Éducation
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AUTRES MÉDIAS |
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La complaisance
La pierre de Rosette
Faire
la classe à la maison - «Il faut
réinventer l'école»
Canadian universities must reform or perish - Globe
Editorial
Conseil
canadien sur l'apprentissage - Le Canada fait figure de
cancre en éducation
Virages
bon marché
Les cégeps en chiffres
Alberta's education system offers lesson in competition -
Tom Flanagan
Are we serving the public or the providers? - JEFFREY
SIMPSON
Universities get an F for failing undergrads - Jeffrey
Simpson
Ontario education: More teachers college does not a
teacher make
L'ÉCOLE
DE
LA
VIE
Le petit Monet de Holt
Longer teacher training is not better - Globe editorial
Why Alex can’t add (or subtract, multiply or divide) -
MARGARET WENTE
Teaching the Khan way - MARGARET WENTE
Inside
the entitlement generation - MARGARET WENTE
Unskilled, unmarried, unwanted …
Is
our students learning? - Margaret Wente
Stop shafting
undergrads, get profs back into the class - Jeffrey
Simpson
When
state
education
fails
us
-
Neil
Reynolds
Les
maths
s’apprennent
dès
l’âge
de
1
an
Apprendre,
un
jeu
d’enfant
?
Mathématiques:
l'hypothèse du pragmatisme
Choc
des
générations
Vade retro, Satana…
Heading back to school? Hope you’ve memorized the
Copyright Act
Professionnaliser la profession
Hausser
les
salaires,
mais
abolir
la
sécurité
d’emploi
L’éducation
doit
être
la
«
priorité
nationale
»
,
dit
Legault
Du pain sur la planche
Falcon
first to focus on social-policy issue for future
Handled carefully, merit pay for teachers might work
It’s time to change our outdated school calendar
LA
RÉCRÉ
EST
TERMINÉE
S’incliner devant les rois
Give youths access to the working world
L’Université McGill punie pour sonMBA à
30000$
Étude
du CIRANO - Rentable, l'université
Comment apprendre autrement...
Une fin des classes tout en musique
Et si l'on se donnait la peine de repenser un peu les
objectifs que nous avons fixées à nos
programmes d'enseignement ?
Pourquoi faire l’autruche ?
La
Déséducation, une websérie en 16
épisodes - Le coup de gueule d'un enseignant
désillusionné
La
fin d’un tabou
UNE
INTÉGRATION
CONTROVERSÉE
La
ministre
Beauchamp
pourrait
«
bousculer
»
le
milieu
scolaire
Et si l'on se mettait à envoyer l'argent là
où il devrait aller, et donc dans les écoles,
plutôt que dans la bureaucratie, et notamment dans les
commissions scolaires ?...
Les
coûts de gestion grimpent plus vite que ceux de
l'enseignement
Un cercle vicieux - Jean Falardeau
Les
écoles
réclament
plus
de
moyens
Et si l'on se donnait la peine de réévaluer
nos programmes d'enseignement dans leur ensemble, de leurs
objectifs jusqu'à leur financement ?...
Médecins et techniciens
Doit-on s’inspirer du modèle finlandais ?
La société- viaduc
Why build half an engineer?
Without access to
education, wealth disappears
Les
«vraies
affaires»
-
Alain Dubuc
LA
priorité - André Pratte
À
la recherche du prof idéal
Le rêve fou d'une jeune maman
Free money you've never heard of
Et comment la performance de nos jeunes se compare-t-elle
donc à celle des jeunes de toute la planète
?...
The
good,
the
bad
and
the
ugly
education
facts
-
Jeffrey
Simpson
Du
bon usage des tests
Des
bonnes nouvelles de nos ados
On
est
vraiment
très
bons
Canada
is
not
becoming
outclassed
-
Jeffrey
Simpson
La barre est placée haut
La
réforme
contestée,
mais
efficace
Et s'il arrivait aux enseignants de parfois manquer
eux-mêmes d'un certain savoir-vivre, pour ainsi dire
?...
Moyens de pression des enseignants: céleri, iPod et
lunettes fumées
«La
vraie négociation commence»
Grève: plus de 300 000 élèves en
congé forcé
Teachers
protest
outside premier's office
Québec restera
ferme devant la journée de grève de la
FAE, dit Courchesne
Entente
en éducation - Les enseignants devront faire preuve
de davantage de souplesse
Le gouvernement Charest se moquerait-il carrément de
l'éducation ?...
Négociations:
la grogne s'installe dans les écoles
Un
C
pour
la
ministre
Courchesne
-
Rima Elkouri
Bons
en
éducation,
pourris
en
innovation
-
Claude Picher
La locomotive du Québec
Feu
la
culture
-
Mario Roy
Les coûts de la non-scolarisation
Quoi ?..
A good idea badly marketed
Le
retour tranquille de la religion - Michèle Ouimet
Modification
du calendrier scolaire: le tollé se poursuit
Accommodement
- Le lobbyiste des écoles juives était
militant du PLQ
Nouveau calendrier scolaire: les parents ignorés
La
grogne s'amplifie contre le règlement de la
ministre Courchesne
Calendrier
scolaire: la ministre Courchesne s'explique
Écoles
juives: le gâchis - André Pratte
Critics
decry
Quebec
plan
on
religious
schools
La
grogne s'amplifie contre le règlement de la
ministre Courchesne
Un
décret sur mesure pour les écoles juives
Y aurait-il donc quelque chose qui cloche aussi dans notre
cher système d'éducation ?....
Un
prof sur quatre veut changer de métier
Détresse psychologique - Les enseignants montrent
la réforme du doigt
Et notamment, ce pourrait-il donc que notre cher
système présente de graves signes
d'inefficacité, comme peut-être tout
système public, par ailleurs ?...
CEGEP
bailout shows poor planning
Quebec
must fix CEGEP shortfall now!
... et que dire d'ailleurs de nos chères commissions
scolaires ?...
Lettres
- L'intimidation à l'école serait quasi
universelle
Avenir
des commissions scolaires - L'enjeu dépasse la
question d'argent
Les commissions scolaires : une institution à
réformer
Le couperet
Les
commissions scolaires entendent simplifier leur
administration
Gestion douteuse
Centrale
des
syndicats
du
Québec
-
«On
n'arrête
pas
de
casser
du
sucre
sur
le
dos
des
professeurs,
mais
les
écoute-t-on ?»
Les
commissions
scolaires
fustigent
Legault
Comptables
recherchés
Rapport
du Vérificateur général - Les
commissions scolaires pourraient réduire leurs
dépenses
Des
dépenses trop élevées dans les
commissions scolaires
Holding
school, municipal votes on same day is bad idea
School-board
election idea deserves serious debate
ÉLIMINONS
LES COMMISSIONS SCOLAIRES - Jean-François
Allard & Luc Paquin
Voir aussi Un
gaspillage ? Non !...
Décentraliser la gestion des écoles: des
idées venues d’ailleurs
Se pourrait-il donc que Jean Charest ne comprenne rien
à l'éducation ?...
Putting education in a straitjacket
Les
écoles à vocation particulière
menacées?
L'école
au temps du «Petit Nicolas» - Marie-Claude
Lortie
Adieu,
semaine de quatre jours à l'école?
NÉGOCIATIONS DANS LE SECTEUR
PUBLIC Les enseignants choqués par
les propositions patronales
- Ariane Lacoursière
Sauvez
cette école, SVP - Rima Elkouri
Règles budgétaires en
éducation : Des projets spéciaux en
péril - Ariane Lacoursière
... ou se pourrait-il tout au moins que le gouvernement
Charest n'ait pas vraiment d'autre vision pour
l'éducation que d'en augmenter les frais ?...
Peut-on vraiment prétendre accorder de l'importance
à l'éducation tout en laissant nos
universités se voir sous-financées ?...
Secteur
scientifique - «Il faut donner aux
universités les moyens de concurrencer ce qui se
passe ailleurs»
L'avenir de l'éducation peut-elle vraiment faire
autrement que de passer par l'augmentation des frais de
scolarité, ne serait-ce qu'entre autres choses ?...
At
last: fresh ideas on financing universities
Les
grandes universités s'enfoncent dans le rouge
Les
droits de scolarité grimpent dans sept provinces
Financement
des universités - Les remèdes du Dr Breton
Quebec
should keep its nose out of McGill's MBA program
Des
universités de qualité pour l'avenir du
Québec
Hausse
des droits de scolarité - Une véritable
barrière
Un écart intolérable - ROBERT LACROIX
Retards
alarmants
-
LUCIEN BOUCHARD
Maintenant
ou
jamais
-
André Pratte
Bouchard,
tuition
fees
and
post-secondary
'segregation'
Droits
de
scolarité
-
Place
au
débat!
Lettres - Faire payer les étudiants ou les banques?
Pacte pour le financement concurrentiel des
universités - Qui devrait en faire les frais?
Universities'
plight shows Quebec model's failings has failed our
universities
Universités:
pour
l'équité
-
Yves
Boisvert
Le volant et le souriceau - Lysiane Gagnon
Lettres
- Quel gel des frais de scolarité ?
Le
club des ex - Michèle Ouimet
Des chiffres qui laissent place à
l'interprétation
Sous-financement
des universités - Aux étudiants de renflouer
les coffres, dit Lucien Bouchard
Et d'ailleurs, de la gratuité aux frais
exorbitants, quel modèle de financement devrait-on
donc établir pour l'éducation ?...
Mme
Courchesne
contre
M.
Charest
-
André Pratte
Rémunérer
les
élèves?
-
Lysiane Gagnon
L'université
accessible: n'imitons pas le modèle
américain
Lettres
- Université ouverte aux talents confirmés
Lettres
- Pour régler le sous-financement
Le
coup de force de McGill - Alain Dubuc
Un gel
inacceptable - Lysiane Gagnon
Lettres
- Éducation : l'impossible choix
Et se trouve-t-il à quelque part une voix pour
défendre l'accessibilité à
l'éducation ?...
L'accès
à l'éducation, la priorité nationale
Lettres
- Pourquoi une hausse des droits de scolarité?
Droits
de scolarité - Une manif nécessaire
Du banal pas-dans-ma- cour
The crushing weight of student debt
Des
raisons
de
s’indigner
Droits
de scolarité - De quoi vociférer
Droits
de scolarité - La part inéquitable
Le
gouvernement est tombé sur la tête
Où
ira
l’argent
?
Without access to
education, wealth disappears
Car comment pourrait-on trouver un quelconque fondement
à des commentaires ne pouvant mener qu'à faire
payer toujours plus les étudiants ?...
Une bataille d’arrière-garde
Jean Charest irait-il jusqu'à se moquer du
droit des jeunes à une éducation
équitable et de qualité ?...
Sauvez cette école, SVP - Rima Elkouri
Écoles défavorisées 105
écoles « gagnent », 150 « perdent
» - Marie Allard
Plus de 300 écoles changent de statut
- Marie Allard
Se pourrait-il que tous les jeunes ne soient pas
égaux dans notre système d'éducation
?...
Il manque de professionnels, clame un syndicat
DES
CHOIX
BÊTES
Autisme
- Le meilleur ami du TED
Élèves
en difficulté - Socio 101
Analphabètes
et isolés
L'école
du centre Mackay: l'intégration à l'envers
La
petite enfance oubliée des orthophonistes
Dyslexie:
querelle autour d'un diagnostic
Quel
que soit leur handicap, les enfants déficients
devraient profiter de services équitables et de
qualité
MANQUE D’ORTHOPHONISTES La CSDMpaie pour la
consultation au privé
Voir aussi... Au
sommet… grâce à l’école
publique - Juan José Hernandez
Mais l'égalité des chances devrait-elle
pourtant justifier que l'intégration des enfants
en difficulté se fasse n'importe comment ?...
Pour une classe spéciale performante
UNE
PRESSION
POUR
LES
ENSEIGNANTS
NON À L’EXCLUSION
Le
dogme
de
l’inclusion
Pour
une
inclusion
partielle
Adapter les solutions pour chacun
Meeting special needs needs special care
Plaidoyer
pour
les
classes
spéciales
Élèves
en difficulté: les syndicats pressent le
Ministère d'agir
Grève:
plus de 300 000 élèves en congé
forcé
CPE:
les limites de l'intégration
Obtention de subventions: un processus long et laborieux
Les géantes - Rima
Elkouri
Notes
éducatives
-
Pierre Foglia
Suite éducative - Pierre Foglia
Davantage
de classes spéciales pour les élèves
en difficulté
L'intégration
des élèves handicapés suscite des
questions
Et en bout de ligne, que faire, au juste, avec les
élèves en difficulté ?...
Des « voies de garage » pour
élèves en difficulté?
... et que penser du calendrier scolaire ?...
Calendrier
scolaire: Courchesne fait marche arrière
L'école
du samedi - Lysiane Gagnon
LAISSEZ-NOUS RESPIRER - HÉLÈNE
REEVES
Calendrier
scolaire - Confusion
Le
calendrier scolaire revu et corrigé
Si les profs pouvaient... -
STÉPHANE LAPORTE
CSDM
: Un plan ambitieux pour « stopper
l’hémorragie » - Marie Allard
Violence
à
l'école:
les
profs
au
bout
du
rouleau
Le plaisir de faire mal
Sondage
sur la violence à l’école : Personne n’y
échappe - Daphné Dions-Viens
Au
sommet… grâce à l’école
publique - Juan José Hernandez
For troubled teens, a visit to a place called hope -
Margaret Wente
Décrochage
It's in everyone's interests to keep kids in school
Grosse fatigue
Objectif : persévérance
Pourquoi
décrochent-ils?
Des
ordinateurs
pour
motiver
les
élèves
Un
coup
de
pouce
contre
le
décrochage
scolaire
Deux
élèves
sur
cinq
ne
terminent
pas
leur
secondaire
en
cinq
ans
Des
pistes
pour
réduire
le
décrochage
Baisse
artificielle
du
décrochage
Milieux
défavorisés: le MELS n'a pas atteint ses
cibles
Décrochage:
un plan inefficace
Décrochage
scolaire: le Canada fait piètre figure
Un
Canadien sur cinq abandonne l'école avant ses 19
ans
Groupe
d'action sur la persévérance et la
réussite scolaires - L'objectif : faire passer de
69 à 80 %, d'ici 2020, le taux d'obtention d'un
diplôme d'études secondaires
Contrer le décrochage, parce que
c’est notre relève - Jacques Nantel
Des jeunes tannés de vivre en
groupe - Nathalie Latrémouille
Message
paradoxal - NATHALIE COLLARD
Décrochage : Un problème de valeurs, pas de
dollars - ALAIN DUBUC
Un plan attendu - NATHALIE COLLARD
DÉCROCHAGE : UN PLAN AMBITIEUX, UN ACCUEIL
TIÈDE
Où est le progrès ? -
Michèle Ouimet
PROMESSE NON
TENUE - Marie Allard
La
CSQ
presse la ministre d’agir - Marie Allard
PAUVRE
MONTRÉAL! - JACQUES MÉNARD
Le tourbillon de la rentrée -
NATHALIE COLLARD
... et formation professionnelle...
Student
dropout rate too high? Let’s try child labour
Pourquoi
décrochent-ils?
Et notre lutte au décrochage pourra-t-elle finalement
s'avérer un succès ?...
Les garçons décrochent moins au
Québec
Le mythe du cancre
La qualité de l'enseignement serait-elle donc
véritablement menacée au Québec, et ce
surtout au niveau supérieur ?...
Université de Montréal: le dernier cri
d'alarme du recteur
Québec doit aider McGill à rester un
pôle mondial de savoirs
Des
acquis fragiles
Sous-financement des universités - Aux
étudiants de renflouer les coffres, dit Lucien
Bouchard
«Le Québec a mal à ses
universités»
Université de Montréal - Affaire de chiffres
Levée
de boucliers contre les droits de scolarité au
collégial -
Ariane Lacoursière
Prêts et bourses : Un comité estime
l’indexation de 0,4 % insuffisante
Importante chute du nombre de cégépiens en
vue - Marie Allard
Un problème à
résoudre - Roxanne Lajoie
Le
déclin
de l’université québécoise
- YVES BOISVERT
Universités
québécoises : LOIN DU
DÉCLIN - Louise Roy
Gel de
l’embauche à l’UdeM
ÉCOLES DE LA CSDM Une clientèle de
plus en plus pauvre
Qui
s’instruit s’enrichit? - Ariane
Lacoursière
Et que dire de cette bonne vieille Réforme ?...
Lettres
- Bravo les filles!
Enfants
de la réforme au cégep: pas moins bons, mais
différents
Rentrée
des étudiants de la réforme - Les
cégépiens ne s'inquiètent pas, mais
guident la ministre
Promising
results from provincial finals
Résultats
aux
examens
ministériels:
les
meilleurs
en
cinq
ans
Génération
réforme (1) - Meilleurs ou pas, les finissants du
secondaire?
Une
réforme réussie
Réforme:
l'ADQ demande à Courchesne d'arrêter de
louvoyer
Détresse
psychologique - Les enseignants montrent la réforme
du doigt
L'urgence
- André Pratte
Réforme : Des élèves «
peu autonomes » - Ariane
Lacoursière & Marie Allard
ÉCOLES
SECONDAIRES Le Québec toujours aussi mauvais
élève - Ariane Lacoursière
Un immense gâchis - Joseph
Facal
UN DÉTOURNEMENT - LOUIS
DION
« Mauvais anniversaire »
à la réforme scolaire
Promus à l’école secondaire
malgré de graves lacunes - Marie Allard
Un nouveau programme pour faciliter le passage
à la grande école - Marie Allard
Dans
un piètre état : La réforme scolaire
n’a rien fait pour améliorer l’enseignement des
sciences au primaire et au secondaire
Les grands débats de
société - Pierre Foglia
... Mais revenir en arrière peut-il pourtant
être considéré comme une solution digne
de ce nom ?...
Offensive en faveur de la réforme
Le
bulletin unique et chiffré est reporté
La
vie est parfois un vrai pique-nique
La
vraie progression
Bulletin
scolaire - Un autre virage...
Retour
au bulletin unique à l'école
Secondaire:
le milieu craint le plan de la ministre
Réforme
de l'éducation - Le refus d'«avancer en
arrière»
La
réforme réformée - Nathalie Collard
Exit
les compétences, place aux connaissances
Apprendre autrement - NATHAN BÉCHARD
Un non-sens - ROCH TURBIDE
... et parlant de la Réforme, que dire aussi du
maquillage de résultats ?...
Maquillage
permanent
-
Rima Elkouri
La
réussite
bidon
(bis)
-
Rima Elkouri
La
pédale
douce
pour
les
enfants
de
la
réforme
Élèves de la réforme: on est loin du
«grand drame» appréhendé
PAUVRE
MONTRÉAL! - JACQUES MÉNARD
Décrochage et pauvreté
- Richard Latulippe
DÉCROCHAGE
: UN DRAME HUMAIN - L. JACQUES MÉNARD
Éducation
: une invitation pour la ministre -
MICHÈLE OUIMET
Quels
gérants d’estrade ! - Jacques
Ménard
Quand l'enseignement fait rien de moins que de petits
miracles...
Dernière journée d'école: des pleurs
à Clarenceville
Sauvez
cette école, SVP - Rima Elkouri
La
persévérance : la priorité
absolue - Marie Allard
Projet
Déclic
Le succès de l’école de la dernière
chance - Marie Allard
L’école
des « raccrocheurs » LYSIANE GAGNON
Un
an de plus pour terminer son secondaire
Malgré
une subvention, les écoles ne se bousculent pas
Et pourquoi les anglophones semblent-ils donc devoir
réussir mieux que les francophones, de façon
générale ?...
Pourquoi
l'Ontario réussit-il mieux en lecture?
Diplomation
universitaire - Pourquoi un bonnet d'âne aux
francophones?
Diplômes:
l'écart anglos-francos perdure
CSDM - « Pourquoi les jeunes
Montréalais réussissent-ils moins bien que
les autres ? »
MOINS
DE DÉCROCHAGE À ENGLISHMONTREAL -
Michèle Ouimet
Louis-Joseph-Papineau,
la
planète
francophone
- MICHÈLE OUIMET
À
John F. Kennedy, la majorité s’accroche
malgré tout - MICHÈLE OUIMET
Douance : Des jeunes (pas tout à fait) comme les
autres - Sylvia Galipeau
COMPRENDRE
LA
DOUANCE
Les
experts
ne
s’entendent
pas
Et pourquoi pas un petit débat "public-privé",
pendant qu'on y est ?...
Réussite
des élèves - L'école privée
est meilleure que l'école publique
L’école des marques - Nathalie
Petrowski
La culture du PPCD - ALAIN DUBUC
École privée vs publique : la guerre
des chiffres est relancée -
André Duchesne
Controverse à l’école
Mont-Royal - MARIE ALLARD
L’école
dans tous ses états - MICHÈLE OUIMET
Les
écoles privées réclament plus
d’argent - Marie Allard
Le choix du
privé - NATHALIE COLLARD
LE PRIVÉ OU LE PUBLIC ? Un choix de
société
Des
millions au privé, des miettes au public
- Karim Benassaieh
Voir aussi UNE
MANNE DONT TOUS VEULENT PROFITER
Hydro-Québec se fixe des règles
- Isabelle Audet & Catherine Handfield
La faute
de Thierry Vandal - MICHÈLE OUIMET
Voir aussi Charest
aurait-il un petit problème avec
l'éthique ?...
ainsi que Pas
de vie culturelle sans Hydro - Nathalie
Petrowski
Stopper l’ingérence d’Hydro
Hydro-Québec
désamorce une éventuelle controverse
- André Noël
Subvention
à
un collège privé : Québec met le
holà à Hydro - André
Noël
Un don de
250000$ d’Hydro-Québec - André
Noël
L’école
publique
en
chute
libre
L'enseignement
n'est pas toujours évalué
L’école
publique pour un enfant de la Mission de
l’Esprit-Saint
La ségrégation subventionnée, non
merci - Rima Elkouri
Québec
cessera de financer trois écoles juives
DES
ÉCOLES JUIVES ENCORE ILLÉGALES
Jusqu’à
septembre pour se conformer à la loi
Une
école juive hassidique clandestine à
Napierville - Marie Allard
Voir aussi LES
FRANCOPHONES
MANQUENT
À
L’APPEL
Malbouffe
- Une histoire grasse
Fast-food
autour des écoles - Entre interdiction et
éducation
Sherbrooke
- L'université estrienne brille aux prix Octas
Le bac se déprécie
Et la liberté d'expression existe-t-elle toujours
dans notre système d'éducation ?...
UQAM: des étudiants à la défense d'un
prof
La légitimité des recteurs de l'UQAM et de
l'UdeM ébranlée
Les
diplômés remboursent leurs prêts plus
rapidement qu’avant - DETTES D’ÉTUDES
Lettre d'une enseignante
révoltée !...
Un (rare) hommage à l’école
publique
Finir l’année scolaire en
chantant - Marie Allard
Transformation
extrême d’un service de garde
- SYLVIA GALIPEAU
Documentaires
- PIERRE FOGLIA
Impacts de
l'emploi étudiant
Devoirs
au primaire - Faux gage de réussite
Maudits devoirs! - Rima
Elkouri
Une
majorité de parents favorables aux devoirs
Un
guide sur les devoirs en septembre
Y aurait-il quelque chose qui cloche avec nos
commissions scolaires ?...
Peur d'avoir peur - Ariane Krol
... de même qu'avec ce cher Ministère de
l'Éducation, des Loisirs et des Sports ?...
Son
stage complété avec succès, on lui
refuse son brevet
Reste-t-il encore quoi que ce soit de
moindrement utile dans le curriculum de nos
élèves ?...
La
culture générale, la grande oubliée?
Le
sexe à l'école-
Stéphane Laporte
L'école
de la tolérance
Examens
de français au cégep: pire taux
d'échec en 10 ans
Les anglophones réussissent mieux
- Ariane Lacoursière
À
court d’histoire ANDRÉ PRATTE
Ça manque à ma culture…
- NATHALIE PETROWSKI
Réussite vs compétence
Le grand malaise
La jungle des services financiers
Analphabètes de l’argent
Au pays des illettrés
financiers - Sophie Cousineau
Requiem pour le cours d’économie
Test de français plus difficile :
Hécatombe en vue chez les futurs profs
Voir aussi LE drame -
CLAUDE PICHER
Aller se former à Vancouver... et y
enseigner - Marie Allard
DE PLUS EN PLUS DE PROFS SANS PERMIS - Marie
Allard
Plus
de
femmes
que
d’hommes
décrochent
leur
diplôme
Les hommes se font plus rares - Marie Allard
À l’école, p’tit gars ! -
Mario Roy
OUI > Il faut tenir compte des
différences d’apprentissage entre
garçons et filles
Choix de carrière: est-ce que tout se joue au
secondaire ?
LA PERFORMANCE À OUTRANCE -
MICHÈLE OUIMET
Des examens jugés « trop stressants
» - Ariane Lacoursière
LES LAISSÉS-POURCOMPTE DU PRIVÉ
- Marie Allard
EXPULSÉ
POUR UNE MOYENNE DE 64,5% - Ariane
Lacoursière
Lectures scolaires: Kafka ou Twilight?
Difficile pour les profs de choisir des livres
De la paresse - ROXANE SICOTTE
Des livres endormants - ÉRIC ST-ONGE
NIVELLEMENT PAR LE BAS - LIARA BRAULT ET
ANDRÉE HAMMOND
De Twilight à Kafka - ANNIE CONTANT
Non
à la malbouffe culturelle à l'école!
- Rima Elkouri
Oui
à l'effort - Nathalie Collard
La passion des
livres - Nathalie Collard
L’échec scolaire, un luxe de trop
Dévalorisée, usée,
écrasée
J’EN
AI
MARRE
Je
suis un résidu
Une
profession
dévalorisée
-
MICHEL LEBEL
Un titre professionnel pour les enseignants
- Marie Allard
Le
crochet
du
décrochage
-
JEAN-PAUL JACQUES
Deux profs par classe - Martin Lépine
Des intervenants dénoncent une culture de
l'absentéisme
Le
bateau prend l'eau
Fermetures d'écoles
Entente
à l'UdeM: le semestre des étudiants est
sauvé
UdeM:
qui doit bouger?
Les chargés de cours de l'UdeM rejettent les offres
patronales
UdM: les étudiants se battent pour leur trimestre
Branle-bas de combat dans les écoles
Plaidoyer
pour garder les brevets d'enseignement
Formation d'enseignants d'anglais: l'autorisation a
tardé
Music-teacher decision strikes the wrong chord
La
CSDM
présente
ses
excuses
aux
élèves
refusés
aux
cours
d’été
Des examens du Ministère
pourraient ne pas compter - Marie
Allard
Liste des
fournitures scolaires : La démesure
Nous sommes uniques
Une
étudiante de la TELUQ se sent flouée
Révision de notes: les dés sont
pipés, croit un cégépien
Sortie
de
classe
-
Stéphane
Laporte
Les
nouvelles - Pierre Foglia
Descartes
- Pierre Foglia
Promising results from provincial finals
Taux
de réussite - L’incrédulité
Des
élèves sans recours
Évaluation des enseignants
Les
anglophones bonifient déjà le salaire des
enseignants
Un ordre professionnel s’impose
Improductif
UNE « EXPÉRIENCE UNIQUE » QUI TOURNE AU
DÉSASTRE
En Ontario, l’ordre des enseignants est très actif
IMPOSER
L’EXCELLENCE
Doit-on tolérer l'incompétence en
éducation?
Handled carefully, merit pay for teachers might work
Des « mercenaires de l’éducation » ?
Et comment repenser l'enseignement ?...
La persévérance ne suffit pas
Querelle
autour de l'enseignement en maternelle - Experts et
enseignants sont divisés sur l'aide à
apporter à un nombre grandissant d'enfants en
difficulté
Et surtout, pourra-t-on enfin concevoir qu'il nous faille
développer d'autres compétences que celles qui
peuvent être prescrites par le curicculum
traditionnel, ou par les orientations traditionnelles de
l'enseignement ?...
La vie après la philosophie
42
ans plus tard - Le rapport Rioux suscite toujours le
débat
Les
arts à l'école - La société
québécoise gagnerait à enseigner
davantage la danse en milieu scolaire
Voir aussi : Psychologie
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LE DEVOIR
THE GAZETTE
Quebec
is being both cowardly and interfering
Teachers and parents deserve an A on this one
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
Vaincre le décrochage,
c’est possible ! - Pierre Fortin |
Michèle
Courchesne aux Francs-Tireurs
The
Homework myth
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Retards alarmants - LUCIEN BOUCHARD
La remise
à flot de nos universités passe par une
réévaluation des droits de scolarité
Malgré tous les efforts de nos gouvernements,
l’université québécoise est
dangereusement sous-financée.
C’est par l’éducation que s’est construit le
Québec moderne: c’est à elle que nous devons la
formation de nos artistes, animateurs sociaux, innovateurs
technologiques, créateurs d’emplois, travailleurs
spécialisés. Bref, c’est grâce à
elle que nous disposons aujourd’hui des atouts qui fondent
l’espoir que nous nourrissons pour l’avenir de nos enfants.
Mais il faut bien constater aussi que notre système
d’éducation a maintenant, plus que jamais, besoins
d’efforts renouvelés. Ses déficiences actuelles
ont été maintes fois signalées par de
nombreux éducateurs et observateurs. Pensons par
exemple au phénomène du décrochage des
garçons au niveau secondaire.
Autrement dit, la restauration d’un système
d’éducation performant, ouvert et humaniste est l’un
des grands chantiers où nous devons nous activer, dans
la solidarité, la lucidité et
l’efficacité.
Nous souhaitons plus spécialement attirer l’attention
de nos concitoyens et concitoyennes sur les graves
difficultés qu’affronte présentement
l’enseignement universitaire. On ne peut sousestimer
l’importance cruciale des institutions de ce niveau dans
l’édification d’une société, le
développement des esprits et la transmission des
connaissances. En dépendent la place que la
génération qui monte prendra dans le monde ainsi
que son épanouissement personnel et collectif.
Nous vivons dans un univers de plus en plus changeant et de
plus en plus compétitif. C’est dire que nos
universités doivent se maintenir à un niveau de
qualité et de performance qui donne à nos jeunes
les outils qui leur seront nécessaires pour oeuvrer
avec confiance et succès dans une économie
basée sur le savoir.
Or,
malgré tous les efforts déployés par nos
gouvernements, l’un après l’autre, l’université
québécoise est dangereusement
sous-financée par rapport à celles du Canada et
de l’Amérique du Nord, avec lesquelles, ne l’oublions
pas, elle est mesurée. Cette précarité
financière a atteint la cote d’alerte. Si rien n’est
fait, ce sont les étudiants qui en souffriront d’abord
et, bien sûr, inévitablement, l’ensemble de la
société québécoise. N’allons
surtout pas penser qu’on peut facilement rattraper les retards
que nous sommes en train d’accuser.
La proposition que nous soumettons aujourd’hui à la
considération de tous vise à opérer le
redressement nécessaire. Nous sommes bien conscients
que toute initiative doit s’inscrire dans une juste
répartition des efforts requis pour relever l’ensemble
des défis qui nous interpellent, qu’il s’agisse des
investissements à faire à d’autres niveaux de
notre système d’éducation ou de ceux attendus
dans la santé, les infrastructures, l’environnement. La
situation est d’autant plus sérieuse que ces
investissements massifs devront s’effectuer dans le contexte
de nos inquiétantes finances publiques.
C’est pourquoi nous faisons valoir qu’au-delà d’un
effort soutenu de l’État, la remise à flot de
nos universités passe nécessairement par une
réévaluation des droits de scolarité. La
proposition que nous soumettons à la discussion cherche
à conjuguer des valeurs d’équité et de
réalisme. Un étudiant qui retire d’une formation
universitaire plus coûteuse et plus lucrative devrait
être appelé à contribuer davantage, mais
à l’intérieur d’un régime
prévoyant des mesures pour venir en aide à ses
camarades défavorisés.
Au moment où les moyens financiers de notre État
battent de l’aile, nous ne pouvons tout simplement pas
continuer à faire cavaliers seuls dans les
réseaux universitaires canadien et
nord-américain, en maintenant un niveau de droits de
scolarité qui condamne nos universités à
l’étiolement et les empêche de remplir leur
indispensable mission de préparation de l’avenir.
Il serait tragique de se résigner par l’inaction
à la dilution des réussites et des niveaux
d’excellence atteints dans plusieurs disciplines et secteurs
de recherche.
Nous
ne sommes ni des élus ni des acteurs politiques ni des
représentants mandatés. C’est donc une
démarche citoyenne que la nôtre et c’est ainsi
que nous souhaitons voir perçu et reçu cet appel
convivial que nous lançons à la population,
à la classe politique et, plus spécifiquement,
au gouvernement chargé de la lourde
responsabilité de prendre les difficiles
décisions qui s’imposent.
LAISSEZ-NOUS
RESPIRER - HÉLÈNE
REEVES
De
l’école la fin de semaine, non et encore non !
Plutôt que de rajouter des heures, on devrait contrer le
décrochage en mettant plus de ressources d’aide au
primaire et au secondaire.
Madame la ministre, en mon nom, et au nom de la dizaine de
parents à qui j’ai parlé le week-end dernier, je
vous dis: non à l’école la fin de semaine ! non
! non ! et encore non ! Assez, c’est assez !
Nous courons toute la semaine entre les devoirs, les lunchs
à préparer, les activités, les projets
spéciaux de l’école et nos propres
réunions de bureau qui ont lieu à tout moment du
jour et du soir. Être parents de trois enfants et avoir
tous les deux des carrières professionnelles, c’est un
rythme infernal. Le samedi et le dimanche, nous voulons
pouvoir respirer et laisser nos enfants respirer. Nous en
avons plus qu’assez de la performance démentielle que
le rythme de travail impose et de celle que nous imposons
à nos enfants.
Est-ce que les gens savent que depuis que vous avez
rallongé les heures d’école au primaire, les
enfants débutent leur journée scolaire à
7h50 lematin? Ce qui oblige des enfants de 5 ans à se
tenir sur le coin de l’autobus le matin à 7h en hiver,
alors qu’il fait encore nuit et qu’on gèle... C’est
absurde! C’est faire preuve d’un manque d’humanité des
plus élémentaires envers des enfants si petits.
Est-ce que les gens savent que vos bulletins chiffrés
sont une rigolade et qu’en fait, les enseignants notent encore
en lettres et ne font que convertir des lettres en chiffres,
ce qui donne des écarts de sept points entre les notes
possibles ? Les enfants ont soit 87, 80 ou 73… gros
écart, non? Encore une fois, c’est absurde. Mais le
gouvernement libéral ne craint pas les
absurdités pourvu que les apparences soient sauves. La
population pense que si on revenait au bon vieux temps, des
bulletins chiffrés, ce serait mieux? Le Parti
libéral leur donne des bulletins chiffrés.
Il faut
cesser de penser que le décrochage est dû
à la paresse des enfants et à la réforme
scolaire. Il faut cesser de penser que si on revenait aux
méthodes du bon vieux temps, tout cela se
réglerait. Il faut cesser de faire comme Lucien
Bouchard ou Joseph Facal et jeter des pierres aux enfants en
les traitant de paresseux. Il faut cesser de faire des enjeux
en éducation des bonbons électoraux de
libéraux.
Ce n’est pas de quantité d’heures à rajouter
dont il faudrait parler pour contrer le décrochage,
mais de redonner une motivation à ceux qui
décrochent. Il y a longtemps que ceux qui
décrochent ont été largués par le
système, car il y a unmanque d’accompagnement flagrant
dans ce système, un manque d’humanisme.
Pourquoi faut-il que des parents en soient rendus à
poursuivre en justice des commissions scolaires, comme ils le
font actuellement, pour obtenir des services en orthophonie et
en orthopédagogie? Un enfant qui traîne des
difficultés depuis le primaire est forcément
plus à risque de décrocher un jour... Le seul
moyen de contrer le décrochage est de mettre plus de
ressources d’aide au primaire et au secondaire.
Cessons de penser en terme punitif et coercitif, cela ne donne
strictement rien si le désir et le plaisir d’apprendre
ne sont pas au rendez-vous. Oui, il faut mettre plus des
ressources en éducation pour que cela fonctionne, pas
plus d’heures...
Madame la ministre, j’en ai plus qu’assez de vos mesures qui
prennent mes enfants en otages pour vous faire du capital
politique. L’école le samedi, c’est non!
ÉLIMINONS LES COMMISSIONS SCOLAIRES
- Jean-François Allard & Luc Paquin
Leur existence
prive l’école publique de ressources vitales
Les auteurs sont des enseignants à l’école
secondaire publique à Montréal. La semaine pour
l’école publique est un moment propice pour
s’interroger sur cette institution qui est trop souvent
laissée dans l’ombre des comparaisons avec
l’école privée.
PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES
LA PRESSE
Il faut offrir à l’école
publique les moyens qui lui font défaut pour
convaincre ceux qui pensent qu’on fait mieux au
privé.
La gouvernance en matière d’éducation au
Québec est trop peu souvent remise en question. Les
sommes colossales investies dans l’éducation par les
Québécois méritent d’être
allouées aux élèves et aux intervenants
de premières lignes dans les écoles publiques.
Le Québec mérite une école privée
de gaspillage. Pour mettre en oeuvre des changements profonds,
il importe que l’État québécois prenne en
charge la gouvernance de l’éducation.
L’État québécois ne doit plus laisser
l’éducation en sous-traitance aux commissions
scolaires. Ces structures archaïques ont
été mises en place au XIXe siècle pour
gérer l’éducation «religieuse» alors
que l’État était minimaliste. Aujourd’hui,
l’État québécois à le devoir de
prendre en charge la gestion du réseau scolaire. Il n’y
a plus lieu de conserver la commission scolaire tel qu’elle
existait jadis d’autant qu’elle n’a plus la
légitimité démocratique d’exercer son
pouvoir fiscal depuis fort longtemps.
L’existence même des commissions scolaires prive et
dérive les écoles publiques des ressources dont
elles ont tant besoin. Pour être efficace et
adaptée à son milieu, l’école a besoin de
liberté Les Québécois contribueront ainsi
à l’éducation de l’ensemble de la jeunesse du
Québec sans l’intermédiaire des commissions
scolaires. Cette réorganisation radicale de
l’école québécoise lui offrira enfin les
moyens qui lui font défaut pour convaincre ceux qui
pensent qu’on fait mieux au privé.
Une source
supplémentaire de financement pour l’école
publique doit aussi provenir du transfert des subventions
accordées à l’école privée vers le
secteur public. Un sondage CROP effectué en août
dernier révèle que 67% des
Avec des subventions à la hauteur de 60%, sans compter
les crédits d’impôt, l’école privée
est en voie de devenir une école publique payante et
n’a de privé que le nom. Cette iniquité est
incompatible avec le système scolaire gratuit et
universel que s’est donné le Québec et qui est
un principe fondateur de notre système
d’éducation.
Le secteur public doit cependant tirer des leçons du
succès que l’école privée a connu ces
dernières années: l’argent y est investi et
géré plus efficacement, le ratio
gestionnaires/enseignants/élèves est plus
équilibré, chaque établissement
possède une autonomie qui facilite l’adaptation de
l’école à son milieu et enfin, la promotion du
sentiment d’appartenance à l’école est
importante pour le personnel, pour les étudiants et
pour la communauté.
Nous sommes devant un choix décisif. Soit nous
poursuivons sur la route de la privatisation de l’enseignement
et nous privilégions une éducation à deux
vitesses au prix d’une fracture sociale. Soit nous optons pour
la solution qui fera en sorte que tous (riches, pauvres et
endettés) puissent s’assurer que l’école
publique québécoise soit l’unique clef de la
réussite collective et aussi le seul moyen par lequel
chaque individu s’affranchit de l’ignorance.
NÉGOCIATIONS DANS LE SECTEUR PUBLIC
Les
enseignants
choqués par les propositions patronales -
Ariane Lacoursière
Alor s que
débutent l es négociations dans le secteur
public, les deux principaux syndicats de l’enseignement du
Québec ont été choqués, hier, par
les premières offres patronales. Selon les syndicats,
le gouvernement « n’apporte aucune solution » aux
problèmes vécus dans les écoles et fait
même preuve « d’arrogance à l’égard
des enseignants ».
La Fédération autonome de l’enseignement (FAE)
qualifie de « gifle au visage » les propositions
déposées hier matin par le Comité
patronal de négociation pour les commissions scolaires
francophones du Québec (CPNCF).
« On parle depuis longtemps des problèmes
vécus dans le milieu de l’éducation. Mais
aujourd’hui, on voit que le gouvernement n’écoute pas
le cri de détresse de ses enseignants », affirme
le président de l a FAE, Pierre St-Germain.
« Leur dépôt reflète leur
méconnaissance totale de la réalité des
profs », ajoute la présidente de la
Fédération des syndicats de l’enseignement
(FSE), Manon Bernard.
Pour
diminuer la lourdeur de la tâche des enseignants, les
syndicats veulent freiner l’intégration
d’élèves en difficulté dans les groupes
réguliers et diminuer le nombre
d’élèves par classe. De son côté,
le gouvernement ne propose aucune solution concrète
pour diminuer la lourdeur de la tâche des enseignants,
selon M. St-Germain.
Le président du CPNCF, Bernard Tremblay, affirme que
la partie patronale se « concentre sur le meilleur
enseignement pour la réuss i t e des
élève s » . « L e s conventions
collectives ont commencé il y a 40 ans, souligne-t-i
l . I l faut les actualiser pour nous permettre d’offrir le
meilleur enseignement. »
« Avec les proposit ions patronales, on a l’impression
que la réussite des élèves ne repose
que sur nos épaules, réplique Mme Bernard.
C’est vraiment une déception. »
Le gouvernement se donne jusqu’au 31 mars pour en arriver
à une entente avec les syndicats. Pour M. StGermain,
cet objecti f est irréaliste. « On est aux
antipodes actuellement », dit-il.
Mme Bernard croit qu’il faudra travai l ler très fort
pour y arriver. « Le gouvernement devra nous
écouter sérieusement. Parce qu’on ne peut pas
se retrouver dans une situation pire qu’actuellement
», juge-t-elle.
Règles budgétaires en
éducation : Des projets spéciaux en
péril - Ariane Lacoursière
Plusieurs
établissements scolaires du Québec craignent que
les nouvelles règles budgétaires imposées
par le gouvernement ne les empêchent dorénavant
de mener à terme leurs projets spéciaux, dont
d’importants travaux de rénovation. Car les nouvelles
règles qu’a adoptées au printemps dernier le
ministère de l’Éducation (MELS) changent
radicalement la manière dont les écoles peuvent
utiliser leurs surplus.
À l’école Notre-Dame-del’Assomption dans le
quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal,
certains parents craignent que leur cour d’école ne
soit pas rénovée cette année comme
prévu. C’est que les nouvelles règles
budgétaires du gouvernement obligent maintenant les
écoles à redonner leurs surplus
budgétaires à leur commission scolaire, qui
donne à son tour les surplus au gouvernement.
À l’école Notre-Dame-del’Assomption, des surplus
budgétaires de 17 000$ avaient été
réservés pour rénover la cour
d’école, selon un parent engagé dans le dossier.
Mais cette année, l’école a dû redonner
les 17 000$ accumulés, ajoute le parent.
La directrice de l’école Notre-Dame-de-l’Assomption n’a
pas rappelé La Presse. Le porte-parole de la Commission
scolaire de Montréal (CSDM), Alain Perron,
reconnaît que les nouvelles règles obligent les
écoles à retourner leurs surplus. Il assure
toutefois que tous les projets de rénovations de cours
d’école auront lieu. « Au lieu d’être
conservé à l’école, l’argent sera
conservé au Conseil du Trésor. Cet argent
appartient quand même à l’école. Oui, il
est pris, mais pour être redonné »,
explique M. Perron.
Le président de l’Association montréala ise des
directions d’établissements scolaires (AMDES),
Gaétan Neault, affirme que « les gens ne savent
pas sur quel pied danser » depuis l’adoption des
nouvelles règles budgétaires. « On a des
informations au compte-gouttes. On craint de ne plus voir la
couleur des surplus », dit-il.
M. Neault
explique que certaines écoles accumulent depuis des
années leurs surplus pour mener un projet d’envergure.
« Des fois, des équipes-écoles se sont
serré la ceinture longtemps. La ministre de
l’Éducation dit elle-même que chaque école
est la mieux placée pour répondre aux besoins de
ses élèves. Mais si on nous restreint trop, on
ne sera plus capables de faire des projets spéciaux et
de mobi l iser notre monde », dit-il.
Le printemps dernier, la Fédération des
commissions scolaires du Québec ( FCSQ) avait fait une
sortie publique en disant justement craindre que l’argent
accumulé par les écoles pendant des
années ne soit perdu. « On trouve que c’est un
signal négatif du gouvernement de ne pas nous laisser
administrer nos surplus, dit la présidente de la FCSQ,
Josée Bouchard. On avait prévenu que ça
empêcherait la mise en place de certains projets.
»
Le président de l’Association des directeurs
généraux des commissions scolaires du
Québec ( ADIGECS), Serge Pelletier, af firme qu’avec
les nouvelles directives, les commissions scolaires «
n’ont pas le droit d’utiliser plus de 10% des surplus ».
« Et il faut s’entendre sur comment on utilise ces
surplus », ajoute M. Pelletier.
Par exemple, si une commission scolaire avait 4 millions de
surplus, elle doit maintenant n’en utiliser que 400 000$ pour
des projets spéciaux. M. Pelletier précise que
les nouvelles règles « changent les façons
de travailler ». « Il va falloir s’entendre sur la
façon de dépenser les surplus. Mais dans la
pratique, je ne pense pas que ça va changer tant de
choses... Ça alourdit simplement le processus. »
Le ministère de l’Éducation n’a pas
rappelé La Presse.
Écoles défavorisées 105
écoles « gagnent », 150 « perdent
» - Marie Allard
Écoles
défavorisées
Saviez-vous qu’il y a quatre types d’écoles
défavorisées au Québec? Certaines ont
droit au lait-école, d’autres aux subventions d’Agir
autrement, d’autres aux classes réduites en
première et deuxième années, d’autres en
troisième et quatrième années. Aussi
étrange que cela puisse paraître, toutes ces
mesures ne sont pas accordées selon les mêmes
critères de « défavorisation », a
constaté La Presse.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAN,
ARCHIVES LA PRESSE
Québec verse 40,3 millions pour
aider 778 écoles défavorisées cette
année grâce au programme Agir autrement.
Québec verse 40,3 millions pour aider 778 écoles
défavorisées cette année grâce au
programme Agir autrement, a i ndiqué Kim Ledoux,
attachée de presse de la ministre de l’
Éducation. Ces subventions sont accordées aux
30% d’écoles les plus défavorisées selon
l’indice de milieu socioéconomique ( I MSE),
calculé avec la proportion de mères sans
diplôme et de parents chômeurs. Celles qui sont
aux rangs 8, 9 et 10 y ont droit; le faible revenu des parents
n’est pas pris en compte.
Pour la première fois, cet indice s’appuie sur les
données du recensement canadien de 2006 (avant,
c’était celui de 2001). Autre changement : la carte
qu’utilise le Ministère se base désormais sur
3500 « unités géographiques » au
lieu de 1500.
Résultat : 105 écoles ont « gagné
» le droit de toucher l’argent d’Agir mais… 150 l ’ont
perdu, a appris La Presse. Pour amoindrir le choc des «
perdantes », Québec leur donne cette année
la moitié des subventions reçues l’an dernier,
soit 3,1 millions.
Quant à la baisse du nombre d’élèves par
classe en troisième et quatrième années
du primaire, elle n’est offerte qu’aux 20% d’écoles les
plus défavorisées selon l’IMSE (rangs 9 et 10).
Les 10% d’écoles de rang 8, suffisamment
défavorisées pour avoir l’argent d’Agir
autrement, ne le sont donc pas assez pour obtenir des petites
classes.
Plus compliqué encore, la réduction des ratios
prof-élèves en maternelle, première et
deuxième années s’applique aux écoles de
rangs 9 et 10… mais aussi à celles qui sont
listées dans la convention collective des enseignants.
Cette dernière prend en compte le faible revenu des
familles et le recensement de… 1996. Résultat : 950
bâtiments primaires (une école peut compter plus
d’un bâtiment) ont droit aux petites classes en
première et deuxième années, tandis que
627 y ont droit en troisième et quatrième
années, comme l’a révélé La Presse
à la fin du mois de septembre.
Ce n’est pas tout : Québec verse 6,8 millions pour le
laitécole, 7,45 millions pour des mesures alimentaires
au secondaire en milieu défavorisé et 6,4
millions pour des mesures particulières à
Montréal. Cet argent est distribué dans les
écoles « en fonction de l’indice du seuil de
faible revenu, car cet indice mesure la pauvreté
financière des parents des élèves
», a expliqué Mme Ledoux. Impossible de savoir
combien d’écoles en bénéficient. «
Le choix des mesures aliment aires appartient aux commissions
scolaires », a-t-elle souligné.
Plus de 300 écoles changent de statut -
Marie Allard
Le faible
revenu des parents n’entre plus en compte pour
déterminer quelles écoles sont «
défavorisées »
EXCLUSIF Plus de 300 écoles primaires du Québec
ne sont plus considérées comme «
défavorisées » par le ministère de
l’Éducation, a appris La Presse. Juste avant que la
baisse du nombre d’élèves par classe en
troisième et quatrième années en milieu
défavorisé n’entre en vigueur à la
rentrée, ces écoles ont su qu’elles ne se
qualifiaient plus pour cette nouvelle mesure.
Éducatrice
spécialisée à l’école
Saint-Louis de Terrebonne, Diane Latour ne comprend pas que
son établissement ne soit plus
considéré comme défavorisé.
« J’aimerais tellement que la ministre vienne passer
une journée dans ma classe, pour qu’elle voie la
vraie vie ! » a-t-elle dit. L’école Saint-Louis
compte 700 élèves, dont 140 ont des
difficultés si grandes qu’il font l’objet d’un
« plan d’intervention ».
C u r ieusement , ces 32 3 « bâtiments avec la
présence d’élèves de niveau primaire
», dans le jargon du Ministère, ont toujours
droit aux ratios réduits en maternelle ainsi qu’en
première et deuxième années.
Défavorisés quand ils sont petits, leurs
élèves ne le sont soudainement plus quand ils
atteignent la troisième année, vers 8 ans.
«C’est tragique», a dit Diane Latour,
éducatrice spécialisée à
l’école Saint-Louis de Terrebonne, qui n’est
officiellement plus défavorisée, au grand
étonnement de son personnel. Conséquence:
l’école a perdu le droit aux classes réduites en
troisième et quatrième années, et son
budget supplémentaire (accordé en vertu du
programme Agir autrement) a fondu de 85 000$ à 40 000$.
« Pou rta nt, la sit uation socio-économique est
loin de s’a méliorer da ns notre milieu », ont
fait valoir la directrice de l’école SaintLouis et la
présidente de son conseil d’établissement dans
une lettre envoyée à la ministre de
l’Éducation.
«Il n’y a pas eu de changement de clientèle ou de
construction autour de l’école, a confirmé
à La Presse Maud Mercier, enseignante à
Saint-Louis depuis 1997. Les gens vivent dans des immeubles
à logements multiples, ils sont démunis.»
Le faible revenu n’est plus pris en compte
L’explication ? Le Ministère ne prend plus en compte
l’indice de faible revenu (basé sur la proportion de
familles avec enfant mineur sous le seuil de quasi faible
revenu) pour dresser la liste des écoles
défavorisées qui ont droit aux baisses de ratio.
Il ne considère que l’indice de milieu
socio-économique (basé sur la proportion de
familles avec enfant mineur où aucun parent ne
travaille et de celles où les mères n’ont pas de
diplôme d’études secondaires). Autre changement :
les données sont tirées pour la première
fois du recensement de 2006.
« On ne
fonctionne plus qu’avec l’indice de milieu
socio-économique parce qu’il est davantage axé
sur la réussite scolaire, a fait valoir Kim Ledoux,
attachée de presse de la ministre de
l’Éducation. L’indice du seuil de faible revenu, qui
mesure la pauvreté économique, est davantage
utilisé pour les mesures alimentaires. »
Résultat du nouveau calcul : 323 écoles
primaires ont perdu leur place parmi la liste des
écoles défavorisées. Et seules 180 s’y
sont ajoutées.
La FSE dénonce la situation
« Il y a des milieux dont la situation n’a pas
changé, mais qui n’ont plus les ressources
prévues l’an dernier, a dénoncé Manon
Bernard, présidente de la Fédération des
syndicats de l’enseignement (FSE). Nous, ce qu’on veut, c’est
que la baisse de ratios en milieux défavorisés
réponde aux besoins. »
« Selon la nouvelle carte de défavorisation, ces
bâtiments ne sont plus défavorisés, donc
ils n’ont pas droit aux baisses de ratio en troisième
et quatrième années », a tranché
Mme Ledoux. Si les baisses de ratio sont ma i ntenues en
maternelle, première et deuxième années,
« c’est parce que c’est dans la convention collective
des enseignants », at-elle expliqué.
Au grand total, 950 écoles primaires ont donc droit,
cette année, aux classes réduites en maternelle,
première et deuxième années, tandis que
627 y ont droit en troisième et quatrième
années, comme le confirme la Liste des bâtiments
en milieux défavorisés retenus pour la baisse
des ratios en troisième et quatrième
années du primaire selon les paramètres initiaux
20 09-2010, que La Presse a obtenue.
« J’entends la ministre parler de contrer le
décrochage et de statistiques, a dit Mme L atou r, de l
’é c ole S a i n tLouis. Sait-elle que, dans la vraie
vie, nous avons cette année une classe de
troisième a n née de 29 élèves,
dont 14 ont un plan d’intervention ? » Si les ratios
avaient été réduits com me prévu ,
il y aurait eu 24 élèves au maximum.
Les petits miracles quotidiens
Quel
que soit leur handicap, les enfants déficients
devraient profiter de services équitables et de
qualité
Huit élèves pleins de potentiel pour une
enseignante au bord de
la crise de nerfs. Très loin du ratio un pour un de
l’école
pour autistes !
L’auteure habite à Montréal.
Je suis la mère d’un petit garçon non oral de
5 ans atteint d’une malformation cérébrale qui
n’a rien à voir avec l’autisme. Il fréquente
une école spécialisée en
déficience physique du réseau de la CSDM
(école primaire Victor-Doré). Notre fils
Thomas bénéficie de services d’orthophonie,
d’ergothérapie et de physiothérapie. C’est un
enfant qui a des besoins particuliers nécessitant des
services professionnels afin de lui permettre de se
développer avec ses déficiences. Notre
garçon a été diagnostiqué en
mars 2005 et il a été pris en charge par le
Centre de réadaptation Marie-Enfant en octobre 2006.
Dix-neuf mois d’attente alors qu’il était en plein
développement...
Thomas fréquente la maternelle depuis septembre 2008.
Depuis la rentrée, il a fait d’immenses
progrès. C’est un privilégié de son
école, car il est ambulant. La titulaire de sa classe
a à son bord huit enfants handicapés, dont
quatre en fauteuil roulant. C’est une classe turbulente,
nécessitant une compréhension du diagnostic de
chacun des enfants. Plusieurs, dont le nôtre,
souffrent d’un déficit d’attention
sévère accompagné
d’hyperactivité, d’impulsivité et pour finir
le plat, d’une déficience intellectuelle
légère. La professeure, pour maintenir le
navire à flot, est accompagnée d’une
préposée qui lui donne un coup de main pour
les soins d’hygiène corporelle. Un titulaire pour
huit enfants avec diagnostic sévère. Huit
élèves pleins de potentiel pour une
enseignante au bord de la crise de nerfs. Très loin
du ratio un pour un de l’école ÀPas de
Géant pour autistes!
Et je ne vous parle pas des écoles en
déficience intellectuelle que j’ai visitées
l’année dernière. Des ratios tout aussi
élevés. Pas de service en ergothérapie
ou en physiothérapie. Alors que les besoins sont plus
que nécessaires pour plusieurs enfants
handicapés intellectuels.
De l’orthophonie? Vous voulez rire... Le privé ainsi
que le milieu de la santé se les arrachent.
Pensez-vous qu’une orthophoniste fraîchement
diplômée sera attirée par la
déficience intellectuelle? Si elle s’y dirige, elle
n’y restera que quelques mois. Frustrée de la
qualité des suivis et de l’apport qu’elle peut donner
à ses enfants qui ont des besoins criants, mais
qu’elle ne peut voir que minimalement (et parfois uniquement
que pour une première évaluation). Frustrant
et surtout désolant aussi pour les parents
démunis qui voudraient aider leur enfant non oral. Le
pire dans tout ça: l’enfant.
La perception du public à l’égard du
trouble envahissant du développement (TED) est
malheureusement trop souvent généralisée
par une forme rare d’autisme: le syndrome d’Asperger.
Physiquement, ce sont tous des enfants qui ont une apparence
normale. Il ont une facilité remarquable en
mathématiques. En fait, ils font des choses
extraordinaires, des accomplissements souvent dignes du livre
des records. Rappelez-vous du jeune autiste de haut niveau
Xavier Charland qui a remporté un stage dans un cabinet
comptable à l’émission Le Banquier. Ou encore
deDustin Hoffman dans le film Rainman qui lisait deux pages
simultanément.
Pour toutes ces raisons, les autistes ont la faveur du public.
En plus d’être beaux, ils sont surdoués... La
réalité est pourtant très loin de ce
mythe. Leurs rapports avec les autres ne sont pas simples. Et
leur handicap, car c’en est un, les exclut de la
société.
Aux yeux du public, nos enfants handicapés physiquement
et/ou intellectuellement ne feront jamais de choses
extraordinaires avec leur corps brisé ou leur cortex
amoché. Ils ne deviendront jamais coureurs automobiles,
sauteurs à la perche ou Prix Nobel en chimie. Et
pourtant. Ces enfants-là accomplissent des petites
merveilles tous les jours. Malheureusement, seuls les parents
et les intervenants sont témoins de cette petite cour
aux miracles.
Pour que le petit train aille encore plus loin, les
décideurs de ce pays doivent aller de l’avant et
mobiliser les ressources en rendant l’accès aux
services plus facile, en maintenant des services de
qualité de façon équitable quel que soit
le handicap de l’enfant et en soutenant les parents d’enfants
différents qui se sentent bien esseulés et
surtout, essoufflés.
Démontrer enfin pour vrai que le Québec est fou
de ses enfants même les plus différents!
MANQUE D’ORTHOPHONISTES La CSDMpaie pour la
consultation au privé
La
Commission scolaire de Montréal (CSDM) a
envoyé une cinquantaine d’élèves
consulter des orthophonistes en bureau privé,
à ses frais, depuis septembre, a appris La Presse.
« C’est une pratique qui a lieu étant
donné la pénurie d’orthophonistes », a
confirmé Alain Perron, porte-parole de la CSDM.
En milieu scolaire, les
orthophonistes évaluent les difficultés de
parole et de langage des enfants, puis mettent en oeuvre
un traitement pour les aider. Mais ils se plaignent de ne
pas avoir le temps de bien le faire et craignent
d’être écartés.
Six postes d’orthophoniste sont actuellement à
combler à la CSDM. « Quand on n’a pas un de nos
orthophonistes sous la main, on va se tourner vers le
privé », une pratique qui a lieu depuis quatre
ans, a expliqué M. Perron. Le coût est de 500$
à 800$ par enfant. « Peu importe la
pénurie, aucun élève n’est
laissé sur la touche », a-t-il assuré.
P e t i t e d i f f é r e nc e à la Commission
scolaire MargueriteBourgeoys ( CSMB), où une firme
privée « vient dans nos écoles trois ou
quatre jours par semaine », a indiqué Brigitte
Gauvreau, sa porte-parole. Cette « sous-traitance
» existe depuis trois ans, « mais c’est la
première année qu’on y recourt jusqu’à
quatre jours par semaine », a-telle
précisé. Le coût: 450$ par jour, soit
30% plus cher que pour le personnel interne.
Neuf orthophonistes de la CSMB sont en congé (souvent
de maternité), ce qui a forcé le recours au
privé. Des postes temporaires ont aussi
été créés. Malgré tout,
trois postes demeurent vacants, si bien qu’il a fallu former
à l’interne « une équipe volante qui va
combler les besoins urgents des milieux », a dit Mme
Gauvreau.
Pénurie relative
Quant à la pénurie d’orthophonistes, elle
est... relative, selon Marie-Pierre Caouette,
présidente de l’Ordre des orthophonistes et
audiologistes du Québec. « Le paradoxe, c’est que
tous les endroits qui disent ne pas arriver à recruter
des orthophonistes en trouvent en pratique privée,
a-t-elle observé. Techniquement, il ne manque plus tant
que ça d’orthophonistes. Mais il y a certainement un
problème au niveau de la gestion et de l’organisation
des postes. »
« Les conditions de travail expliquent en bonne partie
la pénurie d’orthophonistes en mi l ieu scolaire
» , a indiqué Jean Falardeau, président de
la Fédération des professionnels de
l’éducation du Québec. Passer le clair de son
temps en voiture pour aller dans 10 écoles
différentes est moins intéressant que de
travailler dans un seul centre de réadaptation ou en
pratique privée, illustre-t-il.
« C’est un choix de qualité de vie et de
qualité de pratique, pour faire des interventions qui
vont être efficaces et changer la vie des gens, a dit
Mme Caouette. On remarque cette tendance-là de
façon assez importante. »
En milieu scolaire, les orthophonistes évaluent les
difficultés de parole et de langage des enfants, puis
mettent en oeuvre un traitement pour les aider. Mais ils se
plaignent de ne pas avoir le temps de bien le faire et
craignent d’être écartés.
« On cherche présentement à savoir qui
pourrait faire les évaluations du langage et les
traitements à la place des orthophonistes, a
dénoncé Mme Caouette. On veut priver la
population de l’accès aux personnes les plus
compétentes pour le faire. »
Si les profs pouvaient... - STÉPHANE
LAPORTE
C’est en
septembre que ça se décide. Parfois même
dès le premier cours. La cloche sonne. Trente
élèves s’assoient à leur pupitre.
Soixante paires d’yeux fixent la porte de la classe.
Impatients de savoir de quoi a l’air le prof. Parfois sa
réputation le précède et elle entre en
premier. Les jeunes ont déjà peur. Les plus
vieux leur ont dit qu’ils allaient passer par là.
Ça peut aussi être le contraire. Les jeunes sont
déjà turbulents. Baveux. Les plus vieux leur ont
dit que c’était un mou.
Le professeur arrive, les élèves l’analysent.
Ils le scannent de la tête aux pieds. Sa
démarche, son habillement, ses cheveux, son poil aux
oreilles, son manucure, ses mèches, son parfum, son
accent, ses tics. Ils n’ont que ça à faire. Le
regarder. Durant toute la période. Alors ils le font.
Quand le premier cours est terminé, leur idée
est faite. Ils vont aimer ou pas le français, les
mathématiques, la chimie, la biologie, la
géographie ou l’éducation physique selon qu’ils
aiment ou n’aiment pas M. Proulx, Mme Boily, M.Dutil ou Mme
Bernier.
Je me demande à quel point les profs sont conscients
que l’école c’est eux. Ce sont eux les stars. Ils sont
les Guy A. Lepage, Julie Snyder, Marc Labrèche,
Louis-José Houde de leur matière. Ce sont eux
qui l’animent. Ce sont eux qui y donnent vie. Qui rendent
ça intéressant ou ennuyant. Qui partagent leur
passion. Si le prof est sur le pilote automatique, le cours va
crasher, c’est sûr. Mais si le prof fait de la haute
voltige à la Luchini, en récitant des vers ou en
déclamant ses dictées, les élèves
seront au septième ciel. Bien sûr, personne n’est
condamné à être génial. Les profs
sont comme les sportifs, les politiciens, les plombiers, les
chroniqueurs, ils font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont.
Mais on ne devient pas cuisinier si on n’aime pas manger.
Alors on ne devient pas professeur si on n’aime pas enseigner.
Si on n’aime pas donner un cours. Donner une
représentation. Pas besoin que le cours de physique
devienne un spectacle du Cirque du Soleil, il faut juste que
les élèves sentent que leur maître trippe
sur la matière. Ça prend de l’entrain. De
l’enthousiasme.
Combien d’heures j’ai passé à dessiner des
bonshommes dans mon cahier parce que le prof lisait ses notes
sans lever les yeux. Monotone. Fatigué.
Résigné. Le courant ne passait pas parce que le
prof était en panne. D’inspiration. Il n’y a qu’une
seule façon d’apprendre, c’est en aimant. Si on ne fait
pas aimer aux élèves ce qu’on leur demande de
retenir, ils ne s’en souviendront jamais.
L’indifférence n’a pas de mémoire.
Si j’aime autant écrire, c’est beaucoup à cause
de M m Lamoureux au primaire, M. Saint-Germain au secondaire
et de M. Parent au cégep. Des profs qui l’avaient. Ce
n’était pas des bouffons. Oh que non. Mais leur
vocation était sincère et bien visible. Car
c’est de cela que l’on parle. Tenir assis sur des
sièges une trentaine de ticuls pendant toute une
journée, faut le faire. Même les parents ont de
la misère à captiver leurs enfants durant un
week-end. Imaginez durant une semaine, des étrangers se
relayent pour essayer de transmettre connaissances, culture et
savoir-vivre à un auditoire qui ne rêve qu’aux
vacances de Noël. Faut le faire.
Et il n’y a
qu’une seule façon de le faire. Pour intéresser,
il faut être intéressant. Bien sûr, il y
aura toujours des cancres qui resteront insensibles à
un cours d’anglais même si c’était Angelina Jolie
ou Brad Pitt (c’est selon) qui l’enseignait. Mais la grande
majorité des élèves ne demandent pas
mieux que d’embarquer. Encore faut-il que le monsieur ou la
dame en avant veuille les mener plus loin que la fin du cours.
Plus loin que la charge de travail imposée.
Le Québec est le royaume du décrochage. C’est
peut-être parce que les jeunes ne sont jamais
accrochés. C’est plate, mais c’est aux adultes de le
faire. Les médecins ont la responsabilité de
guérir les patients. Les profs ont le devoir
d’intéresser les élèves. C’est bête
de même. C’est beau de même.
C’est sûrement la plus noble des tâches. Permettre
à un individu de grandir. Dans tous les sens du terme.
Si c’est le devoir des profs de stimuler leurs
élèves, c’est le devoir de la
société de stimuler les professeurs. En
valorisant leur tâche. En structurant les écoles
autour de leur talent. En leu r permetta nt d’être
imaginatifs.
Un professeur peut changer la vie de quelqu’un. Peu de gens
ont ce pouvoir. Il peut être un allumeur de
réverbères. Comme il peut être un
éteignoir.
C’est en aidant les professeurs à être meilleurs
que les élèves le seront. C’est la seule
réforme possible.
L’école, qu’elle s’appelle l’école Champlain,
l’école Élan ou l’école
Sainte-Jeanne-D’arc, c’est l’école Pierre Dubois, c’est
l’école Mlle Provencher, c’est l’école Virginie.
C’est l’école des professeurs.
Quelqu’u
n dev rait l’apprendre aux directeurs de commissions scolaires
et aux sous-ministres.
Un écart intolérable - ROBERT LACROIX
Les
universités québécoises reçoivent
3350$ de moins de chaque étudiant, comparativement au
reste du Canada
Les subventions des gouvernements provinciaux ont
été systématiquement plus
élevées au Québec.
Le sous-financement chronique des universités
québécoises depuis plus de 15 ans n’est plus
tolérable. Nous nous berçons d’illusions en
pensant, année après année, que nous
pourrons maintenir la qualité relative de nos
institutions alors que les revenus qu’elles retirent pour
financer leurs dépenses de fonctionnement sont
maintenant inférieurs de quelque 3000$ par
étudiant à temps complet à ceux des
universités du reste du Canada.
La contribution des étudiants
québécois sous forme de droits de
scolarité et de frais afférents permet-elle de
maintenir la qualité de nos institutions ?
Mais d’où provient cet écart persistant et
croissant? Pour répondre à cette question, nous
avons comparé sur une période de huit ans,
à savoir de 2000-2001 à 2007-2008
(dernière année pour laquelle nous avons des
données comparables), la situation du Québec
à celle du reste du Canada.
Nous pouvons regrouper en trois sources les revenus permettant
de financer les dépenses de fonctionnement des
universités : les subventions des gouvernements
provinciaux ; la contribution des étudiants sous forme
de droits de scolarité et de frais afférents ;
les autres revenus incluant ceux des fondations. Au cours de
ces huit années, les universités
québécoises ont reçu en moyenne et
annuellement 2483$ de moins par étudiant à temps
complet que leurs concurrentes et partenaires du reste du
Canada. Cet écart négatif est non seulement
persistant tout au long de cette période, mais
croissant aussi puisqu’il atteint les 3000$ en 2007-2008.
Cela veut dire qu’en moyenne au cours de ces huit
années, les universités
québécoises avaient chaque année 452
millions de dollars de moins que les institutions du reste du
Canada pour tenter d’aussi bien former la relève
scientifique et professionnelle du Québec. Cet
écart approche maintenant les 600 millions.
D’où
provient cet écart? Pour le savoir, il suffit
d’examiner chacune des trois sources de revenus
énumérées précédemment.
Les subventions des gouvernements provinciaux ont
été systématiquement plus
élevées au Québec que dans le reste du
Canada. En moyenne au cours de la période couverte, la
subvention gouvernementale québécoise par
étudiant à temps complet a dépassé
celle des autres provinces de 1304$. Cela veut dire qu’en
moyenne sur cette période, le gouvernement du
Québec versait à ses universités chaque
année, toute proportion gardée, 250 millions de
plus que les gouvernements des autres provinces.
La situation est bien différente pour la contribution
des étudiants sous forme de droits de scolarité
ou de frais afférents. Au cours de la même
période, chaque étudiant québécois
à temps complet versait, chaque année, 3350 $ de
moins que ses collègues du reste du Canada. Pour les
universités québécoises, il s’est donc
agi d’un manque à gagner annuel de 620 millions.
Pour ce qui est des autres sources de revenus, le manque
à gagner s’élève à quelque 80
millions par année. Au fur et à mesure que se
développe la philanthropie au Québec et que la
valorisation de la recherche universitaire augmentera, cet
écart devrait graduellement disparaître.
Deux conclusions nous semblent s’imposer. Nous ne devons plus
tolérer le sous-financement de nos universités
et il importe de rouvrir maintenant le dossier des droits de
scolarité.
Un plan ambitieux pour « stopper l’hémorragie
» - Marie Allard
Pour
réduire de 20% son taux de décrochage scolaire
d’ici cinq ans, la Commission scolaire de Montréal
(CSDM) a lancé hier son plan Réussir. Alors que
1760 jeunes Montréalais sont sortis du secondaire sans
diplôme en 2006-2007, il y en aura 350 de moins si la
cible est atteinte en 2015.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA
PRESSE
« Notre cible est que tous nos
élèves sachent lire à 6 ans, bien lire
et écrire à 12 ans et qu’ils sachent lire et
écrire parfaitement à 16 ans », a dit
hier Diane De Courcy, présidente de la Commission
scolaire de Montréal, accompagnée de Gilles
Petitclerc, directeur général de la CSDM.
« Nous ne ferons pas de miracle, car nous savons que,
depuis quelques années, le taux de décrochage
est en c roissa nce da n s nos éco - les, a dit Diane
De Courcy, présidente de la CSDM. Il nous faudra
d’abord stopper l’hémorragie. »
Un budget de 6,6 millions en cinq ans – qui s’ajoute aux
subventions de Québec pour lutter contre le
décrochage – est prévu pour y arriver. Deux
grandes priorités sont fixées : améliorer
la réussite du français et le soutien aux
élèves au x besoi ns pa r tic u l iers . Fait
rare, les syndicats (dont l’A llia nce des professeu rs de
Montréal) et comités de parents appuient ce plan
d’action aux objectifs chiffrés, une première
pour la CSDM.
L’heu re est grave : seuls 40,7 % des élèves
obtiennent un diplôme après cinq ans au
secondaire, un taux que la CSDM veut hausser à 50 %
d’ici cinq ans. Après six ans d’études,
l’obtention d’u n diplôme passera de 48,2 % à 60
% et après sept ans, de 55,9 % à 70 %. «
C’est un plan qui vise haut et qui visera juste, ce que nous
pourrons vérifier dans cinq ans », a
indiqué Mme De Courcy.
Bilan public en juillet 2011
Un
comité – appuyé par Marc-André Deniger,
professeur à la faculté des sciences de
l’éducation de l’Université de Montréal –
sera responsable du suivi du plan. D’ici janvier, chacune des
155 écoles de la CSDM devra avoir fixé ses
propres cibles, qui seront aussi publiées.
« Une reddition de comptes annuelle et publique viendra
illustrer les progrès réalisés dans les
établissements de la commission scolaire », a a n
noncé Gilles Petitclerc , directeur
général de la CSDM. Il faudra toutefois attendre
juillet 2011 pour cette première confession publique.
En cas de recul dans une école, il n’y aura «
personne à l’amende », a dit Mme De Courcy, mais
l’accompagnement sera resserré.
Crédit d’impôt pour parents
bénévoles
Impossible de savoir à quoi servi ront les 6 , 6 m
illions alloués : cela sera déterminé
avec les écoles. Pour améliorer la
réussite en français, « des programmes
d’éveil au monde de l’écrit, des
bibliothèques plus a nimées, l’utilisation
d’approches pédagogiques diversifiées et le
dépistage précoce des difficultés en
lecture et en écriture », sont
évoqués par la CSDM. Quant au soutien aux
élèves en difficulté, il passera par une
souplesse accrue dans la formation des classes, un suivi
individualisé et une aide aux allophones qui
dépasse le modèle des classes d’accueil,
jugé insuffisant par Mme De Courcy.
D ’a u t r e s m e s u r e s s o n t annoncées, comme
un suivi plus minutieux des absences et la création
d’une ligne d’information pour les raccrocheurs au
514-596-8800. Quant aux parents, la CSDM demande au
gouvernement de leur allouer des congés pour qu’ils
puissent faire du bénévolat dans les
écoles, voire un crédit d’impôt pour ceux
qui y consacrent beaucoup de temps !
« Il s’agit d’un réel passage à l’action
», a dit Lynda Laurencelle, présidente du
Comité central des parents de la CSDM.
Sondage sur la violence à l’école : Personne n’y
échappe - Daphné Dions-Viens
Dans le cadre
de son plan d’action pour lutter contre la violence à
l’école, le ministère de l’Éducation a
demandé à un groupe de chercheurs de faire un
croquis de la situation dans les écoles
québécoises, en recoupant des données
existantes. Le Soleil a obtenu cette enquête, par une
demande d’accès à l’information.
PHOTO MARTIN TREMBLAY,
ARCHIVES LA PRESSE
Selon la plus vaste enquête
réalisée à ce jour sur la violence dans
des écoles québécoises, 50 % des
élèves du primaire se font insulter, 30 % se
font menacer et 20 % ont subi une agression physique.
D’abord, un bémol importa nt. L a méthodologie
est imparfaite, si bien que les résultats ne peuvent
être étendus à l’ensemble du
Québec. Mais avec 180 000 élèves et 16
000 membres du personnel interrogés, ces données
représentent présentement « la source de
référence la plus complète» sur la
violence scolaire dans la province. Un portrait qui constitue
« une première au Québec »
malgré ses imperfections, peuton lire dans le document
daté de janvier 2009.
L’enquête, réalisée par le Groupe de
recherche sur les env i ron nements scola i res (GR ES) de l’
Université de Montréal, s’attarde d’abord au
quotidien des élèves de la quatrième
à la sixième année dans 117 écoles
primaires francophones, qui ont participé
volontairement à l’exercice.
Sans surprise, la violence est bien présente entre les
murs des écoles québécoises. Au primaire,
les élèves interrogés sont principalement
victimes de leurs camarades de classe. Près de la
moitié d’entre eux (44 %) se sont déjà
fait insulter au moins une fois au cours des deux semaines
précédant l’enquête, dont 23% l’ont
été deux fois ou plus. Un élève
sur trois (29 %) s’est fait menacer au moins une fois. Environ
20% affirment s’être fait voler ou agresser
physiquement. Parmi eux, 8% ont vécu une agression
physique au moins deux fois, toujours au cours des deux
semaines précédentes.
Quant aux menaces armées et au taxage, 6 à 9%
des élèves affirment en avoir été
victimes. On leur demandait alors si un élève
les avait menacés avec un objet pour leur faire mal et
si un élève les avait menacés ou
forcés à lui donner des objets, de l’argent ou
des vêtements.
Pour Michel Janosz, professeur à l’Université de
Montréal et directeur du groupe de recherche,
l’interprétation de ces résultats reste un
exercice très subjectif. « Oui, il y a de la
violence à l’école, dit-il. Mais l’école
est un microcosme de la société. Et il y a de la
violence dans la société. Je n’ai pas eu de
surprises. On n’est pas très différents des
autres sociétés occidentales. »
Puisque cette
enquête ne permet pas de documenter l’évolution
de la violence à l’école, il est par ailleurs
impossible de dire si la situation empire ou, au contraire,
s’améliore.
Témoins de la violence
L’étude s’attarde aussi à la violence
perçue par les élèves. S’ils ne sont pas
tous victimes de violence, les enfants sont toutefois beaucoup
plus nombreux à être témoins de
railleries, d’insultes ou de coups donnés quand
l’enseignante a le dos tourné.
Entre les murs de l’école, les insultes sont
occasionnelles ou fréquentes, selon 90 % des
écoliers. Environ 75 % affirment avoir assisté
à des bagarres à l’occasion et 15 % indiquent
avoir été témoins d’incidents raciaux.
Les effets pervers de la violence à l’école sont
bien documentés. Dans certains cas, les railleries ou
les menaces peuvent mener au décrochage. Mais on sait
maintenant que la violence a aussi des effets sur ceux qui en
sont témoins, pas seulement sur ceux qui en sont
victimes.
«Deux enfants qui se battent dans la cour
d’école, ça a un impact pour ces
enfants-là mais aussi pour les 20 autres qui les
regardent, affirme M. Janosz. »
Le mauvais exemple vient-il d’en haut ?
Il y a les
bagarres dans la cour d’école et les railleries
échangées dans le fond de la classe. Mais
parfois, des adultes font aussi preuve d’une certaine forme
de violence envers les enfants.
Selon l’enquête réalisée par le Groupe
de recherche sur les environnements scolaires (GRES), 16 %
des élèves au primaire rapportent s’être
sentis ridiculisés ou insultés par un membre
du personnel. Environ 9% disent avoir été
victimes d’une agression physique intentionnelle par un
adulte à l’école. On leur a alors
demandé si un adulte de l’école s’est
moqué d’eux ou leur a dit des mots blessants au cours
des deux semaines précédant l’enquête.
Au secondaire, cette proportion grimpe à... 29%.
Michel Janosz, directeur du GRES, souligne toutefois qu’il
faut manipuler ces données avec précaution. De
quel type d’agressions physiques parle-t-on ? À quel
type d’insultes les élèves font-ils
référence? Impossible à dire pour
l’instant.
Mais ces chiffres ne doivent toutefois pas être
banalisés, ajoute-t-il.
Des profs
parmi les victimes
Les élèves ne sont pas les seuls à
être victimes de violence à l’école. Les
professeurs doivent aussi faire face à leur lot
d’insultes, de menaces et même de vols. Au banc des
accusés, les élèves, bien sûr,
mais aussi des collègues et des parents.
Au primaire, 29% des profs affirment avoir été
insultés par des élèves. Près de
20 % ont été menacés et 15%,
agressés physiquement. De 16% à 20% ont
été aussi insultés, mais par leurs
collègues ou des parents.
Au secondaire, le poids des mots est encore plus lourd.
Près de 40 % affirment avoir été
insultés par un élève au moins une fois
depuis le début de l’année scolaire et 3%,
attaqués par un élève. Rappelons qu’au
secondaire, l’étude a été
réalisée majoritairement dans des
écoles en milieu défavorisé.
Contrer le décrochage, parce que c’est
notre relève - Jacques Nantel
En
collaboration avec HEC Montréal, nous reprenons
aujourd’hui notre chronique hebdomadaire sur les défis
auxquels font face les entreprises sur le plan de la gestion.
I l y a quelques mois, le Groupe d’action sur la
persévérance scolaire déposait un rapport
étoffé et percutant sur la question de la
relève. On y démontrait toute l’importance
d’entreprendre une démarche structurée afin de
contrer ce qui s’avère être l’un des plus grands
problèmes auquel le Québec fait face.
Visiblement, alors que 30 % de nos jeunes
célèbrent leur 20e anniversaire sans avoir
complété un diplôme d’études
secondaires, nous devons nous sentir i nterpellés
chacun à notre niveau.
PHOTO ANDRÉ PICHETTE,
ARCHIVES LA PRESSE
Le projet Fusion Jeunesse, auquel
collaborent toutes les institutions universitaires
montréalaises, vise à rapprocher les
étudiants universitaires de ceux des écoles
secondaires.
Si cette situation s’adresse à tous, elle offre un
défi particulier aux collèges et aux
universités qui se voient ainsi privés d’un
bassin d’étudiants dont un bon nombre pourrait
s’avérer d’excellents étudiants.
Déjà, certaines initiatives visant à
rapprocher étudiants universitaires et écoles
secondaires ont vu le jour, dont le projet Fusion Jeunesse,
auquel collaborent toutes les institutions universitaires
montréalaises, dont HEC Montréal.
Le décrochage scolaire est un phénomène
complexe qui résulte de nombreux facteurs. Les
recherches sur ce sujet en identifient plusieurs, dont l’une
en particulier, soit le désir oppressant de certains
élèves à vouloir lancer leur propre
entreprise .
Or, une telle cause interpelle de manière directe une
institution comme HEC Montréa l . Alors que les
recherches en matière d’ent r epreneurship
suggèrent que les principales qualités des
entrepreneurs demeurent leur témérité,
leur audace et souvent leur réticence à
emprunter les chemins les plus f r équentés,
d’autres recherches démontrent que le principal facteur
d’échec de ces jeunes entrepreneurs demeure leur manque
de formation.
Bref, pour les jeunes décrocheurs qui, séduits
par l’idée de devenir leur propre patron et qui ne
peuvent souffrir plus longtemps de demeurer sur les bancs
d’école, HEC Montréal pense pouvoir apporter une
partie de la solution.
Ainsi,
dès cette année, des étudiants de HEC
Montréal, de c o ncer t a ve c F u s i o n Jeunesse, s
’ i mpl iqueront auprès de jeunes du secondaire afin de
les aider à lancer leur propre initiative au sein de
leurs écoles, et ce tout en poursuivant leurs
études. Déjà, une expérience
pilote a démontré l’année dernière
qu’une t el l e i mpl i c at i on parascolaire de la part
d’élèves du secondaire diminuait sensiblement
leur taux d’absentéisme tout en augmentant leur taux de
diplomation.
En plus de son implication au sein de ce premier projet, HEC
Montréal s’emploiera à contrer un
problème tout aussi sensible, celui du raccrochage
scolaire. Dès l’hiver 2010, HEC Montréal, de
concert avec différentes organisations, verra à
permettre à de jeunes entrepreneurs
bénéficiant d’une expérience en
entreprise, mais à qui une formation en gestion fait
défaut, de s’intégrer au sein d’un programme de
certificat en gestion, avec une aide financière et un
encadrement particulier.
L’idée est de permettre à un certain nombre de
décrocheurs, quelques années après avoir
quitté les bancs d’école, de r eprendre de
manière encadrée une formation qu’ils jugent
eux-mêmes nécessaire.
Grâce à une telle approche, nous croyons que HEC
Montréal, aidée en cela par la communauté
d’affaires, saura permettre à un certain nombre de
décrocheurs de reprendre et de terminer leur formation.
Pour ma part, je suis certain que nous retrouverons parmi
ceux-ci certains des meilleurs entrepreneurs de demain, qui
sauront à leur tour en aider d’autres.
Mentionnons que de tels projets ne sont possibles que
grâce à l’aide de la communauté d’affaires
du Québec. Le financement nécessaire proviendra
des profits du Gala du Commerce HEC Montréal qu’ont t
rès généreusement accepté de
coprésider madame Jacynthe Côté, chef de
la direction de Rio Tinto Alcan, ainsi que monsieur Jacques
Ména r d , président BMO Groupe financier
(Québec) et président du conseil BMO Nesbitt
Burns. Il va sans dire que la communauté de HEC
Montréal, et en particulier les étudiants qui
participeront ou bénéficieront de ces
programmes, leur est reconnaissante.
Message paradoxal - NATHALIE COLLARD
Cette semaine,
en plus du plan de lutte contre le décrochage scolaire
de la ministre de l’Éducation, on a également
lancé une campagne de sensibilisation qui veut
encourager la population à s’intéresser à
l’école.
C’est l’infatigable banquier Jacques Ménard,
président du Groupe d’action sur la
persévérance et la réussite scolaires,
qui mène l’opération.
La campagne radio, en ondes depuis mardi dernier, met en
vedette des stars québécoises comme Normand
Brathwaite, Marie-Michèle Desrosiers, Kent Nagano,
Céline Dion et son agent-mari René
Angélil.
En gros, ils incitent les auditeurs à poser des
questions aux jeunes, à s’intéresser à ce
qu’ils font à l’école. Bien qu’on puisse se
questionner sur l’impact d’un tel message, l’équivalent
de « Mange tes légumes, c’est bon pour la
santé », il faut saluer la participation
bénévole de ces personnalités qui ont mis
leur notoriété au service de l’éducation.
C’est fort louable et personne ne leur reprochera. On sait
l’influence que les vedettes peuvent avoir sur tout un pan de
la société québécoise.
Mais le choix
de faire uniquement appel à des artistes de la
scène et de la chanson pour promouvoir la
persévérance scolaire est paradoxal.
Voilà une belle brochette d’individus dont la
réussite n’a absolument rien à voir avec le
travail scolaire. Au contraire, Céline Dion a
regretté publiquement, et à plusieurs reprises,
de ne pas avoir terminé ses études secondaires.
Bien sûr, elle dira aux jeunes qu’il est important de ne
pas abandonner mais il demeure qu’aux yeux des
Québécois, elle est LE symbole de la
réussite et qu’elle est arrivée au sommet sans
l’école. Contradictoire comme message.
C’est d’autant plus dérangeant qu’aujourd’hui, beaucoup
de jeunes semblent croire que pour réussir dans la vie,
il faut être connu, reconnu, célèbre. Et
il est évident qu’à leurs yeux, la
notoriété à laquelle ils aspirent ne se
construit pas sur les bancs d’école, mais bien par un
coup de baguette magique. C’est, du moins, ce que les
médias, la télévision en particulier,
leur font miroiter. En leur faisant croire qu’on «
arrive » quelque part non pas à la suite d’un
long voyage semé d’efforts et d’embûches, mais
plutôt après avoir participé à une
niaiserie télévisuelle à la Loft Story.
On comprend que les concepteurs de cette campagne aient
misé sur la notoriété et l’amour du
public pour Simple Plan et Céline Dion afin de faire
passer le message. Mais pourquoi ne pas avoir ajouté
à ce groupe quelques individus qui brillent dans la
société à cause de leur travail
intellectuel ? Julie Payette par exemple, au faîte de sa
gloire cette année. Ou, plus près des jeunes,
India Desjardins, auteure-vedette d’Aurélie Laflamme,
qui gagne sa vie en écrivant des livres.
Enfin, pour que cette campagne atteigne vraiment sa cible, il
faudrait des témoignages de gens qui ont
décroché et qui en souffrent, des gens qui
occupent des jobines démotivantes et qui regrettent
d’avoir abandonné. Leur message serait sans doute plus
percutant que celui d’une décrocheuse devenue
multimillionnaire.
Au sommet… grâce à
l’école publique - Juan José
Hernandez
Montréal Vous me direz que rien n’est plus banal
qu’un père qui est fier de son fils. Mais je suis
également fier de l’école secondaire
publique dont il est issu. Par les temps qui courent,
voilà qui est moins commun.
Tout au long de son enfance sur l’avenue Querbes, Juan
Miguel a suivi des cours privés de violon. À
l’adolescence, il a choisi l’alto. Mais à ce niveau
plus élevé, les leçons toujours plus
longues des professeurs privés de plus en plus
spécialisés devenaient sans cesse plus
coûteuses. Rien ne le motivait comme la musique.
Sans le programme de musique de l ’é c ole s e c
ond a i re publ ique Pierre-Laporte, mon fils aurait bien
pu grossir les ra ngs des déc ro - cheurs.
Grâce à ce programme, mon aîné
s’est mis à prendre l’école de plus en plus
au sérieux. Sa progression allait plus tard lui
valoir des appuis financiers sans lesquels il n’aurait j
amais pu poursuivre ses études collégiales
et universitaires. Juan Miguel (www.hernandezjm. com) est
un pur produit de ce que les sociaux-démocrates
appellent l’égalité des chances.
Le 4
septembre dernier, à l’âge de 24 ans, Juan
Miguel a remporté le prem ier pr i x du prestig ieu
x concours international Johannes Brahms
(2009.brahmscompetition. org), à Pörtschach,
en Autriche. Vo i l à q u i d e v r a i t n o u r r
i r la réflexion des technocrates qui, il y a
quelques années, auraient mis la clé sous la
porte de l’école PierreLaporte si cette intention
froidement comptable et à courte vue n’avait pas
suscité une vigoureuse levée de boucliers.
Oui, les impôts sont plus élevés au
Québec qu’ailleurs sur notre continent, mais la
justice sociale y est plus grande. Et mon fils est la
preuve vivante que notre société y trouve
son compte. C’est ça aussi le modèle
québécois.
B r avo , J u a n M ig uel ! B r avo , Québec !
Des jeunes tannés de vivre en groupe
- Nathalie Latrémouille
Gatineau On
voud ra it bien contrer le déc roc hage scola i re en
déployant des plans à court terme, à long
terme, visant les milieux défavorisés, accordant
aux écoles du secteur public certains attraits
réservés jusque-là aux écoles du
secteur privé. On veut, ça, c’est sûr.
Mais il y a un aspect du problème qui n’a j amais, j e
crois, été soulevé. J’ai 64 ans. J’ai
acquis ma scolarité (un bac en éducation
secondaire) entre 1951 et 1966. J’ai fréquenté
l’école pendant 15 ans et j e dois avouer que j ’en
avais ma claque. Les parents de nos j eunes décrocheurs
qui ont un diplôme universitaire ont
fréquenté les institutions scolaires pendant 18
ans puisqu’on a ajouté la maternelle et le
cégep. Je suis certaine qu’ils étaient bien
contents, eux aussi, de passer à autre chose.
Nos jeunes commencent à fréquenter les
institutions dès la naissance ou presque. Il n’est pas
rare de voir arriver des bébés de 4 mois en
pouponnière. Il est fréquent de recevoir des
bambins de 12 mois en garderie. Rien de grave qui puisse
relier ce phénomène au décrochage
scolaire, me direz-vous. Eh bien moi, je pense que oui.
Ces j eunes enfants vivent en groupe jusqu’à la
maternelle. I ls conti nuent à recevoir des consignes,
à respecter un règlement, à n’être
pratiquement j amais seuls avec eux-mêmes. Parce que,
avant la rentrée et après la sortie des classes,
ils vont à la garderie scolaire. Et
l’été, c’est le camp de jour où,
là encore, il y a des règlements, un horaire,
des moniteurs qu’il faut écouter.
Le
décrochage scolaire est un problème qui se situe
généralement en troisième secondaire.
Faites le calcul. L’adolescent qui décroche en a assez
: ça fait 14 ou 15 ans qu’il est dans l’engrenage. Il
veut de l’air. Souvent, pour adoucir la situation, il va
commencer à travailler. Pour aller au travail, une auto
serait très utile. Pour payer cette auto, il doit
travailler davantage. Et c’est le début de la fin.
Le problème du décrochage scolaire est un
problème de société. Quant à moi,
nos jeunes de 15 ou 16 ans sont fatigués de ce
mouvement dans lequel ils entrent sans le savoir, dès
la prime enfance.
Il faut cependant se demander pou rquoi nos jeu nes ma rc hent
vers leu r école secondaire les yeux fixés au
sol, les épaules courbées et les pieds qui
peinent à avancer.
Peut-être vivent-ils ce que nous vivions à
quelques mois d’atteindre notre diplôme. Mais eux, ils
ne voient pas la lumière au bout du tunnel.
Un problème de valeurs, pas de dollars -
ALAIN DUBUC
La ministre de
l’Éducation, Michelle Courchesne, a
déposé son très attendu plan de lutte au
décrochage scolaire. Les critiques n’ont pas
tardé. Trop peu, trop tard. Et surtout, un doute.
Pourquoi la ministre réussirait là où
tous ses prédécesseurs ont échoué?
On ne le sait pas et on ne peut pas le savoir. La lutte contre
le décrochage scolaire est un processus long et
complexe. Les résultats, on les connaîtra en
2020, le temps que se donne la ministre pour atteindre son
objectif de porter à 80% le taux de succès des
étudiants du secondaire. Cet horizon dépasse
largement la durée de vie d’une ministre, le mandat
d’un gouvernement ou la capacité de concentration des
citoyens.
Cela explique sans doute pourquoi les commentaires sur ce plan
d’action ont eu tendance à se rabattre sur ses
éléments tangibles et mesurables – la
quantité d’argent frais, le nombre
d’élèves par classe. La réflexion
collective se transforme alors en fastidieux débat
comptable.
La vérité, c’est que ce ne sont ni le
gouvernement, ni la ministre, ni le réseau
d’éducation qui en viendront à bout. Le
décrochage n’est pas un problème scolaire. C’est
un problème de société. Et c’est dans la
société, et par la société, qu’il
pourra être résolu.
Le fait que
le nombre de jeunes qui quittent l’école trop tôt
soit particulièrement élevé au
Québec, plus qu’ailleurs, est d’abord une
conséquence de la pauvreté, et c’est aussi
l’expression des valeurs d’une société qui
attache trop peu d’importance à l’éducation.
Et si un certain espoir est permis, s’il est possible que Mme
Courchesne – et ensuite ses successeurs – puisse
réussir là où les autres ont
échoué depuis 20 ans, c’est en bonne partie
parce que le Québec s’est transformé, que la
réflexion sur le décrochage a progressé,
et que son plan d’action est le reflet de cette
évolution. On comprend mieux les liens entre la
pauvreté et l’insuccès scolaire, on est
davantage conscients de l’importance d’intervenir dès
la petite enfance, tandis que le déclin
démographique ajoute un sentiment d’urgence. Tant et si
bien que le décrochage est maintenant bien plus haut
dans l’échelle des priorités de la classe
politique, tant au gouvernement que dans l’opposition.
Mais surtout, la prise de conscience de la gravité du
décrochage a commencé à dépasser
le cercle des initiés. Le fait qu’un groupe de travail,
présidé par un dirigeant d’entreprise, Jacques
Ménard, ait décidé de se pencher sur la
question, illustre ce changement. Certains ont bêtement
reproché à M. Ménard d’agir en amateur et
de jouer au gérant d’estrade. Mais justement, c’est
quand la question sortira du cénacle des
spécialistes, que les amateurs s’en mêleront,
qu’on s’approchera de la solution.
Et donc, ce qui est important dans ce plan d’action, c’est
moins les dollars, le nombre d’ortho-ceci ou d’ortho-cela, les
calendriers de mise en oeuvre, le ratio
maîtres-étudiants, qu’une façon d’aborder
le problème. Le fait qu’on sorte du monde de
l’éducation, et qu’on fasse appel aux autres, aux
parents, aux communautés, au monde des affaires, aux
régions. Le fait qu’on aille en amont, pour amorcer
l’intervention au moment de la petite enfance. Le fait qu’on
ne propose pas une solution, mais une palette d’interventions,
à toutes les étapes du cheminement de l’enfant.
Le fait qu’on quitte le mur-à-mur classique.
Mais
l’essentiel,
c’est qu’on reconnaisse la gravité du
décrochage, suicidaire au plan économique pour
une société en déclin
démographique, inacceptable au plan moral parce qu’elle
perpétue les inégalités sociales,
aberrant au niveau des finances publiques, dramatique pour
tous les jeunes décrocheurs qui seront mal
préparés pour la vie. Quand ce message sera
entendu, compris et partagé, une grande partie du
travail aura été fait.
Un plan attendu - NATHALIE COLLARD
Le plan contre
le décrochage scolaire présenté hier par
la ministre de l’Éducation était très
attendu. Il ne comportait toutefois pas de grandes surprises.
En gros, Michelle Courchesne adhère aux conclusions du
rapport Ménard, rendu public il y a six mois, selon
lesquelles l’école, seule, ne peut mener la lutte
contre le décrochage. La communauté doit
s’impliquer. Cette approche, mise à l’essai dans la
région du Saguenay–Lac-SaintJean, a donné des
résultats positifs.
La ministre demande donc à chaque commission scolaire
de se fixer des objectifs, et à chaque région de
se mobiliser pour soutenir ses écoles. Les parents et
le milieu de l’emploi sont également
interpellés.
Parmi les
actions proposées, on veut diminuer le ratio
d’élèves dans les classes du primaire (une
vieille promesse), améliorer l’aide aux devoirs et
accorder plus d’attention aux élèves de 4e et 5e
secondaire, en particulier dans les milieux
défavorisés. L’objectif est d’atteindre un taux
de réussite de 80% d’ici 2020 (rappelons qu’en 1995, on
visait 85% pour 2010…).
La proposition la plus importante vise toutefois les plus
jeunes enfants. On le sait, les racines du décrochage
sont profondes et c’est pourquoi il faut porter une attention
particulière aux tout-petits. Il faut se souvenir du
rapport désolant de la Direction de la santé
publique, en 2008, qui rappelait que 35% des petits
Montréalais n’avaient pas la maturité
nécessaire lorsqu’ils entraient à la maternelle.
Le plan Courchesne propose donc un arrimage entre les centres
de la petite enfance et les écoles. Le problème,
c’est que les enfants les plus vulnérables ne
fréquentent pas nécessairement les CPE. Pour
toutes sortes de raisons (le coût, mais aussi la peur de
certains parents d’être « détectés
» par les services sociaux), ces enfants sont
gardés à la maison jusqu’à la maternelle.
Ce sont eux qu’il faut intégrer le plus tôt
possible dans le système d’éducation. Devraiton
instaurer une maternelle à 3 ans ou encore, rendre les
services de garde entièrement gratuits aux familles
défavorisées ? Le plan n’aborde malheureusement
pas cette question. I l ne pr é c i s e pas non plus
quel sera le rôle des CPE une fois qu’ils auront
identifié des cas problèmes. Offrira-t-on des
services professionnels ciblés à ces enfants ?
Et si oui, qui déterminera la nature des services dont
ils ont besoin? À notre avis, il aurait fallu mettre
davantage l’accent sur l’aide aux très jeunes enfants.
Il
y avait un grand absent, hier, à la
conférence de presse: le premier ministre, Jean
Charest. C’est lui le responsable du dossier jeunesse au
Conseil des ministres. Sa présence aurait
donné du poids au plan Courchesne en confirmant
que le gouvernement québécois faisait de
l’éducation LA priorité des
priorités. Or Québec consacrera moins de
200 millions$ par année à la lutte contre
le décrochage alors que l’Ontario en investit 1,3
milliard. Une priorité? Vraiment?
UN PLAN AMBITIEUX, UN ACCUEIL TIÈDE -
Marie Allard
La ministre de
l’Éducation Michelle Courchesne est bien
décidée à s’attaquer au décrochage
scolaire. Pour y parvenir, elle propose un plan qui repose sur
« 13 voies de réussite ». Bien que personne
ne remette en question la pertinence d’augmenter le taux
Pour hausser à 80% le t aux d’obtention de
diplôme des jeunes de moins de 20 ans d’ici 2020, la
ministre de l’Éducation Mic hel l e Courc hesne a
dévoilé hier son très attendu plan
d’action contre le décrochage. Un total de 13 «
voies de réussite » sont proposées par
Québec pour diplômer 8 0 0 0 élèves
de plus par an. Gros hic: rien ou presque ne s’applique avant
septembre 2010.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA
PRESSE
Dix millions de plus par an sont
annoncés pour augmenter l’offre d’activités
parascolaires dans les écoles. « Je sais que
les gars qui jouent au soccer, au football restent à
l’école », a dit la ministre Michelle
Courchesne, entourée de joueurs des Aigles
d’Honoré-Mercier.
Env i r on 16 0 mi l l i ons par an d’argent frais seront
injectés par le gouvernement dans ce plan à
terme, soit dans trois ans, a annoncé Mme Courchesne.
Pour l’an procha i n, « ce n’est pas loin de 100
millions », a-telle précisé.
Déjà, Québec investissait près de
885 millions par an dans la lutte contre le décrochage,
sans grand résultat.
L’objectif est ambitieux : le taux d’obtention de
diplôme chez les moins de 20 ans n’était que de
72,2 % en 2007-2008, tout de même en progression de 2,8%
par rapport à l’année précédente.
Pour s’assurer d’une amélioration, la ministre met sur
pied un comité de vigie dont font notamment partie le
banquier Jacques Ménard, le Dr Gilles Julien et Gaston
Laf leur, du Conseil québécois du commerce de
détail. Chaque commission scolaire devra
également se fixer des cibles « qui seront
connues publiquement », a souligné Mme
Courchesne.
Milieux défavorisés
Les 13 voies de réussite du plan intitulé
« L’école, j’y tiens ! » mettent l’accent
sur les moments cruciaux du cheminement de
l’élève, soit son entrée à l ’
école, son passage au secondaire, sa fin de secondaire
ou le moment où i l quit tera it l’école sans
diplôme.
Une réduction plus importante que prévu du
nombre d’enfants par classe dans les écoles primaires
défavorisées est annoncée. D’ici la
rentrée 2012, ils seront un maximum de 20 par classe,
contre 26 dans les écoles régulières, ce
qui coûtera 115 millions par an. Rien n’est ment
ionné pour le secondaire, alors que les l
ibéraux ava ient promis d’y réduire aussi la
taille des groupes.
200
enseignants-ressources
L’embauche de 200 enseignants-ressources au secondaire est une
autre nouveauté, au coût de 11 millions par an.
Aucun professionnel ( psychologue, orthophoniste, etc.) de
plus n’est au menu, les écoles devant se tourner vers
le réseau de la santé, selon Mme Courchesne.
L’offre d’activités parascolaires sera, quant à
elle, bonifiée avec 10 millions de plus par an.
La stratégie Agir autrement, qui a coûté
plus de 200 millions en sept ans sans vraiment porter des
fruits, est reconduite. « Avec plus d’encadrement
», a toutefois averti la ministre.
Accueil favorable de Ménard
« Le plan d’action de la ministre témoigne d’une
plus grande ouverture du Ministère au sein de la
société civile et ça, je trouve que c’est
une bonne nouvelle », a commenté Jacques
Ménard, qui avait présenté son propre
plan contre le décrochage en mars dernier.
« Soyez assurés que notre groupe sera très
vigilant, a-t-il précisé. On sera là pour
suivre de près la mise en application des mesures
annoncées, qui va dans bien des cas nécessiter
la négociation d’ententes avec les commissions
scolaires, avec les directeurs d’école, avec les
enseignants, avec les groupes communautaires. »
Les 13 voies de réussite
1. Valoriser
l’éducation par des campagnes de promotion, une
tournée de la ministre et un engagement des employeurs:
1million par an. 2. Établir des cibles de réussite
pour chaque commission scolaire et en assurer le suivi : 0
million. 3. Multiplier les actions régionales contre le
décrochage : 10 millions par an, payés à
moitié par la Fondation Chagnon (déjà
annoncé en mars dernier). 4. Préparer
l’entrée à l’école des enfants de milieux
défavorisés ou en difficulté : 40 millions
par an, payés à 60% par la Fondation Chagnon.
5.
Réduire le nombre d’élèves par classe au
primaire à un maximum de 20 en milieu
défavorisé et de 26 en milieu non
défavorisé d’ici au mois de septembre 2012:
115millions par an (à terme, dans trois ans, moins cher
d’ici là). 6. Améliorer l’aide aux devoirs et
accompagner individuellement les élèves qui
échouent en lecture et en maths: 0million. 7. Renforcer
la stratégie Agir autrement avec le suivi serré de
133 écoles et la mise sur pied de deux projets
inspirés des programmes Pathways to Education et Check
and Connect: 1,25million en 2010. 8. Ajout de 200
enseignants-ressources au secondaire: 11 millions par an. 9.
Augmenter l’offre d’activités parascolaires : 10 millions
par an. 10. Réaliser des projets communautaires
destinés aux jeunes à risque au secondaire dans
les quartiers défavorisés de Montréal : 1,5
million par an. 11. Repérage systématique des
élèves de quatrième et cinquième
secondaire en voie d’abandonner les études : 0 million.
12. Faciliter l’accès à la formation
professionnelle : 0 million. 13. Raccrocher le maximum de
décrocheurs : 0 million.
« J’en attendais beaucoup plus »
Les
réactions au plan de la ministre Courchesne sont
mitigées
Le plan présenté par la ministre de
l’Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle
Courchesne, ne fait pas l’unanimité. Les intervenants
sur place lors de l’annonce se réjouissent de la
volonté du gouvernement de s’attaquer au
décrochage scolaire, mais certains s’interrogent sur
les moyens mis de l’avant.
« J’en attendais beaucoup plus sur les questions de la
pauvreté et de l’aide aux élèves en
difficulté, qu’on n’attaque pas de plein front
», a dénoncé Pierre St-Germain,
président de la Fédération autonome de
l’enseignement. Il revendiquait plutôt la
prématernelle à temps plein pour les enfants
de 4 ans en milieu défavorisé.
La question des services aux enfants du préscolaire
préoc cupe aus si Réjean Pa rent , pré
s ident de la Centrale des syndicats du Québec.
« On va envoyer des professionnels détecter les
enfants de 2 ans qui ont des difficultés, mais encore
fautil ne pas les laisser traîner trois ans avant de
s’en occuper », a-t-il affirmé.
L a pr é s i dent e de la Fédération
québécoise des directions
d’établissement d’enseignement, Chantal
Longpré, a elle aussi accueilli froidement le plan
présenté par la ministre Courchesne. «
C’est un plan dans lequel on devient coincés,
où toutes les écoles devront agir de la
même façon. Ça ne sert à rien.
»
Enfin, pour
le critique du Parti québécois en
matière d’éducation, Pierre Curzi, le plan de
la ministre Courchesne « manque d’ambition et de
moyens ». Il suggère que des mesures «
plus radicales » pour lutter contre le
décrochage scolaire soient financées en
augmentant ou la dette – comme le gouvernement le fait pour
les infrastructures routières – ou la TVQ.
« Si, en tant que gouvernement, on ne consent pas
à faire un investissement majeur et à prendre
des mesures fortes, j e pense qu’on risque de se ramasser
avec un résultat mitigé », a-til
expliqué.
Un plan « possible »
L a pr é s i de n t e d e la Fédération
des commissions scolaires du Québec croit pour sa
part que la concertation entre le milieu scolaire, les
services de santé à l’extérieur de
l’école et le milieu communautaire portera des
fruits. « C’est possible, a affirmé
Josée Bouchard. Je ne me souviens pas d’avoir vu une
telle concertation autour d’un ministre de
l’Éducation. Je pense que c’est très
encourageant. »
Des actions dès la petite enfance
Le
ministère de la Famille et des Aînés
espère faire adopter au cours des prochaines
semaines le projet de loi pour la création du Fonds
pour le développement des jeunes enfants. Ce fonds
de 400 millions en 10 ans soutiendra les tout-petits afin
de mieux les préparer à l’école.
La Fondation Lucie et André Chagnon versera 250
millions à l’enveloppe. Québec se chargera
d’allonger les 150 millions restants. « La forme
exacte des actions qui seront prises grâce à
ce fonds n’est pas encore déterminée, mais
elle visera les enfants en milieu défavorisé
», explique Isabelle Mercille, attachée de
presse du ministre Tony Tomassi.
Québec
entend
aussi établir des liens entre les services de garde
en petite enfance et les écoles. « Il est
possible de connaître les jeunes à risque
dès le préscolaire, et faire en sorte qu’ils
soient pris en charge dès la première
journée d’école », souhaite le
ministre Tomassi.
Le Dr Gilles Julien, reconnu pour sa pratique de la
pédiatrie sociale au Québec, croit pour sa
part que ce lien entre les CPE et les écoles est
« intéressant » et qu’il s’agit d’un
« bon premier pas ». « Par contre, on
n’atteindra pas les enfants les plus vulnérables,
qui ne fréquentent pas les CPE, ajoute-t-il. Il
faudrait aussi faire participer les organismes
communautaires qui, eux aussi, font du dépistage
précoce. »
Où est le progrès ? - Michèle
Ouimet
Il y avait
du monde, beaucoup de monde, hier, à la
conférence de presse-fleuve de la ministre de
l’Éducation, Michelle Courchesne, qui
dévoilait son plan de lutte contre le
décrochage.
Son fameux plan. Depuis le temps qu’elle nous le promet.
Elle a pris son ton exalté pour expliquer les 13
« voies de réussite » qui forment le
coeur de son plan.
« Je suis très, très touchée
d’être ici ce matin », a-t-elle lancé
devant une centaine de personnes réunies dans la
bibliothèque de l’école secondaire
Honoré-Mercier, située dans l’ouest de
Montréal.
Pourquoi touchée ? Allez savoir.
Treize voies de réussite pour contrer le
décrochage, donc. Treize idées, petites et
grandes.
Mais parlons d’abord de chiffres. La ministre était
fière d’annoncer que le taux d’obtention de
diplôme chez les moins de 20ans avait grimpé
de 69% en 2006 à 72% en 2007.
Un bond de trois points en un an. Prodigieux ? Pas
vraiment. En 1992, le ministre de l’Éducation,
Michel Pagé, avait lancé un plan de lutte
contre le décrochage : classes plus petites,
titulariat, meilleur encadrement.
À l’époque, le taux d’obtention de
diplôme était de… 72%. Il voulait le hisser
de quinze points en cinq ans. En 2000, huit ans et une
quarantaine de millions plus tard, le taux stagnait
toujours à… 72%.
La ministre aurait dû le préciser, hier. Un
peu de perspective historique n’aurait pas fait de tort.
En 2002, le taux d’obtention de diplôme a
dégringolé à 67%. Le retour aux 72%
en 2007 est donc une victoire.
Mais la réalité, la vraie, c’est que depuis
15 ans, les écoles subissent un grand et
désespérant piétinement: 72% en 1992,
72% en 2007. Où est le progrès ?
Je ne
veux pas vous assommer avec les statistiques, mais
rappelons que ce 72% englobe l’ensemble des jeunes de
moins de 20 ans. Il inclut donc tous ceux qui ont
abandonné leur secondaire et terminé leurs
études à l’éducation aux adultes
où les exigences sont moins fortes. Des
diplômes au rabais.
Prenons les vrais chiffres, soit le nombre de jeunes qui
sortent avec un diplôme après avoir
passé cinq ans au secondaire. En 2005, seulement
55,8% des élèves de la province avaient
obtenu leur diplôme; 54,4% en 2008. À peine
un sur deux. La ministre s’est bien gardée d’en
souffler mot.
Hier, Mme Courchesne a annoncé que le « taux
de diplomation » des moins de 20 ans grimpera
à 80% en 2020 grâce à ses 13 voies de
réussite. Je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir
une pensée pieuse pour tous les ministres de
l’Éducation qui l’ont précédée
et qui ont fixé avec enthousiasme des cibles qui
n’ont jamais été atteintes.
Parlons un peu du plan de Mme Courchesne. Rien d’original,
mais des mesures incontournables et nécessaires :
baisser les ratios dans les classes au primaire en
commençant par les milieux
défavorisés. Coût : une centaine de
millions par année.
Ajout de 200 « enseignantsressources » au
secondaire. Coût: 11 millions par année.
Création d’un fonds pour le développement
des jeunes. But: aider les enfants d’âge
préscolaire qui viennent de milieux
défavorisés. Coût : 4 0 0 mi l l ions
sur 10 ans . Quelles mesures seront adoptées avec
tous ces millions ? Impossible d’obtenir des
réponses claires. Le fonds est entouré d’un
flou artistique.
La ministre a aussi annoncé la création d’un
comité de vigie qui sera formé de tout le
monde et son père, y compris des élus
municipaux. Un comité de gérants d’estrade,
comme s’il n’y avait pas déjà assez de monde
dans la grande galère de l’école. Leur
mandat : suivre l’évolution des taux de
réussite, analyser des moyens d’intervention et
proposer des ajustements. Misère.
Mme Courchesne a parlé de contrôles
fréquents. Elle veut s’assurer que l’argent sera
bien dépensé. Un but honorable. Le
problème, c’est que les directeurs d’école
vont être englués dans une bureaucratie
tatillonne.
Hier, la présidente de la Fédération
québécoise des directions
d’établissement d’enseignement, Chantal
Longpré, était dans tous ses états.
Elle en avait quasiment les larmes aux yeux. Les
directeurs d’école sont débordés, ils
doivent rendre des comptes pour chaque sou
dépensé. « À chaque nouveau
programme, on est enterrés sous la paperasse,
a-t-elle dit. Et là, on nous en rajoute. »
Au total, le gouvernement injectera une centaine de
millions en 2010 et en 2011, puis 160 millions par
année à partir de 2012. Cap sur 2020 et la
cible de 80%.
En
2020, Mme Courchesne ne sera plus là. Ce sera
à son tour d’avoir une pensée pieuse pour le
ministre de l’Éducation qui annoncera de nouvelles
cibles.
Le tourbillon de la rentrée - NATHALIE COLLARD
Ils
étaient des centaines, cette semaine, à arpenter
les allées des grandes surfaces à la recherche
des paquets de cahiers Canada, du stylo pointe fine Pilot
Hi-Tec 0,5 ou de la gomme à effacer de marque Staedler.
L’air un peu hébété sous la
lumière crue des néons, certains parents, liste
en main, rageaient silencieusement en cherchant le cahier
spirale ligné de 108 pages dans la pile de cahiers de
80, 90 100, et 200 pages…
C’est la rentrée. Avec son lot d’angoisses, de stress
et de nostalgie des jours de vacances bénis où
le réveille-matin était, lui aussi, en dormance.
C’est la rentrée avec ses feuilles à remplir,
ses horaires d’autobus à mémoriser, ses fiches
d’inscription à retourner. Un retour à
l’école qui compte un degré de stress
supplémentaire cette année. Car à la
menace de poux qui revient invariablement chaque automne
s’ajoute désormais celle d’une épidémie
de grippe A (H1N1) qui pourrait, dans le pire des
scénarios, faire fermer des écoles. Boîtes
de mouchoirs et savon antibactérien seront-ils
suffisants? Croisons les doigts.
C’est la
rentrée, ce qui signifie pour de nombreux parents la
confection des lunchs qui recommence. À la liste
déjà longue d’aliments interdits (trop
sucré, trop salé, gras trans, noix, arachides,
amandes…) il faut ajouter (si ce n’était pas
déjà fait depuis la crise de la
listériose) un sérieux avertissement concernant
les charcuteries, néfastes elles aussi. Une
complication supplémentaire…
Personne n’échappe complètement au tourbillon.
Les pages d’agenda se noircissent avant même qu’on ait
terminé de défaire les valises, les surfaces des
frigos disparaissent sous un amas de feuilles, la vie «
normale » reprend ses droits.
On voudrait renouer avec l’excitation des rentrées
scolaires de notre enfance mais la réalité est
tout autre. Cette année, le grand retour risque
d’être morose. L’école québécoise
ne va pas bien. Son toit coule et ses élèves
décrochent. Ses murs auraient besoin d’une bonne couche
de peinture et ses enseignants, une bonne dose
d’encouragement.
Sans
compter
qu’il est difficile de conduire nos enfants à
l’école le coeur léger quand on voit les
récents résultats des élèves du
secondaire aux examens du Ministère, publiés au
beau milieu de l’été, alors que tout le monde
était en vacances. Il est clair que la réforme
ne livre pas les résultats escomptés. Il s’agit
en fait des pires résultats depuis 1992, à
l’exception de l’année 2006. Et que dire de cet
accablant rapport du ministère de l’Éducation
qui dresse le portrait des élèves de la
réforme: difficultés en français, manque
d’autonomie, difficulté à se concentrer. Les
jeunes qui entreront au cégep l’an prochain auront de
graves lacunes. Sera-t-il trop tard pour payer les pots
cassés? C’est une autre question que les parents se
posent en accompagnant leur enfant à l’école ces
jours-ci.
PROMESSE NON TENUE - Marie Allard
Québec
disait vouloir diminuer la taille des classes à la
rentrée
En ce jour de rentrée scolaire, les
élèves de troisième année du
primaire trouveront des classes un peu moins bondées.
Il y a maintenant un maximum de 26 enfants par groupe, contre
27 l’an dernier. Mais c’est le statu quo pour les autres
degrés. Le gouvernement a décidé de
reporter la réalisation de sa promesse de baisser de 10
% la taille de toutes les classes jusqu’en cinquième
secondaire, ce qui déçoit les enseignants.
Des classes moins bondées. C ’est que qu’a prom is la m
i n istre de l’ É ducation , Michelle Courchesne, lors
de la der n ière c a mpag ne électorale, avec
une baisse de 10 % du nombre d’élèves dans
toutes les classes, de la troisième année du
primaire jusqu’à la cinquième secondaire.
« Si on peut le faire pour septembre 2009, on va le
faire, avait-elle dit à La Presse. On va
procéder selon le rythme des commissions scolaires,
mais je pense que ça va être possible, dans une
gra nde proportion , dès la prochaine rentrée.
»
En ce jou r de rentrée scolaire, la
réalité est plus décevante. Seules les
classes de troisième année primaire seront moins
peuplées cette année, avec un maximum de 26
élèves plutôt que 27. R ien n’a cha
ngé pou r le s autres degrés dans les
écoles ordinaires.
« Ça nous déçoit, ce ne sera pas
une baisse significative, a dit hier Manon Bernard,
présidente de la Fédération des syndicats
de l’enseignement. C’est un élément important,
les baisses de ratio. Il y a des gens qui disent qu’un ou deux
élèves en moins, ça ne fait pas de
différence, mais ce n’est pas vrai ! »
C’est la crise économique qui aurait poussé le
gouvernement à étaler sur plusieurs
années la réalisation de cette promesse, dont le
coût avait été évalué
à 56 millions par an pour l’embauche de 1000 profs
supplémentaires.
En milieu défavorisé, le nombre maximal
d’enfants passe de 27 à 2 4 en troisième
année et de 29 à 24 en quatrième
année. Rien n’est prévu en cinquième et
sixième année, alors qu’une diminution de 20 %
avait été annoncée avant les
dernières élections.
Plus d’enfants doivent changer d’école
Autre hic : même minimes, ces baisses ne seront
peutêtre pas appliquées partout, faute de locaux
ou de budget. « On procède, a assuré
Josée Bouchard, présidente de la
Fédération des commissions scolaires du
Québec (FCSQ). C ’est u ne mesu re qui est bien
accueillie dans certains milieux mais qui a eu des effets
pervers dans d’autres puisqu’elle amène une
réorganisation des classes. »
Que fa i re
ave c le 27e enfant d’une classe de troisième
année, soudainement de trop ? « Dans les petites
commissions scolaires et en région rurale, les baisses
de ratio ont entraîné plus de transferts d’une
école ou d’un village à l’autre, a
indiqué Mme Bouchard. Ça a amené du
mécontentement chez les parents. »
À Montréa l aussi , des en fa nts dev ront c ha
nger d’école. La commission scolaire
Marguerite-Bourgeoys (CSMB), qui couvre l’ouest de
Montréal, « a choisi de gérer les baisses
de ratio avec des transferts administratifs
d’élèves qua nd il y a des dépassements
», a confirmé à La Presse Brigitte
Gauvreau, porte-parole de la CSM B. Environ 80 transferts
étaient prévus en date de mardi à la
CSMB.
Pénurie de salles de classe
Autre problème : à SaintL au rent et Sa i nte-A
n nede-Bellevue, il y a pénurie de salles de classe. Ce
sera bientôt réglé à Saint-Laurent,
avec l ’ouver t u re de deu x nouvelles écoles en 2
010, ma is aucu ne construction n’est prévue à
Sainte-Annede-Bellevue. « On attend de voir l’effet du
ralentissement économique sur la construction
immobilière », a expliqué Mme Gauvreau.
Même situation à SaintAmable, où les
écoles sont pleines. « Cette année,
ça va, a dit Pierre Laverdure, porteparole de la
commission scolaire des Patriotes. Mais si le nombre
d’élèves d’autres deg rés ba isse
évent uel lement, il faudra des locaux
supplémentaires. »
Dans la région de Vaud r e u i l , où il y a un
boom de population , « ça n’a pas
été catastrophique, a indiqué Colette
Frappier, porte-parole de la commission scolaire des
Trois-Lacs. Présentement, tout le monde est
placé. C ’est plutôt au préscolaire qu’il
y a beaucoup de demande. »
À la Com m ission sco - laire de Montréal, la
baisse de ratio ne posera pas de problème d ’espace ou
de recrutement de personnel, a dit A lain Perron, porteparole
de la CSDM. Même optimisme aux commissions scolaires de
Laval, MarieVic tor i n et des G ra ndesSeigneuries (CSGS).
« Nous prévoyons pouvoir baisser les ratios, a
indiqué Fannie Desc ha mps , por te-pa role de la CSGS.
Nous saurons environ une semaine après la
rentrée si nous sommes à même de le faire.
»
Aucune sanction pour les récalcitrants
Rien
n’empêche les écoles de dépasser les
nouveaux ratios dans leurs classes, a dénoncé
hier Manon Bernard, présidente de la
Fédération des syndicats de l’enseignement.
« On n’a pas de recours s’il y a dépassement
des nouveaux ratios, a-t-elle dit à La Presse.
Ça ne nous rassure pas. »
Cherchez
l’erreur : dans une école défavorisée
de Montréal, on prévoit cette a n née
27 enfants dans une classe de troisième année,
alors que le maximum autorisé est de 24! « Le
maximum n’est pas ce que vous croyez, il peut être
dépassé », a indiqué un
enseignant de cette école, sous le couvert de
l’anonymat. Il est toujours possible de transférer
des élèves ou d’ouvrir une nouvelle classe
après la rentrée, mais rien n’est garanti.
Les ratios (nombre d’élèves par enseignant) en
vigueur dans les autres degrés – les mêmes que
l’an dernier – peuvent aussi être
dépassés. Mais dans ce cas, les enseignants
reçoivent une compensation financière. En
2006-2007, le ministère de l’Éducation a
dû verser 11,6 millions à 2000 professeurs dont
les classes comptaient plus d’élèves que le
maximum prescrit.
De 32 à 36 élèves par classe
Benoit
Houle, enseignant à l’école secondaire du
Tournesol, à Windsor, est déçu de
constater que la taille de ses classes n’a pas
été réduite cette année. Dans
les écoles secondaires publiques, le maximum
prévu – souvent dépassé – demeure de
32 élèves par groupe.
PHOTO PATRICK
SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE
En troisième année
du primaire, le nombre maximal d’élèves
passe cette année de 27 à 26. Mais comme
le déplorent les syndicats, rien n’empêche
les écoles de dépasser ces nouvelles
limites.
« Si on veut contrer le décrochage scolaire
et améliorer la réussite de nos jeunes, les
baisses de ratio sont un pas dans la bonne direction,
estime le professeur de mathématiques. Il s’agit
d’une solution très concrète, qui peut
améliorer le climat de classe. »
Pire au
privé
Dans les écoles privées, il y a souvent 36
élèves par classe. C’est trop, selon Pierre
Lemay, qui enseigne dans une école privée de
la RiveSud de Montréal. « Si on
réduisait pour la peine le nombre
d’élèves par classe, on économiserait
à long terme en réformes de toutes sortes,
indique-t-il. Donnez-moi du temps pour les enfants, et
chacun de ces en fa nts ava ncera . J ’a i 3 6
élèves pa r classe, à raison d’u ne
heu re par jour, ou à peu près. Faites le
calcul. Combien ai-je de minutes par élève ?
»
La promesse du gouvernement de réduire de 10 % la
taille des classes ne s’applique toutefois qu’aux
écoles publiques.
La CSQ presse la ministre d’agir - Marie Allard
À la
veille de la rentrée, Réjean Parent,
président de la Centrale des sy nd icats du
Québec (CSQ), a demandé «un plan global
qui touche plus d’un ministère» pour relever le
taux d’obtention du diplôme d’études secondaires,
qui stagne à 70%. L’Ontario a haussé son taux
à 78% en 2008-2009. «Au Québec, on a le
même taux depuis 1991», a-t-il
dénoncé, hier, en conférence de presse.
Pour le relever, « il faut mettre fin à
l’éparpillement du ministère de
l’Éducation, qui gouverne en multipliant les plans
d’action, dont certains se font cruellement attendre, comme
celui sur le décrochage scolaire », a
précisé M. Parent.
Attendu ces jours-ci, le plan d’action contre le
décrochage de la ministre de l’Éducation,
Michelle Courchesne, « ne pourra pas être
appliqué cette année », a
déploré le président de la CSQ.
L’année scolaire se prépare des mois à
l’avance, at-il fait valoir.
Il faut
embaucher 10 0 0 professionnels supplémentaires «
de façon u rgente » pour aider les
élèves qui ont des problèmes, a
récla mé Jea n Fala rdeau , président de
la Fédération des profession nels de
l’éducation (F PPE-CSQ). Depuis trois ans, seuls 178
professionnels (psychologues, orthophonistes, etc.) ont
été ajoutés dans les 72 commissions
scolaires, ce qui est insuffisant, a-t-il dit.
Qua nt au x enseigna nts, ils espèrent que la baisse du
nombre d’élèves par classe se
concrétisera, a dit Manon Berna rd , présidente
de la Fédération des syndicats de l’enseignement
(FSE-CSQ). « De plus, on s’attend à ce que la
ministre établisse des limites à
l’intégration des élèves en
difficulté dans les classes dites ordinaires, qui
seront effectives dès cette a n née », a -
t-el le pré c i s é . Troisième demande :
que les contenus des programmes de la réforme soient
recentrés sur les connaissances.
Diane Cinq-Mars, présidente de la
Fédération du personnel de soutien scolaire
(FPSS-CSQ), a enfin dénoncé « l’absence de
services » à l’éducation des adultes.
« Les élèves y sont souvent laissés
à eux-mêmes au niveau des troubles
d’apprentissage », at-elle souligné.
PAUVRE MONTRÉAL! - JACQUES
MÉNARD
Les leaders de
la région doivent faire pression pour que les plans de
soutien à la persévérance scolaire soient
financés décemment
Montréal est pauvre. À l’échelle des gra
ndes villes nord-a méricaines du moins. Les
infrastructures de la métropole reflètent un
degré de pauvreté qu’on n’arrive plus à
cacher. Jamais on ne tolérerait de telles scènes
de décrépitude au centre-ville de Québec,
à Ottawa ou à Toronto.
PHOTO ROBERT MAILLOUX,
ARCHIVES LA PRESSE
Nous en sommes peut-être rendus
à devoir conserver encore quelques années des
infrastructures qui nous font honte afin de consacrer nos
maigres ressources dans ce qui est plus prometteur :
l’éducation de nos enfants.
Cela est d’autant plus troublant que nous sou haitons vend re
au monde entier l’image de Montréal, ville du savoir,
de la connaissance, de l’innovation. Fort bien.
J’achète volontiers cette orientation. Mais, il y a un
gouffre entre nos désirs et la réalité.
Juste un exemple. Selon l’économiste Claude
Séguin, le taux de diplomation universitaire
montréalais dépasse à peine la
moitié de celui de Boston (26 % contre 47 %). Or, si
nous avions le même taux de diplomation universitaire
que Boston, les revenus des citoyens de la Ville de
Montréal seraient plus élevés de 12
milliards par année. L’écart entre le revenu
moyen des citoyens de Montréal et celui de Toronto
serait réduit d’au moins 50 %. La recette est connue,
si vous voulez être plus riche, investissez en
éducation.
Cet été, quand j’ai lu le slogan Des fondations
pour réussir sur le bord des routes du Québec, j
e me suis dit, ça y est. On a décidé
d’investir massivement en éducation. Eh bien non. On
parlait plutôt de rebâtir les ponts, les viaducs
et de repaver les routes du Québec. C’est sûr
que, là aussi, le besoin est criant. Je ne mets pas
ça en doute.
Le
problème c’est que, lorsqu’on est pauvre, il faut faire
des choix souvent déchirants. Des choix qui peuvent
opposer des investissements dans les infrastructures sociales
et éducatives d’une part, et le pavage de bouts de
routes d’autre part. Nous en sommes peut-être rendus
à devoir conserver encore quelques années des
infrastructures qui nous font honte afin de consacrer nos
maigres ressources dans ce qui est plus prometteur. Il
faudrait nous attaquer davantage aux causes et aux
déterminants de la pauvreté plutôt
qu’à ses effets, hélas trop visibles chez nous.
Ce n’est pas ce qu’on fait quand les plans de soutien à
la persévérance scolaire, ou si vous
préférez à la lutte contre le
décrochage, sont continuellement remis aux calendes
grecques, parce qu’on a mis l’argent ailleurs. On creuse notre
tombe.
Bien sûr, personne ne se lève le matin en pensant
à des plans diaboliques pour couler Montréal.
Chacun fait ce qu’il peut avec les moyens qu’on lui donne,
malgré le fouillis qui règne dans l’organisation
de la région. Mais quand on reporte sans cesse
l’allocation des fonds pour lutter contre le décrochage
scolaire et qu’on nie qu’il y ait catastrophe lorsque
seulement 35 % des gars réussissent à obtenir
leur diplôme d’études secondaires en cinq ans
à la commission scolaire de Montréal (48,2 %
chez les filles), on perpétue le long déclin de
Montréal.
La rentrée scolaire est à nos portes. Il
faudrait que tous les leaders de la grande région de
Montréal fassent la pression à la bonne place
pour que les plans de soutien à la
persévérance scolaire soient financés
décemment. Ça presse ! Le jour où toute
la communauté s’est levée à l’instigation
de la Chambre de Montréal pour clamer haut et fort que
Montréal, c’est spatial, on a vu le résultat.
L’agence spatiale a atterri dans notre région, avec
toutes les retombées inhérentes.
Aujourd’hui, il faut nous lever pour réclamer que
l’État donne à la région de
Montréal de vraies « fondations pour
réussir ». Et, les fondations les plus solides
pour réussir, c’est en éducation qu’on les
retrouve. Ça commence par des jeunes qui
réussissent à l’école et dont les
qualifications et les talents attireront les meilleures
entreprises du monde entier. Quand ce sera fait, ce sera
tellement plus facile de reboucher les trous dans le tunnel
Ville-Marie et de rajeunir nos infrastructures
désuètes. Souhaitons seulement que nos
dirigeants et leurs hauts fonctionnaires toléreront
moins longtemps le décrochage de nos jeunes que le
décrochage des tuiles dans nos tunnels…
Levée de boucliers contre les droits
de scolarité au collégial
- Ariane Lacoursière
Les
associations étudiantes de tout le Québec
ont tour à tour dénoncé, hier,
l’intention du Parti libéral du Québec (PLQ)
d’imposer des droits de scolarité aux
élèves des cégeps. Selon plusieurs,
mettre ainsi fin à la gratuité freinerait da
ngereusement l’accessibilité des études
alors que le Québec a justement de plus en plus
besoin de maind’oeuvre spécialisée.
Réunis en conseil général ce week-end
à Drummondville, quelques centaines de militants
libéraux ont voté en faveur d’une
résolution visant l’imposition de droits de
scolarité au collégial.
« C’est une aberration. Le P LC ne comprend pas ce
qui se passe dans sa société. O n a be soi n
de plu s de tec h n ic ien s spéc ia l isés
et de plus de monde dans les universités. Il fait
comme si l’éducation postsecondaire était un
luxe. Mais ça fait au contraire partie de la
réponse aux besoins de main-d’oeuvre
spécialisée du Québec », dit la
vice-présidente de la F édération
nationa le des enseignantes et enseignants du
Québec (FNEEQ-CSN), Micheline Thibodeau.
L a
Fédération étudia nte
collégiale du Québec (FECQ) juge que la
décision du PLQ est « inacceptable ».
« Ce serait un recul économique et social h
istorique. P résentement , 70 % des
étudiants des cégeps travaillent en moyenne
17,5 heures par semaine. Ça leur demande parfois
d’allonger leurs études d’un trimestre ou deux.
Leur parcours scolaire serait encore plus long si des
droits de scolarité leur étaient
imposés », commente le président de la
FECQ, Xavier Lefebvre-Boucher.
L e porte-pa role de la Centra le des syndicats du
Québec (CSQ), Ma rio Beauc hem i n , a f fi r me
que « toutes les études à quelques
exceptions près mont rent que les droits de
scolarité sont des freins à l’accès
» aux études postsecondaires. « Le
Québec aura bientôt besoin de combler des
milliers d’emplois, dont plusieurs techniques. Pourquoi
changer les règles du jeu ? » dema nde M.
Beauchemin.
À l’Association pour une solidarité
syndicale étudiante (ASSÉ), on prône
la gratuité scolaire jusqu’à
l’université. « Les libéraux
justifient leur décision en disant qu’il y a une
crise économique. Oui, il y a une crise, mais ce
n’est pas à la classe moyenne de payer la note. On
va nuire à l’accès aux études
», croit la secrétaire au x commu n ications
de l ’A S S É , Anne-Marie Provost.
Prêts et bourses : Un comité estime
l’indexation de 0,4 % insuffisante - Marie Allard
L’aide
financière aux études – mieux connue sous le
nom de prêts et bourses – n’est indexée que
de 0,4 % cette a n née. Cela risque d’être
insuffisant, estime le Comité consultatif sur
l’accessibilité financière aux études
dans un avis rendu public hier. La preuve : l’an dernier,
l’aide financière n’a été
indexée que de 1,4 % (selon l’Indice des prix
à la consommation prévisionnel), moins que
l’inflation réelle de 2 %.
«Le recours à un taux prévisionnel ne
permet pas de garantir le plein maintien du niveau de
vie», a souligné le Comité. Il s’est
dit inquiet «des effets à long terme»
que cela peut avoir chez les bénéficiaires
des prêts et bourses. Pour les protéger, le
Comité recommande à la ministre de
l’Éducation, Michelle Courchesne, d’ajuster
annuellement le taux à la réalité
observée pour l’année de
référence.
Il y a pire pour les portefeuilles étudia nts :
l’aide financière n’a pas été
indexée à 12 reprises depuis 1995-1996. Le
manque à gagner découlant de ces
années de nonindexation est estimé à
plus de 60 millions par le Comité, qui
réclame une indexation annuelle automatique.
Que prévoient les prêts et bourses ? Qu’un
étudiant à temps plein ne résidant
pas c hez ses pa rents dépense 743 $ par mois en
frais de subsista nce cette a n née, contre 740 $
l’an dernier. S’il a un enfant, il dépense 228 $
par mois additionnels pour sa subsistance, soit 3 $ de
plus qu’en 2008-2009.
Pas de
réponse de Courchesne
Très occupé par le plan de lutte contre le
décrochage qui sera dévoilé ce matin,
le cabinet de Mme Courchesne n’a pu faire part de sa
réaction hier.
« Nous sommes satisfaits des recommandations dans
l’ensemble, a commenté Jean G régoi re,
président de la Fédération
étudiante universitaire du Québec (FEUQ).
Pour préserver le pouvoir d’achat des
étudiants, ce serait notamment une excellente chose
de prévoir un ajustement en fin
d’année.»
Dansunsecondavis,leComité demande à Mme
Courchesne de surseoir à l’augmentation des droits
de scolarité facturés aux étudiants
étrangers dans les cégeps, qui entre en
vigueur cette année. Il est prévu que ces
droits bondiront de 6,56% par an de 2009-2010 à
2011-2012.
Le Comité recommande «à partir de
maintenant d’annoncer un an à l’avance les hausses
qui s’appliqueront pour une période de trois
ans». Les droits supplémentaires
exigés des étrangers inscrits à temps
plein dans les cégeps ont totalisé 4,9
millions en 2006-2007.
Importante chute du nombre de cégépiens en
vue - Marie Allard
Plus de 169
000 étudiants sont inscrits cet automne dans les
cégeps du Québec, une hausse de 3,2% par
rapport à l’an dernier. Autour de Montréal,
l’augmentation est particulièrement marquée
à Laval (+ 7,2%) et en Montérégie (+
5%). Mais des jours sombres guettent les collèges,
avec une chute prévue de 31 000 élèves
d’ici 2021. « C’est énorme », a dit
Gaëtan Boucher, président-directeur
général de la Fédération des
cégeps, en rencontre éditoriale à La
Presse.
Il faut dire que le taux de passage au collégial des
diplômés du secondaire stagne à 60%
depuis 10 ans. « Il y a certainement quelque chose
à faire », a reconnu M. Boucher. Le
décrochage demeure aussi élevé dans les
cégeps, avec 28% des étudiants du secteur
préuniversitaire et 38% de ceux de la formation
technique qui ont quitté le cégep sans
diplôme en 2005-2006.
« Il
faut que nos taux de diplomation augmentent, a dit le
président. Particulièrement en formation
technique, parce qu’il y a une pression du marché du
travail. » Attirer davantage d’étudiants
étrangers et d’adultes en formation continue sont
deux autres pistes de solution envisagées par les
cégeps pour peupler leurs salles de classe.
Contre l’abolition des cégeps
Dès la semaine prochaine à l’Assemblée
nationale, la Fédération des cégeps va
aussi demander des modifications majeures au projet de loi
44 sur la gouvernance. Sa mise en oeuvre coûterait 15
millions par an « et accentuerait la bureaucratie
», a dénoncé M. Boucher.
Déjà, il est interdit aux collèges de
faire des déficits « et il faut quasiment
demander l’autorisation à Québec pour
réparer une toilette », a-t-il illustré.
La proposition des jeunes de l’ADQ d’abolir les
cégeps inquiète moins M. Boucher. « Ils
prétendent économiser un milliard, mais c’est
de la mauvaise comptabilité, il n’y a pas
d’économie à faire là, a-til
tranché. S’ils entreprennent ce combat, ils vont nous
trouver sur leur route. »
CÉGEP: SEULS61% DES JEUNESYVONT
> 61% des
jeunes Québécois ont accédé au
collégial en 2006-2007, soit 2,7% de moins
qu’en 1996-1997 > 27,8% des cégépiens de la
formation préuniversitaire ont décroché
en 2005-2006 > 38,4% des cégépiens de la
formation technique ont décroché en 2005-2006
> Un élève prend en moyenne 2,4 ans
d’études à temps plein pour obtenir un
diplôme collégial
préuniversitaire
(durée prévue: 2 ans) > Un
élève prend en moyenne 3,9 ans d’études
à temps plein pour obtenir un diplôme col
légial technique (durée prévue : 3 ans)
Un problème à résoudre
- Roxanne Lajoie
Un
étudiant peut-il réussir ses cours au
cégep tout en travaillant 25 heures par semaine?
L’auteure est enseignante au collégial et mère
de famille. En cette veille de rentrée scolaire, alors
que la réussite des élèves est un sujet
préoccupant, voici une réflexion à faire,
sous forme de résolution de problème.
Marc-Antoine, Mélissa, Guillaume et Ariane se
préparent à entamer leur première
année au cégep après un repos estival
bien mérité pendant lequel ils ont tous
travaillé à temps plein. Cela a permis à
Marc-Antoine de gagner suffisamment d’argent pour acheter sa
première voiture et à Mélissa de diminuer
une partie de ses dettes de crédit. Guillaume a mis de
côté une somme importante afin de s’offrir un
voyage en Europe avant son entrée à
l’université. Quant à Ariane, ses payes
régulières ont servi à financer sa vie
sociale très active.
Puisque l’année scolaire est sur le point de commencer,
ils ont dû demander à leur patron de diminuer
leurs heures de travail, ce que ces derniers ont
accepté, un peu à contrecoeur. Ainsi, ils
travailleront en moyenne 25 heures par semaine. Ils ont
reçu leur horaire de cours qu’ils se sont
empressés de modifier, moyennant des coûts de
20$, afin de pouvoir l’arrimer à celui que leur a remis
leur patron.
Marc-Antoine étudie en communication et cinéma.
Il a sept cours à son horaire, soit 22 heures de cours
par semaine, auxquelles s’ajouteront les 19 heures qu’il devra
consacrer aux devoirs et à l’étude à la
maison. Mélissa étudieen gestion de commerce, a
sept cours à son horaire, soit 24 heures par semaine,
et devra consacrer 16 heures aux devoirs et à
l’étude à la maison. Guillaume, quant à
lui, étudie en santé animale, il a huit cours
à son horaire, soit 30 heures de cours par semaine,
sans compter les 17 heures qu’il devra consacrer aux devoirs
et à l’étude. Quant à Ariane, ses
études en sciences humaines et mathématiques
l’obligeront à passer au minimum 23 heures par semaine
au collège, car elle a sept cours à son horaire,
et à trouver du temps pour consacrer 17 autres heures
aux devoirs et à l’étude à la maison.
Étant
donné qu’ils travailleront en moyenne 25 heures par
semaine, à l’exception de Guillaume qui a
paniqué en voyant sa charge de travail scolaire et
demandé à son patron de limiter sa contribution
à la bonne marche de l’entreprise à 20 heures
par semaine:
1) Lequel de ces élèves aura le temps
d’étudier, de faire tous ses devoirs et de dormir ?
2) Lequel n’abandonnera aucun cours? 3) Lequel réussira
tous ses cours? Loin de moi l’idée de prétendre
que le problème réside uniquement dans le peu de
temps consacré par les élèves à
leurs études, mais il ne faut pas non plus
négliger cette raison quand nous nous interrogeons pour
trouver des solutions au décrochage et autres
fléaux scolaires.
Moins exigeant
Je suis
étudiante au collégial en sciences humaines et je
ne suis pas du tout en accord avec les propos de Mme Lajoie. Je
viens d’une école secondaire où j’ai reçu
un enseignement très rigoureux. Lorsque je suis
arrivée au cégep, j’ai constaté que le
degré de difficulté et la charge de travail
étaient franchement moindres. Le nombre d’heures qu’on
est censé accorder aux travaux à la maison est
largement surévalué. Les efforts à fournir
pour obtenir des résultats équivalents sont
également moindres au collégial qu’au secondaire.
L’an dernier, j’ai eu le temps de travailler et de m’engager
dans un des comités tout en conservant une vie sociale
qui est indéniablement un élément majeur de
la vie de cégépien. Une autre des
caractéristiques du collégial est la multitude de
« trous » dans l’horaire. Bien utilisés, ces
moments de temps libre entre les cours peuvent réduire
grandement le nombre d’heures d’études à la
maison. Je ne vois donc pas vraiment d’objection au fait de
travailler durant le cégep, une période
d’émancipation où la vie sociale devient de plus
en plus coûteuse. en sciences humaines au collège
André-Grasset
Question de maturité
J’étudie
présentement pour passer mon examen de l’Ordre des
comptables agréés. Depuis mon cégep, je
n’ai jamais coulé un cours et j’ai toujours
travaillé autour de 25 heures par semaine. Il est
possible de travailler autant tout en étudiant
suffisamment pour passer ces cours avec de bonnes notes.
L’étudiant doit avoir une certaine maturité et de
la motivation à l’école. Lui seul peut
décider s’il est en mesure de faire autant d’heures. Il
est certain qu’un étudiant qui va à reculons au
cégep trouvera dans son emploi un moyen de
s’éloigner de ses études. Par contre, ce n’est pas
tout le monde. Beaucoup d’étudiants ne montrent pas assez
de maturité à leur entrée au cégep.
Ils ne savent pas ce qu’ils veulent faire, alors pourquoi se
démener? Dans l’article de Mme Lajoie, on parle de 15
à 17 heures par semaine pour faire les devoirs et les
travaux. J’aimerais bien que vous me présentiez quelqu’un
qui étudie autant (sauf en sciences).
Les études d’abord
Je n’ai pas
voulu que mes enfants travaillent plus de 12 heures par semaine
pendant les périodes de classe. C’est important, le repos
et les loisirs, pour bien réussir ses cours. Plusieurs de
leurs amis travaillaient parfois plus de 20 heures par semaine,
souvent pour se payer du luxe. Nous avons payé leurs
études au complet, alors ils n’avaient pas ce souci que
plusieurs ont. Ils travaillaient beaucoup l’été
pour ramasser des sous pour leur auto. Ils ont fait de longues
études. Nous avons toujours dit que les études
passaient avant le travail, car c’est à temps plein, les
études. Le temps consacré aux études est
important, mais travailler un peu, c’est possible.
La norme
Je suis
allée au cégep ÉdouardMontpetit de 1989
à 1991 et je travaillais en moyenne 25 heures par
semaine, tout comme la plupart de mes amis. C’était
la norme à cette époque, dans mon entourage du
moins, de se trouver un petit boulot dès 16 ans et de
travailler à temps partiel tout au long de ses
études. Je n’ai jamais échoué à
un cours ni même remis un travail en retard. De plus,
je faisais partie de l’équipe de basketball
collégial AA et j’avais des entraînements tous
les lundis et mardis soirs. Si c’était possible
à cette époque, pourquoi cela serait-il
impossible aujourd’hui?
Pour joindre les deux bouts
Ma fille de
24 ans est retournée aux études au
cégep après avoir été sur le
marché du travail. Elle demeure encore avec moi. Mais
elle déménagera bientôt dans un
appartement. En plus de ses études en
cinémacommunication, elle devra travailler de 15
à 20 heures par semaine pour joindre les deux bouts,
malgré mon aide financière. Comme elle veut
aller à l’université, je lui ai dit d’attendre
ce moment pour faire une demande de prêt-bourse. Il
sera toujours temps de s’endetter. Je suis retraité
et je ne peux assumer toutes ses dépenses. Son emploi
ne lui laissera pas vraiment beaucoup de temps pour ses
travaux. Quand j’étais aux études, je ne
travaillais que durant l’été. Nos jeunes
d’aujourd’hui vivent dans une société de
consommation, comme les adultes. Les droits de
scolarité ont augmenté de même que les
frais afférents. Comment se fait-il que même si
mes parents étaient pauvres, j’ai pu faire des
études universitaires et que mes enfants peinent?
Le déclin de l’université
québécoise - YVES BOISVERT
Non seulement
les universités québécoises (sauf
peut-être McGill) ne sont plus en mesure d’attirer des
chercheurs internationaux de très haut calibre, mais
elles en perdent.
Qui décroche au Québec, les ados ou les adultes
? Ça se voit à l’oeil nu: les
Québécois ne sont pas si
intéressés que ça par l’éducation.
La Presse faisait cette semaine le bilan des coûts de
rénovation des universités
québécoises, mal entretenues : 1,5 milliard de
dollars.
Ce n’est qu’un nouvel exemple, en béton et en
métal, du sous-financement des universités
québécoises, singulièrement les
universités francophones.
Mais qui se soucie vraiment des universités au
Québec ?
C’éta i t peut-êt re la plus déprimante
constatat ion du rapport Ménard, sur la «
persévérance scolaire » : il y a une
différence marquée entre le reste du Canada et
le Québec qua nt à l ’ i mpor t a nc e de
l’éducation.
On a posé la question suivante partout au Canada :
diriez-vous qu’il est extrêmement important d’assurer
une bonne connaissance de la lecture, de l’écriture et
des mathématiques ?
La majorité a répondu « oui »
à 81% au Québec... 94% dans le reste du Canada.
Autre question : diriez-vous qu’il est extrêmement
important de développer une attitude disciplinée
par rapport aux études? Oui, ont dit 61% des
répondants québécois. C’était 80%
dans le reste du Canada.
Tout part de là, sans doute...
L’Université de Montréa l semble maintenant
incapable de concurrencer non pas avec Toronto ou les grandes
universités américaines... mais avec McGill.
L’hiver dernier, la faculté de droit a perdu deux de
ses chercheurs les plus prestigieux : Bartha Knoppers, experte
des biotechnologies, et François Crépeau,
spécialiste du droit international et de l’immigration.
McGill leur offre non seulement de meilleures conditions, mais
des fonds de recherche, un budget pour participer aux
rencontres avec les meilleurs au monde ou les faire venir
à McGill. Cela grâce à des donations.
On parle de deux universités québécoises,
donc soumises aux mêmes limites sur les droits de
scolarité. Mais la faculté de droit de McGill
veut récolter 30 millions en cinq ans des
sociétés et des diplômés. Quand son
vis-àvis à l’UdeM encaisse 1 million en dons,
c’est une bonne année.
Il y a quelque
chose qui ne tourne pas rond, ou bien dans les méthodes
de collecte de fonds, ou bien chez les diplômés.
On a su s’inventer des riches comme on n’en avait guère
il y a 50 ans. Mais pas assez de philanthropes.
En 2003, on estimait la part du financement universitaire
ontarien provenant du secteur privé à 7,7%...
comparativement à 3,5% au Québec. Et ce,
même si les droits de scolarité sont beaucoup
plus élevés en Ontario.
Il n’y a pas encore de réelle tradition de dons aux
universités chez les francophones, même chez un
grand nombre de ceux qui ont réussi grâce
à leurs études supérieures. Manque-t-il
un sens de l’appartenance ? Manque-t-il la simple conviction
d’appartenir à une communauté, d’être
aussi le produit d’une institution qui est là pour
faire avancer la société, pour la suite un peu
meilleure et éclairée du monde?
S’il y a une tranche de la population, pourtant, qui devrait
comprendre l’importance de l ’ éducation
supérieure, qui devrait savoir combien cela leur a
été économiquement et personnellement
rentable, ce sont bien les diplômés.
On mettra sans doute sur le dos de la différence de
richesse relative cet écart entre le Québec f
rancophone et le reste du Canada, mais elle est loin de tout
expliquer.
Ajoutez à cela un gel des droits de scolarité
qui a été tout légèrement
modifié, quelques aventures administratives
désastreuses, l’intérêt très
modéré des politiciens... et vous avez une
recette pour le déclin intellectuel et scientifique
relatif d’une nation.
Sans compter un gouvernement conservateur qui investit
massivement dans les infrastructures pour relancer
l’économie, mais qui comprime les dépenses en
recherche fondamentale. Exactement le contraire de ce que veut
faire la nouvelle administration américaine.
Non seulement les universités québécoises
(sauf peut-être McGill) ne sont plus en mesure d’attirer
des chercheurs internationaux de très haut calibre,
mais elles en perdent.
Et quand l’ Université de Montréal veut vendre
un immeuble (l’ancien Mont-Jésus-Marie) à un
promoteur immobilier, on l’accuse de brader du patrimoine, on
voudrait la forcer à le rénover, alors qu’elle
croule sous les dettes. Les écureuils sont quand
même chanceux, eux au moins ont des amis .
L’université ? Qu’elle paye!
L’administration du recteur Luc Vinet , qui se termine l’an
prochain, ressemble à un désastre, quelle qu’en
soit la cause. La campagne de financement quinquennale est
retardée. L’UQAM, de son côté, se
relève du cauchemar immobilier qu’on sait. Et partout,
on est dans le rouge...
Pendant ce temps-là, n’est-ce pas le comble de
l’absurde, on voit apparaître un pavillon de
l’Université de Sherbrooke. . . à Longueuil.
C’est assez pour servir d’alibi à l’indifférence
généralisée.
C’est pourtant de la jeunesse et de l’avenir du Québec
qu’il est question. Ça devrait intéresser les
gens d’affaires et les autres au moins autant que la vente du
Canadien, me semble...
Universités québécoises :
LOIN DU DÉCLIN - Louise Roy
Les
universités québécoises contribuent
à l’avancée des connaissances sur la
scène internationale
L’Université de Montréal figure au
palmarès des 100 meilleures universités au
monde.
L’auteure est chancelière de l’Université de
Montréal. Elle réplique à la chronique
« Le déclin de l’université
québécoise » d’Yves Boisvert qui a
été publiée le 12 juin.
Qui se soucie vraiment des universités au Québec
? La question que pose Yves Boisvert dans sa chronique est
fort pertinente. Après tout, il est vrai que les
universités, qui contribuent avec force au
développement social, économique et culturel du
Québec, font plus souvent qu’à leur tour l’objet
de critiques et de demandes aussi multiples que
contradictoires.
Pourtant, malgré toutes les difficultés qu’elles
connaissent, les universités québécoises,
l’Université de Montréal en tête, sont
loin du déclin qu’évoque M. Boisvert. Au
contraire, elles offrent une formation de très haute
qualité et contribuent à l’avancée des
connaissances sur la scène internationale.
C’est pour ces raisons que le Québec accueille
annuellement près du tiers de tous les étudiants
étrangers au Canada et que l’UdeMfigure au
palmarès des 100 meilleures universités au
monde, établi par le prestigieux magazine Times Higher
Education.
Il ne fait pas de doute que la compétition entre les
universités dans le monde est féroce. Les
chercheurs les plus productifs et les plus innovateurs ont la
possibilité de poursuivre leur carrière
là où ils obtiennent les conditions les plus
favorables à leur épanouissement. Encore
là, l’UdeM n’a pas à rougir de son bilan: de
nombreux chercheurs, parmi les plus brillants de leur domaine,
ont choisi de se joindre à notre campus au cours des
dernières années. Au total, les arrivées
surpassent en nombre les départs et notre
université affiche un solde migratoire positif de
matière grise.
Le hasard a
voulu que la chronique de M. Boisvert soit publiée au
moment même où nous annoncions un don de 5
millions de la Fondation Jean et Marcelle Coutu à notre
Institut de recherche en immunologie et en cancérologie
( IRIC). Nos donateurs connaissent bien la valeur des
activités d’enseignement et de recherche menées
au sein de notre établissement et leur soutien ne se
dément pas, en dépit d’une conjoncture
économique peu favorable. Ce don généreux
s’ajoute à d’autres provenant notamment de la
communauté anglophone, comme celui de la Fondation
Cole, qui a versé 2,5 millions ce printemps pour
favoriser la venue de jeunes chercheurs prometteurs à
l’IRIC.
Le véritable enjeu concerne le sous-financement
dramatique des universités québécoises,
une réalité que reconnaît l’ensemble des
observateurs du monde de l’éducation. Dès 2002,
le ministère de l’Éducation et la
Conférence des recteurs et des principaux des
universités du Québec chiffraient à 375
millions de dollars par année l’écart de revenus
entre les établissements du Québec et ceux des
autres provinces canadiennes. Depuis, le fossé n’a
cessé de se creuser. Et le dégel partiel des
droits de scolarité au Québec n’est venu en rien
corriger la situation. Concrètement, l’UdeM dispose
annuellement de 2700$ de moins par étudiant que les
grandes universités de recherche du Canada auxquelles
elle se compare, soit près de 90millions de dollars par
année. Année après année.
Les conséquences de ce sousfinancement se font sentir
sur les campusdesuniversitésquébécoises
par le manque de professeurs, mais également par le
manque d’espace et le piètre état de certaines
des infrastructures existantes. Sur ce dernier volet, les
gouvernements fédéral et provincial viennent de
mettre sur pied d’importants programmes d’infrastructures du
savoir, qui devraient permettre de résoudre en partie
le déficit d’entretien des campus
québécois. Ce déficit est
évalué à 1,5 milliard, dont 350 millions
uniquement pour l’Université de Montréal.
En dépit de ces contraintes bien réelles, la
formation qu’offre l’UdeM se compare très
avantageusement à ce qui se fait ailleurs au Canada et
dans le monde. L’UdeM a remis au printemps 421 diplômes
de doctorat, du jamais vu au Québec, dont le taux de
diplomation aux cycles supérieurs est encore trop
faible par rapport à bien d’autres régions du
monde. L’UdeM concurrence les meilleures universités
internationales dans plusieurs domaines et tient haut la
position d’université de recherche au Canada. C’est
tout le contraire d’une université en déclin!

Imaginons un instant tout ce que les universités
québécoises pourraient accomplir si on leur
donnait véritablement les moyens de réaliser
leur mission!
Gel de l’embauche à l’UdeM
Les profs
craignent pour la qualité de l’enseignement
« Nous perdons des étudiants aux études
supérieures en grande partie parce que les professeurs
ne peuvent plus tous les superviser. »
Au cours de la dernière année, 18,5 postes de
professeurs réguliers ont été abolis
à l’Université de Montréal. Et au
prochain trimestre, aucun nouveau poste ne sera
créé. Une situation alarmante qui menace la
qualité de l’enseignement, selon le Syndicat
général des professeurs et professeures de
l’Université de Montréal (SGPUM).
En
2008-2009, 42 nouveaux professeurs ont été
engagés par l’UdeM, mais 60,5 départs à
la retraite ont été enregistrés, estime
le Syndicat général des professeurs et
professeures de l’Université de Montréal.
« Les tâches des professeurs s’alourdissent de
plus en plus. Les suppressions de postes ne peuvent plus durer
», estime le secrétaire du SGPUM, Michel Seymour.
En 2008-2009, 42 nouveaux professeurs ont été
engagés par l’institution située sur les flans
du mont Royal. Mais 60,5 départs à la retraite
ont été enregistrés. L’attrition est donc
bien réelle, martèle M. Seymour.
Confrontée à un déficit récurrent
de 15 millions de dollars, l’Université de
Montréal a aussi gelé toute embauche pour les
sept prochains mois. « Et si le gel s’étale sur
un an, 60 nouveaux postes seront abolis », calcule M.
Seymour.
Le vice-recteur aux af faires académiques de l’ UdeM,
Jacques Frémont affirme plutôt que seulement 10,5
postes disparaîtront jusqu’en 2010. « Les postes
qui étaient affichés pour la prochaine session
ont été comblés. Le corps professoral
compte environ 1300 membres. La baisse de 10,5 postes est donc
marginale. »
Au cours des
prochains mois, l’UdeM tentera de trouver des solutions
à ses problèmes de financement. « Le gel
de l’embauche n’est pas une tendance. Les grandes
universités de recherche ne peuvent pas survivre sans
développer leur corps professoral », assure M.
Frémont.
En attendant, le SGPUM s’inquiète. « Nous perdons
des étudiants aux études supérieures en
grande partie parce que les professeurs ne peuvent plus tous
les superviser », dit M. Seymour. Ce dernier craint
d’ailleurs qu’un cercle vicieux ne s’installe. Car si l’UdeM
perd des étudiants, elle aura moins d’argent pour
engager des professeurs et elle attirera donc moins
d’étudiants...
Le SGPUM, dont la convention collective est échue
depuis un an, est actuellement en négociations. Le
syndicat demande entre autres l’ajout de 150 nouveaux postes
de professeurs à l’UdeM.
Dans une lettre ouverte publiée hier dans La Presse, la
chancelière à l’Université de
Montréal, Louise Roy, explique que si les
universités québécoises sont
obligées de supprimer des postes de professeurs, c’est
à cause de leur problème de sous-financement.
« Concrètement, l’UdeM dispose annuellement de
2700$ de moins par étudiant que les grandes
universités de recherche du Canada auxquelles elle se
compare, soit près de 90 millions par année
», écrivait-elle.
M. Seymour est du même avis. « L’Université
de Montréal a un déficit depuis plusieurs
années. Le problème est là depuis
longtemps. Mais c’est la première fois qu’elle
décide officiellement de couper en diminuant le nombre
de postes de professeurs », nuance M. Seymour.
Dans une lettre envoyée en avril dernier au rectorat de
l’UdeM, des directeurs de départements de la
faculté des arts et des sciences dénoncent le
manque de professeurs. « Plusieurs disciplines de notre
secteur doivent dorénavant faire appel au
bénévolat de professeurs actifs ou de
professeurs à la retraite pour arriver à
respecter leurs obligations envers leurs étudiants. Les
ressources qui nous sont attribuées sont insuffisantes
pour leur assurer une formation de qualité »,
écrivent les signataires.
UNIVERSITÉS
« Montréal a une sérieuse pente à
remonter »
Montréa l doit cesser de se « conter des
histoires » et regarder les choses en face : la ville
dénombre beaucoup moins de diplômés
universitaires que ses concurrentes nord-américaines et
ses institutions sont gravement sous-financées.
C’est l’un des
constats dressés hier par Marcel Côté,
associé fondateur de SECOR Conseil, et Claude
Séguin, vice-président principal chez CGI. Ils
présentaient une liste de « chantiers » pour
sortir la ville du marasme économique, devant la chambre
de commerce du Montréal métropolitain.
«
Aujourd’hui , les emplois vont où là où
sont les gens et non l’inverse, a lancé M.
Séguin. Avec un taux de diplômés
universitaires équivalent à la moitié de
celui de Boston, Washington ou San Francisco, Montréal
a une sérieuse pente à remonter pour
espérer avoir des revenus équivalents. »
Le taux de diplômés s’établit à 26%
de la population à Montréal, comparativement
à 31% à Vancouver, 33% à Toronto et 45%
à Boston, ont souligné les experts. Une
proportion assez faible, considérant que la
métropole québécoise se situe au premier
rang pour le nombre d’étudiants par habitant en
Amérique du Nord.
Sous-financemen chronique
Le sous-financement est chronique, a fait valoir Claude
Séguin. Les quatre universités
montréalaises reçoivent en moyenne 20% moins de
fonds par étudiant que leurs concurrentes canadiennes,
si bien que, « cette année, Toronto
dépassera vraisemblablement Montréal pour
l’attrait de fonds de recherche, nous reléguant au
second rang ».
Pour réduire l’écart de moitié,
Québec doit faire preuve de « courage politique
» et dégeler les droits de scolarité pour
les ramener au même niveau que la moyenne canadienne, a
avancé Marcel Côté. I ls atteignent
aujourd’hui 1870$ dans la province, comparativement à
5870$ dans le reste du Canada.
Montréal et l’État québécois
doivent par ailleurs attaquer plus vigoureusement le
problème du décrochage scolaire, au point d’en
être « obsédés », ont
insisté les conférenciers. Quelque 32% des gens
de 20 ans n’avaient pas de diplôme d’études
secondaires à Montréal en 2007.
La question de l’éducation devrait être centrale
dans la campagne municipale qui opposera l’actuel maire
Gérald Tremblay à l’ex-ministre péquiste
Louise Harel (tous deux présents hier). « Si
Montréal veut être une ville prospère, le
maire doit y penser », a lancé Marcel
Côté, en marge de la conférence.
«
Cacophonie perpétuelle »
L’autre frein majeur à l’essor économique de
Montréal est sa surgouvernance, véritable
« cacophonie perpétuelle » qui bloque la
prise de décisions, ont martelé les experts.
Avec ses divers arrondissements et villes autonomes, la
communauté métropolitaine compte pas moins de
101 maires !
Les conférenciers prônent la création
rapide d’un groupe de travail indépendant pour
réviser les structures de gouvernance de la
région. Le comité, formé de gens qui ont
occupé des postes « de haut niveau »,
devrait aussi revoir la structure de revenus de la
métropole, trop axée selon eux sur l’impôt
foncier.
Marcel Côté et Claude Séguin
suggèrent aussi de mieux « prioriser » les
dépenses d’infrastructures. Il s’investit en moyenne
entre 5 et 7 milliards de dollars en infrastructures chaque
année à Montréal, mais pas toujours de la
bonne façon.
« Le meilleur exemple, c’est qu’on veut couvrir
l’autoroute Ville-Marie pour 300 à 400 millions, mais
est-ce que ça devrait être la priorité par
rapport au lien ferroviaire vers l’aéroport ? » a
demandé M. Côté.
Il faut enfin revoir l’ordre d’importance des divers projets
et surtout simplifier le processus d’approbation qui
décourage de nombreux promoteurs, selon M.
Séguin.
« Réaliser un projet d’envergure à
Montréal semble relever de l’exploit. En fait, les
processus d’approbation correspondent plus à une course
à obstacles qui nous fait penser au jeu Échelles
et serpents où, après plusieurs étapes,
le promoteur, privé ou public, se fait emporter par une
longue glissade. »
Marcel Côté et Claude Séguin
présentaient hier une « synthèse
personnelle » des propositions qui ont
émergé d’un congrès sur les grandes
villes, organisé il y a un mois par l’Association des
économistes québécois.
UQAM : « L’ère de difficultés
est terminée » - Marie Allard
L’UQAMadopte un
plan de retour à l’équilibre étalé
sur sept ans
« Nous sommes très heureux de recevoir le plan de
redressement de l’UQAM, a commenté l’attachée de
presse de la ministre de l’Éducation. Nous constatons
tout le travail fait par l’UQAM. »
L’UQAM a franchi un pas important vers sa relance en adoptant un
plan stratégique et un plan de retour à
l’équilibre étalé sur sept ans. «
L’ère de difficultés qui s’est ouverte avec la
mise au jour de la dérive immobilière de l’UQAM
est maintenant terminée » , a assuré le
recteur Claude Corbo, qui a reçu La Presse hier dans son
bureau.
«
Nous sommes entrés dans une période de
développement, plutôt que de s’arracher les
cheveux à cause de développement immobilier mal
conçu », a dit hier à La Presse Claude
Corbo, recteur de l’UQAM.
La situation n’est pas parfaite: le budget 2009-2010 de l’UQAM
anticipe un déficit de 16,7 millions, supérieur de
6 millions à celui de cette année. « Sur un
budget de 350 millions, c’est 5% », a nuancé le
recteur. Une baisse des effectifs étudiants (recul de 435
étudiants équivalent temps plein), peut-être
liée à la grève des professeurs qui a
affecté l’université ce printemps, explique en
partie ce déficit. Neuf millions devront aussi être
déboursés pour couvrir la dette obligataire de 150
millions.
Quant au retour à l’équilibre, il n’est pas
envisagé pour dans cinq ans, tel que demandé par
Québec. Deux ans de plus sont nécessaires pour y
arriver, a plaidé M. Corbo. « Une entreprise qui
contrôle ses revenus peut les faire varier à la
hausse et se rapprocher plus rapidement de l’équilibre,
a-t-il dit. Si nous contrôlions les frais de
scolarité, je ne dis pas qu’on les augmenterait, mais
théoriquement ce serait possible. » Or, c’est
Québec qui fixe les droits de scolarité et les
subventions consenties aux universités.
Plus d’étudiants, plus d’argent
« Même si la chose apparaît paradoxale, pour
arriver à l’équilibre il faut consentir des
dépenses », a fait valoir le recteur. Le
gouvernement l’a bien compris, selon lui, en finançant
135 nouveaux postes de professeurs ainsi que des hausses de
salaire, lors de la signature de la convention collective des
professeurs.
« On évalue à environ de 13 à 15
millions les revenus supplémentaires annuels
générés » par ces mesures, d’ici
trois ans, précise un document déposé au
conseil d’administration de l’UQAM mercredi soir. Comment ? Plus
de professeurs pourront encadrer plus d’étudiants – 1340
nouveaux aux cycles supérieurs par an, d’ici sept ans –
qui généreront plus de revenus.
Vers la vente
des résidences et stationnements?
L’UQAM s’est déjà serré la ceinture : une
cinquantaine de programmes ont été fermés
depuis 2000, de même qu’un bar et le magasin Bureauphile.
Cinq édifices ont été vendus (
bibliothèque Saint-Sulpice, ancien pavillon des sciences,
édifice La Patrie, domaine de Mascouche et un autre
édifice de la rue Sainte-Catherine) et le potentiel de
vente des résidences, des stationnements et du centre
écologique la Huardière, de
Saint-Michel-des-Saints, est évalué.
Reste à boucler les négociations avec les 2400
employésétudiants de l’UQAM, dont la convention
collective est échue depuis le 31 mai 2008. « Nous
sommes optimistes de parvenir à un règlement dans
un avenir rapproché », a dit M. Corbo.
Déficit cumulé de 116 millions en 2015-2016
Enf i n, qua nd l e budge t annuel de l’ UQAM
générera un surplus ( de 1,5 million) en
2015-2016, il restera à s’attaquer au déficit
cumulé. I l atteindra alors 116 millions. « Nous
rejoindrons l’ensemble des universités
québécoises, c’est un problème que nous ne
sommes pas les seuls à avoir », a souligné
le recteur.
« Nous sommes très heureux de recevoir le plan de
redressement de l’UQAM, a commenté Kim Ledoux,
attachée de presse de la ministre de l’Éducation.
Nous constatons tout le travail fait par l’UQAM. Nous
analyserons les documents et nous verrons les suites à
lui donner. »
L’îlot Voyageur sera vendu incessamment
L’îlot
Voyageur, vaste chantier immobilier abandonné depuis
deuxans à l’angleBerri et Ontario, sera vendu
incessamment. « C’est exact », a confirmé
Claude Corbo, recteur de l’UQAM.
« À l’heure actuelle, l’ î lot Voyageur
ne constitue plus un problème pour l’UQAM »,
a-til souligné. Une fiducie de 200 millions a
été créée par Québec en
novembre dernier, afin de rembourser les frais que l’UQAM
doit payer en attendant la vente du projet. « Tant que
ce ne sera pas fait, nous serons techniquement,
juridiquement et financièrement responsables, a
reconnu le recteur. Mais en réalité, ce n’est
plus un problème. »
C’est le ministère des Finances qui négocie
actuellement avec la firme Busac, partenaire d’affaires de
l’UQAM et propriétaire de l’îlot Voyageur.
« On est à pied d’oeuvre, on travaille
très fort pour trouver une solution, a dit
Anne-Sophie Desmeules, attachée de presse du ministre
des Finances. On est toujours en négociation. »
L’UQAM
envisage de poursuivre au civil l’ex-recteur Roch Denis,
l’ex-vice-recteur responsable des affaires
financières Mauro Malservisi et l’ex-directeur du
développement, Nicolas Buono. « Cette question
est toujours à l’étude », a
indiqué Francine Jacques, porte-parole de l’UQAM.
Depuis une douzaine de jours, l’îlot Voyageur a repris
partiellement vie : les autobus se stationnement dans la
nouvelle gare, libérant l’espace extérieur
qu’ils occupaient au nord de la Grande Bibliothèque.
Bien que les chauffeurs aient accès à des
locaux au deuxième étage du nouvel
édifice, les passagers ne peuvent entrer dans le
chantier. Ils doivent continuer d’utiliser la vieille
station d’autobus.
« On se réjouit, comme l’ensemble de la
communauté, de voir que toutes les
conséquences du malencontreux projet de l’îlot
Voyageur sont derrière nous », a
commenté Éric Demers, président du
Syndicat des étudiants employés de l’UQAM.
30ANSDENÉGLIGENCE COÛTERONT 1,5
MILLIARD - Karim Benassaieh
Les
infrastructures universitaires québécoises sont
victimes des outrages du temps. À elles seules, les
universités McGill, Laval et de Montréal ont
besoin d’un milliard, selon une étude obtenue par La
Presse. État des lieux.
«Quand des blocs de ciment commencent à tomber et
qu’on doit fermer le pavillon, il faut absolument agir »,
reconnaît Denis Brière, recteur de
l’Université Laval et viceprésident de la
Conférence des recteurs et des principaux des
universités du Québec (CREPUQ).
Systèmes de ventilation moribonds ou désuets,
façades qui perdent des morceaux, toits qui fuient.
Négligé depuis une trentaine d’années,
l’entretien des universités québécoises
s’est transformé en gouffre financier de 1,5 milliard de
dollars, selon un rapport que La Presse a obtenu et qui
détaille les besoins de chaque institution.
« C’est extrêmement di f f ici le, reconnaît
Denis Brière, recteur de l’Université Laval et
vice-président de la Conférence des recteurs et
des principaux des universités du Québec (CREPUQ).
On atteint un point de non-retour avec certaines de nos
infrastructures. Quand des blocs de ciment commencent à
tomber et qu’on doit fermer le pavillon, il faut absolument
agir. »
Au total, le rapport commandé par le ministère de
l’Éducation énumère 5751 interventions que
les 18 universités jugent nécessaires. Les
données datent de 2007. Elles ont été
compilées par un groupe de travail mis sur pied par la
CREPUQ, qui a remis le rapport à Québec en
février 2008. Il n’avait jamais été rendu
public avant que La Presse l’obtienne grâce à la
Loi sur l’accès à l’information.
À elles seules, les vénérables
universités McGill, Laval et de Montréal auraient
besoin de près d’un milliard, et ce, de façon
urgente. Les deux tiers des travaux répertoriés
dans cette étude doivent en effet être
réalisés immédiatement ou d’ici deux ans.
La moitié des travaux de réfection sont
classés sous la rubrique « services » : on y
trouve notamment les problèmes de ventilation, de
climatisation et d’électricité. L’autre domaine
important, avec 19% des interventions, est classé sous
« superstructure et enveloppe » et regroupe la
réfection des façades et des toits.
Une autre statistique, peu connue du grand public,
reflète cependant mieux la décrépitude des
universités : c’est l’« indice de l’état des
installations ». Grosso modo, on l’obtient en comparant le
coût des travaux de réfection vitaux à la
valeur des bâtiments. Le seuil critique est établi
à 10%.
Or, la moyenne québécoise a pratiquement
doublé en sept ans, passant de 11% à 20,4%, selon
ce rapport. La moyenne canadienne se chiffre à 13%. C’est
l’université McGill qui est la plus mal en point à
ce chapitre, avec un indice de 46%. Elle devrait investir 622
millions dans l’entretien de ses édifices, dont la valeur
est estimée à 1,3 milliard. L’École
polytechnique, avec 44,8%, et l’Université de
Montréal, avec 23,9%, occupent les deux autres marches de
ce podium peu glorieux.
« Ce n’est pas surprenant, dit Jim Nicell, vice-principal
de l’Université McGill. De mémoire, depuis 30 ans,
on n’a jamais investi ce qui était nécessaire en
réfection, et c’est un problème chronique avec les
universités publiques. Nous avons beaucoup de
priorités: nos étudiants, nos employés, les
ressources éducationnelles, la recherche. On doit faire
des choix. »
« C’est
sûr que les coupes qu’il y a eues dans l’enseignement
postsecondaire, dans les subventions gouvernementales, nous ont
poussés à faire des choix difficiles »,
renchérit Denis Brière.
Coûteux, le patrimoine
Le cas de McGill est particulier: même si elle dispose
d’un solide réseau de donateurs, l’université
peine à trouver les millions nécessaires à
la réfection de ses édifices souvent patrimoniaux.
Les fonds sont plus faciles à trouver pour des projets de
recherche prestigieux que pour remplacer une toiture, de toute
évidence. « Réparer un escalier devant un
édifice, on ne fait pas ça pour 3000$, mais 150
000$, surtout s’il y a des ouvrages en pierre ou en
métal, explique le vice-principal. Regardez nos toitures.
S’il y a du cuivre ou de l’ardoise, on n’achète pas
ça à la quincaillerie du coin. »
L’autre cas étonnant, c’est l’École polytechnique,
dont le bâtiment principal date d’à peine un
demi-siècle et qui aurait besoin de travaux de 133
millions. « C’est un vieux bâtiment, bâti en
différentes étapes avec différentes
technologies, explique la porte-parole Annie Touchette. On se
retrouve avec un pavillon qui est très complexe à
rénover: on a par exemple 170 systèmes
différents de climatisation et de ventilation, parce
qu’il a été construit en plusieurs phases à
différentes époques. »
Après des décennies de compressions, Québec
a délié les cordons de sa bourse depuis trois ans.
Les fonds consacrés à la rénovation des
bâtiments sont passés de 22 millions en 2005
à 42 millions cette année. Ils devraient se
stabiliser à 45 millions par année en 2012. Pour
éviter que les infrastructures se dégradent, le
gouvernement Charest a également bonifié les
budgets récurrents pour l’entretien, qui passeront
graduellement à 83 millions dans trois ans. Ils
étaient de 21 millions en 2001.
Ottawa a renchéri en janvier dernier avec la promesse de
verser deux milliards en deux ans pour les infrastructures
postsecondaires. Les universités
québécoises s’attendent à recevoir quelque
350 millions de cette manne. Elles ont soumis 300 demandes de
subvention par l’intermédiaire du gouvernement du
Québec, précise-t-on à Industrie Canada.
Ottawa n’en a encore officiellement accepté aucune.
« Il y a une bonne compréhension des deux ordres de
gouvernement, surtout au provincial, estime Denis Brière.
Graduellement, on va réussir à rénover nos
pavillons. »
Paradoxalement, alors qu’elles réclament des centaines de
millions pour des rénovations, les grandes
universités ont multiplié les investissements dans
de nouveaux pavillons depuis quelques années. Du
côté de la CREPUQ, on n’y voit aucune
contradiction. « Si on arrête de construire, on
recule encore plus, assure M. Brière. Il faut avoir un
bon équilibre entre la construction et la
rénovation de nos infrastructures existantes. Ce sont des
enveloppes complètement différentes et qui ne sont
pas interchangeables. »
Une longue liste de réparations - Ariane
Lacoursière
Les tunnels
reliant certains pavillons de l’Université de
Montréal ont un besoin évident de
réparations.
À
l’Université
de Montréal, deux poubelles sont installées
en quasipermanence pour collecter l’eau qui coule du
plafond dans ce passage. Les concierges les ont même
recouvertes de grilles car ils en avaient assez d’enlever
les déchets que les gens y mettaient.
Une simple visite dans les universités de
Montréal permet de noter l’ampleur des
rénovations à effecteur. Ici, des escaliers de
pierre tremblent au passage des étudiants. Là,
un mur risque de s’effondrer. Et là, des poubelles
recueillent l’eau d’un plafond qui fuit depuis deux ans.
Mais vu l’énorme fardeau financier que
représentent ces travaux, les universités
doivent chaque année se contenter de parer au plus
urgent.
La situation est particulièrement critique à
l’Université McGill. Les quelque 150 immeubles de
l’institution ont jusqu’à 200 ans d’âge.
« Ça coûte très cher à
entretenir et il y a toujours quelque chose à faire
», confie le directeur général de la
gestion des immeubles, Ron Proulx.
Cette année, M. Proulx, a choisi de remplacer les
1000 fenêtres du pavillon de dentisterie. Le
coût de l’opération est important,
principalement parce que l’Université devra mettre
des fenêtres ayant l’apparence des originales. «
Depuis un peu plus d’un an, la Ville nous oblige à
toujours rénover en respectant l’aspect d’origine,
explique M. Proulx. C’est très coûteux. »
Parexemple, alorsqueconstruire un escalier en béton
coûte environ 80$ le pied cube, McGill doit refaire
ses escaliers en pierre, qui coûtent jusqu’à
200$ le pied cube. Et le campus compte des dizaines de ces
escaliers.
Plusieurs des toits de l’Université McGill sont aussi
faits d’ardoise. Alors que des toits traditionnels pour ce
type de bâtiment coûtent environ 15$ le pied
carré, l’ardoise coûte 150$. « On est
toujours en discussion avec la Ville pour essayer de trouver
des compromis afin d’entretenir nos structures en respectant
le patrimoine tout en évitant les coûts
astronomiques », commente M. Proulx.
Pendant ce temps, il a fallu condamner un pavillon de McGill
parce qu’un mur risque de s’effondrer. Près de la
faculté de droit, une immense terrasse de
béton est si gondolée qu’il faut la refaire.
« On a toujours des choses à réparer.
Mais on n’a pas l’argent pour tout faire. Il faut faire des
choix », commente M. Proulx.
Depuis que Québec a lancé une série de
chantiers de construction pour relancer l’économie,
les entrepreneurs de la province sont en demande. Ils ont
augmenté leurs tarifs. Les universités en
subissent les effets. « Quand les gars de fondation et
de béton acceptent de venir ici, ils demandent
beaucoup plus cher, note M. Proulx. On a un peu moins de
latitude à cause de ça. »
Solution? Poubelles !
À
l’Université de Montréal, des travaux sont
actuellement en cours pour rénover 14 salles de
classe dans le pavillon JeanBrillant. Autant de salles de
toilettes ont récemment été
rénovées, pour 1,3 millions. « Quand le
pavillon a été bâti, dans les
années 60, il y avait plus de garçons que de
filles à l’université. Plus maintenant. Il a
fallu revoir la configuration des toilettes »,
explique la directrice des relations médias de
l’Université de Montréal, Sophie Langlois.
Mais ces quelques rénovations ne sont qu’une goutte
d’eau dans l’océan d’infrastructures à
réparer à l’Université de
Montréal. En se promenant dans les corridors, on
remarque que plusieurs endroits sont
défraîchis. Dans le passage qui relie le
pavillon Jean-Brillant au pavillon Roger-Gaudry, deux
poubelles recueillent l’eau qui coule du plafond. «
Elles sont là depuis deux ans. Les concierges ont
même mis des grilles sur les poubelles parce qu’ils
étaient tannés que les gens y jettent des
déchets ! » remarque le secrétaire
général de la Fédération des
associations étudiantes du campus de
l’Université de Montréal (FAECUM), Nicolas
Descroix.
Dans l’aile du département de physique, certains
laboratoires ont besoin de restauration. Deux appareils
analytiques neufs, toujours emballés, sont
entreposés dans le corridor. « On ne peut pas
les mettre dans les laboratoires, qui ne sont pas encore
configurés pour les accueillir », affirme M.
Descroix.
La liste de travaux à entreprendre est longue. Et
comme si ce n’était pas assez, l’Université de
Montréal doit aussi décontaminer certains de
ses murs, qui contiennent de l’amiante.
À l’École polytechnique, c’est plutôt le
système de chauffage et de ventilation qui cause des
maux de tête.
Dans la centrale thermique de l’école, trois immenses
chaudières bleues alimentent un système de
chauffage à la vapeur. Les trois chaudières
n’ont jamais été remplacées depuis la
construction du bâtiment principal... en 1957.
L’École polytechnique effectue des rénovations
sur une base régulière. Mais dans certains
secteurs, l’établissement sera bientôt «
à un point critique », dit la porte-parole de
l’établissement, Annie Touchette. « Les besoins
et les normes changent, et il faut s’y adapter »,
explique le responsable du secteur énergie de
Polytechnique, Michel Lareau.
Plusieurs salles de classe ne sont toujours pas
climatisées. « Avec les ordinateurs,
aujourd’hui, ça n’a plus de sens », croit M.
Lareau.
Le nouveau pavillon Lassonde de l ’ École poly t
echnique, construit en 2005, est lui aussi alimenté
par la centrale thermique du pavillon principal. Un
système sophistiqué de collecte de la chaleur
a été mis en place, augmentant du coup le
rendement énergétique du nouveau
bâtiment. Mais si un pépin survient dans les
chaudières d’origine, c’est toute l’école qui
en subirait les conséquences.
Les universités montréalaises ont beaucoup
à faire pour remettre leurs installations en
état. « Et à travers tout ça, on
doit aussi penser à des agrandissements parce que
notre clientèle augmente », affirme Mme
Touchette.
UNE MANNE DONT TOUS VEULENT PROFITER -
Karim Benassaieh
Après le privé, les écoles
publiques québécoises découvrent
depuis quelques années les charmes des
fondations. Mais si des géants comme le
collège Jean-de-Brébeuf peuvent
récolter les dons à coups de centaines de
milliers de dollars – comme celui d’Hydro-
Pratiquement inexistantes il y a 10 ans, les fondations
mises sur pied par les institutions d’enseignement au
Québec, des écoles primaires publiques aux
universités, représentent aujourd’hui une
mine d’or de dizaines de millions de dollars.
Certaines écoles
privées ont reçu plus d’un million de
dollars en dons en 2008. À l’autre bout du
spectre, une fondation comme celle de la Commission
scolaire de Montréal, qui redistribue les dons
à plus de 200écoles et centres de
formation de l’île, n’a recueilli que 167 185$
en 2008.
Selon une compi lation faite par Statistique Canada
à la demande de La Presse, les
Québécois ont donné 60 millions
à des organismes de bienfaisance travaillant en
« éducation et recherche » en 2007.
C’est dans cette catégorie que sont
placées les centaines de fondations mises sur
pied par les établissements d’enseignement pour
solliciter les donateurs.
Plus de 200 écoles et 135 collèges ou
cégeps se sont enregistrés officiellement
en tant qu’organismes de bienfaisance à Revenu
Canada. Ces statistiques ne comprennent pas les
fondations qui n’ont pas gardé le mot «
école » ou « collège »
dans leur nom, comme la Fondation du patrimoine de
Jean-de-Brébeuf. À la
Fédération des cégeps, on confirme
que 47 des 48 établissements ont mis sur pied
leur fondation – mais on ignore combien elles
rapportent. Même les commissions scolaires – 37
sur 72 – ont opté pour la mise sur pied d’une
fondation pour obtenir leur part du gâteau.
Des 60 millions donnés en charité par les
Québécois, presque la moitié, soit
26,1 millions, sont allés aux universités,
selon les Statistiques de l’éducation de 2007
publiées par Québec. La tendance de ce
côté est révélatrice : en
2001, les universités québécoises
n’ont récolté que 13,4 millions
grâce à leurs fondations, un bilan qui a
doublé en moins de six ans.
Les
données sont moins précises en ce qui
concerne les écoles, même si tous les
acteurs conviennent que les fondations sont de plus en
plus présentes. « On ne les a pas
colligées, dit Josée Bouchard,
présidente de la Fédération des
commissions scolaires du Québec. Mais il reste
qu’on sait que c’est un courant, c’est vraiment quelque
chose qui a pris de l’ampleur ces dernières
années. »
À la Fédération des
établissements d’enseignement privé
(FEEP), on ignore le nombre de fondations mises sur
pied, mais une étude a permis d’en savoir plus
sur la destination des fonds. « Bon an, mal an,
les écoles privées membres de la
Fédération versent cinq millions de
dollars en bourses d’études aux
élèves, pour permettre l’accès
à l’école privée à des
jeunes qui autrement ne pourraient pas la
fréquenter », dit Auguste Servant,
porteparole de la FEEP.
La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a
établi récemment que 36 de ses 166
écoles primaires et secondaires s’étaient
dotées d’une fondation. « Il n’y a pas de
progression depuis 2004, note Alain Perron, porte-parole
de la CSDM. C’est quand même fastidieux, monter
une fondation, et la commission scolaire s’est
dotée d’une politique claire en matière de
commandite. »
Il est « plausible », selon M. Perron, qu’en
raison de ces règles plus restrictives, les
donateurs montréalais choisissent davantage la
Fondation de la CSDM que celle des écoles.
Effectivement, en 2008, la Fondation de la CSDM a
reçu 167 185$ en dons déductibles
d’impôts, qui ont été
redistribués aux écoles. En 2004, elle
n’avait reçu que 21 275$.
La
Fédération québécoise des
directions d’établissement d’enseignement (
FQDEE) est un des rares organismes à avoir
dressé un portrait québécois de
la situation, grâce à un sondage maison
mené le printemps dernier auprès de ses
membres. La FQDEE représente quelque 2400
directions d’établissement, essentiellement des
écoles primaires et secondaires.
Le tiers des écoles se seraient dotées
d’une fondation depuis 1997, année depuis
laquelle la Loi sur l’instruction publique leur permet
d’aller chercher du financement privé, selon
l’estimation sommaire de sa présidente, Chantal
Longpré. En s’enregistrant à titre
d’organismes de bienfaisance, les écoles
peuvent remettre des reçus d’impôts
à leurs donateurs, qui à leur tour
peuvent récupérer auprès du fisc
jusqu’à 50% de leur don.
La raison principale ? Le sous-financement des
écoles, tout simplement. « C’est triste
à dire, mais les écoles n’arrivent pas
à offrir tout ce qu’il faut aux
élèves, affirme Mme Longpré. Il
faut donc pallier un manque, et on est alors
obligé de faire appel à une fondation.
Ça veut alors dire que l’école n’a pas
la marge de manoeuvre nécessaire
financièrement pour obtenir ce qu’il y a de
mieux pour les élèves. »
L’initiative provient souvent de parents qui
souhaitent s’engager et donner un coup de pouce
à l’école de leurs enfants. Les
commerçants locaux, des institutions et les
directions d’école se greffent ensuite au
conseil d’administration. « Au départ,
les gens dans les écoles avaient des craintes
par rapport aux fondations. On pensait que ça
apporterait plus de travail. Finalement, ça
roule tout seul. C’est géré par les
parents, par la communauté. Tout ce dont on
s’occupe, c’est d’offrir plus pour les
élèves et ça, personne ne peut
être contre ça! »
Ces fondations, au départ, servaient
essentiellement à récolter des fonds
pour des activités éducatives
complémentaires. Le hic, ajoute la
présidente de la FQDEE, c’est que leur
rôle semble s’élargir. « Par les
temps qui courent, il n’est pas rare de voir des
établissements recourir aux fondations pour
acheter, entre autres, du mobilier. On les utilise
aussi pour l’aménagement de cours
d’école, pour l’achat de dictionnaires. Selon
moi, c’est inacceptable et inadmissible qu’on doive se
tourner vers une fondation pour obtenir des outils qui
sont essentiels à la réussite des
élèves. »
Il y a un danger que les fondations se substituent aux
responsabilités gouvernementales, estime Mme
Longpré. « J’espère qu’il n’existe
pas de fondations qui paient l’embauche de personnel
ou de professionnels ! Ce serait assez catastrophique.
»
Même son de cloche du côté de la
Fédération des commissions scolaires,
où on note que les fondations vont souvent
répondre aux exigences des parents. « Il
y a une pression qui s’est manifestée sur notre
système, dit Josée Bouchard. On a
souvent parlé de la recrudescence des
inscriptions au système privé. En fait,
les demandes sont venues des parents, qui avaient
l’impression qu’il y avait plus de projets dans les
écoles privées. »
Différend sur la hausse des frais
afférents - Marie Allard
Un
étudiant à la maîtrise s’estime
lésé par les frais de rédaction que
l’Université de Montréal lui facture
EXCLUSIF
Marc-André Lacasse, étudiant à la
maîtrise en mathématiques, est outré.
Les frais de rédaction que lui facture
l’Université de Montréal étaient de
312$ l’été dernier. Depuis, ils ont
grimpé à 337$ aux trimestres d’automne et
d’hiver et à 349,50$ à l’été
2009. Une augmentation de 37,50$ en un an.
Marc-André Lacasse
dénonce la hausse de 37,50$ en un an des frais
institutionnels obligatoires à
l’Université de Montréal, contraire au
règlement du ministère de
l’Éducation, selon lui. « Je m’interroge
quant à savoir si l’Université est d’une
étonnante mauvaise foi ou si elle présente
de graves lacunes de lecture ou de calcul », a dit
l’étudiant à la maîtrise en
mathématiques.
Or, le ministère de l’Éducation ne permet
qu’une hausse de 12,50$ – trois fois moins – par rapport
à l’été dernier, plaide
l’étudiant. L’Université facture donc 25$ en
trop. « Ce qui me trouble, me choque et me
sidère, c’est que l’UdeM n’admette pas le fait
qu’elle ne respecte pas la règle budgétaire
ministérielle, a souligné M. Lacasse. Je me
sens littéralement trahi. »
L’Université est d’un autre avis. « Cette
année, il y a euunepremière hausse des frais
institutionnels obligatoires (FIO) de 12,50$ en juin et il
y en aura une autre à la session d’automne »,
a annoncé Alexandre Chabot, vice-recteur adjoint
à la vie étudiante de l’UdeM. C’est
légal, selon lui, puisque Québec permet
à l’Université d’augmenter ses FIO (ou frais
afférents, dont font partie les frais de
rédaction) de 25$ dans l’année et de 50% de
cette somme durant l’été.
Québec confirme
La politique ministérielle semble ambiguë.
« Concernant le trimestre d’été, la
hausse maximale applicable à ce trimestre est
égale à 50% de la limite annuelle permise
», précise un communiqué daté
du 6 mai dernier. Mais un autre passage donne raison
à l’étudiant : « Les FIO auxquels on
doit référer pour déterminer si une
hausse respecte les dispositions de la règle
budgétaire sont ceux de l’année
universitaire qui précède l’année
concernée par la hausse, c’est-à-dire les
FIO applicables au trimestre d’été
précédent s’il s’agit de FIO facturés
à l’été. »
La hausse
de 12,50$ à l’été 2009 doit donc
être calculée par rapport au prix
facturé à l’été 2008, et non
pas à l’hiver 2009. Ce qui signifie que les
étudiants devraient payer chacun 25$ de moins.
Confronté à ce passage du règlement,
M. Chabot a dit « qu’il faudrait poser la question
directement au ministère de l’Éducation
(MELS) ». Il a aussi fait valoir que les autres
universités font comme l’UdeM.
« Les frais de l’été sont
comparés à ceux de l’été
précédent, a réitéré
à La Presse Pierre Noël, porte-parole du MELS.
Les frais des trimestres de l’automne et d’hiver sont
comparés à ceux des trimestres d’automne et
d’hiver précédents, indépendamment de
l’été. »
Remboursement
Reste à savoir si l’UdeM devra rembourser les
étudiants. « Le Ministère analyse
présentement les rapports financiers des
universités, lesquels permettent d’établir
la hausse des FIO à laquelle chacune d’entre elles
a droit, a indiqué M. Noël. Nous ne sommes
donc pas en mesure actuellement de confirmer si la hausse
à laquelle vous faites référence est
juste ou non et si elle contrevient à la
règle ministérielle encadrant les FIO.
»
Déjà, en septembre dernier, l’UdeMadû
rembourser 600 000$ facturés en trop aux
étudiants, à la suite de la modification
rétroactive de la réglementation
ministérielle des FIO. Il est à noter que la
hausse des FIO est indépendante du dégel des
droits de scolarité et de l’augmentation des
cotisations automatiques non obligatoires. Au total, les
étudiants doivent payer trois sortes de frais pour
fréquenter l’Université de Montréal.
La ministre Courchesne rappelle l’UdeM
à l’ordre
La
ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, a
envoyé une lettre à l’Université de
Montréal « pour lui demander de corriger sa
façon de faire relativement aux cotisations
automatiques non obligatoires ». Comme l’a
révélé La Presse, l’UdeM a
doublé la cotisation pour les frais technologiques
et de soutien, passée de 60 $ à 120 $ par
trimestre à temps plein. De plus,
l’Université a retiré la possibilité
de se désister de ce paiement non obligatoire par
l’internet.
«
Les étudiants qui le souhaitent doivent pouvoir
exprimer plus facilement leur volonté de ne pas
payer la cotisation non obligatoire », a
indiqué hier Kim Ledoux, attachée de presse
de la ministre. Cette hausse de frais – alors que les
droits de scolarité et les frais afférents
obligatoires sont plafonnés par Québec – est
aussi dénoncée par Mme Courchesne.
« L’Université de Montréal ne peut pas
faire indirectement ce que la réglementation
l’empêche de faire directement », a
souligné Mme Ledoux.
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Difficile de ne
pas payer les frais non obligatoires
EXCLUSIF
L’Université de Montréal a doublé
le montant de la « cotisation automatique non
obligatoire » facturée aux étudiants
pour les « frais technologiques et de soutien
». Depuis cet été, elle est
passée de 60$ à 120$ par trimestre
à temps plein. Fait plus grave, il est
désormais impossible de se désister par
l’internet, ce que l’ombudsman considère comme
« une entrave sérieuse » à la
liberté de choix des étudiants de
souscrire ou non à la cotisation, a appris La
Presse.
L’Université de
Montréal facture automatiquement aux
étudiants « une cotisation non
obligatoire » de 120$ par trimestre à
temps plein pour les frais technologiques et de
soutien. « En plus d’avoir doublé le
montant, l’Université a enlevé la
possibilité de se désister en ligne
», dénonce Nicolas Descroix, 24 ans,
secrétaire général de la FAECUM.
Pour ne pas payer les 120$ facturés
automatiquement, les étudiants doivent se rendre
à un bureau, en personne, alors qu’auparavant
cela se faisait par l’internet. Même les
procurations sont interdites. « Qu’arrivera-til
à l’automne, quand il y aura 33 000
étudiants sur le campus? » a demandé
hier Nicolas Descroix, secrétaire
général de la Fédération des
associations étudiantes du campus de
l’Université de Montréal (FAECUM). De
longues files d’attente sont à prévoir,
selon lui.
Alexandre Chabot, vice-recteur adjoint à la vie
étudiante de l’UdeM, a confirmé que le
désistement par l’internet n’était plus
possible. « On a adopté une approche
similaire aux autres établissements »,
a-t-il fait valoir.
Pas pour limiter les pertes financières, assure
l’UdeM
Cette décision n’a pas été prise
pour empêcher un trop grand nombre
d’étudiants de ne pas payer, d’après M.
Chabot. « Selon les derniers chiffres de cet
été, le taux de désistement est
similaire à l’an dernier », at-il
assuré.
Il
reste que ce changement brime le droit de ne pas payer
des étudiants incapables « de se
déplacer aux heures prévues pour le
désistement en personne » , parce qu’ils
travaillent, sont handicapés ou en stage
à l’étranger, a souligné Pascale
Descary, ombudsman de l’UdeM, dans une lettre
datée du 14 mai. Elle a recommandé le
rétablissement du désistement via
l’internet, sans succès jusqu’à
maintenant.
Pour contourner le plafond des droits de
scolarité
« L’Université est en train de rire dans
la face de la ministre de l’Éducation, qui a
essayé d’encadrer l’explosion des frais sur les
campus, a dit M. Descroix. Il va falloir que Mme
Courchesne réagisse et encadre ces frais non
obligatoires. »
Au total, les étudiants québécois
paient trois sortes de frais pour fréquenter
l’université. Déjà, le
ministère de l’Éducation
réglemente la hausse des droits de
scolarité, qui est de 100 $ par an. Depuis
20082009, les « frais institutionnels obl igatoi
res » , qui couvrent divers services, sont aussi
régis afin d’éviter les augmentations
trop importantes. L’UdeM, par exemple, ne peut les
augmenter que de 25$ en 2009-2010. Rien n’est
toutefois prévu dans le cas des cotisations non
obligatoires, vers lesquelles semblent se tourner les
universités en mal de revenus.
À l’UdeM, la hausse des « frais
technologiques et de soutien », qui passent de
4$ à 8$ par crédit, est
justifiée, selon M. Chabot. Les 4$
supplémentaires servent à payer des
frais technologiques (1$), à bonifier les
collections des bibliothèques (1$) et à
améliorer la vie étudiante sur le campus
(2$).
ÉCOLES DE LA CSDM Une clientèle de
plus en plus pauvre
EXCLUSIF
Les écoles primaires et secondaires de la
Commission scolaire de Montréal (CSDM)
reçoivent une clientèle de plus en plus
pauvre, révèlent les plus récentes
données du ministère de l’Éducation
du Québec (MELS). En 2008-2009, huit
écoles montréalaises se sont
ajoutées à la liste des
établissements scolaires les plus pauvres de la
province.
PHOTO: DAVID BOILY,
ARCHIVES LA PRESSE
En 2007-2008, déjà
37 écoles primaires et 13 écoles
secondaires de la Commission scolaire de
Montréal se situaient au sommet de
l’échelle de défavorisation du
gouvernement.
En 2007-2008, déjà 37 écoles
primaires et 13 écoles secondaires se situaient
au sommet de l’échelle de défavorisation
du gouvernement. Aujourd’hui, 40 écoles primaires
et 18 écoles secondaires sont dans la même
position.
Dans un document intitulé Indices de
défavorisation par école 2008-2009
publié au début du mois, le MELS a
mesuré deux indices pour chaque école du
Québec, soit le seuil du faible revenu des
familles et l’indice de milieu socio-économique.
Les écoles du Québec sont classées
sur une échelle de 1 à 10, le rang 10
étant considéré comme le moins
favorisé.
À la CSDM, près de 90% des écoles
primaires ont un indice de défavorisation de 9 ou
de 10. Et 97% des 34 écoles secondaires sont dans
la même position. La situation est semblable,
quoique un peu moins marquée, dans les autres
commissions scolaires de l’île. « Et on voit
aussi qu’il y a des poches de pauvreté qui
grandissent à Laval », note le porte-parole
de la Fédération autonome de
l’enseignement, Pierre St-Germain.
Le
problème de la pauvreté dans la
région de Montréal est «
récurrent » selon le
secrétairetrésorier de la Centrale des
syndicats du Québec (CSQ), Daniel B.
Lafernière. « Les plans provinciaux de
lutte contre la pauvreté ne sont que des
façades, dit-il. Les résultats se font
toujours attendre. Et on sait que la pauvreté a
des effets négatifs sur l’apprentissage.
»
Au cabinet du ministre de la Solidarité
sociale, Sam Hamad, on réplique que la
pauvreté diminue au Québec. « On
n’a pas la prétention d’avoir
éliminé la pauvreté, mais
beaucoup a été fait », dit
l’attaché de presse du ministre, Alexandre
Boucher. Ce dernier mentionne que, depuis 2003, la
province compte 64 000 prestataires de l’aide sociale
de moins. « Et même en tenant compte des
hausses tarifaires, il y a 140 000 personnes de moins
sous le seuil de la pauvreté depuis 2003
», mentionne M. Boucher.
Mais pour M. St-Germain, les écoles
montréalaises doivent tous les jours composer
avec les conséquences de la pauvreté.
« Les enfants plus pauvres ont une alimentation
plus carencée, ont plus de problèmes de
développement et plus de troubles
d’apprentissage », dit-il.
Selon lui, différentes mesures pourraient
réduire l’incidence de la pauvreté sur
l’éducation. « Il faut ouvrir des
maternelles 4 ans partout à Montréal et
des maternelles à temps partiel pour les
enfants de 3 ans, avance M. St-Germain. Ça
permettrait aux jeunes d’être stimulés en
ayant accès à des livres et à des
experts capables de décoder rapidement leurs
difficultés. »
M. Lafrenière ajoute que le financement doit
suivre. « Nos voisins de l’Ontario
reçoivent 750 millions de plus par année
pour mettre en place des mesures favorisant la
réussite », dit-il. Diminuer le nombre
d’élèves par classe, améliorer
les services de soutien à l’apprentissage et
favoriser l’éducation des adultes aideraient
aussi, selon M. Lafrenière.
Qui s’instruit s’enrichit? - Ariane
Lacoursière
Plusieurs
Québécois seraient d’accord pour que les
élèves soient payés pour
récompenser leur réussite scolaire
EXCLUSIF
Plusieurs Québécois souhaiteraient que les
élèves soient payés par le gouvernement
pour leur présence assidue à l’école et
pour leurs bons résultats scolaires. Une telle
initiative financière existe dans certaines
écoles américaines et canadiennes et les
citoyens québécois y sont
intéressés, révèle un sondage
Angus Reid réalisé exclusivement pour La Presse.
La firme Angus Reid a interrogé 800 adultes
québécois sur leur perception de
l’éducation au Québec. Le sondage, qui
présente une marge d’erreur de 3,5%, 19 fois sur 20,
s’est surtout attardé à la question du
décrochage scolaire.
Avec un taux de décrochage de 31%, le Québec est
l’une des pires provinces canadiennes à ce chapitre.
Quand on leur demande pourquoi leur province fait si
piètre figure, 29% des Québécois estiment
que les politiques provinciales en matière
d’éducation font fausse route.
« Ça ne m’étonne pas du tout. On sait que
le taux de décrochage est mauvais depuis des
années au Québec, mais rien ne change. Le
gouvernement doit retrousser ses manches et s’attaquer au
problème », dit la présidente de la
Fédération des syndicats de l’enseignement
(FSE), Manon Bernard.
Pour les autres répondants, le fort taux de
décrochage du Québec est plutôt imputable
au manque d’engagement des parents (19%), au programme
éducatif dépassé (12%), au trop fort
nombre d’élèves par classe (12%) ou au manque
d’argent dans les écoles (9%). «
Présentement, il manque une vision cohérente
pour l’éducation. Le gouvernement met plein de mesures
en place, mais sans résultat. Ça prend un seul
plan global, qui marche », croit Mme Bernard.
Pour le président du groupe de travail sur le
décrochage, Jacques Ménard, il est impossible de
cibler un seul coupable. « L’éducation est moins
valorisée ici. Mais on ne peut pas dire que c’est la
faute seulement des parents ou du gouvernement. Tout le monde
est responsable, dit-il. Oui, les programmes d’études
pourraient être un peu plus stimulants, mais il n’y a
pas juste une explication. »
Incitatifs financiers
Pour
près de la moitié des Québécois
qui ont des enfants dans le système scolaire ou qui
fréquentent eux-mêmes des institutions scolaires,
une bonne solution pour lutter contre le décrochage
serait de rémunérer les élèves
pour leur présence et leurs bons résultats. Les
répondants qui n’ont pas de lien avec les institutions
scolaires sont un peu moins enthousiastes envers cette
initiative, qu’ils n’appuient qu’à 43%.
Le quartier très défavorisé de Regent
Park à Toronto a déjà adopté une
politique pour diminuer le décrochage en « payant
» les élèves. Le programme,
chapeauté par l’organisme Passeport pour ma
réussite Canada, est en place depuis septembre 2001.
Depuis, les résultats sont spectaculaires. Le taux de
décrochage des élèves de Regent Park est
passé de 56% à 10%. L’absentéisme est
tombé de moitié et le nombre d’inscriptions
à l’université est passé de 20% à
80%.
Au Québec , l ’ organi sme Toujou r s en s emble
mène depuis 2007 un projet semblable auprès de
127 élèves de Verdun. Le porte-parole de
Toujours ensemble, Mathieu Sage, explique que le programme ne
« paie pas directement les élèves ».
« Pour chacun, on met de côté 500$ par
année du secondaire. Quand ils finissent leur
cinquième secondaire, chacun a 2500$ de
côté. Mais cet argent ne leur est donné
que s’ils continuent leurs études. C’est un peu comme
une bourse », illustre-t-il.
Le programme offre aussi du tutorat et un soutien social et
financier (de l’aide pour l’achat de matériel scolaire,
par exemple). En tout, environ 3500$ par élève
sont dépensés chaque année. Il est encore
trop tôt pour dire si le programme remporte un franc
succès. « Mais les professeurs remarquent
déjà que nos jeunes font mieux leurs devoirs et
qu’ils sont mieux organisés », note M. Sage.
Québec pour rait-il songer à appliquer des
programmes comme celui de Toujours ensemble à la
grandeur de la province ? « Pas nécessairement,
dit M. Sage. Parce que c’est très coûteux. Mais
dans certains quartiers, c’est sûr que ce serait
bénéfique. »
Pour Jacques Ménard, l’argent ne devrait pas être
le seul incitatif à la scolarité. Il cite en
exemple l’Ontario, qui a légiféré pour
faire passer l’âge obligatoire de scolarité de 16
ans à 18 ans. « Au Québec, on n’est pas
forts sur les incitatifs. C’est pourtant une avenue
intéressante », plaide M. Ménard.
La ministre de l’Éducation, MichelleCourchesne, a
récemment annoncé qu’elle veut faire passer le
taux de décrochage scolaire de 31% à 20% d’ici
2020. Pour ce faire, Québec investira 25 millions de
dollars au cours des cinq prochaines années.
Récemment, la ministre Courchesne a toutefois
repoussé l’annonce de son Plan d’action national de
lutte contre le décrochage scolaire, qui devait
être présenté ce printemps, à
l’automne prochain.
Réforme : Des élèves « peu
autonomes » - Ariane Lacoursière
& Marie Allard
Les
élèves de la réforme sont peu
autonomes, éprouvent des difficultés en
français et peinent à se concentrer
longtemps dans les cours magistraux. Mais ils sont aussi
excellents pour travailler en équipe et pour
formuler leurs opinions révèle un nouveau
rapport du ministère de l’Éducation du
Québec (MELS).
Le docu ment prépa ré par le Comité
d’analyse du Programme de formation de l’école
québécoise visait à préparer
la transition pour la rentrée de 2010, alors que
les premiers élèves issus du renouveau
pédagogique (la réforme) feront leur
entrée au collégial. On voulait entre autres
savoir avec quel bagage les élèves
arriveraient au cégep.
Dans son rapport, le ministère dresse le portrait
type des élèves issus de la réforme.
Parmi les principales caractéristiques
relevées, on voit que « le jeune
d’aujourd’hui fait preuve d’ouverture et de
curiosité », qu’il préfère les
« tâches concrètes et significatives
à ses yeux », qu’il a « une
capacité de communication accrue » et qu’il
« n’a pas de difficulté à exprimer ses
idées ».
En revanche, « la qualité de son
français, particulièrement à
l’écrit, laisse à désirer ».
S’il est « responsable dans les travaux
d’équipe », « il manque d’autonomie
lorsqu’il doit travailler seul ».
L’élève de la réforme est «
stimulé par la diversité des
activités », mais lors des cours magistraux,
« il a de la difficulté à se
concentrer sur une longue période ».
Le président-directeur général de la
Fédération des cégeps, Gaétan
Boucher, se dit préoccupé par la situation.
Mais il ne veut pas porter de jugement hâtif.
Déjà l’automne dernier, « j’avais dit
combien j’étais préoccupé par
l’arrivée de cette cohorte dans les collèges
en 2010 », dit-il.
Son propre
petit-fils, actuellement en quatrième secondaire, a
été formé selon le renouveau
pédagogique. « Je demande à mon fils :
Alex sera-t-il prêt à entrer au
collège? Il ne le sait pas. »
C’est à l’hiver 2011, quand les premiers
résultats des élèves issus de la
réforme sortiront, « qu’on saura en regardant
les taux de réussite », a indiqué M.
Boucher. Il y a là quelque chose de très
préoccupant ».
« Pas à la hauteur »
Dans son rapport, le MELS reconnaît que l’autonomie
des élèves issus du renouveau
pédagogique « n’est pas à la hauteur
des attentes des enseignants ni des exigences du Programme
de formation de l’école québécoise
». Le Ministère avance même que les
enseignants pourraient « pallier, le cas
échéant, les manques de connaissances
» des jeunes, « sans toutefois niveler leur
enseignement vers le bas ».
Pour ce faire, le Ministère suggère aux
enseignants de mener des tests en début
d’année afin « d’évaluer le niveau de
connaissances et d’apprendre à connaître les
forces et les faiblesses des élèves ».
Cette proposition choque le président de la
Fédération des enseignantes et des
enseignants de cégeps, Mario Beauchemin. «
Ça va ajouter à la lourdeur de notre
tâche. Comment faire ça alors qu’on a 40
à 45 élèves par classe? »
demande-t-il. Selon M. Beauchemin, si ces tests
diagnostiques deviennent obligatoires, il y aura «
une petite révolte » chez les enseignants du
collégial.
ÉCOLES SECONDAIRES Le Québec toujours
aussi mauvais élève - Ariane Lacoursière
Les
résultats des élèves des écoles
secondaires du Québec ont encore une fois baissé
cette année. Selon des statistiques
dévoilées hier par le ministère de
l’Éducation (MELS), la moyenne aux examens
ministériels de juin dernier a été de
72,8%. Depuis 1992, seule la cohorte de 2006 avait obtenu de
pires résultats, avec une moyenne de 72,6%.
PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES
LA PRESSE
Le taux global de diplomation sur sept
ans est actuellement de 72% au Québec,
révèlent les données du
Ministère. Quand on sait que le rapport Ménard
sur le décrochage scolaire souhaite faire passer ce
taux à 80%, l’objectif paraît ambitieux.
Les données du Ministère s’appuient sur les 18
examens de fin d’année obligatoires que les 160 000
élèves de quatrième et cinquième
secondaire de la province ont suivis en juin dernier. La
réussite de ces épreuves est essentielle pour
obtenir un diplôme d’études secondaires.
Depuis une dizaine d’années, les élèves
du Québec réussissent de moins en moins bien
à ces examens. Cette année, le taux de
réussite a été de 84,2%, soit 0,2% de
moins que l’an dernier.
Le taux global de diplomation sur sept ans est actuellement de
72% au Québec, révèlent les
données du Ministère. Quand on sait que le
rapport Ménard sur le décrochage scolaire
souhaite faire passer ce taux à 80%, l’objectif
paraît ambitieux.
Même
si le MELS a précisé par voie de
communiqué que « les tendances qui ressortent
de l’analyse des résultats aux épreuves
uniques doivent être interprétées avec
prudence », personne n’était disponible, hier,
pour commenter les données. « Tous les chiffres
sont dans le communiqué », s’est
contenté de dire la porte-parole du Ministère,
Ahissia Ahua. La ministre de l’Éducation, Michelle
Courchesne, est également en vacances et n’a pas pu
commenter les résultats.
Par régions
Mais en analysant les chiffres du MELS, on remarque que les
régions du Québec ne sont pas toutes
égales devant le succès scolaire. Le
Nord-du-Québec affiche un taux de réussite de
55% et la Côte-Nord fait légèrement
mieux avec 74%. Ces régions ont toutefois fort
à faire pour rejoindre la meilleure région du
Québec, la Capitale-Nationale, qui a un taux de
réussite de 87%.
Alors qu’elle affiche un taux de réussite de 85%,
Montréal se classe bien sur la scène
provinciale. Mais sur le territoire même de la
métropole, certains établ i ssements
réussissent mieux que d’autres. Alors que
l’école Honoré-Mercier présente un taux
de réussite de 68%, l’école Lucien-Pagé
affiche un taux de réussite de 58% et l’école
Louis-Joseph-Papineau, 66%. L’École internationale de
Montréal arrive en tête de liste avec 98%.
Comme chaque année, les résultats des
élèves des écoles privées du
Québec ont aussi été plus
étincelants que ceux de leurs vis-à-vis du
public. Alors que le taux de réussite aux
épreuves ministérielles a été de
82% au public, 95% des élèves du privé
ont réussi leurs examens.
Apprendre autrement - NATHAN BÉCHARD
L’auteur est un étudiant en enseignement au
secondaire à l’Université Laval. Il
réagit à l’opinion de Joseph Facal,
intitulée « Un immense gâchis
», publiée le 19 janvier, et extrait de son
livre Quelque chose comme un grand peuple
(Boréal). Joseph Facal semble oublier un
élément très important de la
société d’aujourd’hui: elle n’a rien
à voir avec la société d’hier, et
c’est tant mieux!
Autrefois, les élèves apprenaientpar coeur
des centaines de mots, expressions, conjugaisons,
déclinaisons, théorèmes, formules
pour finalement les oublier après quelque temps.
Dans la plupart des cas, seulement après quelques
jours… Qu’estce que les étudiants en ont
retiré? Malheureusement pas grand-chose et il
faut admettre que l’enseignement traditionnel
(fondé sur des méthodes
éprouvées, selon M. Facal) n’a pas
réussi à retenir les élèves
jusqu’à l’obtention d’un diplôme.
Il y a quelques années, un hurluberlu très
érudit est arrivé avec une théorie
ahurissante: le socioconstructivisme. Il faisait
état, entre autres, de l’enseignement et de la
pédagogie axés sur l’étudiant
plutôt que la transmission des savoirs des
maîtres et il plaçait l’élève
au centre de son apprentissage. Il poussait loin la note
en faisant de l’étudiant le principal acteur de
sa réussite…
Parallèlement, on a commencé à
parler d’enseignement par compétences ; de
savoirfaire plutôt que de savoir tout court. C’est
là que le discours de M. Facal fait preuve d’un
manque de jugement. L’étudiant d’aujourd’hui ne
doit plus savoir «par coeur» autant
d’informations qu’avant, il doit s’efforcer de
développer des compétences pouvant lui
être utiles dans la résolution de
problèmes.
Avec internet, un élève n’a pas besoin de
connaître la capitale du Chili. Par contre, si on
lui demande de trouver la réponse, il doit
être en mesure de trouver cette information.
Cemême élève ne doit pas seulement
connaître le théorème de Pythagore,
mais il doit être capable de l’utiliser pour
résoudre de nouveaux problèmes.
On
délaisse donc la formation d’étudiants
experts au secondaire pour former de futurs citoyens
capables d’interagir dans un monde en changement
où ils sauront vraisemblablement
confrontés à des situations nouvelles
qu’ils devront apprécier avec un regard critique.
Là est le véritable enjeu de la
réforme et c’est là que M. Facal semble
avoir arrêté son raisonnement.
La véritable gangrène du système
d’éducation, à l’heure actuelle, est
l’entêtement de certains enseignants
déjà en place. Une réforme
amène inévitablement son lot de
mécontentements, d’adaptations nécessaires
et d’insécurités.
Il est évidemment difficile de faire
«avaler la pilule» aux parents si tous les
professionnels du système éducatif
n’emboîtent pas le pas avec ouverture. Les gens
concernés sont déboussolés et
craignent l’inconnu.
En tant qu’enseignant, on se doit d’agir de
manière professionnelle et de tenir une ligne de
conduite collégiale pour assurer une mise en
oeuvre harmonieuse des changements visés.
Il serait plus adéquat, à mon avis, de
regarder dans cette direction pour résoudre les
problèmes liés à cette
réforme plutôt que de s’acharner sur ses
fondements qui prennent racine dans de nombreuses
recherches internationales dans le domaine de
l’éducation.
Un non-sens - ROCH TURBIDE
La
ministre exige le retour des connaissances…
déjà enseignées pour
vérifier les compétences des
élèves
Nos enfants sont-ils moins importants qu’une
transmission de voiture ? Je commence à en
avoir peur.
L’auteur est un professeur de français et
chargé de cours à l’UQAM.
Vous jugez mon histoire
improbable, voire loufoque. Et pourtant… c’est ce
qui est en train de se passer dans le monde de
l’éducation.
Imaginez : àl’école des
mécaniciens, les apprentis connaissent les
diverses parties d’une transmission, en
reconnaissent 80% des pièces dans un plan et
sont capables de décrire en 250 mots l’effet
d’une petite roue d’engrenage sur une plus grande.
Allez-vous confier la réparation de la
transmission de votre voiture à ces
mécaniciens, même s’ils n’ont jamais
mis les mains dans l’huile ? Bien sûr que non!
Pourtant, ils ont les connaissances. Mais voyons,
répondrez-vous, ce n’est pas parce que
quelqu’un a passé l’examen théorique
qu’il est en mesure de réparer une
transmission: il doit passer un examen pratique.
Puis, les enseignants de mécanique, qui
n’avaient toujours évalué leurs
apprentis qu’à partir de leurs
résultats aux différents tests
écrits, vont se plaindre aux journalistes
lorsqu’un patron des ateliers leur annonce qu’il
leur faut faire passer un examen pratique. Les
journalistes rapportent alors leurs propos. C’est
effrayant : les examens qui vérifiaient ce
que savaient les apprentis sont
éliminés parce que les connaissances
ne sont plus importantes : les futurs
mécaniciens n’ont plus qu’à passer un
examen pratique. Quel nivellement vers le bas ! Vous
vous diriez encore une fois: mais voyons! Pour
passer l’examen pratique, ce futur mécanicien
devra bien posséder les connaissances. Il ne
pourra pas réparer une transmission sans en
connaître toutes les pièces et leur
fonctionnement. Cela va de soi!
Plus encore, imaginez que le nouveau
président de l’Ordre des mécaniciens,
qui réglemente toutes les pratiques des
mécaniciens, décrète que
l’examen pratique n’est plus nécessaire, car
dans son temps, les mécaniciens, avec un peu
de savoir, devenaient efficaces en travaillant dans
l’atelier. Vous descendriez dans les rues, encore
plus vite lorsque vous vous souviendriez que ce
même président de l’ordre n’a jamais
été mécanicien : puisqu’il a
déjà possédé une
voiture, cela lui a suffi pour comprendre les
enjeux.
Vous
jugez mon histoire improbable, voire loufoque. Et
pourtant… c’est ce qui est en train de se passer
dans le monde de l’éducation.
Parce que certains réfractaires au renouveau
pédagogique le leur avaient dit, les
journalistes ont rapporté que l’enseignement
des connaissances avait été
évacué pour faire place à
l’enseignement des compétences. Tout le monde
l’a cru et la ministre a réagi : elle exige
le retour des connaissances, même si, dans
tous les programmes, toutes les connaissances dont
les élèves ont besoin pour arriver
à se montrer compétents y ont toujours
été énumérées et
prescrites.
Et puis, aussi absurde que cela apparaissait dans
notre exemple des mécaniciens, oubliez ce que
le renouveau nous avait enf in donné, oubliez
les vérifications de l’utilisation de ces
connaissances par les élèves, car
c’est bien ce dont il s’agit quand on parle de
l’évaluation des compétences que la
ministre s’apprête maintenant à faire
disparaître en catimini.
Bref, quand il s’agit de mécanique, on voit
tout de suite le non-sens. Mais quand il s’agit
d’éducation, on perd notre lucidité.
Est-ce à dire que nos enfants sont moins
importants qu’une transmission de voiture ? Je
commence à en avoir bien peur.
Un immense gâchis - Joseph Facal
L’école québécoise a été
livrée à des apprentis sorciers
Rebaptiser « renouveau pédagogique »
cette réforme pour essayer de mieux la gérer
politiquement ne change rien au fond de l’affaire.
L’école québécoise, malgré de
nombreuses exceptions, ne va pas bien, pas bien du tout,
nonobstant la trajectoire en apparence sans problèmes
majeurs de la majorité des enfants et le
dévouement des dizaines de milliers de personnes qui
oeuvrent en son sein. Ce n’est pas seulement une question
d’intérêt bien compris que d’y voir, mais aussi
d’authentique justice sociale, la vraie, celle qui refuse
que les circonstances de la naissance ou la
médiocrité érigée en
système empêchent le développement des
talents de chacun.
Pour contrer les effets de la
réforme, il faut revenir aux méthodes
éprouvées.
La plupart des enfants obtiendront certes leur diplôme
d’études secondaires. Mais on peut se demander s’il
est normal, comme le notait la journaliste Michèle
Ouimet, « qu’à peine arrivés au
cégep, des milliers de cégépiens
doivent s’inscrire à des cours de rattrapage en
français et en mathématiques afin d’apprendre
ce qu’ils devraient pourtant savoir : les rudiments de
l’algèbre et de la géométrie, les
règles de grammaire, la syntaxe et l’orthographe.
Même si ces étudiants détiennent un
diplôme d’études secondaires, ils sont
incapables d’additionner deux fractions et d’accorder les
participes passés. »
Ce qui donne envie de hurler est qu’elle a écrit
cela… en 1992, avant qu’on ne livre l’école
québécoise aux élucubrations de la
dernière fournée d’apprentis sorciers. Et
encore ne parlait-elle que de l’insuffisante maîtrise
des rudiments de la langue et du calcul.
Quand on fréquente les jeunes qui amorcent un
parcours universitaire, on est aussi frappé par leur
extrême difficulté à digérer une
certaine quantité de documentation, à se
l’approprier, à dégager une
problématique qui leur appartienne vraiment, à
mener une réflexion proprement personnelle
plutôt qu’à coudre ensemble des citations dans
le désordre.
Qu’on
comprenne bien où je loge: depuis la fin des
années 90 se déploie au Québec une
réforme de l’éducation animée par une
philosophie antihumaniste, autoritaire et
pseudo-progressiste, qui repose sur des théories
très douteuses et dépourvues de fondements
empiriques solides et dont on se demande si elles n’ont pas
pour but, comme l’a déjà dit Lise Bissonnette,
de nous faire tolérer l’ignorance en la dissimulant.
Les enseignants, que le bon sens n’a pas encore
désertés et qui, pour la plupart, aiment les
enfants et leur métier, résistent du mieux
qu’ils le peuvent. Et rebaptiser « renouveau
pédagogique » cette réforme pour essayer
de mieux la gérer politiquement ne change rien au
fond de l’affaire.
Il faut, selon moi, liquider les idées funestes qui
fondent cette réforme, dénoncer les fantasmes
idéologiques qu’elles dissimulent et les
complicités politiques qui leur permettent de
sévir, tordre le cou à cette langue de bois
prétentieuse des milieux éducatifs qui
intimide les parents, clarifier les enjeux et les
priorités, bannir l’improvisation, revenir aux
méthodes éprouvées, s’armer de prudence
devant les nouveautés sans s’y fermer, et repartir
avec énergie, enthousiasme et les moyens
appropriés. Voilà.
Il faut cesser également de faire passer tous les
critiques de cette réforme pour des élitistes
nostalgiques des collèges classiques, que ni moi ni
la très grande majorité de ceux qui n’aiment
pas ce qu’ils voient en ce moment n’avons connus. Qu’on
cesse aussi de réduire le débat à une
« querelle de chapelles pédagogiques »
(Josée Boileau, Le Devoir, 21 juin 2006) afin de
renvoyer dos à dos les protagonistes, alors qu’il
s’agit ici non seulement d’un débat sur les
meilleures méthodes d’apprentissage, mais aussi sur
les finalités de l’école, et que, de
surcroît, s’accumulent rapidement les preuves de
l’immense gâchis qui se déploie sous nos yeux.
Depuis l’introduction de cette réforme, nos taux
d’abandon scolaire au niveau secondaire, qui étaient
déjà effarants depuis des décennies,
ont en effet continué à augmenter, alors qu’on
prétendait qu’elle renverserait la vapeur. Dans les
classements i nternationaux mesurant les apprentissages aux
niveaux primaire et secondaire, brièvement
évoqués au deuxième chapitre, nous
glissons également.
Nous
reculons
aussi par rapport à nous-mêmes. Une comparaison
des taux de réussite aux épreuves obligatoires
d’écriture en français de 6e année du
primaire en 2000 et en 2005 montre que le taux de
réussite en orthographe est tombé de 87%
à 77%, qu’il est tombé de 83% à 73% en
syntaxe et ponctuation et que le taux global de
réussite, lui, a chuté de 90% à 83%.
(...)
UN DÉTOURNEMENT - LOUIS
DION
En 1995,
les états généraux sur
l’éducation ont servi de prétexte pour
implanter une réforme qui ne correspondait pas
aux consensus
Personne ne réclamait que l’on parle
désormais de compétences. Nous
étions assez heureux de tout faire pour
évaluer des habiletés.
C’est comme suite aux états
généraux su r l ’ éduc at ion ,
lancés en 1995 par le ministre Jean Garon, qu’est
venue la réforme tant décriée. Et
avec raison. Car cette réforme a
été un détournement des conclusions
des États généraux. Les
réformateurs ont en effet pris prétexte
des états généraux pour introduire
des changements reposant sur une philosophie de
l’éducation que n’appelaient nullement les
consensus réalisés alors.
Les états généraux ne demandaient
rien d’autre que le renforcement des matières
dites de base, l’élimination de matières
superflues (introduites le plus souvent sous la pression
politique de groupes intéressés) et la
révision des programmes dans une perspective
d’enrichissement culturel.
Ces correctifs auraient très bien pu être
opérés sans l’introduction du
socioconstructivisme dépoussiéré
par des pédagogues de l’Université de
Sherbrooke et l’école coopérative
prônée par la CEQ (aujourd’hui CSQ). Il
n’était surtout pas nécessaire (et ce
n’était pas et n’est toujours pas son rôle)
que le ministère de l’Éducation
décrète les moyens valables à
utiliser (travail coopératif, apprentissage par
projets…).
Les états généraux
réclamaient des ajustements faciles à
opérer dans le cadre des orientations mises de
l’avant à partir de 1980. Nous voulions des
changements de nature pédagogique. Les
réformateurs en ont profité pour imposer
une révolution en profondeur de nature beaucoup
plus sociale que pédagogique. Leur réforme
a échoué parce qu’elle ne correspondait
pas à ce que voulaient la population et les
éducateurs et qu’elle n’a en rien permis une
réduction du décrochage scolaire.
La solution est assez simple. Il faut revenir à
l’esprit des orientations et des programmes de 1980. Les
directeurs et enseignants ont mis beaucoup
d’énergie à reformuler ces programmes
(beaucoup plus clairs que les programmes-cadres issus du
rapport Parent) pour évaluer des habiletés
(savoir-faire) en plus des connaissances (savoir).
Restait
à préciser comment évaluer les
attitudes (savoir-être). Des efforts inouïs
ont été déployés pour
améliorer nos façons d’évaluer les
apprentissages. Les enseignants adhéraient pour
la plupart à cette nouvelle approche qui mettait
l’accent plus sur l’apprentissage (ce que
l’élève apprend) que l’enseignement (ce
que l’enseignant enseigne).
Surtout , ils restaient entièrement libres des
moyens à utiliser pour aider les
élèves à apprendre. Personne ne
réclamait que l’on parle désormais de
compétences . Nous étions assez heureux de
tout faire pour évaluer des habiletés.
En français, par exemple, nous mettions l’accent
sur la composition (que nous appelons désormais
production écrite), car c’est l’habileté
à écrire que nous voulions
développer et non pas uniquement la
mémoire par l’acquisition de connaissances
grammaticales qui, de toute façon, ne sont
vraiment intégrées que dans le contexte de
l’écriture.
Personne enfin ne réclamait la révolution
socioconstructiviste qui fut ni plus ni moins
imposée.
Dans ce contexte, il aurait été faci le de
satisfai re les at tentes des États
généraux: renforcer les apprentissages de
base en éliminant les matières inutiles,
redonner leur place à l’histoire et aux
connaissances générales. Nous aurions
même pu réfléchir au concept de
compétences transversales qui n’est pas en soi
une mauvaise idée. Ces modifications auraient pu
être introduites sans la révolution en
profondeur qui fut décrétée.
Quant
au décrochage scolaire, on se rend bien compte
qu’ i l s’agit d’une problématique qui
déborde l ’école e t qu’aucune
réforme pédagogique ne pourra
résoudre seule. Le déc rochage scolaire
concerne toutes les forces vives de la
société et ne saurait diminuer sans une
revalorisation du rôle de l’école.
« Mauvais anniversaire » à la
réforme scolaire
Des centaines
de personnes se réuniront ce matin à
Montréal pour souhaiter « mauvais anniversaire
» à la réforme de l’éducation, dont
les grandes orientations ont été rendues
publiques par le ministre de François Legault le 8 juin
1999. La Fédération autonome de l’enseignement
(FAE) et la coalition Stoppons la réforme remettront
symboliquement au ministère de l’Éducation un
bulletin de ses performances des 10 dernières
années – qui s’annoncent médiocres – et un plan
d’intervention « parce que c’est un élève
qui éprouve vraiment beaucoup de difficultés
d’apprentissage », a ironisé hier le
président de la FAE, Pierre Saint-Germain.
LaFAEaffirmeque les 10dernières années ont eu un
effet dévastateur sur la qualité de
l’enseignement dans les écoles du Québec.
« On a complètement échappé une
cohorte. Les enseignants voient arriver en deuxième et
en troisième secondaires des élèves plus
faibles que jamais auparavant », dit M. SaintGermain. La
FAE demande à la ministre Michelle Courchesne de revoir
rapidement les programmes afin de remettre l’accent sur
l’acquisition de connaissances plutôt que de
compétences. « C’est un gros chantier, mais on ne
peut pas se permettre de ne rien faire », juge M.
Saint-Germain.
Promus à l’école secondaire malgré
de graves lacunes - Marie Allard
«
Vous n’avez pas idée des élèves qui
vont au secondaire sans avoir les acquis de base »,
souligne une enseignante.
Faire redoubler six de ses élèves :
c’était la recommandation de Sophie, enseignante de
sixième année du primaire à
Montréal, l’an dernier. « Ils étaient
pratiquement analphabètes », fait-elle
valoir. Mais au bal des finissants du primaire, en juin,
« ils étaient tous là, triomphants
», se souvient-elle. Aucun n’a redoublé.
Décision de la direction et des parents.
« Plusieurs élèves passent au
secondaire sans avoir les acquis et je ne parle pas de
petites faiblesses, dénonce Sophie. Je parle de
graves lacunes. » Seules « les moyennes
artificiellement gonflées pour ne pas
décourager les pauvres ti-pits » sauvent les
apparences. « Je ne vois pas comment ces enfants
vont s’en sortir dans la jungle du secondaire »,
s’inquiète l’enseignante, qui a demandé de
taire son véritable prénom de peur de
représailles.
Même constat d’échec chez Colette
(prénom fictif), une autre enseignante de
sixième année qui a contacté La
Presse. « Vous n’avez pas idée des
élèves qui vont au secondaire sans avoir les
acquis de base, souligne-t-elle. Plusieurs échouent
aux examens du ministère de l’Éducation
(MELS) de sixième année, en plus d’avoir
végété durant l’année, mais se
retrouvent tout de même au secondaire
régulier l’année d’après! »
Que valent les examens du Ministère ?
C’est
vrai: un élève qui coule les examens du
Ministère peut néanmoins être promu au
secondaire régulier. « C’est l’école
qui décide de la place des notes à
l’épreuve obligatoire dans le résultat final
de l’élève », indique Pierre
Noël, porte-parole du Ministère. « C’est
du cas par cas, ce n’est pas instauré »,
ajoute Alain Perron, porteparole de la Commission scolaire
de Montréal (CSDM).
« On vit actuellement les conséquences du
début de la réforme, où il n’y avait
pas d’échec possible », résume Chantal
Picotin, responsable des dossiers pédagogiques au
Syndicat de l’enseignement de la région de Laval.
Depuis leur entrée au primaire, les enfants ont
été promus automatiquement sans recevoir
suffisamment d’aide pour combler leurs lacunes,
explique-t-elle. « Là, ça a
changé, mais les profs de sixième
année ont aujourd’hui des élèves de
niveau du premier cycle, du deuxième cycle et du
troisième cycle dans leurs classes, parce qu’ils
n’ont jamais redoublé. » À
l’école primaire des Quatre-Vents, dont la
clientèle est défavorisée,
pratiquement la moitié des finissants s’en vont en
classes spéciales pour élèves en
difficulté au secondaire l’an
prochain, selon Mme Picotin.
Seuls 2% des élèves de sixième
année redoublent
Le taux de redoublement de la sixième année
est minime: à peine 2% dans l’ensemble du
Québec, encore moins dans la région de
Montréal (voir encadré). Les écoles
primaires préfèrent envoyer les
élèves faibles dans une panoplie de classes
spéciales du secondaire. À la CSDM, plus de
1300 élèves du secondaire y suivent
carrément le programme du primaire, en groupes dits
de « cheminement particulier ».
«
Dans toutes nos écoles secondai res, on
prévoit des mesures pour aider les jeunes qui
seraient en difficulté », souligne Alain
Perron de la CSDM. L’école
Joseph-François-Perrault offre, par exemple, le
« programme 2.5 » qui permet de rester en
deuxième secondaire un an de plus.
« Les écoles seconda i res travaillent
aussi en amont » , indique-t-il. Dès
janvier, les directions d’écoles primaires sont
rencontrées pour identifier les besoins des
élèves qui entreront au secondaire en
septembre suivant.
« Les enseignants de sixième année
déterminent vers quel type de classe ils vont
diriger les élèves, reconnaît
Nathalie Bouchard, conseillère à la
Fédération autonome de l’enseignement.
Mais ce qu’ils recommandent n’est pas
nécessairement retenu par les directions, pour
des raisons d’organisation scolaire. »
Redoublement: interdit ou pas ?
Même au secondaire régulier, la situation
n’est pas rose. « Qu’estce que le jeune apprend
dès qu’il met les pieds en première
secondaire? Que personne ne redouble, tout le monde
passe en deuxième secondaire. Résultat :
beaucoup de procrastination », observe un
enseignant du secondaire comptant 15 ans
d’expérience.
Faire redoubler la première année du
secondaire, est-ce réellement interdit? «
Ce n’est pas permis », confirme Alain Perron de la
CSDM, il faut attendre la fin de la deuxième
secondaire pour envisager une reprise d’année.
Surprise: le Ministère affirme le contraire.
Même si ce n’est pas inscrit dans le régime
pédagogique, convient Pierre Noël du MELS,
« le redoublement de la première secondaire
est toujours possible ». Les commissions scolaires
de Laval et de la Pointe-de-l’Île n’ont pas
répondu aux questions de La Presse.
Un nouveau programme pour faciliter le passage à la
grande école - Marie Allard
« Il est bien vrai que certains jeunes passent
du primaire au secondaire sans avoir les acquis
nécessaires, indique Nadia Desbiens,
professeure à la Faculté des sciences de
l’éducation de l’Université de
Montréal. Mais il en a toujours
été ainsi. »
Le redoublement, qui « ne permet pas de
rattraper le retard ni de vivre du succès dans
le cheminement scolaire », n’est pas une
solution, selon el le. Mme Desbiens propose
plutôt « des changements importants tant
dans l’organisation des services que dans les
pratiques d’intervention, qui reposent entre autres
sur un meilleur arrimage et une continuité
entre le primaire et le secondaire ».
En collaboration avec les cinq commissions scolaires
de l’île de Montréal et le
ministère de l’Éducation, la professeure
met au point un programme de formation continue du
personnel scolaire portant précisément
sur ce passage. Le programme « Soutien à
la transition du primaire vers le secondaire des
élèves ayant des besoins particuliers
» doit « débuter au cours de la
prochaine année scolaire » , a-t-elle
précisé.
Excès de promotion automatique, selon un expert
Égide Royer, de la Faculté des sciences
de l ’ éducation de l’Université Laval,
convient de l’inefficacité du redoublement.
« Mais on est tombés dans l’autre
excès, en faisant quasiment une religion de la
promotion automatique, dénonce-t-il. C’est
là que le bât blesse. »
À force de faire passer des enfants en
échec scolaire sans les aider, la situation est
devenue difficile en première secondaire,
confirme le professeur. « Présentement,
des jeunes arrivent au secondaire avec des niveaux de
compréhension de lecture de cinquième,
de quatrième, de t roisième, par fois de
deuxième année du primaire »,
dit-il.
La situation est particulièrement critique
à Montréal, puisque 30% des
élèves – souvent les meilleurs – vont au
secondaire privé et que bien d’autres
s’inscrivent dans les programmes élitistes du
public. Conséquence: le secteur régulier
se retrouve avec une forte concentration
d’élèves en difficulté. «
La situation est en train d’empirer », estime M.
Royer.
La solution : se concentrer sur la lecture
Que faire? « Il faut intervenir de
manière très précoce et puissante
dès qu’on s’aperçoit qu’un jeune
commence à développer un retard au
primaire », conseille-t-il.
Quant aux élèves qui sont
déjà en première secondaire avec
de grandes lacunes, « il faut en faire des
lecteurs fonctionnels le plus rapidement possible
», selon l’expert. Quitte à tasser toutes
les autres matières – sauf l’éducation
physique – pour se concentrer sur la lecture, avec
l’aide d’orthopédagogues.
Au x en s e i g na nt s d e sixième
année du primaire, M. Royer recommande «
de donner l ’ heure juste par rapport au niveau
d’habileté en lecture des jeunes et de leurs
difficultés de comportement ». Bien
renseignées, les écoles secondaires
pourront intervenir dès la rentrée
suivante. « Sinon, le jeune va commencer
à développer des échecs et de
l’absentéisme », prévient-il, ce
qui mène tout droit au décrochage.
Dans
un piètre état : La réforme scolaire n’a rien
fait pour améliorer l’enseignement des sciences au primaire
et au secondaire
Depuis 2002, on
refuse au bachelier en biologie, en physique ou en chimie
d’enseigner sans subir une longue formation en sciences de
l’éducation.
L’auteur est président de l’Association des
communicateurs scientifiques du Québec (acs.qc.ca), qui
tiendra son congrès annuel le 21 mai à la salle
Jean-Desprez de Radio-Canada.
Aux
prises avec les disciplines de base de la réforme
scolaire, les enseignants n’ont guère la tête
à expliquer la différence entre un virus et une
bactérie.
Votre enfant vous a-t-il parlé de son cours de science
récemment? Non? C’est probablement parce qu’il n’en a pas
eu. Ou qu’il n’en a rien retenu.
Plus de 80% des élèves du primaire ont devant eux
« un enseignant qui n’a pas une formation moindrement
significative en sciences », dit un rapport sur
l’enseignement des sciences au Québec, qui sera
bientôt déposé à l’UNESCO dans le
cadre d’une enquête mondiale sur la question.
L’auteur, le didacticien Jesus Vazquez-Abad, de
l’Université de Montréal, estime que
l’enseignement des sciences, au Québec, est dans un
piètre état, tant au primaire qu’au secondaire. Si
rien n’est fait pour corriger le tir, on pourrait voir se
creuser le fossé entre les besoins de l’économie
du savoir et la formation des jeunes.
La réforme scolaire, qui terminera en 2009-2010 son
implantation, n’a rien fait pour améliorer les choses. Au
contraire, les écoles primaires ont réduit le
nombre d’heures consacrées aux sciences. Alors que cette
matière devait être enseignée de 60 à
90 minutes par semaine avant la réforme, elle ne fait
plus l’objet aujourd’hui d’aucune directive précise.
L’approche socioconstructiviste préconise plutôt un
enseignement « intégré »,
c’est-àdire un saupoudrage dans les autres
matières. Inutile de dire que les enseignants,
déjà aux prises avec les objectifs des disciplines
de base, n’ont pas la tête à expliquer la
différence entre une cellule et un atome ou entre un
virus et une bactérie...
Depuis2002,
on refuse aubachelier en biologie, en physique ou en chimie de
devenir enseignant dans une école primaire ou
secondaire sans subir une longue formation en sciences de
l’éducation. Aux yeux du ministère, il vaut
mieux être un pédagogue professionnel qu’un
scientifique pour enseigner les sciences.
Cela provoque une pénurie aux effets désastreux.
Les écoles doivent recourir aux «
tolérances » pour pousser devant des classes de
science des personnes sans permis d’enseigner. Le tiers des
2345 enseignants sans permis dans le réseau scolaire
(2007) se retrouvent en mathématiques, sciences et
technologies.
Cela se déroule au moment où l’enseignement des
sciences devient un enjeu mondial. Plusieurs pays d’Europe,
d’Asie et d’Amérique ont participé à
l’état des lieux de l’UNESCO auquel le professeur
Vazquez-Abad joue un rôle de coordination. Ces travaux
devraient, à terme, donner des lignes directrices sur
la matière et la méthode à
préconiser, tant dans les pays industrialisés
que dans ceux en développement.
Les États-Unis n’ont pas attendu pour agir. Dans un
discours remarqué, le 27 avril, le président
américain Barack Obama a signalé qu’il voulait
doter les écoles de tout le pays de meilleurs
programmes scientifiques. En annonçant une hausse du
budget de 5 milliards au Secrétariat à
l’éducation, le président a mis au défi
les États de trouver le moyen d’améliorer la
réussite en mathématique et en science.
Cela dit, le Québec a obtenu d’excellents
résultats dans des concours internationaux. Souvent
citée, le quatrième rang (sur 57 pays) des
Québécois de 15 ans au Programme international
d’acquis des élèves ( PISA) laisse croire que la
formation scolaire est adéquate. Il ne faut pas oublier
que ce résultat exclut forcément les 30% de
jeunes qui ont quitté le réseau scolaire, ce qui
crée en quelque sorte une sélection des
meilleurs à la fin du secondaire. De plus, le dernier
PISA a été administré avant
l’implantation de la réforme. Que
révélera la prochaine édition?
Au cours des dernières années, on a abondamment
traité des effets du Renouveau pédagogique sur
l’enseignement du français, de l’anglais, de l’histoire
et de la culture religieuse. Il est temps que l’on se penche
sur l’enseignement des sciences et des technologies. Car il se
trouve que, bien enseignées, celles-ci sont les plus
vivantes qui soient. Certains y voient même un antidote
au décrochage scolaire des garçons. Mais de
façon générale, c’est la culture
scientifique des citoyens de demain qui est en jeu.
Décrochage et pauvreté
- Richard Latulippe
L’auteur
habite Lac-Mégantic
On parle beaucoup du décrochage scolaire et de ses
effets désastreux, qui semblent – avec raison –
être une préoccupation profonde pour bien des
gens. Tous ont le problème à coeur et cherchent
des solutions à court terme. « Le problème
doit se régler vite », nous préviennent
les experts dans leurs tours de verre. Il me semble qu’on
passe trop rapidement sur l’analyse des causes profondes du
décrochage. Un consensus émerge pourtant, qu’on
énonce du bout des lèvres : les jeunes des
milieux défavorisés sont plus nombreux à
décrocher.
La pauvreté : qu’il est difficile d’appeler les choses
par leur nom. On sait tous que le décrochage scolaire
n’est qu’une mani festat ion pa rmi bien d’autres de la
pauvreté. Mais qui s’en préoccupe vraiment?
À quand le dernier plaidoyer contre la pauvreté
de la part d’un de nos chers décideurs? Les courbes de
niveau socio-économique, d’échec scolaire et
même de santé sont identiques.
Tant qu’un
questionnement en profondeur sur les mécanismes de
répartition de la richesse ne sera pas fait, tant qu’on
ne prendra pas des décisions en conséquence, ces
courbes continueront de se suivre et nous continuerons de
parler pour ne rien dire, et surtout, ne rien faire. La jeune
mère monoparentale décrocheuse d’aujourd’hui
verra donc probablement ses enfants et ses petitsenfants faire
comme elle et sa mère avant elle, soit essayer d’aller
gagner quelques dollars pour survivre et lâcher
l’école qui, de toute façon, n’amenait
qu’exclusion et échecs par-dessus échecs.
La réalité de l’environnement nous force
aujourd’hui à poser des gestes concrets et les choses
commencent à changer. Le même
phénomène se produira vraisemblablement pour la
santé (merci Pierre Lavoie de nous en avoir si bien
parlé dernièrement).
Ferons-nous un jour quelque chose contre la pauvreté ou
si nous continuons de croire, comme nos dirigeants, que seul
compte l’éloge de la richesse?
DÉCROCHAGE : UN DRAME HUMAIN - L. JACQUES
MÉNARD
Au-delà
des chiffres, la lutte contre le décrochage scolaire est
une affaire de coeur
La dure réalité, aujourd’hui, c’est que la vie est
difficile pour les non-diplômés et leur famille.
L’auteur est président du conseil d’administration de BMO
Nesbitt Burns et président de BMO Groupe financier,
Québec. Il a présidé les travaux du Groupe
de travail sur la persévérance scolaire. Ce texte
est extrait de son livre, « Au-delà des chiffres...
une affaire de coeur ». L’ouvrage sera disponible dans
toutes les succursales de BMO Banque de Montréal au
Québec à compter de mardi et sur le site
www4.bmo.com/francais.
Les
départs à la retraite des baby-boomers vont se
multiplier ces prochaines années. On prévoit
qu’environ 700 000 emplois seront à combler au
Québec d’ici trois ans. Des emplois qualifiés,
bien sûr.
D’entrée de jeu, je tiens à préciser un
point important. Mes réflexions ne constituent, en aucune
façon, un jugement de valeur sur les personnes qui n’ont
pas de diplôme. J’en connais plusieurs qui contribuent de
façon exceptionnelle au développement de notre
société. Des gens qui élèvent des
familles heureuses et qui constituent des modèles dans
leur milieu.
Je veux seulement attirer votre attention sur les dangers qui
guettent les jeunes qui s’apprêtent à se lancer
dans la vie dépourvus de formation sanctionnée par
un diplôme. Ce qui était possible il n’y a pas si
longtemps, ne l’est plus. Ou l’est de moins en moins. Les
emplois non qualifiés disparaissent rapidement. On
prévoit qu’environ 700 000 emplois seront à
combler au Québec d’ici trois ans. Des emplois
qualifiés, bien sûr. Raison? Les départs
à la retraite des baby-boomers vont se multiplier et la
technologie a ses exigences. Ces exigences passent par la
formation. Pas besoin, pour autant, que tous et toutes se
précipitent à l’université. Mais un urgent
besoin que tous et toutes se donnent une formation dans un
domaine qui leur convient. Que ce soit pour être plombier,
camionneur, infirmière ou chercheur en physique
nucléaire.
La dure réalité, aujourd’hui, c’est que la vie est
difficile pour les nondiplômés et leur famille. Des
revenus plus faibles, plus souvent en chômage, une
espérance de vie plus courte et plus souvent des
personnes sujettes à la dépression à
l’âge adulte. Ça, c’est chiffré,
prouvé, documenté.
Je ne veux pas entrer dans les détails, mais les gens sur
le terrain me disent aussi que non seulement les
non-diplômés vivent souvent moins longtemps que les
autres, mais qu’ils vivent en moins bonne santé. Pas
étonnant tout ça. La pauvreté est un des
déterminants les plus importants de la santé.
C’est reconnu par les autorités de la Santé
publique. C’est une des constatations qui nous a sauté
aux yeux au cours des travaux d’un autre groupe que j’ai
présidé et qui portait, celui-là, sur le
financement des services de santé et de services sociaux.
L’abs ence de
diplôme mène souvent à la pauvreté.
Et la pauvreté va de pair avec une moins bonne
santé. Pas toujours? Non. Mais trop souvent.
A u - de l à de s chiffres, surtout une
réalité de vie souvent difficile à porter.
Des difficultés que n’ont pas le choix de partager tous
les membres de la famille.
En plus, il arrive que le décrochage se transmette
souvent des parents aux enfants.
Le drame du décrocheur, c’est aussi de se faire dire
« non » plus souvent qu’à son tour,
même si l’emploi qu’il convoite est disponible. C’est de
ne pas se sentir tout à fait au même niveau que les
autres parce qu’on comprend mal certaines indications, des modes
d’emploi, des directives. Le drame humain, c’est de voir rejeter
son CV sans même qu’on l’ait lu, parce qu’il s’en va
grossir la pile des « ne répond pas aux exigences
». Le drame humain, c’est en quelque sorte de ne pas avoir
les moyens de suivre le rythme d’une société qui
évolue à toute vitesse.
C’est de tout ça dont je parle quand je dis que le
décrochage, c’est un véritable drame humain. Vous
comprenez pourquoi j’affirme que, au-delà des chiffres,
la lutte au décrochage, c’est une affaire de coeur.
Objectif > un taux de réussite de 80%
L’Ontario a
réussi un pareil
tour de force. Il a haussé l’âge de la
fréquentation scolaire
obligatoire à 18 ans.
Passer de 69% à 80% de taux de diplomation ne se fera pas
tout seul. Je ne crois pas beaucoup à la pensée
magique. Particulièrement quand ça fait plus de 20
ans que malgré tous les efforts déployés,
on ne soit pas encore arrivé à faire bouger
l’aiguille. Me faire raconter qu’on serait les champions du
raccrochage ne m’émeut guère. Pour atteindre
l’objectif, ça prend un plan de match. On en a
développé un. On s’est inspiré de ce qui se
fait de meilleur ailleurs et de nos bons coups au Québec.
Ambitieux, dites-vous ? Pas tant que ça. L’Ontario vient
tout juste d’annoncer, avec une fierté que je comprends
très bien, que leur taux de diplomation vient d’atteindre
77%, alors qu’il était de 68% il y a cinq ans à
peine. Comment a-t-on réussi un pareil tour de force ? En
travaillant fort, de façon structurée, en
plaçant l’éducation parmi les grandes
priorités. Des centaines de projets ont jailli des
communautés. Plusieurs de ces projets regroupent les
caractéristiques dont je viens de parler.
Le gouvernement ontarien a pris la chose très au
sérieux en investissant des sommes importantes dans
plusieurs projets, un financement suffisant, soutenu et
prévisible. Autre chose aussi : le gouvernement ontarien
a haussé l’âge de la fréquentation scolaire
obligatoire à 18 ans (16 ans au Québec) et il a
mis en application une série de mesures pour faire
pression sur les jeunes. Par exemple, des conditions
attachées à l’octroi d’un permis de conduire avant
18 ans si le jeune ne se conforme pas à certaines
obligations en matière scolaire. Y a-til quelque chose de
plus important que de « chauffer un char » à
cet âge-là ?
La carotte et le
bâton? Eh bien oui . C’est souvent les bonnes vieilles
méthodes qui produisent les meilleurs résultats.
L’Ontario vient de le démontrer en matière de
lutte au décrochage. Ils ont déjà presque
atteint l’objectif que nous nous fixons pour 2020. N’allez pas
me dire que nous sommes trop ambitieux! Parce qu’il ne faut
surtout pas croire que les autres vont s’asseoir sur leurs
lauriers et attendre bien sagement que nous les rejoignions. Eux
aussi vont continuer à tout faire pour améliorer
leurs performances.
Il ne faut pas exclure une réévaluation de notre
objectif en cours de route. Peut-être hausser cet objectif
de 80% à 85% éventuellement.
Mais pour l’instant, quand ça fait deux décennies
qu’on n’est pas arrivé à faire bouger l’aiguille
et qu’on reste collé à des taux de diplomation qui
avoisinent les 70%, il faut quand même demeurer
réaliste. Quand 80% de nos jeunes fêteront leur 20e
anniversaire avec leur diplôme, on pourra commencer
à célébrer.
Éducation
:
une invitation pour la ministre - MICHÈLE OUIMET
Ça sent
la bureaucratie et les compétences transversales. Si on
pouvait décrocher transversalement, je suis convaincue
que les fonctionnaires s’empresseraient de pondre un programme.
École publ ique LouisJoseph-Papineau, quartier
Saint-Michel dans le nord de Montréal. Beaucoup
d’immigrants, de classes d’accueil et de groupes de cheminement
particulier. Nombre d’élèves en difficulté
: 40%. Taux de décrochage : 58%.
15h55, la cloche sonne. Les élèves de Christine
Laniesse ferment leurs livres et les rangent en vitesse dans
leur sac à dos. En deux minutes, la classe se vide.
Mme Laniesse a 19 élèves. Ils éprouvent
tous de graves problèmes d’apprentissage ou de
comportement. Dix-neuf élèves, 19 petites bombes
qui demandent une attention soutenue, un encadrement
serré. Mme Laniesse enseigne plusieurs matières et
elle passe la journée avec eux.
Sa tâche va au-delà des leçons de
français ou d’anglais. « Je m’occupe de leurs bobos
de l’âme, dit-elle. Je dois jouer au travailleur social,
au docteur, au papa et à la maman. Ils ont tellement de
lacunes! Le soir, je suis épuisée. »
Ses collègues arrivent dans sa classe, un à un,
curieux de rencontrer la journaliste qui passe quelques jours
dans leur école, avides de parler de leur travail qui les
passionne, de leurs élèves qui en arrachent.
« C’est nous, les fous du cheminement particulier !
» lance un prof en entrant dans la classe.
Il faut en effet être un peu fou pour enseigner au
cheminement particulier, pour tenir à bout de bras ces
jeunes qui veulent apprendre, mais qui rament parce qu’ils sont
dyslexiques, poqués, maganés, hyperactifs,
terriblement en retard dans leur cheminement scolaire ou
simplement ingérables.
Ces profs débordés, ces fous du cheminement
particulier, doivent relever un nouveau défi depuis
quelques années : la réforme.
« La pédagogie par projets, c’est beau, mais
ça ne fonctionne pas avec nos élèves,
explique Christine Laniesse. Ils ne sont pas assez autonomes et
ils ont des trous énormes dans leur formation. Ils ne
savent pas lire, écrire, raisonner. La réforme
n’est pas adaptée pour eux et les examens sont trop durs.
»
Autre handicap: les élèves de
Louis-Joseph-Papineau ( LJP) ne sont pas riches. Au
palmarès de la pauvreté, Louis-JosephPapineau se
classe 5e sur les 90 écoles secondaires de l’île de
Montréal, la première étant la plus pauvre.
Un élève qui fréquente une école
publique nantie a une fois et demie plus de chances d’obtenir
son diplôme qu’un élève d’une école
défavorisée. Et si l’élève va au
privé, il a six fois plus de chances qu’un jeune d’une
école pauvre.
La barre est haute pour les jeunes de LJP.
« Si
seulement on avait moins d’élèves dans nos classes
», soupire Christine Laniesse.
Les fous du cheminement particulier de Louis-JosephPapineau
aimeraient bien que la ministre de l ’ Éducat ion,
Michelle Courchesne, passe une semaine dans leur classe. Avec
leurs élèves, les décrocheurs de demain.
Pas une heure ou deux vite-vite coincée entre deux
rendez-vous et suivie par une armée de relationnistes et
de journalistes. Non, non, une semaine, une vraie, sur le
plancher des vaches.
Et si jamais la ministre a faim pendant les cours, qu’elle ne
s’inquiète pas, les enseignants ont toujours de la
nourriture cachée dans une armoire au fond de leur
classe. Ils l’achètent avec leur argent. Quand un
élève a trop faim, ils lui glissent
discrètement un peu de bouffe.
Parlons maintenant du rapport Ménard* sur le
décrochage, un document de 70 pages lancé en
grande pompe en mars et encensé par le gouvernement.
« Je n’ai pas appris grandchose », laisse tomber
Diane De Courcy, présidente de la CSDM, la plus grosse
commission scolaire du Québec. Même réaction
mitigée du directeur général de la
Commission scolaire English Montreal, Antonio Lacroce.
I l n’y a ef fectivement pas grand-chose de nouveau dans ce
document, sauf les exemples de réussite de lutte contre
le décrochage dans certaines villes comme Toronto et
Philadelphie. Une bonne idée.
Mais le reste ? Un copier-coller de statistiques glanées
dans les différentes études publiées sur le
décrochage. Non seulement n’y a-t-il rien de neuf dans ce
ramassis de chiffres archiconnus, mais le groupe Ménard
oublie aussi des données fondamentales : l’écart
ahurissant entre les garçons et les filles, la
présence de l’école privée qui vampirise le
public et fait exploser ses taux de décrochage et la
réalité socio-économique – riches et
pauvres – qui a une incidence majeure sur les taux de
décrochage. On finit sagement son secondaire dans une
institution privée de Westmount, mais on décroche
à pleines portes à Pierre-Dupuy, une école
publique du Centre-Sud.
Le rapport Ménard a été écrit par
des gérants d’estrade qui se permettent de faire la
leçon. Le ton des recommandations est hérissant.
Faites ceci et faites cela, des millions par-ci et des millions
par-là, et bonsoir la visite !
Le décrochage est plus compliqué, n’en
déplaise à l’homme d’affaires Jacques
Ménard, qui a eu l’idée de pondre ce rapport.
Comment réagirait-il si Diane De Courcy écrivait
un document pour lui expliquer comment mener son institution
financière ?
La ministre Courchesne était tout ébaudie devant
le rapport. Le premier ministre Charest aussi . Le gouvernement
va encore une fois jeter des millions dans le trou sans fond du
décrochage sans d’abord faire le ménage dans tous
les programmes qui se sont empilés pendant des
années.
Ça sent la bureaucratie et les compétences
transversales. Si on pouvait décrocher transversalement,
je suis convaincue que les fonctionnaires s’empressera ient de
pondre un programme.
Mme Courchesne a été invitée par les
enseignants de LouisJoseph-Papineau. Une occasion en or pour
elle de sortir de son bureau et de se frotter à la
réalité toute nue.
Mme Courchesne, l’invitation est lancée. À vous
d’y répondre. Oserez-vous ?
Quels
gérants d’estrade ! - Jacques Ménard
Ces personnes
engagées au quotidien dans la lutte contre le
décrochage, que vous qualifiez de gérants
d’estrade, méritent notre plein respect, voire notre
admiration.
ML’auteur est président du groupe d’action sur la
persévérance et la réussite scolaires.
ichèle Ouimet a rédigé un bon dossier sur
le décrochage scolaire. Bravo ! Certains points de sa
chronique publiée le 6 mai méritent cependant
des mises au point.
Des
gens ont compris que le décrochage scolaire
constituait un défi de société et que
l’école, à elle seule, ne pouvait
régler le problème.
Le rapport Savoir pour pouvoir ne serait pas à la
hauteur des attentes de MmeOuimet. Ce rapport est issu d’une
initiative citoyenne mise de l’avant par des personnes
inquiètes du taux de décrochage scolaire chez
nos jeunes. Des gens qui ont compris que le décrochage
constitue un défi de société. Des gens
qui réalisent que l’école, à elle seule,
ne peut régler le problème. Des gens qui n’ont
pas attendu que l’État leur confie un mandat pour agir.
Des gens qui ont décidé,
bénévolement, d’apporter leur contribution, dans
le plus grand respect des prérogatives et des
expertises de chacun des intervenants dans ce problème
tellement complexe qu’est le décrochage scolaire.
Le Groupe a donc analysé plus d’une dizaine
d’initiatives (au Québec, ailleurs au Canada et aux
États-Unis) qui remportent des succès
incontestables et dont les interventions font l’objet d’un
suivi rigoureux et d’une documentation précise. Des
dizaines de rencontres ont été tenues avec des
experts, dont certains responsables des initiatives
étudiées. Le groupe a aussi regardé de
près ce qui se fait au Québec. Et, il s’en fait
beaucoup, avec générosité et
dévouement.
C’est à partir de ce travail considérable que
des propositions d’action ont été
structurées et offertes aux intervenants de tous les
niveaux. Je dis bien offertes. Personne n’impose rien à
personne. Personne ne donne de leçon à
quiconque. À chacun ses libertés. D’autant plus
que notre rapport insiste sur le fait qu’il n’existe pas de
recette magique pour contrer le décrochage. Chaque
région, chaque ville, chaque quartier présentent
des caractéristiques propres. Les déterminants
du décrochage varient même d’un décrocheur
à l’autre. Pourquoi ne pas essayer d’apprendre de
l’expérience des autres, tout en nous méfiant
des généralisations illusoires?
Des
personnes dévouées
Pa r ai l leurs , Mme Ouimet affirme que notre rapport a
été écrit par des gérants
d’estrade.
Il faut au moins réaliser que Savoir pour pouvoir a
été conçu et écrit avec l’aide
d’un comité de pilotage qui compte près d’une
trentaine de personnes dévouées et qui
consacrent beaucoup d’énergie à lutter contre le
décrochage. Plusieurs travaillent sur le terrain,
quotidiennement, à aider les jeunes. Ils peuvent vous
en raconter long comme ça sur ce qui motive ou pas ces
jeunes à poursuivre leurs études. Sur ce qui les
amène à décrocher ou à
persévérer. Ce sont toutes ces personnes et les
organismes qu’elles dirigent que vous désavouez en les
qualifiant de gérants d’estrade. Juste pour vous donner
une idée, voici de qui il s’agit: le Dr Gilles Julien
qui travaille avec les jeunes de Côte-des-Neiges et du
quartier Hochelaga-Maisonneuve, le promoteur convaincu de
l’importance de la pédiatrie sociale; le DrMichel
Perron, fondateur du Conseil régional de
prévention de l’abandon scolaire au
SaguenayLac-Saint-Jean (CRÉPAS), et Marie-Claude
Côté, du même organisme qui obtient des
résultats très intéressants depuis sa
fondation en 1996; Michèle Glémaud, du Carrefour
contre le déc rochage scolai re ; André Caron et
Pâquerette Gagnon, de la Fédération des
commissions scolaires du Québec ; Bineta Ba et
Jean-François Lapointe, du Regroupement des organismes
communautaires québécois de lutte au
décrochage; Lyse Brunet, de Québec Enfants;
Michèle ThibodeauDeguire et Claude Masse, de Centraide
; Pierre Côté, de Toujours Ensemble ; JeanMarc
Chouinard et Sophie Harnois, de la Fondation Lucie et
André Chagnon; Jean-Pierre Hotte, de l’Association des
centres jeunesse ; et sept sous-ministres de ministères
directement concernés par le décrochage.
Ces personnes engagées au quotidien dans la lutte
contre le décrochage méritent notre plein
respect, voire notre admiration. Des gérants d’estrade
comme eux, souhaitons qu’ils s’en manifestent aux quatre coins
du Québec, car c’est la seule façon de
réussir notre combat contre le décrochage
scolaire.
La persévérance : la priorité absolue
- Marie Allard
« La
persévérance scolaire, c’est ma grande
priorité », a dit Josée Bouchard, nouvelle
présidente de la Fédération des
commissions scolaires du Québec, en entrevue à
La Presse hier.
Le taux d’obtention de diplôme au secondaire, en 2003,
dévoilé discrètement en juillet, a de
quoi l’inquiéter. À peine 54,4% des jeunes du
réseau public ont eu un diplôme après cinq
ans d’études, soit 62,1% des filles et… seulement 47,1%
des garçons.
Quand on leur demande pourquoi i ls
persévèrent à l ’école, les
adolescents « retiennent la qualité de la
relation qu’ils ont avec les enseignants et le
parascolaire » , a
souligné Mme Bouchard. Ce sont là des pistes de
solution, à retrouver dans le plan d’action sur la
persévérance scolaire promis pour la
rentrée par la ministre de l’Éducation,
espère-t-elle.
« Mon
autre grande priorité, c’est la valorisation de notre
réseau public », a indiqué Mme Bouchard.
À la rentrée, cette année, les
commissions scolaires accueilleront 18 376
élèves de moins que l’an dernier, en raison de
la baisse démographique et de l’attrait du
privé.
La solution? Geler les subventions publiques aux écoles
privées, puis les éliminer d’ici cinq ans.
« J’ai envoyé mes enfants à l’école
publique et j’y suis allée, a indiqué Mme
Bouchard. Je voulais être avec tout le monde. » Le
don de 250 000 $ qu’Hydro-Québec avait prévu
faire au collège Notre-Dame l’a outrée. «
Il va falloir que notre élite prenne conscience que la
clé de voûte du développement du
Québec, c’est le réseau public. »
L’automne sera aussi marqué par le début des
négociations, souvent houleuses par le passé, en
vue de renouveler les conventions collectives dans le secteur
de l’éducation. « On a beaucoup de choses
à partager, les syndicats et nous, a assuré Mme
Bouchard. On est sur la même longueur d’onde. On a
à coeur la réussite des élèves.
»
Projet Déclic Le succès de
l’école de la dernière chance - Marie Allard
C’estune
écoleoùla cloche ne sonne jamais. Il y a des
tables de billard, des jeux de baby-foot et des
télés câblées dans les salles de
classe. Deux professeures y enseignent toutes les
matières et font un suivi serré de leurs 17
élèves, à haut risque de décrocher.
Cette école – quin’enestpasvraimentune– c’est leprojet
Déclic, installédepuisl’automnedansunemaison de
jeunes d’Hochelaga-Maisonneuve.
PHOTOROBERTMAILLOUX, LA PRESSE
Alaric Pelletier, 16 ans, a
trouvé sa voie à Déclic, une école
originale pour jeunes à risque de décrocher. En
septembre, il commencera un diplôme professionnel en
pose de systèmes intérieurs. « Avant, je
ne savais pas que ça prenait juste un secondaire 3 pour
y aller, dit-il. Tu trouves le temps moins long après
ça, quand tu sais que tu vas pouvoir être sur le
marché du travail bientôt. »
Déclic est une réussite: un seul
élève a abandonné en cours d’année.
« Pourtant, tous manquaient fortement de motivation et
avaient des difficultés à l’école, dans
leurs notes ou leur comportement, dit Patricia Bouchard,
l’enseignante instigatrice du projet. On a vraiment
essayé de faire l’école autrement, pour qu’ils se
trouvent un but. »
Chomedey-De Maisonneuve, leur école d’origine, a un
maigre taux de promotion de 50,3%, selon le dernier
palmarès. Bien qu’ils soient âgés de 15
à 17 ans, les élèves deDéclic y
étaient inscrits en troisième secondaire. Ils ont
suivi le programme normal à Déclic, à deux
différences près. Les arts ont cédé
leur place à un cours sur les problèmes du
quartier, dans le cadre duquel les jeunes ont fait du
bénévolat.
Quant aux sciences, elles ont été
remplacées par un cours d’exploration professionnelle,
qui a mené à un stage de quatre jours dans une
école de métier. Alaric Pelletier, 16 ans, y a
trouvé sa voie: dès le mois de septembre, il
suivra un programme professionnel en « pose de
systèmes intérieurs ».
« Je vais poser des murs, des plafonds, des planchers, des
escaliers, énumère-t-il. Avant, je ne savais pas
que ça prenait juste un secondaire 3 pour y aller. Tu
trouves le temps moins long après ça, quand tu
sais que tu vas pouvoir être sur le marché du
travail bientôt. Je vais construire ma maison, ça
va rocker! »
Encadrement
constant
ÀDéclic, les élèves travaillent
« deux, trois fois plus fort qu’à l’école
», indique Alaric. « Le vendredi
après-midi, on n’a pas de cours si on a fini ce qu’on a
à faire, précise Alexandre Cadieux-Bouchard, 15
ans. Ça nous motive. »
« L’avantage, ici, c’est qu’on connaît bien les
élèves, souligne Mme Bouchard. Quand ils ne sont
pas là deux jours, c’est sûr qu’on appelle
à la maison. C’est difficile pour eux de se pousser!
» Chaque semaine, on rencontre les jeunes en
privé pour faire le point sur leur évolution. Et
une éducatrice spécialisée vient à
la rescousse trois après-midi par semaine pour les
problèmes plus lourds. « On a réglé
des situations qui, à l’école, auraient
explosé », estime Mme Bouchard.
« Je ne connais plus personne qui va à
l’école »
Les jeunes mesurent leur chance. « Je ne connais plus
personne qui va à l’école, souligne Mathieu
Patterson, 16 ans. Être ici, ça m’a permis
d’être moins dans la merde puisque j’étais
surveillé. » Après avoir raté sa
troisième secondaire l’an dernier, Mathieu a eu des
notes de 75% et 80% à Déclic. « Ça
a passé vite », constate-t-il avec
étonnement. L’adolescent compte obtenir un DEP de
machiniste l’an prochain, tout en finissant quelques cours de
quatrième secondaire.
« Ils sont tristes de partir, confie Katia Valcourt,
l’autre enseignante. Le lien qu’ils ont avec nous est fort.
C’est impossible de reproduire ça en classe. » Un
prof du secondaire a, normalement, six groupes de 32
adolescents à voir dans la même semaine.
L’école
des « raccrocheurs » LYSIANE GAGNON
Serait-ce dans
des recettes de grand-mère que se trouve une partie de la
solution au problème du décrochage?
Saisissant, ce reportage que publiait hier La Presse sur
l’école privée SaintJoseph… qui est en train de
faire la preuve que la meilleure façon de permettre aux
élèves en difficulté de se «
raccrocher » à l’école serait de revenir
à l’organisation scolaire d’avant la Révolution
tranquille !
Cette école de Saint-Hyacinthe a hérité de
ses soeurs fondatrices la mission de récupérer les
élèves qui n’arrivent pas à suivre, qui
redoubleraient chaque année si c’était permis, et
qui s’en vont tout droit vers le décrochage. Le tiers de
ses élèves entrent dans cette catégorie.
On leur offre deux programmes. « Un premier, explique
notre collègue Marie Allard, leur permet de faire leurs
deux premières années du secondaire en trois ans,
les six premiers mois du programme étant presque
entièrement consacré à rattraper les
retards accumulés au primaire. Le second programme suit
le rythme normal, mais en augmentant le nombre de cours dans des
matières de base. »
On est revenu à l’époque d’avant le rapport
Parent, le fameux rapport qui a créé les
polyvalentes, ces grosses usines impersonnelles où vont
se noyer les enfants fragiles. L’école Saint-Joseph, en
effet, c’est l’antipolyvalente.
Au lieu de galoper d’un local à l’autre, les
élèves restent toujours dans la même salle;
ce sont les enseignants qui se déplacent. Chaque groupe a
un professeur titulaire, premier responsable des enfants et
interlocuteur des parents. Autant de détails qui
créent un sentiment d’appartenance, qui fournissent un
ancrage à des élèves
désemparés.
Avec l’accord du syndicat, on a laissé tomber les
horaires réguliers, particulièrement
épuisants pour les élèves dont la
capacité de concentration est faible : on a donc six
périodes de 60 minutes par jour au lieu de quatre
périodes de 75 minutes, ce qui permet d’ajouter, selon
les besoins, des cours complémentaires.
Les
élèves sont encadrés comme dans l’ancien
temps: les deux parties du secondaire sont physiquement
séparées, les « grands » occupant un
pavillon distinct de celui des plus jeunes. Ces derniers n’ont
pas le droit de sortir le midi, de même que les
élèves du 2/3 (deux années en trois ans),
qui ne pourront sortir le midi qu’une fois en troisième,
et encore seulement deux jours par semaine.
Cette école va à contre-courant de tous les dogmes
en vigueur. Ainsi, les élèves sont
séparés en fonction de leurs capacités,
l’école ayant également une section «
internationale » pour les « forts » et un
programme régulier pour les « moyens ».
La constitution de classes homogènes s’inscrit en faux
contre l’idée dominante qui veut que les
élèves faibles sont plus stimulés s’ils
sont intégrés à des classes
régulières, et qu’ils risquent d’être
stigmatisés s’ils sont « étiquetés
» comme faibles.
À l’école Saint-Joseph, cette mauvaise
étiquette est fortement compensée par le fait que
ces élèves gagnent une meilleure estime
d’eux-mêmes à mesure qu’ils font des
progrès. Et ils en font! Les trois quarts des
élèves du 2/3 s’intègrent sans
difficulté à la troisième année du
programme régulier, et malgré que le tiers des
élèves soient moins doués, le taux de
réussite général de l’école
dépasse de 14 points la moyenne provinciale !
Les ados interviewés ne cachent pas leur satisfaction.
Ils osent exprimer leurs difficultés de
compréhension, alors qu’auparavant, on leur laissait
sentir qu’ils « retardaient » la classe. Au chaud
dans ces classes-incubateurs, à l’abri du regard des
« bolés », ils peuvent maintenant poser des
questions au prof sans risquer de faire rire d’eux ou de
déclencher un mouvement d’impatience chez l’enseignant
pressé de couvrir son programme…
Serait-ce dans ces recettes de grand-mère que se trouve
une partie de la solution au problème du
décrochage?
Un an de plus
pour terminer son secondaire
« Au primaire, le professeur n’avait jamais le
temps de répondre à mes questions. Là, je
ne me suis jamais sentie pressée. »
Thomas Bolestridge a commencé le secondaire avec
deux prises contre lui : il n’avait aucune chance d’obtenir
son diplôme dans les délais prévus par le
ministère de l’Éducation.
Thomas Bolestridge fait partie de la vingtaine
d’élèves qui décident chaque année
de se lancer dans un parcours scolaire inusité qui leur
permet de faire en six ans les cinq années du
secondaire. Dans le programme 2/ 3 de l’école
Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe, les première et
deuxième secondaires s’échelonnent sur trois
ans, plutôt que deux dans la plupart des autres
établissements de la province. Les six premiers mois du
programme sont presque entièrement consacrés
à combler les retards accumulés au primaire.
Alors que le ministère de l’Éducation
favorise l’intégration des élèves en
difficulté dans des groupes réguliers,
l’école Saint-Joseph rassemble donc ses
élèves de façon plus homogène en
fonction de leurs forces. Cette position va à
l’encontre des théories mises au point par les
pédagogues voulant que la présence des
élèves forts dans une classe permette de tirer
vers le haut les plus faibles. Mais elle semble ravir les
adolescents.
« Au primaire, le professeur n’avait jamais le
temps de répondre à mes questions. Il fallait
qu’il aille vite pour faire progresser les plus forts et
c’était tant pis pour moi. Là, je ne me suis
jamais sentie pressée », se souvient
MarieÈve Adam, une finissante du programme 2/3.
« Je n’osais jamais poser de questions dansma
classe parceque j’avais toujours peur de faire rire de moi. Je
restais dans mon coin, renchérit Sandrine Letendre, 14
ans. Maintenant, c’est moi qui en pose le plus. »
Les élèves du 2/3 doivent parfois affronter
les préjugés des élèves des autres
programmes et des autres écoles. L’encadrement est
aussi plus strict. Les élèves n’ont pas le droit
de sortir le midi avant la troisième année du
programme, et encore, ils ne pourront le faire au plus que
deux fois par semaine.
Pourtant, les parents de Thomas Bolestridge n’ont pas eu
besoin d’insister pour le convaincre de faire le saut.
Quand il termine son primaire à 12 ans, à
l’âge où tous les rêves sont permis, Thomas
a une vision bien sombre de son avenir. Son estime personnelle
est au plus bas: sur une échelle de 0 à 10, elle
obtient tout juste un 2. « J’aurais dû redoubler
chaque année au primaire: je coulais dans toutes les
matières, sauf en anglais, en musique et en
éducation physique. J’étais en route pour
décrocher », laisse-t-il tomber en entrevue
à La Presse.
Mais voilà que dans cette classe où tous
les élèves ont connu des difficultés
d’apprentissage, Thomas respire un peu mieux. Il progresse.
Ses notes s’améliorent, les succès s’accumulent.
« Nous accordons beaucoup d’importance à la
motivation, explique Simone Leblanc, directrice des services
pédagogiques. Ce sont des jeunes pour qui apprendre, ce
n’est jamais facile, et ils peuvent se décourager
rapidement. Il faut absolument veiller à leur faire
vivre régulièrement des petites
réussites. »
« J’ai misdutempsàme convaincre que j’avais
vraiment pris la bonne décision. Perdre un an… et tous
ses amis qui s’en vont au régulier, ce n’est pas une
perspective agréable », dit Thomas. Mais à
18 ans, il s’apprête à faire le saut au
cégep en septembre et songe déjà au
moment où il poursuivra ses études en
informatique à l’université.
Malgré
une subvention, les écoles ne se bousculent pas
ACCUEIL DES ÉLÈVES ENDIFFICULTÉ
Pour inciter les écoles privées à
accueillir les élèves en difficulté, le
ministère de l’Éducation a offert une nouvelle
subvention, l’an dernier. « Pour être admissible, un
établissement doit admettre au moins 10%
d’élèves en retard scolaire à
l’entrée au secondaire », indique Stéphanie
Tremblay, porte-parole du Ministère. Parce qu’ils ont
redoublé, ces élèves ont 13 ans en entrant
au secondaire, plutôt que 12 ans.
Les écoles privées ne se bousculent pas pour
recevoir ces élèves jugés plus faibles :
seules 35 touchent cette subvention cette année, sur un
total de 273 collèges privés au Québec.
L’an dernier, c’était à peine mieux, avec 43
écoles privées bénéficiant de cette
mesure.
Résultat : seulement 715 000$ ont été
versés en 2008-2009, faute d’intérêt, alors
qu’un million est disponible.
« L’objectif, c’est de rendre les écoles
privées plus responsables des élèves qui
ont des difficultés, dit Pierre Duclos, directeur de
l’école Saint-Joseph. C’est de faire que des projets
comme le nôtre puissent essaimer. »
Ça ne s’est pas réalisé jusqu’à
maintenant. Auguste Servant, directeur des communications de la
Fédération des établissements
d’enseignement privé, fait valoir que le réseau a
besoin de temps.
Les écoles privées en réflexion
« Cette mesure cherchait d’abord et avant tout
à permettre aux établissements qui accueillaient
déjà des jeunes en retard scolaire à
embaucher du personnel spécialisé pour mieux
accompagner ces jeunes, plaide-t-il. C’est tout nouveau dans
notre réseau et c’est une certaine culture à
développer. »
Si huit écoles privées en moins, cette
année, ont au minimum 10% d’élèves en
retard, ce n’est rien de marquant, selon lui. Le
Ministère se base sur la moyenne des trois
dernières années, et quelques élèves
en retard demoins peuvent disqualifier soudainement une
école, explique-t-il.
Il reste que « la Fédération se
questionne de plus en plus sur la contribution du privé
à la persévérance scolaire, et interpelle
de plus en plus ses établissements membres à
contribuer à la réussite du plus grand nombre
», assure M. Servant. Déjà, le privé
lutte contre le décrochage avec ses résidences,
ses programmes spéciaux, ses « milieux de vie qui
développent le sentiment d’appartenance donc la
rétention », énumère-t-il.
« Peut-on en faire davantage? demande le
porte-parole des écoles privées. C’est à ce
type de réflexion que nos membres seront conviés.
»
CSDM
- « Pourquoi les
jeunes Montréalais réussissent-ils moins bien que
les autres ? »
Le portrait des
90 000 jeunes qui fréquentent la Commission scolaire de
Montréal (CSDM) a beaucoup évolué au
cours des dernières années. L’immigration et la
pauvreté prennent de plus en plus de place. Pendant ce
temps, les résultats scolaires périclitent. Pour
renverser la vapeur, 400 intervenants se sont réunis,
hier, à Montréal.
L’objectif de la journée était de
répondre à la question suivante: «
Pourquoi les jeunes Montréalais réussissent-ils
moins bien que les autres et quels sont les facteurs
responsables de cette situation? »
À la CSDM, le taux d’obtention de diplôme au
secondaire dépassait à peine les 40,7% de 2002
à 2007. Pour la commission scolaire, ces faibles
résultats s’expliquent par trois facteurs qui ont eu
« un effet négatif sur la réussite
scolaire des jeunes ».
Le premier changement est l’immigration. Le nombre
d’élèves dont la langue maternelle est le
français est passé de 53,6% en 2003-2004
à 50,6% en 20082009, a expliqué la directrice
générale adjointe des services corporatifs de la
CSDM, Lucie Lalande. Certains quartiers sont plus
touchés. À Parc-Extension, le taux
d’élèves dont la langue maternelle est le
français n’est que de 5%. À
Côte-des-Neiges, il est de 11%.
Selon Mme
Lalande, les écoles doivent changer leurs
façons de faire pour « s’enrichir de la
diversité culturelle, faciliter l’intégration
des élèves et adapter leurs situations
d’apprentissage » et ainsi avoir de meilleurs taux de
réussite.
À la CSDM, de plus en plus d’élèves
vivent dans des familles monoparentales ou
recomposées. « On ne compte plus le nombre
d’élèves qui partagent leur temps entre deux
maisons et qui ont quatre grands-parents », illustre
Mme Lalande. Selon le directeur général de la
CSDM, Gilles Petitclerc, les écoles doivent donc
« adapter leurs attentes envers les parents à
cette réalité ».
La défavorisation s’est accentuée ces
dernières années à la CSDM. Le
territoire de Côte-desNeiges compte à lui seul
9436 familles sous le seuil de faible revenu. Dans les
quartiers d’Hochelaga-Maisonneuve et de Pointe
Saint-Charles, plus de 50% des familles sont monoparentales.
« Et 59% d’entre elles vivent sous le seuil de faible
revenu, dit Mme Lalande. Cela a des conséquences sur
les budgets des écoles, qui doivent dépenser
plus d’argent en soutien alimentaire. »
D’après M. Petitclerc, l’exercice d’hier a permis
« de dresser le portrait de la réalité
montréalaise ». « On repart avec la
conviction que nos actions sont bonnes, mais qu’il faut des
ajustements », dit-il.
MOINS
DE DÉCROCHAGE À ENGLISHMONTREAL - Michèle
Ouimet
Les c h i f
f res sont renversants : 42,5% des élèves de
la Commission scolaire de Montréal (CSDM) obtiennent
leur diplôme d’études secondaires en cinq ans,
comparativement à 71,4% à la Commission
scolaire English Montreal (CSEM), un écart
vertigineux de 29 points.
Pourquoi ? Les ex per t s avouent leur ignorance. « Ce
n’est pas un phénomène sur lequel on s’est
penché », explique Pierre Potvin, professeur au
département de psychoéducation à
l’Université du Québec à
Trois-Rivières.
Le directeur général de la CSEM, Antonio
Lacroce, et la présidente de la CSDM, Diane De
Courcy, sont tout aussi perplexes.
C’est peut-être un effet de la loi 101. La CSEM n’a
pas le droit d’accueillir les enfants des immigrants qui
n’ont pas étudié en anglais au Canada. Les
jeunes qui arrivent de partout dans le monde aboutissent
donc dans les classes d’accueil de la CSDM. Ils sont souvent
sous-scolarisés.
Les écoles secondaires de la CSEM n’ont aucune classe
d’accueil. La CSDM en a 74, dont la moitié
reçoit des élèves
sous-scolarisés.
Autre
réalité : l’écart économique
entre les anglophones et les francophones. Les
élèves de la CSEM proviennent de familles plus
riches que ceux de la CSDM. Chaque année, le
comité de gestion de la taxe scolaire classe les 90
écoles secondaires de l’île selon un indice de
défavorisation. Sur les 30 écoles les plus
pauvres, 18 appartiennent à la CSDM, 6 à la
CSEM.
Les élèves des écoles favorisées
ont une fois et demie plus de chances d’obtenir leur
diplôme qu’un élève d’une école
pauvre.
La présence massive des écoles privées
joue aussi un rôle. La CSEM perd 14% de ses
élèves dans le délicat passage entre le
primaire et le secondaire. La plupart des
élèves perdus s’inscrivent au privé.
À la CSDM, ce taux est deux fois plus
élevé, soit 30%.
Là encore, les statistiques parlent : un
élève du privé a cinq fois plus de
chances d’obtenir son diplôme qu’un
élève du public.
L’abîme entre les anglophones et les francophones se
limite à Montréal. En Estrie, 44,3% des
élèves de la Commission scolaire Eastern
Townships obtiennent leur diplôme, comparativement
à 50% pour les trois commissions scolaires
francophones. En Outaouais, 60% des élèves de
la Commission scolaire Western Quebec décrochent leur
diplôme en cinq ans, alors que les quatre commissions
scolaires francophones de la région affichent des
taux légèrement inférieurs, qui
oscillent entre 53 et 58%.
Les anglophones n’ont donc pas un cerveau plus performant
que celui des francophones.
Louis-Joseph-Papineau, la planète francophone
- - MICHÈLE OUIMET
Deux
écoles secondaires publiques de Montréal :
Louis-Joseph-Papineau et John F. Kennedy. Une francophone, une
anglophone. Deux écoles qui se situent en queue de
peloton dans le palmarès de l’Institut
économique de Montréal. Plantées au coeur
d’un quartier dur, Saint-Michel. Taux de décrochage :
58% à Louis-Joseph-Papineau, 28% à John F.
Kennedy. Pourquoi une telle différence ? Notre
journaliste Michèle Ouimet a passé trois jours
dans chaque école.
L’é c ole L oui s - Jos ephPapineau ressemble à
un bloc de béton échoué au milieu d’un
champ. Un bunker sans fenêtres, blanc
délavé.
«
Plusieurs
élèves travaillent à
l’extérieur, certains la nuit. Il n’y a pas une
classe où tu ne trouves pas deux ou trois
élèves endormis sur leur pupitre. Les parents
sont dépassés », affirme un professeur
de français de l’école Louis-Joseph-Papineau,
Claude Belcourt.
La cour est tapissée d’asphalte. Un bout de gazon et
quelques arbres maigres s’étiolent dans cet univers
gris. Une immense dalle de béton sur pilotis
protège les élèves du crachin qui tombe
sur la ville. Les jeunes grillent une cigarette en attendant
l’ouverture des portes à 8h45.
– Je la trouve cool, mon école, lance un
élève. – Pourquoi ? – Ben, parce que je la
trouve cool, man.
À l’intérieur, de longs couloirs gris et orange
succèdent à de longs couloirs gris et orange. Il
n’y a aucune fenêtre. Au soussol, les
élèves attrapent à toute vitesse leurs
livres entassés pêlemêle dans leur casier.
Dans cinq minutes, des grilles métalliques vont bloquer
l’accès aux casiers jusqu’à midi. Quatre
surveillants, le directeur et des enseignants,
équipés de walkie-talkie, poussent dans le dos
des retardataires, toujours les mêmes. « Allez!
Allez! Vite! Vite! » Louis-Joseph-Papineau n’est pas une
école facile. Plantée au coeur du quartier
Saint-Michel, réputé pour ses gangs de rue, elle
est fréquentée par 1100 élèves.
À peine le quart a le français comme langue
maternelle. L’école a 12 classes d’accueil, dont la
moitié regroupe de grands ados sous-scolarisés,
et 13 classes de cheminement particulier peuplées
d’élèves qui ont des problèmes graves de
comportement ou d’apprentissage. Taux de décrochage:
58%. Plusieurs parents fuient LouisJoseph-Papineau (LJP). Ils
préfèrent envoyer leurs enfants au privé
ou dans une école à vocation
particulière.
Louis-Joe, comme l’appellent affectueusement les
élèves et les profs, se retrouve avec les cas
difficiles.
« Ici, c’est le dernier recours, affirme un professeur
de français, Claude Belcourt. Quand tu es refusé
à Sophie-Barat ou au privé, tu viens à
LJP. Plusieurs élèves travaillent à
l’extérieur, certains la nuit. Il n’y a pas une classe
où tu ne trouves pas deux ou trois élèves
endormis sur leur pupitre. Les parents sont
dépassés. » L’enfer, travailler à
Louis-Joe? « Non, répond Claude Belcourt. On a
des bons jeunes et ils ne se promènent pas avec des
couteaux. »
Ce n’est pas, non plus, le paradis. L’atmosphère est
tendue, électrique. Tout peut déraper. «
Beaucoup d’enfants ont de gros problèmes. Parfois, les
fils se touchent », explique Claude Belcourt.
La police est
très engagée à LJP. Deux agents, toujours
les mêmes, viennent régulièrement. Ils
arpentent les couloirs de l’école et parlent avec les
jeunes. Ils savent tout. Lorsque la Commission scolaire de
Montréal (CSDM) a finalement accepté de me
laisser passer trois jours à LJP, les policiers Charles
Dubois et Evens Guercy l’ont su le jour même.
Les nouvelles courent vite, dans Saint-Michel.
« Parfois, les jeunes se disent : aujourd’hui, c’est la
journée "tape sur la gueule", raconte l’agent Evens
Guercy. Le mot court sur Facebook ou sur les cellulaires.
Ça va très vite. Il y a aussi des
élèves qui nous préviennent lorsqu’une
bagarre se prépare après l’école. On
envoie deux voitures de patrouille. Si on ne venait pas
à LJP souvent, on serait incapable de désamorcer
ces crises. » Oui, il y a des gangs de rue à
Saint-Michel, et non, l’école n’est pas
déconnectée du quartier.
« Il y a 12 ans, c’était très dur ici,
ajoute Charles Dubois. La mauvaise réputation de
l’école remonte à cette époque-là.
On essaie de changer son image. »
Le d i rec teur, Géra rd Jeune, défend LJP. I l
a toujours voulu y travailler. Il a dirigé une petite
école tranquille de la CSDM pendant des années,
tout en lorgnant du côté de
Louis-Joseph-Papineau.
« Ça me scandalisait d’entendre ce qu’on disait
sur LouisJoe, dit-il. Les gangs de rue, les
élèves paresseux, sauvages, une école
ingérable, dangereuse. Ça éclaboussait ma
communauté. »
Gérard Jeune est né et a grandi en Haïti.
Il a fait ses études secondaires à
Port-au-Prince dans une école publique. Ses parents
n’avaient pas assez d’argent pour l’envoyer au privé.
Aîné de sept enfants, il a souvent pris le chemin
de l’école le ventre vide. Il en a connu, des «
journées sans pain ».
Près de 20% des élèves de LJP ont le
créole comme langue maternelle. Quand Gérard
Jeune se promène le long des
«
Mes élèves n’aiment pas la semaine de
relâche. Ils n’ont rien à faire et ils sont
entassés dans de petits logements. À
l’école, ils mangent et ils ont des amis. »
casiers le matin, les élèves d’origine
haïtienne le regardent avec respect.
La professeure Christine Laniesse
dirige sa classe de cheminement particulier avec humour
et fermeté. Elle enseigne à l’école
Louis-Joseph-Papineau depuis 18 ans. Elle adore son
école et ses élèves, mais à
la fin de la journée, elle est
épuisée.
« Si je veux vraiment toucher un
élève, je lui parle en créole
», précise-t-il.
Pas facile pour un journaliste de rentrer à
Louis-Joe. Échaudée par des reportages sur
la violence à l’école, la CSDM était
extrêmement réticente. Elle m’a d’ailleurs
collé un chaperon que j’ai vite semé. Par
contre, aucun problème pour aller à
l’école anglaise John F. Kennedy. Un coup de fil
à la Commission scolaire English Montreal, puis un
deuxième au directeur de l’école et
l’affaire était dans le sac. « You’re
welcome. »
Pourtant, JohnF. Kennedyaussi a une réputation
rock’n’roll.
Dans la classe d’accueil de Diane Nasr, à
Louis-JosephPapineau, à peine la moitié des
19 élèves seront prêts à
intégrer une classe ordinaire en septembre. Ils
viennent de partout: Mexique, Haïti, Russie,
République démocratique du Congo, Sri Lanka,
Chine… Tous les jours, la planète a rendez-vous
dans la classe de Mme Nasr.
Ils ont entre 12 et 17 ans. La plupart baragouine le
français. Certains passeront un an en classe
d’accueil, d’autres deux ans, certains trois. Même
s’ils y restent plusieurs mois, leur maîtrise du
français reste limitée. « La grande
difficulté, c’est l’écriture »,
explique Mme Nasr.
Six des douze classes d’accueil regroupent des
élèves sous-scolarisés qui accusent
au moins trois ans de retard. Plusieurs ne
réussiront pas à décrocher leur
diplôme d’études secondaires. Ils vont
grossir les rangs des décrocheurs. Les statistiques
sont impitoyables: un élève qui entre au
secondaire avec un an de retard a trois fois moins de
chances d’obtenir son diplôme. Imaginez trois ans.
« L’immigration a changé, dit la directrice
adjointe, Hélène Claing. Au début des
années 2000, les immigrés étaient
plus scolarisés ; ils venaient notamment d’Europe
de l’Est. Aujourd’hui, ils proviennent surtout du Mexique
ou d’Haïti et ils sont souvent
sous-scolarisés. » Sous-scolarisés et
pauvres. « Mes élèves n’aiment pas la
semaine de relâche, affirme un prof en classe
d’accueil , Mohammed. Ils n’ont rien à faire et ils
sont entassés dans de petits logements. À
l’école, ils mangent et ils ont des amis. »
Steve danse sur un pied, puis sur l’autre pour se
réchauffer. Il est 8h15 et il fait froid. Il attend
l’ouverture des portes. Grand, corps athlétique,
yeux bleus. Il a 16 ans et il est en formation
professionnelle. Il veut devenir briqueteur.
« Quand j’étais petit, j’écoutais pas
en classe, je niaisais, avoue-t-il. – Que font tes
parents? – Ils sont morts. Les deux. – Comment? – Ma
mère s’est pendue. J’avais 9 ans. Mon père
est mort d’un cancer quelques années plus tard.
»
C’est lui qui a découvert le corps de sa
mère.
Un peu plus loin, Clément se dandine, la tuque
enfoncée sur la tête. Il ne tient jamais en
place, toujours en train de bouger. Il prend du Ritalin
depuis des années. Il est en cheminement
particulier. Il a 14 ans.
« Ma mère veut que je sois mécanicien,
mais moi, je veux être joueur de sport. – Joueur de
sport? – Ben oui, tu joues pis tu gagnes des millions par
année. – Et quel sport t’intéresse ? –
Football! Clément est petit, frêle, ses longs
cheveux blonds traînent sur ses épaules. Il
vit seul avec sa mère, qui a la sclérose en
plaques.
Francis est à la cafétéria. Grand,
grosses lunettes sur le bout du nez, il attend le
début des cours. Il a redoublé sa
troisième secondaire trois fois. Il a 17 ans.
–
Qu’est-ce que tu veux faire plus tard?
– Archéologue scientifique ou chimiste.
– Il faut que tu réussisses ton secondaire.
– Je le sais, je fais de mon mieux. Je vais aller aux
adultes s’il le faut. »
Son père est parti avant sa naissance, il ne l’a
jamais connu. Sa mère? « Elle est sur le BS,
dit-il avec une pointe d’agressivité. Elle est
chiante, elle arrête pas de gueuler. »
Les 13 classes de cheminement particulier de
Louis-JosephPapineau sont peuplées de Steve, de
Clément et de Francis. Des parcours difficiles, des
retards scolaires importants.
Christine Laniesse dirige sa classe de cheminement
particulier avec humour et fermeté. Clément
fait partie de son groupe. Elle enseigne plusieurs
matières, dont l’anglais. Les élèves
passent la journée avec elle. Ils sont en
première secondaire.
Elle leur montre comment faire des phrases en anglais avec
des verbes au passé. Toutes les deux minutes, elle
doit rétablir le calme à coups de «
Chut ! Youhou! Stop ! Hé! Silence! »
Il y en a toujours un qui parle, quibouge, qui
sedéplace ou qui est affalé sur son pupitre.
Clément est tellement turbulent que Mme Laniesse
finit par l’expulser.
« Qu’est-cequeçaveutdire, annoyed?
demande-t-elle.
– Tu te fais noyer ? » répond un
élève. Mme Laniesse enseigne à
LouisJoseph-Papineau depuis 18 ans. Pas question d’aller
ailleurs. Elle adore son école, elle adore ses
élèves. Mais à la fin de la
journée, elle est épuisée.
Tous ces jeunes ont peu de chances d’obtenir leur
diplôme. Là encore, les statistiques sont
impitoyables : seulement le tiers des élèves
en cheminement particulier réussissent à
décrocher leur diplôme avant l’âge de
20 ans.
Steve, Clément, Francis. Ils sont là, les
décrocheurs.
À
John F. Kennedy, la majorité s’accroche malgré
tout - MICHÈLE OUIMET
Deux
écoles secondaires publiques de Montréal :
LouisJoseph-Papineau et John F. Kennedy. Une francophone,
une anglophone. Deux écoles plantées au coeur
d’un quartier dur, Saint-Michel. Taux de décrochage :
58% à Louis-JosephPapineau, 28% à John F.
Kennedy
11h35, M. Muoio commence son cours dans le brouhaha. Il
enseigne l’anglais en première secondaire. Il a 18
élèves, 18 cas lourds: troubles du langage,
dyslexie, syndrome de la Tourette, handicap intellectuel,
hyperactivité, troubles du comportement...
John F. Kennedy a la
réputation d’être une école dure.
Vingt-huit pour cent des jeunes qui la fréquentent
décrochent, mais 72% s’accrochent.
Les élèves en difficulté sont
regroupés dans des classes plus petites. Maximum 18
élèves. En principe. Mais en
réalité, les classes débordent.
Environ 20% des 670 élèves de l’école
John F. Kennedy (JFK) ont des problèmes graves
d’apprentissage ou de comportement. Ils sont inscrits en
cheminement particulier.
« Chut ! CHUT ! » répète M. Muoio
toutes les deux minutes. La classe est agitée, c’est
la dernière période avant le dîner. Les
élèves ne tiennent pas en place. Ils parlent,
bougent, poussent leur chaise qui racle le plancher avec un
bruit sourd, rient ou somnolent affalés sur leur
bureau. M. Muoio, qui a une voix de stentor, réussit
à capter leur attention quelques minutes. Pas plus.
Mais ces quelques minutes sont une victoire pour lui.
« On ne peut pas leur demander de rester assis et de
lire du Shakespeare, explique M. Muoio. J’ai trois
élèves qui ont un niveau de deuxième
année du primaire. Ils ne pourraient pas être
dans une classe régulière, tout irait trop
vite. »
JFK offre des classes de cheminement particulier en
première, deuxième et troisième
secondaire. En quatrième et cinquième, il n’y
a que des groupes réguliers ou enrichis. La plupart
des élèves en difficulté ne sont pas
prêts à intégrer le régulier.
Plusieurs échouent et grossissent les rangs des
décrocheurs.
Nathalie Cloutier, elle, enseigne les sciences en
quatrième secondaire. Un groupe régulier. Il
fait chaud, le soleil tape sur les toiles
défraîchies qui ornent les fenêtres.
Pendant qu’elle a le dos tourné, les
élèves parlent, se lèvent ou regardent
le plafond.
Au loin, une porte claque et une fille crie « You
fucking ass ! » Deux filles, assises dans le fond de
la classe, se lancent une bouteille vide pendant que Mme
Cloutier écrit une formule chimique au tableau. Une
blonde trop maquillée passe son temps à
ricaner.
Imperturbable, Mme Cloutier poursuit son cours. Elle retient
l’attention d’une partie de ses élèves, la
moitié peut-être. C’est déjà
beaucoup.
À l ’ étage supérieur, Joe Vitantonio
n’a aucun problème de discipline. Un simple regard
cloue ses élèves dissipés sur leur
banc. M. Vitantonio a de la poigne, mais aussi un groupe
enrichi de mathématiques de quatrième
secondaire. Les « bolés » de
l’école. Ici, il n’y a pas de décrocheurs.
M. Muoio, Mme Cloutier, M. Vitantonio. Trois univers, une
école, John F. Kennedy, située au coeur du
quartier Saint-Michel. Une école publique anglophone
de la Commission scolai re English Montreal qui se situe en
queue de peloton dans le palmarès de l’Institut
économique de Montréal : 457e sur 477, la 477e
étant la plus faible. LouisJoseph-Papineau, sa
voisine francophone, est 434e.
JFK est une école à l’architecture classique :
un long couloir avec des classes de chaque côté
dotées de grandes fenêtres où le soleil
entre à flots. Rien à voir avec
Louis-Joseph-Papineau, située dix coins de rue plus
loin: un bunker sans fenêtre planté dans un
champ près du boulevard Saint-Michel.
En apparence, les deux écoles sont semblables :
réseau public, quartier pauvre, aucune
sélection de clientèle, élèves
faibles, atmosphère électrique. Dans les
faits, un abîme les sépare. Le taux de
décrochage de Louis-JosephPapineau est de 58%, celui
de John F. Kennedy plafonne à 28%.
Pourquoi ? Aucune idée, avouent les experts.
Natha l ie
Clout ier et Joe Vitantonio sont découragés.
Ils enseignent en quatrième secondaire et, pour la
première fois de leur carrière, ils
héritent des enfants de la réforme.
Ces élèves pataugent dans la réforme
depuis le primaire: compétences transversales,
bulletin descriptif où l’élève n’est
jamais comparé au reste de la classe,
pédagogie par projet, fin du redoublement.
« C’est la première fois que je vois des
enfants aussi perdus, affirme Nathalie Cloutier. Entre les
élèves de cinquième secondaire qui
n’ont pas connu la réforme et ceux de
quatrième, c’est le jour et la nuit. Ils sont
beaucoup plus faibles, c ’est incroyable ! Il leur manque
des notions fondamentales. Quand j’ai vu ce que la
réforme avait fait d’eux, j’ai eu un choc. »
« Ils ont de la difficulté à
résoudre des problèmes mathématiques,
dit Joe Vintantonio. Ils lisent mal et ils ne comprennent
pas une question dès qu’elle a trop de mots. Et les
mentalités ont changé depuis que le
redoublement a été éliminé. Les
élèves se disent : "Pourquoi se forcer
puisque, de toute façon, on va passer." »
« J’ai des moyennes de 30%, je n’ai jamais vu
ça, ajoute Mme Cloutier. Les profs stressent. On veut
que nos élèves réussissent et
obtiennent leur diplôme. On leur dit : " You need to
pass!" Ils nous répondent: "Oh! Relax man, relax!" Si
le ministère de l’Éducation ne baisse pas ses
exigences pour les examens de fin d’année, le taux
d’échec va grimper en flèche. »
Le taux d’échec et, forcément, le taux de
décrochage.
La conseillère en orientation Betty Stamatakos est
débordée. Elle me montre son agenda. Les pages
sont remplies d’une écriture fine. Ce sont les noms
des élèves qui veulent la rencontrer.
« Ils ont des problèmes avec leurs parents ou
leurs amis, raconte-t-elle. Certains se font intimider. Ils
sont anxieux et ils n’ont pas confiance en eux. Ils ont
besoin de parler. C’est pour ça qu’il y en a tant qui
viennent me voir. »
L’atmosphère est parfois électrique. Les
élèves expulsés de leur classe font la
queue devant le bureau du directeur et, le soir, la salle de
retenue ( Detention Hall) est pleine à craquer.
Le McDonald’s du coin en a jusque-là des
élèves de JFK. « Ils squattent le
restaurant, se plaint le gérant adjoint, Nicolas
Goyette. La semaine dernière, il y a eu une grosse
bataille à l’extérieur, des Asiatiques contre
des Italiens. Certains avaient des barres de métal.
»
« Avec leurs cellulaires, ils envoient des textos,
explique un surveillant, David. Dans le temps de le dire, 50
élèves se retrouvent à
l’extérieur de l’école, prêts à
se battre. »
David a 31 ans. Il a travaillé plusieurs
années à la DPJ. Les ados de JFK ne lui font
pas peur. Avec trois collègues, il arpente les
couloirs de l’école, un talkiewalkie dans les poches.
Il jette un oeil dans les classes et les toilettes et va
parfois faire un tour au McDo, histoire de calmer le jeu
quand les esprits s’échauffent.
« Nous sommes plus que des surveillants,
précise David. On tisse des liens avec les
élèves, on leur enseigne la vie dans les
corridors. Ils pleurent parfois sur notre épaule. On
a toujours une boîte de Kleenex. »
« Je connais le nom des élèves, leur
background, leurs parents, poursuit un collègue de
David, Dwight, un athlète de six pieds six, ancien
champion de basketball qui a participé aux Jeux
olympiques de Séoul en 1988. Un colosse qui
dépasse les élèves d’une bonne
tête.
John F. Kennedy a la réputation d’être une
école dure. Vingt-huit pour cent des jeunes
décrochent, mais 72% s’accrochent. Ils le doivent un
peu à David et Dwight.
L’école des marques - Nathalie
Petrowski
Les
premières dix minutes des Enfants du
palmarès, u n doc u menta i re su r
l’enthousiasme des Québécois pour
l’école privée, sont franchement
insupportables, pour ne pas dire indécentes.
On y voit et on y entend des parents se plaindre du
stress, de l’anxiété et de l’angoisse que
leurs « pôvres » enfants, petits rois
nantis et bien nourris, vivent lors des examens
d’admission aux grandes écoles privées.
C’est d’ailleurs après avoir vécu ce
stress avec son fils Laurent que la réalisatrice
Marie-Josée Cardinal, fille de l’ex-ministre de
l’Éducation Jean-Guy Cardinal, a
décidé d’explorer le sujet.
N’empêche. Voir tous ces gens de la petite
bourgeoisie décapante ou de la banlieue
prospère prendre des airs de victimes, et traiter
d’inhumain un système qui invite à
l’effort et au dépassement, est affligeant.
Pourtant, Les enfants du palmarès, qui sera
diffusé demain à 19h à Canal D, est
un film important. Parce qu’il décrit
magnifiquement bien l’état des choses dans le
Québec d’aujourd’hui. Son constat est simple et
brutal: les Québécois qui en ont les
moyens, et même ceux qui ne les ont pas, ne jurent
plus que par l’école privée, qui est
devenue un symbole de statut social, un gage de
réussite, sinon le fantasme collectif d’un avenir
radieux assuré.
I
nversement, plus l’école privée prend du
galon, plus l’école publique est boudée,
dépeuplée et perçue comme usine
sale, pauvre et pestiférée qui fabrique
des décrocheurs et des drogués à la
chaîne. Or, le film de Cardinal a le mérite
de poser une question toute simple: comment en
sommesnous arrivés à cette vision
manichéenne qui ne tient pas toujours compte de
la réalité ? Oui, c ’est vrai que
l’école publique a de moins en moins de moyens
alors que l’école privée, qui encaisse
aussi bien les subventions du gouvernement (60 %) que le
fric des parents (40 %), nage dans le luxe avec ses
gymnases rutilants, ses locaux vastes et
éclairés, ses ordinateurs tout neufs.
Il n’en demeure pas moins que ces différences
matérielles ne font pas de meilleurs avocats,
architectes ou médecins. Selon des statistiques
obtenues par la réalisatrice, les
étudiants qui réussissent le mieux
à l’université proviennent à parts
égales du privé et du public.
Alors, la question demeure : comment se fait-il que
l’école publique ait si mauvaise
réputation et que l’école privée
soit si convoitée ? La réalisatrice avance
que le palmarès des écoles du magazine
L’actualité est en partie responsable du
déséquilibre. Peut-être, mais ce
palmarès ne saurait à lui seul expliquer
le phénomène de société. Il
y a forcément autre chose. La prof d’une
école alternative avance une hypothèse qui
offre un début de réponse. Avec la
société de consommation comme point
d’ancrage, elle évoque « l’esprit de
magasinage» qui a envahi toutes les sphères
de la vie des Québécois. Surgit alors
l’image de parents qui magasinent des écoles
comme ils magasinent des marques. Comme ils ont peu
d’enfants, ils veulent le meilleur pour eux. Et comme
ils ont plus d’argent, ils magasinent les meilleures
marques pour eux. Des marques comme Brébeuf ou
Jean-Eudes sont ainsi perçues comme la Cadillac
des écoles. Et tant mieux si l’admission y est
difficile et sélective. Plus la marque est
inaccessible, plus elle fait rêver ses clients.
Quant
aux enfants dans cette histoire, passifs et
ballottés par papa, mais surtout par maman qui
pousse pour qu’ils réussissent à tout prix
leur vie, ces enfants font figure d’écrans blancs
sur lesquels leurs parents névrosés
projettent leurs propres ambitions. D’ailleurs, si la
plupart sont si stressés quand ils se tapent
trois examens d’admission dans la même fin de
semaine, ce n’est peut-être pas tant à
cause des examens que des attentes stressantes de leurs
parents. Le film se termine sur un ardent plaidoyer pour
l’école publique, parfois carrément
miraculeuse pour les enfants, allergiques à la
performance à outrance du privé et qui ont
la vie devant eux pour se rattraper. Ce plaidoyer est
rafraîchissant à entendre. Il nous aide
à relativiser les choses et surtout à nous
libérer du navrant esprit de magasinage.
La guerre des chiffres est relancée
- André Duchesne
La
Fédération autonome de l’enseignement (FAE)
a décidé de profiter de la Semaine pour
l’école publique pour relancer la guerre des
chiffres concernant le financement des écoles
privées.
La FAE estime qu’en mettant fin au financement public des
écoles privées, le gouvernement
économiserait 86 millions de dollars par an et 50%
des jeunes fréquentant les institutions
privées du Québec retourneraient sur les
bancs publics. Cette hypothèse de 50% s’appuie sur
ce qui s’est passé en Ontario quand le financement
des écoles privées a été
supprimé.
Mais on
ne peut comparer le Québec et le riche Ontario,
estime la Fédération des
établissements d’enseignement privés du
Québec (FEEP). Selon son président,
Jean-Marc St-Jacques, un désengagement de
l’État dans le privé se traduirait par un
exode beaucoup plus important que 50% des jeunes. Et,
comme les institutions publiques sont financées
à 100% du coût de formation et que le
privé est subventionné à 60%, plus le
retour vers le public serait élevé, moins le
gouvernement ferait d’économies.
Au-delà des chiffres, le président de la
FAE, Pierre StGermain, souhaite récupérer
une partie du financement du privé qui irait au
soutien des jeunes en difficulté. Selon lui,
l’école publique y gagnerait aussi en rapatriant
dans ses rangs de jeunes élèves talentueux
qui serviraient de modèles dans leur milieu.
Jean-Marc St-Jacques réplique que ce n’est pas en
s’attaquant aux écoles privées que les
défenseurs du système public vont
résoudre leurs maux. « Dans certaines
régions du Québec, l’école
privée offre une structure qui, autrement, serait
absente», dit-il.
Controverse à l’école
Mont-Royal - MARIE ALLARD
L’établissement public veut devenir une école
internationale sélective malgré l’opposition
EXCLUSIF
Comité de parents et syndicat d’enseignants
s’opposent au projet, qui écarte les
élèves plus faibles ou incapables de payer de
550$ à 750$ en frais annuels.
Pour concurrencer le privé et attirer l’élite,
la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys veut transformer
l’école secondaire MontRoyal en école
internationale. Déjà, 51 élèves
y ont été refusés en première
secondaire cette année (seuls des groupes
d’éducation internationale ont été
ouverts) et aucun ne sera admis en première et en
deuxième année l’an prochain, a appris La
Presse.
Michelle Courchesne, la ministre de l’Éducation, n’a
pourtant pas encore approuvé le changement de statut
de l’établissement, qui soulève la
controverse. « La demande est présentement en
traitement et aucune décision n’est encore prise
», a dit Pierre Noël, porte-parole du
ministère de l’Éducation, qui a reçu la
requête fin avril. Comité de parents et
syndicat d’enseignants s’opposent au projet, qui
écarte les élèves plus faibles ou
incapables de payer de 550$ à 750$ en frais annuels.
Cinquante pour cent des élèves de
l’école secondaire Mont-Royal sont nés hors du
Canada, et la plupart n’habite pas à MontRoyal.
Jusqu’à cette année, quatre programmes leur
étaient offerts : le régulier,
l’éducation internationale, les classes avec appui
(pour élèves en difficulté) et
l’accueil (pour les immigrés récents).
C’était une réussite : « Le taux de
décrochage scolaire à l’école
secondaire Mont-Royal, même dans les classes
ordinaires ou de mesures d’appui, est nettement plus faible
que dans les autres écoles de milieu
socioéconomique comparable », lit-on dans un
document adopté par le conseil d’établissement
le 4 février dernier.
Mieux desservir Mont-Royal
« L’école a décidé de se
recentrer et de desservir les gens de Mont-Royal, a
expliqué Brigitte Gauvreau, porte-parole de la
commission scolaire MargueriteBourgeoys. Dans le
désir de mettre en place une école
vouée à l’éducation internationale, il
y a aussi le désir de desservir la communauté
de Mont-Royal. »
C’est pour
cette raison qu’il n’y a que des classes internationales en
première secondaire cette année: des 51
candidatures au secteur régulier, à peine cinq
élèves venaient de Mont-Royal, a
précisé Mme Gauvreau. « Ce n’est pas
assez pour ouvrir une classe », a-t-elle dit. Le
scénario va sûrement se répéter
l’an prochain, si bien que le régulier ne sera plus
offert que de la troisième à la
cinquième année. « Une école ne
peut pas refuser des élèves réguliers
avant d’avoir obtenu son statut d’école
particulière », a pourtant affirmé M.
Noël.
Les élèves réguliers ou faibles qui
sont déjà à Mont-Royal pourront y
rester jusqu’à la fin de leur secondaire « en
autant que les services offerts » correspondent
à leurs besoins, lit-on dans un autre document
adopté par le conseil d’établissement. Or, la
baisse du nombre d’élèves (liée
à la fermeture du programme régulier, disent
les opposants au projet) a entraîné un
déficit de 140 000$. Des postes ont dû
être supprimés.
Selon les prévisions obtenues par La Presse, en
devenant une école entièrement internationale,
MontRoyal ira chercher 48,2% de ses élèves
parmi ceux de l’école SaintLaurent, 42,1% au
privé et le reste dans d’autres écoles
publiques des alentours. Pour être
sélectionnés, les élèves devront
réussir un examen d’admission et n’avoir aucun
problème de comportement.
Seul un tiers des parents favorables
À l’unanimité, le Comité central des
parents de Marguerite-Bourgeoys s’est opposé au
projet, le 30 avril. « Nous avons l’obligation de
représenter l’ensemble des parents, et seul un tiers
sont favorables », a expliqué Jocelyne
Bénard, présidente du comité. Seulement
247 parents de l’école (de 760 élèves)
ont signé la lettre d’appui au changement de
vocation. Le Syndicat de l’enseignement de l’Ouest de
Montréal s’est aussi « prononcé en
défaveur », a dit Andrée Aubut, sa
présidente.
Quant aux enseignants, ils sont partagés. Certains
jugent le projet élitiste, discriminatoire et
cavalier, tandis que d’autres y voient la possibilité
d’offrir de l’excellence dans le secteur public et de
concurrencer le privé.
Le conseil des commissaires de Marguerite-Bourgeoys se
prononcera à nouveau sur le projet le 29 juin, a
indiqué Mme Gauvreau. Déjà, le 10 mars
dernier, le conseil avait adopté un « avis
d’intention » demandant à la ministre
Courchesne d’approuver la transformation de Mont-Royal en
école internationale à partir « du 1er
juillet 2009 ».
REPRODUIRE LE SUCCÈS DE SAINT-LOUIS
La commission scolaire MargueriteBourgeoys, qui couvre
l’ouest de l’île de Montréal, a
déjà une école secondaire exclusivement
internationale : le collège Saint-Louis à
Lachine. Forte d’une excellente réputation, cette
école publique élitiste refuse des centaines de
candidats chaque année. Si elle devient aussi
internationale, l’école Mont-Royal propose que le
collège Saint-Louis et elle aient chacune un territoire
distinct.
L’école dans tous ses états - MICHÈLE
OUIMET
«
Aucune école, y compris les écoles
internationales, ne peut exiger des frais annuels pour des
services réguliers d’enseignement », a
répondu Pierre Noël, le responsable des
relations avec la presse au ministère de
l’Éducation.
Encore une école internationale. À partir de
juillet, Mont-Royal, une école secondaire publique
située dans l’arrondissement de Mont-Royal, va
changer de vocation et devenir internationale. Au menu:
sélection féroce des élèves et
imposition de droits de scolarité annuels variant
entre 550 $ et 750$.
« Pas des droits de scolarité, mais une
contribution financière demandée aux parents
», a précisé la porte-parole de la
commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, Brigitte
Gauvreau.
Cette précaution oratoire ne change rien à
la réalité: exiger de tels frais est
illégal. L’école publique est gratuite,
point à la ligne. L’article 3 de la Loi sur
l’instruction publique est clair : « Tout
résident du Québec a droit à la
gratuité des services éducatifs. »
Ce n’est pas illégal, car les parents font un
choix, a répliqué la commission scolaire.
S’ils ne veulent pas payer, ils n’ont qu’à inscrire
leur enfant au secteur régulier. Faux. J’ai
posé la question au ministère de
l’Éducation. La réponse ne laisse place
à aucune ambiguïté: « Aucune
école, y compris les écoles internationales,
ne peut exiger des frais annuels pour des services
réguliers d’enseignement », a répondu
Pierre Noël, le responsable des relations avec la
presse.
Les parents qui ont payé des droits de
scolarité pour inscrire leur enfant dans une
école intersolutions : multiplier les écoles
à vocation particulière : musique, sport,
arts, etc., sans oublier les écoles
internationales, qui, elles, recrutent les meilleurs
élèves, la crème de la crème.
Selon le CSE, le Québec comptait 93 écoles
secondaires internationales en 2005-2006, la plupart dans
le secteur public. Combien exigent une «
contribution financière » ? Le
Ministère l’ignore. Le président de la
société qui regroupe les écoles
internationales aussi.
En juin 1992, le principe de la gratuité a
été inscrit dans la Loi sur l’instruction
publique. Les articles 256.1 et 258 stipulaient que
« tout service d’enseignement qui se donne entre le
premier et le dernier jour du calendrier scolaire doit
être gratuit ». clarifiés. Ils
précisent notamment que le matériel
didactique doit être gratuit. Articles 7 et 230.
La notion de matériel didactique est large: «
Lorsqu’un objet est soit spécialisé, soit
coûteux, et, dans tous les cas, requis pour un cours
spécifique ou un programme précis, il s’agit
nécessairement de matériel didactique qui
doit être fourni gratuitement par la commission
scolaire, sinon cet objet ne peut être que
facultatif*. »
Est-ce que cette définition inclut les instruments
de musique, l’équipement sportif ou tout autre
matériel que les parents paient de leur poche ?
« Si les enfants sont inscrits dans un programme
enrichi, c’est le choix des parents. Il y a nationale
pourront-ils demander un remboursement?
« Je
ne peux pas répondre à cette question
», a dit Pierre Noël.
Dans un avis publié en avril 2007, le Conseil
supérieur de l’éducation (CSE) a fait le
tour des écoles à vocation
particulière, dont le nombre a explosé
depuis une vingtaine d’années. Les écoles
publiques cherchent désespérément une
façon de concurrencer le privé. Une des
En 1994, un groupe de parents a décidé de ne
plus payer les frais de 500$ exigés par une
école internationale de la défunte CECM.
Devant le bras de fer qui opposait les parents à la
commission scolaire, le Ministère a consulté
ses avocats. Conclusion: l’école a agi dans
l’illégalité.
En 1997, le gouvernement a adopté une nouvelle Loi
sur l’instruction publique. Les articles touchant la
gratuité ont été donc des coûts
qui s’ajoutent », a répondu M. Noël.
N’empêche, la loi est limpide : le matériel
doit être gratuit . Pourquoi les parents doivent-ils
payer ?
Pour concurrencer le privé, l’école publique
est prête à tout, ou presque, même
à brader ses principes. Comment la blâmer? Le
privé la gruge de plus en plus. La situation est
particulièrement aiguë à
Montréal.
En 1995, 24% des élèves de Montréal f
réquentaient une école privée. Dix
ans plus tard, ce chiffre avait grimpé à
31%. Un élève sur trois, comparativement
à un sur quatre dans les années 90.
Le public essaie de se battre avec les armes du
privé pour conserver ses bons élèves
: multiplication des projets à vocation
particulière, sélection des plus
doués dans des programmes d’élite… et
imposition de droits de scolarité.
Cette course effrénée à la
clientèle entraîne des dérives. Le
système d’éducation est schizophrène,
écartelé entre le privé, lourdement
subventionné par l’État, et le public, de
plus en plus affaibli par le privé.
Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de
l’éducation. La solution passe par l’abolition des
subventions au privé, mais le sujet est tabou.
L’immense majorité des pol iticiens refuse de
soulever cette question. Mais pendant que Québec se
met la tête dans le sable, le système, lui,
devient de plus en plus schizophrène. * Groupe de
travail sur les frais exigés des parents.
Ministère de l’Éducation, août 2004.
Les écoles privées réclament
plus d’argent - Marie Allard
Pour
accueillir davantage d’élèves en
difficulté, les écoles privées
demandent plus d’argent de Québec. Dans un
mémoire présenté à la
ministre de l’Éducation obtenu par La Presse,
la Fédération des établissements
d’enseignement privés (FEEP) fait valoir que la
moitié de ses 182 membres comptent plus de 5%
d’élèves en retard scolaire en 4e
secondaire. Cela ne leur donne droit à aucune
subvention spéciale, déplore-t-elle.
Actuellement, seuls les collèges privés
comptant 10 % ou plus d’élèves en retard
y ont droit. « On peut comprendre qu’à
défaut de pouvoir atteindre rapidement le seuil
requis pour être admissibles à l’aide
financière d’appoint, ils veuillent en limiter
le nombre pour le moment », lit-on dans le
mémoire.
Un
financement accru est aussi demandé pour les 23
pensionnats du Québec, « une solution de
remplacement beaucoup moins coûteuse pour les
services publics que la famille d’accueil »,
selon la FEEP. Une nouvelle allocation pour
réduire la taille des classes – tel que
proposé au primaire public par le gouvernement
– est aussi réclamée. Enfin, au moins
trois écoles privées (comptant un taux
d’élèves en retard égal ou
supérieur à la moyenne du Québec)
devraient avoir droit au financement d’Agir autrement,
plaide la Fédération.
Le taux de persévérance de la 1re
à la 5e secondaire des élèves
fréquentant le réseau privé
atteint 73,3 %, comparativement à 67 % six ans
plus tôt (MELS, juin 2008).
Le choix du privé - NATHALIE
COLLARD
Les
subventions accordées par Hydro-Québec
à des établissements d’enseignement
privé ont réanimé le débat
école publique-école privée.
Une des premières à sauter dans
l’arène aura été la nouvelle
présidente de la Fédération des
commissions scolaires du Québec (FCSQ),
Josée Bouchard. Cette dernière a
profité de la controverse pour rappeler
à quel point il est crucial de faire la
promotion du système public. Personne ne la
contredira sur cette question. On ne redira jamais
assez l’importance pour le Québec d’avoir un
excellent réseau d‘écoles publiques.
Si nous sommes d’accord avec le constat de Mme
Bouchard, nous le sommes beaucoup moins avec son
analyse, cependant. Selon elle, les parents
québécois choisiraient l’école
privée pour une question d’image. «Nous
vivons dans une société de consommation
et si les parents choisissent l’école
privée, c’est parce qu’elle est un symbole de
leur réussite matérielle. Ils veulent
montrer qu’ils ont réussi dans la vie.»
Cette
analyse est non seulement simpliste, elle frôle
le mépris pour tous ces parents qui se serrent
la ceinture en voulant offrir à leurs enfants
ce qu’ils jugent être la meilleure
éducation possible.
Bien sûr qu’il existe d’excellentes
écoles publiques, au même titre qu’on
trouve aussi de moins bonnes écoles
privées. Mais le fait est que bien des parents
issus de la classe moyenne, las des essaiserreurs du
réseau public, du ratio
élève-enseignant trop
élevé ainsi que du manque d’encadrement,
font le choix du privé.
Bon nombre d’entre eux ne sont pas riches. Ils font
partie de la classe moyenne, paient le maximum
d’impôts ainsi que leurs taxes scolaires qui
servent à financer le réseau public.
Mais ils décident malgré tout de
débourser quelques milliers de dollars
supplémentaires pour envoyer leur enfant au
privé. Parmi eux, bon nombre ne roulent pas sur
l’or et nombreux sont ceux qui rognent dans les
dépenses et se privent de vacances pour que
leur enfant fréquente une bonne école.
Non pas pour épater les voisins mais
plutôt parce qu’ils font de l’éducation
une priorité. Et qu’ils souhaitent offrir
à leurs enfants un milieu stimulant où
le mot excellence (et non pas performance, la nuance
est importante) n’est pas une insulte ou un mot tabou.
Ces parents seraient sans doute enchantés de
mettre cet argent dans leurs poches et d’envoyer leur
enfant à l’école publique si on pouvait
leur garantir un aussi bon encadrement, des
enseignants ayant la réputation d’être
motivés et motivants ainsi qu’un cadre
d’apprentissage stimulant. Pour l’instant, ils ont
perdu confiance. Et ce n’est pas en les jugeant qu’on
les fera revenir sur leur position. La mauvaise
réputation de l’école publique s’appuie
sur des perceptions, c’est vrai. Mais elle s’appuie
également sur de nombreux faits. Si on veut
rétablir la confiance des parents à
l’endroit du réseau public, qu’on commence par
l’améliorer plutôt que blâmer ceux
qui ont choisi l’école privée.
LE PRIVÉ OU LE PUBLIC ? Un choix de
société
L’éditorial
de
Nathalie Collard, intitulé « Le choix du
privé », qui a été
publié samedi dernier, nous a valu des dizaines
de courriels de lecteurs. Parents et enseignants,
soucieux de l’éducation de leurs enfants et
élèves, nous ont fait parvenir leurs
réactions, fort partagées, sur la question
de l’école publique et de l’école
privée.
Tous les parents, sinon la majorité, veulent
améliorer leur sort et offrir la meilleure
éducation possible à leurs enfants. Et
aussi afficher leur réussite matérielle !
Envoyer un enfant à l’école privée
semble donc une excellente façon de faire tout
cela. C’est un symbole très visible de
réussite sociale. C’est aussi beaucoup une
question d’image.
Quand vient le moment de choisir
une école pour leurs enfants, de nombreux
parents sont partagés entre le système
public ou le système privé.
Quant au fait de se serrer la ceinture, il est
remarquable de constater la très forte
corrélation, dans les palmarès
publiés dans le magazine L’actualité,
entre le classement des écoles secondaires et le
revenu des familles : plus l’école a un rang
élevé, plus le revenu familial est
élevé ! Alors, ne mettons pas trop
l’accent sur le fait que des familles se serrent la
ceinture dans ce débat ! Si je peux me permettre
de caricaturer la situation : les gens aisés
envoient leurs enfants à l’école
privée, et les gens qui voudraient être
aisés envoient aussi leurs enfants à
l’école privée, dans un souci de
réussir leur ascension sociale et de devenir ou
paraître aisés (ce qui est tout à
fait normal et justifié, soit dit en passant).
En attendant que le réseau des écoles
publiques s’améliore, les gens n’auraient
vraiment d’autre choix que d’envoyer leurs enfants
à l’école privée ? Alors, que font
donc tous ces gens pour améliorer l’école
publique ? Rien ! Comment s’impliquent-ils pour
améliorer ce réseau? Aucunement!
Ma
femme et moi sommes tous deux professionnels, nous
gagnons plutôt bien nos vies. Nous vivons dans
un milieu relativement aisé, entourés
d’un ensemble d’écoles privées de
très bonne qualité (en
Montérégie). Mais nous avons choisi
sciemment d’envoyer nos enfants à
l’école publique du quartier, à la fois
parce que cette école est de bonne
qualité, et aussi comme choix de
société, voulant favoriser et encourager
le secteur public, avec ses qualités et ses
défauts.
Nous voulions agir de l’intérieur, en
participant, plutôt qu’agir comme spectateur, de
l’extérieur, qui attend que quelqu’un d’autre
s’occupe d’améliorer le secteur public.
Nous n’avons pas regretté ce choix, ni nos
enfants d’ailleurs. Par contre, il est
intéressant de noter que nous nous sommes
souvent sentis obligés de justifier ce choix
étrange, auprès de voisins et
connaissances, dans notre milieu aisé. Quel
gaspillage éhonté de talents ! Comment
oser jeter des enfants dans un milieu où il n’y
a tellement pas d’encadrements (n’est-ce pas?, selon
des parents qui n’ont jamais mis les pieds dans ce
dangereux milieu)?
Il y a de la place pour les deux réseaux, et je
suis fortement en faveur du secteur public. Et si on
veut vraiment améliorer la
société et offrir le vrai meilleur choix
possible à tous les enfants, il est essentiel
d’améliorer le réseau public.
Des miracles avec des riens
J’oeuvre à titre d’enseignante depuis
plus de 10 ans. Les enseignants que je côtoie
dans le secteur public font des pieds et des mains
pour rendre leurs cours intéressants et pour
motiver leurs élèves. Ils sont
engagés, ils ne comptent pas les heures
passées à l’école pour terminer
des projets ou pour soutenir leurs
élèves. Parfois, ils payent
eux-mêmes le matériel nécessaire
à leurs cours. Effectivement, les enseignants
sont démotivés dans les écoles
publiques, mais pas par leur enseignement. Ils sont
démotivés de voir chaque année
leur classe remplie au maximum et d’avoir des
élèves en difficultés, sans
services pour les soutenir. Ils sont
démotivés de voir les budgets
coupés année après année,
de se demander où ils devront couper l’an
prochain (technicien en informatique,
psychoéducation, bibliothécaire…) et
comment ils pourront faire davantage avec moins. Ce
qui manque incontestablement à l’école
publique, c’est le financement. Sa mauvaise
réputation ne provient-elle pas des
médias, qui publient des palmarès
où les écoles publiques et les
écoles privées rivalisent ? C’est David
contre Goliath ! Si des journalistes prenaient le
temps de visiter quelques écoles publiques, ils
se rendraient compte à quel point les
enseignants du secteur public font des miracles avec
des riens.
Plus stimulant
Les deux filles de ma conjointe sont
allées au privé au secondaire, non pas
parce que ça faisait «chic», mais
bien parce que le milieu est beaucoup plus stimulant,
les professeurs connaissent mieux les jeunes et les
étudiants sont beaucoup plus encadrés.
Je ne dis pas que certaines écoles publiques ne
peuvent pas s’approcher de la qualité du
privé ; c’est d’ailleurs pourquoi notre plus
vieille fréquente le cégep
Bois-de-Boulogne, car nous y avons retrouvé un
peu le même genre d’encadrement et de services
qu’au privé. Jamais, au grand jamais, nous
n’avons indiqué dans notre c.v. que nos filles
allaient dans un collège privé ou encore
mentionné à tous ceux qu’on rencontrait
que nos filles fréquentaient le privé.
On n’est pas si imbéciles que ça. Tout
ce que nous voulions, c’était le
bien-être de nos enfants, en leur fournissant ce
que nous croyions, à l’époque,
être les meilleurs outils disponibles sur le
marché. C’est beau de tirer des roches sur le
privé mais il faudrait peut-être qu’on
regarde tout ce qui peut être
amélioré dans notre système
public.
Pour le sport
Je
suis papa de deux garçons de 11 et 14 ans.
Deux sportifs qui ont des valeurs extraordinaires
mais pour qui l’école publique ne colle pas,
en raison du programme offert. Eux, ils veulent
bouger ! C’est pourquoi nous payons des milliers de
dollars au privé. Le nouveau Collège
Boisbriand nous promet que nos garçons feront
90 minutes de sport par jour et que les devoirs se
feront à l’école. Au retour de
l’école, nous aurons la possibilité de
passer du temps en famille... On est loin de vouloir
épater les voisins ! On veut juste que nos
garçons terminent avec succès leur
secondaire et en santé !
Toutes les clientèles
La
réalité est que le réseau
public doit composer avec tous les
élèves et toutes les
clientèles, de l’enfant démuni
à celui qui présente un trouble
d’apprentissage ou de comportement. Combien sont-ils
dans les écoles privées ? Si on vous
disait qu’un hôpital n’accepte aucun cas
lourd, diriez-vous que cet hôpital est
meilleur que les autres ? Si le choix du
privé est légitime dans l’état
actuel des choses, il ne faudrait pas oublier que
c’est sa clientèle qui en fait son «
succès » : prétendre le
contraire serait faire preuve d’aveuglement
volontaire.
30 % moins cher
J’ai
enseigné 8 ans au public et j’ai
terminé ma carrière au privé
où j’ai oeuvré pendant 24 ans. Les
parents qui décident d’envoyer leurs enfants
au privé ne sont pas les plus démunis,
c’est vrai, mais une large majorité d’entre
eux ne sont pas des richards non plus et doivent
comprimer leur niveau de vie pour permettre à
leurs enfants d’acquérir une bonne
éducation. Malgré les subventions, un
enfant qui va au privé ne coûte au
gouvernement qu’environ 70% de ce que lui
coûte un enfant au public. Le gouvernement
a-t-il les moyens de couper les subventions au
privé pour se retrouver avec plusieurs
milliers de nouveaux élèves au public
qui lui coûteront 30 % de plus, chaque
année?
Compétition
inégale
Mon mari a longtemps été directeur
d’école et nos trois filles travaillent dans
le domaine de l’enseignement public depuis de
nombreuses années. Les enseignants et les
directeurs au public doivent faire face à des
difficultés pour accomplir leur travail : des
classes amputées des éléments
les plus forts, la disette du matériel
scolaire, les services aux étudiants
déficitaires et plus encore. Ce n’est pas
toujours un choix des parents que d’envoyer leurs
enfants au public. Il arrive très souvent que
des enfants ne présentant aucun
problème de discipline soient refusés
parce qu’ils ne réussissent pas les examens
d’entrée. Le monde n’est pas partagé
entre les intelligents et les « caves ».
Tout le monde sait que l’enseignement au
privé est mieux reconnu. Si les mêmes
conditions prévalaient au public, les
écoles privées ne se multiplieraient
pas au rythme effréné que nous
connaissons depuis quelques années.
Des millions au privé, des miettes au
public - Karim Benassaieh
Les
écoles publ iques ont beau avoir
décidé de plonger dans le monde des
fondations et des dons de charité, elles ne
sont souvent que de bien petits poissons.
À la lecture des rapports financiers, on est en
effet f rappé pa r les cont r a s - tes entre
les gros joueurs, comme les réputés
collèges pr ivés , et les écoles
publiques , pr i ma i res ou secondaires. La Fondation
du patrimoine de Jean-deBrébeuf, par exemple, a
redonné 700 000 $ l’an dernier à
l’établissement. Elle dispose de 10,3 millions
en placements à long terme qui lui ont
rapporté 472 000$ en 2008 en revenus
d’intérêts et de placement. On ignore
quelle est la somme des dons déductibles
d’impôts reçus par l’institution – qui
n’a pas retourné les appels de La Presse
à ce sujet.
Même succès du côté du
collège Notre-Dame, qui a reçu 1,6
million en dons déductibles d’impôts en
2008. Le collège Jean-Eudes, quant à
lui, a reçu 1,9 million en dons permettant de
recevoir un reçu d’impôts.
À l’autre bout du spectre, une fondation comme
celle de la Commission scolaire de Montréal,
qui redistribue les dons à plus de 200
écoles et centres de formation de l’île,
n’a recueilli que 167 185 $ en dons en 2008. Une
petite école typique du centre-ville de
Montréal comme LouisHippolyte-Lafontaine, qui a
enregistré sa fondation en 1995, a
récolté 23 157$ grâce à des
activités de financement. Et la part de dons
déductibles d’impôts ? 2650 $.
Hydro-Québec se fixe des règles
- Isabelle Audet & Catherine Handfield
Plongée dans la controverse à la suite
de subventions accordées à des
collèges privés, HydroQuébec se
dote d’une Politique d’octroi des dons et des
commandites. L’entreprise espère ainsi
clarifier le processus et empêcher toute
nouvelle polémique.Nathalie Normandeau, ministre
des Ressources naturelles, a pressé
Hydro-Québec de revoir ses orientations
à propos des commandites.
Dans un document de huit pages en vigueur le 8
septembre, la société d’État
s’engage à n’accepter aucune demande
d’institutions d’enseignement privées du
primaire, du secondaire et du collégial, ni
d’un établissement situé à
l’extérieur du Québec.
«Il n’y aura pas de subventions dans le
privé, ça c’est clair», a
répété à plusieurs
reprises Marc-Brian Chamberland, chef des affaires
publiques chez Hydro-Québec.
L’entreprise a fixé une série de
critères « d’exclusion » qui feront
en sorte qu’un organisme ou une institution ne pourra
pas, à l’avenir, profiter d’une subvention.
Autre nouveauté : chaque fois qu’un dirigeant
d’HydroQuébec se trouve en situation de conflit
d’intérêts, l’attribution d’une
subvention passera directement par le conseil
d’administration de la société
d’État. « Peu importe le montant,
même si c’est 50$, ça passera au
CA», précise M. Chamberland, ajoutant que
tous les dirigeants d ’ Hyd ro - Q uébe c
doivent remplir une déclaration
d’intérêts. Hydro-Québec promet
aussi de publier sur son site web le nom des
organismes bénéficiaires de ses
contributions.
C ’e s t la ministre des Ressou rces nat u rel les du
Québec, Nathalie Normandeau, qui a
pressé Hydro-Québec de revoir ses
orientations à propos des commandites. «
Je suis heureuse de constater que les priorités
en matière d’éducation sont
orientées vers les services publics»,
a-t-elle déclaré après avoir
consulté le document.
Hydro-Québec s’est retrouvée au coeur de
cette controverse quand La Presse a
révélé l’attribution de 250 000$
à la Fondation du collège NotreDame. Or,
le président-directeur général
d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, est
président du conseil de ce collège
privé de Montréal.
Réactions mitigées
Le président de la Fédération
autonome de l’enseignement, Pierre St-Germain, s’est
réjoui de cette «volte-face»
d’HydroQuébec. «C’est une victoire de la
population face à l’arrogance d’une grosse
institution qui vient de réaliser qu’elle a
commis une grave erreur en agissant de la
sorte», dit-il.
Mais la victoire n’est que partielle, estime M.
St-Germain, pu isque le problème du
sous-financement des écoles publiques, lui,
reste entier. Il se questionne par ailleurs sur
l’intention d’Hydro-Québec de contribuer aux
campagnes de financement des établissements
publics secondaires et collégiaux.
« Hydro-Québec est mal placée pour
juger quelle école publique est plus
méritante qu’une autre», a-t-il dit,
proposant que la société d’État
verse ses redevances au gouvernement, qui, lui,
verrait à les redistribuer dans les services
publics.
La nouvelle politique d’Hydro aura-t-elle un impact
sur les écoles privées? Pas vraiment,
estime Auguste Servant, directeur des communications
de la Fédération des
établissements d’enseignement privés.
«Il est exceptionnel qu’un organisme public
contribue aux fondations des institutions
privées», dit-il.
Cependa nt , la déc ision d’Hydro-Québec
pourrait inciter d’autres organismes à revoir
leurs critères de dons aux écoles
privées, ce qui pourrait éventuellement
affecter l’ensemble des dons offerts aux
établissements privés, selon Auguste
Servant.
Le porte-parole de l’opposition officielle en
matière d’énergie et de jeunesse,
Sylvain Gaudreault, s’interroge pour sa part sur le
mutisme de Thierry Vandal dans ce dossier. « Je
n’en démords pas, c’est une suite inacceptable
de faux pas, a-t-il répété
à La Presse. Tout cela fait que, malgré
cette politique, M. Vandal ne peut plus être PDG
d’Hydro-Québec.»
LES «EXCLUSIONS»
Dans
sa Politique, Hydro-Québec précise qu’un
don ou une commandite ne peut être
accordé à: > Un organisme dont la
situation
financière est préoccupante. > Un
projet qui ne satisfait pas aux secteurs dans lesquels
HydroQuébec veut s’impliquer. > Un projet
d’une institution d’enseignement privée du
primaire, du secondaire ou du collégial, ou
d’une fondation associée à une telle
institution. > Une institution d’enseignement
située
à l’extérieur du Québec. > Un
projet voué à une cause politique
ou religieuse. > Un projet déjà
soutenu par Centraide. > Un organisme qui soutient
une seule personne ou la réalisation d’un
projet personnel. > Un projet qui vise à
soutenir la
production d’un produit. Hydro-Québec a choisi
de s’impliquer dans les domaines de la culture, des
sciences, de l’environnement, du sport, de la
santé, de l’éducation, des causes
humanitaires et auprès de ses
«partenaires socio-économiques» en
région. L’an dernier, 1500 organismes ont
bénéficié de dons ou de
commandites, pour un total de 25,9 millions. Au total,
la société d’État avait
reçu environ 3000 demandes.
La faute de Thierry Vandal -
MICHÈLE OUIMET
Thierry Vandal a manqué de jugement en
acceptant qu’Hydro-Québec verse 450 000$
à deux écoles privées qu’il a
fréquentées, Notre-Dame et
Brébeuf.
Un manque de jugement renversant de la part d’un homme
qui gère une société d ’
État dont les revenus annuels frisent les 13
milliards par année.
M. Vandal s’est-il placé en conf lit
d’intérêts ? Oui, même s’il n’a
enfreint aucune loi. I l préside le consei l
d’administration de NotreDame. Il aurait dû
éviter de lui donner de l’argent. C’est une
évidence.
Hydro reçoit 2000 demandes de dons et de
commandites par année. Un comité
effectue un tri, puis achemine les dossiers à
un deuxième comité composé de
quatre personnes, dont Thierry Vandal.
Lorsque ce comité a décidé de
verser 250 000 $ à NotreDame, M. Vandal s’est
retiré. Les règles d’éthique sont
de véritables passoires. Il suffit de se
retirer et hop! Le conflit d’intérêts est
effacé. Trop facile. En se retirant, M. Vandal
a implicitement admis qu’il se plaçait dans une
situation délicate.
Hydro
affirme qu’elle a des critères pour distribuer
les 25 millions qu’elle verse chaque année en
dons et commandites. Sauf que ces critères se
résument à une longue liste d’organismes
regroupée dans un document d’une soixantaine de
pages. Point final.
L’argent devait permettre à Notre-Dame
d’améliorer ses installations sportives.
Pourtant, en 2007, le ministère de
l’Éducation a donné 800 000$ au
collège pour aménager un terrain de
soccerfootball. Notre-Dame n’avait pas besoin des 250
000$ d’Hydro. Une autre évidence.
Hydro s’est défendue en disant que l’argent
allait permettre aux j eunes de Côte-des-Neiges
d’utiliser les installations du collège. C’est
vraiment n’importe quoi . Notre-Dame devrait
déjà laisser les petits culs du quartier
jouer dans sa cour l’été puisqu’il est
financé à 60% par l’État depuis
des lustres.
Si Hydro veut aider les jeunes, qu’elle verse
directement l’argent à des organismes
communautaires du quartier. Pas besoin de passer par
Notre-Dame.
Aucune école publ ique n’a reçu un don
d’Hydro. Pourtant, elles en auraient drôlement
besoin. En juillet, le ministère de
l’Éducation a sorti les nouveaux indices de
défavorisation. La clientèle de la
Commission scolaire de Montréal (CSDM) s’est
Stopper l’ingérence d’Hydro
Hydro-Québec a pour mission de
développer l ’énergie, de gérer
adéquatement cette industrie et de remettre
ses profits au gouvernement. De quel droit peut-elle
décider d’utiliser ses
bénéfices (l’argent des contribuables)
pour subventionner le collège Notre-Dame, ou
l’hôpital Sainte-Justine, ou l’OSM, ou l e
Conference Board ? De quel droit les dirigeants de
ces entreprises peuvent-ils utiliser mon argent et
décider que ces organismes ne sont pas
suffisamment subventionnés par les
ministères qui en sont responsables ?
HydroQuébec, Loto-Québec, et la SAQ
devraient s’en tenir à l eur mission
respective, et l es différents
ministères ne devraient pas permettre
à ces sociétés de
s’ingérer dans leurs secteurs
d’activités. C’est une simple question de
transparence et de saine gestion.
Hydro-Québec
doit-elle se concentrer sur sa mission
première, l’énergie, comme le
suggèrent de nombreux lecteurs ?
Directement par l’État
Je
n’aime pas voir des dirigeants d’entreprise
appartenant à l’État se servir de
celle-ci pour favoriser des institutions ou des
causes qui leur sont importantes. Qu’ils utilisent
leur propre argent pour cela. Selon moi, c’est un
peu détourner les fonds publics au profit
d’institutions qui ne bénéficient
qu’à seulement une petite partie de la
population. Si une école ou un festival a
besoin d’une subvention additionnelle, je
préférerais que les sommes
versées proviennent directement de
l’État et que la demande soit ainsi soumise
à un processus normal d’adjudication.
Donnez plutôt à mon école
Puisque MM. Thierry Vandal et Raymond Bachand
semblent avoir autant d’argent à dépenser,
je les inviterais à faire la visite de mon
école publique qui, même si les murs
menacent carrément de tomber, figure parmi les
meilleures écoles du Québec. Pourquoi
donner à des écoles qui ne savent plus
où mettre leur terrain de football alors que
d’autres n’ont que trois interphones fonctionnels pour
700 élèves ?
Quelle portion de ma facture ?
Pendant 10 ans, j’ai administré l’Orchestre
symphonique des jeunes de Montréal (OSJM).
Nous avons fait deux tournées de concerts en
Gaspésie, une en Grèce, une autre en
France. Pour ces réalisations, il faut de
l’argent. Les parents de nos musiciens
étaient nos plus gros bailleurs de fonds. Des
commandites lors d’activités de financement
ou des dons corporatifs comblaient le manque
à gagner. Je suis d’accord à ce que
tant les entreprises privées que les
entreprises publiques participent au financement de
la vie culturelle et artistique de la
société québécoise. Dans
le débat actuel, il n’y a qu’un seul
problème: c’est celui de ne pas savoir quel
pourcentage de mon paiement mensuel
d’électricité va au service public
qu’on m’offre et quel pourcentage va au financement
des activités culturelles. Pourquoi la
transparence administrative ne se manifeste-t-elle
pas au quotidien de la prise des décisions
qui affectent la gestion financière de chaque
citoyen, et ce, dans la perspective d’un
comportement éthique avant tout? La
transparence a sans doute bien meilleur goût
avant l’agir plutôt qu’après.
Des règles à changer
Thierry Vandal n’a pas à être mis
à la porte pour ses erreurs de jugement sur
les commandites. On lui a donné un
portefeuille quasi discrétionnaire et il en a
usé à sa discrétion, pour des
causes qui ne sont ni mauvaises ni profitables pour
lui-même. Toutefois, il faut changer les
règles des commandites d’Hydro-Québec.
Cet organisme occupant un monopole n’a pas d’amis
à aller chercher au Québec et l’argent
qu’il gagne n’est pas le sien mais le nôtre,
celui du gouvernement. Si un organisme quelconque a
une assez bonne cause, qu’il fasse comme tous les
autres, trouver des subventions gouvernementales qui
sont disponibles équitablement à tous,
faire appel au public ou se trouver des
commanditaires commerciaux qui ont quelque chose
à gagner à bien faire paraître
leur boîte.
Hydro-Québec désamorce une
éventuelle controverse - André
Noël
Le
Collège Jean-de-Brébeuf renonce à
une contribution de 200 000$ de la société
d’État
Fin 2008, Hydro-Québec a décidé de
donner 200 000$ au Collège Brébeuf. Le PDG
d’Hydro, Thierry Vandal, diplômé de cet
établissement, a participé à la
décision. Devant le risque d’une controverse, ce
collège privé vient de renoncer à
la contribution. De son côté,
Hydro-Québec annonce qu’elle ne fera plus de dons
à des écoles privées.
Hier matin, La Presse a posé une série de
questions à la société
d’État et au Collège
Jean-de-Brébeuf sur cette nouvelle contribution.
Au cours de l’après-midi, les deux ont
publié des communiqués.
Le Collège Brébeuf, un
établissement d’enseignement secondaire et
collégial de Montréal, a
décidé de renoncer à ces 200 000$
en raison de la controverse provoquée par une
contribution similaire au Collège Notre-Dame, a
indiqué le directeur des ressources humaines de
Brébeuf, Russell Flanagan. Une somme
déjà reçue de 40 000$ a
été rendue à la
société d’État, a-t-il dit.
« Il n’y aura plus de dons à des
écoles privées, non, ça, c’est
sûr », a déclaré de son
côté le directeur des relations publiques
d’Hydro, François Taschereau.
La sema i ne der n i ère, La Presse a
révélé qu’HydroQuébec avait
décidé de verser 250 000$ à la
fondation du Col lège Notre-Dame. M. Vandal est
président du conseil d’administration de cet
autre collège privé de Montréal. Il
y a fait ses études secondaires. Dans son
communiqué, Hydro-Québec indique qu’elle
n’a fait de contribution à aucun autre
établissement d’enseignement secondaire. Cela
signifie que les deux contributions prévues
étaient destinées aux deux collèges
qu’a fréquentés M. Vandal.
M. Taschereau a indiqué que M. Vandal n’avait pas
participé à la décision de
contribuer à la fondation du Collège
Notre-Dame, étant donné qu’il
préside le conseil d’administration de ce
collège. En revanche, il a bel et bien pris part
à la décision du comité
d’Hydro-Québec visant à faire un don au
collège Jean-de-Brébeuf.
«
M. Vandal a effectivement fait ses études
collégiales à Brébeuf, a dit M.
Taschereau. Mais cela fait 30 ans. Depuis, il n’a
joué aucun rôle dans cette institution. Sa
participation à la décision de verser une
contribution au collège ne pose aucun
problème. Le Collège Notre-Dame,
c’était différent. Il avait un lien. C’est
pourquoi il s’est retiré du comité quand
la décision de lui verser une contribution a
été prise. »
Dans son communiqué, le Collège
Jean-de-Brébeuf affirme que le but de la
contribution était de « rendre les
installations sportives du collège accessibles
aux jeunes des communautés avoisinantes pendant
la période estivale ».
Pier re Sai nt-Germa i n , président de la
Fédération autonome de l ’ enseignement,
s’étonne. « Le Collège
Brébeuf est déjà lourdement
subventionné par les fonds publics, a-t-il dit.
Les collèges privés sont financés
à hauteur de 60% par l’État
québécois, soit 500 millions de dol lars
par année. Ce serait bien le comble si leurs
installations n’étaient pas accessibles aux
communautés environnantes. »
« Nous étions déjà
scandalisés par la contribution au Collège
Notre-Dame, a ajouté M. Saint-Germain, qui dirige
le principal syndicat d’enseignants du sud du
Québec. Avec Brébeuf, nous sommes
doublement scandalisés. Je ne comprends pas
comment une société d’État peut
utiliser son argent d’une façon aussi frivole. Je
ne comprends pas comment M. Vandal a pu participer
à la décision de contribuer à
Brébeuf. On est en plein copinage. »
Le Collège Brébeuf est reconnu comme le
collège de l’élite francophone
montréalaise. La Fondation du patrimoine
Jean-de-Brébeuf a des actifs de 10,4 millions,
selon sa dernière déclaration à
Revenu Canada.
Le Collège Brébeuf a sollicité
Hydro-Québec l’automne dernier. En
décembre, la société d’État
a accepté de lui verser 200 000$ en cinq ans. Une
première tranche a été
envoyée au printemps. « Quarante mille
dollars, ce n’est pas une grosse somme, a dit Russell
Flanagan, directeur des ressources humaines du
collège. Cela paie à peine le salaire
annuel d’une personne pour surveiller les installations
sportives. »
La semaine dernière, pris dans la tourmente, le
Collège Notre-Dame a lui aussi
décidé de renoncer au don
d’HydroQuébec. Il a rendu la première
tranche de 50 000$.
Québec met le holà à Hydro
- André Noël
Après avoir pris connaissance, hier, d’un don de
250 000$ d’Hydro-Québec au collège
Notre-Dame, la ministre des Ressources naturelles,
Nathalie Normandeau, a demandé à la
société d’État de revoir sa politique
de dons et de commandites en matière
d’éducation.
Le collège Notre-Dame a
annoncé hier qu’il avait remis à
Hydro-Québec la somme de 50 000$ et qu’il
renonçait au reste de la somme promise.
« Hydro-Québec doit orienter ses
priorités envers les services publics, un principe
qui prend toute son importance dans le contexte où
il s’agit d’une société d’État
», a souligné Mme Normandeau dans un
communiqué.
La Presse a indiqué, hier, qu’Hydro-Québec
avait discrètement décidé de donner
250 000$ en cinq ans au collège Notre-Dame, une
institution d’enseignement secondaire privée. La
société d’État n’a pu fournir
jusqu’à maintenant aucun exemple d’un don similaire
à un collège public. Le PDG
d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, est aussi
président du conseil d’administration du
collège.
Ces révélations ont suscité un
déluge de protestations, si bien que le
collège a décidé de retourner
à Hydro-Québec les 50 000$ reçus
jusqu’à maintenant, et de ne pas toucher le reste
de la somme. « Compte tenu de la controverse
suscitée, le collège Notre-Dame renonce
à la contribution d’HydroQuébec, indique
l’établissement dans un communiqué. Le
collège regrette cette situation et tient à
rappeler l’importance qu’il accorde à
l’activité physique pour la formation des jeunes
ainsi qu’à l’intégration de son projet
sportif dans la communauté avoisinante, soit
l’arrondissement Côte-desNeiges–Notre-Dame de
Grâce. »
Le secrétaire général du
collège, Vincent Grégoire, a dit que la
commandite d’Hydro visait à permettre au
collège de se priver des revenus de location de ses
installations pour offrir celles-ci aux organismes
communautaires de l’arrondissement.
Cette explication contredit toutefois le dernier bulletin
de la Fondation du collège, qui cite
Hydro-Québec parmi les sociétés qui
lui versaient plus de 100 000$. Les sommes reçues
jusqu’à maintenant ont « permis
d’entreprendre la première phase de notre
développement, soit l’aménagement d’un
terrain de sports synthétique… et d’une piste de
course », indique le bulletin.
C’est la
deuxième fois qu’une contribution
d’HydroQuébec à une institution
d’enseignement suscite la controverse. Il y a trois ans,
La Presse avait révélé que la
société d’État avait versé 150
000$ à la campagne de financement de la section de
droit civil de l’Université d’Ottawa, campagne que
dirigeait Marie-José Nadeau, première
vice-présidente d’Hydro-Québec et
diplômée de cette université.
Hier, les protestations se sont multipliées contre
la contribution au collège NotreDame. « La
Fédération des commissions scolaires du
Québec juge inacceptable que le gouvernement du
Québec, par l’entremise de l’une de ses
sociétés d’État, finance davantage le
réseau privé d’éducation », a
indiqué cet organisme dans un communiqué.
Tout comme les principaux syndicats d’enseignants, la
Fédération rappelle que « les besoins
dans le système public d’éducation sont
criants » et s’étonne de voir
HydroQuébec privilégier un
établissement privé.
Le député Pierre Curzi, porte-parole de
l’opposition officielle en matière d’enseignement
primaire et secondaire, s’est dit scandalisé
qu’Hydro-Québec décide de faire un don
à un établissement scolaire
déjà favorisé alors que « de
plus en plus de parents doivent se tourner vers des
organismes communautaires pour obtenir de l’aide, car ils
sont dans l’incapacité d’acheter des effets
scolaires à leurs enfants pour la rentrée
».
Le député Sylvain Gaudreault, le critique du
PQ en matière d’énergie, s’est
questionné sur « l’apparence de conflit
d’intérêts ».
« Il y a une apparence de conf lit
d’intérêts évidente aux yeux de tous,
a déclaré Éric Caire,
député de l’Action démocratique du
Québec. Personne n’a donné le mandat
à Hydro-Québec de subventionner des
écoles. »
François Taschereau, porteparole
d’Hydro-Québec, a répété hier
que M. Vandal n’avait pas pris part à la
décision. « Il ne s’est pas placé en
conflit d’intérêts, a-t-il dit. Il n’a pas
d’enfant au collège Notre-Dame et n’avait aucun
intérêt personnel dans cette contribution,
qui visait à faciliter l’activité physique
chez les jeunes et l’accessibilité des
installations sportives pour la communauté
environnante. »
Le faux pas - André
Pratte
L’i n f or
ma t i on selon laquelle Hydro-Québec
s’était engagée à verser 250 000$ au
collège NotreDame pour l’aménagement d’un
nouveau terrain de soccer-football a suscité une
controverse telle que l’établissement a
renoncé au don.
Révélée par notre collègue
André Noël, la décision
d’Hydro-Québec a fait l’unanimité contre
elle. Les motifs invoqués, cependant,
n’étaient pas tous convaincants.
Dans ce dossier, la société d’État a
commis deux erreurs. D’abord, elle n’aurait pas dû
offrir des fonds à une institution à
laquelle est lié son PDG, même si c’est
à titre bénévole que Thierry Vandal
siège au conseil du collège. Une telle
situation allait nécessairement laisser supposer
que la décision était moins fondée
sur la qualité du projet que sur les désirs
de M. Vandal.
Ensuite, Hydro-Québec devra it toujours être
en mesure d’indiquer en quoi ses contributions sont
conformes à sa mission. Dans le cas présent,
la société n’a convaincu personne de la
nécessité, pour elle, de contribuer à
l’aménagement d’un terrain de sport à
Notre-Dame (même si, comme Hydro le prétend,
son don en facilitera l’accès aux gens du quartier
Côte-des-Neiges).
Cela dit,
il est abusif de parler ici d’un conflit
d’intérêts ; M. Vandal n’avait absolument
rien à gagner, personnellement, de cette
subvention.
La plupart des critiques ont porté sur le fait
qu’une société d’État verse une
subvention à une école privée. Or, il
n’y a là absolument rien de
répréhensible. Les écoles
privées jouent un rôle essentiel au
Québec, rôle que le gouvernement
reconnaît depuis des décennies en les
subventionnant. Québec contribue d’ailleurs 800
000$ au projet de terrain de soccer-football du
collège Notre-Dame (cela étant, on
s’étonne des reproches adressés à
Hydro-Québec par le porte-parole de la ministre de
l’Éducation).
Le PQ et l’ADQ exigent la démission de M. Vandal.
Le député péquiste Sylvain Gaudreault
a qualifié le don de « scandaleux et honteux
», soulignant qu’Hydro-Québec a
augmenté ses tarifs. Quel rapport? La subvention au
collège Notre-Dame représente un
dix-millième des redevances versées
annuellement par Hydro-Québec au gouvernement.
Puisque ces dividendes sont destinés au fonds
consolidé, on peut dire qu’Hydro contribue des
centaines de millions au financement du réseau
public d’enseignement.
Le député adéquiste Éric Caire
s’en est pris pour sa part à la compétence
du PDG d’Hydro, soutenant que celuici avait
été nommé en raison de ses
accointances avec le Parti libéral. M. Caire
devrait savoir que Thierry Vandal oeuvre dans le domaine
de l’énergie depuis 1996 et qu’il a
été nommé à la haute direction
d’Hydro-Québec en 1999, sous le gouvernement du
Parti québécois. Quant à la
compétence du PDG, rappelons que sous sa gouverne,
les bénéfices de la société
ont atteint des niveaux records.
Un faux pas n’efface pas des années de travail au
service du Québec.
Une pratique discutable - Donald Riendeau
Les
sociétés d’État s’éloignent
de leur mission en faisant des dons avec l’argent des
contribuables
À tout événement soulevant des
enjeux d’ordre éthique, il est bon d’en tirer des
leçons aussi bien que l’exagération. La
récente donation d’HydroQuébec au
collège NotreDame, un établissement
privé d’enseignement secondaire de
Montréal, en est une excellente illustration.
Le PDG d’Hydro-Québec,
Thierry Vandal.
L’exagération: le collège Notre-Dame ne
devrait pas recevoir des dons du secteur public, parce
qu’il est un établissement privé.
Plusieurs commentaires dans les médias et de
personnes avec lesquelles j’ai discuté
reprochaient à ce collège dit de «
riches » de recevoir des donations d’organismes du
secteur public. Il est désolant de constater que
cet établissement voit entachée sa
réputation si durement acquise par cet
événement.
Il va de soi que l’argent de parents aisés aide
énormément ce collège. Cependant,
reconnaissons la qualité de sa gestion, de ses
enseignants et de ses programmes qui en font l’un des
fleurons de notre système d’éducation. Que
le collège Notre-Dame récolte de l’argent
du privé et du public, si ses intentions et
objectifs sont de développer le corps et l’esprit
de ses élèves, la responsabilité de
la décision d’accorder cet argent revient aux
organisations donatrices. L’on peut cependant reprocher
au collège de n’avoir pas suffisamment
encadré son risque réputationnel en
acceptant la donation d’une organisation dont le PDG
était également le président de son
propre conseil d’administration.
La première leçon : les PDG des
sociétés d’État ne devraient pas se
placer dans des situations compromettant leur
intégrité. Que les intentions des PDG
soient bonnes et même s’ils se soustraient
à la décision de leur conseil
d’administration d’accorder une donation, il n’en reste
pas moins qu’il est maladroit de se placer
eux-mêmes, leurs organisations, mais surtout les
organisations bénéficiaires telles que le
collège NotreDame, dans des situations
embarrassantes.
En tant
que citoyens, nous nous attendons à ce que les
dirigeants de nos sociétés d’État
agissent de façon irréprochable et non de
manière ordinaire. Rappelez-vous, messieurs – car
il y a encore t r op peu de f emme s – , que vous
occupez les plus importants postes de notre
société.
Seconde leçon : les sociétés
d’État s’éloignent de leur mission
lorsqu’il est question de donations. Tout en
reconnaissant qu’une immense pression s’exerce sur ces
entreprises afin de bien paraître socialement, il
faut également admettre qu’elles ont parfois
perdu de vue leur objectif en subventionnant avec notre
argent des centaines d’organismes communautaires et
environnementaux.
Certes, cela signifie que de l’argent est injecté
dans divers organismes qui en ont souvent bien besoin.
Mais il est possible que ces sociétés ne
soient pas les meilleurs juges pour prendre ces
décisions. Chacune possède sa propre
politique et se fie trop souvent aux suggestions de
leurs premiers dirigeants. Une solution serait qu’elles
se concentrent sur leur mission et que la somme
actuellement consacrée aux donations soit
gérée par un organisme
spécialisé et indépendant.
Le contribuable est en droit de questionner les
pratiques de donations des sociétés
d’État, puisqu’en bout de ligne, la somme
d’argent accordée sort de sa poche.
Un don de 250000$ d’Hydro-Québec -
André Noël
Le PDG de
la société d’État, Thierry Vandal,
est aussi président du CA du collège
ANDRÉ NOËL Sans tambour ni trompette,
Hydro-Québec a décidé de donner
250000$ en cinq ans au collège Notre-Dame, une
institution d’enseignement secondaire privée de
Montréal. Le porte-parole de la
société d’État, François
Taschereau, n’a pu donner, hier, aucun exemple d’un don
similaire à un collège public.
Hydro-Québec a
commencé à donner 50 000$ par année
au collège Notre-Dame (notre photo)
l’année dernière. Cette contribution, qui
se poursuivra jusqu’en 2012, vise l’amélioration
des installations sportives de l’établissement.
Le PDG d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, est aussi
président du conseil d’administ rat ion du col
lège Notre-Dame. Un hasard? « M. Vandal n’a
pas participé à la décision
d’Hydro-Québec concernant le collège
NotreDame, puisqu’il est membre du conseil
d’administration de cette institution », a
assuré M. Taschereau.
Hydro-Québec a commencé à donner 50
000$ par année au collège Notre-Dame
l’année dernière. Cette contribution, qui se
poursuivra jusqu’en 2012, vise l’amélioration des
installations sportives de l’établissement, qui en
est déjà l’un des mieux pourvus au
Québec. Les frais d’inscription annuels
dépassent les 3000$, si bien que le collège
recrute surtout ses élèves dans des milieux
aisés.
« Scandaleux »
Ce don de la société d’État
scandalise Pier re SaintGermain, président de la
Fédération autonome de l’enseignement, qui
regroupe la plupart des syndicats d’enseignants des
écoles primaires et secondaires publiques de
Montréal et du sud du Québec.
« Hydro-Québec fait usage de fonds publics
pour soutenir une entreprise privée
déjà subventionnée par l’État,
s’insurge-t-il. Les polyvalentes publiques peinent
à joindre les deux bouts, et elles ont souvent des
installations sportives minimales et bien insuffisantes.
Les parents du collège Notre-Dame ont les moyens de
faire faire du sport à leurs enfants.
Qu’Hydro-Québec leur vienne en aide alors qu’elle
hausse ses tarifs d’électricité pour tous
les Québécois, y compris les plus pauvres,
est proprement scandaleux. »
Contribution
La nouvelle de la contribution d’Hydro-Québec a
paru dans le dernier bulletin de campagne de la Fondation
du collège Notre-Dame. En première page du
bulletin, Thierry Vandal publie cette déclaration:
« Les années passées au collège
Notre-Dame ont été déterminantes.
Elles m’ont donné une solide formation de base. J’y
ai aussi rencontré des personnes hors de
l’ordinaire que j’ai la chance de côtoyer encore.
C’est ce qui me motive à contribuer aujourd’hui au
rayonnement de mon alma mater et au développement
des générations futures. »
De quelle contribution parle ici M. Vandal ? De la sienne
propre ou de celle d’HydroQuébec? « La
contribution de M. Vandal au collège NotreDame est
sous forme de temps ; il n’a pas contribué
financièrement personnellement », a
répondu le porte-parole de la société
d’État, dans un courriel envoyé à La
Presse.
« L’objectif de notre commandite est de faciliter
l’activité physique chez les jeunes et
l’accessibilité à la communauté
environnante, le quartier Côte-des-Neiges
étant l’un des plus défavorisés
à Montréal », ajoute M. Taschereau. Ce
dernier a joint à son courriel un communiqué
du ministère de l’Éducation daté de
2007, qui annonce une contribution de 800 000 $ du
gouvernement au collège Notre-Dame pour
l’aménagement d’un nouveau terrain de
soccer-football.
« Le terrain sera également utilisé
par les autres ligues de soccer durant les fins de semaine
et par les jeunes de l’arrondissement qui participent au
camp de jour du collège pendant l’été
», indiquait le communiqué.
M. Taschereaun’apuciterune seule école secondaire
publique à laquelle Hydro-Québec aurait fait
un don pour l’amélioration de ses installations
sportives. « Tout dernièrement, nous avons
accepté une autre demande similaire (collège
secondaire, facilités sportives, accès
à la communauté), mais l’institution en
question n’en a pas encore fait l’annonce, a-t-il dit. Je
ne peux pas vous dire de quelle institution il s’agit, ni
même s’il s’agit d’une institution publique ou
privée. »
Il a été impossible de joindre un
porte-parole du collège Notre-Dame, hier. De son
côté, Pierre Saint-Germain, le
président de la Fédération autonome
de l’enseignement, estime que la ministre responsable
d’Hydro-Québec, Nathalie Normandeau, doit obliger
la société d’État à retirer sa
subvention au collège. « Ce n’est pas le
rôle d’HydroQuébec de financer les
écoles, dit-il. Et encore moins les écoles
privées. »
BOISBRIAND :
Les syndicats protestent contre l’arrivée d’un nouveau
collège privé
« Avec des frais de 7000$ par année, le
nouveau collège réunira des élèves
plus fortunés, qui sont réputés pour
avoir de meilleurs taux de réussite. On drainera encore
les meilleurs élèves du réseau public
vers le privé », dénonce le
président de la CSQ.
Un nouveau collège secondaire privé accueillera
300 élèves dès le mois de septembre
à Boisbriand. L’établissement, qui n’exige aucun
test d’admission, veut offrir une solution de rechange aux
jeunes qui sont refusés dans les collèges
privés traditionnels. Mais pour les syndicats,
l’arrivée d’une nouvelle institution privée au
Québec est une gifle de plus pour le système
d’éducation public.
Anciens employés du collège Letendre, Jocelyne
Boivin et Mario Bigras ont eu il y a quelques années
l’idée de créer un collège privé
dans la couronne Nord de Montréal. Cet hiver, la ville
de Boisbriand les a autorisés à construire leur
établissement rue Ambroise-Lafortune, dans le nouveau
quartier industriel.
La construction de l’école n’est pas encore
commencée, mais elle devrait être terminée
pour le 15 août. Le projet sera financé par des
investisseurs privés.
Les élèves de la première à la
cinquième secondaire feront leur entrée
dès le mois de septembre. « Nous avons
déjà reçu 300 inscriptions. Et nous avons
dû refuser presque autant d’élèves parce
que nous sommes complets », dit Mme Boivin.
Le collège Boisbriand possède un permis
d’enseignement de trois ans. Mais il n’a pas encore obtenu
d’agrément et ne sera donc pas subventionné par
le gouvernement. Les coûts d’inscription
s’élèveront à 6800$ par
élève. « Il faut faire nos preuves. Mais
on demandera notre agrément dès cette
année. Et quand on l’aura, les coûts baisseront
de 4000$ », assure Mme Boivin.
Selon la directrice, la demande pour un nouveau collège
privé était forte à Boisbriand. «
Dans la région, le taux d’échec au public est de
52%, note Mme Boivin. C’est beaucoup! Nous voulons donner
accès à plusieurs élèves à
un établissement privé qui offre un bon
encadrement. »
Mme Boivin se
préoccupe peu du fait que son établissement
puisse faire de l’ombre au réseau public. «
Les élèves du public qui vont vers le
privé ne sont pas satisfaits, affirme-t-elle.
Ce n’est pas mon problème.»
Mais pour la Centrale des syndicats du Québec (CSQ),
l’arrivée d’un autre collège privé fera
de l’ombre au réseau public. « Avec des frais de
7000$ par année, le nouveau collège
réunira des élèves plus fortunés,
qui sont réputés pour avoir de meilleurs taux de
réussite. On drainera encore les meilleurs
élèves du réseau public vers le
privé », dénonce le président de la
CSQ, Réjean Parent.
Commissaire scolaire de SaintJoseph-du-Lac– Pointe-Calumet,
Claude Girard partage cet avis. Il ajoute que Boisbriand est
le secteur qui a « l’un des plus fort taux de
décroissance scolaire de la région ».
« Permettre à une nouvelle institution
privée de voir le jour, c’est tirer dans le pied du
public. »
Éric Coupal est professeur d’univers social à la
polyvalente JeanJacques-Rousseau, à Boisbriand. «
Plusieurs élèves nous disent qu’ils vont aller
au collège Boisbriand l’an prochain. On a eu de la
misère à faire six groupes de deuxième
secondaire pour l’an prochain. On perd des
élèves », remarque-t-il. M. Coupal devra
d’ailleurs possiblement aller enseigner dans une autre
école, car sa tâche ne sera pas
renouvelée.
Le président du syndicat de l’enseignement de la
Rivière-du-Nord, Jean Dumais, craint aussi que
l’arrivée du collège Boisbriand ne draine ses
enseignants. Sa région, qui voisine celle de
Boisbriand, est déjà en pénurie. «
Nous avons 10 postes en mathématiques et autant en
sciences et en anglais qui sont comblés grâce
à des tolérances d’engagement. Il y a un risque
que le phénomène ne s’accentue »,
remarque-t-il.
Au cabinet de la ministre de l’Éducation, Michelle
Courchesne, on se défend de vouloir nuire au secteur
public. On explique que chaque école privée qui
fait une demande de permis l’obtient si elle répond
à trois conditions. L’établissement doit prouver
qu’il possède le personnel nécessaire, que sa
situation financière est adéquate et qu’il
applique le programme d’enseignement du Ministère.
« Mais pour recevoir des subventions, il faut avoir un
agrément. Au cours des deux dernières
années, aucun collège privé n’en a
reçu », dit l’attaché de presse de la
ministre, Jean-Pascal Bernier.
L’école
publique en chute libre
Notre école, si ouverte à tous les enfants,
fermera ses portes
L’auteure est
technicienne en travail social. Elle réside à
Saint-Hubert. La cour d’école respirait la tristesse ce
matin-là. Par petits groupes, les plus grands jasaient
de cette fermeture prévue. Les plus jeunes jouaient
sans savoir.
Huguette
Locat avec ses enfants Félix et Fannie devant
l’école Des-Quatre-Vents, à Saint-Hubert.
J’entends encore ma fille me dire : « Et mes amies, mes
anciens professeurs, si je veux les voir, ils seront
où? » C’est la vie qui rentre... C’est ça
la vie des pertes, des joies.
Mais l’enjeu actuel des fermetures d’écoles est plus
grand, plus profond. Sur la Rive-Sud, la décision est
tombée: notre école de quartier, si dynamique,
si ouverte à TOUS les enfants, fermera.
C’est vrai, ce n’est pas seulement les enfants du quartier qui
vont à cette école. Il y a aussi les enfants de
la base militaire qui arrivent en autobus. Il y a aussi
plusieurs classes spécialisées.
Dans notre école, les professeurs sont engagés
(il le faut dans un quartier défavorisé), et
organisent des activités régulières pour
motiver ces jeunes qui ne le sont pas toujours.
Dans notre
petite école où tout le monde se connaît,
l’intimidation est tuée dans l’oeuf. Chaque professeur
connaît chaque enfant, alors l’intervention est rapide.
Des activités chaque fin de mois, des sorties, des
camps de vacances, des journées de ski (
première expérience pour la majorité),
génies en herbe. Pour faire tout ça, il faut de
l’énergie, de la volonté.
Chaque mois, une conférence est donnée sur un
des pays d’origine des élèves de l’école.
Trente pays y sont représentés. Non, les enfants
ne retrouveront pas, c’est certain, un tel dynamisme ailleurs.
Il y a des écoles qui ne font à peu près
pas d’activités.... milieu favorisé ou non.
Dans chaque classe, le professeur a des élèves
en difficulté et d’autres plus faciles. Il doit
pédaler beaucoup entre la discipline et la
pédagogie. D’ailleurs, ça me fait penser aux
écoles privées... ça n’a vraiment pas de
sens, la somme des subventions qu’elles reçoivent. En
plus, le parent peut déduire une partie de ses
coûts d’éducation dans sa déclaration de
revenus. C’est inadmissible.
Notre école publique est en chute libre. Le
gouvernement québécois doit réinvestir
dans l’éducation. L’école publique
s’épuise. On veut une école de bonne
qualité, qui attirera les familles de différents
milieux. Pas une école publique par dépit ; une
école publique qui n’aura plus que les pauvres, les
irréductibles et ceux qui ne correspondent pas aux
critères de l’école privée.
Aujourd’hui, pour être professeur dans certaines
écoles publiques, il faut avoir l’âme
missionnaire. Il faudrait recommencer à croire en une
bonne éducation pour tous. Comme certains y ont cru
dans les années 60. Il est temps de réinvestir
pour le futur.
L’école publique pour un enfant de la
Mission de l’Esprit-Saint
La Cour
force un membre du groupe religieux à cesser de
scolariser son fils à la maison
EXCLUSIF
La Cour supérieure ordonne à un père,
membre du groupe religieux la Mission de l’Esprit-Saint de
Joliette, d’inscrire son fils de 12 ans à
l’école publique. Il l’en avait retiré «
depuis au moins 2006 », sans le consentement de la
mère dont il est divorcé, selon le jugement
daté du 4 mai.
La Cour supérieure vient
d’ordonner à un père, membre du groupe
religieux la Mission de l’Esprit-Saint de Joliette,
d’inscrire son fils dans une école publique de la
région. L’Institut Laflèche, une
école illégale que fréquentaient les
enfants de la Mission, a été fermé en
2007 sur ordre de la Cour.
Depuis son retrait de l’école, le garçon
« s’instruit lui-même, à la maison, sans
supervision de professeurs qualifiés sur place
», en vertu d’un programme qui n’est pas reconnu par
le ministère de l’Éducation, précise le
jugement. C’est sa mère qui a présenté
une requête demandant l’inscription de
Jérôme ( prénom fictif) dans une
école publique.
Même s’il est scolarisé à la maison, le
garçon n’a pas été évalué
par la commission scolaire des Samares (dont il
relève) depuis 2006, parce que sa mère refuse
de signer une demande de dispense de fréquentation
scolaire.
La commission scolaire avoue son impuissance
Diane Collin, de la commission scolaire des Samares, a
expliqué à la Cour qu’environ 200 dispenses
ont été accordées à des enfants
de son territoire. « La vaste majorité pour des
enfants de familles faisant partie de la Mission de
l’Esprit-Saint » , a-t-elle précisé. Ces
dispenses sont accordées en se fondant sur ce que les
parents se proposent de donner à leurs enfants comme
scolarité, « sans que des vérifications
soient effectuées », souligne le jugement. Mme
Collin « avouant candidement que de telles
vérifications ne sont pas faites parce que la
commission scolaire n’a pas « le pouvoir de les faire
», note le juge Julien Lanctôt.
Le magistrat
a indiqué que la formation scolaire offerte à
Jérôme n’est pas équivalente à ce
qui est dispensé à l’école qu’il
« entretient des doutes sérieux » sur la
capacité d’un enfant de 12 ans à
étudier seul. Il a aussi pris en compte les
problèmes éprouvés par la soeur de
Jérôme (entendue à l’audience)
lorsqu’elle était sous la garde de son père.
« Le meilleur intérêt de l’enfant, dans
les circonstances décrites au présent dossier,
consiste à ce qu’il fréquente une école
conventionnel le » , écrit le juge. Il ordonne
au père d’inscrire le garçon dans une
école publique reconnue par le Ministère,
située près d’où il réside, dans
un délai de 30 jours et de s’assurer qu’il la
fréquente. À défaut de quoi, sa
mère pourra l’inscrire à l’école sans
l’autorisation du père.
Pour le bien des enfants de la Mission
« Madame paie (pour obtenir ce jugement), elle n’est
pas appuyée par le ministère de
l’Éducation ou la commission scolaire, c’est dommage
», a commenté Louise St-Amour, avocate de la
mère. Elle a ajouté que la mère avait
fait cette démarche pour le bien de son fils, mais
aussi pour les autres enfants de la Mission de
l’Esprit-Saint.
Me Yannick Morin, avocat du père, a indiqué
que son client n’irait pas en appel. « Il était
un peu débiné, mais il va se conformer
à la décision », a-t-il dit.
La Mission de l’Esprit-Saint est un groupe religieux dont la
devise est « La régénération de
l’humanité par l’eugénisme ». L’Institut
Laf lèche, une école illégale où
étaient scolarisés les enfants de la Mission,
a été fermée par ordonnance de la Cour
supérieure en 2007. Depuis, les enfants de la Mission
sont pour la plupart scolarisés à la maison ou
dans des écoles clandestines situées dans des
résidences privées, comme le rapportait La
Presse en mars dernier.
Jusqu’à septembre pour se conformer
à la loi
ÉCOLES JUIVES ILLÉGALES
« Il y avait une école, les
élèves venaient tous les matins, mais il n’y
avait pas d’horaire, pas de liste d’enseignants, tout
ça. »
Les écoles juives orthodoxes illégales ont
jusqu’à la prochaine rentrée pour se conformer
à la loi, a annoncé hier la ministre de
l’Éducation. « J’ai fixé un délai
qui serait de septembre prochain, pour que tous les enfants
puissent être dans le système
québécois d’instruction publique, a dit
Michelle Courchesne à l’Assemblée nationale.
C’est ce que nous suivons de très près.
»
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND,
LA PRESSE
Ce petit garçon
juif orthodoxe regarde à l’intérieur de la
Yeshiva Toras Mosche de Montréal, qui scolarise des
enfants sans détenir de permis. Jusqu’à
maintenant, cette école refuse de se conformer
à la loi, prétextant des contraintes
religieuses.
La Loi sur la protection de la jeunesse précise que
« la sécurité ou le développement
d’un enfant peut être considéré comme
compromis s’il est d’âge scolaire et ne
fréquente pas l’école », a
rappelé en Chambre le député
adéquiste Gérard Deltell. « Est-ce qu’il
va falloir que la DPJ intervienne? » a-t-il
demandé.
Une mise en demeure a été envoyée aux
parents, spécifiant qu’ils devaient s’assurer que
leurs enfants fréquentent l’école, a
répondu la ministre. Les parents de huit
écoles juives illégales en 2007 ont
reçu cette lettre, a précisé à
La Presse Jean-Pascal Bernier, attaché de presse de
Mme Courchesne.
Plusieurs d’entre elles se sont légalisées
depuis. Mais trois écoles juives – Belz, Skver et la
Yeshiva Toras Mosche – scolarisent toujours sans permis des
garçons hassidiques, en leur donnant un enseignement
essentiellement religieux.
« Est-ce qu’ils réussiront à le faire
(se conformer à la loi) ? Nul ne le sait », a
admis la ministre. « Les discussions avec les
communautés juives se font sur une base
régulière », a-t-elle ajouté.
Deux écoles d’accord
Les écoles Belz et Skver – qui viennent de
déposer une demande de permis pour légaliser
le cours secondaire donné aux garçons –
attendent actuellement la réponse de la ministre.
« Dans l’esprit des communautés, ils
n’envisagent pas que l’implantation du programme
québécois se fasse plus tard que septembre
prochain », a assuré hier Yann Bernard, avocat
des écoles Belz et Skver.
Si le
dépôt de la demande a tardé – l’entente
signée par les deux écoles avec Québe c
prévoya i t une légalisation en septembre
dernier – c’est en raison de l’ampleur du travail à
accomplir. « Il y avait une école, les
élèves venaient tous les matins, mais il n’y
avait pas d’horaire, pas de liste d’enseignants, tout
ça », a fait valoir Me Bernard.
Fausse déclaration
Quant à la Yeshiva Toras Mosche, sa demande de permis
a été refusée, « le dossier
soumis étant inacceptable », selon un document
du Ministère obtenu par La Presse. Me Bernard n’a pas
voulu commenter sa situation, n’ayant pas parlé
à ses représentants.
Dès novembre 2006, des employés du
Ministère se sont rendus aux deux campus de la
Yeshiva, rue Saint-Urbain et chemin Bates, à
Montréal, a appris La Presse. Des rabbins leur ont
déclaré enseigner à 270 garçons
et détenir un permis, ce qui était faux.
Une seconde visite, à la fin de novembre 2006, leur a
permis de constater que seul du matériel didactique
en yiddish ou en hébreu était utilisé.
« Le moins que l’on puisse dire est que le climat
prévalant dans les classes n’était pas
particulièrement calme et ne se prêtait pas
vraiment à l’étude », ont-ils
noté.
Les inspecteurs ont aussi constaté « que
l’école opère un centre de la petite enfance
», le CPE Bais Yoel, qui détient un permis du
ministère de la Famille.
Dès le 10 novembre 2006, une lettre du
Ministère a été envoyée à
la Yeshiva pour lui préciser qu’elle devait adresser
une demande de permis « dans les plus brefs
délais », si elle voulait continuer d’offrir
des services éducatifs. Deux ans et demi plus tard,
elle n’en a toujours pas.
DES ÉCOLES JUIVES ENCORE ILLÉGALES
En 2007, le
ministère de l’Éducation affirmait que les
écoles juives illégales, qui comptaient 700
élèves, respecteraient bientôt la loi.
Mais au moins trois écoles pour garçons
hassidiques fonctionnent toujours sans permis, a
constaté La Presse. Négligea
« L’enseignement religieux doit occuper une part
importante de la semaine afin que les élèves
puissent acquérir, comprendre et respecter ce qui est
l’essentiel de la vie de la communauté »,
écrit l’avocat de la Yeshiva.
Deux des trois écoles juives orthodoxes qui se sont
entendues avec le ministère de l’Éducation pour
légaliser leur cours secondaire n’ont pas
respecté leur engagement, a appris La Presse. Les
écoles communautaires Belz et Skver devaient demander
un permis pour donner le secondaire aux garçons (ce
qu’elles font illégalement) à partir de
septembre 2008. Or, elles n’ont toujours pas de permis.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA
PRESSE
C’est l’heure de la
récréation pour les garçons de
l’école juive orthodoxe illégale Yeshiva Toras
Mosche de Montréal, ici au campus situé rue
Bates.
C’est en vertu du Protocole d’entente concernant la
scolarisation de certains jeunes appartenant à la
communauté juive (voir autre texte), signé par
les écoles Belz et Skver le 16 juin dernier et par la
ministre Michelle Courchesne le 3 juillet dernier, qu’elles
devaient faire cette demande de permis pour 2008-2009.
« L’entente avec le Ministère n’a pas
été signée aussi rapidement que
prévu », a fait valoir hier Yann Bernard, avocat
des écoles Belz et Skver. Cela a retardé, selon
lui, l’envoi des demandes de permis.
Menace de transmettre le dossier à la justice
Le 26 août dernier, le Ministère a envoyé
une lettre à l’école Belz, obtenue par La Presse
grâce à la loi d’accès à
l’information, précisant être « en attente
du dépôt de votre modification de permis, afin
d’ajouter les services d’enseignement au secondaire pour les
garçons ».
Ce n’est finalement que le… 23 janvier 2009 que l’école
Belz a fait la demande de modification de permis attendue, a
indiqué Ahissia Ahua, porteparole du MELS. « La
demande est en traitement actuellement, a-t-elle
précisé. Une réponse parviendra à
l’établissement en vue de la prochaine année
scolaire. »
Le 30 octobre,
c’était au tour de l’école Skver de recevoir une
lettre plus menaçante du Ministère, lui
rappelant qu’elle donne le secondaire aux garçons
« sans que ces services éducatifs ne soient
autorisés ». Une demande de permis devait lui
être adressée sous peu, à défaut de
quoi le MELS allait transmettre le « dossier au
ministère de la Justice qui prendra les recours
appropriés ».
Dès le lendemain, l’école Skver a transmis sa
demande. L’école aura aussi une réponse «
en vue de la prochaine année scolaire », selon
Mme Ahua. Entre-temps, les deux écoles secondaires pour
garçons continuent de fonctionner dans
l’illégalité.
Les écoles veulent se conformer, selon leur avocat
« Ces écoles font tout ce qu’elles peuvent
actuellement pour essayer de se conformer et ce n’est vraiment
pas facile, a plaidé Me Bernard. Elles travaillent
très, très fort pour correspondre aux exigences
du MELS. »
Mais ces écoles hassidiques ne sont pas sans tache. La
Commission consultative de l’enseignement privé, dans
son rapport annuel 2007-2008, note plusieurs problèmes
à l’école Belz. Certaines matières n’y
sont pas enseignées, les frais facturés aux
parents dépassent le maximum prévu par la Loi et
les laboratoires de sciences sont inadéquats.
L’école Belz détient des permis pour enseigner
le primaire en anglais et en français et le secondaire
en anglais (seuls les élèves qui terminent le
primaire en français sont ensuite scolarisés
illégalement en anglais au secondaire). Elle est
subventionnée par Québec.
Aussi subventionnée, l’école Skver
détient un permis pour le primaire (section
garçons) et des permis pour le primaire et le
secondaire (filles). La Commission y voit « plusieurs
manquements d’importance » : les sciences n’y seraient
pas enseignées et le temps consacré à
l’enseignement non religieux y est insuffisant.
Ce que prévoyait l’entente avec
Québec
C’est
« pour régler le problème de la
non-fréquentation scolaire » de certains jeunes
hassidiques qu’une entente a été signée
l’été dernier par la ministre de
l’Éducation, Michelle Courchesne, et les
écoles juives orthodoxes Skver et Belz.
L’entente prévoit que les deux écoles
demanderont un permis pour « dispenser l’enseignement
secondaire général aux garçons de 16
ans et moins de (leur) communauté à compter de
l’année scolaire 2008-2009 ». Cet enseignement
se fera en français et progressivement, le Programme
de formation de l’école québécoise sera
mis en place.
Un comité de suivi, devant faire une
évaluation périodique de l’application du
protocole « pour s’assurer que le niveau,
l’étendue, l’intensité et la durée des
programmes offerts aux élèves sont maintenus
», doit être mis sur pied.
L’entente souligne que l’étude de la Torah «
fait appel à plusieurs compétences » du
programme scolaire québécois et que «
les communautés juives orthodoxes souhaitent
gérer leurs écoles dans le respect des lois
». Elle rappelle que ces deux écoles existent
depuis longtemps (20 ans pour Skver, 50 ans pour Belz).
Le
Collège rabbinique du Canada aussi concerné
Auparavant, à l’été 2007, un Groupe de
travail sur la scolarisation de certains adolescents de la
communauté juive a été formé par
le Ministère, des représentants des
écoles Belz, Skver et Beth Rivkah et un consultant,
Alain Vidal. C’estM. Vidal qui a comparé la formation
issue du Talmud et le programme secondaire
québécois et conclu que « de
façon générale, on fait appel aux
mêmes compétences ».
« Toutefois, il existe des écarts plus ou moins
significatifs sur les contenus et également sur la
terminologie », peut-on lire dans le rapport final du
Groupe de travail, daté du 15 décembre 2007 et
obtenu par La Presse grâce à la Loi
d’accès à l’information. Si le programme de
mathématiques est assez bien couvert (voir
encadré), ce n’est pas le cas du français
langue seconde (couvert à 0%), de l’histoire (5%) ou
de la géographie (10%). Nettement insuffisant, le
temps consacré aux matières
séculières doit être augmenté
d’au moins 15 heures par semaine.
Le rapport prévoyait une implantation du programme
québécois progressive, à partir de
septembre 2008 jusqu’en 2012-2013. L’application est
maintenant repoussée d’un an, a indiqué Me
Yann Bernard, avocat des deux écoles.
LeCollège rabbinique duCanada, qui a
déjà un permis pour les 1re, 2e et 3e
secondaire (mais pas pour les 4e et 5e secondaire) doit
aussi se rallier au programme québécois, selon
le rapport.
Une
école
juive hassidique clandestine à Napierville -
Marie Allard
Un
pensionnat hassidique installé dans la campagne
à Napierville rééduque les jeunes
juifs en difficulté, a appris La Presse. Donnant
un programme religieux à des adolescents du
Québec, des États-Unis et de l’Angleterre,
il n’a pas de permis du ministère
La yeshiva accueille une vingtaine de garçons.
« On les aide, puis ils vont dans d’autres
écoles. »
Une école juive hassidique scolarise des jeunes
en difficulté sans permis du ministère de
l’Éducation, à Napierville, a appris La
Presse. La fonction principale de la yeshiva Or
Menachem, « tout en étant religieuse, est
d’accueillir comme pensionnaires, pour une durée
de six mois à quatre ans, des garçons de
13 à 17 ans », a indiqué la
Commission municipale du Québec dans une
décision rendue le 1er mai 2007.
Ces adolescents sont « aux prises avec de
multiples problèmes reliés notamment
à des difficultés d’apprentissage et
à des déviances comportementales »,
précise la Commission. Leurs parents paient 10
000$ par an pour les envoyer au pensionnat hassidique.
Le programme est composé à 60%
d’études religieuses et de prières (six
heures par jour) et à 40% d’activités
récréatives de cours de base (maths,
anglais, français et histoire) et de repas, selon
ses dirigeants.
Or Menachem a ouvert ses portes à Sainte-Agathe
en 2003, avant de déménager dans un vaste
édifice de Napierville, au sud de
Montréal, en 2005. Lors du passage de La Presse,
des adolescents vêtus de chemises blanches et de
pantalons foncés, portant la kippa, jouaient au
volleyball et faisaient du patin à roulettes
devant le pensionnat. « C’est une bonne
école », a dit un élève,
assis sous le porche de la yeshiva (nom donné aux
écoles talmudiques pour jeunes hommes).
Le rabbin Yehuda Dahan, qui a fondé
l’école avec sa femme, a expliqué à
La Presse qu’il a commencé par aider un jeune,
avant que les choses ne s’enchaînent. « Je
ne pensais pas ouvrir une école, mais ç’a
très bien marché, les parents
étaient très contents, alors on a
trouvé cet endroit, a-t-il indiqué en
anglais. Certains des enfants qui sont ici ont beaucoup
de problèmes, c’est bon pour eux d’être
loin de la ville. »
Ac t uel lement, la yeshiva accueille une vingtaine de
garçons, selon le rabbin. « On les aide,
puis ils vont dans d’autres écoles »,
a-t-il précisé.
Nombreux règlements
Gros hic : le pensionnat ne détient pas de permis
du ministère de l’Éducation et ne respecte
pas le programme scolaire québécois.
Officiellement, il est enregistré comme la
synagogue Un Arbre de vie– Or Menachem, pas comme une
école.
Son site internet présente pourtant clairement
l’endroit comme une école, la « Yeshiva Or
Menachem, là où votre fils réussira
». Dans de petites classes, on y offre « un
programme hassidique visant à élever nos
élèves », précise le site en
anglais.
Les
règles à suivre sont nombreuses: il est
interdit de sortir du terrain du pensionnat, d’avoir un
cellulaire ou encore de la musique, des magazines ou des
affiches goys (non juifs). « Ne pensez même
pas à en apporter à la yeshiva »,
précise le règlement.
Les difficultés des jeunes de la yeshiva sont
souvent liées « à des
problèmes de famille (divorce, abus,
négligence, rejet du milieu scolaire) »,
selon ce qu’ont fait valoir ses dirigeants à la
Commission municipale du Québec.
Merci d’avoir rééduqué notre fils
Les familles de deux garçons ramenés dans
le droit chemin par la yeshiva témoignent de leur
gratitude dans le site. « Dieu merci que nous vous
ayons trouvés, que vous ayez accepté notre
fils dans votre programme et que vous ayez
été là pour lui, pendant les bons
moments comme pendant les épreuves »,
écrivent les parents d’un élève qui
a fréquenté la yeshivaOrMenachem pendant
trois ans et demi.
« Vous n’avez été
décontenancés par aucun des comportements
négatifs que vous avez observés chez les
garçons et lentement au fil de l’année,
vous les avez rééduqués »,
écrivent les parents d’un autre garçon.
Financement insuffisant
Pourquoi la yeshiva ne demandet-elle pas un permis au
ministère de l’Éducation? « On y
travaille, a répondu le rabbin. Le principal
problème, c’est que notre financement vient
surtout de dons. Nous n’en avons pas suffisamment pour
avoir le niveau demandé. Nous prévoyons
faire 100% de ce que le gouvernement veut, ce qui aidera
nos élèves à entrer à
l’université. Mais notre problème
actuellement, c’est l’argent. »
Or Menachem propose tout de même à ses
élèves de faire créditer leurs
cours en ligne, par le site internet de KeyStone High
School, une entreprise américaine située
en Pennsylvanie. Pour consulter le site internet de la
yeshiva Or Menachem: www.ormenachem.org
Sortir les jeunes de la ville
«
À Napierville ? Je suis très
étonné », a dit Pierre Anctil,
spécialiste des hassidim et professeur à
l’Université d’Ottawa, en apprenant qu’une
école juive clandestine est installée
à 45 minutes au sud de Montréal.
« Le fait que ce soit si isolé, c’est parce
qu’ils veulent sortir les jeunes de la ville et des
milieux où ils rencontrent des influences
néfastes, a-t-il analysé. Ça peut
être dans le milieu juif lui-même, des gens
qui ne pratiquent pas, qui se moquent de la religion, de
leurs parents, des choses comme ça. »
Selon lui, la clientèle de la yeshiva Or Menachem
est probablement composée de jeunes hassidim et de
jeunes juifs orthodoxes, non hassidim. « C’est
possible que les parents confient aux juifs hassidiques
certains jeunes qui ont des problèmes de tout
ordre: drogue, fugue, refus de pratiquer la religion,
refus de l’autorité parentale », a-t-il dit.
Obtenir un
permis du ministère de l’Éducation sera
difficile pour la yeshiva. « En
général, ils n’enseignent pas le
français, a indiqué le spécialiste.
Je serais très surpris qu’ils enseignent l’histoire
ou la biologie, qui contredisent le récit biblique.
»
Même les manuels approuvés par le
Ministère posent un problème aux hassidim.
« Ils utilisent du matériel où on ne
voit pas de jeunes femmes et de jeunes hommes dans les
mêmes images, où il n’y a pas de gens en
t-shirt, etc. »
Envoyer les jeunes à l’école publique est
aussi impensable pour eux. « C’est impossible,
strictement impossible, a indiqué M. Anctil. Parce
que le but de l’exercice, c’est de les isoler du monde et
de leur donner une formation religieuse. S’ils les
envoient dans des écoles publiques, ce serait tout
défaire. Ils ne pourraient pas manger le midi parce
que ce ne serait pas casher, ils ne pourraient avoir
aucune interaction suivie avec le milieu. Ils verraient
des jeunes femmes habillées d’une manière
que nous jugeons normale, mais qu’eux jugeraient
indécente. Ce n’est pas faisable. »
« Mais il faut éviter de les présenter
comme un groupe pathologique ou marginal, a-t-il
ajouté. C’est plus complexe que ça. Il faut
partir de leur point de vue à eux, qui est que
fondamentalement, ils répondent à un
impératif de pratique religieuse intense. »
Le ministère de l’Éducation ferme les
yeux
Cette
synagogue-là n’est pas une école, a
répondu le porte-parole de la ministre de
l’Éducation. C’est plutôt un centre
d’accueil. Donc le Ministère a plutôt fait
les liens avec les services sociaux de la région.
Québec sait que des adolescents juifs en âge
de fréquenter obligatoirement l’école sont
scolarisés dans une yeshiva clandestine de
Napierville. Le ministère de l’Éducation a
envoyé deux employés visiter l’école
Un Arbre de vie – Or Menachem le 12 mai 2008, a appris La
Presse en vertu de la loi d’accès à
l’information. Aucune sanction n’a toutefois
été prise depuis.
Le rabbin Yehuda Dahan a
fondé l’école hassidique Arbre de vie – Or
Menachem de Saint-Cyprien-de-Napierville, qui n’a pas de
permis du ministère de l’Éducation.
« Cent pour cent des enfants et des parents sont
contents de l’éducation qu’on offre »,
a-t-il dit.
Les inspecteurs du Ministère y ont vu sept
adolescents, « tous des élèves en
sérieuses difficultés d’apprentissage
», écrivent-ils dans leur rapport. «
Tous ces enfants ont été envoyés
là par leurs parents, parfois sur recommandation de
la Direction de la protection de la jeunesse,
précisent-ils. Ils accueillent aussi des enfants
référés par les centres jeunesse ou
par la Cour. »
Trois élèves venaient des États-Unis,
un d’une école publique québécoise et
les trois derniers d’écoles juives
montréalaises (Collège rabbinique du Canada,
Yeshiva Gedola-Merkaz Hatorah et Talmud Torahs Unis de
Montréal).
Les propriétaires du pensionnat disaient être
d’accord pour envoyer les jeunes à l’école
publique, selon les inspecteurs. « Leur rôle
est avant tout d’accueillir et d’héberger des
jeunes en difficulté, soulignent les inspecteurs.
Ils seraient tout disposés à limiter leur
rôle à cet aspect, tout en confiant leur
scolarisation aux deux commissions scolaires (note:
anglophone et francophone) concernées. »
Refus de l’école régulière
Le 9 juin dernier, le Ministère a averti la yeshiva
de Napierville par lettre qu’elle contrevenait à la
loi. Il a invité les responsables à
contacter les commissions scolaires de son territoire ou
à déposer une demande de permis « dans
les plus brefs délais ».
«
Ils n’ont pas communiqué avec nous depuis » ,
a assuré Fannie Deschamps, porte-parole de la
commission scolaire des Grandes-Seigneuries (CSGS), qui
couvre Napierville. Il y a deux ou trois ans, les
propriétaires de la yeshiva ont toutefois eu une
rencontre à la commission scolaire, selon Mme
Deschamps.
« Leur réponse a été
très claire, à savoir qu’il n’était
pas question que leurs jeunes viennent se scolariser ici
», a-t-elle précisé. Et comme les
parents de plusieurs de ces jeunes habitent
Montréal, « ça relève de la
Commission scolaire de Montréal », a
estimé Mme Deschamps.
À la commission scolaire anglophone Riverside, qui
dessert aussi Napierville, « on n’a pas de ces
élèves dans nos écoles, a dit Kevin
Lukian, directeur général de Riverside. La
question m’a été posée il y a quelque
temps par le Ministère et nous avons
vérifié. »
Ce n’est pas une école, dit le MELS
Que dit le ministère de l’Éducation de tout
cela? « Cette synagogue-là n’est pas une
école, a répondu Jean-Pascal Bernier,
attaché de presse de la ministre de
l’Éducation. C’est plutôt un centre
d’accueil. Donc le Ministère a plutôt fait
les liens avec les services sociaux de la région.
Mais on me dit que les élèves qui vont
là peuvent être recommandés par
d’autres écoles, ou peuvent aller là et
être dans une école aussi. »
Or Menachem s’affiche pourtant comme une école dans
son site internet. Son rabbin a clairement dit à La
Presse qu’il s’agit d’une école. Et encore à
la rentrée 2008, des petites annonces
étaient placées dans internet par la yeshiva
pour trouver des tuteurs « en maths et/ou en
français ».
Le Ministère s’est-il assuré que les
élèves de Or Menachem fréquentent
maintenant une école reconnue ? « Cet
endroit-là, c’est vraiment plus comme un centre
d’accueil, a répété M. Bernier. C’est
pour ça qu’on a fait le lien plutôt avec les
services sociaux de la région. »
Les
diplômés
remboursent leurs prêts plus rapidement qu’avant -
DETTES D’ÉTUDES
L’endettement
moyen
des diplômés canadiens de la cohorte 2005 a
augmenté pour tous les cycles d’enseignement par
rapport à la cohorte 2000. Malgré tout, ils
étaient aussi plus nombreux, à tous les
niveaux, à avoir terminé de rembourser leurs
prêts en 2007.
Les diplômés québécois et
canadiens sont de plus en plus nombreux à
rembourser intégralement leurs prêts
étudiants dans les deux années suivant la
fin de leurs études.
Selon les plus récentes données de
l’étude quinquennale de Statistique Canada sur la
situation des diplômés, l’endettement moyen
des diplômés canadiens de la cohorte 2005 a
augmenté pour tous les cycles d’enseignement par
rapport à la cohorte 2000. Malgré tout, ils
étaient aussi plus nombreux, pour tous les cycles,
à avoir terminé de rembourser leurs
prêts en 2007.
À la demande de La Presse Affaires, Statistique
Canada a aussi présenté les données
par province.
AuQuébec, malgré une relative
stabilité du niveau d’endettement, 30% des
diplômés du cégep, du
baccalauréat et de la maîtrise de la cohorte
2005 s’étaient acquittés de leurs dettes
d’études dans une période de deux ans, une
augmentation de sept points en cinq ans.
Denis L’Hostie, directeur principal à la
planification financière à la Banque
Laurentienne, y voit là une excellente nouvelle,
parce que cela a toutes les chances d’aider les jeunes
dans leurs projets futurs. « Quand les jeunes en
sont rendus à procéder à l’achat
d’une maison, le prêt étudiant leur nuit sur
le plan du ratio d’endettement, même si le taux
d’intérêt n’est pas si élevé
», dit-il.
Endettement stable au Québec
Sans surprise, l’endettement moyen des étudiants
québécois est nettement moins
élevé qu’ailleurs au pays en raison des
Les données révèlent aussi que
contrairement à la tendance canadienne, le niveau
d’endettement moyen des diplômés
québécois est resté sensiblement le
même pour les cégepiens (7900$ pour la
cohorte 2005) et les bacheliers (13 600$), et a
baissé que très légèrement
pour les maîtres (14 800$ au lieu de 16 100$).
droits de scolarité plus bas. Ainsi, la dette
moyenne d’un nouveau bachelier était de 13 600 $ au
Québec, loin de la moyenne canadienne de 22 800$.
Au doctorat, l’endettement a même fortement
diminué, passant de 27 200 $ en 2000 à 20
500$ cinq ans plus tard. Mais contrairement aux autres
diplômés, les nouveaux docteurs
québécois ne sont pas plus nombreux à
rembourser rapidement leurs dettes.
Le pourcentage d’étudiants endettés au
moment de l’obtention de leur diplôme a aussi
diminué à tous les niveaux au Québec,
et de façon plus marquée au collégial
et au doctorat. Au Canada, la proportion globale
d’étudiants endettés reste inchangée,
à 49%.
L’Enquête nationale auprès des
diplômés suit le parcours d’un
échantillon de diplômés canadiens deux
ans puis cinq ans après l’obtention de leur
diplôme. Les données sur l’endettement ne
concernent toutefois que les diplômés qui
n’ont pas poursuivi leurs études dans les deux
années suivant l’obtention de leur diplôme.
Invité à réagir aux données de
Statistique Canada, le président de la
Fédération étudiante universitaire,
David Paradis, a préféré garder une
certaine réserve en raison de la sélection
de l’année 2005 comme année de
référence. Or, il s’agit de l’année
des coupes de 103 millions dans le régime de
prêts et bourses. « Ce fut une année si
explosive que le gouvernement du Québec n’a pas pu
comptabiliser l’endettement étudiant pour cette
période », dit M. Paradis.
SOCIÉTÉ
L’art de communiquer avec l’enseignant de son enfant
Non mais, pourquoi ton prof ne t’a pas donné
une meilleure note ? Et pourquoi ce commentaire, là
? Est-ce qu’il t’a vraiment dit ça ? Avis aux
parents les mieux intentionnés : c’est souvent
vous, en voulant trop bien faire pour votre enfant, qui
avez tendance à être les plus intrusifs. Du
coup, vous mettez en péril toute saine
communication entre vous et l’enseignant de votre enfant.
Ouille! C’est pourtant l’essentiel du message que livrera
ce soir Rose-Marie Charest, la présidente de
l’Ordre des psychologues, dans un discours au CHU
Sainte-Justine, portant sur l’art de la communication
entre parents et enseignants.
Vrai, c’est davantage du désengagement des parents
face à l’école que l’on a entendu parler
dernièrement. Des parents qui ne s’engagent plus
comme avant. Qui laissent l’école élever
leurs enfants. Mais Rose-Marie Charest croit que le
surengagement a quant à lui été
sous-estimé. D’où son intervention publique
de ce soir. « Les parents peuvent manquer le bateau
parce qu’ils ont trop à coeur le bien-être de
leur enfant », nous a-t-elle expliqué plus
tôt cette semaine, en entrevue.
Attention, danger. « On a l’illusion, parce qu’on a
juste le nombre d’enfants qu’on souhaite, qu’on peut tout
contrôler, dit-elle. Mais il faut se rendre compte
que nos enfants ne nous appartiennent pas. Ils vont avoir
des influences autres que la nôtre. »
Les plus intrusifs ont souvent tendance à
être les parentsquin’ontpas eu la chance de faire
des études. Des parents qui voudraient tant voir
leur enfant réussir, là où eux ont
échoué. « C’est important, les
résultats scolaires, souligne-t-elle. Mais il faut
permettre à chaque enfant de devenir
lui-même, et non de grandir pour correspondre
à une image. »
Afin
d’établir ce qu’elle qualifie de «
troisième lien » entre l’école en tant
qu’institution et la famille, la psychologue propose
quelques pistes pratiques aux parents. À garder en
mémoire, avant de sauter sur le
téléphone pour se plaindre à la
direction.
D’abord, aux parents insatisfaits de la matière
enseignée, elle rappelle l’importance de s’engager,
en début d’année, auprès des
différents comités. C’est eux qui
déterminent le programme pédagogique.
« Il faut aller aux sources, dans les
comités, au lieu de constamment mener un combat
individuel pour notre enfant. »
En deuxième lieu, avant de sauter au plafond devant
une prise de décision (l’interdiction de porter des
foulards l’hiver, ou des gougounes l’été,
par exemple) elle suggère d’essayer de comprendre
ladite décision, avec une vue d’ensemble, et non
une vue individuelle. « L’école gère
un groupe dont fait partie notre enfant »,
rappelle-t-elle.
Troisième suggestion, laquelle découle de la
seconde: concevoir le bien-être de notre enfant en
lien avec le bien-être du groupe. Le psychologue
Richard Cloutier a déjà dit qu’il fallait
« un village pour élever un enfant ».
« Gardons-le en tête », insiste
RoseMarie Charest.
Finalement, la psychologue conseille aux parents de songer
à se remettre en question: se pourrait-il que moi,
comme parent, j’aie du mal à laisser grandir mon
enfant ? « Le risque avec ces sujets-là,
c’est d’avoir l’air moralisateur ou culpabilisateur,
reconnaît RoseMarie Charest. Mais moi, mon objectif,
c’est de faire réfléchir les parents, pour
qu’ils reconnaissent qu’ils ne pourront pas tout
contrôler.
Lettre
d'une enseignante révoltée !...
Nouvellement bachelière en éducation
préscolaire et primaire, je suis une jeune
enseignante de 24 ans. Depuis mon tout jeune âge, je
rêve d'écrire au grand tableau, de corriger
avec autocollants et bonhommes sourires et de voir les
petites frimousses à qui j'enseigne s'épanouir
en apprenant à lire, écrire et compter. Ces
rêves sont devenus réalités depuis
bientôt un an. Je ne me plains pas de mes petits
amours, de mes enrichissantes collègues ou de la
dynamique d'une école absolument irréprochable.
Je ne me plains pas de mon salaire, qui en fait pourtant
damner plus d'une si l'on considère toutes les
heures consacrées à notre profession (impossible
de faire du 9 à 5). Je suis heureuse de ce que
j'accomplis jours après jours dans la recherche du
meilleur de moi-même et du meilleur à donner
à mes élèves.
Ce que je déplore et qui pèse lourd sur mes
épaules est le comportement des parents et de la
société à l'égard de ma
profession. Combien de fois je ressens une révolte
en moi en entendant ces phrases typiques : «Vous
êtes bien vous autres avec vos deux mois de
vacances par été». 1 mois et
demi pour plus de précision et bien
mérité compte tenu de l'intensité des
autres mois scolaires où il faut gérer les
notes, les bulletins, les diverses corrections
commentées, les cas disciplinaires, les plans
d'intervention, les périodes de
récupération avec des élèves en
difficulté, les photocopies, les matières
à planifier, les projets, les portfolios,
les communications aux parents, les réunions
d'école et de niveaux ... il me semble que j'en passe
... «Vous êtes bien vous autres d'avoir
des journées pédagogiques payées».
Comme si on ne travaillait pas ces journées
là : réunions, corrections, bulletins
à entrer sur système informatique,
planification, réalisation de matériel, bref
relisez tout ce que j'ai énuméré
auparavant... «C'est de votre faute si mon enfant
ne réussit pas à l'école. Moi je ne
suis pas allé à l'université, alors je
ne peux pas lui enseigner. C'est votre rôle et vous
êtes bien assez payé pour ça !
» Vous seriez bien surpris d'apprendre que notre
formation est
essentiellement basée sur l'expérience acquise
sur le terrain et qu'une collaboration
parents-enseignants est essentielle à la
réussite de vos enfants. Ne serait-ce que par
l'implication des devoirs et leçons ou de
la lecture occasionnelle avec eux à la
maison. J'entends aussi «Moi, mon enfant est
comme-ci et moi, mon enfant est comme ça, alors
faites-ci et faites cela avec lui.» Un
enfant-roi de plus qui décide de tout à la
maison. Heureusement, il n'aura jamais cette latitude
à l'école ... Ouf ! On doit
les éduquer en plus de la discipline.
Et en exposant ces faits, j'emprunte un langage respectueux,
contrairement à ce qu'on peut parfois retrouver
dans l'agenda d'un élève ou dans
quelque chronique d'opinion publique qui nous blâme
encore et encore ... ÇA SUFFIT !!!!
Comme je ne désire pas entrer dans les statistiques
décrétant qu'une nouvelle enseignante sur
cinq risque de quitter la profession dans les
cinq premières années de sa
carrière, j'ai décidé d'agir. Il est
dorénavant nécessaire de défendre
qui nous sommes, enseignantes dévouées et si
peu valorisées. Je dirais même
sous-estimées. L'heure est grave en mon
sens. Pourquoi tant de préjugés à
notre égard ? Pourquoi frapper sur la
tête des enseignantes en ne sachant pas du tout ce
que notre profession exige à travers la Réforme,
les déficits d'attention, les troubles de
comportement, le peu de soutien professionnel et toute
une liste encore à énumérer ? Il me
semble qu'il y a matière
à réflexion. Surtout lorsqu'on sait que
d'un autre côté, une bonne partie des
parents accusateurs sont les moins bien placés pour
nous juger. Il est facile d'accuser l'enseignante qui
voit davantage leur enfant qu'eux quand il n'est pas rare
de voir des enfants passer près de 10 heures par
jour à l'école (incluant les heures de service
de garde). Je crois qu'il faut se demander d'où
vient vraiment la source des problèmes dont
on nous accuse plus souvent qu'autrement. Je
généralise, mais ce n'est qu'un exemple
parmi tant d'autres.
Informez-vous donc un peu sur tout ce qui peut se vivre
dans une classe de 20 élèves et plus
à s'occuper, quand certains en valent 3 juste par leurs
problèmes d'apprentissage ou de comportement.
Demandez-vous si vous connaissez tous les aspects de
notre profession et des conditions relativement
médiocres dans lesquelles notre employeur (ce cher
gouvernement) nous place.
L'avenir des enfants est entre nos mains. Pensez-vous vraiment
que nous ne sommes pas à la hauteur suite à
tout ce qu'on fait pour eux ? Notre but ultime est
la réussite de chacun d'entre eux, années
après années. Pourrions-nous nous permettre
de passer à côté de notre objectif
principal et de la raison de notre engagement dans cette
profession ? Plutôt que d'envoyer un mot blessant
à l'enseignante de votre enfant demain matin,
dites-lui donc merci ! Un simple merci qui
accrochera sûrement l'une d'entre elles
encore quelques années. Un simple merci qui
deviendra synonyme d'espoir en l'avenir pour une jeune
enseignante comme moi qui veut croire à ses
rêves
d'enfance.
Un
(rare) hommage à l’école publique
Surprise :
un nouveau documentaire prend l’affiche demain à
l’ONF, non pas pour montrer du doigt l’école publique
québécoise, mais bien pour lui rendre hommage.
Attention: il ne s’agit pas ici de n’importe quelle
école publique, mais bien d’une petite école
à vocation musicale de Sherbrooke, l’école
primaire du Sacré-Coeur, fréquentée par
le réalisateur Michel Lam lui-même, dans son
enfance.
Dans ... et la musique, vous n’entendrez donc pas parler de
réforme, de décrochage, de taxage, ou de
troubles d’apprentissage. Au contraire : le
réalisateur a choisi de poser sa caméra sur
trois jeunes, laissant défiler leur quotidien en
musique. L’angle est donc plus poétique que
politique. Quoique…
On y fait la connaissance du petit Alexis, six ans et
presque trois quarts, à sa découverte de la
musique en 1re année; de Rachel, 4e année, qui
joue du piano jusque sur sa table de cuisine; et
d’AnneCatherine, 6e année, à la
sensibilité contagieuse. De la rentrée
scolaire au spectacle de fin d’année, Michel Lam nous
transporte dans leurs cours de violon, leurs classes de
mathématiques, et leurs interrogations de lecture.
Leurs journées n’ont rien de routinier: rarement
sagement assis, ils sont plutôt toujours debout, en
groupe, à bouger ou à chanter. Même pour
apprendre le nom des os du corps humain, ils dansent… le
rap!
« Ce qui m’importait, c’était de parler de la
place de l’art dans la société, explique le
réalisateur en entrevue. De montrer que la culture,
l’art, peuvent être utiles au quotidien. »
D’où le choix de son sujet, l’école
Sacré-Coeur, qui, de par sa vocation musicale,
amène les jeunes à être non seulement
motivés, mais en prime à
«
aimer l’école » . « Il y a tellement
d’aspec ts posit i fs : la motivation, la rigueur, la
discipline, le travail collectif, le respect de soi,
l’écoute, c’est innombrable.»
Même les garçons y trouvent leur compte, soul
igne-t-i l . « Les garçons ont besoin de
bouger, mais pas nécessairement de faire du sport.
Ici, on change toujours d’activités : 30 minutes, et
puis on passe à autre chose. »
En bon élève, Michel Lam a consulté une
foule d’études sur les bienfaits de la musique sur
les enfants. Mais ce ne sont pas les chiffres qu’il voulait
communiquer. « Je voulais qu’on le comprenne par le
sentiment. Je voulais amener le spectateur dans cet
univers-là.»
Un univers selon lui drôlement motivant. Car
finalement, il ne faut pas grand-chose pour stimuler un
enfant. Il suffit d’« un programme qui amène
l’enfant à s’impliquer, à développer un
sentiment d’appartenance avec l’école et avec les
groupes d’élèves qui l’entourent ».
Réaliste, Michel Lam sait toutefois très bien
que toutes les écoles primaires du Québec ne
pourraient pas reproduire ce modèle. Mais si
seulement elles pouvaient s’en inspirer, rêve-t-il...
Finir l’année scolaire en
chantant - Marie Allard
C’est
officiellement cet aprèsmidi que les grandes
vacances commencent pour le million d’élèves
que compte le Québec. Mais des jeunes de
l’école secondaire Honoré-Mercier, dans le
sud-ouest de Montréal, ont fait la fête
dès hier. Et pour cause: c’était le
lancement duCDde chansons qu’ils ont eux-mêmes
écrites, composées et
interprétées, avec l’appui d’artistes de
Nuits d’Afrique.
PHOTOALAIN ROBERGE, LA
PRESSE
Travailler la grammaire, la
structure de phrase et l’argumentation, ça peut
être ennuyeux… sauf quand on écrit une
chanson. Billel Djerir, Dania Proulx, AlixOlivier
Rigaud, Klaud Xhaferi, Kamba-Mukulu Katchewela et
Cynthia Létourneau-Bélanger,
élèves de l’école secondaire
Honoré-Mercier, entouraient le reggaeman Buntin
Neil lors du lancement de leur CD, hier.
Élection de Barack Obama,
prostitutionjuvénile enThaïlande, suicide chez
les adolescents : les paroles écrites dans le cours
de français de 4e secondaire sont d’un
sérieux à faire rougir Lady GaGa. « Ma
chanson raconte une tuerie dans une école, parce
que je trouve que c’est important d’en parler, a
témoigné Sara Lapalus, 16 ans. Si on est
méchant avec un élève, ça peut
mener à ça. »
Alix-Olivier Rigaud, 17 ans, a chanté avec aisance
un rap dénonçant la violence conjugale.
L’histoire d’une femme qui cache « des bleus sur ses
bras et un coquard sous ses lunettes Dolce& Gabbana
». Quant à Klaud Xhaferi, 15 ans, il a
abordé la dure réalité des enfants de
Palestine sur un air reggae. « Je suis fier de moi :
c’est un gros projet, pour lequel on a beaucoup
travaillé », a dit le jeune homme d’origine
albanaise, après sa prestation.
Étudier la grammaire dans la joie
Écrire des paroles de chansons a motivé les
élèves à travailler l’argumentation,
la structure de phrase et la grammaire, a indiqué
Julie Patenaude, l’enseignante instigatrice du projet. Le
parrainage d’artistes bénévoles, comme le
reggaeman Buntin Neil, a aussi valorisé ces jeunes
issus d’un quartier défavorisé. «
Beaucoup d’élèves n’ont pas d’hommes
auprès d’eux, alors c’était significatif que
des hommes d’autres cultures leur disent: ‘‘T’es capable!
’’ » a souligné Mme Patenaude.
Au total,
une cinquantaine de jeunes ont participé au projet,
allant jusqu’à proposer des illustrations pour la
pochette du CD intitulé Un chant d’espoir. «
Vous êtes les mêmes élèves que
dans les écoles privées », a dit
l’enseignante aux adolescents, hier. « La
différence, c’est qu’ils manquent de confiance en
eux, mais ils ont le même potentiel »,
a-t-elle assuré.
Pas de problème de cohabitation
L’école Honoré-Mercier – et ses
élèves – en ont marre de faire parler d’eux
négativement. « Nous, on va là et on
sait qu’il y a plein de beaux projets, a fait valoir Sara
Lapalus. On n’a pas envie que les gens voient
HonoréMercier sur notre CV et disent : " Ahhhh… "
avec déception. C’est une bonne école!
»
La clientèle de l’école a rapidement
changé ces dernières années. «
Il y a 10 ans, il y avait deux élèves noirs
dans toute l’école », a dit Fouzia Sahrane,
enseignante de français. Aujourd’hui,
l’école est multiculturelle « et il n’y a pas
du tout de problème de cohabitation », a
assuré Bruno Charreyron, directeur
d’Honoré-Mercier.
Peu importe leur origine, tous avaient unmot en tête
hier: vacances. « On se sent libérés,
a dit Alix-Olivier Rigaud. C’est l’été, il
faut beau et on va en profiter. » Son répit
sera de courte durée: dès lundi,
l’adolescent travaillera pour le ministère de
l’Immigration, grâce au programme Valorisation
Jeunesse. « Je vais faire des photocopies »,
a-t-il expliqué avec l’enthousiasme de la jeunesse.
Bon été à tous!
Transformation extrême d’un service de garde
- SYLVIA GALIPEAU
C’est
l’histoire d’un responsable de service de garde qui a
décidé, un beau matin, de mettre fin
à sa routine et de faire place à de
nouveaux défis. En deux ans, il a donc
métamorphosé deux locaux avec l’aide de
ses élèves, incité ses jeunes
à écrire un livre, bref, il a
complètement bouleversé la vocation de
son service de garde.
Alain Roy, technicien du service de garde de
l’école SaintJean-de-la-Lande, petite
école primaire publique de Rosemont, n’est pas
un homme comme les autres. Pour nous faire visiter son
nouveau local plus tôt cette semaine, il nous
attendait, tout de noir vêtu, avec une cape, un
chapeau et une baguette en main. Pour cause: son
local, ce n’est pas une classe ordinaire, c’est la
classe de Harry Potter! Il faut le voir pour le
croire.
À peine la porte franchie, le visiteur (et
imaginez l’effet sur l’élève)
pénètre littéralement dans un
autre univers : aux murs sont peints différents
personnages des romans ( Harry traversant le quai
93/4, le chien à trois têtes, Hagrid,
Dobie) ; à l’avant de la classe, sur un
piédestal, se trouve le bureau de la
professeure Érutcel ( lecture à
l’envers, alias Françoise Tellier,
l’éducatrice), elle-même vêtue
d’une cape et coiffée d’un chapeau de
sorcière.
Partout, des araignées, grenouilles et autres
serpents viennent rappeler l’univers fantastique du
jeune sorcier. Dans un coin trône même une
grande bibliothèque remplie de livres
fantastiques.
« J’avais besoin de faire quelque chose de
créati f. Quelque chose qui me donnerait un
élan. Et à moi, et aux enfants »,
explique Alain Roy. C’était en janvier 2008. Il
a choisi alors de s’attaquer au local bien peu
populaire (lire: full plate) de l’aide aux devoirs,
pour les jeunes de la 2e à la 6e année.
« Une heure pour les devoirs par soir, je
trouvais ça ardu pour les enfants »,
explique-t-il. Il a donc fait participer les enfants
à son aventure et en quelques mois,
après une période plus condensée
de devoirs, par petits groupes, ils ont fait la
peinture, trouvé des meubles, bref, ils ont
transfiguré leur local. L’enthousiasme
était général. « Avant,
c’était les parents qui inscrivaient leurs
enfants à l’aide aux devoirs, maintenant, c’est
les enfants qui veulent venir ! »
Parce que l’aventure ne s’est pas arrêtée
là. Alain Roy a ensuite embarqué les
élèves dans un projet d’écriture
de roman fantastique. En un an, toujours après
leur demiheure de devoirs, en équipes, certains
inventant, d’autres transcrivant ou illustrant, les
élèves ont donc pondu un vrai de vrai
roman, Les sept portes, qu’ils lancent justement cette
semaine, pour la Semaine des services de garde.
« Ils sont tellement fiers. Ils sont
allés au bout. Ils ont accompli quelque chose
de grand. »
Pendant ce temps, il a aussi transformé un
second local en machine à voyager dans le temps
pour les plus grands de 4e, 5e et 6e. « Pour
eux, c’est beaucoup plus intéressant de rester
au service de garde, maintenant... »
« Nos enfants vivent dans la culture de
l’immédiat, analyse la directrice, Lina Fortin.
Ils veulent un skate, ils l’ont dans la semaine qui
suit. Avec ce genre de projet, ils arrivent à
se projeter dans le long terme. C’est très
important de cultiver ça. »
Avis aux intéressés : Alain Roy s’est
dit disposé à répondre aux
questions des curieux. « Oui, dit-il. Si je peux
inspirer des gens à mettre en place des milieux
de vie intéressants pour les enfant, pourquoi
pas? »
Documentaires -
PIERRE FOGLIA
Si je vous
dis: un documentaire sur l’enseignement de la musique dans une
école primaire de Sherbrooke ? Ne faites pas cette
tête-là. Et si je vous dis, en plus: un
documentaire sur des enfants trisomiques en expédition
au Machu Picchu?
O.K. J’ai compris. Suffit que je dise documentaire et vous
faites la gueule. Je suis un peu comme ça aussi,
remarquez. Eh bien! on a tort. Surtout pour le premier des
deux documentaires dont je vais vous parler.
... et la musique est un film de Michel Lam produit par l’ONF,
qui prend l’affiche aujourd’hui à Montréal et
Sherbrooke. ... et la musique montre des enfants qui sont
contents d’aller à l’école, des profs qui sont
contents d’enseigner. On veut bien dans une fiction, mais dans
un documentaire? Estce dire que ces choses-là existent
pour vrai? Oui, madame. Dans une école privée
alors? Non, madame. Ça se passe à l’école
primaire du Sacré-Coeur de la Commission scolaire de
Sherbrooke, 600 élèves. On en suit trois:
Alexis, 6 ans, Rachel, 9 ans et Anne-Catherine, 11 ans. Le
documentariste a eu l’intelligence de ne pas en faire des
vedettes, seulement des poissonspilotes qui nous mènent
aux autres. Les vraies vedettes du film, c’est la musique, les
instruments, l’école, l’enseignement, les profs, un
environnement, un état d’enseignement qui fera
rêver bien des parents, j’en suis sûr.
Ce n’est pas vraiment un film sur l’enseignement de la
musique, plutôt sur l’enseignement tout court, sur
l’éducation. On comprend tout de suite que ces
enfants-là ne deviendront pas des virtuoses, ce n’est
pas l’idée non plus. L’idée, magnifique, et
même grandiose, est celle qui est au coeur de tout
projet éducatif : apprendre à apprendre. On
comprend tout de suite que ces enfants-là seront
meilleurs en français, en sciences, en
mathématiques, grâce à la musique certes,
mais on comprend aussi que cela pourrait être
grâce à l’équitation, au tricot, à
la littérature... Je dis n’importe quoi exprès
pour qu’on m’entende bien: apprendre à apprendre
à travers une passion.
Et on ne s’étonnera pas, bien sûr, que l’auteur
de ce petit bijou de film soit justement allé à
cette école-là.
Ce qui rebute dans les documentaires, c’est souvent la
narration, souvent déclamatoire. Pensez au ton de
l’émission dominicale Découverte : oh! lala-la
ma bobinette, ce ton-là. Dans ... et la musique, il n’y
a ni narration, ni commentaires. On laisse parler les images.
Dans Trisomie 21 – Le défi Pérou, l’autre
documentaire au menu d’aujourd’hui, il y a un commentaire, et
c’est dommage. Défi Pérou est aussi, dans un
certain sens, un documentaire sur l’éducation. La
nôtre. On nous montre de jeunes adultes trisomiques en
route vers le Machu Picchu qui n’est pas une si haute
montagne, mais qui se dresse, pour eux, comme un Himalaya. Ce
qu’on veut nous dire est évident: voyez, ils sont
capables.
C’est une bien folle idée d’avoir monté cette
expédition. Il ne m’étonne pas, d’ailleurs,
qu’elle ait été parrainée par un
garçon que j’aime beaucoup, Jean-Marie Lapointe.
Vous ai-je
déjà parlé de JeanMarie ? Vous allez
rire, JeanMarie, c’est ma Susan Boyle à moi! Jean-Marie
avait ( a encore ?) tout pour me faire hurler. Fils de. Beau
comme le sont les vedettes chromées des
émissions de télé que je ne regarde
jamais. Animateur, comédien, et je ne sais trop quoi
d’autre dans ce milieu-là. Le hasard a voulu qu’on se
croise à Sainte-Justine, il y a quelques années,
au chevet d’un ado en train de mourir d’un
ostéosarcome, Jean-Marie comme bénévole
de Leucan, moi comme voisin de ce garçon qui s’appelait
Timothée, décédé en 2003. Il faut
que tu écrives un papier sur Jean-Marie, m’avait
demandé Timothée avant de mourir...
Qu’est-ce que tu veux que je dise?
Qu’il est absolument formidable. C’est mon héros.
Jean-Marie a illuminé les derniers mois de la courte de
vie de Timothée. Je ne le lui ai jamais dit, mais il
est devenu mon héros aussi. Vous dites bonté et
je pense à Jean-Marie, et aussi, je rougis un peu du
regard que je poserais sur lui aujourd’hui si je ne l’avais
pas croisé dans la chambre de Timothée. Ma Susan
Boyle, vous dis-je.
Pourquoi je vous raconte ça? Pour vous dire qu’on a
tous une (ou deux, ou trois ou 25) Susan Boyle dans son
placard. Et aussi qu’il est dans l’ordre de retrouver
Jean-Marie Lapointe au coeur d’une expédition aussi
sautée que Défi Pérou.
Une demi-douzaine de trisomiques chacun flanqué d’un
moniteur, et hop, on monte vers le Machu Picchu par des
sentiers qui longent des gouffres vertigineux. Justement une
trisomique a le vertige, pas grave ma grande, regarde pas en
bas.
Ceux qui aiment les cartes postales trouveront les images
magnifiques – on est dans les Andes –, mais même ceux
qui ne les aiment pas applaudiront à la réussite
de l’expédition et peut-être même
essuieront une petite larme.
Peut-être aussi que si je n’étais pas la
tête vache que je suis, personne n’eût
relevé ce que le commentaire de ce documentaire a
parfois d’agaçant. Peut-être que je suis tout
seul à n’en plus pouvoir du discours mille fois
rabâché du parent d’enfant handicapé qui
redit une autre fois combien ces enfants admirables rendent
leurs parents... admirables aussi.
Ben oui, ben oui. On a compris. Que vous avez donc de la
chance d’avoir des enfants trisomiques plutôt que des
enfants mongols comme les nôtres.
Élèves « abandonnés
»
Les changements fréquents de
prof durant l’année affectent le rendement et la
motivation des jeunes - Sarah Perrault
L’auteure, une mère de Montréal, a fait
parvenir cette lettre à la ministre de
l’Éducation, Michelle Courchesne, en réaction
au dévoilement de son plan sur la
persévérance et la réussite scolaires.
Mon fils aîné fréquente une école
primaire de la Commission scolaire de Montréal depuis
septembre 2006. Trois ans plus tard, les mots «abandon
scolaire» ont pris pour moi un nouveau sens… un sens
inattendu!
En trois ans, mon fils a eu plusieurs enseignantes: deux en
maternelle, une en première année et trois en
deuxième année. Et je ne parle pas ici de
suppléantes. Les causes de ces changements en cours
d’année scolaire? Maladie, maternité,
retraite, promotion…
L’une d’elles avait accepté un poste de
conseillère pédagogique au printemps dernier
et, bien que son souhait était de terminer
l’année au sein de sa classe, cela lui était
impossible. Selon ses dires, c’était à prendre
ou à laisser. Les intérêts de la
commission scolaire sont donc passés avant ceux des
enfants.
Or, ces multiples changements n’ont pas été
sans conséquence pour les élèves: perte
d’intérêt, désinvestissement, perte de
temps. En mai dernier, un mois après l’arrivée
de la troisième enseignante de deuxième
année, mon fils écrivait plus mal et faisait
plus de fautes qu’à la fin de sa première
année. Et il n’était plus motivé
à faire ses devoirs. Mon garçon aime pourtant
l’école; c’est un enfant qui réussit
plutôt bien. Imaginez maintenant l’attitude et le
rendement scolaire des enfants les moins motivés de
sa classe…
Aussi bien dire qu’en 2009, l’année scolaire de tous
les en fa nts de cette classe de deuxième
année s’est terminée en avril plutôt
qu’en juin. Malgré tout, ils ont eu de la chance, car
des élèves voient défiler
jusqu’à CINQ enseignants par année! Et cette
situation, vous vous en doutez bien, n’est pas unique
à l’école que fréquente mon fils…
Je ne
connais aucun enfant du primaire dont le parent puisse
dire que son rendement scolaire et sa motivation n’ont pas
été affectés par un changement
d’enseignant en cours d’année. Qui doit-on
blâmer? Les enseignants? Non! Ils ont leur travail
et le sort de leurs élèves à coeur.
Mais, tout comme les enfants, ils sont pris dans un
système et plusieurs sont révoltés
par cette situation. Car comment peut-on penser mener les
enfants sur le chemin de la réussite scolaire si on
les abandonne ainsi?
Les commissions scolaires et le ministère de
l’Éducation ontils déjà
évalué les impacts à court et
à long terme de ces multiples changements
d’enseignants en cours d’année au primaire? Des
changements qui, loin de servir les intérêts
des enfants, ne répondent qu’aux besoins d’un
système. Et quel message tous ces chambardements
véhiculentils? «Je m’engage, je
débarque, pas grave! Arrange-toi avec tes
troubles!» Pas étonnant que nos jeunes
décrochent!
Les meilleures réformes, les meilleurs plans, les
meilleurs programmes, resteront vains tant qu’ils ne
seront pas portés par des individus faisant
«figure d’attachement scolaire». À
faire vivre ainsi des abandons
répétés alors qu’ils commencent leur
« vie scolaire », nos enfants finiront par
souffrir de « troubles d’attachement scolaire
». Autrement dit, ils perdront confiance… et
débarqueront à leur tour !
Il est plus que temps que le ministère de
l’Éducation, les commissions scolaires et les
syndicats se penchent sur ce problème qui, avec le
départ d’enseignants à la retraite et
l’arrivée de jeunes enseignantes (qui aiment les
enfants et en veulent!) ne fait que s’accentuer. Il existe
sûrement des solutions qui permettraient davantage
de tenir compte de ces réalités, sans
pénaliser nos jeunes. Pour le moment, ceux-ci ne
semblent être qu’une marchandise servant à
faire fonctionner une institution – l’école – au
service d’un système.
Mme Courchesne, vous voulez mener nos jeunes sur le chemin
de la persévérance et de la réussite
scolaires ? Commencez par vous assurer que la route est
carrossable !
Impacts de l'emploi étudiant
Impact sur les résultats scolaires
Quand les
parents ont le choix, devraient-ils encourager leurs
adolescents à travailler durant l’été
ou leur permettre de se reposer en subventionnant leurs
activités ? Les rares études sur le sujet
donnent des résultats contradictoires. Une
étude récente de l’Université
d’État de l’Iowa a conclu que concentrer le temps de
travail pendant l’été permet aux adolescents
d’éviter les effets négatifs du travail
à temps partiel pendant l’année scolaire –
essentiellement l’absentéisme en classe et la faible
participation aux activités parascolaires
éducatives ou sportives – mais ne confère pas
d’avantage par rapport aux élèves qui ne
travaillent pas. Mais une petite étude de
l’Université de Louisville avance que ceux qui
travaillent durant l’été ont une meilleure
estime de soi et moins de conflits familiaux que ceux qui ne
travaillent pas.
Plus de blessures chez les adolescents
Les jeunes
adolescents sont particulièrement susceptibles de
se blesser au travail. Des épidémiologistes
de l’Université de la Caroline-du-Sud se sont
penchés sur les cas d’enfants de 10 à 14
ans, dont le travail d’été est souvent
limité à de petits contrats comme la tonte
de gazon ou la livraison du journal. Près d’un
adolescent sur 15 a dit s’être blessé
suffisamment pour que ses activités soient
compromises pendant plus de trois jours. Ce taux
anormalement élevé rend nécessaire la
réévaluation de l’interdiction de travailler
avant 15 ou 16 ans généralement en vigueur
en Amérique du Nord, avancent les auteurs de
l’étude, publiée dans la revue Occupational
and Environmental Medicine : cette interdiction
crée une zone grise qui échappe aux
règlements de santé et de
sécurité du travail.
Les anglophones réussissent mieux
- Ariane Lacoursière
Alors
que les cégépiens francophones peinent
à réussir l’épreuve uniforme de
français, les collégiens anglophones
n’ont été que 8,4% à
échouer à une épreuve
équivalente en anglais en 2008-2009. « Je
ne sais pas quelle est la raison qui explique que les
Anglais ont de meilleurs résultats. Mais la
langue n’est pas le seul domaine où ils ont de
meilleures notes... » dit le président de
la Fédération nationale des enseignantes
et des enseignants du Québec (FNEEQ), Jean
Trudelle.
La ministre de
l’Éducation , Michelle Courchesne,
reconnaît que les critères
d’évaluation de l’épreuve uniforme de
français ne sont pas assez
sévères. Elle envisage de hausser les
exigences du test.
Les élèves anglophones obtiennent de
meilleurs résultats dans toutes les sections de
l’épreuve, sauf dans la « structure du
texte » où leur taux d’échec
(3,1%) est plus élevé que chez leurs
collègues francophones (0,8%).
Mais
pour Suzanne Chartrand, professeure à la
faculté des sciences de l’éducation de
l’Université Laval, il est normal que les
élèves francophones réussissent
la partie structure de texte. « Ils pratiquent
la recette des tonnes de fois », dit-elle.
Pour la directrice des communications de la
Fédération des cégeps, Caroline
Tessier, les anglophones réussissent
mieuxannéeaprès annéeparce que
les évaluations ne sont pas tout à fait
comparables.
« Les textes à analyser en f
rançais sont un peu plus difficiles. Et la
tâche demandée est aussi un peu plus
complexe en français », avance-t-elle.
À court d’histoire ANDRÉ PRATTE
L’enseignement
de l’histoire dans les écoles reste déficient.
On déplore souvent le peu de place accordé
à l’histoire dans l’enseignement au Québec.
Pourtant, selon une nouvelle étude de l’Institut
Dominion, le Québec est la province qui donne le plus
d’importance à l’histoire duCanada dans ses
écoles secondaires.
Dans ce Bulletin en histoire du Canada, notre province se
classe au premier rang. Les chercheurs soulignent que le
Québec est la seule province imposant deux cours
obligatoires d’histoire du Canada aux étudiants du
secondaire.
Le nouveau programme « Histoire et éducation
à la citoyenneté », qui a fait
localement l’objet de vives critiques, trouve grâce
aux yeux des gens de l’Institut. Selon eux, ce programme
« est le résultat d’un travail très
réfléchi qui souligne avec force la nature et
l’importancede l’histoire en tant que discipline scolaire
». Ils se réjouissent aussi, avec raison, du
fait que « la portée du nouveau programme
scolaire en histoire est plus nationale que jadis »,
l’adjectif « nationale » étant ici
employé au sens de « canadienne ».
La plupart des autres provinces n’exigent qu’un seul cours
d’histoire canadienne au secondaire, et encore. En
Nouvelle-Écosse, les élèves peuvent
choisir parmi les cinq cours suivants: histoire du Canada,
études afro-canadiennes, études
gaéliques, études acadiennes et études
des Mi’maq. En Saskatchewan, le cours obligatoire de
sciences humaines couvre 8000 ans d’histoire internationale.
À Terre-Neuve et Labrador, le cours imposé
porte surtout sur l’histoire du Canada atlantique
plutôt que sur celle du pays dans son ensemble.
Bref, sur
papier, l’enseignement de l’histoire ne se porte pas si
mal au Québec. Il faudra voir comment le nouveau
programme est vraiment enseigné en classe. Le
Bulletin de l’Institut Dominion souligne que « le
programme demeure vague quant aux résultats
attendus ». Il n’indique pas, par exemple, combien
de temps doit être consacré à chaque
thème.
Les sondages menés dans le passé par
l’Institut n’ont pas montré que les
Québécois connaissaient mieux leur histoire
que les autres Canadiens. Par exemple, seulement 31%
d’entre eux peuvent nommer le premier premier ministre du
Canada ( John A. Macdonald), contre 58% de l’ensemble des
Canadiens. À peine un Québécois sur
cinq sait qui fut le premier francophone à
accéder au poste de premier ministre du pays
(Wilfrid Laurier).
Des résultats aussi mauvais indiquent que
l’enseignement de l’histoire dans les écoles reste
déficient. Ilsmontrent surtout que l’histoire est
un sujet tellement vaste et complexe que son enseignement
ne doit pas dépendre du seul milieu scolaire. Si
l’on souhaite que les Canadiens connaissent mieux leur
passé, l’histoire doit être diffusée
et valorisée partout: dans les familles, dans les
médias, dans les musées, dans la rue.
Il serait important, aussi, que les programmes d’histoire
fassent l’objet d’échanges approfondis entre les
spécialistes des différentes provinces.
L’histoire qu’on enseigne à l’école ou
ailleurs tend trop souvent à confirmer nos mythes.
Rien n’est plus utile pour s’ouvrir à l’autre que
de comprendre comment cet autre voit les mêmes
faits, sur quels mythes historiques sont fondées
ses opinions d’aujourd’hui.
L’éducation financière, une
nécessité - Jacques Ménard
On se doit d’inculquer des notions d’épargne,
d’investissement, d’endettement et de plan de retraite,
surtout aux jeunes
Le Groupe de travail sur la littératie
financière a pour mandat de soumettre au ministre des
Finances du Canada des propositions pour améliorer les
connaissances des Canadiens en matière
d’économie et de finances. On parle de quoi exactement
? On parle d’épargne, d’investissement, d’endettement
et de plan de retraite, mais aussi comment éviter les
pièges pour ne pas dire les arnaques qui ont
engouffré récemment les économies de
toute une vie d’un grand nombre de personnes. Le sujet est
d’une actualité criante.
Selon un sondage SOM réalisé en 2009 dans tout
le Québec, 60% des 25-44 ans croient qu’ils pourront
maintenir leur niveau de vie au moment de leur retraite.
Pourtant, près de trois Québécois sur
quatre ne se sont fixé aucun objectif en matière
de planification de retraite. Un trop grand nombre
préfère s’en remettre plutôt à la
pensée magique pour assurer ses vieux jours. Lunettes
roses, dites-vous?
Selon l’Institut de la statistique du Québec, le taux
d’épargne des Québécois était
à 3,1% au troisième trimestre de 2009.
L’endettement à la consommation moyen des
Québécois atteignait presque 10 000$ ou un taux
de 40%. J’ai bien dit endettement à la consommation,
c’est-à-dire, le total du crédit à la
consommation sur le revenu disponible. C’est ce qui s’appelle
carrément vivre au-dessus de ses moyens.
Faut-il rappeler que le taux d’épargne a connu une
chute à peu près constante depuis le
début des années 80, où il se situait
autour de 20%, et ce dans des conditions bien
particulières, soit des taux d’intérêt
records . Par la suite, des taux d’intérêt en
baisse, l’accès plus facile au crédit et des
taux de taxation de plus en plus élevés ont eu
pour effet de faire diminuer l’épargne qui, selon les
années, a parfois oscillé autour de 5%. Pour
compléter le tableau, une étude récente
révèle que les Québécois comptent
parmi les Canadiens les moins enclins à être
préoccupés par leur endettement actuel.
L’éducation financière devient une
nécessité. Notre groupe de travail vient de
publier un document de consultation intitulé Cibler
l’excellence, plan d’action pour renforcer la
littératie financière au Canada. Nous allons
bientôt amorcer une tournée de consultation dans
plusieurs régions du Québec. Le but : obtenir
votre opinion, vos suggestions, vos idées sur les
meilleurs moyens d’améliorer l’éducation
économique nos concitoyens.
Vous pouvez nous faire part de vos commentaires
(www.litteratiefinanciereaucanada.com), participer à
nos forums d’échanges ou nous soumettre un
mémoire.
Les jeunes me préoccupent tout particulièrement.
Plus de la moitié de nos jeunes du secondaire occupent
un emploi à temps partiel. Encore plus au cégep.
Je l’ai déjà dit: danger! Danger pour les
études et danger de croire que quelques dollars en
poche à cet âge procurent les clefs du monde sur
un plateau d’argent. Félicitations à la
Fédération des chambres de commerce du
Québec pour son initiative d’inciter sesmembres
à la plus grande prudence dans l’embauche
d’étudiants à temps partiel.
Par contre, c’est avec beaucoup d’étonnement que tous
ont appris que le ministère de l’Éducation, du
Loisir et du Sport (MELS) avait supprimé en juin
dernier le cours d’initiation à la vie
économique dispensée en cinquième
secondaire. C’est justement à cet âge que les
jeunes ont le plus besoin de connaissances pour les guider
dans leurs transactions financières et l’achat
d’appareils électroniques ou autres. Ils sont à
l’âge où ils peuvent devenir des proies faciles
pour les gens sans scrupules qui cherchent à leur
vendre le moyen miraculeux pour réaliser leurs
rêves d’adolescents. C’est à cet âge que se
prennent les bonnes et les mauvaises habitudes.
Au ministère, on m’assure que le contenu du cours
d’économie sera réparti entre l’enseignement de
plusieurs matières. Croisons-nous les doigts et
espérons que les notions d’économie et de
finances ne se perdront pas dans les dédales
insondables des connaissances transversales.
Requiem pour le cours d’économie
ENSEIGNEMENT AU SECONDAIRE
La cloche qui marquera la fin des classes, d’ici quelques
jours, sonnera aussi le glas du cours d’économie en
cinquième secondaire.
Obligatoire depuis 1982, le cours
d’Éducation économique de 5e secondaire
disparaîtra à la rentrée 2009. Mais
une partie de la matière du défunt cours
sera greffée dans le programme du nouveau cours
intitulé Monde contemporain.
Obligatoire depuis 1982, le cours d’Éducation
économique disparaîtra à la
rentrée 2009. Mais une partie de la matière
du défunt cours sera greffée dans le
programme du nouveau cours intitulé Monde
contemporain.
Ce cours orienté sur l’actualité sera une
macédoine de différentes disciplines de
sciences humaines, comme la géographique, la
politique, l’histoire et l’économie. La
matière s’articulera autour des thèmes de
l’environnement, la migration des populations, le pouvoir
des États, les zones de conflit, et la
répartition de la richesse.
Ce dernier thème présentera de grandes
similitudes avec le volet sur l’économie
internationale de l’ancien programme, précise Manon
Fradette, vice-présidente à
l’économie et au monde contemporain de
l’Association québécoise pour l’enseignement
en univers social (AQEUS).
Rien ne se perd...
Mais les professeurs du cours Monde contemporain devront
laisser tomber d’autres volets importants de l’ancien
cours d’économie. Toutefois, il est possible que
certains concepts abandonnés soient
récupérés par les professeurs
d’autres matières.
Cela est d’autant plus probable que les professeurs de
toutes les matières, de la maternelle jusqu’en
cinquième secondaire, doivent intégrer dans
leur cours les cinq grands « domaines
généraux de formation » qui ont un
lien avec la vie quotidienne de jeunes. Deux de ces
domaines recoupent des notions d’économie, soit
Consommation et environnement ainsi que Orientation et
entrepreneuriat.
Concrètement, cela signifie qu’un professeur de
mathématique pourrait présenter des calculs
de taux d’intérêt, ou encore utiliser des
grilles de calcul budgétaire. En français et
en anglais, les enseignants pourraient se pencher sur le
thème de la consommation.
« Cela amène quand même une
incertitude: quand tout le monde s’en occupe, qui est
responsable? » indique Mme Fradette.
D’ailleurs, certains professeurs d’économie ont
encore du mal à digérer le retrait du cours
obligatoire de cinquième secondaire,
particulièrement le volet qui porte sur la
consommation. « C’est un peu triste, avoue Mme
Fradette. Mais il y a autre chose d’intéressant
dans le nouveau programme. »
Reste que
certaines écoles ont jugé bon de mettre au
point un cours maison qui reprendra les notions
clés de l’ancien cours d’économie : produit
intérieur brut, loi de l’offre et de la demande,
productivité, syndicalisme, placement, endettement,
etc.
D’autres enseignants animeront des activités
parascolaires à saveur économique et
financière. Par exemple, la simulation
boursière Bourstad permet aux étudiants de
faire leurs premières armes en gestion de
portefeuille. Cette année, plus 4000 jeunes ont
participé au concours partout au Québec.
Ressources internet
Les professeurs qui veulent aborder l’univers de la
consommation et des finances pourront s’abreuver sur le
web.
L’an dernier, l’Agence de la consommation en
matière financière du Canada (ACFC) a
développé La Zone, une ressource
éducative en ligne, destinée aux jeunes et
aux professeurs (
www.themoneybelt.ca/theCity-laZone/fra/ouverture-fra.aspx).
Le cours ludique a été créé
avec la Commission des valeurs mobilières de la
Colombie-Britannique. Il est déjà
utilisé par les enseignants du cours Planning 10:
Finances, que tous les élèves de 10e
année doivent suivre en Colombie-Britannique.
L’ACFC souhaite adapter le programme pour qu’il
corresponde au curriculum de chaque province. « Le
but ultime, c’est que les professeurs l’utilisent »,
dit la porteparole de l’ACFC, Sylviane Desparois.
L’Agence est en discussion avec l’Autorité des
marchés financiers (AMF). « On voit cela d’un
très bon oeil. On voudrait adapter le programme
à la sauce du Québec », affirme le
porte-parole de l’AMF, Sylvain Théberge.
L’AMF
Cela dit, l’AMF a déjà son propre site web
d’information financière pour les jeunes ( http
://www.tesaffaires.com). Environ 3500 jeunes et
professeurs le consultent chaque mois. De plus, une
équipe mobile de l’AMF livre des conférences
en milieu scolaire (surtout dans les cégeps, mais
aussi au secondaire). Cette année, l’équipe
a fait 36 sorties qui ont rejoint quelque 1500 jeunes
auditeurs.
Test de français plus difficile :
Hécatombe en vue chez les futurs profs
- Marie Allard
Le
taux d’échecs est plus élevé avec
le nouvel examen national de français
C’est à pa r ti r de cet automne que les f ut u
rs enseig na nts doivent réussir un nouvel
examen national de français. Mais
déjà, 14 étudiants de l’
Université de Sherbrooke ont été
suspendus après avoir échoué au
Test de certification en français écrit
pour l’enseignement (TECFEE) lors de sa période
de validation, a appris La Presse. Les nombreux
échecs au nouvel examen font craindre
l’hécatombe dans les départements
d’éducation.
PHOTO REUTERS
Avant, les étudiants
qui « coulaient » les tests de langue
devaient souvent simplement suivre un cours
d’appoint pour corriger leurs lacunes.
Désormais, la réussite au
TECFÉE est exigée avant d’entreprendre
la troisième année d’étude.
« Les taux d’échecs sont plus
élevés qu’avec les anciens tests
», a confirmé à La Presse Michel
D. Laurier, doyen de la Faculté
d’éducation de l’Université de
Montréal. C’est lui qui dirige l’implantation
du nouvel examen national de français pour
futurs enseignants, obligatoire à partir de cet
automne.
« Notre test est plus difficile, a-t-il reconnu.
Ça correspond à une volonté du
ministère de l’Éducation et aux attentes
sociales, de s’assurer que les enseignants
maîtrisent bien le français. »
Or, les résultats étaient
déjà désastreux avec les anciens
tests de français, qui variaient d’une
université à l’autre. En 2007, 48% des
futurs étudiants en enseignement de
l’Université de Montréal avaient
échoué à un test diagnostique
d’entrée, comme le tiers des futurs profs de
primaire de l’Université Laval. À
l’Université de Sherbrooke, 40% des
étudiants en éducation n’avaient pas eu
la note de passage à un test linguistique en
2006.
Moins de 50 % de réussite
C’est pire avec le nouveau Test de certification en
français écrit pour l’enseignement
(TECFEE). Une quarantaine d’étudia nts se sont
portés volontaires pour le passer en novembre
dernier à l’Université Laval.
«Nous ne vous cacherons pas que les
résultats ont été très
décevants, moins de 50% de réussite
», a indiqué François
Lépine, coordonnateur du Centre de
développement des compétences
langagières de l’Université Laval.
Le test a ensu ite « été
révisé », a-t-il
précisé. Puis, il a été
implanté dans les universités de
Sherbrooke, de Montréal et à l’UQAM, qui
n’ont pas révélé leurs
résultats à La Presse. « Le taux
d’échecs est plus élevé, mais je
ne peux pas vous dire de combien. Les analyses sont
encore en train de se faire », a expliqué
M. Laurier.
« Même si les chiffres sont gardés
secrets, on sait qu’on s’en va vers un mur, a
indiqué Simon Forget, président de
l’Association des étudiants de la
Faculté des sciences de l’éducation de
l’UQAM. Il y a un très fort taux
d’échecs. »
Suspension après trois échecs
Avant, les étudiants qui
«coulaient» les tests de langue devaient
souvent simplement suivre un cours d’appoint pour
corriger leurs lacunes. Désormais, la
réussite au T ECF EE est exigée avant
d’entreprendre la troisième année
d’étude. Après trois échecs,
l’étudiant est suspendu du programme
d’enseignement pendant un an. Il a ensuite droit
à une ultime chance de se reprendre avant
l’exclusion définitive.
« Ça va être une catastrophe dans
toutes les facultés d’éducation, tant
pour ce qui est de la poursuite des cours que de la
diplomation », a prédit M. Forget.
Dès janvier, la cohorte de 2008 de l’UQAM en
sera à sa troisième passation du test et
les suspensions pourront suivre, a-t-il
indiqué.
À l’ Université Laval, les
étudiants de 2008 ont passé le TECFEE
pour la première fois les 12 et 13 septembre
derniers. « Pour cette raison, il est
évident qu’aucun étudiant n’a
été exclu de son programme à ce
jour, a souligné M. Lépine. La situation
sera différente en mai ou juin 2010. »
Effet sur l’attraction de la profession
M. Laurier est conscient du problème. «
Ça pourrait, effectivement, avoir un effet pour
ce qui est de la déperdition en cours de
formation, a-t-il dit. Ça peut aussi avoir un
autre effet sur l’attraction de la profession. Ce
n’est pas impossible qu’à un moment
donné, les gens se disent : Je n’irai pas en
enseignement parce que je risque d’échouer
à l’examen de français. »
En revanche, les candidats qui se présenteront
maîtriseront sûrement mieux la langue ?
« C’est l’objectif, a dit M. Laurier. En
même temps, on a besoin d’enseignants. »
Quatorze étudiants suspendus à
l’Université de Sherbrooke
Juste avant la rentrée, Maxime Duranleau, 25
ans, a appris qu’il était suspendu du
baccalauréat en adaptation scolaire
commencé en 2007 à l’Université
de Sherbrooke. Il a échoué au nouveau
Test de certification en français éc
rit pou r l’enseignement (T ECF EE), obtenant 60 %
lors de sa première tentative le 4 mai, puis
65 % le 8 août. Le hic, c’est que la note de
passage exigée est de… 70 %. Un total de 14
étudiants de Sherbrooke ont été
suspendus pour un an.
Ce test n’entre officiellement en vigueur que cet
automne au Québec, mais l’Université
de Sherbrooke a participé à sa
validation dès l’an dernier. Maxime estime
que cela lui a causé préjudice.
« L’Université ne nous a pas fourni de
guide ou d’outils avant l’examen, a-t-il
indiqué. J’ai suivi des cours privés,
mais les professeurs ne savaient pas ce qui serait
testé. » Ailleurs – à l’UQAM,
à l’Université du Québec
à Trois-Rivières et à
l’Université Laval – les cohortes de 2007
n’ont pas à réussir le TECFEE.
« Peut-être n’y avait-il pas
d’information sur le TECFEE, mais ça reste
toujours des tests de français », a
fait valoir Julie Desja rd i ns , v ice-doyen ne
à la formation à la Faculté
d’éducation de l’ Université de
Sherbrooke. Les étudiants suspendus ont eu
plusieurs occasions de se reprendre, a-telle
ajouté.
En effet, Maxime a échoué deu x fois
à l ’a n c ie n test CEFRANC avant de se
frotter au TECFEE. Quant au total de 14 expulsions,
« c’est comparable à avant », a
souligné Mme Desjardins.
Situation extrêmement dramatique
En fave u r de l ’e x a me n national de
français, l’Association
générale des étudiants de la
Faculté d’éducation de l’
Université de Sherbrooke demande
néanmoins «de nouvelles mesures »
pour aider les futurs profs à mieux
maîtriser la langue.
L es étudia nts suspendus devraient aussi
pouvoir su iv re cer t a i n s cou r s , «
à titre d’étudiants libres par exemple
», a dit Soraya-Kim R a ncou r t , v
ice-présidente aux affaires
académiques de l’Association.
« C’est sûr que c’est une situation
extrêmement dramatique pour les
étudiants, a reconnu Mme Desjardins. On est
en train de mettre sur pied une liste de ressources,
pour ceux qui n’ont pas prévu de plan B. Pour
qu’ils sachent ce qu’ils peuvent faire. »
Maxime
a une dernière chance de réussir le
TECFÉE, le 4 mai 2010. D’ici là, il t
r ava i l lera à te mps plei n dans une
quincaillerie pour rembourser ses dettes
d’études, qui s’élèvent
à 25 000 $. « Je pense qu’en restant
aux études, avec les nombreux travaux
à faire, ça aurait été
plus propice au perfectionnement de mon
français », a-t-il souligné.
Pour mieux aider les futurs profs...
Des
mesures « sont en place actuellement dans les
universités pour soutenir les étudiants
» qui passent le nouvel examen national de
français et « pallier, si c’est le cas, les
difficultés », a assu ré hier le
cabinet de la ministre de l’Éducation.
Tel qu’indiqué da ns La Presse hier, les taux
d’échecs au Test de certification en
français écrit pour l’enseignement
(TECFÉE) sont élevés. Moins de 50 %
des volontaires qui l’ont passé l’an dernier
à l’Université Laval ont obtenu la note de
passage. Or, la réussite de l’examen est
obligatoire depuis cet automne pour enseigner.
« Bien sûr, il y aura pondération des
résultats, a estimé G érald Boutin,
professeur à la Faculté des sciences de
l’éducation de l’UQA M. Le contraire serait
étonnant : on a besoin d’enseignants. »
L’aide aux futurs profs doit néanmoins être
accrue « dès leur entrée au
baccalauréat », a souhaité Manon
Bernard, présidente de la
Fédération des syndicats de l’enseignement
(FSE). « Il faut savoir quels sont leu rs besoi n
s et m ieu x les encad rer », a-t-elle
indiqué.
Une suggestion que la ministre Michelle Courchesne a
entendue. Elle doit « rencontrer les doyens des
facultés et départements
d’éducation et aura des échanges sur ce
sujet avec eux » à la fin d’octobre, a
précisé Kim Ledoux, son attachée de
presse.
Québec
veut rehausser la maîtrise de la langue des
enseignants en imposant un test national depuis
plusieurs années. Au printemps 2008, l’examen
auquel travaillait la TÉLUQ depuis trois ans a
toutefois été rejeté par les
universités et le Ministère. C’est son
coût (115$ par passation) qui a motivé
cette mise au rancart. Mais son taux d’échec
élevé (70% pour une version
préliminaire testée par des
étudiants de l’Université de
Montréal) a également été
montré du doigt.
La première partie du test consiste à
répondre à 60 questions portant sur
«l’orthographe grammaticale et la
morphologie», la syntaxe et la ponctuation,
«l’orthographe lexicale» et le vocabulaire.
Dans la seconde, il faut faire une rédaction de
350 mots, évaluée selon sa clarté,
sa structure, sa pertinence (40% des points) et la
maîtrise de la langue (60%). Tous les futurs profs
– pas seulement ceux qui enseigneront le français
– doivent désormais réussir cet examen.
Mieux payer les profs
Pour attirer des cracks du français, revaloriser
la profession enseignante est essentiel, selon Pierre
St-Germain, président de la
Fédération autonome de l’enseignement ( FA
E). « À partir du moment où on
améliorera les conditions de travail, le bassin
de candidats potentiels à l’enseignement va
s’agrandir », a-t-il souligné.
Cela ne règlera toutefois pas les lacunes d’une
bonne part de la population. « Il faut donner un
coup de barre aux programmes de français, a dit M
. St-G ermain. Les difficultés qu’on rencontre
dans les universités, c’est un indice de la
déficience des programmes mis de l’avant depuis
30 ans. »
Aller se former à Vancouver... et y
enseigner - Marie Allard
De
nombreux enseignants québécois sans
brevet vont chercher une formation en Ontario, comme
l’a écrit La Presse hier, mais
également ailleurs au Canada, où le
programme en pédagogie est moins long qu’ici.
François Clark, enseignant d’histoire et de
géographie, est allé à
Vancouver faire un Teaching Degree d’un an.
Même s’il avait un bac en histoire et trois
ans d’expérience comme prof, Québec
lui demandait de faire un baccalauréat en
enseignement pour avoir droit au brevet. « Il
n’était pas question que je retourne deux,
trois, voire quatre ans sur les bancs d’école
», a témoigné M. Clark.
Après ses études à Vancouver,
il a été embauché là-bas
à temps plein dans une école offrant
l’immersion française. « Le
système d’éducation public est
franchement meilleur ici, étant donné
que les écoles privées ne sont pas
subventionnées comme au Québec
», a-t-il dit.
Selon Bernard Tremblay, directeur des relations du
travail à la Fédération des
commissions scolaires, « il y a vraiment un
problème de valorisation de la profession
enseigna nte et des écoles publiques. Au
départ, encore faut-il que les gens aient le
goût de venir travailler dans nos
écoles ! Or, les médias en
général ne montrent pas les bons coups
des écoles, mais la violence, les
contraintes, les situations difficiles… »
«
Il est évident que pour régler le
problème de manque de personnel et attirer
davantage de candidats en enseignement, la
profession enseignante doit être plus
attrayante », indique pour sa part Manon
Bernard, présidente de la
Fédération des syndicats de
l’enseignement, dans un communiqué.
« Au-delà des enseignants qu’on a de la
misère à aller chercher, il faut
penser à tous ceux qu’on a de la
difficulté à conserver », ajoute
Pierre St-Germain, président de la
Fédération autonome de l’enseignement
(FAE).
Manque d’étudiants en enseignement à
l’UQO
La Presse a par ailleurs appris que
l’Université du Québec en Outaouais
(UQO) prévoit bientôt offrir une
maîtrise qui permettra aux enseignants
d’anglais et d’autres matières qui n’ont pas
de brevet de l’obtenir. « On attend la suite
que va donner la ministre de l’Éducation
à cette possibilité », a dit
Denis Dubé, vicerecteur à
l’enseignement et à la recherche de l’UQO.
« On a du mal à recruter des
étudiants pour l’enseignement au secondaire,
a indiqué M. Dubé. Le contingent qui
nous est alloué est de 80 étudiants
par année et on peine à en recruter la
moitié. »
DE PLUS EN PLUS DE PROFS SANS PERMIS -
Marie Allard
On
savait déjà que plus de 2200
professeurs sans brevet enseignent chaque
année dans les écoles du Québec
grâce à des « tolérances
d’engagement ». La Presse a appris que plus de
1500 autres profs non légalement
qualifiés enseignent, depuis avril 2006, en
vertu « d’autorisations provisoires
d’enseigner ». Nombre d’entre eux voudraient
acquérir leur formation en pédagogie
mais ne sont pas prêts à retourner
quatre ans à l’université, ce qu’exige
Québec. Solution : s’exiler en Ontario,
où la formation ne dure que huit mois.
Au lendemain de la Journée mondiale des
enseignants, un constat s’impose : les
pénuries sont toujours aussi vives dans ce
secteur au Québec. Près de 2240
professeurs sans brevet ont enseigné, l’an
dernier, grâce aux «tolérances
d’engagement» que le ministère de
l’Éducation (MELS) a délivrées.
PHOTO ROBERT
MAILLOUX, ARCHIVES LA PRESSE
Détentrice d’un
baccalauréat en études anglaises,
Karyne Gamelin enseigne cette matière
depuis cinq ans. Elle n’a toutefois pas droit au
brevet, parce qu’elle n’a pas fait de bac en
pédagogie. Elle attend en vain, depuis un
an, l’ouverture d’une maîtrise menant
à l’obtention du brevet pour les profs
d’anglais.
Ce n’est pas tout : La Presse a appris que 1507
« autorisations provisoires d’enseigner
» ont aussi été accordées
par le MELS depuis leur création, en avril
2006. Non légalement qualifiés, leurs
détenteurs doivent s’engager à faire
leur formation en pédagogie tout en
enseignant, ce qui relève souvent du chemin
de croix.
Seulement entre le 1er janvier 2008 et le 30 juin
2009, 875 autorisations provisoires d’enseigner ont
été émises, a indiqué
Pierre Noël, porteparole du MELS. La
majorité (382 ou 44 %) sont allées
à des enseignants en formation
professionnelle, suivi d’étudiants de 4e
année du baccalauréat en enseignement
(355 ou 41 %) pressés d’exercer leur
métier.
Viennent ensuite 133 (ou 15,20 %) détenteurs
d’un baccalauréat dans une matière
enseignée (par exemple l’histoire, l’anglais
ou les sciences), écartés jusqu’alors
des salles de classe parce qu’ils n’ont pas de
formation en pédagogie.
Bac en études anglaises moins bon qu’en
pédagogie ?
Karyne Gamelin est l’une d’eux. Bien qu’elle ait
fait un bac en études anglaises et qu’elle
enseigne l’anglais depuis cinq ans, elle n’a
toujours pas de brevet. Pour y avoir droit, elle
doit faire un deuxième bac en
pédagogie, dont la plupart des cours se
donnent de jour... alors qu’elle travaille ! La
Presse avait parlé de son problème en
octobre dernier.
« Rien ne bouge, constate-telle, un an plus
tard. Je suis un peu découragée.
» Devant l’impossibilité de poursuivre
sa formation en pédagogie de soir à
Concordia, Mme Gamelin
s’est i nsc rite comme étudiante libre
à l’Université de Sherbrooke.
Elle espère que cette université
ouvrira sous peu une maîtrise menant à
l’obtention du brevet pour les profs d’anglais et
qu’elle pourra la faire à temps partiel.
« Je me sens comme au purgatoire, entre deux,
souligne-t-elle. Est-ce que je finirai par l’avoir,
ce brevet ? » Sans brevet, impossible
d’obtenir un poste permanent dans une école,
même si la pénurie de profs d’anglais
est criante.
Mme Gamelin n’est pas la seule à avoir du mal
à achever sa formation en pédagogie.
À peine 7,31 % des détenteurs de bac
dans une matière enseignée ayant eu
une autorisation provisoire d’enseigner depuis leur
création ont obtenu leur brevet (soit 16 sur
219), selon le MELS. Chez les étudiants de 4e
année au bac en enseignement, le
succès est plus grand : 78,61 % ont eu leur
brevet (soit 408 sur 519). Il faut dire
qu’étant en 4e année, il ne leur
restait que quelques cours universitaires à
suivre, contrairement aux premiers qui doivent faire
la totalité de leur formation en
pédagogie, tout en travaillant.
Une prof d’anglais abandonne
Chantal Delorme a encore moins de chance.
Enseignante d’anglais depuis 12 ans (à
Hong-Kong pendant 10 ans et dans des écoles
du Québec depuis deux ans), elle n’a droit
qu’à une tolérance d’engagement. Comme
ses études ne sont pas en lien avec
l’enseignement de l’anglais – elle a fait un bac en
service social – le MELS ne lui accorde pas d ’autor
i s a t ion pr ov i s oi r e d’enseigner, encore
moins de brevet.
Québec exige que Mme Delorme fasse un bac de
quatre ans en enseignement de l’anglais, à
temps plein. « Je suis tout à fait
disposée à retourner étudier,
cependant je ne peux pas me permettre
d’arrêter de travailler pendant quatre ans
», écrit-elle dans une lettre
envoyée à la ministre de
l’Éducation, Michelle Courchesne, que La
Presse a obtenue. Prise dans un cul-desac,
l’enseignante d’anglais se voit dans l’obligation de
quitter ce métier qu’elle « adore
», déplore-t-elle.
TOLÉRANCES ET AUTORISATIONS PROVISOIRES
Faute de trouver des enseignants détenant
un brevet, les écoles du Québec ont
embauché 2238 professeurs nonlégalement
qualifiés en vertu de « tolérances
d’engagement », en 2008-2009. N’importe qui peut
obtenir une tolérance d’engagement, dont 94
personnes ne détenant qu’un diplôme
d’études secondaires l’an dernier, comme l’a
révélé Le Journal de
Montréal. Les écoles ont aussi
engagé 1507 détenteurs d’autorisations
provisoires d’enseigner depuis avril 2006, a appris La
Presse. Ces derniers sont généralement
plus qualifiés : ils doivent être en 4e
année du baccalauréat en enseignement ou
détenir un bac dans la matière qu’ils
enseignent et s’engager à achever leur
formation en pédagogie. Fait inusité,
les écoles primaires et secondaires ont
également eu recours aux services de 128
professeurs de cégep depuis avril 2006, a
appris La Presse.
Vif succès de la nouvelle maîtrise en
enseignement
Une nouvelle maîtrise en éducation
dite « qua lif ia nte » a é
té c ré é e pou r permettre
aux enseignants non léga lement qua l i f
iés d’obtenir leur brevet. C’est un
succès : 350 étudiants se sont
inscrits à cette maîtrise, offerte en
ligne à l’ Université de Sherbrooke
depuis 2007.
Seuls les profs de
français, de mathématiques ou de
sciences ont accès à la
maîtrise en enseignement.
« Ça dépasse nos
prévisions, a dit Hassane Squalli,
professeu r à la faculté d
’éduc at ion de l ’ Université de
Sherbrooke. On est toujours surpris par l’ampleur
que ça prend. Plus le milieu scolaire se
voit dans l’obligation d’engager des enseignants
non légalement qualifiés, plus notre
maîtrise reçoit des demandes
d’admission. »
Dans un programme commun, l’UQAM et
l’Université de Montréal offrent
aussi cette maîtrise (en version
traditionnelle, pas en ligne) depuis l’a n
dernier. « Cet automne, il y a presque 60
étudiants qui commencent, contre u ne t
renta i ne l ’a n dernier », a
indiqué MarieClaude Boivin, coresponsable
du programme pour l’Université de
Montréal.
Cela reste toutefois peu, par rapport aux 2200
titulaires d’une tolérance d’engagement et
aux 1500 titulaires d’une autorisation provisoire
d’enseigner qui travaillent sans permis dans les
écoles.
Promesse électorale
Gros hic : seuls les profs de français, de
mathématiques ou de sciences ont
accès à la maîtrise. Rien
n’est prévu pour les professeurs d’anglais
– le secteur où la pénurie est la
plus vive au Québec après
l’adaptation scolaire –, de sciences humaines ou
d’arts.
La ministre de l’ Éducation, Michelle
Courchesne, a l’intention d’agir, a assuré
son attachée de presse, Kim Ledoux. «
Il est toujours dans l’intention de la ministre,
tel que mentionné lors de la
dernière campagne électorale, de
travailler en collaboration avec les
universités pour développer, dans
les meilleurs délais mais tout en
s’assurant de la qualité de la formation
offerte, les programmes de maîtrise
qualifiante pour d’autres disciplines
enseignées au secondaire », a-t-elle
indiqué par courriel.
L’Université de Sherbrooke est prête
à ouvrir la maîtrise aux enseignants
d’anglais sans brevet « l’été
prochain, si on reçoit une réponse
positive du Comité d’agrément des
programmes de formation à l’enseignement
(NDLR : qui relève du MELS), a
indiqué M. Squalli. On a une grande liste
de personnes intéressées à
s’inscrire. »
À temps partiel, les soirs et les
week-ends, les étudiants mettront quatre
ans à obtenir cette maîtrise, tout en
enseignant au primaire ou au secondaire.
Plus d’enseignants québécois formés
en Ontario
Un
nombre grandissant d’enseigna nts
québécois vont acquérir leur
formation en… Ontario. «
L’intérêt pour notre programme augmente
de plus en plus au Québec, a confirmé
à La Presse Jonathan Bolduc, directeur du
programme de formation à l’enseignement de
l’Université d’Ottawa. Cette année,
les Québécois constituent entre le
quart et le tiers de nos étudiants (selon
qu’ils étudient à temps plein ou
à temps partiel). Il y a une petite
augmentation comparativement à l’an
passé. »
PHOTO ARCHIVES LA
PRESSE
Le choix qui s’offre
à plusieurs enseignants avec
expérience, mais sans brevet : un
baccalauréat de quatre ans en enseignement
au Québec exigé par le
ministère de l’Éducation, ou une
formation d’un an en Ontario, qui sera ensuite
reconnue ici.
Au total, près de 150 (25 %) des 60 0
étudiants du programme de l’Université
d’Ottawa avaient une adresse au Québec au
moment de leur demande d’admission.
L’avantage ? En Ontario, si on a déjà
un baccalauréat, il suffit de faire huit mois
de pédagogie pour obtenir le droit
d’enseigner. Au Québec, même si on est
diplômé, il faut refaire un bac en
enseignement ou une maîtrise, ce qui prend
plusieurs années. Or, en vertu d’ententes de
réciprocité entre les provinces, les
diplômes obtenus en Ontario sont reconnus ici,
à condition de faire quelques cours
complémentaires.
Bien des Québécois en prof itent – u
ne modeste croissance de leur nombre s’observe aussi
à l’Université Laurentienne, à
Sudbury. Quatorze des 340 étudiants au bac en
éducation étaient
québécois l’an dernier, et ils ont
été entre 6 et 11 au cours des cinq
années précédentes, a
indiqué Guylaine Tousignant, porte-parole de
l’Université Laurentienne.
Hausse prévue des Québécois
Le ministère de l’Éducation du
Québec (MELS) a délivré 310
permis et brevets « à des candidats
venus de l’Ontario» en 2008-2009, a
précisé Pierre Noël, agent
d’information au MELS. C’est un peu moins que
l’année précédente (357), mais
deux fois plus qu’en 2001.
Et
ce nombre va augmenter au cours des prochains mois,
selon M. Bolduc. D’abord parce qu’une entente de
mobilité de la main-d’oeuvre fera en sorte
que les enseignants formés en Ontario
n’auront bientôt plus à « faire
quelques cours supplémentaires avant
d’enseigner dans les écoles
québécoises et vice-versa »,
a-t-il souligné. Ensuite, parce que l’Ontario
accorde désormais un titre professionnel aux
enseignants. «Bien des étudiants qui
viennent du Québec voient là une
reconnaissance de la profession qu’ils n’ont pas
dans les autres provinces », a-t-il dit.
Endetté de 17 000$
Titulaire d’un bac et d’une maîtrise en
histoire, Sébastien Roy a enseigné
cette matière au Québec grâce
à des « toléra nces d’engagement
» du MELS. Mais pour avoir droit au brevet, il
aurait dû refaire un bac en pédagogie,
d’une durée de quatre ans, ce qu’il juge
excessif. Plusieurs des universités
québécoises qu’il a jointes ne
reconnaissent même pas ses trois ans
d’expérience en enseignement pour lui
créditer le stage d’observation, a-t-il
dénoncé.
Solution : M. Roy est parti le 6 septembre dernier
pour l’ Université d’Ottawa, qui prend en
compte l’expérience professionnelle des
candidats. À 31 ans, il a jugé
préférable d’emprunter 17 000 $ et de
partir huit mois en Ontario (tout en payant son
hypothèque au Québec) pour avoir enfin
son brevet. « À mon retour,
j’espère trouver un emploi dans
l’enseignement et ne plus entendre parler de brevet,
de tolérance et de permis ! » a-t-il
souligné.
Meilleur taux d’obtention de diplômes en
Ontario
Depuis 1995, les universités
québécoises n’offrent plus le
certificat en pédagogie (durée d’un
an), qu’elles jugent insuffisant pour former un bon
prof, contrairement à l’Ontario. « Les
enseignants ontariens ont d’aussi bons
résultats que les enseignants
québécois par rapport à la
réussite de leurs élèves
», fait pourtant valoir M. Bolduc. C’est en
dessous de la réalité : avec un taux
d’obtention de diplômes du secondaire de
près de 80 %, l’Ontario atteint
déjà l’objectif fixé par
Québec pour… 2020.
L es hom mes se font plus rares - Marie Allard
C ’ e s t l
a p r e m i è r e r e n t r é e com me en seig
na nts de C éd r ic Devoua ssou x , 2 8 a ns , et M a
rieÈve Pla nte, 2 3 a ns . F ra îc hement d
iplômés , ils joig nent les ra ngs d e s 9 0 0
0 0 p r o f s d u Q u é b e c pou r qu i l’heu re de
la rent rée son ne ces jou rs-c i.
P H OTO DAV I D B O I LY, L
A P R E S S E
M a r i e - È v e P l a n t e
e t C é d r i c D e v o u a s s o u x , f r a
î c h e m e n t d i p l ô m é s e n e n
s e i g n e m e n t , o n t é c r i t à l a
m i n i s t r e d e l ’ É d u c a t i o n p o u r r
é c l a m e r d e s m e s u r e s d e d i s c r i m
i n a t i o n p o s i t i v e e n f a v e u r d e s h o m
m e s . « À c o m p é t e n c e
é g a l e , i l f a u t f a vo r i s e r l e s c a
n d i d a t u r e s m a s c u l i n e s à l ’a d m
i s s i o n d a n s l e s u n i v e r s i t é s
», e s t i m e C é d r i c .
U n e p r o f e s s i o n d e p l u s e n p l u s f é
m i n i n e : i l y a v a i t 2 2 , 5 % d ’e n s e i g n a n
t s m a s c u - l i n s l ’a n de r n ie r d a n s le s
é c o - l e s p u bl iq u e s , c o n t r e 2 3 , 3 %
e n 2 0 0 7 - 2 0 0 8 ( t e m p s p l e i n e t t e m p s p
a r t ie l , s a n s c o m p - t e r l e p e r s o n n e l d
’a p p o i n t ) . S i o n e x c l u t l e s e c o n d a i r
e , c e t au x c hute à 1 2 , 2 % d ’ ho m - me s en
2 0 0 7-2 0 0 8 .
L e vent ne semble pa s près de tou r ner, selon ce
qu’a appris La
Pre sse . Seu ls 8 ,3 % des nouveau x i n sc r its cet autom
ne au ba c c a lau réat en en s eig nement p r
é s c o l a i r e - p r i m a i r e à l ’ U n
i - ve r s i t é d e M o n t r é a l s o n t d
e s hom mes . I ls ét a ient 10 % l’a n d e r n i e r
. L é g e r r e c u l a u s s i à l’ Un
iversité de Sherbrooke, où 9,9 % d’hom mes ont
été ad m is c e t t e a n n é e , c o n
t r e 1 0 % e n septembre 2 0 0 8 . À l’ Un
iversité L ava l , ils sont encore plus ra res : 5, 6
% cet autom ne. E t plusieu rs aba ndon neront ava nt de
deven i r of fic iellement profs .
L a s i t u a t i o n i n q u i è t e l a m i n i s t
r e d e l ’ É d u c a t i o n , M i c h e l l e C o u
r c h e s n e . « O n va r e n c o n t r e r l e s f a
c u l t é s d e l ’é d u c a t i o n d a n s l
e c o u r a n t d e l ’au t o m n e , p o u r p a rle r d e
l’i n ser tion des hom mes da n s la profession en seig na
nte », a d it à Jea n-P a s c a l B er n ier,
L a P re s s e c hef de c abi net de la m i n ist re .
L e M i n i
s t è r e c o m p t e é g a - le m e n t va lo
r i s e r le s h o m m e s p r o f s d u r a n t l a S e m a
i n e d e s e n s e i g n a n t s , e n f é v r i e r
. « O n v e u t e n p r o f i t e r p o u r i n c ite
r le s ga r ç on s à s ’ i n s c r i re e n s
c i e n c e s d e l ’é d u c a t i o n » , a i
nd iq ué M . B e r n ie r.
D i s c r i m i n a t i o n p o s i t i ve
C é d r i c D e v o u a s s o u x e t M a r ie -
È ve Pla nte ont éc r it à la m i n ist
re pou r réc la mer dava nt age : des mesu res de d
is c r i m ination positive . « À
compétence éga le, i l faut favor iser les c a
nd i d a t u r e s m a s c u l i n e s à l ’a d - m
ission da n s les u n iver sités », esti me
Céd r ic . Q ua nd i ls sont ent rés au bacc a
lau réat en en seig n e m e n t pr é s c ol a
i r e - pr i m a i r e à l ’ U n i ve r s i t
é d e S h e r b r o o ke en 2 0 0 5, i l y ava it 10
ga r s su r 2 2 5 ét ud ia nts . S eu ls quat re ont
obtenu leu r d iplôme, au pr i ntemps der n ier.
« P o u r l e s g a r ç o n s , c ’ e s t i m p
o r t a n t d ’avoi r u n m o d èle ma s c u l i n qu
i l it de la poésie, é c r i t d e s t e x t e
s » , f a i t v a l o i r M a r ie - È ve, qu i
pa r t age la c au se de son conj oi nt . « D u ra nt
tout le pr i m a i r e , j e n e r ê va i s q u e d ’a
r rêter l ’école à 16 a n s , t a nt je
détest a is ç a , a témoig né C
éd r ic . M a is j ’a i en su ite eu la c ha nce i
nou ïe de rencont rer des profs qu i don na ient au x
ga r s le goût de t rava i l ler à l
’école . J ’a i vou lu fa i re ç a , moi au
ssi . »
Q uéb e c é c a r te p ou r l ’i n s t a nt le
re c ou r s à la d i s c r i m i n a t ion p o s i t
i ve . « O n e n v i s a g e p l u s d e s m e s u r e
s p o u r i n c i t e r le s g a r s à s ’ i n s c r
i r e , a d i t M . B e r n ie r. J e ne veu x pa s br
û le r d ’é t a p e s . O n va re n c o n t re
r le s fa c u lté s , e n s u ite i l y au r a p e
utê t r e d e s m e s u r e s a n n o n c é e s
pa r la m i n i s t re . »
P ou r don ner de la v isibi l ité a u x h o m m e s
p r o f s , C é d r i c por tera le d rapeau de la
fac u lté d ’éduc at ion de l ’ Un iver
sité de S he rbr o oke à la c ol l a t io n de
s g r a d e s , l e 2 6 s e p t e m b r e . L e c o u ple a
plei n d ’au t r e s id é e s pou r at ti rer les hom
mes da n s les écoles : a l ler pa rler du mét
ier a u x m o n i t e u r s d e c a m p s d e j ou r, au x
ent ra î neu r s de s por t , c réer u n prog
ra m me de mento - rat ent re profs ma s c u l i n s …
« D a n s l e s é c o l e s , o n s e n t t o u
j o u r s q u ’ i l s s o n t h e u r e u x d e r e c e v o
i r u n h o m m e » , d i t C é d r i c , q u i
f a i t d e l a s u p - p l é a n c e d e p u i s q u
a t r e a n s . C ’e s t d ’a i l l e u r s c e q u i a t t
e n d M a r i e - È v e e t l u i , c e t t e r e n -
t r é e : d e s r e m p l a c e m e n t s o u d e l a
s u p p l é a n c e . Av i s a u x i n t é r e
s s é s , d e u x j e u n e s p r o f s p a s s i o n
n é s – p a r t i c u l i è r e - m e n t a t
t e n t i f s a u x b e s o i n s d e s g a r ç o n s
– s o n t p r ê t s à t r a v a i l l e r .
À l’école, p’tit gars ! - Mario Roy
Les
élèves rentrent en classes. Et l’enseignant
qui les accueillera sera probablement une enseignante –
une probabilité de 62,5 à 98% selon le
niveau, de la maternelle à la fin du secondaire.
Or, ce déséquilibre s’accentuera encore dans
l’avenir car les hommes qui étudient pour devenir
enseignants sont de plus en plus rares: à
l’Université Laval, ils sont moins de 6%!
Le phénomène est particulièrement
marqué au Québec, mais il est presque
universel.
Du Canada dans son ensemble au Royaume-Uni, les
instituteurs ne composent que 13 à 16% du personnel
enseignant au niveau élémentaire. Aux
États-Unis, la proportion d’enseignants mâles
dans les «K-12» (maternelle, primaire,
secondaire) où ils étaient
déjà minoritaires, a chuté de plus de
13 points de pourcentage depuis 1971. En Australie, on a
dû offrir de généreuses bourses aux
hommes qui embrasseraient cette vocation!
De l’enseignement, il arrive maintenant qu’on dise qu’il
est devenu un « club privé
féminin».
De fait, «l’école rose favoriset-elle les
filles?» pour reprendre le titre d’un dossier
monté à l’Université du Québec
(Carole Schinck, dans Réseau). niment plus, ont
davantage de problèmes de discipline, sont plus
«médicamentés», se rendent en
moins grand nombre à l’université que les
filles.
On a
avancé diverses explications à cela. De
doctes spécialistes ont même
suggéré que les petits garçons sont
entièrement responsables de leur malheur car,
méchants garnements, ils cultivent des
stéréotypes sexistes! (Humez le vieux fond
de sauce idéologique mijotant dans certaines
cuisines de l’instruction publique...)
Mais pour revenir sur terre et à la raison, on ne
voit pas comment la mécanique de plus en plus
sexuée de la transmission du savoir, jouant au
désavantage des garçons, ne les blesserait
pas. Empiriquement, cela a été mille fois
démontré. « Je ne rêvais que
d’arrêter l’école à 16 ans, tant je
détestais ça. Mais j’ai ensuite eu la chance
inouïe de rencontrer des profs qui donnaient aux gars
le goût de travailler», dit (à Marie
Allard, dans La Presse) le jeune Cédric
Devouassoux, fraîchement diplômé en
enseignement.
Est-ce qu’il faudrait instituer un système de
discrimination positive en faveur des hommes? Ce serait un
dernier recours un peu détestable.
Cependant, il faut certainement «masculiniser»
le milieu de l’éducation (comme le milieu de la
santé que, depuis le rapport Rondeau, on sait
rébarbatif à la moitié mâle de
l’humanité). Et ce, en proposant des valeurs qui se
détacheraient des prêches convenus et en
élargissant l’espace de liberté
alloué aux instituteurs et aux garçons.
Bref, en présentant aux élèves et aux
aspirants professeurs une société à
transmettre, où les garçons et les hommes
existeraient tels qu’ils sont et ne seraient pas
condamnés à s’en sentir inférieurs ou
coupables.
OUI > Il faut tenir compte des
différences d’apprentissage entre garçons et
filles - Jean-Guy Lemery
La
profession enseignante se féminise de plus en
plus, nous apprend La Presse. En
préscolaire-primaire, les hommes seront moins
de 10% très bientôt. L’an dernier, je
donnais une conférence aux futures enseignantes
à l’Université du Québec; dans la
salle, 49 femmes et un homme. Une superviseure me
disait: « Ceux qu’on a, on les perd en chemin.
Je pense que notre enseignement est trop conçu
en fonction des filles. »
Faut-il s’en étonner? Depuis des années,
le ministère de l’Éducation
véhicule qu’il n’y avait pas de
différences entre les garçons et les
filles. En l’an 2000, le Conseil supérieur nous
a dit que le résultat scolaire des
garçons n’était pas affecté
même si la grande majorité des
enseignants étaient des femmes.
On n’a surtout pas voulu faire de différence
dans notre enseignement aux garçons par rapport
aux filles. On tomberait dans les
stéréotypes. On leur en fait beaucoup
dire à ces stéréotypes!
Faut-il s’étonner d’un écart aussi
important dans la réussite scolaire entre les
garçons et les filles ?
Le Québec revendique une des différences
les plus grandes au Canada dans le décrochage
scolaire, soit 15% de plus en moyenne chez les
garçons.
Oui,
la solution passe par un plus grand nombre d’hommes
dans l’enseignement au primaire et au secondaire.
Oui, la solution passe par un enseignement plus
personnalisé, y compris par des femmes, qui
tienne compte des différences dans la
façon d’apprendre des garçons et des
filles.
La solution passe aussi par un enseignement qui
rejoint les intérêts des garçons
en lecture. Par un enseignement qui donne aux
garçons l’occasion d’appliquer leurs
connaissances dans du concret. Par une valorisation
des sciences, motivantes pour les garçons.
La solution passe également par une plus grande
place au parascolaire qui engage les garçons et
suscite un attachement à l’école.
La solution passe finalement par les hommes et les
femmes de la communauté qui viennent parler de
leur travail avec passion, là où ils ont
du succès et du plaisir.
Respecter
les
différences entre les filles et les
garçons ne va pas à l’encontre d’une
égalité homme-femme. Former des
équipes d’enseignants constituées
à part équilibrée entre hommes et
femmes ne peut que permettre un meilleur
échange d’idées et de pratiques
pédagogiques.
LA PERFORMANCE À OUTRANCE -
MICHÈLE OUIMET
En
octobre, des milliers de jeunes passent les examens
d’admission des écoles privées. Seuls
les meilleurs sont acceptés. Mais au cours du
secondaire, plusieurs élèves sont
renvoyés parce que leurs notes sont trop
faibles ou leur comportement inadéquat, a
Le même cauchemar le hante trois ou quatre
fois par année. Il se lève et se rend
compte qu’il a un examen de mathématiques. Il
n’a pas étudié. Il panique.
PHOTO DAVID BOILY,
LA PRESSE
« Le stress commence et
l’anxiété embarque, raconte
Jean-François Goyette. Quand je me
réveille, je suis tout à l’envers.
»
Jean-François a 33 ans. Fils d’architecte. Il
a étudié à
Jeande-Brébeuf, une des meilleures
écoles privées du Québec
à Montréal, qui recrute la
crème de la crème. Un collège
qui forme l’élite : médecins, avocats,
hommes d’affaires…
Sau f que Jea n-F ra nçois n’était pas
un élève brillant. «
J’étais un cancre issu d’une famille
aisée », dit-il.
Jean-François en a arraché. Son
secondaire a été un long chemin de
croix. Sa bête noire: les
mathématiques. Sa moyenne
générale ne montait jamais audessus de
70%. Pourtant, il ne traînait pas les pieds.
« Je travaillais tellement fort pour obtenir
mon petit 65%! Les examens de maths me stressaient
énormément. J’avais beau
étudier, ça ne marchait pas. »
Brébeu f n’éta it pa s fa it pour lui.
Jean-François était un
élève sage qui avait de la
difficulté à se concentrer. Un
distrait, dans la lune la moitié du temps.
À Brébeuf, il y avait beaucoup de
pression : de l’école, des parents, des
pairs. Toujours, tout le temps. La performance
à outrance, la réussite à tout
prix.
Cette pression a laissé des séquelles.
Les cauchemars. À 33 ans, il refait les
mêmes qu’à 13 ans. Des rêves
angoissants qui le tourmentaient à la veille
d’un examen de mathématiques ou de latin, son
autre bête noire.
J’ai rencontré Jean-François dans un
café du centre-ville mardi matin. Il n’a pas
touché à son thé glacé,
trop absorbé par le récit de ces
années qui lui ont laissé un
goût amer. Pendant que les travailleurs
attrapaient un muffin avant de se précipiter
à leur bureau, Jean-François racontait
son long calvaire.
Il n’a pas la dégaine arrogante du premier de
classe à qui tout réussit. On devine
l’adolescent fragile derrière la fine
silhouette de l’homme adulte. Grands yeux bruns,
visage ouvert, voix douce.
«J’ai des souvenirs amers de mon adolescence.
Je devais performer. Mon avenir en dépendait,
même à 14 ans. Je suis devenu un homme
anxieux, nerveux. Un rien me stresse, une
conséquence directe de la pression subie au
collège. C’était très difficile
pour un enfant comme moi de réussir dans un
collège privé axé autant sur la
performance.»
Jean-François avait échoué
à l’examen d’admission, mais sa mère
s’est accrochée. Elle a rencontré le
directeur de Brébeuf. Elle lui a
expliqué que son fils avait une faiblesse en
mathématiques et qu’il arrivait d’une
école primaire des Laurentides peu exigeante.
Elle était prête à tout pour
qu’il soit accepté. Pendant des mois, elle a
passé une heure par soir à faire des
mathématiques avec son fils. Elle allait
régulièrement voir le directeur de
Brébeuf pour lui faire part des
progrès de JeanFrançois, notes
à l’appui. Le directeur a fini par
céder. A-t-elle des regrets ? Non,
tranche-t-elle. Et le stress de son fils ? «
C’était bon pour lui. Il a appris qu’il faut
travailler chaque matière. Aujourd’hui, je
referais la même chose. »
Sauf qu’il en a payé le prix. Et qu’il le
paie encore.
Jea n-F ra nçois au ra it pu quitter
Brébeuf, sauf qu’il avait peur des
écoles publiques, ces « monstres
éducatifs ». Et il ne voulait pas
décevoir ses parents.
À la fin de sa deuxième secondaire, le
collège a envoyé une lettre à
ses parents. JeanF ra nçois deva it a
méliorer ses notes, sinon il risquait
l’expulsion.
« Pour moi, c’était la fin du monde, la
fin de ma vie. J ’avais 14 a ns. I l fallait
à tout prix que je réussisse. Je ne
connaissais personne au public. Aujourd’hui, quand
j’y pense, je ressens encore de l’inquiétude.
»
Mais la vie ne finit pas à 14 ans.
Jean-François l’a appris plus tard. Trop
tard.
Il n’est pas le seul à avoir
été terrorisé par le public.
Dans un documentaire touchant qui sera
diffusé le 18 octobre à Canal D( 1),
la réalisatrice Marie-Josée Cardinal
raconte le parcours angoissant de six parents et de
leurs enfants de 11 ans qui passent en rafale des
examens pour être admis dans un collège
privé.
Ces
parents misent tout sur le privé. Ils
visitent les plus grandes écoles –
Brébeuf, JeanEudes, le Collège de
Montréal – qui en mettent plein la vue :
locaux nickel, ordinateurs à la fine pointe
de la technologie, bibliothèque grandiose.
Les parents salivent, les enfants a ngoissent. Ca r
pou r être admis dans le saint des saints, il
faut réussir les examens d’admission.
La sélection est féroce : des 120 0
élèves qui ont passé l’examen
de Jean-Eudes, seulement 350 ont été
acceptés. Au Collège de
Montréal, il n’y a que 210 places pour 850
candidats( 2).
Pendant l’examen, des élèves pleurent,
d’autres partent avant la fin.
«Cette course aux meilleurs fa it plus de
perda nts que de gag na nts », a f f i r me la
réalisatrice.
Mais ce qui frappe le plus, c’est la peur de
l’école publique. Comme si elle avait la
lèpre et le choléra.
Des j eunes confient leur c ra i nte à la ca
méra . S ’ils échouent, ils iront
à PaulGérin-Lajoie (PGL), une petite
école secondaire publique d’Outremont qui
accueille moins de 700 élèves.
« Il paraît qu’il y a des serin-
gues de drogue dans la cour», dit une fille.
« On m’a dit que tout le monde allait me
battre», confie une autre.
« L’école publique a tellement mauvaise
presse que ça fait peur », affirme la
directrice de PGL, Danielle Couillard.
Jean-Guy Perras( 3), directeur de Pierre-Laporte,
une des écoles publiques les mieux
cotées de Montréal, renchérit:
«On a peur du public. Le palmarès de
L’actualité et les journaux alimentent la
psychose.»
La ministre de l’ Éducation, Michelle
Courchesne, reconnaît qu’il y a un «
bris de confiance » envers l’école
publique. Elle l’a répété,
cette semaine, à l’émission de
René Homier-Roy, C’est bien meilleur le
matin.
Que propose-t-elle? «Il y a tellement de
belles histoires dans les écoles publiques,
at-elle dit. Mettons-nous tout le monde ensemble
pour dire qu’on veut un système public
à la hauteur de nos ambitions.»
Jean-François Goyette tenait à
raconter sa lente traversée du secondaire,
car il voulait se servir de son histoire pour
dénoncer l’aide du gouvernement aux
écoles privées.
«Lorsque je vois les subventions que le
gouvernement verse au privé, je ris. Je ris
parce que ces écoles ne sont pas
privées, mais semi-publiques. Le gouvernement
prend à tous pour donner aux riches. Une
sorte de Robin des bois à l’envers. Je ris de
notre incapacité à être
cohérents dans nos choix.»
Il dénonce aussi l’inégalité
des chances. « L’élève pauvre ne
va pas à Brébeuf, à moins
d’obtenir une bourse. Il va au public. Par contre,
le cancre riche va à Brébeuf, ce qui
prive le bon élève d’une place tant
recherchée au privé. C’est moi,
ça, le cancre issu d’une famille
aisée. »
Aujourd’hui, Jean-François mène une
belle vie. Il a fréquenté les
meilleures écoles : Brébeuf,
l’Université de Montréal, où il
a décroché un baccalauréat en
criminologie, et HEC, où il a obtenu un
diplôme de deuxième cycle en gestion.
Il a un bon boulot d’analyste pour un corps
policier. Il n’a pas d’enfant et il n’en veut pas.
Mais s’il en avait, il leur laisserait le choix.
Jamais, jure-t-il, il ne les forcerait à
fréquenter le privé.
Il ne regrette qu’une chose : avoir pris la place
d’un élève brillant, lui, le «
cancre ».
PAS DE PITIÉ POUR LES PLUS FAIBLES
Quand on évoque l es collèges
privés, on songe aux brillants résultats
obtenus en fin de secondaire. Mais on oublie que
plusieurs élèves sont rejetés par
ces institutions pour leur mauvaise performance ou l
eur i ndiscipline. Dans les écoles
privées, c’est la loi du plus fort qui prime.
Ne manquez pas notre dossier demain !
Des examens jugés « trop stressants
» - Ariane Lacoursière
Le
collège Sainte-A nne, à L achine,
classé pa rmi les meilleures écoles
secondaires privées de la province, met fin
à ses examens d’admission. Selon la
direction, ces tests sont trop stressants et ne
permettent pas d’avoir une réelle
idée du potentiel des élèves.
Les jeunes seront dorénava nt sou m is
à des évaluations plus
générales qui noteront, entre autres
choses, leur créativité.
PHOTO IVANOH
DEMERS, LA PRESSE
Dorénavant, le
collège Sainte-Anne de Lachine se
contentera principalement d’analyser les
bulletins de quatrième et de
cinquième année primaire des
candidats. « Un examen, c’est une photo.
Un bulletin, c’est une vidéo.
L’idée que tu te fais de
l’élève est meilleure »,
affirme Ugo Cavenaghi, directeur
général du Collège.
Selon le directeur général de
l’établissement, Ugo Cavenaghi, les
élèves arrivent « de plus en
plus préparés » aux examens
d’admission. « Ils suivent des cours avec
des coachs spéciaux. D’autres consultent
des orthopédagogues, des psychologues ou
suivent des week-ends intensifs de prépa
ration. . . Et le jour de l’examen, certains
élèves sont si stressés
qu’ils vomissent. On trouve ça ridicule. On
veut enlever cette pression », explique M.
Cavenaghi.
« Parfois, les élèves arrivent
surpréparés à l’examen. On
les accepte, et ensuite on voit qu’ils n’ont pas
de profondeur dans leurs apprentissages et ils ne
sont pas heureux à l’école. Nous, on
cherche des bases solides et des
élèves qui seront bien ici »,
ajoute le responsable de la sélection des
élèves au collège Sainte-A
nne, Ma rtial Couillaud.
Dorénavant, le Collège se contentera
principa lement d’analyser les bulletins de
quatrième et de cinquième
année primaire des candidats. « Un
examen, c’est une photo. Un bulletin, c’est une
vidéo. L’idée que tu te fais de
l’élève est meilleu re »,
affirme M. Cavenaghi.
T rois tests seront distribués au x
élèves : un de c réativ
ité, u n de c u lt u re
générale et un test
d’habiletés scolaires. Mais il ne s’agira
pas d’examens traditionnels visant à
évaluer les connaissances en
français et en mathématiques,
précise M. Cavenaghi.
L e collège Sa i nte-A n ne aurait
aimé abolir plus tôt les exa mens
d’ad m ission. « M a is c ’ét a it i
mpo s sible pa rce que les bu lleti ns du pr i ma
i re ava ient des cotes au lieu des notes, dit M.
Couillaud. Maintenant, quand on voit qu’un
élève obtient 90 % dans un groupe
où la moyenne est de 70 %, on sait qu’il
est bon. »
M
. Cavenagh i ne comprend pas que les écoles
seconda ires privées continuent de filtrer
leur clientèle à l’aide d’examens
d’admission. « Même les cégeps
et les universités ne font pas ça !
Ils utilisent les notes du bulletin en premier
», dit-il.
Le directeur se défend de « niveler
par le bas ». « On veut simplement
avoir des élève s q u i a i m e n t
no t r e école et qui restent jusqu’en
cinquième secondaire. On a
déjà le privilège de pouvoir
choisir un élève sur trois. E ssayon
s de ga rder ceu x qu’on prend »,
décla re M . Cavenaghi.
Le président de la Fédération
des établissements d’enseignement
privés, Paul Boisvenu, ne veut pas
commenter la pertinence des examens d’admission.
« On n’a aucun pouvoir là-dessus. Les
écoles font ce qu’elles veulent »,
dit-il.
Certains établissements ont trouvé
d’autres moyens de limiter le stress des examens
d’admission. Le collège MontSaint-Louis et
neuf autres écoles privées de
Montréal offrent aux enfants de ne passer
qu’un examen pour avoir accès à tous
les établissements.
« L’élè ve s ’ i n s c r it d
a n s l’école qui est son premier choix.
S’il n’est pas retenu, on l u i dema nde à
quelle école il veut qu’on tra nsmette son
dossier, explique le d i rec teu r
généra l du collège
Mont-Saint-L ouis, André Lacroix. Ils
passent un seul examen. Les parents adorent
ça. »
M. Lacroix n’est pas prêt à
abandonner les examens d’admission. « Les
examens sont des outils considérés
comme justes par les élèves et le s
pa rent s , d it-i l . O n rega rde aussi le bu l
leti n . Mais si on regarde seulement le bulletin,
10 écoles ont 10 bulletins
différents. Ce n’est pas facile
d’évaluer j ustement. C’est moins uniforme.
»
LES LAISSÉS-POURCOMPTE DU
PRIVÉ - Marie Allard
Des dizaines de milliers d’enfants de 11 ans
se battent, ces jours-ci, pour avoir une place
dans une école secondaire
privée. Leurs parents savent-ils que,
même une fois admis, ils risquent
l’expulsion au moindre faux pas ?
Un palmarès des collèges
privés qui perdent le plus
d’élèves au Québec,
compilé par La Presse d’après
des données du ministère de
l’Éducation (MELS),
révèle que certains perdent
jusqu’à 60% de leur clientèle
entre la première et la
cinquième année du secondaire.
Plus de 80 écoles privées en
perdent au moins 10% (cohortes de 2003-2004
à 2007-2008).
Au total, 19 000 élèves sont
entrés en première secondaire
dans une école privée en 2003,
au Québec. Le taux de rétention
de l’ensemble des collèges, quatre ans
plus tard, était d’à peine 71%.
Seuls 13 500 des 19 000 élèves
du privé fréquentaient le
même établissement en 2007.
Où étaient les 5500 autres ?
Dans une école publique (20%), un autre
collège privé (6%) ou tout
simplement « absents » (3%), ce
qui signifie qu’ils ont décroché
ou déménagé hors
Québec.
Ces statistiques étonnent Pierre
Toussaint, professeur à la
faculté des sciences de
l’éducation de l’Université de
Montréal. « Je me serais attendu
à 90% ou plus! a-t-il dit. Étant
donné que les élèves du
secteur privé sont
sélectionnés, notamment sur la
base des résultats scolaires et des
tests d’admission, ce taux de rétention
aurait pu être plus élevé.
»
Les plus touchés sont en région
Fait surprenant, ce ne sont pas des
collèges élitistes qui se
trouvent au sommet du classement. Des
écoles privées moins strictes,
souvent en région, perdent davantage
d’élèves. Certains partent
d’eux-mêmes, à la suite d’un
déménagement, de
difficultés financières ou par
choix personnel. Mais de nombreux autres se
font montrer la porte pour cause de
difficultés scolaires ou
d’écarts de conduite jugés trop
importants.
Neuf collèges perdent plus de 40% de
leurs élèves
C’est lepensionnatSaint-Alphonse, à
Saint-Tite-des-Caps, dans Charlevoix, qui a le
triste honneur de dominer le palmarès.
Il a perdu 61,29% de ses élèves
entre la première et la
cinquième année (19
élèves). C’est dû au
difficile déménagement survenu
après la rupture des liens avec les
pères rédemptoristes en 2001, a
expliqué Sonia Lefrançois, du
collège Saint-Alphonse.
L’Académie Laurentienne de ValMorin
(deuxième avec une perte de 52,94% de
ses élèves) et le collège
du Mont-Sainte-Anne de Sherbrooke
(sixième avec une baisse de 46%), deux
autres pensionnats, perdent aussi beaucoup
d’élèves. Au bout de quelques
années en résidence, des
adolescents veulent rentrer à la
maison, pour mieux profiter de leurs
soirées avec leur petit(e) ami(e) ou
pour travailler à temps partiel,
ont-ils fait valoir.
« Pas à l’abri des
décrocheurs »
Autre facteur : il n’y a pas de test
d’admission à l’Académie
Laurentienne. Si bien que l’école se
retrouve avec des élèves qui ont
parfois certaines difficultés
scolaires, a reconnu Guy Richard, son
directeur général. Une partie
d’entre eux quitte l’Académie pour
aller au secondaire professionnel. «
Nous ne sommes pas à l’abri des
décrocheurs, même si nous sommes
une école privée », a-t-il
ajouté.
Dans la métropole, le collège le
plus touché par les départs est
l’Académie Michèle-Provost, avec
une baisse de 44,18% de ses
élèves. Un total de 22
élèves ont quitté cet
établissement non élitiste et
trois nouveaux sont arrivés au fil du
secondaire (cohorte de 2003-2008). En
détail, il y a eu quatre renvois (pour
problèmes de comportement ou
échecs scolaires), trois refus pour
réinscription tardive, trois
déménagements, six
départs pour une autre école et
six départs sans raison connue.
Il s’agit d’une situation exceptionnelle,
selon Michèle Provost,
présidente et directrice
générale de l’Académie.
Le taux de rétention habituel de
l’école est plutôt de 80%, selon
elle. « Nous accordons une grande
importance à nos élèves,
at-elle assuré. Il nous arrive
toutefois de rencontrer des cas particuliers
où l’élève n’a pas la
capacité de suivre le programme ou a
besoin de ressources dont nous ne disposons
pas, comme les services d’un
orthopédagogue ou d’un psychologue.
»
Le palmarès que vous présente La
Presse minimise la perte réelle de
clientèle, puisque les écoles
qui acceptent de nouveaux élèves
pour remplacer ceux qui partent voient leur
taux de rétention faussement
gonflé. Par exemple, les
collèges Charlemagne, Sainte-Anne,
Sainte-Marcelline et Jean-Eudes annoncent tous
des possibilités d’admission en cours
de secondaire dans leurs sites internet. Nos
statistiques ne comptabilisent pas, non plus,
les renvois et les départs en
cinquième secondaire, puisque le
Ministère calcule le nombre
d’élèves au 30 septembre, au
début de l’année scolaire.
Un écrémage injuste ?
Être un « bon »
collège privé ne suffit plus.
Plusieurs veulent être les meilleurs,
sachant l’importance que les parents
accordent aux classements quand ils font le
choix d’une école.
« Avec le foutu palmarès, la
pression est énorme, a
témoigné la direction d’un
collège sous le couvert de
l’anonymat. En quatrième et
cinquième secondaire, ça prend
absolument de bons résultats aux
évaluations ministérielles. La
compétition entre les écoles
est de plus en plus présente. »
L’écrémage entamé
à l’entrée des
élèves se poursuit donc au fil
du secondaire. « Quand j’étais
en quatrième secondaire, il y a eu
des renvois avant les examens du
Ministère », se souvient
Maxime, 19 ans, diplômée d’un
bon collège de la RiveSud. «
Une école privée, ça
veut garder sa réputation. Dès
que t’es mauvais, on se débarrasse de
toi, ajoute Ben, 19 ans, qui a fait son
secondaire dans un autre collège
réputé de la Rive-Sud. Moi,
j’étais borderline. »
Quatre des dix meilleurs collèges du
Québec (au palmarès des
écoles 2008 du magazine
L’actualité) perdent plus de 16% de
leurs élèves entre la
première et la cinquième
année du secondaire. Il s’agit des
collèges Saint-Sacrement, Notre-Dame,
Charlemagne et Sainte-Anne. Fait
étonnant, l’école Regina
Assumpta en perd très peu (-2,41%).
« Mais c’est sûrement parce
qu’on remplace davantage nos
élèves qui partent »,
indique Pierre Carle, son directeur
général.
Des collèges pyramidaux
Plusieurs collèges ont une structure
« pyramidale » : ils ont plus de
classes au début du secondaire
qu’à la fin. La perte
d’élèves y est, en quelque
sorte, prévue. C’est le cas des
collèges Champagneur, SaintAlexandre,
Sainte-Anne et Notre-Dame.
À mots couverts, d’autres
écoles privées
dénoncent cette pratique. «
Chez nous, ce n’est pas pyramidal, il n’y a
pas d’écrémage au fur et
à mesure que le secondaire se
déroule, dit André
Métras, directeur
général du Séminaire de
Sherbrooke. Quand on dit oui à un
élève, on veut le garder pour
cinq ans. » Résultat: le
Séminaire de Sherbrooke est 74e au
palmarès de La Presse, loin du top
10.
Le collège Notre-Dame compte dix
groupes pour chacune des trois
premières années du secondaire
et neuf pour les deux dernières. Cela
veut-il dire que des jeunes sont
renvoyés simplement parce qu’il n’y a
plus de place? Non, assure Vincent
Grégoire, secrétaire
général de Notre-Dame. «
Nous ne mettrons pas d’élèves
à la porte pour atteindre le total de
48 groupes ; notre objectif principal est de
les amener à la réussite
», indique-t-il. S’il le faut, les
classes sont plus nombreuses ou on ouvre un
groupe supplémentaire.
Est-ce correct ?
Il reste que 72 élèves – sur
une cohorte de 363 jeunes entrés en
2003 – ont quitté le collège
Notre-Dame ou se sont fait expulser en cours
de secondaire. Une baisse de 19,83% du
nombre d’élèves. Est-ce
normal?
« Je pense que les
établissements privés,
sélectifs et subventionnés,
devraient assumer leurs
élèves, répond Roch
Chouinard, vice-doyen aux études de
premier cycle à la faculté des
sciences de l’éducation de
l’Université de Montréal. Que
penser d’un hôpital qui mettrait fin
aux soins donnés à un malade
parce que ça lui prend plus de temps
que les autres pour guérir ou parce
qu’il ne répond pas à certains
critères comportementaux? »
«
Moralement, on n’assume pas notre rôle
d’éducateurs », admet la
direction d’une école privée
ayant requis l’anonymat.
Changement de mentalité à
Mont-Saint-Louis
Le collège Mont-Saint-Louis, de
Montréal, a « augmenté
énormément » son taux
de rétention, dit fièrement
André Lacroix, son directeur
général. Selon le
palmarès compilé par La
Presse, Mont-Saint-Louis a perdu 14,24% de
ses élèves de la cohorte
2003-2008. La perte d’élèves
a déjà été au
moins deux fois plus importante.
PHOTO
ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE
Le collège
Mont-Saint-Louis, à
Montréal, a beaucoup
augmenté son taux de
rétention. « Notre slogan a
déjà été :
"Plus qu’une école, un milieu de
vie", souligne André Lacroix,
directeur général de
Mont-Saint-Louis. Il faut être
cohérent. On a changé les
mentalités en fonction de
ça. »
Ce qui s’est passé ? « On a
sensibilisé les gens à
toutes les réalités que
vivent les jeunes, explique M. Lacroix.
Même s’ils ont réussi nos
examens d’admission, ce sont des
adolescents qui vivent des peines d’amour,
la séparation des parents, qui
peuvent avoir des matières
où ils ont des difficultés
à un moment donné. Il faut
qu’ils passent au travers. »
Un service de soutien à
l’apprentissage a été
créé à
Mont-Saint-Louis. « On a
changé la mentalité, qui
était : "Cet enfant n’a pas ce
qu’il faut pour suivre, qu’attendezvous
pour me l’enlever ?", illustre le
directeur général.
Aujourd’hui, c’est plutôt : "Cet
enfant a de la misère, on va
l’aider." »
Il y a encore des départs, dont une
quarantaine en raison de notes
insuffisantes (sur 309 jeunes au
départ), dans la cohorte
étudiée. Les normes du
collège sont strictes: il faut une
moyenne générale de 60% sans
échec, ou une moyenne de 64% et un
seul échec dans une matière
autre que le français, les maths ou
l’anglais pour avoir le droit de se
réinscrire l’année suivante.
Ententes entre collèges
Mont-Saint-Louis a renvoyé une
vingtaine d’élèves pour des
problèmes de comportement. En
contrepartie, il en a accepté une
quinzaine de nouveaux en cours de
secondaire. « Ce sont parfois des
ententes qu’on fait entre collèges,
révèle M. Lacroix. Il arrive
qu’un jeune ait fait quelque chose et que,
ma foi, ce ne soit pas si dramatique que
cela. Mais nos règlements sont
stricts, alors on doit le renvoyer. On est
quelques-uns à s’entendre et
à replacer les élèves
dans d’autres collèges. »
Exemple: un adolescent commet un vol, si
bien qu’il est mis dehors. Mais il a pu se
laisser entraîner par d’autres,
ça peut être « la
simple erreur de parcours d’un bon petit
gars », fait valoir le directeur
général. Dans ce cas, le
collège essaie de l’inscrire
ailleurs.
Au total, « il part à peu
près 3% d’élèves par
année » à
Mont-Saint-Louis, selon M. Lacroix. Un
taux qu’il veut encore améliorer.
« Le message qu’on envoie, c’est que
les élèves doivent passer un
examen d’admission parce qu’on a tellement
de demandes. Mais après, on s’en
occupe. »
Règlements ultrastricts
Être trouvé en possession de
drogue ou d’alcool mène au renvoi
automatique dans bien des écoles
privées. Mais une foule d’autres
raisons font qu’on montre la porte aux
jeunes: vol, harcèlement, taxage,
bagarre, déclenchement
injustifié du système
d’alarme, piratage informatique, plagiat,
etc. Voire un « comportement
jugé contraire aux valeurs
préconisées par le
Collège » (à
Jean-Eudes), une « mauvaise conduite
» (à Regina Assumpta) ou
« lorsqu’un élève
exerce sur le milieu une influence nocive
» (à Brébeuf).
Quatre des dix
meilleurs collèges du
Québec (au palmarès des
écoles 2008 du magazine
L’actualité) perdent plus de 16%
de leurs élèves entre la
première et la cinquième
année du secondaire.
Pour la drogue, « le message est
tellement clair dans le milieu que les
jeunes savent que la consommation, c’est
tolérance zéro »,
souligne Normand Brodeur, directeur
pédagogique du collège
Saint-Sacrement. Plusieurs se font
néanmoins pincer – et expulser –
chaque année.
Exiger plus de 60%
Les élèves doivent aussi
briller dans leurs études pour
éviter le renvoi. Avoir la note de
passage de 60% n’est souvent pas
suffisant. À Brébeuf, il
faut une moyenne générale
d’au moins 65%. Au collège
Sainte-Anne, c’est 67%, voire 70% ou 80%
dans les programmes
spécialisés en sport,
musique ou études internationales.
À Saint-Sacrement, on exige 68%.
« Parfois, les gens nous disent :
"Vos élèves faibles, vous
les renvoyez dans d’autres écoles",
reconnaît Mario Vachon, directeur
général du collège
SaintAlexandre. Sauf que nos
élèves faibles ne le sont
pas vraiment. Peut-être que le
rythme qu’on impose ici est trop rapide
pour eux mais, une fois à la
polyvalente, c’est fréquent qu’ils
aient une moyenne de 80%. » Alors
pourquoi ne pas les garder? Parce que
SaintAlexandre est réservé
aux élèves capables de
suivre un programme enrichi, répond
M. Vachon.
Coupe distinguée obligatoire
Plusieurs autres règles – dont
l’infraction nemène pas au renvoi –
encadrent strictement les
élèves des écoles
privées. Les bouteilles d’eau sont
souvent interdites, comme les lecteurs
MP3, les chaussettes à motifs (!)
ou le fait de circuler à gauche
dans les couloirs. Autre exemple : «
Les manifestations sentimentales de nature
amoureuse ou amicale ne sont pas
tolérées »,
prévient sévèrement
l’école Regina Assumpta.
Même les chevelures font l’objet de
règlements. Si, à
Brébeuf, les cheveux doivent
être « propres et
peignés », à
Sainte-Anne, « la coupe doit faire
preuve de distinction », tandis
qu’à Jean-Eudes elle doit respecter
« le décorum qui sied
à un milieu d’études
sérieux » !
Ces règles sont là pour
poser des limites claires, explique
Kathleen Caissy, directrice du Pensionnat
du Saint-Nom-de-Marie. « Qu’est-ce
qu’on fait à 14 ou 15 ans? On
essaie de franchir les limites,
indiquet-elle. S’il n’y en a pas, on fait
des choses plus graves pour attirer
l’attention. »
La mère d’un élève
expulsé raconte
Lancer sa
gomme à effacer en l’air. Ne
pas mettre sa cravate. Arriver en
retard aux cours. Insulter les
professeurs. Nicolas (prénom
fictif) « était un peu
rebelle » lorsqu’il
fréquentait un collège
réputé de
Montréal, raconte sa
mère.
Lors d’une sortie scolaire, il a
embrassé une fille, qui s’en
est plainte le lendemain. Nicolas a
aussitôt été
renvoyé. C’était au
printemps 2008. Il a par la suite
dû passer de longs mois à
la maison et n’est retourné au
collège que pour les examens de
fin d’année.
« Les collèges
privés prennent au
départ une élite, par
leurs examens d’entrée, puis
c’est tolérance zéro sur
le plan des problèmes de
comportement, constate la mère.
Ils préfèrent mettre un
enfant dehors, pour garder leur
réputation. » Surtout
quand les notes de
l’élève ne sont pas des
plus brillantes, ce qui était
le cas de Nicolas.
Sur le coup,
l’adolescent était « un
peu déçu », se
souvient-elle. « Mais
maintenant, il est content, parce que
c’était une grosse structure
à l’encadrement très
rigide, qui le dérangeait.
»
À la rentrée suivante,
Nicolas a été admis dans
un collège privé plus
petit, où il a malheureusement
recommencé les mauvais coups.
La direction a toutefois pris le temps
de rencontrer longuement sa
mère, ce qu’elle a
apprécié. « Ils
donnent une chance à Nicolas
parce qu’ils ont vu qu’il n’avait pas
un mauvais fond »,
indique-telle. Et les notes de
l’adolescent se sont
améliorées, ce qui ne
nuit pas.
Nicolas est averti: sa prochaine
incartade le mènera dans une
école publique, ce que redoute
sa mère. « Comme il
manque énormément de
confiance en lui, j’ai peur de ses
fréquentations au public
», explique-t-elle.
Renvoyé de Brébeuf pour
possession de drogue
« Ils
ont trouvé du pot sur moi, pas
en quantité suffisante pour en
vendre, mais ils me suspectaient de le
faire » , raconte Louis (
prénom fictif), jeune homme
châtain de 18 ans,
renvoyé de Brébeuf alors
qu’il était en troisième
secondaire.
C’était juste avant Noël,
si bien que le collège lui a
permis de faire ses examens de
mi-année. «
J’étais escorté
jusqu’à un local spécial
pour les faire » , se
souvient-il. Brébeuf avait une
intervenante en toxicomanie, mais
jamais il ne l’a rencontrée,
affirme-t-il.
Le col lège aurait-i l dû
l’aider au lieu de l’expulser? «
À l’époque, j’aurais
répondu oui, indique le jeune
homme. Mais c’est plus simple et
ça coûte moins cher de
mettre les élèves
dehors. Ce n’est pas politiquement
correct, mais c’est normal : ils
veulent garder leur réputation.
»
Brébeuf
dit, au contraire, faire preuve de
clémence. « Lorsqu’un
élève est pris en
possession de drogue, bien que notre
règlement stipule clairement
que ce simple constat peut être
un motif de renvoi, dans les faits, si
l’élève n’a pas
déjà à son actif
un lourd dossier disciplinaire, nous
aborderons le cas avec une approche
d’aide, de soutien et d’encadrement
», assure Russell Flanagan,
directeur des communications du
collège Brébeuf. Mais si
le jeune trafique, « il s’agit
d’un cas de renvoi automatique par
l’application de la tolérance
zéro », a-t-il
ajouté.
Louis a fini son secondaire dans une
école publique de la CSDM,
« une bonne école
», selon lui. « J’ai vu
plus de drogue au privé qu’au
public, précise-t-il. Les gens
ont de l’argent, au privé.
»
Aujourd’hui en sciences de la
santé au cégep
Maisonneuve, le jeune homme est
visiblement gêné de
reparler de son écart de
conduite. « J’étais plus
jeune, dit-il. Je ne prendrais pas les
mêmes décisions
maintenant. »
EXPULSÉ POUR
UNE MOYENNE DE 64,5% - Ariane
Lacoursière
Alexandre ( nom fictif ) a toujours
été un élève
consciencieux. À l’école
primaire, il avait des résultats
dans la moyenne. Quand il a dû
choisir un établissement pour
poursuivre ses études secondaires,
son choix s’est arrêté sur
une école privée de son
quartier : le Collège Sainte-Anne.
«
Le palmarès des écoles
secondaires de L’actualité, ce
n’est pas une blague. Les
collèges font tout pour avoir de
bonnes notes. Ils ne veulent pas des
élèves qui abaissent la
moyenne », note Philippe Michaud,
enseignant depuis 1979 dans des
écoles secondaires privées
et publiques de la région de
Montréal.
Sachant que les examens d’admission
étaient difficiles dans cette
institution élitiste de Lachine, il
a travaillé un peu plus fort cette
annéelà et a réussi
à être accepté. Ses
deux première années dans
cette école se sont bien
déroulées.
Mais à la fin de sa deuxième
année, il s’est fait expulser.
« Il ne répondait pas
à la norme de réadmission,
qui demande des notes d’au moins 67%. Il
n’avait aucun problème de
comportement. Il n’échouait
à aucun cours. Mais il avait une
moyenne de 64,5%, ce qui n’était
pas assez, selon le Collège
», raconte la mère
d’Alexandre.
Sur le site internet du Collège
Sainte-Anne, on peut lire : « Pour
être réadmis et promu,
l’élève doit
présenter un bulletin dont la
moyenne générale des savoirs
essentiels est de 67% ou plus. »
« Il faut aussi réussir dans
les matières de base, soit
mathématiques, français et
anglais. Les élèves qui
échouent à ces
matières doivent réussir un
examen de reprise », affirme le
directeur du Collège Sainte-Anne,
Ugo Cavenaghi.
Selon la mère d’Alexandre, si le
Collège Sainte-Anne est aussi
exigeant, c’est pour garder sa place au
palmarès des écoles
publié chaque année dans la
revue L’actualité. « S’ils
avaient réellement à coeur
le bien-être des enfants, ils ne
feraient pas ça », dit-elle.
« Mon fils était très
fier d’être entré au
Collège SainteAnne. Il y
était très heureux. Il ne
voulait pas partir. Il aurait
mérité d’être
aidé au lieu de se faire dire de
partir parce qu’il n’est pas assez bon
», ajoute-t-elle.
En plus de voir son fils expulsé du
col lège, el le déplore
qu’on lui ait annoncé la
décision le 30 juin. « Il
était trop tard pour l’envoyer dans
un autre collège privé. On
l’a donc envoyé au public. Les
premiers mois ont été
atroces pour mon fils. Il se faisait
écoeurer par les autres
élèves. Il se faisait
traiter de petit cul du privé. Il
ne voulait plus aller à
l’école. »
Alexandre fréquente toujours son
école publique. « Il n’aime
toujours pas vraiment ça, dit sa
mère. Mais que voulez-vous qu’il
fasse? Il n’a plus les notes pour aller au
privé. »
M. Cavenaghi affirme que des cas comme
celui d’Alexandre sont exceptionnels au
Collège Sainte-Anne. « Sur
1650 élèves, seulement
quatre ou cinq n’ont pas répondu
aux critères de réadmission
l’an dernier. Il n’y a pas si longtemps,
on pouvait perdre entre 20 et 30
élèves par année
», compare-t-il.
M. Cavenaghi assure que le Collège
Sainte-Anne veut garder ses
élèves le plus longtemps
possible. Cette année, deux t rava
i l leuses sociales y sont à temps
plein. L’établ issement a aussi
remplacé ses examens d’admission
par des tests de connaissances
générales. Selon la
direction, ces tests permettront de
choisir les élèves qui
seront heureux au Collège
Sainte-Anne.
« On espère que notre
nouvelle sélection va nous aider
à ne choisir que des
élèves qui aimeront notre
école. Mais sur un nombre aussi
important d’élèves, on
n’aura jamais un taux de rétention
de 100% », dit M. Cavenaghi.
La pression du palmarès
Enseignant depuis 1979 dans des
écoles secondaires privées
et publiques de la région de
Montréal, Philippe Michaud explique
que la pression des notes est très
forte dans plusieurs collèges
privés du Québec
« Le palmarès des
écoles secondaires de
L’actualité, ce n’est pas une
blague. Les collèges font tout pour
avoir de bonnes notes. Ils ne veulent pas
des élèves qui abaissent la
moyenne », dit-il.
Selon M. Michaud, certains collèges
font même passer les examens de fin
d’année au mois d’août
plutôt qu’au mois de juin aux
élèves les plus faibles,
pour éviter de faire baisser leur
moyenne générale.
Au ministère de l’Éducation
(MELS), on ne peut confirmer cette
affirmation. « Les
élèves qui passent leurs
examens en août le font dans des
écoles désignées. On
ne sait pas de quelle école ils
proviennent », explique le
porte-parole du MELS, Pierre Noël.
M. Michaud déplore que les
collèges privés soient si
prompts à expulser les
élèves qui ont de faibles
notes. « L’estime de soi à
l’adolescence, c’est fragile. Mais le
privé a souvent la décision
facile », dit M. Michaud.
Cette année, M. Michaud donne le
cours Éthique et culture religieuse
en cinquième année à
l’école secondaire du MontBruno,
où il travaille depuis
déjà quelque temps.
Au fil des ans, il a accueilli plusieurs
élèves qui venaient
d’être expulsés
d’écoles privées. Mais l’an
dernier, il a vécu l’un des pires
épisodes de sa carrière.
« Un élève de
cinquième secondaire est
arrivé dans ma classe en mai ! Il
avait fait démarrer les gicleurs
dans son collège et s’était
fait expulser. À quelques jours de
la fin de l’année ! »
dénonce M. Michaud.
Il estime que le collège en
question aurait pu faire des efforts pour
garder l’élève. « Je
ne minimise pas le geste du jeune.
C’était grave. Mais le
collège aurait pu l’isoler dans un
local à part pour le reste de
l’année, par exemple, dit M.
Michaud. À quelques semaines de la
fin de l’année, j’ai trouvé
ça radical comme renvoi ! »
Terminus, école
publique...
Des élèves expulsés
par des écoles privées
viennent grossir les classes
bondées du public
Chaque année, le nombre
d’élèves expulsés
des collèges privés du
Québec et accueillis par le
réseau public varie grandement.
La Commission scolaire de
Montréal (CSDM) a accueilli 79 de
ces élèves en 2007-2008 et
66 l’année suivante. À la
commission scolaire Marguerite-Bourgeoys
( CSMB), on en a reçu 45 en
2007-2008 et 36 l’année
dernière.
« On en reçoit en moyenne
une quarantaine par année dans
nos 12 écoles secondaires.
L’impact est très faible »,
assure la porte-parole de la CSMB,
Brigitte Gauvreau.
Le directeur du service de
l’organisation scolaire à la
commission scolaire des Patriotes,
Claude Sasseville, n’est pas tout
à fait de cet avis : « Si
tous mes groupes sont au maximum dans
une école, c’est difficile de
trouver de la place pour un nouvel
élève en milieu
d’année. Il faut parfois tout
réorganiser. Mais cela arrive
assez rarement. »
Selon M. Sasseville, les collèges
privés renvoyaient plus
facilement leurs élèves il
y a quelques années. «
C’est bien moins marqué
maintenant, dit-il. Les collèges
privés gardent un peu plus leur
clientèle. »
M. Sasseville croit que la situation
s’explique par le fait que les
collèges privés n’ont plus
un aussi grand bassin de jeunes à
aller recruter en première
secondaire. « Il y a une limite
à ce que tu peux aller chercher
comme élèves dans la
région, soutient-il. Pour faire
de l’argent, les collèges les
gardent tout simplement plus longtemps.
»
N’empêche que, dans les
écoles secondaires publiques, les
enseignants accueillent régul
ièrement des élèves
expulsés du privé au
milieu de l’année. « Ces
jeunes ont principalement eu des
problèmes de drogue, de
comportement ou de notes », dit
Marc Hébert, qui enseigne les
mathématiques à
l’école secondaire du
Grand-Coteau, à Sainte-Julie.
En 2007-2008, M. Hébert a
reçu deux élèves
expulsés du privé dans une
de ses classes. Pour lui, le plus
difficile a été le peu
d’information qu’on lui a transmis sur
eux.
« Quand les jeunes arrivent du
privé, on ne sait rien d’eux. Il
faut tirer les vers du nez à tout
le monde. Les élèves ne
parlent pas de ça », dit M.
Hébert.
« On ne nous tient pas
informés, sauf si le jeune a de
graves allergies. Pour le reste, il faut
aller aux nouvelles, et ce n’est pas
toujours évident », ajoute
Philippe Michaud, qui enseigne au
secondaire depuis 1979.
M. Héber t r enchér i t :
« Parfois, le collège
privé n’envoie pas le dossier de
l’élève avec les notes sur
son comportement. Si j’ai un jeune
violent, je ne le sais pas. C’est
dangereux! »
L’enseignant déplore ce manque de
collaboration du privé. Mais il
reconnaît que les collèges
ne sont pas obligés d’envoyer le
dossier de l’élève.
M. Hébert explique toutefois que
le principal problème est que des
enseignants apprennent « au bout
de deux ou trois semaines » que le
comportement d’un élève ne
va pas, et qu’il est alors « trop
tard pour lui accorder des ressources
».
Le porte-parole de l’Alliance des
professeurs de Montréal, Yves
Parenteau, est du même avis.
« Ces élèves qui
arrivent en milieu d’année se
font le plus souvent expulser parce
qu’ils ont des problèmes de
comportement, dit-il. Ils arrivent et
ont besoin de services. C’est plus dur
de les leur offrir en milieu
d’année, les budgets étant
limités. On gère le pire:
qui en a le plus besoin. Les plus
grandes difficultés ont
priorité. »
M. Parenteau ajoute que les nouveaux
venus atterrissent souvent dans des
classes ordinaires, qui ne sont pas
nécessairement adaptées
à leurs besoins.
Même s’il est plus difficile
d’offrir des services en milieu
d’année, « nous, au moins,
on a les services », mentionne M.
Michaud. « Par exemple, les jeunes
qui consomment peuvent aller voir un
intervenant en toxicomanie,
illustre-t-il. Mais au fil des ans, le
secteur public s’appauvrit et les coupes
budgétaires se font presque tout
le temps dans les services. »
Pour M. Hébert, il est frustrant
de voir que les écoles
privées peuvent « balayer
leurs problèmes ailleurs »,
mais pas les établissements
publics. « Nos classes sont
déjà difficiles. Les gens
du privé qui arrivent en milieu
d’année, c’est un problème
de plus. C’est parfois difficile
d’accepter que le privé se
débarrasse de ses
problèmes au lieu de les corriger
», dit-il.
De la paresse - ROXANE SICOTTE
Il est utile
et pertinent de faire lire aux jeunes
des oeuvres qu’ils n’auraient pas
approchées d’eux-mêmes
L’auteure est étudiante en
cinquième secondaire au
collège Durocher Saint-Lambert.
Elle réagit à l’opinion
d’Éric St-Onge,
intitulée « Des livres
endormants », qui a
été publiée jeudi
dernier. Étant moi aussi une
« cobaye » de la
réforme, j’ai été
outrée en lisant la lettre
d’opinion d’Éric St-Onge au
sujet de la lecture dans les
écoles.
Selon lui, les jeunes
préfèrent l’ordinateur
et le sport à la lecture et
n’ont pas le temps de lire des
ouvrages de 500 pages. Étant
moi-même sportive, puisque je
joue au hockey et que je
m’entraîne à la natation,
j’ai toujours trouvé le temps
de lire les romans obligatoires de mon
cours de français, comme la
majorité des
élèves de ma classe.
Le manque de temps comme excuse pour
ne pas lire? Une aberration! Le fait
d’être à l’école
cinq jours par semaine et d’avoir des
devoirs dans les autres
matièresme laisse amplement le
temps de poursuivre la lecture des
romans, même si je suis adepte
de la Wii.
Toujours selon
M. St-Onge, ce n’est pas « par
manque de persévérance,
de culture ou de vocabulaire »
que les élèves ne lisent
pas. Pardon? Pourquoi un jeune
préférerait regarder un
film de deux heures plutôt que
de lire le livre, si ce n’est par
paresse? N’est-ce pas là une
application parfaite du principe du
moindre effort?
En effet, pourquoi se donner la peine
de lire des « livres endormants
», même si cela «
nous ferait un bon bagage de
connaissances pour le cégep
» ? Pourquoi se donner la peine
d’être un peu plus savant, quand
on peut se complaire dans son idiotie?
En tant que « cobaye de la
réforme », mais surtout
en tant que future citoyenne, je crois
qu’il est utile et pertinent de faire
lire aux jeunes des oeuvres qu’ils
n’auraient pas approchées
d’eux-mêmes. Même si les
passions des jeunes évoluent
avec le temps, certains livres restent
des classiques ( L’étranger,
par exemple) et doivent être
abordés dans les écoles.
Finalement,
je crois que c’est votre opinion sur
les romans philosophiques et les
théories sur le monde «
toutes plus ennuyantes les unes que
les autres » qui
m’inquiète le plus. Pourquoi
développer un système de
pensée qui nous est propre ?
Pourquoi développer notre sens
critique, notre jugement ? Selon vous,
il n’est pas utile qu’un ouvrier de la
construction soit capable d’entretenir
une discussion sensée ? Quel
stéréotype ! Pourtant,
lui aussi est citoyen, et il a lui
aussi le droit de vote. Ne croyez-vous
pas que la lecture et la philosophie
puissent nous aider à
comprendre le monde?
Des livres endormants - ÉRIC
ST-ONGE
Pour les
jeunes, l’ordinateur et les sports
sont des choix bien plus judicieux que
des romans de 500 pages
L’auteur étudie en
cinquième secondaire du
collège Saint-JeanVianney,
àMontréal. Il
réagit aux articles
publiés récemment dans
La Presse au sujet de la lecture
à l’école. Entre
visionner un film de deux heures et
lire un roman pendant une semaine, la
première option remporte la
palme.
Selon nos professeurs, la plupart des
élèves ne sont plus
capables de lire des oeuvres
complètes par manque de
culture, de vocabulaire, ou tout
simplement par manque
d’entraînement et de
persévérance. Selon moi,
cette explication est absurde.
Même
avec des ailes (oeuvre d’Anselm
Kieffer, Buch Mit Flugeln,
Musée d’artmoderne de San
Francisco), les livres n’ont pas la
cote auprès des
élèves, qui semblent
davantage se tourner vers le
cinéma et l’ordinateur.
Ce n’est certainement pas par manque
de persévérance, de
culture ou de vocabulaire, mais bien
par manque de temps ou par manque de
passion pour le livre que nous ne
pouvons tout simplement pas terminer
les ouvrages que nous
présentent les enseignants. Il
faut dire que les romans choisis ne
sont pas toujours bons. Parlons du
livre Au nom du père et
du fils. N’est-ce pas un roman de 800
pages? Nous sommes à
l’école cinq jours par semaine,
nous avons donc des devoirs
demathématiques, d’anglais, de
français et autres
matières, sans compter que
certains étudiants travaillent.
Il est donc évident que
visionner un film est beaucoup plus
avantageux, car entre perdre deux
heures tout au plus, ou perdre une
semaine à lire un roman bien
peu intéressant, la
première option remporte la
palme.
De plus, avec
la fameuse réforme, nous
n’avons jamais été
habitués à lire des
dizaines et des dizaines de livres
endormants de 500 pages ou plus. Je
veux bien croire que lire sur
l’histoire du XIXesiècle nous
ferait un bon bagage de connaissances
pour l’entrée au cégep,
mais la réforme elle va aussi y
faire sa rentrée. Et en tant
que «cobaye» de celle-ci,
je crois qu’il ne sert strictement
à rien de nous faire lire sur
des trucs qui nous passionnent
vraiment peu.
Si vous avez retiré Germinal de
la circulation, ce n’est tout de
même pas de notre faute et nous
ne pouvons pas blâmer la
réforme, mais bien le type de
roman choisi pour les
élèves. Les passions des
jeunes ont évolué avec
le temps.
Autrefois, dans les temps libres, lire
un livre était tout à
fait normal, mais de nos jours,
dès que quelqu’un est
disponible, l’ordinateur ou les sports
sont des choix beaucoup plus
judicieux.
Les romans philosophiques ne nous
aideront en rien plus tard. C’est
quand même assez rare que vous
allez voir un ouvrier de la
construction arriver avec son bagage
de phrases philosophiques ou de
théories sur le monde, toutes
plus endormantes les unes que les
autres, et entretenir une discussion
avec quelqu’un.
NIVELLEMENT PAR LE BAS - LIARA
BRAULT ET ANDRÉE HAMMOND
La plupart de
nos élèves ne peuvent
plus lire des oeuvres complètes
par manque de culture, de vocabulaire
et de persévérance
Les jeunes ne voient souvent plus le
but ou l’utilité de
connaître le passé.
Les auteures sont enseignantes de
français dans une école
secondaire privée de
Montréal. Elles
réagissent aux articles «
Kafka ou Twilight » et «
Des choix difficiles pour les profs
», parus dans La Presse du
samedi 30 janvier. Comme notre
collègue Martin Bibeau le dit
dans un des articles, nous croyons que
Zola, ou Stendhal ou Balzac ou encore
Camus devraient faire partie du bagage
de lecteur qu’un élève
apportera avec lui au cégep.
Ces choix d’auteurs ont toujours
été dans notre
espritunpassage incontournable vers
une initiation à la culture,
à l’éthique et au
débat.
En fait, nous le pensions jusqu’en
juin 2009, dernière
année avant le grand
bouleversement de la réforme.
Nous observions déjà une
chute dramatique des résultats
aux examens, lesquels faisaient appel
beaucoup plus à la
réflexion et au jugement
critique qu’à la mémoire
et qu’à la simple
vérification de lecture.
Nos élèves de
cinquième secondaire ont donc
répondu à un petit
sondage maison sur les lectures de
l’année. Pour Germinal, par
exemple, 33% des élèves
avaient lu l’oeuvre en entier, 42%
avaient lu une centaine de pages avant
de se décourager et les autres
s’étaient contentés de
visionner le film de Claude Berri ou
de télécharger l’un des
très nombreux travaux «
prémâchés »
ou achetés sur internet; il en
fut de même pour Le survenant de
Germaine Guèvremont. En fait,
ceux qui avaient lu les oeuvres en
entier étaient bien
fâchés de voir les
cinéphiles d’occasion faire
aussi bien qu’eux.
La plupart de nos élèves
ne sont plus capables de lire des
oeuvres complètes par manque de
culture, de vocabulaire ou tout
simplement par manque
d’entraînement et de
persévérance. Les
travaux tout chauds sur l’internet ont
remplacé une saine
préparation personnelle. Et
pourtant, nous ne les avons jamais
laissés seuls dans ces
aventures: documents de vulgarisation,
biographie de l’auteur, passion
partagée, exposés oraux
des élèves
eux-mêmes sur des sujets comme
les grèves, les métiers
de mineurs au XIXe siècle, sur
la situation de la France, sur Zola
lui-même, etc. Les jeunes ne
voient souvent plus le but ou
l’utilité de connaître le
passé.
Et cette
année, nous direz-vous? Eh
bien, nous avons changé de
tactique au niveau de la lecture:
essayer de préserver les bases
littéraires essentielles et
maintenir un niveau accessible et
pertinent, version 2010. Pour les
classiques, nous avons de nouveaux
critères: si possible, pas de
film disponible et un nombre de pages
réduit. Alors que nos
élèves lisaient huit
oeuvres de 200 à 600 pages,
maintenant nos listes de lecture ont
fondu comme neige au soleil. Nous
proposons cinq oeuvres obligatoires
pour tous et une sixième au
choix. Germinal a été
remplacé par la petite
plaquette de 100 pages
Ledernier jour d’un condamné de
Victor Hugo, tandis que La vie devant
soi de Romain Gary tient encore la
route et que nous ne lisons qu’un
mince extrait de L’étranger de
Camus.
Mais nous ne sommes pas encore au bout
de nos peines: les parents nous
tombent dessus parce que leur
progéniture n’a pas que cela
à faire, de la lecture. Une
collègue s’est même fait
demander par un parent
d’élève s’il existait un
film pour Le dernier jour d’un
condamné! Une autre maman se
désolait de la rareté du
film La vie devant soi. N’oublions pas
les parents qui lisent les livres
à la place de leur enfant et
qui leur préparent des
résumés la veille de
l’examen, car la lecture est tellement
ennuyante, il faut les comprendre… et
entre nous, cela ne leur servira plus
jamais, n’est-ce pas?
Quant aux résultats d’examens
de cette année, ils sont
sensiblement les mêmes.
Jusqu’où devrons-nous niveler
par le bas tout en préservant
notre langue et notre culture
françaises ? Le problème
serait-il lié de trop
près à la malbouffe
linguistique et au manque de vision
d’une société
happée par le présent ?
De Twilight à Kafka - ANNIE
CONTANT
Une fois l’appétit
ouvert, il est possible de faire lire
à peu près n’importe quoi
aux élèves à la
condition de les accompagner
Certains
élèves sont maintenant
passionnés de lecture, les
autres n’ont au moins plus peur de
lire.
Mes critères pour le premier
livre: il doit être accessible
et intéressant. À
l’école où j’enseigne,
les élèves,
âgés de 16 à 21
ans, sont pour la plupart des
doubleurs ou des raccrocheurs. La
lecture n’est pas leur tasse de
thé. Je ne vois pas d’autre
moyen que celui de partir d’où
ils sont.
Et où en sont-ils lorsqu’ils
arrivent dans ma classe de
cinquième secondaire? La
plupart de ces jeunes ne peuvent
situer Vancouver ou la France sur une
carte muette. Pourtant, ils sont tout
sauf crétins; paresseux un peu
parfois, mais surtout perdus et mal
pris, je dirais qu’ils sont par-dessus
tout curieux, brillants,
créatifs, assoiffés de
connaissances. Le défi et le
plaisir sont de les mener où
ils veulent, et où ils doivent
se rendre. Je veux saluer publiquement
leur persévérance et les
fruits de leurs efforts.
Nous avons commencé par lire
(en fait, je leur ai lu à voix
haute) une biographie d’un bum devenu
travailleur humanitaire ( Rebelle sans
frontières, pour les
intéressés). Aucunement
littéraire, mais totalement
captivant. Lentement mais
sûrement, nous avons
voyagé partout dans le monde:
Vancouver, Paris, Mozambique, Irak,
Afghanistan... Les
élèves ont tellement
aimé que nous avons
écrit à l’auteur qui, du
chaud Congo (RDC), nous a
répondu!
Une fois la confiance établie,
une fois les principales
difficultés levées, une
fois l’appétit ouvert, il est
possible de leur faire lire à
peu près n’importe quoi,
à la condition de les
accompagner dans leur lecture.
Pour ne pas perdre l’élan, pour
garder le momentum, ils ont lu un
roman jeunesse, au choix. La
troisième Comme l’affirmait Max
Roy dans
La Presse,
même si ce texte peut
paraître laborieux, les
élèves ont compris:
ils ont saisi qu’Arnolphe
était sot, ils ont ri et se
sont délectés de sa
bêtise, et ils ont bien
réussi l’évaluation.
Plus tard, ils ont eu à
réciter Rimbaud et Louise
Labé. Imaginez: «Tant
quemes yeux pourront larmes
épandre» (Louise
Labé); «Sur l’onde
calme et noire où dorment les
étoiles/La
blancheOphélia flotte
commeungrandlys»
(ArthurRimbaud); imaginez des
élèves, nés ici
ou ailleurs, de parents
québécois,
haïtiens, libanais,
guatémaltèques,
philippins, portugais, etc.,
impressionnés par la
qualité des textes et par
leur propre aptitude à les
mémoriser; ils étaient
surpris de voir ces mots magnifiques
sortir de leur bouche. J’en eus, de
même que les
élèves, le souffle
coupé lors de ce moment d’une
rare magie, d’une beauté
inouïe.
Pour terminer en beauté,
L’étranger, et Gabrielle Roy
(pas au complet, malheureusement,
notre programme s’étend sur
un trimestre plutôt que sur
une année). Camus les a
accrochés, mais pas Bonheur
d’occasion. Aumoins, ils auront eu
l’occasion de lire ce roman. oeuvre
était L’école des
femmes, de Molière. Assez
difficile pour les
élèves de suivre cette
histoire se déroulant dans un
autre pays, il y a de cela quelques
siècles, suivant des moeurs
complètement
différentes. Nous avons lu
ensemble, à voix haute,
chaque élève incarnant
un personnage ; au début de
chaque séance, nous
reprenions les derniers passages lus
à la fin du cours
passé.
Vous obtenez ainsi des
élèves
compétents, instruits;
certains sont maintenant
passionnés de lecture, les
autres n’ont au moins plus peur de
lire. Bref, à la question
«Kafka ou Twilight? »,
je réponds, comme des
centaines d’enseignants: pourquoi
pas les deux? Commencer avec
Twilight, pour les amener, les
élever jusqu’à Kafka,
ou, comme le suggérait Martin
Bilodeau, critique de cinéma,
aux soeurs Brontë. Bonne
lecture.
Une
profession
dévalorisée - MICHEL
LEBEL L’auteur est un
ancien professeur qui réside
à Entrelacs.
Depuis
quelques semaines, sinon quelques
mois, les critiques pleuvent sur le
système public
d’enseignement. Tout y passe : les
nouveaux programmes, les
réformes, les connaissances,
les compétences transversales
ou autres, les bulletins, les
fonctionnaires, la ministre qui
désavoue sa propre
réforme, etc. Bref, le feu
est pris dans la grange et les
médias s’en donnent à
coeur joie. Ce qui arrive en fait de
façon assez chronique, et qui
est généralement suivi
d’une commission ou d’un rapport
quelconque qui prend lui-même
souvent le chemin bien tracé
des tablettes.
Dans ce brouhaha, il me semble qu’on
oublie la principale clef du
progrès, voire du
succès, dans le domaine de
l’éducation, soit la
formation des maîtres. Quelle
que soit la beauté
conceptuelle et pédagogique
d’un programme ou de sa
réforme, celui-ci sera mis en
oeuvre par des enseignants. Et c’est
là, je crois, que le
bâtblesse dans notre
système d’éducation.
Mon hypothèse est la
suivante: les maîtres ne sont
pas assez bien formés, parce
que l’éducation n’est pas
suffisamment valorisée au
Québec.
Quand notre
système d’éducation
attirera (et conservera)
principalement en son sein des
candidats aussi doués que
pour la médecine et
l’actuariat, je n’aurai aucune
crainte pour la qualité de
notre enseignement public.
Pour ce faire, le gouvernement et la
société devront y
mettre le paquet : publicité
massive pour l’éducation et
l’enseignement, of fres de salaires
remarquables, très bonnes
conditions de travail, bourses
alléchantes, priorité
au perfectionnement, etc., tout doit
être entrepris pour avoir
d’excellents maîtres.
Sans ce grand effort collectif, je
ne vois que décrochage et
médiocrité, peu
importe les programmes... et le
retour aux bulletins à
l’ancienne.
Un titre professionnel pour les
enseignants - Marie Allard
C’est une première au Canada : les
enseignants de l’Ontario ont désormais un
titre professionnel. Seuls les 220 000 professeurs
ayant le titre d’« enseignant
agréé de l’Ontario » (EAO)
pourront travailler dans les écoles
financées par les fonds publics de la
province.
«
Le titre est un symbole puissant aux yeux des
parents et du public, a dit Michael Salvatori,
chef de la direction de l’Ordre des enseignants de
l’Ontario, dans un communiqué. Il
reconnaît que les membres de la profession
enseignante sont des professionnels hautement
scolarisés, qui se dévouent pour
leurs élèves et s’engagent à
se perfectionner la vie durant. »
Le gouvernement de Jean Charest avait promis, lors
des élections de 2003, la création
d’un ordre professionnel des enseignants du
Québec. Il a toutefois renoncé
à cet engagement en 2005, devant
l’opposition du milieu de l’éducation.
Le
crochet du décrochage - JEAN-PAUL
JACQUES L’auteur est un professeur de
français de Montréal.
Il
faut réintégrer le sens fondamental du
mot « éducation » dans la
préparation de l’enfant à son avenir
Un jour, je retrouve mon manteau par terre dans la
garde-robe. Deux causes ont pu produire cette
situation. Le manteau était trop lourd pour
la capacité du crochet ou bien j’ai mal
accroché le manteau. Résultat donc:
décrochage du manteau, mais le manteau n’y
est pour rien.
Se pourrait-il qu’on se soit
éloigné fondamentalement de l’acte
d’éduquer, de conduire quelqu’un
au-delà de ce qu’il est et de ce qu’il
connaît ?
Quand un élève décroche de
l’école, ou bien on lui fixe des objectifs
trop élevés pour ses capacités
ou bien on ne sait pas lui présenter des
objectifs sous un angle qui réponde à
ses intérêts.
Se pourrait-il cependant qu’on se soit
éloigné fondamentalement de l’acte
d’éduquer? Si l’éducation est bien de
conduire quelqu’un au-delà de ce qu’il est et
de ce qu’il connaît, il devient
nécessaire d’établir
précisément les exigences du programme
ou du cheminement par lequel on veut épanouir
la personne de l’éduqué. L’instructeur
d’un athlète olympique ou d’un artiste
virtuose en sait quelque chose. La liberté de
l’athlète ou de l’artiste est mise à
rude épreuve.
En1969,
je commencema carrière d’enseignant en
troisième secondaire en enseignement du
français, langue maternelle. Au programme, la
poésie. Comme j’avais fait ma versification
dans le défunt cours classique, je pensais
qu’il convenait encore de cultiver la mémoire
en apprenant par coeur des poèmes. Il y a
certes quelques parents qui se sont plaints. Le
directeur m’avise que c’est une pratique
dépassée.
On niait donc implicitement l’importance de
développer la mémoire humaine à
l’aube d’un développement
phénoménal de la mémoire
électronique. J’imagine même qu’on n’a
jamais corrigé cette perspective.
L’enfant-roi exige toujours qu’on ne pose pas de
limites à sa liberté et le parent-roi
est toujours surpris quand son enfantroi
décroche. Le vrai correctif de la situation
du décrochage est la
réintégration du sens fondamental du
mot «éducation» dans la
préparation de l’enfant à son avenir
professionnel et social.
Deux profs par classe - Martin Lépine
Au
préscolaire et au primaire, la tâche
est trop lourde pour être assumée par
un seul enseignant
Si ces mesures sont mises en place, on pourra
mieux contrer le décrochage.
Le décrochage scolaire des
élèves est un problème
important de notre système
d’éducation. Près de 10 ans
après la mise en place progressive du
renouveau pédagogique, le Québec
demeure la deuxième province affichant le
plus haut taux de décrochage scolaire.
L’enseignant étant le facteur le plus
influent sur la réussite scolaire des
élèves, il me semble urgent d’agir
en amont de ce décrochage chez les jeunes
et de jeter un oeil sur leurs aînés,
enseignants au préscolaire et au primaire
principalement, qui souhaitent leur transmettre
une partie d’eux-mêmes.
Bien que l’école québécoise
semble parfois tirer son épingle du jeu
lorsqu’on observe les résultats des
élèves à des tests de
rendement nationaux et internationaux, ses acteurs
principaux, enseignants et élèves,
sont en crise. Voici quelques statistiques qui
montrent des preuves de ce désenchantement:
> environ 30% des élèves ne
terminent pas leur cours secondaire dans les
délais prescrits par le ministère ;
> selon les commissions scolaires, de 17
à 40% des nouveaux enseignants
abandonneraient la profession qu’ils viennent tout
juste d’embrasser, parce que les
difficultés qu’ils rencontrent leur
apparaissent insurmontables ;
> plus de 25% des enseignants en exercice,
autant novices qu’expérimentés,
songent à quitter la profession d’ici cinq
ans;
> entre 35 et 45% des enseignants sont en
statut précaire ;
> près de 20% des enseignants
travaillent chaque jour dans un état de
détresse psychologique, soit plus du double
de ce que l’on trouve dans la population en
général ; cette détresse est
en augmentation depuis l’an 2000.
Ces statistiques mènent à un seul
constat : la tâche d’enseignant est trop
lourde pour être assumée pleinement
par un seul individu rempli de bonne
volonté et de passion.
Pour faire en sorte que l’école soit un
lieu d’épanouissement personnel et
collectif, les enseignants du préscolaire
et du primaire sont tenus de constituer une
communauté d’apprentissage professionnelle
forte et engagée. Ils doivent ainsi faire
preuve d’ouverture et d’humilité et
accepter rapidement de travailler en équipe
de deux dans leur classe, et ce, avec un nombre
d’élèves semblable aux normes
actuelles.
De cette façon, on s’attaque au
problème d’insertion professionnelle de
jeunes enseignants puisque chaque nouveau
maître formerait une équipe avec un
collègue d’expérience ; on
réduit d’un coup l’isolement
caractéristique de la profession; on
garantit un lien direct entre la classe et les
parents ; on donne accès à la
formation continue spécialisée selon
les besoins des professionnels de l’enseignement.
Mieux formées tout au long de leur
carrière, ces équipes d’enseignants
seraient en mesure d’intervenir avec un enfant de
quatre ans ou d’enseigner à un adolescent
de 12 ans en basant leur action sur un heureux
mariage entre formation et pratique.
En travaillant ainsi dès le
préscolaire et le primaire, directement
dans les classes, pour prévenir les
difficultés d’apprentissage et soutenir les
élèves dans leur formation de base,
nous pouvons espérer voir arriver au
secondaire des adolescents ayant dans leur bagage
des connaissances et des compétences qui
leur permettront de prendre leur envol.
L’objectif est simple: mettre le plus de
ressources possible dans la classe et non dans ses
entours. Le ministère de
l’Éducation, du Loisir et du Sport du
Québec doit donner l’exemple et
réduire la taille de son appareil
d’État et simplifier ses programmes
d’étude.
D’ailleurs, le travail proposé en
équipe de deux enseignants professionnels
par classe du préscolaire et du primaire
permet d’emblée d’économiser tous
les frais de suppléance et de remplacement
de congé de maladie de courte durée.
La formation continue devient ainsi accessible
à tous, sans budget supplémentaire.
Ce travail d’équipe met aussi un frein aux
nombreux cas de statut précaire dans la
profession. La réduction du nombre
d’élèves par classe n’étant
pas une priorité avec cette approche, les
constructions éventuelles de nouveaux
locaux sont minimisées.
Si et seulement si différentes mesures sont
mises en place pour mettre toutes nos ressources
dans les classes, on pourra à ce moment
penser à intervenir pour contrer le
décrochage scolaire des
élèves.
La CSDM présente ses excuses aux
élèves refusés aux cours
d’été - Marie Allard
Après avoir refusé des
élèves à ses cours
d’été et aux reprises d’examens,
prétextant une pénurie
d’enseignants, la Commission scolaire de
Montréal (CS DM) a fa it son mea-culpa,
hier. « Je tiens au nom de l’institution
à présenter nos excuses aux parents
et aux enfants qui ont vécu ça cet
été », a dit à La
Presse Diane De Courcy, présidente de la
CSDM.
Tel que révélé hier, le
nombre de places aux cours d’été de
mathématiques de troisième
secondaire a été contingenté
en juillet, privant des jeunes en échec
d’une possibilité de se reprendre. «
Chacune des écoles va faire le
nécessaire pour s’assurer qu’un
élève qui a été dans
cette situation puisse avoir tout le soutien
nécessaire pour ne pas perdre son
année, a assuré Mme De Courcy. Je le
répète : ce n’est pas acceptable, on
n’admet pas ça, on s’excuse et on se
reprend. »
Au moins une vingtaine d’élèves sont
concernés. Il s’agit « d’un chiffre
prudent, parce que je ne sais pas combien
d’élèves sont repartis sans qu’on
les ait comptabilisés », a
précisé la présidente. Ces
jeunes peuvent appeler au 514-596-CSDM où
ils seront « très bien reçus
», a-telle dit.
«
Wow ! » a réagi Isabelle Lahaie, une
mère qui s’était
présentée en va i n au x i nsc r
iptions des cou rs d’été, en
apprenant la bonne nouvelle. Jusqu’à hier,
son fils Mathieu Grégoire, 15 ans, devait
redoubler sa troisième secondaire à
son école (Saint-Louis) ou trouver un
établissement accepta nt qu’il suive des
cours sur deux niveaux. La famille attend
maintenant des nouvelles de la CSDM.
C ’e s t e n lisa nt La Presse que Mme De Courcy a
pris connaissance du problème. « J’ai
été extrêmement surprise
qu’une telle décision administrative ait
été prise cet été
», a-telle souligné.
Un total de 2721 élèves ont pu
s’inscrire à l’ensemble des cou rs
d’été de la CSDM en 2009, soit 469
de moins que l’année passée.
Des examens du Ministère pourraient ne
pas compter - Marie Allard
«
À quoi ça sert de les évaluer ? On veut
faire réussir les élèves ou le
système? »
« Les profs se sont fait dire : si ça ne va
pas, n’utilisez pas les résultats, ou prenez-les en
compte pour 5% ou 10% de la note, a indiqué hier
Nathalie Morel, présidente de l’Alliance. À
quoi ça sert de les évaluer? On veut faire
réussir les élèves ou le système
? »
Nathalie Tremblay, enseignante
à l’école Joseph-François-Perreault,
dénonce le nouvel examen de français de 2e
secondaire. « On a des réserves sur deux
aspects : la préparation des enseignants et des
élèves, qui est insuffisante, et le contenu
et la valeur réelle des examens », a-t-elle
dit hier.
Le contenu des épreuves pose aussi problème.
Ce n’est qu’en avril que les enseignants de français
de 2e secondaire ont appris que leurs élèves
devraient écrire un texte à la fois informatif
et argumentatif. « Nous avions surtout
travaillé le texte descriptif, alors on a dû se
virer de bord », a témoigné Nathalie
Tremblay, au nom des enseignants de f rançais de l ’
école JosephFrançois-Perreault. Il s’agit d’un
examen costaud, pour lequel le Ministère demande plus
de trois heures de préparation en classe et trois
heures d’écriture prévues le 2 juin, de 9 h
à 12 h, partout au Québec.
En science et technologie de 4e secondaire – un nouveau
cours obl igatoi re pour l’obtention du diplôme –, 40%
des épreuves porte sur l’évaluation
systématique de connaissances, selon l’Alliance.
« C’est bien, mais on parachute ça alors que le
programme, qui n’a pas été
révisé, porte toujours sur les
compétences, a fait valoir Mme Morel. C’est
incohérent. »
La valeur des examens est fixée par les
écoles, confirme le MELS
Le
Ministère de l’Éducation, du Loisir et du
Sport (MELS) précise que les examens de science et
technologie (quatre heures d’épreuves pratiques et
trois heures d’épreuves écrites) sont des
« épreuves d’appoint ». «
L’utilisation de ces épreuves n’est pas obligatoire,
mais le Ministère encourage fortement les
écoles à les administrer », lit-on dans
le document d’information du MELS. La correction sera faite
par les écoles, qui choisiront « la
manière de considérer ces résultats
» , confirme le Ministère.
Le nouvel examen de français, créé dans
le cadre du Plan d’action pour l’amélioration du
français, est quant à lui obligatoire. Dans le
but « d’accroître le suivi des
élèves en français écrit
», un échantillon de textes
d’élèves sera corrigé au
Ministère. Le reste de la correction sera faite par
les écoles, qui « utiliseront les
résultats obtenus à cette épreuve en
fonction de règles établies localement
», lit-on dans le document d’information du MELS.
Dès l’an prochain, l’épreuve comptera
toutefois pour 15% à 30% de la note finale, annonce
le Ministère.
Pour cette année, l’Alliance demande de surseoir
à la passation des épreuves. «
Arrêtons tout ça et corrigeons les choses
», a souhaité Mme Morel.
« Il n’y a pas matière à surseoir
», a répondu Jean-Pascal Bernier,
attaché de presse de la ministre de l’
Éducation, faisant valoi r que les examens ont
été validés par des équipes
d’enseignants.
Liste des fournitures scolaires : La
démesure
La liste
des fournitures scolaires ne tient pas compte des moyens
de certains
À écouter les bulletins d’information, il en
coûte jusqu’à 300 $ par enfant pour les
fournitures scolaires. Mais où donc sont
passées toutes les fournitures de l’année
dernière dans ces familles ? Je ne peux croire
qu’on a tout jeté à la fin juin.
La recherche des fournitures
scolaires est un casse-tête pour la plupart des
parents.
Je suis née en Gaspésie, dans une famille de
12 enfants. Je n’ai jamais vu mes parents se ruer pour
acheter des tonnes de fournitures. À la fin des
classes, ma mère déposait toutes nos choses
da ns une grande boîte. Quelques jours avant la
rentrée, elle ressortait la boîte et nous
faisions nos préparatifs avec la réserve. On
achetait ce qui manquait et nous voilà repartis
pour une autre année.
Il faut dire que la fameuse liste de fournitures scolaires
n’existait pas. Pas de cahier no 5614 au lieu de 5616,
mais un cahier Canada de base, point final. Une
règle, des crayons et une efface, nous
étions armés pour l’apprentissage. Et
croyez-le ou non, nous avons tous réussi nos
études.
Maintenant, il faut un cahier à anneaux bleu pour
le français, un rouge pour les
mathématiques, un bleu pour l’histoire. Sans doute
plus facile pour les enseignants de s’y retrouver. Sans
parler de la fameuse calculatrice qui fait tout, ou
presque.
Voici une anecdote concernant mon fils de 8 ans à
l’époque. La liste scolaire mentionnait un Duo Tang
« gris perle ». Après d’infructueuses
recherches, je n’arrivais pas à trouver ledit
objet. Je me résigne à aller chez un
spécialiste des fournitures de bureau, qui ô
miracle, possède l’article à …1,37 $.
J’avais payé 1 $ pour les 10 autres. Je suis donc
retourné dans un magasin grande surface où
il y avait un gris foncé que j’ai tout bonnement
glissé dans son sac d’école. Il a
passé l’année scolaire avec, et était
toujours le premier à le trouver dans la pile avant
le début des travaux.
Un conseil aux parents : il n’est pas nécessaire
non plus de vous faire accompagner par vos trois ou quatre
enfants pour les achats scolaires. Une bonne gardienne (ou
l’autre parent) pendant deux heures vous évitera la
pagaille dans les magasins. Moi, je laissais le tout dans
le coffre de l’auto, en sortait le contenu pour
l’étiquetage le soir. Au retour d’une
activité, mon fils trouvait ses fournitures
étalées sur son lit, une véritable
fête, et ça se faisait sans crise de larmes
en public.
Les parents ont un rôle à jouer auprès
des autorités scolaires, en exigeant que la fameuse
liste des fournitures soit ramenée à des
proportions plus économiques, compte tenu de la
réalité des difficultés
financières de certaines familles.