Et si l'on
parlait
tout simplement du changement ?...
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Ticket
modérateur:sommes-nous
des «pissous»?
Réveillez-vous, les jeunes!
Et peut-on toujours rêver de renouveler le
Canada
?...
Quand certaines mentalités ont la vie dure...
The
Liberals
are
like
Miss
Havisham
L'empathie pour survivre à notre siècle
Des sujets sensibles abordés à la
conférence
libérale
L'exemple
américain
-
Mario
Roy
Yes,
he
can.
Et
nous?
-
Vincent
Marissal
La
flamme
s’est
éteinte
-
SYLVIE
BOVET
Notre
Sainte
Trinité
Le
changement
-
Pierre
Foglia
Et si le Québec aspire à une nouvelle petite
Révolution, pourquoi donc ne pas commencer par faire
celle ne
son propre financement, et donc de ce bon vieux
"modèle
Québécois" de société ?...
Quebec’s
pay-everyone
social programs are draining its purse
- Jeffrey Simpson
Des
progrès
fulgurants-
Pierre Fortin
Repenser
notre
futur
La
vérité
fait
mal
-
Yvan
Loubier
Une
manif
pour
les
riches!
-
Marcel
Boyer
Fini
l’ère
de
«
l’acquis
»
-
LOUIS
J.
GOUIN
Les
privilégiés
La Révolution tranquillisante - Gilles
Paquet
Finances
publiques
-
Rien
ne
se
perd,
rien
ne
se
crée
-
Jacques
Ménard
Athènes, P.Q.? Non, merci - Rudy LeCours
LE
QUÉBEC
SE
CHERCHE
-
MARCEL CÔTÉ
Trois
priorités
pour
«sortir
le
Québec
du
trou»
Universities'
plight
shows
Quebec
model's
failings
has
failed
our
universities
S’ATTAQUER
AUX
ABUS
Bachand
osera-t-il?
-
Alain
Dubuc
La
bêtise
a
un
prix
-
Alain
Dubuc
La
solution
du
30%
-
Alain
Dubuc
Les
12
travaux
d'Hercule
Québec
Rater la crise - Philippe Faucher
Des
pistes
pour
mieux
dépenser
et
mieux
taxer
Finances
publiques:
privilégier
taxes
et
tarifs
avant
l'impôt
Déficit
d’audace
-
YVAN
LOUBIER
Gérald
Tremblay
propose
d'augmenter
la
taxe
sur
l'essence
«À
soir,
on
fait
peur
au
monde»
-
Alain
Dubuc
Finances
publiques
du
Québec:
des
remèdes
au
goût
amer
La
catastrophe
-
André
Pratte
Année
décisive
pour
les
finances
publiques
La
dette,
un
faux
épouvantail?
-
Claude
Picher
Les
oreilles
bouchées
-
André
Pratte
Le
Québec
au
bout
du
rouleau
-
Alain
Dubuc
La
bataille
des
cinq
«piasses»
-
Alain
Dubuc
Les
choses
qu'on
n'ose
pas
dire
-
Alain
Dubuc
La machine à piastres - CLAUDE
PICHER
Ce que le peuple veut… - ALAIN DUBUC
La nation inconsciente - ANDRÉ
PRATTE
Patrimoine, quand tu nous tiens - ALAIN
DUBUC
LES
SERVICES
ONT
UN
PRIX
-
YVAN
LOUBIER
Une
énergie
presque donnée - Pierre-Olivier
Pineau
Le fléau des vaches sacrées -
ALAIN DUBUC
La révolution tarifaire - ANDRÉ
PRATTE
Un
cran
d'arrêt - Yves-Thomas Dorval
Hydro demande une hausse de tarifs
Électricité:
verser
les
profits
directement
aux
Québécois
Voir aussi La
marge
de manoeuvre de Jean Charest - Alain
Dubuc
de même que Et
en
fait, le PQ ne serait-il pas devenu plutôt le parti
par
excellence de l'obstrusion au changement ?...
Et surtout...
En
fait,
serions-nous en voie de carrément perdre le
contrôle de nos finances publiques ?...
Et si les États se devaient en effet de commencer
peut-être par faire le ménage dans leurs
propres
dépenses avant que de demander encore un effort
supplémentaire à leurs contribuables ?...
Un
pacte
50-50
pour
équilibrer
le
budget
Pour un budget intelligent - Ariane Krol
Équilibre budgétaire: oeil pour oeil, dent
pour dent
Oui
à
une
taxe,
mais...
-
Nathalie
Collard
Budget
should
target
'fat-cat
Ottawa,'
poll
suggests
Et pendant qu'on y est, pourquoi ne pas s'occuper aussi de
notre
productivité, pour faire changement ?...
Rater la crise - Philippe Faucher
Une
commission
MacDonald?
-
Alain
Dubuc
C'est
le
temps
de
reparler
de
productivité
-
Alain
Dubuc
Et si l'on amorçait aussi une réfléxion
digne de
ce nom en ce qui concerne notre énergie ?...
Un réseau national
d’électricité s’impose -
Pierre-Olivier Pineau
Et par ailleurs, qu'en est-il de notre système de
transport ?...
S’inspirer de Londres - Adrien Pouliot
... ou de notre agriculture ?...
Modèle agricole québécois: le
début de la
fin
Et qu'en pensent d'ailleurs les citoyens ?...
Les frais de garde avant les droits universitaires
Finances
publiques:
les
Québécois
échouent
à
l'examen
La Suisse m’a ouvert les
yeux -
Julie Royer
J’ai peur pour mon avenir - Alexis
Gagné Lebrun
L’État,
mère
nourricière
-
Serge
Choquette
Pour un nouveau contrat social
Et pourtant, les vieux réflexes ne se font-ils pas
d'une
façon toujours aussi automatique ?...
La CSQ réclame une hausse des impôts
Place à la concurrence -
MARCEL
BOYER
Éloge
de
la
concurrence
-
YVES
BOISVERT
Sous-traiter ou ne pas sous-traiter ? -
André Noël
Pourquoi
vouloir
tout
privatiser
?
-
Valérie
Teasdale
«On a sous-traité Montréal»,
déplore
Harel
La culture du PPCD - ALAIN DUBUC
En fait, est-il toujours possible de changer quoique ce soit
au
Québec ?...
Avancer en arrière - Vincent
Marissal
D'autres idées qui feraient changement...
Pour qui une taxe sur les boissons gazeuses?
Le mode proportionnel est le meilleur ennemi de la
corruption, dit
Khadir
La nonne activiste célèbre dix ans
d'actionnariat
engagé
Une
ville
verte,
qu’elle
le
veuille
ou
non
-
MARIE-CLAUDE
LORTIE
Le
luxe
du temps - VINCENT MARISSAL
PAUVRE
MONTRÉAL!
-
JACQUES
MÉNARD
La
grenouille
dans l’eau chaude ANDRÉ
PRATTE
Les
sacrifices
- ANDRÉ PRATTE
LE
DÉCLIN
TRANQUILLE
-
FRANÇOIS
LEGAULT
M. Legault a raison
Le
testament
de
M.
Legault
-
André
Pratte
En
route
vers
un
«
déclin
tranquille
»
François
Legault
se
dit
inquiet
pour
l’avenir
du
Québec
La grenouille dans l’eau chaude ANDRÉ
PRATTE
Anatomie
d’une
catastrophe
ALAIN
DUBUC
Le
PQ presse le
gouvernement de s’attaquer aux « vaches
sacrées »
Avez-vous
honte
parfois?
-
Lise
Payette
Et si ce n'était qu'ensemble qu'on pouvait vraiment
changer les
choses ?...
Environnement - Pour une gestion concertée
Et si les choses ne pouvaient d'abord se changer qu'au
niveau local ?...
Environnement - Pour une gestion concertée
La
résurgence
du
politique
-
LOUIS
BERNARD
L’art de noyer le poisson - LYSIANE GAGNON
L’hibernation
nationale
-
STÉPHANE
LAPORTE
Foule sentimentale NATHALIE
COLLARD
«
Réveillez-vous!
» YVES BOISVERT
Dans
un
état de colère permanent - Si je
sortais dans la
rue pour manifester contre tous les sujets qui me
révoltent… je
vivrais dans la rue!
Le Honduras déchiré MARIO ROY
Rêver?
Oui,
mais…
-
Michèle
Ouimet
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quoi
rêve Montréal? - Rima Elkouri
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Lettres - Vienne ce monde
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Le
mirage
du
cyberengagement
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L'ACTUALITÉ
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is waking up
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La Révolution tranquillisante - Gilles
Paquet
Les
dérapages sont venus d’un étatisme excessif, le
déblocage devra venir d’une nouvelle gouvernance
L’auteur
est professeur émérite à l’École
de gestion
Telfer et chercheur au
Centre d’études en gouvernance à
l’Université
d’Ottawa. Le citoyen a
oublié le sens de ses obligations en tant que
producteur de
gouvernance.
Pourquoi les changements en éducation, santé et
culture
après 1960 ?
Pourquoi les dérapages par la suite? Quels défis
sont
à relever dans
ces chantiers 50 ans après? Les réponses
à ces
trois questions sont
claires mais mal comprises : le changement a été
déclenché par la vague
démographique ; les dérapages sont venus d’un
étatisme excessif; et le
déblocage ne peut venir que d’une nouvelle gouvernance.
Entre 1951 et 1966, il va naître deux millions de
Québécois : en 1966,
grosso modo, un Québécois sur trois aura moins
de 15 ans.
Déjà sous le
régime Duplessis, cette vague démographique
commande
qu’on construise
tout un réseau d’écoles et d’institutions
sanitai res.
Suivront en
cascade les cégeps, pour prendre le relais des
polyvalentes en
1967, et
l’Université du Québec, créée en
décembre 1968, pour prendre le relais
des cégeps.
L’appareil d’État va superviser le chantier pour faire
face au
problème
quantitatif de la horde démographique, mais tous les
intervenants (
professeurs, parents, étudiants) vont se
considérer mal
servis par le
monopole public (taux de décrochage catastrophique,
etc.). Cette
faillite qualitative, Jean-Paul Desbiens (le Frère
Untel)
l’attribuera
à la Sainte-Alliance entre les politiciens, les
syndicats
d’enseignants
et les bureaucrates en faveur du maintien et de l’extension du
monopole
public.
Voilà un problème de gouvernance non
résolu qui ne
pourra
potentiellement pas être résolu tant qu’on n’aura
pas
accepté de
remettre en question le monopole public tel qu’il est.
En santé, la vague démographique, les
expériences
dans d’autres
provinces au Canada (comme la Saskatchewan), et les
initiatives du
gouvernement fédéral vont tout
déclencher. La
Saskatchewan a
l’assurance-hospitalisation en 1947 et l’assurance maladie en
1962. Ces
initiatives menacent de rendre difficile la mobilité
géographique dans
le pays. Le gouvernement fédéral se sent donc
forcé de s’engager en
assurant tous les services médicaux en 1968.
Le
Québec va
s’opposer à ces programmes fédéraux, tous
partis
confondus. Duplessis, Lesage, Johnson di ront qu’ i ls violent
les
priorités québécoises. C’est donc
à
reculons, avec retard et dans le
désordre, que le Québec va s’ajuster.
L’État
payeur va instituer ici
encore un monopole publ ic sur la prestation des soins de
base: va
émerger autour de lui un oligopole
d’intérêts tout
aussi militants que
ce qu’on a vu dans le monde de l’éducation, avec les
mêmes
tactiques (y
compris la grève) pour arriver à leurs fins.
Les problèmes de gouvernance demeurent dans ce
secteur aussi non résolus: mauvais usage des ressources
et
coûts
incontrôlés qui croissent plus vite que le PIB.
Culture n’est pas synonyme d’arts et lettres.
Cela connote les traits distinctifs d’une
société – mode
de vie,
croyances, principes, mentalités, etc. – qui se
constituent en
manière
d’être, de penser, d’interpréter, d’agir et de
communiquer.
L’État est entré avec effraction dans la
société québécoise et
l’intelligentsia va
rationaliser ces intrusions.
Cela a entamé la culture publique commune des
Québécois.
Partout, on a vu monter une dépendance de plus en plus
grande
par
rapport à l’État et se mettre en place une
culture de
bénéficiaire qui
n’existait pas à la fin des années 50: le
citoyen a
oublié le sens de
ses obligations en tant que producteur de gouvernance. Il n’a
que des
créances. Cette dérive a été
dénoncée. Les Bougon n’ont pas choqué… on
en a ri. L’âge des ténèbres était
trop
cinglant… on a ri jaune. Comment
s’en sortir? La Révolution tranquille a essentiellement
été
tranquillisante et déresponsabilisante. On commence
à
s’inquiéter,
c’est bon signe. Mais l’inquiétude ne suffira pas. Une
nouvelle
révolution culturelle est nécessaire, disent
certains. Et
ils ont
raison!
Fini l’ère de « l’acquis » - LOUIS J. GOUIN
L’auteur est avocat.
J’ai toujours
cru
que le principe consommateur-payeur devait primer,
car il permet l’exercice du choix: ne pas consommer (ou
utiliser), et
donc ne pas payer. Sous réserve, bien entendu, de la
non-taxation de
produits de base, ou de la mise en place d’un système
adéquat pour
aider les personnes n’ayant pas des revenus suffisants.
Il n’y a aucun doute que nous n’avons pas les moyens qui
justifient la
panoplie des services «vaches sacrées»
offerts au
Québec. L’état de nos
finances publiques est plus qu’éloquent à cet
égard, et il nous faut
sabrer dans les services, ou imposer davantage si l’on veut
maintenir
leur étendue actuelle.
Nos impôts devraient financer des régimes
universels de
base, tout
comme les régimes d’assurance privée. Une fois
la limite
atteinte, le
régime n’assume plus, du moins, sans acquitter un
coût
additionnel,
sauf pour certains cas précis.
L’ère de « l’acquis » est terminée,
qu’on le
veuille ou non. Lorsqu’on
dispose d’un budget de 5000$ pour faire des rénovations
chez
soi, on
n’engage pas des dépenses de 10 000$. Il nous faut
être
aussi
responsables face aux services « universels »
requis de
l’État
québécois.
Et si cela était fait de façon positive ? Ainsi,
je me
mets au défi
que, malgré l’augmentation « éventuelle
» des
coûts d’électricité, ma
facture mensuelle ne sera pas plus élevée, car
je
fermerai les
lumières.
Malgré l’augmentation de la taxe sur l’essence, ma
facture ne
sera pas plus élevée, car j’utiliserai les
transports en
commun.
Malgré
l’imposition d’un ticket modérateur en santé
après
quelques
visites, ma facture ne sera pas plus élevée, car
je serai
plus
judicieux dans ma demande de servicesmédicaux.
Je préfère de beaucoup pouvoir ainsi exercer un
choix
afin de m’éviter des coûts additionnels.
Mais je suis d’accord pour la mise en place d’une protection
adéquate
pour les personnes ayant des revenus insuffisants, tout comme
je le
serai pour les étudiants qui n’auront pas les
ressources
nécessaires
pour faire face à une augmentation «
éventuelle
» des frais de
scolarité.
Et je suis doublement d’accord pour que nos
politiciens fassent réellement en sorte que les
services
universels
soient administrés efficacement, ce dont je ne suis pas
convaincu pour
l’instant.
Il est possible que certains consomment déjà
judicieusement l’énergie électrique ou ne
bénéficient pas d’un système
de transports en commun, ou ont une santé incertaine.
Alors, je
souhaite qu’ils suggèrent positivement des pistes de
solutions,
car
notre problème est réel.
Il ne suffit pas de critiquer.
Encore faut-il proposer des solutions, de façon
réaliste
et en toute
équité, afin que tous paient leur juste part
suivant
leurs ressources
respectives.
La flamme s’est éteinte - SYLVIE BOVET
Les 25-35 ans
n’ont
pas le goût du risque qui animait la
génération
précédente qui a formé le Québec
inc.
On
veut le gros poste, beaucoup de responsabilités, un
gros
salaire, mais
nous ne sommes pas nécessairement prêts à
faire les
sacrifices que cela
implique.
En tant que relève principale de la quatrième
génération d’une
entreprise québécoise, il m’arrive souvent de
réfléchir sur les enjeux
de ma génération au travail. Non seulement je
réalise le besoin d’en
discuter, mais je suis aussi aujourd’hui dans une position
pour agir et
faire avancermes idées. Plus que jamais, c’est
maintenant
à mon tour et
à celui de mes collègues et amis qui forment ma
génération, celle des
25-35 ans, de jouer le «rôle des grands» et
de faire
avancer le Québec.
À
l’image des Invincibles français, les jeunes de 25-30
préfèrent trop
souvent s’échouer devant la télé
plutôt que
d’investir les heures
nécessaires à bosser pour réaliser ses
projets.
Chaque génération a ses défis. L’un des
nôtres est certainement de
vivre dans une société où presque tout
est
possible. Il n’y a plus de
barrières pour accéder à une
carrière ou
pour réaliser un projet auquel
nous rêvons. Le problème est qu’il y a tellement
d’opportunités
alléchantes qu’il devient difficile de faire un choix
et de s’y
investir complètement. Les passions, projets et
idées qui
nous animent
sont multiples. Mais la vérité est que le
passage de la
parole à l’acte
n’est pas la force qui nous caractérise le plus.
Il va sans dire que ma génération est bien
formée
et qu’elle cultive
ses compétences. Nous avons certes le potentiel de nos
ambitions. Cela
nous amène à désirer et à croire
être
capables de régler le sort du
monde. Toutefois, le quotidien nous rattrape vite. Et on
préfère
malheureusement trop souvent s’échouer devant la
télé pour regarder
l’émission de téléréalité
du moment
plutôt que d’investir les heures
nécessaires à bosser pour réaliser ses
projets.
Bref, on veut le gros poste, beaucoup de
responsabilités, un
gros
salaire, mais nous ne sommes pas nécessairement
prêts
à faire les
sacrifices que cela implique. Quand vient le temps de mettre
l’épaule à
la roue, nous répondons la plupart du temps: absent.
C’est comme
si le
sens du devoir et des responsabilités nous
échappait.
Je travaille pour une entreprise familiale
québécoise
dans le milieu du
commerce de détail et je suis à même
d’observer le
choc des
générations. Je remarque que celle à
laquelle
j’appartiens manque
parfois d’énergie ou de volonté pour foncer.
Je crois que
nous
ne possédons plus la flamme qui animait la
génération
qui nous précède, c’est-à-dire celle qui
a
formé le Québec inc. Les
entrepreneurs n’hésitaient pas à risquer leur
maison et
leurs épargnes
pour démarrer une entreprise ou pour réaliser
leur
rêve. Ils osaient et
fonçaient au risque de repartir à la case
départ
sans passer par GO.
D’autres ont dû se relever les manches pour poursuivre
le
commerce d’un
parent et ainsi faire vivre leur famille.
Mes deux grands-pères ont vécu cette situation
et je ne peux que les admirer. Ils en ont passé des
moments
pénibles,
mais aujourd’hui ils ont le regard fier d’entrepreneurs qui
ont
pleinement vécu leur vie. Certes, ils sont satisfaits
de leur
réalisation, mais ils sont encore plus fiers de la
grande
famille
qu’ils ont créée autour d’eux: leurs
employés.
La réflexion qu’ils portaient sur l’avenir
commençait par « nous » et non par «
je
». Travailler pour rendre les
gens heureux et procurer une vie confortable pour tous. Vision
qui
détonne de la nôtre qui tend souvent vers
l’atteinte du
million ou la
maximisation des REER en fin d’année.
Aurions-nous quelque peu perdu cette notion du
risque? Il faut retrouver le plaisir de réaliser
quelque chose
au lieu
d’être en quête constante d’argent ou de standing.
Accomplir des choses
collectivement pourrait triompher d’un individualisme excessif
répandu
dans la nouvelle génération des gens d’affaires.
C’est certain que les réalités sont
différentes
aujourd’hui. Le couple est au centre des décisions et
des
actions.
Notre but est de s’offrir le plus de possibilités et de
confort
possible. Mais pour tout avoir et tout faire, on doit
concilier le
travail, les activités et les tâches
ménagères. C’est fréquent de voir
un ou une collègue quitter le bureau tôt pour une
situation familiale.
C’est tout à fait respectable. Mais cela entraîne
dans
l’environnement
de travail une autre dynamique qui n’est peut-être pas
compatible
avec
nos ambitions professionnelles. Il faut en être
conscient.
Ce n’est pas tant le temps investi dans notre carrière
ou dans
nos
projets de société quim’inquiètent – car
je crois
que nous sommes
performants – mais plutôt la passion de ses objectifs et
la
persévérance de réussir. Il faut aller au
bâton pour faire un circuit.
Il faut s’animer, oser, trébucher, se relever et
persévérer pour vivre
pleinement notre vie et la terminer avec une fierté
d’accomplissement!
LE QUÉBEC SE CHERCHE - MARCEL
CÔTÉ
Par le
dialogue
entre les générations, le Focus
stratégique veut
redonner un nouveau souffle au débat public
québécois
L’avenir se bâtit sur ce qui fonctionne et sur les
atouts
naturels du Québec de demain.
Depuis quelques années, le débat public
québécois tourne en rond, faute
de projets inspirants. En fait, le syndrome «pas dans ma
cour»
prédomine. Chacun veut avant tout protéger ses
acquis en
négligeant le
bien commun.
C’est en se comparant, en s’inspirant
d’autres
gouvernements qu’il est possible d’avancer, plutôt que
de
tourner... en rond!
Serait-ce un phénomène de
génération? Les
baby-boomers grisonnent et
pensent de plus en plus à leur retraite. À quoi
bon
lancer un nouveau
projet quand on se prépare à décrocher?
Dominants
dans la classe
politique, ils donnent le ton au débat.
Grandissant dans la foulée de la Révolution
tranquille,
ils ont
construit nos universités, francisé notre
économie
et ouvert le Québec
aux influences internationales. Un mythe leur attribue la
modernisation
de la société québécoise. C’est
oublier que
les babyboomers ont
transformé toutes les sociétés
industrialisées. Leur marque au Québec
fut d’en faire une nation francophone, laïque et
sociale-démocrate, lui
donnant une place unique sur l’échiquier
nord-américain.
Tout ne fut pas réussi. Les finances publiques en sont
sorties
malades.
Le Québec a peu de marge de manoeuvre fiscale et est le
triste
champion
de l’endettement public en Amérique du Nord (40 000$
par
habitant). Nos
infrastructures publiques demeurent très
stressées, du
système de santé
aux routes. Indice d’une performance discutable,
l’économie
québécoise
reste sensiblement au même niveau qu’il y a 50 ans, avec
un PIB
par
habitant qui se situe à 81% de la moyenne canadienne.
La génération des baby-boomers a
cristallisé le
débat public sur la
quête identitaire et la question nationale,
reléguant au
second rang
d’autres débats de société tout aussi
importants
et qui ont prévalu
dans tous les grands pays démocratiques. Les tentatives
pour
renouveler
le débat, comme les manifestes des lucides et des
solidaires,
ont eu
peu de succès. On se gardera toutefois de blâmer
les
partis politiques
pour cette situation. Ils sont le reflet de la
société.
On
déplorera
aussi le décrochage des jeunes, qui
désabusés,
s’éloignent
de l’arène publique pour s’investir localement. On peut
les
comprendre,
le débat portant plus sur l’ardoise du passé que
sur la
construction du
futur.
Ce malaise politique n’est pas propre au
Québec. La politique canadienne n’est pas dans une
phase des
plus
glorieuses. Aux États-Unis, le système politique
bloqué s’enfonce dans
un esprit partisan balisé par des extrémismes
beaucoup
plus prononcés
qu’ici. Outre-Atlantique, le rêve d’une Europe unie
s’estompe.
À
quelques nuances près, le portrait global partage avec
le
Québec une
indéniable morosité. Nous devons amorcer une
transition
et redécouvrir
un futur à bâtir.
Le 22 avril, sur une initiative lancée par des
collègues de Secor, et encouragée par diverses
institutions de notre
société civile, plus de 300 personnes de toutes
les
régions du Québec
et de tous les milieux se réuniront à
Montréal
pour tenter de
renouveler la réflexion collective
québécoise sur
notre avenir. Deux
particularités de ce rendez-vous méritent
d’être
soulignées.
D’unepart, l’échangeentrelesgénérations:
près
de la moitié des participants seront des hommes et des
femmes de
moins
de 40 ans. Les autres, l’éventail habituel des
baby-boomers qui
dirigent nos entreprises et nos institutions. Par ce dialogue
entre les
générations et la structure des discussions,
nous
souhaitons contribuer
à redonner un nouveau souffle au débat public
québécois.
D’autre part, c’est en se comparant que l’on
peut bien se situer. Une étude dresse un portrait
comparatif
avec sept
autres ensembles: la Suède, la Finlande, la
région
Rhône-Alpes, le
Massachusetts, le Minnesota, l’Ontario et la
Colombie-Britannique. Sept
régions avec qui le Québec peut valablement se
comparer
même si elles
sont engagées dans des cheminements différents
fondés sur leurs propres
atouts et enjeux de société.
Trop souvent dominé par la critique, par ce qui ne va
pas, le
débat
public oublie que l’avenir se bâtit aussi sur ce qui
fonctionne
et sur
les atouts naturels. Il faut penser le Québec de demain
avec
ceux qui
le dirigeront, en s’inspirant d’autres gouvernements qui
vivent des
défis du même ordre. Peut-être
pourrons-nous alors
amorcer un débat
public plus productif, et rêver que nous cesserons de
tourner en
rond?
S’ATTAQUER AUX
ABUS
-
Ryan Hillier (fondateur, Corruption/ZÉRO),
Jonathan Plamondon (président, Force Jeunesse), Jean-David
Tremblay-Frenette (président) et Paul Saint-Pierre
Plamondon
(cofondateur, Génération d’idées),
Jean-Félix Chénier (président),
Robert Demers (secrétaire
Pour
éliminer le déficit du Québec, nous devons
tous
mettre lamain à la pâte
Il
faudra surtout retenir la portée des gestes
administratifs
concrets que
le gouvernement fera à court et à moyen terme pour
résorber le déficit.
Dans son prochain budget, le gouvernement du Québec
expliquera
ce qu’il
compte faire pour résorber son déficit de 5
milliards de
dollars. Un
déficit qui s’ajoutera à ceux du passé et
qui fait
du Québec la plus
endettée des provinces canadiennes en proportion de sa
richesse
collective.
Le
premier ministre Jean Charest et son ministre des Finances,
Raymond
Bachand (en arrièreplan), devront expliquer ce qu’ils
comptent
faire
pour résorber le déficit de 5milliards de
dollars.
Lors de la rencontre économique du 21 janvier, tous les
appels
aux
bonnes causes ont été entendus. Ce faisant, l’on a
détourné les regards
de l’éléphant dans le salon: notre endettement
collectif
croissant. Si
nous ne parvenons pas à réduire ce fardeau, tous
les
beaux consensus
sur les priorités collectives pourraient s’avérer
futiles. De plus,
avec le vieillissement de la population, il sera impossible de
maintenir les services à la population à leur
niveau
actuel à plus long
terme.
Pour ces raisons, nous appelons le gouvernement ainsi que
l’ensemble de
la classe politique à agir dès maintenant, de
manière décisive, pour
revenir au déficit zéro d’ici la fin de son
mandat, au
plus tard en
2013. À partir de là, le Québec pourra
recommencer
à travailler sur sa
dette publique.
Certes, la plupart des Québécois reconnaissent le
problème et
souhaitent que le gouvernement s’y attaque. Mais dès
qu’il
s’agit de
toucher à ce qui nous affecte personnellement, c’est
sauve-qui-peut !
Voilà le fameux syndrome « pas dans ma cour
»,
s’appliquant ici aux
finances publiques.
Nous sommes d’avis que le seul moyen de sortir de ce bourbier,
c’est
d’amener tous les secteurs de la société à
mettre
la main à la pâte :
les structures, les employés et les fournisseurs de
l’État; les
entreprises, individus et organismes qui
bénéficient des
programmes
économiques et sociaux; les contribuables.
Parmi les
auteurs
de ce texte comme dans la société, certains
préfèrent
que le gouvernement résorbe son déficit
principalement en
réduisant ses
dépenses, d’autres surtout en augmentant ses revenus.
Mais nous
reconnaissons tous qu’il faudra agir sur tous les fronts pour
parvenir
à cet objectif.
Pour que tous acceptent de mettre la main à la
pâte, il faudra mieux réprimer les abus de toutes
sortes.
Des abus qui
ne se chiffrent pas tous en milliards de dollars, mais dont les
symboles nous servent de prétexte pour ne pas nous
réformer.
Ainsi, comment augmenter les tarifs alors que
les rapports du vérificateur général
regorgent
d’exemples de mauvaise
gestion? Comment demander plus de flexibilité aux
employés de l’État
s’il subsiste de la corruption dans les contrats publics?
Comment
persuader les travailleurs au noir de déclarer tous leurs
revenus quand
des employeurs publics gardent des employés peu
performants?
Comment
demander aux contribuables de payer plus de TVQ alors que la
population
est régulièrement témoin de laxisme dans la
gestion de certains
programmes? Pour supprimer ces prétextes, il faut
s’attaquer
à toutes
les formes d’abus simultanément et avec une égale
vigueur.
La problématique qui relie la dette, le
vieillissement de la population et l’équité
intergénérationnelle a été
documentée depuis déjà 20 ans. Chacun des
gouvernements successifs a
déclaré son intention de s’y attaquer. Pourtant,
selon le
vérificateur
général, les déficits n’ont cessé de
s’accumuler.
En 2001, après cinq années de lutte au
déficit,
l’Assemblée nationale adoptait, à
l’unanimité, la
Loi sur l’équilibre
budgétaire par lequel le gouvernement s’obligeait
à
résorber un
éventuel déficit par des surplus d’une valeur
équivalente, en cinq ans.
En 2009, dès la première récession suivant
l’adoption de cette loi, le
gouvernement l’a suspendue, signalant ainsi que de telles lois
ne
valent que le temps qu’elles ne sont pas trop contraignantes.
Cette expérience doit nous
instruire pour l’avenir: dans les prochaines semaines, ce n’est
pas
tant les objectifs budgétaires sur papier qu’il faudra
retenir,
mais
bien la portée des gestes administratifs concrets que le
gouvernement
fera à court et à moyen terme pour les atteindre.
Rater la crise - Philippe Faucher
La
productivité de l’économie n’a pas
augmenté
auQuébec à la faveur de la récession
Les
problèmes de dette ne doivent pas nous faire perdre de
vue
l’importance
de nous engager dans le développement durable et
l’économie verte.
L’auteur est professeur au département de science
politique et
chercheur associé au Centre d’études et
recherches
internationales de
l’Université de Montréal (CERIUM). L’é
conomie c a
nadien ne connaîtra
une croissance modérée en 2010 (2%) alors que se
dissipent les effets
de la récession. Le chômage reste
élevé
à 8,5% (décembre) mais moins
qu’aux États-Unis et en Europe (10%). Que nos
économies
se relèvent
aussi rapidement de la pire crise financière du
capitalisme est
un
exploit remarquable à mettre au crédit de
l’effort
concerté du G20, des
organismes internationaux de régulation, un temps
décriés, et des
politiques nationales de relance.
PHOTO
MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE Pour
les seuls tarifs de l’électricité, les experts
affirment
que Québec
souffre d’un manque à gagner annuel de 2,3 milliards
de dollars.
S’i l n’est pas faci le de dépenser des milliards, il
est encore
plus
difficile de payer la facture. Les consultations
prébudgétaires nous le
rappellent: c’est le temps de rembourser. Les impôts,
taxes et
tarifs
payent pour les services et les transferts. Ils servent
à
redistribuer
de la richesse, à modifier des comportements et
à
orienter les choix de
consommation. Prendre les moyens de combler le déficit
représente aussi
une chance pour le gouvernement d’orienter nos efforts vers
une
économie plus performante.
Le capitalisme est caractérisé par des cycles.
La
théorie affirme qu’au
cours d’une crise, les activités les moins rentables
disparaissent et
qu’une partie des ressources rendues ainsi disponibles est
dirigée vers
des activités plus performantes. Sur le terrain, le
déplacement du
capital est une opération pénible marquée
par des
faillites
d’entreprise, des pertes d’emplois, des fermetures d’usine et
l’exode
des professionnels les plus qualifiés. L’intervention
publique
vise à
mitiger ces maux.
Le soutien aux banques a évité le rappel en
cascade des
marges et des
prêts et a raccourci la période de gel du
crédit.
Par ailleurs, les
investissements massifs des divers programmes de relance ont
contribué
à soutenir la production et l’emploi. Les
investissements
publics ont
maintenu en activité des entreprises moins
performantes, alors
que
d’autres, plus rentables, ont disparu, victimes de mauvais
payeurs. Au
total , conséquence non voulue et inévitable de
l’intervention
publique, la restructuration n’a pas eu lieu et la
productivité
de
l’économie n’a pas augmenté à la faveur
de la
récession.
Le
Québec y
est allé de son effort de relance. Pour les finances de
la
province, la crise a le mérite douteux de nous faire
sortir de
la
fiction du déficit zéro, pour afficher un trou
récurrent de plus de 4
milliards pour les prochaines années. Parce que tous
les
gouvernements
sont très endettés, la demande de crédit
crée une pression sur les taux
d’intérêt. Si le prix de la dette augmente, c’est
autant
de moins pour
les services. On le sent venir, il faut trouver de l’argent en
augmentant les revenus puisque les coupes ont atteint leur
limite.
Comme le rappelait Coluche – citant Raymond Barre: « Le
bout du
tunnel
est pour l’an prochain. »
Les problèmes comptables ne doivent pas nous
faire perdre de vue l’importance de nous engager dans le
développement
durable et l’économie verte. Pour les seuls tarifs de
l’électricité,
les experts affirment que le gouvernement du Québec
souffre d’un
manque
à gagner annuel de 2,3 milliards de dollars. C’est la
valeur de
la
différence entre les tarifs résidentiels et
commerciaux
du Québec par
rapport à la moyenne canadienne – eux-mêmes parmi
les plus
bas au monde
(rapport Montmarquette 2008).
En haussant les tarifs, le gouvernement du
Québec recevrait une rente qui pourrait contribuer
à
résorber le
déficit. L’autre effet est le changement des habitudes
de
consommation,
suscitépar cetteaugmentation. Des tarifs plus
élevés vont faire
diminuer le gaspillage et donc baisser la consommation. Le
surplus
ainsi libéré pourrait être exporté
ou
contribuer à retarder la
construction et la mise en service de nouvelles installations.
Cette hausse des tarifs, à laquelle devrait
s’ajouter une taxe sur les émissions de carbone, aurait
un effet
structurant bénéfique. Si les énergies
traditionnelles sont plus
chères, les énergies alternatives deviennent
plus
concurrentielles,
l’éolien, le solaire, la géothermie sont
abordables ; ce
qui crée en
amont une demande pour la production des équipements
qui servent
à la
production de ces énergies nouvelles.
Las
des
tergiversations et des complaisances, il est temps que le
gouvernement prenne les décisions indispensables
à la
croissance de
l’économie, au risque de rater encore l’occasion
offerte par la
crise.
Ce que le peuple veut… - ALAIN DUBUC
La semaine
dernière, dans la tourmente du débat sur les
hausses de
tarifs, un sondage absolument délectable, publié
dans le
Journal de
Montréal, nous montrait, chiffres à l’appui,
pourquoi il
est devenu si
difficile de gouverner.
Ce sondage Léger Marketing révélait
qu’à
l’évocation de hausses de
tarifs, 65 % des répondants se disaient en
colère, et
qu’à peine 29 %
des répondants disaient comprendre, même si cela
les
dérangeait. Dans
la même foulée, ces mêmes citoyens
estimaient, par
une majorité
écrasante de 64 %, que le retour du déficit est
attribuable à la
mauvaise gestion gouvernementale, plutôt qu’à la
crise
économique.
Cette colère et ce cynisme face à nos dirigeants
montrent
quelle pente
le gouvernement Charest aura à gravir pour faire
accepter des
décisions
impopulaires. On peut aller plus loin. Si on se fie aux
réponses
aux
autres questions de cette enquête, si Québec
choisit
d’écouter les
citoyens et de se plier à leurs volontés, il
sera tout
simplement
incapable de résoudre la crise des finances publiques.
Et nous
foncerons dans un mur.
Que disent les citoyens? Le déficit les
inquiète, dans
une proportion
de 70%, ce qui est un bon signe. Mais pour résorber ce
déficit,
seulement 39% acceptent de payer davantage tandis que 47%
d’entre eux
préfèrent une diminution de services.
Voilà un
revirement qui pourrait,
en principe, être un choix de société.
Mais quand on pousse le questionnement, il est moins clair de
savoir
quels services les gens seraient prêts à
sacrifier.
Soixante-six pour
cent des répondants croient en effet qu’il ne faut pas
geler les
dépenses de santé. Il n’y avait pas de questions
sur
l’éducation, mais
on peut supposer que la réponse aurait
été
similaire. Cinquante pour
cent des répondants appuient des hausses de salaire
pour les
employés
de l’État. Or, on sait que l’éducation, la
santé
et l’incontournable
service de la dette comptent pour 75% des dépenses de
l’État, tandis
que la masse salariale compte pour 60%. Où
réduire alors?
À
quelques
exceptions près, le premier réflexe des citoyens
ne
laisse
pas non plus de marge du côté des revenus.
Certaines
hausses de tarifs
suscitent de vives réactions. Les citoyens s’opposent
massivement, à
76%, à une hausse des tarifs
d’électricité,
à celle des primes de
l’assurance médicaments, à 73%, des permis de
conduire,
à 75%, et des
taxes sur l’essence, à 83%.
Curieusement, les Québécois sont moins
catégoriques pour certains tarifs que l’on croyait
sacrés. Cinquante
pour cent accepteraient une hausse des frais de
scolarité, 57%
celle
des garderies, 77% celle des permis de chasse. Pourquoi? Parce
que tout
le monde paie l’électricité, mais que ce n’est
pas tout
le monde qui a
un enfant à la garderie ou à
l’université.
Résumons. On est contre le déficit. Contre les
impôts. Pour les coupes, mais presque nulle part. Et
pour une
hausse
des tarifs qui ne nous affectent pas. Je ne dis pas ça
pour me
moquer.
Mais pour souligner les limites des réactions au
premier
degré. Un
sondage demande aux gens ce qu’ils aiment ou ce qu’ils
n’aiment pas, ce
qui les amène à décrire leurs
préférences en fonction de leurs
intérêts
immédiats.
Cela nous montre les limites des consultations
dans des choix comme ceux qui attendent le gouvernement
libéral.
Les
consultations permettent d’écouter, elles permettent
aussi au
gouvernement d’expliquer et de mettre cartes sur table. Mais
les
contradictions de ce sondage montrent qu’il y a une
énorme
différence
entre les voeux communs et le bien commun.
La
remise
sur les rails des finances publiques ne pourra pas être
un
exercice de démocratie directe, ou encore une
démarche
citoyenne. Cela
nous rappelle que diriger, c’est d’abord et avant tout faire
des choix
et décider, même si cela est impopulaire
La nation inconsciente - ANDRÉ PRATTE
L'hypothèse
d'une hausse des tarifs de certains services publics,
lancée par
le
gouvernement Charest, suscite un vif débat. La
population, elle,
est
furieuse.
Un sondage Léger Marketing
réalisé pour le Journal de Montréal est
particulièrement révélateur.
Une très forte majorité de Québécois
s'oppose à toute hausse des
principaux tarifs gouvernementaux. Les répondants
tiennent
néanmoins à
ce que l'État assume la croissance rapide des coûts
du
système de santé
et se disent très inquiets de voir le gouvernement du
Québec en
situation déficitaire.
Ces réponses sont typiques du
pays des merveilles dans lequel vivent les
Québécois
depuis des années.
Dans ce monde fantastique, il est possible d'obtenir du
gouvernement
les services sociaux les plus coûteux d'Amérique du
Nord
tout en
refusant obstinément de payer les coûts de ces
services.
À l'Assemblée
nationale cette semaine, les protestations de Pauline Marois sur
les
éventuelles hausses de tarifs ont été
suivies par
les appels indignés
du député péquiste Bernard Drainville pour
que
Québec améliore la
qualité des installations du CHUM... Avec quel argent, M.
Drainville,
si votre chef refuse toute augmentation d'impôts, de taxes
et de
tarifs?
Si les Québécois peuvent vivre dans un monde aussi
paradoxal, c'est
qu'ils s'accrochent à quelques mythes. Par exemple, le
mythe
selon
lequel si on augmentait quelques tarifs ciblés ici et
là,
cela
suffirait à payer les dépenses
supplémentaires
exigées par la santé,
l'éducation, l'assurance médicament, les
garderies, etc.
Or, les sommes
nécessaires atteignent au moins 2 ou 3 milliards de
dollars par
an.
Une augmentation de 1¢ par kWh de
l'électricité dite
«patrimoniale»
produirait 1,4 milliard de revenus supplémentaires. Pour
arriver
au
même montant, il faudrait multiplier par 50 le prix des
permis de
chasse (2750$ par saison plutôt que 55$ pour chasser
l'orignal...). Ou
encore porter à 28$ (au lieu de 7$) le tarif quotidien
des
garderies.
Une augmentation de 1¢ le kWh de
l'électricité
patrimoniale hausserait
de 194$ la facture annuelle du consommateur moyen, tandis que la
hausse
à 28$ du tarif des CPE augmenterait de 105$ PAR SEMAINE
la
facture des
parents concernés.
Un autre mythe veut qu'il suffise de «faire le
ménage» au gouvernement.
Le gouvernement du Québec n'est sans doute pas la machine
la
plus
efficace qui soit. Cependant, il ne faut pas non plus se faire
d'illusions. Petit dégraissage par ci, petit nettoyage
par
là, on
arrive vite au point où les compressions touchent le
coeur des
services
dont les citoyens ne veulent absolument pas se priver.
Il y a aussi le mythe du butin. Le butin, c'est l'argent que
«nous
doit» le gouvernement fédéral, les milliards
qui
«dorment à Ottawa»
(dixit Mme Marois). Comme les gouvernements des autres
provinces, celui
du Québec a toutes sortes de désaccords de nature
fiscale
avec Ottawa.
Certaines de ses revendications sont clairement fondées -
par
exemple,
la compensation de 2,6 milliards pour l'harmonisation des taxes
de
vente - d'autres sont beaucoup plus douteuses, notamment celles
relatives à la péréquation. Surtout, dans
beaucoup
de cas, il s'agit de
montants ponctuels. Même si le fédéral se
rendait
aux demandes de
Québec, le manque à gagner structurel ne serait
pas
réglé.
Par ailleurs, contrairement à ce que soutiennent les
souverainistes, ce
n'est pas «notre argent» qu'Ottawa refuse de nous
verser,
mais celui
des autres contribuables canadiens. Car, malgré ce que
croient
encore
une majorité de Québécois, le gouvernement
du
Canada dépense plus au
Québec que ce que nous lui envoyons en impôts et
taxes,
4,7 milliards
de plus par an pour être exact.
Enfin, on ne peut plus parler d'un déséquilibre
fiscal
lorsque le gouvernement fédéral est en
déficit de
50 milliards...
Les Québécois sont fiers de former une nation. Or,
une
nation forte
doit faire preuve de responsabilité et de lucidité
au
lieu de blâmer
les autres et rêver à des solutions magiques. C'est
cette
maturité qui
fait défaut aux Québécois quand il s'agit
du
financement des services
publics.
On peut certes débattre des meilleurs moyens d'augmenter
les
revenus de
l'État. Toutefois, une chose est sûre, si l'on veut
bénéficier à la
fois d'un régime de santé public, d'un
système
d'éducation de qualité,
de garderies subventionnées, d'une assurance
médicaments
et de congés
parentaux généreux comme nulle part ailleurs sur
le
continent, il va
falloir accepter de payer davantage.
Patrimoine, quand tu nous tiens - ALAIN DUBUC
Le
débat
politique sur une hausse des tarifs s’est
déplacé. Le
premier
ministre Jean Charest a-t-il l’intention, oui ou non, de
toucher au
tarif du bloc d’électricité dit patrimonial ?
C’est ce
qu’a demandé, le
trémolo dans la voix, la chef de l’opposition, Pauline
Marois.
En posant le débat dans ces termes, on quitte le
domaine de
l’économie
et de l’énergie pour entrer dans celui du religieux. Le
mot
«
patrimoine » a une lourde charge symbolique : il
décrit ce
qui doit
être préservé, ce qui doit être
protégé à tout prix. Cela nous
ramène
au sacré, comme le Québec sait si bien le faire.
Mais dans le débat sur l’énergie, le concept de
patrimoine a une
signification légale qui n’a rien à voir avec
notre
culture, notre
identité ou notre héritage architectural.
Ce concept a été développé au
tournant du
millénaire pour permettre à
Hydro-Québec de profiter de la libéralisation
des
marchés de
l’électricité dans le nord-est du continent
américain. Pour avoir accès
à ces marchés, le Québec devait offrir la
réciprocité, et ouvrir le
sien.
Le Québec a néanmoins mis sur pied une structure
pour
protéger son
marché, en divisant Hydro-Québec en quatre
entités
étanches
(équipement, production, distribution et transport), et
en
définissant
ce bloc patrimonial de 165 térawattheures, qui couvrait
alors
les
besoins du Québec, dont le prix serait fixe à
1,79 cent
le
kilowattheure. Ce bloc échappait à la
concurrence et aux
lois du
marché, qui s’appliquent à l’énergie
produite
au-delà de ce seuil. Par
exemple, quand Hydro demande des hausses de tarifs, elle le
fait pour
les frais de transport et de distribution, ou pour le
coût de
l’électricité au-delà de ce bloc.
Derrière
la
mécanique, il y avait une philosophie. Ces tarifs fixes
donnent un avantage aux consommateurs québécois,
et leur
permettent
ainsi de profiter, eux aussi, de ce bien collectif. C’est
l’argument
que reprend Mme Marois.
Cette approche comporte deu x failles. D’abord,
la meilleure façon de faire profiter les citoyens d’un
bien
collectif,
c’est d’en retirer des bénéfices qui sont, eux
aussi,
collectifs :
financer des infrastructures, réduire la dette,
créer des
fonds de
développement. Subventionner la consommation, com me
nous le fa
ison s
, procure une gratification immédiate dont il ne reste
plus rien
ensuite. C’est une forme de gaspillage, prisée par des
gouvernements
populistes. Hugo Chavez le fait avec son pétrole au
Venezuela.
Pas
l’Alberta, ni la Norvège.
En outre, des prix trop bas pour l’électricité
amènent des effets pervers. Un risque de
surconsommation, la
difficulté
d’implanter des mesures d’économie ou de
développer des
sources
d’énergie alternatives. Cela limite la principale
contribution
du
Québec dans la lutte contre les changements
climatiques,
déployer son
énergie propre pour remplacer
l’électricité de
source thermique, comme
le charbon. Au plan environnemental, c’est un véritable
scandale.
Ce raisonnement ne permet pas de justifier des
hausses sauvages. Il faut maintenir l’avantage
québécois.
Il faut se
souvenir qu’on a poussé les Québécois au
chauffage
électrique, dont ils
sont maintenant prisonniers, et qu’on ne peut donc pas
brutalement
changer les règles du jeu. Il faut aussi
protéger les
gens à plus
faibles revenus, un souci reflété dans tous les
scénarios de hausses de
tarifs.
Mais
on
peut aussi dédramatiser le débat. En rappelant
qu’une
hausse
des tarifs ne signifie pas nécessairement une hausse de
la
facture,
parce que les citoyens peuvent économiser
l’énergie et
réduire leur
consommation. Et en soulignant qu’il y a une disproportion
entre
l’intensité du débat et sa portée
réelle.
Une hausse de 1 % des tarifs
représente, en gros, pour un consommateur moyen, une
hausse de
la
facture mensuelle de 1 $. On devrait donc respirer par le nez.
LES SERVICES ONT UN PRIX - YVAN
LOUBIER
Tout doit
être mis sur la table, même les tarifs
d’électricité
Le débat qui s’amorce au Québec sur
l’état des
finances publiques, la
nécessité d’un redressement et les moyens que
nous devons
mettre de
l’avant pour y parvenir doit se faire, et rapidement.
Si le dernier budget a agi comme révélateur de
l’état réel des finances
publiques, la récession a fini de nous convaincre que
le statu
quo
n’est pas viable. Même si nous avons été
moins
frappés qu’ailleurs dans
le monde, à cause notamment du programme d’Infrastruct
ures du
gouvernement du Québec, les effets combinés de
la
récession et «
l’aveuglement volontaire » dont nous faisons preuve
à
l’égard des
moyens financiers dont nous disposons se feront sentir sur les
finances
publiques pendant plusieurs années. En fait, les
efforts
consentis
depuis 1998 afin d’atteindre l’équilibre
budgétaire
pourraient
pratiquement être anéantis par ces deux facteurs.
Il faut cesser de crier à l’incompétence des
élus
qui nous gouvernent,
peu i mporte le parti qu’ils représentent, comme source
des maux
qui
affligent les finances publiques. En exigeant constamment des
services
nouveaux ou un accroissement de la qualité et de la
quantité des
services existants, il faut être conséquent : ces
services
ont un prix
que nous avons tous ensemble la responsabilité
d’assumer.
Persister à croire, comme nous le suggèrent de
récents sondages, que
nous pouvons exiger de plus en plus de services
gouvernementaux et en
même temps fermer les yeux sur notre capacité et
les
moyens de les
financer, nous fera frapper un mur avant longtemps.
D’ailleurs, nous y
sommes presque!
Ce n’est pas par mauvaise volonté que 60% de la
solution pour un
retour
à l’équilibre budgétaire n’a pas
été
identifié lors du dépôt du dernier
budget québécois. C’est simplement parce que
nous n’avons
plus de marge
de manoeuvre au Québec, nous n’avons plus de cibles
facilement
identifiables dans le régime actuel de perception des
recettes
et de
planification des dépenses de l’État.
Bouleverser
ce
régime ne se fait pas sans heurts et commande
nécessairement un vrai débat public. Un
débat
où seraient présentés
divers scénarios de retour à l’équilibre
budgétaire, de financement des
services auxquels nous tenons et de redressement durable
comportant des
objectifs plus consistants de réduction de la dette
publique.
Une dette
qui est toujours la plus importante au Canada et qui draine 7
milliards
de dollars par année en frais d’intérêts.
I l est i ndéniable qu’u n gouvernement
responsable doit susciter ce débat, malgré
l’impopularité du sujet.
Nous sommes mûrs pour un tel exercice
démocratique et le
premier
ministre du Québec semble vouloir le réaliser.
Au cours de cet exercice, tout doit cependant
être sur la table : les recettes fiscales, les
dépenses,
les services
et les coûts, y compris les tarifs
d’Hydro-Québec.
Et ce n’est pas un péché de penser à une
augmentation graduelle des tarifs payés par les
Québécois qui ne
représentent à l’heure actuelle que la
moitié de
ceux payés partout en
Amérique du Nord. Ce n’est pas un péché
non plus
que de penser pouvoir
réaliser une offensive marquée au chapitre de
l’exportation
d’électricité afin que plus de 5 % de notre
production
soit écoulée aux
prix réels et lucratifs du marché. Ce n’est pas
d’être mal avisé que de
croire, à la veille du sommet de Copenhague sur
l’environnement
et à
l’ère très prochaine des voitures
propulsées
à l’électricité, que le
Québec puisse tirer parti de cet ava ntage comparati f
d’une
énergie
propre et renouvelable.
C’est si mplement mettre notre patrimoine au
service de la création de richesse, de l’augmentation
de notre
bien-être et du financement des services publics comme
la
santé, dont
le financement s’accroît de plus de 1,5 milliard par
année. L’utilité d’un État réside
dans sa
force d’intervention, dans sa
capacité à offrir les services publics
désirés par sa population et à
relever en son nom les nombreux et complexes défis qui
la
confrontent.
Cette capacité de l’État
québécois, nous la
perdrons bientôt si nous ne
faisons preuve de réalisme et si nous persistons
à croire
qu’il est
possible de continuer à avoir le beurre et l’argent du
beurre.
Une énergie presque donnée
-
Pierre-Olivier Pineau
L’idée
du
PLQ d’augmenter les tarifs d’électricité est
logique et
écologiquement juste
L’auteure est une ancienne caporalechef des Forces
armées
canadiennes
qui réside à Saint-Marc-sur-Richelieu. Une
coalition
s’élève contre le
recrutement dans les écoles, incluant les cadets de
l’armée. Pourquoi
au juste ?
Avec le taux de décrochage scolaire que nous
connaissons, je ne
vois
vraiment pas en quoi ce recrutement peut nuire aux
adolescents. Bien au
contraire.
J’ai moi-même fait partie de l’armée de
réserve
canadienne (terre), de
1987 à 1993. Oui, l’une de mes maintes tâches a
été d’aller parler dans
une école secondaire d’Hochelaga-Maisonneuve, en 1988,
de ce qui
est
possible d’accomplir dans l’armée. L’auteur est
spécialiste en
politiques énergétiques et professeur
agrégé à HEC Montréal. Quand, en
mars dernier, le vérificateur général du
Québec tirait une sonnette
d’alarme sur le manque de suivi du gouvernement dans la
perception des
droits miniers, à peu près tout le monde
s’entendait sur
l’élément
suivant : oui, le gouvernement québécois doit
retirer une
compensation
suffisante pour l’exploitation des ressources naturelles.
Pourtant, ce constat n’a eu aucune résonance à
propos
d’une autre
ressource naturelle dont le Québec bénéf
icie
grandement : la force
hydraulique.
Les droits payés par les utilisateurs de la force
hydraulique,
pour la
production d’électricité, sont en effet
ridiculement bas
au Québec:
2,84$ par 1000 kWh. C’est moins de 1/3 de cent par kWh, quand
le prix
de l’électricité résidentielle est de
5,45¢/
kWh ( pour les premiers 30
kWh de consommation quotidienne).
En termes de contenu énergétique, 1000 kWh
représentent environ 60%
d’un baril de pétrole. Si
l’hydro-électricité
québécoise est notre or
bleu, l’équivalent du pétrole albertain, le
gouvernement
est en train
de la vendre à environ 1,70$ le baril. Quand le prix du
baril de
pétrole tourne autour des 65-70$ (en dollar
américain),
ce prix tient
de la fraude, de l’inconscience ou carrément de la
bêtise.
Ce sont les
propriétaires de la ressource hydraulique qui se font
avoir :
ils
donnent presque leur énergie propre, une des meilleures
qui
soit.
Les propriétaires, ce sont tous les
Québécois.
Cette énergie est
utilisée par trois groupes : d’abord l’industrie
(environ 50% de
la
consommation québécoise), ensuite
eux-mêmes ( la
consommation résident
ielle représente 30% de la consommation
québécoise), et enfin les
commerces et autres institutions publiques (environ 20%).
Évidemment, l’industrie énergivore du
Québec
contribue à l’économie et
cela doit être pris en compte. Mais le prix actuel
auquel nous
lui
accordons la ressource hydraulique
Moi, j’ai eu
la
chance d’aller à l’université, d’avoir ma
famille qui
me supportait en ce sens. Mais la réalité, c’est
qu’on
n’a pas tous
cette chance.
Aussi triste que cela puisse être, je
préférerais qu’un jeune se fasse tuer (et donc
l’hydroélectricité) est
ridiculement bas… nulle part ailleurs sur la planète
n’y a-t-il
une
terre d’accueil aussi stable, avec une main-d’oeuvre
instruite, et une
électricité aussi abondante, propre et si peu
chère qu’au Québec.
En l’offrant à l’industrie à si bon
marché,
nous lui faisons un cadeau (une subvention
déguisée), qui
n’est pas
dans notre intérêt à long terme.
Du côté résidentiel, ces bas prix
profitent
avant tout à ceux qui ont la plus grande
capacité de
consommer : ceux
qui ont les moyens d’avoir une maison unifamiliale (150
mètres
carrés
de surface en moyenne) avec quatre murs exposés au
froid,
remplie de
différents électroménagers. Ceux qui
vivent dans
des maisons attenantes
(125 m2) ou des appartements (85 m2) consomment beaucoup
moins, surtout
en chauffage. En fin de compte, ce sont donc les
ménages vivant
dans
les « Hummer du logement » qui utilisent le plus
notre
électricité à
1,70$ le baril (soit l’équivalent de 3 ¢ le litre
d’essence). Est-ce
normal de la vendre si peu chère ?
Ces cadeaux que nous faisons à certains ne
pourraient être qu’une erreur sociale : un groupe de
propriétaires
décide de se partager inéquitablement une
ressource
commune, en la
donnant en nature à des consommateurs plutôt
qu’en se
partageant sa
valeur financière. Le problème, c’est que cette
erreur
sociale a aussi
un coût environnemental : en même temps que nous
consommons
notre
électricité trop peu chère, nous ne
faisons pas
tous les
investissements en efficacité énergétique
que nous
pourrions faire.
Pire, nous dépensons des centaines de millions
de dollars pour promouvoi r cette ef f icacité. En
2008,
l’Agence
d’efficacité énergétique a
dépensé
68 millions tandis qu’Hydro-Québec a
mis 236 millions dans son Plan global en efficacité
énergétique. Malgré
ces millions, notre grand potentiel d’efficacité
énergétique (13% de la
consommation résidentielle) reste largement intact .
Effectivement ,
pourquoi changer quand le statu quo individuel coûte si
peu cher
?
L’idée du Parti libéral du Québec
d’augmenter
les tarifs d’électricité coule donc de source.
Elle est
logique et
écologiquement juste. Mais il faut aussi qu’elle soit
présentée ainsi :
comme une décision tournée avant tout vers le
développement durable de
notre société, plutôt que comme un
pansement sur un
budget qui fuit de
partout.
Comme les Québécois ont à coeur la juste
exploitation de leurs
ressources naturelles et la qualité de l’environnement,
si on
prend la
peine de leur expliquer la situation, il leur sera possible
d’accepter
d’augmenter le prix de l’électricité.
Le fléau des vaches sacrées - ALAIN
DUBUC
C’est bien mal
parti. Le débat sur les hausses de tarifs fait rage
avant même d’avoir formellement commencé. Les
libéraux en discutent
lors de leur conseil général, les ministres
réfléchissent à voix haute,
le premier ministre Charest envoie des messages
contradictoires, tandis
que les partis de l’opposition sont déjà sur le
sentier
de la guerre.
Ce désordre illustre bien le fait, qu’au Québec,
la
révision des tarifs
des services gouvernementaux sera un champ miné, ou
plutôt
un pré où
broutent bien des vaches sacrées. Si le gouvernement
hésite, c’est
qu’il devra affronter de sérieux obstacles politiques,
culturels
et
idéologiques.
Sur le plan de la stricte logique, il est évident que
la
tarification
plus adéquate des services publics est une voie qui
doit
être explorée.
Le gouvernement du Québec, comme tous les
gouvernements, fait
face à
une grave crise des finances publiques à cause de la
récession. Une
situation exceptionnelle qui ne peut être résolue
uniquement par une
compression des dépenses. Il faudra aussi regarder du
côté des revenus.
Les hausses de tarifs sont une excellente façon d’aller
chercher
ces
revenus. Cette forme de ponction comporte moins d’effets
économiques
négatifs que les hausses d’impôt. Elle repose sur
un
principe d’équité,
celui de l’utilisateurpayeur, par exemple dans le cas des
péages
autoroutiers. Elle encourage une meilleure utilisation des
services
publics. Ce nettoyage permettrait de mettre fin à
plusieurs
aberrations
où le gouvernement se retrouve à subventionner
des
activités qui ne
devraient pas l’être.
Pour toutes ces raisons, la plupart des pays, notamment en
Europe, font
de plus en plus le choix de la tarification. À ce
chapitre, le
Québec
est en retard. C’est donc un bon choix, si la mise en oeuvre
se fait de
façon équilibrée et ordonnée, et
si l’on
épargne les plus vulnérables.
Mais ce n’est
pas
si simple. D’abord parce qu’au Québec, le
gouvernement devra affronter un problème politique de
taille.
Seulement
42% des Québécois paient de l’impôt sur le
revenu,
de sorte qu’une
majorité de citoyens sont indifférents, sinon
favorables,
aux hausses
d’impôt. Des hausses de tarifs, par contre, touchent
tout le
monde. On
peut donc s’attendre à une levée de boucliers
généralisée.
Le second obstacle est lié à une culture des
droits acquis profondément enracinée. Ce qui a
été donné par l’État
l’est pour toujours. Tout est sacré. La somme de 7$
pour une
journée de
garderie. Le droit inaliénable de profiter de tarifs
d’électricité au
rabais.
Le troisième obstacle, c’est la conviction que
le gel des tarifs constitue une forme avancée
d’équité sociale. Dans
les faits, c’est plutôt le contraire. Les gels les plus
populaires,
garderies, droits de scolarité, profitent davantage aux
biens
nantis.
C’est encore plus vrai pour les bas tarifs
d’électricité,
qui profitent
surtout à ceux qui ont de grosses maisons, des piscines
et des
chalets.
La chef de l’opposition, Pauline Marois, a bien
exprimé, cette semaine, la philosophie qui nous a
menés
à l’impasse. «
Il y a 80 000 personnes de plus qui sont à l’assurance
emploi
depuis le
début de l’année. Pensezvous qu’ils ont les
moyens
d’assumer des
hausses de tarifs. » Justement. On ne règle pas
le
problème de 80 000
personnes en faisant un cadeau à sept millions de
personnes.
Le gouvernement Charest a eu tout
à fait raison d’ouvrir ce dossier. Il fallait oser, il
fallait
commencer à s’attaquer aux vaches sacrées. Reste
maintenant à tenir le
cap. En commençant par ce qui est, de loin, le plus
important:
la
révision des tarifs d’électricité. Non
seulement
en raison de son
impact financier. Mais aussi parce que
l’électricité au
rabais est
devenue un indéfendable non-sens environnemental.
La révolution tarifaire - ANDRÉ
PRATTE
Àla fin
du
conseil général du Parti libéral du
Québec,
le président de
la commission jeunesse, Julien Gagnon, est monté sur
scène au son de
Revolution, des Beatles. C’est bien à une
révolution que
les militants
libéraux convient les Québécois. Un
changement
douloureux, mais
nécessaire: la révolution tarifaire.
P ou r su iva nt la déma rche amorcée par le
rapport
Montmarquette, les
libéraux ont demandé au gouvernement de
présenter
une loi-cadre sur la
tarification. En vertu de cette loi, les tarifs des services
publics ne
seraient plus fixés arbitrairement, mais en fonction
d’un
pourcentage
déterminé des coûts. Par
conséquent, les
tarifs seraient indexés (fini
les gels!). Les libéraux ont aussi voté en
faveur de
l’instauration
d’un système de péages dans la région de
Montréal.
Si le gouvernement met de l’avant une telle politique,
beaucoup de
contribuables se rebifferont, l’accusant de leur imposer des
impôts
déguisés. Or, tarifs et impôts sont
foncièrement différents. En plus de
servir à financer les services publics, les tarifs font
porter
la
responsabilité principale de ce financement aux
utilisateurs des
services en question: l’entretien des routes aux
automobilistes, celui
des parcs aux campeurs. De plus, les tarifs influent les
comportements
des usagers: si l’électricité coûte plus
cher, on
en gaspillera moins.
Au
Québec,
on a toujours financé les services publics davantage
par
l’impôt sur le revenu que par les tarifs. Or, comme nous
avons
aussi
choisi de s’offrir des services publics plus
généreux que
les autres
États du continent, les revenus tendent à
être
lourdement imposés... ce
qui a pour effet de décourager le travail. C’est cela
qu’il faut
changer si nous voulons continuer à
bénéficier des
mêmes services tout
en nous assurant que le gouvernement revienne à
l’équilibre budgétaire
et que notre économie prospère.
Le passage à une tarification étendue doit se
faire de façon cohérente. Or, c’est mal parti.
Le
gouvernement Charest
tient mordicus à maintenir à 7 $ par jour le
prix des
garderies.
Pourquoi les CPE échapperaient-ils à la logique
de la
tarification?
S’il y a une brèche là, il sera difficile
d’éviter
d’autres exceptions.
Hier,
le
premier ministre a été d’une prudence
extrême dans
ses propos.
Il a insisté sur la nécessité de
consulter les
Québécois et a refusé de
se prononcer sur l’une ou l’autre des propositions
adoptées par
ses
militants. Est-ce déjà l’amorce d’une retraite?
Espérons que non. En ce
début de troisième mandat, M. Charest a
l’occasion de
faire prendre au
Québec un virage historique en matière de
financement des
services
publics et de mettre ainsi un terme à la culture
malsaine de la
gratuité. Certes, le combat sera rude et politiquement
coûteux. Mais
l’avenir du modèle québécois en
dépend.
Un réseau national
d’électricité
s’impose - Pierre-Olivier Pineau
Chaque
province et
État américain contrôle la
transmission
d’énergie sur son territoire
Un réseau national aurait l’avantage de permettre
de planifier
de manière plus cohérente les
approvisionnements en
électricité.
Dans la même s ema i ne , le Nouveau-Brunswick,
TerreNeuve et
Labrador
et le Québec se trouvent au coeur de
l’actualité
économique avec un
élément commun: le réseau de
transmission de
l’électricité.
Si les intérêts de chacun divergent, tous
s’entendent au
moins sur un
point : l’accès au réseau de transmission
doit être
ouvert à tous. Ce
réseau comprend toutes les lignes à haute
tension qui
permettent à
l’électricité produite à des
centaines de
kilomètres d’être acheminée
aux consommateurs.
Le Nouveau-Brunswick veut garder la
propriété de ses
lignes pour «
rester maître chez lui », même si toutes
les
compagnies qui en
manifesteront le désir pourront les utiliser,
moyennant un
péage.
TerreNeuve et Labrador veut pouvoir accéder
à un
coût et des conditions
raisonnables aux lignes québécoises – c’est
pour cela
qu’elle a porté
plainte à la Régie de l’énergie.
De son côté, Hydro-Québec a ouvert son
réseau de transmission depuis
1997, par souci de réciprocité face aux
États-Unis, où elle poursuit de
lucratifs échanges d’électricité, en
grande partie
grâce à l’accès aux
lignes de transmission américaines qui sont
ouvertes à
tous.
Si tout le monde s’entend, où est le
problème? C’est que
le réseau de
transmission n’est en fait pas un réseau, mais de
multiples
réseaux,
gérés de manière indépendante
par chaque
province canadienne, et chaque
État américain.
La div
ision d’
Hydro - Québec s’occupant de la transmission
(HQTransÉnergie) ne répond ainsi qu’à
la
Régie de l’énergie et à son
actionnaire unique, le gouvernement du Québec. Il a
en va de
même pour
les réseaux du NouveauBrunswick, de Terre-Neuve et
Labrador, de
l’Ontario, de New York, etc. Pourtant, tous les
producteurs et les gros
consommateurs d’électricité empruntent ces
«
autoroutes d’électrons »
pour bénéficier des meilleurs prix, autant
à la
vente qu’à l’achat.
Tout le monde profite de ces échanges avec le
voisin quand l’électricité y est disponible…
sauf quand
les intérêts
d’un vendeur se voient frustrés parce qu’un autre
vendeur, moins
cher,
est accessible grâce au réseau de
transmission. C’est pour
cela que le
Québec, depuis Jean Lesage, s’est toujours
montré
réticent à accorder
un droit de passage à l’électricité
du Labrador…
à moins que ce soit
pour ses propres intérêts (comme dans le cas
du Haut
Churchill).
Un réseau national aurait l’avantage de
permettre de planifier de manière plus
cohérente les
approvisionnements
en électricité : pourquoi choisir de
développer la
Romaine pour 6,5
milliards de dollars, quand le Bas Churchill (au Labrador)
pourrait
produire le double d’électricité au
même coût
? Comment l’Ontario
fera-t-elle pour éliminer ses centrales au charbon
si elle n’a
pas un
accès sécuritaire aux ressources
hydrauliques du
Québec et du Labrador
? Comment les provinces maritimes pourront éviter
de
brûler du pétrole
pour produire leur électricité sans un
réseau de
transmission majeur
offrant les interconnexions requises ?
Des projets interprovinciaux sont possibles et
désirables: rappelons-nous que Lucien Bouchard et
Brian Tobin,
alors
premier ministre de TerreNeuve et Labrador, ont ainsi
annoncé le
développement commun du Bas Churchill en 1998,
avant de laisser
tomber
ce projet pour des raisons économiques en 2000.
Danny Williams
reprend
maintenant seul ce projet, mais se heurte au
Québec.
Hydro-Québec va
signer de gaieté de coeur une entente avec le
NouveauBrunswick,
et vise
même davantage à l’est, plus au sud aussi, et
même
jusqu’au Midwest
américain! Si beaucoup d’efficacité
économique et
environnementale
pourrait être gagnée, un développement
harmonieux
demande une plus
grande coordination, qui fait cruellement défaut
à
l’heure actuelle.
Ce
projet
national, voire intercontinental, d’un réseau
d’électricité,
offre de multiples bénéfices, mais demande
une vision
forte et un
leadership hors du commun. Il brise en effet les habitudes
historiques
provincialistes. Pourtant , à l’heure de la
globalisation,
certaines
traditions méritent d’être revues, les
échanges
d’électricité à travers
un réseau national en tout premier lieu.
La Suisse m’a ouvert les
yeux
- Julie Royer
De nombreux
lecteurs ont réagi à l’éditorial
d’André
Pratte, « La nation inconsciente », publié
samedi
dernier.
M. Pratte, vous n’auriez pu trouver meilleur titre pour votre
éditorial. Moi-même, avant d’habiter la Suisse,
je faisais
partie de
ces Québécois inconscients face à ce
qu’il en
coûte réellement pour
bénéficier de tous ces services « gratuits
»
au Québec. Maintenant, je
comprends que ce n’est pas l’argent que je payais en
impôts et en
taxe
de vente qui pouvait couvrir le coût de tous les
services que
j’utilisais.
Les
tarifs des
services publics, notamment ceux des garderies, doivent-ils
être
majorés pour augmenter les revenus de l’État ?
I l y a un a n, j’ai déménagé à
Zurich
où j’y ai découvert le concept
d’utilisateur-payeur. Beaucoup de Québécois
rêvent
de la Suisse et de
ses impôts quasi inexistants. Mais ce qu’on oublie,
c’est que
tout
service se paie à la pièce. Il m’a fallu trois
rencontres
avec
l’immigration pour finaliser mon entrée au pays. Chaque
fois,
j’ai dû
payer une facture de 26 $ à 101 $ avant de quitter
leurs
bureaux.
Autre exemple
qui
étonne beaucoup mes amis: nous devons utiliser les
sacs de poubelles de la ville, qui coûtent 2$
pièce.
Ainsi, plus on
jette, plus on paie pour le service des ordures.
Mais là où ça fait mal, c’est
pour les soins de santé. À mon arrivée,
j’ai
reçu une lettre m’exigeant
de souscrire auprès d’une compagnie suisse pour une
assurance
maladie.
Pour une personne sans problème de santé,
l’assurance de
base
commençait à environ 500 $. J’ai demandé
à
mes amis suisses si
l’assurance payait tout. Ça les a fait pas mal rire !
Chaque
personne
ou famille en Suisse a de l’argent de côté en cas
de
maladie. Et on ne
parle pas de quelques centaines de dollars, mais plutôt
de
quelques
milliers. Chacun doit avoir ce « coussin », car
après une visite chez
le médecin ou un séjour à
l’hôpital, on
reçoit une facture détaillant
le coût des soins, payable dans les 30 jours. La
compagnie
d’assurance
rembourse une partie des coûts, mais mes amis m’ont tous
dit que
c’était une fraction de ce qu’il en coûte.
J’ai peur pour mon avenir - Alexis
Gagné Lebrun
L’auteur est
enseignant en physique au cégep de Saint-Hyacinthe.
Je
suis un jeune travailleur. J’enseigne depuis quatre ans,
changeant
d’institutions scolaires une ou deux fois par année,
suivant les
contrats où ils se trouvent. Quand j’examine les
débats
actuels sur les
finances publiques et les régimes de retraite, j’ai
peur pour
mon
avenir.
J’ai l’impression que plusieurs Québécois
veulent se
sortir de la
présente situation en pelletant les multiples
factures aux plus
jeunes,
alors que j’aimerais bien bénéficier d’un
niveau de vie
comparable à la
génération actuelle.
La Régie des rentes du Québec a annoncé
qu’elle
n’avait pas de réserve
au-delà de 2037. Étant né en 1981, j’ai
l’impression que je cotiserai
toute ma vie active, à un taux probablement plus du
double de
celui des
générations précédentes, sans
pouvoir
retirer de quelconques
prestations.
Dans les débats de la commission parlementaire
suivant les
pertes liées
à la crise financière et à la mauvaise
gestion de
la Caisse de dépôt,
j’ai peur que les jeunes fassent l’ensemble des sacrifices
sans pouvoir
en retirer quoi que ce soit.
Comme aucun
individu n’est responsable des pertes, il faut que
l’ensemble de la population contribue. Je suis en accord
avec une
hausse rapide des cotisations, mais il serait normal,
étant
donné la
situation exceptionnelle que nous vivons, que les
prestations soient
diminuées sensiblement. Si on hausse de 5% à
10% le taux
de cotisation,
il faudrait diminuer les prestations d’un niveau
équivalent.
Après
tout, il s’agit de la pérennité de la caisse
vieillesse
de tous, pas
seulement de celle de la génération actuelle.
Certains répliqueront que les jeunes
générations bénéficient
d’infrastructures
qui n’existaient pas avant
1960. C’est vrai, mais nous devons soutenir une dette
reliée
à ces
infrastructures qui n’existait pas non plus avant 1960. Les
actifs et
les passifs vont de pair! De plus, on pourrait discuter
longuement de
la qualité actuelle de nos infrastructures. Nos
écoles se
délabrent,
nos réseaux d’aqueduc coulent, nos routes se percent,
nos
viaducs
tombent…
Le front commun syndical propose de verser une
partie des cotisations futures pour le fonds de retraite des
années
1982 à 1999. Il y a toujours bien une limite à
faire
payer les jeunes
pour les retraités actuels.
Je sais que plusieurs percevront ce texte comme
une attaque contre certaines générations. Il
s’agit
plutôt d’une
crainte de devoir prendre sur nos jeunes épaules tous
les
défis qui
doivent être relevés conjointement par
l’ensemble des
générations.
La dette publique (de plus en
plus) importante, l’impact du choc démographique sur
les
finances
publiques, le déficit structurel actuel, le trou dans
les
régimes de
retraite, disons que mon futur financier collectif me fait
peur…
L’État, mère nourricière -
Serge
Choquette
L’excellent éditorial d’André Pratte
résume très bien pourquoi j’ai
toujours hésité à appuyer les partis
politiques
à forte tendance
sociale, notamment le PQ, malgré mon désir de
fonder un
pays autonome.
Comme la plupart des «lucides»
québécois, ma
fibre patriotique trébuche
sur cette conception populaire de l’État-providence,
comme si la
société était notre mère
nourricière
et nous devait tout, simplement
parce que nous existons, alors que nous ne reconnaissons
aucune
obligation corollaire envers elle. Pourtant, cette attitude
n’est que
conséquence logique du fait que 45% des citoyens ne
contribue
aucunement au bien commun en ne payant aucun impôt alors
que tous
sans
exception profitent du butin collectif. On ne fera jamais une
société
bien forte avec si peu d’épaules à la roue et
autant de
bouches à
nourrir. À ce jour, la majorité des
Québécois préfèrent encore voir se
dégrader la qualité des services d’État
plutôt que d’assumer leur
responsabilité citoyenne, c’est-à-dire se
révolter
devant
l’inadmissible, remettre en question les structures et revoir
leurs
priorités financières. On préfère
encore
laisser l’État tout décider,
même quand le filet de protection sociale s’effiloche
avec de
grands
trous béants. C’est toujours la grogne boudeuse quand
on parle
d’augmenter les tarifs. Quand sortirons-nous du jupon
protecteur de
maman – État providence – pour libérer le
dynamisme
collectif créateur
dans une deuxième révolution tranquille?
Fini la carte de crédit
J’appuie totalement votre suggestion d’augmenter de 1 ¢
le
kWh de
l’électricité patrimoniale. Les tarifs doivent aussi
être ajustés. Et
s’il faut de l’argent supplémentaire, on doit augmenter la
taxe
de
vente. Personnellement, je préfère ces mesures,
plutôt que d’augmenter
les impôts des particuliers. On peut ainsi rejoindre tous
les
contribuables, autant ceux qui travaillent au noir que ceux qui
pratiquent l’évasion fiscale. Si notre gouvernement ne peut
pas
appliquer ces mesures, alors il doit obligatoirement
réduire les
services. La carte de crédit a atteint ses limites.
Haussons les tarifs d’Hydro
Je souhaite que
nos
politiciens, sans querelle partisane, soient
lucides et expliquent clairement à la population ce que
coûtent
certains services et d’où vient l’argent. La
majorité des
gens qui sont
contre tout de toute façon ne paient rien ou presque en
impôts.
Augmenter les tarifs de l’électricité
m’apparaît
simple et surtout
efficace. Pour minimiser l’impact de l’augmentation, on peut
très bien
changer nos habitudes et consommer moins, comme plusieurs l’ont
fait
avec l’essence. L’impact du coût supplémentaire par
personne serait
minimal et les revenus de l’État, grandement
améliorés, sans
augmentation de personnel.
Des Québécois lucides
Contrairement à votre interprétation, les
Québécois ont fait preuve de
responsabilité et de maturité en élisant un
gouvernement qui prétendait
avoir les mains sur le volant. Ce gouvernement a été
élu peu de temps
après que le groupe des luc des ait publié son
document
de réflexion.
La hausse des tarifs de l’électricité était
une
des solutions avancées
pour sortir le Québec de son impasse financière
à
terme. Qu’est-ce que
le gouvernement libéral a fait à ce sujet? Rien,
sinon
commander des
sondages de popularité. Consulter sur une base ponctuelle
une
fraction
de la population sur les hausses de tarifs et de taxes dans un
contexte
de crise économique mondiale et tirer des conclusions aussi
larges
qu’impertinentes n’apporte aucun élément positif au
dossier. Les
Québécois que je consulte dans mon entourage
immédiat sont des
personnes qui sont aptes à saisir les enjeux sociaux,
politiques
et
économiques. Elles sont unanimes à penser que la
hausse
des tarifs est
une très bonne solution dans la mesure où les
dirigeants
d’Hydro-Québec
pratiquent une saine gestion financière des fonds publics.
À ma
connaissance, les Québécois ont un sens
démocratique très élevé et un
respect de leurs institutions politiques (jusqu’à
maintenant).
Le
gouvernement Charest est au pouvoir avec une majorité
suffisante
pour
passer ses lois. Alors, qu’il explique clairement ses positions et
qu’il agisse. C’est ce que les Québécois attendent
d’un
gouvernement
lucide et responsable.
Mauvais gestionnaires
La nation est inconsciente, mais ce qui est plus grave, c’est
le
manque
flagrant de gestion responsable de la part des gouvernements,
présents
ou passés. Jean Charest voulait avoir les deux mains sur le
volant,
mais il ne veut pas prendre de décision impopulaire. Le
gouvernement se
doit d’augmenter le prix de l’électricité, des frais
de
garderie, et
d’imposer un ticket modérateur dans la santé. La
gratuité n’existe pas,
les Québécois doivent en être conscients, mais
il
revient au
gouvernement de prendre les mesures appropriées pour bien
gérer cette
province sans avoir peur de perdre quelques votes au passage.
À bas les abris fiscaux
Les Québécois ne veulent pas de hausse de
tarifs,
et c’est mon cas.
Depuis qu’il y a des déficits, c’est toujours la
plèbe
qui paie et qui
se serre la ceinture. J’ai rarement vu les nantis souffrir du
manque
d’argent. Et si ça s’était produit, on l’aurait su.
Mais
non, en pleine
crise économique, ils osent se voter des augmentations de
salaire ou se
donner des primes au rendement, tout en étant responsables
de
cette
même crise. Si on allait chercher tout l’argent des abris
fiscaux
et si
on faisait payer l’impôt à tous les riches qui y ont
échappé, on
n’aurait plus de déficit demain matin et on pourrait
peut-être payer la
dette en entier. Nous ne sommes plus dupes. J’espère que la
population
va refuser toutes ces hausses et réclamer d’autres
solutions aux
problèmes qui nous concernent. C’est pas toujours aux
mêmes à se
partager l’assiette au beurre !
Toujours les pauvres
Joli article lucide... Pas un mot sur les abris fiscaux, le
fait
que
les multinationales étrangères vident nos mines, nos
forêts, notre eau,
sans redevances, et à grands coups de subventions. Sans
compter
les
centaines de millions en subventions aux compagnies
pharmaceutiques!
Bien non, ce sont les pauvres qu’il faut continuer de saigner...
Place à la concurrence - MARCEL
BOYER
Tous les
services
municipaux devraient être évalués à
intervalles réguliers pour vérifier s’ils sont
compétitifs
À l ’a p p r o c h e d e s élections municipales
montréalaises, les
cols bleus manifestent devant l’hôtel de Ville pour
réclamer des
augmentations de s a l a i r e et une l i mitation du recours
à
la
sous-traitance. Pendant ce temps, on entend beaucoup de
promesses
creuses de tous les partis en ce qui a trait aux finances
publiques et
à la fiscalité. Facile de suggérer une
amélioration de l’efficacité de
la bureaucratie ou une réduction du gaspillage.
Les
employés municipaux doivent être soumis
à la
concurrence. Il est fort
possible qu’ils soient les plus efficaces dans leur domaine
et
remportent les contrats offerts. On doit simplement leur
donner une
occasion de le prouver en bousculant un peu le confort de
leurs
privilèges.
La situation relative de la Ville de Montréal n’est pas
t
rès reluisa
nte : da ns l e c l a s s e ment d u magazine Maclean’s, qui a
évalué
la gestion de 29 villes canadiennes, el le obtient le 28e r a
ng dans l
a catégorie fiscalité et le 27e dans la
catégorie
gouvernance et
finances publiques ! J’invite les candidats à se
positionner
clairement
quant à ces questions et à proposer des
solutions
concrètes pour
renverser la vapeur.
I l n’existe pas des dizaines de façons de
réduire le fa
rdeau f i scal
d’une ville sans couper dans l es s er v i c es .
Malheureusement ,
changer le conducteur du train, si celui-ci garde la
même
locomotive et
avance sur la même voie ferrée, ne changera pas
grand-chose à la
destination. Pour s ’at t aquer à la sit uation des f i
nances
publiques et a l léger le fa rdeau f i sca l , une
véritable révolution
est nécessaire. Cette révolution porte un nom :
la
concurrence.
Comme j e
l’explique dans mon Manifeste pour une s
ocial-démocratie
concurrentielle et comme l’ont relevé d’autres
commentateurs, le
dilemme n’est pas entre secteur public et secteur
privé. Une
entreprise
privée en particulier n’est pas forcément plus
efficace
ou moins
corrompue que le secteur public. Autrement, il n’y aurait
jamais de
faillites et de fraude. La concurrence est le facteur qui
explique
pourquoi un secteur est plus efficace. Le monopole, dans les
services
publics comme ailleurs, mène systématiquement au
gaspillage et à la
stagnation. Le rapport du vérificateur
général de
la Ville de Montréal,
Jacques Bergeron, le confirme une fois de plus.
L e modèle de l a c onc u r r ence devrait êt
re le mode de gouvernance privilégié pour le
développement et le
maintien de toutes les i nfrastr uctures municipales : r outes
, t r a
nspor t s en c ommun, distribution et traitement de l’eau,
parcs et j
ardins publics, équipements de loisirs, services de
police et
d’incendie, etc. Tous les services municipaux devraient
être
évalués à
intervalles réguliers (que ce soit t r ois , quatre ou
c i nq a
ns)
pour vérifier si les services sont compétitifs
et
comparables en
qualité aux meilleurs dans des villes comparables, pour
revoir
et
contester les méthodes actuelles de fourniture et pour
consulter
tant
la population que des spécialistes sur la façon
d’améliorer le système.
Les employés municipaux, syndiqués ou non,
doivent être soumis à ce régime. Il est
fort
possible qu’ils soient les
plus efficaces dans leur domaine et remportent les contrats
offerts. On
doit si mplement leur donner une occasion de le prouver en
bousculant
un peu le confort de leurs privilèges. Ils perdraient
peutêtre une
partie de leurs avantages, mais gagneraient le respect de
leurs
concitoyens en démontrant la valeur de leur travail.
En
somme,
l’obligation de rendre compte qui incombe aux élus
montréalais doit s’incarner concrètement dans la
mise en
place d’un
processus rigoureux, i ndépendant et t ra nsparent
d’étalonnage et de
mise en concurrence des services. Je le répète,
l’objectif n’est pas la
privatisation des services municipaux. Il s’agit simplement de
les
rendre concurrentiels. Le recours systématique aux
mécanismes de marché
permettrait d’obtenir des services de meilleure qualité
et
à meilleur
coût.
Éloge de la concurrence - YVES BOISVERT
Le
problème
de la Ville de Montréal n’est pas qu’on a tout
balancé au secteur privé. C’est qu’on a tout
balancé à un très petit
nombre d’entrepreneurs.
En même temps, on a affaibli la capacité de
surveillance
de la fonction
publique. Donc, le champ est maintenant libre non pas à
une
privatisation, mais à une appropriation pure et simple
des
contrats de
la Ville.
En d’autres termes, ce n’est pas nécessairement moins
cher dans
le
privé. Et ce n’est pas nécessairement moins cher
non plus
dans le
public. Mais c’est nécessairement plus cher quand il
n’y a pas
de
concurrence.
Le déficit de concurrence. Voilà le coeur du
rapport du
vérificateur
général Jacques Bergeron sur le très
humide
scandale aquatique que l’on
sait
Voilà ce qui fait qu’on paie trop cher pour les
services
municipaux.
Voilà ce qui fait qu’on paie trop cher pour les routes.
Voilà ce qui
fait qu’on achète des bébelles dont on n’a pas
besoin (un
contrat trop
gros, rappelez-vous).
Les recommandations du vérificateur vont loin : il
suggère que, pour
des contrats importants, un appel d’offres soit lancé
aussi bien
au
Québec qu’à l’extérieur. Quand on
magasine
toujours au même coin de
rue, on obtient rarement ce qu’il y a de mieux au meilleur
prix.
Mais voilà, les entreprises n’ayant pas
déjà fait
affaire avec la Ville
sont systématiquement défavorisées dans
les appels
d’offres, car on y
retrouve toujours le critère de la «connaissance
du
milieu».
Cela restreint le libre marché et pénalise les
entreprises de
l’extérieur – des entrepreneurs de Québec ou de
Gatineau,
par exemple,
sans même parler de concurrents des autres provinces.
Pas assez de compétition, donc. Mais la petitesse d’un
milieu a
un
autre effet: moins il y a de participants aux appels d’offres,
plus il
y a de risques de collusion. Entre les entrepreneurs, qui
s’arrangent
pour fixer les prix. Et entre les entrepreneurs et certaines
personnes
clés dans l’administration, pour truquer les appels
d’offres et
cadenasser le système.
«J’ai
passé des mois dans un bureau d’avocats pour analyser
des offres
d’entrepreneurs et trouver des failles, pour qu’elles soient
légalement
rejetées et que le candidat de la Ville soit retenu
», me
confiait hier
un avocat. Cela ne se passait pas à Montréal,
mais dans
une ville pas
très loin de chez vous.
Le vérificateur note avec approbation que,
depuis le mois d’août, la Ville exige «un
formulaire
attestant
l’absence de collusion » de la part des entrepreneurs.
Les
entreprises
ayant été déjà condamnées
pour
complot en vue de réduire indûment la
concurrence devraient être écartées pour
une
période de temps. C’est un
bon début.
Mais pour qu’un grand ménage soit fait à
l’hôtel de ville, on n’a pas besoin d’attendre une
commission
d’enquête. Il faut un système beaucoup plus
transparent et
beaucoup
plus ouvert à la concurrence.
Il est intéressant de noter que le vérificateur
recommande de faire une évaluation interne des travaux
avant de
les
donner au privé. Ou à tout le moins pour
«étalonner» les prix.
Il y a des cas où les cols bleus peuvent faire
le même travail pour aussi bien et pour moins cher. Ils
sont
sûrement
contents de lire ça dans le rapport. Accepterontils
pour autant
le
principe de la concurrence? Quand on a un plancher d’emplois,
on est
rarement un adepte féroce de la concurrence. Pourtant,
il ne
fait pas
de doute que les employés municipaux connaissent la
ville mieux
que
quiconque.
En Grande-Bretagne, dans les années 80, on a
implanté un régime de concurrence pour les
contrats dans
les
municipalités, auquel même les employés
municipaux
étaient soumis. Les
syndicats ont protesté, mais plus de 70% des contrats
ont
été obtenus
par les employés municipaux, justement parce qu’ils
sont par
définition
des experts dans le domaine.
En ce moment, les Montréalais paient pour le manque de
concurrence dans leur ville, dans le privé comme dans
le public.
Et comme on a laissé la fonction publique
montréalaise
s’affaiblir,
comme on n’a pas su développer sa compétence
(c’est aussi
dans le
rapport), personne n’est en mesure de surveiller et de dire
non. On a
contourné ceux qui ne sont pas des yes men, on a
contourné et contrôlé
le contentieux, les finances, tout ce qui est embêtant.
Et tout
était
en place pour le désastre administratif que vous voyez.
On peut se demander où étaient les 102
élus du
conseil municipal (un record nord-américain de
gaspillage:
Toronto en a
44!). Comment se fait-il qu’on ait pu leur cacher
l’information si
facilement? Quelle est donc cette petite clique qui
contrôlait
tout?
Comment se fait-il que les élus aient laissé
l’administration
soustraire de son contrôle toutes sortes de dossiers,
dont
l’ensemble
des propriétés immobilières de la Ville?
Quoiqu’il
advienne
des enquêtes policières et des élections,
le
nettoyage passera par des outils classiques: transparence
rigoureuse,
circulation pleine de l’information, ouverture à la
concurrence
véritable.
Sous-traiter ou ne pas sous-traiter ? -
André
Noël
MANDAT
D’EXPERTS
À LA VILLE
L’administration Tremblay donne les clés de
l’hôtel de
ville à des
firmes extérieures, accuse Réal
Ménard, un des
principaux candidats de
Vision Montréal. Faux, rétorque le
président du
comité exécutif, Claude
Dauphin. Le débat est là,
éclipsé par les
scandales: la Ville doit-elle
confier plus de mandats à ses propres experts ou,
au contraire,
en
confier encore plus à des cabinets de
professionnels externes ?
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND,
ARCHIVES LA PRESSE
«
Je
constate
que
bien
des
priorités
ne
sont
pas
déterminées
par
le
personnel
de
la
Ville,
mais
par
des
firmes
qui,
souvent,
obtiennent
par
la
suite
les contrats des travaux qu’elles ont elles-mêmes
suggérés »,
dit Réal Ménard, qui se présente
à la
mairie de
Mercier–Hochelaga-Maisonneuve pour le parti de Louise
Harel.
M. Ménard ne s’oppose pas à ce que des
entreprises
privées soient mises
à contribution afin de déneiger les rues ou
pour d’autres
travaux. Mais
il ne comprend pas pourquoi la Ville laisse des firmes
d’ingénieurs,
d’architectes ou d’autres professionnels prendre des
décisions
stratégiques à sa place.
Il cite un exemple récent. Le dernier conseil
municipal a
attribué un
contrat à SNCLavalin ProFac pour évaluer
l’état
des 1550 immeubles de
la Ville. Ce seront les ingénieurs de SNC qui
établiront
les priorités
d’entretien. Gros mandat: il faut dépenser un
milliard de
dollars pour
restaurer tous ces immeubles.
« I l me s emble que des experts du service des
immeubles de la
Ville
devraient être capables d’accomplir cette t
âche
névralgique, dit M.
Ménard, qui se présente à la mairie
de
Mercier–HochelagaMaisonneuve
pour le parti de Louise Harel. Je constate que bien des
priorités ne
sont pas déterminées par le personnel de la
Ville, mais
par des firmes
qui, souvent, obtiennent par la suite les contrats des
travaux qu’elles
ont elles-mêmes suggérés. »
Claude Dauphin, qui se représente à la
mairie de Lachine
pour le parti
de Gérald Tremblay, affirme que son administration
a
hérité des
mauvaises décisions prises par le maire
précédent,
Pierre Bourque, et
qu’elle agit au cas par cas.
«
M. Bourque
avait démantelé les équipes
(d’experts internes),
dit-il.
Les finances étaient précaires. Nous
faisions face
à un déficit
d’investissement dans les infrastructures. Depuis huit
ans, nous avons
commencé à rebâtir nos équipes
de
professionnels, par exemple en
surveillance de travaux routiers (50% est fait à
l’interne).
Nous
allons poursuivre dans la même veine dans le
prochain mandat.
Nous
allons rebâtir nos équipes, tout en
continuant à
travailler avec le
privé lorsque c’est plus avantageux pour les
Montréalais.
»
La vérification des immeubles peut se faire
seulement d’avril à la fin d’octobre puisqu’il est
difficile
d’inspecter les toits et les murs en hiver, poursuit M.
Dauphin.
« Il
est donc plus sensé financièrement de faire
appel
à des spécialistes
externes pour six mois à la fois, plutôt que
d’embaucher
du personnel
spécialisé à l’année,
payé pendant
12 mois. »
De son côté, M. Ménard craint que la
Ville
perde son expertise et devienne dépendante des
firmes externes.
C’est
ce qui s’est produit avec le projet des compteurs d’eau et
de
l’optimisation du réseau d’eau, souligne-t-il.
À la
Ville, les
responsables étaient incapables de répondre
aux questions
sur ce
projet: tout était dirigé vers la firme BPR.
« Ce n’est pas au x gens du privé à
décider
de
l’ordre d’intervention sur les grands réseaux
publics, dit-il.
Les élus
devraient pouvoir recevoir une information probante et
concluante de
leurs propres experts. Les fonctionnaires ont pour mandat
de travailler
pour le bien public. Ils ne travaillent pas pour grossir
les honoraires
des firmes professionnelles. Les employés de ces
firmes sont
peut-être
honnêtes, mais ils ne se trouvent pas dans la
même logique
que les
fonctionnaires. »
M. Ménard, un ancien député du Bloc
québécois,
multiplie les exemples. La Ville a attribué un
contrat de 30
millions
au consortium formé de CIMA+ Génivar et
Tecsult pour
mettre en oeuvre
le plan d’intervention pour les réseaux d’eau et
d’égouts. « C’est là
une mission stratégique qui doit relever
directement des
élus et des
fonctionnaires », dit-il.
Claude Dauphin réplique que la
Ville a recours à des firmes extérieures
quand il s’agit
de répondre à
des besoins ponctuels. « C’est le cas pour le
dossier de
l’inventaire
des immeubles et pour la mise aux normes des usines d’eau,
dit-il. Il
s’agit de contrats de courte durée. C’est agir en
bon
gestionnaire que
d’avoir recours à des expertises
extérieures. Sinon, on
crée des postes
(de fonctionnaires) dont on n’aura pas besoin lorsque le
mandat aura
été réalisé. »
Pourquoi vouloir tout privatiser ?
-
Valérie Teasdale
Montréal Je
suis employée de la Ville de Montréal. Col
bleu, pour
être
plus précise. Auxiliaire depuis huit ans. Huit
années
sans plan
d’assurances pour ma famille et moi, sans vacances
payées, sans
avoir
droit aux heures supplémentaires, sans congé
férié rémunéré autrement
que par ce que prévoit la Loi des normes du travail.
Sans
sécurité
d’emploi puisque j’ai été mise à pied,
à
moins de 12 heures d’avis,
deux périodes de deux semaines l’an dernier.
Et non, je ne gagne pas 60 000$ par année comme je le
lis
régulièrement
dans les journaux. Mon salaire net ne dépasse pas 30
000$ et n’a
pas
bougé depuis 2004. L’employeur ne veut pas de lien
d’emploi avec
ses
auxiliaires, ne veut plus les titulariser depuis 2004.
Pourquoi? On
nous dit que ça coûte trop cher de les
embaucher pour 30
ans.
Pourtant, de tout temps, les services publics ont
existé:
réseau
routier, réseau d’eau, déchets,
déneigement,
bibliothèques,
signalisation, horticulture, électricité,
plomberie,
menuiserie,
mécanique, institutions (cour municipale, hôtel
de ville).
De tout
temps, l’administration a dû embaucher des gens pour
effectuer
ces
tâches, assurer le service pour lequel le citoyen paie
et auquel
il a
droit. Et de tout temps, les entreprises privées, qui
sont
là pour
faire du profit et non pour donner des services, ont
reluqué les
services publics, une manne qui ne disparaîtra jamais.
C’est
d’ailleurs
pour éviter la corruption dans l’attribution de
contrats dans les services publics et pour stabiliser et
prévoir
les
coûts reliés à ces services que
l’État a
voulu avoir un bassin
d’employés stable pour effectuer ces tâches.
Des gens sur
qui il
pourrait compter, peu importe la météo, pour
assurer ces
services.
Des gens formés, avec l’expertise et
l’expérience nécessaires pour que la
qualité du
service soit la
priorité. Des gens qui, eux, n’ont d’autre
intérêt
que de nourrir leur
famille en travaillant, pas pour faire des profits en
encourageant tel
ou tel parti et en obtenant des contrats. Pour éviter
la
corruption.
Pourquoi aujourd’hui vouloir encore une fois tout
privatiser?
Pourquoi refuser la stabilité à
des employés formés,
expérimentés et
fiables? On nous dit que ça permet
d’économiser. Pourtant, quand je lis les journaux,
les sites
internet
et que je regarde les reportages télé, je me
rends bien
compte qu’il y
a un gaspillage énorme de fonds publics (octroi de
contrats
douteux) au
détriment des services qui, on le voit maintenant,
profite plus
aux
politiciens qu’aux citoyens. Il faut que cette façon
de faire
cesse,
car nous reculons comme société au lieu
d’avancer.
La culture du PPCD - ALAIN DUBUC
La semaine
dernière, ce devait êt r e l a Semaine pour l
’é
cole
publique. C’est plutôt devenu la semaine contre
l’école
privée. Des
voix se sont élevées pour réclamer
l’abolition des
subventions
gouvernementales aux écoles privées, et pour
attaquer
leurs pratiques,
leur mode de sélection, de façon parfois
féroce.
Le point de départ de la réflexion
était
légitime. La baisse des effect
i f s du secteur public, et surtout le départ des
meilleurs
élèves vers
le privé, fa it c r a i ndre à cer t a i ns un
affaiblissement
progressif de la qualité de l’enseignement du
réseau
public. C’est un
enjeu. Car l’avenir de l’éducation au Québec
repose sur l
’existence
d’un réseau public de qualité.
Mais le débat a dérapé. Parce que le
diagnostic
manque de raffinement
et que les solutions sont bancales. Et surtout, parce que
cela a
réveillé toutes les vieilles bibittes qui
hantent la
psyché québécoise
: la peur de la concurrence, le refus de l’effort, et
surtout la
culture du « tout le monde doit être pareil
», qui
mène inexorablement
au PPCD, le plus petit commun dénominateur commun.
Les effectifs du secteur public ont fondu de 84 000 en six
ans. Le gros
de la baisse, 60 000, s’explique par la démographie.
L’attraction du
privé explique 24 000 départs, soit 30 % du
total. C’est
donc une
partie du problème.
Mais il faut se demander si on ne confond pas la cause et
l’effet.
Estce le succès du privé qui affaiblit le
réseau
public ? Ou est-ce
plutôt les carences du réseau public qui
nourrissent le
privé ? Les
résultats aux examens du Ministère, l
’échec de la
réforme pédagogique,
l’incidence du décrochage, l’image négative
des
polyvalentes. Si tel
est le cas, on tire sur le messager, on s’attaque au
symptôme
plutôt
qu’aux causes.
Si
l’analyse
semble sommaire, la solution l’est encore plus : coupons
les subventions au privé, qui couvrent 6 0 % des
coûts
d’un élève. La
hausse des droits de scola r ité forcera un retour au
réseau public,
qui retrouvera ainsi sa clientèle, ses bons
élèves
et son élan.
L’impact est difficile à mesurer et dépend de
la
proportion des élèves
du privé qui reviendront au bercail.
Si l e r e t ou r au publ i c e s t u n succès,
cela engorgera le public, cela coûtera plus cher,
parce que ces
élèves
seront subventionnés à 100 %, et cela risque
de provoquer
l a fer
meture d’u n gra nd nombre d’ét ablissements pr i
vés , s
ouvent de
qualité. Avec aucune espèce de garantie que ce
retour
forcé se traduira
en qualité.
Mais ce n’est pas un débat économique, c’est
une croisade. D’abord contre l ’él it i sme. I l est
cla i r que
nous
avons un système d’éducation à
plusieurs vitesses.
C’est un problème
quand la sélection se fait en fonction du revenu.
Mais elle se
fait
bien davantage par le talent. Réduire l ’é c
ole pr i
vée, c ’e s t
vouloi r que l’école soit la même pour tous.
Cette logique
du tout le
monde pareil, hélas ! mène à une
dynamique du tout
le monde plus bas.
Le r i sque est réel , parce qu’en s ous-main,
s e prof i l e u ne aut r e bataille, contre la concurrence.
C’est un
des chevaux de bataille de la Centrale des syndicats du
Québec,
qui dit
non à la concurrence, même au sein du public,
non aux
palmarès, non aux
programmes spéciaux pour les plus doués. C’est
la logique
qui nous a
donné les bulletins s a ns note. Sa ns c onc u r r
ence, le
système
d’éducation se prive d’un out i l e s s e nt i e l
pou r i n
nover e t
s’améliorer.
C’est enfin un refus de l’ef fort. Parce que
contrairement à ce qu’on dit souvent, le
succès des
écoles privées
vient moins de la sélection que de ce qui se passe
après,
le fait que
les écoliers du privé sont plus poussés
et
travaillent bien plus.
C’est cela que l’on risque de compromettre. Belle
façon de
bâtir le Québec de demain.
LE DÉCLIN TRANQUILLE -
FRANÇOIS
LEGAULT
Les
Québécois assistent, résignés et
indifférents, à l’appauvrissement de leur
nation
Le
Québec a un revenu moyen trop faible qui risque
d’encourager
l’exode de
nos jeunes et de nuire au financement de nos programmes
sociaux.
Député du Parti québécois depuis
1998,
l’auteur a annoncé hier son
départ de la vie politique. Ce texte est un extrait
des propos
qu’il a
tenus lors de son point de presse.
François
Legault
a décidé de tirer un trait sur ses 10 ans de
vie
publique.
Homme d’action, il a justifié sa décision en
faisant
valoir qu’il était
de plus en plus mal à l’aise dans le rôle de
député de l’opposition.
Je quitte inquiet pour l’avenir du Québec, inquiet
parce que je
sens
que le Québec s’est engagé dans un
déclin
tranquille, et cela,
malheureusement, trop souvent dans la résignation et
l’indifférence.
Tout projet politique ambitieux quel qu’il soit, peu
importent les
partis, est difficile à réaliser actuellement.
Certains
me parleront
sûrement de la souveraineté que nous n’avons
pas encore
réalisée, mais
je pourrais aussi dire la même chose du renouvellement
du
fédéralisme
dont le fruit n’en finit plus de mûrir. La question du
Québec n’est pas
réglée, mais c’est comme si on refusait de se
l’admettre
collectivement.
La même apathie existe pour les défis
économiques
et sociaux auxquels
nous faisons face. Les raisons sont multiples, mais il faut
d’abord
constater que la perte de confiance et le cynisme de la
population
à
l’égard de la classe politique freinent tout
élan. Avant
de jeter la
pierre à d’autres, je prends ma part de
responsabilité,
ayant été
impliqué en politique depuis plus de 10 ans.
Politiciens,
citoyens,
médias et groupes de pression, nous sommes tous
responsables de
cette
réalité. Cela dit, la fatigue, le cynisme, le
fatalisme
ne peuvent
servir d’excuse pour accepter l’immobilisme et surtout le
déclin
tranquille du Québec.
Le Québec doit retrouver la voie du courage et de
l’audace,
c’est mon
souhait le plus cher. J’aime bien la remarque que le
président
américain reprend dans plusieurs de ses discours. Il
affirme que
chaque
génération fait face à des défis
importants, mais que c’est la
responsabilité de chacune des
générations de se
retrousser les manches,
de relever ces défis pour son bien et pour celui des
générations
futures.
Trois
défis
Pour moi, il y a trois défis qu’il nous faudra
surmonter.
D’abord, le
Québec a toujours un écart de richesse
important avec les
autres États
en Amérique du Nord. Ensuite, nos réseaux
publics de
santé et
d’éducation connaissent de graves problèmes
d’efficacité. Et enfin, le
Québec vit une crise des finances publiques.
Reprenons un par un ces défis. Premièrement,
le
Québec n’a pas réussi à réduire
l’écart de richesse qui le sépare des
autres États en Amérique du Nord. Il a un
revenu moyen
trop faible qui
risque d’encourager l’exode de nos jeunes et de nuire au
financement de
nos programmes sociaux. Pour créer de la richesse, le
Québec devrait
investir davantage en éducation. Il faudrait aussi
avoir une
fiscalité
des entreprises plus attrayante pour accroître les
investissements et
du même coup améliorer notre
productivité. Et nous
devons également
mieux utiliser tous nos outils de
Deuxièmement, les problèmes
d’efficacité qui
assaillent nos grands réseaux publics restent trop
nombreux. Il
faut
changer la culture dans nos écoles, dans nos
commissions
développement
économique, en particulier la Caisse de
dépôt, pour
protéger et
favoriser la croissance de nos grandes entreprises
québécoises.
scolaires, dans nos hôpitaux et dans nos agences de
santé
pour mettre
en place une culture de l’évaluation et une culture
des
résultats.
Troisièmement, l ’ état des
finances publiques du gouvernement du Québec est tel
que l’on
peut
véritablement parler d’une situation de crise. Si on
refuse d’y
faire
face, ce problème de déficit structurel va
s’accentuer au
cours des
prochaines années en raison du vieillissement de la
population.
On ne
réussira pas à protéger nos programmes
sociaux si
on accepte
l’endettement perpétuel du Québec et de ses
générations futures. Il est
encore temps d’agir. Ne restons pas collectivement les bras
croisés.
M. Legault a raison
M. Legault a
raison, on ne progresse pas. Pourquoi? On ne veut rien
changer et l’État se mêle de plus en plus de la
vie des
individus.
Résultat : les mêmes vaches sacrées, le
modèle québécois inerte, pas de
réingénierie… Dès que l’idée est
évoquée qu’il pourrait y avoir un
changement dans la façon de faire, un nouveau style
de gestion,
les
levées de boucliers se manifestent par tous ces
lobbies… et nos
gouvernements n’ont pas le courage d’affronter
l’immobilisme, de peur
d’être impopulaire dans une frange de la
société.
Remarquez que la
préoccupation première d’un gouvernement est
sa
réélection. La bonne
gestion de l’État et son fonctionnement efficace sont
bien en
bas de sa
liste.
Jacques Côté
Un manque de courage
En quittant la politique, François Legault a
trouvé les
mots juste pour
définir exactement ce que vit le Québec depuis
les
ratés de la
Révolution tranquille, révolution qui avait
succédé à la Grande
noirceur et qui a duré presque quatre
décennies.
Malheureusement, le PQ
est en grande partie responsable de ce déclin
tranquille,
peut-être
plus même que les libéraux du Québec qui
eux, ont
décidé de tourner en
rond depuis qu’ils ont perdu le courage de faire la
réingénierie de
l’État québécois, cédant ainsi
aux
pressions syndicales... Ce manque de
courage de la part de certains de nos élus au
Québec est
devenu chose
courante. Pourquoi ? Tout simplement parce que le courage ne
paie pas
en politique, contrairement à ce que certains
idéalistes
pourraient
bien croire.
Julie St-Hilaire,
Une situation sans issue
Le déclin n’est pas juste économique. On
décline
aussi comme peuple. M.
Legault a aussi raison au sujet de la résignation et
de
l’apathie. Qui
ne serait pas résigné et apathique avec Jean
Charest
comme premier
ministre ? C’est inspirant, ça? M. Charest surfe sur
l’apathie.
On ne
veut plus entendre parler de souveraineté parce qu’on
est
conscient de
notre apathie collective, de notre manque de courage. On
craint un
troisième refus de soi. La situation identitaire est
donc sans
issue.
Si le peuple est voué au déclin tranquille,
pourquoi se
préoccuperait-on de la suite ? On va s’assimiler
tranquillement
et
devenir des Canadians. On aura juste à
déménager
à Calgary si on veut
vivre dans une province avec moins de dettes. J’ironise,
mais si peu.
C’est l’état d’esprit général dans
notre Belle
Province.
Claude Vaillancourt,
Des
débats
inutiles
Je partage l’opinion de M. Legault. Au lieu de nous attaquer
à
ces
problèmes, nous préférons nous
préoccuper
du transfert au Québec des
terrains fédéraux devant le Parlement ou du
destin de la
Commission des
valeurs mobilières. Ces décisions, dans un
sens ou dans
l’autre, seront
pratiquement sans effet alors que des actions courageuses
concernant la
tarification, les services, la lourdeur administrative
auraient des
conséquences positives à long terme. Mais les
débats inutiles nous
amusent et nous distraient de l’énorme effort qu’il
nous faudra
faire,
inéluctablement. Le plus tard sera le mieux,
même si cela
fait encore
plus mal, c’est certain, aux classes les plus pauvres de la
société.
Malheureusement, un vote aujourd’hui vaut beaucoup plus
qu’un vote dans
quatre ou huit ans.
Jacques Saint-Cyr,
Le confort et l’indifférence
En fait, le problème au Québec, c’est que tout
le monde
est
confortable. Je parle ici de notre ami Jean Charest et de sa
bande de
fonctionnaires qui ont décidé depuis huit ans
que les
choix ayant été
faits ou subis sont suffisants. Quand le chef au sommet de
la pyramide
décide de se croiser les bras et de cesser l’audace,
de ne pas
profiter
de notre créativité, le virus se propage comme
la peste.
Ce sera à
nous, les jeunes, de prendre la place, de renouveler les
idées,
les
valeurs, l’ambition et les rêves et de changer le
monde dans un
Québec
fort et créatif. Ce sera à nous, les jeunes,
de tourner
le paquebot
(qu’est le Québec) vers la prospérité
et la
fierté.
Jean-Philippe Gagnon
Des déclarations pertinentes
François Legault nous avait habitués à
des
déclarations intéressantes
et à des prises de position qui l’honoraient
toujours. Son
départ a de
quoi laisser songeur. M. Legault était un des rares
péquistes qui
remettait en question certains dogmes et était
manifestement
prêt à
faire sortir le Québec de ses ornières. Le PQ
perd un
important député,
mais aussi un de ses serviteurs dont les propos
étaient les plus
pertinents. M. Legault, tout en respectant votre
décision de
vous
retirer, nous vous supplions de continuer d’intervenir dans
l’espace
public. Le Québec est en tel manque de leaders comme
vous qu’il
serait
dommage que vos opinions cessent de colorer nos
débats !
Le testament de M. Legault - André
Pratte
Rien
n’indique que
les Québécois sont disposés à
sortir la
tête du sable.
Le député péquiste François
Legault a
quitté la politique en dressant
un portrait sombre du Québec d’aujourd’hui. Le
Québec,
dit-il, vit un «
déclin tranquille », la population et la classe
politique
refusant
d’affronter les problèmes de fond qui menacent
l’avenir de notre
société. On se réfugie plutôt
dans «
la résignation et l’indifférence
».
L’inquiétude qu’a manifestée hier M. Legault
devant
l’« apathie » des
Québécois, d’autres l’avaient
déjà
exprimée. Il y a sept ans presque
jour pour jour, son ancien collègue Joseph Facal
avait
pressé le Parti
québécois de cesser d’ériger en dogme
« le
sacro-saint modèle québécois
». Trois ans plus tard, M. Facal et une dizaine
d’autres
personnes,
dont Lucien Bouchard (et l’auteur de ces lignes), signaient
le
manifeste Pour un Québec lucide. Ces appels à
la
mobilisation des
Québécois pour relever les défis de
l’appauvrissement, de l’endettement
et du vieillissement n’ont pas eu les effets
espérés. Les
libéraux de
Jean Charest ont tenté, maladroitement, de s’attaquer
à
certains de ces
problèmes; devant la levée de boucliers, ils
ont
abandonné toute
velléité de réforme.
Au cours de
ses 10
années en politique, François Legault a voulu
amener
le Parti québécois à adopter une
politique plus
courageuse. Il était
convaincu qu’il ne fallait pas réduire les
dépenses en
santé et en
éducation, mais au contraire les augmenter. En
contrepartie, le
gouvernement devait s’assurer que ces réseaux soient
mieux
gérés, qu’on
y implante « une culture de l’évaluation et une
culture de
résultats ».
Puisqu’il était nécessaire à la fois
d’augmenter
les dépenses dans les
domaines prioritaires et réduire la dette, le
gouvernement du
Québec
n’aurait d’autre choix que d’accroître ses revenus.
François Legault
était donc favorable à des hausses
substantielles des
tarifs
d’électricité et des droits de
scolarité
universitaires. Il aurait
souhaité que Québec profite des baisses de la
TPS pour
augmenter la
TVQ. Bref, il voulait que le gouvernement ose s’attaquer
à
quelques «
vaches sacrées ». Au sein de sa formation, il
s’est
heurté à un mur. Au
Parti québécois comme au Parti libéral
en effet,
on préfère prétendre
qu’il existe un traitement sans douleur. Et les
électeurs ne
demandent
pas mieux que de le croire.
François Legault est un homme d’action dont «
la patience n’est pas la plus grande qualité »,
a-t-il
confié hier.
Alors, au gouvernement comme dans l’opposition, il a fait
tout ce qu’il
pouvait. Les plans régionaux d’effectifs
médicaux, c’est
lui. Les
contrats de performance, c’est lui. L’étude sur les
finances
d’un
Québec souverain, c’est encore lui. Toutes ses
initiatives n’ont
pas
été heureuses, mais on doit lui donner
l’immense
mérite d’avoir osé
bousculer les habitudes.
On pourrait mettre l’« apathie » des
Québécois sur le dos des
politiciens; ce serait trop facile. Comme l’a dit M. Legault
en parlant
du cynisme populaire, « politiciens, citoyens,
médias et
groupes de
pression, nous sommes tous responsables de cette
réalité
». « Il est
encore temps d’agir », a-t-il conclu. Malheureusement,
rien
n’indique
que les Québécois sont disposés
à sortir la
tête du sable.
La grenouille dans l’eau chaude
ANDRÉ PRATTE
Tout lemondeconnaît lathéorie selon laquelle si
on place
une grenouille
dans une casserole d’eau bouillante elle en sortira au plus
vite,
tandis que si on la met dans une casserole d’eau froide qu’on
chauffe
ensuite lentement, le batracien ne réagira pas et
finira ses
jours
ébouillanté. D’un point de vue scientifique,
ça ne
tient pas.
N’empêche, l’allégorie illustre merveilleusement
l’incapacité de
certains groupes et personnes à réagir à
une
situation problématique
avant qu’il ne soit trop tard. Pensons à l’insouciance
des
Québécois
face à l’impact prévisible du choc
démographique.
Une analyse des économistes de Desjardins,
publiée jeudi,
confirme ce
qui a été annoncé par bien d’autres
auparavant,
mais que la plupart des
gens refusent d’entendre: le vieillissement de la population
québécoise
et la diminution de la main-d’oeuvre qui s’ensuivra donneront
un
sérieux coup de frein à la croissance
économique.
Au cours des deux
prochaines décennies, celle-ci diminuera lentement pour
n’atteindre que
la moitié de ce qu’elle est aujourd’hui. Les
entreprises d’ici
auront
de plus en plus de mal à trouver des travailleurs, en
particulier des
jeunes. Pour les attirer, elles devront payer de meilleurs
salaires et
auront par conséquent du mal à soutenir la
concurrence
venant de pays
où la main-d’oeuvre est plus abondante.
Le mini baby-boom constaté depuis 2006 et la hausse du
nombre
d’immigrants sont des phénomènes trop marginaux
pour
avoir un effet
significatif sur les tendances lourdes. Autrement dit, on ne
peut pas
faire grand-chose pour prévenir le vieillissement de la
population.
Le choc sera particulièrement « brutal »
pour les
finances publiques. «
Le Québec se dirige inévitablement vers une
impasse
financière majeure
», soutiennent ces économistes. Commeunebonne
partie des
fonds du
gouvernement du Québec vient de l’impôt sur le
revenu des
particuliers,
la baisse du nombre de travailleurs aura pour effet de
diminuer les
rentrées d’argent. Simultanément, les pressions
à
la hausse sur les
dépenses en santé seront considérables,
toujours
en raison du
vieillissement.
Au cours de la
dernière décennie de prospérité,
l’État québécois n’est
pas parvenu à alléger le fardeau de sa dette. Il
se
trouve maintenant
sans marge de manoeuvre aucune et la situation ne pourra que
s’aggraver. Jusqu’à ce que l’élastique casse.
L e s é conomi s t e s de Desjardins dressent
un pronostic des plus sombres: « Une vague de
réformes
encore plus
douloureuses que celles de la dernière décennie
sera
incontournable. »
Certains ne manqueront pas de dénoncer cette
nouvelle « attaque néo-libérale contre le
modèle québécois ». Quant à
nous, ce n’est pourtant pas de cela qu’il s’agit. Il s’agit de
trouver
le courage de faire les choix qui préserveront les
missions
gouvernementales essentielles et y concentreront nos ressources
limitées. Vivre solidairement, certes, mais selon nos
moyens.
Il vaut mieux prendre ces décisions demanière
réfléchie et démocratique
que de se les faire imposer en catastrophe par ses
créanciers.
Réagir
quand l’eau est tiède plutôt qu’attendre le point
d’ébullition.
La résurgence du politique - LOUIS
BERNARD
Déjà
on sent partout une aspiration pour plus de dynamisme et de
leadership
Une
société réussit normalement à se
donner le
gouvernement dont elle a
besoin pour mener à bien les projets qu’il lui tient
à
coeur de
réaliser.
CAvocat, l’auteur a été haut fonctionnaire au
gouvernement du Québec.
omme certains commentateurs ont commencé à le
souligner,
les effets à
long terme de la crise économique actuelle se feront
sentir bien
davantage sur la scène politique que sur la vie
économique des nations.
Tout comme la Grande dépression de 1929 a amené
le
remplacement du
laisser-faire caractéristique des années 20 par
l’instauration du New
Deal de Franklin D. Roosevelt, lequel redonna à
l’État sa
prédominance
jusqu’à la montée du
néo-libéralisme de
l’ère Reagan-Thatcher, la
grande récession actuelle ramènera la
prééminence du politique sur la
dominance des marchés.
Après
une
vingtaine d’années de parcours vers la droite, le
balancier
repart
maintenant vers la gauche. La faillite des forces du
marché,
appelant
maintenant l’État à leur aide, n’est certes
pas
étrangère à cette
situation.
Cenouvel épisode estd’ailleurs tout à fait
conforme
à l’évolution de
nos sociétés modernes où l’on voit
constamment se
succéder les périodes
où dominent les forces économiques et celles
où
c’est l’État qui tient
le haut du pavé. En effet, dans nos
sociétés
démocratiques, les lieux
de pouvoirs sont multiples et en constante compétition
entre
eux, et,
comme un balancier, la prédominance va continuellement
d’un
extrême à
l’autre. Après une vingtaine d’années de
parcours vers la
droite, le
balancier repart maintenant vers la gauche.
Plusieurs événements se combinent pour assurer
la
persistance de cette
nouvelle direction au cours des prochaines années. Il y
a
d’abord la
faillite des forces du marché qui, laissées
à
elles-mêmes, appellent
maintenant l’État à leur aide. Puis, il y a le
déséquilibre, de plus en
plus intolérable, dans la distribution des avantages de
la
mondialisation entre les riches et les pauvres, ce qui
explique
l’arrivée au pouvoir de gouvernements de gauche,
surtout en
Amérique
latine. Enfin, il y a le réchauffement climatique dont
la
solution
exige une action gouvernementale concertée à
l’échelle internationale.
Seuls les États sont en mesure de résoudre ces
problèmes universels.
Cette résurgence de l’ État dans le monde aura
de
profondes
répercussions sur l’avenir de nos
sociétés en
général et sur celle du
Québec en particulier.
L’une de ces
conséquences sera la revalorisation des processus et
des
acteurs politiques. Lorsque les forces économiques
prédominent et que
l’État doit se contenter d’un second rôle, les
processus
politiques ont
tendance à se dégrader et les acteurs politiques
à
perdre de leur
influence. La corruption refait surface et la confiance dans
le
personnel politique diminue. N’ayant pas de grands objectifs
à
poursuivre, l’État perd en quelque sorte sa raison
d’être
et les
citoyens s’en désintéressent.
Nous vivons présentement cette période au
Canada et au Québec. Sur la scène
constitutionnelle, tout
semble
bloqué, tant au Canada qu’au Québec. La lutte
aux
changements
climatiques se bute aux intérêts
pétroliers de
l’Ouest. Même la
redistribution de la richesse au moyen de la
péréquation
est coupée
unilatéralement, voire même remise en question.
Les
scandales, petits
et grands, se font de plus en plus nombreux et la
participation
électorale diminue.
Les plus vieux d’entre nous se rappelleront la
déliquescence des processus politiques sous Maurice
Duplessis et
comment la Révolution tranquille, en remettant
l’État
à la tête de
notre devenir, a conduit à un assainissement de nos
moeurs
politiques
et à la naissance d’une ou deux
générations
d’hommes et de femmes
politiques hors du commun. La fonction crée l’organe et
l’habit
fait le
moine. Non seulement une société a, comme on
dit, le
gouvernement
qu’elle mérite, mais elle réussit normalement
à se
donner le
gouvernement dont elle a besoin pour mener à bien les
projets
qu’il lui
tient à coeur de réaliser.
Déjà on sent pa r tout une aspiration pour plus
de
dynamisme et de
leadership à tous les niveaux politiques. On recherche
les
visions
d’ensemble, les objectifs à long terme, les projets
mobilisateurs, et
les hommes et les femmes capables de les formuler et de les
mettre en
oeuvre. Ceux et celles qui réussiront à
répondre
à ces attentes seront
ceux et celles qui dirigeront nos destinées dans les
années à venir. La
résurgence du politique leur en donnera l’occasion et
les
moyens.
L’hibernation nationale - STÉPHANE
LAPORTE
On nous l ’a
n n o
n c e depuis le printemps. Comme on le fait
pour une grosse production cinématographique
d’Hollywood. Avec
une
bande-annonce pour nous mettre l’eau à la bouche. Ou
plutôt au nez. La
grippe A (H1N1) s’en vient ! Tatatatam (musique dramatique).
Et on voit
des scènes d’urgences bondées. Des gens avec
des petits
masques
partout. Des bouchons de cortèges funèbres au
centre-ville. La grippe A
(H1N1), coming this fall sur une poignée de porte
near you !
Ça donne
la chair de poule. Ou plutôt la chair de porc.
Elle est censée arriver en octobre. Petit hic, le
vaccin va
être prêt
en novembre. Délai administratif. Et nous, les cons,
qu’est-ce
qu’on
fait durant un mois ? On prend un grand respir. Et on tousse
dans notre
coude. C’est ben beau tousser dans notre coude pour ne pas
contaminer
autrui en donnant la main, mais dans le métro,
ça j oue
plus du coude
que ça se donne la main. Durant un mois, le virus va
pouvoir se
promener partout sans que rien ne puisse l’arrêter. On
n’a rien
pour se
défendre. Que nos petits anticorps personnels. En
passant, un
anticorps, ce n’est pas le corps de quelqu’un qui ne
s’entraîne
pas, ce
n’est pas le corps de quelqu’un qui passe son temps au Tim
Hortons.
Non, c’est une protéine spéciale de
défense. Elle
est censée nous
protéger lorsqu’une substance étrangère
s’introduit dans notre
organisme. Sauf que nos anticorps sont rendus à
boutte. Ils
luttent à
chaque instant contre des millions de microbes. La grippe A
( H1 N1), c
’est trop pour eux. Ils la laissent passer. Et on est fait.
Ça
prend le
vaccin pour leur donner un regain d’énergie. Mais il
n’est pas
prêt.
La solution : l’hibernation nationale. Une pandémie
se propage
parce
que les êtres humains se côtoient. Dans
l’autobus, dans
l’ascenseur, au
bureau, au centre commercial, au restaurant. Réglons
le
problème,
restons chez nous. Et facebookons. Les seuls virus que
peuvent donner
nos amis Facebook attaquent notre ordinateur, pas notre
santé.
On passe le mois d’octobre en dedans. Enfermés. On a
déjà eu la loi des
mesures de guerre en octobre qui nous privait de nos
libertés.
Cette
fois, la direction de la santé publique doit
promulguer la loi
des
mesures de grippe qui nous privera de notre liberté
de nous
déplacer.
D’entrer en contact les uns avec les autres. Chacun est
cantonné
à son
domicile durant les 40 prochains jours. Une quarantaine
pancanadienne.
Défense de sortir. C’est le maire de Huntingdon qui
va
être content. Un
couvre-feu de 24 heures par jour. Il y aura des horaires de
prise d’air
pour les fumeurs. Ainsi quatre fois par jour, les
résidants
d’une même
maison auront le droit d’aller sur le balcon. Bien
sûr, leurs
voisins
devront attendre qu’ils soient rentrés pour sortir
à leur
tour.
Toutes les transactions se feront sur le Net.
L’épicerie sera
commandée
via le web et livrée par des employés en
combinaisons. On
s’informe sur
le Net. On se divertit sur le Net. On communique sur le Net.
Bref le
Net devient notre respirateu r a rtificiel auquel on est
branché
nuit
et jour. Plusieurs ne verront aucune différence avec
leur vie
normale.
La
séquestration préventive comporte son lot
d’avantages.
Fini le
trafic. Finis les ponts. F i n ies les contraventions .
Finis les
accidents. Finies les pertes de temps. On n’est jamais en
retard. On
est toujours rendu.
Imaginez aussi les bienfaits pour l’écologie
qu’entraîne ce programme. C’est le déplacement
qui pollue.
Il n’y a
rien de plus vert que l’immobilisme. Nos gouvernements le
savent bien.
Ce ne sera pas une journée sans voitures. Ça
va
être un mois sans
voitures, sans autobus, sans avions. Ça va purifier
notre
environnement.
Économiquement, certains peuvent craindre que
l’hibernation entraîne la baisse des marchés.
Au contraire
! Ce n’est
pas le travail qui fait augmenter les profits. C’est la
spéculation.
Les gens n’auront que ça à faire.
Spéculer et
transiger sur leurs
ordinateurs.
Que tout le monde reste à la maison durant un
mois, qu’est-ce que ça va changer ? Rien. Le nouveau
CHUM ne
peut pas
être plus en retard. Les gouvernements ne peuvent pas
être
plus
sclérosés. Les finances ne peuvent pas
être plus au
ralenti.
Ce sont les ours qui ont raison. Il y a un temps pour se
frotter aux
autres et un temps pour rester dans son trou.
Cette incarcération à domicile sera
probablement une
période de
ressourcement pour l’ensemble des Québécois.
Un peu comme
le fut le
verglas. Ça va nous permettre de nous rapprocher de
nos proches
et de
nous éloigner de nos lointaines connaissances.
En
novembre,
nous serons mieux armés pour affronter la grippe A
(H1N1)
et l’hiver. Et Gérald Tremblay, et Louise Harel, et
Stephen
Harper, et
M ichael Ignatieff, et Jean Charest, et Pauline Marois. Tous
ces gens
qui veulent notre bien mais qui n’ont pas commandé le
vaccin
à temps.
Atchoum!
Foule sentimentale
NATHALIE COLLARD
Je souhaite que cette c r i s e économique apporte
un profond
questionnement et une remise en question sur le sens de
nos valeurs et
nos priorités », affirmait le
dalaï-lama, hier, dans
nos pages.
Le chef spirituel des Tibétains n’est pas le seul
à
souhaiter que
l’effondrement des marchés et les déroutes
de la
société de
consommation provoquent une profonde remise en question
dans les pays
industrialisés. Le 9 juin dernier, à Zagreb,
des
évêques européens se
réunissaient pour discuter de la crise, son aspect
moral et
l’examen de
conscience qu’elle suscite.
Une rencontre semblable, à la mi-mai,
réunissait une
vingtaine de
représentants des religions juive, musulmane et
chrétienne. Répondant à
l’invitation du président de la Commission
européenne,
ils étaient
conviés à une discussion sur la crise et ses
impacts et
surtout, sur la
contribution que pouvaient apporter les différentes
religions
sur le
plan éthique.
À ces leaders religieux se joignent les
apôtres de la
simplicité
volontaire et les environnementalistes, ainsi que tous ces
mouvements
dits de gauche qui expriment, depuis plusieurs mois,
l’espoir de voir
un nouveau monde émerger, un monde qui tournerait
désormais autour de
l’être humain. De nouvelles valeurs
émergeraient, des
valeurs inspirées
par le respect de la planète ainsi que par un plus
grand sens
critique
à l’endroit de cette société de
consommation qui
nous « inflige des
désirs qui nous affligent », pour reprendre
les paroles de
Souchon.
Mais sommes-nous vraiment à la croisée des
chemins? Ou
s’agitil plutôt
d’un optimisme passager qui risque de retomber dès
que
l’économie se
relèvera?
On
aimerait croire
au changement. On aimerait penser que nous sommes
comme cet obèse qui a frôlé la mort et
qui
décide tout à coup de suivre
les conseils de son médecin, de se mettre à
la course
à pied et de
mieux (et moins) manger.
Il y a toutefois des signes qui montrent que le
patient n’a peutêtre pas encore eu sa leçon.
On le voit
dans cette
impatience face à la reprise, dans la façon
dont les
spécialistes et
les observateurs de l’économie scrutent l’horizon,
interprétant chaque
soubresaut comme un éventuel signe de reprise.
Cette impatience n’a-t-elle pas ses racines
dans le même terreau que la course au rendement qui
a mené
les marchés
à leur perte? Les gens profitent-ils vraiment de
cette crise
pour
revoir leurs priorités, ou n’est-ce pas simplement
une petite
déprime
passagère, un temps de pause avant de reprendre la
course
effrénée? Au
fond, tout le monde n’attend-il pas que les choses
reviennent comme
avant afin de reprendre le rythme de la consommation
là
où on l’avait
laissé?
Cer tains est i ment que la popularité des
friperies et des magasins d’objets usagés est une
preuve
éloquente que
les choses ont changé. Ah oui? N’est-ce pas
plutôt la
preuve que les
gens ont absolument besoin de continuer à
consommer? On continue
d’acheter, à moindre prix. Mais on achète
quand
même. Bien sûr, on sera
plus exigeant, on consommera des produits
équitables, des biens
dont on
connaît l’origine. On conduira des voitures
hybrides, on portera
des
vêtements fabriqués dans des usines où
les
travailleurs jouissent de
bonnes conditions.
En d’autres mots, la crise aura ébranlé
quelques
certitudes et modifié
certains rites, mais la religion de la consommation, elle,
demeurera
bien vivante.
«
Réveillez-vous!
» YVES BOISVERT
«
Si une firme vous donne 50 000$, ce n’est pas pour vos beaux
yeux et je
doute que ce soit pour la démocratie. Ils veulent quelque
chose,
et
généralement pas quelque chose de légal.
»
Jacques
Duchesneau, qui a pris l’an dernier sa retraite de
l’Administration
canadienne de la sûreté du transport aérien,
est
convaincu que la
corruption est une réalité bien ancrée dans
la vie
municipale au Québec.
Valises et porte-valises
acques Duchesneau est sorti presque aussi vite de la politique
municipale qu’il y est entré. Et l’ancien chef de police
n’a pas
de
jolies choses à en dire. Il regarde sans joie mais sans
étonnement les
récents imbroglios à l’hôtel de ville de
Montréal.
« Je vois bien le désengagement des citoyens, dans
toutes
les
municipalités. J’ai le goût de dire aux gens :
réveillez-vous ! Si vous
ne vous occupez pas de la politique, elle va s’occuper de vous
»,
me
dit-il de la retraite où il termine une thèse de
doctorat
sur la
prévention du terrorisme.
Il ne se prononce pas sur la situation actuelle à
l’hôtel
de ville,
mais il se souvient de ce qu’on lui disait en 1998. « Des
propriétaires
de parkings me disaient qu’ils devaient verser de l’argent dans
des
enveloppes. Des entrepreneurs qui faisaient des affaires partout
dans
le monde me disaient : c’est drôle, je n’ai jamais de
contrat
à
Montréal ! D’autres me confiaient qu’ils recevaient des
menaces
s’ils
participaient à des appels d’offres. Encore maintenant,
c’est
curieux,
je me promène en ville et ce sont toujours les
mêmes qui
font des
travaux publics... Ils doivent être meilleurs que les
autres,
j’imagine... »
L’ancien chef de police affirme qu’il n’a plus d’ambition
politique, et
que, de toute manière, il n’habite plus Montréal.
Et
puis, l’expérience
a été pénible. « J’ai
réalisé
que j’ai fait mal à ma famille, mes
enfants en ont souffert. Les motards m’ont suivi toute la
campagne, il
y avait des croix gammées sur mes photos... Pas de
très
beaux
souvenirs. »
En 1998, un mois avant l’élection qui allait reporter
Pierre
Bourque à
la mairie, la campagne de l’ancien chef de police virait au
désastre.
Il piquait du nez dans les sondages. Les hommes d’affaires qui
avaient
promis leur appui se défilaient. Et comme de raison, les
coffres
étaient vides.
« Des gens de mon organisation sont venus me dire qu’on se
faisait
offrir de l’argent. Je vous parle d’argent cash, de valises
d’argent
pour la campagne. J’ai évidemment refusé. Je suis
entré en politique
exactement pour combattre ça ! »
Qui donc étaient ces généreux donateurs?
Que ce
soit la firme unetelle
ou telle autre, le but de l’opération est de s’acheter un
bout
de la
mairie, on l’aura compris.
« Si une
firme vous donne 50 000 $, ce n’est pas pour vos beaux yeux et
je doute que ce soit pour la démocratie. I ls veulent
quelque
chose, et
généralement pas quelque chose de légal. Ils
veulent en avoir pour leur
argent! Sauf que s’il y a des kickbacks sur les contrats, c’est
vos
taxes qui paient pour ça ! »
« Je ne cherche pas d’excuse, je ne suis pas
amer, et c’est par ma faute que j’ai perdu. À la fin,
j’avais
une
attitude agressive, mon message ne passait pas. Je vous dis
seulement
ce que j’ai vécu. »
Le silence
Jacques Duchesneau, qui a pris l’an dernier sa retraite de
l’Administration canadienne de la sûreté du transport
aérien, est
convaincu que la corruption est une réalité bien
ancrée dans la vie
municipale au Québec.
« Je suis entré dans la police en 1968, à une
époque où on venait de découvrir des
policiers qui
acceptaient des
pots-de-vin. J’ai été marqué par ça.
Mais
partout où des gens exercent
un pouvoir, il y a un risque de corruption. Les gens ne veulent
pas
parler, ou seulement sous le couvert de l’anonymat, parce celui
qui
paye comme celui qui est payé n’a pas intérêt
à parler. Mais c’est une
réalité. »
« Je ne dis pas que c’est partout, et quand
c’est le cas, je ne dis pas que les politiciens sont dans le coup.
Ça
peut venir de leur appareil politique, de leur organisation,
ça
peut
être des combines de la bureaucratie. Le maire ne peut pas
tout
savoir
ce qui se passe dans sa ville, surtout à Montréal.
»
Il est convaincu de l’honnêteté de Gérald
Tremblay, avec qui il lui est arrivé de travailler. «
Et
avant de dire
que quelqu’un est honnête, je fais bien attention, j’ai
été déçu trop
souvent, dit l’ancien policier. Mais il y a peut-être des
gens
qui
jouent leur game sans que le boss le sache... » Quoi faire,
alors
? «
Les lois peuvent contribuer, comme celle sur le financement des
partis
politiques, mais elle est contournée constamment. Avec le
niveau
de
désengagement (45% de participation aux élections
municipales de 2005),
il faut en faire des soupers spaghetti avant de financer sa
campagne.
Il y en a qui voient la corruption comme un mal nécessaire,
pas
si
grave au fond, ce n’est pas mon cas. Mais ça dépend
ce
qu’on veut comme
société. »
« Ce qu’ i l faut , c ’ est que les gens en
politique indiquent clairement leurs limites, qu’ils se
définissent et
qu’ils définissent les règles du jeu, pour leur
entourage
comme pour le
public. »
Parce que ni les lois, ni les codes n’injectent de
l’éthique
dans le coeur humain...
Dans
un état
de colère permanent - Si je sortais
dans
la rue pour manifester contre tous les sujets qui me
révoltent…
je vivrais dans la rue!
Cessez de
culpabiliser les gens parce qu’ils ne sont pas dans la rue
à
crier leur indignation et leur rage.
L’auteur réside à Salaberry-de-Valleyfield.
entendais la
semaine
dernière un animateur de tribune
téléphonique
remarquer que la
situation d’Omar Kadhr n’émouvait pas la population
canadienne
et
québécoise puisqu’il n’y avait pas de
manifestation dans
la rue.
J’aimerais profiter de ce commentaire pour mettre en garde les
journalistes et les commentateurs politiques de toutes sortes
contre ce
genre de raccourci logique. Il est frustrant de lire sans cesse
qu’on
mesure à l’aune des manifestations publiques l’importance
que
les
citoyens sont censés accorder à une cause.
Savez-vous que
je vis dans
un état de colère quasi permanent, comme la
majorité de mes
concitoyens, et que, si je sortais dans la rue pour manifester
contre
tous les sujets qui me révoltent et pour toutes les
causes qui
me
tiennent à coeur, je vivrais dans la rue !
Or j’ai un
travail
et une vie familiale qui m’occupent amplement. Si je
ne veux pas ajouter aux maux de notre société,
déjà suffisamment
éclopée, ceux des travailleurs et des parents en
panne
d’investissement
professionnel et affectif, je dois donc prendre beaucoup de mon
temps
pour gagner ma vie et aimer les miens.
Puis-je cependant rappeler à tous et toutes que
cet engagement ne signifie pas que je sois indifférente
au
comportement
honteux et dangereux du gouvernement Harper, à la
gouvernance
aussi
scandaleuse du gouvernement Charest, à ces innombrables l
iens
étroitement malsains entre les « copains » du
secteur privé et les «
élus » qui doivent gérer le secteur public,
à la corruption qui se
camoufle au sein des municipalités et autres paliers de
gouvernance, à
la pratique répandue des bonus distribués à
tous
ces petits et grands
cadres qui sont pourtant déjà pourvus d’un
confortable
salaire et qui
n’ont de cesse de rogner sur celui de leurs employés ou
subalternes, à
la médiocrité de notre système
d’éducation
dont on en tait trop souvent
les causes, à l’attitude irresponsable de ces nombreux
travailleurs et
citoyens qui refusent de payer leur quote-part d’impôt
(êtes-vous
capables de trouver un ouvrier qui fera les rénovations
de votre
maison
pour un prix raisonnable avec facture ?), à ces
compagnies
minières qui
exploitent le soussol québécois sans nous payer
des
redevances
décentes, à tous ces projets (autoroute 30, CHUM,
autoroute Décarie,
etc.) mal foutus, qui manquent de t ranspa rence, dont les
factures ne
cessent de gonfler mais que le « bon » contribuable
devra
assumer, à
cette langue française qui décline emportant dans
sa
chute notre
identité et notre histoire, etc. ?
De grâce, cessez de culpabiliser
les gens parce qu’ils ne sont pas dans la rue à crier
leur
indignation
et leur rage, et réjouissez-vous qu’ils n’y soient pas
parce que
vous
ne pourriez plus jamais circuler dans les rues de ce pays.
NDE : Oui, et il ne faudrait
justement pas s'étonner que la colère n'aille qu'en
augmentant, du
moment qu'on ne fait que l'entretenir sans jamais rien faire pour
s'attaquer à ce qui la cause ! Du moment que l'on pense
qu'il
n'y a
rien à faire tellement que tout va mal, alors il ne
faudrait
justement
pas trop s'étonner si rien ne se passe, sinon que tout ne
fasse
qu'empirer, justement !...
Le Honduras déchiré MARIO ROY
Minute par
minute,
hier, l’affaire a pris l’allure d’un feuilleton de
politique-fiction. Parti de Washington à bord d’un petit
jet
vénézuélien, le président
destitué
du Honduras, Manuel Zelaya,
pourrait-il atterrir chez lui ? Et si oui, serait-il
arrêté par les
militaires qui, il y a huit jours, au petit matin, l’ont
jeté
hors du
pays sans lui donner le temps d’enfiler autre chose qu’un pyjama
? Et
autour de l’aéroport de Tegucigalpa, bouclé pour
l’occasion, ces mêmes
militaires allaient-ils tirer sur les partisans de Zelaya,
accourus par
dizaines de milliers pour l’accueillir ?
Cet épisode n’était toujours pas clos en
soirée,
hier.
Mais il appert que l’avion de Manuel Zelaya n’a pas pu se poser
à
l’aéroport de Tegucigalpa. Et que la situation s’est
aggravée de
violences ayant fait au moins un mort...
Peu importe ce qui était susceptible de se produire par
la suite
:
depuis une semaine, au Honduras, les événements
rappellent ce folklore
politique latinoaméricain qu’on a connu dans les
années
60 ou 70... ce
folklore des caudillos et des coups d’État, des
guérilleros et des
révolutions de caserne, qu’on croyait révolu.
On sait en effet ce qui vient de se passer dans ce pays, le plus
pauvre
de la région après Haïti et le Nicaragua.
Appuyée
par
la Cour suprême et le Congrès, l’armée
hondurienne
a
destitué et exilé le président élu
en 2005,
Manuel Zelaya. Politicien
de centre droite issu de la classe des propriétaires
terriens,
il
s’était graduellement converti à une gauche
populiste
à la Hugo Chavez,
adoptant certaines façons de gouverner, discutables,
inspirées de
celles du président vénézuélien.
Dont la
plus récente : Zelaya avait
amorcé en juin un tortueux processus
référendaire
ayant pour but de
modifier la Constitution afin de pouvoir revendiquer de
nouveau la
présidence – un processus légal ou non, les
opinions
divergent.
Quoi qu’il en soit, ça a été la
proverbiale goutte
versée dans le proverbial vase: les militaires sont
intervenus.
Il y a 30 ou 40 ans, le monde entier se serait contenté
de
hausser les
épaules devant le fait accompli. Mais aujourd’hui,
ça ne
passe plus:
quels que soient les motifs invoqués, le coup
d’État
militaire ne
figure plus parmi les modes acceptés d’accession au
pouvoir.
Pas plus que l’ONU ellemême, aucune nation n’a
reconnu le nouveau gouvernement dirigé de façon
intérimaire par Roberto
Micheletti. Dans la nuit de samedi à hier,
l’Organisation des
États
américains a exclu le Honduras de ses rangs (à
l’unanimité moins une
voix: celle du Honduras). Le président des
ÉtatsUnis,
BarackObama,
s’est retrouvé du même côté que
l’antiaméricain Chavez et a condamné
l’intervention de l’armée hondurienne.
En pratique, le Honduras pourrait être privé de
financement international et, sans doute, du pétrole
vénézuélien.
On peut conclure de tout cela que les coups d’État ne
sont plus
ce
qu’ils étaient, efficaces et définitifs. Et que,
au
Honduras, le
gouvernement installé par l’armée ne pourra pas
éviter la négociation
et le compromis.
La chasse à Vandal - ANDRÉ PRATTE
Hydro-Québec
a commis un faux pas en versant une somme de 250 000 $ au
collège Notre-Dame alors que son PDG, Thierry Vandal, est
président du
conseil de l’établissement. Le don au collège
Jean-de-Brébeuf n’était
pas une bonne idée non plus. Dans les deux cas,
l’objectif
visé par la
contribution de la société d’État
n’était
pas clair et son atteinte
était difficilement mesurable.
La société d’État a reconnu qu’elle devait
revoir
sa politique de dons
et commandites. À moins que d’autres cas délicats
ne
surgissent,
l’affaire devrait en rester là. Malheureusement, certains
se
sont
lancés dans une véritable chasse au scandale,
quitte
à en trouver là où
il n’y en a pas. On a même appelé à la
démission de M. Vandal.
Jeud i , u ne agence de presse a «
révélé
» qu’HydroQuébec avait versé
50 000 $ au C on ference B oa rd du Canada. Eh ! oui, M. Vandal
est
membre du conseil d’administration du Conference Board. Scandale
!
Scandale pourquoi ? Le PDG d’HydroQuébec aide un
organisme
à but non
lucratif en offrant un peu de son temps et de l’argent de la
société.
Où est le conflit d’intérêts ? Qui s’est mis
de
l’argent dans les
poches ?
Hyd ro - Q uébe c e st u n i mpor ta nt com ma nd ita i
re de
l’Orchestre symphonique de Montréal. Une
vice-présidente
de la société
siège au CA de l’OSM. Conflit d’intérêts ?
Hydro a
aussi promis 600 000
$ à l’hôpital Rivièredes-Prairies, qui
soigne des
jeunes souffrant de
problèmes psychiatriques. M. Vandal est président
de la
campagne de
financement. Honteux ?
Vendredi, un
réseau de télévision a «
révélé » qu’HydroQuébec avait
donné 50 000$ à HEC Montréal. Or, M. Vandal
a fait
sa maîtrise en
administration des affaires à cette école et, en
plus,
siège au conseil
de l’établissement. Re-scandale ! Où ça? On
a
passé toute la semaine
dernière à reprocher à HydroQuébec
de ne
pas venir en aide aux écoles
publiques. Et voilà qu’on dénonce sa contribution
à une université
publique! Sans mentionner qu’Hydro donne à presque toutes
les
universités de la province.
Un reporter est allé jusqu’à frapper à la
porte
de la résidence de M. Vandal. Personne n’a ouver t . L
ouche,
non ?
Franchement ! Va-t-on traquer Thierry Vandal comme s’il
s’agissait de
Vincent Lacroix ?
L’opposition et les médias doivent être
exigeants à l’égard des sociétés
d’État. Les reportages d’André Noël
sur les dons d’Hydro-Québec aux collèges
privés
étaient rigoureux. En
provoquant une réflexion sur les dons faits par les
entreprises
gouvernementales, ils ont servi l’intérêt public.
Michèle Ouimet l’a signalé samedi, M. Vandal a
commis une autre erreur en refusant de s’expliquer. Lorsqu’une c
ont r
ove r s e de c e ge n re éclate, le d i rigea nt d’u ne
société d’État
a le devoir d’en assu mer publiquement la responsabilité.
Thierry Vandal ne mérite pas pour autant qu’on le traite
comme
un
criminel. Comme l’a déclaré vendredi le
président
du conseil, son bilan
à la tête d’Hydro-Québec est «
remarquable
». Une erreur de jugement,
somme toute mineure, ne saurait l’effacer.
Rêver? Oui, mais… - Michèle Ouimet
L’hiver, je
fais du
ski de fond sur la montagne. Surtout le matin,
quand la ville est assoupie et que le mont Royal n’est pas
encore
envahi par les Montréalais.
Je pars de la statue de George-Étienne Cartier, au pied
de la
montagne,
et je grimpe jusqu’à la croix. La pente est douce,
familière. Elle suit
le chemin des calèches, puis elle bifurque dans le
bois.
À travers les
branches, on aperçoit Montréal, ses gratte-ciel,
la
fumée blanche
crachée par les cheminées, le soleil pâle.
Je redescends doucement j usqu’au chalet qui surplombe la
ville. La vue
est époustouflante : le centre-ville en contrebas, les
ponts qui
enjambent le fleuve pris dans les glaces, les collines
à
l’horizon, le
ciel bleu.
J’ouvre les grandes portes du chalet. Et c’est là que
ça
se gâte : une
salle immense, froide, à moitié vide. Une
cinquantaine de
chaises et de
tables bon marché entassées dans un coin au
milieu d’une
atmosphère
stalinienne.
Pendant des années, il y a eu un casse-croûte qui
vendait
des sandwichs
fatigués et des cafés à l’eau de
vaisselle. Il a
fermé ses portes cet
hiver. I l a été remplacé par des
machines
distributrices qui
distillent du mauvais café.
Quand je vois les touristes assis sur les chaises
misérables du
chalet,
j’ai honte. Honte de la laideur, de ce laisser-aller, de ces
tables
jetées pêle-mêle, de la cheminée
condamnée. Honte de Montréal.
Pourtant,
ç
a f ait des années que la Ville se penche sur le chalet
et
envisage de le rénover. Cette semaine, j’ai
parlé
à la responsable de
la montagne dans l’équipe du maire Tremblay, Helen
Fotopulos.
Alors,
lui ai-je demandé, le chalet aura-t-il un restaurant
potable
avant le
quatrième millénaire ?
Question simple, réponse archicompliquée. Le
chalet du lac aux Castors et la maison Smith, tous deux
perchés
sur la
montagne, offrent déjà de la nourriture. La
Ville doit
donc étudier «
l’utilisation du vécu des lieux existants », a
précisé Mme Fotopulos.
Comment le chalet s’intégrera-t-il dans ce «
vécu
» ? Le vécu? Quel
vécu? Le vécu du manger, ai-je compris. Je
résume:
il ne faut pas qu’il
y ait trop de restaurants sur la montagne et chacun doit
être
complémentaire. L’Institut d’hôtellerie va donc
se pencher
sur cette
grave question.
Puis le dossier cheminera : le rapport de
l’Institut, suivi par la réflexion des services de la
Ville et
des élus
qui vont cogiter sur le vécu du manger. Montréal
ira
ensuite cogner à
la porte du ministère de la Culture pour quêter
de
l’argent.
Et les étapes s’enchaîneront: adoption d’un
budget, résolution du comité exécutif,
appel
d’offres, choix d’un
entrepreneur, premier coup de mar teau. Compter les
délais en
années.
Pourtant, il ne s’agit que d’un petit resto sympathique qui
servira du
bon café. Mais rien n’est simple à
Montréal.
Rêver ? Oui . Les Montréalais ont des
idées
plein la tête: des ponts peints d’une couleur vive, une
plage au
bout
du boulevard SaintLaurent, des places publiques, des
fontaines. Lisez
ces idées et bien d’autres dans le cahier Plus.
Mais ces rêves risquent de frapper un mur. Si
la Ville est incapable d’ouvrir un resto tout simple sans se
tâter le
vécu pendant des siècles, imaginez
aménager une
plage au bout de la
place Jacques-Cartier.
Mon r êve : s i mpl i f i er Montréal et assoupl
i r la
bureaucratie pour que les rêves soient possibles.