Politique
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Vouloir le changement pour le changement...
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Legault sur les traces
du NPD
... Aussi incohérente l'issue du-t-elle en
être...
1- 800- DUCEPPE
Lettres
- Les indignés de la langue et ceux de la finance
L'itinérance,
le problème des indignés?
Après
l’occupation
Protesters are still the canary in the coal mine
Toronto’s
protesters have the right to stay put
De
Génération d'idées à Sortie 13
- Le Québec est-il mûr pour une seconde
«Révolution tranquille»?
Un
projet radical - Le pouvoir aux citoyens
Pour
une nouvelle culture politique - Les Marois, Khadir et
Deltell soutiennent Pagé
Je m’indigne, tu t’indignes, êtes- vous
indigné?
«
Le message, c’est la protestation »
Une indignation à géographie variable
Réinventer
la politique - François
Brousseau
Mouvance
Occupons Wall Street - Un «jalon historique»
dans la remise en question du capitalisme
OCCUPER LA PLANÈTE
La
rue, la nuit
La queue de poisson
There is no constitutional right to Occupy
Les
projets d’avenir
Notes from the occupation - Margaret Wente
50
penseurs pour un monde nouveau
Crise
démocratique au Québec - Faudrait-il abolir
les partis politiques?
Le
député Sylvain Pagé veut en finir
avec le système britannique
Un
député péquiste propose une nouvelle
façon de faire de la politique
How to win an election: go knock on doors
À
quand
des
compromis ?
A
pollster’s painful reckoning: ‘How could I have screwed up
so badly?'
La marque "Libérale" appartiendrait-elle tout
simplement au passé ?
Besieged Liberals must find a way to Grit and bear it
Démocratie directe
Une tendance bienvenue
Libre
opinion - Démocratie et «dictature du
peuple»
The
pros and cons of public referendums
Et si celle-ci avait pourtant ses limites ?...
Le fléau du populisme
Une nouvelle idée magique
Se pourrait-il donc que notre mode de scrutin ne
reflète tout simplement pas la volonté de la
population ?
Point
chaud - Rae veut réformer le mode de scrutin
Le
Canada
est-il
vraiment
une
démocratie?
-
Charles-Olivier Tremblay
Recomposition
du paysage politique - Des questions pour les
progressistes
Un mode de scrutin à changer
Elizabeth May’s win, the Green collapse and our broken
electoral system
How vote-splitting gave the Tories Ontario – and a
majority
Échanger
son
vote
:
le
nouveau
vote
stratégique
Une
percée du NPD pourrait procurer une majorité
à Harper
Harper
et le NPD en hausse
Chicoutimi-Le
Fjord - Convaincre électeur par électeur
Will NDP’s West Coast surge pay off for Tories?
À
qui Layton fera-t-il mal au Québec?
Why everyone – including the Bloc – will join the NDP
pile-on
Le Bloc redoute la division du vote
Layton
ne croit pas que sa montée aide les conservateurs
Coalitions: A way of the world Canadians don't embrace
Democratic reform should be the central issue of this
election
For
an
electoral
system
that
works,
look
Down
Under
-
Jeffrey
Simpson
Et si la proportionnelle s'avérait en fait la
solution ?
L'Association pour la revendication des droits
démocratiques
Des
militants manifesteront pour la proportionnelle
Le mensonge serait-il donc indissociable de l'exercice du
pouvoir ?
In Ontario, we're bugs headed for an economic windshield
First
the election, then the truth - Jeffrey Simpson
There's no shelter from the world's economic storm -
JEFFREY SIMPSON
Ontario election promises: Now you see ’em, now you don’t
- JEFFREY SIMPSON
Great
expectations
make
for
bad
politics - Lawrence Martin
Good tax policy doesn’t sell itself – it also needs a good
name
En ne se donnant même pas la peine de nous expliquer
comment ils comptent arriver à remplir leurs
engagements, nos partis politiques ne se moquent-ils pas
tout simplement de nous ?
Le fléau de la cohérence
Making
it
up
on
the
fly
in
a
desperate
bid
for
votes
-
Jeffrey
Simpson
Des
questions
sans
réponse
La valse des milliards
Harper
fait-
il
confiance
à
l’univers?
Why the parties' federal budget projections are less than
credible
Le
chef
du
PCC
refuse
de
donner
des
précisions
Franc
jeu
Harper
refuse d'expliquer les coupes prévues dans son
programme
Why
extremist
base
politics
are
the
real
obstacle
to
U.S gay rights
Are
your
politics
hard-wired?
Démocratie
L’erreur des électeurs?
Une
habitude qui se perd
L’intérêt
de
TOUS
les
Canadiens
?
Les
méthodes du maire Drapeau
Mythes
et
clichés
électoraux
As voter numbers
decline, online voting would help boost engagement -
Globe Editorial
Élections
Why this campaign has been a boon to democracy
Élections
fédérales - Dans quel siècle
sommes-nous ?
La
campagne
des
Tim
Hortons
Election
Ringside,
April
26:
The
NDP's
Quebec
retreat
Canadian
voices
speak
about
the
world,
even
if
our
politicians
don’t
An
election
is
war
by
other
means
-
Tom
Flanagan
Be
a
smart
voter
–
Canada
needs
you
Five
reasons
Ottawa
is
turning
you
off
Public
opinion
turns
when
you
least
expect
it
Sondages
ThreeHundredEight.com
- Une faille dans la matière première
Presque
dans
le
mille
Commissions d'enquête
Here’s the right way to reform health care
Mark Carney: The man who speaks the truth
- JEFFREY SIMPSON
Le
pantin- Michel David
Famous last words: Gaffes that have sunk political
campaigns
How parliamentary experience plays into NDP leadership
race
Le
syndrome de l’homme fort
Want to feel better about Harper? Look around you - Gerald
Caplan
Perspectives
- Les indignés
Inondations
en Montérégie - Faire comme avant
Why
did
all
the
West’s
big
centrist
parties
go
down
the
drain?
Noisy differences,
quiet agreements with Harper-
Jeffrey Simpson
Economic impact of NDP win? Not much
The paranoid can't
handle the truth
Y a- t- il trop d’avocats en politique?
Tant qu’à voter pour un gros cave...
The
incredible
power
of
civil
disobedience
Révolution?
Sans aucun doute
Un
groupe veut faire invalider la Loi élecorale en
Cour d'appel
Confusion des rôles
Five
years
later,
Harper
has
made
Canada
more
conservative
Five years later, Harper has found the sweet spot
Whistlin’
past
the
graveyard
of
conservative
vows
-
Jeffrey
Simpson
Vote
Liberal or suffer again under Tory thumb, Ignatieff says
Believe
me, you can’t trust anyone-
Gerard Caplan
B.C. Dippers, Kory's kickers and anonymous Liberals
It’s
time
for
the
‘falling
on
my
sword’
ritual
-
Jeffrey
Simpson
Let’s
have
a
mature
discussion
about
public
finances
-
Jeffrey
Simpson
Life
cycle
of
an
opposition
leader
-
Jeffrey
Simpson
Entrevue
- « Le produit Berlusconi est périmé,
mais il n'y a pas de produit de remplacement »
Trop d’élus, trop de maires
Malheur à qui dit la vérité
La politique ne devrait-elle pas pourtant se résumer
à autre chose qu'à chercher la confrontation
de tous bords et tous côtés ?...
Après
la
pluie...
Jean
Lapointe
fait
ses
adieux
au
Sénat
A
cabinet manual could protect us against abuses of power
How Tories could do transparency
Se pourrait-il donc que les pétitions soient bel et
bien capables d'avoir un véritable effet politique,
après tout ?...
Online
petition demands Champlain Bridge be rebuilt
Pétition
sur le site de l'Assemblée nationale - Un citoyen
réclame en ligne la démission de Pierre
Moreau
Le
PLQ
veut
bloquer
les
futures
pétitions
Revigorer
la
démocratie
La
souveraineté
du
citoyen
En
bref - Pétition falsifiée: pas
d'enquête
Succès
monstre d'une pétition anti-Charest
Stéphane Gendron, fou des villages
Senior government liars deserve to be outed
Our
irrationally
rational
airport
security
rationale
-
Jeffrey
Simpson
La désertion du citoyen
Le courage de dénoncer
Lies, statistics and … damned budget spinning
Une histoire un peu différente...
De
mieux en mieux
There’s
good
reason
the
masses
are
revolting
Le
maire
de
Toronto
propose
un
programme
pragmatique
Stop
polarizing our discourse - Preston Manning
Maxime
Bernier
wants
to
have
an
adult
conversation
-
Globe
Editorial
Les
dissidents
The
caving
of
three
provincial
Grit
fortresses
Dear
Toronto:
a
warning
from
your
Ottawa
cousins
All
for
one,
and
one
for
all
Parlons des vraies choses, M. Bolduc
And what about Rep by Pop ?
Carte
électorale - Le poids des régions
No excuse for electoral inequality
Longueuil’s downsizing plan needs a second look
Après
l'Église, la Politique
Rob
Ford
and
the
loss
of
hope
The fiscal drag in Ontario is bad – why won’t our
politicians say so? - Jeffrey Simpson
Targeting
lobbyists
is
good
politics,
but
is
it
good
policy?
The Rob Ford phenomenon
Meanwhile in New Brunswick..
Why
incumbents
are
down
across
the
board
Perspectives
- L'entre-Bush
Fins
de règne... -
Chantal
Hébert
Les
valises
Messing with politicians’ pensions can have unintended
consequences
La vie politique
Member
of
Parliament
–
there’s
no
job
like
it
-
Jeffrey
Simpson
The trouble with the political lifer - Jeffrey Simpson
Un
été de bullshit
The disintegration of the welfare state
Rude and crude,
eschewed - Ed Broadbent
How to fix Question Period
Reform
Question
Period,
but
keep
the
cut
and
thrust
Can
Parliament
be
fixed?
La
déchéance parlementaire - Discipliner partis
et députés ne suffira pas
The
answer
to
our
unruly
Question
Period?
-
Preston
Manning
Parliament
must
be
trusted
with
state
secrets
Perspectives
- Cépamoicélui
Économie: le syndrome A(H1N1) - Alain Dubuc
Premier Campbell: It’s
time for a change - Jeffrey Simpson
Les nouveaux gourous - Alain Dubuc
Le
militant-sénateur
-
Yves Boisvert
Le parcours du pénitent - Lysiane Gagnon
Fair Britannia, splashing around in coalition waters
L'amour
au
temps
des
volcans
-
Rima Elkouri
We're
all humbled by a volcano's power
Amenez-en
des
scandales!
-
Nestor
Turcotte
Lettres
- Climat politique nauséabond
D'une
vache
à
l'autre
-
Mario Roy
We're
Canadians,
not
Vulcans
Avatar
and the politics of our time - Rick Salutin
Régis Labeaume incarne le refus de
l'élitisme, selon un chercheur
Les temps sont durs
Les
parlements,
un
cirque?
Génération «ex» - Alain Dubuc
Perspectives - Corruption discrète
State capitalists are having their day
Dictatures
2010
Le modèle chinois
Perspectives
- Damnée démocratie
2009
vue par les Québécois: Obama, la Caisse
de dépôt et l'ADQ
L'année de A à Z - Yves Boisvert
Mon année en 10 paragraphes - Rima Elkouri
2009
en quelques flashs - Patrick Lagacé
La culture en 2009 - Pierre Foglia
La
violence acceptable - Mario Roy
Le
service public - Nathalie Collard
Le
monde désabusé par le capitalisme
En bref - Tibet: affaire classée
Le
maire
Charlie
Brown
-
Stéphane
Laporte
À
quoi sert une commission d'enquête? - Yves
Boisvert
Ascenseur et anarchie -
STÉPHANE LAPORTE
Pandémie de cynisme
- Richard Vigneault
DÉMOCRATIE EN PÉRIL
- NORMAND PERRY
L'indécence
- VINCENT MARISSAL
Aveuglement fiscal volontaire -
VINCENT MARISSAL
PAS PARFAIT, MAIS BEAUCOUP PLUS PROPRE -
VINCENT MARISSAL
Sylvie Roy, inspectrice Gadget -
PATRICK LAGACÉ
Marre des gouvernements minoritaires ANDRÉ PRATTE
La candeur, nue et brute - PATRICK
LAGACÉ
Éloge de la candeur - Patrick Lagacé
Une
commission, mais laquelle? - Alain
Dubuc
UN PRIX EXORBITANT -
Yvan Loubier
Sexy, mensonges et magnétophone ANDRÉ
PRATTE
Chacun son torchon
- André Pratte
Une amende pour les non-votants?
La carotte avant le bâton
- VINCENT MARISSAL
De l'asphalte et des hommes - PATRICK
LAGACÉ
RIP pour la RP - LYSIANNE
GAGNON
La résurgence du
politique - LOUIS BERNARD
Police : Le règlement, le jugement - PATRICK
LAGACÉ
Ni l’ADQ ni le PLQ n’y voient de
problème
Penser, activité principale des villes
modernes
Fin de session
pépère - VINCENT MARISSAL
Un simulacre de
démocratie
Le CA de l’UMQ représentatif
Le courage du nom - ANDRÉ PRATTE
Bixi, blogue et bullshit - PATRICK
LAGACÉ
RÉPLIQUE Non
aux certificats d’illégalité
Le courage de ses convictions
- ANDRÉ PRATTE
Qui assumerait les fonctions de premier
ministre en cas d’incapacité à gouverner
? - Malorie B eauchemin
VOTES D’AÎNÉS INAPTES Une
enquête est demandée - Ariane
Lacoursière
La démocratie - Pierre
Foglia
Le Parlement, qu'ossa donne? - André Pratte
Jets d'oeuf et gaz fumigènes au Parlement ukrainien
|
LE DEVOIR
L'homme de l'année
Le
bon
vieux
temps
-
Michel
David
De
l'engagement politique
S'engager à gauche
sans être partisan de la souveraineté:
mission impossible?
THE GAZETTE
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
|
The Synergy Engine
11 suggestions pour rénover la démocratie
List
of countries using proportional representation
La démocratie sous l’oeil des mathématiciens
Blue-ribbon panel
Noms de partis réservés (auprès du
DGE)
MACHIAVEL- Le Prince (extraits)
|
|
Pandémie de cynisme - Richard
Vigneault
Les
élus ne sont pas tous pareils, pas tous pourris
Le t aux de vaccination contre la grippe A( H1N1) sera
probablement supérieur au taux de participation aux
élections municipales à Montréal. Dans
l’état actuel des choses, on ne s’étonnera pas
que les Montréalais tiennent plus à leur
santé qu’à leur démocratie. Cette
dernière est fort mal en point. Le constat est navrant
: le niveau de confiance dans les politiciens est inversement
proportionnel au taux de cynisme de la population.
PHOTO ROBERT SKINNER, LA
PRESSE
Quelque 5,25 % des électeurs
inscrits se sont rendus voter hier à Montréal.
C’est presque deux fois plus qu’en 2005, alors qu’à
peine 2,9 % des Montréalais avaient participé
au vote par anticipation.
Toutefois, en matière de cynisme, il y en a qui sont
plus atteints que d’autres ! Il en est ainsi de Benoit
Labonté. I l a omis de porter le masque, i l a
toussé, i l a éternué et aujou rd’hui, i
l blâ me t out le monde d’avoi r l a gr i ppe. A-t - i l
voulu s’acheter une conscience en cédant la
première place de son parti à Louise Harel ? On
aura compris que pour se poser en victime, i l j uge
nécessaire d’a f f i r mer que tous les autres sont
coupables ! Le comportement de Benoit Labonté aura, au
final, contribué à nourrir le cynisme ambiant
comme peu d’événements l’ont fait jusqu’à
présent.
Pourtant, pour une poignée de Labonté qui
avouent eux-mêmes avoir pris quelques l icences avec
l’éthique ou les règles en vigueur, combien t
rouve-t-on de c itoyens honnêtes qui s’engagent en
politique avec idéalisme et
désintéressement ? La plupa r t d’entre eux
renoncent à la quiétude d’une vie privée,
d’une vie de famille, d’une vie professionnelle, ou encore
d’un revenu plus élevé pour se dévouer au
service de leu r s concitoyens. La plupart des élus
acceptent des responsabilités pour lesquelles ils
récoltent pas mal plus d’ingratitude que de
reconnaissance.
C’est pourquoi les gestes répréhensibles
dévoilés par les médias ou les cas
d’allégations de collusion ou de corruption qui font
les manchettes exigent sans doute qu’on aille au fond des
choses, mais ne justifient nullement qu’on condamne ou qu’on
suspecte par association toute la classe politique.
Il y a
probablement de mauvais politiciens comme il y a de mauvais
citoyens. Des gens qui pensent qu’ils sont au-dessus des lois,
des gens qui c roient que ces mêmes lois sont f a i t es
pour les autres, qui ne paient pas leurs impôts ou leurs
taxes. Mais de là à dire, tous pareils, tous
pourris, i l y a une marge. La très grande
majorité des politiciens, comme la très grande
majorité des citoyens respectent les lois. Si ces lois
sont transgressées, nos institutions disposent des verr
ous nécessaires pour empêcher qu’elles puissent
l’être à nouveau.
Dans le contexte actuel, de nombreux citoyens
s’apprêtent à bouder le scrutin du 1er novembre.
Ils donneront ainsi raison à cet entrepreneur de
Boisbriand, épinglé par l’émission
Enquête de Radio-Canada et qui souhaitait convaincre
l’opposition de renoncer à une élection.
Voilà au contraire une raison supplémentaire
pour aller voter
Ne pas voter n’est pas un geste innocent. Ne pas
voter, c’est affirmer que rien ne peut changer. C’est
tout simplement remettre en question le modèle de
démocratie sur lequel la vie en société
est fondée. Le cynisme et le sarcasme ne doivent pas se
substituer au droit et au devoir de participer à la vie
démocratique, ne serait-ce que pour aller faire une
croix sur son bulletin et le poser dans l’urne.
Moins il y aura d’électeurs, moins l e s pouvoi r s pol
i t i ques au r ont le mandat et la force nécessaires
pour combattre la corruption. Si le combat contre la
corruption exige de plus grands efforts et une plus grande
vigilance de la part de nos gouvernements, la lutte contre le
cynisme passe par une plus grande participation des citoyens
au processus démocratique.
DÉMOCRATIE EN PÉRIL -
NORMAND PERRY
Lorsque les
citoyens se désintéressent de la politique
municipale, les groupes d’intérêts comblent le
vide
À voir et à lire tout ce qui se passe dans le
monde de la politique municipale au Québec ces
jours-ci, particulièrement à Montréal, il
faut se demander où est située la racine du mal
dans notre système démocratique.
PHOTO FRANÇOIS ROY,
ARCHIVES LA PRESSE
Tant et aussi longtemps que les gens
bouderont les urnes et qu’ils déserteront les lieux
des débats, notre système démocratique
est condamné à une mort en douce, mais
certaine.
Lorsque le t au x de pa r t i c i pation au x élec t
ions variait entre 30 % à 45 % en 2005, et que les sall
e s des c onseils municipau x s ont déser t é e
s pa r l e s c ont r i buables , f aut-i l s ’ é t on
ner que d i ve r s g r oupes d ’ i nt é r ê t s s
’ i ngèrent de manière i n s i - dieuse dans la
chose publique devant un tel vide ? Les conséquences de
cette désertion démocratique sont graves et
mettent en péril non seulement l’équilibre des
forces en présence aux divers paliers de gouvernement,
mais elles mettent en danger le système
démocratique lui-même.
Les gens se scandalisent, s’époumonent à pester
contre la classe politique. Ils font preuve de cynisme ( j
ustifié ou non) face aux personnes risquant gros dans
une carrière en politique (tranquillité de la
vie de famille, sécurité personnelle,
réputation). Mais, en même temps, lorsque ces
gens-l à a ba ndon nent leur droit et devoir de vote,
cette i ncohérence s er t pa r f a i t ement les
groupes d’intérêts qui c herc hent à i n f
i l t r e r i n s i d i e u s e me n t les d i verses c ouches
des organisations politiques au pays.
Qu’est-i l préférable : vivre une
démocratique imparfaite, que l’on peut améliorer
qu’avec notre participation, ou bien abandonner la chose
publique à la dictature, aux oligarques, aux tyrans ou
au totalitarisme ?
Les vieux
philosophes grecs de l ’A ntiquité, qui ont i
nventé l a démocratie de t outes pièces ,
ont c r u qu’elle ét a it ( et est t oujours) le moins
mauvais de tous les systèmes de gouvernance. Ce que Sir
Churchill a répété à maintes
reprises durant sa longue c a r r ière politique pa r a
i l leu r s . Même Platon aurait affirmé que la
gouvernance de la cité doit être confiée
aux sages, aux philosophes du temps. Pourquoi ? Parce que ces
intellectuels de l’époque étaient probablement
les seuls à ne pas avoir d’intérêts
financiers personnels à défendre ou, mieux
encore, à faire croître.
Cela a-t-il tellement changé aujourd’hui, près
de 2500 ans plus tard ? Pas tellement. Si on ne laissait pas
la chose publique entre les mains de quelques-uns, qui
défendent des intérêts autres que ceux de
la cité, on verrait un peu plus de lumière au
bout du tunnel. Mais tant et aussi longtemps que les gens
bouderont les urnes, qu’ils poursuivront la désertion
des lieux des débats (salles des conseils municipaux,
assemblées législatives ou Chambre des communes)
et qu’ils refuseront de s’impliquer dans le débat
public, notre système démocratique est
condamné à une mort en douce, mais certaine.
Les oligarchies ayant marqué l’histoire de l’ Europe au
Moyen-Âge vont refaire leurs nids à une
échelle beaucoup plus grande, sans que personne en
nulle part ne puisse dire quoi que ce soit, parce qu’on aura
assassiné la démocratie, c’est-à-dire
l’expression même du peuple par le peuple.
Pourquoi notre système démocratique est-il
devenu poreux à la corruption ? Tout simplement parce
que nous ne nous mêlons plus de nos affaires. Or la
chose publique est l’affaire de tous et de chacun des
contribuables que nous sommes. Lorsque nous décidons de
ne pas nous occuper de politique pour mille et une raisons,
alors soyons assurés qu’elle va s’occuper de nous et
certainement pas de la façon dont on voudrait que cela
soit fait.
Ce n’est pas en se croisant les bras que l’on gagne des
batailles, mais en combattant, et pas autrement. Alors si les
scandales financiers et la corruption nous fâchent,
impliquons-nous de la bonne manière avec les armes
offertes par la démocratie : la prise de parole
publique et l’exercice du droit de vote !
Aveuglement fiscal volontaire - VINCENT MARISSAL
Fidèle
à sa réput ation d’agitateur politique et de
brasseur de cage trop tranquille, le président de la
Fédération des médecins
spécialistes, Gaétan Barrette, a la ncé u n
pavé da n s la mare cette semaine en affirmant qu’il est
temps que le Québec fasse un débat sur
l’euthanasie.
Le meilleur ennemi du Dr Barrette, le ministre de la
Santé, Yves Bolduc, a saisi la balle au bond pour
exprimer son accord, ce qui doit bien être une
première entre les deux hommes!
Reste maintenant à voir si le débat si
courageusement relancé s’éteindra (encore une
fois) dans le malaise tenace du milieu médical et la peur
chronique de déplaire du gouvernement. Mais pour le
moment, il faut saluer l’audace de MM. Barrette et Bolduc.
Un autre sujet, moins émotif mais presque aussi tabou,
tente valeureusement de percer dans le paysage politique ces
tempsci : les taxes. Et il faut aussi saluer le courage de ceux
qui ont accroché le grelot fiscal.
On dit souvent à la blague que, dans la vie, il n’y a que
deux certitudes : payer des taxes et mourir. Pourtant, les
politiciens, de tout temps, ont bien du mal à parler
ouvertement de ces deux sujets. Peutêtre parce que, dans
le fond, la population ne veut pas vraiment en entendre parler.
Mis à part cette blague, il n’y a évidemment aucun
rapport entre euthanasie et taxes, sinon que le contexte actuel
ne nous permet plus d’éviter de tels débats.
Le vieillissement de la population, la croissance incessante des
coûts de la santé et le dilemme entre traitement et
acharnement thérapeutique imposent une réflexion
froide sur l’euthanasie, tout comme la
détérioration rapide des finances publiques rend
incontournable le débat sur les taxes, les impôts
et les tarifs. Même si la population préfère
ne pas en parler. Même si le sujet n’est pas rentable
politiquement.
Laissons la mort de côté pour le moment ; parlons
taxes.
Lors de la présidentielle américaine de 1984, le
candidat démocrate Walter Mondale avait causé une
commotion en affirmant que l’ampleur du déficit ne
laisserait d’autre issue à la prochaine administration,
la sienne ou celle de Ronald Reagan, que d’augmenter les
impôts. « Reagan ne vous le dira pas, mais moi, je
vous le dis », avait lancé M. Mondale, faisant le
pari de la franchise.
Le candidat démocrate avait gagné des points dans
les jours suivant sa déclaration, mais il s’était
ensuite effondré devant Ronald Reaga n, qui avait
décidé de peindre un tableau économique
beaucoup plus rose.
La suite est connue : le déficit a continué de
s’aggraver sous Reagan, au point où son successeur,
George Bush père, a dû infliger aux
Américains une hausse d’impôts historique
malgré sa fameuse promesse lors de la campagne
électorale de 1988 («Read my lips», vous vous
souvenez?).
Walter Mondale
avait raison, mais les Américains ont
préféré la joviale version de Ronald
Reagan, puis les promesses de Bush... pour finalement virer Bush
en 1992 parce qu’il les avait trompés !
Un vieux dicton écossais résume parfaitement
l’aveuglement fiscal volontaire des électeurs
américains : « Si tu me trompes une fois, honte
à toi. Si tu me trompes une deuxième fois, honte
à moi. » Cela s’applique aussi ici, d’ailleurs.
En politique, c ’est l’évidence, il n’a jamais
été payant de parler de hausse de taxes et
d’impôts. Parlez-en à Michael Ignatieff, qui se
débat depuis des mois parce qu’il a vaguement
laissé entendre qu’un gouvernement libéral
pourrait être forcé d’augmenter les impôts
pour rétablir l’équilibre budgétaire.
En fa it, tout ce que M . Ignatieff a dit l’hiver dernier, c’est
qu’il ne peut d’emblée exclure des hausses
d’impôts.
La semaine dernière, un haut dirigeant libéral a
indiqué à La Presse Canadienne que M. Ignatieff
s’apprêtait à parler ouvertement de hausses
d’impôts aux Canadiens, ce qui a provoqué un
démenti empressé du principal
intéressé.
Pourtant, quelqu’un croit-il vraiment que l’on pourra
éponger un déficit de 60 milliards sans augmenter
les revenus du gouvernement ou réduire radicalement les
dépenses?
Avec le soudain et spectaculaire retour des déficits, le
Canada et le Québec devraient répondre franchement
à cette q ue s t io n , c o m me Wa lte r Mondale il y a
25 ans, plutôt que de mettre les lunettes roses de Ronald
Reagan.
On peut croire, comme les conservateurs à Ottawa, que le
retour à la croissance seule effacera l’impressionnant
déficit que nous sommes en train de creuser, ou affirmer,
comme le gouvernement Charest à Québec, que nous
n’y arriverons pas sans nouveaux revenus (augmentation de 1% de
la TVQ et des tarifs d’HydroQuébec, notamment).
La deuxième hypothèse est certes plus
désagréable, mais néanmoins beaucoup plus
crédible.
Même chose à Montréal. Le maire sortant
Gérald Tremblay refuse, contrairement à son
adversaire Louise Harel, de tomber dans la facilité et le
racolage électoral en promettant un gel des taxes.
«Compte tenu de la conjoncture économique, des taux
d’intérêt imprévisibles et de la baisse de
revenus appréhendée, il est totalement
irresponsable de promettre un gel de taxes pour 2010 », a
expliqué M. Tremblay.
Ce n’est certainement pas ce que voudraient entendre les
électeurs montréalais, mais cela a le
mérite – rare en politique – d’être franc et
honnête.
PAS PARFAIT, MAIS BEAUCOUP PLUS PROPRE -
VINCENT MARISSAL
Dans la
grande majorité des pays démocratiquement
immatures, on mesure généralement les
progrès politiques par la tenue d’élections
libres et harmonieuses.
Ici, au Canada, on se plaint, au contraire, de voter trop
souvent! Comme quoi, nos malheurs sont bien relatifs.
Le droit de voter, ici, a été acquis pour tous
il y a longtemps. En fait, le plus grave problème qui
pèse ces années-ci sur notre système
démocratique n’est pas l’accès aux urnes, mais
plutôt le fait que les électeurs sont de plus
en plus nombreux à les bouder.
Pourtant, notre régime démocratique, bien
qu’imparfait, s’est grandement assaini depuis cette sombre
époque pas si lointaine où on achetait des
votes avec des frigidaires.
La Grande noirceur de Duplessis s’accompagnait d’un
système de financement et de rétribution
particulièrement opaque et tous les efforts
déployés ces jours-ci pour réhabiliter
le « Cheuf » ne changeront rien à ces
tristes souvenirs.
Maurice Duplessis, qui était aussi transparent dans
ses intentions que les finances de son parti étaient
opaques, ne disait-il pas lui-même « Un pont,
c’est bon pour deux élections » ? Ou
était-ce trois élections? Peu importe,
l’idée de base, c’est que l’on pouvait «
acheter » des votes en région avec des bouts
d’asphalte, une méthode utilisée aujourd’hui
encore avec un certain succès. Suffit de suivre le
« Festival du cône orange » au
Québec ces temps-ci ou de suivre la trace des
milliards laissés dans le sillage du gouvernement
conservateur de Stephen Harper.
Aujourd’hui, on est plus subtil, on appelle ces orgies de
travaux publics: « programme de stimulation
économique », mais il reste qu’aucun politicien
ne lève le nez sur une bonne vieille pelletée
de terre dans sa circonscription.
On ne peut pas empêcher un gouvernement élu de
dépenser de l’argent public dans de grands projets,
même si ceux-ci sont souvent
récupérés à des fins
électoralistes. Ce que l’on doit empêcher (dans
la mesure du possible, ne soyons pas naïf), ce sont les
renvois d’ascenseur entre le parti au pouvoir et les
entreprises obtenant des contrats du gouvernement (et
vice-versa).
À ce chapitre, notre régime
démocratique restera toujours imparfait (là
où il y a une piasse à faire…). Les «
affaires » qui secouent l’administration Tremblay
à la Ville de Montréal le démontrent de
façon évidente.
Cela dit, les incurables cyniques pour qui tout est pourri
au royaume de la politique nient les immenses progrès
réalisés depuis 30 ans pour boucher le
pipeline entre argent privé et partis politiques.
Le mouvement est d’abord venu du Québec (certains
disent que c’est parce que les cas de favoritisme
étaient devenus endémiques ici), sous
René Lévesque, qui avait fait de la
réforme du financement des partis politiques une
priorité.
En 1977, soit un an après avoir pris le pouvoir, le
gouvernement Lévesque faisait adopter une nouvelle
loi sur le financement. Cette loi a profondément
modifié les moeurs politiques au Québec et
René Lévesque la considérait, à
juste titre, comme la plus importante contribution de son
bilan en tant que premier ministre. Cela fait donc plus de
30 ans que le Québec a adopté le principe
selon l eque l s eul s les citoyens peuvent financer les
partis politiques (avec un plafond, question de ne pas
avantager les gros donateurs). La loi sur le financement des
partis politiques introduisait aussi l’obligation pour les
partis de produire des rapports financiers, ce qui semble
être aujourd’hui l’exigence la plus
élémentaire.
La transparence des partis politiques et l’érection
d’un mur entre intérêts privés et
politiciens semblent aussi relever de l’évidence. On
oublie toutefois que l’assainissement de ces pratiques n’est
venu que 25 ans plus tard à Ottawa, lorsque Jean
Chrétien a décidé de s’inspirer de son
vieil ennemi, René Lévesque.
C’est
difficile à croire aujourd’hui, puisque tout le monde
parle d’éthique et de transparence en politique, mais
il était encore possible pour une entreprise, il y a
peine sept ans, de déverser des centaines de milliers
de dollars sur un parti politique ou sur un candidat
à la direction d’un parti. Certains, sans surprise,
ne s’en privaient pas, d’ailleurs.
Da ns s a pr e - mière mout ure, la l oi
fédérale n’encadrait que le financement des pa
r t i s politiques. On lui ajoutera plus tard des dents pour
resserrer davantage les dons privés et aussi
pourmettre de l’ordre dans les courses à la direction
des partis. Il y a sept ans à peine, un ministre
ambitieux pouvait réunir, tout à fait
légalement, de généreux donateurs dans
un hôtel pour un cocktail de financement et en
ressortir trois heures plus tard avec quelques dizaines de
milliers de dollars en poche sans avoir de comptes à
rendre à qui que ce soit. Sauf, peut-être,
à ces aimables bienfaiteurs, qui attendaient
nécessairement un geste de reconnaissance. Le
problème était là, justement.
Dans la dernière année de sa longue
quête au poste de chef du Parti libéral, Paul
Martin avait amassé des dons supérieurs
à 10 millions, dont quelques dons spectaculaires de
grandes entreprises. Pourtant, il n’y avait même pas
eu de course à proprement parler, puisque M. Martin
étais assuré de devenir chef.
Dans cette fausse course, quatre autres ex-ministres (Sheila
Copps, John Manley, Allan Rock et Brian Tobin) avaient eux
aussi amassé des centaines de milliers de dollars en
dons, sans être soumis aux rigueurs de la loi.
Le plus ironique, c’est que ce sont les libéraux,
accros des dons d’entreprise, qui ont le plus souffert, et
qui souffrent encore le plus, du resserrement des
règles de financement. À l’époque, les
organisateurs libéraux étaient furieux contre
Jean Chrétien.
On a prêté beaucoup d’intentions à Jean
Chrétien (notamment, qu’il voulait embêter Paul
Martin en fermant le robinet) mais il n’en demeure pas moins
que l’ancien premier ministre a fait un geste important et
nécessaire.
Le sujet est de nouveau d’actualité puisque Stephen
Harper a promis de supprimer le financement public aux
partis politiques (1,95$ par vote obtenu, par année,
pour remplacer en partie les dons privés) s’il est
réélu. Selon Stephen Harper, les partis
fédéraux ne devraient être
financés que par les dons de leurs militants, ce
à quoi s’opposent les autres partis, qui affirment
que cela ouvrira la porte aux magouilles et aux
contournements de la loi. Il en sera certainement question
au cours de la prochaine campagne électorale.
La question du financement des partis politiques occupe
aussi beaucoup d’espace sur la scène municipale,
reconnue, à juste titre, comme le far west de la
politique. Pensez seulement qu’il est toujours possible pour
un parti politique municipal de recueillir jusqu’à
20% du total de ses revenus autonomes sous la forme de dons
anonymes!
Tous les partis municipauxàMontréal ont promis
de durcir les règles du financement, mais il est
honteux que l’héritage de René Lévesque
ne se soit pas imposé au monde municipal plus
tôt.
Le modèle existe pourtant, puisqu’en matière
de financement des partis politiques, le Canada et le
Québec ont une longueur d’avance sur ce qui se fait
ailleurs.
Aux États-Unis, les dons privés
représentent encore aujourd’hui la part du lion du
financement des partis et des candidats. Dans la course
à la présidence, les candidats peuvent
renoncer aux dons privés et recevoir une aide
publique (modeste). Ces campagnes sont toutefois tellement
coûteuses qu’il est pratiquement impossible de
renoncer aux dons privés.
On a beaucoup parlé du succès
phénoménal de Barack Obama auprès de la
base, des vrais Américains qui lui ont donné
de l’argent. C’est vrai, mais on oublie que sans de riches
contributeurs (dont la présidente de sa campagne de
financement, Penny Pritzker, milliardaire de Chicago, membre
de la famille fondatrice de la chaîne d’hôtels
Hyatt), Barack Obama se serait fait bouffer par le clan
Clinton dès le début des primaires.
Dans sa longue marche vers la présidence, Barack
Obama a récolté plus d’un demi-milliard de
dollars et ses stratèges avouent que l’argent de la
base, amassé notamment grâce à
l’internet, est arrivé après la victoire en
Iowa.

Sans dons privés, il n’y aurait pas eu de
président Obama. Au Canada, Stephen Harper a
réussi en 2006 à battre la puissante machine
libérale grâce, en grande partie, aux dons de
« madames à 20$ », comme disent les
organisateurs.
Marre des gouvernements minoritaires ANDRÉ PRATTE
Marre des minorités ANDRÉ
PRATTE
Selon un sondage
Harris/ Décima réalisé pour La Presse
Canadienne, 64% des Canadiens souhaitent que le prochain
gouvernement du pays soit majoritaire. Ce sentiment domine
partout au pays. Au Québec, 63% des électeurs
espèrent un gouvernement fédéral
majoritaire contre seulement 23% qui veulent un gouvernement
minoritaire. Comme les autres, les électeurs bloquistes
souhaitent une majorité, même si un tel
scénario exigerait que le parti de Gilles Duceppe perde
plusieurs sièges.
En somme, les Canadiens en ont marre des minorités. En
quatre ans, leur opinion sur le sujet a changé du tout au
tout. Pourquoi? Le sondage ne le dit pas, mais on peut avancer
des hypothèses. Les Canadiens espéraient sans
doute qu’un gouvernement minoritaire serait moins arrogant,
tiendrait davantage compte, au quotidien, de leurs
préoccupations. Ils souhaitaient aussi, peut-on penser,
que les partis politiques seraient amenés à
collaborer davantage entre eux.
Or, ce n’est pas ce qui s’est passé. Stephen Harper a
choisi de gouverner comme s’il était majoritaire,
défiant continuellement l’opposition. Il a fallu son
quasirenversement de l’automne dernier pour le ramener
(temporairement) à de meilleures dispositions.
Par ailleurs, les Parlements minoritaires n’ont pas produit
moins, mais plus de partisanerie. Depuis cinq ans, les Canadiens
ont assisté à une succession de psychodrames
politiques qui ont abouti à trois élections
générales (bientôt quatre). Les illusions
qui leur restaient sur la sagesse des politiciens se sont
dissipées.
Marre des
gouvernements minoritaires, donc. Selon Jeff Walker,
vice-président principal de Harris/ Decima, «
comme beaucoup de gens souhaitent un gouvernement majoritaire,
on pourrait voir davantage de vote stratégique lors des
prochaines élections ». Il faudrait toutefois un
vote stratégique massif pour que le
phénomène produise un gouvernement majoritaire.
Les plus récents sondages indiquent plutôt que si
des élections avaient lieu aujourd’hui, le prochain
gouvernement serait minoritaire, conservateur ou
libéral.
D’ailleurs, la conjoncture politique n’est pas favorable
à la formation d’une majorité. Aucun des deux
grands partis nationaux n’est en position de balayer
l’Ontario, tandis qu’une majorité des sièges du
Québec leur échappe en raison de la domination
du Bloc québécois. Or, pour obtenir la
majorité des sièges au Canada, il faut ou bien
remporter la presque totalité des comtés en
Ontario, ou bien gagner dans un bon nombre de circonscriptions
à la fois en Ontario et au Québec. Ni l’un ni
l’autre de ces scénarios ne semble sur le point de se
réaliser.
Le Canada est généralement mieux dirigé
par un gouvernement majoritaire que par une gouvernement
minoritaire. Un gouvernement majoritaire est davantage capable
de prendre les décisions difficiles qui s’imposent et
il peut mieux tenir compte des besoins à long terme du
pays. Il assure une saine stabilité politique.
Décisions difficiles, stratégie à long
terme, stabilité : n’est-ce pas
précisément ce dont le Canada aura besoin au
sortir de la crise économique?
La candeur, nue et brute - PATRICK
LAGACÉ
Pour une rare
fois où on sait ce qu’une ministre pense vraiment,
peut-être qu’on devrait lui foutre la paix. La
féliciter, même.
Tout , en pol itique, est scénarisé. Tout est mis
en scène. Tout est pensé, organisé,
prévu. Chaque mot , pesé. Chaque i mage,
soupesée.
Ils font tous ça. Libéraux,
néodémocrates, péquistes. Tous.
Je ne dis même pas que c’est mal
Je dis qu’il n’y a à peu près j amais de candeur
dans le politique.
Qu’un politicien soit en conférence de presse, en
entrevue intime chez Josélito, sur une tribune devant ses
militants, en entrevue serrée chez Arcand,
répondant à une question en Chambre: il calcule.
Il choisit soigneusement ses mots.
Il pense aux conséquences de ces mots.
Pensez-vous qu’i ls disent « Québécois
zé Québécoises » pour le fun?
À la fin, ça donne un discours politique lisse,
prévisible, blanchi à l’eau de Javel.
Le fond de la pensée des politiciens ?
On ne le conna ît vraiment.
Je ne dis même pas que c’est une mauvaise chose :
peut-être
j ama is que le peuple est à blâmer, en fait.
Peut-être que nous ne sommes pas capables de vivre avec
des élus qui nous disent des trucs bruts, sans fard.
Le résultat ? Une mise en scène
perpétuelle. À ce chapitre, j’adore l’image de
Laura Penny, auteure en 2005 de Your call is important – the
truth about bullshit, à propos du discours public :
« Le nombre de personnes travaillant à partir d’un
scénario de nos jours nous encourage à
considérer chaque déclaration publique comme de la
comédie, une culture entière calquant un
théâtre d’été. Faisons un show! La
division du travail rhétorique signifie que les cerveaux
qui pensent aux mots n’ont pas besoin de les prononcer; et que
ceux qui les prononcent en public n’ont pas à y penser.
Tout ça pour mieux dissocier ces mots de la
réalité… »
Ce qui nous amène au cas de cette blonde ministre, Lisa
Raitt.
Mme Raitt est députée ontarienne, ministre
fédérale des Ressources naturel les. Son ancienne
attachée de presse, d’un naturel oublieux, a un jour
perdu son enregistreuse.
Dans le disque dur de ce petit appareil: des propos à
bâtons rompus entre l’attachée de presse et la
ministre.
La ministre évoque la pénurie des isotopes
médicaux, ces particules produites par un réacteur
nucléaire basé en Ontario. Les particules servent,
au Canada et ailleurs, à détecter des cancers et
des maladies du coeur. La pénurie, causée par des
pépins, dont des fuites, dans le réacteur, a des
effets désastreux dans le système de santé.
Mais la
ministre Raitt trouve la crise « sexy ». Elle trouve
que c’est une crise simple à expliquer au public.
Ses mots: « Mais c’est sexy. Des fuites radioactives. Le
cancer. »
Et Mme Raitt évoque, sans fard, sans artifices, ce
qu’elle perçoit comme le manque de flair politique de son
homologue à la Santé, Leona Aglukkaq,
également impliquée dans le dossier.
Rien de méchant. Rien de vache. Une analyse franche,
honnête, sans maquillage. Le fond de sa pensée,
quoi.
Ah! Et Mme Raitt qui tombe dans la fine stratégie.
Puisque Aglukkaq est si timorée dans ce dossier,
dit-elle, si nous gagnons, « nous en retirerons tout le
crédit » politique.
J’ai lu les papiers du Halifax Chronicle-Herald, hier matin, en
me levant. Le journal a publié les propos de Mme Raitt,
hier.
J’étais furieux. Sexy, une pénurie d’isotopes qui
grignote l’arsenal des médecins dans la guerre contre le
cancer ? Phoque, elle est folle, ou quoi…
J’allais écrire une chronique incendia i re. Une
chronique où je me promenais avec la tête de Mme
Raitt au bout d’un piquet. C’est, après tout , ce qu’une
insensible de son genre mérite… J’ai même
prévenu mon boss. Attache tes culottes, boss, ça
va fesser fort…
Puis, je me suis mis à chercher des avis contraires.
J’essaie de faire ça, quand j e suis pompé comme
un boxeur avant le grand combat. Pour me protéger de
moi-même.
Un ami, journaliste politique : « Toi, si on
t’enregistrait quand tu parles d’un gros fait divers, d’une
grosse histoire? Seraistu fier de tout ce que tu dis, si
c’était publié? »
Une amie, ex-politicienne : « Évidemment, la chose
la plus facile à faire, c’est de la planter. Mais je
relis ce qu’elle dit et c’est pas si fou. C’est cru, mais pas si
fou… »
À la fin de journée, je n’avais plus de chronique.
Enfin, je n’avais plus cette chronique où je jouais au
soccer avec la tête d’une ministre conservatrice.
On l’a dit insensible. Je ne peux pas le croire. C’est
peutêtre utile, politiquement, de dire de Mme Raitt
qu’elle se fiche des victimes de cancer, mais ça ne se
peut pas. Je n’y crois pas.
Cette saloperie de maladie est universelle. On connaît
tous quelqu’un qui a été touché, qui l’a
combattu. Et qui en est mort. Tous. Mme Raitt aussi, j’en suis
sûr
Non, à la fin, ce qui nous frappe, dans ces paroles
prononcées à bâtons rompus, dans ces paroles
qui n’étaient pas prononcées pour
dégustation publique, c’est le rare spectacle de la mise
en scène qui déraille.
Pour une rare fois, on entend une politicienne nous livrer le
fond de sa pensée, sans suivre le texte écrit pour
elle par des stratèges anonymes au bureau du premier
ministre.
Au-delà de ce que Lisa Raitt a pu dire, ce qui nous
choque, c’est cette candeur nue, cette candeur nue et brute,
cette candeur à laquelle nous ne sommes pas
habitués venant de nos élus.
Cachez cette vérité que je ne saurais voir, quoi…
Bref, pour une rare fois où on sait ce qu’une ministre
pense vraiment, peut-être qu’on devrait lui foutre la
paix. La féliciter, même.
UN PRIX EXORBITANT - Yvan Loubier
On ne doit pas
forcer un politicien à vendre ses intérêts
dans une entreprise
L’auteur est économiste et conseiller senior au cabinet
de relations publiques National. Dans quelques jours, les
députés de l’Ass e mblée n a t i o n a l
e reprendront le débat autour du projet de loi 48,
projet instaurant de nouvelles règles d’éthique
et de déontologie pour les députés, les
ministres et le premier ministre. Il sera certes important
tout au cours des travaux de garder le cap sur la transparence
et l’intégrité, de même que sur les
mesures qui éviteront aux élus de se retrouver
en situation de conflit d’intérêts ou d’apparence
de conflit d’intérêts. Mais il sera
également important que soit maintenu, à la fin
du processus législatif, un équilibre entre ces
préoccupations, légitimes et essentielles, et
les contraintes qui pourraient être imposées aux
titulaires de charges publiques issus du milieu des affaires.
PHOTO JACQUES BOISSINOT,
ARCHIVES PC
À la demande de Jean Charest,
David Whissell (à gauche) a dû choisir entre
son poste de ministre du Travail et ses
intérêts dans une société
d’asphaltage, ABC Rive-Nord. Il a
préféré son entreprise, et a dû
remettre sa démission le 9 septembre dernier.
Il ne fait aucun doute que l’instauration d’un code de
conduite et de déontologie pour les élus, de
même que la création d’un poste de commissaire
à l’éthique redevable au Parlement et
doté du pouvoir de mener des enquêtes et
d’imposer des conditions, doivent devenir la pierre angulaire
de cette réforme.
De même, l’obligation pour tous les élus de
l’Assemblée nationale de déclarer leurs
intérêts dans une entreprise qui pourrait
participer à un marché avec le gouvernement et
confier ces intérêts à une fiducie sans
droit de regard, va de soi. Tout doit être mis en oeuvre
pour éviter que des ambiguïtés ne
s’installent quant à la conduite des affaires
publiques, dans le seul intérêt du public.
Mais certa i
ns suggèrent qu’on aille plus loin encore et qu’on
oblige tout titulaire de charges publiques à vendre les
intérêts dont il dispose dans une
société privée, par exemple une PME
familiale, sous peine de ne pouvoir exercer son
ministère, comme le prévoyaient les anciennes
règles. Si l’on cherchait une façon
d’éloigner encore une fois de l’Assemblée
nationale les rares candidatures issues du milieu des
affaires, on ne s’y prendrait pas autrement.
Déjà , l ’ i mpl i c a t i o n pol i t i que
demande d’énormes sacrifices sur le plan familial et au
chapitre de la vie sociale. Ce n’est pas toujours une fonction
qui est gratifiante si on en croit les sondages qui placent
depuis toujours les politiciens en tête de queue de
l’appréciation populaire. Il faut apprendre à
vivre constamment avec les critiques, les intrusions dans la
vie privée et l’adversité; un environnement que
peu d’entre nous accepteraient dans leur vie « normale
».
Peut-on demander en plus aux quelques entrepreneurs qui
pourraient être attirés par la politique,
quelques-uns des dirigea nts des 24 0 0 0 0 PME qui continuent
de construire le Québec économique avec force et
conviction, de liquider leurs entreprises familiales ? Peuton
exiger d’eux de renoncer au f ruit du travail de plusieurs
générations et au patrimoine qu’ils
désirent léguer à leurs enfants ? C’est
payer très cher, c’est payer trop cher !

Ave c l e s é n o r mes d é f i s q u e nous
aurons à relever au cours des prochaines années,
le Québec ne peut se passer de candidatures de choix,
d’expertises, d’expériences et d’horizons divers. Cette
diversité ref lète la composition de la
société québécoise. Elle enrichit
la gouvernance, détermine la qual ité des
délibérations des élus et
l’efficacité de leurs actions. Nous n’avons ni le
droit, ni les moyens de l’exclusion.
Sexy, mensonges et magnétophone ANDRÉ PRATTE
Les partis de
l’opposition sont mal placés pour dénoncer le
gouvernement Harper.
La ministre fédérale des Ressources naturelles,
Lisa Raitt, a fait hier ce qu’elle aurait dû faire la
veille: elle s’est excusée pour avoir qualifié de
« sexy » le problème d’approvisionnement en
isotopes médicaux. Le commentaire a beau avoir
été fait en privé et enregistré
à son insu, il n’en était pas moins choquant,
surtout pour les centaines de personnes dont les tests
d’imagerie médicale seront reportés à cause
de la pénurie provoquée par la panne du
réacteur nucléaire de Chalk River.
Cela dit, les politiciens qui dénoncent le commentaire de
Mme Raitt font preuve d’une hypocrisie éhontée.
Lequel d’entre eux ne s’est pas déjà réjoui
d’une mauvaise nouvelle qui allait embarrasser ses adversaires?
Les politiciens jouent sur deux terrains à la fois, celui
de l’intérêt public et celui de
l’intérêt partisan, et passent constamment de l’un
à l’autre. Sur le terrain partisan, il est permis, il est
même exigé de faire flèche de tout bois.
C’est ainsi que la ministre peut à la fois être
sensible au calvaire vécu par les personnes atteintes de
cancer – la maladie a tué son père et son
frère – et se frotter les mains en pensant à
l’avantage politique qu’elle pourrait retirer de sa gestion de
la crise.
Les partis de l’opposition n’allaient pas rater l’occasion
d’exploiter l’affaire en mettant la pénurie sur le compte
de la négligence du gouvernement Harper. Or, les choses
sont loin d’être aussi simples. Si le réacteur
nucléaire de Chalk River n’a pas été
remplacé par une installation moderne, c’est que les
réacteurs MAPLE construits par Énergie Atomique du
Canada (EACL) n’ont jamais été mis en marche en
raison d’irréparables défauts techniques. Le
problème est tout simplement devenu, à court
terme, insoluble.
D’autant plus
que ce problème n’est pas canadien, mais mondial, comme
l’ont souligné l’Agence internationale de
l’énergie atomique et l’OCDE. La planète peut
compter sur seulement six réacteurs pour la production
d’isotopes médicaux, tous construits il y a plus de 40
ans et donc tous sujets à des pannes et à de
longues périodes d’entretien.
La construction de nouvelles installations s’impose, mais
comme chacun sait, bâtir un réacteur atomique
nécessite plusieurs années d’études, de
consultations et de travaux. Selon les spécialistes, on
ne peut espérer la contribution de nouvelles sources de
production avant cinq à 10 ans.
Les partis de l’opposition sont particulièrement mal
placés pour dénoncer le gouvernement actuel. Les
libéraux parce que c’est sous leur règne qu’ont
été prises les décisions menant au fiasco
des MAPLE. La vérificatrice générale,
Sheila Fraser, a d’ailleurs souligné que les
problèmes d’Énergie atomique du Canada «
datent de longtemps ».
Pour ce qui est du NPD et du Bloc québécois, ils
se sont toujours farouchement opposés au
développement de la filière nucléaire au
Canada. Or, pas de filière nucléaire, pas de
production d’isotopes.
Malheureusement, toutes ces subtilités qu’on appelle...
les faits n’ont pas leur place sur le terrain partisan
où règnent le simplisme et la démagogie.
Si en janvier le dossier des isotopes paraissait « sexy
» aux yeux de Mme Raitt, c’est pour l’opposition qu’il
l’est devenu aujourd’hui. Et tant pis pour
l’intérêt public.
Chacun son torchon - André Pratte
Un
dépliant envoyé par le Parti conservateur dans
les circonscriptions bloquistes a suscité de vives
critiques. Au Bloc, on l’a qualifié de « torchon
démagogique et grossier ». Avec raison.
Le dépliant en question accuse les
députés du BQ d’avoir voté « contre
la protection des enfants » et de préférer
des « sentences bonbons » contre les criminels qui
s’en prennent aux enfants. Les conservateurs font là
référence au projet de loi C-268. Ce texte
propose une peine minimale de cinq ans d’emprisonnement pour
une personne reconnue coupable de traite d’enfants.
Présenté par une députée
conservatrice, le projet de loi a reçu l’appui des
libéraux et du NPD; le Bloc a voté contre. Selon
le porte-parole bloquiste en matière de
Sécurité publique, Serge Ménard, il vaut
mieux laisser aux juges la latitude d’imposer la sentence
appropriée à chaque cas, un point de vue
parfaitement légitime qui n’équivaut d’aucune
façon à « voter contre la protection des
enfants. »
Oui, ce dépliant est un « torchon
démagogique ». Les bloquistes sont toutefois mal
placés pour jouer les vierges offensées, eux qui
ont passé la dernière campagne électorale
à accuser les conservateurs de vouloir envoyer des
enfants en prison.
Rappelons les faits. Stephen Harper avait
suggéré que les jeunes contrevenants coupables
de crimes violents soient automatiquement soumis à des
peines pour adultes. On pouvait être d’accord ou non
avec l’idée – nous y étions opposés –
mais on ne pouvait pas prétendre que M. Harper
rêvait d’envoyer de la « jeune chair en prison
». C’est pourtant ce qu’a soutenu Gilles Duceppe,
négligeant de dire que les jeunes seraient
détenus, comme c’est le cas aujourd’hui, dans des lieux
de garde pour adolescents, passant aussi sous silence le fait
que le projet conservateur prévoyait une exception pour
le Québec.
Le chef
bloquiste a également accusé les conservateurs
de faire partie de la « même gang » que les
républicains de George W. Bush « qui laissent
derrière eux la désolation économique et
le feu et le sang dans le monde. » Chacun son torchon.
Le problème, ce n’est pas que les conservateurs
apprécient la publicité négative, mais
notre culture politique qui carbure au simplisme et à
l’insulte. Quand la chef du PQ, Pauline Marois, qualifie
Clément Gignac de traître parce que le nouveau
député libéral a brièvement
travaillé au ministère fédéral des
Finances, elle franchit allégrement la frontière
de la démagogie. Quand le premier ministre, Jean
Charest, prétend que sa vis-à-vis «
souhaite du tort aux citoyens du Québec pour faire
avancer la cause de la souveraineté », il fait de
même.
On aimerait croire, comme Talleyrand, que « tout ce qui
est exagéré est insignifiant ». De toute
évidence, nos politiciens pensent le contraire. «
Il faut lever le ton pour s’assurer qu’on parle des vraies
affaires », s’est déjà défendu le
libéral Denis Coderre. On ne peut s’empêcher de
sourire quand on l’entend aujourd’hui déplorer le
contenu du dépliant conservateur, soutenant qu’«
il y a un niveau où il ne faut pas aller ».
Vraiment, M. Coderre ?
Les politiciens sont convaincus de l’efficacité de la
démagogie. C’est aux électeurs de leur prouver
qu’ils ont tort.
Une amende pour les non-votants?
L’indifférence des jeunes et la perception des
politiciens expliqueraient la participation moindre aux
élections
— De moins en moins de Canadiens se rendent aux urnes le jour
d’un scrutin. L’indifférence des jeunes et la perception
négative des politiciens expliqueraient, en partie, la
défection de la population vis-à-vis le processus
électoral, estiment des experts.
Un peu plus de la moitié des électeurs admissibles
a voté lors de récentes élections
fédérales et provinciales au pays. Au cours des
deux dernières décennies, le taux de participation
a décliné de manière constante au Canada,
si bien que lors des élections fédérales,
en octobre, il a atteint 58,8%. C’était la
première fois qu’il passait sous la barre des 60% depuis
la naissance de la fédération.
Selon un professeur du département de science politique
de l’Université de Toronto, Lawrence LeDuc, des raisons
démographiques expliquent ce faible taux de participation
au pays, puisque les jeunes se rendent moins aux urnes que leurs
aînés. M. LeDuc a réalisé de
nombreuses études pour le compte d’Élections
Canada sur la faible participation électorale.
Listes électorales
Il croit que rien n’incite les jeunes à aller voter,
contrairement aux générations
précédentes, qui se sentaient davantage
concernées par les enjeux politiques importants comme la
guerre ou la dépression.
Un
collègue de l’Université de Toronto, Nelson
Wiseman, croit quant à lui que les listes
électorales font partie du problème. Selon lui,
l’ancien système de recensement des électeurs,
où l’on faisait du porte-à-porte pour s’assurer
que les électeurs en mesure de voter étaient bien
inscrits sur les listes, était plus efficace que le
système actuel.
De plus, les partis politiques préfèrent
plutôt profiter du temps à leur disposition avant
les élections pour déployer des campagnes
publicitaires. Cellesci auraient un impact important sur la
perception négative du public à l’égard des
politiciens, selon une étude publ iée en 2003 pour
le compte d’Élections Canada et menée par M. Leduc
et Jon Pammett, de l’Université de Carleton à
Ottawa.
L e c ha ngement da ns
la manière dont les médias couvrent les campagnes
électorales aurait également un impact sur le taux
de participation des électeurs, selon M. Wiseman.
Les chercheurs croient qu’imposer une amende à ceux qui
s’abstiennent de voter, comme c’est le cas en Australie,
pourrait faire augmenter la participation électorale au
Canada. Ils estiment également qu’il faudrait mettre
davantage l’accent sur les enjeux importants lors
d’élections, puisque, selon eux, la plupart des gens
sentent que les choses ne changeront pas vraiment.
La carotte avant le bâton - VINCENT
MARISSAL
Les partis
politiques rebutent les jeunes, qui boudent les partis
politiques, ceux-ci ne représentent donc pas les
jeunes, qui, eux, ne se reconnaissent pas dans les partis
politiques.
Une amende pour les non-votants ? C’est mon j ournal qui
posait la question dans son numéro de mercredi,
reprenant ainsi les conclusions d’universitaires sur l’apathie
des jeunes électeurs au Canada.
Selon des professeurs de sciences politiques réunis
à Vancouver, dont Lawrence LeDuc, de
l’Université de Toronto, « l’indifférence
des jeunes et la perception négative des politiciens
expliqueraient, en partie, la défection de la
population vis-à-vis le processus électoral
».
Ces conclusions ne sont pas très surprenantes. Ce qui
l’est, c’est que l’on propose du même souffle de punir
les électeurs, donc surtout les jeunes, qui boudent les
urnes.
Qu’est-ce qui vient en premier : l’indifférence des
jeunes ou la perception négative des politiciens ?
L’indifférence ne seraitelle pas créée
par l’image négative des politiciens ?
Si on part du principe que les jeunes ne s’intéressent
pas à la politique et que, de ce fait, ils se font une
idée négative des politiciens, on fait fausse
route. En fait, les jeunes réagissent à ce
qu’ils voient : un milieu peu stimulant, fermé sur
lui-même, peuplé de gens beaucoup plus
âgés qu’eux, qui ne parlent pas des sujets qui
branchent la jeunesse. Un milieu, aussi, trop souvent
éclaboussé par des scandales sordides et qui
carbure au concentré de cynisme.
Je n’ai pas fait de savantes études doctorales sur le
sujet, mais c’est ce que j’observe sur le terrain depuis une
quinzaine d’années. C’est aussi ce que les jeunes de
Forum-Jeunesse, qui m’ont fait l’honneur de m’inviter comme
conférencier le week-end dernier en Abitibi, m’ont
répété en choeur, moi qui venais de leur
faire l’éloge de l’engagement politique pendant deux
heures.
Je comprends fort bien vos réticences, et elles sont
fondées, leur ai-je dit, mais vous ne changerez pas le
jeu politique en restant sur les lignes de côté.
Chaque génération est porteuse de ses propres
priorités. Les jeunes peuvent bien accuser les
baby-boomers d’avoir fait le vide autour d’eux, mais il faut
reconnaître que les moins de 40 ans ne se bousculent pas
pour combler ce vide.
En fin de soirée, trois jeunes filles m’ont
abordé pour me dire : « Vous savez, les partis
politiques ne nous intéressent pas, on ne s’y retrouve
pas, c’est pour cela que l’on milite dans une organisation non
partisane ».
De t oute évidence, mon long exposé n’a pas su
les convaincre !
Nous sommes ici devant un cercle vicieux : les partis
politiques rebutent les jeunes, qui boudent les partis
politiques, ceux-ci ne représentent donc pas les
jeunes, qui, eux, ne se reconnaissent pas dans les partis
politiques.
Résultat : les partis politiques font les débats
des parents des jeunes électeurs. La confrontation
souverainiste-fédéraliste, par exemple, qui
continue d’occuper beaucoup d’espace, mais dans laquelle les
jeunes ne se reconnaissent plus. Pourquoi en est-il ainsi?
D’abord parce que les partis politiques sont devenus des
« business », des organisations fermées
mues par des réflexes corporatistes et dirigés
par une poignée de « chums », des
technocrates dont le principal but est de maintenir le calme
dans les troupes et dont le seul objectif est le pouvoir.
En bref, les partis politiques sont devenus « plates
». Même le Parti québécois, jadis
haut lieu des débats épiques sur l’avenir du
Québec et des grandes réformes.
Les scandales et le cynisme ambiant n’aident certainement pas
non plus à faire monter la cote des partis politiques
auprès des jeunes. En voyant Brian Mulroney slalomer
pendant six jours entre les questions d’une commission
d’enquête, combien de jeunes (et de moins jeunes,
d’ailleurs) se sont dit : plus ça change, plus c’est
pareil en politique…
La relève fait défaut en politique, c’est
l’évidence, mais le manque d’élévation
des politiciens de carrière n’a rien pour attirer les
jeunes talentueux.
Prenez Montréal, par exemple, où seulement de 20
à 30% des jeunes électeurs ont voté aux
dernières municipales. Pensezvous vraiment que le
manque de leadership et les odeurs de scandale qui flottent
à l’hôtel de ville sont de nature à
inciter de jeunes brillants à se lancer à la
rescousse de leur ville ? Ou même d’aller voter aux
prochaines élections, en novembre ?
Le mode de scrutin comme tel explique aussi en partie
l’apathie des jeunes électeurs. Pour des jeunes
branchés en permanence, il y a quelque chose
d’archaïque à devoir faire la queue dans un
sous-sol d’église entre 8h et 20h pour aller griffonner
un bout de papier.
Le fait de ne pas compter les abstentions comme telles
indispose aussi certains jeunes, qui aimeraient que l’on
considère leur geste comme une décision
politique (au Canada et au Québec, il n’y a pas de case
« abstention » ou « aucun de ces partis
», on met tous les bulletins non conformes dans «
votes rejetés »).
On a beau répéter que « voter, c’est un
devoir », il reste que c’est d’abord et avant tout un
droit et, par conséquent, le droit, aussi, de ne pas
voter.
I nf liger des amendes forcerait sans doute plus
d’électeurs à voter. Il s’agit toutefois de la
voie de la facilité qui permet, commodément,
d’oublier que le problème, c’est la politique, pas les
électeurs.
Cela ne ferait rien non plus pour inciter la relève
à se lancer en politique.
Pour attirer les jeunes vers les urnes, la carotte vaudrait
certainement mieux que le bâton.
RIP pour la RP - LYSIANNE
GAGNON
(NED :
Disons que je n'ai simplement pas de mot pour exprimer à
quel point je suis dans le plus total désaccord avec ce
qui suit !...)
La formule de
la représentation proportionnelle comporte le risque
d’engendrer des gouvernements minoritaires, par
définition instables, de même qu’un climat de
politicaillerie incessante.
L’ un des résultats des élections provinciales
en Colombie-Britannique, qui viennent de reporter au pouvoir
le gouvernement Campbell, aura été d’enterrer
pour longtemps l’idée du scrutin à la
représentation proportionnelle. C’est beaucoup mieux
ainsi, car une telle réforme, démocratique en
apparence, risque d’entraîner plusieurs effets pervers,
dont une succession de gouvernements minoritaires.
Les
électeurs de Colombie-Britannique, qui viennent de
réélire Gordon Campbell, ont rejeté
à 61% l’idée du scrutin à la
représentation proportionnelle.
L’idée a déjà été
défaite en Ontario. En Colombie-Britannique,
c’était la deuxième fois que cette
réforme était proposée, après
avoir été battue de justesse il y a quatre ans.
Ses partisans espéraient qu’avec une meilleure
information, la proposition pourrait franchir le seuil des 60%
requis. Le gouvernement a consacré 1 million de dollars
à une grande campagne d’« éducation
populaire », la somme étant également
répartie entre les deux camps. Mais le résultat
du second référendum fut de faire reculer le
projet, qui n’a reçu que 39% d’appuis, et a
été rejeté dans la plupart des
circonscriptions.
De deux choses l’une: ou les électeurs de la côte
Ouest ont trouvé la proposition STV (pour «
single electoral vote ») trop complexe et confuse – ce
qu’elle était en effet; ou la cacophonie qui
règne aux Communes, depuis que s’y succèdent les
gouvernements minoritaires, les a pour de bon
détournés de l’idée.
Aucun gouvernement ne voudra rééditer ce genre
de référendum, pas plus au Québec
qu’ailleurs, où les mêmes réticences se
feraient sentir. De toute façon, qui parle encore de la
représentation proportionnelle, à part les
partis marginaux pour lesquels elle représente le seul
espoir? Tant le PQque le PLQont rêvé chacun son
tour à cette réforme, pour l’envoyer aux orties
dès que le système actuel recommençait
à les avantager.
En 1973,
après s’être retrouvé avec seulement six
députés bien qu’il ait obtenu 30% du vote, le PQ
ne jurait que par la RP… pour l’oublier prestement une fois au
pouvoir. En 1998, ce fut au tour des libéraux de
flirter avec l’idée: la distorsion induite par le
système traditionnel leur avait fait perdre les
élections bien qu’ils aient reçu 28 000 votes de
plus que le PQ. (L’ADQ s’en tirait encore plus mal, avec un
seul député pour 12% du vote.) Mais
d’élections en élections, le
rééquilibrage s’effectue, et les perdants
redeviennent les gagnants…
La formule de la représentation proportionnelle
comporte le risque d’engendrer des gouvernementsminoritaires,
par définition instables, de même qu’un climat de
politicaillerie incessante marqué par des renversements
de gouvernement et des élections à
répétition. Cette formule a d’autres
désavantages qui, au bout du compte, ne servent pas la
démocratie.
D’abord, elle contribue à rendre une partie des
députés redevables aux appareils des partis
plutôt qu’à l’électorat, car les «
députés » choisis pour combler
l’écart entre le nombrede sièges et le vote
populaire sont ceux que la direction du parti inscrit sur une
liste par ordre de priorité – un choix qui
échappe à la volonté des
électeurs.
Plus subtile est l’autre conséquence des scrutins
à la proportionnelle: ce système favorise
l’éclosion des partis sans assise populaire,
voués à une cause unique. S’ils étaient
assurés d’avoir un certain nombre de
députés (plus, en tout cas, que dans le
système actuel), leurs militants n’auraient aucun
intérêt à s’intégrer aux grands
partis pour faire avancer leurs idées. Or, la meilleure
façon de faire bouger les choses, c’est d’influencer
les partis qui ont réellement des chances de former le
gouvernement.
Qu’il s’agisse de l’environnement, des droits des femmes ou
des droits des gais, les causes progressistes sont toujours
mieux servies si elles font leur chemin dans les partis de
gouvernement que si elles restent la chose d’une
poignée de militants dissociés de
l’électorat majoritaire.
Police : Le règlement, le jugement - PATRICK
LAGACÉ
Chaque jour,
des centaines de policiers québécois choisissent
de ne pas appliquer un règlement. Ils font preuve d’un
truc qui ne s’enseigne pas à l’École de police.
De jugement.
Mercredi s oir dernier, station de métro Montmorency,
Lavaldes - Rapides . Bel a Kosoian, 38 ans, commet le genre de
délit qui menace la stabilité de Laval, qui fut
il y a de cela bien longtemps « la ville de l’avenir
».
Elle est debout dans l’escalier roulant ET ELLE NE TIENT PAS
LA RAMPE.
C’est grave. Je sais. Reprenez votre souffle.
Pourtant, les pictogrammes du métro sont clairs: le
petit bonhomme tient la rampe. Un jour, peut-être
portera-t-il un casque. Mais il n’en porte pas. Pour
l’instant.
Bela Kosoian cherche donc de l’argent dans son sac, debout
dans l’escalier roulant qui l’emmène vers le poste du
guichetier.
Deux valeureux policiers de Laval interpellent alors Bela
Kosoian. Un des agents lui dit de tenir la rampe. Je cite le
texte de Martin Croteau, qui a écrit sur l’affaire,
dimanche, dans La Presse :
Au début, la mère de deux enfants n’avait aucune
idée de ce que lui demandaient l’agent et son
partenaire. Ils ont dû répéter deux ou
trois fois avant qu’elle comprenne ce qu’ils exigeaient.
« Je lui ai répondu que je n’avais pas une
troisième main pour tenir la rampe », a-t-elle
relaté.
Est-ce baveux? Oui. Est-ce sarcastique? Mets-en.
J’aurais fait la même chose. Je ne suis pas le seul.
Parce que c’est tatillon. Parce que c’est téteux. Parce
que c’est une niaiserie, de ne pas tenir la rampe, dans un
escalier roulant, dans le grand totem des délits.
J’entends d’ici des émules du Schtroumpf à
lunettes me dire: « Ah! c’est le règlement. Elle
n’avait qu’à respecter le règlement. »
O. K., merci, les Schtroumpfs à lunettes.
Mais c’est un règlement idiot. Et, chut, ne le
répétez pas: chaque jour, des centaines de
policiers québécois choisissent de ne pas
appliquer un règlement, une loi, une directive. Ils
font preuve d’un truc qui ne s’enseigne pas à
l’École de police de Nicolet.
De jugement.
Revenons à l’interaction entre Mme Kosoian et les deux
policiers de Laval. Le ton monte. S’ensuit une arrestation
virile: la botte d’un policier sur le pied de la mère
de famille, les menottes, la cellule de la station de
métro et tout et tout...
Contravention : 100 $ pour avoir désobéi
à une directive ou un pictogramme.
Et 320$ de bonus pour entrave au travail d’un inspecteur dans
le cadre de ses fonctions.
Répétez après moi : servir et
protéger...
J’en connais,
des policiers. Pas des tonnes. Quelques-uns. Des tripeux. Le
genre à courir dans des ruelles après des
bandits. Et à aimer ça!
Or, jamais, jamais, jamais ceux-là ne perdraient leur
temps à même commencer à penser à
dire à une usagère du métro qui NE TIENT
PAS LA RAMPE DE L’ESCALIER ROULANT qu’elle commet un
délit.
Pourquoi? Parce que ces policiers-là ont trop de
jugement, justement , pour s’abaisser à appliquer des
règlements surréalistes. Pour emmerder les
citoyens qu’ils sont censés protéger.
Nathalie Laurin est relationniste pour la police de Laval.
Elle aurait pu, devant le dérapage du métro
Montmorency, dire ceci : pas de commentaires. Ou rester
collée sur les faits. Sauf que non. L’agente Nathalie
Laurin, exemplaire de solidarité avec les deux
génies du métro, en a remis une couche. Sa
déclaration à Radio-Canada: « Cette
dame-là a enfreint des règlements du
métro. Je comprends que oui, c’est peutêtre
beaucoup d’argent, mais comme je vous dis, on est là
pour faire respecter les règlements. Et elle est
chanceuse finalement qu’elle ne se retrouve pas avec des
accusations criminelles en plus. »
Décortiquons la déclaration de Nathalie Laurin.
Celle-ci nous dit, en parlant de la délictueuse Mme
Kosoian, qu’« elle est chanceuse finalement qu’elle ne
se retrouve pas avec des accusations criminelles en plus
».
Troublant. Pourquoi insinuer que Mme Kosoian a commis un acte
criminel ?
Si la police de Laval considère que Bela Kosoian a
commis un acte criminel – non précisé par Mme
Laurin –, qu’on transmette le dossier à la Couronne.
Point final.
Et si elle n’a pas commis d’acte criminel, les relationnistes
de la police de Laval n’ont pas à dire de Mme Kosoian
qu’elle est « chanceuse » de ne pas être
accusée.
Ni à sous-entendre qu’elle aurait pu l’être.
Je cite encore Nathalie Laurin, qui a dit à mon
confrère Croteau: « Si la dame avait dit "
D’accord, pardon" et qu’elle avait mis sa main sur la rampe,
ça se serait terminé là, a-t-elle
expliqué. C’est son entêtement à refuser
de mettre sa main sur la rampe... Quand les policiers le lui
ont répété deux ou trois fois, à
ce moment, elle était évidemment en infraction
et ils n’avaient pas le choix d’appliquer ce règlement.
»
O. K. Là, la tête me tourne. Là, je ne
comprends plus.
On l ’ appl ique ou on ne l’applique pas, le règlement,
Mme Laurin?
C’est quoi , l’infraction de Mme Kosoian? Ne pas avoir tenu la
rampe ? Ou ne pas avoir dit « D’accord, pardon » ?
Ou son « entêtement » ?
Faudrait se brancher.
L’agent qui a signé la contravention remise à
Bela Kosoian s’appel le Camacho. Prénom inconnu.
J’espère qu’il est fier, ce matin. Tout comme son
équipier.
Parce que c’est à cause d’interventions stupides comme
cel le qu’ i ls ont menée que bien des gens
méprisent la police. Qu’ils croient qu’un power trip
sommeille en chaque flic.
Je me mets dans sa tête, à Camacho. Tout jeune,
il voulait être flic, j’imagine. Pourquoi ? Pour donner
des tickets à des femmes qui ne tiennent pas la rampe
dans le métro?
C’est pour ça que l’histoire de Mme Kosoian est
universelle. Parce qu’elle renvoie à la délicate
notion de jugement chez les policiers.
C’est
pour ça que l’histoire de Mme Kosoian est effrayante.
Parce que ces gens-là ne traînent pas qu’un
calepin à constats d’infraction. Ils portent aussi un
gun.
Ni l’ADQ ni le PLQ n’y voient de problème
Relation
amoureuse entre François Bonnardel et Nathalie Normandeau
— Jean Charest savait que Nathalie Normandeau entretenait une
relation amoureuse avec le député adéquiste
François Bonnardel lorsqu’il l’a nommée
vice-première ministre à la midécembre. Il
est « très à l’aise avec la situation
» et dit avoir une « confiance totale » en sa
ministre.
François
Bonnardel
n’avait informé ni son chef ni ses collègues
députés de sa relation avec Nathalie Normandeau,
vicepremière ministre du Québec, avant que des
journalistes soulèvent la question et que l’histoire
fasse les manchettes. Pour sa part, Jean Charest était
au courant pour Mme Normandeau.
« Mme Normandeau m’a informé à la
première occasion qu’elle fréquentait M. Bonnardel
», a affirmé le premier ministre, refusant de
préciser si c’était longtemps avant la
mi-décembre. « Je n’ai jamais eu
d’inquiétude sur les conséquences de sa relation.
»
Une histoire entre une ministre libérale et un
député adéquiste, « ce n’est
peut-être pas ce à quoi on s’attendait, mais
l’amour est plus fort que la politique. (...) Avant la
politique, il y a la vie ».
Cette relation ne cache aucune tentative visant à
convaincre M. Bonnardel de changer de camp, a indiqué M.
Charest.
Nathalie Normandeau, qui a elle-même levé le voile
sur cette relation mercredi, estime que « ce n’est pas une
question d’éthique que d’aimer quelqu’un. Je suis
engagée dans une relation avec un collègue d’une
autre formation politique. On est conscients de tout ce que
ça implique. M. Charest me fait confiance. Et moi tous
les jours, j’ai la responsabilité d’honorer sa confiance
».
De soncôté, FrançoisBonnardel n’avait
informé ni son chef ni ses collègues
députés de sa relation avant que des journalistes
soulèvent la question et que l’histoire fasse les
manchettes. Il leur en a parlé hier. « Je suis
très serein face à la relation que j’ai avec
Nathalie. Je ne veux pas que personne ne doute de mon
éthique de travail et de mon professionnalisme. »
Gilles Taillon était au courant de la situation depuis un
certain temps. M. Bonnardel assure que sa relation amoureuse n’a
aucun lien avec sa décision de renoncer à la
direction de l’ADQ.
Le
député de Shefford assure qu’il ne passera pas
dans le camp libéral. « Je suis un adéquiste
dans l’âme, et je vais le rester. »
L’a n de r n i e r , N a t h a l i e Normandeau a versé
1000 $, à même son budget discrétionnaire,
à la Fondation François Bonnardel, qui vient en
aide aux organismes communautaires de la circonscription de
Shefford. C’était avant le début de leur relation,
a dit M. Bonnardel.
Il a donné un exemple pour prouver que Mme Normandeau ne
lui ferait pas de faveur dans le traitement de ses dossiers. Au
début de mars, la ministre des Affaires municipales a
transféré la Ville de Bromont à la MRC de
Brome-Missisquoi, « ce que je ne souhaitais pas »,
a-t-il dit.
« On est des humains »
Ni la chef intérimaire, Sylvie Roy, ni le
président du caucus adéquiste, Janvier Grondin,
n’en veulent à M. Bonnardel d’avoir omis de les informer
avant. Ils sont satisfaits de la profession de foi
adéquiste de leur collègue. Cette relation «
ne pose aucun problème. On n’a pas à prendre de
mesures particulières », a dit Mme Roy.
« C’est la vie privée, a affirmé son
collègue Janvier Grondin. On a droit de faire un peu ce
qu’on veut. On est des humains. Moi, je suis un peu
embêté. Je me dis que, quand on va en politique
aujourd’hui, faudrait-il passer chez le médecin se faire
castrer pour ne pas regarder les autres chevaux? »
« Ça ne me surprend pas du tout » que
François Bonnardel ait succombé au charme de
Nathalie Normandeau. « Un homme normal regarde les belles
femmes. Et Mme Normandeau est une belle femme », a-t-il
lancé.
Penser,
activité
principale des villes modernes
« La
somme de la richesse, c’est davantage la connaissance et les
idées nouvelles que l’accumulation du capital. »
Le dynamisme des métropoles repose de plus en plus sur
leur capacité à générer des
idées.
Ainsi pense Robert E. Lucas, lauréat du prix Nobel
d’économie de 1975 et conférencier d’ouverture
du 34e congrès de l’Association des économistes
québécois. Les travaux qui se poursuivent
aujourd’hui portent sur les grandes villes en tant que
locomotives du développement économique et sur
l’évaluation du rôle de Montréal.
« Les gens des grandes villes sont de plus en plus
occupés non pas à fabriquer, mais à
penser ou à converser, a-t-il indiqué pour
lancer la réflexion des quelque 350 congressistes.
C’est devenu l’activité principale des villes modernes.
»
Il a ainsi donné l’exemple du New York Times,
réputé quotidien conçu et produit dans la
Grosse Pomme, mais imprimé au NewJersey, là
où les terrains coûtentmoins cher.
Avant d’évoquer cette idée qu’il n’est pas seul
à promouvoir, M. Lucas avait brossé à
gros traits les grandes étapes de la croissance
économique. Jusqu’à la révolution
industrielle, les villes vivaient des surplus de l’agriculture
et abritaient surtout les grands propriétaires
terriens, leur personnel et les savants à leur service.
Croissances démographique et économique allaient
de pair.
La
révolution industrielle a accéléré
la création de richesse en attirant dans les villes de
plus en plus de paysans, jusque-là astreints à
cultiver de manière peu productive.
Sortir la majorité des gens de la production agricole
est donc une condition préalable à la
création soutenue de richesse. Cette idée n’est
cependant pas nouvelle: Karl Marx l’a explorée
longuement dans Le Capital. C’est encore vrai de nos jours
dans les économies en développement: des
familles sont prêtes à quitter leurs terres dans
l’espoir d’une meilleure condition, quitte à s’entasser
des années durant dans des bidonvilles, a noté
M. Lucas, farouche défenseur du libéralisme
économique.
Il a aussi établi une relation statistique entre le
dynamisme des villes et la croissance. « La somme de la
richesse, c’est davantage la connaissance et les idées
nouvelles que l’accumulation du capital », a-t-il
soutenu.
Les villes restent le moteur de la croissance, car c’est en
elles que naissent les technologies et que fleurissent les
idées novatrices. Cela suppose aussi qu’elles
évoluent dans un environnement ouvert, favorable au
commerce et aux échanges, a-t-il rappelé. La
ville nourrit aussi l’agriculture grâce à la mise
au point de technologies. Cela suppose cependant que les
travailleurs agricoles soient suffisamment instruits pour se
les approprier. Voilà pourquoi, à ses yeux,
certains États assez bien gouvernés comme la
Thaïlande n’ont pas les mêmes succès
économiques que la Corée ou laMalaisie voisines.
L’économiste, toujours actif à
l’Université de Chicago, a enfin noté que
même avec les villes qui génèrent les
meilleures idées, les économies les plus
avancées auront une croissance contenue à 2% ou
3%, ce qui reste supérieur à l’augmentation de
leur population. « Elles n’ont pas de rattrapage ou
d’adaptation à faire. »
M. Lucas a été présenté aux
congressistes par le vice-président de l’Institut
économique de Montréal, Marcel Boyer, comme
« l’économiste le plus influent des 40
dernières années ». M. Boyer a euM. Lucas
comme professeur pour ses études de doctorat à
Pittsburgh.
Fin de session pépère
- VINCENT MARISSAL
C’est
probablement le propre d’une société
paisible et sans histoire que de se faire des petites
peurs, périodiquement, avec ce qui pourrait
arriver.
Fin de saison politique, ça sent déjà
les vacances à Ottawa et Québec.
Après une fin 2008 hyperactive dans les deux
capitales, le printemps aura été
plutôt pépère. Il se passe beaucoup de
choses, mais rien de crucial. En politique, l’hibernation
se fait en été
Nous y sommes donc, entre deux élections à
Ottawa, et près de l’anniversaire des six mois de
Jean Charest III à Québec.
Parlant de Jean Charest, son parti tiendra un conseil
général cette fin de semaine à Laval,
un événement que les autorités du PLQ
veulent calme et harmonieux. Ils veulent parler de
développement énergétique, une
filière qui a réussi jadis à Robert
Bourassa. Bref, un petit happening sans histoire comme les
aiment les partis au pouvoir.
Personne n’en parlera ouvertement dans les corridors du
Sheraton Laval, mais plusieurs libéraux se
demandent tout de même combien de conseils
généraux se tapera encore Jean Charest.
Des sources au sein du PLQ m’ont confié
récemment que la question de la succession de Jean
Charest fait beaucoup jaser au sein des instances du parti
et que certains se préparent même pour du
mouvement en 2010.
J’avais, il y a quelques semaines, évoqué
les noms de Raymond Bachand, Line Beauchamp et Jean-Marc
Fournier. Des militants libéraux se sont
empressés de rajouter le nom de Nathalie Normandeau
à ma courte liste. Avec raison. La
vice-première ministre peut compter sur de solides
appuis, notamment chez les jeunes et les femmes du PLQ.
De plus, j’ai appris depuis que Daniel Johnson (eh oui,
Daniel Johnson) nourrit toujours quelque ambition
secrète de retour. En fait, pas si secrète
que ça puisqu’il a approché la
CommissionJeunesse du PLQ pour tâter le terrain il y
a quelque temps et que certains de ses partisans ont mis
des lignes à l’eau. Juste au cas…
Petits moyens, petite campagne
Cible privilégiée des conservateurs dans une
nouvelle série de publicités
négatives, le chef libéral Michael Ignatieff
a modestement répondu – à la mesure des
modestes moyens du PLC– par une pub internet.
Modestement, le PLC demande aussi à ses membres de
participer à la contre-attaque en créant des
publicités positives vantant leur chef et de les
mettre en ligne sur YouTube.
Le gagnant du meilleur spot de 30 secondes sur YouTube
gagnera une modeste somme de 308$, soit une modeste
contribution de 1$ pour chacune des 308 circonscriptions
du pays.
Les sondages sont bons, mais les temps sont durs…
La barre est haute
Accablés par de très mauvais sondages depuis
quelque temps, les conservateurs n’étaient pas peu
fiers d’avoir réuni plus de 2000 personnes,
mercredi soir, à Montréal à
l’occasion d’une visite de leur chef.
Avec raison. Il y avait longtemps que l’on avait vu autant
de militants réunis pour un
évél’impression que la question du voile
dans la sphère publique québécoise
est un grave problème social au Québec.
C’est probablement le propre d’une société
paisible et sans histoire que de se faire des petites
peurs, périodiquement, avec ce qui pourrait
arriver. Que de s’imaginer que derrière le voile
d’une infime minorité de femmes discrètes se
cachent les pires scénarios. Comme le
déferlement de hordes d’intégristes dans nos
terres, alors que dans les faits, toute cette histoire
n’en est pas une, comme l’ont écrit si justement
Bouchard et Taylor.
N’empêche,
les
gardiens de l’Identité sont remontés au
créneau pour vous protéger de votre nement
au Québec, tous partis politiques confondus.
La barre est maintenant très haute pour le prochain
grand événement politique du printemps, la
soirée de financement de Michael Ignatieff, le 4
juin au Sheraton du centre-ville.
On verra alors si les libéraux ont la même
capacité de mobilisation que les conservateurs et
si les succès de M. Ignatieff dans les sondages
peuvent se transformer en espèces sonnantes et
trébuchantes.
Cachez ce voile...
À lire les journaux des derniers jours, notamment
les pages Forum de La Presse de jeudi, un visiteur
étranger aurait vraiment propre tolérance.
Pauline Marois et Louise Beaudoin en tête, qui
veulent interdire le port du voile dans la fonction
publique.
Le zèle laïque de mesdames Marois et Beaudoin
amène deux questions :
– Symbole religieux pour symbole religieux,
êtes-vous d’accord pour décrocher le crucifix
du Salon bleu de l’Assemblée nationale ? Je n’ai
jamais été « confronté »
à une fonctionnaire à foulard, mais chaque
fois que j’entre à l’Assemblée nationale, la
grosse croix au-dessus du fauteuil du président me
saute aux yeux comme un néon dans une chambre
noire.
– Accepteriez-vous qu’une musulmane voilée,
dûment élue par son association de
circonscription, fasse campagne pour le PQ, comme Monia
Mazig et Samira Laouni l’ont fait pour le NPD en 2004 et
2008? Et si elle est élue, pourrait-elle
siéger avec son voile?
On prend un café pour en discuter, si vous voulez.
C’est moi qui invite.
Mario le journaliste
Il n’existe pas d’ordre professionnel de journalistes au
Québec et bien que le débat revienne
périodiquement, le consensus dans la profession s’y
oppose.
J’adhère, mais si j’entends encore une fois Mario
Dumont dire qu’il est « journaliste », comme
il l’a fait mercredi lors du passage de Stephen Harper
à Montréal, je vais lancer le mouvement
québécois contre le mélange des
genres.
Parce que c’est de ça dont il est question: le
mélange des genres.
Les ex de RDI ( Frulla, Grégoire et Charbonneau)
n’ont jamais prétendu être autre chose que
des commentateurs, pas des journalistes. Quant à
Jean Lapierre, le chroniticien par excellence au
Québec, il a toujours refusé, en toute
décence, le titre de journaliste.
Mario Dumont ne vient pas de devenir journaliste, à
peine deux mois après avoir quitté son seul
job à vie (la politique), du simple fait qu’il
s’apprête à commenter l’actualité dans
une émission de TV à TQS.
Il y a un titre pour ça: commentateur. Ce n’est pas
pire ou mieux que journaliste, c’est juste plus
précis.
Un simulacre de démocratie
Une
résolution sur la consigne adoptée sans
débat et sans vote aux assises de l’Union des
municipalités
Ce que je veux dénoncer, c’est le manque de
représentativité
au sein d’un organisme soidisant fondé sur le
principe de
démocratie.
L’auteur est conseiller municipal à Saint-Eustache et
secrétairetrésorier du conseil
d’administration de Tricentris, un centre de tri. Il a fait
parvenir cette lettre au président de l’Union des
municipalités du Québec, Robert Coulombe. M.
Coulombe, j ’ ai par t icipé ave c enthous i a sme au
x assises de l’ UMQ à l’atelier intitulé
« La consigne, outil du passé ou de l’avenir ?
» Présidé par Denis Lapointe, l’atelier
a permis une bonne discussion sur l’opportunité
d’élargir ou non la consigne sur les contenants
à remplissage unique (CRU). Les discussions ont
été soutenues par des personnes-ressources de
tous horizons et d’opinions différentes face à
la question.
Considérant les questions posées et les
opinions émises durant l’atelier, il serait
fallacieux de prétendre qu’un consensus a
été exprimé par les participants. Aucun
vote n’a d’ailleurs eu lieu, ni même de vote
indicatif.
Or, à l’occasion de l’assemblée
générale de l’UMQ, une résolution de
deux pages précisant que l’Union était
favorable à l’élargissement de l’application
de la consigne a été présentée
et adoptée en toute hâte, et cela sans appel au
vote. Cette résolution provenait d’un « caucus
d’affinité » c’est-à-dire d’un
sous-groupe de municipalités au sein de l’Union. La
formule des caucus d’affinité a sûrement sa
raison d’être afin que les villes ayant des
préoccupations ou des dossiers communs puissent
discuter et prendre position. Mais je crois que leur
représentativité est discutable dans le cas
d’un dossier qui touche l’ensemble des municipalités
membres.
Finalement,
je m’explique mal ce communiqué de l’UMQ
émaillé des propos de Denis Lapointe et
présentant comme position officielle de l’Union
l’appui à la consigne et à son
élargissement aux bouteilles de vin et aux bouteilles
d’eau en plastique.
Comme plusieurs, je ne partage aucunement l’opinion
exprimée dans ce communiqué, mais la
présente lettre n’a pas pour objet d’exposer mes vues
sur la question. Ce que je veux dénoncer, c’est le
manque de représentativité au sein d’un
organisme soi-disant fondé sur le principe de
démocratie. Une résolution
présentée par un sous-groupe de
municipalités a ainsi été
adoptée en plénière sans débat
et sans vote et on s’en est servi pour déclarer par
communiqué la position officielle de l’UMQ, et donc
de tous ses membres.
J’aimerais vous rappeler que 60municipalités sont
membres de Tricentris, qui traite aussi les matières
recyclables de 40 autres municipalités clientes. Au
total, près d’un million et demi de
Québécois sont desservis par Tricentris et la
plupart des 60 villes membres de Tricentris font
également partie de l’UMQ. Tout comme moi, les
représentants de ces municipalités n’ont pas
pu voter, aux assises de l’UMQ, sur la question de la
consigne. Je sais à ce titre que nombre d’entre eux
s’y opposent.
Faut-il en déduire que tout était joué
d’avance? Qu’on a eu droit à un simulacre de
démocratie pour faire passer une résolution
écrite à l’avance? Je m’interroge grandement
quand je vois agir ainsi des représentants de
citoyens, élus démocratiquement par
surcroît.
Le CA de l’UMQ
représentatif
Aucune résolution n’est adoptée sans
débat et à la toute hâte
L’UMQ
célèbre cette année le 90e
anniversaire de son histoire. Elle s’est toujours fait
un devoir de permettre à ses membres
d’exprimer leur opinion.
L’auteur est président de l’Union des
municipalités du Québec et maire de
Maniwaki. Il réplique à la lettre de
Daniel Goyer, conseiller municipal de SaintEustache, qui
a été publiée le 23 mai. M. Goyer,
j’ai lu avec intérêt la lettre dans
laquelle vous exprimez de sérieux doutes quant
aux règles régissant le déroulement
de l’assemblée générale annuelle de
l’Union des municipalités du Québec. Vous
allez même jusqu’à dénoncer «
le manque de représentativité au sein d’un
organisme soi-disant fondé sur le principe de
démocratie ».
Vos propos méritent une importante mise au point.
Tout d’abord, sachez que la résolution sur
l’élargissement de la consigne sur les contenants
à remplissage unique (CRU), qui a
été, selon vous, adoptée en toute
hâte et sans vote, n’a justement pas
été adoptée ! Pour être
accueillie, elle nécessitait un proposeur et un
appuyeur. Comme le stipulent les règlements
généraux de l’Union, « toute
nouvelle question non prévue à l’ordre du
jour d’une assemblée ordinaire peut être
reçue et débattue, mais ne sera pas
soumise au vote. Elle sera plutôt
référée au conseil d’administration
pour prise en considération ».
Ce fut le cas de cette résolution proposée
par le caucus des cités régionales de
l’UMQ et appuyée pour qu’elle soit retenue et
déférée, pour analyse et
décision éventuelle, à la prochaine
réunion du conseil de l’Union. Telles en font foi
les minutes de cette assemblée
générale tenue dans le cadre de nos
assises annuelles, le 16 mai dernier.
J’aimerais
vous rappeler que le consei l d’administrat ion de l’UMQ
est représentatif du monde municipal
québécois, étant formé de 4
4 mai res et mai resses de municipalités de
toutes tailles et de toutes les régions du
Québec, élus par leurs pairs membres de
l’Union. À ses réunions, aucune
résolution présentée par une de ses
Commissions pol itiques – également
formées d’élus munic i pau x et de per
sonnes-ressources – n’est adoptée sans analyse,
débat et à la toute hâte. L’ UMQ c
élèbr e c e t t e année le 90e
anniversaire de son histoire. Elle s’est toujours fait
un devoir de permettre à ses membres d’exprimer
leur opinion.
Vous avez raison, le dossier de la consigne concerne
l’ensemble des municipal ités membres de l’ UMQ
et c’est pourquoi il y a bien longtemps qu’elles
examinent cette question, notamment au sein de notre
Commission de l’environnement. De ces réflexions
est issue une résolution adoptée par le
conseil d’administration de l’UMQ en 2006, qui demandait
au gouvernement du Québec d’ajouter les
contenants de vins et de spiritueux de la SAQ au
système public de consignation, et une autre,
adoptée en 2008, qui réitérait
à la ministre du Développement durable, de
l’Environnement et des Parcs, sa demande d’ajouter les
bouteilles d’eau au système public de
consignation. Il n’y a ici rien de nouveau. L’UMQ a
toujours eu comme position la responsabilisation
complète de l’industrie pour les biens qu’elle
met en marché.
Lorsque vous vous expliquez mal le communiqué
émis par l’UMQ sur le sujet, vous avez la
réponse au deuxième paragraphe de celuici.
Elle n’a que réitéré sa position
dans ce dossier, en réaction aux commentaires
entendus au cours des dernières semaines voulant
que la consigne sur les contenants à remplissage
unique, en place depuis 1984 au Québec, pourrait
être abandonnée. L’Union demeure une
alliée indéfectible de la collecte
sélective des matières recyclables et
considère que la consigne et la collecte sont des
systèmes complémentaires essentiels
à la réduction à la source.
Le
courage du nom - ANDRÉ PRATTE
En
démocratie, il n’est pas seulement fondamental que chacun
puisse s’exprimer. Il est essentiel aussi que chacun agisse
à visage découvert. Le secret et l’anonymat sont
les refuges de ceux qui trompent ou n’osent pas affronter
l’opinion. Ceux-là ne sont pas d’authentiques
démocrates.
Dans le cadre de la restructuration de Chrysler, certains
créanciers qui tentent de bloquer le processus – donc de
pousser Chrysler à la faillite – ont demandé au
juge de préserver leur anonymat. Qualifiés de
« spéculateurs » par le président
Obama, ces fonds d’investissement et de retraite ont dit
craindre que des personnes mécontentes s’en prennent
à leur personnel. Le juge a estimé cet argument
peu convaincant et a forcé les créanciers à
dévoiler leur identité. L’avocat de Chrysler a
ainsi résumé les risques de l’incognito: «
L’anonymat nourrit l’irresponsabilité. »
Cela est vrai dans les situations les plus graves comme les plus
bénignes. Pourquoi tant de blogueurs tiennent-ils
à cacher leur identité? Sans doute le recours au
pseudonyme permet-il plus de licence. Lovequeen18 peut insulter,
inventer, écrire sans se soucier de l’orthographe. On
gagne en cacophonie, pas en démocratie.
Le j ournal isme pol it ique s’abreuve aux sources anonymes.
Dans plusieurs cas, c’est inévitable et justifié:
ces sources permettent de déterrer les scandales. Si ces
gens sortaient de l’ombre, ils s’exposeraient aux
représailles. Dans d’autres circonstances, politiciens et
membres du personnel politique profitent de l’anonymat pour
glisser des « confidences » dans l’oreille des
journalistes. Il faut mettre le mot confidences entre guillemets
: en réalité, pour des motifs personnels ou
partisans, la source veut que l’information soit publiée
mais sans qu’on sache qu’elle vient d’elle. Pourquoi faire de la
politique si on n’a pas le courage de ses opinions?
Les
entrepreneurs et les financiers composent une partie importante
de l’élite québécoise. Quand les entend-on
prendre position sur quelque enjeu public ? Aux yeux de
Québec inc., le silence est toujours d’or.
Dans le milieu des affaires pourtant, on ne se gêne pas
pour critiquer le manque de courage politique des élus.
Or, on devrait reconnaître que les politiciens, eux,
s’exposent quotidiennement à la critique publique. Ils
doivent sans cesse convaincre, expliquer, justifier. Ils
n’affrontent pas seulement un conseil d’administration ou
quelques analystes, mais des millions de personnes. Chacun de
leur geste, chacune de leurs dépenses est
épiée et autopsiée.
Combien de gens d’affaires accepteraient de se plier à un
tel examen? Les comités de rémunération
seraient-ils aussi généreux pour les patrons
d’entreprise si les médias publiaient à chaque
occasion le nom et la photo des personnes qui y siègent?
Décider, agir, affirmer, critiquer, dénoncer:
autant de choses bien plus faciles à faire sous le
couvert de l’anonymat. Les démocrates engagés
persistent et signent.
Bixi, blogue et
bullshit - PATRICK LAGACÉ
Créer
un faux blogue animé par des personnes qui n’existent
pas, sans jamais révéler qu’il s’agit là
d’un rouage d’une campagne de marketing, est-ce une arnaque?
C’est l’histoire d’un blogue sur le vélo.
Créé quelque part en 2008 par trois
Montréalais : Mélanie Gomez, Jean-Michel
Simoneau et Pénélope Riopelle. Nom du blogue :
« À vélo citoyens ».
Pour
faire la promotion du Bixi, le service de vélo
libre-service, la firme Morrow Communications a
créé de toutes pièces un blogue
intitulé « À vélo
citoyens». Les trois animateurs de ce blogue sont des
personnages complètement inventé.
Ce blogue, c’est une idée née «
spontanément », quand ces trois cyclistes se sont
rencontrés « de manière fortuite »,
expliquent-ils sur « À vélo citoyens
».
L’idée? Promouvoir le vélo comme principal moyen
de transport à Montréal. Ce sont les mots de
Mélanie, Jean-Michel et Pénélope
eux-mêmes.
Un bon blogue, je dois le dire. Mis à jour souvent.
Bien écrit. Sujets variés.
Les trois amis se sont investis dans cette aventure web.
Mélanie a même produit des clips pro-vélo
très bien faits, pour le blogue. JeanMichel allait
intervenir sur d’autres blogues, allait commenter des textes
du Devoir, invitant les lecteurs à venir lire «
À vélo citoyens ».
Pour faire la promotion du blogue, Gomez, Simoneau et Riopelle
ont créé une page Facebook. Nombre de membres :
1300. Les trois cyclistes avaient, chacun de leur
côté, une page Facebook. Mélanie Gomez
étant la plus prolifique : 1400 amis.
Les efforts de Gomez, Simoneau et Riopelle ont
été récompensés, en juillet 2008.
Leur blogue a sorti, en exclusivité, un petit scoop:
une photo du prototype du Bixi, le vélo libre-service
parrainé par la Ville de Montréal,
envoyée par un informateur.
Sur la photo, on voit un type chauve chevauchant le Bixi, sous
la pluie.
Quelques jours plus tard, Stationnement de Montréal
confirme au blogue « À vélo citoyens
» qu’il s’agit bel et bien d’un prototype du Bixi. C’est
Alain Ayotte, vice-président de Stationnement de
Montréal, qui chapeaute l’implantation du Bixi, qui
accorde l’entrevue au blogue.
Voilà. C’est l’histoire, en apparence banale, d’un
blogue animé par des citoyens passionnés.
Il n’y a qu’un petit pépin dans l’histoire que je vous
raconte ci-haut. Tout est faux. Le blogue n’est pas une
idée née « spontanément ». La
rencontre des trois cyclistes-blogueurs n’est pas «
fortuite ». Pour une raison bien simple: ils n’existent
pas!
Gomez, Simoneau et Riopelle ont été
créés au 1434, rue SainteCatherine Ouest,
l’adresse de Morrow Communications, propriété
d’André Morrow, qui assure le marketing, les
communications stratégiques ou publicitaires de
nombreux clients privés et publics.
La boîte de M. Morrow a créé le faux
blogue et les faux citoyens pour le compte de son client,
Stationnement de Montréal, afin de mousser
l’arrivée de Bixi, le service de vélo
libre-service lancé ce matin.
Question: ce blogue est-il une arnaque?
Jacques Nantel, prof aux HEC, spécialiste du marketing,
écoute l’histoire que je viens de vous raconter. Qu’en
pense-t-il ?
« C’est astucieux, on peut s’entendre là-dessus.
Ça joue dans la zone non tracée du web 2.0.
C’est à la limite de l’éthique. Mais je ne suis
pas prêt à dire que c’est hautement condamnable.
»
Pour l e prof Na ntel , le faux blogue créé par
Morrow Communications s’inscrit dans la lignée du
marketing de guérilla, « qui est undercover
» et représente une technique « qu’on
risque de voir de plus en plus dans la prochaine
décennie ».
– Le vrai du faux est difficile à distinguer…
– Oui, dit Jacques Nantel. Et c’est là que le web 2.0
est à la fois pernicieux et fascinant.
Créer un faux blogue animé par des personnes qui
n’existent pas, sans jamais révéler qu’il s’agit
là d’un rouage d’une campagne de marketing, est-ce une
arnaque?
Chez Morrow Communications e t chez St a t i onnement de
Montréal, où on a reconnu que le blogue «
À vélo citoyens » a été
créé de toutes pièces, ma question a
été accueillie avec indignation.
André Morrow, qui a eu le contrat de la promotion du
Bixi via un appel d’offres: « On a fait du marketing
viral, pour faire connaître le principe du vélo
en libre-service, en partant de passionnés de
vélo, pour susciter de l’intérêt, pour
créer un buzz. »
Michel
Philibert, directeur, communications-marketing, chez
Stationnement de Montréal : « La stratégie
virale, ça fait partie de la pub. Non, ce
n’était pas de la manipulation. La manipulation, c’est
mercantile. Stationnement de Montréal, c’est
privé, mais Bixi est un service public. On veut que
ça marche. »
Morrow: « Je n’ai aucun problème avec ce blogue,
avec cette campagne. Il n’y a pas eu de malversations. C’est
legit. »
MM. MorrowetPhilibert, interviewés
séparément, ont insisté sur le
côté « positif » du Bixi, qui vise
à pousser les Montréalais à faire du
vélo. Positif dans le sens de bon-pour-l’environnement,
bon-pour-la-santé.
Ma réponse à MM. Morrow et Philibert : là
n’est pas la question.
Le public a été trompé. Jamais on n’a dit
aux lecteurs du blogue, aux 1300 membres de la page Facebook
d’« À vélo citoyens », aux 1400 amis
de « Mélanie Gomez », qu’ils participaient
à un effort de marketing souterrain.
Pour André Mor row, qui conseille à l’occasion
le maire Gérald Tremblay, la création des
personnages Gomez, Simoneau et Riopelle n’a rien de
répréhensible. « Il y a des personnages
sur Twitter et sur YouTube aussi. Il n’y a rien de mal
à ça. »
Dans les bureaux de Stationnement de Montréal, j’ai
évoqué la « rencontre fortuite » de
Gomez, Simoneau et Riopelle, décrite sur le blogue.
– C’est de la manipulation, ça, non? – Le mot est gros…
– Et ces trois « personnes », qui interagissaient
avec les internautes ? – C’est, dit M. Philibert, une
façon de rejoindre les gens.
– Mais c’est un mensonge, ils n’existent pas!
– Si on avait fait un blogue hébergé par
Stationnement de Montréa l , personne n’aurait
été intéressé. Et puis, ça
se fait ailleurs… – Où? – Je ne sais pas. Mais
ça
se fait.
Michel Philibert a raison. Déguiser une campagne de
marketing en mouvement de citoyens qui s’impliquent «
spontanément », ça se fait.
Aux États-Unis, on appelle ça de l’astroturfing.
Pour AstroTurf : du gazon artificiel. Par opposition aux
mouvements citoyens, qu’on qualifie de « grassroot
». Traduction: issus du gazon, du terreau. On appelle
aussi ça du « sock puppeting », où
un internaute se crée une fausse identité, une
marionnette virtuelle, pour parler de lui-même.
La grande firme de relations publiques Edelman, par exemple, a
été publiquement humiliée pour
délit d’« astroturfing » et de « sock
puppeting » : elle animait subrepticement des blogues de
faux citoyens faisant la promotion d’un de ses clients,
Wal-Mart.
Et ces deux pratiques de l’ombre sont prohibées, sans
qu’on y réfère par leurs noms, par le code
d’éthique du Public Relations Society of America.
A lors, ce f a u x bl o g ue cycl iste animé par Mor
row Communications, pour le compte de Stationnement de
Montréal, est-ce une arnaque, M. le chroniqueur?
Eh bien ! laissez-moi citer Harry G. Frankfurt, prof de
philosophie à l’Université Princeton. L’homme a
écrit un livre sur – sans blague – la bullshit (1). En
entrevue, il a eu ces paroles de sagesse :
« L’augmentation du niveau de bullshit dans la vie
contemporaine s’explique par l’intensité du marketing
dans la société contemporaine… »
Et qu’est-ce que la bullshit, au fait, professeur ?
« Il s’agit d’un manque de considération pour ce
qui est vrai et ce qui est faux. »
Ça décrit parfaitement ce qui a
été concocté pour vous faire aimer de
façon subliminale le vélo libreservice qui est
lancé aujourd’hui. Un manque de considération
pour ce qui est vrai et pour ce qui est faux.
De la bullshit, créée pour un produit unique et
louable: le Bixi.
Mais de la bullshit quand même.
RÉPLIQUE
Non aux certificats d’illégalité
La
visibilité des Hells facilite la collecte de
renseignements Les listes noires
Au
lendemain d’une déclaration judiciaire incriminant
tous ceux qui affichent les couleurs des Hells, parions que
les motards vont changer d’appellation.
L’auteur est avocat. Le chroniqueur Yves Boisvert propose que
la justice puisse décerner des certificats
d’illégalité aux hors-la-loi notoires que sont
les Hells Angels. À son avis, c’est « simple,
juridiquement solide, socialement utile, policièrement
pertinent et, en plus, populaire. » Va pour l’argument
de la popularité. Pour le reste, l’argumentaire porte
à faux.
De l’aveu même d’un policier spécialisé en
la matière, la visibilité des Hells facilite la
collecte de renseignements. Les mariages, les
funérailles, les expéditions de moto, le
va-et-vient aux bunkers permettent aux escouades
policières d’enrichir l’album de famille.
Certes, les policiers n’ont jamais eu besoin de voir et revoir
des images de Mom Boucher en costume de motard pour
soupçonner qu’il était un mauvais garçon.
Cependant, c’est toujours utile de pouvoir repérer et
identifier les sympathisants des Hells, les apprentis et les
hommes de main, y compris leur escorte. Après avoir
décapité la pieuvre, les policiers ont grand
intérêt à connaître la
relève.
Inspiré par la loi antiterroriste, Yves Boisvert
propose l’adoption d’une loi permettant à un juge de
déclarer une organisation illégale. En somme, la
justice dresserait une liste noire des hors-la-loi. Il s’agit
d’un doublon puisque des jugements ont déjà
reconnu que des membres des Hells constituaient une
organisation criminelle.
Quelle est
donc l’utilité de cette démarche? Au lendemain
d’une déclaration judiciaire incriminant tous ceux qui
affichent les couleurs des Hells Angels, parions que les
motards vont changer d’appellation. Ça pourrait
être les Black Angels. La palette des couleurs est
large. Chaque déclaration judiciaire subséquente
interdisant une appellation serait peut-être suivie
d’une nouvelle appellation. Ce jeu du chat et de la souris ne
servirait en rien l’administration de la justice.
Quant à la saisie et la confiscation des produits de la
criminalité, les forces policières ont à
leur disposition des pouvoirs dont ils font usage sans
ménagement. À ce jour, les policiers ont souvent
soustrait aux Hells la partie visible et palpable de leurs
gains illégaux. Pour le reste, une liste noire ne
permettrait pas d’en faire davantage à ce chapitre.
À propos de la rafle policière survenue pendant
la crise d’Octobre en 1970, Yves Boisvert estime que le
« problème n’est pas dans la déclaration
d’illégalité : il est dans le fait qu’on avait
suspendu les libertés civiles… » Minute! La liste
noire dressée par les forces policières visait
les « sympathisants » du FLQ, au même titre
que les principaux acteurs de l’organisation terroriste.
L’abus fut rendu possible par la discrétion reconnue
aux policiers de décider qui était un «
sympathisant ». Ce dérapage n’a rien à
voir avec la suspension des libertés civiles et de
l’habeas corpus.
Si la proposition formulée par Yves Boisvert devait
être envisagée par le législateur, il y
aurait lieu d’être inquiet. La technique des listes
noires permet parfois des dénis de justice. La
déveine du citoyen canadien d’origine
soudanaiseAbousfianAbdelrazik en témoigne. Sorti de
prison, sans jamais avoir été jugé, ce
malheureux réside à l’ambassade canadienne au
Soudan depuis un an. Son nom figure sur une liste
d’interdiction de vol de l’ONU. La Canada a tenté sans
succès, en 2007, de faire biffer son nom.
Curieusement, le ministre des Affaires
étrangères Lawrence Cannon refuse de lui donner
un passeport, aumotif que cet homme pose un risque pour la
sécurité nationale. Pourtant, la GRC et le
Service canadiende renseignement (SCRS) ont indiqué que
rien ne permettait d’associer Abdelrazik à des
activités criminelles.
La
justice administrée à coup de listes noires
donne ouverture au détestable concept de
culpabilité par association, lequel repose
habituellement sur des soupçons et des informations non
vérifiables. Parlez-en à Maher Arar!
Qui assumerait les fonctions de premier
ministre en cas d’incapacité à gouverner ?
- Malorie B eauchemin
OTTAWA
Différentes mesures ont été
instaurées pour éviter un flottement comme
celui qui s’est produit en 1891, après la mort de
John A. Macdonald, alors que le Canada s’est retrouvé
sans premier ministre pendant près de 10 jours.
Le malaise qu’a connu le président français,
Nicolas Sarkozy, dimanche dernier en faisant du jogging a
mis en lumière le protocole prévu si le chef
de l’Hexagone devenait incapable de gouverner. La
Constitution du pays prévoit que le président
du Sénat occupe « provisoirement » les
fonctions de chef d’État si le titulaire dûment
élu au poste ne peut pas s’en charger. En cas de
décès, une nouvelle élection
présidentielle doit avoir lieu entre 20 et 35 jours
après que le Conseil constitutionnel, plus haute
instance juridique du pays, a constaté le
caractère « définitif » de la
vacance du pouvoir.
Le
président français Nicolas Sarkozy a connu
un malaise en faisant son jogging dimanche. L’incident a
mis en lumière le protocole prévu par la
Constitution en cas d’incapacité du chef
d’État à gouverner. De telles mesures
existent aussi au Canada, où le gouverneur
général a la responsabilité de nommer
un successeur au premier ministre.
Et chez nous, comment les choses se
dérouleraient-elles ? Au Québec et au Canada,
certaines précautions ont été prises au
cas où le premier ministre ne pourrait plus, peu
importe la raison, exercer ses fonctions.
Le système parlementaire prévoit que si un
premier ministre meurt ou démissionne sans
préavis, le gouverneur général ou le
lieutenant-gouverneur (dans le cas des provinces) doit
consulter les « membres éminents » du
parti au pouvoir afin de nommer la personne « dont il
juge les chances les meilleures » de former un
gouvernement « qui puisse commander une
majorité à l’assemblée »,
explique le site du Parlement fédéral. De
facto, c’est le gouverneur général qui a la
responsabilité de s’assurer de la continuité
du gouvernement.
Différentesmesures ont toutefois été
instaurées au fil du temps pour éviter un
flottement comme celui qui s’est produit en 1891,
après la mort de John A. Macdonald, alors que le
Canada s’est retrouvé sans premier ministre pendant
près de 10 jours.
Au Canada,
le titre de « vicepremier ministre »,
instauré en 1977 seulement, est un poste honoraire et
sans responsabilité formelle. D’ailleurs, Stephen
Harper, à son arrivée au pouvoir, en 2006, n’a
pas nommé de vicepremier ministre et n’en a toujours
pas. Par contre, il a prévu des successeurs dans une
liste datée du 30 octobre 2008 ( peu après sa
réélection). La « liste des ministres
qui seront autorisés à agir au nom du premier
ministre en cas d’impossibilité de celuici d’exercer
les fonctions de sa charge » désigne, dans
l’ordre, les ministres Lawrence Cannon, Jim Prentice, Chuck
Strahl, Peter MacKay et Stockwell Day.
« Il est nécessaire d’obtenir l’approbation de
la gouverneure générale à chaque mise
à jour », peut-on lire au bas de la liste du
Conseil privé.
Au Québec, quatre premiers ministres sont morts en
fonction. Il s’agit de Félix-Gabriel Marchand (mort
en 1900), de Maurice Duplessis (1959) et de son successeur,
Paul Sauvé (1960), et de Daniel Johnson père
(1968).
Chaque fois, c’est un des ministres du cabinet qui a pris le
relais. Bien que la fonction existe depuis plus longtemps,
la Loi sur l’exécutif, promulguée en 1976,
prévoit la nomination à Québec d’un
vice-président du conseil exécutif, lequel
doit exercer les fonctions et pouvoirs du premier ministre
en son absence. Depuis 1994, cette personne détient
le titre de vice-premier ministre. Depuis 2007, la personne
qui remplacerait le premier ministre en cas de
problème est Nathalie Normandeau, actuelle ministre
des Ressources naturelles.
VOTES D’AÎNÉS INAPTES Une enquête
est demandée - Ariane Lacoursière
Des
associations de personnes âgées ont
réclamé, hier, que le Directeur
général des élections enquête sur
le fait qu’on ait fait voter des aînés gravement
atteintes de la maladie d’Alzheimer.
La semaine dernière, La Presse a relaté
l’histoire d’Annette, résidante de Saint-Lambert
atteinte de la maladie d’Alzheimer, qui a voté dans un
bureau de vote itinérant le 24 octobre, alors qu’elle
ne reconnaît plus ses enfants et n’est même plus
capable de tenir un crayon.
Depuis, La Presse a reçu plusieurs témoignages
qui dénoncent pareilles situations. Bianca Battistini,
qui se présentait comme conseillère dans le
district Marie-Rivier, à Sherbrooke, a
été témoin de ce qu’elle appelle un
«vote forcé».
Dans son district, sept résidences pour personnes
âgées ont reçu la visite d’un bureau de
vote itinérant, dont le CHSDL Saint-Vincent-de-Paul.
Mme Battistini connaît très bien cet
établissement puisqu’elle s’y rend tous les midis pour
faire manger son père.
Quand Mme Battistini a obtenu la liste des gens qui avaient
voté grâce à ce bureau itinérant,
elle a été très surprise d’y voir les
noms de 70 pensionnaires du CHSLD SaintVincent-de-Paul.
«La majorité des gens qui habitent là ne
savaient même pas qu’il y avait des élections! Je
n’en revenais pas!» raconte Mme Battistini.
Toujours dans le district de Mme Battistini, la
Résidence Murray a aussi reçu la visite d’un
bureau de vote itinérant. Mais le propriétaire,
PierreChapdelaine, a refusé de faire voter tous ses
pensionnaires. «Aux dernières élections
provinciales et fédérales, des gens totalement
inaptes avaient voté. Je ne voulais pas que ça
se reproduise», raconte M. Chapdelaine.
«
Certains résidants atteints d’alzheimer se rendaient
dans l’isoloir avec une personne pour les aider. Ils ne
savaient même pas ce qu’ils faisaient! La personne qui
les accompagnait aurait pu leur faire écrire
n’importe quoi », ajoute la directrice adjointe de la
Résidence Murray, Micheline Aubut.
Mme Aubut a tenté de convaincre le personnel
électoral de ne pas faire voter les gens trop confus.
«On m’a répondu que s’ils savaient leur nom,
ils pouvaient voter!» dit-elle.
L’Association québécoise de défense des
droits des personnes retraitées et
préretraitées (AQDR) a dénoncé,
hier, «le fait que des scrutateurs peu scrupuleux
aient "tenu le crayon" pour faire voter des personnes
âgées atteintes d’alzheimer ». «On
demande au DGE d’enquêter là-dessus et de
corriger la situation», dit le président de
l’AQDR, Benoît Laprise.
L’Association des retraitées et retraités de
l’éducation et des autres services publics du
Québec (AREQ) a aussi dénoncé cette
« usurpation du vote ». «Nous ne voulons
pas que le vote itinérant disparaisse. Mais si la
personne ne le demande pas et ne sait même pas qu’elle
vote, elle ne devrait pas voter!» commente la
présidente de l’AREQ, Mariette Gélinas.
La Fédération de l’âge d’or du
Québec (FADOQ) demande elle aussi l’intervention du
DGE. «Comment ces personnes peuvent-elles faire un
choix éclairé? Et physiquement, si elles ne
peuvent même plus tenir un crayon, comment
peuvent-elles voter?» demande le directeur
général de la FADOQ, Danis Prud’homme.
Pour sa part, le président du Regroupement
québécois des résidences pour
aînés, Yves Desjardins, croit qu’il y a une
limite à « faire sortir le vote ».
«Si le DGE enquête, nous pourrons
l’aider», affirme-t-il.
Au bureau du DGE, on dit traiter le dossier comme une
plainte. Car la famille d’Annette a porté plainte au
DGE la semaine dernière. « Nous en sommes au
stade des vérifications », indique le
porte-parole du DGE, Denis Dion.