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Ces hauts dirigeants anglophones ne parviennent pas à
apprendre le français parce que personne ne leur parle en
français. J’ai travaillé toute ma vie en anglais parce
que mes patrons étaient toujours unilingues anglais. Ils
suivaient des cours de français, mais aucun ne le parlait.
Les amis anglais apprendront bien plus vite lorsque tous se
concerteront pour leur parler en français. Souvent, ce sont
les francophones qui s’imposent l’anglais même quand ce n’est
pas nécessaire. Lorsque l’anglais se parlera tout seul, il
fera l’effort. — Louis De Kinder
Comme ça, le PDG Louis Vachon ne fera pas la « chasse
à l’anglais » à la Banque Nationale. Tellement
plus facile d’y chasser le français de la haute direction,
n’est- ce pas ? Désolant, vraiment.— Pierre Cliche, Boucher
ville
Plusieurs
irrégularités sont déjà
signalées concernant la mise en place du Plan Nord, entre
autres l’utilisation de prête- noms autochtones pour
l’obtention de contrats. Compte tenu des allégations de
collusion et de tricherie qui rongent la
crédibilité du gouvernement actuel, on en vient
à penser que le Plan Nord sert de vaste écran pour
un redéploiement des méthodes suspectes afin de
favoriser les « amis » du PLQ. Jacques Parizeau a
sûrement raison: nous sommes en train de nous faire avoir
là aussi.
— Claude
Courtemanche, Sherbrooke
Pendant que le gouvernement du Québec continue d’autoriser
l’exportation de l’amiante dans le tiers- monde, on procède
à des travaux de désamiantage à coups de
millions au restaurant Hélène- de- Champlain pour
raison de salubrité. Deux poids, deux mesures. Honteux. —
Robert Pellerin
Tous ceux qui voyagent un peu savent qu’on peut acheter des
cigarettes canadiennes détaxées, donc à rabais,
avant de franchir la frontière américaine. Comment
expliquer un tel privilège accordé aux fumeurs alors
que la société et les services de santé se
tuent à essayer de convaincre les fumeurs d’écraser ?
Il faut abolir ce privilège, car pour cesser de fumer, il
faut un message clair. Il en va de notre santé! — Guy
Beaulieu, Montréal
Quelle bonne nouvelle que ces pouvoirs accrus aux pharmaciens. Il
faut féliciter les différents intervenants d’avoir
réussi à mettre de l’avant cette nouvelle façon
de fonctionner. Mais pourquoi ne pas l’avoir fait il y a 10 ou 20
ans? Y a- t- il beaucoup d’autres solutions évidentes comme
celle- ci qui prennent des années à être mises
en place à cause du protectionnisme
malsain de certains
« clans » trop conservateurs ou avides de pouvoir ?
Le ministre des Transports du Québec, Pierre Moreau, a
déclaré que les normes de protection incendie nord-
américaines ne s’appliquaient pas au tunnel ferroviaire du
mont Royal, parce qu’il a été construit avant leur
adoption. Cette réponse est aberrante. Le ministre pourrait
aussi bien dire que les détecteurs de fumée n’ont pas
à être installés dans les logements qui ont
été bâtis avant leur invention! — Jean- Paul
Béala, Blainville
Si le dénouement de l’affaire Noir Canada en désole
plus d’un, il reste que les auteurs du livre et
Écosociété n’offrent ni rétractation ni
excuses à Barrick Gold. C’est toute une victoire, d’autant
plus que le système de justice canadien surprotège le
droit à la réputation. Le pouvoir de l’argent
n’obtiendra pas non plus de voir ce livre disparaître
totalement de l’espace public et de nos têtes. Personne n’a
nui plus à la réputation de la célèbre
minière qu’elle-même.
À BIEN Y PENSER— Micheline Comte, Salaberry- de-
ValleyfieldMadame la mairesse Rouleau, vous êtes le genre de
politicienne qui fait renaître en moi l’espoir qu’un jour, la
façon de faire « des affaires » sera plus
respectable. Depuis longtemps, je pense que les femmes peuvent faire
de la politique autrement... comme vous êtes en train de le
faire. Non, ce ne sont pas des cojones qui vous donnent ce courage.
Votre audace et votre détermination vous viennent du coeur,
ou plutôt du « coeur au ventre » .
Don Cherry, la grande gueule de service à CBC, délire
de plus en plus. Son discours sur la crainte, selon lui, non
fondée des commotions cérébrales est
complètement absurde. Il est important de nous rappeler que
ce sont les contribuables qui paient une fortune afin que ce clown
puisse sévir sur les ondes de la société
d’État. Pathétique. — Jean Chenay, Sherbrooke
La honte : les frères de Sainte-Croix verseront 18 millions
en dédommagement aux victimes des confrères
pédophiles au Québec. Mais d’où vient cet
argent ? Des fidèles au fil des années qui destinaient
leurs dons à des oeuvres charitables, la plupart du temps.
Les congrégations et autres sociétés
catholiques paient ainsi des millions un peu partout dans le monde
pour se faire pardonner les horreurs commises sur des enfants.
En Autriche, lorsque vient le temps d’accorder un contrat pour
refaire ou bâtir une autoroute, on écarte le plus haut
et le plus bas soumissionnaire, on calcule la moyenne de ceux qui
restent et on choisit celui qui s’approche le plus de la moyenne.
Une autoroute est constituée de 25 cmde béton
recouvert de 25 autres cm d’asphalte. Elles sont conçues pour
durer 35 ans. Pourquoi ne peut-on pas faire la même chose ici
? — Léon Bérard, ingénieur
Les propos de Norman MacMillan à l’endroit de la
députée adéquiste Sylvie Roy sont parmi les
plus déplacés que nous ayons entendus à
l’Assemblée nationale. Cela dénote non seulement un
flagrant manque de savoir-vivre, mais aussi un mépris total
de l’institution. Pourtant, tous les députés
libéraux s’étaient engagés au printemps
à améliorer le ton des débats dans notre
parlement. Ont-ils changé d’avis, ou est-ce simplement le
naturel qui est revenu au galop? — Steve Boucher, Lévis
Au Québec, on souffre du « syndrome de la
répétition » . Nous avons déjà eu
deux commissions d’enquête sur la construction et elles n’ont
rien réglé. La population ne veut pas de commissions
pour régler un problème, elle veut voir des
têtes rouler à la télé. Si, en 1975, le
gouvernement avait institué une escouade permanente
chargée de surveiller l’industrie de la construction, les
problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui
n’existeraient pas.
M. Charest, je comprends que votre gouvernement ait
déjà entrepris des démarches d’une certaine
envergure pour enrayer le fléau de la corruption. Cependant,
si vous avez à coeur l’intérêt public, la
transparence et la protection des fondements mêmes de notre
démocratie, vous devez déclencher une enquête
publique. Il en va de la confiance des citoyens du Québec
envers votre gouvernement, la fonction publique et l’industrie de la
construction.— Karl Bourassa, Coaticook
J’ai bien failli m’étouffer lorsque le ministre Jean-Marc
Fournier a clamé haut et fort que son gouvernement favorisait
la liberté de choix pour les couples. À l’entendre, le
Québec serait un endroit de prédilection pour ceux qui
recherchent le libre choix. Pourtant, au Québec, les parents
sont jugés trop stupides pour placer leurs enfants dans
l’école de leur choix, surtout s’il s’agit d’une école
anglophone. Québec, terre du libre choix. Elle est bien bonne
! — André Bordeleau, Pointe- Claire
Depuis la rentrée scolaire, le métro est devenu
invivable. Chaque trajet que j’effectue matin et soir est
insupportable tant lemétro est bondé. Parfois,
découragé, il m’arrive d’en laisser passer un.
Mauvaise décision, le suivant est souvent pire. Il faut
manquer de civisme et charger les gens pour ne pas arriver en retard
au travail. Les citoyens sont-ils devenus des cochons pour
être ainsi entassés dans de vieux wagons? Comment une
société qui fait tant la promotion des transports en
commun peut-elle échouer autant ? — Francis Larocque
Le député Pierre Curzi déplore les
dérives du bipartisme, car ce système permet à
un gouvernement d’exercer tous les pouvoirs même si la
majorité de la population ne l’a pas appuyé lors d’une
élection. Ainsi, les élus ne seraient pas tenus de
prendre en compte la volonté d’une majorité de
citoyens dans leurs décisions. Conséquemment, M. Curzi
ne devraitil pas prendre en considération le fait qu’une
grande majorité desQuébécois ne veut pas de la
souveraineté? — Donal Archambault
Après avoir provoqué la désunion au sein du PQ,
l’instigateur du NMQ, Jocelyn Desjardins, lance un appel à
l’unité des forces indépendantistes.
Décidément, les souverainistes ne savent plus ce
qu’ils veulent et, surtout, ils n’ont pas compris le message que les
Québécois leur ont lancé en balayant le Bloc
québécois de la carte en mai dernier. Ils sont
incapables d’admettre qu’une vaste majorité de
Québécois n’adhèrent plus à leur option,
pour le moment et probablement pour longtemps. — Dominique
Valiquette, Laval
À la vague des sports extrêmes déjà bien
ancrée dans nos moeurs s’ajoutent depuis quelque temps la
politique des débats extrêmes chère à nos
voisins du Sud et, maintenant, les humeurs extrêmes des
marchés boursiers. Nous vivons dans l’ère de
l’excès et de l’extrême. Il ne s’agit pas de montrer du
doigt nos sportifs, politiciens ou spéculateurs boursiers,
mais bien cette folie partagée par nous tous à vouloir
pousser à l’extrême: tatouages extrêmes, jeux
vidéo extrêmes, tueries extrêmes.
— Pierre Clément
Notre politique du plus bas soumissionnaire met des vies en danger.
C’est connu que « la déception de la mauvaise
qualité dure plus longtemps que le plaisir du bas prix
» . Il faudrait adopter une politique d’appel d’offres
semblable à celle de la France où la soumission doit
inclure l’entretien de l’infrastructure sur une période
prolongée. Ainsi, il serait dans l’intérêt des
firmes sélectionnées de livrer un travail de
qualité afin de ne pas passer leur temps à le
réparer.
— Jean- Pierre Picard, Gatineau
Avant de mettre de l’avant le Plan Nord, il serait
intéressant que nos dirigeants terminent le « Plan Sud
» . La métropole est un grand chantier dont on ne
semble pas voir la fin. Les infrastructures ne cessent de se
détériorer. Le CHUM accuse un retard inexcusable. Mais
le Plan Nord, lui, réglera tous les problèmes...— Jean
Chenay
Plusieurs députés du PQ ont vu, avec horreur, leurs
cousins, les députés du Bloc, être battus le 2
mai devant des inconnus du NPD. Ils ont maintenant peur de subir le
même sort... Ils cherchent donc à sauver leur peau en
sautant du bateau péquiste, dans un radeau ou directement
à l’eau. Et ils voient
arriver le gros paquebot Sirois-Legault, tout nouveau et tout beau.
– Gilles Bousquet, St-Hyacinthe
QUELQUES
IDÉES VENUES D’AILLEURS
La Presse
> Àamsterdam et dans certains quartiers de Londres,
les tarifs de stationnement varient en fonction des
émissions de gaz carbonique. Plus une auto est polluante,
plus c’est cher. > La ville de Nottingham facture aux
entreprises des frais de 400$ par an pour chaque place de
stationnement offerte à un employé.
>
Stockholmimpose des « frais de congestion » à
toutes les autos qui entrent au centre-ville. Aumoment de son
adoption, cette mesure s’est heurtée à un mur de
colère. Pour faire passer la pilule, les autorités
ont promis de la soumettre à un
référendumaprès sixmois d’essai. Le jour du
vote, laville a gagné son pari: les électeurs ont
dit oui.
> Àcopenhague et à Anvers, des rues ont
été aménagées de telle
manière que les enfants peuvent y jouer en toute
sécurité. Des obstacles physiques tels que des
bancs ou des arbres forcent les voitures à rouler
très, très lentement.
> Dans lemême esprit, Amsterdam a opté pour la
formule des woonerf, littéralement: des rues vivantes.
Les besoins des piétons passent avant ceux des autos,
dont la vitesse est limitée à 30km/ h. Il s’agit
en fait d’un espace partagé entre cyclistes,
piétons, enfants qui jouent et... autos, qui avancent
à une allure d’escargot. Ces rues suivent souvent une
courbe, et le stationnement est permis tantôt d’un
côté, tantôt de l’autre. Même les
automobilistes délinquants peuvent difficilement
dépasser la vitessemaximale.
> Depuis les années 90, la ville de
Zurich a progressivement implanté dans tous les quartiers
résidentiels des zones « Tempo 30 » , qui
limitent à 30 km/ h la vitesse maximale permise. Le
trafic est si lent qu’on a pu abolir les passages
piétons: on peut traverser n’importe où sans
risquer de se faire tuer.
> La villedeportland, enoregon, s’est lancée
dès 1993 dans un projet audacieux visant à
densifier ses villes de banlieue, à diminuer la
circulation automobile et à populariser les transports en
commun. Au lieu demesures dissuasives comme on en voit en
Europe, Portland a opté pour la « carotte »
des transports en commun. Elle a fait construire cinq lignes de
train léger qui rayonnent à 40kmau-delà des
limites de la ville. Le passage coûte trois fois rien: un
peu plus de 2$ pour un trajet équivalant
àmontréal– Saint-Jérôme! Au
centre-ville, les transports sont carrément gratuits.
Oui, mais d’où vient l’argent? D’une taxe de 0,7% de la
masse salariale imposée aux entreprises. « Les
employeurs ont tout intérêt à ce que leurs
employés arrivent au boulot à l’heure et sans
stress » , fait valoir David Hanna, professeur au
département d’études urbaines de L’UQAM. Bilan: la
part des transports publics est passée de 4% à 12%
de l’ensemble des déplacements. Il faut dire que Portland
partait de loin, de bien plus loin que Montréal.
UNE
ARNAQUE MONSTRE - LUC MARCIL
LUC MARCIL L’auteur est avocat, comptable agréé
et spécialiste en juricomptabilité. Il réside
à Lorraine.
LaPresse
Nous assistons
à un transfert de richesse sans précédent
du Trésor public aux coffres d’organisations criminelles
Dès maintenant, il faut faire table rase dans l’industrie
de la construction et éliminer les mesures
interventionnistes qui empêchent la libre concurrence.
Mes collègues et moi avons mené plusieurs
enquêtes de nature financière à travers les
années, autant dans le secteur privé que dans le
secteur public. L’élément central qui
caractérise les situations d’abus dans le secteur public
est toujours le même: une stratégie
concertée, mise de l’avant par des élus ou
gestionnaires non élus, pour miner
systématiquement de l’interne les institutions
chargées de la protection des intérêts
publics.
Nous sommes en plein coeur de la plus
grosse arnaque de l’histoire duQuébec, et tant le
gouvernement Charest que l’administration Tremblay en sont des
témoins passifs, écrit Luc Marcil.
La stratégie est simple: on brandit le spectre des
déficits et, sous la prétention de devoir
procéder à des compressions budgétaires, on
éviscère les institutions publiques de leurs
compétences fondamentales et on confie le travail
à « nos amis » du secteur privé, sans
aucune mesure de contrôle ou de sauvegarde.
Les « conseillers externes » sont chargés
d’exécuter le travail et de « s’autovérifier
» . Il n’y a plus d’indépendance, on baigne dans
les conflits d’intérêts. En clair, c’est l’inceste,
les orgies, un « bar open » . Naturellement, les
contribuables paient la note.
Il y a 50 ans, les entrepreneurs en construction sans vergogne
soudoyaient les inspecteurs de chantiers et mettaient 6 pouces
de pierre concassée plutôt que 24. Aussitôt
le printemps venu, nos routes se mettaient à «
gondoler » . Aujourd’hui, ils n’ont même plus besoin
de s’adonner à desmanoeuvres si « grossières
» . Le système est « pipé »
d’avance.
La construction commerciale et industrielle au Québec est
truffée de mesures interventionnistes qui font fi de la
loi de l’offre et de la demande et qui éliminent
carrément toute concurrence.
Le placement des travailleurs est sous le contrôle
effectif d’un syndicat et les salaires sont fixés par
décrets. La complexité de nos lois et le pouvoir
syndical érigent des barrières infranchissables
face aux entrepreneurs des autres provinces ou des États
américains limitrophes qui ne peuvent soumissionner sur
une grande partie des contrats accordés par nos
administrations publiques.
Nous nous
retrouvons donc avec quelques « joueurs » qui ne
sont soumis à aucune concurrence et qui se liguent en
cartelpour faire la pluie et lebeau temps. Ajoutons à
ça les firmes de « génie-conseil » qui
conçoivent les plans et devis, qui bien souvent font la
surveillance de chantiers et la gestion des projets, et vous
avez tous les ingrédients pour en arriver à un
gros party à la dérive qui a dépassé
depuis longtemps la limite de la décence et qui a
sombré dans la vulgarité et la pestilence.
Nous sommes en plein coeur de la plus grosse arnaque de
l’histoire du Québec et, fort probablement, du Canada.
Nos administrations publiques accordent des contrats de
plusieurs milliards pour rénover ou construire nos
infrastructures alors que nos mesures de contrôle et de
sauvegarde ont carrément été
éliminées ou systématiquement
amenuisées au point d’être devenues inefficaces.
Nous assistons à un transfert de richesse sans
précédent du Trésor public aux coffres
d’organisations criminelles. Plusieurs de nos élus,
autant au niveau provincial que municipal, agissent en
facilitateurs et ne sont que tropheureuxde s’adonner à un
trafic d’influence éhonté.
Dès maintenant, il faut faire table rase dans l’industrie
de la construction et éliminer les mesures
interventionnistes qui empêchent la libre concurrence. Il
faut également faire table rase au niveau de nos
élus, tant au niveau provincial que municipal.
Le gouvernement Charest et l’administration Tremblay sont des
témoins passifs de ce spectacle désolant. Le
gouvernement Charest semble même faire tout en son pouvoir
pour bloquer toute intervention qui pourrait mettre en
péril de quelque manière que ce soit cette «
combine » si payante. C’en est devenu indécent. Il
ne faut toutefois pas se faire d’illusion, l’histoire nous
enseigne que ce n’est certainement pas le parti de Pauline
Marois qui changera quoi que ce soit.
Ce dont nous avons un urgent besoin au Québec, ce sont
des gens de talent, caractérisés non pas par leurs
convictions nationalistes ou fédéralistes, mais
par leur intégrité et leur honnêteté.
Des gens qui n’en ont rien à cirer d’une «
carrière de politicien » mais qui sont, prêts
pour le temps d’un mandat électoral ou deux, à
faire le nécessaire pour éliminer cette
gangrène qui nous ronge de l’intérieur.
François Legault, si vous êtes sincère dans
vos intentions et votre démarche, je suis partant.
La solution passe par le fédéralisme
LAURENT DESBOIS
L’absence de
gouvernement européen conduit forcément à
des problèmes structurels qui minent la
viabilité de l’euro.
Le président de la Banque centrale européenne,
Jean-Claude Trichet, a récemment proposé de
créer un poste de ministre des Finances de l’Europe,
afin de soutenir l’intégration fiscale dans la zone
euro. Un tel ministre, s’il pouvait exercer de réels
pouvoirs, permettrait assurément d’avancer dans la
bonne direction, car c’est justement le manque de pouvoir
européen central qui rend difficile la stabilité
de l’euro et la gestion des crises liées à cette
devise.
Pour l’instant l’euro est une devise sans État. Il
existe bien certaines institutions européennes :
Parlement, Cour des comptes, Banque centrale – la seule
entité européenne qui défend l’euro. Mais
l’absence de gouvernement « fédéral
» , démocratiquement élu et qui pourrait
défendre l’intégrité de l’euro, en
imposant par exemple des transferts fiscaux, conduit
forcément à des problèmes structurels qui
minent la viabilité de l’euro.
Par exemple, depuis la création de cette devise, en
1999, on a vu trois développements qui causent beaucoup
d’instabilité, vu l’absence de gouvernement central.
Premièrement, la Grèce a pu s’endetter au point
où elle se trouve maintenant au bord de la faillite.
Deuxièmement, les coûts de maind’oeuvre dans les
pays périphériques comme la Grèce,
l’Espagne et l’Irlande se sont élevés d’environ
30% par rapport à l’Allemagne, ce qui a rendu ces
États peu compétitifs.
Cela a créé du chômage, et celui-ci ne
peut diminuer par des déplacements de main-d’oeuvre
d’un pays européen à l’autre, puisque des
barrières linguistiques et culturelles freinent la
mobilité des travailleurs. Les salaires dans les pays
périphériques doivent donc s’ajuster à la
baisse, ce qui ne se fera pas sans générer des
tensions sociales et politiques. L’absence de transferts
fiscaux alimentera ces tensions.
Troisième développement négatif: le crash
après l’excès de crédit dans cespays de
la périphérie européenne et le
règlement de la note à payer par leurs
contribuables. Rappelons que l’adoption de l’euro, monnaie
forte et plus sécuritaire que les diverses devises
nationales européennes, avait fait baisser les taux
d’intérêt de ces États
périphériques. Il s’en est suivi une orgie
d’emprunts publics en Grèce et privés en Espagne
et en Irlande – les prêts provenant essentiellement de
pays en surplus comme l’Allemagne.
Résultats: les banques des pays
périphériques ont augmenté leur levier,
les ménages ont obtenu les crédits pour investir
dans l’immobilier, ce qui a provoqué une bulle
immobilière suivie d’un crash, après 2008.
L’Irlande a alors empiré les choses en se portant
garante des dépôts placés dans ses banques
nationales. Or, les sommes à couvrir dépassaient
largement les capacités financières de
l’État irlandais.
Certes, l’euro a éliminé les risques de
dévaluation des anciennes devises européennes,
mais en faisant apparaître de nouveaux risques,
rattachés aux dettes nationales et bancaires. Le manque
d’institution fédérale rend très
difficile le règlement de ces problèmes
souverains et bancaires. La proposition de JeanClaude Trichet
de créer unministère des Finances est un pas
important dans la bonne direction. Un gouvernement
fédéral permettraitdedécider de la
répartition de la note à régler pour
recapitaliser les banques et renflouer la Grèce,
autrement dit d’arbitrer le prélèvement des
sommes nécessaires entre les contribuables grecs,
irlandais et allemands, les détenteurs d’obligations
ainsi que les banques. En l’absence d’un gouvernement
fédéral, on fait face à des tiraillements
nationaux qui éloignent les pays les uns des autres.
C’est ainsi que la devise européenne est devenue une
source d’instabilité financière,
économique et politique, alors qu’elle devait
être synonyme de stabilité. « Il n’y a pas
d’exemple dans l’histoire économique d’une union
monétaire qui n’est pas associé à un seul
État » , disait Otmar Issing, économiste
en chef de la Banque centrale allemande, 10 ans avant la
création de l’euro. Ou bien les Européens
choisiront de fonder cet État ou l’euro
disparaîtra.
UN GOUFFRE
PIERRE MARTIN
Les
données de la Boussole électorale
révèlent de grandes différences entre les
opinions des Québécois et celles des autres
Canadiens
Si le gouvernement Harper opère un net virage
conservateur, sa vision du pays risque d’aliéner le
Québec.
De toutes les données d’opinion recueillies lors de la
dernière campagne fédérale, les plus
innovatrices sont sans doute celles de la Boussole
électorale, qui a permis à plus d’un million de
Canadiens de s’exprimer sur des enjeux politiques
fondamentaux.
Cette énorme entreprise de col lecte de données
a ses faiblesses, y compris un échantillon non
aléatoire qui contraint l’analyste à la
prudence, mais ses résultats ne peuvent pas être
ignorés.
Un premier constat saute aux yeux : pour environ 25 des 30
questions, on note une différence frappante entre les
opinions exprimées au Québec et celles du reste
du pays. Ces contrastes ne sont pas sans conséquence.
D’abord, si le gouvernement Harper opère un net virage
conservateur, sa vision du pays risque d’aliéner le
Québec que la Boussole place à gauche des autres
provinces sur les enjeux économiques et sociaux –
à quelques importantes exceptions près.
Quand Stephen Harper affirmait récemment que les
valeurs conservatrices sont les valeurs du Canada, il donnait
aux souverainistes québécois des munitions qui
pourraient leur servi r, si l’idée leur venait un jour
de diriger leur ardeur au combat contre leurs adversaires.
C’est encore plus vrai dans le cas des enjeux constitutionnels
et linguistiques, où la Boussole électorale fait
ressortir le gouffre qui persiste entre les
Québécois et les autres Canadiens. Le NPD
était réceptif aux positions
québécoises pendant la campagne, mais il n’a
rien à gagner au Canada anglais en poursuivant sur
cette lancée.
Ce n’est pas le seul point de discorde potentiel entre le
Québec et le NPD que nous révèle la
Boussole électorale qui, au Québec, ne pointe
pas toujours à gauche. Depuis longtemps, les
néodémocrates s’opposent au libre-échange
avec les États-Unis et tiennent pour sacré le
caractère public du système de santé.
Depuis 1988, les Québécois sont davantage
favorables au libre-échange que les autres Canadiens.
Les principaux partis politiques et les milieux d’affaires
appuient solidement l’ALENA, alors que les syndicats ont
depuis longtemps cessé de s’y opposer
systématiquement.
La carte de la
Boussole électorale sur cette question est
éloquente. Les 10 circonscriptions les plus favorables
à l’expansion du commerce avec les États-Unis
sont toutes québécoises, y compris cinq
gagnés par le NPD, alors que 8 des 10 circonscriptions
hors Québec les plus hostiles au libre-échange
sont des bastions néodémocrates.
Est-ce que le NPD peut prétendre représenter les
intérêts du Québec tout en rejetant
l’ouverture du commerce avec les ÉtatsUnis? Il serait
étonnant que le parti revienne sur sa position
historique dans ce domaine pour plaire aux
Québécois. Il serait aussi étonnant que
ces derniers soient séduits par les appels stridents au
nationalisme canadien qui motivent le protectionnisme du NPD.
Sur la santé, les Québécois se
distinguent du mantra néodémocrate en favorisant
davantage qu’ailleurs l’ouverture vers le privé. Comme
d’autres sondages l’ont déjà montré, les
Québécois appuient un système de
santé public, mais ils sont plus enclins que les autres
Canadiens à appuyer l’illusion que représentent
les solutions de marché ou la privatisation pour
remédier aux maux du système.
Jack Layton aura sans doute peine à les rallier
à l’orthodoxie de son parti sur ces questions, surtout
si le droit chemin passe par un renforcement du contrôle
fédéral dans ce domaine.
Sur bien d’autres enjeux, dont le registre des armes à
feu n’est pas le moindre, on n’a pas fini de voir les
contradictions mises en lumière par la Boussole
électorale provoquer des tensions internes dans le
caucus du NPD.
Contrairement aux divisions qui affligent le Parti
québécois, d’abord liées aux
personnalités, celles qui entraveront la marche du NPD
vers le pouvoir seront l’expression de lignes de faille
profondes dans le paysage politique canadien.
www.
boussoleelectorale.
ca
UN COUP DE MASSUE
MÉLANIE DUGRÉ L’auteure est avocate.
Bien sûr que j’ai confiance en notre justice. Mais son
système est-il pour autant parfait? Certainement pas. Tout
comme la santé et l’éducation, le système de
justice québécois est confronté à
plusieurs problèmes, notamment ses délais
interminables, ses coûts astronomiques et son criant manque de
ressources. Toutes ces brèches ont affaibli le dossier de la
poursuite dans l’affaire SharQc au point où le juge Brunton a
estimé que les droits fondamentaux des accusés
étaient en péril. Si cette décision ne signifie
pas que le Québec est incapable de lutter adéquatement
contre le crime organisé, elle démontre
néanmoins clairement qu’il y a un noeud sur la chaîne
demontage: des moyens extraordinaires ont été fournis
aux services d’enquêtes policières sans que soient
proportionnellement adaptées les ressources judiciaires,
négligeant ainsi le fait qu’en définitive, c’est
à la justice qu’est confiée l’ultime tâche de
décider du sort des accusés. Sans l’avoir lu en
détail, ce jugement m’apparaît dur et impitoyable pour
la poursuite. Le message envoyé a toutefois lemérite
d’être clair et espérons que si la Cour
d’appelmaintient les conclusions du juge Brunton, ce sera le coup de
massue nécessaire pour que soient apportés les
changements que commande une justice fonctionnelle et efficace.
J’espère que le gouvernement Charest appliquera la
compensation de 2,2 milliards de dollars du fédéral au
remboursement de la dette duQuébec plutôt qu’à
de nouvelles dépenses. Il est plus que temps de s’occuper de
notre dette monstrueuse afin qu’un jour, nous ne soyons plus la
province la plus endettée, la plus taxée et la moins
soucieuse de ses dépenses. — Eugène Marquis
André Drouin désirait être sur la sellette, il
s’y est retrouvé une fois dans sa vie. Il en est ressorti
tout étourdi et aimerait maintenant faire un autre tour de
piste. Il n’a pas été le premier à dire des
énormités, en chevauchant le canasson de la
xénophobie. Qu’il n’ait pas été sérieux
avec la charte de Hérouxville, je le crois
entièrement. Qu’il veuille aujourd’hui se présenter
comme l’auteur d’un coup fumant, c’est pitoyable !— François
Brouillard
Nous sommes allés en cour en novembre 1981 pour assurer des
services scolaires à notre fils autiste. Trente ans plus
tard, nous sommes toujours incapables d’encadrer les enfants
handicapés et en difficulté comme il se devrait. Il y
a véritablement un manque de volonté politique, mais
nous avons aussi peu de respect pour nos enseignants qui, de plus,
sont très mal payés. L’éducation, ce n’est pas
une priorité au Québec, malheureusement. — Doris et
Donald McMillan, Kirkland
Le Bloc n’a plus à s’affairer à tenter
d’améliorer, à Ottawa, les choses
fédérales pour le Québec, alors que son but
constitutionnel est de sortir le Québec du Canada. C’est un
véritable conflit d’intérêts. C’est à
notre gouvernement provincial de faire des démarches
auprès du
gouvernement
fédéral. Vingt ans de Bloc, c’est assez !— Gilles
Bousquet, Saint-Hyacinthe
Je déplore que les sondages préélectoraux
déterminent les résultats d’élections. Ces
sondages sont d’autant plus déterminants lorsque les sondeurs
prédisent sensiblement les mêmes résultats.
Depuis deux semaines, on nous prédit une vague orange. Il
n’est pas surprenant que les électeurs aient opté pour
le NPD non pas en fonction de leurs convictions politiques, mais
selon les prédictions des sondeurs.
Qui se préoccupe des plus démunis dans la campagne
fédérale actuelle ? Personne. Aucun parti politique ne
parle d’eux, comme s’ils n’existaient plus; ils sont rayés de
la carte électorale. Pourquoi? Parce qu’ils ne sont pas
rentables électoralement. En état de survie, ils ne
participent plus à la société. Ils ne vont sans
doute pas ou peu voter. Ils sont mis hors jeu d’une
société de performance, de mondialisation, de repli
sur soi. — Yves Chartrand, Montréal
En raison de la progression du NPD, quelques circonscriptions
bloquistes risquent de basculer vers un autre parti, surtout
libéral. La formation de Jack Layton irait chercher des
appuis auprès de bloquistes, « gauchisants » mais
souverainistes. Curieux, car en votant NPD, ces gens savent
très bien qu’ils feront passer un candidat libéral, ou
conservateur, fédéraliste. Et ces
indépendantistes voteraient pour leNPD, un parti qui est
réputé très centralisateur? Bizarre, pour ne
pas dire absurde.
Je suis tout à fait d’accord avec l’application actuelle de
la loi 101, mais exiger que les immigrants et les francophones ne
puissent fréquenter le cégep en anglais est absurde.
Que veulent les péquistes au juste ? Empêcher les
jeunes Québécois
d’apprendre l’anglais ? L’anglais est d’une importance capitale sur
le marché du travail. Croire qu’empêcher les jeunes
d’apprendre une deuxième langue aidera la cause souverainiste
est loufoque. — Charles Beaudet, Saint-Charles-sur-Richelieu
Comment ne pas être d’accord avec François
Legault? Je n’ai jamais compris pourquoi leQuébec avait
besoin de 69 commissions scolaires pour faire le boulot que 20
académies suffisent à faire en France, qui compte
huit fois plus d’habitants. Au Québec, où certains
déplorent les dédoublements administratifs entre
le provincial et le fédéral, comment peut-on
accepter d’engraisser 69 organismes identiques, qui font
exactement la même chose ?
Des experts prétendent que les risques d’une catastrophe
nucléaire sont faibles au Québec. C’est ce que
disaient les Japonais tout récemment... Au Québec,
où à peine 2% de l’électricité provient
du nucléaire, ce serait très facile de fermer
définitivement notre centrale de Bécancour, d’autant
plus que la centrale a besoin de transformations majeures. Mais le
gouvernement Charest a décidé d’y investir 2
milliards. Le comble de l’absurdité !
Comment un parti politique aussi sérieux que le PQ peut-il
proposer des changements qui rendraient mon droit de vote plus
faible que celui d’une personne qui habite en région? En
démocratie, j’ai toujours cru que chaque électeur
avait le même pouvoir. Avec la réforme de la carte
électorale, c’est la grande région de Montréal
au complet qui sera désavantagée. Cette réforme
ne peut pas aller de l’avant, on ne peut pas avoir différents
types d’électeurs au Québec. — Mathieu Filiatrault,
Montréal
L’accident nucléaire au Japon nous rappelle l’importance de
l’existence de chiens de garde indépendants du gouvernement
pour le contrôle de la sécurité dans les
centrales nucléaires. Linda Keen, ex-présidente de la
Commission canadienne de sûreté nucléaire, a
été congédiée par le gouvernement Harper
en 2007 pour avoir refusé de remettre en service la centrale
deChalk River parce qu’on n’avait pas corrigé le
problème dont souffre justement les centrales en panne au
Japon.
L’intégration à tout prix a totalement
bouleversé le fragile équilibre en classe. Car
maintenant, au lieu d’aider et de guider, nous sommes réduits
à traîner et à tirer, à faire ce qu’on
peut. Trop d’enfants en difficulté dans une classe
entraînent inévitablement la majorité vers le
bas. Nous, les profs, devons tirer 29 enfants vers le haut, tous les
jours. Nous sommes fatigués et vidés. — Nathalie De
Serre, enseignante
Le rapport du BAPE est rassurant. Mais il estmoins rassurant de
constater que notre gouvernement continue de gérer par
à-coups, alors que presque tout le monde avait compris
qu’étudier et encadrer tout nouveau projet, ça se fait
avant de le lancer, pas après. Mieux vaut tard que jamais,
mais on reste encore avec une impression que le bien public passe
après les désirs du gouvernement
Le ministre Jean-Marc
Fournier fait une grave erreur en démotivant totalement les
procureurs de la Couronne,
qui sont la colonne vertébrale de la justice au
Québec. Il devrait plutôt reconnaître leur
expertise très importante dans la défense des victimes
de crimes, pour la société tout entière. Ils ne
sont pas de simples employés de
l’État. Quel mépris le ministre leur a
témoigné!—Gilles Jodoin, médecin
Les isotopes médicaux pour le traitement du cancer sont 20
fois plus radioactifs que l’ensemble des générateurs
de vapeur qui seront transportés pour être
recyclés en Suède. On les transporte chaque jour par
camion, avion, bateau. Devrait-on empêcher leur transport et
priver de soin les cancéreux au nom de la santé
publique ?- André Michaud, Québec
Nous avons droit à un raffut du tonnerre de nos
étudiants lorsqu’il est question d’acquitter des droits de
scolarité comparables à ceux exigés dans les
universités de Toronto ou Vancouver. Cependant, ces
mêmes étudiants, devenus procureur ou médecins,
s’empresseront de revendiquer des salaires identiques à ceux
versés en Ontario et en Colombie-Britannique. Il serait
étonnant toutefois qu’ils exigent de payer les frais de
garderie ou les tarifs d’électricité qui ont cours
là-bas. — RalphWhite
Voilà qu’on en apprend plus sur le copinage du premier
ministre François Fillion avec les autorités
égyptiennes du dictateur Moubarak. La France
préfère les dictatures, comme en Afrique noire,
où les dictateurs qu’elle soutient lui garantissent des
monopoles d’État sur lesquels asseoir les
sociétés françaises. Incapable d’assumer la
mondialisation, l’économie française est friande de
ces monopoles qui lui évitent toute concurrence
étrangère.— Michel Gaudette, Trois-Rivières
Chassez le naturel et il revient au galop. Chevaux et chameaux
viennent à la rescousse du dictateur Hosni Moubarak. Un
retour au Moyen-Âge. Les casseurs envoyés par Moubarak
ont sauvagement attaqué les opposants à son
régime. Eux qui ont manifesté dignement et
pacifiquement pendant plusieurs jours pour demander la fin de
l’État policier qui dure depuis 30 ans. Ce bon peuple
égyptien ne mérite pas de vivre oppressé par
une dictature qui leur semble éternelle.
Je trouve enrageant de voir Stephen Harper et Lawrence Cannon se
poser en donneur de leçons sur la façon dont les
choses sont menées en Égypte ou en Tunisie. Qu’on ne
se borne qu’à torturer un seul enfant-soldat commeOmar Khadr,
ou qu’on fasse torturer une horde d’opposants n’importe
guère. Ce qui est inacceptable, là où on doit
tracer la ligne, c’est face à la torture ellemême. Et
en matière de droits de l’homme, le Canada ne peut plus que
se taire. — Sébastien Lavoie, Verdun
A-t-on oublié l’aéroport de Mirabel ?
CHRISTIAN LERAY
L’auteur est président de Prisme Média,
compagnie d’analyse de presse. Depuis que La Presse a
dévoilé les conclusions de deux rapports affirmant
que le pont Champlain pouvait s’effondrer « partiellement
» , tout le monde s’accorde pour que les travaux de
construction du nouveau Champlain débutent le plus
rapidement possible. Pourtant, il est essentiel de se «
hâter lentement » .
En effet, si l’on revient quelques années en
arrière, on constate qu’il serait bon de ne pas
répéter les erreurs du passé et d’en tirer
les leçons. Une des principales est la construction de
l’aéroport de Mirabel, qui a couté à
l’époque 500 millions de dollars… et qui est aujourd’hui
fermé! La raison: les deux chocs pétroliers des
années 70 qui ont stoppé net le développement
du trafic aérien. Alors que tout le monde pensait que
celui-ci allait exploser et que Dorval serait très
rapidement débordé.
Aujourd’hui, le cours du pétrole ne cesse d’augmenter. Le
prix de l’essence est à son plus haut niveau historique. Il
frôle les 1,50$ le litre à Montréal. Les
ressources pétrolières étant limitées,
ce prix ne fait que commencer à grimper. Lorsque le litre
d’essence dépassera les 2$, ce qui ne devrait tarder, la
circulation automobile fléchira immanquablement.
Non seulement l’impact sur notre économie sera majeur, car
nous ne serons pas prêts à faire face à une
telle hausse, mais en plus, nous nous retrouverons avec des
infrastructures désuètes alors qu’elles nous auront
couté les yeux de la tête. On parle
déjà de 6 milliards de dollars pour bâtir le
nouveau Champlain. Et il ne s’agit que des études
préliminaires. Rappelons-nous les coûts du
métro à Laval, qui ont presque triplé,
passant des 300 millions prévus à plus de 800
millions!
Bref, nous nous
apprêtons à payer très cher pour des
infrastructures qui dans 10 ans ne répondront
peut-être plus aux besoins. Car ces besoins, quels
seront-ils avec le litre d’essence à plus de 2$ le litre?
Il s’agira de transporter au moindre coût passagers et
marchandises alors que la voiture et le transport routier seront
devenus exorbitants. Et la solution sera le rail.
La plupart des gens qui empruntent le pont sont les
banlieusards. L’AMT ( Agence métropolitaine de transport)
va donc avoir une grosse commande au cours des prochaines
années, notamment si le pont doit être fermé
pendant plusieurs semaines ou mois à cause de travaux
d’entretien. Les stratèges de l’AMT doivent
déjà plancher sur des plans d’urgence et sur les
besoins dans 10 ans, lorsque le prix de l’énergie forcera
le public à emprunter massivement les transports en
commun.
Car il est faux de
croire que la voiture électrique résoudra le
problème. En effet, il faudra toujours produire de
l’énergie pour la propulser. Ensuite, les batteries
sont constituées de minerais appelés «
terres rares » . Leur nom est justement dû au fait
qu’ils sont très rares. Cela signifie qu’il y aura une
pénurie de ces minerais dès que la voiture
électrique se démocratisera. Cette fausse
solution n’est donc pas viable à long terme.
Autre
importante préoccupation: le transport de marchandises.
Les gens d’affaires nous répètent que
Montréal risque l’asphyxie si un nouveau pont n’est pas
construit rapidement. Là encore, la solution doit passer
par le rail. C’est le moyen le plus écologique,
économique et efficace dans un contexte de pétrole
cher de transporter les marchandises. Avec un système
bien rodé, Montréal ne craindrait aucune
pénurie.
La
réforme électorale est-elle dans la bonne voie ?
La
réforme électorale est-elle dans la bonne voie ?
La multiplication des circonscriptions et les acrobaties pour la
préservation de celles qui sont sacrées nous
rapprochent très peu d’un équilibre de la
représentation démocratique à
l’Assemblée nationale. Ne serait-il pas opportun de revoir
la carte électorale sans égard aux
acquis passés de certaines régions, ni au souci des
partis de préserver des bastions ?
— Denis Laplante, Morin-Heights
Trop d’élus, trop de maires
Trop d’élus, trop de maires, les fonctionnaires les mieux
payés de toute la fonction publique. Quand nous serons
convaincus que la direction de la Ville de Montréal fait
des efforts pour réduire ses dépenses, alors ce sera
plus acceptable de voir notre compte de taxes augmenter.
La cécité
européenne
GUY SORMAN
Les
Étatsmalades de l’eurozone sont victimes de leurmauvaise
gestion et de leur manque d’audace
L’Europe est tirée vers le bas par des raisons qui
exigeraient plus que du raccommodage.
Les dirigeants européens, tels des pompiers pyromanes,
courent d’un feu à l’autre, en oubliant qu’ils avaient
euxmêmes allumé l’incendie.
La détresse financière de la zone euro est, en
effet, le résultat d’erreurs de gestion publique: dans
les temps prospères, les gouvernements adoptaient des
budgets en déficit, persuadés que la croissance
à venir épongerait les dettes. Quand la crise fut
venue, le libéralisme fut déclaré coupable;
et c’est au nom de la relance, dite keynésienne, que les
déficits furent aggravés. Au déficit de la
prospérité s’est ainsi ajouté le
déficit de la stimulation, qui n’a rien relancé du
tout.
Les marchés financiers, c’est-à-dire les
épargnants, s’en inquiètent : ils exigent avec
raison des taux d’intérêt à la mesure des
risques qu’ils prennent. Contrairement à ce que l’on
entend ici ou là, ce n’est pas l’euro qui
génère leur scepticisme, mais la capacité
ou non de certains pays de croître suf f isamment pour
rembourser leurs dettes: la preuve en est que l ’ euro al lemand
se porte bien et l’euro grec fort mal. Un même euro, mais
pas les mêmes perspectives de croissance : les
États malades de l’eurozone ne sont donc pas victimes
d’un complot, mais de leur mauvaise gestion et de leurs
idées courtes.
Il est faux aussi d’imaginer une sortie de crise par de seules
mesures de sauvetage financier. L’Europe est, en
vérité, tirée vers le bas par des raisons
qui exigeraient plus que du raccommodage. Tout d’abord, les
États-Providence ne sont plus viables parce qu’ils furent
initialement conçus sur la redistribution des classes
jeunes vers les classes âgées. Or, les jeunes
deviennent moins nombreux que leurs aînés et vivent
moins bien qu’eux.
Couper dans les
avantages de l’État providence permet de gagner du temps,
c’est impopulaire et, surtout, ce n’est pas un programme : les
fondements du système luimême devraient être
repensés en le fondant, pour l’avenir, sur
l’épargne personnelle et en introduisant des innovations
radicales. On suggérera, par exemple, «
l’impôt négatif » ( un projet de Milton
Friedman) pour tous, qui remplacerait à terme les
programmes d’aide sociale.
La sortie de crise exigerait aussi de restaurer l’avantage
comparatif de l’Europe. Il est maintenant acquis que les
économies émergentes ne vont plus
disparaître et qu’elles seront capables de produire ce que
les Européens produisent, mais à moindre
coût. Dans cette concurrence mondialisée, l’avenir
appartient à ceux qui innovent, se spécialisent et
entreprennent. On voit que la Suisse ou l’Allemagne l’emportent
déjà pour ces raisons, tandis que l’Espagne, faute
d’avantages comparatifs, hormis le soleil, est menacée de
déclin.
Restaurer l’esprit d’entreprise prend plus de temps que de
sauver les banques irlandaises ou le budget grec, mais c’est
possible: la Grande-Bretagne dans les années 80,
l’Allemagne dans les années 90, la Pologne au
présent, partant d’un juste diagnostic, ont su
créer ou recréer leur avantage comparatif sur le
marché mondial par des dispositions légales,
fiscales et monétaires adéquates.
La crise européenne est donc sérieuse en raison de
la pauvreté de l’analyse et de l’absence de projet
à long terme : ce n’est pas l’euro qui est menacé,
mais l’intelligence économique ou l’audace politique qui
font défaut.
Honteuse et accablante
mesquinerie
En reconnaissant sa culpabilité sous pression, Omar Khadr
témoigne d’une honteuse et accablante mesquinerie de la
mensongère histoire des prisonniers de Guantánamo.
Faiblesse de Barack Obama et hypocrisie du gouvernement canadien,
soumis à la fourberie de ses voisins. Cet enfant-soldat n’a
agi que par obéissance à sa propre famille, les
circonstances de sa responsabilité dans la mort d’un soldat
américain n’a jamais pu être prouvées hors de
tout doute.
Inverser le processus de consentement
On devrait inverser le processus de consentement sur la carte
d’assurance maladie pour les dons d’organes.
Toute personne qui décède devrait être un
donneur automatique. Et si, pour une raison religieuse ou autre,
elle ne le veut pas, elle n’aurait qu’à signer sa carte.
Cela compenserait tous ceux qui oublient de signer leur carte
présentement. On sauverait ainsi beaucoup de vies.
De nouveau tentés par l’émigration
MARC THIBODEAU ENVOYÉ SPÉCIAL DUBLIN
Comme des
milliers de jeunes Irlandais, Polly Dennison entend quitter son
île natale. Le plan d’austérité
annoncé la semaine dernière par le gouvernement
est venu renforcer sa détermination.L’émigration
était
depuis
longtemps
la
voie
d’avenir
pour
les
Irlandais
désireux
de
fuir
lamisère
économique.
Les
années
de prospérité ont renversé la tendance
jusqu’à ce que le krach économique change encore
une fois le flux migratoire.
« Avec les coupes prévues, la qualité de vie
ne va pas s’améliorer ici » , souligne
l’étudiante en histoire de 21 ans qui entend terminer sa
formation au Trinity College de Dublin avant de tenter sa chance
à l’étranger.
« C’est triste que je n’aie pas l’impression de pouvoir
rester ici si je veux. Mais il est clair que les perspectives
d’emploi sont meilleures ailleurs » , note la jeune femme,
qui rêve de partir aux États-Unis, où son
frère s’est exilé il y a un an.
La mère de l’étudiante, qui vit en Irlande depuis
30 ans, songe pour sa part à retourner en
Grande-Bretagne. « Elle a perdu son emploi l’année
dernière. Elle se dit que c’est maintenant ou jamais
» , explique Mme Dennison.
Rhys Evans, qui étudie la littérature dans le
même établissement, veut aussi vivre un temps
à l’étranger. Mais il ne compte pas
s’établir définitivement hors de l’Irlande.
« Beaucoup de gens pensent à émigrer, mais
ils n’ont pas une idée très juste de la situation
dans les autres pays. Ce n’est plus comme avant, c’est difficile
partout » , relate le jeune homme de 22 ans.
Deux amis partis il y a quelques mois en Californie sont «
toujours joyeusement sans emploi » , ironise-t-il.
Pendant des décennies, l’émigration était
la voie d’avenir pour les Irlandais désireux de fuir la
misère économique. Les années de
prospérité ont renversé la tendance
jusqu’à ce que le krach économique change encore
une fois le flux migratoire.
Selon le Bureau
central des statistiques, le nombre d’émigrants a
excédé de 34 500 le nombre d’immigrants pour la
période de 12 mois se terminant en avril 2010, le solde
négatif « le plus élevé depuis 1989
» .
Le nombre d’immigrants a sensiblement baissé au cours de
la dernière année, ce qui témoigne de
l’attrait réduit du pays pour les étrangers. La
détérioration de l’économie rend
l’intégration beaucoup plus difficile.
« Avant, on se voyait offrir l’emploi dès qu’on
appelait pour une annonce, presque sans présenter de CV.
Maintenant, on ne trouve plus d’emploi » , relate un
chauffeur de taxi d’origine ghanéenne qui peine à
joindre les deux bouts.
Certains immigrants sont aussi tentés par le
départ. C’est le cas de Beta Bajeartova, Tchèque
mère de deux jeunes enfants.
« On pense rentrer chez nous » , souligne la femme
de 36 ans, qui s’inquiète de l’impact du plan
d’austérité annoncé la semaine
dernière.
« Avant, c’était gérable mais à
peine. Avec les nouvelles taxes qui s’annoncent, j ’ ai bien
peur que ça ne le sera plus du tout » , souligne
Mme Bajeartova, qui se réjouit de ne pas avoir
acheté d’appartement durant la période de
frénésie immobilière.
« J’ai des amis qui ont acheté et qui sont pris
aujourd’hui avec un appartement trop petit qu’ils ne peuvent
vendre » , relate-t-elle.
Fintan O’Toole, chroniqueur du Irish Times qui a écrit un
livre de référence sur la crise économique
irlandaise, ne s’étonne pas que l’option de
l’émigration redevienne alléchante pour nombre de
ses compatriotes et pour les ressortissants étrangers
établis au pays.
Le gouvernement, par ses mesures d’austérité,
envoie le message que ceux qui restent devront payer « les
dettes de jeu » des personnes « incroyablement
irresponsables » à l’origine du déclin du
pays, dit-il.
Après la
dictature, les cartels
AGENCE FRANCE- PRESSE
MEXICO— La
révolution mexicaine de 1910 a fait plus d’un million de
morts et ouvert une ère de stabilité,
troublée aujourd’hui par l’explosion de la violence
meurtrière des cartels de la drogue.
Le soulèvement, lancé le 20 novembre 1910 par
Francisco Madero, fut le premier à être
popularisé en direct dans lemonde par la photo et le
cinéma, et grâce à des personnalités
devenues légendaires comme Emiliano Zapata ou Pancho
Villa.
La
révolution a mis fin à 34 ans de « dictature
douce » de Porfirio Diaz, mais débouché sur
70 ans de « règne » du Parti
révolutionnaire institutionnel ( PRI).
Étiqueté progressiste, il a de fait maintenu le
pays sous sa coupe, assurant l’ordre au prix de compromissions
avec les cartels. La façade mexicaine de stabilité
démocratique a contrasté pendant des années
avec les dictatures et les coups d’État qui ont
caractérisé l’Amérique latine.
Cette « paix intérieure » a permis au pays de
développer son économie, la deuxième en
Amérique latine après le Brésil, mais elle
a aussi aidé les cartels mexicains à prendre le
relais de ceux de Colombie dans le contrôle du trafic de
la cocaïne à destination des États-Unis,
premier client mondial.
Aujourd’hui, la concurrence entre trafiquants se transforme en
massacres: cadavres décapités, torturés,
suspendus à des ponts sur les routes, en signe
d’avertissement aux concurrents et pour terroriser la
population.
La participation de la Chine suscite l’inquiétude des
Américains
AGENCE FRANCE-PRESSE
PÉKIN —
SAIC Motor, premier constructeur automobile chinois qui
collabore avec GM depuis les années 90, a confirmé
qu’il avait acheté pour 1% du capital du constructeur.
« Nos 10 coentreprises avec SAIC sont à l’origine
de certains des plus gros succès en Chine en
matière automobile. La participation de Saic dans GM
à l’occasion de son introduction en Bourse
représente une nouvelle étape clé dans
notre partenariat » , s’est félicité, dans
un communiqué, Tim Lee, président des
opérations internationales chez General Motors.
Shanghai Automotive Industry Corp ( SAIC) s’est porté
acquéreur d’un total de 15,2 millions d’actions pour un
montant de 500 millions de dollars, ce qui représente
0,97% de GM, selon Dow Jones Newswires.
La prise de participation de sociétés chinoises
pourrait heurter les sensibilités à Washington,
où la proportion de la dette publique détenue par
la Chine est devenue un thème politique, tout comme le
déséquilibre du commerce avec l’empire du Milieu.
« Politiquement, le climat n’est pas très
accueillant pour des acquisitions chinoises aux
États-Unis » , a relevé Evan Feigenbaum,
directeur pour l’Asie du cabinet de conseil Eurasia Group.
Pourtant la participation d’investisseurs étrangers, y
compris chinois, est logique, car les marchés
émergents sont à la recherche d’investissements
rentables.
La participation
chinoise dans l’OPV ( offre publique de vente) de GM «
n’est pas surprenante, la Chine a tout l’argent. Elle investit
lourdement dans les bons du Trésor américain, elle
maintient les États-Unis à flots, franchement
» , pour l’analyste Michelle Krebs, chez Edmunds. com.
« Ce qui est sans doute surprenant pour les
Américains, c’est qu’on leur parle beaucoup des Chinois
qui vendraient des voitures ici. Cela n’est pas arrivé,
mais ce que l’on voit, c’est que les constructeurs chinois et
d’autres sociétés chinoises viennent par la petite
porte » , a ajouté Mme Krebs dans un entretien avec
l’AFP.
« C’est la mondialisation du secteur » , a-t-elle
précisé. « Cela suscite plus
d’intérêt parce que la Chine est devenue tellement
puissante » .
En l’occurrence, vu le développement de GM en Chine,
où il a été le premier à vendre plus
de deux millions de voitures en un an, il est logique que les
investisseurs de ce pays s’y intéressent.
La Chine est déjà le premier marché
automobile au monde, et « une grande part de la croissance
de l’industrie automobile dans les 10 ans à venir se
réalisera hors des États-Unis » , ajoute
Jesse Toprak, analyste chez TrueCar. com.

GM et son associé SAIC ont déjà
annoncé qu’ils prévoyaient de développer
leurs activités dans d’autres marchés asiatiques,
notamment en Inde.
Il n’est pas trop tard
ALAINDUBUC
Les
événements récents pourraient aider M.
Charest à changer d’idée sans perdre la face.
Les obsèques de Nicolo Rizzuto, celui qui était le
parrain de la mafia montréalaise, auront lieu
aujourd’hui. Bien des Québécois suivront ce rituel
funéraire, son cortège de limousines, les
innombrables couronnes de fleurs, les gardes du corps, avec une
curiosité morbide. Ce folklore mafieux fait partie de nos
vies. Comme si nous étions tous, malgré nous, des
figurants dans un film de série B.
Voilà pourquoi l’assassinat du vieux parrain jouera
peut-être un rôle utile. En soulignant en quoi il
n’est pas du tout normal que la mafia puisse être si
confortablement installée. Ce pourrait être la
goutte qui fera déborder le vase, qui amènera les
Québécois à exprimer leur
écoeurement, à vouloir qu’on s’attaque avec plus
de vigueur au crime organisé, surtout quand celui-ci a un
impact sur nos vies. Ce qui est particulièrement le cas
dans l’industrie de la construction.
Les enquêtes policières ne pourront pas venir
à bout de ce cancer. Elles pourront sans doute permettre
d’identifier et de condamner des coupables d’actes criminels.
Mais il faudra beaucoup plus que cela pour exposer les rouages
de ce qui est un véritable système, établir
ses ramifications, décrire ses pratiques, pour en venir
à bout. On n’y arrivera pas sans commission
d’enquête.
Le premier ministre Jean Charest continue très fermement
de s’y opposer. On devine que ce refus s’explique par la peur
qu’une telle enquête n’éclabousse les
libéraux, notamment à cause des liens historiques
entre le Parti libéral, la communauté italienne et
le monde de la construction. On sait par contre que ce refus a
fait un tort considérable au premier ministre Charest et
à son gouvernement.
Jean Charest s’est donc peinturé dans le coin. Mais les
événements récents – la crise interne de la
mafia, les révélations de La Presse et de
RadioCanada qui s’accumulent sur l’étendue de son
influence dans le monde de la construction – pourraient l’aider
à changer d’idée sans perdre la face et à
réduire les dommages politiques d’une commission
d’enquête.
Ce qu’on
découvre graduellement dépasse ce qu’on pouvait
imaginer. Il y a assez de révélations et de faits
nouveaux pour justifier le fait que le gouvernement change son
fusil d’épaule et décide de prendre les grands
moyens pour s’attaquer à ce fléau.
Ce virage souhaitable pourrait être facilité par le
fait que ces nouvelles révélations ont aussi pour
effet de réduire les risques politiques que craignent les
libéraux. Et ce, pour trois raisons. D’abord, elles
changent la donne, en modifiant les priorités d’une
éventuelle commission, qui devra d’abord et avant tout se
pencher sur la présence du crime organisé et ses
pratiques – la violence, la collusion, la corruption –, ce qui
aura pour effet de reléguer au second plan des questions
comme le favoritisme dans l’attribution de contrats.
Par ailleurs, la présence de la mafia dans la
construction n’est certainement pas un phénomène
récent, qui aurait comme par hasard explosé en
2003 quand les libéraux ont pris le pouvoir. Nous sommes
en présence d’une réalité bien
enracinée qui ne permet pas une lecture partisane. S’il y
a responsabilité gouvernementale, elle est
partagée.
Enfin, on voit que le système de corruption et
lespratiques condamnables ne se limitent pas à certains
entrepreneurs. Lemonde syndical, notamment la FTQ, est lui aussi
touché par les métastases du cancer, ce qui risque
davantage de mettre le Parti québécois dans
l’embarras, dont les complicités avec cette centrale sont
bien connues. Assez pour imposer à l’opposition
officielle une certaine retenue dans ce dossier.
Voilà autant de raisons qui devraient convaincre le
premier ministre Charest de changer d’idée. Il n’est pas
trop tard.
... MAIS POUR COMBIEN DE TEMPS?
— Hélène Baril
« C’est
comme être le plus gros producteur mondial de
calèches, quand il ne s’en vend plus, ça sert
à rien. » — Luc Bouthillier, professeur à
l’Université Laval
On devrait savoir assez vite si Abitibi peut faire concurrence
aux meilleurs producteurs de papier journal de la
planète.
Ce ne sera pas facile, estime Luc Bouthillier,
spécialiste de l’industrie et professeur à
l’Université Laval. Le problème, selon lui, c’est
qu’Abitibi n’a jamais été très
présente sur ces marchés. « Les Scandinaves
sont là depuis longtemps alors qu’Abitibi doit
bâtir quelque chose à partir de rien. »
Le marché du papier journal ne disparaîtra pas
demain matin, estime pour sa part Pierre Vézina,
directeur du Conseil québécois de l’industrie
forestière. Les prévisionnistes les plus
crédibles, dont ceux de RISI, la bible de l’industrie,
prévoient que la demande arrêtera de baisser vers
2015, souligne-t-il.
Une fois ce plancher atteint, « il y aura de la place pour
quelques joueurs, dit-il. Ceux qui auront les coûts de
production les plus bas survivront » .
Est-ce qu’AbitibiBowater, que son ancien président John
Weaver a déjà comparée à un tank,
peut maintenant faire partie de ces producteurs à bas
coûts? La question ne dépend pas seulement de
l’entreprise, explique Pierre Vézina. Le coût de la
fibre et le taux de change, entre autres, pèsent lourd
dans le bilan d’un producteur de papier journal, souligne-t-il.
Le nouveau régime forestier du Québec, qui risque
de faire grimper encore le coût de la fibre, ne facilitera
certainement pas la tâche d’Abitibi, croit Pierre
Vézina.
Même après sa cure d’amaigrissement, AbitibiBowater
reste un des plus importants producteurs mondiaux de papier
journal et le plus gros en Amérique du Nord. Il n’y a pas
de quoi se vanter, selon Luc Bouthillier. « C’est comme
être le plus gros producteur mondial de calèches,
quand il ne s’en vend plus, ça sert à rien.
»
L’entreprise doit absolument profiter des quelques années
qui restent avant que le marché du papier journal
disparaisse pour se reconvertir dans la production d’autres
produits, estime le professeur. « Si elle ne le fait pas,
AbitibiBowater est seulement en sursis. »
L’avenir des
entreprises forestières est dans les nouvelles
technologies et les papiers intelligents, pas dans les produits
de base comme le papier journal, conclut le Conseil
québécois de l’industrie forestière dans
une étude publiée cette semaine.
Ces avenues nouvelles sont déjà explorées
par des entreprises comme Cascades avec son papier essuie-main
antibactérien et Domtar, qui investit dans la
nanocellulose cristalline, un matériau qui pourrait lui
ouvrir d’autres marchés, comme l’aérospatiale et
l’automobile.
De plus en plus, l’avenir des entreprises forestières est
dans la chimie. La meilleure chose qui aurait pu arriver
à AbitibiBowater, c’est qu’une entreprise de produits
chimiques s’y intéresse, croit d’ailleurs Luc
Bouthillier, parce que ça aurait pu lui faire prendre un
virage d’avenir.
« Ça prend des gens convaincus et convaincants
parce que ce genre de virage coûte cher, dit-il. Il faut
investir. »
Les principaux actionnaires d’AbitibiBowater restructurée
sont ceux qui ont racheté sa dette et l’ont
empêché de faire faillite. Le professeur doute que
les firmes d’investissement aient la vision nécessaire
pour entreprendre un virage, quel qu’il soit.
« Ce sont des gens qui sont dans la business de
récupérer leur argent le plus rapidement possible,
pas dans celle de transformer des entreprises. »
« On aime mieux croire que cette compagnie va passer au
travers, mais à moins que ses dirigeants aient un autre
plan de match, ce drame va se rejouer dans quelques
années, craint-il.
Si ça arrive, il s’en trouvera sûrement pour dire
qu’on aurait dû laisser AbitibiBowater faire faillite en
2009.
Doit-on s’inspirer du modèle finlandais ?
MARTINE LETARTE COLLABORATION SPÉCIALE
Vieillissement
de la population, coûts de la santé en hausse,
faible productivité au travail, taux de décrochage
scolaire élevé : les défis que les
Québécois ont à relever sont nombreux. La
Presse Affaires publie tous les mardis, pendant six semaines,
une
« En Finlande, les enseignants sont très bien
formés et très respectés. Beaucoup de
jeunes veulent devenir enseignants. Il faut arriver à
ça au Québec, et bien des choses suivront, comme
l’autonomie professionnelle. »
— Henry Milner, chercheur à l’Université de
Montréal
Le taux d’obtention d’un diplôme à la fin
d’études secondaires est de 95 % en Finlande. Au
Québec, il est de 88%.
L’économiste Claude
Montmarquette, qu’on aperçoit ici lors d’un point de
presse en 2008, n’est pas prêt à condamner le
système privé. Il y voit plutôt un
concurrent qui peut servir le système public.
Les élèves finlandais trônent aussi en
première place du classement PISA de l’OCDE en ce qui a
trait aux compétences des jeunes de 15 ans en lecture, en
sciences et en mathématiques.
Une question de gros sous? La dépense par
élève du secondaire a été de 7533$US
en 2006 en Finlande, soit 5,8 % de leur PIB. Au Québec,
on parle plutôt de 8300$US, soit 7,4 % du PIB.
Une question d’heures d’enseignement ? De tous les pays de
l’OCDE, c’est en Finlande que les élèves ont le
moins d’heures de cours.
La recette du succès
La structure administrative des écoles finlandaises est
très légère, apprend-on dans une
étude de Secor. Le directeur d’école est un
enseignant libéré de la moitié de sa
tâche. C’est lui qui est responsable de l’encadrement et
de la coordination pédagogique. L’administration des
finances est assurée par la municipalité.
L’enseignant, qui a un niveau de maîtrise, est très
valorisé dans la société finlandaise, et le
recrutement est sélectif.
« Le recrutement sélectionne dès le
début les candidats sur des compétences
disciplinaires et théoriques, mais aussi sur leur concept
i on du métier et leu rs connaissances de l’enfant. Avant
de postuler à la faculté d’éducation, les
Finlandais doivent avoir travaillé pendant trois ans
comme assist ants » , peut-on l i re dans l’étude.
L’enseignant a une grande liberté pédagogique,
pourvu qu’il respecte le c urriculum. Les enseignants ont en
moyenne 15 heures d’enseignement par semaine, plus les temps de
garde et la participation aux activités parascolaires.
Et l e pr i vé ? Il a été fusionné
avec le réseau public en 1966. L’enfant n’a pas le choix
de son école : il va à celle qui est près
de chez lui et il n’y a pas de sélection.
L’école est complètement gratuite : même les
fournitures scolaires et les repas sont fournis. Le
Québec pourrait-il importer des stratégies
finlandaises ?
Pour Henry Milner, cherc heur à l’ Université de
Montréal, le succès de la Finlande ne s’explique
pas que par son système d’éducation.
«
Historiquement, le pays a traversé des difficultés
importantes, ce qui fait que les gens accordent beaucoup
d’importance à l’éducation. La population est
aussi beaucoup plus homogène. Ce n’est pas la même
chose au Québec », indique le professeur joint en
Suède.
Le spécialiste croit tout de même que le
Québec pourrait s’inspirer d’un i ngrédient
essentiel au succès du système d’éducation
finlandais : la valorisation de la profession d’enseignant.
« En Finlande, les enseignants sont très bien
formés et très respectés. Beaucoup de
jeunes veulent devenir enseignants. Il faut arriver à
ça au Québec, et bien des choses suivront, comme
l’autonomie professionnelle. »
L’économiste Claude Montmarquette croit aussi que l’enjeu
des enseignants est capital. « Pour aller chercher la
crème de la crème, il faut d’abord payer les
enseignants comme l es autres professionnels, dit-il. Mais on
devrait y aller selon le mérite, parce qu’il y a des bons
profs et des mauvais. »
Pour faire l’évaluation, il suggère de mettre en
place des examens standardisés pour évaluer la
progression des élèves.
« C’est essentiel, si non les enseignants qui se forcent
finissent par se tanner pui s qu’ils n’ont auc u ne
reconnaissance », dit-il.
M. Montmarquette croit aussi que l’aspect administratif
gagnerait à être allégé. « Ici,
on a la ceinture et la bretelle ! Il faudrait couper et laisser
une plus grande latitude aux établissements pour qu’ils
s’adaptent à leur réalité. »
Et le privé ?
Claude Montmarquet t e affirme qu’il préfère
toujours la concurrence au monopole.
« Les deux systèmes sont importants, et je crois
plutôt qu’on devrait s’inspirer de la Suède,
où les écoles privées sont
complètement subventionnées, précise-t-il.
On verrait donc des écoles pr i vées s ’ installer
dans les quartiers défavorisés. Comme ça,
la concurrence serait plus forte et les écoles publiques
seraient poussées à s’améliorer. »
Henry Milner croit plutôt que le Québec devrait se
concentrer à valoriser au maximum l’enseignement dans les
écoles publiques pour attirer les meilleurs professeurs.
« Comme ça, on rehausserait le niveau et,
éventuellement, les parents ne verraient plus l ’avantage
d’envoyer leurs enfants au privé. Ensuite, graduellement,
on pourrait réduire les subventions. »
Froid diplomatique entre la Chine et la Norvège
AGENCE FRANCE-PRESSE
OSLO — La Chine
a annulé des rencontres officielles et une manifestation
culturelle avec la Norvège hier, quatre jours
après l’attribution du prix Nobel de la paix au dissident
chinois Liu Xiaobo.
Selon le gouvernement norvégien, une rencontre
prévue aujourd’hui à Pékin entre la
ministre de la Pêche, Lisbeth Berg-Hansen, actuellement en
visite en Chine, et les Autorités chinoises de
contrôle alimentaire a été annulée in
extremis.
«Selon les motifs que nous avons reçus, nos
interlocuteurs avaient d’autres obligations », a
déclaré à l’AFP Ragnhild Imerslund, por
te-pa role du ministère des Affaires
étrangères.
Une première rencontre entre Mme Berg-Hansen et le
viceministre chinois de la Pêche, également
prévue aujourd’hui à Pékin, avait
déjà été déprogrammée
lundi en réaction, selon Oslo, à l’attribution du
Nobel de la paix à Liu Xiaobo vendredi. Condamné
à 11 ans de prison pour «subversion du pouvoir de
l’État», cet ex-professeur de littérature de
54 ans s’est vu attribuer le Nobel de la paix «pour ses
efforts durables et non violents en faveur des droits de l’homme
en Chine».
Les autorités chinoises ont aussi annulé les
représentations d’une comédie musicale
norvégienne mettant en scène le vainqueur de
l’Eurovision 2009, le chanteur violoniste Alexander Rybak, a
annoncé le compositeur Thomas Stanghelle hier.
«
D’après ce que l’on nous a dit, il s’agit d’une sanction
après l’attribution du prix Nobel de la paix à un
opposant chinois », a déclaré Thomas
Stanghelle à la chaîne TV2 Nyhetskanalen.
« Je trouve très dommage qu’on annule une
représentation qui traite des possibilités et des
droits des personnes handicapées », a-t-il
ajouté, se disant « extrêmement triste
».
Vendredi, peu après l’attribution du prix Nobel de la
paix, la diplomatie chinoise avait prévenu que le choix
du comité norvégien allait « nuire aux
relations entre la Chine et la Norvège ».
Les membres du comité Nobel sont désignés
par le Parlement norvégien, mais ils sont
indépendants du gouvernement et de la chambre.
Les échanges économiques ont fortement
progressé entre les deux pays ces dernières
années.
Selon les chiffres officiels norvégiens, les exportations
de la Norvège vers la Chine ont été
multipliées par 6,5 entre 2000 et 2009 pour atteindre
15,2 milliards de couronnes (2,63 milliards CAN) tandis que ses
importations ont quasiment quadruplé sur cette
période, à 32,6 milliards de couronnes (5,63
milliards CAN).
« Cette terre est assez grande pour tout le monde »
STÉPHANE AMAR
Loin des
tractations politiques, un petit groupe de colons juifs et de
villageois palestiniens de Cisjordanie redéfinissent les
relations entre les deux communautés. Notre collaborateur
est allé à leur rencontre.
GOUSH ETSION — Eliaz Cohen n’a que quelques centaines de
mètres à parcourir pour se rendre de Kfar Etsion,
sa colonie, à Beit Zakaria, le village palestinien
voisin. Les deux localités sont situées dans le
Goush Etsion, des implantations juives entre Jérusalem et
Hébron. Autant dire au coeur du conflit
israélo-palestinien. Pourtant, M. Cohen est accueilli
chaleureusement à Beit Zakaria, surtout par Mohammed
Ibrahim Atalala, le mouktar (maire), avec qui il s’est
lié d’amitié.Colons
et Palestiniens sont convaincus que la création d’un
État palestinien dans la seule Cisjordanie est
impossible.
Après lui avoir donné l’accolade, M. Atalala
entraîne son ami vers la petite mosquée du village.
«Je n’ai toujours pas reçu l’autorisation de
poursuivre la construction du minaret», se plaint M.
Atalala. «Je suis très gêné, j’ai
demandé plusieurs fois aux autorités, ils m’ont
promis que cela allait bientôt arriver»,
répond M. Cohen.
Scène de la vie quotidienne dans le Goush Etsion. Les
deux hommes sont à l’origine d’Eretz Shalom (Terre de
paix), une association qui regroupe colons israéliens et
Palestiniens de Cisjordanie. Ils se rencontrent
régulièrement pour tenter de régler
à l’amiable les problèmes de voisinage et aussi
rêver d’une autre paix que celle des diplomates.
Pour un État binational
«Nous
avons créé cette organisation parce que nous
pensons que cette terre est assez grande pour tout le
monde», explique Eliaz Cohen. «Il faut en finir avec
les fantasmes. Les Arabes ne nous jetteront pas à la mer,
et nous, nous ne les expulserons pas de l’autre
côté du Jourdain. Nous sommes tous très
attachés à ce pays. Il faut donc que nous
apprenions à vivre ensemble dans un seul et même
État où chacun aura les mêmes droits, qu’il
soit juif, musulman ou chrétien.»
L’idée d’un État binational est au coeur du combat
d’Eretz Shalom. Colons et Palestiniens sont convaincus que la
création d’un État palestinien dans la seule
Cisjordanie est impossible. Les implantations juives y sont
désormais trop nombreuses et le partage de
Jérusalem relève de la quadrature du cercle.
« Si nous avons tous les mêmes droits, alors chacun
pourra s’installer où il le souhaite. L’essentiel, c’est
que nous bâtissions une paix authentique entre nous. Que
cela vienne du coeur », renchérit Mohammed Ibrahim
Atalala.
Pour avancer sur ce périlleux chemin, les militants
d’Eretz Shalom étudient ensemble des extraits de la Bible
et du Coran, échangent sur leurs traditions, confrontent
leur vision du monde. Un enseignant juif, membre du groupe,
emmène ses élèves visiter des
mosquées pour souligner les parallèles avec le
judaïsme et montrer qu’un musulman pieux n’est pas
forcément un islamiste en puissance.
«Notre démarche est parfois mal comprise chez les
Juifs et chez les Palestiniens, déplore Eliaz Cohen.
Beaucoup n’osent même pas dire qu’ils participent à
notre initiative. Mais nous avons reçu le soutien de
nombreuses personnalités politiques. Sur le terrain, nous
arrivons à faciliter concrètement la vie des
Palestiniens en les aidant à obtenir des laissez-passer,
des permis de construire, etc.»
Les militants d’Eretz Shalom ne se font guère
d’illusions: ils savent que leur démarche suscite
ricanements et scepticisme chez la plupart de leurs concitoyens,
juifs ou arabes. Mais ils savent aussi que toutes les tentatives
de partage ont échoué, souvent dans le sang. Un
jour, ils en sont persuadés, s’ouvrira une ère
nouvelle où Juifs et Arabes vivront paisiblement dans un
grand État qui deviendra la «perle» du
Proche-Orient.
Des pistes pour réduire le décrochage
MARTINE LETARTE
à
partir de la page 1 Vieillissement de la population,
coûts de la santé en hausse, faible
productivité au travail, taux de décrochage
scolaire élevé: les défis que les
Québécois ont à relever sont nombreux.
Alors que la communauté d’affaires tiendra une
journée d’échanges le 9 novembre dans le cadre de
la démarche Focus stratégique Québec 2010
sur l’avenir du Québec, La Presse publie tous les mardis
une page consacrée à un enjeu. Cette
deuxième chronique, d’une série de six, porte sur
le système d’éducation.
«La classe doit être un lieu
de joie alors que trop souvent, c’est une corvée pour
les enfants», remarque Paul Gérin-Lajoie, premier
ministre québécois de l’Éducation.
Les critiques fusent sur le système d’éducation du
Québec, mais les progrès accomplis depuis les
années 60 sont gigantesques.
«Notre système d’éducation francophone est
très jeune si on le compare à celui de la France,
des États-Unis et des autres provinces canadiennes. Il
s’est bâti dans les années 60. À
l’époque, le taux de d’obtention des diplômes en
11e année était de 13% chez les francophones
catholiques», indique Claire Lapointe, professeure au
département des fondements et pratiques en
éducation à l’Université Laval.
Homme derrière la grande réforme des années
60, Paul Gérin-Lajoie a été le premier
ministre de l’Éducation du Québec. Aujourd’hui,
que pense-t-il du système? «J’en suis plutôt
satisfait. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de choses
à corriger. Le plus grand défi à l’heure
actuelle, c’est le décrochage.»
Et le décrochage scolaire coûte cher. On a appris
dans le rapport du Groupe de travail sur la
persévérance et la réussite scolaires,
sorti en 2009, qu’une cohorte de décrocheurs
représente unmanque à gagner pour le gouvernement
de 1,9 milliard. Pour l’individu, avoir un diplôme
secondaire signifie un salaire annuel en moyenne de 40 000$ au
lieu de 25 000$ et deux fois moins de chômage.
Voici quelques pistes de solution proposées par des
experts pour améliorer la réussite scolaire et
continuer à faire évoluer le système
d’éducation.
1. Développer le parascolaire
« Un moyen de susciter de l’intérêt pour
l’école chez les enfants est de développer des
activités parascolaires et des matières
facultatives. Il ne devrait pas y avoir une école qui n’a
pas son projet», affirme Paul Gérin-Lajoie.
Jacques Ménard, président de BMO Groupe financier
et du Groupe de travail sur la persévérance et la
réussite scolaires, est du même avis. «Fusion
Jeunesse, par exemple, envoie dans des écoles de milieu
défavorisé des étudiants universitaires
pour mettre en oeuvre des projets choisis par les
élèves. Souvent, jamais personne n’avait
demandé à ces élèves ce qu’ils
avaient envie de faire!»
Musique, journaux étudiants, sport, création de
jeux vidéo: l’éventail de projets est large.
«Des chercheurs évaluent les résultats de ce
projet et ils ont constaté qu’il améliore le taux
de réussite et qu’il diminue l’absentéisme. Les
gens de Fusion Jeunesse deviennent aussi des modèles et
les jeunes développent un sentiment d’appartenance
à l’école », affirme M. Ménard.
2.Renforcer la surveillance de la qualité de
l’enseignement
«Je me demande si les commissions scolaires ou les
directions d’école font tout ce qu’elles devraient faire
pour suivre la qualité de l’enseignement de leurs
professeurs», questionne M. Gérin-Lajoie.
Il
considère qu’un enseignement de qualité, c’est
l’art de susciter l’intérêt. «Le professeur
ne devrait pas se contenter de donner le contenu du livre. Il
devrait avoir une culture suffisante et une capacité de
communication qui rendent son enseignement très
satisfaisant pour les élèves de façon
à ce qu’ils sentent qu’ils apprennent quelque chose et de
façon amusante. La classe doit être un lieu de joie
alors que trop souvent, c’est une corvée pour les
enfants.»
3. Encourager les parents à jouer leur rôle
Paul Gérin-Lajoie croit que le rôle des parents
demeure essentiel. «Même si les deux travaillent,
ils doivent trouver du temps pour soutenir
l’intérêt de leurs enfants pour
l’école.»
4. Encourager les initiatives citoyennes
C’est une des grandes solutions préconisées par
Jacques Ménard. «Je suis optimiste, parce que je
vois une mobilisation dans la société. Fusion
Jeunesse, c’est ça. De plus en plus d’entreprises aussi
refusent de faire travailler des jeunes du secondaire 35 heures
par semaine puisque ça les condamne à
l’échec.»
5. Valoriser la formation professionnelle
«Le ministère de l’Éducation est en train de
redonner des lettres de noblesse à la formation
professionnelle et il doit continuer. Ça doit être
vu comme un choix qu’une personne peut faire qui ne
l’empêchera pas de continuer à progresser»,
affirme Claire Lapointe.
6. Rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans
« Ça enverrait un message important »,
indique M. Ménard.
7. Cesser de subventionner le système privé
d’éducation
«Le financement des écoles privées est un
des facteurs principaux qui affaiblissent le système
d’éducation public. Les études démontrent
que la mixité sociale est bénéfique pour la
réussite de tous les élèves. Et un
État démocratique a l’obligation de fournir une
éducation de haute qualité à tous»,
affirme Mme Lapointe.
8. Augmenter les droits de scolarité des
universités
« Le sous-financement est très inquiétant
parce qu’on ne pourra plus maintenir la qualité. Il
faudrait se donner cinq ans pour ramener les droits de
scolarité du baccalauréat à la moyenne
canadienne en instaurant un système de bourses, car toute
personne qui souhaite aller Jacques Ménard,
président de BMOGroupe financier et du Groupe de travail
sur la persévérance et la réussite
scolaires. à l’université et qui en a les
capacités devrait pouvoir le faire. »
La colonisation, un frein au processus de paix
AGENCE FRANCE PRESSE
La Ligue arabe
soutient la position palestinienne à la suite de la
reprise de la colonisation juive
SYRTE, Libye— La Ligue arabe a décidé hier de se
réunir à nouveau dans un mois pour étudier
des solutions de rechange proposées par le
président palestinien Mahmoud Abbas en cas d’échec
des négociations avec Israël. Les ministres des
Affaires étrangères des 13 pays arabes
réunis hier à Syrte (Libye) ont également
appelé Washington «à poursuivre ses efforts
destinés à réunir les conditions
nécessaires pour remettre le processus de paix sur les
rails, notamment par un arrêt de la colonisation».
Selon le communiqué publié à l’issue de la
réunion, la Ligue arabe a réaffirmé qu’il
ne pouvait pas y avoir de négociation directe avec
Israël sans arrêt de la colonisation.
LaLigue soutient «laposition de M. Abbas appelant à
l’arrêt total de toutes les activités de
colonisation, en préalable à la reprise des
négociations». Elle «fait porter la
responsabilité de l’arrêt des négociations
directes à Israël en raison de sa politique de
colonisation illégale» et appelle la
communauté internationale à «prendre les
mesures nécessaires permettant de mettre fin au blocus
israélien sur la bande de Gaza».
La position exprimée constitue «un énorme
soutien arabe à la position du
présidentAbbas», a déclaré à
l’AFP le porte-parole de la présidence palestinienne,
Nabil Abou Roudeina. La Ligue «se réunira dans un
mois pour examiner les alternatives, ce qui donne à
l’administration américaine une chance pour tenter d’ici
là de trouver une solution au problème de la
colonisation», poursuit-il.
Les
négociations de paix relancées le 2 septembre
à Washington après 20 mois de suspension sont
menacées par la reprise fin septembre de la construction
dans les colonies juives de Cisjordanie occupée,
après un moratoire de dix mois.
Interrogé sur ce que pourraient être les options en
cas d’échec, le secrétaire général
de la Ligue arabe Amr Moussa a évoqué de «
nombreuses alternatives, notamment d’aller au Conseil de
sécurité ». Pour les Palestiniens, la
colonisation vide de son sens la négociation sur les
frontières d’un futur État palestinien, en
créant des faits accomplis qui risquent d’être
irréversibles.
LepremierministreBenyamin Nétanyahou a renvoyé la
balle dans le camp palestinien. «Israël manifeste son
intérêt dans la poursuite des négociations
directes», et espère que les Palestiniens «ne
quitteront pas les négociations», avait
déclaré à l’AFP l’un de ses porte-parole
avant la réunion à Syrte.
L’ambassadeur d’Israël à Washington a
confirmé jeudi que Washington avait offert des
«incitations» en échange d’un gel de la
colonisation. M. Nétanyahou, qui n’a pas encore
répondu à cette offre considérée
comme particulièrement favorable à Israël,
exigerait que le président Barack Obama entérine
les engagements pris en 2004 par son prédécesseur
George W. Bush qui avait appuyé l’annexion par
Israël des grands blocs de colonies dans le cadre d’un
accord final.
Washington aurait promis à Israël des armes
sophistiquées et de bloquer toute tentative de discuter
de la proclamation d’un État palestinien à l’ONU,
selon les médias israéliens.
Oxfam plaide pour l’essor agricole en Haïti
DAPHNÉ CAMERON
Le séisme
à Haïti a majoritairement ravagé les zones
urbaines du pays, mais une reconstruction durable passe par le
développement des zones agricoles, conclut un rapport de
l’ONG Oxfam diffusé hier dans le monde entier.
« À moyen et long terme, tout plan de
reconstruction doit accorder la priorité à
l’agriculture», écrit l’auteur du rapport Marc
Cohen. «Dans les pays pauvres où il y a un grand
nombre de petits agriculteurs, la croissance agricole tend
à avoir un effet de réduction de la
pauvreté beaucoup plus important que la croissance dans
d’autres secteurs de l’économie.»
Le rapport intitulé « Planter maintenant :
défis et occasions pour l’agriculture dans le cadre de la
reconstruction de Haïti » recommande notamment de
décentraliser l’administration publique. Cela permettrait
la création de comités de développement
locaux qui s’occuperaient de gérer des initiatives
agricoles régionales. Oxfam suggère aussi que la
langue créole, parlée par environ 90% de la
population, soit utilisée dans le système
judiciaire, qui opère principalement en français.
Les agriculteurs pourraient donc plus facilement défendre
leurs droits fonciers et leurs revendications territoriales
devant les tribunaux.
Pour Philippe
Mathieu, responsable du volet haïtien d’Oxfam-Québec
et ministre de l’Agriculture en Haïti de 2004 à
2006, des emplois dans le secteur agricole doivent être
par ailleurs créés dans les campagnes pour freiner
l’exode vers les bidonvilles de Port-au-Prince.
« La plupart des gens qui se retrouvent dans les camps de
réfugiés de Port-au-Prince sont des gens qui
avaient quitté la campagne pour trouver du travail
», a-t-il expliqué lors d’une entrevue avec La
Presse hier.
M. Mathieu considère que les bailleurs de fonds
internationaux doivent faire des efforts pour acheter davantage
de produits locaux plutôt que d’importer des vivres.
« Fondamentalement, la seule manière de faire face
à l’insécurité alimentaire, c’est
d’être moins dépendant de l’extérieur. Les
gouvernements étrangers doivent également
comprendre qu’en subventionnant l’exportation de leurs produits
agricoles, comme ce fut le cas par exemple pour le riz
américain il y a quelques années, ils agissent
comme des agresseurs. »
Spectateur de l’horreur
PIERRE PELCHAT LE SOLEIL
La Presse vous
présente un extrait du deuxième livre de Gilbert
Lavoie, Blessures de guerre.
Témoins impuissants des atrocités de la guerre,
les Casques bleus vivent la colère et, pire encore, la
culpabilité de ne pas avoir porté secours.
Chypre, Haïti, Bosnie, Afghanistan, Normand SaintHilaire
(nom fictif) a fait le tour: il a connu toutes les facettes des
missions de l’armée canadienne à l’étranger
et il enpaie le prix. Il a fallu que sa femme l’accule au mur,
en 2006, pour le convaincre d’aller consulter. «C’est
difficile de faire les premiers pas. La première
idée qui vous passe par la tête quand vous entendez
le mot “psychologue”, c’est de dire: “Je ne suis pas fou! Je
n’ai pas de problème, je suis correct.” On ne veut pas
admettre qu’on a un problème.»
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas
de la guerre en Afghanistan que Saint-Hilaire a ramené
son traumatisme. C’est de la Bosnie. C’est là qu’il a vu
des atrocités qui se sont gravées à jamais
dans son cerveau.
Tout comme au Rwanda, les règles d’engagement des Casques
bleus en Bosnie leur commandaient d’utiliser leurs armes
seulement si leur vie était en danger. «Tu ne peux
pas intervenir, parce que si tu le fais, l’un des
belligérants va t’accuser d’avoir un parti pris pour
l’autre. Donc il faut être neutre. Mais, en étant
neutre, on vit des situations où l’on ne peut rien
faire.»
Témoins
impuissantsdes atrocités de la guerre, les Casques bleus
vivent la colère et, pire encore, la culpabilité
de ne pas avoir porté secours. Normand Saint-Hilaire n’y
a pas échappé. Il est encore mal à l’aise
et tente de se justifier lorsqu’il raconte le viol terrible dont
il a été témoin lors d’une patrouille avec
un de ses collègues.
«On est arrivé là, la fille se faisait
violer par trois Serbes. C’était à flanc de
montagne. La question que tu te poses, c’est combien y a-t-il de
Serbes derrière eux? Impossible de savoir. Si j’avais
décidé d’intervenir et que mon collègue
s’était fait tuer, on aurait exigé des
explications, on nous aurait demandé si notre vie
était en danger. On a reculé et on a
décidé d’attendre qu’ils aient fini pour aller
donner des soins à la victime, mais ils ont attendu qu’on
revienne. Lorsqu’ils nous ont vus, l’un d’entre eux s’est
acharné sur la fille avec sa baïonnette. Notre
première réaction a été de dire: on
va tirer sur eux. C’est sûr qu’à Québec on
verrait ça et on porterait secours à la victime.
Mais on n’était pas dans notre pays. Alors on a dû
se contenter de lui donner les premiers soins.»
NormandSaint-Hilaire estime aujourd’hui qu’il n’avait pas le
choix et qu’il a pris la décision qui s’imposait dans les
circonstances, «sauf qu’en revenant c’est l’image de mes
soeurs qui m’est apparue. Je trouvais que je n’en avais pas
assez fait…»
Les plaies de l’âme des militaires
Le chroniqueur
du SoleilGilbert Lavoie évoque les blessures des soldats
canadiens dans un livre
« Le but était de permettre à la population
civile de comprendre ce que ces gens-là vivent »,
résume Gilbert Lavoie.
Gilbert Lavoie récidive. Le chroniqueur du Soleil lancera
demain son deuxième livre après celui sur ses
entretiens avec l’ex-maire de Québec, Jean Pelletier, qui
a été le directeur de cabinet du premier ministre
du Canada Jean Chrétien.
Âgé aujourd’hui de 91 ans,
l’ex-maire de Québec Gilles Lamontagne lève le
voile sur les affres de ses deux années de
captivité dans les camps nazis durant la Seconde Guerre
mondiale.
Le nouvel ouvrage porte sur les blessures de guerre des
militaires canadiens, plus particulièrement sur ce qu’on
appelle le syndrome de stress post-traumatique ou les blessures
psychologiques profondes qui, malheureusement, peuvent amener
des militaires à mettre fin à leurs jours. Des
extraits sont publiés ci-dessous. «Le but
était de permettre à la population civile de
comprendre ce que ces gens-là vivent»,
résume Gilbert Lavoie.
Des années de captivité
D’entrée de jeu, i l fa it parler un autre ex-maire de
Québec, Gilles Lamontagne, sur les tourments, les
angoisses des soldats qui reviennent de la guerre, d’un conflit.
Âgé aujourd’hui de 91 ans, M. Lamontagne, qui a
été ministre de la Défense dans le cabinet
de Pierre Elliott Trudeau, lève le voile sur les affres
de ses deux années de captivité dans les camps
nazis durant la Seconde Guerre mondiale. L’avion qu’il pilotait
lors d’un vol de nuit a été abattu en 1943
au-dessus des Pays-Bas.
Pendant plus de 50 ans, il a gardé pour lui ces tristes
souvenirs. Il ne pesait que 105 livres lorsqu’il a
été libéré, alors que son poids
était de 160 livres lorsqu’il s’était
engagé. «Tu ne peux pas comprendre ce que c’est que
d’être sale tous les jours, d’avoir faim tous les jours et
de ne pas savoir si tu seras vivant le lendemain »,
avait-il répondu à Gilbert Lavoie pour expliquer
son premier refus de dévoiler ce passé douloureux.
Le journaliste
du Soleil est revenu à la charge lorsqu’il a
été invité l’an dernier par M. Lamontagne
à une collecte de fonds – la Criée – à
Valcartier pour le centre des familles de militaires. «
Ça m’a impressionné de constater qu’il allait
encore à Valcartier pour aider et c’est là que
l’idée du livre est venue. Je lui ai dit que s’il
continue d’aider les militaires encore aujourd’hui, il pourrait
raconter son expérience dans le cadre d’un livre pour
faire connaître les problèmes de nos militaires qui
sont revenus de Bosnie ou d’Afghanistan. Il a alors
accepté dans le cadre d’un livre. C’est ça,
l’histoire du livre.»
Pourtant, l’intérêt du chroniqueur politique pour
les militaires n’était pas à son plus haut avant
de commencer les entrevues, les recherches et la
rédaction de l’ouvrage de 148 pages. «Il n’y a
personne dans ma famille qui est militaire. Je n’ai pas d’amis
militaires. Je ne connaissais pas ce monde-là, mais
vraiment pas.»
En assistant à la Criée, le journaliste a pu
établir des premiers contacts en vue de recueillir des
témoignages, des informations. « J’ai
rencontré des gens, surtout des gens des services de
santé, les gens qui traitent lesmilitaires, le soutien
par les pairs. C’est ce monde-là qui m’a ouvert les
portes», indique Gilbert Lavoie.
L’histoire qui l’a le plus ému, «pas
bouleversé», est celle de Normand Saint-Hilaire,
qui n’est pas le vrai nom du militaire. «C’est un grand
jack, un gars fort qui a vécu la Bosnie et qui a
été témoin d’un viol, d’atrocités.
Plusieurs années plus tard, lorsqu’il m’a raconté
ça, il se sentait obligé de se justifier devant
moi de ce qu’il avait vu, de situations où il n’a pas pu
intervenir parce qu’il y avait les règles d’engagement
qui faisaient qu’il n’avait pas le droit d’intervenir.» Le
chroniqueur politique a également été
« saisi » par l’histoire de Bob Danis et de l’enfant
à la grenade.
Le livre publié par les éditions du Septentrion se
lit facilement, comme une série de reportages sur un
même thème. L’auteur a conservé son style
d’écriture journalistique.
Les États-Unis laissent-ils filer le dollar
?
HUGUES HONORÉ AGENCE FRANCE-PRESSE
WASHINGTON — La
politique monétaire des États-Unis et le peu
d’empressement de l’exécutif à soutenir sa monnaie
donnent l’impression que Washington s’accommode parfaitement de
la baisse du cours du dollar.
Le dollar fort pourrait difficilement
être considéré comme une priorité
du gouvernement depuis que le président
américain Barack Obama a lancé, en janvier,
l’objectif de doubler les exportations américaines en
cinq ans.
« Un dollar fort est dans l’intérêt des
États-Unis»: cette phrase rituelle des
secrétaires au Trésor américain, Timothy
Geithner ne l’a pas prononcée en public depuis maintenant
un an. C’était au sommet des pays riches et
émergents du G20, à Pittsburgh.
Depuis, la Banque centrale a injecté beaucoup de monnaie
dans le système économique, afin de stimuler une
croissance trop poussive pour faire baisser le chômage. Et
mardi, son comité de politique monétaire s’est dit
prêt à s’y remettre «si
nécessaire».
Plus de dollars en circulation, donc chaque billet vert risque
de valoir un peu moins: la logique des cambistes est très
simple. Mercredi, ils ont acheté des euros, poussant le
cours de la monnaie unique à son plus haut niveau depuis
cinq mois.
Cité par un blogue du Wall Street Journal, un analyste de
Guggenheim Securities, Andy Brenner, a évoqué une
«liquidation du dollar assortie à des
stratégies antidollar» à l’oeuvre sur le
marché des changes.
Le blogue financier Zero Hedge, connu pour ses commentaires
corrosifs, a parlé de «la dernière syncope
en date du dollar, qui est en baisse (...) par rapport à
toutes les monnaies possibles, même vraisemblablement le
dollar zimbabwéen».
« Il n’est
guère étonnant qu’une devise s’affaiblisse si une
banque centrale s’engage dans une politique d’impression de
monnaie (...) Difficile de ne pas remarquer que le début
de la glissade du dollar en 2009 a coïncidé
exactement avec l’introduction» de la politique d’achats
d’actifs qui augmentent la masse monétaire, rappelle
Simon Derrick, de Bank of New York-Mellon.
Entre mars et juin de cette année-là, l’indice de
la valeur du dollar pondérée en fonction du poids
des partenaires commerciaux des États-Unis avait
plongé de près de 6%. Et il n’a jamais
renoué avec les pics atteints en mars 2009.
Le dollar fort pourrait difficilement être
considéré comme une priorité du
gouvernement depuis que le président américain
Barack Obama a lancé, en janvier, l’objectif de doubler
les exportations américaines en cinq ans.
Aux États-Unis, cette faiblesse du billet vert n’attire
que des critiques marginales, comme celle de Joseph Trevisani,
analyste chez FX Solutions: «Aucun pays dans l’histoire
n’a jamais trouvé son chemin vers la
prospérité dans la dévaluation.»
Car à un mois et demi d’élections
législatives, le créneau politique le plus porteur
est de se ranger, au nom de l’emploi, avec les industriels qui
luttent contre l’Asie ou l’Europe.
Unanimement, le monde des affaires appelle à
l’affaiblissement du dollar face à la monnaie chinoise,
le yuan. Une façon de dire que face à la faiblesse
de la consommation intérieure, il ne veut pas d’une
monnaie trop forte face aux concurrents.
« Le Congrès et le président devraient
permettre aux victimes américaines de la manipulation des
devises – principalement des entreprises industrielles dont les
prix se maintiennent à des niveaux artificiellement
élevés quand nos partenaires commerciaux
maintiennent leurs monnaies sous-évaluées –
d’obtenir des droits de douane compensatoires»,
écrivaient dans les pages du New York Times début
septembre deux dirigeants d’une organisation patronale, le US
Business and Industry Council.
L’indignation des athlètes, le désespoir des
expropriés
« Sans
même nous donner le temps de prendre nos biens, ils ont
détruit nos habitations. »
à partir de la page A1 Quelque 7000
athlètes et officiels de 71 nations et territoires de
l’ancien Empire britannique sont attendus du 3 au 14 octobre
à Delhi pour les Jeux du Commonwealth. Mais à 12
jours du coup d’envoi, le fiasco est à craindre :
l’effondrement d’un pont hier près d’un stade et les
commentaires désastreux d’équipes sur
l’hygiène du village sportif s’ajoutent au
désespoir des expropriés chassés de leur
bidonville. Notre collaboratrice en Inde a rencontré
certains d’entre eux.
Des tentes de fortune sont
alignées le long du mur qui délimite le village
des athlètes, à Dehli. Des travailleurs s’y
reposaient hier. Les autorités n’ont pas
lésiné sur les moyens pour refaire une
beauté à la capitale, quitte à exproprier
300 000 personnes, dont le tiers seulement auraient
été relogées.
DELHI — D’un rire gêné, Dinesh Kumar montre son
abri de deux mètres cubes fait de bric et de broc.
« Il y a des jours où j’aurais envie de tuer ma
femme et mes trois enfants, avant de me flinguer »
confie-t-il. Le jeune quarantenaire n’a pas toujours
été suicidaire. Son enfer a commencé il y a
21 mois.
Sans préavis, le 12 janvier 2009, 12 bulldozers et des
centaines de policiers sont arrivés à l’aube dans
le bidonville de Prabhu Market. « Sans même nous
donner le temps de prendre nos biens, ils ont détruit nos
habitations », se rappelle l’ancien président de
l’Association des résidants de la colonie. Du coup, plus
de 600 petits travailleurs se sont retrouvés sans toit,
par 7 ºC.
Avec la tenue imminente des Jeux du Commonwealth, les
évictions – généralement forcées et
sans compensation– pour construire des infrastructures ou pour
« enjoliver » la ville ont monté en
flèche. L’objectif : montrer aux touristes et aux
téléspectateurs que Delhi est une ville de «
classe mondiale».
« Près de 350 agglomérations logeant quelque
300 000 personnes ont été détruites entre
2003 et 2008 à cause des Jeux », estime Miloon
Kothari, directeur d’un organisme qui s’occupe du droit à
l’hébergement. Malgré les promesses et les
obligations légales, seul un tiers de ces gens ont
été relogés, fait-il valoir. Le plus
souvent en périphérie de la ville, loin de leur
lieu de travail.
De
surcroît, l’eau, l’électricité, les
installations sanitaires et les écoles font cruellement
défaut dans ces endroits, souligne-t-il. Mais tout le
monde n’a pas la chance d’être relogé. Selon le
gouvernement, Delhi compte environ 80 000 sans-abri. Quant aux
ONG, elles estiment leur nombre à 140 000,
l’équivalent d’un peu plus que la population de
Trois-Rivières.
Investissements pharaoniques
En revanche, les autorités n’ont pas lésiné
sur les moyens pour refaire une beauté à la
capitale. Le budget initialement fixé lorsque Delhi a
remporté l’appel d’offres en 2003 était de 422
millions de dollars. Selon l’estimation qui circule, le total
aurait atteint la somme pharaonique de 1,6 milliard de dollars.
À Prabhu Market, les habitants ont dû
débarrasser la place pour la construction d’un
stationnement. Là où s’entassaient depuis 45 ans
250 habitations de fortune ingénieusement
organisées et un solide tissu social, s’étend
désormais une surface de 1,2 kilomètre sur 50
mètres de beau ciment lisse. Cinq cents bus pourront se
garer à deux pas du stade Jawaharlal Nerhu pour les
cérémonies d’ouverture et de fermeture des Jeux.
Depuis, les résidants expropriés se sont
dispersés dans la nature. Certains sont retournés
dans leur village d’origine, d’autres ont rejoint des membres de
la famille ailleurs dans la ville. Certains passent la nuit au
temple, plusieurs dorment à la belle étoile.
C’est le cas de Shanti Devi, petite femme ratatinée d’une
soixantaine d’années. Elle est devenue veuve peu
après janvier 2009. «Mon mari n’a pas
survécu au froid », lâche-t-elle le regard
fixé sur son seul sari, usé à la corde. Ses
maigres possessions sont réunies sous un sac de plastique
et une brique sur le pavé où elle dort.
Le changement de l’orthographe
Le changement de
l’orthographe, c’est scandaleux. Cela dénature notre
belle langue, qui s’écrit de cette façon depuis
plusieurs siècles. Ce n’est pas une langue
évidente, mais elle est si belle. Son origine vient du
grec et du latin, alors si nous modifions la façon dont
nous l’écrivons, elle n’aura plus aucun sens. Les jeunes
devraient se forcer un peu, dès que c’est un peu
difficile, ils décrochent.
— Mireille
Proulx, Québec
Une loi est insuffisante
SERGE DANEAULT
La
complexité d’une demande d’euthanasie exige davantage
Si j’avais accepté de l’aider à mourir, j’aurais
donné raison
à tous ceux qui l’avaient injustement fait souffrir,
à commencer par les membres de sa famille, puis par les
soignants
qui le regardaient avec dédain.
Médecin depuis 30 ans, Serge Daneault exerce la
médecine palliative à domicile à
Montréal et à l’unité de soins palliatifs
de l’hôpital Notre-Dame du CHUM. Ce texte est tiré
d’un échange de lettres entre le Dr Daneault et son
collègue Marcel Boisvert, médecin en soins
palliatifs à l’hôpital Royal Victoria. Cet
échange est publié sous le titre Être ou ne
plus être – Débat sur l’euthanasie, aux
Éditions Voix Parallèles. Le livre sera en
librairie à compter de jeudi. L’objet de l’euthanasie est
un être vivant à part entière chez qui on
provoque la mort intentionnellement. La personne en fin de vie
n’est pas l’équivalent d’un foetus de quelques semaines.
C’est, comme nous l’a appris Dame Cicely Saunders, que tu cites
en fin de lettre, un humain à part entière
jusqu’à la toute fin. Je crois qu’il ne faut pas avoir
peur des mots. La définition du dictionnaire est claire
sur ce point : l’euthanasie est bel et bien un
procédé qui provoque la mort. Notre
société est à présent agitée
par cette question cruciale: le fait de provoquer la mort
doit-il devenir une réponse à la souffrance des
grands malades?
Mourir est-il un geste individuel? Meurt-on seul? Je suis un peu
embarrassé de manifester mon désaccord face
à ce qu’en pense Pascal. Mourir me paraît un acte
social, communautaire, parce que mourir, essentiellement, c’est
cesser de façon définitive de tisser des liens
avec les vivants; mourir, c’est ne plus être en relation
avec les autres dans l’espace concret de la vie. On meurt aux
autres comme on vit en fonction des autres. J’ai relu au complet
le bel éditorial sur l’euthanasie que signait en 2002 le
DrDavid J. Roy dont tu parles dans ta lettre. Il
réitère le fait que la demande d’euthanasie est
complexe «parce que, dans bien des cas, elle n’est pas
essentiellement le résultat des stress immédiats
et des détresses, des douleurs, des inconforts ou de
l’immense fatigue apportés par la maladie terminale, mais
plutôt d’une constellation de facteurs personnels,
familiaux et sociaux qui font la valeur, ou l’absence de valeur,
de la vie de la personne mourante à chaque moment»
(traduction libre).
Je n’oublierai
jamais le premier cas d’euthanasie auquel j’ai été
confronté. C’était au tout début de ma
pratique palliative à domicile dans laquelle la
majorité de mes patients se mouraient de sida. Pour les
besoins de la cause, donnons à cet homme en question le
nom de Benoit. Celui-ci était au milieu de la trentaine
et il se savait atteint du VIH depuis sept ou huit ans. Il avait
vu beaucoup de ses amis mourir du sida dans des conditions
absolument catastrophiques. Tu te souviens sans doute
qu’à cette époque, dans nos hôpitaux de
Montréal, plusieurs soignants refusaient de toucher
à ces malades par crainte injustifiée de
contagion. Benoit abordait la fin de sa jeune vie avec un lourd
bagage de rejets répétés, d’ostracisme, de
dépressions récurrentes. Une triste vie. Il
était particulièrement terrifié à
l’idée de développer un sarcome de Kaposi, cette
dégradante manifestation cutanée de la maladie qui
avait déformé de façon monstrueuse et
dégradante ses amis décédés.
Lorsqu’il a aperçu cette tache violacée sur sa
jambe droite, il a demandé l’euthanasie en me disant:
« Pas ça en plus ! Après tout le reste. Je
ne pourrai jamais vivre ça. »
Je ne peux évidemment pas en quelques mots faire
ressortir toute la complexité de la demande à
laquelle nous étions confrontés, mais on voit tout
de suite que la souffrance de Benoit était une souffrance
d’anticipation (parce qu’il se voyait aussi monstrueusement
défiguré que ses amis
décédés), en même temps qu’une
souffrance de cumul. Après s’être fait lancer des
pierres dans la cour d’école parce qu’il était
homosexuel, après avoir été
abandonné par sa famille qui avait été
incapable d’accepter sa nature propre, après avoir
vécu une longue série d’amours
déçues, il se disait: « Pas ça en
plus ! »
Je n’ai pas accepté de l’aider à mourir. Je n’ai
pas accepté non pas parce que je niais sa souffrance,
mais parce qu’il me semblait que si j’avais accepté,
j’aurais donné raison à tous ceux qui l’avaient
injustement fait souffrir, à commencer par les membres de
sa famille, puis par les soignants qui le regardaient avec
dédain. Comme David Roy, j’estime que la
complexité de la demande d’euthanasie exige infiniment
plus qu’une loi pour la permettre. Il se trouve peut-être
que la question fondamentale à laquelle nous tenterons de
répondre est celle-ci : la fin de la vie vaut-elle la
peine d’être vécue?
Accompagner le «plus que souffrant»
Que serait-il
arrivé si, dans les années 60 ou 70,
l’euthanasie avait été mise à la
disposition desmalades affligés de symptômes
à cemoment-là sans soulagement? Comment
aurions-nous pu améliorer nos approches?
(…) Nous ne savons rien de la mort, et par surcroît de
la mort d’autrui, affirmes-tu. J’accepte avec toi cette part
de mystère. Je ne sais rien de la mort des autres,
c’est vrai, mais je sais quelque chose de leur vie jusqu’au
dernier souffle. Seul cela m’importe, à vrai dire. Je
reçois une infinité du mourant que j’accompagne
jusqu’à la fin et c’est principalement cela qui
explique mon engagement. Mais tu me demandes : « Que
sais-tu de mes sentiments quand j’écoute mon quatuor
préféré de Beethoven? » Nous nous
connaissons peu, à vrai dire. Mais quand Émile,
mon fils avec qui j’habite, me parle des Sonates
pour piano et violoncelle de Chopin ou quand je lui parle du
Requiem de Rutter, j’ose croire que nous échangeons
vraiment quelque chose, que son sentiment devient un peu mon
sentiment et que mon émotion devient un peu la sienne.
Ce qui fait notre humanité est
précisément ce partage auquel nous travaillons
sans relâche. C’est ce partage qui fait ce que nous
sommes. (...)
Que serait-il
arrivé si, dans les années 60 ou 70, lors des
premiers balbutiements des soins palliatifs, l’euthanasie
avait été mise à la disposition des
malades affligés de symptômes à ce moment
sans soulagement? Comment aurions-nous pu améliorer nos
approches?
L’une des personnes qui a fondé le mouvement des soins
palliatifs au Québec m’a expliqué que, durant
ces années, une visite dans une unité
d’oncologie ou de soins palliatifs nous mettait en contact
avec quantité de malades qui faisaient sans cesse des
efforts insupportables pour vomir, avec le bruit et l’odeur
que cela causait. Or, me disait-elle, aujourd’hui, ça
n’existe plus. Les malades sont soulagés. Si
l’euthanasie avait été légale,
n’aurait-il pas alors été tentant d’offrir
l’euthanasie à ces malades non soulagés
plutôt que de chercher comment les soulager ?
Soulager est parfois difficile. Dans certains cas, nous n’y
arrivons pas, je l’avoue avec modestie. Mais je ne peux pas
adhérer à la notion qui veut que supprimer le
souffrant retranche la souffrance de l’expérience
humaine. Je suis de ceux qui n’arrivent pas à baisser
les bras devant la souffrance, je suis de ceux qui acceptent
d’accompagner le « plus que souffrant »,
même si je dois confirmer mon impuissance dans certains
cas, même si je dois la vivre à côté
du malade non soulagé. Pour revenir à Camus, je
suis d’accord avec lui quand il oppose absurdité et
espoir. N’est-ce pas le coeur du débat?
La moitié du PIB sert à la corruption
OLGA NEDBAEVA AGENCE FRANCE-PRESSE
MOSCOU — En
Russie, la moitié des richesses vont dans la poche de
fonctionnaires corrompus, selon un rapport publié lundi.
Récemment, Vladimir Poutine a même dû
promettre de surveiller de chez lui la reconstruction des
maisons détruites par le feu pour que les fonds ne soient
pas détournés.
Le parquet russe a estimé en 2006
– il s’agit des derniers chiffres officiels connus – que le
marché des pots-de-vin en Russie était
«comparable aux revenus du budget russe» et
s’élevait alors à 240 milliards US.
Un poste dans la police routière s’achète pour
environ 55 000$ et une décision de justice favorable pour
35 000$, selon une enquête de l’Association des avocats
pour les droits de l’Homme, qui a recueilli 6589 plaintes entre
juillet 2009 et juillet 2010.
En se basant sur les statistiques officielles et les
témoignages des plaignants, le rapport conclut que
« le marché de la corruption représente 50%
du PIB» et que le montant moyen d’un bakchich a
doublé depuis le début 2010 pour atteindre 44 000
roubles (1500$).
«Ces chiffres correspondent à nos
estimations», a déclaré à l’AFP Ivan
Nenenko, responsable de Transparency International, rappelant
que la Russie occupe la 146e place dans un classement de 180
pays allant du moins au plus corrompu.
Le parquet russe a estimé en 2006 – il s’agit des
derniers chiffres officiels connus – que le marché des
pots-de-vin en Russie était « comparable aux
revenus du budget russe» et s’élevait alors
à 240 milliards US.
«Selon les hommes d’affaires, les frais liés
à la corruption représentent 50 % de leurs frais.
Et dans 90% des cas, l’accès à des services
publics doit se faire à travers des
intermédiaires, ce qui constitue une corruption
dissimulée», a indiqué à l’AFP
Evgueni Arkhipov, l’un des auteurs du rapport.
Dans les tribunaux, il faut payer les services d’avocats qui
servent d’intermédiaires et s’engagent à «
régler l’affaire» avec le juge.
Selon le témoignage d’Alexandra Belovinskaïa,
secrétaire d’un tribunal à Kizliar, au Daguestan,
l’une des républiques les plus pauvres du Caucase russe,
les pots-de-vin peuvent atteindre 1000$ dans les affaires
civiles et jusqu’à un million de roubles (environ 35
000$) dans les affaires criminelles.
Pour les infractions administratives, « les juges prennent
ce qu’on leur donne», selon Mme Belovinskaïa, qui dit
avoir été limogée après avoir
protesté contre ces pratiques.
«La fusion
du monde criminel et des forces de l’ordre a un caractère
universel», selon le rapport.
Métiers prestigieux
En Russie, où le salaire moyen mensuel est
inférieur à 800$, le poste d’assistant du
procureur dans un parquet de district coûte 10 000$ et un
poste dans la police de la route au moins 50 000$.
«Les métiers les plus prestigieux sont ceux
où la corruption est stable», souligne le rapport.
Les responsables de la police censés lutter contre le
crime organisé et qui protègent des affaires
criminelles gagnent jusqu’à 20 000$ par mois et les
procureurs 10 000$ pour le même service, selon le rapport.
Grâce à la corruption, les revenus des inspecteurs
de la police de la route atteignent environ 5000$ par mois,
selon la même source.
Les Russes estiment que la lutte contre la corruption est l’un
des principaux échecs de Vladimir Poutine,
président de 2000 à 2008, puis premier ministre
depuis, selon un récent sondage du centre
indépendant Levada.
L’homme fort de Russie a lui-même reconnu l’ampleur du
problème en ordonnant au début du mois
d’août d’installer des caméras sur des chantiers
pour contrôler personnellement la reconstruction des
maisons détruites par le feu. Les images seront
retransmises au gouvernement, sur l’internet et « chez moi
à la maison», a assuré M. Poutine à
ses concitoyens.
« Les gens craignent que l’argent ne soit
volé», avait-il expliqué au président
Dmitri Medvedev, après avoir rencontré les
habitants d’un village ravagé par les flammes.
Premier signe encourageant depuis 2006
WASHINGTON — Les
banques américaines se sont mises à assouplir les
conditions de leurs prêts aux petites entreprises pour la
première fois depuis 2006, a annoncé hier la
banque centrale (Fed), dont il s’agissait de l’un des objectifs
prioritaires.
«Environ le cinquième des
grandes banques américaines ont indiqué avoir
assoupli les conditions de prêt pour les petites
entreprises», ont indiqué la Fed et son
président Ben Bernanke.
«C’est la première enquête qui montre un
relâchement des conditions des prêts industriels et
commerciaux aux petites entreprises depuis la fin de
2006», a indiqué la Fed dans la livraison de
juillet de son sondage trimestriel auprès des
prêteurs du pays.
Ces entreprises sont définies comme celles ayant un
chiffre d’affaires annuel inférieur à 50 millions
US.
La Fed attendait depuis longtemps ce succès, sachant que
les PME (moins de 500 salariés) créent 60 % des
emplois aux États-Unis, et que leur croissance
dépend très étroitement du crédit
bancaire.
L es ba nques qui ont prêté à des conditions
plus avantageuses ont presque toutes évoqué
« une concurrence plus pressante d’autres banques ou de
prêteurs non bancaires», et la moitié d’entre
elles « des perspectives économiques plus
favorables ou moins incertaines».
Dans l’immédiat, l’amélioration reste modeste. Sur
les 57 banques interrogées par la Fed dans son
enquête, 80% ont indiqué ne pas avoir changé
les conditions de prêts aux petites entreprises.
Mais «
environ le c i nquième des grandes banques
américaines ont indiqué avoir assoupli les
conditions de prêt pour les petites entreprises, ce qui a
compensé un durcissement des conditions d’une petite part
des autres banques », a détaillé la banque
centrale.
Par ailleurs, «la demande de prêts industriels et
commerciaux des entreprises, qu’elles soient grandes, moyennes
ou petites, a peu changé » par rapport à
trois mois auparavant, a-t-elle expliqué.
Dans un communiqué publié à l’issue de sa
réunion de politique monétaire du 10 août,
la Fed avait déploré que les crédits
bancaires (aux ménages et aux entreprises) «
continuent de se contracter ».
Les plus grandes entreprises du pays ont en revanche un
accès abondant aux prêts, sur un marché
obligataire florissant qui profite de l’abondance des
liquidités injectées dans le système
financier par la Fed.
Le Wall Street Journal a cité hier le record de 15,4
milliards US d’obligations peu cotées (classées
dans la catégorie risquée dite «
spéculative» par les agences de notations)
placées sur les marchés en une semaine, en plein
mois d’août.
Le Sénat doit examiner un projet de loi, adopté
par la Chambre des représentants en juin, qui permettrait
au Trésor de consacrer 30 milliards US pour aider
directement les banques régionales qui prêteraient
davantage aux PME, et prévoit 3,5 milliards US
d’exonérations fiscales.
Miser sur la productivité
Il y a des
limites à faire augmenter les déficits
gouvernementaux pour stimuler la demande
Les chances des États-Unis et de l’Europe d’éviter
une « décennie perdue » à la japonaise
dépendront de leur capacité à entretenir la
vitalité de leurs économies.
KENNETH ROGOFF
Des experts craignent que les
économies européennes et américaines
traversent en ce moment une « décennie perdue
».
L’auteur est un ancien chef économiste au Fonds
monétaire international et professeur de sciences
économiques et de politique publique à
l’Université Harvard.
Alors que les économies américaine et
européenne en arrachent encore, beaucoup
s’inquiètent du fait qu’elles traverseraient une «
décennie perdue » à la japonaise.
Malheureusement, les débats se sont trop focalisés
sur ce que les gouvernements peuvent faire pour stimuler la
demande par des déficits budgétaires et une
politique monétaire. Ce sont des problèmes majeurs
à court terme, mais ainsi que le savent tous les
économistes, c’est l’amélioration de la
productivité qui porte principalement la croissance
économique à long terme.
Il n’y a aucun doute sur le fait que la crise financière
japonaise massive de 1992 fut un vrai coup de massue, dont le
pays ne s’est pas encore relevé, et les parallèles
avec les États-Unis et l’Europe sont aujourd’hui
inquiétants. Ces deux économies se
préparent à une longue période de
croissance lente du crédit, compte tenu à la fois
de la nécessité d’une régulation
financière plus stricte et du lourd surendettement de
leurs économies. Le rétablissement ne sera pas
simple.
Pourtant, la chute du Japon n’était pas seulement due
à la crise financière. Le Japon avait aussi
souffert de plusieurs chocs de productivité, davantage
liés à ses problèmes à long terme.
Le Japon n’aurait-il jamais connu de bulles de l’immobilier et
des marchés boursiers, l’ascension fulgurante de son
géant de voisin, la Chine, aurait tout de même
représenté un énorme défi. De plus,
sans crise financière, le Japon aurait tout de même
été frappé par une situation
démographique défavorable, compte tenu du
vieillissement et de la baisse de sa population.
Enfin, les années d’hypercroissance du Japon
étaient bâties sur un taux d’investissement
phénoménal. Mais, dans la mesure où la
productivité doit en fin de compte se construire sur
l’innovation, et pas seulement en construisant toujours plus de
bâtiments et d’équipements, il était
inévitable que les retours sur investissement diminuent
à un moment ou à un autre.
La grande
dépression américaine des années 30 est un
autre cas exemplaire. En élargissant le rôle de
l’État d’une manière souvent chaotique et
imprévisible, les mesures économiques du New Deal
ont probablement posé, du moins temporairement, un frein
à la croissance de la productivité.
Aujourd’hui, les États-Unis semblent évoluer vers
un État de plus en plus de style européen, avec
une fiscalité plus forte et possiblement une plus grande
régulation. Mais si les ÉtatsUnis connaissent une
croissance lente dans la décennie à venir, peut-on
uniquement blâmer la crise financière? La toute
dernière crise existentielle de l’Europe crée
encore énormément d’incertitude et
d’imprévisibilité politiques. S’il y a des effets
négatifs sur la croissance dans la prochaine
décennie, ils ne peuvent tous être reprochés
à la crise financière.
À court terme, il est important que la politique
monétaire aux États-Unis et en Europe combatte la
déflation de style japonais, qui ne ferait qu’exacerber
le problème de la dette en faisant baisser les revenus
par rapport aux dettes. Il serait bien mieux d’avoir deux ou
trois ans d’une inflation modérément
élevée, pour réduire l’ensemble des dettes,
surtout si les systèmes politiques, juridiques et de
régulation demeurent trop paralysés pour
réaliser les réductions nécessaires.
Avec des marchés du crédit mis à mal, des
mesures quantitatives supplémentaires pourraient encore
s’avérer nécessaires. Pour ce qui est de la
politique budgétaire, elle est déjà sur la
bonne voie et nécessite un resserrement graduel sur
plusieurs années, à moins que les niveaux de
dettes déjà inquiétants ne se
détériorent plus rapidement. Ceux qui croient que
nous avons besoin d’encore plus de relance budgétaire
keynésienne, et que nous devrions ignorer la dette
publique me semblent être en pleine panique.
Il est cependant important d’essayer de préserver le
dynamisme dans les économies américaine et
européenne par des mesures de stimulation de la
productivité – en étant par exemple vigilant sur
la politique antitrust, et en rationalisant et en simplifiant
les systèmes d’imposition.
En fin de compte, les responsables politiques ne doivent pas
oublier que les chances des États-Unis et de l’Europe
d’éviter une «décennie perdue »
dépendront de leur capacité à entretenir la
vitalité productive de leurs économies, pas
seulement par des mesures de stimulation de la demande à
court terme.
Un mystère de trop
ARIANE KROL
Onco Petroleum n’est pas la fraude boursière la plus
coûteuse du Canada, mais c’est la plus abracadabrante.
Onco Petroleum n’est pas la fraude boursière la plus
coûteuse du Canada, mais c’est sûrement la plus
abracadabrante. La Commission des valeurs mobilières de
l’Ontario (CVMO) n’a vraiment pas servi l’intérêt
public en concluant une entente secrète avec son
mystérieux fondateur.
Robert Vanier a passablement enjolivé la
réalité lorsqu’il a déposé sa
demande initiale de prospectus, en octobre 2007. Il s’est bien
gardé de dire qu’il s’appelait auparavant Carl Gagnon,
et qu’il avait un épais dossier criminel au
Québec. Il a aussi prétendu que sa
société d’exploration pétrolière
et gazière disposait de près de 22 millions de
fonds.
Inscrit à la Bourse de petites capitalisations CNQ
(aujourd’hui CNSX) le mois suivant, le titre d’Onco s’est
négocié durant moins d’un an. Les transactions
ont été suspendues parce que la direction
n’avait pas fourni ses rapports financiers. L’action,
cotée à l’origine autour de 5$, ne valait plus
que 0,15$. La société est désormais entre
les mains d’un syndic de faillite, il ne restera rien pour les
actionnaires. Un beau gâchis pour les investisseurs
ontariens et québécois, dont plusieurs de
Rimouski.
L’exploration pétrolière et gazière a
été un investissement risqué, mais Vanier
inspirait confiance en s’entourant de gens crédibles.
Par exemple, l’ex-joueur étoile de la LNH Luc
Robitaille, et l’ex-président d’Uniforêt Michel
Perron, qui siégeaient au conseil d’Onco lors du
lancement en Bourse.
Cependant, rien de tout cela n’aurait été
possible si sa véritable identité, et son
passé, avaient été connus. Cette
dissimulation lui a valu une réprimande et diverses
pénalités de la CVMOcette semaine. Hélas,
le secret entourant cette décision lui enlève
beaucoup de sa force. L’audience, l’entente et les
pièces justificatives sont sous scellés pour
quatre mois. Et la CVMO n’a pas voulu nous confirmer qu’elles
seront accessibles ensuite.
Cette
cachotterie va à l’encontre de l’intérêt
public. Comment prévenir la répétition
d’une telle imposture si on en camoufle les détails ?
Comment savoir si la CVMO a été
négligente et devrait améliorer ses
procédures ? Et il y a pire.
Carl Gagnon aurait, selon plusieurs médias,
témoigné contre des Hells en 1999. Il est
réapparu en Ontario sous le nom de Robert Vanier au
début des années 2000. A-t-il fabriqué
cette identité, ou lui a-telle été
fournie par les autorités pour le protéger? La
Sécurité publique refuse de nous dire s’il a
bénéficié, ou non, d’un tel programme.
Il va falloir tirer ça au clair. Gagnon, selon la CVMO,
avait accumulé aumoins 70 condamnations au criminel. Si
Québec lui a fourni une virginité qui lui a
permis d’escroquer des investisseurs (sans parler de ses
frasques aux États-Unis), il y a un grave
problème.
La Sûreté duQuébec enquête aussi sur
l’un de ses officiers de haut rang qui aurait investi dans
Onco et aurait souvent été vu avec Vanier.
La CVMO aurait dû nous aideràyvoir clair, au
lieud’obscurcir encore plus l’affaire.
Candidat par défaut
FRÉDÉRIC
BOISROND
Wyclef Jean a
démontré son incompréhension de la
politique haïtienne et des enjeux du pays
L’éventuelle accession deWyclef Jean à la
présidence fera perdre à Haïti son plus
grand ambassadeur de tous les temps.
En quelques minutes sur les ondes de CNN, Wyclef Jean a
démontré son incompréhension de la
politique haïtienne et des enjeux pour l’avenir du
pays.
PHOTO THONY
BÉLIZAIRE, AGENCE FRANCE-PRESSE Wyclef Jean a vécu quelques
bains de foule au cours des deux derniers jours qu’il a
passé à Port-au-Prince cette semaine.
Il a raison quand il dit qu’il ne peut pas faire pire que
ceux qui ont dirigé Haïti depuis 200 ans. Mais
ça ne peut pas être une raison valable pour se
lancer en politique.
Il a raison de dire qu’il y a une occasion de reconstruire
sur de nouvelles bases. Être président
d’Haïti n’est pas l’unique façon de contribuer
à la reconstruction et c’est probablement le moyen le
moins efficace pour lui.
Après le départ desDuvalier, Haïti s’est
doté d’une constitution qui a enlevé beaucoup
de pouvoir au président pour barrer la route aux
éventuels dictateurs. De plus, la crise actuelle a
officialisé la participation des instances
internationales aux affaires de l’État, ce qui fera
du prochain président un collaborateur au sein d’une
coalition internationale. Il devra entre autres garantir aux
pays donateurs que les 10 milliards promis pour la
reconstruction sont un investissement rentable aux mains de
gens fiables dans un pays qui ne représente
pratiquement aucun intérêt géopolitique.
Si Wyclef
Jean se sent interpellé au point d’abandonner sa
prolifique carrière internationale au risque de tout
perdre, c’est parce qu’aucun parti, aucun leader n’a
été capable de s’imposer comme une solution de
rechange crédible au gouvernement de René
Préval. Si la classe politique haïtienne n’a pas
encore fait front commun pour sortir le pays du marasme
créé par les événements du 12
janvier, c’est parce que le mieux-être des
Haïtiennes et des Haïtiens ne fait pas partie de
ses priorités. C’est le genre de vide qui permet
à des candidats sans expérience, sans vision
et sans programme de se faufiler sur la seule base de leurs
capacités à mobiliser les foules et à
créer de l’espoir pour les jeunes et les
démunis. Ça, Wyclef Jean l’a compris.
Cependant, cette recette a un air de déjà vu
et rappelle le parcours de JeanBertrand Aristide.
Si sa candidature est confirmée par le comité
électoral, Wyclef Jean a la popularité
nécessaire pour remporter les élections. En
misant sur l’éducation, l’agriculture, la
sécurité et les soinsde santé, il a
démontré son manque de préparation et
sa capacité d’improviser. Ce sont des points
élémentaires de tout programme politique dans
n’importe quel pays. Dans le cas d’Haïti, il faut plus
que ça pour sortir les gens de la misère
abjecte.
Outre l’aide directe de sa fondation, Wyclef Jean a
déjà fait beaucoup pour Haïti. Il a
été le premier artiste international à
affirmer ses origines. Il a permis à des jeunes
artistes de faire progresser leur carrière et il a
lancé des collaborations avec les plus grands noms de
la scène artistique pour faire connaître et
découvrir Haïti. Il a redonné le
goût aux jeunes de la diaspora d’affirmer leur
appartenance à cette culture. Voilà une
façon efficace de contribuer et qui est à
l’intérieur des ses compétences.
En déposant sa candidature, Wyclef Jean a
rallumé les projecteurs sur Haïti. Ainsi, il
aura fait la démonstration que son éventuelle
accession à la présidence fera perdre à
Haïti son plus grand ambassadeur de tous les temps.
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Le marché américain prend du mieux
BLOOMBERG
Les ventes de
titres de dette ont atteint 90,1 milliards US le mois dernier.
C’est le mois de juillet le plus actif de tous les temps,
d’après des données de Bloomberg.
S’il subsiste des c raintes quant à une autre
récession, il reste que les perspectives touchant
l’économie américaine s’améliorent sur le
marché obligataire où les investisseurs
acceptent les plus bas taux de rendement depuis 2004 pour
prêter de l’argent aux entreprises.
En règle générale, les prêteurs
demandent des t aux d’intérêt plus
élevés lorsque l’économie refroidit et
que les risques de défaillance augmentent. Las emaine
dernière, les i nvestisseurs ont plutôt fait en
sorte que les taux de rendement des obligations de
sociétés américaines ont
été ramenés à une moyenne de 4,98
%, le niveau le plus bas depuis mars 2004. Cela se compare au
sommet de 5,75 % atteint le 4 janvier cette année,
selon un indice de Bank of America Merrill Lynch.
Les ventes de titres de dette ont atteint 90,1 milliards US le
mois dernier, juillet le plus actif de tous les temps,
d’après des données de Bloomberg.
Vendredi dernier, les autorités américaines ont
annoncé que l e produit i ntérieu r avait
ralenti à une cadence annuelle de 2,4 % au dernier
trimestre par rapport à 3,7 % à la
période précédente, ce qui n’a pas
empêché Prudential I nvestment Management Inc.,
Loomis Sayles & Co. et Invesco Ltd., qui gèrent des
actifs de 1420 milliards US, d’y voir de la vigueur. Ainsi,
des données du Département américain du
commerce ont indiqué que les investissements des
entreprises avaient augmenté au rythme le plus vif
depuis 1997 dans un contexte de hausse des
bénéfices.
« Le
marché semble penser que la probabilité d’une
récession à double creux a diminué de
manière marquée », soutient Michael
Collins, principal responsable des placements de Prudential,
qui compte environ 693 millions US sous gestion. « Les
investisseurs regardent tous ces profits, ajoute-t-il, et ils
font l’hypothèse que la bonne posture des corporations
sur le plan des bénéfices et des
liquidités finira par propulser l’économie
encore plus vers l’avant. »
Depuis le 12 j uillet dernier, plus de 77% des entreprises qui
forment l’indice Standard & Poor’s 500 ont fait
état de bénéfices au deuxième
trimestre qui se sont avérés supérieurs
à la moyenne des estimations des analystes, selon des
données compilées par Bloomberg. Les profits
bondiront de 35% cette année, un sommet depuis 1988,
indiquent des prévisions. À la suite de la
récession de 2001, la croissance des
bénéfices n’a jamais dépassé 20%.
Enjuin, le tauxdedéfaillance à l’échelle
mondiale a reculé à 6,1 % comparativement
à 12,1 % un an plus tôt, et il diminuera à
2,4 % d’ici la fin de l’année, prévoit Moody’s
Investors Service.
La bonne tenue du marché des obligations des
sociétés a fait en sorte que le rendement des
obligations à risque a été
supérieur à celui des bons du Trésor
américain le mois dernier, une première depuis
avril dernier. Les titres de dette à haut risque
présentaient un taux de rendement de 3,46%, un sommet
depuis les 5,98 % atteints en septembre 2009. Pour leur part,
les bons du Trésor offraient 0,68%.
« Le c rédit des sociétés
apparaît t rès attrayant en particulier »,
avance Kathleen Gaffney, qui assure la cogestion du fonds
d’obligations Loomis Sayles Bond Fund. Ce fonds de 19
milliards US a fait mieux que 95 % de ses pairs au cours des
cinq dernières années.
La correction s’annonce sévère en Chine
Les prix des
maisons en Chine, qui ont plus que triplé dans les
grandes villes au cours des 10 dernières
années, subiront une « importante correction
» d’ici un an ou deux, selon un document qu’a
publié le U.S. National Bureau of Economic Research.
Dans 35 grandes villes chinoises, les prix des
propriétés ont plus que triplé au cours
des 10 dernières années en termes
réels, et plus de la moitié de cette hausse
est survenue depuis 2007.
Les prix des terrains de qualité semblable offerts
lors de ventes aux enchères ont bondi de près
de 800% entre 2003 et cette année, ont fait observer
l es économistes Jing Wu, Joseph Gyourko et Yongheng
Deng dans le travail publié par l’organisme de
Cambridge, au Massachusetts. Selon les calculs de ces
économistes, les prix pratiqués à
Pékin pourraient chuter de 40 % si les investisseurs
perdent confiance dans le marché.
« Il semble plus probable qu’il y aura une i mport a
nte correction des prix des maisons en Chine d’ici un an ou
deux », a souligné M. Gyourko, qui est aussi
professeur au Wharton School of Business, à
l’Université de Pennsylvanie. « Il est
virtuellement impossible de savoir quand cela se produira,
a-t-il ajouté. Des baisses modestes dans les
prévisions d’appréciation pourraient
être suffisantes pour déclencher la
dégringolade. »
Dans 35 grandes vi l les chinoises, les prix des
propriétés ont plus que triplé au cours
des 10 dernières années en termes
réels, et plus de la moitié de cette hausse
est survenue depuis 2007, ont indiqué les chercheurs.
Cette année, le gouvernement chinois a imposé
à trois reprises une hausse des réserves de
dépôts dans les banques du pays et il a mis en
place des conditions de prêts plus
sévères pour les achats de deuxième et
de troisième résidences pour l i miter la
spéculation. La semaine dernière, le China
Daily a écrit qu’une t a xe i mmobilière
pourrait être imposée bientôt.
«
Adopter une taxe immobilière a une grande import a
nce potentielle , a dit M. Gyourko. Son absence actuelle fa
it en sorte que la spéculation est moins chère
puisque le fait de ne pas avoir à payer une taxe
annuelle abaisse le coût de l’investissement. »
Les i nit i at i ves gouvernementales pour contrer la
spéculation ont déjà donné des r
ésultats et l es pri x vont c ontinuer à
baisser dans la deuxième moitié de la
présente année, a écrit le 16 j uillet
dernier Zhou Jiang, du centre de recherc he du
ministère c hinois de l’ Habitation. Les baisses dans
les villes où les prix avaient grimpé
rapidement seront « relativement import antes »
, a ajouté M. Zhou dans China Finance, publication de
la banque centrale de Chine.
Zhigang Li, économiste de l’ Université de
Hong-Kong, avance pour sa part d’autres explications pour
les hausses de prix.
« Une explication pour les prix des maisons qui
grimpent rapidement et pour les bas loyers à
Pékin veut que les gens s’attendent à un grand
afflux de personnes dans la capitale – ce qui est
parfaitement possible – et à une offre limitée
de terrains dans l’avenir, a dit M. Li. Je ne crois pas que
les prix chuteront brutalement en raison de
l’éclatement d’une bulle immobilière. »
L’avis sur le Kosovo fait avancer la
souveraineté - DANIEL TURP
L’avis sur le Kosovo fait
avancer la souveraineté - DANIEL TURP
Les juges
ont refusé de faire dire au droit ce qu’un
État, en l’occurrence la Serbie, voulait lui faire
dire pour contrer la volonté du Kosovo
d’accéder à la souveraineté et à
l’indépendance.
Depuis la formulation par la Cour internationale de justice
(CIJ) d’un avis sur la conformité au droit
international de la declaration unilatérale
d’indépendance relative au Kosovo le 22 juillet
dernier, plusieurs opinions ont été
exprimées sur la portée de cet avis, et
notamment sur les enseignements qui peuvent en être
tirés pour le Québec.
Ce qu’illustre vraiment l’avis de la CIJ sur le Kosovo,
c’est non pas, comme l’a prétendu dans ces pages
l’instigateur de la Loi sur la clarté, le
député Stéphane Dion, qu’il est «
difficile d’obtenir la reconnaissance internationale dans le
cadre d’une secession unilatérale » (il n’est
d’ailleurs aucunement question d’obtention de reconnaissance
dans l’avis), mais plutôt le fait que les juges ont
refusé de faire dire au droit ce qu’un État,
en l’occurrence la Serbie, voulait lui faire dire pour
contrer la volonté du Kosovo d’accéder
à la souveraineté et à
l’indépendance.
Ainsi, en refusant de dire qu’une déclaration
d’indépendance unilatérale était
contraire au droit international général et en
précisant que la pratique, à la fois des
États et du Conseil de sécurité des
Nations unies, ne révélait aucune interdiction
générale des déclarations
unilatérales d’indépendance, la Cour
internationale de justice a refusé à
l’État « parent » serbe un argument
d’autorité fondé sur le droit. L’attitude de
la CIJ n’a pas été très
différente en cela de celle de la Cour suprême
du Canada qui avait non seulement omis de répondre
par oui ou non aux deux questions l’invitant à nier
le droit de sécession du Québec, mais avait
plutôt affirmé que le Québec
détenait, sur la base de principes constitutionnels,
« le droit de chercher à réaliser la
secession ». « L’arroseur arrosé »,
pourrait-on affirmer à l’égard de la Serbie et
du Canada qui croyaient, à tort, que les tribunaux
conforteraient leurs arguments et qui, au contraire, les ont
refutés.
Pas
très loin du Kosovo
Dans cette perspective, l’avis de la Cour internationale de
justice fait avancer la cause de ceux et celles qui
plaident, aux quatre coins du monde, pour que les nations
puissant choisir librement leur statut politique et
accéder, si telle est leur volonté, à
la souveraineté et à l’indépendance.
Une telle volonté doit être exprimée par
les nations et leurs institutions et ne devrait d’ailleurs
pas être assujettie à celle de l’État
« parent ». C’est pourtant là l’objet
inavoué de l’inique Loi sur la clarté
adoptée à l’encontre de la volonté de
majorité des deputés québécois
de la Chambre des communes et que tous les partis politiques
du Québec ont récusée.
La volonté des peuples d’accéder à la
souveraineté et à l’indépendance
résulte souvent, et généralement, du
refus pour les États souverains de donner suite
à des demandes légitimes d’autonomie politique
et de respect des identités nationales en leur sein.
En ce sens, mais avec les distinctions qui s’imposent et les
exactions en moins, le Québec n’est pas très
loin du Kosovo.
Le Canada refuse non seulement de satisfaire les attentes
constitutionnelles du Québec, mais il continue de
porter atteinte à son autonomie en réclamant
des compétences exclusives dans le domaine des
valeurs mobilières et en exerçant un pouvoir
de dépenser dans plusieurs matières
d’importance fondamentale pour la nation
québécoise. C’est la raison pour laquelle le
combat pour l’indépendance nationale du Québec
continue pour que le Québec puisse accéder au
statut d’État souverain et ainsi agir en toute
liberté.
Pas de quoi pavoiser - BENOÎT
PELLETIER
BENOÎT PELLETIER L’auteur est professeur titulaire
à la faculté de droit de l’Université
d’Ottawa et avocat chez Noël et associés.
«UNECARTEMAÎTRESSE», SELONLOUISBERNARD
cyberpresse.ca/place-publique
Kosovo: ni les
souverainistes ni les fédéralistes ne peuvent
crier victoire
En aucun moment, la Cour internationale de justice n’insinue
que le droit international doit l’emporter sur le droit
constitutionnel interne des États existants.
Le 22 juillet dernier, la Cour internationale de justice a
donné un avis consultatif relativement à la
conformité au droit international de la
déclaration unilatérale d’indépendance du
Kosovo. Comme il fallait s’y attendre, il s’en est
trouvé dans le camp souverainiste
québécois pour crier victoire. De leur
côté, certains fédéralistes ont
cherché à limiter la portée de cet avis
au seul cas du Kosovo. Toutefois, me semble-t-il,
souverainistes comme fédéralistes n’ont pas de
quoi pavoiser.
En effet, il me semble clair que, dans cet avis, la Cour
énonce des principes qui vont bien au-delà du
cas du Kosovo et qui sont susceptibles de s’appliquer à
d’autres contextes indépendantistes ou
sécessionnistes. Je ne prétends toutefois pas
que, dans l’interprétation de l’avis, on ne doive pas
tenir compte du contexte particulier dans lequel il est rendu,
soit celui du Kosovo. Ce que je soutiens simplement, c’est
que, dans cet avis, la Cour énonce des principes qui
constituent des fondements du droit international actuel et
qui, de ce fait, s’appliquent internationalement.
Bien que la Cour énonce certains principes en termes
généraux et universels, elle dit sur ces
principes peu de choses que les experts ne savaient
déjà. Somme toute, elle rappelle que le droit
des peuples à disposer d’euxmêmes, reconnu par
maints instruments internationaux, ne peut être
exercé sur le plan externe que par les peuples des
territoires non autonomes et par ceux qui sont soumis
«à la subjugation, à la domination ou
à l’exploitation étrangères ».
La Cour ajoute que la pratique des États n’indique pas
la formation, en droit international, d’une nouvelle
règle interdisant que soient faites des
déclarations unilatérales d’indépendance,
et ce, même lorsque le peuple concerné ne
possède pas le droit strict de disposer de
lui-même.
En d’autres mots, selon la Cour, un peuple donné
pourrait très bien faire une déclaration
unilatérale d’indépendance même s’il ne
dispose pas, en vertu du droit international, du droit formel
de s’autogouverner sur le plan externe. Une telle
déclaration demeurerait conforme au droit international
en tout état de cause.
En aucun
moment, la Cour ne dit ou n’insinue que le droit international
doit l’emporter sur le droit constitutionnel interne des
États existants. De plus, rien dans l’avis ne contredit
l’opinion émise par la Cour suprême du Canada en
1998 à l’occasion du Renvoi relatif à la
sécession du Québec. Au contraire, dans ce
renvoi, notre cour suprême a elle-même reconnu
qu’une sécession de facto demeurait une option pour le
Québec, mais que les chances que celle-ci
réussisse dépendraient de la reconnaissance de
la communauté internationale.
Je me permets d’ajouter que la réussite d’une telle
sécession dépendrait aussi de l’appui que lui
donneraient les Québécois eux-mêmes, appui
qui devrait d’ailleurs être maintenu pendant la
période dite transitoire, c’est-à-dire pendant
la période menant à l’acquisition par le
Québec du statut d’État souverain.
Enfin, on chercherait en vain dans l’avis de la Cour
internationale de justice quoi que soit qui remette en
question, directement ou indirectement, la « Loi sur la
clarté » dont s’est doté le Parlement
canadien en juin 2000, et ce, peu importe ce qu’on peut penser
de la pertinence de cette loi sur le plan politique ou de sa
conformité au renvoi de 1998.
En effet, la Cour ne nie pas qu’il puisse être
légitime de la part d’un État de chercher
à faire obstacle à une démarche
sécessionniste ou indépendantiste ou de baliser
celle-ci. La Cour ne garantit pas non plus le succès
d’une sécession qui reposerait sur le principe de
l’effectivité, ni ne remet-elle en question le principe
de l’intégrité territoriale des États
existants. Toutefois, cet avis ne bénéficie pas
de la même autorité que les décisions
rendues dans l’ordre interne canadien.
On ne peut traiter d’un tel sujet sans apporter toutes les
nuances qui s’imposent. Je dirai, à la décharge
de mes amis politiciens qui ont commenté cet avis
récemment, que la politique s’accommode malheureusement
mal de pareilles nuances.
LE DAUPHIN D’ARISTIDE
Éventuel candidat à la présidence, le
rappeurWyclef Jean serait perçu comme unmessie en
Haïti
La vedette du hip-hop causerait une révolution
culturelle qui verrait le créole émerger comme
langue officielle prédominante, avant l’anglais. Exit
le français.
Selon toute vraisemblance, la pop star américaine
d’origine haïtienne Wyclef Jean s’apprête à
déposer sa candidature aux prochaines élections
présidentielles en Haïti, fixées pour le 28
novembre. Si les rumeurs étaient fondées, un tel
geste aurait une portée beaucoup plus
considérable qu’il n’y paraît à
première vue.
Le rappeurWyclef Jean apparaît
aujourd’hui comme la réincarnation du rêve
aristidien d’un lendemain meilleur pour la majorité
bossale du pays.
La recevabilité de sa candidature risque d’être
le principal obstacle sur son parcours vers la magistrature
suprême de l’État haïtien. Son
éventuelle participation aux joutes
présidentielles semble avoir été
accueillie avec le même scepticisme que celle de Barack
Obama à l’investiture démocrate. Erreur. Il ne
faut pas sous-estimer une telle initiative.
René Préval est de plus en plus assimilé
à l’avatar haïtien de George W. Bush. Le
tremblement de terre du 12 janvier dernier est à M.
Préval ce que le 11 septembre 2001 et l’ouragan Katrina
furent à M. Bush. De plus, Wyclef Jean a le potentiel
d’être à la génération hip-hop en
Haïti ce que M. Obama est à la
génération « nexus » aux
États-Unis. D’autant plus que Port-auPrince a de plus
en plus l’allure du Bronx des Antilles.
Jusque-là, rien pour donner des migraines à
l’élite créole d’Haïti. Lorsque les
médias et elle réaliseront queWyclef Jean risque
d’être davantage l’avatar de Jean-Bertrand Aristide ou
de Hugo Chavez, ils anticiperont à sa juste mesure
l’impact de son éventuelle élection à la
présidence d’Haïti.
Un tel scénario serait la deuxième humiliation
infligée par un outsider à l’élite
politique haïtienne. Ce serait également un
deuxième Waterloo politique, après celui de
1990, pour la communauté internationale face à
la mouvance populiste haïtienne, telle qu’incarnée
jadis par Jean-Bertrand Aristide.
Wyclef Jean est porteur de la même symbolique
messianique que ce dernier. Il émerge comme son dauphin
potentiel, du moins dans l’imaginaire des
déshérités d’Haïti. Tout commeM.
Aristide, il est d’origine modeste, issu de la majorité
bossale. Tout comme M. Aristide en 1990, Wyclef Jean est en
2010 l’Haïtien le plus populaire. À
l’étranger, en raison de sa
célébrité artistique; et en Haïti,
davantage pour son militantisme social.
Avocats de la
cause des pauvres, les deux hommes font désormais
partie de la gauche progressiste de la diaspora
haïtienne. Les deux auront fait le saut en politique dans
la trentaine avancée. Les deux sont des virtuoses de
l’irrationnel ; l’un par la théologie de la
libération, l’autre par celle du hiphop. À
l’instar de M. Aristide, qui demeure un rescapé
salésien devenu millionnaire, Wyclef Jean est un
miraculé du Bronx new-yorkais, béatifié
au panthéon mondial du hiphop. Il apparaît
aujourd’hui comme la réincarnation du rêve
aristidien d’un lendemain meilleur pour la majorité
bossale du pays.
Les deux hommes sont porteurs d’un double messianisme :
judéo-chrétien et socioéconomique, que
l’on trouve au coeur de la théologie de la
libération et celle du hip-hop. Tous deux demeurent le
produit de la faillite spectaculaire de l’élite
créole haïtienne. Faillite
matérialisée par l’incapacité
avérée d’une telle élite à combler
le vide de leadership observé notamment dans
l’Haïti post-séisme.
Wyclef Jean sera, dans l’imaginaire populaire, la
rançon politique de la trahison et du comportement
fratricide de René Préval envers JeanBertrand
Aristide, son exfrère jumeau. Voilà qui fait de
Wyclef Jean le dauphin non désiré du patriarche
déchu.
Si Wyclef Jean réussit son pari, nous risquons
d’assister à une double révolution en
Haïti. Culturelle, la première révolution
verrait la langue créole émerger, pour la
première fois dans l’histoire du pays, comme langue
officielle prédominante avant l’anglais, question
d’accommoder l’hypothétique nouveau chef d’État.
Ultime forfait à l’oncleNapoléon. Exit le
français comme instrument bicentenaire de domination de
la majorité bossale par la minorité
créole.
Politique, la deuxième révolution s’ouvrirait
sur deux avenues opposées. La première risque de
conduire Haïti vers un statut factuel de 51e État
américain. La seconde l’engagera it sur l’autoroute
bolivaro-chévariste, en tant qu’expression du populisme
et de la mouvance néo-progressiste
latino-américaine.
Plausible, ce dernier scénario serait une catastrophe
politique pour l’Oncle Sam.
Des négociations cruciales
SYLVAIN CHARLEBOIS L’auteur est vicedoyen aux études
supérieures et à la recherche à
l’Université de Guelph.
La conclusion
d’un accord de libre-échange entre le Canada et
l’Europe relancerait la libéralisation du commerce
mondial
Le Canada et l’ Union Eu ropéen ne ( UE) se sont
rencontrés récemment à Bruxelles pour une
quatrième séance de négociations dans le
cadre d’un accord économique et commercial global.
Le président de la Commission
européenne, José Manuel Barroso, et le
président de l’Union européenne, Herman Van
Rompuy.
Ces discussions sont d’une importance inouïe pour le
Canada. D’abord, l’Europe représente le deuxième
partenaire commercial d’importance du Canada, après les
ÉtatsUnis. Les échanges commerciaux entre le
Canada et l’UE avoisinent les 120 milliards de dollars
canadiens et le total des investissements
s’élève à près de 420 milliards.
De plus, les plus récentes statistiques en
matière d’exportation démontrent que
l’économie canadienne dépend de moins en moins
de l’économie américaine. Selon Statistique
Canada, nos exportations vers les pays autres que les
ÉtatsUnis ont augmenté de 4,4 % cette
année, propulsées par une augmentation de 25,2 %
des exportations vers nulle autre que l’Union
européenne, malgré les difficultés
financières éprouvées par le vieux
continent dans les derniers temps.
En somme, notre stratégie commerciale avec nos voisins
transatlantiques est à la croisée des chemins et
un tel accord avec l’UE peut sans doute réformer
l’image du Canada en matière de commerce international.
Cet accord
bilatéral relancerait les négociations sur la
libéralisation du commerce international, un pas en
avant qui arriverait à point. D’abord, étant
donné les impacts économiques potentiels, cet
accord de libre-échange est considéré
comme la plus importante des ententes économiques et
commerciales depuis l’accord nordaméricain entre le
Canada, les États-Unis et le Mexique signé en
1992. De plus, le fameux cycle de Doha, que l’Organisation
mondiale du commerce (OMC) peine tant à conclure, a
été mis en veilleuse depuis quelque temps.
Dans ces négociations avec l’Union européenne,
l’agriculture, les droits de propriété
intellectuelle et l’accès aux contrats gouvernementaux
représentent trois sources de divergence possibles.
Pour finaliser un accord entre les deux parties, le
Québec aura irrévocablement un rôle
déterminant. Comparativement aux autres régions
du pays, le Québec a toujours eu un rapport singulier
avec l’Europe, une relation qui peut rassurer certains membres
de l’UE. Surtout, en révisant sa position politique sur
certains dossiers sujets à controverse, notamment sur
les OGM et sur la gestion de l’offre, le pouvoir politique du
Québec peut faire pencher la balance.
Bien qu’une validation définitive de l’accord d’ici
l’automne et une signature officielle annoncée en 2011
soient plus que probables, il y a encore loin de la coupe aux
lèvres. Les étapes les plus délicates
restent à venir, comme c’est toujours le cas lors de
négociations comme celles-ci. Surtout, ces pourparlers
devront se démocratiser davantage. Les deux parties
doivent offrir une tribune aux citoyens canadiens et
européens ainsi qu’aux groupes d’intérêts
qui devront se prononcer sur cet accord. Les
conséquences économiques probables sur les
partenaires de l’ALENA ainsi que sur plusieurs industries
canadiennes ne seront pas négligeables.
La portée de ce projet risque de transformer l’agenda
géopolitique et économique de notre pays.
L’ambition d’établir un vaste espace économique
entre l’Europe et nous comporte aussi des risques
considérables. Mais en constatant les vertus de la
mondialisation et de ses bienfaits, les
bénéfices d’un accord avec les Européens
outrepassent de façon significative les risques
appréhendés. Espérons que 2011 offrira au
Canada une première entente de libre-échange
d’envergure en presque 20 ans. Pour y arriver, le Canada et
l’Europe devront vraisemblablement hypothéquer certains
acquis, surtout dans le domaine agricole. Le Québec,
pour sa part, aura le choix de faire partie de la solution ou
du problème.
À ces prix-là, je loue
PIERRE-YVES McSWEEN
Dans le
marché immobilier actuel, ce sont les acheteurs de
maisons qui jettent leur argent par les fenêtres
L’auteur est comptable à Montréal «Je ne
suis pas locataire parce que payer un loyer, c’est jeter de
l’argent par les fenêtres. » Voilà une
phrase exaspérante pour quelqu’un qui a quelques
minimes connaissances en finance. Dans le marché
immobilier actuel, une telle phrase tend vers l’ineptie.
Prenons un exemple classique. En 2010, Rodrigue décide
d’acheter un 4 et demi d’une valeur de 225 000$ avec une
superficie de 750 pieds carrés dans HoMa avec une mise
de fonds de 5% (11 250$). À ce prix, il obtient de
belles moulures en «MDF», des portes de plastique,
du plancher flottant et un comptoir ne résistant pas
à un plat sortant du four à micro-ondes : le
luxe ! Ses paiements seront de 1277$ par mois (avec un taux de
5% sur un horizon de 25 ans). À cela, ajoutons
hypothétiquement des taxes municipales mensuelles de
188$ et des frais de condo de 75$ par mois. Son paiement
mensuel est donc de 1540$ pour vivre dans un appartement.
Isabelle décide de louer un appartement
équivalent. Elle paie un loyer de 700$ mensuellement.
Le constat est évident : Isabelle a un
déboursé inférieur de 840$ par mois par
rapport à Rodrigue, sans compter le rendement qu’elle
peut obtenir avec ses placements. Au bout d’une année,
Isabelle aura 10 000$ enplacements. Pour sa part, Rodrigue
aura remboursé que 4300$ de capital, et aura fait un
don à la banque de la majorité de la
différence. Évidemment, chaque cas diverge, mais
il vaut la peine de faire des calculs.
Ce qui a fait
mentir l’analyse précédente au cours des
dernières années a été l’envol des
prix de l’immobilier qui a permis à plusieurs de faire
un gain en capital appréciable. Cet envol des prix
s’explique par plusieurs facteurs, dont la crise du logement,
un rattrapage des prix de l’immobilier, une panique des
acheteurs et la baisse fulgurante des taux
d’intérêt.
Baisse des taux
La baisse des taux d’intérêt a été
un élément déterminant, car chaque baisse
de taux multipliait la capacité d’endettement des
acheteurs. Donc, dans le présent marché, les
acheteurs profitent de la meilleure capacité d’emprunt
de leur existence, car les taux ne peuvent plus descendre
significativement. La baisse des taux d’intérêt
ne pourra plus expliquer la hausse des prix de l’immobilier au
cours des prochaines années. Malgré tout,
certains agents d’immeubles affirment que la hausse
continuera, car Montréal n’a pas rattrapé le
prix de l’immobilier des autres grandes villes canadiennes
comme Toronto ou Vancouver. Voici ce qui me semble être
une autre lubie : comparer le marché immobilier de
Montréal avec celui de deux villes dont la
réalité économique est fort
différente de la nôtre.
Personnellement, j’ai tenté à quelques reprises
d’acheter un duplex au cours de la dernière
année. Chaque fois que le prix était acceptable,
un quidam se présentait et payait une somme à
vous jeter par terre pour un immeuble construit avant 1950,
non isolé et négligé par ses
propriétaires antérieurs. En attendant un retour
à la logique, je vais suivre l’exemple d’Isabelle,
prendre mon mal en patience et laisser les autres appeler un
agent d’immeubles pour les conseiller dans l’achat le plus
important de leur vie.
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