wright s’est assuré qu’il en soit ainsi en répétant ses propos les plus controversés. Le lendemain, Barack Obama rompait avec lui une bonne fois pour toutes.
Le reste, comme on dit, fait désormais partie de l’histoire.



La vie après la Maison-Blanche  -  Richard Hétu
Si Jimmy Carter est considéré par certains comme le meilleur ex-président, il n’est pas le premier, en revanche, à tenter de racheter une présidence plus ou moins réussie par son action après son départ de la Maison-Blanche.
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK— En 1787, Alexander Hamilton, un des pères fondateurs des États-Unis, prédit que les anciens présidents allaient errer « comme des âmes en peine ». John Quincy Adams, qui fut élu à la Maison-Blanche en 1824, lui donna raison en affirmant qu’il n’y avait « rien de plus pathétique dans la vie qu’un ancien président ».
L’ancien président Bill Clinton était de passage en Haïti en juillet dernier à titre d’envoyé spécial de l’ONU dans ce pays. Pour certains analystes, Bill Clinton pourrait bien rivaliser avec Jimmy Carter, voire le surpasser, en tant qu’exprésident de première valeur.
De toute évidence, Hamilton et Adams ne croyaient pas à la vie après la présidence américainepour ceux qui y avaient goûté. Pourtant, comme Adams allait lui-même le prouver en siégeant pendant 18 ans à la Chambre des représentants, où il lutta notamment contre l’esclavage, plusieurs anciens présidents ont mené des existences remarquables après leurs années au 1600, Pennsylvania Avenue.
Et Bill Clinton, qui a retenu l’attention cette semaine en obtenant la libération de deux journalistes américaines détenues en Corée du Nord, entre dans cette catégorie, selon Max Skidmore, auteur de After the White House, un ouvrage publié en 2004 sur la vie des anciens présidents en tant que « citoyens privés ».
« S’il continue dans la même direction avec sa Clinton Global Initiative, il rivalisera certainement avec Jimmy Carter, s’il ne le surpasse pas, en tant qu’ex-président de première valeur. Pour le moment, je dirais que Carter mène la carrière d’ex-président la plus remarquable depuis John Quincy Adams et William Howard Taft », a déclaré Skidmore, qui est également politologue à l’Université du Missouri, lors d’un entretien téléphonique.
Huit ans après son départ de la Maison-Blanche, Taft fut nommé président de la Cour suprême, poste qu’il occupa pendant neuf ans et qu’il préféra de beaucoup à la présidence. Il est l’un des 33 présidents qui ont terminé leur mandat avant d’entrer dans ce que l’un d’eux, Herbert Hoover, a appelé « le syndicat le plus exclusif du monde ».
Plusieurs membres du club des ex ont certes préféré se retirer de la vie publique. Lyndon Johnson et Ronald Reagan ont fait partie de cette catégorie. George Bush père, de son côté, a prononcé quelques discours bien rémunérés, collaboré à deux livres et lancé avec Bill Clinton un fonds pour aider les pays d’Asie touchés par le tsunami de 2004. Mais il mène la vie d’un retraité typique, exception faite de ses sauts occasionnels en parachute.
Son fils a envoyé des messages contradictoires à propos de sa vie d’ex-président. D’un côté, il entend rester actif, s’étant engagé à écrire ses mémoires et à créer à Dallas un musée dédié à sa présidence ainsi qu’un « Institut de la liberté » pour promouvoir la démocratie. Il a également indiqué son intention de prononcer des conférences pour regarnir son compte en banque.
Mais il a également avoué sa préférence pour une retraite discrète.
« Quand je sortirai d’ici, je quitterai la scène. Je pense qu’il doit n’y avoir qu’une personne à la fois sous les projecteurs. J’ai eu mon temps sous les projecteurs », a déclaré George W. Bush lors de sa dernière conférence de presse en tant que président des États-Unis.
Jimmy Carter et Bill Clinton ne partagent évidemment pas ce sentiment. Le premier a réinventé le rôle d’ancien président en menant un combat inlassable en faveur de la résolution pacifique des conflits, de l’aide au développement et de la prévention des maladies contagieuses. Il a également mis sur pied le programme Habitat pour l’humanité, qui a construit plus de 15 000 maisons aux États-Unis et dans le monde.
Selon Max Skidmore, « certains des traits qui ont nui à Carter en tant que président l’aident en tant qu’ancien président ».
« Il est très têtu, il peut tomber dans le pharisaïsme, mais il est très déterminé. Ses qualités le servent très bien en tant que réformateur », a déclaré le politologue.
Racheter sa présidence
Si Jimmy Carter est considéré par certains comme le meilleur ex-président, il n’est pas le premier, en revanche, à tenter de racheter une présidence plus ou moins réussie par son action après son départ de la MaisonBlanche. Richard Nixon tombe évidemment dans cette catégorie, ayant passé les dernières années de sa vie à écrire des livres pour faire oublier son rôle dans le scandale du Watergate.
Herbert Hoover, chassé du pouvoir en plein coeur de la Grande Dépression, est un autre exemple. À la demande du président Harry Truman, il a piloté plusieurs projets gouvernementaux, dont l’aide alimentaire à une Europe affamée après la Seconde Guerre mondiale, une mission qui a contribué à son regain de popularité.
Franklin Roosevelt n’avait pas été aussi magnanime à l’endroit d’Hoover. À ses conseillers qui l’exhortaient à faire appel aux services de l’ancien président républicain, le démocrate avait répondu: « Je ne suis pas Jésus-Christ, je ne ressuscite pas les morts. »


CES RETRAITÉS CÉLÈBRES  -  Tristan Péloquin
L’histoire politique récente nous a donné quelques exemples de politiciens qui, comme Bill Clinton l’a fait cette semaine en volant au secours de deux journalistes américaines détenues en Corée du Nord, continuent de jouer des rôles importants même après
JIMMY CARTER
P resque i mmédi atement après son unique mandat à la Maison-Blanche, le 39e président américain a créé, avec sa femme Rosalynn, le Carter Center. L’organisme sans but lucratif d’Atlanta, qui lutte contre la pauvreté mondiale et milite en faveur de la démocratie, est aujourd’hui actif dans plus de 70 pays. Son oeuvre a valu à Jimmy Carter le prix Nobel de la paix en 2002. Jimmy Carter s’illustre aussi en 1994 en négociant, à titre de simple citoyen américain, une entente de principe avec Kim Il-sung en vue de suspendre le programme nucléaire de la Corée du Nord.
GEORGE H.W. BUSH
Relativement discret dans les premières années de sa retraite politique et durant le règne de son fils, George Bush père met sa grande notoriété à profit après l’ouragan qui a dévasté la Louisiane et La Nouvelle-Orléans en août 2005. Conjointement avec son successeur Bill Clinton, il crée le Bush-Clinton Katrina Fund, dont les recettes de plus de 130 millions sont versées pour l’effort de reconstruction. MM. Bush et Clinton avaient lancé quelques mois plus tôt une initiative semblable destinée à aider les victimes du tsunami qui a frappé l’Asie en 2004.
Katrina,
TONY BLAIR
À peine son mandat à la tête du gouvernement britannique terminé, Tony Blair est nommé envoyé spécial du « Quartet » (groupe composé des Nations unies, de l’Union européenne, des États-Unis et de la Russie) au Proche-Orient. Il a pour mandat de trouver des solutions de paix entre Israéliens et Palestiniens. Sa carrière de diplomate est pour l’instant incertaine, puisque l’expremier ministre occupe un poste au sein de la banque J.P. Morgan. Depuis janvier 2008, M. Blair s’occupe aussi d’une fondation visant à financer des activités sportives pour les jeunes.
MIKHAÏL GORBATCHEV
Contrairement à son successeur, l’ancien homme fort de l’URSS n’a jamais posé torse nu pour les médias russes. Mais Mikhaïl Gorbatchev a tout de même eu une modeste carrière « d’artiste » après sa retraite, apparaissant notamment dans le film Faraway
(en 1993) et enregistrant un disque de balades romantiques russes. Il ne s’est cependant pas contenté de jouer les vedettes et a continué à s’exprimer publiquement sur des sujets politiques (contre la guerre en Irak de 2003, par exemple). Il a aussi fondé une organisation dont la mission est de rendre l’eau potable accessible dans les pays en développement.

So Close!




Le dernier des Kennedy  -  MARIO ROY
Des trois « gra nds » Kennedy, le plus jeune sera-t-il celui qui laissera l’héritage réel le plus substantiel et le plus solide? C’est probable. Il est vrai qu’Edward M. Kennedy, le sénateur, le vieux lion, l’oncle Ted, aura pu jouir de ce dont les deux aînés, John et Robert, ont été tragiquement privés: la longévité.
Ted Kennedy est mort à l’âge de 77 ans.
C’était le cadet des neuf enfants de Joseph et Rose Kennedy, fondateurs d’une dynastie politique nationale après en avoir consolidé une de la finance et de la politique locale. Dans la seconde moitié du XXe siècle, le clan Kennedy deviendra ainsi pour l’Amérique ce qui se rapproche le plus d’une famille royale à l’européenne.
Peut-être toutes les nations ressentent-elles le besoin de se projeter dans cette sorte d’imagerie?
En ce cas, les Américains n’ont plus ce qu’il faut sous la main. Les «dynasties» Bush ou Clinton ne font pas vraiment l’affaire. Et, Edward disparu, on ne voit pas bien lequel ou laquelle des Kennedy de la génération qui suit pourrait régénérer le sang bleu de la famille.
Dans ce portrait, Ted Kennedy aura toujours occupé la place du prince héritier relégué en bout de ligne de la succession; la place du benjamin a priori peutêtre moins talentueux, moins prudent, qui hérita par accident du devoir d’accéder au trône présidentiel… dont il ne voulait pas. D’ailleurs, il échoua. Par manque de conviction, justement, et en raison d’une vie privée lestée de faiblesses publiques.
Sa place était au Congrès, où il travailla pendant 47 ans pour devenir le législateur sans doute le plus important de sa génération.
Il est d’une cruelle ironie qu’il disparaisse au moment où Barack Obama, à qui il a passé le flambeau, lutte pour réformer le système de santé. Ce fut en effet pour Edward Kennedy le projet d’une vie, «la grande tâche inachevée à l’agenda du Parti démocrate», disait-il déjà en 1980. De fait, parmi ses victoires au Sénat, figurent de nombreuses législations sur l’accès aux soins pour les personnes âgées ou nécessiteuses, sur les cliniques de quartier, sur la lutte au sida.
Beaucoup de ces victoires furent le résultat de sa capacité de charmer et de négocier, de «traverser l’allée» et d’enrôler ses adversaires. Ce qui mène à ceci. Le dernier des Kennedy possédait bel et bien le talent et la prudence. Inébranlablement progressiste, il cultivait l’utopie de façon réaliste, pour ainsi dire. Conscient que la politique est l’art du possible. Conscient qu’aller de l’avant est une affaire de mouvement et de compromis, pas d’immobilisme et de rigidité.
Edward M. Kennedy savait être humble dans la défense des grandes causes, qu’il n’écrasait jamais – contrairement à tant de progressistes autoproclamés – sous le poids de sa grandeur.
Ce fut sa façon à lui d’être noble.



LE LION DU SÉNAT REND L’ÂME  -  Mathieu Perrault
Le dernier Kennedy à marquer la politique américaine, le sénateur Ted Kennedy, du Massachusetts, a succombé hier à 77 ans à un cancer du cerveau. Avec la mort du « lion du Sénat », c’est une page de l’histoire des États-Unis qui se tourne. Moins charismatique que ses frères aînés John et Robert, assassinés en pleine gloire, Ted Kennedy a finalement eu un impact beaucoup plus profond qu’eux, avec près de 50 ans de travail législatif infatigable.
Le sénateur Ted Kennedy a succombé tard mardi soir à un cancer du cerveau à l’âge de 77 ans. La mort du « lion du Sénat », frère cadet du président John F. Kennedy et de Robert Kennedy, assassinés respectivement en 1963 et en 1968, survient deux semaines après celle de sa soeur Eunice Kennedy Schriver, qui avait aussi suscité beaucoup d’attention médiatique.

Le président Barack Obama a interrompu ses vacances à Martha’s Vineyard pour rendre hommage au sénateur Kennedy. « Pour sa famille, il était un gardien. Pour les États-Unis, il était le défenseur d’un rêve. Il a été l’un des Américains les plus accomplis à servir notre démocratie. Ses idées et idéaux sont imprimés dans plusieurs lois et reflétés dans des millions de vies.» Le président Obama a personnellement offert ses condoléances à la veuve du sénateur à 2h25 du matin.
Cette déclaration du président, qui s’exprimera aussi aux funérailles, tranche avec son retrait de la scène publique depuis le début de ses vacances, alors même que fait rage un débat crucial pour sa présidence sur la réforme du système de santé. Il s’agissait d’ailleurs d’une question qui importait au plus haut point au sénateur Kennedy, qui rêvait depuis plusieurs décennies d’un système universel comme l’assurance maladie canadienne.
L’ancien premier ministre Brian Mulroney, en entrevue avec La Presse Canadienne, a d’ailleurs souligné que le sénateur Kennedy partageait beaucoup de points de vue avec le Canada, du système public de santé à l’opposition à la guerre en Irak. Le premier ministre Stephen Harper s’est pour sa part limité à offrir ses condoléances à la famille Kennedy.
Ted Kennedy (son prénom était Edward mais il était mieux connu par son surnom) est né dans une famille privilégiée et passionnée par la politique. À sa naissance, sa mère a reçu un télégramme de félicitations du président américain Herbert Hoover. Quand son frère John a été élu président en 1960, la famille a d’abord offert son siège au Sénat à son frère Robert, qui a préféré devenir ministre de la Justice. Les Kennedy se sont alors arrangés pour que le siège de sénateur soit occupé par un ami pendant deux ans, jusqu’à ce que le fils cadet, Ted, ait 30 ans, l’âge minimum pour siéger au Sénat.
Ted Kennedy a eu du mal à se faire élire en 1962, notamment parce que son opposant démocrate lui reprochait d’avoir été expulsé de l’université pour avoir triché en demandant à un ami de prendre sa place à un examen d’espagnol. Il a ensuite remporté toutes ses élections, à l’exception de la primaire présidentielle de 1980, pour laquelle l’affaire Chappaquiddick (voir texte ci-bas) et des déboires conjugaux ont miné ses efforts.
Les commentateurs notent que sa longue carrière législative a fait de lui le plus grand des Kennedy, avec des lois sur les handicapés, sur l’immigration, sur l’abaissement de l’âge du vote à 18 ans et des sanctions contre l’Afrique du Sud. Il a aussi aidé à négocier l’accord de paix en Irlande du Nord.

Ses mémoires paraîtront le 14 septembre prochain aux États-Unis. Ted Ken nedy, explique l’éditeur à Associated Press, «a travaillé vaillamment pour finir le livre et l’amener au meilleur. Comme toujours, il a été fidèle à sa parole».

La cause d’une vie  -  RICHARD HÉTU
Im m ig ration . P auv reté. Éducation. Droits civiques. Nommez un sujet et vous pouvez être assuré qu’ Edward Kennedy y a la issé son empreinte au cours de sa longue carrière politique, comme l’attestent les quelque 25 0 0 mesu res lé g i slat ive s dont il a été l’auteur en tant que sénateur des États-Unis.
Le frère cadet du président John F. Kennedy meurt à un moment crucial du débat sur le système de santé dans lequel le président Obama est engagé actuellement. Cette lutte a d’ailleurs été au coeur de l’engagement politique du sénateur Ted Kennedy.
Mais, de son propre aveu, u n combat a su r passé en importance tous les autres, celui qu’il a livré pour assurer à tous les Américains une couverture médicale.
«C’est la cause de ma vie», a-t-il écrit le mois dernier dans l’hebdomada i re Newsweek . «C’est la raison principale pour laquelle j’ai défié la maladie l’été dernier pour prendre la parole à la convention démocrate de Denver – pour apporter mon soutien à Barack Obama, mais aussi pour m’assurer, comme je l’ai dit, que "nous mettrons fin à la paralysie et garantirons à chaque Américain des soins de santé de qualité".»
Le hasard a voulu que le cancer emporte le sénateur du Massachusetts en plein débat sur une réforme du système de santé dont l’objectif principal est de fournir une assurance maladie à tous les Américains. Alors qu’ils font face à une opposition féroce de la part des républicains, les démocrates ont donné l’impression hier de tabler sur la disparition de Ted Kennedy pour donner un nouveau souffle à leurs efforts.
« En son honneur et en guise d’hommage à son engagement envers ses idéaux, arrêtons les cris et les invectives et ayons un débat civilisé sur la réforme du système de santé qui, je l’espère, débouchera sur une loi qui portera son nom », a déclaré le sénateur démocrate de VirginieOccidentale, Robert Byrd, dans un communiqué.
«Le rêve de Ted Kennedy d’un système de santé de qualité pour tous les Américains s’accomplira cette année grâce à son rôle d’entraînement et à l’inspiration qu’il a suscitée», a promis, de son côté, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.
Edward Kennedy n’aura pas été le premier politicien de sa famille à mourir avant de voir se réaliser un de ses objectifs en matière de santé. Durant les premières années de son mandat présidentiel, son frère John s’était battu pour la mise en place du programme Medicare, l’assurance maladie pour les personnes âgées. Le cadet des Kennedy allait avoir l’occasion, sous Lyndon Johnson, de contribuer à la réalisation de ce projet.
Mais le programme Medicare n’était qu’un début aux yeux du sénateur du Massachusetts. Après avoir jeté en 1966 les fondements d’un réseau national de centres de santé communautaires, il s’était attaqué en 1970 au grand chantier de sa vie, sur lequel les présidents Theodore Roosevelt et Harry Truman s’étaient déjà cassé les dents. Tout républicain qu’il était, le président de l’époque, Richard Nixon, s’était montré ouvert au projet de loi du démocrate qui prônait une couverture médicale universelle. Mais l’affaire du Watergate devait l’empêcher de concrétiser le rêve du sénateur.
Ted Kennedy allait plus tard j ustifier sa campagne présidentielle de 1980 par le refus du président démocrate Jimmy Carter de prendre le relais de Nixon dans le dossier de la santé.
En 1994, le sénateur du Massachusetts a pu revenir à la charge en défendant au Congrès la réforme du système de santé proposée par Bill Clinton. L’échec de cette campagne ne devait cependant pas le décourager. À une époque où les démocrates étaient minoritaires, il s’est associé avec la sénatrice républicaine du Kansas, Nancy Kassebaum, afin de permettre à un plus grand nombre d’Américains de conserver leur assurance maladie après un changement d’emploi ou un licenciement. Avec l’aide du sénateur républicain de l’Utah, Orrin Hatch, il a également étendu la couverture médicale à plus de sept millions d’enfants issus de familles à revenus modestes.
Mais la politique des petits pas ne lui semblait plus acceptable à une époque où le nombre d’Américains non assurés est passé à 48 millions et où les coûts du système continuent à grimper en flèche.

«Nous devons réussir là où Teddy Roosevelt et tous les autres depuis ont échoué, a-t-il soutenu dans l’hebdomadaire Newsweek. Les conditions sont meilleures que jamais.»

Après l’assassinat de ses frères, il avait pensé quitter la politique  -  AGNÈS GRUDA
Le journaliste Adam Clymer, ancien chef du bureau du New York Times à Washington, a publié en 1999 l’une des biographies les plus étoffées d’Edward Kennedy. La Presse l’a joint dans la capitale américaine, hier.
Q En
Le sénateur Edward M. Kennedy, au centre, avec ses frères, Robert F. Kennedy, procureur général des États-Unis (à gauche), et le président John F. Kennedy, à droite, à la Maison-Blanche, en 1962.
quoi Edward Kennedy se distinguait-il de ses frères, en tant que politicien ? R Un de ses frères est devenu président, et pas lui, c’est déjà une différence. Cela dit, Edward Kennedy adorait faire de la politique. Il aimait les tapes dans le dos, ça ne le dérangeait pas que des gens le touchent. Un jour, en 1962, il a croisé un boulanger qui lui a demandé : « Il paraît que vous n’avez pas eu besoin de travailler un seul jour de votre vie ? » Ted Kennedy a commencé à balbutier une réponse, mais le boulanger a dit : « Ben, vous n’avez rien raté. » Edward Kennedy adorait cette histoire et il l’a racontée pendant 40 ans. Il prenait plaisir au rituel politique, au contact avec les gens, bien plus que ses frères. Q De
quelle façon la mort de ses frères a-t-elle eu un impact sur sa carrière politique ? R Il a été très ébranlé, surtout par la mort de Robert, dont il était devenu très proche pendant leurs trois ans et demi au Sénat. Après l’assassinat, il a envisagé de quitter la politique. Il avait peur. Quand il a fait campagne pour l’investiture démocrate, en 1980, il avait encore peur d’être tué. Mais en même temps, c’est la mort de Robert qui lui a ouvert la porte de la présidence, de la même manière que la mort de John a ouvert la voie à Robert. Q Est-
ce que le fait de reprendre le flambeau familial a été un fardeau pour lui ? R Oui. Mais personne ne l’a forcé à tenter sa chance pour la présidence, il l’a décidé lui-même. Il n’a pas mené une très bonne campagne, et après avoir perdu contre Jimmy Carter, il a décidé de se concentrer sur le travail au Sénat. Et il est devenu un très bon sénateur. QE dward
Kennedy a longtemps été perçu comme un buveur et un noceur, et non comme un sénateur sérieux. Surtout après le fameux accident de Chappaquiddick. Comment a-t-il fait pour refaire son image ? R Selon moi, Chappaquiddick lui a coûté la présidence. Mais il faut dire que pendant les années 80, Ted Kennedy a été à la fois un noceur ET un sénateur très sérieux. Seulement, la télévision et les tabloïds ne parlaient pas de ça, les détails d’un projet de loi, ça ne les intéressait pas. En revanche, au Sénat, le travail politique compte plus que la vie personnelle. Et il y a fait sa marque. Puis il est devenu amoureux de Vicki et il a fait le ménage dans sa vie personnelle. Avec le temps, il a rebâti son image. Peut-être que mon livre y a un peu contribué. Q Quell e
place Edward Kennedy occupe-t-il dans l ’ histoire des États-Unis ? R Il aura été le meilleur sénateur du XXe et du début du XXIe siècle. Dans toute l’histoire du pays, seul Henry Clay, qui a réussi à obtenir deux compromis qui ont sauvé l’Union, au XIXe siècle, a été plus important que lui. Ted Kennedy avait un talent incroyable pour tisser des alliances. Et il était prêt à faire des compromis. S’il ne pouvait pas obtenir toute une miche, il acceptait la moitié, ou même le quart, juste pour s’assurer que ses idées progressent, et pour revenir à l’attaque l’année suivante. QQ uelle
a été sa plus grande réalisation ? R Parlons d’abord de son plus grand échec. Il avait fait de l’assurance médicale universelle la cause de sa vie, et il n’a pas pu voir ça de son vivant. Mais en même temps, de nombreux Américains ont une meilleure couverture médicale grâce aux cliniques communautaires, ou aux programmes d’assurance pour enfants. Et Ted Kennedy a joué un rôle central dans tout ça.

Chute et rédemption de Ted Kennedy  -  AGNÈS GRUDA
La scène se passe au Madison Square Garden de New York , le 12 août 1980. Les délégués à la convention démocrate qui oppose Ted Kennedy à Jimmy Carter sont sur le point de mettre un point final aux aspirations présidentielles du sénateur du Massachusetts.
À quelques instants de la défaite qui allait mettre un point final à ses aspirations présidentielles, Ted Kennedy a prononcé un discours mémorable au Madison Square Garden, provoquant une ovation de 20 minutes.
Ce dernier a mené une campagne unanimement qualifiée de médiocre. Il a dérapé dès le premier tour de piste quand le journaliste Roger Mudd, grand ami du clan Kennedy, lui a gentiment demandé lors d’une entrevue télévisée pourquoi il voulait devenir président.
Ted Kennedy n’a jamais été capable de répondre à cette question. « Euh, eh bien, en fait… » a-t-il balbutié.
Pourtant, à quelques instants de sa défaite, Ted Kennedy connaît l’un de ses plus grands moments de gloire. « Les politiques peuvent parfois devenir obsolètes, mais l’idée de justice demeure, clame-t-il devant des milliers de délégués. Les circonstances peuvent changer, mais le travail de compassion doit continuer. »
« C’étaitundiscoursbrillant, dans lequel il appelait le parti à ramer à contre-courant et à ne pas abandonner ses idéaux », se rappelle Sam Allis, journaliste au Boston Globe, qui se trouvait au Madison Square Garden ce jour-là.
« Ted Kennedy a parlé de son habituelle voix tonnante, et il a rendu la quintessence des valeurs libérales. Personne n’a fait ça mieux que lui depuis », dit le journaliste. Même pas Barack Obama? « Non, même pas lui. »
Exorciser ses démons
Ce jour où Ted Kennedy a eu droit à une ovation de 20 minutes a marqué un tournant dans sa carrière politique, estime l’historien Gil Troy, spécialiste des présidents américains et professeur à l’Université McGill.
« C’était un discours extrêmement puissant, qui lui a permis d’enterrer les fantômes de ses deux frères, d’exorciser ses démons et de faire la paix avec l’idée qu’il ne deviendrait jamais président », croit Gil Troy. À partir de là, souligne-til, Ted Kennedy a pu se consacrer entièrement à devenir un grand sénateur.
Deux mots reviennent souvent dans les descriptions de la carrière du benjamin des fils Kennedy: chute et rédemption. « La chute et l’ascension de Ted Kennedy », affirme la page couverture d’une des plus récentes biographies du super sénateur, écrite par un groupe de journalistes du Boston Globe, dont Sam Allis.
Enfait, en1980, TedKennedy a déjà 18 ans d’expérience au Sénat derrière lui. Ce n’est plus le « bébé politicien » de 1962, et il a déjà plusieurs réalisations importantes à son actif. Mais il est aussi la coqueluche de la presse à sensation, à cause de ses frasques personnelles.
« Pendant longtemps, il a gardé cette image de gars qui fréquente trop de fêtes, qui pourchasse trop de filles, et qui prend trop souvent quelques verres de trop », dit Gil Troy.
Ted Kennedy n’est pas devenu un sénateur sérieux par défaut: il l’était déjà avant la campagne de 1980. Mais c’est par la suite, sous les républicains de Ronald Reagan qu’il a combattus de toutes ses forces, que le « petit frère » est véritablement devenu la coqueluche de l’Amérique progressiste, souligne l’Américain Graham Dodds, qui enseigne les sciences politiques à l’Université McGill.
« Beaucoup de Québécois ne comprennent pas à quel point Ted Kennedy a été une figure importante aux États-Unis, souligne-t-il. Il est devenu un des individus les plus importants dans une institution où les individus ont du poids. » « Pourtant, au départ, personne n’aurait pu prévoir que parmi les frères Kennedy, il serait celui qui aurait cette carrière fructueuse », dit Graham Dodds.
Qualités humaines
« À une certaine époque, il y avait cette idée que Jack Kennedy serait suivi à la présidence par Bob, puis par Ted, mais personne ne prenait ça au sérieux, sauf leur père, qui répandait cette rumeur », ironise le journaliste et biographe Adam Clymer.
Ce dernier souligne les qualités humaines du sénateur Kennedy. Dans une conversation qu’il a tenue mercredi avec les lecteurs du site web du New York Times, Adam Clymer raconte comment Ted Kennedy lui a téléphoné personnellement en apprenant qu’il venait de perdre sa fille.
« En 1985, ma fille a été tuée par un chauffard ivre. À cette époque, je n’avais pas vu Kennedy depuis quelques années, parce que je vivais à New York. Il m’a retracé à partir de Washington pour me transmettre ses condoléances. Venant de quelqu’un qui a connu tant de morts dans sa propre famille, ça m’a profondément impressionné. »
Mais c’est son long passage au Sénat, et sa contribution à de nombreuses lois progressistes, que le pays retiendra du sénateur qui a succombé à un cancer du cerveau mardi, à l’âge de 77 ans.
L’histoire de Ted Kennedy restera celle du benjamin propulsé à l’avant-scène par les malheurs qui se sont abattus sur sa famille. Et qui, à travers ses hauts et ses bas, est devenu, selon les mots de Sam Allis, « le maître incontesté du Sénat ».


Boston remercie son bienfaiteur  -  RICHARD HÉTU
Mort mardi à l’âge de 77 ans, Ted Kennedy était sans contredit la coqueluche de l’Amérique progressiste. Sa carrière a été aussi remarquable que fructueuse. Mais son ascension a été freinée par plusieurs dérapages. Nos journalistes se penchent sur les hau
La photo, prise en mars 1963, montre deux jeunes hommes en train de se serrer la main. L’un est blanc, riche et célèbre, l’autre noir, infortuné et inconnu. Ils se sont en quelque sorte retrouvés hier dans une vaste salle vitrée de la bibliothèque présidentielle John Kennedy donnant sur la baie de Dorchester, qui scintillait sous le soleil matinal.
Des dizaines de milliers d’admirateurs ont fait la queue au cours des deux derniers jours pour rendre un dernier hommage à Ted Kennedy, dont le cercueil était exposé dans la bibliothèque dédiée à son frère assassiné.
« Je suis probablement un des premiers de ses commettants à qui Ted Kennedy est venu en aide », a raconté Arnold Howe après s’être recueilli devant le cercueil du sénateur décédé à 77 ans des suites d’une tumeur au cerveau. « J’avais fait des études en économie à Harvard et je voulais travailler dans une banque, mais ce secteur était fermé aux Noirs à l’époque. Grâce à l’intervention de mon sénateur, j’ai eu un poste au département du Trésor », a ajouté le Bostonien de 77 ans en tenant dans ses mains la précieuse photo attestant de sa première rencontre avec le dernier des frères Kennedy.
Des dizaines de milliers d’admi rateurs ont fait la queue au cours des deux derniers jours pour rendre un dernier hommage à Ted Kennedy, dont le cercueil était exposé dans la bibliothèque dédiée à son frère assassiné. La foule n’était pas uniquement composée de citoyens du Massachusetts. S’y trouvaient également des touristes américains et étrangers venus honorer la mémoire d’un sénateur légendaire dont l’action a contribué à la transformation des États-Unis et dont l’influence s’est fait sentir dans plusieurs pays et régions du monde, dont l’Afrique du Sud et l’Irlande du Nord.
Mais ses électeurs de Boston et des environs étaient de loin les plus nombreux. Et plusieurs d’entre eux, à l’instar d’Arnold Howe, pouvaient raconter une ou plusieurs anecdotes illustrant la façon dont Ted Kennedy était intervenu dans leur vie.
« Mon père était maçon et il a subi une grave blessure au dos en tombant d’un échafaudage », a raconté Jeanne MacIsaac, qui était accompagnée de sa mère Nellie, âgée de 78 ans. « Ayant à subvenir aux besoins de six enfants et ne pouvant travailler, il a pris du retard dans ses paiements hypothécaires, si bien que la banquemenaçait de saisir notre maison. Mon père a envoyé une lettre au sénateur Kennedy lui expliquant notre situation et nous n’avons plus jamais entendu parler de la banque par la suite. »
La situation du fiancé de Joanne Smith n’était pas aussi dramatique. Employé des postes dans l’Ohio, il voulait être muté dans le Massachusetts afin de pouvoir vivre et travailler dans le même État que sa future épouse. Deux semaines après avoir envoyé une lettre au sénateur Kennedy, son voeu a été exaucé.
« Quand on lui demandait quelque chose, il le faisait », a déclaré Joanne Smith, qui a donné à sa fille le prénom de la fille unique de Ted Kennedy, Kara.
Le hasard a voulu hier que la Bostonienne de 69 ans puisse serrer la main de Jean Kennedy Smith, la soeur de Ted Kennedy et l’unique survivante parmi les neuf enfants de Rose et Joseph Kennedy. Comme plusieurs aut res membres du clan bostonien, celle-ci a tenu à saluer et à remercier personnellement les gens qui faisaient la queue sous un soleil de plomb. Elle avait notamment été précédée par son fils William, dont le procès pour viol au début des années 90 avait contribué à ternir l’image des Kennedy (il avait été acquitté).
Mais la ville de Boston et une bonne partie du monde ont choisi d’oublier les zones d’ombre dans le passé du clan Kennedy, dont le sénateur défunt était devenu le patriarche aimé et admiré. « Merci Ted », pouvait-on lire hier sur plusieurs affiches et panneaux de signalisation de Boston et des environs.
« Sa passion et son francparler éta ient fortement appréciés à Boston », a déclaré Owen Cahill, 23 ans, casquette des Red Sox vissée sur la tête, au sortir de la bibliothèque John Kennedy. « Son attitude ne plaisait pas à tout le monde aux États-Unis, mais les Bostoniens se reconnaissaient en lui. »
Même si elle a vu le jour en Haïti, Marie Pierre, 60 ans, se reconnaissait également en cet homme « qui s’est toujours battu pour les moins fortunés ».
« I l éta i t l a voix du Massachusetts, a-t-elle ajouté. Il ne sera jamais remplacé. »


Ted Kennedy : Le Massachusetts pleure son sénateur
— L’Amérique a entamé hier avec ferveur un hommage national de trois jours à Ted Kennedy, dont la dépouille a rejoint sous les applaudissements de milliers d’admirateurs la bibliothèque dédiée à son frère dans le fief familial de Boston au Massachusetts.
Une foule compacte a défilé hier soir respectueusement devant le cercueil qui contient la dépouille du sénateur Ted Kennedy à la bibliothèque John F. Kennedy de Boston.
Le cercueil du sénateur a quitté la demeure familiale dans la station balnéaire de Hyannis Port où le dernier des frères Kennedy est mort mardi à l’âge de 77 ans des suites d’une tumeur au cerveau.
Trois heures plus tard, le corbillard suivi d’une quinzaine de voitures est arrivé devant la bibliothèque John F. Kennedy à Boston, après avoir été suivi en direct tout le parcours par plusieurs chaînes de télévision.
Tout le long du t rajet , tant sur la route qu’en ville, des dizaines de personnes accouraient pour voir passer le cortège, jetant une fleur ou essuyant une larme. Des employés penchés aux fenêtres de leurs bureaux agitaient des drapeaux, sous un soleil éclatant.
Près d’une centaine de proches du sénateur défunt, avec en tête Victoria, sa veuve, et Jean, sa soeur de 81 ans, sont entrés dans le bâtiment où huit militaires ont porté le cercueil couvert de la bannière étoilée. On pouvait également voir Caroline Kennedy, nièce de Ted et fille du président assassiné John F. Kennedy, accompagnée de ses trois enfants.
Avant d’être enterré demain au cimetière militaire d’Arlington près de Washington aux côtés de ses deux frères John et Robert, le cercueil de Ted Kennedy doit être exposé au public jusqu’à aujourd’hui dans cette bibliothèque. Une garde d’honneur militaire doit veiller le sénateur.
Le président américain Barack Obama, qui prononcera une oraison funèbre pendant la messe prévue demain matin, a décidé de se rendre à Boston dès ce soir en raison de l’arrivée prévue sur les côtes nord-est de la tempête tropicale Danny.



Obama-Kennedy, destins croisés  -  Vincent Marissal
Le destin des Kennedy n’a jamais été banal. Celui de Barack Obama non plus. Alors, forcément, lorsque les deux se rencontrent, cela ne peut donner que de grands moments.
Les mots de Ted Kennedy allaient devenir une grande source d’inspiration pour Barack Obama. Le ralliement du sénateur à sa campagne, au début de 2008, allait boucler la boucle.
De telles rencontres, il y en a eu plusieurs ces dernières années, au point où on peut vraiment parler de destins croisés. La mort, cette semaine, de Ted Kennedy survient d’ailleurs au moment où le président Obama éprouve de sérieuses difficultés à faire accepter sa réforme de la santé, un projet que le défunt sénateur a porté à bout de bras toute sa carrière.
Après l’assassinat de John F. Kennedy, puis de son frère Bobby, le flambeau démocrate revenait naturellement au cadet, Ted. Mais le rêve de pouvoir de celui-ci est mort en même temps qu’une petite amie dans les eaux de la rivière Chappaquiddick un soir de fête.
Plusieurs auteurs qui se sont penchés sur la carrière de Ted Kennedy estiment aussi qu’il n’était pas vraiment prêt à devenir président, qu’il assoyait en fait ses ambitions bien plus sur son nom légendaire que sur un véritable programme politique ou une vision pour son pays.
Lorsqu’il a tenté de ravir l’investiture démocrate, en 1980, Ted Kennedy avait le même âge que Barack Obama aujourd’hui. Il était toutefois moins studieux, et même un brin nonchalant. À la question: « Pourquoi voulez-vous devenir président des États-Unis? », le jeune Ted n’avait pas vraiment de réponse, ce qui avait fait mauvaise impression auprès de la presse américaine. Le jeune Obama, lui, n’a jamais eu de mal à répondre à cette question.
Ted Kennedy était l’extension naturelle du rêve inachevé de ses deux frères. Ironiquement, le rêve présidentiel, en se brisant, allait donner naissance à un des plus grands sénateurs de l’histoire des États-Unis.
En se retirant de la course à l’investiture démocrate, en 1980, Ted Kennedy avait en quelque sorte prédit la venue, un quart de siècle plus tard, d’un autre jeune challenger, comme Barack Obama.
Les mots de Ted Kennedy – « Notre cause perdure, l’espoir est toujours vivant et le rêve ne doit jamais mourir » – allaient devenir une grande source d’inspiration pour Barack Obama. Son ralliement à la campagne de Barack Obama, au début de 2008, allait boucler la boucle.
« Il fut un temps où un autre jeune candidat s’est lancé à la course à la présidence en mettant les États-Unis au défi de traverser de nouvelles frontières », avait dit Ted Kennedy en faisant référence à JFK.
« Harry Truman disait que nous avions besoin de quelqu’un de plus expérimenté et avait demandé à JFK d’être patient, avait poursuivi Ted Kennedy devant une foule survoltée à l’American University de Washington. John Kennedy avait répondu : " Le monde change, la vieille façon de faire ne convient plus, le moment est venu pour une nouvelle génération de leaders."
« C’est la même chose avec Barack Obama: dans l’urgence d’agir maintenant, il a allumé une étincelle d’espoir. »
Ce discours allait planter un clou mortel dans le cercueil de la campagne d’Hillary Clinton et propulser Barack Obama vers la victoire. Celuici avouait d’ailleurs récemment au journaliste et auteur Richard Wolffe qu’il est devenu très émotif au point de perdre momentanément ses moyens, lui qui est toujours si calme, le jour où Ted Kennedy a prononcé ce discours.
Curieux détour du destin lorsque l’on pense que Barack Obama, à son entrée au Sénat en 2004, se voyait plutôt jouer un rôle modeste de deuxième, troisième ou peut-être même de quatrième violon derrière les ténors Ted Kennedy et Hillary Clinton. « Comme jeune sénateur recrue, je me voyais apporter mon soutien et mes idées pour aider à élaborer nos politiques, en santé, notamment », disait-il encore à Richard Wolffe.
Avec la disparition de Ted Kennedy, le président Obama perd non seulement le champion de la réforme du système de santé, mais aussi un rempart du libéralisme aux États-Unis.
Autant Ted Kennedy était adulé dans les rangs démocrates, autant il était détesté chez les républicains. Les républicains maudissaient ses réformes en santé, en immigration ou celles en faveur de la discrimination positive pour les Noirs.
Symbole du progressisme pour les uns, Ted Kennedy était devenu l’antéchrist pour les autres. En fait, pour les organisateurs républicains et les groupes de pression alliés, Ted Kennedy était devenu le meilleur ennemi.
En 2004, par exemple, la National Rifle Association avait contribué à la défaite du sénateur Tom Daschle (une star démocrate à l’époque et leader de son parti au Sénat) en distribuant massivement des dépliants le caricaturant en pantin contrôlé par Ted Kennedy et Hillary Clinton.
Aujourd’hui, alors que la famille démocrate enterre Ted Kennedy, c’est le président Obama qui hérite seul du lourd fardeau de continuer le combat de la vie du défunt sénateur.
Il se retrouve aussi seul dépositaire du « rêve », de l’« espoir », de la « cause », des mots qui sont devenus, avec les Kennedy, des marques déposées du Parti démocrate.


Carburer à la haine de Ted Kennedy  -  RICHARD HÉTU
Les commentateurs ne se sont pas lassés de le répéter après le décès de Ted Kennedy : tout démocrate qu’il était, le sénateur du Massachusetts avait ce don de tisser des alliances et des amitiés avec ses collègues républicains du Sénat afin de faire progresser ses causes politiques.
Les sénateurs John McCain et Orrin Hatch ont témoigné de ce talent vendredi soir lors d’un service funèbre privé donné pour la famille et les amis du défunt à la bibliothèque présidentielle John F. Kennedy. « Mon ami irlandais me manquera », a déclaré M. Hatch, un des républicains les plus conservateurs du Sénat, en essuyant ses yeux embués par l’émotion.
Mais le patriarche de la famille Kennedy était aussi la bête noire de quantité de républicains et de conservateurs qui ont profité de sa mort pour exprimer une dernière fois leur haine à son égard. Le chroniqueur du Washington Times Andrew Breitbart a donné le ton peu après l’annonce de sa mort en publiant une série de messages incendiaires sur sa page Twitter à propos de ce « tas de merde », ce « vaurien », ce « salaud » et autres descriptions de la même eau.
« Je suis plus que prêt à laisser tomber la bienséance pour m’assurer que CET HOMME ne soit pas béatifié, a écrit M. Breitbart. Désolé, il a détruit des vies. Et il le savait. »
Les diatribes de M. Breitbart et de ses semblables étaient évidemment aux antipodes des témoignages entendus à Boston au cours des derniers jours. Dans l’oraison funèbre qu’il a prononcée samedi lors des obsèques de Ted Kennedy, Barack Obama a salué en lui le « champion » des démunis, « l’âme du Parti démocrate » et « le lion du Sénat ».
« Il n’était pas parfait, loin de là, mais mon père croyait en la rédemption et il ne s’est jamais rendu, n’a jamais cessé de vouloir corriger les erreurs, qu’il s’agisse des siennes ou des nôtres », a pour sa part déclaré son fils Ted.
Le sénateur avait lui-même tenu des propos semblables dans une lettre envoyée au pape et lue par le cardinal Theodore Carrick, un ami des Kennedy, qui a présidé à l’inhumation du dernier représentant d’une dynastie qui a marqué l’histoire américaine : « Je sais que j’ai été un être humain imparfait, mais avec l’aide de ma foi, j’ai tenté de revenir dans le droit chemin. »
Affaire Chappaquiddick
Les critiques les plus féroces de Ted Kennedy lui ont cependant refusé toute possibilité de rédemption. Plusieurs d’entre eux ont réduit l’existence du sénateur à l’affaire de Chappaquiddick, l’accident de la route qui avait coûté la vie à Mary Jo Kopechne, il y a 40 ans, au retour d’une soirée bien arrosée. La jeune femme se trouvait aux côtés de Ted lorsque celui-ci a perdu la maîtrise de son véhicule qui est tombé d’un pont.
Après avoir réussi à s’extirper de la voiture, le sénateur s’était enfui des lieux et avait attendu près de 10 heures avant d’avertir les autorités. Il avait été condamné à deux ans de prison avec sursis pour délit de fuite.
« Mary Jo apprécie probablement la chance de botter le derrière à celui qui l’a laissée se noyer dans cette eau froide et embrouillée », a écrit un commentateur anonyme sur le site internet du Dallas Morning News. « Mais elle est au paradis et Teddy ne s’approchera jamais de cet endroit. »
D’autres pourfendeurs de Kennedy ne lui ont jamais pardonné son rôle dans le torpillage en 1987 de la nomination du j uge conservateur Robert Bork à la Cour suprême des États-Unis. Dans un discours à l’emporte-pièce, le sénateur avait non seulement dépeint le magistrat comme un adversaire du droit des femmes à l’avortement et des libertés civiles, mais également comme un partisan de la ségrégation raciale et du créationnisme.
« Même si ses mesures législatives avaient amélioré le sort de l’humanité, elles ne peuvent faire oublier les deux faits qui doivent marquer sa personnalité à jamais : la mort de Mary Jo Kopechne et la diffamation de Robert Bork », a écrit Hadley Arkes, professeur au collège Amherst, sur le site internet de l’hebdomadaire conservateur National Review.
De son côté, la journaliste Maureen Callahan a reproché aux féministes d’avoir passé l’éponge sur la façon dont Kennedy avait traité les femmes dans sa vie personnelle. Dans un article publié hier dans le New York Post, elle a notamment fait allusion au portrait dévastateur que le mensuel GQ avait consacré en 1990 au sénateur et à son penchant pour la boisson et les très jeunes femmes.
« Personne n’est parfait, n’est-ce pas ? Mais comment se fait-il qu’autant de femmes lui vouent aujourd’hui une admiration sans bornes ? » s’est interrogé Mme Callahan.

C’est peut-être que l’amour, comme la haine, rend aveugle.


Les hauts et les bas d'un président  -  Richard Hétu

Les hauts et les bas du président  -  Richard Hétu
Un président des ÉtatsUnis peut s’attirer les foudres des « séparatistes » québécois en disant « Vive le Canada » sur un certain ton. En revanche, il peut semer la consternation chez les fédéralistes s’il ne précise pas : « le Canada uni ».
De retour à la MaisonBlanche après une visite à Ottawa, au cours de laquelle il avait prononcé un discours à la Chambre des communes, Bill Clinton avait tiré cette conclusion, en souriant, au cours de l’un de ses 79 entretiens avec l’historien Taylor Branch, qui a fait paraître, hier, un ouvrage de 707 pages intitulé The Clinton Tapes.
« Même s’il était allé plus loin que la plupart des présidents américains pour soutenir l’unité canadienne, il avait tenté d’éviter d’enflammer les passions des séparatistes du Québec », écrit Branch en paraphrasant les propos du 42e président américain à la suite de son allocution de février 1995 devant les parlementaires canadiens.
Les sensibilités canadiennes ne sont évidemment qu’un des sujets abordés par Bill Clinton dans ses entret iens avec Branch, enregistrés durant les huit années de sa présidence.
Les médias américains ont déjà fait état des confidences inédites de l’ex-président sur son homologue russe Boris Eltsine, qu’il avait dépeint en train d’essayer de héler un taxi en caleçon, complètement ivre, devant Blair House, la résidence des invités de la Maison-Blanche, pour aller s’acheter une pizza ; sur sa prise de bec violente avec le vice-président Al Gore après l’échec électoral de celui-ci contre George W. Bush en 2000; ou sur l’affaire Monica Lewinsky.
Il a mis sa relation avec la jeune stagiaire sur le compte du stress provoqué par la mort de sa mère, la défaite des démocrates aux élections de mi-mandat de 1994 et le scandale immobilier Whitewater. « J’ai craqué, j’ai craqué, j’ai simplement craqué », a répété Bill Clinton à Taylor Branch.
Le titre du livre de Branch est quelque peu trompeur. L’historien, célèbre pour sa biographie magistrale de Martin Luther King, n’a pas eu accès aux fameuses cassettes évoquées dans le titre de son livre. Celles-ci sont la propriété de Bill Clinton, qui les a longtemps cachées dans un tiroir à chaussettes à la Maison-Blanche, de peur qu’elles ne soient réquisitionnées par un de ses inquisiteurs. Elles lui ont servi lors de la rédaction de ses mémoires et elles constitueront un matériel inestimable pour les historiens.
Ouvrage composé
Le livre de Branch n’est donc pas une transcription exacte de ses entretiens avec Bill Clinton, qui en est l’instigateur. Il s’agit plutôt d’un ouvrage composé à partir des notes que l’historien a lui-même enregistrées après ses rencontres avec le président, dont il est l’ami depuis les années 70. Les citations directes sont donc rares, mais The Clinton Tapes permet néanmoins de revivre en temps réel les hauts et les bas de la présidence d’un politicien haut en couleur.
On y apprend notamment que le flair politique de Bill Clinton n’était pas infaillible. Ainsi , contrai rement à sa femme Hillary et à Al Gore, l’ancien président était persuadé que le général à la retraite Colin Powell briguerait la Maison-Blanche en 1996 sous la bannière républicaine.

« Sa prédiction erronée à propos de Powell a semblé le ronger », écrit Branch, tout en précisant que Bill Clinton était soulagé de ne pas avoir à affronter l’ancien militaire.




Ce que les États-Unis savaient sur le complot d’Al-Qaeda
WASHINGTON — Les espions américains avaient rassemblé ces derniers mois des indices sur la préparation d’un attentat d’Al-Qaeda hors des frontières du Yémen et se préparaient à agir pour l’empêcher, mais des informations cruciales ont passé au travers des mailles du filet.
Selondes responsablesdurenseignement, une série de signes annonciateurs de l’attentat raté du 25 décembre contre un avion de ligne se sont succédé à partir du mois d’août, date à laquelle l’Agence pour la sécurité nationale (NSA) aurait intercepté des conversations entre agents d’AlQaeda au Yémen.
La NSA, les «oreilles» des services de renseignement américains, capte alors une discussion évoquant le recrutement d’un Nigérian pour exécuter un attentat, selon le New York Times.
Le même mois, Al-Qaeda fournit la preuve de sa montée en puissance au Yémen, en envoyant un kamikaze depuis ce pays vers l’Arabie Saoudite pour tenter d’y tuer le responsable de la lutte antiterroriste du royaume chérifien, le prince Mohammed ben Nayef ben Abdel Aziz.
L’attentat échoue mais le gouvernement saoudien aurait informé le principal conseiller en contre-terrorisme du président américain Barack Obama que l’homme avait dissimulé un puissant explosif dans son slip, la même technique employée par le jeune Nigérian le jour de Noël.
En septembre, Michael Leiter, le directeur du Centre national de l’antiterrorisme (CNTC), prévient lors d’une audition parlementaire que le réseau d’Oussama ben Laden est désormais solidement implanté au Yémen.
Quelques semaines plus tard, le père du Nigérian accusé d’avoir tenté de faire exploser un avion à destination des États-Unis à Noël, Umar Farouk Abdulmutallab, alerte la diplomatie américaine sur la radicalisation de son fils et ses liens avec des extrémistes au Yémen.
Le nom du jeune musulman de 23 ans est alors transmis aux agences américaines de renseignement, dont le CNTC, et inscrit sur une vaste liste de personnes suspectées de liens avec des terroristes, selon des responsables.
Mais son père n’ayant pas fait état d’un possible attentat, son nom n’est pas ajouté à la liste des personnes interdites de vol vers les États-Unis. Et personne ne se rend compte qu’il possède un visa.
Pendant ce temps, l’inquiétude monte à Washington visà-vis des menaces d’attentat provenant du Yémen. À la mi-décembre, les États-Unis ordonnent deux vagues de frappes de missiles contre des camps d’entraînement d’AlQaeda dans le pays, selon des informations de presse.
Mais les responsables américains ne sont pas au courant des informations sur Umar Farouk Abdulmutallab qui auraient permis de déjouer la tentative d’attentat imminente.
À peu près au même moment, le suspect nigérian achète son billet d’avion en argent liquide au Ghana.
Le 25 décembre, il embarque à Amsterdam à bord du vol 253 de Northwest, à destination de Detroit.
Alors qu’il a déjà décollé, la police américaine aux Frontières repère son nom sur une base de données des personnes suspectes, où figurent 500 000 personnes, d’après un responsable américain. Ils prévoyaient l’interroger à son arrivée, selon la procédure standard.
Pour la Maison-Blanche, le problème n’était pas un manque d’information, mais l’incapacité à faire le lien entre les projets d’Al-Qaeda et les inquiétudes soulevées au sujet d’Abdulmutallab.
Le renseignement «n’est pas une science, c’est un art», commente Bruce Riedel, ancien de la CIA et expert en antiterrorisme à l’institut Brookings. «Après coup, cela semble toujours logique. Les indices convergent. Mais dans le monde réel, ce n’est pas aussi simple», assure-t-il.


DES COMPTES À RENDRE
Barack Obama réunit aujourd’hui les responsables des services de renseignement après avoir montré du doigt les carences « inacceptables » qui ont permis à Al-Qaeda de commettre un attentat – raté – contre un avion de ligne américain. Plus de huit ans après les attentats du 11 septembre et malgré des milliards de dollars investis, les services américains ont subi un grave revers lorsque Umar Farouk Abdulmutallab a réussi à monter à bord d’un avion avec des explosifs. L’enquête a montré que le père de ce musulman de 23 ans avait alerté en novembre la diplomatie américaine au sujet de son fils. Mais l’information transmise aux services de renseignement n’a pas été recoupée ni partagée par les différentes administrations.

Un complot d’Al-Qaeda à New York ?  -  Richard Hétu
L’acte d’inculpation d’un Afghan de 24 ans soulève plusieurs questions
Les autorités américaines ont-elles déjoué le premier complot terroriste ourdi par une cellule active d’AlQaeda aux États-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001?
NEW YORK —
Arrêté à Aurora, au Colorado, samedi dernier par des agents du FBI, Najibullah Zazi, un chauffeur de navette à l’aéroport de Denver, a été inculpé hier par un tribunal fédéral de New York.
C’est une des questions soulevées par l’inculpation d’un Afghan de 24 ans vivant au Colorado pour avoir « intentionnellement comploté avec d’autres pour utiliser une ou plusieurs armes de destruction massive » contre des cibles indéterminées sur le territoire américain entre le 1er août 2008 et le 29 septembre 2009.
Najibullah Zazi, chauffeur de navette à l’aéroport de Denver, a été inculpé hier par un tribunal fédéral de New York. Selon les autorités américaines, il a déjà reconnu devant le FBI avoir séjourné dans un camp d’AlQaeda au Pakistan en 2008 avec des associés pour suivre une formation sur l’utilisation d’armes et d’explosifs. Un tribunal fédéral du Colorado ne l’avait pas moins déjà inculpé samedi dernier pour avoir menti à des agents fédéraux.
«Quel a été le rôle d’Al-Qaeda dans ce complot présumé ? Nous ne le savons pas encore», a répondu Steven Emerson, auteur de plusieurs livres sur la menace terroriste aux ÉtatsUnis. «Mais nous savons qu’un des suspects a reçu l’aide d’AlQaeda au Pakistan. Reste à voir si Al-Qaeda a orchestré cette opération.»
Depuis le 11 septembre 2001, les autorités américaines ont déjoué aux États-Unis quantité de complots terroristes dont les suspects n’avaient utilisées dans les attentats contre le métro de Londres en 2005. Le suspect se serait procuré cerZazi à «un autre individu» à qui il aurait demandé, sur un ton de plus en plus pressant, des préSelon les autorités américaines, Najibullah Zazi a déjà reconnu devant le FBI avoir séjourné dans un camp d’Al-Qaeda au Pakistan en 2008 avec des associés pour suivre une formation sur l’utilisation d’armes et d’explosifs. aucun lien avec l’organisation d’Oussama ben Laden.
Selon l’acte d’accusation, Zazi possédait sur son ordinateur des instructions sur la manière d’utiliser des produits chimiques ménagers pour fabriquer une bombe semblable à celles tains des ingrédients auprès de fournisseurs de salons de beauté et aurait commencé à les mélanger le 6 septembre dans un hôtel muni d’une cuisine, à Aurora, au Colorado.
Les autorités ont intercepté des appels téléphoniques de cisions sur la façon de mélanger les ingrédients nécessaires à la fabrication d’une bombe.
« Le gâteau de mariage est prêt », aurait écrit Zazi dans un texto, faisant allusion à une bombe, selon les autorités policières.
Mais le suspect n’avait pas terminé la fabrication d’une première bombe lorsqu’il a loué une voiture pour se rendre à New York, où il est arrivé le 9 septembre. La veille, selon l’acte d’accusation, il avait fait une recherche sur l’internet pour trouver un magasin de rénovation résidentielle dans Queens où il voulait acheter de l’acide chlorydrique, un autre ingrédient qui lui aurait permis de fabriquer une bombe.
En arrivant à New York, Zazi a appris qu’il était suivi par la police. Il est retourné au Colorado le 12 septembre.
La police de New York a arrêté samedi dernier un imam new-yorkais, Ahmad Wais Afzali, 37 ans, dans la même affaire. Tout informateur de police qu’il est, Afzali est celui qui a mis au courant Zazi de l’enquête policière dont il faisait l’objet. Il a été inculpé pour avoir fait de fausses déclarations à la police et mis en liberté moyennant une caution de 1,5 million de dollars.
Le père du principal suspect dans cette affaire, Mohammed Zazi, 57 ans, a également été inculpé pour avoir menti à la police et mis en liberté contre caution.
Najibullah Zazi, résidant légal, est soupçonné d’avoir voulu faire sauter des bombes sur des trains desservant New York.
L’acte d’accusation n’identifie pas les complices de Zazi. Le document utilise l’expression « armes de destruction massive » comme elle le fait dans toutes les affaires impliquant des explosifs.


« Elvis », Al-Qaeda et Guantánamo  -  Judith LaChapelle
1 Où est Oussama ben Laden?
2 L’organisation Al-Qaeda représente-t-elle encore une menace?
Le 11 septembre 2001, des kamikazes d’Al-Qaeda ont détourné quatre avions de compagnies aériennes américaines. Deux ont détruit les tours jumelles du World Trade Center de New York, un troisième a frappé le Pentagone à Washington, et un quatrième s’est écrasé dans un champ, en Pennsylvanie. Huit ans plus tard, La Presse fait le point en huit questions. Surnommé « Elvis » par certains agents de la CIA, à cause des nombreuses fausses pistes sur lesquelles ils ont été lancés pour le retrouver, Oussama ben Laden serait quelque part isolé au Pakistan. L’alliance d’Al-Qaeda avec les talibans commencerait cependant à s’effriter, ce qui donne espoir aux Occidentaux d’attraper le chef fugitif. Ben Laden diffusera-t-il encore un message à l’occasion de l’anniversaire des attaques du 11 septembre? À suivre. Les experts sont divisés. Concentrés dans le Waziristan pakistanais, les dirigeants d’Al-Qaeda n’ont pas réussi, à part les bombes qui ont explosé à Madrid en 2004 et Londres en 2005, à répéter une attaque aussi spectaculaire que celle du 11 septembre. L’organisation peinerait à recruter de nouveaux combattants et doit s’associer à d’autres mouvements islamistes armés pour faire sa promotion. Mais le réseau est « toujours très capable » de s’attaquer aux États-Unis, selon le chef d’état-major américain Michael Mullen.
3 Qu’est devenu le cerveau présumé, Khalid Sheikh Mohammed?
Il était apparu hagard et hirsute sur les photos diffusées après son arrestation en 2003. Le revoilà avec une longue barbe poivre et sel, revêtu de l’irham, un grand drap blanc rituel qui recouvre les cheveux et le haut du corps, sur une photo prise en juillet et diffusée récemment sur le web. L’homme présente une ressemblance frappante avec certaines images de propagande d’Oussama ben Laden, souligne l’AFP. Khalid Sheikh Mohammed, toujours emprisonné à la base navale américaine de Guantánamo, a reçu une visite de la Croix-Rouge qui a pris le cliché destiné à être remis à sa famille et non à être diffusé.
4 Que deviendront les détenus de Guantánamo?
Le président américain Barack Obama a annoncé la fermeture de Guantánamo avant la fin de l’année, mais le sort de ses détenus, dont Khalid Sheikh Mohammed, n’est pas clair. La prison compte encore 226 détenus. Selon l’AFP, la Maison-Blanche transférera entre 50 et 80 prisonniers vers d’autres pays. Quelques dizaines de détenus seront inculpés, certains dirigés vers des tribunaux de droit commun, d’autres vers des tribunaux militaires d’exception. Mais il faudra avant tout convaincre le Congrès...
5 Comment avancent l es travaux de reconstruction à Ground Zero?
Plutôt lentement. Les travaux ont commencé pour seulement deux des cinq gratte-ciel prévus et ne seront assurément pas terminés avant plusieurs années. L’an dernier, les autorités ont déclaré que le mémorial, la « Freedom Tower » (qui doit atteindre 514 mètres) et le noeud souterrain de transports ouvriraient entre 2011 et 2014. Les tours de bureaux seront construites, quant à elles, lorsque la conjoncture économique le permettra.
6 Où peut-on voir des images des attaques?
Le National September 11 Museum And Memorial n’a pas encore pignon sur rue – il devrait ouvrir dans trois ans – mais met déjà en ligne (makehistory.national911memorial. org) des images des attaques – souvent très dures – captées par des citoyens.
7 Comment le 11 septembre est-il enseigné à l’école?
« Dans quelques années, nous enseignerons à des élèves qui n’étaient pas encore nés au moment des attentats », a expliqué à l’Associated Press Anthony Gardner, du Fonds d’éducation du 11 s eptembre. Un programme d’enseignement des événements sera d’ailleurs testé cette année à New York et dans six États.
8 Comment va-t-on commémorer l’événement aujourd’hui ?

Le 11 septembre est désormais la « Journée nationale du service et du souvenir », pour souligner l’importance du bénévolat. Ce matin, à partir de 8h40 sur le site du WTC, des bénévoles liront publiquement les noms des 2751 victimes des attaques.





ÉTATS-UNIS  De plus en plus d’enfants ne mangent pas à leur faim

WASHINGTON — Plus d’une famille américaine sur sept, soit 49millions de personnes, a eu du mal à se nourrir correctement en 2008, soit le taux le plus important de sous-alimentation depuis que le ministère de l’Agriculture a commencé à tenir les comptes de la sécurité alimentaire aux États-Unis, en 1995.
Ce sont donc 14,6% des foyers américains qui peinent à remplir les assiettes des leurs, comparativement à 11,1% de foyers en proie à l’«insécurité alimentaire», selon le classement du ministère, c’est à dire n’ayant pas suffisamment à manger pour mener une vie saine et active.
Dans un communiqué, le président Barack Obama a qualifié ces conclusions de «dérangeantes», notant que d’autres indicateurs d’insécurité alimentaire étaient à la hausse, dont le nombre de demandes pour bénéficier des coupons de nourriture.
«La première tâche est de restaurer la croissance de l’emploi, qui aidera à soulager les pressions économiques qui rendent difficile pour les parents le fait de mettre un vrai repas sur la table chaque jour», a-t-il ajouté.
Et le secrétaire à l’Agriculture, Tom Vilsack, a dit craindre que ces chiffres ne s’aggravent encore en 2009 à cause du ralentissement économique.
Selon ce même rapport, rendu public alors que s’est ouverte à Rome la conférence de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation) consacrée à l’insécurité alimentaire dans le monde, 16,7 millions d’enfants n’ont pas eu assez à manger aux États-Unis en 2008, soit 4,3 millions de plus qu’en 2007.





Prisons californiennes : Surpopulation, émeutes et chaos  -  Nicolas Bérubé
Le système carcéral californien craque de partout. Aujourd’hui, l’État le plus populeux des ÉtatsUnis dépense plus d’argent pour détenir ses 168 000 prisonniers que pour faire fonctionner son réseau d’universités. Un bourbier dont le gouverneur semble inc
Les premiers signes du chaos qui a englouti le centre correctionnel de Chino, le 8 août dernier, sont d’abord apparus sur l’internet.
Les prisons débordent en Californie, et la prison d’État à Los Angeles ne fait pas exception. Au début des années 80, l’État comptait 20 000 détenus. Aujourd’hui, ils sont près de 170 000.
« Des prisonniers lancent des objets au x ga rdes », a annoncé un usager du réseau Twitter peu après 20 h (heure locale).
« Des incendies sont allumés et ne sont pas maîtrisés, a dit une seconde source. Les émeutes ont lieu dans l’aile de sécurité maximale de la prison. »
Ce soir-là, des images d’enregistrements vidéo amateurs retransmises aux informations télévisées montraient des flammes qui s’élevaient au-dessus de cette prison surpeuplée, en banlieue de Los Angeles.
Rob Wyatt, l’un des premiers pompiers arrivés sur place, a été accueilli par une scène de chaos. « Il y avait des choses éparpillées partout... C’était stressant. Nous avions deux gardes armés pour protéger le périmètre où nous travaillions. »
Un système en crise
L’émeute, la pire à survenir dans cet établissement de 60 0 0 détenus, opposait les Latino-Américains et les Noirs. Plus de 250 prisonniers ont été blessés, et 55 ont été hospitalisés.
L e lendemain matin , la d i rec tion de la prison a constaté l’étendue des dégâts. L’endroit semblait avoir été frappé par une catastrophe naturelle. Un gymnase transformé en dortoir a été complètement saccagé. Les matelas éventrés et brûlés gisaient par terre. Dans les toilettes, les lavabos avaient été arrachés un par un. Ils étaient en miettes, sur les planchers recouverts d’eau boueuse et de sang.
Au centre cor rec tion nel de Chino, comme dans les autres prisons californiennes, le problème de surpopulation est criant. Ouvert dans les années 30, le pénitencier a été conçu pour 3000 détenus. Aujourd’hui, ils sont plus du double dans l’établissement, dont les gymnases ont été transformés en dortoirs de fortune.
Un rapport dévoilé ce moisc i pa r le Ca li for n ia State Auditor montre que le système carcéral californien est en crise.
« L’e x p l o s i o n d e s p r o - blèmes du système correctionnel – la surpopulation, le v iei l l issement des pr ison niers, les coûts du person nel – est difficile à c i rconsc r i re en ra ison du ma nque d ’i n for mation », peut-on y lire.
Loi des trois prises
L’une des causes de l’engorgement du système californien est la fameuse loi des « trois prises » : après la troisième arrestation, les criminels sont automatiquement condamnés à la prison à vie. Cette mesure s’applique autant aux revendeurs de drogue et aux tueurs qu’à ceux qui sont arrêtés pour avoir volé une pinte de lait.
Résultat : près de 25 % des prisonniers en Californie sont détenus en raison de la loi sur les « trois prises ».
Selon l’analyste politique David Dayen, ce sont des changements aux lois et l’attitude « dure à cuire » des politiciens californiens qui ont provoqué la crise.
«Les prisons californiennes faisaient autrefois l’envie de tout le pays, note-t-il. Or, des politiciens qui voulaient se bâtir une réputation de "durs envers les criminels" ont pris les leviers de l’État, adopté plus de 1000 nouvelles lois entraînant des peines de plus de 30 ans, et le système est rapidement devenu engorgé.»
Au début des années 80, l’État comptait 20 000 prisonniers. Aujourd’hui, il y en a près de 170 000.
« La surpopulation rend la réadaptation impossible. Les petits criminels se radicalisent, les droits des détenus sont bafoués, les soins médicaux sont refusés, explique M. Dayen. Et les coûts du système explosent à chaque détour.»

Schwarzenegger contre les juges  -  Nicolas Bérubé
LOS ANGELES — Au début de l’été, Arnold Schwarzenegger s’est mesuré aux législateurs de la Californie, réticents à appuyer son budget rempli de coupes. Aujourd’hui, les juges de l’État sont les nouveaux adversaires du gouverneur.
Le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, s’est rendu au centre correctionnel de Chino peu de temps après l’émeute qui a secoué la prison au mois d’août. Le programme du gouverneur pour désengorger les prisons de l’État ne fait pas l’unanimité.
Schwarzenegger a déposé en septembre un programme qui vise à désengorger les prisons. Or, ce plan ne répond pas aux exigences déterminées par un comité de trois juges de l’État, qui ont décidé que la population carcérale devait être réduite de 40 000 prisonniers d’ici deux ans.
Dans leur rapport remis en août, les juges se sont dits « estomaqués » par l’ampleur du désastre.
« Certains des plus éminents administrateurs de prisons au pays n’avaient jamais été placés devant des conditions d’inca rcération pa reilles », écrivent-ils.
«L’approche de tolérance zéro sur le crime et le manque de volonté de débloquer les fonds nécessaires pour soutenir l’augmentation de la population carcérale ont mené la Californie au bord de la catastrophe. Un nombre significatif de détenus sont morts parce que l’État a failli dans sa tâche d’offrir des traitements médicaux adéquats.»
Réduire les peines
L e gouver neu r propose plutôt de réduire de 18 000 le nombre de prisonniers, en envoyant des détenus purger leur peine dans d’autres États où les prisons peuvent les accueillir. Schwarzenegger propose aussi de bâtir de nouvelles prisons et de changer les règles régissant les peines.
« Nous devons trouver une façon de sabrer les coûts et de réduire la surpopulation, mais sans compromettre la sécurité publique », a-t-il dit.
L’ idé e de réduire les peines pou r les futurs conda m nés et de relâcher les prisonniers avant la fin de leur peine a été vivement critiquée cet été par les élus républicains, qui s’opposent c atégor iquement à toute mesure en ce sens.
Selon le leader de la m i nor ité républ ic a i ne de l’assemblée de l’ État, Sam Bla ke sle e , de nouvel le s dépenses seront nécessaires. « Or, je crois que les solutions proposées par le gouverneur seraient beaucoup plus coûteuses à long terme pour la société. »
Devant la Cour suprême ?
C’est aux États-Unis que l’on trouve la plus grande population carcérale du monde. En 2008, plus de 2,3 millions de personnes étaient derrière les barreaux, soit 1 adulte sur 100. La Californie est l’État où il y en a le plus. L’État dépense aujourd’hui 9,5 milliards annuellement dans le système carcéral, soit plus que pour le financement du réseau d’universités.
Plusieurs critiques notent que l’augmentation des coûts coïncide également avec l’obtention d’importants avantages par les employés des établ issements ca rcérau x . Ceux-ci touchent de substantielles primes d’heures supplémentaires, et on a augmenté leurs salaires plusieurs fois au cours des dernières années. Ils sont aujourd’hui les mieux payés au pays.
En défiant l’ordre des juges de son État, le gouverneur, qui entame sa dernière année au pouvoir, pourrait bien déclencher une bataille judiciaire dont l’issue sera déterminée devant la Cour suprême du pays.