Politique
américaine
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Présidentielles 2012
Barack Obama sera- t- il réélu ?
Is
Obama doomed to be a one-term president?
L’ÉCONOMIE PEUT- ELLE COULER OBAMA ?
Press Works To Debunk
Texas Miracle
RICK PERRY’S TEXAS ECONOMIC MIRACLE?
The Texas Unmiracle
All Hat, No Cattle
Krugman: I’m So Right About Rick Perry, Even Data
Supporting Perry Prove It
Breaking down Rick Perry’s ‘Texas miracle’
Se pourrait-il donc qu'Obama puisse déjà
être bel et bien considéré comme un
grand président ?...
Un président plus fort
Voir aussi Obama et la santé
... ou s'il s'avérait qu'en bout de ligne, il aura
plutôt déçu ?...
Obama
est- il vraiment notre ami?
Les
relations internationales des États-Unis sous
Barack Obama - La continuité avant le changement
La
lâcheté de Barack Obama- Victor-Lévy
Beaulieu
Un
« amateur » à la maison- Blanche
Barack,
as- tu du coeur?
Barack Obama: a movable president
The pain of black America just got worse
It’s all breaking bad for Obama - MARGARET WENTE
Barack Obama, Prix Nobel de la Paix ?...
Barack Obama reçoit le traitement Bob Woodward
Un prix de la paix pour un président
de guerre - Richard Hétu
Obama
reçoit le Nobel avec humilité
UN PRIX POUR DE BONNES INTENTIONS
- AGNÈS GRUDA
Une récompense à double tranchant
- RICHARD HÉTU
Le Nobel de l’espoir - MARIO ROY
Voir aussi Obama, ou la "puissance douce" du
monde...
Obamania
Joyeux
anniversaire,
Barack
No
deal
in
sight
on
U.S.
debt
Un
politicien comme les autres?
Un
président et sa cote de popularité
Un
président plus fort
Primaires:
les démocrates trouvent matière à se
réjouir
Obama
lit un conte de Noël à des enfants
Obama,
l'homme le plus puissant du monde
Une présidence
prometteuse - Robert Asselin
Obama : Roosevelt serait fier - John
Parisella
OBAMA : ENCORE EN LUNE DE MIEL - NICOLAS
BÉRUBÉ
Les premiers 100 jours d'Obama - UN RYTHME
D’ENFER
Un ami qui vous veut du bien - ALEXANDRE SIROIS
L’ébauche d’une doctrine Obama -
RICHARD HÉTU
Le lutteur - Nicolas
Bérubé
Obama interviewé par un
écolier de 11 ans
... ou plus tant que ça ?...
Upset
win by Republicans in New York seen as Obama rebuke
Les
bons coups ont coûté cher
Des
élections de catégorie 4 ou 5 aux
États-Unis
Le
dilemme Obama
Un
président et sa cote de popularité
Un
vent de contestation souffle sur les primaires
Les
primaires de la colère
Obama
vole de nouveau au secours des démocrates en
difficulté
Obama
peut-il rebondir? - Richard Hétu
Rude semaine pour les démocrates américains
La
raclée - Mario Roy
Le
41e sénateur - Lysiane Gagnon
Un
républicain enlève le siège de Ted
Kennedy
Obama
risque l'humiliation
Obama
et son «hiver d'épreuves»
Les
Américains
divisés
sur
Obama
Un
élu démocrate passe dans le camp des
Républicains
Obama:
de moins en moins populaire
États-Unis:
les élections de 2010 se préparent
Obama,
un an après: un certain désenchantement
Triomphes
républicains au New Jersey et en Virginie
Un
référendum sur Obama?
Moins
d'attentes envers Obama
LA COTE D’OBAMA TOMBE
À 50% - Nicolas
Bérubé
Le rêve est-il déjà terminé
?...
Obama
has no solution to world's oil addiction
Presiding
over
disaster
How
did
Obama
morph
into
Bush?
Santé,
climat: Obama semble s'accommoder de demi-victoires
Rentrée périlleuse pour
Obama - RICHARD HÉTU
Il ne marche pas sur l’eau -
Lysianne Gagnon
Obama tente de regagner l’appui des gais
Le président Obama démontrerait-il donc un
déficit de leadership ?
Barack
Obama
fails
to
fight
for
his
values
-
Globe
Editorial
The Republicans only look like they won – which may be all
that matters
... et pourtant, mérite-il vraiment les critiques qui
peuvent lui être adressées ?...
Chicago was Obama's kind of town. Maybe Washington isn't -
Jeffrey Simpson
Le
choc du présent - Mario Roy
... et au fait, jusqu'à quel point peut-on tout
reprocher à celui qui détient le "job le plus
difficle au monde" ?...
A messiah is not enough
Un
sénateur démocrate se retire
Obama:
le
poids
des
responsabilités
-
Jocelyn
Coulon
Le
syndrome
du
messie
-
Stéphane
Laporte
La faute d'Obama? - Lysiane Gagnon
Un
an après, Obama reconnaît éprouver
doute et déception
Se pourrait-il donc que changer le monde s'avère un
peu plus facile à dire qu'à faire,
après tout ?...
Rahmadan - Joe Klein
Attacks
on 'Rahmbo' reveal White House in crisis
Le
facteur noir
Un
an après, la promesse Obama à
l'épreuve des faits
Et quoi qu'on puisse penser d'Obama, serait-il même
envisageable de nier que ce dernier fasse à peu
près tout ce qui est en son possible en vue de
pratiquer ce que l'on pourrait qualifier de "politique du
compromis" ?...
Obama,
ce
«
républicain
modéré
»
Et en fait, les difficultés d'Obama ne mettent-elles
pas surtout en évidence la déliquescence du
système politique américain ?...
Où
est la grogne?
Can
America
be
put
back
together?
The
Civil
War
never
ended
–
it
just
gave
way
to
an
uncivil
one
Budget
battle
lays
bare
American
culture
war
Can
Americans be saved from themselves? - Gerard Caplan
Ideological
warfare
leaves
little
room
for
deficit
reduction
Just
another
vote
for
dysfunctional
polarization
Et
maintenant,
la
paralysie
Une Amérique déboussolée
Les élections du désarroi
L’heure du thé
Demi-victoire
pour les républicains et le Tea Party
Et
le
candidat
le
plus
insolite
est…
America
needs
new
politics
Une
querelle dangereuse
LA REPRISE EN OTAGE - Pierre
Fournier
La cause Alito contre Obama
Révolution
dans la loi électorale américaine
... et ne démontrent-elles pas surtout à quel
point la polarisation et l'entêtement
idéologiques ont pu rendre le gouvernement
américain pratiquement dysfonctionnel ?
Une guerre de perceptions
La limite
D'ailleurs, la crise de la dette aux États-Unis
n'est-elle pas en train de prouver à quel point
l'excès de partisannerie et d'entêtement
idéologique, notamment dans ce pays, peut justement
entraîner un pays dans ni plus ni moins que sa propre
chute ?...
Even if it wanted to, U.S. can’t pull off Canadian-style
‘fiscal miracle’
Dette
américaine - Irresponsable!
Dette:
Obama appelle au compromis, les démocrates
préparent un plan concurrent
Le plan Boehner adopté... puis rejeté
Le
président
qui
pourrait
perdre
le
«
triple
A
»
Boehner
pris
au
piège
du
Tea
Party
U.S. Senate kills Boehner debt bill two hours after it
passes in the House
House
Republicans survive showdown, pass bill on U.S. debt
ceiling
In
U.S. debt deal, "compromise" is a dirty word
Un
cocktail de facteurs a mené la superpuissance au
bord du gouffre
Perspectives
- La tyrannie du triple A
Relèvement
du
plafond
de
la
dette
américaine
-
Un
désaccord
fait
craindre
un«effet
papillon»
sur
l'économie
mondiale
Obama
to
stress
'incalculable'
harm
of
debt
failure
Hope
fades for partisan bargain over U.S. debt crisis
Crise
de la dette - Espoirs déçus à
Washington
Le
spectre
de
septembre
2008
Pre-election
posturing
and
the
U.S.
debt
crisis
No
deal
in
sight
on
U.S.
debt
Relèvement
du plafond de la dette américaine - Le bras de fer
se poursuit
Les
États en défaut de paiement - Une cause de
récession
Écoutez
ce que vous disent les agences de notation
GOP freshmen turn Boehner’s dream job into a nightmare
Une
«
crisemajeure
»
en
cas
de
défaut,
avertit
la
Fed
Will
Americans
‘do
the
right
thing’
on
debt?
-
Jeffrey
Simpson
In debt talks,
Republicans refuse to lead - Globe Editorial
Le
compte
à
rebours
est
amorcé
Les yeux tournés sur le 2 août
Après la fête, la facture
Le douzième commandement
Obama
fait monter les enchères
Tu
ne
hausseras
point
les
impôts
États-Unis
- L'impasse
Et jusqu'à quel point le dénouement de cette
tragi-comédie est-il vraiment porteur d'espoirs ?...
Une
entente
coûteuse
États-Unis
- La dette américaine bondit au-dessus du PIB
Relèvement
du
plafond
de
la
dette
américaine
-
Les
É.-U.
n'ont
pas désamorcé «la bombe de leur
dette», estime la Chine
Note
de
crédit
-
Regagner
un
AAA
perdu
est
possible,
mais
très difficile
Fin
du feuilleton de la dette
À la prochaine crise
Dette
américaine - Le contresens
Réduction
du déficit aux États-Unis - Le
problème de la dette reste entier
États-Unis
- Un abaissement de la cote pourrait être indolore
Le
supplice
de
la
dette
La
Chambre
adopte
le
compromis
Top
Senate
Democrat
supports
debt
pact
U.S. lawmakers close to deal to avoid default
Dette
des États-Unis - Faute de parvenir à une
entente, le Congrès américain songe à
un plan B
Relèvement
du plafond de la dette américaine - Obama rencontre
des chefs du Congrès
La « bande des six » à la rescousse
Et si, aux États-Unis, il y avait carrément
quelque chose qui se trouvait à être
viscéralement, sinon absolument opposé
à toute forme de changement ?...
C’est le centre qu’on veut assassiner
Et de toute façon, pourrait-on vraiment penser
qu'Obama puisse être du genre à baisser les
bras ?...
Yes we try - Ariane Krol
Place à Obama 2.0
Le
retour du «réformateur»
L'Amérique
au travail
Objectif:
reconquérir les Américains
Y a-t-il d'ailleurs quoi que ce soit à son
épreuve ?...
Un président plus fort
La
semaine
des
succès
-
Agnès Gruda
WASHINGTON La folle semaine du
président
Et s'il y avait toujours moyen d'espérer,
après tout ?...
Fermeture
de la prison de Guantanamo - Obama prêt à
défier le Congrès
«
Les
républicains
vont
se
planter
»
Et si Obama amenait réellement le changement,
après tout ?...
Les
bons coups ont coûté cher
Les
cadeaux
de
Noël
d’Obama
Obama
finding
a
way
through
the
legislative
‘gridlock’
Journée faste en vue pour Obama
Obama
crafts
transformative
presidency
Un
président plus fort
Voir aussi Obama et la santé
Obama Seeking Tax on Biggest
Banks
Vers
la fin du tabou homosexuel dans l'armée
américaine
Les
lobbies américains sous pression
L’administration Obama rompt avec la «
guerre contre la drogue »
Et qu'en est-il de la charmante Michelle ?...
Michelle Obama mobilise les chefs cuisiniers pour lutter
contre l'obésité
Maman
en chef, un an plus tard - Marie-Claude Lortie
L'an
1 de Michelle O - Nathalie Collard
LA NOUVELLE MICHELLE -
Marie-Claude Lortie
Les 100 jours de Michelle Obama - Yoland
Cohen
Inspirante Michelle - NATHALIE COLLARD
...et de la petite famille présidentielle ?...
Sasha
et Malia Obama aiment la Maison-Blanche
...et quoi de neuf pour Hillary ?...
LE RETOUR D’HILLARY CLINTON
- Richard Hétu
Hillary Clinton en tournée
africaine
... ou même pour Bill ?
UN CAUCHEMAR DE CINQ MOIS PREND FIN -
Nicolas Bérubé
L’effet Bill Clinton
- Richard Hétu
Voir aussi... La vie après la
Maison-Blanche - Richard Hétu
... et que dire de Jimmy, pendant qu'on y est ?...
En
bref - Jimmy Carter obtient la libération d'un
compatriote
Carter
en mission en Corée du Nord embarrasse Washington
Car après tout, la plus grande force ne reste-t-elle
pas d'abord et avant tout de savoir bien s'entourer ?...
Une grand-mère puissante et infatigable
Obama vs l'économie...
« Tax me »
États-Unis
-
Le
milliardaire
Warren Buffett appelle à taxer plus lourdement les
millionnaires
Crédit
immobilier - Obama signe l'arrêt de mort de Freddie
et Fannie
Selon
le milliardaire Warren Buffett - Les riches
Américains devraient payer plus d'impôts
Obama
en campagne en Ohio - Les riches doivent payer leur juste
part d'impôts
Wall
Street sous la férule d'Obama
La réforme Ikéa
Obama
promulgue la réforme de Wall Street
Le
Congrès américain offre à Obama la
réforme de Wall Street
U.S.
Senate
votes
to
reform
Wall
Street
Réforme
financière - Wall Street a échoué,
dit Obama
Les
républicains lèvent leur blocage de la
réforme de Wall Street
Réforme
financière: les républicains bloquent encore
le débat
La
Fed principal régulateur des banques?
Where
did
the
bank
bailout
money
go?
L'aide
alimentaire pour 39 millions d'Américains
Les
grandes banques doivent être
«cassées», selon la Fed
Obama
obtient le soutien inédit de 13 républicains
au Sénat
Exportations
- Les États-Unis à l'assaut des pays
émergents
For
Obama,
being
a
deficit
hawk
was
not
an
option
Casse-tête
budgétaire - Ariane Krol
Obama
veut un gel partiel du budget pendant trois ans
Créer
des emplois avant tout
Obama
au chevet de la classe moyenne
Obama
approuve
une
task force en charge du déficit
Le
chantier inachevé de Barack Obama - Sophie
Cousineau
Obama,
«Robin des Bois», selon un ministre italien
Obama
défend sa proposition de taxe sur les banques
Obama veut taxer 50 banques
Obama songe à taxer les banques sauvées par
Washington
Les
banques à politique salariale risquée dans
la mire de Washington
L'anti-réforme
de Wall Street
La
Chambre américaine approuve la réforme de
Wall Street
Obama limite les salaires des patrons d'entreprises
renflouées
Obama
mobilise les entrepreneurs pour relancer l'emploi
«Obamanomics»:
un bilan mitigé
Obama annonce un forum sur
l’emploi en décembre
É-U:
le patronat critique le projet de réforme
financière
Primes des banquiers : Les
États-Unis passent à la vitesse
supérieure
Obama
exhorte les banques à prêter davantage aux
PME
Contrôler les salaires des grandes banques
américaines?
Wall Street peste contre
Washington
WASHINGTON Les primes
restent sur la sellette
Geithner conseillé par
des banquiers millionnaires
Spitzer dénonce le « jeu de
chaises musicales » d’Obama
Les 5 recommandations du shérif de Wall
Street - Vincent Brousseau-Pouliot
Wall Street n’a pas retenu les leçons
de la crise, juge le président Barack Obama
La « prime à la
casse » a permis la vente de 700 000 automobiles
Déficit Washington revoie
les chiffres à la baisse
ÉTATS-UNIS Les plus
riches pourraient subir des hausses d’impôts
Barack Obama défend sa politique de
relance
OBAMA ET LA CRISE « Nous avons
éteint l’incendie »
États-Unis : Un
nouveau plan de relance serait nécessaire
OBAMA PROPOSE UNE
RÉFORME HISTORIQUE - Steven Hurst
La Fed vous a à l’oeil - SOPHIE COUSINEAU
Il faudra un temps «
considérable » pour sortir de la crise,
dit Obama
Bras de fer entre Washington et Wall Street - RUDY LE
COURS
Grands maux, grands moyens - SOPHIE COUSINEAU
BUDGET AMÉRICAIN - Obama s’attaque au
gaspillage de fonds publics
Obama engage la lutte contre l’évasion
fiscale et espère récupérer 210
milliards en 10 ans
Un pays à crédit
- NICOLAS BÉRUBÉ
Voir aussi Économie
Le Trésor américain veut
« protéger les consommateurs »
...et par ailleurs, pourra-t-on jamais en venir à
régler le problème de l'immobilier, si l'on
souhaite que l'économie puisse avoir la moindre
chance de vraiment redémarrer ?...
États-Unis
- Il faut mettre de l'ordre dans l'immobilier
Obama et la santé
LE SALUT OU LA PERDITION D’OBAMA
David Frum fired after lamenting Republican failure on
health care
Les marchés: la réforme santé
d'Obama soigne... la consommation
De l'eau au moulin pour l'industrie de la santé
Un
président plus fort
Obama
met les républicains au défi de tuer sa
réforme
États-Unis:
le Sénat étudie le dernier volet de la
réforme
Biden,
euphorique: «Quelle putain d'histoire!»
Obama
promulguera la réforme de la santé mardi
L'audace de persévérer - Richard Hétu
Réforme de la santé: victoire historique
pour Obama
La victoire d'Obama - Ariane Krol
Building up from foundations - Globe editorial
Health
insurance
reform
and
the
middle
vote
‘The
most
powerful
woman
in
American
history’
eyes
next
mountains
to
climb
U.S.
health-care bill: messy but historic
La
réforme de la santé de Barack Obama est
adoptée
Democrats pass historic bill, ending century-long fight
for health care
Santé: Obama
gagne la guerre
Obama
pourrait réussir là où ses
prédécesseurs ont échoué
Santé:
la résurrection d'une réforme
Washington turns ugly on eve of historic health-care vote
Réforme
de la santé: le suspense demeure entier
Congressman
safeguards
Obama’s
presidency
Santé:
Obama engrange des soutiens pour un vote ce week-end
Réforme
de la santé: le dernier tour de piste de Barack
Obama
Réforme
de la santé: les voix manquent, selon un
démocrate
Lettres
- La santé des Québécois et celle des
Américains
Santé:
la majorité démocrate va se passer des
républicains au Sénat
Obama
tire à boulets rouges sur les assureurs
Obama
tend la main aux républicains, mais reste ferme
Santé:
Obama ira de l'avant, avec ou sans les républicains
Sommet
sur la santé: les républicains flairent un
piège
U.S.
health summit: The world's a stage, the politicos merely
players
Obama
présente son propre plan de réforme de
l'assurance maladie
Femme recherche homme doté d'une bonne assurance
maladie!
The
bully
pulpit
email
Obama
n'abandonnera pas la réforme de la santé
Obama
réduit ses ambitions
Un
républicain enlève le siège de Ted
Kennedy
Obama gagne un vote «
historique »
La réforme reste « très solide
», assure le conseiller d’Obama
Le
Sénat adopte la réforme de la santé
d'Obama
Le Sénat boucle la réforme de la
santé
Santé:
la réforme d'Obama prend forme
Une
réforme de la santé moins ambitieuse que
prévu
Réforme de la santé d'Obama: vote crucial au
Sénat
Le
cadeau de Noël d'Obama: la réforme de la
santé?
Santé:
la guerre de tranchées commence au Sénat
RÉFORME DE LA SANTÉ Le Sénat
américain dit « oui » au débat
Réforme
de la Santé : les sénateurs
républicains prêts au combat
Obama
remporte une bataille, pas la guerre -
RICHARD HÉTU
Les
démocrates ont leur grande gueule - Richard
Hétu
Une
première victoire à Obama et sa
réforme santé
Réforme
du système de santé: le Sénat, un
obstacle
L’épicerie ou les
médicaments ? - Isabelle Kretz
Une étape décisive
est franchie au Sénat
Le cauchemar des Américains - RICHARD
HÉTU
Comment les compagnies d’assurances mettent les
États-Unis en danger
Il faut sauver grand-maman -
Mario Roy
Obama traité de menteur : des
excuses - Judith LaChapelle
Obama : « Le temps des querelles est
révolu » - RICHARD HÉTU
Ted Kennedy : La cause d’une vie - RICHARD
HÉTU
Un Anglais charme la droite américaine
- Mali Ilse Paquin
Santé : Méchant
débat - MARIO ROY
Santé: Obama monte au créneau -
Richard Hétu
Le web contre « les tactiques de la
peur »
Grippe pro-Obama - Sylvio
LeBlanc
Malgré les doutes et les
critiques, le président garantit une
réforme du système de santé
cette année
La santé, Waterloo
d’Obama? - Richard Hétu
RÉFORME DE LA SANTÉ Obama en mode
séduction
Obama s’attaque à l’hydre
de la santé
Santé : Gare aux « horreurs
» du système canadien ! - RICHARD
HÉTU
Assurance
maladie aux États-Unis - La réforme de
«Barack W. Bush»
The rancorous realities of Obamacare
Obama et l'éducation
Obama
Promise: Focus on Getting Kids to College
Obama offers his vision for improving education
États-Unis:
un nouveau plan d'éducation
Obama et l'environnement
Why
no
offshore
drilling
on
the
U.S.
shelf?
Obama
veut montrer patte verte
Les
centrales solaires d'Obama dans la ligne de mire des
écolos
Et voir surtout Les États-Unis seraient-ils
donc de retour dans la partie ?...
ainsi que Ceci dit, n'y a-t-il pas encore loin de
la coupe aux lèvres, en réalité
?...
... et encore un autre chantier, et donc peut-être un
autre exploit à l'horizon ?...
Obama veut lancer la réforme de l'immigration cette
année
Obama, ou la "puissance douce" du monde...
‘Change cannot be denied,’ Obama says in speech on the
Middle East
Le plan Obama pour le monde arabe
Barack
Obama prône un État palestinien basé
sur les frontières de 1967
America’s
Arab
comeback
Afghanistan:
la Russie dans le camp d'Obama
Obama
mise sur la force tranquille
Réchauffement
au sommet
Obama, vu par Medvedev
Obama
may
yet
earn
his
Nobel
Le Canada retournera son uranium irradié aux
États-Unis
Les États s'engagent à
améliorer la sécurité en quatre ans
Nucléaire:
l'Ukraine répond à l'appel d'Obama
Le
nouveau traité START - Washington et Moscou signent
Traité nucléaire - Le petit pas
La
dissuasion a meilleur goût, mais...
Obama
va restreindre l'usage de l'arme nucléaire
In
Easter
address,
Obama
strikes
ecumenical
tone
Sarkozy
et Obama s'affichent plus proches que jamais
Désarmement
nucléaire: avantage Russie
Arsenaux
nucléaires - Washington et Moscou s'entendent sur
un nouveau traité START
Désarmement nucléaire: un nouveau START le 8
avril
Après
la santé, le nucléaire?
Voir aussi Barack Obama, Prix Nobel
de la Paix ?...
Obama et la bombe - Petit pas
Obama
souhaite une «réduction spectaculaire»
de l'arsenal nucléaire
Désarmement
- Accord de principe entre Washington et Moscou
Hu Jintao et Obama plaident pour
plus de coopération
USA : 680 MILLIARDS:
BUDGET RÉDUIT POUR LA DÉFENSE
Les Américains demandent, les Russes
écoutent - Judith LaChapelle
Le Canada et les États-Unis forment une
« famille »
Le ton change au 490, Sussex Drive -
Alexandre Sirois
Dégel américano-russe - Jocelyn
Coulon
Désarmement nucléaire : Sommet exceptionnel
à l’ONU - AGNÈS GRUDA
Obama appelle à la
coopération - Richard Hétu
Bouclier antimissile en Europe : L’approche
Bush mise au rancart
Beau, bon, pas cher - MARIO ROY
De Hollywood aux
Champs-Élysées - Nicolas
Bérubé
LE RETOUR D’HILLARY
CLINTON - Richard Hétu
Moscou choisit la
coopération -
FRÉDÉRICK LAVOIE
POUR UNE RELATION « PRODUCTIVE
» - Richard Hétu
Entente
conclue sur les arsenaux nucléaires -
Richard Hétu
Poutine moins cordial que Medvedev
- Frédérick Lavoie
SÉCURITÉ INTERNATIONALE Obama en voie
de changer la dynamique
La méthode Obama - André Pratte
Débarquement de Normandie : Obama
contre Bush
Obama fait la
cour aux Latino-Américains
Un livre en tête des
palmarès grâce à Chavez et Obama
Voir aussi
Avec Obama, la Maison Blanche se montrerait-elle
enfin déterminée à ce qu'on puisse
constater un certain avancement même dans le pire
des dossiers, celui du conflit
israélo-palestinien ?...
Et comment l'Amérique d'Obama est-elle perçue
ailleurs dans le monde ?....
Obama boude- t- il l’Europe?
Obama
courtise l'Asie
Sommet
de l'APEC: les États-Unis déjà sous
pression
Obama
s'envole vers une nouvelle Asie - Richard Hétu
Et l'ouverture d'Obama l'empêche-t-elle pour
autant de se tenir debout ?... Ou ne pourrait-on pas
plutôt affirmer le contraire ?...
Dialogue sino-américain sur les «sujets
embarrassants»
Obama
exprime son soutien au dalaï-lama
Le dalaï-lama à la Maison-Blanche
Dalai
Lama
sparks
standoff
Obama
défie Pékin et accepte de rencontrer le
dalaï lama
«Obama
est en avance sur ses prédécesseurs» -
Richard Hétu
Un
discours d'Obama en Chine... censuré sur le Net
chinois
Obama
plaide pour la liberté d'expression en Chine
Barack
Obama aborde les droits de l'homme avec le
président chinois
Obama
en Chine: Pékin prend l'avantage
Obama
demande la libération d'Aung San Suu Kyi
... mais pourrait-il pourtant en faire plus ?...
Des parlementaires demandent à Obama d'aider un
dissident chinois
Obama
déçoit les dissidents chinois
Obama
muet sur le Tibet
Cuba, ou l'art
de dénoncer une politique tout en la maintenant
Cuba défie Washington de lever l'embargo
Obama au pouvoir, l’embargo demeure
Raul Castro : «
J’ai été élu pour défendre
le socialisme »
L’après-Castro commence
Obama reconnaît l’échec de la politique
américaine envers La Havane tout en la
maintenant...
Cuba: petite histoire de l’embargo
- Claude Picher
En bonne forme, Fidel Castro
célèbre ses 83 ans
Et par ailleurs, a-t-on réellement prouvé
qu'on pouvait dépasser la logique de la Guerre
Froide ?...
Pacte militaire controversé entre Washington et
Bogota
Comment dénoncer la torture tout en l'excusant
chez soi...
Donald Rumsfeld poursuivi pour « torture »
La
torture
a-
t-
elle
mené
à
ben Laden?
Obama
lève
le
gel
de
procès
Guantánamo
- Barack Obama n'a toujours pas fermé le camp de
détenus
Procès
pour
terrorisme
:
Washington
essuie
un
revers
La
simulation
de
noyade
?
«Oh
que
oui»,
a
ditBush
Au
procès d'un ancien de Guantánamo
Obama
stiffs
Maher
Arar
L'héritage
de la torture
Pour
journalistes avertis seulement
L'avocat
d'Omar Khadr demande à la Cour suprême de
mettre fin au procès
D'ex-détenus
torturés
pourront
poursuivre
Londres
Pentagon
bars
Canadian
journalists
from
Guantanamo
Bay
Omar
Khadr’s
defender
sees
‘no
way’
for
fair
trial
Blackwater
veut se lancer dans la formation de la police afghane
Blackwater
toujours actif
Guantanamo
devant la Cour suprême
Guantanamo:
le Sénat approuve la venue de détenus aux
États-Unis
Pas besoin de devenir un
monstre - PATRICK LAGACÉ
La CIA sous la loupe du ministère de
la Justice - Mathieu Perrault
Un tournant pour la présidence de Barack
Obama - AGNÈS GRUDA
Le recours à la torture orchestré de
haut - AGNÈS GRUDA
La face obscure de Blackwater
- Nicolas Bérubé
Pas de remords pour la soldate England -
Laura-Julie Perrault
Poursuite pour torture
Le lourd héritage de la torture - RICHARD
HÉTU
L’injustifiable - ANDRÉ PRATTE
Obama offre son « soutien total »
au personnel de la CIA
Obama sous un feu croisé de critiques
Voir aussi Pourquoi Harper tient-il tant à
soutentir la torture ?...
Mais ceci dit, tuer les prisonniers vaut-il vraiment mieux
que les torturer ?...
Un
choix de l'administration Obama? - Tuer plutôt que
capturer
Et si les États-Unis s'avéraient coupables
de choses encore pires que la torture elle-même ?...
En
bref - Plainte contre la CIA
Comment, de façon plus générale,
accuser les autres tout en se montrant on ne peut plus
indulgent envers soi-même...
L’élite
hors la loi
Les États-Unis auraient-ils donc une petite
tendance à se moquer des ressortissants
étrangers tout comme des autres nations
elles-mêmes, en fait ?...
Arar ne pourra poursuivre les autorités
américaines, dit la Cour suprême des USA
Comment faire l'apologie des droits de l'homme tout en
s'en moquant éperdumment chez soi...
WikiLeaks
ouvre les portes de Guantánamo - Innocents
incarcérés, suspects dangereux
libérés
Droits
de la personne - Les États-Unis sur la sellette
à l'ONU
Le
flou
juridique
perdure
à
Guantánamo
Les États-Unis ne respecteraient-ils donc les
conventions internationales que lorsqu'ils le veulent bien
?...
Killing and lying as a patriotic duty Gerald Caplan
Dossier
Ben Laden - De la torture
Une
exécution
injustifiable
Obama et le casse-tête de Guantanamo
Il
y a neuf ans, Guantánamo
Guantánamo
- Barack Obama n'a toujours pas fermé le camp de
détenus
Guantánamo,
huit ans plus tard
La
fermeture de Guantanamo risque d'être ralentie
Obama
n'arrive pas à fermer Guantánamo
Douze
détenus de Guantanamo renvoyés
Guantánamo en
Illinois
Des
détenus de Guantanamo transférés dans
l'Illinois
Les détenus du «
Guantánamo afghan » ont maintenant des
droits
La ville qui veut les détenus de
Guantánamo - RICHARD HÉTU
« Ils ont adoré la prison
» - RICHARD HÉTU
QUE FAIRE DE GUANTÁNAMO?
Les États-Unis
réfléchissent à
l’après-Guantánamo
ÉTATS-UNIS Des détenus de
Guantánamo transférés ?
Le duel de Washington - RICHARD HÉTU
De l’argent pour la guerre, mais pas
pour Guantánamo
GUANTÁNAMO - Cheney critiqué
dans son propre camp
GUANTÁNAMO - Le casse-tête d’Obama
PRISON DE GUANTÁNAMO - Obama devra
refaire ses devoirs - Richard Hétu
GUANTÁNAMO Un 2e
détenu jugé aux États-Unis ?
L’AFGHANISTAN VEUT
RAPATRIER UN AFGHAN TORTURÉ À GUANTANAMO
Obama cautionne le retour des
tribunaux à la Guantánamo
Place à la « doctrine
Bush-Obama » - RICHARD HÉTU
Obama et l'Islam
L’ébauche d’une doctrine
Obama - RICHARD HÉTU
LE DISCOURS D’OBAMA EN NEUF
THÈMES TRADUIT PAR LAURA- JULIE PERREAULT
APRÈS LES MOTS, LE MONDE
ATTEND LES ACTIONS - Agnès Gruda
Second début - Mario Roy
UN ORATEUR EN TERRAIN MINÉ -
RICHARD HÉTU
Un discours signé Ben Rhodes
Un réveil brutal pour Barack Obama
Peu d’espoir au Pakistan et
auMoyen-Orient
Mais peut-on vraiment espérer un réel
changement tant que les paroles ne donneront pas suite
à des actions ?...
Huit
mois après le discours d’Obama au Caire, l’espoir a
fait place à la frustration
Les États-Unis n'éprouveraient-ils donc pas
le moindre scrupule à soutenir les pires
régimes de la planète ?...
Voter,
qu'ossa donne?
Et si Obama devait tout simplement s'avérer
incapable de livrer la marchandise, après tout ?...
L’ombre de Jimmy
Fronde
démocrate
à
l’horizon
?
Will
tax-cut
compromise
be
Obama’s
undoing?
Barack
Obama
semet
à
dos
l’aile
gauche
démocrate
Et pendant ce temps, du côté des
Républicains...
Le dilemme
Le parti de la haine
Une vraie manne pour les humoristes
Republicans want
anyone but the pragmatist - JEFFREY SIMPSON
QUIZ: républicains et controverse 101
« Oups » : les 53 secondes qui pourraient
couler Rick Perry
Présidentielle
américaine - Le phénomène Herman Cain
Mitt
Romney: Barack Obama’s match
Chris
Christie le « sauveur » ?
Les malheurs de Perry
Échanges musclés entre Romney et Perry
Future shock: And the winner is … Barack Obama!
Rick
Perry,
clone
de George W. Bush?
Les
républicains
en
campagne
-
À
droite, toute!
Bachmann
et
Perry,
le
duel
des ultras
Un
autre
gouverneur
texan
à
la
Maison-
Blanche?
A
Reaganesque presidential hopeful
En attendant Palin, voici Bachmann
États-Unis
- Entrée remarquée du Tea Party dans la
course à la Maison-Blanche
Michele
Bachmann’s
flair,
tea
party
clout
could
derail
Romney’s
GOP
hopes
Republicans
still
yearning
for
white
knight
Fou
rire républicain
CELUI
QUI
FAIT
RÊVER
LES
RÉPUBLICAINS
Those
old
Bush
ideas
haunt
us
still
-
Jeffrey
Simpson
Les
républicains craignent la montée de la
droite ! - Le Tea Party rend service à Obama
Les
républicains s'entredéchirent
Linda
McMahon: de la lutte à la politique
GOP
resurrects
Bush
for
tax
debate
Palin
et ses «mamans grizzlis»
Le
Parti républicain en guerre contre un de ses
candidats
Chris
Christie, gouverneur rock'n'roll
La
Floride croit-elle encore en Crist?
Health
insurance
reform
and
the
middle
vote
Douze États veulent contester la réforme
Obama
Place
au «nouveau» Mitt Romney
L'avortement:
un complot contre les Noirs?
Élection
en Arizona: McCain a de la concurrence à droite
L'an 1 du
mouvement Tea Party - Richard Hétu
«Rahmbo»
perd des plumes
Brewing
up
a
political
storm
Marco
Rubio, c'est leur «tasse de thé»
Dick
Cheney en 2012: une candidature rêvée...
Le
«Nobel en guerre» séduit même la
droite
Le
plan pour l'emploi des républicains
Sarah-manie,
qu'on le veuille ou non - Marie-Claude Lortie
La
rebelle - Jean-Pascal Beaupré
Ouragan
Katrina: l'armée américaine accusée
de négligence
Un
phénomène appelé Sarah Palin -
Richard Hétu
Triomphes
républicains au New Jersey et en Virginie
Un
référendum sur Obama?
«Nous
voulons qu'Obama réussisse»
Un
présentateur de Fox News s'excuse pour manque
d'équilibre
Drôle
de guerre: la Maison-Blanche contre Fox News
- Richard Hétu
Fox
News, pas une chaîne d'informations ?...
Comme
Jesse
James...
- Richard Hétu
Tim Pawlenty déjà en piste pour 2012
- Richard Hétu
Qui a peur de Glenn Beck ? -
RICHARD HÉTU
Qu’est-ce qui fait courir Michael Bloomberg
? - RICHARD HÉTU
Carter dénonce le racisme de la
droite - RICHARD HÉTU
Quand Bush dénigrait Palin, Obama et
cie - Richard Hétu
La nature de la grogne anti-Obama - RICHARD
HÉTU
Obama traité de menteur : des
excuses - Judith LaChapelle
Rentrée périlleuse pour
Obama - RICHARD HÉTU
Carburer à la haine de Ted Kennedy
- RICHARD HÉTU
Rentrée controversée... ou
à l'américaine, tout simplement !...
La double vie de Sarah Palin ? -
Alexandre Sirois
Avis de tempête
pour les vacances d’Obama
Un Anglais charme la droite
américaine - Mali Ilse Paquin
Après les « Truthers »,
les « Birthers »... MARIO ROY
Obama, Joker socialiste
- Nicolas Bérubé
L’étrange
obsession des birthers - Richard
Hétu
Obama et les médias
accusés de « partager le même lit
» - Richard Hétu
Dick Cheney est accusé d’avoir
caché un programme antiterroriste au
Congrès
La démission de Sarah Palin
suscite des interrogations
Sarah Palin démissionne
MINISTRE DE LA JUSTICE DÉCHU SOUS BUSH
Alberto Gonzales provoque la controverse dans une
université du Texas
Intéressante critique des Républicains...
Un républicain passe aux démocrates -
Richard Hétu
Le Parti républicain doit
changer, estime Colin Powell
Ci-gît le parti des valeurs
familiales - RICHARD HÉTU
Les républicains peuvent-ils rebondir
? - Nicolas Bérubé
La voix de la droite : « La
réponse à la crise, c’est plus de
liberté »...
Qu’est-ce qui fait courir Dick Cheney ? -
RICHARD HÉTU
Rumsfeld évite de
s’exprimer sur l’Irak - Nicolas
Bérubé
DIJONGATE : La moutarde monte au nez des
conservateurs - Richard Hétu
Palin irrite certains
républicains - Richard Hétu
Un élu républicain,
introuvable pendant des jours... était avec son
amante
Quand la droite américaine s'emballe...
(Serait-il donc possible de trouver pire que les
Républicains ?...)
Repères
- Règlements de comptes à Washington
Le
Tea Party - Le délire
Opinion: Back to a future that looks like the ’50s
La
trilogie
républicaine
Reactionaries
are
feminists,
too
Le
Devoir de philo - Ce que penseraient les pères
fondateurs américains du mouvement Tea Party
Ron Paul stirs the pot for America’s annoyed
La
controverse
qui
ne
veut
pas
mourir
U.S.
Tea Partiers run for cover
Dix questions
sur le Tea Party
Obama
face à la haine
Will
that
be
one
lump
or
two
for
American
democracy?
Oklahoma
City, 15 ans plus tard
Un
Américain sur trois considère l'État
fédéral comme une menace
Y
a-t-il deux Amériques?
États-Unis:
une droite radicale en pleine résurgence
«Un autre Oklahoma City est une possibilité
très réelle»
Et qu'en est-il maintenant de ce cher vieux Bush ?...
Amnistie
internationale demande au Canada d'arrêter George W.
Bush
George
W. Bush’s inner circle, 10 years after 9/11
Bush's legacy in 7 words: ‘Nobody was lying. We were all
wrong’
GOP
resurrects
Bush
for
tax
debate
Le
lanceur de chaussures contre Bush attaqué par...
une chaussure
Washington
a laissé Ben Laden s'échapper en 2001
G.
W. Bush séduit son public montréalais
Le
monde selon W.
- VINCENT MARISSAL
Des protestations éloquentes -
Laura-Julie Perrault
Non, rien de rien… - Agnès Gruda
Un
groupie d'Obama face à Bush
Bush critique son successeur
Et par ailleurs, le procès de Bush serait-il
déjà commencé, sinon achevé ?...
«Les Irakiens ont l'impression d'être
retournés à la case départ»
Le
testament de la décennie - 1. Le chaos des
années Bush
Les républicains seraient-ils donc carrément
irresponsables ?
Dette
américaine - La destruction
La fin de l’ère Schwarzenegger ?
- NICOLAS BÉRUBÉ
Un Somalien comparaît pour piraterie
à New York
Un mythe très ancré
Chasse virtuelle à
l’immigrant
Ou cette fameuse ne serait-elle pas plutôt en
train de purement et simplement sombrer dans l'islamophobie
?...
When talk isn’t cheap
De
la politisation du 11 septembre
Géopolitique
du virtuel
Obama’s mosque missteps
Coming
to
terms
with
Islam
in
America
Le moustachu, les barbus et les médias
Les musulmans, ces mal-aimés
Mais est-ce pour autant l'idée du siècle que
d'ériger une mosquée en plein sur le site des
attentats du World Trade Center ?...
Les
New-Yorkais d'accord pour la mosquée, mais ailleurs
The
culture
of
offence
L'ultime
victoire de ben Laden
La
«mosquée de Ground Zero»: un enjeu
électoral
Eaux
troubles à New York
Le
maire de New York milite pour la «mosquée de
Ground Zero»
Obama
nomme une femme juge à la Cour suprême
Les neuf juges de la Cour suprême américaine
Madame la juge - Nicolas
Bérubé
Sotomayor survit à son
interrogatoire - Richard Hétu
La candidate à la Cour suprême
fait la leçon aux républicains
L’interrogatoire de Sonia Sotomayor
- Richard Hétu
LOS ANGELES - Une première hispanophone à
la Cour suprême- NICOLAS
BÉRUBÉ
CINQ CHOSES À SAVOIR sur la Cour
suprême
Et comment protéger des citoyens américains
dans un monde si violent ?...
L'Iran veut juger trois randonneurs américains
IRAN - Journaliste irano-américaine
libérée
Journaliste américaine détenue
en Iran : bien triste journée de la
liberté de la presse
Le racisme serait-il encore profondément ancré
en Amérique ?...
Un chauffeur de taxi new-yorkais agressé parce
qu'il était musulman
Reconstruction
à deux vitesses à La Nouvelle-Orléans
- Des plaies ouvertes, cinq ans après Katrina
De
«raciste» à victime
Un
ado mexicain abattu par un garde-frontière
américain
Les
Américains tirent leur portrait racial
Racial
change
was
slow
in
coming
–
until
Nashville
Michelle
Obama en guenon sur Google
Un juge de Louisiane refuse de
célébrer un mariage mixte
UNE BIÈRE POUR
L’AMÉRIQUE - Nicolas
Bérubé
Le « sommet de la bière »
vole la vedette - Nicolas
Bérubé
L’illusion d’une Amérique «
post-raciale » - Richard Hétu
Voir aussi Et si l'on parlait simplement de racisme ?...
Obama face à la haine
Un néonazi plaide coupable d'avoir voulu tuer Obama
Obama est-il en danger ? - Alexandre Sirois
La nature de la grogne anti-Obama - RICHARD
HÉTU
Obama à Phoenix : Une douzaine de manifestants
armés dans la foule
DE LA HAINE D’OBAMA À LAVIOLENCE PHYSIQUE -
RICHARD HÉTU
Les exorcistes américains -
FRÉDÉRICK GAGNON
Le New Jersey éclaboussé par un
nouveau scandale - Richard Hétu
Retour sur une campagne mémorable
- Richard Hétu
La vie après la
Maison-Blanche - Richard Hétu
CES RETRAITÉS
CÉLÈBRES - Tristan
Péloquin
Et y aura-t-il un jour une place pour
l'homosexualité en cette prétendue "Terre
de Liberté" ?...
La
«
Défense
du
mariage
»
:
une
loi
indéfendable
?
On
gay rights, Obama dithering less
États-Unis
- Obama juge la loi interdisant le mariage homosexuel
anticonstitutionnelle»
MARIAGE GAI AUX ÉTATS-UNIS : Le
vent tourne - RICHARD HÉTU
A
tribute to Ronald Reagan at 100 - Gerald Caplan
Nancy Reagan dit « parler à son
mari » - Nicolas Bérubé
LES
CONFIDENCES INÉDITES DE JACQUELINE KENNEDY
Jacqueline
Kennedy takes off elbow-length gloves and comes out
swinging
R.I.P, Ted Kennedy !...
Resolute
liberal, fruitful statesman - Globe
editorial
Le dernier des Kennedy - MARIO ROY
LE LION DU SÉNAT REND L’ÂME -
Mathieu Perrault
Ted Kennedy : La cause d’une vie - RICHARD
HÉTU
Après l’assassinat de ses frères, il avait
pensé quitter la politique -
AGNÈS GRUDA
Chute et rédemption de Ted Kennedy
- AGNÈS GRUDA
Boston remercie son bienfaiteur - RICHARD
HÉTU
Ted Kennedy : Le Massachusetts pleure son
sénateur
Obama-Kennedy, destins croisés
- Vincent Marissal
Carburer à la haine de Ted Kennedy
- RICHARD HÉTU
Et que dire de cette bonne vieille "guerre au terrorisme"
?...
Privatisation
de l'espionnage - La dérive
Terrorisme:
l'éducation d'Obama
Ce que les États-Unis
savaient sur le complot d’Al-Qaeda
Obama:
«Nous sommes en guerre»
Scanners
et liste noire - Lysiane Gagnon
Les
combattants d'Al-Qaeda: plus jeunes et plus violents
L'inefficacité
du profilage - Rima Elkouri
Les
profilages - Mario Roy
La
terreur incompétente - Mario Roy
Attentat
raté: Obama semonce les services de
sécurité
DES COMPTES À RENDRE
Des
Américains approuvent le renforcement des
contrôles
Le
renseignement américain sur le gril
Les
É.-U. et le Yémen envisagent des frappes
contre Al-Qaeda
Le
«pants bomber» - Mario Roy
Toujours
vulnérables - André Pratte
Attentat
raté: Obama traquera les coupables
Washington
a laissé Ben Laden s'échapper en 2001
Aucune
information fiable sur Ben Laden depuis des années
Les
accusés du 11 septembre de retour sur les lieux du
crime
Un complot d’Al-Qaeda à New York ? -
Richard Hétu
Petraeus affirme que la guerre contre le terrorisme est un
succès
« Elvis », Al-Qaeda et
Guantánamo - Judith LaChapelle
Voir aussi Guerre
Les États-Unis auraient-ils un réel
problème avec tout ce qui se rapporte à la
répartition de la richesse ?...
Le 911 à 300$ l'appel!
Y aurait-il quelque chose de pourri aux États-Unis
d'Amérique ?...
De l’égoïsme collectif
Canada warned not to follow U.S. tough-on-crime ‘mistakes’
LES
ARMES
À
FEU
AVANT
TOUT
Senate
blocks move to lift ban on gays in US military
«Une
journée interminable qui dure des
années»
Barack
Obama contre la Cour suprême
Immigration:
l'Arizona sera-t-il boycotté ou copié?
Appel
au boycottage de l'Arizona
Projet de loi sur l'immigration en Arizona: la guerre aux
illégaux
Obama se moque de John McCain
En
bref - Immigration: Obama critique l'Arizona
L'Arizona
encourage le profilage racial
É.-U.:
un condamné sera fusillé, une
première depuis 1996
Peloton
d'exécution ou injection?
La
Virginie suscite la polémique en
célébrant son passé sudiste
Celle
qui
n'en
peut
plus
du
puritanisme
-
Marie-Claude Lortie
La
Maison Blanche annonce un décret sur l'avortement
Le
Texas exécutera-t-il un innocent?
Près
de 1% de la population des États-Unis est
incarcérée
Moins
de Roosevelt, plus de Reagan
Tous
les États américains pourraient permettre le
port d'arme
Californie:
un groupe de citoyens veut interdire le divorce
Le
condamné est-il un cobaye? - Richard Hétu
Hausse
marquée de la vente d'armes aux États-Unis
Le
gouverneur du Texas a-t-il fait exécuter un
innocent?
Prisons californiennes : Surpopulation, émeutes et
chaos - Nicolas Bérubé
Schwarzenegger contre les juges - Nicolas
Bérubé
Ouragan Katrina: l'armée américaine
accusée de négligence
La
Californie serait moins solvable que le Kazakhstan
État d'urgence budgétaire en Californie
La
Californie a besoin d'une réforme fiscale selon
Schwarzenegger
Et se pourrait-il en fait que l'on soit carrément en
train d'assiter carrément au "déclin de
l'empire américain" ?...
America, the eagle with clipped talons - Jeffrey Simpson
Are America's Best Days Behind Us?
America as a trading
partner, yes; economic model, no - Jeffrey Simpson
Poutine
accuse les États-Unis de «parasiter»
l'économie mondiale
What
America
needs
is
shock
therapy
-
Jeffrey
Simpson
Debt-ceiling chicken and the end of empire - Margaret
Wente
LES
BOBOS
DE
L’AMÉRIQUE
Le
réservoir
se
vide
It’s
evening
in
America
-
MARGARET WENTE
U.S. profligacy
endangers Canada - Jeffrey Simpson
Le
déni
Wake
up,
Americans.
Your
economic
dream
is
a
nightmare
-
Jeffrey
Simpson
Those
old
Bush
ideas
haunt
us
still
-
Jeffrey
Simpson
Alas,
we’re
stuck
with
the
U.S.
economy
-
Jeffrey
Simpson
Happy
Fourth
of
July
–
America
needs
it
-
Jeffrey
Simpson
A
solitary lament for an America in decline - Jeffrey
Simpson
À moins qu'un tel constat ne s'avère
peut-être encore quelque peu prématuré ?
Reports
of
America’s
death
are
greatly
exaggerated
-
Doug
Saunders
Se pourrait-il donc que les États-Unis
s'avèrent tout simplement incapables de se relever de
cette crise ?...
LA BELLE LANCÉE AMÉRICAINE ENTRAVÉE
États-Unis
-
Standard
&
Poor's
décote
des
géants
de la finance
Un
électrochoc
humiliant
LA DÉCOTE DES ÉTATS- UNIS
DÉCORTIQUÉE
Le choc du lendemain
La Chine furieuse, le Canada confiant
Dette
américaine - Décote historique pour
Washington
Regagner
le
AAA:
possible,
mais
très
difficile
World’s
leading
economies
hold
urgent
talks
after
U.S.
credit
downgrade
Budget: le poker d’Obama
Le monstre américain
OBAMA
PROPOSE
DE
RÉDUIRE
(
UN
PEU)
LES
DÉPENSES
Le cul- de- sac américain
UN NOUVEAU PROJET DE TAXE BANCAIRE
President on the defensive on fixing fiscal mess
Le rêve américain s'apparenterait-il de plus en
plus à un mirage pour les Américains
eux-mêmes ?...
LES
PERDANTS
DE
SINCITY
Agent immobilier à Las Vegas, un métier
risqué
À
deux
doigts
de
la
rue
Déprime
américaine
L'immobilier au plus mal
Le
petit programme d'Obama - Affligeant!
La
reprise est inégale aux États-Unis
Inland
Empire: le nouveau Detroit
ÉTATS-UNIS De plus en plus
d’enfants ne mangent pas à leur faim
SLAB CITY - La «
dernière ville libre d’Amérique »
- Nicolas Bérubé
Épargner, l’affaire
des riches - RICHARD DUPAUL
L'Américain
nouveau: moins cigale, plus fourmi
Et par ailleurs, la puissance américaine aurait-elle
donc perdu un peu, sinon beaucoup de son lustre ?...
Lettres
- Le monde a changé oui, mais comment ?
La
solitude des États-Unis -
François Brousseau
Au
bord
du
suicide
L’empire
blessé
Le
déficit des comptes courants en hausse aux
É.-U.
L'empire
contrarié - Mario Roy
Le
crépuscule américain - Mario Roy
Le
testament de la décennie - 1. Le chaos des
années Bush
«Yankee,
Go Home!» - Mario Roy
Et tout cela n'a-t-il pourtant pas l'air d'empêcher
les Américains de croire leur nation
supérieure aux autres ?
The myths that bind Beijing and Washington
Barack Obama face à l'«exceptionnalisme
américain»
Et malgré tout, ne peut-on pas dire qu'il y ait
toujours de l'espoir ?...
Le printemps d’Al- Jazira
Oklahoma
City: là où la crise a oublié de
s'arrêter
Californie:
l'interdiction du mariage gai jugée
illégale
Arizona:
un sursis pour les clandestins
Immigration
illégale - Le duel contre l'Arizona, un pari
risqué pour Obama
Immigration:
Washington poursuit l'Arizona
La
Cour suprême limite la prison à vie pour les
mineurs américains
Les
menaces de boycottage de l'Arizona se multiplient
Le
combat d'un soldat gai contre le Pentagone
Mariage
gay: procès décisif devant la justice
californienne
Le
vieillissement, la récession et l'effet Obama font
baisser la criminalité
Houston
«change le monde pour les gais»
Californie:
le
pot sur le point d'embraser les débats
Lorsque la Terre de Liberté se montre sous son
meilleur jour...
Le
gouverneur
qui
vit
librement
Et ne parle-t-on pas surtout d'un pays de diversité
avant toute chose, pour le pire mais aussi pour le meilleur
?...
Le
Texas
de
la
super
avant-garde
-
Marie-Claude Lortie
Et que se passe-t-il par ailleurs, aux États-Unis
d'Amérique ?...
Katrina: La Nouvelle-Orléans optimiste,
mais fatiguée
Whitman
à la conquête de la Californie
Primaires:
l'ex-présidente d'eBay l'emporte en Californie
|
LE DEVOIR
THE GAZETTE
GLOBE AND MAIL
|
ARTICLES SUR LE WEB
World
Trade
Center
controlled
demolition
conspiracy theories
'Pull It' Means 'Pull It Down'
7 World Trade Center
9/11 conspiracy theories
Sprinklers just the start in keeping buildings safe from
fire
9/11 Truth: What Happened
to Building 7
Building 7 Controlled
Demolition
What About Building 7?
HOW DID WORLD TRADE CENTER
7 FALL?
Obama et le lobby juif
Obama's
Irsael shuffle
Obama et le capitalisme
Can
Obama
save
capitalism
?...
Obama
will revive Carter’s taxes
The
Nobel Peace Prize 2002
Le
mythe de Reagan
The
Reagan
myth !...
Reagan
vs
Carter
Les Années Reagan
Did Reagan
really end up the Cold War ? Or rather : HOW did he
really do it ?...
Par
ailleurs, voir aussi...
Que penser de Margarett Thatcher ?...
What's the origin of Uncle Sam?
Uncle Sam
What does Uncle Sam's name mean?
Lord
Kitchener
Wants You
|
|
Un prix de la paix pour un président de guerre
- Richard Hétu
Le
président Barack Obama a reçu hier le prix Nobel
de la paix. Il a défendu l’engagement de son pays dans
deux guerres en soulignant que l’usage de la force est parfois
justifié pour rétablir l’ordre. De ce
côté-ci de la frontière, les partis de
l’opposi
« Le mouvement non violent n’aurait pas suffi à
stopper les armées d’Hitler. Des négociations
n’auraient pas suffi à convaincre les dirigeants
d’Al-Qaeda à déposer les armes. »
NEW YORK — Se décrivant comme « le commandant en
chef d’une nation engagée dans deux guerres »,
Barack Obama a défendu le recours à la force
militaire dans certaines circonstances hier à Oslo
à l’occasion de la remise de son prix Nobel de la paix.
Le discours du président américain, à la
fois sobre et élevé, reflétait sa
volonté d’aborder de front le paradoxe apparent que
constitue l’attribution d’un tel honneur à un chef
d’État qui vient tout juste d’annoncer l’envoi de 30
000 soldats supplémentaires en Afghanistan.
« Je ne peux rester inactif face aux menaces qui
pèsent sur le peuple américain. Car ne vous
leurrez pas: le mal existe dans le monde », a
déclaré le lauréat lors d’une
cérémonie tenue à l’hôtel de ville
d’Oslo, capitale de la Norvège.
« Le mouvement non violent n’aurait pas suffi à
stopper les armées d’Hitler, a-t-il ajouté. Des
négociations n’auraient pas suffi à convaincre
les dirigeants d’Al-Qaeda à déposer les armes.
Dire que la guerre est parfois nécessaire n’est pas un
appel au cynisme, c’est la reconnaissance de l’histoire, des
imperfections de l’homme et des limites de la raison. »
Accueilli par des trompettes à son arrivée dans
une salle de cérémonie où l’attendaient
1000 personnes, dont le roi et la reine de Norvège,
Barack Obama est également revenu sur la «
controverse considérable » qui a suivi le choix
du comité Nobel d’honorer un président n’ayant
même pas achevé la première année
de son mandat à la Maison-Blanche.
Humilité
Tout en acceptant son prix avec « une profonde gratitude
et une grande humilité », il a reconnu que cet
honneur pouvait sembler prématuré.
«
Comparé à certains géants qui ont
gagné ce prix – Schweitzer et King, Marshall et Mandela
– ce que j’ai accompli est peu. Je suis au début, non
à la fin, de mes efforts sur la scène mondiale
», a-t-il déclaré, rangeant parmi ses
priorités la consolidation de la paix et la
sécurité dans le monde, la stabilisation de
l’Afghanistan, la lutte contre le changement climatique et les
efforts pour une planète sans armes nucléaires.
Martin Luther King est le seul lauréat américain
du prix Nobel de la paix que Barack Obama a cité au
cours de son discours de 36 minutes.
« Il y aura des moments où des pays,
individuellement ou de concert, jugeront l’usage de la force
non seulement nécessaire mais moralement justi
fié, a-t-il dit . Je fais cette déclaration en
n’oubliant pas ce que Martin Luther King, Jr. a dit lors de
cette même cérémonie il y a plusieurs
années : "La violence n’apporte jamais une paix
durable. Elle ne résout aucun problème social :
elle en crée simplement de nouveaux, qui sont plus
complexes que ceux d’avant." »
Avant de remettre son prix à Barack Obama, le
président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, a
également fait allusion à Martin Luther King,
affirmant que le président américain
était l’incarnation du « rêve » du
pasteur noir. Il a également évoqué la
controverse entourant le choix d’Obama en précisant que
le Nobel de la paix était « un appel à
l’action ».
« L’histoire est remplie d’occasions perdues. C’est
maintenant, aujourd’hui, que nous avons l’occasion de soutenir
les idées du président Obama », a-t-il
dit.
Même si certaines parties de son discours auraient pu
être prononcées par George W. Bush, Barack Obama
a voulu se démarquer de son prédécesseur
en se faisant non seulement l’apôtre du
multilatéralisme mais également en se vantant
d’avoir interdit le recours à la torture et d’avoir
ordonné la fermeture de la prison de Guantánamo.
« Nous perdons notre âme lorsque nous transigeons
avec les idéaux pour lesquels nous nous battons, a-t-il
dit. Et nous faisons honneur à ces idéaux en les
respectant non seulement lorsque c’est facile, mais
également lorsque c’est difficile. »
EXTRAITS DU DISCOURS D’OBAMA
SURSAPLACEDANS L’HISTOIRE:
Comparé à certains géants de l’histoire
qui ont reçu le prix... ce que j’ai accompli est peu.
SUR L’USAGEDE LA FORCE:
Il y aura des moments où des pays, individuellement
ou de concert, jugeront l’usage de la force non seulement
nécessaire mais moralement justifié.
SURLECOÛTDELAGUERRE:
Nous sommes en guerre, et je suis responsable du
déploiement de milliers de jeunes Américains
pour combattre dans une terre lointaine. Certains seront
tués. Aussi je viens ici avec une conscience
aiguë du coût du conflit armé.
SURLAMENACENUCLÉAIRE:
Il nous appartient à tous de souligner que des pays
comme l’Iran et la Corée du Nord ne jouent pas le jeu
... Ceux qui recherchent la paix ne peuvent pas rester
passifs lorsque des pays se dotent d’armes pour la guerre
nucléaire.
CONTRE LE « PROTECTORAT PERMANENT»
Barack Obama a promis hier que l’Afghanistan ne deviendrait
pas un « protectorat permanent » des
États-Unis, en défendant sa décision
d’entamer un retrait du pays à partir de juillet 2011, lors
d’une interview sur la chaîne CBS. M. Obama a prévenu
que sans échéancier, certains Afghans tiendraient la
sécurité fournie par les États-Unis pour
acquise. « Il y a je pense des gens en Afghanistan qui
seraient parfaitement satisfaits de faire du pays un protectorat
permanent des États-Unis, sans fardeau à porter, et
pour lequel nous payons pour une armée qui garantit leur
sécurité et leurs prérogatives »,
a-t-il dit.
UN PRIX POUR DE BONNES INTENTIONS - AGNÈS
GRUDA
Barack Obama
est le quatrième président américain
à recevoir le prix Nobel de la paix. Une nomination qui
a créé la surprise générale,
surtout pour le lauréat, qui n’a pas encore
bouclé la première année de son mandat.
Cette reconnaissance internationale sera-t-elle un
accélérateur de réformes ou un cadeau
empoisonné ?
La surprise a été générale, et le
principal intéressé a été le plus
étonné de tous. Barack Obama a appris hier
matin, au réveil, qu’il venait de recevoir le prix
Nobel de la paix, neuf mois à peine après avoir
accédé à la présidence des
États-Unis.
PHOTO JIM YOUNG, REUTERS
Parmi les noms qui avaient circulé dans les jours
précédant la remise de ce prix prestigieux, il y
avait celui du dissident chinois Hu Jia, ou encore celui de
l’ex-otage Ingrid Betancourt. Mais Barack Obama ne figurait
sur aucune liste sérieuse de candidats potentiels.
La Maison-Blanche n’avait d’ailleurs pas prévu cette
éventualité, et l’entourage présidentiel
n’avait eu aucune discussion à ce sujet avant
l’attribution du prix, a indiqué Rahm Emanuel,
directeur du cabinet de Barack Obama, hier matin. Si vite, si
tôt? C’est le genre de commentaires qui circulaient
hier, dans les heures qui ont suivi cette annonce. Faisant
écho aux réserves soulevées par sa
nomination, le président Obama a accueilli son prix
« avec humilité ». Il a souligné
qu’il ne le voyait pas comme une « reconnaissance de
[ses] réalisations », mais plutôt comme une
« affirmation du leadership des États-Unis face
aux aspirations de toutes les nations ».
« Pour être honnête, je n’ai pas
l’impression que je mérite de me retrouver en compagnie
de tant de personnalités qui ont transformé leur
époque et qui ont été distinguées
par ce prix », a-t-il dit avant d’énumérer
les causes qui pourront mieux avancer, grâce à ce
prix: désarmement nucléaire, lutte contre le
réchauffement climatique, dialogue entre les peuples et
les religions, sans oublier la paix au Proche-Orient.
En attribuant cette récompense à un
président qui n’a encore réussi à mener
à terme aucune de ses réformes, et dont le pays
est empêtré dans deux guerres à l’issue
pour le moins incertaine, le comité norvégien a
soulevé une vague de scepticisme.
« Obama n’a aucune contribution jusqu’à
maintenant. Il n’en est qu’au début. Il commence
seulement à agir », s’est étonné
l’ex-président polonais Lech Walesa, Prix Nobel de la
paix, millésime 1993.
« Une chose est certaine : le président Obama ne
recevra aucun prix de la part des Américains pour la
création d’emplois », a ironisé Michael
Steele, président du comité national du Parti
républicain aux États-Unis.
D’autres, au contraire, se sont réjouis de cette
nomination. Barack Obama a déjà «
contribué à changer l’atmosphère dans le
monde », a fait valoir l’ex-leader soviétique
Mikhaïl Gorbatchev.
Le comité du prix Nobel de la paix estime lui aussi que
Barack Obama a déjà exercé une influence
positive, avec ses mots et ses discours. « À
titre de président, il a créé un nouveau
climat dans les relations internationales »,
écrit-il dans son communiqué.
Celui-ci précise que c’est grâce à ses
« efforts extraordinaires en faveur de la diplomatie
internationale et pour la coopération entre les peuples
», ainsi qu’à son engagement pour le
désarmement nucléaire, que le président
Obama a mérité cette distinction.
Le comité dit espérer que ce prix aidera Barack
Obama à « lutter pour ses idéaux ».
Le prix de
l’après-Bush
Le communiqué vante les vertus de Barack Obama, mais
par endroits, implicitement, il écorche son
prédécesseur
George W. Bush. « Grâce à l ’ i nitiative
d’Obama, les États-Unis jouent maintenant un rôle
plus positif face aux défis cli matiques auxquels le
monde fait face », y lit-on par exemple.
« Ce pri x est cla i rement une réaction à
Bush », croit l ’ historien Gil T r oy, s péc i a
l i s t e d e s pr é s i d e n c e s américaines
et professeur à l’ Université McGill.
Ce qui transpire de ce prix, c’est un grand soupir de
soulagement, renchérit Graham Dodd, politicologue
originaire des États-Unis qui enseigne à l’
Université Concordia.
« C’est comme si le monde d i s a i t : " Mon Dieu qu’on
est content que Bush soit parti, c’est tellement mieux
maintenant !" » r é s u me Graham Dodd.
Quand i l a entendu hier que le président Obama venait
de recevoir le prix Nobel de la paix, ce dernier a cru
à un poisson d’avril. Et maintenant, il craint que
cette reconnaissance i nternationale ne revienne comme un
boomerang contre son lauréat.
« Ce prix risque d’écorcher la
légitimité d’Obama, ses adversaires politiques
pourraient dire : " Regardez, il n’a rien fait pour
mériter ça, c’est un politicien vaniteux, mais
il ne réalise rien" », s’inquiète Graham
Dodd.
Selon Gil T r oy, l e pri x Nobel e s t u n « i mmense
cadeau » et un moment de « validation » i
nternationale pour Obama. Il récompense sa «
capacité à générer de l’espoir et
à inspirer ».
Il appartient maintenant au président d’utiliser ce
cadeau comme un levier pour faire avancer ses réformes.
« S’il n’y parvient pas d’ici six mois, ce prix pourrait
se retourner contre lui », croit-il.
Le comité norvégien a voulu récompenser
le changement de ton, la rhétorique et les
précédents créés par le premier
Afro-Américain à accéder à la
présidence des États-Unis. I l voulait donner un
coup de pouce à un dirigeant qui espère
résoudre les conflits par le dialogue, contrairement
à son prédécesseur qui « tirait
avant de parler », selon Graham Dodd.
C’est, en quelque sorte, u n pr i x pou r l e s bon nes
intentions de Barack Obama. Mais l e présent pou r r a
i t se t r a nsfor mer en c adeau empoisonné. Et la
stratégie de Barack Obama doit encore porter ses
fruits.
Une récompense à double tranchant -
RICHARD HÉTU
NEW YORK — Une
bonne réputation, ça n’a pas de prix, n’estce
pas? Dans tous les pays, la réponse ne fait pas de
doute, sauf peut-être aux États-Unis, où
l’attribution du prix Nobel de la paix à un
président peut exposer ce dernier à la critique
ou au ridicule.
PHOTO KEVIN LAMARQUE, REUTERS
Le 22 septembre 2009, le premier
ministre israélien Benyamin Nétanyahou
(à gauche) et le président palestinien Mahmoud
Abbas (à droite) ont échangé une
poignée de mains au cours d’un mini-sommet avec
Barack Obama afin d’entreprendre des négociations sur
le statut final entre Israéliens et Palestiniens.
« I l est dommage que le vedettariat du président
ait éclipsé d’inlassables militants qui ont
obtenu des résultats en matière de paix et de
droits de l’homme », a déclaré le
président du Parti républicain, Michael Steele,
dans un communiqué.
« Une chose est certaine, a-til ajouté. Le
président Obama ne recevra pas de récompense des
Américains pour la création d’emplois, la
responsabilité budgétaire, ou pour avoir
lié ses paroles à des actes. »
L’animateur de radio conservateur Rush Limbaugh ne s’est pas
gêné pour en remettre, affirmant que l’annonce
venue d’Oslo « révèle complètement
l ’ i l lusion qu’est Barack Obama ».
« Avec cette récompense, les élites
mondiales encouragent Obama, l’homme de paix, à ne pas
envoyer de soldats supplémentaires en Afghanistan,
à ne pas agir contre l’Iran et son programme
nucléaire et à persévérer dans ses
intentions d’émasculer les États-Unis »,
at-il écrit dans un message publié sur le site
du journal Politico.
Le prix Nobel de la paix 2009 peut-il se retourner contre
Barack Obama aux ÉtatsUnis ? Certains de ses
admirateurs semblent le croire ; ils ont conseillé au
président de ne pas accepter cet honneur qu’ils j ugent
« prématuré ». C’est nota mment le
sentiment du journaliste et auteur George Packer.
« Le président devrait remercier le comité
Nobel et lui demander de garder le prix pour quelques
années encore », a écrit l’auteur de The
Assassins’ Gates sur son blogue. « Il ne devrait pas
contribuer à l’accusation injuste voulant qu’il ne soit
qu’un beau parleur en acceptant cette récompense
attribuée en bonne partie pour les discours qu’il a
prononcés à Berlin, à Prague et au Caire.
»
Barack Obama
n’a évidemment pas écouté Packer et tous
ceux qui partageaient cette opinion. Dans sa brève
déclaration à la Maison-Blanche, il a
accepté le prix Nobel « comme un appel à
l’action, un appel lancé à tous les pays pour
qu’ils se dressent face aux défis communs du XXIe
siècle ».
I l aurait pu ajouter que sa récompense était
aussi la concrétisation d’une de ses plus i mportantes
promess es élec t ora l es : r ehausser l’image des
États-Unis. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs estimé
que le comité Nobel avait consacré « le
retour de l’Amérique dans le coeur de tous les peuples
du monde » en décernant son prix le plus
prestigieux au président américain.
Le Nobel de Barack Obama n’est pas la seule illustration du
regain de popularité des États-Unis dans le
monde. Des sondages récents ont également permis
de mesurer ce phénomène, qui n’est pas
négligeable à une époque où les
Américains l ivrent aux extrémistes une bataille
pour les « coeurs et les esprits ».
Il reste à savoir si le président
américain pourra donner raison au comité Nobel
dans les nombreux dossiers épineux dont il a
hérité. Il s’en trouvera sans doute plusieurs
pour se demander comment un lauréat du prix Nobel de la
paix peut continuer à faire la guerre en Afghanistan,
pour ne nommer que ce conflit.
En attendant, le couronnement de Barack Obama, après
moins d’un an à la MaisonBlanche, semble n’avoir eu
pour effet que d’exacerber les divisions politiques aux
ÉtatsUnis, comme le démontre la réaction
du Parti démocrate aux critiques républicaines.
« Le Parti républicain s’est allié ce
matin aux talibans et au Hamas dans leur empressement à
critiquer le président », a déclaré
un porte-parole du Parti démocrate.
I l faut dire que certains r é publ i c a i n s o nt
fél ic ité le président Obama
après l ’a nnonce d’Oslo, dont l e sénateur de
l’Arizona, John McCain. Mais celui-ci s’est empressé
d’ajouter que son ancien rival faisait désormais face
à des attentes encore plus élevées
qu’avant.
Le Nobel de l’espoir - MARIO ROY
Ce n’est pas
la première fois que l’attribution d’un prix Nobel de
la paix étonne. C’est une caractéristique qu’il
partage souvent avec le prix Nobel de littérature et,
parfois, d’économie. En ces domaines et contrairement
aux prix de médecine, de physique ou de chimie, il
existe peu de critères objectifs et rigoureux. De sorte
que le comité Nobel se sent libre, chaque année,
d’y aller un peu à la tête du client!
C’est ce qui s’est produit, hier, avec Barack Obama.
Mais, au moins, on demeure avec lui sur le terrain de la paix
et non de quelque autre cause édifiante et
consensuelle, certes, mais étrangère à la
nature du prix. Souvenons-nous d’Al Gore en 2007: il
s’agissait de donner un appui politique à la mouvance
écologiste. Et, davantage soucieux en 2006 de lutte
contre la pauvreté que de paix, le comité avait
choisi Muhammad Yunus, dispensateur de micro-crédit au
Bangladesh...
Barack Obama et la paix pour de vrai, donc, en 2009. Ou pour
être précis: Obama et l’espoir de la paix.
Si on excepte une seule réaction vraiment
négative (celle, ô surprise, des talibans...),
les réserves avec lesquelles on a accueilli la
nobelisation du locataire de la Maison-Blanche tiennent
à une chose : son arrivée toute fraîche
dans la communauté des chefs d’État et de la
diplomatie internationale. Or, c’est précisément
par « ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la
diplomatie » que le comité Nobel explique le
choix de Barack Obama. Et il précise: le
président « a instauré un nouveau climat
dans la politique internationale ».
Ondiraqu’il
s’agit d’unhommage auxmots et aux intentions puisque, en neuf
mois, c’est tout ce que Barack Obama aura pu offrir au monde.
Mais il reste que les mots comptent. Et que, dans les
meilleurs cas, les intentions sont suivies par des actes.
Par exemple, le discours d’Obama au Caire, en juin, a
constitué un puissant désaveu de la doctrine du
choc des civilisations, désaveu auquel il appartient
dorénavant au monde arabo-musulman de souscrire
à son tour. Et encore: l’intention exprimée par
le leader américain d’ouvrir le dialogue avec l’Iran,
ou Cuba, ou la Corée du Nord, a bel et bien
changé, si peu que ce soit à ce stade, la
dynamique des relations.
Reste à savoir si le prix Nobel de la paix sera une
bénédiction ou un fardeau pour cet homme qui a
reçu deux guerres en héritage. « Un combat
sans merci », a commenté le commandant en chef
des forces armées de son pays, hier, en acceptant le
prix. « Et une autre où il faut combattre
l’adversaire pour atteindre la paix. »
C’est le paradoxe auquel Barack Obama n’échappera pas.
Le Nobel du rêve - Lysianne Gagnon
Le prix Nobel
de la paix à Obama? Mais pourquoi ? Parce qu’il a
écrit de beaux discours? Parce qu’il est le premier
Noir à accéder à la Maison-Blanche ?
Ce ne sont pas de bonnes raisons, à moins de triturer
le sens des mots. Normalement, le prix Nobel de la paix est
destiné à des gens dont l’action (non pas les
discours d’intention) a favorisé l’avènement de
la paix quelque part dans le monde. Comme, par exemple,
Gorbatchev, Mandela, Sadate ou Hume et Trimble en Irlande du
Nord.
Barack Obama n’est qu’au début de son premier mandat,
et ce n’est pas le diminuer que de dire que ses appels
conciliants à la bonne volonté n’ont pas encore
porté leurs fruits. Les rêves de paix ne sont pas
des réalisations.
Les contentieux avec l’Iran et la Corée du Nord ne sont
aucunement réglés. Le conflit au Proche-Orient
non plus, et s’il y a des progrès qui s’y annoncent
confusément, ils sont dus, non pas au président
américain, mais aux pressions internes des
démocrates israéliens et à
l’émergence, en Cisjordanie, d’une classe moyenne
palestinienne qui enamarredu Hamas. Enfin, Obama entend
quadrupler les forces militaires en Afghanistan et maintient
toujours en Irak des troupes armées jusqu’aux dents…
Cela ne constitue pas exactement des missions de paix!
Ce n’est pas
le premier choix bizarre du jury du Nobel. En 2005, on a
donné le prix à El Baradei, l’ex-directeur de
l’Agence internationale de l’énergie atomique dont la
complaisance envers l’Iran n’est plus à
démontrer. En 2001, à l’expatron de l’ONUKofi
Annan, qui a laissé faire les massacres au Rwanda. Ces
dernières années, on a favorisé les
militants environnementalistes, qui n’ont pourtant rien
à voir avec la résolution de conflits (Al Gore,
ou une experte en reforestation du Kenya). Comme si le concept
de paix était un gigantesque fourre-tout pour diverses
bonnes causes.
Les Nobel ont gardé leur pesant d’or dans les domaines
où les réalisations sont facilement
quantifiables, comme la médecine, la physique ou la
chimie. Mais dans un domaine à haute teneur subjective
comme la littérature, il y a longtemps que le prix
Nobel a perdu son éclat. Le « politically correct
» et les préjugés l’emportent trop
souvent.
Cette année, comme en 2004, le prix littéraire
va à un auteur marginal… qui a l’atout d’être une
femme (Herta Muller, Elfriede Jelinek, vous connaissez?).
Plusieurs ont vu dans le choix de Harold Pinter, en 2005, une
récompense pour ses virulentes sorties
anti-américaines contre la guerre en Irak, quoique son
oeuvre eût mérité un prix.
Nombre de grands écrivains ont été
honorés (Lessing, Pamuk, Le Clézio, Coetzee,
Naipaul, Mahfouz, etc.), mais compte tenu de la richesse de la
littérature américaine, il est anormal que les
Américains aient été si peu
présents dans le palmarès depuis Steinbeck, en
1962. Seules exceptions: Saul Bellow (1976), qui est né
au Canada, Isaac Bashevi Singer (1978), qui écrivait en
yiddish sur la vie dans la Pologne d’avant-guerre, Czeslaw
Milosz (dont l’oeuvre se passe aussi en Pologne), et Toni
Morrison (1993), qui avait le mérite d’être femme
et noire. Où sont Philip Roth, John Updike, Joyce Carol
Oates?
Mais comment s’en étonner, après la sortie de
Horace Engdahl, qui présidait le jury littéraire
jusqu’à cette année? « L’Europe,
disait-il, reste le centre de la littérature mondiale.
Les États-Unis sont trop isolés, trop
insulaires, ils ne traduisent pas assez, ils ne participent
pas assez au grand dialogue de la littérature… »
Il est vrai que les Américains lisent peu de
traductions. Mais cela n’excuse pas l’ignorante arrogance de
M. Engdahl.
Une présidence prometteuse -
Robert Asselin
En six mois,
Barack Obama a réhabilité l’image des
États-Unis
Le président a tellement investi dans la réforme
de la santé que, s’il échoue, les
Américains douteront de sa capacité à
réaliser le changement qu’il a promis.
L’auteur est directeur associé de l’École
supérieure d’affaires publiques et internationales de
l’Université d’Ottawa. Six mois après
l’inauguration du président Barack Obama, quel bilan
doit-on faire de sa présidence? A-t-il réussi
à jeter les premiers jalons du changement qu’il a
promis?
PHOTO PAUL J. RICHARDS,
ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Barack Obama et sa femme Michelle lors
de la cérémonie d’investiture, le 20 janvier
dernier.
Conscient de sa popularité et du capital politique dont
il disposait pour mener à terme des réformes, le
président Obama a entamé son mandat en menant
quatre grands chantiers de front: l’économie, la
santé, l’environnement et la politique
étrangère. Mais il a dû composer avec les
circonstances difficiles dont il a hérité et sur
lesquelles il n’avait aucun pouvoir.
La pire crise économique depuis la Deuxième
Guerre mondiale a complètement dominé l’agenda
politique et a nécessité qu’il orchestre la plus
grande intervention du gouvernement dans l’économie
américaine depuis le New Deal de Roosevelt :
dépenses gargantuesques pour stimuler
l’économie, sauvetage des secteurs financier, bancaire
et automobile, réglementation massive et soutien
financier direct aux travailleurs licenciés.
Était-ce démesuré? La vraie question est
plutôt : avait-il le choix?
Sur la forme, l’approche d’ouverture et le style de leadership
qui ont caractérisé les décisions et les
actions du président Obama depuis six mois contrastent
nettement avec celles de son prédécesseur. Son
charisme est indéniable, sa personnalité
plaît et le ton est conciliant. Malgré une baisse
récente de sa popularité, le président
bénéficie d’un taux d’approbation qui oscille
entre 50% à 55%.
Sur le fond,
personne ne peut nier qu’il a fait des avancées
importantes sur le front de la lutte contre les changements
climatiques, qu’il a déjà
réorienté la politique étrangère
des États-Unis et grandement réhabilité
l’image de son pays dans le monde. Aux yeux de bien des
nations, l’adversaire américain est redevenu le
partenaire tant attendu.
Mais comment expliquer qu’un président populaire,
élu avec un mandat clair et qui bénéficie
par surcroît d’une majorité démocrate au
Congrès, éprouve tant de difficulté
à faire passer sa réforme de la santé, la
pièce maîtresse de sa politique domestique?
Il y a deux obstacles qui empêchent pour le moment le
président de mener sa réforme à terme:
les Blue Dog Democrats, ces sénateurs et
représentants de son parti qui trouvent la
réforme trop coûteuse et trop «
libérale » aux yeux des commettants plus
conservateurs qu’ils représentent, et l’opposition de
plus en plus manifeste à sa réforme dans
l’opinion publique. Il ne faut pas sous-estimer les puissants
lobbys qui représentent les intérêts
privés opposés à la réforme.
À court et à moyen terme, le président a
deux grands défis devant lui. Le premier, c’est qu’il a
maintenant tellement investi de capital politique dans la
réforme de la santé que, s’il échoue, les
Américains douteront de sa capacité à
réaliser le changement qu’il a promis. Le
deuxième, c’est qu’il devra rapidement s’attaquer au
redressement des finances publiques, sans quoi sa
crédibilité et la viabilité de ses
projets futurs en souffriront grandement.
La présidence d’Obamademeure fort prometteuse. Le
changement qu’il a entamé est réel, mais, dans
le système politique américain, le pouvoir n’est
pas concentré uniquement dans ses mains. C’est
largement sa capacité à établir des
consensus qui déterminera son succès.
100e
journée d’Obama à la présidence :
« Je suis fier, mais je ne suis pas satisfait » -
Nicolas Bérubé
« La plupart des présidents font face
à deux ou trois gros problèmes. Nous faisons
face à sept ou huit problèmes. »
— Barack Obama s’est dit « fier, mais pas satisfait
», hier, du travail accompli par son administration
après 100 jours passés à la tête
des ÉtatsUnis, au moment où « sept ou huit
problèmes urgents » commandent toute son
attention.
Barack
Obama, au cours d’une conférence de presse marquant,
hier, sa 100e journée à la présidence
des États-Unis.
« Nous avons connu un bon départ. Mais ce n’est
que le départ. Je suis fier de ce que nous avons
accompli, mais je ne suis pas satisfait. Des millions
d’Américains n’ont pas de travail et de maison. Le
crédit n’est pas aussi efficace qu’il le devrait. Notre
déficit à long terme est trop
élevé. (...) »
Dans une conférence de presse diffusée hier soir
sur les grands réseaux de télévision et
sur l’internet, Barack Obama a répondu à
plusieurs questions portant sur les grands enjeux du moment,
mais aussi sur ses observations sur le rôle de
président.
Par exemple, M. Obama s’est candidement dit surpris par le
nombre de dossiers critiques qui arrivent simultanément
sur le bureau du leader du pays le plus puissant du monde.
« Je n’avais pas prévu de faire face à la
fois à la pire crise économique depuis la Grande
Dépression, à l’épidémie de
grippe, aux banques en difficulté.. . La plupart des
présidents font face à deux ou trois cela n’a
pas été le cas. »
M. Obama a aussi noté que son nouvel emploi lui donne
beaucoup de pouvoirs, mais que les limitations sont
importantes, et rarement mises en lumière.
« Je réalise que les pouvoirs du président
ont des limites. Je ne peux pas appuyer sur un bouton et faire
en sorte que les banquiers font tout ce que je veux. Ou tirer
un levier et convaincre le Congrès d’appuyer mes
décisions. » gros problèmes. Nous faisons
face à sept ou huit problèmes. »
Le président s’est dit troublé par la culture de
l’immobilisme qui a cours à Washington. « Le
changement à Washington se produit lentement. Il y a
beaucoup de prises de position partisanes et j’aurais
aimé que cela soit laissé de côté,
en ces périodes troublées. Malheureusement,
Nos valeurs profondes
Questionné sur les méthodes de torture
autorisées par l’administration Bush, le
président a réitéré son engagement
envers les règles établies par la convention de
Genève et a évoqué les décisions
prises par Churchill pour appuyer sa réflexion.
« Durant la Seconde Guerre mondiale, alors que Londres
était bombardé, l’armée britannique
détenait 200 militaires allemands. Churchill aurait pu
les torturer, mais il ne l’a pas fait, car il comprenait
qu’à force de prendre des raccourcis, on corrompt nos
valeurs les plus profondes. »
Inter rogé sur la nécessité de fermer la
frontière avec le Mexique pour tenter d’endiguer la
propagation du virus de la grippe porcine, comme cela a
été suggéré par certains membres
du Congrès, le président a rejeté cette
éventualité.
« J’ai largement consulté nos experts en
santé publique, quotidiennement et même parfois
d’heure en heure, a-t-il indiqué. À ce stade,
ils ne recommandent pas de fermer la frontière.
D’après eux, ce serait comme fermer la porte de la
grange après que les chevaux se sont
échappés, parce que nous avons
déjà des cas aux États-Unis ».
Sur la question du rôle du gouvernement dans la
sauvegarde des constructeurs automobiles de Detroit, le
président a rappelé que ce n’était pas de
gaieté de coeur qu’il devait s’occuper du dossier.
« Les critiques disent: "Obama veut contrôler la
construction d’automobiles aux États-Unis". J’aimerais
rappeler que je ne prends pas plaisir à me mêler
de cela. C’est la situation à laquelle je suis
confrontée. Mon objectif est que le gouvernement puisse
se désengager des constructeus automobiles le plus vite
possible. »
Sur la route
Plus tôt en journée, le président Obama
s’est rendu dans la petite ville d’Arnold, au Missouri, pour y
tenir une assemblée publique. Il y a souligné
les principales réalisations de son administration, et
appelé les Américains à se serrer les
coudes au cours des prochains mois.
« J’ai confiance en l’avenir, mais je ne suis pas
content du présent. Pas quand des t ravai l leurs sont
encore au chômage et des familles sont incapables de
payer leurs factures. Cela prendra du temps et de l’effort.
Nous allons reconstruire l’Amérique, et conserver notre
rôle de phare dans le monde. »
Roosevelt
serait fier - John Parisella
Barack Obama
passe haut la main le test de ses 100 premiers jours à
la présidence des États-Unis
En plus d’être le commandant en chef, M. Obama est le
communicateur en chef et le pédagogue en chef. Il est
en voie de redéfinir la présidence.
L’auteur est chercheur associé à l’Observatoire
sur les ÉtatsUnis de la chaire Raoul-Dandurand,
professeur associé à l’université
Concordia et coauteur du livre « Élections: Made
in USA Édition 2008 ».
Le concept des 100 premiers jours d’une nouvelle
présidence a pris naissance avec l’arrivée au
pouvoir de avec Franklin Delano Roosevelt. Au beau milieu de
la grande crise économique, il a prêté
serment comme président le 4 mars 1933. À cette
époque, près du quart de la population
américaine était en chômage, plusieurs
banques frôlaient la faillite, des familles
entières vivaient en sans-abri. Voilà
l’Amérique dont FDR a hérité de son
prédécesseur, Hebert Hoover.
En 100 jours, Roosevelt n’a pas réussi à
renverser la vapeur, mais il a réussi à
restaurer l’optimisme et a fait rejaillir l’espoir
auprès des Américains. Depuis, tout nouveau
président est sujet à l’évaluation des
100 premiers jours. En termes de réussite, FDR
représente la norme. Et bien sûr, Barack Obama,
comme tous ses prédécesseurs depuis, ne peut
échapper à la comparaison.
Tout comme Roosevelt, Obama fait face à une
sérieuse crise économique qui se conjugue avec
un système financier en péril. De plus, les
Américains sont impliqués dans deux guerres, en
Irak et en Afghanistan. Après huit années
d’administration Bush– Cheney, la crédibilité
morale de l’Amérique sur le plan international est
à son plus bas. Obama et son équipe ont vite
réalisé dès leur victoire, le 4 novembre
2008, que la situation se détériorait et que son
gouvernement devait prendre rapidement des mesures audacieuses
et, parfois, controversées. Malgré les quelques
ratés de certaines nominations, l’administration Obama
a vite repris son aplomb et a mis en oeuvre un programme
ambitieux sur les plans économique et financier. Des
investissements massifs dans un vaste programme
d’infrastructures ont été adoptés. Le
budget le plus imposant de l’histoire américaine a
été présenté, un programme de
sauvetage pour aider les banques, le secteur financier et le
secteur hypothécaire était incontournable et,
finalement, une démarche pour restructurer l’industrie
automobile américaine a été
enclenchée.
Tout cela n’a
pas empêché Obama d’aller de l’avant sur d’autres
fronts tout aussi essentiels. Il s’est aussitôt
attaqué aux dossiers de l’éducation, de
l’environnement, de la recherche et de l’universalité
des soins de santé.
Sur le plan de la politique étrangère et de la
diplomatie, Obama s’est rapidement dissocié de
l’approche Bush– Cheney. Dans un premier temps, il a
annoncé la fermeture éventuelle de la prison
à Guantánamo, et il a
décrété l’interdiction de la torture.
Ensuite, sa participation aux différents sommets
internationaux (OTAN, G20, Sommet des Amériques) a
présenté une image plus conciliante et plus
portée vers le multilatéralisme.
Et pour ceux qui ont voulu tester sa volonté d’utiliser
la force, on a fait la démonstration de sa
détermination dans la libération du capitaine
Phillips des mains des pirates somaliens. De plus, son
approche envers le monde musulman le démarque de Bush–
Cheney. Tout n’est pas parfait, mais le président a
réussi à changer le ton, à modifier la
dynamique. L’enthousiasme pour Obama se propage au-delà
des frontières américaines.
En plus d’être le commandant en chef, il est aussi le
communicateur en chef et, parfois, le pédagogue en
chef. En jouant ces divers rôles, il est en voie de
redéfinir la présidence. Il maîtrise de
façon impeccable sa performance devant les
médias, tant traditionnels que les nouveaux
médias numériques, projetant l’image d’un
leader à l’écoute.
Dans tout cela, Obama reste foncièrement l’homme de
famille, authentique, ouvert au multiculturalisme,
rassembleur, généreux et visionnaire. Ses
adversaires républicains ne cessent d’affirmer qu’il a
échoué le test des 100 premiers jours. Certains
de ses supporteurs plus à gauche expriment certaines
déceptions. Les derniers sondages sont pourtant des
plus éloquents. L’approbation du travail d’Obama par la
population américaine se situe audelà des 60%.
Il passe le test haut la main. Roosevelt serait fier.
ENCORE
EN LUNE DE MIEL - NICOLAS BÉRUBÉ
Trois mois
après son arrivée au pouvoir, Barack Obama est
énormément populaire auprès des
Américains. À une époque où les gens
font plus confiance au gouvernement qu’aux grandes entreprises,
le président semble donner un nouveau souffle au pays,
qui s’enf
LOS ANGELES — La liste des défauts d’Obama est longue, et
Kevin Shear prend plaisir à la réciter, un peu
comme un enfant prend plaisir à faire sortir l’air d’un
ballon sur le point d’éclater.
Obama est trop timide. Il n’est pas assez fier de son pays. Il
veut faire tripler le déficit national. Il s’est trop
incliné lorsqu’il a rencontré le roi Abdallah
d’Arabie Saoudite. Il a besoin d’un télésouffleur
pour donner ses discours. Il est au pouvoir parce que la presse
américaine est en admiration devant lui.
« Obama va en Europe et il s’excuse pratiquement
d’être américain, ajoute M. Shear, qui travaille
comme figurant sur les plateaux de tournage à Los
Angeles. Il veut que le reste du monde nous aime.
Personnellement, je ne m’intéresse pas à ce que le
reste du monde pense de nous. Gouverner le pays le plus puissant
du globe n’est pas un concours de popularité. »
Kevin Shear n’a pas voté pour Barack Obama. En fait, il
n’a pas voté du tout. Malgré tout, il donne
aujourd’hui son appui, timide, au nouveau président.
« Je ne l’aime pas, mais je trouve que les
républicains sont encore pires, dit-il. Pour l’instant,
j’endure. Je ne sais pas combien de temps cela va durer. »
L’opinion de M. Shear représente une
réalité que bien peu de spécialistes et de
politologues auraient pu prévoir, il y a à peine
trois mois: Barack Obama est plus populaire aujourd’hui que le
jour de son élection.
Après environ 100 jours au pouvoir, le président
Obama a l’appui de 63% des Américains, soit la plus haute
marque obtenue par un président pour cette période
de son mandat depuis trois décennies. Le 4 novembre
dernier, 52,9% des électeurs ont voté pour lui.
Sur la question de l’économie, cruciale cette
année, 71% des Américains affirment avoir
confiance dans les décisions économiques d’Obama.
Le président reçoit l’appui de pratiquement tous
les électeurs démocrates, des deux tiers des
électeurs indépendants et du tiers des
électeurs républicains, selon un sondage Gallup
réalisé à la mi-avril.
Les analystes y voient la touche magique du président,
qui a réussi à s’imposer sans avoir l’air de
museler ses opposants. La cote de popularité d’Obama
tranche avec celle des républicains au Congrès.
Ils sont sous la barre des 30% pour ce qui est de la confiance
du public.
« Pour être bien perçu actuellement par le
public américain, vous devez faire la preuve que vous
pouvez travailler avec vos adversaires », note Dick Keil,
porte-parole de la firme Public Strategies Inc.
Selon lui, la
coalition montée à Washington par Obama est
toujours en place, au moment où il tente de combattre la
crise économique et plusieurs autres problèmes de
front.
« Le président est très populaire chez les
démocrates et, plus important encore, chez les
indépendants. Cela montre aussi que les gens sont
à l’aise avec l’idée d’un gouvernement qui
intervient pour régler les problèmes et trouver
des solutions, ce qui n’était pas le cas il y a quelques
années. »
Soigner sa gauche
Pendant que les Amér i c a i ns appuient massivement leur
président, certaines personnes à gauche se
demandent s’i l n’en fait pas trop pour trouver un terrain
d’entente avec ses opposants. Obama a été
élu haut la main l’automne dernier, rappellent-ils. Il a
un mandat clair pour changer le visage des États-Unis.
« Je crois que le contraste avec Bush est si frappant que
les gens sont encore sous le choc, explique Sarah Right, une
étudiante qui habite Santa Monica. Personne chez les
démocrates n’ose encore critiquer Obama parce que,
globalement, il va dans la bonne direction. »
Selon elle, le support quasi unanime dont jouit le
président chez les électeurs qui l’ont
supporté va s’effriter plus tard durant son mandat.
« Obama est en faveur de l’utilisation du charbon pour
produire de l’électricité, alors que la gauche est
contre à 100%. À moins d’un changement de la part
d’Obama, je peux concevoir le jour où les
écologistes manifesteront devant la MaisonBlanche
», dit-elle.
Christian Haskin, qui a fait du bénévolat pour la
campagne de Barack Obama l’an dernier, estime que le
président est « incroyablement efficace » et
dit être fier de le voir représenter les
États-Unis à l’étranger. Si une maison de
sondage devait l’appeler, dit-il, il n’aurait que de bons mots
à propos du président.
« Mais, au fond de moi, j’aimerais voir un changement plus
radical à Washington, note-t-il. Je ne suis pas fan des
conseillers économiques du président, qui sont
tous issus de Goldman Sachs et des autres compagnies qui nous
ont mis dans le pétrin. Je ne sais pas si nous apprenons
de nos erreurs. J’espère que oui, mais je ne suis pas
certain. »
Il aimerait aussi voir les médias américains faire
un meilleur travail d’analyse. Les centaines de milliards de
dollars en fonds publics investis dans les banques et les
compagnies d’assurances ne font plus l’actualité.
Où est passé l’argent ? Les contribuables
seront-ils remboursés?
« Les médias de droite critiquent Obama sur tout,
alors que ceux de gauche l’applaudissent, dit-il. C’est
difficile d’avoir l’heure juste. Je trouve qu’Obama fait du bon
travail, mais je voudrais mieux comprendre où l’on s’en
va. »

Les premiers
100 jours d'Obama - UN RYTHME D’ENFER - Richard Hétu
OBAMADANS LES
TRACES DE FRANKLIND. ROOSEVELT Le 29 avril, Barack Obama
terminera ses 100 premiers jours à la Maison-Blanche, une
étape hautement symbolique qui rappelle les débuts
d’un des plus grands présidents américains, le
démocrate Franklin D. Roosevelt
«Vous pouvez aimer ou ne pas aimer ce que Barack Obama a
accompli, mais il a certainement fait beaucoup de choses.»
NEW YORK — Les États-Unis n’avaient jamais connu un
début de présidence aussi mouvementé: entre
le 3 mars 1933, date de la prestation de serment de Franklin D.
Roosevelt, et la fin d’une session spéciale du
Congrès, le 16 juin 1933, le père du New Deal
transforma son pays en promulguant pas moins de 15 textes de loi
majeurs et en redonnant confiance aux Américains
ébranlés et appauvris par une grave crise
économique. Le hasard voulut que cette période
décisive durât un peu plus de 100 jours.
Depuis lors, le concept des « 100 premiers jours »
s’est enraciné dans la vie politique des
ÉtatsUnis, chaque président tentant de profiter de
sa lune de miel avec le public et le Congrès pour mettre
en chantier, le plus rapidement possible, ses principaux
projets.
Conscient du poids et de la nature arbitraire de cet aspect de
l’héritage de Roosevelt, John Kennedy avait tenu à
avertir les Américains, lors de son discours
d’investiture, que son ambitieux programme ne serait pas
complété dans les 100 premiers jours de sa
présidence. « Pas même dans les 1000 premiers
jours ou pendant la durée de mon gouvernement ou durant
l’existence de notre planète. »
Qu’à cela ne tienne: les médias américains,
friands de chiffres ronds, ont déjà
commencé à analyser les 100 premiers jours de
Barack Obama à la MaisonBlanche, qui tomberont le 29
avril. Et, s’il faut se fier à Allan Lichtman, professeur
d’histoire à l’American University de Washington, ils
devront conclure qu’« aucun président
américain depuis Roosevelt n’aura été plus
actif » que le 44e au cours de cette période
hautement symbolique.
« Vous pouvez aimer ou ne pas aimer ce que Barack Obama a
accompli, mais il a certainement fait beaucoup de choses, dit
l’historien. Il ne susciterait pas une réaction aussi
passionnée chez les conservateurs s’il n’avait pas
été aussi actif. »
Une bonne performance
De façon générale, historiens, politologues
et commentateurs créditent Barack Obama d’une bonne,
voire excellente performance durant ses 100 premiers jours
à la présidence. Malgré quelques faux pas
lors de la formation de son cabinet, le démocrate de 47
ans a démontré, à leurs yeux, une
efficacité certaine dans la gestion de la MaisonBlanche,
de son programme et de son image.
Cette semaine, David Broder, doyen des chroniqueurs politiques
de Washington, a donné le ton à ses
collègues avec ce verdict : « Plusieurs membres du
cabinet en sont encore au stade de l’apprentissage, mais
l’équipe de la Maison-Blanche a contribué à
ce qui a été une performance brillante de la part
d’Obama. Ce qui est frappant est la capacité de
l’équipe d’évoluer à un rythme rapide afin
d’attaquer les défis dont ils ont hérité et
de lancer des efforts ambitieux sans créer une impression
de confusion à propos des priorités du
président. » aussi rapidement.
Il pourrait certes avoir à s’en repentir si son plan se
solde par un échec, comme l’ont prédit les
républicains, qui s’y sont massivement opposés.
« Le
succès de sa présidence dépendra du
rendement de l’économie dans six mois ou un an »,
dit John Burke, spécialiste de la présidence
à l’Université du Vermont. « Pour le moment,
le public comprend que l’économie ne s’améliorera
pas dans un ou deux mois. »
La longue liste des lois, décrets et plans
promulgués par Barack Obama durant ses 100 premiers jours
s’étend à plusieurs domaines, de la finance
à l’immobilier, en passant par l’avortement,
l’automobile, la santé, l’environnement, l’Afghanistan et
le traitement des suspects de terrorisme. Mais, de l’avis de la
plupart des experts, aucune de ces mesures n’est plus importante
que le plan de relance économique de 787 milliards de
dollars adopté à la mi-février. Le nouveau
chef de la Maison-Blanche peut se vanter d’être le seul
président à avoir obtenu du Congrès autant
d’argent
La peur des conservateurs
En fait, le succès éventuel de son programme
économique pourrait aider Barack Obama à devenir
une figure transformatrice à la Roosevelt, selon Allan
Lichtman, l’historien.
« Nous sommes à la fin d’une ère
conservatrice qui a commencé avec l’élection de
Ronald Reagan en 1980 et le début d’une nouvelle
ère dans l’histoire politique américaine. Ces
tournants ont toujours produit des changements significatifs
», dit-il.
Mais n’est pas FDR qui veut. Pour accomplir ses réformes
prioritaires dans les domaines de la santé, de
l’éducation et de l’énergie, Barack Obama aura
besoin d’une poigne qu’il n’a pas démontrée durant
ses 100 premiers jours, selon H.W. Brands, historien à
l’Université du Texas et auteur de Traitor to His Class,
une biographie de Roosevelt.
« Obama n’a pas encore prouvé qu’il pouvait
inspirer la peur chez les démocrates et les
républicains du Congrès, dit-il. C’est une chose
qui le différencie de Roosevelt. Derrière son
sourire permanent, Roosevelt dissimulait une dureté qui
lui permettait d’isoler les républicains et les
démocrates conservateurs. Nous n’avons pas encore vu cela
chez Obama. »
Le nouveau président n’a peutêtre pas encore
intimidé les républicains du Congrès, mais
il fait certainement peur à plusieurs commentateurs
conservateurs, dont David Frum, ex-rédacteur des discours
de George W. Bush, qui voit un désastre financier se
profiler à l’horizon en raison de ses politiques.
« Je ne le blâme pas d’emprunter pour sortir les
États-Unis et les économies mondiales de leur
marasme actuel, a-t-il écrit récemment. Je le
blâme d’assortir ses emprunts à une longue liste
d’interventions étatiques discréditées.
Celles-ci vont lourdement hypothéquer l’avenir des
Américains qui hériteront de sa dette. »
D’autres conservateurs plus hyperboliques n’hésitent pas
à accuser Barack Obama de vouloir mener les
États-Unis sur la voie du socialisme, du communisme,
voire du fascisme. Le nouveau président peut sans doute
se consoler en se disant que Franklin Roosevelt a fait face aux
mêmes accusations en son temps.
Un ami qui vous veut du bien - ALEXANDRE SIROIS
Sur la
scène internationale, Bush aimait être craint. Le
nouveau président américain préfère
être aimé.
Le monde entier a su à quoi s’en tenir au sujet de George
W. Bush peu après le 11 septembre 2001. Il s’est mis
à se comporter comme le fier-àbras qui distribue
les coups dans la cour d’école dès que sonne
l’heure de la récréation.
À voir comment Barack Obama se comporte sur la
scène internationale depuis près de 100 jours, il
est tentant de l’imaginer, plus jeune, dans la même cour
d’école que son prédécesseur au style de
cowboy texan.
Il aurait certes été l’anti-Bush. Le brillant
élève prêt à aider les moins
doués à faire leurs devoirs. À condition
qu’ils acceptent, en échange, de bien se comporter.
Sur la scène internationale, Bush aimait être
craint. Le nouveau président américain
préfère être aimé.
Il se présente comme un ami qui vous veut du bien. Et les
autres grands leaders du monde en redemandent.
Puissance douce
Prenez Hugo Chavez, président du Venezuela. Ces
dernières années, il a qualifié les
États-Unis de pays « terroriste » et
comparé Bush au « diable ».
Devant Obama, au Sommet des Amériques la semaine
dernière, le loup s’est soudainement transformé en
agneau. « Je veux être ton ami », a dit Chavez
au successeur de Bush, en lui serrant la main.
Et que dire de
Dmitri Medvedev, fils spirituel de Vladimir Poutine et
président d’une Russie qui a pris goût à
narguer Washington et le reste de l’Occident. En marge du sommet
du G20, il a précisé qu’Obama est son «
nouveau camarade ».
Les universitaires ont un nom pour la méthode mise de
l’avant par Obama en politique étrangère depuis
son entrée à la MaisonBlanche. La puissance douce.
C’est-à-dire chercher à convaincre plutôt
qu’à contraindre. L’inverse de ce qu’on appelle la
puissance dure, jadis privilégiée par Bush et ses
faucons.
Pour l’influent quotidien américain Politico, la rupture,
en matière de politique étrangère, est
dramatique à Washington. Il s’agit carrément du
« plus radical changement de cap philosophique » en
28 ans. Soit depuis que le républicain Ronald Reagan a
succédé au démocrate Jimmy Carter.
Carter a été jugé faible et mou par les
Américains. Tout particulièrement en raison de son
impuissance à résoudre la crise des otages
américains en Iran, détenus pendant 444 jours.
La diplomatie ne suffit pas
Lesrivauxrépublicainsd’Obama,
désarçonnés par le fait que la lune de miel
entre le président démocrate et les
Américains semble s’éterniser, se sont justement
mis à agiter le spectre de Carter. Étroitement
surveillé, Obama aura fort à faire pour ne pas
perdre la face dans plusieurs dossiers chauds sur la
planète. À commencer par celui de l’Iran, qui a
fait si mal paraître Carter, pays avec lequel le nouveau
président cherche à dialoguer. Un pari
risqué.
La Corée du Nord, le Pakistan et l’Afghanistan – des pays
où l’héritage de Bush s’apparente à un
gâchis – mettront aussi rudement à l’épreuve
la méthode de ce Casanova de la politique
étrangère.
Or, contrairement à Carter, Obama semble plus pragmatique
qu’idéaliste. Il s’est déjà rendu compte
que la diplomatie, parfois, ne suffit pas. Depuis son
arrivée au pouvoir, par exemple, les attaques d’avions
américains sans pilote dans les zones tribales
pakistanaises se sont multipliées.
Il faut néanmoins souhaiter qu’il conserve son penchant
pour la séduction en politique étrangère.
Et que sa méthode ne provoque pas de dérapage
incontrôlé. Si c’était le cas, les
Américains seraient impitoyables. I ls exigeraient
rapidement un retour à l’époque du
fier-à-bras
(après tout, du moment que la méthode
douce peut fonctionner, alors pourquoi s'en priver ?!...)NDE
Le
lutteur - Nicolas Bérubé
— La politique
américaine ressemble souvent à un match de lutte
professionnelle. Il y a des coups fourrés, du
clinquant, des sauts du haut du troisième câble.
Dans les deux cas, il y a beaucoup de bruit. Dans les deux
cas, il y a souvent bien peu de substance.
La controverse entourant le discours de Barack Obama en
Égypte, aujourd’hui, offre un exemple de cette veine de
la politique américaine. Depuis des jours, les
commentateurs conservateurs accusent le président de
vouloir être aimé des ennemis de
l’Amérique, de vouloir s’excuser au nom de
l’Amérique, bref, d’avoir honte de son pays.
Mitt Romney, qui réchauffe ses moteurs pour la
prochaine campagne de 2012, est sorti de son mutisme des
derniers mois pour critiquer Obama cette semaine.
« C’est une bonne idée de tendre la main aux
autres nations. Mais il est important de ne pas s’excuser.
L’Amérique n’a jamais dit aux autres nations quoi
faire. L’Amérique a sacrifié ses soldats pour
aider les gens des autres pays à être libres.
»
Le double langage ici est évident. En 2006, la
secrétaire d’État de l’époque,
Condoleezza Rice, avait fait les manchettes en Égypte,
après avoir déclaré durant un passage
dans ce pays : « Durant 60 ans, mon pays, les
ÉtatsUnis, a cherché à favoriser la
stabilité aux dépens de la démocratie au
Moyen-Orient, et nous n’avons accompli aucun des deux. »
Dans les grandes règles non écrites de la
politique et des médias américains, un
républicain qui admet un tort est lucide et courageux,
alors qu’un démocrate qui fait de même est faible
et place son pays en danger.
Il m’arrive
parfois d’imaginer ce que les conservateurs auraient dit si
les guerres bâclées en Irak et en Afghanistan
avaient été déclenchées par un
président démocrate. Les conservateurs seraient
furieux, hors d’eux. Ils frapperaient le plancher du ring
à grands coups de poing et feraient crier la foule en
grimpant dans les câbles.
Pendant ce temps, les guerriers discrédités
continuent de dispenser leurs opinions. Le mois dernier,
l’ex-vice-président Dick Cheney a prononcé un
discours sur la torture le jour même d’une allocution
d’Obama sur le sujet. Les médias ont
présenté la chose comme un duel entre deux
titans, un débat d’idées sain et excitant.
Seuls quelques journalistes se sont donné la peine
d’examiner les faits. Ils ont trouvé le discours de
Cheney truffé d’erreurs et de
demi-vérités. Exactement comme la
rhétorique simpliste qui a mené les
États-Unis en guerre sous le règne de Bush.
Dans l’arène de la politique, les démocrates ont
aussi leurs trucs. Barack Obama n’est pas lui-même
étranger à l’usage de ces fauxfuyants. Mais ses
méthodes sont plus subtiles.
Récemment, le président a admis trouver que
Washington était plus difficile à changer qu’il
ne le croyait, « comme un gros paquebot que l’on ne fait
pas facilement changer de cap ».
Le président viendrait-il de remplacer son slogan
« Changement » par « L’art du possible
» ? Cela ne va-t-il pas à l’encontre de tout ce
qu’il a promis à chaque jour de sa campagne
présidentielle l’an dernier?
La question ne lui a pas encore été
posée. La preuve qu’Obama sait faire un saut du
troisième câble et atterrir sur la pointe des
pieds.
Obama interviewé par un écolier
de 11 ans
WASHINGTON
— Un garçon de 11 ans a atteint une rapide
renommée dans les médias américains
hier en interviewant le président Barack Obama
à la Maison-Blanche.
« Le président est une personne normale
», a résumé l’écolier, Damon
Weaver, à la sortie de son entretien exclusif avec
le président, filmé pour la chaîne de
l’école élémentaire Kathryn
Cunningham, à Canal Point, en Floride.
Dans le cadre d’un projet scolaire, Damon Weaver avait
sollicité cet entretien il y a huit mois,
après avoir déjà interrogé le
futur vice-président Joe Biden pendant la campagne.
« Tu
as un beau costume, mon garçon », dit le
président en guise d’introduction à
l’apprenti journaliste, installé, cravaté et
micro en main, dans les fauteuils d’un salon de la
Maison-Blanche.
Interrogé sur les tâches de sa fonction de
président, Barack Obama répond: «
c’est très intéressant. C’est beaucoup de
travail. Quelquefois on est éreinté, mais
chaque jour on a la possibilité d’aider quelqu’un.
»
Au cours de cet entretien long de 10 minutes, plusieurs
questions ont touché l’éducation, la
violence à l’école, les repas à la
cantine et les devoirs. Parlant parfois comme à un
journaliste professionnel, le président s’est
laissé aller à évoquer «
budgets scolaires » et « fonds
fédéraux », assurant qu’il fera un
« grand discours » sur l’école le 8
septembre.
« Il est très grand et gentil », a
relevé l’apprenti journaliste qui, à la fin
de son entretien, a fait sourire le président en
lui demandant : « Maintenant que je vous ai
interviewé, voulezvous être mon pote? »
LA
COTE D’OBAMA TOMBE À 50% - Nicolas
Bérubé
(7 juillet 2009) La cote de popularité du
président Barack Obama est tombée à 50%,
soit le taux le plus bas depuis son investiture, selon un
sondage publié hier à la veille de son 200e jour
à la présidence. La moitié des
Américains approuvent l’action du président,
contre 42% qui la désapprouvent, reflétant leur
malaise croissant face à la manière dont son
administration s’attaque à la crise économique et
face à la réforme du système de
santé, très disputée au Congrès,
selon ce sondage Quinnipiac. Ces chiffres marquent une forte
baisse par rapport au précédent sondage de
l’institut Quinnipiac, qui donnait encore à M. Obama 57%
d’opinions favorables contre 33% le 2 juillet dernier. –
LA REPRISE EN OTAGE - Pierre Fournier
Le
président Obama menotté par un système
politique dysfonctionnel à Washington
Pour ceux qui doutent encore que le système pol it ique
américain soit devenu de plus en plus dysfonctionnel,
la semaine dernière et toute la première
année de la présidence Obama ont
été dégrisantes.
On ne connaît pas d’autre démocratie
avancée dont le chef d’État élu a autant
de difficulté à réaliser son programme
politique et économique, alors même qu’il jouit
de fortes majorités au Sénat et à la
Chambre des représentants. Quels que soient les
mérites de la réforme du système de
santé, de la législation sur le changement
climatique et des mesures de relance pour promouvoir une
croissance à long terme (par opposition aux projets
d’infrastructures à court terme), la combinaison d’un
système politique polarisé et
d’intérêts particuliers perturbateurs a fait
dérailler l’essentiel du programme du président.
Si le système des contrepoids a bien servi les
libertés individuelles et l’entreprise privée
aux XIXe et XXe siècles, il semble maintenant de plus
en plus obsolète et incapable de générer
ou de tolérer le leadership audacieux et
éclairé nécessaire pour guider de
manière cohérente une économie complexe
dans un cadre international de plus en plus concurrentiel.
Gouverner dans l’intérêt national pendant une
période de difficultés économiques est
rarement facile, mais cela devient carrément impossible
lorsqu’on est pris en otage par l’obstruction permanente (les
« filibusters »), des cycles d’élections
bisannuels, des groupes de pression puissants et une vague de
populisme. I l n’est pas étonnant que l’impasse
à Washington, le chômage élevé, la
pauvreté et les saisies immobilières
(malgré les renflouements et les programmes de
stimulation massifs), et la perception d’un retour en force de
Wall Street et de l’appât du gain dans la haute finance,
aient nourri l’amertume et une colère
généralisée.
Ébranlés par la défaite au Massachusetts
et leur chute libre dans les sondages, le président
Obama et les démocrates semblent maintenant
déterminés à assurer leur survie
politique en surfant sur le ressac populiste. Pour commencer,
quelle meilleure cible que les grandes institutions
financières? Certes, les prises de risque excessives
des banques américaines sont généralement
considérées comme les coupables, mais l’histoire
démontrera que la cause sousjacente la plus importante
de la crise économique est le déclin de la
compétitivité américaine et d’autres
économies développées.
Néanmoins,
les
sauvetages d’urgence des institutions et le retour rapide de
primes généreuses pour les dirigeants alors que
l’économie est encore en difficulté ont
généré pour les banques
américaines un scénario de cauchemar dont elles
sont largement responsables.
Résultat, les grandes institutions financières
américaines viennent de se voir imposer un impôt
de 90 milliards de dollars pour leur responsabilité
dans la crise financière au cours des 10 prochaines
années. Ce n’est pas particulièrement
significatif pour les bénéfices dans leur
ensemble, mais c’est un mauvais présage pour l’avenir.
La récente décision de la Cour suprême de
déplafonner les contributions politiques de groupes de
pression organisés, ce que le président Obama
appelle un « feu vert à une nouvelle vague
d’ingérence de groupes d’intérêts
particuliers dans la politique intérieure » ( New
York Times, 20 janvier 2010), pourrait bien aider les banques
à monter une contreoffensive, mais cette voie est
semée d’embûches et exigera de la part des
banquiers un sens politique plus fin que celui dont ils ont
fait preuve récemment.
Le ressac populiste ne s’arrêtera pas là. Le
président constatera qu’il est difficile, voire
impossible, de résister aux forces protectionnistes du
pays, jusqu’au sein de son propre parti. Il subira
également des pressions pour prendre les
républicains de vitesse sur la question de
l’immigration, avec des conséquences négatives
pour l’économie des ÉtatsUnis et du monde.
Si la majorité des économistes voient juste en
prévoyant une croissance économique robuste et
une reprise de la création d’emplois à court
terme, bon nombre de failles structurelles du système
politique feront simplement l’objet d’un replâtrage… qui
tiendra un temps. Le jeu complexe entre les facteurs
économiques et politiques ( dont beaucoup n’ont pas
été évoqués ici) continuera
cependant de miner la reprise économique.
LA NOUVELLE
MICHELLE - Marie-Claude Lortie
De femme inquiétante à maman en chef, Michelle Obama
s’est transformée du tout au tout.
Difficile de
dire exactement quand Michelle Obama est devenue ce qu’on
appelle en anglais « a household name ». Un nom et
un visage connus dans toutes les chaumières.
Est-ce au printemps 2007, quand
Maureen Dowd, la chroniqueuse du New York Times, a
écrit qu’elle avait un effet « émasculant
» sur son mari Barack, parce que, durant ses discours,
elle osait déboulonner la nouvelle idole politique pour
rappeler qu’il n’était pas capable de ramasser ses
chaussettes et de faire son lit?
Est-ce quand les républicains ont essayé
dedéclencher une controverse autour de son fameux
« Pour la première fois de ma vie, je suis
fière de mon pays » – car ils y voyaient un signe
de patriotisme conditionnel?
Est-ce quand elle est arrivée à la convention
démocrate, en août 2008, habillée d’une
frappante tenue turquoise pour se présenter comme une
mère, une fille, une soeur, une épouse, bref
pour amorcer officiellement sa nouvelle vie de « la
femme de », elle qui avait pourtant été,
d’abord et avant tout, une avocate diplômée de
Harvard et Princeton, brillante et indépendante?
Ou est-ce quand elle est allée à
l’émission de Jay Leno, en octobre 2008, lancer un
dernier appel en faveur de son mari, intervention qui arrivait
juste après le scandale de la garde-robe à 150
000$ de Sarah Palin? Vous vous rappelez, elle en a
profité pour dire qu’elle s’habillait chez J. Crew,
marque de moyenne gamme typiquement américaine et
qu’elle commandait sur l’internet. Les ventes du marchand de
prêt-à-porter ont alors explosé.
et potager bio
En fait, ce qu’on retient surtout, en mettant bout à
bout les moments-clés de son arrivée dans la
sphère publique, des primaires à la
présidentielle, en allant jusqu’à l’investiture
et aujourd’hui, c’est que l’arrivée de Michelle Obama
dans notre univers s’est faite par étapes. Et
qu’à chacune de ces marches gravies une à une,
elle s’est transformée sous nos yeux, pour devenir la
maman en chef parfaite que l’on a vue à la
Maison-Blanche depuis 100 jours.
D’abord, on l’a connue comme avocate, femme de carrière
ambitieuse – elle a rencontré son mari dans un grand
bureau de Chicago alors qu’elle était sa
supérieure. Puis les médias ont commencé
à en faire un personnage politique très
attaché à son identité noire, en
révélant notamment que sa thèse à
Princeton portait sur le racisme.
Ajoutez à cela sa phrase jugée pas suffisamment
patriotique et, évidemment, le fameux fist bump (poing
à poing) vaguement rappeur avec son mari, et,
tranquillement, Michelle la battante a commencé
à être perçue avec scepticisme par la
population. C’est là que le magazine New Yorker, en
juillet 2008, a choisi de caricaturer cette perception d’une
Michelle menaçante en la dessinant sous les traits
d’une Angela Davis armée d’un AK-47.
Alors qu’on commençait à se demander si Michelle
allait devenir un handicap pour Barack, la transformation a
pris un autre tournant. C’est ainsi qu’elle est arrivée
à la convention démocrate à la fin de
l’été 2008 en se présentant comme une
soeur, une fille, une épouse, une maman. Rassurante
à souhait. Quelques semaines plus tard, elle a
lancé la phrase « mom in chief ».
Ajoutez à cela de fort judicieux choix de garde-robe et
des discours rassembleurs, une présence en retrait au
moment de l’investiture et peu à peu, elle est devenue
la super maman et icône de la mode de surcroît que
l’on connaît aujourd’hui. Et c’est cette image qui a
été consolidée par ses 100 premiers jours
à la Maison-Blanche. Car, qu’a-t-elle fait durant ce
temps?
Elle a installé sa famille – adopté un chien,
installé des balançoires dans le jardin,
lancé un potager, organisé une fête pour
le Super Bowl.
Certes, elle a rendu visite à différentes
écoles et est allée parler dans quelques
ministères fédéraux. Mais a-t-elle dit
quoi que ce soit de frappant? Ou n’est-ce pas plutôt le
succès de ses changements de garde-robe en voyage au
G20 en Europe qui ont fait la une?
La superstar
Quoi qu’il en soit, ce viragemaman a porté ses fruits.
Non seulement Michelle Obama est-elle à Washington aux
côtés de Barack dans une position d’influence
incomparable, mais elle a maintenant plus d’appuis que jamais
dans la population.
Selon un sondage Washington Post/ ABC News paru fin mars, sa
popularité est à 76%, soit à 28 points du
niveau de l’été dernier. Aussi, dit le sondage,
la proportion de gens qui la voient négativement a
fondu.
« En fait, la chose qui me frappe le plus c’est à
quel point elle est devenuepopulaire, partout. Tout le monde
l’adore », affirme Rebecca Traister, journaliste au
magazine Salon.com qui se penche sur la place des femmes dans
la société américaine.
« Sauf
que, ajoute Mme Traister, ce qui est aussi frappant, c’est
qu’elle est aimée et perçue de façons
différentes selon les gens, qui voient en elle ce
qu’ils veulent aimer. »
Certains aiment qu’elle soit belle et toujours parfaitement
bien habillée; d’autres aiment son ouverture et sa
modernité; d’autres apprécient sa façon
très familiale de voir la vie, d’autres aiment qu’elle
n’ait pas peur de montrer ses bras musclés; d’autres
voient d’un bon oeil qu’une femme
brillante épaule son mari à la direction du
pays...
« On peut trouver dommage qu’elle ait dû se
transformer à ce point pour ne plus devenir
menaçante, mais la réalité, c’est qu’elle
a été brillante là aussi, dit Mme
Traister. Elle est devenue un personnage qui plaît
à tous, qui ne fait plus peur à personne.
»
Mais tout cet enthousiasme, cet amour collectif pour Michelle,
surtout aux ÉtatsUnis, ne cachent-ils pas aussi un peu
de culpabilité, de racisme à l’envers?
Peut-être, admet la journaliste. Peut-être qu’on
est en train de surjouer notre appréciation pour la
Michelle carte de mode et maman en chef pour oublier
nous-mêmes qu’on s’est jadis inquiétés de
la force de son personnage d’avocate afro-américaine
aux idées fortes.
Robes politiques ?
Veronica Arreola, directrice-adjointe du Center for Research
on Women and Gender à l’Université de l’Illinois
à Chicago, constate la même métamorphose
de Michelle l’inquiétante à Michelle la maman
parfaite.
« C’est quand même ironique que durant la campagne
électorale, elle ait été décrite
comme une femme noire fâchée, alors
qu’aujourd’hui, tout le monde n’a de questions que sur sa
garde-robe, dit-elle. Remarquez, le fait est qu’elle s’habille
super bien et qu’elle est toujours magnifique, même avec
un jean et un t-shirt. »
Et, continue Mme Arreola, cette question des vêtements –
qui a quand même pris pas mal de place durant les 100
premiers jours – est difficile à cerner même pour
les féministes qui l’observent.
« Une partie de toute cette attention donne l’impression
qu’on est en 1962, de retour au temps de Camelot »,
constate Mme Traister en faisant référence
à l’époque de John Fitzgerald Kennedy.
Mais en même temps, force est de constater que Mme
réussit à se servir de ce dossier
vêtements, autant qu’elle le peut, pour affirmer ses
valeurs. C’est parfois en choisissant des tenues
dessinées par des créateurs hors de
l’establishment traditionnel – Isabel Toledo, d’origine
cubaine, pour l’investiture, ou Jason Wu, d’origine
taiwanaise, pour sa robe du bal inaugural.
C’est parfois en montrant ses bras musclés sur la photo
officielle de la Maison-Blanche.
Sheila Gibbons, la rédactrice en chef de Media Report
to Women, constate en outre que tout cela est fait dans le
respect du décorum et que Mme Obama joue ce jeu fort
respectueusement. « De toute façon, tout ce
qu’une première dame fait différemment
reçoit immédiatement beaucoup d’attention
», note-t-elle.
Mme Gibbons croit cependant que le public est maintenant
prêt à ce que Mme Obama passe à autre
chose, à un niveau d’action plus concret.
Maintenant, dit-elle, les Américains ont hâte
qu’elle choisisse clairement une cause – elle a
déjà dit qu’elle voulait aider les familles des
militaires et les mères qui travaillent. Le compte
à rebours, croit Mme Gibbons, est lancé.








« Bientôt, selon moi, on va commencer à
entendre, parfois avec justesse et parfois injustement,
"où est Michelle, que faitelle? " »
L’ÈRE MICHELLE OBAMA
Michelle Obama
a-t-elle déclenché une nouve l l e è r e
dans le monde de la pub et des magazines ?
Grâce à elle, voit-on de plus en plus de femmes
noires à la une des revues de mode? Ou est-ce une
impression?
Aucune étude quantitative n’a encore été
faite pour mesurer l’impact de Mme Obama sur la
présence des femmes noires dans les médias, mais
n’avez-vous pas l’impression que oui, elle a eu un impact?
Prenez juste le magazine Vogue. En mars, Mme Obama
était en page couverture. En avril, c’était
Beyoncé. Et en mai, c’est un groupe de mannequins dont
deux Noires, Liya Kebede et Jourdan Dunn.
« Il était temps! » lance Sheila
Gibbons, rédactrice en chef de Media Report to Women.
« Les femmes non caucasiennes ont traditionnellement
rarement été mises en valeur sur les couvertures
des magazines. Oui, je crois que Mme Obama va changer cela.
»
Aucune autre femme noire américaine n’a jamais eu autant
de place dans le regard des médias que Mme Obama,
remarque Mme Gibbons. Il est normal que ça ne passe pas
inaperçu.
« Deux femmes afro-américaines, de suite, à
la une du Vogue, c’est effectivement quelque chose de
très rare », commente Rebecca Traister, de
Salon.com. « Et j’ai remarqué récemment que
Beyoncé était partout pour la promotion de son
nouveau film. Ça n’arrive pas souvent qu’une actrice
noire, à part Halle Berry, ait autant de
visibilité. »
LE FACTEUR MAMAN
En choisissant
de jouer la carte maman à fond, Michelle Obama est-elle
en train de symboliser un nouveau personnage de la Cité:
la femme qui cherche à amener des changements politiques,
mais utilise son personnage de mère pour rendre ses
demandes plus acceptables ?
« Nous sommes très là-dedans, en ce moment,
aux États-Unis », explique la journaliste Rebecca
Traister.
« Les femmes peuvent choisir de demander toutes sortes de
choses, mais si elles le font au nom de leurs enfants, cela met
tout le monde plus à l’aise. »
Veronica Arreola, directriceadjointe du Center for Research on
Women and Gender à l’Université de l’Illinois
à Chicago, constate la même chose.
« Elles demandent ce qu’elles veulent, disons de meilleurs
soins de santé, ou des congés de maladie
payés, par exemple, mais au lieu de le demander comme
femmes uniquement, elles le demandent comme mères, au nom
de leurs enfants », explique-t-elle. « Le discours
est alors beaucoup plus efficace quand il est
présenté ainsi. » Mieux accepté.
Michelle serait-elle en train de se repositionner pour mieux
relancer son activité sociale, en brandissant la caution
maternelle?
Les
premières dames ont pratiquement toujours
épousé des causes qui les concernaient comme
mères, que ce soit la couverture universelle des soins de
santé pour Hillary Clinton, la lutte contre la drogue
chez les jeunes pour Nancy Reagan, l’alphabétisation pour
Laura Bush.
Mme Obama, elle, a parlé d’aider les familles de
militaires, d’oeuvrer pour une meilleure conciliation
travail-famille.
Mais Mme Traister et Mme Arreola insistent: elles ne reprochent
pas à Mme Obama son positionnement. En fait, elles
constatent plutôt son habileté politique.
« Et puis je ne suis pas contre le fait qu’elle se
proclame mom in chief, dit Mme Arreola. C’est tout un travail
d’être une mère. Et elle fait un boulot fantastique
à cet égard. »
Toutefois sommes-nous certains que Mme Obama, elle, est
totalement satisfaite de son tournant maman à 100%? De ce
nouveau personnage d’épouse idéale ? Elle qui
avait une brillante carrière et gagnait même plus
d’argent, jadis, que son mari.
« Rappelez-vous, indique Mme Traister, comment elle a
réagi quand une jeune écolière,
répondant à une question sur ce qu’elle voulait
faire plus tard, lui a dit qu’elle voulait devenir
première dame, comme elle. Mme Obama lui a répondu
du tac au tac: "Tu sais, ça ne paie pas beaucoup."
»
Les
100
jours de Michelle Obama - Yoland Cohen
La
première dame des États-Unis incarne le
féminisme de la compassion: une éthique du
soin des autres
La compassion est entrevue comme une éthique du
care, de la reconnaissance de leurs besoins et du partage du
pouvoir avec les autres, plutôt que sur eux ou contre
eux.
L’auteure est historienne à l’UQAM.
Si l’on en croit les journalistes et les faiseurs
d’image, Michelle Obama aurait subi une transformation
radicale pour se faire aimer par le public américain
et devenir la star internationale acclamée partout
dans le monde.
Elle aurait troqué ses habits de black angry
woman qu’elle aurait été à Chicago
contre ceux plus soft (et pastels), de la maman aimante et
généreuse qui soutient son mari dans les
moments difficiles, qui s’occupe de ses filles et de son
potager (bio), en plus de défendre une cause
humanitaire (à définir) pour marquer son
passage à la Maison-Blanche. Sans compter qu’elle a
dûabandonner son poste de vice-présidente aux
affaires de l’Université de Chicago pour suivre son
mari à Washington!
Et les j ournalistes de se demander ce qu’est le
féminisme devenu, et si la conquête du pouvoir
politique n’oblige pas des femmes, émancipées
et sûres d’elles comme Michelle Obama, de transiger
avec leurs principes égalitaires pour y
accéder.
Certes, le rôle de la première dame implique la
plupart du temps de mettre en oeuvre ces qualités
féminines et maternelles qu’en d’autres lieux
Michelle Obama aurait reléguées au vestiaire.
Mais il n’est pas indifférent qu’elle se pare de ces
habits-là. Car elle s’inscrit dans une tendance
lourde qui, ces dernières années,
témoigne de la résurgence de ces
qualités maternelles comme un des
éléments de la politique pratiquée par
des femmes.
Avant elle,
Ségolène Royal a dû essuyer les
critiques virulentes de certaines féministes
françaises pour s’être commise en affichant
publiquement son attachement à son rôle de
mère, et sur le fait qu’elle en faisait la
référence fondamentale de son
expérience dans la vie pour briguer les suffrages
populaires.
C’est aussi la référence à la fameuse
sacoche de Monique Jérôme-Forget: la
métaphore de l’ex-ministre des Finances renvoyait au
caractère rassurant de la mère de famille qui
tient les cordons de la bourse et ne dépense rien qui
ne soit indispensable à son bien-être.
Le rôle public des femmes et leur émancipation
se sont construits comme une extension de leurs fonctions
maternelles tout au long du XXe siècle. Dans la
plupart des grands pays occidentaux, et de façon
presque simultanée au tournant du siècle
dernier, les pionnières de la première vague
de revendications féministes étaient des
moralistes (militantes pour l’abolition de la prostitution,
pour la tempérance et l’hygiénisme) en
même temps et pour les mêmes raisons qu’elles
étaient des suffragistes (en participant au vote,
elles contribueraient à assainir la scène
publique, dépravée). Leur rôle de
mère était le fondement à partir duquel
étaient revendiqués, et souvent obtenus, leurs
nouveaux droits.
L’assignation des femmes à la famille et à la
procréation, bien que largement remise en cause par
la découverte de la pilule contraceptive et par
l’entrée massive des femmes dans le marché de
l’emploi salarié, deviennent les cibles des
revendications féministes égalitaires.
Dès lors, ces deux logiques vont se disjoindre pour
donner naissance à la deuxième grande vague
féministe des années 70. Rejetant
d’emblée toute association avec les mouvements
maternalistes, le mouvement féministe
égalitaire gardera ses distances face à ses
origines pour s’affirmer comme l’unique prétendant
à l’émancipation des femmes.
Plus récemment, une vision féministe
contemporaine plus nuancée alimente désormais
le débat. C’est un féminisme de la compassion
qui vise à l’émancipation des hommes et des
femmes en faisant des qualités autrefois
attribuées aux mères des valeurs universelles
du care dans un monde vulnérable. La compassion y est
entrevue comme une éthique du care ou du soin aux
autres, de la reconnaissance de leurs besoins et du partage
du pouvoir avec les autres, plutôt que sur eux ou
contre eux.
Nouvelle utopie? En tout cas, les gens ne s’y trompent pas,
puisqu’ils choisissent de plébisciter des femmes et
aussi des hommes, comme Barack Obama, qui font de cette
nouvelle éthique du care leur credo politique.
Michelle Obama peut continuer de cultiver son jardin et en
partager les fruits (et légumes) : c’est sa politique
pour changer la Terre!
Inspirante
Michelle
- NATHALIE COLLARD
Les 100
premiers jours de Barack Obama au pouvoir sont aussi ceux de
Michelle Obama à titre de première dame des
États-Unis. Après Nancy Reagan, Hillary
Clinton et Laura Bush, c’est au tour de Mme Obama
d’insuffler sa touche personnelle à la
Maison-Blanche.
Et dans ce rôle bien en vue, cette avocate de 44 ans
est tout à fait inspirante.
À l’exception d’Hillary Clinton, qui n’a jamais
caché ses ambitions ainsi que son désir de
participer activement à la vie politique, les
premières dames de l’histoire récente
étaient plutôt discrètes.
En très peu de temps , Michel le Obama a
réussi à t ransformer une fonction qui
pourrait facilement se limiter à un rôle
protocolaire, accompagné de quelques oeuvres de
charité et d’un intérêt accru pour la
couleur des rideaux du salon Bleu, en un rôle plus
significatif aux yeux du peuple américain.
Qu’on pense simplement à l’appellation « Mom in
chief» – véritable trait de génie sur le
plan de la communication – qui a permis à Mme de
s’adresser à toutes les Américaines en leur
donnant l’impression qu’elles étaient sur le
même pied d’égalité.
C’est ce
qui est fascinant chez Michelle Obama, cette facilité
à nous convaincre qu’elle est une femme comme les
autres, que sa famille est une famille américaine
ordinaire aux prises avec les mêmes problèmes
quotidiens – les devoirs, le souper, la promenade du chien –
que toutes les autres familles nord-américaines. Ce
qui n’est pas tout à fait faux tout en étant
complètement éloigné de la
réalité de l’épouse d’un
président des États-Unis. On ne sait pas trop
comment le couple Obama réussit ce tour de force mais
en toutes circonstances, ils démontrent une
très grande classe tout en faisant preuve d’un
naturel désarmant.
En outre, il ne faut pas oublier que Mme Obama, comme toutes
les femmes, exerce une influence sur son conjoint. Est-ce
cette influence qui fait en sorte qu’au cours des premiers
mois de son mandat, le président Obama a
rétabli le financement des centres de planning
familial, nommé plusieurs femmes à des
postes-clés de son gouvernement et créé
le poste d’ambassadrice responsable des dossiers touchant
les femmes? Le magazine féministe Ms observait
récemment que M. Obama avait fait plus pour les
femmes en trois mois que bien des présidents durant
un ou même deux mandats.
Ce qui est égal ement réjoui s - sant chez
Michelle Obama, c’est qu’elle semble absolument
fidèle à ce qu’elle est . En d’aut res mots,
elle incarne ses valeurs, qu’elles soient familiales ou
sociales. Selon ses porte-parole, Mme Obaman’accepte pas
plus que trois événements publics par semaine
afin d’honorer sa promesse d’être une mère
présente pour ses filles. Les valeurs familiales ont
souvent été une stratégie de
communication. Dans le cas de Michelle Obama, on y croit.
C’est pour cette raison qu’elle est vite devenue un
modèle. Et parce qu’elle rompt complètement
avec le mythe de la super woman des années 90
(mère parfaite, amante incroyable ET professionnelle
avec une carrière exigeante) pour nous proposer
plutôt l’image d’une femme menant une vie riche, aux
multiples facettes, de façon saine et
équilibrée.
En cela, c’est sans aucun doute la femme la plus inspirante
à loger au 1600 Pennsylvania avenue depuis Eleanor
Roosevelt.
LE RETOUR D’HILLARY CLINTON -
Richard Hétu
Remise
d’une blessure au coude, la secrétaire
d’État américaine a repris en main les
dossiers internationaux et fait taire les rumeurs sur sa
prétendue perte d’influence au sein de
l’administration Obama.
« On a en la personne d’Hillary Clinton une
secrétaire d’État très coriace,
très disciplinée et très
expérimentée. Ses années à
la Maison-Blanche et au Sénat lui ont
donné une vaste connaissance des rouages de
l’État et des jeux de pouvoir. »
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK— Deux semaines
plus tard, la pointe de Tina Brown, exrédactrice
en chef du New Yorker, continue de susciter des
commentaires à Washington. « Il est temps
que Barack Obama permette à Hillary Clinton
d’enlever sa burqa », a-t-elle écrit,
déplorant la prétendue invisibilité
de la secrétaire d’État américaine
lors des six premiers mois de la présidence de
son ancien rival politique.
PHOTO JONATHAN ERNST,
REUTERS
Si la pertinence de l’image utilisée par Brown
est encore débat tue, i l n’en va pas de
même, en revanche, de la substance de sa critique.
Au cours des deux dernières semaines, Hillary
Clinton a employé les grands moyens pour attirer
sur elle les projecteurs, commençant par un
discours majeur à Washington sur les
priorités du département d’État et
enchaînant avec une série
d’activités – visites à l’étranger,
entrevues télévisées et discussions
sinoaméricaines – qui lui ont valu plusieurs
manchettes.
« Les Ét ats-Uni s sont de retour »,
a répété Hillary Clinton à
chaque étape de son voyage en Asie du Sud-Est.
La chef de la diplomat ie américaine faisait
référence à la volonté de
l’administration Obama de ne pas laisser à la
Chine le monopole de l’inf luence stratégique
dans une région que George W. Bush aurait trop
négligée.
Mais elle aurait également pu parler
d’elle-même.
Une blessure et des rumeurs
Victime d’une fracture du coude – elle a fait une chute,
à la mi-juin, alors qu’elle marchait vers sa
voiture au sous-sol de l’immeuble du département
d’État –, Hillary Clinton a dû ralentir le
rythme de ses activités durant un mois. Elle a
ainsi dû annuler plusieurs rendezvous importants,
dont le sommet États-Unis-Russie à Moscou
et la réunion ministérielle du G8 à
Trieste, en Italie.
Ces absences ont alimenté les rumeurs voulant que
la secrétaire d’État ait été
réduite à jouer un rôle secondaire
dans l’élaboration et l’exécution de la
politique étrangère de l’administration
Obama. Selon un refrain déjà entendu,
Hillary Clinton ne doit pas seulement composer avec un
président populaire qui lui fait de l’ombre
à l’étranger en multipliant les
tournées et les discours, mais également
avec des émissaires de haut niveau, comme George
Mitchell, chargé du ProcheOrient, et Richard
Holbrooke, responsable de l’Afghanistan et du Pakistan.
Toujours selon ce refrain, l’influence de la
secrétaire d’État a également
été réduite après qu’un de
ses lieutenants, Dennis Ross, eut été
muté à la Maison-Blanche, où il
conseille désormais le président dans le
dossier iranien. À en croire une commentatrice
comme Tina Brown, Barack Obama aurait ainsi
réussi à isoler son ancienne rivale, qui
doit regretter aujourd’hui le piège que lui a
tendu le président. Mais la réalité
est tout autre, selon Richard Murphy, expert au Middle
East Institute.
Coriace et expérimentée
« Hillary Clinton est très enthousiaste
à propos de son rôle »,
déclare Murphy en entrevue. « C’est une
femme d’une grande énergie et d’une grande
habileté. Et elle se dévoue totalement
à sa tâche. »
Secrétaire d’État adjoint pour les
affaires du Proche-Orient
entre 1983 et 1989, Richard Murphy estime que Clinton a
réussi jusqu’à présent à
suivre sc rupuleusement les l ignes directrices de la
politique étrangère de Barack Obama,
notamment en ce qui a trait à la question du gel
total des activités de colonisation en
Cisjordanie. Il en va du succès de son mandat
à titre de chef de la diplomatie
américaine, selon lui.
« Il n’y a rien qui pourrait détruire
davantage l’efficacité d’un secrétaire
d’État que de laisser voir aux dirigeants
étrangers qu’il y a des différences
d’opinions entre le président et le
secrétaire d’État, explique Murphy. C’est
ce qui a nui à Colin Powell. Il y avait des
rivalités au sein de l’administration Bush qui
ont affaibli sa position. »
Rompue aux batailles bureauc r atiques de Washington,
Hillary Clinton devrait également savoir
s’imposer auprès des autres acteurs importants de
la politique étrangère des
ÉtatsUnis, dont Holbrooke et Ross, qui sont
reconnus pour leur indépendance.
« On a en la personne d’Hillary Clinton une
secrétaire d’État très coriace,
très disciplinée et très
expérimentée, dit Richard Murphy. Ses
années à la Maison-Blanche et au
Sénat lui ont donné une vaste connaissance
des rouages de l’État et des jeux de pouvoir.
»
De son côté, l’ancien secrétaire
d’État Henry Kissinger a avoué au New York
Times ne pas se souvenir d’une époque où
les relations entre le département d’État
et la Maison-Blanche étaient plus harmonieuses.
Les critères du succès
Mais Hi l la ry Cl i nton ne pourra se contenter de
survivre aux batailles bureaucratiques de Washington,
selon Aaron David Miller, du centre de recherche Woodrow
Wilson, qui a servi sous six secrétaires
d’État.
« Les secrétaires d’État les plus
importants ont été associés
à de grandes idées, à des crises
difficiles et à des percées diplomatiques
qu’ils ont orchestrées. Par définition,
les secrétaires d’État efficaces
gèrent des crises et règlent de grands
problèmes. Au bout du compte, Hillary Clinton
sera jugée selon ces critères »,
soutient Miller.
Ce n’est évidemment pas les grands
problèmes qui manquent. Hillary Clinton les a
tous abordés depuis son retour à
l’avant-scène, des ambitions nucléaires de
la Corée du Nord et de l’Iran au conflit
israélopalestinien, en passant par la lutte
contre les talibans au Pakistan et en Afghanistan.
La secrétaire d’État a également
tenté d’ouvrir un nouveau chapitre dans les
relations des États-Unis avec l’Inde, où
elle a fait une visite de trois jours, et avec la Chine,
dont plusieurs dirigeants ont participé à
une rencontre de deux jours à Washington cette
semaine.
L’idée qu’elle se soit laissé imposer une
burqa, même métaphorique, semble plus
insultante que jamais.
DES DÉCLARATIONS QUI DONNENT LE TON...
Message aux pays arabes
Hillary Clinton en a surpris plusieurs en appuyant
sans réserve l’appel de Barack Obama en faveur d’un
gel total des activités de colonisation en
Cisjordanie. En tant que sénatrice de l’État
de New York, elle avait toujours défendu les
positions du gouvernement israélien. Mais la
secrétaire d’État a également
adressé un message aux pays arabes lors de son
discours devant le Council of Foreign Relations le 15
juillet, les appelant à prendre « maintenant
» des mesures « significatives » vers
une normalisation de leurs relations avec Israël,
à « préparer leur opinion à la
paix et à accepter la place d’Israël dans la
région ». « Nous attendons des actes de
la part d’Israël, mais nous reconnaissons que ces
décisions sont difficiles politiquement. Et nous
savons que les progrès vers la paix ne sont pas de
la seule responsabilité des États-Unis ou
d’Israël », a-t-elle ajouté.
Chine-États-Unis : « la relation
bilatérale du siècle »
«
Notre relation avec la Chine sera la relation
bilatérale la plus importante du monde dans ce
siècle. » Ainsi parlait Hillary Clinton en
février dernier à l’occasion de son
premier voyage en tant que secrétaire
d’État. Barack Obama a tenu le même
discours lundi dernier en ouvrant à Washington un
sommet sino-américain de deux jours qui a mis
l’accent sur l’importance de la coopération entre
les États-Unis et la Chine pour répondre
aux défis communs, de la crise économique
aux changements climatiques en passant par la
prolifération nucléaire. À l’issue
de ce sommet, la secrétaire d’État s’est
notamment réjouie de l’attitude des responsables
chinois sur la question iranienne. « La Chine
partage nos inquiétudes sur le fait que l’Iran
devienne une puissance nucléaire »,
a-t-elle dit. Clinton a également affirmé
que Chinois et Américains avaient discuté
en profondeur de la question du nucléaire
nord-coréen. La Chine est l’un des proches
alliés de la Corée du Nord, qui a
récemment mené un essai nucléaire,
tiré des missiles et… accusé Hillary
Clinton d’être « inintelligente ».
Le « non » de l’Inde
En faisant une visite de trois jours en Inde il y a
deux semaines, Hillary Clinton a confirmé le
rapprochement entre Washington et New Delhi commencé
sous l’administration Bush, qui a signé en 2006 un
accord historique américano-indien conférant
au souscontinent le statut de puissance nucléaire. La
visite de la secrétaire d’État a pris fin avec
la signature de plusieurs accords, dont l’un ouvrira aux
sociétés américaines de l’armement le
vaste marché indien. Boeing et Lockheed pourront
ainsi participer aux appels d’offres que l’Inde lancera pour
126 avions « tout usage », l’un des gros
contrats d’armement du monde. Mais tout n’est pas rose entre
Washington et New Delhi. La secrétaire d’État
américaine a en effet essuyé un « non
» sur la question du réchauffement climatique,
les responsables indiens refusant de se plier à la
volonté américaine d’imposer à leur
pays un plafond aux émissions de gaz à effet
de serre.
Adieu à la présidence
Hillary
Clinton voudrait-elle de nouveau briguer la
présidence des États-Unis? La question lui
a été posée lors d’une entrevue
télévisée en Thaïlande,
où elle s’est arrêtée pendant sa
tournée récente en Asie du Sud-Est.
« Je ne sais pas, mais je doute vraiment qu’une
perspective comme celle-là fasse un jour partie
de ma vie », a-telle répondu.
Alors qu’elle faisait face à la même
question dimanche dernier sur la chaîne NBC, elle
s’est montrée plus catégorique. « Je
dis non, jamais, pas du tout. »
« Je ne fais plus de politique », a-t-elle
ajouté à ABC.
Dans ses entrevues télévisées, la
secrétaire d’État s’est dite satisfaite de
son rôle au sein de l’administration Obama et de
ses relations avec son ancien rival.
« Nous avons de très bonnes relations,
a-t-elle dit à l’émission Meet the Press,
à NBC. Nous avons des échanges francs et
ouverts. J’ai le privilège d’être dans la
position d’un conseiller en chef, d’être le chef
de la diplomatie que suit le président, mais je
sais bien que c’est le travail d’équipe qui sera
plus efficace pour l’Amérique. »
Et Clinton d’ajouter, en parlant d’Obama : « Je
dois dire, en tant que personne qui a passé
énormément de temps à le combattre
( pendant la campagne), je trouve qu’il réalise
un travail extraordinaire. »
Hillary Clinton en tournée africaine
— La
secrétaire d’État américaine
Hillary Clinton est arrivée hier au Kenya,
première étape d’une tournée de 11
jours en Afrique, la première, d’abord consac
rée au renforcement des liens économiques
avec le continent et à la stabilisation de la
Somalie.
La tournée de Mme Clinton, la plus longue depuis
sa prise de fonction, vise notamment à
démontrer au continent noir l’implication des
États-Unis après la polarisation de la
nouvelle administration sur d’autres régions du
globe.
Clinton s’emploiera à resserrer les liens avec
trois puissances du continent – Kenya, Nigeria et
Afrique du Sud – et à apporter son soutien
à trois pays marqués par des conflits
récents – Angola, République démoc
rat ique du Congo et Liberia – pour achever sa
tournée par une visite au Cap-Vert.
Clinton
devait s’exprimer, ce matin à Nairobi, devant un
forum d’une quarantaine de pays africains aux relations
commerc ia les préférentielles avec les
États-Unis, en échange de leur engagement
à des élections libres et au
libre-échange.
La secrétaire d’État mettra
également à profit ce séjour pour
rencontrer le président somalien élu en
janvier, Sharif Cheikh Ahmed, acculé dans la
capitale somalienne par une offensive des
insurgés islamistes lancée au début
du mois de mai.
Les États-Unis et leurs alliés ont
à plusieurs reprises montré du doigt
l’Érythrée, accusée de soutenir ces
insurgés encouragés publiquement par de
hauts responsables d’Al-Qaeda.
UN CAUCHEMAR DE CINQ MOIS PREND FIN -
Nicolas Bérubé
Laura
Ling et Euna Lee sont rentrées aux
États-Unis hier. La libération des deux
journalistes par la Corée du Nord laisse-t-elle
entrevoir un renouveau du dialogue entre Pyongyang et
Washington? Ce qui est sûr, c’est qu’elle fait
date dans la brève histoi
« Quand nous avons passé la porte, nous
avons vu le président Bill Clinton. Nous
étions renversées. Nous savions à
ce moment-là, dans notre coeur, que le
cauchemar allait prendre fin. »
Les deux journalistes américaines
détenues en Corée du Nord depuis
près de cinq mois sont rentrées chez
elles, tôt hier matin.
Laura Ling et Euna Lee sont arrivées avant
l’aube à l’aéroport Bob Hope, à
Burbank, en banlieue de Los Angeles, où leurs
proches les attendaient sur le tarmac.
Dans une allocution émotive, Laura Ling a
raconté que, 30 heures plus tôt, elle et
sa collègue étaient toujours dans une
prison de Pyongyang, où elles craignaient
d’être envoyées sans avertissement dans
un camp de travaux forcés.
« Tout à coup, on nous a annoncé
que nous devions aller à une rencontre. On a
changé de lieu, et quand nous avons
passé la porte, nous avons vu, debout devant
nous, le président Bill Clinton. Nous
étions renversées. Nous savions à
ce moment-là, dans notre coeur, que le
cauchemar allait prendre fin. »
Mme Ling a dit que ses 140 jours de détention
en Corée du Nord avaient été
« les plus difficiles de sa vie ».
Derrière elle, son mari, Ian Clayton, avait du
mal à contenir ses larmes. M. Clayton a dit
avoir écrit à sa femme chaque jour
depuis son arrestation, survenue en mars dernier.
En matinée, le président Barack Obama a
tenu à l’extérieur de la Maison-Blanche
un point de presse dans lequel il a rendu hommage
à Bill Clinton, dont i l a salué le
« t ravai l extraordinaire ».
« Les deux journalistes sont de nouveau avec
leurs proches. Nous sommes bien évidemment
très soulagés. Les images de la
réunion que nous avons pu voir à la
télévision sont une source de joie non
seulement pour les familles, mais aussi pour le pays
tout entier. »
M. Clinton a fait une visitesurprise en Corée
du Nord, mardi, et obtenu la libération des
deux journalistes, condamnées en juin par
Pyongyang à 12 ans de travaux forcés.
Selon l’agence nord-coréenne KCNA,
l’ex-président Clinton et le leader Kim Jong-il
ont eu des discussions « franches et
approfondies sur les dossiers en cours entre la RPDC
et les États-Unis dans une atmosphère
sincère ».
Euna
Lee, 36 ans, et Laura Ling, 32 ans, qui habitent
toutes deux à Los Angeles, ont
été appréhendées le 17
mars par des militaires nord-coréens alors
qu’elles se trouvaient près du fleuve Tumen,
qui sépare la Chine et la Corée du Nord.
Les circonstances exactes de leur capture sont floues.
Au moment de leur arrestation, les deux femmes
enquêtaient sur le trafic d’humains dans la
région, et plus précisément sur
le sort des réfugiées
nord-coréennes qui fuient leur pays.
Voyage coûteux
L’aller-retour de Bill Clinton en Corée du Nord
a coûté environ 200 000 $, notamment pour
la location d’un Boeing 737. Hier, le réseau
ABC a indiqué que les frais d’utilisation des
téléphones satellitaires à bord
totalisaient 15 000 $.
L’avion avait été affrété
par le millionnaire d’Hollywood Steve Bing, grand ami
de Clinton. M. Bing, qui finance
régulièrement les activités du
parti démocrate, a annoncé qu’il
paierait de sa poche les frais du voyage.
Qu’est-ce que Current TV ?
Au moment de leur arrestation, en mars dernier, Laura
Ling et Euna Lee tournaient un documentaire pour la
station Current TV, un projet mis sur pied il y a cinq
ans par l’ex-vice-président Al Gore et l’homme
d’affaires Joel Hyatt.
Établie à San Francisco, Current TV qui
diffuse par internet et par câble des
émissions sur des enjeux sociaux,
environnementaux et économiques. Les auditeurs
sont invités à envoyer des capsules
vidéo, dont certaines sont diffusées
à la télé et en ligne.
Al Gore a eu l’idée de lancer cette station
« citoyenne » après avoir
été échaudé par la
couverture de CNN lors du fameux dépouillement
judiciaire en Floride, aux élections
présidentielles de 2000.
Current TV a signé un partenariat avec
Radio-Canada, qui parrainera la création d’une
version canadienne de la chaîne. Le service doit
en principe voir le jour à l’automne.
PHOTODANNYMOLOSHOK,
REUTERS
Quelques
républicains ont reproché à Bill
Clinton d’avoir joué le jeu de Pyongyang en
orchestrant la libération des deux
prisonnières. D’autres ont fait fi de la ligne
de parti pour féliciter l’ancien
président. Celui-ci, accompagné de Al
Gore, a accueilli hier les journalistes Laura Ling et
Euna Lee.
Vers une percée diplomatique ? -
Richard Hétu
—
Dès la confirmation du succès de la
mission de Bill Clinton en Corée du Nord, une
question a surgi dans les médias
américains et internationaux : le voyage de
l’ancien président laisse-t-il entrevoir une
percée diplomatique dans le dossier
nucléaire qui divise depuis plusieurs
années Pyongyang et Washington?
Au lendemain de la libération des deux
journalistes détenues en Corée du Nord,
les experts et les responsables américains
répondaient à cette question de
manière circonspecte, estimant qu’il
était encore beaucoup trop tôt pour juger
de l’impact du geste « humanitaire » du
leader nord-coréen, Kim Jong-Il.
« Cela dépendra du rapport que
présentera Bill Clinton à l
’administration Obama » , a
déclaré Scott Snyder, spécialiste
des relations américanocoréennes, dans
un entretien téléphonique. « Nous
ne savons pas encore ce qui s’est dit entre l’ancien
président et les dirigeants
nord-coréens. Mais c’était une occasion
pour ces derniers de changer la direction de leurs
relations avec Washington. »
C’était aussi une chance unique pour Kim
Jong-Il de se faire une publicité positive dans
son pays et à l’étranger.
Plusieurs commentateu rs conservateurs ont d’ailleurs,
comme l ’a ncien ambassadeur américain à
l’ONU John Bolton, reproché à Bill
Clinton et à l’administration Obama d’avoir
fait le jeu d’un dictateur dangereux.
Mais au moins un ancien membre de l’administration
Bush s’est dissocié de ce point de vue.
« Je ne pense pas qu’il était dans
l’intérêt de quiconque de voir ces deux
journalistes contraintes à des travaux
forcés » , a décla ré
Victor Cha, conseiller de la Maison-Blanche pour les
affaires asiatiques sous George W. Bush. « Aussi
la démarche de Bill Clinton a-t-elle servi une
très bonne cause, même si elle a valu au
gouvernement nord-coréen plus d’attention.
»
Barack
Obama, de son côté, a
répété hier ce que son entourage
avait affirmé la veille : le voyage de Bill
Clinton était une initiative strictement
privée. Il a ajouté qu’il ne fallait pas
y voir le signe d’un adoucissement de la pression
diplomatique sur le régime communiste,
sommé par la communauté internationale
d’arrêter son programme nucléaire.
L’aide de la Maison-Blanche
Ma i s la Ma i son-Blanche a tout de même
joué un rôle important dans la mission de
l’ancien président. Par l’entremise de
l’ambassade de Suède à Pyongyang, elle
s’est notamment assurée que la Corée du
Nord était bel et bien prête à
gracier et à relâcher les journal istes
américaines si Bi l l Clinton se rendait sur
place pour demander leur libération.
Les dirigeants nord-coréens avaient
déjà communiqué une telle
volonté aux deux journalistes
américaines, qui avaient retransmis
l’information à leurs familles ainsi
qu’à l’ancien vice-président Al Gore,
cofondateur de la chaîne Current TV pour
laquelle elles travaillent.
Pendant ses tractations avec Pyongyang, la
Maison-Blanche a fait savoir aux Nord-Coréens
que la visite de Bill Clinton ne pouvait en aucun cas
être liée au dossier nucléaire.
Mais l’ancien président s’est entretenu pendant
une heure et quart avec Kim Jong-Il, et il a ensuite
dîné avec lui pendant deux heures.
Il a sûrement pu se faire une bonne idée
de l’état de santé du leader
nordcoréen – qui aurait été
victime d’une attaque cérébrale il y a
un an – et peut-être aussi de son attitude
vis-à-vis du dossier nucléaire.
« Il y a peut-être maintenant une chance
d’une reprise des négociations à six
pays et d’un progrès véritable »,
a commenté William Cohen, ex-secrétaire
à la Défense sous Bill Clinton, dans une
entrevue à CNN.
Le syndrome du sauveur
ANALYSE
La tentation de jouer les Superman peut aussi faire
boomerang. Les circonstances de la libération
des infirmières bulgares ont donné lieu
à toutes sortes de spéculations.
La scène se passait il y a deux ans, presque
jour pour jour, et demeure à ce jour l’unique
heure de gloire politique de Cecilia Sarkozy, ex-femme
de l’actuel président de la France.
Après un marathon de négoc iations avec
les autor i tés libyennes, celle-ci est
accueillie en héroïne à sa descente
d’avion, à Sofia, où elle arrive
accompagnée de cinq infirmières bulgares
et d’un soignant palestinien, tout juste
arrachés aux geôles de Tripoli.
Quelques mois plus ta rd, c’est Nicolas Sarkozy
lui-même qui dépêche un avion
médical vers la Colombie pour tenter de sauver
la plus célèbre des otages des FARC,
Ingrid Betancourt. L’opération se terminera en
queue de poisson.
Cette semaine, l’ex-président américain
Bill Clinton a eu plus de chance en réussissant
à ramener deux journalistes américaines
accusées d’espionnage par la Corée du
Nord.
Y a-t-il un lien entre ces trois opérations ?
Ou s’agit-il d’un nouveau rôle pour les
politiciens et leurs proches: voler personnellement au
secours de prisonniers détenus injustement
à l’autre bout du monde ?
Selon le politologue canadien Andrew Cooper, ces trois
opérations de sauvetage, malgré leurs
résultats inégaux, appartiennent au
même courant : le rôle de plus en plus
important joué par les
célébrités dans la diplomatie
internationale.
Ça
peut être Mia Farrow qui s’engage pour le
Darfour. Mais ça peut aussi être un
ex-président ultra-médiatique qui va
tirer des journalistes d’une prison de Pyongyang.
Andrew Cooper a écrit un livre sur le
rôle diplomatique des
célébrités. Selon lui, si la
diplomatie s’exerçait autrefois uniquement dans
les coulisses, aujourd’hui, elle repose souvent sur la
combinaison de deux éléments. D’un
côté, les tractations obscures
habituelles. De l’autre, l’entrée en
scène d’une mégastar qui cueille les
fruits de ce processus.
Quand ce mariage fonctionne, tout le monde y gagne. En
posant aux côtés de Bill Clinton, le
leader nord-coréen Kim Jongil gagne de la
crédibilité, note Gil Troy, historien
à l’Université McGill. Bill Clinton
s’affirme dans un nouveau rôle en se refaisant
une virginité politique. Et enfin, le
succès de l’opération rejaillit
forcément sur le président Barack Obama.
Bref, tout le monde est content, sans oublier les deux
journalistes et leur famille… Mais la tentation de
jouer les Superman peut aussi faire boomerang. Les
circonstances de la libération des
infirmières bulgares ont donné lieu
à toutes sortes de spéculations, y
compris l ’ hypothèse d’une promesse de vente
d’armes à la Libye. Encore aujourd’hui, il
reste bien du flou dans cette histoire.
Il y a deux semaines, le nouveau premier ministre
bulgare a accusé son prédécesseur
de s’être fait racketter en versant plus de 70
millions de dollars pour faire libérer ces
femmes, alors que, of ficiellement, la Bulgarie
s’était contentée d’effacer la dette
libyenne. Avant de jouer les Indiana Jones, les
étoiles de la politique internationale ont donc
intérêt à s’assurer que l’aventure
dans laquelle elles se lancent est bien
ficelée.
Mardi, dans une pleine page du New York Times, des
dizaines de grands noms de la littérature et du
journalisme ont signé une pétition
réclamant la libération du Canadien
Maziar Bahari. Correspondant du magazine Newsweek,
cinéaste et écrivain, ce dernier a la
double nationalité canadienne et iranienne. Il
est détenu depuis six semaines à
Téhéran.
Une autre journaliste canadienne, Amanda Lindhout,
kidnappée il y a un an en Somalie, a
supplié cette semaine Ottawa de verser la
rançon réclamée par ses
ravisseurs.
Leurs situations sont évidemment
différentes. Et selon la section canadienne de
Reporters sans frontières, Ottawa fait tout son
possible pour leur venir en aide. N’empêche: on
se prend à rêver à un Bill Clinton
made in Canada.
L’effet Bill Clinton - Richard
Hétu
L’ancien
président obtient la libération de deux
journalistes américaines en Corée du Nord
Bill Clinton était-il en mission commandée
par la Maison-Blanche ? Ce voyage et son
dénouement laissent-ils présager un
rapprochement entre Washington et Pyongyang sur la
question nucléaire ?
COLLABORATION SPÉCIALE
PHOTO REUTERS/ KCNA
L’agence
officielle nord-coréenne KCNA a diffusé
hier cette photo de l’ancien président
américain Bill Clinton et du leader Kim
Jong-Il.
— Sa visite en Corée du Nord a pris tout le monde
par surprise, tout comme le dénouement de sa
mission: moins de 24 heures après son
arrivée à Pyongyang pour y négocier
la libération de deux journalistes
américaines, Bill Clinton a obtenu satisfaction
et décroché un succès
immédiat à son retour sur le devant de la
scène.
Lors d’un entretien avec le leader de la Corée du
Nord, Kim Jong-Il, l’ancien président a obtenu la
grâce et la libération de Laura Lin et Euna
Lee, pour le comportement desquelles il aurait
présenté des excuses, selon l’agence
officielle nord-coréenne KCNA. Il est
rentré aux ÉtatsUnis avec elles.
« La mesure prise pour libérer les
journalistes américaines est une manifestation de
la politique humanitaire et éprise de paix de la
République populaire démocratique de
Corée », a annoncé l’agence.
Bill Clinton était-il en mission commandée
par la MaisonBlanche ? Ce voyage et son
dénouement laissent-ils présager un
rapprochement entre Washington et Pyongyang sur la
question nucléaire ? Et quel rôle la
secrétaire d’État Hillary Clinton a-t-elle
joué dans cette affaire ?
Les questions étaient plus nombreuses que les
réponses à la fin de la journée
d’hier. La MaisonBlanche a nié avoir
orchestré la mission de Bill Clinton. Le site
Politico a néanmoins affirmé que Barack
Obama avait donné il y a plusieurs semaines son
accord à la visite de l’ancien président.
« Il s’agit d’une mission à
caractère uniquement pr ivé pour obtenir
la libération des deux Américaines et nous
ne faisons pas de commentaires. Nous ne voulons pas
mettre en péril le succès de l’ancien
président », a déclaré Robert
Gibbs, porte-parole de la présidence
américaine.
La
Maison-Blanche a également démenti une
information diffusée par l’agence KCNA selon
laquelle Bill Clinton aurait transmis à Kim
Jong-Il un message verbal de Barack Obama.
De son côté, Pyongyang a donné
à entendre que l’ancien président
américain et le leader nord-coréen
n’avaient pas seuBill Clinton avait été
accueilli à sa descente d’avion par le
viceministre des Affaires étrangères, Kim
Kye-gwan, qui est le négociateur principal de la
Corée du Nord dans le dossier du
désarmement nucléaire de Pyongyang. lement
abordé la question des journalistes
américaines lors de leurs discussions. « Il
y a eu un large tour d’horizon sur les questions
d’intérêt commun », a
précisé l’agence KCNA.
Les observateurs aguerris n’ont pas manqué de
relever que
Les relations entre les ÉtatsUnis et la
Corée du Nord se sont
détériorées après l’essai
nucléaire réalisé par Pyongyang le
25 mai et le tir de deux nouveaux missiles à
courte portée le 4 juillet. Il y a deux semaines,
Hillary Clinton a déclaré que la
Corée du Nord n’avait « plus d’amis »
pour la mettre à l’abri de sanctions
internationales. En réponse, Pyongyang a
décrit la secrétaire d’État comme
une écolière « inintel l igente
» et annoncé la fin de toute discussion sur
son désarmement.
Tout comme la MaisonBlanche, l ’ e n t o u r a ge d’Hi l
lary Clinton s’est montré prudent sur la mission
du mari de la chef de la diplomatie américaine.
« Ce qui nous intéresse est l’issue
heureuse de ce dossier et la confirmation du retour des
deux journalistes saines et sauves », a
déclaré sous le couvert de l’anonymat un
membre de la délégation de la
secrétaire d’État lors d’une escale
à Rota, dans le sud de l’Espagne, dans le cadre
de sa tournée en Afrique.
Journalistes à Current TV, une chaîne
fondée notamment par Al Gore, Laura Ling, 32 ans,
et Euna Lee, 36 ans, avaient été
arrêtées le 17 mars alors qu’elles venaient
d’entrer illégalement en territoire
nord-coréen par la Chine. Elles avaient
été condamnées en juin à 12
ans de travaux forcés pour avoir franchi la
frontière sans autorisation, pour «
dénigrement » du régime et pour un
« crime grave » dont les juges n’avaient pas
précisé la nature.
Un ancien président modèle
COLLABORATION SPÉCIALE
— En choisissant de confier à Hillary Clinton le
poste de secrétaire d’État, Barack Obama
faisait un pari audacieux: il parviendrait à
s’assurer non seulement la loyauté de son
ancienne rivale, mais également celle de son
mari, qui avait encore le pouvoir de lui nuire.
Jusqu’à présent, le 44e président
n’a pas à se plaindre du 42e, qui continue
à se comporter en ancien président
modèle et à poursuivre son travail
humanitaire. Avant sa visite surprise en Corée du
Nord, il avait accepté le poste d’envoyé
spécial de l’ONU en Haïti, où il
tentera de trouver des remèdes pour redresser le
pays le plus pauvre du continent américain.
Mais sa
mission à Pyongyang le replace sur le devant de
la scène et ouvre la porte à d’autres
initiatives du genre.
Selon le site internet Politico, la visite de l ’ ancien
président en Corée du Nord a
été orchestrée par les familles des
deux journal istes détenues. Elles ont joint Bill
Clinton après avoir appris des autorités
nord-coréennes qu’elles étaient
prêtes à libérer les femmes si
l’ancien président al lait les chercher à
Pyongyang.
Toujours selon le site Politico, la Maison-Blanche
aurait donné le feu vert à la mission de
Bill Clinton il y a plusieurs semaines.
La visite de l’ancien président était la
première d’une telle figure depuis celle de
Madeleine Albright en 2000.
John Bolton critique Obama et Clinton
« Cela s’apparente dangereusement à une
négociation avec des terroristes. »
WASHINGTON— L’administration Obama a
récompensé la Corée du Nord pour
sa mauvaise conduite en envoyant l’ancien
président Bill Clinton négocier la
libération de deux journalistes
américaines, a estimé l’ancien
ambassadeur américain à l’ONU John
Bolton.
M. Bolton, qui, sous l’administration Bush,
était partisan de la ligne dure
vis-à-vis de Pyongyang, a déclaré
à l’AFP que la mission de M. Clinton
contredisait un certain nombre de prises de position
publiques de sa propre femme, la secrétaire
d’État Hillary Clinton.
« Cela s’apparente dangereusement à une
négociation avec des terroristes », a dit
M. Bolton au sujet de cette visite surprise
destinée à obtenir la libération
des journalistes Laura Ling et Euna Lee.
« Je pense que c’est un très mauvais
signal parce que c’est exactement ce que nous essayons
d’éviter avec les terroristes ou les
États voyous en général, et cela
encourage leur mauvaise conduite », a
ajouté M. Bolton, avant l’annonce de la
libération des journalistes.
Il a
toutefois persisté et signé même
après avoir appris que la Unis, a-t-il par la
suite déclaré sur les ondes de Fox News.
Selon moi, c’est un cas classique où l’on
récompense la mauvaise Corée du Nord
avait décidé de gracier les deux femmes
condamnées à 12 ans de travaux
forcés. « Mon inquiétude, c’est
que le résultat soit bien meilleur pour la
Corée du Nord que pour les
Étatsconduite, soit la capture de deux
Américaines innocentes. »
L’ancien ambassadeur à l’ONU a également
rejeté l’affirmation de la Maison-Blanche selon
laquelle il s’agissait d’une « mission d’ordre
seulement privé ». « Il s’agit d’un
ancien président marié à la
secrétaire d’État. Cela n’a rien de
privé », a-t-il souligné.
La visite contredit également, selon M. Bolton,
la volonté affichée de Mme Clinton de
séparer le cas des deux journalistes des
efforts pour ramener Pyongyang à la table des
discussions à six (deux Corées,
ÉtatsUnis, Chine, Japon, Russie) sur le
désarmement de son programme nucléaire.
« Hillary a dit qu’elle voulait dissocier les
deux, mais ( Bill) Clinton a été
accueilli à l’aéroport par le
vice-ministre des Affaires étrangères
Kim Kye-gwan qui est le principal négociateur
nord-coréen et l’a été pendant 15
ans ou plus », a dit M. Bolton.
Obama annonce un forum sur l’emploi en
décembre
WASHINGTON — Le président américain
Barack Obama a annoncé hier que son
administration allait organiser en décembre un
forum sur la création d’emplois, pour discuter
avec des entrepreneurs de la façon de relancer
l’embauche aux États-Unis.
«
Il nous faut absolument examiner toutes les mesures
supplémentaires et responsables que nous
pouvons prendre pour encourager et
accélérer la création d’emplois
dans ce pays », a déclaré M. Obama
lors d’une allocution à la Maison-Blanche.
« C’est pourquoi en décembr e , nous t i
e nd r o n s u n forum à la Maison-Blanche sur
l’emploi et la croissance. Nous réunirons des
PDG et des propriétaires de petites
entreprises, des économistes et des experts f i
nanciers, ainsi que des représentants syndicaux
et des associations à but non lucratif pour
parler de la façon dont nous pouvons
créer des emplois et refaire partir notre
économie », a-t-il poursuivi.
Primes des banquiers : Les
États-Unis passent à la vitesse
supérieure
WASHINGTON —
La banque centrale ( Fed) a annoncé hier
qu’elle s’attaquait à la question des primes
dans la banque, conformément aux
recommandations approuvées à la fin de
septembre à Pittsburgh par les membres de ce
groupe réunissant les principaux pays
avancés et émergents.
Alors même que tarde la concrétisation
de leur promesse faite au G20 de Londres (en avril)
de prêter 100 milliards US au Fonds
monétaire i nternational ( FMI), cette
annonce de la Fed surprend par sa rapidité,
dans la mesure où la question des primes
avait été imposée à
l’ordre du jour de Pittsburgh par les
Européens, et que les États-Unis ont
pu y sembler peu réceptifs dans un premier
temps.
Après la Grande-Bretagne et la France, qui
ont commencé à transposer à
leur échelle les recommandations du G20, sur
les primes, les États-Unis apparaissent donc
le trio de tête des pays avançant sur
la question.
Et la Fed semble déterminée. Notant
que « les pratiques du secteur financier en
matière de primes ont été l’un
des nombreux facteurs ayant contribué
à la crise », elle enjoint les banques
à revoir dès maintenant leur politique
en la matière, sous peine de sanctions, avant
même la publication d’une nouvelle directive
sur le sujet qu’elle souhaite voir adoptée
rapidement.
Dans le prolongement de cette action, le
président de la Fed, Ben Bernanke, a
laissé entendre vendredi que les engagements
pris au G20 « d’élever les normes en
matière de capitaux », et de «
créer des instruments plus puissants pour
assurer que les grandes sociétés
multinationales financières assument la
responsabilité des risques qu’elles prennent
» n’étaient pas pour lui de vains mots.
L’heure
est venue d’agir « pour faire baisser la
probabilité de toute future crise et d’en
atténuer la gravité », a-t-il
dit.
Jugeant que les plus grosses sociétés
financières devaient payer pour les risques
qu’elles font courir à la
collectivité, il a
répété que la Fed travaillait
« avec les autres régulateurs
américains et internationaux » à
établir des normes de capital et de
liquidités plus strictes pour ces
entreprises-là.
M. B e r n a n ke a même lâché au
détour d’une phrase qu’« une des
solutions envisagées » n’était
pas moins que d’« imposer une surtaxe sur leur
capital », notion difficilement envisageable
aux ÉtatsUnis avant la crise.
Le vice-président de la Fed, Donald Kohn, a
affirmé pour sa part que « le processus
de résolution des problèmes »
mis en évidence par la crise ne faisait
« que commencer ».
Et alors que le président de la banque
britannique Barclays, Marcus Agius, s’est
inquiété en début de semaine
que les nouvelles règles sur les primes ou
les obligations de capital dans les banques ne
nuisent aux banques britanniques, du fait d’une
application inégale selon les pays (ils
visaient clairement les ÉtatsUnis), M. Kohn a
insisté sur l’importance de la
coopération internationale pour «
éviter que les règles du jeu ne soient
pas les mêmes pour tous ».
Il y a loin bien sûr de la parole aux gestes,
mais au moins les intentions des ÉtatsUnis
sont affichées clairement, alors mêmes
que certains de leurs partenaires doutaient encore
fortement de leur détermination il y a peu.
Wall Street peste contre Washington
Les
initiatives de l’administration Obama pour contenir
les salaires de certains patrons ont
été critiquées à Wall
Street. Des prêteurs tels que Bank of America
soutiennent que ces mesures sont susceptibles de
nuire à ces mêmes
sociétés que Washington cherche
à sauver.
Bank of America, Citigroup
et American International Group (AIG) font partie
de ces sociétés dont la
rétribution totale des patrons a
été taillée de 50% en
moyenne.
« Les gens veulent travailler ici, mais ils
souhaitent être payés
équitablement », lance Scott Silvestri,
porte-parole de Bank of America, une banque qui a
reçu 45 milliards US des fonds de
renflouement. « Nos concurrents
dépistent nos employés qui offrent la
meilleure performance, dit-il, et ils jouent sur la
question des salaires pour les recruter et leur
offrir un salaire équitable. »
Kenneth Feinberg, grand manitou de la
rémunération au département
américain du Trésor, a annoncé
jeudi qu’il avait sabré la rétribution
totale de 50 % en moyenne des patrons de
sociétés qu’il a passées
à la loupe, y compris Bank of America,
Citigroup et American International Group (AIG). En
parallèle, la Réserve
fédérale américaine (Fed) a
fait connaître des directives destinées
à lier davantage la
rémunération dans les banques à
la gestion du risque.
Ensemble, ces mesures visent à s’attaquer
à ce que l’administration Obama qualifie de
prises de risques débridées
alimentées par une rémunération
trop généreuse. La déconfiture
du marché de crédit qui a suivi ces
pratiques ces dernières années a
donné lieu à une crise
financière qui a entraîné des
pertes et des dépréciations de plus de
1600 milliards US à l’échelle mondiale
et la disparition de 7,2 millions d’emplois aux
États-Unis.
Les entreprises renflouées n’ont
qu’elles-mêmes à blâmer pour les
mesures énergiques a n noncées j eudi
, estime Stuart Grant, investisseur et directeur
général de Grant& Eisenhofer PA,
à Wilmington, au Delaware.
«
Dans ces sociétés, les conseils
d’administration auraient dû établir
une rémunération d’une manière
adaptée aux circonstances en ce qui concerne
l’ampleur, les incitatifs et le risque, ajoute-t-il.
C’est horrible, mais c’était
inévitable et c’est leur propre faute.
»
Un pactole
L’ i ndust r i e f i na nc i è r e demeure un
pactole pour les grands patrons. Même
après les coupes exigées par M.
Feinberg, 66 des patrons des sept entreprises qu’il
a scrutées à la loupe jouissent d’une
rémunération à long terme d’au
moins 1 million US. Par exemple, Bank of America,
dont le siège se trouve à Charlotte,
en Caroline du Nord, versera à ses grands
patrons une moyenne de 6,04 millions US cette
année.
M. Feinberg, 63 ans, a analysé la
rétribution de 136 employés qui ont
obtenu 340 millions US au total, soit une moyenne de
2,5 millions US chacun. Il a été
autorisé à se pencher sur le dossier
de 175 personnes, soit les 25 employés les
mieux payés de chaque entreprise.
L’écart s’explique du fait que certains
patrons, y compris 13 à Bank of America et 12
chez AIG, ont quitté leur emploi avant que M.
Feinberg n’eut fini son travail. Chez AIG, cet
assureur de New York qui a accepté un
renflouement fédéral de 182 milliards
US, le PDG Robert Benmosche a cherché
à assurer les employés qu’ils ne
seront pas contraints par l’administration Obama de
rembourser la paie qu’ils ont déjà
touchée.
« La grande majorité des
employés d’AIG ne tombe pas sous
l’autorité deM. Feinberg », a
indiqué M. Benmosche dans une note aux
employés cette semaine. M. Feinberg a
déjà approuvé la
rémunération de M. Benmosche, qui
atteint 10,5 millions US. AIG a versé 165
millions US en primes aux employés de sa
division de produits dérivés.
Geithner conseillé par des banquiers
millionnaires
Certains
des conseillers les plus proches de Timothy Geithner,
secrétaire américain au Trésor,
dont aucun n’a eu à être confirmé
dans ses fonctions par le Sénat, ont gagné
des millions de dollars par année à
travailler pour Goldman Sachs Group, Citigroup et
d’autres firmes de Wall Street, selon des documents de
divulgation financière.
PHOTO SUSAN WALSH,
ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Les
conseillers
de Timothy Geithner (notre photo), secrétaire
américain au Trésor, n’ont pas eu
à se soumettre à l’examen du public,
comme doivent le faire les responsables
confirmés par le Sénat.
Parmi ces conseillers se trouve Gene Sperling, qui l’an
dernier a touché 887 727 $ US de Goldman Sachs et
158 000 $ US pour des discours prononcés
principalement devant des sociétés
financières, y compris la firme dirigée
par R. Allen Stanford, qui est accusé
d’être le cerveau d’une combine à la Ponzi.
Un autre conseiller de premier plan, Lee Sachs, a
divulgué plus de 3 millions US en salaire et en
revenus de partenariat obtenus de Mariner Investment
Group, un fonds spéculatif de New York.
À titre de membres du cabinet officieux de M.
Geithner, MM. Sperling et Sachs exercent leur influence
en coulisse au département du Trésor,
où ils contribuent à surveiller le
programme de sauvetage de 700 milliards US
destiné aux banques en plus d’établir les
règles touchant la rémunération des
patrons et de travailler à la refonte des
réglementations financières. Pourtant, ces
conseillers n’ont pas eu à se soumettre à
l’examen du public, comme doivent le faire les
responsables confirmés par le Sénat. Ils
ne sont pas non plus tenus de témoigner devant le
Congrès pour défendre ou expliquer les
politiques du Trésor américain.
« Ces gens sont i ncroyablement brillants,
talentueux et ils apportent du savoir », soutient
Bill Brown, professeur invité à la
faculté de droit de l’Université Duke et
ancien directeur de Morgan Stanley. « Le risque
tient au fait qu’ils vont exacerber encore plus le
problème voulant que nos responsables de la
réglementation soient identifiés à
Wall Street », ajoute-t-il.
Obama
critique
S’il n’est pas inhabituel que des responsables du
Trésor soient issus de l’industrie
financière, il reste que le président
Barack Obama a été très critique
à l’égard de Wall Street, blâmant sa
culture portée sur le risque et les
rémunérations généreuses qui
ont contribué selon lui à la
déconfiture des marchés financiers.
S’adressant à des patrons de l’industrie
financière le mois dernier, le président
Obama a dit : « Nous ne reviendrons pas à
l’époque du comportement irresponsable et aux
excès non réprimés qui ont
été au coeur de cette crise où de
trop nombreux acteurs ont été
motivés uniquement par l’appétit de gains
rapides et de primes gonflées. »
MM. Sperling et Sachs touchent tous deux un salaire de
162 900$US au Trésor.
Spitzer dénonce le « jeu de chaises
musicales » d’Obama - Vincent
Brousseau-Pouliot
L’ancien
shérif de Wall Street, Eliot Spitzer, est
déçu de la réforme de la
réglementation des banques entreprise par
l’administration Obama, qu’il qualifie de « jeu de
chaises musicales ».
PHOTO JONATHAN ERNST,
ARCHIVES REUTERS
Eliot
Spitzer
doute que la Réserve fédérale
soit l’institution la mieux placée pour
gérer les risques sur les marchés.
« Je ne crois pas que la réforme de
l’administration Obama va assez loin. Elle ne fait que
rebâtir le statu quo, que déplacer les
boîtes dans la maison. C’est davantage un jeu de
chaises musicales réglementaires qu’une
réforme sur le rôle que doivent jouer les
banques », a dit l’ancien procureur
général et gouverneur de l’État de
New York au cours d’une entrevue exclusive à
Presse Affaires.
En j uin dernier, Barack Obama a présenté
sa réforme de la réglementation du
système financier américain. Le
président propose de donner davantage de pouvoirs
à la Réserve fédérale et de
créer une agence fédérale de
protection financière des consommateurs.
Plusieurs projets de loi sont présentement
à l’étude au Congrès.
Eliot Spitzer doute que la Réserve
fédérale soit l’institution la mieux
placée pour gérer les risques sur les
marchés. Selon l’ancien procureur
général de New York, la Fed avait
déjà cette responsabilité avant la
crise financière, mais Alan Greenspan et son
successeur, l’actuel gouverneur Ben Bernanke, ont failli
à leur tâche. « En t héorie, i
l s comprenaient que c’était leur rôle,
mais ils n’avaient pas la même vision au pla n i
déologique. I l s n’ont pas assumé leur
rôle », dit-il.
L’ancien
gouverneur démocrate a aussi des réserves
sur d’autres membres de sa famille politique, dont le
secrétaire au Trésor, Timothy Geithner.
« Quand il était président de la
Réserve fédérale de New York,
Geithner n’a pas porté attention aux
problèmes de risques sur les marchés, dit
Eliot Spitzer. Il a fait exactement ce que les banques
new-yorkaises voulaient qu’il fasse. Évidemment,
c’est facile de critiquer a posteriori – je le sais pour
avoir fait de la politique assez longtemps –, mais
Geithner et les autres doivent être plus
dynamiques dans leurs actions à l’égard
des banques. »
La dette, toxique pour l’économie
Simple citoyen depuis sa démission comme
gouverneur de New York en mars 2008, à la suite
de son implication à titre de client dans un
réseau de prostitution, Eliot Spitzer
s’intéresse beaucoup au sort des institutions
financières, car il considère
l’endettement c omme une pollution de l’économie.
« La dette est à l’économie ce que
les émissions de gaz à effet de serre sont
à l’environnement, dit-il. C’est facile de dire
que prendre sa voiture pour conduire deux milles ne fait
pas de différence. Si tout le monde ne prenait
pas sa voiture, ça ferait une énorme
différence. C’est la même chose pour les
risques sur les marchés, qui peuvent être
foudroyants au plan structurel pour l’économie.
»
Eliot Spitzer fait-il confiance à Wall Street
pour ne pas répéter les mêmes
erreurs qui ont mené à la crise
financière ? « Wall Street peut et va se
discipliner durant de courtes périodes, dit
l’ancien procureur général de New York. La
question, c’est plutôt : combien de temps faut-il
aux gens pour oublier ? Nous vivons ces spasmes dans les
marchés et nous oublions aussi vite que possible.
Nous rationalisons ensuite la crise suivante en disant
que nous serons meilleurs la prochaine fois, mais c’est
le même film qui repasse. »
Les 5 recommandations du shérif de Wall
Street - Vincent Brousseau-Pouliot
Pendant longtemps, Eliot Spitzer était l’ennemi
numéro un de Wall Street. Procureur
général de l’État de New York, il
s’est particulièrement intéressé
aux pratiques de la haute finance. Une croisade qui
lui a valu le surnom de shérif de Wall Street.
Un an après la crise, Eliot Spitzer nous fait
part de ses cinq recommandations pour les banques
américaines.
1 > Scinder les grandes banques
Trop gros pour tomber. C’était l’adage de Wall
Street jusqu’au 15 septembre 2008, jour de la faillite
de Lehman Brothers. Comme la règle ne tient
plus, il ne faut pas se priver pour scinder certaines
grandes banques, dont Citibank, selon Eliot Spitzer.
« Il y a plusieurs façons de faire,
dit-il. On peut faire augmenter les réserves de
capitaux dans les grandes institutions
financières, de sorte qu’elles deviendront
moins rentables et qu’elles finiront par se scinder.
On peut aussi les taxer différemment, ou
réglementer leurs secteurs d’activités
ou leur expansion géographique. »
2 > Augmenter les réserves de capitaux
Ce fut le talon d’Achille des banques mal
capitalisées, qui furent incapables de faire
face à la crise financière sans aide
gouvernementale. La solution est simple : augmenter
les réserves de capitaux dans les institutions
financières, ce qui réduira l’effet de
levier. « Nos institutions financières
ont trop utilisé l’effet de levier, dit Eliot
Spitzer. Ça ne doit plus se reproduire. Quand
l’économie et les marchés allaient bien,
l’effet de levier était une chose merveilleuse.
Personne ne perdait d’argent avec ça. Mais dans
un marché en baisse, l’utilisation de l’effet
de levier a créé un désastre.
»
3 >
S’attaquer à la rémunération des
dirigeants
Pour Eliot Spitzer, le problème n’est pas t a
nt que les banquiers new-yorkais gagnent trop
d’argent. C’est que leur contrat les encourage
à prendre trop de risques. « Il y a une
asymétrie dans la rémunération
des dirigeants entre la récompense de bons
résultats et la punition de résultats
décevants, dit-il. Cette asymétrie
génère une tolérance au risque
qui n’est pas saine pour l’économie. »
S’il est sceptique en raison de l’ampleur de la
tâche, Eliot Spitzer suggère de forcer
les dirigeants des banques à encaisser leurs
options sur plusieurs années et de calculer le
prix des options en tenant compte de la performance de
l’entreprise sur plusieurs années.
4 > Avoir une vraie police du risque
Le plan Obama prévoit deux polices du risque :
la Réserve fédérale et la
nouvelle agence fédérale de protection
financière des consommateurs. S’il est
méfiant à l’égard de la Fed,
Eliot Spitzer est d’accord sur le principe. «
Vous devez avoir une entité
réglementaire qui gère le niveau de
risque sur les marchés, dit-il. Il devrait y
avoir quelqu’un qui dit : "Attendez un instant, je
comprends que chaque transaction a du sens pour les
parties en jeu, mais l’ensemble des transactions fait
en sorte qu’il y a trop de risques sur les
marchés. »
5 > Recentrer la mission des banques
S’il n’en tenait qu’à Eliot Spitzer, c’en
serait fini des produits dérivés
complexes et les fonds de couverture (hedge f unds)
pour les banques. « Elles sont là pour
veiller sur les épargnes des gens et investir
dans les secteurs où il manque de capitaux, pas
pour investir dans des fonds de couverture qui ne
donnent pas accès au capital aux gens qui en
ont besoin, dit-il. Malgré tout l’argent qu’il
y a dans le milieu financier, c’est encore difficile
d’avoir un prêt. »
Déficit Washington revoie les
chiffres à la baisse
WASHINGTON
— La MaisonBlanche va réévaluer à la
baisse son estimation de déficit budgétaire
pour 2009 à 1580 milliards de dollars, soit quelque
262 milliards de moins que la précédente
estimation, a indiqué un responsable de
l’administration du président américain
Barack Obama.
Le bureau du budget de la Maison-Blanche fera cette
annonce la semaine prochaine, a indiqué le
responsable sous le couvert de l’anonymat.
En mai, l’administration américaine avait revu sa
prévision de déficit pour l’exercice en
cours en hausse, à 1841 milliards de dollars, soit
plus de 13% du produit intérieur brut ( PIB)
américain.
Justifiant
ce déficit record par les circonstances
exceptionnelles nées de la crise et de la
situation héritée du gouvernement
précédent, le président Obama s’est
engagé à ramener le déficit aux
alentours de 3% du PIB en 2013, année qui
marquera la fin de son mandat.
Cette baisse de l’estimation du déficit
budgétaire a été attribuée
à des dépenses moins importantes
qu’initialement prévu pour aider les banques en
difficulté et l’industrie financière.
Le déficit budgétaire pour 2009
correspondra ainsi à environ 11,2% du PIB
américain et le budget de l’administration
américaine devrait être désormais
d’environ 3650 milliards de dollars, contre 3998
milliards annoncés précédemment.
ÉTATS-UNIS Les plus riches
pourraient subir des hausses d’impôts
WASHINGTON
— Les Américains les plus riches vont
peut-être devoir payer plus d’impôts.
Après avoir bénéficié de
réduct i ons f i s c a l e s s ous George W. Bush,
ils pourraient bientôt être mis davantage
à contribution afin de financer des baisses
d’impôts pour les classes moyennes et populaires,
ainsi que la réforme du système de
santé.
Barack
Obama
présente souvent les riches comme les grands
gagnants de l’ère Bush, soulignant que leurs
impôts ont baissé alors que leurs revenus
se sont envolés durant la présidence de
son prédécesseur républicain.
Le président Barack Obama veut augmenter
l’impôt des plus riches pour financer des baisses
d’impôts pour tous les autres. Il souhaite
également plafonner les déductions fiscales
des familles à hauts revenus pour les emprunts
immobiliers et les dons aux associations caritatives, afin
de fournir une couverture médicale à
davantage d’Américains.
Les démocrates de la Chambre des
représentants veulent une hausse encore plus forte
de l’impôt sur le revenu pour les riches afin de
financer la réforme de l’assurance santé.
Avec ces divers projets, une famille de quatre enfants
avec des revenus de 5 millions US pa r a n ve r r a i t s
o n i mpôt sur le revenu augmenter de 4 4 0 0 0 0 $
US. Pour l a même famille, mais avec un revenu a n
nuel de 8 0 0 0 0 0 $ US, la hausse serait de 30 000 $ US,
selon une analyse de la société de services
financiers Deloitte Tax.
Imposer les riches pour financer l’assurance santé
représenterait un changement important dans la
manière dont les ÉtatsUnis ont
financé jusqu’ici leurs progra mmes de protec t i
on sociale. Le régime des retraites (Social
Security) et le programme d’assurance santé pour
les personnes âgées (Medicare) sont
financés par des cotisations sur les salaires.
Même si les riches paient davantage par ce biais,
l’effort est partagé avec les classes moyennes et
avec les travailleurs pauvres.
En revanche, l e projet de réforme de l’assurance
santé exa miné à l a Chambre des
représentants conduirait à augmenter de 544
milliards US sur 10 ans les impôts payés par
seulement 1,2 % des ménages : ceux qui
déclarent un revenu supérieur à 350
000 $ US par an.
Millionnaires
Le texte imposerait une « surtaxe » de 5,4 %
sur l’impôt sur le revenu des couples gagnant plus
d’un million de dollars par an à partir de 2011.
Ceux gagnant plus de 350 000 $ US s’acquitteraient d’une
surtaxe de 1 %, et ceux gagnant plus de 500 000 $ US,
d’une surtaxe de 1,5 %.
Pour l es « s uper r i c hes » , c omme u n
c é l i bat a i r e qui déclare 5 millions
de dollars par an, l’augmentation serait de 450 000 $ US
par an, selon l’analyse de Deloitte. Mais pour la
plupart des riches contribuables concernés, la
« surtaxe » serait beaucoup plus fa ible,
assurent les démocrates.
La t ranche d’imposition la plus élevée
est aujourd’hui de 35 %, et s’applique sur les revenus
supérieurs à 372 950 $ US. Barack Obama
veut la porter à 39,6 % en 2011 en laissant
expirer une partie des baisses d’impôts
décidées sous la présidence Bush.
La « surtaxe » proposée par les
élus démocrates de la Chambre la ferait
passer à 45 %, soit son niveau le plus
élevé depuis 1986, où elle
était alors de 50 %.
B a r a c k Oba ma pr é s e n t e souvent les
riches comme les grands gagnants de l’ère Bush,
soulignant que leurs i mpôts ont baissé
alors que leurs revenus se sont envolés durant la
présidence de son prédécesseur
républicain. « Je pense que la meilleure
manière de financer (l’assurance santé)
est que les personnes comme moi, qui ont beaucoup de
chance, payent un petit peu plus », a-t-il
expliqué récemment.
Cette année, 47 % des Américains
décla r a nt l eurs r evenus ne paieront aucun i
mpôt fédéral sur le revenu, selon
des projections.
Barack Obama défend sa politique de relance
— Barack
Obama est passé à l’offensive sur le f
ront économique face à des
Américains inquiets de la montée du
chômage, défendant sa politique de relance
en assurant qu’elle commence à faire sentir ses
effets.
Les nouveaux chiffres du chômage aux
États-Unis sont attendus aujourd’hui et les
analystes anticipent un taux de 9,6 %, un sommet jamais
atteint depuis 26 ans et dangereusement proche de la
barre psychologique des 10%.
L’administration Obama s’est empressée hier
d’affirmer que le plan de relance fonctionnait. Il a
ajouté deux à trois points de croissance
à l’économie américaine au
deuxième trimestre, a souligné la
présidente des conseillers économiques de
la Maison-Blanche, Christina Romer.
M. Obama lui-même a retroussé ses manches
pour aller porter la bonne parole dans l’Amérique
profonde. Mercredi, il était en visite dans
l’Indiana, un État sinistré où le
taux de chômage avoisine les 18%. Il y a
fustigé la « désinformation »
orchestrée par certains, selon lui, pour
critiquer son plan de relance qui, a-t-il
affirmé, commence à marcher.
Les
chiffres du produit intérieur brut (-1% en rythme
annuel au 2e t rimestre contre -1,5 % anticipé
par les analystes) sont le « signe important que
l’économie va dans la bonne direction »,
a-t-il dit.
L’administration Obama a fort à faire pour
convaincre les sceptiques. Un sondage de l’institut
Quinnipiac publié hier montre que la cote de
popularité du président est tombée
à 50%, le niveau le plus bas depuis son
élection et en chute de sept points en un mois.
Pire, moins de la moitié des électeurs (49
%) approuvent sa politique économique.
Les adversaires républicains du président
se sont lancés à l’assaut du plan de
relance. John Boehner, le leader républicain
à la Chambre des représentants, a ainsi
promis aux démocrates « un
été long et chaud ».
L’administration peut puiser quelque réconfort
dans certains indicateurs montrant des signes
d’amélioration, comme le PIB. Mais ces chiffres
risquent de ne guère peser auprès de
l’opinion publique si le taux de chômage continue
d’augmenter.
OBAMA ET LA CRISE « Nous avons
éteint l’incendie »
— Le
président américain, Barack Obama, a
défendu, hier, son action économique au
cours des six premiers mois de son mandat. Il a
déclaré avoir « éteint
l’incendie » que représentait la crise mais
reconnu qu’il restait de gros travaux pour remettre la
maison en état.
« Je crois que nous nous sommes
éloignés de l’abîme. Je crois que nous
avons éteint l’incendie », a
déclaré M. Obama.
« L’analogie que j’emploie parfois, c’est que nous
avions une maison superbe et elle a pris feu. Nous sommes
arrivés et il a fallu utiliser la lance à
incendie. Le feu est éteint, mais nous avons
découvert qu’il y avait de la maçonnerie
à faire, que le toit fuit, que la chaudière
est hors d’usage... Oh! et puis tiens, le paiement des
traites est en retard », a-t-il dit à PBS,
selon une retranscription de ses propos fournie par la
chaîne publique de télévision.
Ces grands travaux, entrepris avec « les ressources
limitées qui sont les nôtres », vont
« prendre un certain temps », a-t-il admis.
« Nous ne sommes pas tirés d’affaire et
personne n’est plus conscient que moi de la
difficulté des temps que les gens traversent en ce
moment », a dit le président.
Régulation des activités
financières
M. Obama a rappelé aussi son entreprise de
régulation des activités
financières pour empêcher les prises de
risques outrancières qui ont fortement
contribué à la crise.
Cependant, « on n’a pas l’impression que les gens
à Wall Street éprouvent le moindre remords
pour tous les risques qu’ils ont pris ; on n’a pas
l’impression que ce qui s’est passé a
provoqué un changement de culture ou d’attitude,
et c’est pourquoi les propositions de réforme de
la réglementation financière que nous
avons présentées sont si importantes
», a-t-il dit.
M. Obama a cependant assuré n’avoir aucun regret
quant à l’aide que l’État
fédéral a apportée à de
grandes institutions financières, dont certaines,
comme la banque d’affaires Goldman Sachs, annoncent des
profits considérables susceptibles de choquer les
Américains aux prises avec le chômage et la
récession.
« Si nous n’avions pas arrêté
l’hémorragie du système financier, les
choses seraient bien pires pour tout le monde »,
a-t-il dit.
États-Unis : Un nouveau plan de
relance serait nécessaire
SINGAPOUR — Les États-Unis pourraient avoir
besoin d’un s e c ond pla n de r el a nce s e
concentrant sur des t ravaux d’infrastructures pour
mettre la première économie mondiale sur
la voie de la reprise a indiqué hier une
conseillère du président Barack Obama,
à Singapour.
Laura Tyson, membre de la Commission de conseil
économique de Barack Obama, a indiqué que
le premier plan de relance incluait « un montant
significatif d’investissements pour la croissance
à long terme », lors du Nomura Asia Equity
Forum à Singapour.
Le plan de relance actuel de 787 milliards US devrait
créer ou sauvegarder 3,5 millions d’emplois,
a-t-elle dit.
Un second plan de relance, qui mettrait l ’accent sur
les travaux publics, pourrait être
nécessaire pour remettre l’économie
américaine sur les rails, a estimé Mme
Tyson.
La conseillère de la MaisonBlanche a
déclaré qu’il était encore trop
tôt pour quantifier le montant d’un second plan,
mais que « nous en aurons une meilleure
idée d’ici la fin de l’année ».
Cependant
, ses ef fets sur le chômage seront moindres
qu’attendu, car la crise a eu un plus grand impact sur
les destructions d’emplois que prévu, a-t-elle
déclaré au cours du forum.
Les signes de reprise pour l’économie
américaine touchée par la crise seront
sans doute plus évidents au cours des
troisième et quatrième trimestres, par
rapport au deuxième trimestre, a-t-elle
ajouté.
Mme Tyson a également dit que le déficit
budgétaire du pays – qui est déjà l
e plus i mportant depuis la Seconde Guerre mondiale –
pour r a i t s’aggraver plus que prévu cette
année et dépasser la prévision
précédente de 12 % du produit
intérieur brut ( PIB).
L e s c o mmentaires de la conseillère suivent la
déclaration du président Obama du mois
précédent selon laquelle l e c
hômage aux États-Unis pourrait grimper
au-delà des 10 %, mais qu’une nouvelle injection
d’argent public n’était « pas encore
» nécessaire.
La conseillère a tenu à préciser
que ses déclarations ne représentaient que
son point de vue et non la position officielle de
l’administration.
OBAMA PROPOSE UNE RÉFORME
HISTORIQUE - Steven Hurst
WASHINGTON— Le président Barack Obama a
dévoilé hier un projet de réforme
du système de régulation
financière, souhaitant que ce nouvel
éventail de mesures permette de ramener la
confiance dans l’opinion publique et empêche une
répétition de la pire crise dont a
été victime Wall Street en sept
décennies.
Le projet défendu par le chef de la
Maison-Blanche renforce les pouvoirs de surveillance de
la Réserve fédérale – la banque
centrale américaine – sur l’ensemble du
système financier et prévoit la
création d’une nouvelle agence destinée
à protéger les consommateurs des abus qui
ont joué un rôle important dans la crise
actuelle.
Le président américain a souligné
que son projet était « une révision
radicale du système de régulation
financière, une transformation à une
échelle jamais vue depuis les réformes qui
ont suivi la Grande Dépression » des
années 30.
Barack Obama a attribué la plupart des
difficultés auxquelles sont confrontés les
États-Unis « à une cascade d’erreurs
et d’occasions manquées » au cours de
plusieurs décennies.
Et il a une nouvelle fois montré du doigt «
u ne culture de l’irresponsabilité » ayant
pris racine « de Wall Street à Washington
».
Le
projet de 88 pages avancé par l’administration va
susciter un intense débat au Congrès,
où des détracteurs l’accusent
déjà d’imposer un trop grand nombre de
restrictions qui nuiront à la
compétitivité des entreprises
financières américaines dans
l’économie internationale.
En vertu de ce plan, la Réserve
fédérale aurait un pouvoir de surveillance
sur les holdings et les institutions financières
si importantes qu’une défaillance de leur part
pourrait saper le système financier
américain. Ces nouveaux pouvoirs
conférés à la banque centrale
américaine s’accompagneraient cependant d’un
abandon d’une partie de l’autorité bancaire de la
Fed au profit d’une nouvelle agence de protection
financière des consommateurs.
Nombre de banquiers s ’ opposent à u ne t el l e
agence et de nombreux parlementaires s’inquiètent
que la Réserve fédérale ne devienne
trop puissante.
Travaillant au côté de la Fed, un nouveau
Conseil surveillerait l’ensemble du système
financier et aurait pour tâche d’empêcher
l’effondrement inattendu d’institutions d’envergure
comme ce qui s’est passé à l’automne
dernier avec l’assureur AIG et Lehman Brothers,
notamment engagé dans des activités de
courtage.
L e pr oj e t de Ba r a c k Obama n’entre pas dans le
débat en cours sur la question de savoir si
certaines compagnies d’assurances devraient faire
l’objet d’une surveillance fédérale.
Le chef de la MaisonBlanche souhaite que son plan, que
va examiner le Congrès, devienne un texte
législatif d’ici la fin de l’année, un
projet ambitieux étant donné le fait qu’il
pousse également les parlementaires à
réformer le système de soins d’ici
octobre.
Pas assez loin, selon des experts
WASHINGTON — La réforme de la régulation
financière proposée hier par le
président Barack Obama a été
accueillie avec scepticisme par plusieurs
économistes pour qui elle ne va pas assez loin.
La nécessité de cette réforme, qui
vise à combler des lacunes béantes ayant
permis à la finance américaine de prendre
des risques démesurés, faisait pourtant
l’unanimité.
« Dans l’ensemble, cela suit les principes
généraux de ce que la plupart d’entre nous
voulions voir, mais il y a eu certains aspects qui
représentent des occasions manquées
», considère Douglas Elliott,
économiste à la Brookings Institution.
Il s’est dit déçu de voir que
l’architecture globale resterait quasi inchangée,
avec la seule disparition du bureau de supervision des
caisses d’épargne. Cinq sur six institutions
resteront en place.
« Avoir autant d’instances de régulation
laisse toujours possible le système de choix
» entre les régulateurs, qui « permet
aux sociétés de trouver le maillon faible
», souligne-til, faisant référence
au fait que par le passé plusieurs
sociétés ont pu changer de statut pour
échapper à la vigilance de tel ou tel
régulateur, comme la banque Washington Mutual,
qui a fait faillite en septembre 2008.
«
Aujourd’hui nous sommes au moment précis
où il faut mettre un terme définitif aux
chamailles juridiques et aux guerres de clocher qui ont
alimenté une structure archaïque incapable
d’empêcher la crise ou de la gérer »,
approuve Hal Schott, professeur de finance à
Harvard et directeur du Comité sur la
régulation des marchés financiers, groupe
indépendant créé en 2006.
L’un des aspects les plus critiqués a
été le rôle étendu qui
devrait être accordé à la banque
centrale, la Réserve fédérale, pour
superviser les institutions financières dont la
faillite menacerait la stabilité du
système, même si ces sociétés
n’ont rien à voir avec la banque, le champ
traditionnel d’intervention de la Fed.
Fusionner des instances de régulation « est
assurément sensé », opine Diana
Furchtgott-Roth, du Hudson Institute, s’insurgeant en
revanche contre une disposition de la réforme
destinée à donner au gouvernement le
pouvoir de placer sous tutelle les plus grosses
sociétés qui menaceraient de
s’écrouler.
« L’ i dée que l ’ État prenne l e
contrôle de groupes qui ont des problèmes
parce qu’il décide qu’ils sont " trop gros pour
faire faillite " est une invitation au
clientélisme politique »,
s’inquiète-t-elle.
Des critiques sont aussi venues du secteur financier,
soucieux de ne pas perdre sa liberté d’action.
Le projet « va encore alourdir la finance
américaine d’une régulation inutile qui va
générer des coûts et abaisser la
qualité des services financiers, en fournissant
des avantages compétitifs aux
sociétés les plus grosses et les moins
innovantes », a accusé le président
du fonds Euro Pacific Capital, Peter Schiff.
La Fed vous a à l’oeil - SOPHIE COUSINEAU
Clairement, le gouvernement ne souhaite plus revivre un
autre Lehman Brothers, du nom de cette banque d’affaires
qui a failli emporter le système financier avec
elle à l’automne dernier.
Le président Barack Obama n’a pas e
xagéré d ’ u n iota lorsqu’il a
décrit sa reforme de la réglementation de
l’industrie financière comme étant la
refonte la plus ambitieuse depuis la crise
économique de 1929.
Hypothèques, cartes de crédit, comptes
bancaires, fonds communs de placement, fonds de
couverture, produits dérivés : il n’y a
1er OBJECTIF RENFORCER LA SUPERVISION DU « RISQUE
SYSTÉMIQUE » pas un seul produit financier
ou un seul intermédiaire du marché qui en
sortira intact.
« Notre but, c’est de restaurer les marchés
pour qu’ils récompensent le travail, la
responsabilité et l’innovation, et non la
témérité et la cupidité
», a expliqué Barack Obama lors de son
allocution à la Maison-Blanche.
Trois grands principes guident cette réforme. De
un, le gouver– Création d’un Conseil de
surveillance des services financiers (CSSF),
présidé par le secrétaire au
Trésor et chargé d’identifier les risques
nouveaux menaçant le système. – Placement
de toutes les institutions financières (banques,
fonds d’investissements, sociétés
d’assurances...) dont la faillite mettrait en danger l
’ensemble du système économique sous la
coupe d’un régulateur unique, en l’occurence la
Réserve fédérale (Fed). –
Relèvement des normes de capital de toutes les
banques. – Réévaluation des normes
comptables afin de définir la façon de
provisionner d’éventuelles pertes. 2e OBJECTIF
RENFORCEMENT DE LA RÉGULATION nement aura le
droit d’intervenir pour prévenir ou stopper
l’effondrement de toute institution financière
qui, de par sa taille ou par un effet domino, menacerait
la stabilité de l’économie
américaine. Quitte à en prendre le
contrôle ou à la scinder en plusieurs
entités !
Clairement, le gouvernement ne souhaite plus revivre un
autre Lehman Brothers, du nom de cette banque d’affaires
qui a failli emporter le système financier avec
elle à l’automne dernier.
De deux, les consommateurs seront mieux
protégés, des prêteurs sans scrupule
comme de leur propre crédulité
financière, par une nouvelle agence de
défense des droits des consommateurs. Cette
agence aux pouvoirs musclés éduquera les
Américains – Renforcement du contrôle de la
titrisation. Les émetteurs recourant à ces
pratiques leur permettant de monnayer des actifs sous
formes de titres devront retenir 5% du risque de
crédit qui leur est associé. –
Renforcement des efforts de la SEC en vue de durcir les
normes s’appliquant aux agences de notation. – «
Régulation complète » des produits
financiers dérivés s’échangeant de
gré à gré, en particulier les
dérivés de risque de crédit
(« credit default swaps »). 3e OBJECTIF
RENFORCEMENT DE LA PROTECTION DU CONSOMMATEUR tout comme
elle forcera les institutions prêteuses à
les informer de façon simple et transparente.
« Les contrats avec de longues clauses en petits
caractères que personne ne peut décrypter,
c’est du passé », a dit Barack Obama.
De trois, les banques ne seront plus les seules à
être surveillées de façon
étroite. L’État scrutera aussi les acteurs
financiers à l’extérieur du secteur
bancaire comme les banques d’affaires, les fonds de
couverture, les assureurs ou les émetteurs de
produits dérivés. Ceux-ci devront
gérer leurs affaires plus prudemment, en
conservant de plus grandes réserves de capitaux
et en prêtant moins.
« Nous allons colmater les brèches qui
permettaient à des firmes de magasiner leur
régulateur – Création d’une Agence de
protection financière du consommateur,
chargée de surveiller l’offre aux particuliers
dans l’épargne, le crédit et les services
financiers. 4e OBJECTIF DONNER AU GOUVERNEMENT LES
MOYENS DE FAIRE FACE AUX CRISES FINANCIÈRES –
Proposition d’un texte de loi donnant au gouvernement le
pouvoir de placer sous la tutelle de la FDIC (et
éventuellement de la SEC) toute institution
financière majeure qui menacerait de
s’écrouler. et de choisir celui qui les
supervisera de la manière la plus
relâchée », a promis Barack Obama.
Ce sont des principes fort louables, et rares sont ceux
qui trouveront à y redire. Mais là
où les Américains grincent des dents,
c’est dans l’implantation de cette nouvelle
réglementation.
Cet t e
a mbit i euse r éfor me s’intitule « Partir
sur de nouvelles bases ». Pourtant,
l’administration Obama s’appuie sur toutes les agences
en place pour l’exécuter, comme la Réserve
fédérale, la Securities & Exchange
Commission, le Trésor, la société
fédérale d’assurance-dépôt,
etc. Non seulement elle n’a pas fait le ménage
dans sa kyrielle d’agences au profit d’un super
régulateur, elle en a même
créé d’autres! Seul le Office of Thrift
Supervision est sacrifié. 5e OBJECTIF
RENFORCEMENT DE LA RÉGULATION ET DE LA
COOPÉRATION INTERNATIONALES – I mposition aux
sociétés financières
étrangères présentes aux
États-Unis de normes identiques à celles
des sociétés américaines.
— Agence France-Presse
Pour s’assurer que rien ne tombe entre deux chaises, la
Maison-Blanche compte créer un Conseil de
surveillance des services financiers. Cet organisme
parapluie coordonnera le travail des différents
régulateurs et identifiera les nouvelles «
menaces » au système.
Si cette solution a le mérite d’être
expéditive, elle reste lourde tout en
déresponsabilisant quelque peu les
différents surveillants de l’industrie.
De plus, la banque centrale des États-Unis, la
Réserve fédérale, hérite de
pouvoirs immenses. La Fed suivra de très
près les firmes les plus imposantes, à qui
elle pourra faire passer, sur une base
régulière, des tests de solidité
financière. Ainsi, elle aura droit de vie ou de
mort sur ces entreprises de même que sur leurs
filiales non réglementées tout comme
celles établies à l’étranger !
Ainsi, l’administration Obama politise la Fed, dont les
décisions sur les institutions financières
risquent de prêter f lanc à la
D’autant plus que l’auguste Fed n’est pas à
l’abri d’une erreur de jugement. Nombreux sont ceux qui
jugent que sa politique monétaire expansionniste
sous Alan Greenspan, qui a maintenu les taux
d’intérêt à des niveaux trop bas,
trop longtemps, au début des financière se
regimbait, même si le président Obama s’est
bien gardé de la cibler en parlant d’une
responsabilité partagée. Il a ainsi
évoqué cette « culture
d’irresponsabilité qui partait de Wall Street et
qui s’étendait à Washington et à
Main Street ». controverse. Or, le rôle
premier de la Fed est de contrôler la hausse des
prix tout en maximisant la croissance de
l’économie. Veut-on vraiment qu’une banque
centrale endosse l’uniforme métallisé d’un
Terminator? années 2000, a soufflé la
bulle immobilière jusqu’à ce que la crise
du crédit explose.
Mais bon, il faut voir ce qui restera de cette
réforme une fois qu’elle sera passée
à la moulinette du Congrès.
Déjà hier, l’industrie
Ce n’est pas la première fois, par exemple, que
le gouvernement américain essaie de
réglementer l’industrie des fonds de couverture.
Toutefois, ses puissants lobbyistes, parmi lesquels se
trouve l’ancien vice-président républicain
Dan Quayle, ont toujours réussi à contrer
les velléités de supervision du
gouvernement américain.
Ajoutez à cela un menu législatif
chargé, et cette réforme pourrait
être passablement édulcorée lorsque
les représentants et les sénateurs
américains seront enfin appelés à
se prononcer sur elle. Reste à voir avec quelle
énergie la MaisonBla nche défendra c et t
e réforme, elle qui a passé les derniers
mois à éteindre les feux de la crise
financière. Ainsi, la nouvelle
réglementation financière sera un grand
« stress test » pour la jeune administration
Obama.
Il faudra un temps «
considérable » pour sortir de la crise, dit Obama
— Le
président américain Barack Obama a
prévenu hier qu’il faudrait un temps «
considérable » pour sortir d’une «
récession très profonde », mais a
défendu les progrès accomplis grâce
à un gigantesque plan de relance de
l’économie.
Les chiffres du chômage publiés vendredi
constituent « le rappel que nous sommes toujours au
coeur d’une récession très profonde et qu’il
nous faudra un temps considérable pour en sortir
», a dit M. Obama au moment où il
annonçait une accélération de la mise
en oeuvre d’un plan censé stimuler
l’économie américaine.
Selon les chiffres publiés vendredi par le
département du Travail, le taux de chômage a
fait un bond inquiétant en mai pour atteindre son
plus haut niveau depuis plus d’un quart de siècle,
à 9,4% contre 8,9% en avril.
Cependant, l’économie américaine a
détruit 345 000 emplois en mai, contre 504 000 en
avril et 643 000 en moyenne sur les six mois
précédents.
M. Obama a vu un encouragement dans ce ralentissement :
« C’est le signe que nous allons dans la bonne
direction. Ce qui est crucial, c’est, dans les prochains
mois, de capitaliser sur ces modestes progrès
», a-t-il dit.
Mais, a abondé Daniel Tarullo, un des gouverneurs
de la banque centrale (Fed), la reprise économique,
attendue d’ici à la fin de l’année, risque
d’être « douloureusement lente ».
M. Obama a paru acquiescer. « Je ne suis pas
satisfait, a-t-il dit. Il nous faut faire plus. La plus
grande préoccupation que j’ai, c’est que le tribut
payé par les familles et les communautés aux
suppressions d’emplois aille en s’autorenforçant
» parce qu’elles consommeraient moins et
contribueraient ainsi à davantage de licenciements.
Plan de
relance
Le propos de son plan de relance est
précisément de transformer « ce cycle
négatif en cycle positif », a-t-il dit.
Il va donc puiser plus abondamment dans les 787 milliards
de dollars d’un plan promulgué en février
pour créer ou sauvegarder plus de 600 000 emplois
au cours des 100 prochains jours, a-t-il dit.
Au cours de ses 100 premiers jours d’application, ce plan
a déjà créé ou sauvé
plus de 150 000 emplois, a-t-il dit. Il a défendu
ce plan contre ceux qui disent que les mesures ne sont pas
efficaces ou qui lui reprochent d’aligner des
déficits records.
« Je sais que certains, malgré toutes les
preuves du contraire, ne croient pas à la
nécessité ni à la promesse de ce plan
», a-t-il dit. Mais « si nous n’avions rien
fait, je crois qu’on peut dire que, selon la plupart des
économistes, nous aurions vraiment pu partir en
chute libre ».
« La reprise pourrait être douloureusement
lente, et l’économie restera inhabituellement
vulnérable à de nouveaux chocs », a
déclaré M. Tarullo, de la Fed.
« Les dernières statistiques laissent
quelques raisons d’espérer que l’activité
économique est proche de toucher le fond et que la
croissance reviendra d’ici à la fin de
l’année », mais « la stabilisation ou
l’amélioration commencerait à partir d’un
niveau très bas », a estimé M.
Tarullo, selon le texte d’un discours prononcé
à Washington.
« Les nouvelles restent mauvaises dans deux domaines
qui importent directement pour les familles
américaines: le chômage continue de monter et
les prix du logement continuent de baisser », a-t-il
ajouté, citant deux des principales raisons de
l’appauvrissement des ménages, qui, en tant normal,
assurent plus des deux tiers de la croissance
américaine par leur consommation.
Bras de
fer entre Washington et Wall Street - RUDY LE COURS
Il n’y a
jamais eu lune de miel entre Wall Street et Barack Obama.
Les 100 premiers jours du nouvel occupant du bureau Ovale
ont plutôt montré que le torchon peut
brûler, si la récession devait se prolonger
jusqu’à l’an prochain.
« Toute reprise va échouer à moins de
briser l’oligarchie financière qui bloque une
réforme essentielle. »
On a beaucoup vu et entendu cette semaine le
président Barack Obama s’indigner des pratiques
douteuses des émetteurs de cartes de crédit
et de leurs taux d’intérêts quasi usuraires
exigés à des consommateurs
étranglés par la récession.
L’influence
de
Wall Street passe aussi par le financement des campagnes
des membres du Congrès qui doivent par la suite
renvoyer l’ascenseur.
Ce populisme bon ton, qui exploite la hargne
légitime des Américains contre l’oligarchie
financière, ref lète les réelles
difficultés de la Maison-Blanche à
convaincre Wall Street de travailler pour le bien des
ÉtatsUnis. Elle s’est plutôt habituée
à l’inverse depuis les années Reagan.
Fragilisées par des montagnes d’actifs toxiques,
les banques hésitent à nettoyer leur bilan,
quitte à ne pas remplir leur rôle
économique classique qui consiste à
prêter l’argent qu’on leur confie.
Cette semaine, le Fonds monétaire international,
qui j oue rema rquablement son rôle de chien de
garde dans la tourmente présente, soulignait que
« la priorité des priorités à
ce stade-ci est la réforme du système
financier ». Cela suppose l’assainissement des
actifs improductifs et la recapitalisation des
institutions fragiles, mais fiables. Le FMI soulignait que
ces i nit iatives doivent progresser « de
manière plus convaincante ».
Parallèlement, la Banque du Canada notait jeudi
dans son Rapport sur la politique monétaire que les
progrès sur ce front « ont été
plus lents que prévu aux États-Unis et au
sein d’autres grands centres financiers ».
La critique la plus véhémente est toutefois
venue de Simon Johnson, ancien économiste en chef
du FMI. Dans la livraison présente du mensuel The
Atlantic, il signe une longue analyse The Quiet Coup ( Le
coup d’État en douce) qui va droit au but: «
Si le personnel du FMI pouvait parler librement des
États-Unis, il leur dirait la même chose
qu’il dit à tous les pays aux prises avec la
situation présente: toute reprise va échouer
à moins de briser l’oligarchie financière
qui bloque une réforme essentielle. »
Réseau d’influence
Mais comment s’y prend donc Wall Street? En utilisant son
réseau d’influence.
On a souvent décrié que l’ancien
secrétaire au Trésor de l’administration
Bush, Henry Paulson, était un ténor de
Goldman Sachs.
Faut-il rappeler que l’actuel secrétaire Timothy
Geithner est l’ancien président de la
Réserve fédérale de New York ? C’est
elle qui a orchestré à huis clos l’achat
avantageux de Bea r Stea rn par JP Morgan l’an dernier et
les sauvetages de Citigroup et d’AIG à grands
renforts de milliards d’argent public.
Faut-il
rappeler que le chef du Conseil économique national
Lawrence Summers avait aussi porté le chapeau
actuel de M. Geithner sous Bill Clinton ? Il a
été à ce titre l’artisan de la
révocation de la Glass-Steagal Act. Cette loi
limitait la fusion des banques commerciales, des banques
d’investissement et des compagnies d’assurance afin
d’empêcher qu’elles deviennent « trop grosses
pour tomber ». M. Summers a aussi
empêché que l’Agence des contrats à
terme sur les produits de base (CFTC) puisse surveiller
les transactions sur les produits dérivés.
On voit mal comment ce tandem pourrait aujourd’hui faire
un virage à 180 degrés et piloter la mise au
pas du système financier, assortie d’un
resserrement de sa réglementation et de plafond
à la rémunération des oligarques
(Seize mois avant son entrée en fonction, M.
Summers a touché cinq millions en tant que
directeur du fonds spéculatif D. E. Shaw& Co.)
Voilà pourquoi l’économiste Joseph Stiglitz,
qui se veut la mauvaise conscience de l’administration
Obama, se montre si sceptique sur la capacité de la
Maison-Blanche de réformer Wall Street. «
L’Amérique a une porte tournante,
résumait-il la semaine dernière en entrevue
à l’agence Bloomberg. Les gens passent de Wall
Street au Trésor et reviennent sur Wall Street.
L’enjeu n’est pas que cela se fasse sans quiproquo.
L’enjeu, c’est l’état d’esprit. »
Renvois d’ascenseur
L’influence de Wall Street passe aussi par le financement
des campagnes des membres du Congrès qui doivent
par la suite renvoyer l’ascenseur. On en a eu un bel
exemple au début du mois quand ils ont forcé
le Conseil financier des normes comptables ( FASB)
à assouplir la règle de la juste valeur
marchande ( mark to market), rétroactivement au 31
mars. Cela aura permis aux banques désireuses de
gonfler la valeur leurs actifs toxiques d’af f icher de
bien meilleurs résultats au premier trimestre.
Cela permet aussi à plusieurs de mieux
résister à l’examen de leur
solvabilité (stress test) imposé par
Washington aux 19 plus importantes institutions f
inancières. Leurs résultats seront connus le
4 mai et détermineront dans quelle mesure certaines
devront augmenter leur capitalisation.
Les cancres auront bien du mal à dénicher
des investisseurs privés. Ils risquent la tutelle,
voire la nationalisation.
La stratégie d’élimination des actifs
toxiques des banques jusqu’à concurrence de 1000
milliards adoptée par Washington ne sera
déployée qu’à compter de juin.
Déjà fort complexe de par sa
mécanique, elle paraît en partie
torpillée par le changement apporté aux
normes comptables.
Le Private Public Investment Fund ( PPIF) prévoit
la mise aux enchères des actifs toxiques dont
voudront se départir les banques. Les
enchérisseurs seront des entités
présidées par le secteur privé, mais
financées en grande partie par le contribuable.
Les banques seront moins enclines à tester cette
mécanique puisqu’elles ne sont pas forcées
de tester la juste valeur marchande. À
l’opposé, qui osera offrir un prix suf fisamment
alléchant pour que les banques choisissent de
vendre plutôt que d’attendre et d’espérer un
rétablissement du marché ?
Entre-temps, elles préféreront empiler des
réserves d’argent qu’elles prêteraient, si
leur bilan n’était pas grevé
d’éléments douteux.
Entre-temps, la récession continue, et pourrait
même s’aggraver comme le craint le FMI. Si cela
s’avère, la crédibilité de M. Obama
en prendra pour son rhume et Wall Street pourra encore
faire les 400 coups au détriment des
Américains et du monde.
Grands
maux, grands moyens - SOPHIE COUSINEAU
Barack Obama
a eu le courage de dire qu’il faudra peut-être passer
par une restructuration judiciaire pour relancer GM ou
Chrysler.
Peut-on juger d’une présidence en 100 jours? On
commence seulement à concevoir les grands
chambardements qui s’annoncent depuis que Barack Obama tient
la barre des États-Unis. En ce sens, tout jugement
est hâtif.
En même temps, BarackObama a déjà tant
promis. On ne peut qu’être frappé par le
sentiment d’urgence qui anime le 44e président des
États-Unis, alors que le pays traverse sa pire
récession depuis la crise économique de 1929,
tout en menant deux guerres de front. Ainsi, les historiens
comparent déjà Barack Obama à Lyndon
Johnson et à Franklin Roosevelt, deux
présidents qui ont réinventé le pays.
Ce qui étonne chez Barack Obama, ce ne sont pas ses
promesses en santé, en éducation, en
environnement, etc. Elles collent aux ambitions
traditionnelles des démocrates, qui rêvent de
les accomplir depuis des années. Ce qui frappe, c’est
qu’il pilote tous les dossiers de front, avec
détermination et aplomb.
Barack Obama a obtenu des succès rapides en politique
internationale, en annonçant la fermeture de la
prison de Guantánamo, en tendant la main à
l’Iran, en s’ouvrant à Cuba. Mais en économie,
sa volonté de réparer le système
financier et de sauver Detroit s’est heurtée à
des difficultés d’une complexité
insoupçonnée. La Maison-Blanche a
sous-estimé l’ampleur de la tâche.
dépotoir pour racheter les actifs qui encombrent les
bilans des banques, comme les hypothèques à
haut risque. C’est ce que Wall Street souhaitait.
Qu’il aurait été facile de se porter au
secours de General Motors et de Chrysler, en renflouant ces
constructeurs jusqu’à la prochaine crise. C’est ce
que les travailleurs syndiqués, la base
traditionnelle des démocrates, espéraient.
Dans ces
deux dossiers qui accaparent son attention, Barack Obama a
évité le piège de la
déresponsabilisation. Qu’il aurait été
facile de créer une banque-
Mais dans les deux cas, cela aurait équivalu à
récompenser les cow-boys de la haute finance et les
dirigeants aveugles des constructeurs automobiles. Avec
l’argent des contribuables, ce qui est répugnant.
BarackObama a eu le couragede dire qu’il faudra
peut-être passer par une restructuration judiciaire
pour relancer GM ou Chrysler, les deux constructeurs les
plus mal en point. Avoir recours à la loi sur la
faillite, qui est la façon la plus rapide de
remodeler les géants de Detroit, version petite
cylindrée, ce n’est pas la fin du monde, a
expliqué Barack Obama en préparant le terrain.
Le président n’a toutefois pas
été aussi franc en ce qui concerne le
système financier. Le secrétaire au
Trésor, Timothy Geithner, avait implicitement
écarté la nationalisation des banques, fin
janvier. Mais c’est ce qui va arriver à certaines
institutions financières, par la porte d’en
arrière.
Hie r , le gouvernement a informé
confidentiellement les PDG des grandes institutions renf
louées de leurs résultats préliminaires
au fameux « stress test ». Les banques et
assureurs qui sont trop fragiles pour tenir le coup
jusqu’à ce que la reprise se matérialise devront
trouver un moyen de se recapitaliser, et vite. Dans les
conditions de marché actuelles, cela tient de
l’exploit.
Il ne reste
plus qu’une centaine de milliards de dollars dans le
programme d’aide à l’industrie financière
(TARP). Reconnaissant que le Congrès n’allongera pas
un cent de plus à Wall Street, après le
scandale des primes versées aux cadres de l’assureur
AIG, l’administration Obama devra se débrouiller avec
cela.
Dans l’éventualité, très probable, que
cet argent s’épuise, le gouvernement pourra renflouer
les institutions en difficulté en convertissant ses
actions privilégiées en actions ordinaires.
Ainsi, les actionnaires actuels devront se tasser pour faire
la place à l’Oncle Sam, le nouveau patron.
Si les principes qui guident l’administration Obama sont les
bons, l’exécution, elle, a laissé à
désirer au cours de ces trois premiers mois. Ainsi,
il est étonnant de voir à quel point la
MaisonBlanche intervient dans la gestion des entreprises
renflouées, avec des résultats mitigés.
Dans le secteur automobile, c’est patent. Après avoir
remercié le grand patron de General Motors, Rick
Wagoner, après avoir pris à son compte les
garanties des constructeurs automobiles, le président
Obama a les mains pleines de cambouis.
Ainsi,
c’est le gouvernement qui négocie directement avec
les créanciers de Chrysler, pour qu’ils troquent
leurs dettes de 6,9 milliards de dollars contre un maigre
1,5 milliard et une participation de 5% dans la nouvelle
Chrysler. Or, les plus grands créanciers du
constructeur, JPMorgan Chase, Citigroup, Morgan Stanley et
Goldman Sachs, font justement partie des institutions
financières auxquelles le gouvernement vient en
aide, ce qui est parfaitement contre-productif.
Ce degré d’interventionnisme fait sourciller aux
États-Unis. popularité dont jouit encore
Barack Obama.
Holman Jenkins Jr. déplore que le jugement
d’affaires du président soit obscurci par des
considérations environnementales. Les
émissaires de Barack Obama ont laissé savoir
aux dirigeants de GM qu’il vaudrait mieux discontinuer la
marque GMC, sans toutefois remettre en question la Chevy
Volt. Les gros GMC sont Un chroniqueur du Wall Street
Journal a caricaturé le président cette
semaine, en le surnommant le roi Barack le Bon, une
critique décapante qui surprend compte tenu de l ’
i mmense les véhicules les plus rentables de GM,
alors que la verte Volt s’annonce comme un « trou
noir financier », même les experts du
gouvernement en conviennent.
Ces errements alimentent les craintes de ceux qui doutent
de la capacité du président Obama à
contenir les dépenses du gouvernement tout en
réformant le système de santé aux
ÉtatsUnis. Tous les nouveaux programmes devront
être payés à même des
réductions de dépenses, a promis Barack
Obama en esquissant son budget le 26 février.
Barack Obama s’est ainsi engagé à ce que le
déficit budgétaire retombe à 3% du
produit intérieur brut en 2013, alors qu’il se
situera à 12,3% en 2009!
Y parviendra-t-il ? Son succès ou son échec
teintera le jugement que le monde portera sur la
présidence de Barack Obama.
ÉTATS-UNIS
: Baisses d’impôt pour les ménages
& La fin de (ou des...) privilèges pour les
pétrolières
— Le Trésor américain a annoncé hier
que les baisses d’impôt promises à la classe
moyenne par le président Barack Obama atteindront
736 milliards US sur 10 ans, ce qui devrait
permettreàun « coupletype »
d’économiser 800$US par année.
Le
gouvernement du président Barack Obama a rompu
avec le laisser-faire des années Bush en
matière de lutte contre les monopoles
privés, pour rapprocher sa position de celle des
autres grands pays industrialisés. Hier, M. Obama
était en compagnie de l’entraîneur de
l’équipe de basketball de l’Université de
Caroline-du-Nord, championne 2009 de la NCAA.
Les petites et moyennes entreprises
bénéficieront, pour leur part, de baisses
d’impôt de 100 milliards US sur la même
période, ajoute le ministère dans un
communiqué publié en même temps que le
« Livre vert », document détaillant les
recettes prévues du budget de l’État
fédéral.
À l’inverse, le gouvernement annonce l’abrogation
de plusieurs dizaines de niches fiscales coûtant
« des centaines de milliards de dollars à
l’État ».
Le Trésor annonce ainsi qu’il met fin à des
allégements fiscaux pour les sociétés
pétrolières, et notamment aux crédits
d’impôt pour l’exploration et le forage
pétroliers.
Le Trésor américain veut aussi
rétablir le taux d’imposition maximal de 39,6% pour
les contribuables les plus aisés, qui avait
été supprimé en 2001 par le
gouvernement du président George W. Bush.
Cette modi fication devrait entrer en vigueur lors de
l’exercice budgétaire 2010-2011, indique le
Ministère.
Pour être effective, la proposition du gouvernement
doit encore être approuvée par le
Congrès.
Le gouvernement Bush avait réduit le taux maximum
d’impôt sur le revenu de 39,6% à 35% en 2001.
Pour l’année en cours, ce taux prévaut pour
les contribuables disposant d’un revenu imposable
supérieur à 372 950$ US (pour un couple).
Le Trésor indique que le seuil à partir
duquel s’appliquera le taux de 39,6% à partir de
2011 variera en fonction du statut des contribuables et
qu’il sera indexé sur l’inflation.
Le l ivre
ver t indique par ailleurs que le gouvernement de Barack
Obama va remettre en vigueur le taux d’imposition de 36%
(le deuxième plus élevé) s’appliquant
aux couples disposant d’un revenu imposable
supérieur à 250 000$ US, qui avait
été abaissé à 33% en 2001.
Concurrence
Par ailleurs, le gouvernement du président
américain Barack Obama a rompu avec le laisserfaire
des années Bush en matière de lutte contre
les monopoles privés, pour rapprocher sa position
de celle des autres grands pays industrialisés.
Ce changement de ligne s’est matérialisé par
l’abrogation d’un document de référence du
département de la Justice publié en
septembre, qui expliquait comment interpréter les
règlements sur la concurrence.
« Je pense que les conclusions du rapport manquent
leur cible, voilà pourquoi nous l’abrogeons. Sa
principale faiblesse est qu’il érige trop
d’obstacles aux efforts du gouvernement pour faire
appliquer les lois antitrust », a souligné
l’adjointe du ministre de la Justice responsable des
dossiers de concurrence, Christine Varney, au cours d’une
conférence à Washington.
Son retrait « constitue un changement de philosophie
et la meilleure façon de faire savoir à tout
le monde que la division antitrust (du ministère)
engagera des poursuites avec détermination quand
des monopoles tenteront d’utiliser leur domination sur le
marché pour étrangler la concurrence et
nuire aux consommateurs », a-t-elle fait valoir.
Durant sa campagne présidentielle, M. Obama avait
reproché au président Bush de partir avec
l’un des pires bilans de l’histoire en matière de
défense du consommateur.
Le New York Times relevait hier qu’aucune plainte contre
un monopole n’avait été engagée sous
la présidence de ce dernier (2001-2009). Alors que
dans les années 90, les jugements les plus
spectaculaires aux États-Unis pour défendre
la concurrence – comme ceux à l’encontre de
Microsoft et d’Intel – avaient été à
l’initiative du département de la Justice.
Mme Varney a souligné qu’il était «
temps de faire plus d’efforts ».
Les États-Unis doivent s’attaquer aux sources du
déficit
Ben
Bernanke affirme que l’État ne pourra pas
emprunter indéfiniment au rythme actuel
WASHINGTON — Le président de la Réserve
fédérale des États-Unis, Ben
Bernanke, a affirmé hier au Congrès que
l’État ne pourrait « pas emprunter
indéfiniment » au rythme actuel pour financer
le déficit public, et appelé la classe
politique à s’attaquer aux sources de ce
déficit.
Le
président de la Fed, Ben Bernanke, devant le
Congrès hier.
Dans ses remarques préliminaires avant son audition
par la commission du Budget de la Chambre des
représentants, M. Bernanke a rappelé le
niveau élevé des engagements financiers de
l’État fédéral.
« Une attention expresse aux questions qui touchent
le caractère soutenable à long terme du
budget est particulièrement cruciale, à
cause des difficultés budgétaires et
économiques qui vont de pair avec le départ
à la retraite de la génération du
baby-boom et la hausse durable des coûts
médicaux », a-t-il déclaré.
« Avec un ratio de dette par rapport au PIB (
produit intérieur brut, NDLR) déjà
élevé, nous ne pourrons pas continuer
à emprunter indéfiniment pour satisfaire ces
demandes », a-t-il souligné.
Ce ratio devrait atteindre 70% en 2011, a-t-il
rappelé.
Les
sommes colossales que le Trésor américain
emprunte pour financer un déficit budgétaire
record (13% du PIB en 2009, d’après les estimations
du Congrès) ont suscité des
inquiétudes à la fois des marchés et
de responsables politiques américains et
étrangers.
« Ces dernières semaines, les rendements sur
les titres du Trésor à long terme et les
emprunts immobiliers à taux fixe (qui leur sont
corrélés, NDLR) ont augmenté. Il
apparaît que cela reflète les
inquiétudes quant aux vastes déficits de
l’État fédéral mais aussi d’autres
causes », a expliqué M. Bernanke.
La Réserve fédérale s’est
lancée en mars dans une politique d’achats de
titres de dette de l’État, contestée
jusqu’au sein de ses rangs, où certains
responsables dénoncent la confusion des rôles
entre le Trésor et la Fed.
Pour M. Bernanke, l’intervention du Congrès et de
l’exécutif est déterminante. «
Même au moment où nous prenons des mesures
pour contrer la récession et les menaces sur la
stabilité de notre système financier,
maintenir la confiance des marchés financiers exige
qu’en tant que nation, nous commencions à
programmer maintenant le rétablissement de
l’équilibre budgétaire », a-t-il
insisté.
M. Bernanke a par ailleurs livré aux parlementaires
le dernier état des prévisions
économiques de la banque centrale. « Nous
continuons à prévoir que l’activité
économique connaisse son point bas, puis reparte
à la hausse, dans le courant de cette année
», a-t-il rappelé.
Mais, selon lui, « même une fois une reprise
apparue, le taux de croissance de l’activité
économique réelle devrait rester sous son
potentiel de long terme pendant un moment ».
BUDGET
AMÉRICAIN
- Obama s’attaque au gaspillage de fonds publics
La moitié des économies proviennent du
budget de la Défense, qui continue cependant
d’augmenter à un moment où les
États-Unis restent engagés en Afghanistan et
en Irak.
WASHINGTON— La Maison-Blanche a présenté hier
son projet de budget détaillé pour l’exercice
2010, année de la relance de l’économie mais
aussi du début, encore modeste, de la
réduction d’un déficit public gigantesque pour
l’administration de Barack Obama.
«
On
dépense beaucoup d’argent inutilement,
inefficacement et, dans certains cas, de manière
vraiment ahurissante », a dit Barack Obama en
présentant son projet de budget
détaillé pour l’exercice 2010. On voit ici
le président lors d’une visite impromptue il y a
quelques jours dans un restaurant d’Arlington, en
Virginie, où il a insisté pour payer
lui-même son repas.
Le président, dont le premier exercice entier va
être compliqué par une conjoncture
économique défavorable, a insisté en
présentant ce budget sur la chasse au gaspillage.
« On dépense beaucoup d’argent inutilement,
inefficacement et, dans certains cas, de manière
vraiment ahurissante », a-t-il dit.
Comme annoncé en février, la MaisonBlanche
compte, durant l’exercice 2010 (qui débutera en
octobre), réduire le déficit public aux
environs de 1200 milliards de dollars, contre 1750 milliards
estimés pour l’exercice en cours (qui s’achève
en septembre).
La moitié des économies proviennent du budget
de la Défense, qui continue cependant d’augmenter
à un moment où les États-Unis restent
engagés en Afghanistan et en Irak.
Les
subventionsagricoleset l’éducationsont aussi des
sources d’économies importantes.
Symbolisant la volonté d’éliminer le superflu,
le Bureau de gestion et du budget de la Maison-Blanche a
publié un document qui énonce 121
dépenses obsolètes et inefficaces
supprimées ou considérablement
réduites.
La somme de 17 milliards de dollars ainsi
économisée est « une belle somme,
même dans les normes de Washington », a
jugé M. Obama.
Mais c’est « une fraction de pourcentage par rapport
aux milliers de milliards que ce budget ajouterait à
la dette publique », a tonné le chef de
l’opposition républicaine au Sénat, Mitch
McConnell. « Il est clair qu’il y a beaucoup plus
à faire pour protéger nos enfants et
petitsenfants », a-t-il insisté, mettant en
garde contre le poids de l’endettement pour les
générations futures.
Le Congrès à majorité démocrate
avait approuvé à la fin du mois d’avril un
projet de budget préliminaire, et doit maintenant se
prononcer sur ce projet détaillé.
« Même si le Congrès ne devrait pas
donner son accord à tous les changements
proposés par l’exécutif, le processus (d’audit
sur les dépenses inutiles) et les projets qui en
résultent sont un pas dans la bonne direction et un
signe de discipline budgétaire », a
estimé le président de la commission
budgétaire de la Chambre des représentants,
John Spratt.
« Un code des impôts plein de failles »
Obama
engage la lutte contre l’évasion fiscale et
espère récupérer 210 milliards en 10
ans
— Le président Barack Obama a engagé hier le
combat contre les paradis fiscaux et la fraude à
l’impôt, en même temps qu’il promettait des
mesures incitatives aux sociétés qui
créeraient des emplois aux ÉtatsUnis
plutôt que de les délocaliser à
l’étranger.
Barack
Obama et le secrétaire au Trésor, Timothy
Geithner, en conférence de presse hier. Le
président s’en est pris à ces
Américains, individus ou entreprises, qui « se
dérobent » à leurs
responsabilités.
Au total, les mesures annoncées hier, associées
à d’autres à venir, doivent faire rentrer 210
milliards de dollars sur 10 ans dans les caisses de
l’État américain, a indiqué M. Obama.
M. Obama s’en est pris à ces Américains,
individus ou entreprises, qui « se dérobent
» à leurs responsabilités, «
encouragés par un système fiscal
défaillant » et servant les intérêts
des riches.
« Voilà un code des impôts plein de failles
qui fait qu’il est parfaitement légal pour des
sociétés de ne pas payer ce qu’elles devraient.
Voilà un code des impôts grâce auquel il
est beaucoup trop facile pour un petit nombre de particuliers
et de sociétés d’abuser des paradis fiscaux pour
éviter de payer la moindre taxe. Et voilà un
code des impôts qui dit que vous paierez moins
d’impôts si vous créez un emploi à
Bangalore, en Inde, que si vous le créez à
Buffalo, dans l’État de New York », s’est
ému M. Obama.
M. Obama a montré du doigt les paradis fiscaux comme
les îles Caïmans, territoire britannique des
Caraïbes, où, selon la Maison-Blanche, 18 857
sociétés sont enregistrées à la
même adresse.
Priorité
La lutte contre les paradis fiscaux constitue une des
priorités de certains partenaires des États-Unis
dans l’action concertée du G20 (les pays
industrialisés et émergents) contre la crise
financière mondiale.
M. Obama et son administration visent en particulier des
dispositions permettant à des sociétés de
soustraire à l’impôt des filiales à
l’étranger. Ces sociétés
transfèrent vers ces filiales des revenus qui
échappent ainsi au fisc américain.
Selon la
Maison-Blanche, 83 des 100 plus grandes sociétés
américaines ont des filiales dans des paradis fiscaux.
M. Obama a aussi dans le collimateur les riches
américains qui placent leur argent sur des comptes of
fshore sans avoir beaucoup à redouter du fisc. Le
gouvernement américain propose ainsi que des
institutions financières étrangères
traitant avec les États-Unis signent avec ces derniers
un accord: elles auraient à partager autant
d’informations sur leurs clients américains que ne le
font les institutions financières américaines,
faute de quoi elles seraient supposées faciliter
l’évasion fiscale et pourraient être
sanctionnées de taxes sur les versements à leurs
clients.
L’administration demande au Congrès de
légiférer sur le sujet.
Elle veut par ailleurs mettre fin à la
possibilité de déductions fiscales pour les
sociétés américaines qui créent
des emplois à l’étranger, a dit M. Obama.
L’administration compte récupérer 103,1
milliards de dollars en supprimant les avantages fiscaux qui
favorisent selon elle la création d’emplois à
l’étranger.
El le r isque cependant de rencontrer des résistances
au Congrès et de la part du monde des affaires.
Ces réticences pourraient apparaître avec la
présentation de la version complète du premier
budget de M. Obama pour 2009, en mai. Ce budget,
étoffant les grandes lignes budgétaires
déjà présentées plus tôt
cette année, contiendra d’autres mesures
réformant la fiscalité.
C’est une combinaison de mesures annoncées hier et
contenues dans le budget qui doit faire économiser 210
milliards sur 10 ans.
Le budget prévoit le renforcement des effectifs du fisc
avec 800 employés à temps plein pour traquer et
faire juger les fraudeurs.
Un pays à crédit - NICOLAS
BÉRUBÉ
Les abus des
agences de crédit font sortir les Américains de
leurs gonds Barack Obama n’a pas l’habitude d’exposer sa
colère en public. Or, cette semaine, le
président des États-Unis a accusé les
compagnies de cartes de crédit d’arnaquer ( rip off )
les c
Payer des souliers à 75$ avec une carte de plastique
est bien plus attrayant que de sortir quatre billets de 20$ et
d’avoir un portefeuille vide.
— Demandez à des Américains assis autour d’une
table pour souper de vous raconter leurs mésaventures
avec les cartes de crédit, et vous ferez mieux d’aller
chercher une autre bouteille de vin à la cuisine: la
soirée sera longue.
Comme
de nombreux enfants, la petite Sasha Obama salue son
père, à son retour d’une autre dure
journée au bureau. Peu de parents, toutefois,
reviennent chaque jour de la Maison-Blanche ou rentrent
à la maison en hélicoptère. Mais un
papa reste un papa, et c’est avec enthousiasme que la
fillette de 7 ans souhaite la bienvenue à son
président de père.
« J’ai 5000$ de dettes sur ma carte, lance Lucy, 26 ans,
responsable de la mise en marché dans une boutique J.
Crew à Santa Monica.
« J’ai acheté des choses inutiles, je le
reconnais. Mais je fais mes paiements. La compagnie
n’arrête pas d’augmenter les frais et le taux
d’intérêt. Mon taux est à 30%. Ça
devrait être illégal. »
Un rire sarcastique fuse à l’autre bout de la table.
« Il y a quelques années, j ’avais 30 000$ de
dettes sur ma carte, explique Sue, musicienne
indépendante qui gagne sa vie en faisant de la pub. Mon
taux d’intérêt a bondi à 25%. J’ai
dû laver des voitures, repeindre des maisons et promener
des chiens pendant cinq ans pour arriver à m’en sortir.
Ils ont fait de l’argent avec moi. »
Peu de sujets non liés à la politique et au
sport professionnel ont la capacité de faire sortir les
Américains de leurs gonds. Les cartes de crédit
sont de ceux-là.
Samedi dernier, le président Obama a accusé les
compagnies de cartes de crédit d’arnaquer ( rip off)
les consommateurs en imposant des pénalités
arbitraires ou des frais cachés et en haussant
rétroactivement leurs taux d’intérêt.
« Assez, c’est assez, a dit le président. Les
compagnies nous attirent avec des promesses de taux
très bas et se réservent le droit de faire
bondir ces taux en tout temps, sans raison – même sur
les achats qui datent de plusieurs mois. »
« Cerveau sous anesthésie »
La
facilité de faire des dépenses avec une carte de
crédit est abondamment documentée. Payer des
souliers à 75$ avec une carte de plastique est bien
plus attrayant que de sortir quatre billets de 20 $ et d’avoir
un portefeuille vide. George Loewenstein, spécial iste
de neuro-économie à l’Université
Carnegie-Mellon, soutient que la nature des cartes de
crédit « fait en sorte que le cerveau est
anesthésié contre la douleur du paiement
».
Les géants du crédit l’ont compris. L’an
dernier, les compagnies de cartes de crédit ont
envoyé 5,3 milliards de prospectus par la poste aux
ÉtatsUnis, une moyenne de 15 par adulte.
Les Américains utilisent leurs cartes de crédit
pour rénover leur maison, acheter une voiture, payer
les frais de scolarité de leurs enfants. Aujourd’hui,
la famille américaine moyenne a 9000$ de dettes en
cartes de crédit. Et la plupart paient des frais
importants. En 2008, les consommateurs ont
déboursé 17 milliards en
pénalités.
(Si vous croyez que seuls les gens naïfs ou peu
avisés se font prendre dans la spirale des dettes,
lisez le texte « My Personal Credit Crisis »
d’Edmund L. Andrews, qui paraîtra demain dans le New
York Times Magazine. M. Andrews, un journaliste
économique pour le Times, y raconte ses déboires
avec les compagnies de cartes de crédit, qui lui
demandaient 28% d’intérêt. « Je me sentais
comme un consommateur de crack qui téléphonait
à son revendeur », écrit-il.)
Des règles sévères établies par la
Réserve fédérale pour limiter les hausses
des taux d’intérêt des cartes de crédit
entreront en vigueur en juillet 2010.
Or, le président veut des changements dès
aujourd’hui et demande au Congrès d’adopter un projet
de loi en ce sens. Une tâche difficile : plusieurs
sénateurs démocrates sont réticents
à placer des bâtons dans les roues des compagnies
de crédit, qui craignent de voir leurs revenus chuter
en période de difficultés économiques.
Qu’à cela ne tienne, M. Obama fait pression pour que la
loi soit adoptée avant la fin du mois. S’il gagne son
pari, les taux seront limités à 15% et les frais
arbitraires seront abolis.
Durant une rencontre publique au Nouveau-Mexique, cette
semaine, le président était accompagné
d’une résidante locale, Christine Lardner, une
mère de famille qui a vu le taux d’intérêt
de sa carte passer à 30% après une transaction
faite par erreur et qui a dépassé sa limite de
crédit.
« La compagnie a dit qu’elle était parfaitement
dans son droit de hausser notre taux, a dit Mme Lardner.
Augmenter mon taux d’intérêt à 30% est
abusif et corrompu. Les pratiques comme celle-là sont
peut-être légales, mais elles sont
éthiquement indéfendables. »
Le Trésor américain veut
« protéger les consommateurs »
— Le
secrétaire au Trésor américain, Timothy
Geithner, a souligné hier que sa réforme de la
régulation financière, en cours
d’élaboration, doit permettre une meilleure
protection des consommateurs.
«
Trop
de consommateurs ont été exposés
à des risques à cause d’une
régulation laxiste », a dit hier le
secrétaire au Trésor américain,
TimothyGeithner.
« L’innovation financière a augmenté le
nombre de produits et services financiers auxquels les
consommateurs peuvent avoir accès », a
relevé M. Geithner à la Commission bancaire du
Sénat.
« Ces changements ont apporté de nombreux
bénéfices, mais nous devons faire en sorte que
lorsque les ménages choisissent de s’endetter, ou
d’investir leurs économies, il y ait des
règles claires et justes pour empêcher les
manipulations, les tromperies et les abus », a
ajouté M. Geithner dans sa déposition
écrite.
« Trop de consommateurs ont été
exposés à ces risques à cause d’une
régulation laxiste », a estimé M.
Geithner, pour qui il faut rendre les choses plus simples
afin que les « choix financiers qui s’offrent aux
consommateurs soient clairs, raisonnables et adéquats
».
Le
secrétaire au Trésor a ainsi redit sa
volonté de s’attaquer aux racines de la crise
actuelle, provoquée par le laxisme des normes de
prêt et le développement immodéré
des crédits hypothécaires à risque. Ce
marché s’est écroulé comme un
château de cartes à l’été 2007
avec la baisse des prix de l’immobilier.
M. Geithner avait dévoilé à la fin de
mars un projet de réforme de la régulation
financière, qui doit maintenant être mis au
point en concertation avec le Sénat.
Le Trésor souhaite durcir les normes existantes et
assujettir au contrôle des autorités un grand
nombre d’entreprises ou de marchés qui y
échappaient jusqu’ici. Un des axes affichés de
la réforme est la protection du consommateur.
Selon le Washington Post, le gouvernement envisageait la
création d’une autorité de régulation
des produits financiers responsable de protéger les
consommateurs, en chapeautant entre autres les prêts
immobiliers et les fonds communs de placement.
Sans confirmer cette information, un responsable du
Trésor a indiqué à l’AFP que, dans le
cadre de l’élaboration de la réforme de la
régulation, le Trésor organisait
régulièrement des tables rondes et qu’il avait
notamment rencontré « des groupes de
consommateurs et d’investisseurs ».
Obama gagne un vote « historique
»
Ce vote
rapproche les États-Unis « de la fin de
près d’un siècle de lutte ».
WASHINGTON a montré clairement la division entre
démocrates et républicains sur ce dossier.
PHOTO SAUL LOEB, AFP
Le
président américain Barack Obama et sa
famille ont quitté jeudi matin la
Maison-Blanche pour Hawaii, où ils vont passer
les fêtes de fin d’année. Le
président avait retardé son
départ en vacances pour être
présent à Washington lors du vote par le
Sénat de la réforme de la couverture
maladie, l’une des mesures phares du début de
son mandat.
Le plus dur est peut-être encore à venir:
un compromis devra être trouvé entre le
texte du Sénat et la version notablement
différente déjà votée
à la Chambre des représentants. Les
démocrates estiment toutefois être
allés trop loin pour échouer maintenant.
Le vote du Sénat est un succès
appréciable pour Barack Obama, qui a vécu
une année souvent chaotique. Sa cote de
popularité est tombée à environ 50%
alors qu’il doit gérer un chômage
élevé, une montée de la violence en
Afghanistan et un débat sur la santé qui
divise l’opinion.
Le texte pourrait avoir un impact déterminant sur
les élections de mi-mandat en 2010, voire sur les
chances de réélection de Barack Obama en
2012.
Après le vote, le chef de la minorité
républicaine à la Chambre des
représentants, John Boehner, s’est livré
à une attaque en règle du texte, le
qualifiant de «monstruosité» et
dénonçant «la prise de
contrôle du système de santé par le
gouvernement démocrate».
Le texte instaure pour la première fois le
principe d’une couverture santé obligatoire pour
presque tous les Américains et prévoit des
aides pour permettre aux gens à faible revenu d’y
accéder. Les entreprises seraient de leur
côté incitées à fournir une
couverture médicale à leurs
employés par un mélange de crédits
d’impôts et de sanctions.
La réforme, évaluée à
près de 1000 milliards de dollars en 10 ans, sera
financée par des impôts, des cotisations et
des coupes dans le programme d’assurance médicale
publique pour les personnes âgées
(Medicare). Si elle est appliquée comme
prévu, elle permettra une réduction des
déficits publics de 130 milliards de dollars
durant les 10 prochaines années, selon le Bureau
du budget du Congrès.
M.
Obama a réaffirmé jeudi que le texte
aiderait à mettre fin à des pratiques
très critiquées des assureurs
américains, comme le fait de refuser de couvrir
un client en raison d’une maladie préexistante.
De fait, la nouvelle loi interdit aux assureurs de
refuser des prises en charge ou de faire payer des
primes plus élevées à cause de
maladies préexistantes.
Certains membres de l’aile gauche du Parti
démocrate ne sont pas emballés par le
texte du Sénat, estimant qu’il ne va pas assez
loin en laissant 24 millions de personnes sans assurance
santé. Selon des analystes, la loi
étendrait la couverture médicale à
environ 94% des Américains âgés de
moins de 65 ans, un total dont sont exclus les
immigrés clandestins.
Vacances
Par ailleurs, Barack Obama et sa famille ont
quitté jeudi matin la Maison-Blanche pour Hawaii,
où ils vont passer les fêtes de fin
d’année. Le président avait retardé
son départ en vacances pour être
présent à Washington lors du vote.
Les vacances de Noël à Hawaii sont une
tradition pour la famille Obama. Le président est
né en 1961 dans l’archipel et y a passé
une grande partie de sa jeunesse.
Selon le j ournal local Honolulu Advertiser, les Obama
vont résider dans une villa de cinq pièces
en bord de mer dans le village de Kailua, à 19 km
au nord-ouest d’Honolulu, où des mesures de
sécurité, comme des barrières en
béton et des interdictions de stationner, sont
visibles depuis plusieurs jours.
Aucune activité publ ique n’est prévue
pendant le séjour des Obama, qui prendra fin le 3
janvier, a indiqué la Maison-Blanche.
La réforme reste « très solide
», assure le conseiller d’Obama
WASHINGTON — Le principal conseiller du président
Obama, David Axelrod, a défendu hier le projet de
loi destiné à élargir
l’accès à l’assurance maladie aux
ÉtatsUnis, malgré les modifications
apportées au texte initial de la Maison-Blanche,
et a exhorté les sénateurs à
l’adopter.
PHOTO JAY MALLIN,
ARCHIVES BLOOMBERG
Bien
que
le projet de loi n’instaure pas d’« option
publique », c’est-à-dire une assurance
maladie publique qui serait mise en concurrence avec
des assurances privées, comme le souhaitait M.
Obama, il est tout à fait conforme à la
promesse formulée par le président, a
estimé hier son principal conseiller, David
Axelrod.
M. Axelrod a jugé sur CNN que le projet de loi
sur lequel les sénateurs vont devoir se prononcer
dans les prochains jours est « très,
très solide ».
Bien que le texte n’instaure pas d’« option
publique », c’est-à-dire une assurance
maladie publique qui serait mise en concurrence avec des
assurances privées, comme le souhaitait M. Obama,
il est tout à fait conforme à la promesse
formulée par le président, a estimé
David Axelrod.
Dans un éditorial publié dans le New York
Times d’hier, le vice-président Joe Biden dit, de
son côté, « partager la frustration
de certains autres sénateurs progressistes
» quant à l’absence d’« option
publique » dans le texte de loi.
Mais « même si elle n’est pas parfaite,
cette proposition de loi n’est pas médiocre, elle
est, au contraire, très bonne »,
écrit M. Biden, ajoutant que la réforme
permettra « à 30 millions
d’Américains sans assurance maladie d’avoir
accès à une couverture maladie à
portée de leurs finances ».
M.
Axelrod a encore assuré sur CNN que « nous
sommes sur le point de tenir notre promesse (...) et de
remporter une grande victoire au profit du peuple
américain. Il va être encore plus en
sécurité, ses dépenses de
santé vont baisser et il sera un peu plus en
position de force face aux assureurs », faisant
écho à M. Obama qui avait estimé la
veille qu’« après un demi-siècle de
bataille, nous sommes sur le point de faire aboutir la
réforme de la couverture maladie aux
États-Unis ».
Le président américain avaient pris la
parole après que le dernier sénateur
démocrate encore indécis, Ben Nelson, eut
manifesté son ralliement à la
réforme.
Ce dernier réclamait une disposition garantissant
l’interdiction de l’utilisation de fonds publics pour
financer des procédures d’avortement, et a
estimé avoir obtenu gain de cause.
L es c hefs démoc r ates misaient sur un premier
vote des sénateurs pour clore les débats
dans la nuit d’hier à aujourd’hui vers 1h, avant
un vote final le 24 décembre, conformément
au délai qu’ils s’étaient fixé.
Une fois que le Sénat aura adopté son
propre texte, il devra être fusionné avec
celui de la Chambre.
RÉFORME DE LA SANTÉ Le
Sénat américain dit « oui » au
débat
WASHINGTON
— Toutes les voix comptaient et pas une seule n’a
manqué: les 58 sénateurs démocrates
et leurs deux alliés indépendants ont
voté samedi soir pour l’ouverture du débat
sur la réforme de santé défendue par
le président Obama. La couverture maladie
universelle doit toutefois encore franchir de nombreux
obstacles avant de devenir réalité aux
États-Unis.
Sur les 40 sénateurs républicains, seul un
s’est abstenu. Le « oui » l’a donc
emporté par 60 voix contre 39, la majorité
des deux tiers étant requises pour empêcher
l’opposition de faire barrage à l’examen du texte
en séance plénière. Le marathon
législatif reprendra après le congé
de l’Action de Grâce, qui sera
célébré jeudi aux États-Unis.
Même
procédurale,
c’est une victoire pour Barack Obama, qui ne
ménage pas ses efforts depuis un an pour faire
passer la réforme la plus importante du
système de santé américain depuis
au moins un demi-siècle. Le démocrate Bill
Clinton avait échoué bien avant cette
étape dans les années 1990.
Le por te-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a
salué hier un vote qui constitue « un pas
en avant vers la fin des abus des assureurs, la
maîtrise des coûts de santé qui
flambent (...) et l’extension d’une couverture
santé de qualité à ceux qui n’en
ont pas ».
Le texte prévoit l’extension de l’assurance
maladie à quelque 31 millions d’Américains
qui n’en possèdent pas actuellement en taxant les
assureurs et les plus riches. Les experts
budgétaires du Congrès estiment le
coût de la réforme à 979 milliards
US sur dix ans.
L’épicerie ou les médicaments
? - Isabelle Kretz
Les
Américains sont confrontés à des
choix déchirants auxquels les Canadiens n’ont pas
à faire face
Je peux témoigner que les excellents reportages
de Richard Hétu et Nicolas Bérubé
sur le système de santé aux
États-Unis ( La Presse, 13 octobre) donnent un
portrait désolant, mais fidèle de la
situation.
En Caroline du Nord, je suis travailleuse sociale au
sein d’un des secteurs du programme Medicaid – le
programme d’assurance maladie pour les gens vivant sous
le seuil de pauvreté officiel. Mes clients sont
des adultes handicapés ou âgés de
plus de 65 ans. Mon travail consiste à
déterminer une fois par année s’ils
remplissent toujours les conditions
d’admissibilité au programme: avoir
été reconnu comme personne
handicapée mentale ou physique par le Social
Security Administration, avoir un revenu mensuel de
moins de 923$ et avoir des réserves comptables de
moins de 2000$. Medicaid paiera alors tous leurs soins
médicaux et leurs médicaments.
Mais ceux, parmi mes clients, dont le revenu mensuel
dépasse 923 $ doivent s’acquitter d’une franchise
de plusieurs milliers de dollars avant d’avoir droit
à Medicaid. Je vois ainsi tous les jours des gens
faisant face à des dilemmes inconnus par les
Canadiens : payer l’électricité ou les
médicaments ; faire l’épicerie ou
consulter le médecin (parce que j’ai
décidé de payer
l’électricité la semaine dernière
plutôt que mes médicaments… et que mon
hypertension me donne des maux de tête).
Et il y
a les cas extrêmes qui chavirent encore plus mon
coeur de Québécoise. Pendant 20 ans, un de
mes clients, soudeur de métier, a profité
de l’assurance maladie payée par son employeur.
Il s’est retrouvé un jour sans travail – et donc
sans assurance maladie. On lui a diagnostiqué peu
de temps après une maladie terminale du foie
nécessitant une greffe. Au moment de la greffe,
n’ayant aucun revenu et ayant épuisé ses
économies, il a eu droit à Medicaid, qui a
couvert les coûts reliés à la
greffe.
Mais voici l’ironie : on lui a récemment
alloué une pension d’invalidité qui hausse
son revenu au-dessus de la limite maximale de 923$ de
Medicaid, qui avait jusqu’à maintenant couvert le
coût très élevé de ses
médicaments immunodépresseurs. « Je
n’ai pas assez d’argent pour vivre et payer mes
médicaments. Et sans ces médicaments, je
meurs », m’a-t-il dit, la voix larmoyante, quand
je lui ai expliqué qu’il devait dès lors
couvrir une franchise de plus de 7000$ tous les six
mois, pour avoir droit à Medicaid.
I mpuissante, le seul conseil que je pouvais lui offrir
était de faire des demandes auprès des
compagnies pharmaceutiques, celles-ci ayant un programme
d’aide pour les plus démunis. Comble d’ironie,
s’il devait un jour avoir les moyens de souscrire une
assurance médicale, aucune compagnie ne voudra
l’assurer, puisqu’il a une condition
préexistante…
Aucun système de santé n’est parfait –
même pas le système canadien, on le sait.
Mais personne au Canada ne doit s’endetter,
hypothéquer son avenir ou faire faillite pour se
soigner, pour rester en vie. Je connais beaucoup
d’Américains qui, comme moi, espèrent que
la réforme qui se décidera à
Washington leur donnera cette chance.
États-Unis / Réforme du système
de santé : Une étape
décisive est franchie au Sénat - Emannuelle
Parisse
États-Unis
WASHINGTON — La réforme du système de
santé du président américain Barack
Obama a franchi une étape, hier, avec le vote
décisif de la commission des Finances du
Sénat, qui a rallié une voix de
l’opposition.
PHOTO JEWL SAMAD, AFP
Au
début du mois, une grande manifestation a
réuni à Washington des dizaines de
milliers d’opposants à la réforme du
système de santé concoctée par la
Maison-Blanche. Depuis, de compromis en compromis,
d’alliance en alliance, le projet fait son chemin,
d’abord au Sénat, puis à la Chambre des
représentants.
Le projet de loi obtient 14 voix contre 9, soit les 13
démocrates de la commission et la
sénatrice républicaine
modérée Olympia Snowe, qui devient la
première de son camp à se rallier aux
démocrates sur ce sujet. « Quand l’histoire
appelle, l’histoire appelle », a-t-elle
déclaré.
Ce soutien représente une première
victoire pour les démocrates et la Maison-Blanche
engagés depuis plusieurs mois dans ce projet.
Le plan de réforme de la couverture maladie,
l’une des grandes priorités législatives
de la présidence de Barack Obama, se rapproche
donc un peu plus d’un débat sur le parterre du
Sénat, un stade auquel un tel projet de
réforme n’était jamais parvenu auparavant.
« Pente glissante »
Hier, plusieurs sénateurs ont souligné que
la bataille pour cette réforme avait
commencé il y a une centaine d’années,
avec les propositions du président
Théodore Roosevelt.
«
Nous restons engagés à adopter une loi qui
fasse baisser les coûts, engendre de la
concurrence (dans le secteur des assurances),
améliore la qualité des soins et laisse le
choix (du prestataire) », a écrit dans un
communiqué le chef de la majorité
démocrate, Harry Reid, qui s’est
félicité du vote.
Le président de la commission des Finances, Max
Baucus, avait ouvert la séance d’hier en disant :
« Presque t out a été dit ,
maintenant i l est temps d’agir. »
De son côté, le sénateur Charles
Grassley, le plus haut représentant
républicain de la commission des Finances, a
regretté que le plan des démocrates n’ait
pas fait une place aux idées
républicaines. « Il est clair que ce projet
de loi s’oriente déjà sur la pente
glissante d’un plus grand contrôle de la
santé par le gouvernement », a-t-il dit.
Réduire le déficit
Le projet concocté par la commission des Finances
a l’avantage d’avoir reçu un estimation
avantageuse quant au coût. Le Bureau du budget du
Congrès (CBO) a publié une étude de
ce texte qui conclut qu’il réduirait le
déficit budgétaire américain de 81
milliards sur 10 ans.
Par ailleu r s , les discussions se poursuivent
notamment sur l ’opportunité d’inclure dans la
réforme une « option publique » qui
serait en concurrence avec les assurances
privées. Le plan de M. Baucus n’en comporte pas,
au contraire de celui de la commission de la
Santé et des versions mises en avant à la
Chambre des représentants.
Le t exte de l a commission des Finances est central
dans une controverse qui divise démocrates et
républicains, mais aussi les démocrates
entre eux, et la Chambre et le Sénat. I l est en
effet censé maintenir la cohésion des
démocrates et peutêtre rallier des
républicains modérés au moment de
l’adoption finale du texte.
Le cauchemar des Américains -
RICHARD HÉTU
Après plusieurs semaines de tractations,
l’influente commission des Finances du Sénat
américain tiendra aujourd’hui un vote crucial sur
un projet de réforme de la santé qui
pourrait ouvrir la porte à un débat
houleux et historique en séance
plénière. Ce plan pourrait non seulement
réduire de 29 millions le nombre
d’Américains non assurés, mais
également aider les dizaines de millions
d’Américains qui sont sous-assurés en
raison de l’attitude controversée des compagnies
d’assurances.
NEW YORK — Le verdict est tombé le 23 janvier
2008, soit six jours avant l’arthroplastie discale que
devait subir Kim Kutcher, une ex-infirmière de 44
ans: sa compagnie d’assurance maladie, Anthem Blue
Cross, refusait de couvrir les frais de cette nouvelle
intervention, qui consiste à remplacer un disque
intervertébral par une prothèse.
PHOTO ARCHIVES REUTERS
La
réforme de la santé proposée par
Barack Obama n’a pas pour objectif d’abattre les
compagnies d’assurances, mais elle pourrait en aider
plusieurs en obligeant les assureurs à couvrir
certains traitements ou à s’entendre sur le
maximum qu’un assuré pourrait devoir payer de
sa poche pour un traitement.
« La compagnie a justifié sa
décision en disant qu’il s’agissait d’une
intervention expérimentale, alors qu’elle est
approuvée par le gouvernement
fédéral depuis le mois d’août
2006», a expliqué Mme Kutcher à La
Presse, au cours d’un entretien
téléphonique.
Ayant déjà subi plusieurs traitements dans
l’espoir vain d’éliminer ses maux de dos, Kim
Kutcher a décidé de se faire opérer
quand même. Elle entendait contester plus tard le
verdict de son assureur. Au fil des mois, elle aura
réussi à faire passer la facture de
l’hôpital de 137 000$ à 60 000$, mais
Anthem Blue Cross refuse toujours de lui rembourser ne
serait-ce qu’un cent de cette somme.
«Ils ont invoqué toutes les excuses
possibles pour refuser de payer», raconte Kim
Kutcher, qui vit à Dana Point, en Californie,
avec son mari, dont l’assurance maladie devrait en
théorie couvrir les soins médicaux de
toute la famille.
« Je les hais, ajoute Mme Kutcher en parlant des
assureurs privés en général.
J’espère que cette industrie finira par
mourir.»
Une réforme nécessaire
La réforme de la santé proposée par
Barack Obama et ses alliés démocrates du
Congrès n’a pas pour objectif d’abattre les
compagnies d’assurances, mais elle pourrait aider des
personnes comme Kim Kutcher en obligeant les assureurs
à couvrir certains traitements ou à
s’entendre sur le maximum qu’un assuré pourrait
devoir payer de sa poche pour un traitement.
Kim Kutcher fait partie des quelque 25 millions
d’Américains qui étaient
«sous-assurés», en 2007, selon les
dernières données du gouvernement
fédéral, soit une augmentation de 60%
depuis 2003. Tombent dans cette catégorie tous
ceux dont la couverture médicale ne les
protège pas contre des dépenses
médicales élevées. Ces
«sous-assurés» s’ajoutent
évidemment aux quelque 47 millions de personnes
qui n’ont aucune couverture médicale aux
États-Unis.
Robert
Floyd, ex-plombier de Williamsport, en Pennsylvanie,
s’est également retrouvé dans la
catégorie des sous-assurés lorsque sa
femme a été obligée de souscrire
une nouvelle assurance médicale chez son
employeur.
« L’a ssu reu r ref usa it de couvrir les
traitements dus à une condition
préexistante », explique M. Floyd, 59 ans,
qui s’est fait opérer pour des problèmes
de rétine et pour un cancer du rein à la
fin de 2007. « Non seulement notre couverture
médicale nous coûtait plus cher qu’avant,
mais il fallait également payer de notre poche
tous les traitements pour mon cancer et ma
rétine. Nous avons dû nous endetter de
plusieurs milliers de dollars avant de trouver une
meilleure solution. »
Option publique
La réforme de la santé à
l’étude au Congrès interdirait aux
assureurs privés de refuser une couverture
à cause d’antécédents
médicaux.
«Le statu quo ne peut plus durer, dit Robert
Floyd. Cela n’a pas de sens. Les assureurs privés
peuvent faire ce qu’ils veulent.»
S’il n’en tenait qu’à Kim Kutcher, les
États-Unis se débarrasseraient des
assureurs privés en adoptant un système de
santé à payeur unique. Sachant que son
pays n’est pas encore prêt pour un tel
modèle, l’ex-infirmière se satisferait
d’un régime public qui concurrencerait les
assureurs privés.
Barack Obama et plusieurs parlementaires
démocrates se sont exprimés en faveur d’un
tel système appelé «option
publique» dans le jargon politique de Washington.
«La population américaine est largement en
faveur de l’option publique, dit-elle. J’espère
qu’elle survivra aux marchandages des prochaines
semaines et que non seulement les travailleurs pauvres
pourront en bénéficier, mais aussi les
gens de la classe moyenne comme moi. Nous sommes
bombardés de factures médicales.»
Comment les compagnies d’assurances mettent les
États-Unis en danger - Nicolas
Bérubé
LOS
ANGELES — Pendant 15 ans, Wendell Potter a
travaillé aux relations publiques de CIGNA, un
géant de l’assurance maladie privée aux
États-Unis. En tant que directeur des
communications, son rôle était de veiller
à ce que les plaintes des clients ne mettent
pas la compagnie dans l’embarras. M. Potter a remis sa
démission l’an dernier. Il milite depuis en
faveur d’une assurance maladie publique aux
États-Unis. La Presse l’a interviewé. Q
Après
une carrière fructueuse passée à
CIGNA, vous avez remis votre démission l’an
dernier. Qu’est-ce qui vous a poussé à
prendre cette décision ? R À
l’été 2007, je suis allé passer
quelques jours chez mon père, au Tennessee. Un
matin, j’ai lu dans le journal local qu’une «
expédition de santé » allait avoir
lieu tout près, dans un terrain de foire, en
Virginie. Cela a piqué ma curiosité.
J’ai donc emprunté la voiture de mon
père et je suis allé faire un tour. Ce
que j’ai vu m’a scié. Des milliers de personnes
sans assurance ma l a d ie a t t e nda ie nt de s
heures en file pour voir un médecin ou un
dentiste. Les spécialistes travaillaient en
public, protégés de la pluie par des
infrastructures conçues pour des animaux de
foire. Il n’y avait aucune intimité, tout
était ouvert. Plusieurs patients avaient dormi
dans leur voiture pour avoir une place. Je n’arrivais
pas à croire que tout ça avait lieu aux
États-Unis. Disons que cela a
accéléré une réflexion que
j’avais entreprise. Quelques mois plus tard, j’ai
remis ma démission. Q Près
de 50 millions d’Américains n’ont pas
d’assurance maladie. Vous n’avez pas découvert
ça du jour au lendemain ? R Durant la majeure
partie de ma carrière, j ’avais l’impression de
t rava i l ler pour une cause juste. J’avais un bon
salaire, un grand bureau. Je savais que 47 millions
d’Américains n’avaient pas d’assurance maladie.
Or, comme la plupart de mes collègues,
j’étais isolé de la « vraie vie
», de la réalité de ces gens. Tant
qu’on n’a pas côtoyé la misère,
tout cela reste théorique, ça reste une
statistique. Dans mon quotidien, j’étais
préoccupé par les profits de la
compagnie, par les attentes de Wall Street. C’est ce
qui vous occupe l’esprit, à ce
niveau-là. Q Comment
l ’ industrie s’y prend-elle pour répondre aux
attentes de Wall Street ? R L es a ssu reu rs t entent
pa r tous le s moyen s de limiter les
réclamations importantes. Par exemple, les gens
malades voient leurs primes grimper, année
après a n née. Bien des gens ne peuvent
plus payer ces primes. C’est prévu. Les clients
malades ne renouvellent pas leu r contrat et l ’a ssu
reu r perd un client qui nuisait à ses profits.
Des millions de personnes sont écartées
de cette façon. Q Cette
situation
est décrite dans le film Sicko, de Michael
Moore. Dans votre travail, vous avez été
appelé à critiquer le film et à
discréditer M. Moore. Comment cela
fonctionne-t-il ? R J’ai vu le film et mon rôle
était de trouver les failles, même si,
dans mon for intérieur, j’ai trouvé le
film très juste. Nous avons lancé une
campagne pour discréditer Moore. Nous avons
fait savoir aux élus démocrates du
Congrès que ce n’était pas une bonne
idée de parler du film, de soutenir ses
conclusions. S’ils le faisaient, ils s’exposaient
à des répercussions. La perte de
contributions financières ou bien une campagne
publicitaire visant à les discréditer.
Ça a fonctionné. Le film a
été marginalisé. Q Le
président Obama veut réformer
l’assurance maladie. De l’intérieur, quelle est
la position de l’industrie face à ces
bouleversements ? R Les compagnies ont peur d ’u ne
« option publ ique », car cela les
forcerait à diminuer leurs profits afin
d’être concurrentielles avec le gouvernement.
Or, les compagnies veulent une réforme pour une
raison bien simple : des milliards de dollars en fonds
publics sont en j eu. Une des idées
proposées est de forcer les gens à
acheter une police d’assurance privée, qui
serait en partie subventionnée par le
gouvernement. Les compagnies y voient une occasion en
or de faire croître leur industrie. C’est pour
cela qu’elles financent les lobbyistes, plus actifs
que jamais à Washington. Elles veulent une part
du gâteau. Q Vous
avez donné des entrevues à PBS, MSNBC et
CNN, mais les compagnies d’assurances n’ont pas
réagi à vos propos. Pourquoi ? R Je
pense que leur stratégie est de ne pas chercher
l’affrontement. L’affrontement crée la
controverse, et la controverse donne de la
visibilité. Je sais que CNN a essayé
d’obtenir qu’un représentant de l’industrie
vienne débattre avec moi en ondes. On a
répondu que personne n’était
disponible... Je crois qu’ils ont peur de mes
arguments, d’avoir l’air de patiner. Je connais leurs
méthodes, car je les ai appliquées
durant des années. Q Votre
vie
a changé du tout au tout depuis votre
départ. Comment vivez-vous votre nouveau
rôle de critique ? R C’est très
libérateur. Dans mon emploi, je devais toujours
peser mes mots, faire attention à ne pas mettre
la compagnie dans l’embarras. Plus j’étais
critique de mon travail, plus c’était
difficile. Aujourd’hui, personne ne me dit quoi dire,
quoi faire. Tant que des gens seront
intéressés à m’entendre, je vais
continuer de donner des entrevues.
Obama traité de menteur : des excuses
- Judith LaChapelle
Le
représentant républicain Joe Wilson, qui a
accusé mercredi soir le président
américain Barack Obama de mentir lors de son
discours devant le Congrès sur la réforme de
la protection santé, a regretté hier devant
la presse sa remarque « spontanée ». M.
Wilson a qualifié son commentaire de «
déplacé » et « regrettable
». De son côté, le président
Obama a dit hier accepter les excuses du parlementaire.

Obama : « Le temps des querelles est
révolu » - RICHARD HÉTU
Obama
exhorte le Congrès à adopter rapidement
une réforme du système de santé
NEW YORK — Après un mois d’août tumultueux
au cours duquel la conf iance des Américains
à son égard s’est effritée, Barack
Obama a tenté hier soirdereprendre lamainsur le
dossier de la santé. Il a exhorté le
Congrès à adopter rapidement une
réforme dont profiteraient des millions
d’Américains qui bénéficient d’une
assurance maladie et encore davantage ceux qui n’en ont
pas.
PHOTOJASON REED,
REUTERS
«
Je ne suis pas le premier président à
adopter cette cause, mais je suis
déterminé à être le dernier
», a déclaré Barack Obama, dans un
discours jugé crucial pour sa réforme,
mais aussi pour sa présidence.
« Je ne suis pas le premier président
à adopter cette cause, mais je suis
déterminé à être le dernier
», a déclaré Barack Obama, dans un
discours jugé crucial pour sa réforme et
sa présidence.
Le chef de la Maison-Blanche a explicité pour la
première fois les modalités d’une
réforme qui doit atteindre trois grands
objectifs. Il s’est employé à
décrire ces objectifs et à s’attaquer
à ce qu’il a qualifié de « mythes
» et de « mensonges » concernant la
réforme du système de santé.
Jusque-là, il avait tenté de rester
au-dessus de la mêlée et de laisser les
détails aux parlementaires.
« Le temps des querelles est révolu
», a-t-il déclaré. « Le temps
des petits jeux est terminé. Le moment d’agir est
arrivé. »
Tout en dénonçant « le même
spectacle pa r t isan qui ne fait que renforcer le
mépris que de nombreux Américains ont
envers leur propre gouvernement » , le
président s’est dit ouvert aux idées des
parlementaires démocrates et républicains.
«
Mais sachez ceci: je ne perdrai pas mon temps avec les
calculateurs pour lesquels il est de meilleure politique
de tuer ce plan que de l’améliorer »,
a-t-il dit, en allusion aux républicains qui ont
souhaité voir la réforme du système
de santé devenir son Waterloo.
En défendant son approche, le président
démocrate a insisté en premier lieu sur la
nécessité d’offrir « plus de
sécurité et de stabilité »
à ceux qui ont déjà une assurance
maladie. Il a ainsi promis qu’une nouvelle loi
interdirait aux assureurs de refuser une couverture
à cause d’antécédents
médicaux ou de retirer, sous un prétexte
ou un autre, leur couverture à des personnes
malades.
Il a également assuré que la
réforme fournira une assurance maladie aux
dizaines de millions d’Américains qui n’en ont
pas. Il s’est dit ouvert, pour atteindre cet objectif,
à l’instauration d’un régime public qui
coexisterait avec les assurances privées. Et il a
promis que la réforme freinera la croissance des
coûts de la santé.
À la fin de son allocution, il a fait appel
à la compassion de ses compatriotes. Il a
cité de façon émouvante une lettre
de TedKennedy, ardent défenseur de l’assurance
maladie universelle, qui lui a été remise
après la mort du sénateur.
« Ce à quoi nous faisons face, a-t-il
écrit, est d’abord et avant tout une question
morale. Ce qui est en jeu ne se réduit pas aux
détails d’une politique mais touche aux principes
fondamentaux de justice sociale et au caractère
de notre pays », a dit le président, qui a
notamment salué Victoria Kennedy, la veuve du
sénateur, assise à la gauche de sa femme,
Michelle.
C’est donc sur un ton émouvant que Barack Obama a
choisi de clore son allocution, qui faisait suite
à plusieurs sondages indiquant que la
réforme du système de santé minait
sa popularité.
« VOUSMENTEZ! »
Joe
Wilson, représentant républicain de la
Caroline-du-Sud, croyait peut-être qu’il assistait
à une simple réunion publique où
les détracteurs de Barack Obama peuvent dire tout
haut tout le mal qu’ils pensent de lui et de la
réforme du système de santé qu’il
propose. Barack Obama était en train de
s’attaquer aux « mythes » et aux «
mensonges » que ses adversaires ont
répandus selon lui au sujet de la réforme
du système de santé. Il venait de
démentir la rumeur selon laquelle les
immigrés clandestins pourraient profiter de la
réforme quand le représentant Wilson l’a
traité de menteur. « Vous mentez ! »
s’est écrié Wilson. La présidente
de la Chambre des représentants, la
démocrate Nancy Pelosi, lui a lancé un
regard assassin et le président s’est interrompu.
Il faut se demander si un président
américain a déjà été
apostrophé de la sorte lors d’un discours devant
les membres du Sénat et de la Chambre.
Santé: Obama monte au créneau
- Richard Hétu
NEW YORK
— Fragilisé par un débat de plus en plus
acrimonieux sur sa réforme du système de
santé, Barack Obama a tenu une réunion
publique au New Hampshire, hier après-midi, afin
de défendre un des principaux chantiers de sa
présidence et de dénoncer les «
tactiques de la peur » employées selon lui
par ses opposants.
PHOTO J. SCOTT
APPLEWHITE, ARCHIVES AP
Le
président Barack Obama fait campagne pour son
projet de réforme du système de
santé américain depuis plusieurs
semaines déjà. Plus tôt cet
été, il a prononcé un discours au
Children’s National Medical Center de Washington.
« Si nous sommes en désaccord, soyons-le
sur des choses réelles, pas sur des
déformations fantaisistes qui n’ont pas la
moindre similitude avec ce qui est vraiment
proposé », a déclaré le
président américain aux quelque 1800
personnes venues assister à la réunion
dans une école de Portsmouth.
Accusant ses détracteurs d’utiliser la peur comme
argument, le chef de la MaisonBlanche a notamment
nié les accusations formulées vendredi par
l’ancienne gouverneure d’Alaska, Sarah Palin, selon
lesquelles la réforme de santé permettrait
de mettre sur pied un « tribunal de la mort
» avec des « bureaucrates » qui
décideraient qui a le droit ou pas de recevoir
des soins.
« Je ne suis pas en faveur de cela, je veux
être clair là-dessus », a
déclaré le président, qui a
précisé que la réforme permettrait
de donner davantage d’information en fin de vie.
La
réunion publique de Portsmouth n’a pas
donné lieu au chahut qui a
caractérisé d’autres assemblées
d’information sur la réforme du système de
santé tenues par des parlementaires
démocrates. Hier matin, à Lebanon, en
Pennsylvanie, le sénateur Arlen Specter a
notamment été vivement pris à
partie par des électeurs qui
s’inquiétaient non seulement du coût
élevé du plan, mais également des
risques d’intrusion de l’État dans leur compte de
banque.
« Je suis républicaine », a
déclaré une femme, selon le compte rendu
de l’AFP. « Le problème, ce n’est pas la
réforme de la santé. Le problème,
c’est la transformation de ce pays en Russie, en pays
socialiste. »
Le débat sur la santé est tout aussi
houleux à la radio, à la
télévision et sur l’internet, où
les commentateurs dépassent parfois les limites
de la décence. La Maison-Blanche et des
organisations juives ont notamment dénoncé
l’animateur de radio Rush Limbaugh, qui a comparé
le président Obama à Adolf Hitler. «
Adolf Hitler, comme Barack Obama, a imposé ses
diktats », a déclaré Limbaugh la
semaine dernière. Un de ses concurrents, Glenn
Beck, a pour sa part établi un lien entre le
nazisme et la réforme du système de
santé.
Malgré la vigueur de l’opposition et le
scepticisme croissant d’une partie de la population, le
président a remporté une victoire
significative, fin juillet, lorsqu’une commission
influente de la Chambre des représentants a
adopté un compromis sur la réforme du
système de santé qui ouvrira la voie en
septembre à un vote de l’ensemble de la Chambre
des représentants. Le projet permet notamment
d’offrir des soins aux plus de 46 millions
d’Américains qui n’y ont pas accès. Elle
améliore aussi la liberté de choix et la
qualité des soins, selon Barack Obama.
La réforme est moins avancée au
Sénat, où l’influente commission des
Finances n’a pas encore accouché de son projet de
loi.
Le web contre « les tactiques de la
peur »
WASHINGTON — Le président américain Barack
Obama a répondu hier à ceux qui ont
recours aux « tactiques de la peur » pour
s’opposer à son ambitieuse réforme de la
santé, en lançant un site internet
destiné à tuer dans l’oeuf les rumeurs qui
entourent le projet.
Comme il l’avait fait pendant la campagne
présidentielle de 2008 avec le site
fightthesmears. com (« lutte contre la calomnie
»), le président américain a
lancé un nouveau site, whitehouse.gov/
realitycheck, consacré à défendre
sa réforme de la santé.
Le site dénonce notamment des rumeurs affirmant
que la réforme encourage ou même exige
l’euthanasie des personnes âgées.
« Les rumeurs et le recours aux tactiques de la
peur n’ont fait qu’augmenter au fur et à mesure
que plus de gens s’engagent dans le débat. Vu les
nombreuses affirmations scandaleuses qui circulent, il
est temps de s’assurer que chacun connaisse les faits
concernant la stabilité et la
sécurité que va apporter la réforme
», a expliqué dans un courriel David
Axelrod, le principal conseiller du président
américain. Désinformation
Cette initiative intervient alors que les alliés
démocrates de M. Obama dénoncent une
campagne de désinformation sur le sujet et les
perturbations orchestrées de rencontres entre les
parlementaires et la population pour expliquer la
réforme.
«
Étouf fer les opinions contradictoires n’est tout
simplement pas américain. Étouffer les
faits, c’est ce qui nous a fait échouer dans
cette tâche pendant des décennies »,
écrivent la présidente de la Chambre des
représentants, Nancy Pelosi, et le chef de la
majorité démocrate de la Chambre, Steny
Hoyer, dans une lettre publiée par le quotidien
USA Today.
La veille, le chef de la minorité
républicaine du Sénat, Mitch McConnell,
avait accusé les démocrates de chercher
à « diaboliser les citoyens qui sont
énergiques sur le sujet ».
L’ancienne candidate à la vice-présidence
Sarah Palin avait accusé vendredi M. Obama de
vouloir mettre en place des « tribunaux de la mort
» en réformant le système de
santé, avec des « bureaucrates » qui
décideraient qui a le droit ou pas d’être
soigné.
L’administration Obama espère un vote à
l’automne dans ce dossier sur lequel les administrations
démocrates successives se sont cassé les
dents.
Près de 50 millions d’Américains sont
dépourvus d’assurance santé. La
réforme actuelle vise à remédier
à cette situation.
Grippe pro-Obama - Sylvio
LeBlanc
Alors que le président Obama peine à
faire adopter sa vaste et indispensable réforme du
système de santé, la pandémie de grippe
A ( H1N1), qui inquiète six Américains sur 10,
pourrait changer la donne en sa faveur. Autant la crise
économique naissante à l’automne 2008 a
facilité son élection, autant la crise
sanitaire qui s’annonce pourrait l’aider à faire
passer sa réforme. La récession fait perdre
chaque jour leur assurance à 14 000
Américains, dans un pays où la couverture
médicale est pourvue en grande partie par
l’employeur. Qu’est-ce que ce sera quand la pandémie
frappera de plein fouet? En plus de faucher des vies, elle
videra les écoles, fera grimper les taux
d’absentéisme au travail et du chômage. La
pandémie pourrait faire de grands dommages d’ici
à ce que la réforme soit votée. Le cas
échéant, les électeurs
insécurisés pousseront les élus
réticents à dire oui à la
réforme Obama, sous peine de n’être pas
réélus.
Barack Obama persiste et signe
Malgré les doutes et les critiques, le
président garantit une réforme du
système de santé cette année
«
Ce débat n’est pas un jeu pour ces
Américains, et ils ne peuvent attendre plus
longtemps une réforme. »
COLLABORATION SPÉCIALE
— Barack Obama est catégorique: la réforme
du système de santé des États-Unis
deviendra réalité cette année,
malgré les doutes et les critiques croissants que
suscite le plus ambitieux chantier de sa
présidence.
Le chef de la Maison-Blanche a fait cette
prédiction hier soir, au cours de sa
quatrième conférence de presse
diffusée à une heure de grande
écoute, sachant que l’échec de son projet
pourrait lui coûter très cher sur le plan
politique. Il a également promis que la
réforme de l’assurance maladie n’augmenterait pas
le déficit du gouvernement « pour la
décennie à venir ».
En fait, selon le président, la réforme
est cruciale à l’effort de réduction du
déficit et de relance économique, un
argument qui va au-delà du discours traditionnel
concernant les dizaines de millions d’Américains
non assurés.
« Si nous ne réduisons pas ces
dépenses, nous ne parviendrons pas à
réduire notre déficit », a
déclaré Barack Obama au début d’une
conférence de presse qui aura été
dominée par le dossier de la santé.
« Nous adopterons une réforme qui diminuera
les coûts, encouragera la liberté de choix
et accordera une couverture de santé sur laquelle
tous les Américains pourront compter. Et nous le
ferons cette année », a-t-il ajouté.
Cet engagement ferme survient au moment où le
soutien à l’action du président Obama a
diminué, notamment dans les dossiers
névralgiques de la santé et de
l’économie, selon les sondages. Le scepticisme
croissant du public est partagé au Congrès
non seulement par les républicains, mais
également par certains démocrates
conservateurs, qui s’inquiètent du coût de
la réforme – estimé à plus de 1000
milliards de dollars – et de son financement.
Le
président a tenté de rassurer les uns et
les autres en insistant sur l’impact positif qu’aura la
réforme de la santé sur le déficit,
un jugement contesté. Il n’a cependant pas voulu
abandonner l’idée controversée de
soumettre les contribuables les plus riches à un
impôt supplémentaire de 1% à 5,4%
pour financer une partie de la réforme.
Il a également endossé la création
d’un programme d’assurance maladie géré
par le gouvernement pour faire concurrence aux assureurs
privés, un autre projet qui suscite une certaine
opposition chez les démocrates conservateurs et
l’opposition certaine des républicains.
Le président a évidemment
réservé ses commentaires les plus
critiques aux stratèges et parlementaires
républicains, qui disent vouloir « tuer
» la réforme afin de le « briser
» sur le plan politique.
« Soyons clairs: ce n’est pas de moi qu’il s’agit,
a-t-il dit. J’ai une excellente assurance maladie, et il
en est de même pour chaque membre du
Congrès. Ce débat est le reflet des
lettres que je lis chaque jour dans le Bureau ovale et
des histoires que j’entends dans les réunions
publiques… Ce débat n’est pas un jeu pour ces
Américains, et ils ne peuvent attendre plus
longtemps une réforme. Ils comptent sur nous pour
accomplir cette tâche. Et nous ne devons pas les
laisser tomber. »
Le président a défendu son empressement
à voir la Chambre des représentants et le
Sénat voter sur des projets de réforme.
« Je suis pressé parce que je reçois
chaque jour des lettres de familles assommées par
les coûts médicaux, et elles me demandent
de l’aide, a-t-il dit. Si on ne fixe pas de dates butoir
dans cette ville, rien n’arrivera. La position de
défaut est l’inertie. »
Avant la conférence de presse du chef de la
Maison-Blanche, la présidente de la Chambre des
représentants, Nancy Pelosi, avait indiqué
qu’elle disposait d’un nombre suffisant de voix pour
adopter un projet de réforme avant la pause
parlementaire du mois d’août. Le Sénat ne
devrait cependant pas se prononcer sur sa version avant
le mois de septembre.
La santé, Waterloo d’Obama?
- Richard Hétu
Des
démocrates modérés et conservateurs
ont également exprimé des
réticences à l’égard de la
réforme.
Trois pas en avant, deux pas en arrière:
voilà comment progresse la réforme du
système de santé des États-Unis
promise par Barack Obama, qui pourrait devenir la
réalisation la plus importante de sa
présidence ou, comme l’a souhaité un
sénateur républicain la semaine
dernière, « son Waterloo ».
Les progrès sont indéniables. La semaine
dernière, la Chambre des représentants a
présenté un plan détaillé
qui vise à diminuer les coûts, à
fournir de meilleurs soins et à améliorer
le système d’assurance santé en
élargissant notamment la couverture à 97%
des Américains. Pour financer une partie de la
réforme, dont le coût
s’élèverait à plus de 1000
milliards de dollars en 10 ans, la Chambre
prévoit un impôt supplémentaire de
1% à 5,4% pour les familles gagnant 350 000$ et
plus. Une autre partie du financement proviendrait des
économies réalisées grâce
à la réforme.
T rois commissions de la Chambre ont déjà
approuvé ce projet, qui devrait être soumis
au vote de l’ensemble des représentants avant les
vacances parlementaires d’août. La commission de
la santé du Sénat a également
donné son aval la semaine dernière
à une autre version de réforme.
Les progrès ne s’arrêtent pas là. La
réforme du système de santé jouit
d’appuis importants à l’extérieur du
gouvernement, non seulement parmi la population, mais
également auprès des associations
d’hôpitaux et de médecins, entre autres,
qui s’étaient élevées contre les
changements proposés par l’administration Clinton
dans les années 90.
Nombreux obstacles
Mais les obstacles ne manquent pas. Malgré la
promesse de Barack Obama de privilégier une
approche bipartite dans le dossier de la santé,
les républicains se sont unanimement
opposés aux plans proposés par les
démocrates de la Chambre et du Sénat. Ils
ont notamment critiqué le coût de la
réforme de même que la création
d’une assurance maladie publique qui ait pour vocation
de concurrencer les assureurs privés.
Selon les républicains, un tel système
serait le début de la fin du système de
santé privé aux États-Unis.
Des démocrates modérés et
conservateurs ont également exprimé des
réticences à l’égard de la
réforme. Ils ont trouvé un allié de
taille la semaine dernière en la personne de
Douglas Elmendorf, directeur du Bureau du budget du
Congrès, un organe législatif
indépendant. Après avoir
étudié les projets de loi de la Chambre et
du Sénat, Elmendorf a conclu qu’aucun d’eux ne
parviendrait à contenir la hausse des coûts
de la santé publique, un des principaux objectifs
de Barack Obama.
«
Nous ne voyons pas le type de changements fondamentaux
nécessaires pour réduire de manière
significative la trajectoire des dépenses de
santé fédérale », a
déclaré Elmendorf.
Faisant allusion à cette conclusion, un groupe de
six sénateurs, dont trois démocrates, a
envoyé vendredi une lettre au chef de la
majorité du Sénat, Harry Reid, lui
demandant de reporter à plus tard un vote
prévu pour le 27 juillet sur un projet de
réforme.
Les républ icains, dont le sénateur de
Caroline-du-Sud Jim DeMint, ne demandent pas mieux,
souhaitant vivement que ce vote n’ait pas lieu avant les
vacances parlementaires. Dans leur esprit, cette
période de relâche permettra aux
Américains d’exprimer à leurs élus
leur opposition à la réforme du
système de santé proposée par les
démocrates.
« Quand les sénateurs et les
représentants reviendront en septembre, ils
auront peur de voter contre le peuple américain
», a déclaré le sénateur
DeMint lors d’une téléconférence
avec des militants conservateurs la semaine
dernière.
« Cette question de la santé est le Jour J
pour la liberté aux États-Unis, a-t-il
ajouté. Si nous sommes capables de stopper Obama
dans ce dossier, ce sera son Waterloo. Cela le brisera.
»
Danger manifeste
De toute évidence, Barack Obama est conscient du
danger auquel il fait face. Vendredi, lors d’un point de
presse à la MaisonBlanche, il a insisté
sur la nécessité de ne pas relâcher
les efforts pour réformer le système de
santé.
« Ce n’est pas le moment de ralentir, a-t-il dit.
Au cours des dernières semaines, nous avons
établi un consensus (sur la réforme)
jamais vu dans ce pays. Nous devons maintenant franchir
la ligne d’arrivée », a-t-il ajouté,
tout en se disant « absolument convaincu »
que la réforme sera adoptée cette
année.
Peu après, la Maison-Blanche a créé
un précédent en annonçant sur sa
page Twitter que le président donnerait une
conférence de presse
télévisée mercredi à une
heure de grande écoute. La réforme du
système de santé sera évidemment au
menu.
ÉTATS-UNIS Contretemps à la
réforme
Le
président Barack Obama a subi hier un
sérieux contretemps dans sa vaste entreprise de
réforme du système de santé
américain quand les dirigeants du Sénat
ont dit ne pas en être en mesure de voter sur un
texte avant les vacances parlementaires d’août.
M. Obama avait donné aux deux chambres du
Congrès jusqu’aux vacances d’été
pour voter chacune sur les versions initiales d’une
réforme. Elles devaient tâcher ensuite de
s’entendre sur un texte commun à leur retour en
session.
RÉFORME DE LA SANTÉ Obama en
mode séduction
CHICAGO —
Le président Barack Obama a mené, hier,
une entreprise de séduction auprès des
médecins américains pour vaincre leurs
réticences envers une réforme du
système de santé sans laquelle
l’économie risque, selon lui, de connaître
le sort de l’industrie automobile.
M. Obama est engagé dans une vaste campagne pour
faire adopter une telle réforme par le
Congrès avant fin 2009. Les médecins,
lobby influent, disposent dans l’affaire d’un pouvoir
considérable et M. Obama s’est employé
à les rallier en prenant la parole, à
Chicago, devant l’American Medical Association, leur
plus grande organisation.
M. Obama a dressé un parallèle avec
General Motors, l’ex numéro un de l’automobile
qui vient de déposer son bilan, soulignant qu’une
grande partie des problèmes du constructeur
venait du coût de la couverture maladie
payée à ses salariés.
« Si nous ne réparons pas notre
système de santé, l’Amérique
pourrait bien prendre le même chemin que GM: payer
toujours plus, recevoir toujours moins en retour et se
retrouver fauché », at-il dit.
M. Obama a dénoncé un système dans
lequel des millions d’Américains ne peuvent plus
se permettre d’avoir une assurance maladie parce
qu’elles sont hors de prix, où des entreprises
sont forcées de licencier ou de fermer à
cause du prix de la couverture de leurs salariés
et où l’État, déjà
confronté à des déficits records,
risque de devoir bientôt payer autant pour couvrir
les personnes âgées et les
handicapés que pour la défense du pays.
L’explosion des coûts constitue « une bombe
à retardement pour le budget
fédéral », a-t-il dit.
Il veut réduire les dépenses tout en
étendant la couverture santé aux 46
millions d’Américains qui en seraient
dépourvus (environ 15% de la population).
Il veut améliorer la qualité d’un
système privilégiant la quantité
des interventions à la qualité : la
réforme « réduira le nombre des
erreurs médicales qui causent 100 000 morts
inutiles chaque année dans nos hôpitaux
», a-t-il dit.
Les parlementaires travaillent à un projet
à soumettre à M. Obama. Une telle
réforme est une entreprise sur laquelle l’ancien
président Bill Clinton s’est cassé les
dents.
L’opposition républicaine voit là une
occasion d’attaquer la popularité de M. Obama et
ses amis démocrates en vue des élections
de mi-mandat de 2010; ils dénoncent une «
socialisation » de la médecine qui va
encore aggraver les déficits.
M. Obama a répliqué sèchement:
« Quand vous entendez les partisans du non
prétendre que j’essaie d’instaurer une
médecine gérée par l’État,
sachez ceci: ils ne disent pas la vérité.
»
Obama s’attaque à l’hydre de la
santé
UNE
COUVERTUREMÉDICALE POUR TOUS
— Le président Barack Obama a mis tout son poids
hier derrière une réforme du
système de santé, un grand projet
censé offrir une couverture médicale
à des dizaines de millions d’Américains,
mais aussi une entreprise ardue et politiquement
dangereuse.
C’est un projet sur lequel l’ancien président
Bill Clinton s’est cassé les dents dans les
années 90. George W. Bush s’est contenté
de retouches.
M. Obama, lui, veut faire adopter la réforme
avant fin 2009, dès sa première
année.
« Nous avons atteint un point où ne rien
faire devant le coût du système de
santé n’est plus possible. Le statu quo est
intolérable », a-t-il dit à Green
Bay, une localité exemplaire, selon la
Maison-Blanche, dans la maîtrise des
dépenses pour des prestations adaptées.
«
Nous avons le système de santé le plus
onéreux au monde. Nous dépensons presque
50% de plus par personne pour la santé que le
deuxième pays le plus cher. Le problème,
c’est que nous ne nous portons pas mieux pour autant
», a-t-il dit lors d’une réunion publique.
M. Obama compte tenir deux promesses : offrir une
couverture aux 46 millions d’Américains qui en
seraient dépourvus (environ 15% de la
population); contribuer à réduire les
déficits de moitié d’ici à 2013 en
diminuant des dépenses de santé qui, au
rythme actuel, absorberont dans dix ans un
cinquième de la richesse nationale selon lui,
pour des prestations en dégradation constante.
Mais il s’attaque à une hydre qui a
participé à la défaite des
alliés démocrates de M. Clinton aux
élections de 1994.
À nouveau, leurs adversaires républicains
dénoncent une socialisation du système.
M. Obama a toutefois décidé de
procéder différemment de M. Clinton. Il a
engagé une vaste concertation pour tenter de
rallier les parties prenantes (politiques,
médecins, assurances, etc.) en amont et s’en
remet aux parlementaires pour rédiger la loi.
Santé : Gare aux « horreurs
» du système canadien ! - RICHARD
HÉTU
Réforme de la santé aux États-Unis
La réforme doit contribuer à
réduire les coûts des soins médicaux
et laisser aux Américains la liberté de
choisir leur couverture.
Depuis quelques jours, des centaines de milliers, voire
des millions de téléspectateurs
américains font la connaissance de Shona Holmes,
une Ontarienne qui les met en garde contre
l’implantation chez eux d’un système de
santé inspiré de celui qui a cours au
Canada.
« J’ai survécu à une tumeur au
cerveau. Mais si je m’étais fiée à
mon gouvernement, je serais morte », dit la jeune
femme dans une publicité diffusée dans
huit États américains, dont la Virginie,
la Louisiane et l’Indiana.
« Je suis citoyenne canadienne, ajoute-t-elle en
fixant la caméra. Alors que ma tumeur au cerveau
s’aggravait, le système de santé de mon
gouvernement m’a dit que je devais attendre six mois
pour voir un spécialiste. »
Mais tout est bien qui finit bien: comme elle l’explique
dans l’annonce, Shona Holmes a reçu un traitement
adéquat… aux États-Unis !
Cette pub de 30 secondes, financée par une
fondation américaine vouée à la
défense de la libre entreprise, n’est qu’un
exemple parmi d’autres du dénigrement du
système d’assurance maladie canadien qui
accompagne le débat sur la réforme de la
santé aux États-Unis.
Le groupe Conservatives for Patients’ Rights en fournira
un autre exemple aujourd’hui sur deux chaînes
câblées nationales et une chaîne
locale de Washington, dans une publicité de 30
minutes intitulée La fin des droits des patients:
les conséquences d’un système de
santé géré par le gouvernement.
L’annonce mettra en vedette des patients et des
médecins du Canada et de Grande-Bretagne qui
décriront les « histoires d’horreur »
des systèmes de santé de leur pays
respectif.
Cette pub sera diffusée à la veille du
retour des parlementaires américains à
Washington, où ils doivent s’atteler à la
rédaction des textes de loi qui
concrétiseront la réforme du
système de santé promise par Barack Obama.
« Je pense que le statu quo est inacceptable et
que nous devons boucler la réforme cette
année », a déclaré le
président américain jeudi dernier, lors
d’un appel téléphonique aux plus ardents
suppor ters de sa campagne présidentielle.
« C’est notre plus grande chance de
démontrer que le mouvement que vous avez
lancé durant la campagne n’est pas fini. »
Les alliés démocrates du président
à la Chambre des représentants se sont
engagés d’adopter d’ici à la fin juillet
une loi donnant à tous les Américains la
possibilité d’une couverture médicale.
Depuis huit ans, le nombre de personnes non
assurées aux ÉtatsUnis est passé de
38 millions à plus de 46 millions.
Deux grands principes
La réforme, qui sera également
débattue au Sénat, devra respecter deux
autres grands principes fondamentaux, selon le
président : elle doit contribuer à
réduire les coûts des soins médicaux
et laisser aux Américains la liberté de
choisir leur couverture.
Il n’est donc pas question de copier le modèle du
voisin du Nord. Mais la seule mention du système
canadien peut apporter de l’eau au moulin des
adversaires d’une réforme, a rappelé le
stratège Frank Luntz dans une note
adressée récemment aux parlementaires
républicains. « Les histoires d’horreur du
système de santé canadien ont un impact,
mais vous devez trouver une façon de les incarner
», a-t-il écrit, évoquant une
stratégie que les groupes opposés aux
objectifs du président Obama ont
déjà adoptée dans leurs
publicités télévisées.
Le stratège recommande également aux
politiciens de bien choisir leurs mots pour
dénoncer le système de santé
canadien ou britannique. Voici donc ce que les
élus républicains devraient dire, selon
Frank Luntz, lorsqu’ils s’adressent à la
population: « Dans les pays où le
gouvernement gère la santé, des
politiciens prennent VOS décisions
enmatière de santé. ILS décident si
vous recevrez tel ou tel traitement, ou si vous
êtes disqualifié parce que le traitement
est trop coûteux ou parce que vous êtes trop
vieux. Nous ne pouvons pas avoir cela aux
États-Unis. »
Les partisans de la réforme de santé n’ont
évidemment pas l’intention de céder tout
le terrain à leurs adversaires. Ils ont
commencé à diffuser leurs propres pubs,
qui donnent le mauvais rôle aux compagnies
d’assurance plutôt qu’aux politiciens ou aux
bureaucrates. Ils auront également l’aide du chef
du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, qui
sera à Washington demain pour parler des
bienfaits du système de santé canadien au
WoodrowWilsonInstituteetdurant des rencontres avec des
membres de l’administration Obama et des parlementaires
américains.
« Une bataille est engagée sur les soins de
santé universels aux États-Unis et le NPD
s’en mêle. J’espère que vous nous appuierez
», écrit la présidente du NPD, Anne
McGrath, dans un message où elle invite les
partisans du parti à faire un don pour appuyer
« Obama dans sa lutte pour les soins de
santé universels ».
L’administration Obama rompt avec la
« guerre contre la drogue » - RICHARD
HÉTU
Le nouveau
responsable appelle à l’abandon du slogan
belliqueux
« Peu importe comment vous expliquez aux gens qu’il
s’agit d’une “ guerre contre la drogue” ou une “ guerre
contre un produit ”, les gens voient une guerre comme une
guerre contre eux. Nous ne sommes pas en guerre contre les
gens de ce pays. »
— Mille neuf cent soixante-neuf : Richard Nixon,
président des États-Unis, déclare la
« guerre à la drogue », s’inspirant
d’un slogan appliqué à la pauvreté
par son prédécesseur, Lyndon Johnson. La
formule servira à plusieurs de ses successeurs pour
résumer la politique répressive du
gouvernement fédéral à l’égard
d’un problème sans frontières.
D e u x mi l l e ne u f : G i l Kerlikowske, nouveau chef
de la lutte contre la drogue au sein de l’administration
Obama, appelle à l’abandon de l’analogie
belliqueuse, la considérant comme un obstacle
à une gestion plus efficace des problèmes
reliés à la drogue.
« Peu importe comment vous expliquez aux gens qu’il
s’agit d’une " guerre contre la drogue" ou une " guerre
contre un produit", les gens voient une guerre comme une
guerre contre eux. Nous ne sommes pas en guerre contre les
gens de ce pays », a déclaré Gil
Kerlikowske lors d’une entrevue publiée hier dans
le Wall Street Journal, sa première depuis sa
nomination à ce poste, il y a un peu plus de deux
mois.
Kerlikowske, ex-chef de police de Seattle, n’est pas le
premier tsar de la drogue à prôner l’abandon
de l’expression « guerre à la drogue ».
Un de ses prédécesseurs, le
général à la retraite Barry
McCaffrey, refusait également d’utiliser le slogan
sous l’administration Clinton. Mais ses politiques
étaient aussi répressives que celles de ses
prédécesseurs.
Or, Kerlikowske incarne la promesse d’un changement
réel, selon Nathan Nadelmann, directeur
général de la Drug Policy Alliance, un groupe
favorable à la dépénalisation.
« Nous allons voir des progrès significatifs
sur les principaux engagements du président Obama
dans le dossier de la drogue », a-t-il
déclaré lors d’une entrevue
téléphonique. « Nous allons voir
l’élimination de certains programmes de la " guerre
à la drogue" dont l’échec est patent. Et nous
allons voir une hausse importante des sommes
consacrées au traitement. L’accent ne sera plus mis
seulement sur l’incarcération. »
L’administration Obama avait déjà
signalé de diverses façons son intention de
rompre avec la politique de l’administration
précédente à l’égard de la
drogue. Elle a notamment réclamé la fin de la
disparité des peines pour trafic de cocaïne en
poudre et trafic de crack, son dérivé peu
coûteux. En vertu d’une loi adoptée en 1986,
revendre un gramme de crack expose à la même
peine que revendre 100 grammes de cocaïne en poudre.
Cette disparité apparaît non seulement
injustifiée, mais également raciste, dans la
mesure où le trafic du crack touche d’abord les
Noirs.
L’administration démocrate a également
annoncé la fin des raids fédéraux dans
les dispensaires de marijuana médicale situés
dans les 13 États où ceux-ci ont
été légalisés. En tant que
candidat, Barack Obama a, d’autre part, promis de lever
l’interdiction au financement fédéral des
programmes d’échange de seringues.
Le virage de l’administration démocrate ne manquera
pas de soulever des vagues. Le sénateur
républicain de l’Oklahoma, Tom Coburn, s’est
déjà inquiété de l’approche
permissive de Gil Kerlikowske à l’égard de la
marijuana. Le chef du syndicat de la police de Seattle a
formulé la même critique, faisant allusion
à des secteurs de sa ville qui seraient devenus des
marchés de marijuana à ciel ouvert.
WASHINGTON La folle semaine du président
Assemblée générale de l’ONU, sommet
sur le climat, G20, réunion tripartite sur le
ProcheOrient, rencontres bilatérales multiples...
Le président des États-Unis Barack Obama,
qui en a déjà plein les bras en politique
intérieure, sera cette fois mis à
l’épreuve sur le front diplomatique. Une folle
semaine sur laquelle plane également l’ombre de
l’Iran.
WASHINGTON — La semaine qui s’ouvre s’annonce comme
celle du grand oral diplomatique pour Barack Obama,
véritable test de leadership pour un
président américain qui s’est
engagé à « changer le monde».
Le
président
Barack Obama a mené hier une grande offensive
médiatique. Sur les grandes chaînes de
télévision, il a notamment
défendu son projet critiqué de
réforme de la santé et s’est
exprimé sur les sujets de l’heure en
matière internationale.
En quatre jours, il plongera la tête la
première dans la politique des Nations unies
à New York , ava nt d’être l’hôte
d’un sommet du G20 consacré à la crise
économique à Pittsburgh. C’est donc le
monde qui vient à lui, et les attentes à
son égard sont grandes.
À l’heu re où il bata ille ferme dans le
dossier de la réforme nationale de la
santé, Barack Obama se retrouve aussi sous
pression sur la scène internationale : on lui
réclame de relancer le processus de paix au
Proche-Orient, de prouver que Washington est
sérieusement engagé dans la lutte contre
le réchau ffement climatique et d’être
capable de fa i re face à la menace
nucléaire iranienne. Les Européens le
poussent en outre à agir contre les comportements
à risque des financiers américains.
Sans compter le poids des deux guerres
héritées de son prédécesseur
: l’Irak, dont il se désengage, et surtout
l’Afghanistan, où il a
dépêché des renforts avant de
prendre du recul pour décider de la suite, pris
entre l’aggravation du conflit et les appels au retrait
qui se multiplient.
Discours attendu à l’ONU
«Le leadership, ce n’est pas seulement de dire aux
gens ce que vous voulons, comme l’a découvert
l’administration Bush. Le leadership, c’est de
réussir à faire faire aux gens ce que vous
voulez qu’ils fassent», résume Jon
Alterman, ancien responsable du département
d’État sous George W. Bush et spécialiste
du Proche-Orient au Center for Strategic and
International Studies (CSIS).
Obama le tribun est très attendu pou r son
premier discours, mercredi, devant les 192 membres de
l’Assemblée générale, qui devrait
donner le ton de ce leadership, fondé sur une
nouvelle coopération multilatérale dans
laquelle chacun prend ses responsabilités.
Pendant cette Assemblée générale,
ce sont les ÉtatsUnis qui assureront la
présidence tournante du Conseil de sécu
rité : du coup, fa it exceptionnel, Obama
deviendra le premier président américain
à présider le Conseil pour une session
spéciale sur le désarmement et la
nonprolifération. Il compte en émerger
muni d’une résolution susceptible de porter son
ambition de dénucléarisation mondiale et
de faire monter la pression sur l’Iran et la
Corée du Nord.
Il prendra aussi la parole au sommet sur le climat
organisé par le secrétaire
général de l’ONU Ban Ki-moon pour marquer
les esprits en vue du sommet de Copenhague, en
décembre, où doit se négocier un
nouveau traité mondial destiné à
succéder au protocole de Kyoto.
Outre
ces discours sous les projecteurs, il y aura, encore
plus important, les rencontres qu’on ne voit pas.
Dès aujourd’hui, Barack Obama doit rencontrer en
privé les dirigeants de la Russie, de la Chine et
du Japon, à New York.
Inquiétudes du G20
Déjà un habitué des grands pow-wow
i nternationau x, moins d’un an après son
arrivée à la Maison-Blanche, il
s’apprête ensuite à présider le G20
de Pittsburgh, son deuxième sommet du genre
consacré à la crise. Mais il risque d’y
contrarier ses interlocuteurs, mécontents de
l’absence d’action américaine en matière
de régulation financière et de primes aux
banquiers, malgré ses pressions sur Wall Street.
« Il y a une très forte inquiétude
que les leçons n’aient pas été
tirées » aux États-Unis, note
Heather Conley, en charge de l’Europe au CSIS.
Le calendrier de la semaine sera aussi fonction de
l’actualité des derniers jours. Dans le dossier
proche-oriental d’abord.
Malgré le « chou blanc » de
l’émissaire spécial George Mitchell, de
retour d’une tournée infructueuse, et le peu
d’optimisme sur un déblocage, M. Obama sera
l’hôte d’une rencontre tripartite demain avec le
premier ministre israélien Benjamin
Nétanyahou et le président de
l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.
La Chine est quant à elle furieuse d’avoir
été pénalisée pour violation
des règles commerciales en matière
d’exportation vers les États-Unis, geste qui
laisse craindre un réveil du protectionnisme
américain.
Dossier iranien
En revanche, Washington a ravi Moscou en remisant au
placard le projet de bouclier antimissile
européen de son prédécesseur, sans
que l’on sache exactement encore ce que la Russie
pourrait avoir accepté en échange.
Peut-être de j ouer de son inf luence
auprès de Téhéran ?
Car sur cette folle semaine pla ne l ’o m br e de l’ I
ran. Hillary Clinton a signalé que sa patience
avait des limites et exhorté
Téhéran à bouger da ns le dossier
nucléa ire. Seule réponse du
président Mahmoud Ahmadinejad avant son
arrivée à l’Assemblée
générale, vendredi: il a une nouvelle fois
remis en question la réalité de
l’Holocauste et l’existence d’Israël. Les Six
s’apprêtent à participer à une
nouvelle conférence, le 1er octobre, avec le
régime iranien.
Hu Jintao et Obama plaident pour plus de
coopération
VISITE
OFFICIELLE DU PRÉSIDENT AMÉRICAIN EN
CHINE
PÉKIN — Pour sa première visite
officielle en Chine, le président
américain Barack Obama et son homologue chinois
Hu Jintao ont dialogué en privé plus de
deux heures, hier, à Pékin. Au cours de
ces discussions, ils ont trouvé des points de
convergence, comme le dossier nucléaire iranien
et le climat, sans éluder les sujets de tension
récurrents tels que les droits humains et le
Tibet.
PHOTO REUTERS
Barack
Obama
a passé en revue, hier, la garde d’honneur
devant le Grand Hall du Peuple, qui borde la place
Tiananmen, à Pékin.
« Les relations entre nos deux pays se situent
au-delà d’un seul sujet », a
estimé Barack Obama lors d’une
conférence de presse aux côtés de
son homologue chinois Hu Jintao.
Les deux chefs d’ État ont évoqué
en termes audacieux les relations entre les deux
puissances, soulignant leur coopération en
économie, sur le changement climatique,
l’énergie et les dossiers nucléaire
iranien et nord-coréen.
Le président Obama a tenu à mettre
l’accent sur les intérêts communs des
deux pays. « Je ne crois pas que le
succès d’un pays doit se faire aux
dépens d’un autre. » Et de marteler que
leurs relations sont « positives et
complètes ».
Cependant, le président américain a
évoqué les droits humains,
répétant qu’ils étaient
universels et devaient être respectés par
tous. Ils ont d’ailleurs fixé une date pour
s’entretenir sur la question des droits humains
l’année prochaine, une des questions sur
laquelle Washington et Pékin lesquelles
divisés.
Ainsi, Hu Jintao a appelé les États-Unis
à respecter les « intérêts
propres » de la Chine, une notion faisant
référence à la fin du soutien
à Taiwan et au dalaï lama, le leader
tibétain en exil.
Si
Barack Obama a reconnu que le Tibet était une
partie de la Chine, il a exhorté Pékin
à reprendre le dialogue avec les
émissaires du dalaï lama.
À la fin de leurs entretiens au Grand Hall du
Peuple, qui borde la place Tiananmen, les deux hommes
ont également évoqué les tensions
sur le terrain économique, le président
américain déclarant que la Chine avait
aidé les ÉtatsUnis à sortir de la
pire récession de cette
génération.
Sur les sujets internationaux, le président
Barack Obama a prévenu qu’il y aurait des
conséquences si l’Iran ne démontrait pas
que son programme nucléaire est «
pacifique et transparent ».
« L’Iran a l’occasion de présenter et de
démontrer ses intentions pacifiques, mais s’il
ne profite pas de cette opportunité, i l en
subira les conséquences », a lancé
Barack Obama.
Washington a besoin de Pékin, partenaire
économique important de l’Iran, pour accentuer
la pression internationale afin que
Téhéran abandonne son programme
nucléaire.
Le président chinois n’a pas
précisé quel type de conséquences
affronterait l’Iran, mais a souligné
l’importance de la négociation.
USA : 680 MILLIARDS: BUDGET RÉDUIT
POUR LA DÉFENSE
Le
président américain Barack Obama a
approuvé hier un budget militaire pour 2010
doté de 680 milliards de dollars, affirmant que
sa volonté de mettre fin aux gaspillages du
ministère de la Défense montrait qu’une
autre politique était possible à
Washington. «J’ai toujours rejeté
l’idée selon laquelle nous devrions
forcément gaspiller les milliards de dollars du
contribuable américain pour assurer la
sécurité de notre pays», a dit
Barack Obama, avant de promulguer la loi de
programmation budgétaire du ministère de
la Défense lors d’une cérémonie
à la Maison-Blanche. Le texte contient en outre
une augmentation de la paie des militaires de 3,4%. Il
comprend également 6,7 milliards de dollars pour
le financement de véhicules résistant aux
mines. En outre, 7,5 milliards sont prévus pour
entraîner et équiper l’armée et la
police afghane.
Les Américains demandent, les Russes
écoutent - Judith LaChapelle
La
secrétaire d’État américaine,
Hillary Clinton, a discuté hier avec les
dirigeants russes des pressions à mettre sur l’
Iran qui développe son propre programme
nucléaire. Mais dans ce dossier, comme dans le
cas d’une aide en Afghanistan, les Russes « ti
REntendons-nous bien , quand les Russes disent que les
sanctions sont inévitables, ça ne veut
pas dire qu’ils y participeront. I l s sont
extrêmement réticents à aller t
rès loin là-dessus. Mais c e s e r a i t
u n s uccès diplomatique considérable si
l eu r s bonnes r elat i ons ave c l ’ I r a n per
mett a i e nt de t rouver une solution de c o mprom i
s . J e p r é s u me que les Russes ont dit aux
Américains : avant d’en arriver là, il
faudrait négocier.
PHOTO REUTERS
Le
président
russe Dmitri Medvedev a rencontré hier la
secrétaire d’État américaine
Hillary Clinton à son arrivée à
Moscou.
RC ’e
s t considérable pour les Russes. L’autre
grosse pomme de discorde, qui se règle par la
force des choses, est l’adhésion de la
Géorgie et de l ’ Ukraine à l’OTAN, qui
a été renvoyée aux calendes
grecques. Les Russes s e montrent donc davantage
disposés à coll aborer sur l ’A fgha
nista n, en ouvrant l ’espace aérien et
terrestre pour le t ra nsit de matériel
militaire américain. C’est très i
mportant pour les États-Unis, à cause de
la situation incertaine au Pakista n. Et selon Robert
Gates, cela représente des économies de
quelque 700 millions de dollars dans le budget
militaire américain. Non. Ce que les Russes
disent sa ns le d i re, parce qu’ils sont en bons
termes avec les États-Unis, c ’e s t : vous
avez protesté du bout des lèv res quand
l’ I nde et le Pakistan se sont dotés de l ’a r
me nucléaire, mais quand i l s ’agit d’un
État avec lequel vous n’avez pas de bonnes
relations, il faut l’empêcher au nom de la
non-prolifération. L’ I ran est u n pa rtenaire
de la Russie. I l s y vendent des armes, ils
construisent une centrale nucléaire à
des fins paci f i ques. Ce s ont deu x producteurs
gaziers qui collaborent. L’idée d’un I ra n
nucléaire les dérange, mais les
gêne i nfiniment moins que les
Américains. En ce moment, les Russes tien nent
u n peu l a d r a gée haute au x A méric
a i ns . I l s l e u r ont demandé d’aba
ndonner le bouclier a nti missile et i l s o n t o b t
e nu s a t i s f a c t i o n . Les Américains
vont l eur demander une collaboration sur l’ I ran et
l’Afghanistan.
RTous les dirigeants américains se font un
point d’honneur d’aller rencontrer des opposa nt s e n
Russie pour leur donner un soutien moral. Mais Obama a
tenu un discours en rupture avec Bush en disant que
les ÉtatsUnis sont pour la démocratie,
mais que ce n’est pas à eux de l’exporter.
Le Canada et les États-Unis forment une
« famille » - Vincent
Brousseau-Pouliot
L’ambassadeur d’Obama au Canada livre son premier
discours au Québec
« B o nj o u r mesda mes e t messieurs!
»
David Jacobson, avocat de
Chicago, a été
vice-président des finances de la
campagne présidentielle de Barack Obama.
En commençant son discours avec quelques
mots en français, le nouvel ambassadeur des
États-Unis au Canada, David Jacobson, a
réussi sa rentrée diplomatique en
sol québécois. L’avocat de Chicago,
qui a été vice-président des
finances de la campagne présidentielle de
Barack Obama, a livré son premier discours
au Québec hier matin lors d’une
conférence du Conseil des affaires
canadoaméricaines, au centre-ville de
Montréal. « Mon fils étudie
à l’Université McGill, alors je vais
accepter toutes les invitations à
Montréal au cours de mon mandat »,
dit-il.
Sur un ton rassurant, l’ambassadeur s’est
engagé à ne pas rouvrir l’Accord de
libre-échange nord-américain (
ALENA). « Nous n’avons aucun
intérêt à renégocier
l’ALENA, dit-il. Peut-être pourrions-nous
tout au plus faire quelques ajustements au
chapitre de l’environnement et du droit du
travail. Mais fondamentalement, l’ALENA
fonctionne. »
David Jacobson a aussi
réitéré le souhait de
l’administration Obama de trouver une solution au
différend entre les deux pays sur la clause
Buy American. Cette clause exclut les entreprises
canadiennes du processus d’attribution des
contrats des États américains et des
villes américaines en vertu du plan de
relance économique. « Nous comprenons
bien les inquiétudes du Canada, dit David
Jacobson. Chaque élu que j’ai
rencontré depuis ma nomination m’en a
parlé, chaque journaliste à qui j’ai
donné une entrevue aussi. Le
président Obama croit beaucoup au
libre-échange, et il y a des discussions
parmi des membres supérieurs des deux
administrations afin de résoudre cette
question. »
Au
cours d’un discours d’une quinzaine de minutes
prononcé sur un ton conciliant,
l’ambassadeur des États-Unis a
souligné les liens très forts
unissant le Canada et son pays. « Ce qui
peut sembler extraordinaire pour d’autres pays
semble ordinaire pour nos deux pays, dit-il. Nous
ne sommes pas seulement des voisins ou des amis
proches, nous faisons partie de la même
famille. Nous avons toujours été
là l’un pour l’autre. »
David Jacobson a rappelé les liens
économiques entre les deux pays, vantant
notamment la capacité
énergétique du Canada. « Le
Canada est notre plus grand fournisseur
d’énergie, en plus d’être le plus
sécuritaire et le plus fiable, dit-il. Les
sables bitumineux sont la plus grande
réserve de pétrole au monde qui
n’appartient pas à un État. »
L’ambassadeur de 57 ans a toutefois averti son
auditoire canadien: les États-Unis
n’hésiteront pas de temps à autre
à faire connaître leurs divergences
sur certains dossiers commerciaux, notamment le
respect des droits d’auteur. En avril dernier,
Washington a placé son voisin du Nord sur
une liste de pays qui ne réprimaient pas
suffisamment le piratage. Le Canada est le seul
pays occidental sur cette liste.
David Jacobson, qui prononçait hier son
deuxième discours au pays depuis sa
nomination, a déjà rencontré
le premier ministre du Québec, Jean
Charest, deux fois en privé. Il compte
visiter les 10 provinces du pays d’ici la fin de
novembre.
Le ton change au 490, Sussex Drive -
Alexandre Sirois
Entrevue avec David Jacobson, nouvel ambassadeur des
États-Unis à Ottawa
Les deux ambassadeurs américains à
Ottawa nommés par George W. Bush ne faisaient
pas toujours dans la dentelle. Paul Cellucci et David
Wilkins n’ont jamais hésité à
casser du sucre sur le dos des leaders politiques
canadiens.
PHOTO SEAN
KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE
Le
nouvel
ambassadeur des États-Unis au Canada, David
Jacobson, affirme que le président Obama
s’attend à ce qu’il transmette son message
d’espoir et de changement aux Canadiens. «Il y
a bien sûr plusieurs moyens de le faire, mais
je pense que l’aspect le plus fondamental de mon
travail, c’est ça», dit-il.
En poste depuis la semaine dernière, le nouvel
ambassadeur des États-Unis, David Jacobson,
promet pour sa part une relation constructive. Le mot
d’ordre de cet ami personnel de Barack Obama :
chercher un terrain d’entente lorsqu’il y a des
différends.
M. Jacobson était de passage cette semaine
à Montréal. Il a entamé, avec
cette visite du Québec, un périple de
six semaines dans les dix provinces canadiennes. Il
nous a accordé une entrevue exclusive. Le
changement de ton à Washington vat-il aussi se
refléter à Ottawa? Q La
Presse : Quel rôle Barack Obama souhaite-t-il
vous voir jouer au Canada? R David Jacobson : Je pense
que je vais avant tout tenter de transmettre le
message d’espoir et de changement du président
aux Canadiens. Il y a bien sûr plusieurs moyens
de le faire, mais je pense que l’aspect le plus
fondamental de mon travail, c’est ça. Q Vous
n’ê t es pas i s s u du milieu de l a
diplomatie. Quel est selon vous le rôle d’un
ambassadeur ? R Une de mes responsabilités est
d’expliquer au gouvernement canadien – et, plus
important encore, au peuple canadien – les prises de
position de mon pays et de son gouvernement. Et je
pense que mon expérience d’avocat sera
très importante à ce chapitre.
Une autre est de tenter de comprendre le mieux
possible ce que les Canadiens et leurs leaders pensent
pour ensuite tenter de l’expliquer à
Washington. Enfin, ma responsabilité est de me
lever le matin et de me coucher le soir en pensant
à la relation entre les États-Unis et le
Canada dans son ensemble. Q La
façon
dont vos prédécesseurs concevaient leur
rôle critiquiez vous aussi le premier ministre
du Canada ? R Il y a des moments, au c ou r s d ’ u ne
r el a t i on , où vous n’arrivez pas à
vous mettre d’accord sur tout. C’est i
névitable lorsqu’on parle de deux pays
souverains et d’une relation aussi profonde et
complexe que celle entre le Canada et les
États-Unis. J’aimerais croire, cependant, que
nous pouvons aborder ces différends d’une
manière constructive. en a choqué plus
d’un au Canada. Paul Cellucci avait par exemple dit
être déçu et choqué que le
Canada ne déclare pas la guerre à
l’Irak. David Wilkins a pour sa part critiqué
le premier ministre Paul Martin, quand celui-ci a
reproché aux États-Unis de ne pas avoir
signé le protocole de Kyoto. Doit-on s’attendre
à ce que vous Q Doit-
on comprendre que vous allez probablement faire preuve
de plus de circonspection que vos
prédécesseurs ? R Mes deux
prédécesseurs étaient de bons
employés du service public et ont fait du bon
travail. Je ne vais les critiquer d’aucune
façon. Je ne connais pas les faits et les
circonstances qui les ont poussés à dire
ce qu’ils ont dit. Tout ce que je peux vous offrir,
c’est ma vision des choses. Et je pense que ce que
j’ai appris à ce sujet, je le tiens du
président. C’est que vous devez toujours tenter
de trouver un terrain d’entente dans toute relation. Q
Parlons
maintenant des enjeux les plus importants. La semaine
dernière, des journalistes ont affirmé
qu’une entente qui exclurait le Canada de la clause
Buy American (qui se trouve dans le plan de relance
économique du gouvernement des
États-Unis) serait imminente... R Je ne sais
pas où le journaliste a obtenu ses
informations, mais ce que je peux vous dire, c’est
qu’il n’y a pas d’entente pour l’instant. Il y a eu
plusieurs discussions dans ce dossier et les deux
parties ont dit que les pourparlers étaient
constructifs. Je peux maintenant participer à
ces discussions et j’ai l’intention de les faciliter.
J’ai espoir que nous pourrons trouver une solution. Q
L’Afghanistan
pourrait être l ’enjeu l e plus i mportant de
votre mandat. Jusqu’ici, votre président a
été trop diplomate pour nous demander de
prolonger notre mission (au-delà de 2011) dans
ce pays. Allez-vous le faire à sa place? R Je
vais vous dire la même chose que ce que le
président a dit quand il a rencontré le
premier ministre Harper à Washington. Nous
veillons avant tout à ce que les troupes
canadiennes et américaines en Afghanistan
travaillent de la façon la plus efficace
possible pour atteindre nos buts communs en 2009 et en
2010. Q Barack
Obama vient d’obtenir le prix Nobel de la paix «
pour ses efforts extraordinaires en vue de renforcer
la diplomatie internationale et la coopération
entre l es peuples ». Vous êtes l ’un de
ses amis. Qu’est-ce qui le motive ? Qu’est-ce qui est
à la source de ses efforts ? R En premier lieu,
son idée centrale selon laquelle vous devez
respecter les autres et tenter de les traiter avec le
même respect et la même dignité
avec lesquels vous voudriez qu’on vous traite.
Ensuite, son principe de base: nous devons mettre
l’accent sur les choses qui nous unissent plutôt
que sur celles qui nous divisent. Q Le
prix signifie par-dessus tout qu’on approuve sa
politique étrangère. Vous contribuez
à cette politique. Ne croyez-vous pas que les
attentes seront dorénavant trop
élevées ? R Il fait face à des
problèmes et à des choix
extrêmement difficiles, mais je ne pense pas que
les attentes des gens vont devenir irréalistes.
Les défis qu’il devra surmonter, comme il l’a
dit souvent, sont complexes. Et je ne pense pas que le
prix Nobel va les rendre plus faciles ou plus
difficiles à surmonter.
Dégel américano-russe -
Jocelyn Coulon
M.
Obama remporte une belle victoire avec l’adoption par
l’ONU d’une résolution sur la
non-prolifération nucléaire
L’équipe Obama a compris qu’il était
préférable d’avoir la Russie à
ses côtés.
Le président américain Barack Obama
vient de remporter une belle victoire au Conseil de
sécurité de l’ON U. Sa diplomatie
d’ouverture a mené à l’adoption hier
d’une résolution sur la
non-prolifération nucléaire.
PHOTO KEVIN LAMARQUE,
REUTERS
Face
notamment
au nucléaire iranien et nord-coréen,
à l’enlisement du processus de paix
israélo-palestinien, et aux
conséquences de la crise économique,
Barack Obama estime qu’il était
préférable d’avoir la Russie du
président Dmitri Medvedev (à gauche)
à ses côtés.
À Pittsburgh aujourd’hui, dans le cadre de la
réunion des leaders du G20, il n’aura sans
doute pas la même chance, les divergences sur la
relance économique brouillant une entente entre
pays occidentaux. Mais les leaders du G20 pourront
saluer un développement bien concret dans les
relations internationales, le dégel
américano-russe, dégel fondamental pour
la gestion des questions de paix et de
sécurité mondiales et qui porte
maintenant ses fruits.
C’est bien Barack Obama qui a pris l’initiative de
relancer les relations entre les États-Unis et
la Russie en annulant le déploiement en Europe
de l’Est d’éléments d’un bouclier
antimissile aussi inutile que provocateur envers
Moscou.
Contrairement aux affirmations de l’administration
Bush, les éléments de ce bouclier, dont
on prévoyait l’installation en Pologne et en
République tchèque en 2015, n’ont jamais
été destinés à contrer la
menace de missiles iraniens de longue portée.
Celle-ci est inexistante. Ils étaient – du
moins c’est ce qu’on a tenté de nous faire
croire – d’abord et avant tout conçus comme une
garantie au lien de sécurité entre ces
pays et les États-Unis.
Mais cette garantie n’était qu’un écran
destiné à masquer les véritables
capacités de ces éléments du
bouclier, comme l’a révélé un
général américain : la
surveillance en profondeur du territoire russe. Le
gouvernement russe ne s’y était pas
trompé en protestant furieusement contre ce
qu’il qualifiait de nouvelle déma rche
d’encerclement.
L’équipe Obama a pris la bonne décision.
Elle a compris que, face au nucléaire iranien
et nord-coréen, à l’enlisement du
processus de paix israélo-palestinien, à
la nécessité d’éviter des
frictions inutiles au sujet de l’Ukraine et de la
Géorgie et aux conséquences de la crise
économique, il était
préférable d’avoir la Russie à
ses côtés.
Le
premier dossier où Washington a besoin de la
coopération de la Russie, mais aussi de la
Chine et des autres puissances, est celui du
nucléaire. Hier, lors d’une réunion
exceptionnelle des chefs des 15 États membres
du Conseil de sécurité, le
président Obama a fait adopter une importante
résolution sur le Traité de
non-prolifération des armes nucléaires
grâce au soutien russe.
Cet instrument visant à combattre la
prolifération de la bombe atomique n’a pas tenu
tous ses engagements. Au x cinq puissa nces
nucléa ires reconnues par le traité
s’est ajouté un club d’États non
reconnus par le traité – le Pakistan, l’Inde,
Israël et la Corée du Nord – auquel l’Iran
pourrait bientôt se joindre. Si rien n’est fait
pour stopper ce processus, Washington et d’autres
capitales craignent un effet en cascade auprès
d’autres pays désireux d’acquérir l’arme
ultime.
La Russie aide présentement l’Iran à
construire ses installations nucléaires
civiles, d’où l’impérieuse
nécessité de Washington d’obtenir sa
coopération afin de convaincre le régime
à Téhéran de renoncer aux aspects
militaires. Le président russe Dmitri Medvedev
vient de donner son accord à des nouvelles
sanctions contre Téhéran. Les
négociations qui vont s’engager le 1er octobre
entre toutes les parties sont, selon certains
spécialistes, la dernière chance de
conclure un accord diplomatique afin d’éviter
une escalade militaire.
Le deuxième dossier porte plus largement sur
les relations de sécurité entre la
Russie et le monde occidental. Au cours des huit
dernières années, celles-ci se sont
dégradées, malgré une
collaboration exemplaire sur la lutte au terrorisme.
Toutefois, la guerre en Irak, l’expansion de l’OTAN
aux frontières de la Russie et le conflit entre
celle-ci et la Géorgie l’an dernier ont
empoisonné l’atmosphère.
Trois personnages clés ont joué et
jouent un rôle dans le présent
dégel américano-russe : le
secrétaire américain à la
Défense, Robert Gates – déjà en
place dans les derniers deux ans de l’administration
Bush –, le nouveau secrétaire
général de l’OTAN, Anders Fogh
Rasmussen, et le président russe Dmitri
Medvedev.
Chacun à sa manière pousse au
réchauffement et on devrait assister à
une plus grande coopération entre la Russie et
les États-Unis au cours des prochains moins.
Désarmement nucléaire : Sommet exceptionnel
à l’ONU - AGNÈS GRUDA
Dans
un geste qualifié d’historique, le Conseil de
sécurité a adopté hier une
résolution par laquelle il s’engage à
«poursuivre un monde plus sûr et à
créer des conditions pour un monde sans armes
nucléaires».
PHOTO JIM WATSON, AFP
La
secrétaire
d’État Hillary Clinton échange avec le
chef de cabinet de la Maison-Blanche, Rahm Emanuel,
au cours de la réunion du Conseil de
Sécurité de l’ONU, qui a adopté
hier la résolution 1887.
Cette résolution, pilotée par le
président Barack Obama, a exigé des mois
de négociations. Elle appelle les États
signataires du Traité de
non-prolifération nucléaire (TNP)
à respecter leurs obligations, et enjoint aux
autres pays dotés de l’arme atomique
d’adhérer rapidement à cet accord
international.
Le Conseil de sécurité appelle aussi
l’ensemble des États à s’engager dans
des négociations visant à réduire
leurs arsenaux nucléaires. À abandonner
tout essai nucléaire. Et à
négocier dès que possible un nouveau
traité interdisant la production de
matériaux fissiles à des fins
militaires.
C’est un premier pas «vers un monde sans armes
nucléaires», s’est réjoui hier le
président Obama.
Cette résolution « extrêmement
importante » relance le processus de
désarmement qui s’était effiloché
dans les années 90, souligne le politicologue
Frédéric Mérand, du Groupe
interuniversitaire d’étude et de recherche sur
la sécurité internationale, à
Montréal.
Pour la première fois depuis sa
création, la séance du Conseil de
sécurité était
présidée par un président
américain. En soi, c’est «hautement
symbolique», dit Frédéric
Mérand. Et le symbole est d’autant plus fort
que la résolution votée à
l’unanimité hier valide la démarche de
désarmement nucléaire que Barack Obama a
lancée en avril, à Prague.
Fait
à souligner, le président des
États-Unis a cueilli hier les fruits
diplomatiques de l’abandon du projet de bouclier
antimissile, que l’administration de George W. Bush
prévoyait installer en République
tchèque et en Pologne.
La Russie était fortement opposée
à ce projet, qu’elle voyait comme une menace
potentielle dirigée contre son territoire. La
mise au rancart du projet avait été
accueillie avec un soupir de soulagement à
Moscou.
Et il y a quelques jours, le président russe
Dimitri Medvedev a renvoyé l’ascenseur à
son homologue américain, en se disant ouvert
à d’éventuelles sanctions contre l’Iran
– État que l’on soupçonne de vouloir se
doter de l’arme nucléaire sous couvert de
projets civils.
Ce changement de cap marque un déblocage
significatif entre les deux pays qui possèdent
90% des armes nucléaires de la planète:
la Russie et les États-Unis. «Le projet
de bouclier antimissile encourageait carrément
la Russie à relancer son programme
nucléaire», dit Frédéric
Mérand.
La résolution, qui porte le numéro 1887,
a exigé quelques contorsions diplomatiques.
Afin de ne pas froisser la Chine, elle ne mentionne
pas directement l’ I ran, pas plus qu’elle ne nomme la
Corée du Nord, autre pays qui aspire à
faire partie du club nucléaire.
La résolution d’hier est toutefois loin de
conduire directement à un monde sans armes
atomiques, avertissent les sceptiques. Obama se fait
des illusions sur la probabilité que cette
résolution entre réellement en vigueur,
et il «exagère ses potentielles
retombées positives», met en garde Henry
Sokolski, du Non Proliferation Policy Education
Center, cité par le Washington Post. Comme
d’autres critiques, celui-ci croit que Barack Obama
mise trop sur des traités qui pourraient ne pas
être ratifiés avant plusieurs
années.
Obama appelle à la coopération
- Richard Hétu
Le
président américain parle d’une «
nouvelle ère » pour la communauté
internationale
NEW YORK — Les États-Unis sont prêts
à entamer « une nouvelle ère de
coopération », a annoncé Barack
Obama hier devant l’Assemblée
générale de l’ONU, tentant de tirer un
trait sur l’unilatéralisme qui a
caractérisé la politique
étrangère de l’administration Bush.
PHOTO DON EMMERT,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Le
discours
du président Obama lui a valu de nombreux
applaudissements parmi des
délégués habitués
à l’unilatéralisme de l’administration
Bush.
« Il ne peut s’agir de l’effort de l’A
mérique seule », a déclaré
le président américain après
avoir énuméré les défis
auxquels fait face la com mu nauté
internationale, de la prolifération
nucléaire aux changements climatiques en
passant par la lutte antiterroriste. « Ceux qui
critiquent l’Amérique et lui reprochent d’agir
seule dans le monde ne peuvent se tenir à
l’éca rt et attendre que l’Amérique
résolve toute seule les problèmes du
monde.
« Nous avons cherché – dans les mots et
dans les actes – à ouvrir une nouvelle
ère de coopération dans le monde, a-t-il
ajouté. Le temps est venu pour nous tous de
prendre notre part de responsabilité pour
apporter une réponse mondiale à des
défis mondiaux. »
Ce nouveau ton , qui a valu à Barack Obama
d’être applaudi chaleureusement pa r ses pairs,
lui permettra peut-être également de
revendiquer deux victoires diplomatiques. Le
président russe Dimitri Medvedev a d’abord
ouvert la porte à de nouvelles sanctions contre
l’Iran en raison de son programme nucléaire.
« L es sa nc tion s mènent rarement
à des résultats productifs, mais elles
sont parfois inévitables », a
déclaré le chef du Kremlin à
l’issue d’une rencontre avec le président
américain en marge de l’Assemblée
générale.
Le président a également obtenu l’appui
de la Russie et de la Chine en faveur d’une
résolution du Conseil de sécurité
pour réduire la prolifération des armes
nucléaires.
Dans sa première allocution devant
l’Assemblée générale de l’ON U,
Barack Obama a mis en garde non seulement l’Iran mais
également la Corée du Nord, deux pays
dont les ambitions nucléaires inquiètent
la communauté internationale.
«
Dans leurs actions jusqu’à présent, les
gouvernements de la Corée du Nord et de l’Iran
menacent de nous entraîner sur une pente
dangereuse », a dit le président
américain.
« Les nations qui refusent d’assumer leurs
obligations devront en assumer les conséquences
», a-t-il ajouté.
Au lendema i n de son mini-sommet avec le premier
ministre israélien Benyamin Nétanyahou
et le président de l’Autorité
palestinienne Ma hmoud Abbas, Ba rack Obama a
également appelé les deux parties
à entreprendre « sans conditions »
des négociations sur le statut final entre
Israël et les Palestiniens.
À son tout premier discours dans l’enceinte des
Nations unies en 40 ans de pouvoir, le
président libyen Mouammar Kadhafi a lui aussi
retenu l’attention, prononçant une diatribe de
96 minutes contre l’ONU au cours de laquelle il a
notamment réclamé l’abolition du droit
de veto des cinq membres permanents du Conseil de
sécurité ou l’ajout de nouveaux membres
pour accroître sa
représentativité.
« On ne devrait pas l’appeler le Conseil de
sécurité, mais le "conseil de la
terreur"», a-t-il dit.
Il a également accusé l’ONU de ne pas
avoir empêché « 65 guerres »
depuis sa création en 1945.
Kadhafi n’a pas battu le record de quatre heures et
demie de Fidel Castro à la même tribune
en 1960, mais il a largement dépassé les
15 minutes allouées aux intervenants.
Après une heure, son interprète,
épuisé, a dû être
remplacé. Plusieurs
délégués ont quitté
l’enceinte de l’ONU au cours de son discours.
Bouclier antimissile en Europe : L’approche Bush mise
au rancart - Judith LaChapelle
Washington a annoncé hier que les
États-Unis abandonnent l’approche de George W.
Bush quant au projet de bouclier antimissile en Europe,
après avoir revu à la baisse la menace
iranienne. L’équipement, qui devait servir
à intercepter des missiles à longue
portée lancés à partir de l’Iran
vers les États-Unis, sera remplacé par un
nouveau système d’interception basé sur
des navires. La Russie, qui n’a jamais vu d’un
très bon oeil l’arrivée de missiles
américains près de ses frontières,
a salué la décision. Les
Républicains, pour leur part, ont accusé
l’administration de Barack Obama de commettre «
une grave erreur ». La Presse se penche
aujourd’hui sur l’origine de ce changement de cap majeur
et sur l’impact de cette décision
remarquée. Q Quelles
PHOTO ARCHIVES AFP
L’abandon
du bouclier survient une semaine avant la rencontre
Obama-Medvedev qui doit avoir lieu à New York,
en marge de l’Assemblée générale
de l’ONU. Ci-dessus, les présidents
sont les raisons de Washington d’abandonner le projet ?
R « En matière d’armement, le
président George W. Bush avait une approche
dogmatique, alors que Barack Obama privilégie une
approche pragmatique », rappelle le professeur
Pierre Martin, de l’Université de
Montréal. Entre une technologie peu fiable pour
contrer une menace imprécise, et la perspective
de faire des gains politiques et diplomatiques en
Europe, « Obama a dû se dire que le jeu en
valait la chandelle ». Car l’Europe et une bonne
partie des membres de l’OTAN n’ont jamais
approuvé ce projet. QQ u
elle est iranienne ? R Les derniers renseignements
colligés pa r les Américains montreraient
que l’Iran planifie plutôt s’équiper de
missiles à courte et moyenne portée
plutôt que de missiles à longue
portée (plus de 5000 km). En conférence de
presse hier, le président Obama a i nd
iqué qu’u ne
la
menace défense efficace contre l’Iran exige que
la riposte se fasse à partir d’autres lieux,
comme à bord de navires. Mais il n’a pas exclu
que la Pologne et la République tchèque,
qui devaient respectivement recevoir 10 intercepteurs et
un radar, ne soient un jour sollicitées pour
recevoir de nouveaux équipements. Q La
technologie pour intercepter des missiles de longue
portée est-elle au point ? R Pas du tout, et
c’est l’une des raisons importantes de l’abandon du
projet. « C’est com me a r rêter u ne ba l
le de fusil en tirant une autre balle », illustre
Pierre Martin. C’est pourquoi la MaisonBlanche dit
plutôt vouloir équiper ses navires
d’intercepteurs de missiles de courte et moyenne
portée SM-3 à l’efficacité
démontrée. Le secrétaire
américain à la Défense, Robert
Gates, a indiqué que le nouveau projet permettra
au pays de se protéger sept ans plus tôt
que prévu. En outre, a ajouté la
Maison-Blanche, ce changement permettra d’apporter une
meilleure défense à Israël, qui
craint que des armes nucléaires iraniennes ne
soient bientôt braquées sur elle. Q Comment
la nouvelle estelle accueillie en Europe de l’Est ? R
Avec consternation. La Pologne célébrait
justement hier le 70e anniversaire de l’invasion
soviétique. Le chef du bureau pour la
sécurité nationale de la présidence
polonaise, Aleksander Szczyglo, a parlé d’un
« échec de la réflexion à
long terme de l’administration américaine dans
cette partie de l’Europe ». L’ex-premier ministre
tchèque Mirek Topolanek estime que « ce
n’est pas une bonne nouvelle pour l’État
tchèque, pour la liberté et
l’indépendance de la République
tchèque ». « En Europe de l’Est, dit
le professeur Vincent Pouliot de l’Université
McGill, il y a toujours de la nervosité face aux
Russes. La Guerre froide est terminée depuis 20
ans, mais dans les pays qui ont vécu des
expériences difficiles avec les Russes, on aurait
probablement préféré une ligne plus
dure. » QS ’a g i t -
i l d ’u n s i g n e d e réchauffement des
relations Russie-États-Unis ? R L’abandon du
bouclier su r v ient u ne sema i ne avant la rencontre
ObamaMedvedev qu i doit avoi r lieu à New York,
en marge de l’Assemblée générale de
l’ON U. Le président russe a décla
ré h ier que l u i et son homologue a
méricain « allaient travailler ensemble su
r des mesu res efficaces pour faire face aux risques de
la prolifération des missiles ». Il a
salué « l’approche responsable » du
président Oba ma qui a écouté les
arguments des Russes. « Je su is prêt
à pou rsu iv re ce dialogue. »
La preuve que le Canada a fait le bon choix, estiment
des observateurs
L a
déc ision du président Obama de mettre
un frein au programme de bouclier antimissile en
Europe confirme que le Canada a eu raison de ne pas
participer au projet.
C’est en gros ce qu’affirme Bill Graham, ancien
ministre canadien de la Défense dans le
gouvernement libéral de Paul Martin.
« Compte tenu des coûts, du fonctionnement
du système, de l’environnement politique en
Europe et de l’hostilité russe, la
décision du président Obama est logique,
a dit M. Graham dans un échange de courriels
avec La Presse. Ce qui réaffirme le bon sens de
notre décision à l’époque.
»
Retour en arrière. Le jeudi 24 février
2005, le premier ministre Paul Martin annonce que le
Canada ne participera pas au projet de
développement d’un bouclier antimissile si cher
au président américain George W. Bush.
Cette déc ision su r v ient après des
mois de déchirements tant au sein du cabinet
que des troupes libérales depuis
l’arrivée de M. Martin au poste de premier
ministre, en décembre 2003.
Au début de son mandat, le chef libéral
se montrait ouvert à une coopération,
soulignant qu’il s’agissait de la défense de
l’Amérique du Nord et pas seulement des
États-Unis. Quelques semaines plus tard, son
nouveau ministre de la Défense, David Pratt,
allait encore plus loin, évoquant une
participation financière canadienne.
En
juillet 2004, à la suite des élections
fédérales où les libéraux
de Martin forment un gouvernement minoritaire, Bill
Graham remplace M. Pratt (battu dans sa
circonscription) à la Défense. Les
libéraux sont toujours aussi divisés sur
la question. Puis, en février 2005, à 10
jours d’un congrès national s’annonçant
houleux, M. Martin renonce à toute
participation canadienne. Au nom de Washington,
l’ambassadeur Paul Cellucci manifeste son irritation.
À leur arrivée au pouvoir en
février 2006, les conservateurs laissent
ouverte la porte à une réouverture du
dossier. Mais ce timide appel du pied n’a jamais eu
d’écho. Dans leurs premiers contacts, au
téléphone et en personne, ni le
président Bush ni Stephen Harper n’abordent le
sujet. Les deux pays consacrent bien davantage de
temps à leurs différents commerciaux,
dont le bois d’oeuvre.
L’économie d’abord
Et aujourd’hui, l’économie semble toujours le
sujet de préoccupation numéro un des
deux nations.
« Qui s’intéresse au bouclier antimissile
? La loi Buy A merican, ça, c’est important !
» lance Michel Fortmann, professeur de sciences
politiques et directeur du Groupe d’étude et de
recherche sur la sécurité internationale
à l’Université de Montréal.
À l’époque de la Guerre froide, dit-il,
les Américains avaient besoin du territoire c a
n a d ie n p ou r dé ploye r un système
de défense (la fameuse ligne DEW) contre la
menace soviétique. Alors qu’aujourd’hui, les
systèmes de détection sont
déployés dans l’espace.
En ce sens, l’appui que cherchait le président
Bush auprès du Canada pour ce projet
était davantage politique que
stratégique. Et le refus canadien aura, somme
toute, fait bien peu de vagues dans l’ensemble des
relations bilatérales.
Beau, bon, pas cher - MARIO ROY
Le
bouclier antimissile, qui fut l’un des projets
chéris de George W. Bush en matière de
défense, passe à la trappe. Hier, Barack
Obama a officié à un enterrement de
première classe de la portion européenne
de ce système. Un système coûteux,
complexe, non éprouvé. Et qui
était parvenu à braquer la Russie avant
même d’être déployé en
Pologne et en République tchèque, ce qui
était prévu pour 2018.
L’ex-président, en effet, n’avait pu convaincre
Moscou que l’initiative était essentiellement
destinée à intercepter
d’éventuels missiles iraniens à longue
portée et munis d’une tête
nucléaire. L’actuel président, lui,
affirme qu’il vaut mieux déployer plus
tôt, dès 2011, des intercepteurs mobiles
éprouvés, les SM-3, contre une menace
iranienne que l’on évalue aujourd’hui
différemment. L’Iran s’intéresse
plutôt aux engins à courte et moyenne
portée qui ne menacent pas l’Amérique,
plaide ainsi Obama. Et un rapport des services de
renseignement américains (judicieusement...)
coulé au Newsweek, mercredi, soutient que
l’Iran ne se donnera pas l’arme nucléaire dans
un avenir prévisible.
Bref, face à cela, le président des
États-Unis croit qu’il peut se
débrouiller pour l’instant avec du beau, bon,
pas cher. Quitte à voir venir plus tard. sur
l’utilité d’un système de défense
peu fait pour stopper... des hommes armés
d’exactos , image emblématique de la menace
réelle du XXIe siècle. De sorte qu’il ne
se trouvera personne – nul contribuable a
mérica in , en pa rtic ulier ! – pour critiquer
cette décision.
Ailleurs, cependant, les choses sont un peu
différentes.
La
«nouvelle Europe» que
célébrait l’ex-secrétaire
à la Défense, Donald Rumsfeld, n’accepte
pas facilement ce qu’elle voit comme une dangereuse
concession faite aux Russes, les oppresseurs d’hier.
Les Polonais et les Tchèques, par exemple,
tiennent à une présence
américaine sur leur sol et, à
Washington, exercent des pressions en
conséquence. Même la «vieille
Europe» estimera sans doute utile de
s’interroger sur la nouvelle brasse
géopolitique que la décision de Barack
Obama peut amener.
Car, de fait, Moscou accueille l’annonce avec plaisir.
Et il s’agira maintena nt de savoi r lequel de deu x
effets possibles l’affaire aura su r les politiques du
duo Poutine-Medvedev. Ou bien une assurance accrue
vis-àvis Washington, comme le craignent John
McCain et les républicains. Ou bien un
réchauffement des relations qui aiderait
à circonscrire les Iraniens, de facto
alliés de Moscou. On le saura rapidement.
Barack Obama et le président Dmitri Medvedev se
rencontrent, la semaine prochaine,
parallèlement à l’assemblée
générale de l’ONU et à la
réunion du G20. Et, le 1er octobre, les
Iraniens viendront défendre leur programme
nucléaire devant le Conseil de
sécurité de l’ONU.
Le
coup de dé de Barack Oba ma , qu i est u n
geste d’ouverture, aura, espérons-le, des
suites intéressantes.
De Hollywood aux Champs-Élysées
- Nicolas Bérubé
ÀHollywood, Charles H. Rivkin est connu pour
diriger avec brio l’entreprise d’animation qui a produit
des séries à succès, comme Sponge
Bob, et des animations pour des pubs de Nike, Honda et
Starbucks.
PHOTO SAUL LOEB, ARHCIVES
AFP
Le
nouvel ambassadeur des États-Unis en France,
Charles H. Rivkin, a récemment dit que
l’élection d’Obama avait eu un effet «
foudroyant » sur l’attitude des Français
à l’égard des États-Unis. «
Nous sentons très clairement que nous sommes
à l’aube d’une nouvelle ère», a-t-il
dit. Ci-dessus, le président Barack Obama, sa
femme Michelle, la première dame française
Carla Bruni et le président Nicolas Sarkozy en
avril dernier à Paris.
À Paris, lundi prochain, M. Rivkin fera une
arrivée remarquée, et dans un rôle
bien différent: celui du nouvel ambassadeur
américain en France.
Le poste est sans conteste l’un des plus prestigieux de la
diplomatie américaine. Thomas Jefferson et Benjamin
Franklin l’ont occupé. L’ambassadeur
américain à Paris reçoit des
invitations à dîner avec les gens riches et
célèbres. Il loge avec sa famille dans une
somptueuse résidence, située au 41, rue du
Faubourg Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement.
Le président de la République habite tout
près, au Palais de l’Élysée, au
numéro 55.
Charles H. Rivkin reçoit cette faveur pour ses bons
services durant la campagne présidentielle.
Militant démocrate, il a récolté plus
de 500 000$ dans le sud de la Californie pour la
candidature de Barack Obama.
En entrevue au New York Times récemment, M.
Rivkin a dit que l’élection d’Obama avait eu
un effet « foudroyant » sur l’attitude
des Français à l’égard des
États-Unis.
« Nous sentons très clairement que nous
sommes à l’aube d’une nouvelle ère, qui
pourrait engendrer une collaboration historique entre les
deux pays », a-t-il dit.
Diplômé
en
relations internationales de Yale et détenteur d’un
MBA d’Harvard, Charles H. Rivkin parle couramment
français. Il dit s’être rendu à Paris
ou à Cannes chaque année par affaires depuis
20 ans.
Âgé de 47 ans, M. Rivkin compte parmi les
plus jeunes ambassadeurs américains en France. Son
père, William R. Rivkin, diplomate de
carrière, a été nommé
ambassadeur au Luxembourg par John F. Kennedy. Il a par la
suite servi au Sénégal et en Gambie.
Durant sa campagne, M. Obama a promis de « changer
la culture de Washington », et de « faire les
choses différemment ». Ce voeu ne
s’étend toutefois pas aux nominations politiques.
Selon le New York Times, 38 des 65 ambassadeurs
nommés par Obama depuis le début de sa
présidence l’ont été pour des raisons
politiques.
Depuis les années 60, environ le tiers des
ambassadeurs nommés par la Maison-Blanche l’ont
été pour des raisons politiques. Selon
l’American Academy of Diplomacy, cette proportion est trop
élevée. L’institution a écrit
à Barack Obama plus tôt cette année
pour lui demander de réduire à 10% le nombre
de ses nominations politiques. « Trop souvent, ces
positions sont utilisées pour récompenser
des gens qui ne sont pas qualifiés pour occuper le
poste », soutient le groupe.
Le président qui a le moins fait appel aux
nominations politiques dans l’histoire récente des
États-Unis est Jimmy Carter. Moins du quart des
ambassadeurs sélectionnés sous son
gouvernement l’ont été pour des raisons
politiques.
M. Carter a accédé à la
présidence en 1977. Il n’a pas été
réélu.
Moscou
choisit la coopération -
FRÉDÉRICK LAVOIE
— Le pouvoir russe a décidé de laisser sa
chance à Obama. Malgré plusieurs points de
divergence encore en suspens entre Washington et Moscou, le
président Dmitri Medvedev a choisi la
coopération, faisant oublier l’atmosphère aux
relents de guerre froide des dernières années
de l’administration Bush.
PHOTO NATALIA KOLESNIKOVA,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Le
président des États-Unis, Barack Obama, et
celui de la Russie, Dmitri Medvedev, lors d’une
séance de signature officielle hier à
Moscou.
Signal fort de cette relation renouée, les
présidents russe et américain se sont tout
d’abord entendus sur des sujets militaires, hier. La Russie
permettra le transit sur son territoire des soldats et du
matériel militaire américains à
destination de l’Afghanistan.
Les deux pays reprendront aussi leurs exercices militaires
communs. Ils avaient été interrompus en
août dernier, après la guerre éclair
entre la Russie et l’ex-république soviétique
de Géorgie, désormais alliée de
Washington.
Rencontre avec l’opposition
Les dirigeants russes ont même fermé les yeux
sur la décision de Barack Obama de s’entretenir
directement ce soir avec des leaders de la microscopique
opposition russe, à laquelle le Kremlin fait la vie
dure.
« Le
simple fait qu’Obama ait proposé cette rencontre est
déjà un pas courageux de sa part », se
réjouit l’ancien député de la Douma
Vladimir Ryjkov, qui participera à la rencontre.
« Ça veut dire qu’il ne considérera pas
l’opinion du Kremlin comme celle de tous les Russes. »
Les prédécesseurs d’Obama n’avaient jamais
osé faire un tel affront au Kremlin, note-t-il.
M. Ryjkov ne s’attend toutefois pas à ce que le
président américain puisse faire quoi que ce
soit pour aider l’opposition russe à prendre de la
vigueur et proposer une solution de rechange au tandem
autoritaire Poutine-Medvedev.
« La rhétorique du Kremlin est depuis longtemps
que tous [nos problèmes] sont causés par les
États-Unis », poursuit Leonid Gozman,
coprésident de Cause juste, un nouveau parti
libéral d’opposition modérée. «
Mais je crois que maintenant, les deux parties comprennent
que l’un sans l’autre, nous n’arriverons à rien.
»
Avant de s’attaquer aux enjeux mondiaux, i l reste toutefois
encore à Obama et à Medvedev certaines pommes
de discorde bilatérales à régler. C’est
le cas du bouclier antimissile en Europe de l’Est, un projet
de l’administration Bush qu’Obama persiste à vouloir
concrétiser, en dépit de la forte opposition
de Moscou.
Medvedev a cependant perçu une ouverture de la part
de son homologue hier, voyant poindre à l’horizon un
« compromis possible ».
La Russie souhaite aussi une reconnaissance tacite par
Washington de sa « sphère d’influence »
en ex-URSS. Elle voudrait ainsi que le président
américain prenne exemple sur l’Europe et retire son
appui à une adhésion de l’Ukraine et de la
Géorgie à l’OTAN.
POUR UNE RELATION « PRODUCTIVE » -
Richard Hétu
George W.
Bush et Vladimir Poutine ont amené les relations
entre la Russie et les États-Unis à leur plus
bas depuis la fin de la guerre froide. Afin de
réchauffer le climat diplomatique, Barack Obama et
Dmitri Medvedev ont choisi de laisser de côté
les sujets délicats et de multiplier les accords.
— En multipliant les accords avec Dmitri Medvedev, Barack
Obama a donné un nouvel élan hier à une
relation entre les États-Unis et la Russie qu’il
souhaite « ni bonne ni mauvaise mais productive
», pour reprendre l’expression de Michael McFaul,
conseiller de la Maison-Blanche pour les affaires russes.
McFaul avait utilisé cette formule à la veille
du départ du président américain pour
une nouvelle tournée diplomatique dont la
première étape, Moscou, est peut-être la
plus importante.
« J’insiste sur le mot " productif" par opposition au
mot "bon" ou " mauvais" », avait dit le conseiller
à un groupe de journalistes. « Nous voulons
faire affaire avec les Russes sur les sujets qui concernent
notre sécurité nationale commune et notre
prospérité. »
Autrement dit, le président Obama veut remplacer la
diplomatie des sentiments par celle du pragmatisme en ce qui
a trait aux relations de son pays avec la Russie. Ainsi, il
ne plongera pas son regard dans celui de son homologue russe
pour y découvrir une « âme », comme
l’avait fameusement annoncé George W. Bush lors de sa
première rencontre avec Vladimir Poutine.
Et il
n’abordera pas la Russie uniquement comme un État
plus ou moins voyou, comme l’avait également fait son
prédécesseur après avoir
réalisé que l’âme de Poutine
était celle d’un dirigeant autoritaire.
« L’idée est de ne plus voir la Russie comme un
problème que l’Amérique devrait régler,
mais comme un pays partenaire avec lequel on va s’efforcer
d’aborder des sujets cruciaux », a
déclaré Sarah Mendelson, spécialiste de
la Russie au Centre d’études internationales et
stratégiques de Washington.
Barack Obama s’est attelé à cette tâche
hier. Il a notamment signé avec son homologue russe
un accord sur la réduction des arsenaux
nucléaires de leur pays respectif. Et il a obtenu de
son hôte l’ouverture de l’espace aérien russe
pour acheminer soldats et matériel militaire
américains vers l’Afghanistan.
Ce « redémarrage » des relations
russo-américaines, pour employer une autre expression
à la mode à Washington, est loin de garantir
l’avènement d’une ère de bonne entente entre
les deux grands adversaires de la guerre froide. Les
États-Unis et la Russie continuent notamment de
diverger sur plusieurs dossiers, dont le projet de bouclier
antimissile américain en Europe.
Le président pourrait également indisposer ses
hôtes aujourd’hui à l’occasion d’un discours
majeur sur les relations russo-américaines. Il
n’abordera pas seulement la manière dont les deux
pays doivent traiter les problèmes du XXIe
siècle, mais également les questions des
droits de l’homme et de la démocratie.
Son allocution risque cependant d’avoir un impact restreint
auprès de la population de Russie puisque seule une
chaîne secondaire la retransmettra.
Entente conclue sur les arsenaux nucléaires
- Richard Hétu
— Les
États-Unis et la Russie ont promis hier de
réduire leurs arsenaux nucléaires du tiers,
cherchant non seulement à renouveler l’un des plus
importants traités de l’après-guerre froide,
mais également à rétablir la bonne
entente entre les deux pays.
Cet accord, qui prendra le relais du traité START de
1991 sur la réduction des arsenaux nucléaires,
a dominé la première journée
d’entretiens entre Barack Obama et son homologue russe
Dmitri Medvedev. Les deux présidents ont conclu deux
autres ententes importantes, tout en reconnaissant leurs
profonds différends dans certains dossiers, dont le
projet antimissile américain en Europe centrale.
À sa première visite à Moscou en tant
que président, Barack Obama ne s’est pas moins dit
confiant de pouvoir réaliser des « projets
extraordinaires » avec son vis-à-vis russe.
« Le président (Medvedev) et moi avons convenu
que la relation entre la Russie et les États-Unis
avait souffert d’une certaine impression de dérive.
Nous avons décidé de relancer la relation
américano-russe », a-t-il déclaré
au cours d’une conférence de presse.
« Aujourd’hui, après six mois de collaboration,
c’est exactement ce que nous avons fait. »
Le président américain faisait notamment
référence à l’accord qu’il venait de
signer avec son homologue russe chiffrant les exigences du
nouveau START, qui doit entrer en vigueur à
l’échéance de l’entente
précédente, soit en décembre. Les
ÉtatsUnis et la Russie se sont ainsi engagés
à mettre au point d’ici la fin de l’année un
traité qui réduirait les ogives
nucléaires déployées dans chaque pays
à un total de 1500 à 1675 exemplaires,
comparativement à plus de 2200 actuellement, et de
500 à 1100 le nombre de vecteurs nucléaires
(missiles intercontinentaux, sous-marins et bombardiers
stratégiques) de chacun des deux pays.
Donner
l’exemple
« Les États-Unis et la Russie, les deux
principales puissances nucléaires, doivent donner
l’exemple. Et c’est ce que nous faisons aujourd’hui »,
a déclaré le président Obama.
Les États-Unis et la Russie ont également
signé une entente sur le transit de soldats et de
matériel militaire américains par la Russie
vers l’Afghanistan. Ils ont également convenu de
reprendre leurs activités militaires communes, qui
avaient été suspendues en août 2008,
à l’époque de la guerre
russo-géorgienne. Ce conflit avait contribué
à la détérioration de la relation entre
les deux puissances.
Tout n’est évidemment pas revenu au beau fixe, comme
l’a souligné Dmitri Medvedev en conférence de
presse.
« En quelques heures, nous ne pouvions pas faire
disparaître le fardeau de tous les problèmes
», a-t-il dit, faisant notamment allusion au projet de
bouclier antimissile américain en Europe.

Barack Obama a commis une bévue lors de la
conférence de presse en parlant de sa rencontre
à venir avec le « président »
Vladimir Poutine. Le président américain aura
un entretien d’une heure aujourd’hui avec le premier
ministre russe, qui est toujours considéré
comme l’homme le plus puissant de Russie.
Poutine moins cordial que Medvedev
- Frédérick Lavoie
Obama
flatte l’ego russe
MOSCOU— En visitant Moscou, Barack Obama voulait
réconcilier son pays non seulement avec le Kremlin,
mais avec la Russie entière.
Le
premier ministre russe Vladimir Poutine, après
avoir rencontré le président
américain Barack Obama, hier, s’est rendu dans un
club de motards, les Loups de nuit, sur le point de
partir en expédition patriotique en Ukraine. M.
Poutine avait pour l’occasion délaissé le
costume strict et la cravate sévère qu’il
portait le matin pour revêtir un blouson noir plus
en phase avec le style de l’assistance, selon des images
abondamment diffusées par les
télévisions russes. Il a été
reçu par le président du club, Alexandre
Zaldostanov, un géant barbu aux cheveux longs
aussi connu sous le pseudonyme de « chirurgien
», qui s’apprêtait à se lancer dans
un périple de 1500 kilomètres en compagnie
de centaines de camarades.
Dans l’un de ses grands discours auxquels il a
habitué la planète depuis son entrée
en fonction, le président américain a
notamment flatté l’ego russe en reconnaissant
l’héritière de l’Union soviétique
comme une « grande puissance ».
« Que les choses soient claires dès le
départ: l’Amérique veut une Russie qui soit
forte, pacifique et prospère », a
lancé, hier matin, le président
américain aux diplômés de la Nouvelle
école économique de Moscou, qui forme une
partie de l’élite russe.
Le président a bien précisé toutefois
que ce n’était pas à lui à
définir les intérêts nationaux de la
Russie. « Mais je peux vous dire quels sont les
intérêts nationaux des États-Unis et
je crois que vous verrez que nous en partageons plusieurs.
»
Maniant habilement la citation, Barack Obama a repris les
COLLABORATION SPÉCIALE mots du plus grand
poète russe, Alexandre Pouchkine, tout en faisant
constamment référence aux difficultés
communes qu’ont connues les États-Unis et la Russie
pendant toute leur histoire. Comme pour mettre les deux
États sur un pied d’égalité.
Il a rappelé « qu’aucun pays dans l’histoire
des batailles n’a jamais souffert autant que l’Union
soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale.
» Une remarque qui a un fort effet en Russie,
où on reproche souvent aux Alliés d’oublier
le rôle de Moscou dans la victoire contre le
nazisme.
Poutine au déjeuner
Le président américain a toutefois voulu
freiner les ardeurs des dirigeants russes, qui lui
demandaient implicitement de reconnaître l’ex-URSS
comme faisant partie de leur « sphère
d’influence ».
« L’époque où les empires pouvaient
traiter les États souverains comme des
pièces d’un jeu d’échecs est révolue
», a tranché Obama.
Il a
toutefois ouvert la porte à un compromis sur le
bouclier antimissile en Pologne et en République
tchèque, l’un des dossiers bilatéraux les
plus sensibles. Il a laissé entendre que si la
Russie pouvait l’aider à neutraliser toute menace
nucléaire en provenance d’Iran, les
ÉtatsUnis abandonneraient leur projet
controversé.
La journée d’Obama a commencé par un
déjeuner « à la russe » avec le
premier ministre Vladimir Poutine, l’homme fort du
régime. Le président américain
l’avait accusé la semaine dernière d’avoir
« encore un pied dans le passé ».
L’entretien de deux heures entre les deux hommes a
été visiblement moins cordial que celui de
la veille avec le président Medvedev.
Devant les caméras, les hommes, un peu mal à
l’aise, ont échangé les salutations d’usage
avant de se lancer à huis clos dans un entretien
« très franc » et « très
direct », selon un responsable de la Maison-Blanche.
« Rien ne sera facile »
« En ce qui a trait aux sujets sur lesquels nous ne
sommes pas d’accord, comme la Géorgie, je ne
m’attends pas à une communion des esprits dans un
avenir proche », a reconnu M. Obama à l’issue
de la rencontre.
En fin d’après-midi, le président
américain s’est entretenu avec des responsables
d’ONG, puis avec des leaders de la maigre opposition
russe, indiquant d’entrée de jeu qu’il était
venu pour les « écouter » plutôt
que pour donner des leçons.
Le politologue Sam Greene, du centre Carnegie de Moscou,
estime que si Obama a réussi à jeter les
bases d’un nouveau dia logue r usso - amér ica i n
, « rien ne sera facile » pour la suite des
choses.
« Et ça n’a pas à l’être. Ce
qu’il faut, c’est que [les Russes et les
Américains] s’assoient à la même table
pour discuter des détails ennuyeux et des
problèmes, au lieu de se parler indirectement en
donnant des interviews à CNN », note-t-il.
Et c’est ce que cette visite de 48 heures à Moscou,
une éternité dans l’horaire d’un
président, semble avoir permis de faire.
SÉCURITÉ INTERNATIONALE Obama en voie de
changer la dynamique
—
L’arrivée de Barack Obama à la tête des
États-Unis pourrait bien changer grandement la
dynamique internationale en matière de
sécurité, estime l’expert Bruce Jones, directeur
du Center on International Cooperation de l’Université
de New York.
La
nouvelle approche coopérative dont Barack Obama fait
montre dans tous les discours qu’il prononce à
l’étranger tranche avec l’attitude de son
prédécesseur.
« C’est encore très tôt, mais on peut
déjà voir, dans les actions, dans les
déclarations et dans les nominations, que
l’administration Obama place les menaces transnationales au
centre de sa politique de sécurité », a
souligné M. Jones, de passage à Ottawa,
où il donnait une conférence au Centre de
recherches pour le développement international (CRDI).
Non seulement le nouveau président américain
comprend que la sécurité nationale de son pays
passe par la sécurité internationale et que les
deux sont interdépendantes, soutient le
spécialiste, mais M. Obama admet aussi qu’il ne peut
agir seul et qu’il doit mettre l’accent sur la
coopération avec les autres États , notamment
les pays émergents.
« Le monde a changé, il y a plus d’acteurs
importants maintenant. Les États-Unis doivent s’adapter
à cette réalité, et c’est au coeur de la
vision du président », estime M. Jones, ancien
conseiller du secrétaire général des
Nations unies et coauteur de l’ouvrage Power and
Responsibility : Building International Order in an Era of
Transnational Threats, publié cette année.
La nouvelle approche coopérative dont Barack Obama fait
montre dans tous les discours qu’il prononce à
l’étranger, notamment celui qu’il a prononcé au
Caire cette semaine, tranche avec l’attitude de son
prédécesseur.
Mais avant
que cette vision ne se traduise en actions concrètes,
le président américain aura à surmonter
plusieurs obstacles, croit Bruce Jones.
« Le premier est évidemment la crise
financière, dit-il. Non seulement ça prend
beaucoup de ressources, mais aussi ça accapare le
président, qui consacre la majeure partie de son
emploi du temps à la gérer. »
La question d’un éventuel conflit avec l’Iran
pourrait aussi, selon l’expert en sécurité
internationale, avoir un impact décisif sur les
relations des États-Unis avec la Russie ou avec le
MoyenOrient, deux régions du monde à qui
l’administration Obama a tendu la main et avec qui elle
espère maintenant collaborer étroitement.
Mais sans aucun doute, selon M. Jones, les États-Unis
continueront à jouer un rôle majeur dans les
questions de sécurité internationale, et ce,
malgré l’état actuel de leur économie
et l’émergence de nouvelles puissances, notamment en
Asie.
« Personne d’autre n’a les capacités, les
ressources ni même la volonté de remplacer les
Américains sur la scène internationale
», conclut-il.
La
méthode Obama - André Pratte
Le
cinquième sommet des Amériques a pris fin sans
que les 34 chefs d’État et de gouvernement ne
parviennent à s’entendre sur le l ibel lé du
communiqué. Néanmoins, cette rencontre doit
être vue comme une autre réussite du
président américain sur la scène
internationale. L’attitude et le discours conciliants de
Barack Obama ont séduit même les adversaires les
plus coriaces des États-Unis.
« Il nous est arrivé de vouloir imposer nos
conditions, a reconnu M. Obama lors de la
cérémonie d’ouverture. Je vous donne ma parole
que nous recherchons un partenariat d’égal à
égal. Je suis ici pour ouvrir un nouveau chapitre
d’engagement qui sera soutenu tout au long de mon
administration. »
À la veille du Sommet, le président avait
annoncé la fin des restrictions sur les voyages et les
transferts de fonds vers Cuba. Cette mesure, quoique modeste,
a été perçue par plusieurs observateurs
comme le premier pas vers la levée de l’embargo
américain. Même si M. Obama et ses porteparole
ont souligné qu’on était encore loin d’un
changement aussi important, la réaction positive de
Raoul Castro laisse croire que les choses pourraient se passer
plus vite qu’on ne le croyait possible jusqu’à
maintenant.
Le réchauffement soudain des relations entre les
États-Unis et le président du Venezuela, Hugo
Chavez, constitue le développement le plus
spectaculaire de ce sommet de Port of Spain. MM. Obama et
Chavez se sont croisés à trois reprises en marge
de la rencontre et chaque fois, les échanges ont
été étonnamment chaleureux. Rappelons que
le président Chavez est réputé pour son
anti américanisme, lui qui n’a pas cessé de
dénoncer la « dictature mondiale »
imposée par les États-Unis. En fin de semaine,
il a annoncé le retour d’un ambassadeur
vénézuélien à Washington.
La
méthode Obama semble donc porter ses fruits sur le
continent américain, à tout le moins en ce qui a
trait à l’atmosphère des relations
internationales. Il reste à voir quels seront les
effets concrets de cette façon de faire.
En tout cas, elle n’a pas empêché MM. Morales et
Ortega d’accuser les Américains de tous les
péchés de la terre. Le livre qu’Hugo Chavez a
remis au président Obama, Les veines ouvertes de
l’Amérique latine, est un essai célèbre
dénonçant le « pillage » dont le sud
du continent a été victime aux mains des grandes
puissances.
Vendredi soir, le président américain exprimait
le voeu que « si les États-Unis ne doivent pas
avoir une politique d’ingérence dans les affaires des
autres pays, cela doit aussi signifier qu’on ne peut pas
blâmer les États-Unis pour tous les
problèmes qui surgissent dans
l’hémisphère ». La suggestion de lecture
de M. Chavez indique que les SudAméricains ne sont pas
prêts à effacer l’histoire aussi facilement.
Peut-être l’administration Obama ne se fait-elle pas
d’illusions à cet égard. Son objectif est sans
doute plus pragmatique, plus tactique. « Si je vous
prends dans mes bras et que vous continuez à me
frapper, devinez qui est blâmé? » souligne
le chef de cabinet du président, Rahm Emanuel, au sujet
de la manière douce de son patron. Quels qu’en soient
les résultats, la méthode Obama a l’immense
mérite d’être plus conforme aux valeurs
démocratiques que l’approche étroite et
arrogante de son prédécesseur.
Débarquement de Normandie : Obama contre
Bush
Bernard Petit
a vu défiler en 30 ans plusieurs présidents
américains à l’occasion des
cérémonies de commémoration du
Débarquement tenues dans sa petite commune.
L’ex-maire de Colleville-surMer, tout près du
cimetière où sont inhumés des milliers de
soldats américains tombés au combat, n’a pas
toujours aimé ce qu’il a entendu. En particulier lors
de la venue de George W. Bush, qui, dit-il, l’a «
profondément choqué » en tenant un
discours de « va-t’en-guerre ».
Le nouveau chef d’État américain, Barack Obama,
saura certainement faire mieux, souligne l’homme de 71 ans,
qui compte parmi les nombreux admirateurs français du
charismatique dirigeant.
« Je pense qu’il est populaire parce qu’il parle de
paix, qu’il est porteur d’espoir », indique M. Petit.
L’enthousiasme
manifesté
par l’ex-maire envers Barack Obama reflète, avec 65 ans
de recul, celui qu’il réserva aux soldats
américains débarqués en force dans sa
Normandie natale.
« La vie sous l’Occupation était
caractérisée par un sentiment : la peur. Le
débarquement nous a permis de renouer avec la
liberté », relate M. Petit, qui avait 6 ans
à l’époque.
« Je suis allé voir les soldats alliés le
soir du débarquement... J’ai appris 40 ans plus tard
que la plupart des hommes que j’avais rencontrés
à cette occasion avaient été tués
le lendemain lors d’une opération qui a mal
tourné », relate l’ex-maire.

« J’ai sans doute été l’un des derniers
civils à les voir vivants », souligne M. Petit,
qui aura une pensée toute particulière pour ces
disparus aujourd’hui.
Obama fait la cour
aux Latino-Américains
Washington tempère toutefois les
espoirs d’un rapprochement avec Cuba
— Star du sommet des Amériques, Barack Obama a une
nouvelle fois marqué sa volonté de rupture en
proposantunpartenariatsurunpied d’égalité à
ses voisins latino-américains, y compris lesplus
critiquesde Washington. Unchangementdeton illustré
notammentpar le « nouveau départ »
offertàCubaet la poignée de main à Hugo
Chavez.
PHOTOKEVIN LAMARQUE, REUTERS
Barack Obama a fait preuve d’humilité hier au sommet des
Amériques de Trinité-et-Tobago. Une attitude qui a
semblé plaire à son homologue
vénézuélien, Hugo Chavez (à
l’arrière-plan) : « Je crois que le
président Obama est un homme intelligent, comparé
au précédent président des
États-Unis. »
Le chef de la Maison-Blanche a laissé entendre qu’il
était prêt à accepter la proposition du
président Raul Castro qui a offert des discussions sur
des sujets autrefois tabous pour La Havane, comme les
prisonniers politiques. Washington a toutefois mis un
bémol hier, à Trinité-et-Tobago: la balle
reste dans le camp du régime castriste, au dire du
porte-parole de M. Obama, Robert Gibbs.
Autre symbole, le président américain a
salué avec un large sourire son homologue
vénézuélien Hugo Chavez, qui avait tant
détesté George W. Bush. La presse brûlait de
savoir ce que Barack Obama avait dit à celui qui avait
comparé son prédécesseur au « diable
». « Je lui ai dit " como estas" (comment ça
va?) », a-t-il confié en riant. « Je crois
que c’était un bon moment », a pour sa part
jugé Hugo Chavez après cette brève
rencontre. « Je crois que le président Obama est un
homme intelligent, comparé au précédent
président des États-Unis. »
Barack Obama n’a pas voulu dire s’il prévoyait un
entretien bilatéral avec Hugo Chavez. « Je crois
que nous faisons des progrès à ce sommet »,
s’est-il contenté de dire.
« Les relations dépendent de plus de choses que de
sourires et de poignées de main », avait
déclaré de son côté le conseiller
économique deBarackObama, Larry Summers, à des
journalistes. Le président
vénézuélien a indiqué ensuite qu’il
rétablirait l’ambassade du Venezuela à Washington,
sept mois après des expulsions mutuelles des
représentations diplomatiques de part et d’autre.
Hugo Chavez a également proposé que Cuba, absent
de ce sommet, organise le prochain rendez-vous. « Je ne
vais pas parler au nom de Cuba. Ce n’est pas à moi de le
faire (mais) nous sommes tous ici des amis de Cuba, et nous
espérons que les États-Unis le seront
également », a-t-il déclaré lors du
déjeuner des participants.
Humilité
Dans son discours d’ouverture du cinquième sommet des
Amériques, qui réunit 34 pays, le président
américain a fait assaut d’humilité et d’humour
pour promettre un changement de politique, comme de style,
à ses partenaires.
« Nous avons parfois été
désengagés et parfois nous avons cherché
à dicter nos conditions, a-t-il admis sous des
applaudissements nourris. Mais je vous promets que nous
cherchons un partenariat d’égal à égal. Il
n’y a pas de partenaire senior ou junior dans nos relations.
»
L’un des chefs d’État les plus critiques envers
Washington, le président équatorien Rafael Correa,
a réagi favorablement à ces propos. «C’est
le début d’une nouvelle ère très
intéressante dans la relation», a-t-il
lancé. Il a toutefois ajouté : «Nous n’avons
pas encore vu de grands changements vis-à-vis de
Cuba».
Barack Obama a aussi serré la main à un chef
d’État que le défunt ancien président
Ronald Reagan avait passé des années à
tenter de déloger du pouvoir au Nicaragua: Daniel Ortega.
Le président sandiniste est venu se présenter au
président des ÉtatsUnis, selon des responsables
américains.
Cela n’a pas empêché Daniel Ortega –
remplacé lors du scrutin de 1990 qui mit fin à la
guerre civile puis remis au pouvoir par les électeurs en
2006 – de dénoncer, dans un discours de près d’une
heure, le capitalisme et l’impérialisme américain,
sources selon lui de tous les maux de l’Amérique latine.
Il a même rappelé l’épisode de la baie des
Cochons, tentative d’invasion américaine de Cuba en 1961,
tout en reconnaissant que l’actuel président ne pouvait
guère en être tenu responsable.
« Je suis reconnaissant au président Ortega de ne
pas me reprocher des choses qui se sont déroulées
quand j’avais 3 mois », a apprécié Barack
Obama, suscitant rires et applaudissements des autres
dirigeants.
Cuba
Mais la plus forte salve d’applaudissements a accueilli l’appel
du chef de la Maison-Blanche à un nouveau départ
dans les relations entre Washington et La Havane après
près 50 ans de guerre froide. « Je sais qu’il y a
un long voyage à faire pour dépasser des
décennies de méfiance, mais il y a des mesures
cruciales que nous pouvons prendre pour avancer vers une
nouvelle ère », a-t-il déclaré.
« Les ÉtatsUnis veulent un nouveau départ
avec Cuba. »
La question de Cuba, exclue en 1962 de l’Organisation des
États américains (OEA), est ainsi revenue au
premier plan de ce sommet des Amériques organisé
en pleine crise économique mondiale. Aux pays
d’Amérique latine qui ont vu chuter leurs exportations,
Barack Obama a proposé un nouveau fonds de croissance et
un nouveau partenariat régional pour développer
des sources d’énergie parallèles et lutter contre
le réchauffement de la planète.
Un livre en tête des palmarès
grâce à Chavez et Obama
Un livre
offert par Hugo Chavez à Barack Obama, lors de leur
rencontre de la semaine dernière, s’est hissé au
palmarès des livres les plus vendus à cause de
cette notoriété subite.
Les veines ouvertes de l’Amérique latine, du romancier
uruguayen Eduardo Galeano, est un classique de la
littérature antiaméricaine et anticoloniale qui
est toujours à la mode, près de 40 ans
après sa publication.
L’entourage du président Obama a fait savoir aux
médias que le livre ne figure pas parmi ses
priorités, d’autant plus que M. Chavez lui a
donné la version originale espagnole. Quant à M.
Galeano, qui a 69 ans, il a été assailli par des
demandes d’entrevue, et a décidé de n’en
accorder aucune, a expliqué à La Presse son
agente new-yorkaise, Susan Bergholz. Il sera de passage
à Ottawa à la fin mai dans le cadre d’un
festival littéraire.
L’éc r
iva i n uruguayen ne prévoit pas non plus publier une
version mise à jour de son livre. « Une fois
qu’il a fait quelque chose, Eduardo n’aime pas y revenir
», a expliqué Mme Bergholz. La version actuelle
comporte toutefois un chapitre supplémentaire
écrit en 1978, qui ajoute des données
supplémentaires pour appuyer les thèses de M.
Galeano.
Le livre affirme que le sousdéveloppement de
l’Amérique latine est dû au pillage de ses
matières premières par l’Occident depuis le XVIe
siècle. Eduardo Galeano estime que la liberté
des marchés est un leurre parce que des monopoles
privés se forment inévitablement.
Ses autres livres étaient des romans, parce qu’il
estime que les émotions et l’imagination sont
essentielles pour bien expliquer des concepts sociopolitiques.
Il préfère d’ailleurs le poète chilien
Pablo Neruda au romancier argentin Jorge Luis Borges, parce
que ce dernier est trop « cérébral
».
Obama au pouvoir, l’embargo demeure
LA HAVANE —
Cuba estime que l’arrivée au pouvoir de Barack Obama
à la présidence des États-Unis
«n’est synonyme d’aucun changement» dans
l’application de l’embargo américain contre
l’île, a dit hier le ministre cubain des Affaires
étrangères, Bruno Rodriguez.
« La politique de blocus demeure intacte.
L’arrivée du gouvernement d’un nouveau
président des États-Unis n’est synonyme
d’aucun changement dans l’application du blocus »,
a-t-il dit à l’occasion de la publication à La
Havane d’un rapport sur les conséquences de l’embargo
qui sera présenté le 28 octobre devant
l’Assemblée générale de l’ONU.
Selon M. Rodriguez, la preuve qu’il n’y a « aucun
changement », c’est que M. Obama a prorogé d’un
an, lundi, la « loi sur le commerce avec l’ennemi
» qui a donné naissance à l’embargo
contre Cuba en 1963.
L’embargo a
ensuite été durci en 1992 et en 1996, puis
adouci à partir de 2000 pour autoriser la vente au
régime cubain de produits agricoles et de
médicaments, sous certaines conditions.
Le 13 avril, Barack Obama a modifié les sanctions
pour autoriser les voyages sans limite des
Cubano-Américains vers l’île communiste,
certains envois et le commerce dans le secteur des
télécommunications. Le service postal pourrait
aussi être rétabli entre les deux pays.
Bruno Rodriguez a reconnu ces avancées en les
qualifiant de « positives », mais
considère qu’il s’agit de mesures «
limitées ».
Raul Castro : « J’ai été
élu pour défendre le socialisme »
Le
président cubain Raúl Castro coupe court aux
espoirs de réforme
LA HAVANE — Trois ans après avoir pris la
relève de son frère Fidel, le président
cubain Raúl Castro a voulu couper court aux espoirs
de Washington et de Bruxelles de voir des réformes
démocratiques à Cuba en déclarant non
négociable le système politique de l’île
communiste.
PHOTO JAVIER GALEANO,
ASSOCIATED PRESS
Dans
un discours ce week-end, Raúl Castro a dit que la
solution à la crise économique était
de renforcer le socialisme.
Dans un discours prononcé ce week-end devant le
Parlement, Raúl Castro, 78 ans, a martelé
qu’il n’avait pas été désigné
à la présidence « pour restaurer le
capitalisme à Cuba » et que la solution aux
graves difficultés économiques du pays
était au contraire de « renforcer » les
institutions et le Parti communiste.
« J’ai été élu pour
défendre, maintenir et perfectionner le socialisme,
non pour le détruire. Cela doit être
très clair », a-t-il ajouté à
l’adresse des États-Unis et de l’Union
européenne, qui réclament, selon lui, «
des gestes unilatéraux pour démonter le
système politique et social de Cuba ».
Il a réitéré sa disposition à
ouvrir un « dialogue entre égaux » avec
Washington et à aborder tous les sujets, sauf le
système politique cubain.
L’administration américaine, pour lever le «
plus vieil embargo du monde » et normaliser ses
relations avec Cuba, exige la libération des
prisonniers politiques – au nombre de 200 selon la
dissidence – et des réformes démocratiques
dans l’île, dirigée par un parti unique et les
frères Castro depuis un demi-siècle.
Quant à l’Union européenne, pour encourager
Raúl Castro à faire des progrès en
matière de démocratie, elle a levé en
juin 2008 des sanctions prises en 2003 après une
vague d’arrestations de dissidents.
Jugé plus pragmatique que son frère, le
général Raúl Castro a pris il y a trois
ans la relève de Fidel, malade mais toujours
très influent à bientôt 83 ans. Son
arrivée avait alors suscité à
l’étranger, mais aussi à Cuba, des espoirs
quant à un assouplissement du régime cubain.
Raúl Castro a reconnu une « diminution de
l’agressivité et de la rhétorique anticubaine
de la part de l’administration américaine » de
Barack Obama, qui a permis le mois dernier une reprise des
discussions – suspendues depuis cinq ans – sur les flux
migratoires. Il a tout de même affirmé que,
dans les faits, rien n’avait changé.
Il a
cité à titre d’exemples l’embargo, qui reste
« intact », les restrictions sur les voyages et
les envois de fonds des CubainsAméricains qui, selon
lui, existent toujours malgré l’annonce de leur
levée par Barack Obama en avril, et le maintien de
Cuba sur la « liste noire » des pays soutenant
le terrorisme.
Raúl Castro a de nouveau réclamé la
« restitution sans conditions » du territoire de
la base navale de Guantánamo (est de Cuba), seul
endroit de l’île où, depuis la
Révolution de 1959, « la torture a
été appliquée », selon lui
Il a toutefois reconnu les « imperfections du
socialisme » cubain, « où parfois deux
plus deux font trois », et souligné qu’il
continuerait « à restructurer l’appareil
d’État », très bureaucratisé,
pour le rendre plus fonctionnel.
Il a souligné que le prochain Congrès du PC,
repoussé sine die, devait aborder la question de la
relève de la direction vieillissante du parti.
Crise économique
Les Cubains sont soumis à de sévères
mesures d’économie d’énergie cet
été. Le régime, aux prises avec des
déficits budgétaires et la chute de ses
revenus d’exportation, cherche à faire face aux
difficultés économiques du pays.
Ces mesures d’économie surviennent alors même
que Cuba continue à recevoir du pétrole
gratuit du Venezuela en échange de services. Certains
soupçonnent le régime de vendre au noir le
brut vénézuélien pour se procurer des
devises. Plus vraisemblablement, cette cure
d’austérité énergétique est le
résultat de la crise économique mondiale.
Le président Raúl Castro a annoncé
samedi une nouvelle série de restrictions
budgétaires dans les domaines de l’éducation
et de la santé, qui font pourtant la fierté du
régime castriste.
L’après-Castro commence
Les gestes
d’ouverture de Barack Obama à l’égard de Cuba
sont timides. Il ne s’agit pour l’instant que de permettre les
voyages des Américano-Cubains vers leur île
natale et de faciliter les transferts de fonds. On est encore
loin de la levée de l’embargo commercial.
L’aéroport
international de La Havane, à Cuba.
Mais le virage est néanmoins significatif. En admettant
l’échec de la politique américaine, lors du
Sommet des Amériques, à Trinité et
Tobago, le président américain a amorcé
le début de la fin d’une logique d’affrontement,
survivance absurde de la guerre froide et grand symbole du
dogmatisme américain. Un petit pas qui laisse croire
que, de part et d’autre, on commence à préparer
l’après-Castro.
Il évident qu’ici, on applaudira. Le Canada n’a jamais
coupé ses liens avec Cuba, même pendant la Guerre
froide, parce qu’on a toujours cru que la meilleure
façon d’encourager la démocratisation de ce pays
était de maintenir des liens, une approche plus sage
que celle des Américains, qui ont diabolisé
Fidel Castro et braqué son régime. Ce
désir de dialogue, on l’a vu chez tous ces touristes
québécois qui voient Cuba comme un pays ami.
En principe, les États-Unis se refusent à
établir des relations normales avec Cuba parce que ce
pays n’est pas démocratique. L’argument est boiteux,
car les États-Unis entretiennent, dans une
sensibilité à géométrie variable,
des liens étroits avec bien des dictatures, comme
l’Arabie Saoudite. Leur agressivité envers Cuba tient
bien davantage à la survivance d’un anticommunisme
primaire, au poids politique des exilés cubains, et aux
cicatrices de l’escalade du début des années 60.
L’insistance
sur l’instauration de la démocratie repose en outre sur
une vision étriquée des droits qui ramène
la démocratie à la tenue d’élections
libres. Il est vrai que Cuba est une dictature, où il
n’y a pas d’élections, où l’oppression
étouffante muselle les citoyens, où il y a des
prisonniers politiques. Mais ce n’est pas un régime de
terreur. Dans le monde des régimes totalitaires, Cuba
est loin d’être parmi les pires. Par contre, bien des
pays en principe démocratiques tolèrent la
torture et les assassinats politiques.
Il n’en reste pas moins que ce pays est dans une impasse
économique, sociale et politique, un pays figé
qui attend la mort de son dictateur, un « paradis
socialiste » qui, depuis l’arrivée à sa
tête de Raoul Castro, s’est transformé en
gérontocratie monarchique. Le modèle
d’économie planifiée a été un
échec total. Cuba est incapable de nourrir ses citoyens
et de produire ce dont ils ont besoin, il survit grâce
à la charité internationale et en expliquant ses
échecs par un embargo américain qui est
politiquement bien commode.
Cependant, ce pays dispose d’un énorme potentiel,
comparé à bien des nations
latinoaméricaines. Ce potentiel tient largement aux
réalisations de la révolution castriste: un
système de santé de haut niveau, une
identité nationale forte, un degré
d’éducation comparable à celui des
sociétés industrialisées.
À condition, bien sûr, que la transition se fasse
bien. Le Canada, un pays du Nord qui n’a jamais coupé
les ponts avec Cuba, peut jouer un rôle utile. Mais au
Sommet des Amériques, le premier ministre canadien n’a
pas joué ce rôle. Stephen Harper voulait parler
« d’affaires » et espérait que la question
cubaine ne prendrait pas trop de place, ne comprenant pas
l’importance qu’elle revêt en Amérique latine.
Pourquoi? Parce que l’ouverture à Cuba est trop
associée au règne libéral? Parce qu’il y
aurait chez M. Harper des réflexes anticommunistes,
comme on l’a senti dans le cas de la Chine? Mais le
résultat est là. Encore une fois, M. Harper a
été déphasé, en dehors de la
plaque, comme s’il ne trouvait plus sa place dans un monde qui
change trop vite.
Obama
reconnaît
l’échec de la politique américaine envers La
Havane tout en la continuant
Barack Obama a rejeté les critiques des
républicains, qui ont condamné ses échanges
très médiatisés avec Hugo Chavez.
PORT OF SPAIN — À l’issue de son premier sommet des
Amériques, Barack Obama a admis que la politique
menée pendant 50 ans par les États-Unis à
l’égard de Cuba « n’avait pas marché
». Mais il a tout de même écarté une
levée rapide de l’embargo, appelant le régime
castriste à accomplir des gestes de bonne volonté.
La réunion, qui s’est close avec une déclaration
finale signée uniquement par le pays hôte, aura
aussi été le théâtre d’un
réchauffement très médiatique des relations
entre Washington et Caracas.
« Je pense que les signaux envoyés jusqu’ici
fournissent au moins la possibilité d’un dialogue franc
sur une variété de sujets, y compris les questions
cruciales de la démocratie et des droits de l’homme dans
toute la région », a déclaré le chef
de la Maison-Blanche lors d’une conférence de presse.
« Le test pour nous tous, ce ne sont pas que des mots,
mais aussi des actes. »
Après avoir allégé la semaine
dernière certaines sanctions imposées par les
États-Unis à Cuba, Barack Obama a souhaité
que le régime castriste prouve sa bonne foi à
l’aide de gestes unilatéraux. « Ils pourraient
libérer des prisonniers politiques », a-t-il
suggéré. « Réduire les taxes sur les
transferts d’argent » envoyés par les
CubanoAméricains vers l’île serait une autre mesure
possible.
Dans un entretien publié hier, le président
brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, un dirigeant de
gauche modéré, a estimé que Washington ne
devait pas « attendre des gestes de Cuba pour que d’autres
pas soient faits ».
Rapprochement critiqué
Outre la question cubaine, les relations entre le
président américain et son homologue
vénézuélien Hugo Chavez ont
été au coeur du sommet des Amériques.
Là encore, le réchauffement était à
l’ordre du jour.
Après les
poignées de mains sous l’oeil des caméras, et le
livre qu’il a offert à M. Obama, Hugo Chavez a ainsi
annoncé qu’il proposerait à Washington de nommer
Roy Chaderton, actuel représentant
vénézuélien à l’Organisation des
États américains (OEA), au poste d’ambassadeur aux
États-Unis.
Les États-Unis et le Venezuela n’entretiennent plus de
relations diplomatiques depuis plusieurs mois.
De son côté, Barack Obama a rejeté les
critiques des républicains sur la scène politique
américaine, qui ont condamné ses échanges
très médiatisés avec le président
Chavez, lequel avait eu des mots très durs à
l’endroit de l’administration Bush. « Il est difficile
d’imaginer que nous mettions en jeu les intérêts
stratégiques des États-Unis (en serrant la main au
président vénézuélien) »,
a-t-il estimé.
Immigration
Le président américain s’est en outre verbalement
engagé hier à revoir certaines des politiques de
Washington en matière d’immigration, selon les dirigeants
d’Amérique centrale. Le président du Nicaragua,
Daniel Ortega, opposant déclaré à
Washington, a affirmé avoir trouvé un Obama ouvert
sur tous les sujets traités pendant le sommet. « Je
veux croire qu’il est enclin, qu’il a la volonté »
de changer la politique américaine, a-t-il
déclaré.
Le sommet s’est en revanche achevé sur un double couac,
puisque la photo de groupe de clôture n’a pas eu lieu, et
que seul Trinité-et-Tobago, hôte de la
réunion, a signé la déclaration finale,
plusieurs pays, dont le Venezuela, refusant de la parapher pour
exiger la réintégration de Cuba dans
l’Organisation des États américains (OEA).
Cette déclaration fixe des objectifs non contraignants
aux pays de la région en matière de promotion des
droits de l’homme et de protection de l’environnement. «
LA MÉTHODE OBAMA » : L’ÉDITORIAL
D’ANDRÉ PRATTE À LIRE EN PAGE A18.
Cuba: petite histoire de l’embargo - Claude
Picher
En levant
l’interdiction de voyager ou d’envoyer de l’argent à
Cuba, le président Barack Obama a fait un virage
important par rapport à la politique américaine
des 50 dernières années.
Certes, la plupart des experts pensent qu’on es t encore
très loin de la levée totale de l’embargo
américain. Ils ont sans doute raison. M.Obama
lui-même n’est visiblement pas prêt à
bouger en ce sens. N’empêche : les nouvel les mesures
représentent, pour Cuba, une bouffée d’air frais
attendue depuis longtemps. Si on fait exception des quelques
assoupl issements consentis par Jimmy Carter en 1977 (et que
son successeur Ronald Reagan s’empressera d’annuler), tous les
présidents depuis Eisenhower, démocrates et
républicains confondus, sont demeurés r
igoureusement inflexibles dans ce dossier.
Au premier
coup d’oeil, on peut être porté à
sympathiser avec Cuba, le petit qui se bat vaillamment contre
le gros. La disproportion entre les deux pays est monstrueuse.
Aux taux de change courants, le produit intérieur brut
américain fait 260 fois celui de Cuba. Ou, pour dire
les choses autrement, l’économie cubaine est plus
petite que celle du Vermont, un des plus petits États
de l’ Union. Comment expliquer qu’une puissance
économique aussi prodigieuse que les États-Unis
mette autant d’acharnement à étouffer son
minuscule voisin?
D’ailleurs, dans ce combat inégal, Cuba, malgré
la brutalité du régime, a reçu de
nombreux témoignages d’appui. On ne compte plus, aux
Nations Unies, le nombre de résolutions condamnant
l’embargo américain et il existe, partout dans le
monde, des groupes de pression qui militent pour la
levée de l’embargo.
Pour
mieux comprendre le dossier, il serait peut-être utile
de revoir comment on en est arrivé là.
En
janvier 1959, Fidel Castro renverse le régime
corrompu du dictateur Fulgencio Batista. Au début, la
nouvelle est très bien accueillie aux
États-Unis. Washington n’hésite pas : il
reconnaît le nouveau gouvernement sur-le-champ. Castro
vient lui-même à New York où il est
accueilli en véritable héros.
La lune de miel ne dure pas
Cinq mois plus tard, le gouvernement Castro fait voter une
loi sur la redistribution des terres. Objectif noble,
certes, mais qui ne va pas sans défaut: toutes les
terres appartenant à des citoyens ou des entreprises
américaines sont confisquées sans
compensation. C’est un coup dur pour les
propriétaires américains des immenses
plantations de canne à sucre: au total, ces
expropriations représentent 10% de la superficie de
l’île, ce qui n’est pas rien
Comme il fallait s’y attendre, les États-Unis
protestent et, pour la première fois, évoquent
la possibilité de sanctions économiques. Le
gouvernement Castro ne reste pas inactif. Devant la menace
de sanctions américaines, il signe un traité
commercial avec les Soviétiques. Le moment est mal
choisi: le monde est en pleine guerre froide et tout
rapprochement avec Moscou est forcément perçu
comme une provocation par Washington. Puis, éclate la
crise des raffineries de pétrole. Le traité
avec Moscou prévoit notamment la livraison de
pétrole brut à Cuba. Or, lorsque les
premières cargaisons arrivent, les
pétrolières américaines
installées dans l’île refusent de raffiner le
pétrole soviétique. Cela déclenche une
grave crise, qui prend fin lorsque le gouvernement cubain
exproprie les pétrolières sans compensation.
Le geste cause énormément de ressentiment aux
États-Unis.
À ce stade, les Américains commencent à
en avoir assez, et annoncent qu’ils suspendent leurs achats
de sucre. Là aussi, Castro ne perd pas de temps:
toutes les installations industrielles américaines
sont nationalisées dans les semaines qui suivent,
sans compensation.
Dans ces conditions, cela ne prend pas de temps avant que le
conflit dégénère rapidement. En 1961,
le président Kennedy lance l’invasion de la baie des
Cochons, qui se termine par un fiasco intégral.
À ce moment, le gouvernement Castro a depuis
longtemps tourné le dos aux États-Unis et
s’appuie désormais sur l’Union soviétique, qui
lui achète sa production sucrière à des
prix plus élevés que les cours du
marché. Puis éclate en 1962 une nouvelle
crise, la pire de toutes. Castro permet aux
Soviétiques d’installer leurs missiles à Cuba,
à quelques dizaines de kilomètres des
côtes américaines. Pour Kennedy, c’est en trop,
et il somme les Soviétiques de se retirer. Le monde
retient son souffle, mais Moscou finira par plier. Toute
l’affaire laisse un goût extrêmement amer, non
seulement aux dirigeants politiques et militaires
américains, mais aussi dans l’opinion publique, que
tous ces événements ont fini par rendre
farouchement anticastriste.
Aussi,
personne. ne pense à protester très fort
lorsque, toujours en 1962, Kennedy annonce un embargo
intégral sur tout le commerce de marchandises, les
relations financières et les voyages à Cuba.
Officiellement, l’embargo dure donc depuis 47 ans.
L’évaluation des dommages financiers est difficile.
Cuba a certainement souffert de l’embargo, qui lui a
fermé les portes du riche marché
américain. De plus, les Cubains ont dû
s’approvisionner ailleurs qu’aux États-Unis, et
souvent à prix forts.
Le gouvernement cubain évalue ses pertes à 70
milliards. C’est probablement exagéré.
Le sucre est, de loin, le principal produit d’exportation
cubain. Or, quand les États-Unis ont
arrêté d’acheter du sucre cubain, l’Union
soviétique a pris la relève, et à des
conditions fort avantageuses pour Cuba. Et après
l’implosion de l’Union soviétique, la Chine a pris le
relais à son tour (la Chine est aujourd’hui le
premier client de Cuba). En ce qui concerne les
exportations, c’est le pétrole qui arrive en
tête de liste. Lorsque les Américains ont
cessé de vendre du pétrole aux Cubains, ceuxci
ont conclu un accord avec les Soviétiques, comme nous
l’avons vu. Plus tard, le Venezuela d’Hugo Chavez est venu
à la rescousse; les Cubains n’ont même pas
besoin de se soucier des fluctuations des cours, parce que
Chavez leur fait un prix de faveur.
Les échanges internationaux de Cuba (avec qui, par
ailleurs, le Canada n’a jamais cessé de faire du
commerce) n’ont donc probablement pas autant souffert que le
prétendent les autorités cubaines.
En bonne forme, Fidel Castro
célèbre ses 83 ans
LA
HAVANE— Le leader cubain Fidel Castro a
fêté hier ses 83 ans en poursuivant dans la
presse ses « réflexions » sur
l’actualité alors que des photos récentes
le montrent en bonne forme, trois ans après son
retrait du pouvoir pour des raisons de santé.
« La meilleure chose sera toujours d’avoir une
cause juste à défendre et l’espoir de
continuer à aller de l’avant »,
écrit l’ancien président cubain qui n’a
plus fait d’apparition publique depuis une grave maladie
l’ayant conduit à la fin du mois de juillet 2006
à céder le pouvoir à son
frère Raul, 78 ans.
PHOTO AFP
Fidel
Castro,
qui a fêté hier ses 83 ans,
apparaît en bonne forme sur des photos datant
d’environ deux semaines et publiées sur le site
internet de l’organisation américaine Pasteurs
pour la paix, reçue par le dirigeant cubain
pendant une tournée sur l’île.
Le père de la révolution de 1959, dont
l’état de santé est classé secret
d’État, semble par ailleurs en bonne forme sur
des photos datant d’environ deux semaines, les plus
récentes à être publiées par
l’organisation américaine Pasteurs pour la paix,
reçue par Castro lors d’une visite dans
l’île.
Sur les photos, Castro porte une casquette et un
survêtement de sport blanc et se tient debout aux
côtés de membres de cette organisation
venue offrir une aide humanitaire aux Cubains.
Bête noire de Washington depuis un
demi-siècle pour son virage communiste et
accusé par des ONG de bafouer droits et
libertés, Fidel Castro reste malgré sa
retraite très influent tant à Cuba
qu’auprès des militants «
anti-impérialistes » américains
à l’étranger.
Il multiplie depuis deux ans les réflexions sur
l’actualité et reçoit
régulièrement dans sa retraite les chefs
d’État « amis » de passage, comme le
VénézuélienHugoChavez, autre
bête noire de Washington.
Mais si
Fidel Castro est toujours très loquace dans ses
écrits sur la politique étrangère,
il se montre depuis quelque temps discret sur la
situation dans son pays.
L’î le communiste, sous embargo américain
depuis 47 ans, est confrontée à sa plus
grave crise économique depuis la chute de l’URSS
en 1991.
« Quel degré d’inf luence conserve Fidel
Castro au sein du pouvoir ? Raul le consulte-t-il
toujours pour tout? C’est la question que tout le monde
se pose », résume un diplomate
étranger.
Devant le Musée de la révolution à
La Havane, des dizaines de petits « pionniers
» en uniforme s’étaient rassemblés
hier pour lui rendre hommage. « Il est un exemple
pour nous. Quand Fidel va mourir, je serai très
triste, mais ses idées, elles, resteront toujours
», assure Guillermo Armado, 13 ans.
Hector, un étudiant de 26 ans, s’est dit «
indifférent ». « Fidel a beaucoup
fait pour notre pays, mais nous ne pouvons plus
continuer à vivre comme il y a 50 ans, et
ça, nos dirigeants ne l’ont pas encore compris.
»
La CIA sous la loupe du ministère de la
Justice - Mathieu Perrault
Vexations, sévices corporels, menaces... Un
rapport qui remonte à 2004, mais rendu public
hier, révèle que la CIA ne reculait devant
rien pour faire parler les présumés
terroristes qu’elle détenait en Irak et en
Afghanistan. Au courant de ce rapport, Barack Obama
avait préféré tourner la page sur
ces méthodes peu glorieuses pour plutôt
préparer l’avenir. Or, le secrétaire
américain à la Justice a annoncé
hier qu’il ferait enquête, bien que la
majorité des Américains ne souhaite
vraisemblablement pas remuer toute cette boue. Chose
certaine, le président ne peut plus faire
l’économie d’une enquête qu’il aurait
préféré éviter.
Le secrétaire américain à la
Justice, Eric Holder, a annoncé qu’il rouvrait
l’enquête sur les agents de la CI A qui ont
utilisé des « techniques d’interrogation
améliorées », que plusieurs
assimilent à de la torture. Un rapport du bureau
d’éthique du département de la Justice a
dénoncé hier la décision prise
l’hiver dernier de ne poursuivre aucun de ces agents,
dont les agissements ont été déta
illés da ns u n rapport datant de 2004 aussi
rendu public hier.
La nouvelle est une tuile pour l’administration Obama,
qui avait pesé de tout son poids dans la
décision de ne pas poursuivre les agents. Un
porte-parole du président, en vacances à
Martha’s Vineyard, a indiqué que la
décision relevait exclusivement de Me Holder.
« Le président pense qu’on doit regarder en
avant, pas vers l’arrière », a
indiqué le relationniste.
Le rapport de 2004 dévoilé hier, qui avait
été signé par l’inspecteu r
généra l de la CIA, confirme plusieurs cas
dévoilés au fil des ans par les
médias. Il décrit en détail la
technique de torture dite du waterboarding, noyade
simulée à répétition qui
peut durer une vingtaine de minutes, ainsi que d’autres
« techniques d’interrogation a
méliorées ». Le rapport de 150
pages, dont environ la moitié est
censurée, fait aussi état de
méthodes « non autorisées »,
comme menacer de violer la mère d’un
détenu ou d’exécuter ses enfants,
actionner une perceuse électrique devant un
détenu nu et aveuglé par une cagoule ou
encore simuler des exécutions.
Les hauts dirigeants ont affirmé au
vérificateur général que plusieurs
attentats avaient été évités
– à l’aéroport Heathrow, sur des ponts de
New York, sur des voies ferrées et des stations
d’essence
aux
États-Unis –, mais le rapport indique qu’aucune
preuve n’appuie leurs affirmations.
Le nouveau chef de la CIA, Leon Panetta, a
immédiatement envoyé à ses
employés une note interne dans laquelle i l qua l
i f ie le rappor t de 2004 d’« histoire ancienne
». « L’utilisation de techniques
d’interrogation améliorées a
commencé quand notre pays réagissait aux
horreurs du 11 septembre 2001 et s’est terminée
en janvier », écrit M. Panetta.
Da ns u n com mu n iqué, l’ONG Human Rights
Watch, de son côté, a réclamé
une « enquête criminelle complète sur
les crimes » commis par la CIA.
Le rapport de 2004 confirme que les techniques de noyade
simulée étaient plus dures que celles qui
étaient utilisées par l’armée
américaine dans son programme SERE, qui visait
à préparer les soldats aux interrogatoires
de l’ennemi. Les défenseurs de la CI A ont
souvent avancé qu’il était légitime
d’appliquer à des ennemis des techniques
utilisées contre ses propres soldats dans le
cadre de leur entraînement.
L’inspecteur général de la CIA a aussi
décrit quelques mesures prises par l’agence de
renseignement contre les agents aya nt com m is des
excès. Un employé civil d’un sous-traitant
militaire, qui a battu à mort un détenu
penda nt quatre jou rs en 2003 à la base
d’Asabad, en Afghanistan, a été
renvoyé et son employeur a vu son contrat
révoqué. Un agent de la CIA qui, devant
200 élèves d’une école islamique, a
frappé avec la crosse de son fusil un professeur
qui souriait « de manière
inappropriée » à ses questions, a
été rapatrié et affecté
à des dossiers intérieurs.
UN CAS ARAR ENCORE POSSIBLE
L’administration Obama a retiré à la
CIA la responsabilité d’interroger les
présumés terroristes. Mais le nouveau groupe
d’interrogation qui se chargera de ces cas pour mieux les
encadrer ne renoncera pas à l’une des mesures les
plus controversées de l’administration Bush :
l’envoi de suspects vers des pays tiers qui souvent se
livrent à la torture. La nouvelle a
été dévoilée par le New York
Times, qui en a eu confirmation officielle par le
département d’État, lequel a affirmé
que les suspects envoyés vers des prisons
étrangères seront surveillés de
près pour éviter qu’ils soient
torturés. « C’est scandaleux » ,
dénonce en entrevue Maria Lahood, l’avocate de
Maher Arar aux États-Unis, qui est affiliée
au Center for Constitutional Rights. « Le cas de
Maher Arar a déjà démontré que
le renvoi vers un tiers pays, même avec des
garanties diplomatiques, mène à la torture.
Obama a fait la promesse d’arrêter la torture, mais
ce que l’administration propose ne fera absolument rien
pour stopper le phénomène. Nous avons
déjà un cas très fort, celui de Maher
Arar, qui en fait la preuve. »
LES POINTS SAILLANTS DU RAPPORT
En mai
2003, Abu Zubaydah a subi 83 séances de torture
par l’eau, la plupart ne dépassant pas 10
secondes. Mais les enregistrements de 21 heures
d’interrogatoire, dont deux séances de noyade
simulée, ont été perdus ou
endommagés. L’interrogateur est entré
dans la cellule où Al-Nashiri était
assis, enchaîné, et a fait semblant une
ou deux fois d’armer un pistolet
déchargé. Probablement le même
jour, il a fait fonctionner une perceuse
électrique alors qu’Al-Nashiri était
debout, nu et aveuglé par une cagoule. Les
interrogateurs ont dit à Khalid Shaykh Muhammad
que, si quelque chose d’autre survenait aux
États-Unis, ils allaient tuer ses enfants.
L’interrogateur du quartier général a
dit à AlNashiri que, s’il ne parlait pas, on
allait « faire venir sa mère ». Il
lui a fait croire qu’il était d’un pays arabe
où, selon la croyance populaire, l’agression
sexuelle des mères fait partie des techniques
de torture des gouvernements. Un interrogateur s’est
inquiété que les bras d’Al-Nashiri se
disloquent de ses épaules pendant qu’on le
soulevait à répétition alors que
ses poignets étaient enchaînés
derrière son dos.
L’interrogatoire selon la CIA
La
prise d’attention consiste à prendre le
détenu par le collet avec les deux mains et
à l’approcher rapidement et de manière
contrôlée vers l’interrogateur. Durant
la technique du mur, le détenu est
tiré vers l’avant puis rapidement et
fermement repoussé contre le mur afin que ses
omoplates le heurtent. Une serviette enroulée
est disposée derrière son cou pour
éviter que sa tête ne se cogne au mur.
La prise faciale sert à maintenir immobile la
tête du détenu. L’interrogateur place
ses paumes ouvertes de chaque côté de
la figure du détenu, le bout des doigts loin
de ses yeux. La claque faciale ou insultante est
donnée avec les doigts
légèrement écartés. La
main de l’interrogateur entre en contact entre le
menton et le lobe de l’oreille. Dans
l’emprisonnement étriqué, le
détenu est placé dans un lieu clos,
par exemple une boîte petite ou grande,
généralement dans le noir. Les
emprisonnements dans les espaces les plus petits ne
doivent pas dépasser 2 heures et doivent
être espacés de 18 heures. On peut
placer un insecte non dangereux avec le
détenu. En position debout, le détenu
est placé à 4 ou 5 pieds d’un mur, les
pieds écartés à la largeur des
épaules. Ses bras sont étendus devant
lui et ses doigts s’appuient sur le mur pour
soutenir tout son poids. Le détenu ne peut
pas changer la position de ses mains ou de ses
pieds. Les positions de stress consistent par
exemple à obliger le détenu à
s’asseoir sur le plancher, les jambes
complètement étendues devant lui et
les bras élevés au-dessus de la
tête, ou alors à s’agenouiller sur le
plancher tout en se penchant vers l’arrière
avec un angle de 45 degrés. La privation de
sommeil ne peut pas dépasser 11 jours
à la fois. La torture par l’eau consiste
à attacher le détenu à un banc,
les pieds surélevés. L’interrogateur
place un linge sur la bouche et le nez du
détenu et verse de l’eau sur le linge de
manière contrôlée. La
respiration est restreinte pendant de 20 à 40
secondes, ce qui produit une sensation de noyade et
de suffocation.
Un tournant pour la présidence de Barack
Obama - AGNÈS GRUDA
« Nous ne gagnerons rien si nous consacrons
notre temps et notre énergie à
distribuer les blâmes pour les actions
passées. »
PHOTO PAULINE
LUBENS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Cette déclaration du président
Barack Obama date de quatre mois à peine.
Son administration venait de rendre publics les
fameux mémos autorisant les agents de la
CIA à recourir à certaines
techniques de torture, dont la simulation de
noyade, dans les interrogatoires de
présumés terroristes.
D eva nt ces révélation s , Barack
Obama avait adopté u ne attitude fer me :
son administration allait cesser les pratiques
controversées. Mais en même temps,
elle pré féra it tou r ner la page
plutôt que de s’engluer dans un long examen
j udiciaire au x retombées politiques
imprévisibles.
C’est cette stratégie qui a volé en
éclats, hier, lorsque le ministère
de la Justice a annoncé qu’il ferait
enquête sur les méthodes
d’interrogatoire de la CIA. Le président
n’a pas commenté. Il s’est contenté
d ’i nd iquer qu ’i l laissait la décision
entre les mains de son ministre, Eric Holder.
Ça montre à quel point le dossier
est délicat.
I l faut dire que l’ad min ist ration Oba ma n’ava
it probablement pas le choix. L’annonce de
l’enquête, qui pourrait conduire à
des poursuites criminelles, coïncide avec la
publication du rapport du vérificateur
interne de la CIA qui détaille les
méthodes de travail des enquêteurs de
l’agence.
Le rapport date de 2004. On y découvre la
panoplie de moyens utilisés par les agents
de la CIA pour faire parler les prisonniers
soupçonnés de terrorisme. Ils ont
menacé un détenu de tuer ses
enfants. Ils ont simulé des
exécutions pour faire croire à un
prisonnier qu’il pourrait être tué.
Ils ont menacé un suspect avec une perceuse
électrique et frotté un autre avec
une brosse dure. Dans tous les cas de figure, il
s’agit d’actes criminels graves, a souligné
hier l’organisation Human Rights Watch.
Déjà en avril, après
l’affaire des mémos, l’administration Obama
s’était attiré beaucoup de critiques
pour sa retenue. Le New York Times,
traditionnellement sympathique au
président, l’avait f ustigé en
éd itor ia l en le sommant de «
s’engager sur la voie de la reddition de comptes
». Avec les nouvelles
révélations, la pression devenait
trop forte.
Il reste que Barack Obama ma rche en ter
ra i n m i né. L’e nq uê te a n nonc
é e h ie r pourrait marquer un «
tournant dans sa présidence », c roit
l’h istorien Gil T roy. Selon lui, la
majorité des Américains n’ont pas
envie de passer des mois à disséquer
publiquement les excès de la lut te a nt
iter ror iste . Paradoxalement, cette exposition
des péchés capitaux de l’ère
Bush pourrait donc faire boomerang et revenir
contre son successeur.
La CIA a connu des heures sombres dans les
années 70, lorsque la commission Church
avait mis au jour ses tentatives pou r assassiner
Fidel Castro, rappelle le politologue Louis
Balthazar.
L’enquête annoncée hier pourrait
conduire, en bout de piste, à un exercice
semblable. Mais Barack Obama risque de se faire
reprocher d’avoir affaibli l’agence de
renseignement américaine. Bref, si elle
constitue une excellente nouvelle pour la justice,
elle relève plutôt de la «
patate chaude » pour un président qu
i ma noe uv re péniblement pour
préserver ses appu is , su r sa d roite
comme sur sa gauche.
D’ailleurs, s’il avait fermé la por te
à u ne enquête, Barack Obama aurait
cette fois risqué de se mettre à dos
les défenseurs des droits de la personne,
qui forment son électorat habituel.
Da n s u n com mu n iqué publié
hier, Human Rights Watch rappelle avoir recueilli
de l’information sur quelque 350 cas de
détenus victimes de mauvais traitements en
Irak et en Afghanistan. « Pas un seul agent
de la CIA n’a été tenu responsable
de ces actes », dénonce
l’organisation.
L’administration Obama semble avoir
décidé que cette ère
d’impunité tire à sa fin. Reste
à savoir si l’enquête se limitera aux
simples agents qui brandissaient leur perceuse ou
laissaient des détenus tout nus dans le
froid ou si elle remontera jusqu’à ceux qui
leur donnaient des ord res . Pou r l’i nsta nt ,
ce n’est pas clair.
Reste aussi à savoir quelles seront les
conséquences politiques de cet exercice que
Barack Obama aurait préféré
éviter.
Le recours à la torture orchestré de
haut - AGNÈS GRUDA
Dans une
entrevue diffusée par le réseau NBC cinq
jours après les attentats du 11 septembre 2001,
le vice-président Dick Cheney tient ces propos
désarmants de franchise.
PHOTO ARCHIVES REUTERS
Le
recours à la torture dans le cadre de la guerre
contre le terrorisme a été
orchestré de haut, planifié et
systématique, note la journaliste Marie-Monique
Robin, réalisatrice de un documentaire qui
démonte les rouages du système des
sévices infligés aux détenus dans
les prisons américaines en Irak, en Afghanistan
et à Guantánamo (ci-dessus).
« Nous devons agir dans l’ombre, nous devons
libérer les services de renseignement de toute
contrainte », dit-il en expliquant les moyens que
Washington compte déployer afin de combattre le
terrorisme.
Cette déclaration, passée inaperçue
à l’époque, est un peu le tournant
à partir duquel Washington s’est engagé
sur le chemin de la torture, permet de constater un
documentaire diffusé depuis cette semaine sur
l’internet.
Le recours à la torture a été
orchestré de haut, planifié et
systématique, note la journaliste Marie-Monique
Robin, réalisatrice de Torture made in USA, qui
démonte les rouages du système des
sévices infligés aux détenus dans
les prisons américaines en Irak, en Afghanistan
et à Guantánamo.
À défaut de révélations
fracassantes, son documentaire contient plusieurs
témoignages inédits. Mais surtout, il
permet de décortiquer la mécanique qui a
permis aux dirigeants des États-Unis de
légitimer des pratiques telles que le simulacre
de noyade et des dizaines d’autres supplices, pourtant
interdits tant par les lois américaines que par
les traités internationaux.
Surprise
En se l a nça nt dans son e nquête, Ma r i
e - Monique Robin, auteure du Monde selon Monsanto,
savait qu’elle entrait en zone trouble. « Mais j
’ai été surprise par l’ampleur du
programme de torture, et par son caractère
systématique », confie-t-elle.
Jointe à La Nouvelle-Orléans où
elle travaille ces jours-ci sur un reportage au sujet de
la pollution alimentaire, la journaliste raconte comment
elle a décortiqué 80 heures de
témoignages devant des commissions publiques
américaines. Et comment elle a dû pousser
fort pour obtenir certains de ces témoignages,
comme celui de Matthew Waxman, chef de cabinet de
l’ex-conseillère à la
sécurité nationale Condoleezza Rice. Ou
alors celui du général Ricardo Sanchez,
ex-commandant des forces américaines en Irak.
« Je reconnais que nous avons maltraité des
gens », dit ce dernier, visiblement ému,
dans un témoignage inédit où il
prend la responsabilité de ces actes de torture.
« Dès le début, nous savions que
nous devions nous salir les mains », affirme de
son côté Matthew Waxman.
À partir de là , comment l’administration
Bush allaitelle s’y prendre pour mettre en place la
machine de la torture ? D’abord en faisant appel
à une armée de juristes, qui allaient
conclure que les protections des conventions de
Genève ne s’appliquent pas aux combattants
d’Al-Qaeda.
P uis, en f a i s a nt a ppel à des
autorités médicales qui allaient
cautionner les sévices. Et enfin, en faisant l a
promotion des mauvais traitements.
« Je pense que vous traitez trop bien vos
prisonniers », dit le généra l G eof
f rey Miller, responsable de la prison de
Guantánamo, en visite à la tristement
célèbre prison d’Abou Ghraïb. Son
message a été bien entendu…
Résistances
Le documentaire de MarieMonique Robin met aussi en
lumière les résistances qui exista ient ,
même c hez les républicains, contre ces
glissements successifs.
Des agents du FBI ont été
révulsés de voir le traitement i nf l
igé aux prisonniers de Guantánamo, par
exemple. Mais ces voix ont été
progressivement neutralisées.
« Plusieurs témoins étaient meurtris
par ce qu’ils avaient vu, ils se demandaient : comment
mon parti a-t-il pu faire ça ? » dit la
journaliste.
À qui revient la responsabilité ultime de
la torture ? L e d o c u ment a i r e p o i n t e vers
le vice-président Dick Cheney. Et George W. Bush
? « Quand j e l eur posais l a question, certains
éclataient de rire, comme si Bush n’était
qu’une marionnette », dit la documentariste.
Ce que c el l e - c i r e t i e nt s urtout de s on r
eportage, c’est que des actes criminels peuvent trouver
une justification, même dans un régime
démocratique. « Je crois que mon film a une
portée universelle, car aucun pays n’est à
l’abri. »
La face
obscure de Blackwater - Nicolas Bérubé
Des armes de
contrebande emballées dans des sacs de nourriture
pour chiens. Des tueries spontanées. Des
employés dépressifs dépendants des
stéroïdes. Une licence pour tuer le plus grand
nombre de « sales Arabes » possible.
PHOTO GERVASIO SANCHEZ,
ARCHIVES AP
Des
membres de la société américaine
Blackwater échangent des tirs avec des partisans de
Moqtada al-Sadr qui s’approchent d’un bâtiment
défendu par des soldats américains et
espagnols, à Najaf, en 2004.
Le fondateur de la compagnie Blackwater est accusé
par deux ex-employés d’avoir mené en Irak une
opération « corrompue », « violente
» et « raciste », financée par les
contribuables américains.
C’est ce que stipule une déposition produite dans un
tribunal américain par deux ex-employés de
Blackwater, la firme de mercenaires privée
dirigée par Erik Prince, un ancien marine proche du
parti républicain. Blackwater a reçu des
centaines de millions de dollars en contrats du
département d’État pour son travail en Irak
depuis l’invasion américaine, en 2003.
Les deux hommes, qui ont requis l’anonymat en raison des
menaces qui pèsent contre eux, affirment aussi qu’au
moins un ex-employé sur le point de dénoncer
les agissements de la firme a été tué
« dans des circonstances floues ».
Dans leur déposition faite sous serment plus
tôt ce mois-ci, « John Doe no1 » et
« John Doe no2 » affirment que les mercenaires
à l’emploi de Blackwater vont en Irak comme des
chasseurs partent dans les bois.
« Aller en Irak et tuer le plus d’Irakiens possible
était vu comme un sport, un jeu », indique le
rapport.
Plusieurs des mercenaires employés par M. Prince
avaient des problèmes psychologiques, d’alcool ou de
drogue. « Des employés disaient être
venus en Irak pour tuer le plus de "sales Arabes" possible
», note John Doe no1.
Vidéos effacées
Certains directeurs régionaux de Blackwater
refusaient d’envoyer ces hommes sur le terrain, mais leurs
décisions étaient infirmées par la
direction de Blackwater aux États-Unis, qui avait
peur de « perdre de l’argent ».
Les
débordements violents étaient monnaie
courante. Dans un des cas, John Doe no1 affirme que le
convoi dans lequel il se trouvait s’est rangé sur le
bord de la route en raison d’une crevaison. Une voiture
civile avec deux personnes à bord est passée
sur la route. Un employé de Blackwater s’est mis
à tirer sur le véhicule. « De l’angle
où j’étais, il était évident que
le tireur avait blessé et sans doute tué le
passager, et probablement blessé le conducteur.
»
Les deux hommes notent que tous les véhicules de
Blackwater étaient munis d’une caméra
vidéo qui filmait les missions durant la
journée. « Chaque soir, les di rigeants de
Blackwater regardaient les vidéos. Celles qui
étaient jugées compromettantes étaient
effacées. »
John Doe no1 sout ient qu’Erik Prince faisait du trafic
d’armes en Irak. Il dit avoir personnellement
déballé des sacs de nourriture pour chiens
remplis d’armes semi-automatiques. Les armées
arrivaient en Irak à bord des avions privés de
Prince. Ce dernier tirait « des revenus substantiels
de sa participation dans le trafic illégal d’armes
», note le délateur.
« En plusieurs occasions après mon
départ, la direction de Blackwater m’a
personnellement menacé de mort ou de violence,
déclare-t-il. De plus, selon des informations
provenant d’anciens collègues, il semblerait que M.
Prince et ses employés aient tué une personne
qui avait fourni de l’information aux autorités
fédérales, ou qui prévoyait le faire.
»
Des Irakiens poursuivent
La déposition des deux employés fait partie
d’une poursuite civile intentée en Virginie contre
Blackwater par les familles d’Irakiens tués par des
agents de sécurité de la firme.
Erik Prince, 40 ans, vient d’une famille milliardaire proche
du parti républicain. Ancien marine, il a
fondé Blackwater en 1997, et a construit un centre
d’entraînement en Caroline-du-Nord, financé
à même sa fortune personnelle. En 2007, M.
Prince a dû témoigner devant le Congrès
pour expliquer une fusillade impliquant plusieurs de ses
agents, et qui avait fait 17 morts à Bagdad. Depuis,
la compagnie a changé son nom pour Xe.
Un rapport du Congrès américain montre que,
entre janvier 2005 et septembre 2007, les employés de
Blackwater ont participé à 195 fusillades en
Irak, et qu’ils avaient été les premiers
à faire feu dans 163 cas.
Après les scandales, le département
d’État a annoncé qu’il annulait les contrats
de Blackwater en Irak. Or, l’administration Obama a
payé 174 millions à Blackwater pour ses
services de sécurité en Irak et en Afghanistan
cette année, selon une enquête du magazine The
Nation.
M. Prince a déclaré que son entreprise n’avait
rien à se reprocher et qu’il entendait se
défendre en cour.
Pas de remords pour la soldate England -
Laura-Julie Perrault
Il y a
cinq ans, la soldate Lynndie England a été
au coeur du scandale de la prison d’Abou Ghraib. Des
photos, la montrant triomphante sur une pyramide de
prisonniers irakiens nus, ont valu aux États-Unis
des critiques sévères. Aujourd’hui, celle
que le chanteur Mick Jagger a rebaptisée « la
fille avec la laisse » regrette-t-elle ses
agissements ? Pas vraiment, s’il faut en croire une
entrevue accordée à la BBC.
PHOTO ARCHIVES AP
La
soldate américaine Lynndie England avait
été condamnée à trois ans de
prison après avoir été reconnue
coupable de mauvais traitements, de complot et d’actes
indécents sur des détenus de la prison
d’Abou Ghraib, près de Bagdad.
Dans un extrait de l’entretien diffusé hier sur le
site de l’émission Newsnight,
l’ex-réserviste estime que les humiliations qu’elle
et ses collègues ont fait endurer aux
détenus n’étaient pas inacceptables
puisqu’elles avaient pour but de leur extirper
d’importantes informations.
« En compa ra ison avec ce (que les Irakiens) nous
auraient fait, c’est presque rien. Si vous y pensez, au
même moment, (les Irakiens) coupaient la tête
de nos gars. Ils brûlaient leurs corps. Les
traînaient dans les rues de Badgad. Les pendaient
à des ponts », affirme aujourd’hui Lynndie
England.
Selon
l’ex-militaire, les techniques utilisées pour
« casser » les détenus d’Abou Ghraib,
sont monnaie courante même en sol américain.
« Tout le monde a passé à travers ce
genre de tactiques d’humiliation pendant les camps
d’entraînement de l’armée américaine
», plaide celle qui est aujourd’hui mère d’un
jeune garçon.
Depuis que les cl ichés montrant Lynndie England t
raîna nt des détenus en laisse ont
été rendus publics par l’émission 60
Minutes en avril 2004, la vie de la jeune soldate a
été complètement bouleversée:
elle a été remerciée « avec
déshonneur » de l’armée et a fait
trois ans de prison après avoir été
reconnue coupable de mauvais traitements, de complot et
d’actes indécents. Mise en liberté en 2007,
elle affirme recevoir fréquemment des menaces de
mort.
Dans des entrevues précédentes
accordées à d’autres médias, Lynndie
England, qui avait 21 ans au moment de la prise des
photos, a répété à maintes
reprises n’avoir fait que ce qui lui a été
ordonné par ses supérieurs. Or, si Mme
England et six de ses pairs ont été reconnus
coupables par la cour martiale de mauvais agissements,
aucun membre de l’état-major n’a eu à
répondre de ses actes.
Poursuite pour torture
Les juristes
qui ont aidé le gouvernement Bush à justifier des
actes de torture pourront être poursuivis en justice, a
estimé hier un tribunal de Californie. Le juge Jeffrey
White de San Francisco ouvre la voie à des actions
légales pour les terroristes condamnés aux
États-Unis en vertu de ces textes. Il a refusé de
rejeter une plainte déposée par Jose Padilla
contre John Yoo, ancien responsable au ministère de la
Justice sous George W. Bush. Padilla a été
emprisonné pour 17 ans sous le chef d’accusation de
terrorisme, après avoir été détenu
quatre ans comme suspect de terrorisme.
Le lourd
héritage de la torture - RICHARD HÉTU
Le
président a donné l’impression de vouloir
ménager la chèvre et le chou depuis le
début de cet épisode.
Dès les 48 premières heures de sa
présidence, Barack Obama a signalé son intention
de tirer un trait sur un des chapitres les plus sombres de
l’histoire américaine en annonçant la fermeture
des prisons secrètes de la CIA et en révisant les
méthodes d’interrogatoire de l’agence de renseignement
afin d’y interdire notamment la simulation de noyade.
Mais il ne se délivrera pas aussi facilement du lourd
héritage de la torture, comme le démontre depuis
une semaine et demie la fureur soulevée à droite
et à gauche par sa décision de publier des notes
confidentielles sur les programmes d’interrogatoire de suspects
de terrorisme sous l’administration Bush.
La droite, menée par un Dick Cheney plus
médiatique que jamais, accuse le nouveau président
de mettre en péril la sécurité des
États-Unis en levant le voile sur des pratiques qui,
à son avis, ont permis d’arracher de précieuses
informations à des membres d’Al-Qaeda.
La gauche, représentée notamment par
l’organisation MoveOn. org, réclame de son
côté la nomination d’un procureur spécial
pour « enquêter et poursuivre les architectes du
programme de torture de l’ère Bush ». Il reviendra
au ministre de la Justice, Eric Holder, de trancher ces
questions.
Pris entre deux feux, le président a donné
l’impression de vouloir ménager la chèvre et le
chou depuis le début de cet épisode. Au moment de
publier les quatre notes internes du ministère de la
Justice, il a exprimé sa réticence envers des
poursuites, estimant que les ÉtatsUnis doivent «
regarder de l’avant, et non pas en arrière ». Son
directeur de cabinet, RahmEmanuel, a
réitéré cette position dimanche dernier
lors d’une entrevue télévisée, soulevant la
colère de plusieurs organisations progressistes, dont
MoveOn.
Réagissant sans doute à ce tollé, le
président Obama a laissé la porte ouverte mardi
à des poursuites contre les avocats du ministère
de la Justice ayant rédigé, entre 2002 et 2005,
les notes confidentielles qui ont donné une couverture
juridique à l’emploi par la CIA de techniques
d’interrogatoire assimilées à des actes de torture
(nudité, positions pénibles ou humiliantes,
perturbation du sommeil, lumières aveuglantes, musique
assourdissante, exposition à des températures
extrêmes et simulation de noyade).
Pas le choix
Mais pourquoi
donc l’administration démocrate a-t-elle
décidé de publier ces notes qui soulèvent
une polémique susceptible de détourner Barack
Obama de ses priorités?
Parce qu’elle n’avait pas le choix, selon le président et
plusieurs de ses conseillers, dont le secrétaire à
la Défense Robert Gates. Sa décision
découle d’une poursuite intentée par l’association
américaine de défense des libertés (ACLU),
qui a également invoqué la loi sur l’accès
à l’information pour obtenir la publication, d’ici au 28
mai, d’une quarantaine de photos montrant des sévices
pratiqués par du personnel américain sur des
prisonniers en Irak et en Afghanistan entre 2001 et 2006.
La plupart des informations contenues dans les notes
confidentielles du ministère de la Justice étaient
déjà connues, mais certains détails
inédits ont apporté de l’eau au moulin des
critiques de l’administration Bush. On apprend notamment, dans
une note rédigée en 2005, que Khalid Sheik
Mohamed, le cerveau présumé des attentats du 11
septembre 2001, s’est vu infliger la simulation de noyade
à 183 reprises pour le seul mois de mars 2003. Un autre
membre présumé d’Al-Qaeda, Abou Zoubaydah, l’a
subie 83 fois.
Comme l’ont rappelé les auteurs d’une enquête du
Sénat publiée mercredi, la simulation de noyade
faisait partie des méthodes utilisées par la Chine
communiste pendant la guerre de Corée pour arracher de
fausses confessions aux soldats américains. En fait,
selon cette enquête, les États-Unis, sous
l’ère Bush, ont recyclé aux dépens de
suspects de terrorisme des méthodes mises au point dans
les années 1950 pour aider les GI à
résister à la torture en cas de capture par des
pays ennemis.
L’enquête du Sénat conclut notamment que
Condoleezza Rice, du temps où elle était
conseillère à la sécurité nationale,
et John Ashcroft, ex-ministre de la Justice, font partie des
responsables américains ayant donné le feu vert en
2002, à la demande de la CIA, au recours à la
simulation de noyade, une des formes de torture
préférées des régimes despotiques,
de l’Inquisition espagnole à Pol Pot.
« Personne n’est au-dessus de la loi », a
déclaré cette semaine le ministre de la Justice
actuel, qui a déjà rangé la simulation de
noyade parmi les actes de torture interdits par les lois
américaines et internationales.
N’en déplaise à Barack Obama, ce triste chapitre
n’est donc probablement pas clos.
L’injustifiable
- ANDRÉ PRATTE
La lecture des
notes de service du ministère américain de la
Justice autorisant les techniques d’interrogatoire de la CIA
donne froid dans le dos. Ces notes, émises en 2002 et en
2005, ont été rendues publiques jeudi dernier, sur
ordre du président Obama.
Les juristes y consacrent des dizaines de pages à
écarteler les textes de loi pour justifier
l’injustifiable: le recours à des méthodes
violentes et dégradantes dans l’espoir de soutirer des
informations de présumés terroristes d’Al-Qaeda.
Les notes décrivent les méthodes en question avec
une minutie et une monotonie toutes bureaucratiques, comme s’il
s’agissait de règlements de zonage. Ainsi , la noyade
simulée ne peut être employée pendant plus
de cinq jours dans un mois, deux fois par jour. Durant chaque
séance, la noyade ne peut être simulée plus
de six fois, pour une durée maximale à chaque
simulation de 40 secondes.
Lorsqu’un détenu est arrosé, la température
de l’eau ne doit pas être inférieure à 41
degrés Fahrenheit. Si un détenu est
dévêtu aux fins de l’interrogatoire, il ne doit pas
faire moins de 68 degrés Fahrenheit dans la pièce.
On peut
projeter un prisonnier contre un mur f lexible, conçu
pour accentuer le bruit du choc, « peut-être 20
à 30 fois » durant un interrogatoire. La « gi
f le faciale » et la « gifle abdominale » sont
également décrites en détail. De même
pour le confinement dans des pièces juste assez grandes
pour permettre au détenu de se tenir debout ou assis.
Les avis favorables du ministère de la Justice reposent
sur la condition que la CIA « respectera soigneusement
toutes ces lignes directrices ». Or, cette condition est
naïve à l’extrême. Comme l’écrivait
Michael Ignatieff, qui avant de se lancer en politique s’est
longuement penché sur la question, « je ne vois pas
comment on peut gérer institutionnellement des techniques
coercitives d’interrogatoire pour empêcher qu’elles ne
dégénèrent en torture. »
On pourrait discuter longtemps de la nature des méthodes
décrites dans les notes de service: s’agit-il de torture
ou non? Peu importe: il est inévitable que, une fois la
porte entrouverte, les agents aillent plus loin, plus fort que
ce qu’ont autorisé les dociles juristes du
ministère de la Justice. On apprenait d’ailleurs hier que
la noyade simulée a été utilisée
à 183 reprises contre un détenu et 83 fois contre
un autre.
La décision de Barack Obama de publier ces troublants
documents a été applaudie. Plusieurs sont cependa
nt déçus du fait que la Maison-Blanche a
écarté toute poursuite contre les agents ayant eu
recours à ces méthodes coercitives et contre leurs
supérieurs. Cette décision est pourtant
compréhensible. Si le président avait ouvert la
voie aux poursuites, il aurait exposé son pays à
d’interminables procédures judiciaires et à une
terrible guerre politique entre démocrates et
républicains.
Cela dit , les Amér ica ins devraient s’assurer que le
recours à la torture ne dépende pas seulement des
convictions (ou absences de scrupules) d’une administration
donnée. À cette fin, une enquête permettant
de tracer un portrait complet des techniques telles
qu’employées dans les cellules de la CIA ( plutôt
que dans les lignes directrices de l’agence), de même que
de leur efficacité réelle pourrait être fort
utile.
Obama offre son « soutien total » au
personnel de la CIA
Un détenu
soumis 183 fois à la simulation de noyade
— Le président Barack Obama a invoqué hier des
« circonstances exceptionnelles » pour
défendre contre les critiques sa décision de
rendre publiques des notes rendant compte des méthodes
employées par la CIA pour faire parler les terroristes
sous l’administration Bush.
M. Obama, qui s’était rendu au siège de la CIA
à Langley, près de Washington, a aussi
assuré au personnel de la grande agence de renseignement
qu’il avait son « soutien total » et qu’il ferait
tout pour protéger l’identité et la
sécurité de ses membres.
Au même moment, un examen attentif de ces notes internes
mettait au jour de nouveaux détails extraordinaires sur
le recours à ces méthodes dénoncées
comme des actes de torture par leurs détracteurs : par
exemple le fait que le « cerveau »
présumé des attentats du 11 septembre 2001, Khalid
Cheikh Mohammed, avait été soumis 183 fois
à la simulation de noyade en mars 2003 et qu’un autre
membre d’Al-Qaeda, Abou Zoubaydah, l’avait été
à 83 reprises en août 2002.
« J’ai agi en premier lieu à cause des
circonstances exceptionnelles qui entouraient ces notes internes
», a dit M. Obama au siège de la CIA. Il a
invoqué le fait que son administration faisait face
à une procédure judiciaire d’une grande
organisation de défense des libertés et qu’il
serait « très difficile de monter un système
de défense efficace » contre elle. Il a aussi
invoqué le fait que, selon lui, une grande partie de
l’information contenue dans ces notes internes était
déjà sur la place publique.
Les quatre notes internes donnent la vision la plus
détaillée à ce jour d’un programme sur
lequel l’administration Bush s’employait à garder le
secret.
Les critiques
La publication de ces notes a donné lieu à des
critiques des défenseurs et des opposants à ces
techniques d’interrogatoire autorisées après les
attentats du 11 septembre.
Les adversaires
ont reproché à l’administration Obama
d’écarter la possibilité de poursuites contre ceux
qui avaient procédé aux interrogatoires, mais
aussi contre ceux qui les avaient autorisés.
Les défenseurs de cesméthodes se sont
alarmés du risque que l’administration Obama ne lie les
mains de la CIA, qu’elle ne crée un
précédent et que des extrémistes
n’exploitent cette décision. Une des grandes
inquiétudes causées par cette affaire tient
toujours à la protection des agents de la CIA contre la
révélation de leur identité et les
poursuites.
« Il faut que vous sachiez que vous avez mon soutien total
», a dit M. Obama aux gens de la CIA.
Il a été chaudement applaudi à son
arrivée.
Cependant, il a reconnu, qu’une inquiétude «
compréhensible » s’était exprimée
dans les discussions qu’il avait eues avec de hauts responsables
de l’agence.
« Je me suis battu par le passé pour
protéger la confidentialité des informations
classées secrètes, et je continuerai à le
faire à l’avenir. Et rien n’est plus important que de
défendre l’identité des agents de la CIA »,
a-t-il dit.
« Alors ne vous laissez pas décourager par ce qui
s’est passé au cours des dernières semaines. Ne
vous laissez par décourager par le fait que nous
puissions avoir à reconnaître que nous avons fait
des erreurs », a-t-il dit en parlant des décisions
de la précédente administration.
Obama
sous un feu croisé de critiques
RÉVÉLATIONS
SUR LA CIA
« Appliquer les lois du pays ne devrait pas être
une décision politique. »
— Après la publication de notes internes
révélant les méthodes d’interrogatoire de
l’ère Bush, l’administration Obama se retrouve sous le feu
croisé de critiques de la part d’associations de droits de
l’homme et de conservateurs mécontents.
PHOTOKEVIN LAMARQUE, ARCHIVES REUTERS
Le waterboarding, ou la simulation de noyade, que des
pacifistes avaient dénoncé en novembre 2007 à
Washington, est aujourd’hui reconnu par les États-Unis
comme de la torture.
« Nous n’utiliserons plus ces techniques à
l’avenir. Mais nous défendrons absolument ceux qui se sont
conformés à ces notes internes et ces directives
», a expliqué Dennis Blair, le directeur du
renseignement américain (DNI) de Barack Obama, dans un
communiqué.
Le président lui-même a affirmé que les
agents de la CIA chargés des interrogatoires « ont
fait leur devoir ».
Il n’en fallait pas plus pour irriter les associations de
droits de l’homme qui réclament des comptes depuis des
mois.
« Le département de la Justice semble offrir un
sauf-conduit de sortie de prison à des individus qui, selon
le ministre de la Justice Eric Holder lui-même,
étaient impliqués dans des actes de torture »,
s’insurge le directeur général d’Amnistie
internationale Larry Cox. « Les lois n’ont de sens que si
elles sont appliquées. Les États-Unis ont des lois
qui interdisent la torture », dit-il.
Le Center for Constitutionnal Rights (CCR) estime que «
c’est une des plus grandes déceptions de cette
administration qui semble réticente à faire
respecter la loi là où des crimes ont
été commis par d’anciens responsables ».
Le CCR précise que ce sont les « responsables de
haut niveau qui ont conçu, justifié et
ordonné le programme de torture (...) qui doivent
être traduits en justice ».
Par ailleurs, l’Association américaine de
défense des libertés publiques (ACLU) a
qualifié d’« intenable » la position du
président Obama sur l’absence de poursuites. «
Appliquer les lois du pays ne devrait pas être une
décision politique », ajoute l’ACLU dans un
communiqué.
De leur côté, les anciens du camp Bush
n’épargnent pas M. Obama, mais pour des raisons bien
différentes.
Deux hauts responsables de l’ancienne administration ont
dénoncé la publication des notes internes, qui
informent les terroristes et affaiblissent l’espionnage
américain.
« La publication de ces notes n’était
pasnécessaire en termes de droit et n’est pas saine en
termes de politique », affirment l’ancien directeur de la
CIA, le général Michael Hayden, et l’ancien ministre
de la Justice Michael Musakey dans un éditorial du Wall
Street Journal.
« Avec la révélation de ces techniques,
les terroristes sont assurés d’être informés
des limites absolues à l’intérieur desquelles les
États-Unis agissent pour obtenir des informations. Ils
peuvent donc adapter leur entraînement et affaiblir
l’efficacité de ces techniques », ajoutent-ils.
Fermeture retardée?
Le secrétaire américain à la
Défense, Robert Gates, a estimé hier qu’il allait
être « difficile » de fermer la prison de
Guantánamo le 22 janvier prochain, comme s’y est
engagé le président Barack Obama. Pas moins de 223
personnes suspectées d’activités terroristes sont
encore incarcérées dans ce centre de
détention situé dans l’île de Cuba. En
entrevue à ABC, Robert Gates a tenté de minimiser
l’importance de la date butoir fixée par Barack Obama.
Les détenus du « Guantánamo
afghan » ont maintenant des droits
WASHINGTON —
Les ÉtatsUnis vont accorder des droits aux quelque 600
prisonniers du centre de détention américain de
Bagram, parfois surnommé le « Guantánamo
afghan », en leur permettant de contester leur
détention, alors qu’ils n’avaient jusqu’ici pas
même accès à leur dossier.
Le Pentagone a annoncé, hier, que ces hommes,
enfermés parfois depuis des années sans recours,
allaient bénéficier de l’aide d’un responsable
militaire américain pour rassembler preuves
matérielles et témoignages. Ils pourront ensuite
plaider leur cause, voire convoquer des témoins, devant
un conseil militaire chargé de réexaminer les
dossiers.
« Il s’agit d’une procédure de réexamen
afin de garantir que les détenus sont
présentés à intervalles réguliers
devant un conseil où ils peuvent contester leur
détention », a assuré le porte-parole du
Pentagone, Bryan Whitman, en précisant que les mesures
étaient en phase de mise en oeuvre.
« C’est une pratique que nous avions mise en place en
Irak pour nous aider à gérer la population des
détenus et au bout du compte la réduire, en nous
assurant que nous ne gardions que les personnes les plus
dangereuses », a précisé M. Whitman.
La pr i son
de Bagram, située sur la base aérienne du
même nom au nord de Kaboul, doit être
remplacée cet automne par un large complexe
pénitentiaire.
Prisonniers de guerre
Cont ra i rement à ceu x de Guantánamo, ses
détenus, considérés comme des prisonniers
de guerre arrêtés sur le champ de bataille, ne
disposent pas des services d’avocats et ne savent pas quelles
charges l’armée américaine retient contre eux.
En juillet, ils avaient été plusieurs centaines
à entamer un mouvement de protestation, exprimant leur
crainte d’être incarcérés «
indéfiniment ».
Ils refusaient notamment de participer aux conversat ions
vidéotéléphoniques ou de recevoi r la vi
site de leurs familles, dans le cadre d’un programme de la
Croix-Rouge.
La ville qui veut les détenus de
Guantánamo - RICHARD HÉTU
Le
président américain Barack Obama a
ordonné la fermeture de la prison de Guantánamo
d’ici le 22 janvier 2010. Que faire des 229 détenus qui
s’y trouvent ? Standish, petite ville du Michigan, offre une
réponse étonnante en proposant de les
accueillir.
STANDISH, Michigan — Un scénariste hollywoodien
pourrait trouver à Standish, petite ville du Michigan
située sur les rives du lac Huron, la matière
à une version très américaine de La
grande séduction.
PHOTO MICHAEL RANDOLPH,
ASSOCIATED PRESS
Les quelque 1500 habitants de cette communauté ne sont
pas désespérément à la recherche
d’un médecin, comme ceux de la bourgade du film
québécois. Ils ont plutôt un urgent besoin
de détenus.
Le plus important employeur de Standish est une prison de
haute sécurité construite en 1990 pour
accueillir les pires criminels de l’État. Or, ce centre
de détention doit fermer ses portes le 1er octobre,
faute de prisonniers en nombre suffisant.
D’où la cour pressante que font les responsables
municipaux aux autorités fédérales pour
les convaincre de transférer chez eux des
détenus de la prison de Guantánamo, dont le
président américain Barack Obama a
ordonné la fermeture d’ici le 22 janvier 2010.
«Si une ville américaine doit tirer profit de
l’accueil de ces détenus, je voudrais que ce soit la
mienne», indique le maire de Standish, Kevin King, qui
se dit convaincu d’exprimer l’opinion d’une majorité de
ses concitoyens sur ce sujet.
Mais les opposants au transfert de détenus de
Guantánamo à Standish parlent fort et
évoquent les pires scénarios.
«Rien ne pourra empêcher un allié des
terroristes de menacer de faire sauter l’école
secondaire durant une partie de basketball afin d’obtenir la
libération de ses compagnons», lance Paul Piche,
un des gardiens de la prison de Standish. « Nous voulons
des touristes, pas des terroristes », ajoute-t-il.
Un impact dévastateur
Disons que les touristes ne sont guère nombreux ces
temps-ci à Standish, dont l’un des deux motels est
carrément miteux. Sur l’artère principale de la
ville – une route à quatre voies le long de laquelle
les piétons ne s’aventurent pas –, les magasins
à un dollar côtoient les McDonald’s, Taco Bell et
autres fleurons de la restauration rapide et du commerce bon
marché.
Dans le secteur résidentiel de la municipalité,
des affiches «À vendre» se dressent devant
plusieurs maisons, dont certaines ont été
saisies. Le tableau permet de mieux comprendre la
réaction favorable des responsables municipaux à
la possibilité de sauver la prison locale en y
accueillant des détenus de Guantánamo, dont soit
33% de son budget. Si la prison ferme, tout cela
disparaîtra. L’impact sur les finances et
l’économie de la municipalité serait
dévastateur.»
Le centre de détention de Standish n’est pas l’unique
lieu envisagé par les autorités
fédérales pour le transfert de détenus de
Guantánamo. La prison militaire de Fort Leavenworth, au
Kansas, fait également partie des options à
l’étude, mais cette à croire que la plupart
d’entre eux sont favorables à cette
éventualité ou s’y résignent.
« J ’étais en faveu r de la construction de la
prison il y a 20 ans et je suis pour qu’elle reste ouverte,
dit Ruth Caldwell, propriétaire d’une boutique de
cadeaux. Et si elle doit accueillir des détenus de
Guantánamo pour rester ouverte, eh bien, qu’il en soit
ainsi. En tant que contribuable et propriétaire «
La prison emploie plus de 300 personnes dans une ville
où le taux de chômage dépasse 17 %. De son
côté, la municipalité a un contrat de
service pour l’eau et les égouts avec la prison qui lui
rapporte 36 000 $ par mois, soit 33 % de son budget. Si la
prison ferme, tout cela disparaîtra. » certains
sont accusés d’avoir participé au complot
terroriste du 11 septembre 2001.
« Nous
voyons la situation d’un point de vue purement
économique», dit le directeur de la
municipalité, Michael Moran. «La prison emploie
plus de 300 personnes dans une ville où le taux de
chômage dépasse 17%. De son côté, la
municipalité a un contrat de service pour l’eau et les
égouts avec la prison qui lui rapporte 36 000$ par
mois, solution ne semble pas avoir de partisans parmi les
élus et les citoyens de cet État.
Favorables ou résignés
Aucun sondage scientifique n’a été mené
auprès de la population de Standish pour mesurer
l’appui réel au transfert de détenus de
Guantánamo dans la prison locale, qui se trouve aux
abords de la ville. Cependant, après avoir parlé
à plusieurs citoyens, on est porté d’un
commerce, je sais que nous avons besoin de cette
prison.»
La nouvelle vocation du centre de détention de Standish
risquerait de bouleverser la vie professionnelle de Ronald
Schwab, dont la clinique vétérinaire se trouve
à moins d’un demi-kilomètre de la prison de
Standish. Selon la rumeur, le vétérinaire et ses
voisins immédiats, dont deux garderies et un salon de
coiffure pour dames, pourraient être expropriés
par le ministère de la Défense, qui voudrait
élargir la zone sécuritaire autour de la prison.
Mais cette possibilité ne provoque pas plus qu’u n
haussement d’épaules chez le vétérinaire.
« Je pense que plusieurs personnes sont aussi
résignées que je le suis, dit-il entre deux
consultations. Le gouvernement fédéral peut
faire ce qu’il veut. Cela dit, nous avons
dépensé une somme astronomique pour construire
cette prison. Ce serait scandaleux de la fermer après
seulement 19 ans.»
Les opposants au transfert de détenus de
Guantánamo à Standish ont eu l’occasion de se
faire entendre le 20 août à l’occasion d’une
réunion publique organisée par un
représentant républicain du Michigan, Peter
Hoekstra, qui fait campagne pour devenir gouverneur de
l’État.
David Munson est au nombre des citoyens de Standish qui ont
été convaincus par les arguments du
républicain, qui est opposé, comme plusieurs
élus de son parti, à tout transfert de
détenus de Guantánamo en sol américain.
«Ils sont différents des prisonniers que nous
avons ici, dit Munson, propriétaire d’un bar. Ils
veulent tuer le plus grand nombre d’Américains
possible. S’ils viennent ici, Standish deviendra une cible
facile.»
Les gardiens de la prison de Standish tiennent le même
discours. Il faut dire qu’un changement de vocation du centre
de détention signifierait probablement pour les plus
âgés d’entre eux une mutation dans une autre
ville et un licenciement pour les plus jeunes. Les plus
âgés comme les plus jeunes seraient
remplacés par des centaines de militaires qui vivraient
avec leurs familles parmi la population civile de Standish.
Mais le discours de la peur semble avoir un impact
limité.

« J’ai l’impression de reviv re le même
débat qu i a précédé l’ouverture
de la prison », dit Elyse Sanford, dont le salon de
coiffure avoisine le centre de détention. « On
avait tenté de nous faire peur avec des
scénarios qui ne se sont jamais réalisés.
»
« Ils ont adoré la prison » -
RICHARD HÉTU
S TA N D I S H
, M i c h i g a n — Après avoir consacré la
journée du 13 août à la visite de la
prison de Standish, les responsables gouvernementaux et
militaires ont répondu pendant une heure et quart aux
questions des autorités locales.
«À la t oute fin, je leu r a i demandé
s’ils avaient aimé la prison », s’est souvenu le
maire de Standish, Kevin King, lors d’une entrevue. « La
réponse était unanime. Ils ont adoré la
prison. »
Les 30
responsables gouvernementaux représentaient les
différents départements engagés dans le
dossier de Guantánamo, dont la Justice, la
Défense et la Sécurité intérieure.
Leur visite à Standish s’est faite dans le cadre d’un
projet visant à réunir les détenus de
Guantánamo dans un même endroit. Celui-ci
associerait prison de haute sécurité pour les
détenus poursuivis en justice ou jugés trop
dangereux pour être libérés, centre de
rétention pour ceux en attente d’être
relâchés dans un pays tiers, et salles d’audience
pour organiser les procès sur place.
L’administration Obama n’écarte pas la
possibilité d’envoyer les détenus de
Guantánamo qui peuvent être inculpés
devant les tribunaux de droit commun de New York, de
Washington ou d’Alexandria, où plusieurs
procédures antiterroristes ont déjà eu
lieu.
« Nous attendons la décision », a
déclaré le maire de Standish sur le ton d’un
soupirant.
600 LITS POUR 229 DÉTENUS
> Même si tous les 229 détenus de
Guantánamo aboutissaient à Standish, les
autorités ne devraient pas avoir trop de mal à les
loger. La prison de haute sécurité du Michigan
compte 600 lits répartis dans six unités. >
Équipé de centaines de caméras, de
détecteurs de mouvement et de pression et de grilles de
cinq mètres de haut couronnées par des
barbelés militaires, le centre de détention n’a
pas vu un seul de ses prisonniers s’échapper depuis son
ouverture, il y a 19 ans. > Un total de 215 terroristes
internationaux et 127 locaux sont détenus dans des
prisons américaines, dont quelques-uns des plus
célèbres – Ramzi Yousef, Richard Reid et Ted
Kaczynski – se trouvent dans l’établissement de
très haute sécurité de Florence, au
Colorado.
QUE FAIRE DE GUANTÁNAMO?
Fermer
Guantánamo est plus facile à dire qu’à
faire. C’est visiblement ce que constatent les collaborateurs du
président américain Barack Obama, qui s’est
donné comme objectif de fermer la tristement
célèbre prison d’ici le 22 janvier 2010. «
Nous passons en revue le cas de chacun des détenus...
afin de juger si, oui ou non, ils doivent faire l’objet d’un
procès... (ou) être libérés »,
a expliqué le viceprésident des États-Unis,
Joe Biden, le mois dernier. Il faut aussi déterminer
où iront les prisonniers qui ne seront pas
libérés lorsque Guantánamo sera chose du
passé. Selon le Washington Post, deux scénarios
sont actuellement à l’étude. Les détenus
pourraient être transférés dans une prison
militaire au Kansas ou dans un établissement de haute
sécurité au Michigan. Celui-ci a d’ailleurs
reçu la visite de responsables de l’administration Obama
cette semaine. La Maison-Blanche devra aussi convaincre le
Congrès du bien-fondé de cette initiative. Car
jusqu’ici, les parlementaires refusent de laisser entrer les
prisonniers de Guantánamo en sol américain.
Les États-Unis
réfléchissent à
l’après-Guantánamo
De
nombreux élus ont exprimé leur
inquiétude de voir arriver ceux que
l’administration Bush a présentés pendant
sept ans comme « les pires des pires »
terroristes.
— Les États-Unis envisagent de déplacer
les détenus de la prison de Guantánamo,
arrêtés dans le cadre de la « guerre
contre le terrorisme », vers une prison
spéciale qui accueillerait également des
salles d’audience, a indiqué hier le quotidien
américain The Washington Post.
La Maison-Blanche a cependant assuré hier
qu’« aucune dé c i s i on dé f i n i
t i ve n’e s t arrêtée ».
Selon le Post , qui cite des sources gouvernementales
anonymes, la prison sera gérée par les
ministères de la Défense, de la Justice et
de la Sécurité intérieure, chacun
d’eux étant responsable de différents
détenus.
Les deux premiers ministères se partageraient la
charge des détenus condamnés par la
justice et de ceux que l’administration ne peut pas
inculper mais qu’elle juge trop dangereux pour les
libérer.
Le dernier ministère s’occuperait des hommes en
instance d’immigration, c’est-à-dire dont la
libération a été autorisée
mais qui attendent qu’un pays tiers accepte de les
accueillir.
Salles d’audience
La prison abriterait des salles d’audience dans
lesquelles seraient organisés les procès
de droit commun ou les procès devant des
tribunaux militaires d’exception. L’objectif est de
limiter au maximum le nombre de transferts, donc les
risques d’évasion, précise le quotidien.
Dans
l’attente d’un plan complet et précis sur
l’avenir du centre de détention de
Guantánamo, le Congrès américain a
temporairement interdit au président Obama, en
juin, d’en accueillir le moindre détenu sur le
sol américain.
De nombreux élus ont exprimé leur
inquiétude de voir arriver dans leurs
circonscriptions ceux que l’administration Bush a
présentés pendant sept ans comme «
les pires des pires » terroristes.
Lieux à l’étude
Parmi les lieux à l’étude, selon le
quotidien, figurent la prison militaire de Fort
Leavenworth, au Kansas, où existent de fortes
réticences locales, et une prison de haute
sécurité dans l’État du Michigan,
dont la fermeture est actuellement envisagée.
Interrogé sur la possibilité que cette
prison soit choisie, le porteparole de la Maison-Blanche
Robert Gibbs a assuré hier: « Je ne sais
pas à quel stade ils en sont dans le choix de
sites particuliers, mais ce qui est sûr, c’est
qu’aucune décision définitive d’aucune
sorte n’a été arrêtée.
»
« La f e r me t u r e de Guantánamo sera un
geste vide de sens si nous la rouvrons ailleurs sous un
autre nom », a réagi dans un
communiqué Jameel Jaffer, avocat auprès de
la puissante association américaine de
défense des libertés civiles ACLU.
Le président Barack Obama a ordonné par
décret la fermeture de la prison de
Guantánamo, où sont encore détenues
229 personnes soupçonnées de terrorisme,
d’ici à janvier 2010.
ÉTATS-UNIS Des détenus de
Guantánamo transférés ?
L’administration Obama envisage de créer un
tribunal au sein d’un centre de détention aux
États-Unis pour loger des terroristes
présumés, combinant des structures de
détention militaires et civiles dans une prison
à haute sécurité. Selon plusieurs
hauts responsables américains, l’administration
Obama pourrait installer ce centre de détention
dans une prison à haute sécurité
qui doit bientôt fermer ses portes au Michigan, ou
dans un pénitencier militaire construit il y a
134 ans à Fort Leavenworth, au Kansas. Ce centre
de détention pourrait accueillir les 229
détenus actuels de la prison de
Guantánamo, àCuba: membres
présumés d’Al-Qaeda, talibans et
combattants étrangers.
Le duel de Washington - RICHARD HÉTU
Obama : « Guantánamo a aidé
Al-Qaeda »
— Pas
question de faire marche arrière. La prison de
Guantánamo sera fermée d’ici au 20 janvier
2010. Et plusieurs de ses détenus seront
transférés vers les États-Unis, n’en
déplaise aux critiques de cette politique.
« Au lieu de servir d’outil pour contrer le
terrorisme, Guantánamo est devenue un symbole qui a
aidé Al-Qaeda à recruter des terroristes
», a déclaré Barack Obama, hier matin,
lors d’un discours majeur sur la sécurité
nationale. « Le coût que nous aurions à
payer en maintenant Guantánamo ouvert
dépasserait de loin les complications que pose sa
fermeture. Nous sommes en train de nettoyer ce qui est
tout simplement un gâchis », a-t-il
ajouté.
Répondant à ses critiques de droite et de
gauche, le président démocrate a
également défendu avec vigueur sa
décision de renoncer aux techniques
d’interrogatoire « accrues » approuvées
sous l’administration Bush pour faire parler les suspects
de terrorisme, ainsi que celle de rétablir, dans un
nouveau cadre judiciaire, les tribunaux militaires
d’exception mis en place par son
prédécesseur républicain.
« Je crois de tout mon être que nous ne
pouvons pas assurer, à long terme, la
sécurité de ce pays, à moins de faire
appel au pouvoir de nos valeurs les plus fondamentales
», a-t-il dit dans son discours prononcé aux
Archives nationales à Washington.
M. Obamab a livré ce discours au lendemain d’un
vote du Sénat lui refusant les fonds pour la
fermeture de Guantánamo et le transfert des
détenus tant qu’il n’aura pas soumis de plan
détaillé à ce sujet.
Le président n’a pas présenté de tel
plan, choisissant plutôt de défendre les
principes qui guident ses décisions en matière
de sécurité nationale. Ce faisant, il a
renvoyé dos à dos ses critiques de droite et
de gauche, précisant que « les
Américains ne sont pas des absolutistes ».
Le chef de la Maison-Blanche a accusé les critiques
de la fermeture de Guantánamo d’entretenir une
« peur irrationnelle » concernant le transfert
de certains suspects de terrorisme vers des prisons de haute
sécurité aux États-Unis.
« Gardez ceci à l’esprit: personne ne s’est
jamais échappé de l’une de nos prisons
fédérales dites "supermax", dans lesquelles
sont enfermés des centaines de terroristes »,
a-t-il dit.
Le président a en outre promis de ne jamais
libérer « des gens qui représentent un
danger pour les Américains ». Il n’a ainsi pas
écarté la possibilité que certains
détenus ne pouvant être jugés mais
continuant à être dangereux puissent être
placés en détention préventive.
« Je serai franc: c’est la question la plus difficile
à laquelle nous ferons face », at-il dit.
Cheney : « Il n’y a pas
de demi-mesures »
— Cachant
mal sa colère et son amertume derrière un
ton sarcastique, Dick Cheney a présenté hier
à Washington un véritable
réquisitoire contre Barack Obama et ses politiques
antiterroristes.
« L’administration a découvert qu’il est
facile de se faire applaudir en Europe grâce
à la fermeture de Guantánamo. Mais il est
difficile de trouver une solution de rechange qui serve
les intérêts de la justice et de la
sécurité nationale de l’Amérique
», a-t-il déclaré lors d’un discours
devant l’American Entreprise I nst itute, un laboratoi re
d’idées néo-conservatrices.
L’ancien vice-président des États-Unis a
pris la parole dès la fin du discours du
président démocrate. Son allocution sur la
sécurité nationale avait été
annoncée la semaine dernière. Il ne faut
sans doute pas voir comme une coïncidence la
décision du chef de la Maison-Blanche d’aborder le
même sujet, le même jour.
Le réquisitoire de Dick Cheney ne comportait aucune
expression de regret pour les décisions
controversées de l’administration Bush ni de
sympathie pour la complexité des défis dont
le nouveau président a hérité.
Comme elle l’a fait sur de nombreuses tribunes au cours
des dernières semaines, l’ancienne éminence
grise de George W. Bush a accusé le
président Obama de mettre en danger la
sécurité de son pays, notamment par ses
décisions de fermer la prison de Guantánamo
et de tourner le dos aux méthodes d’interrogatoire
« accrues » approuvées sous
l’administration républicaine pour faire parler les
suspects de terrorisme.
Selon Dick
Cheney, le débat autour de ces techniques
assimilées à la torture ne peut que
réjouir les ennemis des États-Unis.
« Quand ils voient le gouvernement forcé de
se défendre sur la question des interrogatoires,
les terroristes voient se réaliser leur souhait,
à savoir la disparition de notre unité,
l’ébranlement de note détermination et la
distraction de nos dirigeants. Bref, ils voient la
faiblesse comme une occasion », a-t-il
déclaré, tout en dénonçant
l’« indignation feinte » et le «
moralisme bidon » des critiques des méthodes
d’interrogatoire.
« Dans le combat contre le terrorisme, il n’y a pas
de demi-mesures », a-t-il ajouté.
Un constat qui, selon lui, s’applique au dossier de
Guantánamo.
« Je pense qu’à la réflexion, le
président va se rendre compte que transférer
les pires terroristes au coeur des États-Unis sera
source de grand danger, et qu’il le regrettera dans les
prochaines années », a-t-il dit.
L’ancien vice-président a fait allusion aux
attentats terroristes du 11 septembre 2001 à 25
reprises, lors de son discours, se félicitant
notamment du fait que les États-Unis n’aient pas
été frappés de nouveau depuis cette
date.
De l’argent pour la guerre, mais pas pour
Guantánamo
— Le
Sénat américain a adopté hier soir un
projet de budget supplémentaire pour 2009 de 91,3
milliards de dollars pour financer les guerres en Irak et en
Afghanistan, tout en refusant au président Barack
Obama les fonds qu’il réclamait pour la fermeture de
Guantánamo.
Les sénateurs ont adopté le budget par 86 voix
contre 3, après plusieurs jours d’un débat
portant essentiellement sur le sort des 240 détenus
de la prison située dans l’île de Cuba.
Mercredi, ils avaient adopté un amendement par 90
voix contre 6 visant à interdire d’accorder des fonds
pour la fermeture de Guantánamo.
Hier, le président Obama a affirmé dans un
discours sa détermination à fermer le camp de
détention de Guantánamo comme il s’y est
engagé et a défendu l’idée de
transférer des détenus du camp de
Guantánamo vers des prisons de haute
sécurité aux États-Unis, malgré
l’inquiétude soulevée au Congrès et
dans l’opinion publique par la perspective d’un transfert de
ces prisonniers sur le sol américain.
« Gardez ceci à l’esprit: personne ne s’est
jamais échappé de l’une de nos prisons
fédérales (dites) supermax, dans lesquelles
sont enfermés des centaines de terroristes »,
a-t-il dit.
Sous la
pression de certains républ icains, qui
réclament le maintien de la prison de
Guantánamo, les leaders démocrates du
Sénat avaient annoncé mardi qu’ils ne
fourniraient pas les 80 millions de dollars demandés
par le président Barack Obama, tant qu’ils ne
disposeraient pas d’un plan précis.
« Les démocrates du Sénat ont hâte
d’examiner les détails du plan de l’administration
lorsqu’il sera disponible et de travailler avec le
président à la sécurité des
Américains et à traduire en justice ceux qui
cherchent à nous atteindre », a indiqué
hier le patron démocrate du Sénat Harry Reid.
De son côté, le chef de la minorité
républicaine Mitch McConnell a déclaré
hier devant le Sénat qu’il « est clair pour les
républicains et les démocrates au
Congrès que l’administration n’a pas de plan
actuellement pour fermer Guantánamo, et fermer sans
plan est inacceptable ».
Le budget supplémentaire approuvé par le
Sénat pour 2009 doit financer les guerres en Irak et
en Afghanistan jusqu’au 30 septembre. Il contient notamment
18 milliards pour les personnels militaires et 21,9
milliards pour le remplacement de matériel militaire.
GUANTÁNAMO - Cheney critiqué dans
son propre camp
— Deux
anciens membres de l’équipe de sécurité
nationale du président américain George W.
Bush, dont l’actuel secrétaire à la
Défense, ont rejeté les propos de l’ancien
vice-président Dick Cheney, qui a critiqué
jeudi l’intention de Barack Obama de fermer
Guantánamo.
L’administration Obama est obligée de fermer la
prison controversée car celle-ci « entache
» l’image des États-Unis, a estimé le
chef du Pentagone, Robert Gates, maintenu dans ses fonctions
par le président américain Barack Obama
après avoir servi dans l’administration Bush, dans
une interview diffusée hier par la chaîne de
télévision NBC.
Le centre de détention américain situé
à Cuba « est probablement l’une des meilleures
prisons du monde actuellement », a souligné M.
Gates, « mais il entache » l’image des
États-Unis et « son seul nom est une
condamnation » des pratiques antiterroristes
américaines, a-t-il jugé sur la chaîne
de télévision NBC.
Il a
défendu le souhait exprimé jeudi par le
président Obama de transférer certains
détenus de Guantánamo dans des prisons
américaines, malgré la vive controverse que
suscite cette perspective.
L’ancien ministre à la Sécurité
intérieure de l’administration Bush, Tom Ridge, a
lui aussi désavoué
l’ex-vice-président dans un entretien devant
être diffusé demain sur CNN, et dont des
extraits ont été publiés hier.
« Je suis en désaccord avec Dick Cheney
» sur le fait de dire que les États-Unis sont
moins sûrs à cause des décisions
prises par l’actuel président, a-t-il
affirmé, tout en soulignant qu’il rejetait
également les propos de M. Obama selon lesquels
l’administration précédente « fondait
ses décisions sur la peur ».
GUANTÁNAMO
- Le casse-tête d’Obama
Jusqu’à 100 détenus pourraient n’être
ni libérés ni poursuivis
— Entre 50 et 100 détenus de Guantánamo sont
jugés trop dangereux pour être
libérés mais sans qu’il soit possible de les
inculper, selon le secrétaire américain à
la Défense, qui met le doigt sur une inextricable
situation juridique et diplomatique pour l’administration
Obama.
« La question est de savoir ce que nous allons faire des
50 à 100 (détenus) que nous ne pouvons ni
libérer ni juger » devant des tribunaux
américains, qu’ils soient civils ou militaires, a-t-il
affirmé hier lors d’une audition au Congrès.
M. Gates a dans le même temps demandé au
Congrès un budget exceptionnel de 50 millions de
dollars « qui nous permettrait d’entreprendre des
constructions si nous en avions besoin pour ces détenus
».
Le président Barack Obama a
décrété la fermeture du centre de
détention de Guantánamo d’ici janvier 2010,
cette enveloppe pourrait financer la construction d’une
nouvelle aile au sein d’un prison américaine existante
pour recevoir des détenus, a précisé un
responsable militaire sous le couvert de l’anonymat.
Tout en
précisant que le ministère de la Justice
était chargé de réexaminer la
totalité des dossiers des détenus, un par un, le
secrétaire à la Défense a assuré
que « nous avons commencé à discuter cette
semaine des détenus qui ne peuvent être
transférés vers d’autres pays et ne peuvent
être traduits devant des cours fédérales
».
Interrogé par l’AFP, un porte-parole du
ministère américain de la Justice a
refusé de commenter les propos de M. Gates. Le
ministère de la Justice demande au Congrès 30
millions pour mener à bien cette tâche.
L’existence d’une « troisième »
catégorie de détenus faisait déjà
partie de la rhétorique du Pentagone sous
l’administration Bush, observe Sharon Bradford Franklin,
experte auprès du Constitution Project à
Washington.
Mais, « comment sait-on que quelqu’un est dangereux
», objecte-t-elle.
« Si c’est à partir d’éléments
recueillis sous la torture, nous savons que ce n’est pas
entièrement fiable et si ce n’est pas sur cette base,
s’il existe des preuves crédibles, alors ne
devrions-nous pas les réunir et être en mesure
d’inculper cette personne ? », explique-t-elle.
« Très peu de détenus pourront être
poursuivis » parce que les preuves contre eux sont
très fragiles, estimede soncôté le major
Barry Windgard, qui défend Fayiz al-Kandari, un
Koweïtien inculpé de « complot » et de
« soutien matériel au terrorisme ». En 25
ans de carrière, il certifie n’avoir « jamais vu
des éléments à charge aussi fragiles pour
justifier une incarcération illimitée ».
PRISON DE GUANTÁNAMO - Obama devra refaire
ses devoirs - Richard Hétu
COLLABORATION
SPÉCIALE NEW YORK— De toute évidence, il est
plus facile de promettre de fermer le camp de détention
de Guantánamo que de le faire. Barack Obama en a eu une
autre preuve, hier, lorsque les démocrates du
Sénat, emboîtant le pas de leurs collègues
de la Chambre des représentants, ont refusé
d’accorder au Pentagone les fonds nécessaires au
transfert des détenus de la prison controversée
vers les États-Unis.
Les
détenus de Guantánamo doivent patienter encore
quelques mois avant de connaître leur prochaine
destination.
La décision a été prise hier matin par
les démocrates d’une commission du Sénat
chargée de superviser les dépenses militaires et
diplomatiques des États-Unis en Irak et en Afghanistan.
Ces démocrates ont donc cédé aux
pressions des républicains du Congrès, qui ont
récemment fait campagne contre la fermeture du camp de
détention de Guantánamo, la base navale
américaine située à Cuba.
Le président avait demandé 80 millions pour la
fermeture de la prison d’ici le 22 janvier 2010. Selon le
sénateur démocrate de l’Illinois, Dick Durbin,
il devra présenter un plan détaillé sur
le sort des prisonniers avant le déblocage de ces
fonds.
« L’administration n’a pas présenté un
programme à ce stade-ci, a dit le sénateur
Durbin, numéro deux de son parti au Sénat. Je
pense que Guantánamo doit être fermé et
nous devons attendre les directives du président sur ce
qui arrivera aux détenus. On nous demandait auparavant
de défendre l’inconnu. »
Les républicains jubilent
Et les républicains du Congrès n’ont pas
manqué de faire de cette question leur cheval de
bataille. Un élu du Kansas, où se trouve la
prison militaire de Leavenworth, un des lieux possibles
d’incarcération, a proposé, la semaine
dernière, l’adoption d’un texte intitulé «
Loi pour garder les terroristes hors d’Amérique
».
De son
côté, le chef de file de la minorité
républicaine de la Chambre a incité les
parlementaires à approuver ce projet de loi, «
car nos électeurs ne veulent pas de ces terroristes
dans leur voisinage », a-t-il dit.
Le texte a été défait, mais les
républicains ont promis de revenir à la
charge.
Malgré les résistances du Congrès,
l’administration Obama a réitéré hier
sa volonté de fermer la prison de Guantánamo
d’ici 2010. « D’après ce que je sais, tout est
en bonne voie pour fermer le centre de détention dans
les délais impartis par le président par voie
de décret », a déclaré le
porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell, lors d’une
conférence de presse. « Je ne vois rien
indiquant que cette date risque de ne pas être
respectée. »
Un groupe de travail piloté par le ministère
de la Justice a été chargé de
réexaminer les dossiers des quelque 240 suspects de
terrorisme emprisonnés à la base navale. Il
s’agit d’abord de déterminer lesquels seront
rapatriés dans leur pays ou transférés
dans un pays tiers.
Le groupe de travail doit ensuite décider si les
détenus restants doivent être inculpés
devant des tribunaux fédéraux, des cours
martiales ou devant les tribunaux militaires d’exception,
dont le rétablissement a été
annoncé par le président Obama la semaine
dernière.
Le groupe devra enfin déterminer où ces
suspects de terrorisme seront détenus après la
fermeture de Guantánamo.
Le président Obama doit prononcer un discours demain
sur la fermeture du centre.
L’AFGHANISTAN VEUT RAPATRIER UN AFGHAN
TORTURÉ À GUANTANAMO
L’Afghanistan a demandé aux ÉtatsUnis le
rapatriement d’un Afghan de 19 ans, envoyé à
Guantánamo alors qu’il n’avait 12 ans, selon un
procureur de l’État afghan. D’autres avocats ont
affirmé qu’il avait été torturé
dans la prison américaine. À l’âge de 12
ans, Mohammad Jawad avait été
arrêté par la police afghane en décembre
2002 pour avoir lancé une grenade qui avait
blessé deux soldats américains. Il avait ensuite
été livré à l’armée
américaine et transféré au début
de l’année 2003 à Guantánamo où il
se trouve toujours. « Il n’y a aucun doute que Jawad a
été torturé alors qu’il était aux
mains du gouvernement américain pendant les sept
dernières années », a lancé son
avocat, Eric Montalvo, un commandant du corps des marines
américains désigné par le
département américain de la Défense.
GUANTÁNAMO Un 2e détenu jugé aux
États-Unis ?
Le
gouvernement américain veut traduire devant un tribunal
de droit commununAfghan arrêté alors qu’il
était mineur, faisant de lui le deuxième
prisonnier de Guantánamo jugé sur le sol
américain. Arrêté en 2002 pour avoir
lancé en Afghanistan une grenade sur un convoi
américain, le jeune homme avait alors 16 ou 17 ans
selon le Pentagone, mais seulement 12 selon le gouvernement
afghan et ses avocats. Par ailleurs, des chercheurs
américains dénoncent l’absence d’éthique
professionnelle qui a présidé aux
décisions médicales dans la prison de
Guantánamo et le rôle de l’armée
américaine dans ces manquements, dans une étude
publiée jeudi par The Lancet.
Obama cautionne le retour des tribunaux à
la Guantánamo
En arrivant au
pouvoir, Barack Obama s’est empressé de
désavouer l’administration Bush en signant un
décret qui ordonnait la fermeture de la prison de
Guantánamo. Il a aussi suspendu les commissions
militaires, les tribunaux d’exception qui y sévissent.
Q
QQue R
À
Guantánamo,
des prisonniers font la file au milieu d’une rangée
de soldats qui recherchent un objet interdit au camp.
sont les commissions militaires ? Lors de guerres aux XVIII et
XIXe siècles, les premières commissions
militaires servaient à juger des militaires
américains et étrangers sur le champ de
bataille. Après le 11 septembre, George W. Bush les a
remises au goût du jour : il a créé un
tribunal militaire d’exception sur la base de Guantanamo Bay,
à Cuba, pour juger les « combattants ennemis
» capturés à l’étranger. Ces
tribunaux ont été démantelés par
la Cour suprême américaine, qui a jugé en
2006 que cette instance violait la Constitution du pays et la
convention de Genève. L’administration Bush a
réécrit la loi et, à la surprise de tous,
a élargi plutôt que limité la juridiction
des commissions militaires, à qui il a aussi permis de
juger des non-citoyens vivant légalement aux
États-Unis.
QQuelle
est la différence entre ces commissions et les cours
civiles et pénales américaines ? Ces commissions
ne garantissent pas les mêmes droits aux prévenus
que les cours américaines puisque ceux qui y sont
jugés ne sont pas Américains et ne se trouvent
pas sur le territoire des États-Unis. Les
accusés qui comparaissent devant ces tribunaux
d’exception à Guantánamo se voient assigner
d’office un avocat militaire. Pendant le procès, les
preuves obtenues sans mandat de perquisition sont permises. Le
ouï-dire est aussi admis à moins que
l’accusé puisse prouver que la source du ouï-dire
n’est pas crédible.
QQu
e propose Barack Obama ?
RLors de sa
campagne électorale, Barack Obama a dit des commissions
militaires qu’elles étaient « un immense
échec ». Il propose maintenant de les maintenir
pour juger une vingtaine de « combattants ennemis
» et présumés terroristes parmi les
quelque 240 détenus qui se trouvent toujours à
Guantánamo, mais en modifiant quelques règles.
Dans l’énoncé rendu public hier, Barack Obama
assure que les preuves obtenues « à l’aide de
techniques d’interrogatoire cruelles, inhumaines et
dégradantes ne seront plus admises pendant le
procès ». Le ouï-dire pourra toujours
être utilisé comme preuve mais il incombera au
procureur de prouver sa valeur. Le président Obama note
aussi que les accusés auront « plus de latitude
pour sélectionner leurs avocats », sans pour
autant donner de détails à ce sujet.
QBarack
Obama revient-il sur sa décision de fermer la base de
Guantánamo Bay ?
RNon, pas pour le moment. Le président américain
a signifié le 22 janvier 2009 qu’il fermera la prison
controversée d’ici au 2 janvier 2010. Il n’est pas
revenu sur ce sujet hier.
QQui
sera jugé devant les commissionsmilitaires? LeCanadien
Omar Khadr sera-t-il du nombre?
ROn ignore la liste complète des détenus de
Guantánamo qui devront faire face à ce tribunal
militaire d’exception. Selon les experts, tous ceux dont le
procès a été suspendu par Barack Obama
devront y faire face. C’est le cas de Khalid Shaikh Mohammed,
le cerveau présumé des attentats du 11
septembre. Omar Khadr est dans la même situation. Le
procès du jeune Canadien, appréhendé en
Afghanistan alors qu’il n’avait que 16 ans, a
déjà débuté et est suspendu pour
le moment.
Place à la « doctrine Bush-Obama
» - RICHARD HÉTU
Les
Américains seront bientôt la cible d’une nouvelle
campagne public itaire dénonçant la «
doctrine Bush-Obama », promet Anthony Romero, directeur
de l’ACLU, une importante association de défense des
libertés civiles.
Les
récentes volte-face de l’administration Obama en
matière de sécurité nationale,
notamment le rétablissement des tribunaux d’exception
pour juger certains suspects emprisonnés à
Guantánamo, déplaisent au défenseurs
des libertés civiles.
L’ama lgame ent re Ba rack Obama et George W. Bush est
peut-être injuste, mais il illustre la colère des
organisations comme l’ACLU après deux décisions
du président démocrate sur des questions de
sécurité nationale qui jurent avec ses promesses
électorales et même avec ses déclarations
récentes.
« Il est temps de mieux protéger le peuple
américain en traduisant rapidement en justice les
terroristes devant nos cours fédérales ou
militaires régulières », avait
déclaré Barack Obama durant sa campagne
présidentielle.
Il est revenu sur cette promesse et a rétabli vendredi
les tribunaux militaires d’exception mis en place par son
prédécesseur républicain pour juger
certains suspects de terrorisme emprisonnés à
Guantánamo. Bien qu’il se soit vanté d’avoir
amélioré les garanties légales des
prévenus – les confessions obtenues sous la torture
seront notamment écartées –, il n’a pas
rassuré ses nouveaux critiques.
Deux jours plus tôt, le président avait fait une
volte-face encore plus soudaine: moins d’un mois après
avoir autorisé la publication de nouvelles photos de
sévices pratiqués par le personnel militaire
américain en Irak et en Afghanistan, il a
annoncé son intention de s’y opposer devant les
tribunaux.
« Je crois que la publication de ces photos n’ajoutera
rien à notre compréhension de ce qui a
été exécuté par un petit nombre
d’individus par le passé. Je crois que, en fait, la
conséquence la plus directe qu’aurait leur publication
serait d’attiser les sentiments anti-américains et
d’exposer nos soldats à un danger plus grand », a
déclaré Barack Obama.
George W. Bush n’aurait probablement pas parlé
autrement, ce que l’ACLU n’a pas manqué de souligner.
« Tactiques d’obstruction »
« L’adoption par l’administration Obama des tactiques
d’obstruction et de la politique d’opacité de
l’administration Bush apporte un démenti cinglant au
désir exprimé par le président de
rétablir l’État de droit », a
déclaré Anthony Romero, le directeur de
l’organisation, qui avait réclamé la publication
des photos des sévices au nom de la loi sur
l’accès à l’information.
L’ironie – et
elle est de taille –, c’est que Barack Obama tirera
probablement profit aux ÉtatsUnis de ces
décisions qui ont indigné certains de ses
supporters. Ainsi, dans un reportage sur le retour des
tribunaux militaires d’exception, le New York Times tenait
pour acquis que cette décision «
bénéficiera à l’administration sur le
plan politique parce qu’elle rehausse la réputation de
M. Obama comme leader qui adopte une ligne dure à
l’égard des suspects de terrorisme ».
Il faut dire que les républicains semblent avoir
ébranlé la MaisonBlanche avec la
férocité de leurs attaques contre la
décision du président de fermer le camp de
Guantánamo. À les entendre, de dangereux
terroristes seront bientôt en liberté dans les
villes américaines.
Les républicains ont également
sévèrement critiqué la décision du
président Obama de publier des notes internes du
ministère de la Justice cautionnant le recours à
des méthodes d’interrogatoire assimilées
à la torture.
En faisant volte-face sur des questions de
sécurité nationale, Barack Obama aurait donc
démontré un pragmatisme qui fait non seulement
partie de sa personnalité mais également de la
réalité du pouvoir.
Délicats dossiers
Il ne fait pas de doute que le président a
hérité de plusieurs dossiers délicats,
dont celui des détenus de Guantánamo. Des 420
suspects de terrorisme qui s’y trouvent encore, cinq sont
accusés d’avoir participé au complot du 11
septembre 2001, y compris le cerveau présumé des
attentats, Khalid Shaikh Mohammed. Le gouvernement
américain aurait pu perdre un procès contre eux
devant une cour fédérale ou militaire
régulière compte tenu des mauvais traitements
qui leur ont été infligés depuis leur
capture.
La publication de nouvelles photos de sévices en Irak
et en Afghanistan aurait pu, d’autre part, entraîner
Barack Obama encore plus profondément dans un
débat qu’il semble vouloir éviter, celui de la
torture sous l’administration Bush. Elle aurait
également pu provoquer une vague de colère dans
le monde musulman à la veille du discours que le
président doit prononcer au Caire, capitale de
l’Égypte, le 4 juin.
Les nouvelles photos de sévices devaient être
publiées d’ici au 28 mai.
Quoi qu’il en soit, Barack Obama se retrouve aujourd’hui dans
la position bizarre où ceuxlà mêmes qu’il
a dénoncés lors de la campagne
présidentielle le félicitent.
« Nous sommes encore en guerre. La publication de ces
photos aurait représenté une victoire
psychologique pour nos ennemis. J’applaudis la décision
du président », a déclaré jeudi le
sénateur républicain de l’Arizona, John McCain.
L’ébauche d’une doctrine Obama -
RICHARD HÉTU
Aucun
président américain n’aura incarné
autant que Barack Obama cette humanité commune dont
il s’est fait le champion au Caire. Aucun président
américain n’aura contredit autant que lui la
thèse du choc des civilisations.
NEW YORK — Barack Obama ne ferme pas les yeux sur «
l’extrémisme violent » incarné par
AlQaeda et les autres organisations qui veulent en
découdre avec les États-Unis et leurs
alliés. C’est « la première chose que
nous devons affronter », a déclaré le
président américain dans son discours au
Caire, faisant écho à une des
préoccupations majeures de son
prédécesseur.
Aussi , comme George W. Bush, Barack Obama est-il
prêt à employer la force pour combattre cette
menace, que ce soit en Afghanistan ou au Pakistan. Il en
va, selon lui, de la sécurité des
États-Unis et de la stabilité des pays
où les talibans et les disciples d’Al-Qaeda
conspirent contre le pouvoir. Le 44e président
américain a également évoqué
le lien « inébranlable » entre
Israël et son pays, ainsi que ses craintes à
l’égard d’un Iran nucléaire, deux autres
thèmes chers au 43e président. Mais
là s’arrêtent les comparaisons entre les deux
hommes.
En fait, si l’on en vient un jour à parler d’une
doctrine Obama en matière de politique
étrangère, celle-ci aura probablement
été ébauchée à
l’occasion de ce discours historique à l’adresse de
1,5 milliard de musulmans. Un discours de rupture avec
l’ère Bush dans lequel Barack Obama n’a pas
prononcé une seule fois les mots « terreur
» ou « terrorisme ». Un discours
marqué au coin de la réconciliation au cours
duquel le président américain a
renoncé au projet d’imposer une démocratie
made in USA au Moyen-Orient ou ailleurs sur la
planète.
« Je sais que la promotion de la démocratie a
soulevé de la controverse au cours des
dernières années, une controverse
liée en bonne partie à la guerre en Irak. Permettez-moi donc d’être clair :
aucun système de gouvernement ne peut ou ne
devrait être imposé à une nation
par une autre », a-t-il déclaré.
Dans la vision du monde que le président Obama a
présentée au Caire, les États-Unis ne
sont donc plus les fiers champions de valeurs
transcendantes, mais les humbles partenaires de peuples et
de nations qui travaillent de concert pour relever les
défis d’une humanité interdépendante.
«
Car l’expérience récente nous a
enseigné que quand un système financier
connaît des ratés dans un pays, la
prospérité décline partout. Quand un
nouveau virus infecte un humain, tous font face au
même risque. Quand une nation tente
d’acquérir l’arme nucléaire, le risque d’une
attaque nucléaire augmente pour toutes les nations.
Quand des extrémistes violents prennent refuge dans
un bout de territoire montagneux, des gens sont
menacés de l’autre côté de
l’océan. Et quand des innocents en Bosnie et au
Darfour sont tués, c’est une tache sur notre
conscience collective. C’est la responsabilité que
nous avons les uns envers les autres », a-t-il
déclaré.
Et d’ajouter : « C’est une responsabilité
difficile à accepter. Car l’histoire de
l’humanité ne manque pas de nations et de tribus
qui en ont subjugué d’autres au nom de leurs
propres intérêts. Or, en cette nouvelle
ère, de telles attitudes sont autodestructrices.
Compte tenu de notre interdépendance, tout ordre
mondial qui élève une nation ou un groupe
de gens au-dessus d’un autre échouera
inévitablement. »
Il s’en trouvera sans doute pour attribuer à la
naïveté le discours de Barack Obama sur
l’interdépendance des nations. Le président
américain a lui-même reconnu hier qu’«
aucun discours ne peut éliminer des années
de méfiance ».
Mais aucun président américain n’aura
incarné autant que Barack Obama cette
humanité commune dont il s’est fait le champion au
Caire. Aucun président américain n’aura
contredit autant que lui la thèse du choc des
civilisations. Il ne s’est d’ailleurs pas
gêné, dans son discours, pour évoquer
son expérience personnelle.
« Je suis chrétien, mais mon père est
venu du Kenya, d’une famille qui comprend des
générations de musulmans, a-t-il dit.
Enfant, j’ai passé plusieurs années en
Indonésie et j’ai entendu l’appel du muezzin
à l’aube et au crépuscule. » Un peu
plus tard, il a ajouté: « On a beaucoup
parlé du fait qu’un Afro-Américain du nomde
Barack Hussein Obama pouvait être élu
président. Mais mon histoire personnelle n’est pas
unique. Ce rêve de perspectives d’avenir pour tous
ne s’est pas encore réalisé en
Amérique, mais sa promesse existe pour tous ceux
qui viennent sur nos côtes – ce qui inclut
près de sept millions de musulmans
américains dans notre pays qui jouissent de revenus
et d’une éducation plus élevés que la
moyenne. »

Que de belles paroles? Il faudra un certain temps avant de
juger de l’impact du discours de Barack Obama au Caire.
Mais celui-ci marque peut-être la naissance d’une
doctrine mettant davantage l’accent sur le pouvoir de
l’empathie plutôt que sur celui des armes.
LE
DISCOURS D’OBAMA EN NEUF THÈMES TRADUIT PAR LAURA- JULIE PERREAULT
1. LA RAISON
DU DISCOURS « Je suis venu ici dans l’espoir d’un
nouveau départ dans la relation entre les
États-Unis et les musulmans de partout dans le monde.
Un départ basé sur un intérêt
commun et le respect mutuel. Et basé aussi sur la
vérité que l’Amérique et l’Islam ne
sont pas mutuellement exclusifs et n’ont pas besoin
d’être en compétition. » 2.
L’ISLAMOPHOBIE « Je considère que c’est ma
responsabilité comme président des
États-Unis de me battre contre les
stéréotypes sur l’Islam là où
ils apparaissent. Mais ce même principe doit
s’appliquer à la perception qu’ont les musulmans des
États-Unis. » 3. LA GUERRE EN IRAK «
Contrairement à la guerre en Afghanistan (qui
était une nécessité), la guerre en Irak
était un choix qui a fait naître de profondes
dissensions dans mon pays et autour du monde. » 4. LE
RÉVISIONNISME « Six millions de juifs ont
été tués, soit plus que la population
actuelle d’Israël. Nier ce fait est sans fondement,
ignorant et haineux. » 5. LE CONFLIT
ISRAÉLO-PALESTINIEN « Il est indéniable
que les Palestiniens – musulmans ou chrétiens – ont
souffert dans leur quête d’une patrie. Depuis plus de
60 ans, ils endurent la douleur du déplacement. (...)
Il ne devrait pas y avoir de doute : la situation des
Palestiniens est intolérable. » « Les
Israéliens doivent reconnaître que tout autant
que leur droit d’exister ne peut être nié,
celui de la Palestine ne peut l’être non plus. Les
États-Unis n’acceptent pas la
légitimité des nouvelles colonies juives.
Elles violent les ententes passées et mettent en
péril les efforts pour arriver à la paix.
»

6. L’IRAN ET L’ARME NUCLÉAIRE « Je comprends
ceux qui protestent parce que certains pays ont l’arme
nucléaire et d’autres ne l’ont pas. Aucune nation
ne devrait avoir le droit de décider quels pays
auront ou non l’arme nucléaire. » 7. LE PORT
DU HIJAB « Il est important que les pays occidentaux
n’empêchent pas les citoyens musulmans de pratiquer
leur religion comme ils le désirent, notamment en
dictant ce qu’une femme musulmane doit porter. Nous ne
pouvons pas déguiser l’hostilité à
l’égard d’une religion derrière le
prétexte du libéralisme. » 8. L’AVENIR
DES RELATIONS AMÉRICANO-MUSULMANES « C’est
plus facile de commencer les guerres que de les terminer.
Plus facile de blâmer les autres que de se regarder
soimême. (...) Mais nous devrions prendre le bon
chemin plutôt que le chemin facile. » 9. LES
ENSEIGNEMENTS RELIGIEUX « Nous avons le pouvoir de
faire du monde ce que nous cherchons, mais seulement si
nous avons le courage de prendre un nouveau départ,
en gardant en tête les Écritures. Le Coran
nous dit : “ Ô! humanité, nous vous avons
créés femme et homme et nous vous avons
divisés en tribus et en nations afin que vous vous
connaissiez les uns, les autres. ” Le Talmud nous dit : “
Toute la Torah a pour but de promouvoir la paix. ” La
Bible nous dit : “ Bénis ceux qui maintiennent la
paix. Ils peuvent être appelés les fils de
Dieu. ” Les gens du monde peuvent vivre ensemble en paix.
Nous savons que c’est la vision de Dieu. Maintenant, nous
devons en faire notre oeuvre sur terre. »
LESGRANDS DISCOURS D’OBAMA
> Le 2 octobre 2002 Discours à Chicago contre
la guerre en Irak. > Le 27 juillet 2004 Discours sur la
scène de la convention démocrate de Boston.
> Le 18 mars 2008 Discours sur la question raciale
à Philadelphie. > Le 20 janvier 2009 Discours
d’investiture à Washington. > Le 5 avril 2009
Discours à Prague sur « un monde sans armes
nucléaires ». > Le 17 mai 2009 Discours sur
l’avortement sur le campus de l’Université
Notre-Dame. > Le 4 juin 2009 Discours au Caire sur les
relations entre les États-Unis et les musulmans.
APRÈS LES MOTS, LE MONDE ATTEND LES ACTIONS -
Agnès Gruda
Une
rupture. Voilà comment on peut résumer le
discours que Barack Obama a livré hier au Caire.
Le président américain s’est clairement
éloigné de la politique
étrangère de son
prédécesseur, particulièrement
à propos du monde musulman. Il reste à
voir comm
« Le président a marqué plusieurs
bons points, en comparant le Coran avec la Bible et la
Torah par exemple », a noté un professeur
de l’Université américaine du Caire.
« C’est un grand geste, je lui donne A+ pour la
formulation, mais C+ pour la substance. »
Il a dit quelques mots en arabe et a cité le
Coran trois fois plutôt qu’une. Il a
évoqué la beauté du muezzin,
l’appel musulman à la prière. Il a
souligné le passé civilisateur de l’Islam
et les blessures que le colonialisme occidental a
infligées aux musulmans.
Puis il a parlé de l’humiliation des Palestiniens
condamnés à l’occupation
israélienne. Du rôle que les
États-Unis ont joué, dans le passé,
dans le renversement d’un gouvernement
démocratique à Téhéran. Et
du droit de tous les pays, y compris l’Iran, d’utiliser
l’énergie nucléaire à des fins
civiles.
Très attendu, le discours de 50 minutes que le
président Barack Obama a livré hier au
Caire a marqué une nette rupture avec la
rhétorique américaine des dernières
décennies. Riche en symboles, l’appel au dialogue
était cependant peu spécifique quant aux
orientations politiques concrètes de Washington.
S’il a reçu un bon accueil à Kaboul,
Bagdad, Beyrouth ou Ramallah, le discours
présidentiel y a aussi soulevé de
nombreuses réserves. Et une grande question :
maintenant que les mots ont changé, qu’en est-il
des actions?
« Je considère comme une de mes
responsabilités de combattre les
stéréotypes négatifs à
l’égard de l’Islam, où qu’ils se
manifestent », a assuré le président
Obama.
« Aussi longtemps que notre relation est
définie par nos différences, nous
donnerons des armes à ceux qui sèment la
haine plutôt que la paix », a-t-il aussi
lancé aux musulmans de la planète.
Avant d’ajouter : « Ce cycle de suspicion et de
discorde doit se terminer. »
Formulation c. substance
Sur la question cruciale du Proche-Orient, Barack Obama
a assuré Israël du lien «
indestructible » qui l’unit aux États-Unis.
Mais il a aussi souligné la « douleur
» des Palestiniens et a appelé
l’État hébreu à cesser de coloniser
la Cisjordanie. Et il s’est engagé
personnellement à travailler pour la seule issue
susceptible, selon lui, de clore ce conflit vieux de six
décennies : la création d’un État
palestinien aux côtés d’Israël.
Mais des analystes se sont dits déçus
qu’il n’ait pris aucun engagement précis sur la
marche à suivre pour en arriver là.
« George W. Bush parlait lui aussi nouveau
commencement ». Idem pour le gouvernement
israélien, qui a dit espérer
l’avènement d’une ère de
réconciliation. Mais en même temps, le
premier ministre Benyamin Nétanyahou persiste et
signe: il ne veut pas freiner l’expansion des
implantations juives en Cisjordanie. Et le Hamas ne se
précipite pas non plus pour reconnaître son
voisin hébreu.
Autrement dit, si le diable est dans les détails,
le discours de Barack Obama lui laisse encore un grand
champ d’action.
«
Le président a marqué plusieurs bons
points, en comparant le Coran avec la Bible et la Torah
par exemple », a noté Rami Khouri,
professeur de l’Université américaine du
Caire cité hier par CNN.
« C’est un grand geste, je lui donne A+ pour la
formulation, mais C+ pour la substance », a-t-il
résumé. de la solution de deux
États, mais avec quels pouvoirs ? Sur quel
territoire? Obama n’en dit rien », a
déploré hier Rachad Antonius,
politicologue de l’UQAM – qui soulignait quand
même la « haute valeur symbolique » du
discours.
Cette partie cruciale du discours présidentiel a
été accueillie avec satisfaction, mais
aussi avec une dose de scepticisme au Proche-Orient.
Un porte-parole du président palestinien Mahmoud
Abbas a parlé d’un « pas important vers un
« Barack Obama a dit que l’Islam ne se situe pas
hors du monde civilisé, mais en fait partie
intégrante. Ce sont des propos extrêmement
significatifs, ils ont fait chaud au coeur de nombreux
musulmans dans le monde », a dit Khalid Mustafa
Medani, politicologue à l’Université
McGill. « Mais est-ce que cela signifie que
dorénavant, il va agir vigoureusement pour amener
les acteurs du conflit israélo-palestinien, y
compris le Hamas, à discuter ensemble ? »
s’est-il demandé, ajoutant que c’est ce genre
d’initiative que le monde attend aujourd’hui.
Réactions
Il reste qu’au-delà de ces réserves,
Barack Obama a marqué plusieurs
précédents dans la rhétorique
présidentielle américaine. Le seul fait
d’admettre que le Hamas est le représentant
légitime d’une partie du peuple palestinien
marque un virage majeur.
Ce mouvement qui contrôle la bande de Gaza a
d’ailleurs exprimé des réactions
étonnamment positives au discours
présidentiel. Ce discours « marque une
percée », a dit un conseiller d’Ismail
Haniyeh, ex-premier ministre du Hamas,
particulièrement heureux des
références aux souffrances des
Palestiniens. Tout en tendant la main aux musulmans,
Barack Obama les renvoyait aussi à leurs propres
responsabilités et leur demandait de collaborer
au combat contre « les extrémistes qui
menacent gravement notre sécurité ».
Ce n’est pas acquis, selon le politicologue
québécois Sami Aoun. « Reste
à voir si les élites et les pouvoirs dans
le monde musulman iront à la rencontre de cet
appel au dialogue », a-t-il noté.
Enf in, Barack Obama n’a pas non plus oublié de
s’adresser aux minorités musulmanes
établies aux ÉtatsUnis. Et à
défendre leur liberté de pratiquer leur
religion et leurs coutumes, y compris dans leur
manière de se vêtir.
« Je rejette l’opinion de ceux parmi les
Occidentaux qui croient qu’une femme qui couvre sa
tête est d’une certaine façon moins
égale », a-t-il clamé, soulignant
que l’égalité tient davantage à
l’éducation qu’au port du voile islamique.
« Le mot-clé de ce discours, c’est :
respect », résume le professeur Khalid
Mustafa Medani.
Second début - Mario Roy
«
Ce qui existe dans le coeur des foules, c’est la foi en
l’être humain », dit Barack Obama.
Quelques heures après l ’adresse au monde
musulman qu’a livrée Barack Obama, au Caire, la
chaîne CNN a tenté d’obtenir des
commentaires de femmes afghanes. Impossible. L’une a
chuchoté que son petitfils, qui se trouvait avec
elle, ne l’autorisait pas à parler. Surtout, la
plupart des Afghans (et des Afghanes) n’ont pas
accès à la télévision, ni
même à l’électricité. Ils ne
savent rien du périple égyptien du
président des États-Unis.
La réalité, dans son aspect le plus
désespérant, est celle-là.
Aussi, comment un simple discours, fût-il
extraordinairement brillant et inspiré,
pourrait-il être autre chose qu’une crème
cosmétique appliquée sur des situations de
fait qui semblent éternelles ?
Car le statut de la femme ou la grande pauvreté
en Afghanistan n’en sont que des échantillons.
Des situations autant ou plus alarmantes sont
légion.
Celle du lourd déficit démocratique des
pays arabes, par exemple. Ou celle,
dénoncée par les intellectuels arabes
eux-mêmes, de leur rejet autoinfligé de la
modernité. Celle de la monstrueuse
inhumanité des fous d’Allah. Ou celle de la
tragique dérive américaine des
années Bush : l’Irak, Abou Ghraib, Guantanamo, la
torture, le braquage idéologique. Celle, enfin et
surtout, du conflit insoluble qui, entre la
Méditerranée et le Jourdain, divise deux
peuples cousins et empoisonne la planète
entière depuis un demi-siècle...
Barack Obama a évidemment vu ce gouffre
séparant la parole du réel.
Il l’a
identifié dès le départ, à
la quatrième minute d’une allocution qui en a
duré 55: « On a déjà,
à l’avance, beaucoup parlé de ce discours.
Mais je suis conscient qu’à lui seul, il ne
pourra effacer des années d’antagonisme. »
Partout dans le monde, cette adresse du président
américain a été accueillie de
façon positive. Hormis chez les
extrémistes de tous bords, platement
prévisibles, la critique a surtout
consisté à dire : ce sont de belles
paroles, mais il faut maintenant des actes.
C’est vrai.
Mais, si l’on veut vraiment jouer à la «
minute de vérité » ( puisque Obama a
placé son allocution sous le signe du parler
vrai), il faudra se rendre compte qu’on surévalue
le pouvoir immédiat de l’Amérique en
même temps qu’on sous-évalue la puissance
à long terme de la parole.
Par exemple, le pouvoir de coercition de Washington
à l’endroit d’Israël est beaucoup plus
limité qu’on le croit. Et, d’autre part, ce
serait nier le pouvoir des idées que de
prétendre que le président
américain n’a livré, hier, que du vent.
« Oblitérer des idées n’a jamais
réussi à les faire disparaître
», a-t-il d’ailleurs remarqué.
Ultimement, le message de Barack Obama, destiné
à initier un « nouveau début »
entre diverses obédiences, pourrait se
résumer en une idée, justement. Par
delà les divisions ethniques ou religieuses,
a-t-il dit, « ce qui existe dans le coeur des
foules à travers le monde, c’est la foi en
l’être humain ».
De fait, c’est dans cette foi que réside la seule
planche de salut.
UN ORATEUR EN TERRAIN MINÉ -
RICHARD HÉTU
COLLABORATION SPÉCIALE
ILLUSTRATION ANDRÉ
RIVEST, LA PRESSE
— À la veille de son discours très attendu en
Égypte, Barack Obama a reçu hier un accueil
royal en Arabie Saoudite ainsi qu’un message-surprise
attribué à Oussama ben Laden, qui a
renouvelé ses menaces à l’endroit des
États-Unis. Il n’avait sans doute pas besoin d’un
rappel de la difficulté de sa mission, mais le
début de sa première visite
présidentielle au Moyen-Orient lui en a fourni un.
Le discours du président Obama au Caire, la capitale
égyptienne, sera l’aboutissement d’une promesse
électorale, celle de parler directement à un
auditoire musulman à partir d’une grande capitale
islamique dans les premiers mois de son mandat
présidentiel. Le but était et demeure de
raccommoder les relations entre les États-Unis et le
monde arabo-musulman, qui ont connu une
détérioration marquée au cours de la
présidence de George W. Bush.
Le chef de la Maison-Blanche a cru bon de faire
précéder son allocution par un détour
au royaume wahhabite, où se trouvent les lieux saints
de l’islam, Médine et La Mecque.
« Alors que j’ai entrepris ce voyage et que je dois
visiter Le Caire demain, j’ai pensé qu’il serait
très important de venir là où l’islam
est né pour demander conseil à Sa
Majesté », a déclaré le
président Obama, qui a rencontré le roi
Abdallah dans sa ferme près de Riyad, la capitale
saoudienne.
Les deux
hommes devaient évoquer le conflit
israélo-arabe, l’influence régionale
croissante de l’Iran et le dossier Afghanistan-Pakistan,
entre autres.
Mais cette visite a été éclipsée
en partie par la diffusion sur la chaîne arabe
Al-Jazira d’un message audio attribué à
Oussama ben Laden. Le chef d’Al-Qaeda y accuse Barack Obama
d’être aussi hostile que George W. Bush à
l’égard des musulmans. Il a notamment condamné
la politique du nouveau président américain
vis-à-vis du Pakistan, dont l’armée
mène ces jours-ci une offensive contre les talibans
dans la vallée de Swat.
« Obama et son administration ont jeté les
semences d’une haine et d’une plus grande volonté de
revanche contre l’Amérique, a déclaré
le chef d’AlQaeda. Le nombre de ces semences équivaut
à celui de ceux qui ont souffert et de ceux qui ont
été déplacés de la vallée
de Swat. Que le peuple américain se prépare
à continuer à cueillir pendant les
années et les décennies à venir les
fruits de ce qui a été semé par les
dirigeants de la Maison-Blanche. »
La veille, le numéro deux d’AlQaeda, Aymane al
Zaouahri, avait diffusé son propre message audio,
invitant les Égyptiens à ne pas se laisser
berner par « des campagnes de relations publiques, des
visites théâtrales ou des propos
raffinés » d’un « criminel ».
La Maison-Blanche est restée discrète sur le
contenu du discours du Caire. Avant de s’envoler pour le
Moyen-Orient, le président s’était
contenté de promettre qu’il ne s’agirait que d’un
premier pas vers un dialogue plus large avec les 1,2
milliard de musulmans de la planète.

Le président Obama prendra la parole à
l’Université du Caire. Une rencontre avec le
président égyptien Hosni Moubarak est
également au menu de sa visite.
Un discours signé Ben Rhodes
Il n’a pas
encore la renommée de Jon Favreau, le rédacteur
principal des discours de Barack Obama. Mais Ben Rhodes a
reçu une des missions les plus importantes de sa jeune
carrière: rédiger le discours que prononcera le
président américain aujourd’hui à
l’adresse du monde musulman.
Âgé de 31 ans, Rhodes n’en sera pas à sa
première expérience du genre. À titre de
rédacteur principal des discours de Barack Obama en
matière de politique étrangère, il
revendique déjà la paternité de
l’allocution du président à Prague sur «
un monde sans armes nucléaires ». Il est
également l’auteur principal du rapport sur l’Irak de
James Baker et Lee Hamilton, qui recommandait un
désengagement américain dans ce pays et un
rapprochement avec l’Iran, des stratégies poursuivies
aujourd’hui par l’administration démocrate.
Même si
ses discours portent la signature d’un autre, Barack Obama
joue un rôle important dans leur rédaction,
réclamant des changements jusqu’à la
dernière minute. Mais les mots de Ben Rhodes pourraient
contribuer à un changement majeur dans les relations
entre les États-Unis et le monde musulman.

Pas mal pour un gars qui a décroché une
maîtrise à l’Université de New York en
écriture de fiction…
Un réveil brutal pour Barack Obama
« Il y
avait à Washington un désir féroce de
voir Moussavi triompher. »
AprèsladéfaiteduHezbollah lors des
élections législatives de dimanche dernier au
Liban, Barack Obama s’est probablement mis à
rêver à un doublé en Iran, où
Mahmoud Ahmadinejad incarne les idées radicales
contre lesquelles il s’est élevé dans son
discours au Caire.
Certes, à la veille du scrutin iranien, le
président américain s’était bien
gardé d’exprimer une préférence pour un
des quatre candidats . Mais , en commentant l ’enthousiasme
observé dans les derniers jours de la campagne
iranienne, il avait déclaré que les citoyens
de la République islamique, tout comme ceux du Liban,
semblaient ouverts à de « nouvelles
possibilités ».
Or les résultats du scrutin iranien
représentent un réveil brutal pour Barack
Obama. Sa politique de la main tendue vis-à-vis de
l’Iran se complique non seulement à cause de la
réélection d’un critique implacable des
États-Unis et d’Israël, mais également en
raison des questions soulevées quant à
légitimité du vote iranien de vendredi.
La première réaction de la Maison-Blanche,
contenue dans deux phrases brèves, illustre la
situation délicate dans laquelle se retrouve le
président américain.
« Comme le reste du monde, nous sommes
impressionnés par le débat vigoureux et par
l’enthousiasme que cette élection a
générés, en particulier chez les jeunes
», a dit le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert
Gibbs, dans un communiqué.
« Nous continuons à suivre de près la
situation dans son intégralité, y compris les
informations faisant état
d’irrégularités », a-t-il ajouté.
Prudence à l’étranger
De son côté, la secrétaire d’État
américaine, Hillary Clinton, a exprimé le
souhait que les résultats reflètent « la
volonté et le désir véritables »
des électeurs.
La F rance
et la GrandeBretagne ont fait preuve de la même
circonspection alors que le Canada, par la voix de son
ministre des Affaires étrangères, Lawrence
Cannon, s’est dit « extrêmement
préoccupé » par les informations
faisant état d’« irrégularités
» ainsi que d’actes « d’intimidation ».
La réaction d’Israël a été
beaucoup moins mesurée.
« S’il y avait encore un espoir de changement en
Iran, la réélection d’Ahmadinejad montre que
la menace iranienne est d’autant plus grave », a
déclaré le vice-ministre israélien
des Affaires étrangères, Danny Ayalon,
appelant la communauté internationale «
à stopper le programme nucléaire iranien et
le terrorisme iranien ».
La victoire d’Ahmadinejad a été
saluée par les alliés de l’Iran, dont la
Syrie, le Venezuela et le Hezbollah. La Russie a
souhaité, de son côté, que le
président réélu fasse preuve de
« davantage de compréhension et de sagesse
à l’égard de la communauté
internationale » et qu’il « se démarque
de la politique unilatérale fondée sur la
force militaire et la mise sur pied d’un programme
nucléaire ».
Pro-Moussavi
L’élection d’un candidat « réformateur
» ou « modéré » commeMir
Hossein Moussavi n’aurait pas garanti un changement dans
les ambitions nucléaires de l’Iran ou dans sa
politique étrangère. Elle aurait cependant
permis à l’administration Obama de poursuivre ses
manoeuvres de rapprochement sans avoir à composer
avec un président qui maudit les États-Unis,
nie la réalité de l’Holocauste et tient des
discours menaçants visà-vis d’Israël.
« Il y avait à Washington un désir
féroce de voir Moussavi triompher », a
commenté Trita Parsi, président du Conseil
national iranien-américain. Sur le plan symbolique,
il aurait été beaucoup plus facile de
traiter avec lui qu’avec Ahmadinejad. »

Mais la réélection du président
iranien ne fait pas que des malheureux à
Washington. Certains intellectuels
néo-conservateurs, dont Daniel Pipes, directeur du
Washington s’est donné
jusqu’à la fin de l’année pour juger de la
réussite ou de l’échec de ses démarches
de dialogue avec Téhéran.
Middle East
Forum, ont souhaité publiquement la victoire
d’Ahmadinejad, de peur que sa défaite soit i
nterprétée faussement comme un signe
d’ouverture de la part de l’Iran.
À la veille du scrutin, Michael Rubin, de
l’American Enterprise Institute, a exprimé une
idée semblable. « Si une personne à la
voix douce et au comportement moins combatif – une
personne comme l’ancien premier ministre Mir Hossein
Moussavi – devait l’emporter, ce serait plus facile pour
Obama de croire que l’Iran desserre le poing quand, en
fait, son autre main, cachée sous son manteau,
empoigne un poignard », a-t-il dit lors d’une
discussion organisée par l’Heritage Foundation.
L’administration Obama s’est donné jusqu’à
la fin de l’année pour juger de la réussite
ou de l’échec de ses tentatives de dialogue avec
Téhéran.
«
Je ne veux pas fixer de date artificielle », avait
déclaré le président américain
à l’issue de son premier face-à-face avec le
premier ministre israélien, Benyamin
Nétanyahou. « Mais je pense effectivement
qu’il n’est pas nécessaire de discuter
indéfiniment. »
Reste à savoir si les résultats de la
présidentielle iranienne lui permettront, d’ici
à la fin de l’année, d’entamer ce dialogue
avec Téhéran.
Peu d’espoir au Pakistan et auMoyen-Orient
Allocution
de Madeleine Albright à la Conférence de
Montréal
« Il existe, tant en Israël qu’en Palestine, des
gens qui n’ont aucun intérêt à ce que la
paix s’installe, qui profitent de l’absence de paix. »
Le Pakistan, avec son mélange de djihadisme et de
bombes nucléaires, est l’endroit le plus
inquiétant sur la planète. Feu Yasser Arafat
avait les mains liées et était donc incapable
de faire la paix avec Israël. Ses successeurs, le Fatas
et le Hamas, ont encore moins de pouvoir décisionnel.
Tel est le constat dévastateur de Madeleine Albright,
secrétaire d’État sous la présidence de
Bill Clinton, qui visitait hier la Conférence de
Montréal. Mme Albright, qui enseigne maintenant
à l’Université Georgetown, qui s’est
décrite comme une « optimistequi
s’inquiète » quant à l’avenir
géopolitique des points chauds de la planète.
Mais ses analyses étaient souvent pessimistes.
« Je pense que tous les éléments de la
solution au problème (de la Palestine et
d’Israël) se trouvent dans le plan
élaboré à la fin de la
présidence Clinton », a-t-elle affirmé
en conférence de presse. « Mais le
président Arafat ne pouvait pas prendre de
décision. Maintenant c’est encore pire. » En
d’autres mots, malgré sa popularité
auprès des Palestiniens, M. Arafat ne pouvait pas
s’engager à ce qu’une solution négociée
soit respectée par ses compatriotes. Et maintenant
qu’une guerre civile larvée entre le Hamas et le
Fatas fondé par M. Arafat mine la politique
palestinienne, l’absence d’interlocuteur pour Israël
est encore plus criante. dit encouragée par les
récents succès de l’armée pakistanaise
contre les talibans dans la vallée de Swat, mais
prédit qu’il faudra d’énormes investissements
en infrastructures et en services sociaux pour
sécuriser la région. Elle juge par contre
qu’un « plan Marshall » pour le Pakistan n’est
pas approprié, parce qu’il faut que le pays
décide par lui-même de ses priorités,
qui ne sont pas
Cela dit,
« il existe, tant en Israël qu’en Palestine, des
gens qui n’ont aucun intérêt à ce que la
paix s’installe, qui profitent de l’absence de paix »
, a dit Mme Albright.
L’ex-secrétaire d’État a prévenu qu’il
ne fallait pas s’attendre à des progrès
rapides au Pakistan, un pays qui l’inquiète encore
plus que l’Afghanistan. Elle se forcément
liées au marché et à l’économie.
« Le président Obama ne promet pas une
démocratie jeffersonienne en Afghanistan, et c’est
très bien ainsi. »
Mme Albright est revenue sur une déclaration faite en
2006, où elle avait affirmé que l’Irak serait
« pire que le Vietnam » pour les
États-Unis. « Je ne parlais pas en termes de
morts américains ou irakiens. C’est simplement un
recul de la réputation et de l’autorité morale
américaines, à cause de l’imposition de la
démocratie, à cause de Guantánamo,
d’Abou Ghraib. Et l’Iran a beaucoup
bénéficié » de la chute du
régime de Saddam Hussein.
La politologue de 72 ans a entamé son discours
à la Conférence avec un appel passionné
à la réforme sans peur de l’économie,
à la faveur de la crise. «
Nousdevonsnoussouvenir des leçons des années
30 », a tonné Mme Albrigth, dont les parents
juifs, diplomates tchécoslovaques, ont
échappé à l’ Holocauste. « Nous
devons nous concentrer sur les faits, pas sur les peurs. La
tentation du protectionnisme est grande. On peut penser que
la concurrence à l’échelle mondiale fait
autant de gagnants que de perdants (et donc qu’il vaut mieux
être protectionniste). Si on cède à
cette tentation, ce sera l’apocalypse économique. Le
marché n’a pas de conscience sociale, mais il peut
être encadré. »
Il ne marche pas sur l’eau -
Lysianne Gagnon
Après
le lyrisme, la réalité est revenue, dure et
incontournable.
C’est
sur le plan domestique que les choses sont le mieux
engagées pour Barack Obama. Relance
financière, transformation de l’industrie automobile,
politiques environnementales novatrices…
C’est sur le terrain de la lutte contre le terrorisme que le
revirement est le plus marqué. Obama promettait de
fermer Guantánamo cette année, mais il s’est
heurté à l’opposition vigoureuse du
Congrès. Même les démocrates l’ont
laissé tomber, parce que l’opinion publique se rebelle
à l’idée de voir de présumés
terroristes (dont l’un serait le chef des attentats du 9-11)
transférés dans des prisons en sol
américain.
Au grand dam des militants des libertés civiles, le
président Obama a aussi dû se rallier à
l’idée de mettre sur pied des tribunaux militaires
d’exception – l’une des raisons étant que les preuves
contre les détenus de Guantánamo reposent sur
des témoignages obtenus sous la torture (notamment le
« water-boarding » ou la simulation de noyade),
preuves qui seraient inadmissibles devant un tribunal
ordinaire. Seule différence avec les tribunaux
envisagés par l’administration Bush, ceux-là
accorderaient un peu plus de droits à la
défense.
Obama s’est engagé à ce qu’aucun détenu
sur qui pèsent des accusations de terrorisme ne soit
libéré sans que la preuve ait été
faite de son innocence, ce qui laisse entrevoir que des hommes
seront emprisonnés indéfiniment sans jamais
avoir été jugés – un accroc de taille aux
principes démocratiques… mais que faire d’autre?
Relâcher dans la nature des gens dont aucun pays ne veut
et qui, s’ils n’étaient pas des terroristes au moment
de leur capture, le sont probablement devenus après des
années à Guantánamo?
Autre
volte-face, Obama refuse d’autoriser la publication de photos
illustrant des sévices commis par des militaires
américains. On le comprend de refuser d’alimenter la
propagande antiaméricaine en affichant des gestes
commis par une minorité de militaires. Ce serait du
masochisme pur. Mais pourquoi s’était-il engagé
à le faire?
Reality kicks in… Les Européens étaient
éperdument en amour avec Barack Obama – à
condition que cela ne leur coûte rien. Le jeune
président n’a rien obtenu de ce qu’il leur demandait.
Aucun gouvernement européen ne lèvera le petit
doigt pour l’aider à régler le problème
de Guantánamo en accueillant un ou deux détenus.
Il n’est pas davantage question que les puissances militaires
européennes accroissent leur effort dans les zones
dangereuses de l’Afghanistan – une guerre qu’Obama a
imprudemment faite sienne et dans laquelle il risque de
s’enliser comme ses prédécesseurs au Vietnam.
Reality kicks in… Malgré ses messages conciliants,
Obama n’a rien changé à l’attitude belliqueuse
du président iranien Ahmadinedjad. Rien changé
non plus, malgré ses messages forts en faveur de la
création d’un État palestinien, à
l’intransigeance du gouvernement Nétanyahou. Les
Israéliens ne se laisseront pas dicter leur conduite
par le président américain, lequel, pour des
raisons politiques et morales, ne pourra jamais par ailleurs
laisser tomber l’État d’Israël. Tout au plus Obama
a-t-il réussi à activer la lutte contre les
talibans au Pakistan, mais ce sursaut de vigueur, de la part
du gouvernement pakistanais, tient peut-être surtout au
fait que pour la première fois, Islamabad a vu les
talibans se rapprocher de la capitale.
C’est finalement sur le plan domestique que les choses sont le
mieux engagées. Relance financière,
transformation de l’industrie automobile, politiques
environnementales novatrices… Reste le gros morceau: la
réforme de l’assurance maladie, une opération
qui n’ira pas de soi, mais qu’Obama doit absolument
réussir. ureur chez les démocrates de gauche,
déception chez ceux qui croyaient que la victoire de
Barack Obama allait changer le monde. Non seulement le nouveau
président n’a-t-il rien révolutionné,
mais il marche à certains égards dans les traces
de Bush…
Comme disent les Anglais, « reality kicked in ».
Après le lyrisme, la réalité est revenue,
dure et incontournable. Il n’y aura pas de miracle. Cet homme
ne marche pas sur l’eau.
Obama tente de regagner l’appui
des gais
Le président accorde de nouveaux avantages aux
partenaires homosexuels des employés de l’État
COLLABORATION SPÉCIALE
PHOTO MARIO ANZUONI,
ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Des manifestants pour
les droits des homosexuels à Beverly Hills en mai
dernier.
— Après huit années d’une
administrationrépublicaine qui les a combattus sur
tous les fronts, les défenseurs des droits des
homosexuels croyaient avoir trouvé un solide
allié en Barack Obama, dont ils ont favorisé
l’élection à la Maison-Blanche.
Mais, près de cinq mois après l’investiture
du président démocrate, ces mêmes
militants ne cachent pas leur mécontentement face
à son inaction dans les dossiers qui leur tiennent
à coeur, et au sujet desquels il avait pris des
engagements fermes lors de la campagne
présidentielle. C’est donc en partie pour tenter de
regagner leurs faveurs que Barack Obama a promulgué
hier sa première initiative dans le domaine des
droits des homosexuels.
Ainsi, d’un seul trait de plume, il a étendu aux
partenaires homosexuels des employés de
l’État certains avantages accordés aux
autres couples. Ces avantages n’incluront cependant pas
une couverture médicale complète.
« Nous devons tous reconnaître que cela n’est
qu’un pas », a déclaré Barack Obama.
Certains
défenseurs des droits des homosexuels ont
réagi favorablement à l’initiative du
président. « C’est un pas en avant bienvenu
et attendu depuis trop longtemps », a
déclaré Joe Solmonese, président de
la Human Rights Campaign, la plus importante organisation
américaine de défense des droits des
homosexuels.
Mais Solmonese a ajouté que le président
Obama se devait de passer à l’action sur ses
principaux engagements électoraux en matière
de droits des homosexuels. Le candidat démocrate
avait notamment promis d’abroger le Defense of Marriage
Act (loi fédérale de 1996 autorisant les
États à ne pas reconnaître les
mariages contractés dans d’autres États
favorables aux unions entre conjoints du même sexe),
ainsi que l’interdiction faite aux citoyens ouvertement
homosexuels d’intégrer l’armée.
Or, le chef de la MaisonBla nche n’a donné aucune
indication de son intention de remplir ces promesses
à court ou à moyen terme. De toute
évidence, il craint le tollé que pourrait
soulever une telle démarche chez les conservateurs.
Mais la grogne des défenseurs des droits des
homosexuels ne tient pas seulement à cette
inaction. La semaine dernière, ceux-ci ont
été indignés par la façon dont
le ministère de la Justice a défendu la loi
sur la défense du mariage dans une cause en
Californie. Le ministère a notamment fait valoir
que les États ne sont pas tenus de
reconnaître les mariages homosexuels, tout comme ils
ne sont pas tenus de reconnaître les mariages entre
cousins ou entre un oncle et sa nièce.
Comme plusieur s aut res défenseurs des droits des
homosexuels, John Aravosis a été
insulté par la comparaison entre les mariages gais
et les unions incestueuses. Et il en tient responsable le
président Obama.
« Quand un président vous dit qu’il sera
différent, vous le croyez, a-t-il dit. Ce n’est pas
qu’il n’a pas tenu ses promesses, il nous a
poignardés dans le dos. »
Tim Pawlenty déjà en piste pour
2012 - Richard Hétu
Encore
méconnu, le républicain vise la
Maison-Blanche
NEW YORK — Il n’a ni le sexappeal de Sarah Palin, ni
l’argent de Mitt Romney, ni le bagout de Mike
Huckabee, mais il semble croire en ses chances de
devenir le républicain qui affrontera Barack
Obama à l’occasion de l’élection
présidentielle de 2012. Son nom? Tim Pawlenty.
Tim qui?
PHOTO ARCHIVES AP
Tim
Pawlenty
exerce son troisième et dernier mandat au
poste de gouverneur du Minnesota.
Républicaines, les ambitions
présidentielles de ce grand amateur de hockey
semblent aujourd’hui ne plus faire de doute.
Le gouverneur du Minnesota, qui exercee son
troisième et dernier mandat à ce poste,
n’aurait pas aujourd’hui à répondre
à cette question si les conseillers de John
McCain avaient eu le dernier mot dans la
sélection du candidat républicain
à la vice-présidence en 2008. C’est lui,
et non la gouverneure d’Alaska, qu’ils avaient
préféré comme colistier du
sénateur d’Arizona, selon The Battle for
America, 2008, le livre des journalistes Dan Balz et
Haynes Johnson sur la dernière course à
la Maison-Blanche.
N’ayant pas été choisi par McCain,
Pawlenty est donc encore peu connu en dehors de son
État, où cet avocat de formation,
amateur de hockey et de pêche, a vu le jour il y
a 48 ans au sein d’une famille modeste – son
père était routier et sa mère,
ménagère, est morte du cancer alors
qu’il avait 15 ans.
Mais ses ambitions présidentielles ne semblent
plus faire de doute. Après tout, le gouverneur
n’a-t-il pas accepté hier une invitation de
prononcer un discours le 7 novembre devant les membres
du Parti républicain d’Iowa, l’État
rural du Midwest où aura lieu le premier
rendez-vous électoral de la campagne
présidentielle de 2012? C’était le
dernier signe d’une longue liste témoignant de
ses intentions.
« Il est entendu que Tim Pawlenty fait campagne
pour la présidence des États-Unis. Je ne
pense pas qu’aucun doute ne subsiste à ce sujet
au Minnesota», dit Larry Jacobs, politologue
à l’Université du Minnesota.
M a
is a - t-i l la moi nd re chance?
«Il fait face à des obstacles importants,
répond Jacobs. Non seulement il n’a pas une
fortune personnelle comme Mitt Romney, mais il vient
aussi d’un État où il est difficile de
trouver des bailleurs de fonds pour financer une
campagne présidentielle.»
Tim Pawlenty a également des atouts. À
un peu plus d’un an de la fin de son troisième
mandat comme gouverneur, il jouit d’un taux de
popularité supérieur à la plupart
de ses homologues américains. Il aura
réussi à faire accepter à un
État plutôt démocrate un programme
résolument conservateur reposant sur des coupes
budgétaires et le refus des hausses
d’impôts. Il aura également
instauré une période de réflexion
obligatoire de 24 heures avant de procéder
à un avortement dans son État et fait
voter une loi exigeant que le serment
d’allégeance aux États-Unis soit
récité dans les écoles publiques.
«Il a déjà commencé
à utiliser sa feuille de route comme
conservateur fiscal pour critiquer Barack Obama sur la
question du déficit, dit Steven Schier,
politologue au Carleton College. Je suis
persuadé qu’il continuera à marteler ce
thème au cours des prochaines
années.»
Comme d’autres observateurs de la scène
politique au Minnesota, Schier décrit le
gouverneur Pawlenty comme un homme sympathique et
affable, avec lequel on aimerait jouer au hockey ou
aller à la pêche.
« Mais il n’excite pas les foules comme Barack
Obama et Sarah Palin, dit-il. Or, c’est important dans
une campagne. Il ne suffit pas d’être
sympathique, intelligent et compétent. »
Qui a peur de Glenn Beck ? - RICHARD
HÉTU
Du
temps où il gagnait sa vie comme trublion de la
radio matinale, Glenn Beck, nouvelle star de la
chaîne de télévision Fox News, ne
reculait devant rien pour faire grimper ses cotes
d’écoute. Ceux qui ont suivi sa carrière
depuis le début se souviennent notamment d’un
épisode au cours duquel il a
téléphoné à la femme d’un
concurrent pour se moquer en ondes de sa fausse
couche, survenue deux jours plus tôt.
PHOTO NICHOLAS
ROBERTS, THE NEW YORK TIMES
Pourfendeur
de « l’État vampire »,
l’animateur de Fox News Glenn Beck s’est fait un des
promoteurs les plus enthousiastes de la
manifestation antigouvernement du 12 septembre
à Washington.
L’alcool, la marijuana et la cocaïne, dont Beck a
abusé jusqu’au milieu des années 90, ont
sans doute contribué à ses gags les plus
cruels. Mais ni sa sobriété ni sa
conversion au mormonisme n’ont étanché
sa soif de controverse. Au cours des dernières
semaines, l’animateur, auteur et entrepreneur de 45
ans a, notamment, accusé Barack Obama de
racisme, associé sa réforme de la
santé au nazisme et dénoncé
l’emprise des communistes sur son gouvernement.
Or, si ses écarts de jeunesse ont failli lui
coûter sa carrière, ses outrances de
l’âge adulte lui permettent non seulement de
s’enrichir – le magazine Forbes estime à 23
millions de dollars ses revenus annuels –, mais
également d’exercer une influence dans les
débats politiques aux États-Unis,
où une partie de la population, habitée
par la colère ou la peur, trouve refuge dans
son humour, son pathos et ses théories de la
conspiration.
« Glenn Beck à la présidence
», pouvait-on lire sur des pancartes brandies
par des participants à la manifestation
antigouvernement du 12 septembre à Washington,
dont l ’a n i m a te u r de F ox News, pourfendeur de
«l’État vampire», s’était
fait un des promoteurs les plus enthousiastes.
Néfaste ?
Le natif de Mount Vernon, dans l’État de
Washington, est-il pour autant néfaste à
son pays, comme le laissait entendre l’hebdomadaire
Time dans son avant-dernier numéro, dont la
couverture était ornée d’une photo de
l’animateur tirant la langue ?
La question a fait tiquer plu sieu r s con ser vateu r
s , dont Tim Graham, directeur de l’analyse des
médias au Media Resea rch Center à
Washington.
« Chaque fois que quelqu’un de la droite se
bâtit un auditoire fervent, nos élites l
ibéra les s ’empressent de nous expliquer que
chacun de ses fans est un demeuré qui crache le
feu », dit Graham à La Presse. « Le
magazine Time avait employé exactement la
même approche au milieu des années 90
pour traiter de la montée de Rush Limbaugh.
»
Limbaugh demeure le roi incontesté des
animateurs de radio, devançant largement ses
deux plus proches rivaux, Sean Hannity et Beck, qui
ont leur propre émission radiophonique en plus
de celle qu’ils animent à la
télévision sur la chaîne Fox News.
Mais Beck, qui a fait ses premiers pas à
télévision sur la chaîne Headline
News, petite soeur de CNN, a un style qui le distingue
de ses concurrents de la droite.
«
À côté de lui, Bill O’Reilly a
l’air fade », dit Graham en faisant allusion
à l’animateur qui demeure le champion des cotes
d’écoute sur Fox News.
Graham estime d’ailleurs que Beck va parfois trop
loin, com me l orsqu’il a acc usé le
président Obama d’être « raciste
» et d’avoi r « u ne haine profonde des
Blancs ou de la culture blanche ».
Boycottage
Cette déclaration de Glenn Beck lui a valu
d’être boycotté pa r u ne soixa nta ine
de sociétés, dont Wal-Mart, P roctor
& Ga mble et K ra ft Foods, qui ont retiré
leurs publicités de son émission
après avoir subi les pressions d’u n groupe
appelé ColorOfChange.org.
Mais cette campagne de boycottage n’a encore servi
qu’à alimenter la controverse dont Glenn Beck
est friand et à faire grimper ses cotes
d’écoute, qui sont supérieures à
celles de toutes les émissions de MSNBC et CNN,
les chaînes rivales de Fox News, en dépit
de l’heure ingrate de la diffusion de son
émission, qui a vu le jour au début de
l’année. Glenn Beck commence à 17h.
Glenn Beck est-il néfaste à son pays ?
Greg Mitchell, rédacteur en chef de la revue
Editor & P ublisher, reproc he au Time de ne pas
avoir eu le courage de répondre à sa
propre question.
« Plutôt que de le traiter comme le
démagogue paranoïaque qu’il est, ils l’ont
dépeint comme une figure médiatique
comme les autres, un Keith Olbermann de la droite
», dit Mitchell en faisant allusion au plus
populaire des animateurs de la chaîne
d’information MSNBC. «Or si on met côte
à côte ce qui peut être
considéré comme les pires moments
d’Olbermann et de Beck, on voit que la comparaison ne
tient pas.»
La liste des pires moments de Beck doit sans doute
inclure son accusation selon laquelle Barack Obama
veut créer une « force de
sécurité nationale civile semblable aux
SS d’Adolf Hitler ». Il faisait allusion
à AmeriCorps, programme gouvernemental visant
à encourager le bénévolat, dont
le financement a triplé sous l’administration
démocrate.
Et
qu’en est-il de sa théorie voulant que Barack
Obama soit entouré par des communistes? Beck
soutient qu’elle a été confirmée
par la démission récente de Van Jones,
conseiller spécial de la Maison-Blanche pour
les «emplois verts», qui a
déjà été associé
à des groupes radicaux. «Ce n’est que la
pointe de l’iceberg», a déclaré
Glenn Beck à son auditoire sur un ton qui
faisait penser à celui du sénateur
Joseph McCarthy, célèbre pour sa chasse
aux communistes dans les années 50.
Qu’est-ce qui fait courir Michael Bloomberg ? -
RICHARD HÉTU
Il y a
près d’un an, en pleine tourmente à Wall
Street, le maire de New York, Michael Bloomberg, se
posait en sauveur de la ville et demandait au conseil
municipal de changer les règles du jeu afin de
lui permettre de briguer un troisième mandat,
alors que la loi limitait à huit ans la
durée de sa charge.
« La crise actuelle ne doit pas être
sous-esti mée, et nous allons faire face à
des défis sans précédent »,
avait décla ré le millia rda ire de 67
ans, fondateur de l’agence d’information
financière qui porte son nom et huitième
fortune des États-Unis avec 16 milliards de
dollars selon le magazine Forbes.
« Nous pourrions être au bord d’un
effondrement », avait-il ajouté.
Un an plus tard, Michael Bloomberg admet volontiers que
sa ville a évité le pire. Mais il n’est
pas moins déterminé à conserver son
poste, ayant réussi à convaincre le
conseil municipal d’exaucer sa demande. Et il est
prêt à investir 10 0 millions de dollars –
il en a déjà dépensé 40 –
pour triompher à l’occasion des élections
municipales du 3 novembre.
À moins d’une surprise monumentale, Bloomberg, un
indépendant soutenu par les républicains,
gagnera son pari face à son principal adversaire,
Bill Thompson, contrôleur général de
la Ville, qui a été désigné
mardi dernier par les démocrates pour
défier le maire sortant.
Mais qu’est-ce qui fait donc courir Michael Bloomberg ?
Dans Mike Bloomberg : Money, Po w e r, Po l i t i c s ,
un l iv re à pa ra ître cette sema i ne, la
jou rna liste du Ne w York Times Joyce Purnick fournit
la réponse d’un autre milliardaire new-yorkais,
Mort Zuckerman, qui met en doute la ra ison pou r
laquelle le maire a réclamé un
troisième mandat : « Non, ce n’était
pas la crise économique. Quelle autre chose
peut-il faire ? »
Michael Bloomberg a certainement été
tenté par la présidence des
États-Unis. Com me le laisse entend re P u rnick
da ns sa bio - graphie, le maire de New York au rait
probablement annoncé sa candidature à la
Maison-Blanche en 2008 si un candidat plus conservateur
que John McCain – un Mike Huckabee, par exemple – avait
remporté l’investiture du Parti
républicain. Il aurait pu, à titre
d’indépendant, courtiser l’électorat
centriste.
C hose
cer ta i ne, i l ét a it persuadé
d’être plus qualifié que McCain ou Barack
Oba ma , deu x pol itic ien s auxquels il voue une
certaine admiration.
Rêve de jeunesse
« Mais que diable connaissent-ils à la
gestion et à la façon de mener les gens
? Rien, a-t-il dit à Purnick avant le scrutin
présidentiel. Si vous rega rdez mon ent repr
ise, pourquoi, après tout le succès que
nous avons eu avant que je me lance en politique,
pensez-vous que je ne pourrais pas diriger le
gouvernement ? Que diable dois-je accomplir pour faire
mes preuves ? Pourquoi pensez-vous que je ne serais
pas qualifié pour être président
des États-Unis après tout le
succès que j’ai connu avec ma
société et notre administration ? Pour
l’amour de Dieu, je ne brigue pas la Maison-Blanche,
mais ce n’est pas différent. »
Si le t on de Bloomberg trahissait une certaine
frustration, c’est peut-être qu’il
réalisait que son rêve de jeunesse –
devenir le premier président juif – venait de
passer.
Com me ma ire, M ichael Bloomberg peut se vanter
d’avoir contribué au sauvetage financier de la
ville après le choc du 11 septembre 2001,
à la baisse de la criminalité et
à l’amélioration des performances des
écoles publiques. Il s’est aussi donné
la réputation d’un croisé de la
santé et de l’environnement en interdisant la
cigarette dans les lieux publics et les graisses
industrielles dans l’alimentation, ainsi qu’en
plantant un million d’arbres dans la ville.
Après deux mandats à la mairie de New
York, il aurait très bien pu quitter la
politique et poursuivre ses activités
philanthropiques ou sportives (il est devenu maniaque
de golf au cours des dernières années).
Mais il a décidé que sa ville ne pouvait
se passer de sa compétence et de son
indépendance.
« Je me fous de ce que les groupes de pression
veulent. Je ne reçois pas un sou d’eux. Je
travaille pour 1 $ par année et je travaille
pour vous, et pou r vous seu lement », a
déclaré le maire mardi soir lors du
lancement officieux de sa campagne.
Son principal adversaire, Bill Thompson, tentera de
convaincre les New-Yorkais que Michael Bloomberg
travaille en fait depuis huit ans pour « les
riches et les puissants», comme le laisse
entendre sa première pub
télévisée. Il lui reprochera
également de vouloir devenir «maire
à vie».
Tiens, c’est peut-être une idée à
laquelle Michael Bloomberg n’avait pas pensé…
Carter dénonce le racisme de la droite
- RICHARD HÉTU
NEW
YORK — Jimmy Carter a soulevé une vive
polémique aux États-Unis en attribuant
à la couleur de la peau de Ba rack Oba ma
« une pa rt considérable des
démonstrations intenses d’a nimosité
contre » lui, y compris la sortie du
représentant républicain de
Caroline-du-Sud, Joe Wilson, qui a crié «
Vous mentez ! » en plein discours du
président devant le Congrès la semaine
dernière.
PHOTO NICHOLAS KAMM,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Ce
couple
a manifesté, avec des milliers d’autres
Américains, devant la Maison-Blanche samedi.
Ils en ont contre le plan de réforme de la
santé du président Obama, et
peut-être contre Obama lui-même, comme
le laisse croire leur pancarte.
« Je vis dans le Sud (des États-Unis) et
j’ai vu le Sud faire un grand chemin contre le racisme
et j’ai vu le reste du pays qui partageait l’attitude
du Sud face aux minorités faire aussi un long
chemin. Mais le racisme existe toujours et je pense
qu’il remonte à la surface parce que beaucoup
de Blancs croient – pas seulement dans le Sud mais
dans tout le pays – que les Afro-Américains ne
sont pas qualifiés pour diriger cette grande
nation. C’est une attitude abominable et cela me peine
et me préoccupe beaucoup », a
déclaré l’ancien président, qui
vit en Géorgie, lors d’une entrevue
diffusée lundi soir sur la chaîne de
télévision NBC.
L’ancien président faisait nota m ment
référence à la colère
exprimée contre Barack Oba ma l ors des
réu nions publiques sur la réforme du
système de sa nté et de la manifestation
anti-gouvernement de samedi dernier à
Washington. Il n’était pas le premier
démocrate à relier au racisme une partie
de l’opposition au premier président noir des
États-Unis. Certains élus de son parti
ont d’ailleurs tenu le même discours lundi lors
du débat à la Chambre des
représentants qui a
précédé l’adoption d’une
résolution de « désapprobation
», par 240 voix contre 179, pour sanctionner Joe
(« Vous mentez ! ») Wilson.
Ma is Jim my Ca rter est de loin le démocrate
le plus important à exprimer une tel le opi n
ion . L es c r itiques de Barack Obama ont
dénoncé avec vigueur son commentaire.
« C’est une diversion pathét ique orc he
st rée pa r les démocrates pour faire
oublier l’impopularité des propositions du
président en matière de santé
», a déclaré Michael Steele, le
premier président noir du Pa rti
républicain. « Dire que l’opposition des
Américains à l’égard des
politiques du président Obama est reliée
à la couleur de sa peau constitue un outrage et
démontre de façon troublante
jusqu’où les démocrates sont prêts
à aller pour dénigrer tous ceux qui ne
sont pas d’accord avec eux. »
La
Maison-Blanche s’est gardée d’appuyer les dires
de Jimmy Carter.
« Le président ne croit pas que la
critique à son endroit soit reliée
à la couleur de sa peau», a
déclaré le porte-parole de la
présidence, Robert Gibbs.
Larry Sabato, politologue à l’
Université de Virginie, espère, de son
côté, que le commentaire de Jimmy Carter
servira de point de départ à une
réflexion sur la critique au temps de Barack
Obama.
« Carter a partiellement raison », a-t-il
déclaré au cours d’un entretien
téléphonique. « Des millions
d’Américains fondent en partie leur jugement du
président Obama sur la couleur de sa peau.
C’était évident durant la campagne de
2008. Mais il a gagné. Il n’y a pas beaucoup de
sociétés qui élisent à la
présidence un membre d’un groupe minoritaire
qui a été longtemps opprimé.
« Cela d it , nous devons trouver un terrain
d’entente sur la façon dont nous allons
procéder pendant la présidence d’Obama.
Nous devons être capables de critiquer le
président. C’est notre sport national. Le
compromis évident est d’éviter les
caricatures grossières et les
stéréotypes. Mais nous devons permettre
une critique libre et vigoureuse des politiques
d’Obama. Agir autrement serait également
raciste.»
LE «MENTEUR AFRICAIN»
Mark Williams, un des organisateurs du mouvement de
contestation Tea Party, ne cache pas son animosité
à l’égard de Barack Obama, qu’il
décrit sur son blogue comme un « musulman
indonésien converti en truand de l’aide sociale
». Le mouvement Tea Party a joué un
rôle important dans la perturbation des
réunions publiques de cet été sur la
réforme du système de santé et dans
l’organisation de la manifestation anti-gouvernement de
samedi dernier à Washington, où Barack Obama
était décrit sur une affiche comme le
« menteur africain dans la MaisonBlanche » et
dépeint sur une autre comme un sorcier vaudou. Des
exemples parmi d’autres d’un phénomène
familier aux yeux de plusieurs Noirs. « Jimmy Carter
a raison de dire que les gens du mouvement Tea Party sont
malheureusement les héritiers de groupes qui ont
cherché à nous diviser depuis le tout
début de l’histoire de ce pays », a
déclaré hier Benjamin Jealous,
président de la NAACP, l’organisation de
défense des droits civiques.
Quand Bush dénigrait Palin, Obama et
cie - Richard Hétu
Barack
Obama, Hillary Clinton et Joseph Biden peuvent se
consoler. Si George W. Bush les a
dénigrés en privé au cours de son
séjour à la Maison-Blanche, il n’a pas
été plus élogieux à
l’endroit de John McCain et Sarah Palin.
PHOTO ARCHIVES AFP
L’ancien
président George W. Bush, photographié
en 2008.
En fait, selon l’auteur d’un livre à
paraître, le 43e président était
peutêtre le républicain le moins
enthousiasmé par la décision du
sénateur de l’Arizona de choisir la gouverneure
de l’Alaska comme colistière lors de la
campagne présidentielle de 2008.
« J’essaie de me souvenir où l’ai
déjà rencontrée »,
aurait-il dit à un groupe de conseillers
quelques jours après la sélection de Sa
ra h Palin. « N’est-elle pas gouverneure de Guam
? » aurait-il demandé, l’oeil moqueur, en
faisant référence l’île du
Pacifique.
Matt Latimer, ex-rédacteur de discours pour
George W. Bush, lui attribue ces propos dans
Speech-Less : Tales of a White House Survivor, un
ouvrage qui sera en librairie le 22 septembre.
L’auteur se décrit comme un conservateur
convaincu qui a perdu plusieurs de ses illusions
après avoir travaillé au Congrès,
au Pentagone et à la Maison-Blanche.
Il reconnaît cependant à
l’ex-président républicain un flair
politique certain au sujet de Sarah Palin.
«
Elle est intéressante, mais attendez que la
rose perde de sa fraîcheur », a
déclaré George W. Bush à ses
conseillers, selon des extraits du livre de Latimer
publiés dans le numéro courant du
magazine GQ. «Cette femme a été
mise dans une situation pour laquelle elle n’a
aucunement été
préparée.»
Selon Latimer, le 43e président a tenu des
propos semblables au sujet de Barack Obama,
après que celuici l’eut critiqué
sévèrement dans un discours.
Un monde dangereux
«On vit dans un monde dangereux et ce type n’est
aucunement qualifié pour le diriger. Il ne
comprend rien à rien, je vous le garantis
», aurait-il déclaré devant ses
conseillers.
Pour critiquer Joseph Biden, George W. Bush aurait
adopté un ton plus humoristique : « Si
raconter des âneries était payant, Joe
Biden serait milliardaire. »
Le commentaire grivois sur Hillary Clinton, que
l’auteur de Speech-Less attribue à l’ancien
président reflète l’opinion que celui-ci
a longtemps entretenue sur les chances de
l’expremière dame de lui succéder
à la Maison-Blanche : « Attendez qu’elle
pose ses grosses fesses derrière ce bureau.
»
Lors
des élections générales,
cependant, George W. Bush a vu juste en
prédisant la défaite de John McCain,
après avoir appris que celui-ci avait du mal
à remplir un amphithéâtre à
Phoenix, la plus grande ville de l’Arizona. « Il
ne peut pas attirer 500 personnes dans sa propre ville
? Même pas 500 personnes ? Je pouvais attirer ce
nombre à Crawford. L’avion descend en vrille,
les gars », aurait-il dit à ses
conseillers.
La nature de la grogne anti-Obama -
RICHARD HÉTU
N E W
YO R K — Vladimir L én i ne. Joseph Sta li ne.
Adolf Hitler. Fidel Castro. Qu’obtient-on si l’on
additionne ces quatre personnages ? Si l’on se fie
à l’une des pancartes brandies lors de la
manifestation qui a attiré des dizaines de
milliers de personnes samedi à Washington, la
bonne réponse est : Barack Obama.
PHOTO HARAZ N.
GHANBARI, AP
Barack
Obama
fait les frais d’une campagne de dénigrement
depuis plusieurs mois.
« Si vous n’avez pas peur, c’est que vous ne
faites pas attention à ce qui se passe »,
pouvait-on également lire sur cette affiche
ornée des photos du président
américain et des quatre chefs d’État
totalitaire.
Tous les manifestants de Washington ne partageaient
pas cette hantise de Barack Obama. En scandant «
assez, assez » da ns Pennsylva nia Avenue,
plusieu rs d’entre eux voulaient exprimer leur
opposition à l’expansion du pouvoir
fédéral, qui aurait commencé
avant l’arrivée du démocrate à la
présidence. À leurs yeux, George W. Bush
et les républicains du Congrès ont
eux-mêmes abandonné la lutte des
conservateurs et des libertaires contre le «
trop d’État ».
Mais la manifestation de Washington était aussi
le point culminant d’une campagne de
dénigrement dont Barack Obama fait les frais
depuis plusieurs mois. En traitant le président
de socialiste, de communiste, de fasciste et
même de raciste, plusieurs protestataires
reprenaient les accusations lancées par un des
promoteurs de la manifestation, Glenn Beck, à
son émission de télévision
diffusée sur la chaîne Fox News.
Et c’est ainsi que la réforme de la sa
nté proposée pa r Obama peut être
associée selon eux aux idéologies les
plus meurtrières de l’histoire. Que son projet
de s’adresser aux élèves des
écoles publiques peut être comparé
à de l’endoctrinement à la Saddam
Hussein ou à la Kim Jong-Il. Ou qu’un
représentant républicain peut accuser le
chef de la Maison-Blanche de mentir au cours d’un
discours solennel devant le Congrès des
États-Unis.
Obama n’est évidemment pas le premier
président à susciter de vives
réactions. Son prédécesseur,
George W. Bush , a été f ra nchement
détesté par une bonne partie de la
population. Mais il n’a pas suscité un tel
vitriol au cours de sa première année
à la Maison-Blanche. Et si des tena nts de la
gauc he l’ont compa ré à H itler ou
à l’antéchrist, ils n’ont pas
été encouragés à le faire
par les commentateurs les plus popu la i res de la rad
io et de la télévision, dont Rush
Limbaugh et Beck.
Normal ou pas ?
D’où la question : quelle est la
véritable natu re de la campagne anti-Obama ?
Certains observateurs, dont quelques con sei l ler s
du président, n’y voient rien d’anormal,
estimant que la plupart des présidents
démocrates soulèvent des
réactions exce ssive s au sei n d ’u ne cer ta
i ne d roite. Cer ta i ns c ritiques de Bill Cli nton
, rappellent-ils, étaient prêts à
croire le pire à son sujet, à savoi r
qu’il s’éta it liv ré au trafic de la
cocaïne, qu’il avait été
mêlé à la mort d’un de ses con sei
l ler s , V i nce Foster, qu’il était un
violeur en série, etc.
L a légiti m ité des présidents
démocrates Franklin Roosevelt et Harry Truman
avait également été remise en
question par des ultraconservateurs, qui les
accusaient de socialisme ou de complicité avec
les communistes.
Mais au moins une des commentatrices
américaines les plus en vue, Maureen Dowd, du
New York Times, a abandonné ce point de vue
à la su ite de la sortie du représentant
républicain de Caroline du Sud, Joe Wilson, qui
a créé un précédent la
semaine dernière en traitant u n
président de menteu r lors d’u n discou rs deva
nt le Congrès.
« J ’a i hésité à ad met t
re que la folie stridente de l’été – les
efforts désespérés pour
dépeindre notre premier président noir
comme l’Autre, u n ét ra nger, soc ia liste,
marxiste, raciste, nazi ; un sans-coeur qui
débrancherait les personnes âgées
; un serpent qui endoctrinerait les enfants –
était liée à la race, a
écrit Dowd dans sa chronique d’hier.
« J ’éta is plutôt d ’accord avec
quelques-u n s des conseillers d’Obama, selon lesquels
les présidents démocrates ont toujou rs
provoqué une réaction écuma nte
chez les pa ra nos – du père Coughlin contre
FDR à Joe McCarthy contre Truman, en passant
par les John Birchers contre JFK et le vaste complot
de la droite contre Bill Cli nton . M a is l’i n
solence c hoqua nte de Wilson à l’égard
de la fonction du président – aucu n
démocrate n’a ja ma is c rié "menteu r"
à W. qua nd il utilisait de fau x
prétextes pour j ustifier la guerre en Irak –
m’a convaincue : certaines personnes ne peuvent pas
croire qu’un homme noir soit président et ne
l’accepteront jamais. »
Voilà
un débat dont on n’a pas entendu le dernier
mot.
Rentrée périlleuse pour Obama
- RICHARD HÉTU
NEW
YORK — Vérification faite, le discours que
Barack Obama prononcera aujou rd’hu i à
l’adresse des écoliers américains ne
contient aucune propagande socialiste, contrairement
aux prévisions de ses détracteurs.
PHOTO JIM WATSON,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Le
succès
ou l’échec de la réforme du
système de santé pourrait
définir la présidence de Barack Obama.
Tout comme la guerre en Afghanistan, qui s’enlise et
est de moins en moins populaire auprès des
Américains.
«Et peu importe ce que vous voulez faire de
votre vie – je vous garantis que vous aurez besoin
d’instruction pour le faire », dira le
président américain devant des
élèves de Virginie, dans une allocution
que pourront diffuser en direct – ce n’est pas une
obligation – les écoles publiques des
États-Unis.
Il ajoutera : « Et ce n’est pas seulement
important pour votre propre vie et votre propre
avenir. Ce que vous ferez de votre scolarité
décidera rien de moins que de l’avenir de ce
pays. »
La Maison-Blanche a cru bon de publier à
l’avance le discours du président pour apaiser
les commentateurs et les parents conservateurs qui
craignent que Ba rack Obama ne transmette aux petits
Américains des idées socialistes.
Controverse surréaliste ? Ce ne serait pas la
seule à avoir vu le jour au cours des
dernières semaines. Mais la réaction
défensive de la Maison-Blanche illustre
à quel point les critiques conservateurs les
plus féroces, voire outranciers,
réussissent à imposer leurs points de
vue dans les débats politiques actuels.
Un autre exemple a été donné dans
la nuit de samedi à dimanche lorsque le
conseiller spécial de la Maison-Blanche pour
les « emplois verts », Van Jones, a
démissionné. Désigné par
l’hebdomadaire Time comme l’une des 100
personnalités les plus influentes au monde,
Jones était depuis plusieurs jours dans le
collimateur de l’animateur de la chaîne Fox News
Glenn Beck, qui l’avait notamment qualifié de
« communiste ». De leur côté,
des élus républicains avaient
réclamé son départ vendredi,
après qu’un site conservateur eut
découvert son nom au bas d’une pétition
datant de 2004 et réclamant une enquête
pour déterminer si l’administration Bush
« n’avait pas volontairement permis que les
attaques du 11 septembre aient lieu, peut-être
comme prétexte pour déclarer la guerre
».
C’est dans ce contexte délétère
que le président Obama se présentera
demain soir devant le Congrès pour tenter
à nouveau d’imposer sa vision dans le
débat sur la réforme du système
de santé, un chantier dont le succès ou
l’échec pourrait définir sa
présidence.
Des
démocrates sceptiques
Durant toute la pause parlementaire d’août, ce
débat aura été dominé par
des voix conservatrices et républicaines qui se
sont exprimées dans les médias ou les
réunions publiques d’un bout à l’autre
du pays. Leurs objections, légitimes ou
tendancieuses – certains commentateurs ont
associé la réforme au nazisme – se sont
ajoutées à celles des démocrates
modérés du Sénat et de la Chambre
des représentants.
À ce stade-ci du débat, le défi
de Barack Obama consiste moins à convaincre des
élus républica ins d’appuyer sa
réforme qu’à obtenir un compromis entre
les différentes factions démocrates. Il
devrait ainsi définir de façon plus
explicite les paramètres d’un projet qui
inclurait notamment un système
controversé d’assurance santé publique
à créer en parallèle aux
assurances privées existantes.
«Le Congrès et le pays sont
engagés depuis plusieurs mois dans un
débat vigoureux », a
déclaré le président hier
à Cincinnati lors d’un piquenique
organisé par l’organisation syndicale AFL-CIO.
«Et ce débat est une bonne chose, car
nous devons faire les choses comme il faut. Mais vient
un moment dans chaque débat où il faut
décider, où il faut agir. Et ce moment
est arrivé. »
La controverse autour de la réforme du
système de santé a coïncidé
avec une chute de la cote de popularité de
Barack Obama, qui était supérieure
à 60% au printemps dernier. Celle-ci est
tombée à 52,8 % selon la moyenne des
sondages compilés par le site
RealClearPolitics.
Mais la santé n’est pas le seul dossier
controversé que doit gérer Ba rack Oba
ma en cet te rent rée. Celu i-c i devra
notamment décider s’il enverra des renforts
militaires en Afghanistan, où les
Américains sont engagés dans un conflit
de plus en plus meurtrier et de moins en moins
populaire. Selon un sondage publié la semaine
dernière, six Américains sur 10 sont
désormais opposés à cette guerre.
L’ironie veut que le président ait sans doute
besoin de l’aide des républicains s’il veut
continuer le combat contre les taliba ns en
Afghanistan. Un tel scénario ne manquerait pas
d’ajouter à la déception de ses
partisans progressistes, qui le soupçonnent
déjà d’être prêt à
des compromis qu’ils jugent inacceptables en
matière de santé.
« Oui, nous pouvons », scandaient les
partisans de Barack Obama il y a un an. Et
l’écho de répondre : «
Peut-être pas. »
Rentrée controversée -
ARIANE KROL
«É coutez votre prof et faites vos
devoirs. » En ce j our de rentrée des
classes américaine, le message ne devrait
surprendre personne. Mais dans la bouche de Barack
Obama – ou, plutôt dans l’esprit tordu de
certains de ses détracteurs – un discours est
forcément une tentative de manipulation. Et ce,
même si l’auditoire n’est pas en âge de
voter.
Le président Obama, qui s ’e s t pr ê
té au jeu de l’i nterv iew ave c u n
écolier floridien le mois dernier, s’adressera
aux jeunes de tout le pays ce midi. En direct d’une
école secondaire de la Virginie, il leu r pa
rlera de l’importance d’avoir des rêves et
d’étudier pour les réaliser. I l
insistera su r l’effort, la persévérance
et la responsabilité de chacun dans l’atteinte
de ses objectifs. La quintessence des valeurs
traditionnelles. Pourtant, l’idée que ce
discours puisse être présenté en
classe a déclenc hé u ne controverse sa
ns précédent.
Des parents ont exigé que leur école le
boycotte ou, à défaut, que leurs enfants
en soient exemptés. Certains les ont même
gardés à la maison pour plus de
sûreté. Des critiques de droite en ont
rajouté, accusant Obama de vouloir endoctriner
les enfants et de profiter de l’occasion pour vendre
son programme politique. On croit rêver.
Pou r
ca lmer le jeu, le département de
l’Éducation a modifié la feuille
d’exercices accompagnant le discours, él i m i
na nt la question où l’on demandait aux
écoliers d’écrire une lettre indiquant
« comment ils pouvaient aider le
président ». La MaisonBlanche a aussi
accepté de dévoiler le texte de
l’allocution hier, afin que les parents puissent en
prendre connaissance.
Le discours, qui s’adresse aux écoliers de la
première à la 12e année, est un
peu long et contient des passages sans doute trop
abstraits pour les plus jeunes du primaire. Mais le
président leur parle aussi de c hoses d
rôle - ment concrètes, comme la
difficulté de vivre avec une mère seule
et de manquer d’argent. S’il cite son parcours, c’est
plus pa r souci de crédibilité que pour
se donner le beau rôle – il évoque un
élève un peu dissipé, qui a fait
des mauvais coups et a eu de la chance.
Dans la plupa rt des pays, un tel discours susciterait
au mieux de l’indifférence, au pire des
critiques sur la futilité de l’exercice. Un
chef d’État qui vante les vertus de
l’école ? Où est la nouvelle ? Ma is de
toute év idence, beaucoup d’Américains
ont encore du mal à accepter que Barack Obama
soit leur président. Ils voient des intentions
politiques dans le plus banal de ses discours, comme
s’il était en pleine campagne électorale
et, donc, n’avait pas encore été
élu. Après plus de 200 jours de mandat,
c’est une forme de déni assez
inquiétante.
La double vie de Sarah Palin ? -
Alexandre Sirois
Si
Sarah Palin rêve encore d’accéder
à la Maison-Blanche, elle n’est pas au bout de
ses peines.
PHOTO SCOTT
APPLEWHITE, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
L’ex-copain
de la fille de Sarah Palin dresse un portrait
dévastateur de l’ex-candidate
républicaine à la
vice-présidence.
Une nouvelle tuile vient de s’abattre sur l’ancienne
candidate républicaine à la
vice-présidence. Levi Johnston, l’ex de sa
fille Bristol, a décidé de laver son
linge sale... en public.
Bristol, rappelons-le, avait soulevé la
controverse en pleine convention républicaine
en 2008, forcée d’admettre qu’elle attendait un
bébé alors qu’elle n’avait que 17 ans.
Levi Johnston, père du bébé,
brosse aujourd’hui un portrait dévastateur de
la grand-mère de son fils. Il a offert ses
révélations croustillantes au magazine
Vanity Fair moyennant une rémunération
dont la teneur n’a pas été
révélée.
Les confidences du j eune homme laissent croire que
l’image publique de Sarah Palin ne correspond pas
à la réalité. Adepte de chasse et
de pêche, hockey mom, mère exemplaire de
cinq enfants...tout ça serait de la frime.
«Je ne l’ai jamais vue toucher à une
canne à pêche. Elle avait une arme
à feu dans sa chambre et elle m’a
demandé un jour de lui montrer comment s’en
servir», raconte Levi Johnston.
Gênée par le bébé
«On ne s’occupait pas beaucoup d’élever
les enfants dans cette maison», ajoute-t-il.
Selon lui, Sarah Palin et son mari – au bord du
divorce – n’étaient jamais aux fourneaux et ne
s’occ upa ient pas plus des tâches
ménagères. Les enfants devaient à
la fois « cuisiner, faire le ménage,
faire le lavage et se préparer pour
l’école».
Le
jeune homme soutient que l’ex-politicienne n’a presque
pas vu jouer son plus vieux fils au hockey. Il va
même jusqu’à affirmer qu’elle souhaitait
adopter secrètement le bébé que
Bristol et lui attendaient. «Elle ne voulait pas
que les gens sachent que sa fille de 17 ans allait
avoir un bébé.»
Sarah Palin a annoncé sa démission de
son poste de gouverneure de l’Alaska le 26 juillet
dernier. Depuis, les spéculations vont bon
train quant à la façon dont elle
souhaite poursuivre sa carrière politique. Les
confessions de Levi Johnston pourraient lui nuire.
« Qu’un personnage ne se révèle
pas aussi propre et net que son image publique ne va
pas en étonner beaucoup. Les gens de la droite
vont prendre sa défense et les gens plus
à gauche vont en profiter pour en
remettre», souligne le directeur de la chaire
d’études politiques et économiques
américaines à l’Université de
Montréal, Pierre Martin.
«Il reste que ses perspectives d’accéder
à la présidence, qui me semblaient
déjà faibles sinon inexistantes,
relèvent, avec ça, encore plus du
rêve», estime-t-il.
Obama l’écraserait
Ces révélations surviennent quelques
semaines après la publication d’un sondage
selon lequel Barack Obama écraserait Sarah
Palin si elle se lançait dans la course
à la Maison-Blanche.
Selon le Marist Institute for Public Opinion, l’actuel
président l’emporterait avec 56% des voix.
Sarah Palin devrait se contenter de 33% des intentions
de vote.
«Si elle n’a pas fait le poids en 2009, comment
imaginer qu’elle soit à ce point meilleure
devant un président qui sera mieux aguerri en
2012?» a indiqué le coprésident de
l’Observatoire sur les États-Unis de l’UQAM,
Charles-Philippe David, joint par courriel en Russie.
« Mais tout demeure possible. . . Pensons
à Rona ld Reagan, qui s’y est pris à
deux reprises avant de finalement ravir la
Maison-Blanche. »
Avis de tempête pour les vacances
d’Obama
Entre
autres soucis, un ouragan pourrait rendre visite au
président américain en congé sur
la côte Est
WASHINGTON — Ba r a c k Obama a entamé hier la
première semaine de vacances de sa
présidence, mais les d i f ficultés
économiques, les violences en Irak et en
Afghanistan, les soucis liés à sa
réforme de la santé et même la
météo pourraient gâcher son
séjour à la plage.
PHOTO PARTH SANYAL,
REUTERS
Malmené
dans les sondages, Barack Obama va devoir jouer
quelques coups de maître à partir d’une
position délicate, comme sur cette toile dans
une galerie de New Delhi en Inde.
Le président américain, qui fait aussi
face à une chute de confiance de ses
concitoyens sur sa politique pour l’emploi, s’est
envolé hier pour la résidence
présidentielle de Camp David d’où il
doit rejoindre demain l’île huppée de
Martha’s Vineyard au Massachusetts.
Dernier invité-surprise du week-end
présidentiel: le premier ouragan de la saison
dans l’Atlantique, Bill, et sa « forte houle
potentiellement extrêmement dangereuse pour les
personnes ». L’ouragan devrait frôler
demain la côte Est des États-Unis, selon
le Centre national des ouragans, à Miami.
Comme pour souligner que les présidents
américains ne sont jamais vraiment en vacances,
la Maison-Blanche a ajouté une ligne à
l’agenda de M. Obama : une déclaration sur les
élections afghanes de jeudi. Juste avant son
départ hier, il a déjà
qualifié le scrutin d’« important pas en
avant ». Seuls 49 % d’Américains disent
dorénavant avoi r conf i ance dans l e f a i t
que M. Obama prendra l es bonnes décisions pour
l e pays.
Le porte-parole Robert Gibbs n’a pas caché par
ailleurs que Barack Obama sait pertinemment qu’il ne
peut pas rester complètement silencieux s’il
veut sauver sa réforme du système de
santé américain, un test majeur pour sa
présidence.
«
Nous allons mettre à jour l’agenda durant tout
le weekend. Il se peut que nous ajoutions certains
événements relatifs à la
réforme de la couverture santé »,
a dit M. Gibbs mardi.
Mais « arrivé à un certain point,
le président voudra profiter pleinement de ses
vacances », dans une villa
ultrasécurisée appelée la Ferme
du héron bleu, « tout comme vont le
faire, je l’espère, des millions
d’Américains », a ajouté le
porte-parole.
Le séjour de Barack Obama avec sa femme
Michelle et ses filles Malia et Sasha respecte la
tradition. En général, les
présidents fuient la MaisonBlanche et la
moiteur de l’été à Washington en
août.
Mais ils échappent rarement à
l’attention des médias et aux critiques
d’hommes politiques désireux de montrer que le
président n’assume pas ses fonctions
présidentielles.
En 2001, George W. Bush avait essuyé un feu
nourri pour avoir passé la plupart de son mois
d’août à Crawford, au Texas, à
débroussailler dans sa résidence de 850
hectares. En 2005, le même Bush avait subi un
nouveau coup de chaud quand on lui avait
reproché d’être resté longtemps
dans sa résidence alors que le très
meurtrier ouragan Katrina dévastait une partie
des côtes américaines.
Cette fois, une association conservatrice s’est
violemment opposée à la réforme
de la couverture santé du président avec
une publicité qui se moque de ses vacances et
des plages idylliques de Martha’s Vineyard.
Un Anglais charme la droite américaine
- Mali Ilse Paquin
Les
républicains n’auraient pu mieux demander pour
attaquer Barack Obama et sa réforme de la
santé: un politicien anglais qui dénonce
son propre système de santé «
socialiste ». L’américanophile Daniel
Hannan a réussi le double exploit de diaboliser
le projet d’Obama et de se mettre à dos toute
la Grande-Bretagne, y compris son parti.
LONDRES — La droite américaine a recruté
un alliésurprise dans sa campagne contre la
réforme du système de santé de
Barack Obama. Il est polyglotte, est
diplômé de l’Université d’Oxford
et siège au Parlement européen à
Strasbourg. Et il possède une éloquence
qui rappelle cel le d’un cer t a i n Tony Blair.
Daniel Hannan, député européen
conservateur, est la nouvelle coqueluche du
réseau d’information Fox News et consor ts
depuis quelques semaines . Son message ?
Les Américains ne doivent pas imiter le
système de santé « socialiste
» de la Grande-Bretagne, le NHS ( National
Health Service).
À l ’ émission Fr e e d om Watch, sur
Fox News, il a affirmé le 5 août à
l’animateur Andrew Napolitano : « Je ne
souhaiterais le NHS à personne… Les listes
d’attente sont interminables et le taux de survie est
faible. Il vaut mieux tomber malade aux
États-Unis qu’en Grande-Bretagne. »
Une semaine plus tard, il déclarait à un
Sean Hannity mielleux, encore sur Fox News : «
Je trouve incroyable que vos citoyens veuillent placer
le droit de vie et de mort entre les mains d’un
État bureaucratique ! »
Opinions excentriques
Daniel Hannan a répété plusieurs
fois que le NHS était une «
antiquité ». « C’est le t r oi s i
ème employeu r en importance au monde.
Électoralement, c’est impossible de s’en
débarrasser. »
Ses déclarations ont donné des munitions
aux pourfendeurs de Barack Obama. Et elles ont fait
l’effet d’une bombe en Grande-Bretagne, où la
population s’est spontanément ralliée
derrière le NHS dans une campagne sur Twitter.
Le
député, fervent thatchériste, a
forcé le chef de son parti, le conservateur
David Cameron, à interrompre ses vacances pour
rétablir le tir. « M. Hannan a des
opinions excentriques… Nous appuyons ent
ièrement le NHS », a affirmé M.
Cameron à des journalistes devant sa maison.
Le ministre de la Santé, Andy Burnham, a
accusé Daniel Hannan d’être
antipatriotique et a demandé à David
Cameron hier de l’expulser de son parti.
Un franc-tireur
Élu au Parlement européen en 1999,
Daniel Hannan agit comme un franc-tireur dans son
parti. L’eurosceptique de 37 ans est l’auteur d’un
essai proposant un système de « comptes
d’épargne santé », comme à
Singapour.
Toutefois, c’est sa fougueuse harangue cont re Gordon
Brown qui a soufflé la droite
américaine. Lors de la visite du premier
ministre britannique au Parlement européen en
mars dernier, M. Hannan avait vilipendé ses
programmes de dépenses contre la
récession.
« Les électeurs voient ce que les
marchés boursiers ont déjà vu:
vous êtes le premier ministre défait d’un
gouvernement défait », avaitil conclu.
Son discours a été vu 2,5 millions de
fois sur YouTube.
À cette époque, les républ icains
ét a ient à cour t d’arguments contre le
plan de sauvetage onéreux de Barack Obama pour
sortir les États-Unis de la crise
économique.
Le lendemain de la sortie de Hannan, le
républicain Rush Limbaugh déclarait
à son émission de radio: « Les
républicains à Washington devraient
apprendre une leçon de courage de cet homme.
»
Désormais, Daniel Hannan est le politicien
britannique le plus aimé de la droite
américaine depuis Tony Blair.
Après les « Truthers », les
« Birthers »... MARIO ROY
Barack
Obama ne serait pas né aux États-Unis,
mais plutôt au Kenya, ce qui rend illégal
son séjour à la Maison-Blanche. Ce sombre
complot est tenu pour vérifié par une
quantité non négligeable de conservateurs
américains. Il a été soutenu devant
des tribunaux par certains, notamment pour se soustraire
à des missions de combat, car on ne saurait
obéir à un commandant en chef qui n’est
qu’un usurpateur. Il a même été
(presque) cautionné par un commentateur de CNN,
Lou Dobbs...
Ces adeptes du complot sont désignés sous
le vocable de Birthers, à la fois par association
et par opposition aux Truthers qui, eux,
défendent diverses théories
ésotériques sur le 11 septembre 2001.
Il y a cependant une grosse différence.
La plupart des conspiracy buffs que l’on a connus depuis
un demi-siècle, dont ceux du 11 septembre,
viennent de la gauche. En particulier de ce segment de
la gauche que l’on regarde toujours avec
inquiétude, redoutant l’apparition chez elle de
nouvelles lubies potentiellement plus dangereuses.
Les Birthers, eux, viennent de l’autre
extrémité du spectre politique, ce qui est
un phénomène nouveau. Plus
précisément, ce sont des partisans, des
militants, des ténors ou même des
élus du Parti républicain. La voix
officieuse des franges extrêmes du parti, Rush
Limbaugh, entretient cette polémique ; 28% des
électeurs républicains croient qu’Obama
est né à l’étranger et 30% ont des
doutes...
De
sorte que cette affaire est en train d’enfoncer
davantage encore le Grand Old Party,
déjà en piètre état, dans
les sables mouvants de la pitrerie idéologique
et de la marginalité politique.
Certes, on peut en rire. Toutes ces simagrées
nuiront bien davantage, en effet, aux
républicains eux-mêmes qu’à Barack
Obama. Et qui a encore la moindre sympathie pour les
républicains, en particulier après le
calvaire des années Bush fils ? Cependant, pour
la démocratie américaine fonctionnant
sur le mode bipartite, le naufrage du GOP est une
catastrophe. Il ne s’agit pas tant de son naufrage
électoral que de sa décomposition
intellectuelle – c’est bien pire – que l’on a vraiment
commencé à noter lors de l’irruption de
Sarah Palin dans la dernière campagne
présidentielle.
Après l’élection, David Frum, l’une des
voix républicaines les plus respectées
et qui a travaillé avec deux présidents,
disait : « Notre parti semble aspirer à
gouverner un pays qui n’existe plus. » Dans le
même temps, Karl Rove, principal stratège
politique de George W. Bush, ajoutait que l’avenir du
parti devrait s’abreuver au « marché des
idées ». Cet été,
l’ex-secrétaire d’État Colin Powell (qui
a appuyé Obama à la
présidentielle) a demandé au parti de
cesser de se tasser à l’extrême droite et
de rouvrir un véritable débat.
Or, pour l’instant, ces gens ne semblent avoir aucune
influence. Powell a été traité de
« démocrate », insulte
suprême. Palin erre toujours dans le
décor. Limbaugh demeure par défaut le
maître à penser des républicains.
Et leur dernière trouvaille intellectuelle est
une théorie du complot...
Abraham Lincoln doit faire des doubles saltos
arrière dans sa tombe.
Obama, Joker socialiste -
Nicolas Bérubé
— Une
étrange affiche présentant Barack Obama
maquillé en Joker, le personnage du film Batman
incarné par Heath Ledger, a fait son apparition
aux États-Unis. D’abord distribuée sur le
site Flickr, l’image a été aperçue
récemment dans les rues de Los Angeles et
d’Atlanta. Mais c’est surtout sur l’internet que les
détracteurs d’Obama l’ont fait circuler.
L’affiche, où le mot « socialiste »
est accolé au nom d’Obama, a été
décrite comme raciste et provocatrice. Sur le
site collectif Associated Content, Robert Dougherty se
questionne sur l’intention de l’auteur, qui reste
anonyme.
« Le Joker (dans le film) est bien des choses,
mais il n’est certainement pas socialiste,
écrit-il. Tous ceux qui ont vu The Dark Knight le
savent, le Joker est un partisan de l’anarchie. »
Quoi qu’il en soit, l’affiche n’est que la
dernière manifestation d’une vague d’images et de
commentaires qui visent à dépeindre Barack
Obama sous un jour menaçant. Les adversaires
d’Obama jouent depuis quelques semaines sur la peur, un
thème qui avait largement disparu du discours
public depuis l’arrivée au pouvoir du
président.
Ainsi, les birthers, un groupuscule d’extrême
droite qui doute qu’Obama soit né à
Hawaii, ont reçu des heures de temps d’antenne
aux périodes de grande écoute, même
après qu’il eut été établi
que leurs prétentions étaient sans
fondement.
Parallèlement, le président a
été accusé de racisme pour avoir
pris la défense de son ami, l’universitaire noir
Henry Louis Gates, arrêté dans sa propre
maison par un policier qui croyait avoir affaire
à un cambrioleur.
Bien des
critiques d’Obama se réclament d’Ayn Rand,
auteure et philosophe qui a popularisé les
théories économiques du laisser-faire et
des responsabilités individuelles dans les
années 40 et 50.
Or, la droite américaine d’aujourd’hui semble
davantage intéressée à marquer des
points politiques qu’à combattre
l’ingérence de l’État dans la vie
économique du pays.
Aucun leader républicain, par exemple, ne remet
en question l’existence du Medicare, un programme
fédéral de 440 milliards qui offre
l’assurance maladie aux personnes de 65 ans et plus. Le
programmeest extrêmement populaire, notamment
auprès des compagnies d’assurances
privées, qui n’ont pas à payer les soins
de millions d’aînés susceptibles d’avoir
besoin de traitements médicaux coûteux.
Cet été, les adversaires d’Obama semblent
appliquer à la lettre les enseignements de Karl
Rove, stratège politique de George W. Bush, selon
qui la meilleure façon de battre l’autre camp est
d’attaquer ses points forts. En 2004, Rove avait
attaqué sans relâche les triomphes
militaires de John Kerry, faisant oublier à la
nation que Bush n’avait jamais mis les pieds au Vietnam.
Selon les sondages, le point fort du parti
démocrate est Barack Obama, et c’est lui que les
conservateurs visent.
Pour le chroniqueur Frank Rich, cette paranoïa est
la manifestation d’un mouvement démographique
inéluctable: l’élite blanche n’est plus la
seule à tirer les leviers du pouvoir en
Amérique. Dans 30 ans, note-t-il, les Blancs
seront minoritaires aux États-Unis, selon les
statistiques.

« La leçon que nous devons tirer des
récents événements est celle-ci:
l’Amérique n’est pas postraciale, écrit-il
dans le New York Times. Nous ne sommes qu’au
début d’un combat qui pourrait bien durer 30 ans.
Et ce n’est pas une bière froide qui apaisera la
colère de ceux qui ne peuvent accepter que le
visage de l’Amérique ne ressemble plus au leur.
»
OBAMA MENACÉ 30 FOIS PAR JOUR
Barack
Obama est un président menacé. Depuis son
arrivée à la Maison-Blanche, le nombre
d’attentats fomentés contre le chef d’État
américain a bondi de 400% comparativement au
nombre recensé pendant le règne de George
W. Bush. Barack Obama serait ainsi la cible d’une
trentaine de menaces potentiellement mortelles chaque
jour, révèle Ronald Kessler, dans son
livre In the President’s Secret Service.
L’étrange obsession des
birthers - Richard Hétu
«
Ces gens sont fondamentalement soit racistes, soit
d’extrême droite. Ils ne supportent pas de voir
Barack Obama président largement parce qu’il est
noir, mais aussi parce qu’il est progressiste. »
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK — Les
théoriciens de la conspiration ne mettent pas en
doute la date de naissance de Barack Obama, qui pourra
célébrer demain son 48e anniversaire
l’esprit en paix. Mais l’endroit où le
président américain a vu le jour
soulève aux États-Unis une
polémique dont l’ampleur menace de
redéfinir le Parti républicain.
PHOTO THE HONOLULU
ADVERTISER
Une
reproduction
de l’annonce que la mère et le père
d’Obama avaient fait paraître dans un journal
d’Honolulu, le 13 août 1961, pour faire part de
la naissance de leur fils.
La controverse ne date pas d’hier. Durant la campagne
présidentielle de 2008, des rumeurs ont
circulé selon lesquelles le candidat
démocrate est né au Kenya, la patrie de
son père. Or, la Constitution des
États-Unis stipule expressément que
« nul ne pourra être élu
président s’il n’est pas citoyen de naissance
». L’équipe du sénateur de
l’Illinois a tenté de combattre ces rumeurs en
publiant sur l’internet le certificat de naissance de
Barack Hussein Obama, qui dit qu’il est bel et bien
né le 4 août 1961 à Honolulu, dans
l’État d’Hawaii.
Peine perdue. Pas moins de 58% des républicains
doutent que le président démocrate soit
né aux États-Unis (28% d’entre eux
refusent carrément d’y croire), selon un sondage
de la maison Research 2000 diffusé vendredi. Les
personnes âgées et les gens des
États du Sud sont les plus susceptibles de
sympathiser avec les birthers, nom donné aux
promoteurs de cette théorie du complot selon
laquelle les États-Unis sont
représentés à la Maison-Blanche par
un imposteur né en Afrique.
De là à taxer de racisme ou
d’extrémisme les birthers, il y a un pas que
n’ont pas hésité à franchir
certains observateurs, dont Mark Potok, du Southern
Poverty Law Center, un organisme qui étudie les
regroupements extrémistes : « Ces gens sont
fondamentalement soit racistes, soit d’extrême
droite. Ils ne supportent pas de voir Barack Obama
président largement parce qu’il est noir, mais
aussi parce qu’il est progressiste. »
Orly Taitz est l’une des pionnières du mouvement
des birthers. Originaire de la Moldavie¸ cette
avocate de Californie multiplie depuis un an les actions
en justice pour prouver l’inégibilité de
Barack Obama, dont elle compare la politique à
celles de Staline et Hitler. Elle a pu défendre
sa théorie de la conspiration à
l’émission radiophonique de l’animateur Lou
Dobbs, qui a également traité du sujet
à son émission
télévisée sur CNN, une chaîne
d’information sérieuse.
Plusieurs autres vedettes des médias, dont les
animateurs radiophoniques Michael Reagan et Rush
Limbaugh, ont aussi exprimé en ondes de la
sympathie pour les birthers. « Barack Obama a une
chose en commun avec Dieu. Vous savez ce que c’est? Dieu
non plus n’a pas de certificat de naissance », a
ironisé Limbaugh lors d’une émission
diffusée en juin.
Les birthers peuvent également compter sur des
alliés à la Chambre des
représentants, où neuf élus
républicains ont proposé un texte de loi
qui exigerait que les candidats à la
présidence produisent leur certificat de
naissance. Certains de leurs collègues, qui
semblent avoir peur de se mettre à dos les
« conspirationnistes », emploient des
formules évasives lorsqu’ils sont
interrogés sur la citoyenneté du
président démocrate. « Il y a des
questions », dira l’un. « Je n’ai pas vu le
document original », dira l’autre. « Je ne
pourrais pas le jurer sur la Bible », dira un
autre encore.
Ces élus entretiennent le doute malgré la
conclusion catégorique à laquelle le
groupement non partisan FactCheck.org, qui relève
de l’Université de la Pennsylvanie, est
arrivé après avoir examiné
l’original de l’acte de naissance d’Obama: « Nous
confirmons qu’il est absolument conforme à tout
ce que requiert le département d’État pour
prouver que l’on est citoyen américain. Notre
conclusion: Obama est né aux États-Unis,
comme il l’a toujours dit. »
FactCheck. org a également trouvé une
annonce que la mère et le père d’Obama
avaient fait paraître dans un journal d’Honolulu,
le 13 août 1961, pour faire part de la naissance
de leur fils.
Mais ces preuves irréfutables n’ont pas encore eu
raison des birthers, dont l’influence risque de ternir
l’image du Parti républicain, si l’on se fie au
sondage Research 2000. Ce ne serait pas la
première fois que les théoriciens du
complot auraient une certaine emprise sur le Grand Old
Party. Dans les années 50 et 60, les Birchers,
membres de l’organisation d’extrême droite John
Birch Society, voyaient des communistes partout, y
compris dans le Bureau ovale, à l’époque
du président républicain Dwight
Eisenhower.
William Buckley, fondateur de la revue conservatrice
National Review, avait tenu à dissocier le Parti
républicain des Birchers en condamnant les
« diffamations idiotes et paranoïaques
» des membres de ce mouvement. Aucun
républicain de sa stature ne s’est encore
levé pour fournir pareil verdict sur les
birthers.
Obama et les médias accusés de
« partager le même lit » - Richard
Hétu
«
Aucune équipe de la Maison-Blanche depuis celle de
John Kennedy n’a été meilleure que
l’administration Obama dans la manipulation du moyen de
communication qu’est la télévision. »
COLLABORATION SPÉCIALE
— « Est-ce qu’un président récent a joui
d’une couverture médiatique plus favorable? »
Robert Samuelsson, chroniqueur économique au
Washington Post, a soulevé cette question au
début du mois, s’inquiétant de l’«
engouement » de la presse américaine pour
Barack Obama, dont les projets ambitieux devraient, à
son avis, inspirer aux journalistes du scepticisme, d’abord
et avant tout.
Samuelsson a répondu à sa propre question
ainsi : « Eh bien, peut-être John Kennedy durant
un moment, mais aucun depuis. » DavidZarawik, critique
desmédias au Baltimore Sun, a, lui aussi,
évoqué l’ancien président, la semaine
dernière, en analysant les rapports entre Obama et la
presse: « Aucune équipe de la Maison-Blanche
depuis celle de John Kennedy n’a été meilleure
que l’administration Obama dans la manipulation du moyen de
communication qu’est la télévision »,
a-t-il écrit.
Zarawik faisait notamment référence à
la décision de la chaîne ABC de diffuser depuis
le salon Bleu de la Maison-Blanche son journal
télévisé du 24 juin, ainsi qu’une
émission spéciale à heure de grande
écoute, le même jour, sur la réforme de
la santé, un des grands chantiers de l’administration
démocrate, depuis le salon Est. Républicains
et commentateurs conservateurs n’ont pas manqué de
critiquer vigoureusement cette exclusivité
accordée à ABC à un moment-clé
du débat sur la santé.
« Les émissions ne devraient pas être
diffusées depuis le salon Est et le salon Bleu. Elles
devraient plutôt être diffusées depuis la
chambre à coucher d’Obama puisque ABC (et une bonne
partie des médias asservis) partagent le même
lit », a écrit le chroniqueur Cal Thomas.
Le Parti républicain, de son côté, s’est
plaint de ne pas avoir été invité
à participer à l’émission
spéciale d’ABC, qui durera une heure. « Faute
d’opposition, je crains que l’émission ne se
transforme en publicité à la gloire du
programme démocrate », a écrit Ken
McKay, un des cadres de la formation politique, dans une
lettre au président d’ABC News.
ABC News a répondu à McKay en l’assurant que
les participants à son émission
spéciale représenteront un large
éventail d’opinions sur le système de
santé américain. Ces participants – experts,
citoyenset journalistes – seront invités à
poser des questions au président Obama.
N’empêche:
si
la chaîne ABC finit par présenter Barack Obama
et sa réforme de la santé sous un jour
positif, elle ne sera pas la première à faire
ainsi le jeu de l’administration démocrate. Au
début du mois de juin, la Maison-Blanche a ouvert
toutes grandes ses portes à Brian Williams et
à la chaîne dont il est le chef d’antenne, NBC.
Ceux-ci ont tiré de cet accueil exclusif deux
émissions spéciales, intitulées Inside
The Obama White House, qui brossaient un portrait
franchement sympathique du président, de sa femme et
de son équipe.
Certains commentateurs ont critiqué Williams et NBC,
les accusant de complaisance envers le président. Si
complaisance il y a eu, elle aura été payante
pour la chaîne de télévision, dont les
cotes d’écoute ont augmenté les deux soirs
où elle a diffusé ses émissions
spéciales sur la Maison-Blanche.
Et si manipulation il y a eu de la part de la
Maison-Blanche, elle vient de cette certitude que les
médias ne peuvent résister à l’attrait
commercial des Obama. Ce n’est pas seulement vrai pour les
chaînes de télévision, mais
également pour les magazines, dont les ventes
augmentent chaque fois que le visage de Barack Obama ou,
encore mieux, celui de sa femme Michelle, apparaît sur
leur couverture.
Comme elle le fait avec les chaînes de
télévision, la MaisonBlanche négocie
ferme avec les magazines pour s’assurer que leurs reportages
« exclusifs » soient positifs, un peu comme le
font Brad Pitt et Angelina Jolie avant de poser pour les
photographes et de répondre aux questions des
journalistes.
Michael Wolff, critique des médias aumensuel Vanity
Fair, n’en revient pas. « Ces gens à la
Maison-Blanche exercent un plus grand contrôle sur les
médias qu’aucune autre administration avant eux
», a-t-il écrit dans le numéro courant
de son magazine.
Ma i s Ba r a ck Obama n’est pas entièrement
satisfait. Mercredi dernier, lors d’une entrevue à la
chaîne CNBC, il s’est plaint, sans la nommer, de la
chaîne d’information Fox News, qui tend à
favoriser le point de vue républicain. « Vous
auriez du mal, si vous regardiez cette chaîne pendant
toute la journée, à trouver une histoire
positive à mon sujet », a-t-il
déploré.
Le
jour où le président démocrate
s’estimera satisfait du travail de Fox News, il faudra
vraiment faire son deuil de l’indépendance du
journalisme américain.
Dick Cheney est accusé d’avoir
caché un programme antiterroriste au Congrès
—
L’ancien viceprésident américain Dick
Cheney était hier sous le feu des critiques de
parlementaires démocrates après des
révélations dans la presse selon
lesquelles il aurait ordonné à la CIA de
cacher au Congrès pendant huit ans un programme
antiterroriste.
Selon le New York Times, l’actuel patron de l’agence de
renseignement américaine, Leon Panetta, a
informé des parlementaires que la CIA avait
« caché au Congrès pendant huit ans
des informations sur un programme antiterroriste sur
ordre direct de l’ancien vice-président Dick
Cheney ».
M. Cheney, ardent défenseur des méthodes
controversées de l’administration Bush dans la
« guerre contre le terrorisme », passe
également pour un adepte du secret.
Nommé à la tête de la CIApar le
président américain Barack Obama au
début de l’année, M. Panetta a mis un
terme à ce programme après en avoir eu
connaissance, le 23 juin, ajoute le quotidien.
La nature exacte de ce dispositif restait incertaine.
Deux anciens responsables de la CIA ont expliqué
au Washington Post qu’il consistait à doter
l’agence de renseignement de « moyens
nécessaires », sans plus de
précision, mais qu’il n’avait trait ni aux
interrogatoires de suspects de terrorisme ni aux
écoutes téléphoniques, des
méthodes largement critiquées aux
États-Unis.
La loi
américaine, explique le New York Times, stipule
que les commissions du renseignement du Congrès
doivent être informées des pratiques des
services secrets, sauf dans certains cas.
En l’occurrence, les parlementaires démocrates
interrogés par le journal ont estimé que
ces informations auraient dû être
portées à la connaissance des commissions.
« La question est de savoir si l’ancien
vice-président des ÉtatsUnis a
refusé de donner certaines informations sensibles
aux parlementaires. Ce n’est pas acceptable », a
dit sur CNN l’influent sénateur démocrate
Kent Conrad.
L’obligation de fournir ce type d’information est
« requis par loi », a-t-il rappelé.
La représentante Anna Eshoo, membre de la
commission du renseignement de la Chambre, s’est
prononcée en faveur d’une enquête
indépendante sur la question. « Nous devons
savoir qui a donné les ordres », a-t-elle
dit au Washington Post, ajoutant que la commission dont
elle est membre pourrait le cas échéant
utiliser son pouvoir de citation pour interroger des
responsables.
Le démocrate Patrick Leahy, qui préside la
puissante commission des Affaires judiciaires du
Sénat, s’est également prononcé en
faveur d’une enquête: « Je crois qu’on ne
peut pas faire comme si de rien n’était »,
a-til dit sur CBS. « Personne n’est au-dessus des
lois, a-t-il ajouté. On ne peut pas dire: vous
êtes le vice-président, vous n’êtes
pas obligé de respecter la loi. »
Un sénateur du propre camp de M. Cheney, le
républicain Judd Gregg, a admis que si ordre
avait été donné à la CIAde
ne pas informer les membres du Congrès, il
s’agissait d’« une erreur ».
La démission de Sarah Palin
suscite des interrogations
Surprenante colistière de John McCain lors de
la présidentielle américaine, la
très conservatrice Sarah Palin a
officiellement démissionné hier de son
poste de gouverneure de l’Alaska. Un départ
anticipé, après un bref mandat de deux
ans et demi, qui alimente les spéculations.
PHOTO AL GRILLO, AP
Sarah Palin a officiellement
démissionné hier de son poste de
gouverneure de l’Alaska. On la voit ici avec sa
fille Piper vendredi dernier lors de l’un des
trois pique-niques auxquels elle a pris part avant
de quitter ses fonctions.
Le 3 juillet, prenantaudépourvu même
ses amis les plus proches, Sarah Palin, 45 ans, a
annoncé qu’elle démissionnerait le 26
juillet, soit un an avant la fin de son mandat de
quatre ans, et passerait le relais au gouverneur
adjoint, Sean Parnell, 46 ans. Cette passation de
pouvoir a eu lieu hier après-midi à
Fairbanks.
Depuis, les raisons de ce départ alimentent
les spéculations : s’agit-il d’aspirations en
vue de la prochaine présidentielle ou d’une
éventuelle implication dans des
détournements de fonds alors qu’elle est
l’objet d’une vingtaine de plaintes pour violation
de l’éthique ?
Assaillie de questions, Sarah Palin n’a rien
expliqué. Tout en suggérant qu’elle
pensait à un rôle plus important,
à l’échelle nationale. « Je suis
tournée vers l’avenir maintenant pour voir
comment nous pouvons faire avancer ce pays ensemble
avec nos valeurs – moins d’intervention du
gouvernement, une sécurité nationale
plus forte et une fiscalité bridée
», a-t-elle écrit début juillet
sur Facebook.
« Il n’y a pas de projet après le 26
juillet. Il n’y a absolument pas de projet, je ne
peux pas le répéter assez », a
martelé à l’envi sa porte-parole,
Meghan Stapleton, balayant les rumeurs sur une
ambition présidentielle pour 2012 comme sur
un contrat télévisuel.
Sarah Palin est en tout cas annoncée comme
oratrice le 8 août à la
bibliothèque présidentielle
Ronald-Reagan, en Californie. Elle a raconté
envisager d’écrire un livre et de partir en
campagne auprès de divers candidats dans le
pays pour bâtir une coalition conservatrice.
Et
surtout, elle compte continuer à dire ce
qu’elle pense, notamment sur le réseau de
microblogage Twitter. Elle y décroche un
franc succès avec des formules de 140 mots
souvent à l’emporte-pièce, strophes de
chansons country à l’appui... Elle y a plus
de 100 000 lecteurs assidus.
Ce qui est loin de faire un mouvement populaire,
notent les analystes. « Il faut faire plus que
tweeter pour avoir une présence nationale
permanente » , note Jerry McBeath, directeur
du département de sciences politiques de
l’Université d’Alaska, à Fairbanks.
« Je crois qu’elle estime avoir quelque chose
à dire qui est important pour les
électeurs partageant ses vues, et qu’il faut
qu’elle continue à s’exprimer. Je crois
qu’elle se cherche : au départ , elle voulait
être gouverneure, puis viceprésidente,
et maintenant, qui sait ? » ajoute-t-il.
Son éventuel avenir politique est
également assombri par une popularité
en baisse : selon un sondage Washington Post-ABC, sa
cote est dans le rouge, avec 53% de mauvaises
opinions. L’été dernier, près
de six Américains sur 10 pensaient du bien
d’elle...
En 2008, le choix de Sarah Palin comme
colistière de John McCain s’était
avéré détonant : jusque
là inconnue sur la scène nationale, la
télégénique première
femme gouverneur de l’Alaska était atypique,
énergique, populaire et mère d’une
famille nombreuse.
Séduisant l’électorat conservateur,
elle a aussi attiré moqueries et critiques
avec ses gaffes, son ignorance des dossiers ou ses
libertés avec les fonds de campagne... Sans
compter les soupçons d’abus de pouvoir qui
planent sur elle.
Sarah Palin démissionne
—
Plébiscitée par la base du parti
républicain, stigmatisée par d’autres, Sarah
Palin, qui a renoncé hier à son poste de
gouverneure de l’Alaska, se définit comme un
« pitbull » et ne cache pas ses ambitions
politiques.
À 45 ans, l’ancienne candidate à la
vice-présidence américaine, qui avait
enthousiasmé les foules, mais s’était aussi
fait reprocher de jouer les « divas » et
d’avoir causé la défaite du candidat John
McCain, reste populaire auprès des plus
conservateurs qui la verraient bien chef de file pour de
futures échéances.
« Je ne fais pas cela pour rien », avait-elle
confié peu avant l’élection
présidentielle comme on lui demandait si elle
envisageait de poursuivre une carrière nationale en
cas de défaite républicaine.
Fervente
chrétienne, elle avait aussi déclaré
espérer que Dieu lui « montrerait la voie
» si elle devait se lancer dans la course à
la Maison-Blanche.
Depuis, les spéculations n’ont cessé sur son
éventuelle candidature à l’élection
de 2012.
Pendant la campagne, Mme Palin, qui s’était
comparée à « un pitbull avec du rouge
à lèvres », avait été la
caution conservatrice du ticket républicain. Elle
avait mobilisé la base populaire de ses
électeurs en assénant les coups les plus
durs au candidat démocrate Barack Obama, au risque
d’aliéner l’électorat centriste.
Lunettes couture, tailleurs bien coupés et coiffure
rétro, cette excellente basketteuse et chasseuse de
caribous, membre de la National Rifle Association qui
défend le droit au port d’armes, se veut proche de
l’Américain moyen,
notamment dans sa façon de s’exprimer.
MINISTRE DE LA JUSTICE DÉCHU SOUS BUSH
Alberto Gonzales provoque la controverse dans une
université du Texas - Nicolas Bérubé
Interrogé
durant
quatre heures par un comité d’enquête du
Sénat, Alberto Gonzales avait fait l’histoire en
répétant 64 fois « Je ne m’en souviens
pas ».
Alberto
Gonzales a annoncé sa démission comme
ministre de la Justice de George W. Bush le 27
août 2007.
Survenue en 2007, la séance avait signé
l’arrêt de mort de la carrière du ministre de
la Justice, incapable d’expliquer pourquoi huit procureurs
fédéraux avaient été
renvoyés sous sa houlette.
Même les républicains s’étaient
retournés contre lui. « Les licenciements ont
été menés avec incompétence, a
dit le sénateur républicain Tom Coburn
à Gonzales. Vous devriez goûter à la
même médecine et mettre tout cela
dernière vous en démissionnant. »
Quelques mois plus ta rd, Gonzales, aussi dans l’embarras
pour avoir autorisé le gouvernement à
torturer les prisonniers faits durant la guerre contre le
terrorisme, a donné sa démission.
Aujourd’hui, Alberto Gonzales, grand ami de GeorgeW. Bush,
fait un retour controversé dans l’actualité.
L’Université Texas Tech vient d’annoncer son
embauche à titre de professeur de droit. M.
Gonzales sera chargé d’expliquer les rouages du
pouvoir exécutif à une quinzaine
d’étudiants de première année. Il
commencera à travailler le 1er août, pour un
salaire annuel de 100 000$.
Dès l’annonce de l’embauche, des étudiants
et des universitaires texans ont dénoncé la
décision de Texas Tech. Des opposants ont
lancé des groupes Facebook contre la nomination
d’Alberto Gonzales. Le journal étudiant de Texas
Tech, The Daily Toreador, réputé pour ses
opinions de droite, a publié un éditorial
condamnant l’embauche de l’exministre de la Justice.
« En quittant Washington dans le déshonneur,
M. Gonzales n’a pas rempli ses fonctions de ministre de la
Justice et n’est donc pas une figure qui peut servir de
modèle. Alors pourquoi l’embaucher ? »
Ses opposants font aujourd’hui circuler une affiche sur
laquelle figure la photo d’AlbertoGonzales et celle,
tristement célèbre, d’un détenu de la
prison d’Abou Ghraib, le corps recouvert d’une toile et
les mains liées par des fils électriques.
« Vous ne connaissez peutêtre pas Alberto
Gonzales, mais nous sommes certains que vous connaissez
son travail », peuton y lire.
Selon
Steven G. Kellman, professeur de littérature
comparative à l’Université du Texas
à San Antonio, l’embauche de Gonzales est un
exemple de favoritisme.
« Dans la plupart des universités, les
nouveaux professeurs sont choisis à la suite d’un
appel de candidatures et après avoir
été passés en revue par leurs
pairs, écrit-il. L’embauche unilatérale de
Gonzales constitue une forme d’assistance
académique à un fonctionnaire
déchu. »
M. Kellman compare l’embauche de Gonzales à
« l’embauche de Bernard Madoff pour enseigner
l’éthique des affaires ».
Ami du recteur
Alberto Gonzales, compagnon de longue date de M. Bush,
le servait déjà quand il était
gouverneur du Texas. Il a été à ses
côtés dès les premières
heures de sa présidence.
À titre de conseiller à la MaisonBlanche,
puis de ministre à partir de 2005, Gonzalez avait
la réputation d’être l’un des conseillers
les plus empressés à préparer,
à mettre en oeuvre ou à justifier les
décisions de l’administration, y compris les plus
controversées, comme les méthodes
d’interrogatoire des prisonniers de la « guerre
contre le terrorisme », considérées
comme des actes de torture par leurs détracteurs.
C’est aussi Gonzales qui a établi les
modalités de détention des prisonniers
à Guantánamo et leur jugement par des
tribunaux d’exception, et lui encore qui a
autorisé les écoutes secrètes de
citoyens américains, un dossier encore
controversé.
C’est le recteur de l’Université Texas Tech, Kent
Hance, qui lui a offert l’emploi de professeur cet
été. M. Hance a récemment dit que
Gonzales et lui étaient « de bons amis,
depuis les années 80 ». Le recteur est
également proche de George W. Bush.
La vague de commentaires négatifs n’influence pas
sa décision, a dit le recteur, « car ils ne
proviennent pas des fidèles donateurs » qui
financent l’université.
Intéressante
critique
des Républicains...
La nouvelle reine de l’opinion sur le web
- ENTREVUE AVEC ARIANNA HUFFINGTON - LOS ANGELES
En2005, l’auteure
et chroniqueuse gréco-américaineAriannaHuffington
a lancé TheHuffington Post, un site web de nouvelles et
de commentaires à saveurprogressiste, qui était
destiné à faire un contrepoids au populaire site
conservateur Drudge Report. Quatre ans plus tard, son rêve
est devenu réalité: en février, The
Huffington Post a reçu 8,9 millions de visiteurs uniques,
contre 3,4 millions pour le Drudge Report, selon la firme
Nielsen NetRatings. Ce succès a attiré
l’attention: Mme Huffington commente
régulièrementl’actualité àCNN, CBSet
surPolitico.com. La Presse l’a récemment
interviewée. QVotre
Arianna
Huffington a lancé saveur progressiste. The Huffington
Post en 2005, un site web de nouvelles et de commentaires
à
site, The Huffington Post, célébrera son
quatrième anniversaire en mai. Quel était votre
objectif lorsque vous l’avez fondé et avez-vous
l’impression de l’avoir atteint ? R Je voulais rassembler des
gens de différentes périodes de ma vie et
permettre des discussions intéressantes. Les discussions
animées ont toujours fait partie demes
intérêts – ça doit être à cause
de mon ADN grec et la façon dont j’ai été
élevée. Ces conversations ont eu lieu autour de la
table, lors de lancements littéraires, durant les
randonnées en montagne avec des amis... Avec The
Huffington Post, l’idée était de prendre ces
discussions – à propos de la politique, des livres, des
arts, de la musique, de la nourriture, du sexe – et de les
emmener dans le cyberespace, en créant un point de
ralliement pour les nouvelles, de l’opinion et des idées
provocatrices, en temps réel. Je considère que
nous avons atteint ces objectifs, mais nous en avons fixé
de nouveaux en cours de route. Le meilleur reste à venir.
Q Les gens d’allégeance progressiste sont
généralement heureux qu’Obama soit à la
MaisonBlanche. En tant que média progressiste, votre
rôle est-il de critiquer Obama, de critiquer ses critiques
ou les deux? R Aucun des deux. D’abord et avant tout, notre
rôle est de chercher la vérité – peu importe
où cela peut nous mener. QVotre
site est
très critique à l’égard des
républicains et des conservateurs. Était-ce plus
facile à faire quand le parti était au pouvoir ? R
En fait, non. Aujourd’hui, le Parti républicain est en
train d’imploser. Les républicains s’obstinent à
traiter Obama de socialiste et sont incapables d’offrir des
solutions aux crises que traversent les États-Unis. Ils
ne font que proposer les mêmes idées qui nous ont
menés dans le pétrin en premier lieu. C’est le
vrai dilemme pour le Parti républicain: ses idées
maîtresses ont été appliquées durant
huit longues années – et elles nous ont menés au
désastre. Ce n’est pas comme si nous n’avions fait qu’un
bref essai routier avec les théories conservatrices :
nous avons carrément acheté la voiture. Et elle
s’est révélée être un citron. Alors,
tant que les conservateurs n’inventent pas un nouveau
modèle – et pas seulement une nouvelle couleur ou une
option de vitres teintées – nous ne sommes pas au bout de
nos peines. Q Les journaux dépensent de plus en plus de
temps et d’argent à tenter d’améliorer leur site
internet, qui bien souvent est déficitaire. Quel conseil
donneriez-vous à l’éditeur d’un journal ? R La
question clé à laquelle font face tous les gens
qui travaillent dans les médias aujourd’hui est la
suivante: est-ce que l’on décide d’exploiter et
d’accepter les changements provoqués par l’arrivée
de l’internet ou bien prétend-on pouvoir sauter à
bord d’une machine à voyager dans le temps et retourner
vers un passé qui n’existe plus et qui ne peut être
ramené à la vie. Il est certain que, à
mesure que nous progressons et que nous découvrons les
nouvelles règles de la route, il va y avoir – et c’est
une bonne chose – beaucoup d’expérimentations avec
différentes formes de revenus. Or, ce qui ne marchera pas
– ce qui ne peut pas marcher – c’est de prétendre que les
15 dernières années n’ont pas existé et que
la survie de l’industrie passe par la dissimulation du contenu
derrière de grandes palissades. Les habitudes des
consommateurs ont changé. Les gens sont habitués
à avoir leurs nouvelles quand ils le veulent, dans le
format qu’ils veulent, comment ils le veulent, où ils le
veulent. Et ce changement est là pour rester. Alors, au
lieu d’essayer d’endiguer le flot de nouveautés et
d’innovations, les grands médias doivent naviguer dans
les rapides et tenter de tirer parti des nouvelles
possibilités.
Que pensez-vous des réseaux sociaux comme Twitter et
Facebook ? Vont-ils un jour jouer un rôle majeur dans la
façon dont les gens consomment les nouvelles ? Vont-ils
bousculer les médias traditionnels ? R Twitter et
Facebook sont des exemples fascinants de réseau sociaux
qui fonctionnent. Nous avons vu des exemples frappants du
rôle de Twitter lors de récents
événements d’actualité, comme le
tremblement de terre en Chine ou lors de l’assaut terroriste
à Bombay. Cela dit, l’élément clé
pour comprendre l’avenir des médias n’est pas de
prévoir le prochain type de plateforme en vogue, ou la
façon dont l’information sera livrée – les
technologies changent trop rapidement pour qu’on puisse faire
des prédictions. L’idée est d’avoir du contenu et
de le livrer d’une façon qui plaise aux gens. L’internet
a permis aux consommateurs de nouvelles d’avoir beaucoup de
latitude et de liberté – et cela va se poursuivre, sur
plusieurs types de plateformes. Je crois que les gens
engagés, qui veulent s’informer, ne constituent pas une
espèce en voie de disparition.
Un
républicain
passe aux démocrates - Richard Hétu
Un cadeau
à Barack Obama pour ses 100 premiers jours à la
Maison-Blanche
À la veille de son 100e jour à la
présidence des États-Unis, Barack Obama ne
pouvait guère rêver à un plus beau cadeau:
prenant le Tout-Washington de court, le sénateur
républicain de Pennsylvanie, Arlen Specter, a
annoncé qu’il passait dans le camp démocrate,
une décision susceptible de faciliter l’adoption des
réformes ambitieuses du chef de la Maison-Blanche.
«
Depuis
mon élection en 1980 comme membre de la grande
coalition menée par Ronald Reagan, le Parti
républicain a dérivé loin vers la
droite », a déclaré le sénateur
Arlen Specter pour justifier sa décision de passer
chez les démocrates.
Avec la défection de Specter, les démocrates ne
sont désormais plus qu’à un sénateur de
la majorité qualifiée de 60 sur 100 dont ils ont
besoin pour empêcher l’opposition d’utiliser le
filibuster, une forme d’obstruction parlementaire qui permet
à la minorité du Sénat de repousser
indéfiniment l’adoption d’un texte de loi, ou la
confirmation d’un juge, entre autres. Ils pourraient
contrôler un 60e siège si Al Franken obtenait
gain de cause contre le sénateur sortant du Minnesota,
le républicain Norm Coleman, qui en appelle
actuellement des résultats de l’élection de
novembre 2008 devant la Cour suprême de son État.
La défection d’Arlen Specter inf lige un nouveau coup
dur aux républicains, dont la radicalisation semble
s’accompagner par une diminution d’influence au sein de la
population américaine. Âgé de 79 ans, le
sénateur faisait partie de l’aile modérée
du Grand Old Party (GOP), une appartenance qui compromettait
ses chances de victoire en 2010 à l’occasion de la
course à l’investiture républicaine pour le
siège qu’il occupe depuis 1981. Il avait notamment
été condamné par les
éléments purs et durs du GOP de son État
après avoir voté en faveur du plan de relance
économique du président Obama.
« Je ne suis pas prêt à laisser
l’électorat des primaires du Parti républicain
de Pennsylvanie décider de ma carrière de 29 ans
au Sénat des États-Unis, pas prêt à
laisser ce jury juger cette feuille de route », a
déclaré l’ancien procureur lors d’une
conférence de presse tenue hier après-midi
à Washington.
Dans une
déclaration publiée vers midi, le
sénateur Specter avait déjà
annoncé son intention de se présenter pour les
élections de 2010 aux primaires du Parti
démocrate, dénonçant du même coup
la radicalisation des républicains.
« Depuis mon élection en 1980 comme membre de la
grande coalition menée par Ronald Reagan, le Parti
républicain a dérivé loin vers la droite,
a-t-il indiqué. L’année dernière, plus de
200 000 républicains de Pennsylvanie ont changé
leur affiliation pour devenir démocrates. Je constate
aujourd’hui que ma philosophie politique s’accorde davantage
avec celle des démocrates qu’avec celle des
républicains. »
Au cours de sa longue carrière au Sénat, Arlen
Specter s’est fait connaître pour son
indépendance et son expertise dans les dossiers
touchant à la justice, le renseignement et les anciens
combattants. Il est présentement vice-président
de la commission des Affaires judiciaires. Il y a un an, il a
annoncé qu’il était atteint de la maladie de
Hodgkin, une forme de cancer du système lymphatique
dont il était en rémission après six mois
de chimiothérapie en 2005.
Évidemment, les démocrates ont jubilé en
apprenant sa défection. « Vous avez mon appui
total, a déclaré le président Obama
à son ancien collègue du Sénat lors d’une
conversion téléphonique en matinée. Je
suis ravi de vous avoir. » « Nous l’accueillerons
à bras ouverts », a déclaré de son
côté la sénatrice démocrate du
Michigan, Debbie Stabenow. La majorité de 60 votes au
Sénat ne garantirait pas au président Obama le
passage automatique de ses réformes. Elle inclurait un
certain nombre de démocrates conservateurs et deux
sénateurs indépendants, dont Joseph Lieberman,
du Connecticut, qui pourraient choisir de participer à
un filibuster avec les républicains un projet de loi
particulier à la fois.
Mais il ne fait pas de doute que les chances du
président démocrate de faire adopter ses
réformes prioritaires en santé, éducation
et énergie viennent d’augmenter.
Le Parti républicain doit changer,
estime Colin Powell
— L’ancien
secrétaire d’État Colin Powell a affirmé
hier qu’il était toujours républicain, mais il
estime que son parti a besoin de changements et doit
être plus accueillant.
M. Powell, un
républicain modéré, a appuyé le
démocrate Barack Obama lors de la dernière
élection présidentielle. L’ancien
vice-président de GeorgeW. Bush, Dick Cheney, et le
commentateur Rush Limbaugh se sont souvent moqués des
tendances politiques de M. Powell, se demandant s’il
était toujours membre du Parti républicain.
M. Powell a affirmé, au cours d’une émission
diffusée sur les ondes de CBS, que si le Parti
républicainn’essayaitpasde s’intéresser à
plus de gens, celui-ci ne pourrait compter que sur une faible
base de partisans. En se déplaçant vers la
droite de l’échiquier politique, le parti risque de
perdre les républicains et les démocrates
modérés ainsi que les électeurs
indépendants, a ajouté l’ancien
secrétaire d’État. Au sujet de ses choix lors de
l’élection présidentielle, M. Powell a
assuré avoir voté souvent pour le candidat
républicain, mais il a reconnu avoir appuyé les
démocrates John Kennedy, Lyndon Johnson et Jimmy
Carter.
Ci-gît le parti des valeurs
familiales - RICHARD HÉTU
« Je
pense qu’il serait préférable qu’il
démissionne », avait déclaré
Sanford au cours du débat sur le rôle de
l’ancien président Bill Clinton dans l’affaire
Lewinsky. Onze ans plus tard, le gouverneur
adultère de Caroline-du-Sud n’a pas l’intention de
démissionner de son poste, même si des
éditorialistes de son État et des membres de
son propre parti le réclament.
COLLABORATION SPÉCIALE
— Bien entendu, le Parti républicain n’a pas le
monopole des scandales, comme l’ont notamment
démontré les anciens gouverneurs
démocrates de New York et d’Illinois, Eliot Spitzer
et Rod Blagojevich, dont la chute a été
précipitée par le goût des
prostituées ou la soif d’argent.
Mais les élus républicains se surpassent ces
jours-ci, offrant un enterrement de première classe
à leur réputation de défenseurs des
valeurs familiales. En l’espace de huit jours, deux
d’entre eux, et non les moindres, ont admis un
adultère, ajoutant à l’embarras de leur
famille celui des chrétiens
évangéliques qui constituent la base
électorale de leur parti.
« Je ne donnerai aucun nom mais la femme avec
laquelle j’ai eu une liaison et son mari étaient
des amis proches et tous deux ont travaillé pour
moi », a déclaré le sénateur du
Nevada John Ensign, 51 ans, le 16 juin.
Le 24 juin, le gouverneur de la Caroline-du-Sud Mark
Sanford, 49 ans, y est allé de sa propre confession
lors d’une conférence de presse : « La
vérité, c’est que j’ai trompé ma
femme. »
Ces aveux ne pouvaient guère tomber plus mal pour
le Parti républicain, dont l’impopularité
surpasse même celle de l’ancien
vice-président Dick Cheney, selon le plus
récent sondage NBC/ Wall Street Journal.
Considérés comme des étoiles
montantes du Parti républicain, Ensign et Sanford
caressaient tous les deux des ambitions nationales qui
auraient pu les inciter à briguer la MaisonBlanche
en 2012. liaison sexuelle avec Monica Lewinsky.
« Je pense qu’il serait préférable
qu’il démissionne », avait
déclaré Sanford au cours du débat sur
le rôle de l’ancien président dans l’affaire
Lewinsky. « Je viens du monde des affaires. Si le
président d’une compagnie faisait face aux
mêmes accusations, il serait parti. »
Onze ans
plus tard, le gouverneur adultère de
Caroline-du-Sud n’a pas l’intention de démissionner
de son poste, même si des éditorialistes de
son État et des était parti faire de la
randonnée pédestre dans les Appalaches.
Mémorable à plus d’un titre, l’histoire de
Mark Sanford n’est que la plus récente d’une
série mettant en relief l’hypocrisie de certains
républicains. Le sénateur Ensign du Nevada
ne s’était pas davantage gêné pour
donner des leçons de morale. En plus d’avoir
voté pour l’impeachment de Bill Clinton, il avait
mené en 2007 une campagne appelant à la
démission de son collègue républicain
de l’Idaho, Larry Craig, impliqué dans un scandale
sexuel dans les
Ces ambitions appartiennent désormais au
passé. Mais leurs positions intransigeantes sur les
questions d’ordre moral ne sont pas oubliées.
À l’époque où ils siégeaient
à la Chambre des représentants, Ensign et
Sanford ont tous deux voté en faveur de la
destitution de Bill Clinton pour avoir menti sous serment
à propos de sa membres de son propre parti le
réclament. Ceux-ci ne lui reprochent pas seulement
son infidélité mais également son
recours à des fonds publics pour financer ses
visites en Argentine, où se trouve son amante.
D’autres encore lui reprochent d’avoir tenté de
camoufler son voyage de la semaine dernière
à Buenos Aires en faisant notamment dire à
son équipe qu’il toilettes publiques d’un
aéroport.
Sanford, Ensign, Craig. À ces noms, il faut
également ajouter celui du sénateur
républicain de Louisiane, David Vitter, qui a admis
en 2007 avoir trompé sa femme avec des
prostituées de Washington, ainsi que celui de
l’ex-membre de la Chambre des représentants, Mark
Foley, qui a abandonné son siège en 2006
après la révélation d’une
correspondance électronique compromettante avec un
stagiaire de 16 ans.
Après cette série noire, les
républicains n’enfourcheront pas de sitôt les
valeurs familiales comme cheval de bataille
électoral.
« Je pense qu’ils tenteront de régler le
problème en fuyant cette question », a
déploré Tony Perkins, président du
Family Research Council, une organisation qui
considère le mariage et la famille comme les
piliers de la civilisation. « Ils ne veulent plus
parler de valeurs familiales. »
Avec un président démocrate dont le mariage
et la famille font figure de modèle, il faut
s’attendre à ce que les républicains se
rabattent sur un autre thème qui leur a
déjà été cher, la
responsabilité fiscale. Les plus récents
sondages indiquent d’ailleurs que les Américains
sont préoccupés par le déficit de
l’État, qui doit s’élever à plus de
1000 milliards de dollars pour l’exercice
budgétaire de 2009.




Les républicains seront évidemment
accusés d’hypocrisie, ayant eux-mêmes
contribué à l’accumulation des
déficits sous George W. Bush. Mais ont-ils le choix
de se battre sur ce terrain-là ?
Les
républicains peuvent-ils rebondir ? - Nicolas
Bérubé
Cent jours
après l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, les
républicains semblent moins influents que jamais. Leur
refus de collaborer avec un président populaire
déplaît aux Américains. La
défection-surprise du sénateur
vétéran Arlen Specter vient s’ajout
Le Parti républicain est dans un creux historique : il
est moins populaire aujourd’hui qu’à n’importe quel
moment depuis 25 ans. À peine 31% de l’électorat
dit avoir une opinion favorable du parti.
Le
président Barack Obama, tout sourire, pose
fièrement avec la casquette officielle du FBI que
vient de lui remettre son directeur, Robert Mueller. M.
Obama en était hier à sa première
visite au quartier général de la police
fédérale depuis son arrivée à la
Maison-Blanche, le 20 janvier dernier.
La raison de cette impopularité est simple : huit
Américains sur dix estiment que les républicains
portent le blâme de la crise économique, selon un
récent sondage commandé par le Wall Street
Journal.
La crise de leadership chez les républicains ne semble
pas déplaire à l’administration Obama. Plusieurs
responsables ont pris plaisir, le mois dernier, à
affirmer que l’animateur de radio conservateur Rush Limbaugh
était devenu « le chef idéologique »
des républicains, déclenchant une chicane
publique au sein du parti.
À plus long terme, les choses s’annoncent difficiles
pour le parti. Le succès de Barack Obama aux
dernières élections a été
particulièrement retentissant chez les jeunes adultes.
Chez les électeurs âgés de 18 à 29
ans, 58% disent être d’allégeance
démocrate, contre 33% pour les républicains. Il
y a 15 ans, les deux partis étaient à
égalité pour ce groupe d’âge.
Or, il est naïf de croire que le Parti républicain
est condamné à une longue agonie, a
récemment rappelé le chroniqueur du New York
Times, Paul Krugman.
Les républicains, dit-il, étaient en aussi
mauvaise posture il y a 10 ou 15 ans et cela ne les a pas
empêchés de reprendre le contrôle à
la fois du Congrès et de la Maison-Blanche.
« Pour
l’heure, l’administration Obama a les coudées franches,
notamment parce qu’elle ne fait pas face à un parti de
l’opposition crédible, surtout sur la question des
politiques économiques. Or, le Parti républicain
demeure l’un des deux partis nationaux et il pourrait
très bien reprendre le pouvoir s’il devait changer de
leadership. »
Débats intéressants
La crise d’identité du Parti républicain promet
de donner lieu à des débats intéressants.
Récemment, Steve Schmidt, ancien directeur de la
campagne présidentielle de John McCain, a fait les
manchettes après avoir suggéré que les
républicains devraient appuyer... le mariage gai.
Les jeunes électeurs sont majoritairement en faveur du
mariage gai et les positions du Parti républicain
pourraient devenir intenables à long terme,
calcule-t-il.
« Les républicains devraient réexaminer
leurs positions sur des enjeux qui ne font pas partie à
mon avis de leurs valeurs fondamentales, a dit Schmidt. Le
danger est que, au fil du temps, les républicains se
retrouvent coupés de l’opinion de la majorité
des électeurs. »
L’un des républicains les plus populaires du moment, le
gouverneur de l’Utah, Jon Huntsman Jr, est d’ailleurs en
faveur de l’union civile. M. Huntsman a été
réélu en novembre dernier avec 77% des voies,
dans un État socialement conservateur.
Le
Grand Old Party (GOP) réussira-t-il à
renaître de ses cendres? Si le passé est garant
de l’avenir, le parti a de beaux jours devant lui.
Qu’est-ce
qui fait courir Dick Cheney ? - RICHARD HÉTU
L’ancien
vice-président est omniprésent dans les
médias ces jours-ci
NEW YORK
L’ancien
vice-président
Dick Cheney est de toutes les tribunes ces jours-ci pour
critiquer Barack Obama et pour défendre les
politiques les plus controversées de
l’administration Bush.
L’homme i nvi sible es t devenu l’homme incontournable.
Après avoir préféré les
coulisses à l’avant-scène durant ses
années à la vice-présidence des
ÉtatsUnis, Dick Cheney se retrouve ces jours-ci sur
toutes les tribunes, d’où il étrille Barack
Obama, défend les politiques les plus
controversées de l’administration Bush et met en
garde le Parti républicain contre la
modération.
Le voici donc, mardi, sur la chaîne économique
Fox Business, critiquant sévèrement la
décision du nouveau président américain
de fermer le camp de détention de Guantánamo
d’ici un an: « Je pense que c’est une idée
affreuse. Si l’on fait venir ces gens aux États-Unis,
je ne connais pas un seul membre du Congrès qui va se
lever pour dire : ‘‘Mon Dieu, envoyez-moi quelques
terroristes. J’aimerais bien avoir quelques gars d’Al-Qaeda
dans ma circonscription.’’ »
Deux jours plus tôt, lors d’une entrevue sur la
chaîne CBS, il accusait le chef de la MaisonBlanche de
mettre la sécurité des États-Unis en
danger par sa décision de renoncer aux techniques
d’interrogatoire, assimilées à la torture, qui
ont été autorisées par l’administration
Bush pour faire parler les suspects de terrorisme. Il
retenait également l’attention en accordant sa
préférence à l’animateur de radio Rush
Limbaugh, conservateur pur et dur, sur
l’ex-secrétaire d’État Colin Powell, comme
républicain modèle.
Et, dans une semaine, il prononcera un discours sur la
sécurité nationale devant l’American
Entreprise Institute, un laboratoire d’idées
néoconservatrices.
L’ubiquité de Dick Cheney ne tranche pas seulement
avec la prédilection de l’homme pour le secret. Elle
rompt également avec la tradition américaine.
« Ce comportement est très inhabituel, dit Joel
Goldstein, professeur à la faculté de droit de
l’Université de Saint-Louis et spécialiste de
la vice-présidence américaine. D’ordinaire,
une fois qu’ils quittent leurs fonctions, les anciens
vice-présidents entrent dans une période
d’hibernation pour donner à la nouvelle
administration la chance de faire ses preuves. Ce n’est que
plus tard qu’ils refont surface pour lancer leur campagne
à la présidence ou formuler des critiques.
»
Sauf erreur, Dick Cheney, un des vice-présidents les
plus impopulaires de l’histoire américaine, n’a pas
l’intention de briguer la Maison-Blanche. Dans une certaine
mesure, cette renonciation le libère et lui permet
notamment de tenter d’influencer le débat sur la
torture, à un moment où plusieurs
démocrates et représentants de groupes de
défense des libertés réclament des
enquêtes parlementaires ou des poursuites judiciaires
contre les architectes du programme d’interrogatoire de la
CIA.
Si la
Maison-Blanche s’inquiète des interventions de Dick
Cheney, elle le cache bien. Lundi, le porte-parole du 1600
Pennsylvania Avenue, Robert Gibbs, a adopté un ton
philosophique pour accuser l’ancien vice-président
de vouloir rejouer l’élection présidentielle
de 2008 avec ses critiques.
« Je pense qu’il s’agit d’une série
d’idées et de pensées qui étaient en
grande partie le thème des dernières
élections, et qui ont été
rejetées », a-t-il dit.
Et Robert Gibbs d’ajouter : « Ils (les
républicains) avancent en regardant en
arrière. Si le vice-président ( Dick Cheney)
pense que c’est la façon de renforcer le Parti
républicain, nous le laissons volontiers à
ces pratiques. »
Conscients de l’impopularité de Dick Cheney,
certains républicains souhaiteraient le voir suivre
l’exemple de George W. Bush, qui a choisi de rester
discret sur la politique menée par son successeur.
« Il est en train de détruire ce qui reste du
Parti républicain, a déclaré Lawrence
Wilkerson, ex-directeur de cabinet de Colin Powell au
secrétariat d’État, lors d’une interview sur
la chaîne MSNBC. Il devrait rentrer chez lui et se
la fermer. »
Mais l’ancien vice-président n’a pas dit son
dernier mot.
« Je suis convaincu, absolument convaincu, que nous
avons sauvé des milliers, peut-être des
centaines de milliers de vies », a-t-il dit dimanche
sur CBS en défendant les techniques
d’interrogatoire de la CIA.
Bien sûr, le même homme s’était aussi
dit absolument certain que Saddam Hussein possédait
des armes de destruction massive.
Rumsfeld évite de s’exprimer sur
l’Irak - Nicolas Bérubé
Biographie de l’ancien secrétaire à la
Défense de l’administration Bush
« La malhonnêteté intellectuelle de
la presse est un problème sérieux. Les
journalistes veulent être dramatiques, et
ça influence leur couverture. »
LOSANGELES— DonaldRumsfeld n’aime pas parler de l’Irak.
Du moins pas en public.
Dans
une
biographie rédigée par Brasley Graham et
intitulée By His Own Rule ( Selon ses propres
règles), Donald Rumsfeld (à gauche),
ancien secrétaire à la Défenses
des États-Unis, retrace sa longue
carrière.
C’est ce que révèle une nouvelle
biographie de l’ancien secrétaire à la
Défense des États-Unis, qui sort en
librairie cette semaine.
Rédigé par Bradley Graham, ancien
militaire et journaliste au Washington Post, le livre
intitulé By His Own Rule ( Selon ses propres
règles) retrace la longue carrière de
celui qui a été l’un des principaux
défenseurs de la doctrine des frappes
préventives dans l’administration de George W.
Bush.
M. Graham raconte que Donald Rumsfeld lui a posé
une condition lorsqu’il s’est assis pour lui accorder
une série d’entretiens : l’Irak ne ferait pas
partie de la discussion.
« Au départ, le sujet de l’Irak
était hors limite, écrit-il. Il a
finalement accepté de parler de cer
tains aspects de la guerre. »
Ses règles personnelles
Dans
son ouvrage, l’auteur rapporte un certain nombre de
règles personnelles établies par Rumsfeld
lorsque celui-ci travaillait comme chef de cabinet, puis
comme secrétaire à la Défense dans
l’administration de Gerald Ford, dans les années
70.
Pa rmi ses règles, on trouve: « Ne dis pas
de mal des autres membres de l’administration »,
« Ne garde pas un emploi trop longtemps »,
et « Garde tes collègues informés,
car sinon les décisions seront mauvaises ou
malavisées ».
Force est de constater que M. Rumsfeld n’a pas suivi ses
propres règles lorsqu’il a atteint le poste de
secrétaire à la Défense sous George
W. Bush. Depuis sa démission, en novembre 2006,
plusieurs de ses anciens collègues l’ont
décrit comme ayant une personnalité
bornée, incapable de tenir compte des opinions
divergentes, et sujet à des colères
intempestives.
L’ancien vice-président Dick Cheney demeure l’un
de ses plus fidèles alliés, et le
considère comme « le meilleur
secrétaire à la Défense de
l’histoire de la nation ».
Ces jours-ci, Donald Rumsfeld affirme que ce sont les
médias qui sont responsables de son
impopularité, de même que celle de
l’administration Bush.
« La malhonnêteté intellectuelle de
la presse est un problème sérieux,
confie-t-il ce mois-ci au magazine Time. Les
journalistes veulent être dramatiques, et
ça influence leur couverture. Cela fait gagner
des Pulitzer, cela fait la première page des
journaux, cela est bon pour être reconnu. »
George W. Bush cherche lui aussi à se dissocier
de la guerre en Irak ces jours-ci. À titre
d’exemple, sa page biographique sur le site de la
bibliothèque présidentielle qu’il veut
faire construire mentionne abondamment les attaques du
11 septembre, mais ne fait aucune
référence à l’Irak.
La voix de la droite : « La
réponse à la crise, c’est plus de liberté
»...
En 2004,
au lendemain des attentats de Madrid qui ont fait
près de 200 morts, José Maria Aznar, premier
ministre de droite, s’est fait montrer la porte
après huit ans à la tête du pays. Les
Espagnols n’avaient digéré ni sa
célérité à faire porter le
blâme des attentats à l’ETA, le mouvement
séparatiste basque, ni sa décision
d’impliquer son pays dans la guerre en Irak. Depuis sa
défaite électorale, l’ex-politicien, grand
allié de George W. Bush, a rebondi. Il siège
aujourd’hui au conseil d’administration de News
Corporation, la multinationale médiatique de Rupert
Murdoch, propriétaire de Fox News et du Wall Street
Journal. Il enseigne à l’Université de
Georgetown et dirige un institut de recherche
conservateur, la Fondation pour les études sociales
et l’analyse. Il était de passage à
Montréal hier pour prononcer un discours sur
l’avenir de l’Europe dans le cadre de la série de
conférences 357C, chapeauté par l’homme
d’affaires Daniel Langlois. La Presse en a profité
pour interroger (en français !) M. Aznar sur
l’avenir de la droite à l’ère de la crise
économique et du président Obama. QVous
PHOTO ANDRÉ
PICHETTE, LA PRESSE
José Maria Aznar
a été premier ministre de l’Espagne de
1996 à 2004. Il dirige aujourd’hui un institut de
recherche conservateur et siège au conseil
d’administration de News Corporation.
êtes l’un des plus grands défenseurs du
libéralisme. Est-ce devenu mission impossible avec
la crise économique actuelle ? R Au contraire. Je
ne crois pas que la crise soit la faute de
l’économie libre. C’est le prétexte qui a
été trouvé pour mettre les mains de
l’État sur l’économie. La réponse
à la crise, c’est plus de liberté. Ce n’est
pas plus de dépenses, plus de déficit, plus
de dettes et plus d’interventionnisme. Pas plus de
réglementation, mais une meilleure
réglementation. Les pays qui prennent le chemin de
la libéralisation, de l’innovation et de
l’ouverture à l’extérieur seront les
premiers à s’en sortir. Malheureusement, au G20, 17
des 20 pays ont adopté des mesures
protectionnistes. QQue
pensez-vous des remèdes proposés par Barack
Obama pour traverser la crise actuelle ? R Barack Obama a
une grande occasion devant lui. Sa capacité de
leadership est indéniable. Mais ses
décisions sont difficiles à juger pour le
moment, c’est le temps qui le dira. Je lui souhaite du
succès. QPourtant,
quand il
a été élu, vous avez soulevé
un certain tollé en disant que l’élection
d’un premier président noir était de
l’« exotisme historique ». Vous avez
changé d’idée depuis ? R J’ai
été mal cité. J’ai dit que ça
prenait des circonstances exceptionnelles pour qu’il soit
élu. C’est arrivé après une grande
bataille au sein des partis démocrate et
républicain. Et à un moment où il y a
beaucoup de grands problèmes dans le monde à
régler. QVous
avez dit à maintes reprises que la droite
européenne doit imiter la droite américaine
qui, je vous cite, a « gagné la bataille des
idées ». Après sa déconfiture
aux dernières élections américaines,
comment la droite peut-elle renaître de ses cendres
? R Le Parti républicain américain a besoin
d’une transformation. Il a besoin de temps pour trouver un
nouveau leader et de réorganiser ses idées.
Il a l’occasion de se poser des questions importantes sur
l’économie, la présence de l’État
dans l’économie et au point de vue de la
sécurité internationale. En Europe, la
droite est majoritaire et ça semble être une
tendance : en Allemagne, en Italie, en France.
J’espère que l’Espagne fera la même chose aux
prochaines élections. Mais je ne serai pas de la
course. QVotre
décision d’impliquer l’Espagne dans la guerre en
Irak a eu un immense impact sur votre carrière
politique. Vous êtes présentement poursuivi
par le Parti communiste espagnol pour cette
décision. Feriezvous les choses différemment
aujourd’hui ? Bush a-t-il eu tort de partir en guerre ? R
Je crois que les choses se sont améliorées
depuis la guerre en I rak. Le monde est plus sûr
depuis le départ de Saddam Hussein. Je ne regrette
pas d’avoir envoyé l’armée espagnole en Irak
: 18 des 35 pays européens ont fait la même
chose ! Avec ce qui se passe ailleurs en Iran, au Pakistan
et en Afghanistan, on voit que maintenant les
États-Unis se retirent et je pense que c’est une
décision correcte.
DIJONGATE
: La moutarde monte au nez des conservateurs -
Richard Hétu
Le
président Obama a fait couler beaucoup d’encre en
choisissant de garnir son hamburger de moutarde de
Dijon.
— La chaîne d’information MSNBC et l’animatrice
Andrea Mitchell ont-elles conspiré pour cacher au
public américain la prédilection de Barack
Obama pour la moutarde de Dijon, ce condiment
supposément élitiste ?
La question semble pour le moins saugrenue à une
époque où les États-Unis font face
à plusieurs crises. Mais elle constitue le point de
départ du « Dijongate », un
pseudo-scandale qui a troublé plusieurs
commentateurs conservateurs cette semaine.
Rappelons les faits. Mardi midi, le président
américain et son bras droit, Joseph Biden,
décident d’aller manger des hamburgers chez Ray’s
Hell Burger, un restaurant d’Arlington, en Virginie. Une
reporter et un caméraman de la chaîne NBC
font partie du petit contingent de journalistes qui
accompagnent le tandem de la MaisonBlanche afin
d’immortaliser le moment où l’homme le plus
puissant du monde passera sa commande au comptoir comme M.
Tout-le-Monde.
« Je voudrais un hamburger avec du fromage cheddar
et de la moutarde, pas de ketchup. Avezvous de la moutarde
épicée, de la moutarde de Dijon ou quelque
chose du genre? » a demandé Barack Obama.
Peu après, MSNBC, la chaîne soeur de NBC, a
diffusé des images de cette scène
historique. Dans son énervement, l’animatrice
Andrea Mitchell a couvert la voix du président en
commentant à chaud ce qu’elle voyait. Il n’en
fallait pas plus pour qu’un blogueur l’accuse de «
camouflage » et donne à cette affaire le nom
de « Dijongate », sous prétexte que les
téléspectateurs n’ont pas entendu le chef de
la MaisonBlanche demander de la moutarde de Dijon.
«
Obama a commandé un hamburger avec de la MOUTARDE
DE DIJON! Je parie qu’il a dû demander conseil
à John Kerry à ce sujet » , a
écrit William Jacobson, professeur de droit
à l’Université de Cornell, sur son blogue.
L’idée selon laquelle la moutarde de Dijon est un
condiment élitiste s’est répandue comme une
traînée de poudre chez les commentateurs de
droite. Sean Hannity, animateur de Fox News, a
ironisé en affirmant que le président avait
commandé un « condiment très
spécial » pour son « hamburger de
fantaisie ».
« Quelle sorte d’homme commande un hamburger sans
ketchup mais avec de la moutarde de Dijon? » s’est
pour sa part scandalisée l’animatrice de radio
Laura Ingraham.
« Il est incroyable, Obama », a
déclaré de son côté Mark Steyn
dans le cadre de l’émission radiophonique de Rush
Limbaugh. « Il mange un hamburger avec de la
moutarde de Dijon. De la moutarde de Dijon! »
Le Dijongate ne devrait pas étonner Barack Obama.
Dans son livre L’audace d’espérer, il évoque
la réaction paniquée d’un de ses conseillers
politiques après qu’il eut demandé à
une serveuse de restaurant si elle avait de la moutarde de
Dijon pour accompagner son hamburger au fromage.
Pour rassurer son conseiller, le futur président
lui dit : « Je ne crois pas qu’il y ait des
photographes dans le coin. »
Palin irrite certains républicains
- Richard Hétu
« Il y a au Sénat des gens qui
travaillent depuis 25 ans pour arriver là
où, presque du jour au lendemain, Sarah Palin
se retrouve. Cela crée de l’envie. »
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK — Le plus
récent passage de Sarah Palin à New York
et à Washington a démontré au
moins une chose: malgré les moqueries dont elle
fait encore l’objet, la gouverneure d’Alaska demeure
une star médiatique et une des
personnalités préférées de
la base républicaine.
Dimanche dernier, Sarah Palin,
ex-candidate à la vice-présidence des
ÉtatsUnis, a assisté au match de
baseball des Yankees de New York contre les Rays de
Tampa Bay au Yankee Stadium de New York.
Le hic, c’est qu’elle se fait aussi des ennemis au
sein de l’establishment de son parti, comme
l’indiquait lundi cette manchette du quotidien The
Hill, dont le sujet de prédilection est le
Congrès des États-Unis : « Palin
commence à irriter certains sénateurs
républicains. »
Selon The Hill, ces parlementaires trouvent que
l’ex-candidate à la vice-présidence
« prend trop au sérieux ses propres
ambitions présidentielles ». Il faut
évidemment préciser que quelques-uns des
nouveaux ennemis de Sarah Palin lorgnent
eux-mêmes la Maison-Blanche en 2012 ou ont des
amis qui rêvent de briguer la présidence.
« Je mets ces commentaires anonymes sur le
compte de la jalousie », a dit à La
Presse Bill Lacy, directeur de la campagne
présidentielle de l’ex-sénateur
républicain Fred Thompson. « Il y a au
Sénat des gens qui travaillent depuis 25 ans
pour arriver là où, presque du jour au
lendemain, Sarah Palin se retrouve. Cela crée
de l’envie. »
Certains bonzes républicains en veulent
à Sarah Palin pour une autre raison. En mars
dernier, ils l’ont invitée à prononcer
le discours principal d’une importante soirée
de collecte de fonds qui a eu lieu lundi à
Washington. La gouverneure d’Alaska a d’abord
refusé avant de se raviser. Mais il
était trop tard: l’ancien président de
la Chambre des représentants, Newt Gingrich,
avait accepté de remplacer la star montante du
Parti républicain.
Puis
une autre controverse a éclaté à
quelques jours de cette soirée. La gouverneure
d’Alaska allait-elle au moins daigner y assister?
Après avoir semé le doute et la
confusion à ce sujet, elle a
décidé d’y aller, finissant par
monopoliser l’attention des invités et des
médias. Fait à souligner : au même
moment où Newt Gingrich s’adressait à
l’auditoire d’environ 2000 personnes, la chaîne
Fox News diffusait une entrevue enregistrée
avec Sarah Palin qui a été vue par les
millions de téléspectateurs
réguliers de l’émission de l’animateur
Sean Hannity.
« Nous vous l’avions dit », a
déclaré la gouverneure lors de cette
entrevue, rappelant qu’elle et John McCain avaient
prévenu les Américains que Barack Obama
engagerait les États-Unis « sur la voie
du socialisme ».
Si Sarah Palin a perdu des amis au sein de
l’establishment républicain, elle demeure, en
revanche, très populaire auprès d’un
certain public, comme elle l’a démontré
samedi à Auburn, une petite ville de
l’État de New York. Ce jour-là, pas
moins de 20 000 personnes se sont
déplacées pour la voir participer
à un défilé en l’honneur de
William Seward, le secrétaire d’État
responsable de l’acquisition de l’Alaska au XIXe
siècle.
Bien sûr, la gouverneure républicaine n’a
pas encore annoncé son intention de briguer la
présidence en 2012.
« Je ne crois pas que sa candidature soit un
fait acquis », a dit Bill Lacy, qui dirige
aujourd’hui un laboratoire d’idées à
l’Université duKansas. « Il est clair,
cependant, qu’elle ne ferme aucune porte. Cela dit,
elle ne doit pas donner l’impression d’être
déjà en campagne, comme le fait Mitt
Romney. »
Un élu républicain,
introuvable pendant des jours... était avec son
amante
Le
gouverneur conservateur de Caroline-du-Sud, Mark
Sanford, qui s’était volatilisé
pendant plusieurs jours la semaine dernière
entraînant les spéculations des
médias américains, a reconnu hier
avoir eu une relation extraconjugale.
Le gouverneur
républicain de la Caroline-du-Sud, Mark
Sanford, et sa femme Jenny, ont connu des jours
plus heureux, comme lors de ce dîner
organisé par Barack Obama pour
l’association nationale des gouverneurs,
à Washington.
« La vérité, c’est que j’ai
trompé ma femme », a-t-il admis au
cours d’une étrange conférence de
presse qu’il avait organisée pour
s’expliquer sur ses déplacements pendant la
semaine dernière, alors que ni sa femme, ni
ses collaborateurs ne pouvaient dire où il
se trouvait.
M. Sanford, 49 ans, un temps pressenti pour
représenter le camp républicain
à l’élection présidentielle
de 2012, a admis qu’il avait eu une liaison de
plusieurs mois avec une femme en Argentine.
S’excusant longuement auprès de son
épouse, Jenny, de ses quatre enfants et des
ses électeurs, il a annoncé qu’il
allait renoncer à diriger l’Association des
gouverneurs républicains, mais a
refusé d’indiquer s’il allait quitter son
poste de gouverneur. Versant des larmes, il a dit
qu’il a passé les cinq derniers jours
à « pleurer en Argentine ». Sa
famille n’était pas présente
à la conférence de presse.
Pendant près d’une semaine, l’élu
s’était volatilisé. Ses
collaborateurs avaient d’abord indiqué
qu’il faisait de la randonnée dans la
chaîne de montagne des Appalaches, avant de
se rétracter, ce qui avait suscité
la curiosité de la presse.
L’élu, qui défend les valeurs
familiales et religieuses, se trouvait en
réalité en Argentine auprès
d’une femme rencontrée huit ans auparavant
avec laquelle il avait au départ une
amitié « très innocente
».
Lorsqu’il siégeait au Congrès
américain, Sanford avait appuyé la
destitution du président démocrate
Bill Clinton, citant la nécessité
d’une « légitimité morale
».
Cet
aveu s’ajoute à une liste grandissante de
mauvaises nouvelles pour les républicains,
qui cherchent à regagner des appuis face au
populai re président Barack Obama et ses
troupes démocrates.
Des extraits de la correspondance par courriel
entre le gouverneur et sa maîtresse ont
été publiés hier par The
State, un quotidien de la Caroline-du-Sud. Le
bureau du gouverneur n’a pas voulu commenter le
contenu de ces courriels, mais n’a pas non plus
mis en doute leur authenticité.
L’une des missives envoyées par le
gouverneur à son amante pouvait se lire
ainsi: « Je pourrais digresser et te dire
que tu as la capacité de donner de sublimes
baisers doux, ou que j’aime les
démarcations de ton bronzage, ou alors que
j’aime la courbe de tes hanches, ta beauté
érotique lorsque tu te tiens (ou que tu
tiens deux superbes parties de ton corps) dans la
lueur diffuse de la nuit – mais en disant cela, je
m’aventurerais dans des détails sexuels.
»
Sanford n’a pas dévoilé
l’identité de la femme avec qui il
entretenait cette relation.
Des critiques disent qu’il a négligé
ses obligations de gouverneur et a mis
l’État en danger en quittant le pays sans
transférer officiellement ses pouvoirs.
Sanford a révélé hier matin
qu’il avait passé sept jours en Argentine.
Sa femme a indiqué dans un
communiqué qu’elle lui avait demandé
de quitter temporairement le domicile conjugal.
La semaine dernière, une autre
étoile montante du Parti
républicain, connue pour ses positions
conservatrices, avait reconnu avoir eu une
relation extraconjugale. Le sénateur du
Nevada, John Ensign, 51 ans, avait admis avoir eu
une liaison avec l’une de ses employées.
Des protestations éloquentes
- Laura-Julie Perrault
SLOGANS ANTI-BUSH ET LANCERS DE SOULIERS
Ovationné par les centaines de gens
d’affaires qui ont payé jusqu’à 400
$ pour l’entendre parler, l’ex-président
américain George W. Bush a reçu un
tout autre accueil dans les rues de
Montréal, hier. Des centaines de personnes
se sont massées devant l’hôtel Reine
Elizabeth afin de dénoncer, à coups
de slogans et de lancers de souliers, la
première visite de l’ancien chef
d’État.
PHOTO PATRICK
SANFAÇON, LA PRESSE
Le périmètre
de sécurité autour du Reine
Elizabeth n’a pas empêché les
manifestants de lancer de vieilles chaussures,
un clin d’oeil au journaliste iranien
emprisonné pour avoir lancé ses
chaussures au visage de M. Bush.
« Bush terroriste, chambre de commerce
complice », ont crié à
répétition les manifestants, qui se
sont massés dès 11 h hier devant le
chic hôtel où devait avoir lieu le
discours de George W. Bush, une conférence
organisée par la firme Paiements optimal en
collaboration avec la chambre de commerce de
Montréal.
« À mes yeu x , Bush est un has been.
Pourquoi les gens de la chambre de commerce
veulent-ils l’entendre ? Pensent-ils vraiment
qu’il a quelque chose à leur apprendre ?
Sont-ils d’accord avec lui ? » s’est
indignée Françoise David,
porte-parole de Québec solidaire.
Cette dernière a participé à
la manifestation aux côtés de
plusieurs autres organismes, dont la Ligue des
droits et libertés, le collectif
Échec à la guerre et la
Fédération des femmes du
Québec. Tous ont dénoncé hier
la guerre en Irak et l’utilisation de la torture
par les autorités américaines, deux
i nitiatives de George W. Bush.
Un imposant dispositif de sécurité a
été déployé pour f a i
r e f ace à l a manifestation. Des
policiers montés à cheval ou
à bicyclette ainsi qu’une escouade
antiémeute ont obligé les
manifestants à s’éloigner de
l’hôtel du boulevard
René-Lévesque. Deux d’entre eux, qui
ont refusé de se déplacer, ont
été arrêtés manu
militari. « De la police montée sur
des chevaux, si ce n’est pas de la provocation, je
ne sais pas ce que c’est », a tonné
Charles Lemieux, du collectif Échec
à la guerre.
Le périmètre de
sécurité n’a pas
empêché les manifestants de lancer de
vieilles chaussures en direction des policiers et
du Reine Elizabeth, un clin d’oeil au journaliste
irakien Mountazer al-Zaidi, qui a passé
plus de six mois en prison pour avoir lancé
ses chaussures au visage de M. Bush.
Non, rien de rien… - Agnès Gruda
« Vous êtes président et vous
pensez a u x menaces qu i guettent votre pays. Une
des leçons que j’ai apprises, c’est que
vous devez frapper avant d’être
frappé. »
C’est avec cette formule lapidaire que l’ancien
président George W. Bush a justifié
hier sa décision d’attaquer Bagdad, en mars
2003.
Interviewé par le prochain
délégué du Québec
à New York, John Parisella , l
’exprésident Bush a esquivé toutes
les tentatives de lui faire porter un regard
critique sur certaines décisions de sa
présidence.
À un moment, l’animateur lui a
rappelé que Washington avait le monde
derrière lui lorsqu’il avait lancé
une offensive contre l’Afghanistan au lendemain
des attentats du 11 septembre, mais que ses appuis
se sont effrités après le
déclenchement de la guerre contre l’Irak.
«
Mais à l’époque, tous les services
de renseignement de la planète disaient que
Saddam Hussein possédait des armes de
destruction massive », a
répliqué l’ex-président.
Mais l’ Histoire a démontré le
contraire, lui a rappelé l’animateur.
« De toute façon, le monde est bien
mieux sans Saddam Hussein », a
tranché George W. Bush, selon qui sans
cette guerre, le monde serait aujourd’hui en proie
à une course nucléaire entre l’Iran
et l’Irak.
Oui, mais si M. Bush avait su à
l’époque ce qu’il a fini par savoir au
sujet de l’absence d’armes de destruction massive
en Irak, aurait-il quand même tenté
de renverser Saddam Hussein ? Réponse :
« Je crois que j’ai pris les
décisions que je devais prendre. »
George W. Bush cite les progrès de l a d
é moc r a -
Bush critique son successeur
—
L’ancien président George W. Bush a
critiqué les décisions de son
successeur Barack Obama en matière
économique et de sécurité
nationale, selon des propos rapportés par un
quotidien américain qui ont
immédiatement entraîné une
contre-attaque de la Maison-Blanche.
Lors d’une visite à Erie (Pennsylvanie),
l’ancien président s’est défendu de
vouloir critiquer son successeur tout en lui
réservant quelques piques, a rapporté
hier le Washington Times.
« Je sais que c’est le secteur privé
qui va faire sortir le pays de la période
économique que nous vivons », a-t-il
dit devant un groupe d’entrepreneurs, dans une
critique voilée de l’interventionnisme de
l’administration Obama dans la sphère
économique. « Vous pouvez
dépenser votre argent d’une meilleure
manière que le gouvernement ne le fait
», a-t-il ajouté.
M.
Bush a également évoqué le camp
de détention de Gua nt á namo, que Ba
r a c k Obama a promis de fermer d’ici janvier
prochain. « Je ne vais pas critiquer mon
successeur, at-il affirmé. Je tiens juste
à vous dire qu’il y a des gens à Gitmo
qui tueraient des Américains sans
hésitation. »
Le porte-parole de la MaisonBlanche, Robert Gibbs,
sans répondre directement aux propos de M.
Bush, a rétorqué hier par une critique
cinglante de son propre bilan. « Je pense
qu’il y a déjà eu un débat
» sur les positions des uns et des autres,
a-t-il dit. « Nous avons compté les
points en novembre et nous avons gagné
».
« Le président Obama a
hérité d’une catastrophe
économique, d’un chômage de masse, d’un
énorme déficit, de banques
insolvables, de constructeurs automobiles qui ont
reçu des milliards de dollars et ont maintenu
une stratégie qui les a obligés
à revenir tous les trois mois demander plus
», a-t-il énuméré.
M. Bush s’était montré jusqu’à
présent réticent à critiquer M.
Obama en public, laissant cette tâche à
son ancien vice-président Dick Cheney, qui
s’est montré particulièrement
féroce.
MARIAGE
GAI AUX ÉTATS-UNIS : Le vent tourne -
RICHARD HÉTU
« Nous avons le devoir de nous assurer que
l’égalité existe pour tout le monde.
»
Quel sera le prochain État américain
à reconnaître aux homosexuels le droit de
se marier ? Le New Hampshire? Le New Jersey? New York?
Quelle que soit la réponse, la tendance est
claire : le mariage gai gagne du terrain aux
ÉtatsUnis. Entre le 3 avril et le 6 mai, trois
nouveaux États – l’Iowa, le Vermont et le Maine –
l’ont légalisé, emboîtant le pas au
Massachusetts et au Connecticut.
« Il ne s’agit pas seulement de victoires
tactiques », a déclaré à La
Presse Scott Davenport, de l’association Freedom to
Marry, au lendemain de la promulgation par le gouverneur
démocrate du Maine d’un texte de loi
définissant le mariage comme une union entre deux
personnes et non plus entre un homme et une femme.
« Nous assistons à un changement progressif
qui s’étendra à tous les
États-Unis. Cela ne se produira pas du jour au
lendemain, mais nous y arriverons. »
L’optimisme de Scott Davenport repose sur plusieurs
facteurs, dont l’évolution marquée de
l’opinion à l’égard du mariage gai. Les
Américains sont désormais 49% à
l’approuver, selon le plus récent sondage
Washington Post/ ABC News, comparativement à 32%
en mars 2004.
La même étude, publiée à la
fin du mois d’avril, indiquait que 66% des
Américains âgés de 30 ans et moins
sont en faveur du mariage homosexuel. Cette
donnée a convaincu au moins un stratège
républicain de mettre son parti en garde contre
la tentation de continuer à enfourcher ce
thème comme cheval de bataille.
« Les républicains devraient
réexaminer jusqu’à quel point nous sommes
définis par des positions qui, à mon avis,
ne correspondent pas à nos valeurs fondamentales,
et qui nous mettent en porte-à-faux avec ce qui
deviendra un jour l’opinion d’une majorité
substantielle d’électeurs », a
déclaré Steve Schmidt, stratège de
la campagne présidentielle du sénateur
républicain de l’Arizona, John McCain, lors d’un
discours récent.
« Quelque chose a changé »
Bien qu’ils promettent de continuer leur combat, les
adversaires du mariage homosexuel reconnaissent que le
vent a tourné depuis 2004, l’année
où 11 États ont approuvé par voie
référendaire un amendement à leur
Constitution qui définit le mariage comme l’union
entre un homme et une femme.
Même la victoire qu’ils ont remportée lors
du référendum de novembre 2008 en
Californie semble lointaine.
« C’est palpable, quelque chose a changé,
et les gens doivent réagir », a
déclaré Brian Brown, de l’association NOM
( National Organization for Marriage), qui vient de
lancer une campagne publicitaire de deux millions de
dollars pour « mettre de l’avant le fait que le
mariage entre personnes du même sexe sape les
droits civils de ceux qui croient en la simple
vérité selon laquelle le mariage est
l’union d’un homme et d’une femme ».
Un des faits marquants de la lutte en faveur du mariage
homosexuel est peut-être survenu le 3 avril. Ce
jourlà, la Cour suprême de l’Iowa a
jugé dans une décision unanime que
l’interdiction du mariage homosexuel était
inconstitutionnelle et que les couples de même
sexe devaient avoir « plein accès »
à l’institution du mariage civil. Ce verdict
n’était pas rendu par un tribunal de San
Francisco ou de Boston, mais par un État rural
situé en plein coeur des États-Unis.
Trois j ours plus t a rd, le Vermont a
créé un précédent en
devenant le premier État à
légaliser le mariage homosexuel par voie
législative, et non judiciaire. Le Maine a
emprunté la même voie, et les États
du New Hampshire, du New Jersey et de New York, entre
autres, suivent également cet exemple, privant
les adversaires du mariage homosexuel de leur argument
préféré contre les « juges
activistes ».
ÀNewYork, c’est le gouverneur démocrate
David Paterson, le premier Noir à occuper ce
poste, qui mène le combat en faveur de la
légalisation des mariages entre personnes de
même sexe. À la mi-avril, en
présentant un texte de loi sur ce sujet, il a
comparé sa lutte au mouvement en faveur de
l’abolition de l’esclavage au XIXe siècle.
« Nous avons le devoir de nous assurer que
l’égalité existe pour tout le monde
», a-t-il déclaré lors d’une
conférence de presse.
Le texte de loi devrait être adopté
facilement par l’Assemblée de l’État de
New York. Son passage par le Sénat demeure
cependant incertain.
Sur le plan national, Barack Obama maintient son
opposition au mariage homosexuel, tout en se disant
« ouvert à la possibilité »
que son opinion sur le sujet soit erronée. Cette
position lui a valu d’être critiqué par des
militants des droits des homosexuels. Scott Davenport,
de l’association Freedom to Marry, lui donne cependant
le bénéfice du doute.
«
Je crois que le président Obama f i n i ra pa r
changer d’avis », a-t-il dit
La fin de l’ère Schwarzenegger ? -
NICOLAS BÉRUBÉ
Arrivé au pouvoir en 2003, Arnold Schwarzenegger
promettait d’imposer son gros bon sens à la
bureaucratie de l’État le plus populeux des
États-Unis. Aujourd’hui, le gouverneur
républicain est impopulaire, et la Californie est
au bord de la faillite. Schwa
Il devait faire le ménage, passer le balai,
chasser les bureaucrates incompétents et injecter
une dose de gros bon sens dans un État
endetté et paralysé par les querelles
partisanes.
Le
gouverneur
de la Californie, Arnold Schwarzenegger, connaît
une fin de règne difficile. On le voit ici au
début du mois alors qu’il réconforte des
personnes évacuées à la suite des
incendies de Santa Barbara. L’acteur Rob Lowe
l’observait derrière.
Aujourd’hui, Schwarzenegger est incapable de combler le
déficit de 21,3 milliards qui frappe la
Californie. Le gouverneur songe à supprimer
l’assurance maladie à plus d’un million d’enfants
pauvres, éliminer l’assistance sociale,
libérer des prisonniers un an avant la fin de
leur peine, et fermer 80% des 279 parcs de
l’État.
Près de six ans après avoir pris le
pouvoir, Schwarzenegger se trouve au point mort. Ses
gestes d’ouverture envers les progressistes lui ont
coûté l’appui des républicains. Ses
prises de position pro-entreprise l’ont mis en froid
avec les démocrates. Avec un taux de
popularité de 32%, Schwarzenegger est
isolé, incapable de changer la trajectoire de
l’État le plus endetté des
ÉtatsUnis, et la huitième économie
mondiale.
Les images du politicien macho, aimant fumer le cigare
et terroriser ses adversaires en les invitant à
discuter dans son bureau, font désormais partie
du folklore de la politique californienne.
« Durant sa c a mpagne, Schwarzenegger promettait
de dégraisser l’État, de réformer
le système politique et de restaurer un sens des
responsabilités », note Jaime A. Regalado,
directeur de l’Institut d’études politiques
Edmund G. Brown à l’Université de
Californie à Los Angeles.
« Aujourd’hui , on se rend compte qu’il n’a rien
accompli de tout cela. Rien. »
La semaine dernière, les électeurs ont
rejeté à deux contre un les hausses de
taxes et les mesures d’emprunts demandées par
Schwarzenegger pour boucler le budget. Le gouverneur se
battait depuis des mois pour faire passer ces mesures
impopulaires.
Un
contraste avec ses performances des premiers temps,
où la population l’appuyait avec enthousiasme.
« À son arrivée au pouvoir,
Schwarzenegger était un meilleur acteur que
lorsqu’il était à Hollywood, dit M.
Regalado. Dans le fond, il ne savait pas comment
gouverner. À la longue, les chiffres du budget
vous rattrapent. »
Pour Ethan Rarick, directeur du centre Robert T. Matsui
de l’ Université de Berkeley, Schwarzenegger a
hérité d’une tâche quasi
insurmontable : gouverner la Californie.
« Les
électeurs ont une énorme part de
responsabilité dans les problèmes
budgétaires, a-t-il noté
récemment. Ils profitent de services publics
de haute qualité sans payer les impôts
équivalents, et ils ont créé un
système où le gouverneur et les
législateurs ont les mains liées en
matière fiscale. »
Bons points pour l’environnement
Schwa rzenegger demeure populaire
à l’extérieur de la Californie,
où les gens ont surtout entendu parler de ses
initiatives progressistes, sur l’environnement et le
mariage homosexuel, souligne M. Regalado.
« L’héritage de
Schwarzenegger se trouve dans ses mesures
environnementales. Il n’avait pas fait campagne
là-dessus, mais sa ténacité a
été remarquée. Il est en faveur
des énergies propres et des voitures moins
polluantes, et c’est ce dont les gens vont se
souvenir. »
Le mandat de Schwarzenegger prendra fin à
l’automne 2010. Le gouverneur ne peut présenter
sa candidature une troisième fois. Il y a
quelques années, les gens le voyaient
déjà à Washington. Une perspective
difficile à imaginer, note M. Regalado.
« Quand vous êtes gouverneur, c’est vous le
patron. Quand vous êtes sénateur, vous avez
99 collègues. C’est difficile de voir cela comme
une promotion. Je pense que la carrière publique
de Schwarzenegger est derrière lui. »
Un Somalien comparaît pour piraterie
à New York
Une
première en plus de 100 ans
NEW YORK— Un jeune Somalien capturé par l’ US Navy dans
l’océan Indien a été
déféré, hier, devant un tribunal de New
York, qui a décidé de le juger comme un adulte
notamment pour piraterie, un chef d’inculpation pour lequel le
procureur va requérir la prison à vie.
Abdi
Wali Muse est arrivé de Somalie dans la nuit de lundi
à hier à New York.
Abdi Wali Muse était le premier pirate
présumé à comparaître devant la
justice américaine depuis plus d’un siècle. Il a
été inculpé de « piraterie selon la
loi des nations », un chef d’inculpation qui est «
nécessairement » puni par la détention
à vie, a indiqué le procureur, Lev Dassin, en
fin d’après-midi.
Le jeune Somalien est inculpé par ailleurs de complot
pour s’emparer d’un navire par la force, d’utilisation d’armes
à feu durant une attaque visant à s’emparer d’un
navire, de complot visant à une prise d’otages et
d’utilisation d’armes à feu dans le but de s’emparer
d’otages.
La date du procès n’a pas encore été
fixée, mais une prochaine audience
plénière se tiendra le 21 mai.
Le tribunal du district sud de Manhattan avait d’abord
déclaré le huis clos dans l’attente de la
détermination de l’âge d’Abdi Wali Muse, l’avocat
commis d’office, Phil Weinstein, ayant déclaré
avoir parlé au père du pirate, qui affirmait
qu’il n’était âgé que de 15 ans. «
Il dit qu’il est né le 20 novembre 1993 », avait
déclaré le juriste.
Peu après, le juge Andrew Peck a rouvert la
séance à la presse en déclarant que le
jeune homme serait jugé comme un adulte et que les
arguments de son père n’étaient pas
crédibles.
Vêtu
d’un T-shirt bleu et la tête baissée, la main
gauche bandée, le jeune Somalien, arrivé dans la
nuit de lundi à hier à NewYork, a suivi
l’audience par le truchement d’un interprète.
Abdi Wali Muse est le seul survivant des quatre auteurs de la
prise d’otages à bord du cargo Maersk Alabama. Il avait
été blessé à la main gauche
à la suite d’un coup de couteau infligé par un
membre de l’équipage lors de la lutte pour le
contrôle du porteconteneurs américain, le 8 avril
au large de la Somalie.
Une partie de l’équipage avait finalement repris le
contrôle du cargo, mais les pirates s’étaient
enfuis en prenant en otage le capitaine Richard Phillips sur
un canot de sauvetage.
Ce dernier a été libéré au bout de
cinq jours par une opération commando de la marine
américaine, au cours de laquelle le jeune pirate s’est
rendu, tandis que les trois autres pirates étaient
tués.
C’est « quelqu’un qui n’a pas connu la faim chez lui,
qui connaît la religion », a dit son père
sur les ondes de la radio Voice of America. À propos de
« ce qui l’a conduit à prendre la mer (...), la
seule explication que j’aie c’est qu’en raison de son jeune
âge, il a été entraîné dans
des mauvaises actions », a-t-il ajouté, assurant
que son fils n’était « pas un garçon
à problème ».
La secrétaire d’État américaine, Hillary
Clinton, a annoncé lundi que le groupe de contact de
l’ONU sur la piraterie au large de la Somalie (CGPCS) se
réunirait début mai à New York pour
tenter de faciliter les poursuites en justice contre les
pirates interpellés.
Le CGPCS, créé en janvier dernier par le Conseil
de sécurité de l’ONU, regroupe plus de 20 pays,
ainsi que l’Union africaine, l’Union européenne,
l’OTAN, le secrétariat de l’ONU et l’Organisation
maritime internationale.
ÉTATS-UNIS
Résolution historique
Barack Obama a qualifié hier d’« historique »
la résolution adoptée la veille par le
Sénat présentant formellement des excuses, au nom
du peuple américain, pour « l’esclavage et la
ségrégation raciale » envers les Noirs
américains. Le président américain pourrait
assister au début du mois de juillet à une
cérémonie au Capitole pour célébrer
l’événement.
ÉTATS-UNIS Une enquête met en
évidence d’importants manquements à la
sécurité - Nicolas Bérubé
Des bombes introduites dans 10 édifices
fédéraux à haut risque
— Les agents
fédéraux américains ont la
réputation d’être tatillons et pas
spécialement sympathiques. Une enquête
révèle qu’ils sont aussi dangereusement
inefficaces.
Le
rapport précise, sans les nommer, que les
édifices visés par l’enquête sont
considérés comme étant à «
haut risque » d’être la cible d’une attaque.
Ci-dessus, des pompiers mènent une inspection au
Lincoln Memorial, à Washington, après une
alerte au bacille du charbon, en novembre 2006.
En mai et juin derniers, des enquêteurs ont pu entrer
dans 10 édifices fédéraux
américains en ayant sur eux le matériel
nécessaire pour fabriquer une bombe.
Une fois à l’intérieur, les enquêteurs ont
pu trouver un endroit tranquille pour assembler la bombe et la
dissimuler dans une valise, pour ensuite marcher librement
à divers étages de l’édifice.
La liste des bâtiments visités lors de
l’enquête n’a pas été rendue publique. Le
rapport précise qu’il s’agit d’édifices de
« niveau de sécurité IV », soit des
endroits considérés comme étant à
« haut risque » d’être la cible d’une
attaque.
Le responsable du Comité sur la Sécurité
intérieure et les Affaires gouvernementales, le
sénateur Joe Lieberman, s’est dit «
révolté » par les conclusions du rapport,
qui a filtré dans les médias hier.
« Franchement, il est inacceptable que des millions de
personnes qui visitent les édifices
fédéraux ou y travaillent soient potentiellement
exposés à une attaque terroriste. »
M. Lieberman a noté que deux attaques sur des immeubles
fédéraux avaient eu lieu ces dernières
années : l’attaque terroriste contre le Pentagone le 11
septembre 2001, qui avait fait 184 victimes, et l’explosion
qui a soufflé le Murrah Federal Building, à
Oklahoma City, en 1995, où 168 personnes ont perdu la
vie.
Les
manquements qu’ont observés les enquêteurs
habillés en civil sont importants. Dans un cas, un
garde a été filmé en train de dormir,
assis sur sa chaise. Un autre agent a
révélé avoir pu franchir le
contrôle de sécurité en 27 secondes, alors
qu’il avait sur lui toutes les composantes nécessaires
à la fabrication d’une bombe.
Un enquêteur a aussi vu un nouveau-né passer avec
son landau dans une machine à rayons X, un incident
potentiellement dangereux pour l’enfant, et qui est dû
à la négligence de l’agent en service.
Des problèmes « fondamentaux »
Hier, la sénatrice du Maine, Susan Collins, a
qualifié « d’inacceptables » les
résultats de l’enquête, dont le réseau ABC
a diffusé les conclusions, et aussi certaines images
vidéo.
« Ce qui me choque, c’est que les problèmes sont
fondamentaux. Si les enquêteurs avaient réussi
à faire entrer des composantes pour une bombe dans un
ou deux édifices, ça aurait été
troublant, surtout qu’il s’agit d’édifices à
haut risque. Mais le fait qu’ils ont réussi chaque fois
démontre que le problème est
particulièrement répandu. »
De passage devant un comité sénatorial, hier, le
directeur du Federal Protective Service, Gary Schenkel, a dit
prendre l’entière responsabilité des manquements
de son organisation.
« Je suis le responsable, je suis le directeur. Nous
avons des problèmes sur le plan de la supervision et
nous allons y remédier. »
L’enquête a été menée par le
Government Accountability Office, une organisation qui
surveille les activités du gouvernement. Le document
note que plusieurs édi f ices sont
protégés par des agents privés, qui sont
souvent mal entraînés ou dont la formation
remonte à plusieurs années.
LE CANADA, C’EST OÙ? C’EST QUOI ?
- Louise Leduc
Aujourd’hui,
les États-Unis célèbrent leur
fête nationale sur fond de crise économique. Le
sondage Angus Reid révèle que leurs
connaissances de leur voisin du Nord semblent encore
très limitées : seulement 7% des
Américains savent que le Canada est leur p
Les Américains ignorent que le Canada est le
principal partenaire commercial des États-Unis, ils
ne comptent pas du tout sur leur voisin pour les aider dans
la lutte contre le terrorisme et ils ne sont qu’un tiers
à pouvoir situer correctement sur une carte le
Québec, l’Ontario et la ColombieBritannique,
révèle un sondage Angus Reid mené en
juin sur l’internet.
Aux yeux de 50% des Américains, la Chine est le
premier partenaire commercial de leur pays, tandis que 11%
croient que la bonne réponse est le Japon. Seulement
7% ont correctement choisi le Canada.
Ce tiers de répondants capables de situer
géographiquement des provinces canadiennes
étonne particulièrement Charles-Philippe
David, coprésident de l’Observatoire sur les
États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand, à
l’UQAM. Pas parce que c’est peu, mais parce que c’est
beaucoup, dit-il, quand on compare ce résultat
à des études semblables sur l’état des
connaissances des Américains. « Quand
j’enseignais aux États-Unis il y a 15 ans, les gens
pensaient souvent que le Québec était une
province du Mexique. »
Chez Angus Reid, on ne nie pas que certains
répondants ont peut-être fait une petite
recherche sur Google avant de répondre au
questionnaire électronique.
Guy Lachapelle, professeur de science politique à
l’Université Concordia, est lui aussi surpris qu’un
tiers des répondants soient quand même capables
de situer correctement les trois provinces canadiennes sur
une carte, mais il est convaincu que les Américains
connaissent de mieux en mieux le Canada en
général et le Québec en particulier. Le
Canada, ne serait-ce qu’en raison de tous ces débats
reliés au libre-échange et des mérites
comparés des systèmes de santé (un
enjeu d’importance lors de la dernière campagne
électorale canadienne) et le Québec, en raison
de sa forte percée culturelle. « Tout le monde
sait que Céline Dion est canadienne et que sa
première langue, c’est le français. Le Cirque
du Soleil, Guy Laliberté en tête, s’est
beaucoup publicisé comme une institution
québécoise. Le Canada et le Québec font
aussi beaucoup plus parler d’eux qu’on ne le croirait.
Moi-même, il
m’est
déjà arrivé d’être
interviewé par un obscur journal de Floride! Et
Montréal a également beaucoup fait parler de
lui en raison de son opposition à la guerre en Irak:
les médias américains ont relevé que
c’est chez nous et à Barcelone qu’il y a eu le plus
de manifestants dans les rues. »
Le vice-président aux affaires publiques d’Angus
Reid, Jaideep Mukerji, pense que « les
Américains sont de plus en plus curieux du Canada
». Il souligne que près d’un Américain
sur cinq a visité le Canada au cours des cinq
dernières années. Et que « près
des trois quarts de ceux qui ne sont pas venus ont dit que
ça les intéressait ».
Les Américains qui souhaitent venir au Canada
aimeraient surtout (à 22%) visiter la
Colombie-Britannique, l’Ontario (20%) et le Québec
(14%). Pourquoi ces provinces en particulier? Là
encore, la force culturelle du Québec ressort. Les
Américains attirés par le Québec le
sont pour ses festivals et ses concerts (24%) de même
qu’en raison de sa culture unique (24%), alors qu’ils ont
surtout envie d’aller en Ontario parce que c’est tout
près (20%) et en ColombieBritannique pour profiter
des beaux paysages (41%).
Même si elles sont toujours insuffisantes, les
connaissances des Américains sur le Canada
s’améliorent, croit Charles Doran, directeur du
Centre d’études canadiennes à
l’Université Johns Hopkins, à Washington. On
parle tellement de la montée de la Chine que ce n’est
peut-être pas si surprenant, dit-il, que la
moitié (50%) des Américains définissent
à tort ce pays comme leur premier partenaire
commercial.
Pour ce qui est de la géographie, « pas
sûr non plus que beaucoup d’Américains
sauraient situer le Texas avec exactitude ! »
lance-t-il. « Par ailleurs, bon nombre
d’Américains ont des liens familiaux avec le Canada –
beaucoup d’entre eux ont d’ailleurs un patronyme francophone
–, sans compter que plusieurs ont maintenant des liens
d’affaires avec des Canadiens et qu’ils sont nombreux
à voyager. »
Enfin, s’ils décident de mettre le cap vers le Nord,
ce ne sont pas trop les nouvelles exigences aux
frontières qui empêcheront les
Américains de le faire: 74% des répondants ont
indiqué que le fait de devoir présenter un
passeport américain ne changera rien à leur
souhait de se rendre au Canada.
La crise obsède les Américains
« La
crise économique actuelle est d’une ampleur sans
précédent depuis la Grande
Dépression. »
Malgré le changement de cap opéré par
le président Barack Obama ces derniers mois, le
calvaire des Américains n’est pas terminé.
À en croire le sondage Angus Reid, ils demeurent
obsédés par la crise économique et
convaincus que leur pays va dans la mauvaise direction.
Preuve que la crise affecte leur moral: 41% des
Américains pensent que les États-Unis sont
sur « la mauvaise voie ».
Moins du tiers, soit 31%, estiment au contraire que le
pays va dans la bonne direction. Les autres
Américains interrogés se disent incertains.
Selon le
directeur de la chaire d’études politiques et
économiques américaines à
l’Université de Montréal, Pierre Martin, une
partie des Américains qui parlent d’une «
mauvaise voie » sont probablement en accord avec les
politiques mises de l’avant par Barack Obama, mais
estiment que les améliorations ne sont pas encore
notables.
L’autre partie des Américains qui tient le
même discours est probablement formée de
conservateurs d’allégeance républicaine,
estime M. Martin. Leur opinion serait donc « un
refus très partisan de considérer quoi que
ce soit de positif », dit-il.
À la base des inquiétudes en sol
américain: l’économie. C’est la
réponse donnée par 53% des Américains
lorsqu’on leur a demandé: « Quelle est la
question la plus importante à laquelle les
États-Unis doivent se confronter aujourd’hui ?
»
Les autres enjeux ne font pas le poids. La santé
arrive en deuxième position, à 9%. Le
terrorisme, véritable bête noire des
Américains sous George W. Bush, glisse en
cinquième position, à 3%. Et seuls 2% des
Américains placent en tête de liste les
guerres en Irak et en Afghanistan. « Il n’y a rien
d’étonnant à ce que l’économie prenne
une telle place dans les préoccupations des
Américains. C’est une crise d’une ampleur sans
précédent depuis la Grande Dépression
», fait remarquer M. Martin. Il précise que
l’enjeu de la santé est intimement lié aux
problèmes économiques actuels.
Par ailleurs, si le désengagement américain
semble rassurer la population, l’expert estime que si
l’Afghanistan et le Pakistan les préoccupent moins,
c’est surtout parce que les Américains
perçoivent mal l’ampleur des défis dans ces
deux pays. « C’est clair que n’importe quel
observateur objectif va se rendre compte qu’on n’est pas
sorti du bois dans ce dossier! »
OBAMA TOUJOURS POPULAIRE AU CANADA
Les
Canadiens continuent d’admirer Barack Obama: voilà
ce que laisse croire un sondage publié à la
veille de la fête nationale des États-Unis,
et qui suggère que le président
américain est plus populaire que les politiciens
canadiens. Selon ce sondage Harris-Décima - La
Presse Canadienne, les trois quarts des Canadiens croient
que M. Obama accomplit de « l’excellent » ou
du « bon » travail. Une proportion de 16% des
répondants ont qualifié «
d’adéquate » la performance du
président américain, tandis que 4% disent
que son rendement est de piètre qualité. La
popularité de M. Obama au Canada s’étend
à toutes les régions du pays. Le leader
américain est plus populaire parmi les
Québécois, les Ontariens et les
résidants des provinces de l’Atlantique, mais
à peine moins à l’ouest de l’Ontario. Le
vice-président de Harris-Décima, Jeff
Walker, a noté que la popularité de M. Obama
au Canada n’a jamais diminué depuis sa prestation
de serment et il profite encore de l’appui de la
population, du moins celle du Canada.
Neutres face à la souveraineté
« Dans
cinq ou dix ans, j’ai l’impression que les Américains
seront moins inquiets d’un point de vue identitaire. »
Si un autre référendum sur la
souveraineté avait lieu au Québec, le
gouvernement des États-Unis devrait rester neutre,
croient 68% des répondants américains à
un sondage Angus Reid réalisé en juin.
« Et c’est exactement ce que souhaitait le Parti
québécois lors du référendum de
1995: que le gouvernement reste neutre », dit Guy
Lachapelle, professeur de science politique à
l’Université Concordia.
À l’époque, Bill Clinton s’était
très peu avancé. Invité aux Communes,
il avait parlé d’un Canada « fort et uni
» et de la belle relation commerciale entre les
ÉtatsUnis et le Canada, refusant
catégoriquement de s’engager davantage et
d’évoquer l’hypothétique séparation du
Québec.
Quand on
indique par ailleurs aux Américains qu’il y a au
Québec des lois sur l’affichage et quand on leur
demande ce qu’ils penseraient du fait qu’on vote sur ce
sujet dans leur propre État, 67% des
répondants s’y montrent favorables.
Facileàdirequandonn’est pas concerné? Guy
Lachapelle, secrétaire général de
l’Association internationale de science politique, observe
que « pas moins de 26 États ont voté
jusqu’ici des lois linguistiques ».
Vrai, la montée de l’espagnol fait peur,
relève pour sa part CharlesPhilippe David,
coprésident de l’Observatoire sur les
États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand. «
À mon avis, on est d’ailleurs au plus fort de cette
inquiétude, inquiétude que Barack Obama saura
sûrement calmer si l’on se fie déjà au
rapprochement entre les démocrates et les
hispaniques. Dans cinq ou dix ans, j’ai l’impression que les
Américains seront plus inclusifs, moins inquiets d’un
point de vue identitaire. » Actuellement, pour 64% des
répondants, pas question que l’espagnol devienne la
deuxième langue officielle des États-Unis.
Même la pertinence de l’enseigner à
l’école est matière à débat :
50% des répondants n’y sont pas favorables.
Charles Doran, directeur du Centre d’études
canadiennes à l’Université Johns Hopkins
à Washington, croit que tout parallèle entre
le français au Québec et l’espagnol aux
États-Unis est hasardeux. « Les deux situations
ne se comparent pas. Au Canada, le français est la
langue de l’un des deux peuples fondateurs. Aux
États-Unis, l’espagnol est au contraire le fait d’une
immigration encore très récente. »
Les mauvais voisins - Alain Dubuc
Le
resserrement de la frontière canado-américaine
nous replonge 100 ans en arrière.
Ce sera le premier été où les familles
devront être munies de passeports pour passer quelques
jours sur le bord de la mer en Nouvelle-Angleterre.
Au-delà de l’agacement pour les voyageurs et des
effets négatifs sur le tourisme des deux
côtés de la frontière, cette nouvelle
mesure de contrôle douanier soulève des
questions bien plus profondes sur la nature de nos rapports
avec les États-Unis et sur la dynamique du bloc
continental que nous formons.
L’Europe s’agrandit et a réussi à pratiquement
éliminer les frontières sur un vaste
territoire. Malgré
l’hétérogénéité de ses
populations, elle a favorisé une véritable
mobilité des personnes. Par comparaison, le
resserrement de la frontière canado-américaine
nous replonge 100 ans en arrière, et cette logique
est absolument à contre-courant dans un monde de plus
en plus ouvert.
Le paradoxe est d’autant plus grand que nous partageons la
plus grande frontière, que le niveau
d’échanges entre nos deux pays est le plus important
au monde, que nos modes de vie sont similaires et que les
deux sociétés sont interreliées comme
nulle part ailleurs.
Ce qui sera décevant pour bien des gens, c’est que
l’arrivée du président Obama n’a rien
changé à la situation, bien au contraire. Le
renforcement des frontières, amorcé par
l’administration Bush, s’est poursuivi avec la même
intensité. En plus, le Canada doit faire face au plus
sérieux sursaut protectionniste américain
depuis longtemps, avec les clauses d’achat américain
des grands projets de relance économique.
La dynamique
qui a amené les États-Unis à renforcer
les contrôles frontaliers repose sur deux fondements,
qui tous deux reflètent un mélange
d’indifférence et d’incompréhension à
l’égard du Canada, pourtant leur plus important
partenaire commercial.
Le premier fondement, c’est la lutte contre l’immigration
illégale, de Mexicains et de Latino-Américains
qui pénètrent aux ÉtatsUnis par ses
frontières sud. Cela a mené à un
important déploiement, clôtures, patrouilles et
vérifications serrées des identités.
Dans une logique mécanique, on a étendu au
Nord des mesures conçues pour le Sud. Heureusement,
l’arsenal de protection n’est pas le même. Mais la loi
est la même, sans tenir compte du fait que le Canada
est une économie avancée, en symbiose avec les
États-Unis, et que le Mexique est une économie
émergente avec les problèmes que cela
comporte.
Le second fondement, c’est la sécurité,
surtout après le 11 septembre. Les Américains,
à juste titre, ont voulu mieux protéger leur
territoire. Leur argument massue étant le fait que la
frontière canado-américaine soit une passoire
par laquelle sont passés les terroristes du 11
septembre. C’était faux. Mais la légende
urbaine est si persistante que la secrétaire du
département de la Sécurité
intérieure, Janet Napolitano, l’a
répétée il y a quelques mois, pour
ensuite s’excuser. Mais quelqu’un l’avait «
briefée », ce qui en dit long sur la culture
qui préside aux prises de décision.
Ces contrôles sont-ils nécessaires ? Les
Européens, qui ont bien plus souffert du terrorisme
que les Américains, ont manifestement jugé que
ce n’était pas la meilleure façon de
gérer les problèmes. Je soupçonne que,
là comme ailleurs, les États-Unis ont
déployé des mesures de sécurité
qui servent plus à frapper l’imagination qu’à
donner des résultats tangibles.
Mais il n’y a pas que la sécurité. Les
douaniers américains ne font pas que vérifier
les identités, ils contrôlent le contenu des
paniers de pique-niques, ils rendent la vie difficile aux
camionneurs. Et tout cela illustre le réflexe de
repli sur soi des Américains en période de
crise, qu’elle soit provoquée par le terrorisme ou la
récession. Et nous en sommes les victimes, en sachant
que, pour des raisons géographiques évidentes,
nous ne pouvons pas choisir nos voisins.
Un mythe très ancré
Les
Américains persistent à croire que des
terroristes passent régulièrement par la
frontière canadienne pour rentrer aux États-Unis
Le gouvernement canadien devra renforcer
sa campagne de sensibilisation auprès des
Américains pour changer
leur perception.
L’auteur est chercheur associé à l’International
Center for Terrorism Studies, à Washington, et à
la chaire de recherche du Canada en politiques
étrangère et de défense canadiennes
à l’Université du Québec à
Montréal.
La déclaration de la secrétaire
américaine à la Sécurité
intérieure, Janet Napolitano, cette semaine, au fait
que des terroristes passent régulièrement par la
frontière canadienne vers les États-Unis est un
mythe qui se perpétue chez nos voisins du Sud, et ce,
malgré un nombre considérable d’initiatives
entreprises par le gouvernement du Canada depuis septembre
2001.
Que l’on pense à la déclaration sur la
frontière commune en décembre 2001 entre le
Canada et les États-Unis, à la mise en place
d’un cadre législatif plus strict sur le terrorisme
(considéré trop strict pour certains), à
l’augmentation significative des budgets des agences de
renseignement, à la création d’une liste
d’entités terroristes similaire à celle en place
auxÉtatsUnis et j’en passe. L’idée d’un voisin
mou sur l’enjeu du terrorisme est toujours présent,
tant dans la classe politique américaine que dans la
population générale.
Cette situation prouve deux faits. De l’un, les
États-Unis ne sont toujours pas à 100%
satisfaits de la façon dont le Canada traite la menace
terroriste et souhaite voir la mise en place d’une position
encore plus dure sur le sujet. Avec les récents
événements qui se produisent au Mexique, les
Américains n’ont jamais été aussi
sensibles quand vient le temps de parler de frontières
depuis 2001. Les États-Unis s’assurent d’ailleurs
d’afficher occasionnellement leur mécontentement sur le
système de réfugiés implanté au
Canada, jugé par plusieurs politiciens
américains comme étant une potentielle menace
à la sécurité du continent.
Deuxièmement,
ce
récent épisode démontre également
que cette inquiétude était présente
pendant l’administration Bush et s’est perpétuée
chez la nouvelle administration démocrate du
président Obama ou, du moins, chez certains membres de
son cabinet . Ainsi , on se rend compte que cet état
d’esprit est répandu autant chez les
républicains que les démocrates, sans oublier la
population qui ne manque rarement de souligner le fait que son
voisin du nord prend à la légère la
menace terroriste, et ce, à tort ou à raison.
La réaction de l’ambassadeur du Canada à
Washington, Michael Wilson, est un pas ferme dans la bonne
direction. Le Canada se doit d’une manière ou d’une
autre de se détacher de ce mythe, qui continue à
ternir l’image du Canada sur la scène internationale,
mais surtout aux États-Unis.
Cependant, ce mythe est tellement ancré que le
gouvernement du Canada devra prendre de bien plus grands
moyens pour arriver à ses fins. Il est sans doute plus
difficile de changer la perception au sein de la population
américaine, mais une sérieuse campagne de
sensibilisation se doit d’être renforcée. Le
Canada s’est déjà mis à l’oeuvre par le
passé à démontrer comment le pays prenait
au sérieux la menace terroriste. Force est de constater
qu’il y a encore un important chemin à faire quand on
apprend que la chef de la sécurité
intérieure aux États-Unis croit toujours que le
Canada est un transit pour des terroristes qui veulent
sévir chez nos voisins.
Si l’on décide de se choquer, aussi bien le faire pour
de vrai et être crédible dans ses
démarches.
Déclarations
sur
les terroristes du 11 septembre et le Canada Janet
Napolitano clarifie ses propos
La secrétaire américaine de la
Sécurité intérieure a
déclaré que sa visite à Ottawa
était une tentative d’aplanir ses relations avec le
Canada.
OTTAWA— La secrétaire du département
américain de la Sécurité
intérieure, Janet Napolitano, a dû une
nouvelle fois clarifier ses déclarations sur les
terroristes du 11 septembre2001, lors de sa visite
à Ottawa, hier.
Il y a quelques semaines, dans une entrevue à CBC,
Mme Napolitano avait soulevé l’indignation de ce
côté-ci de la frontière en affirmant
à tort que les responsables des attentats du 11
septembre étaient venus du Canada.
Elle est depuis revenue sur ses paroles. Mais elle a
été appelée à le faire
à nouveau, hier, lors d’une conférence de
presse au parlement, à l’occasion de sa
première visite officielle dans la capitale
canadienne. « Laissezmoi le dire encore une fois :
nous savons et je sais que les ter roristes du 11
septembre n’ont pas traversé la frontière
canadienne. Je regrette que les médias canadiens ne
semblent entendre que cela, une déclaration
inexacte de ma part à ce sujet », a-t-elle
dit.
Ce n’était pas la première fois que la
secrétaire faisait sursauter les médias
canadiens depuis sa nomination par le président
américain Barack Obama. Elle a notamment
soulevé des inquiétudes en commandant une
étude des points faibles de la frontière
canado-américaine, peu après son
arrivée en poste.
Dans une entrevue accordée au Christian Science
Monitor, la semaine dernière, cette ancienne
gouverneure de l’Arizona a déclaré que sa
visite à Ottawa se voulait une tentative d’aplanir
des relations devenues cahoteuses avec les Canadiens, tout
en se penchant sur des enjeux d’intérêt
mutuel.
Nouvelle
ère de collaboration
Le ministre de la Sécurité publique, Peter
Van Loan, lui a facilité la tâche en faisant
deux conférences de presse à ses
côtés, au cours desquelles il a
décrété une « nouvelle
ère de collaboration » avec les
États-Unis en matière de
sécurité aux frontières et
d’échanges commerciaux.
Le ministre et la secrétaire ont annoncé
mardi à Detroit qu’ils comptaient rendre permanent
le projet pilote Shiprider. Ce projet consiste en des
patrouilles sur un même bateau d’agents canadiens et
américains dans des eaux frontalières, comme
certaines portions du fleuve Saint-Laurent, ce qui permet
d’arrêter des malfaiteurs des deux
côtés de la frontière.
Les deux politiciens sont toutefois restés vagues
sur certaines de leurs intentions, comme la
création d’un nouveau processus d’évaluation
de la menace et des risques ainsi que de l’échange
d’information entre les deux pays concernant la
circulation des biens et des personnes.
Par ailleurs, le ministre Van Loan a désigné
la cybersécurité comme une nouvelle forme de
course aux armements pour le Canada comme pour les
ÉtatsUnis, une image que Janet Napolitano n’a pas
réfutée. Il a convenu que la Chine et la
Russie, mais aussi des individus ou groupes
d’intérêts étaient
particulièrement actifs dans le domaine.
« Nous continuons à élaborer des
systèmes de défense, et nous continuons
à avoir du succès, mais c’est comme une
course aux armements, nous nous améliorons, et ils
s’améliorent », a-t-il dit.
UNE BRÈCHE DANS LE MUR - Nicolas
Bérubé
Inauguré il y a 35 ans, Friendship Park est le seul
pointderencontrelelongdes3169 kmdelafrontière
américano-mexicaine. Les gens des deux pays ont pris
l’habitude de fréquenter le parc, divisé par une
grande grille, pour voir des proches dont ils sont sépa
Des hélicoptères de l’armée
américaine bourdonnaient audessus de sa tête.
D’immenses VUS blanc et vert des Border Patrol, les agents
frontaliers, circulaient sur les routes de terre battue,
donnant à l’endroit l’ambiance d’une zone militaire.
Les
Mexicains disent être humiliés par le mur,
symbole pour eux de l’arrogance et du sentiment de
supériorité qui animent les Américains.
Dans un stationnement isolé, Dan Watman a rejoint un
groupe qui a marché durant une demi-heure sur un
sentier à travers un champmarécageux pour
atteindre sa destination: Friendship Park, sans doute le parc
le plus difficile d’accès en Amérique.
« Le parc était méconnaissable, dit M.
Watman, qui est professeur d’espagnol dans un collège
de San Diego. D’habitude, c’est un endroit paisible. Ce
jour-là, il y avait des bulldozers et des camions
partout. »
M. Watman est passé à l’action. Il s’est
planté au centre du parc, à l’endroit où
des grues et des bulldozers érigeaient trois murs
parallèles hauts de 5 mètres sur la
frontière mexicaine.
M. Watman tenait une affiche de carton sur laquelle il avait
écrit « MAKE FRIENDS ».
Les travaux ont stoppé. Des agents sont arrivés
et lui ont ordonné de quitter les lieux. M. Watman a
refusé.
Au bout d’une heure, les autorités
fédérales lui ont passé les menottes et
l’ont emmené de force à bord d’un camion
blindé. Des agents ont également
confisqué la carte mémoire de la caméra
vidéo d’un supporter qui filmait la scène.
Les bulldozers ont repris leur travail. M. Watman a
été accusé d’avoir fait intrusion dans
une zone contrôlée par le gouvernement
fédéral.
« Mon geste était symbolique, mais je voulais
envoyer un message, dit-il. Je dois bientôt aller en
cour, mais ça m’est égal. Je ne pouvais pas me
taire devant ce qu’ils sont en train de faire au parc. »
Endroit unique
Friendship Park comprend plusieurs tables de piquenique,
quelques vieux chênes qui font de l’ombre, et offre une
vue saisissante de l’océan Pacifique. Mais ce qui rend
l’endroit unique n’est pas son emplacement bucolique : le
parc, de forme circulaire, est coupé en son centre par
la frontière avec le Mexique.
Depuis des décennies, des familles
séparées par les lois sur l’immigration viennent
passer du temps le long de la grille haute de quatre
mètres qui sépare les deux pays. Des vendeurs de
tamales et de tacos font des affaires au Mexique comme aux
États-Unis, passant leurs mets entre les larges
barreaux d’acier.
Dan Watman, lui, a lancé un projet peu orthodoxe:
organiser des activés culturelles pour les gens des
deux côtés dumur. Au fil des années, il y
a donné des cours d’espagnol et d’anglais, des
séances de lecture et même des leçons de
surf, les participants dévalant les vagues de chaque
côté de la frontière, qui s’étend
sur 3169 km à travers le continent.
« Les activités sont très suivies, dit-il.
On peut avoir entre 20 et 150 personnes des deux
côtés de la clôture.
Le Friendship Park a été inauguré en 1971
par la femme du président Nixon, Patricia, qui l’a
décrit comme un symbole de paix et de fraternité
entre les peuples. Ce jour-là, Mme Nixon avait
demandé que des employés coupent le fil de fer
qui marquait la frontière, afin qu’elle puisse aller
embrasser des bébés du côté
mexicain. « Je souhaite de tout mon coeur que cette
clôture soit un jour démantelée, a-t-elle
dit, et que nous puissions vivre dans l’harmonie. »
Dan Watman a quant à lui commencé à
fréquenter le parc il y a cinq ans. Il avait l’habitude
d’emmener ses élèves en visite à Tijuana,
à quelques minutes de route de San Diego. En 2004, les
agents frontaliers ont exigé qu’il remplisse tous les
formulaires de douane nécessaires pour faire cette
visite, qui auparavant était organisée
spontanément.
«
C’était interminable. Ces formulaires étaient
complexes. Tout ça pour une simple visite d’une
journée. »
C’est à ce moment qu’il a eu l’idée de d’emmener
ses élèves au Friendship Park, une
activité qui a été
appréciée, dit-il. « La rencontre a
été extraordinaire. Les élèves ont
aimé cela. Ils posaient toutes sortes de questions sur
la vie auMexique aux gens de l’autre côté.
C’était touchant de voir autant d’interactions, et
aussi de voir à quel point les jeunes Américains
connaissent peu de choses sur la vie au Mexique. »
Au bout de quelques visites, M. Watman a formé un
groupe, Border Meetup, et se rendait une douzaine de fois par
été à la frontière, avec des
bénévoles et des gens intéressés.
Il y a organisé plusieurs activités
d’échange, comme des lectures de poésie, des
cours de yoga, des séances de salsa, suivies des deux
côtés de la clôture.
Des activités banales, mais qui poussent souvent les
participants à faire des découvertes
étonnantes, dit-il.
« Bien des Américains sont surpris d’entendre un
Mexicain dire qu’il aime vivre au Mexique, avec sa famille, et
qu’il ne cherche pas à immigrer aux États-Unis.
LesAméricains sont aussi souvent étonnés
de parler à des Mexicains qui sont en vacances et qui
visitent la région frontalière. Pour eux, c’est
difficile de concevoir que des Mexicains peuvent avoir le luxe
de faire du tourisme. »
Les Mexicains, eux, disent être humiliés par le
mur, symbole pour eux de l’arrogance et du sentiment de
supériorité qui anime les Américains.
« Dans nos discussions à travers la
clôture, plusieurs Américains témoignent
de leur dégoût pour le mur. Ça surprend
toujours les Mexicains. Pour eux, tous les Américains
sont racistes et arrogants. Ça leur donne tout un choc
que voir que des Américains sont gentils avec eux et
intéressés à leur parler. »
Surveillance accrue
Aujourd’hui, le parc est fermé au public et
surveillé par des agents frontaliers qui passent la
journée à l’air climatisé, dans leurs
véhicules garés entre les tables de piquenique.
Tout contact avec les gens de l’autre côté du mur
est interdit.
John Fanestil, un prêtre méthodiste qui habite
San Diego, a pris l’habitude d’aller célébrer la
messe en plein air chaque dimanche au Friendship Park. Ce
printemps, son groupe et lui se sont heurtés à
un groupe d’agents frontaliers armés qui leur ont
ordonné de rebrousser chemin.
« J’ai célébré la messe quand
même, à l’extérieur du parc. Quand j’ai
voulu m’approcher de la clôture pour donner
l’Eucharistie, ils m’ont arrêté et passé
les menottes. »
M. Fanestil a été relâché plus
tard, et aucune accusation n’a été portée
contre lui. Aujourd’hui, il craint de retourner au parc.
« Le parc a été construit sur le lieu de
la première rencontre entre les Américains et
les Mexicains après la guerre, au milieu du XIXe
siècle. C’est le point de naissance de la
frontière, c’est un endroit qui symbolise notre
relation avec nos voisins. C’est inacceptable de voir cet
endroit violé et dénaturé. Il faut
trouver un compromis. »
Ces jours-ci , le groupe de défense de Friendship Park
récolte des signatures d’élus et de citoyens de
la région afin d’envoyer une lettre ouverte au
président Obama. Le nouveau grand patron de la
frontière, Alan Bersin, nommé par Obama, a
déjà parlé de Friendship Park comme d’un
endroit symbolique important.
« C’est un parc qui a une longue histoire. Je ne suis
pas fermé à l’idée qu’un endroit puisse
symboliser une plus grande ouverture entre nos deux pays
», a-t-il récemment confié.
Depuis l’arrivée des démocrates au pouvoir,
toutefois, la construction du mur s’est poursuivie, et rien ne
semble indiquer qu’une révision de cette mesure soit en
cours. Barack Obama ne s’est pas exprimé publiquement
au sujet du mur. Son attention semble plutôt
accaparée par la réforme des lois sur
l’immigration, une question à laquelle il a promis de
s’attaquer cette année.
Coûte que coûte, M. Watman et ses compagnons
continuent de visiter les environs du parc. Cet
été, ils ont même organisé une
conversation silencieuse avec les gens du côté
mexicain: séparés par plusieurs centaines de
mètres, les deux groupes ont communiqué en
langue des signes grâce à deux interprètes
qui suivaient leurs gestes respectifs à l’aide de
jumelles.

« Le parc est important pour les gens, et c’est un
problème qui ne partira pas en fumée, dit M.
Watman. Les gens ici sont engagés et sentent qu’ils
sont en train de perdre une chose précieuse et rare.
Nous allons nous battre jusqu’à ce que le parc
redevienne un lieu d’échange et de rencontre. C’est
notre objectif. »
STOPPER L’IMMIGRATION ILLÉGALE
À la
fin des années 90, l’administration Clinton a durci
les mesures à la frontière pour stopper le
problème grandissant de l’immigration
illégale. La région a été
inondée de caméras de surveillance, de
détecteurs infrarouges, de projecteurs et de voitures
de patrouille. La barrière du Friendship Park
été remplacée par une haute
clôture.
Les mesures de
sécurité ont fait chuter l’immigration
illégale en Californie. Pour ne pas se faire prendre,
les immigrants clandestins passaient désormais la
frontière dans le désert de l’Arizona et du
Texas, des endroits difficilement accessibles, au relief
brutal, que les stratèges anti-immigration
américains avaient cru impossibles à franchir
et sans ressources.
Vague de répression
L’augmentation
de l’immigration illégale durant l’ère Bush a
mené à une autre vague de répression
à la frontière. Cette fois, le mur allait
être construit en divers endroits stratégiques.
Et les barrières existantes allaient être
renforcées.
Dans les quelques mois qui ont précédé
le départ de George W. Bush, les travaux ont pris de
l’ampleur, note Dan Watman. « Le chantier tournait
constamment, jour et nuit. On aurait dit que les
travailleurs avaient reçu l’ordre de tout faire pour
finir la clôture le plus vite possible, coûte
que coûte. »
Depuis le début de l’année, des agents
armés tiennent les visiteurs à l’écart
du parc. Le gouvernement affirme que les lieux servaient de
point d’échange pour la drogue et les armes. Les
autorités américaines sont en train de
construire un mur triple qui empêchera toute
interaction avec les gens de l’autre côté. Le
parc deviendra une simple section du mur qui sépare
les deux pays.
Chasse virtuelle à l’immigrant
NOUVELLE
INITIATIVE DU TEXAS Toujours rêvé de jouer au
garde-frontière ? Un nouveau programme de la Coalition
des shérifs de la frontière du Texas permet
à quiconque possédant une connexion internet
haute vitesse de surveiller la frontière entre le Texas
COLLABORATION SPÉCIALE
Les
gardes-frontières entre le Mexique et le Texas ont
renforcé leur surveillance visuelle grâce
à l’installation de caméras et une connexion
internet haute vitesse. Des bénévoles du monde
entier, inscrits sur un site internet, prêtent alors
leurs yeux pour surveiller et alerter sur tout mouvement
suspect retransmis par la caméra.
— La frontière entre le Mexique et le Texas n’a sans
doute jamais été autant scrutée. Depuis
novembre dernier, plus de 100 000 personnes se sont inscrites
pour surveiller virtuellement et bénévolement
une partie des 2500 km qui séparent les deux
États.
Provenant des quatre coins du monde, ces douaniers du XXIe
siècle comptent dans leurs rangs aussi bien des
mères au foyer, des policiers à la retraite que
des buveurs dans des pubs australiens. N’importe qui peut
s’inscrire pourvu de posséder du temps libre et une
connexion internet haute vitesse permettant d’observer en
temps réel les images retransmises par un réseau
de caméras.
Selon le responsable du programme pour la Coalition des
shérifs de la frontière du Texas, Don Reay,
cette armée de gardes-frontières virtuels a
permis « cinq saisies de drogue totalisant plus de 1100
kg de marijuana » et d’empêcher une quarantaine de
trafiquants potentiels de traverser la frontière en
cinq mois.
La tâche des Virtual Texas Deputies est relativement
simple: armés de patience, ils doivent scruter les
images fixes retransmises par un réseau de
caméras. Si une embarcation se met à traverser
le Rio Grande ou si des silhouettes se faufilent entre les
buissons, ils n’ont qu’à appuyer sur le bouton rouge
Report Suspicious Activities de leur écran. Cela envoie
immédiatement un courriel aux responsables du site qui
font ensuite suivre le message au poste de police le plus
près.
En cinq mois,
les employés de la compagnie privée BlueServo
qui gère le site web ont reçu 30 000 messages
rapportant des activités suspicieuses. « Aucun
message n’est considéré comme une fausse alerte
parce que nous ne savons pas ce que les gens ont vu »,
précise Don Reay.
Financé par une subvention de 2 millions US du
gouverneur républicain de l’État, Rick Perry, ce
réseau ne compte pour l’instant que 15 caméras.
À l’avenir, la Coalition des shérifs
souhaiterait installer au moins 200 caméras le long de
la frontière.
Ancien garde-frontière luimême et ayant
travaillé dans la lutte contre le trafic de drogues,
Don Reay est convaincu de l’efficacité du programme.
« Nous avons plus de 100 000 personnes qui se sont
enregistrées. C’est un nombre significatif d’yeux
supplémentaires qui sont ajoutés pour regarder
la frontière », soutient le Texan.
Évidemment, tout le monde ne partage pas son
enthousiasme. Le sénateur Eliot Shapleigh, d’El Paso,
croit que « le programme de caméras a
été conçu plus pour des raisons
politiques que de sûreté. » Ce
sénateur démocrate dénonce notamment que
des citoyens ordinaires soient invités à
surveiller la frontière. Ce programme « fait
appel à des volontaires pour faire des chasses à
l’immigrant virtuelles », critique-t-il.
S’il ne s’oppose pas à l’emploi de caméras pour
soutenir les efforts des autorités responsables de la
sécurité frontalière, il considère
que ce projet est trop onéreux et pas suffisamment
efficace. Le programme « n’a mené qu’à une
poignée d’arrestations au cours de ses premiers six
mois d’existence », déplore-t-il.
Le responsable du projet, Don Reay, devrait quant à lui
savoir d’ici le mois de juin si le programme sera poursuivi,
voire étendu.
Madame la juge - Nicolas
Bérubé
La
nomination de Sonia Sotomayor à la Cour
suprême des États-Unis est confirmée
Le président a félicité la juge pour
son courage et sa ténacité.
La nomination de la juge Sonia Sotomayor à la Cour
suprême des États-Unis a été
approuvée, hier, par un vote de 68-31 au
Sénat américain.
PHOTO DOUG MILLS, THE NEW
YORK TIMES
Partisans
et détracteurs de la juge Sonia Sotomayor
rassemblés devant le Capitole, à
Washington, peu avant le vote qui a confirmé sa
nomination à la Cour suprême, hier.
Mme Sotomayor, 55 ans, devient ainsi la troisième
femme et la première hispanique à
siéger à la Cour suprême, une
institution fondée il y a 220 ans.
Sa confirmation a déclenché une vague de
sympathie, hier, aux États-Unis et ailleurs dans le
monde.
Mme Sotomayor était dans un palais de justice de
New York, hier, où elle suivait en direct avec des
amis et des partisans le dépouillement des votes
sur un écran géant.
Des témoins ont dit que la juge avait les yeux
humides après le vote. Elle a reçu un appel
de sa mère, avec qui elle a eu une brève
conversation en espagnol.
Dans le corridor, des journalistes ont tenté de lui
poser des questions, mais la juge a refusé de
répondre. « Je m’en vais avec mes amis
», a-t-elle dit.
Candidate choisie par Barack Obama, Sonia Sotomayor
prêtera serment d’al légeance à
Washington, demain. Hier, le président a
félicité la juge pour son courage et sa
ténacité.
Vote historique
« Dans ce vote historique, le Sénat a
affirmé que la juge Sotomayor a l’intelligence, le
tempérament, l’intégrité et
l’indépendance d’esprit pour servir avec
distinction à la plus haute Cour de la nation
», a dit le président.
Dianne Feinstein, sénatrice de la Californie, a
salué la confirmation de la nomination de la juge.
« Je crois que c’est une journée de
réjouissance pour toutes les jeunes femmes de la
nation. Cela envoie un message: "Oui, je peux y arriver si
je travaille fort." »
Le
président de la commission judiciaire du
Sénat, Patrick Leahy, a lui aussi
félicité Mme Sotomayor. « C’est le
rêve américain. C’est le rêve dont nous
parlons tous lorsque nous sommes en campagne
électorale. Aujourd’hui, nous l’avons rendu
possible. »
À Los Angeles, l’auteure et activiste Nancy De Los
Santos portait un chandail « Wise Latinas Rule
» en référence au commentaire de
Sotomayor, scruté ad nauseam durant les audiences
sur sa confirmation. « C’est fantastique de voir
qu’une hispanique a pu être admise dans le club
sélect de la Cour suprême », a-t-elle
dit.
Les réseaux sociaux Twitter et Facebook ont
été inondés de messages
d’encouragement et de célébration.
Née en 1954, Sonia Sotomayor a été
élevée dans les habitations à loyer
modique du Bronx. Sa mère travaillait six jours par
semaine à titre d’infirmière et a pu envoyer
ses deux enfants dans des écoles
réputées. Sonia Sotomayor a par la suite
obtenu des diplômes de Princeton et de Yale,
où elle a dirigé la Yale Law Review.
Le poste de juge à la Cour suprême est l’une
des positions les plus inf luentes aux États-Unis.
Les juges y sont nommés à vie, et continuent
de façonner les aspects les plus importants de la
société américaine bien après
que le président qui les a choisis eut
quitté la Maison-Blanche. D’allégeance
progressiste, la juge risque de prendre des
décisions qui s’apparentent à celles de son
prédécesseur, David Souter, qui prend sa
retraite.
Trente et un républicains disent non
Hier, neuf élus républicains ont voté
en faveur de Sotomayor, alors que 31 ont voté
contre. Les 59 démocrates présents pour le
vote ont appuyé la juge.
L’opposition de la majorité des sénateurs
républicains à la nomination de Sotomayor
n’attirera sans doute pas la sympathie des
électeurs latinos. Aux dernières
élections, deux hispaniques sur trois ont
appuyé les démocrates.
Hier, la présidente de la Ligue des citoyens
hispaniques, Rosa Rosales, a dit être «
très déçue » du vote des
républicains.
« Lorsque le temps viendra, nous pourrons bien
choisir de ne pas vous appuyer, car vous avez choisi de ne
pas soutenir une personne qui est parfaitement
qualifiée », a-t-elle dit.
Les hispaniques représentent 15% de la population
américaine, et leur poids démographique est
en croissance. En Californie, 36% des résidants
sont d’origine hispanique.
Sotomayor survit à son
interrogatoire - Richard Hétu
CANDIDATE
À LACOUR SUPRÊMEDES ÉTATS-UNIS
Après quatre jours d’un feu roulant de questions,
la juge d’origine portoricaine est d’ores et
déjà assurée de devenir la
première Hispanique à siéger à
la plus haute instance américaine.
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK — Ses critiques
républicains auraient bien voulu freiner ou bloquer
son ascension à la Cour suprême des
ÉtatsUnis, mais Sonia Sotomayor ne leur aura
laissé aucun espoir, démontrant non
seulement son sang-froid, mais également son
expertise durant tout son passage sur le gril. Aussi,
après quatre jours d’un feu roulant de questions,
la juge d’origine portoricaine est d’ores et
déjà assurée de devenir la
première Hispanique à siéger à
la plus haute instance américaine.
Après
la
conclusion de son témoignage hier à
Washington, la juge Sonia Sotomayor pose sa main sur le
bras blessé du président du comité
judiciaire du Sénat américain, le
démocrate Patrick Leahy ( Vermont).
S’étant fracturé la cheville le mois
dernier, Mme Sotomayor portait elle aussi une attelle
durant toute la durée de son témoignage.
« Je pense que vous avez un brillant avenir »,
lui a dit le sénateur républicain de
Carolinedu-Sud Lindsey Graham, au quatrième et
dernier jour de son audition devant la commission
judiciaire du Sénat en vue de sa confirmation.
Bien que crit ique de certaines déclarations de la
juge Sotomayor, le sénateur Graham a laissé
entendre qu’il pourrait voter en faveur de sa confirmation
à la Cour suprême, où Barack Obama l’a
choisie pour remplacer le juge David Souter qui s’est
retiré. Le sénateur d’Alabama Jeff Sessions,
numéro un des républicains au sein de la
commission judiciaire, a pour sa part indiqué qu’il
n’entendait pas recourir à des manoeuvres
parlementaires pour bloquer la confirmation de la
magistrate.
Le Sénat, où les démocrates
détiennent 60 sièges sur 100, devrait
confirmer la nomination de la juge Sotomayor avant la
pause estivale du mois d’août.
Même si elle obtient l’appui de Lindsey Graham et de
quelques autres républicains, Sonia Sotomayor
n’aura pas réussi à gagner à sa cause
la majorité des sénateurs de ce parti au
sein de la commission judiciaire du Sénat, qui ont
mis en cause son impartialité. Durant toutes les
auditions, ceux-ci sont revenus sur une phrase qu’elle a
prononcée en 2001: « J’espère qu’une
femme hispanique avisée et forte d’une
expérience riche prendrait, plus souvent
qu’à l’inverse, une meilleure décision
» qu’un juge blanc.
Lors de la
première journée d’audition, la juge
Sotomayor a assuré ne pas croire « que
l’appartenance à un groupe ethnique ou racial ou
à un genre soit un avantage pour un jugement sain
».
C’était « une rhétorique
théâtrale qui est tombée à plat
», a-telle ajouté au sujet de sa fameuse
phrase, sans toutefois convaincre ses interrogateurs, qui
se sont dits troublés par cette déclaration.
Du début à la fin des auditions, la juge
Sotomayor a également dû s’expliquer sur sa
décision de rejeter en appel une plainte pour
discrimination raciale portée par des pompiers
blancs de New Haven, au Connecticut. Cette plainte a
récemment été jugée recevable
par la Cour suprême.
La magistrate s’est défendue en faisant valoir
qu’elle avait fondé sa décision sur la
jurisprudence en la matière. Elle a
été interrogée sur plusieurs autres
questions, et notamment sur la lutte antiterroriste, les
armes à feu et l’avortement. Même si elle n’a
pas convaincu tous les républicains, elle a
répondu à leurs questions avec aplombpendant
toute la durée de son interrogatoire.
Sonia Sotomayor comptait évidemment sur plusieurs
défenseurs parmi les sénateurs
démocrates de la commission judiciaire, qui ont
vanté le parcours de cette fille du Bronx ainsi que
son expérience. La magistrate a été
désignée juge fédérale par
George Bush père en 1991 puis juge à la Cour
d’appel fédérale de New York en 1997 par
Bill Clinton.
La candidate à la Cour suprême
fait la leçon aux républicains
DEVANT LA
COMMISSION JUDICIAIRE DU SÉNAT
Il serait inconcevable aujourd’hui qu’une décision
soit considérée comme opportune alors qu’elle
autorise l’arrestation et la détention de personnes
sur la seule base de leur origine ethnique.
— Sonia Sotomayor, quasiment assurée de devenir la
première juge hispanique à la Cour
suprême de l’histoire américaine, s’est
défendue, hier, face aux critiques des conservateurs.
Elle s’est même attelée à critiquer
implicitement la « guerre contre le terrorisme »
de George W. Bush.
« Je veux dire devant vous, sans équivoque ni
doute, que je ne crois pas que l’appartenance à un
groupe ethnique ou racial ou à un genre soit un
avantage pour un jugement sain », a-t-elle
déclaré, au deuxième jour de son grand
oral devant la commission judiciaire du Sénat en vue
de sa confirmation.
La candidate du président Barack Obama était
pressée de s’expliquer sur une phrase
prononcée en 2001 : « J’espère qu’une
femme hispanique avisée et forte d’une
expérience riche prendrait, plus souvent que
l’inverse, une meilleure décision qu’un mâle
blanc » . C’était « une rhétorique
théâtrale qui est tombée à plat
», s’est défendue Mme Sotomayor.
Les critiques les plus conservateurs avaient uti l
isé cet te remarque pour mettre en cause la
partialité de Mme Sotomayor, d’origine portoricaine,
qui a grandi dans le Bronx, un quartier populaire de New
York.
Le sénateur républicain de l’Alabama, Jeff
Sessions, a dit hier être toujours « très
troublé » par ce parti pris racial, selon lui,
qui pourrait s’épanouir « pleinement » si
le Sénat confirmait la nomination de Mme Sotomayor
à la Cour suprême. Les neuf juges de la plus
haute cour des ÉtatsUnis sont nommés à
vie.
Dans l’après-midi, dans une allusion à peine
voilée à la « guerre contre le
terrorisme » décrétée par
l’ancien président George W. Bush, la magistrate
s’est lancée dans une comparaison avec l’internement
d’Américains d’origine japonaise durant la Seconde
Guerre mondiale, dans l’ouest des États-Unis,
à partir de 1942.
Alors que la
Cour suprême avait estimé, en 1944, que cette
pratique était bel et bien constitutionnelle, Mme
Sotomayor a expliqué qu’il lui paraissait « i
nconcevable aujourd’hui qu’une décision soit
considérée comme opportune par notre
gouvernement alors qu’elle autorise l’arrestation et la
détention de personnes sur la seule base de leur
origine ethnique ».
Bien que Mme Sotomayor n’ait pas étendu son
parallèle, l’allusion à la détention de
personnes d’origine arabe lors de la présidence de
George W. Bush, que certains démocrates jugeaient
arbitraires, n’a pas échappé à la salle
d’audience.
Durant les quatre jours d’audition, la commission doit
entendre 31 personnes, dont l’ancien directeur du FBI Louis
Freeh, mentor de Mme Sotomayor, et Linda Chavez, une
militante conservatrice.
Les républicains auront 14 intervenants, dont un
représentant des pompiers blancs, dont la plainte
pour discrimination raciale rejetée en appel par Mme
Sotomayor avait finalement été jugée
recevable pa r l a Cour suprême fin juin.
Si Sonia Sotomayor était confirmée par les
sénateurs, elle deviendrait la troisième femme
à occuper un tel poste et la première
d’origine hispanique. Elle succèderait à David
Souter qui s’est retiré en juin.
L’opposition républicaine a peu de chances de lui
faire barrage. Les démocrates détiennent 60
sièges au Sénat, soit la majorité pour
lui donner le feu vert.
L’interrogatoire de Sonia Sotomayor
- Richard Hétu
Cour
suprême des États-Unis Nomination de la
première Hispano-Américaine
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK— Depuis le jour de sa
nomination historique à la Cour suprême des
États-Unis, il y a un mois et demi, Sonia Sotomayor a
observé un silence complet en public, laissant à
d’autres le soin de répondre à ses critiques,
parmi lesquels certains l’ont accusée de racisme.
La
juge Sonia Sotomayor comparaît ce matin devant la
commission judiciaire du Sénat américain. Le
président Barack Obama a annoncé le 26mai
dernier qu’il la choisissait pour combler un siège
vacant à la Cour suprême des États-Unis.
Mais le mutisme de la magistrate d’origine portoricaine
prendra fin ce matin, un peu après 10h. Débutera
alors sa première audition devant la commission
judiciaire du Sénat américain, dont les membres
démocrates et républicains la soumettront
à un interrogatoire en règle sur son
expérience, sa philosophie judiciaire, son
tempérament et ses déclarations passées,
afin de déterminer son aptitude à remplacer le
juge David Souter, qui s’est retiré.
Retransmise en direct par les chaînes d’information
continue, l’audition de Sonia Sotomayor s’inscrira dans un
rituel cher à Washington qui a déjà
engendré des affrontements mémorables. En 1987,
par exemple, le Sénat a refusé de confirmer la
nomination du juge Robert Bork après 12 longues
journées d’auditions. Quatre ans plus tard, le juge
Clarence Thomas a échappé de justesse au
même sort après qu’une de ses anciennes
employées, Anita Hill, l’eut accusé, devant la
commission judiciaire du Sénat, de harcèlement
sexuel.
À moins d’une surprise, l’interrogatoire de Sonia
Sotomayor ne devrait pas donner lieu à des moments
aussi explosifs. En fait, à peu près tout le
monde s’attend à ce que la nomination de la juge
âgée de 55 ans soit confirmée par le
Sénat, où les démocrates peuvent compter
sur au moins 58 votes (en excluant ceux de Robert Byrd et
d’Edward Kennedy, tous les deux malades) sur 100.
Mais le caractère historique du premier choix de Barack
Obama à la Cour suprême – Sotomayor est en passe
d’entrer dans l’histoire à titre de première
hispanique à la plus haute instance américaine –
et la nature même des critiques dont fait l’objet la
magistrate conféreront à son passage sur le gril
un intérêt particulier.
Les auditions dureront au moins quatre jours et verront
défiler, outre Sotomayor, une trentaine de
témoins qui exprimeront leur appui ou leur opposition
à la confirmation de la candidate d’Obama, qui a
été désignée juge
fédérale par George Bush père en 1991
puis juge à la Cour d’appel de NewYork par Bill Clinton
en 1997. Le maire de New York, Michael Bloomberg, et l’ancien
joueur de baseball David Cone feront partie des témoins
de la défense.
Bloomberg
saluera le parcours exceptionnel de Sotomayor, qui a grandi
dans un quartier modeste du Bronx avant de fréquenter
les plus prestigieuses universités américaines.
Il soulignera également son centrisme et sa
modération en tant que juge. Quant à Cone, il
vantera la décision de la magistrate de mettre fin en
1995 à une grève de 232 jours du baseball
professionnel en invalidant le contrat collectif que voulaient
imposer les propriétaires d’équipes aux joueurs.
Deux noms sont à retenir parmi les témoins qui
ont été invités par les
républicains à prendre la parole devant la
commission judiciaire du Sénat : Frank Ricci et Linda
Chavez. Ricci est ce pompier blanc dyslexique à qui la
Cour suprême vient de donner raison, par cinq voix
contre quatre, dans une cause l’opposant à la
municipalité de New Haven, au Connecticut. Il
s’était vu refuser une promotion après avoir
passé un test que la Ville et le service des pompiers
avaient invalidé, car aucun des 19 candidats noirs ne
l’avait réussi.
Dans une décision ultérieure, la juge Sotomayor
avait donné raison à la municipalité de
New Haven. Elle devra expliquer sa décision aux
sénateurs républicains, qui voient dans son
verdict son incapacité à appliquer la loi de
façon impartiale en raison de ses convictions
personnelles et politiques.
De son côté, Linda Chavez, ex-membre de
l’administration Reagan, ne devrait pas manquer de revenir,
comme le feront plusieurs sénateurs
républicains, sur la déclaration de Sonia
Sotomayor qui lui a valu d’être traitée de
raciste par certains conservateurs, dont l’ancien
président de la Chambre des représentants Newt
Gingrich.
« J’ose espérer qu’une femme Latina
avisée, riche de ses expériences, parviendrait
plus souvent qu’à l’inverse à une meilleure
conclusion qu’un homme blanc qui n’a pas vécu cette
même vie », a-t-elle déclaré lors
d’un discours en 2001.
Selon Chavez, ce commentaire n’était « pas qu’une
simple gaffe, mais une description fidèle de ses
opinions sur l’importance de la race et de l’ethnicité
dans son rôle en tant que juge ».
On verra dès aujourd’hui si les républicains
parviendront à faire trébucher Sotomayor sur
cette question délicate, qui éclipse pour le
moment d’autres sujets importants à leurs yeux, dont
l’avortement et les armes à feu.
Cour
suprême des États-Unis Nomination de Barack Obama -
Accusations de racisme contre la juge
Sotomayor
RICHARD HÉTU
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK— «
J’ose espérer qu’une sage Latino-Américaine
pourvue d’une riche expérience arriverait la plupart du
temps à une meilleure conclusion qu’un homme blanc qui
n’a pas vécu cette vie-là. »
La
nomination par Obama de la première
Hispano-Américaine à la Cour suprême est
critiquée par certains républicains.
Ainsi parlait Sonia Sotomayor lors d’un discours prononcé
en octobre 2001 devant la faculté de droit de
l’Université de Californie à Berkeley. Ces
jours-ci, la même déclaration lui vaut d’être
qualifiée de raciste par plusieurs commentateurs
conservateurs et quelques politiciens républicains.
Née dans une famille d’immigrants portoricains du Bronx,
la magistrate de 54 ans a été choisie mardi par
Barack Obama pour succéder à David Souter à
la Cour suprême des États-Unis.
« Imaginez si un candidat au poste de juge avait dit: "
Mon expérience en tant qu’homme blanc me rend meilleur
qu’une Latino-Américaine". Le nouveau racisme n’est pas
mieux que le vieux racisme », a écrit mercredi
l’ancien président de la Chambre des
représentants, Newt Gingrich, sur Twitter.
Et l’ex-parlementaire de Géorgie d’ajouter: « Un
raciste blanc serait forcé à retirer sa
candidature. Une Latino-Américaine raciste devrait
également se retirer. »
L’animateur de radio Rush Limbaugh a pour sa part sonné
la charge chez les commentateurs conservateurs en traitant la
juge hispanophone de « raciste inversée ».
Les
défenseurs de Sonia Sotomayor ont reproché
à ses critiques d’avoir extrait la déclaration de
la magistrate de son contexte. Ils ont fait valoir que celle-ci
parlait des cas de discrimination fondée sur le sexe ou
la race que doivent trancher les juges.
Quoi qu’il en soit, les politiciens républicains n’ont
pas tous crié au racisme. « Non, je ne suis pas
d’accord avec ça », a déclaré le
sénateur républicain de l’Utah Orrin Hatch lors
d’une entrevue sur CNN, tout en qualifiant de «
très troublants » certains commentaires de la juge
Sotomayor. Plusieurs organisations conservatrices ont
préféré les expressions « radicale
» ou « activiste » pour décrire la
magistrate de New York. Elles l’ont notamment critiquée
pour avoir déjà dit que « la Cour d’appel
est le lieu où se fait la politique ».
Cet te i nsistance sur certains commentaires de Sonia Sotomayor
donne à penser que ses critiques conservateurs n’ont pas
trouvé grand-chose à lui reprocher parmi les
nombreuses décisions qu’elle a rendues en tant que juge.
Elle devra quand même expliquer sa prise de position en
faveur de la Ville de New Haven, qui avait refusé de
promouvoir 18 pompiers blancs à la suite d’un examen
qu’aucun candidat noir n’avait pu passer avec succès.
La magistrate comparaîtra dans les prochaines semaines
devant la commission judiciaire du Sénat, qui doit
approuver ou rejeter sa nomination à la Cour
suprême. D’ici le vote final de confirmation par
l’ensemble des sénateurs, les républicains devront
décider de leur stratégie. Leur défi est
délicat : satisfaire la base conservatrice du parti, qui
s’oppose au choix du président Obama, sans
s’aliéner l’électorat hispanophone, dont le poids
politique s’accroît.
En attendant, le sénateur républicain de Floride
Mel Martinez a invité ses collègues à
être « justes » à l’égard de la
juge Sotomayor.
« En tant qu’Américain d’origine hispanique, je
tire une grande fierté de la nomination d’une personne
d’origine hispanique à la Cour suprême »,
a-t-il déclaré mardi.
LOS ANGELES - Une première hispanophone à la
Cour suprême- NICOLAS
BÉRUBÉ
: Un piège tendu par
Obama aux républicains?
« J’ai décidé de sélectionner
une femme inspirante, avec une profonde expérience et
une vaste perspective qui, je crois, fera une excellente juge
», a dit l e président Obama.
Le président Barack Obama a nommé, hier, Sonia
Sotomayor au poste de juge à la Cour suprême des
États-Unis. Si sa candidature devait être
confirmée par le Congrès, Mme Sotomayor
deviendrait la première hispanophone et la
troisième femme à occuper ce poste prestigieux.
« J’ai décidé de sélectionner une
femme inspirante, avec une profonde expérience et une
vaste perspective qui, je crois, fera une excellente juge
», a dit le président Obama.
Le choix de Mme Sotomayor a été perçu par
plusieurs analystes comme un piège tendu aux
républicains. Comment pourront-ils s’opposer à
la nomination historique d’une self-made woman sans avoir
l’air de snober la communauté hispanophone, un bloc
important de l’électorat qui a fui le Parti
républicain aux dernières élections?
« À mon avis, cette nomination comporte bien plus
de risques pour les républicains que pour la
Maison-Blanche, a analysé hier le journaliste Ben Smith
sur le site Politico.
Les républicains, dit-il, ont pour priorité de
renouer les liens avec les hispanophones, qui ont voté
aux deux tiers en faveur d’Obama aux dernières
élections.
« Les républicains doivent marcher sur des oeufs
s’ils veulent critiquer Mme Sotomayor. Une opposition
féroce de la droite pourrait être très mal
reçue en Floride et dans l’Ouest américain.
»
L’opposition de la droite s’est mise en branle, hier, quelques
minutes après l’annonce. Si les commentateurs des
réseaux câblés ont sorti le vitriol pour
attaquer « les aptitudes intellectuelles » de Mme
Sotomayor, les élus ont été plus
réservés.
« Nous allons examiner ses décisions, afin
d’être certains que ses jugements ne sont pas
teintés par ses préférences politiques ou
ses sentiments personnels », a dit le sénateur
républicain Mitch McConnell.
Interviewé
à
CNN, l’ancien ministre de la Justice sous Bush, Alberto
Gonzales, a affirmé que Mme Sotomayor était
« bien qualifiée » pour occuper le poste.
Une femme du Bronx
Consciemment ou non, le président Obama a choisi une
femme dont les origines modestes et les accomplissements
subséquents s’apparentent à sa propre histoire.
Sonia Sotomayor vient d’un milieu modeste. Née en 1954,
elle a été élevée dans les
habitations à loyer modique du Bronx. Sa mère
travaillait six jours par semaine en tant qu’infirmière
et a pu envoyer ses deux enfants dans des écoles
réputées.
« La mère de Mme Sotomayor a acheté la
seule encyclopédie complète du quartier pour ses
enfants », a noté hier le président Obama
Sonia Sotomayor a par la suite obtenu des diplômes de
Princeton et de Yale, où elle a dirigé le Yale
Law Review. Elle a travaillé pour le procureur en chef
de New York avant d’être nommée juge à la
U.S. District Court en 1991 par le président George
Bush père. Son successeur, Bill Clinton, l’a
nommée juge à la Cour d’appel en 1997.
Les républicains, minoritaires au Sénat, ont peu
de chances de faire dérailler la nomination de Mme
Sotomayor. D’allégeance progressiste, la juge risque de
prendre des décisions qui s’apparentent à celles
de son prédécesseur, David Souter, qui prend sa
retraite.
Le poste de juge à la Cour suprême est l’une des
positions les plus influentes aux États-Unis.
Les juges y sont nommés à vie et continuent de
façonner les aspects les plus importants de la
société américaine bien après que
le président qui les a sélectionnés a
quitté la Maison-Blanche.
CINQ CHOSES À SAVOIR sur la Cour
suprême
> La Cour suprême, créée par les
pères fondateurs des États-Unis à l’article
III de la Constitution, est la plus haute juridiction du pays,
appelée à se prononcer sur des questions
fondamentales de société. > Elle est
formée de neuf juges, dont son président. Ils sont
nommés à vie. Ils peuvent quitter leurs fonctions
quand ils le souhaitent, . comme le sortant David Souter, 69
ans, ou mourir en fonction, comme William Rehnquist en 2005.
> Depuis la création de l’institution, les juges sont
restés en moyenne 15 ans en fonction, avec un nouveau
juge arrivant tous les deux ans environ. > Pour saisir la
Cour suprême, un plaignant doit déposer une
requête mettant en cause la constitutionnalité
d’une décision émanant des cours d’appel
fédérales ou, dans certains cas, des tribunaux des
États, d’un arrêt rendu par une Cour suprême
d’État ou d’un traité. Sur plus de 10 000
requêtes déposées l’année
dernière, la Cour s’est saisie seulement d’une centaine
d’affaires. > Adoptés à la majorité, les
arrêts de la Cour sont rédigés par un juge,
les autres décidant de se joindre à celui-ci ou au
contraire de rédiger leur propre argumentaire, ce qui
donne une idée assez précise de la position de
chaque juge. – AFP
IRAN -
Journaliste irano-américaine libérée
— La journaliste iranoaméricaine Roxana Saberi a
été libérée hier à
Téhéran après la réduction en appel
à deux ans avec sursis de sa peine de huit ans de prison
pour espionnage au profit des États-Unis.
« Je vais bien, je ne veux pas faire de commentaires, mais
je vais bien », a dit MmeSaberi en sortant de la prison
d’Evine, avant de quitter les lieux en voiture en compagnie de
son père Reza Saberi.
« Sa peine a été réduite à
deux ans avec sursis », a dit son avocat Salahe Nikbakht,
alors que son deuxième avocat, Abdolsamad Khoramshahi, a
expliqué que « cela dépend d’elle si elle
veut quitter le pays ou pas ».
Le
président Barack Obama s’est dit « soulagé
» par le geste « humanitaire » de l’Iran, mais
rejette les accusations d’espionnage au profit des
États-Unis, selon son porte-parole.
La secrétaire d’État, Hillary Clinton, a dit
auparavant qu’elle était « très
encouragée » par cette libération,
saluée également par Reporters sans
frontières et Amnistie internationale pour qui Mme Saberi
« n’aurait jamais dû être emprisonnée
».
« Il s’agit d’une excellente nouvelle. Cette
décision peut faire jurisprudence pour d’autres
journalistes détenus en Iran », a estimé
RSF.
La journaliste avait été condamnée le 13
avril par le tribunal révolutionnaire à huit ans
de prison pour espionnage au profit des États-Unis.
Journaliste
américaine
détenue en Iran : bien triste journée de la
liberté de la presse
La journaliste
Roxana Saberi, prisonnière de l’Iran, poursuit sa
grève de la faim L’éclaircie dans les relations
entre l’Iran et les États-Unis, lancée par
Barack Obama lui-même, aura été de courte
durée : le sort d’une jeune journaliste pigiste
américain
Il y a 10 ans, rien ne prédisait à la
journaliste américaine Roxana Saberi un avenir
politique. En 1998, la jeune femme du Dakota-du-Nord,
couronnée reine de beauté de son État,
était finaliste au concours Miss USA. Aujourd’hui, elle
est la prisonnière la plus célèbre de
l’Iran.
Arrêtée en janvier 2009, puis condamnée
à huit ans de prison pour « espionnage »,
la journaliste, qui a travaillé en Iran pendant six ans
pour le compte de la BBC, de Fox News et de NPR avant
d’être interpellée, est le sujet de manchettes
des grands quotidiens américains depuis des semaines.
Ces jours-ci, la santé de la pigiste de 32 ans
inquiète autant Hillary Clinton que le ministre des
Affaires étrangères du Japon, qui a
soulevé la question, hier, lors d’une rencontre avec
son homologue iranien.
Pour contester sa détention dans la prison d’Evine,
Roxana Saberi a entamé une grève de la faim le
21 avril, soit trois jours après l’annonce du verdict
de la Cour. Lorsqu’elle a appris que les autorités
iraniennes niaient le sérieux de sa démarche,
elle a arrêté de boire. Vendredi, elle a dû
être hospitalisée quelques heures dans la
clinique de cette prison au lourd passé.
Réservée aux prisonniers politiques, la prison
d’Evine a une réputation qui la précède:
dans les années 80, des milliers de jeunes dissidents y
ont été exécutés. En 2003, la
photographe montréalaise Zahra Kazemi y est morte
après avoir été battue.
Malgré les dénégations des
autorités iraniennes, le geste de résistance de
la journaliste n’est pas passé inaperçu.
Dimanche, journée internationale de la liberté
de la presse, une cinquantaine de personnes,
éparpillées aux États-Unis, en Europe et
au Moyen-Orient, ont décidé d’entamer à
leur tour une grève de la faim pour demander sa
libération. Parmi eux, des membres de l’organisation
Reporters sans frontières et des journalistes d’un peu
partout dans le monde.
Sur le site web Free Roxana (Libérez Roxana), plusieurs
d’entre eux expliquent leurs motivations. « Roxana est
une personne remarquable. Elle est une véritable
inspiration pour les jeunes journalistes féminines du
monde entier. Même si j’allaite, je jeûne par
intermittence par solidarité et je vais continuer
jusqu’à sa libération », écrit
Jamila Bey, une collègue de Mme Saberi à la
National Public Radio (NPR).
Ingérence ?
Le gouvernement iranien est peu attendri par l’élan de
solidarité international. « Le pouvoir judiciaire
(iranien) est une entité indépendante et toute
forme d’ingérence dans le processus judiciaire est
contraire aux normes internationales », a dit hier le
porte-parole de la diplomatie iranienne, Hassan Ghashghavi. Il
a rappelé que la décision de la cour
révolutionnaire, rendue le 18 avril, sera bientôt
entendue en appel. La lauréate du prix Nobel de la
paix, l’avocate Chirine Ebadi a déjà fait savoir
qu’elle représentera Mme Saberi au cours de cet appel.
Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a
créé une surprise le mois dernier en demandant
un procès transparent pour la reporter qui, de
père iranien et de mère japonaise,
détient la double citoyenneté américaine
et iranienne. La secrétaire d’État des
États-Unis, Hillary Clinton, qui a maintes fois
décrié l’arrestation et la condamnation de la
jeune femme, lui a alors demandé de joindre la parole
au geste en facilitant sa mise en liberté.
La voix de l’amoureux
Le sort de la journaliste risque de bientôt rebondir au
Festival de Cannes, qui débutera à la mi-mai en
France. Le réalisateur kurde iranien Bahman Ghobadi,
dont les films ont été couronnés sur la
Croisette et à la Berlinale, y présentera son
dernier opus, coscénarisé avec sa
fiancée.. . Roxana Saberi !
Dans une longue lettre publiée récemment dans
les médias de son pays, le cinéaste raconte que
son amoureuse voulait quitter l’Iran depuis un certain temps
et retourner aux États-Unis, le pays où elle a
grandi, mais qu’elle était restée pour
être à ses côtés.
« Ma copine iranienne, avec des yeux japonais et des
pièces d’identité américaines, est en
prison. Honte à moi! Honte à nous! »
écrit le réalisateur d’Un temps pour l’ivresse
des chevaux.
Un juge de Louisiane refuse de
célébrer un mariage mixte
CHICAGO —
Un juge de paix a refusé de marier un Noir et une
Blanche en Louisiane sous prétexte que leurs
enfants seraient rejetés par leurs
communautés respectives, a rapporté hier la
presse locale.
« Je ne suis pas raciste », a assuré
Keith Bardwell, juge de paix à Tangipahoa Parish,
au j ou r na l Hammond St ar. « J’organise des
cérémonies pour des couples noirs ici
même, dans ma maison. Je pense d’abord aux enfants
», a-t-il ajouté.
M. Bardwell a précisé au journal qu’il
pensait que les mariages mixtes ne duraient pas l ongtemps
et que l es enfants issus de telles unions
n’étaient acceptés ni par la
communauté noire ni par la communauté
blanche.
« Je ne célèbre pas de mariages mixtes
parce que je ne veux pas imposer aux enfants une situation
qu’ils n’ont pas voulue eux-mêmes, a ajouté
le juge. Dans mon coeur, je sens que les enfants vont
souffrir plus tard. »
Beth
Humphrey, qui est blanche, et Terence McKay, qui est noir,
ont finalement été mariés par un juge
de paix dans une localité voisine.
« Je ne peux toujours pas croire qu’il ait fait
ça. C’est un cas de discrimination flagrante
», a déclaré Mme Humphrey.
L e c o uple e nv i s a ge de porter plainte pour
discriminat i on e t l a puissa nte Association a
méricaine de défense des libertés
civiles (ACLU) a appelé à une sanction
rapide du juge de paix.
« Je maintiens ma décision et c’est mon droit
de ne pas marier des couples mixtes », a
déclaré M. Bardwell dans un
communiqué adressé à la
télévision locale.
UNE BIÈRE POUR L’AMÉRIQUE
- Nicolas Bérubé
ANALYSE
LOS ANGELES — Le « sommet de la bière »
à la Maison-Blanche a attiré tellement
d’attention cette semaine aux États-Unis qu’il est
impossible de ne pas y voir la manifestation d’un
phénomène plus large. En
vérité, le pays entier a besoin d’une
bière. La crise économique fait les
manchettes depuis plus d’un an. La réforme de
l’assurance santé irrite à peu près
tout le monde. La guerre en Afghanistan s’éternise.
Les banques font des milliards en profits au moment
où des millions de travailleurs ramassent leurs
effets personnels et quittent leur bureau pour la
dernière fois.
Cette dose de réalité frappe tous les
Américains. Or, le choc est particulièrement
brutal en Californie, qui se débat avec un
déficit record de 26 milliards.
La bonne nouvelle : l’État le plus populeux des
États-Unis vient d’adopter son budget cette
semaine.
La mauvaise: le document ratifié par Arnold
Schwarzenegger autorise des coupes de 9 milliards dans le
système d’éducation, de 2 milliards dans les
soins de santé offerts aux personnes pauvres, et de
1,2 milliard dans le salaire des employés de
l’État. Avec un taux de chômage de 11,6%, la
Californie est l’un des États les plus
touchés par la crise économique.
« Les négociations sur le budget avaient lieu
à huis clos, mais nous entendions toujours dire que
le filet de sécurité pour les plus
démunis serait préservé, note Linda
Wanner, directrice du California Catholic Conference.
« Or, en fin de compte, le budget est rempli de
coupes draconiennes qui concernent nos enfants et les gens
les plus vulnérables. »
Jamais un
gouverneur de la Californie n’avait laissé les
finances publiques s’embourber à ce point. Jeudi,
le jour de son 62e anniversaire, Schwarzenegger a
reçu les résultats du dernier sondage
d’opinion mené sur sa cote de popularité.
À peine 28% des électeurs sont satisfaits de
son travail, tandis que 59% le désapprouvent.
Le ciel n’est encore tombé sur la tête de
personne en Californie. Les touristes ont envahi les
plages. Les autoroutes sont bondées. Des
travailleurs de partout sur la planète proposent
leur candidature pour venir travailler chez Google, Pixar
ou Apple.
Mais une simple conversation avec un voisin ou un
collègue laisse apparaître l’étendue
du problème. Bien des commerçants paient le
loyer avec leurs économies (ou leur carte de
crédit), en espérant que les clients
recommencent bientôt à dépenser.
Plusieurs travailleurs craignent de perdre leur emploi et,
du même coup, l’assurance santé fournie par
leur employeur.
Il y a quelques mois, les États-Unis semblaient
voguer sur une vague d’optimisme et de bons sentiments.
Plus maintenant. Aujourd’hui, l’extrême droite
scrute l’acte de naissance de Barack Obama, et
l’arrestation d’un universitaire noir dans sa propre
maison monopolise les conversations.
Des idées pas très reluisantes commencent
à faire leur chemin. Ces jours-ci, le gouvernement
californien jongle avec la possibilité d’autoriser
l’extraction de pétrole dans des réserves
situées sous l’océan Pacifique, à
cinq kilomètres des côtes de Santa Barbara,
du jamais vu en 40 ans. Des revenus de 1,8 milliard pour
l’État s’y trouveraient.
Les écologistes sont contre, bien sûr. Mais
ce ne sont pas eux qui paient la bière.
Le « sommet de la bière »
vole la vedette - Nicolas Bérubé
Obama
tente de noyer dans le houblon la première
controverse raciale de son mandat
LOS ANGELES — Une bière froide peut-elle calmer les
esprits ?
PHOTO JIM YOUNG, REUTERS
Le
professeur Henry Louis Gates Jr, le
vice-président Joe Biden, le policier James
Crowley et le président des ÉtatsUnis
Barack Obama ont discuté hier à bonne
distance du regard des médias, derrière la
Maison-Blanche.
Barack Obama et Joe Biden ont fait le pari que oui.
À la MaisonBlanche, hier soir, le président
et le vice-président ont rencontré le
policier et le professeur au centre de la querelle raciale
qui balaie les États-Unis depuis une semaine.
Les quatre hommes se sont réunis autour d’une table
de patio sur laquelle trônaient les quatre verres de
bière les plus célèbres
d’Amérique. La rencontre, dont les médias
ont été tenus à distance, a eu lieu
derrière la Maison-Blanche.
MM. Obama et Biden, en chemise, ont discuté avec
l’universitaire noir Henry Louis Gates Jr et le sergent
James Crowley, le policier blanc qui l’a
arrêté le 16 juillet.
En soirée, le président a dit dans un
communiqué avoir apprécié la
rencontre, qui a été cordiale. «
Même avant que nous prenions une bière, j’ai
appris que les deux hommes avaient passé du temps
ensemble, histoire de discuter de leur expérience.
J’ai toujours cru que ce qui nous rassemble est plus fort
que ce qui nous divise. Je crois que nous pouvons tous
tirer des leçons de cet épisode. »
Le policier Crowley a dit que la rencontre avait permis
aux participants de « regarder vers l’avenir, et non
vers le passé ».
Le professeur Gates a fait savoir que toute cette affaire
était le résultat « d’un accident
». Il s’est dit « heureux de vivre dans un
pays où les policiers mettent leur vie en danger
pour nous protéger. J’apprécie plus que
jamais les sacrifices qu’ils font pour notre bien ».
La
rencontre a pris des allures de question nationale aux
ÉtatsUnis, où les nouvelles au sujet des
enjeux cruciaux – comme la guerre en Afghanistan, la
réforme de l’assurance maladie et la crise
économique – ne manquent pourtant pas cet
été.
Durant la journée, CNN et MSNBC ont même
diffusé une petite horloge dans un coin de
l’écran, qui marquait le décompte avant le
« beer summit ». On pouvait aussi voir des
images de la table vide à laquelleon servirait plus
tard de la Bud Light (pour M. Obama), de la Blue Moon
(pour le sergent Crowley), de la Red Stripe (pour M. Gates
Jr) et de la Buckler (pour M. Biden). En soirée,
NBC, ABC et CBS ont tous ouvert leur bulletin
télévisé avec l’histoire.
Fasciné par la fascination
Le président a admis être «
fasciné par la fascination » qui s’est
formée autour de cette rencontre. Durant la
journée, Obama a dit ne pas apprécier le
terme « beer summit »,
répété par les médias. «
C’est un terme accrocheur, mais cela n’est pas un sommet.
C’est simplement des gars qui prennent une bière
à la fin de la journée, une occasion pour
écouter le point de vue de l’autre. »
Barack Obama a souvent fait part de son
exaspération envers le cycle des nouvelles 24h, qui
force la télé à remplir du temps
d’antenne coûte que coûte. Or, le
président semble encore apprendre les rouages du
métier. C’est par sa faute qu’il se trouve
aujourd’hui mêlé à cette histoire.
La semaine dernière, Obama a dit que la police a
agi « stupidement » dans le dossier de
l’arrestation d’Henry Louis Gates Jr, spécialiste
des études afro-américaines à
l’Université Harvard, arrêté chez lui
le 16 juillet par la police, qui croyait à un
cambriolage. M. Gates a dit qu’il n’aurait jamais
été traité de la sorte s’il avait
été Blanc. Le sergent Crowley a nié
avoir agi par racisme, soutenant que M. Gates était
agité et non coopératif durant l’incident.
Quoi qu’il en soit, les commentaires du président
avaient jeté de l’huile sur le feu. Plusieurs
policiers noirs présents lors de l’arrestation
à Cambridge, au Massachusetts, ont appuyé
leur collègue blanc, affirmant que la question de
la race n’était pas en jeu.
Devant la passion provoquée par ses
déclarations, M. Obama a reconnu deux jours
après son intervention qu’il avait mal choisi ses
mots et n’avait fait que causer « davantage de
frénésie médiatique ». Il a
appelé les deux hommes, et l’idée d’une
rencontre a été lancée.
L’illusion d’une Amérique «
post-raciale » - Richard Hétu
Le
président, qui choisit toujours ses mots avec soin,
a-t-il commis une simple erreur ou a-t-il plutôt voulu
profiter de l’arrestation de Gates pour lancer un débat
qui a dégénéré ?
Cette
photo prise par un voisin montre l’arrestation le 16 juillet
dernier d’un ami du président Obama, le professeur
Henry Louis Gates, après qu’il eut enfoncé la
porte de son domicile parce qu’il avait égaré
ses clés à son retour d’un voyage.
Barack Obama a toujours refusé d’être le
porteétendard d’une Amérique « post-raciale
», celle qui aurait surmonté les clivages raciaux
en élisant un président issu du mariage d’un Noir
et d’une Blanche.
« Si des gens pensent qu’il n’y a plus de racisme parce
que j’ai été élu, ils se trompent »,
a-t-il déclaré récemment à sept
journalistes noirs qui l’accompagnaient à bord de l’avion
présidentiel.
Mais l’illusion perdure et explique peut-être la
décision du chef de la Maison-Blanche de plonger dans la
controverse entourant l’arrestation d’un ami noir,
éminent universitaire de Harvard. Lors d’une
conférence de presse mercredi dernier, Obama a
qualifié de « stupide » l’attitude de la
police de Cambridge dans cette affaire, une déclaration
qui a soulevé une « tempête raciale »
aux États-Unis, pour reprendre l’expression d’un
tabloïd new-yorkais.
Rappelons brièvement les faits : Henry Louis Gates,
spécialiste des questions africaines et
afro-américaines à l’université Harvard,
est arrêté le 16 juillet après avoir
enfoncé la porte de son domicile parce qu’il avait
égaré ses clés à son retour d’un
voyage en Chine. Le sergent James Crowley, un policier blanc,
est dépêché sur les lieux à la suite
de l’appel d’une voisine qui croyait à un cambriolage.
S’ensuit une altercation entre Gates et Crowley à l’issue
de laquelle le sergent arrête le professeur
âgé de 58 ans pour trouble à l’ordre public,
charge abandonnée mardi dernier.
« Je ne connais pas tous les faits, a dit Barack Obama
mercredi dernier, mais la police de Cambridge s’est conduite de
manière stupide en arrêtant quelqu’un alors que la
preuve était faite qu’il était chez lui. »
Il a ajouté que l’arrestation de Gates illustre la
réalité à laquelle plusieurs Noirs et
Latinos font encore face aux États-Unis.
Deux jours plus
tard, face au tollé soulevé par sa critique de la
police de Cambridge – des syndicats policiers du Massachusetts
ont notamment réclamé des excuses –, Barack Obama
a fait amende honorable en expliquant qu’il aurait pu mieux
choisir ses mots, et il a invité le professeur Gates et
le sergent Crowley à prendre une bière à la
Maison-Blanche.
Mais le président, qui choisit toujours ses mots avec
soin, a-til commis une simple erreur ou a-t-il plutôt
voulu profiter de l’arrestation de Gates pour lancer un
débat qui a dégénéré? La
réponse à cette question n’est peut-être pas
étrangère à sa déception face
à la couverture médiatique de son discours devant
la NAACP, célèbre organisation de défense
des droits des Noirs, qui fêtait son centenaire à
New York le 16 juillet, le jour même de l’arrestation de
Gates.
Dans une bonne partie de ce discours, il a décrit les
« barrières » qui se dressent encore
aujourd’hui devant les Noirs. Ceux-ci ont « plus de
risques de souffrir de maladies mais moins de chances d’avoir
une couverture santé », a-til dit. Les jeunes Noirs
ont « cinq fois plus de risques que les enfants blancs de
voir l’intérieur d’une prison » tandis que le
chômage et virus du sida font « des ravages dans la
communauté afro-américaine avec une force
disproportionnée ». Le gouvernement a toujours un
rôle à jouer pour abattre ces barrières, a
ajouté le président.
Mais les médias américains ont occulté
cette partie de son discours pour mettre l’accent sur l’autre,
où il reprenait le mantra de la responsabilité
individuelle. « Nous avons besoin d’une nouvelle
mentalité, de nouvelles attitudes, a-t-il dit. L’un des
héritages les plus destructeurs et les plus durables de
la discrimination est la manière dont nous avons
intériorisé le sens des limites, la manière
dont tant d’entre nous en sont venus à attendre si peu.
»
Au lendemain de son discours, Barack Obama s’est plaint à
un chroniqueur du Washington Post de ce que les médias
n’en avaient couvert qu’une partie. « Quand je parle de la
responsabilité du gouvernement, cela ne fait pas les
manchettes », a-t-il déploré.
Pour comprendre sa f rustration, il faut savoir que les
associations noires critiquent souvent le président,
à qui elles reprochent de ne pas aborder de façon
assez spécifique les problèmes de leur
communauté.
Le premier président noir avait peut-être en
tête ces critiques lorsqu’il a répondu à la
question sur l’arrestation de Gates, qui met à son avis
en relief le problème du profilage racial. Même en
s’excusant vendredi pour son mauvais choix de mots, il a
souligné que la « frénésie
médiatique » autour de sa déclaration
prouvait que « ces questions sont encore très
délicates en Amérique ».
Personne ne
le contredira là-dessus.
Obama est-il en danger ? - Alexandre Sirois
Entrevue
avec l’historien américain James T. Patterson
donc pas quelque chose de nouveau. Q Cette
PHOTO DOUG MILLS, THE NEW
YORK TIMES
Barack
Obama durant une séance de jogging sous haute
surveillance, il y a une dizaine de jours à New
York.
semaine, un site web conservateur a parlé d’un
éventuel coup d’ État pour se
débarrasser de l’administration Obama... R Vous avez
des personnes qui disent qu’on doit s’en débarrasser,
mais il n’y a pas quelque chose de sérieux qui se
trame. Il y a simplement beaucoup de gens très
fâchés. Et c’est surprenant parce que le plan
de réforme de la santé de Barack Obama, qui a
mis la plupart de ces gens en colère, est loin
d’être radical. En fait, il est très modeste si
on le compare à ce que vous avez au Canada. Q On
parle aussi de menaces de mort. Selon l’essayiste Un sondage
sur Facebook où l’on demande si Barack Obama doit
être tué, un site web conservateur qui
défend l’idée d’un coup d’État pour se
débarrasser du président américain...
Aux États-Unis, la grogne anti-Obama a grimpé
d’un cran la semaine dernière. Même le
renommé chroniqueur du New York Times Thomas Friedman
craint dorénavant pour la vie de son
président. Il a écrit mercredi que le «
climat » actuel en sol américain est le
même « que celui qui existait en Israël
» à la veille de l’assassinat du premier
ministre Yitzhak Rabin. La Presse a joint James T.
Patterson1, historien américain réputé,
pour en discuter. Q La
Presse : Y
a-t-il d’autres exemples, dans l ’ histoire
américaine récente, où un
président américain a été aussi
rudement attaqué par ses adversaires ? R Ja mes T.
Patterson : Je pense que oui. Nous avons vu ce genre de
choses à plusieurs reprises dans l’histoire
américaine. En particulier sous (le président
démocrate) Franklin D. Roosevelt et dans les
années 50 avec Joseph McCarthy (le sénateur
républicain qui disait pourfendre les communistes).
Et, plus récemment, quand les républicains ont
tenté de destituer Bill Clinton, en 1998. Des propos
excessifs ont alors été tenus par beaucoup
d’Américains. Au sujet de Roosevelt, par exemple. On
affirmait, parfois publiquement, mais plus souvent en
privé, qu’il était un juif, un communiste, un
socialiste. Ou qu’il voulait être un dictateur. De
nombreux conservateurs le détestaient et ont fait
tout ce qu’ils ont pu pour le chasser de son poste. Et
à partir de la fin des années 40, McCarthy et
ses alliés, y compris Richard Nixon, ont
affirmé que le département d’État
était bourré de communistes et d’espions. Ce
n’est Ronald Kessler, Barack Obama est la cible de 30
menaces potentielles par jour. Historiquement, est-ce
quelque chose d’unique ? R Il y a toujours la
possibilité (d’un assassinat) et c’est pourquoi les
services secrets sont si prudents. Le président
William McKinley a été tué en 1901. Et
bien sûr, en l’espace de quelques années, John
Kennedy, Bobby Kennedy et Martin Luther King ont
été tués. On a tenté de tuer le
président Gerald Ford à deux reprises. On a
tiré sur Ronald Reagan et il a presque
été tué en 1981. Et il y a eu, j’en
suis sûr, beaucoup de menaces de mort
proférées contre nos présidents. Q
Pensez-
vous, comme l’ancien président démocrate Jimmy
Carter, que le racisme est à la source d’une partie
des attaques personnelles contre Obama ? R Oui. J’en suis
sûr. Le racisme est v ra iment moins virulent
aujourd’hui. Les États-Unis ont fait
énormément de chemin au cours des 50
dernières années. Mais il y en a encore. QL e
climat, les menaces... Êtes-vous inquie t, vous aussi
? R Certainement. Ça m’inqu iétera it
même si je n’aimais pas le président. Mais je
n’ai pas atteint le stade où je pense que c’est sans
précédent. Je pense qu’il y a un nombre
relativement petit de gens qui font vraiment beaucoup de
bruit et qui ont attiré l’attention parce que des
rassemblements publics ont été
organisés. Un petit pourcentage de ces gens dit des
choses très stupides. Et certains, en privé,
envoient des menaces de mort. Mais je ne me réveille
pas chaque matin en pensant que le président va
être tué. 1. James T. Patterson a
enseigné l’histoire à la prestigieuse
Université Brown dans le Rhode Island, de 1972
à 2002. Au cours des dernières années,
il a notamment publié deux essais sur l’histoire
américaine contemporaine (de 1945 à
l’élection de George W. Bush) qui ont
été salués par la critique. Il
s’apprête à publier un livre au sujet d’un
célèbre rapport sur les Noirs aux
ÉtatsUnis, intitulé The Negro Family, qui a
fait grand bruit lorsqu’il a été rendu public
en 1965, sous le président Lyndon B. Johnson.
Une douzaine de manifestants armés dans la
foule - Nicolas Bérubé
DISCOURS
D’OBAMA DEVANT 5500 VÉTÉRANS À PHOENIX
Le président a rappelé que la mission en
Afghanistan est une mission « fondamentale »
LOS ANGELES — Des images saisissantes ont circulé hier
sur les écrans des grandes chaînes
américaines. Elles montraient des manifestants
armés de fusils d’assaut et de revolvers, debout dans
la foule de citoyens venus dénoncer un discours de
Barack Obama à Phoenix, en Arizona.
PHOTO JACK KURTZ, ASSOCIATED
PRESS
Au total , 12 personnes armées ont été
observées dans la foule, selon la station locale KTAR.
Plusieurs centaines de personnes étaient venues
manifester pour ou contre la réforme de l’assurance
maladie proposée par le président Obama.
L’un des hommes, qui a dit s’appeler Chris, a expliqué
simplement qu’il portait ses armes sur lui parce qu’il avait
« le droit de le faire ». Des images
diffusées à CNN montraient qu’il portait un
fusil d’assaut AR-15 en bandoulière et un revolver
à la ceinture.
Selon CNN, un autre homme non identifié avait un fusil
d’assaut AR-15. La police locale et les agents
fédérauxont dit garder un oeil sur les deux
hommes.
« Si nous avons besoin d’intervenir, nous allons
intervenir, a affirmé le détective J. Oliver au
quotidien Arizona Republic. Le fait que des armes soient
visibles alors que le président est en ville a
déclenché beaucoup d’émotion. Nous nous
occupons de maintenir l’ordre sur les deux fronts. »
Personne n’a été arrêté.
En Arizona, les titulaires d’un permis de possession d’arme
ont le doit de porter leur arme sur eux en public pourvu
qu’elle soit visible. Hier, les manifestants n’ont pas
été en contact avec le président, qui
donnait un discours devant 5500 membres des Veterans of
Foreign Wars (VFW) à l’intérieur du Phoenix
Convention Center.
C’est la troisième fois cet été que des
hommes armés prennent part aux manifestations autour
d’activités officielles du président. La semaine
dernière, à Portsmouth, au New Hampshire, deux
hommes armés ont manifesté à
l’extérieur d’une école secondaire où
Barack Obama discutait avec les citoyens. Les agents des
services secrets ont également arrêté un
homme qui avait un couteau sur lui. Un fusil a
été saisi dans sa voiture.
Selon le porte-parole des services secrets, Ed Donovan, le
fait que des hommes armés manifestent dans des
États permissifs au sujet du port d’arme, comme
l’Arizona et le New Hampshire, n’a pas d’impact sur le
programme de sécurité du président.
« Dans les deux cas, le sujet n’est pas entré
à l’intérieur de nos sites ou n’a pas
essayé de le faire. Ils se tenaient dans des lieux
réservés au public. L’élément
important ici, c’est que ces individus n’auraient pas pu
entrer à l’intérieur avec une arme. »
L’Arizona,
représenté au Sénat par John McCain,
avait voté en faveur du candidat républicain aux
élections présidentielles de novembre dernier.
Barack Obama et le vice-président Joe Biden n’ont pas
visité l’État durant la campagne.
Mission « longue et complexe »
À l’intérieur du Phoenix Convention Center, le
président a rappelé que les Américains et
leurs alliés sont en Afghanistan pour une mission
« fondamentale » qui sera « longue et
complexe ».
« L e s p r o b l è mes en Afghanistan ne sont
pas survenus du jour au lendemain, a dit M. Obama. Et nous ne
serons pas victorieux du jour au lendemain. Ce ne sera pas
rapide. Ce ne sera pas facile. Mais nous ne devons jamais
oublier. Ce n’est pas une guerre de choix. C’est une guerre de
nécessité. Ceux qui nous ont attaqués le
11 septembre veulent nous attaquer à nouveau. »
Le président Obama poursuivait sa tournée dans
l’Ouest américain. Ce week-end, la famille Obama a pu
visiter le Grand Canyon.
M. Obama a aussi ironisé sur son intention d’appliquer
à lui-même la rigueur budgétaire du
gouvernement en indiquant qu’il était exclu que la
MaisonBlanche acquière un nouvel
hélicoptère présidentiel
équipé d’une cuisine résistante à
une frappe nucléaire, comme le voulait le
Congrès.
« Laissez-moi vous dire que si les États-Unis
étaient attaqués à l’arme
nucléaire, la dernière chose qui me viendrait
à l’esprit serait de me faire un lunch », a dit
le président.
Selon des observateurs, les vétérans ont
réservé un accueil « poli » à
M. Obama.
Selon une journaliste du New York Times: « Les discours
de George W. Bush étaient reçus avec beaucoup
d’enthousiasme par les militaires. M. Obama a reçu un
accueil plus réservé ici. Son discours a
été interrompu occasionnellement par des
applaudissements polis. »
DE
LA HAINE D’OBAMA À LAVIOLENCE PHYSIQUE - RICHARD
HÉTU
Dans un
rapport confidentiel, le ministère américain de
la Sécurité intérieure estime que la
crise économique et l’élection de Barack Obama
favorisent une résurgence possible de la violence
associée à l’extrême droite aux
États-Unis. La polémique autour d
«Nous avons, nous aussi, constaté une
résurgence des activités des groupes
d’extrême droite, particulièrement sur
l’internet. (...) Ces sites alimentent la haine et la
paranoïa, et certains individus y trouvent la motivation
pour agir. »
— Ils avaient en commun la haine de Barack Obama, la passion
des armes à feu et une frustration face à leur
situation financière. Dans un élan de rage, ils
ont semé la peur et la mort autour d’eux, abattant un
total de sept personnes, dont cinq policiers, et en blessant
plusieurs autres. Le cas de ces trois hommes devrait sonner
l’alarme. Or, plusieurs Américains
préfèrent ne pas entendre parler de la menace
des extrémistes de droite qui vivent parmi eux.
Joshua Cartwright, 28 ans, est le dernier parano armé
à avoir pété les plombs. Samedi dernier,
au lendemain d’une violente dispute avec sa femme, ce
réserviste de l’armée américaine a
tué deux policiers venus l’arrêter dans le
stationnement d’un club de tir de Crestview, en Floride. Il
est mort peu après dans la ville voisine de DeFuniak
Springs, à l’issue d’un échange de coups de feu
avec des policiers de cette municipalité.
Cartwright avait des armes à feu et des couteaux
cachés dans tous les recoins de sa maison, indique un
rapport de police rédigé après sa mort.
« Il croyait que le gouvernement américain
conspirait contre lui » et « il était
profondément troublé par l’élection de
Barack Obama à la présidence », peut-on
lire dans le document, qui cite la femme du disparu, Elizabeth
Cartwright, 21 ans.
Deux jours avant sa mort, Joshua Cartwright avait perdu son
emploi dans un magasin de téléphones.
Son histoire rappelle celle de Richard Poplawski. Le 4 avril
dernier, ce chômeur de 22 ans, équipé de
plusieurs armes, dont un fusil d’assaut AK-47, a ouvert le feu
sur trois policiers qui s’étaient
présentés à son domicile de Pittsburgh,
en Pennsylvanie, pour répondre à un appel au
sujet d’une dispute familiale. Après le drame, un de
ses amis a confié à des journalistes que
Poplawski n’était pas seulement furieux d’avoir
été licencié; il était
également inquiet face à la possibilité
que l’administration Obama « empiète » sur
les droits des citoyens et interdise les armes à feu.
Cette possibilité n’existait que dans sa tête.
La menace de l’extrême droite
Jim Adkisson, un chômeur de 58 ans, est probablement le
premier extrémiste à avoir tué des gens
après avoir exprimé, en juillet dernier, sa
hantise des liberals, des démocrates et de leur
candidat à la présidence, qu’il appelait «
OussamaHusseinObama ». Dans un manifeste de quatre
pages, il incitait ceux qui partagent ses vues à
assassiner ces progressistes qui « tentent de
transformer notre pays en État communiste ».
Après avoir rédigé son manifeste,
Adkisson s’est rendu dans une église progressiste de
Knoxville, dans le Tennessee, un fusil de chasse caché
dans un étui de guitare. Il a tué deux personnes
et en a blessé sept.
Des cas isolés? Il serait sans doute rassurant de le
croire, mais le contexte économique et politique aux
États-Unis favorise la « violence associée
à une résurgence de l’extrême droite
», selon un nouveau rapport du ministère
américain de la Sécurité
intérieure, qui cite le cas de Richard Poplawski, le
tueur de Pittsburgh.
Distribué aux forces de l’ordre américaines, le
document n’appelle pas seulement à la vigilance contre
« les loups solitaires » à la Timothy
McVeigh, auteur de l’attentat contre le siège du
gouvernement fédéral d’Oklahoma City, en 1995,
mais également contre les groupes d’extrême
droite qui profitent du « ralentissement
économique » et de « l’élection du
premier président noir » pour recruter de
nouveaux membres.
Selon ce rapport daté du 7 avril, le ministère
de la Sécurité intérieure « n’a
aucune information précise selon laquelle des
terroristes américains seraient en train de
préparer des actes de violence », mais les
extrémistes de droite « pourraient attirer de
nouvelles recrues en jouant sur les peurs liées
à plusieurs questions nouvelles », dont
l’immigration clandestine et le contrôle des armes
à feu.
Le rapport , qui a fait l’objet d’une fuite, précise
que les groupes extrémistes pourraient également
miser sur la difficile réintégration des soldats
qui reviennent d’Irak et d’Afghanistan pour trouver de
nouveaux membres.
Cette dernière mention a fait bondir plusieurs
conservateurs, dont le chef de file de la minorité
républicaine à la Chambre des
représentants, John Boehner, qui a reproché au
ministère de la Sécurité
intérieure d’avoir qualifié les
vétérans d’Irak et d’Afghanistan de «
terroristes potentiels ». Des associations d’anciens
combattants ont également exigé et obtenu des
excuses de la ministre
Janet Napolitano, qui a défendu les conclusions du
rapport avant de déplorer la façon dont elles
avaient été présentées.
Au bout du compte, la polémique autour du document aura
éclipsé l’appel à la vigilance qu’il
contenait, une tournure qui a déçu les
spécialistes de l’extrémisme aux
États-Unis.
« Nous avons été consternés de voir
le rapport faire l’objet d’autant de critiques, car nous
croyons qu’il visait juste », dit Deborah Lauter,
directrice des droits civiques à la Ligue
anti-diffamation. « Nous avons, nous aussi,
constaté une résurgence des activités des
groupes d’extrême droite, particulièrement sur
l’internet. Cela nous inquiète parce que leurs sites
influencent des gens qui ne sont pas nécessairement des
membres. Ces sites alimentent la haine et la paranoïa, et
certains individus y trouvent la motivation pour agir. »
RichardPoplawski, qui fréquentait des sites racistes et
antisémites, fait peut-être partie de cette
catégorie. Jim Adkisson, lui, semblait se fier
davantage à des vedettes médiatiques qui
s’offusqueraient d’être associées à
l’extrême droite. Dans sa voiture, les policiers ont
notamment trouvé des livres de Bill O’Reilly et de Sean
Hannity, deux animateurs de la chaîne d’information Fox
News qui, chaque soir de la semaine, mettent en garde les
téléspectateurs contre les dangers et les
méfaits de Barack Obama et de ses alliés «
socialistes ». Glenn Beck, un de leurs collègues,
va plus loin en accusant le président de «
marxisme » ou de « fascisme ».
Peut-on également les accuser d’alimenter la haine et
la paranoïa?
« Nous avons déjà remarqué, dans le
débat sur l’immigration, une rhétorique
extrémiste dans certains médias de masse,
répond Deborah Lauter. Je pense que nous assistons au
même phénomène depuis l’élection
d’Obama. »
Rhétorique extrémiste
« Notre
gouvernement ne nous mène pas sur la voie du socialisme
ou du communisme. (...) Il nous mène vers une forme non
violente de fascisme. Qu’on le veuille ou non, le fascisme
connaît une résurgence. » – Glenn Beck,
animateur de Fox News « Nous avons pour président
un tout-nu de marxiste. » – Michael Savage, animateur de
radio « Soyons sérieux : toutes l es supputations
selon lesquelles Obama est le véritable
antéchrist seront confirmées ou infirmées
le jour où quelqu’un réussira à abattre
ce fils de pute. » – Le site Free Republic « Ces
fous au Montana qui disent : " Nous allons tuer des agents
fédéraux parce que l’ONU est sur le point de
conquérir le monde", eh bien ! ils commencent à
avoir raison. » – Dick Morris, commentateur de Fox News
Les exorcistes américains -
FRÉDÉRICK GAGNON
L’assassinat du
Dr Tiller ravive la guerre entre pro-vie et pro-choix
Le président Obama aura plus de difficulté
à prôner avec succès son discours
rassembleur.
L’L’auteur est professeur de science politique à
l’Université du Québec à Montréal et
directeur adjoint de l’Observatoire sur les ÉtatsUnis de
la chaire Raoul-Dandurand. assassinat du médecin George
Tiller, survenu dimanche, n’était pas le premier, ni le
dernier épisode de la guerre que se livrent les militants
pro-vie et pro-choix aux ÉtatsUnis. Barack Obama a certes
été élu à la présidence, mais
la société américaine n’a pas autant
changé qu’on pourrait le croire et n’est pas soudainement
devenue un « paradis progressiste ». La guerre
culturelle américaine continuera effectivement à
battre son plein et les acteurs de cette guerre, les «
exorcistes américains », poursuivront leur lutte au
grand dam d’Obama.
Victoria
Pay se recueille devant la Clinique de santé pour
femmes de Wichita, au Kansas, propriété du Dr
George Tiller. Le médecin, spécialisé
dans les avortements tardifs, a été
assassiné dimanche dernier.
L’objecti f des « exorcistes américains » est
simple : protéger les valeurs traditionalistes de la
société américaine sur des enjeux aussi
divers que l’avortement, le mariage gai, l’enseignement de la
théorie de l’évolution dans les écoles et
l’euthanasie. Répondant à l’appel lancé par
l’ultraconservateur Pat Buchanan en 1992, ils mènent une
guerre religieuse visant à expurger la
société américaine de ses «
démons » progressistes et séculiers – par
exemple, les médecins qui pratiquent l’avortement, les
féministes, les militants pour le mariage gai ou encore
les réalisateurs hollywoodiens qui « banalisent
» la consommation de drogues au cinéma.
Les « exorcistes » sont ainsi de plusieurs types et
brandissent le crucifix pour diverses raisons. Il s’agit parfois
du président lui-même, comme l’a
démontré George W. Bush en proposant l’adoption
d’un amendement constitutionnel interdisant le mariage gai. Mais
on compte aussi parmi eux des juges qui, à l’instar
d’Ashley McKathan, insistent pour afficher les 10 commandements
sur leur robe de magistrat; des pasteurs qui, comme Becky
Fischer, invitent les chrétiens préadolescents
à rejeter l’homosexualité ; ou encore des
blogueurs qui, comme Kevin McCullough, s’insurgent contre la
nudité dans les jeux vidéo comme Mass Effect. Pour
les « exorcistes » , les élites laïques
et libérales se sont emparées du pouvoir et sont
en train de détruire les fondements spirituels de la
société.
C’est du moins l’avis de celui qui peut être
qualifié « d’exorciste américain par
excellence », c’est-à-dire Bill O’Reilly,
l’animateur de The O’Reilly Factor, une émission
d’affaires publiques que plus de trois millions
d’Américains regardent quotidiennement sur Fox News. Dans
un livre intitulé Culture Warrior, O’Rei l ly expl ique
que les « t radit ional istes » comme lui doivent
lutter contre les « progressistes sécul iers
» . Il méprise ainsi ceux qu’il appelle les «
extrémistes de gauche » de la ville de San
Francisco, esquinte les artistes rock comme Marylin Manson
d’inciter les jeunes à adopter un style de vie
dévergondé et accuse les médecins
pratiquant l’avortement de s’adonner à des «
pratiques barbares ».
George Tiller
était d’ailleurs l’une des cibles
préférées d’O’Reilly, qui l’avait
surnommé « Tiller le tueur de bébés
» et qui n’hésitait pas à affirmer que le
médecin « détruisait des foetus pour 5000
dollars » et était « l’équivalent
moral d’al-Qaeda ».
Il serait certes exagéré d’affirmer que la
rhétorique – incendiaire et haineuse – d’O’Reilly a eu
une influence directe sur l’assassin de Tiller. Mais i l ne fa i
t aucun doute que The O’Reilly Factor incite les
Américains à radical iser leurs posit ions sur les
enjeux de la guerre culturelle. En effet, comment demander
à un amateur de cette émission de faire preuve de
modération à l’égard d’un Américain
pro-choix quand on lui répète soir après
soir que les groupes pour l’avortement « exécutent
des bébés » et sont l’équivalent de
Hitler ?
À l’inverse, le meurtre de Tiller incitera aussi les
individus et groupes de gauche à croire que tous les
militants pro-vie sont des êtres «
jusqu’au-boutistes » et « dérangés
». Barack Obama aura ainsi plus de difficulté
à prôner avec succès son discours
rassembleur.
Mais les républicains subiront aussi les contrecoups des
événements de dimanche. Il sera effectivement ardu
de faire campagne contre l’avortement en 2010 et en 2012 sans
raviver le triste souvenir de l’assassinat. Voilà une
bien mauvaise nouvelle pour un parti déjà en
déroute qui souhaitait utiliser la rhétorique de
la guerre culturelle pour enregistrer des gains
électoraux.
Vives réactions aux États-Unis
Assassinat
d’un médecin spécialisé en
avortements tardifs - NICOLAS BÉRUBÉ
LOS ANGELES
L’assassinat d’un médecin pratiquant des avortements
tardifs dans une clinique du Kansas, dimanche, a
déclenché les passions aux États-Unis.
Hier, des témoignages de sympathie ont
été émis dans tout le pays.
La
Kansas Coalition for Life respecte la vie de tous les
êtres humains, même celle du Dr Tiller, abattu
d’une balle à la tête, dimanche. C’est pourquoi
ses membres vont prier pour sa rédemption, mais non
pour celle de son meurtrier explique l’affiche
déposée aux abords de la clinique.
Le président Obama a vivement condamné le crime
haineux. « Je suis choqué et
dégoûté par le meurtre du Dr George
Tiller, survenu alors qu’il était à
l’église, dimanche matin. Peu importe les
différences au sujet de l’avortement, on ne peut rien
résoudre en ayant recours à des actes de
violence. »
Les groupes anti-avortement ont dénoncé le
meurtre, mais ont appelé du même souffle les
militants pro-vie à ne pas cesser de dénoncer
les médecins qui pratiquent les avortements.
Le fondateur du groupe Operation Rescue, Randall Terry, a dit
que le tueur avait commis un « acte lâche et
déplorable ». Il a ajouté que le Dr Tiller
était « un meurtrier en série qui a
récolté ce qu’il avait semé ».
Le Dr Tiller distribuait des feuillets paroissiaux dans le
hall de son église, dimanche matin, quand un homme a
fait irruption et lui a tiré une balle dans la
tête, avant de prendre la fuite.
Peu après, la police a arrêté Scott
Roeder, 51 ans, qui sera accusé du meurtre de George
Tiller. Roeder avait une attitude « oeil pour oeil, dent
pour dent » envers les médecins qui pratiquent
des avortements. Son frère a affirmé que le
suspect avait de « profondes opinions anti-avortement et
anti-gouvernement » et qu’il avait souffert de diverses
maladies mentales dans sa vie.
Le docteur George Tiller était l’une des cibles
favorites des militants pro-vie, qui se réunissaient
quotidiennement devant sa clinique, au centre-ville de
Wichita, au Kansas. En 1993, il a été atteint
par balles aux deux bras devant sa clinique.
Le Dr Tiller,
67 ans, était propriétaire de l’une des trois
cliniques aux États-Unis qui pratiquent des avortements
sur des patientes enceintes de 20 semaines ou plus. Il se
spécialisait dans l’interruption de la grossesse des
femmes enceintes d’un bébé affreusement
déformé ou ayant des incapacités
cérébrales majeures.
Menaces de Fox News
Le travail du Dr Tiller a été
dénoncé fréquemment sur le réseau
conservateur Fox News, où l’animateur et commentateur
Bill O’Reilly avait lancé une véritable croisade
contre lui, le traitant de « nazi » et de «
tueur de bébés » sur les ondes.
En 2005, M. O’Reilly a dit que quiconque ne travaillait pas
activement à stopper le Dr Tiller « avait du sang
sur les mains ».
La clinique du Dr Tiller était gardée 24 heures
par jour par une voiture de patrouille. Des gardes
armés se tenaient à l’entrée et chaque
visiteur devait franchir un détecteur de métal.
Au fil des ans, plusieurs patientes ont rapporté
s’être fait harceler violemment par des militants
pro-vie devant le terrain de la clinique.
Le procureur en chef des ÉtatsUnis, Eric Holder, a
donné le mandat aux policiers fédéraux
d’augmenter la sécurité de certaines cliniques
d’avortement et des médecins qui y travaillent.
Hier, un médecin du Nebraska, qui pratiquait quelques
jours par semaine à la clinique du Dr Tiller, a dit
avoir l’intention de poursuivre le travail de son
collègue. La clinique devrait rouvrir ses portes lundi
prochain, a-t-il assuré.
ATTENTATS ANTIAVORTEMENT AUX ÉTATS-UNIS
> 1993: Le docteur David Gunn est tué d’une balle
dans le dos alors qu’il se rend à sa clinique, en Floride.
> 1994: Quatre personnes sont tuées dans deux fusillades
dans des cliniques d’avortement, en Floride et au Massachusetts.
> 1998: Barnett Slepian, obstétricien de New York, est
tué par un tireur embusqué alors qu’il se trouve
chez lui avec sa famille. Source: National Abortion Federation
Fusillade au musée de l’Holocauste
WASHINGTON
— Un homme présenté par les médias
américains comme un octogénaire prônant la
supériorité de la race blanche a ouvert le feu
au musée de l’Holocauste de Washington, provoquant la
mort d’un agent de sécurité et semant la panique
dans le coeur touristique de la capitale.
« Il est mort », a déclaré un
porte-parole de la police au sujet de l’agent de
sécurité, précisant que le tireur
également hospitalisé après avoir
été atteint par balle lors de la fusillade se
trouvait « toujours dans un état critique
».
Selon les premiers éléments recueillis sur place
auprès de témoins et des autorités,
l’homme est entré dans le musée de l’Holocauste
armé d’un fusil et a tiré, blessant l’agent de
sécurité et provoquant la riposte des autres
gardiens tandis que les visiteurs paniqués se mettaient
à couvert.
Selon trois télévisions américaines, le
tireur est un homme de 88 ans, identifié comme
étant James Von Brunn. Connu pour avoir des liens avec
des milieux prônant la supériorité de la
race blanche et des organisations antigouvernementales, il a
fait de la prison pour être entré muni d’un
revolver à la banque centrale américaine en
1981.
Ni le FBI ,
ni la police, ni le maire de Washington n’ont cependant
confirmé ces informations ni donné le moindre
détail sur le suspect.
Selon Mark Potok, spécialiste des groupes
d’extrême droite américains interrogé sur
CNN, Von Brunn est une figure de ces milieux et défend
dans ses écrits la thèse selon laquelle «
les juifs contrôlent tous les autres groupes
déplaisants, les Noirs, les basanés, les Jaunes,
les gais (...) dans le but de détruire
l’Amérique blanche et chrétienne au profit des
juifs ». Ces groupes « sont très actifs
depuis quelques mois », et notamment depuis
l’élection de Barack Obama, le premier président
noir des États-Unis, a souligné M. Potok.
Cette fusillade intervient quelques jours seulement
après une visite du président américain
au Moyen-Orient et en Europe, où il a rendu hommage aux
victimes de l’Holocauste en visitant le camp d’extermination
de Buchenwald en Allemagne.
Plus de 30 millions de personnes ont visité le
musée de l’Holocauste depuis son ouverture en 1993,
dont 85 chefs d’État.
L’amba s s ade d’ I s r a ë l à Washington a
condamné la fusillade dans un communiqué, se
disant « choquée et attristée » et
indiquant « suivre la situation de près ».
SLAB
CITY
- La « dernière ville libre
d’Amérique » - Nicolas Bérubé
À
la fin des années 40, des ex-militaires ont
monté un campement sur le terrain d’une ancienne base
de l’armée américaine dans le désert de
la Californie. Au fil du temps, « Slab City » a
grossi, pour devenir une communauté formée de
voyageurs,
« Il n’y a rien ici, ça n’a pas de valeur
financière, alors l’État nous laisse faire.
»
SLAB CITY, Californie — On arrive à Slab City par la
California State Route 111, une autoroute à deux voies
qui semble venir de nulle part et ne mener nulle part.
Perdue
au milieu de nulle part en Californie, Slab City ressemble
à un terrain de camping qui tente de se relever au
lendemain d’une guerre nucléaire.
Près de cette route se trouve un campement
composé de dizaines de roulottes munies de panneaux
solaires faits maison. De Westfalia tapissés de
coquillages et montés sur quatre blocs de ciment. De
clôtures faites avec de vieux fuselages d’avions de
chasse et surmontées d’enjoliveurs qui brillent au
soleil.
On ne trouve pas de poteaux électriques. Pas d’eau
courante. Pas de routes asphaltées. Pas de commerces.
Pas de bureau d’accueil.
Le thermomètre de la voiture indique 44 degrés
à l’ombre, et il n’y a pas beaucoup d’ombre.
Au détour de la route poussiéreuse
s’élève une habitation faite de plusieurs
roulottes mises bout à bout. La sonnette
d’entrée consiste en une vieille cloche de métal
et un marteau rouillé.
Une femme dans la cinquantaine répondauson strident.
Elle dit s’appeler Carol et habiter à Slab City depuis
huit ans.
« C’est un bel endroit, dit-elle, un endroit calme. Les
gens laissent leurs voisins tranquilles et vice versa. »
Devant sa maison se trouve un petit puits décoratif
dont les parois sont recouvertes de pierres taillées
avec soin. Le puits est profond d’environ 60 cm. Il est aussi
sec que les milliers de kilomètres carrés de
désert qui l’entourent.
« On espère le finir un jour, lance Carol,
pince-sans-rire. Pour l’instant, on l’appelle notre puits
à souhaits. »
Vision post-nucléaire
Slab City ressemble à un terrain de camping qui tente
de se relever au lendemain d’une guerre nucléaire.
À part quelques arbres et buissons, il n’y a
pratiquement pas de verdure.
Au centre du campement, une salle de spectacles en plein air
est meublée avec des sièges d’autobus et des
sofas défoncés. Une petite bibliothèque
libre-service dans une caravane possède des centaines
de livres et de magazines, dont tous les numéros du
National Geographic publiés entre juillet 1977 et mai
2003.
Le terrain appartient à l’État de la Californie,
et a servi de base militaire pour l’entraînement des
soldats durant la Seconde Guerre mondiale. Après la
fermeture et la démolition de la base, l’endroit a
été abandonné. D’ex-soldats ont
décidé d’y vivre. Le campement évolue
depuis. Il n’y a pas de taxes à payer, pas
d’impôts. La population atteint 500 âmes en hiver
et tombe à 150 l’été, quand la chaleur
paralyse tout. Le désert semble appartenir à
tout le monde et à personne à la fois.
« Il n’y
a rien ici, ça n’a pas de valeur financière,
alors l’État nous laisse faire », lance Danny
Cook, homme aux yeux bleus perçants qui a le regard
triste et la poignée de main ferme.
Âgé de 56 ans, M. Cook a été
machiniste, homme à tout faire, barbier. Il y a trois
ans, il a appris qu’il était atteint d’un cancer du
foie inopérable. Il a déménagé de
San Diego à Slab City parce qu’il ne pouvait plus
travailler et avait besoin d’un endroit où poser sa
roulotte.
Depuis, il s’est installé des panneaux solaires pour
faire fonctionner son ventilateur et recharger son rasoir. Il
a accroché une douche dans un arbre derrière
chez lui. M. Cook remplit ses citernes d’eau à la
station-service du village de Niland, à 10 minutes de
route, et donne 10$ au pompiste pour qu’il le laisse faire.
L’an dernier, il a acheté de la terre et des mottes de
gazon pour faire un jardin, protégé du soleil
par un toit en bois peint. Il lui a fallu creuser un
mètre dans le sol sec du désert avant de mettre
la terre. Ces jours-ci, M. Cook récolte des courgettes,
des asperges, des tomates, de la coriandre et plusieurs
variétés de fleurs.
Son médecin lui a dit que les métastases sur son
foie sont maintenant grosses comme des balles de golf. Il
pense que l’année 2009 sera la dernière de sa
vie.
« Mon degré d’énergie diminue, dit-il. Je
suis heureux d’être ici et d’avoir mon jardin. Je me dis
que réussir à faire un jardin au milieu du
désert, c’est quand même un accomplissement.
»
La fête au village
Chaque samedi soir, les habitants de Slab City font la
fête. Ils se réunissent dans un endroit
appelé The Range, une sorte de scène
extérieure. Il y a des spectacles et des jeux. Une
pancarte délavée par le soleil indique qu’il est
préférable d’être « habillé
chic » pour l’occasion.
« Les femmes qui ne possèdent pas de robe chic
peuvent en emprunter une en appelant Bob The Builder »,
note l’affiche. Bob The Builder est un ex-militaire dans la
soixantaine qui parle fort et aime sa bière bien
froide. Il habite à Slab City « depuis des
années » et offre ses services de
réparateur en tout genre aux habitants.
L’été, le mercure dépasse les 45
degrés à Slab City. Une température que
la plupart des gens ne peuvent tolérer, dit-il. «
L’été, les saisonniers repartent, et il n’y a
que nous qui restons. L’endroit redevient plus calme. Cette
année, avec la crise économique, les gens sont
plus nombreux à rester. Le fait de ne pas payer de
loyer est très attirant. »
Cette semaine, Bob a passé son temps à apprendre
une chanson de Neil Young à la guitare. Il
espère pouvoir la jouer à la fête, samedi
soir.
Slab City, dit-il, est le dernier territoire libre
d’Amérique.
« J’aime penser qu’on est libres et que nous vivons une
belle vie. Ma copine dit plutôt qu’il s’agit de la fin
du rouleau. Dans la vie, voyez-vous, tout est relatif. C’est
une question de point de vue. »
LeNew Jersey éclaboussé par un nouveau
scandale - Richard Hétu
Quarante-quatre personnes, dont trois maires et cinq
rabbins, arrêtées dans un coup de filet
spectaculaire
NEW YORK
S’il y a un État américain dont il est
difficile de ternir encore plus la réputation,
c’est bien leNewJersey, qui a produit au fil des ans
quantité de politiciens corrompus, d’avocats
véreux et de mafieux impénitents.
Parmi
les
44 personnes arrêtées, 15 ont
été accusées d’avoir
participé à un réseau de
blanchiment d’argent qui a des ramifications jusqu’en
Israël et en Suisse. L’argent blanchi provenait
notamment de la vente d’organes et de faux sacs à
main Gucci et Prada, selon le procureur
fédéral Ralph Marra.
Et pourtant, depuis hier matin, l’État de Tony
Soprano est éclaboussé par un scandale qui
ferait probablement honte au mafioso de la série
télévisée de HBO. Dans un coup de
filet spectaculaire qui a commencé à l’aube,
le FBI a arrêté pas moins de 44 personnes
pour corruption, blanchiment d’argent ou trafic d’organes,
dont les maires d’Hoboken, de Secaucus et de Ridgefield,
ainsi que cinq rabbins.
Le maire d’Hoboken, Peter Cammarano, âgé de
31 ans, a été interpellé 23 jours
seulement après son investiture. Il est
accusé d’avoir accepté un pot-de-vin de 25
000$, dont 10 000$ lui ont été versés
jeudi dernier, selon le procureur fédéral du
New Jersey. Sa ville, qui a vu naître Frank Sinatra,
est située sur la rive opposée à
celle de Manhattan.
Au total, 19 élus et responsables locaux ont
été arrêtés pour corruption.
« Ces personnalités politiques se sont
vendues », a déclaré Ralph Marra, le
procureur fédéral. « Elles vivaient
dans un monde où l’éthique était
inexistante. »
« Le problème de corruption dans
l’État du New Jersey est l’un des pires, voire le
pire dans la nation », a déclaré, de
son côté, Ed Kahrer, un des responsables de
l’enquête au sein du FBI. « La corruption est
un cancer qui détruit les valeurs fondamentales de
l’État. »
Les 15 autres personnes arrêtées ont
été accusées d’avoir participé
à un réseau de blanchiment d’argent qui des
ramifications jusqu’en Israël et en Suisse. Au cours
des 10 dernières années, ce réseau
aurait recyclé des dizaines de millions de dollars
par l’entremise d’oeuvres caritatives
contrôlées par des rabbins du New Jersey et
de Brooklyn, dans l’État de New York. L’argent
blanchi provenait notamment de la vente d’organes et de
faux sacs à main Gucci et Prada, selon Ralph Marra.
Ces religieux juifs « ont dissimulé leurs
vastes activités criminelles derrière une
façade de respectabilité », a
déclaré le procureur fédéral.
Un homme de Brooklyn, Levy Izhak Rosenbaum, a
été accusé de trafic d’organes pour
avoir convaincu des donneurs israéliens de lui
vendre pour 10 000$ des reins qu’il revendait 160 000$.
Un «
témoin coopératif »
Le FBI enquêtait depuis 10 ans sur le réseau
de blanchiment d’argent lorsqu’il s’est assuré
l’aide d’un « témoin coopératif
», il y a deux ans. Celui-ci aurait réussi
à berner des membres de la communauté juive
syrienne du New Jersey et de NewYork en se faisait passer
pour un homme d’affaires ayant de l’argent sale à
recycler.
Ce même témoin coopératif a
également aidé le FBI en piégeant les
élus et les responsables du New Jersey qui ne
demandaient pas mieux que de recevoir des pots-de-vin pour
faire avancer ses dossiers, selon les autorités. Il
se faisait passer pour un promoteur immobilier
auprès d’eux.
Le procureur fédéral n’a pas
identifié le témoin coopératif, mais
tout indique qu’il s’agit de Solomon Dwek, fils d’un
rabbin qui dirige la synagogue de Deal, dans le New
Jersey. Dwek, âgé de 36 ans, est
lui-même à la tête d’une école
religieuse. Il fait face depuis 2006 à des
accusations de fraude bancaire pour avoir tenté
d’encaisser un faux chèque de 25 millions de
dollars.
Le scandale ne touche pas seulement des édiles
municipaux. Joseph Doria, membre de l’administration du
gouverneur démocrate du New Jersey Jon Corzine, a
démissionné de son poste hier après
que la police eut perquisitionné à son
domicile. Doria luimême n’a pas été
arrêté dans le coup de filet.
Cette affaire tombe mal pour le gouverneur Corzine, qui
fera face au jugement de l’électorat en novembre
prochain.
« Toute corruption est inacceptable », a-t-il
déclaré dans un communiqué. «
L’ampleur de la corruption dont nous sommes témoins
est tout simplement révoltante et ne peut pas
être tolérée. »
Durant toute la journée, les chaînes de
télévision new-yorkaises ont montré
les images des élus du New Jersey, menottes au
poignet, montant à bord d’un autobus qui devait les
conduire vers Newark, leur lieu de détention, aux
côtés de rabbins en habit traditionnel.
L’un des religieux arrêtés, Saul Kassin, est
le grand rabbin de la communauté juive syrienne des
États-Unis. Il dirige une synagogue à
Brooklyn.
Nancy Reagan dit « parler à son mari »
- Nicolas Bérubé
L’ex-première
dame
des ÉtatsUnis, Nancy Reagan, soutient voir
apparaître son mari certaines nuits dans sa demeure de
Bel Air, dans l’ouest de Los Angeles.
L’ancien
président
Ronald Reagan et son épouse Nancy, dans la limousine
présidentielle. La photo a été prise le
6 février 1984. M. Reagan est mort en 2004. Il avait
93 ans.
« Cela peut sembler étrange, mais des fois, je me
réveille et Ronnie est là... Je commence
à lui parler et je peux le voir. »
C’est là une des confidences surprenantes que fait Mme
Reagan dans une entrevue à paraître dans le
numéro de juillet du magazine Vanity Fair et dont des
extraits ont été rendus publics. Très
lucide malgré ses 87 ans, l’ex-première dame y
exprime son opinion sur Barack Obama et parle du coup de fil
que lui a passé la nouvelle première dame du
pays.
Mme Reagan, qui n’aime pas voyager, dit qu’elle aurait
aimé être invitée à la
Maison-Blanche quand le président Obama a
annoncé la levée de l’embargo sur le financement
de la recherche sur les cellules souches, au mois de mars.
Nancy Reagan mi l ite depuis longtemps en faveur de ce type de
recherche, qui pourrait permettre de guérir la maladie
d’Alzheimer, dont souffrait son mari.
« Je serais allée à Washington et vous
savez que je n’aime pas me déplacer. Sur le plan
politique, il aurait été bien que le
président m’invite. Mais bon. Personne n’est parfait.
Il m’a téléphoné pour me remercier, mais
il aurait pu faire plus de kilométrage avec la nouvelle
si j’avais été là. »
Nancy Reagan s’est rendue hier à la Maison-Blanche,
où le président Obama a annoncé la mise
sur pied d’un comité chargé de commémorer
le 100e anniversaire de la naissance de Ronald Reagan, en
2011.
Impressionnée par Obama
Dans son entrevue à Vanity Fair, Mme Reagan dit avoir
été impressionnée par la campagne d’Obama
l’an dernier. « Je pense qu’il a mené la
meilleure campagne présidentielle que j’aie vue de ma
vie. Disciplinée, organisée, une très,
très bonne campagne. »
Mme Reagan a toutefois voté pour John McCain, ce qui a
dû être difficile : sa famille a coupé les
ponts avec McCain quand ce dernier a divorcé de sa
première femme, Carol, très proche des Reagan.
Nancy Reagan occupe une place importante dans l’imaginaire des
Américains. Elle est en quelque sorte la «
première grand-mère » du pays. Les
politiciens, démocrates comme républicains,
prennent soin de la traiter avec révérence.
Michelle Obama lui a téléphoné
après les élections et les deux femmes ont eu
une conversation de 45 minutes.
« Elle voulait des conseils, des suggestions, a dit Mme
Reagan. J’étais heureuse de lui parler. Je lui ai
suggéré de faire des soupers d’État.
C’est agréable. Vous avez des serviteurs, alors il n’y
a rien à faire. Et l’on a du bon temps. On peut faire
des affaires. C’est comme ça que Washington fonctionne.
»
Mme Reagan a eu des propos touchants pour son mari,
décédé en 2004. « Je m’ennuie
beaucoup de Ronnie... Les gens disent que ça
s’améliore avec le temps. Non, ça ne
s’améliore pas. »
Retour sur une campagne mémorable
- Richard Hétu
Le livre
de Wolffe ne contient pas de grandes
révélations mais foisonne d’anecdotes
inédites, comme ce face-à-face entre Obama
et son pasteur, Jeremiah Wright.
Le 13 décembre 2007: à quelques heures d’un
débat télévisé en Iowa,
où aura lieu le premier rendez-vous
électoral de la campagne présidentielle de
2008, Hillary Clinton croise Barack Obama sur le tarmac de
l’aéroport RonaldReagan, près de Washington.
La sénatrice de New York demande à parler
à son rival afin de s’excuser auprès de lui
pour les propos de Bill Shaheen, un conseiller de sa
campagne au New Hampshire. Celui-ci a
déclaré la veille que, si Obama devient
candidat démocrate à l’élection
présidentielle, le camp républicain va
certainement exploiter ses anciennes
expérimentations avec la drogue.
Au lieu d’accepter ces excuses, Obama profite de
l’occasion pour se plaindre à l’ex-First Lady de la
campagne de dénigrement dont il croit faire
l’objet. Une campagne qui inclurait un courriel transmis
par un des bénévoles de sa rivale en Iowa,
dans lequel on le décrit comme un musulman.
L’accusation fait bondir Hillary Clinton, qui se met
à gesticuler et à critiquer les coups bas de
son adversaire et de son entourage. Obama tente alors de
la calmer en plaçant une main sur son bras. Elle a
un mouvement de recul, comme si elle trouvait ce geste
condescendant ou envahissant, ou les deux à la
fois.
En montant dans son avion, quelques instants plus tard, le
sénateur de l’Illinois est envahi par un sentiment
d’émerveillement. « Je n’avais jamais vu
cette inquiétude dans son regard auparavant
», dit-il à ses principaux conseillers en
s’installant dans son siège. « Je pense que
nous pouvons gagner cette course. »
Flair et ambition
L’anecdote est tirée de Renegade : The Making of a
President, le premier livre sur la campagne
présidentielle de 2008, l’une des plus
passionnantes de l’histoire américaine. L’auteur,
Richard Wolffe, ancien journaliste à l’hebdomadaire
Newsweek, a devancé de nombreux concurrents en le
faisant paraître mardi. Son récit de la
rencontre impromptue entre les deux grands rivaux
démocrates tend à démontrer que le
tact et le charme de Barack Obama ne sont peut-être
pas aussi infaillibles ou redoutables que son flair et son
ambition politiques.
Le titre de l’ouvrage de Wolffe – Renegade – fait
référence au nom de code qu’utilisent les
agents des Services secrets pour désigner le
sénateur de l’Illinois. En anglais, l’expression
peut s’appliquer à quelqu’un qui rejette les
conventions. Comme l’explique l’auteur, cette acception
convient bien à Obama, obscur politicien de Chicago
au nom et aux origines exotiques qui a bâti une
redoutable machine électorale en mettant en
pratique les leçons tirées de son
expérience de travailleur communautaire.
Le
sous-titre du livre – The Making of a President – est une
allusion évidente à la série
d’ouvrages de Theodore White consacrés aux
élections présidentielles de 1960 à
1972. C’est d’ailleurs Obama lui-même qui a
conseillé à Wolffe d’écrire ce livre
après son fameux discours sur la question raciale
à Philadelphie, en mars 2008.
« Pourquoi n’écris-tu pas un livre sur la
campagne ? Comme Theodore White. Ce sont des livres
extraordinaires », a déclaré le futur
président, qui allait accorder une douzaine
d’entrevues exclusives à Wolffe au cours des mois
suivants.
Renegade n’est pas aussi complet que les livres de White.
L’auteur ne passe pas beaucoup de temps avec les rivaux
d’Obama, y compris le républicain John McCain, et
escamote des étapes importantes de la course
à l’investiture démocrate, dont les
primaires de Pennsylvanie, de Caroline-duNord et du
Missouri. Mais Wolffe écrit bien et n’a pas de mal
à accrocher le lecteur en racontant
l’étonnante ascension de Barack Obama.
Pasteur Wright
Son livre ne contient pas de grandes
révélations mais foisonne d’anecdotes
inédites, comme ce face-à-face entre le
candidat et son pasteur, Jeremiah Wright. Les deux hommes
se sont en effet rencontrés à Chicago avant
la conférence de presse catastrophique de Wright au
National Press Club de Washington en avril 2008.
Obama avait déjà prononcé son
discours sur la question raciale et craignait que la
résurgence de son pasteur ne ramène sur le
tapis une controverse qu’il croyait avoir enterrée.
« Écoutez, vous êtes un pasteur, vous
avez votre propre rôle à jouer, a
déclaré Obama à Wright. Mais je peux
vous dire comment fonctionne la politique au temps des
blogues et des chaînes d’info continue. Vous devez
vous attendre à ce que cela se transforme en cirque
médiatique. »
Et Wright s’est assuré qu’il en soit ainsi en
répétant ses propos les plus
controversés. Le lendemain, Barack Obama rompait
avec lui une bonne fois pour toutes.
Le
reste, comme on dit, fait désormais partie de
l’histoire.
La vie après la Maison-Blanche
- Richard Hétu
Si Jimmy
Carter est considéré par certains comme le
meilleur ex-président, il n’est pas le premier, en
revanche, à tenter de racheter une présidence
plus ou moins réussie par son action après son
départ de la Maison-Blanche.
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK— En 1787, Alexander
Hamilton, un des pères fondateurs des
États-Unis, prédit que les anciens
présidents allaient errer « comme des âmes
en peine ». John Quincy Adams, qui fut élu
à la Maison-Blanche en 1824, lui donna raison en
affirmant qu’il n’y avait « rien de plus
pathétique dans la vie qu’un ancien président
».
PHOTO ARCHIVES REUTERS
L’ancien président Bill Clinton
était de passage en Haïti en juillet dernier
à titre d’envoyé spécial de l’ONU dans
ce pays. Pour certains analystes, Bill Clinton pourrait bien
rivaliser avec Jimmy Carter, voire le surpasser, en tant
qu’exprésident de première valeur.
De toute évidence, Hamilton et Adams ne croyaient pas
à la vie après la présidence
américainepour ceux qui y avaient goûté.
Pourtant, comme Adams allait lui-même le prouver en
siégeant pendant 18 ans à la Chambre des
représentants, où il lutta notamment contre
l’esclavage, plusieurs anciens présidents ont
mené des existences remarquables après leurs
années au 1600, Pennsylvania Avenue.
Et Bill Clinton, qui a retenu l’attention cette semaine en
obtenant la libération de deux journalistes
américaines détenues en Corée du Nord,
entre dans cette catégorie, selon Max Skidmore, auteur
de After the White House, un ouvrage publié en 2004 sur
la vie des anciens présidents en tant que «
citoyens privés ».
« S’il continue dans la même direction avec sa
Clinton Global Initiative, il rivalisera certainement avec
Jimmy Carter, s’il ne le surpasse pas, en tant
qu’ex-président de première valeur. Pour le
moment, je dirais que Carter mène la carrière
d’ex-président la plus remarquable depuis John Quincy
Adams et William Howard Taft », a déclaré
Skidmore, qui est également politologue à
l’Université du Missouri, lors d’un entretien
téléphonique.
Huit ans après son départ de la Maison-Blanche,
Taft fut nommé président de la Cour
suprême, poste qu’il occupa pendant neuf ans et qu’il
préféra de beaucoup à la
présidence. Il est l’un des 33 présidents qui
ont terminé leur mandat avant d’entrer dans ce que l’un
d’eux, Herbert Hoover, a appelé « le syndicat le
plus exclusif du monde ».
Plusieurs membres du club des ex ont certes
préféré se retirer de la vie publique.
Lyndon Johnson et Ronald Reagan ont fait partie de cette
catégorie. George Bush père, de son
côté, a prononcé quelques discours bien
rémunérés, collaboré à deux
livres et lancé avec Bill Clinton un fonds pour aider
les pays d’Asie touchés par le tsunami de 2004. Mais il
mène la vie d’un retraité typique, exception
faite de ses sauts occasionnels en parachute.
Son fils a envoyé des messages contradictoires à
propos de sa vie d’ex-président. D’un
côté, il entend rester actif, s’étant
engagé à écrire ses mémoires et
à créer à Dallas un musée
dédié à sa présidence ainsi qu’un
« Institut de la liberté » pour promouvoir
la démocratie. Il a également indiqué son
intention de prononcer des conférences pour regarnir
son compte en banque.
Mais il a également avoué sa
préférence pour une retraite discrète.
« Quand
je sortirai d’ici, je quitterai la scène. Je pense
qu’il doit n’y avoir qu’une personne à la fois sous les
projecteurs. J’ai eu mon temps sous les projecteurs », a
déclaré George W. Bush lors de sa
dernière conférence de presse en tant que
président des États-Unis.
Jimmy Carter et Bill Clinton ne partagent évidemment
pas ce sentiment. Le premier a réinventé le
rôle d’ancien président en menant un combat
inlassable en faveur de la résolution pacifique des
conflits, de l’aide au développement et de la
prévention des maladies contagieuses. Il a
également mis sur pied le programme Habitat pour
l’humanité, qui a construit plus de 15 000 maisons aux
États-Unis et dans le monde.
Selon Max Skidmore, « certains des traits qui ont nui
à Carter en tant que président l’aident en tant
qu’ancien président ».
« Il est très têtu, il peut tomber dans le
pharisaïsme, mais il est très
déterminé. Ses qualités le servent
très bien en tant que réformateur », a
déclaré le politologue.
Racheter sa présidence
Si Jimmy Carter est considéré par certains comme
le meilleur ex-président, il n’est pas le premier, en
revanche, à tenter de racheter une présidence
plus ou moins réussie par son action après son
départ de la MaisonBlanche. Richard Nixon tombe
évidemment dans cette catégorie, ayant
passé les dernières années de sa vie
à écrire des livres pour faire oublier son
rôle dans le scandale du Watergate.
Herbert Hoover, chassé du pouvoir en plein coeur de la
Grande Dépression, est un autre exemple. À la
demande du président Harry Truman, il a piloté
plusieurs projets gouvernementaux, dont l’aide alimentaire
à une Europe affamée après la Seconde
Guerre mondiale, une mission qui a contribué à
son regain de popularité.
Franklin Roosevelt n’avait pas été aussi
magnanime à l’endroit d’Hoover. À ses
conseillers qui l’exhortaient à faire appel aux
services de l’ancien président républicain, le
démocrate avait répondu: « Je ne suis pas
Jésus-Christ, je ne ressuscite pas les morts. »
CES RETRAITÉS CÉLÈBRES
- Tristan Péloquin
L’histoire
politique récente nous a donné quelques exemples
de politiciens qui, comme Bill Clinton l’a fait cette semaine
en volant au secours de deux journalistes américaines
détenues en Corée du Nord, continuent de jouer
des rôles importants même après
JIMMY CARTER
P resque i mmédi atement après son unique mandat
à la Maison-Blanche, le 39e président
américain a créé, avec sa femme Rosalynn,
le Carter Center. L’organisme sans but lucratif d’Atlanta, qui
lutte contre la pauvreté mondiale et milite en faveur
de la démocratie, est aujourd’hui actif dans plus de 70
pays. Son oeuvre a valu à Jimmy Carter le prix Nobel de
la paix en 2002. Jimmy Carter s’illustre aussi en 1994 en
négociant, à titre de simple citoyen
américain, une entente de principe avec Kim Il-sung en
vue de suspendre le programme nucléaire de la
Corée du Nord.
GEORGE H.W. BUSH
Relativement discret dans les premières années
de sa retraite politique et durant le règne de son
fils, George Bush père met sa grande
notoriété à profit après l’ouragan
qui a dévasté la Louisiane et La
Nouvelle-Orléans en août 2005. Conjointement avec
son successeur Bill Clinton, il crée le Bush-Clinton
Katrina Fund, dont les recettes de plus de 130 millions sont
versées pour l’effort de reconstruction. MM. Bush et
Clinton avaient lancé quelques mois plus tôt une
initiative semblable destinée à aider les
victimes du tsunami qui a frappé l’Asie en 2004.
Katrina,
TONY BLAIR
À peine son mandat à la tête du
gouvernement britannique terminé, Tony Blair est
nommé envoyé spécial du « Quartet
» (groupe composé des Nations unies, de l’Union
européenne, des États-Unis et de la Russie) au
Proche-Orient. Il a pour mandat de trouver des solutions de
paix entre Israéliens et Palestiniens. Sa
carrière de diplomate est pour l’instant incertaine,
puisque l’expremier ministre occupe un poste au sein de la
banque J.P. Morgan. Depuis janvier 2008, M. Blair s’occupe
aussi d’une fondation visant à financer des
activités sportives pour les jeunes.
MIKHAÏL GORBATCHEV
Contrairement à son successeur, l’ancien homme fort de
l’URSS n’a jamais posé torse nu pour les médias
russes. Mais Mikhaïl Gorbatchev a tout de même eu
une modeste carrière « d’artiste »
après sa retraite, apparaissant notamment dans le film
Faraway
(en 1993) et enregistrant un disque de balades romantiques
russes. Il ne s’est cependant pas contenté de jouer les
vedettes et a continué à s’exprimer publiquement
sur des sujets politiques (contre la guerre en Irak de 2003,
par exemple). Il a aussi fondé une organisation dont la
mission est de rendre l’eau potable accessible dans les pays
en développement.



So Close!
Le dernier des Kennedy - MARIO ROY
Des trois
« gra nds » Kennedy, le plus jeune sera-t-il
celui qui laissera l’héritage réel le plus
substantiel et le plus solide? C’est probable. Il est vrai
qu’Edward M. Kennedy, le sénateur, le vieux lion,
l’oncle Ted, aura pu jouir de ce dont les deux
aînés, John et Robert, ont été
tragiquement privés: la longévité.
Ted Kennedy est mort à l’âge de 77 ans.
C’était le cadet des neuf enfants de Joseph et Rose
Kennedy, fondateurs d’une dynastie politique nationale
après en avoir consolidé une de la finance et
de la politique locale. Dans la seconde moitié du XXe
siècle, le clan Kennedy deviendra ainsi pour
l’Amérique ce qui se rapproche le plus d’une famille
royale à l’européenne.
Peut-être toutes les nations ressentent-elles le
besoin de se projeter dans cette sorte d’imagerie?
En ce cas, les Américains n’ont plus ce qu’il faut
sous la main. Les «dynasties» Bush ou Clinton ne
font pas vraiment l’affaire. Et, Edward disparu, on ne voit
pas bien lequel ou laquelle des Kennedy de la
génération qui suit pourrait
régénérer le sang bleu de la famille.
Dans ce
portrait, Ted Kennedy aura toujours occupé la place
du prince héritier relégué en bout de
ligne de la succession; la place du benjamin a priori
peutêtre moins talentueux, moins prudent, qui
hérita par accident du devoir d’accéder au
trône présidentiel… dont il ne voulait pas.
D’ailleurs, il échoua. Par manque de conviction,
justement, et en raison d’une vie privée
lestée de faiblesses publiques.
Sa place était au Congrès, où il
travailla pendant 47 ans pour devenir le législateur
sans doute le plus important de sa génération.
Il est d’une cruelle ironie qu’il disparaisse au moment
où Barack Obama, à qui il a passé le
flambeau, lutte pour réformer le système de
santé. Ce fut en effet pour Edward Kennedy le projet
d’une vie, «la grande tâche inachevée
à l’agenda du Parti démocrate»,
disait-il déjà en 1980. De fait, parmi ses
victoires au Sénat, figurent de nombreuses
législations sur l’accès aux soins pour les
personnes âgées ou nécessiteuses, sur
les cliniques de quartier, sur la lutte au sida.
Beaucoup de ces victoires furent le résultat de sa
capacité de charmer et de négocier, de
«traverser l’allée» et d’enrôler
ses adversaires. Ce qui mène à ceci. Le
dernier des Kennedy possédait bel et bien le talent
et la prudence. Inébranlablement progressiste, il
cultivait l’utopie de façon réaliste, pour
ainsi dire. Conscient que la politique est l’art du
possible. Conscient qu’aller de l’avant est une affaire de
mouvement et de compromis, pas d’immobilisme et de
rigidité.
Edward M. Kennedy savait être humble dans la
défense des grandes causes, qu’il n’écrasait
jamais – contrairement à tant de progressistes
autoproclamés – sous le poids de sa grandeur.
Ce fut sa façon à lui d’être noble.
LE LION DU SÉNAT REND L’ÂME -
Mathieu Perrault
Le dernier
Kennedy à marquer la politique américaine, le
sénateur Ted Kennedy, du Massachusetts, a
succombé hier à 77 ans à un cancer du
cerveau. Avec la mort du « lion du Sénat »,
c’est une page de l’histoire des États-Unis qui se
tourne. Moins charismatique que ses frères
aînés John et Robert, assassinés en pleine
gloire, Ted Kennedy a finalement eu un impact beaucoup plus
profond qu’eux, avec près de 50 ans de travail
législatif infatigable.
Le sénateur Ted Kennedy a succombé tard mardi
soir à un cancer du cerveau à l’âge de 77
ans. La mort du « lion du Sénat »,
frère cadet du président John F. Kennedy et de
Robert Kennedy, assassinés respectivement en 1963 et en
1968, survient deux semaines après celle de sa soeur
Eunice Kennedy Schriver, qui avait aussi suscité
beaucoup d’attention médiatique.
PHOTO KEITH BEDFORD,
BLOOMBERG NEWS
Le président Barack Obama a interrompu ses vacances
à Martha’s Vineyard pour rendre hommage au
sénateur Kennedy. « Pour sa famille, il
était un gardien. Pour les États-Unis, il
était le défenseur d’un rêve. Il a
été l’un des Américains les plus
accomplis à servir notre démocratie. Ses
idées et idéaux sont imprimés dans
plusieurs lois et reflétés dans des millions de
vies.» Le président Obama a personnellement
offert ses condoléances à la veuve du
sénateur à 2h25 du matin.
Cette déclaration du président, qui s’exprimera
aussi aux funérailles, tranche avec son retrait de la
scène publique depuis le début de ses vacances,
alors même que fait rage un débat crucial pour sa
présidence sur la réforme du système de
santé. Il s’agissait d’ailleurs d’une question qui
importait au plus haut point au sénateur Kennedy, qui
rêvait depuis plusieurs décennies d’un
système universel comme l’assurance maladie canadienne.
L’ancien premier ministre Brian Mulroney, en entrevue avec La
Presse Canadienne, a d’ailleurs souligné que le
sénateur Kennedy partageait beaucoup de points de vue
avec le Canada, du système public de santé
à l’opposition à la guerre en Irak. Le premier
ministre Stephen Harper s’est pour sa part limité
à offrir ses condoléances à la famille
Kennedy.
Ted Kennedy
(son prénom était Edward mais il était
mieux connu par son surnom) est né dans une famille
privilégiée et passionnée par la
politique. À sa naissance, sa mère a reçu
un télégramme de félicitations du
président américain Herbert Hoover. Quand son
frère John a été élu
président en 1960, la famille a d’abord offert son
siège au Sénat à son frère Robert,
qui a préféré devenir ministre de la
Justice. Les Kennedy se sont alors arrangés pour que le
siège de sénateur soit occupé par un ami
pendant deux ans, jusqu’à ce que le fils cadet, Ted,
ait 30 ans, l’âge minimum pour siéger au
Sénat.
Ted Kennedy a eu du mal à se faire élire en
1962, notamment parce que son opposant démocrate lui
reprochait d’avoir été expulsé de
l’université pour avoir triché en demandant
à un ami de prendre sa place à un examen
d’espagnol. Il a ensuite remporté toutes ses
élections, à l’exception de la primaire
présidentielle de 1980, pour laquelle l’affaire
Chappaquiddick (voir texte ci-bas) et des déboires
conjugaux ont miné ses efforts.
Les commentateurs notent que sa longue carrière
législative a fait de lui le plus grand des Kennedy,
avec des lois sur les handicapés, sur l’immigration,
sur l’abaissement de l’âge du vote à 18 ans et
des sanctions contre l’Afrique du Sud. Il a aussi aidé
à négocier l’accord de paix en Irlande du Nord.
Ses mémoires paraîtront le 14 septembre prochain
aux États-Unis. Ted Ken nedy, explique l’éditeur
à Associated Press, «a travaillé
vaillamment pour finir le livre et l’amener au meilleur. Comme
toujours, il a été fidèle à sa
parole».
La cause d’une vie - RICHARD HÉTU
Im m ig
ration . P auv reté. Éducation. Droits
civiques. Nommez un sujet et vous pouvez être
assuré qu’ Edward Kennedy y a la issé son
empreinte au cours de sa longue carrière politique,
comme l’attestent les quelque 25 0 0 mesu res lé g i
slat ive s dont il a été l’auteur en tant que
sénateur des États-Unis.
PHOTO SAUL LOEB, ARCHIVES
AFP
Le
frère cadet du président John F. Kennedy
meurt à un moment crucial du débat sur le
système de santé dans lequel le
président Obama est engagé actuellement.
Cette lutte a d’ailleurs été au coeur de
l’engagement politique du sénateur Ted Kennedy.
Mais, de son propre aveu, u n combat a su r passé en
importance tous les autres, celui qu’il a livré pour
assurer à tous les Américains une couverture
médicale.
«C’est la cause de ma vie», a-t-il écrit
le mois dernier dans l’hebdomada i re Newsweek .
«C’est la raison principale pour laquelle j’ai
défié la maladie l’été dernier
pour prendre la parole à la convention
démocrate de Denver – pour apporter mon soutien
à Barack Obama, mais aussi pour m’assurer, comme je
l’ai dit, que "nous mettrons fin à la paralysie et
garantirons à chaque Américain des soins de
santé de qualité".»
Le hasard a voulu que le cancer emporte le sénateur
du Massachusetts en plein débat sur une
réforme du système de santé dont
l’objectif principal est de fournir une assurance maladie
à tous les Américains. Alors qu’ils font face
à une opposition féroce de la part des
républicains, les démocrates ont donné
l’impression hier de tabler sur la disparition de Ted
Kennedy pour donner un nouveau souffle à leurs
efforts.
« En son honneur et en guise d’hommage à son
engagement envers ses idéaux, arrêtons les cris
et les invectives et ayons un débat civilisé
sur la réforme du système de santé qui,
je l’espère, débouchera sur une loi qui
portera son nom », a déclaré le
sénateur démocrate de VirginieOccidentale,
Robert Byrd, dans un communiqué.
«Le rêve de Ted Kennedy d’un système de
santé de qualité pour tous les
Américains s’accomplira cette année
grâce à son rôle d’entraînement et
à l’inspiration qu’il a suscitée», a
promis, de son côté, la présidente de la
Chambre des représentants, Nancy Pelosi.
Edward
Kennedy n’aura pas été le premier politicien
de sa famille à mourir avant de voir se
réaliser un de ses objectifs en matière de
santé. Durant les premières années de
son mandat présidentiel, son frère John
s’était battu pour la mise en place du programme
Medicare, l’assurance maladie pour les personnes
âgées. Le cadet des Kennedy allait avoir
l’occasion, sous Lyndon Johnson, de contribuer à la
réalisation de ce projet.
Mais le programme Medicare n’était qu’un début
aux yeux du sénateur du Massachusetts. Après
avoir jeté en 1966 les fondements d’un réseau
national de centres de santé communautaires, il
s’était attaqué en 1970 au grand chantier de
sa vie, sur lequel les présidents Theodore Roosevelt
et Harry Truman s’étaient déjà
cassé les dents. Tout républicain qu’il
était, le président de l’époque,
Richard Nixon, s’était montré ouvert au projet
de loi du démocrate qui prônait une couverture
médicale universelle. Mais l’affaire du Watergate
devait l’empêcher de concrétiser le rêve
du sénateur.
Ted Kennedy allait plus tard j ustifier sa campagne
présidentielle de 1980 par le refus du
président démocrate Jimmy Carter de prendre le
relais de Nixon dans le dossier de la santé.
En 1994, le sénateur du Massachusetts a pu revenir
à la charge en défendant au Congrès la
réforme du système de santé
proposée par Bill Clinton. L’échec de cette
campagne ne devait cependant pas le décourager.
À une époque où les démocrates
étaient minoritaires, il s’est associé avec la
sénatrice républicaine du Kansas, Nancy
Kassebaum, afin de permettre à un plus grand nombre
d’Américains de conserver leur assurance maladie
après un changement d’emploi ou un licenciement. Avec
l’aide du sénateur républicain de l’Utah,
Orrin Hatch, il a également étendu la
couverture médicale à plus de sept millions
d’enfants issus de familles à revenus modestes.
Mais la politique des petits pas ne lui semblait plus
acceptable à une époque où le nombre
d’Américains non assurés est passé
à 48 millions et où les coûts du
système continuent à grimper en flèche.
«Nous devons réussir là où Teddy
Roosevelt et tous les autres depuis ont
échoué, a-t-il soutenu dans l’hebdomadaire
Newsweek. Les conditions sont meilleures que jamais.»
Après l’assassinat de ses frères, il avait
pensé quitter la politique - AGNÈS
GRUDA
Le
journaliste Adam Clymer, ancien chef du bureau du New York
Times à Washington, a publié en 1999 l’une des
biographies les plus étoffées d’Edward
Kennedy. La Presse l’a joint dans la capitale
américaine, hier.
Q En
PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED
PRESS
Le
sénateur Edward M. Kennedy, au centre, avec ses
frères, Robert F. Kennedy, procureur
général des États-Unis (à
gauche), et le président John F. Kennedy, à
droite, à la Maison-Blanche, en 1962.
quoi Edward Kennedy se distinguait-il de ses frères,
en tant que politicien ? R Un de ses frères est
devenu président, et pas lui, c’est
déjà une différence. Cela dit, Edward
Kennedy adorait faire de la politique. Il aimait les tapes
dans le dos, ça ne le dérangeait pas que des
gens le touchent. Un jour, en 1962, il a croisé un
boulanger qui lui a demandé : « Il paraît
que vous n’avez pas eu besoin de travailler un seul jour de
votre vie ? » Ted Kennedy a commencé à
balbutier une réponse, mais le boulanger a dit :
« Ben, vous n’avez rien raté. » Edward
Kennedy adorait cette histoire et il l’a racontée
pendant 40 ans. Il prenait plaisir au rituel politique, au
contact avec les gens, bien plus que ses frères. Q De
quelle façon la mort de ses frères a-t-elle eu
un impact sur sa carrière politique ? R Il a
été très ébranlé, surtout
par la mort de Robert, dont il était devenu
très proche pendant leurs trois ans et demi au
Sénat. Après l’assassinat, il a
envisagé de quitter la politique. Il avait peur.
Quand il a fait campagne pour l’investiture
démocrate, en 1980, il avait encore peur d’être
tué. Mais en même temps, c’est la mort de
Robert qui lui a ouvert la porte de la présidence, de
la même manière que la mort de John a ouvert la
voie à Robert. Q Est-
ce que le
fait de reprendre le flambeau familial a été
un fardeau pour lui ? R Oui. Mais personne ne l’a
forcé à tenter sa chance pour la
présidence, il l’a décidé
lui-même. Il n’a pas mené une très bonne
campagne, et après avoir perdu contre Jimmy Carter,
il a décidé de se concentrer sur le travail au
Sénat. Et il est devenu un très bon
sénateur. QE dward
Kennedy a longtemps été perçu comme un
buveur et un noceur, et non comme un sénateur
sérieux. Surtout après le fameux accident de
Chappaquiddick. Comment a-t-il fait pour refaire son image ?
R Selon moi, Chappaquiddick lui a coûté la
présidence. Mais il faut dire que pendant les
années 80, Ted Kennedy a été à
la fois un noceur ET un sénateur très
sérieux. Seulement, la télévision et
les tabloïds ne parlaient pas de ça, les
détails d’un projet de loi, ça ne les
intéressait pas. En revanche, au Sénat, le
travail politique compte plus que la vie personnelle. Et il
y a fait sa marque. Puis il est devenu amoureux de Vicki et
il a fait le ménage dans sa vie personnelle. Avec le
temps, il a rebâti son image. Peut-être que mon
livre y a un peu contribué. Q Quell e
place Edward Kennedy occupe-t-il dans l ’ histoire des
États-Unis ? R Il aura été le meilleur
sénateur du XXe et du début du XXIe
siècle. Dans toute l’histoire du pays, seul Henry
Clay, qui a réussi à obtenir deux compromis
qui ont sauvé l’Union, au XIXe siècle, a
été plus important que lui. Ted Kennedy avait
un talent incroyable pour tisser des alliances. Et il
était prêt à faire des compromis. S’il
ne pouvait pas obtenir toute une miche, il acceptait la
moitié, ou même le quart, juste pour s’assurer
que ses idées progressent, et pour revenir à
l’attaque l’année suivante. QQ uelle
a été sa plus grande réalisation ? R
Parlons d’abord de son plus grand échec. Il avait
fait de l’assurance médicale universelle la cause de
sa vie, et il n’a pas pu voir ça de son vivant. Mais
en même temps, de nombreux Américains ont une
meilleure couverture médicale grâce aux
cliniques communautaires, ou aux programmes d’assurance pour
enfants. Et Ted Kennedy a joué un rôle central
dans tout ça.
Chute et rédemption de Ted Kennedy
- AGNÈS GRUDA
La
scène se passe au Madison Square Garden de New
York , le 12 août 1980. Les
délégués à la convention
démocrate qui oppose Ted Kennedy à Jimmy
Carter sont sur le point de mettre un point final aux
aspirations présidentielles du sénateur du
Massachusetts.
PHOTO ARCHIVES
ASSOCIATED PRESS
À
quelques instants de la défaite qui allait
mettre un point final à ses aspirations
présidentielles, Ted Kennedy a prononcé
un discours mémorable au Madison Square Garden,
provoquant une ovation de 20 minutes.
Ce dernier a mené une campagne unanimement
qualifiée de médiocre. Il a
dérapé dès le premier tour de piste
quand le journaliste Roger Mudd, grand ami du clan
Kennedy, lui a gentiment demandé lors d’une
entrevue télévisée pourquoi il
voulait devenir président.
Ted Kennedy n’a jamais été capable de
répondre à cette question. « Euh, eh
bien, en fait… » a-t-il balbutié.
Pourtant, à quelques instants de sa
défaite, Ted Kennedy connaît l’un de ses
plus grands moments de gloire. « Les politiques
peuvent parfois devenir obsolètes, mais
l’idée de justice demeure, clame-t-il devant des
milliers de délégués. Les
circonstances peuvent changer, mais le travail de
compassion doit continuer. »
« C’étaitundiscoursbrillant, dans lequel il
appelait le parti à ramer à contre-courant
et à ne pas abandonner ses idéaux »,
se rappelle Sam Allis, journaliste au Boston Globe, qui
se trouvait au Madison Square Garden ce jour-là.
« Ted Kennedy a parlé de son habituelle
voix tonnante, et il a rendu la quintessence des valeurs
libérales. Personne n’a fait ça mieux que
lui depuis », dit le journaliste. Même pas
Barack Obama? « Non, même pas lui. »
Exorciser ses démons
Ce jour où Ted Kennedy a eu droit à une
ovation de 20 minutes a marqué un tournant dans
sa carrière politique, estime l’historien Gil
Troy, spécialiste des présidents
américains et professeur à
l’Université McGill.
« C’était un discours extrêmement
puissant, qui lui a permis d’enterrer les fantômes
de ses deux frères, d’exorciser ses démons
et de faire la paix avec l’idée qu’il ne
deviendrait jamais président », croit Gil
Troy. À partir de là, souligne-til, Ted
Kennedy a pu se consacrer entièrement à
devenir un grand sénateur.
Deux mots reviennent souvent dans les descriptions de la
carrière du benjamin des fils Kennedy: chute et
rédemption. « La chute et l’ascension de
Ted Kennedy », affirme la page couverture d’une
des plus récentes biographies du super
sénateur, écrite par un groupe de
journalistes du Boston Globe, dont Sam Allis.
Enfait,
en1980, TedKennedy a déjà 18 ans
d’expérience au Sénat derrière lui.
Ce n’est plus le « bébé politicien
» de 1962, et il a déjà plusieurs
réalisations importantes à son actif. Mais
il est aussi la coqueluche de la presse à
sensation, à cause de ses frasques personnelles.
« Pendant longtemps, il a gardé cette image
de gars qui fréquente trop de fêtes, qui
pourchasse trop de filles, et qui prend trop souvent
quelques verres de trop », dit Gil Troy.
Ted Kennedy n’est pas devenu un sénateur
sérieux par défaut: il l’était
déjà avant la campagne de 1980. Mais c’est
par la suite, sous les républicains de Ronald
Reagan qu’il a combattus de toutes ses forces, que le
« petit frère » est
véritablement devenu la coqueluche de
l’Amérique progressiste, souligne
l’Américain Graham Dodds, qui enseigne les
sciences politiques à l’Université McGill.
« Beaucoup de Québécois ne
comprennent pas à quel point Ted Kennedy a
été une figure importante aux
États-Unis, souligne-t-il. Il est devenu un des
individus les plus importants dans une institution
où les individus ont du poids. » «
Pourtant, au départ, personne n’aurait pu
prévoir que parmi les frères Kennedy, il
serait celui qui aurait cette carrière fructueuse
», dit Graham Dodds.
Qualités humaines
« À une certaine époque, il y avait
cette idée que Jack Kennedy serait suivi à
la présidence par Bob, puis par Ted, mais
personne ne prenait ça au sérieux, sauf
leur père, qui répandait cette rumeur
», ironise le journaliste et biographe Adam
Clymer.
Ce dernier souligne les qualités humaines du
sénateur Kennedy. Dans une conversation qu’il a
tenue mercredi avec les lecteurs du site web du New York
Times, Adam Clymer raconte comment Ted Kennedy lui a
téléphoné personnellement en
apprenant qu’il venait de perdre sa fille.
« En 1985, ma fille a été
tuée par un chauffard ivre. À cette
époque, je n’avais pas vu Kennedy depuis quelques
années, parce que je vivais à New York. Il
m’a retracé à partir de Washington pour me
transmettre ses condoléances. Venant de quelqu’un
qui a connu tant de morts dans sa propre famille,
ça m’a profondément impressionné.
»
Mais c’est son long passage au Sénat, et sa
contribution à de nombreuses lois progressistes,
que le pays retiendra du sénateur qui a
succombé à un cancer du cerveau mardi,
à l’âge de 77 ans.
L’histoire de Ted Kennedy restera celle du benjamin
propulsé à l’avant-scène par les
malheurs qui se sont abattus sur sa famille. Et qui,
à travers ses hauts et ses bas, est devenu, selon
les mots de Sam Allis, « le maître
incontesté du Sénat ».
Boston remercie son bienfaiteur - RICHARD
HÉTU
Mort
mardi à l’âge de 77 ans, Ted Kennedy
était sans contredit la coqueluche de
l’Amérique progressiste. Sa carrière a
été aussi remarquable que fructueuse. Mais
son ascension a été freinée par
plusieurs dérapages. Nos journalistes se penchent
sur les hau
La photo, prise en mars 1963, montre deux jeunes hommes
en train de se serrer la main. L’un est blanc, riche et
célèbre, l’autre noir, infortuné et
inconnu. Ils se sont en quelque sorte retrouvés
hier dans une vaste salle vitrée de la
bibliothèque présidentielle John Kennedy
donnant sur la baie de Dorchester, qui scintillait sous
le soleil matinal.
PHOTO EMMANUEL DUNAND,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Des
dizaines
de milliers d’admirateurs ont fait la queue au cours
des deux derniers jours pour rendre un dernier hommage
à Ted Kennedy, dont le cercueil était
exposé dans la bibliothèque
dédiée à son frère
assassiné.
« Je suis probablement un des premiers de ses
commettants à qui Ted Kennedy est venu en aide
», a raconté Arnold Howe après
s’être recueilli devant le cercueil du
sénateur décédé à 77
ans des suites d’une tumeur au cerveau. « J’avais
fait des études en économie à
Harvard et je voulais travailler dans une banque, mais
ce secteur était fermé aux Noirs à
l’époque. Grâce à l’intervention de
mon sénateur, j’ai eu un poste au
département du Trésor », a
ajouté le Bostonien de 77 ans en tenant dans ses
mains la précieuse photo attestant de sa
première rencontre avec le dernier des
frères Kennedy.
Des dizaines de milliers d’admi rateurs ont fait la
queue au cours des deux derniers jours pour rendre un
dernier hommage à Ted Kennedy, dont le cercueil
était exposé dans la bibliothèque
dédiée à son frère
assassiné. La foule n’était pas uniquement
composée de citoyens du Massachusetts. S’y
trouvaient également des touristes
américains et étrangers venus honorer la
mémoire d’un sénateur légendaire
dont l’action a contribué à la
transformation des États-Unis et dont l’influence
s’est fait sentir dans plusieurs pays et régions
du monde, dont l’Afrique du Sud et l’Irlande du Nord.
Mais ses électeurs de Boston et des environs
étaient de loin les plus nombreux. Et plusieurs
d’entre eux, à l’instar d’Arnold Howe, pouvaient
raconter une ou plusieurs anecdotes illustrant la
façon dont Ted Kennedy était intervenu
dans leur vie.
« Mon père était maçon et il
a subi une grave blessure au dos en tombant d’un
échafaudage », a raconté Jeanne
MacIsaac, qui était accompagnée de sa
mère Nellie, âgée de 78 ans. «
Ayant à subvenir aux besoins de six enfants et ne
pouvant travailler, il a pris du retard dans ses
paiements hypothécaires, si bien que la
banquemenaçait de saisir notre maison. Mon
père a envoyé une lettre au
sénateur Kennedy lui expliquant notre situation
et nous n’avons plus jamais entendu parler de la banque
par la suite. »
La situation du fiancé de Joanne Smith
n’était pas aussi dramatique. Employé des
postes dans l’Ohio, il voulait être muté
dans le Massachusetts afin de pouvoir vivre et
travailler dans le même État que sa future
épouse. Deux semaines après avoir
envoyé une lettre au sénateur Kennedy, son
voeu a été exaucé.
«
Quand on lui demandait quelque chose, il le faisait
», a déclaré Joanne Smith, qui a
donné à sa fille le prénom de la
fille unique de Ted Kennedy, Kara.
Le hasard a voulu hier que la Bostonienne de 69 ans
puisse serrer la main de Jean Kennedy Smith, la soeur de
Ted Kennedy et l’unique survivante parmi les neuf
enfants de Rose et Joseph Kennedy. Comme plusieurs aut
res membres du clan bostonien, celle-ci a tenu à
saluer et à remercier personnellement les gens
qui faisaient la queue sous un soleil de plomb. Elle
avait notamment été
précédée par son fils William, dont
le procès pour viol au début des
années 90 avait contribué à ternir
l’image des Kennedy (il avait été
acquitté).
Mais la ville de Boston et une bonne partie du monde ont
choisi d’oublier les zones d’ombre dans le passé
du clan Kennedy, dont le sénateur défunt
était devenu le patriarche aimé et
admiré. « Merci Ted », pouvait-on
lire hier sur plusieurs affiches et panneaux de
signalisation de Boston et des environs.
« Sa passion et son francparler éta ient
fortement appréciés à Boston
», a déclaré Owen Cahill, 23 ans,
casquette des Red Sox vissée sur la tête,
au sortir de la bibliothèque John Kennedy.
« Son attitude ne plaisait pas à tout le
monde aux États-Unis, mais les Bostoniens se
reconnaissaient en lui. »
Même si elle a vu le jour en Haïti, Marie
Pierre, 60 ans, se reconnaissait également en cet
homme « qui s’est toujours battu pour les moins
fortunés ».
«
I l éta i t l a voix du Massachusetts, a-t-elle
ajouté. Il ne sera jamais remplacé.
»
Ted Kennedy : Le Massachusetts pleure son
sénateur
—
L’Amérique a entamé hier avec ferveur un
hommage national de trois jours à Ted Kennedy,
dont la dépouille a rejoint sous les
applaudissements de milliers d’admirateurs la
bibliothèque dédiée à son
frère dans le fief familial de Boston au
Massachusetts.
PHOTO BRIAN SNYDER,
REUTERS
Une foule compacte a
défilé hier soir respectueusement devant
le cercueil qui contient la dépouille du
sénateur Ted Kennedy à la
bibliothèque John F. Kennedy de Boston.
Le cercueil du sénateur a quitté la
demeure familiale dans la station balnéaire de
Hyannis Port où le dernier des frères
Kennedy est mort mardi à l’âge de 77 ans
des suites d’une tumeur au cerveau.
Trois heures plus tard, le corbillard suivi d’une
quinzaine de voitures est arrivé devant la
bibliothèque John F. Kennedy à Boston,
après avoir été suivi en direct
tout le parcours par plusieurs chaînes de
télévision.
Tout le
long du t rajet , tant sur la route qu’en ville, des
dizaines de personnes accouraient pour voir passer le
cortège, jetant une fleur ou essuyant une larme.
Des employés penchés aux fenêtres de
leurs bureaux agitaient des drapeaux, sous un soleil
éclatant.
Près d’une centaine de proches du sénateur
défunt, avec en tête Victoria, sa veuve, et
Jean, sa soeur de 81 ans, sont entrés dans le
bâtiment où huit militaires ont
porté le cercueil couvert de la bannière
étoilée. On pouvait également voir
Caroline Kennedy, nièce de Ted et fille du
président assassiné John F. Kennedy,
accompagnée de ses trois enfants.
Avant d’être enterré demain au
cimetière militaire d’Arlington près de
Washington aux côtés de ses deux
frères John et Robert, le cercueil de Ted Kennedy
doit être exposé au public jusqu’à
aujourd’hui dans cette bibliothèque. Une garde
d’honneur militaire doit veiller le sénateur.
Le président américain Barack Obama, qui
prononcera une oraison funèbre pendant la messe
prévue demain matin, a décidé de se
rendre à Boston dès ce soir en raison de
l’arrivée prévue sur les côtes
nord-est de la tempête tropicale Danny.
Obama-Kennedy, destins croisés -
Vincent Marissal
Le
destin des Kennedy n’a jamais été banal.
Celui de Barack Obama non plus. Alors, forcément,
lorsque les deux se rencontrent, cela ne peut donner que
de grands moments.
PHOTO EVAN VUCCI,
ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Les
mots
de Ted Kennedy allaient devenir une grande source
d’inspiration pour Barack Obama. Le ralliement du
sénateur à sa campagne, au début
de 2008, allait boucler la boucle.
De telles rencontres, il y en a eu plusieurs ces
dernières années, au point où on
peut vraiment parler de destins croisés. La mort,
cette semaine, de Ted Kennedy survient d’ailleurs au
moment où le président Obama
éprouve de sérieuses difficultés
à faire accepter sa réforme de la
santé, un projet que le défunt
sénateur a porté à bout de bras
toute sa carrière.
Après l’assassinat de John F. Kennedy, puis de
son frère Bobby, le flambeau démocrate
revenait naturellement au cadet, Ted. Mais le rêve
de pouvoir de celui-ci est mort en même temps
qu’une petite amie dans les eaux de la rivière
Chappaquiddick un soir de fête.
Plusieurs auteurs qui se sont penchés sur la
carrière de Ted Kennedy estiment aussi qu’il
n’était pas vraiment prêt à devenir
président, qu’il assoyait en fait ses ambitions
bien plus sur son nom légendaire que sur un
véritable programme politique ou une vision pour
son pays.
Lorsqu’il a tenté de ravir l’investiture
démocrate, en 1980, Ted Kennedy avait le
même âge que Barack Obama aujourd’hui. Il
était toutefois moins studieux, et même un
brin nonchalant. À la question: « Pourquoi
voulez-vous devenir président des
États-Unis? », le jeune Ted n’avait pas
vraiment de réponse, ce qui avait fait mauvaise
impression auprès de la presse américaine.
Le jeune Obama, lui, n’a jamais eu de mal à
répondre à cette question.
Ted Kennedy était l’extension naturelle du
rêve inachevé de ses deux frères.
Ironiquement, le rêve présidentiel, en se
brisant, allait donner naissance à un des plus
grands sénateurs de l’histoire des
États-Unis.
En se retirant de la course à l’investiture
démocrate, en 1980, Ted Kennedy avait en quelque
sorte prédit la venue, un quart de siècle
plus tard, d’un autre jeune challenger, comme Barack
Obama.
Les mots de Ted Kennedy – « Notre cause perdure,
l’espoir est toujours vivant et le rêve ne doit
jamais mourir » – allaient devenir une grande
source d’inspiration pour Barack Obama. Son ralliement
à la campagne de Barack Obama, au début de
2008, allait boucler la boucle.
« Il fut un temps où un autre jeune
candidat s’est lancé à la course à
la présidence en mettant les États-Unis au
défi de traverser de nouvelles frontières
», avait dit Ted Kennedy en faisant
référence à JFK.
«
Harry Truman disait que nous avions besoin de quelqu’un
de plus expérimenté et avait
demandé à JFK d’être patient, avait
poursuivi Ted Kennedy devant une foule survoltée
à l’American University de Washington. John
Kennedy avait répondu : " Le monde change, la
vieille façon de faire ne convient plus, le
moment est venu pour une nouvelle
génération de leaders."
« C’est la même chose avec Barack Obama:
dans l’urgence d’agir maintenant, il a allumé une
étincelle d’espoir. »
Ce discours allait planter un clou mortel dans le
cercueil de la campagne d’Hillary Clinton et propulser
Barack Obama vers la victoire. Celuici avouait
d’ailleurs récemment au journaliste et auteur
Richard Wolffe qu’il est devenu très
émotif au point de perdre momentanément
ses moyens, lui qui est toujours si calme, le jour
où Ted Kennedy a prononcé ce discours.
Curieux détour du destin lorsque l’on pense que
Barack Obama, à son entrée au Sénat
en 2004, se voyait plutôt jouer un rôle
modeste de deuxième, troisième ou
peut-être même de quatrième violon
derrière les ténors Ted Kennedy et Hillary
Clinton. « Comme jeune sénateur recrue, je
me voyais apporter mon soutien et mes idées pour
aider à élaborer nos politiques, en
santé, notamment », disait-il encore
à Richard Wolffe.
Avec la disparition de Ted Kennedy, le président
Obama perd non seulement le champion de la
réforme du système de santé, mais
aussi un rempart du libéralisme aux
États-Unis.
Autant Ted Kennedy était adulé dans les
rangs démocrates, autant il était
détesté chez les républicains. Les
républicains maudissaient ses réformes en
santé, en immigration ou celles en faveur de la
discrimination positive pour les Noirs.
Symbole du progressisme pour les uns, Ted Kennedy
était devenu l’antéchrist pour les autres.
En fait, pour les organisateurs républicains et
les groupes de pression alliés, Ted Kennedy
était devenu le meilleur ennemi.
En 2004, par exemple, la National Rifle Association
avait contribué à la défaite du
sénateur Tom Daschle (une star démocrate
à l’époque et leader de son parti au
Sénat) en distribuant massivement des
dépliants le caricaturant en pantin
contrôlé par Ted Kennedy et Hillary
Clinton.
Aujourd’hui, alors que la famille démocrate
enterre Ted Kennedy, c’est le président Obama qui
hérite seul du lourd fardeau de continuer le
combat de la vie du défunt sénateur.
Il se retrouve aussi seul dépositaire du «
rêve », de l’« espoir », de la
« cause », des mots qui sont devenus, avec
les Kennedy, des marques déposées du Parti
démocrate.
Carburer à la haine de Ted Kennedy
- RICHARD HÉTU
Les
commentateurs ne se sont pas lassés de le
répéter après le
décès de Ted Kennedy : tout
démocrate qu’il était, le
sénateur du Massachusetts avait ce don de
tisser des alliances et des amitiés avec ses
collègues républicains du Sénat
afin de faire progresser ses causes politiques.
Les sénateurs John McCain et Orrin Hatch ont
témoigné de ce talent vendredi soir lors
d’un service funèbre privé donné
pour la famille et les amis du défunt à
la bibliothèque présidentielle John F.
Kennedy. « Mon ami irlandais me manquera
», a déclaré M. Hatch, un des
républicains les plus conservateurs du
Sénat, en essuyant ses yeux embués par
l’émotion.
Mais le patriarche de la famille Kennedy était
aussi la bête noire de quantité de
républicains et de conservateurs qui ont
profité de sa mort pour exprimer une
dernière fois leur haine à son
égard. Le chroniqueur du Washington Times
Andrew Breitbart a donné le ton peu
après l’annonce de sa mort en publiant une
série de messages incendiaires sur sa page
Twitter à propos de ce « tas de merde
», ce « vaurien », ce « salaud
» et autres descriptions de la même eau.
« Je suis plus que prêt à laisser
tomber la bienséance pour m’assurer que CET
HOMME ne soit pas béatifié, a
écrit M. Breitbart. Désolé, il a
détruit des vies. Et il le savait. »
Les diatribes de M. Breitbart et de ses semblables
étaient évidemment aux antipodes des
témoignages entendus à Boston au cours
des derniers jours. Dans l’oraison funèbre
qu’il a prononcée samedi lors des
obsèques de Ted Kennedy, Barack Obama a
salué en lui le « champion » des
démunis, « l’âme du Parti
démocrate » et « le lion du
Sénat ».
« Il n’était pas parfait, loin de
là, mais mon père croyait en la
rédemption et il ne s’est jamais rendu, n’a
jamais cessé de vouloir corriger les erreurs,
qu’il s’agisse des siennes ou des nôtres
», a pour sa part déclaré son fils
Ted.
Le sénateur avait lui-même tenu des
propos semblables dans une lettre envoyée au
pape et lue par le cardinal Theodore Carrick, un ami
des Kennedy, qui a présidé à
l’inhumation du dernier représentant d’une
dynastie qui a marqué l’histoire
américaine : « Je sais que j’ai
été un être humain imparfait, mais
avec l’aide de ma foi, j’ai tenté de revenir
dans le droit chemin. »
Affaire Chappaquiddick
Les
critiques les plus féroces de Ted Kennedy lui
ont cependant refusé toute possibilité
de rédemption. Plusieurs d’entre eux ont
réduit l’existence du sénateur à
l’affaire de Chappaquiddick, l’accident de la route
qui avait coûté la vie à Mary Jo
Kopechne, il y a 40 ans, au retour d’une soirée
bien arrosée. La jeune femme se trouvait aux
côtés de Ted lorsque celui-ci a perdu la
maîtrise de son véhicule qui est
tombé d’un pont.
Après avoir réussi à s’extirper
de la voiture, le sénateur s’était enfui
des lieux et avait attendu près de 10 heures
avant d’avertir les autorités. Il avait
été condamné à deux ans de
prison avec sursis pour délit de fuite.
« Mary Jo apprécie probablement la chance
de botter le derrière à celui qui l’a
laissée se noyer dans cette eau froide et
embrouillée », a écrit un
commentateur anonyme sur le site internet du Dallas
Morning News. « Mais elle est au paradis et
Teddy ne s’approchera jamais de cet endroit. »
D’autres pourfendeurs de Kennedy ne lui ont jamais
pardonné son rôle dans le torpillage en
1987 de la nomination du j uge conservateur Robert
Bork à la Cour suprême des
États-Unis. Dans un discours à
l’emporte-pièce, le sénateur avait non
seulement dépeint le magistrat comme un
adversaire du droit des femmes à l’avortement
et des libertés civiles, mais également
comme un partisan de la ségrégation
raciale et du créationnisme.
« Même si ses mesures législatives
avaient amélioré le sort de
l’humanité, elles ne peuvent faire oublier les
deux faits qui doivent marquer sa personnalité
à jamais : la mort de Mary Jo Kopechne et la
diffamation de Robert Bork », a écrit
Hadley Arkes, professeur au collège Amherst,
sur le site internet de l’hebdomadaire conservateur
National Review.
De son côté, la journaliste Maureen
Callahan a reproché aux féministes
d’avoir passé l’éponge sur la
façon dont Kennedy avait traité les
femmes dans sa vie personnelle. Dans un article
publié hier dans le New York Post, elle a
notamment fait allusion au portrait dévastateur
que le mensuel GQ avait consacré en 1990 au
sénateur et à son penchant pour la
boisson et les très jeunes femmes.
« Personne n’est parfait, n’est-ce pas ? Mais
comment se fait-il qu’autant de femmes lui vouent
aujourd’hui une admiration sans bornes ? » s’est
interrogé Mme Callahan.
C’est peut-être que l’amour, comme la haine,
rend aveugle.
Les hauts et les bas d'un président
- Richard Hétu
Les hauts et les bas du président
- Richard Hétu
Un
président des ÉtatsUnis peut
s’attirer les foudres des «
séparatistes »
québécois en disant « Vive le
Canada » sur un certain ton. En revanche, il
peut semer la consternation chez les
fédéralistes s’il ne précise
pas : « le Canada uni ».
De retour à la MaisonBlanche après
une visite à Ottawa, au cours de laquelle
il avait prononcé un discours à la
Chambre des communes, Bill Clinton avait
tiré cette conclusion, en souriant, au
cours de l’un de ses 79 entretiens avec
l’historien Taylor Branch, qui a fait
paraître, hier, un ouvrage de 707 pages
intitulé The Clinton Tapes.
« Même s’il était allé
plus loin que la plupart des présidents
américains pour soutenir l’unité
canadienne, il avait tenté d’éviter
d’enflammer les passions des séparatistes
du Québec », écrit Branch en
paraphrasant les propos du 42e président
américain à la suite de son
allocution de février 1995 devant les
parlementaires canadiens.
Les sensibilités canadiennes ne sont
évidemment qu’un des sujets abordés
par Bill Clinton dans ses entret iens avec Branch,
enregistrés durant les huit années
de sa présidence.
Les médias américains ont
déjà fait état des
confidences inédites de
l’ex-président sur son homologue russe
Boris Eltsine, qu’il avait dépeint en train
d’essayer de héler un taxi en
caleçon, complètement ivre, devant
Blair House, la résidence des
invités de la Maison-Blanche, pour aller
s’acheter une pizza ; sur sa prise de bec violente
avec le vice-président Al Gore après
l’échec électoral de celui-ci contre
George W. Bush en 2000; ou sur l’affaire Monica
Lewinsky.
Il
a mis sa relation avec la jeune stagiaire sur le
compte du stress provoqué par la mort de sa
mère, la défaite des
démocrates aux élections de
mi-mandat de 1994 et le scandale immobilier
Whitewater. « J’ai craqué, j’ai
craqué, j’ai simplement craqué
», a répété Bill
Clinton à Taylor Branch.
Le titre du livre de Branch est quelque peu
trompeur. L’historien, célèbre pour
sa biographie magistrale de Martin Luther King,
n’a pas eu accès aux fameuses cassettes
évoquées dans le titre de son livre.
Celles-ci sont la propriété de Bill
Clinton, qui les a longtemps cachées dans
un tiroir à chaussettes à la
Maison-Blanche, de peur qu’elles ne soient
réquisitionnées par un de ses
inquisiteurs. Elles lui ont servi lors de la
rédaction de ses mémoires et elles
constitueront un matériel inestimable pour
les historiens.
Ouvrage composé
Le livre de Branch n’est donc pas une
transcription exacte de ses entretiens avec Bill
Clinton, qui en est l’instigateur. Il s’agit
plutôt d’un ouvrage composé à
partir des notes que l’historien a lui-même
enregistrées après ses rencontres
avec le président, dont il est l’ami depuis
les années 70. Les citations directes sont
donc rares, mais The Clinton Tapes permet
néanmoins de revivre en temps réel
les hauts et les bas de la présidence d’un
politicien haut en couleur.
On y apprend notamment que le flair politique de
Bill Clinton n’était pas infaillible. Ainsi
, contrai rement à sa femme Hillary et
à Al Gore, l’ancien président
était persuadé que le
général à la retraite Colin
Powell briguerait la Maison-Blanche en 1996 sous
la bannière républicaine.
« Sa prédiction erronée
à propos de Powell a semblé le
ronger », écrit Branch, tout en
précisant que Bill Clinton était
soulagé de ne pas avoir à affronter
l’ancien militaire.
Ce que les États-Unis savaient
sur le complot d’Al-Qaeda
WASHINGTON — Les espions américains avaient
rassemblé ces derniers mois des indices sur
la préparation d’un attentat d’Al-Qaeda hors
des frontières du Yémen et se
préparaient à agir pour
l’empêcher, mais des informations cruciales
ont passé au travers des mailles du filet.
Selondes responsablesdurenseignement, une
série de signes annonciateurs de l’attentat
raté du 25 décembre contre un avion de
ligne se sont succédé à partir
du mois d’août, date à laquelle
l’Agence pour la sécurité nationale
(NSA) aurait intercepté des conversations
entre agents d’AlQaeda au Yémen.
La NSA, les «oreilles» des services de
renseignement américains, capte alors une
discussion évoquant le recrutement d’un
Nigérian pour exécuter un attentat,
selon le New York Times.
Le même mois, Al-Qaeda fournit la preuve de sa
montée en puissance au Yémen, en
envoyant un kamikaze depuis ce pays vers l’Arabie
Saoudite pour tenter d’y tuer le responsable de la
lutte antiterroriste du royaume chérifien, le
prince Mohammed ben Nayef ben Abdel Aziz.
L’attentat échoue mais le gouvernement
saoudien aurait informé le principal
conseiller en contre-terrorisme du président
américain Barack Obama que l’homme avait
dissimulé un puissant explosif dans son slip,
la même technique employée par le jeune
Nigérian le jour de Noël.
En septembre, Michael Leiter, le directeur du Centre
national de l’antiterrorisme (CNTC), prévient
lors d’une audition parlementaire que le
réseau d’Oussama ben Laden est
désormais solidement implanté au
Yémen.
Quelques semaines plus tard, le père du
Nigérian accusé d’avoir tenté
de faire exploser un avion à destination des
États-Unis à Noël, Umar Farouk
Abdulmutallab, alerte la diplomatie
américaine sur la radicalisation de son fils
et ses liens avec des extrémistes au
Yémen.
Le nom du jeune musulman de 23 ans est alors
transmis aux agences américaines de
renseignement, dont le CNTC, et inscrit sur une
vaste liste de personnes suspectées de liens
avec des terroristes, selon des responsables.
Mais
son père n’ayant pas fait état d’un
possible attentat, son nom n’est pas ajouté
à la liste des personnes interdites de vol
vers les États-Unis. Et personne ne se rend
compte qu’il possède un visa.
Pendant ce temps, l’inquiétude monte à
Washington visà-vis des menaces d’attentat
provenant du Yémen. À la
mi-décembre, les États-Unis ordonnent
deux vagues de frappes de missiles contre des camps
d’entraînement d’AlQaeda dans le pays, selon
des informations de presse.
Mais les responsables américains ne sont pas
au courant des informations sur Umar Farouk
Abdulmutallab qui auraient permis de déjouer
la tentative d’attentat imminente.
À peu près au même moment, le
suspect nigérian achète son billet
d’avion en argent liquide au Ghana.
Le 25 décembre, il embarque à
Amsterdam à bord du vol 253 de Northwest,
à destination de Detroit.
Alors qu’il a déjà
décollé, la police américaine
aux Frontières repère son nom sur une
base de données des personnes suspectes,
où figurent 500 000 personnes, d’après
un responsable américain. Ils
prévoyaient l’interroger à son
arrivée, selon la procédure standard.
Pour la Maison-Blanche, le problème
n’était pas un manque d’information, mais
l’incapacité à faire le lien entre les
projets d’Al-Qaeda et les inquiétudes
soulevées au sujet d’Abdulmutallab.
Le renseignement «n’est pas une science, c’est
un art», commente Bruce Riedel, ancien de la
CIA et expert en antiterrorisme à l’institut
Brookings. «Après coup, cela semble
toujours logique. Les indices convergent. Mais dans
le monde réel, ce n’est pas aussi
simple», assure-t-il.
DES COMPTES À RENDRE
Barack Obama réunit aujourd’hui les
responsables des services de renseignement après
avoir montré du doigt les carences «
inacceptables » qui ont permis à Al-Qaeda
de commettre un attentat – raté – contre un avion
de ligne américain. Plus de huit ans après
les attentats du 11 septembre et malgré des
milliards de dollars investis, les services
américains ont subi un grave revers lorsque Umar
Farouk Abdulmutallab a réussi à monter
à bord d’un avion avec des explosifs.
L’enquête a montré que le père de ce
musulman de 23 ans avait alerté en novembre la
diplomatie américaine au sujet de son fils. Mais
l’information transmise aux services de renseignement
n’a pas été recoupée ni
partagée par les différentes
administrations.
Un complot d’Al-Qaeda à New York ? -
Richard Hétu
L’acte d’inculpation d’un Afghan de 24 ans
soulève plusieurs questions
Les autorités américaines ont-elles
déjoué le premier complot terroriste
ourdi par une cellule active d’AlQaeda aux
États-Unis depuis les attentats du 11
septembre 2001?
NEW YORK —
PHOTO CHRIS
SCHNEIDER, ASSOCIATED PRESS
Arrêté à
Aurora, au Colorado, samedi dernier par des agents
du FBI, Najibullah Zazi, un chauffeur de navette
à l’aéroport de Denver, a
été inculpé hier par un
tribunal fédéral de New York.
C’est une des questions soulevées par
l’inculpation d’un Afghan de 24 ans vivant au
Colorado pour avoir « intentionnellement
comploté avec d’autres pour utiliser une ou
plusieurs armes de destruction massive »
contre des cibles indéterminées sur le
territoire américain entre le 1er août
2008 et le 29 septembre 2009.
Najibullah Zazi, chauffeur de navette à
l’aéroport de Denver, a été
inculpé hier par un tribunal
fédéral de New York. Selon les
autorités américaines, il a
déjà reconnu devant le FBI avoir
séjourné dans un camp d’AlQaeda au
Pakistan en 2008 avec des associés pour
suivre une formation sur l’utilisation d’armes et
d’explosifs. Un tribunal fédéral du
Colorado ne l’avait pas moins déjà
inculpé samedi dernier pour avoir menti
à des agents fédéraux.
«Quel a été le rôle
d’Al-Qaeda dans ce complot présumé ?
Nous ne le savons pas encore», a
répondu Steven Emerson, auteur de plusieurs
livres sur la menace terroriste aux
ÉtatsUnis. «Mais nous savons qu’un des
suspects a reçu l’aide d’AlQaeda au Pakistan.
Reste à voir si Al-Qaeda a orchestré
cette opération.»
Depuis le 11 septembre 2001, les autorités
américaines ont déjoué aux
États-Unis quantité de complots
terroristes dont les suspects n’avaient
utilisées dans les attentats contre le
métro de Londres en 2005. Le suspect se
serait procuré cerZazi à «un
autre individu» à qui il aurait
demandé, sur un ton de plus en plus pressant,
des préSelon les autorités
américaines, Najibullah Zazi a
déjà reconnu devant le FBI avoir
séjourné dans un camp d’Al-Qaeda au
Pakistan en 2008 avec des associés pour
suivre une formation sur l’utilisation d’armes et
d’explosifs. aucun lien avec l’organisation
d’Oussama ben Laden.
Selon l’acte d’accusation, Zazi possédait sur
son ordinateur des instructions sur la
manière d’utiliser des produits chimiques
ménagers pour fabriquer une bombe semblable
à celles tains des ingrédients
auprès de fournisseurs de salons de
beauté et aurait commencé à les
mélanger le 6 septembre dans un hôtel
muni d’une cuisine, à Aurora, au Colorado.
Les autorités ont intercepté des
appels téléphoniques de cisions sur la
façon de mélanger les
ingrédients nécessaires à la
fabrication d’une bombe.
« Le gâteau de mariage est prêt
», aurait écrit Zazi dans un texto,
faisant allusion à une bombe, selon les
autorités policières.
Mais le suspect n’avait pas terminé la
fabrication d’une première bombe lorsqu’il a
loué une voiture pour se rendre à New
York, où il est arrivé le 9 septembre.
La veille, selon l’acte d’accusation, il avait fait
une recherche sur l’internet pour trouver un magasin
de rénovation résidentielle dans
Queens où il voulait acheter de l’acide
chlorydrique, un autre ingrédient qui lui
aurait permis de fabriquer une bombe.
En arrivant à New York, Zazi a appris qu’il
était suivi par la police. Il est
retourné au Colorado le 12 septembre.
La police de New York a arrêté samedi
dernier un imam new-yorkais, Ahmad Wais Afzali, 37
ans, dans la même affaire. Tout informateur de
police qu’il est, Afzali est celui qui a mis au
courant Zazi de l’enquête policière
dont il faisait l’objet. Il a été
inculpé pour avoir fait de fausses
déclarations à la police et mis en
liberté moyennant une caution de 1,5 million
de dollars.
Le père du principal suspect dans cette
affaire, Mohammed Zazi, 57 ans, a également
été inculpé pour avoir menti
à la police et mis en liberté contre
caution.
Najibullah Zazi, résidant légal, est
soupçonné d’avoir voulu faire sauter
des bombes sur des trains desservant New York.
L’acte d’accusation n’identifie pas les complices de
Zazi. Le document utilise l’expression « armes
de destruction massive » comme elle le fait
dans toutes les affaires impliquant des explosifs.
« Elvis », Al-Qaeda et
Guantánamo - Judith LaChapelle
1
Où est Oussama ben Laden?
2 L’organisation Al-Qaeda représente-t-elle
encore une menace?
Le 11 septembre 2001, des kamikazes d’Al-Qaeda ont
détourné quatre avions de compagnies
aériennes américaines. Deux ont
détruit les tours jumelles du World Trade
Center de New York, un troisième a
frappé le Pentagone à Washington, et un
quatrième s’est écrasé dans un
champ, en Pennsylvanie. Huit ans plus tard, La Presse
fait le point en huit questions. Surnommé
« Elvis » par certains agents de la CIA,
à cause des nombreuses fausses pistes sur
lesquelles ils ont été lancés
pour le retrouver, Oussama ben Laden serait quelque
part isolé au Pakistan. L’alliance d’Al-Qaeda
avec les talibans commencerait cependant à
s’effriter, ce qui donne espoir aux Occidentaux
d’attraper le chef fugitif. Ben Laden diffusera-t-il
encore un message à l’occasion de
l’anniversaire des attaques du 11 septembre? À
suivre. Les experts sont divisés.
Concentrés dans le Waziristan pakistanais, les
dirigeants d’Al-Qaeda n’ont pas réussi,
à part les bombes qui ont explosé
à Madrid en 2004 et Londres en 2005, à
répéter une attaque aussi spectaculaire
que celle du 11 septembre. L’organisation peinerait
à recruter de nouveaux combattants et doit
s’associer à d’autres mouvements islamistes
armés pour faire sa promotion. Mais le
réseau est « toujours très capable
» de s’attaquer aux États-Unis, selon le
chef d’état-major américain Michael
Mullen.
3 Qu’est devenu le cerveau présumé,
Khalid Sheikh Mohammed?
Il était apparu hagard et hirsute sur les
photos diffusées après son arrestation
en 2003. Le revoilà avec une longue barbe
poivre et sel, revêtu de l’irham, un grand drap
blanc rituel qui recouvre les cheveux et le haut du
corps, sur une photo prise en juillet et
diffusée récemment sur le web. L’homme
présente une ressemblance frappante avec
certaines images de propagande d’Oussama ben Laden,
souligne l’AFP. Khalid Sheikh Mohammed, toujours
emprisonné à la base navale
américaine de Guantánamo, a reçu
une visite de la Croix-Rouge qui a pris le
cliché destiné à être remis
à sa famille et non à être
diffusé.
4 Que deviendront les détenus de
Guantánamo?
Le président américain Barack Obama a
annoncé la fermeture de Guantánamo avant
la fin de l’année, mais le sort de ses
détenus, dont Khalid Sheikh Mohammed, n’est pas
clair. La prison compte encore 226 détenus.
Selon l’AFP, la Maison-Blanche transférera
entre 50 et 80 prisonniers vers d’autres pays.
Quelques dizaines de détenus seront
inculpés, certains dirigés vers des
tribunaux de droit commun, d’autres vers des tribunaux
militaires d’exception. Mais il faudra avant tout
convaincre le Congrès...
5
Comment avancent l es travaux de reconstruction
à Ground Zero?
Plutôt lentement. Les travaux ont
commencé pour seulement deux des cinq
gratte-ciel prévus et ne seront
assurément pas terminés avant plusieurs
années. L’an dernier, les autorités ont
déclaré que le mémorial, la
« Freedom Tower » (qui doit atteindre 514
mètres) et le noeud souterrain de transports
ouvriraient entre 2011 et 2014. Les tours de bureaux
seront construites, quant à elles, lorsque la
conjoncture économique le permettra.
6 Où peut-on voir des images des attaques?
Le National September 11 Museum And Memorial n’a pas
encore pignon sur rue – il devrait ouvrir dans trois
ans – mais met déjà en ligne
(makehistory.national911memorial. org) des images des
attaques – souvent très dures – captées
par des citoyens.
7 Comment le 11 septembre est-il enseigné
à l’école?
« Dans quelques années, nous enseignerons
à des élèves qui n’étaient
pas encore nés au moment des attentats »,
a expliqué à l’Associated Press Anthony
Gardner, du Fonds d’éducation du 11 s eptembre.
Un programme d’enseignement des
événements sera d’ailleurs testé
cette année à New York et dans six
États.
8 Comment va-t-on commémorer
l’événement aujourd’hui ?
Le 11 septembre est désormais la «
Journée nationale du service et du souvenir
», pour souligner l’importance du
bénévolat. Ce matin, à partir de
8h40 sur le site du WTC, des bénévoles
liront publiquement les noms des 2751 victimes des
attaques.
ÉTATS-UNIS De plus en plus
d’enfants ne mangent pas à leur faim
WASHINGTON
— Plus d’une famille américaine sur sept,
soit 49millions de personnes, a eu du mal à
se nourrir correctement en 2008, soit le taux le
plus important de sous-alimentation depuis que le
ministère de l’Agriculture a commencé
à tenir les comptes de la
sécurité alimentaire aux
États-Unis, en 1995.
Ce sont donc 14,6% des foyers américains qui
peinent à remplir les assiettes des leurs,
comparativement à 11,1% de foyers en proie
à l’«insécurité
alimentaire», selon le classement du
ministère, c’est à dire n’ayant pas
suffisamment à manger pour mener une vie
saine et active.
Dans un communiqué, le président
Barack Obama a qualifié ces conclusions de
«dérangeantes», notant que
d’autres indicateurs d’insécurité
alimentaire étaient à la hausse, dont
le nombre de demandes pour bénéficier
des coupons de nourriture.
«La première tâche est de
restaurer la croissance de l’emploi, qui aidera
à soulager les pressions économiques
qui rendent difficile pour les parents le fait de
mettre un vrai repas sur la table chaque
jour», a-t-il ajouté.
Et le secrétaire à l’Agriculture,
Tom Vilsack, a dit craindre que ces chiffres ne
s’aggravent encore en 2009 à cause du
ralentissement économique.
Selon ce même rapport, rendu public alors
que s’est ouverte à Rome la
conférence de la FAO (Organisation des
Nations unies pour l’agriculture et
l’alimentation) consacrée à
l’insécurité alimentaire dans le
monde, 16,7 millions d’enfants n’ont pas eu assez
à manger aux États-Unis en 2008,
soit 4,3 millions de plus qu’en 2007.
Prisons californiennes : Surpopulation,
émeutes et chaos - Nicolas
Bérubé
Le
système carcéral californien craque
de partout. Aujourd’hui, l’État le plus
populeux des ÉtatsUnis dépense plus
d’argent pour détenir ses 168 000
prisonniers que pour faire fonctionner son
réseau d’universités. Un bourbier
dont le gouverneur semble inc
Les premiers signes du chaos qui a englouti le
centre correctionnel de Chino, le 8 août
dernier, sont d’abord apparus sur l’internet.
PHOTO AP
Les prisons
débordent en Californie, et la prison
d’État à Los Angeles ne fait pas
exception. Au début des années 80,
l’État comptait 20 000 détenus.
Aujourd’hui, ils sont près de 170 000.
« Des prisonniers lancent des objets au x ga
rdes », a annoncé un usager du
réseau Twitter peu après 20 h (heure
locale).
« Des incendies sont allumés et ne
sont pas maîtrisés, a dit une seconde
source. Les émeutes ont lieu dans l’aile de
sécurité maximale de la prison.
»
Ce soir-là, des images d’enregistrements
vidéo amateurs retransmises aux
informations télévisées
montraient des flammes qui s’élevaient
au-dessus de cette prison surpeuplée, en
banlieue de Los Angeles.
Rob Wyatt, l’un des premiers pompiers
arrivés sur place, a été
accueilli par une scène de chaos. «
Il y avait des choses éparpillées
partout... C’était stressant. Nous avions
deux gardes armés pour protéger le
périmètre où nous
travaillions. »
Un système en crise
L’émeute, la pire à survenir dans
cet établissement de 60 0 0 détenus,
opposait les Latino-Américains et les
Noirs. Plus de 250 prisonniers ont
été blessés, et 55 ont
été hospitalisés.
L e lendemain matin , la d i rec tion de la prison
a constaté l’étendue des
dégâts. L’endroit semblait avoir
été frappé par une
catastrophe naturelle. Un gymnase
transformé en dortoir a été
complètement saccagé. Les matelas
éventrés et brûlés
gisaient par terre. Dans les toilettes, les
lavabos avaient été arrachés
un par un. Ils étaient en miettes, sur les
planchers recouverts d’eau boueuse et de sang.
Au centre cor rec tion nel de Chino, comme dans
les autres prisons californiennes, le
problème de surpopulation est criant.
Ouvert dans les années 30, le
pénitencier a été
conçu pour 3000 détenus.
Aujourd’hui, ils sont plus du double dans
l’établissement, dont les gymnases ont
été transformés en dortoirs
de fortune.
Un
rapport dévoilé ce moisc i pa r le
Ca li for n ia State Auditor montre que le
système carcéral californien est en
crise.
« L’e x p l o s i o n d e s p r o -
blèmes du système correctionnel – la
surpopulation, le v iei l l issement des pr ison
niers, les coûts du person nel – est
difficile à c i rconsc r i re en ra ison du
ma nque d ’i n for mation », peut-on y lire.
Loi des trois prises
L’une des causes de l’engorgement du
système californien est la fameuse loi des
« trois prises » : après la
troisième arrestation, les criminels sont
automatiquement condamnés à la
prison à vie. Cette mesure s’applique
autant aux revendeurs de drogue et aux tueurs
qu’à ceux qui sont arrêtés
pour avoir volé une pinte de lait.
Résultat : près de 25 % des
prisonniers en Californie sont détenus en
raison de la loi sur les « trois prises
».
Selon l’analyste politique David Dayen, ce sont
des changements aux lois et l’attitude «
dure à cuire » des politiciens
californiens qui ont provoqué la crise.
«Les prisons californiennes faisaient
autrefois l’envie de tout le pays, note-t-il. Or,
des politiciens qui voulaient se bâtir une
réputation de "durs envers les criminels"
ont pris les leviers de l’État,
adopté plus de 1000 nouvelles lois
entraînant des peines de plus de 30 ans, et
le système est rapidement devenu
engorgé.»
Au début des années 80,
l’État comptait 20 000 prisonniers.
Aujourd’hui, il y en a près de 170 000.
« La surpopulation rend la
réadaptation impossible. Les petits
criminels se radicalisent, les droits des
détenus sont bafoués, les soins
médicaux sont refusés, explique M.
Dayen. Et les coûts du système
explosent à chaque détour.»
Schwarzenegger contre les juges -
Nicolas Bérubé
LOS ANGELES — Au début de
l’été, Arnold Schwarzenegger s’est
mesuré aux législateurs de la
Californie, réticents à appuyer son
budget rempli de coupes. Aujourd’hui, les juges de
l’État sont les nouveaux adversaires du
gouverneur.
Le gouverneur de la
Californie, Arnold Schwarzenegger, s’est rendu
au centre correctionnel de Chino peu de temps
après l’émeute qui a secoué
la prison au mois d’août. Le programme du
gouverneur pour désengorger les prisons
de l’État ne fait pas l’unanimité.
Schwarzenegger a déposé en septembre
un programme qui vise à désengorger
les prisons. Or, ce plan ne répond pas aux
exigences déterminées par un
comité de trois juges de l’État, qui
ont décidé que la population
carcérale devait être réduite
de 40 000 prisonniers d’ici deux ans.
Dans leur rapport remis en août, les juges
se sont dits « estomaqués » par
l’ampleur du désastre.
« Certains des plus éminents
administrateurs de prisons au pays n’avaient
jamais été placés devant des
conditions d’inca rcération pa reilles
», écrivent-ils.
«L’approche de tolérance zéro
sur le crime et le manque de volonté de
débloquer les fonds nécessaires pour
soutenir l’augmentation de la population
carcérale ont mené la Californie au
bord de la catastrophe. Un nombre significatif de
détenus sont morts parce que l’État
a failli dans sa tâche d’offrir des
traitements médicaux
adéquats.»
Réduire les peines
L e gouver neu r propose plutôt de
réduire de 18 000 le nombre de prisonniers,
en envoyant des détenus purger leur peine
dans d’autres États où les prisons
peuvent les accueillir. Schwarzenegger propose
aussi de bâtir de nouvelles prisons et de
changer les règles régissant les
peines.
« Nous devons trouver une façon de
sabrer les coûts et de réduire la
surpopulation, mais sans compromettre la
sécurité publique », a-t-il
dit.
L’ idé e de réduire les peines pou r
les futurs conda m nés et de relâcher
les prisonniers avant la fin de leur peine a
été vivement critiquée cet
été par les élus
républicains, qui s’opposent c
atégor iquement à toute mesure en ce
sens.
Selon le leader de la m i nor ité
républ ic a i ne de l’assemblée de
l’ État, Sam Bla ke sle e , de nouvel le s
dépenses seront nécessaires. «
Or, je crois que les solutions proposées
par le gouverneur seraient beaucoup plus
coûteuses à long terme pour la
société. »
Devant la Cour suprême ?
C’est aux États-Unis que l’on trouve la
plus grande population carcérale du monde.
En 2008, plus de 2,3 millions de personnes
étaient derrière les barreaux, soit
1 adulte sur 100. La Californie est l’État
où il y en a le plus. L’État
dépense aujourd’hui 9,5 milliards
annuellement dans le système
carcéral, soit plus que pour le financement
du réseau d’universités.
Plusieurs critiques notent que l’augmentation des
coûts coïncide également avec
l’obtention d’importants avantages par les
employés des établ issements ca
rcérau x . Ceux-ci touchent de
substantielles primes d’heures
supplémentaires, et on a augmenté
leurs salaires plusieurs fois au cours des
dernières années. Ils sont
aujourd’hui les mieux payés au pays.
En défiant l’ordre des juges de son
État, le gouverneur, qui entame sa
dernière année au pouvoir, pourrait
bien déclencher une bataille judiciaire
dont l’issue sera déterminée devant
la Cour suprême du pays.