Arts
| LA PRESSE & COMPAGNIE |
AUTRES MÉDIAS |
|
|
JEAN DUJARDIN
MEILLEUR ACTEUR OSCAR 2012 PREMIER FRANCAIS A REMPORTE
CE PRIX
Soutien public à l'art
Spare arts grants from the cleaver - Globe Editorial
Lettres
- Malveillant et brutal
La culture de l’intimidation
Et
notre
«
film
national
»
est...
La
revente
est-
elle
un
scandale?
Les
requins
de
la
revente
Les
billets
de
la
discorde
Demi-vérités
Lessons from other cities on battling graffiti
Le
progrès
a-
t-
il
une
ville?
Un acte de foi
Et y aura-t-il jamais un quelconque avenir pour le
cinéma québécois ?...
Libre
opinion - La parlure du cinéma
québécois
L’étincelle
Le doute de Denis Villeneuve
Le
Québec-
monde
L’insaisissable
auditoire
LE DÉCLIN DES NOUVELLES DE FIN DE SOIRÉE
PAS
DE CHICANE DANS MA CABANE ?
Un
marché
en
pleine
explosion
Mauvais par exprès?
L’élitisme
pour
tous
!
Le Québec et ses galas...
Le pari de la qualité
L'ADISQ
est-elle en 2010?
Les
gagnants de la culture
Costco
-
Pierre Foglia
Hydro-Québec: l'art d'éteindre l'art - Nathalie Petrowski
QUI SAUVERA LA VIE DU DJ?
Festivals du film
Un festival permanent
Parce que moi je rêve…
Le TIFF: un festival ou une foire?
Toronto
a tout pourtant...
La rivalité à sens unique
De
dures leçons à tirer
Festivals
sous tensions
Faire comme Hollywood - Marc
Cassivi
Sortie 67: un film montréalais
«black»
L'aveuglement volontaire - Marc
Cassivi
Jacob Tierney persiste et signe - Marc-André
Lussier
Et que dire des droits de nos artistes ?...
Sondage
sur le nouveau Colisée à Québec -
Labeaume n'est guère ébranlé
Steve Martin, l'hôte idéal
Cheech and Chong: sympathiques mais sans surprise
Cheech and Chong: poteux un jour, poteux
toujours
D'autres
films québécois à voir au FFM
Humour
Six gars en 8 bits
LA STAR ÉCLAIRÉE
LE
PLUS
DUR
MÉTIER DU MONDE
Des
idées
pour
rire
Les
rigolades
d’un
Gaulois
C’est
peut-
être
moi
le
mononcle
Notre
télé
frileuse
(
bis)
Juste
pour rire en mutation
Le mauvais goût - Chantal Guy
L'humour
extrême, qu'ossa donne?
La
patrie des sans-culottes - Marc-André
Lussier
Montréal
gratuit?
Oui.
Inculte?
Non
-
Nathalie Petrowski
Culture consommée - Mario Roy
La métaphore de notre sort - Nathalie Petrowski
Financement des festivals : crise totale aux Francos
Robin de Cannes - Mario
Roy
Un privilège - Marc
Cassivi
Un choix de société - Marc
Cassivi
Rentabilité: mythe et malentendu
Un
comité recommande de ne pas abolir la TVQ sur les
produits culturels
La TVQ sur les livres, non merci!
Encore une tuile pour Radio-Canada
Un
comité recommande de ne pas abolir la TVQ sur les
produits culturels
Avatar activism: Pick your protest
Avatar and the politics of our time - Rick Salutin
Le jour est arrivé... ou presque - Nathalie
Petrowski
Le commandant américain en Irak a aimé The
Hurt Locker
Le sacre d’un être d’exception - Marc-André
Lussier
12e
soirée des Jutra: duo de choc
Vers
un «festival de festivals»
Ces
Français qui chantent en anglais
«Reality check»!
ADISQ
Des sommets d’absurdité
Deux
jurys,
deux
solitudes
-
Marc
Cassivi
Il y a toujours un «mais...» - Marc
Cassivi
L'alouette
en
colère
-
Marc-André
Lussier
Quand l'art fait voir la beauté, et aussi la force
de s'engager...
Shakira, une artiste engagée
Luck
Mervil : reconstruire Haïti, village par village
La
chanteuse
qui
avait
trop
d'opinions
-
Nathalie Petrowski
Kristin
Davis au Sommet du millénaire de Montréal
James
Cameron lance une campagne pour planter des arbres
Angélique
Kidjo: du Bénin à Bono
Des
artistes dénoncent l'«apartheid
israélien»
Une
nouvelle
version
de
We Are the World pour Haïti
Entendre l'horreur, chanter la joie
La
grande communion des artistes québécois
pour Haïti
« Je me souviens que l’union fait la force
» - Jean-Christophe Laurence
Fabienne
Colas: fille d'Haïti, femme d'action - Nathalie
Petrowski
Hollywood
n'oublie pas Haïti
Trois
batteries pour la paix au Soudan
Musique nouvelle: l'éruption brésilienne
Musique
ethnique: un monde (en) parallèle
Concerts ethniques: les planchers en feu
Et le world beat, bordel!?
Lady Gaga
LADY GAGA LASEULE ET UNIQUE
Lady Gaga, c'est ça, ça, ou-la-la
Le
diable
et
Dakota
-
Nathalie Petrowski
Rater
la
cible
-
Marc
Cassivi
Cote en hausse, cote en baisse - Marc
Cassivi
Le
prix d'Avatar - Marc
Cassivi
Alice in Wonderland : presque une merveille
Alice
au pays de Tim Burton
Cannes:
Tim
Burton
présidera
le
jury
-
Marc-André
Lussier
La fenêtre d'exploitation
La
sortie d'Alice in Wonderland compromise
Montréal,
escale
obligée
des
grandes
tournées
Bon, branché et pas cher
Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirai qui tu es
La
télé d'ici mérite d'être
montrée ailleurs
Anatomie d'une mise en échec - Marc-André
Lussier
Pour
toujours les Canadiens : dur dans les coins... -
Marc-André Lussier
Lhasa
de Sela, l'étoile filante
Décès
de Lynn Taitt, «inventeur du rocksteady»
Gilles
Carle: «Il a transformé le cinéma
québécois»
La
vie heureuse de Gilles Carles - Nathalie Collard
Vivre
autrement
La
gloire internet des Cowboys fringants
Suites
maudites - MARC CASSIVI
Consensuelles,
les séries québécoises?
Les joyeux naufragés... handicapés
Télé
américaine : quand la politique nourrit la fiction
La télé spécialisée plus
rentable que les banques
Le
comte du petit écran
Le CRTC donne le feu vert aux redevances
Le consommateur oublié - Sophie Cousineau
You're
the last person the CRTC cares about
La poule aux oeufs d'or - Ariane Krol
Décision du CRTC - Arbitre fantoche
Le CRTC met la table pour des redevances aux
télés généralistes
Médias
- En attendant les redevances
Redevances télévision: Fox fait des envieux
au Canada
Fox lance un ultimatum à Time Warner
Les câblos refilent une facture de 100 millions aux
consommateurs
Câble:
le CRTC jongle avec une hausse inférieure à
2$
Vite,
un coup de balai! - Sophie Cousineau
«On
affaiblit la qualité de la télévision
généraliste»
Radio-Canada
compare les câblos aux pétrolières
Redevables,
mais à qui? - Nathalie Petrowski
L'avenir de la télé en 10 questions
Audiences
du CRTC: James Moore tente de calmer le jeu
Mauvaise
solution - André Pratte
La
télé d'ici sur la corde raide -
Nathaëlle Morissette
Jutra
formule
améliorée
-
Marc-André
Lussier
Un
gala en or - NATHALIE PETROWSKI
Concours
de chantage - MARC CASSIVI
L'ironie de l'ADISQ - Marc Cassivi
Scepticisme
autour de l'éventuel gala Quebecor
Le cul de la crémière -
Marc-André Lussier
Rufus Wainwright: vraiment rien à son
épreuve
Alexandre
da Costa, le virtuose du métro
Ça
manque à ma culture…
- NATHALIE PETROWSKI
Le
mépris ne sert pas l’art - Simon
Brault
Se tenir debout - Marc-André
Lussier
Capitalisme
: A Love Story... Triste comédie d’horreur
- Sophie Cousineau
Questions
de propagande - Marc-André Lussier
Un
film de propagande chinois en clôture
UNE HISTOIRE CENSURÉE - Marc Cassivi
Le
triomphe de Jos Bleau - PATRICK LAGACÉ
Woodstock-
Daniel Lemay
Woodstock, rampe de lancement - Alain de
Repentigny
Nouveau film sur Woodstock : Parfums
d’innocence - Marc-André Lussier
COPPOLA,L’AFFRANCHI
- Marc-André Lussier
JOE
DASSIN: NON COUPABLE! - Jean-Christophe
Laurence
Il
est
grand, le mystère du quétaine
- Paul Journet
Les marchands d'illusions - Marc Cassivi
Brangelina,
la fin d'une marque? - Nathalie Petrowski
Esprit de bottine - Nathalie Petrowski
Un
auteur peut-il tuer son héros?
Jorane en spectacle: une voix, omniprésente
Dany
Laferrière honoré
Les
auteurs québécois à l'âge de la
majorité
Tout est bien qui finit bien? - Marc Cassivi
FrancoFolies-Festival
d'été : mariage de raison
Les
festivals, ces « PPP avant la lettre »
- Louise Leduc
Pluie de dollars pour la culture -
Claude Picher
Pas de vie culturelle sans Hydro -
Nathalie Petrowski
Hydro doit revoir toute sa politique de
mécénat - Rémi Nadeau
Voir aussi Stopper
l’ingérence d’Hydro
Une
impression
d’arbitraire - Marc Cassivi
Le succès ne tient qu’à un
film - Marc Cassivi
Cinéma
québécois : SÉDUIRE LES 7
À 77 ANS - Anabelle Nicoud
TOUT BAIGNE DANS LE RAP -
Philippe Renaud
Au revoir Nelly Arcan - NATHALIE COLLARD
R.I.P. Michael Jackson
L’ÉTOILE
S 'ÉTEINT - Martin Croteau
Bizarrement touchant - Marie-Claude
Lortie
Le Québec garde une belle image
du roi de la pop
L’enfant-monstre
- Yves Boisvert
On l’appelait « Wacko Jacko » … -
Jean -Cristophe Laurence
Coup
de
génie, extravagances et quasi-faillite -
Vincent Brousseau-Pouliot
LA MORT D’UNE LÉGENDE À
L’HEURE DUWEB - Chantal Guy
LA MORT DU ROI DE LA POP
LA PLANÈTE DIT ADIEU ÀMICHAEL
JACKSON - Nicolas Bérubé
Un saint est né - Nathalie
Petrowski
Tout ça pour un « pervers » ?
- Richard Hétu
UN AUTRE KING - Olivier Pierson
Farrah et moi - Stéphane
Laporte
Le
petit
prince - Mario Roy
Le médecin du roi de la pop plaide non coupable
Médecin de Michael Jackson: reddition ou
arrestation avec menottes?
Mort de Michael Jackson: le Dr Murray ne se livrera pas
Michael Jackson : Homicide par
médicaments, conclut le coroner
Michael Jackson victime d’un homicide
Enquête
sur la mort de Michael Jackson Le médecin du
chanteur avoue lui avoir injecté du propofol -
Nicolas Bérubé
Michael
Jackson : DES INSOMNIES INSUPPORTABLES
MORT DE MICHAEL JACKSON Les enquêteurs
croiraient à un homicide
MORT DE
MICHAEL JACKSON Le médecin de la star se
défend
MORT
DE MICHAEL JACKSON Trop de questions sans réponses
Michael Jackson :
L’honnêteté des administrateurs mise en
doute
LES
ANECDOTES
D’ONCLE
LARRY
King
Larry!
Oprah
Winfrey: le début de la fin
Oprah:
diva,
magnat,
monstre
-
Nathalie Petrowski
Oprah
Winfrey fêtera Noël avec le couple Obama
Les
métamorphoses d'Oprah Winfrey - Richard Hétu
Oprah
Winfrey: son départ bouleversera la
télévision
Jon Lajoie: la vie après YouTube
Plusieurs
festivals
ignorent si Industrie Canada leur versera l’argent
attendu - Louise Leduc
Le
risque de l’artiste - Simon Betrand
Susan
Boyle : Cendrillon du web ou coup de marketing?
Susan Boyle : Le rêve est fini NATHALIE COLLARD
Les
apparences - Pierre Foglia
Le monde est Stone... - Mario Roy
Misteur Valaire: le nouveau modèle
économique
Dix moments qui ont transformé la musique
SUÈDE
Une
loi
anti-téléchargement
controversée
DROIT
D’AUTEUR L’UDA réclame des redevances sur les
lecteurs numériques
Acheter des CD pour une chanson -
Réjean Tremblay
Le mirage du livre à prix unique - Ariane Krol
Via P2P, les Québécois
téléchargent québécois
Retour
sur l’affaire Robinson
Coûteuse
victoire
Pourquoi
Claude Robinson pourrait perdre en appel
Campagne d'appui à Claude Robinson: 260 000 $
amassés
Procès Claude Robinson: quatre ténors contre
une diva
Les amis de Claude Robinson relancent la campagne d'appui
financier
L'île
épuisée
de
Robinson
-
Nathalie Petrowski
Justice pour Robinson - Yves Boisvert
COPIER-COLLER - Marie-Claude Girard
Quelques causes de droit d’auteur -
Marie-Claude Girard
Menaçante, la Chine? - Marie-Claude
Girard
Robinson: une victoire et son poison - YVES
BOISVERT
Claude retrouve Robinson - NATHALIE PETROWSKI
«C’ÉTAIT UNE PARTIE DE
MOI-MÊME» - Francis Vailles
Claude Robinson retrouve son oeuvre -
Marie Tison & Paul Journet
Plus
de TVQ sur les produits culturels
québécois -: n’importe quoi !
- Ariane Krol
Au
Québec, l'album n'est pas mort
De nombreux admirateurs célèbrent la
naissance de Chopin
Albert Camus, solidaire et contemporain
J.D.
Salinger
:
le
silence
achevé
Le
jazz - Pierre Foglia
Madame Bovary -
PIERRE FOGLIA
VAILLANCOURT EN VRAC
On
l'appelait le «Mozart noir»
Eva
Tanguay, la «reine du vaudeville», a fait
vibrer Montréal au moins deux fois
Littérature
Décrochages
L’écrivain
et le bonheur
L’UTOPIE
RÉALISÉE
J'aime
moins la télévision qu'avant - Victor-Lévy Beaulieu
Lettres
- Un grand prix ridiculement petit
Lire ses contemporains
La
simplicité du roi de l'énigme
Dan
Brown dans les coulisses de la franc-maçonnerie
Amélie
Nothomb : créer des monstres
Gaston Miron : de la légende à l’homme
réel
Lettres
- De l'héritage d'un pamphlétaire
De coeur et de convictions
Gil
Curtemanche 1943-2011 - L'homme aux douces colères
Nelly
Arcan: l'ambiguïté et la contradiction
SI VULNÉRABLE
Nelly et les poux
Nelly Arcan à Tout le
monde en parle en septembre 2007
LA
VIE APRÈS SPIDER- MAN
Question de culture...
L’invasion
des héritiers - Stéphane
Kelly
Le CRTC se saborde
Le
comique et son double
Eh
bien ! dessinez maintenant... - Nathalie Petrowski
Paul et Paul - La partie du
hockey
Paul et Paul - Le Lifeguard
Paul et
Paul
POÈMES
ROCK - Marie -Christine Blais
Le mâle québécois,
un loser ?
OPINION L’homme-toutou
Doit-on
influencer les goûts musicaux de nos enfants?
Surtout, surtout, surtout pas Caillou - Marie-Claude
Lortie
Les Trois Accords : toujours pas comme les autres
Robert Charlebois : l'âge d'or du rocker
Harmonium en Californie
Plume:
le rock'n'roll du grand flan fou
Plume Latraverse Montreal 1981 (partie02)
Un oubli honteux...
Qu’est- ce qui fait ( encore) courir La Bolduc?
ROCK
Médias
- Le rock est mort ?
Les 20 ans de Nevermind de Nirvana
Pourquoi
pas Pink Floyd?
UNE MACHINE BIEN HUILÉE
U2
Inc.,
du
solide
SANS
FARD
ET
MALGRÉ
YOKO
Paul
McCartney, le marchand de bonheur
Les Beatles dépoussiérés
- Alain de Repentigny
The British Invasion: An oral history
Jimi
Hendrix: plus qu'un guitar hero...
Les demi- adieux de Judas Priest
Toujours
vivant
!
FANTÔMES DU ROCK - Jean-Christophe
Laurence
Kiss
expliqué
aux enfants - JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE
AC/DCAU STADEOLYMPIQUE La démesure
justifiée - Paul Journet
L’INCREVABLE
TRAIN ROCK N’ ROLL - Paul Journet
Le charme indiscutable de Bryan
Adams - Alain de Repentigny
Duff, conseiller financier
Ce
qu'il reste de Guns N' Roses
Noir
de
t-
shirts
Concert
surprise de Megadeth et messe noire
Le métal à la vie à la mort!
Slayer:
choqué, choqué!
Awkward headbangers beware: It's finally cool to like Rush
Devil,
mon
Ronnie
-
Marc Cassivi
Celebrating rock's biggest manes
L'improbable
ascension de Green Day
Eminem: sauvé par le rap
Amy
Winehouse
(1983-2011)
-
La
diva déjantée de la soul laisse ses
admirateurs dans le deuil
Les ingrédients d’un mythe 2.0
Les
Backstreet Boys, un groupe culte?
Un
old boys band
Roi des clips, roi des clics
Entre les lignes du conte
Il faut maintenant se faire à
l’idée… - Marc-André Lussier
La cinéphilie partisane -
Marc-André Lussier
Sur le gros nerf - Marc-André
Lussier
Jason Reitman en route vers la gloire? -
Marc-André Lussier
Profession: bouquiniste
Il était une fois les débuts du disque
québécois...
Des
vitraux très trimballés
Art,
science et cadavres...
ART, KETCHUP
ET A GROALIMENTAIRE - Stéphanie
Bérubé
La «nécessaire» mélancolie des
écrivains
Omniprésente Jane Austen
La
suprématie de Beethoven
Dix
remèdes contre la grippe - Marc
Cassivi
Mes meilleurs films de 2009 - Marc-André
Lussier
Pourquoi participer à une
téléréalité? - Hugo Dumas
Robert
Musil et le phénomène Jackass - La
bêtise professionnelle et le nouveau désarroi
panique des États-Uniens
Mentaliste
et...
entomologiste
Annie
et
ses
femmes
Art et souveraineté...
Les AngloFolies de Québec - Nathalie Petrowski
Sortir
le
Québec
des
Génie?
-
Nathalie
Petrowski
Étude
fédéraliste - Les artistes perdront au
change si le Québec gère seul la culture
Petit
constat sur un Québec éclaté
Effervescence chez les artistes anglos
|
LE DEVOIR
Les
elfes du mont Royal
Et
puis euh - Du culot
Spectacle - Rigoler de la mort pour ranimer le clown
THE GAZETTE
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
|
Les Cyniques - Le Cours De Sacres
Les Cyniques -
L'Assurance-Chômage
Bye
Bye 71 avec Les Cyniques - Le Téléjournal
Les Cyniques
à Juste pour rire 1990
Difference Between
Golden globes and Oscars
Anyone else think the Golden Globes are better than the
Oscars?
|
|
« Je me souviens que l’union fait la force
» - Jean-Christophe Laurence
Avec tous ces
concerts-bénéfice qui ont lieu depuis une
semaine pour Haïti, on finit un peu par s’y perdre. Mais
je n’aurais personnellement, et pour rien au monde,
manqué le spectacle L’Union fait la force qui avait
lieu hier au Théâtre Telus. Parce que cette
soirée, annoncée avec beaucoup d’émotion
dès le lendemain du séisme, est l’une des seules
à avoir été directement organisées
par des Haïtiens de Montréal, pour ne pas dire des
jeunes Haïtiens de Montréal.
La précision est importante. Car cette nouvelle
génération, qui fait parfois les manchettes pour
d’autres raisons, a donné hier la pleine mesure de son
immense potentiel et fait preuve d’une puissance mobilisatrice
insoupçonnée.
El le nous a aussi fa i t découvrir un Montréal
haïtien que l’on connaît moins, celui plus
underground, du kompa, du hip-hop, du soul et du R’n’B, avec
des artistes qui parviennent rarement à passer la rampe
du mainstream québécois. Drôle à
dire, mais il aura fallu une catastrophe pour que les grands
médias s’intéressent à eux – et, soyons
honnêtes, cela nous inclut aussi.
Il y avait évidemment les têtes d’affiche, pas
forcément haïtiennes. Corneille a viré la
salle à l’envers avec sa version acoustique de Parce
qu’on vient le loin. Loco Locass, Dan Bigras, Dubmatique les
Colocs, Paul Piché et Linda Thalie sont venus faire
leur tour.
Et puisily
ava i t les Québécois d’origine haïtienne.
Entre l’harmoniciste Bad News Brown, le groupe kompa Ti-Kabzy,
le chanteur R’n’B Marc-Antoine et l’auteur-compositeur
acoustique Marco Volcy, l’événement de la
soirée reste sans doute la reformation du groupe
hip-hop Muzion, dont on n’entend plus aujourd’hui parler que
par albums solos interposés.
Angelo Cadet, Penelope McQuade, Herby Moreau et Dice B se
chargeaient de l’animation, alors que diverses
personnalités publiques sont venues faire leur pitch
toute la soirée. À ce chapitre, bon point au
politicien Emmanuel Dubourg, qui a habilement
résumé l’étonnante fraternité
québécohaïtienne. « Notre nouvelle
devise sera désormais : Je me souviens que l’Union fait
la force. »
« Je redeviens haïtien »
Au total, plus de 60 artistes participaient à ce
concertbénéfice donné dans
l’allégresse, parce que la meilleure façon de
défier la mort, c’est encore de célébrer
la vie. La preuve par cet exubérant Dominique,
Haïtien dans la cinquantaine, qui se déhanchait
devant moi comme s’il s’agissait d’une fête au
champagne. « Quand je suis arrivé ici, j’ai mis
Haïti de côté, me disait-il pendant le
spectacle. Mais avec tout ce qui se passe en ce moment, on
dirait que je redeviens haïtien. Ça m’aura pris 35
ans… »
Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirai qui tu es
- Mathieu Perrault
À en
croire l’étude d’un psychologue écossais, les
amateurs de heavy rock ressemblent beaucoup aux amateurs de
musique classique. Ce qui s’expliquerait, entre autres, par un
amour commun du grandiose.
L es amateurs de métal ont tendance à être
introvertis et dépressifs. Ceux qui ne jurent que par
le rap sont plus violents que la moyenne. Une passion pour la
musique pop est signe d’un manque de
créativité...
PHOTO MARTIN TREMBLAY,
ARCHIVES LA PRESSE
Un psychologue écossais a entrepris de vérifier
la véracité de ces stéréotypes.
Adrian North, de l’Université Heriot Watt à
Édimbourg, vient de recueillir plus de 36 000
réponses à un sondage afin de découvrir
les types de personnalité associés aux
différents goûts musicaux. C’est, d’après
lui, la plus vaste étude jamais entreprise sur le
sujet.
Le sondage d’Adrian North contenait une liste de 104 styles
musicaux, que les cobayes devaient évaluer avant de
passer des tests de personnalité. Conclusion : les
amateurs de musique ne partagent pas seulement les mêmes
vêtements, les mêmes expressions et les
mêmes bars ; ils partagent aussi plusieurs traits de
caractère.
« Les fans de j azz et de musique classique sont
créatifs et ont u ne bonne estime de soi, mais ceux qui
aiment le jazz sont plus extravertis, a résumé
le chercheur lors d’une entrevue à La Presse. Les
amateurs de country sont plus travaillants que ceux qui aiment
le reggae. Et contrairement aux stéréotypes, les
fans de métal sont doux et sociables. »
En fait, à en croire l’étude du psychologue, les
amateurs de heavy rock ressemblent beaucoup aux amateurs de
musique classique. Ce qui s’expliquerait, entre autres, par un
amour commun du grandiose.
Champions
toutes catégories, les amateurs de musique latino
semblent mieux outillés que la moyenne à tous
les égards (voir notre tableau en page 4).
Selon Adrian North, sa recherche pourrait inspirer les
spécialistes du marketing. « Si vous connaissez
les préférences musica les d’u ne personne, vous
pouvez savoir qui elle est, et donc, à qui vous vendez.
Les implications sont évidentes pour l’industrie de la
musique qui s’inquiète du déclin des ventes de
CD », a-t-il déclaré au moment de
dévoiler ses résultats en Europe.
Le chercheur écossais North a commencé à
s’intéresser aux liens entre musique et
personnalité au milieu des années 90, avec une
série d’études sur les goûts musicaux des
adolescents. Il a notamment montré – au grand
soulagement des parents – que les ados qui aiment la musique
violente comme le Gangsta Rap n’ont pas tendance à
s’identifier à leurs vedettes
préférées, et donc qu’ils ne chercheront
probablement pas à imiter leurs frasques.
« Plusieurs études ont trouvé des niveaux
élevés d’automutilation et une estime de soi
plus basse chez les amateurs de rock et de métal, a
ajouté M. North. Mais la musique peut aussi servir
d’outil de discrimination contre d’autres groupes, afin
justement de préserver l’estime de soi. » Une
étude américaine a examiné le
problème de l’estime de soi chez les amateurs de
métal avec un angle « l’oeuf ou la poule ».
Écouter ce type de musique représenterait en
fait un instrument pour chasser les pensées noires
plutôt que la cause de ces ruminations, ont conclu en
2007 des psychologues de l’Université de Wa rwick, en A
ngleterre, à pa rtir d’un échantillon de 10 0 0
adolescents surdoués.
Même si l’association est moins forte qu’à
l’adolescence, la musique continue à être
liée à la personnalité tout au long de
l’âge adulte, a calculé Adrian North.
« Mais
avec l’âge, les gens ont moins tendance à utiliser
la musique pou r atteindre certains buts ou affronter des
problèmes, a-t-il dit. Plutôt que la musique, les
gens plus âgés utilisent d’autres sources de
soutien, par exemple des relations avec d’autres personnes.
»
À la
faculté de musique de l’ Université McGill, le
professeu r David Brackett est sceptique devant les
résultats du psyc holog ue é co s s a is . «
Comment peut-on vraiment définir des styles de musique
avec exactitude ? dema nde M. Brackett. Ça me semble
vraiment bizarre d’arriver à la conclusion que les
amateurs de classique ont une personnalité
différente de celle des amateurs de rock. »
Adrian North ne s’est pas limité à étudier
la personnalité de la musique. Il a aussi tenté de
vérifier si certains styles de musique améliorent
le goût de certains vins (des résultats
préliminaires permettent de penser que les vins plus
corsés gagnent à être bus en écoutant
de la musique rock). Il a avancé que le
téléchargement de la musique rendra les
consommateurs plus apathiques, moins engagés que
lorsqu’ils devaient se rendre au magasin pour acheter un disque.
Il a enfin avancé que les vaches produisent plus de lait
quand on leur fait écouter de la musique lente – moins de
100 pulsations par minute.
Ça manque à ma culture…
-
NATHALIE PETROWSKI
La
scène se passe au printemps 1997 dans le bureau d’une
agence de pub branchée du boulevard Saint-Laurent. Une
bande de « cultureux » enthousiastes et
culturellement engagés rencontrent des publicitaires
pour discuter du logo, de la signature visuelle et de la
campagne de pub des toutes premières Journées de
la culture.
Passé les politesses d’usage, les explications sur le
but de l’événement et le discours
poético-lyrique de Marcel Sabourin qui ne
conçoit pas de vie sur Terre sans culture, le patron de
l’agence s’allume une cigarette. Puis, le plus calmement du
monde, il pose une question en forme de bombe: «Pourquoi
tenezvous tant à utiliser le mot culture?»
Devant les bouches ouvertes et les mines
sidérées de ses interlocuteurs, il ajoute :
«Qu’est-ce que la culture de toute façon?»
Qui s’y intéresse, à part les amateurs de
théâtre, de danse moderne ou de musique classique
? Voulez-vous vraiment attirer les gens ou rester entre vous?
Cette
scène relatée par Simon Brault dans le bouquin
qu’il a la ncé cette semaine sous le titre Le facteur C
dit bien l’état des lieux de l’époque, la
navrante perception que les gens avaient de la culture, mais
dit aussi l’énorme chemin parcouru depuis. Douze ans
plus tard, non seulement le mot culture s’est-il i
ncrusté dans ces Journées qui ont
débuté hier aux quatre coins du Québec,
mais de plus, il ne suinte plus le mépris ni
l’élitisme des chapelles, pas plus qu’il ne
réveille nos vieux complexes de colonisés.
Mieux encore: la culture, ou le facteur C comme le nomme Simon
Brault, est devenue un enjeu politique, social et
économique majeur. «On ne s’étonne plus de
voir la culture à l’ordre du j our des congrès
d’économistes, de sociologues, de publicitaires, de
comptables, d’urbanistes et de policiers», écrit
Brault qui, par ses f onctions de directeur de l’École
nationale de théâtre, de vice-président du
Conseil des arts du Canada et de président de Culture
Montréal, sait de quoi il parle.
Mais en même temps que Brault se réjouit de
l’effervescence culturelle, affirmant au passage que
désormais l’avenir passe par la culture, il
s’inquiète aussi. Un peu de la surabondance de la
production artistique et beaucoup de la demande, pour ne pas
dire du déclin de la demande. Car une vie culturelle ne
peut être en santé, épanouie et pertinente
que si elle répond à une demande. Or au
Québec, nous avons beaucoup développé
l’offre et un brin négligé la demande,
convaincus que les oeuvres intéresseraient les gens
parce qu’elles existaient et que les salles se rempliraient
d’ellesmêmes tout simplement parce qu’elles avaient
quelque chose à offrir. Malheureusement, le public ne
répond pas toujours à l’appel. Combien de fois,
dans l’exercice de mes fonctions, me suis-je retrouvée
dans une salle où les gens sur scène
étaient plus nombreux que les spectateurs ? Combien
d’écrivains, de poètes, de peintres se cherchent
un public sans jamais le trouver?
Pour
endiguer
le problème, Simon Brault propose plusieurs pistes.
D’abord une sorte de démocratisation de la
créativité, puisqu’il est prouvé que
l’engagement actif des citoyens dans des activités de
création et d’interprétation augmente leur
intérêt pour la culture et les arts et fait donc
croître la demande. L’autre piste, la plus importante
à mes yeux, c’est l’éducation. L’école a
en effet un rôle crucial à jouer dans
l’acquisition et la transmission d’un bagage culturel. En
France, la plupart des lycéens, même les moins
doués, finissent leurs études pourvus d’une
solide culture générale. Au Québec,
pendant ce temps-là, nos champions en
mathématiques et nos bollés scientifiques
peuvent résoudre les équations les plus
complexes, mais ignorent qui est Molière ou Picasso et
ne savent pas que Roméo et Juliette meurent à la
fin de la pièce. Les trous dans leur culture sont aussi
béants que des puits sans fond. Bref, il est urgent que
l’école québécoise donne le goût de
la culture et des arts aux jeunes. C’est une question d’avenir
et, ultimement, une question de survie.
Le mépris ne sert pas l’art -
Simon Brault
L’auteur est
directeur général de l’École nationale de
théâtre et vice-président du Conseil des
arts du Canada. Ce texte est extrait d’un livre publié
cette semaine aux Éditions Voix Parallèles, Le
Facteur C. Dans les milieux où je travaille, on est
plutôt vite sur la gâchette quand on
perçoit le danger d’une confusion entre ce qui
émanerait de la culture populaire et ce qui
procède d’une culture qui serait plus
élevée.
Cette frilosité tient sans doute au fait qu’une culture
commerciale mondialisée s’impose comme étant la
c u lt u re populaire alors que la culture des significations,
que valorise l’art, est objectivement poussée vers la
ma rge pa r la dynamique de commercialisation et de
consommation. Ce qui était autrefois la c u lt u re d
’él ite devient donc progressivement une culture
marginalisée. Ce mouvement ne pourra être ralenti
que si l’on mise sur la démocratisation culturelle, au
lieu de faire la grimace devant ce qui est populaire, comme si
tout ce qui est populaire est, par définition, sans
valeur artistique.
Il faut donc faire preuve de discernement au lieu de se livrer
à un étiquetage qui tient de moins en moins la
route.
(...) C’est complètement faux de prétendre qu’un
artiste n’est pas un artiste s’il n’évolue pas dans
l’univers sans but lucratif que soutiennent les conseils des
arts!
L’individu
qui cherche à entrer en contact avec une oeuvre ne
s’intéresse pas au classement des artistes en fonction
de leur position dans le palmarès du système
culturel subventionné. La relation qu’entretient le
public avec un artiste est une relation émotive et
même parfois passionnelle. Il y a bien sûr, et
fort heureusement, des connaisseurs et un public averti pour
chaque forme d’art. Mais les artistes et les oeuvres qu’ils
apprécient ne leur appartiennent pas pour autant. Le
sentiment d’exclusivité n’apporte rien à l’art.
Toute propension à l’exclusion ou à la
déconsidération de ceux qui s’y connaissent
moins met sa légitimité en péril.
(...) Je me méfie de l’obsession de la classification
des oeuvres et des productions culturelles à l’aide
d’étiquettes jaunies sur lesquelles on a soigneusement
inscrit des mots comme «classique»,
«contemporain», «actuel»,
«avant-garde», «marginal», «
ethnique », « traditionnel », «
émergent », « populaire », «
urbain » ou « commercial ». L’art et les
véritables artistes n’ont pas besoin de ce classement,
surtout quand il n’est qu’un prétexte pour affirmer
l’érudition de ceux qui y procèdent.
Tout être humain qui présente avec
sincérité à ses contemporains ce qu’il a
de meilleur à offrir mérite le respect. Mais,
évidemment, toutes les oeuvres ne se valent pas. Tous
les artistes ne sont pas excellents. Ainsi, il faut bien
pouvoir distinguer ce qui est original, authentique et
maîtrisé de ce qui est objectivement banal,
routinier, répétitif et pauvrement rendu. En
tout cas, il faut le faire avec rigueur avant d’accorder une
subvention ou un prix d’excellence. Les comparaisons et les
distinctions faites en fonction de critères
artistiquement et socialement convenus sont essentielles pour
l’avancement de chaque discipline artistique et, aussi, pour
protéger la légitimité d’un
système culturel financé en grande partie par
les deniers publics. Mais il s’agit toujours de juger l’objet
et non le sujet. Un poème peut contenir des lieux
communs, mais le poète peut être sincère,
et ceux qui l’écoutent peuvent être
touchés. Il n’y a rien à redire. Le
mépris ne sert pas l’art et il ne met pas en valeur
l’excellence.
Toutefois, si je refuse de me lamenter sur la montée du
relativisme culturel en invoquant les canons de la culture
classique, je refuse tout autant d’être dupé par
les propos consensualistes que nous servent certains
programmateurs pour justifier un manque d’imagination et
d’audace. Je ne veux surtout pas faire preuve de complaisance
envers les conglomérats qui s’apprêtent à
déverser un flot continu de produits culturels de
toutes sortes et de qualité parfois médiocre
grâce au puissant pipeline technologique que sont les
nouvelles multiplateformes médiatiques. C’est bien
pratique de prétendre rassembler tout le monde autour
de la culture alors qu’on ne cherche en fait qu’à nous
faire consommer des produits formatés qui sont à
la culture ce que les calories vides sont à la saine
alimentation.
Triste comédie d’horreur - Sophie
Cousineau
Qu’on
l’aime ou qu’on l ’ e x è c r e , Mi c h a e l
Moore ne laisse personne indifférent. Aussi, il ne
faut pas s’étonner que la sortie de son dernier
documentaire, Capitalism : A Love Story, soit
précédée d’un battage
médiatique. La visibilité du cinéaste
américain n’a d’égal que la
férocité de ses détracteurs.
PHOTO MARK BLINCH,
REUTERS
Michael Moore, réalisateur
de Capitalism : A Love Story, ne laisse personne
indifférent.
Comment ce réalisateur et producteur dont les
documentaires ont récolté des centaines de
millions de dollars au boxoffice – Fahrenheit 9/11 a
rapporté 222 millions US à lui seul – se
permet-il de critiquer le capitalisme? Car, vous aurez
compris que cette histoire d’amour n’en est pas une…
Cette question, qui a été soulevée
cette semaine par les animateurs Larry King et Wolf
Blitzer, entre autres, fait toutefois distraction. Elle
détourne l’attention des enjeux que soulève
ce film. Ce débat arrive à point
nommé, alors que les leaders des pays du G-20 se
réunissaient à Pittsburgh cette semaine pour
revoir les règles du système bancaire,
l’encadrement des produits dérivés et la
rémunération des banquiers, trois
problèmes à la source de la crise
financière.
Les conséquences de cette catastrophe, elles sont
bien concrètes, alors que le film de Michael Moore
s’ouvre sur une famille d’Américains qui filme
nerveusement, depuis son salon, l’arrivée d’un
bataillon de policiers. Ces agents viennent les chasser de
leur résidence impayée en
défonçant la porte arrière.
Ces histoires de familles évincées font pleu
rer. Remarquez, chaque famille est soigneusement choisie.
Elles ne vivent pas dans d’immenses demeures avec trois
voitures dans le garage, mais dans de modestes maisons.
Bref, ce ne sont pas des Américains qui menaient un
grand train de vie, mais des gens qui ont connu des revers
de fortune.
Dans le documentaire de Michael Moore, les
Américains « ordinaires » n’ont j amais
de responsabilité dans ce gâchis, eux qui
auraient été encouragés à
réhypothéquer leur maison par
l’ex-président de la Réserve
fédérale Alan Greenspan.
De la même façon, les excès du
capitalisme sont illustrés avec des exemples
souvent grossiers. C’est le cas de cette petite ville qui
a confié à une firme privée la
gestion d’un nouveau centre de détention pour j
eunes. Un j uge corrompu y emprisonne des jeunes pendant
six mois à un an pour des vétilles comme une
dispute entre copines au centre commercial.
C’est le cas de cet agent immobilier de la Floride (son
agence s’appelle Vautour !) qui se gausse à la
caméra des malheurs de ses concitoyens, alors qu’il
rachète pour une bouchée de pain des maisons
reprises par les banques.
Et je
n’avais jamais entendu parler de cette pratique,
apparemment répandue chez les entreprises du
Fortune 500, d’assurer la vie d’employés au bas de
l’échelle (comme une associée de Wal-Mart)
dans le but de profiter de leur mort. Cela s’appellerait
« l’assurance des paysans morts ».
Michael Moore en vient à conclure que c’est un
miracle qu’il n’y ait pas plus d’accidents d’avion
causés par des pilotes d’avions régionaux
dont les salaires de misère les forcent à
avoir recours aux banques alimentaires. Tordu.
Moins sensationnaliste, mais plus troublante pour la suite
des choses est la proximité entre Wall Street et
Washington que Michael Mooredocumente. Onconnaissait
déjà l’immense influence de la firme Goldman
Sachs par l’entremise de l’ancien secrétaire au
Trésor Henry Paulson et de ses sbires sous George
W. Bush.
Mais, c’est ahurissant de constater qu’un dirigeant de
Countrywide, spécialiste des hypothèques
à haut risque (rachetée par Bank of
America), avait pour seule fonction de consentir des
prêts à des taux ridiculement bas aux amis du
président de la firme. Plusieurs politiciens
étaient du lot, dont le démocrate
Christopher Dodd, président du Comité
sénatorial sur les banques !
Goldman & Sachs – qui a financé, soit dit en
passant, le producteur indépendant de ce
documentaire, Weinstein & Co. ! – est aussi l’un des
grands donateurs à la campagne électorale de
Barack Obama. Sur ce sujet, on sent d’ailleurs un certain
malaise, alors que Michael Moore préfère
jeter son fiel sur le secrétaire au Trésor,
Timothy Geithner.
Selon Michael Moore, cette proximité explique que
Washington ait fermé les yeux sur les pratiques
douteuses de Wall Street puis se soit portée
à sa rescousse avec un plan de sauvetage de 700
milliards de dollars. Les partisans de ce plan auraient
ainsi orchestré une campagne de peur sur
l’imminence de la fin du monde. Et cela, alors que la
survie du plus fort est l’un des postulats darwiniens du
capitalisme.
On ne saura jamais ce qui serait arrivé si le
Congrès avait rejeté ce plan. De plus, il
n’est pas clair que Washington perdra une fortune avec ce
sauvetage, puisque Wall Street est en voie de rembourser
ses prêts avec intérêts. (
Malgré tout, on rigole franchement en voyant
Michael Moore conduire un camion de la Brinks
jusqu’à l’entrée de ces firmes pour
récupérer l’argent des contribuables avec un
sac orné d’un signe de dollar qui semble droit
tiré d’un jeu de Monopoly.)
Toutefois, avec les marchés financiers qui
rebondissent et le sentiment de crise qui s’estompe, les
banques ont retrouvé leurs mauvaises habitudes et
leur outrecuidance. Ainsi, la volonté politique de
changer les règles semble s’émousser. Une
fois rentrés de Pittsburgh, les pays du G20
disciplineront-ils vraiment leurs institutions
financières ?
Michael
Moore
avait commencé à tourner son f i l m avant
que la crise n’éclate. Malheureusement, il a
éteint sa caméra avant qu’on ait le fin mot
de l’histoire.
Moore: une histoire d’amour - Mario
Roy
On le
sait, Michael Moore n’a peur de rien. Dans son nouveau
film, il assiège le Capitole, siège du
Congrès à Washington. Il donne l’assaut
à tous les temples de la finance de Wall Street,
à New York. Il retourne tirer les oreilles de sa
première victime, celle du documentaire qui l’a
lancé, Roger and Me, la General Motors. Il
pourchasse tout ce qui, aux États-Unis,
possède du pouvoir, la Maison-Blanche, le
Trésor fédéral, le Congrès, la
haute finance, les multinationales, les grands
médias.
Mais surtout, Moore n’a pas peur du paradoxe.
Sa rébellion extrême étant ainsi
exposée, la question que chacun se pose au sujet de
son nouveau film, en effet, est de savoir si Capitalism: A
Love Story* fera une recette supérieure à
celle de Fahrenheit 9/11. Son brûlot de 2004 avait
engrangé 220 millions$US, un record absolu dans
l’univers du documentaire.
Qui a dit que le capitalisme croulerait sous le poids de
ses propres contradictions ?
Bien entendu, cet écroulement ne se produira pas.
Et, quant à Moore, il est douteux que,
malgré tous les efforts qu’il déploie (ainsi
que le coup de pouce des médias qui, comme le
public, vivent avec lui une... histoire d’amour), il
puisse briser son propre record au box-office.
Certes,
son nouveau film n’est pas moins divertissant que les
précédents: l’homme demeure un
extraordinaire troubadour de la caméra. Mais, d’une
part, Capitalism est plus prévisible puisqu’on
connaît maintenant bien les tics et les
procédés de son auteur. Et, d’autre part, le
produit que Moore livre ne correspond pas exactement
à la marchandise annoncée: ce n’est pas
«le» capitalisme qu’il dénonce, mais
bien une de ses variantes étroitement circonscrites
dans l’espace et dans le temps.
Ce n’est d’ailleurs pas un écueil nouveau. Tous les
critiques du capitalisme en tant que système
appliqué (par opposition à son existence
théorique) se sont butés sur le fait qu’il y
autant de capitalismes que de nations qui l’appliquent et
d’époques au cours desquelles il s’est
exercé.
Cela dit, si on s’intéresse
précisément à la finance
spéculative déréglementée
telle que les États-Unis l’ont vécue dans
les années 2000, le film de Moore est l’article! Ce
fut en effet un «système diabolique»,
comme le cinéaste le fait dire à maintes
reprises à ses porte-voix. Ce fut un système
qui produisit des injustices dépassant
l’entendement. Ce fut un système qui, il faut le
dire aussi (mais ça, Moore le dit moins), fonda sa
réussite surtout sur l’échec de
l’État.
Soyons clair : c’est l’« ÉtatBush» qui
est visé ici, comme dans Fahrenheit 9/11. Cela pose
d’ailleurs au documentariste un problème que l’on
voit venir à la fin du film: que fera Michael Moore
maintenant que W. n’est plus là et que s’est
installé dans le bureau ovale un type du nom de
Barack Obama?
Moore n’est visiblement pas à l’aise avec ce
changement de garde qui pourrait signifier pour lui la
disparition d’une cible irremplaçable.
L’épuisement subit d’une inspiration qui devait
(presque) tout à la conjoncture.
La
fin des succès faciles, en somme.
Questions de propagande - Marc-André
Lussier
Il n’y a
pratiquement jamais de polémique au Festival de Toronto.
Ah si. C’est vrai. Il y a deux ans, Sean Penn a dû payer
une amende pour avoir osé en griller une à
l’intérieur des murs d’un grand hôtel. La loi,
c’est la loi. Pour tout le monde.
Le
cinéaste canadien John Greyson a sonné l’alarme
le mois dernier en retirant son plus récent
documentaire de la programmation du festival en guise de
protestation.
Le TIFF 2009 a pourtant été lancé la
semaine dernière dans un climat de controverse. La
raison? Le choix d’inaugurer la nouvelle section «City to
City» en braquant les projecteurs sur 10 films provenant
de Tel-Aviv. Le cinéaste canadien John Greyson ( Lilies –
Les feluettes) a sonné l’alarme le mois dernier en
retirant son plus récent documentaire de la programmation
du festival en guise de protestation.
D’autres voix se sont élevées. Parmi lesquelles
celles de Viggo Mortensen, Noam Chomsky, Julie Christie, Jane
Fonda et bien d’autres. Ces gens ont vu dans l’initiative du
TIFF une volonté délibérée de
cautionner une campagne «propagandiste» du
gouvernement israélien ayant pour titre « Brand
Israel ». Ils dénonçaient du même
souffle l’absence de voix palestiniennes dans ce programme,
surtout dans la foulée des récents bombardements
à Gaza.
Au fil des jours, le ton est monté. Le débat s’est
envenimé au point de se transformer en une guerre de
mots. Les procès d’intentions se sont multipliés.
Le producteur Robert Lantos ( Eastern Promises) a écrit
une lettre ouverte virulente pour dénoncer à son
tour les actions des opposants. David Cronenberg a pris
publiquement la même position que son producteur. Mardi,
une bonne partie de la une du Toronto Star était
consacrée à l’affaire, les photos des
«pros» d’un côté; celles des «
contre » de l’autre. Jerry Seinfeld, Natalie Portman,
Sacha Baron Cohen, Lisa Kudrow à droite ; Harry
Belafonte, Naomi Klein et d’autres célèbres
protestataires à gauche.
« Nous n’avons jamais réclamé un boycottage
», a déclaré Greyson au cours d’une
conférence de presse tenue au début de la semaine,
à laquelle participait aussi le cinéaste
palestinien Elia Suleiman ( Intervention divine). « Nous
n’avons pas besoin d’une autre liste noire », pouvait-on
en revanche lire en gros titre dans une publicité
publiée sur une pleine page, commanditée par le
UJA Federation of Greater Toronto, conjointement avec la Jewish
Federation of Greater Los Angeles.
Da ns u ne décla ration officielle, la direction du
Festival assume pleinement son choix. Et souhaite plutôt
susciter la discussion. «Nous avons instauré ce
programme afin que les spectateurs puissent connaître
Tel-Aviv selon les points de vue de cinéastes qui vivent
et travaillent là-bas, y compris ceux qui posent un
regard critique sur le statu quo.»
Même si
leu r action découle très certainement d’un noble
sentiment, j’ai quand même l’impression que les
protestataires ont tiré des conclusions un peu
hâtives. Une voix d’artiste tue est toujours un silence de
trop. Eux, mieux que quiconque, devraient le savoir. Et faire
attention. L es cinéastes israéliens, vexés
au passage, ne sont pas les porte-parole de leur gouvernement.
Amos Gitai ( Free Zone) et A ri Folman ( Valse avec Bachir),
pour ne nommer que les plus célèbres, le montrent
bien.
Ironie du sort, le jury du Festival de Venise,
présidé par le cinéaste Ang Lee, a
attribué samedi dernier le Lion d’or à Lebanon, un
film israélien réalisé par Samuel Maoz. Ce
drame, qui dénonce les horreurs de la guerre du Liban au
début des années 80, a été
sélectionné au TIFF dans la section «
Visions » plutôt que dans «City to
City». Qu’à cela ne tienne, la victoire de Lebanon
à la Mostra a rendu le débat torontois un peu
caduc. Certains n’y ont finalement vu qu’une tempête dans
un verre d’eau.
L’ampleur du débat démontre en tout cas bien
à quel point le Festival de Toronto rayonne sur la
scène internationale. Tout le contraire du FFM. Qui a
impunément pu présenter à sa soirée
de clôture un indéfendable film de propagande
chinois, The Everlasting Flame : Beijing Olympics 2008.
Si le festival montréalais avait encore la moindre
pertinence médiatique à l’extérieur de nos
frontières, nous serions probablement aujourd’hui en mode
de gestion de crise, dépassés par l’ampleur du
scandale. Nous en serions encore à mesurer l’ampleur de
notre honte.
Le prochain Slumdog…
À Toronto, cela frôle l’obsession. On se fait ici
une gloire de paver la voie à la prochaine course aux
Oscars. On cherche le titre qui pourra se faufiler jusqu’au
bout, comme l’a fait Slumdog Millionaire l’an dernier.
Présenté au TIFF, où il a obtenu le prix du
public, le film cendrillon de Danny Boyle, qui ne devait
même pas bénéficier d’une sortie en salle, a
pratiquement raflé toutes les statuettes quelques mois
plus tard.
Plusieurs
collègues
journalistes torontois s’amusent ces jours-ci à faire
leurs prédictions. Leur verdict? Parmi les films
présentés au TIFF, les plus susceptibles
d’être invités au grand bal hollywoodien sont Up in
the Air de Jason Reitman, Capitalism : A Love Story de Michael
Moore, A Single Man de Tom Ford, et… Chloe d’Atom Egoyan. Hum.
Va pour les premiers titres, mais Chloe? Vraiment? Je ne
parierais pas un petit deux canadien là-dessus.
Le triomphe de Jos Bleau - PATRICK LAGACÉ
C’est un grand
mystère dans la petite caste
médiatico-artistique québécoise, ces
jours-ci. Qui, mais qui se cache derrière le blogue La
Clique du Plateau ?
Depuis un an, La Clique offre des billets décoiffants
sur tout ce qu i g rou i l le da ns, j ustement, la petite
caste méd iatico -a r tistique
québécoise.
Trempant sa plume dans un baril de vitriol, de mauva ise f oi
et de sa rc a sme, La Clique parle des animateu rs, actrices,
cha nteuses et j ournalistes, en abusant des poi nts d ’exc la
mation ironiques...
C’est parfois bête. Souvent méchant.
Benoît G agnon pose à la u ne du Lundi ave c s a
famille ? La Clique le raille. L’a n i m a t e u r S é
b a s t i e n Diaz et la comédienne Bianca Gervais
révèlent leur amour à la une de 7 Jours ?
La Clique les ridiculise avec la subtilité d’un char
d’assaut.
Bref, La Clique pou r ra it n’être qu’un blogue, parmi m
ille, qu i bitche les veudettes . Et b i t c h e r, com me
mille autres blogues, sans véritable auditoire, en
toute confidentialité.
Mais La Clique est un succès. La Clique est lue. La
Clique est citée.
CHRONIQUE
Signe de sa renommée : la caste
médiatico-artistique lit le blogue de La Clique avec
attention. Mon amie MarieSoleil Michon, de La fosse aux
lionnes, m’a résumé la fascination en ces mots :
« Je le lis une fois par jour. Le pire, c ’est que
souvent, com me lectrice, je suis d’accord avec lui. Mais bon,
c’est vrai que je n’ai j amais été sa cible. La
Clique, c’est une épée de Damoclès
au-dessus de nos têtes. »
Ma rie-Soleil, com me d’autres, se livre à de
fiévreuses supputations sur l’identité
véritable de La Clique. On le trouve bien
branché. On croit que c’est un ancien blogueur de
Canoë. Ou un journaliste de Voir. Ou un recherchiste de
télé.
« Mais c’est sûr que c’est quelqu’u n du m ilieu
», résume ma lionne
préférée.
T ’e s d a n s le champ, Marie-Soleil.
J’ai soupé avec le gars de La Clique du Plateau, lu ndi
soir. J’ai promis de ne pas révéler son
identité. C’était la clé pour parler de
lui. Je sais qui il est. Où il habite. Son
numéro de téléphone, même… Et
c’est… personne. « Je suis Jea n , Jacques, P au l , i
ron ise-t-i l . Je su is n’importe qui. J’écris seul
mais mes proches, qui savent que je blogue, me
suggèrent tout le temps des sujets… »
Aucun lien avec les médias ou le showbiz. Un gars ben
ordinaire, 30 ans, qui habite loin de Montréal, qui
travaille à temps partiel. Ce qui lui laisse beaucoup
de temps avec ses deux jeunes enfants. Et avec La Clique…
Il a toujours eu des choses à dire. Mille fois, il a
levé les yeux au ciel en regardant la
télé, en lisa nt les jou rnaux. « Il y a
trop d’affaires qui m’énervent. Un jour, j’ai
décidé de com mencer u n blogue. Depuis, j ’y
pense toujours… »
« Je ne
ha is person ne. Mais je n’aime pas que tout le monde a i me
la même a f fa i re. Da n s les méd ia s , tout
le monde aime LouisJosé Houde. On dirait qu’on ne peut
pas ne pas aimer Louis-José Houde ! Moi, j e ne le
trouve pas bon. Il fait la même chose depuis 10 ans. Et
sais-tu quoi ? C’est pas tout le monde qui l’aime ! Mais
personne ne le dit. »
Le ton est à des annéeslumière
d’Éc ho Vedettes. En ce sens, la plume du gars de La
Clique est un bazooka qui pulvérise l’ordre
établi.
Pas question, cependant, de tomber dans la vie personnelle.
Pas de potins sur qui couche avec qui. Pas de photos
dérobées. « Sur la terrasse, l’autre jour,
un humoriste faisait le pitre, il parlait fort,
dérangeait tout le monde. J’ai pensé faire un
billet sur mon blogue pour le planter. Puis, j’ai
changé d’idée. Je me suis dit que moi aussi, je
pourrais faire le cave en public, un jour. Je m’en tiens donc
à ce que tout le monde a vu. »
Le hic, c’est que le gars de La Clique blogue de façon
anonyme.
Il ne s’affiche pas. Réfugié der rière
son masque de clown. Facile, dans ces circonsta nces , de la
ncer ses grenades…
– Pou rquoi t u t ’a f f ic he s pas ? Ça
n’enlèverait rien à ton succès, au
contraire…
– Je ne suis personne. Et puis, j e veux pas me faire
reconnaître dans la rue…
Je l ’a i pic o s s é s u r s o n douillet anonymat.
C’est cet anonymat qui irrite nombre de mes collègues.
Moi aussi, mais moins qu’eux. Je ne sais pas pourquoi.
Peut-être parce que je sais qu’il se dit des saloperies
10 fois pires ailleurs sur le web…
Mais j’espère que le gars avec qui j’ai soupé
lundi soir va avoir, un jour, les couilles de s’afficher. De
toute façon, Clique, tu es Paul, tu es Jean, tu es
Jacques, tu es tout le monde et tu n’es personne.
Ça changerait quoi si tu nous disais qui tu es ? Pas
obligé de mettre ta photo et ton adresse, là.
Juste ton nom.
En plus, t’as un nom commun à l’os, c’est pas comme si
Patricia Paquin pouvait te reconnaître au resto !
Le succès de La Clique est une fable pour notre
époque. Un révélateur du XXIe
siècle. C’est ce qui est terriblement
intéressant dans son aventure.
Jad is, qua nd Jos Bleau avait quelque chose à dire sur
la conduite des affaires du monde, il le disait à sa
fem me, à ses a mis, à son c h ien et à
ses chums à la taverne. Point.
Désor ma is, il la nce u n blogue. Et s’il adopte un
ton original, s’il trouve des sujets décapants, s’il
touche une corde sensible, il peut avoir un impact hors de son
cercle immédiat.
C’est l’histoire d’un quida m su r mille, c ’est v ra i. Mais
c’est un quidam de plus qu’il y a 10 ans.
Et si vous demandez au gars de La Clique qui il est pou r a n
a lys er, c r it iquer, livrer ainsi son opinion en
pâture, sa réponse est lapidaire : « Il y a
une nouvelle émission à Radio-Canada, Six dans
la cité. Une des c ritiques , c ’est G enev iève
Guérard. Une ancienne danseuse de ballet. Et elle va c
ritiquer des fil ms ! C ’est une danseuse : je m’en fiche, de
son opinion sur un film. Elle est qui, elle, pour critiquer
des films ? »
Woodstock- Daniel Lemay
Par son ampleur, sa nature et sa puissance musicale, le
festival de Woodstock fait depuis longtemps partie des grands
mythes américains sinon occidentaux. Quarante ans plus
tard, retour dans les acres vaporeux de Bethel, entre l’histoire
et la mémoire.
Woodstock… Au
lendemain même du festival –des filles toutes nues, des
millions de joints, Janis Joplin et Jimi Hendrix– , le nom
confinait au mythe, mythe que quatre décennies n’ont
fait qu’amplifier. Par cette merveilleuse capacité de
l’homme qui s’appelle la mémoire sélective.
PHOTOAP
Vous voulez voir de quoi ils ont l’air
aujourd’hui, rendez-vous à cyberpresse.ca/1969
Woodstock… Chacun y voit son sens. Ceux qui y étaient
vraiment, ceux qui n’y étaient pas, ceux qui, au fil
des ans, se sont convaincus et ont convaincu les autres qu’ils
y étaient. Il y a aussi, bien sûr, ceux qui n’en
sont jamais revenus.
Grand-messe de la paix et de l’amour pour les uns, Woodstock
représente pour d’autres le plus grand rassemblement
musical jamais organisé. Et pour bien d’autres encore,
ça reste le plus formidable pot party de l’histoire de
l’humanité. Ou la fin de l’innocence. Ou le
début d’un temps nouveau, comme le chantera ici
Renée Claude.
«Pour moi, Woodstock était un test pour voir si
notre génération croyait vraiment en elle et
à ce monde qu’elle voulait construire »,
écrit dans The Road to Woodstock Michael Lang, un des
quatre partenaires de l’aventure. Le plus vieux d’entre eux,
John Roberts, avait 26 ans. C’était le money man, un
riche héritier dont le père a fini par payer la
facture de 2,4 millions (1) de ce désastre logistique
et financier. Devant l’absence de guichets et de personnel de
sécurité à l’entrée, les jeunes
sans billet avaient vite sauté la clôture et
l’annonce, peu après, que c’était devenu un
concert gratuit amena plus tard plusieurs milliers de
détenteurs de billets (18$ pour les trois jours)
à exiger un remboursement.
Les autres partenaires étaient Joel Rosenman, un ami de
Roberts, et Artie Kornfeld, alors vice-président de
Capitol Records et compositeur de succès originaire de
Queens (New York) comme Lang, «l’homme derrière
le festival mythique»
(du sous-titre de son livre) que les autres ont toujours
accusé de se mettre devant. Il reste que Lang
était le seul à savoir (un peu) ce qu’il faisait
ayant organisé en 1968 le Miami Pop Festival qui avait
attiré 40 000 personnes.
Aux dirigeants, réticents, du Sullivan County, les
producteurs avaient évoqué la présence
possible de 50 000 spectateurs tout en en espérant le
triple, une approche à laquelle ils avaient
donné le nom de «duperie
créative»... Après le festival, le
recoupement des évaluations dépassera les 400
000, chiffre que l’histoire a arrondi à 500 000, plus
facile à retenir: «By the time I got to
Woodstock, we were half a million strong…» Far out, man!
Quarante ans
plus tard, les organisateurs ne s’entendent toujours pas sur
qui avait eu l’idée d’organiser ces «trois jours
de paix et de musique», mais on a tout de même
certaines certitudes. Le festival a eu lieu du vendredi 14 au
lundi 17 août 1969 sur la ferme de Max Yasgur, le plus
grand producteur laitier de Bethel, patelin de 3000 habitants
au nord de New York. Non! Woodstock n’a pas eu lieu à
Woodstock, situé dans les Catskills à 60 milles
de là, lieu de résidence de Bob Dylan, un des
premiers artistes que Lang a tenté d’embaucher. Les
producteurs avaient baptisé leur compagnie du nom de ce
lieu – Woodstock Ventures – mais Dylan n’a jamais
chanté à… Woodstock. Où il y a eu trois
morts dont on a peu parlé: deux reliées à
la drogue et cet autre jeune homme qui, enroulé dans
son sac de couchage dans la boue –le site était une mer
de boue– a été écrasé par un
tracteur qui ramassait les ordures.
David Clayton Thomas a chanté à Woodstock, lui,
avec Blood, SweatandTears, un groupe de jazz-rock qui, cette
année-là, dominait les palmarès avec des
tubes comme You Made Me So Very Happy, Spinning Wheel et le
classique de Billie Holiday God Bless the Child, devenu
l’hymne des groupes de protestation contre la guerre au
Vietnam.
M. Clayton Thomas – il était au Festival de j azz en
2006– n’aime pas beaucoup parler de Woodstock, à cause
de ce dicton qu’il cite d’emblée: «Si vous vous
souvenez de Woodstock, c’est que vous n’y étiez
pas» … Mais il y était et s’en souvient... un
peu.
« Il y avait de la drogue partout –marijuana, hasch,
LSD», nous a dit l’ancien tough kid du nord de l’Ontario
quand nous l’avons joint récemment à sa
résidence de Toronto. « Comme toutes les routes
étaient bloquées, nous sommes arrivés par
hélicoptère ce samedi-là (c’était
le dimanche, en fait), directement derrière la
scène.
«Pluie, drogue et chaos: c’était la confusion
totale. Personne ne semblait savoir vraiment ce qui se
passait.» Sauf l’imprésario de BS&T qui,
devant le caractère gratuit de du festival, craignait
de ne pas recevoir les 15 000$ promis, somme énorme
pour l’époque (Woodstock a coûté 182 000$
en cachets, le plus gros (32 000$) allant à Jimi
Hendrix qui l’avait exigé comme il avait exigé
de passer en dernier). Comme le film allait devenir pour les
producteurs la seule source de revenus, Blood,
Sweat&Tears, qui avait cédé ses droits,
refusa de jouer devant les caméras. C’est pourquoi le
groupe de Greenwich Village ne figure pas dans le film de
Michael Wadleigh (3). Premier corollaire de Woodstock: Si vous
n’êtes pas dans le film, vous n’étiez
(peut-être) pas là…
«Nous avions donné un bon spectacle devant cette
foule énorme: il y avait plus de 650 000 personnes.
Pour moi, toutefois, Woodstock restera toujours davantage un
événement politique que musical. Sur la
scène, c’était les mêmes gars qui jouaient
leur même musique; dans la foule, par contre, on sentait
cette frustration provoquée par la fusillade de Kent
State, quelques semaines avant. Cet événement
tragique a galvanisé les énergies et c’est
pourquoi tout ce monde s’est rendu à Woodstock pour en
faire une grande manifestation politique.»
Le fait que la tragédie de Kent State –la Garde
nationale de l’Ohio a ouvert le feu sur des étudiants
qui protestaient contre l’invasion américaine du
Cambodge: quatre morts– n’ait eu lieu qu’en mai 1970 ne change
rien à l’affaire: Woodstock a
célébré la paix et en demeure encore le
symbole aujourd’hui.
You dig it, man?
David Homel: «Les jeunes y croyaient vraiment»
David Homel
s’est retrouvé à Woodstock par hasard. Le
teenager – il allait avoir 17 ans– avait fait Chicago-New
York sur le pouce avec un ami, sa première visite
dans la mégapole.
«Je n’avais rien d’un hippie. À Chicago, je
fréquentais une école où allaient aussi
des Noirs et nous écoutions de la musique soul, la
black pop du temps», se rappelait cette semaine le
romancier et traducteur (et collaborateur de La Presse) qui
a appris le français à Chicago même.
Il ignorait tout de l’événement qui allait se
tenir le week-end suivant. « On a vu dans la rue des
affiches annonçant le festival mais on ne savait
même pas où était Woodstock... Puis on a
rencontré un gars qui gagnait sa vie en faisant le
ménage d’un salon de quilles à Long Island. Il
a dit: "Si vous venez m’aider, je vous conduirai à
Bethel."»
Ils sont
arrivés le vendredi soir alors que les clôtures
étaient déjà t ombées. Pas
besoin de billet, donc, mais une tente aurait
été la bienvenue: «Nous n’étions
pas préparés et il y avait cette foule! Ces
jeunes –on avait l’impression de les entendre dire: "Nous
sommes des gens bien"– avaient construit une nouvelle ville.
Ils savaient que le monde entier les regardait et tout dans
cet événement se voulait un pied de nez
à l’Amérique straight. » Avec, en
contrepartie, un fort «sentiment de
responsabilité par rapport à l’image des
jeunes». «Le festival était mal
organisé mais tout s’est déroulé sans
violence. Ces jeunes de la classe moyenne croyaient en leur
capacité de transcender la guerre et la violence
raciale.»
Du côté musical, David Homel se rappelle de la
performance des Who et de celle de Jimi Hendrix qui, en plus
de sa «négritude», amenait, à
l’instar du quintette britannique, «une violence et
une ferveur qui manquaient un peu aux autres».
Le l undi matin, devant quelques milliers de spectateurs.
Jimi Hendrix a fait sa déchirante
interprétation du Star Spangled Banner, qui restera
toujours le symbole musical de Woodstock. «Cet adieu
à l’Amérique a marqué les coeurs
à cause de l’importance de Jimi Hendrix en tant que
musicien. Mais c’est Altamount qui a marqué la vraie
fin de l’innocence.»
En décembre 1969, ce qui devait être le «
Woodstock West» a sombré dans la violence et
l’infamie. Pour assurer la sécurité,
l’organisation des Stones avaient embauché les Hell
Angels...
Tout le monde tout nu! -
Marc-André Lussier
Le
cinéaste Ang Lee et James Schamus, directeur du studio
Focus Features, ont décidé de reconstituer
Woodstock à l’écran, en s’inspirant du livre
autobiographique d’Elliot Tiber, organisateur «
accidentel » du festival. « Le documentaire de
Michael Wadleigh sur Woodstock existe déjà, a
récemment fait remarquer Ang Lee au cours d’une
rencontre de presse tenue à New York. Comme il s’agit
d’un chef-d’oeuvre, il n’était pas question de refaire
la même chose, ni de reconstituer le spectacle. Nous
souhaitions plutôt faire écho à l’impact
incroyable qu’ont eus ces trois jours sur les plans social et
culturel. »
PHOTO FOURNIE PAR ALLIANCE
FILMS
Schamus, auteur du scénario et producteur du film,
estime que l’événement n’est pas
véritablement passé à l’histoire sur le
plan musical, sinon grâce au contexte dans lequel il a
pu prendre forme.
«Bien sûr, la musique crée l’ambiance, mais
rappelons qu’on évoquait à l’époque trois
jours de paix, d’amour et, enfin, de musique. La plupart des
spectateurs n’ont rien vu, et ont à peine entendu. Il
n’y avait pas d’écrans géants, ni rien du genre
d’appareillage qui, aujourd’hui, permet la diffusion de ce
type de superspectacles. Et puis, la plupart des artistes
n’étaient pas très contents de leur
performance.»
Pour
reconstituer l’événement 40 ans plus tard, les
artisans de Taking Woodstock ont dû relever un
défi inattendu : trouver des figurants
crédibles.
«Ce n’est pas tout de leur mettre des vêtements
d’époque sur le dos, qu’ils enlèvent très
vite de toute façon, mais il fallait trouver des jeunes
personnes dont les physiques ressemblaient à ceux des
spectateurs de Woodstock, explique Schamus. Les gars postulant
pour faire de la figuration étaient tous
musclés, avec des abdos et des pectoraux d’enfer. Or,
personne ne s’entraînait en 1969! Du côté
des filles, nous avions aussi un problème
supplémentaire: depuis 40 ans, les lois de
l’évolution semblent avoir fait disparaître les
poils pubiens!»
«Il était important que tout soit plausible,
ajoute Ang Lee. Et nous avons tenté de faire la
meilleure reconstitution possible, même sur le plan des
images de l’époque. Ce film s’attarde avant tout
à ceux qui se sont rendus sur place pour vivre un
moment qui s’est révélé unique dans
l’histoire. Les artistes, eux, ont déjà eu droit
à leur film.»
Woodstock, rampe de lancement - Alain de Repentigny
À Woodstock, la musique n’était
peut-être qu’un bon prétexte pour faire la
fête. Pourtant, nul ne peut nier l’impact qu’a eu ce
festival plus grand que nature sur le paysage musical des
années 70. La grand-messe hippie de l’été
1969 aura été, presque par
une
époque où les innombrables festivals de
musique sont structurés, organisés et
comptabilisés jusqu’au dernier sou, n’est-il pas
drôle que le plus grand d’entre tous ait
été tout le contraire?
ALAIN DE REPENTIGNY
Un mois avant la tenue du festival de Woodstock, les
organisateurs couraient encore après leurs
têtes d’affiche. À la dernière minute,
le Jeff Beck Group, un des gros morceaux de la programmation
du dimanche, s’est désisté pour cause de
séparation. Une fois sur place, les Who, qui ne
roulaient pas encore sur l’or, ont exigé d’être
payés comptant avant de monter sur scène et il
a fallu réveiller un directeur de banque au beau
milieu de la nuit pour qu’ils daignent jouer des extraits de
leur opéra rock Tommy à la multitude.
Certains artistes ont dû meubler le temps pendant que
d’autres vedettes étaient coincées dans des
embouteillages monstres. John Sebastian, qui était
sur place à titre de spectateur, s’est
retrouvé sur scène. Richie Havens a dû
faire rappel sur rappel alors qu’il n’avait plus de chansons
dans ses bagages: ça a donné une Freedom
improvisée qui en a fait une vedette
instantanée. Pour les mêmes raisons, Country
Joe McDonald est monté sur scène sans son
groupe The Fish et c’est armé d’une guitare
acoustique empruntée qu’il a chanté la
décapante I-FeelLike-I’m-Fixin’-To-Die Rag, un des
grands moments du festival.
À Woodstock, rien ne s’est déroulé tout
à fait comme prévu. Et ce fut fort bien ainsi.
En lieu et place d’un festival réunissant des
superstars, les centaines de milliers de spectateurs ont eu
droit à une affiche hétéroclite
où les vedettes établies (Hendrix, Janis, The
Who) côtoyaient les quasi inconnus (Santana, Joe
Cocker, Ten Years After et autres Sha Na Na).
À sa
façon, Woodstock préfigurait
l’éclatement de la musique à l’aube des
années 70. Les années 60 avaient appartenu aux
Beatles, aux Stones et à Dylan. Désormais,
l’allégeance des amateurs de musique, leur
loyauté, irait non seulement à un artiste,
mais souvent à un genre musical. Il y avait à
Woodstock des interprètes de chansons «à
message» (Joan Baez, Melanie), des groupes à la
musique ambitieuse (The Who), des rockeurs plus
musclés (Mountain), des porte-étendards
modernes de la tradition blues (Canned Heat, Johnny Winter),
des chefs de tribus friands de dope et de long jams
(Grateful Dead), des rockeurs conscientisés
(Jefferson Airplane), des groupes qui flirtaient avec le
jazz (Paul Butterfield Blues Band, Blood Sweat and Tears),
un chanteur de covers dégourdi qui réinventait
un classique des Beatles (Joe Cocker), un groupe qui
annonçait le mariage du rock avec la musique du monde
(Santana) et un autre, le mélange des genres, des
races et des sexes (Sly and the Family Stone), sans oublier
l’un des premiers supergroupes de l’histoire dont
c’était seulement le deuxième concert (Crosby,
Stills, Nash and Young).
Telle était la volonté du jeune producteur de
Woodstock, Michael Lang. Il espérait les Beatles,
Dylan, les Doors et le cowboy Roy Rogers (!), mais voulait
surtout une affiche diversifiée pour rendre compte de
l’ouverture d’esprit de la génération du
Verseau dont ç’allait être la fête.
Ce nouveau star-système auquel Woodstock a servi de
rampe de lancement, allait aussi transformer le monde du
spectacle. Appuyées par une radio rock FM en pleine
ébullition, les nouvelles vedettes du rock
envahiraient désormais le Forum et autres stades
jusque-là réservés aux sportifs.
Woodstock n’a peut-être pas changé le monde,
mais dans l’histoire du rock en tout cas, on peut parler de
l’avant et l’après Woodstock.
Les grands absents
Les
Stones, l’autre face de la royauté rock
britannique, n’étaient pas invités. Ils
commandaient un cachet trop élevé et on
raconte qu’ils ne correspondaient pas à l’image
peace and love du festival. Trois mois plus tard, ils
ont donné à Altamont un concert
marqué par la violence qui, pour les historiens
du rock, a mis fin à l’utopie des années
60 incarnée par Woodstock. Bob Dylan, qui vivait
justement à Woodstock, ne s’est pas pointé
le nez au festival, mais son groupe The Band y a
joué. On a dit que son fils était malade,
mais surtout que Dylan en avait jusque-là des
hippies qui venaient le déranger chez lui. Le
Jeff Beck Group, les Doors, les Moody Blues, Joni
Mitchell –qui a écrit la chanson Woodstock en
regardant, à regret, les images du festival
à la télé– et Jethro Tull ont
refusé ou se sont désistés à
l a dernière minute. Led Zeppelin, le supergroupe
en devenir, a préféré donner un
concert plus payant à Asbury Park, au New Jersey,
ce weekend-là, leur imprésario Peter Grant
ne voulant pas que ses ouailles ne soient qu’un groupe
parmi tant d’autres à Woodstock.
PHOTOREDFERNS
Led Zeppelin

Les empêcheurs de tourner en rond
On a
souvent reproché au festival de Woodstock d’avoir
occulté les bouleversements politiques de la fin
des années 60, à l’exception du flash de
génie de Jimi Hendrix qui, devant la foule
clairsemée qui était encore sur place le
lundi matin, a fait écho à la guerre du
Vietnam dans son interprétation de l’hymne national
américain.
Dans le film, certains artistes sont tellement
impressionnés par la magnitude de
l’événement – qui ne l’aurait pas
été? – qu’ils en perdent leurs
repères et donnent presque dans
l’ésotérisme. Country Joe McDonald
n’était pas de ceux-là, lui dont la
décapante I-Feel-Like-I’m-Fixin’-To-Die Rag disait
à peu près ceci: pourquoi on se bat? On s’en
fout, on s’en va au Vietnam où on va tous mourir,
youppi! Au public qui ne chantait pas assez fort à
son goût, McDonald a même dit qu’il ne
méritait pas mieux que d’aller au Vietnam! Joan
Baez, aussi, a été fidèle à
elle-même. Avant de chanter l’hymne ouvrier Joe
Hill, elle a parlé de son mari David Harris,
emprisonné pour avoir refusé d’être
conscrit.
Mais c’est
le Star-Spangled Banner de Hendrix, joué à
la fin du film, qui a marqué l’imaginaire. En
faisant parler sa guitare, Hendrix ramenait les membres de
la génération Woodstock sur terre en lui
rappelant que pendant qu’ils célébraient
l’amour et la paix, d’autres moins chanceux se faisaient
tuer au Vietnam.
L’année suivante, au festival de l’Île de
Wight, Hendrix a joué le God Save the Queen
à la guitare, mais ce n’était guère
plus qu’une recette, un truc malhabile.
Le film
Woodstock n’aurait pas eu la moitié de son impact
s’il n’y avait pas eu le film et les disques,
l’année suivante, pour propager la bonne
nouvelle. Le réalisateur Michael Wadleigh,
documentariste de son métier, ne voulait pas d’un
film conventionnel dans lequel chaque artiste viend ra
it pousser son succès. Il a choisi les chansons
en fonction de la trame narrative de son documentaire
qui fait bien sûr une large place à la
musique, mais témoigne d’abord de l’esprit de ce
festival hors normes. Il a dû se battre pour
montrer plus de trois minutes de Jimi Hendrix à
la toute fin; le studio Warner Bros. estimait qu’il y
avait sûrement une manière plus hopla-vie
de boucler un film de trois heures qu’une adaptation de
l’hymne national américain simula nt un
bombardement au Vietnam, et des images des
détritus jonchant le sol après la
fête de l’amour et de la paix. Woodstock a
gagné l’Oscar du meilleur documentaire en 1971.
Jamais un film n’avait si bien reproduit l’ambiance d’un
concert auparavant. On a beaucoup parlé de la
qualité du son et de l’écran divisé
qui pouvait montrer jusqu’à trois images
différentes à la fois. Dans le tout
récent coffret DVD du 40e anniversaire, le
réalisateur a une justification très
simple pour cette utilisation de l’écran
divisé: ça lui a permis de mettre
l’équivalent de huit heures de pellicule dans un
film de trois heures!
Wadleigh, les deux autres caméramen qui filmaient
le spectacle et les trois ou quatre équipes qui
tournaient ailleurs sur le site ont accumulé 120
heures de pellicule. La première version du film
faisait trois heures, la version du réalisateur
parue en 1994 s’étirait sur trois heures 45
minutes. Heureusement, Wadleigh pouvait compter sur un
monteur et assistant-réalisateur prometteur:
Martin Scorsese.
Les bonbons du 40e
Janis
Joplin, Canned Heat et Jefferson Airplane
n’étaient pas du film Woodstock en 1970, mais ils
figurent dans la version du réalisateur en 1994.
Le coffret DVD du 40e anniversaire comprend, outre
quelques gadgets, cette version, une vingtaine de
capsules avec les principaux artisans du spectacle et du
film, et deux heures 15 minutes de musique additionnelle
: 18 chansons par 13 artistes différents dont
Paul Butterfield, Johnny Winter, Mountain, Creedence
Clearwater Revival et le Grateful Dead, qu’on n’avait j
amais vus dans les versions précédentes,
John Fogerty et le Dead n’étant pas satisfaits du
résultat.
Il est vrai que l’éclairage et le son ne sont pas
parfaits, mais Fogerty est électrisant et comme
ces trois chansons ( Born on t he Bayou, I Put a Spell
on You et Keep on Chooglin’) sont parmi les rares images
d’archives disponibles de CCR, il ne faut surtout pas
bouder notre plaisir. Quant au Dead, je leur donne
raison: leur interminable jam ( Turn On Your Love Light)
– 38 minutes! – est à la limite du supportable.
Un bon mot par contre pour Canned Heat ( On the Road
Again), les Who ( We’re Not Gonna Take It et My
Generation) et Johnny Winter ( Mean Town Blues).
Pour
les i ntéressés, RhinoAtlantic va lancer
le 18 août un coffret de six CD et 77 chansons,
dont 37 inédites, dans l’ordre de leur
présentation à Woodstock.
Et depuis peu, on peut trouver en magasin, sous
étiquette Sony Legacy, cinq CD d’autant
d’artistes enregistrés à Woodstock:
Santana, Janis Joplin, Sly and the Family Stone, Johnny
Winter et Jefferson Airplane.
Parfums d’innocence - Marc-André Lussier
Il y a 40 ans,
tous les rêves de jeunesse des baby-boomers se sont
cristallisés en trois jours «d’amour, de paix et
de musique». Le nouveau film d’Ang Lee utilise Woodstock
comme décor afin de raconter un petit épisode de
bonheur.
Ang Lee a procédé à l’envers de
l’histoire. Il y a 12 ans, il a dressé un portrait
sensible et saisissant d’une génération peu
à peu atteinte par la désillusion dans The Ice
Storm, dont l’intrigue était campée en 1973.
PHOTO FOURNIE PAR ALLIANCE
FILMS
raconte l’histoire d’Eliot (Demetri
Martin), un jeune obligé de retourner vivre chez ses
parents dans le nord de l’État de New York. En
tentant de reprendre en main la gestion du motel
délabré de sa famille, Eliot saisit l’occasion
de renflouer un peu les affaires quand il apprend qu’une
bourgade voisine a refusé d’accueillir un festival de
musique «hippie».
«Quatre ans plus tôt, en 1969, a eu lieu
l’événement le plus rassembleur de la
génération des baby-boomers, a récemment
fait remarquer le cinéaste au cours d’une rencontre de
presse à New York. Woodstock est probablement le
dernier point d’orgue de cette époque. Après,
les lendemains ont commencé à déchanter.
The Ice Storm en était l’illustration. C’était
la gueule de bois après une grande fête!»
En 1969, Ang Lee était âgé de 14 ans et
vivait à Taiwan. Il ne connaissait encore rien de
l’Amérique. Jamais l’adolescent qu’il était
alors n’aurait pu penser qu’un jour il évoquerait dans
un film l’un des événements les plus mythiques
de la culture américaine et occidentale.
«Pour nous, dans notre île, la marche de l’homme
sur la Lune revêtait une importance bien plus grande que
ce festival de boue dont on voyait quelques extraits en noir
et blanc à la télé, explique le
cinéaste. À vrai dire, nous ne partagions pas
tout à fait le sentiment de contestation des jeunes
Occidentaux. La société taiwanaise était
déjà très conservatrice. Des bases de
l’armée américaine étaient
installées sur notre territoire. Les GI faisaient
escale chez nous avant de se rendre au Vietnam.»
Tout cela est bien loin, maintenant. D’autant plus que, aux
yeux du réalisateur de Brokeback Mountain, le mythe
Woodstock s’est amplifié – et magnifié – au fil
des ans. Quand le projet de faire un film sur
l’événement a été lancé,
l’idée de reconstituer le spectacle sur scène a
immédiatement été écartée.
«De toute façon, ce film existe
déjà et il s’agit d’un chefd’oeuvre!» fait
remarquer Lee.
Le documentaire de Michael Wadleigh, gratifié d’un
Oscar, a évidemment marqué les esprits. Les
concepteurs de Taking Woodstock s’en sont surtout
inspirés pour une question de style. Comme l’avaient
fait leurs aînés il y a 40 ans (dont Martin
Scorsese), une quinzaine de jeunes cinéastes se sont
emparés de caméras pour filmer les figurants,
histoire de donner au film son caractère
«documentaire». Lee n’a utilisé aucune
scène d’archive.
«Le film sur les artistes ayant été fait,
nous nous sommes concentrés sur les spectateurs,
explique le cinéaste. Le spectacle n’est
évoqué qu’en toile de fond. De toute
façon, la vaste majorité des gens sur place
n’ont pu entendre que de loin et n’ont vu que des personnages
minuscules sur scène!»
Libre adaptation
Un peu
à la manière de l’événement, qui a
eu lieu pratiquement par accident, Taking Woodstock est
né d’une rencontre inattendue. Invité à
une émission de télévision à
l’occasion de la sortie de son film précédent,
le magnifique Lust, Caution, Ang Lee a fait la connaissance
d’Eliot Tiber, invité à titre de coauteur du
livre autobiographique Taking Woodstock, A True Story of A
Riot, A Concert, and A Life.
«Après plusieurs films dramatiques, j’avais envie
d’un peu de légèreté. J’ai vu dans
l’histoire d’Eliot de belles possibilités en ce sens.
Nous nous en sommes librement inspirés, James Schamus
et moi, pour construire un récit dans lequel la vie
d’une famille se trouve complètement chamboulée
à cause de ce concert.»
Cette famille, c’est celle d’Eliot (Demetri Martin), un jeune
homme obligé de retourner vivre chez ses parents dans
une petite localité du nord de l’État de New
York. En tentant de reprendre en main la gestion du motel
délabré de sa famille, Eliot saisit l’occasion
de renflouer un peu les affaires quand il apprend qu’une
bourgade voisine a refusé d’accueillir un festival de
musique «hippie». Trois semaines et 500 000
personnes plus tard, personne ne sera jamais plus le
même, y compris le jeune homme, qui décide
d’assumer son homosexualité à cette occasion.
«Il s’agit d’un moment probablement unique dans
l’histoire de l’humanité, observe Ang Lee. Grâce
au baby-boom d’après-guerre, les jeunes formaient alors
plus de 50% de la population. Je doute que cela puisse
survenir de nouveau un jour dans le monde occidental.»
Un premier rôle
Le rôle d’Eliot a été confié
à Demetri Martin, dont il s’agit de la toute
première présence à l’écran. C’est
la fille de James Schamus, auteur du scénario,
directeur du studio Focus Features et producteur des 11 longs
métrages d’Ang Lee, qui a attiré l’attention de
son père sur ce jeune humoriste, dont certains sketchs,
notamment The Jokes with Guitar, sont très
prisés sur YouTube.
«Quand j’ai lu la biographie d’Eliot, je me suis
vraiment demandé si j’allais être capable de
jouer cela, raconte Martin. J’ai franchement été
soulagé quand j’ai reçu le scénario. J’ai
alors pu me rendre compte que le récit n’était
pas une adaptation fidèle du livre, dont certains
passages sont plutôt heavy. »
Les épisodes plus crus de la vie gaie de Tiber ont
volontairement été écartés d’un
récit dont les artisans voulaient surtout conserver
l’aspect euphorique. «L’homosexualité
était un drame dans Brokeback Mountain, fait remarquer
James Schamus. Dans Taking Woodstock, Eliot
assumesonorientationsexuelle sans aucun
problème.»
Ang Lee travaille présentement à l’adaptation de
L’histoire de Pi, le célèbre roman de Yann
Martel.
COPPOLA,L’AFFRANCHI - Marc-André Lussier
Après
avoir ouvert la Quinzaine des réalisateurs à
Cannes, il y a quelques mois, Francis Ford Coppola est enfin
en mesure d’offrir son nouveau film, Tetro, au public
nord-américain. Il s’agit d’un film où rien
n’est autobiographique, mais où tout est vrai
F
produits dans les années 70 à l’intérieur
du système des grands studios, tiennent aujourd’hui
bien leur place dans la grande histoire du septième
art. Plus de trois décennies plus tard, le maître
n’entretient pourtant pratiquement plus aucun lien avec
Hollywood.
« L’industrie ne s’intéresse plus au
cinéma, a expliqué Coppola, la semaine
dernière, au cours d’un entretien
téléphonique accordé à La Presse.
Tout est désormais tellement orienté vers
l’argent que plus personne n’ose maintenant prendre de
risques, y compris les studios spéciarancis Ford
Coppola. Ce nom mythique évoque à lui seul l’une
des périodes les plus glorieuses du cinéma
américain. The Godfather, The Conversation, Apocalypse
Now, lisés dans les films plus ambitieux sur le plan
artistique. »
Le risque, Coppola connaît. C’est ce qui l’a
poussé à accepter l’offre de réalisation
de The Godfather alors qu’il ne connaissait strictement rien
au monde des gangsters et de la mafia.
L’aventure
épique du tournage d’Apocalypse Now a aussi
été éprouvante sur les plans humain et
pécuniaire. Pour se refaire, le cinéaste
s’était d’ailleurs lancé dans un projet
inédit et ambitieux, One from the Heart, produit
grâce à sa société American
Zoetrope. L’échec a été si cuisant qu’il
a entraîné sa faillite.
Des productions plus modestes, The Outsiders, Rumble Fish,
l’ont remis en selle sur le plan artistique au début
des années 80. Depuis, la vie n’a pas été
qu’un long fleuve tranquille. Que non. Le cinéaste a en
outre souvent déclaré qu’il avait dû se
résoudre à consacrer ses énergies
à des projets alimentaires pendant 10 ans afin
d’effacer une dette de 30 millions. À 70 ans, Coppola
propose aujourd’hui Tetro, l’un de ses films les plus
personnels.
«Il s’agit de mon premier scénario original
depuis The Conversation, il y a 35 ans! fait-il
fièrement remarquer. J’aurais voulu m’y mettre bien
avant, mais la vie m’a entraîné ailleurs.
Après The Godfather, tout s’est enchaîné
de telle sorte que je n’ai finalement pas eu l’occasion de
m’atteler à l’écriture. Quand j’ai
commencé à écrire Tetro, je me suis rendu
compte à quel point cela m’avait manqué.»
Tetro est un drame sur fond de rivalités au sein d’une
famille d’artistes. Coppola se plaît à dire que
son film ne comporte aucun élément
autobiographique, mais que tout y est authentique.
On y suit la quête de Bennie (Aiden Ehrenreich), un
jeune homme venu à Buenos Aires pour retrouver son
frère aîné Angelo (Vincent Gallo), parti
sans laisser d’adresse il y a plusieurs années pour
commencer une nouvelle vie sous le nom de «Tetro».
Forcément, les vieilles blessures vont se rouvrir.
Le
cinéaste a tourné son film en noir et blanc
pour faire écho à des oeuvres qu’il admire
particulièrement, America America, de Kazan, et La
notte, d’Antonioni notamment. Seuls les retours en
arrière empruntent les couleurs de la
réalité.
PHOTOREUTER
Le réalisateur
américain Francis Ford Coppola,
photographié durant le Festival de Cannes, au
mois de mai dernier.
« Cette vision s’est imposée dès
l’écriture, explique Coppola. Aucun producteur ne
veut désormais financer des films en noir et blanc,
même si cette volonté découle d’une
véritable démarche artistique. C’est
dommage.»
Quant aux rivalités fa miliales auxquelles le
récit fait écho, l’auteur cinéaste
n’a évidemment pas eu à chercher bien loin:
père et oncle musiciens; enfants cinéastes,
neveu acteur. Une phrase terrible est d’ailleurs
lancée par le père-chef d’orchestre à
son fils Angelo: «Il ne peut y avoir qu’un
génie dans la famille.»
«Je savais que cette réplique frapperait
l’imagination, concède Coppola. Et il est vrai que
cette phrase a déjà été
prononcée – je ne dirai pas par qui – il y a
très longtemps. Quand il y a une concentration de
talents au sein d’une même famille, cela provoque
des sentiments particuliers sur le plan humain, mais pas
obligatoirement conflictuels. Au contraire. C’est pourquoi
il y a un peu de moi dans tous les personnages de ce film.
Cela dit, j’ai moi aussi beaucoup admiré mon
frère aîné. J’ai eu du mal à
comprendre pourquoi il avait décidé de
partir.»
Le dernier âge d’or
Coppola ne
carbure pas à la nostalgie. Contrairement à
certains observateurs, qui estiment que le cinéma
américain a vécu son dernier âge d’or
au cours des années 70, le cinéaste
préfère se tourner vers le présent et
l’avenir.
«Les studios ne peuvent plus mettre ce genre de
projets de l’avant aujourd’hui. Cela ne veut toutefois pas
dire qu’il ne se fait plus de bon cinéma en
Amérique. Les meilleurs films sont produits
à l’extérieur du système. Il y a un
foisonnement d’auteurs extrêmement
intéressants – Solondz, Haynes, Van Sant et
plusieurs autres – qui parviennent malgré tout
à s’imposer. Évidemment, quand on voit ce
que Hollywood nous propose semaine après semaine,
c’est sûr qu’il n’y a pas lieu de s’enthousiasmer.
Mais il y a – et il y aura toujours, je pense – des voix
originales qui arrivent à se faire entendre. Et qui
nous redonnent foi en cet art que nous aimons tant.
«Et puis, les moyens de diffusion sont aussi en
train de changer. Ils ne sont plus seulement l’apanage des
grands studios. À mon avis, le salut passe par un
cinéma produit de façon indépendante.
C’est là que passe le mien en tout cas!
«Je ne crois pas vraiment, poursuit-il, à
cette notion de dernier âge d’or. Vous savez, chaque
époque a ses défis. Il n’y avait rien
d’évident au moment où j’ai
réalisé The Godfather ou Apocalypse Now,
croyez-moi!»
Sans être un tournant, Tetro marque
assurément une nouvelle étape dans la
carrière d’un cinéaste qui a toujours envie
d’explorer son art. Un nouveau film, dont il écrit
aussi le scénario, est déjà en
chantier. Il espère pouvoir le tourner le plus
tôt possible en le finançant de façon
entièrement indépendante.
«Vous savez, j’ai un vignoble, des hôtels, des
restaurants. J’ai eu ma part de difficultés, mais
la vie est très bonne. Il s’agit simplement de
s’ouvrir et d’accueillir ce qui se présente.»
JOE DASSIN: NON COUPABLE! -
Jean-Christophe Laurence
SOIT, ON EST
TOUJOURS LE
QUÉTAINE DE
QUELQU’UN.
MAIS DEPUIS QUELQUE
TEMPS, DES ARTISTES
QU’ON N’OSAIT PAS
AIMER AU GRAND JOUR
DEVIENNENT TOUT À
FAIT PRÉSENTABLES, À
COUP D’HOMMAGES
ET DE COMPILATIONS.
ON SE POSE DES
QUESTIONS...
Le s 21es F r a nc o F ol i e s de Mont r é a l s e t e
r mi n e n t demain avec Joe Dassin, la g r ande f ê t e
musicale , pré - senté gratuitement à la
place des Festivals.
Ce sera loin d’être une première pour ce gros
spectacle populaire, qui met en vedette une douzaine de
danseurs et cinq chanteurs, dont trois ex-Académiciens.
Depuis sa création en 2006, le spectacle a
été présenté 60 fois à
Québec et Montréal, ainsi que dans une
demidouzaine de villes américaines. Mais Joe Dassin,
comme chacun sait, est un vrai plaisir coupable renouvelable,
dont on ne se lasse pas facilement, même si l’homme est
mort depuis presque 30 ans.
Pas de gêne
Coupable ? Minute ! Depuis une dizaine d’années, il est
clair que Joe Dassin ne gêne plus personne. Si certains
i ntellos l’écoutaient en cachette dans leur sous-sol,
ce n’est plus le cas. Les enfants des années 70 ont
grandi et assument ouvertement leur fascination pour ce
monstre de la variété fleur bleue, roi de la
mélodie romantique et du « talk over »
sensuel. Aujourd’hui, ils revendiquent leur Joe Dassin haut et
fort, sans crainte d’être jugés. Non seulement ce
n’est plus quétaine, mais c ’est ca r rément
devenu cool.
« Au Québec, je dirais que tout cela a
commencé avec les soirées C’est extra à
la fin des années 90, explique Didier Morissonneau,
producteur de Joe Dassin, la grande fête musicale.
C’était un truc de branchés, un trip second
degré. Mais disons que ça a
réactivé l’intérêt. Après,
Cité Rock Détente s’y est mis avec ses week-ends
Pour un flirt. Les chansons de Joe Dassin tournaient à
profusion. Rythme FM a répliqué et
c’était parti… »
La réhabilitation a vraiment atteint son sommet en
2006, quand Stefie Shock a produit le disque Salut Joe ! , un
hommage collectif réunissant des artistes pas
quétaines du tout comme Guy A. Lepage, Marc
Labrèche, Éric Lapointe, Dobacaracol ou les
Breatsfeeders. Ce disque étonnant a, pour ainsi dire,
fait passer l’ami Joe du côté des intouchables.
Souvenirs, souvenirs
Le phénomène n’est pas unique.
Périodiquement, des artistes profitent d’un retour en
grâce. Un jour coupables, le lendemain innocents !
Pensez à Patrick Norman, qui était la
risée des intellos, avant d’être remis en selle
par le journal Voir et par Le Devoir. À Boule Noire,
qu’on a soudainement redécouvert. À Dick Rivers,
redevenu hyper cool. À Martine St-Clair, qui vient
d’enregistrer avec les Lost Fingers. Ou à Angèle
Arsenault, récemment citée par le chanteur du
groupe rap Gatineau.
Comment expliquer ces étranges retours de balancier ?
La nostalgie, tout simplement.
« C’est
un peu la même règle que pour le kitsch, croit MC
Gilles, DJ bien connu et ardent promoteur du plaisir coupable.
Quand ça fait assez longtemps et que ça te
ramène à " mes parents écoutaient
ça quand j’étais jeune ", c’est que c’est
mûr. Ce n’était peut-être pas la meilleure
musique de ton époque, mais ça te rappelle
quelque chose. »
« Il faut que tu te sois ennuyé de l’artiste,
précise de son côté Didier Morissonneau.
Et ça, ça peut prendre au moins 20 ans… »
Un trip de gang
Selon MC Gilles, la réhabilitation d’un chanteur
populaire passe d’abord par le canal branché et
médiatique. Une fois que le « revival » est
lancé par les hispters et les journalistes, le plaisir
coupable devient légitime. On n’a plus honte de le
dire, puisque les faiseurs de tendances le disent sur la place
publique. C’est à ce moment, précise-t-il, que
la machine commercia l e s ’e n empare. Adamo est r edevenu c
ool ? Vite ! Une compilation !
Évidemment, ne se réhabilite pas qui veut. Il
faut certains préalables, le plus essentiel
étant d’avoir gravé au moins UN hit. Il n’y a
aucun i ntérêt à ressusciter un obscur
chanteur tyrolien. Belgazou, par contre, ça parle
à la majorité. Dans notre monde musical de plus
en plus fragmenté, les vieux succès ont
l’avantage de réunir les gens. Ils permettent de se
déculpabiliser « en gang », sans se sentir
jugé !
« Les chansons qui reviennent ont tellement joué,
qu’elles font partie de notre inconscient collectif, observe
MC Gilles. Et avec le temps, on a fini par oublier qu’elles
étaient un peu ridicules. Prends La vie c hante, de
René Simard. Rien qu’avec le titre, on l’a dans la
tête. C’est poche, mais c ’est rassembleur. »
Durable ou coupable
« La différence avec Joe Dassin, c’est que
c’était bon, nuance Didier Morissonneau. Prends Les
petits pains au chocolat. À première vue,
ça semble quétaine. Mais quand tu regardes les
paroles, la structure, le riff de guitare, tu constates qu’il
y a eu beaucoup de travail. »
C’est là, croit-il, qu’on départage le durable
du vraiment coupable. La réhabilitation n’est souvent
qu’une blague éphémère, une affaire de
génération. Mais certains artistes, comme Joe
Dassin, parviennent justement à dépasser ce
stade. « Si ça fait plus de 30 ans que tu es
là, conclut-il, c’est que tu es là pour de bon…
»
Il est grand, le mystère du quétaine -
Paul Journet
Au
dépanneur, il y a le client qui dissimule un Playboy
entre un sac de chips, un Economist, du bicarbonate de soude
et d’autres achats de circonstance. Les disquaires connaissent
aussi un équivalent. Le client qui dissimule Spanish
Train de Chris de Burgh parmi des disques d’Arcade Fire ou
Johnny Cash pour que son achat passe inaperçu, ou
paraisse moins honteux.
Car oui, les disquaires jugent parfois vos achats. «
C’est vrai; quand je travaillais dans une grande chaîne,
je me suis déjà moqué des gens à
la caisse », avoue Sébastien Marcoux, aujourd’hui
disquaire-acheteur au Marché du disque.
C’était avant. Si vous déposez un album de
Kathleen ou de Francis Martin sur le comptoir, il ne rira pas.
Promis.
« J’ai fini par réaliser que tu ne peux pas juger
les goûts. Oui, Kathleen, c’est quétaine selon
moi. Mais des gens l’aiment vraiment, et ils doivent avoir de
bonnes raisons pour ça. Ils connaissent mieux leurs
goûts que moi », explique-t-il.
Ou, comme l’a
déjà résumé un sage : on est tous
le quétaine de quelqu’un... La maxime se vérifie
lors d’un débat peu fécond qui se déroule
derrière nous dans notre salle de rédaction.
Quétaine ou pas, Les yeux du coeur de Gerry Boulet ? La
question divise cinq maniaques de musique pendant qu’on essaie
d’écrire ces lignes. La réponse n’a pas encore
été trouvée. Même la signification
du mot quétaine ne fait pas consensus. À la
base, il y a l’idée qu’on peut distinguer entre le bon
et le mauvais goût. Le quétaine serait une
sousdivision du mauvais goût. Par exemple, les chansons
aux textes qui abordent des thèmes universels mais de
façon superficielle et pleine de clichés, et les
musiques qui, comme le jazz d’ascenseur et les sonates de
restaurant, pastichent grossièrement des genres
reconnus.
Certains ont réfléchi sérieusement
à la question. Professeure au département de
sociologie et d’anthropologie de l’ Université
d’Ottawa, Michèle Ollivier a publié en 2006 dans
Popular Music un article intitulé « Snobs and
quétaines : prestige and boundaries in popular music in
Quebec ». Elle y parle entre autres des années
60, durant lesquelles de plus en plus de chansonniers
écrivaient leurs pièces au lieu de piger dans le
répertoire populaire ou de traduire des succès
américains, comme Michèle Richard et d’autres
continuaient de le faire. On devine qui étaient les
quétaines.
Mais écrire son matériel n’immunise
évidemment pas contre la quétainerie. Pour s’en
convaincre, on peut consulter The Rock Snob Dictionary, duquel
on déduit que la majorité des CD devraient
être compostés.
On déduit, car le mot quétaine n’y figure pas.
Le mot est québécois. On ne lui connaît
pas vraiment de synonyme anglais. Et il ne faut pas le
confondre avec le kitsch. « Ce sont deux choses
différentes, explique Roxanne Arsenault, qui termine
une maîtrise sur le kitsch à l’ UQAM. Le kitsch,
ce n’est pas péjoratif selon moi. C’est une
accumulation d’idées dans un même objet, des
imitations exubérantes, de l’excessif sans
deuxième niveau de lecture. (…) Tandis que le
quétaine, c’est une notion beaucoup plus subjective. En
gros, je pense que ça qualifie une chose
démodée. »


Ce qui nous ramène aux Yeux du coeur. Alors,
quétaine ou pas ?
Les festivals, ces « PPP avant la lettre »
- Louise Leduc
Au-delà
de la guerre des mots lancés d’un bout à l’autre
de la 20, ce que la controverse met en lumière, c’est
la question des festivals à but non lucratif et
subventionnés qui sont organisés par des
entreprises privées.
Les
FrancoFolies et le Festival de jazz sont organisés
par Spectra, dont Alain Simard est le président.
Comme l’a résumé Alain Simard à La Presse
hier, « c’est un PPP avant la lettre ».
Les FrancoFolies et le Festival de jazz sont organisés
par Spectra, dont Alain Simard est le président.
Spectra possède différentes filiales qui donnent
dans la production de disques, de spectacles, de séries
télévisées et dans la gérance
d’artistes, en plus de posséder le Métropolis et
le Théâtre Outremont. C’est aussi le
modèle du festival Juste pour rire, auquel est
apparenté Productions Rozon, dont le président
est Gilbert Rozon.
François Colbert, professeur de marketing culturel
à HECMontréal, signale d’abord que les bonzes
des grands festivals sont des passionnés qui ont
monté leur affaire à la force des bras et qui
récoltent maintenant ce qu’ils ont semé. Mais
non, ils ne se tapent pas l’organisation de ces manifestations
par pur altruisme. « Les choses qui ne sont pas payantes
vont du côté du festival à but non
lucratif et ce qui est payant, on le fait avec l’entreprise
à but lucratif. Tout ce qui est produit
dérivé, captation de spectacles (vendus ensuite
à des chaînes de télévision), on
réserve cela à l’entreprise privée
», dit-il.
Pourquoi les revenus tirés des spectacles que l’on
enregistre au festival Juste pour rire, au Festival de jazz ou
aux FrancoFolies vont-ils du côté du secteur
privé et non pas du côté du festival qui
demande des subventions? François Colbert ne se
l’explique pas, mais il signale que cela se fait à
visage découvert et que les gouvernements sont au
courant.
Certifications
Gilles Corbeil, président de la Société
de développement des entreprises culturelles (la SODEC,
l’une des sociétés du gouvernement du
Québec qui subventionnent les festivals), note que son
organisme s’est penché il y a quatre ou cinq ans sur
les liens entre les festivals et les entreprises
privées qui les organisent. Depuis lors, la SODEC exige
que des experts comptables certifient que les frais
facturés par les entreprises comme Spectra ou
Productions Rozon sont adéquats. Par exemple, que le
loyer du Métropolis – propriété de
Spectra – facturé à l’organisme sans but
lucratif des FrancoFolies est égal ou inférieur
au prix du marché.
Spectra est une entreprise privée qui réussit
bien. En même temps, « ce n’est pas Quebecor
», dit Alain Simard, qui ajoute que le chiffre
d’affaires de toutes les filiales réunies de Spectra
donne dans les 70 millions. « On gagne bien notre vie,
mais c’est avec toutes les autres choses que l’on fait, quand,
par exemple, on produit la comédie musicale
Roméo et Juliette, qui fait des revenus de billetterie
de 8 millions en deux mois, quand on fait une opération
Beau Dommage qui remplit deux fois le Centre Bell et qui vend
250 000 disques en un mois. »
Spec t ra t i re ef fec t ivement un avantage à faire
les FrancoFolies et le Festival de jazz, mais le
Métropolis se louerait de toute façon, insiste
Alain Simard, qui signale au surplus qu’il n’y a pas
d’exclusivité dans les droits de captation. Si CTV ou
toute autre chaîne veut venir filmer un spectacle aux
FrancoFolies pour revendre ensuite la captation, libre
à elle.
Difficile, conclut-il, « d’être traité de
voleur sur la place publique » quand, avec une
équipe partie de rien, on a soi-même bâti
des événements qui ont permis de faire venir de
grands noms de la musique à Montréal et des
millions de touristes.
Pas de vie culturelle sans Hydro - Nathalie
Petrowski
Depuis
quelques jours, un vent d’inquiétude souffle sur les
théâtres de la ville, dans les salles de
répétition des orchestres symphoniques, dans
les locaux de danse et dans les directions de plusieurs
festivals et de musées.
Tous c ra ignent de fa i re les frais de la révision
de la politique de commandites d’Hydro-Québec
exigée par la ministre Nathalie Normandeau pour
calmer la crise de confiance à l’égard de
Thierry Vandal.
Pour ceux qui étaient en vacances ou perdus sur une
île déserte, le j ugement du PDG d’Hydro a
été mis à rude épreuve
lorsqu’une enquête de La Presse a
révélé que ce dernier avait
approuvé des commandites totalisant un demi-million
aux collèges privés Notre-Dame et
Brébeuf.
Commanditer des collèges qui sont déjà
en partie subvention nés pa r l’ État, sans en
faire autant pour les écoles publiques dont
l’état est lamentable et les besoins criants,
était une très mauvaise idée, on en
convient.
L’ennui, c’est que cette erreur
CHRONIQUE de j ugement a empoisonné
l’atmosphère et jeté le discrédit sur
une société d’État qui, dans le domaine
culturel du moins, joue un rôle essentiel, voire
crucial. Pour résumer les choses brutalement, disons
que, sans l’appui financier d’HydroQuébec, il n’y
aurait pas de vie culturelle non seulement à
Montréal, mais à la grandeur du Québec.
Pas étonnant que Lucien Bouchard, président du
conseil d’administration de l’OSM, soit monté au
créneau en signant une lettre ouverte publiée
dans les journaux samedi.
«De grâce, écrit le président, ne
nous laissons pas aller à l’émoi du moment:
n’allons pas exclure Hydro-Québec et les autres
agences gouvernementales de toute interaction communautaire
et les écarter ainsi de leur légitime et
indispensable contribution à notre
épanouissement collectif.»
On comprend l’émoi de M. Bouchard. L’OSM
bénéficie d’une commandite
d’HydroQuébec de 600 000$ par an. Ce n’est pas rien.
Retranchez cette somme ou réduisez-la de
moitié, et le fleuron de la musique symphonique
montréalaise va se trouver dans le pétrin et
peut-être même au bord du gouffre financier. Il
ne sera pas le seul.
Hydro-Québec commandite la plupart des
théâtres à Montréal, une foule
d’orchestres en région, plusieurs musées, le
Centre des sciences de Montréal, sans oublier le
Domaine Forget, dans Charlevoix, et le centre d’art
d’Orford.
En 2008,
Hydro-Québec a injecté 25,9 millions dans la
vie culturelle québécoise. Cette
année-là, l’OSM (600 000$), le Musée
Pointe-à-Callières (4 0 0 0 0 0 $) et le fe st
iva l Montréal en lumière, qui a reçu
une commandite de 900 000$, ont été les plus
choyés.
Mais les Grands Ballets canadiens (70 000$), l’Opéra
de Montréal (4 2 50 0 $), le Moulin à images
de Robert L epage (2 5 0 0 0 0 $) et le Festival du
cinéma international en Abitibi-Témiscamingue
(60 000 $), pour ne nommer que ceux-là, ont
bénéficié d’un soutien financier d’
HydroQuébec qui n’était peut-être pas
faramineux, mais qui était toujours bienvenu.
C’est d’ailleurs le message qu’a voulu lancer hier le
Théâtre de l’Opsis, une compagnie de recherche
théâtrale, dans un communiqué affirmant
qu’il n’aurait jamais survécu sans l’appui
d’organismes comme Hydro-Québec. Même si la
commandite à l’Opsis en 2008 était de 10 000
$, elle a été vitale à la
création comme au fonctionnement du
théâtre.
B re f , de s plu s g r a nde s institutions j usqu’aux plus
petits organismes, le message est toujours le même :
la vie culturelle québécoise a besoin d’Hydro
comme les plantes ont besoin d’eau, les fleurs de soleil et
les lampes d’électricité. Mais surtout, cette
vie culturelle ne devrait pas faire les frais d’une
révision qui est avant tout un exercice de
récupération politique de la part du
gouvernement dans le but de sauver la peau de Thierry
Vandal.
Je laisse à d’autres le soin de déterminer si
la tête du PDG mérite ou non de tomber. Chose
certaine, la vie culturelle québécoise ne
mérite pas de s’effondrer ni de frôler la
faillite parce qu’un homme, un jour, a commis une erreur de
jugement.
Québécois, please
Message aux Américains qui n’arrêtent pas de
rire du Canada, des Canadiens et de leur système de
santé soviétique. Chers voisins, vous voulez
devenir Canadiens ? C ’est si mple. R a ngez vos fusils.
Achetez-vous un canot et devenez multicultu rels. Ce n’est
pas moi qui le dis, c’est Julia Bentley et Andrew Gunadie,
deux jeunes musiciens canadiens déguisés en
police montée et auteurs de la chanson Canadian
Please.
Pour s’amuser, et éventuellement attirer l’attention
d’un parti à la recherche d’une chanson-thème
pour les élections fédérales, les deux
ont enregistré une chanson hilarante dont la
vidéo est sur YouTube.
Sur une mélodie rythmée et dansante, Julia et
Andrew vantent nos castors, nos caribous, nos deux langues
officielles et s’excusent d’une seule chose: Céline
Dion (même si elle a fait une bonne toune pour James
Cameron).
Pour éviter qu’on se mette tous à fredonner
cette chanson trop accrocheuse comme je l’ai fait toute la
fin de semaine dernière, j’invite un duo ou un trio
québécois à leur donner la
réplique. Québécois, please, à
vos stylos.
Hydro doit revoir toute sa politique de
mécénat - Rémi Nadeau
SAINT-HYACINTHE — Non seulement Hydro-Québec ne
versera plus d’argent à des écoles
privées, mais elle devra aussi revoir les
mécanismes d’attribution de dons et commandites pour
éviter les apparences de conflit
d’intérêts.
Préoccupée par les liens personnels entre son
présidentdirecteu r général, Thierry
Vandal, et certaines institutions ayant reçu
d’importantes sommes de la société
d’État, la ministre responsable, Nathalie Normandeau,
lui demande de corriger ses façons de faire pour
assurer l’indépendance de ses dirigeants.
En marge d’une réunion des députés
libéraux hier à Saint-Hyacinthe, la ministre
des Ressources naturelles a annoncé que la
société d’État devait lui remettre sa
politique de dons et commandites révisée le 8
septembre.
Elle rencontrera le PDG à ce sujet vendredi.
Questionnée sur le fait que M. Vandal siège
aux conseils d’administration du Collège Notre-Dame,
du Conference Board et de l’école des HEC, auxquels
Hydro a consenti des dons ou des commandites, Mme Normandeau
a clairement affirmé qu’HydroQuébec devra
apporter des changements à son processus
d’approbation.
« Il
faut créer une certaine distance entre les hauts
dirigeants qui sont impliqués da ns certa i ns orga n
ismes qui, eux, sollicitent HydroQuébec », a
déclaré la ministre, qui avait
déjà désapprouvé les
contributions financière de la société
d’État à des écoles privées.
Hydro doit encore s’engager
Elle i nd ique toutefois du même souffle qu’il faut
encourager les administrateu rs d’ Hydro à s’engager
dans la gestion d’autres organismes. Elle voit d’un bon oeil
la présence de M. Vandal au conseil d’administration
du C on ference B oa rd du Canada.
Le porte-parole de l’opposition officielle en matière
d’énergie, Sylvain Gaudreault, a pour sa part soutenu
que Mme Normandeau tente désespérément
de mettre le couvercle sur la marmite tout en admettant que
des fautes ont été commises par le plus haut
dirigeant d’Hydro-Québec.
Une impression d’arbitraire - Marc
Cassivi
Le
gouvernement conservateur se défend de tout lien entre
la subvention à Pride Week et la «
démotion » de Diane Ablonczy. Mais il faudrait
être dupe pour ne pas y voir une coïncidence...
Ce n’est pas parce que l’on demande une subvention que l’on
reçoit une subvention. Et ce n’est pas parce que l’on
répond aux critères d’attribution d’une
subvention que l’on doit recevoir cette subvention. Sauf
que...
Pride
Week, qui organise entre autres choses le
défilé de la fierté gaie de Toronto
(notre photo), a reçu une subvention de 400 000$ du
Programme des festivals touristiques de renom. Pendant ce
temps, à Montréal, des
événements comme Divers/Cité et Nuits
d’Afrique cherchent encore à comprendre pourquoi leur
demande de subvention a été rejetée par
Industrie Canada.
Le Programme des manifestations touristiques de renom a
été mis sur pied par le gouvernement
fédéral afin d’aider des festivals ou des
organismes à attirer davantage de touristes
étrangers en cette période économique
difficile. Industrie Canada doit y investir 100 millions de
dollars d’ici à l’été 2011. Environ le
tiers de cette somme a déjà été
attribué à 26 manifestations (sur environ 150
demandes).
Le Québec n’est pas en reste : 2,7 millions au Festival
d’été de Québec, 3 millions au Festival
international de jazz de Montréal (la somme maximale),
3 millions au Festival Juste pour rire, 1,5 million aux
FrancoFolies, 965 000 $ à l’ I nternational des
montgolfières de Saint-Jea n, 9 5 0 0 0 0 $ au Gra nd
Rire de Québec, 500 000 $ au Festival
d’été de Tremblant et 200 000 $ au Mondial
choral de Laval.
Le Québec compte près du tiers des
manifestations subventionnées, pour plus de 40% des
sommes allouées. Mais tout n’est pas parfait. Des
festivals comme Divers / Cité et Nuits d’Afrique ont
reproché ces derniers jours à Industrie Canada
la lenteur du processus et une certaine opacité dans
ses critères de sélection. Les réponses
du Ministère ont dans plusieurs cas été
tardives, obligeant bien des festivals qui comptaient sur une
subvention à revoir en catastrophe leur plan de match.
« Les décisions de f i nancement pour les
manifestations qui auront lieu au début de
l’été seront prises de façon opportune,
en tenant compte de l’aspect de stimulation économique
du programme », prévoit le règlement d’ I
ndustrie Canada. Formule sibylline s’il en est.
Ce que l’on comprend de la stratégie du nouveau
programme, c’est qu’il favorise en général les
grandes manifestations au détriment des moins grandes.
À elle seule, l’Équipe Spectra (Festival de
jazz, FrancoFolies) a reçu à ce jour 15 % des
sommes allouées par Industrie Canada. La
stratégie se défend, dans la mesure où
les grands festivals sont souvent les plus susceptibles
d’attirer des touristes étrangers.
Ce qui se
défend moins bien, en revanche, c’est l’impression
d’arbitraire qui plane encore une fois sur l’attribution de
subventions par le gouvernement Harper. Il y a quelques
semaines, la ministre d’ État au Tourisme, Diane
Ablonczy, s’est vu brusquement retirer la gestion du Programme
des manifestations touristiques de renom. Elle venait
d’attribuer près de 400 000 $ à Pride Week, qui
organise entre autres le défilé de la
fierté gaie de Toronto.
Selon un député de Saskatoon, Brad Trost, cette
décision aurait été très mal
perçue par une partie du caucus conservateur et par des
proches du premier ministre. Dans la foulée, Stephen
Harper aurait confié la responsabilité du
nouveau programme à Tony Clement, ministre de
l’Industrie.
Le gouvernement conservateur se défend de tout lien
entre la subvention à Pride Week et la «
démotion » de Diane Ablonczy. Mais il faudrait
être dupe pour ne pas y voir une coïncidence,
estiment la plupart des observateurs de la scène
fédérale. D’autant plus qu’il n’y a pas lieu de
mettre en doute les déclarations de Brad Trost, un
député conservateur opposé au mariage gai
qui s’est confié à un site internet
chrétien afin de rassurer la base ultra conservatrice
de son parti. Diane Ablonczy, ancienne réformiste de
Calgary, n’est elle-même pas particulièrement
libérale (c’est un euphémisme).
Les conservateurs, en mode « séduction »
depuis la gestion catastrophique des coupes en culture – qui
aurait coûté sa majorité à Stephen
Harper – regretteront évidemment ce nouveau f iasco de
relations publiques. Quand ce n’est pas les artistes, c’est
les homosexuels...
Le ministre du Patrimoine, James Moore, s’était
pourtant efforcé depuis des mois de distribuer à
coups de milliers de dollars des subventions à gauche
et à droite, afin de faire oublier la bourde
préélectorale de son gouvernement.
C’était sans compter sur le don unique du Parti
conservateur de rappeler au moment le plus inopportun les
convictions profondes de son aile orthodoxe. À ce
sujet, une lecture aléatoire des sites web de la droite
chrétienne canadienne s’avère des plus
instructives.
Ce n’est pas parce que l’on demande une subvention que l’on
reçoit une subvention. Et ce n’est pas parce que l’on
répond aux critères d’attribution d’une
subvention que l’on doit recevoir cette subvention. Sauf que
la question se pose. Le refus d’une subvention de 155 000$
à Divers/ Cité dans le cadre du Programme des
manifestations touristiques de renom a-t-il un lien avec
l’attribution, contesté au sein du caucus conservateur,
d’une subvention de 400 000$ à la Gay Pride de Toronto?
Disons que le doute subsiste.
Le succès ne tient qu’à un
film - Marc Cassivi
Le simple fait
du succès de "De père en flic" permet
d’espérer une première croissance de la
fréquentation du cinéma québécois
depuis 2005, une année record
Le succès ne tient qu’à un film. On
s’inquiète sans cesse de la chute de popularité
du cinéma québécois depuis 2005,
année exceptionnelle de fréquentation.
Après trois ans de décroissance continue, il
semble que notre cinéma ait retrouvé un plus
large public cet été, ce qui est de bon augure
pour la suite.
Au cours des six premiers mois de 2009, selon Cinéac,
qui analyse les performances aux guichets du cinéma
québécois, les films québécois ont
connu des résultats au boxoffice comparables à
ceux de 2008, année moyenne en matière de parts
de marché (moins de 10%, le plus faible résultat
depuis 2002). Or, le succès monstre de De père
en flic vient de changer la donne.
En tête du box-office à sa quatrième
semaine à l’affiche, la comédie policière
d’Émile Gaudreault a déjà engrangé
près de 6 millions. Et il n’est pas impensable
d’envisager pour le film des recettes totales de 7 ou 8
millions. Alors que la plupart des superproductions misent
essentiellement sur un premier week-end d’exploitation fort,
la popularité de De père en flic ne se
dément pas. Le film conserve ses écrans (environ
120) et son public, profitant d’un bouche-à-oreille
favorable, la clé de tout succès populaire.
Selon Cinéac, De père en flic sera
vraisemblablement sacré champion, toutes
nationalités confondues, du box-office estival 2009 au
Québec, devant Harry Potter et tous ses amis. Il
devrait trouver sa place, en fin de parcours, parmi les cinq
films québécois les plus populaires de tous les
temps.
Ce n’est pas un détail. Car l’embellie tombe à
point. L’industrie du cinéma souffre d’une
morosité collective depuis plusieurs mois. Le simple
fait du succès de De père en flic permet
d’espérer une première croissance de la
fréquentation du cinéma québécois
depuis 2005, l’année record (plus de 18% de parts de
marché) des C.R.A.Z.Y., Aurore, Horloge biologique et
autres Maurice Richard.
D’autant plus que Les doigts croches, charmante comédie
de Ken Scott (le scénariste de Maurice Richard et de La
grande séduction) prend l’affiche vendredi. Ce road
movie amusant et lumineux est à l’image non pas de
l’été, mais du regain de vie du box-office
québécois. Sans prétendre au
succès de De père en flic, dont il ne partage
pas l’humour franc, on verrait bien Les doigts croches amasser
2 millions de recettes. Une prédiction personnelle sans
fondement scientifique.
Le
succès de cette nouvelle comédie
québécoise risque-til d’être compromis par
celui, foudroyant, de De père en f lic ? Le contraire
est plus probable, m’explique Simon Beaudry,
spécialiste du box-office québécois et
président de Cinéac. Les deux films sont
complémentaires. Plutôt que de nuire aux Doigts
croches, le succès de De père en flic risque de
créer un « effet d’entraînement »
favorable premier long métrage de Ken Scott.
Le phénomène transcende les nationalités.
La popularité de De père en flic, par exemple,
n’a pas été entamée le moindrement par
l’arrivée sur une multitude d’écrans de Harry
Potter et le prince de Sang-Mêlé. « Il y a
énormément de titres qui prennent l’affiche
simultanément, constate Simon Beaudry. On parle d’un
marché en expansion. Au lieu de se cannibaliser, les
films profitent du succès des uns et des autres. Il n’y
a pas eu de transfert des spectateurs de De père en
flic vers Harry Potter. Il y a plutôt eu un ajout de
spectateurs. »
En 2008, seulement quatre films québécois ont
fait des recettes de plus de 1 million de dollars. Le champion
du box-office, Cruising Bar 2, en a engrangé environ
3,5 millions, beaucoup moins que ce que son distributeur
Alliance Vivafilm avait espéré.
Déjà, 2009 compte quatre films millionnaires:
Dédé à travers les brumes (1,7 million),
Polytechnique (1,6 million), À vos marques... Party! 2
(1,4 million) et De père en flic (5,8 millions).
« Étant donné le volume de production
limité du Québec (environ 20 longs
métrages par année), quatre ou cinq titres font
la différence entre une année moyenne et une
année de succès », rappelle Simon Beaudry.
L’expert souligne que les parts de marché du
cinéma québécois sont en outre
tributaires de la performance du cinéma
américain, principal concurrent pour les écrans
de la province. Pour l’instant, l’été pluvieux
semble profiter à toutes les cinématographies,
peu importe leur nationalité.
Si quatre ou cinq titres peuvent faire la différence,
un film québécois peut à lui seul faire
basculer le marché. Bon Cop, Bad Cop a établi un
nouveau record au box-office pour un film
québécois: 10,6 millions. Rien de moins que la
moitié des recettes totales du cinéma
québécois en 2006. Sans le film d’Érik
Canuel, les parts de marché du cinéma
québécois n’auraient été que de
6%. « Pourqu’un film québécois ait un
box-office fort, précise Simon Beaudry, il faut
impérativement qu’il ait du succès en
région. » À ce jour, 87% des recettes de
De père en flic ont été
réalisées à l’extérieur de
l’île de Montréal.
Malgré un été prometteur, il est encore
trop tôt pour déterminer si 2009 sera une
réelle « année de succès »
pour le cinéma québécois. Plusieurs films
doivent prendre l’affiche d’ici à la fin
décembre, dont certains ont un réel potentiel
populaire: 1981, de Ricardo Trogi ( Horloge biologique), Pour
toujours, les Canadiens ! de Sylvain Archambault ( Les
Lavigueur), 5150, rue des Ormes d’Éric Tessier ( Sur le
seuil), Les sept jours du talion, de Podz ( Minuit, le
soir)...
Dans le lot, il y aura les inévitables fours (
Cadavres) et les succès-surprises ( J’ai tué ma
mère: 750 000$). Et surtout, au-delà des
chiffres, de vrais bons films. C’est ce qui importe le plus,
non?
Cinéma québécois :
SÉDUIRE LES 7 À 77 ANS - Anabelle Nicoud
Été chaud pour le cinéma
québécois : avec des recettes supérieures
à 6,5 millions de dollars, la comédie De
père en flic est assurée de devenir l’un des
trois films les plus populaires de l’histoire du cinéma
québécois (aux côtés de Bon Cop,
Bad Cop et de
« Une bonne campagne promotionnelle ou publicitaire ne
garantit pas le succès populaire. Ce qui fait la
différence, c’est vraiment la qualité du film en
tant que tel et sa réception critique. »
QOn Selon Simon Beaudry,
président de Cinéac, la firme qui compile les
entrées des cinémas de la province, le
cinéma québécois devrait chercher
à plaire à un public international.
a qualifié à plusieurs reprises d’exceptionnel
le succès du film De père en flic. En quoi
constitue-t-il une exception? R L’exception relève du
fait que, normalement, lors d’un lancement sur un aussi grand
nombre d’écrans (NDLR: plus de 120), les recettes
diminuent de 20 à 25% dès la deuxième
semaine. Dans le cas qui nous occupe, les recettes ont
baissé de seulement 9% à la troisième
semaine d’exploitation: c’est très peu. QQu’est-
ce qui explique ce succès ? R D’abord, c’est la
réussite de la proposition: une comédie avec un
volet dramatique. Ce mélange a bien fonctionné.
Puis la qualité de la réalisation et du
scénario, et le fait que les interprètes (NDLR:
Louis-José Houde, Michel Côté et
Rémy Girard, entre autres) sont en
général tous bons. QDe
père en flic a aussi bénéficié
d’une campagne de mise en marché imposante. R En effet,
mais cela ne garantit pas le succès populaire. Une
bonne campagne promotionnelle ou publicitaire (NDLR: cela peut
comprendre des premières dans sept, huit, 10 villes au
Québec et la présence des comédiens dans
des manifestations publiques, pour un coût de 500 000$
à 1 million) est organisée pour cinq à 10
films québécois chaque année. Ce qui fait
la différence, c’est vraiment la qualité du film
en tant que tel et sa réception critique. QLe
cinéma
québécois a connu de grands succès depuis
le début des années 2000: Bon Cop, Bad Cop, C.
R. A. Z.Y., Séraphin, La grande séduction.
Est-ce que ces films ont des points communs? R Pour une
réussite au Québec, on doit vraiment viser les 7
à 77 ans. On a un très petit marché, donc
une production plus pointue aura des difficultés
à atteindre ce genre de recettes. C’est vrai pour
toutes les formes d’art au Québec. QLe
Québec bénéficie-t-il d’un savoi r-faire
en matière de production cinématographique et de
succès commercial ? R Un des éléments
forts de la cinématographie du Québec est
l’expertise d’à peu près tous ses intervenants.
Cela part bien entendu des créateurs, mais le reste de
la chaîne est expérimentée, surtout les
maisons de distribution, qui possèdent un savoir-faire
unique en Amérique du Nord puisqu’elles ont
généralement moins d’ampleur qu’aux
États-Unis ou en France, mais que leurs dirigeants ont
eu l’habitude de travailler avec un star-système quand
ils importaient des titres européens dans les
années 60 et 70. Lorsque les productions
québécoises se sont améliorées sur
le plan technique, dans les années 80, on savait faire
de la mise en marché. L’explosion est arrivée au
milieu des années 90 avec, entre autres, Les Boys, qui
a pris l’affiche en 1997. QDepuis
deux ans, les parts de marché du cinéma
québécois n’ont cessé de diminuer,
repassant même sous la barre des 10%. La tendance
va-t-elle s’inverser avec De père en flic ? R Le
succès du cinéma québécois
fluctuera d’année en année pour une raison bien
simple: le volume de production est très bas –
seulement une vingtaine de longs métrages prennent
l’affiche chaque année. Ce n’est pas assez pour
garantir des parts de marché minimales. Le
succès ou l’insuccès du cinéma
québécois repose sur un très petit nombre
de films: quatre ou cinq seulement. Comme on ne prévoit
pas d’afflux massif d’argent, ni en provenance du
Québec ni du côté d’Ottawa, il n’y a pas
lieu de croire que le volume de production augmentera au cours
des prochaines années. QLe
cinéma québécois a-t-il un marché
naturel ? R Le seul marché naturel , c’est le
territoire québécois, qui n’est malheureusement
pas assez populeux pour rentabiliser la production. À
long terme, cela passe nécessa i rement par
l’exportation. Le type de cinéma que l’on fait ici
devrait être modifié pour plaire à un
public international. Il y a un certain type de cinéma
québécois, plus confidentiel, qui obtient un
beau succès culturel dans les festivals à
l’étranger. C’est le cas de Denis Côté,
ça a été le cas de Xavier Dolan. QOn
parle beaucoup de succès commercial des films
québécois. Le succès au box-office est
d’ailleurs encouragé par les institutions. Or, le
succès commercial estil souhaitable pour
l’établissement d’une cinématographie nationale
forte ? R Le succès d’une cinématographie
nationale passe par plusieurs éléments. Depuis
une dizaine d’années, l’élément le plus
important dont tiennent compte les organismes d’investissement
est le succès commercial. À long terme, il est
entendu que l’on devra trouver des moyens pour
équilibrer les succès commerciaux et culturels
québécois. Une cinématographie nationale
ne repose pas seulement sur ses succès en salle,
d’autant moins que notre marché national est vraiment
trop petit pour rentabiliser notre production.
Financièrement, c’est un cul-de-sac à moyen ou
à long terme.
TOUT BAIGNE DANS LE RAP - Philippe
Renaud
Le rap
québécois a maintenant 25 ans (et des
poussières). Et le succès actuel de Sir
Pathétik auprès des jeunes amateurs,
l’émergence d’une nouvelle génération de
rappeurs – Arvida Crew, Obscene Kidz, Donzelle, Radio Radio,
Movèzerbe, Jeune Chilly Chill,
COLLABORATION S PÉCIALE
PHOTO KRISSI CAMPBELL
Dubmatique est l’un des groupes
fondateurs de l’industrie du hip-hop
québécois. Le groupe, formé d’Ousmane
(O. TMC) et de Jérôme (DiSoul), a vendu 150 000
exemplaire de La force de comprendre, paru en 1996.
Les deux premières chansons rap
québécoises sont encore i ncrustées dans
la mémoire collective. Lesquelles ? Le Rap à
Billy de Lucien Francoeur, succès radiophonique de
1983, et Ça rend rap, de Rock et Belles Oreilles,
lancé en 1984. Mentionnons aussi, pour la forme, le
Pape du rap de Daniel Lavoie (1990), le premier album des
French B. (1991) et l’oeuvre du Boyfriend (son succès
Rappeur Chic, 1991).
Il a fallu attendre la fin des années 80 pour voir
arriver un groupe pouvant se proclamer « pionnier du rap
québécois », ainsi que les qualifie
Cédric Morgan, cofondateur du défunt label
MontReal. Ce groupe, Mouvement Rap Francophone (M.R.F.), duo
formé du rappeur Kool Rock et du DJ/platiniste Jay Tee,
a véritablement lancé la production hip-hop
locale.
M. R. F. a
lancé, en 1990, un premier album contenant la chanson
M. R. F. est arrivé, sur l’échantillon de Funky
Drummer de James Brown. M. R. F. a eu un bon écho sur
Musique Plus. Plus tard, c’est j ustement u n a nc i e n a n i
mateu r de Musique Plus, KC LMNOP, qui a lancé le
premier album rap québécois, Ta Yeul’, en 1996.
« À l’époque, la scène rap
n’était pas structurée au Québec, et
commençait seulement à l’être en France
», se souvient Morgan, l’un des principaux acteurs de
l’émergence d’une scène rap
québécoise. Au début des années
90, il animait l’émission phare du courant, sur les
ondes de CIBL. Le nom de l’émission : Dubmatique.
« Jérôme [ DiSoul] et Ousmane [O. TMC]
venaient à l’émission ; on faisait des sessions
de freestyle. C’est comme ça que ça a
commencé ». Au même moment, Morgan bossait
pour l’étiquette Virgin à Montréal, qui a
lancé la (brève) carrière du groupe
Alliance Ethnik. Leur succès Simple et funky a ouvert
une brèche dans le marché
québécois, confirmant le potentiel de cette
musique grâce à deux concerts très courus,
à Montréal et à Québec.
C’est dans ce t er reau fer t i le que Dubmatique a
risqué l’enregistrement d’un premier album, La force de
comprendre, paru en 1996. Environ 150 000 exemplaires du
disque ont trouvé preneurs, grâce à
l’appui des radios commerciales et de Musique Plus. « Le
succès nous a surpris, confie O. TMC, nous autant que
les gens de l’industrie. Si on se rappelle bien, l’album a
été primé au Gala de l’ADISQ... dans la
catégorie album rock alternatif », parce que la
catégorie hip-hop n’avait pas été
inventée !
« Sur la
scène, ça s’est mis à aller très
vite après ce succès », dit le
vétéran rappeur qui, avec son comparse DiSoul,
effectuera samedi son retour sur scène, en attendant la
parution d’un nouvel album cet automne. « Les labels ont
vite signé de nouveaux artistes. Les rappeurs d’ici se
disaient : si eux peuvent réussir, nous aussi, nous
sommes capables ! »
PHOTO IVANOH DEMERS, LA
PRESSE
Gabriel Malenfant,
Timothée Valentin, Jacques Doucet et Alexandre
Bilodeau forment le groupe Radio Radio.
La force de comprendre a été un véritable
coup de fouet pour les rappeurs de la première heure :
RDPizeurs, Rainmen (dont la chanson Pas d’chilling a
résonné jusqu’en France), Muzion et un jeune
duo, Sans Pression, formé des rappeurs SP et Ti-Kid.
On a assisté à l’a rrivée des premiers
beatmakers, DJ Ray Ray, Sonny Black, Manifest, et des
premières structures telles que l’étiquette
MontReal, qui a marqué son époque en
lançant les carrières de Sans Pression et Yvon
Krevé.
Rapper en joual
« En
1999, lorsqu’on l a nce 514-50 Dans mon réseau [de Sans
Pression], le hip-hop québécois est passé
au " réalisme", abordant des thèmes plus
près de la rue. Le groupe a aussi ouvert les esprits en
rappant en joual », rappelle Morgan.
Parallèlement à l ’ex plosion du rap à
Montréal, la ville de Québec a vu émerger
ses propres talents, à commencer par le collectif 83,
formé notamment des membres de Taktika et de l a
Constellation. De ce dernier groupe est issu le rappeur 2Faces
qui, lors de la diffusion du gala de l’A DISQ en 2002, s ’e s
t i nv i t é s u r s c è ne pou r sensibiliser
l’industrie à l’i mportance de la scène hip-hop
québécoise.
Le hip-hop est encore bien en selle au Québec et les
Francos proposeront dimanche un party de clôture
animé par cinq formations d’ici : Gatineau, Samian,
Loco Locass, Poirier (avec FaceT) et les Acadiens de Radio
Radio, qui prévoient lancer un nouvel album en
février.
« J ’ a i é c o ut é Dubmatique auta nt
que le rap de l a côte Est a méricaine » ,
dit T X, de Radio Radio. Aujourd’hui, la production r ap f r a
ncophone s’est diversifiée ; Radio Radio suit la
tendance en apportant de nouvelles s onor i t é s
à la musique, électroniques et dansantes, comme
le font aussi les Arvida Crew et Obscene Kidz, nouveaux ovnis
de cette scène pluridimensionnelle. Dubmatique, samedi
21 h à la Place des festivals, et Le rap party des
Francos, dimanche 18 h sur la scène du stationnement
Clark.
Au revoir - NATHALIE COLLARD
«Et
comme devant ces morts qui nous tourmentent au-delà de
leur décès, en raison même de leur
disparition, des mots de circonstance s’imposent – faute de
pouvoir observer une minute de silence par écrit.
»
Voilà ce qu’écrivait Nelly Arcan en mai dernier
lors de la disparition de l’hebdomadaire Ici. Ces mots
trouvent tout leur sens aujourd’hui.
Q u ’o n a it é t é fan ou pas de ses livres, on
ne pouvait rester indifférent au personnage. Une
contradiction sur deux j ambes, cette fille. À la fois
dénonc iat r ice et victime de la dictature de la
beauté et de la jeunesse qui tissait la trame de fond
de tous ses livres.
Car Isabelle Fortier alias Nelly Arcan entretenait avec son
corps et sa féminité, dans ses écrits et
ses propos, une relation maladive. D’un côté
dénonçant la tyrannie et de l’autre s’y
soumettant d’une façon quasi masochiste.
Marchandisation
du corps, culte de la perfection, obsession des hommes, on
peut dire que l’arrivée de cette a nc ien ne escor te
da n s le paysage littéraire québécois a
eu l’effet d’un électrochoc. Cette fille trop blonde,
ultra sexy, franche à en être parfois brutale,
est venue troubler la face lisse et sage du paysage
médiatique québécois. Ses appa ritions
à la télévision suscitaient à la
fois curiosité et fascination.
Aucune superficialité chez cette auteu re qu i ma n ia
it pourtant avec brio tous les codes de la super f ic ia l
ité féminine. Dès Putain , son premier
livre, on a compris qu’on avait à faire non pas
à une auteure de « chicklit » (cette
littérature-bonbon destinée aux filles), mais
bien à une véritable écrivaine avec un
souffle, une portée. Elle le disait elle-même :
« Le premier livre peut rester le seul. Le
deuxième livre, ça ne veut rien dire, mais
à partir du troisième livre, ça veut dire
: je suis là et je vais y rester. » Elle
disséquait son époque sans aucune complaisa nce.
Dans son roman À c iel ouvert , elle avait eu cette
formule tout à fa it br i l la nte pour décrire
cette quête tordue de la j eunesse qui défigu re
les fe m mes aujourd’hui, parlant de « burqa de chair
», affirmant que, « finalement, voilée ou
non, la femme est réduite à un sexe. »
En ce sens, l’ex-rédacteur en chef de l’hebdomadaire
Ici, Pierre Thibault, a tout à fait raison lorsqu’il
décrit Arcan comme « l’écrivaine
féministe la plus notable au Québec en ce moment
». Un peu comme Virginie Despentes, écrivaine fra
nçaise qu’elle admirait d’ailleurs, elle provoquait,
dérangeait.
Nelly
Arcan s’apprêtait à publier un nouveau roman qui
deviendra, malheureusement, son testament littéraire et
qui contribuera sans doute à sa mythification
puisqu’elle y aborde, nous dit-on, le suicide. Quelle
tristesse que tout ça ait débordé du
cadre de la fiction.
L’ÉTOILE S 'ÉTEINT - Martin
Croteau
LA POP A PERDU
SON ROI. DES MILLIONS DE FANS LEUR IDOLE. LA MORT SOUDAINE
DEMICHAEL JACKSON A FRAPPÉ LE MONDE DE STUPEUR. TOUS
PRÉFÉRAIENT GARDER LE SOUVENIR DE
L’ÉTOILE QU’IL ÉTAIT PLUTÔT QUEDE
RESSASSER LES ODEURS DE SCANDALES QUI ONT MARQUÉ LA FIN
DE SA CARRIÈRE. « Michael Jackson a forcé
la culture à accepter les gens de couleur, a
affirmé le révérend Al Sharpton, militant
de longue date pour les droits civiques. Dire que
c’était une " idole" n’est qu’une fraction de ce qu’en
pensaient ces jeunes à Harlem. C’est une figure
historique. »
Il a fracassé la barrière raciale à MTV,
importé le moonwalk dans chaque foyer et il
détient toujours le record absolu de ventes d’albums
pour Thriller. La pop a perdu son roi, hier. Michael Jackson
est mort d’un arrêt cardiaque à l’âge de 50
ans.
PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED
PRESS
Michael Jackson, photographié
en 1993 lors d’un concert à Singapour.
I l était midi, heure du Pacifique, lorsque le chanteur
s’est effondré dans son domicile de Holmby Hills, en
banlieue de Los Angeles. Son coeur ne battait plus lorsque les
ambulanciers sont arrivés sur les lieux. Son
médecin personnel, déjà sur les lieux,
essayait de le ranimer. Il a été
transporté à l’hôpital universitaire de
UCLA, où sa mort a été confirmée
en début de soirée.
« Son médecin personnel, qui était
à ses côtés, a tenté de le ranimer,
comme l’ont fait les ambulanciers, a indiqué le
frère de la victime, Jermaine, qui a salué les
efforts « héroïques » du personnel
médical. Une équipe de médecins hautement
spécialisés, incluant des urgentologues et des
cardiologues, ont tenté de le ranimer pendant plus
d’une heure, mais ils n’y sont pas arrivés. »
Les causes précises de l’arrêt cardiaque restent
un mystère. Les médecins pratiqueront une
autopsie aujourd’hui pour en savoir davantage. Sa
dépouille a été emportée par un
hélicoptère.
Le site TMZ rapporte que Jackson ne montrait aucun signe
anormal lors d’une répétition, la veille de son
décès. Mais depuis quelque temps, il aurait
été en retard à plusieurs reprises, et
« léthargique », selon le site.
La nouvelle de la mort a provoqué une onde de choc aux
ÉtatsUnis et dans le monde entier. Des admirateurs se
sont massés devant l’hôpital où le
chanteur est mort , ils ont convergé à Times
Square, à New York, ils ont même pris les
disquaires d’assaut chez nous, à Montréal (voir
autres textes dans le cahier Arts et Spectacles).
La star est morte quelques semaines à peine avant de
remonter sur scène dans l’espoir de relancer une
carrière minée par des
démêlés avec la justice. En 2005, Jackson
a été accusé d’avoir agressé
sexuellement un garçon de 13 ans à son ranch de
Neverland, de lui avoir fait consommer de l’alcool et d’avoir
tenté de séquestrer sa famille. Il a
été acquitté au terme de son
procès et il s’était retiré de la vie
publique depuis.
Le mois prochain, il devait entamer une série de 50
spectacles à Londres. Ce devait être ses derniers
rendez-vous avec ses fans, lui qui n’avait pas donné de
concert depuis huit ans.
Enfant prodige
Septième des neuf enfants d’un travailleur de l’acier
en Indiana , Michael Jackson a passé presque toute sa
vie sous l’oeil du public. Il avait 11 ans lorsque le groupe
qu’il formait avec ses frères, Les Jackson Five, a
connu son premier succès commercial avec I Want You
Back.
Son ascension s’est poursuivie avec un premier album solo, Off
the Wall, dans les années 70. Mais c’est en 1982 que
Jackson a littéralement fait exploser les
palmarès. L’album Thriller a été vendu
à 50 millions d’exemplaires dans le monde. Il a
été l’un des premiers Noirs à tenir la
vedette de la populaire chaîne musicale MTV.
Il a remis ça cinq ans plus tard avec Bad, et avec
Dangerous en 1991.
« Michael Jackson a forcé la culture à
accepter les gens de couleur, a affirmé le
révérend Al Sharpton, militant de longue date
pour les droits civiques. Dire que c’était une "idole"
n’est qu’une fraction de ce qu’en pensaient ces jeunes
à Harlem. C’est une figure historique. »
Mais l’ascension de Jackson a frappé un mur par la
suite, lorsque des détails de sa vie privée ont
commencé à voler la vedette à sa musique.
Selon des rumeurs, il dormait dans une chambre hyperbare. Les
nombreux changements de couleur de sa peau, attribuables
à une maladie incurable, ont alimenté la
chronique pendant des années.
En 1993, il a évité de justesse un procès
en s’entendant à l’amiable avec un garçon de 13
ans, qu’il aurait agressé. Selon certaines sources, il
aurait payé 20 millions. Il a également fait les
manchettes des tabloïds pour son mariage raté avec
la fille d’Elvis Presley, Lisa Marie.
Pendant ce temps, ses ventes d’a lbums décl inaient.
HIStory ( 1995) et Invincible ( 2001) ne sont jamais
arrivés à la cheville des succès
antérieurs.
Vers la fin de sa vie, Jackson était si endetté
qu’il a dû se départir de nombreux ac t i f s ,
dont son mythique ranch de Neverland.
Malgré tout, les scandales n’avaient jamais terni l ’
amour i ncondit ionnel que des millions de fans
éprouvaient pour lui. Il a été
nommé Artiste du millénaire lors des World Music
Awards. Les organisateurs de ce qui devait être sa
dernière tournée n’ont mis que quatre heure
à vendre les 75 000 billets.
Michael Jackson laisse dans le deuil ses trois enfants, Prince
Michael I , Paris et Prince Michael II.
Bizarrement
touchant
- Marie-Claude Lortie
Ce que l’on ne
savait pas, c’est que plus il se transformerait et plus il
s’éloignerait de la normalité qu’il lui restait,
lui l’enfant artiste doué, plus il exposerait en son
sillage les dérives d’une société
où succès et bonheur peuvent, facilement,
être diamétralement opposés.
Je n’ai jamais aimé le personnage. J’ai
apprécié sa musique. Dansé sur Billy Jean
et Beat It abondamment. Mais même si son moon walk
était trop canon et ses vidéoclips
spectaculaires, dès que je l’ai connu, j’ai eu une
réticence.
PHOTO RUSTY KENNEDY, ARCHIVES
ASSOCIATED PRESS
Le roi de la pop a passé
presque toute sa vie dans l’oeil du public. En 1993, il a
participé au spectacle de la mi-temps du Super Bowl
(notre photo).
On parle de 1982 environ, de la sortie du disque Thriller.
C’était l’époque où il portait un seul
gant et dansait en faisant des gestes d’une fascinante
précision mais parfois aussi d’une choquante
grossièreté. La bizarrerie était
déjà là. On ne savait pas encore qu’il se
ferait charcuter le visage, qu’il deviendrait tranquillement
quelqu’un d’autre sous nos yeux, exposant ses névroses
par-dessous et par-dessus les tartines de maquillage. Mais il
était déjà clair que le génie du
spectacle n’était pas bien.
Ce que l’on ne savait pas non plus, c’est que plus il se
transformerait et plus il s’éloignerait de la
normalité qu’il lui restait, lui l’enfant artiste
doué, plus il exposerait en son sillage les
dérives d’une société où
succès et bonheur peuvent, facilement, être
diamétralement opposés.
Un psy, que j’ai interviewé un jour sur l’anorexie, m’a
expliqué que Jackson souffrait selon lui, entre autres
choses, d’une maladie du même ordre que l’obsession de
la minceur mais appelée dysmorphophobie. Au lieu de se
trouver gros, peu importe son poids, comme le font les
personnes souffrant d’anorexie mentale, ceux qui sont atteints
de dysmorphophobie se trouvent constamment des défauts
corporels et cherchent à les corriger, peu importe le
nombre de chirurgies nécessaires. Jackson, dit-on,
aurait eu plusieurs interventions.
Aux États-Unis, il est loin d’être le seul
à souffrir de ce mal qui se nourrit de l’incroyable
force de persuasion et de perversion de l’industrie du
divertissement. Sauf que chez lui, cette haine pour sa propre
image était particulièrement triste. Elle
contenait un élément racial douloureux. Jackson
nous donnait l’impression qu’il voulait devenir blanc. Blanc
de peau et de traits.
À chaque étape de sa métamorphose qui lui
donnait tranquillement de plus en plus l’air caucasien et de
moins en moins de traits masculins, on aurait tous dû se
poser de sérieuses questions plus larges. Oui, il
avait, de toute évidence, ses propres angoisses, ses
propres problèmes, ses propres fantômes. Mais
n’était-il pas non plus, en même temps, une sorte
de version extrême, caricaturale, d’une quête
obsessive que l’on voit partout pour un certain modèle
américain stéréotypé ? Pourquoi se
refusait-il autant, lui-même?
OK, on en a
parlé un peu. On a fait bien des blagues. On a dit
qu’il était bien triste que le gars s’inflige de tels
traitements. Mais les États-Unis se sont-ils
demandé pourquoi ils créaient des gens aussi mal
dans leur peau? Ou ont-ils regardé ailleurs? Il faut
dire que son évidente incapacité d’être
satisfait, d’être heureux avec ce qu’il avait, lui
l’homme qui collectionnait les succès
planétaires et les records Guinness, était
difficile à observer et détourner les yeux
était souvent beaucoup moins pénible.
Chaque fois que la vedette réapparaissait en public, de
plus en plus transformée physiquement, chaque fois
qu’on apprenait que Jackson était en couple avec des
femmes qu’il n’avait pas l’air d’aimer pour deux sous, fut-ce
Lisa Marie Presley ou Debbie Rowe, chaque fois qu’il se
montrait confit dans ses problèmes, ses
dépendances, on avait envie de s’intéresser
soudainement à autre chose.
Quand il a été accusé de
pédophilie, personne ne s’est montré surpris. On
s’y attendait presque. Et quand il a suspendu de façon
totalement irresponsable un de ses enfants au-dessus du vide,
à l’extérieur d’un hôtel de Berlin, pour
le montrer à ses fans, c’est vers le ciel qu’on a
levé les yeux, avec une petite pensée pour ces
bambins nés d’un père trop étrange.
Au moment d’écrire ces lignes, on ne sait pas ce qui a
causé l’arrêt cardio-respiratoire de la
méga-vedette. On ne sait pas si c’est une surdose de
drogue qui en est la raison. Si c’était volontaire.
Est-ce que quelqu’un serait surpris de l’un ou l’autre de ces
scénarios?
Je n’ai jamais aimé le personnage. Mais il avait une
tristesse, un désespoir qui l’a bien servi comme
artiste et le rendait, étrangement et bizarrement
touchant.
Le Québec garde une belle image du roi
de la pop - Tristan Péloquin
SONDAGE
Les allégations d’agressions sexuelles qui ont terni
à deux reprises la carrière de Michael Jackson
n’ont pas marqué outre mesure l’imaginaire des
Québécois.
Selon un sondage Angus Reid Strategies mené
après la mort de la star de la pop, 78% des
Québécois se souviendront de Michael Jackson
d’abord et avant tout pour samusiqueet
seslégendairesvidéoclips, contre 10% qui se
souviendront de lui pour les accusations d’agressions
sexuelles.
C’est au Manitoba et en Saskatchewan que les épisodes
sombres de sa vie ont le plus marqué les esprits:
près du tiers des répondants affirment qu’ils
se souviendront de lui pour les allégations
d’agressions sexuelles, alors que seulement 48% des
répondants disent qu’ils garderont en tête son
oeuvre artistique.
Alors que
36% des Canadiens croient que ces allégations
étaient probablement ou certainement fausses, cette
proportion grimpe à 46% chez les répondants
québécois.
Cette différence de perception entre les
Québécois et les habitants du reste du Canada
« résonne avec le traitement que nous accordons
aux vedettes », croit Line Grenier, spécialiste
de la culture populaire au département de
communication de l’Université de Montréal.
« Au Québec, la presse artistique
s’intéresse moins aux scandales, elle est moins
portée à attaquer les vedettes. Même les
magazines les plus friands de potins proposent une vision
romantique de la célébrité. Beaucoup de
vedettes reconnaissent d’ailleurs que c’est plus facile de
vivre une vie normale au Québec qu’ailleurs. Ici, le
fait de s’acharner dans ce qui est perçu comme la vie
privée d’une personne, ça ne passe tout
simplement pas », note la chercheuse.
Jaideep Mukerji, vice-président d’Angus Reid
Strategies, partage en partie cette opinion: « Bien
que la musique de Michael Jackson ait connu un succès
énorme partout au Canada, y compris au Québec,
la couverture médiatique des allégations
portées contre lui a peutêtre reçu moins
d’attention ici. Le Québec a sa propre industrie de
potins de vedettes. Quoiqu’on entende, bien sûr,
parler deMichael Jackson et de Brad Pitt, ce n’est pas avec
le même degré d’intensité ou la
même envergure que dans les médias
américains », avance-t-il.
Les résultats du sondage proviennent d’un
questionnaire en ligne rempli par 1003 adultes choisis au
hasard parmi un groupe de répondants réguliers
d’Angus Reid, les 2 et 3 juillet. La marge d’erreur est de
3,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20.
L’enfant-monstre - Yves Boisvert
Michael
Jackson a commencé en enfant prodige, il a fini en
monstre-enfant. Comme par hasard, dans leur sens primitif, les
deux mots se rejoignent. Monstre et prodige.
Avant de désigner un personnage horrible, le mot
« monstre » décrivait le fruit d’un
miracle, un être surnaturel, prodigieux, donné
à voir par Dieu comme un signe mystérieux.
Il semble bien toutefois que l’enfant prodige qui épate
la foule ne soit pas seulement un projet divin…
La fabrication d’un enfant prodige pour la consommation
générale est un projet d’adultes. Un projet qui
suppose de le déposséder de grands bouts de son
enfance, ce qui ne va pas sans périls.
Il me semble que, par définition, l’enfant prodige est
un enfant maltraité.
Il y a souvent derrière le spectacle miraculeux du
génie enfantin ou du monstre de talent une exploitation
plus ou moins consciente, plus ou moins malade. Certains s’en
tirent sans dommages, j’en conviens. Certains.
Dans le cas de
Jackson, il s’est plaint d’avoir été
tyrannisé et battu par un père violent, qui
exigeait la perfection. S’il suffisait d’être
maltraité pour être prodigieux, les candidats au
génie musical seraient nombreux. Mais il ne suffit pas
non plus d’avoir du génie pour être cet enfant
prodige. Il faut quelqu’un pour décider de le mettre en
scène.
Est-ce qu’on peut être Michael Jackson sans y être
poussé, j’allais dire forcé ? Et même si
c’était possible, peut-on l’être
impunément? Je veux dire: être une grande vedette
américaine dès l’âge de 10 ans?
Il a réussi non seulement à sortir du giron
familial, mais à atteindre des sommets à
l’âge adulte en s’inventant une carrière solo
sans pareil, ce qui n’est pas donné à tous les
enfants prodiges. Sans doute.
Mais quand il a eu des millions par centaines, il s’est
acheté un ranch qu’il a transformé… en parc
d’attractions privé.
Il s’est mué en pathétique Peter Pan. Il s’est
défait de ce nez, dont son père riait. Il s’est
loué des enfants pour venir jouer dans son Neverland.
Il s’est monté une enfance-spectacle. Ensuite,
après toutes ces allégations de
pédophilie, ces règlements pour des millions, et
à travers un procès-spectacle de six mois
où on lui a fait jouer le rôle du monstre, il a
essayé de jouer à l’adulte. Il a fait trois
enfants, deux garçons et une fille.
On n’est pas surpris d’apprendre qu’il n’a pas pu s’en
occuper. Les enfants ne sont pas faits pour élever des
enfants.
Les trois portent le prénom de « Michael ».
On l’appelait « Wacko Jacko » … - Jean
-Cristophe Laurence
Au-delà des succès, des records et des
millions de disques vendus, Michael Jackson laisse le
souvenir d’un excentrique à la vie privée
tourmentée.
Si sa carrière fut extraordinaire, on ne peut pas en
dire autant de sa vie personnelle. Marquée par les
frasques, les scandales sexuels et de troublantes
transformations physiques, l’existence même de Michael
Jackson n’aura été qu’une longue descente aux
enfers, à laquelle seule la mort pouvait mettre fin.
PHOTO REUTERS
Accusé d’agression sexuelle
par un jeune garçon, Michael Jackson a
été arrêté le 20 novembre 2003,
à Santa Barbara en Californie.
Exposé très tôt au succès,
Michael Jackson n’a pas eu d’enfance, et encore moins
d’adolescence. Ce « sacrifice » – plus ou moins
volontaire – explique pour certains cette nature
excentrique, qu’il cultivera jusqu’à ses
retranchements les plus malsains.
Dès le milieu des années 80, le « roi de
la pop » fait courir sur son propre compte les plus
étranges potins. Il affirme notamment dormir dans une
chambre à oxygène pour ralentir son
vieillissement. Ou avoir acheté les os de
l’Homme-éléphant. Mais la vérité
est encore plus troublante: entre deux rhinoplasties,
Jackson passe le plus clair de son temps avec un
chimpanzé nommé Bubbles. Déjà,
on le surnomme «Wacko Jacko» (Jacko le barjo).
Dépassé par ses propres ventes de disques (750
millions au total!) le chanteur se retire progressivement du
monde réel. En 1988, il achète Neverland, un
domaine de 11 kilomètres, où il vivra
isolé, entouré de ses nombreux animaux.
Mais sa vie privée suscite bien des rumeurs,
notamment son attirance particulière pour les enfants
qu’il invite dans ce nouveau ranch. Nostalgie de l’enfance
qu’il n’a pas eue? Pédophilie? Toujours est-il qu’en
1993, Jackson est accusé d’agression sexuelle sur un
jeune garçon de 13 ans, ce qui l’oblige à
« acheter la paix » pour plus de 20 millions.
Sans doute
pour faire taire les ragots, il épouse en 1994 la
fille du « King » Lisa Marie Presley. Mais cette
union très médiatique, à laquelle
d’ailleurs personne ne croit, ne durera que deux ans.
Tout juste divorcé, il se remarie avec son
infirmière Debbie Rowe, qui lui donnera un
garçon (Prince Michael Jackson) en 1997 puis une
fille ( Paris) en 1998. Le couple se sépare
l’année suivante. En 2002, Jackson aura un
troisième enfant (Prince Michael II), cette fois
d’une mère porteuse inconnue.
À partir de 2003, c’est la descente en vrille. Dans
un documentaire censé le réhabiliter ( Living
With Michael Jackson) la vedette affirme qu’il n’y a aucun
mal à dormir avec des enfants. Ses propos
ingénus, livrés à coeur ouvert, se
confirmeront hélas! Avant la fin de l’année,
Jackson est formellement inculpé pour agression
sexuelle. Son procès, transformé en immense
spectacle médiatique se soldera par un acquittement.
Mais personne n’est dupe. Et Michael Jackson tombe en
disgrâce. De plus en plus blême, l’air
cadavérique (résultat, affirme-t-il, de deux
maladies de peau assez graves, le vitiligo et le lupus, il
part se faire oublier au Bahreïn, à l’invitation
d’un cheikh qui lui voue une admiration sans bornes.
Pour Jacko le barjo, il est clair que la folie a depuis
longtemps pris la place du génie. Bien que
sentimentalement attaché au chanteur de Thriller, le
public le boude. Au-delà des succès, des
records Guinness et des millions de disques vendus, Michael
Jackson aura été la première et la
dernière victime de son succès.
Coup de génie, extravagances et quasi-faillite -
Vincent Brousseau-Pouliot
Les
médias spécialisés estiment sa
fortune à 350 millions, en grande partie à
cause du catalogue des Beatles. Triste ironie pour un
artiste qui a autant marqué le monde de la musique.
Comme artiste, Michael Jackson aura composé des
dizaines de succès durant sa carrière. Mais
comme homme d’affaires, son meilleur coup n’est pas
Thriller, Billie Jean ou Black or White. C’est
plutôt d’avoir acheté le catalogue d’autres
légendes de la musique: les Beatles.
Au sommet de sa gloire musicale, en 1985, le roi de la pop
a fait le meilleur investissement de sa vie : l’achat du
catalogue des Beatles pour 47,5 millions US. Aujourd’hui,
son catalogue, qui comprend 300 000 chansons (les siennes,
200 chansons des Beatles et quelques-unes d’Elvis
Prestley), vaudrait entre 1,1 et 1,6 milliard US. Une
transaction lucrative qui ne surprend pas l’ancien avocat
de Jackson dans les années 80, John Branca. «
À cette époque, Michael veillait à
ses affaires et contrôlait ses finances »,
a-t-il dit au New York Times.
Dans les années 80, le chanteur vit modestement
malgré sa fortune colossale. Il rentre à la
maison familiale entre ses spectacles et ses
séances d’enregistrement. En 1988, il
s’achète un château digne de son statut, un
ranch connu plus tard sous le nom de Neverland, qu’il paie
17 millions US.
Ses finances se dégradent rapidement au
début des années 90. Production de
vidéos, jets privés, frais d’exploitation de
Neverland – ses dépenses extravagantes deviennent
vite hors de contrôle. « Il ne gérait
plus son argent » , dit son ancien consei l ler f i
nanc ier Alvin Malnik. Son ancien imprésario, Frank
Dileo, qui était avec Jackson à son sommet
artistique et financier entre 1984 et 1989, blâme
plutôt l’entourage de la vedette. « Tout ce
qui les intéressait, c’était son argent.
Personne ne faisait attention à ses
intérêts », a-t-il dit au New York
Times.
En 1995,
il est forcé de vendre la moitié de son
catalogue des Beatles à Sony pour 100 millions US
afin de payer ses dettes. Une solution temporaire.
À la fin des années 90, les banques
financent toujours ses extravagances.
En 2005, après un procès criminel et deux
divorces, Michael Jackson est au bord de la faillite. Ses
dettes s’élèvent à 270 millions US,
à un taux d’intérêt de 20%. Sony
s’inquiète alors de voir Jackson faire faillite. La
compagnie de disques ne veut pas que son créancier,
la firme Fortress Investment (propriétaire de la
station de ski Mont-Tremblay), mette la main sur l’autre
partie du catalogue de Jackson.
Sony propose à Michael Jackson un montage
financier. Selon le New York Times, Citigroup aurait
accordé un prêt à un taux de 6%
à Michael Jackson à condition que Sony
puisse acheter les parts du catalogue des Beatles à
une date ultérieure pour 250 millions US. À
la même époque, Michael Jackson
déménage de son ranch de Neverland, dont il
vend une partie des intérêts à la
firme Colony Capital.
Malgré ses dettes qui s’élèveraient
à 400 millions, les médias
spécialisés estiment sa fortune à 350
millions, en grande partie à cause du catalogue des
Beatles. Triste ironie pour un artiste qui a autant
marqué le monde de la musique.
LA MORT D’UNE LÉGENDE À
L’HEURE DUWEB - Chantal Guy
La
mort d’une célébrité aussi
mondialement connue que Michael Jackson a
démontré hier à quel point le web
peut devenir en peu de temps complètement
monomaniaque. Tout a commencé sur le site
à potins TMZ, qui annonçait à
16h30 le transport de Michael Jackson dans un
hôpital de Los Angeles. La raison
évoquée : une crise cardiaque. Une
rumeur rapidement relayée sur Twitter,
Facebook, puis par les médias traditionnels. Au
fur et à mesure que les détails
arrivaient au compte-gouttes, et que le public
spéculait sur les forums, une autre course
s’engageait, à savoir qui allait confirmer en
premier le décès de la star. Encore une
fois, TMZ a coiffé au poteau la
compétition en publiant à 17h20 sur sa
page: « Michael Jackson dies. » Il aura
fallu bien plus de temps pour que le L. A. Times
confirme à son tour la nouvelle, et encore plus
de temps pour CNN. Ce qu’on a pu aussi constater hier,
c’est la pertinence du mot « toile » pour
décrire l’internet. Une aussi grosse prise
médiatique s’agitant dans ses filets a
transformé la communauté internaute en
une énorme araignée qui filait droit sur
sa proie. Assez pour ralentir les serveurs de la
planète. Ainsi, la plupart des statuts sur
Facebook ou Twitter abordaient le sujet – sur un ton
triste ou sarcastique, selon qu’on soit fan ou non.
À chaque « rafraîchissement »
de pages web, les commentaires étaient
exponentiels. C’est sans compter les innombrables
liens vers ses vidéos les plus
célèbres. Autre phénomène
intéressant ; des vedettes comme Ice T, MC
Hammer, Miley Cirus, Ashton Kutcher ou Lindsay Lohan
ont spontanément livré leurs hommages et
condoléances sur Twitter. « Je n’ai pas
de mots… J’aimais Michael Jackson », a
écrit MC Hammer, tandis que Ice T confiait :
« Repose en paix, Mike. Les gens peuvent dire ce
qu’ils veulent, mais tu étais 100% original.
Nous t’aimerons toujours, tu nous manqueras et nous
nous rappellerons ta grandeur. » – Chantal Guy
"Il était le meilleur"...
LA MORT DU ROI DE LA POP
Les fans de partout expriment leur douleur - Nicolas
Bérubé
— Des milliers
de fans sont venus rendre un dernier hommage à Michael
Jackson, hier, à Los Angeles.
Vingt-quatre heures après l’annonce du
décès de Jackson, sa résidence dans le
chic quartier de Bel Air et son étoile gravée
dans le trottoir d’Hollywood Boulevard sont devenus des points
de ralliement pour ses fans endeuillés.
Hier après-midi, plusieurs centaines de personnes ont
envahi Hollywood Boulevard, qui a été
fermé à la circulation. L’étoile de
Michael Jackson était ensevelie sous des gerbes de
fleurs. Des policiers à cheval tentaient tant bien que
mal de diriger la foule.
Larry Nimmer, un cinéaste embauché par Michael
Jackson pour faire un documentaire sur son domaine Neverland,
était sur place pour rendre hommage au chanteur. Il
vient de terminer un film intitulé Neverland: The
Untold Story, qui soutient que Neverland était
unparadispour les enfants, et non l’endroit controversé
dépeint durant le procès de Jackson.
«
Michael avait le coeur à la bonne place, a-t-il dit.
Mais il avait un grand défaut: il avait un mauvais
jugement pour choisir son entourage et ses partenaires
d’affaires. Plusieurs personnes ont profité de lui.
C’est une histoire triste. »
Hier, le président Barack Obama a envoyé ses
condoléances à la famille Jackson. Le
porteparole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs, a dit que le
président a qualifié Jackson d’icône de la
musique et d’artiste spectaculaire, mais que sa vie comportait
aussi des aspects tragiques et tristes. « Le
président transmet ses condoléances à la
famille Jackson et aussi aux fans qui pleurent sa disparition
», a-t-il dit.
Les fans ont aussi pris d’assaut les boutiques de vente de
musique en ligne. Hier, neuf des 10 albums les plus vendus sur
le site américain iTunes étaient ceux de Michael
Jackson. C’est la première fois qu’un artiste occupe
une place aussi importante au palmarès des ventes du
site depuis sa mise en ligne, il y a six ans.
Partout au monde
Par ailleurs, les fans ont aussi marqué leur
attachement à la star disparue partout au monde, de
Pékin à Nairobi en passant par Berlin et Bombay.
Les Londoniens, qui devaient avoir le privilège
d’accueillir le retour sur scène du roi de la pop, se
sont réunis spontanément dans le centre-ville
pour entonner trois de ses plus grands succès, Billie
Jean, Thriller et Bad, pendant qu’au même moment, faute
de pouvoir assister à ses funérailles aux
États-Unis, des fans berlinois se sont recueillis
devant la réplique en cire du chanteur au musée
de cire Tussaud. L’émotion était toute
particulière en Éthiopie, où Jackson a
aidé à combattre la famine en recueillant des
fonds grâce à la chanson We Are The World,
coécrite en 1985 avec Lionel Richie et
interprétée avec plus de 20 chanteurs vedettes.
L’ex-président Nelson Mandela, ardent défenseur
des droits des Noirs, a déploré cette «
perte prématurée ».
Une source d’inspiration au Québec - Violaine
Baillivy
«
Michael Jackson a franchi des barrières qui nous
paraissaient insurmontables », a dit Luck Merville.
Le roi de la pop ne chantera plus. Mais son message
résonnera encore longtemps dans la communauté
noire de Montréal. « Michael Jackson,
c’était notre TigerWoods, notreBarackObama des
années 80: il nous a montré qu’il était
possible pour un Noir de réussir en Amérique.
»
Luck Merville n’oubliera jamais ce jour de 1982 quand,
à la suite de pressions, la chaîne de musique MTV
a enfin décidé de diffuser le vidéoclip
d’un artiste afro-américain. « Michael Jackson a
franchi des barrières qui nous paraissaient
insurmontables », explique le chanteur d’origine
haïtienne. Il n’en fallait guère plus pour que
Jackson devienne son idole. « À cette
époque, il n’y avait pas beaucoup de modèles
pour les jeunes de la communauté noire et lui, il avait
un succès qui aurait fait l’envie de tous les artistes,
peu importe la couleur de leur peau. »
Bien des chanteurs noirs du Québec doivent une partie
de leur succès à Michael Jackson, croit le
producteur René Frantz Duroussel. « Corneille
n’aurait pas eu le même succès si Michael Jackson
n’était pas passé avant lui. Il y a 20 ans,
c’était très rare de voir un Noir à la
télévision, sinon dans un rôle de bandits!
Il a pavé la voie aux autres. »
Il a été une source d’inspiration cruciale pour
le chanteur Gage, qui a grandi dans le quartier
Montréal-Nord. « C’était difficile.
J’étais seul, je n’avais pas de père, pas de
frère. Je me suis dit que si je travaillais dur, aussi
dur que lui, je pourrais avoir du succès moi aussi.
» Mais Gage n’est pas le seul à avoir
puisé sa source de motivation dans les pas de danse et
les mélodies de Michael Jackson. « Je vous mets
au défi de trouver une seule famille haïtienne de
Montréal qui n’a pas Thriller dans sa
discothèque. C’était ce qui se faisait de mieux,
ce qu’on voulait entendre dans toutes les fêtes, qui
faisait danser aussi bien les grands-mères que les
petits-enfants », ajoute JeanYves Roux, qui
s’apprête à lancer Clovys TV, une chaîne
musicale consacrée à la scène
montréalaise.
Un effet
rassembleur
Quand il habitait dans l’ouest de Montréal ,
René Frantz Duroussel était souvent le seul Noir
de sa classe. « Mais j’avais une chose en commun avec
tout le monde : Michael Jackson. Lui, tout le monde l’aimait,
tout le monde l’idolâtrait. » Nathalie Simard en
est la preuve. Peu de gens s’en souviennent, mais la chanteuse
a enregistré au début des années 80 :
« Mon idole, c’est Michael Jackson. »
« Il avait tout pour fasciner les gens. Il était
beau, il dansait bien, il savait transmettre sa passion
», dit-elle. Les accusations d’agressions sexuelles
portées contre lui ne lui ont jamais fait regretter son
geste. « Il a été acquitté et a
tourné la page en vendant un demimillion de billets en
quelques heures à peine pour sa tournée à
Londres. »
« C’était le King de notre
génération, compare la chanteuse Mitsou, qui ne
passe pas une semaine sans courir au rythme de Michael
Jackson. Il faut s’attendre à ce qu’il soit encore plus
populaire après sa mort qu’au cours des
dernières années, comme Elvis Presley. »
Hier, lesdisquaires deMontréal ont continué
à être pris d’assaut par les fans de tous
âges et origines confondus... « Nous avons
vidétoutesnos réserves: il nenous reste plus un
seul CD de Michael Jackson depuis jeudi soir! » a
confirmé Annie Lafontaine, du magasin Archambault de la
rue Sainte-Catherine Est.
Il était mort depuis longtemps - Marc Cassivi
J’avais 9 ans
à la parution de « Thriller », mon premier
album. C’est le seul 33-tours que j’ai conservé
à ce jour, par pure nostalgie, après l’avoir
écouté jusqu’à plus soif.
Il était mort depuis longtemps, Michael Jackson. Mort
artistiquement, dans la foulée du succès
foudroyant de Thriller. Mort pour les hommes, desquels il
n’avait cessé de se distancier.
Un mort en sursis, plus déjà qu’un souvenir, une
curiosité malsaine. Mis au ban pour ses comportements
sexuels ambigus, dénoncé pour ses
excentricités, confiné au rôle de
bête de cirque médiatique. Créature
blessée, recluse et défigurée, en
faillite humaine et financière. Mort triste d’une vie
triste.
Et pourtant. Il était magnifique et lumineux, l’enfant
fragile au talent prodigieux des Jackson Five, chantant de sa
voix cristalline I Want You Back. Off The Wall fut l’album
brillant du prétendant au trône. Thriller, le
disque de la consécration planétaire, sacre du
« Roi de la pop », porte-étendard d’un
nouveau modèle économique croisé :
chanteur-danseuracteur surdoué d’époustouflants
vidéoclips.
The King of Pop. Le titre royal qu’il portait
fièrement, comme une ceinture de champion de boxe, lui
avait déjà glissé des mains au moment
où il s’en est le plus enorgueilli, au milieu des
années 90. Roi déchu s’accrochant à sa
marque de commerce comme un naufragé à une
bouée de sauvetage.
Dès Bad, en 1987, Michael Jackson est devenu, à
l’instar de son personnage de dessin animé à la
télé, une caricature de luimême. On se
moquait à l’époque de l’image de dur qu’il
tentait en vain de projeter. « Weird Al » Yankovic
a parodié avec maestria le clip de gang de sous-sol de
Bad (filmé par Scorsese). Eddie Murphy s’est
acharné en spectacle sur ce « gars qui sait
chanter mais n’est pas le type le plus masculin au monde
» (« Tito, give some tissue ! Jermaine, stop
teasing! »).
Certains,
séduits par l’hybridation des genres de Thriller (rock,
pop, r& b), ont peu à peu délaissé
l’artiste, estimant avec raison qu’il ne se renouvelait plus
musicalement et que son personnage médiatique («
Wacko Jacko », Jacko le barjo) avait pris le pas sur son
oeuvre. Des dizaines de millions d’inconditionnels lui sont
restés fidèles jusqu’à Dangerous (
pourtant médiocre), mais à la sortie du pompeux
HIStory (amalgame de « l’Histoire » et de «
son histoire »), en 1995, succombant à son propre
mythe, le souverain mégalo avait perdu son royaume.
Je suis de la génération qui a découvert
la musique pop grâce à Michael Jackson. J’avais 9
ans à la parution de Thriller, mon premier album. C’est
le seul 33tours que j’ai conservé à ce jour, par
pure nostalgie, après l’avoir écouté
jusqu’à plus soif. Pourtant, la mort de Michael
Jackson, jeudi, ne m’a pas le moindrement ému ni
surpris. Peut-être parce que j’ai fait, il y a
longtemps, le deuil de mon idole d’enfance.
Michael Jackson, l’artiste, n’était plus pertinent
depuis au moins 20 ans. Restait ce zombie désolant, ce
cobaye de la médecine moderne, cette loque humaine
vidée de toute vitalité. Un ermite en cavale,
à la fois conspué, idolâtré et
traqué par les sangsues de l’information-spectacle,
internautes-potineurs et autres reporters-vampires de
l’impudeur et de l’impertinence.
Le visage navrant, squelettique, diaphane de Michael Jackson
était, en fin de vie, à l’image de son
époque. Triste. Sinistre. Le résultat d’une
enfance dans le showbusiness, marchandée par son
père tyrannique. Celui de sa transformation, à
l’âge adulte, en bien de consommation mondialisé,
dans l’air du temps, que l’on s’est arraché de la Terre
de Feu à la Sibérie, avant de le jeter dans le
caniveau, comme une vieille canette de Pepsi.
Il y avait de quoi virer fou.
L’incompréhension - Pierre Foglia
J’ai aimé
Thriller ; l’album bien sûr, pas la toune qui n’en finit
pas. J’ai joggé longtemps sur Billie Jean et sur Beat It;
j’ai même écouté Beat It sans jogger, mais
c’était plus pour la guitare de Van Halen que pour
Michael Jackson. Quoi d’autre? Ah oui! Sa fameuse danse à
l’envers et au ralenti. Ah oui aussi ! Quand il a secoué
son bébé du haut du balcon, j’ai ri comme un fou
en pensant au freakout des matantes du 450, et je ne dirai rien
d’un certain pédiatre toujours bien énervé;
mais là-dessus, il a peut-être un peu raison: ne
jamais secouer son bébé du haut d’un balcon, c’est
pas une salade.
C’est à peu près tout ce que je
peuxvousdiresurMichael Jackson; je n’ai pas d’opinion sur son
nez, ni sur rien en fait. Par contre, si vous voulez que je vous
parle de Farrah Fawcett qui est morte aussi jeudi, ah ben
là, je pourrais facilement être intarissable. Elle
a été mon sexsymbol secret pendant quoi? Dix ans?
Oui, madame. Je me souviens même d’une pub de shampoing
dans laquelle elle apparaissait dans une nuisette rose dont une
des bretelles était tombée, sans découvrir
rien, rassurez-vous – je vous parle d’avant 1980. Pourtant ce
petit désordre vaporeux, et le geste qu’elle faisait en
avançant l’épaule pour remonter ladite bretelle,
donnait plus à bander que tous les films de cul que vous
avez vus.
Parlant de cul, elle est morte d’un cancer de l’anus, disait
élégamment mon journal hier matin. Too much
information, non? Le claironner dans l’espoir de conjurer la
chose elle-même? Vade retro, cancer de l’anus ? Il y a de
cet ésotérisme-là dans toutes les campagnes
contre le cancer : nommons-le, parlons-en toutes les deux
minutes, ainsi on le combattra mieux. Vous êtes sûr?
Ésotérisme pour ésotérisme: et si le
cancer était un petit peu transmissible par la parole ?
Expliquez-moi un autre truc. Expliquez-moi le mal que vous vous
donnez pour ne pas nommer, par exemple, la surdité; vous
dites malentendement, vous dites difficulté de perception
auditive, mais voilà qu’une des plus jolies dames du
cinéma et de la télé des 50
dernières années vient à mourir et vous
vous empressez de préciser : d’un cancer de l’anus.
Vous savez de quoi je vais mourir moi? D’incompréhension
totale, une mort qui ressemble beaucoup à une mort
hallucinée dans le désert. D’ailleurs, à
l’autopsie, on trouve du sable dans le cerveau des morts
d’incompréhension.
Ce qui m’a frappé hier matin, c’est l’ampleur de la
couverture, sa qualité aussi, mais l’ampleur surtout...
Le roi de la pop, certes, mais je ne m’en doutais pas à
ce point-là. John Lennon était le roi de quoi,
lui? Et si vous placez Thriller dans votre top cinq, où
allez-vous mettre Sgt. Pepper? Exile On Main Street? Born To
Run? What’s Going On? Ziggy Stardust ? Never Mind The Bollocks
(des Sex Pistols)? On est déjà rendu à sept
et on n’a pas commencé. Combien de pages quand Jagger va
mourir? Springsteen?
Je sais bien, allez, on n’en parlera plus lundi. Rien ne
s’éloigne plus vite que les morts.
Sur le chemin de retour de ma ride à vélo, je
passe souvent devant chezVastel. Le célèbre
chroniqueur politique décédé
récemment. Une jolie maison dans les vignes. On
n’était pas amis, même pas de loin, aussi doit-il
être surpris de m’entendre le saluer amicalement chaque
fois que je passe devant chez lui : Hé, Michel. Et chaque
fois aussi je mesure ce que je viens juste de vous dire :
combien les morts s’éloignent rapidement.
Certains,
pourtant, s’incrustent unmoment. Depuis unmois j’ai en
tête les morts du vol d’Air France Rio-Paris. Excusez le
cliché, la mort est un passage que personne ne sait
comment franchir et c’est ce passage qui fait peur; pour
ceux-là, le passage s’est fait dans l’horreur la plus
absolue.
La semaine dernière, j’ai reçu par courriel deux
photos soidisant prises par un passager dans la cabine de ce vol
Rio-Paris, la carlingue coupée en deux, à
l’arrière-plan un passager happé par le vide. J’en
ai rêvé. On expliquait dans le courriel que la
carte numérique de l’appareil photo avait
été retrouvée flottant parmi d’autres
débris. Ce qui est vraisemblable techniquement. Un
collègue photographe me raconte qu’il a
déjà oublié une de ces cartes
numériques dans la poche d’un pantalon qui est
allé au lavage, et que les photos étaient encore
là après le lavage. Sauf que pour le vol de Rio,
on sait maintenant que c’était de fausses photos. Mises
en circulation par un esprit malade. Et aussitôt
diffusées par ces chaînes de courriels qui
véhiculent n’importe quoi, en toute bonne foi. Les photos
ont fait le tour de la planète, elles sont mêmes
passées à la télévision bolivienne.
Que me disiez-vous, déjà, dans la foulée de
ma dernière chronique sur les journaux, le web et tout
ça? Ah oui, vous me disiez: le web, quelle merveille, la
fin de l’isolement, l’information partagée,
instantanée. Petits comiques.
Parlant du web, je peux vous ramener au faux blogue sur le Bixi
monté par des spécialistes en marketing pour en
faire mousser l’utilisation? Mon collègue Lagacé
avait chroniqué sur le sujet, j’en avais rajouté.
Parmi les commentaires, celui d’un lecteur qui travaille en
marketing et qui me dit que ce faux blogue est une honte, une
atteinte à l’éthique de la profession. Plus loin,
ingénument, mon correspondant me résume ce que je
devine être le fondement de cette
éthique-marketing: Je ne mens jamais, dit-il. Bien
sûr, j’essaie de dire les choses d’une manière
plaisante. Je ne montre qu’un seul côté de la
médaille, mais ce côté existe, je n’invente
rien.
On cherchera longtemps une meilleure définition du
marketing. Merci, monsieur.
Sur le même sujet, Sophie, qui travaille dans une
librairie, me dit: Quand vous avez parlé de La route de
McCarthy dans une chronique, on a vendu tous les McCarthy, hey
hey M. Foglia...
Elle a un doute cette jeune femme : si tout est marketing,
pourquoi pas vous, monsieur le chroniqueur ? Parce que,
mademoiselle.
Si je vous le dis, vous me promettez de ne pas me trouver
baveux? Parce que, comme souvent les gens qui passent pour
intelligents, je n’entends absolument rien à la vraie
vie. Je vous l’ai dit plus haut, je vais mourir
d’incompréhension et on trouvera du sable dans mon
cerveau.
Aucun mortel ne peut résister... - Mario Roy
Difficile
d’imaginer un être aussi mal dans sa peau, au sens
strict, que Michael Jackson.
Michael Jackson aura sans doute été ce qui
peut le plus se rapprocher d’une version pop et postmoderne
des poètes maudits de la fin du XIXe siècle ;
ces créateurs géniaux, mais sombres et
fantomatiques ; ces marginaux voués au malheur,
à la maladie et à la mort; ces
illuminés à la fois
vénérés et craints parce que, l’espace
d’un instant, on entrevoyait chez eux les précipices
sans fond de l’âme humaine. Jackson ? Il est difficile
d’imaginer un être d’un tel talent pour l’art. Au
point, avec le stupéfiant Thriller de 13 minutes
tourné en 1983 par John Landis, d’en inventer un
nouveau : celui du vidéoclip, une forme d’expression
qui donnera ensuite, et jusqu’à aujourd’hui, du
meilleur et du pire.
Mais, en même temps, difficile d’imaginer un
être aussi mal dans sa peau, au sens strict du terme,
que Michael Jackson. À cause de cela, il se sera
infligé de véritables tortures pour être
encore et toujours quelqu’un d’autre, avec un autre visage
et une autre couleur, jusqu’à ce qu’il soit effrayant
à voir et qu’il se détruise, lentement mais
sûrement, jusqu’à l’issue fatale d’hier.
Difficile d’imaginer un être aussi incertain de son
identité. Était-il vraiment parvenu à
l’âge adulte, en effet, lorsqu’il jouait de
façon ambiguë avec des enfants dans son
château de Neverland, dont les chambres étaient
encombrées de poupées et de jouets, ou
décorées de héros de bande
dessinée grandeur nature ?
Difficile d’imaginer un être aussi en phase avec la
réalité de son monde et de son époque
(l’album Thriller demeurera probablement à tout
jamais le plus vendu de tous les temps). Mais, en même
temps, aussi incapable de composer avec la fortune et
l’infortune : à un certain moment, ses revenus
proviendront surtout du catalogue des Beatles, qu’il a
partiellement acheté. Et aussi incapable de se
remettre en selle et de retourner sur scène : depuis
12 ans, il n’y était pas monté.
Difficile,
enfin, d’imaginer un être dont l’héritage est
aussi difficile à évaluer. Une fois
passés la fureur et le bruit, que restera-t-il de
lui, en effet, dans 10, ou 20, ou 30 ans ? Jackson est
arrivé au faîte de sa gloire au milieu des
années 80, exactement au moment où le rock et
surtout la pop changent, pas nécessairement pour le
mieux, désormais portés par l’image et par
l’attitude ( prononcer à l’anglaise), par le
clinquant et souvent, disons-le, par le vide.
Peut-on jurer qu’une partie de ce qu’a fait Jackson
n’annonçait pas ça aussi?
Au bout du compte, il aura été un enfant
prodige et une bête de cirque ; un
phénomène intrigant et inquiétant,
arrivé abruptement au bout d’une vie impossible
à laquelle « aucun simple mortel ne peut
résister » – il s’agit d’une strophe de
Thriller.
De fait, Michael Jackson est venu à bout de
lui-même, sans pouvoir résister.
LA PLANÈTE DIT ADIEU ÀMICHAEL
JACKSON - Nicolas Bérubé
C’était une journée spéciale, hier,
au Staples Center de Los Angeles. Une foule de
personnalités et 11 000 fans y ont fait leurs
adieux à Michael Jackson. Le roi de la pop a eu
droit à une cérémonie sobre et
riche en émotion.
— C’est par une cérémonie sobre et
émouvante qu’ont regardée des centaines de
millions de personnes partout sur le globe que les
proches et les amis de Michael Jackson ont honoré
sa carrière et son oeuvre à Los Angeles,
hier.
Promulguée par un battage médiatique
monstre, la cérémonie a donné lieu
à plusieurs moments touchants, dont le
témoignage de Paris Jackson, la fille du
chanteur, qui est venue dire quelques mots au micro.
« Je veux simplement dire que depuis ma naissance,
papa a été le meilleur père que
l’on puisse imaginer. Je veux juste dire que je l’aime
tellement », a dit la jeune fille de 11 ans, dont
la voix étranglée par les sanglots a
ému les téléspectateurs.
La
cérémonie a duré deux heures au
cours desquelles Mariah Carey, Queen Latifah, Jennifer
Hudson, Lionel Richie, Stevie Wonder, Smokey Robinson et
Usher ont chanté à la mémoire de
Jackson.
Le révérend Al Sharpton a dit que Michael
Jackson avait permis à plusieurs
générations de Noirs d’occuper le premier
plan de la vie américaine, dont Tiger Woods,
Oprah Winfrey et Barack Obama.
« Michael est monté au firmament. Chaque
fois qu’on l’a mis par terre, il s’est relevé.
Chaque fois qu’on ne comptait plus sur lui, il est
revenu. Michael ne s’est jamais arrêté,
jamais, jamais », a dit le révérend.
Un moment d’émotion est venu quand Brooke
Shields, amie de Jackson, a évoqué, au
bord des larmes, des souvenirs personnels, dont les
parties de
rire
qu’ils avaient tous les deux, et leur amitié
complice.
L’actrice a cité un passage de la chanson Smile –
la préférée, a-t-elle dit, de
Michael Jackson – qui appelle à sourire
même quand on a le coeur brisé.
Dans la foulée, Jermaine Jackson, le plus
célèbre des frères du chanteur
vedette, la voix parfois nouée de chagrin, a
interprété Smile, écrite par
Charlie Chaplin pour son film Les temps modernes.
En entrevue de Moscou, le président
américain Barack Obama a parallèlement
salué, hier, la carrière du chanteur.
« Il y a certaines figures de notre culture
populaire qui frappent l’imagination des gens, et elles
deviennent encore plus grandes dans la mort. »
Cercueil présent
En
matinée, des médias ont rapporté
que le cercueil de Jackson serait transporté au
Staples Center, ce qui contredisait une annonce faite la
veille par la famille, selon laquelle le corps du
défunt serait porté en terre hier matin,
avant la cérémonie publique. Les 20 000
spectateurs ont retenu leur souffle quand le cercueil a
bel et bien fait son entrée au Staples Center. Il
était fermé, et recouvert de plusieurs
douzaines de roses rouges.
Au cours des derniers jours, les policiers de Los
Angeles avaient laissé entendre que des centaines
de milliers de fans s’apprêtaient à envahir
les rues entourant le Staples Center durant la
cérémonie.
Hier, quelques milliers de personnes étaient
présentes près des barrières
érigées par le LAPD. Plusieurs personnes
cuisinaient des grillades, tandis que d’autres vendaient
des t-shirts et des affiches à l’effigie du
chanteur. Le rassemblement s’est tenu dans la bonne
humeur. Aucun incident n’a été
signalé.
Près de la clôture, Emily Carr, originaire
de l’Australie, tentait de prendre des photos du Staples
Center. Elle était arrivée à Los
Angeles la veille, et avait décidé de
faire coïncider son séjour en sol
américain avec la cérémonie
funéraire du chanteur.
« C’est excitant d’être ici, si près
de l’action, a-t-elle dit. Si j’étais chez moi,
je regarderais la cérémonie à la
télé, mais ce ne serait pas la même
chose. »
Après l’hommage, le cercueil de Jackson a
été placé dans un corbillard
protégé par des tireurs d’élite. I
mpossible de savoi r où i l a été
emmené, ou même s’il a été
porté en terre.
Un saint est né - Nathalie Petrowski
Même si l’occasion commandait que l’éloge
funèbre soit respectueux, la volonté de
profiter du moment pour réhabiliter l’image et la
mémoire du roi de la pop semblait évidente
chez tous ceux qui lui ont rendu hommage.
Il y a près de deux semaines , Michael Jackson a
quitté le Staples Center de Los Angeles debout
sur ses deux pieds. Il y est revenu hier
après-midi, couché dans un cercueil
doré, en compagnie de ses parents, de ses trois
enfants, de ses amis, de ses fans et de ses
célèbres frères, arborant tous le
même uniforme: cravate jaune, rose à la
boutonnière et main gantée de brillants
argentés.
PHOTO MARIO ANZUONI,
REUTERS
Tous vêtus de
manière identique, les frères Jackson
ont transporté le cercueil de Michael hier lors
de la cérémonie en hommage au chanteur
mort il y a près de deux semaines.
La cérémonie des adieux retransmise en
direct sur des millions d’écrans, petits ou
géants, a duré plus de deux heures. Et si
deux heures ne pèsent pas lourd dans la balance
de toute une vie, c’est pourtant tout ce dont les amis
et alliés de Michael Jackson ont eu besoin pour
réécrire l’Histoire et faire de leur
frère mort un héros propre, pur,
généreux et rassembleur.
Parti le Michael Jackson has been quinquagénaire
qui n’avait pas sorti de CD depuis huit ans, qui n’avait
pas fait de tournée depuis encore plus longtemps
et qui rêvait désespérément
retrouver, avec son nouveau spectacle, son lustre et sa
gloire d’antan. Envolé, le Jackson amateur de
tente à oxygène, de chimpanzés, de
chirurgie plastique extrême, de
dépigmentation débridée, de parcs
d’attractions et de magasinage compulsif. Oublié,
le Michael Jackson accusé d’attentat à la
pudeur sur des mineurs et combattant les accusations
avec des ententes à l’amiable et un exil
prolongé à Dubaï.
Hier, au Staples Center, ce Michael-là avait
disparu à la faveur de son double, Michael le
génie musical, le visionnaire, le plus grand
amuseur public de tous les temps ( the greatest living
entertainer), l’icône nationale, la marque
globale, la légende américaine.
Depuis Smokey Robinson jusqu’au fils de Martin Luther
King en passant par Brooke Shields, Kobe Bryant, Magic
Johnson et Berry Gordy, le fondateur de Motown, les
superlatifs n’ont cessé de pleuvoir comme les
roses sur le cercueil doré du disparu.
Et
même si l’occasion commandait que l’éloge
funèbre soit respectueux, la volonté de
profiter du moment pour réhabiliter l’image et la
mémoire du roi de la pop semblait évidente
chez tous ceux qui lui ont rendu hommage. Parmi
ceux-là, le plus revendicateur fut sans contredit
le révérend Al Sharpton qui, d’une voix
pleine de reproches, a lancé aux enfants de
Jackson: ce n’est pas votre père qui était
étrange, c’est tout ce qui se passait autour de
lui et qu’on lui faisait subir qui était
étrange.
Puis le révérend a fait monter les
enchères de l’Histoire d’un cran. Non seulement
a-t-il rendu Jackson responsable du rapprochement entre
les Noirs, les Blancs et les Latino-Américains du
monde entier, mais il a clairement laissé
entendre que s’il y avait aujourd’hui un
président noir à la Maison-Blanche,
c’était grâce à Michael Jackson. Que
Barack Obama se le tienne pour dit.
Mais pendant que les éloges gonflaient leurs
voiles blanches, pendant que les larmes ruisselaient
comme des rivières dans l’aréna
baigné d’une lumière bleutée et que
chacun y allait de son petit numéro de
sanctification, une image s’imposait, plus vraie et plus
poignante que les autres : celle des trois orphelins de
Jackson, assis à visage découvert à
côté de leur grand-mère.
Prince Michael I, le plus vieux, mâchait avec
ostentation sa gomme pour se donner une contenance.
Paris, sa cadette, une magnifique fillette de 11 ans,
était sage comme une image sans laisser deviner
qu’à la toute fin de la cérémonie,
son cri du coeur – « Depuis que je suis
née, papa a toujours été le
meilleur des pères – allait arracher des sanglots
à l’assemblée et à des millions de
téléspectateurs. Et puis entre les deux,
le petit dernier, Prince Michael II, 7 ans, tenait dans
ses mains tout ce qui lui restait de son illustre
père: une poupée en plastique à son
effigie.
Plus que les larmes et les visages
éplorés, cette poupée
dérisoire disait toute l’ampleur d’un drame qui
n’avait rien à voir avec la mort
surréaliste d’un saint et tout à voir avec
la disparition très réelle d’un
père.
Tout ça pour un « pervers » ?
- Richard Hétu
«
Notre asservissement à la rectitude politique est
tel que personne n’a le courage de dire : nous n’avons
pas besoin de Michael Jackson. »
— Personne ne lui avait demandé de parler de
Michael Jackson, mais le gouverneur républicain
du Minnesota n’a pu résister à l’envie
d’exprimer son ras-le-bol concernant la couverture
médiatique du décès de Michael
Jackson.
PHOTO MARCIO SANCHEZ,
AP
Les fans de Michael Jackson
étaient nombreux devant le Staples Stadium,
où se déroulait l’hommage à la
vedette, mais il n’y a eu aucun débordement et
l’ambiance était plutôt à la
fête.
« Il est temps de passer à autre chose
», a déclaré Tim Pawlenty au tout
début de sa plus récente émission
radiophonique hebdomadaire. « On ne peut y
échapper. J’en ai assez. Il est temps de
présenter nos respects et de passer à
autre chose. »
Le gouverneur Pawlenty, à qui l’on prête
l’intention de briguer la présidence en 2012, a
prononcé ces paroles le 3 juillet. Bien entendu,
les médias américains l’ont
complètement ignoré, continuant à
multiplier les reportages sur tous les sujets
imaginables reliés à la mort de celui qui
s’était autoproclamé « roi de la pop
».
Hier matin, la chaîne NBC a même
mentionné qu’une âme
généreuse avait offert de payer le billet
d’avion à Bubbles, le chimpanzé de
l’artiste disparu, afin de lui permettre d’assister
« en personne » à la
cérémonie en hommage à Jackson. Les
nouveaux maîtres du primate, qui écoule ses
jours en Floride, ont poliment décliné
l’offre.
Il va sans dire que Tim Pawlenty n’est pas le seul
à vouloir passer à autre chose. Environ
70% des Blancs américains estiment que les
médias en font trop sur la mort de Michael
Jackson, contre seulement 36% des Noirs, selon une
étude réalisée entre les 26 et 29
juin par le Pew Research Center for the People and the
Press.
Ras-le-bol
Les raisons du ras-le-bol d’une partie de la population
varient d’une personne à l’autre. Certains
estiment que l’héritage musical de Michael
Jackson ne justifie pas le battage médiatique des
dernières semaines. D’autres déplorent que
les médias accordent autant d’importance à
un artiste dont les dernières années ont
été jalonnées non pas de
succès, mais de scandales. C’est notamment le
sentiment de Peter King, élu républicain
de New York à la Chambre des
représentants.
Dans une vidéo diffusée sur le site
internet YouTube, King ne fait pas dans la dentelle en
dénonçant ce qu’il a plus tard
qualifié d’« orgie de glorification
». « Notre asservissement à la
rectitude politique est tel que personne n’a le courage
de dire: nous n’avons pas besoin de Michael Jackson,
dit-il. Ce gars-là était un pervers. Il
était un pédophile. Que doit-on penser
d’un pays qui lui accorde une telle couverture
médiatique? »
La sortie de King lui a valu de nombreuses critiques.
Elle tranche pour le moins avec la réaction de
Barack Obama, qui a comparé hier l’émotion
suscitée par la mort de Michael Jackson à
celle qui a suivi les décès d’Elvis
Presley, de John Lennon et de Frank Sinatra.
« Il y a certaines figures de notre culture
populaire qui frappent l’imagination des gens, et elles
deviennent encore plus grandes dans la mort », a
déclaré le président
démocrate lors d’une interview à la
chaîne CBS. « Je dois aussi admettre que le
phénomène est aujourd’hui
décuplé en raison des médias, qui
diffusent 24 heures sur 24, sept jours sur sept, et dont
l’appétit est insatiable. »
PHOTO CARYN ROUSSEAU,
ASSOCIATED PRESS
UN AUTRE KING - Olivier Pierson
La mort
brutale de Michael Jackson lui assure une place au
panthéon des légendes de la musique
Elvis Presley n’était pas parfait, Marilyn Monroe non
plus. Les mythes n’aiment pas la vieillesse.
L’auteur réside à Montréal.
Peter Pan, roi de la pop, extraterrestre… Les appellations
d’origine incontrôlée auront été
nombreuses pour qualifier Michael Jackson. Rarement un
artiste aurat-il autant déchaîné les
passions et alimenté les manchettes de journaux. Sa
mort brutale lui assure une place dans le panthéon
des légendes de la musique.
Il a été roué de rumeurs, maculé
de scandales. On l’a adulé, photographié sous
tous les angles, soumis à des spéculations
sentant parfois le caniveau. Michael Jackson, mort à
50 ans, c’était presque la fin programmée d’un
artiste insaisissable, fragile, torturé, pétri
d’un talent aux contours divins. Elvis Presley
n’était pas parfait, Marilyn Monroe non plus. Les
mythes n’aiment pas la vieillesse. Je fais partie de cette
génération qui a dansé sur ses albums.
Jackson en solo, c’était surtout une trilogie
façon Guerre de l’étoile: Off the Wall,
Thriller, Bad. Les suites ont été moins
bonnes, elles sentaient la fin de règne. Et puis les
scandales, les doutes, la chirurgie esthétique
puissance Five… La décadence, l’aura
déclinante. Pas facile, la vie d’enfant prodige…
Quand on aime vraiment un artiste, on lui pardonne– presque–
tout. L’exceptionengendre souvent la clémence. Moi,
ma zappeuse est restée bloquée sur ce
jeunehommeauxcheveuxcrépus et aunezaplati. Quandle
tsunami Thriller a tout emporté sur son passage, la
transformation physique était déjà
entamée, mais Michael ressemblait encore à
Jackson. Une bête de scène, un
précurseur, une tessiture de voix reconnaissable
entre mille.
Quand on
est un fan de Michael Jackson, on tente de reproduire son
célèbre moonwalk à l’abri des regards,
sur un sol qui ne veut rien savoir. On a beau passer en
boucle ce pas de danse enchanteur, rien n’y fait: tu ne
seras pas Michael Jackson, mon fils. On fredonne aussi dans
un anglais approximatif, presque phonétique, les
paroles de ses chansons les plus connues, dont Billie Jean.
On y voit le phénomène figé sur la
pointe des pieds, tournoyant sur lui-même ou encore
levant sa jambe droite dans un mouvement éclair qui a
fait sa marque de fabrique. On aimerait reproduire ces
gestes sur une piste de danse, devant des amis, de petites
copines, mais on se ravise pour se prémunir du
ridicule et de quelques luxations.
C’est sansdoutedans la mort que l’on mesure les grands
destins. La disparition du roi de la pop va créer une
onde de choc partout dans le monde (et enrichir au passage
les fabricants de mouchoirs), comme on ne l’avait pas vu
depuis Elvis Presley. Un autre King. Une autre
époque.
Michael Jackson a donc rejoint le clip de Billie Jean. Vous
savez, lorsqu’il finit par disparaître et qu’on le
suit à la trace grâce à ces
carrés au sol qui s’illuminent sous ses pas de
fantôme. L’icône est morte, mais sa musique
n’est pas prête de s’éteindre. Sa
révérence soudaine devrait d’ailleurs doper
les ventes de ses albums. Le souvenir par cartes bancaires
interposées.
Ceque je retiendrai deMichaelJackson? Une chanson, Rock With
You, avec sa chorégraphie et son décor
minimalistes. Mais le charme opère, dans un subtil
mélange de retenue et de classe. Le rythme, lui, est
incrusté sous la peau d’ébène d’un
jeune chanteur recouvert d’un habit étincelant et qui
décoche son bonheur à pleines dents.
Farrah et moi - Stéphane Laporte
Farrah n’est
pas mon premier amour. Elle est juste avant ça. Elle
est un test. Une démonstration. Une simulation. Un tout
petit aperçu de ce que ça va faire au fond de
moi quand une belle fille va me sourire comme ça.
Je fais attention en enlevant le bout de scotch tape pour ne
pas arracher la peinture. Ça doit bien faire 10 ans que
le poster d’Yvan Cournoyer est collé sur le mur
au-dessus de mon lit. Mais ce soir, son règne est
terminé. Pendant l’heure du dîner, je me suis
sauvé des murs du collège pour aller à la
place AlexisNihon acheter le poster de Farrah Fawcett. Que
voulez-vous, c’est le printemps!
Je la déroule enfin pour la première fois. Elle
est assise en maillot de bain rouge et elle sourit. C’est
tout. Mais quel sourire! Elle doit bien avoir mille dents. Et
quel maillot de bain! Il n’est pas particulièrement
décolleté. Assez discret. Mais on y devine la
pointe de ses seins. Assez pour rêver. Et surtout, il y
a ses yeux. Ses yeux qui nous regardent franchement. Rien
à voir avec le regard froid des mannequins. Elle nous
regarde joyeuse. Heureuse. Comme si on était son petit
copain.
La photo est tellement excitante que les coins de l’affiche
n’arrêtent pas de relever. Je l’ai étendue au sol
et j’ai mis mes manuels scolaires aux quatre coins pour que le
papier se calme. Je roule Cournoyer, puis je monte sur mon lit
coller Farrah. Voilà, c’est fait. Elle est là.
C’est la première fille qui s’installe dans ma chambre.
Mes parents ne l’ont pas vue. Je ne sais pas comment ils vont
réagir. Ils ne sont pas très pin up.
Je pourrais garder Farrah dans mon jardin secret, mais c’est
plus fort que moi, j’ai envie d’afficher qu’elle me
plaît. J’ai 15 ans, je passe mes journées dans un
collège de gars, juste de gars, j’ai besoin d’une
présence féminine quelque part. Tant mieux si
c’est au-dessus de mon lit.
Elle va en provoquer des commentaires. D’abord mon père
: Ouais... Ouais... Ouais... Puis ma mère: Il
était beau ton poster d’Yvan Cournoyer, pourquoi tu
l’as enlevé? Mongrand frère de 22 ans: Bon le
petit frère s’émancipe. Ma grande soeur : Les
couleurs sont trop criardes...
Chaque personne entrant dans ma chambre ne verra qu’elle. Il y
a beau y avoir une photo de Ken Dryden au-dessus de mon
bureau, la pochette de Sergeant Pepper’s sur la porte de ma
garde-robe, et plein de bébelles partout, dans mon
grand fouillis, c’est Farrah qui ressort. C’est Farrah qui
attire. Mes oncles me taquinent. Mes cousins de mon âge
restent prostrés devant le poster sans rien dire de
longues minutes. Moi, dans tout ça, j’ai comme un petit
malaise. Être fan du Canadien, ça s’assume bien.
Ils gagnent la Coupe Stanley presque tous les ans. Être
fan des Beatles, ça s’assume bien aussi. Ce sont les
plus grands. Mais être fan d’une fille en costume de
bain, c’est comment dire, gênant. Je sais que Farrah
Fawcett n’est pas qu’une fille en costume de bain. C’est une
actrice. Je la regarde tous les mercredis soirs dans Charlie’s
Angels. Et le lendemain, on en parle avant la classe de maths.
As-tu vu quand Farrah s’est tournée pour faire un clin
d’oeil à Bosley? As-tu vuquand Farrah s’est
penchée pour ramasser la balle de tennis? As-tu vu
quand Farrah courait avec son fusil et qu’on voyait bouger
ses... Je sais, on est cons. On est des garçons.
Farrah n’est pas mon premier amour. Elle est juste avant
ça. Elle est un test. Une démonstration. Une
simulation. Un tout petit aperçu de ce que ça va
faire au fond de moi quand une belle fille va me sourire comme
ça. Pour vrai.
Farrah n’est
restée que quelques mois dans ma chambre. Le temps de
combler un vide. Le temps de me faire passer de l’enfance
à l’âge adulte. D’exprimer pour la
première fois ma préférence. J’ai vite
compris que si jamais je voulais recevoir des vraies filles
chez moi, valait mieux dire à Farrah de retourner chez
elle. J’aurais l’air d’un préado retardé. D’un
gars en manque. Je le suis, comme tous les gars de 15 ans,
mais ce n’est pas une raison pour l’afficher.
L’été terminé, j’ai remplacé
Farrah par une mappemonde. Aventure pour aventure. Mais je ne
l’ai pas oubliée.
Je sais qu’en ce moment, on n’en a que pour Michael Jackson.
Ce n’est pas tous les jours qu’un génie
s’éteint. Un génie malade mais un génie
quand même. Il a donné des jambes à la
musique. Avec lui, la musique s’est mise à bouger. Bien
sûr, il y avait eu James Brown. Mais c’était loin
et d’un autre temps. Et ça n’avait jamais eu un tel
rayonnement. Je me souviens de la première fois que
Jackson a fait son moonwalk, comme je me souviens de la
première fois que l’homme a marché sur la Lune.
Le show-business venait de changer. Après lui,
même les Blancs se sont mis à danser.
Donc moi aussi, aujourd’hui, j’écoute en boucle du
Michael Jackson sur mon iPod, mais quand il chante She’s Out
Of My Life, c’est à Farrah que je pense.
Adieu à tous les deux! Merci de faire partie de notre
vie, à jamais.
Puisqu’on en est aux adieux, c’est aujourd’hui que l’on dit
adieu à La Presse du dimanche, nouvelle
réalité oblige. C’est triste, on y était
si bien. Presque en paix. On dirait que les nouvelles du
dimanche étaient moins graves, plus belles. On avait le
temps de jaser. Ça fait déjà 13 ans que,
le dimanche matin, je cognais à votre porte, et on
déjeunait ensemble. Calmement. À compter de la
semaine prochaine, je cognerai à votre porte le samedi.
Je sais que le samedi est une journée beaucoup plus
occupée. Il y a plein de courses à faire et
plein de gens qui viennent vous voir. La Presse est bien plus
épaisse. J’espère que vous aurez toujours une
petite place pour moi à votre table.
Merci pour tous ces brunchs dominicaux, si jamais on s’en
ennuie, vous pouvez toujours mettre ma chronique du samedi de
côté et me lire le lendemain. À la semaine
prochaine, un jour plus tôt!
Le petit prince - Mario Roy
Il y a 40
ans, en j uillet 1969, plus de 600 millions de personnes
ont vu à la télé la première
ma rche lunaire, le célèbre « petit
pas » de Neil Armstrong. Hier, on prévoyait
qu’un milliard de téléspectateurs et
internautes dans le monde allaient se joindre à la
célébration donnée, à Los
Angeles, à la mémoire de Michael Jackson.
Jackson, le magicien du « moonwalk ». Jackson,
l’homme « dont Dieu avait encore plus besoin que
nous », a dit Stevie Wonder.
Des images de Michael Jackson ont
défilé pendant la cérémonie
hier.
Dieu, en effet, avait peut-être besoin d’un
demi-dieu à ses côtés dans le
firmament...
Car ce qui s’est produit à Los Angeles et dans le
monde, hier, déborde considérablement de la
dimension ordinaire de la culture pop – laquelle ne craint
pourtant ni l’esbroufe ni la démesure.
Un million et demi de fans ont réclamé l’un
des 17 500 sièges du Staples Center... des places
« gratuites » qui ont atteint 5000 $ US chez
les revendeurs. Le centre-ville de Los Angeles a
été bouclé: on y attendait un quart
de million de personnes. Avant que la
cérémonie ne débute, une
véritable escadrille d’hélicoptères
survolait le site, avalant la fumée des
générateurs couplés aux innombrables
antennes satellites des télés du monde
entier accourues sur les lieux ; un bon « point de
vue » pour les caméras se louait 10 000$ pour
la journée. Une cinquantaine de cinémas aux
États-Unis, sans doute bien davantage dans le
monde, projetaient la cérémonie en direct –
dont le Lyric Theatre de Londres, où est
donnée depuis janvier la comédie musicale
Thriller Live, un hommage scénique à Michael
Jackson. Sur le web, les quotidiens Le Monde, El Pais,
Times, Wall Street Journal, Der Spiegel et Beijing News,
dont aucun n’est réputé pour sa
délinquante frivolité, offraient en page
d’accueil la retransmission...
«
Finies, les larmes ! Nous allons voir le roi ! Alleluia !
» a chanté le choeur gospel chargé
d’ouvrir la célébration.
Après une spectaculaire veille funèbre qui
aura duré 12 jours, il est difficile de remettre
l’« affaire » Michael Jackson à plat,
pour ainsi dire.
Côté face, l’artiste Jackson est en
lui-même inclassable. En termes pratiques, le
génie qu’on lui reconnaît le plus volontiers,
c’est celui de la danse... oui, la marche lunaire. Et
aussi : le génie de « sentir » la
musique; et de bien s’entourer; et de travailler dur.
Côté pile, on trouve un homme dont la
caractéristique première était
d’être mal dans sa peau, on l’a déjà
dit ici. Et cet homme s’est détruit, comme tant
d’autres qui ont explosé lorsque propulsés
dans la stratosphère des
célébrités et des demi-dieux.
De fait, Brooke Shields a évoqué, non pas la
puissance du roi de la pop, mais la fragilité du
Petit Prince, celui de Saint-Exupéry.
Peut-être est-ce cette fragilité, notre lot
à tous, qu’auront saluée, hier, même
ceux que Michael Jackson laisse plus ou moins
indifférents.
Michael Jackson : Homicide par
médicaments, conclut le coroner
LOS
ANGELES — Le bureau du
coronerducomtédeLosAngeles a officiellement
annoncé hier que le
décèsdeMichael Jackson était un
homicide causé par des médicaments.
La mort du chanteur le 25 juin est due à une
intoxication aiguë au Propofol, un puissant
anesthésiant normalement utilisé
uniquement en milieu hospitalier, et à
d’autres sédatifs, notamment le Lorazepam,
selon un communiqué du bureau du coroner.
Le bureau du coroner n’a pas dévoilé
dans son intégralité le rapport
d’autopsie de Michael Jackson, citant une mesure de
sécurité à la demande des
autorités de Los Angeles.
Le
Dr Conrad Mur ray, médecin personnel du
chanteur, a reconnu devant la police avoir
administré du Propofol au « roi de la
pop » le matin du 25 juin, car celuici ne
parvenait pas à trouver le sommeil,
malgré plusieurs sédatifs. Le
praticien est le principal suspect dans
l’enquête pour homicide involontaire et sans
préméditation ouverte par la police de
Los Angeles.
Michael Jackson a succombé à un
arrêt cardiaque à l’âge de 50 ans
dans sa résidence louée de Los
Angeles, en Californie.
Les conclusions du rapport d’autopsie avaient
déjà filtré en début de
semaine. Une source proche de l’enquête avait
confié à l’Associated Press que c’est
un mélange de P ropofol et de deux
sédatifs, le Lorazepam et le Midazolam, qui
avait tué le chanteur.
Michael Jackson victime d’un homicide
LOS
ANGELES — Le coroner du comté de Los Angeles
chargé de déterminer la cause du
décès de Michael Jackson est
arrivé à la conclusion que sa mort
était la conséquence d’un homicide,
a-t-on appris hier de source proche de
l’enquête.
Cette information renforce encore la
probabilité d’une action en justice contre le
Dr Conrad Murray, le médecin personnel de
l’ancien « roi de la pop », qui se
trouvait auprès de lui au moment de sa mort.
De même source, on précise que le coroner
a déterminé qu’un cocktail fatal de
médicaments avait été
administré à Michael Jackson quelques
heures seulement avant sa mort, le 25 juin dernier,
dans une résidence de location à Los
Angeles, en Californie.
Les tests réalisés par les services
médico-légaux ont
révélé qu’il y avait du Propofol,
un puissant anesthésiant, ainsi que deux
sédatifs, le Lorazepam et le Midazolam, da ns
l’orga n isme du cha nteu r, selon la même
source, qui a requis l’anonymat.
Le Dr Conrad Murray, cardiologue de formation, est le
principal suspect dans l’enquête criminelle
ouverte par la police de Los Angeles.
Selon
des documents de police rendus publics hier à
Houston, au Texas, le médecin a reconnu avoir
administré à son célèbre
client 25 mg de Propofol vers 22 h 4 0, le soir de sa
mort, après lui avoir injecté dans la
soirée deux sédatifs pour lui permettre,
sans succès, de trouver le sommeil.
Ces mêmes documents, datés du 23 juillet,
soulignent que des taux mortels de Propofol ont
été découverts dans l’organisme
de Michael Jackson.
Le rapport de toxicologie du coroner précise
que d’autres substances, outre l’anesthésiant
et les deux sédatifs, ont été
décelées, mais elles n’auraient pas
provoqué la mort de la star.
Le Dr Murray, qui a été entendu par la
police, a diffusé un enregistrement
vidéo dans lequel il assure avoir « dit
la vérité » et être «
convaincu que la vérité prévaudra
».
Son avocat, Edward Chernoff, n’a pas encore
réagi aux conclusions du coroner. Il a
cependant affirmé récemment que son
client n’avait jamais administré quoi que ce
soit qui pourrait avoir causé la mort de
Michael Jackson. Le chanteur a succombé
à un arrêt cardiaque à l’âge
de 50 ans.
Enquête sur la mort de Michael Jackson Le
médecin du chanteur avoue lui avoir injecté du
propofol - Nicolas Bérubé
— Le
médecin de Michael Jackson a dit aux policiers avoir
administré un puissant anesthésiant à
la vedette pop quelques heures avant sa mort, une
intervention délicate habituellement
réalisée dans un hôpital et sous haute
supervision.
Lors de la perquisition de la police
de Los Angeles, hier, à la résidence du Dr
Murray, les enquêteurs ont saisi des documents et du
matériel informatique liés à la mort
de Michael Jackson.
Selon ce qu’a découvert l’Associated Press, le Dr
Conrad Murray a signalé avoir fait une injection de
propofol au chanteur pour l’aider à trouver le
sommeil. Le produit, commercialisé dans plus de 50
pays sous le nom de Diprivan, est administré par voie
intraveineuse pour endormir les patients avant une
intervention chirurgicale.
Toujours selon AP, les policiers qui sont arrivés
dans la maison de Michael Jackson ont constaté que la
chambre du chanteur était en désordre. Il y
avait des vêtements éparpillés sur le
sol, plusieurs bonbonnes d’oxygène et du
matériel médical servant à administrer
des substances par voie intraveineuse.
Les enquêteurs ont constaté que la chaleur dans
la maison était étouffante. Le chauffage
était en marche. Selon ses proches, le chanteur se
plaignait souvent d’avoir froid, même en
été.
Un enquêteur a dit, sous le couvert de l’anonymat, que
Jackson ne pouvait trouver le sommeil qu’en ayant recours
à une perfusion de propofol. La vedette pop utilisait
l’anesthésiant « comme une horloge » : il
s’endormait quand la substance commençait à
entrer dans son organisme et se réveillait lorsque la
perfusion prenait fin.
Cherilyn Lee, une infirmière qui travaillait pour
Jackson, a dit que la vedette pop lui a souvent
demandé de lui injecter du propofol, ce qu’elle dit
avoir refusé de faire parce que c’était
dangereux.
Les perfusions de propofol doivent être
réalisées dans un cadre médical strict,
et le pouls du patient qui reçoit
l’anesthésiant doit être suivi en temps
réel par un dispositif qui alerte le personnel
médical en cas de problème.
«
Négligence professionnelle »
Hier, le Dr Zeev Kain, directeur du département
d’anesthésiologie à l’ Université de
Californie à Irvine, a dit n’avoir jamais eu
connaissance d’une situation où le propofol
était administré dans une maison
privée pour aider une personne à trouver le
sommeil. Une telle utilisation du produit constituerait un
cas de négligence professionnelle, a-t-il
estimé.
L’avocat du Dr Murray, Edward Chernoff,
répète depuis le début de
l’enquête que son client « n’a
administré aucune substance qui aurait pu
être fatale pour Michael Jackson ».
Le Los Angeles Times a révélé hier
que le « roi de la pop » obtenait des
médicaments sous 19 pseudonymes, parmi lesquels
Omar Arnold, Joseph Scruz et Bill Bray.
Les résultats de l’enquête toxicologique
menée sur la dépouille du chanteur devraient
être dévoilés plus tard cette semaine.
Le coroner de Los Angeles a les résultats en main,
mais les enquêteurs du Los Angeles Police Depa r
tment ( LAPD) lui ont demandé de ne pas les rendre
publics.
Parallèlement, le LAPD a perquisitionné hier
à la résidence principale du Dr Murray,
à Las Vegas. Le mandat qu’ils avaient en leur
possession les autorisait à saisir des documents et
du matériel informatique liés à
l’enquête sur la mort de Jackson.
Les agents fédéraux, qui épaulent
leurs collègues du LAPD dans l’enquête, ont
dit que Murray était chez lui au moment de la
perquisition.
Michael Jackson : DES INSOMNIES
INSUPPORTABLES
Au cours des derniers mois, les insomnies de Michael
Jackson lui étaient devenues si insupportables que le
chanteur allait jusqu’à supplier qu’on lui procure un
puissant sédatif en dépit des mises en garde
pour sa santé, a raconté la nutritionniste avec
laquelle le « roi de la pop » préparait son
retour sur scène. Cherilyn Lee, infirmière
spécialisée en conseils nutritionnels, a
affirmé qu’elle a à plusieurs reprises
refusé de procurer au chanteur du Diprivan, un
médicament qui s’administre par intraveineuse
également connu sous le nom de Propofol. Mais quatre
jours avant sa mort, un appel excité de Michael Jackson
a fait craindre à l’infirmière qu’il ait
finalement réussi à se procurer du Diprivan ou
un autre sédatif similaire. Cherilyn Lee a reçu,
le 21 juin, un appel de l’entourage du chanteur alors qu’il se
trouvait à proximité. « Cette personne
était très agitée et m’a dit " Michael
veut vous voir immédiatement. " J’ai répondu : "
Qu’est-ce qui ne va pas ? " Et je pouvais entendre Michael
derrière cette personne disant « Un
côté de mon corps est chaud, vraiment chaud, et
l’autre côté est froid; très froid
», a dit Lee. « J’ai alors dit à mon
interlocuteur : " Dites-lui d’aller à l’hôpital.
Je ne sais pas ce qui cloche, mais il a vraiment besoin
d’aller tout de suite à l’hôpital." »
« À ce moment de la conversation, je savais que
quelqu’un lui (Jackson) avait donné quelque chose qui
agit sur le système nerveux central », a
souligné l’infirmière avant d’insister : «
Il (Jackson) avait des problèmes dimanche et il
appelait au secours. » « J’ignore ce qui s’est
passé là-bas. La seule chose que je sais est
qu’il (Jackson) était intransigeant sur ce
médicament ( Diprivan) », a dit
l’infirmière.
DÉCOUVERTE D’UN PUISSANT SÉDATIF
Un puissant sédatif a été
trouvé dans la demeure de Michael Jackson à
Bel-Air, selon plusieurs sources proches de l’enquête
policière. Le médicament en question, le
Propofol, est utilisé pour endormir les patients
pendant une anesthésie générale. Le
médicament est administré par voie
intraveineuse. Hier, Cherilyn Lee, une infirmière qui
travaillait pour Michael Jackson, a confié aux
médias que la star lui a souvent demandé de lui
administrer le sédatif, ce qu’elle nie avoir fait.
« Il ne cherchait pas à avoir une sensation en
prenant des drogues, a-t-elle dit. C’était une personne
qui voulait de l’aide, qui cherchait
désespérément à trouver le
sommeil, à prendre du repos. » La chaîne
CNN a dit savoir que Jackson avait l’habitude d’être
accompagné par un anesthésiste où qu’il
aille, à la fin des années 90. Le chanteur
aurait eu depuis longtemps recours à des
sédatifs pour arriver à dormir.
Le rôle des médecins au centre de
l’enquête
Deux semaines après la mort de Michael Jackson,
les causes de son décès restaient inconnues,
mais sa dépendance aux médicaments et le
rôle de ses médecins étaient au centre de
l’enquête. Jeudi, l’institut médicolégal
de Los Angeles a exigé de plusieurs médecins du
roi de la pop qu’ils lui remettent les dossiers
médicaux du chanteur. Selon le Los Angeles Times,
certains des médicaments trouvés dans la maison
de Michael Jackson n’étaient accompagnés
d’aucune ordonnance. Son père Joe a dit, dans une
interview diffusée hier sur ABC, qu’il ne connaissait
« même pas le nom des médicaments »
que prenait la star. Et de conclure que son fils avait
été « victime d’un meurtre ». – AFP
Neverland n’accueillera pas le corps du chanteur
Michael
Jackson Le testament rendu public
— Le feuilleton des funérailles de Michael Jackson
a connu un nouveau rebondissement hier, la famille ayant
annoncé qu’aucune cérémonie ne serait
finalement célébrée à
Neverland, tandis que le testament du « roi de la
pop », incluant la chanteuse Diana Ross,
était révélé.
Alors que les fans du chanteur de Thriller
commençaient à affluer aux portes de son
domaine californien, dans les collines et les vignobles de
Los Olivos, à 150 km au nordouest de Los Angeles,
la famille a démenti dans un communiqué la
tenue d’une quelconque cérémonie dans la
propriété.
« La famille Jackson annonce officiellement qu’il
n’y aura aucune exposition publique ou privée (de
la dépouille de Michael Jackson) à Neverland
», a annoncé dans un communiqué la
société de relations publiques Sunshine,
Sachs& Associates, mandatée par le clan
Jackson.
Déjà, dans la matinée de mercredi, le
Los Angeles Times avaient exclu que Michael Jackson puisse
être enterré à Neverland, assurant
AGENCE FRANCE-PRESSE que « les autorités
(n’avaient) pas trouvé la manière de
contourner rapidement les restrictions juridiques
concernant l’inhumation dans une résidence
privée ».
William Boyer, porte-parle du comté de Santa
Barbara, dont dépend Neverland, a
déclaré à l’AFP que les
autorités locales n’avaient jamais eu aucun contact
avec la famille du chanteur au sujet d’éventuelles
funérailles.
La chaîne de télévision
américaine E! , dévolue au monde du
spectacle, affirmait de son côté que Michael
Jackson serait enterré au cimetière de
Forest Lawn, à Los Angeles. Un porte-parole a
refusé de commenter l’information.
Le
testament rendu public
Si l’incertitude concernant les obsèques du «
roi de la pop » est complète, un
mystère a néanmoins été
levé mercredi matin: celui du testament de la pop
star, rendu public à la Cour supérieure de
Los Angeles.
Le document, en date du 7 juillet 2002, confirme que
Michael Jackson avait prévu de confier la garde de
ses trois enfants à sa mère, Katherine
Jackson. La surprise est venue de sa décision de
nommer également la chanteuse Diana Ross
responsable de ses enfants et de leurs biens, si sa
mère venait à disparaître.
La chanteuse Diana Ross, 65 ans, diva américaine de
la soul et ancienne chanteuse du groupe The Supremes,
était une amie de longue date de Michael Jackson,
qu’elle avait connu enfant, lorsqu’il faisait partie des
Jackson 5.
Katherine Jackson, 79 ans, s’est vu confier par la
justice, lundi, la garde provisoire de Prince Michael (12
ans), Paris (11 ans) et Prince Michael II (7 ans).
Le testament stipule par ailleurs que les biens de la star
sont au « Michael Jackson Family Trust ». Les
noms des gestionnaires du fonds n’ont pas
été dévoilés.
Le père de Michael Jackson, Joe Jackson, n’est
mentionné à aucun moment dans le document.
La seule personne nommément exclue de
l’héritage est Deborah Rowe, la deuxième
femme de Michael Jackson, mère de ses deux premiers
enfants.
Par ailleurs, des documents adjoints au testament en 2002
évaluaient la fortune du chanteur, à
l’époque, à plus de 500 millions de dollars,
sans plus de détails.
MORT DE MICHAEL JACKSON Les enquêteurs
croiraient à un homicide
— Les
enquêteurs chargés d’élucider le
mystère entourant la mort de Michael Jackson
considéreraient qu’un homicide a été
commis à l’endroit du chanteur, selon des sources
policières jointes par le site TMZ.
Selon le site, la police posséderait «
plusieurs preuves solides » du rôle qu’aurait
joué le médecin personnel de la star, Conrad
Murray, dans la mort de Jackson.
Hier, la police de Los Angeles a réfuté
l’information diffusée par TMZ. «
L’enquête menée actuel lement n’est pas une
enquête pour homicide », a dit hier Sara Faden,
porte-parole du LAPD.
TMZ, qui a diffusé plusieurs exclusivités
depuis la mort de Jackson, a annoncé hier que les
enquêteurs auraient en leur possession plusieurs
fioles de Propofol, un puissant sédatif qui aurait
causé la mort de la vedette pop.
Interrogé le mois dernier, l’avocat du Dr Mur ray
avait refusé de nier ou de confirmer l’information
selon laquelle son client a injecté du Propofol
à Jackson quelques heures avant sa mort. Hier, un
porte-parole de Murray a dit que le médecin
n’était pas considéré comme un suspect
et qu’aucun mandat de perquisition n’avait été
demandé contre lui. Murray avait rencontré les
enquêteurs le 27 juin, deux jours après la mort
de Jackson. Dernière personne à avoir vu la
vedette avant son arrêt cardiaque, Murray avait
attiré l’attention en choisissant de
disparaître au lendemain du drame. Sa luxueuse voiture
était garée devant la demeure du chanteur, et
la police l’avait par la suite remorquée.
Les rapports de l’autopsie pratiquée sur Jackson
devraient être rendus publics la semaine prochaine.
Les médias traditionnels passent souvent sous silence
les informations diffusées par le site de nouvelles
sur les célébrités TMZ. Or, dans le
dossier de la mort de Jackson, TMZ a obtenu plusieurs
primeurs. Le site, dont le contenu et les méthodes de
travai l s’apparentent à ceux des tabloïds
londoniens, a été le premier à annoncer
que la vedette pop avait fait un arrêt cardiaque, puis
le premier à annoncer sa mort, quelques minutes plus
ta rd. Les médias du globe avaient
préféré attendre que le quotidien Los
Angeles Times confire la nouvelle avant d’annoncer la mort
du chanteur, le 25 juin dernier.
Une
procureure de L.A. démissionne
Une procureure du comté de Los Angeles a remis sa
démission, hier, après avoir causé un
malaise chez ses collègues en acceptant de discuter
de l’enquête sur la mort de Michael Jackson à
l’émission Larry King Live, à CNN.
Robin Katzenstein, qui travaille à la division des
crimes sexuels, était en ondes peu après la
mort du chanteur et a affirmé que les
autorités auraient du mal à monter un
éventuel dossier criminel dans cette affaire.
« Je pense que c’est un dossier difficile. Il y a
tellement de médecins dans l’entourage de Jackson,
tellement de gens différents. Qui allez-vous
accuser ? Quel docteur, quelle ordonnance, quel
médicament ? Était-ce un cocktail de drogues
? Une réaction ? »
Hier, Mme Katzenstein, qui était en congé
sans solde au moment de son intervention
télévisée, a fait savoir qu’elle
n’aurait pas dû discuter de l’affaire. Les
procureurs sont tenus de ne pas commenter les dossiers qui
pourraient éventuellement être traités
par leur bureau.
Mme Katzenstein, qui vient de publier un livre sur les
agresseurs d’enfants, entend depuis quelque temps devenir
une personnalité médiatique. La
présente controverse lui a donné une raison
de plus d’agir, dit-elle.
« C’est une bonne décision. Je voulais
partir, et maintenant je le fais en bons termes »,
a-t-elle dit au L. A. Times.
MORT DE MICHAEL JACKSON Le médecin de la
star se défend
— Le docteur
personnel de Michael Jackson, Conrad Murray, n’a pas fait
d’injection de médicament antidouleur à son
patient le jour de sa mort, a dit hier son avocat.
Présent au chevet de la vedette durant les derniers
instants de sa vie, le Dr Murray a affirmé que
Jackson était déjà inconscient quand il
est entré dans sa chambre, jeudi midi.
La vedette « ne respirait pas. (Le Dr Murray) a
cherché à prendre son pouls. Il y avait un
pouls faible au niveau de l’artère fémorale.
Il a commencé à administrer les manoeuvres de
réanimation cardiorespiratoires », a
confié hier l’avocat Edward Chernoff.
Le Dr Murray s’est entretenu durant trois heures, samedi,
avec les enquêteurs du Los Angeles Police Department
(LAPD). Ceuxci ont précisé qu’il
n’était pas considéré comme un suspect
dans le dossier, mais bien comme un témoin important.
Selon M.
Chernoff, le Dr Murray «n’a ni injecté ni
prescrit de Demerol ou d’OxyContin» à
Jackson. L’avocat affirme que tout médicament
prescrit à Jacksonpar sonmédecin l’a
été à la demande du patient.
Parmi les questions soulevées au sujet du travail
du Dr Murray se trouve celle des manoeuvres de
réanimation cardiorespiratoires. En effet, dans la
bande audio de l’appel au 911 fait par une personne
présente dans la maison de Jackson, on apprend que
la victime est alitée, et que le Dr Murray tente de
la réanimer. Or, il faut placer la victime sur une
surface dure, comme un plancher, pour pratiquer la
méthode de réanimation avec succès,
un élément qui risque de refaire surface
dans l’enquête.
Selon des proches du défunt, ce détail reste
en travers de la gorge des membres de la famille Jackson,
qui soupçonneraient le Dr Murray d’avoir
participé d’une manière ou d’une autre au
décès subit du chanteur.
Dimanche, une deuxième autopsie a été
pratiquée sur le corps de Jackson, à la
demande de la famille. Aucun résultat n’a
été communiqué.
Durant la journée, le pasteur Al Sharpton a
déclaré que la famille Jackson songeait
à organiser plusieurs cérémonies
funéraires simultanément à travers le
monde pour répondre à la vague de sympathie
déclenchée par le décès du
chanteur. Encore là, aucun détail n’a
émergé sur ce projet.
MORT DE MICHAEL JACKSON Trop de questions sans
réponses - Nicolas Bérubé
Hier, la famille
du chanteur a demandé une deuxième autopsie,
tandis que le médecin personnel de Jackson a retenu les
services d’un avocat de haut niveau pour le représenter.
— La mort de Michael Jackson est en train de se transformer en
véritable polar. Hier, la famille du chanteur a
demandé une deuxième autopsie, tandis que le
médecin personnel de Jackson a retenu les services d’un
avocat de haut niveau pour le représenter dans
l’enquête menée par le service de police de Los
Angeles (LAPD).
Vendredi,
le
révérend Jesse Jackson et son fils, Jesse
Jackson Jr., ont passé du temps avec la famille de
Michael Jackson. On les voit ici avec le père de la
vedette pop, Joe Jackson (à droite). Hier, le
révérend Jackson a partagé avec les
journalistes les questions qui le tracassent.
Le médecin, Conrad Robert Murray, 56 ans, a attiré
l’attention des médias en choisissant de
disparaître après le décès de
Jackson, jeudi. Plusieurs sources ont dit que le Dr Murray
était au chevet du chanteur quand celui-ci a
été victime d’un arrêt cardiaque.
Hier, le révérend Jesse Jackson, qui a
passé du temps avec la famille de la vedette pop,
vendredi, a affirmé que plusieurs questions restaient en
suspens.
« Quand le médecin est-il venu? Qu’a-til fait ? Lui
a-t-on fait (à Michael Jackson) une injection, et si
c’est le cas, de quoi? » a-t-il dit à CNN. «
L’absence du Dr Murray soulève des questions importantes,
qui se poseront tant qu’il n’y aura pas répondu. »
Durant la journée, le L. A. Times a annoncé que le
médecin avait retenu les services de l’avocat Edward M.
Chernoff, de la firme Stradley, Chernoff et Alford, à
Houston. M. Chernoff est décrit sur le site web du
cabinet comme le vétéran de la firme, celui qui
« s’occupe des dossiers les plus compliqués
».
Une rencontre entre le Dr Murray et les enquêteurs du LAPD
était prévue en fin de journée, hier.
La famille Jackson était réunie hier à
Encino, en Californie, et préparait l’ébauche du
plan pour les funérailles du chanteur. Aucun
détail n’a jusqu’ici été communiqué
aux médias.
Brian Elias, un porte-parole de l’institut
médico-légal de Los Angeles, a
déclaré que la famille du chanteur défunt
avait demandé une seconde autopsie. Il a
précisé que cette demande avait été
faite avant que la famille ne récupère le corps,
vendredi dans la soirée.
Quant à
la garde des trois enfants de Jackson, les experts semblent
conclure que Debbie Rowe, la mère biologique de deux
d’entre eux, est légalement responsable d’eux. Selon
plusieurs sources, les enfants et la famille Jackson
aimeraient plutôt qu’ils aillent vivre chez leur
grand-mère, Katherine Jackson.
Pour la troisième journée consécutive,
des centaines de fans ont convergé vers l’étoile
de Michael Jackson sur le trottoir d’Hollywood Boulevard. Des
gerbes de fleurs, des photos et des chandelles allumées
recouvrent la majeure portion du trottoir à cet
endroit.
En grande forme
La veille de son décès, Michael Jackson a
passé la soirée au Staples Center, un
amphithéâtre situé au centre-ville de L.
A., où avaient lieu les répétitions pour
la série de concerts du chanteur, prévue cet
été à Londres.
Les gens qui l’ont côtoyé ce soir-là ont
dit que Jackson semblait être en forme, et qu’il avait
eu du bon temps sur la scène.
Le directeur du spectacle, Kenny Ortega, a dit que Jackson
avait l’air « en parfaite santé » durant la
répétition.
« Il avait l’air heureux de voir la progression du
spectacle. Il a dansé et chanté toute la
soirée. Il nous restait quatre ou cinq jours de
pratique avant de partir pour Londres. »
M. Ortega a laissé savoir qu’il songeait à
organiser un ou plusieurs concerts en l’honneur de Jackson, un
peu à la manière de We Are the World, la chanson
écrite par Jackson et Lionel Richie en 1985 pour venir
en aide à différentes causes humanitaires.
« Il doit y avoir au moins cent façons de
célébrer l’héritage de Michael Jackson.
Je suis certain que ses amis et collègues aimeraient se
rassembler pour un projet à la We Are the World
», a-t-il dit.
Conrad Murray va collaborer à l’enquête
Le
médecin personnel du chanteur est un cardiologue
expérimenté
« Michael m’a dit personnellement qu’il avait confiance
en cet homme. »
LOS ANGELES— Conrad Murray, l’homme qui en sait probablement
le plus sur les derniers moments de Michael Jackson, est un
cardiologue expérimenté, que le chanteur avait
engagé pour superviser sa préparation physique
avant sa longue série de concerts londoniens.
Conrad Murray, 51 ans, a un historique de praticien
irréprochable et dispose de licences pour exercer la
médecine en Californie, au Texas et au Nevada,
où il avait son cabinet, selon la presse locale. Il a
fermé ce dernier récemment pour pouvoir se
consacrer à temps complet à Michael Jackson.
Le Dr est devenu la figure centrale de l’enquête sur la
mort du « roi de la pop », des témoignages
assurant qu’il avait administré au chanteur, peu avant
sa mort, du Demerol, un puissant analgésique.
La voiture de Murray a été saisie par la police
et remorquée depuis le manoir de Holmby Hills, à
Los Angeles, où Michael Jackson résidait. Le
médecin a probablement été la
dernière personne à voir le chanteur en vie.
La police de Los Angeles a assuré vendredi que le
médecin avait accepté d’être entendu une
seconde fois en présence d’un avocat, insistant sur le
fait qu’il n’était pas sous le coup d’une enquête
criminelle.
« Nous aurons un entretien approfondi avec le
médecin pour discuter des questions (encore) sans
réponses soulevées par la mort de Michael
Jackson », a déclaré le chef adjoint de la
police Charlie Beck.
Randy Phillips, directeur général d’AEG Live, le
promoteur des concerts londoniens
Murray de Michael Jackson, a déclaré pour sa
part au L.A. Times: « Michael m’a dit personnellement
qu’il avait confiance en cet homme. »
M. Phillips a
précisé que le Dr Murray était
présent aux répétitions du spectacle
à Los Angeles et qu’il « paraissait prendre grand
soin » du chanteur.
Des médecins sans scrupules
Scrutant le passé du Dr Murray, d’autres médias
ont évoqué des problèmes financiers
remontant à 1992, qui auraient coûté au
praticien 400 000 $.
Certains journalistes n’ont d’ailleurs pas
hésité à rappeler les liaisons
dangereuses qui existent parfois entre certaines
célébrités et des médecins peu
scrupuleux, tout disposés à leur prescrire, sans
justification thérapeutique, un arsenal de puissants
médicaments.
Michael Jackson avait lui-même une longue histoire avec
les médicaments, que certains faisaient remonter aux
soupçons de pédophilie dont il avait fait
l’objet en 1993. Les informations selon lesquelles Michael
Jackson aurait reçu de son médecin une injection
de Demerol peu avant sa mort ont relancé les
spéculations sur l’accès du chanteur aux
médicaments.
Selon l’ami et confident de Michael Jackson, le cardiologue
Deepak Chopra, le monde du spectacle regorge de
médecins qui monnayent auprès des
célébrités le moyen d’obtenir des
médicaments accessibles seulement sur ordonnance
« Il y a une pléthore de médecins,
à Hollywood, qui sont des dealers », a
déclaré le Dr Chopra sur CNN. « C’est
juste qu’ils ont leur diplôme de médecin. »
Il évoque le « gros problème » qu’a
Hollywood avec les « médecins de
célébrités qui, non seulement initient
ces dernières aux médicaments, mais les
entretiennent aussi dans leur consommation pour les rendre
dépendants ». « La première cause de
dépendance aux drogues ne vient pas de la rue, mais des
prescriptions faites légalement par des médecins
», dit-il.
Plusieurs festivals d'été terminés avant
d'avoir reçu leur argent d'Industrie Canada
Les subventions se font désirer
Plusieurs festivals ignorent si Industrie Canada leur versera
l’argent attendu - Louise Leduc
« Je n’ai
jamais vu des fonctionnaires scruter un budget d’aussi
près. Il est arrivé que je parle 15 fois dans la
même journée à une fonctionnaire, qui
était très gentille, au demeurant ! »
Est-ce parce que plus de 150 festivals ont réclamé
une subvention? Est-ce parce que le gouvernement conservateur
étudie chaque dossier à la loupe de peur
d’être accusé de financement frivole ? La
controverse autour des 400 000$ donnés à la Gay
Pride de Toronto ralentit-elle la distribution de la manne ? Toujours
est-il que bon nombre de festivals partout au Canada ont le
temps de se terminer avant de savoir s’ils recevront ou non
leur subvention d’Industrie Canada.
PHOTOALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA
PRESSE
Le Mondial des cultures de Drummondville
se termine dimanche, sans que les organisateurs sachent
s’ils recevront leur subvention.
Dès cette année, Industrie Canada devait
distribuer 100 nouveaux millions à différents
festivals au Canada.
Le Mondial choral, à Laval, a débuté le 19
juin, et le communiqué annonçant la subvention
d’Industrie Canada n’est arrivé que le 9 juillet. Le
Mondial des cultures de Drummondville se termine dimanche, et
les organisateurs ne savent toujours pas si Industrie Canada
leur accordera la subvention qu’ils ont demandée – qui
représente le cinquième de leur budget.
« Je n’ai jamais vu des fonctionnaires scruter un budget
d’aussi près, explique Marie-France Bourgeois, directrice
générale du Mondial des cultures. Il est
arrivé que je parle 15 fois dans la même
journée à une fonctionnaire, qui était
très gentille, au demeurant! Demander une subvention
à Industrie Canada, c’est autrement plus exigeant que de
traiter avec Patrimoine Canada. »
« Un fonctionnaire m’a même appelé un
dimanche matin ! » lance pour sa part Paul Girard, l ’ un
des organi sateu r s de Divers/Cité, une fête gaie
qui aura lieu à Montréal du 26 juillet au 2
août.
Malgré cela, la réponse ne vient pas, et M. Girard
dépense comme si c’était dans le sac. « Si
on nous dit non, ça peut représenter la fin de
Divers/Cité. »
Luc Fournier, président-directeur général
du Regroupement des événements majeurs
internationaux qui regroupe les plus gros festivals d’ici, croit
que les organisateurs de Divers/Cité ont bien tort de
mettre la charrue devant les boeufs. « Je les ai bien
avertis qu’ils devraient attendre leur réponse d’abord.
»
À la
loupe
Depuis le scandale des commandites, ajoute M. Fournier, Ottawa
scrute chaque demande à la loupe « parce que tous
les fonct ionnai res redoutent la même chose : que Sheila
Fraser ( la véri ficatrice générale du
Canada) débarque dans leur bureau ».
Puis, ajoute M. Fournier, il y a eu ce changement de ministre.
Ce n’est plus la ministre d’État au Tourisme, Diane
Ablonczy, qui gère le Programme des manifestations
touristiques de renom, mais bien Tony Clement, ministre de
l’Industrie.
Selon ce qu’a initialement révélé le
député conservateur de la Saskatchewan Brad Trost
au site pro-vie LifeSite News, Mme Ablonczy aurait
été remplacée parce qu’elle a eu la
mauvaise idée de verser 400 000$ à la Gay Pride de
Toronto. Les contribuables canadiens ne souhaitent pas, selon M.
Trost, que leurs impôts servent à financer des
activités qui sont plus politiques que touristiques.
Dans des entrevues subséquentes, M. Trost a dit qu’il
n’avait jamais voulu critiquer Mme Ablonczy. Il a cependant
maintenu que le financement de la Gay Pride n’était pas
une bonne idée. Éric Pineault, l’un des
organisateurs du défilé gai montréalais du
16 août (distinct de celui de Divers/Cité), n’a
jamais pensé, lui, qu’il serait subvent ionné.
« Avec la controverse que ça a suscité pour
le défilé de Toronto, je pense qu’on va devoir
attendre un changement de gouvernement. »
Le Festival international de Lanaudière, qui ne donne ni
dans la controverse ni dans les revendications mais dans la
musique classique, pensait bien, lui, répondre
parfaitement aux critères de sélection. «
Les autres grands festivals comme le nôtre, eux, ont eu
une réponse positive, regrette le directeur
général, François Bédard. On ne
comprend pas. »
Industrie Canada n’a pas rappelé La Presse.
L’honnêteté des administrateurs mise
en doute - Bernard Barbeau
Les
administrateurs de l’empire de Michael Jackson lui auraient
dérobé plus de 600 millions de dollars
américains. C’est pourquoi, selon le biographe
montréalais Ian Halperin, la mère du défunt
roi de la pop, Katherine Jackson, entend contester en cour leur
droit de s’occuper de sa succession.
« Les avocats préparent une motion devant un juge
», a annoncé hier l’auteur du livre Les
dernières années de Michael Jackson lors d’une
conférence de presse dans un hôtel de
Montréal.
« Il a vendu plus de 750 millions d’albums, a
souligné M. Halperin. Où est tout l’argent ?
Maintenant, la famille a appris où est tout l’argent.
»
Sans divulguer l’identité de ses sources, qui seraient
membres du service de police de Los Angeles ( LAPD), M. Halperin
a déclaré que Mme Jackson est persuadée que
ceux en qui son fils avait placé sa confiance ont
pillé ses comptes en banque pendant plus de 20 ans.
« Ce que j
’ ai appris de mes sources du LAPD, c’est que Katherine Jackson
était furieuse que Michael Jackson soit
décédé sans argent, a dit M. Halperin. Et
elle a peur que les trois enfants de Michael Jackson se
retrouvent sans rien si on ne change pas d’exécuteur
testamentaire. »
Mme Jackson viserait en particulier les exécuteurs John
McClain et John Branca. Ian Halperin dit aussi que le chanteur
lui-même n’aurait pas voulu qu’ils s’occupent de sa
succession.
L’auteur a par ail leurs annoncé que le juge Larry
Seidlin, qui a notamment présidé la cause
concernant la dépouil le de l’ac t r ice Anna Nicole
Smith, est prêt à agir à titre de
médiateur dans la bata i l le pour la garde des enfants
de Michael Jackson.
L’ancien magistrat de la Floride est intervenu luimême par
téléphone, hier. « J’ai mis six jours
à régler la cause d’Anna Nicole Smith, et je suis
prêt à offrir mes services à titre gracieux
pour aider la famille Jackson et les autres parties
impliquées, a déclaré M. Seidlin. Pour
éviter que les enfants aient à subir trop de
stress. » Le juge a souligné que les deux dossiers
avaient de nombreuses similitudes et que cela fait de lui le
candidat idéal. « C’est pratiquement la même
cause ! »
Le risque de l’artiste - Simon Betrand
Gouvernements,
médias et citoyens soutiennent mieux les
athlètes
Il y a beaucoup de points communs entre le long travail de
préparation des athlètes et
le long processus créateur des artistes.
L’auteur est compositeur et doctorant à
l’Université de Montréal.
Il y a quelques jours, huit compositeurs (1) canadiens (dont
j’ai eu l’honneur de faire partie) sont rentrés de
Shanghai, en Chine, où ils avaient été
sélectionnés pour participer à un grand
projet international réunissant 24 compositeurs
canadiens, français et des pays scandinaves.
Ce projet titanesque, se déployant sur trois
années et qui culminera lors de l’exposition
universelle de Shanghai en 2010, a été
initié par Radio France, le Shanghai Media Group et la
Société de musique contemporaine du
Québec (SMCQ), et prenait la forme d’une
compétition où les compositeurs choisis devaient
tous composer une oeuvre pour instrument(s) traditionnel(s)
chinois soliste(s) au choix et pour l’Orchestre symphonique de
Shanghai.
Bien sûr, aucun d’entre nous, pas même les trois
lauréats canadiens, n’espérait être
accueilli en « héros » par un comité
d’accueil avec banderoles et fanfares, tels que le sont
souvent, par exemple, nos athlètes participant à
des compétitions internationales ou aux Jeux
olympiques…
Mais l’absence quasi totale de couverture médiatique de
notre prestation là-bas, qui avait pourtant parfois des
aspects des plus « athlétiques », m’a
plongé dans une réflexion sur la vision qu’a
notre société du travail de longue haleine que
représente la création artistique, en la
comparant, justement, avec la reconnaissance beaucoup plus
spontanée que semblent recevoir les athlètes de
haut niveau, autant de la part de notre société
en général, que des instances gouvernementales.
En effet, il semble que l’idée de soutenir un
athlète pendant sa préparation en vue d’une
compétition soit beaucoup plus communément
acceptée et considérée normale, que de
soutenir, par exemple, un écrivain pendant le processus
d’écriture de son roman.
Pourtant, il y a beaucoup de points communs entre le long
travail de préparation des athlètes et le long
processus créateur des artistes.
Premièrement,
et dans les deux cas, il y a une importante notion de prise de
risque. En effet, absolument rien ne nous garantit le
succès d’un artiste à une compétition
internationale, pas plus que rien ne garantit qu’un artiste
produira un chef-d’oeuvre.
Cependant, il semble que dans le cas du sport, les
médias, le gouvernement et les citoyens soient plus
disposés à prendre ce risque. Pourtant, il est
le même.
Deuxièmement, dans les deux cas, il s’agit de
démarches de dépassement de soi-même en
repoussant ses limites. Un sportif n’est pas plus
intéressé à demeurer figé dans sa
technique et uniquement égaler son record, qu’un
artiste de stagner et répéter des choses qui ont
déjà été dites. Les deux veulent
se dépasser, et élargir les limites de leur
discipline respective.
Alors, où est le problème? Pourquoi notre
société a-t-elle autant de mal à
reconnaître le droit de soutenir, pendant tout le
processus, le travail ardu que représente la
création artistique, comme elle le fait pour le travail
ardu de nos athlètes?
Un élément de réponse se trouve
peutêtre dans le fait que nous avons en ce moment,
surtout au niveau fédéral, des gouvernements qui
souhaitent niveler la culture par le bas. Ce
phénomène se répercute malheureusement
sur nos médias, qui depuis déjà plusieurs
années nous ont laissé tomber, trop
occupés à faire la promotion de ce qui est
déjà promu, ou par une couverture des nouveaux
systèmes préétablis de fabrication des
stars, que la convergence des médias a rendue possible.
À long terme et à moins d’une sensibilisation et
d’un réveil majeur des instances gouvernementales, des
médias et bien sûr des citoyens, nous risquons de
nous retrouver, d’ici une vingtaine d’années dans une
triste société où, – via Star
Académie et tous ses petits enfants «
Écrivain Académie », « Peintre
Académie » et pourquoi pas « Philosophe
Académie » ! -, la convergence médiatique
donnera l’impression au public, avec ce qui n’est en fait
qu’une vaste étude de marché, de « choisir
» la culture qu’ils veulent consommer, tout en
supprimant, justement, toute forme de prise de risque.
Lorsque nous laisserons complètement tomber et
cesserons d’être fiers de nos écrivains,
compositeurs, cinéastes, poètes et tous les
autres artistes, cela voudra dire que nous nous serons
laissé tomber nousmêmes, en tant que
société.
DenisGougeon, JoseEvangelista, Farangis Nurulla-Khoja, Analia
Llugdar, Pierre Michaud, Sean Pepperall, Serge Provost.
Susan Boyle : Cendrillon du web ou coup de
marketing?
À moins
d’avoir passé la dernière semaine au pôle
Nord, vous savez que cette Écossaise de 48 ans – vierge,
au physique ingrat et sans emploi – a épaté le
jury aux auditions de Britain’s Got Talent.
Est-ce que sur le coup de minuit, tout sera terminé pour
Susan Boyle? Cendrillon retrouvera-t-elle sa petite vie, dans
son village sans histoire? Son chat, celui qui était son
unique compagnon depuis la mort de sa mère, la
reconnaîtra-t-il?
À moins d’avoir passé la dernière semaine
au pôle Nord, vous savez que cette Écossaise de 48
ans – vierge, au physique ingrat et sans emploi – a
épaté le jury aux auditions de Britain’s Got
Talent. En la voyant monter sur scène, le grand manitou
Simon Cowell et ses collègues avaient un air moqueur.
Mais en quelques secondes, le visage des juges s’est
illuminé au son de la voix cristalline de la chanteuse
amateur, habituée des karaokés.
Susan Boyle a interprété I Dreamed A Dream, une
chanson tirée de la comédie musicale Les
misérables. En moins de
Ensuite, Oprah Winfrey, Diane Sawyer et Larry King ont
invité la femme qui souffre d’une légère
déficience mentale à leur émission. Paris
Match est allé la visiter chez elle pour prendre des
photos. Même les créateurs de South Park ont
parlé d’elle lors d’un récent épisode.
temps qu’il ne faut pour dire « clic », sa
performance est devenue un (autre) phénomène
YouTube, visionnée 100 millions de fois partout dans le
monde, soit cinq fois plus que l’investiture de Barack Obama.
La laideur vend,
ont dénoncé des commentateurs. Freak show? La
revanche du vilain petit canard? Un coup de marketing de Simon
Cowell? Les avis fusent.
Rosie O’Donnell a comparé Susan Boyle à Shrek. Or,
la femme avait des sourcils moins fournis cette semaine, et elle
portait une belle robe assortie d’un manteau de cuir à la
mode. Même si elle a soutenu ne pas vouloir de
métamorphose pour l’instant, ce petit changement de look
lui a aussi valu des critiques : Susan Boyle se pliera-t-elle
aux féroces standards de beauté?
Tout le monde a son mot à dire sur Susan Boyle. Les
hipsters du web sont même las d’entendre parler d’elle. Et
voilà qu’un jeune garçon de 12 ans, Shaheen
Jagargholi, vient de lui voler la vedette à Britain’s Got
Talent avec une reprise de Michael Jackson. Il a lui aussi eu
droit à des millions de clics sur l’internet.
Est-ce que le carrosse de Cendrillon se t ransformera de nouveau
en citrouille? Quoi qu’il en soit, il ne faut pas oublier que
Simon Cowell est un homme d’affaires avant d’être un
prince charmant.
Susan Boyle : Le rêve est fini NATHALIE COLLARD
Tout n’est pas
« bien qui finit bien ». Susan Boyle, cette
Écossaise de 48 ans révélée au
monde entier grâce à sa voix superbe, n’a pas
remporté la finale tant convoitée du jeu
télévisé Britain’s Got Talent.
Cette finale a eu lieu durant le week-end, au terme d’une
semaine mouvementée au cours de laquelle on a pu
constater à quel point la pression était forte
sur cette femme que toute la planète a
découverte en avril dernier. Les nombreux reportages
faisant état de son agressivité, de ses sautes
d’humeurs et de quelques jurons qu’elle aurait
prononcés se sont multipliés, dévoilant
un peu plus le côté sombre du conte de
fées. On ne passe pas sans heurt de l’anonymat le plus
complet à la reconnaissance internationale.
Du fin fond d’un petit village où elle coulait des
jours tranquilles en compagnie de son chat, celle qu’on
surnommait Susie Simple (l’équivalent de l’idiote du
village) a été littéralement
propulsée dans un tourbillon médiatique qui
l’aura menée, notamment, chez Larry King et Oprah
Winfrey. On serait ébranlé à moins.
Dans toute
cette aventure, Susan Boyle aura perdu davantage que le
premier prix dans un concours de talents. Depuis son
interprétation épatante de I Dreamed a Dream,
Susan Boyle s’est fait déposséder de son
histoire personnelle. On sait désormais qu’elle a
manqué d’oxygène à la naissance,
qu’elle est chômeuse, vierge et qu’elle n’a jamais
embrassé un homme, des détails lancés
en pâture aux médias, qui les ont
utilisés et ressassés sans scrupule. Au cours
des dernières semaines, Susan Boyle est devenue
l’équivalent d’une femme à barbe dans un
cirque médiatique sans pitié.
Et que dire de la dignité de cette femme, qui n’a
visiblement aucun proche pour la conseiller? C’est le propre
de la téléréalité que de prendre
un individu et de le réduire à sa plus simple
expression, de le transformer en stéréotype
(la brute, la belle, l’intelligent). Dans le cas de Susan
Boyle, c’est l’histoire de la moche qui a un don, une
véritable voix d’ange. C’est sans aucun doute la
partie la plus répugnante de toute cette histoire.
Car elle s’appuie sur l’idée que les laids n’ont
habituellement pas droit au talent et au succès. La
réussite de cette femme – dans une émission
qui semblait avoir été arrangée avec le
gars des vues du début à la fin – relevait de
l’inattendu, du spectaculaire, de l’exceptionnel. La
revanche de la laissée-pour-compte.
Mais les efforts des producteurs Pygmalion, qui ont
essayé de transformer Susan Boyle en lui achetant des
vêtements au goût du jour, en lui épilant
les sourcils et en lui teignant les cheveux, n’ont pas
réussi à faire un cygne du vilain petit
canard. C’est le chapitre le plus réjouissant de ce
roman-savon: malgré toutes les tentatives, le
personnage original et dérangeant qu’est Susan Boyle
refuse d’entrer dans la petite case qu’on voudrait lui
assigner, de devenir une chanteuse à voix sage et
lisse. En ce sens, sa deuxième position à
Britain’s Got Talent est une bonne nouvelle. Elle lui
permettra peut-être de mettre fin au freak show des
dernières semaines. C’est du moins ce qu’on lui
souhaite.
Les apparences - Pierre Foglia
Je lisais le
journal à la table de la cuisine, j ’ai laissé
échapper un soupir : ah bon, Susan Boyle est devenue
folle? Par-dessus ses lunettes, ma fiancée a eu cette
question muette: mais comment as-tu fait pour devenir
journaliste?
Je te l’ai dit tant de fois, chérie: je ne l’ai pas
fait exprès. Hormis que mon ignorance de
l’actualité ne m’empêche pas de savoir plein de
choses. Tiens, par exemple, demande-moi qui a tué
Susan Boyle. Qui a tué Susan Boyle? Très bonne
question. Je te remercie de me la poser. Ça devrait
me faire une honnête chronique. Je m’y mets à
l’instant.
Susan Boyle. Quarante-huit ans. Célibataire. Laide
à l’évidence, comme Sartre l’écrit
(dans Les mots) : « mon évidente laideur
». Sauf que Sartre, en plus, nasillait. Susan Boyle,
elle, a une belle voix. Belle comment, cette voix? Disons
d’autant plus belle que la bouche d’où elle sort est
laide.
Après on apprendra qu’elle a un chat qui s’appelle
Galet (Pebbles), qu’elle est vierge, qu’elle n’a pas d’amis
et plein d’autres trucs inutiles, mais quand elle
débarque sur le plateau du Star Académie des
British, Susan Boyle, c’est ça: une presque
quinquagénaire très laide qui chante bien.
Que se passe-t-il à cette première audition?
Ici nos routes se séparent. Votre version. Elle n’a
pas plus tôt ouvert la bouche : I dreamed a dream...
que la beauté de sa voix transcendant son aspect
général, le vilain petit canard devient
rossignol. C’est votre version: Susan Boyle est devenue
Susan Boyle en 10 secondes par la magie de sa voix,
répercutée bien sûr sur YouTube
où elle sera entendue 12 milliards de fois.
Ma version.
Le ressort qui a fait lever l’histoire de Susan Boyle n’est
pas affaire de chant. Ni de transcendance. Rien à
voir avec le fait que la laideur est un
révélateur de beauté plus que la
beauté elle-même. Ou avec le fait que la
laideur a du charme. On ne parle pas ici de Barbra
Streisand. On parle de la matante absolue, prognathe et plus
souvent représentée, en cet état de
délabrement, sur les planches qui montrent le passage
de l’homme de Neandertal à l’homo sapiens que dans
Vogue.
Le ressort, alors? C’est Rocky, le ressort de cette
histoire. Le petit qui plante le puissant. Le laid qui
plante le beau. Le veau marin qui plante la poupoune. Le
ressort, c’est la revanche du peuple. L’histoire n’est pas
qu’elle chante bien, ni qu’elle est laide, mais que dans
cette première audition, elle envoie au tapis les
trois juges ricaneux qui attendaient d’elle une voix de
rogomme, de marchande de poisson à la criée.
Toute l’histoire tient dans cette attente d’une catastrophe.
On reprend. Susan Boyle attaque sa toune: I dreamedadream...
la caméra se tourne aussitôt vers les trois
juges, particulièrement vers la poupoune-juge, canon
de beauté comme l’autre est canon de laideur. La
poupoune-juge est déjà en état de
stupéfaction: hein! quoi! il y avait donc une perle
dans ce tas de marde! Confon-due, la poupoune. Et les deux
autres pareils. Ils n’en reviennent pas. S’ils s’attendaient
à cette voix! Non mais c’est incroyable ! Beaux
joueurs, ils sont tout admiration, et leurs mimiques disent
assez ce que vous allez tous finir par répéter
sur l’air des lampions – vous aimez tellement ce genre de
morale servie en tranches : ah ah, il ne faut jamais se fier
aux apparences.
Comme vous avez raison, madame. Ce que je comprends moins,
c’est que, justement, vous n’imaginez pas comme vous vous
êtes laissée prendre par les apparences.
Si, avant qu’elle chante, les juges avaient dit simplement
à Susan Boyle: on nous a prévenus que vous
aviez une voix exceptionnelle, nous sommes curieux et
impatients de vous entendre, allez-y madame, il n’y aurait
pas eu de Susan Boyle. Sans la stupéfaction des juges
qui a fondé, qui a amorcé la vôtre, il
n’y aurait pas eu de Susan Boyle. Il y aurait eu une femme
laide qui chante bien. Les gens auraient dit ce que disent
les habitués des karaokés où elle s’est
si souvent exécutée : elle chante bien,
dommage qu’elle soit si laide. On n’aurait pas fait le tour
de la planète avec ça.
Les juges savaient. On les avait préparés. On
leur avait dit : on vous envoie un veau, mais elle chante en
crisse. Pas besoin d’ajouter: c’est du bonbon. Ce sont gens
de télé. Ils ont fait ce qu’il fallait. Ils
ont choisi de se laisser déculotter par le monstre.
Ils savaient que cela vous ferait tellement plaisir. Ils ont
voulu être les ahuris de la farce, ils savaient que
leur ahurissement fonderait le vôtre. Ils savaient
qu’ils allaient faire un sacré bout de chemin sur cet
ahurissement planétaire. Bref, cette bonne histoire,
il n’en tenaient qu’à eux de la « stager
» pour qu’elle devienne mille fois meilleure. Mission
accomplie. Alors qui a tué Susan Boyle? Tout le monde
a tué Susan Boyle. La télé qui fabrique
des monstres et les gonfle à les faire exploser. Et
vous aussi. Vous et votre insatiable besoin de contes de
fées. Rien de bien grave pourtant. Ce n’est pas la
vraie Susan Boyle que vous avez tuée. Seulement sa
marionnette. La vraie se remettra de son dérangement.
Son chat Galet l’y aidera. C’est d’ailleurs dans un proverbe
anglais que j ’aime beaucoup – voyez, moi aussi, j’aime les
petites vérités en tranches : you’re nobody
until you’ve been ignored by a cat.
Le monde est Stone... - Mario Roy
Chez les
artistes, la frontière entre engagement et
propagande est souvent floue. Mais il arrive aussi
qu’elle soit tout à fait nette. Et que l’artiste,
chanteur ou cinéaste, photographe ou
poète, se trouve de façon certaine et
évidente du mauvais côté de la
clôture.
Par exemple, comment peuton attribuer un prix à
une oeuvre aussi orientée, comme l’ont
constaté tous les critiques, que The Everlasting
Flame: Beijing Olympics 2008, de la cinéaste Gu
Jun ? C’est pourtant ce qu’a fait, cette semaine, le
Festival des films du monde de Montréal,
avalisant ainsi le message du régime chinois.
E t comment juger l’apparition à la 66e Mostra de
Venise du très « oscarisé »
Oliver Stone débarquant avec le héros de
son dernier film, Hugo Chavez, pour
célébrer à l’unisson la «
révolution pacifiste » bolivarienne?
Certes, le président du Venezuela n’a pas
traversé l’Atlantique uniquement pour ça.
Il a surtout poursuivi ses emplettes d’armement russe,
dont 100 000 kalachnikovs, ces fusils devenus
légendaires en raison de leur effet pacificateur
lorsqu’employés dans le cadre de toute bonne
révolution! Mais tout de même: la
présence de Chavez à Venise au bras de
Stone a fait rudement plaisir aux cinéphiles
avertis agglutinés au Lido. Les deux hommes et
« leur » documentaire, South Of The Border,
ont été ovationnés... alors que ces
mêmes cinéphiles avertis auraient
sûrement pendu haut et court tout cinéaste
venu, en compagnie de Stephen Harper, présenter
un éventuel North Of The Border destiné
à canoniser le premier ministre canadien!
Cette improbable perspective fait bien rigoler, n’est-ce
pas
C’est
que, de fait, il existe une bonne et une mauvaise
propagande. Et c’est l’opinion dite
éclairée qui, seule, sait faire la
différence. Elle n’a d’ailleurs pas tardé
à réagir en dénonçant la
propagande offerte au festival du cinéma, non pas
de Montréal ou de Venise, mais de… Toronto!
C’est en effet au TIFF ( Toronto International Film
Festival) qu’on présente à compter
d’aujourd’hui une série de 10 films
tournés par des juifs. À l’encontre de
ceux-ci, Jane « Hanoï » Fonda, Naomi
« No Logo » Klein et une belle brochette
d’artistes, évidemment engagés, ont
lancé un appel au boycottage pour cause de
propagande. À Ramallah, hier, des artistes
palestiniens se sont joints à eux.
Les films incriminés sont projetés dans le
cadre du programme « City To City » qui,
chaque année, mettra en vedette une ville du
monde; pour l’inaugurer, on a choisi Tel-Aviv, qui
célèbre son 100e anniversaire. Parmi les
oeuvres, on trouve des documentaires sur le
cinéma et la contre-culture, une comédie,
des fictions dramatiques ou sociales.
Aucun n’obtiendra de prix. Aucun n’est
dédié à la gloire du régime
israélien ou du premier ministre Benyamin
Nétanyahou. Celui-ci ne débarquera pas
à Toronto au bras de l’un ou l’autre des
cinéastes. Aucun de ceux-ci n’est
l’équivalent israélien d’une Gu Jun ou
d’un Oliver Stone... Peu importe. Les films juifs,
déclarés coupables de l’équivalent
artistique d’un délit de faciès, ne
doivent pas être vus, point final. L’opinion dite
éclairée en a décidé ainsi,
s’avérant encore une fois dogmatique, poseuse,
conformiste, moutonnière et friande de censure.
Comme, hélas ! elle l’est toujours.
SUÈDE Une loi
anti-téléchargement controversée
— Les
internautes suédois ont mis la pédale douce au
téléchargement illégal après
l’adoption d’une loi plus stricte saluée par
l’industrie du disque, du film et du jeu vidéo, mais
vivement critiquée par une opposition « pirate
» en plein essor.
PHOTO FREDRIK PERSSON,
ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
En Suède, patrie de l’un des
sites d’échanges de fichiers en ligne les plus
populaires, The Pirate Bay, l’adoption d’une loi qui
contraint les fournisseurs à fournir les
identifiants personnels d’ordinateurs suspectés de
télécharger illégalement a
contribué à l’émergence d’une
opposition politique.
L’effet économique a été spectaculaire:
les ventes de musique en ligne au premier semestre 2009 ont
bondi de 57% en un an et celles d’albums ont augmenté
de 9% alors qu’elles n’avaient cessé de baisser
depuis 2001, selon la principale association de l’industrie
du disque (Ifpi).
Adoptée le 1er avril dernier, la loi
controversée dite « Ipred », proche dans
son principe de la « Hadopi » qui suscite un
virulent débat au Parlement français, a aussi
entraîné du jour au lendemain une chute de plus
de 30% du trafic internet, une chute qui se maintient quatre
mois plus tard, d’après les chiffres de
l’opérateur suédois Netnod.
Or, le téléchargement illégal
représenterait entre la moitié et les trois
quarts du trafic internet. Selon le cabinet allemand Ipoque,
le peer to peer, majoritairement illicite,
représentait en 2007 entre 49% et 83% du trafic
suivant les régions du monde.
« Il est évident que les gens qui
téléchargeaient ont eu peur et ont recours
à d’autres moyens, comme les sites d’écoute en
ligne » type Spotify ou Deezer, relève un
chercheur indépendant à l’Institut royal de
technologie ( KTH), Daniel Johansson.
« Des artistes suédois populaires ont vu leurs
téléchargements illégaux chuter
jusqu’à 80% sur des sites comme The Pirate Bay
», relève-t-il.
La principale mesure de la loi Ipred, du nom d’une directive
européenne de 2004, est de contraindre les
fournisseurs d’accès à fournir les
identifiants personnels (adresses IP) d’ordinateurs
suspectés de télécharger
illégalement, pour ouvrir la voie à des
poursuites en dommages et intérêts.
« C’est un exemple historique de loi efficace »,
se félicite le porteparole de l’ Industrie
suédoise du jeu vidéo, Per Strömback.
« Personne n’aurait pu prévoir une chute aussi
brutale du trafic illégal. Surtout, il y a eu aussi
une forte hausse des services légaux »,
souligne-t-il.
Aucune
poursuite n’a encore été intentée
contre un particulier, mais les grandes entreprises ont
attaqué Ephone, un fournisseur d’accès qui
refusait de révéler des données.
Ephone, condamné en première instance, a
fait appel.
Opposition
Mais en Suède, patrie d’un des plus populaires
sites d’échange de fichiers en ligne, The Pirate
Bay, dont quatre responsables ont été
condamnés à un an de prison ferme,
l’adoption de la loi Ipred a contribué à
l’émergence d’une opposition politique.
Lors des élections européennes de juin, le
jeune parti des Pirates, qui réclame principalement
la légalisation du téléchargement, a
recueilli un score inespéré de 7% des voix
et décroché un siège au Parlement de
Strasbourg.
« Le gouvernement devrait cesser d’écouter
les multinationales américaines au lieu des
citoyens ordinaires. Cette loi est profondément
injuste et va conduire à la punition de boucs
émissaires, à qui on va demander des
centaines de milliers de couronnes », a
dénoncé à l’AFP le
député européen « pirate
», Christian Engström.
Des interrogations demeurent aussi sur l’efficacité
de la loi dans la durée.
Plusieurs sociétés proposent de dissimuler
les adresses I P et les fournisseurs d’accès
euxmêmes s’efforcent de l i miter au maximum les
informations qu’ils doivent t ra nsmettre à la j
ustice, de peur de perdre des clients.
« Je ne crois pas que la loi sera efficace à
long terme. Je pense que le trafic va remonter
après quelques mois », pronostique M.
Engström. « Les gens ont besoin de temps pour
trouver des solutions afin de se protéger, mais une
fois que ce sera fait, la loi sera inefficace »,
prédit-il.
DROIT D’AUTEUR L’UDA réclame des redevances
sur les lecteurs numériques
L’Union des
artistes ( UDA) a volé la vedette, lors d’une
assemblée publique du gouvernement
fédéral, hier, en réclamant qu’une
redevance existant pour les CD soit aussi appliquée
aux iPod et aux autres lecteurs numériques.
Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore,
était de passage à Montréal dans le
cadre de ses consultations sur le droit d’auteur, qui ont
pour but de moderniser la législation en la
matière.
Les chanteurs Marie-Denise Pelletier et Richard Petit,
respectivement présidente et membre du conseil
d’administration de la société de gestion
collective de l’UDA, Artisti, ont tour à tour
plaidé pour que le régime de copie
privée, en vertu duquel des sous sont
prélevés sur la vente de cassettes et de CD
vierges, soit étendu aux lecteurs numériques,
clés USB et autres dispositifs de stockage ainsi
qu’à tout support futur.
« Ce n’est pas une taxe, a insisté M. Petit.
C’est une redevance. C’est un acquis que nous devons
conserver. Il ne faut pas mettre dans la tête des gens
qu’on les retaxe ! »
« Dans un iPod, il y a une soixantaine de licences
qu’Apple doit payer à ceux qui ont fabriqué ce
bidule, a souligné Mme Pelletier. Et elles ne sont
sûrement pas données, ces licences-là.
Mais pour la raison d’être de ces iPod,
c’est-à-dire la musique, rien. On ne paie rien. Moi,
j’ai un peu de difficulté à comprendre qu’un
gouvernement donne la priorité au contenant
plutôt qu’au contenu. Est-ce que notre travail est un
léger détail sans importance ? »
La directrice d’Artisti, Annie Morin, en a rajouté un
peu plus tard en insistant sur l’importance pour les
artistes de toucher les sommes qui leur sont dues.
« Il n’y a pas que deux ou trois stars qui
reçoivent cet argent-là, a-t-elle
indiqué. On parle de 97 000 ayants droit ! Pour eux,
c’est vraiment quelque chose de crucial, de vital. »
« Ce que les gens disent, c’est : " Merci, j’ai
reçu mon chèque de copie privée, je
vais pouvoir payer mes impôts"; " Merci, je vais
boucler ma fin de mois", et il y a même des gens qui
nous ont dit : " Wow! qu’est-ce que j’aurais fait pendant
l’année où j’étais en
chimiothérapie si je n’avais pas eu ces
redevances-là ?" » a ajouté Mme Morin en
faisant clairement référence à la
maladie qui a frappé Richard Petit.
Vice-présidente
et directrice générale de l’Association
québécoise de l’industrie du disque, du
spectacle et de la vidéo (ADISQ), Solange Drouin a
fait siens ces commentaires, tout en exhortant les
défenseurs d’un accès libre à tous
les contenus à faire la différence entre
l’accès au savoir et l’accès au
divertissement.
« Les oeuvres culturelles, ce sont des choses qui se
transigent, a affirmé Mme Drouin. Les gens vivent
de ça. » Des dizaines d’opinions sur divers
aspects du droit d’auteur ont été
échangées.
Différents intervenants ont bien sûr
argumenté sur la copie et l’échange de
fichiers numériques, certains y voyant du vol et
d’autres pas. Mais le débat n’a été
qu’entamé.
« En copiant une chanson, je ne viole la vie
privée de personne et je ne lui enlève rien,
a par exemple fait valoir Jonathan Ben, qui parlait en son
nom personnel. La personne a toujours sa chanson. Et
maintenant je l’ai aussi. »
De la même façon, l’idée de forcer les
fournisseurs d’accès internet à tout
révéler sur les activités de leurs
clients a été à la fois
défendue et dénoncée.
Plusieurs représentants du monde de
l’éducation ont aussi demandé au ministre
Moore de prévoir des exceptions pour leur secteur.
L’audience était retransmise sur le web et des
internautes y ont participé à distance.
« Pourquoi un créateur pourrait n’avoir
à produire que pendant une petite partie de sa vie
et en bénéficier jusqu’à sa mort,
alors que les autres doivent travailler toute leur vie?
Les droits d’auteur à vie n’ont pas de sens!
» a notamment commenté un jeune internaute de
Vancouver, ce qui en a fait sourire plus d’un.
Des tables rondes plus réduites ont aussi
été tenues à Vancouver, à
Calgary et à Gatineau et d’autres sont
prévues à Québec et à Halifax.
Une assemblée publique comme celle de
Montréal aura lieu le 27 août à
Toronto.
Acheter des CD pour une chanson -
Réjean Tremblay
Ces
dernières années, le prix de plusieurs CD de
musique classique a radicalement chuté. Comment se
constituer une discographie sans se ruiner ? Réjean
Tremblay, chroniqueur sportif et mélomane à
ses heures, et Claude Gingras, critique aguerri, s’amusent
e prend ra is 2 kg de Mozart, 1 kg de Bach et 750 grammes
de Viva l di c omme dessert. »
François de Tonnancour, l ’éminence du rayon
d e mus i q u e c l a s - sique du magas i n A r c h a
mbau l t de l a r ue S a i nt e - Catheri ne, i l l ustre
ainsi ce que les amat e u r s de musique classique vivent
depuis deux ou trois ans.
Longtemps, il fallait économiser pour s’offrir une
bonne version des suites pour violoncelle de
Jean-Sébastien Bach. Les deux disques
coûtaient plus de 32 $. Et c’était une
aubaine.
Aujourd’hui, on peut acheter une intégrale des
oeuvres de Bach (soit plus de 160 CD) pour moins de 150 $.
Et elle a de quoi satisfaire le mélomane ordinaire.
Le disque
c l a s sique vit une révolution qui pourrait
rendre j aloux l’a mateur de rock, de pop ou de jazz. Les
grandes compagnies comme Sony, Universal, Warner ou EMI
bradent leurs catalogues, offrant les meilleures
interprétations de leurs plus grandes vedettes
à des prix dérisoires.
Évidemment, un spécial i ste qui
n’achète que des versions « pointues »
de certaines oeuvres pourra trouver à redire. Mais
pour les gens ordinaires, c ’est une chance fabuleuse de
découvrir la musique classique, une chance encore
jamais vue dans l’histoire du disque.
On t r ouve pa r exemple à moins de 80 $ un coffret
de 50 CD chez Decca, Mas t e r work s , q u i met e n
vedette de grands pianistes. Violin Masterworks, toujours
chez Decca, offre un banquet de musique de violon pour
moins cher qu’un repas pour deux, sans vin, chez
St-Hubert.
L e s a ma nt s de l ’ o pér a pourront acheter
l’oeuvre de Wagner, de Puccini ou de Verdi pour moins de
100 $. On parle d’une quinzaine d’opéras par
coffret et des plus grands interprètes, dont
Pavarotti et Callas, bradés par London, EMI ou
Deutsche Grammophon. Trente-huit CD (sur DG) des plus
importantes symphonies interprétées par
Karajan pour moins de 100 $, c ’e st aussi l a réa
l ité . Desdisques qu’on payait 2 2 $
l’unité il y a deux ou trois ans. Le secret est dans
la pharmacie
C’est l’a
rrivée du spécialiste des
intégrales Brilliant Classics, il y a un peu plus
de 10 ans, qui a provoqué cette
révolution. Un homme d’affaires et
mélomane hollandais a réalisé qu’il
y avait un marché i nexploité pour la
musique c l a s sique : l es pharmacies et drugstores
des Pays-Bas. « Mais il s’est dit qu’il devait
être capable de réduire les prix au
maximum, rapporte François de Tonnancour. Il a eu
l’idée de génie d’aller voir les
compagnies de disques et de leur offrir de racheter sous
licence les bandes déjà publiées
qu’on n’offrait plus c hez l es disquaires. Leur
coût avait déjà été
amorti et c’était de l’argent facile pour c e s g
r a ndes c ompagnies . Bri l l i a nt Classics a donc
envahi ce premier marché. Devant un si grand
succès, il a décidé d’envahir l’
Europe, d’acheter encore plus de bandes des meilleurs
artistes et d’enregistrer avec d’autres i
nterprètes pour compléter certaines
intégrales », explique M. de Tonnancour.
Le gra nd coup aura été une
intégrale des oeuvres de Mozart de 170 CD vendue
partout en Europe pour 90 €. Le succès fut
colossal. Plus de 200 000 unités ont
trouvé preneur. On y trouve des oeuvres r
achetées de prestigieuses compagnies comme BIS
pour les t rios pour piano et les quintettes à
cordes.
Une splendide intégrale de Beethoven a suivi.
Cent CD en Europe, 85 au Québec. Les symphonies
dirigées par Kurt Masur, des concertos pour piano
par Friedrich Gulda et le reste à l’avenant. Une
intégrale qui venait rejoindre celles de Bach, de
Chopin, de Brahms ou de Haydn.
Bousculées, les multinationales comme EMI ont
finalement réagi en mettant en vente leur
fabuleux fonds de commerce. Les plus grandes
interprétations par les plus grands artistes
à moins de 3 $ le disque. Du jamais vu, de
l’inespéré.
Ceux qui aiment la musique baroque ( Bach, Vivaldi,
Handel, Purcell et les autres) pourront r emercier M. de
Tonnancour. Brilliant lui a demandé de
prépa rer une s é l e c t i o n de s mei l
l e u r e s oeuvres baroques, cette musique que les
profanes trouvent « relaxante ». I l s’est
échiné à c o mpa r e r de s ve r s
i o n s du Messie, des concertos de Vivaldi et des
autres compositeurs baroques. Ça a donné
un coffret de 50 CD en vente à… 49,95 $.
Mon coffret favori ? L’intégrale des symphonies
de Haydn par Antal Dorati. J’avais payé plus de 4
0 0 $ pour les disques à l’époque. Ils
sont en vente à 69 $. Pour les amateurs de
musique, c’est un cadeau du ciel.
Dommage que notre cher Claude Gingras possède
déjà tous ces disques. Pas moyen de lui
faire un cadeau !
Beau, bon, pas cher -
Réjean Tremblay
On ne
s’appelle pas tous Edgar Fruitier ou Claude Gingras.
On ne peut pas tout avoir. Si vous êtes
tenté par la musique, si vous avez le
goût de découvrir cet univers fascinant,
par quoi peut-on commencer ?
À l’époque, Claude Gingras m’avait
prêté une version des Quatre saisons de
Vivaldi : « Tiens, tu devrais être capable
d’aimer ça ! » m’avait-il dit avec son
humour caustique mais en même temps si
généreux.
C’est bien plus tard que je suis passé à
Chostakovitch, dont les 15 symphonies m’ont toujours
touché, ou à Mahler, peut-être le
plus grand de tous.
Et si vous aviez 100 $ à investir ? Quels
achats vous ouvriraient ce nouveau monde?
Je commencerais par le coffret baroque de Brilliant
Classics, celui auquel a collaboré
François de Tonnancour. À 49,95 $, c’est
une aubaine qui ne repassera pas. Puis, toujours pour
49,95 $, on peut trouver les enregistrements complets
du grand violoniste russe David Oïstrakh chez
EMI. Un Mozart à faire sourire un jour de pluie
et un Brahms qui fait oublier le Canadien. C’est tout
dire. Je signale aussi une intégrale de
Beethoven pour 49,95 $. Vous avez bien lu. C’est 87 CD
sous étiquette Cascade. À ce prix, vous
ne retrouverez ni Karajan ni Bernstein – c’est
évident –, mais des orchestres des pays
d’Europe de l’Est. Ce sont des interprétations
très honnêtes et une production fort
professionnelle. Et c’est moins cher que d’acheter des
disques vierges chez Costco.
Pour
quelques dollars de plus, j’opterais pour le coffret
de 50 CD Piano Masterworks ou pour Violin Masterworks.
Pour 300 $, je me fais plus entreprenant. J’ajoute
l’intégrale de Mozart chez Brilliant. Des
symphonies, des sonates, des concertos, des quatuors
à cordes, des trios, des opéras
célèbres. Pour environ 150 $. Mais les
coffrets commencent à se faire rares. Il y a
aussi l’intégrale de Beethoven, 85 CD produits
sous licence pour la plupart. De la grande
qualité.
Autre option : ajouter des coffrets mettant en vedette
vos chefs d’orchestre favoris. Von Karajan chez EMI
(88 CD pour 150 $ environ) ou von Karajan chez DG
(pour moins de 100$). Un très grand chef, des
orchestres splendides et les grandes symphonies du
répertoire. Mozart, Beethoven, Bruckner,
Brahms, Haydn, faites votre choix. On parle du top du
top.
Pour 500$, vous pouvez vous gâter avec de
l’opéra : je vous recommande un coffret de 100
CD offrant 50 grands opéras choisis dans le
vaste catalogue London. On y trouve de très
belles versions d’opéras de Mozart, Rossini,
Beethoven, Bellini, Donizetti, Verdi, Bizet et
Puccini. La plupart des oeuvres ont été
enregistrées dans les années 60, en
stéréo, avec une prise de son qui n’a
pas pris une ride. C’est le coffret pour toute une
vie.
Et pour terminer, j’ai bien dû acheter une
vingtaine de disques de l’Orchestre symphonique de
Montréal avec Charles Dutoit. Surtout la
musique française de Debussy, de Ravel ou de
Berlioz et la musique russe de Tchaïkovsky. En
humble profane un peu chauvin, ce serait
agréable qu’on m’offre un coffret de
l’intégrale de l’OSM avec Dutoit. Pas trop cher
avec un livret intéressant. On serait
quelques-uns à se laisser tenter. C’est quand
même notre orchestre…
Non aux intégrales - Claude Gingras
On
me demande de commenter les suggestions de disques
classiques de mon cher collègue Réjean
Tremblay. Je patine moins vite que lui et j ’ai un
peu de peine à suivre sa pensée.
Ainsi, il recommande deux intégrales de
Beethoven : l’une de 87 compacts, à 49,95 $,
sous l’étiquette Cascade, l’autre de 85
compacts. Dans ce dernier cas, il n’indique ni
marque, ni prix. De toute évidence, il fait
référence à l’intégrale
Brilliant à 150 $ que je recommandais en fin
d’année dernière dans ma liste de
Noël.
Ces i ntégrales sont destinées au
mélomane qui possède
déjà une discothèque
relativement importante, alors que Réjean
s’adresse manifestement au débutant, à
celui qui est aussi ignorant en musique que je le
suis, moi, en sport.
Il faut donc y aller progressivement et ne pas
ensevelir le pauvre néophyte sous des
intégrales de ceci ou de cela achetées
sous prétexte qu’elles ne coûtent que
49,95 $. Ces « briques » comportent
d’ailleurs le risque que l’on sait : notre homme
fera jouer les deux ou trois mêmes disques et
ignorera le reste.
Pas de raison, donc, de « commencer »
par le coffret baroque de Brilliant ou par
l’intégrale des enregistrements
réalisés chez EMI par le violoniste
David Oïstrakh. Ce sont deux sujets trop
spécialisés, comme l’est Herbert von
Karajan, chef carrément surestimé.
Réjean parle encore d’un coffret London
contenant 50 opéras en 100 compacts –
l’équivalent, en somme, d’une i
ntégrale. London (à l ’époque,
le nom américain de la marque britannique
Decca) était réputé comme le
réservoir des meilleures voix au monde. Mais
un très grand nom, Maria Callas, y brillait
par son absence et je doute que chacun des 50
opéras soit offert là dans sa version
absolument idéale.
Pour le débutant, je recommande donc
l’approche modérée. Il ne faut surtout
pas l’assommer avec TOUTES les symphonies de
Beethoven et, encore moins, TOUS les opéras
de Mozart. Une liste de disques offrant une grande
diversité me paraît beaucoup plus
attrayante et efficace.
Dans un premier temps, je suggère de choisir
une oeuvre de chacun des compositeurs essentiels
suivants : Bach (un baroque, oui, mais d’abord un
intemporel), Haydn, Mozart, Beethoven, S c h u b e r
t , C h o pi n , S c h u ma n n , Liszt , Bra hms,
Sibelius, Dvorak, Tchaïkovsky, Rachmaninov,
Verdi, Puccini, Bruckner, Mahler, Debussy, Ravel,
Stravinsky, Chostakovitch, Prokofiev.
Les interprètes forment, autant que les
compositeurs, l’essence d’une discothèque
sérieuse. À cet égard, on ne
peut ignorer Furtwängler chez les chefs
d’orchestre, Horowitz et Brendel chez les pianistes,
Heifetz chez les violonistes, Callas, Flagstad,
Schwarzkopf et Fischer-Dieskau chez les chanteurs.
Ce sont les premiers noms qui me viennent à
l’esprit. Il y en a des centaines d’autres !
COPIER-COLLER - Marie-Claude
Girard
La récente victoire de Claude Robinson
contre Cinar a de quoi encourager les artistes
québécois, qui sont peu nombreux
à poursuivre, mais assez nombreux
à se faire voler – ou à croire
qu’on leur a volé – leurs oeuvres.
Portrait de ces fraudes parfois bana
Il y a quelques années, les tableaux de
plusieurs artistes du Québec et du Canada
ont été vendus à vil prix
par une galerie chinoise. Le problème,
c’est que les peintres n’étaient pas au
courant. Et qu’il s’agissait en fait de simples
reproductions d’oeuvres affichées dans
leurs portfolios sur l’internet.
ILLUSTRATION FRANCIS
LÉVEILLÉE, LA PRESSE
«À la suite de nos démarches
auprès du gouvernement chinois et de
l’ambassade, les oeuvres ont été
enlevées du site», raconte le
directeur général du Regroupement
des artistes en art visuel du Québec
(RAAV), Christian Bédard. Il a
été informé par la suite
que «des mesures assez draconiennes et des
arrestations avaient eu lieu en Chine».
Comment s’assurer par la suite qu’il n’y ait
plus de contrefaçon? «On a
très peu de moyens de contrôle.
Cela entraînerait des coûts
énormes», dit-il.
Encore aujourd’hui, des sites comme
www.europic-art.com offrent des reproductions de
toiles de maîtres, mais aussi de peintres
plus contemporains. À chacun de
vérifier si ses oeuvres s’y trouvent!
En 2001, l’aquarelliste québécois
JeanYves Guidon a eu la surprise de voir une
copie d’une de ses toiles... primée lors
d’un concours organisé par la Ville de
Mirabel. Une copie faite apparemment en toute
bonne foi par une imitatrice, qui avait
même fait imprimer des cartes de Noël
avec sa scène hivernale.
Après des pourparlers entre son avocat et
les assureurs de Mirabel, il a été
dédommagé. Somme reçue:
500$. C’est 10 000 fois moins que la somme
accordée la semaine dernière
à Claude Robinson. Toute autre affaire,
toute autre ampleur.
Ce n’était pas la première fois
que JeanYves Guindon constatait que des peintres
– le plus souvent amateurs – copiaient ses
oeuvres. Mais le fait que l’oeuvre
plagiée ait gagné un concours l’a
particulièrement indisposé:
«Cela fait 25 ans que je peins à
plein temps. Dès ma première
oeuvre, je me suis donné comme diktat de
ne pas faire de copie. Des copies, on fait
ça quand on apprend.»
Il est plutôt rare que des artistes
cognent à la porte de leurs associations
pour se plaindre d’avoir été
plagiés ou volés, constate-t-on,
tant du côté de la
Société des auteurs de
radio-télévision et cinéma
(SARTEC), de l’Union des écrivains du
Québec (UNEQ) que du RAAV.
D’après Daniel J. Gervais, professeur de
droit à l’Université d’Ottawa et
spécialiste de la propriété
intellectuelle, il y aurait en moyenne une ou
deux poursuites pour plagiat d’oeuvres
artistiques au Québec chaque
année.
À
l’échelle
du Canada, il y en aurait quelques-unes de plus.
«Mais la vraie statistique, qu’on ne saura
jamais, c’est combien d’artistes n’ont pas les
moyens d’aller jusqu’au bout d’une
poursuite», souligne l’expert.
Pourtant, lorsqu’ils se rendent en cour, les
artistes ont souvent gain de cause. Les causes
récentes ont plutôt tendance
à pencher du côté des
artistes, estime le professeur Gervais. Mais
contrairement au cas Robinson, les
dédommagements se situent
généralement sous la barre des 100
000$.
Balayeuse et soumission
Pour sa part, Me Normand Tamaro, avocat
spécialisé en droit d’auteur, a
déjà rassemblé une
trentaine de nouveaux jugements touchant au
droit d’auteur depuis la fin 2008. Et à
son cabinet, les demandes d’aide sont
incessantes, dit-il.
Il faut dire que le droit d’auteur n’est pas
réservé aux artistes. Des modes
d’emploi de balayeuse, des recherches
universitaires et même des soumissions
pour appel d’offres ont déjà fait
l’objet de litiges. Les sommes en jeu?
«Tout est fonction de l’exploitation faite
de l’oeuvre, dit-il. Il m’arrive souvent de dire
à des gens que s’ils poursuivent, ils
peuvent être certains que l’autre partie
va faire faillite.»
À qui les idées?
Professeur de littérature au
Collège Maisonneuve, Christian Roy a
écrit en 2004 une comédie musicale
inspirée des chansons de Beau Dommage. Il
a envoyé son manuscrit à plusieurs
maisons de production, à des metteurs en
scène, à des compagnies de
théâtre. Son projet n’ayant pas eu
de suite, il l’a laissé sur un site
internet pour recueillir des commentaires.
La semaine dernière, il a appris avec
surprise qu’une comédie musicale
inspirée de Beau Dommage verra le jour au
printemps prochain. M. Roy a constaté que
ce projet était différent du sien
à plus d’un égard (nombre de
personnages, histoire, etc.) et ne
considère pas avoir été
plagié. Mais son cas illustre bien la
volatilité des idées. Comment
savoir si c’est son idée, semée un
peu partout, qui a fait du chemin
involontairement et à l’insu de tous?
Tout est dans l’expression
«Ce n’est pas l’idée qui est
protégée, mais l’expression de
l’idée», explique le directeur
général de la SARTEC, Yves
Légaré. «L’idée doit
être suffisamment exprimée (et
détaillée) pour que ce soit
quelque chose d’original.» De plus, il est
difficile de prouver qu’il y a plagiat si on ne
peut pas faire la preuve que d’autres ont eu
accès à l’oeuvre. Ainsi, il
suggère aux auteurs de soumettre leurs
idées – lorsqu’elles sont suffisamment
étayées – à un nombre
très restreint de producteurs. Son
association offre d’ailleurs un service de
dépôt confidentiel de manuscrit.
De même, pour limiter les copies sur
l’internet, la RAAV recommande à ses
membres de limiter la taille des photos mises en
ligne à une résolution maximale de
72 points par pouce.
Le jugement dans l’affaire Robinson-Cinar
pourrait remettre les pendules à l’heure
pour ceux qui croyaient qu’on pouvait aller
relativement loin dans la copie sans être
inquiété, estime Me Tamaro, qui
est également chargé de cours
à l’UQAM. Il pourrait nuancer entre
autres le concept selon lequel l’idée
elle-même n’est pas
protégée.
Le jugement fait ressortir que le droit d’auteur
se mesure de façon qualitative, et non en
termes quantitatifs (nombre de notes ou
d’éléments copiés),
explique-t-il. «Il y a plagiat quand on
peut reconnaître la signature de
l’auteur.»
Par ailleurs, la définition du droit
d’auteur a connu un sérieux
bouleversement depuis que l’Organisation
mondiale du commerce (OMC) a commencé
à s’en mêler en 1995, souligne de
son côté Me Gervais. À la
Convention de Berne de 1886 – très
proauteur et rédigée entre autres
par Victor Hugo (!) – s’est ajoutée une
définition plus commerciale: «S’il
n’y a pas de perte d’argent, il n’y a pas de
violation de droits d’auteur, résume Me
Gervais. Ça, c’est radicalement
nouveau.»
Quelques causes de droit d’auteur
- Marie-Claude Girard
1. «LES» PAPAS DE PASSE-PARTOUT
À la suite de la sortie en 2006 des
premiers coffrets de DVD de la série
Passe-Partout, Laurent Lachance a intenté
une poursuite contre les comédiens Marie
Eykel et Jacques L’Heureux et leurs maisons de
production dans le but de faire
reconnaître son droit d’auteur. Alors
qu’il était à l’emploi du
ministère de l’Éducation du
Québec, M. Lachance a participé
à la création de
l’émission. La cause suit son cours
devant les tribunaux. L’an dernier, les
défenseurs ont tenté, sans
succès, de faire reconnaître la
poursuite comme frivole et non fondée,
faisant valoir entre autres que M. Lachance a
attendu 30 ans avant de faire une
réclamation.
2. «LES» MAMANS DE CAILLOU
Le conflit entre l’illustratrice
Hélène Desputeaux et
l’éditrice Christine L’Heureux, des
Éditions Chouette, qui se disputaient la
maternité du personnage de Caillou, s’est
rendu jusqu’en Cour suprême en 2003 sur
des notions d’arbitrage. Un arbitre avait
décidé précédemment
qu’il s’agissait d’une oeuvre
créée en collaboration par les
deux femmes, mais que les droits de reproduction
étaient détenus par la maison
d’édition «à la condition
cependant qu’un tribunal judiciaire convienne de
la validité des contrats».
L’affaire a finalement pris fin par un
règlement à l’amiable en 2005. Il
semble toutefois qu’Hélène
Desputeaux ait pu retrouver l’usage du
personnage sans que les Éditions Chouette
ne cessent pour autant d’utiliser le petit
bonhomme chauve. L’illustratrice a d’ailleurs
convenu un autre règlement à
l’amiable dans un dossier connexe avec Cinar.
3. LA MUSIQUE DU DORTOIR
Un arrêt de la Cour d’appel a donné
raisonen2003àlacompagnieCarbone 14 et
Gilles Maheu dans le conflit qui l’opposait au
compositeur Michel Drapeau. Le tribunal a conclu
que «même s’il a contribué
à cette oeuvre en composant une grande
partie de la musique originale»
accompagnant le spectacle théâtral
Le dortoir, «la contribution du musicien
n’a pas atteint une importance telle qu’elle
aurait fait de lui un coauteur de
l’oeuvre».
4. L’ABC DES FILLES
L’automne dernier, les Éditions Fleurus,
qui publient Le dico des filles, ont
tenté en vain d’empêcher la
diffusion de L’abc des filles, qui s’apparente
à une version québécoise de
l’ouvrage français publié par les
Éditions Les Malins. Fleurus
reconnaissait que les textes des deux ouvrages
étaient différents, mais il
estimait entre autres que la présentation
du livre et la liste des termes et expressions
contenus dans le livre violaient son droit
d’auteur.
5. LE GUIDE DE LA MOTO
La Cour d’appel a renversé l’année
dernière une décision de la Cour
supérieure concernant la reproduction
d’une série de chiffres tirés du
Guide de la moto 2003. Les trois juges sont
arrivés à la conclusion que la
société Xprima a violé le
droit d’auteur de Bertrand Gahel en reproduisant
sur son site internet Moto123.com des
données copiées du Guide de la
moto 2003 relatives à la vitesse de
pointe, l’accélération au quart de
mille, la consommation moyenne, la puissance et
le couple. Le site web a été
condamné à verser 12 500$ plus
intérêts.
6. LA SONNERIE DE CELLULAIRES
7. REPRODUCTIONS SUR TOILE



La Cour d’appel fédérale a conclu
l’an dernier que la Commission du droit d’auteur
a eu raison d’autoriser la Société
canadienne des auteurs, compositeurs et
éditeurs de musique à cueillir des
redevances pour la transmission sans fil de
sonneries, considérant qu’elles sont
soumises à la loi fédérale
sur le droit d’auteur. L’Association canadienne
des télécommunications sans fil,
Bell Mobilité et Telus contestaient cette
décision. La Cour suprême a rendu
une décision partagée – et
controversée – en 2002 dans la cause
opposant le peintre Claude Théberge
à des galeries qui avaient reproduit des
images de ses tableaux sur des toiles. L’artiste
avait cédé par contrat à un
éditeur le droit de publier sur papier
certaines de ses oeuvres. Mais il s’est
opposé à ce que des galeries les
transfèrent par entoilage, un
procédé permettant de
prélever les encres d’une affiche papier
imprimée et de les reproduire sur une
toile. À quatre voix contre trois, les
juges ont tranché en faveur des galeries.
Menaçante, la Chine? -
Marie-Claude Girard
À la fin d’une conférence qu’il
donnait en Chine, on a demandé au
professeur Daniel Gervais d’autographier un de
ses ouvrages sur les accords de l’Organisation
mondiale du commerce en matière de
propriété intellectuelle. Stupeur:
le livre, en chinois, était une copie
illégale de la version anglaise de son
livre! Après quelques secondes, la
colère a laissé place à la
rigolade. Par contre, son éditeur
était fâché et se demande
s’il ne va pas intenter une poursuite.
«La
Chine s’est adaptée en 20 ans aux normes
internationales en droits d’auteur qui ont pris
un siècle à s’implanter en
Occident, fait valoir le chercheur. Ils ont
créé des tribunaux en droits
d’auteur qui fonctionnent, peut-être pas
parfaitement. Il faut être patient.»
— Marie-Claude Girard
Robinson: une victoire et son poison
- YVES BOISVERT
Le triomphe presque entier de Claude Robinson,
aussi réjouissant soitil, est un fruit
judiciaire empoisonné.
En apparence, c ’est un gain formidable pour
tous les auteurs et un puissant message pour les
fraudeurs, producteurs véreux et autres
voleurs d’idées.
Pour Claude Robinson, c’est en effet une
victoire. Pour tout le monde en
général aussi, puisqu’on assiste
à un acte de justice spectaculaire, que
des torts sont redressés et des vilains
dénoncés.
Mais il y a une autre lecture à faire de
cette saga, plus conforme à la dure
réalité judiciaire. Ce jugement
constate la faillite du système
judiciaire à empêcher les voleurs
millionnaires d’écraser légalement
les victimes.
Peu de gens seraient capables d’endurer ce qu’a
enduré Claude Robinson pendant 14 ans.
Quatorze années où il n’a
pensé qu’à ça. Des
années où, souvent, il a eu les
idées les plus noires.
Le système judiciaire n’a pas
trouvé les moyens de gérer cette
cause de manière à peu près
humaine. Robinson a donc été
soumis au supplice de la goutte
procédurale : un petit interrogatoire
ici, un appel incident là, un changement
de bureau d’avocats chez Cinar, des remises, des
blocages, etc.
Certes, la justice l’attendait en fin de
parcours. Mais l’affaire prouve aussi qu’il faut
une force surhumaine pour résister
à cela.
Robinson a eu la chance, je l’ai dit hier, de
pouvoir compter sur un avocat (MarcAndré
Blanchard) qui a mis sa
crédibilité en jeu dans son bureau
d’avocats pour financer le litige, en quelque
sorte.
Mais après 11 ans de procédures,
Blanchard a été nommé juge.
À ce moment, les honoraires (non
payés) s’élevaient à un peu
plus d’un demi-million. Ce qui représente
environ 50 000$ par année. C’est bien
sûr titanesque. Mais une fois son
protecteur nommé juge, voici que les
honoraires de Robinson se sont mis à
gonfler, gonfler… pour atteindre, après
le procès, la coquette somme de... 2,4
millions !
Pas mal, non? Pendant 11 ans, on facture un peu
plus de 50 000$ par année en moyenne – et
il y en a eu, des procédures avant le
procès. Et pour les deux dernières
années… presque un million par
année !
Évidemment, dans ces deux années,
il y a eu 65 jours de procès, plus la
préparation. Mais tout de même,
c’est assez fort de café.
C’est d’ailleurs l’opinion du juge Claude
Auclair. Certes, il a condamné les
défendeurs à rembourser les
honoraires d’avocats de Robinson mais «
seulement » à hauteur de 1,5
million.
Le
juge écrit que ne pas ordonner le
remboursement de ces honoraires reviendrait
à avaliser « le fait que les
tricheurs et les menteurs puissent
perpétuer leur conduite immorale et leurs
manoeuvres illégales en toute
impunité, car aucun individu ne pourrait
se permettre seul une telle dépense
».
Le juge ajoute cependant, à l ’ i
ntention du bureau Gowlings, qui
défendait Robinson, que ce n’est pas
« un bar ouvert où l’on ne peut
choisir que champagne, caviar et filet mignon
». D’où la somme de 1,5 million au
lieu des 2,4 millions demandés.
On se demande en effet dans quel monde vivent
certains bureaux d’avocats quand on voit les
taux horaires réclamés pour les
actes les plus insignifiants.
Mais enfin, encore fallaitil un bureau pour
accepter de f inancer l ’aventure et Gowlings
l’a fait, ce qui est parfaitement honorable. Je
n’en connais pas beaucoup qui auraient
résisté aussi longtemps.
Il n’en reste pas moins qu’on est devant une
victime hors du commun, qui a conservé
ses reçus de taxi d’il y a 20 ans, et qui
a elle-même mené une enquête
maniaque qui aurait coûté à
elle seule des centaines de milliers de dollars.
Il a été défendu par deux
excellents avocats qui ont accepté un
arrangement hors norme.
Le résultat est spectaculaire. Mais qui
peut se permettre une telle aventure? Et comment
faire pour empêcher toutes les manoeuvres
de blocage judiciaire, ces requêtes
inutiles, cette multiplication des actes qui
finissent par faire exploser les coûts?
On a beau punir les défendeurs en bout de
parcours, qui peut suivre ce chemin? Faut-il
absolument être surhumain pour obtenir
justice face à des voleurs millionnaires
? On dirait bien que oui.
En ce sens, cette victoire est une preuve par
l’absurde des problèmes de l’accès
à la justice.
Les changements du printemps à la
procédure civile permettent en principe
de faire financer la défense de citoyens
injustement poursuivis et de punir les abus. On
verra comment ils seront
interprétés. La gestion
serrée des dossiers par les juges est
encore un projet.
Tant qu’une réforme de la
procédure ne sera pas accomplie, on peut
difficilement dire que la victoire de Robinson
est un grand pas pour les créateurs. Il
n’empêche qu’elle est réjouissante.
Et peut-être permettra-t-elle
d’accélérer les réformes
qui tardent tant.
On ne peut pas s’empêcher de voi r,
également , que Ronald Weinberg et feu
Micheline Charest ont échappé
à la justice criminelle. Il y a pourtant
toute une panoplie d’actes frauduleux
étayés, prouvés et
détaillés dans le jugement
Auclair. Parjures, faux documents,
contre-lettres, complicité d’avocates de
Cinar… Il y a du matériel en masse pour
la police et pour le barreau là-dedans.
Il a fallu des enquêtes journalistiques
(en particulier de Pierre Tourangeau à
RadioCanada) pour secouer les autorités
il y a 10 ans et faire éclater le
scandale. On a eu connaissance d’au moins trois
enquêtes, depuis 1995, pour violation du
droit d’auteur et pour fraude. Mais rien n’a
abouti à des accusations sans qu’on sache
pourquoi. À la lumière du jugement
Auclair, c’est incompréhensible.
Un
regard policier nouveau sur ce dossier pourri
s’impose pour réparer tant soit peu cette
autre injustice.
Claude retrouve Robinson - NATHALIE
PETROWSKI
La
barbe est hirsute et presque blanche : la barbe
d’un vieillard. Les poches sous les yeux sont
lourdes et sans doute gonflées par trop de
larmes amères et silencieuses.
À la télé hier devant le
palais de justice de Montréal, le visage de
Claude Robinson portait les stigmates d’un homme
éprouvé par le temps et par la
cruauté d’une bataille qu’il a
livrée pratiquement seul pendant 14 ans
contre Cinar, le mini Disney
québécois, autrefois un fleuron de
la production télévisuelle d’ici.
Le visage de Claude Robinson disait
peut-être son épuisement, mais sa
voix émue, elle, disait le bonheur, le
soulagement, l’apaisement et la libération
que lui a procurés sa formidable victoire
en cour hier.
Formidable parce que le j uge Auclair a reconnu ce
que Claude Robinson se tue à
répéter depuis 14 ans : à
savoir que la maison de production Cinar et ses
ex-dirigeants Ronald Weinberg et sa femme, feu
Micheline Charest, l’ont bel et bien volé,
physiquement et intellectuellement, en plagiant
l’histoire, les personnages et les dessins de
Robinson Curiosité, la série pour
enfants qu’il a imaginée au début
des années 80 et qu’il leur avait
présentée pour qu’ils l’aident
à la vendre aux Américains.
Même si, dans cette histoire, il n’y a pas
eu de braquage de banque, c’est bien d’un hold-up
intellectuel qu’il s’agit. Le j uge l’a reconnu,
allant même j usqu’à qualifier les
plagiaires de bandits à cravate et les
invitant à payer une somme de 5,2 millions
en dommages et intérêts à
Claude Robinson.
Mais ce n’est pas l’argent qui rendait Claude
Robinson fou de joie hier. C’était le
sentiment d’avoir retrouvé son oeuvre et,
par le fait même, d’avoir retrouvé
son identité, son âme, sa
spécificité d’humain, son empreinte
sur terre.
Pour le commun des mortels, cela peut
paraître bizarre. Après tout, perdre
une oeuvre ce n’est pas comme perdre 3 millions
aux mains de Vincent Lacroix ou d’Earl Jones.
Une oeuvre, c’est d’abord impalpable. Ça
jaillit du cerveau, de l’imagination, du coeur.
Avec un peu de chance, l’idée qui est le
germe de l’oeuvre se développe, grandit, se
matérialise et devient un film, un livre,
une série pour enfants. Et quand la chance
n’est pas au rendez-vous, l’oeuvre ne voit jamais
le jour.
L’odieux
dans l’histoire de Claude Robinson, c’est que
l’oeuvre a vu le jour, mais à son insu.
L’auteur l’a découverte un matin en
allumant la télé et en voyant un
personnage animé qui lui ressemblait
comme deux gouttes d’eau, mais sur lequel il
n’avait plus aucun droit, ni aucune prise.
Aussi affolant que de voir un étranger
partir avec son enfant sans pouvoir
l’arrêter ni même crier au
secours.
Pas étonnant que Claude Robinson ait
subi un violent choc devant ce vol
d’identité, ni que ce choc se soit
mué en crise de larmes, en
colères, en dépression.
Dans un cas comme celuilà, il n’y a
qu’une solution pour ne pas sombrer : se
battre. Se battre envers et contre tous,
même si l’ennemi est le plus fort et le
plus armé. C’est la voie difficile que
Claude Robinson a choisie, en intentant une
poursuite pour plagiat et pour viol de
propriété intellectuelle contre
Cinar, une société qui à
l’époque valait plus de 100 millions et
qui jouissait d’une réputation sans
tache.
Vu l’inégalité du combat, les
dirigeants de Cinar auraient pu se montrer
bons princes, reconnaître leurs t orts
et acheter la paix en trouvant un
règlement à l’amiable. Ils ont
préféré tout nier,
convaincus qu’ils étaient les plus
forts et les plus rusés et que Robinson
finirait par se lasser et par rendre les
armes. Erreur. Non seulement Robinson a
refusé d’abandonner sa cause, mais il
en a fait une croisade personnelle.
On l’a traité de fou, de lunatique,
d’obsessif compulsif. N’empêche. C’est
sa petite poursuite qui a fait éclater
l’affaire des prête-noms, ces auteurs
fictifs auxquels Cinar avait recours pour
obtenir des crédits d’impôt de
Téléfilm Canada. Et quand le
Bloc québécois a
révélé que le fils du
président de Téléfilm
Canada avait lui-même servi de
prêtenom à Cinar, Sheila Copps,
la ministre du Patrimoine de l’époque,
a été obligée d’instituer
une enquête. Les fondations du Disney
québécois se sont mises à
trembler, ses actions ont
dégringolé en Bourse,
entraînant dans leur chute des millions
puis, des mois plus tard, la démission
forcée de Ronald Weinberg et de feu
Micheline Charest.
Quatorze ans plus tard, le Disney
québécois a été
racheté par une société
de Toronto, Micheline Charest est morte dans
la salle de réanimation de son
chirurgien esthétique, son mari est
ruiné – ou du moins passablement moins
riche qu’il le fut un jour. Le seul gagnant de
cette triste histoire est Claude, qui a enfin
retrouvé Robinson.
«C’ÉTAIT UNE PARTIE DE
MOI-MÊME» - Francis Vailles
Ses
opposants ont tout fait pour l’épuiser
moralement et financièrement, mais le
créateur Claude Robinson est resté
tenace. Après 14 ans de débats
juridiques, il a gagné sa cause contre Cinar,
Ronald Weinberg et quatre autres défendeurs.
PHOTO
FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Après 14 ans de
luttes juridiques, Claude Robinson obtient une
compensation de 5,2 millions de dollars, plus les
frais d’expertise. Le juge accorde
également les intérêts
accumulés depuis 1995, si bien que les
défendeurs devront payer environ 10
millions de dollars en tout.
Dans un jugement de 240 pages, le juge Claude
Auclair conclut que son dessin animé Les
aventures de Robinson Curiosité a
été malhonnêtement
plagié. Il en tient responsables Cinar,
Ronald Weinberg et feu Micheline Charest, le
producteur d’émissions télé
France Animation et ses dirigeants Christophe Izard
et C h r istia n Dav i n , de même que le d
ist r ibuteu r a l lema nd Ravensburger.
Claude Robinson obtient une compensation de 5,2
millions de dollars, plus les frais d’expertise. Le
juge accorde également les
intérêts accumulés depuis 1995,
si bien que les défendeurs devront payer
environ 10 millions de dollars en tout.
Claude Robinson est très heureux de ce
dénouement. « Ce n’était pas
juste une création. J’avais dessiné
mon visage (Robinson Curiosité) et ils ont
copié cela. C’était une partie de
moi-même », a dit le créateur de
58 ans.
Claude Robinson a fait de cette cause le combat de
sa vie. Souvent, les j ournalistes le croisaient au
palais de justice de Montréal, à la
recherche du moindre document pouvant appuyer sa
thèse.
Le créateur a soumis son oeuvre à
Ronald Weinberg et Micheline Charest pour la
première fois en février 1986, il y a
23 ans. En octobre 1995, la copie de Cinar,
baptisée Robinson Sucroë , ét a
it prête à être diffusée,
mais Claude Robinson a envoyé une mise en
demeure à Cinar, l’accusant de plagiat.
Hier, le juge Auclair a ordonné aux
défendeurs de cesser de produire Robinson
Sucroë. De plus, le juge déclare Claude
Robinson propriétaire de tous les exemplaires
de Robinson Sucroë et de tous les originaux,
dessins et bandes magnétiques. Ces documents
doivent lui être remis dans les 60 jours.
Jugement très dur
Le juge est très dur à l’endroit des
défendeurs. « La conduite des affaires
de Charest, Weinberg et Izard est basée sur
la tricherie, le mensonge et la
malhonnêteté. Ils n’hésitent pas
à trafiquer les contrats afin d’en gonfler
les coûts de production pour obtenir des
subventions », écrit-il.
Plus
loin, il blâme une fois de plus Christophe
Izard, le présumé auteur de Robinson
Sucroë. « Quand la tricherie est la
règle, quand on se gargarise d’honneur –
Izard portant fièrement au revers de sa veste
l’insigne de la Légion d’honneur à
toutes ses présences en Cour – et que le
mensonge et les versions contradictoires sont la
règle, on ne peut reprocher à Claude
Robinson l’importance et l’amplitude de son
enquête dans sa recherche de la
vérité. »
Claude Robinson est le premier à avoir mis au
jour l’affaire Cinar, qui a produit la populaire
série Caillou. En 1999, son enquête a
permis de révéler que l’entreprise
utilisait des prête-noms pour obtenir des
subventions.
Ces révélations ont rendu plus
suspicieux le conseil d’administration de Cina r,
alors inscrite en Bourse, si bien que, en 2000, le
conseil a découvert que 122 millions avaient
été détou rnés aux
Bahamas, un paradis fiscal, au détriment des
actionnaires en Bourse.
L es opposa nts de Claude Robinson ont maintenant 30
jours pour interjeter appel, et tout indique qu’ils
le feront. « Personne n ’e s t pr ê t
à fa i re de c hèque. Les gens sont
surpris et déçus. Compte tenu du
jugement, certains défendeurs vont en appeler
», a déclaré Pierre Lefebvre, de
Fasken Martineau, qui représente l’essentiel
des défendeurs.
La firme Cookie Jar, de Toronto, qui a acheté
ce qui restait de Cinar en 2004, assure que des
fonds ont été prévus dès
l’acquisition au cas où il faudrait
indemniser Claude Robinson. « Il faut d’abord
voir s’il y aura appel. Mais l’argent est là
pour la portion que nous devrions payer »,
nous a dit le porte-parole de Cookie Jar, Alex
Rabinovich.
La facture à payer à M.Robinson est
scindée en quatre pa rts. D’abord, l’ensemble
des défendeurs doit payer à Claude
Robinson 2,7 millions de dollars. Avec
l’intérêt au taux légal plus
l’indemnité additionnelle depuis 1995, la
facture double, environ.
Ensuite, le juge condamne Ronald Weinberg, feu
Micheline Charest, Christian Davin, France Animation
et Christophe Izard à payer un million de
dollars en dommages exemplaires, avec
intérêt au taux légal.
De plus, le même groupe est tenu de payer la
totalité des frais d’expertise, avec
intérêt.
Enfin, l’ensemble des défendeurs est tenu de
verser 1,5 million pour les frais d’avocats,
à quoi il faut ajouter la TPS et la TVQ.
« L’objectif de l’octroi de dommages punitifs
est de prévenir des cas semblables et de
punir ces bandits à cravate ou à
jupon, afin de les décourager de
répéter leur stratagème et
sanctionner leur conduite scandaleuse, infâme
et immorale », écrit le juge Auclair.
Claude Robinson retrouve son oeuvre -
Marie Tison & Paul Journet
Le
long combat de Claude Robinson contre Cinar a
été, selon ses propres mots, «
une épreuve monumentale ». Mais il en
a valu la peine.
« Le juge vient de me redonner mon oeuvre
», s’est réjoui M. Robinson hier
matin, lorsqu’il a rencontré les
journalistes aux portes du palais de justice de
Montréal.
Il a affirmé que le langage
sévère du j ugement était
à la hauteur du dél it de s C h a re
s t , Wei nb e r g e t compagnie.
« Ce que le juge écrit est tout
à fait juste, a-t-il soutenu. Ces
gens-là sont des bandits en cravate ; ils
ont menti, ils ont trafiqué des documents.
Il y a là une arrogance profonde, un
mépris des autres. »
Il a ajouté que le jugement allait donner
des outils aux autres créateurs. « Ma
grande crainte, c’était d’avoi r u n
jugement qu i v ien ne amoindrir la protection des
créateurs, ça me terrorisait
», a-t-il admis.
Il a également avoué aux
journalistes qu’il avait douté « tous
les matins, tous les soirs ». « On me
demandait de faire confiance à la justice,
mais après 14 ans ce n’était pas
facile, at-il indiqué. Il y avait beaucoup
de raisons de se décourager. Toutes les
procédures que j’avais dans la face,
c’était phénoménal. »
Il a toutefois affirmé qu’il n’avait pas eu
le choix et qu’il devait se battre : «
C’était mon visage qui était
à l’écran. Ce n’était pas
juste une création qui avait sa vie propre.
J’avais dessiné mon visage et ils ont
copié cela. C’était une partie de
moi-même, personne ne pouvait me le voler.
»
Ce
n’était donc pas une simple
question d’argent. « C’était plus
profond que cela. »
Il a indiqué qu’il n’avait pas encore
calculé les sommes qu’il était
susceptible de recevoir, mais il espère
être en mesure de s’acheter des crayons et
des pinceaux. Pendant les 14 ans de son combat, M.
Robinson a été incapable de
créer. Il a toutefois recommencé
à peindre il y a deux semaines, à l
’o c c a sio n de va c a n c e s au x
Éboulements : « Je me suis
réconcilié avec mes petits pinceaux.
Ce que ce jugement me permet, c’est d’aller dans
un certain magasin m’acheter de beaux pinceaux et
de belles toiles. »
Toutefois, pas question de revenir dans le monde
des dessins animés et de la production
télévisuelle. « C’est un
milieu que je ne veux même pas toucher,
a-t-il dit. Je vais faire mes petites toiles, mes
petites peintures. Je ne veux pas dépendre
d’un milieu où des sociétés
d’État viennent défendre mes
adversaires contre moi. »
Évidemment, un appel du jugement est une
forte possibilité. Cela n’a pas
démonté M . Robinson. « Ils
ont le droit, a-t-il déclaré. Qu’ils
y aillent. Après 14 ans, je suis
habitué. Mais là, j’ai un jugement
qui me donne raison, qui reconnaît que mon
oeuvre est mon oeuvre. »
Il a tenu à souligner l’appui que lui ont
apporté sa femme, ses amis et la
Société des auteurs de radio,
télévision et cinéma (SA RT
EC) dans son combat.
L a SA RT EC ava it a massé quelque 8 4 0 0
0 $ pou r a ider M. Robinson à assurer sa
défense. Elle salue maintenant sa victoire
: « Nous som mes extrêmement contents,
indique son directeur général, Yves
Légaré. Quand on regarde le j
ugement, sa crédibilité vient
d’être attestée, et celle de Cinar a
été entachée. Nous continuons
d’étudier le jugement, mais il est certain
que c’est une très bonne nouvelle pour tous
les auteurs. »
Robinson :
La revanche du tout-nu de Duvernay - Nathalie
Petrowski
Après 14 ans d’une saga juridique qui l’a
épuisé moralement et financièrement,
le créateur Claude Robinson a finalement obtenu
gain de cause cette semaine contre les ex-dirigeants de
Cinar. Dans cette lutte à armes inégales,
chaque jour a été un calvaire
Le matin du jugement dans la cause qui l’opposait depuis
14 ans aux ex-dirigeants de Cinar, Claude Robinson a
quitté sa petite maison de Verdun avec sa blonde,
Claire Robert. Une boule d’angoisse au fond de l’estomac,
le coeur lourd et la mort dans l’âme, les deux ont
posé leur main sur la brique de la maison dans
l’espoir qu’elle leur porte chance. C’était un
geste presque désespéré pour une
cause qui l’était tout autant. Depuis 1996, le
dessinateur, graphiste et auteur de la série pour
enfants Robinson Curiosité tentait de convaincre
les tribunaux que Cinar, le Disney
québécois, fleuron glorieux et sans tache de
la production québécoise, avait volé
et plagié son oeuvre. Mais pendant 14 ans, sa
récolte fut une suite sans fin d’obstacles, de
mises en échec, de revers, de reports
procéduriers et de dettes qui n’en finissaient plus
de grimper.
«
Claire et moi, on savait que si on perdait en cour
mercredi, on perdait tout : la maison, l’auto, notre
entreprise. Nos det tes étaient si importantes que
si le jugement nous avait été
défavorable, nous étions finis. On
n’arriverait jamais à s’en sortir. »
Au palais de justice, une surprise de taille attendait le
graphiste originaire de Duvernay et ami d’enfance de
ClaudeMeunier et des gens de Beau Dommage: dans un
jugement de 240 pages, le juge Auclair, de la Cour
supérieure du Québec, a
déclaré les ex-dirigeants de Cinar, ainsi
que leurs associés chez France Animation et
Ravensburger, coupables de plagiat et de vol de
propriété intellectuelle, les condamnant
à verser à Robinson une compensation de 5,2
millions qui, avec les intérêts et les frais
d’expertise, s’élève à environ 10
millions.
Pourtant, à l’issue de cette journée faite
de sueurs froides et d’émotions fortes et qui
tirait un trait victorieux sur un enfer de 14 ans, Claude
Robinson n’est pas allé sabler le champagne ni
danser de joie avec sa bienaimée et
indéfectible alliée.
Pas de champagne
« Après avoi r ac cordé 2 4 entrevues
aux médias, chose que je tenais à faire
parce qu’à mes yeux les médias sont vraiment
les derniers remparts de la démocratie et que, sans
eux, ma cause aurait sombré dans
l’indifférence, Claire et moi on est allés
prendre un p’tit sandwich et une demi-bouteille de vin au
Café Cherrier. On n’a pas commandé de
champagne ni crié à la victoire parce qu’on
savait qu’il y aurait sans doute un appel, mais aussi
parce qu’on n’a pas gagné à la loterie,
bordel! La justice n’a fait que rétablir les faits
et reconnaître tout ce qu’on a perdu depuis 14 ans.
Les gens ont tendance à oublier que c’est notre vie
qui, pendant toutes ces années-là, a
été sur le billot. »
Deux jours après que la just ice « eut
rétabl i les faits » , Claude Robinson me
reçoit dans les locaux ensoleillés de son
entreprise d’infographie Virtuel Création, au
troisième étage d’une veille usine
rénovée de Pointe Saint-Charles. Encore
sonné par les événements et
n’arrivant pas toujours à maîtriser ses
émotions, le fils de Léo Robinson, un
vendeur de pneus, et de Pauline Daoust, une femme au foyer
devenue porcelainiste après un grave accident
d’auto, s’emporte, s’enflamme, s’impatiente et finit par
avouer qu’il n’a pas encore le recul nécessaire
pour jouir de ce qui lui arrive.
« Mon seul plaisir pour l’instant, c’est de lire et
de relire le jugement Auclair, qui est d’une intelligence
et d’une précision étourdissante, et cela
même si, sur certains points, le juge ne me donne
pas raison. Pour un pessimiste comme moi, ce jugement est
la preuve que les lois sont belles et bien faites et que
ça vaut la peine de se tenir debout et de
défendre ses droits. »
Du foui l l is de sa table de travail, Robinson, qui
arbore toujours une barbe hirsute qu’il refuse de couper,
m’indique une immense armoire de 21 pieds de long qui
bouffe la moitié de l’espace. Il se lève et
ouvre les portes les unes après les autres,
révélant des rangées et des
rangées de documents ( 5000 en
tout) alignés comme des soldats et classés
avec un soin maniaque par dates et par thèmes.
Cette armoire bourrée de reçus, de factures,
de rapports, de vidéos, de cassettes et de preuves
accablantes, c’est la machine de guerre qui lui a permis
de triompher de ses adversaires.
Un combat à la portée de tous
«
La créativité est sortie de ma vie il y a 14
ans, raconte-t-il. Je n’ai plus jamais acheté de
tube de peinture depuis. Je n’avais pas le choix. Je ne
pouvais plus me permettre le luxe de fabuler ou de
rêver comme un artiste. Je devais m’en tenir aux
faits, aux preuves et à la vérité.
C’était ma seule force contre des gens qui
mentaient et qui ont fini par s’empêtrer dans leurs
mensonges. Face à leur argent et à leur
pouvoir, j’étais un tout-nu, une merde, un rien du
tout, mais ma force, c’est que je n’avais rien à
perdre. Eux avaient tout à perdre, y compris leurs
millions. Leur peur de perdre de l’argent a
été leur plus grande faiblesse. »
Même si Claude Robinson a fait preuve d’une
ténacité et d’une organisation mentale hors
du commun, il ne se voit pas comme un être
d’exception et croit que le combat qu’il a mené est
à la portée de tous, pourvu qu’ils y mettent
un peu de volonté et qu’ils aient à coeur
leurs droits.
« L’exception, à mes yeux, ce n’est pas de se
battre quand nos droits ont été
bafoués. C’est de refuser de le faire,
affirme-t-il. Moi, je suis un ti-cul ordinaire de Duvernay
qui a la manie de tout garder, y compris mes factures de
téléphone de 1975. Pour le reste, j’ai eu la
chance pendant toutes ces années d’avoir le soutien
fabuleux de ma blonde, de mes amis, de ma famille, de ma
belle-famille et des avocats de Gowlings qui ont
accepté de me représenter. C’est eux et mon
psy qui m’ont gardé en vie quand je broyais du
noir, que je ne voyais plus clair et que j’avais des
idées suicidaires. »
Quand on demande à Claude Robinson quel a
été le moment le plus noir de son combat, sa
voix chute de quelques octaves. Il répond: «
Tous les jours. Et si je ne me suis pas tiré une
balle dans la tête ou que je n’ai pas foncé
dans un pilier sur l’autoroute même si l’envie ne
manquait pas, c’est à cause des gens que j ’aime,
mais aussi à cause de Robinson Curiosité. En
tant que créateur, t’es non seulement responsable
de ce que t’as créé, mais tu dois
protéger et défendre cette création,
sinon tu trahis ton oeuvre et tu te trahis toi-même.
»
À ce sujet, il insiste sur le fait que lorsqu’il
est allé cogner à la porte de Micheline
Charest et de Ron Weinberg en 1986 pour qu’ils l’aident
à vendre Robinson Curiosité aux
Américains, il ne leur a pas présenté
une simple idée, mais bien l’expression d’une
idée fixée sur un support et
constituée de scénarios, de textes et de
dessins sur lesquels il planchait depuis 10 ans. Nuance.
Robinson a souvent évoqué le choc nerveux
qu’il a ressenti le 4 septembre 1995, en découvrant
par hasard à la télé sa série
grossièrement plagiée. Il dit aujourd’hui
que ce qui a fait le plus mal, c’est la perte d’estime de
soi.
Une pensée pour les victimes d’Earl Jones
« Tu te trouves tellement stupide, épais,
niaiseux de t’être fait fourrer que sur le coup,
t’as vraiment pas la force de te battre. Ton estime est
à zéro. Tu trouves que t’es un moins que
rien qui ne mérite pas de vivre. Aujourd’hui, quand
je vois les victimes d’Earl Jones, je suis vraiment
inquiet pour elles. Non seulement ces gens-là ont
tout perdu et ne retrouveront jamais leur argent, mais le
gouvernement tente de les culpabiliser en les tenant en
partie responsables de leurs déboires. Je trouve
cela odieux et dangereux. Ces gens-là sont fragiles
à l’extrême comme je l’ai été.
Ils ont besoin d’être aidés, pas
jugés. Qu’est-ce que le gouvernement attend pour
leur fournir une assistance psychologique et
médicale ? »
Par moments, on a l’impression que Claude Robinson s’est
tellement battu qu’il ne sait plus comment quitter le
champ de bataille ni déposer les armes. Pendant
qu’il me parle, il ne peut s’empêcher d’aller
vérifier si malgré l’interdiction du juge
Auclair, les vidéos de Robinson Sucroë
figurent encore sur le site de Cookie Jar, l’entreprise
qui a acheté Cinar. À peine quelques clics
et voilà la photo du personnage plagié qui
apparaît en couleurs sur le site, soutirant un rire
jaune et une pluie d’injures de la part de Robinson. Mais
la séance de défoulement sera interrompue
par l’arrivée inattendue du gérant de
l’immeuble et de ses adjoints. Les cinq ne connaissent pas
Robinson, mais ils ont tenu à venir le
féliciter personnellement et à lui offrir un
gâteau. Touché par le geste, le barbu
guerrier se mue en ourson reconnaissant. Les yeux humides,
il se lève pour aller les remercier
chaleureusement.
Pendant 14 a ns, Claude Robinson s’est battu tout seul
dans son île en ramant contre les courants
contraires et les vents hostiles. Le jugement Auclair l’a
ramené sur terre avec ses semblables. Le tout-nu,
le rien du tout, comme il se décrit lui-même
avec autodérision, est devenu un héros. Dans
la rue, on le reconnaît, on le salue, on le
félicite et on le remercie. Et lentement mais
sûrement, Claude Robinson apprend à accepter
ces marques d’affection et à se dire qu’il les
mérite.

Un peu de soleil dans l’île de Robinson
- Nathalie Petrowski
Dans
l’euphorie du moment, mercredi dernier, quand le juge
Auclair a attribué la victoire judiciaire
à Claude Robinson et lui a accordé la
paternité de la série Robinson
Sucroë ainsi qu’une compensation de 5,2 millions,
nous avons oublié l’essentiel. Et l’essentiel,
c’est que le j ugement n’était pas
exécutoire.
À cause de cette petite gêne de la part
du juge, il est tout à fait possible (voire
fort probable) que Christophe Izard, Ron Weinberg et
tous ceux reconnus coupables de plagiat et de vol de
propriété intellectuelle dans cette sale
affaire, contestent le jugement et interjettent appel.
Ils ont 30 jours pour le faire. Le cas
échéant, Claude Robinson devra attendre
encore 100 ans avant de voir la couleur de son argent,
si tant est que l’argent finisse par se
matérialiser.
Résultat: David aura peut-être
triomphé moralement sur Goliath, mais sera
toujours aussi cassé et endetté.
En attendant, un pâle soleil s’est mis à
briller dans l’île de Robinson grâce au
juge qui a ordonné aux plagiaires de cesser
d’exploiter l’image de Robinson Sucroë et de
cesser de diffuser la série.
Lentement mais sûrement, cette obligation
doublée d’un appel à la
vérité des faits a contaminé le
web et forcé des corrections immédiates.
Ainsi, la chaîne câblée
française Gulli, qui a diffusé la
série tout l’été et qui
prévoyait encore le faire dimanche matin, a
cessé abruptement la diffusion de la
série sans fournir d’explications aux
tout-petits et à leurs parents.
Sur Wikipédia, Christophe Izard est toujours un
homme de télévision français
connu comme concepteur de programmes pour la jeunesse.
Mais depuis mercredi, il est aussi «coupable de
plagiat dans la cause l’opposant à Claude
Robinson».
Les collaborateurs de Wikipédia (sans doute
aidés par des amis de Claude Robinson) ont
été parmi les premiers à corriger
le tir. On les en remercie. Sur
Animeka, un site qui répertorie toutes les
émissions produites par France Animation, le
nom de Claude Robinson vient enfin de faire son
apparition après avoir été
invisible pendant 14 ans au générique de
la série. Robinson
et Christophe Izard partagent maintenant le titre
d’auteurs de Robinson Sucroë. Mieux encore,
lorsqu’on clique sur l’onglet « staff »,
Claude Robinson est reconnu comme l’auteur du concept,
ce qui est une nette amélioration de son statut
social. A nimeguides,
un site français qui se spécialise dans
les guides d’épisodes de séries
animées, redonne aussi à Claude Robinson
son titre d’auteur du concept de la série.
De toute évidence, les
gestionnaires d’Animeguides sont des amis de
Christophe Izard, puisqu’ils ajoutent auteur du
concept... plagié par Cinar. Sous cette
mention, on peut lire que Christophe Izard est
l’auteur du dessin animé. Nulle part est-il
spécifié qu’il vient d’être
reconnu coupable de plagiat. De
ce côté de l’Atlantique, au lendemain du
jugement Auclair, l’entreprise Cookie Jar faisait
belle figure. Son porte-parole nous assurait que non
seulement Cookie Jar avait les moyens de
dédommager Claude Robinson, mais que
l’entreprise de Toronto n’utilise plus l’image de
Robinson Sucroë depuis qu’elle a acquis Cinar en
2004.
Malheureusement, ce n’était pas tout à
fait exact. Cinq jours après le jugement
Auclair, le site de Cookie Jar offrait toujours la
vidéo de présentation de Robinson
Sucroë avec sa petite musique entraînante
et son générique annonçant que la
série est une idée originale de
Christophe Izard. Depuis,
la vidéo a été retirée du
site et le porteparole s’est confondu en excuses pour
cette omission. N’empêche, si je n’avais pas
appelé ce porte-parole lundi pour lui signaler
le problème, quelque chose me dit qu’elle y
serait encore. Dans
l’île de Robinson comme dans la vraie vie, tout
n’est pas parfait. Ainsi, le site d’Amazon France
continue de vendre des coffrets DVD de la série
pour seulement 9,99 euros. Le
site GTV-Land, qui répertorie les
génériques d’émissions, nous
annonce qu’en commandant Robinson Sucroë sur
PriceMaster, on peut réaliser des
économies non négligeables. Qu’est-ce
qu’on attend pour se faire plaisir ? Mais
la meilleure, c’est l’avertissement au bas de la page
d’accueil de GTV-Land, qui nous interdit de
télécharger le générique
de Robinson Sucroë car ce serait «une
violation du code de la propriété
intellectuelle », preuve que certains s’arrogent
le droit de voler tout en l’interdisant aux autres.
Finalement, une dernière note qui
ne manque pas de saveur. En faisant mes recherches, j
e suis tombée à plusieurs reprises sur
la chanson de Robinson Sucroë. La version
française est parfaitement nulle et ne dit rien
sinon que l’île de Robinson est
surpeuplée et qu’il y a des pirates autour.
La version anglaise, dont je n’ai pas
réussi à trouver le parolier, est un
poème lourd de sous-entendus.L’île
est décrite comme un endroit brutal et
féroce, peuplé d’habitants qui refusent
que leur secret soit révélé au
grand jour et qui veulent continuer à vivre
dans un monde dissimulé de tous. Un peu plus et
le parolier donnait aux habitants de l’île
féroce les noms de Micheline, Ron et
Christophe...
Plus de TVQ sur les produits culturels
québécois -: n’importe quoi ! - Ariane
Krol
«Si tu
veux tout, je te promets n’ i mporte quoi » , chante
Éric Lapointe sur l ’ album Obses s i on. Seriez-vous
plus enclin à l’acheter s’il était exempt de TVQ?
Le gouvernement Charest semble convaincu que oui. C’est pourquoi
il s’entête, contre toute logique, à abolir la taxe
provinciale sur les produits culturels québécois .
Une mauvaise idée dont l’application s’annonce
cauchemardesque.
Comment peut-on prétendre soutenir la culture avec une
mesure qui ne fera pas vendre un seul disque ou un seul billet
de spectacle de plus ? Car ce n’est pas en ret ra nchant 7,5 %
sur le prix d’un CD québécois qu’on va convaincre
le consommateur de se le procurer. Ni d’aller davantage au
théâtre ou au musée. Ce geste inutile
privera pourtant le Trésor public de 50 millions de
revenus par an. Quelle absurdité !
« Au Québec, la culture n’est jamais un luxe. Elle
est identitaire, elle est nécessaire », a
déclaré Jean Charest en promettant cette mesure en
campagne électorale. Mais pour exempter les produits
culturels québécois, il faut pouvoir les
identifier. Un album de Mes Aïeux, ça se passe de
discussion. Un spectacle de danse contemporaine monté par
une troupe locale aussi. Mais un disque de Céline
enregistré à Las Vegas ? Et qu’est-ce qu’un DVD
québécois ? Une coproduction se qualifie-t-elle ?
La ministre de la Culture a indiqué qu’un film
étranger doublé chez nous serait admissible. Et un
film d’action américain tourné à
Montréal ? Un jeu vidéo créé au
Québec ? On voit d’ici les méthodes de coupage de
cheveux en quatre près la « vache folle », le
qu’il faudra développer pour SRAS et la grippe aviaire,
trancher toutes ces questions. c’est maintenant au tour Les
verdicts, forcément disde la grippe A (H1N1) de faire
cutables, vont générer un lot la une des
médias. Une fois de impressionnant de frustrations. plus,
un fléau global constitue
Cer t a i ns reg r oupements unemenacemondiale, même s’il
d’artistes, comme l’UDA ou le est associé au
départ à un pays Mouvement pour les arts et les
plus qu’à d’autres (cette fois-ci, lettres ( MAL), sont
d’ailleurs le Mexique). Et une fois de plus, très
sceptiques. Si Québec est trois caractéristiques
méritent prêt à se priver de 50 millions
examen. en faveur de la culture, il ferait La première
tient mieux d’investir cette somme au caractère
profondans des organismes de soutien dément humain,
à la création, comme la SODEC ou social, du proou
le Conseil des arts et des letblème. Hier, les tres,
suggère le MAL. Une sugépidémies, la peste,
gestion qui n’enthousiasme pas le choléra étaient
la ministre St-Pierre. La mesure perçus comme des doit
profiter aux consommafléaux naturels, ou teurs, a-t-elle
insisté. divins (voire diaboliques).
Pourtant, rien ne garantit Aujourd’hui, il y a certes une que
les sommes libérées par part de naturel dans
l’apparition l’abolition de la TVQ aboutiront du virus de la
grippe A capable dans vos poches. de traverser ainsi la
barrière des Lor squ’Ot t awa espèces. Mais le virus
actuel a réduit la TPS, est une nouveauté qui semble
plusieurs comdevoir quelque chose à la façon
merçants ont dont les porcins sont élevés, et
maintenu leurs à une contamination de ces aniprix et
gardé la maux par un virus humain qui d i f férence.
On aurait contribué à son invention imagine
très bien en rencontrant d’autres virus du porc.des
cinémas, des
magasins de disSurtout, la grippe A et sa ques ou des salles de
spectacles propagation ne s’expliquent faire la même chose.
Pas tous, pas sans prendre en compte les bien sûr. Mais
pourquoi créer conditions de l’élevage des porcs, un
système qui permet à l’inleur alimentation, la
façon dont dustrie d’empocher un rabais destiné au
public? C’est vraiment n’importe quoi.
Le retrait de la TVQ pourrait être pertinent dans certains
cas très précis. Les artisans
québécois sont facilement identifiables, vendent une
grand partie de leur production sans intermédiaire et
l’exemption serait pour eux un outil de marketing efficace, plaide
le Conseil des métiers d’arts. Si les artisans, ou
d’autres, peuvent en faire la démonstration, d’accord. Mais
pour la plupart des secteurs, Québec devra trouver d’autres
façons de mettre l’argent de la TVQ au service de la
culture. Autrement, ce sera du gaspillage pur et simple de fonds
publics. Et ça, notre identité
québécoise peut très bien s’en passer.
Madame Bovary - PIERRE FOGLIA
Ce n’est pas
pour me vanter, mais je suis en train de lire Madame Bovary.
Relire? Si vous voulez. C’est comme retourner, 50 ans plus
tard, dans une ville où on se souvenait à peine
d’avoir séjourné, pourtant on s’y
reconnaît comme dans un lieu familier...
Dès les premières lignes, quand le proviseur
amène le jeune Charles Bovary à l’étude,
je savais qu’il allait mettre sa casquette sur ses genoux en
s’asseyant, qu’elle tomberait quand le professeur lui
commanderait de se lever, que toute la classe
éclaterait de rire. Déjà là, on
sait pourquoi Madame Bovary : parce que monsieur n’existe
presque pas. Quelques pages plus loin, il sera
déjà médecin, puis marié, puis
veuf, puis remarié avec Emma Rouault. Le livre peut
alors commencer.
Cette Madame Bovary vient de la bibliothèque d’un ami,
ici, au village. Elle sent le vieux livre humide. Elle est
enluminée en page couverture de festons et de rameaux
qui encadrent un visage de madone stylisée, mais une
madone avec du rouge à lèvres, ce qui est assez
dire la pute qui sommeille dans son coeur. Le livre a
été imprimé en 1946, à Montmagny,
pour le compte de B. D. Simpson éditeur, rue Dorchester
à Montréal. Comme en fait foi un coup de tampon,
mon exemplaire a été vendu par la librairie
Roméo Blais de Rimouski, ouverte en 1937. Elle existe
encore à la même enseigne, qui a toutefois perdu
son Roméo. C’est maintenant la libraire Blais.
Le premier acheteur du livre a écrit son nom à
l’encre bleue en page de garde : P. M. Chabrier,
souligné d’un trait tiré à la
règle. Probablement un instituteur de campagne qui,
avec la même règle, donnait des coups sur les
doigts des élèves surpris à bavarder.
Viens ici ! C’est pas moi, monsieur... Viens ici ! J’ai
hâte d’arriver aux baisers qui se précipitent, au
grand lit en forme de nacelle, aux rideaux de levantine rouge,
de levantine rouge! Non mais quelle salope ( 1).
Mais ce qu’il y a de plus délicieusement cochon dans ce
livrelà, oserais-je le dire? C’est de le lire
plutôt que le journal et alors que les
Nord-Coréens font des essais nucléaires dans
leur cour, que les Nord-Montréalais manquent
cruellement d’avocats, et que mon boss m’appelle : de quoi
parles-tu demain? De Flaubert. Le silence qui a suivi
était franchement libidineux.
— Vous vous rappelez, je vous disais que, forcément, je
ne verrais pas Dédé à travers les brumes
comme vous parce que j’étais complètement
passé à côté des Colocs et de
Dédé Fortin de son vivant et que ce serait comme
si je voyais un film islandais ou danois.
Finalement je disais n’importe quoi parce que, comme vous,
j’ai beaucoup aimé.
Je n’ai
jamais autant tripé sur le cinéma d’ici. J’ai
adoré Tout est parfait, Maman est chez le coiffeur,
même (et surtout en fait) des petits films beaucoup
moins achevés comme À l’ouest de Pluton, ou
Demain. Et même Borderline, plus racoleur et
conventionnel.
Est-ce une idée que je me fais? On est en pleine
rupture de ton avec le cinéma québécois
d’avant qui a parfois donné des chefsd’oeuvre mais qui,
même dans son universalité, renvoyait à
une réalité, à un propos si
résolument québécois qu’il en devenait
folklorique. Me semble que tout en ne reniant rien, dans ses
récents « petits films », le cinéma
québécois atteint enfin – je vais sans doute
faire hurler sur les plateaux –, atteint au génie des
films américains indépendants. Je pense à
Frozen River. Je pense à Wendy and Lucy avec Michelle
Williams. Vous n’avez pas vu? C’est l’histoire d’une fille qui
perd son chien. C’est surtout un film qui nous propose une
extraordinaire image de la beauté ordinaire et
désespérée – le stade ultime de la
beauté. Une telle image de l’autre beauté
qu’à la fin de Wendy and Lucy m’est venue une
inquiétude: vais-je être encore capable de
regarder un film avec Michelle Pfeiffer? Déjà
que je ne suis plus capable avec Julia Roberts.
Je sais. Chaque fois que je parle d’un film que j’aime c’est
un petit film. Eh bien, il y a des exceptions. J’ai
adoré Slumdog Millionaire, j’ai adoré la forme,
le feuilleton, cette vieillerie littéraire. J’ai
aimé que les acteurs viennent saluer à la fin
comme au théâtre.
Pour revenir au cinéma, dans un article sur le
néo-réalisme américain (dans un
récent magazine du New York Times) on dit de Slumdog
Millionaire que c’est du cinéma d’évasion typico
du temps de crise que nous traversons. Alors que Wendy and
Lucy, Frozen River ou Goodbye Solo (du NewYorkais Ramin
Bahrani), c’est du cinéma pour s’évader du
cinéma d’évasion.
Je dirais ça autrement, mais ça reviendrait au
même: des fois c’est le spectateur qui s’évade.
D’autres fois, c’est le film. LE PAIN NOIR— Tu vas rouler par
ce vent?
Aussi bien se faire une raison. Il a venté tout le mois
de mai. Presque toujours du sud. Alors, exprès, je pars
plein sud, pour manger mon pain noir d’abord.
Je pars face au vent qui me cloue sur le chemin. Je me bats
avec lui, lui crache des injures qu’il emporte en sifflant.
Dix, vingt, trente-cinq km plein vent. Et soudain il tombe. Je
suis parti tard, le vent tombe toujours le soir. Je ne
reviendrai pas le vent dans le dos.
Vous pensez que je vous parle de vélo? Je vous parle de
pain noir. Pensez-y avant de manger votre pain noir d’abord.
Souvent, après, il y en a encore. (1) Flaubert a
d’ailleurs été accusé d’avoir fait un
mauvais livre qui outrageait le morale et la religion. On peut
lire à la fin de mon édition le
réquisitoire de l’avocat impérial, la plaidoirie
de son défenseur et l’acquittement prononcé par
le juge qui regrette cependant que l’auteur
L’invasion des héritiers -
Stéphane Kelly
Qu’importe le
talent, pour devenir une star au Québec, ce qu’il faut,
c’est un nom célèbre
De nombreux jeunes talents sont maintenant
écartés, ou crèvent de faim, au profit
des enfants de star.
DL’auteur est professeur de sociologie au Cégep de
Saint-Jérôme. Il a rédigé l’essai
« Les Fins du Canada » chez Boréal (2001).
epuis une génération, le peuple
québécois assiste impuissant à un
étrange phénomène. Nostalgique d’un
âge d’or, pas si lointain, l’élite s’est
finalement réconciliée avec un vieux principe
réactionnaire : l’hérédité.
Jonathan
Roy,
fils du célèbre gardien de but du Canadien de
Montréal et de l’Avalanche du Colorado Patrick Roy,
tente sa chance dans la chanson avec un premier album, What
I’ve Become, lancé plus tôt ce mois-ci à
Québec.
Le phénomène est présent dans toutes les
sphères de la société. Mais il est plus
visible dans le domaine de la culture. Chaque jour, les
médias découvrent une future star qui, par pur
hasard, est le fil d’untel ou la nièce d’untel.
Tantôt, c’est la petite Brathwaite, tantôt c’est
le petit Charlebois, ou encore le fils d’un
célèbre gardien de but…
Certes, la nouvelle aristocratie héréditaire qui
prend forme sévit de façon variable selon les
secteurs culturels. C’est que, techniquement, la
médiocrité est plus facile à camoufler
dans certains métiers. Il y a plus d’héritiers
à la télévision, au cinéma ou dans
la chanson populaire qu’au théâtre ou en musique
classique.
Comment expliquer cet amour des héritiers ? Il faut
dire que le phénomène n’est pas
entièrement nouveau. L’élite politique du Canada
français était outrageusement
contrôlée par une poignée de «
grandes familles ». L’éthos aristocratique
était affiché avec honneur pour se
prémunir contre le péril républicain. Ce
dédain à l’égard de la démocratie
se doublait d’un mépris pour le principe du
mérite, principe cher aux « classes dangereuses
» qui composent le peuple. La Révolution
tranquille n’a peut-être donc été qu’une
brève parenthèse démocratique lors de
laquelle l’élite a consenti quelques compromis avec le
bas peuple.
Dès les années 80, toutefois, l’élite
retrouve ses privilèges. Les héritiers
retrouvent le lustre perdu, investissant maintenant le champ
de la culture plutôt que celui de la politique. Une
petite coterie de soixante-huitards québécois,
puissante dans les médias de masse, s’entiche des
enfants de l’élite. Les critères d’excellence
sont jugés dépassés. Qu’importe le
talent, ce qu’il faut c’est un nom, un patronyme
célèbre. Les productions
québécoises sont ainsi encombrées de fils
et filles de vedettes ou de semi-vedettes, bref de gens qui
ont un nom. Avec les années, le cercle des élus
devient de plus en plus fermé.
Le guignol a
longtemps été l’arme que le peuple utilisait
pour se moquer de l’élite. Dans les années 80,
il devient plutôt l’arme de l’élite culturelle
pour souligner à grands traits la bêtise et
l’ignorance des classes populaires. Les soixante-huitards qui
oeuvrent dans les médias inventent un nouveau style: la
caricature grossière du peuple. Le dénigrement
du petit salarié est un « racisme bon chic bon
genre » , socialement acceptable.
Que ce soit au Québec, aux ÉtatsUnis ou en
France, la guerre au peuple est lancée et elle fait
bien rigoler. On crée Les Deschiens en France et Les
Simpson aux États-Unis. Dans la belle province,
Falardeau invente Elvis Gratton. Flairant l’affaire, RBO
mène une longue carrière en exploitant ce filon.
Les personnages de cet imaginaire antipopulaire sont
bêtes, idiots, technologiquement dépassés.
Bref, ils sont des dinosaures qui résistent au culte du
« changement pour le changement ». Les gens d’en
bas ne méritent aucune compassion. À tout
prendre, ils ont mérité leur sort, ainsi que le
mépris dont ils sont l’objet.
La démocratie moderne qui voit le jour après les
révolutions américaine et française
était pourtant fondée sur un principe exigeant
et juste : le mérite. Les privilèges des
héritiers, de plus en plus puissants, minent
aujourd’hui l’esprit du système de la promotion
méritocratique. De nombreux jeunes talents sont
maintenant écartés, ou crèvent de faim,
au profit des enfants de star.
Sur le plan des principes, il n’y a rien d’injuste à ce
qu’un enfant emprunte la même filière que son
père ou sa mère. Certains héritiers ont
un réel talent, parfois supérieur au parent.
Mais pour un Marc Labrèche, ou un Guillaume Vigneault,
il y a cinq Anne-Marie Losique. Ce que je questionne ici, en
fait, c’est l’ampleur du mouvement. On fait face à une
véritable invasion. Cette invasion, il est vrai, est
applaudie par un certain public, avide des moindres
détails de la vie privée de nos grandes familles
: « Yé donc cute le bébé à
Véro ! »
L’absence de sens critique, qui est endémique au
Québec, exacerbe le problème. Si la
célébration des héritiers continue, sans
discussion et sans obstruction, la culture publique
évoluera irréversiblement vers une ruine
consanguine.
Chronique de rentrée
- MARC CASSIVI
Son sac
à dos fait la moitié de sa taille. On
croirait qu’il part escalader l’Everest. C’est un peu
ça. Il est entré à l’école.
Mon plus vieux. À la maternelle. C’était
hier sa première «vraie»
journée.
Pendant les 102 minutes de 1981,
réalisé par Ricardo Trogi, j’ai
retrouvé mes 8 ans.
Je l’ai laissé devant la porte d’entrée,
refoulant une envie, soudaine et instinctive, de le
raccompagner jusqu’à sa classe. Tu n’oublies pas de
déposer tes souliers de course dans ton casier.
Oui, papa. Et tes vêtements de rechange. Oui, papa.
Et ta boîte à lunch. Papaaaa!
Je me suis revu à sa place. Au premier jour. Sans
repères, face à l’inconnu, dans mon jumpsuit
en velours brun, un sac «Québec» en
cuirette bleue à la main. Après l’avoir
déposé, je suis allé voir 1981 de
Ricardo Trogi, qui prend l’affiche vendredi. Pendant 102
minutes, j’ai retrouvé mes 8 ans.
En 1981, j’arrivais dans une nouvelle école
après un déménagement en banlieue.
Les cercles d’amis étaient déjà
formés, les plus baveux accueillaient d’un oeil
malicieux de nouvelles victimes potentielles. Je
rêvais d’une montre-calculatrice du catalogue
Distribution aux consommateurs, d’un bâton de Wayne
Gretzky, d’un motocross avec faux réservoir en
plastique rouge et d’un K-Way bleu. Certains avaient un
mal fou à prononcer mon nom italien (on dit
CaSSivi, pas CaZivi).
Exactement comme le petit Ricardo du troisième long
métrage, à forte teneur autobiographique, de
Trogi (on dit TroDGi, pas TroGUi). À l’exception
près que la première de classe pour qui il
avait le béguin se prénommait Anne. Moi,
c’était Annie.
Vous dire comme je me suis reconnu dans cette chronique
initiatique douce-amère, tendre et attachante, j
uste quoique anecdotique et forcément moins
caustique que les précédents
Québec-Montréal et Horloge biologique.
Et pas seulement grâce aux cols roulés blancs
sous les chandails en coton ouaté, les sacs
à jus de Perrette que l’on aimait faire
éclater, ou les références à
Candy, la larme vacillante à l’oeil, à
laquelle on préférait de loin Albator.
Je me suis aussi reconnu dans les premiers émois
sentimentaux de Ricardo, à guetter en vain
l’arrivée de la belle sur la piste de patins
à roulettes. Dans sa difficulté à se
tailler une place dans un groupe déjà
soudé. Dans l’égoïsme et la brusquerie
de l’enfance, dans l’importance donnée aux effets
de mode et aux prouesses en tout genre, dans le jeu de la
bouteille comme dans la vie. Et j’ai pensé à
mon plus vieux et à son Everest, un pincement au
coeur.
Le CRTC se
couvre de ridicule - MARC CASSIVI
Dans une décision rendue hier, le Conseil de la
radiodiffusion et des télécommunications
canadiennes soutient que les propos sur les
«personnes de race noire» du dernier Bye Bye,
«pris dans leur contexte, risquent d’exposer une
personne ou un groupe ou une classe de personnes à
la haine ou au mépris». Rien que ça.
Aussi, le CRTC demande à Radio-Canada de s’excuser
publiquement pour deux ou trois jokes de mononcle,
volontairement outrancières, qui visaient
précisément, quoique maladroitement et
malhabilement, à dénoncer le racisme envers
les Noirs, dans la foulée de l’élection de
Barack Obama à la présidence des
États-Unis.
De deux choses l’u ne, ou bien le CRTC ne comprend pas la
signification de l’expression «pris dans leur
contexte», ou il ne saisit pas la définition
des termes «haine» et
«mépris». Quoi qu’il en soit, le
Conseil, qui n’entend visiblement rien à la satire,
se couvre une nouvelle fois de ridicule.
Ce n’est pas parce que l’on rit que c’est drôle. Et
ce n’est pas parce que le Bye Bye n’était pas
drôle qu’il faut céder aux pressions du
politiquement correct.
Le dernier Bye Bye était par moments d’un mauvais
goût confondant (en ce qui concerne Nathalie Simard,
particulièrement). Mais on ne saurait
sérieusement prétendre qu’il a attisé
la haine ou le mépris envers les Noirs. Envers
Denis Lévesque peut-être.
Qu’au ra it sou ha ité le CRTC? Que dans une
émission satirique où l’on dépeint
une caricature de raciste (le « gros cave » de
JeanFrançois Mercier, notamment), on l ui fasse
dire «personne de race noire» ou
«Afro-Américain»? Bye-bye la
crédibilité.
Si l’objectif est d’empêcher les satiristes de
mettre le mot « nègre » dans la bouche
de personnages racistes, sous prétexte que le terme
«a une intense portée émotionnelle et
que les normes de la collectivité exigent par
conséquent qu’on ne l’utilise qu’avec extrême
prudence», aussi bien interdire clairement les
émissions comme le Bye Bye des ondes publiques. Ce
sera plus franc que la censure molle, drapée de
moralité, que nous sert le CRTC.
L’intérêt public bien
défendu - Ronald Cohen
Le CCNR
s’acquitte très bien de ses
responsabilités
L’auteur est président national du Conseil
canadien des normes de la radiotélévision
(CCNR). Il réagit à l’opinion de
Frédérick Bastien, intitulée
« Le CRTC se saborde », publiée le 2
septembre dans La Presse. Dans son commentaire,
Frédérick Bastien avance que le CRTC se
saborde en raison de sa décision de renvoyer,
imaginez, l’affaire Bye Bye au Conseil canadien des
normes de la radiotélévision (CCNR). Et
qui est cette jeune pousse au juste? Un organisme mis
sur pied par l’Association canadienne des
radiodiffuseurs (ACR) que M. Bastien décrit comme
s’il lui fallait porter des gants protecteurs pour
même toucher ces mots.
Mais attendez. M. Bastien explique. « Lorsque le
CRTC reçoit une plainte concernant la
programmation d’un radiodiffuseur privé membre du
CCNR, il la dirige maintenant vers cet organisme et
c’est ce dernier qui statue sur la plainte. »
Maintenant? Dans le sens qu’il s’agit d’un «
nouveau processus »? Pas du tout. De toute
évidence, M. Bastien ignore le fait que le CCNR
veille au respect des normes en matière de
radiodiffusion depuis le 26 avril 1991 (toutes les 453
décisions sont affichées sur le site web
du CCNR). Depuis la décision du CRTC concernant
CHOI-FM en 2004, le CCNR a rendu 127 décisions
(comparativement à 19 décisions du CRTC
sur des questions se rapportant au contenu).
Ce n’est pas que le CRTC ne fait pas son travail, ou
qu’il ne peut pas le faire. C’est plutôt que le
CCNR s’acquitte très bien de ses
responsabilités. Prenons Howard Stern, par
exemple. Lorsqu’il est arrivé sur les ondes
à Montréal en septembre 1997, il a
débagoulé des propos stupides et
insultants à l’endroit des Canadiens
français et bien d’autres groupes identifiables.
Qui s’est chargé de cette question? Des propos de
Laura Schlessinger? Du Doc Mai l loux ? De Louis
Champagne ? Et maintenant des concours de Call TV? Dans
chacun de ces cas, c’était le CCNR et non pas le
CRTC.
En fait
– et c’est là l’essentiel – il n’incombe pas au
CCNR de protéger les intérêts des
radiodiffuseurs privés. Son obligation consiste
en l’application des normes codifiées, que ce
soit en leur faveur ou non. Dans plus de 70% des 243
décisions rendues depuis 2000, les comités
décideurs du CCNR ont tranché en faveur
des plaignants. Personne ayant l’esprit objectif ne
pourrait conclure avec impartialité que cela
revient à défendre les
intérêts des radiodiffuseurs. Le moins
qu’on puisse dire, c’est que le CCNR défend les
intérêts du public.
M. Bastien déclare que pour effectuer son
travail, le CCNR applique « les codes
déontologiques établis par cet organisme
(l’ACR) », laissant entendre que ces codes sont
viciés par cette association. C’est faux. M.
Bastien omet de signaler à vos lecteurs que le
CRTC a collaboré étroitement à
l’élaboration du texte actuel de chacun des sept
codes administrés par le CCNR, qu’il les a
approuvés et que le respect de cinq de ces codes
constitue une condition de licence pour les
radiodiffuseurs canadiens visés, tant publics que
privés.
L’affirmation de M. Bastien selon laquelle il est
indécent de même proposer d’assujettir
RadioCanada aux décisions d’un organisme
émanant de ses concurrents est absurde en soi.
Elle tient pour acquis, entre autres, que les
radiodiffuseurs privés constituent un groupe
monolithique, ce qu’ils ne sont pas, et que ce monolithe
a une dent contre le radiodiffuseur public, ce qui n’est
pas le cas non plus. Les radiodiffuseurs privés
se livrent eux-mêmes tout autant de concurrence.
Je recommande à M. Bastien et à toute
autre personne qui puisse douter du caractère
équitable et objectif du CCNR d’éviter de
telles embûches théoriques. Effectuez
l’essai suprême. Lisez nos décisions.
RBO VU PAR SES VICTIMES - Paul Journet
RBO doit
devenir vieux. Nous aussi. Après Yvon Deschamps,
Clémence DesRochers et Dominique Michel, c’est à
leur tour de faire l’objet d’un gala hommage au Festival Juste
pour rire. Stéphan Bureau l’animera lundi au
Théâtre Saint-Denis. Le contenu est gard
«Certains prétendent que la chose la plus
abondante dans l’univers est l’hydrogène. Je ne suis
pas d’accord. Je crois que c’est la stupidité »,
disait Frank Zappa. Si c’est vrai, RBO fait autant partie du
problème que de la solution.
Cette stupidité, le groupe
l’a alimentée par la pure connerie de ses gags
scatologiques à la All-Brun, par le pur délire
des soliloques de Cherze Siachon et autres personnages d’Yves
Pelletier, ou encore par la pure méchanceté
d’imitations comme celle de Jean-Marc Parent enduit de
Clearabil.
Mais tels des mercenaires, les membres de RBO ont aussi
combattu la bêtise humaine. Ils ne mettaient pas le
doigt sur le problème. Ils «
l’écrapoutillaient ». Puis ils l’aspergeaient
d’acide, laissant derrière eux rires et odeur de
brûlé. Que ce soit une certaine «
paranoïa » entourant la loi 101 ou l’ahurissante
crédulité des poissons-clients de Jojo Savard,
rien ne leur échappait.
Ils touchaient à tout. Même aux intouchables. Y
compris à Dieu lui-même, réduit à
une sorte de Don King véreux, ou encore à notre
dieu séculier, Maurice Richard, qui
préférait les talents du « sympathique
Réjean Houle » à ceux de Wayne Gretzky.
Ces pitreries envahissaient rapidement l’espace public. Que
chantaient les manifestants à Châteauguay en
août 1990 au plus fort de la crise d’Oka ? Bonjour, la
police !
De ses débuts en 1981 à CIBL jusqu’à son
dernier Bye Bye, RBO a décliné son humour sur
presque toutes les formes: radiophonique (CIBL, CKOI, CKMF),
musicale, scénique et surtout
télévisuelle ( TQS, TVA et SRC).
Multidisciplinaires, les humoristes s’impliquaient à
chaque étape du processus. Assez pour leur valoir dans
le milieu le surnom de « Soviets de l’humour ».
Après le lancement en 2001 de la série
documentaire télé et des compilations The
Sketches et The Tounes, le coffret DVD paru en 2004 et la
myriade d’interviews, que reste-t-il à dire sur RBO?
Leurs victimes en ont une idée... Portrait du groupe
à travers elles. Un portrait un peu biaisé, car
certaines des plus écorchées ont
préféré ne pas rouvrir leurs blessures
pour nous.
L’INTELLECTUEL VICTOR LÉVY-BEAULIEU, OU LE DOIGT
CURIEUX
« Comme j’aimerais extraire ses abadies par la seule
traction de mes phalanges exsangues et… et… » clamait un
personnage joué par André Ducharme.
Onvoyait ensuite un fauxVLBcalédans son fauteuil, ivre
mort. Les yeux fermés, il plongeait le doigt au hasard
dans son dictionnaire, à la recherche d’un mot pour
compléter la réplique. Son improbable
trouvaille: plénipotentiaire.
De sa maison de Trois-Pistoles, l’auteur rigole en se
remémorant le sketch. Il se sent un peu
démasqué. « Je ne l’ai jamais vraiment
dit, mais il m’arrive de faire cela. »
Vraiment? « Oui. Je ne sais pas trop comment ils l’ont
deviné. Quand un début de paragraphe ne me vient
pas, je choisis parfois un mot au hasard dans le dictionnaire.
C’était le cas entre autres pour mon Don Quichotte.
J’ai déjà aussi utilisé des phrases
complètes de Lowry ou Kerouac pour débloquer.
»
Quant à l’alcool, VLB ne s’en offense pas. Il
reconnaît que c’était une période plus
rocambolesque de sa vie. « Je n’ai toutefois jamais pris
de drogue, tient-il à préciser. Mais ça
ne me dérangeait pas qu’on me montre avec une seringue.
Une caricature, c’est une charge. Plus RBO y allait raide,
plus j’aimais ça. »
Ce qu’il préférait, c’est l’extrait où il
se blottit dans la poitrine d’une infirmière. «
Je voulais envoyer unmot aux gars pour leur demander de me
l’envoyer, leur infirmière. »
Les éditions VLB figurent aussi parmi les victimes de
RBO. Dans une décapante satire d’Apostrophes de Bernard
Pivot, on découvrait trois prototypes de
l’écrivain qui tourne en rond: le nombriliste (Philippe
Tréchian), l’enculeur de mouches (Marguerite
Troudugnol) et Gratien Hurtubise ( publié chez VLB),
l’homme du terroir aux impossibles québécismes.
Le moment le plus drôle d’Apostrophes depuis que
Bukowski avait presque pissé dans ses culottes à
la véritable émission.
Nos humoristes se moquent-ils assez des intellectuels ? VLB,
fan aussi de Sylvain Larocque, Daniel Lemire et Mike Ward,
estime que non. « Peut-être qu’ils ne les
connaissent pas assez. »
LA CHANTEUSE BELGAZOU, OU L’AMOUR DU BOURREAU
« Pardon, surtout, mille fois pardon Belgazou (…) Si tu
changes de nom, on va arrêter », chantait Guy A.
Lepage de sa voix torturante. Dans la même
séquence, des tomates étaient lancées sur
l’image de la chanteuse.
Elle a finalement repris le nom de Diane Guérin.
« Mais ce n’est pas à cause de RBO.
C’était à la suggestion du directeur de la
programmation de CKOI », raconte l’interprète du
tube Talk About It.
Cette souffre-douleur de RBO assure ne conserver aucune
rancune. « Au contraire, je les aime beaucoup, vraiment
», lance-t-elle. Âgée de 61 ans, la
retraitée du showbiz habite depuis quelques
années à Saint-Côme, son « paradis
sans stress ». Elle y déneige son entrée,
fait du Scrabble pour son esprit et du yoga pour son corps, et
elle prépare des repas pour les démunis.
Pas de rancune, mais des blessures, oui. « Je suis une
fille sensible, justifie-t-elle d’un rire gêné.
Je me souviens particulièrement d’un gag au gala de
l’ADISQ. Toute l’industrie était là,
c’était humiliant. »
Elle a fini par appeler Guy A. Lepage pour qu’il cesse.
« Il avait très gentiment accepté. C’est
quelqu’un que je respecte beaucoup. J’adore son intelligence,
j’adore son travail. »
LA PUBLICITÉ DAGNEL SPÉCIFITÉ, OU LA
MARQUE DÉTOURNÉE
« Chic ou ben spôwrt », proposait
fièrement Yves Pelletier dans la pub de Dagnel
Spécifité.
Le choix s’explique. C’est ce que raconte au
téléphone Daniel Salvas – monsieur Daniel
Spécialités lui-même,
expropriétaire et acteur des pubs originelles.
« On vendait beaucoup de vêtements chics, et plus
tard, de vêtements sport. Sport chic, faut s’entendre.
À l’époque, les gens commençaient
à changer leurs habitudes. Ils s’habillaient plus
casual, comme on dit. Nos magasins étaient moins
réputés pour cela, mais on essayait de
s’adapter. »
Voilà une des raisons qui expliquent la faillite des
merceries Daniel en 2007. Les pubs de RBO n’avaient jamais nui
aux affaires, assure-t-il. « Notre clientèle
était un peu plus monsieur que celle de RBO. (…) Les
clients qui ont vu leurs pubs étaient plutôt
sympathiques à la cause, sympathiques à Daniel
lui-même et à ses magasins. Ça se peut,
par contre, que les plus jeunes aient été un peu
influencés. »
Plusieurs
autres pubs et marques de commerce ont été
détournées par RBO. Wal-Mart devenait Wall-Mard.
Molson devenait Molçon. Et McDo devenait WacDo, le
burger qu’on crache par dégoût.
Certains publicitaires avaient sûrement la frousse en
lançant leurs messages. Malgré tout, certaines
marques caricaturées ont peut-être profité
de cette visibilité accrue. Ou peut-être que non.
C’est difficile à mesurer, mais on se souviendra que
Dunkin’ Donuts, théâtre de Bonjour la police, a
choisi de commanditer les documentaires de RBO à TVA en
2001.
LA COMÉDIENNE ANDRÉE BOUCHER, OU LA
MESSAGÈRE CAFÉINOMANE
« J’avais l’air d’une petite grenouille qui allait
grimper dans un palmier », dit Andrée Boucher au
sujet de l’imitation que Guy A. Lepage faisait de son
personnage Évelyne dans les Dames de coeur –
transformées en Deux de pique.
On entend encore la phrase « voulez-vous un petit peu de
café?» résonner avec son timbre servile,
ponctué de « ah! ».
Andrée Boucher en riait beaucoup. Mais pas son
entourage. « Je boitais et la caricature montrait mon
handicap. Mes amis trouvaient cela grossier. Moi, je trouve
plutôt que ça dédramatisait le
problème. (…) Et après tout, on riait du
personnage et non de ma personne. La nuance est importante.
»
Elle avoue qu’aujourd’hui encore des inconnus lui offrent
« un p’tit café » au restaurant. « Le
gag a plus aidé ma carrière que toutes les
premières pages de magazine que j’aurais pu faire.
»
Quelques années plus tard, elle tournait même une
pub de Dunkin’ Donuts avec Guy A. Lepage,
déguisé comme elle en Évelyne.
Les Deux de pique s’ajoutent aux Snappe pis bourdonne, Les
héritiers du mal et nombreux autres pastiches
d’émissions de télévision de RBO.
Certains les ont déjà accusés de trop
parler de télévision, au détriment de
sujets plus « importants ». Ce à quoi le
groupe répondait en 2007, dans une interview avec
Nathalie Petrowski : « C’est un code commun et il y a
quatre millions de Québécois qui regardent la
télévision. Trouvez-moi une autre
activité qui rassemble autant de monde et on va se
faire un plaisir d’en faire un sketch. »
LE POLITICIEN MARIODUMONT, OU LES LIMITES DE LACARICATURE
En 1994-1995, RBO présentait Super Mario Dumont
à l’Assemblée nationale, au travail avec son
Game Boy et ses cahiers Canada. Douze ans plus tard au Bye
Bye, on le retrouvait à la tête d’une classe de
ti-namis indisciplinés – ses candidats.
Dans les deux cas, l’ex-chef de l’ADQ estime que les
caricatures ne lui ont pas trop nui politiquement. « Le
jeu de mots avec Mario Bros, ce n’était pas le plus
surprenant. On le voyait venir d’assez loin. Et la
deuxième, elle ne faisait que reprendre ce que les
journalistes disaient déjà depuis plusieurs mois
», lance ce « très grand fan » de
RBO.
Selon lui, les caricatures télé comme celles de
RBO ne sont pas les plus dommageables. Ce serait plutôt
les caricatures des journaux. « C’est ce qui est le plus
cruel pour l’ego et pour l’image publique. Mais encore
là, leur pouvoir est limité. Personne n’a
été aussi martyrisé par les
caricaturistes que Jean Chrétien. Et c’est le
politicien canadien qui a connu le plus de succès au
XXe siècle. »
M. Dumont assure qu’il riait des gags de RBO sur lui. «
ÀQuébec, Daniel Johnson, Jean Charest et moi
étions les plus enclins à rire de
nous-mêmes. En général, les
péquistes comme M. Landry ou Mme Marois trouvaient
moins drôles les blagues à leur endroit. Avec M.
Parizeau, c’était moins pire, mais encore là...
»
Les gags politiques n’étaient pas ses favoris. «
Il est de bon ton de dire qu’on aime l’art engagé. Mais
honnêtement, je préfère leurs personnages
comme M. Caron, et surtout le sketch de la Soirée
canadienne », avoue-t-il. Quelques secondes plus tard,
il se met à nous en réciter des extraits.
Malgré son fond nationaliste, RBO n’a
épargné aucun politicien ou parti politique.
L’humour politique vieillit habituellement mal. Mais dans le
cas de RBO, ce sont parfois ces gags qui restent les plus
gravés dans nos mémoires. À commencer par
le célèbre sketch du 4e Reich. Dans cette satire
de la « paranoïa » d’Alliance Québec,
Robert Bourassa devenait le Fourreur, et la loi 101 prenait
des allures de génocide culturel. TVA en avait
empêché la rediffusion.
LA SPORTIVE JOSÉE CHOUINARD, OU LA CHUTE GÊNANTE
La patineuse artistique Josée Chouinard habite dans la
région de Toronto depuis 1993. C’est là qu’on
l’a jointe pour parler d’un sketch d’André Ducharme.
Elle ne s’en souvient pas vraiment.
Il faut donc le lui décrire. Un exercice un peu
gênant. Disons, Mme Chouinard, que votre pub de
Prêt Plus se transformait en pub de Prêt Pusse. Et
que vous chutiez compulsivement, sans ne jamais perdre le
sourire.
Après une vingtaine de secondes, elle finit par se
remémorer un extrait. « Oui, le sketch où
je tombais dans la douche, c’est ça? Ce n’est jamais
plaisant de voir des choses négatives sur soi. Mais en
même temps, ça m’avait un peu
impressionnée. Je n’étais qu’une simple
patineuse, et onme jugeait assez importante et connue pour
écrire une blague sur moi. »
La triple médaillée d’or aux Championnats
canadiens n’est pas la sportive la plus écorchée
par RBO. Il existe des prétendants plus sérieux.
Stéphane Richer en particulier. Comme d’autres
hockeyeurs, on le réduisait à un débile
léger aux tendances aphasiques qui nourrit de grandes
ambitions. « Que ferez-vous plus tard? » lui
demandait un faux animateur. Réponse: « Dodo
».
LE GROUPE MINORITAIRE LES AVEUGLES, OU LA MOQUERIE PAYANTE
RBO a ri des aveugles. La Fondation des aveugles les a
récompensés. Vers la fin des années 80,
elle leur a remis son prix Denis Lazure.
« Après le sketch sur le hockey des aveugles et
celui où Richard Z. Sirois lit un Playboy en braille,
nous avons reçu beaucoup d’appels de gens curieux. Ils
voulaient en savoir plus sur les maladies visuelles »,
se souvient Ronald Beauregard, directeur général
de la Fondation.
Les dons ont suivi les questions. M. Beauregard estime que la
Fondation a reçu entre 5000 et 10 000$ de ces curieux
dans les mois suivants. C’est pourquoi RBO a reçu la
distinction.
Leurs gags se sont poursuivis jusqu’au gala honorifique.
« Je me souviens que le groupe feignait de ne pas
trouver le prix sur scène, poursuit M. Beauregard. On
trouvait cela bien drôle. »


Le rire est inclusif, estime-t-il. Rire des handicapés
est selon lui une étape de plus vers leur pleine
intégration.
POÈMES ROCK - Marie
-Christine Blais
C’est un
phénomène à la fois extraordinaire et
totalement inusité : après avoir
été un des disques les plus vendus de
l’année, l’album 12 hommes rapaillés,
composé de poèmes de Gaston Miron mis en
musique par Gilles Bélanger et
interprétés par Perreau, Va
MARIE-CHRISTINE B L AI S E ntendons-nous t out de suite :
il sera question ici uniquement de la mise en musique rock
ou pop de textes qui n’ont pas été
écrits e x pre s s é ment pou r deven i r
chansons – bref, de la mise en musique de vers en bonne et
due forme. Cela exclut, c ’est vrai, Vigneault et Leclerc,
poètes s’il en fut, mais également
auteurscompositeurs, et qui ont toujours fait une nette
distinction entre ce qui était poème et ce
qui était paroles de chansons dans leur t ravail.
Même exclusion pour Leonard Cohen, Michel Garneau et
Denise Boucher, tous trois poètes qui
écrivent aussi des chansons. Cela exclut même
les textes de Claude Péloquin ( Lindbergh, C’e s t
pas physique, c’est électrique, etc.) et de
Réjean Ducharme ( Mon pays (c’est pas un pays,
c’est une job), Le violent seul (Chu tanné), la si
jolie Tendresse et amitié, etc.), conçus
d’office comme paroles de chanson, et non comme
poèmes, à l’intention de Robert Charlebois,
qui les a mises en musique et interprétées
avec talent.
PHOTO ARCHIVES LA PRESSE
Plusieurs poètes d’ici ont
inspiré les artistes québécois
à mettre en musique des vers en bonne et due
forme : Gaston Miron (ci-dessus), Émile Nelligan,
Gilbert Langevin, Saint-Denys-Garneau, Patrice Desbiens,
Roland Giguère...
Exclusion ou pas, cela n’empêche pas Robert
Charlebois d’être de toute façon l’as des
« metteurs en musique de poèmes » au
Québec. Il adapte en français des
poètes anglais qu’il met en blues (sur son bel
album Doux sauvage), mêle la musique de Pachelbel et
les mots du poète pataphysicien Alfred Jarry pour
composer la chanson Terre-Love, rend hommage à
l’écriture de Claude Gauvreau par sa chanson Le
mont Athos, met en musique le poème Le
Léthé de Baudelaire. Mais ce sont surtout
les textes du poète français Rimbaud qui l ’
i nspirent : Larme ( 1978), bohème (1974) et, plus
que tout, le poème Sensation, en 1969, qui
deviendra vraiment populaire quand Charlebois l ’ i nter
prétera avec Félix Leclerc et Gilles
Vigneault lors du grand spectacle J’ai vu le loup, le
renard, le lion en 1974. Magnifiquement mise e n musique,
Sensation sera ensuite reprise, dans des a r r a ngements
délicieusement latino-américains, par Daniel
Bélanger, d’abord en spectacle, puis sur le triple
album Tricycle en 1999.
Mais l’exemple par excellence du poème devenu c
hanson à succès ? C’est le poème Soir
d’hiver (Ah, comme la neige a neigé) du
poète Émile Nelligan (18791941), que Claude
Léveillée a mis en musique avec tellement de
t alent en 1966 qu’on f redonne encore cet air, 43 ans
plus tard – combien d’entre nous ont d’ailleurs appris ce
sonnet en le chantant ? Lucien Francoeur mettra à s
on t our c e poème en musique rock, sous le titre
Nelligan, et en fera un succès radio en 1980 –
c’était une des aspirations de Francoeur que de
« mettre Nelligan dans les jukebox » à
l’époque. Nelligan, Rutebeuf, Baudelaire…
Nelligan a beaucoup inspiré l es c ompositeu r s
québécois. L’ad mirable d i s que Monique
Leyrac chante Nelligan, composé de nombreux
poèmes du jeune Montréalais mis en musique
par André Gagnon, en est l’illustration la plus
marquante. Mais Nelligan inspire également Claude
Dubois, qui met en musique son poème Le vaisseau
d’or. Ce ne sera pas sa seule incursion dans la
poésie chantée : Dubois se fera plaisir en i
nterprétant en 1987 le célèbre
poème La complainte de Rutebeuf (La Griesche
d’Yver), rebaptisé si mplement Pauvre Rutebeuf et
mis en musique par Léo Ferré. Que sont mes
amis devenus…
Il n’est
évidemment pas le seul artiste
québécois à se tourner vers les
poètes français : le duo bossanova-jazzy
Bet.e et Stef reprendra ainsi Il n’aurait fallu,
poème d’Aragon mis en musique par Ferré, sur
son premier album, en 2002. Les Colocs, après la
mort de Dédé Fortin, enregistreront une
version posthume de Paysage, grand poème de
Baudelaire. Et il y a quelques mois à peine, le
trio de chanson électro La Patère rose a
carrément décidé d’ouvrir son premier
album éponyme avec une mise en musique du
poème Les deux bonnes soeurs du même Charles
Baudelaire !
Difficile, par ailleurs, de ne pas mentionner la belle
mise en musique du poème Le temps perdu de Jacques
Prévert par JeanFrançois Pauzé, des
Cowboys fringants. Et pour ma part, je n’oublierai jamais
l’émotion particulière ressentie quand
Pauzé a pris le micro pour chanter luimême ce
poème lors du premier spectacle des Cowboys
fringants à Paris, en 2004… Poètes
québécois
Mais revenons aux poètes québécois
dont les textes deviennent chanson. Si Nelligan est une
source d’inspiration marquante, il est tout de suite suivi
par Gilbert Langevin, dont les textes ont donné
naissance à des chansons phares au Québec :
La v o i x que j ’a i ( Of fenbach), Celle qui va (
Marjo), Ange-animal ( Dan Bigras), Si ciel il y a ( Pierre
Fl y n n) , e t c . Dès 1 9 6 9, Pauline Julien
enregistre d’ailleurs un très beau disque
consacré uniquement à la poésie de
Langevin, qui n’a, hélas, pas encore
été réédité à ce
jour.
On pourrait c iter bien d’aut r e s e xemples , c a r
plusieu r s poètes d’ic i i nspirent
particulièrement compositeurs et i
nterprètes. C’est le cas de Saint-Denys Garneau,
dont le groupe Villeray mettra en musique plusieurs
poèmes en prose – un petit chef-d’oeuvre, rien de
moins. Autre chef d’oeuvre : la trilogie d’albums de
Chloé Sainte-Marie consacrée aux
poètes québécois et
amérindiens, dont P a t r i c e Desbiens ( qu i
collabore aussi avec Richard Desjardins), Roland
Giguère et Gaston Miron, mis en musique notamment
par Gilles Bélanger. Le même Gilles
Bélanger qui décidait il y a quelque temps
de porter en musique 12 textes de Miron, devenus depuis le
fabuleux album 12 hommes rapaillés…
Le mâle québécois, un
loser ?
La
publicité perpétue le mythe du gars faible
De tout temps, il est facile pour quiconque de se
valoriser en diminuant l’autre en l’écrasant.
L’auteur réside à Montréal.
Que penser de ces publicités
télévisées dans lesquelles les hommes
sont non seulement des « gars faibles », mais
également, pour employer un qualificatif de
circonstance, des losers de premier ordre ?
Récemment, lors d’un souper d’amis auquel
assistaient autant de femmes que d’hommes, ces
publicités ont fait l’objet de discussions. Le
verdict est unanime : elles sont déplacées,
voire pauvres en contenu. Et le mot est faible.
Il y a quelques années, des artistes, dont Luc
Picard, s’étaient élevés contre les
rôles attribués aux hommes dans les
séries télévisées. À
cet égard, il énonçait, lors de
l’émission Enjeux : « On est tannés de
voir des images de gars faibles à la
télé, à côté des femmes
toutes puissantes, parfaites… » Le but
n’étant pas d’enlever quoi que ce soit aux femmes
qui, en passant, campent avec assurance leurs personnages,
mais bien de redéfinir ceux joués par les
hommes.
Aussi ,
notre propos n’est pas de rediscuter du contenu des
séries télévisées, puisque le
soussigné n’est pas un téléspectateur
assidu. Cependant, sauf une personne vivant en
réclusion, nous regardons tous la
télévision et sommes souvent
confrontés à certaines publicités
dont le goût est sinon douteux, du moins discutable.
Dans l’une de ces réclames, il s’agit d’un couple
dont l’homme tente de poser une tablette. Sa conjointe,
sur un ton qu’il n’est pas opportun de qualifier,
l’écrase littéralement et lui fait courber
le dos tel un chien battu. Bel exemple de vie de couple ;
ça doit donner aux gens le goût d’en former
un. Le pire est que cette pub ne traite aucunement du
produit. Faux. En réalité, il en traite. On
diminue le conjoint pour vanter le produit, car le type de
la compagnie, lui, sait comment tout installer. Quant au
conjoint, qu’il retourne dans sa niche, ce pauvre de
pauvre abruti. Dans une autre pub, ce n’est guère
mieux. Le « boss » (aussi méprisant que
la conjointe l’est dans l’autre) tape sur son
employé qui, lui, est un faible, un peu
imbécile, un loser, et dont les capacités
intellectuelles semblent questionnables… Mais, ô
surprise, il excelle au golf… Et la suite n’est
guère mieux. Le produit ? Aucune
référence.
Que l’on ne vienne pas nous rabâcher les
sempiternelles justifications du jeu du double sens, ou
encore de l’humour. Il ne faut quand même pas nous
prendre pour des valises. Annonce facile ? À vous
la réponse. Mais ce qui nous apparaît
certain, c’est que de tout temps, il est facile pour
quiconque de se valoriser en diminuant l’autre, en
l’écrasant. Ce que nous servent ces annonces sont
des comportements maintes fois décriés.
Le contraire, par contre, tient du respect, de la
volonté, du savoir-faire et des actes accomplis.
Aussi, par le discours tenu dans ces publicités,
l’on perpétue le mythe que « l’homoquebecus
» est un incapable, un pas de colonne, un peureux,
et un loser. Vous n’en avez pas marre de ce type de
publicités à la con ?
Est-ce que ce type de publicités nous incite
à nous procurer les produits suggérés
? Est-ce que les compagnies et les agences de pub ont une
certaine responsabilité sociale face à des
stéréotypes qu’elles perpétuent ? Les
réponses ne sont peut-être pas si
évidentes, mais les questions méritent
d’être posées.
OPINION L’homme-toutou
L’auteur
réside à Montréal. Il réagit
au texte de Marc Tremblay, « Le mâle
québécois, un loser? », publié
dans les pages Forum de samedi dernier. Je suis d’accord
avecM. Tremblay: dans la publicité à la
télévision, on véhicule trop
facilement l’image d’un homme québécois
faible et loser. Mais pourquoi en est-il ainsi? Que
s’est-il passé dans la société
québécoise durant les 40 dernières
années pour que l’on en soit arrivé à
ce triste constat?
Qui sont ceux qui créent ces publicités ?
J’imagine que ce sont des jeunes hommes et femmes, dans la
vingtaine ou début de la trentaine qui font tout le
travail créatif. Alors, si tel est le cas, cela
signifie que le jeune homme québécois est
d’accord avec cette image. Pourquoi?
Selon moi, l’homme québécois a grandi dans
un milieu où il était peu
représenté (voire presque absent). D’une
part, à l’école où dès le
cycle primaire, le garçon est plongé dans un
environnement presque exclusivement féminin.
D’autre part, à la maison, où on trouve un
nombre élevé de familles monoparentales,
généralement dirigées par des femmes,
qui ont donc élevé les enfants (avant les
années 90).
Ensuite,
il y a la question de l’émancipation de la femme.
Nous connaissons tous les progrès et
l’évolution de la condition féminine au
Québec depuis la Révolution tranquille.
À travers cela, il y a eu aussi nos projets de
société: faire du Québec une
société ouverte, égalitaire, et
respectueuse.
Bref, l’homme québécois ne veut pas passer
pour un macho ou un misogyne. Il désire se montrer
comme un homme ouvert qui ne perpétue pas les
anciens stéréotypes de l’homme pourvoyeur
qui ne fait rien à la maison. D’accord. Mais le
problème avec tout cela, c’est qu’il n’a pas encore
pris sa place, il la cherche (la trouvera-t-il jamais?).
Il marche sur des oeufs, que ce soit à la maison ou
au travail, car il ne veut pas déplaire.
En attendant, on le voit comme étant un «
mausus de bon gars » que rien ne choque, même
pas quand sa conjointe le traite comme un enfant, comme un
stupide ou comme un animal de compagnie ( je pense
à la publicité de nourriture pour chats
où l’homme est le chat de sa maîtresse).
Oui, c’est vrai, l’homme québécois est un
« homme-toutou », un homme tout doux. Il y a
rien de mal là-dedans, quoique à force de se
percevoir comme un « cave » dans la
publicité, il va finir par le croire… si ce n’est
déjà fait !
FANTÔMES DU ROCK - Jean-Christophe
Laurence
Comment la mort a fauché des rockeurs en pleine
gloire. Et pas toujours de façon glorieuse…
«Vis vite. Meurs jeune. Ton cadavre sera plus
beau.»
Ce célèbre proverbe turc pourrait bien
s’appliquer aux martyrs du rock, qui hantent la
légende depuis plus d’un demi-siècle. De
Buddy Holly à Kurt Cobain, en passant par Jimi
Hendrix, Jim Morrison, Sid Vicious, Ian Curtis ou Jeff
Buckley ils sont plusieurs à être
tombés au combat, fauchés en pleine
gloire, dans des circonstances parfois spectaculaires,
laissant comme seul héritage une poignée
de disques-cultes et une certaine impression
d’immortalité.
« Les morts de rockeurs nous fascinent parce que
ce sont des trajectoires à la Arthur Rimbaud,
résume Bruno de Stabenrath, auteur du
Dictionnaire des destins brisés du rock
(Éditions Scali), qui recense une centaine de
décès de musiciens. On a l’impression
qu’ils ont livré leur message, qu’ils ont connu
un succès rapide et qu’après, ils sont
morts. Leur jeunesse est en quelque sorte fixée
pour l’éternité. Leur voix aussi,
puisqu’elle a été gravée sur
disque… »
Mais attention, précise l’écrivain : ce
n’est pas parce qu’on meurt
prématurément, et de façon
extrême, que l’on devient une légende.
« Il n’y a de grands rockeurs morts que s’il y a
de grandes chansons, lance-t-il. Le mythe d’un
musicien est généralement à la
hauteur de son oeuvre.»
Halloween oblige, La Presse réveille
aujourd’hui les fantômes. Voici une vingtaine de
morts « rock » plus ou moins
célèbres, qui ont frappé
l’imaginaire et nourri la légende. Accidents,
surdoses, suicides, meurtres… en avant la musique!
Controversé
Bien sûr il y a eu Ian Curtis de Joy Division.
Michael Hutchence d’INXS. Ou Pete Ham de Badfinger.
Mais le plus célèbre suicidé du
rock reste encore Kurt Cobain, chanteur de Nirvana,
qui se tire une balle dans la tête le 8 avril
1994, alors que son groupe est au sommet. Dans les
années qui suivent, les rumeurs les plus folles
circulent sur sa mort. On affirme que Cobain aurait
été victime d’un meurtre
commandité par sa femme Courtney Love. En
effet, comment aurait-il pu appuyer sur la
détente, considérant les
phénoménales quantités
d’héroïne absorbées ce
soir-là?... Ouais, bon. Divisées en
trois parts égales, ses cendres reposent
aujourd’hui dans un temple bouddhiste new-yorkais, au
fond de la rivière Wishkah dans l’État
de Washington, et chez sa Love de veuve…
Aérien
Attention, la liste est longue. Depuis le
célèbre écrasement d’avion le 3
février 1959, qui a emporté d’un seul
coup les prometteurs Ritchie Valens, The Big Popper et
Buddy Holly, on ne compte plus les rockeurs qui ont
péri à bord d’un avion. C’est ainsi que
le ciel nous a pris Otis Redding (ainsi que quatre de
ses musiciens), la chanteuse R’n’B Aaliyah (2001)
quatre membres du groupe de rock sudiste Lynyrd
Skynyrd (1977) et le guitariste Randy Rhoads (1982),
qui avait été invité à
« faire un tour » par son chauffeur
cocaïnomane. Mais la palme, ou plutôt la
pale, revient au guitar hero Stevie Ray Vaughan, dont
l’hélicoptère s’est écrasé
sur une montagne, le 27 août 1990. Le pilote
connaissait mal la région…
Gothique
La radicale scène black métal
norvégienne n’a jamais fait les choses à
moitié. En août 1993, après avoir
commandé l’incendie de plusieurs églises
et prélevé des bouts de cervelle d’un de
ses amis fraîchement suicidé (il a
prétendu les avoir mangés) le chanteur
du groupe Mayhem, Euronymous, a été
poignardé 23 fois par un certain Burzum, son
propre bassiste. Accusé, ce dernier a
justifié son geste en affirmant que sa victime
était un « homosexuel, un communiste et
un traître à la cause black metal
». Il purge actuellement une peine de 21 ans de
prison et serait attendu de pied ferme par les fans
d’Euronymous, qui ont juré de lui faire payer
son crime.
Dans
la série «morts violentes»,
mentionnons aussi John Lennon, Sam Cooke, Peter Tosh,
lerappeurNotorious BIG et Marvin Gaye, tous
tués par balle (ce dernier par son propre
père) ainsi que la chanteuse Selena,
assassinée par la présidente de son fan
club…
Absurde
OnpourraitvousparlerdeJimiHendrix, John Bonham (Led
Zep) ou Bon Scott, tous trois étouffés
dans leur vomi. Mais leur disparition est
assurément moins absurde que celle de Terry
Kaths, fondateur du groupe Chicago, mort en j ouant
à la roulette russe. Il était convaincu
que le pistolet n’était pas chargé. Ou
encore celle de Sonny Bono (Sonny & Cher), mort en
ski après avoir percuté un arbre. Encore
plus surréaliste, celle de Jeff Porcaro,
batteur du groupe Poco, mort empoisonné.
Toxicomane fini, il aurait tenté d’inhaler des
insecticides. On l’a retrouvé raide au fond du
jardin, au pied de son barbecue.
Flamboyant (1)
Icône du folk-rock, amant d’Emmylou Harris et
ancien membre des Flying Burrito Brothers, le brillant
Gram Parsons dilue son talent dans la dope. Le 13
septembre 1973, les mauvais anges ont finalement
raison de lui. Après l’enregistrement de ce qui
sera son album posthume ( Grevious Angel), le chanteur
se réfugie dans le bled de Joshua Tree,
près de Yucca Valley, où il succombe
à une surdose de tequila et de morphine.
L’épisode suivant relève de la fiction.
Alors que son corps est sur le point d’être
rapatrié à Los Angeles, son ami et
manager Phil Kaufman vole sa dépouille à
l’aéroport et, pour honorer un pacte
scellé entre eux, la fait brûler dans le
désert…
Flamboyant (2)
Mourir sur scène? Plusieurs artistes en
rêvent. Mais dans la réalité, la
chose n’a rien de si romantique. Parlez-en au chanteur
Ty Longley, du groupe heavy métal Great White,
mort brûlé vif après qu’un
incendie se fut déclaré en plein milieu
d’un spectacle. Ce drame a fait 93 autres victimes.
Aquatique
Le rock est plus lourd que l’eau. Donc il coule.
Premier guitariste des Stones, Brian Jones, se noie
dans sa piscine, en 1969. On sait aujourd’hui que cet
accident n’en serait pas tout à fait un (on
l’aurait « aidé »). En 1983, le
batteur des Beach Boys Dennis Wilson, fin soûl,
plonge dans le Pacifique pour récupérer
une pièce de monnaie. Il ne remontera jamais
à la surface. Ironique : c’était le seul
membre du groupe qui savait vraiment surfer! Le 29 mai
1997, trois ans après la sortie de son seul
album ( Grace) le chanteur Jeff Buckley entre à
son tour dans la légende en disparaissant dans
les eaux du Mississippi. On ne retrouvera son corps
que cinq jours plus tard. Appelons ça le
mauvais sort : son père Tim Buckley, aussi
chanteur, avait succombé 22 ans plus tôt
à une surdose d’héroïne.
Et au Québec?
Nous avons aussi nos fantômes. Ils sont moins
nombreux, mais dans certains cas, pas moins
spectaculaires. On pense bien sûr à
Dédé Fortin, dont le hara-kiri
dépasse encore l’entendement (en passant, le
chanteur américain Elliot Smith s’est
enlevé la vie de la même façon).
Au chanteur Alex Soria (du groupe alternatif The
Nils), écrasé par un train un soir de
2004, et, dans un registre plus « film noir
», à la chanteuse Colette Bonheur, morte
aux Bahamas en 1966, dans de douteuses circonstances.
Officiellement, son décès serait
attribuable aux barbituriques. Mais certains
prétendent que quelqu’un aurait sciemment
augmenté la dose…
Kiss expliqué aux enfants -
JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE
C’était frappant, cet été, lors
du spectacle de Kiss au Centre Bell: son public
rajeunit. Contrairement aux autres dinosaures du rock,
le groupe fondé il y a 35 ans par Paul Stanley
et Gene Simmons a su renouveler son bassin de fans,
dont plusieurs ont encore l’âge d’écouter
TéléToon et Vrak.TV. Marguerite, 8 ans,
fait partie de cet étonnant nouveau fan club.
À l’occasion du retour de Kiss sur scène
(ce soir, Centre Bell) et sur disque ( Sonic Boom,
sortie le 6 octobre), nous lui avons demandé de
concocter une série de questions pour son
groupe préféré. Gene Simmons lui
répond.
PHOTOFERNANDOVERGARA,ASSOCIATEDPRESS
Le fan club de Kiss rajeunit.
Au point d’intéresser des enfants de 8 ans...
Un phénomène attribuable, selon Gene
Simmons, «en partie à la musique, au
visuel et aux concerts».
JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE Q Pourquoi
avez-vous décidé de faire un nouveau
disque et quelle chanson a été la plus
difficile à enregistrer? R Parce que,
Marguerite, nous avons beaucoupdenouveauxfanscomme toi
qui nous ont demandé d’écrire et
d’enregistrer de nouvelles chansons. Sonic Boom, c’est
notre cadeau pour vous. C’est un coffret de trois
disques avec un CD de nouvelles chansons, un CD de nos
classiques réenregistrés et un DVD de
Kiss en concert à Buenos Aires. Pour ce qui est
de la chanson la plus difficile, je dirais Russian
Roulette. Elle était un peu plus
compliquée à cause des changements de
tempo. Q Éco utez-
vous encore vos anciens disques? Lequel
préférez-vous et laquelle de vos
vieilles chansons aimez-vous le plus? R Oui,
j’écoute encore nos vieux disques. J’en ai
plein de préférés. Destroyer pour
les années 70. Creatures of the Night pour les
années 80. Revenge pour les années 90
et, bien sûr, Sonic Boom pour les années
2000. Pour ce qui est des chansons, j’aime beaucoup
God Gave Rock’n’Roll to You et Goin’ Blind, une de nos
premières compositions. Q Toi
et Paul (Stanley), vous travaillez ensemble depuis
presque 40 ans. Êtes-vous tannés de vous
voir, parfois? R Non! Paul et moi, nous sommes une
équipe. On se complète. Et puis, nous ne
sommes pas comme les Beatles. Nos femmes sont
restées en dehors du chemin! Q Est-
ce que
Ace Frehley et Peter Criss (premier guitariste et
premier batteur du groupe) vous manquent? R Oui. Nous
sommes tristes qu’ils ne soient pas là pour
voir la gloire qu’ils nous ont aidés à
atteindre. Mais ils avaient des problèmes.
C’est une bonne leçon pour vous, les jeunes: ne
consommez pas de drogue ni d’alcool. Vous allez
perdre! Q Pourquoi
avez-vous décidé de mettre du maquillage
au début et pourquoi avez-vous
décidé de le remettre après
l’avoir enlevé? R Kiss a toujours fait les
choses à sa façon. On a mis du
maquillage au départ parce qu’on voulait
être différents. On l’a enlevé
pour se prouver, et prouver aux autres qu’on pouvait
avoir du succès sans le maquillage. Enfin, on
l’a remis, tout simplement parce que ça nous
tentait. Q Drôle
de question, mais bon: comment faites-vous pour courir
avec vos bottes à plateformes? R C’est
très difficile, tu sais. Nos semelles mesurent
huit pouces de haut. Chaque botte pèse entre 8
et 10 livres. Les guitares pèsent 10 livres. Et
je porte 40 livres de poids supplémentaire
par-dessus ça: l’armure, les clous de
métal. Il faut être en très bonne
forme physique. Et savoir comment arquer son dos.
Sinon, c’est le tour de reins assuré. QJ ’ai
8 ans et j’aime beaucoup Kiss. Êtes-vous surpris
d’avoir des fans aussi jeunes? R Non, parce que j’en
ai vu plein d’autres comme toi dans le monde. Comment
expliquer que notre public rajeunit? En partie le
visuel. En partie la musique. En partie les concerts,
parce qu’on se surpasse soir après soir. Et en
partie tout le plaisir qu’il y a autour du groupe: les
jouets, les jeux. Et ça, seul Kiss peut le
faire. Q Et
vous, quand vous étiez jeune, quel était
votre groupe préféré? R Les
Beatles. Et ça l’est toujours. Q
Dernière
question, Gene: Kiss existe depuis 35 ans. Comment
faites-vous pour avoir encore du plaisir? R Je te
répondrais, Marguerite, que chaque chose a
besoin de son contraire. Nous avons encore du plaisir
à faire Kiss parce que nous avons
travaillé fort. C’est la même chose pour
toi. Pour avoir du plaisir après
l’école, il faudra que tu travailles fort en
classe. Ne l’oublie surtout pas…
AC/DCAU STADEOLYMPIQUE La démesure
justifiée - Paul Journet
Ce devait
être le plus grand concert rock de la
décennie à Montréal, avait
annoncé le Groupe Gillett. Quantitativement, il
avait raison. Il n’existe qu’un mot pour qualifier le
passage d’AC/ DC hier soir au Stade olympique: monstrueux.
PHOTO BERNARD BRAULT, LA
PRESSE
Le passage d’AC/DC au Stade
olympique samedi soir s’est fait dans la démesure
avec un gigantesque train vapeur qui déchirait le
milieu de la scène.
C’était la démesure. Une scène de 60
pieds sur 48, une passerelle de 176 pieds, des coups de
canon et des boules de feu, des colonnes et des colonnes
d’amplificateurs, plusieurs écrans géants,
environ 53 000 fans et un des plus grands groupes rock de
l’histoire qui revient après neuf ans d’absence. On
s’attendait à un mégaconcert de stade comme
il n’en existe presque plus, avec un enchaînement de
succès relayés par une sono approximative.
Et c’est ce qu’on a eu.
La fébrilité se sentait déjà
une vingtaine de minutes avant le début du concert.
Un kilomètre semblait nous séparer des fans
à l’autre bout des gradins. Le stade est devenu une
carcasse de béton, mais il ne manquait pas
d’ambiance, grâce à la clameur de la foule et
aux cornes rouges qui brillaient partout. Quand on voyait
quelqu’un les acheter à l’entrée (15$ quand
même), on n’était pas certain. Mais
portées par des milliers de fans, c’est très
beau.
Maintenant, la question de la sono. Ce n’était pas
la catastrophe qu’on aurait pu appréhender. Mais
c’était tout de même loin d’être
impeccable. La voix de Brian Johnson était parfois
enterrée et il semblait manquer de souffle par
moments. Dans l’ensemble, le son manquait aussi de
richesse. Peutêtre que des spectateurs situés
ailleurs ont entendu autre chose. Ces petits
problèmes disparaissaient toutefois lors des solos
de guitare d’Angus Young, survoltés comme toujours.
Le cas d’Angus
AC/ DC est un groupe bizarre. Cliff Williams (basse),
Malcolm Young ( guitare rythmique) et Phil Rudd (batteur)
semblent venir pointer pour leur quart de travail. Rudd
fume même des cigarettes pendant une bonne partie
des pièces.
Ensuite, il y a le chanteur, Brian Johnson, toujours
énergique avec le charisme prolétaire de son
traditionnel béret. Et il y a Angus Young. Le
guitariste se démène comme un
forcené. Si son frère Malcolm semble
incapable de jouer en bougeant, lui semble incapable de ne
pas bouger. Il a dû perdre deux ou trois livres hier
soir.
Angus fut un des premiers guitaristes à adopter la
technologie sans fil, et on comprend pourquoi. Il arpente
chaque recoin de la scène et de la longue
passerelle avec sa danse de canard à la Chuck
Berry. Il a volé la vedette, comme il le fait
depuis plus de 30 ans. On se demande où il prend
l’énergie, puis on se retourne et on imagine la vue
qui s’offre à lui, avec un stade qui hurle à
chacun de ses gestes. Cette drogue-là, on ne doit
probablement jamais vraiment s’y habituer.
Angus,
54 ans, osera son traditionnel strip-tease. Il
enlève son costume d’écolier puis
s’arrête à son caleçon. Un clown?
Non, car il appuie ces pitreries de prouesses sur sa
Gibson.
Grosse Rosie et autres caricatures scéniques
AC/ DC a joué plus d’extraits de son nouveau
disque que certains auraient pu le croire. Après
Rock’n’Roll Train en ouverture, on a entendu plus tard
Big Jack, Black Ice, War Machine et Anything Goes. Mais
ces chansons n’ont pas encore été vraiment
adoptées par le public.
La soirée a pris son envol avec Back in Black. Le
verre de café tremblait dans nos mains, tout
comme le plancher peu rassurant du stade. On ressentait
le même effet lors des autres classiques, que ce
soit Thunderstruck, Dirty Deeds Done Dirt Cheap, Hells
Bells, You Shook Me All Night Long, T.N.T., Whole Lotta
Rosie et, comme d’habitude en rappel, Highway To Hell
puis For Those About to Rock ( We Salute You).
Pour cette tournée, un gigantesque train vapeur
déchirait le milieu de la scène. Quant aux
autres éléments scéniques, ils
étaient les mêmes qu’à l’habitude.
Comme il s’agit de visite rare, cela ne dérange
pas. Cette caricature démesurée amuse
même.
Brian Johnson se balance sur une corde au bout de la
cloche géante au moment de Hells Bells. Une
immense poupée gonflable, style modèle
pour un Cyclope, apparaît pendant Whole Lotta
Rosie (elle aussi, on peut l’acheter aux kiosques). Une
caméra placée sous le plancher de verre
filme la danse d’Angus Young pendant Thunderstruck.
Puis, pendant For Those About to Rock, de gros canons
(comme ceux de la pochette) explosent pour clore la
soirée.
On rit encore aussi de The Jack, cette pièce sur
une conquête de Malcolm qui avait une MTS. Des
spectatrices sont montrées alors sur les
écrans géants pendant que la foule crie:
« She’s got the jack »...
Let There Be Rock, dernière pièce avant le
rappel, offrira le plus beau moment. Les lumières
s’éteignent à la fin et Angus Young
disparaît pour ressurgir sur un podium au milieu
du parterre et y poursuivre son solo. On pense assister
au paroxysme, puis, peu après, ce podium
s’élève encore de quelques mètres
alors que des confettis virevoltent dans les airs. Le
solo se prolongera encore de longues minutes. On peut se
tromper, mais il semble que le guitariste l’ait
allongé à cause de la folle ambiance.
Personne n’allait s’en plaindre.
L’INCREVABLE TRAIN ROCK N’ ROLL - Paul
Journet
AC/DC AC/DC
est increvable. Son train de rock n’ roll roule depuis
déjà 36 ans. Ce soir, le groupe devrait se
produire devant 53 000 personnes au Stade olympique. C’est
probablement le plus gros concert à Montréal
depuis celui de U2 au même endroit, il y
Le sablier et ses limites
PHOTO ARCHIVES LA PRESSE
Le groupe AC/DC, photographié
dans le cadre de son passage au Forum de Montréal en
juillet 1991.
Cela ne deva i t pa s a r r i ver. Angus et Malcolm Young,
Brian Johnson, Phil Rudd et Clif f Williams sont aujourd’hui
dans la cinquantaine ou la soixant aine. Mais i ls continuent
de charger avec leur rock bestial. Et ils continuent de
trôner dans les palmarès.
À sa sortie en octobre dernier, leur disque Black Ice
s’est hissé au sommet des ventes dans 28 pays,
notamment au Canada.
AC/ DC a vendu plus de 200 millions d’albums en
carrière. Le groupe en a écoulé plus de 2
6 mi l l i ons au x Ét a t s - Unis depuis 1991
(début des recensements Nielsen). Cela le classe en
deuxième position des meilleures ventes d’albums,
devancé seulement par les Beatles.
Et les billets de ses concerts s’envolent rapidement. Les
stades et arénas de la planète se remplissent
encore de fans qui veulent encaisser T.N.T, Highway To Hell,
Back in Black et deux ou trois extraits du nouveau disque
(habituellement Rock N’ Roll Train et Black Ice).
Les Australiens auraient-i ls pactisé avec le diable ?
Sûrement pas. Si le diable exista it , i l aurait
ménagé leur physique. Le doyen du groupe, le
chanteur Brian Johnson (61 ans), devient bedonnant. Le
guitariste Angus Young pourra bientôt compter les
cheveux sur son front. Et il a plus que jamais besoin de son
oxygène et de ses aspirines en coulisses, au cas
où.
Son frère Malcolm et lui ressemblent aujourd’hui
à deux hobbits suintants, avec leurs jambes-allumettes
et leur teint c adavérique. Un t ei nt qu’on
découvre encore à chaque concert quand Angus
baisse son pantalon pour dévoiler ses fesses osseuses –
camouflées dans la présente tournée par
des caleçons à l’effigie du groupe, en vente au
stand de souvenirs.
La meute
La lecture de AC/DC : Maximum Rock & Roll, l’une des
quelques biographies du groupe, devient vite redondante.
Concert dans une boîte de Melbourne – Bon Scott tabasse
un portier. Concert d a n s u n c l ub d ’A ngle t e r r e –
Angus balance sa guitare sur le crâne d’un fan insolent.
Et ainsi de suite.
Un esprit clanique anime AC/ DC. C’est une meute.
Méfiance envers l’extérieur, loyauté
totale envers l e g r oupe. L e noyau du cla n : Malcolm et
Angus, si xième et septième f i l s des Young,
une famille de Glasgow qui a déménagé
à Sydney au début des années 60.
Leur grand
frère George gravite aussi autour du groupe. Ancien
guitariste des Easybeats, il a réalisé
quelques-uns de leurs albums, dont High Voltage et Stiff
Margaret, seule fille de la famille, joue aussi un rôle
dans l’histoire d’AC/ DC. Le costume
d’écolier-diablotin d’Angus, c’était son
idée. Idem pour le nom du groupe. Selon la petite
histoire, elle aurait eu le flash en regardant derrière
une machine à coudre ou un aspirateur.
Les Young se sont toujours enorgueillis de leu r s racines
ouvrières. Malgré leur immense succès, on
les voit r a r ement su r un t apis r ouge ou da ns les t
abloïds. C’est un cadeau presque aussi beau que leu r
musique.
Le fantôme de Bon
En 1974, un accident de moto a forcé Bon Scott à
se reposer de la scène. Pour boucler ses fins de mois,
il lavait des bateaux et placardait des affiches comme celles
d’un jeune groupe nommé AC/ DC. Quelques mois plus
tard, il est devenu le nouveau chanteur.
Lui aussi était un Australien né en
Écosse. Âgé de 28 ans, il servait un peu
de grand frère à Angus (19 ans) et Malcolm (21
ans). Il leur ressemblait, et il les complétait.
AC/ DC possédait déjà l’instinct brut
dans sa musique. Mais beaucoup moins ailleurs. Quand Angus
cessait sa danse de canard épileptique pour retourner
en coulisses, il redevenait plutôt tranquille, avec son
régime de thé, lait au chocolat et cigarettes.
Scott, lui, personnifiait le rock. Et il le transposait dans
des textes qui ont défini l’essence du groupe qui
perdure encore aujourd’hui. C’est le refus du spleen, le
besoin viscéral de foncer à toute vitesse pour
goûter à tout avec i nsouciance. Y compris aux
jeunes filles, comme en témoignent les titres Love
Hungry Men et Let Me Put My Love into You. D’ailleurs, la
tournée Lock Up
de 1976 n’était pas qu’un slogan. Scott a perdu
quelques dents quand un père et son ami ont
défoncé sa porte de chambre, armés d’une
batte de baseball. Ils cherchaient une jeune fille…
Les paroles ont le mérite d’être limpides. Mais
il faudrait une conception plutôt
élastique de l’art pour les juger poétiques.
Certains y voient plutôt l’adolescence attardée
qui s’éternise jusqu’à s’enliser dans un
cul-de-sac.
PHOTO OLIVIER LABAN-MATTEI,
ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Le chanteur Brian Johnson et le
guitariste Angus Young lors d’un spectacle à Paris,
en février dernier, dans le cadre du Ice World Tour.
Les événements leur ont donné un peu ra i
son. Par une nuit froide, le 18 février 1980,
après avoir éclusé trop de scotch, Scott
s’est endormi sur la banquette arrière d’une voiture
à Londres. Il ne s’est jamais réveillé.
Mort étouffé dans son vomi.
Pour l e s puristes , AC/ DC a perdu son â me depuis que
Bria n Johnson l ’a r emplacé. Scot t n’au r a i t pou
r t a nt pa s renié ce choix. Il avait
déjà été i mpressionné par
l’énergie du groupe Geordie. Son chanteur, u n certa in
Bria n Joh nson , s’était écroulé de
fatigue à la dernière pièce d’u n concert
. Quelques minutes plus tard, il se rendait à
l’hôpital à cause d’une appendicite.
Le train musical
« Les gens disent qu’on fait le même disque depuis
11 ans. Ce n’est pas vrai. On fait le même depuis 12 ans
», a blagué Angus Young sur les ondes de la BBC,
au début des années 80.
I l pourrait
aujourd’hui dire « depuis 34 a ns ». Cette si
mplicité figure presque dans la charte d’AC/ DC.
Avant même la fondation du groupe, George Young
conseillait à ses deux f rérots
d’éviter la complexité pour la
complexité, une erreur qu’il avait constatée
dans les dernières pièces des Easybeats.
On raconte que pour trouver la bonne caisse claire, il a
déjà amené un ami dans une
aciérie. Le presseur de 20 tonnes donnait le son
voulu.
AC/DC a toujours collé aux premières amours de
ses membres, le blues et le vieux rock (Chuck Berry, Little
Richard, Jerry Lee Lewis, Muddy Waters) et certains de leurs
contemporains ( The Who, Jimi Hendrix) et certaines
pièces des Stones, comme Jumpin’ Jack Flash, et des
Beatles, comme Get Back.
« On c r oit que l a musique devrait être
jouée aussi fort que possible, et on va cogner
quiconque dit le contraire », lançait Bon Scott
aux débuts du groupe. Son rock « bluesé
», AC/ DC l’a toujours j oué bruyamment, et
superbement aussi.
Sa s ec t i on r yt h mique r essemble à un train qui
refuse de s’arrêter. Angus Young en décuple la
force avec sa guitare. La puissance de son jeu provient
autant des notes que de l’espace entre les notes. Comme le
lourd silence qui sépare deux coups de tonnerre.

On dev rait le constater encore une fois ce soir. Bons
acouphènes. AC/DC, ce soir au Stade olympique, avec
The Answer en première partie. Portes ouvertes
à 18 h, spectacle à 19 h 45.