Consommation
responsable...
...et économie alternative
Une offensive pour l’achat local - MARTINE LETARTE
L’agriculture
et la transformation agricole sont des secteurs
d’activités importants au Centre-du-Québec, mais
ce n’est pas une raison pour se reposer sur ses lauriers !
Promotion de l’achat local, développement de nouveaux
produits, mise en marché: les défis à
relever sont nombreux et avec différents partenaires,
la Corporation de développement
agroalimentaire-forêt du Centre-du-Québec y
travaille.
« Le Centre-du-Québec est la troisième
région en importance au Québec en matière
d’agriculture et la quatrième en t ransformation
agroalimentaire », indique Natacha Desnoyers, directrice
générale de la Corporation.
Le lait de vache est la principale production agricole et la
région compte plus d’une vingtaine d’usines de
transformation laitière. Plusieurs petites fromageries
sont aussi présentes sur le territoire. Porcs, bovins,
chèvres, moutons, poulet, dindons, gibier : l
’élevage y est également important.
Le Centre-du-Québec se démarque aussi pour ses
produits de l’érable et pour sa canneberge.
« Par contre, contrairement au Saguenay-Lac-Saint-Jean
par exemple, une région très fière de ses
bleuets, les gens connaissent mal les productions locales
», explique Mme Desnoyers.
Attaquer
différents marchés
Il y a plusieurs moyens de rejoindre les Centricois pour l es
a mener à consommer davantage de produits locaux et l a
Corporation compte bien attaquer tous les fronts ! L’organisme
est en train de mettre sur pied un portail i nternet où
l’ensemble du milieu d’affaire de la région pourra
commander des produits locaux.
« Que ce soit un hôtel, une
cafétéria, ou n’importe quelle entreprise, nous
voulons qu’elles puissent facilement s ’a pprovisionner en
produits locaux », affirme Mme Desnoyers.
Avec le beau temps qui a r r ive, l a Corporation de
développement a g r o a l i - mentaire-forêt du
Centredu-Québec s e prépa r e à investir
les marchés publics de la région. « On l’a
fait l’an passé et on recommence ! On organise des
campagnes de promotion communes, des journées
thématiques et des concours pour attirer l’attention
sur les marchés publics et leur amener plus de
clientèle », explique la directrice
générale.
Dans le temps des récoltes, ce sont plutôt les
activités de ventes à la ferme qui
reçoivent un petit coup de main de la Corporation.
L’hiver dernier et pour encore quelques jours, l’organisme est
actif dans les supermarchés. « Nous en avons
ciblé neuf dans la région et nous avons
organisé des événements sous
différentes thématiques, comme les fromages et
le veau. Là, nous travaillons avec les produits de
l’érable. Nous avons des producteurs et des chefs sur
place », explique Mme Desnoyers. L’objectif ultime ?
« Que les gens changent leurs habitudes de consommation,
affirme-t-elle. On a calculé que si chaque Centricois
consomme pour 1,44$ de plus chaque semaine en produits locaux,
ça représenterait des retombées de
presque 23 millions pour nos producteurs et transformateurs.
»
Pied de nez à l’économie -
Gilles Pelletier
Québec
L’économie s’attend toujours à ce que nous lui
« garrochions » notre argent. Eh bien! en 2010,
elle va me trouver sur son chemin, la pauvre.
Avez-vous des résolutions pour 2010? Je ne peux pas
dire que j’ai fait souvent de gros efforts pour me trouver de
bonnes résolutions pour entreprendre une nouvelle
année. Tout au moins, je me suis toujours fait un
devoir de vivre le plus possible le moment présent et,
depuis la retraite, de vivre un jour à la fois.
Les jeunes eux, doivent bien sûr goûter au
présent tout en tentant de se projeter dans l’avenir,
dans leur avenir parce que cette relève doit pratiquer
la « visualisation » dans ce monde d’aujourd’hui
qui, avec toutes ses technologies de pointe, n’est pas facile
à suivre.
Ceci étant dit, pour ma part, j’ai décidé
de mettre les bâtons dans les roues de cette grande
princesse que l’on nomme ÉCONOMIE. L’économie
s’attend toujours à ce que nous lui « garrochions
» notre argent. Eh bien! elle va me trouver sur son
chemin, la pauvre. En 2010, je vais d’abord surveiller
davantage ma consommation d’électricité, mes
dépenses d’automobile et de ce que je vais remettre
à nos chères pétrolières. Puis,
à chaque fois que je serai tenté d’acheter
quelque chose dans un magasin, je vais me poser la question:
« Gilles, en as-tu vraiment besoin? » Si oui, tant
mieux, mais sinon, on remet le tout sur le comptoir et on se
congratule de toute cette belle résistance.
La nourriture est un poste budgétaire qui dévore
les goussets; aussi je vais être plus attentif quand
j’irai faire mon Metro ou mon Super-C ou mon IGA ou tout autre
commerce qui veut me faire manger à bon prix. Je les ai
nommés ici intentionnellement, pour leur faire de la
pub gratos, et peut-être seront-ils reconnaissants en
nous faisant plus de soldes. Ce n’est pas de la prostitution,
mais bon, faut trouver des moyens de pas trop vider ses
poches.
Il existe des
quantités de friperies ou des comptoirs
spécialisés, où l’on peut trouver des
vêtements, différents articles d’utilité
courante, des meubles qui peuvent faire l’affaire et surtout
nous faire économiser des dizaines et des dizaines de
dollars. Je vais voir si ces lieux ne pourraient pas me faire
économiser davantage. Je ne les nommerai pas ici de
peur que ces endroits se fassent trop facilement
dévaliser et ainsi me faire perdre les économies
envisagées.
Pour tous les autres frais afférents à la vie
courante, comme les taxes municipales et scolaires, il est
bien difficile de faire maigrir ces factures, mais bon, sur
toutes celles où l’on peut avoir une influence,
pourquoi ne pas recourir à une sorte de système
D pour prévenir leur gonflement ?
J’allais oublier le divertissement. Il en faut pour se relaxer
et se changer les idées. Alors, on peut toujours y
penser à deux fois avant de s’engager dans une
dépense reliée à ce sujet. Souvent, il
n’est pas nécessaire de prendre l’avion pour se changer
les idées. Tout est dans la recherche et l’innovation
dans nos comportements et notre mode de vie.
En 2010, je plains à l’avance cette pauvre
ÉCONOMIE, moi qui me prépare à lui faire
passer une année bien maigre.
Des sushis au thon rouge? Non merci ! - STÉPHANIE
BÉRUBÉ
Maguro.
C’est le nomjaponais du thon rouge et c’est un mot qui
risque de se retrouver de moins en moins sur les cartes
des restaurants de sushis du monde.
Des pêcheurs japonais
pêchant le thon rouge à nageoires bleues
dans l’Adriatique en 2007.
Mercredi, la France s’est officiellement
déclarée en faveur de l’interdiction de la
commercialisation du thon rouge.
Elle défendra sa position le mois prochain à
Doha, au cours d’une rencontre internationale où
l’on décidera s’il faut inscrire le poisson sur la
liste de la convention des Nations unies sur le commerce
international des espèces de faune et de flore
sauvages menacées d’extinction. Si cela se
concrétise, le commerce de ce poisson si
prisé des Japonais cessera, pour un temps du moins.
La popularité des sushis est d’ailleurs largement
liée à la surpêche du thon rouge, qui
vaut maintenant une fortune. «Nous avons toujours
pêché le thon. Les Romains le faisaient il y
a 2000 ans, explique le biologistemarin BorisWorm. Mais
depuis 20 ans, c’est devenu un énorme
problème parce qu’on a trop pêché et
parce qu’il y a beaucoup de pêche
illégale.»
Les stocks de thon ont chuté partout où il
est pêché, dont au Canada, dans l’Atlantique
Ouest. La situation est particulièrement dramatique
en Méditerranée, explique ce
spécialiste de l’Université Dalhousie
d’Halifax.
L’appui de la France à l’arrêt du commerce du
thon est donc très porteur, car elle est l’un des
trois pays d’Europe qui pêchent le plus de thon dans
la Méditerranée, avec l’Italie, aussi
favorable à un moratoire, et l’Espagne, qui semble
plutôt contre.
Si le thon rouge obtenait la protection souhaitée,
la pêche pourrait continuer, mais non l’exportation.
Les pêcheurs français, qui vendent 80% de
leurs prises au Japon, ont donc très mal
réagi à l’annonce de leur gouvernement, qui
a pourtant prévu un délai de 18 mois pour
les aider à se réorienter, peut-être
vers une autre pêche.
Ce
délai déçoit beaucoup les
écologistes, qui estiment qu’il n’y a plus de temps
à perdre si on veut vraiment sauver le thon.
« Les consommateurs devraient dès maintenant
cesser de manger du thon rouge», estime Boris Worm.
Des épiceries et des chefs du monde n’ont
d’ailleurs pas attendu une décision politique pour
bannir ce poisson de leurs cuisines. Les restaurants
membres de la chaîne Relais&Châteaux, dont
fait partie Toqué! à Montréal, se
sont prononcés contre l’utilisation du thon rouge.
Une association regroupant plus de 5000 chefs
européens vient tout juste d’adopter la même
position.
Les restaurants Nobu, propriétés de la star
Robert de Niro, ont fait le choix discutable de laisser le
thon rouge au menu, tout en indiquant qu’il s’agit d’une
espèce menacée.
Les restaurateurs plus consciencieux se tourneront vers
d’autres espèces de thon, comme le thon à
nageoires jaunes ( yellowfin), dont la chair est aussi
rouge mais moins grasse que celle de son cousin. C’est
d’ailleurs très souvent ce thon qui est servi dans
les restaurants de sushis québécois. On
l’appelle aussi ahi. Cette variété de thon
est aussi victime de surpêche, mais pas autant que
le thon rouge à nageoires bleues ( bluefin).
Comment s’y retrouver? En discutant avec son poissonnier
ou son restaurateur!
C’est ce qui est bien avec une annonce comme celle de la
France, précise Beth Hunter, responsable du dossier
des pêches à Greenpeace Canada. Plus on en
parle, plus les consommateurs choisiront de ne pas manger
de thon rouge et feront l’effort de le remplacer.
Le
Canada est aussi en faveur d’une gestion écologique
de la pêche au thon rouge et condamne la
surpêche en Méditerranée et en
Atlantique Est, mais de là à appuyer
l’arrêt du commerce, il y a un pas. Beth Hunter
croit que le pays n’est pas prêt à le
franchir pour l’instant.
Les Canadiens craignent les OGM plus que les aliments
périmés - Stéphanie
Bérubé
En
matière d’alimentation, à quoi vous fiez-vous:
à votre nez ou à la date de péremption
sur l’emballage ? Si l’aliment est toujours
présentable, il est fort probable qu’il se retrouve
dans l’assiette, indique un sondage international de la
firme Nielsen. Seulement 35% des Canadiens avouent craindre
les aliments périmés. La plupart des autres
n’hésiteront pas à en cuisiner un s’il a
toujours l’air bon.
Par contre, lorsqu’il est question d’OGM, ils sont plus
méfiants. Moins d’un Canadien sur cinq estime que les
organismes génétiquement modifiés sont
complètement sans danger. La majorité des
répondants n’étaient toujours pas fixés
sur le sujet.
Nielsen a réalisé son enquête sur la
salubrité alimentaire et les craintes des consommateurs
dans 54 pays.
L’Halloween à l’envers - Mathieu Perrault
Ce soir,
Amélie Migneault accompagnera sa fille Ophélie,
6 ans, pour sa soirée d’Hall oween d a n s l e qua r t
i e r Ahuntsic. Dans une trentaine de maisons, Ophélie
remettra un chocolat aux personnes qui lui ouvriront la porte.
PHOTO JIM WATSON, AFP
De nombreuses campagnes de dons se
déroulent dans le cadre de l’Halloween.
Cette Halloween à l’envers est un geste en faveur du
chocolat équitable fait pour la première fois en
Californie, en 2007. « J’en ai entendu parler parce que
je travaille en environnement, dit Mme Migneault. J’ai
demandé des i nformations à l’organisme
Transfair, à Ottawa, et j ’ai reçu du
matériel. Ma fille distribue des chocolats
équitables aux 20 enfants de sa classe, et j’ai
reçu la permission de mettre une affiche de la campagne
dans son école. »
Une quarantaine de parents participeront à la campagne
à Montréal. L’an dernier, 243 000 chocolats
équitables ont été distribués en
Amérique du Nord, dont 33 000 au Canada. Cette
année, le total passera à 260 000, selon
Adrienne FitchFrankel, de Transfair à San Francisco.
Plus tôt cette année, Cadbury a annoncé
qu’elle commencerait à utiliser du chocolat
équitable. Transfair en profitera-t-elle pour
élargir son programme grâce aux dons de Cadbury ?
« Non, nous voulons nous limiter aux entreprises offrant
seulement du chocolat équitable », dit Mme
Fitch-Frankel.
« Le chocolat équitable est d’autant plus
important qu’il permet d’éviter le travail des enfants
dans les pays producteurs, dit Mme Fitch-Frankel. C’est une
histoire à laquelle les enfants sont sensibles : ils
mangent du chocolat, puis ils pensent à l’enfant qui a
dû souffrir pour qu’ils aient ce plaisir. »
La petite
Ophélie aime-t-elle l’idée de distribuer du
chocolat plutôt que de seulement en recevoir ? «
C’est la fille d’une maman qui t ravaille en environnement,
dit Mme Migneault. Elle a beaucoup d’affiches sur
l’environnement dans sa chambre. Dans sa classe, elle est la
porte-parole sur ce genre de questions. »
Autres campagnes de dons
Pour l’ Halloween, d’autres enfants seront investis d’une
mission : plus de 50 000 élèves
québécois, transportant des sacs-tirelires de
couleur orange, solliciteront des dons pour l’Association
québécoise de la fibrose kystique.
L’an dernier, des jeunes de 208 écoles du Québec
ont participé à la campagne des tirelires de
l’Halloween, amassant 140 000 $, ce qui totalisait pas moins
de cinq tonnes en cents. Pour la 13e année, on souhaite
dépasser ce montant. Pour avoir plus d’information sur
la campagne, on peut consulter le site www.aqfk.qc.ca .
Du côté d’ Unicef Québec, des jeunes de
250 écoles s’engagent dans divers projets pour venir en
aide aux jeunes défavorisés d’Afrique. Cette
année, les sommes recueillies par l’entremise d’Unicef
iront au Malawi et au Rwanda.
Partout au Canada, plus de 5000 élèves sont
engagés en 2009. Cette année, on compte
atteindre les 100 millions, si on calcule toutes les sommes
recueillies depuis 1954.
Après
le commerce équitable, la philanthropie alimentaire -
Stéphanie Bérubé
Si vous mangez
dans un restaurant Piazzetta, vous pouvez assaisonner votre
pizza avec du poivre équitable provenant d’une
coopérative indienne. Si vous achetez la Galette du
Monde chez Première Moisson, 25 cents seront
versés à un organisme humanitaire. Pour chaque
boîte de céréales Shredded Wheat vendue,
la compagnie Post en donnera une autre à une banque
alimentaire.
Les grands de l’alimentation ont-ils trouvé une
nouvelle corde sensible ?
« C’est ce qu’on appelle le marketing engagé
», note Pascal Thériault, professeur au
département d’agroéconomie à
l’Université McGill. Permettre au consommateur
d’acheter sa bonne conscience en même temps qu’une
boîte de soupe. « C’est le nouveau point faible
des consommateurs et pour les multinationales de
l’alimentation, c’est une occasion de leur dire: regardez,
nous ne sommes pas de méchantes grosses compagnies. La
preuve? Nous allons faire un don si vous achetez notre produit
! »
Selon le professeur Thériault, le procédé
est assez efficace puisque devant deux produits comparables,
le consommateur aura effectivement tendance à mettre
dans son panier celui qui est orné du ruban rose.
Cette philanthropie alimentaire se multiplie sur les tablettes
et la chaîne spécialisée Food Channel l’a
même placée dans ses grandes « tendances
» pour 2009, rappelle le professeur montréalais.
Plusieurs courants, plus ou moins valables, se retrouvent
maintenant sous le parapluie de l’achat responsable. Le
commerce équitable était le premier à y
être.
« Depuis une quinzaine d’années, les mouvements
comme celui du commerce équitable ont donné une
valeur ajoutée aux produits », explique
Marie-France Turcotte, professeure au département de
stratégie, responsabilité sociale et
environnementale de l’UQAM. Ce faisant, ils ont mis en
opposition les produits qui sont équitables et les
autres qui ne le sont pas, expliquet-elle. Cet engouement que
l’on voit pour le marketing engagé est peut-être
une réaction normale de la part des multinationales
dont les produits étaient exclus du commerce
équitable.
Mais ce ne sont que des signaux, précise Marie-France
Turcotte. « Un don ou un engagement auprès d’un
organisme est un geste ponctuel, mais ça ne dit rien
sur la façon dont une compagnie fonctionne. Est-ce
qu’elle se questionne sur ses fournisseurs ? On ne le sait
pas. »
Selon elle,
cet effet pervers était inévitable. Au
départ, le commerce équitable veut remettre au
producteur une part plus juste des profits de la vente de ses
récoltes. Rapidement, de critiques issues du commerce
équitable, a pris naissance et le mouvement «
éthique » ajoute la dimension communautaire. Il
faut aussi un engagement dans le milieu de vie du producteur.
Il faut plus qu’un prix plancher.
D’autres mouvements commerciaux de rechange ont aussi
ajouté la dimension écologique. Avec de
nombreuses prétentions, avec ou sans logo.
« Nous avons observé une multiplication des
standards et une multiplication des certifications, explique
Marie-France Turcotte. Malheureusement, cela amène
aussi un bon lot de confusion chez les consommateurs.
Même nous, chercheurs, on a du mal à s’y
retrouver ! »
La multiplication et l’élargissement du concept de
commerce éthique crée inévitablement de
la confusion, admet aussi Andréanne Leclerc-Marceau, du
groupe Équiterre. Comme c’est aussi le cas avec les
produits verts. C’est ce qu’on appelle le « fair washing
», explique-t-elle. Un concept que l’on pourrait
(librement) traduire par le « lavage de cerveau de
l’équitable » ou l’inévitable reprise par
les entreprises privées d’un très bon filon
marketing. Parfois, les initiatives sont tout à fait
louables. Parfois, elles le sont moins.
Même Équiterre s’avoue dépassé par
ce qui est devenu un véritable commerce de la bonne
conscience. Le groupe appuie la Quinzaine du commerce
équitable qui a débuté la semaine
dernière, mais ne soutient qu’une seule certification,
Transfair Canada. Le groupe compte passer sous la loupe toutes
les certifications qui s’apparentent de près ou de loin
au commerce « durable » et qui se retrouvent au
Québec. La tâche va être ardue. D’autant
que les chercheurs espèrent aussi faire une
évaluation de l’impact de ses différents
programmes sur les communautés de producteurs, dans le
Sud, lorsque cela s’applique.
« Notre défi, maintenant, est de donner de
l’information aux citoyens pour qu’ils puissent faire des
choix éclairés », explique
Andréanne Leclerc-Marceau.
Et ce sera aussi à eux de bien mettre dans leurs
paniers ce qu’ils veulent. Si une grande multinationale du
café fait grand cas de son arrivée dans le
commerce équitable, mais que dans les faits, elle
n’achète que 5% de son café de fermes
certifiées? « On peut alors se demander
d’où viennent les 95% restants, fait remarquer
Andréanne Leclerc-Marceau. Peutêtre qu’il
vaudrait mieux encourager une entreprise qui a des pratiques
plus éthiques. Et même acheter son café
dans un commerce éthique. Mais si ce consommateur
n’achetait pas du tout de café équitable, alors
peut-être que ce café certifié
équitable d’une multinationale est une première
étape intéressante.
« Comment se situe-t-on face aux multinationales qui
veulent profiter de ce marché-là? demande
Andréanne Leclerc-Marceau. C’est une question à
laquelle on n’a pas de réponse encore. »
SUR LES TRACES DU CAFÉ IKEA -
Stéphanie Bérubé
C’est le bout du
monde. Littéralement. Déjà, pour atteindre
l’extrémité ouest de l’île de Java, il faut
s’armer de patience. Et de temps. Mais la coopérative de
café Buah Ketakasi est encore plus recluse. Cachée
dans l’arrière-pays indonésien. Là
où les routes ne sont plus des routes et où
l’électricité n’est toujours pas arrivée
dans les chaumières.
Des
certifications de type éthique, comme UTZ, demandent
aux producteurs de conserver une certaine biodiversité
sur leurs plantations.
Pour trouver le lien entre le village de Sidomulyo et la
modernité occidentale, il faut chercher ailleurs. Dans la
fenêtre de quelques maisons bien entretenues, trois
lettres sur une petite pancarte : UTZ, que l’on prononce «
outse » et que l’on prononce beaucoup ici.
Le même logo mystérieux se retrouve sur plusieurs
produits vendus partout dans le monde, dont les sacs de
café d’IKEA, qui a décidé d’opter pour
cette certification au caractère éthique, mieux
connue en Europe qu’au Canada.
« Les prix sont meilleurs et le café se vend mieux
parce que le label est reconnu », explique Pak Suwarno,
directeur de la coopérative qui regroupe 70 agriculteurs.
Les producteurs avouent n’avoir rien changé à la
qualité de leur café pour adhérer à
la certification éthique. Leur plantation est, par
ailleurs, déjà fort bien tenue. Des arbres font de
l’ombre aux caféiers. Des cocotiers et manguiers assurent
la biodiversité de la plantation et des revenus
supplémentaires aux maîtres des lieux. Le groupe
fait pousser du café robusta, comme 90% des producteurs
indonésiens. L’altitude trop basse ne leur permet pas de
faire le précieux arabica, recherché pour ses
arômes et son goût nettement supérieurs,
explique Pak Suwarno. Autour de lui dans son salon, plusieurs
producteurs sont venus raconter leur expérience, alors
que Mme Suwarno prépare des arachides sucrées pour
cette étonnante visite venue de l’autre bout du monde.
Le scénario tient d’un conte oriental, jusqu’à ce
que le sujet tombe sur les vraies affaires : combien payez-vous
pour une tasse de café en Amérique, demande la
trésorière du groupe, Sri Purwati.
Cela peut aller jusqu’à trois dollars. Environ 27 000
rupies indonésiennes.
Le groupe s’esclaffe. Hilarité générale
durant de longues minutes.
Préparer un expresso demande environ huit grammes de
café vert. Au bout de la chaîne, le fermier aura
reçu moins d’un cent.
Les producteurs de café UTZ reçoivent trois cent
de plus pour chaque kilo.
C’est
très noble, mais pas toujours efficace, croit Alun Evans,
petit marchand de café installé en
Indonésie. « Les gens qui travaillent pour les
certifications, éthiques ou équitables, sont
pleins de bonne volonté, explique ce
Néo-Zélandais d’origine. Mais ils ne sont pas
souvent sur le terrain faire des contrôles. »
Evans fait ce que peu d’entrepreneurs du café font parce
que ce n’est pas très payant. Il parcourt le pays et fait
affaire directement avec des petits producteurs. En
Indonésie, 95% des plantations de café sont des
fermes familiales. C’est d’ailleurs ce qui fait que le mouvement
équitable y soit si peu répandu. « Les
fermiers manquent d’éducation et en plus, chacun n’a
qu’un tout petit volume à proposer aux acheteurs
étrangers. »
Alun Evans déplore aussi que plusieurs programmes ne
veuillent que le café, sans s’intéresser à
la communauté qui le produit et qui a de grands besoins,
qui vont bien au-delà des quelques sous supplé-
mentaires qu’on leur offre de plus pour leurs grains.
Les consommateurs qui payent davantage pour un café
certifié équitable en croyant qu’il est produit
par une ferme familiale, comme c’est le cas à la
coopérative Buah Ketakasi, se font souvent berner, croit
Alun Evans.
Par exemple, la certification UTZ offre un programme de
traçabilité qui permet au consommateur de savoir
exactement d’où vient son café. Mais encore
faut-il avoir assez d’informations pour en juger efficacement.
À preuve, cette plantation indonésienne qui
fournit du café pour IKEA. On nous la présente
comme une plantation écologique située en
altitude, dans un environnement paradisiaque et volcanique.
C’est vrai. Ce qu’on oublie toutefois de révéler
au consommateur, c’est qu’elle appartient… au gouvernement
indonésien!
Une très petite proportion des plantations de café
d’Indonésie sont des sociétés
d’État, mais c’est le cas de celles qui se trouvent
(difficilement!) sur le plateau d’Ijen, 2368 mètres
au-dessus du niveau de la mer.
Une visite-surprise effectuée l’automne dernier, visite
très peu appréciée de la direction de la
plantation, confirme qu’il s’agit d’une très grosse
entreprise où les employés sont de
véritables fonctionnaires. Certes, leurs conditions de
travail et de vie sont nettement au-dessus de la moyenne
indonésienne. Mais comment une entreprise étatique
peut-elle être considérée éthique ?
« La certification UTZ s’intéresse aux conditions
de travail des employés et à leurs accès
à des soins de santé », explique Tamara
Robbins, porte-parole d’IKEA au Canada, qui
réitère sa confiance au programme.
Les employés sont logés sur place, ils
reçoivent le salaire minimum établi selon le prix
de l’huile à friture, notamment. Les travailleurs
rencontrés par hasard affirment obtenir une soixantaine
de dollars pour 25 jours de travail dans le mois. Mais ils ne
consomment pas leur café arabica. Comme tous les grains
de qualité en Indonésie, le café du plateau
d’Ijen part en Occident. Où le consommateur est
prêt à le payer 3$ la tasse.
Le
café
équitable est-il aussi pertinent dans un
grandmagasin? -
Stéphanie Bérubé
Lorsque Wal-Mart
s’est lancé dans l’alimentation biologique, il y a
quelques années, les producteurs maraîchers ont
sonné l’alarme. La présence du géant
créait une énorme pression sur les agriculteurs
qui devaient produire plus, pour moins cher. L’arrivée
des géants dans le commerce équitable et
responsable aura-t-elle le même effet?
Pas du tout. Parce que le prix plancher négocié
avec les producteurs reste le même, que l’acheteur lui
prenne une petite ou une énorme quantité, explique
François L’Écuyer, de la maison William
Spartivento, qui vend notamment son café dans les
magasins Costco. Si, à l’épicerie, le prix des
cafés certifiés équitables est plus bas
lorsqu’ils proviennent de multinationales ou de plus grosses
maisons de torréfaction, c’est parce que ces
dernières peuvent faire d’énormes économies
sur leurs frais généraux. « Lorsqu’on va
livrer chez Costco, on ne va pas livrer quelques sacs, explique
François L’Écuyer. On y va avec des gros camions.
»
Que la
certification sur le sachet de café tienne du concept de
l’éthique ou de l’équitable, elle ne dit
absolument rien sur la qualité du café qui se
trouve à l’intérieur. C’est d’ailleurs ce qui
explique que les petites maisons de torréfaction ne se
sentent pas menacées par l’arrivée des grands dans
le monde du commerce équitable.
« Je suis très contente que les grandes compagnies
aient joint le mouvement équitable, c’est extraordinaire!
s’exclame Elana Rosenfeld, de Kicking Horse Coffee, maison de
torréfaction installée dans les Rocheuses
canadiennes depuis 12 ans. Nous avons été les
pionniers, mais sous sommes tout petits. Ce sont eux qui peuvent
faire la différence. Ils achètent une
quantité incroyable de café. »
Pour les consommateurs, explique-t-elle, c’est une option
supplémentaire. Ils peuvent encore choisir entre un
café instantané ou un café de
spécialité, mais à l’intérieur du
mouvement équitable. « Nous n’avons pas perdu un
seul client (depuis l’arrivée des gros acteurs) puisqu’on
peut encore se différencier du point de vue de la
qualité. »
L’achat équitable ne connaît pas la
récession - STÉPHANIE
BÉRUBÉ
ALIMENTATION
Malgré la crise, la vogue du commerce équitable
ne s’essouffle pas. Un nouveau sondage international
révèle que dans certains pays européens,
en 2008, l’augmentation des ventes de produits
certifiés est carrément
phénoménale. Jusqu’à 75% de hausse dans
un pays comme la Suède. Aux États-Unis,
l’augmentation était de 10% l’année
dernière comparativement à 2007. Partout, les
résultats sont positifs.
Pourquoi? Dans son analyse, l’Organisation internationale des
accréditations équitables, qui a
réalisé le sondage, explique que les gens qui
sont habitués d’acheter des produits certifiés
continuent d’être sensibles à cette valeur
malgré la crise. Et peut-être même plus
avec la crise. « Avec les effets dévastateurs de
la récession et de la crise du crédit, les
producteurs ont besoin du commerce équitable plus que
jamais », écrit le directeur du groupe, Rob
Cameron, dans un communiqué.
« Le choix équitable est plus important que la
dimension prix pour ces consommateurs qui sont
généralement dans la portion plus instruite de
la société », confirme Corinne Gendron,
professeur au département de stratégie,
responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM,
qui vient de faire paraître le livre Quel commerce
équitable pour demain ?
Il faut aussi noter que l’offre des produits équitables
s’est décuplée ces dernières
années. Les vêtements certifiés sont de
moins en moins rares. Des multinationales de l’alimentation
s’y mettent aussi. Dans certains marchés, le
café de McDonald’s est certifié
équitable. Cadbury a aussi annoncé en mars
dernier qu’il commençait à utiliser du cacao
équitable pour faire des tablettes de chocolat Dairy
Milk. En Grande-Bretagne d’abord, puis dans tous les
marchés ensuite, graduellement. C’est autant de
consommateurs qui commencent à acheter des produits
certifiés. Et certains, à leur insu.
Cette
démocratisation de l’équitable est une bonne
nouvelle, estime Corinne Gendron. C’est très bien de
voir des grandes entreprises adhérer au mouvement, mais
si ensuite le produit se retrouve perdu sur une tablette dans
une grande surface, on y perd dans la mission d’éduquer
le consommateur que s’est aussi donnée le mouvement.
Alors, le commerce équitable vit-il une crise de
croissance?
« Il faudrait prendre un temps d’arrêt, conseille
Corinne Gendron. Il faut que le mouvement équitable
regarde son succès, y réfléchisse et se
lance dans une seconde vague. »
Ce sera certainement un sujet de discussion à la
Quinzaine du commerce équitable qui a
débuté hier, partout en province. À
Montréal, une foire regroupe des commerçants
aujourd’hui. Des discussions, conférences et même
dégustations sont aussi au menu. Équiterre donne
toutes les informations sur son site et a produit un guide
d’achat des produits certifiés disponibles au
Québec, qu’il s’agisse d’artisanat ou de bouteilles de
vin.
Les achats verts pourraient inciter à la
tricherie
Cette
étude repose sur le principe de la «
réglementation morale » voulant que les gens
trouvent, consciemment ou non, un équilibre entre les
mauvaises actions et les bonnes.
TORONTO — Acheter vert pourrait permettre de venir au secours
de la planète, mais une nouvelle étude laisse
entendre que cela pourrait aussi inciter les gens à
tricher, voler et être égoïste.
Dans un article qui sera publié dans le Psychological
Science, deux chercheurs de l’Université de Toronto,
Nina Mazar et ChenBo Zhong, se sont penchés sur le
comportement d’étudiants ayant eu à choisir
entre des produits écologiques, tels du yogourt
biologique et du détergent biodégradable, ou des
articles conventionnels.
Ils ont constaté que les étudiants qui ont fait
le choix de produits verts avaient par la suite moins tendance
à agir de façon altruiste que ceux qui
étaient tout simplement exposés à des
produits écologiques.
Selon Mme
Mazar, professeure adjointe de marketing à
l’École de gestion Rotman de l’Université de
Toronto, cette étude repose sur le principe de la
« réglementation morale » voulant que les
gens trouvent, consciemment ou non, un équilibre entre
les mauvaises actions et les bonnes.
Dans le cadre d’une expérience, des étudiants
ont été dirigés vers les sites web de
deux magasins proposant essentiellement des articles
écologiques ou des produits conventionnels. Certains
participants devaient alors penser de façon critique au
sujet des produits offerts, les autres ayant eu pour
tâche de faire des achats.
Les étudiants disposaient chacun de 6$ et devaient
partager cette somme avec une autre personne, mais pouvaient
garder pour eux-mêmes l’argent qu’ils n’avaient pas
donné.
Ceux qui ont été tout simplement exposés
à des articles écologiques ont donné
davantage d’argent que ceux qui se sont retrouvés en
présence de produits conventionnels. Cependant,
l’inverse a été constaté dans le cas des
étudiants ayant fait des achats.
Un symbole
canadien made in China
Un fournisseur
achète en Asie des milliers d’épinglettes
commandées par Ottawa
— Le NPD s’indigne de voir le gouvernement fédéral
acheter des épinglettes à l’effigie du drapeau du
Canada qui sont fabriquées en Chine au moment même
où des milliers de Canadiens travaillant dans le secteur
manufacturier perdent leur emploi.
La députée néo-démocrate Libby
Davies a critiqué hier à la Chambre des communes
la décision du ministère des Travaux publics
d’accorder un contrat de 225 000 $, à la demande du
ministère du Patrimoine canadien, pour acheter des
dizaines de milliers d’épinglettes de l’unifolié
qui sont fabriquées par l’entreprise chinoise Xiamen
Gaoxu Co. Ltd.
Ces épinglettes sont vendues dans une boutique de
souvenirs de la colline parlementaire et remises à tous
les députés et sénateurs pour qu’ils
puissent les distribuer à leurs électeurs dans
leur circonscription respective.
Jugeant inacceptable que ces ornements qui représentent
le symbole du pays soient fabriqués en Chine, tous les
députés néodémocrates ont
décidé hier de les renvoyer au ministère
des Travaux publics en guise de protestation.
« Ces épinglettes devraient être
fabriquées au Canada. Nous sommes en pleine
récession et nous avons perdu tellement d’emplois dans le
secteur manufacturier. Ce contrat aurait dû être
accordé à une entreprise canadienne. Il s’agit du
symbole du Canada », a affirmé Mme Davies, en
tenant un sac de ces babioles dans ses mains devant les
journalistes.
Elle a ajouté que le gouvernement fédéral
devrait toujours exiger dans les contrats qu’il accorde que les
symboles du Canada soient au moins fabriqués au pays. Le
contrat en question a été accordé le 19
février, soit quatre jours après le Jour du
drapeau national du Canada. Le contrat a été
accordé à la compagnie à numéro 6
768 997 Canada inc. de L’Île-Perrot, près de
Montréal, qui a par la suite commandé des dizaines
de milliers d’épinglettes de l’entreprise chinoise.
« Tous les Canadiens devraient être
offusqués. Nous entendons chaque jour des histoires
tristes de travailleurs qui ont perdu leur emploi dans le
secteur manufacturier », a déploré Mme
Davies.
Dean Del
Mastro, secrétaire parlementaire du ministre du
Patrimoine James Moore, a affirmé que c’est le bureau de
la régie interne de la Chambre des communes qui a pris la
décision d’acheter ces épinglettes. Il a ensuite
accusé Mme Davies de sombrer dans la confusion,
soulignant que le NPD est membre du bureau de la régie
interne.
Toutefois, Mme Davies, qui est membre de cet organisme, a
soutenu qu’il n’a jamais été question de ce
contrat durant les réunions du bureau de la régie
interne et que ce contrat a été accordé par
le ministère des Travaux publics, à la demande de
Patrimoine Canada.
Le déput é l i béra l Pablo Rodriguez a
aussi affirmé que les entreprises canadiennes devraient
être privilégiées, en particulier lorsqu’il
s’agit de confectionner des symboles canadiens.
Quoi qu’il en soit, toute cette affaire a fait sourire le
député bloquiste Pierre Paquette. Et il a
souligné que ce n’est pas la première fois qu’une
telle controverse éclate à la Chambre des
communes.
« Je vais vous dire franchement, cela ne m’étonne
pas. Au Québec, par exemple, on insiste beaucoup dans le
mouvement souverainiste, parmi les nationalistes, pour que nos
symboles nationaux soient faits par des fabricants nationaux
», a dit M. Paquette.
Il y a quelques années, M. Paquette avait lui-même
dénoncé le fait que les timbres du Canada
étaient imprimés par une entreprise aux
États-Unis. Cette affaire avait d’ailleurs
provoqué un tollé dans le reste du Canada. Depuis
son intervention, les timbres de Postes Canada sont
imprimés au pays.
« C’est de la négligence, particulièrement
dans le contexte économique actuel. C’est manquer de
respect envers les différentes industries qui ont
énormément de difficulté à passer
à travers la crise. Et dans le cas du timbre avec le
drapeau canadien, ce sont les imprimeurs qui nous avaient
demandé d’intervenir », a-t-il affirmé.