Et si la crise financière avait surtout
démontré une fois pour toutes
l'absurdité de la tendance à la
"déréglementation tous azimuts" ?... Crise
financière
-
Fin
de
partie
Mais le monde sera-t-il seulement capable d'éviter
ses vieux reflexes de frilosité, surtout
vis-à-vis de quoi que ce soit qui puisse toucher
à l'économie d'une façon ne serait-ce
que moindrement significative ?... Perspectives
- Querelle de banquiers
La crise pourrait-elle donc avoir modifié nos
habitudes de vie, et ce d'une façon qui puisse
s'avérer ne serait-ce que moindrement durable ?.. L'Américain
nouveau: moins cigale, plus fourmi
Et faute d'avoir causé une modification
définitive de nos habitudes de vie, la crise
n'aura-t-elle pas eu le mérite d'entraîner
à tout le moins un changement dans nos
mentalités ?... Benoît
XVI invite à une réforme de
l'économie mondiale
Et d'un autre côté, n'y a-t-il pas
également certains plans de relance qu'il vaut tout
simplement mieux ne pas imiter ?...
Le pari de l’Espagne contre la crise
Et si les plus grandes puissances n'ont plus que
s'agenouiller devant la Récession, comment les
municipalités pourraient-elles vraiment
espérer faire autrement ?...
Panique dans la ville
Serions-nous notamment en train de démontrer une
certaine incapacité à user du crédit
sans pour autant en abuser, et donc se faire soi-même
abuser ?...
Et peut-on vraiment concevoir l'avenir de nos fermes
autrement que dans leur modernisation, et donc dans leur
concentration ?...
Pénurie de relève en agriculture
Se pourrait-il donc qu'il y ait toujours une place pour
l'intervention de l'État dans l'économie ? Et
en fait, se pourrait-il même que cela s'avère
désormais plus pertinent que jamais auparavant ?...
Les bougies d’allumage du gouvernement
Se pourrait-il donc que les syndicats représentent
désormais l'un des plus importants obstacles au
développement économique ?... Moins
de
syndicats,
moins
de
déficits?
Et si l'heure de gloire des syndicats se trouvait à
être tout simplement une chose du passé ?
(Et si l'ère des syndicats se trouvait à
être tout simplement révolue ?) Flying
into the two-tier wage world - MARGARET WENTE
Et si nous nous retrouvions maintenant dans un nouvel ordre
économique mondial où le pouvoir serait
davantage réparti entre les nations, et serait donc
moins l'apanage d'un petit groupe de nations, voire d'une
seule nation ? China
won’t be riding to the rescue any time soon - Doug
Saunders
Mais les réunions du G20 ne font-elles pas surtout
éclater au grand jour toute la diversité, voir
l'hérérogénéité des
approches qu'il se trouve à rassembler ?...
Et faut-il pour autant enterrer de sitôt les
puissances industrielles traditionnelles (notamment dans la
mesure où celles-ci peuvent se montrer capables de
renouveau) ?... Le
retour du Japon
Mais surtout, tout revirement du géant chinois
pourra-t-il vraiment faire autrement qu'être au moins
aussi long à effectuer qu'il ne pourrait l'être
pour un paquebot en pleine lancée ?...
LA FAÇON CHINOISE
La Chine saura-t-elle seulement faire mieux que de
reproduire le modèle américain dans tout ce
qu'il a pu avoir de plus grossier ?... Crise
immobilière en Chine - L'imitation
Et d'ailleurs, se pourrait-il vraiment que certaines
compagnies, tout au moins, ne pensent quelquefois
qu'à empocher toujours plus d'argent, quitte à
le faire dans le plus grand mépris du consommateur
?...
LE DOUBLE DISCOURS D'UNE INDUSTRIE -
Maxime Bergeron
La vente de nos réserves d'or nationales, par le
Gouvernement du Canada, s'avérait-elle vraiment la
meilleure des idées ?... L’or
coule sur le dos du huard
La décennie du « rééquilibrage »
- FRANÇOIS DUPUIS
Après
des années d’insouciance, il faut s’attaquer aux
déséquilibres structurels de l’économie
mondiale
L’auteur est vice-président et économiste en
chef aux Études économiques du Mouvement des
caisses Desjardins.
Si la crise financière a été aussi
dévastatrice, c’est en grande partie en raison des
nombreux déséquilibres structurels qui se sont
accumulés au cours des dernières années
au sein de l’économie mondiale. La consommation effrénée
d’avant la crise financière ne doit pas se
répéter, au risque d’atténuer la
reprise économique, plutôt fragile.
Si tous les agents économiques recommencent à
agir comme si rien ne s’était passé, ces
déséquilibres ne feront que s’aggraver, risquant
ainsi de mettre en danger la reprise actuelle et de nous
amener d’ici quelques années vers une autre crise
encore bien plus profonde.
En premier lieu, le comportement du consommateur doit changer
de façon importante. Au cours des années 2000,
le crédit facile a gonflé la consommation, dans
les économies industrialisées, à un
niveau insoutenable. Cette libéralité du
crédit a aussi entraîné une bulle
immobilière. Aujourd’hui, rien n’indique que le
consommateur, et tout particulièrement le consommateur
américain, soit prêt et apte à recommencer
à dépenser de façon
effrénée, mais les mauvaises habitudes
pourraient revenir.
Les prochaines années seront également
marquées par l’assainissement des finances publiques.
Malgré une longue période de
prospérité depuis le milieu des années
90, plusieurs gouvernements de l’occident ont cumulé
des déficits importants. La récession,
combinée à la crise financière, a
accentué leurs niveaux d’endettement. Ceux-ci
atteignent maintenant des proportions inquiétantes,
voire néfastes pour plusieurs. À titre
d’exemple, des pays comme la Grèce connaissent
déjà d’importantes difficultés à
refinancer leurs emprunts. Plusieurs autres pays sont
menacés de décote et ils doivent faire des
gestes draconiens.
La meilleure solution serait de rétablir
progressivement l’équilibre budgétaire tout en
mettant en place des conditions favorisant les investissements
productifs et le développement du capital humain. De
telles mesures permettraient à la fois
d’accroître davantage les revenus des économies
endettées, à moyen terme, et de réduire
progressivement le poids de la dette.
Pour les
financer, il faudrait, d’une part, abandonner d’autres
dépenses publiques moins structurantes en faisant des
choix souvent difficiles et, d’autre part, utiliser
l’épargne des nations qui sont d’importants recycleurs
de liquidités, tels que certains pays producteurs de
pétrole ou la Chine.
D’autres déséquilibres pourraient à
nouveau ébranler la stabilité économique
mondiale (par exemple, il y a un risque d’éclatement
d’une bulle de crédit en Chine ou de volatilité
extrême des devises, dont le dollar canadien). Quoi
qu’il en soit, il ne faut pas reproduire la situation qui
prévalait avant la crise. L’aggravation de
l’endettement des ménages doit être
évitée, car les risques d’une deuxième
crise financière seront très
élevés, ce qui nécessitera à
nouveau l’intervention des gouvernements. Il ne faut pas non
plus que l’octroi de crédit demeure trop
anémique, comme c’est le cas actuellement en Europe de
l’Ouest et aux États-Unis, parce que les gouvernements
devront, dans ce cas, intercéder plus longtemps que
prévu, un peu à l’image du cas nippon depuis 20
ans.
Après de nombreuses années de croissance
frénétique, il importe de prendre la mesure des
excès qui ont conduit au dérapage de la fin de
la décennie. Les bases de la croissance passée,
qui reposent pour l’essentiel sur le consommateur, en
particulier américain, ne sont pas viables à
long terme. Il faut redéfinir un nouvel
équilibre qui passera notamment par un meilleur partage
de l’épargne et de la richesse ainsi que par une
réglementation plus efficace.
Il faut éviter que des économies,
industrialisées ou en voie de l’être, ne se
retrouvent cantonnées dans des positions extrêmes
qui mènent à de nouveaux
déséquilibres mondiaux (des pays essentiellement
importateurs de biens, comme le modèle
américain).
La décennie 2010-2020 serat-elle celle du
«rééquilibrage»? Dans l’affirmative,
cela ne se fera pas sans heurt sur la croissance
économique, mais c’est le prix à payer pour
s’assurer d’une saine prospérité! Et, pour
qu’elle le devienne, il faut dès à
présent s’atteler à redéfinir les
nouveaux points d’appui de l’économie mondiale,
préciser ce que serait un meilleur partage des forces
en présence et avant tout résorber les
déséquilibres actuels.
Le déclin de la pétrochimie -
Vincent Chornet
OPINION
Après la fermeture de la raffinerie Shell, il est temps
de se tourner vers le « génie vert »
Certes, presque tout est à faire. Mais « il faut
commencer par commencer ».
L’annonce de la fermeture de la raffinerie Shell à
Montréal sonne le glas de l’expertise
québécoise dans le génie chimique. Le
secteur pétrochimique est depuis plus d’un
demi-siècle un des centres d’application du
génie chimique. Le secteur intègre
l’ensembledesprocédés chimiques qui permettent
aux ingénieurs d’acquérir les connaissances
industrielles nécessaires à leur métier
et ainsi maintenir et améliorer ce savoir-faire qui est
nécessaire à la création de notre
richesse collective, soit à travers l’exportation de
notre génie-conseil ou de notre capacité
à exécuter de grands chantiers porteurs de
valeur économique. La
raffinerie Shell était une des six que comptait le
Québec.
Le Québec comptait autrefois six raffineries, il n’en
compte plus que deux, soit celles de Ultramar, à
Lévis, et de Petro-Canada, à Montréal. Ce
sont autant de raffineries perdues qui autrefois permettaient
à nos jeunes ingénieurs formés à
la Polytechnique, Sherbrooke, McGill et Laval de
développer leurs compétences et de se hisser au
niveau de leurs pairs d’autres pays, voire de les
dépasser. Ceci est aussi sans oublier la fermeture de
Pétromont, l’avenir incertain de PTT Poly Canada,
cédée à Imatosil, et le déclin du
secteur de la fibre qui intègre également des
composantes importantes du génie chimique.
Nos
dirigeants politiques doivent, d’une part, constater l’absence
d’installations industrielles suffisantes pour former la
nouvelle génération d’ingénieurs
chimiques et maintenir la compétitivité du
Québec dans un monde global où les
ingénieurs québécois ont
traditionnellement excellé. D’autre part, puisque les
centres pétrochimiques se déplacent dans le
golfe du Mexique, en Asie et au Moyen-Orient, il leur faut
aussi constater que c’est ailleurs qu’émergeront les
besoins du génie chimique et les plateformes
industrielles essentielles à l’apprentissage des
ingénieurs. À moins que, comme d’autres nations
le font, nous décidions rapidement d’emboîter le
pas vers une nouvelle infrastructure industrielle de plus
grande valeur que celle qui se déplace progressivement
vers les régions mentionnées.
La solution réside dans la transformation des secteurs
associés au génie chimique vers « les
technologies vertes », dont le bioraffinage. Certes,
presque tout est à faire. Mais « il faut
commencer par commencer » ; d’autres nations se sont
d’ailleurs déjà engagées dans cette
route. Aux ÉtatsUnis, les fonds du plan de relance
économique du gouvernement Obama sont investis dans une
transformation de l’économie américaine vers un
nouveau secteur manufacturier « vert ». Cette
réorientation, axée sur des nouvelles
technologies développées dans l’ensemble des
pays occidentaux que les Américains s’empressent
d’attirer, est nécessaire afin que pays et nations
avancées, dont le Québec, préservent leur
savoir-faire et leur compétitivité devant les
pays émergents. Pour créer une nouvelle
génération d’ingénieurs chimiques au
Québec qui sont compétitifs globalement, il nous
faudra aussi développer des projets et construire de
nouvelles usines chez nous. Ces usines joueront le même
rôle que les anciennes raffineries que nous avons
perdues, mais dans la nouvelle infrastructure industrielle
occidentale qui se dessine.
Le Québec possède un savoir-faire technologique
qui lui permettrait de se positionner favorablement dans ce
nouveau monde industriel en mutation. Il n’est donc pas trop
tard. Il faut cependant que tous les acteurs du milieu,
particulièrement les ministères
impliqués, la Société
générale de financement, possiblement aussi la
Caisse de dépôt et placement du Québec
ainsi que les nouvelles entreprises industrielles du
génie « vert » s’ouvrent aux constats
décrits dans cette lettre et se réunissent pour
y travailler de concert.
Dompter le capitalisme - Jean-François
Lisée & Éric Montpetit
OPINION
L’occasion est belle de réinventer des solutions plus
centrées sur la personne que sur les courbes du PIB
Les auteurs sont respectivement directeur exécutif du
Cérium et directeur du CPDS de l’Université de
Montréal. Ils ont codirigé le livre
Imaginer l’après-crise, publié ces
jours-ci chez Boréal.
Destructrice, la crise lézarde le système qui
l’a engendrée. Une option est de colmater les
brèches et de relancer, inchangée, la machine –
jusqu’à la prochaine crise. L’autre est d’ouvrir au
contraire ces brèches pour réorganiser
durablement le réel, en changer non seulement le
fonctionnement mais les logiques d’action, pour obtenir une
organisation nouvelle, mieux adaptée aux
considérables défis de l’heure.
PHOTO DOMINIQUE LAURENCE,
ARCHIVES LA PRESSE
La crise du capitalisme financier,
entamée en 2008, se superpose à la crise
écologique. Les coûts risquent d’être
élevés dans le Nord, mais c’est une effroyable
misère humaine qui pourrait être
provoquée dans les plus pauvres des pays du Sud.
La crise du capitalisme financier, entamée en 2008, se
superpose à la crise écologique, celle d’une
marche à peine freinée versun
réchauffement irréversible de la planète.
Si les coûts r i squent d’être
élevés dans les pays du Nord, c’est une effroya
- ble misère humaine qui pourrait être
provoquée dans les plus pauvres des pays du Sud.
Selon l’ONU, sans changement de cap majeur, le
réchauffement poussera sur les routes, en quelques
décennies, un milliard de réfugiés. Ce
défi masque à son tour celui de notre dangereuse
surutilisation des ressources de la planète. Nous en
captons aujourd’hui 30% de plus que ce qu’elle peut
régénérer. Dans 20 ans, nous
dépasserons de 100% la dose raisonnable.
Pour Imaginer l’après-crise, nous avons voulu, certes,
mesurer l’ampleur de la tâche, mais aussi dégager
des pistes de solution, avec l’aide de 10 collègues
chercheurs et de notre invité, l’ex-premier ministre
français Lionel Jospin. Pragmatique mais inquiet, ce
dernier estime que le G20 a pour l’instant été
trop timide. Il doit, écrit-il, faire bien davantage
pour fermer les paradis fiscaux, réprimer la
spéculation, réduire l’activité
financière à sa fonction première.
Plus encore,
le G20 n’a pas traité de la question de la
répartition de la richesse,
déséquilibrée en faveur du capital et au
détriment des salariés depuis des
décennies. Cela va au coeur du sujet, abordé par
plusieurs de nos collègues: la finalité de
l’économie. Estelle au service de l’homme, ou l’homme
doit-il continuer d’en être le serviteur ?
Nous critiquons d’ailleurs, dans la première partie de
l’ouvrage, l’hégémonie que les
économistes ont exercée sur la formulation des
politiques publiques depuis un quart de siècle. On a
trop souvent évacué les autres facettes de
l’expérience humaine: le citoyen ne vit pas que de
sous, mais de réseaux sociaux et familiaux.
Nous notons que les altermondialistes ont eu raison dans leur
critique du capitalisme depuis plus d’une décennie et
que les solutions disparates qu’ils avancent sont
intéressantes en plusieurs lieux, notamment en
Amérique du Sud, mais peu applicables à grande
échelle.
Nous notons l’incapacité de la gauche européenne
de profiter électoralement de la crise, mais croyons
que l’occasion est pourtant belle de réaffirmer et
réinventer des solutions plus centrées sur la
personne et son parcours de vie que sur les courbes du PIB.
En deuxième partie, nous posons la question qui tue. Le
capitalisme lui-même, formidable créateur de
richesse est une machine à augmentation
perpétuelle de la production et de la consommation. Ce
système est aujourd’hui le moteur emballé du
Titanic collectif qui nous emmène tout droit sur une
gigantesque banquise. Peut-on imaginer des réformes qui
permettent, dans un premier temps, de dompter le capitalisme
pour qu’il fasse plus de bien que de mal? Peuton se
préparer à le dépasser, pour qu’il ne
soit plus le mode dominant de l’organisation humaine? Peut-on,
finalement, rompre avec lui? C’est le débat que nous
lançons
WASHINGTON Les banques ont un
problème de taille
WASHINGTON —
Un dirigeant de la Réserve fédérale
américaine ( Fed), Eric Rosengren, a affirmé
hier que les grosses banques étaient ressorties de la
crise financière encore plus grosses, rendant les
États encore moins capables de résoudre leurs
problèmes potentiels.
« Bien que le problème du ’trop gros pour faire
faillite’ soit largement reconnu, beaucoup de nos plus grandes
banques mondiales se sont en fait développées
pendant la crise », a expliqué M. Rosengren, lors
d’un discours à Londres.
« En vérité, dans beaucoup de cas, la
taille des plus grandes banques est devenue i mmense par
rapport à la taille à la fois de leurs pays
d’origine et d’accueil », a-t-il ajouté, selon le
texte de son discours transmis à la presse aux
États-Unis.
M. Rosengren
estime que le total des actifs des trois plus grandes banques
américaines, qui était d’un peu plus de 30% du
produit intérieur brut des États-Unis en 2005,
avait dépassé les 40% en 2008. En France, le
rapport est passé des environs de 180% à
près de 250%, et au Royaume-Uni d’environ 200 %
à plus de 400%.
« Dans un sens, elles deviennent ‘ t r op g r osses pour
qu’on permette qu’elles aient des problèmes ou de
fortes contraintes’, si l’on considère l’impact sur les
emprunteurs dépendants des banques », a
souligné le responsable de la Fed, qui dirige l’antenne
de la banque centrale à Boston.
« Si les plus grandes banques devaient avoir des
problèmes, il pourrait y avoir des questions sur la
capacité financière d’un État souverain
à organiser leur démantèlement
ordonné », mais même si les États
étaient dotés de cette capacité, «
le coût pour les contribuables pourrait être
tellement énorme qu’il n’y aurait pas la volonté
politique », a prévenu M. Rosengren.
Il a donc plaidé pour une réflexion sur des
mécanismes internationaux adaptés à ces
grandes banques mondialisées, ainsi que pour des normes
en capital sévères pour ces grandes banques,
avec l’obligation de « constituer de plus grandes
réserves pendant les périodes favorables
».
Réglementation : Ottawa ne doit pas aller trop loin, dit la
Laurentienne - Sylvain Larocque
Le
gouvernement fédéral ne doit pas aller «
trop loin » dans l’encadrement des institutions
financières canadiennes, a soutenu hier le
président et chef de la direction de la Banque
Laurentienne, Réjean Robitaille.
La compétitivité des banques canadiennes
pourrait écoper si Ottawa décidait de relever
ses exigences réglementaires en matière de
capital de façon plus importante que les autres pays, a
fait valoir M. Robitaille dans une allocution prononcée
à la tribune de l’Association des MBA du Québec.
« Le danger, particulièrement au Canada, c’est
d’aller trop loin, a-t-il déclaré. Quand il y a
(...) un marasme (comme la récente crise
financière), les gens se disent: bon bien là, on
va mettre la ceinture, les bretelles et tout le tralala. Du
point de vue de la réglementation, il va être
important que les organismes donnent quand même la place
aux banques pour pouvoir continuer de prêter, sans
ça on se retrouverait potentiellement dans un
scénario en L (lente reprise économique).
»
Le dirigeant a notamment fait allusion aux ratios de capital
de première catégorie que doivent conserver les
banques. Les autorités internationales ont fixé
le minimum à 4% alors qu’Ottawa à placé
la barre à 7%. Or, la moyenne des banques canadiennes
dépasse déjà les 10%.
Dans la foulée des recommandations adoptées
récemment par les pays du G20, on s’attend à ce
que les exigences de capital de première
catégorie pour les banques soient relevées
à l’échelle internationale au cours de l’an
prochain. Les pays devront ensuite décider de quelle
façon ils mettront en oeuvre ces nouvelles directives.
Au cours d’une rencontre avec les journalistes après
son discours, Réjean Robitaille a dit « applaudir
» les orientations du G20. Il a en outre affirmé
qu’il ne s’attendait pas à ce que le ministre
fédéral des Finances, Jim Flaherty, cherche
à « étouffer » les banques
canadiennes en adoptant des règles plus strictes
qu’ailleurs dans le monde.
Un resserrement excessif des exigences en matière de
capital ferait augmenter le coût du financement pour les
banques, a rappelé M. Robitaille.
Pas de
résistance
Lundi, dans un discours percutant prononcé à
Montréal, le gouverneur de la Banque du Canada, Mark
Carney, a reproché aux institutions financières
du monde de « résister » aux
réformes commandées par le G20.
Réjean Robitaille a assuré que sa mise en garde
ne devait pas être interprétée comme un
signe de cette résistance, estimant de toute
façon que le message de M. Carney s’adressait
principalement aux banques étrangères.
Par ailleurs, dans l a foulée des recommandations du
G20, la Laurentienne s’apprête à modifier
certaines de ses pratiques de rémunération
à l’égard des négociants de
marchés et de certains cadres, comme l’ont
déjà fait plusieurs autres banques canadiennes,
a indiqué M. Robitaille.
« On veut s’assurer que les intérêts des
actionnaires soient bien en ligne avec les
intérêts des employés et de la haute
direction », a-t-il expliqué.
Le PDG a toutefois fait remarquer que la Banque Laurentienne
se démarquait déjà de ses concurrentes en
la matière, en refusant notamment d’offrir des options
d’achats d’actions à ses négociants.
L’action de la Banque Laurentienne a clôturé
à 38,94$ hier, en baisse de 0,2%, à la Bourse de
Toronto.
Les institutions financières doivent changer
d’attitude - Sylvain Larocque
Le gouverneur
de la Banque du Canada, Mark Carney, a reproché hier
aux institutions financières du monde de «
résister » aux tentatives de réforme de
l’industrie et les a exhortées à changer
d’attitude.
PHOTO SHAUN BEST, REUTERS
Mark Carney, gouverneur de la Banque
du Canada
« Le système financier, après s’être
autoproclamé centre de l’activité
économique, doit graduellement reprendre son rôle
de serviteur de l’économie réelle », a
déclaré M. Carney dans un discours
prononcé à Montréal dans le cadre du 4e
Rendez-vous avec l’Autorité des marchés
financiers (AMF).
« Des institutions plus solides et un système
capable de résister aux défaillances sont des
conditions nécessaires. Mais la pleine
réalisation de cet objectif exige aussi un changement
d’attitude », a-t-il ajouté.
Pour
éviter l’éclosion d’une nouvelle crise
financière, la Banque du Canada dit prôner
davantage une « réglementation qui se fonde sur
des principes » et « la confiance dans le jugement
des personnes » plutôt que la « foi aveugle
» dans la surcapitalisation.
« Or, une telle conception suppose une
réceptivité de la part de l’industrie,
réceptivité qui a manqué à l’appel
au cours des derniers mois, a déploré le
gouverneur. Le soulagement menace de céder la place
à un orgueil démesuré. Les institutions
financières doivent démontrer qu’elles sont
conscientes de leurs responsabilités élargies.
Chaque jour, les financiers devraient se demander en quoi
leurs activités influent sur le risque
systémique et ce qu’ils font pour la promotion de la
croissance économique. »
Lors d’une séance de questions-réponses, Mark
Carney a indiqué que ses homologues des autres pays et
lui étaient « déçus » du
comportement des banques face aux changements
réglementaires récemment proposés par le
G20. Il a notamment évoqué le retour des
généreux bonus dans plusieurs institutions
américaines et européennes, à peine un an
après la faillite de la banque Lehman Brothers, qui a
précipité la crise.
« À l’échelle mondiale, pas
nécessairement au Canada, il y a une pénurie de
fonds propres (dans les institutions financières),
a-t-il souligné. Alors est-ce une bonne idée de
payer de fortes primes ? On peut décider. Mais
peutêtre (que) les régulateurs vont
décider. »
Les
énormes profits enregistrés au cours des
derniers mois par plusieurs institutions financières
occidentales s’expliquent en bonne partie par l’aide
apportée par les gouvernements, que ce soit des
injections dans le capital-actions, des prêts ou des
facilités de trésorerie extraordinaires, a
rappelé M. Carney.
C’est sans compter que les institutions financières
ont profité des politiques monétaires
expansionnistes (faibles taux d’intérêt promis
pendant plus d’un an) et de la nette diminution de la
concurrence internationale, en raison de la faillite de
plusieurs institutions et de la baisse de l’activité
bancaire transfrontalière.
« Les banques à l’échelle du globe
auraient tout intérêt à saisir cette
occasion qui leur est offerte », a prévenu le
gouverneur de la banque centrale, en soulignant que les
pouvoirs publics allaient être réticents
à secourir les institutions financières dans
l’éventualité d’une nouvelle crise.
L’Association des banquiers canadiens s’est empressée
de joindre les journalistes pour soutenir que Mark Carney ne
les visait pas spécifiquement.
«
Mémoire courte »
Il reste que dans le cadre du même
événement, le surintendant des marchés
de valeurs de l’AMF, Louis Morisset, a relevé que les
mauvaises habitudes étaient vite revenues au galop.
« Les progrès qu’on a accomplis jusqu’à
(en matière réglementaire) sont importants,
mais il nous reste encore, comme régulateur, beaucoup
de travail à faire, a-t-il affirmé. Les
défis sont i mportants parce que les marchés
évoluent rapidement et que malheureusement, la
mémoire des investisseurs et des intervenants du
marché est excessivement courte. Dès
maintenant, on est en train de voir, de façon
ponctuelle, des comportements que l’on jugeait très
répréhensibles qui reviennent graduellement
dans les marchés. »
Abordant le fiasco du papier commercial adossé
à des actifs (PCAA), M. Morisset a estimé
qu’il était « peut-être temps »
pour les organismes réglementaires d’imposer aux
produits financiers complexes des « conditions »
en matière de divulgation et de transparence.
« L’expérience récente avec le PCAA nous
a démontré que les investisseurs
institutionnels, même avertis, ne sont pas toujours en
mesure de bien comprendre et saisir les risques
reliés aux instruments titrisés »,
a-t-il fait remarquer.
L’ABUSEUR-PAYEUR - YVAN LOUBIER
Artisan de son
explosion, le secteur financier devrait contribuer à la
réduction de la dette publique
L’auteur est économiste et conseiller principal au
Cabinet de relations publiques National. I l y a quelques j ou
r s , le Fonds monétaire i nter nat i o n a l ( F MI )
me t t a i t e n garde les pays industrialisés contre
l’évolution de la dette publique qui devrait passer
d’environ 70 % du PI B à plus de 120 % en 2014 . I l
les exhortait à agir sur de nombreux f r onts pour
réduire de moitié le poids de cette dette au
cours des 20 prochaines années.
PHOTO RICHARD DREW, ARCHIVES
AP
Des acteurs du secteur financier ont
fait miroiter des rendements extraordinaires, ont
caché les véritables risques associés
à leurs produits financiers fantaisistes, ont
abusé du système et ont plongé
l’économie mondiale dans le marasme qu’on
connaît.
Cet emballement anticipé de la dette publique, on le
doit essentiellement au sauvetage du secteur financier mondial
et à la multiplicat ion des pla ns de rela nce
gouvernementaux de la dernière année pour sortir
de la crise économique, justement provoquée pa r
l e s e c t eu r financier. Il va sans dire que nous t
raînerons longtemps encore l es ef f et s de c et t e c
r i s e, s t abil i s ée à gra nds coups de
crédit.
L’évolution du fardeau de la dette de ces pays,
conjuguée à celle de la population, pourrait
fragiliser l’économie mondiale et compromettre une
croissance économique durable à long terme.
À peine sortis de la récession, il faut
déjà penser à cela.
Lorsqu’elle est trop import a nt e , l a de t t e publ i q ue
agit à deux niveaux sur la c r oi s s a nce. El l e a c
c a pa r e conti nuellement des c apitaux sur le marché
pour son f i na ncement, a l or s qu’i l s devraient
être disponibles pour des initiatives privées. Ce
f a i s a nt , el l e provoque des pressions à la
hausse sur les taux d’intérêt et ralentit les i
nvestissements privés, moteurs de l a c r oissa nce.
Les économistes appellent c e phénomène l
’ e f f e t de « crowding out ».
Par ailleurs,
le service de la dette – les i ntérêts que nous
payons chaque année à nos créanciers –
draine des ressources fiscales qui, autrement, seraient
utilisées pour le financement des services publics. La
croissance de ces ressources fiscales deviendra de plus en
plus limitée dans les pays i ndustrialisés au
cours des prochaines décennies avec le déclin
démographique (et du nombre de contribuables) et le
vieillissement de la population.
Bien que c e t aver t i s s e - ment du FMI soit tout à
fait fondé et j ustifié, certaines des
recommandations pour parvenir à réduire les
dettes publiques sont contestables, voi r e i nacceptables.
Elles sou ffrent su rtout d’u ne omission majeure.
Nulle part, il n’est question dans ces recommandations de
faire contribuer les véritables artisans de l’explosion
de la dette publique. Ceux qui, dans le secteur f i nancier,
ont fa it miroiter des rendements extraordinaires, ont
caché les véritables risques associés
à leurs produits f i nanciers fa ntaisistes, ont
abusé du système e t ont plongé l
’é c onomie mondiale dans le marasme qu’on
connaît. On s’attaque plus volontiers aux
dépenses des gouvernements en santé que l’on
voudrait contraindre à l’avenir à
l’évolution du PI B, c ’est-à-dire à une
progression d’environ 3 % pa r a n née, s oit l a
moitié de la progression actuelle, nécessaire et
difficilement compressible.
C e q u i s u r p r e n d pl u s encore dans cette omission, c
’est qu’elle survient quelques jours à peine
après le sommet du G20 à Pittsburgh o ù u
n ma n d a t c l a i r fut donné au FMI en vue de la
prochaine réunion de juin : analyser toutes les avenues
possibles a f i n que le secteur financier puisse contribuer
à l’avenir à réparer les torts qu’il
pourrait causer et financer son propre sauvetage. Le FMI ne
semble pas prendre ce mandat au sérieux, ni le parti
pris d’une bonne partie des leaders du G20 en faveur du
principe de « l’abuseur-payeur » !
Les États européens pressés d’agir
contre les banques - Marc Thibodeau
Après
être intervenus massivement pour sauver les banques de
l’abysse, les gouvernements de plusieurs pays européens
se voient pressés d’intervenir pour faire « payer
» ces mêmes établissements maintenant
qu’ils ont retrouvé la voie de la
prospérité.
PHOTO PHILIPPE WOJAZER,
ARCHIVES REUTERS
Christine Lagarde, ministre des
Finances de la France, a évoqué la
possibilité de faire payer les établissements
bancaires pour couvrir les frais découlant de la mise
sur pied d’une nouvelle instance régulatoire.
Le public comprend mal que leurs dirigeants annoncent des
résultats trimestriels reluisa nts et met t ent des
réserves de côté pour verser des primes
substantielles alors que l’économie vivote, que le
chômage continue de monter et que les déficits
publics explosent.
Le scénario est particulièrement marqué
en France, où les tribunes indignées se suivent
et se ressemblent, martelant, à qui veut l’entendre, le
côté « scandaleux » du retour en
forme des banques.
Dans une lettre ouverte parue il y a quelques jours dans
Libération, trois ténors du Parti socialiste
ironisent sur le fait que les établissements bancaires
ont tiré « au moins une leçon de la crise
» : elles savent qu’à présent «
aucun gouvernement ne laissera l’une d’entre elles faire
faillite » et qu’il est donc possible de «
spéculer sans risque » pour engranger des
profits.
Une situation d’autant plus déplorable,
écrivent-ils, que la régulation promise par les
chefs d’État pour éviter une
répétition de la crise tarde à se
matérialiser.
« Tout recommence. Les primes et les profits explosent
alors que les risques ne sont pas là. Et la titrisation
repart de plus belle avec toutes sortes de produits comme les
assurances-vie. C’est le comble du cynisme »,
déplore en entrevue une des signataires de la lettre,
Marie-Noëlle Lienemann.
Le gouvernement français « multiplie les
moulinets » pour donner l’impression qu’il agit en
matière de régulation sans véritablement
changer grand-chose sur le fond, souligne la militante
socialiste, qui insiste sur la nécessité «
d’arrêter les mécanismes spéculatifs
» à l’origine de la crise.
« Le pouvoir f i nancier a pris la main sur le pouvoir
pol i t i que » , déplore Mme Lienemann, qui
préconise un plafonnement des profits bancaires par
l’impôt.
L’idée d’une ponction fiscale supplémentaire de
10 % sur les banques doit être débattue cette
semaine en séance plénière à
l’Assemblée nationale après avoir
été approuvée il y a quelques jours par
une majorité de membres de la commission des Finances,
incluant plusieurs élus de droite.
«
L’État a joué le rôle de l’assureur de
dernier ressort. Il est normal qu’il reçoive la
contrepartie de cette couverture exceptionnelle en faveur de
l’intérêt général », a
indiqué l’instigateur de cette initiative, Didier
Migaud.
L’idée a reçu hier une fin de non-recevoir de la
ministre des Finances, Christine Lagarde. « Il n’est pas
question de prendre une mesure à caractère
national qui plomberait le système bancaire
français », at-elle indiqué dans une
entrevue au quotidien économique Les Échos.
L a politic ien ne évo - que c ependa nt l a possibi l
i t é de f a i r e payer l es établissements
bancaires pour couvrir les frais découlant de la mise
sur pied d’une nouvelle instance régulatoire.
La Fédération bancaire française est
montée au créneau face à l’idée
d’impôts accrus. L’organisation affirme qu’une telle
démarche affaiblirait la capacité des banques
« à financer les entreprises et les particuliers
au moment où ils en ont le plus besoin ».
Des mises en garde similaires n’ont guère
troublé le gouvernement fédéral belge,
qui vient d’annoncer son intention de prélever «
une prime de garantie » aux banques en contrepartie de
l’aide massive apportée l’année dernière.
La ponction devrait générer, en quatre ans, des
revenus de près de 3 milliards de dollars.
« I l faut maintenant que l es banques paient pour la
crise qu’elles ont provoquée » , a i
ndiqué la vicepremière ministre belge, Laurette
Onkelinx.
L’Allemagne songe aussi à faire payer les banques,
notamment par l’introduction d’une taxe sur les transactions
financières qui est réclamée depuis belle
lurette par les courants altermondialistes.
La Grande-Bretagne pourrait aussi emboîter le pas sous
peu. Le Sunday Telegraph a révélé
dimanche que le gouvernement du premier ministre Gordon Brown
préparait un « assaut f i scal » contre les
banques.
« Il faut avoir une discussion beaucoup plus ouverte et
plus approfondie sur la manière dont les banques
interagissent avec le reste de l’économie et
l’importance de ces interactions », a
rétorqué la direction de l’association bancaire
anglaise, Angela Knight.
PARIS L’idée d’une taxe
spéciale pour les banques fait son chemin
PARIS —
L’idée d’une taxe spéciale pour les banques,
s’apparentant à une « prime » versée
à l’État « assureur en dernier ressort
», commence à faire son chemin, notamment en
Belgique, où elle va être mise en oeuvre, et en
France où l’Assemblée nationale en
débattra cette semaine.
Le ministre des Finances belge a annoncé mardi dernier
l’introduction d’une taxe de 0,15%, à partir de 2012,
sur la somme des dépôts bancaires et des produits
d’assurance destinés à l’épargne, comme
l’assurance vie.
La taxe a été présentée comme une
« prime de garantie » par le gouvernement. «
La crise financière a démontré le
rôle fondamental de l’État comme garant de
dernier ressort des établissements financiers »,
une garantie qu’il faut rendre « explicite », a
expliqué le ministère des Finances. «
L’industrie bancaire n’est pas une industrie comme les autres.
Les États ont été pris en otage,
contraints de les sauver de la faillite. Cela justifie une
taxe additionnelle », a f f i r me Gunther
CapelleBlancard, directeur adjoint du Centre d’études
prospectives et d’informations internationales (CEPII).
« On
offre aux banques une assurance tous risques, elle a un
coût, c’est la prime d’assurance », poursuit-il.
En France, la commission des Finances de l’Assemblée
nationale a adopté mercredi dernier un amendement de
son président Didier Migaud (PS) prévoyant, pour
2010 seulement, une taxe additionnelle de 10% à
l’impôt sur les sociétés sur les
établissements financiers.
« L’État ayant joué le rôle
d’assureur de dernier ressort au cours de la crise bancaire de
l’automne 2008, il est normal qu’il reçoive la
contrepartie de cette couverture exceptionnelle en faveur de
l’intérêt général », a
justifié Didier Migaud dans une argumentation proche de
celle de Bruxelles. L’amendement a été
adopté grâce à l’apport de voix de la
majorité, dont quatre députés UMP.
Mais il est loin d’être acquis que l’Assemblée
suive la commission, à l’examen de l’amendement cette
semaine.
LES ASSUREURS RETIRENT DES FONDS DES TABLETTES -
Stéphanie Grammond
Depuis trois
ans, les compagnies d’assurances ont lancé des produits
très audacieux pour se tailler une part du
marché des fonds distincts, une industrie de 64
milliards au Canada. Mais la crise financière a
ébranlé l’échafaudage de certains
produits qu’i
Les assureurs ti rent de dures leçons de la
débâcle des marchés financiers. En ce
moment, ils sont obligés de refaire leurs devoirs et
d’effacer les protections les plus généreuses de
leurs fonds à capital garanti
Cette semaine, Manuvie a jeté à la corbeille la
version originale de RevenuPlus, son produit-vedette qui avait
révolutionné l’industrie lors de son lancement
en grandes pompes en 2006.
Depui s l e pr i nt e mps , Desjardins Sécurité
financière et la Financière Sun Life ont aussi
biffé les protections de leurs fonds garantis, qu’on
appelle aussi fonds distincts. Transamerica devrait retoucher
bientôt à sa gamme de fonds 5 à vie.
Et d’ici à quelques jours, AXA retirera des tablettes
les 12 fonds de sa famille Cumulàvie, que l’assureur
avait mis au monde il y a seulement un an et demi.
« Pour nous qui nous lancions dans les fonds distincts,
c’était comme si nous ouvrions un restaurant de
hamburgers en pleine crise de la vache folle », illustre
Robert Landry, vice-président exécutif,
assurance-vie et services financiers, chez Axa Assurances.
Prudente, AXA a préféré suspendre l a
distribution des fonds qui avaient attiré sept millions
de dollars (les c ontrats exista nts s eront d’ailleurs
honorés), quitte à revenir dans le marché
lorsque l’industrie des fonds distincts se sera
stabilisée.
Les rouages des fonds distincts
Les fonds distincts sont des proches parents des fonds communs
de placement. Mais ils sont considérés comme des
produits d’assurance, car ils sont assortis d’une protection
qui garantit le capital de départ (à 75% ou
à 100%) au moment du décès de
l’investisseur ou à l’échéance de son
contrat (souvent 10 ans après l’investissement
initial).
Il y a trois ans, Manuvie a innové en greffant aux
fonds distincts une « garantie de retrait minimum
», qui assure non seulement le capital, mais aussi le
versement de revenus annuels, un peu comme une rente.
Prenons l’exemple fictif de Pierre pour mieux comprendre la
mécanique. À 55 ans, Pierre investit 100 000$
dans une gamme de fonds distincts. Cette valeur est garantie
(à 75 % ou à 100 %) par l’assureur.
Pendant 10 ans, Pierre ne touche pas à son argent. Pour
chaque année sans retrait, l’assureur bonifie sa valeur
garantie de 5%, soit de 5000$ par a n. Après 10 a ns,
sa valeur garantie s’élève donc à 150
000$... même si son portefeuille est en baisse.
D’autre part, si les marchés financiers vont bien,
l’assureur cristallise les gains accumulés dans le
portefeuille de Pierre tous les trois ans. Sa valeur garantie
équivaut alors à sa valeur marchande.
Après 10 ans, disons que la valeur garantie de Pierre
s’élève à 150 000$. Pierre a 65 ans, il
prend sa retraite et il commence à puiser dans son
fonds. L’assureur s’engage alors à lui verser des
revenus équivalents à 5% de la valeur garantie.
Pierre touchera donc 7500$ par année, jusqu’à la
fin de ses jours.
Notez que certains assureurs offrent d’autres options de
décaissement (ex: 7% par an durant 14 ans, ou 4%
à vie dès l’âge de 45 ans).
Des garanties rayées de la carte
Les fonds
à garantie de retra i t minimum ont fa it fureur
auprès des baby-boomers qui approchent de la retraite.
Depuis trois ans, sept autres assureurs ont lancé des
produits similaires, notamment Helios chez Desjardins
Sécurité financière, Sunwise à la
Sunlife, et EcoFlextra à l’Industrielle-Alliance.
« I l y a eu beaucoup de concurrence. Certains ont
été audacieux, en utilisant des
hypothèses très serrées. Avec la
turbulence des marchés financiers, les garanties de
capital leur coûtent cher. La facture des produits est
remise en cause », explique Gilles Bernier, professeur
à l’ Université Laval et titulaire de la chaire
d’assurance et de services f i nanciers
L’Industrielle-Alliance
Cette semaine, Manuvie a donc cessé d’offrir la version
originale RevenuPlus. « Fini les garanties
généreuses. L’assureur a évalué
ses risques liés aux 20 milliards sous gestion de
toutes ses familles de fonds garantis et ne peut plus
continuer à en offrir autant », constate Fabien
Major, conseiller en sécurité financière
au cabinet Major gestion d’actifs, qu’il a fondé il y a
10 ans.
En clair, l’assureur n’offre plus de protection du capital 10
ans après l’investissement initial, ce qui permettait
aux clients de se retirer avec leur valeur garantie
cristallisée, malgré une baisse de leur
portefeuille.
Désormais, les clients qui veulent profiter de la
garantie doivent conserver leur investissement et
décaisser leur capital graduellement avec les retraits
garantis. Mais ils devront payer un peu plus cher, «
afin de compenser en partie l’augmentation des coûts du
produit ». Les frais annuels ont grimpé de 0,10
%, pour la version originale et la version modifiée de
RevenuPlus.
De son côté, Desjardins Sécurité
financière a éliminé la garantie à
100 % après 10 ans, pour l’ensemble de ses fonds
distincts. « C’est la garantie qui amène le plus
de volatilité et de risque dans les résultats
des assureurs. Et avec les événements de
l’automne dernier, les assureurs ont revu leur appétit
pour le risque », avoue André Langlois, le
viceprésident du développement et de la mise en
marché, assurances et épargnes.
En outre, Desjardins a éliminé l’option de
décaissement la plus populaire d’Helios, soit l’option
de retraits de 7% par an sur 15 ans. Maintenant, les clients
toucheront 4 % à vie s’ils retirent leurs billes
dès 45 ans, 5% à vie à partir de 65 ans,
et 6% à partir de 75 ans.
Durant l’été, la Financière Sunlife a
aussi modifié son offre. Les frais annuels des fonds
distincts ont gonf lé ( jusqu’à 0,3 % de hausse
selon le fonds).
L’assureur a éliminé la version originale de
Sunwise. Dans la version revue et corrigée, la garantie
du capital à 100% a disparu, et les portefeuilles ne
peuvent plus dépasser 70% en actions, question de
réduire la volatilité.
Cela dit, les contrats actuels restent en vigueur et les
garanties seront honorées. Il en va de même chez
Manuvie et Desjardins.
Par ailleurs, d’autres assureurs n’ont pas l’intention de
modifier leurs fonds distincts. C’est le cas de
l’IndustrielleAl l i a nce, dont l a fa mi l le
EcoFlextra n’a jamais offert de garantie après 10 ans.
« Nos contrats n’ont subi aucun changement. Nous sommes
toujours très à l’aise avec les
caractéristiques et la tarification », souligne
Jacques Carrière, vice-président à
l’Industrielle-Alliance.
Que reste-t-il de bon?
Malgré tous ces bouleversements, les fonds distincts
ont encore de l’attrait, selon Fabien Major, qui est aussi
l’auteur d’un blogue sur les produits financiers
(www.majorblog.net). À la demande de La Presse
Affaires, il a passé en revue les nouvelles
caractéristiques des fonds assortis d’une garantie de
retrait minimum (voir tableau).
Après comparaison, quels sont ses meilleurs choix ? Il
suggère la famille SunWise, de Sunlife et C.I., car
elle offre un très bon choix de fonds (ex : C. I.
revenu élevé, Harbour croissance) à des
coûts relativement faibles. « Mais je ne prendrais
pas la garantie à 75 % sur 10 ans parce que les frais
sont déraisonnables. » La
famille Astra de SSQ retient aussi son attention. Les frais
sont raisonnables. On peut investir jusqu’à 90% en
actions. Et la période de bonification est
illimitée. Même s’ils ont commencé
à décaisser, les retraités peuvent encore
y avoir droit dans la mesure où ils ne font pas de
retrait durant une année.
Bernanke veut limiter les très grosses
sociétés financières
WASHINGTON —
Le président de la banque centrale américaine,
Ben Bernanke, a plaidé hier devant le Congrès
des États-Unis pour l’imposition de normes plus
strictes qui rendraient moins attrayant la croissance des
sociétés financières au-delà d’une
taille critique.
« Il est nécessaire de durcir les exigences non
seulement pour assurer la stabilité des institutions
individuellement et du système financier dans son
ensemble, mais aussi pour réduire les incitations
poussant les sociétés financières
à devenir très grandes, de manière a
être perçues comme trop grosses pour pouvoir
faire faillite », a déclaré M. Bernanke.
Le patron de la Réserve fédérale ( Fed) a
laissé entendre que ce durcissement pourrait avoir
trait aux normes de capital, de liquidité ou de gestion
du risque. La question des entreprises dont la taille est
telle que leur faillite aurait des conséquences
dramatiques pour l’ensemble du système financier est un
des points clés du projet de réforme de la
régulation financière présenté au
Congrès par le gouvernement du président
américain Barack Obama.
M. Bernanke
témoignait hier devant la Commission des services
financiers de la Chambre des représentants dans le
cadre d’une audition consacrée à ce projet de
loi.
Celui-ci prévoit que la Fed sera chargée de
surveiller et réguler toutes les sociétés
financières dites « systémiques » ,
quel que soit leur statut (banques, mais aussi assurances,
fonds d’investissement...), et de donner au gouvernement le
pouvoir de placer sous la tutelle d’un r égulateu r t
oute i nst i t ution financière majeure qui menacerait
de s ’é c r ouler, en vue de la démanteler de
manière ordonnée.
Pour nombre de parlementaires, d’économistes ou de
responsables de la Fed, le sauvetage en catastrophe de
l’assureur AIG en septembre 2008 par la banque centrale et le
renflouement des plus grosses banques du pays par
l’État a contribué à nourrir l’«
aléa moral » laissant penser aux investisseurs
qu’ils seront toujours secourus par le gouvernement, quelles
que soient leurs erreurs de jugement et de gestion, pour peu
que leur entreprise soit suffisamment grosse.
Limiter les banquiers - ARIANE KROL
«Nous ne
reviendrons pas à ces comportements
téméraires ni à ces excès
débridés qui ont joué un rôle
central dans la crise », décla rait
récemment Barack Obama dans un discours à
l’intention de Wall Street. Vraiment? C’est ce que nous
verrons cette semaine à Pittsburgh, à la
réunion du G20. Un an après la déroute de
L eh ma n Brothers , les Européens sont plus
déterminés que jamais à restreindre les
primes des banquiers. Une démonstration de force qui
peut plaire à l’électorat, mais qui risque fort
de rater sa cible.
L’Union européenne ne va pas jusqu’à plafonner
les primes, mais elle veut imposer de sévères
restrictions. Les bonis seraient liés au rendement
à long terme et devraient même être
remboursés par le dirigeant en cas de
contreperformance. Contre toute attente, les
États-Unis, ou du moins la Réserve
fédérale, ont fait un pas dans cette direction.
La Fed, rapporte le Wall Street Journal, ne surveillerait pas
seulement les pri mes des patrons, mais tous les aspects de la
rémunération qui pourraient mettre en
péril la solvabilité d’une institution
financière.
Le projet, on s’en doute, fait grincer bien des dents. La Fed
va fausser les règles du libre-marché,
interférer dans les décisions des conseils
d’administration et jouer dans les plates-bandes du
Congrès, disent ses détracteurs. Mais il y a
pire.
En
s’attaquant aux primes des banquiers, les États
cherchent avant tout à réformer un
système de mesures incitatives jugé dangereux.
Un système qui encourage la prise de risques excessifs
et la quête de gains rapides au détriment de la
prospérité à long terme des entreprises.
Quand une trop grande partie de vos gains personnels
dépend du volume de prêts que vous
générez, il se peut que vous deveniez moins
regardant sur la qualité des emprunteurs. Des remises
en question s’imposent pour que les primes à la
performance retrouvent leur véritable sens.
Cela dit, il serait naïf de croire que les financiers
vont regarder fondre leur rémunération sans
broncher. Si les politiciens réduisent leurs primes,
ils s’arrangeront pour se faire payer autrement. C’est ce que
tout le secteur privé a fait lorsque l’administration
Clinton a interdit aux entreprises de déduire plus d’un
million de dollars pour le salaire d’un haut dirigeant. Les
primes et les options d’achat d’actions ont gagné en
importance… avec les résultats que l’on connaît.
Si les membres du G20 veulent renforcer le système
bancaire, ils vont devoir s’intéresser à des
aspects plus fondamentaux de l’industrie, comme les ratios de
levier fina nciers – le nombre de dollars qu’une banque peut
emprunter pour chaque dollar qu’elle possède. Un
principe pas mal moins sexy, mais autrement plus porteur, que
les primes des grosses gommes de Wall Street. C’est d’ailleurs
l’une des raisons pour laquelle les banques canadiennes s’en
tirent beaucoup mieux que les autres depuis un an.
G20 Un moment crucial - Yvan
Loubier
Les pays du
G20 doivent coordonner le retrait de leurs politiques
interventionnistes sans nuire à la reprise
L’auteur est économiste et conseiller principal au
cabinet de relations publiques National. Le sommet du G20 qui
débute dans trois jours à Pittsburgh revêt
une importance toute particulière. À un moment
où des embellies semblent se dessiner quant à
une reprise économique éventuelle, tous les pays
participants, responsables de 90% de la production de la
planète, sont condamnés à s’entendre afin
d’assurer une reprise mondiale durable.
PHOTO DON WRIGHT, ASSOCIATED
PRESS
Pittsburgh (Pennsylvanie)
s’apprête à accueillir, les 24 et 25 septembre,
les leaders des pays du G20.
Le président Obama a eu raison la semaine
dernière, lors de son allocution devant les financiers
de Wall Street, de dénoncer l’attitude de certains de
leurs représentants qui agissent comme si rien ne
s’était passé depuis l’automne dernier alors que
le système financier des États-Unis a failli
s’effondrer comme un château de cartes à cause de
la cupidité de quelques-uns. On connaît la suite
au chapitre de l’économie réelle où
partout dans le monde, faillites et chômage record
furent au rendez-vous, avec en prime des finances publiques
qui mettront du temps à se rétablir.
Plus j amais les choses ne doivent être les mêmes
et surtout pas au nom d’une sacrosainte liberté du
marché dont on a trop souvent entendu ces jours-ci en
marge de la préparation du sommet. Quand la
liberté de s’enrichir de quelques-uns menace la
stabilité financière et économique de
tous, il faut savoir ramener les premiers à l’ordre et
édicter des règles claires, coercitives et
mondiales.
Le sommet du G20 doit aboutir de façon décisive
à cette volonté de réglementation
mondiale du secteur fina ncier da ns u n monde où le s
c a pit au x c i rc u lent librement. Si une approche
concertée n’est pas adoptée, u ne situation
dévastatrice comme celle que nous avons vécue,
le battement d’ailes du papillon, pourrait encore une fois
partir de New York et créer une onde de choc de Londres
à Pékin.
La même
logique de concertation doit s’appliquer à
l’économie réelle et cette préocc upation
figu re en bonne place à l’ordre du jour du sommet. Les
signes de reprise actuels sont encourageants. Cependant, nous
savons tous qu’ils sont en bonne partie le résultat
d’un dopage des économies du monde provenant de la
multitude de plans de relance déployés par les
gouvernements, particulièrement celui des
États-Unis.
Les leaders du G20 ont à définir un autre plan,
soit celui du retrait concerté de leurs politiques
interventionnistes et du moment où cette action sera
posée. Le choix de ce moment est crucial et l’on doit
être convaincu, lorsqu’on le fera, que l’économie
est sur une véritable lancée et capable de se
passer des interventions de l’État, sous peine de
plonger à nouveau le monde dans un cycle de
ralentissement économique.
Mais il y a bien entendu une contrepartie à la
poursuite de l’intervention gouvernementale. Les gouvernements
ne peuvent indéfiniment soutenir la consommation et les
investissements à coup de milliers de milliards de
dollars empruntés ou imprimés, car ils
pourraient eux-mêmes compromettre la reprise durable
qu’ils souhaitent voir s’installer.
Voilà les grands défis auxquels sont
confrontés les leaders du monde. Reste à savoir
s’ils auront la volonté, le courage et la force de
persuasion pour adopter une ligne de conduite ferme,
rigoureuse et concertée. Si l’on croyait, avec raison,
que sortir de la présente récession
représentait un grand défi, gérer la
reprise pourrait être un défi de plus grande
envergure.
FAUT-IL CROIRE LES ÉCONOMISTES?
> Oui, mais
il faut savoir identifier les bons
- PIERRE FORTIN
Ma réponse à la question posée en
titre est: oui, il faut les croire, pourvu qu’on les sache
honnêtes, compétents et indépendants. Cela
soulève deux autres questions: 1) comment identifier
ces bons économistes; et 2) pourquoi on ne les croit
pas même si on sait qu’ils sont bons.
Je tiens de mon père les réponses à ces
questions. Modeste médecin de famille, il lisait
avidement les revues médicales comme L’Union
médicale du Canada et The Lancet. Dès la fin des
années 50, il avait appris des plus grands chercheurs
que la cigarette causait le cancer du poumon et que les
aliments gras entraînaient
l’athérosclérose. Il arrêta de fumer et se
mit à boire du lait en poudre dilué dans l’eau.
Il essaya de convaincre ses patients d’abandonner la cigarette
et ses enfants de boire son lait aqueux. Bien
évidemment, sans succès. Nous appelions son
lait, le «sapin», étant justement
convaincus qu’il essayait de nous en passer un.
Notre père a malheureusement souffert de
sclérose en plaques pendant 50 ans. Pour comprendre son
mal, plutôt que de se fier à L’Almanach du
peuple, il alla voir les éminents chercheurs Wilder
Penfield et Roy Swank à l’Institut neurologique de
Montréal. Il combattit, également sans
succès, les remèdes de charlatans qui
exploitaient sans vergogne la vulnérabilité et
la crédulité des personnes atteintes de cette
terrible maladie.
J’en ai appris deux leçons. La première, c’est
que les bons économistes, comme les bons
médecins, on les trouve parmi les grands chercheurs
indépendants. Est-ce qu’ils ont su diagnostiquer la
bulle immobilière américaine des années
2000 et prévoir son éclatement? Oui, à
peu près tous. Des maisons qui se vendaient à
trois fois la valeur capitalisée des loyers qu’elles
pouvaient obtenir sur le marché, ça n’avait tout
simplement pas de bon sens. Qui sont ces chercheurs? Des gens
comme Akerlof, Beaudry, Blanchard, DeLong, Krugman, Shiller,
Stiglitz, Buiter. Ils sont à Berkeley, à UBC, au
MIT, à Princeton, à Yale, à Columbia, au
London School.
Plus
près de nous, au Québec, tous les
économistes en chef de nos grandes institutions
financières ont fait état de leur vive
appréhension au sujet du marché immobilier
américain dans les conférences qu’ils ont
présentées à des centaines d’auditoires
à partir de 2004.
Ce sont aussi les «bons économistes»
américains qui ont aidé à payer les pots
cassés après que l’administration Bush ait
laissé la faillite de Lehman Brothers se produire et
déclencher un effet de domino mondial l’automne
dernier. (Je vous concède ici que l’ampleur de la
contagion a été universellement
sousestimée.) Trois des meilleurs entourent le
président Obama. Ils ont formulé le plan de
relance économique qui commence aujourd’hui à
porter ses fruits aux États-Unis. Ils s’appellent
Bernanke, Romer et Summers. Ils viennent de Princeton, de
Berkeley et de Harvard.
La seconde leçon apprise de mon père est qu’ici
ou ailleurs les bons économistes, comme les bons
médecins, ne sont pas nécessairement
écoutés. Quand tout le monde faisait de l’argent
avec le système financier il y a trois ans, les
«casseux de veillée» n’étaient pas
très populaires. Ces «prophètes de
malheur» ont été tournés en
ridicule pour ne pas comprendre que «les lois de
l’économie ne sont plus les mêmes».
L’économiste français Maurice Allais, Prix Nobel
de science économique 1988, a diagnostiqué le
mal sans détour: «Les gens sont menés par
leurs intérêts, leurs préjugés,
leurs passions et la logique, fût-elle scientifique, a
réellement peu de prise sur ce qu’ils font.»
Dans toute cette foire, les médias peuvent jouer un
rôle fondamental. Aider les gens à identifier les
intervenants honnêtes, compétents et
indépendants. Démasquer la fourberie,
l’ignorance et les conflits d’intérêts. Donner
préséance au vrai sur le spectaculaire. À
observer présentement au Québec l’incroyable
naïveté de tous ceux qui confient leurs
épargnes au premier venu (qui est parfois un bandit,
n’est-ce pas?), on m’accordera que la bataille de
l’éducation économique est encore loin
d’être gagnée chez nous.
> Ils n’ont pas la prétention d’être
infaillibles - François Dupuis
Les
économistes ont bon dos par les temps qu i cou rent .
On leu r dema nde d’ausculter l’économie,
d’établir un diagnostic et de faire des pronostics,
puis, on s’amuse à les prendre en défaut sur
l’exactitude de leurs prévisions.
Autre paradoxe, les divergences de vue font l’objet de
plaisanteries. On dit souvent que « même les
économistes ne s’entendent pas entre eux»,
alors que lorsqu’il y a unanimité, on les accuse de
manquer d’imagination! Peu importe la position
adoptée, elle ne semble jamais convenir. Cependant,
malgré le scepticisme, on continue à faire
appel à eux.
Dans le tumulte des avis économiques qui se sont
multipliés depuis deux ans, on a souvent fait
écho aux points de vue extrêmes de ceux qui
cédaient à la panique. Toutefois, ces opinions
ne reposaient pas toujours sur des assises solides. Il faut
bien davantage qu’une donnée mensuelle pour
bâtir une analyse. La grande volatilité des
indicateurs économiques impose une certaine retenue
dans les commentaires. Il faut travailler avec les tendances
sur plusieurs mois puisque l’expérience
révèle que chaque jour amène son lot de
nouvelles observations et d’apparentes contradictions.
Par ailleurs, certains considèrent les marchés
financiers, notamment la Bourse, comme le miroir parfait de
l’évolution de l’économie, ce qui n’est pas le
cas. Cela contribue à embrouiller le public.
Parmi la
panoplie de données disponibles pour décrypter
l’économie et appuyer les prévisions, nombre
d’entre elles sont, plus souvent qu’autrement, des
estimations qui seront révisées, parfois de
façon importante. L’économie n’est pas une
science exacte. Elle n’offre pas la certitude des lois de la
physique ou de la chimie; elle s’appuie sur des
comportements humains. L’économiste présume
qu’en fonction d’un événement donné, le
comportement des acteurs économiques sera rationnel.
Dans les faits, cependant, il faut avouer que les humains
sont parfois déroutants.
En ce qui a trait à la dernière
récession, les modèles de prévisions
économiques n’auraient pu prédire avec
précision le moment et, surtout, l’ampleur de la
débâcle puisque aucun d’entre eux n’inclut de
variables sur la qualité des produits financiers,
tels les plus récents montages structurés. Les
problèmes sont venus de la gestion interne des
institutions financières, en particulier aux
États-Unis et en Europe de l’Ouest.
En fait, une conjonction de phénomènes
microéconomiques peu rationnels, de très forte
intensité, liés à des secteurs
névralgiques comme ceux de l’habitation et de la
finance, a eu des effets macroéconomiques importants,
ce qui est plutôt rarissime. La perte de confiance
dans le système financier a créé une
crise de liquidités. Elle a, à son tour,
paralysé l’octroi du crédit et
entraîné la chute de certains secteurs
économiques. Celui de l’automobile est l’exemple le
plus évident: sa vulnérabilité
structurelle a été exacerbée par une
conjoncture économique difficile, ce qui l’a
précipité vers l’abîme.
Enfin, la profession d’économiste ne dispose pas d’un
champ d’exercice protégé par un ordre
professionnel. Certains se drapent du titre et exposent
leurs vues à qui le leur demande, ce qui n’est pas
sans engendrer une certaine confusion dans les messages
véhiculés. Toutefois, la diversité des
idées a du bon, dans la mesure où ces
dernières s’appuient sur des analyses rigoureuses. Faut-il
croire
les économistes ? À vous de voir! Ils n’ont
pas la prétention d’être infaillibles et encore
moins de s’arroger le droit de décider à votre
place, cependant, ils disposent de nombreux outils pour
décoder l’économie. En somme, leur mandat est
de comprendre les phénomènes
économiques pour mieux les expliquer, ce qui en
facilite d’autant votre prise de décision.
La mission quasi impossible du G20: réglementer les
marchés - Hélène Baril
Maintenant que
la reprise se montre le bout du nez et que les capitaux ont
retrouvé leur fluidité, les investisseurs
floués et les contribuables qui paieront la note de la
crise financière attendent une seule chose de leurs
gouvernements: qu’ils fassent en sorte que ça ne se
reproduise plus.
C’est pourquoi les dirigeants des 20 pays les plus
industrialisés qui se réuniront la semaine
prochaine à Pittsburgh ont mis la réglementation
du secteur financier à leur menu principal.
I l s doivent t r ouver des moyens de limiter la
rémunération excessive des dirigeants
d’entreprise, d’empêcher la spéculation excessive
sur le pétrole et de protéger les investisseurs
contre les fraudeurs ou les produits financiers viciés
comme les PCAA.
C’est tout un programme, où deux philosophies vont
fatalement s’opposer, celle des Européens, qui usent
facilement de l’arme de la réglementation, et celle des
Américains, qui, au contraire, veulent éviter de
brimer les marchés.
À 20
autour de la table, les chances sont minces que des solutions
concrètes à des problèmes aussi complexes
voient le jour. Il le faudra pourtant, estime Michel Nadeau,
directeur général de l’Institut sur la
gouvernance des organisations publiques et privées.
« Ça va se faire progressivement, mais c’est vers
là qu’on s’en va », a-t-il expliqué, au
cours d’un entretien avec La Presse Affaires.
Michel Nadeau souligne que la gestion des risques de
marché est de plus en plus une question internationale,
qui exige des actions internationales.
C’est déjà commencé avec les paradis
fiscaux, où l’action concertée des principaux
pays industrialisés a réussi à tordre le
bras à la Suisse et à d’autres pays permissifs
en matière fiscale, a-t-il illustré.
L’Europe et les États-Unis ont déjà des
vues passablement différentes sur la
rémunération des dirigeants d’entreprises
privées.
Les
Européens voudraient limiter les primes et
même forcer leurs récipiendaires à
rembourser les sommes encaissées si les
résultats se détériorent dans les
années suivantes.
Une telle intervention dans les pratiques des entreprises
privées est très mal vue des
Américains et même le président Barack
Obama a tenu à le dire publiquement. « Nous
sommes dans un pays où, de manière
générale, on ne dit pas: vous ne pouvez pas
payer les gens à un niveau, quel qu’il soit,
à partir du moment où dans le privé,
le marché dit qu’il est prêt à
l’accepter », a-t-il dit.
La rémunération n’est pas le plus complexe
des problèmes qui seront abordés à
Pittsburgh jeudi et vendredi prochains. Il y a aussi la
question des produits dérivés, qui ne sont
pas réglementés et le rôle des agences
de cotation, qui a contribué à la crise
financière. Des plus grosses banques aux simples
investisseurs, en passant par les assureurs et les fonds
de couverture, à peu près tout le monde sera
touché par les décisions qui seront prises
au sommet.
Pour
arriver à quelque chose, les pays devront trouver
un compromis entre la coordination internationale et
l’indépendance des marchés, selon Michel
Nadeau. Le risque est un ingrédient
nécessaire au fonctionnement des marchés,
convient-il. « Il ne faut pas stopper l’innovation
mais être vigilant. »
La prochaine rencontre des leaders des pays
industrialisés est importante, mais elle ne risque
pas de déboucher sur l’unanimité, croit
Michel Nadeau. « Il ne faut pas penser qu’une
autorité mondiale des marchés financiers va
voir le jour, mais on va s’entendre sur certaines choses
de base », prévoit-il.
Il a, selon lui, une obligation de résultat.
« Les gouvernements ont tellement
dépensé pour réparer les
dégâts de cette crise, qui n’est pas une
crise économique mais une crise financière
provoquée par Wall Street. »
LA GESTION PRIVÉE TRAVERSE LA CRISE -
Jean Gagnon
Rien de plus
rassurant que de confier sa fortune à un expert dont la
feuille de route est élogieuse.
ILLUSTRATION PHILIPPE TARDIF,
LA PRESSE
Mais quand une crise financière frappe, plus rien ne
semble suffisamment rassurant, comme on a pu le voir lors de
la dernière tourmente boursière qui a
amputé la valeur nette des actifs de la plupart des
québécois de 20%, 30% et même parfois de
50%!
Même pour la classe des nantis, qui conf ient leur
patrimoine en gestion privée à des institutions
financières réputées, la confiance a
été secouée, constatent plusieurs
intervenants du milieu.
La gestion privée of f r e aux gens fortunés et
à leurs familles des services et des conseils sur
l’ensemble de la gestion du patrimoine, notamment la
planification financière, la gestion de portefeuilles,
ainsi que la planification fiscale et successorale.
Cette crise est très différente des
précédentes, explique Hélène
Bronsard, vice-présidente de Raymond Chabot gestion
privée.
« Les gens ont l’impression que la spéculation
à outrance, ainsi que la malhonnêteté de
plusieurs i ntervenants sur les marchés financiers,
sont à l ’origine des problèmes qu’ils ont
connus, dit-elle. Ils sont amers, et plusieurs se sentent
petits devant les événements. »
Éric Bujold, premier viceprésident et directeur
général, Gestion de patrimoine, Banque Nationale
Groupe financier constate que plusieurs investisseurs ont
réagi à la crise en modifiant certains
comportements.
« Les clients nantis reviennent vers le placement plus
traditionnel et augmentent la liquidité de leurs
portefeuilles, dit-il. Ils exigent une plus grande
transparence de la part de leurs gestionnaires et expriment
une volonté de se rapprocher des marchés locaux
afin de mieux comprendre les investissements qu’ils font.
»
Un pôle important
Mais, crise
ou pas, la gestion du patrimoine demeurera un des pôles
importants du développement stratégique des
institutions financières. Et la gestion privée
est au coeur de ce développement.
Continuellement à l’affût des nouvelles
techniques de gestion, les professionnels de la gestion
privée demeurent convaincus du bien-fondé de
leurs méthodes et des produits qu’ils offrent.
Pour Jean Brunelle, viceprésident gestion privée
chez Desjardins, la crise a démontré que la
règle numéro un en gestion de portefeuilles,
soit de s’assurer d’avoir la bonne répartition
d’actifs, est plus que jamais valable.
« En période de crise, le client bien
accompagné et bien informé par son institution
est celui qui a la meilleure chance de bien s’en tirer,
dit-il. Ceux qui se rappelaient la crise des technos de
2001-2002 ont évité de répéter les
mêmes erreurs. »
Jean Duguay, directeur des placements pour le Groupe Eterna,
ne doute pas que la crise a renforcé le besoin de
gestion privée, c’est-à-dire d’avoir quelqu’un
en qui on a confiance et qui prend charge de tout.
« Bien sûr, la réputation du gestionnaire
doit être solide », précise-t-il.
Les nombreuses fraudes et les scandales des dernières
années ont rendu plusieurs investisseurs craintifs, si
bien que certains sont maintenant disposés à
payer une prime à la réputation
Quelque 4 40 000 foyers canadiens, dont 18% sont au
Québec, possèdent un portefeuille
d’investissements en actions et obligations de plus d’un
million de dollars.
Ce sont eux que visent les démarcheurs de la gestion
privée.
« Nous ne reviendrons pas à l’époque des
excès »
Wall
Street
n’a pas retenu les leçons de la crise, juge le
président Barack Obama
NEW YORK — Le président Barack Obama a relancé
son effort de réforme des règles de la finance
en s’en prenant durement à ceux qui, à Wall
Street, se complaisent dans les « comportements
inconsidérés » et les « excès
incontrôlés » et refusent de tirer les
leçons de la crise.
PHOTO JIM WATSON, AFP
Curieux et manifestants étaient
réunis hier devant le Federal Hall de New York,
situé à quelques pas de la Bourse.
« Malheureusement, il y en a certains, dans l’industrie
financière, qui se trompent dans la lecture du moment
présent », a déploré hier M. Obama
dans un discours à deux pas de la Bourse de New York,
un an jour pour jour après que le dépôt de
bilan de la vénérable banque d’affaires Lehman
Brothers eut diffusé une onde de choc qui s’est
rapidement propagée à toute l’économie
mondiale.
« Au lieu de tirer les leçons ( du
dépôt de bi l a n) de Lehman et de la crise dont
ils n’ont toujours pas fini de se remettre, ils choisissent de
les ignorer », a-t-il dit devant un parterre de
dirigeants de la finance au Federal Hall, haut lieu de
l’histoire de la démocratie américaine.
« Nous ne r ev i e ndrons pas à l’époque
des comportements inconsidérés et des
excès incontrôlés qui sont au coeur de
cette crise, quand trop de gens n’étaient
motivés que par le goût des marchés vite
expédiés et des primes juteuses », a dit
M. Obama, qui n’en est pas à sa première
diatribe contre les pratiques de Wall Street, objet
d’indignation populaire.
Il a une nouvelle fois réclamé des «
règles de conduite vigoureuses qui nous
protègent contre les risques systémiques que
nous avons connus ».
Il a rappelé les propositions détaillées
par son administration en juin pour mettre fin aux
fragilités d’un système dans lequel
l’emballement d’une composante peut entraîner les autres
: renforcement du contrôle exercé par la
Réserve fédérale ( Fed) sur les plus
grandes institutions financières, création d’une
autorité permettant au gouvernement de reprendre et de
disposer de grandes institutions en déconfiture.
Une nouvelle agence de protection des consommateurs verrait le
j our. Elle s upervisera i t l es c r édits immobiliers
et les crédits à la consommation.
Une dizaine de jours avant de recevoir à Pittsburgh les
dirigeants des pays avancés et des grandes
économies émergentes, le G20, Barack Obama a
aussi affirmé la nécessité d’un effort
commun « énergique » pour réformer
le système mondial.
Ce sommet est précédé d’une vive querelle
entre les États-Unis et un partenaire aussi important
que la Chine, depuis que M. Obama a infligé des droits
de douane supplémentaires aux pneus chinois.
M. Obama s’est gardé de toute motivation
protectionniste, mais
a
certifié qu’il ferait respecter les accords commerciaux
existants (voir la chronique de Claude Picher en page 5).
La régulation f i nancière sera un sujet
primordial au sommet. Mais la question des primes
versées aux dirigeants de la finance devrait aussi
accaparer des dirigeants divisés sur la question.
M. Obama a pressé Wall Street de renforcer la
transparence et de récompenser les visions à
plus long terme plutôt que les profits faciles, sans
attendre que les parlementaires américains ne
légifèrent.
Dans une apparente concession aux partenaires des
États-Unis, M. Obama ne s’est pas contenté de
montrer du doigt le monde de la finance.
« C’est une défaillance collective du sens des
responsabilités à Washington, à Wall
Street et dans toute l’Amérique qui a conduit au
quasieffondrement de notre système financier il y a un
an. »
Résistance
Cet été, la nouvelle réglementation a
cédé le pas dans le débat public
américain à la réforme du système
de santé.
L e gouvernement c r oit pouvoir faire inscrire dans la loi
ces deux grandes réformes présidentielles d’ici
à la fin de l’année.
Dans les deux cas, l’adoption est tout sauf acquise. Les
résistances sont fortes au Congrès et à
Wall Street. Les plus hauts dirigeants des banques
n’étaient pas présents au discours de M. Obama.
Le président américain a appelé Wall
Street à « bien accueillir » les
réformes et non pas à les combattre.
« Il n’est ni juste ni responsable de votre part,
après vous être rétablis avec l’aide de
votre gouvernement, d’esquiver vos obligations quant à
l’objectif d’une reprise plus étendue, d’un
système plus stable et d’une prospérité
répartie sur un plus grand nombre », a soutenu M.
Obama.
Un Prix Nobel critique les banques américaines
Selon Joseph
Stiglitz, lauréat d’un prix Nobel d’économie
en 2001, les États-Unis n’ont pas réglé
les problèmes sous-jacents de leur système
bancaire après la crise du resserrement du
crédit et l’effondrement de Lehman Brothers. Les courtiers de Wall Street ont
suivi avec attention le discours du président
Obama.
« Aux États-Unis et dans de nombreux autres
pays, des banques " trop grosses pour s’effondrer" sont
devenues encore plus grosses », a dit M. Stiglitz
dimanche au cours d’une entrevue à Paris. « Les
problèmes sont pires qu’en 2007 avant la crise
», a-t-il prévenu.
Ce point de vue de M. Stiglitz fait écho à
celui de Paul Volcker, un ancien président de la
Réserve fédérale américaine
(Fed), qui a conseillé au président Barack
Obama de réduire la taille des banques, et de Stanley
Fischer, gouverneur de la Banque d’Israël, qui a
suggéré le mois dernier que les gouvernements
pourraient vouloir décourager les institutions
financières de croître de «
manière excessive ».
Un an après que l’effondrement de Lehman Brothers eut
forcé le Trésor américain à
dépenser des millia rds de dollars pour venir
à la rescousse du système financier, les
actifs de Bank of America ont augmenté et ceux de
Citigroup demeurent i ntacts. Au Royaume-Uni, Lloyds Banking
Group, qui appartient à 43% au gouvernement
britannique, a repris les activités de HBOS, et en
France, BNP Paribas possède maintenant les actifs
bancaires de l’assureur Fortis en Belgique et au Luxembourg.
Le
président Obama souhaite soumettre certaines banques
à une surveillance plus stricte, mais son projet de
réforme ne les forcerait pas à diminuer leur
taille ou à simplifier leur structure.
Selon M. Stiglitz, le gouvernement américain
hésite à défier l’industrie
financière parce que c’est difficile sur le plan
politique et parce qu’il espère que les leaders du
G20 inciteront, à force de cajoleries, les
États-Unis à recourir à des actions
plus fermes.
« Nous n’avons rien fait de significatif
jusqu’à présent et les banques repoussent les
actions, a dit M. Stiglitz, qui enseigne à l’
Université Columbia. Les leaders du G20 feront
quelques pas vers l’avant, étant donné le
pouvoir des banques, et tout pas en avant est un pas dans la
bonne direction. »
Les leaders du G20 se réunissent à Pittsburgh
les 24 et 25 septembre prochains et ils doivent alors
étudier des moyens d’améliorer la
réglementation des marchés financiers et plus
particulièrement comment imposer des limites plus
strictes à la rémunération des
opérateurs de marché.
MESURES INSUFFISANTES
WASHINGTON — Sept Américains sur dix doutent que
les mesures prises par le gouvernement puissent éviter
une nouvelle crise économique et financière,
selon un sondage Associated Press-GfK rendu public hier. Par
ailleurs, 80% des personnes interrogées jugent
préoccupant l’état de l’économie
américaine, 16% estimant qu’il est satisfaisant.
Interrogés sur les responsabilités de la crise
et de la récession, 20% l’imputent à Obama,
contre 54% à son prédécesseur George W.
Bush et 19% à Bill Clinton. D’autre part, 79%
critiquent banques et établissements financiers, et 68%
le manque de régulation des autorités
fédérales. Le sondage a été
réalisé du 3 au 8 septembre derniers par
téléphone auprès d’un échantillon
de 1001 adultes, avec une marge d’erreur de 3,1 points de
pourcentage.
Lehman Brothers, un an après - Maxime
Bergeron
Il y a un an
presque jour pour jour, la planète économique a
enregistré son pire choc sismique en plusieurs
décennies. Lehman Brothers, la vénérable
banque d’affaires new-yorkaise, déclarait faillite
après 158 ans d’existence. Une fermeture qui a cristall
Mai 2008. Le restaurant Novecento, dans le quartier SoHo
à New York, est couru par les jeunes professionnels
branchés. I mpossible ou presque d’y dénicher
une table, même en milieu de semaine, se rappelle Bruno
Caron, actuaire chez Towers Perrin à Manhattan.
Quatorze mois plus tard, tout avait changé. « J’y
suis retourné, un weekend, et il n’y avait absolument
personne, ni dans les restaurants autour ! Ç’a
été un peu un choc », raconte le jeune
Québécois.
PHOTO ARCHIVES GETTY IMAGES
L’économie florissante de
Manhattan, épicentre de la finance mondiale, a connu
un freinage brutal le 15 septembre 2008, quand le
géant Lehman Brothers a déclaré
faillite après 158 ans d’existence.
L’économie f lorissante de Manhattan, épicentre
de la finance mondiale, a connu un freinage brutal le 15
septembre 2008, quand le géant Lehman Brothers a
déclaré faillite après 158 ans
d’existence. Mais l’onde de choc ne s’est pas limitée
à la Grosse Pomme. Un an après cette chute
spectaculaire, l’économie mondiale se relève
péniblement de son plus fort recul depuis la Grande
Crise de 1929.
Des millions d’emplois se sont évaporés partout
sur la planète. Des dizaines de banques et des
centaines de fonds d’investissement ont été
rayés de la carte. Les gouvernements de nombreux pays
ont lancé d’ambitieux plans de relance à coups
de milliards, mais leurs effets à long terme ne sont
pas encore clairs. Dans tout ce brouillard, une seule chose
apparaît certaine : l’industrie de la finance ne peut
plus faire les choses comme avant. At-elle seulement appris de
la chute de Lehman Brothers ?
Manque de transparence
« On est encore en train de tirer des leçons
», résume Philipp Schnabl, professeur de f i
nance à la New York University et coauteur du livre
Restoring Financial Stability, en entrevue à La Presse
Affaires.
Il faudra sans doute des années pour bien voir à
quoi ressemblera l’industrie financière «
post-Lehman ». Mais de nombreux changements ont
déjà été amorcés depuis la
faillite spectaculaire de la banque d’investissement. Au
premier chef, la mise en place – complexe – d’un encadrement
plus strict des marchés, qui ont opéré
pendant des années dans le laisser-aller.
« Lorsque Lehman a sauté, on s’est aperçu
qu’il y avait une opacité dans le système, un
manque de transparence, souligne Stéphane Marion,
économiste en chef à la Banque Nationale.
C’était clairement quelque chose de défaillant
dans le système. »
À l a surprise générale, divers produits
f i nanciers obscurs comme les PCAA (papiers commerciaux
adossés à des actifs) ont réussi à
contaminer l’ensemble du système, rappelle M. Marion.
« Les autorités avaient sous-estimé les
vases communicants. Ça a été une
révélation pour les autorités qui
n’avaient jamais soupçonné l’impact que pouvait
avoir sur l’économie réelle cette
intégration des marchés financiers. »
Washington, comme l’ensemble des pays du G20, souhaite
maintenant encadrer de façon beaucoup plus stricte le
fonctionnement des marchés. La réunion du G20
tenue la semaine dernière à Londres a d’ailleurs
débouché sur l’ébauche d’un plan
ambitieux. L’objectif : surveiller de près les
transactions, particulièrement celles qui se
négocient hors cote ( over-the-counter). Histoire
d’éviter une répétition du fiasco des
PCAA.
« On
parle de produits tiercisés qui seront beaucoup plus
standardisés, beaucoup plus échangés sur
les marchés des échanges que over-the-counter,
entre deux parties, dit Pascal Gauthier, économiste au
Groupe financier TD. C’est une tendance de plus en plus
importante qu’on va voir, pas seulement pour les
hypothèques, mais pour l’ensemble des produits
dérivés. »
Le taux de capitalisation requis par les banques
américaines sera aussi considérablement
augmenté, pour réduire l’effet de levier qui a
mené à tant de dérapages. Ces
institutions devront détenir en propre 10 à 12%
de capitaux, explique Pascal Gauthier, ce qui s’approche des
standards appliqués par les banques canadiennes.
« Préalablement, ils étaient dans le 5%
à 7%. »
La réforme de Wall Street est débattue en ce
moment même à Washington, et plusieurs ficelles
restent à attacher. Certains commencent toutefois
à craindre qu’elle soit éclipsée par un
autre débat qui passionne – et déchire – au plus
haut point les Américains : la refonte du
système d’assurance santé.
D’autres appréhendent par ailleurs de voir un
encadrement trop strict étouffer les marchés,
une fois qu’il sera mis en place. « On n’a
pas besoin d’une réglementation plus lourde, mais
d’une régulation légère qui est
véritablement appliquée »,
estime Philipp Schnabl, de la New York University.
Retour des mauvaises habitudes ?
Si l’i ndustrie f i nancière est loin d’avoir
retrouvé sa vigueur d’antan, il est clair que la forte
remontée boursière des derniers mois a
injecté un enthousiasme indéniable sur les
marchés – et des milliards dans les coffres des
banques. Plusieurs institutions qui avaient reçu des
milliards d’aide financière de Washington ont
remboursé leurs prêts, ce qui les libère
des contraintes quant à la rémunération
de leurs dirigeants. Les gros salaires ont fait leur retour
dans plus d’une boîte.
Le regain boursier a aussi entraîné
l’arrivée de nouveaux produits dérivés
exotiques, ce qui inquiète plusieurs observateurs.
L’appétit pour le risque est de retour, en somme. Et la
possibilité de reprendre les vieilles habitudes n’est
pas bien loin. « Les banques ont le sentiment que si
quelque chose tourne mal, les contribuables seront là
pour ramasser la facture, et c’est très dangereux
», avance Philipp Schnabl.
Reste qu’il ne faut pas décourager
complètement « l’innovation
financière » et la création de
nouveaux produits financiers, selon Stéphane
Marion, de la Banque Nationale. « Ce n’est pas
toujours mauvais, en fait, ça peut être
souhaitable à long terme. Ce qu’on a appris,
c’est l’innovation financière dans un contexte de
laxisme ou d’opacité, c’est ça qui est
dangereux. » L’économiste
est en outre persuadé que les investisseurs ont bien
appris leur leçon. « Étant
donné l’ampleur de la crise et des pertes
encourues, je serais surpris que les gens reviennent aux
mêmes habitudes qu’avant, d’acheter quelque chose
sans le comprendre, dit-il. Lorsque le rendement est
trop beau pour être vrai, il y a peut-être
anguille sous roche. »
WALL STREET Des lendemains qui déchantent
- Maxime Bergeron
La forte
remontée boursière des six derniers mois a fait
sourire plus d’un investisseur. Mais à Wall Street,
là où la crise a commencé, les
ex-travailleurs de la haute finance sont encore nombreux
à chercher leur place.
David*, un jeune homme de 28 ans, travaillait comme courtier
junior chez Goldman Sachs. Comme des dizaines de milliers
d’autres à New York, il s’est fait montrer la porte
l’automne dernier. Il a envoyé plus de 250 curriculum
vitae depuis son congédiement… sans j amais t rouver
autre chose qu’un boulot de conducteur de
chariot-élévateur au New Jersey.
« C’est encore plus di fficile aujourd’hui qu’il y a six
mois, car beaucoup de hedge funds ont fermé, dit-il.
Comme tout Américain, je suis optimiste, mais je
ressens un véritable fossé entre ce qu’on entend
sur la reprise économique et ce qu’on vit sur le
terrain. »
Luke* a
été un peu plus c ha nceu x . I l a r é
ussi à décrocher un emploi comme comptable dans
un organ i s me g o u v e r n e ment a l après avoir
perdu son poste d’analyste financier chez le détailla
nt Macy’s en mai dernier. Un nouveau j ob « ennuyant
» , dit-i l , même s ’ i l s ’ e s t i me c h a n
c e u x de travailler.
« La plupart de mes anciens collègues de chez
Macy’s, incluant mon patron, n’ont pas réussi à
trouver de nouveaux emplois », indique l’homme dans la
trentaine.
Hécatombe
L’industrie de la finance et des assurances a subi une
vér i t able hécatombe au x États-Unis
selon les chiffres du Bureau of labor statistics. Quelque 435
000 postes ont été supprimés depuis
août 2008 – j uste avant la chute de Lehman Brothers –,
ce qui porte le nombre total de travailleurs à 7,7
millions dans cette industrie. Cela se compare à un
sommet de 8,4 millions en décembre 2006.
« LE PIRE CYCLE POUR LES PRODUITS
DÉRIVÉS » - Martin
Vallières
Le PDG de la
Bourse de Montréal est néanmoins confiant pour
l’avenir
«Nous s ubissons le pire cycle à jamais surveni r
dans le marché des produits dérivés
», admet d’emblée Alain Miquelon,
président et chef de la direction de la Bourse de
Montréal.
Et pour cause, a constaté
La Presse Affaires, un an après le pire krach financier
en trois quarts de siècle qui fut attribué
surtout aux excès de Wall Street avec… les produits
dérivés du crédit.
Pour la deuxième année consécutive, le
volume de transactions à la Bourse de Montréal (
MX), spécialisée en produits
dérivés, fléchit de plus de 10%.
Ce ressac s’est même accentué cette année
: de l’ordre de 16% pour la période de janvier à
juillet inclusivement, selon les données internes de MX
Même que, rabaissé à 19 millions de
contrats, le volume de transactions durant ces sept premiers
mois de 2009 est à son plus bas depuis la même
période en 2005.
Pour les dirigeants de MX, dont les revenus et profits
proviennent surtout des frais de transactions, un tel
revirement après des années de forte croissance
pose un sérieux défi.
« Quand 60% des revenus dépendent des
activités transactionnelles, c’est sûr qu’un tel
repli du marché affecte les résultats, en
particulier la rentabilité », explique Alain
Miquelon, devenu PDG de MX après son acquisition par le
Groupe TMX, qui gère la Bourse de Toronto.
Néanmoins, souligne-t-il, ces dommages aux
résultats d’exploitation de la Bourse de
Montréal demeurent modérés.
« Nous sommes encore rentables, mais moins qu’avant. Par
ailleurs, la baisse de volume provient surtout de nos produits
dérivés basés sur les taux
d’intérêt. Or, tout indique qu’il s’agit d’une
conjoncture temporaire qui découle de la crise des
papiers commerciaux au Canada, en 2007, et de la crise
financière de l’an dernier. »
Ambitions
Exemple probant : le produit-vedette de MX, un contrat
à terme nommé « BAX » qui est
basé sur les fluctuations de taux
d’intérêt, est en repli de volume des deux tiers
depuis le sommet atteint en 2007.
À HEC Montréal, le professeur Martin Boyer,
directeur de l’enseignement en finances, corrobore l’analyse
du président de MX.
« Le ressac du marché de contrats à terme
sur les taux, tels que le BAX, est t rès conjoncturel,
comme pour les acceptations bancaires et les papiers
commerciaux. Mais ces marchés vont reprendre lorsque
les entreprises retrouveront un meilleur niveau de
liquidités à investir à court terme.
»
Mais en
attendant cette relance, la Bourse de Montréal n’a pas
d’autant rangé ses autres ambitions, soutient son
président.
Entre autres, des produits dérivés lancés
récemment, comme des options sur des fonds
négociés en Bourse ( ETF), décollent
relativement bien.
Aussi, pendant que MX poursuit l’intégration de
certaines fonctions administratives et informatiques avec la
Bourse de Toronto, cette affiliation a déjà
généré de nouveaux contrats à
terme négociés à Montréal.
Alain Miquelon cite en exemple une option nommée
« GAZ » basée sur un fonds ETF
d’énergie qui est inscrit à la Bourse de
Toronto.
Ce fonds repose en partie sur un indice du gaz naturel
géré par NGX de Calgary, la filiale de
marchés d’énergie du groupe boursier TMX.
Par ailleurs, le président de MX anticipe un impact
positif du resserrement réglementaire des produits
dérivés qui se prépare à
Washington.
Pourquoi? Ce resserrement cible surtout les contrats à
terme financiers qui sont échangés de gré
à gré entre les grandes firmes
boursières, surnommés « OTC » dans
leur jargon.
Ces produits dérivés de type OTC sont
très différents des contrats à terme
transigés sur des marchés mieux encadrés
comme la Bourse de Montréal.
Or, c ’est l ’embal lement puis le krach du marché des
dérivés financiers de type OTC, aux
États-Unis, qui fut l’un des déclencheurs de la
grave crise bancaire de l’an dernier.
Depuis, même atrophié, le marché des
produits dérivés financiers a migré vers
les produits côtés en Bourse,
considérés moins opaques et plus fiables.
« Ce transfert structurel du marché des produits
en OTC vers ceux négociés en Bourse devrait
avantager le marché canadien, en particulier la Bourse
de Montréal », estime Antoine Babule, directeur
de Newedge Canada, filiale d’un négociant i
nternational de contrats à terme qui est affilié
à deux géants financiers français :
Crédit Agricole et Société
Générale.
« Par ailleurs, malgré ses changements de
direction en période difficile, la Bourse de
Montréal a conservé des gens très
compétents pour profiter des occasions de
marché, selon M. Babule. «
Aussi,
le rapprochement de systèmes transactionnels avec la
Bourse de Toronto, spécialisée en actions,
devrait s’avérer un important atout face à
l’évolution des marchés boursiers. »
Il faut surveiller les bulles financières,
selon Flaherty
L e minist r e
f é déra l des Finances, Jim Flaherty, soutient
que les banques centrales devraient songer à
élargir leur utilisation de la politique monétai
re non seulement pour contrôler l ’ i nf lation, mais
aussi pour garder un oeil sur les bulles des marchés
financiers. Le
secteur de la construction a été très
touché par la récession et malgré la
croissance prometteuse de ces derniers mois, le ministre des
Transports John Baird, responsable des programmes
d’infrastructures, préfère parler d’une
reprise économique « hésitante et
fragile ».
Les décideurs ont posé l’hypothèse que le
fait de garder l’inflation à un bas niveau assurerait
la stabilité financière, mais c’est une approche
qu’il faudrait examiner avec « un oeil plus critique
», a indiqué M. Flaherty, selon un discours qu’il
a prononcé dimanche soir à Vancouver.
« Les banques centrales, y compris celle du Canada,
peuvent et doivent chercher des moyens d’améliorer la
mise en application de la politique monétaire dans
l’intérêt de la stabilité
financière », a ajouté le ministre.
Ces commentaires font écho à une idée
semblable soumise récemment par Mark Carney, le
gouverneur de la Banque du Canada, lors d’une
conférence à la Réserve
fédérale américaine ( Fed) à
Jackson Hole, au Wyoming. En avril dernier, le Canada a
été le coauteur d’un rapport soumis au Groupe
des 20 sur le renforcement des réglementations parce
qu’aucune institution financière du pays ne s’est
effondrée tandis que sévit la pire crise
mondiale du crédit depuis les années 30.
L’économie mondiale est encore « au beau milieu
» d ’ u ne récession , et les pays ont fait
preuve d’une c o opér a t i on « e x t r a ord i
- naire » dans leur réaction, a s o ut e nu M. Fl
a her t y. Le Canada a mis en place « d’importants sti
mulants fiscaux » pour faire mousser la demande, dit-il.
Il est trop tôt pour que le Canada ou d’autres pays
commencent à réduire la cadence des plans de
relance, a indiqué M. Flaherty dans un point de presse
avant son discours, selon ce qu’a rapporté l’agence
Reuters. Le Canada a également
bénéficié dernièrement «
d’une certaine stabilité relative » de sa devise,
a-t-il ajouté.
Le 4 août, M. Flaherty s’était dit inquiet des
fluctuations « rapides » de la valeur du huard et
il avait déclaré que des « initiatives
» pouvaient être prises pour amortir ces
fluctuations.
Les perturbations, qui ont affecté le secteur du
crédit, ont aussi « cristallisé » la
nécessité pour les pays d’adopter des
réglementations appelées macroprudentielles :
ces dernières concernent l’étude des r i sques
que court tout le système financier plutôt que
seulement des entreprises et des industries, a fait savoir M.
Flaherty.
« L’expérience des autres pays nous a appris que
des risques systémiques peuvent surgir de tous les
éléments du secteur financier », dit-il.
Percées de soleil, risques d’orages
- André Pratte
L’envers de la
stabilisation de l’économie, c’est que les mauvaises
habitudes reviennent au galop.
Sur le front de l’économie, les nouvelles
encourageantes se succèdent. Aux ÉtatsUnis, les
géants financiers Goldman Sachs et JPMorgan Chase ont
rapporté de spectaculaires profits pour le
deuxième trimestre de l’année. En Chine, la
croissance a été de 7,9% au cours des trois
derniers mois, ce qui laisse penser que l’Empire du Milieu
atteindra son objectif de 8% pour l’année.
Selon les experts consultés par Bloomberg, les ventes
de maisons chez nos voisins du Sud devraient avoir atteint en
juin leur plus haut niveau depuis octobre 2008. Et pour la
première fois, l’administration Obama fait publiquement
preuve d’optimisme: le secrétaire au Trésor, Tim
Geithner, a parlé jeudi dernier d’« importants
signes de reprise ».
Bref, le pire semble passé. Toutefois,
l’économie américaine (et donc l’économie
mondiale) reste exposée à des risques
considérables. Et avant que la reprise ne s’installe
pour de bon, beaucoup de gens vont perdre leur emploi, ou leur
maison, ou les deux.
Malgré son bénéfice de 3,4 milliards de
dollars américains au second trimestre, la situation de
JPMorgan Chase révèle à quel point
l’économie américaine reste fragile. La banque a
fait son argent dans le secteur de l’investissement. Au
chapitre du crédit à la consommation et des
prêts hypothécaires, par contre, elle a subi des
pertes importantes.
Le
crédit personnel a aussi plombé les
résultats de la Bank of America. Ainsi, sa division de
cartes de crédit a perdu 1,6 milliard au cours du
deuxième trimestre. Enfin, le groupe financier CIT,
important prêteur aux PME, se retrouve au bord de la
faillite. On peut toutefois voir comme un signe encourageant
le fait que les Bourses n’ont pas paniqué devant cette
perspective et que Washington a refusé de venir en aide
à CIT. De toute évidence, on estime que
l’économie est désormais assez solide pour
résister à la faillite d’un acteur de moyenne
importance.
L’envers de cette stabilisation, c’est que les mauvaises
habitudes semblent revenir au galop. En vertu de son
système de rémunération, Goldman Sachs
pourrait verser une moyenne de 770 000$ à chacun de ses
29 000 employés en 2009. Les plus hauts dirigeants
recevront des dizaines de millions. Ne s’agit-il pas du genre
de pratiques qui ont poussé les banquiers à
prendre des risques excessifs dans le passé?
Aveclaconfiancequirevient, le secteur financier relève
la tête et combat plus férocement les nouveaux
contrôles envisagés par les gouvernements. La
semaine dernière, le patron de JPMorgan a averti
l’administration Obama que la réglementation plus
sévère imposée aux émetteurs de
cartes de crédit nuira considérablement à
ce secteur déjà en difficulté.
Les gouvernements doivent certes se garder d’aller trop
loin. Mais après ce qui s’est passé depuis
un an, le secteur financier ne peut pas espérer
qu’on lui fasse aveuglément confiance.
Souhaitons par ailleurs que les petits investisseurs aient
appris de la crise que, peu importe la
sévérité des règlements, ils sont
les premiers responsables de la protection de leurs avoirs. Il
leur faut s’informer, diversifier leurs placements,
épargner, ne s’endetter qu’avec prudence. Et surtout,
se tenir loin de ceux qui leur promettent des rendements
miraculeux.
Les périls de l’appât du gain
- Michel Girard
P as facile de
se protéger contre l es f i l ous de la finance. Ils
sont omniprésents. Malheureusement, lorsqu’on les
découvre, il est t oujours t rop t a rd. L’a rgent des
victimes s’est bien souvent envolé vers un de ces
paradis… où l’on compte plus de sociétés
à numéros que d’habitants ! Autre
possibilité : une grande partie de l’argent a
été carrément flambé dans des
placements hautement spéculatifs. Margaret
Davis
était une cliente d’Earl Jones. L’homme aurait
détourné entre 30 et 50 millions de dollars
des poches de ses clients, selon l’Autorité des
marchés financiers.
Pendant qu’à Montréal on essaye encore de
comprendre comment Vincent Lacroix a réussi à
détourner 130 mill ions presque… au vu et au su de
l’Autorité des marchés financiers, le tout New
York se demande encore comment la SEC (Securities and Exchange
Commission), avec son armée d’enquêteurs,
a-t-elle pu se faire déjouer par un Bernard Madoff.
Non, mais quel manipulateur financier ce Madoff : il a
réussi à arnaquer ses riches clients
millionnaires de quelque 50 milliards !
On va convenir que notre nouvelle « vedette »
locale de la finance, Earl Jones, ne fait pas le poids devant
Madof f. Soupçonné d’avoir
détourné de 30 à 50 millions des comptes
de ses clients, Earl Jones n’en brise pas moins la vie de ces
derniers, lesquels voient ainsi partir en f umée les
épargnes d’une vie de travail. M. Jones travaillait
« illégalement » puisqu’il ne
détenait aucun permis de l’Autorité des
marchés financiers pour exercer ses fonctions de
conseiller financier.
La question de l’heure sur toutes les tribunes
médiatiques : comment peut-on se protéger contre
la f raude f i nancière ? C’est tout un défi.
« Chaque année, au Canada, des milliers
d’investisseurs sont victimes de manoeuvres illégales
qui rapportent à leurs auteurs des milliards de
dollars. »
Vous avez bien lu : on parle de milliards de dollars de fraude
financière, et ce, chaque année, seulement au
Canada. Qui avance ces gros chiffres ? L’Autorité des
marchés financiers (AMF) dans l’une de ses brochures
destinées à aider les épargnants
québécois dans leurs placements.
L’arnaque de Vincent Lacroix ( Norbourg) a fait couler beauc
oup d’enc r e c es der nières années. Elle a
démontré à quel point les investisseurs
étaient vulnérables et mal
protégés contre la f r aude f i nancière.
Comme le Groupe Norbourg de Vincent Lacroix n’était
dans les faits qu’une petite société de
placements, bien des investisseurs et des épargnants se
croient aujourd’hui à l’abri des mauvais placements en
faisant strictement affaires avec des grandes institutions
financières (comme les banques, les grandes familles de
fonds communs, les maisons de courtage, etc.).
Les investisseurs ont malheureusement la mémoire
sélective.
J’aimerais leur rappeler une réalité de la
finance. Ce n’est pas parce qu’un conseil provient du
personnel d’une grande institution financière que c’est
automatiquement un bon conseil. Et ce n’est pas parce qu’une
institution et ses conseillers détiennent leurs permis
de l’AMF que c’est un gage de protection de vos valeurs. Des
exemples ?
De réputés analystes de grandes maisons de
courtage avaient recommandé l’achat de l’action de la
société aurifère Bre-X, sous le
prétexte que la société avait, en 1995,
découvert dans la jungle indonésienne le plus
important gisement d’or du XXe siècle.
L’action de Bre-X a connu une ascension fulgurante, passant du
penny stock de 10 ou 20 cents à 260 $ l’action. En mai
1997, le titre de Bre-X fut suspendu, après avoir
révélé que le fabuleux gisement i
ndonésien ne renfermait finalement aucune
réserve significative du précieux métal
jaune.
Les actionnaires ont vu la valeur boursière de Bre-X
fondre de six milliards de dollars. Les « brillants
» analystes s’étaient fait duper…
Que dire également des nombreuses recommandations des
analystes des maisons de courtage sur le titre de Nortel alors
qu’il se négociait en 2000 tout près de son
zénith à 1240 $ l’action (elles ont
été regroupées à raison de 10 pour
1). Après avoir fait l’objet de manipulation comptable,
le titre ne vaut plus rien aujourd’hui.
Toujours dans
la plus grande « légalité », combien
avez-vous perdu d’argent en 2008 avec vos placements en Bourse
et dans les fonds communs de placement ? Est-ce que votre
conseiller en placement vous avait recommandé
d’encaisser une partie des profits que vous aviez
accumulés sur papier avec vos valeurs boursières
avant l’effondrement de la Bourse ? Combien avez-vous perdu
d’argent avec les « précieuses »
recommandations de votre conseiller financier ?
J’aimerais rappeler que le merveilleux monde de la finance
légale nous a fait perdre en 2008 quelque 20 000
milliards de dollars juste en Bourse. À cause de quoi ?
En partie à cause d’une crise produite par le
laisseraller des grandes institutions financières et de
leurs hauts dirigeants.
Oui, nous sommes vulnérables. Non seulement se fait-on
parfois plumer le portefeuille en toute
légalité, mais en plus il faut surveiller ses
arrières financiers pour ne pas se faire arnaquer le
portefeuille par des filous à la Vincent Lacroix,
Bernard Madoff et autres escrocs.
Des conseils anti-fraude?
Répartissez vos épargnes dans des institutions
financières reconnues par l’Autorité des
marchés financiers ( AMF) ou d’autres organismes de
régulation financière. Lorsque le capital
dépasse les 100 000$, il est recommandé de
répartir ses placements dans au moins deux ou
même trois établissements différents.
Ne faites jamais affaire avec des conseillers financiers non
enregistrés auprès de l’AMF.
Ne vous fiez pas aux recommandations formulées sur
l’internet par les participants aux groupes de discussion. Des
i nvestisseurs peu scrupuleux peuvent se servir de ces forums
de discussion pour promouvoir des titres à leur profit
personnel.
Évitez d’acquérir des placements où on
vous « garantit » un rendement de 5% ou plus.
N’investissez pas dans des placements à rendement
potentiellement miraculeux. Le rendement sera peut-être
miraculeux, mais pas pour vous!
Des placements fa it s à la cachette du fisc… c’est non
seulement illégal mais extrêmement dangereux pour
vos épargnes.
Un dernier conseil d’usage:
Vérifiez sérieusement et sans exception tous vos
relevés de comptes : courtage, fonds communs de
placement, cartes de crédit, comptes bancaires…
Je vous le dis, juste là, il y a de l’argent à
faire !
Le prix de l’imprévoyance -
Claude Picher
Lorsque les
gouvernements provinciaux sont parvenus, il y a une dizaine
d’a n nées , à r e t r ouver l’équilibre
budgétaire, plusieurs d’entre elles, dont le
Québec, se sont empressées de voter des lois
antidéficit.
On peut facilement comprendre pourquoi. Il a fallu demander
des sacrifices énormes aux citoyens pour en arriver
là, et personne n’avait le goût de revivre le
cauchemar.
Pourtant, juste avant la fin de la session à
Québec, le gouvernement Charest s’est soustrait
à cette obligation. C’est qu’il n’avait pas le choix :
le budget déposé ce printemps par la ministre
Monique Jérôme-Forget consacrait le retour
officiel aux budgets écrits à l’encre rouge :
près de 12 milliards de déficits
accumulés entre 2009 et 2012. Dans ces conditions,
maintenir la loi antidéficit n’avait plus aucun sens.
Le Québec n’est pas seul f a i r e marche a r r i
è r e s u r cette question. L’Ontario et la
Colombie-Britannique ont également jeté leurs
lois antidéficit à la poubelle.
Quant au fédéral, après des années
de surplus, il s’endette maintenant à coups de dizaines
de milliards. Le ministre des Finances Jim Flaherty s’attend
maintenant à un déficit de 50 milliards
uniquement pour cette année, alors que son budget de
janvier prévoyait plutôt 34 milliards cette
année, et 30 milliards l’an prochain.
C’est, dit-on, la faute à la récession. Quand l
’économie va mal, on s’attend à ce que le
gouvernement augmente ses dépenses, quitte à
créer des déficits. Grâce à
l’argent additionnel ainsi injecté dans
l’économie, les consommateurs continueront de
consommer, les travailleurs continueront de travailler, les
entrepreneurs continueront d’entreprendre. Cette façon
de voir les choses rallie la majorité des
économistes, et c’est pour cela qu’on n’a pas entendu
beaucoup de protestations lorsque les administrations
publiques ont replongé dans le rouge. Or, la
récession a le dos large. Une étude minutieuse
des budgets fédéraux et provinciaux des cinq
dernières années montrent que tous les
gouvernements provinciaux, ainsi que le fédéral,
ont largement gonflé leurs dépenses de
programmes entre 2003 et 2009, donc bien avant la
récession.
Par définition, les gouvernements, récession ou
pas, doivent toujours augmenter leurs dépenses. Pour
maintenir la même qualité des services aux
citoyens, ils doivent au moins c ouvr i r l ’ augmentat i on
des coûts, c ’est-à-dire les hausses des prix.
Mais lorsque les dépenses augmentent plus vite que
l’inflation, c’est que le gouvernement a décidé
non seulement d’assumer les hausses de coûts, mais aussi
de dépenser davantage en termes réels.
Les
administrations publiques doivent aussi tenir compte de la
croissance démographique. Lorsque la population
augmente, le gouvernement doit aussi augmenter ses
dépenses s’il veut offrir les mêmes services
à tout le monde.
Un groupe d’économistes de l’ I nstitut Fraser a
calculé la croissance annuelle moyenne des
dépenses de programmes des provinces et du
fédéral, entre 2004 et 2009, puis a
comparé les résultats au taux d’inflation et
à la croissance démographique.
L’exercice donne le frisson dans le dos.
Ainsi, au fédéral, si on tient compte de
l’inflation et de la croissance démographique, la
croissance annuelle moyenne des dépenses au cours des
cinq dernières années aurait du se situer
à 3,1 %. En réalité, elle a atteint le
double, 6,2 %.
Les chiffres correspondants pour le Québec sont 2,6 %
et 4,8%. En Ontario, la croissance des dépenses aurait
du être limitée à 3 %; elle a atteint 6,6
%. C’est la même chose dans toutes les provinces. Toutes
proportions gardées, le pire cas est celui de la
Saskatchewan, qui aurait du contenir la croissance des
dépenses à 2,9 %, alors qu’en
réalité elles ressortent à 9,9% par
année!
Normalement, si on admet que les gouvernements doivent
augmenter leurs dépenses en période de crise, on
doit aussi supposer qu’ils doivent les contenir en
période de croissance. Ce n’est pas ce qui s’est
passé.
Les administrations publiques, cinq ans avant la
récession, ont toutes vécu, sans exception,
au-dessus de leurs moyens. Et c’est ainsi que lorsque la crise
est survenue, le Canada n’a pu faire autrement que de renouer
avec le cercle vicieux des déficits et de
l’endettement. C’est le début d’un autre
dérapage financier, qui aurait pu être facilement
évité avec un meilleur contrôle des
dépenses. Le pire, c’est qu’il faudra
inévitablement, un jour, imposer de nouveaux sacrifices
aux citoyens pour sortir du bourbier. C’est le prix à
payer pour l’imprévoyance des administrations
publiques.
SELON UN RAPPORT AMÉRICAIN La
spéculation a dénaturé les prix du
pétrole
—
L’autorité américaine de régulation des
marchés de matières premières (CFTC) va
publier un rapport suggérant que la
spéculation a joué un rôle important
dans les forts mouvements observés sur le
marché pétrolier, a indiqué Bart
Chilton, un de ses responsables.
Un premier rapport de la CFTC publié l’an
passé, qui avait attribué les brusques
variations du marché uniquement à des facteurs
d’offre et de demande, était basé sur «
des données profondément incorrectes »,
a affirmé M. Chilton dans un entretien publié
hier par le Wall Street Journal.
Le nouveau rapport sera publié en août,
précise le quotidien économique.
Il s’agit d’un nouvel élément dans le
débat qui s’intensifie autour de la
spéculation sur les marchés
énergétiques, dans le collimateur de la
nouvelle équipe à la tête de la CFTC
(Commodity Futures Trading Commission).
Au
début de juillet, le président de la
commission, Gary Gensler, mis en place par le
président américain Barack Obama, avait
déclaré qu’il fallait « utiliser de
manière déterminée tout ce qui est en
notre pouvoir pour faire en sorte que le marché
fonctionne honnêtement ».
Il a réitéré sa volonté hier
au cours d’une audition publique de la commission, qui se
réunissait pour la première de trois
sessions de discussions consacrées aux limites
pouvant être imposées aux prises de position
sur le marché de l’énergie et sur les
dérogations accordées aux fonds
spéculatifs.
Craig Donohue, directeur général du groupe
CME (Chicago Mercantile Exchange), la princ i pale place
boursière pour l’échange de contrats
énergétiques dans le monde, participait
également à ces discussions.
« Nous n’avons vu aucune preuve empirique que les
fonds indiciels et les spéculateurs aient
dénaturé les prix, comme cela a
été largement dit, pas plus qu’il n’y a de
preuves qu’imposer des limitations sur les positions
à ces acteurs du marché puisse avoir un
effet positif sur le marché », avait-il
déclaré lundi dans un communiqué.
Dans son intervention devant la commission, il a toutefois
reconnu que le CME était prêt à
répondre aux inquiétudes sur le rôle
des acteurs « non traditionnels » sur les
marchés, comme les fonds spéculatifs,
« en adoptant un régime de stricte
régulation » pour certains produits, a
rapporté l’agence Dow Jones Newswires.
ÉTATS-UNIS Le régulateur s’attaque
à la spéculation pétrolière
—
L’autorité américaine de régulation des
marchés de matières premières (CFTC) a
annoncé hier son intention de s’attaquer à la
spéculation sur les marchés
énergétiques en imposant des limites aux
opérateurs.
« Je crois fermement que nous devons utiliser de
manière déterminée tout ce qui est en
notre pouvoir pour faire en sorte que le marché
fonctionnehonnêtement », écritGary Gensler,
président de la Commodity Futures Trading Commission
dans un communiqué.
WASHINGTON
M. Gensler a nnonce dans ce texte que la CFTC envisage
d’imposer des « limites de positions » pour
« toutes les matières premières en
quantité finie, en particulier les matières
premières énergétiques, comme le
pétrole brut, le fioul de chauffage, le gaz naturel,
l’essence ou autres ».
Le régulateur fixerait ainsi un plafond au nombre de
contrats d’option sur un même produit qu’un
opérateur pourrait vendre ou acheter en dehors des
contrats pris pour sa couverture, c’est-àdire pour se
prémunir du risque induit par ses positions sur le
marché des contrats à terme par exemple.
Contrairement
aux contrats à terme, qui prévoient la livraison
à une échéance donnée, d’une
certaine quantité de marchandise, les contrats
d’options fournissent à leur détenteur le droit
(mais pas l’obligation), d’acheter ou de vendre, à un
prix convenu d’avance, une certaine quantité soit
à une date fixée, ou à n’importe quel
moment avant une certaine échéance.
Créés i nitialement comme des contrats
d’assurance pour contrebalancer des positions prises par des
opérateurs, ce sont de formidables outils de
spéculation dans la mesure où ils ne comportent
pas d’obligation d’acheter ou de vendre.
La CFTC r appel l e qu’el l e impose déjà des
limites de positions pour « certains produits agricoles
», mais que « ça n’est pas le cas pour les
marchés énergétiques ».
M. Gensler i ndique que la Commission organisera des
discussions avec les partenaires intéressés en
juillet et en août pour déterminer la
façon de mettre en oeuvre ces nouvelles règles.
Dans un communiqué publié à Washington,
l’Association américaine du transport aérien
(ATA) a « félicité » la CFTC pour
son initiative.
« Un an après que les records atteints par les
prix du pétrole », CFTC reconnaît ainsi
« les graves effets négatifs qu’une
spéculation débridée peut avoir sur les
consommateurs et les entreprises », écrit l’ATA,
qui affirme fédérer les compagnies
aériennes représentant 90% du trafic
aérien américain de passagers et de
marchandises.
Au tour de l’Europe de réglementer
davantage la finance
BRUXELLES —
Les dirigeants européens, réunis en sommet, se
sont engagés hier à renforcer la supervision du
secteur financier mais au prix de concessions faites aux
Britanniques, soucieux de préserver leur
souveraineté nationale en matière
budgétaire.
« Aujourd’hui , nous avons réussi une
avancée majeure », s’est félicité
le président de la Commission européenne
José Manuel Barroso.
Les dirigeants européens ont entériné un
projet de réforme prévoyant la mise en place en
2010 de nouveaux organismes de supervision paneuropéens
ayant leur mot à dire dans le contrôle du secteur
financier au niveau national.
Cette avancée intervient après plusieurs
semaines de résistances des Britanniques. Un accord de
principe avait été atteint jeudi entre trois
pays, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui a
été validé par toute l’UE hier.
Cette réforme prévoit la mise en place de trois
nouvelles autorités paneuropéennes
chargées de la surveillance des banques, des assureurs
et des marchés financiers.
Elles seront dotées de « pouvoirs de
décision contraignants et proportionnés »,
leur permettant notamment de « trancher en cas de
désaccord entre les autorités de surveillance
» de plusieurs États, selon un texte
adopté par les dirigeants européens. Les
Britanniques étaient hostiles au départ à
de tels pouvoirs contraignants.
Toutefois
« les décisions adoptées par ces
autorités ne devraient empiéter en rien sur les
compétences budgétaires des États membres
», ajoute le document.
Cette précision répond aux préoccupations
du RoyaumeUni, qui abrite la première place
financière européenne, la City de Londres. Les
Britanniques refusaient de conférer à ces
autorités des pouvoirs qui auraient pu forcer les
États à des renflouements
d’établissements financiers aux conséquences
budgétaires importantes.
« J’ai fait en sorte que les contribuables britanniques
soient pleinement protégés », s’est
félicité le premier ministre britannique Gordon
Brown.
« On aurait pu être plus ambitieux mais on ne peut
pas être plus ambitieux que les plus grands d’entre nous
», a jugé de son côté le chef de
file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude
Juncker.
Le président français Nicolas Sarkozy a
jugé pour sa part que l’accord marquait « un
changement complet dans la stratégie anglo-saxonne
».
La réforme prévoit aussi la mise en place d’un
« comité européen du risque
systémique », qui avertirait les autorités
nationales et émettrait des recommandations quand il
détecte un problème important.
En agissant de la sorte, l’Europe avance de concert avec les
États-Unis qui ont détaillé cette semaine
leur propre réforme de la supervision financière
présentée comme la plus vaste depuis les
années 30.
Après la crise, la crise - ALAIN
DUBUC
Les
sociétés industrialisées devront
relever des défis aussi exigeants, sinon plus, que
la lutte à la récession.
Nous sortirons bientôt de la récession. Mais
la crise ne sera pas pour autant terminée.
L’effondrement des marchés financiers à
l’automne 2008 a provoqué une onde de choc qui va
forcer les économies à se transformer et
à s’adapter à un monde qui ne sera plus le
même. La crise énergétique
ne fait que commencer.
Ces grands changements, je les ai regroupés en six
tendances de fond, qui sont autant de défis que les
sociétés industrialisées devront
relever. Des défis aussi exigeants, sinon plus, que
la lutte contre la récession, qui a accaparé
les énergies cette année.
Le premier est macroéconomique. La plupart des pays
ont déployé des efforts énormes pour
contrer la récession. C’était
nécessaire. Mais les gouvernements, en parant au
plus pressé, ont aussi compromis l’avenir. Les
déficits budgétaires seront plus
élevés que prévu et personne ne croit
qu’ils se résorberont d’eux-mêmes. Cela
annonce une crise majeure des finances publiques, des
compressions, des hausses d’impôt. Le Canada n’y
échappera pas, comme vient de le montrer une
étude de la Banque TD. Par ailleurs, les politiques
monétaires très agressives font craindre une
forte poussée inflationniste.
Le deuxième changement est financier. Cette crise a
été provoquée par le dérapage
des marchés financiers. La nécessité
de contrôles plus serrés mène à
un renforcement de réglementation au niveau
national et international. C’est une bonne chose. Mais ces
contrôles accrus auront un coût, parce que la
perte de souplesse du crédit sera un frein à
la croissance. D’autant plus qu’après les
excès provoqués par l’abus de l’effet
levier, on assistera au processus inverse. En fait, cette
crise aura probablement un effet profond et durable sur le
crédit, en changeant la façon dont on
prête et la façon dont on emprunte.
Le
troisième changement est géopolitique.
L’affaiblissement économique, politique et moral
des États-Unis accéléra le
réalignement des rapports de force; une Chine plus
forte et moins passive, une Europe qui s’affirme plus, un
dollar qui perdra progressivement son statut. Le Canada,
dont la prospérité est liée à
celle des États-Unis, devra rapidement diversifier
ses échanges.
Le quatrième changement est politique. C’est le
retour du balancier dans les rapports entre l’État
et les marchés. Les gouvernements, depuis
l’éclatement de la crise, prennent une place
croissante, par leurs dépenses, par leurs
interventions de sauvetage, par leur contrôle plus
grand sur l’économie. Et quand l’État
s’installe, c’est pour longtemps. D’autant plus que la
crise, qui s’explique aussi par les excès du
laisserfaire, mène à une certaine
méfiance du monde de l’entreprise et de la logique
du marché.
La cinquième grande transformation porte sur les
habitudes des citoyens. La réduction de la
consommation en temps de récession est un
phénomène passager. Mais la perte de
patrimoine, le fait que les épargnes ont fondu,
amènera des changements de comportement plus
permanents : le report de la retraite pour certains, des
stratégies de placement plus prudentes pour tous,
une augmentation de l’épargne, qui aura
nécessairement un effet sur le niveau des
dépenses, peut-être même sur les
habitudes de consommation.
Le dernier changement est environnemental. La crise a
accéléré le débat
environnemental, notamment parce que l’administration
Obama a lié la relance au développement
durable, ce qui exerce une énorme pression sur le
Canada. Et si la crise énergétique a connu
un court répit, la réalité nous
rattrapera bientôt quand les prix pétroliers
reprendront leur ascension, et imposeront ainsi des choix
douloureux.
La plupart de ces changements sont positifs. Mais ils
forceront néanmoins nos sociétés
à changer, ce qui n’est jamais facile, ils
imposeront des restructurations qui peuvent être
perturbantes, qu’on pense à l’automobile.
Sommes-nous bien placés, au Québec et au
Canada, pour affronter ce monde nouveau? C’est ce que nous
verrons dimanche.
Une
ère tire à sa fin - ALAIN DUBUC
Depuis le
déclenchement de cette crise, on s’est souvent
demandé si celle-ci changerait quelque chose. Si,
au-delà de ses impacts économiques
évidents, le choc serait suffisant pour provoquer des
transformations durables dans nos sociétés,
pour nous amener à apprendre de nos erreurs.
Eh bien, l’un de ces changements profonds est en train de
s’opérer sous nos yeux avec les restructurations
douloureuses de deux des trois géants
américains de l’automobile, General Motors et
Chrysler. Des faillites, des transformations, des fusions,
des acquisitions, même de géants, il y en a
tout le temps. Cependant, ce qui arrive à GM et
à Chrysler peut être qualifié
d’historique.
Parce que les déboires de ces deux compagnies
contribuent à affecter la place des États-Unis
dans le monde. Parce que les restructurations seront assez
significatives pour modifier les comportements des
consommateurs et les politiques environnementales. Parce que
les plans de sauvetage changent aussi les règles du
jeu du capitalisme.
Tout d’abord, il ne faut pas négliger l’immense
charge symbolique de ces événements.
L’industrie automobile a été, pendant presque
un siècle, l’incarnation de la puissance
économique américaine et l’expression la plus
évocatrice de l’American way of life.
L’échec des grands de l’automobile a donc une
portée qui dépasse l’industrie. C’est aussi un
échec collectif qui illustre un certain
affaiblissement de la puissance américaine dans le
monde. D’autant plus que les autres pays producteurs
d’automobiles, comme l’Allemagne et le Japon, n’ont pas
connu les mêmes déboires. Le fait que la survie
de Chrysler repose sur l’intervention d’une entreprise
italienne, Fiat, ne fait qu’ébranler encore plus
l’idée de la suprématie américaine.
Par ailleurs, si GM et Chrysler en sont là, cela
s’explique largement par une mauvaise gestion et de mauvais
choix, notamment l’incapacité de produire les
véhicules que souhaitent les consommateurs et dont ils
ont besoin. Les restructurations, par définition,
forceront ces compagnies à repens e r l eur s
stratégies.
Mais comme le gouvernement amér i c a i n pè s e
très lourd dans le processus de décision des
compagnies, et que l’administration Obama a fait des
technologies vertes l’un des éléments centraux
de ses politiques de relance économique, cela
créera des conditions uniques pour s’attaquer avec
vigueur à l’un des éléments clés
des politiques de réduction des gaz à effet de
serre, la production de véhicules moins
énergivores.
Enfin, le processus même du sauvetage annonce aussi un
déplacement de la frontière entre l’État
et l’économie de marché. Les gouvernements
américain et canadien ont allongé des milliards
pour empêcher les grands de l’auto de s’effondrer. Mais
leur intervention a largement dépassé le soutien
financier.
La restructuration de GM, beaucoup plus profonde que ne
souhaitaient ses dirigeants, avec l’abandon de la marque
Pontiac, la disparition de la moitié des
concessionnaires, les dizaines de milliers de mises à
pied, a carrément été imposée et
téléguidée par l’administration Obama.
C’est aussi la Maison-Blanche qui pousse Chrysler dans les
bras de Fiat. Et si un plan de transformation de ces
prêts gouvernementaux en actions est mené
à terme, le gouvernement américain
contrôlera la compagnie.
Ce genre de prise en charge, assez habituel au Québec,
constitue une quasi-révolution aux États-Unis.
Bien sûr, il s’agit de mesures d’exception qui se
justifient par la situation de crise. Mais un tel
déplacement du pouvoir est rarement ponctuel. Quand
l’État s’est engagé, le processus de
désengagement risque d’être lent. Nous assistons
probablement à un retour du balancier, où
l’État sera plus présent, plus
interventionniste, comme on le voit également dans le
secteur financier. Cela marque sans doute la fin de la
période de laisser-faire qui a contribué
à cette crise.
La reprise du secteur privé se fera attendre,
craint Carney
Les
nombreux signes que l’économie mondiale se
stabilise ne doivent pas faire illusion. C’est uniquement
la preuve que les mesures exceptionnelles de stimuli
adoptées par les gouvernements et les
autorités monétaires commencent à
porter fruit et non que le secteur privé est en
mesure d’assurer par lui-même la relance. Aux yeux du gouverneur de la
Banque du Canada Mark Carney, les lacunes passées
ont engendré des formes de parasitisme et des
déséquilibres dont nous payons le prix.
Rebâtir la mondialisation prendra du temps,
avertit-il.
« Un secteur privé qui vient de recevoir une
leçon d’humilité peut souhaiter de s’engager
de nouveau uniquement s’il est convaincu que le
système est résilient »,
prévient Mark Carney. Le gouverneur de la Banque du
Canada prononçait hier le discours de clôture
de la 15e Conférence de Montréal qui avait
pour thème l’adaptation au nouvel ordre mondial.
Élus et banquiers centraux devront montrer beaucoup
de vigilance et de doigté pour refiler au secteur
privé les risques qu’il n’est pas en mesure de
prendre maintenant . « La récente prise de
risques par le secteur public crée un aléa
moral, a-t-il souligné. Si rien n’est fait, cela
finira par encourager certains comportements du secteur
privé qui intensifieront le risque global au sein
du système. »
Pour
être couronnée de succès, la prochaine
vague de mondialisation devra être mieux
enracinée et ses participants plus responsables.
Cela exige une refonte des infrastructures
financières internationales.
Elles ont été très déficientes
pour empêcher la crise actuelle, a souligné
pour sa part Guillermo OrtizMartinez, gouverneur de la
Banque du Mexique. « Il est fondamental d’avoi r un
mécanisme de refonte pour assurer l a
stabilité de l’économie mondiale.
Malheureusement, nous n’avons pas encore trouvé son
architecture. » . L’engagement de M. Or t i z - Ma r
t i ne z au Conseil de la stabilité
financière a d’ailleurs été
loué par M. Carney.
De son côté, Compton Bourne, président
de la Banque de développement des Caraïbes, a
rappelé que les membres
du G20 « ont un agenda à compléter pour
les pays en développement de taille modeste ».
Les critères actuels d’admissibilité aux
crédits du Fonds monétaire international sont
trop élevés pour ces économies qui
dépendent de l’investissement direct étranger
et du tourisme, deux ressources qui se sont
raréfiées, déplore-t-il.
M. Carney
croit pour sa part qu’il y a quatre préalables au
renouvellement de la mondialisation : la transparence
accrue pour mieux évaluer le risque, une plus
grande efficience des marchés de financement
grâce notamment à la standardisation des
produits, l’adoption de règles macroprudentielles
et l’acceptation par tous les pays de leurs
responsabilités pour l’ouverture du
système monétaire.
Aux yeux de M. Carney, les lacunes passées ont
engendré des formes de parasitisme et des
déséquilibres dont nous payons le prix.
Rebâtir la mondialisation prendra du temps,
avertitil. « Sans cadres de politique
crédibles et sans infrastructure de marché
robuste, la prise de risques par le secteur privé
pourrait ne pas revenir à un niveau suffisant.
»
M. Carney a rappelé que la question des actifs
toxiques dans certaines grandes banques non canadiennes
n’est toujours pas réglée, pas plus que la
relance de la titrisation privée. Bref, la
stabilisation du système financier mondial n’est
pas complétée et cela retarde les
conditions d’une reprise durable à
l’échelle internationale et canadienne.
Le
gouverneur souhaite que la réunion des
ministres des Finances du G-7 ce week-end fasse
avancer ce dossier.
Plus tôt durant la matinée, l’ancien
ministre fédéral Pierre Pettigrew,
aujourd’hui conseiller de la direction de Deloitte, a
brossé à grands traits les 30
dernières années. Le tandem
Thatcher-Reagan avait trouvé son slogan : le
problème, c’est le gouvernement. S’ensuivit une
vague de déréglementation, de
privatisation et de libéralisation. Cette
médecine de cheval contrecarrait l’essor du
multilatéralisme, pourtant à l’origine
des accords de Bretton Woods, largement
dessinés par les États-Unis, au sortir
de la guerre mondiale.
« Aujourd’hui , le mult i latéralisme
revient en force et les États-Unis continueront
d’en assumer le leadership », prédit-il.
Une nouvelle ère s’ouvre, celle d’un retour
à l’équilibre public-privé, une
valeur chérie par le Canada. « J’ai
confiance que le président Obama voie dans le
Canada une source d’inspiration », a-t-il dit.
Au lieu du tandem ThatcherReagan, M. Pettigrew a
déridé l’assistance en proposant celui
d’Obama-Canada.
L’incurie accablante de l’AMF
- Sophie Cousineau
Un
enquêteur de la Banque Nationale avait
alerté l’AMF dès avril 2004 au sujet d’un
détournement de fonds de 2 millions de dollars au
profit de Vincent Lacroix.
Si vous avez perdu de l’argent en investissant dans l’un
des fonds Norbourg, il vaut peut-être mieux que
vous ne lisiez pas ceci. Parce que les informations qui
viennent d’être rendues publiques dans le cadre du
recours collectif intenté au nom des 9200
investisseurs floués ont de quoi faire
trépasser les coeurs sensibles.
PHOTO PATRICK
SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE
À l’automne de
2002, Jean Lorrain, directeur de la conformité
à l’AMF, a réclamé la tenue d’une
inspection formelle de la firme fondée par
Vincent Lacroix.
On savait déjà que l’Autorité des
marchés financiers (AMF) avait ignoré
certains signaux louches dans les mois qui ont
précédé les perquisitions
policières dans les bureaux de Norbourg, en
août 2005. Mais on ignorait qu’un enquêteur
de la Banque Nationale avait alerté l’AMF
dès avril 2004 au sujet d’un détournement
de fonds de 2 millions de dollars au profit de Vincent
Lacroix. Or, plutôt que d’agir, l’Autorité
s’est pratiquement assise sur cette information.
Depuis l ’éclatement de l ’ a f f a i re
Norbourg, tous les observateurs s’interrogent sur
l’aveuglement de l’Autorité. Pourquoi ne
s’était-elle pas intéressée de plus
près à la croissance suspecte de Norbourg,
qui achetait firme sur firme sans qu’on sache
d’où provenaient les fonds ?
Or, il
appert que l’ancien directeur de la conformité de
l’Autorité – qui portait à l’époque
le nom de Commission des valeurs mobilières du
Québec – a eu des doutes dès 2001 au sujet
de Norbourg, tandis que cette firme envisageait
l’acquisition du courtier Maxima Capital.
À l’automne de 2002, Jean Lorrain a
réclamé la tenue d’une inspection formelle
de la firme fondée par Vincent Lacroix. Cette i
nspection a mis au j o u r des i n f o r mat i o n s
troublantes.
Norbourg était i ncapable de produire des copies
imprimées de ses états de compte chez le
gardien de valeurs Northern Trust, contrairement
à la pratique établie dans l’industrie. Et
Vincent Lacroix trichait vraisemblablement le fisc sur
ses frais de représentation. Alarmé, Jean
Lorrain a ordonné le déclenchement d’une
enquête. Mais, celle-ci ne s’ouvrira que 22 mois
plus tard, soit en octobre 2004. Voir page 4
Entre-temps,
Jean Lorrain a été muté à un
autre poste et le dossier Norbourg est tombé dans
les limbes, selon les avocats de la poursuite, qui ont
reconstitué le fil des événements
après avoir interviewé toutes les
personnes associées au dossier.
Le successeur de Jean Lorrain à la
conformité est Pierre Bettez, enquêteur de
l a Sûreté du Québec qui est
prêté à l’Autorité. À
son arrivée, il ignore que son
prédécesseur a demandé l’ouverture
d’une enquête sur Norbourg, requête qui s
’est apparemment perdue dans un dédale
administratif.
Mais il ne peut pas ignorer la gravité de
l’information que lui communique Michel Carlos en avril
2004. Cet ancien policier à l’emploi de la Banque
Nationale est chargé de détecter les
transactions frauduleuses et les opérations de
blanchiment d’argent.
Un mois plus tôt, il a découvert que
Vincent Lacroix a détourné 2 millions de
dollars d’un compte de Norbourg à la caisse
populaire de La Prairie à son compte personnel
à la Banque Nationale, au moyen de faux
transferts électroniques.
Michel Carlos prend l ’ i nitiative d’appeler Pierre
Bettez parce que les deux hommes se connaissent.
L’enquêteur de la Nationale l’informe, en outre,
qu’il transmettra son dossier au Centre d’analyse des
opérations et des déclarations
financières du Canada (CANAFE), ce qu’il fera en
juin. Cette agence fédérale a pour mission
de surveiller les transactions financières pour
contrer le blanchiment d’argent et le f i nancement
d’activités terroristes.
En
réaction, Pierre Bettez alerte l ’escouade des
crimes économiques de la Sûreté du
Québec (SQ), puisqu’il est déjà
d’avis que Vincent Lacroix « est un bandit
», selon ce qu’il a affirmé lors de son
interrogatoire, en novembre 2008. Mais il n’informe
personne d’autre à l’Autorité, qui a
pourtant les pleins pouvoirs, comme son nom l’indique,
pour intervenir et discipliner les intermédiaires
du marché. L’avertissement de l’enquêteur
de la Nationale reste donc sans suite.
Entre cet avertissement et les perquisitions qui ont
sonné le glas de Norbourg, en août 2005,
Vincent Lacroix aurait puisé 63 millions de plus
dans les comptes des i nvestisseurs de Norbourg,
prétendent les avocats qui ont intenté le
recours collectif. C’est plus de la moitié des
retraits frauduleux de 115 millions de dollars qui ont
été recensés entre 2002 et 2005.
L’Autorité aurait eu une autre chance de se
ressaisir. À la suite de la dénonciation
de Michel Carlos, le CANAFE produit son propre rapport
sur ce qui a toutes les apparences de
détournements de fonds chez Norbourg. Cette
agence fédérale l’envoie à
l’officier de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui
dirige la nouvelle équipe intégrée
de la police des marchés financiers,
composée d’agents de la GRC et de la SQ.
C’est ainsi que le rapport du CANAFE aboutit sur le
bureau de Pierre Bettez qui, entretemps, est revenu
à la SQ. Pierre Bettez l’envoie par
télécopieur en avril 2005 à Claire
Lewis, directrice des enquêtes et du contentieux
à l’Autorité. Celle-ci n’en a aucun
souvenir, même si une copie du rapport a
été retrouvée dans son bureau
après qu’elle eut quitté ses fonctions, en
juillet 2005. « Le rapport n’a pas
été analysé sur-le-champ. Un fax
qui entre chez nous, quelqu’un prend cela, met cela
là. C’est ce qui c’est passé, je ne vous
le cache pas », expliquait Jean St-Gelais, PDG de
l’Autorité, dans une entrevue accordée
à La Presse en décembre 2005.
Quoi dire de plus... Je pourrais déchirer ma
chemise, gueuler sur tous les toits. Mais très
franchement, ces faits accablants en disent plus long
sur l’incurie qui régnait à la CVMQ et
à l’Autorité à l’époque que
je ne saurais jamais l’écrire. En un mot comme en
mille, c’est révoltant.
Les
banques coupables de la crise, selon une étude
À titre d'exemple,
l'ancien numéro un américain du crédit
hypothécaire Countrywide Financial, racheté en
2008 par Bank of America pour lui éviter la faillite,
a émis au moins 97,2 milliards de dollars de
prêts à risque, selon l'étude.
Les banques américaines et
européennes n'ont pas été des victimes
de la crise financière qui a éclaté aux
États-Unis en 2008, mais sont coupables de l'avoir
délibérément provoquée, estime
mercredi une organisation américaine de journalisme
d'investigation.
Le Center for Public Integrity estime à 25 le nombre
d'organismes de crédits immobiliers dont les prêt
à risques consentis sont à l'origine de la crise
du marché immobilier qui a éclaté en 2007
et qui a provoqué la crise économique. La
plupart de ces organismes étaient détenus par
des banques américaines et européennes ou bien
n'ont pas pu consentir leurs prêts à risque,
appelés «subprime», sans la complaisance
des banques, indique l'organistation.
«Les méga banques qui ont financé
l'industrie des subprime n'ont pas été victimes
d'un effondrement imprévu du secteur de la finance,
comme elles l'ont parfois dit», indique le directeur
exécutif de l'organisation Bill Buzenberg.
«Ces banques ont, de manière
délibérée, facilité le financement
des prêts qui menacent maintenant le système
financier», ajoute-t-il.
Cette étude a été publiée alors
que la Chambre des représentants américaine
devait approuver mercredi un projet de loi visant à
créer une commission d'enquête
indépendante pour examiner les causes de la crise
économique, sur le modèle de celle
instaurée après les attentats du 11 septembre
2001.
Le Center for Public Integrity a indiqué qu'il avait
étudié des données du gouvernement
américain portant sur près de 7,2 millions de
prêts à risques consentis entre 2005 et 2007,
juste avant que la bulle immobilière n'éclate.
L'étude indique que ces 25 organismes de crédits
immobiliers représentaient près de 1 000
milliards de dollars, soit près de 72% des prêts
hypothécaires consentis à des emprunteurs peu
solides.
Au moins 21 des 25 organismes ont été
financés par des banques renflouées par le
gouvernement américain, et 11 d'entre eux ont
payé des sommes importantes pour éviter des
poursuites judiciaires pour des abus.
Quatre de ces organismes ont reçu directement des fonds
publics, parmi lesquels l'assureur AIG et la banque Citigroup.
Parmi les autres banques citées figurent les
Britanniques HSBC et Barclays Bank.
À titre d'exemple, l'ancien numéro un
américain du crédit hypothécaire
Countrywide Financial, racheté en 2008 par Bank of
America pour lui éviter la faillite, a émis au
moins 97,2 milliards de dollars de prêts à
risque, selon l'étude.
«Les banques ont réalisé d'énormes
bénéfices pendant que leurs dirigeants
récoltaient des primes conséquentes
jusqu'à ce que le marché immobilier
s'effondre», indique l'étude.
Un
nouveau président américain ça ne change pas
la Bourse, sauf que…
De toute
l’histoire des ÉtatsUnis, aucun président n’a
été accueilli aussi froidement à la Bourse
queBarack Obama. Alors même que le 44e président
américain prononçait son discours inaugural du
haut des marches duCapitole, le 20 janvier dernier, Wall Street
s’enfonçait de 5%.
Son secrétaire au Trésor n’a guère
été mieux reçu. Timothy Geithner a eu droit
à une gifle en guise de bienvenue. Le jour de l’annonce
de son plan de stabilisation financière, le 10
février, la Bourse a glissé de 5%.
Les marchés étaient sur le qui-vive. Les
investisseurs nerveux et impatients s’attendaient à un
plan détaillé, des mesures concrètes, un
calendrier précis. L’annonce les a laissés sur
leur faim. Et les détails des différents volets de
ce plan, qui ont été présentés les
semaines suivantes, ne les ont pas calmés. La Bourse a
poursuivi sa dégringolade pendant un mois.
Changement de psychologie
Puis, au début de mars, les investisseurs ont
changé leur perception, du tout au tout. La Bourse, qui
avait perdu 22% depuis la prestation de serment de Barack Obama,
a regagné le terrain perdu aussi vite.
« Avec les politiques fiscales et monétaires, les
marchés boursiers ont commencé à
écarter la possibilité que l’économie
glisse dans une grande dépression, dans un trou sans
fond. C’est un résultat direct des mesures prises par
l’administration Obama », estime Carlos Leitao,
économiste en chef pour Valeurs mobilières Banque
Laurentienne.
C’est l’annonce du volet du plan Geithner destiné
à purger le bilan des banques de leurs actifs toxiques
qui a relancé la Bourse. « C’est très
ironique, à mon avis, car le plan est resté le
même. Il y a peu de différence », note M.
Leitao.
Mais les marchés ont finalement compris que le
gouvernement ne laissera plus tomber les banques, comme Lehman
Brothers l’automne dernier.
« Au besoin, l’État est prêt à
injecter des capitaux dans les banques, sous forme d’actions
privilégiées. Est-ce que c’est une nationalisation
ou pas? Peu importe. L’important c’est qu’il n’y aura pas
d’autres grosses faillites bancaires », dit
Jean-René Adam, gestionnaire de portefeuille sur les
marchés nord-américains chez Hexavest.
Et comme les banques sont les poumons de l’économie, on
redonne de l’oxygène à tout le monde, en assurant
leur survie, ajoute-t-il.
Des étoiles dans le bulletin
Avec un peu de recul, les marchés accordent une bonne
note à l’administration Obama, pour ses 100 premiers
jours au pouvoir.
« Obama a été vraiment très
énergique. Il a très bien fait du point de vue
économique, en agissant sur le front de la politique
fiscale, monétaire et internationale, lorsdes
différents sommets économiques », estime M.
Leitao.
En effet,
Barack Obama a marqué des points lors du sommet du G20,
au début d’avril. Généralement, les
investisseurs voient d’un oeil cynique ces rassemblements qui
débouchent sur un communiqué flou. Pas cette fois!
Conscient que la main invisible du marché ne peut pas
toujours tout régler, le G20 s’est entendu pour renflouer
le Fonds monétaire international (FMI), à court de
ressources, marginalisé au cours des dernières
années. Les Américains, qui étaient
sceptiques face aux organisations multilatérales, lui ont
accordé leur soutien. Selon M. Leitao, il est important
d’avoir une organisation comme le FMI afin d’aider des pays
comme l’Ukraine ou la Turquie, écorchés par
l’implosion du commerce mondial.
Obama mérite aussi des éloges des investisseurs
pour son plan d’évacuation des actifs toxiques des
banques. « La structure du programme au complet est
ingénieuse », considère M. Adam. Par
exemple, le plan laisse le soin aux investisseurs privés
de déterminer le juste prix des actifs, et il utilise
l’effet de levier, profitant ainsi de la faiblesse des taux
d’intérêt. « C’est un bon coup! On y croit
», lance M. Adam.
Des ombres au tableau
Néanmoins, certains critiquent la lenteur de
l’administration Obama à passer aux actes, alors de la
crise financière nécessite des gestes rapides.
« On ne peut pas dire qu’ils ont chômé. Ils
sont très actifs, ils jouent sur plusieurs tableaux. Mais
il y a beaucoup de délais entre les annonces et la mise
en application des mesures », souligne Pierre Lapointe,
stratège à la Financière Banque Nationale.
Par exemple, le TALF n’a pas encore atteint sa vitesse de
croisière. Dévoilé dès l’automne
2008, le programme vise à repartir la titrisation,
c’est-à-dire la structuration de produits financiers afin
d’assurer le crédit à la consommation pour les
ménages.
Obama a relancé le programme, au début de mars,
parlant d’une bouffée d’oxygène de 1000 milliards
de dollars. Or, à peine 8milliards de dollar ont
été accordés jusqu’à maintenan
indique M. Lapointe. « C’est essentie que ça
reparte, car 65% du crédit à l consommation n’est
pas issu du sec teur bancaire », précise-t-il.
Il n’y a encore rien de concret no plus du côté du
programme de racha des actifs toxiques, dévoilé il
y a plu d’un mois. « Ce n’est pas encore com mencé
», dit M. Lapointe. Les inves tisseurs sont au
rendez-vous. Mai les banques sont réticentes à
mettr sur la place publique leurs actifs le plus sales.
Après la crise, le désert?
Mais déjà les signes vitaux dumar ché du
crédit se sont améliorés. L crise n’est
plus aussi aiguë, grâce au interventions
combinées du gouver nement et de la Réserve
fédérale.
« Oui, le crédit se remet en marche mais de
manière lente, tranquill et prudente. Cela ne reviendra
plu comme avant », soutient M. Leitao Il faut dire que la
roue du créd tournait si vite qu’elle a surchauff la
consommation et fait déraille l’économie.
Lorsque la crise financière et l récession seront
bel et bien écartée il faudra se contenter d’un
rythme d croissance beaucoup plus modéré.
Et si l’on se fie à l’histoire, le investisseurs devront
patienter long temps avant de récupérer leurs
pertes,
estime M.
Lapointe, qui a analysé 15 épisodes de crises
financières depuis 50 ans.
En moyenne, les crises financières entraînent un
plongeon boursier de 40% qui s’étire sur presque deux
ans (21 mois). À partir du creux, il faut attendre
encore plus longtemps (25 mois) pour que la Bourse remonte au
niveau atteint avant la crise.
Au total,
c’est presque quatre ans de perdu, parfois encore plus.
Après la crise de la fin des années 70,
l’Espagneamisplusde 10 ans à récupérer
ses pertes. Et le Japon n’est pas encore revenu au même
niveau qu’avant la crise des années 90.
Depuis le début de la crise actuelle, la Bourse
américaine a perdu 56%, pour échouer à un
creux des 12 dernières années, au début
de mars. Même si elle a rebondi de 20%, il reste encore
beaucoup de chemin à parcourir.
Une route qui pourrait être longue et frustrante pour
les investisseurs. Un environnement qui pourrait ressembler
à celui des années 70, avec beaucoup de
volatilité, mais aucune augmentation soutenue des
indices boursiers sur une très longue période.
Comment les investisseurs peuvent-ils s’adapter? D’abord, en
réduisant tout de suite leurs attentes. « De
12-15% de rendement, c’est tout à fait
irréaliste », répond M. Leitao. Et
ensuite, en misant sur les bonnes entreprises. « Il
faudra bien faire ses devoirs. Ce sera une histoire de
sélection de titres, pense M. Leitao. Si on
achète l’indice, on risque d’être
déçu. »
Obligations : la dette devient indigeste - RUDY LE COURS
Pour la
première fois depuis belle lurette, le Trésor
américain n’a pas trouvé facilement preneur pour
ses titres de dette, la semaine dernière.
Il faut dire que l’offre était gigantesque : 118
milliards US. Les acheteurs étaient moins nombreux, les
Chinois ayant notamment fait la fine bouche. Les taux
obligataires sur titres de moyen et long termes du
Trésor américain ont augmenté.
« On commence à sentir une certaine indigestion
du côté des marchés » , explique en
entrevue Paul-André Pinsonnault, économiste
principal à la Financière Banque Nationale.
À preuve, depuis février, les taux d’obligations
américaines venant à échéance dans
10 ans ont grimpé de 25 centièmes. En
début de semaine, ils se négociaient à
3,87 %. C’est beaucoup plus que les titres canadiens de
même échéance qui ont gagné 18
points centésimaux au cours de la même
période et qui se négocient aux environs de 3,57
%.
TantOttawaqueWashington doivent financer leurs déficits
créés pour relancer l’économie. Les taux
obligataires sont donc appelés à grimper,
surtout dans un contexte où la croissance est robuste,
comme c’est le cas présentement.
Washington
doit émettre pour 2400 milliards de dette cette
année, rappelle Michel Doucet, vice-président,
groupe-conseil en portefeuille, c hez Va l e u r s mobi l i
ères Desjardins. Comme l’économie va de mieux en
mieux, les marchés en sont venus à la conclusion
que la structure des taux est appelée à grimper
de 100 à 150 centièmes cette année.
Cela ramènerait les 10 ans vers des taux de 4,50 %
à 4,75 %. « On y va graduellement, surtout si les
données sur l’emploi sont bonnes vendredi. » La
prévision consensuelle est d’environ 200 000 nouveaux
emplois en mars.
M. Doucet rappelle qu’avant l’éclatement de la crise
financière en 2007, les taux des 10 ans avaient atteint
5,3 % le 1er juin 2007. Le 1er septembre, alors qu’elle
commençait, ils étaient déjà
descendus à 4,50 %. Le creux de 2,07 % a
été touché le 29 décembre 2008.
Après avoir j oué au yoyo en début
d’année, ils sont sur une remontée depuis le 2
mars.
M. Pinsonnault est d’avis que les taux de 10 ans vont
atteindre leur sommet de 2010 durant l’été, aux
environs de 4,37 %. Ils reculeront par la suite, en
parallèle avec les perspectives de ralentissement de la
croissance économique en 2011. Cette
décélération sera attribuable à
l’épuisement du programme de relance de quelque 787
milliards approuvé l ’a n dernier par la nouvelle
administration Obama. De 3,0 % cette année, la
croissance de l’économie américaine sera
plutôt entre 2,0 % et 2,5 % selon le scénario
économique de la Financière. « Dans un tel
contexte, les taux obligataires ont tendance à reculer,
car les marchés s’attendent à ce que la
Réserve fédérale fasse une pause dans le
resserrement monétaire », observe M. Pinsonnault.
À moyen t erme, cependant, les éléments
structurels reprendront le dessus sur les
éléments cycliques : les taux remonteront, car
l’offre de dette restera élevée. Davantage
cependant aux États-Unis qu’au Canada, où les
besoins d’emprunt des gouvernements sont moins colossaux.
La crise mondiale révèle
l’interdépendance entre les nations -
RUDY LE COURS
S’ il est une
grande leçon à tirer de la crise actuelle,
« c’est que nous ne vivons pas dans un monde de
découplage ». Dominique
Strauss-Kahn,
directeur général du Fonds monétaire
international, à la Conférence de
Montréal hier. « Il existe un seul
système financier mondial, a-t-il souligné.
Aucune réglementation nationale n’a de sens. »
Ainsi voulait résumer ce que nous traversons le
président du Groupe de la Banque mondiale Robert B.
Zoellick. Il était interviewé par l’animateur
américain Charlie Rose en guise de causerie lors de la
première journée de la Conférence de
Montréal, qui en est à sa 15e
présentation.
M. Zoellick s’est attardé aux difficultés
posées par la nécessité de multiplier les
ententes multilatérales. Si le G20 paraît
hériter du rôle de leader, son formalisme pose
des problèmes d’efficacité. Des sous-groupes
influents devront faire cheminer des dossiers importants.
« Quel sera le rôle du G8 dans cette nouvelle
dynamique alors que le Canada héritera de sa direction
l’an prochain? » s’est-il demandé.
Chose certaine, le monde sortira de cette récession un
peu transformé. La mondialisation devra se montrer plus
inclusive, a-t-il ajouté. Il craint toutefois que les
vieux réflexes protectionnistes renversent la marche de
l’Histoire.
Avant lui, le directeur général du Fonds
monétaire international Dominique Strauss-Kahn avait
insisté que les décisions des autorités
politiques devront être de nature multilatérale.
Il faisait allusion à la refonte de la
réglementation financière. « Il existe un
seul système financier mondial, a-t-il souligné.
Aucune réglementation nationale n’a de sens. »
Vieux et
nouveaux problèmes
S’il existe de vieux problèmes à résoudre
comme la réglementation des fonds de couverture, de la
prise de risque ou la variation des prix des actifs dans la
conduite de la politique monétaire, de nouveaux
apparaîtront au sortir de la récession actuelle.
« Le secteur financier sera plus petit, mais comment le
rendre efficace? Par une meilleure réglementation, oui,
mais pas par une réglementation excessive. »
De son côté, le secrétaire
général du Commonwealth Kamalesh Sharma a
présenté la mondialisation sous un jour nouveau.
Le monde se comprime et s’interpénètre, a-t-il
plaidé, même des valeurs comme la justice ne
peuvent reposer seulement sur des bases nationales. «
S’il est vrai que les membres du G20 représentent 90%
de la taille de l’économie mondiale, 90% des pays ne
font pas partie du G20. La croissance économique doit
devenir un instrument de solidarité pour aider les pays
émergents à s’extirper de la pauvreté.
»
Son discours cohérent contrastait avec les
réflexions à bâtons rompus de M. Zoellick.
Celui-ci avait quand même mentionné que bien des
pays n’ont pas les avantages des États-Unis, qui n’ont
aucun problème à financer un déficit
budgétaire à hauteur de 13% de la taille de leur
économie. « Il n’existe tout simplement pas de
marché pour la dette de plusieurs États. »
Voilà pourquoi l’assistance de 1300 milliards promise
à Londres par le G20 est si capitale pour aider ces
nations à traverser la crise qui, après avoir
frappé le système financier, puis
l’économie réelle, s’attaque maintenant aux gens
en détruisant des emplois.
Or, la part promise par les États-Unis au FMI tarde
à arriver, car elle fait l’objet de débats
devant le Congrès.
Robert
B.
Zoellick, président de la Banque mondiale. «
Il n’existe tout simplement pas de marché pour la
dette de plusieurs États », a-t-il
affirmé hier.
Cela fait ressort i r que la crise actuelle en est aussi une
de confiance, soulignait pour sa part Anne Golden, PDG du
Conference Board du Canada. « Il faut rétablir
la confiance et l’optimisme sinon le capitalisme pourrait
sombrer. La confiance demeure la clé d’une reprise
moderne et complexe. »
Si celle des consommateurs prend du mieux, observe Jan
Hatzius, économiste en chef pour les
États-Unis de la banque d’affaires Goldman Sachs,
c’est que les Américains ont l’impression que le pire
est passé, bien que plusieurs défis demeurent.
Il prédit une reprise aux États-Unis en fin
d’année, alors le directeur général
duFMI la voit plutôt l’an prochain. « On ne doit
pas se contenter de regarder les États-Unis. L’Europe
et le Japon peuvent avoir des effets sur les
États-Unis », a lancé M. Strauss-Kahn
à M. Hatzius qui, avec Mme Golden, participaient
à l’atelier Le système financier après
la crise : nouveaux acteurs, nouveaux enjeux.
Dans cette grande java mondialisée, le Canada
paraît un danseur de premier ordre. Le
secrétaire général de l’Organisation de
coopération et de développement
économique, Angel Gurria, a souligné que,
selon l’indicateur avancé de l’organisme situé
à Paris, notre pays est moins frappé par la
récession mondiale, dispose d’institutions plus
solides et sera un des premiers à connaître la
reprise.
Le premier
ministre du Québec Jean Charest n’a pas raté
l’occasion de souligner que le Québec avait
créé des emplois pour le deuxième mois
d’affilée en mai.
Il a lancé un vif plaidoyer en faveur du
libre-échange, rappelant son rôle dans les
négociations actuelles entre l’Europe et le Canada en
vue d’un partenariat économique qui inclurait la
mobilité professionnelle.
Il a annoncé aussi que son gouvernement
déposera aujourd’hui un projet de loi pour
libéraliser la mobilité interprovinciale de la
main-d’oeuvre.
La deuxième journée de la conférence
portera sur le développement durable.
Le
géant avec les grosses clés de char
- Stéphane Laporte
Mon père avait le Chevrolet tatoué sur le
coeur, comme moi j’avais le CH. Pour lui, c’était la
voiture idéale. C’était pas une voiture
d’excités. C’était pas une voiture de snobs.
C’était pas une voiture de hippies. C’était une
voiture de monsieur. De monsieur responsable qui voulait un char
confortable.
La première fois que je l’ai vu, je devais avoir 5
ans. Je m’en souviens encore. Nous roulions sur le tout nouveau
boulevard Décarie. On revenait de chez mon oncle Jacques
à Joliette. Soudain ma mère nous a dit : «
Regardez à droite, c’est là que votre père a
acheté sa voiture. » Je me suis retourné. Et
il était là. Impossible de le manquer. Il devait
mesurer 10 millions de pieds. Mais il n’avait pas de corps. Juste
une tête. Une énorme tête chauve. Des gros yeux
ronds. Et un gigantesque sourire de vendeur de chars. Son nom
était écrit sous son visage, en grosses lettres
attachées : Harold Cummings. Son immense main tendait des
grosses clés de char. Comme King Kong tenant la belle fille
dans sa grosse patte. Il nous invitait à acheter. Et on ne
pouvait pas refuser.
Je n’avais jamais vu une aussi grosse face de ma vie.
C’était épeurant. Je savais que c’était une
affiche géante, mais le monsieur avait l’air tellement
vrai. Et tellement big. Plus big qu’Elvis. Plus big que Batman. Il
devait être important. Il l’était. Le monsieur
était celui qui faisait rouler Montréal en General
Motors.
Depuis ce jour, chaque fois que nous descendions le boulevard
Décarie, je le fixais des yeux. Elle me fascinait, la
grosse tête d’Harold. Parfois j’avais l’impression de voir
bouger ses sourcils, alors je regardais ailleurs. Et le soir, j’en
faisais des cauchemars. Il échappait ses grosses
clés sur ma petite tête. Ayoye!
Mon père a toujours acheté des Chevrolet.
Toujours chez Harold Cummings. D’abord une Chevrolet Biscayne,
puis une Chevrolet Impala, puis une Chevrolet Bel Air, et enfin
une Chevrolet Monte Carlo. Quatre Chevrolet en environ 40 ans.
C’est vous dire comment il les usait. Elle était belle, son
Impala grise en 1965, fraîchement sortie du concessionnaire.
Elle était poquée en 1973, quand il a finalement
décidé de la changer. C’était un tacot.
Encore plus rouillée que la Fiat à Columbo.
Chaque fois que mon père allait chez le
concessionnaire, j’avais l’impression qu’il rencontrait le
géant Harold en personne. Et que tel Yahvé donnant
les tables de la loi à Moïse, Harold se penchait pour
remettre les clés de sa nouvelle voiture à mon
père.
Quand il revenait avec sa nouvelle Chevrolet, c’était
toujours le même cérémonial. Toute la famille
embarquait dans le nouveau carrosse et nous partions sur un
nowhere. Un nowhere de 45 minutes environ. Le temps de passer
devant la grosse pancarte d’Harold Cummings et d’aller à
l’Orange Julep, à la commande à l’auto. On
était sûrs que la serveuse se pâmerait sur
notre rutilante voiture. Mais c’est à peine si elle la
regardait. Faut dire que les autos de mon père
n’étaient jamais d’une couleur attrayante. La Bel Air,
celle qui m’a conduit du collège à
l’université, était brune. Un brun foncé, peu
inspirant. C’était pas la faute à papa. C’est parce
que mon père achetait toujours le démonstrateur,
pour avoir un meilleur prix. Harold était fin avec lui.
Mon père avait le Chevrolet tatoué sur le
coeur, comme moi j’avais le CH. Pour lui, c’était la
voiture idéale. C’était pas une voiture
d’excités. C’était pas une voiture de snobs.
C’était pas une voiture de hippies. C’était une
voiture de monsieur. Demonsieur responsable qui voulait un char
confortable. Pour mon père, une auto, c’était une
GM, comme un mouchoir, c’était un Kleenex, et un
réfrigérateur, un Frigidaire.
Quand les Japonaises sont devenues populaires, il ne les a
même pas regardées. Mon frère s’est
acheté une Honda, ça l’a fait rire. C’était
correct pour un étudiant. C’était une étape,
entre la bicyclette et une vraie voiture, une voiture de papa, une
Chevrolet.
Avec des clients comme ça, le géant avec les
grosses clés de char s’est endormi. C’est ça quand
on devient trop gros. On fatigue plus vite. On digère
lentement. Et on pique des sommes. De 20 ans. Les concurrents en
profitent pour nous dépasser dans la courbe. Tasse-toi, mon
oncle !
Des pat rons obèses , des syndicats obèses, des
affiliés obèses, ça ne fait pas une
entreprise dynamique.
Si mon père était encore vivant, il n’en
reviendrait pas. General Motors, qui était, dans son temps,
la compagnie la plus prospère du monde, est au bord de la
faillite. Au bord du précipice. Et Obama s’apprête
à peser sur le gaz. Bye bye Chevrolet, Pontiac, Oldsmobile
! Le géant va tomber.
Mon père avait beau jurer par Chevrolet, il s’est bien
rendu compte que son dernier modèle n’était pas de
la qualité des belles d’autrefois. La finition
n’était plus la même. Les lignes étaient moins
pures. On créait plein de nouvelles marques, mais
c’était toujours les mêmes pièces. Il le
disait: GM, c’est plus ce que c’était. Il le savait. Mais
fidèle, il n’a jamais pensé tromper sa belle avec
une Toyota.
Il y a plein de gens qui se sont tannés avant lui. Et
le géant n’a pas eu la souplesse de les retenir, trop
ankylosé à tenir ses grosses clés.
La fin de General Motors est la fin d’une époque. Le
XXe siècle aura été le siècle de
l’automobile. Le XXIe siècle est celui de l’ordinateur. En
un clic, on se rend plus loin que n’importe quel véhicule.
Sauf qu’on se rend tout seul. On avait beau, dans le Bel Air
de mon père, avancer pare-chocs à pare-chocs sur le
boulevard Décarie, on avançait ensemble. Et
ça faisait de doux souvenirs.
L’un freine, l’autre démarre -
SOPHIE COUSINEAU
Magna a en
quelque sorte créé sa chance. L’entreprise se
trouve en excellente santé financière,
même si sa rentabilité se dégrade, compte
tenu des difficultés de ses principaux clients.
L’entreprise avait 1,75 milliard de dollars américains
en liquidités au 31 mars.
C’est un scénario tellement surréaliste qu’on
aurait dit à son improbable scripteur qu’il ne tient
pas la route. Pensez-y. General Motors, une entreprise
centenaire qui a longtemps symbolisé la domination de
l’économie américaine, se mettra à l’abri
de ses créanciers ce matin. C’est le président
Barack Obama lui-même qui en fera l’annonce, selon les
médias américains. Émigré
au Canada à l’âge de 21 ans avec seulement 200$
dans sa valise, Frank Stronach est maintenant à la
tête de Magna, qui affiche un chiffre d’affaires de
23,7 milliards de dollars américains.
Même si les analystes voient venir cette restructuration
judiciaire depuis quelques semaines déjà,
même si GM est parvenu à un accord avec ses
créanciers et ses travailleurs syndiqués,
l’affaire n’est pas banale. C’est la page la plus sombre dans
l’histoire de ce constructeur américain tout
déglingué, qui est porté à bout de
bras par des gouvernements fauchés. Et cela, même
si GM envisage le recours au chapitre 11 de la loi sur la
faillite comme le moyen le plus expéditif de sortir des
soins intensifs.
Au même moment, le Canada, ce sous-traitant de Detroit
qui joue les éternels seconds, se réveille en
sursaut comme producteur d’autos, à une époque
où les constructeurs nationaux de l’Occident
cèdent la route à des constructeurs du Japon, de
la Chine, de l’Inde et d’ailleurs en Orient ! Inouï.
« Nous voulons construire des voitures Opel au Canada
», a déclaré Frank Stronach à un
quotidien torontois vendredi, peu après avoir appris
que son entreprise, le fabricant de pièces Magna
International, de l’Ontario, avait remporté les
enchères pour le contrôle de la division
allemande de GM.
Ce n’est pas demain la veille que l’on verra des Opel sortir
d’une chaîne de montage en Ontario! Mais on pardonnera
à Frank Stronach son enthousiasme, lui qui
réalise maintenant un vieux rêve.
Au Québec, Frank Stronach est moins connu que sa fille
Belinda. Cette fugace députée
fédérale s’est fait connaître pour avoir
traversé la Chambre et avoir largué sans
cérémonie son compagnon, l’actuel ministre de la
Défense nationale, Peter MacKay. Mais il est de
notoriété publique que Frank Stronach, cet
immigré autrichien qui a fondé Magna en 1957
dans un garage de Toronto, ambitionne de devenir constructeur
en propre. Celui-ci a investi plus de 1,5 milliard de dollars
dans Magna en échange d’une participation de 20%. Mais
cette association controversée s’est disloquée
l’automne dernier en raison des difficultés
financières de Deripaska, qui peine à refinancer
ses dettes.
Malgré tout, les yeux de Frank Stronach sont toujours
rivés sur la Russie, le marché automobile qui
connaissait la croissance la plus forte en Europe avant que
n’éclate la crise financière. Pour prendre le
contrôle de l’exploitation d’Opel, Magna s’est
associée à la banque d’État russe
Sberbank. Réunis, ces partenaires possèdent 55%
d’Opel, alors queGM(35%) et les employés (10%) se
partagent le reste.
Magna a joué de chance avec Opel. Le constructeur
italien Fiat croyait l’emporter pour former un groupe
industriel dominant avec Chrysler. Mais en Allemagne, Magna
s’est gagné la faveur des dirigeants syndicaux et des
politiciens en quête de réélection, en
annonçant une restructuration moins douloureuse. La
moitié des 50 000 salariés d’Opel travaille au
pays de Goethe.
En Europe, Magna fabrique déjà en sous-traitance
certains modèles, comme les BMWX3, les Jeep Commander
et les camions Mercedes-Benz de classe G.
Frank
Stronach avait tenté de racheter Chrysler au printemps
de 2007 des mains de Daimler, mais il s’était fait
damer le pion par le fonds américain Cerberus – ce dont
il se félicite maintenant. À la même
époque, il s’est associé à l’oligarque
russe Oleg Deripaska, qui contrôle le constructeur
automobile GAZ. Magna compte néanmoins abolir 11 000
postes.
Toutefois, Magna a en quelque sorte créé sa
chance. L’entreprise se trouve en excellente santé
financière, même si sa rentabilité se
dégrade, compte tenu des difficultés de ses
principaux clients, GM en tête. L’entreprise avait 1,75
milliard de dollars américains en liquidités au
31 mars.
Frank Stronach, qui a émigré au Canada à
21 ans avec 200$ dans sa valise, a tiré des
leçons de ses mésaventures. Au début des
années 90, alors que la récession et la guerre
du Golfe faisaient rage, ce self-made-man a failli perdre son
empire, lourdement endetté à la suite d’une
série d’acquisitions.
Aujourd’hui, Magna a un chiffre d’affaires de 23,7 milliards
de dollars américains et emploie 82 000 personnes dans
240 usines de par le monde.
Malg r é t out , F r a n k Stronach, passionné
de courses de chevaux, reste un gambler dans l’âme.
D’ailleurs, son entreprise de pistes de course, Magna
Entertainment, s’est mise à l’abri de ses
créanciers en mars, à la suite d’investissements
insensés. Frank Stronach n’en fait
généralement qu’à sa tête, une
liberté que lui procurent ses actions à droit de
vote multiple, avec 300 votes par titre!
Investir dans un constructeur d’automobiles en 2009,
même au rabais, reste un sport dangereux. À plus
forte raison quand on se met à concurrencer ses propres
clients. Cela ne posera évidemment pas de
problème à GM, qui reste actionnaire d’Opel. Cela
dit, la relance d’Opel sous une nouvelle administration ne
réglera pas le problème de fond de
surcapacité de l’industrie !
En revanche, la concurrence de Magna pourrait être mal
reçue par Fiat, Bayerische Motoren Werke et Volkswagen.
Ces clients et nouveaux rivaux pourraient exercer des
représailles à l’endroit de Magna.
Frank Stronach croit que, en cette période de
collaboration et de partenariats entre constructeurs, les
fabricants européens ne prendront pas ombrage de son
investissement dans Opel. Mais cela reste à voir.
Et puis il y a le fameux marché russe, un marché
qui, malgré les relations de Frank Stronach, reste un
Far-West des affaires.
La route
pour le premier constructeur de voitures du Canada s’annonce
sinueuse.
RÉPARER
LE
CAPITALISME - Guy Sorman
Notre
système économique est aussi imparfait que les
sociétés elles-mêmes, mais il a tout de
même extrait presque toute l’humanité de la
misère
Ceux qui espèrent en la crise finale du capitalisme vont,
de nouveau, être déçus. La crise dans le
capitalisme n’est pas niable, c’est la troisième
récession en un siècle, mais elle n’est pas une
crise du capitalisme. Au rebours des années 30, et des
années 70, les critiques – toute critique est
légitime – ne proposent pas de système alternatif
: le fascisme des années 30 et le socialétatisme
des années 70 ne sont plus des choix crédibles. Il
est chez les économistes à peu près entendu
que le capitalisme est aussi imparfait que les
sociétés humaines elles-mêmes, mais qu’il a
tout de même extrait l’humanité – presque tout
entière –, hors de la misère, et ceci, dans toutes
les civilisations. Il reste à réparer le
système, ce qui ne sera pas simple et exige au
préalable une juste compréhension de ce qui doit
être réparé. Les économistes et les
gouvernements qui plus ou moins les écoutent sont, en
fait, confrontés à deux crises distinctes ; l’une
est banale, l’autre est révolutionnaire.
La première exigence, souvent éprouvée dans
le passé, exige de rendre la transition humainement
tolérable entre des activités surannées et
des métiers futurs que l’on ne connaît pas encore.
Ce processus dit de « destruction créative »
– abandonner l’ancien pour passer au nouveau – est le moteur du
capitalisme : à un certain degré, il exige une
collectivisation des risques, c’est-à-dire une prise en
charge des dégâts par l’État. Tel fut le
scénario suivi dans tous les pays industrialisés
dans les années 70, lorsque les charbonnages, la
sidérurgie, le textile partirent vers des lieux
d’exploitation plus profitables, l’Asie et l’Amérique
latine, en particulier : les États ont su gérer
cette transition, ce qui sauva le capitalisme en le rendant
économiquement plus profitable et socialement plus
acceptable.
Ce scénario-là se répète en ce
moment, à l’identique aux États-Unis dans
l’industrie automobile et, en partie, dans le secteur bancaire.
Sans doute, la construction automobile estelle à terme
condamnée en Amérique du Nord; et le secteur
financier est certainement surdimensionné, partout, par
rapport aux besoins de l’économie réelle. Les
gouvernements nord-américains et européens
s’emploient donc à anesthésier sans trop de
douleur un monde ancien pour accoucher d’un monde nouveau :
cette transition, dit Barack Obama, n’est pas une
nationalisation. Et l’art des patrons capitalistes,
peaufiné au cours des siècles, consiste à
mutualiser leurs pertes : rien de très nouveau à
ce seuil.
Plus complexe est la crise financière. Il se trouve, et
c’est la cause de la crise que le marché financier est
devenu un objet, quelque peu monstrueux, distinct de
l’économie réelle. On sait à peu
près comment fonctionne l’économie réelle:
elle obéit à des modèles relativement
prévisibles selon des lois que les économistes et
les gouvernements maîtrisent à peu près.
Mais le marché financier obéit à ses
propres lois que nul ne connaît vraiment ni ne
maîtrise: ainsi, les cours de la Bourse ne montent-ils ni
ne descendent en fonction des résultats des entreprises
cotées, mais en fonction de la stratégie
financière des investisseurs. Le choix des investisseurs
agit sur les prix qui agissent sur les stratégies
d’investissement: la boucle est autonome.
Cette
déconnexion entre économie réelle et
finance virtuelle n’est pas constante: les deux sont conduits
tôt ou tard à coïncider, mais on ne sait pas
quand. Cela peut prendre 10 ans. Toutes les tentatives de
modéliser le comportement du capitalisme financier ont
jusqu’ici échoué, en particulier les grands
écarts du type présent. La loi de la finance est
le « hasard sauvage » (l’expression est du
mathématicien Benoît Mandelbrot).
Pourrait-on se passer du capitalisme financier pour se recentrer
sur le capitalisme réel? Non, car il n’est pas
d’innovation réelle sans finance virtuelle. Par ailleurs,
l’énorme croissance mondiale depuis 25 ans, dont le
quasi-monde entier a bénéficié, a
été rendue possible par des innovations
financières, aujourd’hui sulfureuses, mais hier
bénéficiaires, comme la titrisation du
crédit hypothécaire. C’est donc l’excès de
la finance qui est périlleux, mais peut-on le
réglementer? Tel est le cri du jour.
On oublie que ce marché financier était
déjà très réglementé avant la
crise boursière : ces règles se sont
avérées contre-productives et appliquées
par des régulateurs incompétents. La
réglementation a accéléré la crise,
obligeant par exemple, les banques à vendre leurs
actions, ce qui a fait s’effondrer les cours.
Sans aucun doute, la crise présente fera progresser la
connaissance et la prévoyance du risque: un meilleur
encadrement devrait recoller le marché financier et
l’économie réelle. La crise sera terminée
lorsque les entrepreneurs, travailleurs, consommateurs et
investisseurs, croiront que les deux ventricules du capitalisme
de nouveau battront au même rythme. Le capitalisme, en
définitive, repose sur la confiance qu’on lui porte et
les services concrets qu’il rend: nul n’est censé aimer
le capitalisme.
La «disneylandisation» de
la politique - Mario Roy
L'actuelle crise économique
compte parmi les échecs du capitalisme. Elle est
unanimement vue comme telle, bien que les opinions divergent
quant à la façon de corriger et d'empêcher
à l'avenir de semblables dérives.
Unanimement? Pas tout à fait. La critique radicale du
capitalisme, exprimée notamment la semaine dernière
dans un manifeste politique de Québec solidaire, voit les
choses autrement. Ce document n'est pas unique dans sa teneur. Il
possède une parenté évidente avec, par
exemple, les écrits du journaliste et essayiste
français Hervé Kempf. Nous le mentionnons ici parce
que ses deux récents ouvrages sont devenus des
best-sellers, mais on pourrait tout aussi bien évoquer
plusieurs auteurs ou scribes dont les démonstrations sont
comparables.
Ainsi, il faut «dépasser le capitalisme»,
estime le collectif de Françoise David et Amir Khadir; ou
bien «sortir du capitalisme», conseille Hervé
Kempf.
Dépasser ou sortir? L'idée est la même. Tant
d'un point de vue socioéconomique (Québec solidaire)
qu'écologique (Kempf), la crise actuelle n'est au fond
qu'un soubresaut assez banal d'un système dont la nature
profonde a toujours été viciée et le sera
toujours. Ce qui le rend irréformable.
«Ceux qui veulent refonder le capitalisme passent à
côté des vraies questions», dit Québec
solidaire. Même «la croissance verte est une
illusion», ajoute Kempf, discréditant à
l'avance ce que plusieurs, dont le président
américain Barack Obama, voient comme le prochain champ
d'exercice de la stupéfiante capacité d'innover du
capitalisme.
La virulence de la critique radicale du capitalisme n'est pas
proportionnelle à l'ampleur des échecs de celui-ci.
En période de croissance et de prospérité, ce
système est vu comme tout aussi vicié et
irréformable: en France et au Québec, la vulgate
anticapitaliste moderne a été boulonnée
pendant les Trente glorieuses et la Révolution tranquille,
périodes fastes s'il en fut.
Or, aujourd'hui comme hier, échafauder des scénarios
dont la prémisse est la disparition, ou le
dépassement, ou la sortie, du capitalisme est un
investissement dans l'équivalent idéologique des
fameux... papiers commerciaux! Le capitalisme ne disparaîtra
pas parce qu'il n'existe rien dans le monde réel à
mettre à la place. De sorte que tout changement (même
lourd, et il en faudra) s'inscrira forcément à
l'intérieur de son cadre général.
On peut plaider que nourrir l'utopie est une activité saine
et bienfaisante. Mais, dans les faits, cela concourt à la
disneylandisation du débat politique. C'est-à-dire
à l'insertion de celui-ci dans un monde merveilleux,
fantasmagorique, où s'estompe la frontière entre la
réalité et la fiction; où tout paraît
concevable; où se liquéfie la nature même de
la politique, qui est précisément l'art du possible.
À y réfléchir, il est douteux que ce soit
sain et bienfaisant.
Pour sortir de la crise: dépasser le capitalisme?,
Québec solidaire, www.quebecsolidaire.net/accueil Pour
sauver la planète, sortez du capitalisme, Hervé
Kempf, Le Seuil.
La bulle enflait, enflait... et les Japonais
s’éclataient
TOKYO — Le 29
décembre 1989, l’indice Nikkei de la Bourse de Tokyo
atteignait en clôture 39 915,87 points : apogée
de la frénésie spéculative et de la
fièvre acheteuse qui avaient contaminé la
société japonaise. Vingt ans après, on se
souvient de la « bulle » avec nostalgie ou honte.
Le
Japon a mis une décennie à se remettre de la
frénésie spéculative et de la
fièvre acheteuse qui avaient contaminé la
société nippone en 1989.
« Mon mari travaillait dans le secteur du
bâtiment. Les primes étaient d’un montant
faramineux, à tel point qu’on a presque pu rembourser
le prêt contracté pour l’achat de notre
appartement en deux ans », témoigne anonymement
une mère de famille.
« À l’époque, j’étais femme au f
oyer, mais, pour me donner de l’importance, je me promenais
avec un gros agenda, ce qui n’avait pas de sens »,
reconnaît-elle.
« J’étais au collège. Mon père
disait que nous étions une fa mille pauvre, mais durant
la période de la bulle, notre situation s’est
améliorée d’un seul coup »,
renchérit une autre sur un forum en ligne.
« Anniversaire ou pas, je n’avais qu’à dire que
je voulais quelque chose pour qu’on me l’achète. La
maison s’est emplie des plus récents appareils
électroménagers », ajoute-t-elle.
Et d’avouer : « Mon père a gagné beaucoup
d’argent en boursicotant ».
Destination préférée pour les voyages
scolaires en 1989? La Bourse de Tokyo!
« Tout le monde était devenu spéculateur :
on achetait quelque chose – un terrain, un appartement, un
tableau, un bijou – en se disant que si on le revendait le
lendemain, on toucherait le magot », souligne un ancien
employé de banque, Jun Ikeido.
À la
veille de Noël, le magasin Tiffany, dans le quartier
tokyoïte chic de Ginza, avait des airs de braderie.
Armani, Versace, Rolex... le Japon était devenu pour
les marques de luxe étrangères un paradis.
Pour les fabricants et les commerçants, « baburu
jidai » ( période de la bulle) rimait avec
« tout se vend ». « Surtout les produits
chers », ricanaient les profiteurs, alors légion.
« Les gens avaient confiance en leur banquier, qui leur
prêtait de l’argent et leur promettait de continuer. La
responsabilité des banques dans la formation de la
bulle était énorme », selon M. Ikeido.
La spéculation boursière et immobilière
toucha it d’abord les entreprises qui investissaient dans des
terrains de golf, hôtels et autres lieux de
villégiature où se ruaient des salariés
généreusement rémunérés.
Dans les feuilletons de télé, le héros
était un blanc-bec frais émoulu, mais qui
habitait déjà dans un immense appartement
chèrement meublé à l’occidentale et
allait draguer dans des restaurants et bars renommés de
Tokyo, souvent aux frais de l’entreprise.
Les étudiants recevaient, plus d’un an avant la fin de
leur cursus universitaire, des centaines d’imprimés
racoleurs de sociétés et collectionnaient les
promesses d’embauche. La soif d’argent
dégénéra aussi en retentissants scandales
politico-financiers que symbolisa la tentaculaire affaire de
corruption « Recruit », maison d’édition
touche-à-tout qui distribuait à qui pouvait lui
être utile des actions boursières non
déclarées... à revendre au bon moment.
Une décennie pour s’en remettre
Las, six mois après avoir atteint son maximum
historique du 29 décembre 1989, le Nikkei ne valait
plus que 32 000 points, et seulement 17 000 fin 1991.
La bulle n’éclata pas soudainement, dans un krach
boursier, mais se dégonfla lentement et inexorablement,
étouffant d’abord les secteurs de l’immobilier et de la
finance, avant d’asphyxier toute l’économie. Le Japon a
mis 10 ans à s’en remettre, connaissant quelques
brèves périodes de rémission, avant de
replonger l’an passé, à cause de la crise
financière mondiale. Le Nikkei est tombé
à 7054 points le 10 mars 2009 et tourne aujourd’hui aux
environs de 10 500 points.
La part de marché américain du subprime
revenue au sommet de 2006
WASHINGTON — La
part du marché des nouveaux prêts immobiliers aux
États-Unis accordés à des ménages au
profil financier risqué ( subprime) est revenue à
son sommet atteint en 2006, révèle une
étude d’un économiste de la banque centrale
américaine publiée hier. Contrairement
à
la situation qui avait mené à la crise des dans
un prêt sans garantie publique. le privé ne se
lance presque plus maintenant
« La part des emprunteurs avec un score de crédit
de moins de 660 ( présentant des garanties
limitées) est revenue juste au-dessus de 20 %, la
même que lors du sommet de la titrisation des s ubprimes
en 2006 » , i ndique dans cette étude John Krainer,
économiste de la Banque de réserve
fédérale de San Francisco.
Selon lui, cette part était t ombée à
« prat i quement zéro » au début de
2008.
La t it r i sation des prêts immobiliers subprimes est une
technique qui consistait pour les banques à transformer
ces crédits risqués en titres financiers vendus
sur des marchés ni centralisés ni
régulés.
Avec la chute du prix de l’immobilier, la valeur ces t it res
s’est ef fondrée et a entraîné une cascade
de pertes pour les banques qui ont abouti à la crise
financière et économique mondiale.
M. Krainer note toutefois de t rès fortes
différences entre les subprimes actuels et d’avant-crise.
Actuellement, « les t rois organismes de refinancement
hypothécai re parapubl i cs apportent un soutien sans
précédent au marché immobilier,
détenant ou garantissant près de 95 % des nouveaux
prêts hypothécaires résidentiels »,
note M. Krainer.
Le
privé ne se lance donc presque plus dans un prêt
subprime sans garantie publique.
Par ailleurs, « l’écriture de nouveaux
prêts hypothécaires a considérablement
ralenti ces deux dernières années (...)
L’endettement net des ménages adossé à un
prêt hypothécaire a reculé chaque
trimestre depuis le début de 2006, et est maintenant
négatif pour la première fois depuis les
années 1970 ».
Le volume des subprimes a chuté par rapport à
2006, le marché du prêt immobilier s’étant
effondré en trois ans.
Enfin, la nature des prêts subprimes a changé,
emprunteurs et prêteurs étant obligés de
se conformer aux règles plus strictes de Fannie Mae,
Freddie Mac et Ginnie Mae.
« Les titrisations réalisées en dehors des
organismes parapublics avaient beaucoup plus de
probabilité de comprendre des prêts à taux
variable (...) et de s’accompagner de renseignements
incomplets sur les revenus et actifs de l’emprunteur »,
affirme M. Krainer.
« Avec la vaste majorité du prêt
hypothécaire actuel désormais
intermédié sous une forme quelconque par les
organismes parapublics, il sera difficile pour le
marché immobilier de revenir à la normale
», croit l’économiste.
À ce jour, le Trésor a consacré 95,6
milliards US, et la Réserve fédérale
766,5 milliards US, au sauvetage de ces entreprises.
En dehors d’elles, « la titrisation et les prêts
détenus dans les portefeuilles de prêteurs (
privés) se sont largement taris », souligne
l’auteur de l’étude.
Un an après, qu’est-ce qui a changé?
- ALAIN DUBUC
Qu’est-ce qui
a changé, un an après que la faillite de Lehman
Brothers ait déclenché une réaction en
chaîne qui nous a menés à cette crise
financière historique ? Pas grand-chose.
Il aurait été naïf de croire que cette
crise, aussi sévère soit-elle, n’entraîne
un effondrement du capitalisme ni même
l’avènement d’un nouvel ordre mondial.
L’économie de marché est un modèle
souple, capable de se régénérer. On se
serait cependant attendu que les transformations soient assez
substantielles pour montrer de façon tangible que,
collectivement, nous avions appris de nos erreurs.
Mais, pour reprendre le titre de l’essai que j’ai
consacré à la crise, les démons du
capitalisme sont toujours bien vivants. Les efforts pour mieux
contrôler les marchés financiers sont certes sur
la bonne voie. Cependant, la culture qui a mené
à la catastrophe, celle de l’imprudence, de
l’avidité, de la spéculation, n’est hélas
pas morte, ni même en veilleuse.
Cela tient peut-être au fait que cette crise, aussi
sévère a-t-elle été, n’a pas eu
l’ampleur que l’on avait craint. La récession ne s’est
pas transformée en dépression. La reprise est
arrivée plus vite que prévu. Le système
financier, quoique fragile, n’est plus au bord du gouffre.
Cela a créé un faux sentiment de
sécurité, un retour au «business as
usual», et sans doute un sentiment
d’invulnérabilité chez ceux qui ont
été les principaux responsables de cette crise.
Il y a
heureusement des progrès. Le rôle nouveau que
joue le G20 dans la coordination des actions internationales
est prometteur. Les efforts pour mieux encadrer le monde
financier et pour identifier les risques systémiques
avancent, quoique ce soit long et compliqué. On pourra
mesurer ces progrès la semaine prochaine, lors de la
réunion du G20 à Pittsburgh.
Mais les consensus sont difficiles, les clivages
Europe-États-Unis restent importants, notamment parce
que les Européens ont davantage la
réglementation facile. Et surtout, on ne sait pas
jusqu’où les États-Unis, dont l’intervention est
pourtant essentielle, pourront aller. Le train de
réformes financières – avec un organisme de
protection des consommateurs, un rôle de policier pour
la Réserve fédérale – que le
président Obama défendait encore avec passion ce
lundi à New York, fait face à d’importants
obstacles.
Le président rencontre des résistances
idéologiques similaires à celles qu’il rencontre
en santé: un refus de l’État, un culte du
chacun-pour-soi, le spectre du socialisme. Sa capacité
d’action est limitée par un Congrès et un
Sénat qu’il ne contrôle pas vraiment. Wall Street
réagit mal à cette réforme. Signe d’un
retour à la «normale», le monde financier
reproche au président un interventionnisme qui l’a
pourtant sauvé et que son irresponsabilité avait
rendu nécessaire.
Le plafonnement de la rémunération des
dirigeants d’institutions financières est une autre
pomme de discorde. On a accordé beaucoup d’importance
à cette question, parce qu’elle permet d’exprimer
l’indignation des citoyens, et parce que c’est le seul
élément du dossier qui se prête au
débat public et au discours politique. Les
rémunérations excessives sont surtout
importantes pour ce qu’elles révèlent, la
concentration de la richesse dans le monde financier, au
détriment de l’économie réelle.
La résistance aux réformes du président
Obama, les pratiques de rémunération qui n’ont
pas assez changé, la capacité de Wall Street de
retrouver son euphorie, montrent qu’il a bien du chemin
à faire pour venir à bout de la culture
responsable de la débâcle. Les ravages de la
spéculation, qu’on pense au pétrole ou à
notre dollar, montrent aussi qu’il reste bien du chemin
à faire pour nous protéger des
dérèglements des marchés financiers.
Sortirons-nous grandis de la crise? - ALAIN
DUBUC
Peu d’efforts
ont été déployés pour corriger notre
principal problème économique, notre retard en
productivité.
Plusieurs pays ont tenté de se servir de la crise comme
d’un tremplin, en utilisant les énormes moyens
déployés dans le combat contre la récession
pour rendre l’économie plus compétitive, pour
mieux rebondir et sortir renforcés de l’épreuve.
C’est le sens, par exemple, du plan de relance du
président Obama, qui consacre des ressources importantes
à l’éducation, à la recherche et au
développement durable.L’Ontario
a perdu quelque 234 000 emplois depuis le début de la
récession, notamment dans le secteur automobile.
Est-ce le cas ici? Sortirons-nous renforcés de cette
crise? Ce n’est pas évident du tout. Le risque est grand
que nous nous retrouvions avec exactement les mêmes
problèmes qu’avant, dans un contexte plus difficile, et
avec moins de moyens pour les résoudre.
Pendant que nous étions accaparés par la
récession, nous avons eu tendance à oublier les
enjeux qui semblaient prioritaires avant que la crise
n’éclate. Les lucides se sont inquiétés du
choc démographique et de la crise financière vers
laquelle se dirigeait le Québec. Deux rapports, ceux de
Jacques Ménard et Claude Castonguay, décrivaient
l’impasse du système de santé. Mon essai,
Éloge de la richesse, portait davantage sur les retards
du Québec en termes de productivité et de niveau
de vie. Le même constat peut être fait pour le
Canada où les succès pétroliers de l’Ouest
ont créé une illusion de prospérité
et masqué le fait que le Canada est un pays en perte de
vitesse. Les pertes massives d’emplois en Ontario, 234 000
depuis le début de la récession, illustrent cette
fragilité.
Qu’est-ce qui
nous attend après la crise? Le problème
démographique sera exactement le même. Le
problème financier s’aggravera. Au plan
québécois, la situation était
déjà précaire, avec un endettement
élevé et une marge de manoeuvre nulle. Le dernier
budget de Monique Jérôme-Forget prévoyait
des déficits pour plusieurs années, mais ne
proposait pas de démarche convaincante pour revenir
à l’équilibre. Et le risque est fort que les
choses empirent, si on regarde ce qui se passe du
côté d’Ottawa. Le déficit
fédéral, prévu à 34milliards dans le
dernier budget, a explosé et dépassera
plutôt les 50 milliards.
Quant à la compétitivité de
l’économie, on n’observe aucun progrès notable.
Peu d’efforts ont été déployés pour
corriger notre principal problème économique,
notre retard en productivité. Le budget
fédéral insistait sur des mesures de relance
immédiates – avantages fiscaux ciblés, travaux
d’infrastructures – et contenait très peu de mesures que
l’on pourrait qualifier de structurantes. Dans le budget du
Québec, où l’on trouvait peu de mesures nouvelles,
l’effort de relance reposait essentiellement sur le vaste
programme d’infrastructures déjà en marche.
En sortie de crise, nous nous retrouverons donc avec des
gouvernements endettés, sans marge de manoeuvre,
peut-être forcés d’alourdir le fardeau fiscal, avec
une économie fragilisée, par exemple dans
l’automobile ou la forêt, avec des entreprises qui auront
moins de ressources pour l’investissement. Le tout dans un
contexte politique qui ne favorisera pas autant les efforts de
création de richesse, parce que la crise a
provoqué un glissement idéologique qui renforce la
méfiance à l’égard du secteur privé
et des marchés.
Bien sûr, à court terme, le Québec et le
Canada connaîtront sans doute une embellie. La
récession est moins forte au Canada que dans les autres
pays industrialisés, et elle est moins forte au
Québec que dans plusieurs autres provinces.
Résultat, notre classement pour le niveau de vie
s’améliora sans doute. Mais ce sera une victoire
illusoire, parce qu’elle reposera sur les problèmes des
autres plutôt que sur nos propres succès. Un peu
comme un joueur de tennis qui remporte un match parce que son
adversaire a une cheville foulée.
Wall Street Un air de
déjà-vu...
WASHINGTON —
Wall Street a peut-être trouvé le moyen de se
débarrasser des créances douteuses qui
engorgent les marchés financiers. Le hic, c’est que
le tour de passe-passe rappelle furieusement les
méthodes à l’origine de la crise.
Depuis quelques mois, des banques d’investissement
toilettent en effet de vieux titres adossés à
des crédits immobiliers pour les revendre comme de
nouveaux produits f i nanciers sûrs. Le
caractère douteux des créances se dissout
rapidement dans la masse financière, mais en cas de
défaut d’un maillon de la chaîne, comme cela
s’est produit avec la crise des subprimes (crédits
hypothécaires à haut risque), le marché
s’effondre comme un château de cartes.
« Il y a comme un air de déjà-v u dans t
out c ela » , constate Herbert Kaufman, professeur
d’économie à l’Université d’État
de l’Arizona.
La méthode appliquée de façon un peu
plus transparente cette fois pourrait toutefois
régler l’un des grands problèmes de la crise
financière, souligne-t-il, en recyclant les centaines
de milliers de dollars de crédits
hypothécaires qui encombrent le système et
rendent les banquiers réticents à accorder de
nouveaux prêts.
Ces titres
datent de l’époque de la bulle immobilière.
Pendant la flambée des prix, les banques ont
acheté des créances risquées, leur ont
attaché des c réances plus solides et ont
vendu le tout sous la forme de titres sûrs,
cotés AAA. L’appétit des investisseurs a
encouragé les établissements à accorder
des crédits de plus en plus risqués, y compris
à des emprunteurs qui ne pourraient pas les
rembourser.
Quand l’immobilier s’est effondré, il était
à peu près impossible de déterminer la
valeur de tous ces titres. Les banques et assureurs qui en
possédaient savaient que certains étaient
réellement sûrs et ne voulaient donc pas tout
revendre à bas prix, tandis que les acheteurs
refusaient de payer le prix fort pour des titres dont
beaucoup ne valent plus rien.
L e s ba nques ont donc recommencé ces derniers mois
à proposer des lots comprenant des créances
solides et des créances un peu moins fiables,
à des prix abordables. Et les nouveaux titres
adossés à des créances
immobilières reçoivent le label « AAA
» qui rassure les investisseurs peu tentés par
le risque. Quant aux dernières créances
vraiment pas présentables, elles sont
écoulées pour quelques sous à des
investisseurs et des fonds d’investissement à risques
prêts à tenter leur chance dans l’espoir de
rafler la mise.
Pour le professeur Kaufman, cette nouvelle vague de
titrisation représente cependant moins de risque que
la précédente ca r les acheteurs connaissent
la composition des lots. « Nous sommes revenus
à la cuisine financière,
indéniablement, mais je crois qu’au moins c’est fait
différemment qu’avant la crise »,
explique-t-il.
Les titres AAA sont proposés par les banques à
des fonds de pensions, des compagnies d’assurance et autres
investisseurs tenus à des placements sûrs. Le
danger étant que si le marché immobilier
continue de s’effondrer, même l es i nvest i ssements
AAA deviennent risqués. En outre, le système
repose largement sur la clairvoyance des agences de
notation, qui ont mal évalué le risque au
coeur de la crise des subprimes.
Dette publique mondiale Explosion de 45% entre
2007 et 2010
PARIS — La
dette publique mondiale aura gonflé de près de
45% entre 2007 et 2010, soit une augmentation de 15 300
milliards US, et devrait atteindre l’année prochaine 49
300 milliards US en raison de la crise, selon un rapport de
l’agence financière Moody’s.
PHOTO ARCHIVES REUTERS/NASA
Près de 80% de la hausse de la
dette publique mondiale sera supportée par les sept
pays les plus avancés du globe (États-Unis,
Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Canada) qui
« ont été les plus durement
touchés par la crise », selon Moody’s.
À elle seule, la hausse de 15 300 milliards US
représente plus de 100 fois le coût du Plan
Marshall (ajusté de l’inflation) que les
États-Unis avaient mis en oeuvre au sortir de la
Deuxième Guerre mondiale pour aider à la
reconstruction de l’Europe, note l’agence dans un
communiqué transmis hier à l’AFP.
Près de 80% de cette hausse sera supportée par
les sept pays les plus avancés du globe
(États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni,
Italie et Canada) qui « ont été les plus
durement touchés par la crise », selon Moody’s.
Sur l’ensemble du globe, la part de la dette publique par
rapport au produit intérieur brut ( PIB) devrait passer
de 63% en 2008, un creux depuis 10 ans, à 80% l’an
prochain, est-il indiqué.
« Avec la récession qui a touché la
plupart des pays en 2009, le poids de la dette (le paiement
des intérêts aux créanciers) devient plus
difficile à porter », écrit Moody’s.
Seuil symbolique
Un seuil symbolique sera bientôt atteint. Selon
l’Organisation de coopération et de
développement économique (OCDE), les 30 pays les
plus avancés du globe verront leur dette publique
grimper jusqu’à 100% de leur richesse produite en 2010,
signalant le quasi-doublement de leur endettement en 20 ans.
Le Japon verrait sa dette publique flirter avec les 200% de
son PIB, suivi par l’Italie (127,3%), selon ces
prévisions.
Les causes de cette flambée sont connues – chute des
recettes fiscales liée à la récession,
flambée des dépenses publiques pour soutenir
l’économie – mais ses conséquences le sont
moins.
« Une
dette à 100% du PIB signifie que tout ce qui a
été produit pendant un an devrait être
consacré au remboursement. Les gouvernements sont-ils
en situation de le faire? » s’interroge Cinzia Alcidi,
du Centre for European Policy Studies.
La question n’est pas purement rhétorique. Si les
marchés venaient à douter de la capacité
de remboursement des États développés,
ils pourraient se détourner de leurs titres publics
(bons du Trésor...) et assécher leur circuit
d’approvisionnement en argent frais.
« Si la dette continue à grimper, on peut
très bien imaginer qu’un pays ait du mal à se
financer », observe Jean Pisani-Ferry, du centre
d’études Bruegel.
Sans aller jusqu’au scénario noir de la faillite d’un
État, comme l’Argentine à la fin de 2001, cette
défiance des marchés aurait un coût.
« Si l’endettement se poursuivait, cela pourrait
à terme être négatif » pour la bonne
notation des États développés, qui leur
permet d’emprunter à taux réduits,
prévient Brian Coulton, de l’agence Fitch.
Un cercle vicieux pourrait s’enclencher. Contraints de relever
les intérêts qu’ils payent à leurs
créanciers, les États verraient la charge de la
dette s’alourdir et pourraient s’endetter de nouveau pour y
faire face. « C’est cela qui rend la dette explosive
», souligne l’économiste Michel Aglietta.
Selon un « scénario extrême » de la
Société Générale, l’endettement
pourrait même provoquer « une nouvelle
récession ». Et face à cette situation,
les solutions ne sont pas légion.
Sur le papier, le retour de la croissance permettrait de
réduire les déficits et le recours à
l’emprunt public, mais cette éventualité est
« très incertaine » en raison de la
timidité de la reprise, selon Brian Coulton.
Les solutions de rechange semblent donc réduites.
« Il faudra augmenter les impôts ou couper dans
les dépenses publiques », résume Jean
PisaniFerry. Et il faudra choisir le bon moment pour le faire
pour ne pas étouffer la reprise.
Attention à la dette! avertit le FMI
WASHINGTON —
Le Fonds monétaire international (FMI) a adressé
hier une mise en garde aux pays avancés en jugeant que
leur dette publique devrait at t ei ndre en moyenne 120% de
leur PIB en 2014, et les a exhortés à «
agir sur de nombreux fronts pour la réduire ».
Avec la montée des dépenses de relance publiques
pour sortir leur économie de la crise, les pays
avancés devraient voi r l eur det t e publ i que
atteindre 120% de leur PIB en moyenne en 2014, estime Carlo
Cottarelli, directeur du département des affaires
budgétaires du Fonds, dans un entretien mis en ligne
sur le site internet de l’institution.
Notant que la hausse de la dette publique dans les pays
avancés est « sans précédent en
temps de paix », M. Cottarelli estime que les
gouvernements concernés devront « agir sur
plusieurs fronts » pour éviter que le fardeau de
la dette ne vienne couler leur économie, alors qu’ils
feront face au « choc démographique » que
représente le vieillissement de leur population.
Selon lui, « afin de ramener la dette publique à
environ 60% du PIB dans les 20 ans à venir », les
pays avancés devront passer de déficits
budgétaires représentant 3,5 % du PIB en
moyenne, à des excédents de l’ordre de 4,5 %.
Pour le
responsable du FMI, « cela implique des réformes
pour maintenir les dépenses de santé et de
retraite à un niveau constant par rapport au PIB
», mais aussi un gel des dépenses publiques par
tête ou encore des efforts plus grands dans le domaine
de la lutte contre l’évasion fiscale, ou la mise en
oeuvre de taxes contre les émissions de carbone.
Dans ce même entretien, José Vinals, directeur du
département des marchés financiers et
monétaires du Fonds, déconseille fermement aux
autorités politiques et monétaires de laisser
filer l’inflation pour alléger le poids de la dette.
« Ça serait vraiment une mauvaise idée
», dit-il, estimant que les risques induits par une
forte hausse des prix (5 % dans son exemple) « ne valent
pas le coup » d’être tentés au vu des
résultats que l’on peut en attendre sur la dette.
« Nous savons par expérience qu’une hausse de la
dette peut conduire à des pressions accrues sur les
banques centrales pour qu’elles en baissent le coût du
financement », ajoute-t-il, exhortant les gouvernements
à « soutenir totalement l’indépendance de
leur banque centrale ».
L’Amérique latine aura besoin de 400
milliards US en prêts... mais la caisse mondiale est
à sec !...
MIAMI — Les
gouvernements latinoaméricains auront besoin de
prêts d’une somme cumulée de 350 à 400
milliards US en 2010 pour faire repartir leurs
économies après la crise financière, a
estimé hier une responsable de la Banque mondiale.
L’obtention de ces prêts ne sera pas facile, y compris
pour des projets d’investissements, a mis en garde la
viceprésidente de la Banque mondiale pour
l’Amérique latine et les Caraïbes, Pamela Fox.
Les
liquidités disponibles seront en effet en
quantité limitée à cause de
l’énorme demande mondiale, en particulier celle
provenant des plans de relance des pays
développés. « À la suite de la
crise, les emprunts d’État ont atteint des niveaux
inimaginables jusque-là », a souligné Mme
Fox qui s’exprimait à Miami devant la Conférence
des Amériques, réunissant dirigeants et
représentants du service public des pays de la
région.
Malgré une plus grande intervention dans
l’économie, les États disposent de moyens
d’action limités et « exigent plus des citoyens
qui paient des impôts, en particulier ceux qui ont les
plus hauts revenus et qui doivent s’attendre à subir
une pression fiscale accrue », a-t-elle dit.
Mme Fox a souligné que, selon l’Organisation pour la
coopération et le développement
économique (OCDE), moins de 4% des revenus des
États en Amérique latine proviennent de
l’imposition des personnes, comparativement à 27% dans
les pays industrialisés.
La question à 8000 milliards -
Michel Girard
Le quart des grandes multinationales américaines a
bouclé l’année 2008 dans le rouge
Au cours de la
seule année 2008, la Bourse américaine a vu sa
capitalisation boursière (la valeur totale des actions
négociées) fondre 8000 milliards US, soit de
41%.
V ous vous demandez encore pourquoi Wall Street vient de
traverser sa pire crise depuis la grande dépression des
années 30
PHOTODANIEL ACKER, BLOOMBERG
Si le S& P 500 de la Bourse de New York s’est
effondré de 56% lors du présent bear market,
c’est parce que l’indice phare de Wall Street n’a jamais vu un
si grand nombre de ses entreprises composantes subir d’aussi
lourdes pertes.
Selon le magazine The Fortune, pas moins de 128 des 500 plus
grandes multinationales américaines ont bouclé
l’année 2008 dans le rouge, affichant ainsi de
colossales pertes de quelque 520 milliards US, soit 4,2 fois
plus qu’en 2007.
Du jamais vu depuis la création de Wall Street! Lors de
la seule année 2008, les pertes de ces 128 entreprises
ont atteint à elles seules le total des pertes
accumulées lors des cinq précédentes
années par les entreprises déficitaires du
S& P 500. Bon an, mal an, environ une cinquantaine de
multinationales inscrites à la cote de l’indice
américain bouclent l’année dans le rouge.
C’est l’éclatement de la bulle américaine des
subprimes hypothécaires, à partir du
deuxième semestre de 2007, qui a entraîné
la planète entière dans la plus grave crise
financière et boursière des sept
dernières décennies. L’écroulement de
Wall Street a provoqué l’effondrement de toutes les
grandes places boursières du monde, alors que les
baisses moyennes, entre le haut et le creux du dernier cycle
baissier, oscillaient autour des 55%.
Maintenant, pour vous montrer à quel point Wall Street
est extrêmement tributaire de la rentabilité des
multinationales de son principal indice, le S& P 500,
regardons le désastreux impact que les 128 entreprises
déficitaires ont eu en 2008 sur l’ensemble de la Bourse
américaine.
Au cours de la seule année 2008, la Bourse
américaine a vu sa capitalisation boursière (la
valeur totale des actions négociées) fondre 8000
milliards US, soit de 41%.
Pour bien
comprendre l’impact de ce dégonflement de 8000
milliards de la Bourse américaine sur les portefeuilles
des investisseurs et des caisses de retraite, sachez que cela
représente plus de la moitié du PIB des
États-Unis. Autre comparaison significative : les
pertes boursières de Wall Street en 2008
équivalaient à cinq fois le PIB du Canada!
Comme vous pouvez le constater, il ne semble pas, de prime
abord, y avoi r de commune mesure entre les réelles
pertes enregistrées par les multinationales
américaines et l’ampleur des pertes boursières,
lesquelles sont 16 fois plus élevées (8000
milliards/500 milliards). Convenons qu’i l s’agit ici d’un
épouvantable ef fet multiplicateur.
Comment peut-on justifier pareil effet multiplicateur des
pertes ? La réponse r é s i de en pa r t i e da
ns l ’ i mpac t psychologique dévastateur que les
déficits des 128 multinationales américaines ont
eu sur le moral non seulement des actionnaires de ces
entreprises, mais également sur celui de tous les
investisseurs.
À cela, il faut bien entendu ajouter la baisse
généralisée en 2008 de la
profitabilité de l’ensemble des milliers d’entreprises
inscrites à la cote des Bourses américaines. Il
ne faut jamais oublier que la valeur boursière des
titres négociés à la cote des grandes
Bourses est tributaire des bénéfices
déclarés, du genre de 15 à 20 fois les
bénéfices, selon le secteur dans lequel oeuvrent
les entreprises.
Pas d’odeur
Il est bien connu que l’argent n’a pas d’odeur.
C’est tellement vrai que les plus grands capitalistes du monde
ont fait le pied de grue devant les gouvernements pour que ces
derniers les sauvent de la catastrophe. Ils les ont même
acceptés comme actionnaires de contrôle dans
plusieurs cas.
Mais quelle ouverture d’esprit, en échange des
centaines de milliards de dollars tirés directement des
coffres de l’État. C’est ainsi que le gouvernement
Obama est notamment devenu le principal actionnaire des cinq
pires entreprises du S& P 500, soit de AIG, Fannie Mae,
Freddie Mac, General Motors et Citigroup.
Le retour de la dette publique - RUDY
LE COURS
Les
États-Unis et le RoyaumeUni appartiennent aux
résilients tandis que l’Espagne et l’Irlande, toutes
deux décotées par S& P, appartiennent aux
vulnérables.
Cette distinction indique que la hauteur de la dette n’est pas
un critère unique d’évaluation. D’ailleurs,
quand on considère la dette nette, c’est-à-dire
cette qui prend en compte la valeur des actifs des pays (voir
tableau) on constate que la situation du Royaume-Uni n’est pas
aussi dégradée que celle de l’Italie et du
Japon, bien qu’elle ait beaucoup à envier à
celle du Canada.
Selon la classification de S& P, seuls 15 pays ont droit
à la note AAA qui permet à ses détenteurs
d’emprunter à moindre coût. Les États-Unis
se classent 14e à ce palmarès. « Il y a
à peine un an, S& P suggérait que Fannie et
Freddie pourraient faire perdre aux États-Unis sa
médaille AAA s’ils devaient venir à leur
rescousse », rappelle Douglas Porter, économiste
en chef adjoint chez BMO marchés des capitaux. On sait
depuis que les deux sociétés
N’empêche. Les seules mesures de l’administration Obama
porteront la dette américaine à hauteur de 90%
du PIB l’an prochain, selon le FMI. Celles annoncées
par les ministres des Finances canadiens porteront la
nôtre aux environs de 65%.
Conséquence
La
conséquence immédiate de la
détérioration des finances publiques
américaines, c’est le coût de leur financement et
la perte d’attrait du billet vert.
« Pour les agences de notation de crédit, le cas
des États-Unis représente un problème
intéressant au cours de la prochaine année
», écrivaient la semaine dernière Erik
Nilsson et Mary Webb économistes chez Groupe Banque
Scotia dans l’hebdo Capital Points.
Les Américains sont loin toutefois d’être les
plus mal en point. Une étude récente du FMI fait
des projections à l’horizon 2050 du coût relatif
de la récession actuelle et du vieillissement de la
population. Le Canada s’en sort le mieux parmi les pays
avancés du G20 avec un coût de 1,9% du PIB contre
6,4% pour les États-Unis et 7,9% pour le Royaume-Uni.
LesAméricainsonttoutefois un immense avantage
théorique sur les Britanniques, voire sur les
Canadiens. L’État a recouru jusqu’ici beaucoup moins
à son pouvoir de taxation: 33% du PIB, contre 38% pour
le Canada et 40% pour le RoyaumeUni. « Contenir les
pressions liées au vieillissement sera peut-être
la clé pour apaiser les craintes de solvabilité
fiscale au cours de la prochaine décennie, croit
Stéfane Marion, économiste en chef à la
Financière Banque Nationale. Comparée à
celle de ses pairs, la situation des États-Unis ne
paraît pas désespérée. »
Resteundéfide taille. Comment taxer davantage dans un
pays où une bigoterie étrange associe
impôts au viol de propriété ou à
une entrave à la liberté? Pas facile non plus de
diminuer les dépenses au moment où une
réforme de la sécurité sociale devient
d’autant plus pressante que les entreprises exigent des
concessions à leurs travailleurs dans la couverture des
soins de santé et des médicaments.
Des pays européens au bord du gouffre
— Un homme
portant des chaussures noires impeccablement cirées se
tient en équilibre précaire sur le rebord du
toit d’un gratte-ciel. Menacée
de
décote, la Grande-Bretagne est en mauvaise posture.
Des analystes réclament la tête du premier
ministre Gordon Brown.
L’image, utilisée dans la presse londonienne pour
accompagner un article sur l’économie anglaise,
illustre, par l’extrême, les difficultés
éprouvées par le gouvernement de Gordon Brown.
L’agence de cotation Standard and Poor’s, dans un avis qui a
eu l’effet d’un coup de canon, a prévenu la semaine
dernière qu’elle pourrait retirer au pays sa note de
crédit AAA en raison de la détérioration
des finances publiques.
« Même en assumant des restrictions fiscales
additionnelles... la dette gouvernementale nette pourrait
s’approcher de 100% du produit intérieur brut et
demeurer à ce niveau à moyen terme », ont
prévenu les analystes de l’agence, qui attribue sa note
maximale aux pays honorant toujours leurs dettes.
La mise en garde était prévisible au dire d’un
chroniqueur du Daily Telegraph, Simon Heffer, qui parle d’une
dette « massive, insoutenable, susceptible de plonger le
pays en faillite ». « Les investisseurs potentiels
devaient être avisés de la situation », a
indiqué le journaliste, qui s’inquiète de
l’introduction possible de nouveaux impôts pour
compenser le manque à gagner.
« Ce serait un trou dans la tête dont nous n’avons
tout simplement pas besoin », a relevé M. Heffer,
qui réclame le départ de M. Brown.
Le dirigeant britannique peut se consoler, un brin, en prenant
acte du fait qu’il est loin d’être seul à
naviguer en eau trouble par les temps qui courent.
En témoigne notamment le fait que quatre autres pays –
l’Irlande, la Grèce, l’Espagne et le Portugal – ont
récemment subi des décotes en raison de
l’état de leurs comptes publics. Il ne reste plus
qu’une demi-douzaine de pays européens disposant de la
note AAA.
« Tous
les pays sont plus ou moins menacés (de décote)
dans le contexte actuel », souligne Mathieu Plane, de
l’Observatoire français des conjonctures
économiques (OFCE).
Pour endiguer la crise, la quasitotalité des
États de la zone ont mis de l’avant de coûteux
plans de relance, incluant de généreuses mesures
de soutien aux banques, qui pèsent lourdement sur les
finances publiques.
Le ralentissement économique réduit
parallèlement les rentrées d’argent des
gouvernements, qui doivent emprunter massivement pour financer
leurs opérations.
Dans le contexte actuel de « défiance
généralisée », nombre
d’investisseurs privés sont prompts à se tourner
vers les obligations étatiques, limitant le coût
à payer en terme d’intérêts, souligne M.
Plane. La donne risque cependant de changer dans les
années qui viennent lorsque les capitaux recommenceront
à affluer vers le secteur privé.
La pression se fera plus forte pour réduire les
dépenses publiques, limitant d’autant les perspectives
de croissance.
« On risque fort de passer d’une crise qui se voulait
conjoncturelle à une crise structurelle »,
prévient l’économiste de l’OFCE, qui ne
prévoit pas un retour à la croissance sur le
continent avant le second trimestre de 2010.
Plusieurs pays, en particulier en Europe de l’Est, sont
déjà obligés de réduire dans leurs
dépenses pour rétablir leur bilan. C’est le cas
notamment de l’Ukraine, de la Lettonie et de la Hongrie, qui
ont dû faire appel au Fonds monétaire
international pour éviter la déroute
complète.
Ces coupes, alors que flambe le chômage, risquent
d’augmenter les tensions sociales. Une évidence
rappelée il y a quelques jours par le président
de la Banque mondiale, Robert Zoellick.
« Si l’on ne prend pas de mesures, il existe un risque
d’arriver à une grave crise humaine et sociale avec des
implications politiques très importantes »,
a-t-il déclaré la fin de semaine
dernière.
Le FMI s’inquiète pour les banques
britanniques
— Le Fonds
monétaire international ( FMI), qui prévoit une
sévère récession de l’économie
britannique cette année, avant le retour à une
très maigre croissance en 2010, a mis en garde hier
contre la fragilité persistante des banques du pays et
la flambée de la dette publique. Le FMI
a salué les efforts du gouvernement de Gordon Brown
et de la Banque d’Angleterre pour relancer l’économie
et sauver les établissements financiers en
difficulté, mais a adressé une sérieuse
mise en garde contre la fragilité persistante du
secteur bancaire britannique et la flambée de la
dette publique.
« Les perspectives économiques sont très
incertaines » pour le Royaume-Uni, et même si
« des indicateurs récents suggèrent que
l’activité économique a commencé à
se stabiliser, la reprise sera vraisemblablement lente et
limitée », a résumé l’institution
sise à Washington, dans son rapport annuel sur
l’économie britannique.
Le FMI a confirmé à cette occasion ses
prévisions pour le Produit intérieur brut ( PIB)
britannique, tablant toujours sur une contraction de 4,2 %
cette année, avant un maigre rebond de 0, 2 % en 2010,
comme i l l’avait indiqué au début du mois dans
ses dernières projections économiques mondiales.
Le FMI a ajouté s’attendre à une poursuite de la
hausse du chômage, à 9 % l’an prochain au sens du
BIT. Il a déjà atteint 7,6 % sur les trois mois
achevés en mai, un nouveau sommet depuis 12 ans, selon
les statistiques officielles.
L’organisation, dirigée par le f rançais
Dominique StraussKahn, a salué les efforts du
gouvernement de Gordon Brown et de la Banque d’Angleterre pour
relancer l’économie et sauver les établissements
financiers en difficulté.
Mais el l e a a d r e s s é u ne sérieuse mise
en garde contre la fragilité persistante du secteur
bancaire britannique et la f lambée de la dette
publique, appelant à un redressement des comptes
publics une fois la crise passée.
« Les vulnérabi l i t és sousjacentes de
l’économie britannique sont assez considérables
», a souligné Ajai Chopra, chef de la mission du
FMI auprès de la Grande-Bretagne, en présentant
le rapport.
Concernant la
dette publique, qui devrait doubler sur cinq ans, à
100% du PIB, il a affirmé que « le Royaume-Uni a
eu jusqu’ici le bénéfice du doute » sur
les marchés financiers, que ce soit le marché
obligataire ou le marché des changes, mais que «
cela ne durera pas éternellement ».
« Le gouvernement doit faire attention à ne pas
tester les limites de la confiance des marchés »
et devra prendre des mesures pour restaurer l’équilibre
des finances publiques, s’il ne veut pas s’aliéner les
investisseurs, at-il prévenu.
En ce qui concerne la santé des banques britanniques,
« le secteur financier a été gravement
malade, a été emmené aux urgences, et
stabilisé, mais il n’est pas suffisamment
rétabli pour recommencer à prêter »
aux entreprises et aux ménages, a-t-il estimé,
ajoutant qu’« il est important de renforcer les capitaux
des banques ».
Cependant, le FMI a refusé de se laisser
entraîner dans la polémique sur les
dépenses publiques qui monte depuis plusieurs mois
entre le gouvernement travailliste et l’opposition
conservatrice, à l’approche des élections
générales qui se tiendront au plus tard en juin
2010.
Le gouvernement accuse l’opposition de vouloir tailler dans le
budget au risque de compromettre la reprise, et les
conservateurs accusent en retour le premier ministre de mener
les finances du pays à la ruine.
Il a souligné qu’il serait «
prématuré » de commencer à
réduire dès maintenant les dépenses
publiques, mais qu’on pouvait néanmoins «
commencer à réfléchir dès
maintenant à la taille des ajustements
nécessaires ».
« Le calendrier (des mesures de redressement
budgétaire) est de la responsabilité des
autorités, elles doivent s’assurer qu’elles seront en
mesure de prendre des engagements », et « elles ne
doivent pas se précipiter, ni traîner en longueur
», a indiqué M. Chopra.
LE CANADA S’ENFONCE DANS LE ROUGE... MAIS MOINS QU’AVANT
« Les
administrateurs (du FMI) ont félicité le Canada
de ses résultats macroéconomiques remarquables,
de la solidité de son cadre d’action et de sa
démarche anticipatoire face à la crise. »
En admettant hier que le déficit budgétaire pour
l’année en cours allait dépasser les 50
milliards de dollars, leministre desFinances Jim Flaherty
établit un triste record : son nom sera associé
au pire déficit nominal de l’histoire canadienne.
L’abysse précédent appartient au
progressiste-conservateur Don Mazankowski qui avait
signé en 1993 un budget où les dépenses
excédaient les revenus de 42 milliards.
Lui-même inscrivait cette triste marque en
défonçant le creux de 38 milliards établi
par Marc Lalonde en 1984.
Les budget s La l onde et Mazankowski ont été
présentés au moment où le Canada sortait
de récessions peut-être encore plus graves que
celle qui l’afflige aujourd’hui.
M. Flaherty s’était engagé cet hiver à
créer cinq déficits d’affilée qui
devaient totaliser 84,8 milliards. Celui de l’exercice en
cours avait été fixé à 33,7
milliards.
Depuis, Ottawa a accepté de compenser l’Ontario pour
l’harmonisation de sa taxe de vente à la TPS
fédérale.
Ottawa lui versera en tout 4,3 milliards en 2010 et 2011, qui
viendront s’ajouter aux déficits fédéraux
déjà annoncés de 29,8 et de 13 milliards
pour les années fiscales 2010-2011 et 2011-2012.
À ce rythme, le cap des 100 milliards en cinq ans est
déjà franchi. tera environ 3,3% et près
de 4%, s’il devait se creuser jusqu’à 60 milliards.
Celui de Washington dépasse les 10%.
M. Flaherty a
l’avantage de gérer la récession au moment
où les finances publiques font l’envie des autres pays.
Vendredi encore, le Fonds monétaire international
n’avait que de bons mots pour le
Mais même à 50 milliards cette année, le
budget de M. Flaherty représente un fardeau moins lourd
que celui de M. Lalonde car la taille de l’économie
canadienne est bien plus grande. Les 38 milliards de
l’ex-ministre libéral correspondaient à 8,6% du
PIB exprimé en dollars courants. Celui de M. Flaherty
représenCanada. « Les administrateurs (du FMI)
ont félicité le Canada de ses résultats
macroéconomiques remarquables, de la solidité de
son cadre d’action et de sa démarche anticipatoire face
à la crise », lit-on dans leur note d’information
au public. Ils ont appelé les autorités à
rester vigilantes et à se tenir prêtes à
agir si (d)es risques peu probables se matérialisaient.
»
Déclin démographique
À moyen terme, le Canada reste confronté
à son déclin démographique. Il
réduira le potentiel de croissance de notre
économie, à moins qu’il ne soit compensé
par des gains de productivité. Au cours des
dernières années, ces faibles gains ont
représenté le point le plus faible du bulletin
économique du pays.
« Pour revenir à l’équil ibre, le
gouvernement devra récupérer l’argent qu’il a
beaucoup dépensé alors que le potentiel diminue,
note d’ailleurs Yves Saint-Maurice, économiste en chef
adjoint au Mouvement Desjardins. Cela suppose donc une
diminution des dépenses et/ou une augmentation de la
taxation. »
On mesure ici mieux l’ampleur du dégât fiscal
causé par l’abaissement de la TPS. Dans son
énoncé budgétaire de janvier, le ministre
Jim Flaherty estimait que la baisse de un point de pourcentage
entrée en vigueur le premier janvier 2008 l’avait
privée de 11,9% de revenus à ce chapitre. En
fait, de 2007-2008 à 2009-2010, les recettes de la TPS
passent 29,9 milliards à 25,8 milliards, soit un manque
à gagner sur deux ans de quelque 7,8 milliards.
Il faut en fait au moins doubler ce chiffre puisque
c’était la deuxième baisse de la TPS
annoncée par le gouvernement de M. Harper.
Cela dit, la brutalité de la récession s’est
fait sentir surtout durant l’hiver, soit pendant
l’année financière 2008-2009. Le léger
déficit de 1,1 milliard annoncé en janvier pour
cette année s’est sans doute alourdi.
Il n’est pas non plus impossible que la reprise apporte, plus
tard cette année, des recettes dont M. Flaherty ne voit
pas l’ombre aujourd’hui. « Tout reste conditionnel
à l’état de l’économie canadienne au
deuxième semestre, souligne Stéfane Marion,
économiste en chef à la Financière Banque
Nationale.
Bernanke plaide pour une réduction du
déficit
WASHINGTON
— Le président de la Réserve
fédérale américaine (Fed), Ben
Bernanke, a demandé hier aux États-Unis de
réduire leur déficit budgétaire et
à des pays comme la Chine de pousser leurs
consommateurs à dépenser plus.
Les déclarations faites par le patron de la Fed au
cours d’une conférence de la Réserve
fédérale à Santa Barbara, en
Californie, visent à réduire les
déséquilibres internationaux et font
écho aux engagements pris par les dirigeants du G20
lors du sommet de Pittsburgh en septembre dernier.
Elles interviennent aussi quelques jours après
l’annonce par les autorités américaines
vendredi d’un déficit de 1420 milliardsUS pour
l’année financière 2009, qui s’est
achevée le 30 septembre. Le déficit de
l’année précédente s’élevait
à 459 milliardsUS.
« Le plus grand défi qui se pose à
moyen terme tant pour l’Asie que pour les
États-Unis est d’arriver à une croissance
économique plus équilibrée et, par la
même occasion, de réduire davantage les
déséquilibres mondiaux », a
déclaré M. Bernanke.
Pour cela, a-t-il déclaré, « les
États-Unis doivent augmenter leur taux
d’épargne national » et « la
façon la plus efficace d’y parvenir » passe
par un « engagement clair » des
autorités de Washington « à
réduire le déficit » à long
terme.
De leur côté, « la plupart des
économies d’Asie » doivent « agir...
pour faire augmenter leur demande intérieure
», a ajouté M. Bernanke, selon le texte de
son allocution distribuée à la presse.
Avec la crise, les ménages américains ont
commencé à épargner davantage, et le
déficit des comptes courants s’est réduit,
tandis que, dans de nombreux pays d’Asie, des mesures de
relance ont permis de doper la demande intérieure.
Mais avec la reprise, « les
déséquilibres pourraient
réapparaître d’eux-mêmes », a dit
M. Bernanke, qui s’exprimait au cours d’une
conférence sur « l’Asie et la crise
financière mondiale ».
«
Nous devons éviter à tout prix que les
déséquilibres non viables, en matière
de commerce et de flux de capitaux, ne cessent de
s’aggraver », a ajouté M. Bernanke, dont les
arguments rejoignent ceux déjà
exprimés par le Fonds monétaire
international (FMI) et les engagements pris par les pays
avancés et émergents réunis dans le
G20.
Le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, a
redit vendredi la volonté du gouvernement de
ramener le déficit à des « niveaux
viables à mesure que l’économie se
reprendrait », mais n’a pas précisé la
façon dont il comptait s’y prendre. M. Bernanke
avait estimé le 1er octobre que le maintien de
déficits budgétaires élevés
risquait à long terme de menacer le statut du
dollar comme monnaie de réserve de
référence.
Ouverture des marchés
Revenant hier sur les effets de la crise financière
sur l’Asie, M. Bernanke a estimé que celle-ci avait
renforcé « l’engagement » des pays de
ce continent en faveur d’une « croissance
tirée par les exportations, soutenue par de forts
excédents des comptes courants et une accumulation
des réserves de changes ».
De ce point de vue, a-t-il ajouté, « la
réponse de l’Asie à la crise semble loin
d’avoir été efficace ».
Notant que les échanges commerciaux «
semblent avoir été une courroie de
transmission de la crise » à « presque
toutes les économies d’Asie » et que celles
dont le système financier était le plus
ouvert ont le plus souffert du ralentissement, le chef de
la Réserve fédérale a exhorté
une nouvelle fois les dirigeants de la planète
à « résister fortement au
protectionnisme et à l’érection de
barrières aux flux de capitaux ».
« Il y a des preuves considérables montrant
que l’ouverture favorise une croissance économique
plus forte sur le long terme », a-t-il dit.
La tentation - JEAN-PASCAL BEAUPRÉ
La chute
surprenante du taux de chômage à 8,4% et la
création de 92 000 emplois à temps plein en
septembre sont des signaux supplémentaires que
l’économie canadienne prend du mieux.
Ces données encourageantes s’ajoutent à
l’explosion de 61% de la revente des maisons depuis le
début de 2009 qui a été
annoncée mercredi. Cette augmentation avait
déjà poussé les économistes de
la BanqueTD à soulever l’éventualité
d’un relèvement des taux d’intérêt
dans un proche avenir.
L’Australie a lancé le bal en haussant son taux de
base à 3,25% mardi. Les cambistes ont
été prompts à prédire que le
Canada serait le prochain pays industrialisé
à emboîter le pas. La prudence s’impose
toutefois avant de tenir pour acquis que le taux directeur
figé à 0,25% décollera du plancher
auquel il est cloué depuis le printemps.
Tout comme l’Australie, le Canada peut compter sur un
système bancaire très solide. Tous deux ont
mieux résisté à la crise
économique. Leur marché immobilier a aussi
bien tenu le coup. Mais là s’arrêtent les
similitudes.
L’Australie a évité la récession
technique et n’a connu qu’un trimestre de PIB
négatif. On y a même enregistré une
croissance de 1% au premier semestre de 2009. Au Canada,
l’économie a régressé pendant trois
trimestres. Et en juillet, nous avons connu un faux
départ avec une croissance nulle du PIB.
La
différence majeure a trait au commerce
extérieur des deux pays. L’économie
australienne a été revigorée par le
plan de stimulation de la Chine, son principal partenaire.
Quant au Canada, il fait principalement affaire avec les
États-Unis, qui ont toutes les misères
dumonde à s’extirper de la crise. Leurs 263 000
pertes d’emplois le mois dernier en sont une
éclatante illustration.
En augmentant son taux directeur, la banque centrale
australienne veut éviter que le taux d’inflation ne
s’emballe. Encore là, rien à voir avec la
situation canadienne, où les prix à la
consommation sont stables.
Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney,
multiplie les mises en garde contre la hausse
accélérée de la valeur du dollar,
dommageable pour les exportations canadiennes, qui sont
d’ailleurs retombées de 5% en août.
Malheureusement, son appel n’a pas été
entendu: le huard avoisine maintenant les 96 cents.
Augmenter les taux ne ferait que propulser le huard
davantage.
Néanmoins, il y a quelques jours, M. Carney a mis
un bémol sur son engagement de ne pas toucher au
taux directeur avant la mi-2010. Il viendra bien sûr
un temps où la banque centrale devra resserrer sa
politique monétaire pour ne pas mousser l’inf
lation. Mais il faut d’abord s’assurer qu’une
remontée des taux ne contribuera pas à tuer
la reprise dans l’oeuf. Pour cela, on devra observer une
croissance du PIB et des emplois dans le secteur
privé, ce qui n’est pas le cas présentement.
Compte
tenu des statistiques optimistes des derniers jours, la
tentation sera forte pour la Banque du Canada de
dégeler les taux. Il reste à savoir combien
de temps elle saura y résister.
WASHINGTON Un second plan de relance
n’est pas nécessaire
WASHINGTON
— Le chef de la majorité démocrate de la
Chambre des représentants américains, Steny
Hoyer, a indiqué hier qu’un second plan de relance
de l’économie n’était pas nécessaire,
malgré les mauvais chiffres de l’emploi
publiés vendredi dernier.
« Je ne suis pas prêt à étudier
un second plan de relance » alors que « nous
sommes en train de déployer les fonds » du
premier, a déclaré M. Hoyer lors de son
point de presse hebdomadaire, en réponse à
une question sur les chiffres de l’emploi pour le mois de
septembre.
Le président Barack Obama a promulgué en
février un vaste train de mesures de 787 milliards
US sur trois ans, destiné à faire
redémarrer l’économie. La Maison-Blanche a
indiqué lundi qu’elle n’avait « aucun plan
» en préparation pour de nouvelles mesures de
relance budgétaire.
« J’ai été déçu par les
chiff r es du c hômage, comme tout le monde »,
a poursuivi M. Hoyer. « Toutefois, je me
réjouis de voir que les chiffres des trois derniers
mois de la précédente administration »
étaient moins bons que ceux des « trois
derniers mois ».
M. Hoyer
a toutefois indiqué qu’il fallait « garder
à l’esprit la possibilité de distiller de
nouvelles mesures d’encouragement ».
Abordant la situation des personnes ayant perdu leur
couverture de maladie à la suite de la perte d’un
emploi, i l a expliqué que l ’administration devait
« s’assurer qu’elles puissent faire le pont entre le
chômage et le retour à l’emploi ».
À ce titre, il a évoqué la
possibilité d’une « extension de la
durée des allocations de chômage ».
Le département du Travail a annoncé vendredi
que 263 000 emplois nets avaient été
éliminés en septembre, ce qui a fait monter
le taux de chômage à 9,8 %, comparativement
à 9,7 % le mois précédent.
Paul Krugman, lauréat du prix Nobel
d’économie 2008, a plaidé vendredi dans le
New York Times pour de nouvelles mesures de relance
budgétaire.
Trop tôt pour un autre plan de
relance, dit le secrétaire au Trésor
américain
PARIS
— Il est encore trop tôt pour envisager la
possibilité d’un second plan de relance aux
États-Unis, les mesures déjà
engagées n’ayant pas encore produit leur plein
effet, a estimé hier Timothy Geithner,
secrétaire au Trésor américain.
« Je ne pense pas que nous soyons en mesure de
prendre une décision » sur un nouveau
plan, a indiqué M. Geithner à l’occasion
d’un échange avec des internautes sur le site
du journal économique Les Échos.
« Le plan de relance que nous avons
adopté a été conçu pour
être efficace sur une période de deux
ans, et son plus gros impact sur les investissements
devrait intervenir au deuxième semestre de
cette année », s’estil justifié.
Le secrétaire au Trésor avait
déjà estimé vendredi que la
relance de l’économie américaine suivait
« le cours prévu », laissant
entendre que le gouver nement ne c omptait pas
demander de supplément pour soutenir
l’activité d’ici à la fin de
l’année.
Le président américain Barack Obama a
promulgué en février un plan de relance
budgétaire doté de 787 milliards de
dollars sur trois ans.
M. Geithner a ajouté hier que l’adoption de
mesures pour encadrer et réguler le secteur
financier devait venir compléter le plan de
relance.
«
Nous voyons des signes très importants de
reprise sur les marchés américains (...)
mais il est très important que nous
travaillions avec le Congrès pour mettre en
place une réforme globale du système
financier, pour protéger davantage les
consommateurs », a-t-il souligné.
Selon lui, cette réforme « exige des
changements dans les pratiques de
rémunération, pour mieux les adapter aux
prises de risques. Nous ne voulons pas assister
à un retour des pratiques à l’origine de
la crise. »
Interrogé sur les mesures de relance
adoptées en Europe, le secrétaire
d’État au Trésor les a jugées
« relativement substantielles, jusqu’à
présent ».
Sur les marchés de produits
dérivés, que les États-Unis
souhaitent standardiser, M. Geithner a estimé
que les approches américaines et
européennes « sont très proches
». « Nous avons besoin d’une solution
commune et mondiale pour ces marchés mondiaux,
non de solutions régionales distinctes »,
a-t-il déclaré.
Le secrétaire au Trésor a par ailleurs
estimé que « le dollar resterait la
principale monnaie de réserve »
internationale, alors que la domination du billet vert
est de plus en plus contestée, notamment par la
Chine et la Russie mais aussi par la France.
La prééminence du dollar « confie
une responsabilité particulière aux
États-Unis dans la restauration de la confiance
dans le système financier et dans la
réduction des déficits une fois que la
reprise aura eu lieu », a déclaré
M. Geithner.
Patience au G8 ANDRÉ PRATTE
Les
dirigeants des pays du G8 sont réunis à
L’Aquila, en Italie, notamment pour faire le point sur
la situation économique. La rencontre se tient au
moment où dans certains pays, des voix
s’élèvent pour exiger des mesures de
relance supplémentaires.
Les chefs de gouvernement du G8 ne s’entendent pas
à ce sujet. Le président français,
Nicolas Sarkozy, croit qu’« il faut pousser les
pays qui le peuvent à faire davantage ». La
chancelière allemande, Angela Merkel,
s’inquiète plutôt de la croissance rapide
de la dette publique et presse ses homologues de mettre
au point des « stratégies de sortie
».
L’administration Obama n’a pas encore fait son lit. Une
conseillère du président,
l’économiste Laura Tyson, a confié mardi
que le plan de relance initial de 787 milliards
s’était peut-être
révélé « un petit peu trop
petit ». Par contre, le président
lui-même a fait remarquer qu’emprunter davantage
pour soutenir l’économie pourrait être
« improductif ».
La version préliminaire du communiqué du
sommet ne tranche pas la question. C’est que la
situation est délicate. Comme le Fonds
monétaire international l’a noté hier,
« l’économie mondiale de stabilise, avec
l’aide de politiques financières et
macroéconomiques sans précédent
». Toutefois, la reprise reste incertaine et des
risques importants demeurent. Les marchés sont
craintifs, d’ailleurs. Après une remontée
rapide, le prix du pétrole est en chute libre.
Les Bourses glissent elles aussi. Plus important encore,
le taux de chômage augmente partout et l’OCDE
prévoit que cette tendance continuera jusqu’en
2010. Le Directeur parlementaire du budget à
Ottawa s’attend à ce que le taux de chômage
atteigne 9,4% en 2010 au Canada (contre 8,7% cette
année).
Il se peut qu’après la stabilisation des
dernières semaines, l’économie mondiale
subisse une rechute. L’heure n’est donc pas venue pour les
gouvernements de retirer les stimuli mis en place.
Faut-il faire davantage ? Le Prix Nobel d’économie
Paul Krugman croit que oui. D’autres économistes
pensent le contraire. Une chose est sûre, les
gouvernements qui alourdiront davantage leur dette se
retrouveront à moyen terme dans une situation
financière précaire. Surtout si
l’endettement croissant du secteur public provoque une
perte de confiance et une hausse des taux
d’intérêt.
Compte tenu du contexte pol it ique à Ottawa, les
partis d’opposition ne manqueront pas d’exiger que le
gouvernement augmente encore ses dépenses. C’est
pourtant le premier ministre Harper qui a raison : «
Avant d’envisager des mesures supplémentaires, les
chefs de gouvernement devraient s’assurer que les
programmes déjà annoncés livrent la
marchandise. »
Dans le cas canadien, on sait que les projets
d’infrastructure financés par les gouvernements
commencent à peine à lever de terre.
Pourquoi se lancer dans de nouvelles dépenses alors
que les mesures du dernier budget fédéral
n’ont pas encore pu porter fruit?
Le point de vue de Stephen Harper ne sera pas populaire ;
c’est pourtant le plus sage.
BERLIN — Une reprise
meilleure qu’espéré
BERLIN
— L’Allemagne, considérée comme le
moteur économique de l’Europe, se remet de la
récession qui l’a durement touchée. ASSOCIATED
PRESS
En
Allemagne, la reprise économique est
favorisée par des plans de soutien à
la consommation et de lutte contre le chômage.
Elle est particulièrement visible dans le
secteur automobile, BMW versant même ce
mois-ci une prime à ses employés.
La reprise y est favorisée par des plans de
soutien à la consommation et de lutte contre le
chômage. Elle est particulièrement
visible dans le secteur automobile, BMW versant
même ce mois-ci une prime à ses
employés. Toutes les prévisions de
croissance sont ainsi revues à la hausse.
Le PIB allemand a rétréci de 4,9 % en
2009, sa pire performance depuis la Seconde Guerre
mondiale. Pourtant, tandis que d’autres pays
européens se débattent encore entre
ralentissement économique et dette publique,
l’Allemagne, elle, est en plein rebond.
Jusqu’à présent, le gouvernement
prévoyait une croissance de 1,4 % en 2010. Mais
le ministre de l’ Économie, Rainer
Brüderle, se dit certain qu’elle sera bien plus
élevée à la fin de
l’année.
L a Bundesbank ne l ui donne pas tort. Dans son
rapport du mois de juillet, la banque centrale
allemande estime que le produit intérieur brut
a probablement augmenté extrêmement
fortement au deuxième trimestre.
Elle n’avance pas de chiffre mais les estimations
tablent sur 1,5 % de croissance trimestrielle, contre
les maigres 0,2 % observés les deux trimestres
précédents. Les statistiques officielles
doivent être publiées le 13 août.
Les exportations demeurent le moteur de
l’économie allemande, confirme la Bundesbank.
Cependant, il y a un consensus parmi les
économistes pour reconnaître le
rôle que la demande intérieu re a la
reprise.
Le
gouvernement fédéral a injecté 80
milliards d’euros pour améliorer les
infrastructures routières et scolaires – des
chantiers qui continuent d’occuper les entreprises du
bâtiment – et pour financer une prime à
la casse automobile, qui a maintenant expiré.
Cela a soutenu les ventes de voitures en Allemagne en
2009.
joué dans Et cette année, les
exportations automobiles ont augmenté vers des
marchés tels que la Chine et les
États-Unis.
Ilya quelques j ours , les constructeurs haut de gamme
Daimler et BMW ont tous deux annoncé qu’ils
revoyaient leurs prévisions de 2010 à la
hausse. BMW va même verser ce mois-ci une prime
d’en moyenne 1060 € aux employés de ses usines
allemandes pour les remercier des efforts consentis
durant la crise.
Malgré la récession, l’Allemagne a
réussi à maintenir un taux de
chômage relativement bas. Un programme que
soutient le gouvernement permet en effet aux
entreprises de faire travailler leurs employés
en horaires réduits au lieu de les licencier.
Cette formule, qui s’apparente au chômage
partiel, a été largement
utilisée.
Le nombre de salari és concernés a connu
un pic à 1,5 million de personnes en mai 2009
et a depuis fortement diminué, au fur et
à mesure que les salariés retrouvaient
leurs horaires pleins.
Le mois dernier, l’Allemagne recensait 3,15 millions
de demandeurs d’emploi, ce qui représentait un
taux de chômage de 7,5 %. Cette proportion reste
bien en dessous des nombres à deux chiffres
relevés dans d’autres pays européens.
Les États-Unis doivent se rappeler
la leçon japonaise
Les
responsables américains qui songent à
mettre fin aux stimulants économiques records
risquent de répéter les mêmes
erreurs qui ont plongé le Japon dans une
stagnation de la croissance et qui ont fait perdre une
décennie au pays, estime Richard Koo, de Nomura
Research Institute Ltd. L’éclatement de la
bulle des actifs au Japon en 1990 a fait voler en
fumée 16 000 milliards US, soit
l’équivalent de trois fois l’économie
du pays.
« Il ne s’agit pas d’un rhume, ça
ressemble plutôt à une pneumonie »,
a lancé M. Koo, auteur de Balance Sheet
Recession, un ouvrage publié en 2003 et qui
porte sur les ennuis qu’a connus le Japon après
que ses marchés boursiers et immobiliers eurent
sombré en 1990. « Nous avons encore
besoin des dépenses gouvernementales, a-t-il
dit, et cela pourrait prendre jusqu’à trois
à cinq ans avant de sortir de ce bourbier,
même dans les meilleures circonstances. »
L e s c o mmenta i r e s d e M. Koo font écho
aux propos de divers économistes, dont Paul
Krugman, lauréat du prix Nobel, qui avertissent
que le retour des États-Unis à la
croissance au cours de la deuxième
moitié de 2009 ne signifie pas qu’une reprise
soutenue soit assurée. L’administration Obama
cherche à contenir le déficit
budgétaire record de 1400 milliards US au
moment où la croissance reprend et à
sauvegarder la valeur du dollar, qui est mise à
mal.
« S’il faut retenir une leçon de
l’expérience japonaise, c’est qu’on ne doit pas
mettre fin aux stimulants fiscaux tant que le
désendettement du secteur privé n’est
pas terminé », a estimé M. Koo, 55
a ns, économiste en chef de la division de
recherches de la plus importante maison de courtage du
Japon. M. Koo a fait ces commentaires lors d’une
entrevue dans ses bureaux à Tokyo la semaine
dernière. « Lorsque nous verrons le
secteur privé recommencer à emprunter,
je serai celui qui criera le plus fort sur terre pour
réclamer une réforme fiscale. Ce sera le
moment de mettre fin aux stimulants », a-t-il
dit.
M.
Koo a calculé que l’éclatement de la
bulle des actifs au Japon en 1990 a fait voler en
fumée pas moins de 16 000 milliards US, soit
l’équivalent de trois fois l’économie du
pays. Les entreprises se sont alors concentrées
sur le remboursement de leur dette plutôt que de
lancer de nouveaux projets, ce qui a fait chuter la
demande et provoqué un cycle marqué par
la dégringolade des liquidités et des
prix des actifs et la détérioration des
bilans.
En ce moment, ce sont les consommateurs
américains qui sont criblés de dettes.
La dette des ménages américains s’est
gonflée de plus de 10% chaque année de
2002 à 2005 alors que l’économie a
progressé de 2,75% en moyenne.
La solution que préconise M. Koo, qui a
déjà travaillé à la
Federal Reserve Bank de New York, fait appel à
des dépenses gouvernementales soutenues pour
combler le vide laissé par la réduction
des dépenses des consommateurs et des
entreprises.
Les efforts de la Réserve
fédérale américaine (Fed) sont
insuffisants, a-t-il dit : « Les taux
d’intérêt sont à zéro et
rien ne se passe. Les entreprises et les
ménages ne veulent pas emprunter de l’argent
même à des taux de zéro; ils sont
trop occupés à refaire leurs
épargnes et à régler leurs
dettes. »
LA FED JOUE DE PRUDENCE - RUDY LECOURS
La
Réserve fédérale américaine (
Fed) redouble de prudence pour s’assurer que la reprise
désormais visible de l’activité
économique soit durable.
PHOTO JIM YOUNG, ARCHIVES
REUTERS
Ben Bernanke, président de
la Réserve fédérale
américaine (Fed).
Voilà pourquoi elle ne se contente pas de
reconduire la fourchette de négociation, mise en
place en décembre, de son taux directeur au «
niveau exceptionnellement bas » de zéro
à 0,25% « pour une période
prolongée ». La Fed réaffirme aussi
que l’inf lation restera faible pendant quelque temps
encore.
À l’unanimité, les membres de son
Comité de politique monétaire indiquent
aussi qu’elle va ralentir le rythme de ses achats de
titres adossés à des créances
hypothécaires (TACH) et de créances de ces
émetteurs de titres afin de donner plus de temps
aux marchés pour prendre le relais.
La Fed
s’était engagée à acheter 1250
milliards de TACH et 200 milliards d’obligations
émises par Freddie Mac et Fannie Mae d’ici la fin
de l’année. Le délai est prolongé
jusqu’à la fin du premier trimestre de 2010.
Freddie et Fannie ont été mises en tutelle
il y a un an.
« En août, elle avait agi de même en
annonçant qu’elle étendait d’un mois,
jusqu’à la fin d’octobre, son programme de rachat
de 300 milliards de titres de dettes du gouvernement
américain (Treasuries) », rappelle Sal
Guatieri, économiste principal chez BMO
Marchés des capitaux.
Ces trois programmes représentent les moyens
inhabituels mis en place par les autorités
monétaires américaines pour stimuler
l’économie quand elles eurent épuisé
l’effet d’abaisser le taux directeur.
Jusqu’ici, la Fed
a acheté 862 milliards de TACH et 129,5 milliards
en obligations de Freddie et de Fannie, ce qui aura
facilité « l’augmentation de
l’activité dans le secteur de l’habitation ».
« La Fed réaffirme sa volonté de
soutenir l’économie pour la remettre en
santé bien qu’elle entend diminuer le dosage
», explique Millan Mulraine, économiste chez
TD Valeurs mobilières.
Les mesures d’assouplissement quantitatif de la Fed dans
le secteur immobilier ont poussé à la baisse
les taux d’intérêt hypothécaires.
Leur interruption soudaine aurait pu provoquer une hausse
de 50 à 100 centièmes des taux
hypothécaires de 30 ans, les plus populaires aux
États-Unis, selon Peter Hooper, économiste
en chef de la Deutsche Bank à New York, cité
par l’agence Bloomberg.
Le communiqué de la Fed souligne que ses efforts,
de même que ceux du gouvernement, jumelés aux
forces du marché, « soutiendront un
renforcement de la croissance économique et un
retour graduel à des niveaux plus
élevés d’utilisation des ressources »
même si l’activité restera faible pendant
quelque temps encore.
Il s’agit
d’un ton nettement plus optimisme que celui adopté
dans son communiqué du 12 août, où
elle parlait plutôt « d’une contribution
à un retour graduel à de la croissance
soutenue ».
« La Fed est maintenant en mode d’attente, estime
Francis Généreux, économiste
principal chez Desjardins. Avant de procéder
à un changement de politique, elle voudra s’assurer
que la reprise est durable. »
Si tel est le cas, la Fed paraît en harmonie avec la
Banque du Canada. Son gouverneur, Mark Carney, a
affirmé mardi soir que la reprise présente
résulte des moyens extraordinaires
déployés par les autorités
monétaires et politiques. « Il y a du chemin
à faire avant d’assister à une vraie
croissance, une croissance attribuable au secteur
privé. »
Cette i nterprétation est celle retenue par les
marchés boursiers très enthousiastes depuis
quelques mois. Après quelques minutes d’euphorie
suivant l’annonce de la Fed, ils ont battu en retraite.
Plusieurs i nvestisseurs craignent un retrait
prématuré des moyens extraordinaires
déployés pour sortir l’économie de sa
torpeur.
Cela pourrait survenir plus vite que ce que suggère
le communiqué de la Fed. « Les
dernières semaines ont révélé
que la situation peut s’améliorer relativement
rapidement autour d’un point de retournement du cycle
économique, rappelle Paul-André Pinsonnault
, économiste principal à la
Financière Banque Nationale. Il deviendra
évidemment de plus en plus difficile de justifier
le maintien des taux à zéro dans un avenir
prévisible. »
Il faut maintenir les plans de relance,
selon le FMI
Dominique Strauss-Kahn, directeur général
du Fonds monétaire international (FMI), a
appelé les chefs du Groupe des 20 à
poursuivre leurs efforts pour extirper l’économie
mondiale de la récession, précisant en
guise de mise en garde que la crise n’est pas finie.
« Cette reprise sera plutôt modeste et la
croissance sera en moyenne plus timide que ce que nous
connaissions avant la crise », a indiqué M.
StraussKahn au cours d’une entrevue à Washington
avant le sommet du G20 qui commence aujourd’hui à
Pittsburgh. « Il est trop tôt pour dire que
la crise est chose du passé », a-t-il
averti.
Le responsable du FMI a aussi incité les
décideurs à saisir l’occasion de
s’attaquer aux déséquilibres commerciaux
et aux flux d’investissements qu’on a
blâmés pour avoir contribué à
l’effondrement du crédit. Le fait de confier
à la Chine un rôle plus important au sein
du fonds aidera à stimuler la coopération,
a-t-il ajouté, tandis que les responsables
cherchent à s’entendre pour réduire les
emprunts par les États-Unis et pour étayer
la demande intérieure dans les pays qui
présentent des surplus commerciaux.
«
L’incapacité de rééquilibrer
l’économie mondiale ferait en sorte que toute
reprise serait ultimement vouée à
l’échec », soutient pour sa part Gerard
Lyons, économiste en chef de Standard Chartered
Plc, à Londres. « Tendre vers une
économie mondiale équilibrée est
une situation qui ne ferait que des gagnants »,
ajoute-t-il.
« Soudainement, nous sommes en meilleure position
pour obtenir cette sorte de coopération et de
coordination économique que nous ne
l’étions naguère », a soutenu M.
StraussKahn au cours d’une entrevue ce lundi. Les
pourparlers du G20 fournissent la chance « de
décider comment nous travaillerons ensemble pour
la gouverne de la mondialisation et cela pourrait
marcher ».
De s on c ô t é , T i mothy Geithner, le
secrétaire américain au Trésor, a
indiqué au cours d’une conférence de
presse mardi que les leaders du G20 « feront le
point sur là où ils sont rendus dans leurs
efforts pour mettre le monde sur une voie vers une
croissance plus vive, plus durable et mieux
équilibrée. » Ces objectifs
comprennent un système financier plus fort qui
serait mieux à même d’absorber les chocs,
at-il dit.
« Nous observons les premiers signes de croissance
et les marchés financiers se sont
améliorés considérablement, a
ajouté M. Geithner. Nous voulons nous assurer de
nous appuyer sur les progrès que nous avons
réalisés. »
Les défilés à un million US
survivent - Vincent Brousseau-Pouliot
La
récession a tout de même fait mal à
l’industrie de la mode
NEW YORK — La récession américaine a fait
mal à l’industrie de la mode. Mais pas au point
d’annuler ses défilés à prix d’or –
jusqu’à un million US pour une quinzaine de minutes
de gloire. Fern Mallis organise la Semaine de
la mode de New York depuis 1993. On la voit ici en plein
travail, sous des tentes installées dans Bryant
Park.
Durant la Semaine de la mode de New York, qui se termine
jeudi, 63 designers défileront devant la presse
internationale, les représentants de grandes
chaînes de magasins et les fashionistas new-yorkais.
Le coût des défilés, qui durent
environ une quinzaine de minutes chacun, varie entre 50 0
0 0 $ US et 1 million.
« Les designers qui peuvent se permettre de
dépenser 1 million sont très rares, mais
c’est encore possible d’atteindre ce plateau, surtout
s’ils payent beaucoup de vedettes pour assister à
leurs défilés et porter leurs
vêtements », dit Fern Mallis,
vice-présidente d’IMG Fashion, qui organise la
Semaine de la mode de New York depuis 1993.
Les organisateurs newyorkais offrent aux designers le
choix entre trois types de plateaux, dont le coût de
location varie entre 26 000 $ US et 50 000$ US. «
Ça inclut le son, l’éclairage, la
sécurité, le marketing, dit Fern Mallis. Les
designers décident ensuite des autres coûts.
S’ils engagent Gisele Bündchen comme mannequin, le
défilé va être plus cher. »
Plus de
designers
Fait étonnant : i l y aura cette a nnée
davantage de designers qui présenteront leurs
collection de printemps que l’an dernier, alors que les
défilés avaient lieu au moment même de
la faillite de Lehman Brothers, l’événement
déclencheur de cette crise financière
doublée d’une r écession. « Nous avons
un designer de plus cette année (63 contre 62),
mais les défilés seront plus courts et moins
chers, dit Fern Mallis. Tout le monde peut
économiser de l’argent. Il faut seulement
être un peu imaginatif. »
Si certains designers tentent de réduire la facture
de leurs défilés, c’est que les clients se
font plus rares. Selon une étude de l’American
Apparel and Footwear Association, le consommateur
américain moyen a acheté en moyenne 64
vêtements et sept paires de souliers en 2008, alors
qu’il avait acheté 67 vêtements et huit
paires de chaussures l’année
précédente. « L’industrie de la mode a
été touchée par la récession
comme toutes les industries, dit Fern Mallis. Il y a moins
de ventes et il y a des pertes d’emplois, des fermetures
de boutiques, des entreprises en faillite. Beaucoup de
designers tentent de survivre. Il faut dire que
l’industrie vivait à un rythme un peu excessif
avant la récession. »
En 1993, l orsque Fern Mallis a organisé la
première Semaine de la mode de New York, le Conseil
des designers de mode des États-Unis – dont elle
venait d’être nommée directrice – voulait
regrouper la quarantaine de défilés sous le
même chapiteau, au parc Bryant, à Manhattan.
« Il y avait 40 défilés dans 40
endroits différents, se souvient-elle.
C’était compliqué et cher, car personne ne
partageait les coûts. »
Aujourd’hui vice-présidente d’IMG Fashion – qui a
racheté l’événement en 2001 –, Fern
Mallis croit que ses défilés peuvent venir
à bout de tout. Même d’un profond marasme
économique. « C’est un rite de passage
obligé dans le milieu de la mode, dit-elle. Vendre
des vêtements haut de gamme, ce n’est pas comme
vendre des sous-vêtements, qui sont un produit plus
essentiel. Le consommateur doit se dire: "Je veux ce
vêtement car il va changer ma vie!" Et tout ce
processus commence à la Semaine de la mode de New
York. »
Magasiner contre la récession -
Vincent Brousseau-Pouliot
qu’Aldo a
célébré le début de la Semaine
de la mode en grand: un DJ en permanence et un concours de
défilé animé par un animateur de MTV
et une mannequin de l’émission de
télé America’s Next Top Model. « Pour
nous, c’est davantage une soirée symbolique, dit
Douglas Bensadoun. C’est une façon d’aider
l’industrie à prendre un peu d’élan. On dit
aux gens de prendre confiance, NEW YORK — Vin et
horsd’oeuvre à volonté. Musique criarde
crachée par des DJ. Orchestres de rue. Pendant
quelques heures jeudi soir, l’industrie new-yorkaise de la
mode a décidé de faire la fête et
d’oublier cette récession qui lui fait la vie dure
depuis un an.
PHOTO MARTIN TREMBLAY /
LA PRESSE 10-09-2009
Le magasin Aldo de New York a
célébré le début de la
Semaine de la mode en grand , avec entre autres un DJ en
permanence. Jeudi soir, 4500 clients sont entrés
dans la boutique de chaussures de la 34e Rue.
En marge de la Semaine de la mode de New York, plus de 800
boutiques de la Grosse Pomme ont participé à
la première édition de Fashion’s Night Out.
Le concept : étirer la fermeture des boutiques
jusqu’à 23 h dans une ambiance festive.
L’idée du maire Michael Bloomberg et de
l’éditrice toute puissante du magazine Vogue aux
États-Unis, Anna Wintour, a profité aux
boutiques québécoises ayant pignon sur rue
à New York. Aldo a reçu 4500 clients j eudi
soir, une hausse de 200 % comparativement à son
achalandage habituel de 1500 clients. « Les gens
restent quand même prudents, dit Douglas Bensadoun,
directeur artistique d’Aldo. I ls ont moins la tentation
d’acheter, i ls font plus de lèche-vitrine. »
L’aff luence de Fashion’s Night Out a tout de même
permis de doubler les revenus de la soirée chez
Aldo – une hausse qui arrivera à peine à
couvrir les coûts supplémentaires de la
soirée. C’est de sortir plus, de mettre plus
d’argent dans l’économie »
Aldo peut
bien se payer quelques extravagances. Malgré la
récession, le détaillant
québécois de chaussures a gagné des
parts de marché dans ses 330 magasins aux
États-Unis, dont une quinzaine dans la Grosse
Pomme. « Nous avons récupéré
des parts de marché, car les clients plus
fortunés qui magasinaient dans des boutiques haut
de gamme reviennent chez nous, où les souliers
coûtent entre 50 $ et 150 $ », dit Douglas
Bensadoun.
La soirée d’ouverture de Fashion Week a
été aussi couronnée de succès
chez Tristan, qui a réalisé l’une de ses
meilleures journées de ventes de l’année –
à l’exception du temps des Fêtes,
évidemment. Jeudi soir, son magasin situé au
coeur du quartier des affaires de Manhattan a accueilli
800 clients jusqu’à 22h30. Malgré les rabais
de 20% offerts sur toute la marchandise, Tristan a
doublé ses revenus habituels. « Ça
fait du bien », dit en riant Marc Gaucher, le
superviseur du magasin pour Tristan.
L’engouement de Fashion’s Night Out a été
plus mitigé chez Parasuco. Le géant
québécois du jeans possède un superbe
magasin dans le quartier branché de SoHo, mais
celui-ci était presque vide jeudi soir. « Ce
n’est pas la grosse affaire ce soir, mais nos ventes en
2009 ont augmenté par rapport à l’an dernier
à cause des touristes européens qui viennent
profiter du taux de change à New York, dit la
gérante Melissa Komery. J’ai notamment beaucoup
d’Allemands qui achètent mes jeans, qui sont entre
75$ et 210$. En Europe, ils paient au moins 300$ pour la
même qualité. »
Certaines marques québécoises profitent de
la récession afin de tenter leur chance dans la
capitale de la mode en Amérique du Nord. C’est le
cas de Mackage, un fabricant de manteaux et de sacs qui
loue un local pour le mois de septembre dans le quartier
industriel retapé de Meatpacking, à
Manhattan. « Nous avons pris cette décision
à cause de Fashion’s Night Out, dit la designer
Elisa Dahan. C’est un événement pour
encourager les gens à faire du shopping et il faut
en profiter. »
Question de faire les choses en grand, Mackage a
invité la mannequin québécoise Irina
Lazareau à agir comme DJ pour la soirée.
Bonne idée pour l’entreprise
québécoise, qui ne peut de toute
façon se payer une vedette comme Justin Timberlake,
qui passait la soirée chez Sasks sur la 5e Avenue,
ou encore comme Gwen Stefani, engagée par
Bloomingdale’s.
L’OPEP maintient sa production
Le cartel
du pétrole confiant quant à une reprise
VIENNE — Les représentants de l’OPEP, qui se
réunissaient hier à Vienne, ont
assuré qu’ils maintiendraient leur production
à l’identique, reflétant un optimisme
prudent sur l’évolution des prix du baril comme sur
la conjoncture internationale.
Le message envoyé par les ministres présents
à Vienne est sans équivoque : alors que les
prix du baril se sont redressés plus rapidement que
prévu et que la reprise é c onomique s e
dessi ne , modi f i e r l e s pa r a mèt r e s du
marché pétrolier serait risqué.
Rédui r e l a produc t i on de l’Organisation des
pays e x por t a t e u r s de pét r ole (OPEP)
serait « aventureux », a expliqué
à Vienne le ministre équatorien des Mines et
du Pétrole, Germanico Pinto.
Le c omité r e s t r ei nt de l’OPEP responsable
d’étudier le marché a formellement
recommandé mardi soir un statu quo de la
production, à 24,84 millions de barils par jour
(mbj). Toute autre décision serait donc un coup de
théâtre.
« Nous sommes à l ’a i se avec le
marché », a affirmé Moha mmad a l - H
a mel i , ministre émirati de l’ Énergie,
arrivé hier. Depuis plus d’un mois, le prix du
baril s’échange autour de 70 $ US, proche du niveau
de 75 $ US voulu par l’OPEP.
Le ton avait été donné la veille par
le chef de file du cartel, le ministre saoudien Ali
Al-Nouaïmi, qui avait j ugé l e ma r c
hé « en t r ès bonne forme ».
Les analystes considèrent eux aussi que le statu
quo promis est l’option la plus sage.
« Sachant que les prix du pétrole
évoluent dans une fourchette stable depuis
plusieurs mois et que l’environnement
macroéconomique évolue positivement, l’OPEP
juge que tout changement significatif de sa politique
actuelle serait inutile à ce stade », estime
Amrita Sen, analyste chez Barclays Capital.
Si les prix du baril donnent satisfaction aux producteurs,
un sujet d’inquiétude subsiste : le niveau des
stocks pétroliers reste élevé,
symptôme d’engorgement du marché et de
demande toujours anémique.
Mais les
ministres ont fait savoir qu’ils comptaient sur un
meilleur respect des décisions prises à la
fin de 2008 pour éponger ce surplus, la reprise
devant faire le reste. Pour stopper l’effondrement des
prix, t ombés j usqu’à 32,40 $US le baril,
et faire face à une demande en chute libre, l’OPEP
a pris les mesures les plus radicales depuis sa
création en 1960 : l’organisation s’est
engagée à retirer 4,2 mbj du marché,
plafonnant sa production à 24,84 mbj depuis le 1er
janvier.
Les pays membres de l’OPEP ont fait preuve d’une rigueur
sans précédent dans le suivi de ces
décisions, mais restent encore loin de l’objectif
assigné. Alors que les pays arabes du Golfe ont
joué le jeu, d’autres États, notamment l’ I
ran et l’Angola, pompent plus de brut qu’ils ne le
devraient.
Au total, la production des 11 pays soumis aux quotas,
excluant l’ Irak, dépasse de 1,28 mbj le plafond
autorisé, selon l’Agence internationale de
l’énergie (AIE).
Hier, les prix du pétrole ont fini avec une modeste
hausse à New York, dans un marché qui a vu
ses gains se réduire en fin de séance en
fonction de l’évolution de la monnaie
américaine.
Sur le New York Mercantile Exchange (NYMEX), le baril de
light sweet crude pour livraison en octobre a
terminé à 71,31 $US, en progression de 21
cents US par rapport à la clôture de mardi.
Peu avant la clôture, le prix du baril, qui est
monté jusqu’à 72,52$US en séance, a
connu un bref passage dans le rouge avant de terminer en
hausse.
« I l semble que ce soit une correction du dollar
», a expliqué Antoine Halff, de Newedge
Group.
Le fort repli de la monnaie américaine soutenait
les prix des matières depuis quelques j ours, mais
le dollar s’est un peu redressé après la
publication du Livre Beige de la Réserve
fédérale américaine sur l’état
de l’économie américaine.
OPEP La production inchangée pour
soutenir l’économie
LONDRES —
L’OPEP devrait se décider à maintenir sa
production à sa réunion demain et se
contenter d’exhorter ses membres à mieux respecter
les baisses décidées l’automne dernier, un
nouveau tour de vis risquant d’être perçu
comme un danger pour la reprise économique.
« Le système de quotas actuel ne devrait pas
être modifié », a déclaré
le ministre angolais du Pétrole, José Maria
Botelho de Vasconcelos, actuel président du cartel.
Ses propos confortent les experts dans l’idée que
l’Organisation des pays exportateurs de pétrole,
qui se réunira demain à Vienne, ne devrait
pas toucher à son objectif de production,
fixé à 24,84 millions de barils par jour
(mbj) depuis le 1er janvier.
Même les membres durs du cartel, comme l’Iran ou le
Venezuela, n’ont pas réclamé cette fois un
sevrage plus poussé du marché.
Avec des prix du pétrole à 70$US le baril,
« il n’y a pas de pression ni dans un sens ni dans
l’autre », explique Frédéric Lasserre,
analyste à la Société
Générale. « Les producteurs gagnent
bien leur vie » et les consommateurs peuvent
supporter un pétrole à ce prix,
précise-t-il.
Les cours du brut ont plus que doublé depuis le
mois de décembre, où ils s’étaient
écroulés à 32,40$ US, et ils
évoluent depuis un mois autour de 70$US. Autrement
dit, ils se situent à une encablure des 75$US le
baril, le prix que l’OPEP juge nécessaire pour
continuer à investir.
Un élément pourrait toutefois plaider en
faveur d’une baisse de la production: le niveau des stocks
reste très élevé, et la demande n’est
pas franchement repartie.
« Une baisse de production doit être
envisagée » car « l’équilibre
offredemande est très faible », estime ainsi
David Hirsch, directeur du cabinet d’analyse PFC.
Mais une
telle décision pourrait embarrasser l’Arabie
Saoudite, chef de file du cartel et alliée
traditionnelle des États-Unis, car elle risque
d’être perçue comme une menace pour la
reprise balbutiante de l’économie mondiale.
« Au moment où le monde lutte pour sortir de
la récession, une hausse des prix de
l’énergie serait malvenue, et l’Arabie Saoudite en
est consciente », explique ainsi John Hall, analyste
indépendant à Londres.
Respect des baisses
De fait, l’organisation devrait plutôt insister sur
le respect des baisses de production adoptées
l’automne dernier, totalisant 4,2 mbj. Car, voyant les
prix monter, les producteurs se sont montrés moins
disciplinés et ont pompé plus de brut: en
juillet, la production de l’OPEP 11 (les membres soumis
aux systèmes de quotas, excluant l’Irak),
dépassait de 1,28 mbj l’objectif officiel, selon
l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Les pays du Golfe, qui ont appliqué à la
lettre les consignes, pourraient donc faire pression sur
les « tricheurs », notamment l’Angola ou
l’Iran, deux pays qui seraient responsables de la
moitié du surplus constaté par l’AIE.
Mais pour David Hirsch, il serait imprudent
d’écarter entièrement la possibilité
d’une surprise.
« L’excédent des stocks de produits
distillés porte en germe la perspective prochaine
d’une chute brutale des cours, ce qui fait que la
réunion de Vienne n’aura rien d’une
formalité », juge-t-il.
Si l’OPEP attendait jusqu’à décembre pour
diminuer ses quotas, « il faudrait qu’elle
procède à une baisse bien plus
prononcée » pour que les stocks de l’OCDE
reviennent à des niveaux normaux, anticipe-t-il.
En incluant l’Irak, l’OPEP a pompé 28,64 millions
de barils par jour en juillet.
La Fed maintient son taux... et sa prudence
- Marc Jourdier
WASHINGTON
— La Banque centrale des ÉtatsUnis (Fed) a
décidé hier de maintenir son taux directeur
proche de zéro et de rester mobilisée dans
son soutien à l’économie américaine,
préférant jouer de prudence même si
l’activité semble « en train de se stabiliser
».
Comme la Banque centrale européenne ( BCE) la
semaine précédente, la Réserve
fédérale a décidé de ne pas
toucher à son taux directeur. Celui-ci reste
historiquement bas, confiné dans la marge de
fluctuation de 0 à 0,25 % qui lui est
assignée depuis le mois de décembre.
Les
informations depuis la réunion
précédente en juin « laissent penser
que l’activité économique est en train de se
stabiliser », écrit le Comité de
politique monétaire ( FOMC) de la Réserve
fédérale dans un communiqué
publié à l’issue de deux jours de
réunion à Washington.
La Bourse de New York, pour qui le maintien du taux
directeur de la Fed ne faisait aucun doute, est
restée en forte hausse après ce message,
saluant un petit signe d’optimisme de la Banque centrale.
Les conclusions restent néanmoins quasi identiques
à celles de juin.
La Fed semble en
effet prendre soin de ne pas susciter d’espoirs
exagérés qui risqueraient de compromettre la
reprise, attendue pour le trimestre en cours, et
même peut-être déjà en marche.
« Les conditions sur les marchés financiers
se sont de nouveau améliorées ces
dernières semaines », et les dépenses
des ménages, vitales pour l’économie
américaine, « ont continué à
montrer des signes de stabilisation »,
reconnaît-elle.
Néanmoins, ajoute le FOMC, celles-ci restent
« contraintes par la poursuite des pertes d’emplois,
une croissance très lente du revenu, une baisse du
patrimoine immobilier, et un crédit restreint
».
Et , c
omme en j ui n , le Comité juge que « les
conditions économiques vont probablement garantir
des taux extrêmement bas pour le taux de l’argent au
jour le jour pendant une longue période ». La
hausse des taux ne s’annonce donc toujours pas.
Les États-Unis sont entrés en
récession en décembre 2007. Les chiffres
(encore provisoires) du PIB publiés fin juillet
montrent que l’activité américaine a
reculé pour le quatrième trimestre de suite
au printemps, mais que cette baisse a fortement ralenti
pour n’atteindre que 1% en rythme annuel, après une
chute de 6,4 % pendant l’hiver.
Mais le pays n’est pas tiré d’affaire, semble dire
la Fed. Elle a maintenu en place son dispositif contre la
crise, qui mobilise des centaines de milliards de dollars
pour continuer d’« améliorer les conditions
globales sur les marchés du crédit ».
Plus spécifiquement en ce qui concerne son
programme de rachat de 300 milliards de dollars
d’obligations à long terme du Trésor
américain, la Fed indique qu’elle va «
ralentir le rythme » de ses achats afin de l’achever
fin octobre et non plus fin septembre, pour permettre
« une t ransition en douceur sur les marchés
au moment où ces achats de titres »
s’achèveront.
La Fed s’en tiendra à son plan de match
- Rudy LeCours
Le
comité de politique monétaire de la
Réserve fédérale (FOMC) amorce ce
matin une réunion de deux jours, alors que se
multiplient les signes de reprise de l’économie
américaine, déjà menacée par
une nouvelle crise hypothécaire, concentrée
cette fois dans l’immobilier commercial.
PHOTO YURI GRIPAS,
ARCHIVES REUTERS
Dans son témoignage devant
le Congrès le mois dernier, le président
de la Fed, Ben S. Bernanke, s’est dit très
préoccupé par la situation du
marché de l’immobilier non résidentiel.
Tout le monde s’attend à ce que le FOMC reconduise
son taux directeur, exceptionnellement faible, «
pour une durée étendue ». Il oscille
dans une fourchette de 0 % à 0,25 %, un creux
historique depuis le printemps, dans le but de relancer
les activités de prêts, compromises depuis la
faillite de Lehman Brothers, il y aura bientôt 11
mois.
Il serait étonnant aussi que les autorités
monétaires américaines fassent marcher la
planche à billets, car la menace d’une baisse
générale des prix, ou déflation,
paraît dissipée.
Depuis leur dernière rencontre du 24 juin, les
membres du FOMC ont été alimentés par
beaucoup de données leur permettant de croire que
le pire de la récession est traversé.
Mentionnons seulement la décroissance au
deuxième trimestre, limitée à 1% en
rythme annualisé (alourdi de surcroît par le
déstockage), le ralentissement de la cadence des
licenciements en juillet, la stabilisation apparente du
marché de l’habitation et la forte augmentation des
nouvelles commandes des acheteurs de biens.
« Il y a de bonnes chances que l’économie
américaine puisse renouer avec la croissance au
troisième trimestre pour la première fois
depuis le deuxième trimestre de 2008 »,
soutient Milan Mulraine, stratège à TD
Valeurs mobilières.
Il reste que la récession a frappé
très durement les travailleurs américains.
Plus de 6,7 millions d’entre eux ont grossi les rangs des
chômeurs, depuis son début en décembre
2007, selon les données du département du
Travail. Il serait étonnant que la Fed ose
augmenter son taux directeur avant une certaine
amélioration du marché du travail, laquelle
va exiger encore des mois.
La reprise de la production a jusqu’ici
résulté en gains de productivité.
Beaucoup de capacité industrielle est encore
sous-utilisée, comme c’est le cas au sortir de
chaque récession.
Ce qui
diffère peut-être cette fois-ci, c’est la
brutalité avec laquelle les entreprises ont
licencié. Alors que le recul de la production de
biens a été de 9 %, celui de l’emploi dans
cette sphère d’activités a atteint 15 %,
fait remarquer Yanick Desnoyers, économiste en chef
adjoint à l a F i na nc i è r e Ba nque
Nationale. « La dynamique récente de la
productivité, de nature strictement cyclique
causée par des licenciements
démesurés nous laisse croire que la
réaction du marché du travail face à
une hausse de la production devrait être plus rapide
cette fois-ci », écrit-il dans la
dernière livraison de L’Hebdo économique
intitulée : États-Unis : place à la
reprise.
Il n’est pas seul à penser de la sorte.
Selon le Nobel d’économie Paul Krugman, i
nterviewé hier à Kuala Lumpur par l’agence
Bloomberg, « il est fort possible, bien que ce ne
soit pas une certitude, que, rétrospectivement,
nous disions que la récession a pris fin en juillet
ou en août, peutêtre en septembre. Je pense
que nous touchons le fond, qu’août marquera le
creux. »
Voilà pourquoi Laura Tyson, conseillère
économique du président Barack Obama, aussi
à la conférence dans la capitale de
Malaisie, a déclaré qu’un deuxième
plan de stimuli économique ne sera sans doute pas
nécessaire puisque le premier commence à
porter ses fruits.
Il n’en demeure pas moins que la récession aura
fait mal aux locateurs d’immeubles à bureaux et de
locaux commerciaux. I l s doivent refinancer cette
année pour 165 milliards de prêts
hypothécaires alors que la valeur de leurs
propriétés a fondu du tiers environ depuis
deux ans, selon Moody’s Investors Service.
Voilà de quoi compromettre une reprise fragile, car
les prêteurs sont surtout des banques
régionales qui pourraient faire faillite ou
resserrer leurs conditions de prêts aux
ménages et aux entreprises.
Dans son témoignage devant le Congrès le
mois dernier, le président de la Fed, Ben S.
Bernanke, s’est dit très préoccupé
par cette question.
Cer t a i n s obser vateu r s croient que les
autorités monétaires iront même
jusqu’à faciliter le crédit dans le
marché de l’immobilier non résidentiel,
comme elles le font par exemple pour les cartes de
crédit ou les prêts étudiants.
La Fed n’a toutefois pas besoin de l’annoncer en
même temps que la reconduction de son taux
directeur.
Éclaircies dans le ciel de la Fed
WASHINGTON
— La banque centrale américaine, qui se
réunit demain et mercredi pour discuter de ses
mesures d’aide à l’économie, se retrouve
dans une position plus confortable, avec une conjoncture
qui donne raison à sa politique et à ses
prévisions.
Habitué à devoir peser ses mots pour ne pas
enfoncer plus encore la première économie
mondiale dans la récession, le Comité de
politique monétaire ( FOMC) de la Réserve
fédérale a désormais la tâche
d’aider la reprise.
Sans surprise, son taux directeur devrait rester une
nouvelle fois i nchangé. I l est depuis
décembre compris dans une fourchette de 0 à
0,25%, et le président de la Fed, Ben Bernanke,
s’est engagé fin juillet devant le Congrès
à l’y maintenir « pendant une longue
période ».
Les
analystes de Barclays prévoient que le
Comité « fasse part d’un optimisme accru
quant à la possibilité que la croissance
économique devienne positive au second semestre
».
Plus audacieux peut-être, M. Bernanke a
tâché, face à des caméras de
télévision fin juillet, une première
pour un président de la Fed, de convaincre des
citoyens ordinaires que son institution avait pris les
bonnes mesures, malgré leur coût vertigineux.
Et depuis la dernière réunion de la Fed fin
juin, les statistiques lui donnent raison. Le PIB du
deuxième trimestre, en recul de 1% en rythme
annuel, a été moins mauvais que
prévu. Et le marché du travail a connu une
mince éclaircie, avec une baisse inattendue du taux
de chômage à 9,4% en juillet.
« Ce sera intéressant de voir ce que la Fed a
à dire sur la conjoncture. S’ils sont un peu plus
positifs, ou un peu moins négatifs, alors ils
pourraient commencer le processus de faire savoir aux
marchés qu’un changement de politique arrive
», souligne l’économiste Joel Naroff.
La Fed promet des taux bas pendant
longtemps
ÉTATS-UNIS
WASHINGTON — Le président de la Réserve
fédérale des États-Unis, Ben
Bernanke, a indiqué hier au Congrès que la
banque centrale gardera très bas ses taux
d’intérêt « pendant un long moment
», malgré l ’ a mél i orat i on de la
conjoncture et la nécessité de les remonter
plus tard. Le président de la
Réserve fédérale des
États-Unis, Ben Bernanke, devant le
Congrès hier.
« À la lumière du marasme
économique considérable et de pressions inf
lationnistes limitées, la politique
monétaire reste concentrée sur le fait de
favoriser la reprise économique », a-t-il
déclaré lors de son témoignage
semestriel devant les parlementaires sur l’état de
l’économie.
La Fed « croit qu’une politique monétaire
très souple sera adéquate pendant un long
moment », a-t-il poursuivi, en
réitérant son engagement à maintenir
le taux d’intérêt directeur actuel, proche de
zéro.
M. Bernanke a estimé qu’il y avait eu « une
amélioration notable » de la conjoncture
économique ces derniers mois, mais qu’il restait un
risque que « la stabilisation récente de la
consommation ne se révèle
éphémère ».
Les États-Unis, entrés en récession
en décembre 2007, attendent toujours une reprise de
l’activité économique. Ils font face
à une montée spectaculaire du chômage
(9,5 % en juin, au plus haut depuis 1983), un taux de
crédit jugé insuffisant par les
autorités monétaires et un secteur
immobilier en plein marasme.
Dans ce contexte, M. Bernanke a tâché
d’évacuer le débat sur la
nécessité de revenir sur la politique
expansionniste actuellement en place.
Avant même son témoignage au Congrès,
il avait détaillé sa «
stratégie de sortie » dans le Wall Street
Journal, à l’attention de ceux qui craignent que la
Fed perde de vue la stabilité des prix. Il avait
assuré que la banque centrale disposait de «
nombreux outils » pour revenir à une
situation plus normale, après avoir injecté
des sommes colossales dans l’économie au pire de la
crise.
«
L’i nsécurité de l ’emploi, ajoutée
à la baisse de la valeur de l’immobilier et
à la rareté du crédit, devrait
limiter les gains dans la consommation », a-t-il
souligné devant le Congrès.
La Fed, pour qui le plein emploi est un objectif
fondamental, prévoit que le taux de chômage
(9,6 % en juin) connaîtra « un pic à la
fin de l’année » (entre 9,8 % et 10,1 %) et
restera ensuite « bien au-dessus » de ce
qu’elle souhaite. En revanche, l’inflation n’est pas pour
elle un risque à court terme.
« Ce témoignage révèle que M.
Bernanke est toujours très prudent concernant la
reprise économique », a commenté
Marie-Pierre Ripert, de Natixis. Selon elle, il est, parmi
les dirigeants de la banque centrale, l’un des plus
favorables à des taux bas.
« L’accent mis par M. Bernanke sur la déprime
du marché du travail laisse penser qu’un
resserrement de la politique monétaire ne
commencera pas tant que le chômage ne commencera pas
à baisser », a affirmé Ian
Shepherdson, de HFE Economics.
« Dans nos calculs, cela signifie en 2011 au plus
tôt », a-t-il ajouté.
Question plus urgente qu’une hausse des taux
d’après lui, M. Bernanke a exhorté le
Congrès à contenir le déficit
budgétaire des États-Unis sous peine de
« n’avoir ni stabilité financière ni
croissance économique durable ».
« S’attaquer aux problèmes budgétaires
du pays exigera des choix difficiles, mais retarder ces
choix les rendra encore plus difficiles », a
insisté le président de la Fed.
M. Bernanke a également vigoureusement
plaidé pour l’indépendance de la politique
monétaire de la banque centrale, garante selon lui
de « stabilité économique et
financière » du pays.
G8 Les plans de relance restent... pour l’instant
L’AQUILA,
Italie — Les leaders du G8 réunis à L’Aquila en
Italie – dans le cadre du Sommet actuel – ont annoncé
qu’ils reporteront les mesures visant à
désamorcer les plans de relance économiques
actuels tant que la reprise économique ne sera pas
confirmée.
Du même coup, ils ont assuré qu’une reprise
économique stable et durable les ramènera tous
à la table des négociations. D’ici là,
chacun des leaders assumera la responsabilité de
trouver les portes de sortie qui conviendront à
l’économie de leur pays. Les stratégies «
varieront d’un endroit à l’autre et tiendront compte
des finances publiques et des conditions de l’économie
locale » propre à chacun des pays du Groupe des
huit.
Alors que certains observateurs parlent avec optimisme de
l’amoindrissement de la récession globale, plusieurs
rapports indiquent que la reprise économique n’arrive
que très lentement.
Le Fond monétaire international (FMI) a fait l’annonce
que la contraction économique annuelle globale
prévue atteint maintenant les 1,4%. Cette nouvelle
prévision dépasse à la baisse la
précédente qui, au mois d’avril dernier, la
chiffrait à 1,3%. En revanche, sans qu’aucun chiffre ne
soit toutefois avancé, le taux de croissance
économique, préalablement estimé à
2,5% pour l’année 2010, sera plus fort que
prévu.
À la
mi-juin, forts de cette nouvelle prévision, les
ministres des finances du G8 avaient conclu que le temps
serait dorénavant venu de dessiner des plans visant
à rééquilibrer les budgets
déficitaires et la précarité bancaire.
Instabilité économique
Hier, un proche conseiller de Barack Obama a signifié
que l’économie demeure actuellement i nstable,
beaucoup trop pour que les plans de relance soient
désamorcés.
Rencontré par des j ournal i stes à L’Aquila,
Mike Froman, haut responsable de la National Security, a
parlé des « incertitudes et des risques »
minant toujours le système économique actuel.
Le président Obama est arrivé hier en Italie,
après une visite au président italien Giorgio
Napolitano à Rome, ainsi qu’un séjour en
Russie où il a rencontré le président
Dmitri Medvedev et le premier ministre Vladimir Poutine.
Obama a laissé la porte ouverte à
l’éventualité de l’établissement d’un
second plan de relance. Celui-ci ferait suite au premier,
dont l’adoption légale fut entérinée en
février dernier au montant de 787 milliards US.
Tous les leaders se sont par ailleurs entendus sur la
nécessité de rejeter toutes formes de
protectionnisme, ainsi que sur la conclusion rapide de
pourparler concernant les échanges entre pays.
La Fed veut apaiser les craintes
Les
dirigeants de la Réserve fédérale
américaine ( Fed) étudient la
possibilité d’utiliser l’énoncé de
politique de mercredi pour stopper toute conjecture voulant
qu’ils soient disposés à hausser les taux
d’intérêt dès cette année.
PHOTO RON EDMONDS, AP
Le président de la Fed, Ben
S. Bernanke, et ses collègues du Comité
fédéral d’open market (FOMC) se
réuniront à Washington demain et mercredi.
Les décideurs de la Fed ont déjà
indiqué qu’ils acceptent une augmentation des taux de
rendement des bons du Trésor de plus long terme, mais
certains d’entre eux craignent toute attente
prématurée concernant une hausse des taux
d’intérêt.
Par ailleurs, le personnel de la Fed s’est penché sur
la décision de la Banque du Canada de renoncer
à toute hausse de son taux directeur jusqu’en 2010,
selon une personne au courant de cette question, sans en
être venu à la conclusion que cette annonce
s’est avérée efficace.
Ainsi, le 21 avril dernier, la Banque du Canada a
réduit son taux directeur à 0,25%, soit le
plus bas de son histoire, précisant que « l’on
peut s’attendre à ce que le taux cible des
prêts d’un jour demeure à son niveau actuel
jusqu’à la fin du deuxième trimestre de 2010,
la situation étant subordonnée aux
perspectives relatives à l’inflation. »
Pour la Fed, une option pourrait consister à mettre
l’accent lors de son énoncé de mercredi
prochain sur le fait que le ralentissement plus
marqué sur le marché du travail et
l’activité manufacturière aux
États-Unis gardera l’inflation à un niveau bas
et tempérera la reprise, estime Michael Feroli,
économiste de JPMorgan Chase à New York et
ancien membre de la Fed.
Ce qui est en jeu, c’est de garder les coûts d’emprunt
suffisamment bas pour favoriser une reprise soutenue sans
lier la banque centrale américaine à un seul
plan d’action.
« Il
existe des manières (pour les décideurs de la
Fed) de mettre en lumière leurs attentes concernant
des taux d’intérêt bas sans s’engager outre
mesure », soutient Lou Crandall, économiste en
chef de Wrightson ICAP, de Jersey City, au New Jersey.
Le président de la Fed, Ben S. Bernanke, et ses
collègues du Comité fédéral
d’open market ( FOMC) se réuniront à
Washington demain et mercredi. Les économistes
prévoient qu’ils laisseront le taux directeur de la
Fed dans une fourchette de 0 à 0,25%. Les
décideurs discuteront également de tout
changement éventuel à leur engagement
d’acheter jusqu’à 300 milliards US en bons du
Trésor et 1450 milliards US en titres de dette
liés à l’immobilier.
Dans ses deux derniers énoncés, le FOMC a
indiqué que « les conditions économiques
sont susceptibles de justifier des taux exceptionnellement
bas des fonds fédéraux pour une longue
période. »
Les marchés ont déjà indiqué
qu’ils ne tiennent plus compte de ce discours. Les bons du
Trésor de deux ans ont glissé depuis qu’un
rapport du gouvernement fédéral
américain a fait état, le 5 juin dernier, de
la plus modeste perte d’emplois en huit mois, le taux de
rendement des bons étant de 1,14% hier en
début d’aprèsmidi à New York,
comparativement à 0,91% au début de juin.
Les contrats à terme sur les fonds
fédéraux américains pour mars
présentent un taux de rendement de 0,705%, ce qui
indique une certaine probabilité de hausse des taux
d’ici le premier trimestre de 2010.
Si les pertes d’emplois sont en régression, des
responsables de la Fed ont toutefois souvent
répété que le taux de chômage va
vraisemblablement augmenter au cours des mois à
venir.
Hydro au secours des grandes entreprises
Les grandes
entreprises qui souffrent du ralentissement économique
ont réussi à attendrir le coeur
d’Hydro-Québec, qui réduira leurs tarifs
d’électricité le temps que la conjoncture
s’améliore.
Quatre des plus importants clients
industrielsd’Hydro-Québec ont déjà
demandé une baisse de leurs tarifs, selon la
société d’État. La réduction de la
facture de ces quatre clients pourrait atteindre 6 millions de
dollars.
Hydro a 250 clients qui paient le tarif L ( grande industrie).
Ensemble, ces clients consomment près de la
moitié de toute l’électricité vendue au
Québec.
Comme les tarifs d’HydroQuébec sont
réglementés, la Régie de l’énergie
doit approuver les rabais consentis à certains de ses
clients, ce qu’elle a fait le 11 mai dernier.
Hydro a donc
le feu vert pour réduire les tarifs de ses gros
clients les plus mal en point. Ce n’est pas la
première fois qu’Hydro se porte au secours de la
grande industrie. En 1993, à la suite de la
récession de 1991-1992, huit grandes entreprises
avaient profité d’une réduction de leur
facture, pour une économie totale de 20 millions. Le
rabais correspondait à une réduction de 7% de
leur facture d’électricité.
Tous les clients qui paient le tarif industriel (tarif L)
sont admissibles à ces réductions, à
condition de prouver qu’ils sont en réelles
difficultés. En 1993, les entreprises devaient
dévoiler leurs états financiers et
démontrer qu’elles avaient demandé une
réduction de coûts à leurs autres
fournisseurs avant qu’Hydro accepte de réduire leur
facture.
Ces conditions avaient été jugées trop
lourdes par les entreprises, qui ont réclamé
leur allègement. Il n’a pas été
possible de savoir si, cette fois, les conditions
d’admission ont été modifiées comme le
souhaitaient les entreprises. Hydro-Québec n’a pas
rappelé La Presse Affaires.
Ça fait des mois que les grandes entreprises
réclament une réduction de leur facture
d’électricité pour leur permettre de traverser
la récession. Elles ont réclamé en vain
un gel des tarifs en 2009-2010. La Régie de
l’énergie a accordé une augmentation de 1,2%
à Hydro, en vigueur depuis le 1er avril dernier.
Hydro-Québec a toutefois accepté de discuter
avec ses gros clients de mesures d’aide qui pourraient
être mises en place. Il était question
d’assouplissement des conditions de crédit, entre
autres.
Ces
discussions ne sont pas allées très loin, a
indiqué hier Luc Boulanger, directeur
général de l’Association
québécoise des consommateurs industriels
d’électricité, qui regroupe les entreprises
les plus énergivores.
Les réductions de tarifs qui viennent d’être
permises par la Régie sont unemesure de dernier
recours, selon Luc Boulanger, qui ne profitera qu’aux
entreprises qui sont sur le point de fermer leurs portes.
Toutes les
autres continueront à souffrir, estime Luc Boulanger.
Les réductions de tarifs qui seront accordées
aux grandes entreprises généreront un manque
à gagner qui sera récupéré par
Hydro plus tard. Comment? Il faudra attendra à la
prochaine demande d’augmentation de tarifs, en août,
pour savoir si ces rabais seront
récupérés chez cette catégorie
de clients seulement ou si l’ensemble de la clientèle
d’Hydro-Québec paiera la note.
La Régie de l’énergie entendra les avis des
parties intéressées lors des prochaines
audiences tarifaires.
Le Fonds FTQ ouvre ses goussets
Récession oblige, selon son président, le
Fonds de solidarité FTQ vient deboucler la plus
grosse année d’investissements de son histoire.
Au moins 848 millions de dollars ont été i
nvestis dans des entreprises et des projets d’affaires
au Québec durant l’exercice de 12 mois
terminé le 31 mai.
C’est quelque 100 millions de plus que l’année
précédente.
Et presque 2 0 0 mil l i ons de plus que les capitaux
frais recueillis par le Fonds avec la vente de parts aux
particuliers, à hauteur de 660 millions «
malgré un marché difficile », a
souligné Yvon Bolduc, en entrevue avec
« Même si nous cherchons à
équilibrer nos sorties et nos entrées de
fonds, nous avons f a i t un ef f or t s pécia l
pour investir en cette année un peu
exceptionnelle. L’économie du
La
Presse Affaires. Québec en avait besoin face
à la récession et la pire crise
financière depuis les années 30. »
Ainsi, un nombre élevé de 280 entreprises
de diverses tailles a bénéficié
d’un apport financier du Fonds durant cet exercice
2008-2009, par l’entremise d’un prêt à
conditions particulières ou d’une injection au
capital-actions.
Aussi, autre réalisation spéciale pour
contrer la récession : le Fonds de
solidarité s’est engagé, en plus de ses
investissements directs, à contribuer un peu plus
d’un demi-milliard dans des nouveaux fonds à
partenaires.
Ça comprend le fonds technologique Teralys
Capital, avec la Caisse de dépôt et
placement, ainsi que le Fonds de la relance avec l a
société d’ État SGF, pour les
entreprises en mal de liquidités.
D’ailleurs, les premiers débours de ce fonds
spécial de 500 millions, créé avec
le dernier budget provincial, seront annoncés
« très bientôt », selon M.
Bolduc.
Imprimer de l’argent pour défendre
le huard ?
La
Banque du Canada pourrait devoir « imprimer
» de l’argent et acheter des actifs comme des
obligations gouvernementales pour contrer la hausse de
la devise canadienne, qui risque de nuire à la
reprise économique
Ainsi, la progression de 16% du huard par rapport au
dollar américain depuis le 9 mars dernier menace
de faire mal aux exportations du pays déjà
malmenées. Cette situation augmente les
probabilités que Mark Carney, gouverneur de la
Banque du Canada, imite la Réserve
fédérale américaine (Fed), la
Banque d’Angleterre et la Banque Nationale de Suisse qui
ont eu recours à ce qu’on appelle de
l’assouplissement quantitatif, estime Nicholas Rowe,
économiste de l’Université Carleton,
à Ottawa.
« Chaque hausse de la devise augmente
véritablement les probabilités » que
M. Carney achète des actifs avec de l’argent
frais, ajoute M. Rowe, qui fait partie d’un
comité de l’Institut C.D. Howe, un groupe de
recherche indépendant.
Des
achats d’actifs répondraient à un double
objectif de la banque centrale: ils contribueraient
à diminuer les coûts d’emprunt des
entreprises et des ménages et ils affaibliraient
le huard en rendant les investissements de court terme
libellés en dollars canadiens moins attrayants.
La différence entre les taux de rendement des
bons du Trésor canadiens et américains
d’un an a augmenté la semaine dernière
à plus de 20 points de base pour la
première fois depuis février dernier.
Ainsi, les investisseurs peuvent obtenir des rendements
plus élevés sur les actifs canadiens
comparativement aux actifs américains sur toutes
les valeurs dont l’échéance est de trois
ans ou moins.
La Banque du Canada avait annoncé le 23 avril
dernier qu’elle pourrait acheter des actifs au besoin
pour stimuler l’économie, mais M. Carney n’a pas
eu recours à cette mesure depuis lors. Cela a
contribué à la montée du huard, qui
s’est apprécié en mai à la cadence
mensuelle la plus rapide depuis que le Canada laisse
flotter sa devise par rapport au dollar
américain, soit depuis 1950.
Les exportateurs canadiens écopaient
déjà même avant la récente
appréciation du huard. Ainsi, les
expéditions canadiennes à
l’étranger ont chuté de 31% au cours des
neuf mois terminés en avril dernier,
précisait Statistique Canada le 10 juin dernier.
Bombardier, troisième avionneur au monde, fait
partie des entreprises canadiennes qui ont mis des
travailleurs à pied, ce qui a fait porter le taux
de chômage à 8,4%, un sommet de 11 ans.
Harper ne bloquera pas la vente d’actifs à
Ericsson
PANAMA
CITY — Le premier ministre Stephen Harper n’entend pas
adopter de mesures extraordinaires pour bloquer la
vente d’actifs de Nortel à la suédoise
Ericsson.
Nortel, une entreprise spécialisée en
télécommunications qui a
déjà été l’entreprise
canadienne dotée de la plus forte
capitalisation boursière, est en voie de vendre
ses principaux actifs après s’être
placée à l’abri de ses créanciers
au Canada et aux États-Unis.
Le premier ministre a été
questionné à son sujet lors d’une
conférence de presse au Panama. I l a
répondu qu’il laissera l’affaire suivre son
cours, en vertu de la Loi sur Investissement Canada.
Il a ensuite ajouté qu’il n’a pas l’i ntention
d’adopter de nouvelle mesure protectionniste pour
bloquer la transaction.
M.
Harper a rappelé qu’il demande depuis longtemps
aux États-Unis d’éviter le
protectionnisme, et qu’il ne serait donc pas correct
pour le Canada d’adopter lui-même des mesures
protectionnistes.
Nortel est sous la protection des tribunaux depuis le
mois de janvier. Ses dirigeants s’affairent à
vendre diverses composantes de l ’entreprise dans le
cadre d’un processus d’enchères.
La première ronde impliquait la vente des
actifs sans-fil de Nortel, dont Ericsson se porte
acquéreur pour 1,3 milliard. L’entente comprend
le maintien de 800 emplois.
Le Parti libéral du Canada et le Nouveau Parti
démocratique ont demandé au gouvernement
Harper de bloquer la transaction, faisant valoir
qu’elle placerait entre des mains
étrangères une technologie canadienne de
pointe.
NORTEL : LA HAUTE DIRECTION
DÉCIMÉE
Les
revenus et les profits en forte baisse
TORONTO — Nortel Networks, géant insolvable du
secteur technologique, dit adieu à son PDG,
Mike Zafirovski, au moment où l’entreprise se
défait de précieux actifs. Mike Zafirovski, 55 ans,
ancien cadre supérieur de Motorola Corp.,
avait été embauché par Nortel
en 2005 dans l’espoir qu’il puisse revitaliser la
société. Son départ n’a pas
surpris les analystes hier. Sa présence
à la barre de l’entreprise était
associée dès le début à
une phase de sa restructuration.
M. Zaf i r ovski , 55 a ns, ancien cadre
supérieur de Motorola Corp., avait
été embauché pa r Nortel en 20 05
dans l ’ espoi r qu’i l puisse revitaliser la
société. Il quitte immédiatement
ses fonctions de président et de PDG.
I l ne sera pas remplacé. L’entreprise
demandera plutôt que l’on confie de plus grandes
responsabilités à la firme Ernst &
Young, nommée par le t r i bunal , qui
travaille avec Nortel depuis que l’entreprise a
demandé la protection de la cour contre ses
créanciers au Canada et aux États-Unis.
Le conseil d’administration de Nortel passera de neuf
membres à trois. Parmi les administrateurs qui
partent, on compte Harry Pearce, qui a
été président de Nortel et qui a
joué un rôle de premier plan dans
l’embauche de M. Zafirovski.
L’entreprise a aussi fait s avoi r qu’une
équipe de cadres, dont le responsable de la
restructuration, Pavi Binning, et l e r esponsable de
la stratégie, George Riedel, surveillera les
opérations et fera rapport au conseil
d’administration et à Ernst & Young.
Nortel, fournisseur mondial de réseaux de
télécommunicat i ons , qui a
déjà été la
société ayant la plus grande valeur au
Canada, est à vendre ses actifs principaux dans
le cadre de sa restructuration.
Pertes accrues
Hier, l ’entreprise a fa it s a voi r q ue s e s r e
ve nus avaient chuté de 25 % au deuxième
trimestre, à 1,97 milliard US, et
précisé que sa perte avait plus que
doublé, à 274 millions US, soit 55 cents
US par action, comparativement à la
période correspondante de 2008.
Cette perte, attribuable en partie à des
coûts de réorganisation de 130 millions
de dollars canadiens, se compare à une perte de
113 millions, ou 23 cents par action, au cours de la
période correspondante terminée le 30
juin de l’an dernier.
Da n s
u n c o mmuniqué publié hier, M.
Zafirovski a dit croire que la société
est en voie de stabiliser ses activités tout en
finalisant la vente de sa division sans-fil.
« La direction a été
établie et nous sommes maintenant parvenus
à un point naturel de transition tandis que
nous continuons à fournir des services à
nos clients, à maximiser la valeur grâce
aux ventes et à poursuivre les activités
de restructuration », a souligné M.
Zafirovski.
Au départ, M. Zafirovski ava i t a f f i r
mé en j a nvier dernier que Nortel visait
à conserver ses activités principales et
à poursuivre à titre de fournisseur de
technologie plus modeste. Toutefois, la
société a modifié ses objectifs
et elle procède en ce moment à la vente
de ses divisions et de ses actifs.
« Nous avons atteint un point de départ
logique, a dit M. Pearce. Mike avait pris l’engagement
de veiller au processus de stabilisation de la
compagnie, à la vente de ses principaux actifs
et à la mise en place des bons plans et du
personnel qui convient pour poursuive nos
activités et servir nos clients. Et c’est ce
qu’il a fait. »
M. Pearce estime que M. Zafirovski a
réalisé « de grands progrès
» sur de nombreux fronts, y compris la
résolut ion de grands problèmes
juridiques et comptables et la nouvelle orientation
donnée à Nortel, qui est passée
d’une compagnie axée sur des produits «
de patrimoine », plus anciens, à des
investissements « de croissance ».
Pas de surprise
Duncan Stewar t , directeur de l ’a nalyse à
DSam Consulting et observateur de Nortel depuis
longtemps, ne voit pas dans le départ de M.
Zafirovski un geste prématuré ou une
surprise.
« M. Za f i r ovski e s t un homme
d’opérations, et ce n’est pas sur cet aspect
que Nortel met l ’accent en ce moment, dit-il. Ce
n’est pas quelqu’un qui possède une
énorme expérience en ce qui concerne les
fusions et acquisitions. C’est la raison de la
présence de George Riedel au sein de la
compagnie. »
M. Stewart fait observer que M. Zafirovski avait
déjà indiqué publiquement qu’il
quitterait ses fonctions au moment où Nortel se
délesterait de nombreux actifs.
Flou total pour les salariés
- Martin Vallières
La l
iquidation des act i f s de Nortel,
accélérée depuis hier, risque
de toucher plusieurs dizaines de salariés
à Montréal même si l ’entreprise
n’y a plus d’usine depuis des années.
PHOTO MARTIN
CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE
La division Metro Ethernet
demeure la principale occupante des quatre
immeubles identifiés à Nortel au
Technoparc du quartier Saint-Laurent, à
Montréal. C’est la prochaine et
troisième des quatre divisions de Nortel
à devoir trouver preneur, selon les
analystes, pour une valeur estimée à
un peu plus d’un milliard de dollars
américains.
Après l ’ a n nonce de la vente de la
division sans-fil à la firme suédoise
Ericsson, qui concerne de nombreux emplois de R&
D à Montréal et à Ottawa, il
s’agit cette fois des employés de la division
de Réseaux Metro Ethernet.
C’est la prochaine et troisième des quatre
divisions de Nortel à devoir trouver preneur,
selon les analystes, pour une valeur estimée
à un peu plus d’un milliard de dollars
américains.
Cette division est spécialisée dans
les technologies de très grande bande
passante pour les réseaux de
télécommunications de type internet,
notamment pour les transmissions audiovisuelles.
Or , c e t t e d i v i s i o n de Metro Ethernet
demeure la principale occupante des quatre immeubles
identifiés à Nortel au Technoparc du
quartier Saint-Laurent , à Montréal,
a-t-on confirmé hier à La Presse
Affaires.
Selon le dernier chiffre divulgué par Nortel,
près de 500 personnes étaient
employées à ce principal centre
d’activités qui lui reste au Québec.
C’est aussi quatre ans après la revente puis
la fermeture subséquente de son usine
à Montréal, également dans le
quartier SaintLaurent, qui a déjà
employé plus de 1000 personnes.
« Effectivement, la division Metro Ethernet
fait partie des actifs qui devront être vendus
par Nortel. Toutefois, on ne peut encore
présumer du sort de ses employés,
à Montréal ou ailleurs dans l ’ ent r
eprise » , a soul i gné Ryan Hill,
porte-parole de Nortel au Canada.
L’échéancier de la vente de cette
division demeure i mprécis. Du moins, t a nt
que n’aura pas été ajusté le
processus d’administration judiciaire de protection
de faillite dans lequel Nortel évolue depuis
janvier.
Un élargissement du rôle du c
ontrôleu r déjà mandaté
par la Cour, la firme Ernst & Young, est requis
a près l ’ a n nonce hier du départ du
président de Nortel et de la réduction
de son conseil d’administration.
Mais
de l’avis d’analystes, la division Metro Ethernet
renferme plusieurs technologies de pointe qui font
partie des « joyaux » résiduels
de Nortel. « Cette division pourrait valoir
plus que celle du sans-fil, même si cette
valeur a sans doute baissé depuis un an en
raison d’une chute des ventes », a
récemment affirmé Mark Tauschek,
analyste principal d’Info-Tech Research Group, de
London, en Ontario.
Les résultats du deuxième t r i mestre
2009 divulgués hier par Nortel confirment un
déclin de 27 % des ventes de sa division
Metro Ethernet sur une base annualisée, pire
que celle de 25 % pour toute l’entreprise.
Aussi , c e s vente s o nt décl i né
de 8 % entre l es premier et deuxième
trimestres 2009, alors que les ventes totales de
Nortel progressaient de 14 %. Quant à la
vente de la division sans fil, rappelons qu’une
entente a été annoncée à
la fin de j uillet avec la société
suédoise Ericsson, au prix de 1,1 milliard
US.
Toutefois, cette annonce a suscité des
requêtes en blocage au fédéral,
au motif que les technologies de sans-fil de Nortel
devraient rester en mains canadiennes parce que leur
mise au point a été largement
subventionnée.
À Ottawa, vendredi dernier, le Comité
parlementaire de l’industrie à la Chambre des
communes a tenu une séance extraordinaire
à ce sujet.
Pa r mi l e s s uj e t s d’ i nquiétude : le
sort des 400 employés de la division de
sans-fil au principal centre de recherche et
développement ( R & D) de Nortel au
Canada, en banlieue d’Ottawa. Par ricochet, leur
sort sous une direction prochaine d’Ericsson
pourrait avoir un effet sur le principal centre de
R& D en sans-fil de cette entreprise au Canada,
situé lui à Montréal.
Quelque 600 personnes t ravaillent à ce
centre de R& D d’Ericsson en bordure du bouleva
r d Déca r i e, à Montréal.
Depui s l ’ e nt e nt e a ve c Nortel, la direction
d’Ericss on au Ca nada s outient qu’elle n’a pas
l’intention de fusionner ou de rationaliser ses
activités de R & D entre Montréal
et Ottawa.
Mais déjà, des intervenants du milieu
des télécoms à Montréal
doutent du maintien de deux centres de R& D dans
le sans-fil à deux heures de route l’un de
l’autre.
Audiences d’urgence des
députés fédéraux -
Karine Fortin
« Compte tenu des circonstances entourant la
transaction et le nombre de choses en jeu, j’ai
pensé qu’il était important que le
Parlement tienne un débat public », a dit
le député néo-démocrate
Brian Masse.
OTTAWA — Des députés
fédéraux préoccupés par la
vente d’actifs de l’équipementier de
télécommunications Nortel Networks
à la multinationale suédoise Ericsson
ont accepté de suspendre leurs vacances
estivales, le temps de tenir des audiences d’urgence
sur la transaction annoncée le mois dernier et
dont la valeur est d’environ 1,13 milliard de dollars
US.
Le comité permanent de l’Industrie, des
Sciences et de la Technologie se réunira demain
au parlement pour entendre les dirigeants de Nortel et
d’Ericsson ainsi que ceux de Research in Motion (
RIM), qui s’est élevée contre le
processus de vente aux enchères des actifs et
le fait qu’ils soient vendus à une entreprise
étrangère.
Des représentants du gouvernement
fédéral devraient également
assister à la rencontre. Le ministre de
l’Industrie a en effet le pouvoir de bloquer une
transaction ou d’imposer des conditions à
l’acheteur pour des raisons de sécurité
nationale s’il estime que cela est dans
l’intérêt du pays.
Une première séance aura lieu demain et
d’autres pourraient suivre.
Conséquences
L e néo - démoc r a t e Br i a n Masse,
qui a eu l’idée de tenir des audiences sur
Nortel, dit vouloir poser des questions sur les
conséquences potentielles de la vente de la
quasi-totalité des activités CDMA
(système appliqué dans les
réseaux de téléphonie mobile) et
les actifs LTE Access ( prochaine
génération) de Nortel.
« Compte tenu des circonstances entourant la
transaction et du nombre de c hoses en j eu, dont la
technologie, j ’ai pensé qu’il était
important que le Parlement tienne un débat
public », a-t-il expliqué en entrevue
à La Presse Canadienne.
Le
député, qui représente la ville
ontarienne de Windsor, trouve important que les
parlementaires examinent les tenants et aboutissants
du t ra nsfert de propriété i
ntellectuelle et d’autres actifs et formulent des
recommandations au ministre, s’ils le jugent à
propos.
I l souligne que les contribuables canadiens ont
payé une partie des frais de recherche et
développement de l’entreprise et qu’il est
normal qu’on les tienne au courant de ce qu’il advient
de leur investissement.
Il était urgent d’organiser une rencontre
puisque la transaction a déjà obtenu
l’aval des tribunaux au Canada et aux
États-Unis, en dépit de l’opposition de
RIM, qui souhaitait acquérir les technologies
en jeu mais s’est vu refuser l’occasion de
présenter une offre en bonne et due forme.
Garanties
Pour leur part, les libéraux entendent profiter
des audiences pour obtenir des garanties qu’Ericsson
continuera à investir au Canada après
avoir mis la main sur les actifs de son ancienne
rivale.
I ls veulent aussi en savoir plus sur la
stratégie du gouvernement Harper en
matière de haute technologie.
« Ça fait plusieurs mois que l e
processus de f a i l l i t e de Nortel et ensuite
l’encan pour une partie de la compagnie se
déroulent, et tout ça s’est fait dans
les médias et derrière des portes
fermées. Le gouvernement n’a certainement pas
partagé sa stratégie ou les informations
qu’il a recueillies » , a fait valoir le
député libéral Marc Garneau.
Comme c’est son habitude, le Bloc
québécois tentera de voir quels sont les
avant ages du rachat pour le Québec. Le
porte-parole en matière d’ I ndustrie, Robert
Bouchard, a aussi indiqué qu’il
s’intéresserait au sort des travailleurs et de
leur régime de retraite.
Longtemps considérée comme le f leuron
du secteur des télécoms au Canada,
Nortel s’est placée sous la protection des t
ribunaux en j anvier dernier après plusieurs
années de restructuration. L’entreprise est en
voie d’être démantelée.
Adieu Nortel - ANDRÉ PRATTE
Des
voix s’élèvent en faveur d’une
intervention gouvernementale pour bloquer la vente des
actifs sans-fil de Nortel à la multinationale
suédoise Ericsson. Ottawa doit faire la sourde
oreille aux chants des sirènes nationalistes.
Au cours des dernières semaines, la
vente-débarras de Nortel s’est
déroulée dans l’indifférence la
plus totale. Il a fallu que Research in Motion
(fabricant du BlackBerry) lance un pavé dans la
mare pour que, brusquement, le sort des morceaux de
Nortel devienne une question de vie ou de mort
nationale.
Les actifs sans-fil de Nortel ont été
mis aux enchères par les tribunaux supervisant
la faillite de l’entreprise. Trois investisseurs
étrangers ont participé au processus;
Ericsson est sortie gagnante grâce à une
mise de 1,1 milliard US. RIM a refusé de se
plier à certaines des conditions des
enchères et, plutôt que de les contester
devant les tribunaux, a décidé de porter
sa cause devant l’opinion publique en faisant vibrer
la corde nationaliste. Demandant au gouvernement
d’examiner soigneusement la transaction, RIM soutient
que ces précieux actifs, qui comprennent des
centaines de brevets, devraient rester entre des mains
canadiennes (c.-à-d. les siennes).
Ericsson n’est pas un prédateur. Établie
au Canada depuis plus de 50 ans, elle y est un des
plus importants investisseurs en R& D grâce
aux activités de son centre de recherche de
Montréal (600 employés). Bien qu’une
rationalisation est à prévoir, il est
certain qu’Ericsson ne se sauvera pas du pays avec les
actifs de Nortel dans une valise à double fond.
Il est aussi plus que probable qu’elle les
gérera mieux que les fiers Canadiens ayant
provoqué le gâchis que l’on sait.
Le gouvernement fédéral enverrait un
bien mauvais message aux investisseurs
étrangers s’il rejetait la proposition
d’Ericsson, faite dans le respect des règles,
pour ouvrir la voie à l’offre d’une entreprise
canadienne qui n’a pas voulu jouer le jeu. Une telle
décision découragerait l’investissement
étranger dont profite grandement le Canada et
susciterait des représailles à l’endroit
des compagnies canadiennes souhaitant étendre
leurs activités ailleurs sur la planète.
Le gouvernement Harper doit bien sûr se pencher
sur la transaction Nortel-Ericsson, comme le lui
commande la Loi sur Investissement Canada. En vertu de
cette loi, Ottawa a bloqué l’an dernier la
vente de la division spatiale de MacDonald Dettwiler
and Associates, fabricant du satellite Radarsat II et
du Canadarm, à l’américaine Alliant
Techsystems. Cependant, il n’y a pas de commune mesure
entre les deux transactions. Contrairement à
Ericsson, Alliant n’est pas présente au Canada.
Contrairement aux actifs sans-fil de Nortel, la
division spatiale de MDA a une valeur
stratégique irremplaçable pour le
Canada. Enfin, MDA est une entreprise florissante, ce
qui n’est évidemment pas le cas de Nortel.
Certes, comme le soutient le patron de RIM, Jim
Balsillie, il faut une « solution canadienne
» à la vente des actifs sans-fil de
Nortel. Or, cette solution canadienne,
c’est-à-dire la solution la plus conforme aux
intérêts du Canada, c’est la vente de ces
actifs à Ericsson.
Nortel : Le vieux
réflexe - Adrien Pouliot
Ottawa ne devrait pas bloquer la vente d’actifs de
Nortel pour conserver un « contrôle
» canadien
Ce qui compte, c’est d’avoir un climat
d’investissement attrayant au Canada pour
encourager la croissance de compagnies locales
et l’établissement de filiales
étrangères.
L’auteur est président de Draco Capital
Inc., une société d’investissement
privée. Le vieux réf lexe
nostalgique nationaliste canadien de conserver
sous contrôle canadien les actifs de Nortel
n’est pas fondé sur de sains principes
économiques. C’est la meilleure offre,
celle d’Ericsson, qu’il faut accepter pour
rembourser les créanciers garantis de
Nortel qui, à défaut, pourraient
recevoir un paiement moindre.
Pour avoir des marchés de capitaux qui
fonctionnent bien, les créanciers doivent
pouvoir, en cas de défaut de paiement de
leur débiteur, exercer leur garantie et
vendre les actifs au plus offrant pour se faire
rembourser. Si le gouvernement intervient pour
empêcher la vente, on risque de faire
augmenter le coût d’emprunt des entreprises,
car les prêteurs vont demander un rendement
plus élevé pour compenser la
perception de risque accru.
De plus, les investisseurs en capital de risque,
qui espèrent vendre leurs actions à
profit à des étrangers, pourraient
investir moins ou ailleurs qu’au Canada, par
crainte qu’Ottawa n’intervienne au moment de la
vente.
La somme de 1,13 milliard d’Ericsson,
importée de l’étranger et investie
ici, servira à rembourser les
prêteurs de Nortel qui recycleront ces fonds
dans l’économie canadienne à un
moment on ne peut plus opportun. De plus, en
supposant que Research In Motion, la concurrente
canadienne frustrée d’avoir perdu les
enchères pour ces actifs, investisse dans
les télécommunications canadiennes
la somme de 1,1 milliard qu’elle était
prête à débourser pour acheter
ces actifs de Nortel, le Canada pourrait
bénéfera fructifier son
investissement en moussant la mise au point et la
mise en marché partout dans le monde des
nouvelles technologies canadiennes sur lesquelles
planchent déjà les ingénieurs
de Nortel.
Finalement, l’argument du ministre ontarien des
Finances selon lequel il faudrait garder la
propriété canadienne parce que les
contribuables ont aidé à financer la
mise au point de la technologie de Nortel consiste
à utiliser comme prétexte une
mauvaise politique (subventionner des compagnies
privées) pour appuyer une seconde mauvaise
politique (intervenir pour bloquer des
investisseurs étrangers).
Ceux qui veulent une solution protectionniste ont
une vision statique et se concentrent sur la seule
nationalité de l’acheteur. Ce qui compte,
c’est plutôt d’avoir ficier d’un total de
2,23 milliards d’investissements. La solution
protectionniste aurait pour effet de garder un
« contrôle » canadien plus grand
sur une industrie plus petite, qui grandirait
probablement moins vite en conséquence
d’une telle décision.
Par contre, la solution de libre marché
ferait en sorte de rendre l’industrie des
télécommunications plus forte, plus
importante et plus dynamique, ce qui ne peut que
bénéficier aux Canadiens. Entre les
mains d’Ericsson, les brevets et la
propriété intellectuelle canadienne
ne disparaîtront pas. Au contraire, Ericsson
un climat d’investissement et de production
attrayant au Canada pour encourager la croissance
de compagnies locales (qui pourront
ultérieurement connaître une
expansion à l’étranger), de
même que l’établissement ici de
filiales étrangères.
En intervenant pour contrer Ericsson, le
gouvernement enverrait aux étrangers le
message que le Canada souhaite rester à
l’écart des réseaux de production
multinationaux. Un tel geste encouragerait des
représailles similaires contre nos propres
compagnies lorsqu’elles feront des offres d’achat
à l’étranger.
La béquille inflationniste
- Laurent Desbois
Il y a
un danger réel que les gouvernements remplacent
de plus en plus le secteur privé comme source
d’emplois
Seule l’innovation du secteur privé peut
augmenter la capacité productive de
l’économie, augmentation requise pour limiter les
hausses de prix.
L’auteur est président de la
société d’investissements Fjord Capital.
Le tsunami financier de l’été 2007 a
été caractérisé par
l’éclatement de la bulle du crédit. S’en
est suivi la crise économique en 2008
générée par un consommateur qui ne
veut (et qui ne peut) plus emprunter, réduisant
du coup l’activité économique.
La réponse gouvernementale au Canada, et surtout
aux États-Unis, a été d’augmenter
de façon substantielle les dépenses et les
déficits. Ces déficits sont
nécessaires afin d’éviter que le taux de
chômage n’augmente trop.
La culture de la dette cependant n’a pas changé
avec l’éclatement de la bulle du crédit.
On remplace tout simplement la dette privée par
la dette publique. La nature humaine étant ce
qu’elle est, la liste de demandes d’interventions de la
part des gouvernements risque de s’allonger de
façon substantielle. La pression sera grande,
surtout aux États-Unis après avoir tant
dépensés pour sauver les banques et les
compagnies d’assurance.
Par contre, à long terme, ces dépenses ne
rendront pas nos économies dynamiques. Il y a un
danger réel que la béquille
gouvernementale remplace le secteur privé comme
source d’emplois.
La conséquence de cette intervention sans fin des
gouvernements sera l’inflation. Tout simplement parce
qu’il sera plus facile de réduire la dette en
imprimant de l’argent qu’en taxant les revenus. Et aussi
parce que, malgré la crise, seule l’innovation du
secteur privé peut augmenter la capacité
productive de l’économie, augmentation requise
pour limiter les hausses de prix.
Dans un
contexte de fortes dépenses gouvernementales, les
banques centrales n’auront pas l’indépendance
nécessaire pour restreindre l’inflation. Si les
gouvernements élus engrangent des déficits
qui génèrent de l’inflation, sur quelle
légitimité démocratique les banques
centrales peuvent-elles s’appuyer pour réduire
l’inflation? Les pressions seront énormes pour ne
pas augmenter les taux d’intérêt.
Au Canada, nous avons le bénéfice
d’être producteur de matières
premières dont les prix augmenteront. Nous
deviendrions de grands rentiers en recevant nos
royautés. Comme dit l’investisseur
américain Jim Rogers, dans ce monde
inflationniste, ce ne sont pas les banquiers, mais les
fermiers qui vont conduire des Lamborghini.
Cependant, les conséquences seront
désastreuses pour les pays manufacturiers qui
importent des matières premières, et pour
les États-Unis. Outre le transfert de richesse
massif vers les producteurs de matières
premières, ainsi que le transfert des poids
politique, économique et probablement militaire
qui y seront associés, le désordre social
inhérent à l’inflation ne peut être
sousestimé. Lénine aurait dit que la
meilleure façon de détruire le capitalisme
est de dévaluer sa devise, car l’inflation
provoque un transfert massif de richesse entre
épargnants et emprunteurs, entre rentiers et
producteurs, et entre générations, tout en
écrasant la classe moyenne d’une combinaison
d’impôts élevés et des prix qui ne
cessent de monter.
Il n’y a pas eu de discussion sur la place publique
quant à la nature temporaire que doit avoir cette
augmentation du rôle des gouvernements. En effet,
en laissant ainsi le génie sortir de sa
bouteille, on risque fortement de semer les graines de
la prochaine crise.
Clairement, cette route ne doit pas être prise. La classe politique aura-telle le
courage de faire demi-tour dans un an ou deux
lorsque la crise financière sera
derrière nous ? Le débat
doit commencer aujourd’hui, surtout chez nos voisins du
Sud.
Un « BS corporatif »
- Adrien Pouliot
GM et
Chrysler auraient pu trouver du financement sans
l’intervention de l’État
Si les deux entreprises disparaissaient
complètement comme par magie, le chômage
créé ne serait pas permanent.
L’auteur est président de Draco Capital Inc.,
société d’investissement privée.
L’implication du gouvernement amér ica i n ( et
canadien) dans la réorganisation de GM et Chrysler
soulève plusieurs interrogations.
On a justifié cette intervention en disant que ces
entreprises sont trop importantes pour faire faillite. La
vraie question n’est-elle pas plutôt celle-ci :
« Pourquoi le contribuable doit-il subventionner
deux entreprises qui n’ont pas su répondre aux
besoins de leurs clients tout en générant un
profit? »
On a aussi dit que de permettre aux deux entreprises de
déclarer banqueroute jetterait au chômage des
milliers de travailleurs. C’est un argument alarmiste, car
souvent les entreprises réussissent leur
réorganisation et émergent avec une
structure de production plus réaliste pour
poursuivre leurs opérations (comme Chrysler
après sa première faillite).
Mais
même si GM et Chrysler disparaissaient
complètement comme par magie, le chômage
créé ne serait pas permanent : les
travailleurs, après une période de
transition, se replaceraient. Cette étape de
« nettoyage » est salutaire et
nécessaire: ce chômage temporaire permet aux
acteurs du marché de déplacer ces ressources
qui sont mal utilisées à construire des
voitures dont on ne veut pas à trop haut coût
là vers d’autres activités où elles
produiront des biens que les consommateurs veulent.
L’intervention de l’État dans ces deux
restructurations aurait aussi permis, selon ses partisans,
aux deux entreprises d’obtenir du financement pour
survivre pendant la réorganisation. Or, depuis le
début de la crise économique, des milliards
de dollars ont été prêtés par
des prêteurs spécialisés en
financement d’entreprises en difficulté et par les
actionnaires, fournisseurs, employés et clients de
celles-ci. On se demande donc pourquoi GM et Chrysler
n’auraient pas pu trouver un tel financement. Si aucun
financement n’avait été trouvé, les
actifs les plus attrayants des deux compagnies auraient pu
être vendus au plus offrant (comme Opel a
été vendue à Magna) et les autres
actifs dont personne ne voulait auraient pu être
liquidés sous la supervision d’un juge de faillite.
Par contre, la présence de l’Oncle Sam a eu comme
effet pervers de court-circuiter le processus de
restructuration déjà bien établi par
les lois d’insolvabilité aux ÉtatsUnis. En
effet, l’Oncle Sam a décidé de favoriser
certains groupes de créanciers au détriment
d’autres. Par exemple, le fonds d’assurance-maladie des
travailleurs de GM, géré par le syndicat,
recevra 39% des actions de la « nouvelle GM »
restructurée contre l’annulation de 10 milliards de
dettes qui lui étaient dues par GM, alors que les
porteurs d’obligations, à qui GM doit 27 milliards,
n’en recevront que 10%.
La confiance des prêteurs en l’inviolabilité
des contrats et de la règle de droit dans de telles
circonstances en a pris pour son rhume! Et chaque fois
qu’on augmente l’incertitude et le risque lié
à des investissements, on peut s’attendre à
ce qu’il y ait moins d’investissements dans l’avenir, donc
moins de croissance et moins de prospérité.
Enfin,
cette
approche interventionniste favorise une attitude de
« bien-être social corporatif ». Si vous
étiez Ford, Toyota ou Honda, ne seriez-vous pas
tentés d’appeler au secours de l’État? Et
comme investisseur, voudriez-vous acheter des actions de
Ford (et Ford pourra-t-elle à l’avenir se financer
en émettant des actions?) en sachant que votre
concurrent appartient au gouvernement des
États-Unis, lequel peut changer les règles
du jeu en tout temps en sa faveur ?
Québec
doit dire non - Il serait inéquitable de garantir les
rentes des retraités des régimes à
prestations déterminées
Il serait
injuste de protéger les retraités
déjà privilégiés d’avoir un
régime à prestations
déterminées et de ne rien faire pour ceux
qui ont un REER collectif.
L’auteur est président de Girardin – Actuariat et
Communication inc. Face à un déficit de
plus de 1,3 milliard, parions que les retraités
d’AbitibiBowater demanderont l’aide de Québec si
la compagnie fait faillite... avec pour résultat
que tous les autres retraités verront leurs
rentes réduites.
Récemment, La Presse titrait : « Les
retraités de Boisbriand demandent l’aide de
Québec », dans le cadre de la faillite
appréhendée de GM. Face à un
déficit de plus de 1,3 milliard, les
retraités d’AbitibiBowater feront de telles
demandes si la compagnie fait faillite… et tous les autres
retraités qui verront leurs rentes réduites
aussi.
Le gouvernement du Québec doit refuser de les
aider.
Les régimes de retraite à prestations
déterminées garantissent les rentes promises
contrairement aux REER, dont les participants assument
tous les risques. La garantie est donnée par la
caisse de retraite et la solvabilité de
l’employeur. Un problème survient quand
l’entreprise fait faillite et qu’il manque d’argent dans
la caisse… la loi prévoit que l’on doit
réduire les prestations promises incluant celles
des retraités.
Au Québec, à peine 40% des travailleurs ont
la chance de participer à de tels régimes de
retraite, et ils sont principalement dans le secteur
public et parapublic.
Le régime de retraite fort généreux
de GM Canada est un des éléments qui a rendu
l’usine GM de Boisbriand non compétitive.
Les
régimes de retraite des papetières sont
aussi parmi les plus généreux et les parties
négociantes n’ont pas arrêté
d’augmenter les prestations de ces régimes lors du
renouvellement des conventions collectives en sachant fort
bien que les régimes de retraite n’étaient
pas dans une bonne situation financière. On
reportait le problème à plus tard, on
étalait le paiement du déficit au maximum…
Faire payer les déficits de ces régimes par
les contribuables, qui dans la grande majorité
n’ont pas la protection d’un régime de retraite
à prestations déterminées et qui ont
subi des pertes importantes dans leur REER est totalement
inéquitable.
Faire payer les employeurs qui ont un régime de
retraite à prestations déterminées?
On appelle cela un fonds de garantie et cela existe en
Ontario et aux États-Unis. C’est une catastrophe
financière, les fonds de garantie ont des
déficits importants et en bout de piste, c’est
l’ensemble des contribuables qui doivent combler les
déficits des fonds de garantie. C’est
inéquitable et inacceptable socialement.
Il serait injuste de protéger les retraités
déjà privilégiés d’avoir un
régime à prestations
déterminées et de ne rien faire pour ceux
qui ont un REER collectif et qui ont eux aussi subi les
conséquences de la crise financière. Que
dira-ton à ceux qui perdent leur emploi et qui
n’ont pas de régimes de retraite si on aide
seulement les retraités des régimes à
prestations déterminées?
Comprenons-nous bien, je trouve dramatique que les rentes
des retraités soient réduites en cas de
faillite de l’employeur qui parraine le régime.
Mais ce n’est pas au gouvernement du Québec, et par
ricochet l’ensemble des contribuables, de garantir le
paiement des rentes des retraités des
régimes à prestations
déterminées.
On devrait mieux protéger les prestations des
régimes de retraite, non seulement celles des
retraités, mais aussi celles de tous les autres
participants non retraités.
Le projet de loi 30 adopté par Québec et qui
entrera en vigueur le 1er janvier 2010 apporte des
améliorations à la sécurité
des prestations en exigeant la création d’une
réserve de contingences qui diminuera les
probabilités qu’un régime se termine en
position déficitaire. Mais entendons-nous bien, ce
n’est pas une garantie que les prestations seront toujours
payées à 100%. Avant de créer cette
réserve de contingences, il faut tout d’abord
combler les déficits actuels.
Le Canadien : Un investissement discutable
La
participation du Fonds de solidarité à l’achat
du Canadien coûtera des millions au Trésor
québécois.
Les auteurs sont respectivement professeur au
département d’économie de l’Université
de Montréal et fellow au CIRANO, et économiste
et directeur de projet au CIRANO.
Quelques heures après que la rumeur de la vente du
Canadien de Montréal à la famille Molson ait
été confirmée, on faisait
déjà valoir que les acheteurs ne
bénéficieraient d’aucun support public pour
conclure la transaction, même pas du «
prêt avec intérêt » qui leur avait
été offert par le gouvernement du
Québec. Une transaction 100% privée, en somme.
C’est faux, puisque cette transaction représentera un
coût de plusieurs millions de dollars pour
l’État québécois.
C’est l’implication du Fonds de solidarité de la FTQ
dans le groupe d’acheteurs qui vient troubler les cartes.
Pour chaque dollar investi dans le Fonds, l’État
québécois offre un crédit d’impôt
de 15 cents. Si ce placement est fait sous forme d’une
contribution à un REER, la valeur de l’aide fiscale
passe alors à 39 cents par dollar investi.
On ne
connaît pas encore le montant réel de la
transaction, ni la valeur de la participation du Fonds de
solidarité dans le montage financier.
Néanmoins, si le Fonds contribue 50 millions, soit
10% de la somme totale de la transaction estimée par
les commentateurs, il en coûtera entre 7,5 et 19,5
millions au Trésor québécois. Sans
compter que les mêmes déductions s’appliquent
également au niveau fédéral. Bien que
le gouvernement ne fasse aucun versement en argent sonnant
et trébuchant, ces mécanismes fiscaux
représentent tout de même un coût puisque
l’État renonce à percevoir un revenu. On
appelle cela une dépense fiscale.
À l’origine, ce traitement privilégié a
été consenti aux actionnaires du Fonds de
solidarité parce que l’objectif premier de celui-ci
est de « de créer, maintenir ou sauvegarder des
emplois au Québec ». Cette mesure était
fort louable dans le contexte de création du Fonds,
en 1983, alors que le taux de chômage était de
14,6%. Mais quels emplois étaient réellement
menacés par la vente du club de hockey?
Peut-être que cet investissement répond alors
à l’objectif du Fonds de « stimuler
l’économie québécoise par des
investissements stratégiques » ? Cet argument
reste à démontrer. Le moins qu’on puisse dire,
c’est que le départ de l’équipe de
Montréal ne semble jamais avoir été
réellement envisagé. Dans ces conditions, on
voit mal comment le dynamisme économique de la
métropole puisse servir de prétexte à
l’implication du Fonds. Si au moins cet investissementavait
servi à amener les Coyotes de Phoenix à
Québec, on aurait alors pu évoquer la
stimulation économique!
En somme, bien que la transaction annoncée ce
week-end recèle de bonnes nouvelles pour les
partisans montréalais du club, elle se conclura avec
un coût net pour l’ensemble des
Québécois. Sans compter qu’elle s’inscrit
apparemment en faux avec les objectifs du Fonds de
solidarité. Son président-fondateur, Louis
Laberge, a dû se retourner dans sa tombe en voyant
pour quelles fins le fonds qu’il a créé fait
désormais « appel à l’épargne et
à la solidarité de l’ensemble de la population
québécoise ».
« JE SUIS PROFONDÉMENT
DÉSOLÉ » - Richard
Hétu
Le PDG
de Toyota offrira ses excuses devant une commission du
Congrès américain aujourd’hui
« Je crains que le rythme auquel nous avons grandi
ait été trop rapide. Nos priorités
se sont embrouillées et nous n’avons pas pris le
temps de réfléchir afin d’apporter les
améliorations voulues comme nous le faisions par
le passé. »
Les dirigeants de Toyota ont fait un mea-culpa officiel,
hier, en affrontant les critiques et les questions des
parlementaires américains à l’orée
de deux jours d’auditions sur les défaillances
techniques des voitures du constructeur japonais.
L’exercice s’annonce particulièrement difficile
pour le PDG, Akio Toyoda, un homme discret et timide qui
a été propulsé à la
tête du conglomérat fondé par son
grand-père. Conductrice d’une Lexus, Rhonda
Smith a témoigné devant une commission
du Congrès de son expérience horrifiante
alors qu’elle n’arrivait pas à arrêter
son véhicule roulant à 160 km/h.
NEW YORK — Au moment même où le PDG de
Toyota diffusait le texte du meaculpa qu’il doit
prononcer aujourd’hui devant une commission du
Congrès, la conductrice d’une Lexus racontait aux
membres d’une autre commission son expérience
horrifiante au volant de son véhicule dont elle
n’aura réussi à arrêter la course
folle qu’au bout de 9 km parcourus à 160 km/h.
« Honte à vous, Toyota, pour avoir
été si avare et honte à la NHTSA
pour ne pas avoir fait votre travail », a
lancé Rhonda Smith en utilisant le sigle de
l’agence de sécurité routière
américaine.
L a déclaration d’Akio Toyoda, qui attribue
à la croissance trop rapide de son groupe les
problèmes de sécurité auxquels
celui-ci fait face, et le témoignage de Rhonda
Smith ont représenté deux des faits
marquants de la première des deux journées
d’auditions du Congrès américain sur les
rappels massifs de Toyota.
Les audiences d’hier ont également permis aux
parlementaires américains de critiquer la
façon dont Toyota a géré la crise
ainsi que d’exprimer leur scepticisme face aux
explications du constructeur sur la cause des
problèmes d’accélération soudaine
à l’origine de la majorité des rappels.
Quant au directeur de l’exploitation de Toyota aux
ÉtatsUnis, Jim Lentz, il a reconnu lors de son
audition que tous les rappels de son groupe – plus de 8
millions de véhicules dans le monde et plus de 6
millions aux États-Unis – pourraient ne pas avoir
réglé une fois pour toutes le
problème des accélérations
involontaires.
« Nous sommes vigilants et nous continuons
à examiner toutes les causes possibles »,
a-til déclaré devant la commission de
l’Énergie et du Commerce de la Chambre des
représentants.
Audition très attendue
Le mea-culpa d’Akio Toyoda doit intervenir au
début de son audition très attendue devant
la commission de la Surveillance et de la Réforme
gouvernementale de la Chambre des représentants.
«
Je crains que le rythme auquel nous avons grandi ait
été trop rapide, affirmet-i l dans le
texte du discours qu’il doit prononcer aujourd’hui. Nos
priorités se sont embrouillées et nous
n’avons pas pris le temps de réfléchir
afin d’apporter les améliorations voulues comme
nous le faisions par le passé. »
« Je déplore que cela ait
débouché sur les problèmes de
sécurité décrits dans les rappels
auxquels nous faisons face aujourd’hui et je suis
profondément désolé pour tout
accident qu’auraient subi des conducteurs de Toyota
», ajoute le petitfils du fondateur du
constructeur japonais, qui présentera ses
condoléances à la famille Saylor,
impliquée dans un accident de la route ayant
coûté la vie à quatre de ses membres
l’automne dernier à San Diego.
Le PDG de Toyota poursuit son mea-culpa en assurant
qu’il a redonné la priorité à la
qualité des véhicules plutôt qu’aux
volumes de production depuis son accession à la
tête du groupe en juin dernier.
Il reste à savoir si son discours amadouera les
parlementaires américains. Hier, le
président de la commission de l’Énergie et
du Commerce de la Chambre des représentants,
Henry Waxman, s’est dit « déçu par
la réaction de Toyota aux problèmes
d’accélérations i nvolontaires »,
précisant que « les plaintes des
consommateurs doivent être prises au
sérieux ». Il a également
déploré le fait que « ni Toyota ni
le gouvernement ne se soient penchés
sérieusement sur le fait que des
dysfonctionnements électroniques pourraient
être à l’origine » des
accélérations soudaines.
« La NHTSA n’a même pas d’ingénieur
en électronique » dans ses effectifs,
a-t-il dénoncé.
Malgré les témoignages de deux experts en
électronique contredisant Toyota, Jim Lentz,
directeur de l’exploitation du groupe aux
États-Unis, a répété que des
problèmes de tapis de sol ou de pédales se
coinçant étaient la cause des
accélérations involontaires.
Il a précisé que le constructeur
préparait l’installation d’un nouveau
système de freinage qui permettra aux conducteurs
de presque tous les véhicules Toyota de surmonter
tout problème lié à la
pédale d’accélérateur.
Dans le texte qu’il a lu au début de son
audition, Jim Lentz a présenté des excuses
au public.
« Pour le dire simplement, nous avons mis trop de
temps à prendre en compte un rare mais
sérieux ensemble de problèmes de
sécurité, malgré tous les efforts
que nous avons déployés de bonne foi
», a-t-il déclaré.
« Nous reconnaissons ces erreurs, nous nous en
excusons et nous avons appris de ces erreurs »,
a-t-il ajouté.
Toyota: le charme est rompu - Denis
Arcand
Toyota
semblait s’enfoncer dans la crise, hier, en
étendant sur trois continents ses rappels de
sécurité à des millions de
véhicules. Plusieurs analystes de l’industrie
automobile mondiale se demandent si le géant
japonais va perdre son actif le plus précieux: la
confiance de ses clients. Plusieurs experts affirment que
Toyota a peu à peu vendu son âme,
lorsqu’elle s’est lancée dans une expansion
rapide aux États-Unis, produisant davantage de
grosses voitures et des VUS.
Jusqu’à récemment, Toyota était le
premier de classe incontesté de l’industrie
automobile, s’étant patiemment taillé une
réputation enviée de fiabilité et
de sécurité, à bon prix. Il lui
faudrait un musée pour regrouper sous un
même toit les prix de qualité et de
fiabilité remportés par ses
véhicules.
Sa réputation se mesurait même en dehors de
son industrie. Exemple: en octobre 2009, au beau milieu
de la crise mondiale dans l’automobile, Toyota a
été l’unique constructeur automobile
à se classer parmi les 10 plus grandes marques du
top 100 annuel de la firme de marketing Interbrand,
très loin au-dessus de Mercedes-Benz, BMWet
Honda.
C’est durant cette année où toute
l’industrie a perdu des revenus que Toyota a ravi
à l’américaine General Motors sa couronne
de No 1 mondial de l’automobile.
Mais depuis quelque temps, les enjeux de
sécurité et de fiabilité qui
touchent Toyota se suivent en cascade, alors que la
qualité des américaines et des
coréennes est meilleure que jamais.
Les pédales d’accélération
suspectes (il y a eu des accidents mortels) de Lexus et
de Toyota ont un impact tel que certains clients
américains qui viennent d’acheter une Toyota
refusent d’en prendre possession chez le
concessionnaire, rapportait mercredi la revue Automotive
News. Ils attendent que Toyota ait trouvé la
solution.
En
attendant, Toyota a suspendu ses ventes de huit
modèles nord-américains et fermera six
chaînes de montage ce soir, jusqu’à nouvel
ordre.
«Cette décision sans
précédent dans l’industrie automobile
montre le sérieux de cet enjeu de
sécurité», a écritMichelle
Krebs, une analyste chevronnée du marché
automobile chez Edmunds. com. «On a
commencé avec des tapis d’appoint; ensuite,
c’était l’usure d’une pièce; nous voici
maintenant devant un arrêt de production total. Je
ne peux m’empêcher de penser que la
crédibilité de l’entreprise est remise en
question»
Plusieurs experts affirment que Toyota a peu à
peu vendu son âme, il y a une dizaine
d’années. À cette époque, Toyota
s’est lancée dans une expansion rapide aux
États-Unis, se lançant dans les grosses
voitures et les VUS. Elle s’est ainsi
éloignée du domaine d’expertise où
elle est imbattable, les compactes et les
intermédiaires, à la poursuite de GM et du
1er rang mondial. Les experts pensent que cette
expansion s’est faite aux dépens du
contrôle de la qualité qui a fait sa
réputation et qui, justement, l’a amenée
au premier rang.
Or, « il n’y a rien d’autre dans cette marque
», a dit au Los Angeles Times John Wolkonowicz,
spécialiste automobile chez IHS Global Insight.
« La marque n’est pas bâtie sur
l’élégance des voitures, ni sur une
conduite exceptionnelle, ni sur la performance. Elle est
bâtie sur la qualité et sur le coût
d’entretien bas. »
Selon Shigeru Matsumura, analyste chez SMBC Friend
Securities, les rappels récents « ont terni
la réputation de qualité de Toyota, qui
est à la base de sa force. Cela donne une
nouvelle chance aux constructeurs comme General Motors.
»
Mais les problèmes actuels de Toyota ne doivent
pas être exagérés. Le constructeur
japonais demeure une force formidable. Le nouveau
président de Toyota, Aiko Toyoda, n’obsède
pas sur la croissance. Il a promis de recentrer Toyota
vers ses valeurs originales de qualité et de
minutie.
Tata veut lancer sa Nano sur le
marché américain
NEW DELHI
— Le constructeur indien Tata veut lancer sur le
marché américain une version de la Nano,
présentée comme la voiture la moins
chère du monde, dotée d’un moteur plus
puissant et de normes de sécurité plus
élevées, a-t-il annoncé hier lors du
salon AutoExpo de New Delhi.
« Nous reconnaissons qu’il y a un marché des
voitures à bas prix, non seulement dans l es pays
émergents mais aussi dans les marchés
développés », a déclaré
à des journalistes le président du groupe
Tata Motors, Ratan Tata, au premier jour du 10e salon
automobile de la capitale fédérale.
« Pour l es Américains, nous avons besoin
d’une voiture avec un moteur plus puissant, ce qui i
mplique des t e s t s de s i mulat i on d’accident
supplémentaires et des modifications. Nous sommes
en train de procéder à tout cela »,
a-t-il précisé.
La Nano, une voiture compacte à quatre portes
vendue 2500 $ US dans sa version de base et 3700 $ US avec
options, avait été présentée
lors du précédent salon auto de New Delhi en
2008.
Elle a été l a nc é e s u r l es r
outes i ndienne l ’ été dernier.
Le l a ncement médiatique de cette voiture a
créé un engouement parmi les constructeurs
mondiaux qui s ’engouffrent t our à t our dans le
créneau des petites citadines économiques.
L’effet des primes à la casse
s’estompera bientôt
— Des
immatriculations en hausse dans les grands
marchés européens et au Japon, de bons
résultats-surprises de Ford aux
États-Unis: la prime à la casse continue
de soutenir le marché automobile, mais ses effets
devraient s’estomper l’an prochain.
La France, l’Allemagne et l’Espagne ont
enregistré des bonds de plus de 20 % des
immatriculations le mois dernier, et la Grande-Bretagne
de plus de 30%, la hausse la plus forte depuis le
début de l’année. Le Japon et l’Italie ne
sont pas en reste, selon des chiffres publiés
cette semaine.
Aux États-Unis, Ford a réalisé au
troisième trimestre ses meilleures ventes depuis
quatre ans, tandis que le géant General Motors a
justifié sa volte-face sur Opel, qu’il a
décidé finalement de garder dans son
giron, par une amélioration de la situation en
Europe.
Ces bonnes performances s’expliquent principalement pa r
deux f ac t eurs, s elon Bertrand Rakoto, analyste du
cabinet d’études Polk France, interrogé
par l’AFP.
Tout d’abord, « un effet de comparaison »
favorable, explique M. Rakoto. L’automne 2008 avait en
effet été particulièrement mauvais
pour les constructeurs automobiles en raison de la
crise.
Surtout, les marchés sont dopés depuis
plusieurs mois par des mesures d’incitation à
l’achat mises en place par les gouvernements, comme la
prime à la casse.
« Le fait que le marché des
véhicules utilitaires et des poids lourds soit
toujours sinistré est assez
révélateur de l’impact de la prime
à la casse » sur celui des voitures
particulières, commente Guillaume Mouren,
analyste du cabinet d’études Xerfi.
Cet effet joue à plein depuis le début de
l’année en Allemagne ou en France, depuis moins
longtemps en Espagne ou en Italie, qui ont adopté
la même mesure plus tardivement. Sur le plan des
constructeurs, les aides gouvernementales ont
particulièrement profité aux groupes
japonais.
Aux
États-Unis, la situation est un peu moins rose.
« C’est un marché qui mettra du temps
à panser ses blessures » car il est
saturé, estime M. Rakoto.
Ce coup de pouce devrait se prolonger dans les mois
à venir, même dans les pays où les
primes ont été épuisées ou
vont diminuer, car des véhicules commandés
cet été peuvent être livrés
avec plusieurs mois de décalage, explique M.
Rakoto, se basant sur l’exemple de l’Allemagne.
Mais les ristournes accordées aux automobilistes
ne vont pas porter éternellement les
marchés, avertissent les analystes. M. Rakoto
table sur une fin d’année et un premier trimestre
2010 plutôt positifs, puis de nouveau un creux
avant un rebond attendu au quatrième trimestre.
« Les bons chiffres de 2009 sont artificiels
», ajoute-t-il.
Son homologue de Xerfi est plus négatif. «
Dès que les primes à la casse vont
disparaître, on peut s’attendre à une
rechute des marchés » et une nette reprise
n’est pas à attendre avant 2011.
Pour lui, les ménages ont été
fortement incités à remplacer leurs
voitures cette année et i ls vont ensuite
consacrer leur argent à d’autres dépenses.
Cer t a i ns c onst r ucteu r s pourront compenser part
iellement ce recul par la reprise sur les marchés
émergents. Le numéro un européen
Volkswagen, très bien implanté en Chine,
compte ainsi sur la reprise observée dans ce pays
et au Brésil pour faire mieux que les autres
constructeurs cette année.
Cela pourrait aussi être le cas pour PSA ou
Hyundai, pour qui les marchés émergents
« sont des relais de croissance », selon M.
Mouren.
En attendant une reprise des marchés mondiaux,
« les primes à la casse ont pleinement
joué leur rôle », conclut M. Rakoto.
Les principales réactions face
à Opel
Voici
les principales réactions hier à l’annonce
du revirement du constructeur automobile
américain General Motors, qui a finalement
décidé de garder le constructeur Opel dans
son giron. > L’Allemagne exprime son
étonnement et sa colère, son ministre de
l’Économie Rainer Brüderle jugeant «
inacceptable » la décision de GM. > Les
syndicats allemands d’Opel annoncent des « actions
de protestation » sur tous les sites allemands
dès aujourd’hui, qui doivent ensuite
s’étendre à l’échelle
européenne. > La Maison-Blanche se dit
étrangère au revirement. « Les
décisions de GM sont prises par sa direction,
elles ne sont prises par personne à la
Maison-Blanche. » > La Russie veut un examen
des recours juridiques possibles après ce refus
de GM de céder sa filiale Opel au canadien Magna
associé à la banque publique russe
Sberbank, une transaction chère à l’ homme
fort du pays Vladimir Poutine. > La Commission
européenne espère que l e nouveau plan de
restructuration est « fondé sur des motifs
économiques solides, en vue d’assurer la
viabilité à long terme d’Opel et des
emplois durables » pour ses travailleurs. > Le
gouvernement britannique dit vouloir travailler
étroitement avec GM sur ses futurs projets pour
Opel, n’excluant pas d’injecter de l’argent dans une
restructuration. Le syndicat Unite, plus grosse
organisation syndicale du pays, se félicite du
revirement. > Espagne : gouvernement et
représentants syndicaux espagnols affichent leur
méfiance quant aux projets, pour l’heure
inconnus, de GM pour l’usine de Figueruelas. > La
Pologne affiche sa satisfaction, jugeant que cette
décision est avantageuse pour l’usine polonaise
d’Opel à Gliwice (sud du pays). > Pour Frank
Stronach, le patron de l’équipementier Magna, qui
devait à l’origine racheter Opel, « la vie
continue ».
FORD
RETROUVE SES COULEURS - Charlotte Raab
WASHINGTON — Ford, seul constructeur américain
à avoir traversé la crise
financière sans injection de fonds
fédéraux, a enregistré ses
meilleurs résultats depuis quatre ans,
s’installant largement dans le vert grâce à
la prime à la casse américaine et à
des efforts de réduction de coûts.
PHOTO DAVID ZALUBOWSKI,
ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Le constructeur automobile Ford
a tiré le plus grand bénéfice du
redémarrage du marché américain,
enclenché par la prime à la casse
instituée durant l’été par
l’administration Obama.
En outre, le constructeur automobile a annoncé
hier une série d’opérations
financières destinées à renforcer
ses liquidités : une augmentation de capital
pouvant atteindre jusqu’à 1 milliard US, une
émission obl igataire d’au moins 2 milliards US
et une opération de renégociation de sa
dette existante.
Ford a publié un bénéfice net de
997 millions US pour la période
juillet-septembre, mais surtout son premier
bénéfice d’exploitation depuis un an et
demi, à hauteur de 1,107 milliard US. Mieux
encore, le résultat d’exploitation est positif
aux États-Unis pour la première fois
depuis 2005.
Trois
ans après l’a rrivée a u x c o mmandes d
’A l a n Mulally, directeur général
embauché chez Boeing pour enrayer un effondrement
que l’héritier Bill Ford n’avait pas su
arrêter, le constructeur de Dearborn, en banlieue
de Detroit, tire les dividendes d’une restructuration
qui a réduit les coûts,
amélioré la compétitivité et
rationalisé la production.
Le constructeur a supprimé 4,6 milliards US de
coûts pour les neuf premiers mois de l’a
nnée, au-delà de ses objectifs (4
milliards US), et tout près de l’objectif annuel
(5 milliards US).
Le constructeur a aussi tiré le plus grand
bénéfice du redémarrage du
marché américain, enclenché par la
prime à la casse instituée durant
l’été par l’administration Obama.
Grâce à cette incitation à l’achat,
Ford a enregistré entre juillet et septembre sa
première progression des ventes sur un trimestre
depuis quatre ans aux États-Unis.
1 Les analystes
n’ont pas caché leur surprise, Douglas McIntyre,
sur le site 247WallSt. com, allant jusqu’à saluer
« un petit miracle ».
L’action a bondi de 8,29%, à 7,58 $US, dans la
journée.
À la Deutsche Bank, l’analyste Rod Lache a
noté que, au-delà des restructurations,
Ford avait bénéficié durant le
troisième trimestre de la baisse des coûts
d’approvisionnement, la plus grande surprise venant
cependant des prix de vente, que Ford a réussi
à maintenir sans accorder trop de ristournes.
L’agence d’évaluation financière Moody’s a
par ailleurs relevé d’un cran, à B3, la
note du constructeur. Cela laisse Ford au rang des
valeurs spéculatives, mais souligne les
progrès accomplis en matière de
rentabilité.
Au total, les résultats sont très
supérieurs aux attentes du marché, qui
tablait sur une perte nette de 12 cents US par action,
alors que le constructeur a enregistré un
bénéfice de 26 cents US par action, hors
éléments exceptionnels.
Le
chiffre d’affaires s’est établi à 30,9
milliards US au troisième trimestre, un recul de
800 millions US par rapport à l’an dernier
dû à une baisse de l’activité de la
filiale financière Ford Credit, mais qui reste t
rès au-delà des attentes des analystes
(28,31 milliards US).
Ford dit s’attendre désormais à un retour
à une « rentabilité solide »,
hors éléments exceptionnels, en 2011,
selon ce communiqué.
Le constructeur reste prudent pour l’an prochain,
où il s’attend à une baisse de volume des
ventes « notable » en Europe, qui pourrait
bien ne pas être compensée par le
marché américain.
Ford pourrait également encaisser une
déception avec le refus, prédit par
plusieurs journaux, des membres du syndicat d’UAW
d’aligner leurs conditions sur celles en vigueur chez
les deux autres constructeurs américains, General
Motors et Chrysler, contraints à d’importants
sacrifices après leur redressement judiciaire et
les aides fédérales.
M. Mulally a refusé hier de commenter ces
informations, mais il s’est félicité de la
décision des ouvriers du syndicat frère au
Canada, le CAW, de valider la nouvelle convention
collective. « Cela va faire en sorte que les
activités de Ford au Canada soient
concurrentielles », a-t-il dit.
« L’UAW a clairement indiqué qu’il ne
voulait pas que nous soyons désavantagés
», a-t-il ajouté, laissant entendre que les
discussions allaient se poursuivre avec les syndicats.
Les ventes de GMet Chrysler chutent, Ford s’en tire mieux
Les
constructeurs américains d’automobiles Chrysler
et General Motors ( GM) ont divulgué hier des
chiffres de ventes pour septembre qui laissent
présager un automne difficile, tandis que Ford
semble tirer son épingle du jeu malgré
tout.
PHOTO REED SAXON,
ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Chrysler a vendu 62 197
véhicules aux États-Unis au mois de
septembre, soit un plongeon de 42% comparativement
à un an plus tôt, en partie à
cause de stocks insuffisants, après une chute
de 15% sur un an en août.
Chez GM, la chute s’est poursuivie : General Motors a
vendu 156 673 véhicules aux États-Unis au
mois de septembre, soit une chute de 45% sur un an,
après un déclin de 20% en août, a
indiqué le groupe dans un communiqué.
« Septembre a été un mois de
transition difficile pour le secteur, et la comparaison
annuelle ne joue pas en faveur de GM. Heureusement, le
quatrième trimestre promet d’être meilleur
et nos ventes devraient mieux se comporter
comparé à la même période il
y a un an », a commenté Mark LaNeve,
vice-président des ventes américaines.
Au chapitre des marques, Saturn et Hummer enregistrent
le plus fort déclin de leurs ventes
(respectivement 81,5 % et 83,8 % sur un an), Cadillac (
- 8 %) et Buick (-33%) le moins prononcé.
De nouveau x modèles « arrivent à
présent chez les concessionnaires et
génèrent un intérêt
significatif de la part des clients », a fait
valoir M. LaNeve.
Chez Chrysler
De son côté, Chrysler a vendu 62 197
véhicules aux États-Unis au mois de
septembre, soit un plongeon de 42% comparé
à un an plus tôt, en partie à cause
de stocks insuffisants, après une chute de 15%
sur un an en août.
Chrysler i ndique qu’i l détenait un stock de 138
456 véhicules à la fin du mois de
septembre, soit 56 jours de ventes et une baisse de 64%
comparé au niveau d’il y a un an.
«
En dépit de quelques points positifs en
septembre, le climat reste très difficile pour
les ventes dans l’ensemble du secteur », commente
Peter Fong, PDG de la marque Chrysler, ajoutant que des
stocks insuffisants sur certains modèles ont nui
aux ventes de Chrysler, Jeep et Dodge début de
septembre.
« Le groupe a r éagi en
accéléra nt sa production, finissant le
mois avec une part de marché en hausse par
rapport à septembre 2008 »,
précise-t-il.
Moins dramatique chez Ford
Les ventes de Ford, pour leur part, ont
enregistré une baisse de 6 % sur un an en
septembre après un bond de 17 % en août et
une hausse de 2 % en juillet, a indiqué le
constructeur.
Il précise que ses ventes sont en hausse sur
l’ensemble du troisième trimestre, soit «
la première progression depuis quatre ans sur un
trimestre ».
Hors Volvo, Ford a vendu 109 939 véhicules en
septembre comparativement à 116 734 un an plus
tôt, soit un recul de 5,8 %.
Dans son communiqué, Ford, le seul constructeur
américain à avoir échappé
à la faillite cette année, estime avoir
gagné 2 points de pourcentage de part de
marché depuis un an, en termes mensuels et
trimestriels.
« Je pense qu’octobre sera un bon mois pour nous
», a ajouté M. George Pipas, principal
analyste de ventes du groupe, au cours d’une
téléconférence.
L’industrie automobile poursuit sa
remontée - Vincent Brousseau-Pouliot
TORONTO
— La reprise cyclique du marché de l’automobile
poursuit sa remontée partout dans le monde, selon
le dernier rapport sur le sujet publié hier par
Études économiques Scotia, qui souligne
que la vigueur vient surtout des marchés
émergents.
PHOTO REUTERS
L’industrie automobile continue
sa remontée partout dans le monde, mais
particulièrement dans les pays émergents
comme la Chine, l’Inde et le Brésil, où
les ventes ont progressé de 55% en août
par rapport à 2008.
Les achats records sur les marchés
émergents viennent en tête, affirme dans ce
rapport Carlos Gomes, économiste principal et
spécialiste du secteur automobile au sein du
service des études économiques de la
Banque Scotia, ajoutant que dans ces pays, notamment en
Chine, en Inde et au Brésil, les ventes ont
progressé de 55% en août par rapport
à l’année précédente.
Cependant, fait-il remarquer, l’activité reprend
aussi de la vigueur sur les marchés
établis de l’Amérique du Nord et de l’
Europe de l’Ouest. En août, le programme de la
« prime à la casse » des
ÉtatsUnis a attiré de nombreux acheteurs
dans les salles d’exposition des concessionnaires,
écrit M. Gomes, indiquant que cela a fait
augmenter les ventes de véhicules de tourisme par
rapport au mois d’août 2008, une première
depuis octobre 2007.
Même si l’on ne tient pas compte de la prime
à la casse, les ventes aux États-Unis ont
atteint un sommet de neuf mois avec 10,5 millions
d’unités, en hausse par rapport à un creux
cyclique de 9,1 millions en février, a
ajouté l’économiste.
Au
Canada, les ventes de voitures et de camions
légers sont demeurées solides en
août, selon la Scotia, totalisant 1,51 million
d’unités sur une base annualisée. Il
s’agit du deuxième mois de suite qui affiche un
chiffre de plus de 1,50 million d’unités et du
meilleur rendement consécutif depuis octobre
dernier.
Selon le rapport, les bons résultats des ventes
enregistrés en août aux États-Unis
ont fait baisser les stocks des concessionnaires
à des niveaux record, incitant les constructeurs
automobiles à se préparer à une
reprise de la production en 2010. Les constructeurs ont
même commencé à augmenter la pr o
duc t i o n a va nt même l’épuisement des
stocks en août, et les usines de montage partout
en Amérique du Nord ont atteint une production
annualisée de 9,3 millions d’unités en
juillet et en août, en hausse par rapport aux 7
millions d’unités produites au premier semestre
de 2009. Les calendriers de production seront sans doute
augmentés, en dépit d’une diminution des
ventes après la récente ruée
engendrée par la « prime à la casse
», selon le rapport de la Scotia.
Les stocks de modèles fabriqués au Canada
sont également très faibles, peut-on lire
dans le document, surtout pour les modèles les
plus populaires comme la Toyota Corolla, la Honda Civic
et la Chevy Camaro. Selon les économistes de la
banque, le nombre de véhicules assemblés
au Canada devrait grimper à 1,7 million
d’unités, sur une base annuelle, durant les
derniers mois de 2009, ce qui est près de 40% de
plus que la moyenne de 1,2 million enregistrée au
premier semestre de 2009.
Au Canada, toujours, indique la Scotia, le taux de
production augmentera davantage au début de 2010,
une fois que Toyota aura accru la production de la
Corolla à son usine de Cambridge, en Ontario,
à la suite de la fermeture, prévue au
début de l’année prochaine, de son usine
exploitée en coentreprise en Californie.
Au tour de GMCanada d’offrir une prime à la casse
OSHAWA,
Ontario — General Motors Canada offre à ses
clients jusqu’à 3000$ à l’achat d’un
nouveau véhicule du constructeur en
échange de leur vieille voiture. L’entreprise
devient ainsi le quatrième constructeur à
proposer une telle initiative au Canada.
Le programme de GM fournit aux clients, qui participent
au programme fédéral de prime à la
casse, un rabais de 500$, de 1000 $, de 2000 $ ou de
3000$ selon le véhicule qu’ils achètent.
Pour avoir droit au rabais, le client doit
posséder un véhicule du modèle 1995
ou plus ancien, en état de marche,
enregistré et assuré correctement pendant
les six derniers mois ou 12 mois en
Colombie-Britannique.
Marc Comeau, vice-président de GM Canada, a
précisé au cours d’une entrevue que le
nouveau programme s’appuie sur le succès d’un
partenariat que GM avait conclu antérieurement
avec la Fondation Air pur, un organisme à but non
lucratif, pour offrir aux clients un rabais de 1000 $
pour remplacer leur vieux véhicule par un nouveau
modèle GM plus efficace sur le plan
énergétique.
« GM Canada, a dit M. Comeau, a été
le premier constructeur à soutenir la Fondation
Air pur dans ses efforts pour faire disparaître
des routes des véhicules plus vieux et plus
polluants de manière à réduire de
manière marquée les émissions de
gaz à effet de serre. »
Le
programme fédéral de prime à la
casse offre 300$ ou d’autres mesures d’incitation encore
plus modestes aux consommateurs qui décident de
se débarrasser de leur tacot. Jim Prentice,
ministre fédéral de l’ Environnement, a
déjà indiqué qu’Ottawa n’a pas
l’intention de bonifier son programme malgré le
succès de l’incitation de 4500$ US versé
par le gouvernement américain dans le cadre d’une
initiative semblable, laquelle s’est traduite
récemment par la vente de 700 000
véhicules neufs.
Environnement Canada prédit que 100 000
véhicules auront disparu de nos routes en vertu
du programme fédéral d’ici la fin mars,
soit plus d’un an après la mise en oeuvre du
programme.
Par ailleurs, le gouvernement fédéral a
fait savoir hier qu’un programme de garantie qu’il avait
mis sur pied pour dissiper les craintes des clients de
GM et de Chrysler pendant la restructuration de ces deux
constructeurs, vient de prendre fin.
« Étant donné que les deux
compagnies se sont extirpées de la faillite, les
clients sont assurés que les garanties seront
honorées et le programme du gouvernement
fédéral n’a plus sa raison d’être
», a dit le ministre.
O u t r e G M, Hy u n d a i Canada, Chrysler Canada et
Ford Canada offrent des primes à la casse
à l’achat de leurs véhicules.
Les ventes de véhicules
s’accélèrent
Le
marché automobile américain est reparti
à la hausse en août pour la première
fois en près de deux ans, dopé par
l’incitation fédérale à l’achat de
nouveaux véhicules, qui a profité à
Ford et aux constructeurs asiatiques, là
où GM et Chrysler ont failli.
Au Canada, Ford a également connu du
succès malgré le recul de ses rivaux
japonais.
Le mois dernier, il s’est écoulé 1,26
million de véhicules neufs aux États-Unis,
soit une hausse de 1% des volumes sur un an, selon des
chiffres publiés hier. Le marché n’avait
plus connu de hausse depuis octobre 2007.
Ce chiffre fait suite à une baisse de 12% des
ventes en juillet, sur un an. Un repli bien moins
marqué que le fort déclin constaté
depuis le début de l’année – sur fond de
consommation grippée par la récession –,
grâce aux débuts du programme
fédéral d’incitation à l’achat fin
juillet.
For t de c e s u r s aut de consommation, le cabinet
spécialisé Autodata a relevé sa
prévision de ventes annuelles aux
États-Unis, tablant sur 14,1 millions
d’unités contre un pronostic de 11,2 millions
encore le mois dernier.
C’est l a première f oi s qu’Autodata envisage un
redémarrage du marché depuis le
début de la crise : il s’inscrirait en hausse de
6,4 % sur les 13,24 millions d’unités vendues en
2008. Cela reste encore bien en deçà d’un
marché de 16-17 millions d’unités vendues
par an avant la crise.
Le programme de « prime à la casse »
a proposé aux Américains de recevoir
jusqu’à 4500$US s’ils acceptaient de se
débarrasser de leur ancienne voiture pour acheter
un modèle plus économe en carburant.
Lancé fin juillet, il a été
prolongé jusqu’au 24 août face au
succès massif rencontré.
Faisant le bilan de cette « prime à la
casse », le département américain
des Transports s’est réjoui ces derniers jours de
son effet dopant sur la consommation, avec 700 000
véhicules vendus de la sorte, estimant que
l’automobile « devrait soutenir la hausse du PIB
au quatrième trimestre ».
Parmi
les ténors du marché, Ford a
réalisé en août la meilleure
performance avec des ventes en hausse de 17% sur un an.
Ford l ’a att r i bué à « l a gamme
la plus f raîche de nouveaux véhicules dans
cette industrie ».
Son compatriote General Motors (GM), sorti en juillet du
régime des faillites avec un nombre de marques
réduit, signe en revanche l’une des pires
performances, avec une chute de 20,2% des ventes.
L’autre constructeur national Chrysler, sorti en juin de
faillite, accuse une chute de 15%.
Chez les rivaux étrangers, le japonais Toyota,
pionnier des modèles hybrides aux
ÉtatsUnis, affiche une hausse de 10,5 % des
ventes.
Ses compatriotes Honda et Nissan affichent
respectivement une hausse de 14,2 % et une baisse de 2,9
%.
Le grand gagnant de la prime à la casse est le
petit coréen Hyundai, spécialiste de
modèles compacts et bon marché, qui
affiche un bond de 47% de ses ventes.
GM et Chrysler ont préféré mettre
en avant la progression de leurs ventes en août
par rapport à juillet plutôt que sur un an,
jugeant la comparaison plus parlante pour l’effet prime
à la casse : +30% pour GM et +5% pour Chrysler.
Au Canada, Ford a de nouveau connu beaucoup de
succès en août, mais deux de ses
principales sociétés rivales – Toyota et
Honda – ont vu leurs ventes chuter d’au moins 18 % par
rapport à l’an dernier.
La « prime à la casse »
a permis la vente de 700 000 automobiles
NEW YORK
— Le programme a méricain d’ i ncit at i on
à l’achat d’un nouveau véhicule dit
« prime à la casse » a permis quelque
700 000 ventes, a i ndiqué hier le
département des Transports américain,
qualifiant l’expérience de « franc
succès » pour la consommation, l’emploi et
la croissance.
Lancé fin juillet, ce programme ayant pour double
objectif de stimuler un marché automobile
atrophié par la crise et d’encourager l ’ a c hat
de véhic ules moins polluants avait
été prolongé début
août par le Congrès face à son
succès foudroyant.
La « pri me à la casse » a pris f i n
l undi soi r. Le programme proposait aux
Américains de recevoir jusqu’à 4500 $
s’ils acceptaient de se débarrasser de leur
ancienne voiture pour acheter un modèle plus
économe en carburant.
Selon un communiqué du département des
Transports ( DoT), le rabais moyen par véhicule
acheté s’est situé autour des 2877 $.
«
Les consommateurs et les employés
américains sont les premiers
bénéficiaires de la prime à la
casse », estime le DoT, précisant que
l’explosion des ventes d’automobiles avait
nécessité l’ajout d’équipes dans
les usines des constructeurs.
Cela a notamment été le cas chez les
constructeurs nationaux General Motors et Ford, qui ont
tous deux récemment annoncé relever leurs
volumes de production d’ici à la fin de
l’année grâce au succès de la prime
à la casse.
Selon les chiffres préliminaires compilés
par le Ministère, l a pr i me à la casse
va « créer ou préserver » 4 2
0 0 0 e mplois au second semestre et ces postes «
devraient être maintenus bien après la fin
du programme ».
Les bienfaits de ce coup de pouce à la
consommation en juin et juillet vont se traduire par un
gain de croissance 0,3 à 0,4 point de pourcentage
au troisième trimestre, estime le DoT, pour qui
ce regain de dynamisme sur le marché automobile
« devrait soutenir la hausse du PIB au
quatrième trimestre ».
GM accélère sa production -
Philippe Mercure
L’idée de Barack Obama d’envoyer les vieux tacots
à la ferraille a un effet jusque chez nous.
Devant la hausse de la demande pour les voitures neuves,
GM a annoncé hier qu’il accélérera
sa production des deux côtés de la
frontière.
PHOTO J.P. MOCZULSKI,
ARCHIVES REUTERS
Le constructeur de Detroit a rappelé hier 1350
travailleurs dans ses usines, la plus grosse
augmentation annoncée d’un coup depuis 2006.
Des quarts de travail sont ajoutés dans des
usines de l’Ohio, du Michigan et de l’Ontario, et les
vannes des heures supplémentaires sont ouvertes
à plusieurs endroits.
Une nouvelle « formidable », a dit le
président de GM Canada, Arturo Elia, qui voit
là un « signe encourageant. » Il faut
dire que GM ne nous a pas particulièrement
habitués aux bonnes nouvelles au cours des
derniers mois.
En Ontario, 350 travailleurs sont rappelés
à l’usine de Cami, dans la ville d’Ingersoll, qui
est détenue conjointement par GM et Suzuki. Un
nouveau quart de travail y sera ajouté dès
le 19 octobre pour répondre à la demande
pour la nouvelle Chevrolet Equinox et le nouveau GMC
Terrain.
GM Canada a aussi annoncé aux travailleurs
d’Oshawa qui planchent sur la Camaro que les heures
supplémentaires sont maintenues au moins
jusqu’à la fin d’octobre.
Pour GM Canada, ces bonnes nouvelles s’expliquent en
grande partie par le programme de primes à la
casse du gouvernement Obama. Question de stimuler les
ventes, le gouvernement américain offre
jusqu’à 4500$ US à ceux qui veulent
envoyer leur vieille bagnole à la ferraille en
échange d’une voiture neuve moins
énergivore.
Jenni fer Wright, porteparole de GM Canada, a
rappelé que 90% de la production de GM au Canada
est exportée vers les États-Unis.
De
nouveaux quarts de travail ont aussi été
annoncés hier par GMen Ohio et au Michigan pour
répondre aux demandes pour la Malibu et la Colt.
Jeudi dernier, Ford avait annoncé qu’il
augmenterait sa production de 26% pour la
deuxième partie de l’année. Toyota, Honda,
Chrysler et Hyundai ont aussi appuyé sur
l’accélérateur récemment pour
produire davantage de véhicules.
En entrevue à Ken Lewenza, le président
des Travailleurs canadiens de l’automobile (TCA), avait
peine à cacher son enthousiasme.
« Nous sommes excités, a admis M. Lewenza.
On parle de bonnes nouvelles, on parle d’une
bouffée d’air frais pour les travailleurs
», a-t-il dit, rappelant que les augmentations de
production provoquent des effets domino positifs sur les
nombreuses usines de pièces automobiles de
Windsor, dans le sud de l’Ontario.
« Nous ne sommes pas sortis du bois, nous ne
devons induire personne en erreur, a-t-il tenu à
préciser. Il y a encore beaucoup de travail
à faire, il y a encore énormément
de volatilité dans les chiffres de vente et dans
l’économie en général. Nous serons
rassurés seulement quand nous verrons de bons
chiffres de vente, mois après mois, sur une
longue période. »
Un programme canadien ?
Les constructeurs implantés au Canada et les
concessionnaires font maintenant pression sur Ottawa
pour que le pays adopte lui aussi un programme de type
« on vous donne un magot pour votre tacot. »
Ken Lewenza, des TCA, se montre favorable à une
telle mesure, mais à condition que le
gouvernement encourage les consommateurs à
changer leur véhicule pour un modèle
fabriqué au Canada.
Derek Holt, économiste chez Scotia Capitaux,
doute quant à lui de l’utilité d’une telle
mesure. « Même si on lançait un
programme comme ça, nous serions encore
dépendants des États-Unis puisque les
ventes canadiennes représentent un faible
pourcentage de la production des usines canadiennes
», souligne-t-il.
Il croit aussi qu’un tel programme «
transfère des ventes futures vers le
présent » et risque de faire augmenter la
consommation de voitures au détriment d’autres
achats.
GM veut damer le pion à Toyota -
Amandine Ambregni
NEW YORK
— Un mois après sa sortie de faillite, le
constructeur automobile General Motors a frappé
un grand coup en annonçant la commercialisation
de son modèle électrique Volt, de
Chevrolet, qui promet quatre fois plus
d’économies de carburant que le modèle
pionnier, la Prius du japonais Toyota.
PHOTO REBECCA COOK,
REUTERS
La Volt de Chevrolet. Un
modèle important pour la relance de General
Motors.
L’ex-numéro 1 mondial de l ’ automobi l e, r
essort i considérablement a maigri du
redressement j udiciaire au t e r me duquel il est
aujourd’hui contrôlé à plus de 60 %
par l’ État américain, a annoncé
hier la production en série fin 2010 de sa
voiture électrique, qui sera
commercialisée en 2011.
La berline Volt « sera le premier véhicule
produit à grande échelle capable
d’atteindre des économies de carburant à
trois chiffres », a vanté le patron de GM,
Fritz Henderson, à l’occasion d’une
présentation au grand public et à la
presse.
La Volt , dont le protot ype avait été
dévoi lé au début de 2007, promet
une consommation de 1 L/100 km. La Prius, initialement
introduite en 1997 aux États-Unis et qui en est
à la quatrième génération
cette année, affiche quant à elle 4 L/100
km.
Cette performance était saluée par
plusieurs analystes, alors que GM, à l’instar des
deux autres construct eu r s nat i onaux Ford e t
Chrysler, s’est fait distancer par les constructeurs
asiatiques dans les voitures « vertes » ces
dernières années.
Techniquement, la Chevy se présente comme une
voiture électrique plus qu’une hybride.
Elle aura pourtant une double motorisation, mais «
l e moteur à essence ne propulsera pas la
voiture, il permettra de générer
l’énergie nécessaire à recharger la
batterie », explique Michelle Krebs, analyste du
cabinet Edmunds.
« Là où la Volt va apporter beaucoup
plus, c’est par la technologie qu’elle utilise »,
avec la batterie au lithium au coeur du dispositif,
souligne Bertrand Rakoto, du cabinet Polk.
«
De nombreux propriétaires de Volt pourront rouler
en mode 100 % électrique au quotidien sans avoir
à utiliser de carburant », a assuré
Fritz Henderson.
L e modèle peut f o nc - tionner avec une charge
de batterie sur près de 65 km, soit la distance
quotidienne moyen ne q ue f o nt hu i t
Américains sur 10, selon une étude du
département des Transports.
I nterrogé par l’A FP, GM n’a pas donné le
prix de vente de la Volt. Des analystes évoquent
un prix de 40 000 $, à mi-chemin entre l es hybr
i des d’entrée de gamme – 20 0 0 0 $ – et les
modèles haut de gamme, plus chers.
C’est plus c her que le prix d’une berline de taille
moyenne, véhicule le plus acheté sur le
marché, qui oscille autour de 25 000 $.
Même s i l e s hybr i des représentent
moins de 3 % du marché américain, «
c’est un segment où il faut être
présent pour l’image de la gamme », juge M.
Rakoto.
Une image que GM a plus que jamais besoin de redorer,
alors que le groupe a passé un mois en
dépôt de bilan et existe aujourd’hui sous
quatre marques seulement, Buick, Cadillac, Chevrolet et
GMC, contre une dizaine avant la crise.
Diane Swonk, analyste à Mesirow Financial, fait
partie des sceptiques quant au bond technologique de GM
face à son rival Toyota.
« Je serais t rès surprise que Toyota n’ait
pas mis au point cette technologie. Mais c’est une chose
d’avoir la technologie, c’en est une autre d’en faire un
marché de masse », avance-t-elle.
Michelle Krebs émet pour sa part des doutes quant
à la consommation effective de 1 L/100 km, se
faisant l’écho « d ’ e x p e r t s , c o
mme de s constructeurs de batteries, selon qui ces
chiffres ne sont pas réalistes ».
GM DÉBARQUE SUR EBAY -
Philippe Mercure
UN
CROC-EN-JAMBE AUX CONCESSIONNAIRES ?
Acheter une voiture neuve sur eBay? C’est maintenant
possible grâce à GM, qui offre à
partir d’aujourd’hui ses véhicules sur le
populaire site d’achats en ligne. Et même si
l’expérience est réservée pour
l’instant aux Californiens, elle suscite
déjà le débat au Québec. Au
centre de la controverse, une question : un
concessionnaire, à quoi ça sert ?
En se rendant à l’adresse www. g m. e b a y. c o
m, les Ca lifor niens peuvent auj ourd’hui a c heter u
ne Chevrolet, une Buick ou une Pontiac d’un clic de
souris, dans le confort de leur salon. Les consommateurs
ont le choix entre acheter directement au prix
proposé ou faire une mise et négocier en
ligne avec le vendeur.
GM a présenté son i nitiative comme une
façon de « simplifier le magasinage de
voitures ». Loin de court-circuiter les
concessionnaires, le site internet permet de comparer
les offres de 225 salles d’exposition, et de «
poser des questions, de négocier les prix et
arranger le financement » en ligne avec eux.
Ma i s J a c ques Na nt e l , professeur titulaire en
marketing à HEC Montréal et s
pécial i s t e du c ommerce éle c t r
onique, c r oi t qu’ i l s’agit bel et bien d’un
crocen-jambe que fait GM à ses concessionnaires.
« Cette expérience n’est que la pointe de
l’iceberg, croit le spécialiste. À terme,
ce que ça va entraîner, c’est une
réduction de l’importance du réseau de
concessionnaires. Ça, c’est très clair.
»
La
raison, à ses yeux, est simple : « Un
concessionnaire appor t e aujourd’hui une contribution
relativement faible à l’acte de vente. »
« On a déj à plu s i e u r s
études qui montrent qu’en moyenne, les
consommateurs qui entrent dans une salle d’exposition en
savent plus que le vendeur sur la voiture qu’ils veulent
acheter et surtout sur les modèles concurrents
», dit-il.
Selon lui, la progression des ventes de voitures en
ligne est « i ncontournable » . Et elle se
fera au détriment des concessionnaires.
Les concessionnaires sont évidemment d’un tout
autre avis et se disent peu inquiets de voir GM vendre
ses voitures sur eBay.
« Certains constructeurs ont essayé la
vente directe par le passé, et ça s’est
toujours soldé par des échecs monumentaux,
dit Jacques Béchard, président-directeur
général de la Corporation des
concessionnaires du Québec, qui croit que c’est
pour cette raison que GM a bâti son
expérience eBay autour d’eux.
« Il faut garder en tête que le
concessionnaire assume une grande partie du risque pour
le constructeur. Il assume le risque de la bâtisse
et le risque de la gestion des i nventaires, sans
compter l’expertise des hommes et des femmes d’affaires
que sont les concessionnaires. »
Que ce
soit pour l’information, le service après vente
ou l’essai d’un véhicule, le concessionnaire,
dit-il, aura toujours son rôle à j ouer.
« Internet est un formidable outil d’information,
dit-il, mais ce n’est pas un outil de transaction.
»
« Pour l’instant, on regarde ça avec
curiosité, dit de son côté
Renée Cardinal, directrice des communications de
la Corporation des concessionnaires automobiles de
Montréal. On attend d’avoir plus de
détails, mais toute initiative qui permettrait de
relancer GM est bienvenue. »
L’expérience
marque-t-elle le début du déclin pour les
concessionnaires ? Elle n’y croit pas. « Tout le
monde sait que le succès de GM passe par les
concessionnaires. Il y plein de choses qu’on ne peut pas
faire sur l’internet. Le consommateur va encore vouloir
aller voir, toucher, palper et essayer les
véhicules. On parle du plus gros achat
après celui d’une maison. »
Vrai, admet le professeur Jacques Nantel. « Mais
vous n’avez pas besoin d’une quinzaine de
concessionnaires GM à Montréal pour faire
l’essai de véhicules. Vous avez peutêtre
besoin d’un ou deux endroits, c’est tout. À
terme, je suis convaincu qu’on s’en va vers un
rôle de plus en plus i mportant du web dans la
vente d’automobiles. »
Comme quoi eBay, en plus de faire miser les
consommateurs, suscite aussi les paris des
spécialistes.
Ford renoue avec les profits
— Le
constructeur automobile américain Ford,
régulièrement déficitaire depuis
trois ans, a fait état hier d’un
bénéfice net de 2,3 milliards US au
deuxième trimestre, comparativement à une
perte de 8,7 milliards US un an plus tôt,
grâce à un gain exceptionnel.
PHOTO WILFREDO LEE, AP
Aux États-Unis, la part
de marché des marques Ford, Lincoln et Mercury
a progressé au deuxième trimestre.
Le groupe de Dearborn, au Michigan, le seul des
constructeurs américains à ne pas avoir
déposé son bilan cette année, a
fait mieux qu’attendu par les analystes financiers.
Au cours de ces trois mois, Ford a engrangé pour
2,8 milliards US de profits exceptionnels,
résultant de la restructuration réussie de
sa dette. Cette opération financière lui a
permis de dégager un gain de 3,4 milliards US,
selon un communiqué publié par
l’entreprise.
Hors éléments exceptionnels, Ford a
accusé une perte de 638 millions US, à
comparer avec une perte de 1,4 milliard US au
deuxième trimestre de 2008.
Rapporté par action, le bénéfice
net représente 69 cents US. Avant
éléments exceptionnels, mesure
privilégiée par les analystes, la perte
courante s’établit à 21 cents US,
moitié moindre qu’attendu par le marché
(48 cents US).
Ford a dégagé sur le trimestre un chiffre
d’affaires de 27,2 milliards US, soit 11 milliards US de
moins que celui engrangé un an plus tôt. Il
reste toutefois supérieur aux estimations, qui
étaient de 24,7 milliards US.
Dans son communiqué, Ford a dit « rester en
bonne voie » pour achever ses objectifs de
l’horizon 2011 de retour durable à la
rentabilité.
Le constructeur s’est dit aussi en mesure «
d’atteindre ou de dépasser » ses objectifs
pour l’année en cours, en matière de
réduction de coûts ( plus de 4 milliards
US) et de niveaux de trésorerie notamment. Le
groupe prévoit notamment cesser de consommer des
liquidités au deuxième semestre.
Ford
table aussi sur une progression de ses parts de
marché aux États-Unis, son fief et source
principale de ses difficultés. Il maintient son
estimation d’un marché de 10,5 à 11
millions de véhicules, comparativement à
13,2 millions en 2008.
Le groupe a relevé son estimation pour le
marché européen, à 15-15,5 millions
de véhicules vendus en 2009.
Aux États-Unis, la part de marché des
marques Ford, Lincoln et Mercury a progressé au
deuxième trimestre, a-t-il souligné.
Les activités industrielles de Ford ont
réduit leurs coûts de 1,8 milliard US sur
le trimestre, dont 1,2 milliard US en Amérique du
Nord.
La filiale automobile a dégagé une perte
avant impôt – seule mesure livrée par Ford
– de 1 milliard US, comparativement à - 699
millions US un an plus tôt, en raison de
l’effondrement du marché américain. La
région Amérique du Nord est responsable de
la quasi-totalité des pertes de la filiale (851
millions US).
Dans les services financiers, Ford a
dégagé un bénéfice avant
impôt de 595 millions US, à comparer avec
une perte de 334 millions US un an auparavant.
Ford a fini le trimestre avec une trésorerie
brute de 21 milliards US dans sa filiale automobile,
après avoir consommé 1 milliard de
liquidités sur le trimestre.
L’amélioration est très nette par rapport
aux trois premiers mois de 2009 pendant lesquels Ford
avait brûlé 3,7 milliards US.
La dette a été réduite à
10,1 milliards US, ce qui doit permettre au constructeur
d’économiser 500 millions US par année en
versement d’intérêts.
Ces résultats ont été très
bien accueillis par les investisseurs ; l’action de Ford
a bondi de 9,4 %, à 6,98 $US hier.
La relance de GM suspendue au succès
des modèles - Amandine Ambregni
Les
dirigeants du « nouveau » GM ont
assuré devant la presse qu’une « nouvelle
ère » commençait pour le
constructeur centenaire et se sont engagés
à vendre les « meilleurs véhicules
du monde ».
NEWYORK— Le nouveau General Motors est né hier,
moins de six semaines après son fracassant
dépôt de bilan, en promettant de faire de
sa clientèle sa priorité absolue et de lui
offrir enfin des voitures moins gourmandes.
PHOTO SAM PANTHAKY,
ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
L’ancien numéro un
mondial de l’automobile va se recentrer sur 4 marques
principales – Buick, Cadillac, Chevrolet et GMC –
délaissant les marques jugées non
rentables comme Saturn, Pontiac et Hummer aux
États-Unis, mais également Opel et Saab
en Europe.
« L a nouvel l e e nt r e pr i s e General Motors
a commencé son activité aujourd’hui
dotée d’une nouvelle structure, d’un bilan plus
solide et d’un engagement renouvelé de placer les
consommateurs au coeur de tout ce que fait le nouveau GM
», a annoncé le groupe, au lendemain du
dernier feu vert de la justice américaine
à son plan de sortie de faillite.
L’ancien numéro un mondial de l’automobile va se
recentrer sur 4 marques principales – Buick, Cadillac,
Chevrolet et GMC – délaissant les marques
jugées non rentables comme Saturn, Pontiac et
Hummer aux États-Unis, mais également Opel
et Saab en Europe.
Il renaît avec des effectifs réduits de 30%
et ne conserve que ses actifs les plus sains, avec un
actionnariat profondément remanié
d’où ont été écartés
les anciens actionnaires. L’État américain
détient 60,8% du groupe et l’État canadien
11,7%, en échange des fonds publics
avancés. Le syndicat automobile américain
UAW détient 17,5% et les créanciers 10%.
Les dirigeants du « nouveau » GM – son
directeur général Fritz Henderson et son
président du conseil Ed Whitacre – ont
assuré devant la presse qu’une « nouvelle
ère » commençait pour le
constructeur centenaire et se sont engagés
à vendre les « meilleurs véhicules
du monde » en terme de qualité, de design
et d’économies de carburant.
« Nous voulons profiter de l’intensité et
de la rapidité des dernières semaines pour
transformer cette entreprise », a noté M.
Henderson, faisant allusion au rythme trépidant
du redressement judiciaire depuis le dépôt
de bilan du groupe le 1er juin.
Il n’aura en effet fallu à GM que 40 jours pour
sortir du régime de faillite, contre 42 pour son
compatriote Chrysler, pourtant trois fois plus petit.
Les élus américains ont exprimé
leur soulagement. Le sénateur démocrate
Carl Levin (Michigan) a rappelé les milliers
d’emplois perdus mais reconnu qu’il « n’y avait
pas d’alternative ».
Les
grandes lignes stratégiques – vendre moins de
modèles mais de meilleure qualité,
produire plus de véhicules économes en
carburant, innover dans le marketing – ont pourtant
laissé sceptiques les analystes.
« Cela fait 25 ans que je couvre GM, j’ai vu
beaucoup de leurs restructurations. Je pense que c’est
leur dernière chance de faire les choses
correctement », lâche Michelle Krebs,
analyste du cabinet Edmunds, selon qui « des
défis importants sont à venir ».
GM « supprime des emplois, mais où est le
sang neuf ? critique-t-elle. Ils rappellent Bob Lutz,
qui a 77 ans, pour diriger le marketing et trouver de
nouveaux moyens de vendre des voitures ! »
« Leur plus gros problème »,
renchérit Rebecca Lindland, du cabinet Global I
nsight, « c’est la perception » qu’ont les
consommateurs des véhicules GM, copieusement
critiqués ces dernières années pour
leur qualité médiocre et leur
inadéquation à la demande.
L’image, « c’est le plus difficile à
réparer », avertit cette analyste.
Pour redorer son image, GM a d’ai l leurs promis d’aller
à la rencontre des consommateurs et de se
rapprocher du site de vente aux enchères eBay.
C’est sans compter la faiblesse du marché
automobile, qui souffre toujours de la récession,
rappelle Mme Lindland.
Comme d’autres analystes, elle table sur un
marché américain sous les 10 millions
d’unités cette année, alors que GM table
justement sur des ventes de 10 millions d’unités
pour revenir à l’équilibre.
Feu vert à la création du
nouveau GM
NEW
YORK— Letribunaldesfaillites new-yorkais chargé
du dossier de la restructuration de General Motors (GM)
a approuvé dans la nuit de dimanche à hier
la vente des actifs sains du géant de
l’automobile à un « nouveau » GM.
PHOTO PAUL SANCYA,
ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Allégé de ses plus
grands foyers de pertes, GM va devoir désormais
faire la preuve de sa viabilité sur un
marché automobile américain qui reste
sinistré.
La transaction « est approuvée », a
écrit le juge chargé du dossier, Robert
Gerber, en conclusion d’une décision de 95 pages
publiée dans la nuit.
Ce jugement vient au terme d’un processus de
redressement judiciaire très court, puisque
General Motors avait déposé le bilan
seulement cinq semaines plus tôt, le 1er juin. Les
débats au tribunal des faillites de New York sur
ce plan de restructuration avaient pris fin dès
jeudi.
Le « nouveau » GM doit être
détenu à 60,8% par l’État
américain, à 11,7% par l’État
canadien et à 17,5% par le syndicat automobile
américain UAW. Les créanciers
détiendront 10% du capital en échange de
l’annulation de 27 milliards US de dettes.
Les actifs non repris auront vocation à
être liquidés par la justice.
Allégé de ses plus grands foyers de
pertes, comme des usines non rentables et des
prestations sociales qui noyaient son bilan comptable,
le groupe va devoir désormais faire la preuve de
sa viabilité sur un marché automobile
américain qui reste sinistré.
GM, qui fut à une époque la plus grande
entreprise du monde, a accumulé 88 milliards US
de pertes entre 2005 et le premier trimestre de 2009, et
n’a dû sa survie qu’à l’apport de 50
milliards US de l’État fédéral
américain.
Dans sa
décision, le juge Gerber a indiqué avoir
examiné environ 850 objections au plan de
restructuration, soulevées par des actionnaires,
des créanciers et des retraités du groupe,
et a conclu qu’elles n’étaient pas valables
à ses yeux
Il a souligné l’urgence à agir, affirmant
que « les autres solutions qu’une vente se sont
révélées infructueuses, et
n’offrent aucun espoir de réussite
désormais ».
« GM est désespérément
insolvable, et il n’y a plus rien à faire pour
les actionnaires. Et si GM est liquidé, il n’y
aura non seulement plus rien pour les actionnaires, il
n’y aura plus rien pour les créanciers de la
dette garantie », a-t-il considéré.
Il a rappelé qu’au 31 mars, l’ancien
numéro un mondial de l’automobile avait 82
milliards US d’actifs et 172 milliards US de dettes.
« Si GM doit être liquidé, la valeur
de ses actifs après liquidation (...) se
monterait à moins de 10% de ces 82 milliards US
», a-t-il estimé.
Par ailleurs, a-t-il insisté, « il n’y a
pas de partenaire prêt à une fusion,
d’acquéreur ou d’investisseur désireux et
capable de reprendre l’activité de GM. À
part le Trésor des États-Unis et
(l’État canadien), il n’y a pas de
créanciers désireux et capables de
financer la poursuite des opérations de GM
».
Le tribunal a également rejeté l’argument
selon lequel les pouvoirs publics auraient traité
injustement les créanciers privés, «
qui ont été aidés et non pas
lésés par les efforts du Trésor
pour maintenir GM en vie et pour empêcher une
liquidation du groupe ».
Le juge a indiqué avoir fondé sa
décision sur la même jurisprudence que
celle soulevée dans l’affaire Chrysler, autre
constructeur automobile restructuré sous
supervision judiciaire un mois plus tôt.
Le processus judiciaire pourrait toutefois ne pas
être complètement achevé pour GM: le
juge Gerber a donné quatre jours aux opposants
pour faire appel. Dans l’affaire Chrysler, la
décision du juge des faillites avait fait l’objet
de recours, avant d’être entérinée
par la Cour suprême au bout de huit jours.
GM joue son avenir demain devant la justice
— Le groupe
automobile américain General Motors (GM)
espère convaincre demain le juge des faillites du
bien-fondé de son plan de restructuration
prévoyant la vente d’actifs à une nouvelle
société libérée des vieilles
dettes et soutenue par les milliards de dollars de
prêts du gouvernement fédéral.
Le juge
Robert Gerber a jusqu’à présent toujours
tranché en faveur de GM dans chacune des
requêtes soumises devant ce tribunal depuis que le
groupe a demandé à être placé
sous la protection de la loi sur les faillites le 1er juin.
La rapide
sortie du processus de règlement judiciaire de
Chrysler le 10 juin pourrait servir de
précédent pour une procédure rapide.
« Nous espérons faire démarrer la
nouvelle société dès que possible,
une fois que la cession de ces actifs est approuvée
», a déclaré la porte-parole de GM,
Julie Gibson, tout en refusant de se prononcer sur la date
à laquelle le constructeur pourrait émerger
de la faillite. Mais, selon une source proche du dossier,
cela pourrait se produire d’ici la mi-juillet.
Un seul obstacle
Après avoir accepté, sous la pression des
consommateurs et de l’ État, de conserver la
responsabilité légale des voitures produites
jusqu’à sa sortie de faillite ( permettant ainsi
des poursuites pour défaut de fabrication pour des
accidents à venir), GM ne fait plus face
véritablement qu’à un obstacle de taille.
Ce sont les objections d’un groupe de concessionnaires que
l’ancien numéro un mondial de l’automobile entend
éliminer de son réseau de distribution.
General Motors compte parvenir à un accord avec la
plupart des concessionnaires et il est probable que le
juge rejette les plaintes des autres, estime John Pottow,
un expert du droit des faillites à la
faculté de droit de l’Université du
Michigan.
Selon M. Pottow, « l’audience devant le tribunal des
faillites ne devrait pas durer plus d’un jour ou deux
», et le juge décidera probablement que la
vente de ces actifs à une nouvelle entité
est dans le meilleur intérêt des
créanciers.
Après le feu vert de la justice, la cession peut
être réglée en quelques jours, ou
quelques semaines, selon ce juriste.
Il explique que les mois de préparation en vue du
dépôt de son bilan et les accords
déjà conclus avec les principaux syndicats
et créanciers ont permis à GM de
procéder rapidement pour f i naliser s on pla n de
restructuration.
M. Pottow souligne aussi l’importance dans ce processus de
l’intervention de l’administration du président
Barack Obama. La justice a approuvé jeudi le
déblocage de la deuxième moitié d’un
financement fédéral de 30 milliards de
dollars accordés à GM pour se restructurer.
Les fonds publics octroyés par Washington et Ottawa
vont permettre à General Motors de payer ses
employés et fournisseurs ainsi que d’autres
dépenses liées au plan de redressement, au
terme duquel l’État américain
détiendra 60,8% du capital de la nouvelle
société et le Canada 11,7 %.
Le fonds d’investissement du syndicat de l’automobile
United Auto Workers en détiendra lui 17,5 %.
Les créanciers de GM détenant des
obligations représentant 27,1 milliards de dollars
de dettes obtiendront les 10% restant avec la garantie de
pouvoir acquérir ultérieurement 15% de plus
d’actions du nouveau GM.
Grâce à un ensemble de nouveautés de
qualité dans ses gammes, le nouveau GM a une
très bonne chance de réussir, prédit
Jeremy Anwyl, président du groupe de recherche sur
l’automobile Edmunds.com.
Automobiles : LES VENTES REPARTENT VERS LE HAUT - Maxime
Bergeron
Oubliée,
la crise du crédit, du moins dans l’industrie
automobile. Le marché des prêts-auto a
retrouvé son aplomb de l’été 2008 – avant
la crise –, ce qui devrait se traduire par une remontée
des ventes de véhicules en Amérique du Nord
d’ici la fin de l’année, prédit une étude
publiée hier par la Banque Scotia.
« Le rapport prêt-valeur des prêts pour
voiture neuve aux États-Unis, qui était de 86,4
% en février, est passé récemment
à 89,1 % », a expliqué Carlos Gomes,
économiste principal à la Scotia.
Ce ratio indique que les banques sont beaucoup moins
hésitantes à prêter des fonds, et que les
acheteurs doivent verser un acompte plus faible lorsqu’ils
font financer leur nouveau véhicule.
«
L’aspect le plus important, c’est que ce ratio atteint son
niveau le plus haut depuis août 2008, soit avant la
chute de Lehman Brothers et le gel du marché du
crédit », a souligné M. Gomes en
entrevue téléphonique à La Presse
Affaires.
Le « t aux d’approbation » des prêts
commence aussi à aller mieux au Canada, a
ajouté le spécialiste de l’industrie
automobile.
Ce dégel marqué du crédit a
poussé Carlos Gomes à revoir à la
hausse ses prévisions de ventes de véhicules
neufs pour 2009. Il s’attend à ce que 1,45 million de
véhicules trouvent preneur au Canada, 70 000 de plus
que ce qu’il prévoyait en début
d’année.
Aux États-Unis, l’économiste estime que 10,2
millions de véhicules seront écoulés,
plutôt que les 9,5 millions prévus au
départ. Ces ventes seront nettement
inférieures à celles des années
récentes, mais elles permettront aux constructeurs de
ne pas descendre sous la marque symbolique – et honnie – des
10 millions.
Indicateurs
multiples
Le mois de mai a déjà marqué une
embellie pour plusieurs constructeurs au Canada, tant dans
le créneau abordable que dans celui des voitures de
luxe.
Mercedes-Benz , Hyundai et Kia ont tous enregistré
les meilleures ventes mensuelles de leur histoire au pays,
la hausse atteignant 25,5 % pour Kia !
Volkswagen a de son côté a f f ic hé
sa meilleure performance depuis août 2002.
Outre la
remontée du rapport prêt-valeur, l a Banque
Scotia note plusieurs autres i ndicateurs qui pointent en
faveur d’un regain des ventes dans la deuxième
moitié de 2009 en Amérique du Nord. Le prix
des véhicules d’occasion a grimpé au cours
des derniers mois, tout comme la confiance d e s c o n s o
mma t e u r s , n o t e l’institution.
« De plus, le crédit global aux
ménages, dans lequel les prêts automobi l es
comptent pour environ 20 %, a récemment
commencé à augmenter, ajoute la Scotia.
Cette tendance laisse à penser que le crédit
automobile dans son ensemble augmente encore une fois au
Canada après avoir dégringolé de 5 %
en 2008. »
À l’échelle mondiale, les ventes de
véhicules sont revenues en mai à leurs
niveaux les plus élevés depuis août
2008, tout j uste avant l ’écroulement de la banque
américaine Lehman Brothers.
La reprise est surtout visible dans les marchés
émergents, mais les pays développés
ne sont pas en r este, souligne l’étude de Scotia.
La restructuration de GM avance sans encombre
Le
constructeur s’est engagé à réduire
cette année de 35% ses équipes d’encadrement
et de 20% ses effectifs de salariés, intensifiant
même les réductions de postes de cols blancs
prévues aux États-Unis.
— General Motors a obtenu hier l’aval de la justice pour le
déblocage de la seconde tranche des 30 milliards US
de fonds publics nécessaires à son
fonctionnement d’ici la fin de sa restructuration, une
simple formalité dans ce redressement judiciaire
voulu aussi rapide que celui de Chrysler.
« Le financement est approuvé », a
déclaré le juge des faillites Robert Gerber
responsable du dossier, après avoir
écouté pendant une quinzaine de minutes les
avocats de plusieurs parties prenantes s’estimant
lésées dans le plan de redressement du premier
constructeur automobile américain.
Ce plan, orchestré par l’administration Obama,
prévoit qu’un « nouveau GM »
considérablement réduit, centré autour
de ses actifs les plus rentables, émerge de la
faillite. L’ État américain doit être
l’actionnaire principal, avec 60,8% du capital en
échange des 30 milliards US de fonds
supplémentaires accordés – qui portent
à plus de 50 milliards US l’aide
fédérale accordée à GM depuis
décembre.
L’État canadien – qui a aussi accordé plus de
3 milliards de dollars au GM en faillite – doit
détenir 11,7 % du futur groupe et le syndicat
automobile américain UAW 17,5 %, laissant 10 % aux
créanciers et rien aux actionnaires de GM.
Une première tranche de 15 milliards US avait
été accordée à GM dans la
foulée de son dépôt de bilan le 1er
juin, devant servir à payer ses frais courants, comme
les salaires et les commandes aux équipementiers.
Le déblocage de la seconde t r a nche vient s ’aj
outer aux développements favorables à ce
redressement judiciaire rapide de GM devant le tribunal
new-yorkais des faillites.
« Il est raisonnable de penser que (le nouveau) GM
pourrait émerger vers l a mi-j uil let » ,
estimait une source judiciaire assistant aux débats
au tribunal, ajoutant que, jusqu’à présent,
des centaines d’objections soulevées par des parties
prenantes avaient été écartées.
Si
c’était le cas, GM, dont le dossier est bien plus
complexe que Chrysler, trois fois plus petit que lui,
émergerait du contrôle j udiciaire en moins de
deux mois, alors que Washington avait tablé sur un
délai de 60-90 jours. Chrysler avait mis 40 jours.
Depuis le 1er juin, diverses motions du plan ont
été validées et GM a avancé dans
sa réduction de périmètre.
GM a ainsi bouclé des accords pour vendre ou
éteindre ses marques Hummer, Saturn et Pontiac, dans
le cadre de son recentrage sur quatre marques seulement :
Buick, Cadillac, Chevrolet et GMC. En Europe, il vient de
céder sa marque suédoise Saab et fait monter
les enchères pour l’allemande Opel.
Le constructeur s’est engagé à réduire
cette année de 35% ses équipes d’encadrement
et de 20% ses effectifs de salariés, intensifiant
même les réductions de postes de cols blancs
prévues aux États-Unis, visant 6000
suppressions comparativement à 3400
précédemment.
Face à GM, les mécontents du plan, des
créanciers aux retraités en passant par les
équipementiers et les associations de consommateurs,
ont essuyé revers sur revers devant le juge Gerber.
Un comité « officiel » de la
majorité des créanciers a plaidé sans
succès pour la reconnaissance des engagements
financiers du futur GM envers les accidents et
défauts de production à venir des
véhicules de l’actuel GM.
Pour l’heure, le plan de redressement prévoit que le
futur GM, tout comme cela a été le cas pour
Chrysler, soit dégagé des obligations
juridiques associées à des accidents,
lesquelles ont été évaluées
à 2,2 milliards US.
La prochaine étape-clé pour GM est l’audition
du 30 juin, au cours de laquelle le juge devra se prononcer
sur le plan de sortie de redressement judiciaire en tant que
tel.
« LE GOUVERNEMENT SE DEVAIT D’AGIR
» - HUGO DE GRANPRÉ
Laisser filer
GMaurait eu des conséquences « larges et
incalculables », estime Stephen Harper
« Nous n’avons pas l’intention d’être
propriétaires à long terme. Nous vendrons nos
actifs quand le prix sera favorable. »
Le Canada ne pouvait faire aut rement que d’aider GM s’il
voulait sauver des centaines de milliers d’emplois au pays, a
fait valoir le premier ministre Stephen Harper, hier,
visiblement mal à l’aise d’avoir à
défendre une telle incursion de son gouvernement dans
le privé. L’entente
prévoit
que GM Canada recevra 16% de la production
nord-américaine de l’entreprise jusqu’à 2016.
En conférence de presse à Toronto, le chef
conservateur a convenu que la décision avait
été difficile à prendre, et
particulièrement dure à avaler pour certains
membres de son entourage. Mais laisser filer GM, « de
loin le plus grand consommateur de pièces d’auto au
Canada », ou même Chrysler, aurait eu des
conséquences « larges et incalculables »,
a-t-il dit.
« Les pertes d’emplois atteindraient les six chiffres
très rapidement, en quelques mois. Et ce n’est tout
simplement pas possible pour notre économie. »
Ottawa s’est engagé à verser 7 milliards de
dollars et l’Ontario, 3,5 milliards au géant automobile
américain pour lui permettre d’émerger de sa
faillite déclenchée à New York, hier.
Le gouvernement canadien souhaite se désengager de GM
au plus tard en 2018. M. Harper a toutefois convenu qu’il
était possible qu’Ottawa soit contrainte de vendre ses
parts à un prix moindre que les 7,1 milliards
payés à l’achat.
Réticences au Parlement
Seule la portion américaine de General Motors s’est
placée sous la protection de la loi sur la faillite,
hier. Sa filiale canadienne a été
épargnée.
Le président des Travailleurs canadiens de
l’automobile, Ken Lewenza, s’attend néanmoins à
ce que des usines du pays suspendent leurs activités
pendant le processus judiciaire.
Les gouvernements américain et canadien souhaitent que
GM puisse émerger de cs processus d’ici deux à
trois mois.
À
Ottawa, les partis de l’opposition ont exprimé leurs
réticences face à l’annonce commune des
gouvernements ontarien, canadien et américain.
Le député libéral ontarien Francis
Valeriote a critiqué l’absence de certaines garanties
dans l’entente, comme le nombre d’emplois qui seront
réellement préservés au Canada.
« Nous devrions considérer d’avoir un
vérificateur indépendant qui examine cette
entente, a-t-il ajouté. Je ne suis pas convaincu de sa
prudence corporative et fiscale. » Au cours d’une
séance d’information technique, des fonctionnaires
fédéraux ont convenu qu’Ottawa pourrait perdre
son investissement si la relance du constructeur automobile
échouait. « Il n’y a pas de garanties », a
dit l’un d’eux.
Mais lors d’un point de presse commun avec le premier ministre
ontarien Dalton McGuinty, Stephen Harper a tenté de se
faire rassurant. « Nous ne mettons pas d’argent dans une
compagnie si nous croyons qu’elle échouera »,
a-t-il tranché, promettant du coup de ne pas
répéter l’expérience avec GM.
En échange, les Canadiens obtiendront 11,7% des parts
de l’entreprise. L’entente prévoit aussi que GM Canada
recevra 16% de la production nord-américaine de la
compagnie jusqu’à 2016.
Le premier ministre Harper a promis de vendre ses parts le
plus rapidement possible. « Nous n’avons pas l’intention
d’être propriétaires à long terme, a-t-il
dit. Nous vendrons nos actifs quand le prix sera favorable.
»
Deux poids, deux mesures ?
Le Bloc québécois a parlé de deux poids,
deux mesures par rapport au secteur forestier. « Si
c’est 10 milliards dans l’automobile, ce n’est que 170
millions dans le forestier, plus le 100 millions à la
sylviculture sur deux ans, a lancé Gilles Duceppe. Vous
voyez la disproportion, alors qu’il y a davantage d’emplois
directs et indirects dans le forestier. »
Le chef du NPD, Jack Layton, a quant à lui applaudi
l’assistance portée aux travailleurs. Selon lui,
cependant, le gouvernement devrait en faire davantage.
« Ce sont de bonnes nouvelles, mais on cherche encore
une politique globale pancanadienne concernant les autos, pour
la production d’autos vertes, par exemple. On a une politique
aux États-Unis, mais on n’a pas une vision pour le
secteur ici au Canada. »
INVESTISSEMENT DANS GM L’État devra
patienter
Le «
nouveau GM » devra grimper une côte immense
avant que les contribuables revoient unepartiedes milliards
de fonds publics investis dans la relance du constructeur.
Washington, Ottawa et Queen’s Park détiendront 72,5%
des actions quand General Motors se réinscrira en
Bourse, au terme de sa restructuration judiciaire. Mais
avant que les gouvernements pensent seulement à
rentrer dans leur argent, la capitalisation boursière
de cette nouvelle entité devra atteindre environ 70
milliards US.
C’est 140
fois la valeur de GM à la fin de la semaine
dernière, et sept fois plus qu’il y a un an!
« Les contribuables vont clairement revoir une partie
de leur argent quand nous commencerons à vendre des
actions, mais honnêtement, nous n’y comptons pas trop
», a admis lundi le premier ministre Stephen Harper en
conférence de presse, peu après le
dépôt de bilan de GM à New York.
« La
question la plus sensible, c’est de savoir si GM sera
capable d’arriver avec une gamme de produits que le public
voudra acheter. »
Les gouvernements du Canada et de l’Ontario ont
versé 10,5 milliards en échange de 11,7% du
« nouveau GM ». L’entreprise, qui conservera
seulement ses actifs les plus sains après sa
restructuration, devrait inscrire ses actions en Bourse au
premier trimestre de 2010.
L’État compte se départir de ses actions peu
à peu d’ici 2018, a indiqué Darren
Cunningham, porte-parole du ministre de l’Industrie, Tony
Clement. Les ventes de titres devraient se faire deux fois
par année, selon un calendrier qui sera
déterminé par le tribunal des faillites.
Washington, qui héritera de 60,8% des actions de GM
en échange d’un investissement de 50 milliards US
de deniers publics, se départira lui aussi
graduellement de ses titres.
Trop tôt pour un PAPE?
Ottawa mise sur un premier appel public à
l’épargne (PAPE) du « nouveau GM » au
premier trimestre de l’an prochain. Selon d’autres sources
officielles citées par Bloomberg, l’entrée
en Bourse pourrait se faire jusqu’à 18 mois
après la fin de la restructuration, soit au milieu
de 2011.
Dans un cas comme dans l’autre, ce PAPE apparaît
précipité à Marc Chabot,
spécialiste des faillites au département des
sciences comptables de l’UQAM. La société
nouvellement dégraissée commencera à
peine à se remettre sur pied dans 18 mois,
souligne-t-il. « C’est tôt pour voir une
éclaircie. »
Jo
D’Cruz, professeur de gestion stratégique à
l’Université de Toronto, estime que la
restructuration judiciaire devrait se conclure rapidement
. Mais le plan d’affaires pour la relance – qui dictera en
bonne partie le prix de l’action en Bourse –
soulève plusieurs craintes, selon lui.
« La question la plus sensible, c’est de savoir si
GM sera capable d’arriver avec une gamme de produits que
le public voudra acheter, a-t-il dit. Auront-ils des
véhicules de qualité, économes
d’essence et joliment dessinés? En ce moment, il y
a peu de raisons d’être optimiste à cet
égard. »
La majeure partie des 10,5 milliards investis par les
gouvernements du Canada et de l’Ontario sera convertie en
actions du « nouveau GM », à
l’exception d’une somme de 1,3 milliard US qui se
transformée en prêt.
GM devra avoir remboursé un minimum de 30% du
prêt au bout de trois ans, 65% d’ici six ans et la
totalité d’ici 2018, a-t-on appris. Le taux
d’intérêt a été fixé
à 7%.
L’injection de fonds publics est massive, mais
nécessaire, font valoir depuis lundi les
responsables du gouvernement Harper.
« Nous comprenons ce que pourrait être le pire
scénario et les risques que nous avons pris, mais
nous voyons aussi le potentiel de la société
et c’est pour cela que nous avons pris ces risques
», a fait valoir le porteparole du ministre de
l’Industrie Tony Clement.
Le baratin du vendeur de «chars» -
SOPHIE COUSINEAU
Barack Obama
est si digne qu’on a du mal à l’imaginer dans le
costume empesé d’un vendeur de « chars ».
Et pourtant, lorsque le président des
États-Unis a fait le point sur General Motors, hier,
il a servi aux Américains un boniment digne d’un
redoutable vendeur. Barack Obama a
répété hier qu’il n’avait «
aucun intérêt à administrer GM
».
Barack Obama a cherché à se faire rassurant
sur la suite des choses, maintenant que le constructeur
s’est mis à l’abri de ses créanciers. Mais
disons qu’il a un peu embelli la réalité. Tout
en passant sous silence plusieurs difficultés.
Deux points ressortent de son baratin. De un, invoquer le
fameux chapter 11 de la loi américaine sur la
faillite, ce n’est pas la fin du monde. Chrysler n’est-elle
pas sur le point d’émerger de sa restructuration
judiciaire ?
De deux, ce n’est pas parce que le gouvernement
américain devient le principal actionnaire de GM,
avec une participation de 60,8%, que le président
aura les deux mains sur le volant.
Dans les deux cas, il faut nuancer. Une restructuration
judiciaire n’est peut-être pas la fin du monde, mais
ce n’est pas une promenade dans les bois. En faisant appel
à la protection des tribunaux, GM a les
coudées franches pour mener rondement une
restructuration « accélérée
» qu’elle espère compléter d’ici trois
mois. L’entreprise n’a d’ailleurs pas perdu de temps en
annonçant hier la fermeture de 17 autres usines et
centres de distribution de pièces aux
États-Unis.
Toutefois, GM se trouve maintenant à la merci d’un
juge. Celui-ci pourrait se montrer sympathique aux derniers
créanciers mécontents qui forment une poche de
résistance. Bref, tout peut arriver.
Par ailleurs, GM croit qu’avec les concessions que le
constructeur a arrachées aux créanciers et aux
travailleurs syndiqués, l’entreprise sera en mesure
de faire ses frais dans un marché
nordaméricain ravagé par la récession.
Même si les Américains n’achetaient que 10
millions de véhicules neufs en 2009 – ce qui est
conforme aux prévisions –, ce ne serait plus
l’hémorragie.
Survivre, c’est une chose. Mais séduire des clients
qui refusent d’être vus au volant d’une GM, c’est une
autre histoire. Surtout que le marché ne renouera
peutêtre jamais avec les sommets de 15 à 17
millions de véhicules neufs vendus par an, à
l’époque insouciante où les Américains
finançaient leurs voitures en rouvrant leurs
hypothèques.
Bref, GM devra gagner des parts de marchés au
détriment de rivaux affamés comme Chrysler,
qui profitera des technologies et du design de Fiat. Et
cela, avec des véhicules qui ne sont pas encore
arrivés sur le marché, mais qui souffrent
déjà de la perception d’un manque de
fiabilité associée à GM. Bien plus
qu’un simple changement d’image, GM devra entreprendre une
transformation extrême. Sans succès
assuré.
Barack Obama aimerait faire croire aux Américains
qu’investir 50 milliards de dollars dans General Motors,
cela ne change pas le monde… Sauf que si, cela change la
donne, et pas seulement pour GM, mais pour toute
l’industrie.
« Je
n’ai aucun intérêt à administrer GM
», a réitéré hier le
président, bien conscient du malaise que provoque la
nationalisation « temporaire » de GM aux
États-Unis.
Ainsi donc, le gouvernement serait un investisseur
silencieux qui laisserait à la direction de GM toute
latitude? Bien voyons ! L’influence de Barack Obama est
déjà perceptible. Rappelons, accessoirement,
que c’est son administration qui a remercié l’ancien
président de GM, Rick Wagoner.
Par ailleurs, la conversion soudaine et totale de GM aux
voitures vertes, un dada d’Obama, paraît
légèrement suspecte. On a longtemps
reproché à GM d’ignorer les désirs des
consommateurs. Mais, en larguant la marque Hummer, en
lançant la voiture électrique Volt et en
promettant 14 modèles hybrides d’ici 2012, GMest-il
en train de passer d’un extrême à un autre?
Tout en étant aussi déconnecté de ses
clients ?
Les analystes s’attendent à ce que la Volt se
détaille 40 000$US, près du double du prix
d’une Toyota Prius. Ainsi, GM s’expose à produire
cette voiture électrique à perte. Or, en
attendant un choc pétrolier à la Jeff Rubin,
les ventes des petites voitures avec des moteurs efficaces
ne représentent que 17% du marché
américain, note le Wall Street Journal.
Évidemment, les choses sont appelées à
changer, et c’est tant mieux. Mais, est-ce que cela va
permettre à GM de renouer avec les profits dans un
proche avenir ? Ce n’est pas acquis.
En fait, c’est tout le terrain de l’environnement qui est
miné. Quels mesures incitatives le gouvernement
américain offrira-t-il pour l’achat de quels
véhicules ? De quelle façon est-ce que les
émissions pol luantes seront
réglementées ?
L’impartialité de l’administration Obama risque
d’être mise en doute par les concurrents de GM, comme
Ford. Ou par les pays avec des constructeurs rivaux, par
l’entremise de l’Organisation mondiale du Commerce.
Dans le même esprit, est-ce que GM favorisera une
production locale, aux États-Unis, pour des
considérations politiques, au détriment de sa
rentabilité ? Il est permis de se le demander, alors
que le constructeur annonçait hier qu’une plus grande
proportion des véhicules vendus aux États-Unis
sera assemblée en sol américain. Barack Obama
a dit vouloir léguer, aux générations
futures, une « Amérique qui fabrique encore des
choses ».
Mais si son pari risqué échoue, son
héritage dans l’industrie automobile pourrait se
résumer à un déficit énorme.
« Notre objectif à court terme, c’est de
remettre sur pied GM et de sortir le plus rapidement
possible », a dit Barack Obama.
Rapidement. C’est le mot clef.
GM : La (nouvelle) ligne de départ
- ARIANE KROL
Si tout se passe bien, General Motors émergera du
tribunal des fai l l ites dans deux ou trois mois,
libérée de ses dettes et de nombreuses
obligations. « Une nouvelle GM », claironnait le
constructeur hier. Reste à voir s’il saura profiter
de cette nouvelle chance qui s’offre à lui.
La restructuration n’est qu’un préalable. L’avenir de
l’entreprise se jouera après, dans l’exécution
de sa mission première: vendre des véhicules
à profit. Or, il est loin d’être certain que GM
puisse tirer avantage de la reprise.
Les restructurations à l’abri des créanciers,
sous la protection du fameux chapitre 11, ont donné
de bons résultats dans le passé. Ce
procédé a permis à plusieurs
transporteurs aériens de redécoller,
après avoir nettoyé leur bilan et
allégé leurs frais de fonctionnement. La
croissance économique, toujours favorable aux ventes
de billets d’avion, faisait le reste. L’effet ne sera pas
aussi automatique pour GM. Dans l’industrie aérienne,
il n’est pas rare que le consommateur se résigne
à faire affaire avec la compagnie qu’il
déteste le plus parce que c’est la seule qui puisse
le transporter au prix et au moment désiré.
L’acheteur d’automobile nord-américain a autrement
plus de choix.
Et ce n’est
pas tout. Le prix du pétrole a dépassé
les 68 dollars le baril hier. En pleine récession,
alors qu’onn’entrevoit pasde sortie de crise avant l’an
prochain – une reprise timide dans le meilleur des cas.
Ça donne une idée de la flambée
à laquelle on aura droit lorsque l’économie
repartira vraiment. Le pétrole à 147$ le baril
a suscité un intérêt jamais vu pour le
covoiturage, les transports en commun et le
télétravail l’an dernier. Un attrait qui
deviendra encore plus marqué lorsque les prix
à la pompe vont se remettre à grimper, et
qu’il deviendra évident qu’ils ne redescendront pas.
Et si les travailleurs se servent beaucoup moins de leur
voiture, ou de leur deuxième voiture, il leur faudra
de fichues bonnes raisons pour la remplacer. La fin de sa
vie utile – sauf qu’une auto qui roule peu s’use pas mal
moins vite. Sa consommation trop élevée –
à condition de pouvoir s’en payer une qui
génère des économies vraiment
significatives. On n’est même pas certain que les
ventes de véhicules neufs reviendront à leur
sommet de 2007, alors que les concessionnaires
américains avaient écoulé 17 millions
d’unités. Ils en vendront moins de 10 millions cette
année. Ça donne une idée de la
côte que l’ensemble de l’industrie a à
remonter.
Avec une structure de coûts allégée, GM
sera en mesure d’offrir ses produits à des prix plus
concurrentiels. Encore faudra-t-il qu’ils séduisent
le marché. Ce n’est pas gagné d’avance. La
« nouvelle GM » n’est pas une nouvelle venue.
C’est une entreprise à laquelle de nombreux
consommateurs ont tourné le dos en jurant qu’on ne
les y reprendrait plus. Regagner les coeurs, et des parts de
marché, s’annonce un défi considérable,
d’autant que les concurrents ne vont pas rester les bras
croisés.
GM vient de se placer sur la ligne de départ.
Va-t-elle démarrer au quart de tour ou caler
lamentablement? Washington, Ottawa et les syndicats, qui
l’ont commanditée à grands frais, ne peuvent
que se croiser les doigts.
HONDA : 50 ans pour devenir un grand de
l’automobile
CHICAGO
— Cinquante ans après être entré sur
la pointe des pieds avec ses petites motos sur le
marché américain, Honda est devenu un
grand de l’automobile aux États-Unis, où
il s’apprête à rafler la place de
quatrième constructeur à Chrysler.
PHOTO AP
En 1973, la Civic se
vendait 2150$. Les modèles bon marché et
économes en carburant de Honda ont fait un
malheur lors du choc pétrolier.
« Leur croissance méthodique et
concentrée pendant ces 50 ans est vraiment
admirable », observe l’analyste automobile Jeff
Schuster, du cabinet JD Power.
Le 11 j uin 1959, le groupe japonais, né 11 ans
plus tôt dans l’archipel, ouvre aux
États-Unis sa première filiale à
l’étranger. Convaincu que le constructeur court
à la catastrophe, le gouvernement japonais lui
interdit d’investir plus de 250 000$ outre-Pacifique.
Honda doit se résoudre à acheter un vieux
studio de photographie à Los Angeles en guise
d’entrepôt, à partir duquel ses huit
vendeurs font la tournée des magasins de
deux-roues avec des camionnettes remplies de motos
« made in Japan ».
Les engins nippons sont nettement plus petits que les
grosses cylindrées américaines, souvent
pilotées par des costauds en blouson de cuir.
Honda prend le contrepied de l’image du « biker
» avec un slogan: « C’est en Honda que l’on
rencontre les personnes les plus agréables
».
En 1968, Honda avait écoulé un million
d’exemplaires, devenant au passage le numéro un
de la moto aux États-Unis.
Un an
plus tard, le japonais lance ses automobiles sur le
marché américain. Après un
démarrage confidentiel, ses modèles bon
marché et économes en carburant font un
malheur à la faveur du choc pétrolier de
1973. Avec ses chaînes de montage universelles qui
permettent de fabriquer plusieurs modèles, le
constructeur parvient à s’ajuster rapidement aux
fluctuations de la demande.
Même recette
Aujourd’hui, la recette n’a pas changé et Honda a
vu sa part de marché augmenter l’an dernier
à 10,8% contre 9,7 % en 2007, malgré un
recul de 8% de ses ventes du fait de la crise
économique.
« Honda a r r ive vraiment à
prospérer en période difficile »,
observe son vice-président John Mendel, directeur
des ventes aux États-Unis. « Les
consommateurs se replient vers les valeurs sûres.
Ils savent qu’avec une Honda, ils n’auront probablement
jamais de problèmes, elle durera longtemps et
sans perdre trop de valeur à la revente ».
Honda est désormais en passe de prendre la
quatrième place du marché américain
à Chrysler, tout comme Toyota a chipé la
deuxième place à Ford derrière le
géant General Motors. Le groupe emploie 28 000
salariés aux États-Unis, où il
dispose de 10 usines et de 14 centres de recherche. Deux
autres usines sont en construction.
Honda a été le premier constructeur
asiatique à ouvrir des lieux de production aux
États-Unis, d’abord pour ses motos en 1979 puis
pour ses voitures trois ans plus tard. En 1988, le
groupe exportait sa première Accord de
fabrication américaine au Japon.
Un an plus tard, ce même modèle devenait la
voiture la plus vendue aux États-Unis,
première automobile étrangère
à décrocher ce titre qu’elle
détiendra pendant trois ans.
La recette Ford pour traverser la crise
- Maxime Bergeron
INDUSTRIE AUTOMOBILE
De petites voitures « globales »
distribuées partout sur la planète. Une
dette renégociée avant la crise. Un
portfolio de marques simplifié à
l’extrême. La recette appliquée par Ford
lui a permis d’éviter la déroute de ses
concurrents américains, même si sa
situation demeure précaire. Ford est le seul des trois
grands de Detroit à ne pas s’être
placé sous la protection des tribunaux – et
à avoir levé le nez sur une injection de
fonds publics. Un exploit, disent certains, qui
découle d’une série de décisions
prises depuis trois ans.
Le constructeur au logo ovale est le seul des trois
grands de Detroit à ne pas s’être
placé sous la protection des tribunaux – et
à avoir levé le nez sur une injection de
fonds publics. Un exploit, disent certains, qui
découle d’une série de décisions
prises depuis trois ans.
« La grande chance de Ford, c’est qu’elle a
réussi à refinancer sa dette et
repositionner complètement ses finances avant la
crise, explique Christian Navarre, professeur de gestion
stratégique à l’Université
d’Ottawa. Ainsi, quand la crise est arrivée,
l’entreprise ne s’est pas retrouvée sans
capacités de trésorerie. »
Le coup de génie, selon les experts, remonte
à 2006, peu après l’arrivée du
nouveau PDG Alan Mulally. Sentant venir la
récession, l’ex-dirigeant de Boeing a
hypothéqué tous les actifs de Ford aux
États-Unis en échange de prêts de
23,6 milliards US. Un geste jugé choquant
à l’époque, qui a toutefois assuré
des liquidités suffisantes à l’entreprise
pour fonctionner.
Le PDG a aussi simplifié au maximum la structure
de Ford depuis son arrivée. Entre mars 2007 et
juin 2008 – avant la crise –, il a réussi
à vendre les bannières de luxe Aston
Martin, Jaguar et Land Rover, toutes jugées non
stratégiques. Une très bonne affaire, en
rétrospective.
« Ils ont été capables de se
délester de leurs activités avant les
autres », dit Louis Hébert, professeur
titulaire de gestion stratégique à HEC
Montréal.
Ford se retrouve aujourd’hui avec une gamme de produits
très limitée, centrée autour des
marques Ford, Lincoln, Mercury et Volvo (que le groupe
cherche à vendre).
Pour capitaliser au maximum sur cette simplicité,
Ford offrira de plus en plus de voitures «
globales », distribuées partout dans le
monde sans trop de modifications. La petite Fiesta
incarne en tous points cette stratégie.
Cette sous-compacte – qui jouit d’un accueil très
favorable de la presse spécialisée – a
été lancée l’an dernier en Europe,
cette année en Asie et arrivera à
l’été 2010 en Amérique du Nord. La
Focus, un cran plus grande, suivra la même
trajectoire.
«
On a le sentiment que Ford a pris un virage produit qui
va s’avérer payant, surtout au fur et à
mesure que la réglementation de l’administration
Obama sur les émissions de CO va faire sentir ses
effets », dit Christian Navarre.
Ford a par ailleurs fermé une série
d’usines et licencié des milliers de travailleurs
au cours des dernières années, en plus de
renégocier les conditions salariales de ses
syndiqués à la baisse. Le constructeur a
ainsi ramené ses coûts de production plus
près de ceux des constructeurs japonais.
Des écueils
Ford fait peut-être meilleure figure que GM et
Chrysler, mais le constructeur est lui aussi
frappé de plein fouet par un recul de ses ventes.
L’entreprise a perdu 1,4 milliard US au premier
trimestre de 2009, en plus de voir ses ventes reculer de
43%.
Aussi, la restructuration de ses deux concurrents sous
la protection des tribunaux risque de la
désavantager, soulignent les experts. GM et
Chrysler sortiront de la faillite avec un bilan
nettement allégé, et moins d’obligations
envers leurs retraités.
La lourdeur des fonds de retraite des dizaines de
milliers de travailleurs de Ford aux États-Unis
pourrait devenir problématique, dit Louis
Gialloreto, professeur de marketing à McGill.
« Si le marché ne reprend pas d’ici 12
à 18 mois, ils vont être vraiment mal pris
avec ces coûts-là. »
Dans un communiqué publié lundi, Ford a
émis des inquiétudes quant à la
participation massive de Washington dans le capital de
GM. L’État détiendra 61% du constructeur
en échange d’une aide financière totale de
50 milliards US, ce qui pourrait remettre en cause la
« dynamique de la concurrence », selon Ford.
Christian Navarre, de l’Université d’Ottawa,
reconnaît que Ford sera «
légèrement handicapé » par
rapport à ses concurrents. Mais l’entreprise a
selon lui un atout que GM et Chrysler n’ont pas: de
nouveaux véhicules éprouvés et
économiques qui débarqueront d’ici un an
sur le marché nord-américain.
« Le temps que les autres mettent leurs produits
en marché, Ford aura les siens »,
tranche-t-il.
Le titre de Ford est demeuré stable à
6,36$ hier à la Bourse de New York. Il a
grimpé de 177% depuis le début de
l’année.
GM : QUATRE ERREURS FATALES -
Gaétan Frigon
Le
roman-savon de General Motors se termine dans la honte
GM a longtemps renfloué ses pertes
nord-américaines grâce à ses
activités européennes ou australiennes, ou
encore grâce à la
profitabilité de sa division financière GMAC.
Après avoir occupé différents postes de
direction dans le commerce de détail pendant
près de 40 ans, notamment à la SAQ, l’auteur
est aujourd’hui copropriétaire de plusieurs
entreprises, dont Publipage Inc.
En 1952, année où le président de
General Motors avait déclaré: « Ce qui
est bon pour General Motors est bon pour l’Amérique
», mon père achetait sa première voiture
: une rutilante Buick de l’année qui faisait l’envie
de tout le village de Saint-Prosper de Champlain, dont il
était le maire.
Cette Buick ainsi que la Pontiac station wagon 1957 qui
l’avait remplacée étaient de véritables
chars d’assaut. Elles ont honorablement
résisté à la pire des épreuves,
à savoir les folies de trois adolescents (mes deux
frères et moi-même) qui ne s’étaient pas
gênés pour leur faire subir les pires
sévices.
À cette époque, General Motors imposait sa
philosophie. Les grandes villes, les unes après les
autres, abandonnaient les transports en commun pour faire
place à l’automobile, emblème du rêve
américain tel que décrété par
GM. Cette époque avait fait de moi un inconditionnel
de General Motors.
D’ailleurs, avec au-delà de 50% du marché, GM
dictait les règles du jeu et personne n’osait les
contredire, même pas les gouvernements. GM
était proactive et ne laissait personne lui dire quoi
faire. C’est d’ailleurs, selon moi, fondamentalement ce qui
a été à l’origine de la lente descente
aux enfers de l’entreprise.
À partir du milieu des années 70, ma confiance
en General Motors s’est effritée au point d’en
arriver à l’inconcevable: l’achat d’une
européenne. Pour moi, GM représentait le
passé. La seule question dans mon esprit était
de savoir si le géant passerait au travers ses
difficultés et pourrait s’adapter au XXIe
siècle.
Aujourd’hui, le roman-savon se termine dans la honte. Le
Goliath d’hier n’est plus que l’ombre de lui-même. Je
vais laisser à d’autres le soin d’analyser les
aspects financiers négatifs de cette aventure et
parler plutôt du manque de vision stratégique
qui a coulé GM, beaucoup plus que l’argent.
Voici,
selon moi, les quatre éléments qui sont
à l’origine de la débâcle d’aujourd’hui:
1 > Dans les années 70, les Chevrolet, Pontiac,
Oldsmobile, Buick et même Cadillac ont perdu leur
personnalité propre quand, pour diminuer les
coûts, GM a décidé de toutes les
fabriquer à partir du mêmemoule. Il arriva ce
qui devait arriver:
3 > Quand les Japonais ont décidé d’envahir
le marché avec des automobiles de luxe (Acura, Lexus
et Infiniti), GM n’a pas cru en leur réussite.
C’était leur domaine de prédilection et les
Japonais allaient simplement se casser la gueule. GM a alors
perdu lentement ce qui lui restait du marché
profitable des automobiles de luxe. Quand ses patrons se
sont réveillés, la moyenne d’âge des
propriétaires de Cadillac dépassait les 65
ans.
4 > Dans les années 90, voyant que le goût
des Américains revenait aux grosses bagnoles,
plutôt que de préparer son avenir en
développant des petites voitures économiques,
GM s’est lancés à fond de train dans des
segments profitables comme les véhicules utilitaires
sport (VUS), avec des moteurs qui consomment beaucoup
d’essence. Ce fut un grand succès temporaire, mais la
graine d’un échec évident à moyen et
long terme.
GM a longtemps renfloué ses pertes
nord-américaines grâce à ses
activités on a nivelé la qualité par le
bas et les différences majeures entre les marques,
autres qu’esthétiques, ont disparu, une Buick
étant simplement une Chevrolet glorifiée.
2 > Quand les premières petites autos japonaises
sont arrivées sur le marché, GM a
refusé d’emboîter le pas pour ne pas nuire
à sa profitabilité. Sa conclusion était
qu’il s’agissait là d’une mode passagère. Et
quand ils ont décidé par obligation d’entrer
dans ce segment de marché en plein
développement, ce fut notamment avec des citrons qui
ont donné naissance au phénomène Ralph
Nader. européennes ou australiennes, ou encore
grâce à la profitabilité de sa division
financière GMAC. Mais quand le château de
cartes s’est écroulé partout dans le monde, il
était devenu impossible de camoufler plus longtemps
l’inévitable.
Il y a environ cinq ans, Ford était dans une
situation semblable à celle de GM. Mais ce
constructeur a pris les grands moyens et, aujourd’hui, Ford
est le seul des trois grands à ne pas demander l’aide
de l’État et à ne pas recourir à la
protection des tribunaux. Il y a certes là une
leçon à retenir.
GM : NOUVEAU DÉPART - Maxime Bergeron
En
dépit de l’injection massive de fonds publics, le
président américain Barack Obama s’est
défendu de vouloir intervenir dans les affaires de GM
après la restructuration judiciaire.
La bombe était attendue depuis des semaines.
Maintenant que les documents de faillite sont
déposés, GM espère se restructurer
rapidement et prendre un virage vert en introduisant 14
modèles hybrides d’ici trois ans.
« Nous le ferons une seule fois et nous le ferons
comme il faut », a déclaré Fritz
Henderson, PDG de General Motors, peu après le
dépôt de bilan de l’entreprise devant un
tribunal new-yorkais, hier matin.
La faillite de GM est la quatrième en importance de
l’histoire des États-Unis et représente un
aveu de défaite pour ce symbole de la puissance
industrielle américaine. Au terme de sa
restructuration judiciaire, le constructeur sera
délesté d’une bonne partie de sa dette, de
cinq bannières, de 14 usines et de 21 000
employés.
Aucune des filiales de GM ne s’est protégée de
ses créanciers à l’extérieur des
États-Unis. La filiale canadienne est
épargnée et conservera toutes ses usines. Le
départ de 3000 travailleurs licenciés au cours
des derniers mois au Canada a toutefois été
officialisé hier.
Selon des documents déposés en cour, la dette
totale de GM atteint 172,8 milliards US, et ses actifs, 82,3
milliards US. L’entreprise a plus de 100 000
créanciers.
Washington
actionnaire
Le gouvernement américain – et dans une moindre
mesure ceux du Canada et de l’Ontario – sera de loin le
principal actionnaire du « nouveau GM »,
composé seulement des actifs les plus sains du
groupe.
En échange d’une aide financière totale de 50
milliards US, Washington recevra 61% des actions de
l’entreprise. Ottawa et Queen’s Park détiendront 12%
des titres en circulation, en contrepartie d’un financement
de 10,5 milliards CAN.
En dépit de cette injection massive de fonds publics,
le président américain Barack Obama s’est
défendu de vouloir intervenir dans les affaires de GM
après la restructuration judiciaire. « Nous
nous comportons en actionnaires récalcitrants parce
que c’est la seule façon d’aider GM, a-t-il
déclaré pendant une conférence de
presse télévisée. Ce que ne nous ne
ferons pas, ce qui ne nous intéresse pas, c’est de
gérer GM. »
Les impacts d’une liquidation de GM auraient
été « dévastateurs » pour
l’économie du pays tout entier, d’où la
nécessiter d’allonger les milliards, a dit Barack
Obama.
Les
gouvernements comptent se départir peu à peu
de leurs actions, au fur et à mesure que GM verra
sa valeur boursière augmenter. La nouvelle
entité pourrait mettre entre 6 et 18 mois avant
d’effectuer son premier appel public à
l’épargne, selon une source officielle citée
par Bloomberg.
General Motors espère sortir de la protection des
tribunaux d’ici de 60 à 90 jours. Les accords
intervenus avec ses principaux syndicats en
Amérique du Nord, de même qu’avec la
majorité des créanciers obligataires non
garantis, devraient permettre de mener les
démarches assez rondement, estiment les dirigeants
du groupe.
Au sortir du processus, le « nouveau GM » sera
capable d’être rentable aux États-Unis avec
un volume de vente de 10 millions de véhicules pour
l’ensemble de l’industrie, a affirmé l’entreprise.
Cela se compare aux niveaux de 15 à 17 millions
enregistrés entre 1995 et 2007, avant la crise
économique.
GM misera aussi à fond sur les technologies
écologiques, avec le lancement prévu de la
Chevrolet Volt l’an prochain, véhicule hybride
révolutionnaire dont la viabilité
économique n’apparait pas encore assurée. Le
constructeur veut par ailleurs que 65% de ses
véhicules soient compatibles avec l’éthanol
et d’autres biocarburants d’ici 2014.
« Toutes les choses qui peuvent être mises de
l’avant pour que GM progresse sont là ; si
l’entreprise ne progresse pas, c’est carrément
qu’elle a unemauvaise stratégie ou que
l’exécution est inférieure à ce
qu’elle devrait être », a fait valoir à
La Presse Affaires Louis Gialloreto, expert de l’industrie
automobile de l’Université McGill.
Joseph D’Cruz, professeur de gestion stratégique
à l’Université de Toronto, souligne lui
aussi le besoin urgent de changer les façons de
faire. Il faut non seulement concevoir de nouveaux
véhicules de qualité, mais surtout
gérer l’entreprise de façon plus efficace,
dit-il. L’administration Obama a fait un premier pas dans
cette direction en chassant l’ancien PDG Rick Wagoner au
profit de Fritz Henderson il y a deux mois.
«
Je suis assez optimiste: GM a un grand bassin de talents
en ingénierie, a souligné M. D’Cruz. Ce qui
ne marche pas chez GM, ce sont les processus de prise de
décision qui devraient mener à une bonne
utilisation de ces talents. »
GM poursuivra normalement ses activités pendant la
restructuration judiciaire et continuera d’honorer toutes
les garanties en vigueur, a indiqué l’entreprise
hier. Les gouvernements du Canada et des États-Unis
se sont engagés à respecter les garanties de
GM et Chrysler (aussi en dépôt de bilan) dans
le cas où les constructeurs seraient incapables de
fournir le service.
Au sortir de sa refonte, GM offrira seulement quatre
bannières en Amérique du Nord: Chevrolet,
Cadillac, Buick et GMC. Le réseau de
concessionnaires sera réduit de 42% d’ici octobre
2010, ce qui se traduira par environ 10 000 pertes
d’emplois au Canada.
Le grand patron de GM, Fritz Henderson, a tenu à
saluer les importants sacrifices consentis par les
travailleurs, créanciers, fournisseurs et plusieurs
autres parties pénalisées par la
déconfiture de l’entreprise.
La faillite de GM, estimée à 91 milliards
US, est la quatrième plus importante de l’histoire
des ÉtatsUnis, après celles des banques
Lehman Brothers (691 milliards US) et Washington Mutual
(328 milliards US) l’an dernier et de l’entreprise de
télécoms WorldCom en 2002 (104 milliards
US).
GM, fondé à Detroit en 1908, emploie
aujourd’hui 234 500 personnes dans le monde et vend ses
véhicules dans 140 pays. L’entreprise a perdu plus
de 82 milliards US depuis cinq ans.
GM : LA CHUTE D’UN GÉANT -
MAXIME BERGERON
L’État américain contrôlera 60% du
capital de GM
« On vient d’acheter quelques années de survie
à General Motors, mais dans le long terme, ça
reste risqué », fait valoir le professeur de
gestion stratégique à HEC Montréal
Louis Hébert.
C’est la fin d’une époque. Les États-Unis ont
annoncé hier que le constructeur automobile General
Motors allait déposer son bilan, pour
s’engagerdansunprocessusde redressement judiciaire qui
devrait durer de 60à90 jours et implique la fermeture
de 11 de ses usines et la mise au chômage technique de
trois autres.
Une nouvelle société sera créée
pour reprendre les actifs les plus rentables du groupe, dont
les engagements financiers seront réduits de plus de
moitié, a expliqué un haut responsable de
l’administration de Barack Obama à l’Agence
France-Presse.
L’État fédéral américain lui
apportera 30,1 milliards US et contrôlera 60% de son
capital. L’État canadien et la province de l’Ontario
verseront 9,5 milliards US et obtiendront 12% des actions.
Le fonds de retraite des salariés de General Motors
prendra 17,5%.
Enfin 10% reviendront aux anciens créanciers
détenteurs d’obligations non garanties ayant souscrit
au plan de restructuration.
GM Canada
Les dirigeants de GM Canada, entité
indépendante de la maison mère
américaine, étaient toujours en pourparlers
hier soir pour déterminer s’ils recourront à
la protection des tribunaux pour se restructurer. «
C’est encore en train de se décider, on va travailler
ça jusqu’à la dernière minute ce soir
», a indiqué à La Presse Sandra Perron,
porteparole de l’entreprise.
Des dizaines de milliers de travailleurs et retraités
en Ontario et au Québec attendent avec
appréhension l’annonce du président de GM
Canada, Arturo Elias, cet après-midi.
Aux États-Unis , le grand patron de GM, Fritz
Henderson, de même que le président Barack
Obama tiendront des conférences de presse en fin
d’avant-midi pour exposer leur vision de l’entreprise
« post-restructuration ».
Dans une « fiche technique » publiée par
l’administration Obama, GM a confirmé que,
conformément à son plan de redressement
présenté en février, il allait fermer
11 sites et en mettre trois au chômage technique. 42%
de ses concessionnaires au Canada et aux États-Unis.
Les détenteurs d’obligations, qui avaient
rejeté la semaine dernière une première
proposition, recevront 10% des actions.
Les actionnaires actuels de l’exnuméro un mondial de
l’automobile perdront l’intégralité de leur
mise.
Louis Hébert, professeur de gestion
stratégique à HEC Montréal, s’attendait
depuis deux ans à un dépôt de bilan de
GM. La restructuration judiciaire est selon lui
nécessaire pour assurer « à court terme
» la survie de l’entreprise, qui a accumulé des
pertes titanesques de 82 milliards de dollars
américains depuis cinq ans.
« On
vient d’acheter quelques années de survie à
General GM se mettra à l’abri de ses
créanciers en vertu de la loi américaine
sur les faillites, le fameux Chapter 11.
Selon des sources gouvernementales, un « nouveau GM
» pourrait émerger de la faillite au plus tard
à la Fête du travail, soit le 7 septembre
prochain.
L’entreprise fondée il y a 101 ans aura un tout autre
visage une fois la restructuration terminée. General
Motors prévoyait licencier plus de 20 000
employés au cours des prochains mois, en plus de se
départir de quatre bannières (Saturn, Saab,
Hummer et Opel) et de supprimer la marque Pontiac. GM
fermera aussi Motors, mais dans le long terme, ça
reste risqué », a fait valoir M. Hébert
pendant un entretien téléphonique.
Échéance pour Chrysler
La semaine sera aussi mouvementée pour le
constructeur américain Chrysler, qui s’est
placé sous la protection des tribunaux en avril
dernier aux États-Unis. Le juge Arthur Gonzales, du
tribunal newyorkais des faillites, doit se prononcer
aujourd’hui ou demain sur la création d’un «
Chrysler nouveau » composé seulement des actifs
les plus sains du constructeur.
La nouvelle société serait détenue
à 20% par le constructeur italien Fiat, à 55%
par un fonds géré par les syndicats et
à 10% par les gouvernements américain et
canadien. Fiat pourrait hausser sa participation
jusqu’à 35%.
La division canadienne de Chrysler ne s’est pas
placée sous la protection des tribunaux,
malgré son dépôt de bilan au sud de la
frontière. Ce qui, selon des experts, est de bon
augure pour GM Canada.
« Je crois que GM a pris grand soin de mettre en place
un processus lui permettant de continuer à aller de
l’avant et de continuer à payer ses fournisseurs
», a dit à La Presse Canadienne
leprésident de la firme AutomotiveCompass, Bill
Pochiluk.
Aux États-Unis, le gouvernement plani f ie de nommer
Albert A. Koch, un partenaire principal de la firme
AlixPartners, comme chef de la restructuration judiciaire de
GM, rapportait hier le site internet du New York Times. Les
associés de cette firme travaillent depuis des
semaines à l’ébauche d’un plan de redressement
de l’entreprise, indique-t-on.
Le président Barack Obama tentera de se faire
rassurant ce matin dans son discours au peuple
américain, soulignant l’importance de l’industrie
automobile pour le pays et le besoin d’un nouveau
départ pour GM, rapportent d’autres sources.
Le discours aura lieu à 11h55, suivi quelques minutes
plus tard par la conférence de presse du PDG de
General Motors.
FAITS SAILLANTS
Voici les principaux points du plan gouvernemental de
restructuration du constructeur automobile américain
General Motors, rendu public hier soir à Washington:
« DES SACRIFICES PARTAGÉS »
> GM devra être rentable avec un marché
américain de 10 millions d’unités vendues chaque
année, alors que son point d’équilibre
était de plus de 16 millions d’immatriculations. > Le
syndicat de l’automobile UAW a fait des « concessions
importantes » sur les salaires et la couverture
médicale de ses retraités. > Les
créanciers obligataires ont accepté
d’échanger leurs 27,1 milliards US de dette contre 10% de
la nouvelle société, auxquels s’ajoutent des bons
permettant d’acheter 15% supplémentaire du capital. >
GM va fermer 11 usines et en mettre 3 autres au chômage
technique.
LA CRÉATION DU « NOUVEAUGM »
> Le Trésor apportera 30,1 milliards US pour
aider GM pendant sa restructuration. Il n’envisage pas que cette
aide puisse être augmentée. En échange, le
Trésor recevra 60% du capital de la nouvelle
société. > Le Canada et la province de
l’Ontario (où GM possède de nombreuses usines)
avanceront 9,5 milliards US. Ils recevront 12% du capital. >
Le « nouveau GM » va mettre en place un fonds
chargé de financer la couverture santé des
retraités du groupe. Ce fonds détiendra 17,5% du
capital et recevra des bons lui permettant d’acquérir
2,5% supplémentaires. > Le nouveau GMaura « bien
moins de dette et un bilan de classe mondiale » qui va lui
permettre de réinvestir dans ses activités. >
Le nouveau GM va assembler une nouvelle petite voiture dans une
usine désaffectée pour porter de 66% à plus
de 70% la part de ses voitures vendues aux États-Unis qui
sont fabriquées dans ce pays.
LA GESTION DES PARTICIPATIONS DE L’ÉTAT
> Le
gouvernement « ne souhaite pas détenir des
participations au capital de sociétés plus qu’il
est nécessaire et cherchera à céder ses
intérêts aussitôt que cela sera possible
». > Le gouvernement n’interviendra pas dans la
gestion au jour le jour de ces entreprises.
Les retraités québécois
retiennent leur souffle
Les
retraités de GM au Québec retenaient leur
souffle hier en attendant de voir si la filiale canadienne
du constructeur se placera elle aussi sous la protection
des tribunaux.
« Tout le monde est inquiet », a confié
à La Presse Jean-Pierre Labrosse, premier
vice-président de l’Association des
retraités de GM au Québec, qui regroupe 230
anc iens cadres.
La valeur de la caisse de retraite des anciens cadres
québécois a chuté d’environ 50% en
raison de la crise économique, et une
restructuration judiciaire de GM Canada –
indépendante de la maison mère
américaine – viendrait « cristalliser »
ces pertes, craint M. Labrosse.
La seule
usine de GM au Québec, qui se t rouvait à
Boisbriand, comptait environ 1200 employés quand le
constructeur a cessé d’y produire la Chevrolet
Camaro, en 2002.
Les ex-syndiqués n’ont pas encore vu leurs rentes
de retraite amputées, mais elles sont gelées
jusqu’en 2015, a indiqué Eddy Roussy,
président du Club des retraités de l’usine
de Boisbriand. De nombreux avantages liés aux
assurances santé ont aussi été
abolis, de même qu’un rabais automatique sur les
véhicules GM.
Les retraités, qui se réuniront aujourd’hui
à 13h30, croisent les doigts dans l’attente du
verdict sur le sort de GM Canada. « On devrait avoir
des réponses », a lancé M. Roussy hier
soir.
Les retraités de Boisbriandmilitent pour que le
gouvernement québécois crée un fonds
qui viendrait combler leurs pertes si leurs rentes
devaient être réduites.
QUEL AVENIR POUR GM? - MAXIME BERGERON
Les prochaines
heures seront cruciales pour GM. Le constructeur doit
s’entendre avec ses créanciers et présenter
d’ici demain soir un nouveau plan de relance à
Washington. La restructuration sous la loi des faillites est
quasi assurée. Mais que fera le gé
ébut des années 2000. Arnold Schwarzenegger, Jon
Bon Jovi et une flopée de vedettes se baladent
fièrement au volant de leur Hummer dans les rues
d’Hollywood. Le rutilant camion de GM atteint des sommets de
popularité, comme plusieurs autres véhicules
lourds du constructeur.
Neuf ans plus tard, tout a changé.
L’intérêt pour les grosses cylindrées
s’est effondré avec la hausse des cours du
pétrole et la dégradation de l’économie.
General Motors est à deux doigts de la faillite.
Exsangue. Le géant déchu a effectué une
série de compressions draconiennes dans ses usines et
son personnel, mais il devra faire beaucoup plus pour refaire
sa place – et survivre – dans le paysage automobile du XXIe
siècle, disent les experts.
« GM doit absolument arriver avec de nouveaux
modèles best-sellers d’ici un an ou deux », lance
Anil Verma, professeur à la Rotman School of Management
de l’Université de Toronto.
La clé de la relance se résume en trois mots,
selon les spécialistes consultés par La Presse
Affaires. Fiabilité. Durabilité. Design. Des
attributs qui expliquent selon eux la montée en
flèche des voitures japonaises depuis trois
décennies… et la descente aux enfers de General Motors.
« GM a prouvé aux baby-boomers, et à leurs
enfants de la génération X, que c’était
difficile de faire des voitures qui combinaient à la
fois un beau design, de la qualité et de la
durabilité, dit Louis Gialloreto, professeur de
marketing à l’Université McGill. Ils ont
vraiment perdu les deux plus grandes générations
qu’on a eues dans les 100 dernières années!
»
Le constructeur de Detroit s’est éparpillé au
fil des décennies en multipliant les marques – huit en
Amérique à l’heure actuelle – et les
modèles, fait valoir M. Gialloreto. Chaque gamme a ses
forces et ses faiblesses, mais aucune n’a réussi
à cristalliser toutes les qualités qui font une
bonne voiture, selon lui.
À
l’opposé, le géant japonais Toyota s’est
taillé une place de choix en Amérique avec trois
marques bien circonscrites: Toyota, Lexus et Scion. Toutes
reconnues pour leurs hautes normes de qualité. «
Ils ont une gamme de produits beaucoup moins complexe à
produire, à renouveler et à vendre, mais les
parts de marchés qu’ils sont capables de
générer avec ces trois marqueslà sont
énormes », souligne le professeur.
Toyota a d’ailleurs dépassé GM comme premier
constructeur mondial l’an dernier. Une gifle symbolique, qui
est venue s’ajouter aux maux financiers du géant de
Detroit, bien réels ceux-là.
Se remettre sur pied
GM n’est pas le seul constructeur automobile à souffrir
du recul des ventes de véhicules neufs. Chrysler s’est
placée sous la protection de la loi des faillites le
mois dernier, et tous les constructeurs voient leurs revenus
affectés par la crise économique mondiale.
General Motors est toutefois dans un bien pire état que
la plupart de ses concurrents. L’entreprise a perdu 82
milliards de dollars depuis 2004. Ses ventes mondiales ont
chuté de 11% l’an dernier, et de 21% pendant le premier
trimestre de 2009. Son manque de liquidités est
tellement criant qu’elle a dû recevoir plus de 19
milliards d’aide du gouvernement américain – et
d’autres milliards du Canada – au cours des derniers mois pour
poursuivre ses activités.
Le constructeur doit présenter d’ici demain soir un
nouveau plan de relance solide à Washington, sans quoi
l’État cessera de lui prêter des fonds.
« GM
doit absolument arriver avec de nouveaux modèles
best-sellers d’ici un an ou deux. »
La mise en faillite apparaît quasi assurée pour
GM, qui devra vraisemblablement se restructurer sous la
protection des tribunaux.
Parmi toutes les mesures de redressement annoncées
à ce jour (fermeture d’usines et de concessionnaires,
licenciements massifs, baisses de salaires), la
simplification du portfolio de marques constitue l’une des
plus prometteuses, selon les experts.
En plus d’abandonner sa mythique bannière Pontiac, GM
vendra ses filiales Saturn, Saab, Hummer et
l’européenne Opel. L’entreprise centenaire se
retrouvera avec seulement quatre marques en Amérique
du Nord : Chevrolet, Buick, Cadillac et GMC. Une
bénédiction, d’après le professeur
Louis Gialloreto, qui entrevoit même la disparition
possible de GMC.
« Ils vont être capables de faire plus
d’innovations sur moins de gammes, dit-il. Par
conséquent, ils seront capables d’avoir plus de
succès en ce qui concerne le dessin, la
qualité et la durabilité, tout ça dans
la même auto, au lieu d’avoir la qualité dans
une, la durabilité dans l’autre et le design dans
l’autre. »
Les dirigeants de GM doivent absolument « changer la
culture de l’entreprise » et offrir aux consommateurs
ce qu’ils veulent, souligne pour sa part Anil Verma, de
l’Université de Toronto. Exit les gros
véhicules clinquants et polluants, bienvenue aux
voitures compactes et économiques.
« Autrement, GMne va pas seulement perdre des parts de
marché, mais il y a de fortes chances que le
constructeur se retrouve encore au même point dans
cinq ans », dit le spécialiste de
l’Université de Toronto.
L’entreprise
a fait un pas dans cette direction hier en annonçant
la construction d’une future petite voiture aux
États-Unis. La production initiale du modèle
(qui n’a pas été identifié) atteindra
160 000 unités et se fera dans une usine de GM
présentement désaffectée.
Une telle production n’aurait pu être envisagée
sans les importantes concessions salariales faites par les
syndiqués américains de GM, a affirmé
Fritz Henderson, le nouveau PDG du groupe, dans un
communiqué. « Cela nécessite un effort
de la part de tous pour produire une petite voiture
domestique de façon concurrentielle et profitable,
mais c’est ce que nous ferons tous ensemble. »
Chevrolet doit lancer l’an prochain la Cruze, une compacte
qui suscite déjà un fort engouement dans la
presse spécialisée. La Spark
représentera pour sa part une première
incursion dans le secteur des minis, avec ses petits moteurs
de 1,0 et 1,2 litre.
Toutefois, selon plusieurs observateurs, c’est la Chevrolet
Volt qui pourrait représenter le salut de GM. Cette
jolie berline hybride promet de parcourir 64
kilomètres avec son moteur électrique sans
consommer une seule goutte de carburant, après quoi
un système à essence entrera en fonction.
La mise en marché de la Volt est prévue en
2010, bien que certains détails techniques restent
à régler. Et la viabilité
économique du projet n’est pas assurée, ce qui
soulève des inquiétudes, indique le professeur
Anil Verma.
Les prochains mois seront cruciaux à tous les
égards pour GM. Tant pour ses avocats que pour ses
ingénieurs, qui devront mettre les bouchées
doubles pour vite finaliser les nouveaux modèles.
UN WEEK-END CRUCIAL POUR LE CONSTRUCTEUR
Tout pointe
maintenant vers un dépôt de bilan de General
Motors d’ici 48 heures aux États-Unis. La
Chevrolet Volt 2009.
Le gouvernement américain assemblait
méthodiquement hier les dernières pièces
du puzzle d’une mise en faillite du constructeur
américain, voulant régler un maximum de dossiers
avant que le juge ne se saisisse de l’affaire.
Selon plusieurs sources, la mise en faillite devrait se
produire lundi, après l’échéance de
demain soir imposée à GM pour le
dépôt d’un nouveau plan de redressement à
Washington.
L’administration du président Barack Obama a
déjà expliqué qu’elle voulait que les
actifs sains du constructeur automobile soient repris par un
« nouveau GM » aussitôt que possible
après un dépôt de bilan. Le Trésor
contrôlerait dans un premier temps 72,5% du capital du
groupe restructuré.
Pour éviter que l’entreprise languisse des
années sous contrôle judiciaire, le gouvernement
souhaite présenter au juge un plan de restructuration
tout ficelé, avec l’accord des principales parties
prenantes.
La nouvelle offre de restructuration de la dette obligataire
non garantie présentée jeudi reflète
cette ambition. Les créanciers se sont vu offrir 25% du
capital du « nouveau GM », au lieu de 10%
refusés plus tôt cette semaine, à la
condition expresse de soutenir devant le tribunal le plan
gouvernemental.
Un premier
groupe de créanciers, représentant environ 20%
de la dette concernée, a déjà
donné son accord. Selon le New York Times, le
Trésor est en discussions avec un nouveau groupe,
pesant 30% de la dette. En revanche, plusieurs associations de
petits porteurs campaient toujours sur leur refus initial.
Les obligataires ont jusqu’à aujourd’hui 17h pour se
prononcer.
GM a par ailleurs obtenu en milieu de journée le feu
vert des adhérents du syndicat de l’automobile UAW
à l’accord signé entre leurs
représentants et la direction de GM. Cette ratification
à 74% va permettre au constructeur d’annoncer de
nouvelles mesures d’austérité, incluant la
disparition de milliers d’emplois et la fermeture d’usines en
Amérique du Nord. Et le Canada? La mise en faillite
probable de GM aux États-Unis ne se traduira pas
automatiquement par une restructuration judiciaire au Canada,
a indiqué à La Presse Affaires la porte-parole
du groupe, Sandra Perron. La filiale canadienne demeure
« distincte » de la société
mère, a-t-elle dit.
GM Canada doit elle aussi présenter d’ici demain soir
un nouveau plan de redressement aux gouvernements du Canada et
de l’Ontario, en vue d’obtenir une nouvelle aide
financière.
Toutes les avenues demeurent possibles. « Il reste
encore certaines choses à concrétiser, a dit Mme
Perron. Le travail va se poursuivre toute la fin de semaine et
les décisions vont se prendre à la
dernière minute », a-t-elle dit.
Le titre deGMa clôturé à 75 cents hier, en
baisse de 37 cents.
42% du réseau de concessionnaires disparaîtra au
Canada
et aux États-Unis
CONCESSIONNAIRES
Entre désolation et acquisitions
« Vente de fermeture ». Le slogan
placardé dans le pare-brise des véhicules de
SteThérèse Chevrolet ne laisse place à
aucune ambiguïté: les choses vont mal chez GM.
Très mal.
Le constructeur en déroute a annoncé il y a 10
jours qu’il ne renouvellera pas les contrats de franchise de 42%
de ses concessionnaires au Canada, environ 300 au total. La
succursale de Sainte-Thérèse, au nord de
Montréal, n’a pas attendu cet ultimatum avant de fermer.
Le directeur Marcel Béliveau a annoncé la triste
nouvelle à ses employés à la mi-mai et
tente ces jours-ci d’écouler ses derniers modèles.
Partout au pays, l’humeur des franchisés de GM oscille
entre colère, stupéfaction et résignation.
Une importante réorganisation du réseau s’est
aussi mise en branle depuis 10 jours, qui se traduira par de
multiples transactions entre les concessionnaires.
« Tout le monde est dans cette game-là d’acheter et
de vendre en ce moment, dit Jean-Claude Gravel, qui
possède quatre concessions GM à Montréal.
Le réseau va se refaire au complet. Je dirais que le 1er
septembre, ça va être une nouvelle
géographie. »
Les marchands se sont tous vu offrir une compensation de GM pour
fermer leurs commerces d’ici octobre 2010. Certains, comme le
copropriétaire de Laurier Pontiac Buick GMC de
Québec, Alexandre Saillant, jugent les sommes offertes
« absolument » insuffisantes.
D’autres ont carrément refusé les offres de GM et
tenteront de maintenir leur commerce ouvert coûte que
coûte. Ils n’auront malheureusement pas beaucoup de
recours, dit Michael Hatch, économiste en chef de la
Corporation des associations de détaillants d’automobiles
du Canada.
« Je ne
vois pas quels recours les concessionnaires pourraient avoir,
indique M. Hatch. Pour qu’un contrat soit valide, il doit
être signé par deux parties. Si une des deux
parties refuse, il n’y a pas de contrat. »
Les commerçants récalcitrants sont toutefois
minoritaires, souligne la porteparole de GM, Sandra Perron. Un
« très haut nombre » de concessionnaires a
accepté les offres de dédommagement,
particulièrement au Québec, a-t-elle dit à
La Presse Affaires.
Des dizaines de succursales fermeront ainsi leurs portes dans la
province, jusqu’à 70 sur 148 selon certaines informations
que l’entreprise refuse de confirmer.
Aussi, malgré l’importante réorganisation à
venir, la crise chez GM ne signifiera pas la disparition pure et
simple de 300 concessionnaires au Canada. Plusieurs tenteront
d’attirer de nouvelles bannières concurrentes dans leurs
installations, notamment des constructeurs japonais.
« Dans certains cas, le gars perd Pontiac mais dans sa
ville, il n’y a pas de Mazda, souligne Jean-Claude Gravel,
propriétaire de quatre succursales GM. Peut-être
que Mazda va rentrer dans la bâtisse. Il ne ferme pas
nécessairement. »
Autre lueur d’espoir pour les marchands de voitures: le nombre
de véhicules vendus au Canada est resté stable en
avril, révèle une étude publiée hier
par la Banque Scotia. Il s’en est écoulé 1,42
million en nombre annualisé, « bien au-dessus
» du volume de 1,34 million enregistré au premier
trimestre, souligne le document.
GENERAL MOTORS -
Le spectre de la faillite se rapproche
Lespectredelafaillitequirôdedepuis des mois autour de
General Motors est sur le point de se matérialiser.
Le constructeur automobile a été incapable de
s’entendre avec ses obligataires, qui ont refusé
d’échanger 27 milliards US de dette contre 10% des
actions de GM. Cet échec, annoncé hier, devrait
forcer l’entreprise à se placer sous la protection des
tribunaux au cours des prochains jours, estiment les experts.
La réduction de la dette est cruciale à la relance
de GM. Washington a déjà injecté plus de 19
milliards US dans le constructeur et exigeait un accord avec les
obligataires avant d’allonger d’autres fonds publics. Sans
entente, le robinet sera fermé dès lundi prochain,
ce qui accule l’entreprise au mur.
Le
dépôt de bilan de la société
mère risque aussi de se traduire par une mise en faillite
de la filiale canadienne de GM, même si sa santé
est moins précaire. « Comme les obligataires
détiennent des obligations dans les deux pays, c’est plus
probable qu’ils doivent passer par une faillite au Canada
», explique Louis Gialloreto, professeur de marketing
à McGill.
Une restructuration au Canada se ferait sous le chapeau de la
Loi sur les arrangements avec les créanciers des
compagnies, semblable au « chapitre 11 »
américain, souligne Marc Chabot, professeur titulaire de
sciences comptables à l’UQAM et expert des faillites.
À contrecoeur
C’est à contrecoeur que GM cherchera la protection des
tribunaux, après des mois de cure minceur extrême.
Le groupe a déjà fermé des usines,
licencié des milliers de travailleurs, supprimé la
bannière Pontiac et annoncé la fermeture de plus
de 40% de ses concessionnaires au Canada et aux
États-Unis. Des accords de réduction des salaires
ont aussi été ratifiés des deux
côtés de la f rontière, promettant des
milliards d’économies annuelles.
Malgré
tous ces efforts, la dette demeure étouffante. GM
espérait être capable de l’abaisser de 44
milliards US d’ici lundi prochain, mais le refus de ses
obligataires d’accepter un échange contre des actions
rend ce scénario impensable.
Les détenteurs d’obligations « ont le gros bout
du bâton », puisqu’ils sont souvent
considérés comme créanciers garantis
quand une entreprise se place sous la protection de la loi
des faillites, dit le professeur Marc Chabot. Ils
espèrent obtenir plus d’argent en cour que ce que GM
leur a offert dans sa dernière proposition.
Selon l’expert, la restructuration judiciaire est «
une bonne chose », malgré la connotation
négative qui y est souvent associée. «
L’objectif visé avec ces lois, c’est de favoriser la
conclusion d’un accord quand les parties restent assises sur
leurs positions et que les compromis ne se font pas. »
Le conseil d’administration de GM doit se réunir
cette semaine pour convenir de la suite des choses. Le temps
presse : le groupe a jusqu’à dimanche soir pour
présenter un plan de redressement à
l’administration américaine... ou déposer son
bilan. Tant le président Barack Obama que les
dirigeants de GM ont déjà évoqué
le spectre d’une faillite au cours des dernières
semaines.
Les investisseurs attendent le verdict avec
anxiété. Le titre de GM a fortement
chuté hier à la Bourse de New York, pour
clôturer à 1,15$US, en baisse de 20%.
L’exemple
de Chrysler?
Si la restructuration judiciaire est probable au Canada,
elle pourrait aussi être évitée
grâce à la meilleure tenue de l’économie
canadienne. Chrysler, qui s’est protégée de
ses créanciers aux États-Unis le mois dernier,
poursuit pour l’instant ses activités normales ici.
Michael Hatch, économiste en chef de la Corporation
des associations de détaillants d’automobi les du
Canada, estime qu’un scénario à la Chrysler
est « possible ». Il admet toutefois que les
concessionnaires sont réalistes et s’attendent
à faire d’importantes concessions. GM souhaite fermer
42% de son réseau au pays, soit environ 300
succursales.
Comme aux États-Unis, GM a jusqu’à dimanche
soir pour présenter un plan de redressement aux
gouvernements du Canada et de l’Ontario, en vue d’obtenir
davantage d’aide financière.
L’entreprise a fait savoir par communiqué qu’un
nombre d’obligataires « significativement »
moins élevé que nécessaire avait
accepté les offres d’échange de dette. La
société devait recevoir l’appui de 90% d’entre
eux pour voir son plan accepté par Washington.
Sandra Perron, porte-parole de GM au Québec, n’a pas
rappelé La Presse Affaires hier.
Seconde chance pour les créanciers de GM
Le
Trésor américain a donné hier une seconde
chance aux créanciers de General Motors (GM), qui
avaient refusé la veille son plan de restructuration de
la dette du constructeur, enmaniant la carotte (une offre
améliorée) et le bâton (la menace de
perdre leur mise).
Les détenteurs de dette obligataire non garantie,
à qui on proposait 10% des actions de GM en
échange de leurs titres, se sont vu offrir en plus des
warrants leur permettant d’acheter 15% supplémentaires
du capital.
La première mouture de la restructuration des 27,2
milliardsUS de dette non garantie de GM avait
échoué la veille, en raison du manque
d’intérêt des investisseurs qui se trouvaient
plus mal traités que d’autres parties prenantes au
dossier, en particulier les syndicats.
Pendant ce temps, la menace de faillite continue à
planer sur le constructeur d’autos fondé il y a 77 ans.
Selon Bloomberg, GM aurait l’intention de demander, le 1er
juin prochain, la protection judiciaire contre la faillite.
Cela dit, la nouvelle offre aux créanciers a
reçu un accueil positif. Le comité officieux des
porteurs de titres obligataires non garantis, qui rassemble
environ 20% de la valeur de cette dette, s’y est dit
favorable. La nouvelle proposition « ouvre la
possibilité aux créanciers de
récupérer une plus grande partie de leur mise
que ce qui était offert précédemment
», a-t-il noté.
En revanche, une association de petits porteurs – ils sont
plus de 100 000 à détenir des titres GM – est
restée campée sur son refus initial, en notant
que les créanciers recevraient une indemnisation cinq
fois inférieure à celle des syndicats.
Une nouvelle date butoir a été fixée aux
créanciers pour se prononcer: ils devront avoir
montré leur soutien au nouveau plan, en
quantités « suffisantes », avant demain
17h. Un responsable gouvernemental a précisé
qu’aucun seuil minimal d’acceptation n’avait été
fixé par l’État.
En cas de nouvel échec, les créanciers risquent
de perdre l’essentiel de leur mise : le Trésor a averti
que, dans cette situation, les nouveaux titres qui leur sont
destinés seront « réduits
substantiellement ou éliminés ».
Dépôt de bilan
La nouvelle
offre s’inscrit clairement dans le cadre d’un
dépôt de bilan du constructeur, qui paraît
donc désormais acté par toutes les parties.
Une fois le bilan déposé, les créanciers
devront en effet s’engager à soutenir le plan
gouvernemental, qui prévoit la vente rapide des actifs
sains du groupe à un « nouveau GM », qui
sortirait rapidement du processus de faillite.
En revanche, les actifs délaissés resteraient
logés dans un « ancien GM », dont la
liquidation sous contrôle judiciaire pourrait prendre
des années.
Après sa restructuration, le « nouveau » GM
sera détenu à 72,5% par le Trésor
américain, à 17% par le fonds à gestion
syndicale chargé de financer la couverture
médicale des retraités du groupe, et à
10% par les créanciers obligataires (avant exercice de
leurs warrants). La proportion revenant au Trésor
pourrait être réduite en cas d’apport financier
du Canada.
Comme c’était prévu, le syndicat de l’automobile
UAW recevra lui aussi des warrants lui permettant obtenir 2,5%
du capital du constructeur.
Pour aider le constructeur pendant sa restructuration, le
Trésor lui apportera plus de 50 milliardsUS de
financement.
Dans leur communiqué, les créanciers ont
souligné que le nouveau montage prévoit que, sur
ce total, 40 milliardsUS soient transformés en capital,
au lieu de 10 milliardsUS auparavant.
Le bilan du « nouveau GM » sera ainsi
considérablement plus solide que dans la mouture
précédente, se sont réjouit les
créanciers obligataires.
Selon Cesare de Novellis, de Meeschaert New York, la plus
grande « flexibilité » des
créanciers est bienvenue, mais « ne change pas
vraiment les choses ». GM continue d’avoir des fonds
autogénérés négatifs et n’arrive
pas à se débarrasser d’Opel ».
« Plus tôt i nterviendra la faillite, le plus
tôt la société pourra en ressortir
restructurée », note l’analyste.
GM : Une longue convalescence - Jacques
Duval
Les pronostics
de survie de GM sont encourageants, mais tout dépendra de
la compétence de la nouvelle administration
Les coupes auront permis de créer une entreprise capable
de répondre aux besoins du marché dans des
délais compétitifs. Et à corriger ses
erreurs avec la même célérité.
L’auteur est chroniqueur automobile. Aujourd’hui
et
au cours des prochains mois, quelque 3900 concessionnaires GM
vont devoir fermer leurs portes et mettre à la rue des
dizaines d’employés.
Avec la déroute de General Motor s , c ’ e s t tout un
pan de l’histoire américaine qui vient de
s’écrouler. Rappelons-nous simplement cette belle
époque où il suffisait de suspendre une
bannière Chevrolet chez un concessionnaire pour que
l’affaire se transforme en une mine d’or. Combien d’hommes
d’affaires plus ou moins doués sont devenus millionnaires
à vendre les produits de General Motors ? En ces temps
bénis pour eux, les lettres GM brillaient de tous leurs
feux et étaient synonymes de succès, de
rentabilité, de prospérité et de respect.
Ce qui était bon pour GM était bon pour
l’Amérique.
Aujourd’hui et au cours des prochains mois, 3915 de ces
ex-millionnaires de l’automobile (dont 310 au Canada) vont
devoir décrocher leur bannière Chevrolet, Buick ou
autre et mettre à la rue des dizaines d’employés
qui avaient toujours cru que leur avenir était
assuré et leur emploi sécurisé.
La question qu’il faut se poser a trait aux chances de
succès de la restructuration de General Motors. Faillite
ou pas, qu’adviendra-t-il d’un constructeur qu i , hier encore,
se bat tait contre Toyota pour rester le plus gros constructeur
automobile du monde? Chose certaine, l’entreprise ne retrouvera
jamais ses parts de marché d’antan, celles qui, en 1976,
se situaient encore à 50%. Triste coïncidence, c’est
aussi l’année où les choses ont commencés
à mal tourner pour le numéro 1 de l’automobile.
Avec tous les
correcti fs mis en place au cours des derniers mois et le fameux
plan de restructuration dont on ne connaît pas tous les
tenants et aboutissants, General Motors pourrat-il continuer
d’exister et retrouver un jour le chemin de la
rentabilité ? En ce qui a trait à sa survie, il
serait très étonnant que l’entreprise meure de sa
belle mort et qu’il n’en reste qu’un triste chapitre dans les
livres d’histoire.
Car les problèmes majeurs ont été
résolus, que ce soit les surcapacités de
production, le taux horaire des travailleurs d’usines, la caisse
de retraite des employés , le c roisement des marques, la
surabondance de concessionnaires et, bien sûr,
l’équilibre du nombre total d’employés en regard
des ventes. En éliminant les marques les moins
productives ( Pontiac, Saturn et Hummer), on évitera les
coûts astronomiques engendrés par toute la
paperasse qui entoure l’existence d’une raison sociale
différente pour vendre le même produit.
Ce qui a miné General Motors, c’était sa taille
gigantesque qui l’empêchait de prendre des
décisions aussi rapidement que la concurrence. Les coupes
à tous les stades auront permis de créer une
compagnie capable de répondre aux besoins du
marché dans des délais compétitifs. Et
à corriger ses erreurs avec la même
célérité.
Il ne faut pas perdre de vue que GM a des acquis, ne serait-ce
par exemple que son succès dans un marché comme la
Chine qui s’est découverte une affection
particulière pour les produits Buick. Et que dire de
Cadillac, anciennement le symbole absolu de la réussite,
devenue une marque vieux jeu et qui a retrouvé sa superbe
depuis quelques années ? Bizarrement, dans toute cette
saga du constructeur américain, il est rarement question
de l’essence même d’une firme comme General Motors,
c’est-àdire le produit, les automobiles et les
véhicules utilitaires. C’est en majeure partie à
ce chapitre que se joue la survie de la compagnie. À part
la Volt, il n’y a rien de révolutionnaire à
l’horizon, mais la gamme de modèles devrait être
solide avec l’arrivée prochaine de la Chevrolet Cruze
déjà vendue en Europe et comparable à une
Toyota Corolla. GM possède aussi un vaste assortiment de
petits camions et d’utilitaires sport, un secteur qui
représente en ce moment un fort pourcentage du
marché.
Voilà autant de raisons d’espérer voir les nuages
disparaître et le soleil poindre à l’horizon. La
seule question épineuse qui reste en suspens porte sur la
compétence de la nouvelle administration de cette
compagnie dont les pronostics de survie sont encourageants, mais
qui demeurera encore longtemps en convalescence.
L’ACCORD
ENTRE FIAT ET CHRYSLER EST CONCLU - Maxime Bergeron
9400
travailleurs canadiens « incroyablement satisfaits
»
Après six semaines de chômage forcé, les
9400 employés de Chrysler au Canada reprendront
bientôt le travail grâce à l’alliance
conclue hier avec le constructeur italien Fiat.
Le « nouveau Chrysler », qui misera sur les
petites voitures de Fiat pour reprendre des parts de
marché, commencera « immédiatement »
ses activités, ont annoncé les deux groupes dans
un communiqué conjoint. Les travailleurs jubilent.
« C’est une bonne nouvelle, parce que tant le
gouvernement du Canada que celui des États-Unis ont dit
que Chrysler ne pourrait survivre en tant que
société indépendante, a dit Ken Lewanza,
président des Travailleurs canadiens de l’automobile
(TCA), pendant un entretien téléphonique. Je
suis incroyablement satisfait. »
Chrysler a fermé temporairement toutes ses usines
nord-américaines le 1er mai dernier, au lendemain de
son dépôt de bilan aux États-Unis. Les
trois usines canadiennes du groupe devraient redémarrer
la production le 29 juin, selon Ken Lewanza, une information
que la porte-parole de Chrysler Canada a refusé de
confirmer.
Chrysler aura un tout autre visage au sortir de sa
restructuration judiciaire éclair, bouclée en
seulement 42 jours. Le troisième constructeur
américain sera détenu à 20% par Fiat,
proportion qui pourrait grimper jusqu’à 35 % quand
certaines conditions seront remplies. Son plus important
actionnaire sera – et de loin – un fonds du syndicat
américain des Travailleurs unis de l’automobile ( UAW),
avec 55% du capital.
Ottawa et Washington, qui ont injecté ensemble plus de
8 milliards US dans l’entreprise, détiendront
respectivement 2% et 8% des parts. Les gouvernements
menaçaient de retirer leur aide financière
à défaut d’une alliance avec Fiat, ce qui aurait
signifié la mort du constructeur fondé en 1925.
Le PDG de Fiat, Sergio Marchionne, a été
nommé président de Chrysler Group LLC. La
nouvelle entité reprendra l’essentiel des actifs du
constructeur en faillite, à l’exception de certaines
dettes.
« Je
sais que le processus a été difficile pour
toutes les parties impliquées, mais nous sommes
prêts à prouver aux consommateurs
américains que Chrysler peut de nouveau être une
entreprise forte et concurrentielle », a
déclaré M. Marchionne dans un communiqué.
Fiat n’allonge pas d’argent dans la transaction, mais fera
plutôt profiter Chrysler de ses technologies
évaluées à plusieurs milliards. Le
constructeur italien devrait introduire sur le marché
nord-américain son petit modèle 500, très
populaire en Europe. La marque Alfa Romeo pourrait aussi
être ramenée aux États-Unis.
Fiat, qui a elle-même frôlé la faillite il
y a quelques années, veut faire profiter Chrysler de
son « expertise dans le redressement d’entreprise
». Le constructeur américain
bénéficiera aussi du réseau international
de distribution de Fiat, avec un accent particulier mis sur la
Russie et l’Amérique du Sud, a indiqué le groupe
hier.
D’autres compressions ?
Richard Powers, spécialiste de l’industrie automobile
de l’Université de Toronto, s’attend à ce que
des produits Fiat apparaissent sur le marché
nord-américain d’ici de 12 à 24 mois. Mais
plusieurs questions restent à régler,
souligne-t-il.
« Ils doivent augmenter la production en Europe et
décider s’ils vont produire certaines de ces voitures
en Amérique du Nord, ce qui impliquerait un
réoutillage de certaines usines », a-t-il dit.
D’autres coupes et fermetures d’usine sont à
prévoir au sein de la nouvelle entité, ajoute M.
Powers. La société pourrait avoir du mal
à faire accepter ces compressions en raison de la forte
participation du syndicat UAW dans le capital de l’entreprise,
selon lui.
Foutaise, dit Ken Lewanza, président des TCA. Il
soutient que la forte présence syn-
La transaction en cinq questions
QQuelle
est l a structure du « nouveau Chrysler » ? R Le
constructeur italien Fiat détient 20 % des parts du
groupe, le régime de retraite du s y ndicat a
mér i c a i n des Travailleurs unis de l’automobile (
UAW), plus de 55 %, le gouvernement américain, 8 % et
les gouvernements de l’Ontario et du Canada, 2 %. Fiat
pourra augmenter sa participation à 35 % une fois
qu’elle aura remboursé les milliards
prêtés par Ottawa, Washington et Queen’s Park.
La nouvelle entité (appelée Chrysler Group
LLC) reprendra l’essentiel des actifs de Chrysler, à
l’exception de certaines dettes. QQui
dirigera l’entreprise ? R Sergio Marchionne, PDG de Fiat, a
été nommé hier grand patron. Une
série de nouveaux dirigeants font aussi leur
arrivée dans les différentes divisions du
groupe. Le conseil d’administration de ce Chrysler 2.0
comptera neuf membres : quatre seront nommés par le
gouvernement américain, trois par Fiat, un par le
gouvernement canadien et un par le syndicat UAW. QQuels
changements
sont à prévoir dans le portfolio de
véhicules Chrysler ? R Le constructeur compte offrir
plus de petites et moyennes voitures. La Fiat 500, qui
rappelle la Mini par son look arrondi, devrait notamment
arriver en Amérique d’ici de 12 à 24 mois,
selon certains experts. L’ent r eprise n’a pas encore
détaillé ses plans à cet égard.
QD’autres
compressions sontelles à prévoir ? R Le
nouveau PDG Sergio Marchionne n’en a pas fait mention, hier.
Chrysler a déjà fortement
dégraissé ses activités depuis le
début de 2007: le groupe a aboli 32 000 emplois (
presque le tiers de ses effectifs), réduit sa
production de 1,2 million de véhicules et
retranché 3 milliards de dollars à ses
coûts de fonctionnement annuels. Au Canada, les 9400
travailleurs devraient conserver leur emploi et les t rois
usines devraient demeurer ouvertes, a indiqué une
porte-parole. L’entreprise a supprimé 1500 emplois et
fermé une usine au pays ces dernières
années. QEt
qu’en est-il des concessionnaires ? R Chrysler fermera 25 %
de ses succursales aux ÉtatsUnis, mais le
réseau canadien de 450 concessionnaires devrait
être intouché, a affirmé la porteparole
Mary Gauthier.
LE
FÉDÉRAL
ET L’ONTARIO VIENNENT EN AIDE À CHRYSLER
— Dans l’espoir
que Chrysler continue ses activités au Canada
malgré la restructuration, le gouvernement
fédéral et l’Ontario mettent la main à la
pâte, offrant à l’entreprise des prêts
totalisant 3,8 milliards de dollars.
Cette aide financière du Canada se veut proportionnelle
au soutien de 12 milliards annoncé plus tôt dans la
journée par l’administration de Barack Obama. Un
cinquième de la production de Chrysler en Amérique
du Nord se trouve au Canada.
L’enveloppe canadienne comprend un prêt provisoire
existant, un prêt en fonds de roulement à court
terme et un prêt de restructuration à moyen terme,
qui visent tous les opérations canadiennes de Chrysler.
Conjointement avec les Américains, les gouvernements
canadien et ontarien participeront à la supervision
juridique de la restructuration de Chrysler LLC, par
l’intermédiaire de prêts
débiteur-exploitant.
En échange, le Canada et l’Ontario détiendront 2%
des parts de l’entreprise restructurée – contre 8% pour
les ÉtatsUnis. Ottawa pourra par ailleurs nommer un des
neuf gestionnaires au conseil d’administration, « pour
s’assurer que les intérêts des contribuables
canadiens soient protégés », a dit le
premier ministre Stephen Harper.
Fin mars, Ottawa a rejeté le premier plan de relance
proposé par Chrysler, mais le gouvernement estime cette
fois que le constructeur automobile a fait ses devoirs.
« Les gestionnaires, les syndicats, et les institutions
financières de Chrysler ont fait les sacrifices
nécessaires pour assurer la viabilité à
long terme de l’entreprise », a souligné M. Harper.
La décision d’ouvrir les coffres et de débourser
ces 3,8 milliards de dollars était devenue
inévitable, a-t-il précisé.
« Avec la décision de l’administration
américaine d’intervenir, nous avons rapidement conclu que
la seule option réaliste, pour le Canada, était de
participer au processus de restructuration. Autrement, nous
aurions couru un risque important de voir l’entreprise se
restructurer totalement à l’extérieur de notre
pays. Ce n’est tout simplement pas une solution viable pour
l’économie canadienne », a expliqué le
premier ministre.
Si l’entente
prévoit que 20% des investissements et des emplois de
Chrysler après la restructuration seront maintenus au
Canada, Ottawa n’a toutefois aucune garantie que l’ensemble des
usines actuelles continueront leurs activités.
« Ça va dépendre de la performance de
l’entreprise, a dit M. Harper. Chrysler sera dans l’avenir une
compagnie plus petite. Mais soyons clairs, nous avions à
choisir entre une plus petite entreprise ou l’effondrement
complet et la disparition de 100% des emplois. Ce qui
n’était pas une option. »
Le premier ministre de l’Ontario, Dalton McGuinty, abonde dans
son sens. « C’est impossible de garantir qu’on va
maintenir le nombre de travailleurs ici en Ontario. Mais c’est
dans l’intérêt de Chrysler de maintenir une
présence importante en Ontario », dit-il.
Manque de vision
À Ottawa, les partis de l’opposition ont convenu que le
gouvernement ne pouvait faire autrement que de s’engager dans
cette voie. Selon eux, toutefois, Stephen Harper aurait pu en
faire plus.
Le député libéral du sud de l’Ontario Frank
Valetiote a déploré le fait que l’entente ne
garantisse pas que les emplois resteront au Canada, surtout
compte tenu que le pays ne détient qu’un siège sur
9 au conseil d’administration.
Des questions restent aussi en suspens, a-t-il ajouté.
« J’espère aussi qu’il y a un plan chronologique
pour nous permettre de nous retirer de tout cela. »
Le chef du NPD, Jack Layton, a déploré le manque
de vision du gouvernement Harper. « On devrait ajouter,
d’abord, une dimension de véhicules verts à toute
l’affaire, a-t-il dit. Deuxièmement, une indication que
les communautés qui bâtissent ces véhicules
sont importantes », a-t-il dit.
Le président des Travailleurs canadiens de l’automobile (
TCA), Ken Lewenza, a pour sa part poussé un soupir de
soulagement, hier, et se dit confiant de voir Chrysler se
restructurer de façon à continuer de produire des
véhicules au Canada.
UN NOUVEAU DÉPART : CHRYSLER
CONFIE
LE VOLANT À FIAT, SOUS LA PROTECTION DE LA LOI SUR LES
FAILLITES
WASHINGTON— Le président
américain Barack Obama a annoncé hier le
dépôt de bilan de Chrysler en même temps
qu’une alliance avec son concurrent italien Fiat, qui doit non
seulement assurer la survie du groupe américain, mais
faire de lui le sixième constructeur automobile
mondial.
L’opération de sauvetage de l’un des trois grands de
Detroit prévoit une prise de participation initiale de
20% et pouvant aller jusqu’à 35% de Fiat dans Chrysler,
une autre de 8% du gouvernement américain (une
intervention historique de sa part dans l’industrie
automobile), et une de 2% du gouvernement canadien, a
indiqué la Maison-Blanche.
Un nouveau fonds assurant la couverture santé des
retraités de Chrysler recevra 55%.
Le gouvernement américain se dit prêt à
accorder 8 milliards US de plus à la survie de
Chrysler, pendant la procédure de dépôt de
bilan et après.
Selon de
hauts responsables de l’administration, le plan ne devrait
entraîner ni suppression d’emplois ni fermeture
immédiate d’usine.
Quant à la procédure de dépôt de
bilan, devant être introduite à New York, elle
devrait être courte, entre 30 et 60 jours, et «
chirurgicale », selon un de ces responsables
s’exprimant sous couvert de l’anonymat.
Ce dépôt de bilan n’est pas « un signe de
faiblesse, mais bien plus (un) pas de plus sur la voie
clairement tracée menant à la survie de
Chrysler », a dit M. Obama.
Comme l’administration a les syndicats et les principaux
créanciers de son côté, « cette
procédure sera rapide, elle sera efficace, elle est
destinée à traiter avec les quelques derniers
réfractaires (aux termes actuels d’une
restructuration) et elle sera contrôlée
», a-t-il dit.
Quant au partenariat avec Fiat, il a « de grandes
chances de réussite », a-t-il assuré.
Selon un
communiqué de la Maison-Blanche, Fiat va offrir
à Chrysler l’accès à son réseau de
distribution mondial. Il doit surtout permettre à
Chrysler, grâce à son savoir-faire technologique,
de construire dans les usines américaines de nouveaux
véhicules consommant moins et répondant mieux
à la demande du moment.
Comptant 38 000 salariés aux États-Unis,
Chrysler, victime comme le numéro américain
General Motors de la crise économique, de la chute de
ses ventes et de ses erreurs stratégiques, se bat
depuis des mois pour sa survie.
À la suite de l’administration Bush, le gouvernement
Obama a accepté de le maintenir sous perfusion et,
depuis décembre, Chrysler a reçu 4 milliards US.
En échange du maintien de l’aide
fédérale, Chrysler et GM ont été
sommés de soumettre des plans de restructuration
drastiques.
M. Obama a recalé les premières versions en
mars, et donné jusqu’à hier à Chrysler,
et un mois de plus à GM pour présenter des
projets garantissant qu’ils reviendraient à la
viabilité et n’auraient plus besoin de l’argent du
contribuable.
Les syndicats ainsi que les grandes banques ont fait des
concessions.
Mais,
mercredi, à la veille de l’échéance
gouvernementale, d’ultimes négociations sur les dettes
de Chrysler ont échoué.
Selon un haut responsable de l’administration, une partie des
créanciers de Chrysler ont refusé l’offre du
Trésor de recevoir 2,25 milliards US en
numéraire en échange de l’effacement de 6,9
milliards US de dette.
Le gouvernement est alors arrivé à la conclusion
que la meilleure solution pour Chrysler était de
poursuivre son effort de restructuration en se plaçant
sous la protection garantie par le chapitre 11 de la loi sur
les faillites.
Cependant, M. Obama, qui fait face à la pire
récession depuis les années 30, est
accusé par ses adversaires d’un interventionnisme sans
précédent dans les affaires économiques.
Alors que l ’ État pourrait entrer dans Chrysler,
« je pense que notre premier rôle, en tant
qu’actionnaires, doit être de chercher à sortir
de là. Vous savez, je n’ai pas envie de diriger les
constructeurs automobiles », a-t-il dit mercredi.
Alliance
Chrysler-Fiat
: Tout un défi !
Le
succès de l’alliance Chrysler-Fiat dépendra de
la capacité des deux entreprises d’intégrer
leurs opérations et leurs cultures
Même si Chrysler et Fiat parviennent à
réaliser cette fusion, leur alliance mettra au moins
deux
ans à porter des fruits.
L’auteure est professeure assistante à la John Molson
School of Business de l’Université Concordia.
Complétéen1931, l’édificeChrysler a
brièvement régné sur New York comme le
plus haut gratte-ciel au monde. Avec ses gargouilles
inspirées des voitures Chrysler, il reflétait la
force de la firme dont il porte le nom. Chrysler a connu son
apogée entre 1930 et 1950, quand elle était
deuxième aux États-Unis en matière de
ventes grâce à ses prouesses d’ingénierie.
Après une détresse financière en 1979,
Chrysler s’est réorganisée sous la direction du
célèbre Lee Iacocca. En 1998, la firme allemande
Daimler-Benz a acheté la compagnie pour 37 milliards
US. Cette acquisition fut un échec: en 2007, Daimler
vendait 80% de Chrysler au fonds d’investissement privé
Cerberus.
La semaine dernière, Chrysler a entamé une autre
réorganisation en s’alliant avec le constructeur
italien Fiat. Fiat a obtenu 20% de participation dans Chrysler
et, en contrepartie, il apporte sa technologie pour la
construction de petites voitures, économes en
énergie. Le succès de l’alliance Chrysler-Fiat
dépendra de leur capacité à
s’intégrer.
Fiat vient de
traverser une transformation dont il est sorti avec une
équipe de direction plus jeune et efficiente sous la
direction de son PDG, Sergio Marchionne, un Canado-Italien
probablement bientôt responsable de ChryslerFiat
étant donné que le PDG de Chrysler, Robert
Nardelli, a démissionné. L’équipe de
gestion deChrysler est plus imposante et léthargique.
L’importance de la capacité d’intégration est
illustrée par l’échec de la fusion de Daimler et
Chrysler, deux firmes de culture différente qui n’ont
pu réussir la délicate opération.
Même si Chrysler et Fiat parviennent à
réaliser cette fusion, leur alliance mettra du temps –
au moins deux ans – à porter des fruits. Entre-temps,
elles devront se financer. Chrysler est en grave
détresse financière. Elle doit 6,9 milliards
à 46 obligataires et des montants salariaux
élevés à ses 54 000 employés. Les
plus récentes négociations promettaient
d’alléger ce fardeau. Le syndicat a accordé
à la compagnie des concessions salariales
substantielles. Le Trésor américain et quatre
obligataires principaux (JP Morgan Chase, Citigroup, Morgan
Stanley et Goldman Sachs) proposaient un plan de 2,25
milliards pour éteindre la dette envers les
obligataires. Cependant, quelques-uns de ceux-ci ont
rejeté ce plan.
Voilà pourquoi Chrysler se retrouve sous la protection
du Chapitre 11 du Code de la banqueroute des ÉtatsUnis.
Le Chapitre 11 permet la réorganisation d’une firme et
la renégociation de ses contrats, supervisées
par un tribunal. Chrysler avait déjà largement
planifié sa réorganisation avant d’amorcer le
Chapitre 11. Ainsi, Chrysler utilise le Chapitre 363 du Code,
qui permet d’accélérer le processus. Chrysler
espère qu’un tribunal accepte, via ce Chapitre 363, la
vente de ses actifs principaux à une nouvelle firme
résultant de son alliance avec Fiat pour 2 milliards
payables à ses obligataires. Les actifs restants de
Chrysler seraient sujets au Chapitre 11.
Le gouvernement américain versera 3,3 milliards
à l’entreprise dans le cadre du Chapitre 11 et 4,7
milliards après la réorganisation. Les
gouvernements canadien et ontarien contribuent pour leur part
2,5 milliards. Bien que considérables, ces sommes
pourraient être insuffisantes pour financer le quotidien
de Chrysler. En effet, la société a presque
entièrement consommé les 4 milliards
empruntés au gouvernement américain au
début de l’année. De plus, on l’a dit,
l’alliance Chrysler-Fiat mettra du temps à
générer des liquidités. Entre-temps,
Chrysler pourrait tomber encore plus bas si sa détresse
financière pousse des acheteurs potentiels à
douter de sa survie et à se tourner vers ses
concurrents.
Chrysler devra donc trouver les moyens de rassurer ses
clients. La souscription du gouvernement américain des
garanties après-vente de Chrysler constitue un geste
crucial à cet égard. Néanmoins, la
nécessité de financer les activités
courantes de Chrysler est réelle et pourrait être
compliquée par un marché du crédit
sérieusement affaibli. Tout un défi pour Sergio
Marchionne, le sauveur de Fiat!
Vers un nouveau GM
La consolidation
des concessionnaires au Québec sera salutaire
L’auteur est propriétaire de quatre concessionnaires GM
dans la région de Montréal. Propriétaire
de quatre concessionnaires GM dans la région de
Montréal, Jean-Claude Gravel se dit optimiste pour
l’avenir malgré la restructuration du constructeur
américain.
General Motors a annoncé lundi un imposant plan de
restructuration. Ce plan fera mal : mises à pied de
milliers de travailleurs, fermeture de centaines de
concessionnaires. Mais ce plan est nécessaire.
Au Canada, il y aura une consolidation des concessionnaires.
Assurant la solidité des commerces restants, cette
consolidation sera salutaire.
C’est pourquoi j’ai confiance dans l’avenir de GM. Les gens de
l’industrie travaillent comme jamais, ils ont accepté de
sortir des sentiers battus. Et puis, je suis très
impressionné par le président Obama. Il a eu
raison d’imposer des changements à la tête de
l’entreprise: quand on reçoit 50 milliards de fonds
publics, il faut être prêt à se plier
à des conditions, ce que l’ancien président, Rick
Wagoneer, n’était pas disposé à faire.
GM fabrique des modèles de qualité, les
études de J. D. Power le démontrent. Il faut
maintenant en convaincre les automobilistes. C’est certainement
réalisable, Lee Iacocca y est parvenu lorsqu’il a pris la
direction de Chrysler en 1978. Quand les travailleurs mettent
l’épaule à la roue, tout est possible.
On a beaucoup reproché aux fabricants américains de
ne pas produire de petites voitures. On a tort. C’est GM qui vend
le plus de petites automobiles au Canada. Le problème,
c’est qu’aux États-Unis, les automobilistes n’en voulaient
pas. C’est ce qui vient de changer.
Les grands de l’auto américains vont toutefois devoir
revoir la profitabilité de la petite voiture. Les
consommateurs recherchent des véhicules plus petits, mais
de grand luxe.
Par ailleurs, je ne crois pas au concept hybride, c’est un
modèle de transition. L’avenir, selon moi, appartient aux
voitures tout électriques comme la Volt, de Chevrolet.
Pour les gens de l’industrie, comme nous, les derniers six mois
ont certes été difficiles. Mais je suis dans le
métier depuis 1983 alors des périodes dures, j’en ai
vu d’autres. Beaucoup de gens ont retardé l’achat d’une
automobile en raison de l’incertitude quant à la survie des
fabricants. Mais un jour ou l’autre, ils vont revenir acheter.
GENERAL MOTORS Un scénario « à la
Chrysler » de plus en plus probable
WASHINGTON— Un
scénario « à la Chrysler »
apparaît de plus en plus probable pour le constructeur
automobile américain General Motors, qui devrait annoncer
d’ici à la fin de la semaine son dépôt de
bilan pour mener une restructuration « chirurgicale
» avec un fort soutien du gouvernement.
GM a jusqu’au 1er juin pour présenter un plan de
restructuration viable. Mais nombre d’analystes estiment qu’il
devrait d’ici là suivre l’exemple de son concurrent
Chrysler, qui s’est placé sous la protection du chapitre
11 de la loi sur les faillites fin avril.
« Je pense que GM va apprendre beaucoup de la faillite de
Chrysler », a déclaré sous le couvert de
l’anonymat un avocat spécialisé dans les
faillites.
Selon le Washington Post, l’État fédéral
s’est résolu à une telle solution alors même
que GM a beaucoup progressé dans sa restructuration,
notamment en arrachant la semaine dernière à ses
syndicats américains et canadiens des accords qui lui
permettent de ramener ses coûts salariaux à ceux de
la concurrence. Les membres du syndicat des Travailleurs canadiens
de l’automobile ( TCA) devaient voter hier et aujourd’hui pour
entériner l’entente de principe annoncée vendredi
dernier.
Procédure de restructuration
Le schéma retenu dans les deux cas serait celui d’une vente
rapide des actifs sains du constructeur à des
investisseurs. Le reste des actifs et des engagements du groupe
devrait languir pendant des années sous administration
judiciaire pendant que les parties prenantes se disputeraient ses
dépouilles.
« Je
m’attendrais à ce que GM engage sa procédure de
faillites devant le même tribunal (de New York) que
Chrysler. Celui-ci a engagé les choses au pas de
course, ce qui est capital pour GM autant que cela l’a
été pour Chrysler. »
endant le dépôt de bilan, l’État
fédéral continuerait à alimenter
massivement les caisses de GM, à qui il a
déjà fourni 19,4 milliards de dollars depuis
l’hiver. Au départ, l’aide gouvernementale était
seulement destinée à durer jusqu’à la fin
du mois de mai
«Je m’attends à ce que GM engage sa
procédure de faillite devant le même tribunal (de
New York) que Chrysler. Celuici a engagé les choses au
pas de course, ce qui est capital pour GM autant que cela l’a
été pour Chrysler », a ajouté cet
avocat spécialisé, qui connaît bien le
dossier.
La restructuration de GM sous la protection de la justice
serait bien plus compliquée que celle de Chrysler
puisqu’elle mettrait en jeu les intérêts de
milliers d’investisseurs et d’autres parties.
Dans les deux cas, les banquiers doivent consentir des
sacrifices plus importants que les autres parties, notamment
le syndicat de l’automobile UAW.
Kent Engelke, de Capitol Securities Management, a
relevé que le gouvernement demande aux porteurs de
dette obligataire garantie de renoncer à 27 milliards
de dollars en échange de 10% de la compagnie. «
Le Trésor et l’UAW vont renoncer à 20 milliards
et recevront 89% de la nouvelle compagnie ».
Ce plan, a
dénoncé M. Engelke, « sacrifie les
porteurs de dette garantie au profit des syndicats. C’est
injuste, sans précédent juridique et en
contradiction avec les règles juridiques et
financières de base ».
Le juge. des faillites Arthur Gonzales doit décider
mercredi s’il approuve le plan poussé par l’État
pour Chrysler, qui prévoit la vente des principaux
actifs du groupe à un consortium mené par le
constructeur italien Fiat.
Son feu vert pourrait permettre à un « nouveau
» Chrysler de sortir du processus de restructuration
judiciaire dans les 30 jours, mais ce scénario
optimiste peut toujours prendre du retard en cas
d’éventuelles contestations.
Jonathan Lipson, professeur de droit de la Temple University,
explique le rôle prééminent de
l’administration Obama par un souci de contrebalancer l’inf
luence des fonds d’investissement, qui ont accumulé
massivement de la dette des deux constructeurs.
« Il se pourrait que le gouvernement
fédéral ait reconnu qu’on ne peut pas faire
confiance aux fonds d’investissement qui détiennent de
larges quantités de dettes de Chrysler (et
peutêtre de GM) pour conduire une restructuration
réussie », a souligné M. Lipson.
J e r emy Anwyl , qu i dirige le cabinet
spécialisé Edmunds. com, s’est dit « mal
à l’aise » face à l’importante implication
du gouvernement dans ces deux dossiers, mais il
reconnaît que « ce ne serait pas possible pour une
compagnie d’engager une telle restructuration sans que le
gouvernement agisse à titre de médiateur. C’est
un rôle que personne, en dehors du gouvernement, ne peut
jouer ».
Faillite possible de Chrysler : Sauver ce qui peut
l’être - ARIANE KROL
Chrysler arrive
aujourd’hui au terme de son sursis. Si le constructeur ne
parvient pas à arracher les concessions
nécessaires de ses créanciers, il devra
compléter sa restructuration dans le cadre plus
contraignant de la loi sur les faillites. Dans un cas comme dans
l’autre, l’entreprise qui en résultera ne sera plus que
l’ombre d’elle-même.
La menace d’une faillite, confirmée le mois dernier par
Barack Obama, a porté fruit. Les syndicats ont fait des
concessions importantes. Plusieurs gros débiteurs ont
accepté d’effacer leur ardoise en échange de
sommes forfaitaires. Fiat est prête à signer un
partenariat historique. Pourtant, malgré les
progrès remarquables accomplis au cours des derniers
jours, la possibilité d’une faillite n’était pas
toujours pas écartée, hier en début de
soirée. Chrysler doit rallier près d’une
cinquantaine de créanciers et apparemment, certains
résistent encore.
Chose certaine,
l’entreprise qui émergera de ce processus n’aura plus
grand-chose à voir avec le géant industriel qui a
marqué l’histoire économique
nord-américaine. Le syndicat deviendrait le principal
actionnaire avec une participation de 55%. Le constructeur
italien occuperait le second rang avec une part pouvant aller
jusqu’à 35% – elle serait initialement de 20%. Les
contribuables et les autres créanciers
détiendraient les 10% restants. On ignore encore comment
les sièges seront répartis au conseil
d’administration, mais on sait déjà que le
syndicat, malgré son poids économique, ne
contrôlera pas la compagnie. N’empêche, la situation
ne manque pas d’ironie. Comme le faisait remarquer un
chroniqueur du Wall Street Journal hier, Chrysler deviendrait,
de facto, une filiale des United Auto Workers (UAW). Tout un
changement de perspective!
Le puissant syndicat américain de l’automobile ne sera
pas le premier à réchapper son employeur en
déroute. Ron Bloom, le stratège de l’équipe
créée par Obama pour sortir l’industrie automobile
de l’impasse, a piloté des opérations du genre
dans plusieurs aciéries américaines. Mais les UAW,
eux, ne rêvaient pas de s’asseoir de l’autre
côté de la table des négociations. S’ils
acceptent de le faire, c’est parce qu’ils ont encore plus
à perdre en laissant Chrysler tomber en faillite sans
avoir conclu d’accord préalable. Dans les circonstances,
ils s’en tirent honorablement. Mais qu’arrivera-t-il si la
réorganisation orchestrée par Fiat ne fonctionne
pas et qu’il faut, dans un an ou deux, demander de nouveaux
sacrifices aux travailleurs? Le syndicat sera mal placé
pour crier à l’exploitation et dénoncer la
voracité des actionnaires…
Les négociations menées avec les employés,
les créanciers, les fournisseurs et les concessionnaires
de Chrysler et de GM permettront d’éviter le chaos de
faillites désordonnées. Mais le résultat
sera quand même extraordinairement douloureux. Des
dizaines de milliers d’Américains et de Canadiens vont
perdre leur emploi en usine et en magasin. Un grand nombre
d’entre eux n’en retrouveront pas d’équivalent, et des
centaines de municipalités en seront gravement
affectées. On a sauvé ces deux grands de la
disparition, mais c’est tout un monde qui disparaît dans
cette opération de sauvetage.
Six dirigeants deGeneralMotors liquident leurs actions
— Six
dirigeants du constructeur automobile américain
GeneralMotorsont soldé leurparticipationdans
legroupeencédant au total plus de 200000 actions en
deux jours, alors que leur entreprise tente difficilement de
convaincre ses créanciers d’entrer dans son capital. Troy
Clark, Gary Cowger, Carl-Peter Forster et Ralph Szygenda,
tous quatre vice-présidents du groupe, ainsi que
Robert Lutz (notre photo) et Thomas Stephens,
vice-présidents du conseil d’administration, ont
cédé vendredi ou lundi toutes les actions de
GM en leur possession.
Troy Clark, Gary Cowger, CarlPeter Forster et Ralph Szygenda,
tous quatre vice-présidents du groupe, ainsi que Robert
Lutz et Thomas Stephens, vice-présidents du conseil
d’administration, ont cédé vendredi ou lundi
toutes les actions de GM en leur possession, selon des
documents publiés lundi sur le site internet de la
Securities and Exchange commission (SEC).
Les six hommes ont cédé au total 204 711 titres
de GM à un prix unitaire compris entre 1,45 et 1,61$US.
L’action de GM avait ouvert à 1,63$US vendredi à
la Bourse de New York et a clôturé lundi à
1,44$US.
La SEC ne révèle pas l’identité des
acheteurs.
La plus grosse cession a été
réalisée par M. Lutz : celui-ci a vendu 81 300
titres à 1,61$ US vendredi.
Le marché a fortement réagi à cette
nouvelle et aux perspectives de restructuration de GM,
envoyant le titre du constructeur à creux jamais
atteint depuis 1933.
En
début de séance, hier, l’action de GM se vendait
1,09$US à la Bourse de New York. À la
clôture des marchés, le titre s’échangeait
à 1,15$US, ne baisse de 29 cents US pour la
journée.
Ces cessions ont eu lieu alors que le groupe de Detroit tente
de se restructurer, et elles ont toutes les chances
d’être interprétées comme un manque de
confiance des dirigeants de GM dans leur propre entreprise.
GM doit boucler d’ici au 1er juin tous les volets de son plan
de restructuration, conformément au délai qui
lui a été imparti par le gouvernement
américain.
Le groupe peine à convaincre ses créanciers
d’accepter de remettre la dette de l’entreprise en
échange d’une entrée dans son capital, et son
directeur général, Fritz Henderson, a
jugé lundi « plus probable » que GM
dépose son bilan plutôt qu’il s’en sorte sans en
passer par là.
Offre
GM a proposé à ses porteurs de titres
obligataires de convertir 27 milliards US de dette en actions,
opération à l’issue de laquelle ces
créanciers détiendraient 10% de son capital, ce
qui est bien peu au regard des 89% qui seraient détenus
par le Trésor et le syndicat de l’automobile UAW.
Pour réussir, cette offre nécessite une
participation de 90% des créanciers d’ici au 26 mai, et
ce pari est d’autant plus difficile que les créanciers,
mécontents, ont récemment fait une contre-offre
qui leur permettrait de détenir 58% du capital du
constructeur.
Volkswagen veut rivaliser avec Toyota
- Étienne Balmer
FRANCFORT
— Le constructeur allemand Volkswagen a fait passer hier
son projet de prise de contrôle de son rival Porsche
et ambitionne désormais ravir à Toyota la
place de numéro un mondial de l’automobile.
PHOTO ARCHIVES BLOOMBERG
Les conseils de surveillance des deux entreprises, dont
les liens historiques et familiaux sont très
étroits, mais qui se disputaient depuis des
années pour prendre le contrôle l’une de
l’autre, ont validé un projet d’union dominé
par Volkswagen qui devrait être
complété d’ici la mi-2011.
Martin Winterkorn, le patron de Volkswagen, va d’ores et
déjà reprendre la direction de Porsche, et
l’actuel directeur financier de Volkswagen, Hans Dieter
Pötsch, fera le même cumul de fonctions.
Désormais Volkswagen a « plus que jamais
l’outil (pour devenir) le numéro un de l’industrie
automobile », a claironné M. Winterkorn dans
un communiqué de VW après l’annonce du plan
de fusion.
Dans le sillage de M. Winterkorn triomphe le puissant
Ferdinand Piëch, dit « le patriarche »,
président du conseil de surveillance de Volkswagen
et grand artisan de l’élargissement patient du
groupe depuis les années 90, devenu entre-temps le
premier constructeur européen.
En juillet, M. Piëch, également grand
actionnaire familial de Porsche, avait obtenu la
démission du patron de ce dernier, Wendelin
Wiedeking.
Porsche
tentait depuis des années de prendre le
contrôle total de VW par des achats d’actions, mais
il avait dû finalement y renoncer en mai,
acculé par des dettes devenues intenables (environ
9 milliards d’euros, ou 14 milliards de dollars
canadiens), la crise financière et un chiffre
d’affaires en berne.
À ces ennuis f i nanciers s’ajoute une question
d’honneur: le chef du comité d’entreprise de
Porsche, l’ancien boxeur Uwe Hück, faisait encore
savoir début août que Volkswagen ne pourrait
pas « acheter l’âme des ouvriers de Porsche
» et que l’on ne construisait pas « une
Porsche avec des morceaux de Polo ».
Porsche c ompte 11 0 0 0 employés qui redoutent
notamment des conséquences sociales de leur
intégration dans le groupe Volkswagen, fort de
près de 400 000 salariés dans le monde.
Le constructeur de la célèbre 911 est
cependant parvenu à inclure dans le projet d’union
une clause selon laquelle « aucun contrat de
domination ni de transfert de bénéfices
» ne pourra être signé avec Volkswagen
jusqu’en 2020.
Volkswagen va commencer par débourser d’ici la fin
de l’année 3,3 milliards d’euros ( 5,1 milliards de
dollars) pour s’emparer de 42 % de Porsche. Suivront
ensuite une augmentation de capital chez Volskwagen au
premier semestre 2010 pour financer cet achat, puis une
autre chez Porsche début 2011 pour augmenter la
part de Volkswagen.
Mais celui-ci devra partager son butin avec un
invité, l’émirat du Qatar, qui doit entrer
dans le capital de Volkswagen via un rachat d’actions VW
encore détenues par Porsche.
AbitibiBowater La production
suspendue dans cinq usines
AbitibiBowater poursuit la pénible
rationalisation de ses activités : la
société papetière a annoncé
hier qu’elle allait suspendre sa production pour une
durée indéterminée dans cinq
usines, dont deux au Québec, à partir du
31 octobre.
Les syndicats craignent que ces fermetures ne deviennent
permanentes, comme cela a été le cas pour
les usines de Shawinigan ( Belgo) et de Donnacona, ces
dernières années.
« L’entreprise avait annoncé qu’elle allait
éliminer au-delà d’un million de tonnes
sur le marché et qu’elle allait cesser de faire
des arrêts temporaires pour plutôt faire des
arrêts indéterminés, alors c’est
sûr qu’on s’attendait à des mauvaises
nouvelles, mais on souhaite toujours que ça ne
soit pas chez nous », a commenté Renaud
Gagné, vice-président du Syndicat canadien
des communications, de l’énergie et du papier
(SCEP), au cours d’un entretien
téléphonique.
Le coup le plus dur est porté à l’usine de
papier pour impression numérique de
Beaupré, où l’on cessera
complètement les activités, ce qui enverra
au chômage quelque 340 employés.
À Clermont, dans Charlevoix, l’entreprise fermera
l’une de ses deux machines à papier journal, ce
qui affectera 120 travailleurs.
À Fort Frances, en Ontario, l’usine de papiers
d’impression commerciale suspendra ses activités,
entraînant la mise à pied de 75 personnes.
À Coosa Pines, en Alabama, l’usine de papier
journal interrompra sa production, privant de travail 85
employés.
EnfinàBrooklyn, enNouvelleÉcosse,
AbitibiBowater réduira de moitié la
production de son usine de papier journal, de sorte que
300 employés verront leur semaine de travail
réduite.
Ces
mesures permettront à AbitibiBowater de diminuer
sa capacité de 750 000 tonnes de papier par
année, ce qui porte à 1,3 million de
tonnes la réduction totale à ce jour.
Renaud Gagné ne serait pas surpris que
l’entreprise procède à d’autres
arrêts de production au cours des prochains mois.
« La direction semblait dire (hier) que ce
n’était pas terminé, a-til affirmé.
C’est donc très, très inquiétant.
»
M. Gagné reconnaît néanmoins que,
face à la surcapacité de production,
AbitibiBowater doit « rationaliser » ses
activités.
Aide demandée
Mais ce que les syndicats redoutent par-dessus tout,
c’est la faillite pure et simple d’AbitibiBowater, qui
se traduirait par la disparition de quelque 7500 emplois
au Québec. C’est sans compter que les 9000
retraités de l’entreprise montréalaise
pourraient voir leurs rentes amputées du tiers en
raison de l’important déficit actuariel de leur
régime de pensions, qui s’élève
à 1,5 milliard.
Les syndicats veulent que le gouvernement du
Québec envisage de se porter acquéreur
d’AbitibiBowater, une possibilité qui demeure
cependant purement théorique à l’heure
actuelle.
Gaétan Ménard,
secrétairetrésorier du SCEP, a
prétendu que les fermetures annoncées hier
auraient pu être évitées si le
gouvernement fédéral avait offert des
garanties de prêts aux forestières.
Le SCEP réclame la création d’un groupe de
travail fédéralprovincial, avec
participation syndicale, dans chacune des
collectivités touchées par les fermetures
afin de s’assurer que la capacité de production
des usines affectées ne soit pas «
détruite » et de trouver un nouveau
propriétaire pour les installations.
AbitibiBowater est en restructuration judiciaire depuis
avril. Au deuxième trimestre, qui a pris fin le
30 juin, la société a essuyé une
perte nette de 510 millionsUS, alors que ses revenus ont
plongé de 39% par rapport à la même
période de l’an dernier.
Une coalition pour promouvoir le bois dans
la construction
Une
coalition vient de voir le jour pour promouvoir
l’utilisation du bois dans la construction afin de
lutter contre les changements climatiques... et nous
faire perdre quelques préjugés sur le
bois.
Construire en bois n’est pas nécessairement plus
coûteux, soutiennent les membres de la coalition,
qui proviennent à la fois des milieux de
l’industrie, des municipalités, des groupes
écologistes et des syndicats, entre autres.
Et contrairement à ce que l’on pourrait penser,
même en cas d’incendie, une structure en bois est
sécuritaire, affirme la coalition.
Et l’on
peut même recourir au bois pour construire de
vastes structures comme des centres sportifs en
planifiant la construction d’arches pour le toit. C’est
d’ailleurs dans une structure de ce type que la
conférence de presse pour lancer la coalition a
eu lieu, hier matin, au Collège MarieVictorin,
dans le nord-est de Montréal.
Le centre sportif est l’une des nombreuses «
nouvelles » constructions à st r ucture de
bois, comme l’édifice du Fondaction CSN à
Québec, qui a même six étages.
La coalition soumet un autre argument en faveur du
recours au bois dans la construction : sauvegarder des
emplois dans une industrie qui traverse la pire crise de
son histoire.
Le régime actuel tire à sa fin
- Hélène Baril
Les
règles qui gouvernent l’industrie
forestière depuis 25 ans s’apprêtent
à disparaître pour être
remplacées par un nouveau régime forestier
qui n’augure rien de bon pour AbitibiBowater et les
autres géants forestiers qui luttent pour leur
survie.
Plutôt que de voir le coût de la
matière première baisser comme elle le
réclame, l’industrie a maintenant la certitude
que ses coûts vont augmenter, a expliqué
hier Guy Chevrette, porte-parole du Conseil de
l’industrie forestière du Québec, qui
participait à Québec aux consultations sur
le projet réforme du régime forestier.
Le
coût du bois pourrait en effet augmenter, estime
Luc Bouthillier, professeur à l’Université
Laval et spécialiste de la forêt. «
On n’aura pas le choix, explique-t-il. Si on veut
davantage de bois, il faudra mettre de l’effort humain
et ça, ce n’est pas gratuit. On est rendus
là parce qu’on a grugé l’inventaire.
»
Selon lui, le nouveau régime forestier marque la
fin du monde tel que l’ont connu les grandes
sociétés papetières qui ont
régné en maîtres dans la forêt
québécoise. Ça fera mal, parce
qu’il y aura des fermetures d’usines et des pertes
d’emplois, surtout dans les régions. «
C’est normal qu’elles s’y opposent. Mais la solution
n’est pas de prolonger l’agonie des AbitibiBowater de ce
monde », souligne-t-il.
Le nouveau régime forestier proposé par
Claude Béchard est maintenant piloté par
celle qui lui a succédé au
ministère des Ressources naturelles, Nathalie
Normandeau.
Au cours
d’un entretien avec La Presse Affaires hier, elle a
indiqué que son intention était de faire
adopter le nouveau régime forestier rapidement,
et avant la fin de l’année si possible.
En plus d’abolir les contrats d ’ a pprov i s i o n
nement e t d’aménagement forestier (les CAAF), le
régime accorderait une responsabilité aux
régions dans la gestion de leur forêt et
mettrait aux enchères le bois de 30% de la
forêt publique. Le projet vise aussi à
donner plus de matière première aux
entreprises de transformation du bois et à
d’autres activités prometteuses, comme le
bioraffinage.
Faire une place aux PME est une
nécessité, selon Luc Bouthillier.
« Actuellement, quelqu’un qui arrive avec
l’idée du siècle ne peut même
pas avoir de bois pour la réaliser »,
précise-t-il.
La presque totalité du bois de la forêt
publique est en effet alloué par des contrats
d’une durée de 25 ans aux grandes entreprises
intégrées qui coupent le bois et en font
des 2X4, de la pâte et du papier, des
activités de moins en rentables.
LeConseildel’industrie forestière du
Québec en convient, les entreprises du
Québec ont le panier de produits le moins
rentable au monde.
L’industrie t ient malgré tout à conserver
les garanties d’approvisionnement qu’elle a
actuellement, précise Guy Chevrette, de
même que le contrôle sur les
activités en forêt.
Les entreprises ne voient pas d’un bon oeil les
responsabilités accrues
déléguées aux régions.
« Ça risque de technocratiser encore
davantage la gestion de la forêt », estime
Guy Chevrette.
Le porte-parole de l’industrie forestière
s’attend à ce que la ministre Normandeau apporte
des « amendements majeurs » au projet de
régime forestier, qui répondront aux
inquiétudes des entreprises.
« Il y a aura des
changements, mais pas sur le fond », a i
ndiqué hier Nathal i e Normandeau.
(NDE : QUOI !?!....)
LeprofesseurLucBouthillier, pour sa part, croit que le
projet sera adopté en dépit des
défis qu’il soulève pour l’industrie.
« On n’a pas le choix. C’est de notre avantage
comparatif qu’il s’agit. Si toutes les entreprises
existantes ferment, les arbres ne
déménageront pas en Chine. »
AbitibiBowater s’enlise - Martin
Vallières
La
société papetière envisage d’autres
fermetures d’usines
La situation d’affaires s’aggrave à la
société papetière AbitibiBowater,
au cinquième mois de sa protection de faillite.
PHOTO JACQUES
BOISSINOT, PC
Au point où pour réduire sa perte,
doublée à 510 millions US durant les seuls
trois mois d’avril à juin, l’entreprise doit
accentuer ses arrêts de production et envisager
d’autres fermetures complètes d’usines.
« Aucun scénario n’est écarté
pour le moment, surtout dans la production de papier
journal où la baisse de la demande est encore
pire que ce que nous avions prévu en début
d’année », acquiesce Pierre Choquette,
principal porte-parole au siège social
d’AbitibiBowater, à Montréal.
De
fait, des chiffres tirés de documents
déposés par la société
papetière auprès des autorités
américaines et consultés par La Presse
Affaires sont pour le moins troublants.
Dans son plus important secteur d’affaires, la
production de papier journal, les revenus
d’AbitibiBowater durant les mois d’avril à juin
étaient en chute annualisée de 44%.
Au 30 juin dernier, la société
papetière subissait une perte d’exploitation d’au
moins 19 cents pour chaque dollar de vente de papier
journal. Mais
depuis,
en juillet seulement, le prix moyen du papier
perçu par AbitibiBowater s’est encore
replié d’au moins 6%, selon les derniers
documents déposés en Cour
supérieure, à Montréal. Du coup,
cette détérioration accentuée du
marché du papier journal aggrave le risque de
pénurie de liquidités chez AbitibiBowater
au cours des prochains mois, alors qu’elle devra
présenter un règlement à ses
créanciers pour éviter la faillite.
Malgré sa très grande taille, la
société papetière doit se
débrouiller d’une semaine à l’autre
avec guère plus de 125 millions US en
liquidités, selon le plus récent
rapport du contrôleur nommé par la Cour
supérieure.
Même les gains nets attendus de reventes
d’actifs au cours des prochaines semaines – 60%
d’une centrale hydroélectrique sur la
Manicouagan vendue à Hydro-Québec et
Alcoa, 121 000 hectares de forêts au
Québec vendues à
sociétés régionales –
pourraient ne s’avérer qu’un baume financier
à court terme.
Autre indice troublant : en début
d’année, avant sa déclaration
d’insolvabilité de la miavril, AbitibiBowater
espérait s’en tenir à une
réduction mensuelle de capacité
papetière de l’ordre de 20 000 tonnes
métriques par année.
Or, depuis ce temps, elle a dû faire cinq fois
pire, à hauteur de 100 000 tonnes
métriques de capacité
annualisée, confirme-t-on au siège
social.
Il s’agissait surtout d’arrêts sporadiques de
machines à papier dans la plupart des usines,
ou d’usines au complet pour une courte
période.
Encore ce mois-ci, 15 des 21 usines
papetières d’AbitibiBowater au Canada et aux
ÉtatsUnis sont affectées par des
arrêts partiels et temporaires de production.
Au Québec seulement, au moins quatre des neuf
usines papetières d’AbitibiBowater sont
touchées par des interruptions « de
quelques jours à trois semaines »,
dit-on au siège social.
Fermetures
Mais
pour la suite, face à l’aggravation du
marché du papier journal, AbitibiBowater
risque d’avoir à décider de fermetures
complètes d’usine s « pou r u ne
pér i o de indéterminée
».
Ce fut le cas le mois dernier à l’usine de
papier journal de Thunder Bay, dans le nord de
l’Ontario, d’une capacité de 250 000 tonnes
par année. De l’avis d’analystes, d’autres
fermetures d’usines de ce genre sont
inévitables à court terme.
« Le marché du papier j ournal en
Amérique du Nord a plongé. L’industrie
se retrouve avec un autre surplus de capacité
de l’ordre de 1,5 à 2 millions de tonnes
métriques, soit de 15 % à 20 % du
total », explique Richard Kelertas, analyste
chez Capitaux Dundee, à Montréal, dans
une récente note à ses
clients-investisseurs.
L’inquiétude monte aussi pa r mi l e s r e
présenta nt s s y nd i c a u x de s mi l l i
e r s de salariés et de retraités
d’AbitibiBowater.
« Il faut s’attendre à d’autres
arrêts de production et même des
fermetures d’usines qui pourraient être
d’envergure au Québec au cours des prochains
mois », appréhende Sylvain Parent,
président du Syndicat des travailleurs du
papier et de la forêt (CSN).
Ce syndicat représente 3000 salariés
actuels d’AbitibiBowater au Québec et un peu
plus de 4000 retraités.
Néa n moi n s , s e l o n M. Parent, ces
autres amputations manufacturières qui
menacent chez AbitibiBowater, aussi graves
soient-elles, représentent sans doute une
étape incontournable pour la survie de
l’entreprise.
« La survie d’AbitibiBowater, même
rapetissée, est la principale
préoccupation de nos membres parce qu’en cas
de faillite, c’est le tiers de leur caisse de
retraite qui disparaîtrait », a-t-il
indiqué.
« Entre-temps, c’est dans nos conventions
collectives que nous nous attendons d’être
très sollicités d’ici peu, pour le
plan de redressement. »
L’industrie forestière enregistre
encore des pertes
VANCOUVER
— Le secteur forestier, papetier et des produits
d’emballage du Canada a continué de souf f ri r du
r a l entissement é c onomique mondial au
deuxième t r i mestre, selon la f i r me
PricewaterhouseCoopers.
Pour les 15 sociétés canadiennes
examinées par PwC, les pertes globales, pour le
deuxième trimestre, se sont chiffrées
à 660 millions de dollars, comparativement à
des pertes de 462 millions pendant la même
période, en 2008.
Au deuxième trimestre de 2009 terminé
à la fin juin, les sociétés
papetières et forestières de l’Ouest
canadien ont déclaré des pertes globales de
83 millions, ce qui constitue une amélioration par
rapport aux pertes de 128 millions enregistrées au
cours de la même période en 2008. Quatre des
neuf sociétés étudiées par PwC
ont dégagé de meil l eurs résultats
qu’au deuxième trimestre de 2008. Trois d’entre
elles ont affiché un bénéfice.
Les sociétés de l ’est du Canada ont subi
des pertes globales de 577 millions comparativement
à une perte de 334 millions au deuxième
trimestre de 2008. Quatre des six sociétés
examinées ont publié des résultats en
hausse, cependant ces améliorations modestes
étaient éclipsées par les c harges
pour fermeture, moins-value ou réorganisation de
384 millions comptabilisées par AbitibiBowater.
Deux des sociétés canadiennes ont
bénéficié, aux États-Unis, de
crédits d’impôt pour carburants et
combustibles de remplacement de 191 millions US.
Globalement,
les pertes du deuxième trimestre s’ajoutent
à celles de 480 millions enregistrées au
premier trimestre de 2009. Selon PwC, le
fléchissement des produits de base et la faiblesse
de la demande ont caractérisé ce dernier
trimestre, alors que les tentatives de réduction
des coûts, elles, n’ont créé qu’une
demande sporadique.
PwC a toutefois indiqué, en dévoilant les
résultats de son étude hier, que le
deuxième t r i mestre s ’e st achevé sur une
note positive avec l’amélioration du prix de la
pâte à papier en raison d’exportations
accrues à destination de la Chine.
Pour la même période, aux États-Unis,
10 des principales sociétés
forestières et papetières ouvertes ont
affiché des bénéfices de 839 millions
US, contre 593 millions US l’an dernier. Ces
résultats ont été obtenus
grâce, notamment, à une aide gouvernementale
de 1 milliard US sous forme de crédits
d’impôt pour carburant de remplacement.
Les 10 plus i mportant es sociétés
forestières et papetières européennes
ont, quant à elles, subi des pertes de 412 millions
d’euros ( 647 millions CAN). Elles avaient affiché
des bénéfices de 459 millions d’euros (721
millions CAN) l’année dernière.
Dans le reste du monde, 10 des principales entreprises du
secteur ont réalisé des profits nets de 538
mill ions US, contre 377 millions US un an auparavant.
ABITIBIBOWATER Grosses coupes à
Montréal - Stéphane Paquet
« Les
employés touchés ne recevront pas les
indemnités habituelles. »
Alors que le grand patron d’AbitibiBowater, John Weaver, a
eu droit à une indemnité de départ de
17,5 millions plus tôt cette année, plus d’une
centaine d’employés devront quitter le siège
social de Montréal sans indemnité.
La papetière a annoncé cette semaine à
ses 700 employés et contractuels du siège
social – dont un peu plus de 400 à Montréal –
que 25% d’entre eux allaient se faire montrer la sortie au
cours des prochaines semaines. En tout, ce sont donc 175
employés qui devront t rouver un nouveau boulot ,
dont u n peu plu s de 100 dans la métropole.
Ces
employés partiront les poches vides. «
À la suite du dépôt de demandes de
protection contre les créanciers et à la
lumière des décisions des tribunaux,
écrit la direction à ses travailleurs, les
employés touchés ne recevront pas les
indemnités de cessation d’emploi habituelles.
»
La direction mentionne toutefois que les employés
licenciés auront droit à des sommes
correspondant « aux congés annuels
accumulés ». L’entreprise promet aussi de les
aider à se replacer.
« Ces mesures sont très difficiles et nous
sommes conscients de l’impact qu’elles auront sur les
employés et leur famille », soutient le
président et chef de la direction, David Paterson,
dans le même message.
La
majorité
des personnes mises à pied connaîtront
leur sort d’ici au 1er septembre. Leur départ
se fera d’ici la fin de l’année. Ces
employés ne sont pas syndiqués, indique
un porte-parole de l’entreprise, Jean-Philippe
Côté.
Le printemps dernier, l’indemnité de
départ de John Weaver a créé une
controverse. Tant et si bien que, quand Québec
a consenti un prêt de 10 0 mi l l i ons à
l ’ ent r eprise en difficulté, le ministre du
Développement économique de
l’époque, Raymond Bachand, a t enu à
souligner dans un communiqué les raisons pour
lesquelles l’aide était versée : «
Il faut s’assurer que les opérations se
poursuivent. Quant aux dettes antérieures, pour
moi, la prime de M. Weaver ne doit pas passer avant
les indemnités auxquelles les travailleurs ont
droit. »
Hier, Éric Prud’Homme, l’attaché de
presse du nouveau ministre Clément Gignac,
précisait qu’AbitibiBowater n’avait pas encore
remboursé les 100 millions prêtés.
En ce qui concerne le porteparole d’AbitibiBowater, il
a refusé de commenter la différence de
traitement entre John Weaver et les employés
qui seront bientôt licenciés.
Pas de bonus
Les
quelque 300 employés qui resteront au
siège social de Montréal auront aussi
une fin d’année plus austère. Ils seront
également privés de bonus et ce,
jusqu’à nouvel ordre. Cela inclut les
régimes spéciaux d’octroi d’actions.
Pour a r r iver à économiser 100
millions US comme elle le souhaite, AbitibiBowater
veut aussi réduire ses stocks et imposer des
limites au recours à des employés
contractuels engagés à temps plein.
La papetière songe aussi à se retirer de
plusieurs associations. Les dépenses
engendrées par les voyages d’affaires seront
réduites. Les baux signés par la
société seront également
passés au crible.
« Nous avons encore beaucoup à faire pour
stabiliser notre entreprise, écrit encore M.
Paterson à ses employés. Nous mettons la
dernière main à des programmes visant
à réduire notre capacité de
production afin d’améliorer notre
rentabilité et de rationaliser la
stratégie d’AbitibiBowater en ce qui a trait
aux temps d’arrêt (des usines). »
Jeudi dernier, l ’entreprise a d’ailleurs a
nnoncé l a fermeture pour une durée
indéterminée de deux machines à
papier à Thunder Bay à partir du 21
août, ce qui touchera 360 employés.
CRISE DANS LES PÂTES ET PAPIERS LE PIRE
RESTE À VENIR - Maxime Bergeron
A rrêts
de production dans trois usines de Kruger. Congé
forcé à Papier Masson. Nouvelles menaces de f
er meture à Tembec. Le secteur des pâtes et
papiers traverse une crise sans précédent au
Québec, et le pire est loin d’être
passé. « Il y a sûrement plusieurs usines
en trop présentement et c’est clair que ça va
fermer », a lancé à La Presse Affaires
Guy Chevrette, président du Conseil de l’industrie
forestière du Québec, au terme d’une semaine
marquée par plusieurs nouvelles déprimantes.
Jeudi, Tembec a souligné la nécessité
de « rationaliser davantage » ses usines
après avoir vu ses revenus fondre au troisième
trimestre. Puis hier, son concurrent Kruger a annoncé
la mise au chômage forcé de 1130 travailleurs
d’ici à la mi-septembre à Brompton et
Trois-Rivières.
L’industrie est frappée de plein fouet par une
importante baisse de la demande de papier journal. Ce recul,
d’environ 30% depuis un an, a contribué à
pousser les prix à des niveaux « insoutenables
» et « irrationnels », a
déploré avant-hier le président de
Tembec, James Lopez.
La
remontée rapide du dollar canadien par rapport au
billet vert depuis quelques mois n’a rien fait pour
arranger les choses. Kruger l’a citée comme une des
principales causes de la fermeture temporaire de trois
usines, hier.
« On exporte 85 % de notre production à
l’extérieur du Canada, donc c’est sûr qu’un
dollar canadien élevé a un impact direct sur
nos revenus », a indiqué Jean Majeau,
vice-président principal aux affaires corporatives.
Kruger souffre elle aussi de la baisse marquée de
la demande de papier. Un « très grand
pourcentage » de ce recul est toutefois conjoncturel
– conséquence de la crise des médias
imprimés – et non structurel, a fait valoir M.
Majeau.
Décroissance accélérée
Qu’importe le bilan de santé des médias, un
fait demeure: l’industrie des pâtes et papiers
décroît à une vitesse fulgurante
depuis le milieu de la décennie. Une vingtaine
d’usines ont définitivement cessé leurs
activités au Québec depuis le 1er avril
2005, détruisant au passage 3775 emplois, selon les
données les plus récentes du
ministère des Ressources naturelles.
Les nombreuses
fermetures temporaires ont quant à elles mis au c
hômage forcé 3498 t ravailleurs, en comptant
les mises à pied annoncées hier par Kruger.
« Et on verra encore plus de fermetures », a
prédit Stephen Atkinson, a nalyste à BMO
Marché des capitaux, qui suit de près
plusieurs papetières québécoises.
Un sombre constat partagé par ses collègues.
« Les entreprises ne peuvent fermer leurs usines
assez vite pour affronter la baisse de la demande, a
lancé à La Presse Affaires un analyste
torontois qui a demandé à garder l’anonymat.
À moins d’un revirement radical de la devise, on
verra beaucoup d’annonces comme celle de Kruger. »
Effet de cascade
La présente crise est désast r euse pour l ’
i ndust r i e des pâtes et papiers, mais elle
pourrait aussi frapper de plein fouet le secteur du
sciage, également en pleine tourmente.
Les papetières utilisent des copeaux de bois pour
fabriquer leurs produits. Or, si les usines de papier
continuent à fermer au rythme actuel, l’industrie
pourrait se retrouver avec un surplus annuel de 500 000
à 600 0 0 0 tonnes de copeaux, avance Guy Chevret t
e. Une catastrophe.
« Pour les scieries qui vendent leurs copeaux,
actuel lement entre 140 $ et 150 $ la tonne, c’est un
revenu qui leur permet de boucler positivement dans bien
des cas leur chiffre d’affaires, a-t-il expliqué.
Si elles ne sont pas capables d’écouler ces
copeaux, elles perdent ce revenu-là. »
Produits
« à forte valeur ajoutée »
Le président du Conseil de l ’ i ndust r i e
forestière mi l i t e pour la mise au point
accélérée de produits «
à forte valeur ajoutée », qui
pourraient être fabriqués à partir des
copeaux. Par exemple, des granules pour le chauffage ou de
la litière. « Il y a un marché qui
commence à se développer, mais qui est
embryonnai r e » , f a i t va l oi r M. Chevrette.
L’ancien ministre péquiste dénonce le sous-f
i nancement public pour la recherche et le
développement de nouveaux débouchés.
Un manque d’argent d’autant plus dommageable que
l’industrie, exsangue, peine à allonger
elle-même des fonds pour la R & D.
Congrès annulé
Les affaires sont tellement mauvaises que le Conseil,
voué à la défense des entreprises
forestières, a dû annuler son congrès
a nnuel cette a nnée pour la première fois
depuis 1953. L’organisme craint même pour sa survie.
Selon les données du ministère de la Faune,
l ’ i ndustrie des pâtes et papiers employait 24 107
personnes au Québec en date du 15 juillet 2009, en
première, deuxième et t roisième
transformation. Cela se compare à 30 250 au 1er
avril 2005.
Quelque 35 usines de papiers, pâtes, cartons et
panneaux sont en activité à l’heure actuelle
dans l a province, comparativement à 63 en 2007,
indique le Conseil de l’industrie forestière.
AIDE AU SECTEUR FORESTIER Applaudissements et
récriminations
« Aux
États-Unis, c’est du cash. Au Canada, tu
reçois de l’argent seulement si tu investis d’ici
trois ans. »
Derrière leurs applaudissements, l’industrie
forestière et les syndicats ont quelques
récriminations à l’égard du nouveau
programme fédéral d’écologisation des
pâtes et papiers.
Ceux qui n’attendaient plus l’aide d’Ottawa ne peuvent
s’empêcher de la comparer à celle de
Washington, octroyée en argent sonnant. Ottawa a
plutôt choisi d’aider ses sociétés
papetières en subventionnant la modernisation de
leurs installations. « Aux États-Unis, c’est du
cash, résume Guy Chevrette, PDG du Conseil de
l’industrie forestière du Québec. Au Canada,
tu reçois de l’argent seulement si tu investis d’ici
trois ans. Mais quand tu n’as pas une cenne et que tu cours
après ta survie... »
« On aimerait toujours mieux avoir l’argent dès
le départ, mais on s’assure de cette façon que
tous les fonds seront investis dans les usines canadiennes
», dit Avrim Lazar, président et chef de la
direction de l’Association des produits forestiers du
Canada.
Au Québec, seulement huit usines de pâtes et
papiers sur une cinquantaine produisent de la liqueur noire,
une condition obligatoire pour toucher à une partie
du milliard d’Ottawa. Heureusement, les subventions pourront
être transférées d’une usine à
l’autre au sein d’un même groupe. C’est donc dire que
les projets environnementaux dans les usines
québécoises pourraient être
subventionnés grâce à la liqueur noire
produite ailleurs au pays.
Les deux
usines québécoises les plus importantes qui
produisent de la liqueur noire sont celles de SFK
Pâte à Saint-Félicien et de Papiers
Fraser à Thurso. Le nouveau programme
fédéral permettra-t-il le retour au travail
à l’usine de Thurso, actuellement fermée?
Aucun représentant de Papiers Fraser n’a
rappelé La Presse Affaires hier. Quant à
l’usine de SaintFélicien, fermée pendant 66
jours depuis le début de l’année, impossible
de connaître les plans d’avenir de son
propriétaire SRK Pâte. « Le programme
constitue une bonne nouvelle, mais nous allons attendre
avant de commenter davantage », dit Rick Leckner,
porte-parole de SRK Pâte.
Cascades, qui verra deux de ses 47 usines
québécoises profiter de la manne
fédérale, s’interroge sur les objectifs du
programme. « Il faut applaudir toute forme d’aide
à l’industrie, mais comme 80% de nos
activités sont du papier recyclé (qui
n’utilise pas de liqueur noire), c’est quasiment une
mauvaise nouvelle pour Cascades », dit Hubert
Bolduc, vice-président aux communications et aux
affaires publiques de Cascades.
Cascades fait notamment valoir que les usines de
pâtes et papiers qui utilisent de la liqueur noire
sont loin d’être les moins polluantes dans
l’industrie – surtout en les comparant à ses usines
de papier recyclé. « Certaines personnes
pensent que les usines vont réduire leur empreinte
énergétique en utilisant de la liqueur noire
au lieu d’autres combustibles fossiles, mais ils vont
aussi utiliser plus de bois, dit Hubert Bolduc. Il faut
regarder l’empreinte écologique totale d’une usine.
»
Les syndicats ne sont pas convaincus eux non plus de
l’efficacité du plan d’Ottawa, dont l’objectif –
cibler les usines utilisant de la liqueur noire – est
calqué sur celui de Washington. Ils rappellent que
les subventions de Washington n’étaient pas
destinées au départ à l’industrie
forestière. C’est plutôt celle-ci qui a
commencé à brûler des combustibles
fossiles polluants afin d’être admissible aux
subventions, soutiennent-ils.
« Ce fut l’un des effets pervers du programme
américain, dit Gaétan Ménard,
secrétaire-trésorier du Syndicat canadien
des communications, de l’énergie et du papier.
Avant, l’industrie forestière ne brûlait pas
de combustibles, mais elle a commencé à le
faire pour être admissible aux subventions. C’est
tellement ridicule, tellement absurde! »
Actionnaires de GM! - Simon Bissonnette
Je suis heureux! Comment ne pas l’être alors
que le gouvernement du Canada a choisi d’investir des
milliards provenant des taxes et des impôts que je
paye à Ottawa pour sauver GM, une entreprise
uniquement présente en Ontario. Pendant ce temps,
le gouvernement du Canada se réveille en retard en
annonçant un fonds favorisant la modernisation des
équipements des entreprises du secteur forestier
alors que celles-ci auraient dû être
appuyées il y a déjà plusieurs mois.
Depuis, plusieurs dizaines de compagnies oeuvrant dans ce
secteur ont mis la clef dans la porte, jetant au
chômage des milliers de travailleurs
québécois. Bonne nouvelle pour eux: ils sont
dorénavant actionnaires de GM!
Un milliard sur la « liqueur noire »
Le
nouveau programme vise à encourager le virage
vert dans un secteur durement touché par la
récession.
OTTAWA — Afin de venir en aide à une industrie
des pâtes et papiers en crise, le gouvernement
fédéral annonce un investissement de 1
milliard de dollars, exclusivement dédié
aux entreprises produisant de la « liqueur noire
». Ottawa répond ainsi à une petite
partie des demandes de l’industrie, soulevant la grogne
des travailleurs et de l’opposition, qui
réclament davantage.
PHOTO ALAIN ROBERGE,
ARCHIVES LA PRESSE
Le nouveau programme « d’écologisation des
pâtes et papiers », annoncé hier par
la ministre des Ressources naturelles, Lisa Raitt, et le
ministre responsable du développement
économique pour le Québec, Denis Lebel,
vise à encourager le virage vert dans un secteur
durement touché par la récession, mais
aussi par la baisse générale du tirage des
journaux.
Les
entreprises qui participeront au programme recevront du
gouvernement un crédit de 16 cents par litre de
liqueur noire produite, jusqu’à
l’épuisement du milliard promis. Mais elles
devront obligatoirement i nvesti r les sommes obtenues
dans l’a mélioration de l’efficacité
énergétique ou d’autres mesures de
performance environnementale de leurs usines.
La liqueur noire est un sous-produit du processus de
pâtes et papiers utilisé comme carburant,
et considérée comme une énergie
propre par les États-Unis. L’administration
américaine subventionne d’ailleurs à
grands frais, 6 milliards de dollars, ses usines de
pâtes et papiers, créant une concurrence
jugée déloyale par l’industrie canadienne.
Avec cette mesure, Ottawa estime ainsi aider les
entreprises à maintenir leur
compétitivité face aux voisins du Sud.
Le
gouvernement estime par ailleurs que ce coup de pouce ne
contrevient pas à l’Accord sur le bois d’oeuvre.
Seules 27 usines au Canada produisent de la pâte
Kraft et seront donc admissibles, mais les ministres se
défendent bien d’avoir favorisé une
région du pays plutôt qu’une autre.
« Les entreprises qui font affaire un peu partout
au pays vont pouvoir utiliser dans l’ensemble de leurs
usines les crédits générés
par ce programme-là qui est mis en place »,
a dit le ministre Lebel. Par exemple, une entreprise qui
recevra des crédits du gouvernement grâce
à son usine en Colombie-Britannique pourra
dépenser les sommes obtenues dans un autre de ses
usines, à pâte mécanique, ailleurs
au pays. Les investissements devront être
complétés d’ici trois ans.
Au Québec, seule une poignée des 50
sociétés papetières de la province
sera admissible au programme, dont les deux plus grosses
sont SFK, à Saint-Félicien, et Papiers
Fraser, à Thurso, fermée depuis le
début du mois de juin, pour une durée
indéterminée.
Néanmoins, le ministre estime que plus de 2500
travailleurs québécois pourront en
profiter.
Plus de 300 communautés dépendent de la
forêt au Canada, particulièrement au
Québec et en Ontario. Plus de 55 000 personnes
ont perdu leur emploi dans les deux dernières
années, sur les 300 000 travailleurs forestiers
de l’ensemble du Canada.
L’opposition à Ottawa a décrié le
programme annoncé par le gouvernement
conservateur, jugeant que c’est « trop peu, trop
tard ».
«
Les régions de production forestière vont
être très déçues de l’annonce
des conservateurs aujourd’hui, a dit le
député néodémocrate Thomas
Mulcair. Ça ne fait rien pour venir en aide
immédiatement. Lorsqu’on parle de dépenses
en capital, il faut avoir les liquidités, et le
problème c’est que l’on n’a pas de garanties de
prêts. »
L’annonce de la ministre Raitt ne sera qu’« un
coup d’épée dans l’eau », sans ces
garanties de prêts aux entreprises en
difficulté, estime le député
d’Outremont.
Pour plusieurs, cette mesure ne viendra qu’aider les
entreprises qui avaient déjà les reins
suffisamment solides pour traverser la crise.
« C’est bon pour des entreprises qui ont des
liquidités. Mais les entreprises aux prises avec
des difficultés n’ont rien », a
ajouté M. Mulcair.
Au Bloc québécois, on estime que si le
gouvernement conservateur avait agit plus vite, «
ça aurait pu éviter des fermetures et
éviter de mettre en péril certaines usines
qui pourront même peutêtre ne pas rouvrir
», a dit le chef bloquiste, Gilles Duceppe.
Selon le critique libéral Denis Coderre, la
mesure est insuffisante car elle ne touche que quelques
usines au Québec.
Au son des scies mécaniques, des milliers de
travailleurs de la forêt avaient manifesté
au début du mois dans les rues d’Ottawa, pour
réclamer une aide d’urgence du
fédéral, incluant des garanties de
prêts, des modifications à l’assurance
emploi et la protection des régimes de retraite.
Les forestiers rappelaient alors à grands cris
que, pour sauver l’industrie automobile, les
gouvernements n’ont pas hésité à
délier les cordons de la bourse.
Un milliard en trois ans pour l’industrie
forestière
— Le
gouvernement fédéral annoncera aujourd’hui un
plan d’aide de 1 milliard en trois ans pour le secteur
forestier, selon ce qu’a appris La Presse Canadienne.
D’après des sources, l’aide serait destinée
aux usines de pâte et papier, qui doivent faire face
à des concurrents américains dont la
consommation d’énergie est subventionnée
à hauteur de 6 milliards US par an.
L’objectif est d’aider les entreprises canadiennes à
prendre le virage vert en subventionnant leur conversion
à des énergies renouvelables et
l’amélioration de leur productivité.
La création du nouveau programme sera annoncée
à Ottawa par la ministre des Ressources naturelles,
Lisa Raitt, et le ministre d’État responsable de
l’Agence de développement économique pour les
régions du Québec, Denis Lebel.
Selon des
responsables de l’industrie, ce type de soutien financier
d’Ottawa ne contreviendrait ni à l’Accord sur le bois
d’oeuvre, ni à l’Accord de libre-échange
nordaméricain (ALENA).
Le patron de l’Association des produits forestiers, Avrim
Lazar, souhaitait la semaine dernière que l’aide
d’Ottawa soit suffisante pour neutraliser les effets d’un
crédit d’impôt remboursable dont
bénéficient les entreprises forestières
qui utilisent du carburant contenant de la liqueur noire.
Ce sous-produit de la production de pâte
employé depuis les années 1930 est
désormais considéré comme une source
d’énergie « verte ».
Les usines de pâtes et papier demandent depuis des
mois à Ottawa de les aider pour faire face à
la concurrence américaine dont les effets sont
exacerbés par la récession et la baisse
généralisée du tirage des journaux.
L’industrie forestière reste sceptique
Les
échos provenant d’Ottawa à propos d’un plan
spécial d’aide pour les usines de pâtes à
papier, afin de contrer les bonis fiscaux obtenus par leurs
concurrentes américaines, suscitent un certain
scepticisme dans l’industrie papetière.
Car avant que se précisent ces échos, encore
amplifiés hier par un quotidien torontois, des
représentants de l’industrie forestière doutent
de la suffisance des intentions attribuées au
gouvernement Harper.
« Tant mieux si les usines de pâte à papier
obtiennent un coup de pouce fédéral. Mais
ailleurs dans l’industrie forestière, il y a une crise
qui continue d’empirer », a indiqué Yves
Lachapelle, directeur au Conseil de l’industrie
forestière du Québec.
« De plus en plus d’entreprises de produits forestiers
qui ont survécu à la crise jusqu’à
maintenant parviennent au bout de leur réserve
financière. Et pour continuer, leurs banques demandent
des taux exorbitants, jusqu’à 15% à 20% dans
certains cas », a soutenu M. Lachapelle, en entretien
avec La Presse Affaires au sortir d’une réunion avec le
ministre Claude Béchard, responsable des Ressources
naturelles au gouvernement du Québec.
Cette réunion préparait la présentation,
ce matin à l’Assemblée nationale, de la
réforme du régime d’approvisionnement forestier.
Mais dans l’immédiat, selon Yves Lachapelle, en surplus
d’une aide fédérale spécifique aux usines
de pâte, c’est d’un coup de pouce pour l’accès au
crédit à moindre coût dont l’industrie des
produits forestiers aurait le plus besoin.
Ce sentiment est partagé par les principaux
représentants syndicaux de l’industrie
forestière.
« Nous espérons qu’il y aura plus que des rumeurs
d’un plan fédéral d’aide, et que le premier
ministre Harper s’éveillera enfin à la
gravité de la crise dans l’industrie forestière
» a commenté Dave Coles, président du
Syndicat canadien des communications, de l’énergie et
du papier.
« Pour le moment, cette rumeur d’un plan d’aide d’un
milliard pour les producteurs de pâtes à papier
n’apparaît qu’une manoeuvre de relations publiques par
le gouvernement conservateur », selon M. Coles.
Selon les
échos provenant d’Ottawa, le plan temporaire d’aide aux
usines de pâtes viserait à compenser le
crédit d’impôt spécial obtenu par les
usines américaines pour leur usage comme carburant
industriel de la « liqueur noire », un
sous-produit de la production de pâtes à papier
de type kraft.
Ce crédit d’impôt aux « biocarburants
», étendu aux papetières l’an dernier par
Washington, a rapidement gonflé à hauteur de 8
milliards US en équivalence de subventions fiscales.
Par conséquent, un tel crédit fiscal est devenu
un désavantage financier considérable pour les
usines canadiennes de pâtes à papier face
à leurs concurrentes américaines, même si
elles ciblent les mêmes marchés.
D’ailleurs, dans sa plus récente analyse de l’industrie
papetière, publiée hier, le Conference Board du
Canada assimile cette subvention fiscale aux usines
américaines à une situation où « la
liqueur noire s’est transformée en or noir ».
Selon l’organisme, ce crédit d’impôt permettrait
aux usines américaines de pâte de couvrir
jusqu’à 60% de leurs coûts de production.
Par ailleurs, en attendant un plan fédéral
spécifique à ce sujet, le Conference Board a
aussi mis à jour un pronostic économique encore
sombre pour l ’ industrie papetière au Canada.
Il anticipe pour 2009 une septième année
consécutive de déficit d’exploitation, de
l’ordre d’un demi-milliard de dollars en tout.
Quant à un éventuel retour à la
rentabilité, le Conference Board ne l’envisage pas
avant deux ans, vers la fin de 2011.
Et encore, ce retour à la rentabilité devrait
s’avérer très timide. De l’ordre de quelques
maigres points de pourcentage au moins jusqu’en 2013, anticipe
le Conference Board.
L’auto contre la
forêt? - ALAIN DUBUC
Les deux industries ne se comparent pas. Il faut venir en
aide à la forêt pour les bonnes raisons et de la
bonne façon.
Le géa nt c a nadien de la f or ê t ,
AbitibiBowater, le plus grand producteur de papier journal au
monde, s’est mis sous la protection de la loi sur la faillite.
Son possible effondrement menace 15 800 emplois, dont 11 000 au
Canada. Le Québec, avec 7500 emplois, serait, et de loin,
le plus touché.
Québec a donné un petit coup de pouce de 100
millions, mais Ottawa ne semble pas vouloir se porter à
son secours, disant craindre qu’une aide, comme des garanties de
prêts, soit perçue par les États-Unis comme
contraire à l’entente sur le bois d’oeuvre et mène
à des représailles.
Cela a suscité, surtout au Québec, une
indignation qui a pris la forme suivante. Pourquoi les
gouvernements aident-ils GM et Chrysler, mais pas
AbitibiBowater, quand on sait que la forêt, avec ses 825
000 emplois, est bien plus importante dans l’économie que
l’automobile avec ses 500 000 emplois?
Malgré les apparences, c’est un très mauvais
argument. Les deux industries ne se comparent pas. Cela ne veut
pas dire qu’il ne faut pas venir en aide à la
forêt. Mais il faut le faire pour les bonnes raisons et de
la bonne façon.
Tout d’abord, attention aux statistiques. Les chiffres sont
gonflés à l’hélium, et englobent les
emplois indirects et induits. Il est plus sage de s’en tenir aux
emplois directs: 300 000 emplois dans la forêt, 130 000
dans l’automobile.
La structure des industries est très
différente. La forêt, c’est deux secteurs,
liés mais distincts, les produits du bois et les
pâtes et papiers. Certaines activités, comme les
portes et fenêtres, peuvent prospérer même si
la forêt connaît des problèmes. En outre,
c’est une industrie éclatée. Abitibi, la plus
importante entreprise, avec ses 11 000 emplois, ne compte
même pas 4% du total. Sa disparition serait un choc
terrible, mais elle n’emporterait pas l’ensemble du secteur dans
sa chute.
L’industrie de l’automobile, par contre, est très
concentrée. Au Canada, 75% de la production dépend
des trois géants américains. Le sort d’environ la
moitié des 130 000 emplois dans la fabrication,
l’assemblage et les pièces dépend de GM et de
Chrysler.
La logique n’est donc pas la même. Soutenir GM et
Chrysler, c’est vraiment sauver l’industrie automobile. Soutenir
AbitibiBowater, c’est seulement sauver cette entreprise. On peut
aller plus loin. Si on a des milliards, peut-être vaut-il
mieux les déployer pour soutenir le secteur forestier
dans son ensemble, par la rationalisation, la formation, la
réduction du coût de la ressource.
Les perspectives des deux industries sont par ailleurs fort
différentes. Du côté de la forêt, le
bois, malmené par la récession, a toujours un
avenir. Mais le papier journal est menacé par les
changements dans la façon dont on s’informe et dont on
produit les journaux. Par contre, l’industrie automobile a un
potentiel si elle réussit à fabriquer les bons
véhicules.
Il y a toutefois une similitude entre Abitibi, Chrysler et
GM. Ils ont besoin d’aide parce que ce sont des dinosaures. Les
deux géants de l’auto sont victimes de leur
incompétence. On peut dire aussi la même chose de
l’industrie de la forêt en général et
d’Abitibi en particulier, qui n’a pas suffisamment
préservé la ressource, qui n’a pas réduit
sa dépendance au papier journal, qui n’a pas assez
investi, qui n’a pas fait le virage vert.
Cela met d’ailleurs en relief la grande faiblesse de
l’argumentaire qui repose sur l’opposition entre la forêt
et l’auto. L’aide aux grands de l’automobile n’est pas
inconditionnelle. L’administration Obama est en train de pousser
GM à la faillite, pour qu’elle se débarrasse de
ses activités non rentables. La survie de Chrysler passe
par son rachat par Fiat, possible seulement si les travailleurs
font d’importantes concessions. Oui, on aide l’auto, mais c’est
une aide qui fait mal. Ne l’oublions pas.
200 millions pour la forêt
Québec et
Ottawa se donnent la main pour donner un coup de pouce à
l’industrie forestière. Les deux gouvernements
investiront 100millions chacun pour des travaux sylvicoles qui
permettront selon eux de préserver environ 8000 emplois
dans la province.
« Ce qu’on envoie comme signal, c’est qu’il y aura du
travail, ne vous inquiétez pas », a dit le ministre
provincial des Ressources naturelles, Claude Béchard,
à l’intention des collectivités touchées
par la déroute de l’industrie forestière.
La nouvelle mesure, annoncée hier à
Montréal par le ministre Béchard et le ministre
fédéral de l’Agence du développement
économique du Canada pour les régions du
Québec, Denis Lebel, est le premier fruit de
l’Équipe spéciale Canada-Québec mise en
place en avril pour aider au secteur forestier.
Le programme d’appui aux travaux sylvicoles comprend entre
autres des travaux de reboisement, de réhabilitation de
la forêt et la réalisation de chemins
d’accès. « On va au maximum de la capacité
actuelle des travaux, dit Claude Béchard. Si on voulait
en faire plus, on manquerait de débroussailleuses au
Québec. »
La moitié des investissements sont prévus dans
la prochaine année, et le ministre Lebel prévoit des
effets bénéfiques dès cet été.
L’objectif est que les travailleurs qui perdent leur emploi en
usine puissent trouver un autre emploi en forêt si leur
formation le permet.
Le comité spécial fédéral-provincial
continuera de se réunir toutes les deux semaines pendant
les prochains mois, et le ministre Béchard prévoit
que d’autres mesures seront annoncées avant la
Saint-Jean-Baptiste.
Les deux ministres ont salué la collaboration entre les
deux ordres de gouvernement hier.
Mais M. Béchard n’avait pas le même ton il y a un
mois, quand il a demandé au gouvernement
fédéral « de se mettre en mode solution
». « Il n’est pas minuit moins cinq, il est minuit,
avait-il déclaré. Il est temps que les
lumières s’allument. »
Hier, il se
réjouissait de voir que « les lumières sont
non seulement allumées, mais que le courant passe
».
PHOTOALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA
PRESSE
Québec et Ottawa ont
promis de donner 100 millions de dollars chacune pour des
travaux sylvicoles.
Le fédéral déçoit
Ce n’est toutefois pas suffisant pour convaincre la FTQ et le
Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du
papier (SCEP), qui soutiennent toujours que le
fédéral aide davantage l’industrie automobile que
l’industrie forestière.
Da n s u n c ommu n i q ué conjoint , les deux syndicats
saluent l’annonce des 200 millions pour les travaux sylvicoles,
mais se disent toujours insatisfaits du gouvernement
fédéral. « C’est nettement insuffisant,
Ottawa a les moyens de faire plus », déclare le
viceprésident du SCEP-Québec, Renaud Gagné.
Le Conseil de l’industrie forestière du Québec se
réjouit pour les travailleurs sylvicoles, a dit le PDG
Guy Chevrette à La Presse Affaires.
Mais M.
Chevrette est déçu de ne voir aucune mesure
fédérale concernant l’accès au
crédit. « Le ministre Lebel nous parle de la fin
juin, mais ma foi baisse énormément. Il faudra que
je vois pour que je croie. »
Le ministre Lebel a défendu les actions de son
gouvernement dans le secteur forestier et a soutenu que «
le fédéral est au travail depuis très
longtemps dans le secteur ».
Il a déclaré qu’Exportation et
Développement Canada avait apporté un soutien
d’une valeur de 9 milliards à l’industrie
forestière québécoise, un chiffre que Guy
Chevrette juge digne « d’une euphorie non crédible
».
Personne dans l’entourage du ministre Lebel n’a pu fournir plus
d’explications à La Presse Affaires sur ces 9 milliards,
et on nous a plutôt référé au
ministère des Ressources naturelles.
EDC a finalement fait savoir que cette somme représentait
sa contribution à tous les secteurs économiques de
la province en 2008, et non pas seulement le secteur forestier.
Les plans de relance portent leurs fruits
11 millions
d’emplois seront sauvés dans les pays du G20
GENÈVE— Les plans de relance mis en place par les
pays du G20 vont « créer ou sauver »
jusqu’à 11 millions d’emplois cette année, ce
qui n’empêchera toutefois pas le chômage mondial
d’atteindre des records en 2009, a indiqué hier le
Bureau international du travail (BIT).
« Les mesures de protection sociale prises par le G20
depuis le début de la crise économique
mondiale vont créer ou sauver entre 7 et 11 millions
d’emplois » dans le G20, selon les estimations du BIT
qui seront présentées au sommet de Pittsburgh
les 24 et 25 septembre.
Sans ces mesures, le chômage dans les 20
premières économies de l a pla nète
aurait été de 29 % à 43 %
supérieur durant les six premiers mois de
l’année, souligne l’agence onusienne dans un
communiqué.
Toutefois, le BIT a revu à la hausse ses
prévisions de chômage mondial pour
l’année en cours, estimant qu’il pourrait atteindre
le record de 241 millions, soit une augmentation de 61
millions du nombre de chômeurs entre 2007 et 2009.
Dans ses dernières prévisions datant de mai,
le BIT tablait, au pire, sur un chômage de 239
millions de personnes dans le monde.
Tout en saluant les effets des gigantesques plans de relance
activés par les gouvernements des économies
riches, le BIT s’est inquiété de leur maintien
dans le temps, d’autant plus important que le nombre
d’entrants sur le marché du travail ne cesse de
progresser sous la pression démographique (45
millions de personnes chaque année).
« Le
chômage reste massif aujourd’hui. Si les mesures
spéciales qui ont été prises sont
retirées trop tôt, la crise de l’emploi
pourrait encore s’aggraver », a prévenu le
directeur du BIT, Juan Somavia, cité dans le
communiqué.
L’organisation estime qu’on ne pourra parler de
réelle reprise économique avant une
réelle amélioration du marché de
l’emploi, ce qui ne devrait pas arriver avant plus d’un an.
Elle préconise ainsi que tous les pays du G20
maintiennent leurs mesures en faveur de la demande et de
l’emploi « au moins jusqu’à la fin de 2010,
jusqu’à ce qu’il y ait une reprise réelle du
marché du travail ».
« L’indicateur de l’emploi est le seul vrai i
ndicateur de reprise économique », a
insisté lors d’une conférence de presse le
vice-directeur du BIT, Philippe Egger.Le BIT recommande
notamment que les États poursuivent l’effort à
soutenir les dépenses consacrées aux
infrastructures, les réductions d’impôts,
subventions et crédits pour les petites entreprises
ainsi que les sommes a l louées directement à
la protection sociale.
Bombe à retardement
Si de nombreuses personnes vulnérables dans les pays
en développement ont pu bénéficier
d’aides, le Bureau s’est dit soucieux de leur sort tant ces
États auront encore besoin de financement pour lutter
contre le chômage.
En juin, le BIT avait alerté que le chômage
constituait une véritable bombe à retardement
en cette période de crise aiguë, aux «
grands risques » de déstabilisation politique
et sociale.
Le BIT compte une nouvelle f ois défendre c et t e
position ainsi que son proj et de Pacte mondial pour
l’emploi au sommet du G2O la semaine prochaine où la
question du chômage devrait être largement
abordée.
WASHINGTON Un million d’emplois sauvés par le
plan de relance
WASHINGTON Un million d’emplois
sauvés par la relance
WASHINGTON —
La MaisonBlanche a publié hier un rapport dans lequel
elle affirme qu’« un peu plus d’un million d’emplois
» aux États-Unis ont été
sauvés ou créés grâce à sa
politique économique pendant les six premiers mois du
plan de relance promulgué par Barack Obama.
« La l oi sur l e pla n de relance et d’autres mesures
de politique économique ont permis au nombre
d’emplois en août d’être plus
élevé d’un peu plus d’un million qu’il ne
l’aurait été sinon », a expliqué
la Maison-Blanche dans ce rapport.
« Nous estimons que la loi a eu des effets
particulièrement forts dans l’industrie, le commerce
de détail, et les services de travail temporaire
», a ajouté la présidence.
« Les effets sur l’emploi sont répartis
à travers les États, avec un impact plus
important dans ceux gravement touchés par la
récession », selon la Maison-Blanche.
L’objectif de ce plan de 787 milliards US lancé en
février était de sauver ou créer plus
de trois millions d’emplois en deux ans.
« Je pense que nous sommes en bonne voie pour parvenir
à cet objectif », a estimé au cours
d’une t éléconférence une
conseillère économique du président,
Christina Romer.
L’économie américaine a déjà
perdu 6,9 millions d’emplois depuis le début de la
récession en décembre 2007, et le taux de
chômage était en août au plus haut depuis
1983, à 9,7 %.
Mme Romer a répété l’estimation de
l’exécutif selon laquelle le chômage devrait
connaître son sommet « aux alentours de 10 %
» et « au début de 2010 ».
La Maison-Blanche chiffre également dans son rapport
la contribution du plan de relance à la croissance.
« Il y a un accord large sur l’idée que la loi
sur le plan de relance a ajouté deux ou trois points
de pourcentage à la croissance du produit
intérieur brut au deuxième trimestre de 2009
et qu’elle joutera environ trois points au troisième
trimestre », a souligné le comité des
conseillers économiques de M. Obama.
D’après l e c omité, « l a relance
budgétaire semble être efficace pour
atténuer la récession mondiale ».
« Nous avons découvert que les pays qui ont
adopté des plans de relance plus grands ont
réalisé de meilleures performances par rapport
aux prévisions que ceux qui ont adopté de plus
petits plans. »
À la
fin d’août, 151,4 milliards US sur les 787 milliards
US avaient été employés sous forme de
baisses d’impôts, et 128,2 milliards US de plus
dépensés ou mis à la disposition de
leurs destinataires.
La Maison-Blanche a estimé que le plan de relance en
était en « encore à ses débuts
» et que ces chiffres étaient «
préliminaires et sujets à une incertitude
considérable ».
Par ailleurs, le secrétaire au Trésor
américain, Timothy Geithner, a indiqué hier
que le temps était venu pour les autorités
américaines de passer de la lutte contre la crise
à la réparation de l’économie.
« Nous sommes désormais dans l a position de fa
i re évoluer not r e st r atégie à
mesure que nous passons de la réponse à la
crise à la reprise, de la rescousse de
l’économie à la réparation et à
la reconstruction des fondations pour la croissance à
venir », a déclaré M. Geithner devant la
commission parlementaire mixte responsable du contrôle
de l’action du Trésor contre la crise.
« La confiance et la stabilité naissantes en
septembre 2009 sont bien loin de la peur débilitante
et de la panique de septembre 2008 », a
déclaré M. Geithner, faisant allusion au mois
où le système financier américain avait
manqué s’écrouler.
« Le consensus au sein des prévisionnistes
privés est que notre économie est
désormais en train de croître. Le
système financier montre des signes de
réparation, et le coût du crédit a
chuté de manière spectaculaire », a
ajouté le ministre.
Néanmoins, a-t-il rappelé, « la route
est encore longue avant que la reprise véritable soit
installée ».
« Le chômage atteint toujours à un niveau
i nacceptable » (9,7% en août), et « il
est réaliste de supposer que la reprise sera
graduelle, avec un nombre de hauts et de bas plus
élevé que d’habitude », a estimé
M. Geithner, qui avait déclaré la semaine
précédente avoir « vu les premiers
signes de la reprise aux États-Unis ».
La récession américaine a commencé
officiellement en décembre 2007, et le produit
intérieur brut américain a chuté quatre
trimestres de suite de l’été 2008 au printemps
2009.
Le rapport de conjoncture (livre beige) publié
mercredi par la banque centrale américaine (Fed) est
venu conforter l’idée que la récession
américaine s’est achevée en août,
même s’il appartient à un organisme
indépendant, le Bureau national de la recherche
économique (NBER), de le déclarer
officiellement.
M. Geithner a promis que le Trésor ferait «
tout ce qui est nécessaire, aussi longtemps que
nécessaire, pour faire en sorte que les familles
américaines et les petites entreprises voient leur
vie s’améliorer durablement ».
La Banque du Canada garde le cap
OTTAWA —
L’économie canadienne se remet de la récession
avec plus de vigueur que prévu, malgré les
inquiétudes persistantes sur l’impact de la hausse du
dollar canadien, a indiqué hier la Banque du Canada,
qui a laissé du même coup son taux
d’intérêt directeur inchangé à
0,25% – son plus bas niveau praticable.
Le gouverneur
de la banque centrale, Mark Carney, avait semblé courir
un risque en juillet, lorsqu’il avait déclaré
que la récession était terminée. Il
était à ce moment un des premiers à le
faire, mais il semble maintenant qu’il pourrait même
avoir sous-estimé l’ampleur de la reprise.
« L’adoption de politiques monétaires et
budgétaires expansionnistes, l’amélioration des
conditions financières, le renchérissement des
produits de base et un regain de confiance chez les
entreprises et les ménages soutiennent la croissance de
la demande intérieure au Canada », a
affirmé hier la banque centrale dans un
communiqué.
« Cette
évolution, de même que l’information
récente sur les ajustements des stocks et la
production automobile, donne à penser que la
progression du produit intérieur brut ( PIB) pourrait
être plus vigoureuse pendant le deuxième
semestre de 2009 que la Banque ne l’entrevoyait en juillet.
» Les déclarations de la Banque
du Canada laissent croire que Mark Carney, gouverneur de
la Banque, est toujours inquiet de l’impact de la hausse
du huard sur le secteur de l’exportation, mais
peut-être pas autant que par le passé.
Cette vigueur inattendue n’aura cependant pas d’impact sur
les taux d’intérêt. La Banque du Canada a
indiqué qu’elle comptait toujours garder son taux
directeur à son niveau actuel au moins jusqu’en
juillet prochain, comme elle l’avait déjà
promis au printemps.
La vigueur de l’économie nationale a
émané des données sur le commerce pour
le mois de j uillet. Cellesci l aissent c roire que les
consommateurs canadiens recommencent à
dépenser, les importations affichant une hausse de
8,3 %.
Le secteur des exportations a lui aussi offert une
performance acceptable en juillet, s’appréciant de
3,3 % – ou même de 5,9 % au chapitre du volume –
grâce à la reprise de la production automobile.
La Banque du Canada a pourtant insisté, à
plusieurs reprises, sur les dangers d’un dollar canadien
supérieur à 90 cents US, et de l’impact que
cela pourrait avoir sur les exportations. La banque favorise
davantage un huard à environ 86 cents US.
« À mon avis, cela montre que la banque est de
plus en plus confiante dans son évaluation (...)
La récession est terminée et
l’économie prend du mieux »,
a observé l’économiste en chef de
BMOMarchés des capitaux, Douglas Porter.
« Je crois aussi qu’ils révisent à la
baisse, lentement mais sûrement, leurs craintes par
rapport à la devise. Je crois qu’ils veulent
simplement s’assurer que les choses restent sous
contrôle. »
La Banque du
Canada n’a pas fourni de nouvelle prévision de
croissance pour la deuxième moitié de
l’année, sauf pour dire qu’elle sera plus importante
qu’elle ne l’avait prévu en juillet. À ce
moment, la banque misait sur une croissance de 1,3 % pour le
troisième trimestre, et de 3% pour le trimestre
suivant.
La plupart des économistes s’attendent maintenant
à voir une croissance d’entre 2,5 et 3% au
troisième trimestre.
Mais selon l ’économiste Derek Holt, de la Banque
Scotia, la période qui suivra les prochains
trimestres pourrait devenir une source d’inquiétude
plus i mportante, puisqu’une plus forte croissance
immédiate pourrait signifier que l’activité ne
grimpera pas aussi rapidement par la suite.
M. Holt croit que plusieurs entreprises canadiennes,
à l’exception de celles du secteur automobile,
restent aux prises avec une importante quantité de
stocks invendus et ne prévoient pas encore raffermir
leur production. « Cela signifie que toute reprise de
la production canadienne et de l’activité
d’exportation sera amoindrie significativement et
retardée par rapport à celle d’autres pays
», a-t-il expliqué.
Les déclarations de la banque centrale laissent
croire que M. Carney est toujours i nquiet de l ’ i mpact de
la hausse du huard sur le secteur de l’exportation –
principalement les automobiles, les pièces
d’automobiles et les produits forestiers – mais
peut-être pas autant que par le passé.
« La banque conserve une flexibilité
considérable dans la conduite de la politique
monétaire en contexte de bas taux
d’intérêt, conformément au cadre
exposé (en) avril », a affirmé la Banque
du Canada dans son communiqué hier. Le rapport
d’avril était une r é f é r e nce
à l ’ a ugmentation de la masse monétaire par
l’entremise de mesures quantitatives.
Le dollar canadien a clôturé hier à 92,7
cents US, en hausse de 0,19 cent US.
Banque centrale européenne : Le taux
directeur devrait rester à 1 % - Étienne Balmer
FRANCFORT —
La Banque centrale européenne ( BCE) ne devrait pas
toucher à ses taux directeurs jeudi prochain,
attendant de vérifier si l’air de reprise
observé en zone euro a des chances de durer.
La BCE devrait maintenir son principal taux directeur
à son plus bas niveau historique de 1%, auquel il est
rivé depuis mai, selon les analystes financiers.
Une politique monétaire n’a pas besoin d’être
« activiste » pour être efficace, a
récemment déclaré JeanClaude Trichet,
président de la BCE: en clair, la politique
monétaire ne doit pas varier à la moindre
nouvelle économique de court terme.
En revanche, des changements des prévisions de
croissance annuelle de la BCE sont attendus. L’institution
doit en effet dévoiler jeudi sa
réévaluation t r i mestrielle des chi ffres de
croissance et d’inflation en zone euro.
Et
l’amélioration récente des indicateurs devrait
inciter l’institution monétaire « à se
sentir plus optimiste » concernant ses
prévisions de croissance, soutient Jennifer McKeown
de Capital Economics.
Si la zone euro est restée en récession au
printemps pour le cinquième trimestre
consécutif, le rythme de baisse a nettement ralenti
(-0,1 %) par rapport au premier trimestre (-2,5 %),
alimentant les espoirs d’une sortie anticipée de la
récession.
La France et l’Allemagne ont même enregistré
des taux de croissance positifs sur la période (+0,3
%).
Ils sont davantage liés, il est vrai, aux aides
gouvernementales qui ont soutenu la consommation
intérieure, comme la prime à la casse dans
l’automobile, et à la reconstitution des stocks des
entreprises. La demande globale, elle, n’a pas encore
repris.
La BCE
prévoit une récession de - 4,6 % en zone euro
pour 2009 et de - 0,3 % en 2010, d’après sa
dernière évaluation trimestrielle en juin.
E l l e pour r a i t a t t é nuer sa prévision
de récession pour l ’a nnée en cours et
même miser sur une petite c r oi s s a nce l ’ a n
née pr o - chaine, estime l’économiste de
Commerzbank Michael Schubert.
L’éventualité
d’une crise du crédit, menaçant de faire caler
l’activité en zone euro dès son
redémarrage, devrait également être
discutée jeudi à la réunion du conseil
des gouverneurs, même si la BCE s’est montrée
réservée sur ce risque jusqu’à
présent.
La BCE ne devrait pas modifier en profondeur ses
prévisions d’inf lation pour 2009 (+0,3 %) et 2010
(+1%), selon les économistes.
Obama reconduit le mandat de
Ben Bernanke à la barre de la Fed
Obama opte pour la continuité
Le
président reconduit le mandat de Ben Bernanke
à la barre de la Fed
OAK BLUFFS — Le président américain Barack
Obama a confirmé hier la reconduction de Ben Bernanke
comme président de la Réserve
fédérale des États-Unis, faisant le
choix de la continuité à la tête de la
banque centrale au moment où l’économie du
pays semble prête à repartir.
PHOTO JASON REED, REUTERS
M. Bernanke a su diriger la Fed au milieu de « l’une
des pires c r i ses f i nancières que ce pays et le
monde aient j a mais connues » , a
déclaré M. Obama de son lieu de vacances dans
l’île de Martha’s Vineyard, dans le Massachusetts,
pour expliquer son choix.
En t ant qu’expert de la Gra nde Dépre s s i o n de s
années 30 et grâce à sa
détermination, son courage et sa
créativité, M. Bernanke est l’homme
idéal pour remettre les États-Unis sur les
rails de la prospérité, a expliqué le
président.
Son maintien à la tête de la Fed montre
à quel point l e pat r on de l a ba nque centrale, en
première loge dans la lutte contre la crise aux
États-Unis, a gagné la confiance du
président, à qui l’on prêtait au
départ l’intention de se débarrasser de cet
économiste de 55 ans, qui fut conseiller du
prédécesseur de M. Obama, le
républicain George Bush fils.
C’est ce dernier qui avait nommé M. Bernanke à
la présidence de la banque centrale pour un mandat de
quatre ans expirant fin janvier 2010.
Mais M. Obama avait loué en juin le « travail
extraordinaire » et les « bons résultats
» de cet ancien élève de Harvard et
docteur de l’Institut technologique du Massachusetts (MIT),
ouvrant ainsi la voie à sa reconduction pour un
nouveau mandat.
Le moment c
hoisi pour cette a nnonce, a l ors que la reprise
économique est attendue aux États-Unis d’ici
à la fin du mois de septembre, si elle n’est pas
déjà en cours, devrait rassurer les
marchés et les investisseurs. La banque centrale
éta nt en t héor i e i ndépenda nte du
gouvernement dans la conduite de sa politique, son
président est susceptible de survivre aux changements
politiques à la tête du pays, surtout en temps
de crise, ou le choix de la continuité dans la
conduite de la politique monétaire présente
une certaine logique.
Avant M. Bernanke, trois de ses quatre
prédécesseurs ayant été au bout
de leur premier mandat depuis 1951 ont ainsi
été reconduits par un président du camp
opposé à celui qui les avait nommé.
Vote au Sénat
De par la capacité de la banque centrale à
pouvoir débloquer des milliards de dollars du j our
au lendemain sans avoir besoin de consulter le
Congrès, le président de la Fed est souvent
présenté comme la personne la plus puissante
des ÉtatsUnis après le président
américain lui-même.
M. Bernanke devra néanmoins obtenir confirmation de
sa reconduction par un vote au Sénat, où ses
opposants, surtout républicains, qui lui reprochent
d’avoir abandonné les principes de l’économie
de marché en ne laissant pas couler les grandes
banques, ne devraient pas manquer de le chahuter.
Aprè s a v o i r p r é s e n t é
pendant plusieurs mois les stigmates de la fatigue, de nuits
t r op cour t es, et de week-end passés à
élaborer des plans pour empêcher le pire, M.
Bernanke est apparu physiquement plus serein ces derniers
temps.
En déclarant vendredi que l’économie
américaine avait « évité le pire
» et semblait offrir de « bonnes »
perspectives de reprise à court terme, malgré
les nombreux défis restant à relever, il a l
ivré son message le plus optimiste sur la conjoncture
depuis plusieurs mois.
Bernanke veut éviter les erreurs du passé
WASHINGTON
— Ben Bernanke, dont Barack Obama a confirmé hier
la reconduction à la tête de la
Réserve fédérale, est un
spécialiste reconnu de la Grande Dépression
qui semble comme hanté par la volonté
d’éviter la répétition d’un tel
scénario.
Le président américain avait loué en
juin le « travail extraordinaire » de cet
homme de 55 ans, qui a engagé son institution dans
une intervention sans précédent pour
soutenir l’économie, convaincu que la crise de 1929
avait été amplifiée par les erreurs
de la banque centrale.
C’est son travail sans relâche pour sauver l
’économie américaine de ce qu’il a
qualifié de « la pire crise financière
depuis les années 30 » qui a valu à M.
Bernanke de gagner la confiance du président.
M. Bernanke a eu la lourde tâche de prendre la
tête de la Réserve fédérale en
février 2006 après 18 ans de
présidence d’Alan Greenspan, alors au pinacle de sa
gloire. Mais il est rapidement revenu sur
l’héritage de l’ancien oracle de Wall Street.
La face la plus évidente de sa «
révolution » à la Fed est la polit
ique de sauvetage d’institutions financières et de
relance monétaire sans précédent mise
en oeuvre au plus fort de la crise.
Mais en douceur, ce barbu posé, discret et bonhomme
que tout ou presque oppose à son
prédécesseur, a profondément
bouleversé les habitudes à la banque
centrale, en refusant d’abord de tomber dans le «
culte » dont faisait l’objet M. Greenspan – dont les
propos sibyllins pouvaient faire vaciller ou f lamber les
marchés –, et en amenant la Fed à
communiquer énormément sur ses actions et
ses attentes.
Fils d’un pharmacien et d’une institutrice ayant grandi
à Dillon, petite ville de Caroline-du-Sud, Ben
Shalom Bernanke, a échappé à un
destin qui semblait tout tracé après qu’un
de ses camarades d’école afroaméricain un
peu plus vieux que lui eut convaincu ses parents de le
laisser le rejoindre à Harvard.
Après des études brillantes dans cette
université renommée vint le doctorat en
économie de l’ Institut t echnologique du
Massachusetts (MIT) et les années d’enseignement
à la célèbre université de
Princeton, dont il a présidé le
département économique de 1996 à
2002.
« Ben l’Hélicoptère »
Nommé gouverneur à l a Fed, en 2002, il
quittera son poste en 2005 pour présider le groupe
des conseillers économiques du président
George Bush, avant que celui-ci le nomme à la
tête de la banque centrale pour un mandat de quatre
ans.
M. Bernanke, qui a raconté récemment avoir
rencontré sa femme Anna lors d’un rendez-vous
surprise, s’est vu surnommer « Ben l ’
Hélicoptère » après un discours
prononcé en novembre 2002, peu après son
arrivée au Conseil des gouverneurs de la Fed.
Dans cet t e a l l ocution i ntitulé «
Déflation : s’assurer que cela n’arrive pas ici
», il faisait référence à une
théorie de l’économiste Milton Friedman
selon laquelle les autorités monétaires
peuvent sortir un pays d’une « trappe à
liquidités » (quand les taux
d’intérêt sont à zéro et ne
peuvent plus stimuler l’économie) en donnant de
l’argent directement aux entreprises ou aux consommateurs.
L’image de Friedman était celle d’un banquier
central arrosant la foule de billets à partir d’un
hélicoptère. Face à l’intensification
de la crise, la Fed de M. Bernanke est passée de la
théorie à la pratique.
L’a c t i on de M. Ber na n ke e s t comme marquée
par le souvenir des erreurs de la Fed dans les
années 30, qui avaient débouché sur
une déflation transformant la récession de
1929 en une dépression historique, ainsi qu’il l’a
écrit dans son livre Essais sur la Grande
Dépression, paru en 2004.
Wall Street rassurée par Bernanke
REVUE
BOURSIÈRE
Le grand nombre de résultats meilleurs que
prévu « conforte l’argument que
l’économie serait en rémission ».
Après avoir beaucoup hésité, la Bourse
de New York a terminé en hausse hier, rassurée
par les explications du président de la
Réserve fédérale, BenBernanke, et par
quelques bons résultats de sociétés :
le Dow Jones a gagné 0,8% et le NASDAQ, 0,4%.
Cependant, la Bourse de Toronto a subi un premier recul
après six séances de hausses
consécutives.
L’indice Dow Jones a pris 67,79 points, à 8914,94
points, enregistrant sa septième progression
quotidienne consécutive, et le NASDAQ, à
dominante technologique, 6,91 points, à 1916,20
points.
L’indice Standard& Poor’s 500, plus représentatif
du fait de sa composition élargie, a avancé de
0,36% (3,45 points), à 954,58 points.
« On a commencé dans une bonne position, puis
le marché s’est un peu replié pendant le
discours de Ben Bernanke. Mais le patron de la Fed a bien
tenu, assurant qu’il avait une stratégie de sortie
» une fois que la situation économique sera
stabilisée, a résumé Lindsay Piegza, de
FTN Financial.
Le discours semestriel du président de la
Réserve fédérale américaine
devant le Congrès est toujours très suivi.
Cette fois, les investisseurs étaient surtout
à la recherche d’indications sur un calendrier de
retrait des exceptionnelles mesures mises en place par la
Fed pour faire face à la crise.
« Le plus important pour le marché, c’est qu’il
a affirmé que la Fed avait les outils
nécessaires pour supprimer la relance
monétaire quand le temps sera venu », ont
souligné Stephen Gallagher et Aneta Markowska, de la
Société générale.
L’indice
Dow Jones a été soutenu durant toute la
séance par le bond de Caterpillar, qui a fini
à 39,46$US, en hausse de 7,7%.
Le constructeur d’engins de chantier est revenu dans le vert
au deuxième trimestre, avec un bénéfice
net de 371 millions US.
Le grand nombre de résultats meilleurs que
prévu « conforte l’argument selon lequel
l’économie serait en rémission », ont
observé les analystes de Charles Schwab.
Le Dow Jones, capitalisant sur cette série de bonnes
surprises, a accumulé des gains dépassant
désormais 9% depuis le 10 juillet.
Merck a également aidé le Dow Jones: ce titre
a progressé de 6,1%, à 29,65$US. Le groupe
pharmaceutique a enregistré au second trimestre un
bénéfice net en recul de 12%, mais
supérieur aux attentes du marché, et a
confirmé ses prévisions pour l’ensemble de
2009.
Pour sa part, la Bourse de Toronto a clôturé la
séance en baisse, en dépit de la publication
d’une nouvelle série de résultats financiers
positifs, renforcés par des perspectives optimistes.
L’indice S&P/ TSX a mis fin à une séquence
de six séances haussières consécutives
et a cédé 25,39 points, pour terminer à
10 515,32 points. Cette retraite survient après que
l’indice eut profité, ces derniers jours, de la
publication de résultats trimestriels d’entreprises
qui ont rehaussé l’espoir de voir l’économie
reprendre du poil de la bête d’ici la fin de
l’année.
Le dollar canadien a terminé les échanges en
baisse de 0,02 cent US, à 90,33 cents US,
après que la Banque du Canada eut averti que la
vigueur du huard modérait significativement le rythme
de la reprise.
Le plan Obama stimule la consommation -
Marc Jourdier
— Les
premiers effets du plan de relance budgétaire
promulgué en février commencent à se
faire sentir aux États-Unis, où la
consommation des ménages est repartie en hausse en
mai, même si les Américains épargnent
une grande part des subsides reçus du gouvernement.
Selon les chiffres publiés hier par le
département du Commerce à Washington, la
consommation des Américains a progressé en mai
pour la première fois en trois mois, de 0,3 % par
rapport au mois précédent, ce qui est conforme
au pronostic des analystes.
Les consommateurs ont profité du coup de pouce du
plan de relance budgétaire promulgué en
février par le président Barack Obama : leurs
revenus ont augmenté de 1,4 % en mai. C’est leur plus
forte hausse depuis un an, au moment où un premier
plan de relance, voté sous la présidence de
George Bush, se faisait sentir.
Sans l’aide du gouvernement, les revenus des
Américains n’auraient augmenté que de 0 , 2 %,
f a i t r emarquer Paul Ferley, économiste de RBC
Economics Research.
Comme le relève Ryan Sweet, de Moody’s Economy.com,
« le soutien de l’État à la
trésorerie des ménages a atteint son sommet et
va diminuer au cours des mois à venir, ce qui mettra
à l’épreuve la stabilisation récente de
la consommation ».
Le plan de relance promulgué en février
mobilise 787 milliards de dollars sur trois ans sous la
forme d’investissement dans les chantiers publics et de
réductions d’impôt.
La plus grande partie des crédits du gouvernement
pour l’année en cours est parvenue aux ménages
en mai sous la forme de paiements uniques.
Jugeant que les résultats du plan de relance
n’étaient pas encore palpables, M. Obama a
estimé mardi que le pays n’avait pas besoin pour le
moment d’un nouveau plan de soutien à
l’économie.
Les chiffres
du Ministère montrent que les ménages restent
prudents et mettent de côté une bonne part des
fonds qu’ils reçoivent de l’État puisque leur
taux d’épargne (rapporté à leur revenu
disponible) a bondi de 1,3 point, pour atteindre 6,9 %, du
jamais vu depuis décembre 1993.
Le total de l’épargne des ménages
américains atteignait ainsi 768,8 milliards de
dollars fin mai, un montant record dans les annales de cette
statistique publiée depuis janvier 1959, indique le
Ministère.
Pour Marie-Pierre Ripert, économiste de Natixis,
« l’effet de la relance budgétaire sur les
dépenses de consommation a été assez
faible en mai ».
Cependant, estime-t-elle, il faut généralement
plusieurs mois pour voir les effets des crédits
d’impôt, et le taux d’épargne devrait diminuer
dans les mois à venir.
La consommation des ménages est essentielle pour
l’économie américaine. En temps normal, elle
assure plus des deux tiers de la croissance du pays, mais
elle a été très affectée depuis
le début de la crise déclenchée par
l’explosion de la bulle des produits immobiliers à
risques à l’été 2007.
Soutenue par des mesures de relance budgétaire au
printemps 2008, la consommation s’est effondrée comme
jamais depuis le début des années 1980 au
second semestre de 2008, entraînant le PIB du pays
dans sa chute.
Au premier t r i mestre, elle a connu une hausse fragile de
1,4 % en rythme annuel, mais les analystes pensent qu’elle
devrait, au mieux, être stable au deuxième
trimestre.
« Aidé en partie par la loi de relance, le
consommateur dépense et devrait nous aider à
sortir de la récession », estime
l’économiste indépendant Joel Naroff.
« Cependant , note-t-i l , les ménages ne se
rendent pas dans l es magasins aussi souvent qu’ils en
avaient l’habitude et ils semblent s’habituer à
rester à distance. Cela implique qu’il ne faut
s’attendre qu’à une consommation
modérée » dans les mois à venir.
La Fed garde intact son plan de match
- Rudy Le Cours
La
Réserve fédérale américaine
(Fed) avait bien peu de neuf à offrir aux
investisseurs en reconduisant hier son taux directeur et
son programme d’assouplissement non conventionnel
annoncé plus tôt ce printemps. Elle n’a pas
non plus fourni d’indications précises sur la
stratégie qu’elle devra avant longtemps adopter
pour mettre fin aux injections extraordinaires de
liquidités dans le système financier.
Ces choix
ont été faits à l’unanimité
par les membres de son Comité de politique
monétaire (FOMC). Ils ont peu influencé le
tempo des marchés boursiers, mais affaibli quelque
peu l’enthousiasme des acheteurs d’obligations.
La Fed apporte tout au plus quelques nuances dans sa
description de la situation économique actuelle. En
répétant que le rythme de contraction de
l’économie ralentit, le communiqué
publié par le FOMC constate pour la première
fois « l’amélioration générale
des conditions des marchés financiers ».
Autre
nuance encourageante, la Fed affirme que « les
entreprises diminuent leurs investissements en
immobilisations et leur effectif, mais paraissent
réaliser des progrès en ajustant le niveau
de leurs stocks à leurs ventes ».
La Fed adoucit aussi le ton à propos de
l’inflation, mentionnant seulement qu’elle sera plus
faible que désiré pendant un moment. On la
sent moins préoccupée qu’au printemps par
des perspectives de déflation.
Les investisseurs qui s’attendaient à une
accélération prochaine de la planche
à billets resteront sur leur faim. Les
autorités monétaires américaines
s’en tiennent au cadre annoncé: achat pouvant
aller jusqu’à 1250 milliards de titres
hypothécaires émis par Fanny Mae et
Freddie Mac, de 200 millions des obligations de Freddie
et de Fanny et, enfin, achat jusqu’à concurrence
de 300 milliards de dettes du gouvernement
américain, d’ici l’automne.
Selon Bloomberg, la Fed a jusqu’ici acheté 177,5
milliards de Treasuries toutes échéances
confondues, soit bien peu, compte tenu des besoins quasi
insatiables de financement de Washington cette
année.
Ce statu quo a eu pour effet immédiat de faire
grimper les taux obligataires sur les marchés, en
particulier dans les longues échéances qui
servent d’ancrage à la fixation des taux
hypothécaires.
Les échéances 10 ans ont gagné six
centièmes, à 3,69%, et les 30 ans tout
autant, à 4,41%.
«
Il se peut que la Fed reconnaisse qu’ajouter des
liquidités n’apporte rien de plus »,
suggèrent Karen Cordes et Derek Holt,
économistes chez Scotia Capitaux.
À leurs yeux, la Fed est prise dans un cercle
vicieux. Dans un contexte normal, abaisser les taux
d’intérêt stimule la demande de prêts
et relance la consommation. Dans le contexte
présent, la baisse des taux
d’intérêt incite les ménages
à rembourser leurs dettes et les banques à
renforcer leurs bilans. Les torrents de
liquidités émises par la Fed lui
reviennent sous forme de dépôts par les
institutions. Ses initiatives n’ont plus beaucoup
d’influence sur l’économie réelle.
Bien des observateurs étaient aussi à
l’affût d’indices qui indiqueraient comment la Fed
entend retirer rapidement du marché ces
liquidités extraordinaires afin d’éviter
que la reprise soit entachée par une
poussée inflationniste ou par des bulles
spéculatives, comme cela a été le
cas après la récession de 2001.
La lenteur avec laquelle la Fed d’Alan Greenspan avait
remonté les taux est perçue aujourd’hui
comme une des causes ayant provoqué la crise de
l’habitation en 2006 et toujours loin d’être
résorbée.
Le communiqué précise que « le FOMC
surveille la taille et la composition de son bilan et
apportera les ajustements à ses programmes de
crédits et de liquidités qui s’imposent
».
« Il s’agit peut-être là d’une
étape vers l’esquisse d’une éventuelle
stratégie de sortie » suggère
timidement Milan Mulraine, économiste chez TD
Valeurs mobilières.
La politique de la Fed fonctionne
TAUX
À LACONSOMMATION
La politique de la Réserve fédérale
américaine (Fed) consistant à acheter des
bons du Trésor et des titres de dette liés
à l’immobilier a poussé les coûts
d’emprunt du secteur privé à leur niveau
le plus bas en près d’un an. La compilation des taux
d’emprunt, qui comprend l’immobilier, a baissé
à 6,68% le 3 juin dernier, le niveau le plus
bas depuis qu’il était à cette hauteur
le 18 juillet 2008.
Ainsi, l’indice Merrill Lynch Private Sector Interest
Rate Proxy, une compilation des taux d’emprunt
comprenant l’immobilier, les autos et les prêts
à la consommation, a baissé à 6,68%
le 3 juin dernier, le niveau le plus bas depuis qu’il
était à cette hauteur le 18 juillet 2008.
« L’assouplissement quantitatif semble marcher
», selon Jim Caron, chef de la division de
stratégie touchant les taux
d’intérêt aux ÉtatsUnis de Morgan
Stanley, à New York, qui faisait
référence aux achats de titres de dette
par la Fed. « Si le signe ultime de
l’assouplissement quantitatif consiste à rendre
les emprunts dans le secteur privé disponibles et
bon marché, je dirais que c’est ce qui se
produit, ajoute-t-il. Selon ce critère, le
crédit est bon marché. »
L’indice
de Merrill Lynch a atteint un sommet record de 8,55% le
15 décembre dernier, la veille du jour où
la Fed a annoncé qu’elle était «
prête à augmenter » ses achats de
titres de dette liés à l’immobilier. La
banque centrale américaine avait indiqué
le 25 novembre dernier qu’elle achèterait pour
500 milliards US de titres de dette adossés
à des hypothèques et 100 milliards US de
titres de dette émis dans le public par des
organismes gouvernementaux.
Depuis lors, les responsables ont bonifié le
programme à hauteur de 1750 milliards US, y
compris des achats de bons du Trésor
jusqu’à 300 milliards US, pour ramener à
la baisse les coûts d’emprunt dans une foule de
domaines, depuis les hypothèques jusqu’aux
prêts sur cartes de crédit et aux dettes
d’entreprises.
Jusqu’à présent, la Fed a acheté
pour 533 milliards US en titres adossés à
des hypothèques, 153 milliards US en bons du
Trésor et 85 milliards US en titres de dette
émis dans le public par des organismes
gouvernementaux, selon des analystes d’UBS Securities.
L’indice de Merrill Lynch comporte une
pondération égale entre les taux
d’intérêt sur prêts
hypothécaires géants et à taux
variables, les prêts pour l’achat de voitures
neuves, les prêts sur valeur nette du logement,
les obligations à risque élevé, les
prêts bancaires de 5 à 10 ans et le taux
interbancaire de trois mois offert à Londres.
Dix banques vont pouvoir rembourser Washington
CRISE
DUCRÉDIT
JPMorgan Chase& Co. et Morgan Stanley font partie
des 10 prêteurs qui ont obtenu du Trésor
américain la permission de racheter pour 68
milliards US d’actions détenues par le
gouvernement américain, ce qui les libère
d’une surveillance accrue qui a affecté leurs
pratiques concernant l’octroi de prêts, l’embauche
et la rémunération de leur personnel.
« Ces remboursements sont un signe encourageant
que la situation financière se rétablit
», a souligné hier dans un
communiqué le secrétaire américain
au Trésor Timothy Geithner. « Mais nous
avons encore du travail à faire », a-t-il
ajouté.
Cette décision reflète les pressions plus
grandes exercées par les banques pour se
libérer des participations gouvernementales qui
les ont rendues vulnérables aux
interférences politiques à la suite de la
grogne populaire à l’encontre du sauvetage de
firmes de Wall Street.
Le Trésor n’a pas nommé les banques. Mais
en plus de JPMorgan Chase et Morgan Stanley, American
Express, Bank of New York Mellon, BB& T Corp.,
Capital One Financial, Northern Trust, State Street
Corp. et U.S. Bancorp ont toutes indiqué hier
qu’elles procédaient à des remboursements.
« D’une certaine façon, le Trésor
choisit les gagnants et les perdants », estime
Jennifer Thompson, analyste de Portales Partners,
à New York. « Il se peut qu’au
départ, le ciel s’éclaircisse au-dessus de
la tête des banques qui sont en mesure de
rembourser le gouvernement » , ajoute-t-elle.
Les firmes qui ont obtenu la permission de Washington
d’effectuer des remboursements ne comprennent pas Bank
of America, plus grosse banque américaine sur le
plan des actifs, ni Citigroup, chacune d’elles ayant
accepté une aide de 45 milliards US du
gouvernement américain. Wells Fargo, premier
prêteur hypothécaire aux États-Unis
et qui a reçu une aide de 25 milliards US, ne
figure pas non plus sur la liste.
Avec les
remboursements déjà reçus de 20
autres firmes, le gouvernement américain a
récupéré environ 70 milliards US, a
précisé hier le Trésor. Les
paiements de dividendes sur les actions émises
pour le gouvernement en vertu du Programme d’achat de
capital atteignent environ 4,5 milliards US
jusqu’à présent, y compris 1,8 milliard US
versé par les 10 banques indiquées
ci-dessus.
Les firmes qui rachètent les actions
privilégiées du gouvernement ont
également le droit de racheter les bons de
souscription détenus par le Trésor et ce,
à « leur juste valeur marchande »,
selon le communiqué du Trésor émis
hier.
Herb Allison, le responsable nommé par
l’administration Obama pour diriger le Troubled Asset
Relief Program (TARP), a précisé aux
législateurs américains la semaine
dernière que le Trésor annoncerait
bientôt les détails concernant sa politique
à l’égard des bons de souscription. La
valeur totale de ces bons est d’environ 5 milliards US,
selon des calculs du Trésor effectués le
mois dernier.
Huit mois
Ces remboursements surviennent près de huit mois
après que le Trésor, désireux
d’enrayer la panique sur les marchés à la
suite de la faillite, le 15 septembre, de Lehman
Brothers Holdings, eut fourni à neuf banques les
premiers 125 milliards US pigés dans le fonds de
700 milliards US mis à la disposition du TARP.
Les banques américaines ont dévoilé
des projets pour lever plus de 100,2 milliards US depuis
que les tests de tension effectués par le
gouvernement sur les 19 plus importantes compagnies
financières des États-Unis eurent
démontré que 10 d’entre elles avaient
besoin de 74,6 milliards US en capital additionnel pour
survivre à une récession plus grave.
Le produit des remboursements au TARP contribuera
à réduire les emprunts du gouvernement
fédéral américain et la «
dette nationale », indiquait le communiqué
publié hier. Les titres des
sociétés financières
américaines ont bondi récemment et le
sous-indice qui leur est consacré au sein du
Standard& Poor’s 500 a progressé de 49% au
cours des trois derniers mois.
Le soutien au crédit des entreprises
porte fruit, dit Flaherty
Le ministre
des Finances fédéral, Jim Flaherty, estime que
son plan d’aide au financement des entreprises porte fruit,
bien que la reprise économique réelle se fasse
encore attendre.
De passage à Montréal, hier matin, le ministre
des Finances a rencontré la presse, en compagnie du
président et chef de la direction de la Banque de
développement du Canada, Jean-René Halde, afin
de faire le point sur les mesures d’aide au crédit qui
ont été offertes aux entreprises dans le dernier
budget fédéral.
Davantage de prêts
« Comme vous le savez, il y a une certaine rareté
du crédit, ce qui rend la vie assez difficile (aux
entrepreneurs), a souligné M. Halde. Nous faisons plus
de prêts, avec un effort réel de prêter
à nos entrepreneurs. Notre portefeuille de prêts,
pour l’année qui s’est terminée à la fin
de mars 2009, a connu une augmentation de 11%, malgré
une situation de récession, où, en temps normal,
le nombre de projets de nos entrepreneurs diminue. »
Le ministre Flaherty, de son côté, a
précisé que le programme Facilité
canadienne de crédit garanti avait été
adapté afin de pouvoir offrir des prêts de
moindre importance, au besoin. Une somme de 1 milliard de
dollars a ainsi été ajoutée à
cette enveloppe.
Au total, 11 milliards ont été attribués
dans le cadre de ce programme.
L’autre grand
programme d’aide au financement des entreprises auquel
participe la Banque de développement du Canada, le
Programme de crédit aux entreprises, a connu un «
départ très rapide », selon M. Halde.
Un financement de 578 millions a ainsi été
accordé aux entreprises, de février à mai
dernier.
Une reprise incertaine
Malgré ces bonnes nouvelles sur le crédit des
entreprises, la reprise économique tarde à se
faire sentir. Certains évoquent une reprise en «
W », d’autres en « V » ou en « L
» avec des sursauts.
Le ministre des Finances, lui, n’a pas voulu s’avancer.
« Ce que je vois dans l’économie canadienne, ce
sont certains signes de stabilisation et certains signes
positifs de la volonté des citoyens de recommencer
à dépenser », a-t-il dit.
Il a relevé, par exemple, la « grande
popularité » des crédits d’impôt
pour la rénovation résidentielle offerts aux
contribuables dans son dernier budget.
Quant au déficit, il a répété
qu’il devait être « à l’heure actuelle,
légèrement supérieur à 50
milliards ». Il doit faire rapport au Parlement à
ce sujet prochainement.
HARPER DÉFEND SON PLAN DE RELANCE
ÉCONOMIQUE
OTTAWA— Les
effets de la récession commencent à
s’atténuer, estime le premierministreStephen Harper,
qui continue de croire que le Canada sera le premier pays
industrialisé à sortir de la crise
économique.
Comme il s’était engagé à le faire
auprès des libéraux de Michael Ignatieff en
janvier afin d’obtenir leur appui pour adopter le dernier
budget fédéral, M. Harper a fait hier une mise
à jour des mesures prises par son gouvernement pour
contrer les effets de la récession et relancer
l’économie canadienne.
À l’instar de certains organismes internationaux
comme l’OCDE ou le Fonds monétaire international, qui
prévoient que le Canada tirera mieux que tout autre
pays son épingle du jeu, le premier ministre se
montre plutôt optimiste au sujet de la reprise
économique qui pointerait à l’horizon.
Dans son dernier budget, adopté en mars, le
gouvernement Harper a annoncé des dépenses de
40 milliards de dollars pour relancer l’économie au
cours des deux prochaines années.
Selon M. Harper, le plan économique commence à
donner des résultats encourageants. Tout près
de 80% des fonds prévus dans le plan
économique ont été engagés,
a-t-il soutenu.
Il a aussi affirmé que près de 3000 projets
d’infrastructures ont été
démarrés d’un bout à l’autre du pays
depuis le début de la saison de la construction. Il a
donné en exemple les projets de réfection du
pont Champlain à Montréal, du pont Alexandra
à Ottawa et du pont Lift de Burlington.
Il a aussi cité plusieurs projets lancés de
concert avec les cent à s’atténuer. Et les
points forts du Canada commencent à être
remarqués au-delà de nos frontières.
(…) Plus que jamais, nous devons garder le cap », a
soutenu le premier ministre.
Au sujet des t ravai l leurs qui perdent leurs emplois, M.
Harper a affirmé que la machine gouvernementale a mis
le pied sur l’accélérateur pour traiter leur
demande de prestations d’assurance-emploi plus rapidement.
La moyenne d’attente est d’environ 28 jours pour obtenir un
premier chèque, a affirmé le premier ministre.
Il a aussi rappelé que les chômeurs que le
programme ne répond pas aux réalités de
la récession que nous vivons », a dit M.
Harper.
Durant sa
présentation, le premier ministre a rappelé
que la crise économique entraînera un
déficit considérable en raison de la chute des
rentrées des impôts, de l’aide au secteur
automobile et de la hausse des coûts des programmes
sociaux comme l’assurance-emploi. Le déficit devrait
atteindre les 50,2 milliards de dollars. Mais dans son
rapport, le gouvernement Harper s’abstient maintenant de
dire quand il prévoit éliminer ce
déficit. Dans son budget, le ministre des Finances,
provinces au cours des dernières semaines, notamment
la construction de deux éoliennes géantes
à Summerside, à
l’Îledu-Prince-Édouard, qui permettront
d’alimenter en électricité le quart de la
population de la ville. Ce projet permettra aussi de
réduire les émissions de gaz à effet de
serre.
« Les mesures sans précédent que nous
avons prises commencent à produire des
résultats. Les effets de la récession
commenpeuvent obtenir des prestations pendant cinq semaines
de plus cette année.
En outre, 100 000 Canadiens se sont prévalus du
programme de partage de travail financé à
même le régime d’assuranceemploi depuis le
début de l’année.
« Le programme d&