Fédéralisme
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Voir aussi Souveraineté...
Les aléas du fédéralisme...
Greek crisis offers lessons for Quebec sovereignists
Une
Europe fédérale ?
Europe’s lesson for Quebec secessionists - Jeffrey Simpson
Et s'il n'y avait finalement rien d'impossible au fait de
manifester son appartenance à deux nations
plutôt qu'une ?
Quebecers proud to be Canadians, too: poll
Y aurait-il donc quelque chose qui cloche dans le "plus beau
pays du monde" ?...
The parochialism of Little Canada is killing us - Jeffrey
Simpson
Pauvre...
Canada
Alberta and Quebec,
the axis of provincialism - Jeffrey Simpson
Et par ailleurs, comment cela aurait-il donc pu être
mieux prouvé que par l'échec de l'Accord du
Lac Meech ?...
Accord du lac Meech: les acteurs se souviennent
L'échec de Meech, le triomphe du statu quo - Vincent Marissal
Vingt
ans après Meech - Le long hiver politique
québécois
Les
vingt ans de Meech - L'impossible paix des braves
Le
noyau de l'accord
Déclaration
de Robert Bourassa - Désormais, des
négociations à deux
Déclaration
de Brian Mulroney
Le vrai pays - Chronique de
Lucien Bouchard
Une
confédération belge?
... ou le dossier constitutionnel dans son ensemble ?
Les
30 ans d’un renvoi historique
Et si l'actualité ne faisait que confirmer toujours
davantage la pertinence d'une plus grande
décentralisation du pouvoir au Canada ?...
Lettres
- Nonobstant
Nothing to see here - Adam Radwanski
Comment repenser le Canada ?... Et plus
précisément...
Et pourquoi au juste les provinces ne pourraient-elles se
comporter comme de véritables États ?...
Fleur-de-lis
and
wild
rose
–
together
at
last?
-
Neil
Reynolds
Ottawa
grabs
the
attention,
but
the
provinces
face
the
heavy
lifting
Une
tendance
lourde
Pour
un Ontario fort
Les
États fédérés ont un
rôle à jouer, plaide Jean Charest
- Richard Hétu
La Bavière rappelle Jean Charest
à la réalité
L’affirmation tranquille
Et quelle devrait donc être la place du Québec
au sein de cette chère fédération ?...
L’indifférence-association -
ANDRÉ PRATTE
TOUS QUÉBÉCOIS ! - Thomas
Courchesnes
Quelle surenchère ? - Benoît
Pelletier
Voir aussi Québec
et Canada : La fin de la surenchère
- Brian Lee Crowley
Et quelle place reste-t-il donc au Québec au sein de
la fédération ?
LA
VOIX
DU QUÉBEC S’ÉTEINT
Quebec’s
profound
isolation
Et d'ailleurs, peut-on encore espérer que le
Québec puisse jamais retrouver une place digne de ce
nom au sein du Canada ?...
La place du Québec
Le
Québec n'intéresse pas les partis
fédéraux
Y a-t-il encore moyen, par exemple, de repenser le
pouvoir fédéral de dépenser ?...
Un
raccourci
simpliste
Monsieur Bernier et les autres
Sus
au
pouvoir
fédéral
de
dépenser
... ou encore la péréquation ?...
Plutôt 1200$ à chacun!
Et surtout, peut-on encore rêver d'une
réconciliation nationale ?...
Le défi reste entier
Le fruit est mort
The
Bloc’s
silent partner
Duceppe
may
find
a
changed
Canada
-
Norman
Spector
The
mythical
country
of
Quénada
-
Stéphane
Gobeil
Y a-t-il toujours une voix pour la conciliation et le
dialogue, dans ce pays ?...
An unworthy slur
Et peut-on encore rêver d'un authentique nationalisme
canadien ?...
O Canada, we love you just the way you are
Et le "Québec bashing" aurait-il vraiment libre cours
dans le "Rest of Canada" ?...
Comme un courant anti-Québec - Vincent Marissal
Ou se pourrait-il donc qu'à tout le moins, il
subsiste en effet une sorte de manque d'ouverture envers le
Québec à travers le Canada anglais ?...
The NDP’s reckless referendum proposal
Or, les provinces n'auraient-elles pas surtout
intérêt à travailler ensemble
plutôt qu'à faire exactement le contraire
?...
Ottawa should underwrite the Lower Churchill project
Ideas
for
a
rational
electricity
policy
platform
A
partnership made out West
Power
to
the
(other)
provinces
Peut-on encore rêver d'une quelconque refonte du
modèle de la fédération canadienne
?...
We
need
a
Grand
Bargain
to
save
our
public
services
Le dossier énergétique ne
rappelle-t-il pas que notre fédération aura
sûrement déjà vécu des jours
meilleurs ?...
Sur le dos de Terre- Neuve
Des
chèques en blanc
L’ENTENTE
MANQUÉE
Le
Bloc
et
Charest
coincés
entre
l’arbre
et
l’écorce
Élections
fédérales - S'occuper de ses affaires
Une
bonne
et
une
mauvaise
nouvelle
Plus
que
du
pétrole
-
ÉRIC BOYKO
Comprendre
l'Alberta
-
André Pratte
Prentice
versus
Charest:
Round
2?
L'Ontario
en colère contre le règlement
québécois sur la pollution automobile -
L'Ontario était avertie, dit Québec
Règlement
de Québec sur les GES: un coup d'épée
dans l'eau, selon l'Ontario
Green
criticism
has
Quebeckers
seeing
red
Vive
tension sur le climat entre Ottawa et Québec
«Sottise»: Charest réplique
sèchement à Prentice
L'Alberta
se choque - André Pratte
Non,
rien
de
rien...
-
Alain
Dubuc
Charest
critique
Harper
en
sa
présence
Charest persiste et signe contre Harper
Feux
croisés contre Jean Charest
Harper n'a pas apprécié les propos de
Charest à Copenhague
Péréquation:
Québec «oublie» la contribution de
l'Alberta
Les
provinces ont-elles le dernier mot?
CHAREST
C. HARPER
Charest
et Prentice à couteaux tirés -
Rémi Nadeau
Chicane
provinciale-fédérale à Copenhague
GES:
des cibles trop contraignantes nuiraient à
l'unité nationale
Le
Québec et Copenhague - Alain Dubuc
Et surtout, la question environnementale ne fait-elle pas
ressortir le fait que nous retrouvons tous dans le
même bateau, et notamment en ce qui concerne les
sables bitumineux ?...
Dans
le même bateau canadien
Notre pétrole - André Pratte
Le Québec serait-il donc devenu pratiquement
dépendant du financement fédéral ?...
La solution 6-1-3
Oui,
la
Saskatchewan
existe!
-
Stéphane
Laporte
L'idée
fédérale...
Vers une réconciliation
nationale - GROUPE AVENIR QUÉBEC
RETISSER
LES LIENS - JOCELYIN COULON
Fêter le Canada? ANDRÉ PRATTE
L’idée fédérale - ANDRÉ
PRATTE
L'ambiguïté : un ingrédient central de
la confédération -
Herman Bakvis
Une majorité de Canadiens pour
l’abolition de la monarchie
De fierté et de poutine ANDRÉ PRATTE
Voir aussi Pour
un pays normal
LES
ACTIVITÉS
DE
LA
FÊTE
DU
CANADA
Un déferlement rouge et blanc
Canadian please... - Nathalie Petrowski
Et si le Canada s'avérait tout de même loin
d'être "si pire que ça", après tout ?...
Just another vote for dysfunctional polarization
Open
Canada
to
the
world’s
new
ways
-
Edward
Greenspon
Dare to be an optimist!
Le Canada n'est-il pas un pays surprenant ?...
Le Canada n'est-il pas supposé être le "plus
beau pays du monde", ou du moins un des meilleurs,
après tout ?...
Are Canadians happy?
We say we are - Jeffrey Simpson
Le
Canada glisse au 8e rang des pays selon l’Indice de
développement humain
Norway
best, Canada No. 8 to live
Le
Canada, 7e «plus meilleur pays du monde»
Les
meilleurs pays du monde
Well-educated,
older
immigrants
prefer
Canada
to
U.S.,
poll
finds
Le
Canada ouvert et accueillant
Le
Canada riche et enviable
Qu'il
fait bon vivre au Canada
Indice du
développement humain : Le
Canada toujours au quatrième rang
Voir aussi Pauvreté
:
Le
mauvais
élève
canadien
-
ALAIN
DUBUC
Une
bonne
idée - BILL CLINTON
Une
expansion phénoménale -
Georges Anderson
Le poids politique du Québec menacé
Pas
de majorité pour Harper avant 2014, prédit
Tom Flanagan
La
disparition du fédéral
- André Pratte
Et si la question de l'harmonisation de la TVQ ne faisait
que fournir un exemple de plus de notre incapacité de
faire preuve de ne serait-ce qu'un minimum de bonne foi du
moment que nous avons quelque compte que ce soit à
régler avec le gouvernement fédéral
?...
Ignatieff
donnerait
les
rênes
au
Québec
Taxer
dans
l’harmonie?
Notre
identité
fiscale
Charest
ne
doit
pas
compter
sur
Ottawa
Harmonisation des taxes: Québec doit céder,
affirme Harper
Harmonisation TVQ-TPS: le dossier progresse selon Flaherty
Commission
des valeurs mobilières : Ottawa s'en remettra
à la Cour suprême
Un
compromis gagnant-gagnant -
François Vaillancourt & Mathieu
Laberge
Commission des valeurs mobilières : Des
valeurs québécoises - André
Pratte
Commission nationale des valeurs mobilières :
Une vraie ouverture ANDRÉ PRATTE
Et si la question de la Commission des valeurs
mobilières se trouvait surtout à nous offrir
une chance, voire une ultime chance d'illustrer notre
capacité à travailler ensemble dans le plus
grand intérêt de tous ?...
Commission
nationale des valeurs mobilières - L'Alberta est
prête à collaborer avec Ottawa
The big winner at Kananaskis: Little Canada
Commission
fédérale des valeurs mobilières - Un
exemple de souplesse et de coopération, plaide
Ottawa
Marchés
financiers: vive Toronto!
Projet
de
commission
unique
des
valeurs mobilières - L'argumentaire
fédéral manque singulièrement de
rigueur
Le projet fédéral critiqué en Cour
suprême
Projet
fédéral de commission de valeurs
mobilières - L'avis de la Cour suprême sera
déterminant
Valeurs
mobilières - Gare au cheval de Troie, dit un expert
Incompétence dans sa compétence
? - Éric Duhaime
COMMISSION UNIQUE DES VALEURS
MOBILIÈRES Ottawa passe aux actes
Le
pari risqué de Québec -
Sophie Cousineau
Québec a raison
- Benoît Pelletier
VEILLONS AU GRAIN - Daniel
Paillé
Harmonisation de la TPS : Une étude contredit
les propos de Harper
Et concernant la santé...
Ottawa et la santé
Référendum en Irlande, prise deux
Affamer le Bloc? -
ANDRÉ PRATTE
Trudeau, le meilleur... et l'un des pires
Qu'est-ce
qu'un Canadien?
Le
complexe
canadien
Le Canada ne serait-il donc qu'un régime autoritaire,
après tout ?
Mirror,
mirror on the wall, who’s most powerful of all? - NEIL REYNOLDS
Est-il toujours acceptable que le Canada soit ultimement
gouverné par le monarque d'un autre pays ?...
La colère et l’indifférence
Sovereignists,
federalists
alike
can
delight
in
royal
visit
Being
governed
by
Alfred’s
heirs
Why the monarchy (sigh) still survives in Canada - Jeffrey
Simpson
Visite
royale au royaume des indifférents
Comment se débarrasser de la monarchie?
Now
that
Canada's
Tory
blue,
Stephen
Harper's
rekindling
old
alliances
Un
thé
avec
Lord
Thomas
La fin d'un règne - Alain Dubuc
Le
modèle allemand au lieu de la reine
La
pertinence de la monarchie au coeur des débats
à Ottawa
Diminishing the Crown
La reine au Canada le 1er juillet ? - Hugo de
GrandPré
Une majorité de Canadiens souhaitent que la
monarchie disparaisse après la mort de la reine
En finir avec la monarchie
Où
sont les républicains canadiens? - Yves Boisvert
Une
foule bigarrée accueille le prince
La
binette du prince - Alain Dubuc
Un
comité d'accueil réclamera des excuses du
Prince Charles
Le
Canada
adoptera-t-il le prince Charles ? - Judith
LaChapelle
Le
prince Charles en campagne de charme
The royal visit is no
mere celebrity event - Globe editorial
L'héritage
contesté de Michaëlle Jean
We
need
elected
referees
Le PLC plaide pour prolonger le mandat de Michaëlle
Jean
Keep
the
Queen
and
choose
another
head
of
state
-
Globe
Essay
There
is
life
after
Rideau
Hall
-
Globe
Editorial
Michaëlle
Jean will be tough act to follow
The great GG debate
Y a-t-il donc un quelconque espoir pour ce qui est de
réformer le Sénat ?
Majority backs Harper’s plan for Senate elections and term
limits, poll finds
Being
governed
by
Alfred’s
heirs
Senate
reform
is
a
dumb
idea
past
its
time
If
Harper
can’t
hobble
or
kill
it,
NDP
hopes
to
bleed
the
Senate dry
Réforme
bancale
Electing
the
Senate:
worst
idea
in
the
history
of
the
planet
-
GERALD
CAPLAN
Real Senate reform? Don’t hold your breath - Jeffrey
Simpson
Et en passant, que ce passe-t-il donc dans le Rest Of Canada
?...
Photo
de famille canadienne - Chantal
Hébert
NDP’s
‘renewal’
is
going
nowhere
in
this
leadership
race
Le
Lévesque
de
Terre-
Neuve
Danny Williams: A proud Newfoundlander, walking the talk
Le
populiste
contre
l’ex-ministre
A
petition in need of inspection - Globe Editorial
The
Best
Place
on
Earth
includes
a
few
of
Canada’s
worst
Deux
Canadiens en lice pour le prix Nobel de la paix
...et notamment en Ontario ?
McGuinty proves father knows best
Hudak
Conservatives lose as progressives take Ontario - Gerald
Caplan
Mcguinty survit, Harper échoue
Un troisième mandat inespéré
L’Ontario
et
ses
budgets
d’horreur
McGuinty’s
got
some
more
explaining
to
do
Le
maire
de
Toronto
propose
un
programme
pragmatique
Great
news
in
Ontario
health
care
It's
inevitable:
Ontario
will
have
to
follow
Quebec's
lead
-
Jeffrey
Simpson
Ontario
lifted
Canada
up.
Now
it'll
drag
it
down
-
Jeffrey
Simpson
Ontario's
budget
will
just
delay
the
pain
-
Jeffrey
Simpson
Budget ontarien - L'autre modèle
... ou du côté de la riche Alberta ?...
Le déclin des rednecks
Fellow Albertans, there’s no ‘Get out of jail free’ card
L’Alberta,
machine
à
fabriquer
des
conservateurs
Touche
pas
à
mon
pétrole
Truck,
mon
ami
le
redneck
Le
professeur
What
does
Alberta
want
?
Terre-Neuve
La province « riche » veut rapatrier ses
enfants
UNE
NATION
EN
QUÊTE
DE
RESPECT
La
révolution
violette
de
Naheed
Nenshi
Le
créationnisme, une affaire d'Américains...
et d'Albertains
Plus
que
du
pétrole
-
ÉRIC BOYKO
Stelmach's
royalty reversal gives the opposition a boost
Alberta's
change
of
heart-
Editorial
The
Alberta
royalty
backtrack
Can
Albertans
redesign
their
own
economy?
Mass
resignations
deepen
Tory
riding
rift
En
bref - Déficit historique en Alberta
Et d'ailleurs, notre relative stagnation n'est-elle pas
d'autant plus mise en évidence, du moment que l'on se
compare à d'autres provinces qui semblent avoir quand
même plus de vent dans leurs voiles ?...
Secteur
spatial: le Québec loin derrière l'Ontario
Le Canada serait-il donc en train de virer à droite
?...
Tide of change about to roll through provinces
À quoi le gouvernement fédéral sert-il
donc, déjà ?...
Five reasons Ottawa is turning you off
|
LE DEVOIR
La
gifle
THE GAZETTE
Proud
Canadian: no longer an oxymoron
Nationalist
narcissism on a disgraceful scale
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
|
Meech, fondement d’un nouveau fédéralisme
La petite histoire de la « clause nonobstant » (3)
Charte
des droits et libertés de la personne du
Québec
FEDERAL TRANSFER PAYMENTS
Programme
de péréquation
|
|
CHAREST C. HARPER
La validité de l’engagement canadien au traité
de Copenhague pourra être contestée parce qu’il n’a
pas obtenu l’aval des provinces, prévient Jean Charest
après deux jours de bras de fer avec le gouvernement
Harper. Le premier ministre du Québec estime que la
signature du Canada sur l’éventuel accord international de
réduction des émissions de gaz à effet de
serre vaudra peu de choses, puisque le gouvernement Harper a
choisi d’ignorer la voix des provinces réclamant une cible
nationale plus ambitieuse. « À Copenhague, le
gouvernement fédéral a le pouvoir de signer des
traités, mais il n’a pas le pouvoir d’engager nos
gouvernements provinciaux dans nos domaines de compétences.
Ça, c’est la réalité canadienne, et c’est la
dure réalité », a dit le premier ministre, en
prenant la parole devant des membres du Réseau action
climat Canada. Dans une sortie en règle contre le
gouvernement Harper, M. Charest a soutenu que le respect des
compétences constitue le point de départ à
toute négociation du Canada sur la scène
internationale. « Le gouvernement fédéral ne
peut faire fi de cette réalité. Il doit savoir qu’en
élaborant sa position (sur les GES), il doit tenir compte
de ce que le Québec veut, et qu’à défaut de
le faire, il va se trouver bloqué dans la mise en oeuvre de
ses engagements. »
Charest et Prentice à couteaux
tirés - Rémi Nadeau
COPENHAGUE —
La tension a monté, hier, entre le premier ministre du
Québec, Jean Charest, et le ministre
fédéral de l’Environnement, Jim Prentice.
Jean
Charest, qui prenait la parole hier à Copenhague,
constate que le Canada se retrouve de plus en plus
isolé sur la question des GES.
Jean Charest a qualifié d’inacceptable le fait que le
gouvernement Harper n’écarte pas la possibilité
de fixer des objectifs environnementaux moins contraignants au
secteur pétrolier et gazier. M. Prentice a
contre-attaqué en laissant entendre que Jean Charest
était mal placé pour lui faire la leçon.
À la fin d’une j ournée mouvementée
à Copenhague, M. Prentice n’a pas nié que son
gouvernement envisage la possibilité de revoir à
la baisse les efforts de réduction d’émissions
de gaz à effet de serre imposés à
l’industrie du pétrole et du gaz, comme le soutient le
réseau anglais de Radio-Canada.
Réagissant aux informations
révélées par CBC, M. Charest avait
sommé plus tôt le gouvernement Harper de fournir
des explications.
«Je ne vois pas comment un citoyen canadien pourrait
accepter un scénario comme celui-là», a
lancé le premier ministre, qui craint que des avantages
consentis pour l’exploitation des sables bitumineux ne forcent
les autres économies canadiennes à de plus
grands sacrifices.
« On s’attend à ce que tout le monde fasse sa
part pour réduire les gaz à effet de serre. Ce
serait absurde de créer un système où
nous, en faisant des efforts supplémentaires, on se
trouve à donner une permission à d’autres de
continuer à produire des GES. »
Visiblement
agacé par les critiques répétées
du premier ministre, M. Prentice a répliqué en
affirmant que la cible canadienne de réduction des
émissions de gaz à effet de serre est aussi
ambitieuse que celle du Québec.
« Franchement, notre cible est aussi ambitieuse que ce
que n’importe qui d’autre a mis de l’avant. La cible
canadienne est la même que celle de la province »,
a-t-il déclaré hier.
L’objectif de réduction des émissions de GES du
Canada est de 20% sous les niveaux de 2006 en 2020, alors que
le Québec vise toujours l’objectif fixé par le
protocole de Kyoto, soit 20% de moins qu’en 1990.
Le ministre fédéral estime que cela revient au
même puisque, selon le dernier relevé
publié par Environnement Canada, le Québec
émettait autant et même plus de carbone en 2007
qu’en 1990, à 85 mégatonnes.
«Alors, au Québec, que l’on réduise les
émissions de 20% par rapport aux émissions
d’aujourd’hui ou de 20% par rapport à 1990, on parle
exactement de la même cible, du même degré
d’ambition», a-t-il argué.
M. Charest soutient pour sa part que le Canada se retrouve de
plus en plus isolé sur la question des GES en
défendant une cible équivalant à une
réduction de 3% sous les taux de 1990.
« Le gouvernement fédéral se trouve dans
une position où, même à l’intérieur
du Canada, il est minoritaire dans sa perspective », a
affirmé M. Charest, répétant que le
Canada devait « aller plus loin » et «
cesser de suivre la politique des Américains ».
Vers une réconciliation nationale
- GROUPE AVENIR QUÉBEC
Il faut cesser
de menacer le reste du pays d’un référendum sans
issue
Ce texte est extrait du rapport de Groupe Avenir
Québec, publié la semaine dernière par
plusieurs personnalités, dont le cofondateur de
l’Action démocratique du Québec, Jean Allaire,
et l’ancien président du Mouvement Desjardins, Claude
Béland. On peut trouver le texte intégral du
rapport à l’adresse
PHOTO DAVID BOILY, ARCHVES LA
PRESSE
Le cofondateur de l’ADQ, Jean
Dallaire, du Groupe Avenir Québec.
. À la l u m ière de tous les
éléments qui u nissent les Q
uébécois au x aut res Canadiens, il faut ajouter
l’importance de protéger l’intégrité
territoriale non seulement du Canada, mais de l’ensemble
nord-américain, ce qui renforce encore plus la
théorie de la réconciliation nationale
proposée par le Groupe Avenir Québec.
Pour des raisons économiques et stratégiques, ce
qui nous unit doit primer sur ce qui nous divise pour le bien
de notre mode de vie, de nos valeurs et surtout de notre
puissance économique liée à notre
proximité avec les ÉtatsUnis. Nulle part
ailleurs dans le monde n’existe-t-il un tel avantage nous
permettant de bénéficier de la puissance
économique et stratégique des États-Unis,
de son marché inépuisable, mais aussi d’une
réputation de social-démoc rate
extrêmement enviée de par le monde et même
prisée pa r les A méricains eux-mêmes.
En réglant une fois pour toutes nos différends
constitutionnels et en cessant de nous voir comme une
entité isolée dans sa bulle, nous pourrons enfin
profiter de nos avantages stratégiques et, qui plus
est, nous réaliser comme nation en offrant au monde la
seule vraie alternative bilingue, stable,
sociale-démocrate possédant le plus grand
potentiel énergétique en Amérique du Nord
grâce à un écosystème et une
géographie unique qui peut assurer la
prospérité économique de n’importe quel
projet d’investissement et de développement.
Quant à la Constitution de 1982, qui inclut la Charte
canadienne des droits et libertés, beaucoup de penseurs
et de commentateurs politiques sont d’avis que certains de ses
articles constituent une menace pour la survie du
Québec, de sa culture, en particulier le
multiculturalisme et ses articles sur la langue.
Un bon nombre de jugements de la Cour Suprême du Canada
sont venus d’ailleurs confirmer une telle opinion.
De tout ce qui
est mentionné ci-haut, nous tirons les conclusions
suivantes : 1-Les discussions et querelles sur le
fédéralisme et la souveraineté ne sont
plus d’actualité pour un avenir prévisible; 2-Il
est à peu près impossible d’amender la
Constitution canadienne; 3-Nous allons donc continuer à
vivre ensemble, les Québécois étant
soumis à une constitution refusée par tous les
partis politiques représentés à
l’Assemblée nationale, mais ladite Constitution
canadienne s’applique quand même au Québec et a
préséance sur toutes ses lois; 4-S’il en est
ainsi, il faut trouver des moyens pragmatiques et
légaux de vivre ensemble paisiblement et
démocratiquement. Nous sommes d’opinion qu’en ce
moment, seules des ententes administratives sont envisageables
entre Ottawa et Québec, mais pourraient, par leur
réussite, prouver à tous qu’il est possible
d’amender la Constitution en se basant sur ces ententes
administratives; 5-Il faudra cependant que des concessions
soient faites de part et d’autre, et la signature d’ententes
ad ministratives n’empêchera pas le Québec de
revendiquer vigoureusement les pouvoirs qui lui sont
nécessaires pour son développement et sa survie.
Refaire les ponts
Signer des ententes administratives avec Ottawa ne fera pas en
sorte que le Québec ait de meilleures relations avec
les autres provinces du Canada si nous ne trouvons pas le
moyen de développer des relations plus amicales.
À cet effet, le gouvernement du Québec, les
partis politiques, les associations de gens d’affaires, les
chambres de commerce et les citoyens, à titre
individuel, devront adopter des mesures appropriées
pour que jamais la théorie de la chaise vide dans les
organisations canadiennes ne soit appliquée. En
d’autres termes, il faut être partout, dans toutes les
organisations du pays, et tisser ou retisser les liens avec
tous les centres de décisions canadiens.
I l faud ra ex pliquer que l’autonomie du Québec, telle
que soutenue par tous les premiers ministres du Québec
sans exception jusqu’à ce jour, n’est pas une menace
pour les autres provinces, mais qu’au contraire, elle peut
également les servir.
Il faudra cesser de menacer le reste du pays d’un
référendum sans issue.
D’ailleurs, il est significatif de constater que plusieurs
autres provinces canadiennes parlent de plus en plus
d’autonomie comme le Québec à mesure que les
revenus provenant de leurs richesses naturelles augmentent
(TerreN e uve , N ouvel le - É c o s s e , Saskatchewa
n , A lberta et Colombie-Britannique). (...)
Respecter la volonté de la population
(...) Il
faudra que nos démarches ne puissent jamais
être interprétées comme une marche vers
l’autonomie complète ou la sécession.
Il faudra aussi expliquer que ce que les
Québécois entendent par société
« distincte » ou « unique » ne veut
rien enlever aux autres provinces. Au contraire. Si un
pouvoir nécessaire à la survie du
Québec lui est redonné, il devrait être
offert également au x autres provinces, qui
l’administreraient par ellesmêmes, ou confieraient
cette administration au gouvernement fédéral.
En fait, ceci expliciterait que les provinces sont toutes
égales dans le traitement qu’elles reçoivent.
Si le peuple
québécois veut prendre des décisions
différentes dans le futur, il le fera savoir par ses
réactions et ses demandes dans ce sens.
L e mot démocratie, qui vient des mots grecs «
demos » et « kratein », qui signifient
« peuple » et « commander », prendra
tout son sens. Il faut aussi respecter la population dans
ses opinions et ses désirs.
D’une façon très résumée, mais
très juste, le professeur Guy Laforest de
l’Université Laval a résumé la
situation en ces termes : « Il faut… trouver un
cheminement intelligent parmi plusieurs options partisanes
vers la réconciliation des projets nationaux
québécois et canadien » …
« Si le Québec est dans le Canada pour y
rester, alors beaucoup de Québécois devront
réapprendre aussi à être des Canadiens,
et donc à dire « nous » avec les autres
Canadiens, tout en continuant à dire « nous
» avec tous les autres Québécois.
»
RETISSER LES LIENS - JOCELYIN COULON
Le
fédéralisme est perçu de manière
favorable par les Québécois, mais il suscite
toujours des craintes
Il est temps de parler du fédéralisme comme d’une
manière de vivre, de cohabiter, de grandir et de se
développer avec d’autres sans perdre pour autant son
identité propre.
D ans un beau livre publié il y a quelques années
et intitulé Que veulent vraiment les
Québécois ?, l’historien Jocelyn Létourneau
écrit que « le projet politique qui a la vie la
plus dure au Québec n’est pas celui de la
souveraineté, mais plutôt celui qui promet ou qui
promeut un accommodement honorable de la cause
québécoise à l’intérieur de la
fédération canadienne ». Si, comme je le
crois, cette thèse a toujours été vraie,
alors le moment est venu pour les fédéralistes
québécois d’occuper leur place dans le
débat public sur notre gouvernance politique,
débat essentiellement défini et balisé par
les indépendantistes depuis plus d’une décennie.
PHOTO: DAVID BOILY, ARCHIVES LA
PRESSE
Le moment est venu pour les
fédéralistes d’occuper leur place dans le
débat public sur la gouvernance politique, débat
essentiellement défini et balisé par les
indépendantistes depuis plus d’une décennie.
Je n’ignore pas la difficulté de l’entreprise. Le
fédéralisme canadien a mauvaise presse et pas
seulement à cause du scandale des commandites.
L’offensive du fédéral pour s’accaparer de
parcelles de pouvoir afin de construire ou de solidifier une
identité nationale au détriment des régions
ou des provinces a fini par fractionner le pays et donner
naissance à de puissants partis régionaux dont
l’existence s’explique davantage par le ressentiment qu’ils
cultivent que par le projet qu’ils portent. À
Québec, le feu a été Directeur d’un centre
de recherche à l’Université de Montréal,
l’auteur est membre fondateur de L’Idée
fédérale, le Réseau québécois
de réflexion sur le fédéralisme. entretenu,
parfois sciemment. Inutile toutefois de s’appesantir sur cette
histoire et de la raconter une énième fois. Elle a
son credo, ses apôtres et ses exégètes dans
les deux camps.
Il est
plutôt temps de parler du fédéralisme comme
d’une manière de vivre, de cohabiter, de grandir et de se
développer avec d’autres sans perdre pour autant son
identité propre. À cet égard, le
fédéralisme canadien sert bien les
Québécois. Peuple mature, debout, les yeux ouverts
et prenant sa place ici comme ailleurs, les
Québécois l’ont compris depuis longtemps : contre
vents et marées, dans les grandeurs comme dans les
misères, ils font de leur attachement au Canada une
affaire, d’abord et avant tout, de raison. Le coeur y est aussi,
mais il ne battra jamais aussi rapidement que pour le
Québec. Il faut vivre avec cette donne.
Retisser le lien entre le fédéralisme et les
Québécois, avec les francophones en fait, n’a rien
d’une cause perdue, comme l’indique le sondage publié
vendredi par L’Idée fédérale. Le
fédéralisme est perçu de manière
favorable, mais il suscite toujours des craintes. En effet, sur
le plan politique, c’est un système en constante
évolution, donc, à cet égard, un projet
inachevé, un mouvement perpétuel nécessa i
rement i nstable , frustrant et intimidant. Sur le plan
identitaire, il appelle à des allégeances
multiples, à des références culturelles
plurielles.
Ce caractère remuant et insaisissable est un
véritable défi : certains craignent d’y perdre
leur âme, d’autres, au contraire, ne sont pas loin de
penser qu’il favorise indûment le local au
détriment du national, qu’il donne des ailes aux forces
centrifuges. C’est un risque. Il vaut la peine d’être
pris. C’est pour cela qu’il faut l’expliquer, sans cesse, dans
un travail quotidien, mille fois recommencé.
Fêter le Canada? ANDRÉ PRATTE
Ici,
l’adhésion au projet canadien est plus rationnelle
qu’émotive.
Dans le texte que nous publions ci-contre, le ministre
fédéralChristian Paradis souligne que « le
1er juillet est une journée où les
Québécois et les Canadiens de toutes origines
peuvent se rassembler pour souligner le grand pays que nos
ancêtres nous ont légué ». Nous
partageons cet enthousiasme. Il ne doit toutefois pas nous
aveugler. En réalité, relativement peu de
Québécois francophones célébreront
la fête du Canada.
Un sondage Léger Marketing publié par le Journal
de Montréal indique que 32% des Québécois
(24% des francophones) fêteront le Canada demain. Cela
fait certes deux millions de personnes. Mais c’est beaucoup
moins que les 48% de Québécois (56% chez les
francophones) qui ont marqué d’une manière ou
d’une autre la Fête nationale la semaine dernière.
À quoi attribuer cette indifférence relative
à la fête du Canada? Les gens qui se
préoccupent de l’avenir du pays devraient-ils s’en
inquiéter?
Il faut
d’abord noter que le phénomène n’est pas
nouveau. Un sondage réalisé par CROP en 1992
arrivait aux mêmes résultats. Les
Québécois francophones sont depuis toujours plus
attachés à leur province, à leur nation
qu’à l’ensemble canadien. Les Canadiens français
qui ont défendu le projet confédératif au
XIXe siècle ne s’attendaient pas à autre chose,
même s’ils parlaient de créer une «
nouvelle nationalité politique ». Écoutons
Sir HectorLouis Langevin, un des Pères de la
Confédération: « Ce que nous souhaitons,
c’est défendre les intérêts
généraux d’un grand pays et d’une puissante
nation, au moyen d’un pouvoir central. D’un autre
côté, nous ne voulons pas faire disparaître
nos différentes coutumes, nos moeurs, nos lois; au
contraire, c’est là précisément ce que
nous désirons le plus protéger par la
confédération. »
Il est vrai qu’au fil des décennies, la nouvelle
nationalité a creusé des racines plus profondes
dans les provinces à majorité anglophone. Les
Québécois se sentent bel et bien Canadiens ;
selon un sondage CROP réalisé pour le
réseau L’Idée fédérale, seulement
13% des Québécois ne s’identifient pas du tout
comme Canadiens. Cependant, pour la majorité des
francophones, l’attachement au Québec est bien plus
fort que leur sentiment d’appartenance au Canada. Ici,
l’adhésion au projet canadien est plus rationnelle
qu’émotive. Aux yeux de certains
fédéralistes, cela rend cette adhésion
plus fragile. Sans doute. Toutefois, les tentatives
passées de stimuler le patriotisme canadien de la
population québécoise ont échoué,
quand elles n’ont pas eu des effets néfastes (voir les
commandites...). L’émotion nationale ne se commande
pas. Il n’est pas certain qu’elle puisse se gagner.
Il reste que la Confédération aura 142 ans
demain et que les Québécois pensent, encore
aujourd’hui, y trouver leur compte. La raison ne fait
peut-être pas une fête forte, mais elle peut faire
un pays solide.
L’idée fédérale - ANDRÉ PRATTE
Si une
majorité des Québécois s’opposent à
l’indépendance, leur adhésion à la
fédération paraît fragile.
Au Québec, le mot « fédéralisme
» a une connotation négative. Même si, selon
les sondages, 60% des Québécois voteraient non
à un référendum sur la souveraineté,
peu d’entre eux se définissent ouvertement comme «
fédéralistes ». Le fédéralisme
est associé par plusieurs à un gouvernement
fédéral centralisateur, à la
déception engendrée par de pénibles
épisodes de notre histoire politique, au scandale des
commandites, etc.
On a fini par oublier que le fédéralisme est
fondé sur des valeurs et des principes nobles. Tout comme
l’indépendance, le fédéralisme est un
idéal. Sa réalisation concrète est
évidemment pleine d’imperfections. Il arrive que le
fédéralisme échoue dans son oeuvre de
coexistence de communautés distinctes (pensons à
la Belgique) ; le projet n’est pas disqualifié pour
autant. Et il continue de séduire: le Royaume-Uni et
l’Italie ont adopté plusieurs caractéristiques
d’une gouvernance fédérale au cours des
dernières années.
C’est avec cet idéal à l’esprit qu’une
cinquantaine de personnes se sont réunies hier matin
à Montréal pour fonder L’Idée
fédérale, un réseau québécois
de réflexion sur le fédéralisme. (L’auteur
de ces lignes est parmi les initiateurs du projet.)
L’Idée fédérale est un réseau non
partisan regroupant des gens de divers milieux et
allégeances qui croient aux principes du
fédéralisme, notamment comme système de
gouvernement au Canada. Le groupe cherchera à stimuler la
réflexion et les échanges entre ces personnes, par
exemple en publiant des études et en organisant des
conférences.
Le réseau a dévoilé les résultats
d’un sondage CROP sur la perception qu’ont les
Québécois du fédéralisme.
Réalisée en avril, l’enquête
révèle que les Québécois
perçoivent favorablement certains aspects du principe
fédéral et de sa mise en oeuvre au Canada. Par
exemple:
› 60% des répondants sont d’accord avec
l’énoncé suivant lequel « dans une
fédération, l’existence de deux paliers de
gouvernement – fédéral et provincial – permet aux
citoyens (...) de profiter de la concurrence entre les deux
paliers » ;
› 67% des Québécois interrogés estiment
que « le fédéralisme permet aux
Québécois de bénéficier des avantages
de l’appartenance à un plus grand ensemble tout en
préservant leur spécificité culturelle
».
Par contre, à certains égards, leur vision du
système fédéral s’apparente à celle
des indépendantistes. Ainsi:
› Les trois quarts des participants pensent que « dans une
fédération, l’existence de deux paliers de
gouvernement provoque des inefficacités et des
dédoublements » ;
› 48% des Québécois sont convaincus que le
gouvernement du Canada est « surtout au service des
Canadiens anglais ».
Ceux qui croient que le Québec est mieux à
même de se développer au sein de la
fédération canadienne ne peuvent donc pas se reposer
sur leurs lauriers. Si aujourd’hui une majorité des
Québécois s’oppose à l’indépendance,
son adhésion à la fédération
canadienne paraît fragile.
Le débat se poursuivra bien sûr au niveau politique;
le réseau L’Idée fédérale se tiendra
loin de ces luttes partisanes. Toutefois, il espère faire
oeuvre utile en offrant aux fédéralistes
québécois un lieu de discussion sur les principes,
l’évolution et les défis du
fédéralisme, au Canada et dans le monde.
L'ambiguïté : un ingrédient central de la
confédération - Herman Bakvis
Un ingrédient important - Herman
Bakvis
L’ambiguïté
assure la stabilité à la
fédération canadienne, mais des règles de
décision plus claires sont souhaitables
L’auteur enseigne l’administration publique à
l’Université de Victoria. Avec Gerald Baier et Douglas
Brown, il est coauteur du livre « Contested Federalism:
Certainty and Ambiguity in the Canadian Federation »,
publié récemment aux éditions Oxford
University Press.
Un des débats les plus intéressants au sujet de
l’avenir de la fédération canadienne concerne la
place relative qu’y tiennent l’ambiguïté et la
clarté.
Certains politicologues se désolent, quand ils
comparent notre pays à d’autres
fédérations, de la nature changeante de nos
institutions intergouvernementales et de l’absence relative de
règles de décision officielles pour
résoudre les désaccords entre les
différents gouvernements. On cite souvent en exemple
l’Union européenne et l’Australie où il existe
une procédure régularisée ainsi que des
organismes intergouvernementaux bien implantés.
Les professeurs Martin Papillon et Richard Simeon soutiennent
qu’au Canada, les relations intergouvernementales ne sont pas
assez institutionnalisées et que l’improvisation y a
une trop grande part. Ils constatent qu’ici, le principal
organisme responsable de régler les différends,
la Conférence des premiers ministres qui regroupe les
premiers ministres provinciaux, les chefs des territoires et
le premier ministre du pays, constitue le « maillon
faible » : ses rencontres sont rares, n’ont pas lieu sur
une base régulière et ne
bénéficient d’aucun soutien institutionnel, ce
qui les rend inaptes à rendre des décisions
officielles.
D’autres spécialistes, par contre, considèrent
que cette ambiguïté et l’absence de règles
de décision explicites pourraient avoir un effet
bénéfique. Ainsi, les accords
intergouvernementaux et les règles qui régissent
les institutions fédérales sont souvent
rédigés de façon ambiguë afin
d’éviter d’alimenter les conflits quand vient le temps
de traiter de sujets délicats.
Un bon exemple
de cette situation, c’est la motion adoptée en 2006
reconnaissant que les Québécois forment «
une nation au sein d’un Canada uni ». On peut
interpréter de toutes sortes de façons les
termes « nation » et «
Québécois ». Pour les nationalistes
québécois, le terme « nation » peut
signifier un État reconnu par les lois internationales
alors que d’autres verront plutôt ce terme d’un point de
vue sociologique.
Même le Renvoi relatif à la sécession du
Québec de la Cour suprême et la Loi sur la
clarté référendaire, que les
fédéralistes considèrent comme
d’excellentes mesures qui imposent des règles au
débat sur la séparation, sont en fait
délicieusement absurdes. La Cour suprême n’a pas
pris la peine de spécifier ce qu’elle entendait par
majorité « claire » et question
référendaire « claire ». Quel
pourcentage serait suffisant? Est-ce qu’on demande 53%, 60%?
Grâce à l’ambiguïté, des sujets
explosifs ne sont pas discutés sur la place publique.
Elle permet la conclusion d’ententes complexes qui peuvent
donner lieu à toutes sortes d’interprétations.
Lorsque utilisée de façon créative, elle
permet au système fédéral de naviguer sur
des eaux relativement stables.
Et pourtant, cette façon de recourir à
l’ambiguïté n’est pas sans conséquences.
Par exemple, dans de nombreux domaines, la règle de
décision par défaut est le consensus ou
l’unanimité. Il en résulte souvent des impasses
qui finissent par créer un vide décisionnel. Si
Ottawa considère une situation comme suffisamment
sérieuse, le système, auparavant
décentralisé, devient du jour au lendemain
très centralisé. Ce sont alors des
décisions unilatérales du gouvernement
fédéral qui remplissent le vide. Dans certains
cas, ces décisions unilatérales sont le reflet
d’un consensus tacite entre les différents
gouvernements, même si personne ne voudrait l’admettre.
Dans d’autres cas, toutefois, elles peuvent avantager
nettement une partie du pays. De tels gestes de la part du
gouvernement central sont alors considérés comme
arbitraires, et les gouvernements des provinces ou territoires
qui se sentent brimés les déclarent
illégitimes. À plus long terme, l’immobilisme et
les actions unilatérales du gouvernement central qui en
découlent vont exacerber le conflit
fédéralprovincial et mener vers une
centralisation du pouvoir.
L’ambiguïté a un rôle à jouer, plus
particulièrement quand des questions d’ordre
constitutionnel sont en jeu. Il y a peu de chance qu’on trouve
un jour une solution qui puisse remplacer l’unanimité
de fait pour tout changement important à la
Constitution. Cependant, dans d’autres domaines – le commerce
interprovincial, la mobilité de la main-d’oeuvre, la
réglementation des valeurs mobilières ou le
réchauffement de la planète, entre autres –, des
règles de décision officielles seraient
souhaitables.
En
bref, si l’ambiguïté est un ingrédient
important du fédéralisme canadien, il serait
peut-être temps de transformer le système de
façon à ce que la clarté y tienne une
plus grande place.
Une majorité de Canadiens pour l’abolition
de la monarchie
— Soixante-cinq
pour cent des Canadiens souhaitent que le Canada cesse
d’être une monarchie constitutionnel le après le
règne d’Élisabeth II, indique un sondage
publié hier à l’occasion du 142e anniversaire du
Canada.
« Nous avons été surpris par l’ampleur du
désir de couper les liens avec la monarchie », a
déclaré Peter Donolo de l’institut Strategic
Counsel, qui a réalisé l’étude pour le
quotidien Globe and Mail et la chaîne de
télévision CTV.
C’est au Québec que l’opposition à la monarchie
est la plus élevée (86%), tandis que la province
voisine de l’Ontario affiche le plus faible taux d’opposition,
avec 58%.
Le Canada est une démocratie parlementaire, mais aussi une
monarchie constitutionnelle. La reine Élisabeth II est le
chef d’État en titre du Canada.
Le sondage révèle également que pour 90% des
personnes interrogées, le Canada est « le meilleur
pays au monde ». Et elles sont 85% à penser que les
Canadiens sont « fondamentalement différents des
Américains ».
De fierté et de poutine ANDRÉ PRATTE
Pas moins de 78%
des Québécois estiment que le Canada est le
meilleur pays du monde.
Le Globe and Mail et CTV ont publié hier les
résultats d’un imposant sondage réalisé par
la firme Strategic Counsel. Ceuxqui souhaitent la poursuite du
projet canadien y trouveront matière à se
rassurer, mais aussi quelques motifs d’inquiétude.
La donnée la plus frappante est celle-ci: quand on
demande aux Canadiens s’ils approuvent ou non
l’énoncé « Le Canada est le meilleur pays du
monde », neuf sur 10 se disent d’accord. Pas moins de 78%
des Québécois sont tout à fait d’accord
(30%) ou plutôt d’accord (48%) pour dire que le Canada est
le meilleur pays du monde. Dans une province où l’on ne
cesse de dénigrer le fédéralisme, Ottawa et
les Canadiens anglais, c’est une statistique franchement
étonnante. Ce pourcentage élevé
révèle un paradoxe: bon nombre
d’indépendantistes croient que le Canada est le meilleur
pays sur Terre.
Dans les autres provinces, la fierté est à son
comble: 93% des Canadiens hors-Québec affirment que leur
pays est le meilleur du monde. Une telle attitude frise
l’arrogance; or, l’arrogance nationaliste n’est pas sans
risques. Que le Canada soit un pays où il fait
très bon vivre et que la Confédération soit
fondée sur des principes nobles, certes. Mais le meilleur
pays du monde? Cette fierté exacerbée explique
sans doute que 62% des Canadiens hors-Québec affichent un
unifolié sur leurs bagages lorsqu’ils voyagent (seulement
22% des Québécois font de même).
SixCanadienssur10sontconvaincus que le Québec ne se
séparera jamais du reste du pays; c’est ce que pensent
aussi 61% des Québécois. Comme leurs concitoyens
des autres provinces, les Québécois pensent
majoritairement qu’au-delà de leur diversité, les
Canadiens partagent les mêmes valeurs.
Par contre,
la plupart des répondants (61%) estiment que la
fédération est moins unie aujourd’hui que dans
le temps de leurs parents. Toute cette fierté cache
donc un malaise, et ce malaise est présent dans toutes
les régions du pays.
On constate aussi que la barrière linguistique ne s’est
pas estompée. La moitié des
Québécois estiment maîtriser plus ou moins
les deux langues officielles du pays; c’est le cas d’à
peine un Canadien hors-Québec sur 10. Presque huit
Québécois sur 10 jugent important que les
Canadiens parlent anglais et français tandis
qu’ailleurs au pays, la proportion est deux fois moindre.
Difficile de mieux connaître l’autre quand on ne parle
pas ni même souhaite parler sa langue...
L’enquête Globe and Mail-CVTStrategic Counsel montre
aussi que si 67% des autres Canadiens ont déjà
visité le Québec, les Québécois,
eux, n’ont rien vu de leur pays sauf les deux provinces
voisines, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick. Seulement 16% des
Québécois interrogés se sont
déjà rendus en Alberta, et seulement 18% ont vu
la Colombie-Britannique. Difficile de mieux connaître
l’autre quand on ne va pas à sa rencontre...
Cela dit, si les Québécois et les autres
Canadiens se connaissent peu, ils partagent plusieurs
expériences communes. Notamment, les trois quarts
d’entre eux, quelle que soit leur province de
résidence, ont déjà... mangé de la
poutine. Cependant, on ignore s’ils ont aimé ou pas.
LES ACTIVITÉS DE LA FÊTE DU CANADA Un
déferlement rouge et blanc
De la
Colombie-Britannique à Terre-Neuve, les Canadiens de
partout au pays ont souligné hier le 142e anniversaire de
la Confédération. Tandis que le gratin politique
était réuni sur la colline parlementaire, à
Ottawa, le
« Pour nous, souligner le 1er juillet est un devoir, a dit
Ahmed Fellahi, originaire du Maroc. Et en plus, c’est un devoir
agréable ! »
« Le Canada nous a accueillis. Et aujourd’hui, c’est notre
devoir de lui rendre hommage pour le service qu’il nous a rendu.
»
En plus
des activités dans le Vieux-Port, où le rouge et
blanc était omniprésent, les Montréalais
ont eu droit en matinée au traditionnel
défilé de la fête du Canada au
centre-ville.
Rencontrée hier après-midi au Vieux-Port de
Montréal, Mouna Riblaoui prenait part aux
festivités entourant la fête du Canada. La
mère de famille célèbre le 1er juillet
chaque année depuis 1995, année où elle a
quitté le Maroc pour s’installer à
Montréal.
« En plus d’être agréable, cette
cérémonie, tout comme la SaintJean-Baptiste,
permet à mes enfants de mieux connaître leur pays
», a ajouté Mme Riblaoui, qui aidait son fils de 20
mois à sautiller sur les jeux gonflables.
Comme Mouna Riblaou i , des milliers de Québécois
ont convergé hier sur le quai du Vieux-Port pour
participer aux festivités du 142e anniversaire de la
Confédération. La foule était
composée en grande partie de nouveaux arrivants, fiers de
célébrer leur pays d’adoption. Et heureux
d’assister au défilé militaire, aux coups de
canon, aux compétitions sportives et aux diverses
activités organisées toute la journée.
« Pour nous, soul igner le 1er juillet est un devoir, a
dit Ahmed Fellahi, également originaire du Maroc. Et en
plus, c’est un devoir agréable! » Avec sa femme et
ses trois enfants, il regardait d’un air amusé une
compétition de wakeboard sur des immenses piscines
aménagées sur le quai.
Un peu plus loin, Mama Bokoum, originaire de la Guinée,
portait un foulard et une tunique africaine rouge et blanc en
l’honneur du drapeau canadien. Tout sourire, la dame exprimait
son amour pour sa terre d’accueil. « C’est un pays calme,
prospère, où les enfants peuvent recevoir une
bonne éducation et où l’on peut s’exprimer
librement », a-t-elle dit.
En plus des activités dans le Vieux-Port, les
Montréalais ont eu droit en matinée au
défilé de la fête du Canada au centre-ville.
Vingt-cinq chars allégoriques et cinq corps de musique
ont participé au défilé, qui a pris fin
à la Place du Canada.
En fin de soirée, une foule principalement
composée de jeunes s’est massée devant le
marché Bonsecours pour assister à un spectacle
audiovisuel sur deux scènes sur le bassin duVieux-Port.
Feux d’artifice à basse altitude, jeux d’eau et de
lumière, musique de Lulu Hughes; les fêtards ont
dansé jusqu’en fin de soirée.
Pendant ce temps à Ottawa...
La cérémonie officielle de la fête du Canada a
eu lieu à Ottawa en présence du premier ministre,
Stephen Harper, et de la gouverneure générale,
Michaëlle Jean.
La capitale avait des airs de fourmilière alors que plus de
350 000 personnes ont investi les rues d’Ottawa et de Gatineau. La
météo incertaine n’a pas découragé la
foule, en grande partie habillée, coiffée ou encore
tatouée de rouge et de blanc, d’envahir les rues.
Les festivités ont été lancées
dès 9h par le défilé. On a ensuite
hissé le drapeau et la traditionnelle relève de la
garde a suivi, devant le parlement. Michaëlle Jean et Stephen
Harper se sont adressés à la foule, avant le passage
spectaculaire d’escadrons de Snowbirds et de pilotes de CF-18.
« L’année prochaine sera spéciale pour les
Canadiens. Les yeux du monde seront tournés vers nous au
moment où nous accueillerons les Jeux olympiques et
paralympiques de Vancouver et présenterons au monde ce que
le Canada a de mieux à offrir », a
déclaré le premier ministre sous les
applaudissements de dizaines de milliers de personnes.

Les Jeux olympiques de Vancouver, qui se déroulent du 12 au
28 février prochains étaient au centre des
célébrations de la Fête du Canada cette
année dans la capitale. Sarah McLachlan, Marie-Mai et Les
Respectables ont entre autres interprété quelques
chansons pour la foule.
Une bonne idée - BILL CLINTON
Extrait du
discours prononcé par le président Bill Clinton,
le 8 octobre 1999, lors de la conférence internationale
sur le fédéralisme, à Mont-Tremblant. Je
crois personnellement que vous verrez de plus en plus de
fédéralisme au cours des prochaines
années. J’en veux pour exemple l’Union
européenne. C’est vraiment là une nouvelle forme
de fédéralisme, où les États – les
pays d’Europe – demeurent de loin plus importants et plus
forts que le gouvernement fédéral, mais donnent
à ce dernier suffisamment de pouvoirs pour qu’il
renforce leurs intérêts mutuels dans une
économie intégrée et, dans certaines
circonstances, dans des politiques intégrées.
(...) Cela ne veut pas dire que ceux qui ont voté pour
l’indépendance du Timor oriental ont commis une erreur.
Si vous regardez ce qu’ont dû subir les habitants du
Timor oriental; si vous regardez l’héritage colonial
qui existe là-bas; si vous regardez le fait que les
Indonésiens leur ont donné la chance de voter,
qu’ils ont accepté de le faire, et que presque 80%
d’entre eux ont voté pour l’indépendance, cela
me semble correspondre à une bonne décision.
Mais ne soyons pas naïfs au point de croire que la route
sera facile pour ce peuple en particulier. Même si nous
parvenons à les soutenir économiquement, comme
certains d’entre nous tentent de le faire; même si nous
parvenons à empêcher les milices
intégrationnistes d’opprimer les gens et même si
nous réussissons à rapatrier sains et saufs tous
les habitants du Timor oriental, le fait est qu’ils totalisent
moins d’un million d’âmes avec un revenu par habitant
parmi les plus pauvres de la Terre, luttant pour faire
survivre leurs enfants dans un environnement qui n’est pas
exactement hospitalier. Ont-ils eu tort, par
conséquent? Non. Dans les circonstances auxquelles ils
faisaient face, c’était probablement la seule issue
possible. Mais ne pensez-vous pas qu’il aurait
été mieux pour eux de pouvoir fonder leur
autonomie au plan religieux, culturel, ethnique et
économique ainsi qu’un véritable gouvernement
dans le cadre d’une plus grande entité qui les aurait
soutenus économiquement? Et renforcer leur
sécurité au lieu de la miner constamment? Cela
ne s’est malheureusement pas produit; c’est triste.
(...) Or,
j’estime qu’au cours du XXe siècle, nous avons
gaspillé énormément d’énergie
à minimiser les perspectives du
fédéralisme. Nous avons été si
souvent traumatisés par des attaques sur des individus
en raison de leurs caractéristiques tribales, raciales
ou religieuses, que nous tendons immédiatement à
penser que la seule réponse est de leur accorder
l’indépendance.
Mais il faut penser à long terme, à la
façon dont nous cohabiterons quand les canons se
tairont, quand la fumée se dissipera. En conclusion, je
ne puis dire que ceci : je pense que les ÉtatsUnis et
le Canada sont parmi les pays les plus chanceux du monde parce
que nous bénéficions d’une grande
diversité dans notre population, laquelle est parfois
concentrée, comme les Inuits du Grand Nord, parfois
largement dispersée dans un même secteur, comme
l’est Vancouver.
Nous avons de la chance parce que la vie est plus
intéressante et amusante quand il y a des personnes
différentes qui voient les choses différemment
et pensent différemment, et trouvent leur chemin vers
Dieu différemment. Oui, nous vivons à une
époque des plus intéressantes. Et parce que nous
grandissons et apprenons chaque fois que nous rencontrons des
personnes qui sont différentes de nous, et qu’au lieu
de les regarder avec crainte, haine ou manque
d’humanité, nous les regardons et voyons en elles un
miroir de nousmêmes et de notre humanité commune.
Je pense que si nous recherchons sincèrement ce qui est
le plus susceptible de faire avancer notre humanité
commune dans un monde qui rapetisse et ce qui constitue un
type de gouvernement capable de nous donner le meilleur des
mondes, l’intégrité dont nous avons besoin,
l’autonomie que nous recherchons, la réalisation de
nous-mêmes (sans prétendre que nous pouvons
couper notre cordon ombilical avec le reste de
l’humanité), je pense que de plus en plus et plus de
personnes admettront que ce fédéralisme dont
nous parlons n’est pas, après tout, une si mauvaise
idée.
Une expansion phénoménale - Georges
Anderson
La
démocratisation a contribué à la
naissance de fédérations
Il y a 10 ans cette semaine que des
délégués de quelque 50 pays se sont
réunis à Mont-Tremblant dans le cadre de la
première conférence internationale sur le
fédéralisme. À cette occasion, nous avons
demandé à George Anderson, président du
Forum des fédérations, une organisation
appuyée par neuf pays fédéraux, de faire
le point sur l’évolution du fédéralisme
dans le monde. Nous reproduisons aussi dans cette page un
extrait du discours qu’avait prononcé à
Mont-Tremblant le président des États-Unis, Bill
Clinton.
La conférence de MontTremblant sur le
fédéralisme (octobre 1999) est surtout connue
pour le discours remarquable de Bill Clinton. Plusieurs ont
été aussi étonnés que tant
d’intérêt soit porté au
fédéralisme, n’étant pas conscients que
40% des peuples du monde résident dans plus de 25
fédérations.
Il n’existait que quatre fédérations
fonctionnelles à la fin de la Seconde Guerre mondiale :
les États-Unis, la Suisse, le Canada et l’Australie. Au
nombre des pays fédéraux ou quasi
fédéraux s’ajoutent aujourd’hui, en Europe,
l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, la Russie et
même l’Italie; le Mexique, le Brésil et
l’Argentine en Amérique latine ; l’Inde, la Malaisie et
le Pakistan en Asie ; et le Nigeria, l’Éthiopie et
l’Afrique du Sud en Afrique. Des États sortant d’un
conflit comme l’Irak, la BosnieHerzégovine,
l’Éthiopie et le Soudan ont également
adopté des constitutions fédérales, et le
Népal est déterminé à le faire.
Certains préconisent en outre le
fédéralisme pour Chypre, le Sri Lanka, la
Bolivie, l’Indonésie, les Philippines et plusieurs
autres pays.
La démocratisation s’est révélée
le plus important facteur à l’origine de la formation
de nouveaux régimes fédéraux. Dans
l’Espagne d’après Franco, les Catalans et les Basques
se sont servis de la démocratie pour obtenir plus
d’autonomie, comme l’ont fait d’autres régions. La
démocratie a aussi transformé le Mexique, le
Brésil et l’Argentine vers un fédéralisme
beaucoup plus authentique.
La démocratisation a jeté la Russie dans un
fédéralisme plutôt chaotique sous Eltsine,
mais depuis, son caractère fédéral est
demeuré notable, même sous Poutine. L’Afrique du
Sud a adopté une architecture fédérale
afin de rassurer certaines minorités lorsqu’elle s’est
démocratisée après l’apartheid, tout
comme l’Éthiopie après le renversement du
dictateur militaire Mengistu Haile Mariam. La Belgique et
l’Italie ont opté pour des arrangements
fédéraux ou quasi fédéraux en
réponse à des pressions démocratiques
pour la décentralisation.
Les
arrangements fédéraux au sein des pays sortant
d’un conflit, où de profonds clivages rendent toute
forme de démocratie fragile, représentent un
défi beaucoup plus substantiel. Divers régimes
fédéraux ont aussi fait long feu, notamment des
régimes façonnés par des pouvoirs
coloniaux pliant bagage ou qui ont vu le jour après la
chute du communisme.
Le fédéralisme a donc connu une expansion
phénoménale au cours des 60 dernières
années. Il n’a pas toujours été
couronné de succès, mais de toute
évidence a représenté une importante
option convenant à un nombre croissant de pays. Si la
démocratie poursuit son expansion au cours de ce
siècle, le fédéralisme fera sans doute de
même. Si, par exemple, la Chine, l’Iran ou le Myanmar se
démocratisent, la nature de leurs
sociétés les amènera peut-être
à opter pour des arrangements fédéraux.
De la même façon, un certain nombre de petits
pays multiethniques, particulièrement en Afrique,
pourraient adopter le fédéralisme comme moyen de
gérer leur diversité.
Évidemment, lorsque la politique identitaire
déchire une société, comme en
ex-Yougoslavie par exemple, le nonrespect de la
démocratie peut aussi miner le
fédéralisme. Le fédéralisme
requiert des dirigeants favorisant le dialogue, la
tolérance et la conciliation.
L’une des plus grandes questions concernant l’avenir du
fédéralisme a trait à l’Union
européenne, où des points de vue fortement
divergents opposent, d’une part, ceux qui anticipent une
évolution logique vers le fédéralisme et,
d’autre part, ceux qui estiment que la diversité, les
intérêts et les acquis locaux au sein de l’UE
feront toujours obstacle à l’élection directe
d’un gouvernement européen. Je tends à
être en accord avec le premier point de vue. Au fil du
temps, le besoin d’une entité centrale ayant plus de
poids sur le plan financier, des politiques de défense
et étrangère communes et de régler le
«déficit démocratique», tout comme
la croissance d’une identité commune européenne,
pousseront probablement l’Europe dans une direction plus
fédérale.
Donc, les expériences fédérales se
révéleront vraisemblablement encore plus
pertinentes qu’auparavant au cours de ce siècle. Un
intérêt accru sera ainsi porté au dialogue
et au partage de connaissances sur le
fédéralisme à l’échelle
internationale. Le Canada, fort de son long et parfois
difficile parcours, représente un chef de file de ce
dialogue.
Indice du développement humain : Le
Canada toujours au quatrième rang
Le Canada
demeure cette a nnée au quatrième ra ng mondial de
l’indice du développement humain publié hier par
le Programme des Nations unies pour le développement
(PNUD). Il s’agit du même rang que l’an dernier.
L’indice du développement humain (IDH) repose sur des
éléments comme l’espérance de vie à
la naissance, le degré d’alphabétisation, la
scolarisation et le produit intérieur brut (PIB) par
habitant. L’ONU compare les données de 182 pays dans son
classement annuel.
L a
Norvège j ou it de la meilleure qualité de vie au
monde, à l’opposé du Niger, où elle est la
plus mauvaise, selon le classement publié hier à
Bangkok.
Le Canada occupe le 11e rang – avant la Norvège, mais
après l’Espagne et Israël – en ce qui a trait
à l’espérance de vie à la naissance ; le
septième, toujours devant la Norvège, mais cette
fois après Cuba, en ce qui touche le degré de
scolarisation ; et le 18e, devant l’Islande et après le
Danemark, pour ce qui est du PIB par habitant.
Ces résultats illustrent une fois de plus
l’étendue du fossé entre les pays riches et les
pays pauvres. À titre d’exemple, à sa naissance,
un enfant du Niger peut espérer vivre à peine plus
de 50 ans, alors qu’en Norvège, l’espérance de vie
est de 80 ans.
Semaine du climat à New York
Les États fédérés ont un rôle
à jouer, plaide Jean Charest - Richard
Hétu
NEW YORK —
À la veille d’un sommet de l’ONU sur le climat, et
à moins de trois mois de la conférence de
Copenhague, le premier ministre Jean Charest a plaidé
hier à New York en faveur de la reconnaissance du
rôle des États fédérés, des
provinces et des régions du monde dans ce dossier,
où le pessimisme semble être à l’ordre du
jour.
« Nous devons engager non seulement tous les gouvernements
mais également tous les ordres de gouvernement si nous
voulons mettre en oeuvre avec succès les mesures de
réduction des gaz à effet de serre. Nous devons
reconnaître cela à Copenhague », a
déclaré M. Charest dans u ne brève i nter
vent ion à l’occasion du lancement de la Semaine du
climat à New York, dont le point culminant aura lieu
aujourd’hui avec la conférence mondiale sur le changement
climatique convoquée par le secrétaire
général de l’ONU, Ban Ki-moon, à la veille
de la traditionnelle ouverture de l’Assemblée
générale.
Le secrétaire général de l’ONU et
l’ex-premier ministre britannique Tony Blair ont
également pris la parole hier. Ils ont tous deux
souhaité le succès du sommet de Copenhague, qui,
du 7 au 18 décembre, visera à conclure un accord
devant entrer en vigueur à l’expiration de la
première phase du protocole de Kyoto, en janvier 2013.
« La volonté est là, la question est de
trouver les moyens de la mettre en oeuvre», a
déclaré M. Blair, en allusion notamment aux
désaccords persistants entre les États
industrialisés et les pays en développement sur
les objectifs de réduction des gaz à effet de
serre.
Le premier ministre Charest s’exprimait à New York
à titre de porte-parole des États
fédérés, des provinces et des
régions auprès du secrétaire
général de l’ONU. Il sera également
à Copenhague, où il veillera notamment à ce
que le rôle du groupe qu’il représente soit reconnu
dans le texte officiel de la conférence.
Il ne s’attend
pas, en revanche, à ce que le gouvernement de Stephen
Harper défende à Copenhague des positions
similaires à celle du Québec.
Pas les mêmes objectifs
« Il faut être très lucide, je ne vois pas
à ce moment-ci comment il serait possible que le
gouvernement canadien présente des objectifs similaires
à ceux du gouvernement du Québec, a dit Jean
Charest. Remarquez que nous avons encore à formuler nos
objectifs. Mais je peux confirmer que nous allons respecter
les objectifs fixés par Kyoto. Et ça, il n’y a
pas beaucoup d’endroits dans le monde qui peuvent vous
l’affirmer. Nous allons réduire de 6% nos
émissions par rapport à 1990 d’ici à
2012.»
Comme d’autres observateurs et responsables, le premier
ministre Charest exprime un certain scepticisme quant au
succès éventuel de la conférence de
Copenhague.
« C’est un point d’interrogation pour tout le monde,
a-t-il déclaré. De toute évidence, le
gouvernement américain et l’administration Obama sont
très pris par le débat sur la santé.
Combien de temps le président Obama accordera-til au
gouvernement américain pour arriver à Copenhague
aussi bien préparé que nous le sou ha iterions ?
C ’est la question que tout le monde se pose, ici. »
La Bavière rappelle Jean
Charest à la réalité
La région allemande n’a pas la compétence de
conclure une entente sur la mobilité de la main-d’oeuvre
Le premier
ministre québécois a profité de
l’occasion pour louer le fédéralisme canadien.
MUNICH— L’autonomie des États non souverains a vite
montré ses limites mardi lors de la visite du premier
ministre Jean Charest dans la région allemande de
Bavière.
Au terme d’une rencontre en tête-à-tête
avec M. Charest, le ministre-président bavarois a
confié qu’il lui était impossible de conclure
une entente sur la reconnaissance mutuelle des
compétences avec le Québec.
« Sur le plan juridique, on ne peut pas signer un
traité avec le Québec sur la mobilité de
la main-d’oeuvre, de la main-d’oeuvre avec la France et fait
la promotion de ce modèle de partenariat auprès
de ses intercela relève de la compétence
fédérale », a fait savoir Horst Seehofer.
Le gouvernement Charest a déjà conclu une
entente sur la mobilité locuteurs depuis son
arrivée en Europe la semaine dernière.
La
Bavière ne peut joindre sa signature à une
entente semblable, a fait comprendre M. Seehofer, en
conférence de presse à la chancellerie de
l’État à Munich.
« Mais lorsqu’il s’agit des questions culturelles ou de
collaboration économique, nous sommes tout à
fait libres de nous engager », a précisé
le ministre-président.
Le premier mini s t re Charest a saisi la balle au bond pour
se lancer à la défense du
fédéralisme canadien, l’un des plus
décentralisés de la planète, a-t-il
insisté.
« L’Europe aussi accepte de partager les
souverainetés. Nous ne sommes pas les seuls. C’est
tellement vrai que le Québec a plus de pouvoirs que
certains pays souverains ou supposés souverains
», a évoqué le premier ministre.
Pour M. Charest, la participation du Québec dans la
négociation sur l’Accord de partenariat Canada-Europe
illustre combien une province peut s’épanouir
outre-Atlantique sans aspirer à la souveraineté
politique.
L’affirmation tranquille
Jean Charest
est le meilleur ambassadeur que le Québec ait jamais
eu sur la scène internationale
LL’auteure est directrice Marchés internationaux,
Alliance canadienne des technologies avancées (CATA)
et directrice du Forum Femmes et Technologie e voyage du
premier ministre Jean Charest en Europe ouvre une nouvelle
ère pour le Québec – celle d’une
présence qui « parle vrai » et qui
négocie sur la scène internationale. Jamais
dans l’histoire du Québec, un premier ministre n’aura
ouvert autant de portes et se sera donné autant de
mal pour sortir son coin de pays de sa provincialité
et l’inscrire sur la mappemonde du siècle qui sera
vert et durable.
Au-delà des traditionnels (même si
nécessaires) accords commerciaux, Jean Charest a mis
les échanges professionnels à l’ordre du jour.
En octobre dernier, lors du Sommet de la francophonie, il a
conclu avec le président français Nicolas
Sarkozy un accord sur la reconnaissance des qualifications
professionnelles qui, à terme, permettront aux
médecins, pharmaciens, sages-femmes, avocats,
experts-comptables, architectes, géomètres et
vétérinaires français de
bénéficier d’une « liberté totale
d’installation » au Québec et
réciproquement.
En
Belgique, en Allemagne et en France, Jean Charest a fait la
promotion de l’Accord d’un partenariat élargi
Canada-Europe. Non seulement remplit-il le rôle de
premier ministre du Québec, mais il apporte sa
contribution à la politique étrangère
du Canada. Jamais le Québec n’a aussi bien rempli son
rôle international que sous la houlette de Jean
Charest. Il a trouvé le ton juste. Il négocie
à pas feutrés à Matignon puis quelques
heures plus tard rugit tel un lion devant Jean-Marie Le
Clézio, Prix Nobel de littérature, qui dans
les pages du journal Le Monde qualifie le projet
hydroélectrique de la Romaine de « monstrueux
».
Les années Charest auront des conséquences
incalculables puisqu’il est maintenant dit que le
Québec est non seulement prêt à brasser
des affaires, mais aussi à mettre en jeu les
échanges humains qui sont à la base des grands
mouvements de civilisation. Ce sont des années
d’affirmation tranquille d’une souveraineté
québécoise qui va de soi. Jean Charest est le
meilleur ambassadeur que le Québec ait jamais eu sur
la scène internationale.
L’indifférence-association - ANDRÉ
PRATTE
Si l’on en
croit les plus récents sondages, des élections
fédérales tenues cet automne reporteraient au
pouvoir le Parti conservateur, apparemmement avec une
majorité de sièges. Et cette majorité
serait acquise sans gains substantiels au Québec. Ce
serait la première fois depuis 1917 qu’un parti
fédéral obtient la majorité des
sièges à la Chambre des communes en ne comptant
qu’une poignée de députés venant du
Québec.
On pourrait refuser d’envisager un tel scénario sous
prétexte qu’il ne s’agit pour l’instant que de
politique-fiction. On ferait là une grande erreur. Car
si les choses se passent ainsi, ce sera l’équivalent
d’un tremblement de terre dans le monde politique canadien.
Depuis la fondation de la Fédération, le
Québec a toujours joui d’une influence
déterminante sur la politique fédérale.
Les libéraux ont longtemps dominé grâce
à leurs forts appuis au Québec. Lorsque les
conservateurs ont pris le pouvoir, c’est parce qu’ils avaient
réussi à séduire, temporairement,
l’électorat québécois.
S’il s’avérait qu’un parti fédéral puisse
l’emporter sans assises solides dans la province distincte,
certains politiciens et stratèges canadiens-anglais
concluront qu’un des principaux axiomes de la politique
fédérale est bon pour la poubelle. Ce pourrait
être le début d’une marginalisation nuisible au
Québec et, quoi qu’en pensent ces personnes,
néfaste pour le Canada tout entier.
Aux yeux des indépendantistes, il s’agirait d’un
scénario de rêve. La diminution du poids
politique du Québec, qu’ils annoncent comme inexorable,
se verrait confirmée. Les souverainistes pourraient
désormais affirmer, preuve à l’appui, que le
gouvernement du Canada n’est pas celui des
Québécois.
Il y aurait
là une bonne dose de fumisterie. Le Bloc
québécois n’a-t-il pas, depuis le début
de son existence, soutenu que le « vrai pouvoir »
se trouvait dans l’opposition ? Pourquoi M. Duceppe
déplorerait-il tout à coup la faiblesse de la
représentation du Québec autour de la table du
cabinet?
Quoi qu’il en soit, l’élection d’un gouvernement
majoritaire sans appuis significatifs au Québec
constituerait une étape de plus dans l’évolution
de la relation Québec-Canada vers une sorte
d’indifférence-association. La structure
fédérale serait maintenue, mais elle serait
vidée de son esprit, de son idéal. Elle s’en
trouverait plus fragile que jamais.
Plus que tout autre courant, ce sont les
fédéralistes québécois qui
devraient se pencher sur les conséquences d’un tel
scénario. Malgré les sondages qui lui sont pour
l’instant favorables, c’est un courant politique moralement et
intellectuellement affaibli; pensons seulement au nombre de
fédéralistes qui n’osent plus s’affirmer comme
tels...
C’est sur leurs épaules que reposerait la
responsabilité de convaincre les partis
fédéraux de ne pas ignorer le Québec. Et
dès maintenant, il leur faut persuader les
Québécois qu’il vaut mieux réinvestir le
niveau fédéral plutôt que pousser à
son paroxysme la politique de la chaise vide.
Et
il y en a pour croire que le débat sur l’avenir
politique du Québec est chose dépassée !
TOUS QUÉBÉCOIS ! - Thomas
Courchesnes
Le
Québec a eu une influence très positive dans
l’évolution du Canada
Le mois dernier, l’économiste Brian Lee Crowley a
publié un livre qui a eu beaucoup de retentissement au
Canada anglais, Fearful Symmetry – The Fall and Rise of
Canada’s Founding Values. M. Crowley a résumé sa
thèse dans nos pages, le 22 septembre. Cette
thèse a suscité les deux répliques
suivantes. Le Québec a été le bastion des
droits collectifs qui distinguent le Canada des
États-Unis.
L’auteur est professeur d’économie à
l’Université Queen’s et chercheur principal à
l’Institut de recherche en politiques publiques.
Le
Québec a innové en matière de
politiques sociales, notamment en congés parentaux,
sur la question de l’assurance-médicaments, mais
aussi en ce qui concerne les garderies.
La parution du nouveau livre de Brian Lee Crowley, Fearful
Symmetry, a récemment suscité
énormément d’intérêt dans le reste
du Canada, mais trop peu au Québec, qui est pourtant
directement concerné par cet ouvrage dans lequel
l’auteur annonce le déclin de l’influence et des
valeurs du Québec dans l’évolution de la
société canadienne.
Suivant sa principale thèse, une variante de
l’idée selon laquelle la démographie
détermine le destin des sociétés,
l’accroissement de la population des provinces situées
à l’ouest du Québec (notamment l’Ontario,
l’Alberta et la Colombie-Britannique) amoindrira le pouvoir
qu’il détient dans la fédération et
réduira du même coup sa capacité de
« gagner » au niveau fédéral de
nouveaux avantages pour ses citoyens.
Certes, on peut convenir du fait que certains de ces gains (le
traitement favorable dans les programmes d’assurance emploi et
de péréquation) ont pu créer un faux
sentiment de prospérité et favoriser l’adoption
de politiques qui allaient à l’encontre de ses
intérêts économiques à long terme.
Mais la conclusion de M. Crowley, qui soutient qu’Ottawa et
Québec ont ainsi transformé la province en une
société incapable de couvrir ses frais ou de se
reproduire, fortement dépendante des transferts du
reste du pays et dont l’influence politique est en perte de
vitesse, déforme tout simplement la
réalité.
Pour s’en convaincre, il suffit d’envisager la thèse de
M. Crowley du point de vue opposé, c’est-à-dire
en examinant plutôt ce que le Québec a fait
«gagner » au Canada.
En premier lieu, il a suscité un pluralisme j uridique,
linguistique et institutionnel dont les nombreux
bénéficiaires incluent notamment les peuples
autochtones.
Deuxièmement, comme le Québec, en tant que
nation fondatrice, était aussi une province moins
nantie, le rôle des transferts interpersonnels et
interrégionaux (y compris la péréquation,
qui n’existe pas aux ÉtatsUnis) a progressivement
gagné en importance.
Troisièmement, le Québec en est aussi venu
à jouer le rôle de province innovante en
matière de politiques sociales (garderies,
congés parentaux, assurance-médicaments, etc.),
un rôle auparavant tenu par la Saskatchewan.
Quatrièmement, le Québec était et demeure
un leader de la décentralisation de la
fédération, ce qui est aujourd’hui fort
apprécié des provinces productrices
d’énergie fossile.
Cinquièmement, le multiculturalisme canadien n’aurait
pu se développer autant sans le biculturalisme et le
bilinguisme officiel.
Enfin, et pour clore une liste qui n’a rien d’exhaustive, le
Québec a été le bastion de ces droits
collectifs qui distinguent le Canada des États-Unis. On
pourrait même soutenir que ce sont
précisément ces caractéristiques ou
valeurs qui ont permis au Canada et aux Canadiens de profiter
en quelque sorte du meilleur de deux mondes, soit le
modèle économique anglo-américain et le
modèle social de l’Europe continentale. De ce point de
vue, nous sommes tous aujourd’hui Québécois!
M. Crowley a-t-il raison d’affirmer que le rôle du
Québec au sein du Canada est en régression?
C’est l’évidence même à la Chambre des
communes. Ce l’est beaucoup moins au Sénat.
De plus, si les politiques canadiennes en viennent un jour
à mal tourner du point de vue du Québec, je
crois pour ma part que le Bloc québécois cessera
d’exister et que les Québécois renoueront avec
la tradition en s’assurant d’une forte représentation
au sein du parti au pouvoir.
Sur le double front économique et international, rien
n’indique non plus que le rôle du Québec ira
forcément en diminuant. Il est et restera le plus
fervent partisan de la lutte contre les changements
climatiques, notamment parce qu’il a déjà
atteint ses cibles de Kyoto (grâce à
Hydro-Québec) et que le nord-est des États-Unis
deviendra un acheteur d’hydro-électricité de
plus en plus important.
Rappelons aussi que le Québec s’est beaucoup mieux
tiré de la crise financière que l’Ontario,
même s’il partait d’un moindre niveau. De
surcroît, le potentiel du marché américain
s’est sensiblement accru depuis l’effondrement de
l’impartition/délocalisation, et la province est bien
placée pour tirer profit du prochain
élargissement des marchés du nord-est des
États-Unis.
Plus
ça
change...
Quelle surenchère ? - Benoît Pelletier
Le
Québec n’a pas développé son
État en réaction à Ottawa
L’intérêt du fédéral pour les
questions sociales n’avait rien à voir avec le
Québec en général, ni avec le contexte
qui y prévalait à la fin des années 60
en particulier.
L’auteur est professeur à la faculté de droit
de l’Université d’Ottawa, ex-ministre du gouvernement
du Québec et membre de L’Idée
fédérale. Brian Lee Crowley défend la
thèse que les provinces riches du Canada (Onta r io,
A lber ta et ColombieBritannique) sont de plus en plus
opposées à l’idée d’avoir à
financer l’État-providence du Québec. L’image
qu’il utilise pour décrire un Canada cassé en
deux, soit celle du Making Canada (les provinces riches)
versus le Taking Canada (les provinces moins riches), est
certes un peu simpliste, mais elle traduit néanmoins
une réalité : certaines provinces sont
beaucoup plus prospères que d’autres et le
déséquilibre qui en résulte n’est pas
sans avoir un impact sur les perceptions qui se
dégagent du fédéralisme canadien, voire
sur l’évolution même de notre régime
fédératif.
M. Crowley a tort lorsqu’il affirme que le gouvernement du
Canada a investi le secteur des affaires sociales
principalement pour calmer les indépendantistes,
séduire les baby-boomers francophones et rendre les
Québécois davantage dépendants du
Canada sur le plan financier. C’est là oublier que le
gouvernement fédéral a créé
toute une gamme de programmes sociaux dès
après la Deuxième Guerre mondiale et non pas
seulement à compter des années 60, et qu’il
l’a fait dans le but de se rendre plus visible aux yeux de
tous les Canadiens et pas seulement des
Québécois.
D’ailleurs, cet intérêt du
fédéral pour les questions sociales n’avait
rien à voir avec le Québec en
général, ni avec le contexte qui y
prévalait à la fin des années 60, en
particulier. J’en veux pour preuve le fait que, dès
1940, le fédéral s’est fait transférer
par les provinces, à sa demande, la compétence
à Ottawa. Il l’a fait parce qu’il y voyait la
meilleure façon de consolider, voire de renforcer la
solidarité sociale en son sein, d’assurer l’essor de
son identité propre et d’assumer pleinement les
compétences que lui octroyait la Constitution.
Si on peut,
entre gens sensés, discuter de la pertinence actuelle
de ce «modèle» hérité de la
Révolution tranquille et se demander si les objectifs
qui en motivaient l’existence au départ ont bel et
bien été rencontrés, on ne peut
toutefois pas prétendre que l’État du
Québec a été construit dans le seul but
de damer le pion à Ottawa dans une course
vertigineuse pour gagner le coeur des
Québécois. Cette thèse de la grande
séduction ne me paraît pas fidèle
à la réalité.
Les provinces ne sont pas un accident de parcours. Elles
font bel et bien partie de notre système
fédéral. À l’intérieur du
Conseil de la fédération, elles s’activent
depuis un certain temps à renforcer le commerce
intérieur, notamment en réduisant les
barrières d’un océan à l’autre et en
favorisant la mobilité de la main-d’oeuvre. Or, les
provinces se exclusive en matière
d’assurancechômage. En 1951 et 1964, il s’est vu
octroyer, toujours à sa demande, des pouvoirs
législatifs en ce qui a trait aux pensions de
vieillesse et aux prestations additionnelles à ces
pensions.
La théorie de la surenchère que défend
Brian Lee Crowley n’a, me semble-t-il, aucun fondement. Le
Québec n’a pas développé son
État en réaction sont engagées dans une
telle démarche essentiellement sur l’initiative du
gouvernement du Québec.
Je pourrais donner plusieurs autres exemples de la
contribution positive du Québec à la
construction du Canada. Brian Lee Crowley dit du
Québec qu’il fait partie du Taking Canada. Pour ma
part, je préfère dire qu’il fait partie du
Building Canada.
Un compromis gagnant-gagnant
- François Vaillancourt & Mathieu
Laberge
En
échange d’une commission nationale des
valeurs mobilières, le Québec devrait
négocier de nouveaux pouvoirs avec le
fédéral
Le Québec devrait chercher à
accroître ses pouvoirs dans les domaines de
compétence pour lesquels la langue joue un
rôle crucial.
Les auteurs sont respectivement professeur au
département d’économie de
l’Université de Montréal et fellow au
CIRANO, et économiste et directeur de projet
au CIRANO.
Les ministres Claude
Béchard (à gauche) et Raymond
Bachand ont tenu une conférence de presse,
le 8 juillet dernier, pour faire part de leur
opposition au projet fédéral d’une
commission de valeurs mobilières unique.
L’affaire sera éventuellement entendue en
Cour d’appel du Québec.
Le gouvernement fédéral continue
à progresser dans la mise sur pied d’une
commission nationale des valeurs mobilières.
Fort de l’appui unanime des parlementaires à
l ’Assemblée nationale, le gouvernement du
Québec va demander à la Cour d’appel
du Québec de se prononcer sur la
constitutionnalité d’une telle mesure.
Ce recours du Québec n’étonnerait pas
si le parti au pouvoir était souverainiste ou
même autonomiste. Cette réaction est
plus surprenante venant d’un gouvernement
fédéraliste, même si elle
constitue le seul moyen d’éviter la
marginalisation de la Commission des valeurs
mobilières du Québec advenant la
création d’un organisme national. Mais est-ce
la stratégie la plus appropriée pour
défendre les intérêts du
Québec dans le cadre fédéral?
Pourquoi ne pas profiter de ce débat pour
fonder un nouveau fédéralisme du bon
sens économique ?
Étant donné le contexte changeant dans
lequel évolue le pays, il n’y a pas de raison
pour qu’un pouvoir, provincial ou
fédéral, le demeure
irrémédiablement. Une révision
périodique de nos façons de faire,
question de savoir si des pratiques valides lors de
leur adoption le sont toujours en 2009,
s’avèrerait même être un exercice
bénéf ique. Après tout, c’est
un tel réexamen qui a donné plus de
pouvoirs au Québec en matière
d’immigration, de formation de la maind’oeuvre et de
congé parental au cours des dernières
années.
Deux principes devraient diriger cet examen.
D’abord, il semble raisonnable que le gouvernement
le plus proche des citoyens offre les services
publics, sauf lorsque des économies
d’échelle ou des débordements entre
juridictions rendent cette pratique inefficace. Il
s’agit du principe de subsidia rité, bien
connu dans le domaine du fédéralisme
et qui est largement accepté.
Le
second principe est moins courant, mais il nous
apparaît essentiel pour trouver un compromis
à ce différend. C’est celui selon
lequel le Québec devrait chercher à
accroître ses pouvoirs dans les domaines de
compétence pour lesquels la langue joue un
rôle crucial. En contrepartie de ce gain, le
Québec devrait accepter de céder des
pouvoirs dans les domaines où la langue joue
un rôle moins décisif. Appelons cela le
principe de l’adéquation linguistique des
pouvoirs.
Dans le cas précis qui nous intéresse,
le système financier canadien et mondial a
beaucoup changé depuis 1867. Alors qu’une
réglementation provinciale des capitalistes
locaux investissant dans des entreprises locales
était appropriée en 1959, elle ne
l’est plus aujourd’hui. Les investisseurs et leurs
capitaux traversent désormais les
frontières des États.
Par conséquent, et suivant les principes que
nous avons élaborés plus haut, le
gouvernement du Québec pourrait participer
à la création d’une commission des
valeurs mobilières unique au pays. Il
céderait ainsi des pouvoirs dans ce champ de
compétence. En contrepartie de cette
concession, Ottawa transférerait au
gouvernement du Québec des pouvoirs dans des
champs de compétence où la
spécificité francophone est
importante.
Par exemple, le gouvernement fédéral
pourrait accepter de voir s’appliquer la Loi 101 aux
employés québécois oeuvrant
dans des secteurs sous juridiction
fédérale (banques, transports,
télécommunications). Alternativement,
il pourrait transférer au Québec des
responsabilités dans le domaine de la
réglementation de la dimension culturelle des
télécommunications. Ainsi, les deux
ordres de gouvernements sortiraient gagnants et
éviteraient de camper sur leurs positions :
Ottawa obtiendrait la création d’une
commission des valeurs mobilières nationale
et Québec gagnerait des pouvoirs
supplémentaires là où il peut
réellement faire une différence. En
prime, cette solution amènerait le
débat sur le plancher des vaches plutôt
que de se perdre dans les méandres des
débats constitutionnels.
Nous croyons que ce genre d’ar rangement
concerté sur la base de principes clai rs,
plutôt qu’en fonction de pouvoirs
partagés entre ordres de gouvernement il y a
142 ans, est plus respectueux de l’environnement
évolutif propre à une
fédération. Reste à voir si
chacune des parties en cause saura mettre de l’eau
dans son vin pour en arriver à solution
véritablement profitable pour les
Québécois et pour l’ensemble des
Canadiens.
Montréal serait affaibli - Doris
Juergens
Le
milieu
des affaires de la métropole s’oppose
à une commission fédérale des
valeurs mobilières
L’auteure est associée et directrice de la
recherche au Cabinet de relations publiques NATIONAL
Que faut-il penser de la création d’une
commission fédérale des valeurs
mobilières? Jusqu’ici, le débat a
surtout porté sur la bataille juridique que
Québec s’apprête à livrer à
Ottawa afin de contester la compétence de
l’État central en matière de valeurs
mobilières. Or, ce dossier comporte aussi un
enjeu important pour Montréal, et c’est celui
de l’avenir de son industrie des services
professionnels reliés à ce secteur.
Au cours des derniers mois, nous avons consulté
un groupe de 25 gens d’affaires montréalais
provenant de cabinets d’avocats, de firmes de
comptables, de grandes entreprises et de regroupements
d’affaires. Les répondants ont accepté
de nous parler avec l’assurance que leur
identité et leurs propos demeureraient
confidentiels.
Le sujet nous intéressait parce que nous
offrons nous-mêmes des services-conseils en
communication aux entreprises et organismes dans le
secteur financier, y compris l’Autorité des
marchés financiers. Informée de notre
projet, cette dernière nous a exprimé
son intérêt pour notre initiative et nous
a procuré un soutien financier pour
élargir la portée de cette recherche,
que nous avons complétée en toute
objectivité.
Les résultats de cette recherche qualitative
démontrent que la création d’une
commission fédérale des valeurs
mobilières affaiblirait encore davantage la
place de Montréal comme centre financier. Pour
Montréal, cela se traduirait par une diminution
d’influence, une perte d’expertise, en plus de ternir
son image.
La majorité des personnes interrogées,
surtout les avocats, se disent peu ou pas du tout
favorables à la création d’une
commission fédérale et craignent un
affaiblissement des compétences
professionnelles dans le secteur des valeurs
mobilières à Montréal. On
appréhende particuannoncés se
réaliseront et ils estiment que le gouvernement
fédéral n’a pas fait la preuve de la
nécessité d’un tel organisme.
Parmi les répondants, les grands
émetteurs sont presque les seuls à
être plus favorables à la création
d’une commission fédérale, dans l’espoir
d’une plus grande efficacité.
Beaucoup appréhendent aussi la disparition de
la proximité avec l’organisme et le fait de ne
plus voir les expertises et les
spécificités locales
reflétées au sein d’une commission
fédérale. Ces expertises – et donc des
professionnels hautement qualifiés –
migreraient vers la commission fédérale,
privant ainsi les régions de leur savoir-faire.
Les
répondants estiment également que les
PME québécoises seraient
affectées. On voit difficilement comment les
petits émetteurs trouveraient leur compte avec
une commission fédérale à
Toronto.
La question de la langue a été
soulevée par plusieurs intervenants qui
s’inquiètent du glissement vers l’anglais et de
la perte éventuelle d’une expertise chez les
professionnels capables de travailler dans les deux
langues. Mais certains font valoir qu’un organisme
fédéral aura des obligations
liées à la Loi sur les langues
officielles que n’ont pas les organismes provinciaux.
Actuellement, seuls les « prospectus »
d’un émetteur qui vise le marché du
Québec doivent être traduits en
français.
Il nous intéressait de savoir comment les
autres firmes de services et les entreprises voyaient
l’instauration d’une commission fédérale
des valeurs mobilières. Nous savons maintenant
que certains pensent que c’est une bataille que
Montréal devrait livrer, car il en va de
l’avenir de l’industrie des services reliés aux
valeurs mobilières au Québec.
Plusieurs avocats croient qu’il s’agit d’une
juridiction partagée entre les deux paliers de
gouvernement et, étant donné l’issue
incertaine d’une démarche en Cour
suprême, ils pensent que Québec devrait
négocier avec le fédéral pour
préserver le maximum d’acquis pour
Montréal. lièrement une perte
d’influence et un exode de cerveaux au
bénéfice de Toronto, où l’on
s’attend que sera établie la Commission
fédérale.
Nécessité non démontrée
À peu près tous les intervenants, peu
importe leur secteur, estiment que cette commission ne
contribuera pas à mieux protéger les
investisseurs. À ce sujet, tous
déplorent le peu de succès du
gouvernement fédéral en matière
d’enquêtes criminelles liées aux valeurs
mobilières.
Les leaders interrogés sont très
majoritairement d’avis que le système de
passeport est suffisamment efficace et ne voient pas
la nécessité de créer une
commission fédérale. Ils croient
même que cette question ne se poserait plus si
l’Ontario acceptait d’adhérer au système
de passeport. De plus, ils ne sont pas convaincus que
les bénéfices.
Commission des valeurs mobilières : Des valeurs
québécoises - André Pratte
S’il existe
une volonté forte dans le reste du pays en faveur
d’une commission nationale, pourquoi Ottawa devrait-il en
faire fi?
Le ministre fédéral des Finances, Jim
Flaherty, a franchi un pas de plus hier vers la mise en
place d’une commission nationale des valeurs
mobilières. Le ministre a annoncé la
création d’un Bureau de transition qui aura un an
pour préparer un plan de passage des régimes
provinciaux actuels au nouveau système de
réglementation pancanadien.
Des quatre provinces jouant un rôle important dans ce
domaine, deux sont toujours opposées au transfert du
commerce des valeurs mobilières sous l’aile
fédérale, le Québec et l’Alberta.
L’Ontario est depuis toujours le principal partisan de cette
approche, tandis que la Colombie-Britannique s’y est
récemment convertie. Il est d’ailleurs consternant de
retrouver Doug Hyndman à la tête du Bureau de
transition. Comme président de la British Columbia
Securities Commission, M. Hyndman combat depuis 20 ans les
velléités centralisatrices d’Ottawa dans ce
secteur.
Aussitôt terminée la conférence de
presse de M. Flaherty, le député
péquiste Jean-Martin Aussant a publié un
communiqué de presse pour dénoncer « un
autre manque de respect à l’endroit du Québec
». On se demande où il y a « manque de
respect ». Le ministre Christian Paradis a
répété hier que les provinces seront
libres de participer ou non au nouveau système.
Québec pourra donc garder son Autorité des
marchés financiers, ce qui est dans
l’intérêt des émetteurs et des
investisseurs québécois. S’il existe une
volonté forte dans le reste du pays en faveur d’une
commission nationale, pourquoi le gouvernement canadien
devraitil en faire fi? L’important, c’est qu’il n’impose pas
cette approche aux provinces récalcitrantes. Le
Québec aura, dans ce domaine comme dans bien
d’autres, le statut particulier qu’il désire.
À
cet égard toutefois, la garantie donnée par M.
Paradis ne suffit pas. Ottawa doit aussi assurer qu’il ne
permettra pas aux émetteurs et aux courtiers de
court-circuiter leur commission provinciale pour se
soumettre plutôt à la loi nationale. Cette
possibilité, évoquée l’an dernier par
le comité Hockin, aurait pour effet de miner
lentement mais sûrement l’autorité et la
portée des organismes provinciaux. Au bureau de M.
Flaherty hier, on a remis cette patate chaude entre les
mains du Bureau de transition. S’il est fidèle aux
idées qu’il a défendues dans le passé,
M. Hyndman rejettera du revers de la main une approche aussi
sournoise.
Les gouvernements du Québec et de l’Alberta vont
probablement contester devant les tribunaux le droit du
fédéral de réglementer les valeurs
mobilières. Cette avenue n’est pas exempte de
risques. La voie judiciaire prendra surtout beaucoup de
temps. D’ici au jugement final, le Québec devrait
travailler de près avec le groupe de M. Hyndman. Il
s’agit de faire en sorte que, si la compétence
fédérale est confirmée, on aura mis en
place un mécanisme efficace de collaboration entre
l’AMF et le nouvel organisme national.
Quant au reste, c’est en s’acquittant de ses
responsabilités de manière
irréprochable que l’AMF protégera le plus
efficacement sa crédibilité et sa pertinence
dans le domaine des valeurs mobilières.
Comission nationale des valeurs mobilières : Une
vraie ouverture ANDRÉ PRATTE
Stephen
Harper a annoncé le mois dernier que le
fédéral va céder au gouvernement du
Québec les terrains jouxtant les édifices de
l’Assemblée nationale. Les Québécois
lui sauront gré de corriger cette anomalie. C’est
toutefois dans un dossier plus substantiel qu’on jugera si
le gouvernement conservateur croit toujours au «
fédéralisme d’ouverture ». En ce qui a
trait à la réglementation des valeurs mobil
ières, Ot t awa a plutôt fait preuve
jusqu’ici de fédéralisme d’entêtement.
La volonté du gouvernement canadien d’expul s e r
les provinces d’un domaine qui est le leur depuis la
Confédération ne date pas de
l’arrivée de Jim Flaherty aux Finances. Le projet
de créer une commission nationale des valeurs
mobilières remonte à au moins 30 ans. Sous
M. Flaherty toutefois, il a beaucoup avancé, de
sorte que la création du nouvel organisme semble
maintenant inéluctable. Un bureau de transition a
été créé et la plupart des
provinces ont appuyé le projet. Seuls le
Québec, l’Alberta et le Manitoba se montrent
récalcitrants.
Les conservateurs soulignent que les provinces seront
libres de se joindre à l’organisme pancanadien; ils
voient là une preuve d’ouverture. C’est un
trompel’oeil. Une fois l’autorité nationale
créée, il sera très tentant pour les
émetteurs et les courtiers de s’inscrire
auprès d’elle plutôt qu’auprès des
organismes régionaux restants. C’est
désormais à Toronto que toutes les
décisions seront prises. La concentration des
services financiers sur Bay Street sera encore
accentuée, au détriment de Montréal
et de Calgary. Et c’est vers la Ville reine (et vers la
langue anglaise) que devront s’expatrier les
Québécois désireux de faire
carrière dans ce domaine.
MM.
Harper et Flaherty doivent savoir que leur projet
inquiète non seulement le Bloc
québécois, non seulement l’Assemblée
nationale au grand complet; la majorité des gens
d’affaires et des professionnels de la métropole
québécoise s’y oppose. Cela ressort
notamment de l’étude qualitative
réalisée par le Cabinet de relations
publiques National dont nous publiions les constats jeudi.
Québec vient de demander l’avis de la Cour d’appel.
Au bout du compte, c’est la Cour suprême qui
tranchera à savoir si le gouvernement
fédéral peut intervenir dans ce secteur,
s’il s’agit d’une compétence partagée ou
exclusivement provinciale. Toutefois, peut-on se permettre
d’attendre les quatre ou cinq années qu’il faudra
aux juges pour arriver à une conclusion?
La majorité des provinces souhaitant la
création d’une commission nationale, le
Québec serait mal venu de l’empêcher. Les
gouvernements du Canada et des provinces dissidentes
devront donc un jour en venir à une entente. Comme
c’est lui qui bouscule le statu quo, l’initiative doit
venir du fédéral. Le ministre Flaherty doit
sans tarder confier au bureau de transition le mandat
spécifique de proposer un modèle de
collaboration étroite entre les commissions
provinciales restantes et l’organisme
fédéral. Ce modèle devrait garantir
que l’AMF conserve sa pleine compétence au
Québec et jouisse d’une influence appropriée
sur la réglementation nationale. Voilà qui
démontrerait une véritable ouverture.
Incompétence dans sa compétence
? - Éric Duhaime
À
au moins trois reprises, le gouvernement du Québec
s’est fait complice de Vincent Lacroix, volontairement ou
non
Alors que Vi n c e n t Lacroi x , principal auteur de la
plus importante fraude financière de l’histoire du
Québec, sort de prison moins d’un an et demi
après sa condamnation à huit ans et demi de
prison, le gouvernement du Québec part en croisade
contre la volonté centralisatrice du gouvernement
fédéral d’imposer une agence pancanadienne
des valeurs mobilières.
Le timing fait parfois drôlement les choses en
politique et disons que le scandale Norbourg ne pouvait
trouver pire moment pour faire les manchettes et venir
ainsi discréditer le gouvernement de Jean Charest
dans sa bataille contre l’intention d’Ottawa de
réglementer le commerce des valeurs
mobilières.
Avant de donner au gouvernement du Québec le
chèque en blanc qu’il réclame, il importe de
rappeler le rôle qu’il a joué dans l’affaire
Norbourg afin d’évaluer s’il est digne de confiance
en matière de protection des investisseurs.
À au moins trois reprises, le gouvernement du
Québec s’est par le passé fait complice,
volontairement ou non, de Vincent Lacroix.
Le 28 mars 2001, la Commission des valeurs
mobilières du Québec autorise la
création de six fonds communs de placement
Norbourg. Ces fonds seront autorisés par un certain
Éric Asselin, alors enquêteur attitré
de la CVMQ qui deviendra par la suite, comme par hasard,
vice-président finances de Norbourg. Pourtant, le
directeur des inscriptions et de la conformité de
la CVMQ, Jean Lorrain, s’opposait à cette
autorisation et souhaitait même fermer Norbourg.
Pour des raisons encore obscures, c’est la recommandation
de l’employé junior qui sera approuvée.
Le 9 novembre 2001, le ministère des Finances,
alors que Pauline Marois est ministre en titre, envoie un
généreux chèque de 991 628$ à
Norbourg. Vincent Lacroix avouera candidement à son
procès avoir versé un pot-de-vin de 100 000$
au fonctionnaire Jean Renaud pour obtenir le plus
important chèque jamais octroyé dans le
cadre de ce programme. Sans ce chèque, Norbourg
aurait probablement été acculé
à la faillite. Après avoir rempli tous les
formulaires pour obtenir ce chèque et transmis la
demande à ses supérieurs aux Finances, Jean
Renaud prendra un congé sans solde du
ministère pour travailler comme consultant de
Norbourg et obtenir 460 000$ pour ses services.
Le 13
janvier 2004, la Caisse de dépôt et
placements duQuébec vend les fonds Évolution
à Norbourg. Normalement, une telle transaction est
gelée pour 60 jours. Exceptionnellement,
l’Autorité des marchés financiers
ramène ce gel à 35 jours, ce qui donne moins
de temps aux investisseurs pour prendre une
décision éclairée et se
délester de leurs fonds. Norbourg mettait ainsi la
main sur 132 millions de liquidités.
Parce qu’il s’entête encore aujourd’hui à
refuser la mise sur pied d’une commission d’enquête
publique sur le scandale Norbourg, le gouvernement Charest
donne malheureusement raison au gouvernement
fédéral de vouloir venir protéger les
petits épargnants québécois avec une
agence pancanadienne.
Si la crise économique mondiale a, selon certains,
fait ressortir la nécessité de resserrer la
réglementation en matière de valeurs
mobilières, la libération de Vincent Lacroix
met bien en lumière la potentielle
incapacité du gouvernement du Québec
à assumer cette responsabilité.
Neuf mille deux cents petits épargnants
floués par Norbourg veulent et doivent savoir si
Vincent Lacroix jouissait de la complicité du
gouvernement du Québec. Avant de demander à
la population, au nom du nationalisme
québécois, de l’aider à freiner les
volontés centralisatrices d’Ottawa en
matière de réglementation des marchés
financiers, le gouvernement Charest devrait montrer qu’il
n’a rien à se reprocher dans ce détournement
de 130 millions.

Ce ne sont pas des compétences du gouvernement du
Québec en matière constitutionnelle dont les
petits épargnants veulent entendre parler, mais
plutôt la compétence de ce même
gouvernement à réglementer les
marchés financiers pour nous protéger des
escrocs comme Vincent Lacroix.
COMMISSION UNIQUE DES VALEURS MOBILIÈRES
Ottawa passe aux actes
— Le
gouvernement Harper a jeté hier les premières
bases d’une commission unique des valeurs mobilières
malgré la vive opposition de certaines provinces, dont
le Québec.
«
Nous
n’avons pas l’intention d’imposer quoi que ce soit à
quiconque. Les provinces et territoires qui veulent
participer sur une base volontaire pourront se joindre
à la Commission nationale des valeurs
mobilières », a dit hier Jim Flaherty, ministre
des Finances.
Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a annoncé la
création d’un bureau de transition qui aura comme
mandat de diriger les efforts visant à créer un
tel organisme, en particulier les pourparlers avec les
provinces.
Ce bureau de transition sera dirigé par Doug Hyndman,
qui occupe les fonctions de président de la Commission
des valeurs mobi l ières de la ColombieBritannique
depuis 1987. Il sera secondé par Bryan Davies, qui est
président du conseil d’administration de la
Société d’assurance dépôts du
Canada depuis 2006. Auparavant, il était directeur
général et surintendant de la Commission des
services financiers de l’Ontario.
Le bureau de transition entreprendra ses travaux le 13
juillet. Après avoir consulté les provinces, il
devra rédiger un projet de loi créant le nouvel
organisme de réglementation de concert avec les
fonctionnaires du ministère des Finances et celui de la
Justice. Il devra aussi produire un plan de transition dans un
délai d’un an, lequel devra être approuvé
par les provinces qui accepteront de se joindre à la
commission nationale.
En conférence de presse hier, le ministre Flaherty a
répété que les provinces auront le choix
de participer ou non à la création d’une cette
nouvelle commission.
Mais il a dit souhaiter que toutes les provinces embarquent
dans ce projet qui permettra, selon lui, d’intervenir plus
rapidement selon l’évolution du secteur financier. Une
commission nationale permettra aussi au Canada de parler d’une
seule voix sur la scène internationale, de mieux
répondre aux besoins des investisseurs et
d’éliminer des barrières à
l’intérieur des frontières canadiennes.
« Nous n’avons pas l’intention d’imposer quoi que ce
soit à quiconque. Les provinces et territoires qui
veulent participer sur une base volontaire pourront se joindre
à la Commission nationale des valeurs mobilières
», a dit M. Flaherty.
Dans le passé, plusieurs provinces s’opposaient
à ce qu’Ottawa crée une commission nationale,
estimant qu’il s’agissait d’un domaine de compétence
des provinces. L’Alberta, le Manitoba, la Colombie-Britannique
et le Québec avaient vivement manifesté leur
désaccord. Mais certaines de ces provinces, dont la
Colombie-Britannique et l’Alberta, ont changé leur
fusil d’épaule. Le Québec, toutefois, continue
à maintenir que le gouvernement fédéral
tente de s’immiscer d’une compétence qui est la sienne.
Le gouvernement Charest a d’ailleurs brandi la menace de
porter l’affaire devant la Cour suprême s’il le faut
pour empêcher Ottawa d’aller de l’avant.
La semaine dernière, le critique libéral en
matière de Finances, John McCallum, a indiqué
qu’un gouvernement libéral dirigé par Michael
Ignatieff demanderait à la Cour suprême du Canada
de statuer si la réglementation des valeurs
mobilières relève de la compétence
d’Ottawa ou des provinces.
Selon M.
McCallum, cette démarche devant le plus haut tribunal
du pays permettrait de régler une fois pour toutes le
litige qui persiste entre le gouvernement
fédéral et le Québec au sujet de la
création d’une commission nationale des valeurs
mobilières
Changement de cap
Pour le Parti libéral du Canada, il s’agit d’un
changement de cap dans ce dossier. Dans le passé, les
principaux ténors libéraux, dont John
McCallum, ancien ministre du Revenu, et Ralph Goodale,
ancien ministre des Finances, se sont prononcés en
faveur de la création d’une commission unique.
Hier, le ministre Flaherty a indiqué que ces
éventuelles démarches devant les tribunaux ne
contrecarreront pas les plans du gouvernement
fédéral. Il a indiqué avoir en main des
avis juridiques confirmant qu’Ottawa a un rôle
à jouer dans la réglementation des valeurs
mobilières.
« La crise financière mondiale a montré
que la réglementation est une responsabilité
que les pays partagent. Nous devons continuer à
éliminer à cet objectif commun, y compris ceux
présents dans notre pays », a dit M. Flaherty,
ajoutant que projet d’Ottawa respecte les compétences
des provinces et les intérêts des
différentes régions.
Le Bloc québécois et le NPD ont réagi
avec colère à l’annonce du ministre des
Finances.
« C’est de la provocation pure et simple. Les
conservateurs savent très bien que l’Assemblée
nationale s’est prononcée à plusieurs reprises
et unanimement contre cette initiative. Le ministre
l’annonce la première journée où les
Communes ne siègent pas. C’est pourtant quelque chose
qui est très clair au plan constitutionnel. Cela
relève des compétences de provinces », a
affirmé le député bloquiste Pierre
Paquette.
Le député néo-démoc rate Thomas
Mulcair s’est pour sa part dit « outré »
de voir que le ministre Flaherty ait attendu la fin de la
session parlementaire pour annoncer ses plans.
« Quel courage du ministre Flaherty de faire cela le
premier jour où le Parlement ne siège pas. Qui
plus est, il le fait à 15h, le jour des
élections partielles (pour l’Assemblée
nationale) au Québec pour s’assurer que cela ne fasse
pas partie du débat pendant la campagne », a
dit M. Mulcair.
Il a ajouté que cette décision d’Ottawa
entraînera la mort lente de l’Autorité des
marchés financiers du Québec puisque les
entreprises vont préférer s’inscrire
auprès d’une commission nationale lorsqu’elle verra
le jour.
COMMISSION
DE VALEURS MOBILIÈRES QUÉBEC
BATAILLERA EN COUR - Martin Vallières
En s’adressant à la Cour d’appel, le
gouvernement du Québec ouvre un front juridique
dans son opposition au projet fédéral
d’une commission de valeurs mobilières (CVM)
unique.
PHOTO FRANÇOIS
ROY, LA PRESSE
Claude
Béchard, ministre québécois des
Affaires intergouvernementales canadiennes, et Raymond
Bachand, ministre des Finances, en conférence
de presse hier à Montréal.
« Depuis l’annonce du projet
fédéral, le 22 juin, le Québec n’a
plus d’autres choix que de prendre la voie juridique
pour contester ce projet et affirmer sa
compétence », a indiqué le ministre
des Finances, Raymond Bachand, en conférence de
presse hier à Montréal.
«
Aussi, la réglementation des valeurs
mobilières et sa proximité des entreprises
québécoises sont importantes pour le
développement économique. Il y a des
emplois de pointe en valeurs mobilières à
Montréal et ce n’est pas vrai qu’on les laissera
filer vers Toronto. »
Et en cas d’échec en Cour d’appel du
Québec, « nous irons ensuite en Cour
suprême », a soutenu le ministre Bachand,
après avoir admis que ce processus pourrait durer
plusieurs mois.
Mais déjà, hier, le défi juridique
de Québec trouvait un écho favorable dans
la capitale de l’Alberta, la seule autre province encore
opposée aux ambitions fédérales.
«
Nous évaluons aussi la pertinence d’un recours
en justice pour affirmer notre compétence.
Entretemps, nous demeurons tout aussi opposés
que le Québec au projet fédéral
de CVM unique », a indiqué Bart Johnson,
porte-parole de la ministre albertaine des Finances,
Iris Evans.
« Comme le Québec, nous estimons que ce
projet fédéral est non seulement une
menace à notre juridiction, mais aussi un
risque pour une gestion adéquate de notre
économie. En particulier tout notre important
secteur des PME du pétrole et du gaz », a
indiqué M. Johnson, en entretien d’Edmonton.
« Si nous laissons passer ce projet
fédéral, ça risque d’être
un précédent qui servirait ensuite de
prétexte à Ottawa de défier la
juridiction provinciale dans d’autres secteurs
financiers, comme les régimes de retraite ou
les caisses populaires. »
Pourtant, s’ils parviennent à s’allier en
justice, les gouvernements du Québec et de
l’Alberta risquent encore d’être
bousculés par les ambitions
fédérales.
Déjà, les deux autres provinces qui
étaient réticentes à une CVM
unique, la Colombie-Britannique et le Manitoba, ont
abdiqué en faveur du projet dit de «
transition » annoncé à la fin de
juin par le ministre fédéral des
Finances.
De plus, le ministre Flaherty a confié la
direction de ce projet à nul autre que le
président de la CVM de Colombie-Britannique,
Doug Hyndman, qui fut naguère un vif critique
des ambitions fédérales.
En fin de journée hier, en réaction au
défi juridique lancé par Québec,
on réaffirmait au cabinet du ministre Flaherty
que le fédéral détient «
les pouvoirs nécessaires » pour implanter
une CVM unique.
« Le gouvernement du Canada a obtenu de nombreux
avis constitutionnels sur lesquels s’appuyer »,
a soutenu l’attaché de presse du ministre,
Chisholm Pothier, par courriel.
Entre-temps, a-t-il précisé, le projet
de CVM unique est « une initiative à
participation volontaire. Aucune province ne sera
forcée de s’y joindre. Toute province pourra
conserver son mode de fonctionnement actuel si telle
est sa volonté ».
Pas de temps à perdre
Mais pour le ministre québécois des
Affaires i ntergouvernementales canadiennes, Claude
Béchard, il importe pour Québec de
recourir sans tarder à la justice pour bloquer
« un projet fédéral qui tente de
faire indirectement ce que la constitution ne lui
permet pas de faire directement ».
« Nous avons déjà un
système (entre les CVM provinciales) qui
fonctionne bien tout en respectant les
compétences et les particularités de
chaque province. Nous voulons continuer avec ce
système au lieu de sauter par-dessus comme veut
le faire le fédéral », a
indiqué le ministre Béchard, en
conférence de presse hier.
Quant aux arguments en faveur d’une CVM unique,
notamment les gains de capacité et
d’efficacité espérés par de
nombreux intervenants boursiers, le ministre des
Finances, Raymond Bachand, les a encore
écartés du revers de la main.
« L’intérêt national ne rime pas
avec la centralisation en matière de
réglementation financière. Aux
États-Unis, par exemple, l’affaire Madoff a
duré une quinzaine d’années
malgré l’existence de grands organismes
centralisés », a souligné M.
Bachand.
Québec a raison -
Benoît Pelletier
Le
gouvernement doit absolument protéger sa
compétence en matière de valeurs
mobilières
LProfesseur titulaire à la faculté de
droit de l’Université d’Ottawa, l’auteur a
été ministre québécois des
Affaires intergouvernementales canadiennes de 2003
à 2008. e gouvernement québécois
vient d’annoncer son intention de soumettre un renvoi
à la Cour d’appel duQuébec sur la
constitutionnalité ou non du projet d’Ottawa
visant à créer une commission
pancanadienne des valeurs mobilières. Il a
raison.
Les ministres
québécois Claude Béchard et
Raymond Bachand ont annoncé conjointement la
semaine dernière leur intention de contester le
projet d’une commission des valeurs mobilières
fédérale.
Bien que certains aspects de la réglementation
des valeurs mobilières relèvent de la
compétence fédérale en
matière de droit criminel, il n’en reste pas
moins que, dans son caractère véritable,
le contrôle du commerce de produits financiers
à l’intérieur d’une province est de
compétence provinciale, notamment en ce qui a
trait à la propriété et les droits
civils.
Le fait que le Canada soit, en ce moment, le seul pays
industrialisé à ne pas avoir un organisme
unique de réglementation des valeurs
mobilières ne rend pas moins important le respect
de l’autonomie des provinces en la matière. Il en
est de même pour l’argument voulant que l’actuelle
récession rende nécessaire la
création d’un tel organisme pancanadien, ce qui
est d’ailleurs loin d’être prouvé,
même sur le plan purement économique. Le
fait qu’un grand nombre de provinces consentent aux
visées fédérales n’est pas
davantage une raison valable pour éclipser le
partage des pouvoirs entre le fédéral et
les provinces.
Le
gouvernement canadien soutient que la participation des
provinces au nouveau régime qu’il se propose de
mettre en place sera volontaire, ce qui démontre,
selon lui, que leur autonomie sera respectée.
Mais il ne faut pas être naïf. En effet, la
pression de la part du milieu financier sur les
provinces qui ne se joindront pas à ce nouveau
régime sera telle que celles-ci n’auront d’autre
choix que d’y adhérer éventuellement, au
risque d’être laissées pour compte ou de
voir leur propre système être
contourné.
On aurait tort de penser que, a priori, les provinces
sont incapables de réglementer efficacement le
secteur des valeurs mobilières à
l’échelle du Canada. Au contraire, elles peuvent
très bien instaurer un système
d’harmonisation réglementaire et de passeports de
portée pancanadienne. Elles avaient d’ailleurs
amorcé des discussions très fructueuses en
ce sens. Ce système interprovincial permettrait
d’atteindre les mêmes objectifs que ceux
poursuivis actuellement par le gouvernement canadien
avec son projet de commission unique.
Pour légitime qu’elle soit, la bataille juridique
dans laquelle s’engage le Québec n’en constitue
pas moins un pari risqué, étant
donné que les tribunaux – et surtout la Cour
suprême du Canada où l’affaire sera
éventuellement portée – sont souvent
imprévisibles, sinon étonnamment
conciliants à l’égard des ambitions
fédérales, et cela, en particulier dans
les secteurs du commerce et de l’économie.
Peu importe le risque, le gouvernement du Québec
n’a pas le choix en l’occurrence. Il ne peut se
permettre d’être passif devant une atteinte
potentielle à son autonomie dans le cadre
fédératif canadien.
VEILLONS AU GRAIN - Daniel
Paillé
Le
gouvernement du Québec doit faire plus pour
protéger sa compétence dans le domaine des
valeurs mobilières
La dernière chose dont le milieu des affaires
canadien a besoin, c’est d’une bataille de structures.
L’auteur est professeur associé à HEC
Montréal.
Le ministre des Finances Jim
Flaherty, le 22 juin dernier à Ottawa,
annonçant la création d’un bureau de
transition pour la mise en place d’une commission
unique des valeurs mobilières.
Presque en catimini, a pr è s la clôture
estivale des législatures, le ministre des
Finances du Canada, JimFlaherty, a poussé plus
loin son obstination à vouloir créer sa
commission fédérale des valeurs
mobilières. C’est faire preuve de beaucoup
d’acharnement à vouloir réparer ce qui
n’est pas brisé.
La crise financière actuelle a au moins eu le
mérite de démontrer que le système
financier canadien est robuste et que chacune des
juridictions veille au grain. Il y aura toujours des
améliorations à effectuer, nul n’est
parfait, mais la dernière chose dont le milieu
des affaires canadien a besoin, c’est d’une bataille de
structures. Le geste est mauvais, le timing est affreux!
En plus
de plaider studieusement sa compétence
constitutionnelle (ce qui, ces temps-ci n’est pas un
sujet pour faire lever les foules), le gouvernement du
Québec doit voir plus loin et faire plus pour
protéger non seulement sa compétence dans
un secteur de forte influence pour sa croissance, mais
pour garantir aux nombreuses personnes qui oeuvrent
autour et alentour de l’Autorité des
marchés financiers du Québec (AMF) et de
la Bourse de Montréal qu’ils pourront continuer
d’exercer leur compétence professionnelle au
Québec. La vigilance ne sera jamais assez grande
en ces matières, il faut éviter
d’être trop clément…
Prenons l’exemple récent de la prise de
contrôle de la Bourse de Montréal par la
Bourse de Toronto (TMX). Malgré certaines
recommandations de prudence qui lui ont
été prodiguées, l’AMF autorisait
l’an dernier cette transaction sans protéger
adéquatement les pouvoirs du président de
la Bourse de Montréal. Or, à partir de
demain, ces pouvoirs seront grandement diminués.
En effet, avec le remplacement de Luc Bertrand par Alain
Miquelon, il faut constater que ce dernier n’aurait plus
les pouvoirs de son prédécesseur. À
moins d’avis contraire, le président de la Bourse
de Montréal ne sera plus le numéro 2 de
TMX, ni même l’un de ses administrateurs. Rien
n’indique s’il sera ou non le président du
conseil de la Bourse climatique de Montréal, ni
le vice-président du conseil de la Bourse
d’option de Boston. Bref, il sera probablement
président d’une filiale ordinaire.
Bien évidemment dans ce cas, le transfert des
pouvoirs de Montréal vers Toronto est
dorénavant hors de portée des
autorités québécoises, l’AMF
n’ayant pas réclamé ces protections,
même si elle en avait la juridiction. Mais, une
chose est sûre, si cela avait relevé d’une
autorité canadienne, le Québec n’y aurait
rien gagné, d’où l’importance que
l’autorité sur les marchés financiers
demeure québécoise.
On peut penser que la stratégie
fédérale visant à glaner ici et
là des morceaux de compétence n’est pas
à la veille de cesser, alors conservons au moins
les outils à notre disposition pour veiller au
grain et intervenir au besoin.
Le pari risqué de
Québec - Sophie Cousineau
Si
Québec devait perdre de façon
définitive devant le plus haut tribunal du pays,
cela porterait un coup très dur à la
communauté financière de Montréal,
qui souffre déjà de la vente de la Bourse
de Montréal à la Bourse de Toronto.
Que le gouvernement du Québec veuille t
raîner Ottawa devant les tribunaux pour avoir
empiété sur un champ de compétence
provinciale avec son projet de commission des valeurs
mobilières nationale, personne ne s’en
étonnera. C’était dans l’air depuis
quelques semaines.
Mais , que l e s mi n i s t r e s Raymond Bachand et
Claude Béchard aient choisi de déterrer la
hache de guerre hier, alors que Vincent Lacroix plaidait
en faveur de sa libération conditionnelle au
palais de justice de Montréal, à quelques
rues de l’hôtel où se tenait la
conférence de presse du gouvernement, est assez
maladroit. Norbourg, c’est une longue cicatrice au
visage de l’Autorité des marchés
financiers du Québec.
Chaque fois que de nouveaux détails filtrent sur
la façon dont l’Autorité a nonchalamment
considéré les nombreux indices de
malversations – notamment cet avertissement d’un
enquêteur de la Banque Nationale qui avait
constaté que Vincent Lacroix puisait dans les
comptes de Norbourg – les boîtes de courriels et
les blogues débordent de courriels fielleux.
Nombreux sont les Québécois qui jugent
qu’une commission nationale pourrait faire mieux pour
protéger les petits investisseurs.
On a beau leur faire remarquer que la Securities &
Exchange Commission des États-Unis a eu Bernard
Madoff sous son nez pendant une quinzaine
d’années ou que l’Autorité des
marchés financiers a changé depuis
août 2005, rien n’y fait.
Québec aurait pu porter à exécution
sa menace de poursuite avant. Le ministre des Finances,
Jim Flaherty, a annoncé son projet de lancer une
commission nationale à son dernier budget, en
janvier. Puis, il a annoncé la création
d’un « bureau de transition » le 22 juin,
voilà plus de deux semaines…
Mais c ’est seulement hier qu’est venue cette riposte
qui a du être longuement soupesée. Est-ce
pourquoi les ministres Bachand et Béchard
n’avaient pas, à eux deux, le cinquième de
l’indignation courroucée de Monique J é r
ô me-F o r g e t ? Ray mond Bachand a d’ailleurs
refusé de faire sien le fameux « over my
dead body » que sa prédécesseur
avait lancé. D’un ton dénué
d’émotion, le nouveau ministre des Finances a
plutôt évoqué ce « devoir de
défendre les intérêts du
Québec ».
En fait , Claude Béchard a même entrouvert
la porte à un règlement à
l’amiable. Plus d’une fois, le nouveau ministre des
Affaires intergouvernementales canadiennes a
évoqué les élections
fédérales qui s’annoncent à
l’automne prochain. Si les conservateurs, qui
prétendent à un fédéralisme
d’ouverture, ne veulent pas perdre toute
crédibilité, ils auraient
intérêt à revoir leur position,
a-t-il suggéré. Mais penser que Jim
Flaherty va abandonner le morceau, c’est à peu
près aussi réaliste que d’espérer
qu’un chien enragé lâche son os. La seule
chose qui freinera Jim Flaherty, c’est une
défaite des conservateurs aux prochaines
élections.
Québec n’a peut-êt r e pas
intérêt à ce que la Cour d’appel du
Québec et la Cour suprême du Canada se
prononcent de façon définitive sur la
compétence exclusive des provinces en
matière de réglementation des valeurs
mobilières. Malgré tout ce que
Québec avance en citant un article de la Loi
constitutionnelle de 1867, l’affaire n’est pas dans le
sac.
Le comité d’experts présidé par Tom
Hockin affirme avoir reçu des avis juridiques
selon lesquels la réglementation
financière n’est pas l’apanage des provinces,
même si Ottawa leur a laissé le champ libre
dans le passé. Le ministre des Finances aussi.
Si
Québec devait perdre de façon
définitive devant le plus haut tribunal du pays,
cela porterait un coup très dur à la
communauté financière de Montréal,
qui souffre déjà de la vente de la Bourse
de Montréal à la Bourse de Toronto.
L’Autorité des marchés financiers ne s’est
d’ailleurs pas illustrée dans ce dossier puisque
les clauses qu’elle a négociées pour
protéger le centre décisionnel de
Montréal résistent mal à
l’épreuve du temps…
Bref, le Québec joue très gros dans cette
histoire. Est-ce que le gouvernement Charest aurait
dû troquer son appui en faveur d’une commission
nationale en échange d’un organisme ayant son
siège social et son centre de décisions
à Montréal ? Pour le meilleur ou pour le
pire, c’est la Cour suprême qui nous le dira.
De toute façon, au-delà de la
légalité, il y a la
légitimité des commissions provinciales.
Les i nvestisseurs québécois, aussi
nationalistes soient-ils, ne défendront pas le
Québec pour le Québec s’ils ont
l’impression que la province devient le terrain de jeu
de prédilection des arnaqueurs.
Le Québec et les autres provinces qui s’opposent
à une commission nationale doivent encore
convaincre les investisseurs petits et grands qu’ils
sont bien protégés et que le
système collaboratif du passeport fonctionne.
En vertu de ce système, une entreprise qui veut
émettre des actions à la grandeur du pays
n’a plus à cogner à toutes les portes.
Depuis que la réglementation a été
harmonisée, la commission de sa province fait
office de guichet unique
Ce système n’est pas plus coûteux pour les
entreprises, ont conclu les chercheurs Jean-Marc Suret
et Céline Carpentier dans une étude
publiée en 2007. Le coût moyen d’une
émission au Canada, de 33 600$, est largement
inférieur à celui d’une émission
aux États-Unis (324 000$) ou en Australie (123
000$).
Il reste qu’il est parfois difficile de faire
évoluer la réglementation en
négociant à 13. Tout récemment, par
exemple, les autorités provinciales n’ont pu
s’entendre sur la pertinence d’imposer un vote
consultatif sur la rémunération des hauts
dirigeants des entreprises en Bourse, alors que l e
Royaume-Uni et l’Australie l’exigent et que les
États-Unis sont sur le point de le faire.
Mais, ce qui i ntéresse dava nt age monsieur e t
madame Tout-le-Monde, c’est de savoir si les
investisseurs seront mieux protégés contre
les Vincent Lacroix et autres filous de la finance. Or,
la protection des investisseurs a bien peu à voir
avec la structure.
Cela dépend beaucoup plus des ressources qui sont
accordées aux inspections et aux enquêtes,
de la promptitude à réagir et surtout de
la volonté manifeste et à tous les
échelons de ne rien laisser passer.
Régulateur national ou provincial, c’est lorsque
les autorités dorment au gaz que les petites
arnaques deviennent de grandes escroqueries.
Harmonisation de la TPS : Une étude contredit
les propos de Harper
EXCLUSIF
— Des documents émanant du bureau du Conseil
privé contredisent la version du gouvernement
Harper dans le dossier de l’harmonisation de la taxe de
vente du Québec avec la TPS.
« Cela veut dire qu’ils
(les conservateurs) nous mentaient en Chambre »,
a souligné Gilles Duceppe, chef du Bloc
québécois.
Depuis quelques mois, le gouvernement Harper refuse de
verser une compensation financière de 2,6
milliards de dollars au Québec pour avoir
harmonisé sa taxe de vente provinciale à
la TPS dans les années 90, prétextant que
les deux taxes ne sont pas entièrement
harmonisées.
Or, le bureau du Conseil privé soutient au
contraire que le Québec fait partie d’un groupe
de quatre provinces qui ont accepté d’harmoniser
leur taxe de vente provinciale avec la TPS,
révèlent des documents datés
d’octobre 2008 obtenus par La Presse en vertu de la Loi
sur l’accès à l’information.
Les autres provinces sont le Nouveau-Brunswick, la
NouvelleÉcosse et Terre-Neuve, à qui le
gouvernement fédéral a déjà
versé une compensation financière de plus
d’un milliard de dollars dans le milieu des
années 90 pour avoir accepté une offre
d’Ottawa d’harmoniser les taxes de vente.
Les documents en question font partie des notes de
réunion préparés par les
fonctionnaires du bureau du Conseil privé
à l’intention de la ministre des Affaires
intergouvernementales Josée Verner à la
suite des élections d’octobre 2008, soit bien
avant qu’Ottawa ne s’entende avec le gouvernement de
l’Ontario.
Ces documents viennent donc contredire les affirmations
du ministre des Finances Jim Flaherty, qui a soutenu au
cours des derniers mois que le Québec n’a pas
droit à une compensation financière au
même titre que l’Ontario parce que sa taxe de
vente n’est pas complètement harmonisée
avec la TPS.
« Bien que le Canada ait réussi à
faire des progrès dans l’harmonisation des taxes
en vertu d’accords sur la perception des taxes dans les
domaines des impôts pour les particuliers et les
entreprises, il y a d’autres secteurs où une plus
grande harmonisation serait avantageuse », peut-on
lire dans les documents.
« Des taxes à la valeur ajoutée
harmonisées ont été mises en oeuvre
dans quatre provinces (dont le Québec), mais les
taxes au détail continuent d’être
perçues séparément dans cinq
provinces (Ontario, Colombie-Britannique, Manitoba,
Saskatchewan et Îledu-Prince-Édouard),
augmentant ainsi les coûts d’administration
à la fois pour les gouvernements et les
entreprises », ajoute-t-on.
Ce
dossier est redevenu un sujet d’actualité ce
printemps après que le gouvernement Harper eut
accepté de verser la somme de 4,3 milliards de
dollars au gouvernement de l’Ontario au cours des deux
prochaines années en guise de compensation pour
harmoniser la TPS et la taxe de vente de cette province.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe,
cachait mal sa colère hier de voir que les
fonctionnaires fédéraux contredisaient la
position du gouvernement Harper. « Cela veut dire
qu’ils nous mentaient en Chambre. Et les
conséquences sont énormes. Il y a une
somme de 4,3 milliards qui est versée à
l’Ontario en guise de compensation. Le gouvernement de
l’Ontario utilise cette somme pour envoyer un
chèque de 1000$ à chaque famille
ontarienne. Mais le Québec n’a pas vu la couleur
des 2,3 milliards et il paie au moins 20% des 4,3
milliards remis à l’Ontario, soit 900 millions de
dollars », a affirmé M. Duceppe.
Le chef bloquiste a soutenu que les documents en
question donnent de nouvelles munitions au gouvernement
du Québec.
Mais au bureau du ministre des Travaux publics,
Christian Paradis, qui a été le principal
porte-parole du gouvernement Harper dans ce dossier, on
soutient que le Québec obtiendra le même
traitement que l’Ontario si la province accepte le
même accord que le gouvernement McGuinty.
« On a toujours dit que si le Québec
décidait de faire comme l’Ontario, il serait
traité exactement de la même
manière. Le Québec reçoit
déjà une compensation pour la perception
de la TPS au nom du gouvernement fédéral
(1,77 milliard depuis 1992). Le gouvernement du
Québec a récemment indiqué qu’il
souhaitait aller plus loin. Nous sommes prêts
à négocier de bonne foi dans ce dossier
», a indiqué Mark Quinlan, porte-parole du
ministre Paradis.
Le gouvernement du Québec, qui perçoit et
administre la TPS depuis 1992 et remet les fruits de
cette taxe au gouvernement fédéral par la
suite, soutient avoir harmonisé sa taxe de vente
dans les années 1990 et réclame une
compensation de 2,6 milliards depuis 1997.
Il y a quelques semaines, le ministre Flaherty a
posé ses conditions pour verser une compensation
au Québec. Le ministre exigeait que Québec
cesse d’appliquer la TVQ à la TPS lorsque les
consommateurs achètent des biens ou des services
et que le gouvernement fédéral administre
cette taxe harmonisée sur le territoire
québécois.
À l’heure actuelle, une TPS de 5% s’applique sur
les biens et services. Une TVQ de 7,5% est ensuite
appliquée sur le prix de ces biens et services
avec TPS. Le Québec est la seule province au pays
avec l’Île-du-Prince-Édouard à
imposer une taxe de vente sur la TPS.
Le gouvernement Charest a fait savoir qu’il était
prêt à faire quelques ajustements
réclamés par Ottawa pour obtenir une
compensation. Entre autres choses, Québec s’est
dit prêt à instaurer un crédit pour
les grandes entreprises qui ont des revenus de plus de
10 millions de dollars, comme le fait Ottawa. Toutefois,
le gouvernement du Québec tient mordicus à
continuer à percevoir et à administrer la
TPS, comme il le fait depuis 1992.
Indépendance du Québec : LE
FRANÇAIS ÉCOPERAIT - Mario
Polèse
Advenant
l’indépendance du Québec, l’espace
francophone en Amérique s’en trouverait
rétréci
Les Québécois ne pourront plus, par
l’intermédiaire du parlement
fédéral, intervenir pour protéger
le français dans le reste du Canada.
L’auteur est professeur et chercheur au centre
Urbanisation Culture Société de l’INRS.
L’an dernier, il a publié le livre «
Serionsnous plus libres au lendemain d’un Oui? »
aux Éditions Voix Parallèles.
S’affranchir des idées
reçues à propos de l’idéal de la
souveraineté n’est pas chose facile.
Je me permets, au lendemain de la Fête nationale,
de livrer quelques réflexions sur ce qu’il
convient d’appeler la question nationale. Mon souci :
faire avancer le Québec et, aussi, la cause du
français en Amérique.
Mon propos est simple. L’idéal de la
souveraineté – indéniablement l’un des
moteurs de la construction du Québec moderne –
est devenu un frein. Je comprends la séduction
exercée par les mots liberté,
indépendance et souveraineté.
L’adéquation entre « liberté »
et « État souverain » est
ancrée dans les mentalités. S’affranchir
des idées reçues n’est pas chose facile.
En 1963, Raymond Barbeau écrivait : « La
thèse que nous soutenons est la suivante :
l’infériorité économique des
Canadiens français est la conséquence
fatale de leur situation d’impuissance politique dans la
Confédération. » Nous savons
aujourd’hui que Barbeau s’est trompé; moi aussi
d’ailleurs, car à l’époque je pensais
aussi que l’indépendance était
nécessaire pour sortir les Canadiens
français de leur statut
d’infériorité et pour sauver la langue
française.
Je ne raconterai pas ici l’historique du cheminement
parcouru depuis 50 ans, un renversement sans
précédent dans la condition d’un peuple et
d’une langue. Il suffit de constater que les
Québécois forment il est probable qu’il
soit tout aussi contraignant pour l’État
québécois que la constitution
fédérale actuelle, et tout autant source
potentielle de tensions entre Québec et Ottawa.
Les politiques commerciales et monétaires
resteront communes et l’obligation d’harmonisation
fiscale ne sera pas moindre.
La liberté des États n’est plus ce qu’elle
était. Ce que le Québec gagnerait en marge
de manoeuvre serait assez limité en toute
probaaujourd’hui l’un des peuples les plus
prospères, les plus créateurs et, j’ose
dire, les plus libres de la planète ; nous
faisons l’envie de bien des nations.
Ceci étant dit, je propose un regard sur l’option
souverainiste sous trois angles : les pouvoirs du
Québec, la langue et le territoire.
Le
Québec est aujourd’hui loin de l’État
chétif du temps de Duplessis. Il a plus de
pouvoirs et de ressources que bien des États
souverains. Après l’indépendance, je tiens
pour acquis que les Québécois voudraient
garder une monnaie commune et la pleine liberté
de mouvement et de commerce avec le Canada. Cela
signifie une union économique, encadrée
par un traité.
I l est i mpossible de savoi r à l’avance le
contenu d’un tel traité, mais pour peu qu’on
observe les principes d’une union économique,
bilité. Le principal gain assuré sera sa
personnalité internationale ; le Québec
aura son siège à l’ONU.
La souveraineté va dans les deux sens. Ottawa ne
pourra pas plus intervenir au Québec en
matière linguistique. Mais, l’inverse sera tout
aussi vrai. Les Québécois ne pourront plus
( par l’intermédiaire du parlement
fédéral) intervenir pour protéger
le français dans le reste du Canada. Les Acadiens
et autres minorités francophones ne pourront plus
compter sur le poids politique des
Québécois.
Il y a 30 ans, on pouvait penser que les Acadiens
allaient de toute manière disparaître ; ils
sont toujours là. Il est peu probable, selon moi,
que le français restera comme langue officielle
dans un Canada sans Québec. À mes yeux, un
projet qui rétrécit encore plus l’espace
du français en Amérique est un recul.
Le territoire est une question qu’on
préfère éviter sous peine
d’être taxé d’alarmiste. Elle est
réelle pourtant, plus encore qu’il y a 30 ans. Je
ne parle pas de la menace partitionniste (anglophone),
qu’on exagère. Je parle des nations autochtones,
surtout des Cris et des Inuits, dont les territoires
couvrent la moitié du Québec.
Lors du référendum de 1995, elles ont
massivement appuyé le « Non »,
résultat reconfirmé par des
référendums internes. Ce sera sans doute
pareil la prochaine fois. Les nations autochtones ne
sont plus les peuples effacés, invisibles, d’aut
refois . Dans une contestation juridique (ou autre), il
est fort à parier que l’opinion internationale
leur sera acquise.
S’ i ls choisissent de rester en dehors d’un
Québec souverain, je ne vois pas ce que
Québec pourra faire pour les retenir : envoyer
l’armée ? Voyons ! Des déclarations sur
l’inviolabilité du territoire
québécois n’ont pas grande valeur en
l’absence des moyens sur le terrain pour l’imposer. Je
n’ai aucune envie d’ouvrir cette boîte de Pandore.
Le fédéralisme comporte aussi des
avantages, précisément parce qu’il laisse
la place à des peuples dont les identités
et les géographies se chevauchent. Quelle autre
formule nous permet de réconcilier l’aspiration
(légitime) d’un État
québécois fort et le désir, tout
aussi légitime, d’un grand espace
économique et politique ? Je n’en connais pas.
Toute formule politique ( réaliste) devra s ’
accommoder de souverainetés partagées.
Référendum en Irlande, prise deux
— A priori, on
pourrait comprendre que les Irlandais aient l’impression
d’avoir été ramenés en arrière par
une mystérieuse faille spatio-temporelle.
À peine un an après que la population du petit
pays eut opposé une fin de non-recevoir au
traité de Lisbonne, censé réviser
substantiellement les structures décisionnelles de
l’Union européenne, le gouvernement annonce qu’il y
aura un nouveau référendum en octobre... sur le
traité de Lisbonne.
« C’est beau, la démocratie, non? On vote non
à une question et ils nous reposent la question
jusqu’à ce qu’on dise oui », s’énerve
Anthony O’Rourke, un chauffeur de taxi de Dublin.
« Qu’ils votent oui ou non, au moins, les gens sauront
pourquoi ils votent, cette fois-ci », tempère
Rose Murtheh, qui tient un étal de fruits et
légumes sur un trottoir du centreville. « Je ne
sais pas si je vais voter oui ou non. Il me semble que tout
ça ne change pas grand-chose pour moi », ajoute
la femme de 60 ans.
« Il y a beaucoup d’apathie à ce sujet. La
dernière fois, les gens ne savaient trop sur quoi ils
votaient, et personne n’a vraiment tenté de le savoir,
» note Steve Browne, un vendeur de 26 ans.
Bien que le référendum à venir suscite
pour l’heure moins d’émoi que les spectacles
donnés par U2 ce week-end, nombre d’Irlandais sont
convaincus qu’il s’agit d’un vote de première
importance.
C’est le cas notamment de Richard Greene, porte-parole de
l’organisation Coir (Justice), qui avait mené une
campagne d’affichage remarquée contre le traité
en 2008.
« Je
suis indigné de ce nouveau référendum...
Les gens ont parlé l’année dernière et
les élus devraient leur obéir », indique
M. Greene, qui craint l’impact du traité sur la
souveraineté irlandaise.
« Notre Constitution n’existera plus. Nous serons
englobés dans un super-État dirigé par la
France et l’Allemagne », dit-il.
Dans les faits, le traité de Lisbonne prévoit la
simplification des mécanismes décisionnels
européens. Il clarifie les champs de compétence
des pays membres et des institutions centrales et
prévoit l’introduction d’une charte des droits
fondamentaux.
Des « garanties » formelles
En Irlande, les opposants au projet ont déclaré
durant la première campagne que ces réformes
pourraient empêcher le gouvernement irlandais de fixer
de son propre chef les taux de taxation, l’obliger à
participer à des guerres lointaines ou encore permettre
l’avortement, un sujet très délicat dans un pays
profondément imprégné de catholicisme.
Le gouvernement du premier ministre Brian Cowen, dans le but
de rassurer la population, a obtenu des autorités
européennes des « garanties » formelles
qu’il espère suffisantes pour faire taire les critiques
de 2008. M. Cowen mise aussi sur les difficultés
économiques du pays, en pleine récession, pour
renforcer ses liens avec l’Union européenne.
L’an dernier, la victoire du non avait perturbé la
feuille de route des autres chefs d’État
européens, qui avaient choisi de faire ratifier le
traité par voie parlementaire, un exercice beaucoup
moins risqué. Un nouveau rejet pourrait signifier la
mort du traité puisqued’autrespays, comme la Pologne et
la République tchèque, ont d’importantes
réserves et pourraient évoquer le
résultat d’octobre pour faire marche arrière.
Affamer le Bloc? -
ANDRÉ PRATTE
Le Bloc est
fort de la grande faiblesse des conservateurs et des
libéraux au Québec.
Dans une opinion publiée hier par le Globe and Mail,
un professeur de gestion de l’Université de Toronto
suggère que le gouvernement fédéral
verse ses allocations trimestrielles seulement aux partis
politiques présentant des candidats dans plus d’une
région du pays. Andrew Stark présente en
faveur de son idée une argumentation philosophique
intéressante, mais l’objectif est simple et
bête: priver le Bloc québécois d’une
source de financement.
Cette idée a souvent été
évoquée dans le passé, sous une forme
ou une autre. Elle révèle la frustration de
certains Canadiens anglais et fédéralistes
québécois devant les succès continus du
Bloc. Surtout, c’est une idée qui passe à
côté du vrai problème.
Les allocations trimestrielles sont versées aux
partis fédéraux depuis la réforme du
financement politique en 2004. Chaque parti reçoit
tous les trois mois 44 cents par vote obtenu lors du plus
récent scrutin.
Contrairement à une impression répandue, ce
système ne confère pas au Bloc d’avantage indu
parce qu’il n’a à faire campagne qu’au Québec
alors que les autres formations doivent rejoindre les
Canadiens d’un océan à l’autre. La somme
reçue dépendant du nombre de votes obtenus, le
Bloc a eu droit en 2008 à 5 millions, bien moins que
les 10,4 millions versés aux conservateurs et les 8,7
millions envoyés aux libéraux.
Dans son
texte, M. Stark estime que, dans un régime
fédéral, le gouvernement central ne devrait
financer que des projets et institutions dont peuvent
profiter les Canadiens de toutes les régions du pays.
Suivant ce principe, un parti pour lequel les
électeurs d’une seule province peuvent voter ne
devrait pas obtenir l’appui financier d’Ottawa.
Une telle mesure serait toutefois antidémocratique.
Les électeurs québécois ont le droit de
voter pour qui ils veulent et ils sont en droit de
s’attendre à ce que le gouvernement
fédéral accorde aux partis de leur choix le
même traitement qu’aux autres.
Il est assez curieux que des fédéralistes
envisagent ce genre de subterfuge alors qu’il existe un
moyen bien plus efficace d’affaiblir le Bloc
québécois: les autres partis n’ont qu’à
faire élire plus de députés au
Québec.
Outre ses propres mérites et ceux de son chef, le
Bloc est fort de la grande faiblesse des conservateurs et
des libéraux au Québec. Tant que cette
faiblesse ne sera pas comblée, le parti souverainiste
obtiendra l’appui du plus grand nombre des électeurs
de la province. Le PLC et le PC doivent s’implanter ici
beaucoup plus profondément. Ils doivent
présenter de meilleurs candidats. Ils doivent aussi
comprendre que la multiplication des courbettes
nationalistes n’est pas une stratégie gagnante
à long terme.
Le gouvernement fédéra l n’existe pas pour
faire plaisir à l’Assemblée nationale, mais
pour gouverner le Canada. Le parti fédéral qui
présenterait un projet de gouvernement solide et
audacieux, portant sur les champs de compétence
fédérale (notamment affaires
étrangères, commerce international,
économie, environnement, transport interprovincial),
aurait aujourd’hui de très bonnes chances de
remporter plusieurs circonscriptions au Québec.
La reine au Canada le 1er juillet ? - Hugo
de GrandPré
Les deux visites royales pourraient coûter 6
millions en deux ans
PHOTO HANS DERYK,
REUTERS
La Presse. La reine
Élisabeth II pourrait venir au Canada du 28
juin au 8 juillet 2010, selon les documents obtenus
par
OT TAWA — La reine Élisabeth II pourrait
être au Canada pour célébrer la
fête nationale de son ancien dominion, le 1er
juillet prochain.
C’est du moins le scénario qui était
étudié en juin dernier par Ottawa et
Buckingham Palace, selon des documents obtenus par La
Presse auprès du ministère du Patrimoine
en vertu de la loi sur l’accès à
l’information.
Selon un budget prévisionnel inclus dans ces
documents, cette visite de la reine et de son mari, le
duc d’Édimbourg, pourrait coûter plus de
3,5 millions de dollars aux contribuables canadiens,
soit plus de 350 000$ pour chacun des neuf jours qu’elle
passera au pays.
C’est près de trois fois plus que le 1,2 million
dépensé par Ottawa et des provinces lors
de la dernière venue de la chef de l’État
canadien, en 2005, à l’occasion du centenaire de
l’adhésion de l’Alberta et de la Saskatchewan
à la confédération.
Selon le même budget prévisionnel,
daté du 22 juin et préparé en vue
des deux visites royales, celle du prince Charles et de
sa femme Camilla, qui vient de se terminer, pourrait
coûter un peu plus de 2,5 millions aux
contribuables, quatre fois plus cher que les 600 000$
dépensés lors de son dernier voyage ici,
en 2001. On ignore pour l’instant à combien
s’élève la facture finale.
Les dépenses prévues dans ce budget
incluent les frais d’hôtels pour les visiteurs
royaux (275 800$), des cadeaux (350 000$) et des
réceptions (près de 2,7 millions), dont
une somme de 1 million de dollars pour des
célébrations de la prochaine fête du
Canada, le 1er juillet 2010.
28
juin au 8 juillet ?
Les dates pour la visite de reine n’ont pas
été arrêtées, a
insisté hier un porte-parole du ministère
du Patrimoine. Celles évoquées dans les
documents obtenus pa r
La Presse sont celles du 28 juin au 8 juillet 2010. Une
source gouvernementale a toutefois indiqué
qu’elles pourraient avoir changé, depuis juin.
« Le gouvernement du Canada etle palais de
Buckingham ont commencé à planifier la
visite afin de déterminer les scénarios de
visite qui reflètent le mieux les
intérêts et objectifs mutuels »,
peut-on lire dans une note d’information envoyée
en septembre dernier au ministre du Patrimoine, James
Moore.
« Le palais de Buckingham et Rideau Hall feront
l’annonce officielle de la visite dès qu’ils se
seront entendus sur tous les détails. »
On n’en est pas à une spéculation
près quant aux dates de la visite royale de 2010,
depuis que sa représentante au pays, la
gouverneure générale, Michaëlle Jean,
l’a annoncée l’été dernier. Des
médias ont déjà rapporté
qu’elle pourrait être présente lors de la
cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques
de Vancouver. Ce scénario semble toutefois avoir
été écarté. Les documents
obtenus par
La Presse montrent par ailleurs que cette visite n’est
peut-être pas la seule dans les cartons d’Ottawa
à l’heure actuelle. Un comité mis sur pied
pour organiser les célébrations
canadiennes entourant le 60e anniversaire du
règne de la souveraine, en 2012, aurait aussi
reçu le mandat de « coordonner son travail
avec les plans pour des visites royales au Canada menant
à, et avec un accent spécial sur,
l’année du jubilé ».
Une majorité de Canadiens souhaitent que la
monarchie disparaisse après la mort de la reine
Les Forces canadiennes mises en valeur
VISITE
DU PRINCE CHARLES
OTTAWA — C’est avec un dernier signe de la main,
lancé du seuil de la porte de leur Airbus hier,
que le prince Charles et sa femme Camilla ont conclu
leur séjour de 11 jours au Canada, périple
durant lequel les Forces armées canadiennes ont
été grandement mises en valeur.
Selon un sondage publié tout juste avant
l’arrivée du couple princier au pays, 41% des
Canadiens préféreraient que Charles
cède le trône à son fils, William,
plutôt que de succéder à la reine.
Seulement 31% des citoyens du pays croient que Charles
devrait être couronné roi.
Un autre sondage indiquait qu’une majorité de
Canadiens souhaitent que la monarchie disparaisse
après la mort de la reine.
Ce
voyage a réuni tous les éléments
associés à une visite royale – de jeunes
enfants offrant des bouquets, des haltes dans des
centres communautaires, hôpitaux, églises
et maisons de la culture – mais le prince n’a pas
raté une seule occasion de parler des Forces
armées canadiennes, et de discuter avec certains
de leurs membres.
Il s’est rendu à Esquimalt, en
Colombie-Britannique, où se situe la plus
imposante base navale du pays. Il a
présenté de nouvelles couleurs
régimentaires au célèbre
régiment Black Watch, à Montréal,
au Royal Regiment of Canada et au Toronto Scottish. Il a
également visité le NCSM Haida, à
Hamilton.
Cette importance accordée au volet militaire a
été particulièrement
évidente lorsque le prince Charles a revêtu
l’uniforme d’un lieutenant-général
canadien en vue de la cérémonie
commémorant le jour du Souvenir.
Le Canada adoptera-t-il le prince Charles ?
- Judith LaChapelle
VISITE
DU PREMIER HÉRITIER DU TRÔNE BRITANNIQUE Le
prince de Galles et la duchesse de Cornouailles arrivent
au Canada lundi. Ce sera l’occasion pour le premier
héritier du trône britannique de
présenter officiellement son épouse
à ses sujets canadiens. Pe
Le soleil ne se couche j amais sur l’ Empire
britannique, mais à l’horizon, son ciel
s’ennuage. À 83 ans, la reine Élisabeth ne
régnera pas éternellement. Et sa
disparition soulèvera la même question, de
l’Océanie à l’Amérique du Nord : la
monarchie britannique a-t-elle encore sa place hors du
Royaume-Uni ?
PHOTO DAVID CHESKIN,
ARCHIVES REUTERS
Le prince Charles, que l’on voit
ici lors d’une visite en Écosse en juin
dernier, sera au Canada à partir de lundi. Il
fera également escale au Québec pour la
première fois en 33 ans.
« C’est une période très difficile
pour la monarchie, constate l’historien Michael D.
Behiels, de l’ Université d’Ottawa. Dans les deux
à trois prochaines décennies, les
Canadiens auront certainement des décisions
à prendre. » Et un avenir
républicain pour le Canada est à envisager
sérieusement, croit l’historien. « C’est
une question de temps. Tout dépendra de la
façon dont le prince Charles régnera.
»
Selon u n s ondage de la f i r me Strategic Counsel
publié l’été dernier, 65 % des
Canadiens c roient qu’ Élisabeth I I devrait
êt re leu r dernier monarque. Robert Finch,
directeur de la Ligue monarchiste du Canada, ne s’en
formalise pas. « L’idée d’une
république n’est pas très répandue
», estime-t-il. Et son organisme compte à
l’avenir préparer les Canadiens à adopter
le prince Charles, futur roi du Canada.
Pas que décorative
Les monarchistes ne sont pas les seuls à
préparer l ’après-Élisabeth I I .
Pierre Vincent, des Citoyens et c i t oyen nes pour u ne
r épubl i que canadienne, se considère lui
aussi en campagne. « I l faut commencer à
prépa rer le t er r a i n maintenant pour que
nous puissions devenir un pays plei nement souverain le
moment venu. »
S’il y a une chose sur laquelle s’entendent
étrangement pro et antimonarchie, c ’est que la
monarchie canadienne n’est pas que décorative.
Elle s’exprime partout, des pièces de monnaie aux
tribunaux (les avocats de la poursuite plaident au nom
de l a rei ne), j usqu’au x ser ments
d’allégeance des députés envers le
souverain et les nombreuses places publiques
célébrant des monarques.
«
Le problème n’est pas d’avoir une monarchie
décorative qui ne dérange personne, dit
Marc Chevrier, professeur au département de
sciences politiques de l’ UQAM. Le problème est
qu’on pense le pouvoir à t ravers des concepts
monarchiques, sur l’idée que nous ne sommes pas
des citoyens mais des sujets, que le pouvoir vient d’en
haut, pas d’en bas. C’est très profond dans notre
culture politique. »
En démocratie, l e c hef d’ Ét a t incarne
la stabilité en cas de crise partisane. Le Canada
n’est pas une véritable monarchie
constitutionnelle parce que ni son monarque ni aucun
membre de sa fa mille n’y réside, estime Marc
Chevrier. Le RoyaumeUni, l’ Espagne et la Belgique, par
exemple, ont un monarque aimé et respecté
du peuple qui dispose de l’autorité morale pour
traverser les crises politiques.
Mais pour Robert Finch, la reine reste un puissant
élément unificateur du pays. Même au
Québec, où le prince Charles mettra les
pieds pour l a première fois en 33 a ns. «
Les Québécois doivent r éa l i s er
que l ’a utonomie dont i l s j ou i s - s e nt auj ou r
d ’ hu i , leu r i dentité , leu r c ultu re, i l
s les doivent à l a monarchie. »
Souverain parfait ?
Si le débat sur la république n’est pas
des plus actifs au Canada, ce n’est pas le cas ailleurs.
Lors d’un référendum en 1999, les
Australiens ont rejeté le modèle de
république proposé, mais n’ont pas dit oui
pour autant à la monarchie, ont noté les
observateurs. D’ailleurs, le gouvernement travailliste
en place est clairement en faveur d’une
république. « Même le gouverneur
général en Australie a récemment
déclaré que la république
n’était qu’une question de temps », dit
Marc Chevrier.
« L’Australie, la Nouvelle-Zélande, la
Barbade et la Jamaïque sont carrément
lancées dans la course vers la république,
dit Pierre Vincent. La semaine dernière, la
NouvelleZélande en a débattu au Parlement
! »
Robert Finch croit cependant que le prince de Galles
convaincra ses sujets de lui remettre la couronne c a
nadienne. Écolo ava nt l ’ heure, s ensible au x
j eu nes défavorisés , soucieux de j eter
des ponts entre l ’ Occ i dent e t l e monde musulman,
« Cha r l e s e s t l e s ouvera i n parfait pour
le XXIe siècle », croit M. Finch.
Plus que du pétrole - ÉRIC
BOYKO
La
performance économique de l’Alberta contribue de
multiples façons à l’enrichissement des
Québécois
L’auteur est président de Stingray Digital, une
entreprise québécoise qui se consacre aux
médias numériques. Pour des entrepreneurs
comme moi, le richemarché albertain est une mine
d’or.
André Pratte écrivait récemment (
La Presse, 13 mars) que nous devrions chercher à
comprendre ce qui se passe en Alberta pour éviter
les malentendus survenus ces derniers temps entre nos
deux provinces.
Nous avons certainement de bonnes ra isons de le faire.
D’abord, parce que la richesse produite par l’industrie
gazière et pétrolière permet de
financer une partie des paiements de
péréquation de plus de 8 milliards de
dollars que reçoit le Québec chaque
année. Et quoi qu’on pense des problèmes
environnementaux que cela entraîne, la plupa r t
d’ent re nous consommons de l’essence et espérons
pouvoir continuer de le faire à un prix
raisonnable aussi longtemps que cette forme
d’énergie jouera un rôle crucial dans le
maintien de notre niveau de vie.
En plus des travailleurs québécois qui
vont s’enrichir pendant quelques années sur un
chantier albertain, le développement des sables
bitumineux a des répercussions ici même.
Selon une récente étude, cette industrie
permettra en effet de créer des diza ines de mi l
l iers d’emplois au Québec au cours des
prochaines années.
La mission commerciale du gouvernement du Québec
en Alberta, ces derniers jours, qui vise à
permettre à des entreprises
québécoises d’explorer les occasions d’af
faires dans le secteur de l’énergie, est une
bonne façon de profiter de cette ressource au
lieu de critiquer ceux qui l’exploitent.
Mai s pour bien comprendre comment la
réalité albertaine nous touche, il faut
aussi savoir que l’Alberta, c’est bien plus que le
pétrole. C’est une économie ext
rêmement dynamique grâce à des
politiques qui favorisent depuis plusieurs années
l’entrepreneuriat et la création de richesse.
Le taux
d’imposition des entreprises, fixé à 10%
(3% pour les PME), tout comme l’est le taux unique
d’imposition des particuliers, est le plus bas au
Canada. Il n’y a pas de taxe de vente provinciale, ni
d’impôt sur le capital comme au Québec. Les
anges financiers y sont très nombreux et le
capital de risque abondant. Il est très faci le
de lancer une entreprise et de trouver du financement.
Ce sont ces avantages, et pas uniquement la
présence du pétrole, qui expliquent
pourquoi l ’Alberta att ire chaque année des
milliers d’immigrants. Même si sa population est
un peu moins de la moit ié de cel le du
Québec, l’Alberta a un PIB qui équivaut
presque à celui du Québec. Vous avez bien
lu : le PIB per capita albertain est plus du double de
celui du Québec!
Pour des entrepreneurs comme moi, le riche marché
albertain est une mine d’or. La compagnie que je dirige
produit des applications pour diffuser du contenu
musical et vidéo sur différentes
plateformes. Notre plus gros client est Shaw, une firme
albertaine de télécommunications et de
divertissement.
L’Alberta a bien sûr aussi ses problèmes.
Les dépenses du gouvernement en santé et
dans d’autres domaines sont beaucoup plus
élevées que la moyenne canadienne. La
province enregistrera un second déf icit impor
tant cette année – mais c’est après avoir
entièrement éliminé sa dette il n’y
a pas longtemps, alors que le Québec, lui, est
l’une des sociétés les plus
endettées au monde.
La performance économique de l’Alberta contribue
de multiples façons à notre
enrichissement, et pas seulement à cause du
pétrole et de la péréquation. Nos
compagnies qui y trouvent du financement et y font des
affaires créent de la richesse ici. La
compétition albertaine force aussi le
Québec et les autres provinces à contenir
leur appétit fiscal, ce qui profite à
tous.
La méfiance qu’entretiennent beaucoup de
Québécois envers l’Alberta est malsaine et
va carrément à l’encontre de nos
intérêts économiques. Nous avons
tout intérêt à tisser des liens
économiques plus serrés avec une
région aussi riche et dynamique, qui est
déjà notre deuxième partenaire
commercial canadien après l’Ontario.