Consommation
responsable...
...et économie alternative
Pied de nez à l’économie - Gilles
Pelletier
Québec
L’économie s’attend toujours à ce que nous lui «
garrochions » notre
argent. Eh bien! en 2010, elle va me trouver sur son chemin, la pauvre.
Avez-vous des résolutions pour 2010? Je ne peux pas dire que
j’ai fait
souvent de gros efforts pour me trouver de bonnes résolutions
pour
entreprendre une nouvelle année. Tout au moins, je me suis
toujours
fait un devoir de vivre le plus possible le moment présent et,
depuis
la retraite, de vivre un jour à la fois.
Les jeunes eux, doivent bien sûr goûter au présent
tout en tentant de
se projeter dans l’avenir, dans leur avenir parce que cette
relève doit
pratiquer la « visualisation » dans ce monde d’aujourd’hui
qui, avec
toutes ses technologies de pointe, n’est pas facile à suivre.
Ceci étant dit, pour ma part, j’ai décidé de
mettre les bâtons dans les
roues de cette grande princesse que l’on nomme ÉCONOMIE.
L’économie
s’attend toujours à ce que nous lui « garrochions »
notre argent. Eh
bien! elle va me trouver sur son chemin, la pauvre. En 2010, je vais
d’abord surveiller davantage ma consommation
d’électricité, mes
dépenses d’automobile et de ce que je vais remettre à nos
chères
pétrolières. Puis, à chaque fois que je serai
tenté d’acheter quelque
chose dans un magasin, je vais me poser la question: « Gilles, en
as-tu
vraiment besoin? » Si oui, tant mieux, mais sinon, on remet le
tout sur
le comptoir et on se congratule de toute cette belle résistance.
La nourriture est un poste budgétaire qui dévore les
goussets; aussi je
vais être plus attentif quand j’irai faire mon Metro ou mon
Super-C ou
mon IGA ou tout autre commerce qui veut me faire manger à bon
prix. Je
les ai nommés ici intentionnellement, pour leur faire de la pub
gratos,
et peut-être seront-ils reconnaissants en nous faisant plus de
soldes.
Ce n’est pas de la prostitution, mais bon, faut trouver des moyens de
pas trop vider ses poches.
Il existe des
quantités de friperies ou des comptoirs
spécialisés, où
l’on peut trouver des vêtements, différents articles
d’utilité
courante, des meubles qui peuvent faire l’affaire et surtout nous faire
économiser des dizaines et des dizaines de dollars. Je vais voir
si ces
lieux ne pourraient pas me faire économiser davantage. Je ne les
nommerai pas ici de peur que ces endroits se fassent trop facilement
dévaliser et ainsi me faire perdre les économies
envisagées.
Pour tous les autres frais afférents à la vie
courante, comme les taxes municipales et scolaires, il est bien
difficile de faire maigrir ces factures, mais bon, sur toutes celles
où
l’on peut avoir une influence, pourquoi ne pas recourir à une
sorte de
système D pour prévenir leur gonflement ?
J’allais oublier le divertissement. Il en faut
pour se relaxer et se changer les idées. Alors, on peut toujours
y
penser à deux fois avant de s’engager dans une dépense
reliée à ce
sujet. Souvent, il n’est pas nécessaire de prendre l’avion pour
se
changer les idées. Tout est dans la recherche et l’innovation
dans nos
comportements et notre mode de vie.
En 2010, je plains à l’avance cette pauvre ÉCONOMIE, moi
qui me prépare à lui faire passer une année bien
maigre.
Des sushis au thon rouge? Non merci ! - STÉPHANIE
BÉRUBÉ
Maguro. C’est le
nomjaponais du thon rouge et c’est un mot qui risque
de se retrouver de moins en moins sur les cartes des restaurants de
sushis du monde.
Des pêcheurs japonais pêchant le
thon rouge à nageoires bleues dans l’Adriatique en 2007.
Mercredi, la France s’est officiellement déclarée en
faveur de l’interdiction de la commercialisation du thon rouge.
Elle défendra sa position le mois prochain à Doha, au
cours d’une
rencontre internationale où l’on décidera s’il faut
inscrire le poisson
sur la liste de la convention des Nations unies sur le commerce
international des espèces de faune et de flore sauvages
menacées
d’extinction. Si cela se concrétise, le commerce de ce poisson
si prisé
des Japonais cessera, pour un temps du moins.
La popularité des sushis est d’ailleurs largement liée
à la surpêche du
thon rouge, qui vaut maintenant une fortune. «Nous avons toujours
pêché
le thon. Les Romains le faisaient il y a 2000 ans, explique le
biologistemarin BorisWorm. Mais depuis 20 ans, c’est devenu un
énorme
problème parce qu’on a trop pêché et parce qu’il y
a beaucoup de pêche
illégale.»
Les stocks de thon ont chuté partout où il est
pêché, dont au Canada,
dans l’Atlantique Ouest. La situation est particulièrement
dramatique
en Méditerranée, explique ce spécialiste de
l’Université Dalhousie
d’Halifax.
L’appui de la France à l’arrêt du commerce du thon est
donc très
porteur, car elle est l’un des trois pays d’Europe qui pêchent le
plus
de thon dans la Méditerranée, avec l’Italie, aussi
favorable à un
moratoire, et l’Espagne, qui semble plutôt contre.
Si le thon rouge obtenait la protection souhaitée, la
pêche pourrait
continuer, mais non l’exportation. Les pêcheurs français,
qui vendent
80% de leurs prises au Japon, ont donc très mal réagi
à l’annonce de
leur gouvernement, qui a pourtant prévu un délai de 18
mois pour les
aider à se réorienter, peut-être vers une autre
pêche.
Ce délai
déçoit beaucoup les écologistes, qui estiment
qu’il n’y a plus
de temps à perdre si on veut vraiment sauver le thon. «
Les
consommateurs devraient dès maintenant cesser de manger du thon
rouge»,
estime Boris Worm.
Des épiceries et des chefs du monde n’ont
d’ailleurs pas attendu une décision politique pour bannir ce
poisson de
leurs cuisines. Les restaurants membres de la chaîne
Relais&Châteaux, dont fait partie Toqué! à
Montréal, se sont
prononcés contre l’utilisation du thon rouge. Une association
regroupant plus de 5000 chefs européens vient tout juste
d’adopter la
même position.
Les restaurants Nobu, propriétés de la star
Robert de Niro, ont fait le choix discutable de laisser le thon rouge
au menu, tout en indiquant qu’il s’agit d’une espèce
menacée.
Les restaurateurs plus consciencieux se
tourneront vers d’autres espèces de thon, comme le thon à
nageoires
jaunes ( yellowfin), dont la chair est aussi rouge mais moins grasse
que celle de son cousin. C’est d’ailleurs très souvent ce thon
qui est
servi dans les restaurants de sushis québécois. On
l’appelle aussi ahi.
Cette variété de thon est aussi victime de
surpêche, mais pas autant
que le thon rouge à nageoires bleues ( bluefin).
Comment s’y retrouver? En discutant avec son poissonnier ou son
restaurateur!
C’est ce qui est bien avec une annonce comme celle de la France,
précise Beth Hunter, responsable du dossier des pêches
à Greenpeace
Canada. Plus on en parle, plus les consommateurs choisiront de ne pas
manger de thon rouge et feront l’effort de le remplacer.
Le Canada
est aussi en faveur d’une gestion écologique de la pêche
au
thon rouge et condamne la surpêche en Méditerranée
et en Atlantique
Est, mais de là à appuyer l’arrêt du commerce, il y
a un pas. Beth
Hunter croit que le pays n’est pas prêt à le franchir pour
l’instant.
L’Halloween à l’envers - Mathieu Perrault
Ce soir,
Amélie Migneault accompagnera sa fille Ophélie, 6 ans,
pour sa
soirée d’Hall oween d a n s l e qua r t i e r Ahuntsic. Dans une
trentaine de maisons, Ophélie remettra un chocolat aux personnes
qui
lui ouvriront la porte.
PHOTO JIM WATSON, AFP
De
nombreuses campagnes de dons se déroulent dans le cadre de
l’Halloween.
Cette Halloween à l’envers est un geste en faveur du chocolat
équitable
fait pour la première fois en Californie, en 2007. « J’en
ai entendu
parler parce que je travaille en environnement, dit Mme Migneault. J’ai
demandé des i nformations à l’organisme Transfair,
à Ottawa, et j ’ai
reçu du matériel. Ma fille distribue des chocolats
équitables aux 20
enfants de sa classe, et j’ai reçu la permission de mettre une
affiche
de la campagne dans son école. »
Une quarantaine de parents participeront à la campagne à
Montréal. L’an
dernier, 243 000 chocolats équitables ont été
distribués en Amérique du
Nord, dont 33 000 au Canada. Cette année, le total passera
à 260 000,
selon Adrienne FitchFrankel, de Transfair à San Francisco.
Plus tôt cette année, Cadbury a annoncé qu’elle
commencerait à utiliser
du chocolat équitable. Transfair en profitera-t-elle pour
élargir son
programme grâce aux dons de Cadbury ? « Non, nous voulons
nous limiter
aux entreprises offrant seulement du chocolat équitable »,
dit Mme
Fitch-Frankel.
« Le chocolat équitable est d’autant plus important qu’il
permet
d’éviter le travail des enfants dans les pays producteurs, dit
Mme
Fitch-Frankel. C’est une histoire à laquelle les enfants sont
sensibles
: ils mangent du chocolat, puis ils pensent à l’enfant qui a
dû
souffrir pour qu’ils aient ce plaisir. »
La petite
Ophélie aime-t-elle l’idée de distribuer du chocolat
plutôt
que de seulement en recevoir ? « C’est la fille d’une maman qui t
ravaille en environnement, dit Mme Migneault. Elle a beaucoup
d’affiches sur l’environnement dans sa chambre. Dans sa classe, elle
est la porte-parole sur ce genre de questions. »
Autres campagnes de dons
Pour l’ Halloween, d’autres enfants seront investis d’une mission :
plus de 50 000 élèves québécois,
transportant des sacs-tirelires de
couleur orange, solliciteront des dons pour l’Association
québécoise de
la fibrose kystique.
L’an dernier, des jeunes de 208 écoles du
Québec ont participé à la campagne des tirelires
de l’Halloween,
amassant 140 000 $, ce qui totalisait pas moins de cinq tonnes en
cents. Pour la 13e année, on souhaite dépasser ce
montant. Pour avoir
plus d’information sur la campagne, on peut consulter le site
www.aqfk.qc.ca .
Du côté d’ Unicef Québec, des jeunes de 250
écoles s’engagent dans divers projets pour venir en aide aux
jeunes
défavorisés d’Afrique. Cette année, les sommes
recueillies par
l’entremise d’Unicef iront au Malawi et au Rwanda.
Partout au Canada, plus de 5000
élèves sont engagés en 2009. Cette année,
on compte atteindre les 100
millions, si on calcule toutes les sommes recueillies depuis 1954.
Après le
commerce équitable, la philanthropie alimentaire -
Stéphanie Bérubé
Si vous mangez dans
un restaurant Piazzetta, vous pouvez assaisonner
votre pizza avec du poivre équitable provenant d’une
coopérative
indienne. Si vous achetez la Galette du Monde chez Première
Moisson, 25
cents seront versés à un organisme humanitaire. Pour
chaque boîte de
céréales Shredded Wheat vendue, la compagnie Post en
donnera une autre
à une banque alimentaire.
Les grands de l’alimentation ont-ils trouvé une nouvelle corde
sensible ?
« C’est ce qu’on appelle le marketing engagé », note
Pascal Thériault,
professeur au département d’agroéconomie à
l’Université McGill.
Permettre au consommateur d’acheter sa bonne conscience en même
temps
qu’une boîte de soupe. « C’est le nouveau point faible des
consommateurs et pour les multinationales de l’alimentation, c’est une
occasion de leur dire: regardez, nous ne sommes pas de méchantes
grosses compagnies. La preuve? Nous allons faire un don si vous achetez
notre produit ! »
Selon le professeur Thériault, le procédé est
assez efficace puisque
devant deux produits comparables, le consommateur aura effectivement
tendance à mettre dans son panier celui qui est orné du
ruban rose.
Cette philanthropie alimentaire se multiplie sur les tablettes et la
chaîne spécialisée Food Channel l’a même
placée dans ses grandes «
tendances » pour 2009, rappelle le professeur montréalais.
Plusieurs courants, plus ou moins valables, se retrouvent maintenant
sous le parapluie de l’achat responsable. Le commerce équitable
était
le premier à y être.
« Depuis une quinzaine d’années, les mouvements comme
celui du commerce
équitable ont donné une valeur ajoutée aux
produits », explique
Marie-France Turcotte, professeure au département de
stratégie,
responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM. Ce
faisant, ils
ont mis en opposition les produits qui sont équitables et les
autres
qui ne le sont pas, expliquet-elle. Cet engouement que l’on voit pour
le marketing engagé est peut-être une réaction
normale de la part des
multinationales dont les produits étaient exclus du commerce
équitable.
Mais ce ne sont que des signaux, précise Marie-France Turcotte.
« Un
don ou un engagement auprès d’un organisme est un geste
ponctuel, mais
ça ne dit rien sur la façon dont une compagnie
fonctionne. Est-ce
qu’elle se questionne sur ses fournisseurs ? On ne le sait pas. »
Selon elle, cet
effet pervers était inévitable. Au départ, le
commerce
équitable veut remettre au producteur une part plus juste des
profits
de la vente de ses récoltes. Rapidement, de critiques issues du
commerce équitable, a pris naissance et le mouvement «
éthique » ajoute
la dimension communautaire. Il faut aussi un engagement dans le milieu
de vie du producteur. Il faut plus qu’un prix plancher.
D’autres mouvements commerciaux de rechange ont
aussi ajouté la dimension écologique. Avec de nombreuses
prétentions,
avec ou sans logo.
« Nous avons observé une multiplication des
standards et une multiplication des certifications, explique
Marie-France Turcotte. Malheureusement, cela amène aussi un bon
lot de
confusion chez les consommateurs. Même nous, chercheurs, on a du
mal à
s’y retrouver ! »
La multiplication et l’élargissement du concept
de commerce éthique crée inévitablement de la
confusion, admet aussi
Andréanne Leclerc-Marceau, du groupe Équiterre. Comme
c’est aussi le
cas avec les produits verts. C’est ce qu’on appelle le « fair
washing
», explique-t-elle. Un concept que l’on pourrait (librement)
traduire
par le « lavage de cerveau de l’équitable » ou
l’inévitable reprise par
les entreprises privées d’un très bon filon marketing.
Parfois, les
initiatives sont tout à fait louables. Parfois, elles le sont
moins.
Même Équiterre s’avoue dépassé par ce qui
est
devenu un véritable commerce de la bonne conscience. Le groupe
appuie
la Quinzaine du commerce équitable qui a débuté la
semaine dernière,
mais ne soutient qu’une seule certification, Transfair Canada. Le
groupe compte passer sous la loupe toutes les certifications qui
s’apparentent de près ou de loin au commerce « durable
» et qui se
retrouvent au Québec. La tâche va être ardue.
D’autant que les
chercheurs espèrent aussi faire une évaluation de
l’impact de ses
différents programmes sur les communautés de producteurs,
dans le Sud,
lorsque cela s’applique.
« Notre défi, maintenant, est de donner de
l’information aux citoyens pour qu’ils puissent faire des choix
éclairés », explique Andréanne
Leclerc-Marceau.
Et ce sera aussi à eux de bien mettre dans
leurs paniers ce qu’ils veulent. Si une grande multinationale du
café
fait grand cas de son arrivée dans le commerce équitable,
mais que dans
les faits, elle n’achète que 5% de son café de fermes
certifiées? « On
peut alors se demander d’où viennent les 95% restants, fait
remarquer
Andréanne Leclerc-Marceau. Peutêtre qu’il vaudrait mieux
encourager une
entreprise qui a des pratiques plus éthiques. Et même
acheter son café
dans un commerce éthique. Mais si ce consommateur n’achetait pas
du
tout de café équitable, alors peut-être que ce
café certifié équitable
d’une multinationale est une première étape
intéressante.
« Comment se situe-t-on face aux
multinationales qui veulent profiter de ce marché-là?
demande Andréanne
Leclerc-Marceau. C’est une question à laquelle on n’a pas de
réponse
encore. »
SUR LES TRACES DU CAFÉ IKEA -
Stéphanie Bérubé
C’est le bout du
monde. Littéralement. Déjà, pour atteindre
l’extrémité
ouest de l’île de Java, il faut s’armer de patience. Et de temps.
Mais
la coopérative de café Buah Ketakasi est encore plus
recluse. Cachée
dans l’arrière-pays indonésien. Là où les
routes ne sont plus des
routes et où l’électricité n’est toujours pas
arrivée dans les
chaumières.
Des
certifications de type éthique, comme UTZ, demandent aux
producteurs de
conserver une certaine biodiversité sur leurs plantations.
Pour trouver le lien entre le village de Sidomulyo et la
modernité
occidentale, il faut chercher ailleurs. Dans la fenêtre de
quelques
maisons bien entretenues, trois lettres sur une petite pancarte : UTZ,
que l’on prononce « outse » et que l’on prononce beaucoup
ici.
Le même logo mystérieux se retrouve sur plusieurs produits
vendus
partout dans le monde, dont les sacs de café d’IKEA, qui a
décidé
d’opter pour cette certification au caractère éthique,
mieux connue en
Europe qu’au Canada.
« Les prix sont meilleurs et le café se vend mieux parce
que le label
est reconnu », explique Pak Suwarno, directeur de la
coopérative qui
regroupe 70 agriculteurs.
Les producteurs avouent n’avoir rien changé à la
qualité de leur café
pour adhérer à la certification éthique. Leur
plantation est, par
ailleurs, déjà fort bien tenue. Des arbres font de
l’ombre aux
caféiers. Des cocotiers et manguiers assurent la
biodiversité de la
plantation et des revenus supplémentaires aux maîtres des
lieux. Le
groupe fait pousser du café robusta, comme 90% des producteurs
indonésiens. L’altitude trop basse ne leur permet pas de faire
le
précieux arabica, recherché pour ses arômes et son
goût nettement
supérieurs, explique Pak Suwarno. Autour de lui dans son salon,
plusieurs producteurs sont venus raconter leur expérience, alors
que
Mme Suwarno prépare des arachides sucrées pour cette
étonnante visite
venue de l’autre bout du monde.
Le scénario tient d’un conte oriental, jusqu’à ce que le
sujet tombe
sur les vraies affaires : combien payez-vous pour une tasse de
café en
Amérique, demande la trésorière du groupe, Sri
Purwati.
Cela peut aller jusqu’à trois dollars. Environ 27 000 rupies
indonésiennes.
Le groupe s’esclaffe. Hilarité générale durant de
longues minutes.
Préparer un expresso demande environ huit grammes de café
vert. Au bout de la chaîne, le fermier aura reçu moins
d’un cent.
Les producteurs de café UTZ reçoivent trois cent de plus
pour chaque kilo.
C’est très
noble, mais pas toujours efficace, croit Alun Evans, petit
marchand de café installé en Indonésie. «
Les gens qui travaillent pour
les certifications, éthiques ou équitables, sont pleins
de bonne
volonté, explique ce Néo-Zélandais d’origine. Mais
ils ne sont pas
souvent sur le terrain faire des contrôles. »
Evans fait ce que peu d’entrepreneurs du café
font parce que ce n’est pas très payant. Il parcourt le pays et
fait
affaire directement avec des petits producteurs. En Indonésie,
95% des
plantations de café sont des fermes familiales. C’est d’ailleurs
ce qui
fait que le mouvement équitable y soit si peu répandu.
« Les fermiers
manquent d’éducation et en plus, chacun n’a qu’un tout petit
volume à
proposer aux acheteurs étrangers. »
Alun Evans déplore aussi que plusieurs
programmes ne veuillent que le café, sans s’intéresser
à la communauté
qui le produit et qui a de grands besoins, qui vont bien au-delà
des
quelques sous supplé-
mentaires qu’on leur offre de plus pour leurs grains.
Les consommateurs qui payent davantage pour un café
certifié équitable
en croyant qu’il est produit par une ferme familiale, comme c’est le
cas à la coopérative Buah Ketakasi, se font souvent
berner, croit Alun
Evans.
Par exemple, la certification UTZ offre un
programme de traçabilité qui permet au consommateur de
savoir
exactement d’où vient son café. Mais encore faut-il avoir
assez
d’informations pour en juger efficacement. À preuve, cette
plantation
indonésienne qui fournit du café pour IKEA. On nous la
présente comme
une plantation écologique située en altitude, dans un
environnement
paradisiaque et volcanique. C’est vrai. Ce qu’on oublie toutefois de
révéler au consommateur, c’est qu’elle appartient… au
gouvernement
indonésien!
Une très petite proportion des plantations de
café d’Indonésie sont des sociétés
d’État, mais c’est le cas de celles
qui se trouvent (difficilement!) sur le plateau d’Ijen, 2368
mètres
au-dessus du niveau de la mer.
Une visite-surprise effectuée l’automne
dernier, visite très peu appréciée de la direction
de la plantation,
confirme qu’il s’agit d’une très grosse entreprise où les
employés sont
de véritables fonctionnaires. Certes, leurs conditions de
travail et de
vie sont nettement au-dessus de la moyenne indonésienne. Mais
comment
une entreprise étatique peut-elle être
considérée éthique ?
« La certification UTZ s’intéresse aux
conditions de travail des employés et à leurs
accès à des soins de
santé », explique Tamara Robbins, porte-parole d’IKEA au
Canada, qui
réitère sa confiance au programme.
Les employés sont logés sur place, ils reçoivent
le salaire minimum
établi selon le prix de l’huile à friture, notamment. Les
travailleurs
rencontrés par hasard affirment obtenir une soixantaine de
dollars pour
25 jours de travail dans le mois. Mais ils ne consomment pas leur
café
arabica. Comme tous les grains de qualité en Indonésie,
le café du
plateau d’Ijen part en Occident. Où le consommateur est
prêt à le payer
3$ la tasse.
Le
café équitable est-il aussi pertinent dans un
grandmagasin? - Stéphanie
Bérubé
Lorsque Wal-Mart
s’est lancé dans l’alimentation biologique, il y a
quelques années, les producteurs maraîchers ont
sonné l’alarme. La
présence du géant créait une énorme
pression sur les agriculteurs qui
devaient produire plus, pour moins cher. L’arrivée des
géants dans le
commerce équitable et responsable aura-t-elle le même
effet?
Pas du tout. Parce que le prix plancher négocié avec les
producteurs
reste le même, que l’acheteur lui prenne une petite ou une
énorme
quantité, explique François L’Écuyer, de la maison
William Spartivento,
qui vend notamment son café dans les magasins Costco. Si,
à l’épicerie,
le prix des cafés certifiés équitables est plus
bas lorsqu’ils
proviennent de multinationales ou de plus grosses maisons de
torréfaction, c’est parce que ces dernières peuvent faire
d’énormes
économies sur leurs frais généraux. «
Lorsqu’on va livrer chez Costco,
on ne va pas livrer quelques sacs, explique François
L’Écuyer. On y va
avec des gros camions. »
Que la
certification sur le sachet de café tienne du concept de
l’éthique ou de l’équitable, elle ne dit absolument rien
sur la qualité
du café qui se trouve à l’intérieur. C’est
d’ailleurs ce qui explique
que les petites maisons de torréfaction ne se sentent pas
menacées par
l’arrivée des grands dans le monde du commerce équitable.
« Je suis très contente que les grandes
compagnies aient joint le mouvement équitable, c’est
extraordinaire!
s’exclame Elana Rosenfeld, de Kicking Horse Coffee, maison de
torréfaction installée dans les Rocheuses canadiennes
depuis 12 ans.
Nous avons été les pionniers, mais sous sommes tout
petits. Ce sont eux
qui peuvent faire la différence. Ils achètent une
quantité incroyable
de café. »
Pour les consommateurs,
explique-t-elle, c’est une option supplémentaire. Ils peuvent
encore
choisir entre un café instantané ou un café de
spécialité, mais à
l’intérieur du mouvement équitable. « Nous n’avons
pas perdu un seul
client (depuis l’arrivée des gros acteurs) puisqu’on peut encore
se
différencier du point de vue de la qualité. »
L’achat équitable ne connaît pas la
récession - STÉPHANIE BÉRUBÉ
ALIMENTATION
Malgré la crise, la vogue du commerce équitable ne
s’essouffle pas. Un
nouveau sondage international révèle que dans certains
pays européens,
en 2008, l’augmentation des ventes de produits certifiés est
carrément
phénoménale. Jusqu’à 75% de hausse dans un pays
comme la Suède. Aux
États-Unis, l’augmentation était de 10% l’année
dernière
comparativement à 2007. Partout, les résultats sont
positifs.
Pourquoi? Dans son analyse, l’Organisation internationale des
accréditations équitables, qui a réalisé le
sondage, explique que les
gens qui sont habitués d’acheter des produits certifiés
continuent
d’être sensibles à cette valeur malgré la crise. Et
peut-être même plus
avec la crise. « Avec les effets dévastateurs de la
récession et de la
crise du crédit, les producteurs ont besoin du commerce
équitable plus
que jamais », écrit le directeur du groupe, Rob Cameron,
dans un
communiqué.
« Le choix équitable est plus important que la dimension
prix pour ces
consommateurs qui sont généralement dans la portion plus
instruite de
la société », confirme Corinne Gendron, professeur
au département de
stratégie, responsabilité sociale et environnementale de
l’UQAM, qui
vient de faire paraître le livre Quel commerce équitable
pour demain ?
Il faut aussi noter que l’offre des produits équitables s’est
décuplée
ces dernières années. Les vêtements
certifiés sont de moins en moins
rares. Des multinationales de l’alimentation s’y mettent aussi. Dans
certains marchés, le café de McDonald’s est
certifié équitable. Cadbury
a aussi annoncé en mars dernier qu’il commençait à
utiliser du cacao
équitable pour faire des tablettes de chocolat Dairy Milk. En
Grande-Bretagne d’abord, puis dans tous les marchés ensuite,
graduellement. C’est autant de consommateurs qui commencent à
acheter
des produits certifiés. Et certains, à leur insu.
Cette
démocratisation de l’équitable est une bonne nouvelle,
estime
Corinne Gendron. C’est très bien de voir des grandes entreprises
adhérer au mouvement, mais si ensuite le produit se retrouve
perdu sur
une tablette dans une grande surface, on y perd dans la mission
d’éduquer le consommateur que s’est aussi donnée le
mouvement.
Alors, le commerce équitable vit-il une crise de croissance?
« Il faudrait prendre un temps d’arrêt, conseille Corinne
Gendron. Il
faut que le mouvement équitable regarde son succès, y
réfléchisse et se
lance dans une seconde vague. »
Ce sera certainement un sujet de discussion à la Quinzaine du
commerce
équitable qui a débuté hier, partout en province.
À Montréal, une foire
regroupe des commerçants aujourd’hui. Des discussions,
conférences et
même dégustations sont aussi au menu. Équiterre
donne toutes les
informations sur son site et a produit un guide d’achat des produits
certifiés disponibles au Québec, qu’il s’agisse
d’artisanat ou de
bouteilles de vin.
Les achats verts pourraient inciter à la
tricherie
Cette
étude repose sur le principe de la « réglementation
morale » voulant
que les gens trouvent, consciemment ou non, un équilibre entre
les
mauvaises actions et les bonnes.
TORONTO — Acheter vert pourrait permettre de venir au secours de la
planète, mais une nouvelle étude laisse entendre que cela
pourrait
aussi inciter les gens à tricher, voler et être
égoïste.
Dans un article qui sera publié dans le Psychological Science,
deux
chercheurs de l’Université de Toronto, Nina Mazar et ChenBo
Zhong, se
sont penchés sur le comportement d’étudiants ayant eu
à choisir entre
des produits écologiques, tels du yogourt biologique et du
détergent
biodégradable, ou des articles conventionnels.
Ils ont constaté que les étudiants qui ont fait le choix
de produits
verts avaient par la suite moins tendance à agir de façon
altruiste que
ceux qui étaient tout simplement exposés à des
produits écologiques.
Selon Mme Mazar,
professeure adjointe de marketing à l’École de gestion
Rotman de l’Université de Toronto, cette étude repose sur
le principe
de la « réglementation morale » voulant que les gens
trouvent,
consciemment ou non, un équilibre entre les mauvaises actions et
les
bonnes.
Dans le cadre d’une expérience, des étudiants
ont été dirigés vers les sites web de deux
magasins proposant
essentiellement des articles écologiques ou des produits
conventionnels. Certains participants devaient alors penser de
façon
critique au sujet des produits offerts, les autres ayant eu pour
tâche
de faire des achats.
Les étudiants disposaient chacun de 6$ et
devaient partager cette somme avec une autre personne, mais pouvaient
garder pour eux-mêmes l’argent qu’ils n’avaient pas donné.
Ceux qui ont été tout simplement exposés à
des articles écologiques ont
donné davantage d’argent que ceux qui se sont retrouvés
en présence de
produits conventionnels. Cependant, l’inverse a été
constaté dans le
cas des étudiants ayant fait des achats.
Un symbole
canadien made in China
Un fournisseur
achète en Asie des milliers d’épinglettes
commandées par Ottawa
— Le NPD s’indigne de voir le gouvernement fédéral
acheter des
épinglettes à l’effigie du drapeau du Canada qui sont
fabriquées en
Chine au moment même où des milliers de Canadiens
travaillant dans le
secteur manufacturier perdent leur emploi.
La députée néo-démocrate Libby Davies a
critiqué hier à la Chambre des
communes la décision du ministère des Travaux publics
d’accorder un
contrat de 225 000 $, à la demande du ministère du
Patrimoine canadien,
pour acheter des dizaines de milliers d’épinglettes de
l’unifolié qui
sont fabriquées par l’entreprise chinoise Xiamen Gaoxu Co. Ltd.
Ces épinglettes sont vendues dans une boutique de souvenirs de
la
colline parlementaire et remises à tous les
députés et sénateurs pour
qu’ils puissent les distribuer à leurs électeurs dans
leur
circonscription respective.
Jugeant inacceptable que ces ornements qui représentent le
symbole du
pays soient fabriqués en Chine, tous les députés
néodémocrates ont
décidé hier de les renvoyer au ministère des
Travaux publics en guise
de protestation.
« Ces épinglettes devraient être fabriquées
au Canada. Nous sommes en
pleine récession et nous avons perdu tellement d’emplois dans le
secteur manufacturier. Ce contrat aurait dû être
accordé à une
entreprise canadienne. Il s’agit du symbole du Canada », a
affirmé Mme
Davies, en tenant un sac de ces babioles dans ses mains devant les
journalistes.
Elle a ajouté que le gouvernement fédéral devrait
toujours exiger dans
les contrats qu’il accorde que les symboles du Canada soient au moins
fabriqués au pays. Le contrat en question a été
accordé le 19 février,
soit quatre jours après le Jour du drapeau national du Canada.
Le
contrat a été accordé à la compagnie
à numéro 6 768 997 Canada inc. de
L’Île-Perrot, près de Montréal, qui a par la suite
commandé des
dizaines de milliers d’épinglettes de l’entreprise chinoise.
« Tous les Canadiens devraient être offusqués. Nous
entendons chaque
jour des histoires tristes de travailleurs qui ont perdu leur emploi
dans le secteur manufacturier », a déploré Mme
Davies.
Dean Del Mastro,
secrétaire parlementaire du ministre du Patrimoine
James Moore, a affirmé que c’est le bureau de la régie
interne de la
Chambre des communes qui a pris la décision d’acheter ces
épinglettes.
Il a ensuite accusé Mme Davies de sombrer dans la confusion,
soulignant
que le NPD est membre du bureau de la régie interne.
Toutefois, Mme Davies, qui est membre de cet
organisme, a soutenu qu’il n’a jamais été question de ce
contrat durant
les réunions du bureau de la régie interne et que ce
contrat a été
accordé par le ministère des Travaux publics, à la
demande de
Patrimoine Canada.
Le déput é l i béra l Pablo Rodriguez a aussi
affirmé que les entreprises canadiennes devraient être
privilégiées, en
particulier lorsqu’il s’agit de confectionner des symboles canadiens.
Quoi qu’il en soit, toute cette affaire a fait
sourire le député bloquiste Pierre Paquette. Et il a
souligné que ce
n’est pas la première fois qu’une telle controverse
éclate à la Chambre
des communes.
« Je vais vous dire franchement, cela ne
m’étonne pas. Au Québec, par exemple, on insiste beaucoup
dans le
mouvement souverainiste, parmi les nationalistes, pour que nos symboles
nationaux soient faits par des fabricants nationaux », a dit M.
Paquette.
Il y a quelques années, M. Paquette avait
lui-même dénoncé le fait que les timbres du Canada
étaient imprimés par
une entreprise aux États-Unis. Cette affaire avait d’ailleurs
provoqué
un tollé dans le reste du Canada. Depuis son intervention, les
timbres
de Postes Canada sont imprimés au pays.
« C’est de la négligence,
particulièrement dans le contexte économique actuel.
C’est manquer de
respect envers les différentes industries qui ont
énormément de
difficulté à passer à travers la crise. Et dans le
cas du timbre avec
le drapeau canadien, ce sont les imprimeurs qui nous avaient
demandé
d’intervenir », a-t-il affirmé.