Droits et
libertés
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Voir aussi : Immigration et racisme...
Plan to stanch flow of ‘conflict minerals’ from Congo
causes turmoil
Lettres
- Goliath a gagné !
Poursuite-bâillon
- Encore une fois le bâillon contre Noir Canada!
Noir
Canada - Entente entre Barrick Gold et
Écosociété
Course
à la chefferie du NPD - Un candidat propose une
union ad hoc
Peru revokes licence of Canadian mining firm Bear Creek
Émeutes
meurtrières
-
Le
Pérou
a
révoqué
le
permis de la minière canadienne Bear Creek Mining
The
worldwide
revolution
of
angry
apartment
owners
115
millions d'enfants risquent leur santé ou leur vie
au travail
ENFANTS ÀVENDRE
Executions
on
the
decline
En
bref - Tortures au Soudan
Rapport
annuel - La torture perdure dans le monde
La mondialisation doit-elle nécessairement se faire
aux dépens de l'homme comme de l'environnement ?...
Travail
forcé - L'ONU dénonce l'impunité au
Brésil
La France serait-elle donc en train de renier les fondements
même de sa République ?...
Le sentiment de vivre « hors de la République
»
De
partisans à parias: les autorités
françaises s'attaquent aux «hooligans»
Leave every stone unturned
Se trouverait-on à assister à ni plus ni moins
qu'une érosion de la démocratie, et des droits
démocratiques à travers le monde ?...
As freedom blooms in the East, it's withering in the West
L'arbitraire
en Iran et en Biélorussie - Le mépris
Voter,
qu'ossa donne?
Repères
- Corset électoral en Égypte
Democracy promotion? Poof, it’s vanished …
Quelqu'un pourrait-il expliquer à la dictature
extrémiste iranienne ce que représente la
notion même des droits de l'homme ?...
L'Iran confirme la suspension de la lapidation de Sakineh
Iranienne
condamnée à mort - Des personnalités
lancent un appel
Justice
iranienne - Aveux «forcés» d'une femme
qui risque d'être lapidée à mort
West
must keep up the pressure on Iran
Sakineh
Mohammadi ne sera pas lapidée, indique
Téhéran
Alexandrie
se rebelle face à la torture policière
Dans
six pays africains - Fini le recours aux enfants soldats
Justice
est réclamée pour le meurtre de Mexicains
critiques de mines canadiennes
La porte du non-retour
L'esclavage existe toujours en Afrique, dénonce
Michaëlle Jean
Les petits esclaves de Dakar
Sénégal
: Mendier pour éviter les coups
Droits
de l'homme: RDC, Nigéria et Soudan derniers de
classe
Un
accommodement génital
La circoncision, un rituel dangereux en Afrique du Sud
Enquêteur
correctionnel du Canada - Les prisons
fédérales impuissantes devant la maladie
mentale
Le
sens des priorités
Les prisons sont surpeuplées, disent agents et
détenus
Prison de Québec: un règlement de comptes
à l'origine de l'émeute
Vieillir
en
prison
-
Michèle Ouimet
Il y a davantage de suicides dans les
prisons du Québec - Émilie
Côté
Inde : QUATRE GARÇONS POUR 70$ -
Philippe Mercure
Un détenu malade poursuit le
fédéral - Agnès Gruda
CAMPING FORCÉ À BORDEAUX -
Isabelle Hatchey
LA SOLUTION N’EST PAS DANS LE BÉTON
- Isabelle Hatchey
Voir aussi Prisons californiennes : Surpopulation,
émeutes et chaos
Clandestins morts en mer La ligne dure de
Berlusconi critiquée
Et si l'on se mettait à réellement
reconnaître les droits de l'enfant, et surtout
à agir en conséquence ?...
Celebrities
unite to to raise awarenees
La Russie éprouverait-elle donc un petit
problème avec la démocratie ?
Manifester pour Poutine, une activité lucrative
Manifestations
en Russie - Le sursaut
Putin
loyalist steps down as speaker of Russian parliament
Russie
- Medvedev veut une enquête sur les fraudes
électorales
Élections
législatives en Russie - Fraude massive
Législatives
russes - Le parti de Poutine a du plomb dans l'aile
Prokhorov’s entry into Russian race could complicate
Putin’s plans
Un
milliardaire contre Poutine
La rue russe se rebelle
Le tsar ébranlé
De rock star politique à prisonnier d’opinion
Un printemps russe en plein hiver électoral ?
Le camp Poutine en net recul
Élections sans suspense
Le scrutin de toutes les fraudes
L’économie russe et la démocratie
Waiting for the next Russian revolution
Vladimir
Putin, the man who would be czar
Gorbatchev craint le retour de Poutine
Le seul chef
Chaises musicales à la russe
Russie
La Russie vient à la rescousse de la Syrie
Le
cauchemar d’un soldat russe
Le blogueur qui en savait trop
La
vindicte
de
Poutine
Khodorkovski
attend sa peine - La Russie prie l'Occident de se
mêler de ses affaires
Medvedev,
ultime
espoir
de
Khodorkovski
Les
États-Unis
se
méfient
de
la
Russie
Putin at centre of U.S. concerns on Russia’s direction:
WikiLeaks
Terreur
en Russie
L’épine
au
pied
du
Kremlin
Le
journal qui n’aimait pas Poutine
Russie
- Le maire déchu de Moscou dénonce le
régime
Russie:
sauver une forêt à ses risques et
périls
L'Erin Brockovich de Russie
Les nationalistes russes optent pour le terrorisme
RUSSIE La Cour bannit la peine de mort
La peine capitale pourrait être réintroduite
en Russie
Tchéchénie : La dirigeante
d’une ONG assassinée
- Frédérick Lavoie
Les larmes de Natalia
Estemirova - Laura-Julie Perrault
Russie : Indignation et
hommage inattendu
Russie : Militante assassinée
Europe de l'Est
Opposants derrière les barreaux
Et se pourrait-il que la Chine ait en effet un
sérieux problème avec toute la question des
droits de l'homme ?...
China
asked to rescue the world – but what about its own people?
« Une vraie escroquerie »
Growing ‘Occupy’ movement makes China nervous
China's
hit-and-run morality
In Foshan, China, a street without a heart - Globe
Editorial
La petite Chinoise et l’indifférence
Chinese migrants are second-class citizens
China offered Gadhafi huge stockpiles of arms: Libyan
memos
On human rights, China
enforces the sound of silence - Globe Editorial
Des
scènes
d’émeutes
«
effrayantes
»
À
force d'abuser, l'État chinois fait exploser la
colère
La
crainte
du
printemps
arabe
Rounding
up
the
usual
suspects
Les
mandarins inquiets
L’empereur
chinois
et
son
rouleau
compresseur
When
did
basic
human
values
become
un-Chinese?
La
Chine
en
guerre
contre
le
Nobel
AMIS DE LA CHINE
Transition
ou
impasse
?
Six
pays
boudent
le
Nobel
de
la
paix
China
continues spat with Norway over Nobel Prize pick
Froid diplomatique entre la Chine et la
Norvège
Getting
around
the
Great
Firewall
of
China
Le
monde
et
les
temps
changent
-
Marc Cassivi
Combien
de personnes exécutées en Chine en 2009?
Alerte
au «gendericide»
Yes,
Chinese
have
rights
–
in
theory
Why
is
Tibet
still
an
issue?
Beijing
has
only
itself
to
blame
One
country, two systems, thousands of marchers
Why Google isn't racing from China
Google,
China and a wake-up call to protect the Net
Victims
two
ways
in
China
La
police interdit le premier concours de beauté gai
en Chine
Google
menace
de
quitter
la
Chine
Britannique
exécuté: il voulait sauver le monde avec un
lapin
Des
Chinois s'immolent pour éviter l'expropriation
La place Tiananmen quadrillée
La place Tiananmen, une
péripétie taboue en Chine - Tristan de
Bourbon
La liberté n’est plus ce qu’elle
était - AGNÈS GRUDA
Tiananmen: la faute à l’inflation
- MATHIEU PERRAULT
LA MÉMOIRE SUR TOILE
Tian An, enfant de Tiananmen
Une crainte
exagérée La faible proportion de contenu
local dans les exportations de la Chine rend la
dégringolade moins catastrophique
Chine : Les exécutions
alimentent les greffes
The Chinese Confucian Party?
... quand ce n'est pas la démocratie en tant que
telle, aussi fondamentale la volonté du peuple
devrait-elle pourtant s'avérer pour un soi-disant
parti du peuple ?...
China
says
yes
to
democracy,
eventually
Et même de ce côté, se pourrait-il donc
que du progrès puisse pourtant être
espéré ?...
L’ouverture
Le
Nobel de la paix à Liu Xiaobo - La
Vérité
Liberté
chinoise, liberté tout court
This year's winner deserves the peace prize
Nobel
de la paix: un dissident chinois honoré
La
communauté internationale exhorte la Chine à
libérer le Nobel de la paix
Les dissidents
Police
force wife of China's Nobel Prize winner from home, black
out TV coverage
Le
Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo
China
turns
a
page
on
independent
journalism
In
China,
a
step
toward
justice
En
bref - Tiananmen: le calme
À moins qu'on ne puisse surtout parler que
"d'écrans de fumée" ?...
In
China,
a
tortuous
road
to
the
rule
of
law
La
censure chinoise: Zhongnanhai à l'écoute
Corée du Nord
La
pire
geôle
du
monde
Les Indiennes se rebiffent contre la collecte manuelle
d'excréments
Et que dire du droit à la démocratie ?...
De grands espoirs placés en
ElBaradei
ElBaradei rentre en
Égypte faire campagne pour la «
démocratie »
Mali: le difficile chemin vers l'égalité des
sexes
Et comment l'abolition de l'homophobie ne pourrait-elle pas
s'avérer profitable pour tous ?...
L’intimidation
Le
droit au placard
Les alliés involontaires
The UN coaxes the world toward universal gay rights
Gai,
arabe
et
en
danger
Rudy
et
la
maladie
des
Blancs
Montrer
ses fesses: pas normal, mais bienvenu!
Fierté
gaie: un défilé de toutes les couleurs
Homosexualité
africaine: la chasse aux sorcières
São
Paulo: la plus importante «gay pride» au monde
Le
jeune gai rejeté
L'enfer,
c'est l'école!
L'homophobie
ordinaire
Les
enfants d'un couple homosexuel exclus d'une école
La
sodomie reste interdite en Malaisie
L'Amérique
latine se met à l'heure des droits homosexuels
Les couples homosexuels
d’Uruguay autorisés à adopter des
enfants
Plumes et paillettes sur fond de lutte contre les
préjugés - Daphné Cameron
Washington
invite à bloquer une loi anti-homosexuels
Orientation sexuelle en
entreprise : Affirmer la différence - Caroline
Rodgers
Les homosexuels
ostracisés
Le Québec, paradis du
mariage gai
L’homophobie continue de faire
des ravages en France - MARC THIBODEAU
ISRAËL Attentat homophobe
La fierté gaie se fait
discrète, à Jérusalem
L’Inde dépénalise
l’homosexualité - Philippe Mercure
MARIAGES GAIS EN RUSSIE Début
d’un combat inégal
RUSSIE Défilé gai
dispersé
Embaucher une personne
handicapée, c’est facile ! -
Caroline Rodgers
Le roi cool perd son sang-froid
- Laura-Julie Perrault
Le FLQ? Bof - YVES BOISVERT
FRANCE - Nouvelle croisade contre l’excision
« Nous préférons mourir
»
La Révolution de Jasmin démontrerait-elle donc
que la liberté d'expression serait possible, et ce
même dans le monde arabe ?...
Les
médias dans les pays arabes: entre censure et
cassure
La
liberté
n’est
plus
où
elle
était...
Fini
la
censure
Et que dire de la liberté d'expression ?...
Nous
sommes tous des « Charlie Hebdo »
La
liberté
n’est
plus
où
elle
était...
La
société de Zambito déboutée:
une poursuite jugée abusive
Another
assault on free speech
Drame humain à Gaza : le propriétaire
change son fusil d'épaule
Drame humain à Gaza: l'expo est
menacée
Voir aussi Mais ceci dit, ne devrait-il pas aussi y
avoir certaines limites à la liberté
d'expression ?...
... et de ses limites ?
Jusqu’où peut- on aller trop loin?
Should free speech trump hate laws? Yes - MARGARET WENTE
... Et peut-on vraiment parler de liberté
d'expression sans liberté de presse ?...
Ce
drôle de pays
Press freedom wins a measured victory
La
victoire du bon sens
«UNE GRANDE VICTOIRE»
La
Cour suprême confirme l’importance de la protection
des sources des journalistes
Press
freedom
meets
its
match
on
a
Scottish
golf
course
Pour
journalistes avertis seulement
État
critique
symptomatique
-
Nathalie Petrowski
Journalistes
sous surveillance aux États-Unis
Journalists'
sources need better protection than that better
Le
droit de protéger les sources n'est pas absolu
La victoire dans la défaite - Yves Boisvert
Pressing
ahead
on
journalistic
freedom
Affaire
Julie Couillard : TVA et Gesca se livrent une guerre de
réputation
Les
journalistes
doivent-ils
être
intégrés
dans
l'armée?
-
Michèle Ouimet
Sarkozy
furieux de «l'inconscience» des journalistes
Une
victoire - André Pratte
Les journalistes mieux outillés contre les
poursuites
Polygone et la liberté d’enquêter
- YVES BOISVERT
PROTECTION DES SOURCES JOURNALISTIQUES - Deux visions
s’affrontent enCour suprême
La Cour d’appel duQuébec donne raison
à La Presse - Karim Benassaieh
Feu le journalisme d’enquête?
La censure dans tous ses
états - Pierre Trudel
... ou de la protection des sources ?...
Journaliste
délateur ou bon citoyen?
Et le conflit au Journal de Montréal tendrait-il donc
à démontrer que, même au Québec,
la profession de journaliste puisse être
réellement menacée ?...
DEUX ANS DE SA VIE
Le
tabou
des
scabs
virtuels
Congrès
de la Fédération professionnelle des
journalistes du Québec - Défoulement
collectif contre l'empire
Et surtout, n'aura-t-il pas permis en fait de
démontrer les limites du syndicalisme ?...
RUE FRONTENAC DE L’UTOPIE AU CAUCHEMAR
La
fin
des
illusions
Et surtout, existe-t-il toujours cette chose que l'on
appelle la liberté d''information ?...
Transparence : la trahison d’obama
Statscan’s
budget
should
be
increased
by
$100-million
«
Inhumain
»
ou
«
normal
»
?
Le
soldat
Manning
se
dit
victime
de
mauvais
traitements
L'informateur
de WikiLeaks serait maltraité
Et notamment, Wikileaks se serait-il donc fait le champion
de la liberté de l'information ?...
La
fin de Wikileaks
Il y a trop de secrets d’État
L’année
WikiLeaks
Just
watch
us:
The
utopian
dream
of
total
openness
Le
brouillard
Médias
- Les leçons de WikiLeaks
WikiLeaks,
et puis après?
Julian
Assange, l'ennemi public numéro un
«
La
divulgation
est
une
bonne
chose
»
Dans la ligne de mire deWashington
We shouldn’t be embarrassed by hard truths - Jeffrey
Simpson
Attempt
to
prosecute
WikiLeaks
would
likely
fail
WikiLeaks:
Not
all
hypocrisies
are
equal
WikiLeaks
accepte
les
«
règles
du
jeu
»
des
journaux
Diplomacy
will never be the same
Les
«Gorges profondes» du web
WikiLeaks: Julian Assange, apôtre de la transparence
L'inaccessible
information
«publique»
-
Yves Boisvert
WikiLeaks
site fills critically important need
... ou pourrait-il donc lui arriver de causer parfois plus
de tort qu'autre chose ?...
Victime
de WikiLeaks, un journaliste éthiopien forcé
à l'exil
WikiLeaks
publie tous ses câbles et est fortement
critiqué par les médias
WikiLeaks' Assange equates government with conspiracy
Breakaway
WikiLeaks
staff
form
new
service
Keeping
secrets
too
safe:
the
irony
of
WikiLeaks
WikiLeaks just made the world more repressive
A window into his mindset
The dark side of the Web
WikiLeaks suspect thought actions might ‘actually change
something’
La transparence radicale
Le Divulgateur
À
cause des révélations de WikiLeaks - Les
diplomates américains tournent en rond
Le
11
septembre
de
la
diplomatie
mondiale
?
«
Absurde
!
»
WikiLeaks
Les ravages de WikiLeaks
Repères
- Le temps des secrets
Révélations
de WikiLeaks - Beaucoup d'artifices, peu de
conséquences
La
transparence en question
WikiLeaks
just
made
the
world
more
repressive
Vain, shady and stupendously fat: Latest WikiLeaks like a
teen's diary
WikiLeaks is gossip, not whistleblowing
Et quoi qu'il en soit, l'aventure toucherait-elle donc
à sa fin ?...
Assange
sous
les
verrous
WikiLeaks
– Julian Assange placé en détention
provisoire dans l’attente d’une éventuelle
extradition
L’étau se resserre autour d’Assange
Longue vie au «Devoir» - André Pratte
La Presse et le pétrole - André
Pratte
Le droit à la controverse - YVES
BOISVERT
Tous
des paparazzis - Patrick Lagacé
Quand les médias gobent des canulars -
Mali Ilse Paquin
Et si l'avenir du journalisme ne pouvait vraiment faire
autrement que de passer par la gratuité de
l'information ?
Qui peut prédire l’avenir des médias ?
Et d'ailleurs, que peut-on donc faire pour sauver le
journalisme ?...
Les
journaux
doivent
trouver
leur
pop-
corn
Gratuit
ou
payant?
Le
journalisme sans romantisme
Le
Monde.fr: interactif et... rentable
Le
mystérieux avenir du journalisme
Les
dépenses publicitaires en ligne vont
dépasser celles de la presse
Canwest
se trouve un sauveur
Une
offre
pour
The Gazette
Canwest
largue ses journaux
Plus
que de l'info - Ariane Krol
Un tsunami frappe le
journalisme, selon la ministre St-Pierre
Le drôle de lock-out du J de M - Yves Boisvert
Journal de Montréal: un an de lock-out
Quebecor et le Conseil de presse: un départ
injustifié - John Gomery
Et que peut-on dire de notre journal
préféré ?...
Concours canadien de journalisme: La Presse six
fois finaliste
Voir aussi Et au fait, pourrons-nous même toujours
compter sur notre journal préféré
?...
Lettres
- Et Power/Gesca dans tout ça?
L’autre crise
Conflits
d'intérêts à surveiller... - Norman Spector
Scandale
des
écoutes
- Rupert Murdoch ne se sent pas responsable
Plus
puissant
qu’un gouvernement
Les aveugles
The
real
tabloid
scandal
is
media
ownership
Le
scandale
de
News
of
the
World - Une crise qui secoue partis et médias
L’ex- premier ministre et sa famille ont été
ciblés
New
rules for Quebec journalists are a bad idea
Le piège du corporatisme
Le
rapport Payette et les journalistes
Le
rapport Payette | L'information au Québec : un
intérêt public
Chronique
d’un
suicide
journalistique
Se pourrait-il donc que la censure ne soit jamais bien loin,
et ce même au sein de nos chères
démocraties ?...
Le professeur Cornett et la fosse aux lions - Rima Elkouri
Et les restrictions envers l'internet ne se trouvent-elles
pas surtout à prouver la capacité de celui-ci
à faire progresser les idées, quitte à
risquer ainsi de menacer l'ordre établi ?...
La Corée du Nord sur Twitter
Le
filtrage de l'internet gagne du terrain en France
Power n'exclut pas que les sites internet de Gesca
deviennent payants
Le début de la fin de la gratuité? - Nathalie Collard
Le
pari de la gratuité
Et pourquoi le droit des créateurs devrait-il donc
venir brimer le droit des utilisateurs ?...
How
the
new
copyright
bill
will
affect
Canadian
culture
Droit
d'auteur ou droit d'utilisateur ?
Le verrou - Ariane
Krol
Et se pourrait-il donc que le gouvernement conservateur ait
finalement réussi à donner l'impression qu'il
se moque des créateurs autant que des utilisateurs
?...
Culture
équitable
Des
gens
sans
gêne
ENAUTOBUS...
SUR
LA
C-
32
Le projet de loi C- 32 en sept questions
Droits
d'auteur - L'élite de la chanson monte au
créneau
Pas
de
culture
sans
créateurs
En fait, pourrait-on commencer à se préoccuper
un peu du droit des utilisateurs, de façon
générale ?...
Un retard considérable
Paying
so
much
for
bandwidth,
getting
so
little
Majority
scoffs at usage-based Internet billing in poll
Why
not
a
metered
Internet?
UBB?
Oh,
it
stands
for
Unbelievable
Business
Baloney
Editorial:
CRTC Internet ruling hurt the little guy
Usage-based billing. And cooing
A
metered Internet is a regulatory failure
Et ne devrait-on pas en fait commencer par parler d'un
certain droit à la concurrence ?....
Le
Big
Brother
Internet
- Davantage de concurrence
Musique et financement
The
end
of
‘free’
is
sweet music for artists
Musique
en ligne - Le libre prix
Fausse
panique
de
l’industrie
?
Amazon
contre
iTunes
Rentabiliser
la gratuité - Ariane Krol
A musical divide - Globe editorial
Via P2P, les Québécois
téléchargent québécois
Des pirates suédois au Parlement
européen?
Les artistes et l’internet
- LYSIANE GAGNON
La gratuité a un
prix ARIANE KROL
Visa le noir, tua le blanc
UNE HISTOIRE CENSURÉE - Marc
Cassivi
Mais ceci dit, ne devrait-il pas aussi y avoir certaines
limites à la liberté d'expression ?...
Forums
de
discussion
et
diffamation
-
Yves Boisvert
Blogues:
pourquoi tant de haine?
La liberté d’expression virtuelle a
ses limites - Isabelle Audet
Et finalement, que dire du droit à une vie
privée ?...
We’d need to quit more than Facebook
Big
Brother
est
partout
-
Patrick Lagacé
Google
enjoint de respecter la loi
Google
va-t-il
quitter
l'Europe?
Washington
condamné pour écoutes illégales
Voir aussi Vie
privée Facebook plie devant Ottawa
- Hugo de GrandPré
Vers
une
politique internationale sur le Web?
For
the
UAE,
BlackBerry
brings
vice
and
diminishes
virtue
BlackBerry
en Arabie saoudite - RIM accepte de livrer les codes de
tous les utilisateurs aux autorités
Les
accommodements de RIM
Détente
with
Saudis
buoys
hope
for
RIM’s
future
in
Arab
world
Le
secret du BlackBerry
Keeping
secrets from tyrants
Le village où l'électricité tousse -
Patrick Lagacé
Dans la cour des malchanceux - Pierre Foglia
Manque
de compassion
Le
Club Compassion sur le trottoir
Clear
the air around pot laws
Quatre
Clubs Compassion fermés à Montréal
Les pushers sont contents - Patrick Lagacé
Et qu'en est-il en ce qui concerne les droits des animaux,
pendant qu'on y est ?
Des
sanctions plus sévères pour contrer la
maltraitance d'animaux
Pourquoi ce retard au Québec ?
Maltraitance d'animaux: des amendes plus salées
Human
angst, animal emotions
Des amendes salées... ou la prison
On traîne la patte
|
Les
100 ans du Devoir - Toujours pertinent
1910
-
Henri
Bourassa
crée
Le
Devoir
pour
combler
un
vide
dans
l'offre
d'information
10 janvier 1910 - Fais ce
que dois
De 1910 à 1940 -
«Indépendants nous resterons»
Informer,
une passion qui ne se dément pas
100 ans de vie politique au Québec
Le Devoir salué pour son indépendance
à l'Assemblée nationale
La
Chine renouvelle la licence de Google
Perdant-perdant - Sophie
Cousineau
Bravo,
Google!
-
Patrick Lagacé
Google vs Chine : Ne pas perdre la face
THE GAZETTE
Google
challenges China's regime
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
|
|
|
QUATRE GARÇONS POUR 70$ - Philippe
Mercure
Acheter un
enfant comme on achète du riz ou une paire de souliers?
C’est ce qu’ont réussi à faire deux journalistes
indiens lors d’une enquête retentissante qui a
braqué les projecteurs sur le trafic d’enfants qui
sévit dans leur pays. Que ce soit pour le
BANGALORE — Le 4 juin dernier, à Bangalore, dans le sud
de l’Inde, B V Shiva Shankar et Suresh M R se rendent
près de la gare pour faire des emplettes.
PHOTO SATISH BADIGAR
Les quatre garçons vendus aux
journalistes : Manu, Nanda, Varun et Dilip. Comme de
nombreux jeunes, ils sont partis en ville, à
Bangalore, dans l’espoir de trouver de meilleurs emplois.
Mais ils sont plutôt tombés aux mains des
trafiquants d’enfants... avant d’être secourus par les
journalistes. Ils ont ensuite été remis
à l’organisation gouvernementale Child Welfare
Committee.
Mais ce ne sont pas les saris de soie, babioles de plastique
et autre statues de dieux hindous qui les intéressent.
Les deux hommes sont là pour un autre
typedemarchandise: les enfants. Ils n’ont pas à
chercher longtemps. Un homme qui se présente sous le
nom de Ravi vient bientôt à leur rencontre,
accompagné de trois acolytes. Les hommes ont quatre
garçons à vendre. Prix à l’unité :
1200 roupies indiennes (un peu moins de 30$ CAN).
Les acheteurs examinent les garçons. Négocient.
Puis tendent trois billets de 1000 roupies et repartent avec
les quatre enfants.
L’opération n’a duré que quelques minutes. Prix
total déboursé : 70 $ CAN.
Deux jours plus tard, des photos de Ravi et sa bande en train
de vendre des enfants font le tour du pays. B V Shiva Shankar
et Suresh M R ne sont pas des propriétaires de
restaurant à la recherche de main-d’oeuvre bon
marché comme ils l’ont fait croire aux trafiquants. Ils
sont journalistes au quotidien Mid Day de Bangalore.
En plus de
mener à sept accusations criminelles, l’enquête
de Mid Day a braqué les projecteurs sur un fléau
omniprésent en Inde, mais que policiers, politiciens et
citoyens préfèrent souvent ignorer par peur,
laxisme ou intérêt.
Manu, Nanda, Varun et Dilip, les quatre garçons «
achetés » lors de l’opération, ont quant
à eux été remis à l’organisation
gouvernementale Child Welfare Committee (voir autre texte).
« Oui, les gens savaient déjà que le
trafic d’enfants existe en Inde, explique le journaliste B V
Shiva Shankar à La Presse. Mais tout le monde a
été choqué de voir ça dans les
médias. Aujourd’hui, les autorités ne peuvent
plus dire: on n’est pas au courant. »
Surtout que l’enquête de Mid Day a
révélé que l’un des trafiquants
impliqués est justement... un policier.
Des gamins très utiles
Difficile de dire exactement combien d’enfants font l’objet
d’un trafic en Inde. Mais partout au pays, les organisations
non gouvernementales sonnent l’alarme: malgré les lois
qui condamnent le trafic, celui-ci continue de se
dérouler au grand jour.
Bangalore, une ville en pleine expansion où la demande
pour les enfants semble intarissable, est devenue l’une des
plaques tournantes du trafic au pays.
Vasudeva
Sharma y dirige l’organisme Child Welfare Committee, qui a
recueilli les enfants achetés par les journalistes.
PHOTO SATISH BADIGAR
Les
journalistes se sont fait passer pour des
propriétaires de restaurant à la recherche
de main-d’oeuvre bon marché pour acheter les quatre
enfants. Les photos de la transaction, qui s’est
déroulée à la gare de Bangalore, ont
fait le tour du pays.
« Si tant d’enfants font l’objet d’un trafic en Inde,
c’est parce qu’ils peuvent servir à plein de choses
», a expliqué M. Sharma à La Presse,
conscient du caractère choquant de ses propos.
Nettoyer des planchers, cuisiner, servir les clients: dans
les restaurants et les hôtels, mais aussi les usines
et les fermes, les enfants travaillent pour des salaires
dérisoires.
Les mineurs sont aussi prisés au sein de ce que M.
Sharma appelle « l’industrie de la chair ».
« Tant les garçons que les filles sont en
grande demande pour la prostitution. Et de plus en plus
d’enfants nous parlent de pornographie. »
Pour
d’autres, la valeur d’un enfant réside dans son foie
ou ses reins. « Le trafic d’organes n’est probablement
pas aussi répandu qu’on le dit, croit M. Sharma. De
notre côté, on ne le voit pas vraiment. On a
cependant des indices que ça existe. »
D’autres enfants sont vendus, achetés ou volés
pour alimenter les réseaux d’adoption
illégale. « I ls demeurent en Inde ou partent
vers l’étranger, dit M. Sharma. Bien des gens ne
veulent pas passer par le long processus de l’adoption
légale. Tout ce qu’ils veulent, c’est un enfant.
»
Facilité déconcertante
Le journaliste B V Shiva Shankar affirme avoir
été renversé de pouvoir acheter des
enfants en plein jour, à deux pas d’un poste de
police. « La facilité de notre opération
est un signe de la profondeur des réseaux et de leur
niveau d’organisation », croit-il.
Son collègue Suresh M R, lui, est inquiet pour une
autre raison. « Les trafiquants ne nous ont jamais
rien demandé, dit-il. Ils ne nous ont pas
demandé qui nous étions, ni la raison exacte
pour laquelle nous voulions des enfants. Ils ont pris
l’argent, point. C’est probablement ce qui fait le plus
peur. Vous pouvez aller à la gare et dire : je veux
des enfants. Et vous allez en avoir. Et vous pouvez en faire
ce que vous voulez. »
Le rêve d’une vie meilleure
BANGALORE
— Mahamed Allaudhin ravale ses pleurs et lève les
yeux. « Je vais vous raconter mon histoire »,
annonce-t-il.
Mahamed a 12 ans. Son histoire, c’est pratiquement la
même que celles des dizaines de garçons qui
l’entourent.
Nous avons rencontré Mahamed dans les locaux de
l’organisme gouvernemental Child Welfare Committee
(CWC).Tous les garçons de Bangalore
retrouvés seuls ou extirpés des
réseaux illégaux dans lesquels ils sont
tombés aboutissent dans cet immense orphelinat
temporaire.
En ce mardi matin, une trentaine de nouveaux arrivants
attendent d’être interrogés par les
bénévoles du CWC. Si certains jouent et se
chamaillent, la grande majorité regarde par terre
en pleurant, l’air complètement perdu.
Mahamed est né au Bihar, l’État le plus
pauvre de l’Inde. Après un voyage en train de
plusieurs jours, il est débarqué à
Bangalore, seul au milieu d’une métropole où
la langue de la majorité, le kannada, ne lui dit
rien.
Que diable fait-il là? « Je suis venu
étudier », déclare-t-il en bombant le
torse. Ses parents? Il ne les a pas avertis de son grand
départ.
La suite du récit est confuse. Il est question d’un
cousin qui fabrique des sacs de cuir et que Mahamed a
essayé de retrouver. Comment s’est-il
retrouvé au CWC? Il est incapable de l’expliquer.
Les bénévoles, qui reçoivent entre 20
et 70 garçons chaque semaine, ne s’en souviennent
pas non plus.
ONG c. trafiquants
Mahamed a eu de la chance. Les ONG ont réussi
à mettre le grappin sur lui avant que les
réseaux de trafiquants ne le fassent. À la
gare de Bangalore, les deux groupes jouent
carrément de vitesse pour recueillir les dizaines
d’enfants qui débarquent immanquablement chaque
jour en ville, poussés par des rêves
naïfs d’une vie meilleure.
«
Des trafiquants ont déjà attaqué des
ONG qui tentaient d’aider les enfants », affirme le
journaliste B V Shiva Shankar.
Au CWC, des bénévoles interrogent les
enfants, les encourageant à coups de sourires
à sortir de leur coquille. « On cherche
à avoir un nom de village, le nom des parents, un
numéro de téléphone », dit
Vasudeva Sharma. Un travail de détective qui se
déroule tantôt en kannada ou en hindi,
tantôt en tamoul ou en marathi.
Si la famille peut être retracée et qu’elle
est en mesure d’accueillir l’enfant, il y est
renvoyé. Sinon, il demeure à l’orphelinat
jusqu’à ce qu’on lui trouve une famille d’accueil.
Si le trafic d’enfants est si florissant en Inde, c’est en
grande partie parce qu’il est alimenté par un flot
incessant d’enfants qui, poussés par la
pauvreté, convergent vers les villes.
Pauvreté et ignorance
« Le trafic d’enfants en Inde doit être
compris du point de vue économique, social et
culturel », dit M. Sharma, selon qui la
pauvreté et l’ignorance amènent même
certains parents à vendre leurs propres enfants.
« Les gens ne vont pas au marché pour vendre
leurs enfants. Ça ne se fait pas comme ça,
s’empresse-t-il de préciser. Pensez-y : vendre
votre maison, votre voiture ou votre terre, c’est
déjà émotif. Alors vendre votre
propre enfant... C’est pour ça que ça se
fait de façon détournée, de
façon déguisée. »
C’est ainsi, explique-t-il, qu’une famille pauvre se
laissera convaincre de laisser partir sa fille vers une
« bonne maison » en échange d’un peu
d’argent.
« Ce sont des gens non instruits qui se font berner
par de fausses promesses, dit M. Sharma. Ceux qui ont du
pouvoir trouvent toujours le moyen d’abuser de ceux qui
n’en ont pas. Et le trafic d’enfants n’est qu’une
manifestation de cet abus. »
La peur, le carburant des trafiquants
BANGALORE — Suresh M R est inquiet. Avec son
collègue, ce journaliste qui a «
acheté » des enfants planifie maintenant un
deuxième volet à son enquête.
« Nous allons vérifier si, quelques mois
plus tard, le trafic se fait toujours aussi ouvertement
», dit-il. Le hic, c’est que les deux journalistes
risquent maintenant d’être reconnus des
malfaiteurs.
« On se frotte à la grosse mafia,
lance-t-il. Tout le monde les soutient. Et nous, on est
seuls à se battre pour une cause. »
Que le moins peureux gagne
Son
collègue B V Shiva Shankar est plus confiant.
« Maintenant, eux aussi ont peur. Et je fais le
pari qu’ils ont plus peur de nous que nous avons peur
d’eux. »
« Il faut être confiant et faire face aux
conséquences, ajoute-t-il. On a commencé
quelque chose et il faut continuer. »
Parce que la peur, dit-il, est justement le carburant
qui permet aux trafiquants de poursuivre leurs
activités.
« Les lois sont là et les plans d ’ a c t i
on e x i s t e nt , c on f i r me Vasudeva Sharma, de
Child Welfare Committee. Mais il reste à les
appliquer. Trop de policiers ferment les yeux. Et les
cours de justice ne prennent pas ces cas assez au
sérieux. Les peines et les amendes ne sont pas
suffisantes. »
Il y a davantage de suicides dans les prisons du
Québec - Émilie Côté
Le
Québec demeure la province où le taux de suicide
des détenus est le plus élevé,
révèle une récente étude du
ministère de la Sécurité publique.
Même si la moyenne annuelle a diminué de
moitié de 2003 à 2008, par rapport aux cinq
années précédentes, la situation
«semble peu reluisante», peut-on lire dans le
rapport.
En 20 0 4 -20 05, le tau x de suicide était de 15 pour
10 000 détenus dans les établissements
provinciaux au Québec, contre quatre dans les autres
provinces et huit dans les pénitenciers
fédéraux. Des 130 suicides survenus dans les
pénitenciers fédéraux de 1992 à
2000, 55 (42 %) étaient survenus au Québec.
« Ces données confirment sans équivoque le
fait que les hommes au Québec, tant dans la population
que dans les établissements fédéraux et
provinciaux, se suicident davantage que ceux des autres
provinces canadiennes », écrivent les auteurs de
l’étude, Pierre Lalande et Guy Giguère.
Mais la moyenne annuelle de suicides dans les
établissements provinciaux du Québec est
passée de 12,7, pour la période de 1997 à
2002, à 6,2 par année, pour la période de
2003 à 2008.
« Il est encore trop tôt pour parler d’une nette
tendance à la baisse (…) mais il n’en demeure pas moins
que les Services correctionnels ont implanté un
programme de prévention du suicide »,
écrivent les auteurs, ajoutant que le ministère
de la Sécurité publique a aussi inclus cette
problématique dans son Plan stratégique.
Depuis mars 2005, toute tentative de suicide doit être
signalée. En 2005-2006, 16 tentatives ont
été recensées, dont seulement deux faites
par des femmes. L’année suivante, on en
dénombrait 21, puis 13 en 20072008, donc un cas
féminin. Les moyens utilisés ont
été la strangulation ou la lacération.
L’étude
souligne
qu’aucun cas d’intoxication n’est recensé. Selon les
auteurs, «le mode de collecte de données
concernant les tentatives de suicide doit être
revu», car les données actuelles sont «peu
fiables». «Il sera certainement important
d’être plus vigilant dans la collecte des données
afin d’améliorer la prévention du suicide et de
suivre l’évolution des tentatives.»
Les auteurs se sont penchés sur 63 des 65 suicides
survenus dans les établissements de détention du
Québec du 1er janvier 2001 au 31 décembre 2006.
Aucun n’a été commis par une femme. Dans tous
les cas, le moyen utilisé était la pendaison.
Si 56% des prisonniers qui se sont enlevé la vie
étaient en attente de procès, 44% étaient
condamnés, alors que neuf personnes sur 10 en
étaient au moins à leur deuxième
expérience d’incarcération.
Les problèmes de consommation d’alcool ou de drogue
touchaient 75% des personnes suicidées, «ce qui
mérite une attention particulière »,
disent les auteurs. Et si la moitié des personnes
avaient des problèmes de violence et de santé
mentale, au moins six sur 10 avaient des
antécédents suicidaires.
L’étude revient sur les « éléments
clés » de la prévention selon
l’Organisation mondiale de la santé, soit la formation
du personnel par rapport au suicide, le dépistage du
risque chez les détenus, l’observation et la gestion du
suivi.
P ou r P ier re L a la nde et Guy Giguère, le personnel
des pénitenciers doit « toujours garder à
l’esprit que le suicide d’un détenu ne doit pas
être interprété comme étant le
résultat d’une simple fatalité ».
Un détenu malade poursuit le
fédéral - Agnès Gruda
Le
gouvernement l’empêche d’être suivi par son
médecin
Ces dernières semaines, l’état de Richard
Harnois s’est détérioré à un point
tel qu’il a dû être dépêché
à la Cité de la Santé de Laval, pour des
examens neurologiques. Il y est toujours, sous la garde de
gardiens de prison.
La voix au bout du fil exprime une souffrance insoutenable.
« Je suis tanné de vivre comme ça. Je suis
tanné de brailler. Je veux juste qu’on me soulage. Je
veux voir mon docteur. »
Richard
Harnois,
37 ans, détenu à Laval, constitue, à
lui seul, une véritable encyclopédie
médicale. Il est atteint du sida et d’hépatite
C, il ne marche plus et il est incontinent. Il souffre aussi
de spasmes et de « chocs électriques » au
cerveau.
L’homme qui parle ainsi s’appelle Richard Harnois. Il a 37 ans
et constitue, à lui seul, une véritable
encyclopédie médicale. Il est atteint du sida et
d’hépatite C, il ne marche plus et il est incontinent.
Il souffre aussi de spasmes et de « chocs
électriques » au cerveau. Quand ça se
produit, ses phrases s’étranglent dans une sorte de
grincement métallique. Il dit ressentir une douleur
atroce.
Cette douleur et ces spasmes ne disparaissent jamais tout
à fait. Mais Richard Harnois affirme qu’il souffrait
beaucoup moins quand il recevait le cocktail de
médicaments prescrit par son médecin, Jean
Robert.
Le problème, c’est que l’Établissement Leclerc,
la prison de Laval où i l a échoué au
printemps, ne lui permet de choisir ni son médecin ni
son traitement.
Le médecin affilié à la prison a
changé le plan de soins de Richard Harnois. Plus
d’interféron qui soignait son foie. Plus
d’hydromorphine qui soulageait sa douleur. Plus de THC,
l’extrait de cannabis qui contrôlait ses nausées.
M. Harnois a même dû se battre pour recevoir de
l’eau distillée qui prévient ses plaies à
la bouche. Ou des bananes qui atténuent ses
diarrhées, et qui avaient été prescrites
par le Dr Robert.
« C’est humiliant et dégradant », a dit
Richard Harnois dans une conversation
téléphonique avec La Presse, cette semaine.
Le patient dépérit
Ces dernières semaines, l’état de Richard
Harnois s’est détérioré à un point
tel qu’il a dû être dépêché
à la Cité de la Santé de Laval, pour des
examens neurologiques. Il y est toujours, sous la garde de
gardiens de prison. Et il ne reçoit toujours pas le
traitement prescrit par celui qu’il considère comme son
médecin.
« C’est épouvantable ce que je vis, dit-il de sa
voix entrecoupée de spasmes. J’ai des chocs
électriques aux trois-quatre minutes, ça part
dans les muscles des bras et ça monte jusque dans la
tête. »
« Si je
prenais mes anciens médicaments, c’est clair que
j’aurais moins de tics. »
Richard Harnois n’est pas un enfant de choeur. Il a un
passé de toxicomane et de petit criminel. Il y a deux
ans, il a été condamné à plus de
trois ans de prison pour une série de vols
qualifiés. En libération conditionnelle depuis
août 2008, il a été
réincarcéré en avril pour bris de
condition.
Mais Richard Harnois est aussi un très grand malade.
« Ce patient dépérit à vue d’oeil,
il requiert des soins pal l iat i fs » , est i me son
médecin, le Dr Jean Robert, qui a été
dans le passé l’un des cofondateurs de la clinique
Actuel.
Richard Harnois ne comprend pas pourquoi ces soins lui sont
refusés. « J’ai fait des erreurs dans ma vie,
mais je n’ai tué personne, dit-il. Ça a pas
d’allure ce qu’ils me font, c’est moi qui souffre, c’est pas
eux. »
Requête
Richard Harnois a intenté la semaine dernière
une poursuite judiciaire contre le gouvernement
fédéral, demandant qu’on lui permette
d’être de nouveau suivi par son médecin.
« Nous croyons que le médecin qui le suit depuis
15 ans est la personne la plus compétente pour le
soigner », dit son avocate, Isabelle Turgeon.
Elle a aussi déposé une requête en
injonction interlocutoire, réclamant que le
détenu puisse être suivi par son médecin
en attendant l’issue du procès.
Le traitement infligé à Richard Harnois porte
atteinte à la dignité humaine, il est cruel et
inusité, et il contrevient à la Charte des
droits et libertés, affirme la demande d’injonction.
« Mon client veut être suivi par SON
médecin traitant, explique l’avocate, du cabinet Grey
Casgrain. Il a le droit de choisir son médecin, il a un
lien de confiance avec lui. »
Ce droit qui appartient aux gens libres ne doit pas
disparaître derrière les barreaux, plaide-telle.
« Pourquoi ce détenu serait traité
différemment d’un autre patient ? demande-t-elle. Les
politiques carcérales doivent-elles dicter les actes
professionnels des médecins? »
La soeur de Richard Harnois, Isabelle, se pose les mêmes
questions, dans ses mots à elle. « Je pleure
chaque fois que je vois mon frère. Il était
mieux soigné avant. Le médecin qui l’a suivi
s’en est toujours bien occupé, les autres sont en train
de le maganer. »
CAMPING FORCÉ À BORDEAUX -
Isabelle Hatchey
La prison
n’est pas une colonie de vacances. Mais il y a des limites
à ce qu’un détenu peut endurer. À
Montréal, la prison de Bordeaux est si
surpeuplée que les hommes qui y purgent une peine
intermittente, les fins de semaine, sont maintenant
forcés de d
« Il faut toujours que tu te tiennes en état
d’alerte. C’est stressant, ce n’est pas vivable. »
Patrick Samson a passé 24 jours à Bordeaux en
mars. Les 24 jours les plus longs de sa vie. On lui a
enlevé ses antidépresseurs d’un coup sec. Il a
contracté des champignons en s’appuyant sur des
coussins crasseux. Surtout, il a eu peur. Très peur,
entre les murs de cette prison provinciale qui, plus que
jamais, craque de partout. « Il faut toujours que tu te
tiennes en état d’alerte. C’est stressant, ce n’est pas
vivable. J’aurais préféré faire mon temps
en isolement. Ça aurait été moins de
trouble. »
M. Samson, peintre en bâtiment de 36 ans, a
écopé d’une peine de prison pour conduite en
état d’ébriété. Il se dit «
chanceux » d’avoir eu droit à une cellule, qu’il
partageait avec un autre détenu dans un coin
tranquille.
Bordeaux déborde. À tel point que les hommes qui
y purgent une peine « intermittente », les fins de
semaine, dorment désormais cordés les uns contre
les autres sur de minces matelas installés par terre.
Ils sont des dizaines entassés dans une salle de l’aile
D, où ils se partagent deux toilettes qui deviennent
vite insalubres.
Déjà critique, la situation a encore
empiré après l’opération SharQc, qui a
mené à l’arrestation de près de 120 Hells
Angels à la mi-avril. Les motards ont tous
été écroués à Bordeaux,
près du Centre de services judiciaires Gouin, où
ils doivent être jugés. Les autres détenus
ont dû leur céder leur place. Des dizaines
d’entre eux ont été transférés
ailleurs en province, parfois jusqu’à Baie-Comeau.
Mais on n’a fait que déplacer le problème.
Partout au Québec, la population carcérale
explose. Et la situation empire au fil des ans, selon des
chiffres que La Presse a obtenus. Le nombre de détenus
a augmenté de 30% depuis une décennie.
Désormais, ils sont plusieurs centaines en trop
à s’entasser dans les 17 prisons de la province, si
bien que, en 20082009, le taux moyen d’occupation
carcérale atteint 116%.
Bombe à retardement
Il s’agit d’une véritable bombe à retardement,
selon Bertrand St-Arnaud, critique péquiste en
matière de sécurité publique. « La
situation est dangereuse et potentiellement explosive »,
a-t-il dit le 15 mai à l’Assemblée nationale.
Les gardiens
sont à bout de souffle. La vente de drogue à
l’intérieur desmurs est deplus enplusdifficile à
réprimer, tout comme les actes de violence,
pratiquement inévitables dans une telle
promiscuité.
« I l a fallu qu’un viaduc s’écroule à
Laval avant que le gouvernement décide de
rénover nos infrastructures routières, rappelle
M. St-Arnaud. Quel drame attendil pour passer à
l’action et adopter des mesures rapides et énergiques
pour résoudre le problème de la surpopulation
carcérale? »
Conditions exécrables
Dans un courriel envoyé à Jacques Dupuis,
ministre de la Sécurité publique, et
adressé en copie conforme à M. StArnaud, un
homme emprisonné à Bordeaux pour une peine de 14
jours à purger les week-ends décrit des
conditions dignes d’un camp de réfugiés.
« Je suis arrivé le samedi matin dans une salle
réservée aux personnes qui doivent purger leur
peine de fin de semaine. La salle était pleine à
craquer, il n’y avait aucune place pour que je puisse
m’installer. J’ai dû passer la journée assis sur
une table à pique-nique. » « Le soir venu,
pour s’assurer que tout le monde puisse s’étendre sur
les matelas qui sont fournis uniquement vers 22h, les
personnes ont dû coucher dans le corridor de la salle et
même dans l’espace de rangement de ces matelas, poursuit
le détenu. Au total, nous étions 102 dans une
salle qui peut en contenir, selon moi, 60. Il n’y a pas de
douche, il n’y a que deux urinoirs, deux toilettes, deux
lavabos. »
Selon Stéphane Lemaire, pré sident nat i ona l
du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels,
des hommes dorment à même le sol dans toutes les
prisons du Québec, faute de places en cellule. On
épargne ce camping forcé aux détenus qui
ont des problèmes de santé mentale, mais le
classement reste sommaire. « Ceux qui se
promènent tout nus et qui parlent à des
fantômes, on ne les met pas avec les autres. Mais
ça s’arrête là. Un fraudeur et un tueur
peuvent se retrouver dans le même secteur. L’espace
d’une nuit, cela peut arriver. »








En ma i , l e minist re Dupuis a souligné que des
rénovations à Bordeaux permettront l’ajout de
250 nouvelles places cet été. Il s’est aussi
félicité du fait que les criminels purgent
désormais leur peine. « Avant, les gens
arrivaient à la prison le samedi matin, signaient un
livre et étaient remis en liberté, a-t-il
rappelé. Les conditions ne sont pas idéales,
j’en conviens, et on travaille à les améliorer.
Mais il reste que les gens qui sont condamnés pour
facultés affaiblies aujourd’hui, sous un gouvernement
libéral, purgent leur peine. »
Des prisons mobiles
En attendant
la construction de nouvelles prisons, des centaines de
détenus sont incarcérés dans... des
prisons mobiles.
Quatre « bâtiments modulaires temporaires »,
ou BMT, ont été construits il y a quelques mois
dans l’enceinte des prisons de Québec, d’Amos, de
TroisRivières et de Sherbrooke. Ils permettent de
loger324 détenus, parmi les moins dangereux.
« Des BMT, c’est un peu comme des maisons mobiles ou des
camps de bûcherons », explique Stéphane
Lemaire, président national du Syndicat des agents de
la paix en services correctionnels. « On ne veut pas
qu’ils servent à héberger n’importe qui. Ils ne
sont pas assez sécuritaires. Ils n’y a pas de barreaux
aux fenêtres, et leurs murs sont en gypse. »
Les BMT ont
permis de « mettre un peu de baume » sur les
plaies des gardiens de prison, selon le syndicaliste. «
Mais ils n’ont pas réglé le problème de
surpopulation. On veut qu’ils restent une solution temporaire.
»
Dans un rappor t publié mardi, la protectrice du
citoyen, Raymonde Saint-Germain, dit craindre que les
détenus qui répondent à tous les
critères de sélection ne soient
transférés dans ces modules comme des pions.
« Pour combler ces nouvelles places, les personnes au
profil recherché viendront aussi
d’établissements n’ayant pas de bâtiments
modulaires, liton dans le rapport. Ces transferts pourraient
générer des effets néfastes
(éloignement des proches et des ressources
communautaires de la région d’origine,
discontinuité des services médicaux, etc.) sur
les conditions d’incarcération des personnes
touchées par cette mesure. »
LA SOLUTION N’EST PAS DANS LE BÉTON -
Isabelle Hatchey
Quatre
nouvelles prisons seront construites d’ici cinq ans pour
tenter de régler le problème toujours plus
grave de surpopulation carcérale au Québec.
Mais pour ceux qui côtoient les détenus au
quotidien, la solution n’est pas dans le béton.
Les prisons seront construites à Amos, à
Sept-Îles, à Roberval et en
Montérégie, au coût d’un demimilliard
de dollars. Elles procureront 400 places
supplémentaires.
« Ces prisons, on va finir par les remplir, et il y
aura encore un problème de surpopulation »,
prédit Suzanne Gravel, coordonnatrice du Groupe de
défense des droits des détenus de
Québec.
Même si le taux de criminalité diminue au
Québec, la population carcérale augmente
sans cesse. Ce paradoxe s’explique en partie par les
frappes policières contre la mafia, les motards et
les gangs de rue, mais surtout par le meurtre du jeune
Alexandre Livernoche par Mario Bastien, au moment
où ce dernier bénéficiait d’une
absence temporaire de prison.
« Avant cette affaire, on utilisait les absences
temporaires pour gérer la surpopulation, explique
Stéphane Lemaire, président du Syndicat des
agents de la paix en services correctionnels du
Québec. On laissait sortir les détenus
n’importe comment, sans supervision. Depuis, ce n’est plus
aussi facile. »
Personne
n’est contre le fait que les criminels purgent leur peine,
dit Mme Gravel. Sauf qu’il ne s’agit pas seulement
d’emprisonner les gens. « On peut se péter
les bretelles en se disant que les détenus purgent
leur peine, mais c’est se mettre la tête dans le
sable. Il faut travailler à la source du
problème. »
Éteindre des feux
Or, les programmes de réinsertion sociale sont
négligés, interrompus ou abandonnés,
justement en raison de la surpopulation carcérale.
« Dans les prisons, les locaux qui servaient
à la réhabilitation ont été
transformés en dortoirs. Les agents sont comme des
pompiers. Ils éteignent des feux. C’est tout ce
qu’ils font. »
Dans son dernier rapport , publié mardi , la
protectrice du citoyen, Raymonde SaintGermain,
déplore que le gouvernement tarde à se doter
d’un plan pour la création de services de
réinsertion sociale. Elle s’étonne du fait
qu’il n’a même pas d’inventaire des programmes
déjà offerts dans les prisons.
C’est pourtant la sécurité de la population
qui est en jeu, souligne Mme Gravel. Sans
réhabilitation, le risque de récidive est
plus grand. « Bien des détenus finissent par
sortir sans avoir entrepris la moindre thérapie. Si
on refuse de les libérer avant la fin de leur peine
parce qu’on les juge trop dangereux, sachez que, quatre
mois plus tard, ils vont sortir quand même. Et le
travail n’aura pas été fait. »
RUSSIE La Cour bannit la peine de mort
SAINT-PÉTERSBOURG
— La Cour constitutionnelle russe a interdit hier
l’application de la peine de mort en Russie,
déjà suspendue depuis 1996 par un
moratoire, alors que les appels se multiplient pour son
abolition définitive.
«L’application de la peine de mort à partir
du 1er janvier 2010 (date de l’échéance du
moratoire) est impossible», a
déclaré le président de la haute
juridiction, Valeri Zorkine, lors d’une audience
à Saint-Pétersbourg.
Il s’agit d’une « décision
définitive et sans appel », a-til
ajouté lors d’une conférence de presse,
soulignant que la balle était désormais
dans le camp de la Douma, la chambre basse du Parlement.
En
vertu du moratoire, la peine de mort n’est plus
appliquée en Russie, mais elle n’a jamais
été abolie, malgré l’engagement
pris par ce pays en 1996 au moment de son
adhésion au Conseil de l’Europe.
À l’issue de l’audience, le représentant
du président russe Dmitri Medvedev à la
Cour constitutionnelle, Mikhaïl Kroutov, a
laissé entendre que le pouvoir était
favorable à l’abolition, mais l’opinion russe,
pas encore prête.
« La société a besoin de temps
pour accepter la nécessité de
l’abolition de la peine de mort», a-t-il
souligné. Une large majorité de la
population russe – 62%, selon un sondage
réalisé en juin par l’institut
indépendant Levada – reste favorable à
la peine capitale.
La dirigeante d’une ONG assassinée
- Frédérick Lavoie
Rayana
Sadoulaeva, responsable d’une organisation non
gouvernementale tchétchène, a
été retrouvée assassinée
avec son mari hier près de Grozny. C’est la
deuxième en un mois. En dépit de la
levée du régime d’opération
antiterroriste en avril, les violences
GROZNY — Ça s’est passé lundi en plein
après-midi, en plein centre-ville de Grozny,
capitale de la Tchétchénie. Cinq hommes
sont entrés dans le bureau de Sauvons la
génération !, une organisation
humanitaire locale qui s’occupe de la
réadaptation d’enfants handicapés
victimes de près de deux décennies de
guerre et de violence continues dans la
république autrefois indépendantiste.
PHOTO MUSA SADULAYEV,
ASSOCIATED PRESS
En
Tchétchénie,
des femmes ont exprimé leur peine, hier, en
réaction à l’assassinat de la
travailleuse humanitaire Rayana Sadoulaeva. Son
corps et celui de son mari ont été
retrouvés dans le coffre de leur voiture.
Ils se sont présentés à Rayana
Sadoulaeva, la directrice, comme « membres des
forces de l’ordre », sans montrer de
pièce d’identité ni fournir de mandat
d’arrêt. Ils sont repartis avec la femme de 34
ans et son mari, Alik Djibraïlov.
Un autre membre de l’organisation présent dans
le bureau n’a pas été
appréhendé par les agents anonymes.
C’est lui qui a tout raconté.
Au petit matin hier, la voiture abandonnée du
couple a été retrouvée dans un
village en périphérie de la capitale.
Dans le coffre gisaient leurs corps sans vie. La
communauté d’humanitaires de Grozny est sous le
choc. En moins d’un mois, elle a perdu deux
travailleuses acharnées.
Le 15 juillet dernier, Natalia Estemirova,
collaboratrice de l’ONG russe de défense des
droits de l’homme Memorial, avait été
assassinée dans des circonstances similaires.
Ma i s
cont r a i rement à Estemirova, Rayana
Sadoulaeva ( surnommée Zarema) n’était
pas une critique du président autoritaire
tchétchène pro-russe Ramzan Kadyrov.
« Elle s’occupait d’enfants handicapés et
n’avait jamais fait de déclaration contre le
pouvoir », souligne Zaynap Gachaeva,
présidente de l’ONG Écho de la guerre.
Elle collaborait même avec les autorités
pour plusieurs projets. À neuf, mais pas
à l’abri
À Grozny, les traces de la guerre ont presque
totalement disparu. Sous les ordres du jeune Kadyrov
et avec l’argent de Moscou, la capitale rasée
par les bombardements russes a été
reconstruite à neuf, à faire l’envie de
n’importe quelle autre ville du pays. Mais assise dans
l’un des nouveaux cafés modernes de l’avenue
Poutine, renommée par Kadyrov en l’honneur de
celui qui a déclenché le deuxième
conflit en Tchét chénie, Zaynap Gachaeva
s’inquiète.
« Nous vivons maintenant dans de bonnes
conditions. Tout est beau, mais ce genre de chose
arrive. Nous sommes sans défense. »
Les militants des droits de l’homme à Grozny
excluent une implication personnelle du
président et de sa milice dans le double meur t
re, contrairement à celui d’Estemirova un mois
plus tôt. Sous le couvert de l’anonymat, par
crainte de représailles, certains d’entre eux
accusent plutôt les « hommes à
épaulettes » russes de vouloir
déstabiliser à nouveau la
Tchétchénie.
« La levée du régime
d’opération antiterroriste n’était
avantageuse que pour les civils, explique une
humanitaire. Une partie des militaires ne veut pas la
paix. Certains vivaient du chaos en
Tchétchénie, obtenaient des primes et
beaucoup d’autres avantages. »
Si ce double meurtre ne fait pas exception à la
règle qui a cours en Tchétchénie,
les coupables ne seront jamais jugés.
Les larmes de Natalia Estemirova
- Laura-Julie Perrault
Tchétchénie
Une militante des droits de l’homme assassinée
Nombreux sont les journalistes et les militants des
droits de l’homme qui ont perdu la vie dans la
foulée de la guerre de
Tchétchénie. La dernière en date,
Natalia Estemirova, a été
assassinée mer
Nazran. 2002. La guerre de Tchétchénie
bat son plein quand, comme un cheveu sur la soupe,
j’arrive dans le bureau de l’organisme Memorial
à Nazran en Ingouchie, république
voisine de la Tchétchénie. «
Est-ce que quelqu’un peut me mettre à jour sur
la situation des droits de l’homme ? » Natalia
Estemirova n’a pas répondu à ma
question. Elle m’a simplement souri en me faisant
signe de m’asseoir.
Le Ritz-Carlton de Jakarta,
où a eu lieu la seconde explosion. Bien que
le double attentat n’ait pas été
revendiqué, le groupe islamiste Jemaah
Islamiyah, soupçonné de liens avec
Al-Qaeda, pourrait en être l’auteur.
Il valait d’ailleurs mieux être assis pour
écouter ce que cette militante des droits de
l’homme mi-russe, mi-tchétchène avait
à raconter.
Calmement, cette mince brunette aux pommettes
saillantes a commencé à
énumérer sur un ton quasi monocorde
toutes les horreurs dont elle a été
témoin en tant que rapporteuse pour Memorial.
Organisme fondé pour répertorier les
crimes contre l’humanité commis par le
régime soviétique, Memorial est devenu
le principal chien de garde des droits de l’homme en
Russie après la tombée du communisme. La
guerre de Tchétchénie l’a obligée
à concentrer ses activités dans le nord
du Caucase.
Professeure d’histoire et journaliste pigiste à
ses heures, Natalia Estemirova s’est jointe à
l’organisation en 2000 quand elle a
réalisé que l’assaut que menait
l’armée russe contre la
Tchétchénie, sous les ordres de Vladimir
Poutine, n’avait rien à voir avec le premier
épisode de la guerre (19961999), sous la
conduite de Boris Eltsine. Après 1999, les
médias ont été interdits de
territoire en Tchétchénie et les
violations des droits de l’homme se déroulaient
loin des yeux du monde.
Dans
ses fonctions de rapporteuse, Natalia Estemirova
recevait tous les appels des femmes qui ne trouvaient
plus leurs fils et leur mari. Elle enquêtait sur
les disparitions. (À ce jour, Memorial en a
répertorié 3000.) Elle talonnait les
autorités russes pour obtenir des
réponses. La plupart du temps, ses recherches
la menaient à un cadavre.
Calme olympien
Le calme olympien avec lequel elle racontait les
horreurs de cette guerre était
décontenançant. Mais il cachait une
tristesse difficile à dissimuler. Pendant notre
premier entretien, un collègue avait
glissé à Mme Estemirova un petit morceau
de papier. Elle l’avait doucement déplié
tout en me parlant. Des larmes avaient coulé
sur son visage, mais ne l’avaient pas
empêchée de continuer l’entrevue.
Quelques minutes plus tard, elle m’avait
expliqué le contenu de la missive : des
adolescents tchétchènes avaient
été tués puis
défigurés pendant une opération
russe visant à débusquer les «
terroristes ». « Je les connaissais, ces
jeunes. Tout ce qu’ils aimaient, c’était les
tracteurs et leur famille. Ils n’ont jamais fait
partie de la rébellion armée. »
Depuis cette première rencontre en 2002, j’ai
reparlé à Natalia Estemirova à
quelques reprises au téléphone. Au cours
des ans, elle est devenue une des principales sources
d’information des journalistes qui
s’intéressaient à cette guerre, dont
Anna Politkovskaïa, sa grande amie, elle aussi
assassinée en 2006.
Au bout du fil, j’entendais toujours cette même
voix empreinte de calme et de tristesse. Mais jamais
de colère. Pour faire son travail, soit mettre
à l’épreuve les militaires russes, les
dirigeants tchétchènes à la solde
de Moscou et les rebelles armés, Natalia
Estemirova n’avait qu’une arme: son sang-froid.
Indignation et hommage inattendu
— Le
président russe Dmitri Medvedev a rendu hommage
hier à la militante pour les droits de l’homme
Natalia Estemirova, assassinée la veille, alors
que les pressions occidentales s’accentuaient pour que
les meurtriers soient trouvés.
PHOTO OXANA ONIPKO,
AFP
À
Moscou, hier, des manifestantes ont tenu des
portraits de la militante pour les droits de l’homme
Natalia Estemirova, en signe de protestation contre
son assassinat. Elle avait été
enlevée mercredi à Grozny, capitale de
la Tchétchénie, avant d’être
trouvée tuée par balles en Ingouchie
voisine.
« Il est évident que son assassinat est
lié à son activité
professionnelle, qui était utile pour tout
État normal », a déclaré M.
Medvedev au cours d’une conférence de presse
avec la chancelière allemande, Angela Merkel,
à Munich.
« Elle disait la vérité
ouvertement, parfois avec
sévérité en parlant des
autorités. Mais c’est pour cela qu’on
apprécie les défenseurs des droits de
l’homme », a-t-il poursuivi.
Cet hommage, rare en Russie où les militants
des droits de l’homme passent le plus souvent pour des
marginaux, tranche avec le cynisme affiché par
son prédécesseur, Vladimir Poutine,
après l’assassinat de la journaliste Anna
Politkovskaïa en octobre 2006.
Réagissant dans le même contexte, une
visite officielle en Allemagne, M. Poutine avait
déclaré que la « capacité
d’influence » de la journaliste était
« insignifiante » et que sa mort «
nuisait plus au pouvoir en Russie et en
Tchétchénie (...) que ses publications
».
Sur ce point, Dmitri Medvedev n’a pas utilisé
une rhétorique très
éloignée, qualifiant de «
provocation » l’assassinat de Natalia Estemirova
et jugeant « primitives » et «
inacceptables » les accusations portées
à l’encontre de Ramzan Kadyrov, l’homme fort de
Tchétchénie.
Selon l’organisation non gouvernementale Memorial,
pour laquelle travaillait la victime, le coupable ne
fait pas de doute : « Nous le connaissons tous –
son nom est Ramzan Kadyrov », a
déclaré Oleg Orlov, responsable de l’ONG
à Moscou.
Ramzan Kadyrov « menaçait Natalia,
l’insultait et la considérait comme une ennemie
personnelle », a-t-il dit. « Nous ne
savons (simplement) pas s’il a lui-même
donné l’ordre ou si ses collaborateurs l’ont
fait pour faire plaisir à leur chef. »
L’intéressé
a accusé pour sa part les meurtriers « de
ne pas pouvoir se résigner à
l’idée que l’ordre et la paix sont revenus en
Tchétchénie », tandis que le
responsable des droits de l’homme en
Tchétchénie annonçait vouloir
porter plainte contre M. Orlov.
Danslasoirée, NataliaEstemirova a
été inhumée dans le village
tchétchène de Kochkeldy, à
côté de son père, en
présence de proches, de collègues,
d’amis et de villageois, selon l’agence RIA Novosti.
Elle avait été enlevée mercredi
à Grozny, capitale de la
Tchétchénie, avant d’être
retrouvée tuée par balles en Ingouchie
voisine.
Sa mort brutale a soulevé émotion et
indignation en Occident, trois ans après celle
d’Anna Politkovskaïa, tandis qu’en Russie, les
journaux télévisés avaient
opté pour une couverture très sobre,
sinon neutre, de l’événement.
Le président russe a assuré que la mort
de la militante ne resterait pas « impunie
». « Je suis sûr que les meurtriers
seront trouvés » et jugés, a-t-il
dit.
La plupart des meurtres de journalistes et de
défenseurs des droits de l’homme n’ont jamais
été élucidés en Russie,
sans parler des enlèvements et des meurtres
qu’ils dénonçaient.
Après Washington et l’Union européenne
la veille, la chancelière allemande a
insisté sur la nécessité d’une
enquête. « Je crois que du
côté russe tout doit être fait pour
arrêter les meurtriers », a-t-elle
souligné, évoquant « le meurtre
d’une femme courageuse ».
ÀGenève, le HautCommissaire de l’ONU
pour les droits de l’homme, Navi Pillay, a
appelé les autorités russes à
mener une enquête « approfondie,
transparente et indépendante ».
Ce meurtre ressemble fort à un désaveu
de la politique du Kremlin en
Tchétchénie, où Dmitri Medvedev
avait proclamé la fin de l’opération
« antiterroriste » en avril après
des années de conflit entre
indépendantistes et forces pro-russes.
Russie Militante assassinée
Une
militante russe des droits de l’homme, Natalia
Estemirova, qui dénonçait la poursuite
des exactions en Tchétchénie
officiellement pacifiée, a été
enlevée et assassinée hier, un crime qui
a « indigné » le président
russe, Dmitri Medvedev. Le corps de Natalia
Estemirova, de l’ONG Memorial, dont
l’enlèvement avait été
annoncé un peu plus tôt par
l’organisation, a été découvert
dans une forêt près de Nazran, principale
ville d’Ingouchie. « Le corps porte des traces
de blessures à la tête et à la
poitrine », a indiqué le comité
d’enquête du Parquet.
– AFP
LA GÉNÉRATION POST-RÉVOLUTION
Avec
des jeunes aux moeurs et aux valeurs
complètement différentes de celles de la
génération précédente, la
Chine vit en quelque sorte ses années 60. Des
couples divorcent, des homosexuels veulent sortir du
placard et les jeunes prennent des décisions
sans l’approbation de leurs parents. Ils vivent avec
les restrictions du régime communiste, mais ils
ne s’en plaignent pas trop, car ils sont heureux de
participer à l’effervescence de leur pays. Mais
auront-ils le blues après cette lune de miel?
à partir de la page 1 Miao
Wong arrive dans le café avec son MacBook. Elle
porte un legging noir, un chemisier fleuri et des
talons hauts. Avec ses cheveux noirs lisses qui
glissent jusqu’au bas de son dos, elle a beaucoup de
style.
PHOTO
ÉMILIE CÔTÉ, LA PRESSE
GRAPHISME CATHERINE BERNARD De jeunes artistes bavardent
aux abords des canaux du village touristique Xitang
situé au nord de la province du Zhejiang,
à deux heures de route de Shanghai. Xitang,
construit tout autour de canaux provenant de neuf
rivières, attire beaucoup de peintres
paysagistes.
La jeune femme de 25 ans est responsable des
communications pour la seule étiquette de
musique électronique en Chine, Acupuncture
Records. Quand, par courriel, nous lui avons
demandé une entrevue à Pékin,
elle était paradoxalement… à
Montréal.
« J’ai rencontré des gens du festival
MUTEK et des organisateurs des soirées I Love
Neon, nous at-elle raconté à peine deux
jours après son retour en Chine. Tu connais La
Buvette chez Simone? C’est maintenant un de mes
restaurants préférés! »
Miao aime autant le restaurant de l’avenue du Parc,
à Montréal, que nous aimons celui
où elle nous a donné rendez-vous, le
Luce Cafe. Terrasse, grandes tables de bois et
café au lait délicieux, nous sommes
à Pékin, mais nous pourrions tout aussi
bien être dans un café du Mile End.
Miao est allée à l’université.
Son anglais est parfait. Mais la jeune femme est
née dans un milieu qui est aux antipodes de son
mode de vie branché et urbain. « Je viens
du nord-est de la Chine, racontet-elle. Mes parents se
sont séparés quand j’étais
très jeune et j’ai grandi avec ma mère.
»
À l’époque, les enfants
élevés dans une famille monoparentale
était rares. « Avant, le divorce
était considéré comme un
déshonneur, explique-t-elle. Mon père
était un artiste, ma mère n’aimait pas
ça… Mais je ne pense pas que le divorce de mes
parents a eu un impact sur moi, sauf peut-être
pour mon indépendance. »
Comme beaucoup de Chinois de sa
génération, Miao s’est heurtée
aux idées plus conservatrices de la
génération de sa mère qui, elle,
a grandi dans la Chine grise avec son uniforme Mao.
« J’ai toujours été
intéressée par les arts, et ma
mère était contre ça. Elle me
disait que je n’aurais pas de job. »
En
2000, Miao a décidé d’en faire à
sa tête et de déménager à
Pékin pour aller à l’université.
En Chine, ce n’est pas facile de faire le saut dans la
grande ville. Il faut obtenir des permis de
résidence (un hukou), qui facilitent notamment
l’accès à l’éducation et aux
services de santé. Il y a des contrôles
de population pour limiter l’exode rural.
Pour Miao, découvrir la capitale moderne et
agitée de la Chine a été un
éveil. « Pour moi, Pékin a
été une liberté. J’ai
été exposée à
l’underground… J’ai connu des écrivains, des
musiciens, des designers et des graffiteurs. »
L’an dernier, au mois de mars, Miao a quitté un
emploi en marketing pour se consacrer
entièrement à Acupuncture Records. La
musique des cinq DJ que la maison représente
est vendue sur iTunes et Beatport. « Nous
apprenons sur le tas. Nous sommes les premiers
à créer un modèle d’affaires pour
les DJ chinois. Ce qui est intéressant pour
nous, c’est que nous partons de zéro. Nous
bâtissons quelque chose. »
Miao nous montre des photos du premier festival de
musique électronique qu’Acupuncture Records a
organisé à Pékin. « J’ai
donné et je donne beaucoup à
Acupuncture. C’est la première fois que je suis
aussi passionnée par quelque chose, explique la
jeune attachée de presse. J’aime les arts, mais
je ne suis pas une artiste. Acupuncture me permet
d’être aussi près des arts que je peux. –
Et le communisme, Miao? » La jeune femme prend
une grande respiration avant de répondre.
« Dans chaque pays, le gouvernement a des
préoccupations. Cela peut être la
sécurité », dit-elle d’abord avec
ironie, en parlant des États-Unis.
« À l’étranger, les gens pensent
que nous n’avons pas de liberté parce que des
sites internet sont fermés et qu’il y a des
restrictions. Mais à certains égards,
nous avons plus de liberté. Les bars ferment
tard et on peut y fumer », ajoute-telle encore
à la blague.
« C’est certain que les artistes ne peuvent pas
écrire carrément que le gouvernement est
mauvais. Mais dans 798 Space (le célèbre
district artistique de Pékin – voir autre
texte), il y des oeuvres controversées. On sait
où est la limite et on est libre
là-dedans. Ce n’est pas si terrible. »
Pour rien au monde Miao ne changerait de vie ou de
pays. « Il y a tellement de changement, de
choses qui se passent en ce moment, en Chine! Ici, il
n’y pas eu d’années 60, 70 et 80. Le rattrapage
se fait à une vitesse que la planète n’a
jamais vue. Je me sens privilégiée
La place Tiananmen quadrillée
— De nombreux
dissidents ont été emmenés hors de
Pékin ou confinés chez eux hier à la veille
du 20e anniversaire de la sanglante répression des
manifestations en faveur de la démocratie dans la nuit du
3 au 4 juin 1989.
La place Tiananmen, coeur de la révolte du «
Printemps de Pékin », quadrillée par des
centaines de policiers, est restée fermée au
public toute la journée, a constaté l’AFP.
Qi Zhiyong, qui a perdu sa jambe gauche dans la
répression de 1989, a été emmené de
force hors de la capitale, après avoir refusé de
partir de son plein gré.
« Tous
les jours, c’est dans une voiture de police que je dois emmener
ma fille à l’école mais, aujourd’hui, après
l’avoir accompagnée, la police a refusé de me
laisser sortir de la voiture », a expliqué le
dissident dans un texto. « Ils sont en train de me
conduire hors de Pékin. Ils vont saisir mon
téléphone », a-t-il aussi écrit,
avant qu’il ne devienne impossible de le joindre.
La secrétaire d’État américaine Hillary
Clinton a appelé hier les autorités chinoises
à publier les noms des personnes tuées, disparues
ou arrêtées lors de la répression de 1989,
dans un communiqué lu par un porte-parole à
Washington.
Le sujet des événements de 1989 reste tabou en
Chine, où le 4 juin est tous les ans tendu. Mais «
cette année, la police prend des mesures beaucoup plus
radicales », a estimé Nicholas Bequelin, de
l’organisation de défense des droits de l’homme Human
Rights Watch à Hong Kong. Amnistie Internationale a pour
sa part recensé plusieurs figures de la dissidence ayant
eu des démêlés avec la police dans tout le
pays.
La Chine a par ailleurs censuré les informations des
télévisions étrangères sur Tiananmen
et bloqué des services internet comme Bing, le
nouveaumoteur deMicrosoft, Hotmail et le réseau social
Twitter.
La place Tiananmen, une péripétie taboue en Chine -
Tristan de Bourbon
La plupart des
jeunes Chinois ne savent rien du 4 juin. Cet effacement de la
mémoire collective est favorisé par les
générations précédentes,
craintives, et par les élites du pays, favorables
à l’intervention de l’armée.
« Mon grand-père m’a dit que ce n’était
pas bon que je sache ce qui s’est passé là-bas,
car je pourrais avoir ensuite une mauvaise image du
gouvernement et du Parti communiste ! » raconte un
étudiant en informatique de 24 ans qui vit à
Canton.
COLLABORATION SPÉCIALE PÉKIN « Le 6/4 ?
Qu’est-ce que c’est ? Le 4 juin? Euh, non, je ne vois pas. Le
4 juin 1989? J’avais 3 ans, vous imaginez bien que je ne sais
pas de quoi il s’agit! » Le regard de
l’étudiante, qui désire rester anonyme comme
toutes les personnes interrogées à ce sujet, est
vide. Vaguement interrogateur, mais vide.
PHOTO CATHERINE HENRIETTE,
ARCHIVES AFP
Un étudiant chinois demande aux
soldats de rentrer à la maison alors que la foule
inonde le centre de Pékin, le 3 juin 1989.
La jeune femme dit avoir entendu parler de cette
journée à l’école, dans ses livres
d’histoire. En revanche, ni les membres de sa famille, ni ses
camarades d’université n’ont jamais abordé ce
sujet avec elle. Cette méconnaissance d’un
événement majeur pour l’évolution et
l’image de la Chine contemporaine pourrait être
exceptionnelle ; elle est au contraire devenue la norme.
Le silence des adultes se radicalise parfois pour se
transformer en refus de témoigner. « J’ai
posé quelques questions à propos du 4 juin
à ma tante, qui habite depuis toujours près de
la place Tiananmen, mais elle a refusé de me raconter
quoi que ce soit ! » raconte un étudiant en
informatique de 24 ans qui vit à Canton. « Mon
grand-père m’a dit que ce n’était pas bon que je
sache ce qui s’est passé làbas, car je pourrais
avoir ensuite une mauvaise image du gouvernement et du Parti
communiste ! » Cette anecdote est revenue dans la bouche
de nombreux étudiants dont la famille cache
volontairement ce qu’elle sait sur la question.
Toute l a population chinoise ne semble pourtant pas
réduite à cette ignorance et à ce
silence. L’élite du pays connaît et
perçoit le 4 juin bien différemment.
Cet
entrepreneur de 35 ans, qui a vécu aux ÉtatsUnis
pendant t rois ans avant de revenir récemment à
Pékin, assure que le sujet n’était pas tabou
dans sa famille.
Fils de hauts fonctionnaires, il explique que la politique
s’est toujours trouvée au centre des repas familiaux.
« Les demandes des étudiants étaient au
départ raisonnables, et elles étaient d’ailleurs
soutenues par l’ensemble de la population ainsi qu’un nombre
important des dirigeants, analyse-t-il. Elles se sont ensuite
radicalisées. Le gouvernement n’a alors pas eu le choix
de déclarer l’état d’urgence et d’envoyer
l’armée sur la place. »
Les jeunes répètent ces arguments dans les
mêmes termes, voire les mêmes phrases, comme s’ils
les avaient appris par coeur. La propagande scolaire confirme
une fois de plus son efficacité.
Elle s’effrite parfois lorsque ces anciens bons
élèves sortent de la théorie et sont
placés devant les images tournées le 4 juin sur
la place Tiananmen et dans les rues de Pékin. «
Quoi? Les soldats ont tiré comme ça? Mais ce
n’est pas possible, ce sont des assassins ! » À
côté, un licencié en sciences politiques
de l’Université de Pékin explique en revanche
calmement : « Cela n’est pas grand-chose. Quelques
morts, au pire quelques centaines, qu’est-ce au regard de la
population totale du pays ? Et puis, vous percevez cette
journée du 4 juin 1989 comme un moment important de
l’histoire de Chine alors qu’elle n’en est qu’un
épisode, une péripétie qui finira par
être oubliée. »
La liberté n’est plus ce qu’elle
était - AGNÈS GRUDA
ANALYSE
Ce n’est pas seulement un affrontement entre le peuple et
ses dirigeants. Ce sont aussi les tensions internes qui, en
cette époque qui annonce la fin de la guerre froide,
opposent réformateurs et conservateurs dans les plus
hautes instances du pays.
La scène se passe à Pékin un jour demai
1989. Mikhaïl Gorbatchev, qui dirige alors une Union
soviétique au bord de l’éclatement, vient
d’arriver en Chine pour des discussions cruciales sur le
rapprochement entre les deux grandes puissances communistes.
Mais les dizaines de journalistes occidentaux qui le suivent
dans cette rare mission découvrent que, en fait,
l’Histoire est dans la rue.
Loïc Tassé étudie alors à
l’Institut des langues de Pékin. Il y
fréquente de jeunes Chinois assoiffés de
changement au point de se lancer à corps perdu dans
un mouvement de protestation contagieux qui culmine sur la
place Tiananmen.
Ce jour de mai 1989, il y a un million de personnes dans la
rue, et pas seulement des étudiants. C’est d’ailleurs
un ouvrier de l’Usine électronique no 2 qui fait
monter Loïc Tassé sur son vélo, alors que
l’étudiant québécois tente de rejoindre
la grande place de la capitale.
Le vélo traverse une ville euphorique. « Des
gens chantaient L’Internationale, tous nous applaudissaient,
même des enfants de maternelle », se souvient
Loïc Tassé, qui enseigne aujourd’hui les
sciences politiques à l’Université de
Montréal.
À un moment, le j eune Québécois se
hisse sur le camion d’une fabrique de boissons gazeuses
où il fait une rencontre dont il se souvient encore
aujourd’hui : celle d’un apparatchik communiste venu se
joindre aux manifestants.
L’homme dénonce le régime corrompu, parle de
liberté et de démocratie. Puis il lui montre
un bout de papier déchiré en deux. «
Vous voyez, c’est ma carte du parti », dit-il.
Ce qui frappe alors Loïc Tassé, c’est que
l’homme a pris la peine de garder les deux morceaux de cette
carte, qui prouve son adhésion à
l’élite dirigeante. « Des morceaux de papier,
ça se recolle », pense-t-il, en se disant que
ce protestataire se réserve une petite porte de
sortie...
L’anecdote montre que tout n’était pas si clair dans
ce mouvement, écrasé dans le sang le 4 juin
1989. Ces manifestants qui faisaient la grève de la
faim avaient des appuis au gouvernement et même dans
l’armée. Ce qui se jouait alors, ce n’était
pas seulement un affrontement entre le peuple et ses
dirigeants. C’étaient aussi les tensions internes
qui, en cette époque qui annonçait la fin de
la guerre froide, opposaient réformateurs et
conservateurs dans les plus hautes instances du pays.
D’un côté, les faucons du premier ministre Li
Peng. De l’autre, les réformistes du
secrétaire général du Parti communiste,
Zhao Ziyang. Et en retrait de la mêlée, le
grand leader Deng Xiaoping.
Chicanes au
sommet
Dans ses mémoires, qui viennent de paraître,
quatre ans après sa mort*, Zhao Ziyang relate les
tractations au sommet qui se sont déroulées
pendant ces jours intenses du printemps 1989. Il note que,
à un moment, le mouvement étudiant paraissait
s’essouffler. Les « faucons » ont alors
jeté de l’huile sur le feu.
« Li Peng cherchait une excuse pour écraser les
manifestants », accuse-t-il dans ce livre,
enregistré en secret dans la résidence
surveillée où il a terminé sa vie.
C’est de cette retraite qu’il a vu la Chine construire son
modèle actuel. Libéralisation
économique effrénée d’une part,
répression politique de l’autre…
L’Histoire aurait-elle pu tourner autrement ?
Peutêtre. Mais, rétrospectivement, rares sont
les Chinois qui regrettent ce dénouement, pense
Loïc Tassé.
Dans ce pays où « tout le monde s’enrichit et
tout le monde a l’espoir de s’enrichir », la
prospérité rend l’autoritarisme acceptable.
Oui, les gens sont toujours exaspérés par la
corruption qu’ils dénonçaient en 1989, mais
pas assez pour mettre en péril les acquis
économiques des 20 dernières années.
Il y a autre chose. Depuis 20 ans, les Chinois ont pu voir
le sort qu’a connu Gorbatchev, leur visiteur de mai 1989.
Son pays s’est disloqué. La Russie a raté son
virage démocratique. Quant à l’espoir de
s’enrichir, il est l’affaire d’une infime élite.
Tout compte fait, la majorité des Chinois se disent
que le régime, aussi autoritaire soit-il, leur
profite plutôt bien, merci. D’ailleurs, leur espace de
liberté personnelle s’élargit à tout
petits pas.
Qui se bat encore pour la démocratie en Chine ? De
rares dissidents, durement réprimés. Et… Zhao
Ziyang, avec son livre posthume, qu’il termine en affirmant
: « Le système parlementaire occidental est le
meilleur système qui soit. » Mais lui, il peut
dire ce qu’il veut. Il ne risque plus rien.
Tiananmen: la faute à l’inflation
- MATHIEU PERRAULT
Le massacre
de la place Tiananmen n’aurait probablement pas eu lieu si
les dirigeants chinois réformistes n’avaient pas
précipité le passage à une
économie de marché. L’inflation galopante et
une panique bancaire ont provoqué des manifestations
monstres, qui ont nourri le courage des étudiants
pro-démocratie. Face à ces troubles sociaux,
le camp réformiste n’a pas su résister aux
assauts des conservateurs, qui ont repris le contrôle
du gouvernement chinois, réprimé les
manifestants dans la violence, et annulé pendant
trois ans les réformes de marché.
Telle est la thèse de Zhao Ziyang, qui était
secrétaire général du Parti communiste
chinois jusqu’en mai 1989. Mort en 2005, il a passé
les 16 dernières années de sa vie
emprisonné dans son domicile, parce qu’il s’opposait
à l’intervention de l’armée à
Tiananmen. Sa famille vient de faire publier en anglais ses
mémoires enregistrées en secret, sur des
cassettes audio cachées parmi les jouets de ses
petits-enfants. Le livre, Prisoner of the State, jette une
lumière prosaïque sur ce terrible
événement.
L’un des premiers dirigeants à arborer presque
systématiquement le complet-cravate à
l’occidentale, M. Zhao fait en quelque sorte son mea-culpa,
en plus de régler ses comptes. En gros, il admet deux
fautes, l’une économique, l’autre politique.
Les erreurs économiques sont à la base de
l’escalade qui a mené à Tiananmen.
M. Zhao
admet qu’il aurait dû être plus prudent dans les
réformes de marché, pour éviter
d’angoisser la population. Il pense qu’obliger les banques
à verser des taux d’intérêt plus
élevés aux épargnants aurait
augmenté leur capital, et donc limité les
peurs de banqueroute. Pour limiter l’inflation, il
préconise rétrospectivement un programme de
vente des logements sociaux, ce qui aurait diminué
l’argent en circulation, et une limitation du programme
d’infrastructures, qui aurait diminué la pression sur
les prix des matières premières.
Arrivé au sommet après une série de
postes prestigieux en région, son pouvoir
dépendait totalement du dirigeant suprême Deng
Xiaoping, ce qui le rendait vulnérable aux attaques
de la vieille garde communiste, laquelle était
hostile aux réformes économiques de Deng et de
son bras droit Zhao. Ce manque d’appuis politiques l’a
empêché de gagner le bras de fer sur Tiananmen.
En 1987, un autre dirigeant réformiste recruté
par Deng, Hu Yaobang, avait été
évincé du pouvoir à cause de ses
réformes économiques. Il est mort en avril
1989, en plein milieu des manifestations contre l’inf
lation. Comme Hu Yaobang avait aussi proposé des
réformes démocratiques au sein du PCC, des
étudiants ont voulu commémorer son
décès en guise de protestation politique. Ils
se sont mêlés aux centaines de milliers de
manifestants économiques à Pékin, et la
puissance du nombre les a enivrés, avance Prisoner of
the State.
Zhao Ziyang ne craignait pas outre mesure les manifestants,
convaincu que le ralentissement des réformes
calmerait rapidement les inquiétudes populaires. Il
n’a pas annulé un voyage prévu en Corée
du Nord, décision funeste. Pendant son absence, un
membre de la vieille garde, Li Peng, a commandé un
rapport de la situation aux autorités municipales
pékinoises. Le rapport était alarmiste, et Li
Peng s’en est servi pour convaincre Deng Xiaoping qu’il
fallait sévir. Deng s’est laissé convaincre,
selon M. Zhao, parce qu’il avait les manifestations en
horreur – son propre fils avait été tué
durant la Révolution culturelle des années 60.
Li Peng avait une dent contre Zhao Ziyang parce que ce
dernier lui avait promis l’élection au Comité
central du PCC, mais n’avait pas pu honorer sa promesse.
Défait, Zhao Ziyang s’est rendu sur la place
Tiananmen à la mi-mai pour convaincre les
étudiants de cesser l’occupation de leur propre
gré. Il leur a dit que la grève de la faim que
plusieurs menaient alors finirait mal, une allusion
voilée à la possibilité d’une
intervention militaire. Les étudiants ne l’ont pas
écouté.
LA MÉMOIRE SUR TOILE
Un homme, un
char d’assaut. Une image qui a marqué l’histoire. Le 4
juin 1989, l’armée chinoise met brutalement fin au
mouvement de protestation de milliers d’étudiants,
d’ouvriers et d’intellectuels. Cette répression brutale
a marqué à jamais de nombreux
« Je voulais montrer ce qui s’est passé pendant
les événements de Tiananmen. C’est mon angle,
une petite partie de la vraie histoire », dit l’artiste
aujourd’hui âgé de 44 ans.
Quelques pas dans l’appartement du peintre montréalais
Liuyi Wang permettent de comprendre qu’un certain 4 juin – le
4 juin 1989 – a eu l’impact d’une bombe dans sa vie. Les murs
sont monopolisés par d’immenses tableaux. Dans le
salon, on voit un couple qui essaie d’échapper au gaz
lacrymogène. Dans le corridor, un char d’assaut kaki
semble foncer sur celui qui l’observe.
Le
peintre montréalais Liuyi Wang a assisté aux
événements de Tiananmen. Ses oeuvres
reflètent ce qu’il a vu.
« Je voulais montrer ce qui s’est passé pendant
les événements de Tiananmen. C’est mon angle,
une petite partie de la vraie histoire », dit l’artiste
d’origine chinoise aujourd’hui âgé de 44 ans.
Il y a 20 ans, il n’avait jamais entendu parler de
Côte-desNeiges, le quartier qu’il habite aujourd’hui. Il
vivait avec ses parents dans un quartier de Pékin,
à un jet de pierre de la place Tiananmen. « Je
suis né à Pékin, j’ai grandi à
Pékin, j’ai fait mes études et j’ai
travaillé à Pékin »,
énumère-t-il fièrement. Pas de doute, il
a toujours la capita le chinoise tatouée sur le coeur.
Quand, en avril et en mai 1989, des étudiants ont
transformé la place Tiananmen en campement de
protestation contre le régime communiste, qu’ils
jugeaient corrompu et trop peu démocratique, Liuyi Wang
a pris l’habitude de leur rendre visite une fois de temps en
temps.
« Le succès des manifestations nous montait
à la tête. Nous étions complètement
euphoriques », dit-il aujourd’hui pour justifier
plusieurs des risques qu’il a pris à l’époque.
Dès la fin du mois d’avril 1989, le gouvernement
chinois avait laissé entendre dans les journaux que
l’armée pouvait intervenir à tout moment, par la
force, pour mettre fin aux manifestations.
L’avertissement n’avait en rien calmé les ardeurs des
étudiants et de leurs sympathisants. « Personne
ne croyait que l’armée allait ouvrir le feu sur nous
», laisse tomber Liuyi Wang en haussant les
épaules.
Il a commencé à y croire quand un
Pékinois qui tentait de freiner l’avancée des
soldats dans une rue de la ville a été
touché d’une balle au genou. « Nous avons vu
qu’elles n’étaient pas en caoutchouc. Nous avons
ramassé des balles par terre pour prouver que tout
ça avait bien eu lieu », raconte-t-il.
Montréalais depuis 10 ans, Liuyi Wang ne prétend
pas avoir été une figure de proue du mouvement
pro-démocratie, qui a cru l’espace de deux mois pouvoir
changer la Chine de Mao.
Il fait partie des Pékinois qui ont été
témoins de l’horreur. Ces derniers n’ont pas
été épargnés quand l’armée
a eu l’ordre, le 4 juin 1989, de mettre fin à la
dissidence.
Selon plusieurs rapports, la plupart des victimes – on les
estime à plusieurs centaines – n’ont pas
été tuées sur la place Tiananmen, mais
dans les rues de Pékin qu’ont empruntées les
chars d’assaut.
Au moment des événements, plusieurs de ses
proches lui avaient recommandé de ne pas prendre de
photos. Ils étaient convaincus que la possession d’un
appareil pourrait attirer vers lui le canon d’un fusil. Il les
a écoutés et s’est contenté de graver des
centaines d’images dans sa mémoire. Pendant 17 ans,
elles y ont somnolé. Puis, il y a trois ans, il a
dégoupillé ses souvenirs. Il en a tiré
des toiles en format géant et un projet de film
d’animation. « L’humain est comme un animal. Nous oubl
ions l ’ histoi re et nous retrouvons l’espoir. Mais c’est un
faux espoir, croit le peintre. Le gouvernement chinois est de
plus en plus fort. Le régime peut se libéraliser
un peu, mais il désire toujours contrôler la
population, et ça, il ne faut jamais l’oublier ».
L’homme de Tiananmen, ou encore l’homme au tank, est le surnom
qu’on a donné à ce Pékinois anonyme,
filmé et photographié par plusieurs
médias occidentaux alors qu’il s’efforçait de
bloquer la progression d’une colonne de chars de
l’Armée populaire de libération, le 5 juin 1989.
On ignore ce qu’il est advenu de lui, mais son geste symbolise
encore aujourd’hui la résistance face à la
répression.
Tian An, enfant de Tiananmen
La
répression de la place Tiananmen a englouti des
centaines de vies et en a transformé des milliers
d’autres. Vingt ans après la fin abrupte du
mouvement prodémocratique chinois, deux anciens
manifestants et leur fille se souviennent de
l’événement qui a
En chinois, son nom signifie « paix paradisiaque
». Mais Tian An sait bien que ce n’est pas pour une
raison poétique que ses parents l’ont nommée
ainsi. « À l’école secondaire, tout le
monde m’appelait Place Tiananmen », dit, au bout du
fil en riant, l’étudiante de 19 ans.
PHOTO CATHERINE
HENRIETTE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Une
photo des manifestants de la place Tiananmen prise le 3
juin 1989.
Ses petits partenaires de classe avaient visé
juste. Journalistes à l’époque, son
père, Qingquan He, et sa mère, Bin Bin
Chang, ont manifesté pendant des mois en 1989 sur
la plus grande place du monde auprès de centaines
de milliers de jeunes Chinois de leur âge qui
réclamaient des réformes
démocratiques. Leur fille est née en mars
1990, soit exactement neuf mois après
l’intervention de l’armée pour disperser les
protestataires.
« Tian An a été conçue pendant
les événements de Tiananmen. C’est un moment
très spécial de nos vies et nous voulions
nous en souvenir », raconte Qingquan He, joint
à Pékin.
« Violence inimaginable »
Homme d’affaires couronné de succès, M. He
est l’incarnation même de la Chine d’aujourd’hui.
Mais il ne cache pas qu’il y a eu des monts et des vaux
entre la répression sanglante qui a eu lieu dans la
nuit du 3 au 4 juin et sa vie actuelle.
Cette
nuit-là, les jeunes mariés étaient
dans les rues de Pékin et ont assisté
à l’horreur : les chars d’assaut, les
blessés jonchant le sol, la peur d’y laisser leur
peau. « La violence a atteint un sommet inimaginable
», s’exclame Bin Bin Chang.
Les deux journalistes n’ont pas été
blessés, mais ils ne s’en sont pas sortis indemnes
pour autant. Leur soutien au mouvement étudiant
ainsi qu’une entrevue qu’ils ont accordée à
la journaliste Alexandra Szacka, qui couvrait les
événements pour
Télé-Québec (appelé
RadioQuébec à l’époque), les a mis
dans le pétrin auprès des autorités.
La journaliste québécoise, qui
s’était liée d’amitié avec le couple,
a aidé Mme Chang à obtenir un visa pour le
Canada et l’a hébergée pendant sa grossesse.
Resté derrière, Qingquan He a perdu son
emploi dans le quotidien anglais de Pékin.
Heureusement, il a pu rejoindre sa femme à
Montréal quelques semaines avant l’arrivée
au monde de Tian An.
Vingt ans moins neuf mois plus tard, beaucoup d’eau a
coulé sous les ponts de la famille sino-canadienne.
Tian An étudie aujourd’hui les communications
à l’Université York et se fait appeler
« Annie An ». Avant d’entreprendre ses
études universitaires, elle a vécu 10 ans en
Chine.
Ses parents, divorcés depuis 1997, ont refait leur
vie. Si son père vit aujourd’hui à
Pékin, sa mère, elle, est ingénieure
en informatique à Vancouver. Tous les deux avouent
qu’ils repensent quotidiennement à Tiananmen.
« Que se serait-il passé si nous avions
réussi à renverser le régime
communiste? La Chine se serait-elle
désintégrée ? Y aurait-il eu une
guerre civile? On a vu ce qui s’est passé en Union
soviétique », se demande Qingquan He. «
Même si ce mouvement a échoué, la
manière de penser des Chinois n’a plus jamais
été la même. Et les choses se sont
améliorées en Chine depuis », remarque
pour sa part Mme Chang. Elle se désole cependant de
voir que la génération de sa fille
s’intéresse plus à la consommation
qu’à la politique.
Et que dit Tian An de tout ça ? Celle qui a
aujourd’hui l’âge des manifestants de 1989 est-elle
fière du combat qu’ont mené ses parents ? Au
bout du fil, la jeune femme esquive la question. «
J’aimerais savoir ce qu’il s’est vraiment passé
à la place Tiananmen. Les médias occidentaux
ne sont pas objectifs à l’endroit de la Chine. Je
pense que la démocratie n’y fonctionnerait pas.
Il y a trop de gens, comme mes cousins de la campagne,
qui ne sont pas assez instruits pour faire des choix
judicieux ». Autres temps, autres
discours.
Chine : Les exécutions alimentent les
greffes
En Chine,
la majorité des organes greffés proviennent
des condamnés
Depuis des a n nées, la rumeur circulait. Hier,
dans un article du quotidien officiel anglophone China
Daily, un haut responsable gouvernemental chinois a admis
que 65 % des organes greffés en C h i ne prov ien
nent de condamnés exécutés.
L’origine
des
corps utilisés pour la populaire exposition
Bodies a été le sujet d’une controverse,
car certains se demandaient s’ils n’étaient pas
ceux de personnes exécutées en Chine.
Maintenant, un haut responsable chinois a reconnu que
les organes utilisés pour les greffes proviennent
la plupart du temps de condamnés à mort.
L’a r t ic le d u q u o t id ie n , qu i at t r ibue ce c
h i f f re à des experts du secteur de la
santé, constitue un aveu inhabituel du rôle j
oué par les condamnés à mort dans le
domaine des greffes en Chine.
L e j ou r na l cite le v ice - ministre de la
Santé Huang Jiefu, qui rappelle que le consentement
écrit des prison n iers conda m nés est
requis, mais reconnaît qu’ils ne sont «
manifestement pas une source convenable pour les greffes
d’organes ».
Depuis 20 07, un décret interdit les dons d’organes
de personnes sans relations familiales ou affectives avec
le greffé, mais la législation ne semble pa
s avoi r fa it baisser le nombre d’organes
prélevés sur des condamnés à
mort ou fournis par le marché noir.
Afin de tenter de remédier à la «
longue dépendance » du pays à
l’utilisation d’organes de condamnés à morts
exécutés, la Société chinoise
de la Croix-Rouge a lancé mardi un système
national de don d’organes, explique le quotidien. Un fonds
a été établi pour compenser
financièrement les familles des donateurs
volontaires.
Selon des
ex per ts c ités par la BBC, cette nouvelle
approche a cependant peu de chances de réussir dans
u ne c u lt u re réticente au
prélèvement d’organe après la mort.
Dans le passé, la Chine ava it déjà
ad m is que les reins, les foies, les cornées et
d’autres organes étaient prélevés
couramment sur des prisonniers exécutés,
mais sans chiffrer le nombre d’organes ainsi
récupérés.
Les dons volontaires ne répondent pas à la
demande en Chine. Seulement 1 % environ du million de
personnes qui nécessitent une greffe obtien nent
l’orga ne attendu.
En reva nche, le ma rché noir est prospère,
avec des person nes contraintes à donner ou
abusées par les trafiquants, qui fabriquent les doc
u ments adéquats illégalement.
La Chine exécute plus de prisonniers que tout autre
pays au monde, avec 470 exécutions en 2007 et 1718
en 2 0 0 8 , selon A m n istie internationale. Ces
chiffres ne sont pas confirmés par l’État,
qui considère que le nombre d’exécutions est
un secret d’État.
De grands espoirs placés en
ElBaradei
«
Celam’inquiète vraiment que les gens soient
désespérés au point de
considérer une seule personne comme leur sauveur.
»
LE CAIRE— Le retour au Caire de Mohamed ElBaradei,
exchef de l’Agence internationale de l’énergie
atomique (AIEA), Prix Nobel de la paix 2005 et candidat
possible à la présidentielle de 2011, a
dynamisé la scène politique, mais beaucoup
se demandent s’il est le « sauveur » que
l’Égypte attend.
POHOTMOHAMMEDAHMED,
ARCHIVE ASSOCIATED PRESS Mohamed ElBaradei, ancien chef
de l’Agence internationale de l’énergie
atomique et PrixNobel de la paix 2005, a
été accueilli en héros vendredi
par plus de 1500 de ses partisans à
l’aéroport du Caire.
Accueilli en héros vendredi par plus de 1500 de
ses partisans à l’aéroport du Caire, M.
ElBaradei, 67 ans, a plusieurs fois appelé
à une démocratisation du régime en
Égypte depuis son départ de l’AIEA, en
2009.
Après qu’il eut commencé à se
mêler de politique interne, ses partisans ont vu
en lui un « sauveur » qui pourrait sortir le
pays de sa léthargie politique, alors que les
médias gouvernementaux se sont retournés
contre lui, l’accusant de ne rien connaître
à l’Égypte.
M. ElBaradei, lui, dit se considérer comme un
« instrument du changement ». « Je
suis contre l’idée d’un sauveur, cela n’existe
pas », a-t-il déclaré à la
chaîne privée Dream.
« Cela m’inquiète vraiment que les gens
soient désespérés au point de
considérer une seule personne comme leur sauveur.
Je voudrais que l’Égypte se sauve par
ellemême, a-t-il ajouté. Si les gens
veulent changer ce pays, tout le monde doit participer
pour montrer sa volonté. »
Les limites du régime
Mais certaines voix, même au sein de l’opposition,
ont mis en garde M. ElBaradei contre trop d’optimisme,
en particulier concernant son appel à des
amendements constitutionnels pour lever les restrictions
pesant sur les candidats à la
présidentielle.
«
Le régime n’accédera jamais à cette
demande », a affirmé Mohammed Habib, figure
des Frères musulmans, principal groupe
d’opposition, dans le quotidien indépendant
Al-Masri Al-Yom.
La Constitution telle qu’elle est aujourd’hui rend quasi
impossible une candidature de M. ElBaradei : elle impose
aux candidats indépendants d’obtenir l’appui de
250 élus, dont au moins 65 membres de
l’Assemblée nationale, 25 du Conseil consultatif
(Sénat) et au moins 10 élus municipaux.
«Le peuple égyptien cherche un sauveur pour
le tirer de cette situation de désespoir et de
frustration. Il le trouve peut-être en ElBaradei,
mais il doit se rendre compte que le chemin est long et
difficile et qu’il requiert du travail», a
ajouté M. Habib.
Hosni Moubarak dirige l’Égypte depuis 1981. Le
régime a privilégié la
stabilité politique mais la corruption est
endémique, la pauvreté touche une grande
partie de la population et les inégalités
sociales sont profondes. Le pays est en outre en
état d’urgence depuis près de 28 ans.
M. ElBaradei a trouvé un soutien en Amr Moussa,
chef de la Ligue arabe, qui n’avait lui-même pas
exclu l’an dernier de se présenter. Selon M.
Moussa, « tout le monde veut du changement. Nous
sommes inquiets de l’avenir de l’Égypte et c’est
notre droit ».
Autre appui du Prix Nobel de la paix 2005,
l’écrivain Alaa el-Aswany, auteur du
célèbre Immeuble Yacoubian. « Des
milliers d’Égyptiens se sont rassemblés
à l’aéroport pour l’accueillir » en
dépit des avertissements des services de
sécurité, dit-il.
Ceux qui sont allés à l’aéroport ne
sont pas « des politiciens, mais des
Égyptiens ordinaires venant de classes sociales
diverses, des musulmans, des chrétiens et des
femmes, a-t-il ajouté. Pour des millions
d’Égyptiens, ElBaradei est devenu le symbole de
l’espoi r et du changement ».
ElBaradei rentre en Égypte faire
campagne pour la « démocratie »
«
Je suis prêt à me lancer dans la vie
politique égyptienne, à condition qu’il y
ait des élections libres. »
LE CAIRE— Le Prix Nobel de la paix 2005Mohamed
ElBaradei, qui veut entamer une carrière
politique en Égypte, est arrivé hier au
Caire, où des centaines demilitants de
l’opposition l’ont accueilli en l’appelant à
devenir président du pays.
PHOTOKHALEDDESOUKI,
AFP De
1500 à 2000 partisans ont afflué
à l’aéroport du Caire, hier, pour saluer
l’arrivée deMohamed ElBaradei en Égypte.
L’ancien chef de l’Agence internationale de
l’énergie atomique n’a fait aucune
déclaration à sa sortie de
l’aéroport, rendue difficile par la
présence de nombreux partisans et de
représentants de la presse, qui bloquaient la
sortie du terminal d’arrivée.
Selon des témoins, de 1500 à 2000
partisans avaient afflué à
l’aéroport en dépit d’informations selon
lesquelles les services de sécurité
allaient empêcher tout rassemblement. Aucun
incident n’a été signalé.
Arborant des drapeaux égyptiens et des portraits
de M. ElBaradei, plusieurs centaines de militants de
l’opposition ont scandé « ElBaradei va
demander des comptes aux voleurs » ou « Oui
à ElBaradei président de la
République ».
Plusieurs
figures connues en Égypte, dont le romancier Alaa
al-Aswani et un présentateur vedette de la
télévision, Hamdi Kandil, ainsi qu’un
dirigeant du mouvement d’opposition Kefaya, George
Ishaq, se trouvaient également à
l’aéroport.
M. ElBaradei, 67 ans, a multiplié ces derniers
mois les déclarations appelant à une
démocratisation du régime du
président Hosni Moubarak, en place depuis 29 ans.
Jeudi , il a réaffirmé sa
détermination à faire tout ce qu’il peut
« pour que l’Égypte avance vers la
démocratie et le progrès économique
et social ».
« Je souhaite être un instrument pour le
changement », a-t-il déclaré
à la chaîne égyptienne privée
Dream.
«Je suis prêt à me lancer dans la vie
politique égyptienne, à condition qu’il y
ait des élections libres, et le premier pas dans
cette direction est un amendement de la Constitution
afin que je puisse me porter candidat (à la
présidentielle en 2011) et que d’autres puissent
faire de même», a-t-il expliqué.
Les couples homosexuels d’Uruguay
autorisés à adopter des enfants -
Yanina Olivera
MONTEVIDEO
— Le Sénat uruguayen a donné hier son feu
vert définitif à l’adoption par les couples
homosexuels, une première dans cette région
plutôt conservatrice, où ce petit pays de 3,4
millions d’habitants ne cesse de jouer les pionniers en
matière de moeurs.
« ( Le texte) a été approuvé
avec les votes du Frente Amplio (la coalition de gauche au
pouvoir) et du Parti colorado (opposition de droite)
», a déclaré la sénatrice
Margarita Percovich. Une autre formation de l’opposition,
le Parti national (centre droite), a en revanche
voté contre.
Le Sénat avait déjà approuvé
le texte en première lecture le 15 juillet, mais il
a dû le voter à nouveau, en raison des
légères modifications de forme faites par
les députés, lorsqu’ils l’ont adopté
à leur tour le 27 août.
Cette réforme est décriée par
l’Église catholique. « Notre position est que
l’adoption doit se faire dans le cadre d’une famille, avec
un couple formé d’un homme et d’une femme »,
a déclaré l’évêque Pablo
Galimbertti.
Seule une
poignée de pays dans le monde ont
déjà autorisé les couples homosexuels
à adopter des enfants. En Europe, le premier a
été les Pays-Bas en 2001. Quinze ans plus
tôt, deux Américaines avaient pu
légalement adopter un enfant en Californie.
En Amérique latine, plus grande région
catholique de la planète avec plus de 500 millions
de fidèles, cette décision s’apparente
à une grande première.
L’Uruguay s’était déjà
démarqué de ses voisins plutôt
conservateurs sur le plan des moeurs en autorisant l’an
dernier l’union civile entre homosexuels. En
décembre, le Sénat a aussi approuvé
un projet de loi autorisant les transsexuels à
modifier leur état civil afin d’être en
conformité avec leur apparence, dès
l’âge de 12 ans et sans l’accord des parents. Le
texte doit cependant encore être approuvé par
la Chambre des députés, ce qui pourrait
intervenir dans les prochains jours.
En mai, Tabaré Vazquez, premier président de
gauche de l’histoire de l’Uruguay, a également
aboli une règle qui interdisait aux homosexuels
l’accès aux écoles militaires en raison de
leur « trouble d’identité ».
En revanche, les Uruguayennes n’ont toujours pas le droit
d’avorter. À la surprise générale, le
président et ancien médecin Tabaré
Vazquez avait opposé l’an dernier son veto à
un projet de loi légalisant l’interruption
volontaire de grossesse, invoquant des « principes
éthiques ».
Plumes et paillettes sur fond de lutte contre les
préjugés - Daphné Cameron
Pour
célébrer les victoires du mouvement gai ou
pour rappeler les luttes qu’il reste à mener,
plusieurs milliers de personnes ont assisté au
défilé de la fierté gaie, hier
aprèsmidi à Montréal. Un
cortège bigarré marqué par les
paillettes, le cuir et les plumes, mais aussi par
l’absence de personnalités des milieux culturel et
sportif.
PHOTO DAVID BOILY, LA
PRESSE
Comme
chaque
année, les tenues olé olé
étaient de mise hier au défilé.
Une trentaine de politiciens, dont Gérald Tremblay,
Gilles Duceppe, Yolande James et Françoise David,
ont pourtant participé à la manifestation.
« Il y a eu des années où il y avait
davantage de représentants du monde culturel
», a admis le président de Gai Écoute
et de la fondation Émergence, Laurent McCutcheon.
« Mais pour ce qui est du milieu du sport, on essaie
tout le temps d’en avoir, sans jamais y parvenir. C’est
pourquoi, l’an prochain, le thème de la
Journée internationale contre l’homophobie sera le
sport. »
« Avez-vous déjà entendu parler d’un
joueur de hockey homosexuel? » a lancé Kevin
Lavoie, spectateur et intervenant communautaire, en marge
du défilé. « Je pense que la
réponse démontre le chemin qu’il nous reste
à faire. »
Poursuivre les efforts
Il y a 30 ans, 200 gais s’étaient fait huer lors de
la première mani festation pour défendre
leurs droits à Montréal. Hier, plusieurs
milliers de personnes se sont massées le long du
boulevard René-Lévesque pour acclamer le
défilé dans une ambiance festive et
décontractée.
Malgré
les changements de mentalité, la lutte pour faire
progresser les droits des homosexuels, transsexuels et
transgenres est toujours d’actualité, croit la
présidente d’honneur des célébrations
de la Fierté de Montréal, elle-même
transsexuelle et homosexuelle : « Un peu comme le
sexisme ou le racisme, l’homophobie est une chose qui
prend du temps à contrer. Lorsqu’on pense que, dans
le monde, un transsexuel est assassiné tous les
trois jours, on ne peut pas dire que la lutte pour
l’acceptation est terminée. »
Souligner des anniversaires
Cette année, les organisateurs ont voulu souligner
le 40e anniversaire de la révolte de Stonewall, ce
bar new-yorkais fréquenté par des
homosexuels qui fut le théâtre d’une descente
de police en 1969 et qui a engendré des
émeutes qui ont duré trois jours.
Elle visait également à fêter le 40e
anniversaire de la loi omnibus, qui a
décriminalisé les relations sexuelles entre
personnes de même sexe. « C’est un
événement festif, mais c’est
également un événement politique
», a précisé Laurent McCutcheon.
Ainsi , les slogans pour dénoncer l’emprisonnement
ou les mauvais traitements infligés aux gais dans
le monde ont côtoyé les drag queens ou les
chars allégoriques sur lesquels se
trémoussaient des hommes en tenue olé
olé.
« C’est le fun de voir comment la cause progresse,
mais presque tout ce qu’on voit aujourd’hui ref
lète les préjugés que l’on tente de
combattre quotidiennement », a déploré
une spectatrice, Sophie Lalonde.

Le défilé s’est terminé par un
spectacle musical au parc Émilie-Gamelin.
Orientation sexuelle en entreprise : Affirmer
la différence - Caroline Rodgers
On pourrait
penser que la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle
et transgenre, que l’on résume maintenant par
l’anagramme LGBT dans les entreprises, a déjà
mené tous ses combats.
Pourtant, un sondage effectué l ’an dernier
auprès des employés LGBT de Samson,
Bélair, Deloitte& Touche révélait
que cette communauté était l’une de celles qui
se sentaient les moins intégrées, selon les
perceptions des répondants.
« Ils n’avaient pas l’impression qu’ils avaient le
support des leaders du cabinet dans la reconnaissance de ce
qu’ils étaient comme communauté »,
explique MarcAndré Nadeau, associé, Conseils
financiers.
Pour y
remédier, onamis enplace un comité LGBT qui a
présenté un plan d’action à la haute
direction afin de changer ces perceptions.
Selon M. Nadeau, même si les droits des LGBT sont
reconnus officiellement depuis plusieurs années et
qu’ils peuvent, par exemple, faire bénéficier
des avantages sociaux à leur conjoint de même
sexe, un travail en amont doit être fait.
Aujourd’hui , beaucoup de grandes entrepr ises ont un
comité LGBT qui organise diverses activités.
Cel les-ci vont du réseautage professionnel aux
activités caritatives, en passant par les sorties
sociales.
« Mais ce n’est pas un club social, dit Richard
Côté, conseiller en assurances collectives et
en diversité en milieu de travail. Il y a un aspect
qui est directement en ligne avec les objectifs d’affaires
et les intérêts de l’entreprise. On cherche
à appuyer nos employés pour qu’ils soient
meilleurs dans leur travail. »
Les homosexuels ostracisés
J’aimerais
grossir les rangs des 3% qui donnent du sang
Aux États-Unis, on suggère
d’exclure seulement les hommes ayant eu une relation
sexuelle avec un autre homme dans
la dernière année. Ici, nous stagnons
toujours.
L’auteur habite à Montréal.
Plusieurs
personnes
ne peuvent faire don de leur sang. C’est le cas de ceux
qui prennent des antibiotiques, des femmes qui ont
accouché il y a moins de six mois, des
diabétiques qui prennent de l’insuline... et des
hommes homosexuels.
Donnez du sang. Donnez la vie. Environ 97% y pensent, 3%
le font: autant de slogans qui nous rendent moralement
coupables de ne pas donner un peu de notre sang au moins
une fois par année.
Malheureusement, plusieurs personnes sont exclues du don
de sang, selon la liste publiée sur le site
d’Héma-Québec: ceux qui prennent des
antibiotiques, les femmes qui ont accouché il y a
moins de six mois, les diabétiques qui prennent de
l’insuline, etc.
Cette liste n’est cependant pas exhaustive: il manque
l’exclusion des hommes homosexuels. En fait non, une
infirmière m’a déjà dit que les
homosexuels n’étaient pas exclus, « seulement
les hommes qui ont eu une relation sexuelle avec un autre
homme depuis 1977 ».
Voilà qui est pire: non seulement on rejette les
homosexuels, sauf ceux qui s’abstiennent depuis 32 ans
(!), mais aussi tous les hommes qui, ne serait-ce qu’une
fois, ont fait une expérience avec un autre homme.
Cette loi
fédérale a été
instaurée en 1983, afin de protéger les
receveurs de sang de l’épidémie de VIH/Sida,
mal peu connu à l’époque, qui était
encore long à détecter.
Il est vrai que l’énorme majorité des
malades étaient homosexuels, une clientèle
peu portée à se protéger. Mais les
temps ont changé, les homosexuels ont pris de
nouvelles habitudes, les jeunes sont beaucoup plus
conscients des risques, ils se font tester
régulièrement, en discutent entre eux.
De plus, du côté des institutions, les tests
sont beaucoup plus rapides et précis, la maladie
peut passer bien plus difficilement, et désormais
trois semaines suffisent entre le moment de l’infection et
celui oùon peut détecter la maladie.
Ce règlement ostracise tous les hommes qui, une
fois seulement, ont eu un contact sexuel avec un autre
homme et contribue à l’idée, très
répandue dans la population, que les homosexuels
sont année, ici, nous stagnons toujours. Même
si le risque n’était augmenté que d’un sur
50 millions en comptant les homosexuels dans les donneurs
potentiels (Dominique Nancy, Doit-on interdire les seuls
responsables de la propagation du VIH/sida.
Alorsqu’auxÉtats-Unis les principales agences de
collecte de sang suggèrent à
l’administration d’exclure seulement les hommes ayant eu
une relation sexuelle avec un autre homme dans la
dernière à vie aux homosexuels de donner du
sang? Forum, Université de Montréal, Vol 40,
No 27, 10 avril 2006).
Je suis né en 1985. Je suis homosexuel. Je fais
partie des 97% qui y pensent, mais j’aimerais bien mieux
aller grossir les rangs des 3% qui le font.
Le Québec, paradis du mariage gai
Près de
15% des 2209 mariages de couples de même sexe
célébrés depuis l’adoption de la loi sur
le mariage gai, en 2004, étaient le fait de gens
provenant de l’extérieur du Québec. Ces 310
mariages célébrés entre des
étrangers montrent que le Québec est devenu une
« destination mariage » dans le monde gai, croient
les démographes de l’Institut de la statistique du
Québec.
Cinq ans après l’adoption de la loi sur le mariage gai,
l’ISQ a produit un document faisant le bilan du
phénomène. Le nombre de mariages entre gens de
même sexe a atteint un sommet en 2006, année
où 621 couples de même sexe se sont unis. Depuis
2006, le nombre de mariages a diminué, se situant
chaque année sous la barre des 500
célébrations.
« C’est ce qui s’est passé dans tous les pays
où on a adopté le mariage gai, souligne Martine
StAmour, démographe à l’ISQ. Il y a eu une sorte
de rattrapage, de la part des couples qui voulaient se marier
depuis longtemps et ne pouvaient pas le faire. Et ensuite, le
nombre de mariages est resté stable. Au Québec,
on est les champions de l’union libre, et ça vaut aussi
pour les couples de même sexe. »
Les époux de même sexe sont donc maintenant un
peu plus jeunes, en moyenne, qu’en 2004. La plupart d’entre
eux se marient pour la première fois. Le quart des
couples de même sexe ont opté pour une
cérémonie religieuse.
Et, fait
à noter, pas moins de 15% de ces mariages, soit 310
célébrations depuis cinq ans, impliquaient deux
personnes qui ne résident pas au Québec. La loi
provinciale est ainsi faite qu’un couple peut se marier sans
résider sur le sol québécois. Chez les
couples de sexe opposé, les mariages de
non-résidants comptent pour seulement 5% des
célébrations. On peut donc en déduire,
souligne Mme St-Amour, que le Québec est devenu une
« destination mariage » pour les gais.
« Le Québec a été l’un des premiers
territoires à légaliser le mariage gai »,
rappelle la démographe.
De fait, un petit tour sur l’internet montre que le
Québec revient régulièrement dans les
sites de référence gais qui traitent de mariage.
Le site Lesbian life indique qu’il est facile de se marier au
Québec, moyennant un délai de 20 jours. Le Gay
and lesbian wedding directory donne plusieurs adresses pour
les mariages gais : salles de réception, photographes.
Le révérend Bernard Cantin, qui dirige «
Le nouveau penseur », une organisation de
célébrants de mariages détachés de
toute confession religieuse, a marié une dizaine de
couples gais par an depuis 2004. Certains d’entre eux venaient
effectivement de l’étranger, surtout des
ÉtatsUnis. « C’est arrivé quelques fois.
Surtout des femmes qui venaient de certains États des
États-Unis assez réfractaires au mariage gai
», souligne-t-il.
L’homophobie continue de faire des ravages en
France - MARC THIBODEAU
Alors que les
stars défilent sur la Croisette, deux policiers
homosexuels viennent de mettre en lumière un aspect
plus sombre de la vie cannoise en dévoilant le
harcèlement dont ils sont victimes. Leur retentissante
sortie survient alors qu’un nouveau rap
« Il y a un manque total de confiance des homosexuels
tant envers la police que la justice. »
Guillaume espérait amour et compréhension en
avouant son homosexualité à ses parents. Il a
plutôt eu droit à une déferlante de haine
qui l’a ultimement poussé au suicide.
«
La
visibilité accrue des lesbiennes et des gais ne doit
pas masquer la permanence et la violence d’une homophobie
présente à tous les niveaux de la
société (française) », lance
Jacques Lizée, président de SOS homophobie.
Ci-dessus, manifestation gaie la semaine dernière
à Paris, à l’occasion de la journée
internationale contre l’homophobie.
« Les homosexuels devraient retourner dans les camps de
concentration », s’est vu répondre le
Français de 27 ans, qui a été
agressé physiquement par son père, rendu furieux
par ses aveux.
Traumatisé par ce rejet, il sollicite le soutien de SOS
homophobie, une ONG qui tient une ligne d’écoute. La
démarche n’a pas suffi pas à calmer le
mal-être du jeune homme, qui s’est enlevé la vie
l’an dernier, quelques heures après un ultime entretien
avec l’un des bénévoles.
« Nous avons été très
secoués par ce cas même s’il a laissé
après sa mort une note pour dire que nous l’avions
beaucoup aidé », relate le président de
SOS homophobie, Jacques Lizée.
La fin tragique de Guillaume ( nom f i c t i f ) confirme, si
besoin était, que l’homophobie continue de faire des
ravages dans le pays, souligne le militant, qui réclame
une action accrue de sensibilisation du gouvernement.
« La visibilité accrue des lesbiennes et des gais
ne doit pas masquer la permanence et la violence d’une
homophobie présente à tous les niveaux de la
société », relève M. Lizée,
qui a rendu public la semaine dernière le rapport
annuel de l’organisation pour 2008.
Basé sur plus de 1200 témoignages
téléphoniques recueillis en cours
d’année, il démontre que l’homophobie demeure
une problématique particulièrement importante en
milieu de travail.
Jouer à l’autruche
Un sondage récent a démontré qu’environ
40% des homosexuel s sur le mar ché du travail
estimaient avoir été victimes d’insultes ou de
brimades découlant de leur orientation sexuel le. Or,
pratiquement aucun cas ne se retrouve devant les tribunaux.
« Il y a un manque total de confiance des homosexuels
tant envers la police que la justice... Beaucoup
préfèrent se taire ou porter plainte pour
harcèlement sans évoquer explicitement leur
homosexualité pour faire cesser les abus »,
relate M. Lizée.
Ceux qui vont
de l’avant , ajoute-t-il, peinent à recueillir des
témoignages d’appui puisque leurs collègues
craignent souvent d’être mal vus de la direction en
dénonçant une situation problématique.
« Comme il n’y a pratiquement pas de plainte, on se bute
à un déni total par les gens qui pourraient
faire quelque chose (syndicats, directions d’entreprise, etc).
Ils préfèrent jouer à l’autruche »,
indique le militant.
La problématique de l’homophobie en milieu de travail
concerne notamment la police. « Chaque année,
nous recueillons de nouveaux témoignages concernant des
cas de harcèlement entre collègues »,
indique M. Lizée (voir autre texte).
Propagande haineuse
Malgré les demandes de SOS homophobie, les
écoles de formation de la police n’ont pas
intégré de volet relatif à la
discrimination qui permettrait de faire reculer les
préjugés dans le milieu, dit-il.
Le Syndicat national des policiers municipaux dénonce,
de son côté, la persistance d’une «
mentalité de machos » qui veut qu’il faut «
être un homme viril pour être dans la police
» ou encore que les homosexuels sont « faibles
».
SOS homophobie se préoccupe également de la
« très forte progression » du nombre de
plaintes concernant l’internet.
« C’est un lieu de l’anonymat où se
déchaînent des propos homophobes d’une
très grande violence », souligne l’organisation,
qui recense, dans son rapport, plusieurs exemples
problématiques relevés sur des sites de
réseautage, des forums ou des blogues.
Le document reproduit notamment une bande dessinée
montrant une enseignante qui présente à ses
élèves un couple d’hommes flanqués de
diablotins.
Les trois personnages « ont des traits qui rappellent
les caractères antisémites des années 30
», relève SOS homophobie, qui déplore le
fait que certains opérateurs de sites évoquent
la liberté d’expression pour refuser de sévir
contre les homophobes.
« Il y a encore du travail à faire en France pour
distinguer liberté d’expression et propagande haineuse
», souligne M. Lizée.
« C’est bizarre, ça sent la merde tout à
coup »
PARIS —
Nicolas Persec a décidé de briser le silence
pour tenter de mettre le holà au comportement abusif de
collègues homophobes qui le tançaient en raison
de son orientation sexuelle.
De concert avec un autre agent gai qui a tenté de se
suicider à deux reprises pour se soustraire aux
railleries et aux insultes, le policier municipal cannois
vient de déposer une plainte pour harcèlement,
profitant du festival de cinéma pour obtenir un large
écho médiatique.
Les difficultés, relate-t-il en entrevue, ont
débuté en 2007 lorsque l’autre plaignant, Alain
Marty, s’est absenté du travail pour une longue
période en raison de problèmes de santé.
Un noyau de collègues a alors fait courir la rumeur que
la véritable raison de son absence était qu’il
était porteur du virus du sida.
Ce même noyau – qui regroupait une dizaine de policiers
affectés au service de nuit – a refusé de
patrouiller avec M. Marty à son retour au travail.
« Ils disaient que c’était dangereux parce qu’il
avait le sida », relate M. Persec.
Dans la
foulée, les agents en question cherchent à
confirmer que ce dernier est aussi homosexuel en le
questionnant avec agressivité. « L’un d’eux m’a
demandé: "Alors, t’es pédé ou
pas?"» relate-t-il.
Ostracisme
Le policier de 35 ans se voit rapidement ostracisé
à son tour. Et soumis à de fréquentes
injures. « Quand j’arrivais dans une pièce,
j’avaisdroitàdesréflexions du genre: "C’est
bizarre, ça sent la merde tout à coup, ça
pue" », relate M. Persec.
Le policier affirme qu’il s’est finalement
résigné à porter plainte après
avoir tenté en vain, à plusieurs reprises,
d’obtenir que sa hiérarchie s’en mêle.
La mairie de Cannes a proposé au cours des derniers
jours de payer les honoraires d’avocat des plaignants, qui ont
déjà été entendus par les membres
de l’Inspectiongénéralede la police dans le
cadre de l’enquête.
« C’est toute la police municipale de Cannes qui va
être prise dans la tempête », commente le
vice-président du Syndicat national des policiers
municipaux, Frédéric Foncel, qui dénonce
le comportement homophobe des agents mis en cause.
ISRAËL Attentat homophobe
Israël
était
sous le choc hier après l’attaque sans
précédent d’un centre d’aide à des
adolescents homosexuels à Tel-Aviv, qui a
tué deux personnes et en a blessé 15. Samedi
soir, un inconnu masqué et vêtu de noir a
ouvert le feu à l’arme automatique sur un groupe de
jeunes de la communauté des gais et lesbiennes
à l’intérieur du centre, situé en
plein centre de Tel-Aviv, avant de s’enfuir. Un jeune
homme de 26 ans et une jeune fille de 17 ans ont
été tués. Un millier de personnes ont
défilé dans l’aprèsmidi hier
près du centre d’aide pour protester contre
l’attaque, dénonçant un « crime odieux
».
La fierté gaie se fait
discrète, à Jérusalem
— Plus de
2000 personnes ont pris part, hier, de façon
discrète, à la 8e Gay Pride de
Jérusalem, le traditionnel défilé
homosexuel, dont le déroulement dans la ville
sainte avait suscité l’ire de la communauté
ultra-orthodoxe.
Contrairement au flamboyant défilé tout en
couleurs et musiques qui s’est tenu à la mi-juin
à Tel-Aviv, les organisateurs de celui de
Jérusalem étaient déterminés
à adopter des tenues qui ne choqueraient pas les
groupes religieux.
Certaines personnes qui ont enlevé leur T-shirt ont
notamment été rappelées à
l’ordre.
«
Fier d’être gai et religieux », pouvait-on
lire sur une banderole.
Plusieurs groupes religieux et de droite avaient
décidé, plus tôt d’annuler une
manifestation contre le défilé. Des dizaines
de personnes ont cependant exprimé leur
colère en arborant des banderoles sur lesquelles on
pouvait lire: « Adam et Ève, pas Adam et (St)
eve ».

Aucun incident significatif n’a été
signalé. La radio publique a juste fait état
de l’arrestation d’une personne ayant lancé un oeuf
sur les participants à la parade.
L’Inde dépénalise
l’homosexualité - Philippe Mercure
« En
Inde, ça prend des couilles pour dire que vous
êtes gai. Il faut être un vrai homme. »
BANGALORE— « Hé man! Tu sais quoi? Je suis
légal! »
PHOTO ARKO DATTA, REUTERS
Des
homosexuels ont célébré le jugement
d’un tribunal de Delhi qui a
dépénalisé l’homosexualité en
Inde.
L Romal M Singh éclate de rire et se renverse dans
son sofa. À la télé, on diffuse la
nouvelle historique: hier, la Haute Cour de Delhi a
décriminalisé l’homosexualité en Inde,
jusque-là passible de 10 ans d’emprisonnement.
« Une immense, immense décision », dit M.
Singh, 22 ans, dont l’appartement de Bangalore s’est
rapidement rempli d’amis venus le « féliciter
» pour son nouveau statut.
La Haute Cour de Delhi a jugé que l’article 377 du
Code pénal indien, qui criminalise
l’homosexualité et les relations sexuelles «
contre nature », représente une «
violation des droits fondamentaux ». L’article datait
de l’époque ou l’Inde était une colonie
britannique.
La décision ne s’applique qu’à la capitale,
New Delhi. Mais les gais de partout en Inde ont
célébré, hier, s’attendant à ce
qu’elle fasse boule de neige.
À Bangalore, un rassemblement s’est organisé
au United Theological College pour fêter la chose. En
soirée, une trentaine de gais se sont aussi
réunis au bar NASA, un estaminet surréaliste
bâti en forme de vaisseau spatial, pour souligner
l’événement à grands coups de pintes de
bière.
À la télévision, pendant ce temps, les
principaux leaders religieux, autant hindous et musulmans
que chrétiens, dénonçaient la
décision, affirmant que l’Inde succombe aux valeurs
occidentales et tourne le dos à ses traditions.
Omi Gurung,
un jeune styliste de mode de 23 ans qui tient un blogue
traitant des questions homosexuelles, était tout
simplement euphorique. « Beaucoup de gens se sont
battus pour ça au fil des années, et plusieurs
y ont laissé leur vie », a-t-il dit, soulignant
que les suicides chez les homosexuels sont fréquents
en Inde.
Le jeune gai a grandi à Bangalore et dit ne pas avoir
souffert de discrimination. Il avoue cependant qu’il lui a
fallu du courage pour sortir du placard dans une
société où la religion et les
traditions dictent encore les comportements.
« En Inde, ça prend des couilles pour dire que
vous êtes gai. Il faut être un vrai homme
», lance-t-il en riant.
L Romal M Singh, lui, a annoncé son orientation
sexuelle à sa mère à l’âge de 16
ans. Il croit que sa réaction est typique de bien des
familles indiennes de la classe moyenne.
« Elle m’a dit que c’était bien correct. Sauf
qu’elle m’a aussi averti qu’il n’y avait aucun motif d’en
être fier et l’a toujours caché. Elle est
encore déchirée entre ses convictions
religieuses et son désir d’être une bonne
mère. »
Omi Gurung rappelle que si les gais sont bien
acceptés dans les grandes métropoles du pays,
il en est tout autrement dans les campagnes, où
vivent 70% des Indiens.
« Le jugement va enfin permettre aux gais des
régions rurales de respirer un peu », dit M.
Gurung, qui croit que les autorités perdront ainsi
l’argument qui leur permettrait de réprimer
l’homosexualité par la peur et de faire du chantage.
MARIAGES GAIS EN RUSSIE Début
d’un combat inégal
Un premier
couple lesbien a tenté sans succès de s’unir
dans un bureau de mariages de Moscou hier. Dans une ville
où le maire déclare publiquement que
l’homosexualité est « l’oeuvre de Satan »,
le combat des gais n’a rien de joyeux
COLLABORATION SPÉCIALE MOSCOU— Dans une salle
exiguë du ZAGS (bureau des mariages) de l’arrondissement
de Tver, des portraits de jeunes mariés tout sourires
pendent aux murs. Celui des deux Irina n’y sera pas.
Interdites
de
mariage en Russie, Irina Fedotova — à droite — et
Irina Chpipitko iront s’unir pour le meilleur et pour le
pire à Toronto cet été.
Devant plusieurs journalistes étrangers – et quelques
russes –, Irina Chapitko et Irina Fedotova, qui partagent leur
vie depuis cinq ans, se sont vu refuser leur demande
d’enregistrement de mariage. Selon le Code de la famille
russe, un mariage ne peut consister qu’en l’union volontaire
d’un homme et d’une femme.
L’une en costumeblanc l’autre en noir, les deux femmes
s’attendaient à ce verdict. Elles ont d’ailleurs
déjà prévu aller se marier à
Toronto cet été. Elles tenaient tout de
même à faire ce geste symbolique.
« Nous ne voulons pas nous cacher », dit Irina
Chapitko, 32 ans, qui tient unsalonde beauté. «
Nous voulons être une famille comme les autres, poursuit
sa conjointe, agente de relations publiques, de deux ans sa
cadette. Et bien sûr que nous voulons des enfants!
»
De retour de Toronto, les deux Irina se lanceront dans une
nouvelle bataille pour faire reconnaître leur mariage en
Russie. Selon leur avocat, le militant gai Nikolaï
Alekseev, rien dans le Code de la famille ne précise
que seules les unions hétérosexuelles conclues
à l’étranger peuvent être reconnues.
Pour Nikolaï Alekseev, il ne s’agit que d’une bataille
parmi d’autres dans la guerre qu’il mène pour
l’avancement des droits des homosexuels en Russie.
Violence
Depuis quatre
ans, la mairie de Moscou refuse systématiquement
d’autoriser la tenue d’un défilé de la
fierté gaie dans la capitale. Lorsque les organisateurs
ont fait fi de cette interdiction, les participants ont
été passés à tabac par des
militants nationalistes et religieux.
« L’homophobie est très forte en Russie parce
qu’elle est soutenue par les autorités »,
souligne M. Alekseev. Et lorsque des personnalités font
des déclarations homophobes, « elle
décuple », dit-il, en référence aux
propos du maire de Moscou, Iouri Loujkov, qui a
qualifié les défilés gais d’« armes
de destruction massive » utilisée par l’Occident
pour détruire la Russie.
Samedi prochain, le mouvement homosexuel tiendra encore une
fois son défilé en dépit de
l’interdiction. M. Alekseev espère que la finale du
concours Eurovision, qui a lieu le même jour à
Moscou, permettra d’attirer l’attention des médias
internationaux sur la situation des gais en Russie. Un
participant néerlandais, ouvertement homosexuel, a
d’ailleurs déjà annoncé qu’il
boycotterait la finale si le défilé se terminait
dans le sang.
Poutine et les terroristes
Quelques heures après la cérémonie de
mariage avortée, un groupe d’associations nationalistes
apportait son soutien à la mairie lors d’une
conférence de presse.
« Nous ne sommes pas contre les gais en tant que tels.
Chaque personne a ses péchés. Nous sommes contre
la légalisation du péché », a
expliqué Mikhaïl Nalimov, président de
Jeunesse orthodoxe unie. Selon lui, l’homosexualité est
un phénomène importé d’Occident qui
corrompt la société russe.
Dmitri Terekhov, vice-président de l’organisation, a
été plus violent dans ces commentaires,
qualifiant le défilé gai de «
défilé des sodomites » et
l’homosexualité de « terrorisme spirituel
». Reprenant une citation célèbre de
Vladimir Poutine visant les « terroristes
tchétchènes », M. Terekhov a appelé
à « buter jusque dans les chiottes » le
mouvement gai, précisant par la suite qu’il s’agissait
d’une « image » et qu’il n’incitait pas à
la violence.
Nikolaï Alekseev croit savoir pourquoi la mairie et les
nationalistes ne veulent pas de défilé gai.
« Ils ont peur que le reste du monde voie qu’il n’y a
rien d’amoral dans notre défilé et qu’ils n’ont
donc aucune raison de l’interdire. »
RUSSIE Défilé gai dispersé
La police russe a dispersé hier une manifestation
interdite qui tentait de tirer parti de l’organisation à
Moscou dans la soirée de la 54e finale de l’Eurovision
pour promouvoir la cause homosexuelle. Une quarantaine de
militants gais ont été interpellés. Cette
démarche n’est pas une surprise, l’un des responsables du
ministère russe de l’Intérieur ayant
répété vendredi que le rassemblement,
baptisé « Gay pride slave » par ses
organisateurs, était interdit et que la police entendait
agir à son encontre « en application stricte de la
loi ».
Embaucher une personne handicapée, c’est
facile ! - Caroline Rodgers
Quand Michel
De Césaré a passé ses premières
entrevues d’embauche, dans les années 70, ses
employeurs potentiels avaient de bien drôles de
questions !
Ils se souciaient parfois davantage de savoir comment ce
diplômé en mathématiques et en
informatique ferait pour se rendre au petit coin avec son
fauteuil roulant que de ses compétences.
« Je leur disais, mais ça n’a rien à voir
avec l’emploi ! » se souvient-il. À force de se
heurter à des portes closes, il en a eu assez. En 1976,
il a créé l’ Étape, un centre d’emploi
pour les personnes handicapées qui a encore pignon sur
rue.
Puis, en 1981, ce fut l’Année internationale des
personnes handicapées. C’est alors que M. De
Césaré a décroché un poste dans la
fonction publique fédérale, car le gouvernement
cherchait à augmenter la représentativité
de ces personnes au sein des ministères.
Il est aujourd’hui agent de vérification de
conformité pour la Commission canadienne des droits de
la personne. Son t ravail consiste à visiter les
employeurs relevant du fédéral pour
vérifier si leurs façons de faire ont un impact
négatif sur les minorités.
Il constate que les mentalités ont beaucoup
évolué avec le temps, grâce aux campagnes
de sensibilisation. Mais si les employeurs sont aujourd’hui
plus ouverts à l’embauche de personnes
handicapées, il y a encore du travail à faire !
Un taux d’emploi inférieur
Les chiffres ne mentent pas. Sur les 750 000 personnes
handicapées du Québec, environ 400 000 sont
aptes au travail, mais seulement 120 000 ont un emploi. Leur
taux d’emploi est de 35%, alors que celui du reste de la
population est de 70%.
Cette situation est due, entre autres, à un manque
d’information, selon Martin Prévost, coordonnateur du
Regroupement des organismes spécialisés pour
l’emploi des personnes handicapées (ROSEPH).
« Plusieurs employeurs ne sont pas conscients du
potentiel des personnes handicapées ou, encore, ils
doutent de leurs propres capacités en tant
qu’employeurs à les accueillir adéquatement au
sein de leur organisation », dit-il.
Il est pourtant moins compliqué qu’on ne le croit
d’embaucher un travailleur handicapé. Mais les
entreprises ignorent l’existence des ressources à leur
disposition pour faciliter les choses. Un grand nombre
d’organismes spécialisés, dont les membres du
ROSEPH, sont là pour les aider à
sélectionner les candidats, à adapter les postes
de travail et à naviguer dans les formalités
administratives pour recevoir des subventions.
Ces mesures
d’aide iront d’ailleurs en augmentant au cours des prochaines
années. Le gouvernement du Québec s’est
engagé, en mai, à investir 102 millions pour
réduire de moitié l’écart entre le taux
d’emploi des personnes handicapées et celui du reste de
la population d’ici 2018. Et la pénurie de travailleurs
pourrait constituer un allié de taille dans l’atteinte
de cet objectif !
« Les perceptions vont changer. On n’embauche pas une
personne juste parce qu’elle est handicapée, mais parce
qu’elle a des compétences, dit Claude Seguin, directeur
général du Comité d’adaptation de l a
main-d’oeuvre (CAMO). Les employeurs ne doivent plus voir les
travailleurs handicapés comme un problème, mais
comme un élément de solution à un
problème, la pénurie d’employés. »
Des compétences à revendre
Quand on n’a pas d’expérience avec les personnes
handicapées, on les voit davantage à travers
leurs limitations qu’à travers leurs
compétences, ajoute M. Seguin. « Des images nous
viennent dans la tête, un fauteuil roulant ou une canne
blanche. » Mais il y a pourtant du talent et des
compétences à revendre chez ces travailleurs.
En mars, le CAMO organisait la Journée Contact, une
foire de l’emploi réunissant employeurs et personnes
handicapées à la recherche d’un travail. Sur les
800 candidats présents, 40% détenaient un
diplôme universitaire, 24 % un diplôme du
collégial, 14 % étaient diplômés
d’un cours professionnel et 22% avaient terminé leur
secondaire. « Ces profils correspondent très bien
aux besoins du marché du travail actuel », dit
Claude Seguin.
L’e n nu i , c ’ e s t que plusieu r s employeurs ne savent
pas par où commencer. Qu’ils se le disent : ils ne sont
pas seuls dans cette aventure. Les organismes préparent
le terrain et travaillent avec les personnes
handicapées pour améliorer leurs chances de
s’intégrer.
L’organisme AIM-Croit, par exemple, fait une sélection
étroite des candidats en fonction de la description de
postes et propose ceux qui sont vraiment capables d’effectuer
les tâches demandées. On visite même les
lieux de travail pour évaluer les besoins. En
parallèle, des ateliers de formation sont offerts aux
candidats, entre autres sur la façon de
présenter son handicap à un employeur potentiel.
Au Centre de réadaptation LucieBruneau, on travaille
avec les personnes devenues handicapées à la
suite d’un accident, pour les aider à
réintégrer leur ancien emploi. Si c’est
impossible, on les dirige vers d’autres occupations en
fonction de leurs capacités.
Pour les jeunes adultes handicapés de naissance, on
propose une démarche d’orientation professionnelle qui
tient compte de leurs limitations physiques, mais aussi de
leurs intérêts et aspirations.
Avec tous ces services, i l n’y a vraiment plus aucune raison
pour se priver d’un tel bassin de talents et de
compétences.

Si l’on est ouvert aux mesures d’accommodements, comme
l’adaptation des postes de travail ou des horaires, on se
retrouvera avec des employés très motivés
qui, souvent, demeurent longtemps fidèles à
l’entreprise une fois qu’ils ont trouvé un emploi
à la mesure de leurs aspirations.
Le roi cool perd son sang-froid -
Laura-Julie Perrault
Cet
été, le Maroc célèbre le 10e
anniversaire du règne de Mohammed VI, le jeune roi qui a
succédé à son père, le très
autoritaire Hassan II. Par conséquent, c’est l’heure des
bilans. Un magazine indépendant a cependant appris
à ses dépens que tous les exa
« Le processus de liberté de la presse est
irréversible au Maroc, mais les hebdomadaires TelQuel et
Nichane ont oublié que la monarchie marocaine ne peut
faire l’objet d’un débat, même par voie de sondage.
»
Les presses étaient encore chaudes quand, samedi dernier,
les autorités marocaines ont saisi 100 000 exemplaires du
magazine indépendant TelQuel et de sa version arabe,
Nichane, pour les détruire. Le crime reproché au
magazine? Avoir fait subir au roi du Maroc son premier examen
populaire.
PHOTO REUTERS
Le 31 juillet dernier, le roi Mohammed
VI a célébré le 10e anniversaire de son
accession au trône. S’il a pris quelques libertés
avec la tradition marocaine dès le début de son
règne, il n’a pas encore transformé la monarchie
de l’intérieur.
Pour marquer le 10e anniversaire du règne de Mohammed VI,
le jeune roi qui a succédé à son
père, Hassan II, le magazine a décidé
d’étudier le souverain sous toutes ses coutures.
Pendant plusieurs semaines, TelQuel a publié des
enquêtes remplies de détails sur les finances
personnelles, les décisions et la vie privée de
celui que les Marocains ont rebaptisé M6. À
l’ère de Hassan II, le roi autoritaire, une telle
liberté de la presse aurait été impensable.
Cette semaine, TelQuel devait publier le dernier pan de ce grand
portrait : un sondage mené auprès de 1108
Marocains sur le travail de leur roi. Le quotidien
français Le Monde s’était associé à
cette aventure.
Les résultats étaient grandement favorables au roi
: 91% des sondés avaient une opinion positive de son
règne. Néanmoins, les autorités marocaines
sont intervenues pour que ces données n’arrivent pas
jusqu’à la population marocaine: le magazine a
été détruit avant sa distribution. La vente
du Monde du 4 août a été interdite au Maroc.
« Le processus de liberté de la presse est
irréversible au Maroc, mais les hebdomadaires TelQuel et
Nichane ont oublié, en publiant leur sondage sur le roi
Mohammed VI, que la monarchie marocaine ne peut faire l’objet
d’un débat, même par voie de sondage », a dit
à l’AFP le ministre de la Communication, Khalid Naciri,
pour expliquer sa décision.
« On doit pouvoir le critiquer »
L’éditeur du magazine, Ahmed R. Benchemsi, ne voit pas
les choses du même oeil. « Si sion existe au Maroc,
mais cet incident permet de voir qu’elle n’est pas garantie. Le
processus de démocratisation est loin d’être
terminé », ajoute-t-il. Le Monde et l’organisation
Reporters sans frontières ont condamné l’acte de
censure. le roi dit qu’il est un monarque exécutif, il
doit pouvoir subir l’évaluation de son peuple. On doit
pouvoir le critiquer. Il n’y a pas de loi qui interdise un
sondage », tonne l’éditeur de la publication
visée, joint par La Presse au téléphone.
« Certes,
la liberté d’expres-
Selon le politologue marocain Mohamed Tozy, le magazine marocain
savait pertinemment dans quelle bataille il se lançait en
commandant le premier sondage sur le roi de l’histoire du
royaume marocain.
« Il y a depuis des années une bataille pour le
rapport de force entre la monarchie et la presse. Si le roi
avait accepté ce sondage, il aurait aussi accepté
de se soumettre à la sanction populaire », explique
l’auteur de Monarchie et islam politique au Maroc. L’ex per t de
l a pol i t ique marocaine note que, malgré les quelques
réformes sociales que Mohammed VI a mises de l’avant et
qui le distinguent de son père, il a refusé
à ce jour de transformer la monarchie de
l’intérieur.
« L’inst itut ion monarchique a été
dessinée par Hassan II. Mohammed VI ne s’éloigne
pas du plan qui a été tracé »,
estime-t-il.
Trop de droits aux femmes
D’ailleurs, les résultats censurés du sondage de
TelQuel montrent que les Marocains sont loin de lui en tenir
rigueur. Trois Marocains sondés sur quatre estiment que
le roi est une personne « sacrée ». Un
répondant sur deux croit que la monarchie est «
démocratique ».
En fait, la principale critique qu’a reçue le roi dans ce
sondage concerne l’initiative pour laquelle il a
été le plus félicité sur la
scène internationale, soit la réforme de la
Moudawana, le code marocain de la famille qui régit des
questions comme l e mar i age , l e divor c e e t
l’héritage.
La réforme de Mohammed VI a fait faire des bonds de
géant aux droits des femmes en leur permettant notamment
d’obtenir le divorce, en les affranchissant de la tutelle de
leur père et en rendant pratiquement impossible la
polygamie.
Interrogés sur cette réforme, 49% des
répondants ont dit que le roi avait donné trop de
droits aux femmes.
Tutoyer Sa Majesté
« Le roi
cool. » C’est le titre qu’avait donné en 2000 le
magazine américain Time à Mohamed VI quand ce
dernier, devenu roi à 35 ans, lui a accordé sa
première entrevue.
Avec son visage de chérubin, son large sourire et son
amour avoué pour la motomarine, les bolides et les
vacances de ski, le jeune roi projetait une image à
mille lieues de son père austère. Dans les
premières années de son règne, il a plus
d’une fois secoué le protocole, notamment en
épousant en 2002 une jeune roturière de 24 ans,
Lalla Salma, qu’il a présentée en public. Du
jamais vu au sein de la monarchie marocaine.
En privé, Mohammed VI laisse aussi parfois tomber le
décorum. Le rockeur français Johnny Hallyday,
qui l’a reçu à manger à la maison, lui a
demandé comment s’adresser à lui. Le roi l’a
encouragé à l’appeler « Majesté
» tout en le tutoyant.
Mais
malgré ces quelques passe-droits, Mohammed VI est
surtout resté fidèle à la tradition. Il
n’a notamment rien changé au rite d’allégeance
annuel, la bey’a, au cours duquel des dignitaires lui baisent
la main.
1,3 million par jour
Le jeune roi n’a pas non plus mis la pédale douce sur
les dépenses de la monarchie. L’entretien de ses 12
palais coûte 1,3 million par jour, au dire du magazine
Forbes, qui a classé Mohammed VI, avec sa fortune
personnelle de 3,4 milliards, au septième rang des
monarques les plus riches au monde.
Malgré ces coffres bien remplis, l’État marocain
finance généreusement la monarchie. En 2005, 311
millions sont passés des poches des Marocains à
celles de leur roi, selon TelQuel. Cette somme est 17 fois
plus importante que celle accordée par l’État
à la reine d’Angleterre.
L’informateur « MaChouette »
a-t-il droit à l’anonymat ?
OTTAWA —
La Cour suprême a entendu, hier à Ottawa, une
cause qui l’appelle à se prononcer sur la
protection des sources journalistiques.
Il s’agit d’une requête du Groupe Polygone, qui
cherche à connaître l’identité d’un
informateur surnommé « Ma Chouette »
qui a permis au journaliste Daniel Leblanc, du Globe and
Mail, d’obtenir de nombreuses informations en marge du
scandale des commandites.
Le Groupe Polygone est poursuivi pour 35 millions par le
gouvernement fédéral à la suite de ce
scandale.
Polygone
dema nde au x t ribunaux de forcer Daniel Leblanc à
dévoiler l’identité de son informateur.
Il a toujours refusé, s’exposant à une
condamnation pou r outrage au t r i bu n a l e t à
u ne p e i ne d’emprisonnement.
Les juges du plus haut tribunal du pays ont notamment
demandé des éclaircissements sur la nature
de la protection qui devrait être accordée
aux sources journalistiques, s’interrogeant sur le
bien-fondé d’une protection absolue.
Les avocats au dossier ont convenu de la
nécessité de pondérer une telle
protection des sources.
Polygone et la liberté d’enquêter -
YVES BOISVERT
Enfin. Enfin
un peu de bon sens dans le dossier Polygone, ce sous-produit
du scandale des commandites. Et enfin un mot d’ordre puissant,
clair, à l’usage des tribunaux québécois
concernant la liberté de la presse.
Le j ugement rendu la semaine dernière par trois juges
de la Cour d’appel ne concerne qu’un élément
bien secondaire du scandale des commandites. Mais les
principes qui y sont énoncés ne l’avaient pas
encore été aussi bien par une cour du
Québec. Et comme il s’agit du plus haut palier
judiciaire québécois, le message devrait porter.
Sur le point central , la Cour d’appel répète ce
que la Cour suprême a dit depuis longtemps: ce n’est
qu’en dernier recours qu’un juge peut empêcher la
publication d’une information, pas simplement « au cas
où ». Il y a pourtant 15 ans que la Cour
suprême a dit qu’on avait eu tort d’interdire la
diffusion d’un docudrame sur l’orphelinat Mount Cashel,
édictant du même coup un test rigoureux à
l’usage des tribunaux pour décider des ordonnances de
non-publication.
Le milieu judiciaire résiste pourtant. Les
médias y sont largement vus comme des mouches du coche
qui au mieux ne nuiront pas, et au pire peuvent faire
dérailler des négociations, interrompre des
procédures, en un mot, nuire à ce qu’on appelle
« la bonne administration de la justice ».
Quel soulagement, donc, de voir la Cour d’appel rappeler
à quoi peut bien servir ce droit constitutionnel.
Deuxièmement, la Cour d’appel dit ceci qu’elle n’a
jamais dit aussi clairement : les médias ont le droit
de diffuser des informations confidentielles, même si la
source d’information a violé un engagement de
confidentialité.
Autrement dit, les médias ne sont pas liés par
les engagements de confidentialité des autres. Dans la
mesure où ils diffusent une information
d’intérêt public, les médias ont par
faitement le droit de révéler des informations
confidentielles.
Cela tombe peut-être sous le sens pour le commun des
mortels, mais dans le milieu juridique c’est loin d’être
le cas.
Comme le dit le juge Allan Hilton dans ce jugement, «
interdire aux journalistes d’utiliser des informations
confidentielles aurait pour effet de limiter
sérieusement, sinon d’anéantir, leur
capacité d’enquête et de cueillette d’information
».
Le juge Pierre Dalphond en rajoute: « En
démocratie véritable, cette liberté de
diffuser ne se limite pas aux informations rendues publiques
par le gouvernement de temps à autre, mais aussi
à celles que le journaliste obtient sans poser un geste
illégal. Cela comprend les informations obtenues d’une
source qui manque à une obligation de
confidentialité imposée à elle, mais non
aux journalistes. »
I l va encore plus loin : « L’histoire démontre
que la préservation de la démocratie, incluant
le respect de la règle de droit, n’est parfois possible
que grâce à des fuites à un journaliste
par des sources non autorisées à les
communiquer. » Il cite notamment le Watergate, mais
aussi le scandale des commandites.
Avec un tel
raisonnement, j’ajouterais que la confidentialité des
sources journalistiques est indispensable. Il va de soi
également que les manoeuvres de Polygone pour tenter
d’identifier la source du journaliste Daniel Leblanc («
MaChouette ») devraient être
empêchées.
Mais cela, la Cour d’appel ne le dit pas parce que ce
n’était en cause. Ne boudons
pas notre plaisir pour autant.
Revenons en a r r i è r e . Polygone est une des firmes
poursuivies par le gouvernement fédéral pour
avoir obtenu des millions illégalement dans le cadre du
programme des commandites. Ottawa réclame 35 millions
à Polygone.
Polygone prétend que l’action est prescrite : Ottawa
aurait trop tardé à poursuivre. Pour le
démontrer, elle veut identifier la source du
journaliste Leblanc, peut-être haut placée au
gouvernement, pour montrer qu’on avait pleinement connaissance
du problème plus de trois ans avant le
dépôt de la poursuite.
Polygone, avec l’accord du juge, a interrogé une
série de personnes pour savoir si elles sont
MaChouette. Le Globe& Mail (où travaille Leblanc)
ne l’a appris que plus tard et tente sans succès
d’intervenir depuis.
En parallèle à cette histoire de sources,
Leblanc a publié dans le Globe un article
révélant que Polygone tentait de régler
à l’amiable avec Ottawa pour 5 millions. Polygone s’est
plaint de cet article et le juge Jean-François de
Grandpré, sans même entendre le Globe, a interdit
à Leblanc d’écrire une autre ligne sur le sujet.
La Cour suprême va se pencher sur cette ordonnance cet
automne, mais la Cour d’appel fait un détour pour
souligner que le juge l’a émise de son propre chef,
sans entendre le Globe – ce qui est bien sûr
inadmissible autant qu’illégal.
Puis, ce printemps, c’est le collègue Joël-Denis
Bellavance qui écrit dans La Presse sur les
négociations entre Ottawa et Polygone. Nouvelle
ordonnance, mais cette fois au moins l’avocat de Gesca a pu
plaider.
Le juge de Grandpré estime que La Presse a «
avalisé » la faute de la source gouvernementale
qui a violé la confidentialité des
négociations avec Polygone. Pour la bonne marche des
négociations, La Presse ne peut donc plus publier
d’information confidentielle.
C’est cette décision que vient de casser la Cour
d’appel. D’abord en disant que le juge de Grandpré n’a
pas appliqué le test que tout juge devrait appliquer
avant de limiter la liberté de la presse. Ensuite en
déclarant que les médias ne sont pas liés
par les engagements de confidentialité des autres – ce
qui reviendrait à nier le journalisme d’enquête.
Dans ce cas-ci, en outre, le seul fait confidentiel
était la reprise des négociations.
Voilà un jugement qui remet de l’ordre dans les
principes et qui reconnaît l’importance fondamentale de
l’enquête journalistique. Enfin.
La Cour d’appel duQuébec donne raison à La
Presse - Karim Benassaieh
Dans ce qui
constitue une victoire « majeure » pour le droit
du public à l’information, la Cour d’appel du
Québec a donné raison hier à La Presse
et à son journaliste Joël-Denis Bellavance dans
la cause les opposant au Groupe Polygone.
De façon unanime, les trois juges de la Cour d’appel
ont notamment décidé que les journalistes ont
le droit de diffuser une information, même si leur
source l’a obtenue ou transmise en commettant une faute.
« Interdire aux journalistes d’utiliser des
informations confidentielles aurait pour effet de limiter
sérieusement, sinon anéantir, leur
capacité d’enquête et de cueillette
d’information », écrit le juge Hilton.
« C’est donc à tort que le juge de
première instance (affirme) que les journalistes
recevant des informations d’une source (qui viole) une
obligation de confidentialité ne peuvent les diffuser
légalement, ajoute plus loin le juge Dalphond. Une
telle règle n’existe pas au Canada. »
Selon l’avocat de dans ce dossier, Christian Leblanc, le
plus haut tribunal au Québec a rendu une
décision historique en matière de
liberté d’expression et de droit à
l’information. « Il n’y a aucune décision
québécoise, même canadienne,
là-dessus. C’est une première. La Cour d’appel
vient clarifier ce qui est une grande victoire pour la
liberté de presse. Si un journaliste obtient une
information d’une source qui l’a peut-être obtenue de
façon illégale, on peut quand même la
publier. Le juge de première instance
prétendait qu’on avalisait ainsi une faute. Si
c’était le cas, des affaires comme le Watergate
n’auraient jamais vu le jour. »
En avril dernier, le juge JeanFrançois de
Grandpré, de la Cour supérieure, avait
interdit à La Presse de diffuser toute information
sur les négociations entre le Groupe Polygone, un
acteur du scandale des commandites, et le gouvernement
fédéral. Le 1er avril, La Presse avait
publié un article révélant que
l’entreprise avait relancé discrètement les
négociations et proposait de rembourser cinq millions
sur les 39 millions reçus dans le cadre du programme
des commandites. Cette dernière information
financière reprenait essentiellement les termes d’un
article du Globe and Mail datant de l’automne 2008 – qui
avait d’ailleurs valu à l’époque au quotidien
torontois une ordonnance de non-publication.
En avril
dernier, estimant que son droit à la vie
privée et la bonne administration de la justice
étaient menacés, Groupe Polygone avait
demandé et obtenu une ordonnance interdisant à
La Presse d’évoquer ces négociations. Le juge
de Grandpré avait notamment statué que
l’information obtenue par les journalistes provenait
manifestement d’une source gouvernementale liée par
un devoir de confidentialité. Ce devoir ayant
été brisé, le journaliste «
acquiert donc l’information suite à la commission
d’une faute qu’il n’a pas le droit d’avaliser », a
estimé en première instance le juge de
Grandpré.
Faux, a rétorqué hier la Cour d’appel. Que ce
soit pour le Watergate ou le scandale des commandites,
« l’histoire démontre que la
préservation de la démocratie (…) n’est
parfois possible que grâce à des fuites
à un journaliste par des sources non
autorisées à les communiquer », dit le
juge Dalphond.
« C’est un jugement majeur, estime Philippe Cantin,
éditeur adjoint à La Presse. On se
réjouit beaucoup de voir que le droit du public
à l’information a été affirmé
aussi clairement. Pour nous, ce jugement confirme que le
droit du public est un droit reconnu dans notre
jurisprudence. Et que notre capacité à mener
des enquêtes journalistiques essentielles à la
démocratie est reconnue avec force. »
Les avocats de Groupe Polygone, devenu Malcolm Media, ont 30
jours pour porter la décision en appel. La cause du
Globe and Mail, toujours sous le coup d’une ordonnance de
non-publication similaire depuis novembre 2008, sera par
ailleurs entendue en Cour suprême le 21 octobre
prochain. En cas d’appel de Groupe Polygone, la Cour
suprême pourrait regrouper les deux causes, qui
soulèvent essentiellement les mêmes
règles de droit.
PROTECTION DES SOURCES JOURNALISTIQUES - Deux visions
s’affrontent enCour suprême
« Si les
sources se retrouvent exposées, ça va en
refroidir plusieurs de briser le silence. »
— Deux visions diamétralement opposées se sont
affrontées hier, en Cour suprême, qui entendait
la première de deux importantes causes susceptibles de
changer les pratiques journalistiques.
La
Cour suprême du Canada doit trancher la
délicate question de la protection des sources
journalistiques. Une décision susceptible de changer
les pratiques journalistiques.
Le plus haut tribunal du pays se penchait ainsi sur le cas du
quotidien National Post et de son journaliste Andrew McIntosh,
qui refusent de remettre aux autorités un document
obtenu d’une source confidentielle, dans le dossier du
Shawinigate. La veille, la Cour suprême avait
accepté d’entendre en octobre prochain la cause
opposant le journaliste du Globe and Mail Daniel Leblanc
à l’agence de publicité Polygone, qui
réclame de connaître l’identité de la
source surnommée Ma Chouette, à l’origine d’une
partie des révélations qui ont levé le
voile sur le scandale des commandites.
Tour à tour hier, les avocats du quotidien torontois,
d’autres médias et des groupes de défense des
libertés civiles ont plaidé l’importance de la
protection d’une source qui fournit de l’information à
un journaliste sous le sceau de la confidentialité.
« Si les sources se retrouvent exposées,
ça va en refroidir plusieurs de briser le silence
», a souligné Me Brian MacLeod Rogers,
représentant l’Association canadienne des journaux.
« La charte protège la liberté de la
presse, et dans cette garantie il y a aussi selon nous le
droit de protéger les sources des journalistes, a
renchéri Me Daniel Henry, avocat de la
Société RadioCanada. Sans source, il y aura
moins d’histoires importantes et de reportages
d’intérêt public. »
Plus de 35 États américains ainsi que des pays
européens ont déjà modifié leur
cadre législatif pour y inclure certaines formes de
protection des sources journalistiques, ont plaidé les
avocats du National Post. Le Canada ne dispose pas de telles
lois.
Pas au-dessus des lois
En Cour suprême, le procureur de la Couronne a
rétorqué que les journalistes, si utiles
à la société qu’ils soient, ne peuvent
pas se prétendre au-dessus des lois.
« La question n’est pas de définir si les
médias jouent un rôle fondamental dans notre
démocratie. C’est le cas. La question est de savoir si,
au nom de la relation privilégiée
journaliste-source, ce rôle place les journalistes et
ceux qui leur fournissent des informations au-dessus de la loi
», a souligné Me Robert Hubbard, en introduction
de son plaidoyer.
Dans la cause en question, la Gendarmerie royale du Canada,
arguant que le document de M. McIntosh est un faux, a obtenu
en 2002 un mandat de perquisition pour obliger le
rédacteur en chef du journal à remettre le
document et l’enveloppe dans laquelle il a été
reçu, afin d’analyser les empreintes et d’identifier la
source. Le National Post a toujours refusé de se plier
à l’ordre de la Cour. Sur la base des informations
contenues dans le document en question, M. McIntosh avait
révélé que l’ancien premier ministre Jean
Chrétien s’était placé en situation de
conflit d’intérêts en intervenant auprès
de la Banque de développement du Canada pour qu’elle
alloue un prêt à l’Auberge Grand-Mère,
située dans sa circonscription de Shawinigan.
Les neuf juges de la Cour suprême ont pris la cause
en délibéré. La décision pourrait
prendre jusqu’à plusieurs mois avant d’être rendue
publique.
Difficile de trancher
Pour le spécialiste en droit de l’information de
l’Université de Montréal, Pierre Trudel, les
tribunaux pourraient avoir beaucoup de difficulté
à trancher les causes d’Andrew McIntosh et de Daniel
Leblanc, dans lesquelles « deux logiques s’affrontent: la
liberté de la presse et la capacité des tribunaux
à rendre justice ».
« Dans des situations où de tels droits
s’affrontent, il est rare qu’on réussisse à avoir
une règle qui détermine, une fois pour toutes,
quel principe doit l’emporter sur l’autre, souligne le
professeur Trudel. On est en présence de droits
fondamentaux tout aussi légitimes l’un que l’autre.
»
La complexité, selon lui, réside aussi dans le
fait qu’il n’y a aucune règle qui régit la
profession journalistique, contrairement aux médecins ou
aux avocats, par exemple, qui sont tenus au secret
professionnel.
Personne n’est au-dessus des lois, certes, mais « est-ce
que la loi peut imposer des contraintes aussi lourdes à
la liberté de la presse? » s’interroge-t-il.
À la Fédération professionnelle des
journalistes du Québec (FPJQ), on a tranché. Le
moment est venu, selon le président, François
Bourque, de légiférer pour protéger la
confidentialité des sources.
« Ça n’a plus de bon sens de continuer à
aller faire des batailles chaque fois en Cour pour être
capable de protéger du matériel journalistique. Il
est temps de trouver une solution permanente », dit-il.
La FPJQ a mis sur pied un groupe de travail, en collaboration
avec les principaux médias québécois, pour
établir les balises à l’intérieur
desquelles les journalistes doivent pouvoir, dans
l’intérêt public, protéger leurs sources.
« Dans un contexte où les gouvernements ferment
l’accès à l’information, poussent à des
niveaux inégalés la culture du secret, c’est de
plus en plus important que les journalistes puissent avoir
accès à des sources de l’intérieur »,
explique le président de la FPJQ.
Déjà, il craint que les procédures
judiciaires en cours ne refroidissent les ardeurs de
dénonciateurs potentiels, et ce, aux dépens de
l’intérêt public.
Feu le journalisme d’enquête?
YVES BOISVERT CHRONIQUE
Dans le cas de négociations impliquant les fonds publics,
en marge du plus grand scandale politique des 10 dernières
années, on peut plaider l’intérêt public. Si,
par exemple, on apprend que le règlement risque de se faire
pour une somme dérisoire.
Vendredi, le juge JeanFrançois de
Grandpré a rendu un jugement qui, s’il était suivi,
rendrait illégales à peu près toutes les
enquêtes journalistiques.
Selon son raisonnement, un journaliste qui transmet une
information obtenue grâce à un bris de
confidentialité commet une faute. C’est ce qu’il
écrit dans son jugement rendu contre La Presse et le
journaliste Joël-Denis Bellavance, à la demande du
Groupe Polygone.
Or, au risque de faire de la peine au juge de
Grandpré, le journalisme d’enquête consiste
précisément à dévoiler des
informations importantes qui sont cachées du public. Pour
cela, on doit obtenir des confidences. Des confidences de gens
normalement tenus au secret par une loi, un règlement ou un
engagement.
Prenons un exemple énorme: le Watergate.
L’enquête journalistique qui a entraîné la
chute du président des États-Unis, il y a 35 ans,
était fondée en partie sur les confidences du
numéro 2 du FBI – surnommé Deep Throat –, qui s’est
dévoilé en 2005.
Il va de soi qu’un policier est tenu légalement au
secret des enquêtes qu’il mène. Il peut perdre son
emploi s’il viole ce secret.
VMais il se trouve des gens comme William Mark Felt (Deep
Throat) qui estiment à un certain moment de leur
carrière que l’intérêt supérieur de la
nation leur commande de violer un secret auquel ils sont
légalement tenus. Dans son cas, il voyait que la
Maison-Blanche tentait d’étouffer le scandale en
contrôlant le FBI, et comme c’était un policier
honnête, il a décidé de faire en sorte que le
public sache la vérité sur l’opération de
camouflage du président Nixon.
Il l’a fait au péril de sa carrière et de sa
sécurité. C’était, si on restreint
bêtement la portée de son geste, un acte
incontestablement illégal. Mais c’était aussi un
acte de courage remarquable qui servait l’intérêt
public.
L’affaire décidée par le juge de
Grandpré vendredi n’est pas le Watergate, mais elle est un
sousproduit du scandale des commandites. Polygone et son
président Luc Lemay sont présentement poursuivis
(avec d’autres firmes) par le gouvernement fédéral,
qui leur reproche d’avoir touché des dizaines de millions
en exagérant les factures dans le cadre du scandale des
commandites.
On sait que Polygone, pour se défendre, plaide que le
gouvernement a trop tardé à poursuivre. Pour cela,
Polygone veut connaître la source du journaliste Daniel
Leblanc, du Globe and Mail, un de ceux qui ont fait éclater
le scandale.
Au fait, cette source (MaChouette) n’a-t-elle pas
violé un engagement de confidentialité si elle est
une employée de la fonction publique? Un fonctionnaire ne
peut à peu près rien révéler à
un journaliste sans violer 50 articles de loi ou de
règlement…
Qui dira que cette source n’a pas rendu un prodigieux
service aux Canadiens ?
Toujours est-il que notre collègue Bellavance a
écrit, le 1er avril , que Polygone était en train de
négocier un règlement à l’amiable avec le
gouvernement. Il a révélé les sommes qui
étaient discutées selon « une source
gouvernementale ».Ces négociations,
comme toute négociation pour régler un litige, sont
confidentielles. Polygone n’était pas du tout content de
voir qu’une source à Ottawa donnait des informations aux
journalistes, l’avocat du procureur général non
plus. D’autant que Leblanc avait lui aussi écrit, l’automne
dernier, sur ces négociations, ce qui avait fait bondir le
juge de Grandpré. Le juge lui avait d’ailleurs
intimé l’ordre de ne plus le faire, sans même laisser
plaider l’avocat du Globe and Mail.
Mais cette fois-ci, l’avocat de La Presse a pu amplement
s’exprimer, comme quoi la liberté de presse avance. Il n’a
cependant pas convaincu le juge, qui a émis une ordonnance
à La Presse lui interdisant d’écrire quoi que ce
soit sur ces négociations.
En soi, ce n’est pas un jugement surprenant. Il est vrai que
les règlements deviendraient difficiles si les
négociations étaient sans cesse rapportées
dans les médias. Il y a une réelle valeur à
protéger ces négociations.
Ce qui est consternant, cependant, c’est que le juge
décrète cette ordonnance comme si c’était un
absolu, sans prendre en considération les enjeux
d’intérêt public qui dépassent le cadre de la
cause, sans les mettre en balance.
Et puis il y a ce passage, où le juge écrit
que le journaliste qui acquiert une information « suite
à la commission d’une faute » n’a « pas le
droit de l’avaliser ». Le journaliste doit en effet
présumer que son information émane d’une personne
qui viole un secret.
Pourtant, le secret est déjà violé par
la communication avec le journaliste – qui, lui, n’est tenu
à aucun secret. Une fois que le journaliste est en
possession de cette information, peu importe d’où elle
émane, deux questions se posent : est-elle vraie ? Est-elle
d’intérêt public? Si c’est le cas, il devra
normalement la publier. On fait ça tous les jours, des
reportages des faits divers aux affaires politiques.
Dans le cas de négociations impliquant les fonds
publics, en marge du plus grand scandale politique des 10
dernières années, on peut plaider
l’intérêt public. Si, par exemple, on apprend que le
règlement risque de se faire pour une somme
dérisoire.
Je conçois que d’un point de vue de gestion
judiciaire stricte, tout ce qui nuit à un règlement
est à éviter. Mais le juge de Grandpré aurait
au moins pu considérer les autres enjeux qui
dépassent les murs de sa salle d’audience. Qu’au moins on
sente qu’ils ont été mis dans la balance.
Ce n’est pas le cas. On se retrouve au final avec une
décision qui nie l’essence même de la fonction
d’enquête du journaliste et qui, juste pour ça, est
insensée.
La censure dans tous ses états -
Pierre Trudel
Il est temps
de baliser le droit à la réputation en limitant
son application aux propos diffusés de mauvaise foi ou
par incurie
La mise en demeure à l’encontre du livre de Mario
Pelletier sur la Caisse de dépôt illustre la
démesure que prend le
droit des entreprises.
LL’auteur est professeur de droit de l’information au Centre
de recherche en droit public à la facultéde
droit de l’Université de Montréal. e triste
épisode de la censure du livre La Caisse dans tous ses
états démontre la nécessité
d’assurer une protection significative contre la censure
préalable. Au Québec, les gestionnaires des
entreprises et des organismes publics ont la liberté de
dépenser les biens de la collectivité pour
entreprendre des poursuites contre ceux qui sont en
désaccord avec leurs décisions.
Utilisant l’argent de l’ensemble des citoyens qui y versent
une partie de leurs épargnes, les autorités de
la Caisse de dépôt servent à
l’éditeur une mise en demeure visant à s’opposer
à la parution d’un livre critique sur certains aspects
de la gouvernance de l’institution publique. Dans cette mise
en demeure, il n’y a pas de démonstration que le livre
comporterait des affirmations fautives; uniquement des
allégations de propos « vexatoires » et
possiblement embarrassants pour certains gestionnaires.
N’ayant pas
les moyens de soutenir une bataille judiciaire,
l’éditeur s’empresse d’obtempérer et demande
à ses distributeurs de retirer les exemplaires du livre
déjà en librairie. Ce phénomène
est désigné aux États-Unis par
l’expression « effet réfrigérant »
sur la liberté d’expression: sans même à
avoir à démontrer en quoi le propos est abusif,
on censure! Sans même que les juges aient
été invités à déterminer si
le contenu de l’ouvrage enfreint quelque loi, le public aura
été privé d’un regard critique sur une
institution publique. Les tribunaux américains ont
cherché à enrayer la tentation de se servir du
droit à protéger sa réputation pour
museler l’expression légitime des autres. Au Canada, on
choisit de célébrer béatement le droit
à la réputation sans se préoccuper des
dérives qu’il permet.
Les législateurs et certains défenseurs des
droits de la personne tolèrent le
déséquilibre en faveur du droit à la
réputation invoqué par ceux qui ont
intérêt à faire taire les critiques.
L’étendue excessive que l’on accorde au Québec
au droit à la réputation permet pratiquement
d’intenter un recours à l’encontre de tout propos qui
nous déplaît ou que l’on souhaite réduire
au silence. À l’égard des personnalités
publiques, il est difficile de départager ce qui
relève de la juste critique et ce qui constitue de la
diffamation. Cette ambiguïté joue invariablement
contre l’exercice de la liberté d’expression. Il est
grand temps que l’on balise le droit à la
réputation en limitant son application aux seuls propos
diffusés de mauvaise foi ou par incurie.
L’épisode récent de la mise en demeure à
l’encontre du livre de Mario Pelletier sur la Caisse de
dépôt illustre la démesure que prend le
droit des entreprises de faire taire ceux qui les critiquent.
Les droits qui limitent la liberté de s’exprimer
doivent être définis de façon suffisamment
nuancée pour ne pas servir de prétexte à
n’importe quelle tentative de museler les points de vues
opposés. Il est grand temps d’abandonner des lieux
communs au sujet de la nécessité de garantir le
« droit à la réputation » des
personnes et de s’assurer que celui-ci cesse d’être
utilisé comme un ciseau de censure à la
disposition de ceux qui ont les moyens (les leurs… et souvent
ceux des autres!) de faire taire les critiques.
Un tsunami frappe le journalisme, selon la
ministre St-Pierre
—
Inquiète de la disparition de l’édition
dominicale de La Presse, la ministre de la Culture et des
Communications, Christine St-Pierre, estime qu’un tsunami
frappe actuellement la profession de journaliste.
Questionnée sur la décision du groupe de
presse Gesca, Mme StPierre a témoigné hier
sa tristesse et son inquiétude pour l’avenir du
journalisme.
La ministre a indiqué que la fin de la publication
de La Presse le dimanche, dès juillet prochain,
s’ajoute à une longue liste de mauvaises nouvelles
qui ont affecté les journalistes du Québec.
Elle a cité la fermeture de la salle de
rédaction de TQS, les compressions à
Radio-Canada et le lock-out décrété
au Journal de Montréal.
« C’est tout le bouleversement qu’il y a dans le
milieu de l’information qui est inquiétant parce
que c’est la diversité des voix (qui est en jeu) et
ce qui va se passer dans l’information locale et
régionale, il y a un tsunami », a-t-elle
commenté.
Mme
St-Pierre estime qu’une analyse de la profession est
rendue nécessaire par la transformation des
habitudes des consommateurs qui se tournent de plus en
plus vers l’internet pour s’informer.
« Il faut discuter avec les patrons des entreprises
de presse, les syndicats, la Fédération
professionnelle des journalistes du Québec (...)
pour faire en sorte que la population soit bien
informée », a ajouté la ministre, qui
a été elle-même journaliste à
Radio-Canada pendant plus de 20 ans.
Selon elle, la réflexion à mener sur la
profession doit aussi toucher la pression exercée
sur les journalistes depuis l’avènement des canaux
d’information continue et de l’internet.
« Est-ce que les journalistes ont suffisamment de
recul pour être capables de traiter une nouvelle
dans un temps qui est humainement possible, parce que les
journalistes sont maintenant forcés à faire
le métier de façon de plus en plus vite,
ça augmente les possibilités d’erreur
», a-t-elle conclu.
Être à la fois journaliste et élue,
c’est possible - Marc Thibodeau
PARIS —
Peut-on être à la fois journaliste dans un
grand quotidien national et élue municipale de l’
UMP, parti de la majorité gouvernementale, sans
compromettre sa crédibilité ?
Une double fonc t i on de c e t t e nat u r e s e r a i t
j ugée hérétique dans un quotidien
nord-américain, mais elle ne pose guère
problème dans l’ Hexagone, à en juger par la
situation de Martine Perez, journaliste au quotidien de
droite Le Figaro.
L e magazine de gauche Marianne a ironisé
récemment sur le sujet en se moquant d’un article
de Mme Perez dans lequel elle traitait du malaise subi par
le président Nicolas Sarkozy durant une sortie de
course à pied.
L’hebdomadaire s’étonnait d’un passage où la
journaliste soulignait la forme physique «
particulièrement éblouissante » du
chef d’État et « sa manière
d’être archiprésent sur tous les fronts,
apparemment toujours combatif et ne rechignant jamais
devant un déplacement, une annonce, une prise de
position, un combat ».
« La presse cubaine en prendra des leçons
», a souligné Marianne, qui invitait, d’un
ton grinçant, le Figaro à ouvrir ses portes
« à des articles rédigés moins
souvent par des groupies présidentielles plus
lucides et moins aveuglées ».
Martine Perez, qui siège dans le 3e arrondissement
sous le nom de son mari, WeillRaynal, estime que la revue
satirique lui fait un procès d’intention qui n’a
pas lieu d’être.
« Je n’ai strictement rien à cacher. Mes
activités politiques sont connues depuis longtemps
et ne posent pas problème avec la direction
», souligne la journaliste, qui ne voit pas de
problème éthique avec sa situation.
« Si
j ’avais été affectée à
l’économie ou à la politique, la situation
serait peut-être différente. Mais j e couvre
les questions de santé publique », souligne
Mme Perez, qui affirme n’avoir jamais
mélangé ses deux fonctions. Le passage sur
la forme du chef d’État à l ’origi ne de la
sortie de Marianne ne faisait que relever, dit-elle, un
fait déjà souligné par plusieurs
commentateurs.
Le poste dans le 3e arrondissement n’est pas
rémunéré, ajoute la journaliste, qui
a été sollicitée pour devenir
candidate UMP il y a plusieurs années en raison de
ses activités dans une association de parents
d’élèves. « Comme tout être
humain, j’ai le droit de m’intéresser à la
vie politique », dit-elle.
La direction du journal a refusé de commenter la
situation, se contentant de renvoyer les questions de La
Presse à Mme Perez elle-même.
François Delétraz, qui est
délégué du Syndicat national des
journalistes (SNJ) au Figaro Magazine, une entité
distincte du Figaro, ne voit rien de
répréhensible à la situation de Mme
Perez.
« Les journalistes peuvent convoiter des
responsabilités civiques », indique le
délégué. Le seul cas
problématique, juge-t-il, est celui où la
rubrique couverte par le journaliste touche le secteur
où i l est engagé civiquement.
Dominique Pradalié, secrétaire
générale du SNJ, pense que la situation de
Mme Perez donne un « mauvais exemple ».
« Même si elle est d’une
honnêteté intellectuelle
irréprochable, les gens qui la voient dans son
rôle d’élue ne peuvent pas imaginer que son
honnêteté est totale sur le plan
journalistique », dit-elle. Bref, la simple
apparence de conflit d’intérêts rend sa
position répréhensible.
Le droit à la controverse - YVES
BOISVERT
Les
médias sont-ils obligés de ne donner la
parole qu’à des gens consensuels, mesurés,
pondérés et bien peignés ?
En rejetant le recours collectif d’un homme
prétendant parler au nom de tous les Noirs du
Québec contre RadioCanada, le juge Marc de Wever a
dit non il y a deux semaines.
Eh oui, c’est encore l’histoire du Doc Mailloux,
déclinée ici sous l’angle de l’atteinte
à la réputation de la communauté
noire.
Étonnamment, cette décision est
passée à peu près sous le radar
médiatique. Je dis étonnamment parce qu’une
décision dans le sens opposé aurait eu des
conséquences désastreuses et rendu encore
plus frileux et conformistes les réseaux de
télévision.
Le CRTC avait blâmé RadioCanada en 2006 pour
avoir provoqué artificiellement une controverse en
ayant permis la diffusion de propos
«dénigrants, offensants» du psychiatre,
qui prétendait s’appuyer sur des études
(jamais publiées) pour affirmer que les Noirs ont
un quotient intellectuel moyen inférieur aux Blancs
et y allant d’une explication pseudo-scientifique. Le CRTC
a reproché à Radio-Canada d’avoir
provoqué ce débat sans même convoquer
un expert pour le contredire.
Le Collège des médecins, le mois dernier, a
conclu que le médecin avait émis des propos
non soutenus par les données de la science actuelle
et était donc coupable de divers manquements
à son code de déontologie (le psy en
appelle).
L e vent sou ff la it si fort contre le psychiatre
maintenant déclaré officiellement
infâme qu’on pouvait craindre que le recours
collectif entrepris au nom de la communauté noire
soit accueilli.
En fait, le demandeur n’a pas même obtenu la
permission de l’exercer. La poursuite était tardive
(plus d’un an), ce qui déjà réglait
le cas. En plus, les « dommages » de chaque
personne sont impossibles à quantifier
objectivement et individuellement et, finalement, de toute
manière, la diffamation collective n’est pas
reconnue en droit québécois. Quand quelqu’un
dénigre un groupe très large, aussi stupides
soient les propos, la diffamation se trouve diluée
pour ainsi dire.
O n récla ma it à R ad io - Canada 24 500 $
pour chacun des 175 000 membres de la communauté.
Ce qui ferait 4 287 500 000 (on aurait peutêtre
réglé pour 4 milliards tout rond,
remarquez).
S’il fallait que ce genre de recours réussisse,
cela voudrait dire qu’il serait illégal de diffuser
des propos offensant un groupe, même si ces propos
sont descendus en flammes dans la même
émission. Car enfin, c’est ce qui est arrivé
au Doc Mailloux : tous les autres invités l’ont
descendu.
On pourrait par exemple imaginer un groupe d’anglophones
poursuivant TVA ou la SRC après la diffusion d’une
entrevue de Pierre Falardeau. Ou n’importe quel
média rapportant des thèses
controversées, y compris pour les critiquer.
Si la peur des poursuites fait en sorte que les
médias ne convoquent plus des personnalités
publiques pour les confronter, on n’aura
protégé personne.
Ce n’est
pas en les rendant illégales qu’on combat les
idées fausses. « Le remède ne
réside pas dans la dilatation du concept de
diffamation, mais bien dans le débat public et
même le débat public vigoureux »,
écrit le juge de Wever.
Bien dit.
« Bien connu de la police »
En deux semaines, deux policiers de Montréal ont
été arrêtés pour avoir transmis
des informations policières confidentielles.
La bonne nouvelle, c’est qu’on prend l’affaire
suffisamment au sérieux pour que des accusations
criminelles soient déposées contre eux. Avis
à tous les intéressés…
L a mauvaise, eh bien… c’est justement que c’est
très sérieux. Les banques de données
auxquelles les policiers ont accès contiennent un
nombre fabuleux de données personnelles sur tous
les citoyens, avec ou sans casier judiciaire. On se
souvient que les motards payaient des sources chez des
sous-traitants de la SA AQ pour obtenir des informations
sur des ennemis ou des cibles de leurs opérations.
Le premier cas vise un sergent-détective aux
homicides, Mario Lambert, accusé d’utilisation
frauduleuse de l’ordinateur de police. Les détails
ne sont pas connus, mais c’est un policier
d’expérience travaillant sur des enquêtes
majeures.
L’autre cas est peut-être encore plus troublant :
l’agente Nancy Lauzon est accusée du même
crime, au profit de son père, Fernand Lauzon, un
homme de 68 ans accusé de trafic de cocaïne.
Fernand Lauzon, apparemment, est bien connu de la police
même s’il n’a pas d’antécédent
judiciaire. Les policiers l’accusent d’être un
important trafiquant de coke dans le sudouest de
Montréal.
Il semble que Lauzon était nerveux et
s’inquiétait d’être suivi par une voiture
inconnue. Il a demandé à sa fille d’en
vérifier la plaque. C’était une voiture de
police banalisée… Lauzon a été
arrêté dans le cadre de la
méga-opération Axe, ce printemps.
Le fait d’avoir transmis une information, si c’est vrai,
ne veut pas dire que la policière ait
été complice de son père. La mauvaise
réputation de ses parents, par ailleurs, ne devrait
sans doute pas empêcher quelqu’un d’être
policier.
Mais comment se fait-il que la policière Lauzon
patrouillait dans le quartier où les complices de
son père trafiquaient (selon les accusations du
dossier Axe, du moins) ? Là, on commence à
avoir des doutes sur le sérieux de l’encadrement et
des enquêtes de sécurité au Service de
police de la Ville.
On
dirait que ceux qui devraient consulter le centre de
renseignements policiers ne le font pas toujours. À
moins que l’expression « bien connu de la police
» veuille dire : connu uniquement de l’ordinateur de
police, vu que la police a pris sa retraite… Il me semble
que le chef Yvan Delorme a des réponses à
nous donner.
De l’asphalte et des fouille-merdes -
Patrick Lagacé
Je
n’ai pas besoin de sources anonymes pour vous c on f i
r mer que Benoit Labonté n’enverra pas de carte
de Noël à Fabrice de Pierrebourg, le
journaliste lock-outé qui écrit pour
RueFrontenac.com. Si le colistier de Louise Harel a
été envoyé en exil par celle-ci,
si sa carrière politique est en miettes, ce
matin, c’est un peu, beaucoup, à cause de
Fabrice.
L’histoire des liens entre l ’ o mniconst r uc t e u r
Tony Accurso et le numéro deux de Vision
Montréal, c’est grâce à Fabrice de
Pierrebourg qu’elle est connue. D’autres y ont
ajouté de belle façon ces derniers
jours. Mais les premières salves, ce sont les
siennes.
Le premier qui a raconté cette rencontre entre
Benoit Labonté et Tony Accurso, dans un
restaurant de Montréal, en 2008, c’est Fabrice.
Labonté n’était alors pas le
numéro deux de Vision de Montréal. Il
était un transfuge, venant de quitter le parti
de Gérald Tremblay. Il briguait le leadership
de Vision Montréal.
Début 2008, Accurso n’était pas encore
l’entrepreneur qui allait mettre subséquemment
t ant d’hommes de pouvoir – Michel Arsenault et
Jocelyn Dupuis de la F TQ , Frank Zampino,
numéro deux de la Ville de Montréal, et
Labonté, maintenant – dans le pétrin.
Le premier qui a raconté que Benoit
Labonté a sollicité des fonds de Tony
Accurso, c’est encore Fabrice. Le journaliste a
raconté que Labonté, pour sa campagne au
leadership, avait besoin de fric. Accurso, selon les
sources de Fabrice de Pierrebourg, lui en a
donné. En argent comptant et par
chèques.
Mon ami devrait, en vertu de tout cela , être
content. Ses nouvelles, qui ont longtemps
été ignorées, ont eu un impact du
tonnerre, ce weekend, avec la double ( !)
démission de Benoit Labonté. Et sa
répudiation par une Louise Harel castratrice,
hier.
Pourtant, en bon français, ça fait
quelques jours qu’il bougonne, Fabrice, il n’est pas
content. I l bougonne parce que certains journalistes
ont repris l’histoire, son histoire, sans lui en
donner le crédit.
Je
comprends Fabrice. Ça manque toujours de
grandeur de reprendre une nouvelle sans dire
d’où ça vient. Ou d’y ajouter un
détail et de prétendre que c’est
EXCLUSIF.
Comme d’autres collègues, j’ai
été victime de ce genre de braconnage.
Tiens, en 2006, la télé de Radio-Canada
avait repris ce scoop, mon scoop, su r Richa r d
Bergeron, de Projet Montréal, qui croit
à certaines théories du complot à
propos de septembre 2001. Sans citer que ça
venait du JdeM. Cheap et fâchant.
Je comprends t a colère, camarade, mais il ne
faut pas oublier l ’essentiel. Et l ’essentiel, c’est
que c’est toi qui a mis une grosse loupe sur
Labonté ; si grosse que l’affaire
Labonté-Accurso est devenue impossible à
ignorer.
D’autres médias ont commencé à
poser des questions. Labonté a dû cesser
de se réfugier derrière les mises en
demeure de ses avocats. Et d’autres sources, voyant la
pression monter, ont décidé de se mettre
à table, à RadioCanada et à TVA,
notamment.
Sans toi, Fabrice, pas sûr que Paul Larocque, un
fleuron de notre profession, se serait
intéressé à cette affaire. Pas
sûr que l’as de TVA aurait réussi ce
magnifique botté de transformation : la
révélation, « document officiel
» à l’appui, que Labonté a
téléphoné à quelques
reprises à Accurso. Et vice-versa. En cita nt
la durée des conversations !
Puis, hier, Larocque a récidivé avec des
dates précises de rencontres entre
Labonté et d’autres gens d’a f fa i res – des
entreprises de construct i o n , de s e nt r e pr i s
e s de génie – ainsi que la somme totale ainsi
accumulée pour sa campagne au leadership : plus
de 200 000 $.
Rien d’illégal, bien sûr. Mais ô
combien troublant : si vous croyez que des gens
d’affaires donnent 200 000$ à un candidat au
leadership d’un parti municipal sans rien
espérer en retour, alors je vous dis que je
suis la réincarnation de JFK. J’espère
que vous allez croire ça aussi.
L’essentiel, c ’est que des sources parlent. C’est que
TVA, par exemple, mette aussi son gros nez dans cette
soupe infecte remuée depuis des mois par La
Presse, Le Devoir et RadioCanada. Plus il y a de
médias qui vont s’intéresser aux
histoires de copinage entre politiciens et gros
joueurs de l’industrie de l’appel d’offres municipal,
plus la lumière sera éblouissante. Et
difficile à ignorer.
Parce qu’on dirait bien que la seule façon de
jeter de la lumière sur le merveilleux monde du
copinage entre les gangs de routes et nos élus
municipaux, c’est à travers les fouille-merdes
que sont les journalistes. Parce que l’État et
le Directeur général des
élections, eux, ont égaré leurs
flashlights.
Quand les médias gobent des canulars
- Mali Ilse Paquin
Vous
souvenez-vous de l’histoire de la chanteuse Amy
Winehouse dont les cheveux avaient pris feu lors
d’une soirée ? Ce canular a fait le tour du
monde. Le documentariste Chris Atkins voulait
démontrer le manque d’éthique et de
rigueur des tabloïds. Son f
LONDRES — Chris Atkins ne dort pas beaucoup ces
joursci. Le réalisateur britannique a
été harcelé par des
journalistes enragés. Il a aussi
évité de peu le bâillon de la
part des avocats de Max Clifford, relationniste tout
puissant des vedettes britanniques.
PHOTO KIRSTY
WIGGLESWORTH, ASSOCIATED PRESS
Pour piéger les
tabloïds et mettre en évidence leur
exploitation du culte de la
célébrité, le documentariste
Chris Atkins a fabriqué de toutes
pièces des histoires au sujet de vedettes.
« C’est la folie depuis quelques semaines
», admet Chris Atkins.
Son brûlot, Starsuckers, s’attaque à la
machine médiatique et son exploitation du
culte de la célébrité. Il a
pris l’affiche hier dans la controverse.
Pour piéger les tabloïds, le
réalisateur a fabriqué des histoires
de toutes pièces. L’une d’elles mettait en
scène la coiffure d’Amy Winehouse qui avait
pris feu à la suite de l’explosion d’un
fusible. Sans aucune vérification, le Daily
Mail et le Daily Star ont publié la fausse
nouvelle, qui s’est retrouvée jusque dans le
Times of India.
Chris Atkins est allé plus loin en
prétendant connaître les détails
d’opérations esthétiques de
célébrités. Trois journalistes
ont voulu le rencontrer. La publication
d’informations médicales confidentielles est
pourtant interdite par l’organisme
d’autorégulation des médias, la Press
Complaints Commission (PCC).
Lors de ces entretiens, les rôles éta
ient i nversés : les journalistes
étaient filmés à leur i nsu. I
ls ont promis à Chris Atkins jusqu’à
10 000 £ (18 000 $ CAN) pour une histoire qui
ferait la une.
La
journaliste de The People, t i ré à un
million d’exemplaires, confie qu’une
réprimande de la PCC n’est pas un
problème. « Si nous nous faisons taper
sur les doigts, nous n’avons qu’à publier une
excuse quelque part et c’est tout. Il n’y a pas
d’amende… En fait, la PCC est dirigée par les
éditeurs de journaux euxmêmes »,
dit-elle en riant.
Et c’est là que le bât blesse, ex pl
ique C h r is A t k i n s . «
L’autorégulation ne fonctionne pas. Les
banques l’ont fait, regardez le résultat !
C’est une honte nationale », dit-il en
entrevue.
Plusieurs tabloïds britanniques ont
été poursuivis en justice ces
dernières années. L e s pa r e nt s de
l a pet i t e Maddie McCann ont obtenu des excuses
et une compensation financière du Daily Star
et du Daily Express en 2008. La justice britannique
a aussi été saisie de l’affaire d’une
vidéo sexuelle de Max Mosley, diffusée
par News of the World.
« Leurs pratiques sont bien pires que je
pensais », dit le réalisateur, dont un
documentaire sur l’érosion des
libertés civiques sous Tony Blair, Taking
Liberties, l’a fait connaître en 2007.
Le film Starsuckers écorche également
un intouchable de l’industrie du spectacle: Max
Clifford. Le relationniste des sta r s explique
devant une caméra cachée comment il
tire les ficelles, facilitant par exemple les
fréquentations de filles mineures par un
acteur libidineux.
Après u ne disc ussion entre les avocats
d’Atkins et de Clifford, ces derniers ont
abandonné une tentative d’injonction.
D’autres avocats frappent toutefois à la
porte du documentariste. « Je suis nerveux
mais confiant », dit-il.
Des pirates suédois au Parlement
européen?
Porté
par la sympathie pour les quatre gars du site web
suédois d’échange de fichiers Pirate Bay,
récemment condamnés à la prison pour
« aide au piratage », le Parti Pirate de
Suède pourrait entrer au Parlement européen la
semaine prochaine. La chroniqueu
Je l’aperçois sur le quai du métro, avec un polo
mauve où l’on peut lire Piratpartiet et un ordinateur
blanc minuscule sous le bras. C’est Rickard Falkvinge, 37 ans,
fondateur du Parti Pirate suédois. Il discute avec des
passants en leur montrant des informations sur son portable,
qui est en ligne même dans les tunnels souterrains de
Stockholm.
Le
Parti Pirate suédois se nourrit de la révolte
générée par le procès et la
condamnation à la prison des créateurs du site
d’échange de fichiers Pirate Bay. Sur la photo, une
manifestation de soutien à leur égard,
à Stockholm, à la mi-avril.
M. Falkvinge, « rédacteur de code source libre
» devenu homme politique, ne s’est pas installé
là pour faire campagne. Il est là parce qu’il a
réellement pris le métro, seul, pour se rendre
à notre rendez-vous et, en passant, s’assurer que la
documentation du Parti Pirate au bureau de vote de la gare
centrale est bien rangée et accessible. Leader
politique marginal ? Pas du tout. Lancé en 2006, le
Parti Pirate suédois vole haut actuellement dans les
sondages. À la fin du mois de mai, on lui donnait la
troisième place, derrière le Parti
social-démocrate et le Parti modéré
(conservateur) avec 7,9% des intentions de vote. Cela pourrait
être assez pour obtenir un siège au Parlement
européen. On le saura lundi.
En Suède, c’est le phénomène politique du
moment.
Que veulent les pirates ? C’est un parti qui n’a pas de liens
officiels avec le site web suédois Pirate Bay – «
mis à part la bière occasionnelle ici et
là » – mais qui partage tout de sa philosophie et
qui se nourrit de la révolte
générée par le procès et la
condamnation à la prison, en avril, de ceux qui ont mis
Pirate Bay sur pied.
Pirate Bay? C’est la référence mondiale en
matière de téléchargement et
d’échanges gratuits de fichiers sur le web – 22
millions de membres, des milliards de
téléchargements – et donc la cible de toutes les
multinationales du disque, du film et de leurs avocats, qui
s’insurgent de voir leurs contenus ainsi partagés sans
que cela leur rapporte un sou.
Le Parti Pirate suit trois principes, explique son fondateur.
Il milite en faveur de la culture du partage sur le Net, de la
libération du savoir et de la protection de la vie
privée. Son programme ne contient aucune mesure
nécessitant un échange d’argent. Son but n’est
pas de prendre le pouvoir, mais de détenir la balance
du pouvoir. Et d’influencer.
En g r os, e x plique M. Falkvinge, il faut que le monde
s’ajuste aux changements structurels profonds qu’oblige
l’internet. Face à cette énorme machine qui
permet l’échange infini d’information, il faut que le
citoyen, et non les grandes compagnies, décide
où aller. On laisse quoi se balader, on protège
quoi ?
Le parti, lui, répond : on permet au savoir de
circuler, mais on protège la vie des citoyens. En
d’autres mots, oui au téléchargement et à
l’échange gratuit de films, de musique, de livres de
classe ou de formules de médicaments. « Les
brevets, dit M. Falkvinge, tuent des milliers de gens chaque
jour en empêchant la fabrication de certains
médicaments. » Mais non à la circulation
et à l’accès aux renseignements personnels des
internautes, que ce soit pour retrouver l’auteur d’un
commentaire sur un blogue ou pour personnaliser le marketing
d’une boutique en ligne.
Le parti
propose, ni plus ni moins, une redémocratisation de
l’accès à la connaissance.
Cette approche anti-big business plaît. Elle plaît
notamment aux jeunes – la moitié des membres du parti
ont moins de 25 ans – et aux hommes qui forment la
majorité des supporters du parti de 47 000 membres.
« Les partisans contribuent souvent à coup de 100
couronnes (environ 14 $) », explique le fondateur.
L’approche anti-establishment plaît aussi à
certains artistes et auteurs de contenu.
« Je n’ai jamais vu le Parti Pirate comme un parti
hostile aux créateurs, explique Eva Gabrielsson,
conjointe de feu Stieg Larsson, auteur de la trilogie
Millénium, immense succès de librairie
adapté au grand écran. Au contraire. Leur vraie
cible, ce sont les distributeurs, les éditeurs et tous
ceux qui font de l’argent sur le dos des créateurs.
»
L’aute u r suédois Lars Gustafsson a lui aussi
donné son appui au parti dans une lettre publiée
dans le quotidien Expressen, où il s’inquiète
notamment des multinationales qui tentent de breveter des
organismes vivants.
Les idées lancées par les fondateurs du Parti
Pirate font du chemin. « Ils ne prennent pas position
concernant tous les autres sujets sociaux, mais la discussion
qu’ils lancent est intéressante », commente
Margareta Stavling, militante pour le Parti
social-démocrate.
Même l es cons e r vateur s admettent que le parti a
lancé une discussion valable.
« Ils ne disent rien sur les grands enjeux du moment –
libre-échange, crime organisé et protection de
l’environnement, explique Henrik Lundquist, militant du Parti
modéré. Mais il est vrai que je partage
certaines de leurs inquiétudes concernant la protection
de la vie privée sur l’internet. »
Les artistes et l’internet -
LYSIANE GAGNON
Faut-il se
réjouir de ce que l’accès à internet soit
considéré comme un droit fondamental?
Consternation chez les artistes de nombreux pays, qui
comptaient sur la France pour les protéger contre les
téléchargements illégaux. Le Conseil
d’État, qui est un peu l’équivalent de notre
Cour suprême, vient de renverser la loi dite Hadopi du
gouvernement Sarkozy, jugeant que la sanction ultime
imposée aux internautes – la coupure de l’accès
à l’internet – allait à l’encontre de la
présomption d’innocence et qu’elle bafouait la
liberté d’expression et de communication.
La
décision du Conseil d’État vient confirmer que
les musiciens et les cinéastes dont les oeuvres se
trouvent sur l’internet sont les seuls travailleurs à
qui la société française refuse le
droit d’être rémunérés.
La décision a été reçue comme un
soufflet au Sommet mondial du droit d’auteur, qui se
déroulait au même moment à Washington.
Elle vient confirmer que les artistes, notamment les musiciens
et les cinéastes, dont les oeuvres se trouvent sur
YouTube et ailleurs, sont les seuls travailleurs à qui
la société refuse le droit d’être
rémunérés.
Le Conseil constitutionnel n’interdit pas tous les recours,
mais il impose à l’État de soumettre les abus,
cas par cas, au jugement d’un tribunal – une procédure
trop lourde pour être efficace.
Cela met fin à un épisode inhabituel dans le
monde politique français. Le projet de loi avait
enthousiasmé les créateurs, et fait du
président Sarkozy l’idole provisoire des milieux
artistiques… tandis que les socialistes, qui bataillaient
contre le projet, l’oeil sur l’électorat des jeunes, se
voyaient conspués par leurs alliés de toujours.
Le jugement de
la Cour constitutionnelle ne surprend pas, surtout en ce qui
concerne la présomption de culpabilité
instaurée par la loi Hadopi: le présumé
« pirate » aurait dû prouver, chose quasi
impossible, qu’il n’était pas l’auteur du
téléchargement effectué sur son
ordinateur… Faut-il pour autant se réjouir de ce que
l’accès à l’internet soit maintenant
considéré comme un « droit fondamental
» ? Il me semble que c’est pousser très loin la
notion des « droits ».
Personnellement, j’aurais bien du mal à vivre sans
l’internet, mais tout de même, l’accès à
cette technologie est-il du même ordre que le droit
à la vie et aux grandes libertés fondamentales ?
Certainement pas. Même dans un pays moderne comme la
France, il y a des régions qui ne peuvent être
branchées à l’internet ; faut-il comparer leurs
habitants aux prisonniers politiques qui pourrissent dans les
geôles des dictatures? N’y a-t-il pas une limite au
nombre de « droits » dont on peut se
prévaloir, dans ce monde où l’on en est rendu
à considérer le « droit à l’enfant
» comme un droit fondamental, ce qui justifierait le
défraiement par les contribuables des coûteux
traitements de fertilité, voire ceux qui permettraient
à des femmes de 65 ans d’avoir un poupon pour
égayer leurs vieux jours?
Peut-être le Conseil a-t-il voulu s’inscrire dans l’air
du temps et moderniser le droit en tenant compte de cette
innovation majeure qui a, c’est vrai, bouleversé
l’univers de l’expression et de la communication. Mais alors,
que fait-on de ces artistes que l’internet prive injustement
de leurs droits d’auteur ?
Les socialistes qui ont fait campagne contre la loi Hadopi
n’ont pas apporté de réponse, sinon des
affirmations lapidaires, toutes contestables. Exemple: «
La Toile a instauré l’ère de la gratuité.
». Ou, pire: « Les jeunes n’ont tout simplement
pas les moyens d’acheter des CD. » Alors quoi ? On n’a
pas les moyens d’acheter un CD, donc on le vole?
Tolérerait-on ce raisonnement s’il s’agissait d’une
automobile ou d’une paire de baskets?
Le problème reste entier. La « Haute
autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection
des droits sur l’internet » (d’où le sigle
Hadopi) devra se contenter de signifier aux pirates de pieux
avertissements en espérant que la pédagogie
saura remplacer les sanctions… Mais que vaut une loi sans
dents?
La gratuité a un prix ARIANE KROL
L’objet gratuit
finit souvent par être facturé au consommateur
qui croyait l’avoir obtenu pour rien.
Musique, logiciels, encyclopédie, dictionnaires,
articles de journaux et de magazines, réservation de
voyages, petites annonces…On a tendance à l’oublier,
mais la quantité de biens et services sans frais sur
l’internet a progressé de façon spectaculaire au
cours des 15 dernières années. Même en
excluant les contenus piratés, il y en a pour des
milliards de dollars. Une aubaine pour les utilisateurs et une
formidable occasion d’affaires pour les entreprises qui
réussissent à tirer profit de cette tendance.
Mais pour toutes les autres qui voient leur rentabilité
s’éroder au contact de cette gratuité, c’est un
défi colossal.
Le rédacteur en chef du magazine Wired, Chris Anderson,
vient de publier un essai détaillé sur le
phénomène, intitulé Free. Les entreprises
établies qui cherchent leur place dans cette nouvelle
réalité risquent toutefois de rester sur leur
faim. Free dresse un état des lieux très complet
mais fournit bien peu d’indications sur la route à
suivre.
La gratuité comme stratégie n’a rien de nouveau.
Qu’il prenne la forme d’un échantillon de parfum ou
d’un cellulaire, l’objet gratuit finit souvent par être
facturé au consommateur qui croyait l’avoir obtenu pour
rien. Et si ce n’est pas son argent qu’on lui soutire, c’est
son temps libre – les minutes en attendant que le match de
hockey continue, par exemple.
Ce qui est
nouveau, ce sont les possibilités qu’offrent la
numérisation et l’internet. De nouveaux venus ont ainsi
réussi ce qui était autrefois impensable: ravir
une part de marché avec des produits et services
gratuits – un prix difficile à battre pour les
concurrents établis. Certains services gratuits, comme
Wikipédia, sont réellement
désintéressés, mais ce modèle
collaboratif est loin d’être la norme.
Une grande partie des entreprises et des individus qui offrent
une production de calibre professionnel à titre
gracieux espèrent bien tirer profit de l’aventure un
jour. La musique aide les artistes à se faire
connaître ou, si c’est déjà fait, à
remplir leurs salles de concert. Les blogues amènent de
la visibilité et de la crédibilité, des
revenus publicitaires, des contrats de livres, de nouveaux
clients. Des jeux vidéo en ligne proposent des options
qui rehaussent l’expérience de base. Le fournisseur
finance la gratuité dans l’espoir de se reprendre
ailleurs.
Plusieurs, dont Facebook, Twitter et YouTube, cherchent encore
comment. Bien sûr, il y a aussi des réussites
éclatantes. In Rainbows, l’albumde Radiohead pour
lequel les acheteurs payaient ce qu’ils voulaient, est devenu
le plus grand succès commercial du groupe. Après
avoir donné L’Alchimiste et des traductions d’ouvrages
plus récents en version électronique, Paul
Coelho a battu des records de vente en librairie.
Des exemples du genre, Free en recense plusieurs. Mais ce sont
souvent des cas uniques, difficilement transférables.
La majorité des créateurs et des fournisseurs de
contenu cherchent encore un nouveau modèle d’affaires.
Et en attendant, ils paient le prix de cette gratuité
qui leur est imposée. La suite de Free reste à
écrire.
FRANCE - Nouvelle croisade contre l’excision
Plus de 50 000
femmes et filles de l’Hexagone ont été
mutilées ou sont menacées de l’être
Le gouvernement français vient de lancer une campagne de
sensibilisation nationale pour lutter contre les mutilations
sexuelles. Objectif: empêcher des milliers de jeunes
femmes d’en être victimes, explique notre correspondant
à Paris. « Ni la tradition ni la coutume ne peuvent
justifier une telle remise en cause des droits fondamentaux.
»
PARIS — Des policiers français ont dû intervenir en
janvier à Nevers, dans l’est du pays, après qu’un
couple de ressortissants guinéens eut alerté les
pompiers du fait qu’une de leurs filles perdait beaucoup de
sang.
Selon le
chef du service de gynécologie et d’obstétrique
du Centre hospitalier universitaire de Nantes, il n’est pas
rare que des filles nées en France soient
excisées au cours d’un voyage dans le pays d’origine de
leurs parents. Ci-dessus, une campagne de sensibilisation
contre l’excision à Abidjan, en Côte d’Ivoire.
Les parents avaient tenté de couper le clitoris de
l’enfant de 7 ans, qui a été conduite dans un
état grave à l’hôpital. Ils risquent
aujourd’hui la prison pour leur action.
Au dire des associations qui s’occupent de la
problématique de l’excision, il est désormais
exceptionnel que ce type de cas survienne sur le territoire
national. Plusieurs milliers de jeunes Françaises
demeurent néanmoins menacées par une pratique
traditionnelle toujours largement répandue dans plusieurs
pays d’Afrique de l’Ouest.
Selon l e Dr Hen r i - J e a n Philippe, chef du service de
gynécologie et d’obstétrique du Centre hospitalier
universitaire de Nantes, il n’est en effet pas rare que des
filles nées dans l’Hexagone soient excisées au
cours d’un voyage dans le pays d’origine de leurs parents.
Ce fut le cas, relate-t-il, d’une jeune femme de 17 ans qui a
récemment été excisée de force lors
d’un voyage en Guinée.
« Elle a vécu l’horreur. On ne pouvait même
pas l’examiner au début. C’est comme si elle avait
été victime de torture », indique le
médecin, qui préside l’organisation
Gynécologie sans frontières.
Lame de rasoir
Un suivi a été entrepris auprès de la
mère de la jeune femme pour s’assurer que ses soeurs ne
subiront pas, un jour, le même traitement.
Il arrive, explique le spécialiste, que les
aînés usent de leur position dominante dans les
structures familiales traditionnelles pour imposer l’excision
malgré l’opposition des parents.
Le gouvernement français, conscient de ces risques, a
lancé la semaine dernière une nouvelle campagne de
sensibilisation nationale pour lutter contre les mutilations
sexuelles.
Des brochures et des affiches montrant une lame de rasoir
barrée d’une ligne noire vont être
distribuées un peu partout dans le pays de manière
à souligner le caractère « barbare »
de ces pratiques.
« Ni la
tradition ni la coutume ne peuvent justifier une telle remise en
cause des droits fondamentaux », a déclaré
la secrétaire d’État à la
solidarité, Valérie Létard, en
précisant que plus de 50 000 femmes et fillettes vivant
aujourd’hui en France ont été mutilées ou
sont menacées de l’être.
L’approche répressive de l’excision, qui est aujourd’hui
passible d’une lourde peine d’emprisonnement en France, n’a pas
toujours fait consensus, souligne Justine Rocherieux, du Groupe
pour l’abolition des mutilations sexuelles (GAMS).
Dans les années 80, relate-telle, deux camps s’opposaient
à ce sujet. Le premier considérait l’excision
comme une violence inacceptable fa ite aux femmes qui devait
être réprimée avec la plus grande vigueur.
L’autre arguait qu’il s’agissait d’une pratique culturelle
traditionnelle qui ne pouvait être dénoncée
sans tomber dans le « racisme, le néocolonialisme
ou l’ethnocentrisme ».
Médecins « aveugles »
Le point de vue répressif a fini par s’imposer, menant
à la condamnation de plusieurs exciseuses d’origine
africaine qui avaient transposé leur pratique en sol
français.
Le cas le plus connu est survenu en 1999 lorsque la Cour
d’assises de Paris a condamné à huit ans de prison
ferme une femme d’origine malienne pour avoir excisé une
cinquantaine de fillettes. « La décision a eu un
effet très dissuasif », relate Mme Rocherieux.
Son effet a été renforcé par la
sensibilisation du personnel des centres de protection
maternelle et infantile, qui assurent un suivi des enfants
français jusqu’à l’âge de 6 ans. Les examens
du sexe des fillettes ont été
systématisés, poussant les parents les plus
déterminés à repousser l’intervention
à l’adolescence pour échapper aux contrôles.
Des efforts de sensibilisation importants ont aussi
été faits auprès des médecins
français, qui ont longtemps été «
aveugles » à la problématique de l’excision,
relate le Dr Philippe.
Encore aujourd’hui, seules trois des facultés de
médecine du pays incluent une formation à ce sujet
dans leur curriculum de base. « Les choses bougent, mais
lentement », indique le spécialiste.
Le dépistage est d’autant plus important, souligne-t-il,
qu’une intervention chirurgicale relativement simple peut
permettre aux femmes excisées de récupérer
une part de la sensibilité perdue au niveau du clitoris.
« La plupart des femmes que je traite ont
été excisées entre 3 et 5 ans et n’ont donc
pas de souvenir de l’acte lui-même. Mais elles ont
l’impression d’être anormales et disent qu’elles veulent
être comme les autres Européennes », relate
le praticien.
« On ne m’a pas demandé mon avis »
PARIS — Mame,
qui est d’origine guinéenne, a mis des années
à surmonter les blessures physiques et psychologiques
laissées par l’excision subie à l’âge de
13 ans.
« Pendant très longtemps, il suffisait que je
voie une lame ou un couteau pour que ça me donne la
chair de poule », relate en entrevue la femme de 33 ans,
qui habite depuis cinq ans dans le nord-ouest de la France.
Son père, souligne-t-elle, s’était opposé
avec succès pendant des années à ce
qu’elle subisse une telle intervention.
La grand-mère, qui vivait à la campagne en
Guinée, a toutefois fini par avoir le dernier mot en
arguant que ses cousines et elle seraient excisées lors
d’une cérémonie commune censée marquer le
passage à l’âge adulte.
« On ne m’a pas demandé mon avis. D’une certaine
manière, j’étais contente de savoir que j’allais
sortir de l’enfance. Mais je ne savais pas ce qui m’attendait.
Ils ne me disaient pas ce que j’allais subir. Ils disaient
qu’il fallait le vivre pour le savoir », relate Mame.
L’excision,
pratiquée sans anesthésie dans des conditions
sanitaires plus que douteuses, a failli lui coûter la
vie. « J’ai fait une hémorragie. J’aurais pu y
passer parce qu’il n’y avait pas d’hôpital dans le
secteur... Ils m’ont traitée avec des plantes et
donné de la viande pour compenser la perte de sang
», indique-t-elle.
Le traumatisme a été tel qu’elle est
restée pendant près de 10 ans sans se laisser
approcher par un homme.
« J’avais l’impression que le mal physique allait rester
pour toujours. Je ne voulais pas qu’on me touche. J’avais peur
de tout », relate Mame, qui a fini par surmonter les
séquelles de l’excision en thérapie.
Aujourd’hui en couple, elle dit vivre une sexualité
épanouie. Et elle tire profit de son expérience
pour animer des séances de « prise de parole
» visant à aider d’autres femmes excisées
à en faire autant.
« Ça crée un blocage dans la tête
qui est long à surmonter », indique-t-elle.
«
Nous préférons mourir »
Des centaines
d’immigrants sans papiers qui vivaient dans l’ombre depuis des
années en Belgique par crainte d’être
expulsés ont décidé de recourir à
la grève de la faim pour obtenir le titre de
séjour rêvé. Le gouvernement maintient la
ligne dure, craigna
BRUXELLES— Par une belle journée de printemps, des
groupes d’étudiants cassent la croûte sur les
terrains verdoyants de l’Université libre de Bruxelles
(ULB), prenant leur dose de soleil avant de retourner en
classe.
Le
gymnase de l’Université libre de Bruxelles (ULB) est
occupé depuis la fin février par plus de 250
immigrants sans papiers qui ont décidé
d’entamer une grève de la faim pour forcer le
gouvernement à les régulariser.
Les sourires et les rires qui résonnent un peu partout
contrastent fortement avec l’ambiance sinistre qui
règne, à quelques mètres de là,
dans le gymnase de l’établissement.
Il est occupé depuis des mois par plus de 250
immigrants sans papiers qui ont décidé, fin
février, de radicaliser leur action en entamant une
grève de la faim pour forcer le gouvernement à
les régulariser.
« Cinq mois d’occupation et de démarche politique
égal zéro alors nous préférons
mourir », résume une bannière posée
à l’entrée près d’une affiche qui dit:
« Papier ou la mort ».
Plusieurs des grévistes, qui ne consomment que de l’eau
et du thé sucré depuis plus de 50 jours, sont
gravement affaiblis. Ils passent leurs journées
allongés sur des matelas posés à
même le sol. Ou se traînent dans la salle, le
regard hagard.
Quelques enfants courent à gauche et à droite,
comme le petit Félix, 2 ans, qui s’affale en ricanant
dans les bras d’un homme au teint pâle.
Sa mère d’origine équatorienne, Clementina,
tente tant bien que mal de le garder auprès d’elle,
mais le petit garçon n’en a cure. « Les gens se
plaignent du bruit, mais que voulez-vous que je fasse? »
demande-t-elle.
La femme de 32 ans a décidé de quitter son pays
il y a 10 ans, après la mort de sa mère, dans
l’espoir de pouvoir générer à
l’étranger assez d’argent pour faire vivre sa famille.
Elle raconte en espagnol, presque en murmurant, les
ménages réalisés au noir, les riches
propriétaires qui refusent de la payer après
l’avoir exploitée et menacée, la peur de
l’expulsion.
Condition médicale critique
« Nous ne sommes pas des voleurs, ni des criminels...
Nous avons le droit de vivre comme tout le monde »,
insiste Clementina, qui alimente son bébé avec
la nourriture donnée par des bénévoles.
« C’est très stressant... Les gens sont
désespérés et ils sont capables de se
battre pour un rien », ajoute-t-elle, tandis qu’un
gréviste irrité crie son exaspération.
« Tout le monde est à fleur de peau »,
confirme Anas, un sanspapiers originaire du Burkina Faso, qui
se désole de la scène.
« C’est
triste de voir ça. Mais c’est triste aussi de voir des
gens qui passent des années en Belgique sans pouvoir
vivre normalement. Des gens qui finissent par ne plus se
sentir humains, à qui on enlève toute
dignité », souligne l’homme de 33 ans.
Comme lui, la plupart des sanspapiers présents
maintiennent qu’ils iront jusqu’au bout pour obtenir un titre
de séjour leur conférant le droit de travailler.
Déjà, plusieurs d’entre eux se trouvent dans une
condition médicale critique. Il y a des
hospitalisations « pratiquement tous les jours »,
confie un bénévole.
La semaine dernière, un groupe de médecins qui
venaient régulièrement prêter assistance
aux sanspapiers a interpellé publiquement le
gouvernement, soulignant que les risques de séquelles
irréversibles devenaient très importants
au-delà de sept ou huit semaines de grève de la
faim.
Ligne dure
La ministre de l’Immigration et de l’Asile, Annemie
Turtelboom, maintient malgré tout la ligne dure face
aux grévistes, qui occupent aussi une église du
centre-ville.
« Nous avons environ 500 personnes en grève de la
faim. Si on cède, on en aura 5000 demain et 50 000
après-demain », indiquait la semaine
dernière un porteparole du gouvernement. Ce qui n’a pas
empêché les autorités d’attribuer,
quelques jours plus tard, des cartes de séjour de trois
mois à d’autres grévistes qui occupaient un
parking souterrain d’une autre université de la
capitale.
Jaime Achig Pillajo, décorateur d’origine
équatorienne qui milite depuis des années au
sein d’une organisation de défense locale des
sans-papiers, souligne que le gouvernement belge avait mis de
l’avant début 2008 une nouvelle politique d’immigration
devant clarifier le processus de régularisation.
La circulaire précisant la marche à suivre n’a
cependant toujours pas été émise,
déplore M. Pillajo, qui a obtenu ses propres papiers il
y a deux mois après plus de 10 ans de vie en situation
irrégulière.
« Les sans-papiers ne croient plus aux promesses du
gouvernement. C’est parce qu’ils sont
désespérés qu’ils ont
décidé de passer à la grève de la
faim », souligne le porte-parole, qui a longtemps
utilisé dans les médias le prénom d’Alex
pour se protéger des autorités.
Selon lui, la ministre de l’Immigration et de l’Asile craint
d’irriter les partisans de son parti flamand, à
quelques mois d’importantes élections
régionales, en ouvrant la voie à une politique
d’immigration plus permissive.
Ces considérations politiques exaspèrent au plus
haut point les grévistes de l’ULB. « S’il y a une
catastrophe, on ne dit pas que l’on va s’en occuper
après les élections. Or, c’est bien une
catastrophe que l’on voit ici », souligne Anas.
La liberté d’expression virtuelle a ses limites
- Isabelle Audet
Internautes
poursuivis pour des propos jugés diffamatoires
Environ 20 % des Québécois qui utilisent
l’internet en profitent pour exprimer des frustrations. Et si,
en diffusant une opinion en ligne, ils dépassaient les
bornes ? La frontière entre la liberté
d’expression et la diffamation est difficile à tracer.
Tant et si bien que TD Assurance offre maintenant une
protection aux internautes en cas de poursuite.
« Tu devrais venir. Qui a dit que dormir dans un
logement moisi était mauvais pour toi ? Horizon pense
qu’il n’y a pas de problème. »
«
Les
gens qui veulent exprimer des opinions sur l’internet ne
devraient pas penser qu’en faisant des commentaires
anonymement, tout à coup les règles changent
parce qu’ils sont protégés. On n’est pas plus
protégés sur l’internet qu’ailleurs»,
dit Fançois Giroux, avocat en litige au cabinet
McCarthy Tétrault.
La remarque, lancée en mai sur le réseau
Twitter, était presque ba na l e . A manda Bonnen
invitait « JessB123 » à la rejoindre,
écorchant au passage l’entreprise propriétaire
de son logement.
Le message s’adressait aux 20 personnes abonnées aux
réflexions d’Amanda. Le commentaire a toutefois la
issé des traces sur l’internet. Et Horizon Group
Management n’a pas apprécié.
La jeune femme de Chicago fait désormais face à
une poursuite de 50 000 $ pour avoir « malicieusement
» diffusé des propos diffamatoires au sujet de
l’entreprise.
L’a f fa i re se déroule aux États-Unis, dans un
système juridique différent, mais la question du
litige sur l’internet est d’actualité même au
Canada, estiment François Giroux et David Gray, avoc at
s a s s ociés en l i t i ge au cabinet McCarthy
Tétrault, à Montréal.
« Il ne faut pas oublier que sur l’internet, sur
Facebook ou ailleurs, on laisse des traces, et que ces traces
peuvent être reprises par d’autres. Ce
phénomène ne change pas le droit, mais il peut
entraîner certains défis dans l’application du
droit. Ça, c’est nouveau », explique Me Gray.
Ces der n i er s j ou r s , T D Assurance a mené une
campagne au Canada au sujet des commentaires sur l’internet et
des risques de dérapage. L’entreprise en profite pour
annoncer aux internautes que son assurance
responsabilité civile (complémentaire à
l’assurance habitation) apporte une protection pour «
défendre les clients qui se sont mis dans de
fâcheuses situations par suite de quelques frappes du
clavier ».
Les i
nternautes sont-i l s , sans le savoir, sur la corde raide ?
Au Canada, il n’y a pas d’explosion de ce type de bataille j
udiciaire, tempère Me Giroux. Il ajoute que pour se
protéger eux-mêmes, les internautes ont toutefois
avantage à demeurer courtois en ligne, comme ils le
seraient sur la place publique. Lorsqu’ils émettent une
opinion négative, ils se doivent aussi d’éviter
de déformer les faits.
« Les gens qui veulent exprimer des opinions sur
l’internet ne devraient pas penser qu’en f a i s a nt des c
ommentaires anonymement, tout à coup les règles
changent parce qu’ils sont protégés. On n’est
pas plus protégés sur l’internet qu’ailleurs. Il
y a là un faux sentiment de sécurité.
»
Culture du commentaire
D’après le sondage mené pour TD Assurance, 9 %
des i nternautes affirment avoir des opinions plus a r
rêtées lorsqu’ils sont derrière leur
écran. Les sites de critiques comme TripAdvisor (pour
les voyageurs) et RateMyTeachers ( pour les
élèves et les étudiants)
présentent des milliers de commentaires
négatifs.
« Elle est horrible. Elle gueule tout le temps »,
affirme un élève au sujet d’un professeur d’art
dans un collège privé de Montréal. Les
propos s ont négati f s , mais pourraient-ils valoir
des ennuis à l’auteur anonyme ?
Sans se prononcer sur ce cas précis, l’avocat
François Giroux indique qu’il est impossible de
déterminer avec précision ce qui est
diffamatoire et ce qui ne l’est pas. « Quand on se
commet publiquement, il y a toujours un risque
théorique de diffamation. Après, tout est
affaire de contexte et de circonstances. Il n’y a pas de
réponse qui s’applique à toutes les situations.
»
Vincent Gautrais, professeur de droit et titulaire de la
Chaire en droit des affaires et de la sécurité
électronique à l’ Université de
Montréal, appelle toutefois à une certaine
souplesse de la part des personnes ou entreprises
visées par des commentaires négatifs.
« I l y a une tendance un peu énervante qu’ont
les juges de reconnaître la diffa mation, dit-il. On vit
dans une société un peu moumoune. Sur
RateMyTeachers.com, j ’ai eu des commentaires qui
n’étaient pas bons sur certains de mes cours. Eh bien,
c’est correct. Que ce soit vrai ou pas, en tant que personne
publique, on doit autoriser une certaine liberté
d’expression. »
Un juge peut autoriser le retrait de commentaires sur le web
Même
sous un nom d’emprunt, les i nternautes sont susceptibles
d’être identifiés s’ils tiennent des propos
jugés haineux ou dif fa matoires. Dans les cas les
plus sensibles, un juge peut autoriser le retrait de
commentaires sur le web, ou encore demander que l’anonymat
des utilisateurs ne soit pas protégé.
« C’est un processus difficile et souvent très
coûteux, mais oui, il est possible de retrouver
quelqu’un qui nous nuit sur l’internet »,
précise François Giroux, associé en
litige au cabinet McCarthy Tétrault, à
Montréal.
Les membres d’un forum de discussion québécois
l’ont appris récemment. Le groupe, déçu
de l’administration de la Ville de Rawdon, a tenu contre des
élus des propos que la Cour supérieure a
jugés diffamatoires.
« I l y a sur Quenn Steet (sic) une ordure qui
sévit. Ce mec, c’est le Mal incarné. Il se
prend pour un petit Furher (sic) et il se divertit en
éliminant de son entourage ceux qui refusent à
faire du lèchebottes. Sa dernière vacherie,
c’est le génocide de l’équipe de huit gars de
loisirs », a notamment écrit un des membres en
juillet 2007, sous le pseudonyme de Fantôme.
Devant la
nature des commentaires diffusés, la mairesse Louise
Major et son administration ont obtenu la fermeture du forum
par la voie judiciaire.
« Je suis d’accord avec la liberté
d’expression, assure Mme Major. C’est toutefois une valeur
tellement précieuse qu’on ne doit pas la galvauder et
faire en sorte que la diffamation puisse être incluse
dans cette liberté d’expression. »
L’administrateur du forum, Ste phen L ebla nc , e s t l u i
aussi visé par la poursuite. Si c’était
à refaire, il laisserait la gestion d’un tel site
à quelqu’un d’autre. « Avec la loi telle
qu’elle est, c’est vraiment trop dangereux de gérer
un forum », a-t-il expliqué à La Presse,
avant d’ajouter que « la justice limite la
liberté d’expression au Canada ».
Les citoyens déboutés en Cour
supérieure ont obtenu l ’ autor i s at i on d’i nter
j e t er appel du jugement. Ils seront de retour devant les
tribunaux en février 2010.