Conflits
humains divers...
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AUTRES MÉDIAS |
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Syrian violence reaches Assad's doorstep
Syrie
- Un attentat frappe Damas
L'armée
d'al-Assad est prise comme cible à Deraa - Syrie:
Moscou propose une résolution au Conseil de
sécurité
Death
toll in Syria exceeds 5,000, including 300 children
L'Union
européenne sévit de nouveau - La Syrie
dénonce les sanctions arabes
L'ONU
accuse Damas
Syria's
crimes against humanity include sexual torture, electric
shock: UN report
Arab League sanctions against Syria are welcome - Globe
Editorial
L'ONU
rapporte des «crimes contre l’humanité»
par les forces syriennes
Syrie
- La Ligue arabe adopte des sanctions contre Damas
Damas
reste inflexible
Prêt
à mourir
Syrie
- Riyad presse Damas d'appliquer le plan arabe
Crise
syrienne - Assad préfère la mort au
départ
La
Syrie est au bord de la «guerre civile»
‘Untouchable’ Assad ruled by duty to family
Répression
en Syrie - L'abandon
Menace
de sanctions économiques - La Ligue arabe donne
trois jours à la Syrie pour stopper la violence
Damas
s'indigne - Le printemps de la Ligue arabe
The Arab League awakening
Le
régime libère 1000 prisonniers - Les
pressions sur Damas augmentent
Options dwindling for
Assad regime as Arab League suspends Syria
Only two powers can stop Syria’s brutality - Globe
Editorial
La Turquie n’a plus confiance dans le régime syrien
Le
roi de Jordanie appelle le président Assad à
quitter le pouvoir - Damas dénonce un
«complot»
La
Ligue arabe lâche la Syrie
King of Jordan says
Assad should step down
Arab League to Syria: Stop violence or face suspension
Le
Conseil national syrien exhorte les pays arabes à
le soutenir
En
bref - Syrie: l'opposition veut une protection de l'ONU
Une
bouée de sauvetage du régime?
Syrie:
20 morts malgré le plan arabe
Sincère, Assad ?
3 reasons why the Libyan war model won't work in Syria
La
Turquie s'invite en Syrie - L'abandon
En
cas d'action des Occidentaux - Assad parle de
«séisme» au Proche-Orient
Syrie
: la Ligue arabe se pose en médiateur
The
tactics of intervention: Why Syria will never be Libya
LES
TENTACULES DU RÉGIME SYRIEN
Massacre à huis clos
Votre
silence nous tue
L'ONU
craint
une
guerre civile en Syrie
Syria’s bizarre and
brutal plot to silence protests comes to the U.S.
Conflit
libyen - Syrte est «presque» conquise
Le
régime de Damas met en garde contre toute
reconnaissance de l'opposition
Washington
est outré - L'Occident dénonce le veto
sino-russe sur la Syrie à l'ONU
Death toll in Syria up to 2,900, UN says
Syrian repression knows no bounds
Libya-style warfare is no solution for Syria, activists
say
Les
affrontements entre militaires et déserteurs se
multiplient en Syrie
La
pression internationale s'accentue sur la Syrie
Damas
accusé de « crimes contre l'humanité
» - Dix-sept personnes périssent à
Homs
L'Union
impose un embargo au pétrole syrien
Les bouchers de Damas
Syrie
: la répression persiste
L'armée
encercle Rastan - Syrie : les défections augmentent
Al-Assad: backed himself into a corner - Globe editorial
Thousands of Syrians march against Assad, 3 killed
Rapport
de l'ONU - Les Syriens ont un besoin «urgent»
d'être protégéss
Syrie:
encore des dizaines de milliers de manifestants
Syrie
- Faire taire le caricaturiste
Déjà
2200 morts en Syrie, selon L’ONU
Un
recours à la force en Syrie est voué
à l'échec, dit Assad
Répression
en Syrie - Les Prussiens d'Orient
Syria’s security forces face a moral choice
Quand la sauvagerie va trop loin
Le régime Assad isolé
L'Occident
demande
le départ d'Al-Assad
Syrie:
le
président
Barack Obama pousse Bachar al-Assad à quitter le
pouvoir
Syrie
:
à
la Pinochet !
Des
menaces
de
mort
Syrians
‘will
not
kneel’
before
the Assad regime
Syrie:
au
tour
de
la
marine
d'ouvrir le feu sur les civils
Harper
veut
des
sanctions
plus
sévères
contre la Syrie
There's no happy ending to Syria’s power struggle
25
morts en Syrie
Syria defies global reproach; launches new military raids
Crackdown intensifies in Syria amid calls to end bloodshed
Syrian tanks pound city, Saudi king condemns violence
Nouvelle vague de répression
Crise
en
Syrie
-
Obama,
Sarkozy
et
Merkel
«condamnent»
la
violence
Massacre
en Syrie - De la mollesse
At the UN, democracies forget Syria’s democrats - Globe
Editorial
Crise
en Syrie - L'ONU condamne la répression
Crackdown in Syria continues as death toll rises
Crise
en Syrie - Le Conseil de sécurité en
conclave
Crise
syrienne - L'ONU se réunit d'urgence, toujours
divisée
Les
pressions internationales sur le régime syrien se
multiplient
La répression s’intensifie en Syrie
La
troupe fait feu sur la foule à Damas
Photos
from the raid in #Banyas, #Syria
Machine à torture
Syrian forces in violent crackdown as thousands protest
Crise
en Syrie - Plus d'un million de Syriens manifestent
La
vraie nature du régime syrien
Soulèvement
en Syrie - Dieu s'invite
Syrie
- La répression s'intensifie
Syrie
- Damas manie la carotte et le bâton
«
Bachar
al-
Assad
est
ton
seul
Dieu
»
Syrie
- Assiégée, Hama ne se rend pas
La
révolution démocratique s'intensifie en
Syrie - Plus de 500 000 protestataires dans la seule ville
de Hama
Analyse
- Damas ou la stratégie de la diversion
Le
petit
salopard
« Des hommes coupés vivants »
The EU must target Syria's merchant class
Syrie
- Le silence du monde arabe
« Notre espoir est plus grand que notre peur »
Des
hélicoptères d'al-Assad tirent sur la foule
L’horreur,
encore
Où est la blogueuse Amina?
Crise
en Syrie - L'armée se serait mutinée dans le
nord
Hamza, le visage de la révolution
Le boucher de Damas
SILENCE, ON TUE
Syrie
- Damas est sous pression
Washington
sévit contre Al-Assad, qui bombarde l'ouest de la
Syrie
Sanctions américaines contre Assad
Les
pressions de l'étranger augmentent - Syrie :
l'opposition appelle à la grève
générale
A hard road to Damascus
Massacres
en Syrie - Le Pinochet syrien
Offensive
contre al-Assad à l'ONU
Pas si simple, la Syrie
Abandonnés en pleinemer
La nouvelle arme de Kadhafi
Bombarder d’abord, poser des questions ensuite
Les
rebelles adoptent une position défensive
près de Tripoli
L'OTAN
refuse de parler d'enlisement en Libye
Arrest warrant for Gadhafi a new complication for NATO
Cracks showing in NATO’s Libya strategy
The Libyan adventure is making action on Syria harder -
Globe editorial
Why Elizabeth May refuses to be a rubber stamp in the
Commons
NATO’s
Libya
'hope'
strategy
is
bombing
As
Libyan
hostilities
escalate,
some
contradictions
take
shape
De la responsabilité de protéger
(Et si la communauté internationale se
décidait à ne tout simplement pas laisser
libre cours à la barbarie ?...)
This
may be peace for Canada – it won’t be a lasting calm
Flag-waving aside, Libya mission merits celebration
Obama sends U.S. troops to capture Lord’s Resistance Army
chief
... et de ses limites !
Entrevue
avec Rory Stewart - Leçons de réalisme
Libye
- Le défi de la paix
La dure responsabilité de protéger
On Libya, Harper – and the West – have played their cards
well - John Ibbitson
L'après-Kadhafi
Libye
- Des manifestants dénoncent l'opacité du
CNT
Les
Amazighs dans la rue
La
paix libyenne sous la menace des violences tribales -
«J'ai vu beaucoup de révolutions. Ceci n'en
est pas une»
Shariah law declaration raises concerns in new Libya
Mission incomplète
Mort
de Kadhafi - Le fardeau de la démocratie
Libye
: et maintenant?
La mort d’un dictateur
«Kadhafi
a rencontré son destin»
«Ça,
c'est Misrata, chien!»
'Moammar
Gadhafi has been killed,' Libyan PM says
With Gadhafi's death, Libyans face an unknown rebirth
Moammar Gadhafi killed as Libyan rebels rejoice
Gadhafi’s
four-decade descent from revolutionary to crazed tyrant
In
quotes: the words of Libya's dictator
Mouammar
Kadhafi, un dictateur sanguinaire, imprévisible et
incontrôlable
Kadhafi
tué dans la chute de Syrte
Les
combats sont intenses à Syrte - Voyage
éclair de Clinton à Tripoli
Le
dernier
carré
des fidèles de Kadhafi - Chute imminente de Syrte
Lettres
-
La
prostitution légalisée, un bienfait?
Syrte
: les derniers pro-Kadhafi sont encerclés
Les
combats se poursuivent autour de Syrte - Kadhafi se
cacherait non loin de l'Algérie
L'intégration
juive, question délicate de l'après-Kadhafi
Une bonne nouvelle
Le
CNT veut que l'islam inspire les lois en Libye
Peu
de femmes au sein du nouveau pouvoir
La
gestion de l'après-Kadhafi - La
crédibilité du CNT
L’après- Kadhafi s’organise
Libye
- Qui dirige les forces insurgées?
Les périls de l’après- Kadhafi
Many
challenges still remain in post-war Libya
L'unité
du pays se fera autour du pétrole
Le
robinet de l'Europe
Rebel miscommunications incite fear of chaos in Libya
Libyan spring? Not so fast - MARGARET WENTE
Conflit
libyen - Les scissions
L’après-
Kadhafi
China
offered Gadhafi huge stockpiles of arms: Libyan memos
Libye
- La crise inquiète les pays voisins
Le
contentieux libyen - Algérie honnie
Derrière
l'aveu d'Alger
L’Algérie plus embarrassée que jamais
Libye
- Sarkozy et Cameron sont accueillis en héros
à Benghazi et à Tripoli
Libye:
les rebelles entrent à Bani Walid et s’approchent
du coeur de la ville
Libye
- La bataille de Bani Walid a commencé
Libyan rebels converge on Gadhafi stronghold
Libye
– Échec des négociations pour la reddition
de Bani Walid
Les
rebelles libyens se rapprochent de Syrte; l’ONU envoie 600
tonnes de vivres
Dégel
de 15 milliards pour la Libye
Le dirigeant libyen veut lancer une guérilla
'We
won't surrender,' Gadhafi says: reports
La
traque aux Kadhafi - « Le chef va bien » --
Saïf al-Islam
Libye
: les rebelles veulent en finir et lancent un ultimatum -
L'ONU autorise Londres à débloquer les
avoirs libyens gelés
Les
sympathisants kadhafistes forcés de se faire
oublier
Gadhafi’s sons take two very different tacks with rebels
Le
chef du Haut Commissariat des Nations unies pour les
réfugiés se rend à Doolow -
Sécheresse : l'aide doit parvenir en Somalie
même
Les
rebelles se préparent pour la bataille de Syrte
In
Tripoli, the ugly truth about Gadhafi emerges
Le
verrou libyen
Conflit
en Libye - Syrte est prise en étau
Gadhafi in hiding as wife flees to Algeria: Reports
Des
membres de la famille Kadhafi sont en Algérie
Vision
d’horreur à Tripoli
Misrata tente de panser ses plaies
Crise
ouverte entre Damas et la Ligue arabe
SCÈNES D’HORREUR DANS UN HÔPITAL
Dans le coeur sécuritaire du régime
Libyan rebels fight for major supply road; seize Tunisian
border crossing
Layton’s death shows Canada’s hunger for politicians who
inspire
Les
raisons d’espérer
Doors open on terrible secrets of a crumbling police state
in Tripoli
Kadhafi appelle à la résistance
L'OTAN
frappe un bunker de Kadhafi
L'OTAN
frappe la ville natale de Kadhafi, Syrte
Rebels
surround apartment block 'hiding' Gadhafi
Libyan leadership base moving from Benghazi to Tripoli
Les
combats se poursuivent à Tripoli, Kadhafi reste
introuvable
Dans
les ruines du fief de kadhafi
Entre euphorie et soulagement
Kadhafi
chassé de son fief
Une
Libye libre ?
In Libya, we move toward a more humane world - LLOYD
AXWORTHY
Les
insurgés sont entrés dans le quartier
général de Kadhafi à Tripoli
La bataille de Tripoli
Libye
- La bataille de Tripoli fait toujours rage
Gadhafi retreated from Tripoli compound: Libyan TV says
Saïf al Islam, fils de Kadhafi, est toujours en
liberté
CHUTE IMMINENTE
Rebels control most of Tripoli; three of Gadhafi's sons
arrested
Les
heures du régime Kadhafi sont comptées
Éviter
un procès à la Saddam Hussein
Quel avenir pour la Libye?
Obama,
Harper say Gadhafi era is over
Conflit
en Libye - Tripoli est coupée du reste du monde
Libyan rebels storm capital Tripoli with NATO’s aid
Libye
:
les
rebelles, aux portes de Tripoli
Libye
-
L'optimisme
gagne
les rangs des rebelles
Libye
-
Kadhafi
défie
les rebelles qui cherchent à isoler Tripoli
Révolutionnaire
et
rappeur
Selon
Paris et Washington - Kadhafi pourrait rester en Libye
s'il abandonnait le pouvoir
Conflit
en Libye - La rébellion affirme avoir pris Brega,
le régime dément
NATO
forces
struggle
to
find
an
endgame
in
Libya
The
morning
after
will
be
the
measure
of
Libya’s
freedom-
Doug
Saunders
Libye
- Des ouvertures politiques après quatre mois de
guerre
La
France
tend
une
perche
à
Kadhafi
Crise
libyenne - Paris adoucit le ton à l'égard de
Kadhafi
Libye
- La rébellion se prépare à une
offensive
La
France
arme
les
rebelles
libyens
For
NATO,
failure
is
not
an
option
Mauvais
moment
pour
un
départ
Apprendre
à protéger
Canada
to recognize Libyan rebels
Fin
de partie pour Kadhafi? - Un milliard pour les rebelles
libyens
Le
temps
risque
demanquer
aux
alliés
Moscou
lâche Kadhafi
Libye
: les insurgés veulent avancer vers l'ouest
Gadhafi likely injured and no longer in Tripoli: Italy
Libye
- La contestation aurait gagné Tripoli
« Partie terminée » pour Kadhafi,
estime le chef de l’OTAN
Libye
- Le groupe de contact va se pencher sur l'aide à
apporter aux rebelles
Libye
- Misrata résiste toujours
Les
troupes gouvernementales chassées de Misrata
Misrata,
tournant
du
conflit
libyen?
Conflit
libyen - Prise 2
Plus
divisée
que
jamais
Conflit
libyen - Les insurgés reculent ... et tiennent bon
Military
realities
bind
NATO
in
continuing
Gadhafi
fight
Conflit
libyen - La chute de Khadafi est l'objectif avoué
de l'OTAN
Bombardements
des pro-Kadhafi sur Misrata - Les insurgés libyens
rejettent le plan de paix africain
Rebels,
NATO
reject
cease-fire
proposal;
to
continue
air
strikes
Libya
stalemate
emerging,
U.S.
general
says
Transformer
des
rebelles
en
soldats
Libye
- Kadhafi semble chercher une issue
Un
émissaire de Kadhafi prône l'arrêt des
combats
Misrata appelle au secours
Libyan wounded describe Misrata 'massacre'
Quelle
«
doctrine
Obama
»
?
Kadhafi
perd un ministre clé - Les rebelles, malgré
l'aide probable de la CIA, continuent de reculer dans
l'est de la Libye
Confusion et déprime à Benghazi
Rencontre
de Londres sur la Libye - La coalition accentue la
pression sur Kadhafi
Un
pays
en
attente
Libye
- La percée des insurgés vers Syrte est
stoppée par les forces de Kadhafi
Obama défend l’opération en Libye
Libya says woman who told reporters of rape by armed
forces will face charges
World powers keep up pressure as Gadhafi beats back rebels
«
Cette
fois,
c’est
pour
de
bon
»
Les
rebelles libyens engrangent les victoires
REPRENDRE
AJDABIYA
Benghazi
residents
waiting
for
their
endgame:
Gadhafi’s
demise
Crise
libyenne - La poire en deux
L'OTAN
prendra les commandes
Le temps s’est arrêté
Les
pro-
Kadhafi
bombardent
un
hôpital
La
coalition change de cible - Les forces de Kadhafi
bombardent un hôpital
Air
strikes
force
Gadhafi
to
fall
back
from
key
Libyan
city
La coalition trouve un rôle pour l’OTAN
Opération
Aube de l'Odyssée en Libye - Entente sur le
rôle de l'OTAN
La
responsabilité
de
protéger
Un
objectif
simple…
et
vaste
'Gadhafi is killing civilians,' residents say, as attacks
escalate
Les
forces loyales au colonel Mouammar Kadhafi bombardent
Misrata
Fighting rages as coalition jets pound Libya
Where
was
Teddy
Roosevelt
when
we
needed
him?
-
Neil
Reynolds
Une guerre différente?
KADHAFI ATTAQUÉ
Le ciel libyen
Rebels want Gadhafi ousted, not dead
Objectif Kadhafi
Return
of
the
global
policeman
French
military jets patrolling skies over Libya
Gadhafi vows Libya will defend itself as U.S., allies,
launch air attacks
How to hold the line on Gadhafi - Globe Editorial
La
Libye est bombardée
Kadhafi
bluffe-
t-
il
?
Obama
warns Gaddafi U.S. will act to stop violence
Feu vert à des frappes aériennes
Explainer: What is Libya’s ‘responsibility to protect’ its
citizens?
Gadhafi ceasefire likely halts no-fly first strikes, for
now: analysis
La
Libye annonce un cessez-le-feu après la
résolution des Nations unies
Libye:
l'ONU vote pour un recours à la force
Gadhafi’s fate
No-fly zone over Libya gets scant support at UN as time
grows short
Kadhafi
écarte toute possibilité de réformes
- L'armée libyenne sert un ultimatum aux habitants
de Benghazi
Les pro- Kadhafi en route vers Benghazi
Souhaitant
le départ de Kadhafi - Clinton veut un vote
à l'ONU aujourd'hui
Soldiers
without
borders
in
the
Arab
world
Les
insurgés
libyens
en
déroute
?
Pendant
ce
temps,
en
Libye...
Pas fini, le colonel !
États-Unis
- Des sénateurs veulent qu'Obama reconnaisse
l'opposition libyenne
L’armée
libyenne
veut
«
purger
»
le
pays
A
no-fly zone could prevent a Libyan bloodbath
Arab League asks UN to impose no-fly zone over Libya
Crise
libyenne - Le mobilisme
«
La
victoire
est
en
vue
»
,
dit
Saïf
al-
IslamKadhafi
La
maison
londonienne
de
Saïf
Al-
Islam
squattée
Les
combats
se
poursuivent,
la
diplomatie
s’active
Quelle suite pour l’insurrection libyenne?
COUPÉE
EN
DEUX
Libya
no-fly zone calls mount as air force strikes again
Le régime libyen contre- attaque
Intervenir
- François Brousseau
Libye:
la pression monte sur Obama
Le
devoir
de
protéger
Le
grand dilemme américain
Libye
: faut-il intervenir?
How to intervene in Libya?
Le défi de l’exclusion aérienne
Les
Occidentaux discutent d'une zone d'exclusion
aérienne en Libye
La
Marine canadienne se prépare à envoyer une
frégate au large de la Libye
Deter Gadhafi, but keep boots off the ground
Why
the
Gadhafi
case
had
to
go
to
The
Hague
L’OTAN
se réunit d’urgence pour discuter de la situation
libyenne
Voir aussi Lybie
Et les critiques qu'on peut entendre à ce niveau
peuvent-elles vraiment s'avérer constructives ?...
Canada
went
into
Libya
with
lofty
ideals
and
little
knowledge
LA
COALITION
DIVISÉE
L'opération
«Aube de l'Odyssée» en Libye -
Tiraillements au sein de la coalition
Why are we at war in Libya?
Une guerre surréaliste
Russia,
China, India and Turkey condemn Libya strikes
Force
of
international
military
transforms
Libya’s
Arab
Spring
into
civil
war
Intervention
à hauts risques
Le
feu s'abat sur la Libye
Afghanistan
and
the
limits
of
Responsibility
to
Protect
-
Gerald
Caplan
Intervenir en Libye?
Limited
military
options
in
Libya
loaded
with
risks
Mais cela devrait-il pour autant justifier qu'une mission en
vienne à s'écarter de son objectif originel
?...
Ending the ad-hockery over Libya’s skies - Globe Editorial
Don’t
give
in
to
mission
creep
Concern about mission creep grows as more bombs fall on
Libya
La communauté internationale serait-elle donc en
mesure de réellement influer le cours des choses, du
moment qu'elle réussit à parler d'une seule
voix, et agir comme une seule entité ?...
Côte
d'Ivoire - Ouattara prend la tête d'un pays à
la dérive
Côte
d'Ivoire - L'après-Gbagbo commence
C’est la fin pour Gbagbo
Vingt
ans
de
lutte
pour
le
pouvoir
Forces
capture
Ivory
Coast
strongman
Gbagbo
in
bunker
Gbagbo held after French troops move in
L'UE
lève les sanctions contre Abidjan
Situation
humanitaire dramatique
Côte
d'Ivoire - Gbagbo est cerné
Côte
d'Ivoire - Les combattants d'Ouattara se heurtent au
bunker de Gbagbo
Côte
d'Ivoire - Gbagbo négocierait sa sortie
Gbagbo
refuse
de
reconnaître
la
défaite
Côte
d’Ivoire: le président déchu Laurent Gbagbo
négocierait sa reddition
Ivory
Coast’s
Gbagbo
denies
surrender
talk
L’ONU et la France s’attaquent aux derniers bastions de
Gbagbo
Ivory Coast president calls for cease-fire, negotiates
surrender
Fin
de partie en Côte d'Ivoire
Gbagbo
«
n’abdiquera
pas
»
Côte
d'Ivoire - Les fidèles de Gbagbo résistent
à Abidjan
Conflit
ivoirien - La fin de Gbagbo
«
Ça
ressemble
à
l’assaut
final
»
Autopsie d’une chute
Les
pro-
Ouattara
avancent
Côte
d'Ivoire - Ouattara donne une dernière chance
à Gbagbo
La
médiation
africaine
se
donne
du
temps
La
crise politique s'enlise - La Côte d'Ivoire est
asphyxiée par les sanctions économiques
To
punish
dictators,
protect
their
informers
Le
symbole
africain
How
Canada
can
help
end
the
Ivory
Coast
standoff
Côte
d'Ivoire - Ouattara est prêt à travailler
avec les partisans de Gbagbo
Gbagbo
agrees to negotiate end to I Coast crisis: Mediators
Nouvelle
médiation
africaine
Crise
ivoirienne - Eux contre nous
Côte
d'Ivoire: l'ONU lance un appel au calme aux sympathisants
de Gbagbo
Put
the
screws
on
Europe’s
last
dictator
L’historien
face
à
l’Histoire
Côte
d'Ivoire - Ultimatum à Gbagbo
UN
cites
possible
mass
grave
in
Ivory
Coast
Côte
d'Ivoire - Le Conseil des Droits de l'homme de l'ONU
condamne Gbagbo
BIENTÔT
LA
GUERRE?
Pressure
mounts
on
Gbagbo
to
concede
disputed
Ivory
Coast
election
L’ONU augmente la pression sur Gbagbo
Côte
d'Ivoire - L'étau se resserre sur Gbagbo
Mais pourquoi l'ONU semble-t-elle donc aussi incapable de
faire autrement que de se traîner les pieds ?...
UN resolution seeks sanctions against Ivory Coast
Côte
d'Ivoire - Tirs à l'arme lourde malgré les
avertissements de Paris
Les
voisins de la Côte- d'Ivoire veulent renforcer le
mandat des Casques bleus
Les
armes
lourdes
du
camp
Gbagbo
inquiètent
l’ONU
Cacao
amer
Abidjan
se vide
Gbagbo
prêt
à
un
dialogue
Et pour avoir ne serait-ce que le moindre impact, ne
devrait-elle pas surtout s'assurer de pouvoir mener ses
démarches jusqu'au bout ?...
Le
statu
quo
dévastateur
The unfulfilled promise of UN protection
L'administration
Obama suit les conseils de chercheurs de Concordia
Et si la montée de l'extrême-droite, et surtout
de la xénophobie qui l'accompagne,
représentait une réelle menace ?...
Norway's terror, the world's problem - GERALD CAPLAN
Norway
shows
we
must
expose
dangerous fictions - Doug Saunders
L’extrême
droite
approuve
les
idéaux
de
Breivik
It’s
time
to
confront
the
‘counterjihadists’
Un
avertissement
Les influences américaines de Breivik
Des liens obscurs entre la Norvège et l’angleterre
Printemps
arabe,
hiver
européen
Suède:
des antimusulmans font leur entrée au Parlement
Une
percée dimanche en Suède - La montée
de l'extrême droite se confirme en Europe
Islamophobie
Pays-Bas:
des islamophobes au pouvoir?
Fascisme
en Hongrie - La peste
Et cela pourrait-il être rendu plus clair que dans le
cas des Roms ?...
Grubb
: les Roms tels qu'ils sont
GRUBB
EN
ROUTE
VERS
LA
DIGNITÉ
« ICI, CE N'EST PAS UNE VIE »
Et d'ailleurs, la ''douce France'' serait-elle donc en train
d'adopter une ligne un peu trop dure ?...
Deporting the Roma: an act of populist barbarism
Roma
persecution disgraces France
Le
sommet de l'UE vire au clash sur les Roms
Roms
- Bruxelles menace d'ouvrir une procédure contre
Paris
Democracies
can
be
as
racist
as
any
other
state
Des
Roms
expulsés
franchissent
volontairement
la
frontière
et
font
demi-tour
Le
parlement européen exige la fin des expulsions de
Roms
France:
manifestations contre la «mécanique
raciste»
Roms
expulsés: les troupes de Sarkozy divisées
France
-
Le
gouvernement
intensifiera
sa
politique
à
l'égard
des
Roms
Expulsion
des Roms - La France de nouveau critiquée par l'ONU
Roms:
Sarkozy tente de calmer les critiques
Le
président stagne dans les sondages
Expulsion
de Roms en France - Des hommes d'Église joignent
leurs voix à la gauche
Intraitable,
la France continue d'expulser les Roms
Les Roms chassés de France: partir... pour
mieux revenir
Expulsions
de Roms - Paris sous la surveillance de Bruxelles et
Bucarest
Surenchère
sécuritaire en France - L'expulsion
Paris
entame les expulsions de Roms
La
politique de Sarkozy à l'endroit des Roms
décriée même à droite
Sécurité
maximum en Sarkozie
France:
punir les parents pour les bévues de leurs enfants
Sarkozy à l'assaut des camps roms
Le
racisme en France inquiète l'ONU
Traitement
des Roms - Un comité de l'ONU dénonce la
France
Et par ailleurs, la France serait-elle donc hypocrite ?...
Dossier
arménien - Erdogan accuse la France de
«génocide» en Algérie
La France barre la route aux réfugiés
tunisiens
Harnachement
de la rivière Romaine - Chercher le courant met
à mal Hydro-Québec
La
France
secouée
par
la
«
révolution
du
jasmin
»
Tunisie
- La France lâche Ben Ali
Et au fait, les autres nations peuvent-elles vraiment
prétendre faire mieux à ce chapitre ?...
Toronto welcomes Henry Kissinger, accused war criminal -
GERALD CAPLAN
De
Kadhafi
à
Téflon
Gerry
Les liaisons dangereuses de Saïf al- Islam
The
business
of
doing
business
in
Gadhafi’s
oil
kingdom
Paris empêtré dans le « printemps arabe
»
Un pacte qui revient hanter Londres
What
lesson
is
Washington
giving
its
Arab
allies?
Les
ficelles cassées de l'Occident
Washington
dépassé par le peuple égyptien
La
grande désillusion
We’re
okay
with
dictators
–
until
they’re
toppled
Le
Maroc
est
aussi
une
dictature
Mauvaise
note pour les démocraties
Arabs
want
change,
not
Islamism
Et pense-t-on vraiment arriver à quoi que ce soit en
imposant notre volonté à celle des autres
peuples, de toute façon ?...
Who’s afraid of the Muslim Brotherhood?
Et si la communauté internationale se faisait tout
simplement unanime dans son refus de la dictature ?...
Les
États-Unis veulent des réformes
Et si nous commencions par cesser de cautionner une culture
d'impunité envers les anciens dictateurs ?...
When justice stands in the way of a dictator’s departure
Unwanted,
but not easily removed
Et pourtant, la punition pure et simple des ex-dictateurs ne
risque-t-elle pas surtout de prouver aux dictateurs toujours
au pouvoir qu'il n'est d'autre espoir pour eux qu'en
continuant à justement s'accrocher d'autant
plus à ce dernier ?...
In Egypt, unintended consequences
Comment faire face à la dictature et à la
répression qui vient avec ?
The EU must target Syria's merchant class
De la kleptocratie...
Kleptocrats:
The
dictators'
guide
to
amassing
wealth
Perspectives
- Kleptocrates
De la dictature...
The China model’s inherent flaw
De
Kadhafi
à
Téflon
Gerry
QUAND
L’HABIT FAIT LE DICTATEUR
Dans
la
tête
des
dictateurs
The
staying
power
of
sub-Saharan
strongmen
UN
MONDE
DE
DICTATEURS
La
fragilité
des
dictatures
La
gestion
des
déchets
dictatoriaux
Voleurs
tous azimuts
... et des génocides...
Serions-nous carrément en train de laisser un nouveau
génocide nous filer sous les yeux ?...
LES CAMIONS DE LA MORT
L’ultime recours des victimes de Kilwa
Nobel laureates gather in Quebec to campaign against rape
Le
projet de loi C-300 défait par six voix
Le
témoin décrit les enfants soldats de la
milice de M. Bemba
Urgence
d’agir : Appuyez une loi qui tiendra les
sociétés minières canadiennes
responsables des abus commis à l’étranger
Avis de convocation - Activités des compagnies
minières canadiennes à l'étranger -
140 000 signataires demandent l'adoption des
mécanismes légaux
Solidarité
avec le peuple du Congo
1100
viols par jour en RDC
Part
6
of
6:
Canada
and
the
call
of
the
Congo
L’armée
congolaise
commet
des
viols
et
des
meurtres,
selon
l’ONU
Marche
mondiale des femmes - Une violence infernale dans l'est du
Congo
En
mission
pour
les
femmes
Repères
- Au coeur des ténèbres
UNE
FUITE
ÉPERDUE
L'ONU
évoque un «possible génocide» en
RDC
The
unfulfilled
promise
of
UN
protection
Plus
de 240 femmes victimes de viols en RDC
Congo:
pour en finir avec l'impunité
Entrevue
avec un enquêteur québécois du TPIR -
Des crimes sur le «modèle» du
génocide rwandais
Huit
pays seraient incriminés - Un rapport de l'ONU
parlerait de génocide en RDC
RDC
- Les viols collectifs recommencent
Stephen
Harper,
the
Security
Council
and
the
Congo
-
Gerald
Caplan
Of Blood and Gold: How Canadian Mining Companies Loot the
Congo
Canadian Companies Accused of Pillaging Congo — United
Nations Report
RDC
: les bandes armées contaminent la vie du pays
En
bref - L'ONU réduit ses effectifs en RDC
From the Afghan mountains to the jungles of DRC - Gerald
Caplan
Hausse
des violences d'une «brutalité
inimaginable» commises par la LRA
Le Canada ne dirigera pas la mission de l'ONU au Congo
La
guerre oubliée en République
démocratique du Congo - L'ONU enquête sur un
nouveau massacre
Cauchemar dans un décor de rêve
Michaelle
Jean qualifie les viols de «crimes contre
l'humanité» en RDCongo
Un
militaire canadien plaide pour le maintien de la MONUC
Michaëlle
Jean aborde le droit des femmes au Congo
Des
employés du CICR ont été
enlevés en RDC
Une ONG révèle l'existence d'un massacre au
Congo
Defining
Canada's
role
in
Congo
Congo is a quagmire Canada should avoid
Un
esclavage près de chez vous - Ariane Krol
Dallaire plaide la cause des droits de l’homme
- Laura-Julie Perrault
Louise Arbour : Dans les platebandes des
États - YVES BOISVERT
LOUISE ARBOUR LA PAIX, SA NOUVELLE
BATAILLE - Laura-Julie Perrault
Et qui se préoccupe encore de la Somalie ?
Engagé pour « protéger l’islam »
« Dieu ne permettra pas aux shebabs de revenir
»
Repères
- La « feuille de route » somalienne
En
bref - Une feuille de route pour la Somalie
Somaliland, an oasis of stability, deserves its
independence
The
toxic
politics
of
famine
-
Tom
Flanagan
Somalie:
la famine ravive les combats
Une
tâche
titanesque
Somali
piracy:
The
solution
is
on
land,
not
at
sea
Somalia: The horror of famine in a failed state
Cruel dilemme somalien
Sortir
la
Somalie
de
l’oubli
The
dry-land
remedy
for
piracy
Somalie:
les shebab fourbissent leurs armes
«La
piraterie, symptôme d'un vaste
problème»
Somalia, 1992 – Libya, 2011: Are they really as different
as we imagine?
SOMALIE Les navires de guerre ne
règlent pas tout - Daphné Dions-Viens
La piraterie
communautaire - Daphné Dions-Viens
Corruption : La Somalie, premier
de la liste
Et si, encore une fois, c'était d'abord
l'impérialisme américain qui s'avérait
le premier responsable des maux inqualifiables qui puissent
affliger la Somalie, tout comme tant d'autres endroits sur
la planète ?..
Global
players jockey for power in war-ravaged Somalia
Après l’amnistie aux shebabs, une meilleure
distribution de l’aide?
Somalia,
1992
–
Libya,
2011:
Are
they
really as different as we imagine?
Le douloureux souvenir de 1992 - Daphné Dions-Viens
Les shebabs, alliés d’Al-Qaeda
- Judith LaChapelle
SOMALIE Clinton hausse le ton
Somalie : Dans l’enfer de sable - Simon Coutu
& Alexandra Arbour
Une évasion à la 007 en
Somalie ?
GÉNOCIDES
L'ONU dénonce un crime contre l'humanité en
Guinée
Alerte au «gendericide»
Et le génocide qui continue toujours au Rwanda...
Offensive
majeure dans le sud afghan
RWANDA
Un réchauffement qui crée un froid
Six
proches
de
Kagame
inculpés
Rwanda
- Kigali arrête une chef de l'opposition
Amnesty
critique les abus de la loi sur l'idéologie du
génocide
Le
français, un luxe inutile au Rwanda
Paul
Kagame demonstrates that power still corrupts
Élections
présidentielles lundi au Rwanda - Kagame ou le
complexe du sauveur
La
paix
par
les
ondes
-
Agnès Gruda
Le
pays qui court plus vite que ses fantômes
Rwanda: un climat politique tendu
Un
pays
sans
histoire
-
Agnès Gruda
«Le
Rwanda a omis de tirer les leçons de
l'histoire»
Michaëlle
Jean plaide pour une presse libre
Michaëlle
Jean au Rwanda: des excuses et une arrestation
Rwanda:
le sénateur Dallaire se réjouit des excuses
de Michaëlle Jean
Génocide
au Rwanda: le Canada s'excuse pour son inaction
Enfin,
France does the right thing
De la responsabilité de la France
Génocide
au Rwanda: la veuve du président Habyarimana
arrêtée
Le
Rwanda rentre au Commonwealth et renoue avec Paris
Rwanda : CONDAMNATION HISTORIQUE -
André Noël
Le sang, l’histoire, la justice - Yves Boisvert
La petite histoire du
génocide rwandais - MICHÈLE OUIMET
Khieu
Samphan, chef de l'Etat khmer rouge, inculpé de
génocide
BOSNIE
Serbian
moderates
set
to
seize
the
moment
A
calm surrender and hordes of angry Mladic supporters
Justice
sera
rendue...
Le « boucher des Balkans » arrêté
Bosnie: commémorations
à Srebrenica, 15 ans après le
massacre
Le
Parlement serbe condamne le massacre de Srebrenica
La Serbie dépose sa candidature d'entrée
dans l'UE
Radovan Karadzic se
défile à son procès pour
génocide
Le procès d'un «rouage» de l'Holocauste
LE REJET DE L’OCCIDENT
- Jocely Coulon
Et que dire des "excès" de l'impérialisme
américain ?...
Chili 129 agents de Pinochet visés par
un mandat d’arrêt
DARFOUR
Is there enough political will to stop Sudan atrocities? -
GERALD CAPLAN
Darfour
- Pékin s'oppose à un rapport de l'ONU
Peindre
le Darfour pour s'en libérer
En
bref - Le Kenya aurait dû arrêter
el-Béchir
Omar
el-Béchir réélu à la
tête du Soudan
Soudan:
le principal opposant de Béchir boycotte la
présidentielle
Espoir
de paix au Darfour
Le Sud-Soudan dans l'ombre du Darfour
Robert Fowler aurait été vendu à ses
ravisseurs - Catherine Handfield
DARFOUR Mandat renouvelé
Darfour : La paix par le partage du
pétrole - Laura-Julie Perrault
Darfour : « J’AI EU PEURDE
MOURIR » - Agnès Gruda
La menace a changé de visage
DARFOUR Négociations de paix sur fond
de combat
ARMÉNIE
Can
Erdogan
slay
Turkey’s
zombies?
Ankara
menace d'expulsion 100 000 Arméniens
La diplomatie du ballon rond - Laura-Julie
Perrault
Les nuages se dissipent sur le mont Ararat : La Turquie
et l’Arménie sur la route (sinueuse) de la
réconciliation
CONFLITS ETHNIQUES (ET POLITIQUES...)
Voir Conflit Israélo-palestinien
URUMQI — L’histoire,
l’économie et la culture opposent Ouïgours et
Hans - Robert Saiget
Rassemblements interdits à Urumqi
- Dan Martin
La grand-mère qui fait trembler le régime
chinois - Laura-Julie Perrault
La différence ouïgoure...
- Stéphanie Bérubé
SRI LANKA
En
bref - Possibles crimes de guerre au Sri Lanka
Dérive
autoritaire au Sri Lanka
Tamouls
canadiens: une communauté tissée
serré
Blessures
de l'âme au Sri Lanka - Guerre et tsunami ont
laissé une lourde empreinte psychologique
Le
Sri Lanka défie l'ONU - Ban Ki-moon ferme les
bureaux et le centre régional de l'organisation
Le
Sri Lanka suivi à la trace par l'ONU
Sri
Lanka: le général Fonseka en grève de
la faim
Two
war
heroes
square
off
in
Sri
Lankan
presidential
vote
Sri
Lanka - Des coffres bancaires de proches de Fonseka sont
saisis
Exécutions
sommairs au Sri Lanka - Colombo accuse l'ONU de faire
«croisade»
Sri Lanka - L'ONU met
Colombo sur la sellette
Après
les Tigres, la présidence?
Un rapport Goldstone pour le Sri Lanka
? - Laura-Julie Perrault
Sri Lanka : Des camps aux allures de
prisons - Laura-Julie Perrault
SRI LANKA : LES RACINES
DUCONFLIT DEMEURENT
SRI LANKA Enquête refusée
La mort des Tigres - MARIO
ROY
SRI LANKA Ni caméras ni
bain de sang ?
L’avenir incertain des Tigres
tamouls - Laura- Julie
Perrault
Prabhakaran, chef
suprême d’une armée rebelle
déterminée
LES TIGRES TAMOULS SONT VAINCUS
PLUS DE 25 ANNÉES DE CONFLIT
« C’est un moment émotif et
très difficile »
La cause tamoule - MARIO ROY
Ulcéré par
l’Occident, Colombo mise sur l’Orient
GUERRE AU SRI LANKA - Les opérations
lourdes sont finies, mais les combats se poursuivent
Colombo rejette la trêve des Tigres
Sri Lanka - Après la guerre, le
déluge
SRI LANKA Pas de paix, pas de
prêt, selon Clinton
Les Tigres tamouls au pied du mur
Les Tigres seraient vaincus
Congo: criants besoins pour les 107 000
réfugiés
DICTATURES ET OPRESSIONS DIVERSES
Myanmar-Birmanie
Birmanie
- Dégel véritable ou cosmétique ?
Birmanie
- Clinton tend la main à Rangoon
Birmanie
- Aung San Suu Kyi sera candidate à la prochaine
élection partielle
Hors
d'Europe et du printemps arabe - François
Brousseau
Calculs
birmans
Dégel en Birmanie
Is Myanmar finally changing – or are we being fooled?
En
bref - Birmanie : un pouvoir civil ?
Myanmar:
Where
the
generals
play
and
the
people
pay
Perspectives
- Le « pragmatisme » indien
Libération
de Suu Kyi - Écran de fumée
«
Je
suis
pour
la
réconciliation
nationale
»
Une dame sur le fil de fer
Aung
San Suu Kyi est enfin libre - «Ne perdons pas
espoir!»
Myanmar
frees democracy icon Suu Kyi
Aung
San Suu Kyi est libre
Birmanie
- « Nous avons toujours su que cette élection
ne faisait que légitimer le pouvoir militaire
»
Can
Aung
San
Suu
Kyi
live
up
to
Myanmar's
expectations?
«
La
peur
est
partout
»
Élections
demain en Birmanie - Les richesses birmanes font taire les
pays voisins
La
liberté...
pour
combien
de
temps
?
L'armée
se réorganise en prévision des
élections - La junte birmane veut consolider son
pouvoir politique
Ottawa examine
la possibité d'une enquête de l'ONU sur la
Birmanie
L'opposition
birmane en désarroi - Le parti de la junte devrait
remporter les élections
La
Birmanie ne délivre plus de visas aux touristes
Des
élections très contestées
La
Birmanie
a
mis
en
route
un
programme
nucléaire
avec
l'aide
de
la
Corée
du
Nord
Aide
humanitaire entravée en Birmanie, selon HRW
Birmanie:
le parti d'Aung San Suu Kyi boycotte les élections
Suu
Kyi dénonce son exclusion des élections
Birmanie:
la cour suprême confirme la détention d'Aung
San Suu Kyi
Birmanie:
Aung San Suu Kyi entendue par la Cour suprême
Aung
San Suu Kyi rencontre des cadres de son parti
Aung
San Suu Kyi rencontre la junte birmane
Les
Birmans parlent aux Birmans
Obama
demande la libération d'Aung San Suu Kyi
Le cauchemar quotidien des Birmans
- Judith LaChapelle
BIRMANIE Les
États-Unis veulent engager un dialogue
ONU et Birmanie : Déclaration
édulcorée
Aung San Suu Kyi va faire a
LA BIRMANIE SANS MERCI POUR LE NOBEL DE LAPAIX
Condamner, et après? - Agnès
Gruda
Tibet
Le panchen-lama, version chinoise
Le
dalaï lama accuse Pékin de vouloir
«éradiquer le bouddhisme»
Tchétchénie
L'«Émirat du Caucase» revendique les
attentats de Moscou
Attentat
à Moscou: la piste des islamistes du Caucase
privilégiée
Contester le pouvoir dans le sang -
FRÉDÉRICK LAVOIE
Un
réveil
brutal
-
Agnès Gruda
Attentats
à Moscou - L'expansion
Zimbabwe
Sanctions
prolongées contre le Zimbabwe
Zimbabwe Tsvangirai boycotte le
gouvernement d’union
AUTRES CONFLITS
Massacre
aux Philippines: la loi martiale
décrétée
Philippines
Un carnage politique qui défie toutes les
règles
La Guinée compte ses morts
- Judith LaChapelle
Algérie Acte terroriste près d’un
chantier de SNC - Hugo Fontaine
Comme prévu, Charles Taylor se prétent
innocent
Charles Taylor se défend d’avoir
été « un Napoléon africain
»
CONFLITS HISTORIQUES
CONFLITS PARTIELLEMENT RÉSOLUS
AFRIQUE DU SUD
Les
démons
du
racisme
-
Mario Roy
Les
raisins du changement
Afrique
du Sud - Le pouvoir est sur la défensive
Afrique
du Sud: porter l'étiquette afrikaner
Les
familles mixtes restent l'exception au pays de Mandela
Retour
au District 6
Afrique
du Sud - Desmond Tutu se retire
Afrique du Sud - Il y a 20 ans, Mandela était
libéré
Le « trésor » de Mandela est en
vente - Judith LaChapelle
Il y a vingt ans, la
liberté
Mandela
en 20 mots
CAMBODGE
Procès
des Khmers rouges - Farce abjecte
CUBA
The Issue of
Genocide and Cuba.
Minor Atrocities of the Twentieth Century
CONFLITS EN VOIE DE RÉSOLUTION
Irlande
A quiet atonement for Britain’s role in years of violence
in Ireland
Le
rapport
sur
le
Bloody Sunday achevé après 12 ans
Accord
historique entre catholiques et protestants d'Irlande du
Nord
Un
pas de plus vers l'autonomie de l'Irlande
IRLANDE DUNORD : LES MURS DE LA HAINE -
Isabelle Hachey
Voir aussi Dossier MURS
IRLANDE DU NORD Les milices loyalistes
annoncent leur désarmement
ETA basque : Cinquante ans et toujours
armée - Pierre Ausseil
ET QUE DIRE DES CRIMES ET DRAMES DU PASSÉ ?...
DEUXIÈME GUERRE MONDIALE
Un
portrait de Pétain sème la controverse
CANADA...
Duceppe dénonce le «dogmatisme
borné» d'Ottawa
Enfants déportés au Commonwealth: Londres se
repent
Londres
s'excuse auprès de milliers d'enfants
envoyés au Canada
Burning cross ignites racial tension in Nova Scotia
Canada and Mandela: the story behind the myth
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THE GAZETTE
GLOBE AND MAIL
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L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
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Les dictatures du XXIe siècle
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Dallaire plaide la cause des droits de l’homme -
Laura-Julie Perrault
Le
général à la retraite suggère la
création d’un superministère de la
Sécurité internationale
Il y a 15 ans, le général Roméo Dallaire
a regardé, impuissant, le génocide rwandais se
dérouler sous ses yeux alors qu’il dirigeait la mission
de paix des Nations unies. Pour que l’histoire ne se
repète pas, il a proposé hier un plan d’action
que les gouvernements canadien et américain devraient
adopter au plus vite, croit-il.
Dans un rapport de 184 pages qu’il a cosigné avec le
professeur Frank Chalk, de l’Université Concordia,
l’ancien officier de haut rang de l’armée canadienne,
devenu depuis sénateur libéral, suggère
notamment au Canada de créer un « super »
ministre de la Sécurité internationale qui
aurait comme mandat de sonner l’alarme en cas de signes
précurseurs de génocide et de superviser la
réponse du gouvernement canadien.
Selon les auteurs, ce nouveau poste, combiné avec une
diplomatie plus musclée et une meilleure coordination
des forces vives de divers ministères canadiens,
permettrait d’éviter les pires violations des droits de
l’homme.
« L’idée, ce n’est pas d’envoyer notre
armée dans un pays en conf lit pour tout
détruire, mais bien de développer des outils qui
nous permettraient d’agir dès qu’on voit des points de
friction pour les désamorcer », explique
Roméo Dallaire, estimant qu’à ce jour les
gouvernements canadien et américain n’ont pas
réussi à s’acquitter de cette mission. Idem pour
les organisations internationales qui sont dépendantes
des décisions prises dans les capitales d’États
souverains.
C’est
d’ailleurs pour comprendre la faible réaction des
gouvernements au génocide du Rwanda, qui a fait 800 000
morts, ainsi que la réponse tardive de la
communauté internationale aux massacres du Kosovo, que
MM. Dallaire et Chalk se sont lancés dans un projet de
recherche qu’ils ont intitulé « La volonté
d’intervenir ». En un an et demi, ils ont
interrogé 80 individus qui tenaient des
rôles-clés lors de ces deux crises qui ont
marqué les années 90.
« Nous avons constaté qu’il y avait beaucoup de
bons renseignements qui étaient fournis par les gens
sur le terrain, mais que cette information était
enterrée sous une pile et n’était pas
acheminée dans les machines gouvernementales canadienne
et américaine », a dit Frank Chalk, qui dirige
l’Institut montréalais d’études sur les
génocides et les droits humains.
Les deux auteurs du rapport croient qu’il est de
l’intérêt national du Canada et des
États-Unis de se lancer dans la lutte contre le
génocide, en ayant d’abord recours au
développement et à la diplomatie, puis à
l’intervention mi l itaire en cas d’échecs des mesures
persuasives. Ils notent que les zones de conflit sont souvent
des terreaux fertiles pour la création de groupes
terroristes, la propagation de maladies infectieuses ou la
déstabilisation d’économies régionales
qui peuvent affecter le Canada.
Le Bloc québécois et le Nouveau Parti
démocratique ont approuvé le rapport de MM.
Dallaire et Chalk, qui espèrent que les autres partis
politiques, dont le Parti conservateur au pouvoir, leur
emboîteront le pas.
« La prévention du génocide n’est pas une
question de partisanerie » , a dit à ce sujet M.
Chalk lors du lancement du rapport, hier, à Ottawa.
Parmi les partisans du rapport, on retrouve aussi Robert
Fowler, l’ancien diplomate canadien fait captif par un groupe
d’insurgés au Niger, l’hiver dernier et
relâché en avril.
Louise Arbour : Dans les platebandes des
États - YVES BOISVERT
Notre
temps était compté et déjà
Louise Arbour s’était levée. Une
dernière question, Mme Arbour… Vous dites que la
guerre ellemême a changé depuis qu’on a
créé des tribunaux pénaux i
nternationaux. Vous voulez dire qu’on ne fait plus la
guerre comme avant, qu’elle est moins barbare en somme ?
« La méthodologie de l a guerre
elle-même a changé, parce que les militaires
et les dirigeants politiques sont conscients qu’ils
engagent leur responsabilité personnelle ; ils
peuvent être poursuivis pour crimes de guerre. Je
peux vous dire qu’avant 1993 (création du Tribunal
pénal i nternational sur l’ex-Yougoslavie), aucun
général ne partait à la guerre avec
la Convention de Genève. Aujourd’hui, ils ont tous
un conseiller juridique à leurs côtés.
Quand on pense à l’obligation de
proportionnalité, par exemple… »
Justement, le juge Richard Goldstone vient de
déposer un rapport accusant Israël et le Hamas
de crimes de guerre. Le Hamas pour les roquettes
lancées sur les civils israéliens,
Israël pour avoir attaqué de manière
disproportionnée la population dans la bande de
Gaza. Où voyez-vous une grande avancée ?
Elle était rendue à la porte, où
l’attendaient impatiemment les gens du Centre
d’étude et de recherche i nternationale de l’
Université de Montréal (CERIUM), pour un
atelier avec une trentaine d’experts et de chercheurs.
Elle m’a regardé avec un sourire.
« Malheureusement, l’entrevue est terminée !
»
Après ce qu’on lui a fait subir quand elle
était hautcommissaire de l’ON U aux droits de
l’homme, elle était manifestement contente de
reporter cette discussion.
Quand Israël a riposté aux tirs de roquettes
du Hezbollah et à l’enlèvement de deux de
ses soldats en bombardant le Liban, en 2006, Louise Arbour
a envoyé un communiqué blâmant les
deux parties. Soudainement, plusieurs amis d’Israël
l’ont accusée d’avoir un parti pris
anti-israélien. Au Canada, le criminaliste Eddie
Greenspan s’est fendu d’un long commentaire part i c u l i
èr ement mécha nt et gratuit, allant j
usqu’à dire qu’elle devrait retourner à la
faculté de droit. Elle l’a dit souvent depuis :
elle récrirait le même communiqué.
Mais on a fait comme si elle n’avait blâmé
qu’Israël, ce qui est totalement faux.
Qu’importe, le dénigrement a porté ses
fruits amers et quand, l’an dernier, elle a quitté
son poste de haut-commissaire, les États membres
l’ont tous saluée, y compris les États-Unis,
qui avaient eu quelques acc r oc hages . Le Canada n’a
rien dit. Le ministre Vic Toews, à la Chambre des
communes, est allé jusqu’à dire qu’elle
était une « honte pour le Canada »,
sans jamais s’expliquer, sans jamais s’excuser.
C ’ é t a i t p r o f o n d é me n t
injuste, mais tout ça est passé, et Louise
Arbour est tenue en assez haute estime dans la
communauté i nternationale pour avoir
été nommée présidente de l’
International Crisis Group (crisisgroup.org),
l’été dernier.
Son conseil d’administration comprend d’anciens diplomates
prestigieux de nombreux pays, de Kofi Annan à
Wesley Clark et Zbigniew Brzezinski, en passant par
l’ancien président du Parlement européen et
des anciens ministres russe, israélien, allemand,
chilien, etc.
Cette
organisation privée jouit d’un budget de 16
millions et emploie 130 personnes partout dans le monde.
Ces gens sont sur le terrain pour documenter les conflits
et les analyser. Souvent, ses représentants sont
présents là où la presse, les
diplomates et l’ONU ne peuvent pas se rendre.
« Quand j’étais employée des Nations
unies, j’étais soumise aux règles de
sécurité de l’ONU. Vous débarquez
avec toute votre équipe dans un Land Rover aux
vitres teintées et vous n’êtes pas
nécessairement bienvenus. Si l’ONU vous dit non,
vous n’y allez pas. Nous ne sommes pas soumis à
cela. Et c’est très rafraîchissant. »
En même temps, la juriste se trouve maintenant dans
un job essentiellement politique. Le Crisis Group ne se
contente pas de produire des rapports (tenus en haute
estime) et de faire des recommandations pour
résoudre des conflits. Il faut tenter de convaincre
les forces en présence de les appliquer. Cela veut
dire rencontrer les chefs d’État
régulièrement.
« Nous sommes la première organisation
privée qui s’attaque à la chasse
gardée des États : la paix et la
sécurité. »
Le Crisis Group est par exemple à documenter les
élections en Afghanistan. « Va-t-on avoir un
président très affaibli politiquement ou
très renforcé, mais par une élection
inadéquate ? Dans les deux cas, ce n’est pas
fameux. Pour nous, il est clair qu’il faut des efforts de
reconstruction plus importants. »
Le groupe se prononce de manière concise, dans des
rapports brefs et très pragmatiques. « Nous
tentons d’être très ciblés. Nous
sommes guidés par un concept assez nébuleux
que j’appellerais l’intérêt public
international. Nous ne sommes pas liés par les
intérêts nationaux particuliers. Je peux vous
dire que nous avons des discussions extrêmement
robustes, pas mal plus que ce que j’ai connu dans la
magistrature! Nous sommes en train de nous demander si
nous ne devons pas intervenir dans le débat public
plus rapidement, mais nous voulons préserver notre
réputation, basée sur une documentation
impeccable des situations sur le terrain. »
Dans sa conférence mercredi à l ’ Un iver
sité de Montréal , L ouise Arbour a pris le
contre-pied de la c r o y a n c e p o pu l a i r e : les
conflits armés dans le monde ont eu tendance
à diminuer et à faire moins de victimes
depuis la f i n de la guerre froide. Par contre, le nombre
de victimes civiles et indirectes (les
réfugiés) a augmenté dramatiquement.
Elle explique la diminution du nombre de conflits au mi l
i t a nt i s me i nter nat ional pour l a paix et les
droits de la personne. Elle a déploré une
sorte d’incohérence des missions de paix, qui
paraissent parfois une fin en soi.
Son rôle maintenant est d’aider à construire
une paix durable. I l semble toujours plus facile de
dégager des budgets militaires que les budgets
humanitaires dans les missions de paix.
La voici donc dans une prolongation de son travail de
haut-commissaire, mais dans une perspective totalement
différente. Ça tombe bien : elle n’aime rien
ta nt qu’être déstabilisée. «
J’aime ça quand j e ne comprends pas encore tout…
Sinon, je perds de l’intérêt. »
LOUISE ARBOUR LA PAIX, SA NOUVELLE
BATAILLE - Laura-Julie Perrault
SÉRIE
/ FEMMES DE COMBAT/ 3. Elles ont un passé et des
horizons différents, mais leur envie de faire bouger
les choses est la même. La Presse vous présente
trois femmes de combat. Aujourd’hui, rencontre avec la
Québécoise Louise Arbour qui,
Louise Arbour a l’habitude des grandes batailles et des champs
minés. Tour à tour juge à la Cour
suprême du Canada, procureure dans divers tribunaux
pénaux internationaux et haute commissaire des Nations
unies aux droits de l’homme – un mandat secoué par la
controverse –, laMontréalaise de naissance a longtemps
fait de la justice son fer de lance.
PHOTOMOHAMMED SALEM, ARCHIVES
REUTERS
Louise Arbour a pris les rênes
de l’International Crisis Group la semaine dernière.
À 62 ans, celle dont la carrière internationale
a été reconnue par une panoplie de
décorations aurait pu se la couler douce. Mais au lieu
de contempler ses lauriers, elle a décidé de
repartir à la guerre: cette fois, pour la paix.
La semaine dernière, elle a pris les rênes de
l’International Crisis Group ( ICG), un prestigieux groupe de
recherche au conseil d’administration duquel siègent
des vedettes de la diplomatie et de la politique
internationale, dont l’ancien secrétaire
général des Nations unies, Kofi Annan, le
milliardaire George Soros et l’ex-général
américain Wesley Clark.
L’International Crisis Group, qui possède des bureaux
partout dans le nonde, rédige des rapports sur diverses
situations de conflits et émet des recommandations. Le
but: éteindre les étincelles avant qu’elles ne
mettent le feu aux poudres.
Jointe par La
Presse dans les bureaux de Bruxelles qu’elle
occupedepuisàpeineune semaine, la nouvelle
présidente explique que l’une de ses priorités
sera de s’assurer que les rapports, largement utilisés
par les médias du monde, ne restent pas lettre morte du
côté politique. « Notre organisation fait
d’excellents rapports, mais on doit les prendre en main et
aller voir les personnes concernées pour que les choses
changent », dit-elle.
Louise Arbour sait d’ores et déjà que ce travail
ne sera pas de tout repos. Comme haute commissaire des Nations
unies aux droits de l’homme, ses rapports ne passaient pas
comme lettre à la poste. Lorsque, en 2008, elle a
décidé de ne pas briguer de second mandat, elle
a admis dans des entrevues médiatiques que plusieurs
pays, dont la Chine et la Russie, lui avaient donné du
fil à retordre.
« Les gens ont souvent l’impression que les Nations
unies ont énormément de pouvoir et que
l’organisation peut aller là où elle veut, mais
il y a beaucoup de contraintes politiques, administratives et
de sécurité. Comme haute commissaire, il y a
plusieurs pays où je ne pouvais pas me rendre, alors
que l’ICG était présent sur le terrain »,
se rappelle-t-elle.
Louise Arbour profitera-t-elle de ce qu’elle appelle son
« nouveau champ de liberté » pour reprendre
d’anciens dossiers laissés en suspens lors de son
mandat onusien? « Pas vraiment. Ça va être
important pour moi de couper les ponts. Je ne vais pas
renoncer à mes opinions en matière des droits de
l’homme, mais la mission première de l’ICG est
différente. Il y a des conflits où la
priorité absolue n’est pas les droits de l’homme, mais
plutôt la gestion politique des conflits. »
Quand on l’interroge sur les conflits qui la
préoccupent le plus, on comprend vite que son coeur est
toujours du côté de la population civile. La
situation de la minorité tamoule du Sri Lanka
après la victoire militaire, en mai, de l’armée
contre les Tigres tamouls l’inquiète. « Ce n’est
pas tout (pour le gouvernement sri-lankais) de gagner la
guerre, il faut aussi gagner la paix. La communauté
internationale doit rester très vigilante pour
s’assurer que les droits fondamentaux des minorités
soient respectés. Il y a encore beaucoup de
réfugiés dans des camps pour lesquels le
gouvernement n’accorde pas suffisamment d’accès aux
organisations humanitaires », expose la nouvelle
présidente de l’ICG, fidèle à ses
anciennes batailles.
SOMALIE Les navires de guerre ne règlent
pas tout - Daphné Dions-Viens
La mission
menée par les navires de l’OTAN ne donnera des
résultats que si les puissances
étrangères s’en prennent à la racine du
mal, estiment plusieurs experts.
Roland Marchal est reconnu comme étant l’un des
meilleurs spécialistes de la Somalie. En entrevue
téléphonique de Paris, il affirme que les
navires de guerre présents dans le secteur ont
contribué à une escalade de la violence.
«Plus la réponse militaire est forte, plus les
pirates somaliens se conduisent violemment. On assiste
à une militarisation croissante de la
piraterie», dit-il.
Sans aller jusqu’à affirmer que l’envoi d’une force
maritime est inutile, M. Marchal estime qu’elle doit
plutôt servir de complément à des
actions plus structurées en sol somalien, ce qui
passe par l’amélioration de la gouvernance du pays.
Les investisseurs, ceux qui profitent des millions de
dollars obtenus en rançon, doivent aussi être
pourchassés, qu’ils soient au Yémen, à
Dubaï ou à Nairobi, ajoute-t-il.
«L’intervention militaire maritime ne doit pas
être l’épine dorsale de l’approche.»
M.
Marchal est loin d’être le seul à partager ce
point de vue. Éric Frécon, auteur du livre
Histoire d’une résurgence de la piraterie maritime,
est du même avis. «C’est en remettant
l’État somalien en marche qu’on y arrivera. Il faut
travailler sur la mise sur pied d’un système de
police et d’un système de justice. Pour l’instant,
l’OTAN n’a pas les outils juridiques pour traîner
les pirates en justice », a-t-il expliqué au
Soleil, en entrevue téléphonique de
Singapour.
Même l’OTAN commence à reconnaître la
nécessité d’une action plus globale, peut-on
lire sur son site internet. En novembre, plusieurs
intervenants ont plaidé en ce sens à
l’Assemblée parlementaire, affirmant que
«toute initiative durable et efficace contre les
pirates du golfe d’Aden passe par l’amélioration de
la gouvernance en Somalie», peut-on lire dans un
communiqué de presse de l’OTAN.
Des pirates à la solde des islamistes ?
Au cours de la même rencontre, un haut responsable
du commandement maritime de l’OTAN a rappelé que
l’existence d’un lien entre les pirates somaliens et
Al-Qaeda n’avait pas été
démontrée. Des enquêtes sont toujours
en cours afin de savoir si les actes de piraterie servent
à financer directement des groupes terroristes,
comme le mouvement Al-Shabab. Mais, selon Roland Marchal,
il n’y a aucun lien direct entre les pirates et les
mouvements islamistes. « Les pirates sont des
laïcs, ils n’ont rien à foutre de l’islam. Ce
sont des bandits qui veulent faire de l’argent. Ils n’ont
pas de liens structurels » avec les mouvements
islamistes. Pendant les deux prochaines semaines, Le
Soleil sera à bord du NCSM Fredericton, une
frégate de la marine canadienne qui patrouille le
golfe d’Aden et l’océan Indien pour
sécuriser les lieux, tout comme d’autres navires de
guerre de l’OTAN.
La piraterie communautaire - Daphné
Dions-Viens
Dans la
petite ville côtière de Haradheere, en
Somalie, la population peut « investir » dans
une coopérative qui finance les activités
des pirates au large des côtes.
C’est du moins ce que rapporte l’agence de presse Reuters
dans une dépêche publiée au
début décembre. Un riche pirate y explique
comment la piraterie est devenue une activité
à laquelle collabore toute la communauté.
Tout le monde peut y contribuer, en participant
directement à des attaques en mer ou en donnant de
l’argent, des armes ou tout autre matériel utile.
Une jeune
femme de 22 ans, qui faisait la file pour obtenir sa part
de la rançon après que les pirates eurent
libéré un navire de pêche espagnol, a
expliqué à Reuters qu’elle allait
récolter 75 000$ après avoir fourni aux
pirates des armes qu’elle s’était procurées
grâce à son ancien mari.
Le district reçoit même un pourcentage sur
chaque rançon obtenue. L’argent est ainsi
réinvesti dans les infrastructures publiques, comme
l’hôpital et les écoles, explique un
élu municipal. « La piraterie est devenue la
principale activité économique dans notre
région », a expliqué Mohamed Adam
à l’agence de presse.
Les pirates somal i ens détiendraient actuellement
j usqu’à 250 otages . Avec autant de bouches
à nourrir, pas étonnant que toute la
communauté soit mobilisée, souligne
Éric Frécon, spécialiste de la
piraterie maritime, en entrevue au Soleil. « Les
pirates peuvent aussi compter sur un réseau
d’informateurs dans les ports des pays voisins, qui leur
permettent d’en savoir plus sur le trafic maritime
», explique-t-il.
Le douloureux souvenir de 1992 - Daphné Dions-Viens
En 1992,
plus d’un millier de soldats canadiens sont
dépêchés en Somalie dans le cadre
d’une mission de maintien de la paix des Nations Unies.
Quelques mois plus tard, le scandale éclate.
En mars 1993, des militaires battent à mort un
garçon de 16 ans qui s’était introduit dans
le campement des Forces canadiennes. Le gouvernement
ordonne la mise sur pied d’une commission d’enquête
sur la Somalie, qui documente d’autres actes de
brutalité perpétrés contre des civils
somaliens. « La population canadienne a
été profondément choquée par
cette "affaire somalienne", considérée comme
la période la plus sombre de l’histoire militaire
du Canada depuis la Seconde Guerre mondiale »,
écrit le professeur David J. Bercuson, directeur du
Centre des études militaires et stratégiques
de l’Université de Calgary, dans la Revue militaire
canadienne.
Dans les années qui ont suivi, les Forces
canadiennes ont déployé plusieurs effor ts
pour redorer leur image aux yeux de la population
canadienne, souligne Thierry Giasson, spécialiste
de l’image au département de communication de
l’Université Laval. Depuis le début de la
mission en Afghanistan, en 2001, un nombre croissant de
journalistes ont été intégrés
aux opérations de l’armée. «
L’armée a toujours été perçue
comme un bras plus ou moins opaque de l’appareil
étatique. En intégrant des journalistes, on
veut laisser croire qu’on est plus transparent »,
ajoute M. Giasson.
Dans la
marine canadienne, le programme d’intégration de
journalistes, auquel participe
Le Soleil, existe officiellement depuis 2006. Mais
l’armée a toujours facilité
l’intégration des journalistes à ses
opérations, affirme-t-on au quartier
général, à Ottawa.
« L’armée est probablement en train de
préparer l’aprèsAfghanistan », indique
de son côté Thierry Giasson, rappelant que le
Canada s’est engagé à retirer ses troupes en
2011.
Des Canadiens traquent les pirates
Au large
de la Somalie, les pirates multiplient les attaques. Au
cours de la dernière année, ils se sont
emparés de dizaines de bateaux et ont
capturé des centaines d’otages. La journaliste
Daphné DionViens, du Soleil, est à bord de
la frégate canadienne
Le
navire canadien NCSM Fredericton, qui compte 250 marins,
patrouille dans les dangereuses eaux somaliennes.
NCSM Fredericton, qui patrouille le golfe d’Aden et
l’océan Indien pour sécuriser ces eaux
dangereuses.
SALALAH, OMAN — À partir du centre-ville de
Salalah, on se rend au port par une route
poussiéreuse, sous un soleil de plomb. À
l’entrée, des gardiens de sécurité
contrôlent rigoureusement les allées et
venues. Ne circule pas qui veut derrière les
barbelés. Près de la guérite, des
hommes au teint basané lavent leurs vêtements
dans une petite cuve.
« Le port de Salalah ressemble à tous les
autres. Mêmes grues, mêmes conteneurs,
mêmes i nstal lations. Peu importe les ports, ils se
ressemblent tous », lance l’officier d’affaires
publiques Brian Owens. Au loin, on aperçoit le
NCSM Fredericton à l’un des quais, son drapeau
canadien flottant au vent. Après presque un mois en
mer, l’équipage s’est arrêté à
Salalah pour procéder au ravitaillement du navire.
Avec 250 marins à nourrir, les réserves
faites lors du précédent arrêt, le 19
novembre au port de Haïfa, en Israël, ont
diminué rapidement. Depuis le début
décembre, il était impossible de mettre la
main sur des légumes ou des fruits frais à
bord, où la consommation de lait peut atteindre
jusqu’à... 120 litres par jour.
« Nous essayons de faire escale toutes les deux ou
trois semaines, c’est mieux pour le moral des troupes,
explique l’officier Owens. Mais ce n’est pas toujours
possible. »
Sur le
pont, l’ambiance est décontractée. Pour la
majorité des marins, c’est jour de repos. Plusieurs
en profitent pour découvrir la ville ou aller
à la plage. D’autres préfèrent rester
sur le navire. Dans le mess des officiers, les marins font
la file pour essayer la console Wii qui vient d’être
installée.
Une collaboration unique
Le NCSM Fredericton est loin d’être le seul navire
de guerre au port de Salalah. On y aperçoit aussi
des navires battant pavillon chinois, indien et
yéménite. « C’est une collaboration
unique, affirme l’officier Owen. Il y a 25 nations qui
travaillent ensemble dans un même objectif :
sécuriser le couloir maritime du golfe d’Aden.
Ça s’était rarement vu avant. » En
plus de l’OTAN et de l’Union européenne, la
Malaisie, l’Iran et la Russie envoient des bateaux dans le
secteur, souvent pour protéger leurs propres
cargos.
L’autre jour, poursuit l’officier, le NCSM Fredericton
était en contact à la fois avec un
hélicoptère japonais et un navire indien.
« On n’a pas le choix de se parler. Chacun surveille
sa propre zone et il faut coordonner le tout »,
ajoute-t-il.
Ces efforts semblent porter leurs fruits puisque les
pirates somaliens n’ont commis aucune attaque depuis
l’arrivée de la frégate canadienne. Mais les
pirates, bien au fait de la présence de ces navires
de guerre, ne font qu’étendre leur zone de
prédilection et frappent encore plus loin, dans
l’océan Indien.
Dans quelques heures, les militaires canadiens reprendront
la mer. Le soleil descend tranquillement sur le port de
Salalah. Mais sur les ponts inférieurs du navire,
il n’y a ni hublots ni lumière du jour. Que des
couloirs métalliques éclairés au
néon qui font rapidement oublier que, dehors, il
fait 31°C.
Corruption : La Somalie, premier de la liste
BERLIN —
L’Irak et l’Afghanistan font partie des cinq pays les plus
corrompus de la planète, selon le classement
publié hier par l’organisation Transparency
International.
«Les résultats montrent que les pays
perçus comme étant les plus corrompus sont
aussi ceux qui sont meurtris par de longs conflits qui ont
détruit leurs institutions», peut-on lire dans
le rapport.
Transparency International a mené des études
auprès d’entreprises et d’experts dans 180 pays afin
d’y mesurer la corruption du secteur public.
La Somalie
arrive en dernière position, avec une note de
confiance de 1,1, tandis que la Nouvelle-Zélande se
place en tête du classement avec 9,4.
Parmi les mauvais élèves, l’Irak se classe
176e avec une note de 1,5, le Soudan 177e (1,5), la Birmanie
178e (1,4) et l’Afghanistan 179e (1,3).
Parmi les bons élèves, le Danemark arrive 2e
(9,3), Singapour 3e (9,2), la Suède 4e (9,2) et la
Suisse 5e (9,0). En ce qui concerne les pays francophones,
après la Suisse au 5e rang, on trouve le Canada au 9e
(8,7), le Luxembourg au 13e (8,2), la Belgique au 21e (7,1)
et la France au 24e rang (6,9).
Les shebabs, alliés d’Al-Qaeda - Judith
LaChapelle
Dans le pays
le plus dangereux du monde, les shebabs imposent leur
islamisme radical jusqu’aux portes de la capitale.
Malgré un raid américain réussi lundi
pour tuer l’un des terroristes les plus recherchés en
Somalie, toute intervention étrangère doit
être minutieusement dosée, pour éviter
que les shebabs ne prennent du galon.
PHOTO AFP
Un
soldat gouvernemental, qui patrouille dans les rues de la
capitale Mogadiscio, montre à des enfants somaliens
comment fonctionne sa kalachnikov.
Le kényan Saleh Ali Saleh Nabhan a été
tué lundi avec d’autres combattants shebabs dans le
sud de la Somalie, da n s u ne zone cont rôlée
par ces militants islamistes ouvertement liés
à Al-Qaeda. L’attaque ciblée – des
hélicoptères américains ont
attaqué le convoi – aurait été
préparée pour limiter les pertes civiles et
éviter d’alimenter la colère de la population.
Car Al-Shebab, la « jeunesse », a su se nourrir
du nationalisme somalien contre l’envahisseur. Pour sortir
le pays du chaos dans lequel il était plongé
à la fin des années 90 – après le
départ des Américains et des soldats de l’ON U
–, des organisations islamistes se sont unies autour de
l’Union des tribunaux islamiques, qui allait plus tard
donner naissance à Al-Shebab.
« L’Union n’avait pas d’ambition politique »,
dit Ahmed Hussei n , le président du Congrès
Somalie-Ca nada. « Elle ne visait qu’à
instaurer partout la loi et l’ordre pour que les gens soient
en sécurité. »
Popularité
L’Union est
devenue « très populaire » à
Mogadiscio et dans les régions du Sud, où elle
était présente. Les Américains,
inquiets de ce pouvoir islamiste, ont alors financé
des seigneu rs de guer re pou r combattre l’Union. Mal leur
en a pris : la population s’est rangée du
côté de l’Union, qui en est sortie plus forte.
En juin 2006, elle prenait le pouvoir à Mogadiscio.
Pendant les six mois suivant, la capitale allait
connaître un calme relatif.
À ce moment, Al-Shebab n ’ét a it qu ’u ne fac
tion de l’Union, précise M. Hussein. Des combattants
radicaux, mais pas encore les « fous » qu ’i ls
a l la ient deven i r. « Plusieurs combattants ont
alors commencé à se sentir trop confiants,
invincibles, idéalistes », explique Grant
Dawson, auteur d’un livre sur l’engagement canadien en
Somalie, aujourd’hui rattaché à
l’Université Aberystwyth, au Royaume-Uni.
Encore plus radicaux
En 2007, l’Éthiopie, appuyée par les
États-Unis, envahit la Somalie pour y chasser l’Union
des tribunaux islamiques. L’Union ne fait pas le poids face
à l’armée éthiopienne. «
Al-Shabab se disperse, mais ne disparaît pas, dit M.
Dawson. Ses combattants deviennent encore plus radicaux.
»
Aujourd’hui, l’actuel gouver nement soma l ien , qu i a
conclu une alliance avec l’Union des tribunaux islamiques,
« ne contrôle plus rien », ajoute M.
Dawson, si ce n’est une enclave de la capitale gardée
par des soldats des forces de l’ Union africaine. Par
ailleurs, une intervention étra ngère en sol
somalien risque de renforcer l’appui aux shebabs,
précise Grant Dawson. « Cela pourrait les
pousser vers le terrorisme, les convaincre qu’il s’agit de
la solution. »
Plus inquiétant encore est l’a ff lu x d’étra
ngers, venus d’Afghanistan, du Pakistan et même de
Grande-Bretagne, sou l ig na it The Independent dimanche
dernier, qui viennent combattre aux côtés des
shebabs somaliens. « Les shebabs sont liés
à Al-Qaeda », dit Ahmed Hussein, et promettent
de se battre jusqu’au bout pour avoir une Somalie islamiste.
Et la population ? « Lorsque les shebabs arrivent, la
population est soulagée parce qu’ils mettent de
l’ordre, ajoute-t-il, mais rapidement, on se met à
les haïr quand ils imposent leur vision. »
UN COUPEGORGE
Plus que l’Afghanistan ou l’Irak, la Somalie est
aujourd’hui réputée être l’endroit le
plus dangereux du monde. Repaire de bandits, de pirates,
d’islamistes fanatiques, le pays est peu
fréquenté par les journalistes — la Canadienne
Amanda Lindhout et l’Australien Nigel Brennan y sont retenus
en otages depuis plus d’un an.
SOMALIE Clinton hausse le ton
Hillary Clinton
a appelé, hier à Nairobi, l’Érythrée
à cesser de soutenir les insurgés islamistes
radicaux somaliens des shebab, les qualifiant d’organisation
terroriste menaçant la sécurité
internationale. La secrétaire d’État a ensuite
quitté le Kenya pour Johannesburg, deuxième
étape de sa première tournée africaine.
Elle doit notamment rencontrer Nelson Mandela.

Somalie : Dans l’enfer de sable - Simon Coutu
& Alexandra Arbour
Depuis
l’effondrement du gouvernement central, en 1991, la Somalie
connaît une violence inouïe. Après plusieurs
tentatives de reconstitution du gouvernement, les espoirs des
habitants s’amenuisent. Attentats, bombardements,
décapitations et lapidations gu
« Tant qu’à crever ici, je veux retourner en
Somalie pour mourir de faim avec mes enfants. Je veux entendre
siffler les balles et les bombes avec eux. »
Lorsque
les
éléments se déchaînent dans cette
région du Kenya, les réfugiés somaliens
du camp de Dadaab sont livrés à
eux-mêmes et à la poussière.
— À Dadaab, seuls les marabouts, d’immenses oiseaux
charognards, mangent à leur faim. La misère est
si grande dans cet immense camp du Kenya que certains
réfugiés somaliens, qui ont tout risqué
pour fuir leur pays, décident de le regagner par leurs
propres moyens.
En Somalie, un des endroits les plus dangereux sur terre, le
sang coule depuis 1991. Le pays est toujours en proie à
une guerre qui oppose les milices islamiques et les forces
gouvernementales. Plus de 250 civils y sont morts le mois
dernier dans les combats.
Plus de 280 000 personnes sont donc venues chercher la paix au
Kenya. Les réfugiés s’empilent dans un amas
d’abris de fortune, à une centaine de kilomètres
à l’ouest de la frontière de la Somalie. C’est
plus de trois fois la capacité initiale du camp.
Plutôt « mourir de faim »
Le soleil plombe et le mercure peut monter jusqu’à
50°C. Lorsqu’il pleut, le territoire se transforme en mer
de boue. Pour Dahabo Youssouf Ali, la situation dans le camp
de Dadaab est devenue insoutenable. Il y a un an, son voisin
lui a payé le voyage de Mogadiscio jusqu’au Kenya pour
sauver un de ses fils, blessé par une balle perdue.
Plusieurs de ses enfants sont restés derrière
elle en Somalie, faute d’argent.
« Je ne reçois pas d’aide et la vie est mauvaise,
accuse-t-elle. Tant qu’à crever ici, je veux retourner
en Somalie pour mourir de faim avec mes enfants. Je veux
entendre siffler les balles et les bombes avec eux. »
La frontière kényane est officiellement
fermée depuis 2008. Pourtant, plus de 5000
réfugiés arrivent chaque mois dans cet
environnement hostile où l’eau, la nourriture et
l’espace font défaut.
Raha Abdi Aden a fui la ville de Kismayo au mois de mai. La
jeune femme de 20 ans au long voile noir a marché 10
jours dans le désert pour atteindre la frontière
kényane. Elle vit maintenant dans une tente construite
à l’aide de branches, de sacs de plastique et de
guenilles.
« Mes parents et mes grandsparents sont morts en
Somalie, dit-elle. Ils ne pouvaient pas courir. Les milices
d’Al-Shabaab sont ar r ivées chez moi . I ls tuent ceux
qui refusent de les appuyer. »
Trois fois
trop de monde
Dadaab est const i t ué de trois énormes camps
érigés par l’Agence des Nations unies pour les
réfugiés ( HCR) en 1991, après la chute
du gouvernement de Siad Bar re. Depuis, une
génération a vu le jour dans ces fournaises, qui
avaient été conçues pour recevoir 90 000
personnes.
« La terre, l’eau, la nourriture, tout était
prévu pour ce nombre, affirme le porte-parole du HCR,
Andy Needham. Il est urgent que le gouvernement kényan
nous accorde de nouvelles terres pour ouvrir un
quatrième camp. »
À un comptoir de distribution, les
réfugiés se bousculent pour obtenir leur ration
de farine, d’huile, de petits pois et de savon. Des policiers
calment la foule à coups de bâton. « Il y a
la paix ici, mais il n’y a pas assez de nourriture ! »
s’exclame Hassen Mohamed I ndaya r, venue rejoindre ses
enfants à Dadaab en 2008.
Au mois d’avril, des pirates somaliens ont pillé un
bateau du Programme alimentaire mondial destiné au
camp. Lorsque la nourriture arrive à bon port, les
distributions sont explosives.
À quelques mètres, deux enfants traînent
d’immenses bidons jaunes remplis d’eau. L’or bleu est aussi
une source de conflit. Le HCR estime que chaque
réfugié a accès à environ 15
litres d’eau par jour. Toutefois, cette quantité
s’évapore à mesure que les nouveaux arrivants
prennent le camp d’assaut.
« Les nouveaux réfugiés se battent avec
les anciens pour avoir de l’eau, affirme Sofia Sheik Ali, qui
habite à Dadaab depuis moins d’un mois. Étant
donné que les anciens se privent déjà,
les nouveaux, eux, se retrouvent avec un galon d’eau par
famille ! »
« Emprisonnés »
Depuis août dernier, le HCR n’a tout simplement plus de
terre à offrir à ceux qui arrivent à
Dadaab. « Nous leur demandons d’habiter avec des amis ou
des membres de leur famille, dit Andy Needham. Mais certains
s’installent n’importe où sur des terres aux
extrémités du camp qui ne nous sont pas
désignées. »

Dans ces camps informels, il n’y a pas de services. Les
réfugiés n’ont droit qu’à leur carte de
ration. « Nous sommes emprisonnés, proteste
Mohammed Farah Ahmoud, qui habite ce no man’s land depuis
août dernier. Impossible d’avoir une place dans le camp.
La Somalie est trop dangereuse et le Kenya ne veut pas de
nous. Nous avons fui notre pays pour aboutir dans cette
prison. »
Une évasion à la 007 en Somalie ?
Un agent
secret français raconte avoir échappé
à ses geôliers
L’histoire est digne de James Bond. Un agent secret
français, enlevé par des insurgés
islamistes radicaux le 14 juillet, aurait profité de la
fatigue de ses geôliers, affaiblis par le ramadan, pour
s’échapper.
L’agent
secret
français Marc Aubrière, enlevé à
Mogadiscio en Somalie en juillet, dit avoir faussé
compagnie pendant la nuit à ses ravisseurs et avoir
marché pendant cinq heures pour atteindre la
sûreté. Il est ici soutenu par des agents
somaliens alors qu’il descend d’une ambulance pour prendre
un avion.
C ’est du moins ce qu’a raconté hier à la BBC et
à Radio France Internationale ( R F I) l’otage en
question, Ma rc Aubrière. Ava nt de se retrouver
à l’abri dans le palais présidentiel somalien,
l’homme dit avoir marché pendant cinq heures dans la
capitale somalienne qui a la triste réputation
d’être une des villes les plus dangereuses au monde.
« Mardi soir, aux environs de minuit, j’ai
profité du sommeil de mes geôliers
fatigués par le ramadan. J’ai vu que ma cellule
était mal fermée, alors je me suis fait la belle
sans violence. De toute façon, si j’avais tiré
un coup de feu, d’autres gardes m’auraient descendu »,
a-t-il dit selon les propos rapportés par un
journaliste de RFI entré en contact avec lui alors que
l’agent se trouvait à Mogadiscio sur la base de la
force de paix de l’Union africaine en Somalie (AMISOM).
« Puis j’ai marché dans la nuit pendant
près de cinq heures en me guidant avec les
étoiles pour rejoindre la zone que j’espérais
atteindre. Mogadiscio la nuit est déserte et les seuls
hommes que l’on croise sont armés. On m’a tiré
dessus, j’ai couru, je me suis caché et par chance on
m’a raté », a-t-il raconté.
Tout héroïque soit-elle, la version fournie par
l’otage français a été niée par
ses ravisseurs. Un porte-parole de l’organisation islamiste
Hezb al-Islam a affirmé hier avoir libéré
l’otage après avoir reçu une importante
rançon. L’organisation aurait remis l’otage aux
autorités somaliennes à 4h du matin. M.
Aubrière aurait alors été amené au
palais présidentiel, selon des sources somaliennes de
l’AFP.
Pour sa part,
le ministère français des Affaires
étrangères a assuré que l’agent
s’était échappé par ses propres moyens,
sans qu’un sou n’ait été versé.
Marc Aubrière avait été enlevé
avec un de ses collègues par des miliciens à son
hôtel, en plein centre de Mogadiscio.
Les deu x hom mes relevant du ministère français
de la Défense étaient depuis détenus
sépa rément , l’u n aux mains des combattants
islamistes shebab, et l’autre, de miliciens du parti Hezb
alIslam, un groupe plus politique dirigé par cheikh
Hassan Dahir Aweys.
Des étrangers sont régulièrement
enlevés en Somalie, en guerre civile depuis 1991, et
des rançons sont demandées.
Hezb al-Islam et les Shebab ont lancé au début
du mois de mai une offensive sans précédent
contre le gouvernement du président islamiste
modéré Sharif Cheikh Ahmed, soutenu par la
communauté internationale.
De la responsabilité de la France
L’organisation Survie, qui critique depuis des années le
rôle de la France dans le génocide au Rwanda, affirme
que le rapprochement en cours vise d’abord à replacer Paris
au coeur des partenariats économiques se développant
dans la région. Et qu’il ne saurait faire oublier la
responsabilité du pays dans les massacres. « Le
soutien politique, militaire et financier de la France à un
gouvernement génocidaire ne peut se dissoudre dans de
quelconques excuses », soulignent les dirigeants de Survie.
CONDAMNATION HISTORIQUE - André
Noël
Pour
la première fois dans l’histoire du Canada, une personne
est condamnée en vertu de la Loi sur les crimes contre
l’humanité et les crimes de guerre. Le verdict est
tombé hier: Désiré Munyaneza est coupable.
Le juge
André Denis a commencé le résumé de
son jugement en citant un survivant du génocide qui est
venu témoigner à Montréal et qui a
déclaré ceci : « Même si je me
taisais, l’air, la terre et le vent hurleraient ce qui s’est
passé au Rwanda. »
Dans une décision historique, hier, le juge
André Denis a déclaré le Rwandais
Désiré Munyaneza coupable de crime de
génocide, de crime contre l’humanité et de crime
de guerre. C’est la première fois qu’une personne est
condamnée au Canada en vertu de la Loi sur les crimes
contre l’humanité et les crimes de guerre, entrée
en vigueur en 2000.
Le juge Denis, de la Cour supérieure du
Québec, a commencé le résumé de son
jugement en citant un survivant du génocide qui est venu
témoigner à Montréal et qui a
déclaré ceci: « Même si je me taisais,
l’air, la terre et le vent hurleraient ce qui s’est passé
au Rwanda. »
Ce même témoin, un jeune Tutsi nommé
« C-18 » par la Cour pour le protéger contre
d’éventuelles représailles, a identifié
Munyaneza, 42 ans, comme un dirigeant local des Interahamwe, une
milice génocidaire formée par le parti
gouvernemental hutu. D’avril à juillet 1994, 800 000
Tutsis et Hutus modérés ont été
massacrés dans ce petit pays d’Afrique centrale.
« La preuve montre qu’aucun Rwandais n’est sorti
indemne des événements du printemps de 1994, a dit
M. Denis, devant une salle tellement bondée qu’une autre
salle du Palais de justice de Montréal a dû
être ouverte pour une transmission vidéo.
Près de 15 ans après le génocide, les
Rwandais ont peur… Leurblessure est immense, actuelle,
insupportable et indélébile. »
Reconnaître l’existence du génocide est une
chose. Établir hors de tout doute raisonnable la
culpabilité de Munyaneza dans les massacres qui se sont
déroulés à Butare, une ville située
au sud du pays, en était une autre. Munyaneza a
déménagé au Canada après le
génocide. Il a été reconnu par des
survivants du génocide, qui ont alerté la police.
Arrêté chez lui le 19 octobre 2005, en
banlieue de Toronto, il a comparu devant le juge Denis le
lendemain et se trouve détenu depuis. Sept chefs
d’accusation ont été portés contre lui. Son
procès a commencé en mars 2007. Soixantesix
témoins ont été entendus, non seulement
à Montréal, mais aussi en France, au Rwanda et en
Tanzanie.
Le défi le plus important auquel faisait face le
juge était de jauger la crédibilité des
témoins, dont la plupart parlaient seulement le
kinyarwanda et qui relataient des événements
survenus il y a 15 ans. Le principal avocat de la
défense, Me Richard Perras, a tenté de montrer que
plusieurs témoins de la poursuite se contredisaient, et
ne pouvaient avoir vu ce qu’ils prétendaient avoir vu. Il
a lui-même fait témoigner 36 personnes.
Mais d’entrée de jeu, le juge Denis a
déclaré ceci: « La plupart des
témoins de la poursuite parlent de ce qu’ils ont vu et
vécu. Ils parlent aussi de l’accusé. Leur
crédibilité et la pertinence de leurs propos sont
supérieures à celles des témoins de la
défense. La plupart des témoins de la
défense n’ont pas vu l’accusé pendant le
génocide. À en croire plusieurs, il n’y a eu ni
viols, ni meurtres, ni cadavres à Butare. De fait, il n’y
a pas eu de génocide. »
Puis le juge a résumé les témoignages
de 22 Rwandais, hommes et femmes, qui ont déclaré
à la Cour avoir vu Munyaneza, fils d’un riche
commerçant et membre de la bourgeoisie hutue de Butare,
participer aux massacres et aux viols des Tutsis. À
quelques reprises, Munyaneza, vêtu d’une chemise rose et
d’un complet gris, à demi dissimulé
derrière un panneau de verre en partie opaque, s’est pris
la tête entre les deux mains.
« Je crois RCW-2 (la Cour a donné des noms de
code à presque tous les témoins rwandais) quand il
dit qu’il a vu l’accusé distribuer des uniformes et des
armes aux Interahamwe. Je crois RCW-3 (une femme
âgée) qui affirme que l’accusé est venu
à la tête d’un groupe à trois reprises
à sa maison pour la piller et tenter de trouver ses
filles. L’accusé l’a frappée en lui reprochant
d’être tutsie et l’a dénudée. Il portait
arme et grenades.
« Je crois RCW-8 (Un Hutu) qui affirme que
l’accusé a distribué aux Interahamwe les armes
nécessaires aux tueries des Tutsis. L’accusé lui a
remis personnellement une grenade et de l’essence avec laquelle
il incendie les maisons tutsies. Les Tutsis capturés aux
barrages sont remis à l’accusé et conduits
à la mort. Je crois RCW-10 qui affirme que
l’accusé était responsable de la barrière
où les Tutsis sont tués... Il était l’un
des dirigeants de la chasse aux Tutsis à Butare.
« Je crois C-17 qui affirme que des groupes
d’Interahamwe dont fait partie l’accusé viennent chercher
des réfugiés tutsis à la préfecture,
les chargent dans des camionnettes et les amènent
à la mort. L’accusé et son groupe violent à
répétition les femmes tutsies
réfugiées à la préfecture.
Armé, l’accusé viole C-17 à plusieurs
reprises. Elle voit l’accusé tuer deux hommes avec une
machette pendant un transport de réfugiés. Je
crois C-20 qui affirme (que) l’accusé tue des enfants
enfermés dans des sacs.
« La preuve montre hors de tout doute raisonnable
que l’accusé a participé à la traque des
Tutsis, a conclu le juge. Fils instruit d’une des grandes
familles bourgeoises de Butare, Désiré Munyaneza a
été à l’avant-scène dumouvement
génocidaire… Il a distribué des armes et des
uniformes aux Interahamwe pour qu’ils s’attaquent aux Tutsis… Il
a fait partie des assaillants qui ont tué des centaines
de réfugiés tutsis à l’église de
Ngoma. Il a violé et participé à
l’agression sexuelle de dizaines de femmes tutsies…
« Il a existé au Rwanda dès le 7 avril
1994 un projet prévu de détruire l’ethnie tutsie.
Ce projet a été supporté par le
président, les membres du gouvernement, l’armée,
les Interahamwe et une partie de la population civile.
L’accusé, de par son statut social et de par sa
volonté, a participé de façon active
à ce projet comme dirigeant Interahamwe et comme membre
de l’élite locale qui a mis en oeuvre les
éléments de ce qui allait devenir un
génocide. »
Levant les yeux, M. Denis a regardé Munyaneza.
« Levezvous! lui a-t-il ordonné.
Désiré Munyaneza, je vous trouve coupable des sept
chefs d’accusation qui pèsent contre vous. » Les
représentations sur la sentence se feront en septembre.
Munyaneza est passible de la condamnation à vie pour
chacun des crimes.
Désemparé, il a tenté de parler avec
sa femme et les autres membres de sa famille, en larmes,
présents dans la salle. Le gardien lui a mis les menottes
et l’a dirigé vers la sortie. Son avocat, Me Perras, a
annoncé qu’il allait porter le jugement en appel. Il a
dit qu’il ne comprenait pas comment le juge avait pu accorder
foi à plusieurs témoins.
Un jugement qui fait date - Agnès Gruda
Le verdict de culpabilité rendu hier contre
Désiré Munyaneza, ce Rwandais accusé d’avoir
participé au génocide de 1994, ouvre la porte
à d’autres procès de ce genre au Canada, estiment
des juristes spécialisés en droit international
Un survivant du génocide visite
le mémorial de Gisozi à Kigali, la capitale du
Rwanda. D’avril à juillet 1994, 800 000 Tutsis et Hutus
modérés ont été massacrés
dans ce pays d’Afrique centrale.
Désiré Munyaneza est le premier criminel de
guerre poursuivi au Canada en vertu d’une loi sur les crimes
contre l’humanité, adoptée il y a neuf ans.
« Nous avons de bonnes raisons de croire qu’il n’est
pas le dernier », dit Bruce Broomhall, professeur de droit
pénal international à l’UQAM.
Ces procès ne viendront pas par dizaines, ne
serait-ce que parce qu’ils coûteraient une fortune,
avertit René Provost, directeur du Centre sur les droits
de la personne de l’Université McGill.
N’empêche: la condamnation de Désiré
Munyaneza était loin d’être acquise, croit
René Provost. Et ce verdict montre que malgré les
difficultés inhérentes à de tels
procès, des criminels de guerre peuvent être
jugés au Canada.
« C’est une décision extrêmement
importante, qui montre le sérieux des engagements du
Canada en matière de justice internationale »,
souligne René Provost.
Pendant longtemps, seuls les criminels de guerre nazis
pouvaient être jugés au Canada. Mais la
Deuxième Guerre mondiale est loin, et les nazis en fuite
au Canada se font de plus en plus rares.
C’est en 2000 que le gouvernement a adopté une loi
ouvrant la porte des tribunaux canadiens à tous les
suspects de crimes de guerre et de crimes contre
l’humanité, peu importe l’endroit et le moment où
ils ont sévi.
Ces procès ne sont pas faciles: les
enquêteurs doivent se déplacer à
l’étranger, convaincre des témoins qui ont peur,
tenir compte des différences culturelles. Mais ces
embûches rendent le verdict d’hier d’autant plus
significatif, croit René Provost.
Quelque 1500 criminels de guerre vivent au Canada, selon
le Centre canadien pour la justice internationale.
Jusqu’à maintenant, le ministère de la Justice
consacrait l’essentiel de ses efforts à les sortir du
pays. Maintenant, il pourra aussi les traduire en justice, se
réjouit Jayne Stoyle, porte-parole du Centre.
Dans lecasdegénocidaires rwandais, c’est d’autant
plus important que les processus judiciaires en cours sont en
train de s’essouffler. Le Tribunal pénal international
sur le Rwanda (TPIR) est en train de boucler ses dossiers. Quant
aux tribunaux rwandais, ils débordent. D’où
l’importance pour « un système judiciaire global
» de prendre le relais, note Mme Stoyle.
Au ministère de la Justice, on hésitait
à confirmer que le verdict d’hier allait changer
l’approche canadienne face aux criminels de guerre qui se
terrent au pays. « Nous avons une soixantaine de causes
qui font l’objet d’une enquête et n’importe laquelle de
ces causes peut donner lieu à des poursuites »,
s’est contenté de dire Terry Beitner, directeur de la
Section canadienne sur les crimes contre l’humanité et
les crimes de guerre.
Il se réjouit néanmoins du jugement d’hier.
« Il envoie clairement le message que le Canada n’est pas
un refuge pour des gens impliqués dans des
génocides ou des crimes de guerre. »
Un verdict accueilli avec soulagement
COMMUNAUTÉ
RWANDAISE
« La nouvelle s’est rendue très, très
vite au Rwanda. Là-bas aussi, les gens attendaient le
verdict avec impatience. »
La communauté rwandaise du Canada a accueilli le
verdict de culpabilité rendu contre
Désiré Munyaneza avec soulagement, hier,
après des mois d’attente où elle craignait que
l’homme accusé de crimes de guerre ne soit
acquitté.
La
femme de Désiré Munyaneza, Solange, est sortie
hier du palais de justice accompagnée d’un ami qui
l’a dérobée aux regards des médias.
« Si le jugement avait été en faveur
de l’accusé, les victimes n’y auraient pas
survécu. Elles ont été violées une
première fois durant le génocide. Elles ont
revécu le pire cauchemar de leur vie en
témoignant contre lui. L’acquittement, ça aurait
été comme un troisième viol », a
décrit le président de la diaspora rwandaise du
Canada, le Dr Jean Kamanzi.
Le Dr Kamanzi venait de terminer une entrevue
téléphonique avec un animateur d’une station de
radio de Kigali quand il a parlé à La Presse,
hier aprèsmidi. « La nouvelle s’est rendue
très, très vite au Rwanda. Là-bas aussi,
les gens attendaient le verdict avec impatience »,
a-t-il dit.
Pour la communauté rwandaise, le Canada envoie un
message d’une importance capitale au reste du monde. «
Le Canada ne peut servir de terre d’asile aux criminels de
guerre. C’est arrivé dans le passé que des
victimes du génocide réfugiées ici se
retrouvent face à face avec leurs bourreaux »,
raconte le président de la diaspora rwandaise du Canada
qui représente quelque 10 000 personnes.
« I l y en a d’autres ( Munyaneza) au Canada.
J’espère que les recherches sont très
avancées et que d’autres procès se feront
», a dit pour sa part César Gashabizi de
Page-Rwanda, une association de survivants du génocide
de 1994, au cours duquel près de 800 000 Tutsis et
Hutus modérés ont été tués.
Le Congrès jui f québécois s’est
aussi réjoui du verdict du juge André Denis,
rendu après six mois de délibérations.
« Il est important de se souvenir des victimes du
génocide au Rwanda, ce qui inclut les familles dont il
n’existe aucun témoin du jugement rendu aujourd’hui
(hier) », a affirmé le président du
Congrès, Adam Atlas.
Le sang, l’histoire, la justice - Yves Boisvert
Désormais,
d’où que vienne l’accusé et quel que soit le lieu
de son crime, il peut être jugé au Canada.
Des enfants décapités, des chiens qui
dévorent des cadavres empilés, des femmes
violées, des hommes traqués, torturés,
mutilés, tués… Des rivières de sang, la
haine et la peur partout, la fureur à un degré
qu’on n’imagine pas.
Avant d’être la conclusion du procès
Munyaneza, avant d’être un jugement historique, la
décision d’André Denis est le récit
désespérant du massacre de 800 000 êtres
humains en quatre petits mois.
C’était le Rwanda et le génocide de l’ethnie
minoritaire tutsie, ainsi que de Hutus modérés.
C’était aussi un test raté pour la
communauté internationale, incapable de faire cesser les
massacres, malgré les appels à l’aide
désespérés.
À défaut de se mobiliser pour sauver des
vies, la communauté internationale s’est mobilisée
pour punir les responsables. Un tribunal pénal
international spécial a été
créé (il achève son travail). D’autres
allaient suivre, pour ensuite créer une Cour
pénale internationale permanente qui peut juger les
criminels de guerre et auteurs de tion au principe qu’un pays ne
juge que les crimes commis sur son territoire, ou ceux commis
par ses citoyens en territoire étranger.
Désormais, d’où que vienne l’accusé et quel
que soit le lieu de son crime (de cette catégorie), il
peut être jugé au Canada.
Ce n’était pas une première. En 1986, une
commission présidée par le juge Jules
Deschênes concluait qu’il y avait 774 criminels de guerre
réfugiés au Canada. Essentiellement, des criminels
de guerre nazis de la Seconde Guerre mondiale. On a
modifié le Code criminel pour permettre de les juger au
Canada. crimes contre l’humanité – des pays signataires.
C’est dans ce mouvement que le Canada, comme plusieurs
autres pays, a adopté une loi permettant de juger chez
lui les auteurs de tels crimes.
Il faut voir à quel point cette loi défie les
mentalités juridiques traditionnelles. C’est une excep-
Un Imre Finta, accusé d’avoir participé aux
camps de la mort en Hongrie, a été le premier – et
le dernier – accusé selon ces dispositions. Il a
été acquitté à Toronto par un jury,
plus de 40 ans après les faits. La Cour suprême a
confirmé cet acquittement.
Après cette déconvenue, plus aucun criminel
de guerre n’a été accusé en vertu de cette
loi. Les coûts sont immenses, la preuve difficile à
faire, les acquittements trop risqués. Par la suite, on a
plutôt révoqué la nationalité de
certains criminels de guerre présumés ou
facilité leur extradition.
On voit donc pourquoi le jugement Denis est historique. Un
échec du ministère public risquait de condamner ce
genre de procès. Il aurait été facile, en
effet, de conclure que de juger des gens parlant une langue
étrangère pour des crimes commis il y a 15 ans
à 10 000 kmd’ici est une entreprise vouée à
l’échec, malgré le bel idéalisme qui
l’anime.
Au contraire, ce jugement inaugure une nouvelle
ère. Il n’y aura pas 15 procès de ce genre chaque
année au Canada. Mais cet outil contre l’impunité
vient de gagner en crédibilité. Il est possible de
faire condamner des criminels de guerre au Canada, avis en soit
donné.
C’est un signal envoyé aussi bien aux tyrans et aux
bourreaux qu’aux autres pays. Il n’y a plus d’excuse, d’une
certaine manière, pour ne pas mettre en oeuvre des
mesures semblables, même si elles sont coûteuses.
Ce n’est pas un « bon jugement » parce qu’il
conclut à la culpabilité. C’est un bon jugement,
je dirais même un grand jugement parce qu’il est bien fait
et convaincant. Chaque conclusion est appuyée par une
analyse factuelle détaillée et une
appréciation des témoignages. Le propos est clair,
pédagogique même (on voit que le juge a conscience
de s’adresser à un auditoire international). Le juge
Denis était à la hauteur de cette tâche
colossale – encore une fois.
Le tout reposant essentiellement sur l’appréciation
des faits, je serais étonné que la Cour d’appel
casse ce verdict.
La suite ? La suite sera multiple. On pourrait mettre sur
la liste le présumé génocidaire Léon
Mugesera (il en est question dans le jugement), qui fait face
à un jugement d’extradition depuis quatre ans, mais qui
est encore au Canada vu les dangers que lui ferait courir un
retour au Rwanda – on n’envoie pas des gens qui risquent la
torture dans leur pays.
Ce serait la suite logique des choses.
La petite histoire du génocide rwandais
- MICHÈLE OUIMET
«
Quinze ans après le génocide, conclut le juge
Denis, les Rwandais ont peur. Les Rwandais se méfient
les uns des autres. Ils se taisent et la plupart ne veulent
ou ne peuvent parler du génocide. Leur blessure est
immense, actuelle, insupportable et
indélébile. Victimes et bourreaux confondus.
»
Je ne peux penser au Rwanda sans avoir le coeur à
l’envers. J’ai vu les premières images du
génocide à la télévision: des
centaines de cadavres flottaient dans les eaux
agitées d’une rivière qui traversait le pays.
Je suis arrivée au Rwanda à la fin d’avril
1994, trois semaines après le début des
massacres, qui se sont étirés jusqu’à
la mi-juillet. Pour entrer au pays, je suis passée
par l’Ouganda. À la frontière, j’ai
croisé deux journalistes étrangers. Ils m’ont
prévenue: « Il y a de cadavres partout, on se
croirait au Cambodge à l’époque de Pol Pot.
»
Je savais qu’ils me disaient la vérité, car je
pouvais lire l’horreur dans leurs yeux.
À la fin du mois d’avril, on parlait de 100 000
morts, 200 000 peut-être. Certains commençaient
à parler de génocide, mais le mot semblait
énorme, obscène. Personne ne voulait y croire.
Je suis partie sur les routes défoncées du
Rwanda à bord d’une jeep de l’ONU. Il était
17h. Nous nous sommes perdus. Nous avons tourné en
rond pendant des heures, paniqués à
l’idée de tomber sur des miliciens, les Interahamwe,
qui massacraient les Tutsis et les Hutus
modérés.
Plus rien ne fonctionnait dans le pays, il n’y avait pas
d’électricité, pratiquement plus d’eau
potable. À une quinzaine de kilomètres de la
capitale, Kigali, nous sommes tombés sur un
hôpital qui a accepté de nous héberger.
J’ai dormi sur un vieux matelas jeté dans un coin.
C’est là que j ’ai rencontré
Jérôme, un enfant de 3 ans que l’armée
tutsie avait trouvé sous une pile de cadavres. Il
avait survécu pendant deux jours, accroché au
cadavre de sa mère. Jérôme vivait
à l’hôpital depuis une semaine. Ombre
silencieuse, il refusait de parler et luttait contre le
sommeil, ses yeux immenses fixés dans le vide. La
peur des cauchemars.
Des soldats de l’armée tutsie m’ont emmenée
à Rukara, un village où la population avait
été massacrée. Comment vous
décrire les dizaines de cadavres alignés
côte à côte au bord de la route, hommes,
femmes, enfants, tués, massacrés ? Des
cadavres qui gisaient là depuis deux semaines,
à moitié décomposés. L’odeur
âcre qui donnait des hauts le coeur. Le silence
assourdissant. Et les mouches, grosses, d’un noir
bleuté.
Dans l’église, des centaines de cadavres
étaient empilés. Même massacre,
même odeur insupportable, mêmes corps
emmêlés, démembrés.
J’ai compris qu’il n’y avait pas de hasard et que les gens
avaient été assassinés selon un plan
précis. Et, pour la première fois,
l’hypothèse du génocide m’a semblé
crédible.
Quinze ans
plus tard, le juge André Denis, de la Cour
supérieure du Québec, a confirmé le
génocide. En mai, il a conclu que
Désiré Munyaneza, un Rwandais qui
s’était réfugié au Canada, était
coupable de génocide, de crimes contre
l’humanité et de crimes de guerre.
La plainte contre Munyaneza a été
déposée en 1997 par un citoyen. Il a fallu 12
ans pour arriver à un verdict de culpabilité.
Douze longues années de travail entre le
dépôt de la plainte et la décision du
juge Denis.
Tout a commencé par une longue et méticuleuse
enquête de la GRC – l’enquêteur a dû se
rendre au Rwanda une quinzaine de fois –, suivie par quatre
ans de procédure, dont deux ans de procès
où ont témoigné 66 personnes
éparpillées entre Montréal, l’Afrique
et la France, le tout consigné dans 16 000 pages de
notes sténographiées.
Une affaire extrêmement complexe. « Toute la
preuve était à l’extérieur du pays
», explique Pascale Ledoux, la procureure qui a tenu
à bout de bras le dossier de Désiré
Munyaneza. Elle était épaulée par deux
collègues.
Je l’ai rencontrée cette semaine à son bureau,
juché au neuvième étage du complexe
Guy-Favreau. Une pluie forte fouettait les fenêtres
qui donnent sur le centre-ville. Son bureau est petit,
encombré. Les tablettes de sa bibliothèque
craquent sous le poids des dossiers. Un peu partout, des
photos de ses enfants. Accroché au mur, son
diplôme de l’Université de Montréal:
baccalauréat en droit obtenu en 1985.
Cheveux courts légèrement bouclés,
petites lunettes posées sur le nez, collier africain
au cou. Pascale Ledoux ne s’enfarge pas dans les
détails et va droit au but. La poursuite contre
Désiré Munyaneza représentait un
défi colossal. Avocate au ministère
fédéral de la Justice depuis 1995, elle
était habituée à des dossiers costauds
qui touchaient le crime organisé, les
stupéfiants ou la contrebande. Mais un
génocide? Jamais.
Elle est allée trois fois au Rwanda, des
séjours qui variaient entre trois semaines et deux
mois. Du temps passé loin de ses jeunes enfants. Elle
n’avait jamais mis les pieds dans un pays du tiers-monde,
encore moins en Afrique. « Le Rwanda est un pays
magnifique, dit-elle, mais j’y ai entendu les pires choses
de ma vie. C’est nécessairement bouleversant. Je
faisais un travail cartésien avec un objectif
précis, je devais garder mon objectivité.
»
Les témoignages étaient crève-coeur:
viols, meurtres, hommes et femmes massacrés à
la machette, maisons pillées, incendiées;
l’humiliation, la peur.
Les plaies sont encore vives. « Quinze ans
après le génocide, conclut le juge Denis, les
Rwandais ont peur. Les Rwandais se méfient les uns
des autres. Ils se taisent et la plupart ne veulent ou ne
peuvent parler du génocide. Leur blessure est
immense, actuelle, insupportable et
indélébile. Victimes et bourreaux confondus.
»
L’avocat de Désiré Munyaneza a
déjà déclaré qu’il
interjetterait appel. Pascale Ledoux n’en a pas fini avec le
Rwanda.
Radovan Karadzic se défile à son
procès pour génocide
TRIBUNAL
PÉNAL INTERNATIONAL
LA HAYE — Le procès pour génocide de l’ex-chef
politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, a pris
hier un faux départ en raison de l’absence de
l’accusé, qui a contraint les juges du Tribunal
pénal international (TPI) de La Haye à le
reporter à aujourd’hui.
Radovan Karadzic, qui se défend seul, « ne
comparaîtra pas » non plus à cette
nouvelle audience, a déclaré Marco Sladojevic,
l’un de ses avocats, après avoir rencontré
l’accusé. « Il demande plus de temps pour se
préparer », a-t-il précisé.
Le juge sud-coréen O-Gon Kwon a ajourné le
procès un quart d’heure après son ouverture,
en constatant « l’absence de l’accusé et d’un
avocat pour le représenter ».
I l a appelé M. Karadzic, qui avait en vain
réclamé en septembre 10 mois
supplémentaires pour se préparer, à
« être là » aujourd’hui, sans
préciser ce qui se passerait s’il était
toujours absent. Le procès doit reprendre en
après-midi aux Pays-Bas avec la présentation
par le procureur Alan Tieger des charges de génocide,
crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis
durant la guerre de Bosnie (1992-1995).
Actes d’accusation
Radovan
Karadzic, 64 ans, est notamment accusé du massacre de
Srebrenica, au cours duquel plus de 7000 hommes et
garçons musulmans ont été tués
en juillet 1995, ainsi que du bombardement de Sarajevo, qui
a fait 10 000 morts civils en 44 mois. Il plaide non
coupable.
L’accusé risque la prison à vie pour avoir,
selon l’accusation, voulu « chasser à jamais
» des millions de Musulmans et Croates des territoires
de Bosnie convoités par les Serbes, en orchestrant
une campagne de « nettoyage » ethnique.
L’acte d’accusation détaille deux charges de
génocide, lors des premiers mois de la guerre, et
pour le massacre de Srebrenica, le plus sanglant commis en
Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.
L’ajournement du procès a provoqué la
colère de mères de victimes venues de Bosnie
à La Haye. « C’est comme si on était
tués une seconde fois », a lancé Munira
Subasic, 62 ans, qui a perdu des proches lors du massacre de
Srebrenica.
Lors de la guerre, Radovan Karadzic, alors président
de la République autoproclamée des Serbes de
Bosnie, voulait, avec l’ex-président yougoslave
Slobodan Milosevic, une « Grande Serbie »
comprenant 60 % de la Bosnie.
M. Karadzic, arrêté en juillet 2008 à
Belgrade, est le plus haut responsable du conflit bosniaque
à être jugé par le TPI. M. Milosevic est
mort à La Haye en 2006 avant la fin de son
procès et le chef militaire des Serbes de Bosnie, le
général Ratko Mladic, est toujours en fuite.
LE REJET DE L’OCCIDENT -
Jocely Coulon
Le Sri Lanka, le Soudan et la Birmanie résistent
très bien aux sanctions et pressions diplomatiques
occidentales
Cessons de
nous écouter parler et trouvons une avenue de
dialogue avec le reste du monde.
QL’auteur ( j.coulon@ cerium.ca) est directeur du
Réseau francophone de recherche sur les
opérations de paix, affilié au CERIUM. Il a
séjourné au Sri Lanka en janvier dernier.
u’ont en commun le Sri Lanka, le Soudan et la Birmanie? Ces
trois pays, comme d’autres d’ailleurs, défient de
plus en plus les appels de la « communauté
internationale », de l’Occident en fait, à
faire cesser les crimes commis chez eux. Et ils
résistent très bien aux sanctions et aux
pressions diplomatiques occidentales grâce à
leurs amis. Il est temps que l’Occident revoie sa
méthode.
Aux
Occidentaux qui croient pouvoir convaincre le Sri Lanka de
cesser les combats contre la rébellion, la
réponse du président Mahinda Rajapakse se
fait virulente : « Allez voir ce qu’ils font en Irak
et en Afghanistan. »
Le Soudan et la Birmanie sont des États voyous qui se
sont placés au ban des nations depuis plusieurs
années, le premier en raison de son horrible guerre
au Darfour et le deuxième en raison de la sanglante
répression qu’il exerce contre les forces
démocratiques et de l’emprisonnement de la
charismatique Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix.
Le Sri Lanka quant à lui n’est pas
considéré comme un État voyou.
Héritier d’une solide tradition démocratique,
champion de la décolonisation et du non-alignement,
il lutte toutefois contre une rébellion aux
aspirations que certains considèrent
légitimes, mais qui est devenue avec le temps un
mouvement terroriste banni dans le monde. Cette guerre de 30
ans sert malheureusement aujourd’hui de prétexte pour
justifier une dérive autoritaire du gouvernement sri
lankais: opposants et journalistes assassinés ou en
fuite, restriction de la liberté d’expression et,
maintenant, bombardements sans merci des zones rebelles
où se trouvent pris en otages des milliers de civils.
Des sanctions économiques sont imposées aux
régimes birman et soudanais, mais elles
n’ébranlent pas les gens au pouvoir. Les
interventions diplomatiques restent elles aussi sans effet.
Ces régimes résistent d’autant plus aux
pressions occidentales qu’ils comptent dorénavant sur
une aide généreuse d’amis comme le Japon,
l’Inde, la Chine, le monde arabe, etc.
Au Sri
Lanka, les Occidentaux croient pouvoir convaincre le
régime de cesser les combats avec la
rébellion. Mal leur enprend. La réponse du
gouvernement est virulente. Le président Mahinda
Rajapakse fustige ceux qui font la leçon à son
pays sur le sauvetage des civils en leur demandant «
d’aller voir ce qu’ils font en Irak et enAfghanistan».
Et les exemples sont bien choisis. L’invasion de l’Irak par
les forces américano-britanniques a
entraîné la mort de 300000 civils irakiens et
les «bavures» en Afghanistan et au Pakistan
tuent régulièrement des dizaines, sinon des
centaines de civils au nomde la lutte contre le terrorisme.
Les Africains, les Arabes, les Asiatiques estiment que les
exactions commises ou tolérées par les
Occidentaux leur enlèvent la
crédibilité nécessaire pour chapitrer
le reste du monde sur le respect des droits les plus
fondamentaux.
En fait, lorsqu’un leader occidental déclare que
« la communauté internationale est
indignée » face à telle question, il
provoque la plupart du temps la moquerie sinon le rejet
généralisé partout dans le monde.
Comment interpréter autrement la solidarité
unanime de la Ligue arabe et de l’Union africaine envers le
président soudanais depuis son inculpation pour
crimes contre l’humanité au Darfour? Ou les
applaudissements de plus d’une centaine de
délégations aux déclarations
anti-Israël du président iranien lors de la
réunion de la Commission des droits de l’homme de
l’ONU? Ces attitudes sont répugnantes, mais elles
sont la réalité.
Je suis actuellement au Burkina Faso où j’ai
rencontré le médiateur africain sur le
Darfour, le ministre burkinabé Djibill
Bassolé. Il n’y a pas de solution miracle à ce
conflit, dit-il. Il tient simplement à souligner la
nécessité pour toutes les parties de
reconnaître leurs torts et de dialoguer de bonne foi.
Et si, en Occident, on changeait de méthode ? Notre
impératif moral n’est-il pas de nous demander
pourquoi nous n’arrivons plus à convaincre du
bien-fondé de nos idéaux et de nos actions
plutôt que d’imposer notre loi? Cessons de nous
écouter parler et trouvons une avenue de dialogue
avec le reste du monde afin que les droits les plus
fondamentaux deviennent un bien universel.
Chili 129 agents de Pinochet visés par un
mandat d’arrêt
Violations
des droits de la personne sous le régime militaire
La dictature d’Augusto Pinochet a peut-être pris fin
en 1990, mais les traces qu’elle a laissées sur la
société chilienne n’ont pas toutes
été effacées. Dans le plus grand coup
de filet de la justice chilienne à ce jour, un juge
a délivré hier 129 mandats d’arrêt
contre des anciens agents de la junte militaire pour de
graves violations des droits de la personne commises il y
a près de 30 ans.
Tantôt officiers de l’armée chilienne,
tantôt chauffeurs ou policiers, les individus
visés par le juge Victor Montiglio dans ses mandats
d’arrêt appartenaient tous à la police
secrète du régime militaire, la direction
nationale du renseignement, connue sous le nom de DINA par
les Chiliens qui l’ont redoutée pendant les 17
années du régime Pinochet.
Les accusations qui pèsent su r les agents de la ju
nte incluent plusieurs cas d’enlèvement,
d’assassinat et de torture. L’enquête qu’a
menée le juge Montiglio visait
particulièrement l’opération Condor, au
cours de laquelle des agents de la DINA ont
collaboré avec le Paraguay, le Brésil, la
Bolivie et l’Uruguay pour éliminer des dissidents
politiques, les pourchassant parfois jusqu’aux
États-Unis.
D’autres mandats d’arrêt sont aussi liés
à l’opération Colombo, lancée en 1975
et au cours de laquelle 119 opposants chiliens furent
portés disparus ou assassinés.
«C’estunevagued’arrestations très
significative. Elle démontre qu’aucun individu, peu
importe ses contacts, n’est à l’abri de la
justice», a dit hier à La Presse Jose Miguel
Vivanco, directeur de l’organisation Human Rights Watch en
Amérique latine, joint au Mexique.
P
rofesseu r d’histoire de l’Amérique latine
à l’Université du Québec à
Montréal, José Del Pozo rappelle pour sa
part que le coup de théâtre du juge
Montiglio s’inscrit dans une longue croisade du Chili
pour faire la lumière sur le lourd
héritage de l’ère Pinochet, un processus
entamé au lendemain de la chute du régime
militaire.
Depuis 19 91, la justice chilienne tente tant bien que
mal de faire la lumière sur des violations des
droits de l’homme qui ont entraîné la mort
ou la disparition de plus de 3300 personnes, dont un
grand nombre d’opposants politiques. À ce jour,
plus de 505 personnes ont été formellement
accusées. De ce nombre, 277 ont été
reconnues coupables, dont 42 généraux.
À la fin du mois de juillet, 53 d’entre eux
étaient toujours derrière les barreaux.
Lui-même arrivé au Québec pendant la
répression Pinochet, M. Del Pozo déplore
cependant que plusieurs sentences imposées aux
tortionnaires chiliens reconnus coupables de crimes
abominables ont maintes fois été
commuées par des cours d’appel. «Ça
transforme le processus judiciaire en farce. De longues
peines d’emprisonnement pour des crimes horribles se
transforment en peines à servir à la
maison», dénonce-t-il.
Autre accroc à la crédibilité de la
justice chilienne, le journal Nacion a
révélé le week-end dernier que
certains des militaires emprisonnés
reçoivent toujours un salaire de l’armée
chilienne.
« Malgré quelques scandales, on peut
facilement dire que le Chili est le pays
d’Amérique latine qui a fait le plus de
progrès pour punir des violations passées
des droits de l’homme. Ça ne veut pas dire qu’il
ne reste pas de travail à faire », soutient
Jose Miguel Vivanco. Les familles de 1000 disparus
espèrent comprendre un jour ce qui est
arrivé aux leurs.
Robert Fowler aurait été vendu à
ses ravisseurs - Catherine Handfield
Enlèvement de deux Canadiens au Niger
L’ancien diplomate canadien Robert Fowler, enlevé
par Al-Qaeda et retenu en otage pendant plus de quatre
mois au Niger, croit que ses ravisseurs ont un
informateur à l’ONU ou au gouvernement
nigérien. Selon Robert Fowler, sa présence
irritait les autorités nigériennes, qui
« haïssaient » sa mission. Le
président Mamdou Tandja semblait «
offensé, ennuyé et embarrassé
» par la décision de l’ONU d’envoyer un
émissaire dans son pays.
« Je sais que quelqu’un m’a vendu », a-t-il
déclaré lors d’une entrevue
diffusée hier soir au réseau CBC, la
première qu’il accorde depuis sa
libération, en avril.
PHOTO ARCHIVES AGENCE
FRANCE-PRESSE
Robert
Fowler
(à droite), son assistant Louis Guay (à
gauche) et leur chauffeur ont été
enlevés en décembre 2008 dans l’ouest du
Niger. Ils retournaient à la capitale, Niamey,
après avoir visité une mine d’or
exploitée par une entreprise canadienne.
Robert Fowler, son assistant Louis Guay et leur
chauffeur ont été enlevés en
décembre dans l’ouest du Niger. Ils retournaient
à la capitale, Niamey, après avoir
visité une mine d’or exploitée pa r une
entreprise canadienne.
Les trois hommes ont été enlevés
sur l’autoroute, dans un coin que l’ONU considère
pourtant comme sûr, selon M. Fowler.
Le rapt a été d’abord revendiqué
par des groupes rebelles, puis par l’organisation
« Al-Qaeda au Maghreb islamique ».
Robert Fowler croit que ses ravisseurs ont
été prévenus de ses
déplacements. Le personnel de l’ONU et le
gouvernement du Niger, qui était chargé
d’assurer sa sécurité, connaissaient son
itinéraire de voyage, dit-il.
« De qui pourrait-il s’agir ? a-t-il
demandé. Ce pourrait être le gouvernement
du Niger. Ce pourrait être un sympathisant
d’Al-Qaeda au bureau de l’ON U au Niger, au bureau de
l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest ou à la tour du
secrétariat à New York. »
Un porte-parole des Nations unies s’est distancié
des spéculations de Robert Fowler,
répliquant que, à ce stade-ci, rien ne
laisse croire à une fuite du côté de
l’ONU.
« Nous n’avons aucune information solide qui nous
permettrait de mener une enquête interne »,
a dit à La Presse Farhan Haq, soulignant que M.
Fowler n’émet que des hypothèses dans
l’entrevue qu’il a accordée à
l’émission The National. La deuxième
partie sera diffusée ce soir.
« M a is c ’est cer t a i nement u ne source de
préoccupation pour nous, a ajouté M. Haq.
Nous aimerions recevoir toute information pertinente en
lien avec cela. »
Selon Robert Fowler, sa présence irritait
les autorités nigériennes, qui
« haïssaient » sa mission.
Le président Mamdou Tandja semblait «
offensé, ennuyé et embarrassé
» par la décision de l’ONU d’envoyer un
émissaire dans son pays. Le Canadien était
chargé d’aider le gouvernement à faire la
paix avec les rebelles touaregs du nord du pays, qui
exigent une plus grande part des revenus d’extraction de
l’uranium.
Autre indice qui laisse croire à l’implication
d’un informateur : les membres du groupe qui le
séquestraient – une vingtaine d’hommes et
d’enfants – semblaient savoir qui il était, a
ajouté M. Fowler. Ils n’étaient «
pas surpris » quand l’ex-diplomate leur a
confirmé son identité.
Une captivité de 130 jours
Robert Fowler a cru qu’il ne sortirait pas vivant de sa
captivité de 130 jours.
Il se souvient qu’une camionnette leur a barré la
route et que deux hommes à bord les ont
visés avec leurs AK-47. À
l’intérieur du camion, les trois otages ont
été couverts d’une « couverture
huileuse et malodorante », et deux hommes se sont
assis sur eux pour les maintenir en place.
Le voyage qui les a menés dans un camp au nord du
Mali a duré 56 heures. Robert Fowler s’est
fracturé une vertèbre, tandis que Louis
Guay a été frappé au visage avec un
fusil.
Les ravisseurs ont forcé M. Fowler à en
registrer quatre vidéos, bien qu’aucune n’ait
été rendue publique. Dans l’une d’elles,
on lui avait bandé les yeux et attaché les
mains dans le dos, tandis que l’un de ses bourreaux
parlait lentement en arabe en faisant
référence au djihad et à Al-Qaeda.
L’ex-diplomate ca nadien devait également
assister à des « soirées
vidéo » au cours desquelles ses ravisseurs
se rassemblaient autour d’un ordinateur pour regarder
des soldats de la coalition se faire abattre en Irak et
en Afghanistan.
Joint par courriel par La Presse, Robert Fowler a
signifié qu’il n’accorderait plus d’entrevue
jusqu’à nouvel ordre.
DARFOUR Mandat renouvelé
Le Conseil de
sécurité de l’ONU a décidé hier
à l’unanimité de prolonger d’un an le mandat de
la mission de la force de maintien de la paix ONU-Union
africaine au Darfour (MINUAD), région du Soudan en
proie à la guerre civile. Le Conseil a adopté
une résolution rédigée par les
Britanniques qui décide « d’étendre le
mandat de la MINUAD (...) pour encore 12 mois jusqu’au 31
juillet 2010 » et incite la force à faire le
plein usage de ses capacités pour protéger les
civils au Darfour et garantir « un accès
humanitaire sûr, en temps adéquat et sans
entraves ».
La paix par le partage du pétrole
- Laura-Julie Perrault
Une cour
d’arbitrage redessine les frontières du «
Cachemire soudanais »
Lorsque, en 2005, au Soudan, le gouvernement de Khartoum et
le plus puissant groupe de rebelles du Sud-Soudan ont
signé un accord mettant fin à 22 ans d’un
conflit meurtrier, plus d’un litige est resté en
suspens. Au coeur des questions non réglées se
trouvait le sort d’Abyei, le « Cachemire soudanais
». Hier, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye a
tenté de mettre fin à la dispute en
redessinant les frontières de cette région
riche en pétrole. Survol des enjeux en quatre
questions. QQu’a
PHOTO TIM MCKULKA, REUTERS
Des
Soudanais sont sortis dans les rues hier, pour
célébrer la décision de la Cour
permanente d’arbitrage de La Haye, qui a
déplacé la frontière orientale de la
région d’Abyei, accordant, somme toute, la
majorité des gisements pétroliers au
gouvernement fédéral du Soudan.
décidé la Cour permanente d’arbitrage de La
Haye? R Dans un arrêt de 286 pages, la Cour permanente
d’arbitrage de La Haye a redessiné les
frontières de la région d’Abyei. Les arbitres
ont déplacé la frontière orientale de
la région, accordant du coup la majorité des
gisements pétroliers, dont celui de Heglig, au
gouvernement fédéral du Soudan, à
Khartoum, dans le nord du pays. Ils ont aussi accordé
quelques gisements au Sud-Soudan en plus de terres
ancestrales réclamées par la tribu Ngok Dinka,
proche du Mouvement de libération du sud du Soudan
(SPLM), l’ancien groupe de rebelles qui représentent
le Sud-Soudan à la table des négociations de
paix. En d’autres termes, la Cour a coupé la poire en
deux. QComment
les deux
anciens belligérants ont-ils réagi ? R
Même si la décision est surtout à
l’avantage du gouvernement de Khartoum, les deux parties au
litige ont affirmé qu’elles respecteront la
décision de la Cour d’arbitrage. Cette
dernière devrait être en vigueur jusqu’à
la tenue d’un référendum en 2011. Selon les
ententes entre les anciens belligérants, la
population d’Abyei devra alors décider si la
région sera rattachée au Nord ou au
Sud-Soudan. Le même jour, la population du Sud-Soudan
choisira si elle désire créer un État
indépendant. QQuel
est l’impact de la décision sur les populations
civiles ? R C’est en quelque sorte la grande inconnue de
cette décision. La région abrite plus de 50
tribus. Certains nomades arabes craignent que la
redéfinition de la frontière leur nuise en
coupant leur accès à d’importantes terres de
pâturage. QPourquoi
la région d’Abyei revêt-elle une telle
importance pour les deux groupes ? R Premièrement,
cette région compte plus de 60% des ressources
pétrolières soudanaises. Cependant, selon
Fabienne Hara, de l’International Crisis Group, le
pétrole n’explique pas tout. « La question
d’Abyei cristallise d’autres problèmes qui existent
entre le nord et le sud du pays », expose l’experte de
la question soudanaise. Chevauchant les deux parties du
Soudan, on y trouve à la fois des Arabes du nord du
pays, principalement musulmans, et des Africains du Sud,
chrétiens ou animistes. L’ascendant des Arabes du
Nord sur la population du Sud a été à
la base du conflit soudanais, et cette région ne fait
pas exception à la règle. Cette guerre civile,
la plus longue que l’Afrique ait connue, a fait plus d’un
million de morts. Par ailleurs, l’an dernier, l’Abyei a
été le théâtre d’importantes
violences. À la suite des affrontements, qui ont fait
plus de 100 morts, le gouvernement de Khartoum et le SPLM
ont décidé de s’adresser à la Cour
permanente d’arbitrage de La Haye.
Darfour : « J’AI EU PEURDE MOURIR »
- Agnès Gruda
ENLEVÉE
LE 4 AVRIL DERNIER DANS UN VILLAGE DU DARFOUR, LA TRAVAILLEUSE
HUMANITAIRE STÉPHANIE JODOIN A PASSÉ 25 JOURS
DANS LE DÉSERT, SOUS LA GARDE D’UNE DOUZAINE D’HOMMES
ARMÉS. ELLE A PARLÉ AVEC EUX, A PARTAGÉ
LEURS PLATS DE MANIOC ET PARFOIS MÊME QUELQU
Que faisaient les deux femmes de leurs journées
interminables ? Elles se racontaient leurs vies, de A à
Z.
Parler la langue de vos ravisseurs procure certains avantages.
Mais ça peut aussi représenter une
malédiction. Car il y a des conversations qu’il vaut
mieux ne pas entendre. Surtout quand on parle de vous. Et de
votre éventuel assassinat…
«
N’oublie
pas que chacun de ces hommes peut nous tuer s’il le faut
», a souvent répété
Stéphanie Jodoin, 31 ans, à sa compagne
d’infortune. Mais jamais la menace ne lui avait paru aussi
concrète que le jour où elle a entendu ses
ravisseurs évoquer l’hypothèse de sa propre
mort.
Pendant une journée entière, Stéphanie
Jodoin a entendu ses gardiens soudanais discuter, en arabe, de
l’opportunité de tuer « la Canadienne ».
« Je crois qu’à ce moment-là, les
négociations étaient bloquées et qu’ils
imaginaient différents scénarios »,
suppose la jeune femme, qui a été enlevée
le 4 avril avec sa collègue française, Claire
Dubois, à Ed el Fursan, un village dans le sud du
Darfour.
« N’oublie pas que chacun de ces hommes peut nous tuer
s’il le faut », a souvent répété la
Québécoise de 31 ans à sa compagne
d’infortune. Mais jamais la menace ne lui avait paru aussi
concrète que le jour où elle a entendu ses
ravisseurs évoquer l’hypothèse de sa propre
mort.
À son arrivée au Soudan au printemps,
Stéphanie Jodoin avait patienté pendant
plusieurs jours à Nyala, la capitale du SudDarfour, en
attendant les permis nécessaires pour se rendre dans
les villages où son ONG, Aide médicale
internationale, tenait une poignée de dispensaires.
Depui s l ’ en l èvement de quatre employés de
Médecins sans frontières, capturés puis
relâchés à la mi-mars, le travail de
coopérant au Darfour est devenu un métier
à haut risque.
Mais le village d’Ed el Fursan sembla i t épa
rgné , « c ’ éta i t une poche de
sécurité », selon Stéphanie Jodoin.
Le soir du 4 avril, les deux jeunes femmes discutaient donc
tranquillement avant d’aller se coucher quand un homme
armé est entré dans leur maison. Il les a
conduites vers un camion où elles ont passé plus
de deux jours couchées par terre, sous des couvertures.
Qui étaient leurs ravisseurs? Où les
conduisaient-ils ? Pourquoi ? Elles n’en savaient rien.
« Ce n’était pas rassurant du tout. »
Conversations dans le désert
Le camion s’est finalement arrêté dans un wadi,
vallée creusée par une rivière
desséchée où les deux travailleuses
humanitaires ont dormi pendant plus de 20 nuits. Le jour,
elles s’installaient sous un arbre couvert de lianes qui
formaient un abri de fortune autour d’elles.
Leurs ravisseurs les nourrissaient avec le plat traditionnel
soudanais: une pâte à base de farine de manioc
trempée dans
une sauce. Parfois, du riz au lait. Elles n’ont pas
été maltraitées et n’ont pas souffert de
la faim. L’eau était plus problématique : le
plus souvent, elles devaient se contenter d’un liquide
brunâtre peu inspirant. « Nous avons
été chanceuses, nous n’avons pas
été malades » , se réjouit
Stéphanie Jodoin.
C’est elle, pourtant, qui avait annoncé que sa compagne
Claire Dubois était gravement malade lors d’un de ses
appels téléphoniques supervisés par les
ravisseurs. C’était faux mais elle n’avait pas le
choix: ils voulaient faire monter les enchères.
Que faisaient les deux femmes de leurs journées
interminables? Elles se sont raconté leurs vies, de A
à Z. Et elles ont tué l’ennui comme elles le
pouvaient. En vérifiant la température sur leur
briquet-thermomètre, par exemple. « Une fois, il
faisait 48 degrés au soleil », se souvient
Stéphanie Jodoin.
Elles parlaient aussi avec leurs ravisseurs. « De nos
sociétés, de religion, de politique. »
Évidemment, les deux jeunes femmes filaient doux :
quand votre interlocuteur est armé d’une kalachnikov,
on n’argumente pas trop. Même quand il finit par vous
appeler par votre prénom.
Il y a eu
quelques échanges surréalistes. Un jour, l’un
des gardiens a reproché à Stéphanie
Jodoin ses cheveux courts. « Il m’accusait de ne pas
vouloir être belle et féminine, et en
déduisait que j’étais une espionne de la CIA.
» Elle en a profité pour lui expliquer qu’au
Canada, tous les enfants, même les plus pauvres, peuvent
espérer devenir médecins s’ils travaillent bien
à l’école. « Wow, c’est un bon pays
» , a répondu le ravisseur…
Les bourreaux
Elles ont pu avoir de tels échanges avec tous leurs
gardiens… sauf un. Celui-là leur a été
présenté sous le nom de zaganiotek –
Stéphanie Jodoin n’a jamais su exactement ce que cela
signifiait, mais elle a bien compris son rôle.
C’était le bourreau, qui ne communiquait d’aucune
façon avec les otages. Il détournait même
les yeux pour ne pas croiser leur regard.
« On nous a dit que si ça devait tourner mal, le
zaganiotek allait nous tuer », raconte Stéphanie
Jodoin.
Âgé d’une quarantaine d’années, vêtu
d’un habit militaire, le bourreau cultivait un sens de
l’humour particulier... Quelques heures avant l’expiration
d’un des ultimatums des ravisseurs, il s’est pointé
dans leur prison à ciel ouvert en demandant, en arabe :
« Claire n’est donc pas encore morte ? »
Tous les autres gars se sont mis à rire. «
Pourquoi ils se marrent ? » a demandé Claire, qui
ne comprend pas l’arabe. Stéphanie a attendu deux jours
avant de lui traduire la blague…
Une autre fois, les jeunes femmes discutaient de l’incidence
du suicide chez les ex-otages. « Ne te suicide pas, on
va t’envoyer zaganiotek tout de suite, tu vas éviter
d’aller en enfer! » ont suggéré les
ravisseurs, dans un nouvel éclat d’humour noir.
La libération
Un jour, après une longue conversation
téléphonique, « le patron » a dit
aux deux otages: « Mabrouk, félicitations, demain
vous partez ! » Mais ce n’est qu’après avoir
été remises à des représentants
soudanais que Stéphanie Jodoin et Claire Dubois ont
vraiment cru à leur libération.
Ré t r o s p e c t i ve m e n t , Stéphanie
Jodoin affirme n’avoir jamais remis en question sa
décision d’aller travailler au Darfour. Si
c’était à refaire, elle ferait la même
chose.
Mais pour l’avenir, elle se montre plus prudente. Car ce qui a
été le plus difficile à vivre, pour elle,
c’est l’idée de ses parents angoissés, à
l’autre bout du monde. Quatre fois, Stéphanie Jodoin a
pu leur parler au téléphone. Ils ont
passé les trois semaines à attendre d’autres
signes de vie de leur fille.
« C’est sûr que je ne me vois pas t ravai l ler au
Québec » , confie la jeune femme, dont le contrat
avec Aide médicale internationale est échu
depuis la fin du mois d’avril. Mais peut-être
qu’à l’avenir, elle va choisir des destinations moins
risquées. Madagascar plutôt que le Darfour, par
exemple…
Stéphanie Jodoin ignore toujours qui étaient
vraiment ses ravisseurs. Elle ne connaît pas les
conditions de sa libération. Ce qu’elle sait,
cependant, c’est qu’elle a laissé derrière elle
des gens qui l’avaient accueillie comme si elle était
une des leurs.
« Au village, il était impossible de se rendre
à la clinique sans qu’un voisin ne nous invite à
prendre le thé. Au marché, les gens nous
donnaient des tomates et des melons d’eau. »
Ce sont eux, ces villageois généreux, qui paient
aujourd’hui le prix de cet enlèvement qui a
forcé Aide médicale internationale à
suspendre ses activités au Darfour.
La menace a changé de visage
Quand des gens
lui demandent ce qui lui cause des insomnies, Kevin McCourt
répond sans réfléchir : « C’est la
sécurité de mon personnel. »
Kevin McCourt dirige la section canadienne de l’organisation
humanitaire CARE. « Nous sommes partout où
ça va mal », résume-t-il.
Au fil des ans, CARE Canada a perdu des dizaines
d’employés. En Somalie, au début des
années 90. Au Rwanda, pendant le génocide.
Mais depuis quelque temps, la menace a changé de
visage. « Il y a 20 ans, les employés risquaient
leur vie parce qu’ils se trouvaient au mauvais endroit, au
mauvais moment. Aujourd’hui, ils sont directement
ciblés par les belligérants. »
Encor e r écem ment , de s employés de CARE
Canada ont été menacés en Somalie.
L’organisation humanitaire a fini par suspendre plusieurs
projets dans ce pays. Elle ne pouvait plus garantir la
sécurité de son personnel.
CARE n’est pas la seule. Avec 122 coopérants
tués et 62 enlevés, les organisations
humanitaires ont payé, en 2008, un lourd tribut
à la violence.
C’était de loin la pire année pour les
coopérants, affirme le Centre sur la coopération
internationale, qui documente le phénomène
depuis 13 ans.
En 1998, ce centre de recherche ne recensait que 27 attaques
contre des humanitaires. L’an dernier, il y en eu plus de 155.
Le risque d’enlèvement a augmenté de 350% depuis
trois ans. Et les coopérants risquent désormais
davantage de se faire tuer que… les soldats de l’ONU.
De plus en plus, ces attaques visent spécifiquement les
organisations internationales et leurs employés
étrangers, constate le Centre de coopération
internationale. Pourquoi ? En partie pour des raisons
politiques. Et en partie par appât du gain.
Perte d’immunité
«
Autrefois, les véhicules blancs avaient une certaine
immunité. Plus maintenant », note Marion Turmine,
directrice de projets pour Oxfam-Québec.
Cette immunité a été tellement
écorchée que plusieurs ONG ont
décidé de repeindre leurs véhicules en
rouge ou en vert. Question de passer inaperçues...
Pourquoi donc ceu x qui apportent de l’aide aux civils se
trouvent-ils, désormais, dans la mire des groupes
armés? En partie parce que les organisations
humanitaires se livrent
de plus en plus à une sorte de mélange de
genres, en s’associant de trop près à des forces
militaires, déplore Jerry Barr, du Conseil canadien
pour la coopération internationale.
Du coup, les t ravai l leurs humanitaires sont identi
fiés aux armées combattantes,
déplore-t-il.
La forme même des conflits a changé, augmentant
le risque pour les coopérants, dit
Frédéric Sanchez, de la section canadienne de
Médecins sans frontières. « Quand j
’étais en Bosnie, pendant les guerres des Balkans,
c’était plus simple: il y avait deux ou trois
armées qui se battaient entre elles, et nous avions des
interlocuteurs avec qui négocier »,
rappelle-t-il.
Aujourd’hu i , les fact ions se multiplient, les conf lits se
fragmentent : un chef peut bien signer des accords de paix, il
n’est pas certain qu’ils seront respectés au prochain
poste de contrôle…
« Les yeux de l’Occident »
Au Darfour, la situation s’est détériorée
abruptement le jour où la Cour pénale
internationale a émis son mandat d’arrêt contre
le président soudanais Omar Béchir. Ce dernier
savait bien que les enquêteurs de La Haye
s’étaient basés sur des rapports d’ONG qui
documentent la situation sur le terrain. Pas étonnant
que ces organisations soient désormais perçues
comme « les yeux de l’Occident », dit Fabienne
Hara, de l’International Crisis Group.
Mais souvent, les agresseurs sont aussi motivés par le
simple appât du gain. « Le gouvernement soudanais
a expulsé les ONG occidentales pour des raisons
politiques. Peut-être vont-elles pouvoir retourner un
jour au Darfour. Mais en attendant, qu’est-il arrivé
à leur équipement et à leurs ordinateurs?
Ils ont été volés, dit Mme Hara.
Résultat combiné de tous ces facteurs de risque:
les organisations humanitaires se replient. Ces derniers
temps, 12 projets majeurs ont dû être
fermés dans six pays où la situation est devenue
intenable pour les coopérants. Pour le grand malheur
des civils.
DARFOUR Négociations de paix sur fond de
combat - Laura-Julie Perrault
Inquiets de la
reprise récente des combats au Darfour, des
représentants des Nations unies et de cinq
gouvernements influents, dont la Chine et les
États-Unis, se rencontreront à Doha, auQatar,
aujourd’hui. Leur objectif : obtenir un cessez-le-feu entre le
gouvernement soudanais et les rebelles du Mouvement justice et
égalité ( JEM). Une mission qui ne s’annonce pas
de tout repos.
Les
membres du JEM, plus puissant groupe rebelle, ont des
visées pour le Darfour, mais aussi pour le reste du
pays.
Ravageant la province occidentale du Soudan depuis 2003, le
conflit armé a connu une accalmie, cet hiver,
après que les deux belligérants eurent
signé un « accord de bonne volonté
». Mais la trêve aura été de courte
durée. Accusant le gouvernement d’avoir violé
l’entente conclue à Doha en février en refusant
notamment de procéder à un échange de
prisonniers, le JEM a lancé des offensives contre deux
bases militaires du Nord-Soudan dans les derniers jours.
Les rebelles islamistes clament qu’ils veulent «
libérer une zone » à la frontière
du Tchad, pour permettre à l’aide humanitaire d’entrer
au Darfour, où 4 millions de personnes dépendent
de l’assistance internationale pour survivre. Le gouvernement
soudanais a rétorqué en bombardant les rebelles,
dans le désert. Hier, Khartoum a affirmé que 43
rebelles et 20 soldats ont péri au cours des derniers
jours.
Néanmoins, des représentants des deux parties au
conflit sont arrivés à Doha pour la reprise des
pourparlers de paix. Pour le moment, aucune rencontre
officielle n’est prévue entre les deux
belligérants. Ce matin, ce sont plutôt les tiers
pays, engagés dans le processus de
réconciliation au Darfour, qui tenteront de trouver des
solutions à l’impasse. Autour de la table, les Nations
unies, l’Union européenne, la France, la
Grande-Bretagne, la Russie, la Chine et les États-Unis
tenteront de s’entendre sur l’approche à
privilégier pour convaincre l’armée et les
rebelles de faire taire leurs fusils.
« Les
objectifs des négociations ne sont pas très
clairs. De plus, le JEM ne croit pas à la solution
politique, mais plutôt à la situation militaire
», explique Fabienne Hara, vice-présidente aux
affaires multilatérales à l’International
Crisis Group, un prestigieux institut de recherche qui se
penche sur les conflits mondiaux. Le JEM, plus puissant
groupe rebelle, a des visées non seulement pour le
Darfour, mais pour le reste du pays, note l’experte du
Soudan qui était de passage à Montréal
cette semaine pour prononcer une conférence.
Les planètes s’alignent
Malgré le scepticisme entourant la reprise du
processus de Doha aujourd’hui, Fabienne Hara croit
néanmoins que d’autres planètes s’alignent en
faveur d’un règlement au Darfour. Les
États-Unis, remarque-t-elle, font preuve d’une
nouvelle volonté politique à l’égard du
Soudan et déploient des efforts diplomatiques
majeurs. Cette semaine, le nouvel envoyé
spécial du président Obama au Darfour, Scott
Gration, s’est rendu en Chine et en Europe pour
préparer le terrain. « Les Américains
ont un levier important : le gouvernement soudanais veut une
normalisation de ses relations avec les États-Unis
», soutient Mme Hara.
Cette normalisation prendra tout son sens aux
élections soudanaises prévues pour 2010 et au
référendum sur le sort du Sud-Soudan, qui
devrait avoir lieu en 2011. Elle pourrait aussi avoir un
impact sur le mandat d’arrêt qu’a émis la Cour
pénale internationale contre le président Omar
Béchir, plus tôt ce printemps. Ce dernier est
accusé de crimes contre l’humanité. « Si
le gouvernement de Khartoum joue bien ses cartes, il peut
redevenir l’interlocuteur principal », conclut Mme
Hara.
« La Shoah recommence », dit la mère
de la victime
France
: LA CONCLUSION DU PROCÈS DU « GANG DES
BARBARES » FAIT POLÉMIQUE -
Marc Thibodeau
« La politique a repris ses droits sur la justice en
permettant aux familles de victimes de peser
démesurément sur le travail des tribunaux.
»
La conclusion du procès du « gang des barbares
», dans lequel une vingtaine de jeunes de la banlieue
parisienne étaient jugés pour
l’enlèvement, la séquestration et l’assassinat
d’un jeune Français de confession juive, Ilan Halimi,
soulève la controverse.
Plusieurs associations juives, à l’instar de la
famille de la victime, ont dénoncé avec
virulence les peines imposées vendredi dernier
à plusieurs des accusés, les jugeant trop
clémentes par rapport à la gravité du
crime et de son caractère antisémite,
dénoncé par d’importantes manifestations en
2006.
Seule la condamnation à perpétuité du
chef du gang, Youssouf Fofana, qui ne pourra recouvrer la
liberté avant moins de 22 ans, a été
accueillie favorablement.
Sur les ondes d’Europe 1, la mère de la victime, Ruth
Halimi, s’est dite « effarée », hier, que
certains accusés aient reçu des peines
inférieures à celles qui étaient
demandées par l’avocat général,
Philippe Bilger.
Une jeune femme ayant servi « d’appât »
pour enlever Ilan Halimi, laissé pour mort
près d’un chemin de fer après 24 jours de
séquestration et de torture, a notamment
écopé de neuf ans, alors que 10 à 12
ans étaient demandés.
Mme Halimi a aussi déploré que les
procédures se soient déroulées à
huis clos parce que deux accusés étaient
mineurs au moment des faits.
Dans le cas cont rai re, la France « aurait pris
conscience qu’aujourd’hui, la Shoah recomsident de
l’organisation, Sammy Ghozlan.
Le Conseil représentatif des institutions juives de
France (CRIF) avait dénoncé le
réquisitoire de l’avocat général comme
trop clément avant même que les jurés ne
se prononcent.
Youssouf
Fofana, qui se présente comme un martyr de l’islam,
n’a rien fait pour apaiser les esprits durant le
procès, multipliant les provocations. Il a notamment
dit à la Cour que sa date de naissance était
celle de la mort d’Ilan Halimi et lancé ses mence
», a déclaré la mère, qui
réclame des peines « à la hauteur de ce
qu’Ilan a subi ».
Le Bureau national de vigilance contre
l’antisémitisme (BNVCA), qui recense les actes
antisémites commis sur le territoire français,
a dénoncé un jugement « indulgent pour
les meurtriers antisémites ».
« C’est la première fois depuis la Shoah,
l’occupation nazie, la collaboration, la déportation,
qu’un juif est assassiné en France parce que juif
», a déclaré le présouliers dans
la direction de la partie civile.
L’avocat général a défendu, dans les
médias, le verdict des jurés en soulignant
qu’il respectait « la hiérarchie des
responsabilités que j’avais proposée ».
Mais il a été contredit par la ministre de la
Justice, Michèle Alliot-Marie, hier. Elle a
demandé au parquet général d’en appeler
des décisions ciblant tous les accusés qui ont
reçu une peine moindre que demandée, ce qui
touche 14 d’entre d’eux.
Une décision saluée par M. Ghozlan, joint en
Israël. « Elle nous redonne confiance dans les
institutions et ceux qui gouvernement le pays »,
a-t-il déclaré.
L’Union syndicale des magistrats ( USM) a
décrié de son côté cette
intervention « inquiétante ». Selon son
président, Christophe Régnard, elle
démontre que « la politique a repris ses droits
sur la justice en permettant aux familles de victimes de
peser démesurément sur le travail des
tribunaux ». L’avocat Michel Konitz, qui
représente l’un des accusés ayant joué
un rôle secondaire dans l’affaire, a dit sentir un
« grand sentiment de malaise » face à
l’appel.
Il soupçonne le gouvernement, et plus
particulièrement le président Nicolas Sarkozy,
de céder à « l’énorme battage
» fait autour du verdict de vendredi dernier.
« Vous savez, nous ne sommes pas dans un pays
où la justice a les mains libres. Le système
est à la botte de Sarkozy, qui ne réagit que
par utilité électorale », a
critiqué l’avocat.
M. Gohzlan fait peu de cas de cette analyse. « Les
avocats peuvent penser ce qu’ils veulent. Ce que nous
recherchons, c’est que justice soit faite sur un meurtre
anti-juif commis en sol français », a-t-il dit.
La diplomatie du ballon rond - Laura-Julie
Perrault
Le
traité entre la Turquie et l’Arménie a
passé l’épreuve du feu : un match de soccer
Le match éliminatoire de la Coupe du monde a eu lieu
dans un stade comble. Les équipes nationales de la
Turquie et de l’Arménie étaient au rendezvous.
Cependant, les athlètes savaient pertinemment que
l’enjeu du match auquel ils prenaient pa r t n’éta i
t pas sportif, mais politique. Et que l’essentiel du match
se déroulait loin du terrain, dans les gradins.
PHOTO MUSTAFA OZER, AFP
Malgré
quelques accrocs, la plupart des observateurs ont
jugé que le match entre les équipes
nationales de la Turquie et de l’Arménie avait
été un franc succès.
Le match de soccer de mercredi, qui a eu lieu dans la ville
turque de Bursa, était en quelque sorte le test
populaire d’un traité de réconciliation
signé par les chefs d’État des deux
gouvernements à Zurich samedi dernier.
Ennemis jurés depuis près d’un siècle,
l’Arménie et la Turquie veulent remettre sur les
rails leurs relations diplomatiques et rouvrir leur
frontière, cadenassée depuis 1993.
Conséquemment, la plupart des médias qui ont
couvert le match de mercredi soir qui avait lieu dans la
ville turque de Bursa se sont peu i ntéressés
au score. La Turquie a gagné 2 à 0, mais cette
victoire n’avait aucun impact, les deux pays étant
déjà éliminés dans le cadre des
qualifications de la Coupe du monde.
Les journalistes ont plutôt gardé les yeux sur
les spect ateurs. « Une minorité de spectateurs
ont sifflé lors de l’hymne national arménien
», a rapporté l’un d’eux. « Des pierres
ont été la ncées sur l’autobus des
joueurs arméniens », a rapporté un
autre. « Les athlètes arméniens ont
été hués lors de la présentation
dans le stade », a ajouté un troisième.
Malgré ces accrocs, la plupart des observateurs ont
jugé que le match avait été un franc
succès. « La paix a gagné », a
titré hier en une le populaire journal turc Milliyet.
Les
autorités avaient craint le pire. Des groupes
nationalistes turcs qui s’opposent à l’entente entre
les deux pays avaient promis de perturber la manifestation
sportive à laquelle ont assisté les
présidents des deux pays, Abdullah Gül et Serge
Sarkissian.
Ne voulant pas laisser de c hance aux protestataires, l’
État avait déployé plus de 3000 gardes
de sécurité à l’entrée du stade.
Selon une correspondante de la télévision
française, près de la moitié des 18 000
sièges du stade avaient été
cédés à des policiers et à des
militaires en civil.
Ce dispositif de sécurité illustre à
lui seul l’importance qu’accordent au nouveau traité
les deux pays qui ont mis neuf ans à s’entendre.
« Nous n’écrivons pas l’histoire, nous la
bâtissons » ont été les mots du
président turc lors de la signature du document le
week-end dernier.
Après la signature
Les deux chefs d’État doivent maintenant mener une
autre bataille : faire accepter l’accord par leur population
et leur parlement respectif.
« Ça ne sera pas facile. Il risque d’y avoir
des pas en arrière, mais en même temps, i l y a
de fortes i ncitations pour les deux pays. I l y a aussi une
forte pression des États-Unis et de la Russie, qui
soutiennent l’entente », explique Hugh Pope, expert de
la Turquie et du Caucase à l’ International Crisis
Group. Si l ’ a c c ord e s t r a t i f i é , la
Turquie gagnera des points auprès de l’ Union
européenne. L’Arménie, quant à elle,
sera désenclavée et gagnera sur le plan
commercial.
Parmi les points de litige qui pourraient freiner la
ratification se trouvent toujours les deux principales
pommes de discorde qui sont à l’origine du conflit
turco-arménien, écartées du protocole
de réconciliation. D’une part, la reconnaissance par
la Turquie du génocide a r ménien. De l’autre,
l’occupation illégale par l’Arménie de
territoires de l’Azerbaïdjan, un allié de la
Turquie, depuis la guerre du Haut-Karabakh. L’accord de
réconciliation met sur pied des comités qui
traiteront de ces questions. « C’est un grand pas en
avant. L’approche hostile n’a rien donné à ce
jour », estime Hugh Pope.
Les nuages se dissipent sur le mont Ararat : La Turquie et
l’Arménie sur la route (sinueuse) de la
réconciliation
ANALYSE
Du centre-ville d’Erevan, capitale de l’Arménie, le
mont Ararat et sa cime enneigée semblent être
à un jet de pierre. Pourtant, depuis 1993, date de la
fermeture de la frontière avec la Turquie, les
Arméniens doivent se contenter d’admirer de loin la
montagne qui a vu naître leur culture. Mais
peut-être pas pour longtemps.
La
reconnaissance du génocide arménien est
toujours le principal point de litige entre l’Arménie
et la Turquie. Ces manifestants sont descendus dans les rues
d’Erevan le 24 avril pour souligner le 94e anniversaire des
événements de 1915. La veille, les deux pays
ont annoncé qu’ils se sont entendus sur une carte de
route qui permettra de normaliser leurs relations.
Après des années de relations glaciales, la
Turquie et l’Arménie sont en voie de se
réconcilier. Le 23 avril, à la fin de deux ans
de négociation, les dirigeants des deux pays
frontaliers ont convenu d’une « carte de route »
pour assainir leurs liens.
Négocié en Suisse, le contenu de cette carte de
route est pour le moment maintenu secret . Cependant, la
Turquie a déjà annoncé qu’elle songe
ouvrir sa frontière avec l’Arménie,
fermée il y a 15 ans au milieu de la guerre du
Haut-Karabakh qui s’est soldée par l’annexion de 20% du
territoire de l’Azerbaïdjan, important allié de la
Turquie, par l’Arménie.
Ce premier geste n’est pas passé inaperçu. Les
États-Unis et l’Europe voient d’un très bon oeil
cette initiative, mais l’Azerbaïdjan, de son
côté, rage. Des médias du pays ont
suggéré au gouvernement de fermer le robinet qui
alimente en gaz naturel la Turquie.
Hier, pour rassurer son allié sur ses intentions, le
premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est rendu
à Bakou. Il y a fait un exposé enflammé
sur le lien fraternel qui unit les deux pays turcophones.
« Il y a un lien de cause à effet ici.
L’occupation du Karabakh est la cause et la fermeture de la
frontière, l’effet. Il est impossible pour nous
d’ouvrir cette frontière sans la fin de l’occupation
», a dit hier en conférence de presse M. Erdogan.
La Turquie pourra-t-elle à la fois ménager
ses relations avec son allié et améliorer celles
avec la Turquie? Expert de la région, Hugh Pope, analyste
à l’International Crisis Group, croit que oui. «
Pour le moment, la réaction de l’Azerbaïdjan est
émotive. Mais la Turquie peut l’apaiser par d’autre
moyens, en l’assurant notamment qu’elle est toujours de son
côté et en payant un meilleur prix pour le gaz
qu’il reçoit ». Ce dernier sujet était
d’ailleurs à l’agenda de la visite du premier ministre
turc hier.
Et que pense l’Arménie de tout ça ? Dans une
récente entrevue au Wall Street Journal, le
président arménien, Serge Sarkissian, a
noté que la « balle est dans le camp » de la
Turquie. La formule n’est pas fortuite. L’an dernier, M.
Sarkissian a fait un premier pas vers la Turquie en invitant son
homologue turc à assister à un match de soccer
entre les deux pays.
L’ouverture de la frontière aurait un effet
immédiat pour l’Arménie, quasi enclavée
entre l’Azerbaïdjan et la Turquie. Cette situation est
devenue plus qu’évidente l’été dernier
pendant le conflit russo-géorgien alors que
l’Arménie a vu son unique porte vers la mer Noire et
l’Europe compromise. Néanmoins, le principal point de
litige entre les deux pays demeure la reconnaissance du
génocide arménien de 1915. À cette
époque, sous l’Empire ottoman, plus d’un million
d’Arméniens ont péri. Des millions d’autres ont
dû fuir ou se convertir à l’islam.
La Turquie conteste cette version de l’histoire et soutient que
des vies ont été perdues des deux
côtés pendant cette période
mouvementée. Depuis décembre dernier, cependant,
des failles apparaissent dans le discours turc. Un groupe de 200
intellectuels de renom ont ébranlé les certitudes
du pays en envoyant aux Arméniens une lettre d’excuse
pour la « Grande Catastrophe » de 1915.
Depuis, la Turquie a suggéré d’ouvrir les archives
de l’Empire ottoman à des historiens des deux pays afin
de rétablir les faits. Selon Hugh Pope, cette approche
est prometteuse. « Les experts devront identifier les
événements sur lesquels ils s’entendent ».
Un terrain commun qui se bâtira un pouce à la fois.
URUMQI — L’histoire, l’économie et la culture
opposent Ouïgours et Hans - Robert Saiget
Des fruits de
la croissance mal répartis, des incompréhensions
culturelles, un ressentiment historique: l’amertume des
Ouïgours du Xinjiang est profonde, même si certains
n’aspirent qu’à vivre en harmonie avec les Hans,
l’ethnie majoritaire en Chine.
Cette région, islamisée au VIIIe siècle
avec la formation d’un royaume de Turcs ouïgours au Gansu
occidental (province voisine selon les divisions
administratives actuelles), était un creuset de
civilisations et de peuples, y compris hans, depuis
l’Antiquité.
Après une brève République du Turkestan
oriental, les communistes chinois la libérèrent
« pacifiquement » à leur arrivée au
pouvoir à Pékin, en 1949.
De quelque 6% alors, la proportion des Hans est passée
à environ 40% aujourd’hui, faisant presque jeu
égal avec les Ouïgours, effondrés de
devenir minoritaires sur leur propre terre.
« Les
Chinois hans ne nous aiment pas, ils nous méprisent
et nous font subir des discriminations », dit
Abdullah, Ouïgour.
« La plupart des entreprises chinoises ne veulent pas
embaucher d’Ouïgours et quand elles nous embauchent,
elles nous traitent mal », explique cet homme de 28
ans qui vit à Urumqi, la capitale provinciale
secouée par des émeutes meurtrières le
5 juillet.
Zhang Xuesheng, un Han de 52 ans ayant pratiquement toujours
vécu au Xinjiang, met l’accent sur les
problèmes linguistiques.
« La communication ne passe pas, cela conduit à
beaucoup d’incompréhension. Bon nombre
d’Ouïgours savent qu’ils ne s’en sortiront pas s’ils ne
parlent pas le chinois. En même temps il serait bien
que les Chinois (hans) ici apprennent l’ouïgour
», ditil. « J’adore cet endroit, j’adore les
Ouïgours. On va dépasser tout ça. »
Certains Ouïgours, appartenant à la nouvelle
génération éduquée,
tempèrent aussi : « Ces dernières
années, les minorités se sont bien entendues
avec les Chinois hans et nos vies se sont
améliorées », dit Akbar, dans un parfait
mandarin.
« Ils disent que les émeutes n’étaient
pas liées à des problèmes religieux,
mais depuis, nous n’avons pas eu le droit d’aller à
la mosquée », relève Zabuti, un
Ouïgour, devant une mosquée, fermée,
proche du marché oriental d’Urumqi.
Rassemblements interdits à Urumqi -
Dan Martin
Une semaine après les émeutes dans le Xinjiang, en
Chine
— Les
rassemblements publics ont été interdits
à Urumqi hier, jour de deuil des Hans, et la tension
restait vive, une semaine exactement après les
émeutes ethniques qui ont fait au moins 184 morts et 1
680 blessés, selon un nouveau bilan.
PHOTO PETER PARKS, AFP
Des policiers paramilitaires chinois
montaient la garde hier devant le grand bazar, à
Urumqi, la capitale du Xinjiang.
La police d’Urumqi a annoncé que tout rassemblement,
défilé ou manifestation était interdit
dans la capitale du Xinjiang, région autonome du
nord-ouest de la Chine.
Les autorités, tout en affirmant qu’elles «
maîtrisent la situation », ont annoncé que
« les réunions, marches (de protestation) ou
manifestations dans les rues ou en plein air ne sont pas
autorisées sans permis de la pol ice » , a
annoncé l’agence Chine Nouvelle.
La police a averti qu’elle « dispersera les
rassemblements illégaux conformément à la
loi et est habilitée à prendre les mesures
nécessaires si la foule refuse de se disperser ».
Une semaine précisément après les
émeutes, hier était le septième jour de
deuil pour les Hans, journée pendant laquelle cette
communauté doit traditionnellement honorer la
mémoire d’un défunt en organisant une
cérémonie.
Généralement, il s’agit de brûler dans la
rue, près de l’endroit où la personne est
décédée, de l’encens et du
papier-monnaie, notamment près des carrefours, afin de
permettre à l’âme du mort de retrouver plus
facilement le chemin de son domicile, selon la croyance.
Les violences de dimanche dernier ont fait, d’après le
dernier bilan publié par les autorités
régionales, 184 morts, dont 137 Hans, l’ethnie
majoritaire en Chine, 46 Ouïgours, l’ethnie majoritaire
au Xinjiang, musulmane et turcophone, et un Hui, autre
minorité musulmane.
Révisant très nettement à la hausse le
chiffre des blessés lors du 5 juillet, Nur Bekri,
président du gouvernement régional du Xinjiang,
a annoncé que celui-ci était passé de 1
080 à 1 680.
Sur ce total, 939 blessés sont hospitalisés,
a-t-il précisé dans un discours
télévisé, dont 216 dans un état
grave et, parmi ces derniers, 74 dans un état critique.
Les
Ouïgours en exil ont fait état de leur
côté de milliers de morts.
La place du Peuple, qui avait été le centre
névralgique des protestations des deux
côtés, était toujours fermée
hier, et de nombreux policiers antiémeute y
étaient en faction, a constaté un
correspondant de l’AFP.
Plusieurs accès au principal quartier ouïgour
étaient de nouveau fermés alors qu’ils avaient
été rouverts les jours
précédents.
Si beaucoup de commerces avaient rouvert, une très
forte défiance régnait entre les
communautés ethniques d’Urumqi.
« Ça reste toujours dangereux », a
déclaré le propriétaire d’un
supermarché, un Han nommé Lin, à qui
l’AFP a demandé s’il se risquerait en quartier
ouïgour.
« J’ai des amis qui y sont allés hier (samedi)
et ont été menacés par des
Ouïgours, ils ont dû partir en courant »,
a-t-il dit.
Les forces de sécurité quadrillaient toujours
les rues d’Urumqi, armées de fusils et de matraques.
Un Ouïgour, qui préférait ne pas donner
son identité, a lui aussi exprimé sa crainte :
« On a peur nous aussi, on ne veut pas aller vers la
gare ferroviaire ou d’autres endroits où il y a
beaucoup de Hans. »
Des habitants d’autres localités du Xinjiang,
région peu peuplée qui constitue un
sixième du territoire chinois, ont aussi fait
état de vives tensions.
La grand-mère qui fait trembler le régime
chinois - Laura-Julie Perrault
Violences
ethniques dans la province de Xinjiang Le régime
communiste chinois ne cache plus que les épisodes de
violences ethniques qui ont fait au moins 156 morts depuis
dimanche dans la province de Xinjiang l’inquiètent.
Hier, le chef d’État chinois, Hu
« Elle se bat pour les droits humains de notre peuple et
pour son autodétermination. Elle prône la
non-violence. »
Dans un passé pas si lointain, Rebiya Kadeer
était l’illustration même du succès
à la chinoise : femme d’affaires aguerrie, née
dans une famille sans le sou, elle était appelée
avec respect « la millionnaire » et faisait partie
d’importants comités communistes. Une décennie
plus tard, cette même femme est la bête noire du
régime de Pékin, qui l’accuse d’être
à l’origine des émeutes ethniques qui secouent
le Xinjiang.
PHOTO PABLO MARTINEZ
MONSIVAIS, ASSOCIATED PRESS
Rebiya Kadeer, dirigeante du
Congrès mondial ouïgour, est
considérée comme le « dalaï-lama
des Ouïgours » par ses partisans.
L’allégation selon laquelle Mme Kadeer aurait
incité ses partisans à se soulever contre
l’ethnie majoritaire chinoise, les Hans, est la
dernière d’une longue liste. Le gouvernement communiste
soutient aussi que Mme Kadeer, qui appartient à la
minorité ouïgoure – musulmane et turcophone –,
entretient des liens avec le Mouvement islamique du Turkestan
oriental, un groupe qui figure sur la liste des organisations
terroristes du département d’État
américain.
Pékin avance par ailleurs que l’ancienne femme
d’affaires, exilée aux États-Unis d’où
elle dirige le Congrès mondial ouïgour, une
organisation de la diaspora, prône le «
séparatisme » du Xinjiang et, par le fait
même, l’éclatement de l’empire du Milieu.
Les partisans de Mme Kadeer ont une tout autre opinion de la
mère de 11 enfants (et grandmère à
maintes reprises), qui a passé 6 ans dans une prison
chinoise avant d’être expulsée de force vers les
États-Unis.
« Elle est le dalaï-lama des Ouïgours, a dit
hier à La Presse Kayum Masimov, de l’Association
ouïgoure du Canada. Elle se bat pour les droits humains
de notre peuple et pour son autodétermination. Elle
prône la non-violence », a-t-il soutenu, faisant
écho aux propos qu’a tenus cette semaine la principale
intéressée devant un groupe de journalistes
à Washington.
Du tailleur
à la
Pour beaucoup d’Ouïgours dispersés dans le monde,
Rebiya Kadeer est devenue une icône de leur
identité. Née en1942, elle a d’abord
été blanchisseuse. À l’époque, les
lois ne permettaient pas aux Ouïgours de faire des
affaires. Dès que cette règle a
été assouplie, Rebiya Kadeer s’est lancée
dans le commerce et a fait fortune. « Longtemps, le
gouvernement chinois a fait d’elle un symbole, l’affichant
partout pour montrer comment la Chine traitait bien ses
minorités », se souvient Kayum Masimov.
Mais tout cela a changé en 1996. Cette
année-là, le mari de Mme Kadeer, militant des
droits humains au Xinjiang, s’est exilé aux
États-Unis. Quelques mois plus tard, les
autorités ont confisqué le passeport de Mme
Kadeer. Ce durcissement de l’État n’a pas
empêché la « millionnaire » de
fonder, en 1997, le projet des « 1000 mères
» pour aider d’autres femmes de son ethnie à
devenir entrepreneuses.
Deux ans plus tard, Rebiya Kadeer a été
arrêtée puis incarcérée pour avoir
« transmis des informations » qui mettaient la
« sécurité nationale en danger ».
Selon les notes de cour, l’État chinois lui reprochait
d’avoir fait parvenir à son mari des articles de
journaux chinois. Pour ce crime, elle a été
condamnée à sept ans de prison.
Libérée le 14 avril 2005, elle a
été expulsée du pays trois jours plus
tard. Depuis, la sexagénaire, qui a troqué ses
tailleurs BCBG contre le vêtement ouïgour, la
toppa, dénonce sur toutes les tribunes les injustices
auxquelles les Ouïgours sont soumis. Elle décrie
notamment la présence de 100 000 d’entre eux dans les
prisons chinoises où, selon elle, ils sont soumis
à des traitements inhumains. Parmi les interlocuteurs
avait qui elle a discuté figurent George W. Bush et
Stephen Harper.
Son bras de fer avec l’État chinois, qui vient de
monter d’un cran cette semaine, fait des victimes
collatérales. Au moins deux de ses fils croupissent
actuellement dans des prisons chinoises.
La différence ouïgoure...
- Stéphanie Bérubé
Quatre
habitants sur dix sont des Ouïgours dans la région
autonome du Xinjiang, qui est actuellement sous haute tension.
Notre journaliste y a séjourné. Elle nous parle
aujourd’hui du peuple ouïgour, turcophone et musulman. De
sa différence et de sa cohab
La différence ouïgoure saute aux yeux, pour
quiconque arrive au Xinjiang. Le visage souriant des habitants
et leur aplomb à discuter avec les étrangers de
passage; leurs yeux pâles immanquables contre leur teint
foncé. Les accents turcophones. L’odeur de grillades
des étals de brochettes épicées qui est
soufflée dans l’air poussiéreux.
PHOTONGHANGUAN, AP
Ce Han est descendu armé dans
les rues, comme des milliers de ses compatriotes, pour se
venger des violences sanglantes commises dimanche par les
Ouïgours.
Rien à voir avec Pékin, Shanghai ou même
le sud de la Chine si souvent visité par les touristes.
Cette province de l’extrême ouest de l’empire du Milieu
ne figure d’ailleurs pas souvent sur les itinéraires
touristiques.
D’abord, elle est difficile d’accès. Plus de deux
éreintantes journées de train de Pékin,
dans des conditions pas souvent idéales. En avion, les
liaisons à partir de la capitale sont
fréquemment coupées, pour cause de
tempêtes de sable. Car le Xinjiang est une province de
déserts. Turfan, par exemple, ressemble à un
mirage.
Dans le mythique désert de Taklamakan, cette petite
ville est frappante de verdure, fruit d’un ingénieux
système d’irrigation. Si efficace, ce système,
qu’à Turfan, on fait pousser la vigne et on produit un
vin rouge, pour consommation locale. Les habitants en sont
néanmoins très fiers et l’offrent volontiers aux
visiteurs.
Mosquées et temples
Au premier regard, rien ne laisserait deviner que Turfan se
trouve sur un territoire explosif. Dans les rues, les
mosquées voisinent les temples. La vie paraît
paisible. Mais au marché, on vend des tapis et des
ragoûts de mouton qui nous rappellent que la province a
bien plus à voir avec le Pakistan voisin qu’avec la
métropole chinoise.
L’affichage y
est bilingue, puisque contrairement à d’autres Chinois
de confession musulmane, les Ouïgours ne parlent pas le
mandarin, traditionnellement. Il n’est d’ailleurs pas rare de
croiser dans les rues d’Urumqi, la capitale provinciale
où se sont déroulés les sanglants
affrontements de la fin de semaine dernière, des vieux
qui ne comprennent toujours pas un mot de mandarin.
En 1949, au moment où Mao Zedong et les communistes ont
pris le contrôle à Pékin, il y avait une
écrasante majorité ouïgoure dans le
Xinjiang qui était une province autonome, le Turkestan
oriental. Trois Chinois sur quatre étaient
ouïgours, alors que les Hans ne représentaient
à peine plus de 6% de la population. Ces Chinois
« de souche » comptent maintenant pour 40% de la
population du Xinjiang, grâce à la politique
d’immigration incitative de Pékin qui favorise leur
établissement dans des provinces où les
minorités sont particulièrement visibles. Les
Ouïgours sont toujours majoritaires au Xinjiang, mais on
estime qu’ils ne représentent plus que 45% de la
population.
Assimilation forcée
La capitale, Urumqi, où se prennent les
décisions politiques, est le seul endroit où les
Hans sont majoritaires. Le mouvement nationaliste ouïgour
se nourrit de cette assimilation forcée. Les enfants
issus de mariages mixtes sont de facto des Hans. Ils ne
peuvent pas aller à la mosquée, tout comme les
officiels du Parti communiste, à qui l’entrée
à la mosquée est aussi interdite.
Sous cette couverture d’interdiction, les mouvements
indépendantistes s’activent, en organisant des
manifestations, bien qu’elles soient défendues et
sévèrement maîtrisées. Depuis 10
ans, l’internet a toutefois donné du souffle aux
groupes indépendantistes, surtout à
l’extérieur de la Chine.
Le Xinjiang, qui signifie littéralement «
nouvelle frontière », a toujours obtenu beaucoup
moins d’attention internationale que son voisin, le Tibet.
Un rapport Goldstone pour le Sri Lanka ? -
Laura-Julie Perrault
Soupçonné
d’avoir commis des crimes de guerre lors de l’offensive finale
contre les Tigres tamouls, le gouvernement du Sri Lanka promet
de répondre aux inquiétudes internationales en
mettant sur pied sa propre enquête. Cette suggestion a
fait sortir de ses gonds l’organisation Human Rights Watch,
qui récla me une version sri-lankaise du rapport
Goldstone.
« L e gouver nement ( du Sri Lanka) crée un
écran de f umée pour ne pas avoir à
répondre de ses actes. Seule une enquête i
nternationale i ndépendante permettra de
déterrer la vérité au sujet de cette
guerre brutale et de rendre justice aux victimes », a
tonné hier Brad Adams, directeur de HRW en Asie.
Il donne en exemple l’enquête qu’a menée l’avocat
sudafricain Richard Goldstone dans la bande de Gaza à
la demande de l’ONU. Dans son rapport final, le juriste
blâme à la fois Israël et le Hamas pour les
violations des droits humains commis pendant l’offensive de
janvier, tuant 1387 Palestiniens et 13 Israéliens.
Décrié par Israël, le rapport qui a
émané de la commission d’enquête sera
bientôt débattu devant l’Assemblée
générale des Nations unies.
Lourd rapport
Dans un
document rendu public jeudi dernier, le département
d’État américain a fait l’examen de plusieurs
allégations de violations du droit de la guerre
commises au Sri Lanka entre ja nvier et mai 2009. À la
fin de l’offensive, le gouvernement sri-lankais a a
nnoncé avoi r remporté la guerre contre les
Tigres tamouls, qui, depuis 25 ans, se battaient pour obtenir
un État souverain pour la minorité tamoule du
pays. Selon l’ONU, plus de 7000 civils ont été
tués pendant cette fin de conflit sans merci.
Dans son rapport, le département d’État fait
à la fois peser les allégations sur la
guérilla armée tamoule et le gouvernement
sri-lankais, contrôlé par la majorité
ethnique cinghalaise. Exécutions arbitraires,
bombardements de c iv i l s , échec à fournir
eau, nourriture et médicaments aux
déplacés de guerre font partie des actes
reprochés au gouvernement. Les Tigres tamouls sont pour
leur part soupçonnés d’avoir enrôlé
des enfants-soldats et utilisé des civils comme
boucliers humains.
Concluant que son rapport n’est pas un acte d’accusation en
bonne et due forme, le département d’État a
demandé une enquête plus approfondie.
Une enquête « maison »
Lundi, le gouvernement de Colombo a répondu au rapport
américain en annonçant qu’il nommera un
comité d’experts « maison » pour faire la
lumière sur toute l’affaire. Depuis les
événements du printemps, le président
Mahinda Rajapakse soutient que l’a rmée a tout fait
pour protéger les victimes et affirme que les
allégations de c r i mes de guerre s ont l ’ i nvention
de la diaspora tamoule, enragée de voir les Tigres
défaits. La Russie, un des principaux alliés du
pays de l’Asie du Sud, a applaudi l’initiative de Rajapakse.
Cependant, t out comme Human Rights Watch, le hautcommissaire
aux droits de l’homme de l’ONU croit que ce serait une erreur
monumentale de laisser une partie au conf lit enquêter
sur ses propres actes. À ce jour, toutefois, le
secrétaire général de l’ONU, souvent
critiqué pour son inaction dans le dossier sri-lankais,
n’a pas ordonné la mise sur pied d’une commission
à la Goldstone.
Des camps aux allures de prisons - Laura-Julie
Perrault
L’ONU
s’impatiente au Sri Lanka, quatre mois après la fin de
la guerre civile
Le gouvernement sri lankais a promis de faire des pieds et des
mains pour que les choses rentrent dans l’ordre pour les
milliers de déplacés du conflit. Quatre mois
plus tard, le secrétaire général de l’ONU
s’impatiente. Son bras droit est au Sri Lanka aujourd’hui pour
demander des comptes.
Habituellement, pour une famille qui fuit la guerre, la vue
d’un camp de réfugiés et ses tentes
alignées n’est pas synonyme de confort, mais au moins
d’un moment de répit, loin des bombes. Au Sri Lanka,
les camps de réfugiés, où s’entassent
quelque 290 000 personnes malgré la fin du conflit
armé il y a quatre mois, évoquent une tout autre
réalité: la prison.
PHOTO ERANGA JAYAWARDENA,
ASSOCIATED PRESS
Quatre mois après la fin du
conflit au Sri Lanka, ces femmes cherchent encore des
parents disparus. Elles se sont réunies hier dans la
capitale, Colombo, pour réclamer des comptes du
gouvernement.
Affirmant que des membres des Tigres de libération de
l’Eelam tamoul (LTTE) se cachent parmi les civils presque
exclusivement issus de la minorité tamoule, les
autorités sri lankaises ont bouclé les camps de
réfugiés.
Le gouvernement du pays, contrôlé par la
majorité cinghalaise bouddhiste, dit y mener une
opération de triage pour distinguer les
véritables déplacés de la guerre des
anciens combattants de l ’or ga n i s a t ion s é pa r
a t i s te armée que l’armée sri lankaise a
défait sur les champs de bat a i l le après 2 5
a n s de confrontation.
Les déplacés ne peuvent quitter les camps,
où l’on rapporte des problèmes de ravitaillement
en eau, en nourriture et en soins médicaux. Ils se sont
vu confisquer leurs téléphones. Les visites
d’organismes humanitaires ou des rares proches qui
réussissent à entrer dans les camps de
réfugiés, se font sous la supervision d’hommes
armés, déplorent plusieurs organisations, dont
Amnistie internationale, qui a récemment publié
un rapport intitulé Débarrez les camps au Sri
Lanka.
« Ils
n’ont pas la permission de quitter. Dans les faits, ils sont
détenus sans avoir été accusés ou
avoir subi un procès. Ceci est une violation par le Sri
Lanka du droit international, qui interdit la détention
arbitraire », peut-on lire dans les commentaires
d’introduction.
Cette semaine, c’était au tour du secrétaire
général des Nations unies, Ban Ki-moon de sonner
l’alarme. Le no 1 de l’ONU a appelé le président
du Sri Lanka, Mahinda Rajapakse, pour lui faire part de son
inquiétude à l’égard des conditions
sanitaires dans les camps et de la lenteur du processus de
réintégration des déplacés.
Le bras droit politique de M. Ban, Lynn Pascoe, doit arriver
au Sri Lanka ce matin pour y visiter les camps. « Il y a
tout un éventail de questions en matière de
droits humains qui doivent aussi être discutées
», a dit M. Pascoe lors d’une conférence de
presse. Plusieurs demandent la tenue d’une enquête de
l’ONU sur les crimes de guerre perpétrés par les
forces sri lankaises et les Tigres tamouls au cours du conflit
qui vient de se terminer et qui a fait près de 100 000
morts, dont 7000 entre janvier et mai 2009. À ce jour,
2000 personnes sont toujours portées disparues.
Chantage et marchandage
Malgré
les efforts du gouvernement sri lankais pour garder les
déplacés tamouls incommunicado au cours des
derniers mois, plusieurs histoires ont réussi à
traverser l’océan pour atterrir à
Montréal, où vivent près de 10 000
Tamouls. «Ceux qui viennent nous voir racontent qu’ils
peuvent faire sortir des membres de leur famille des camps en
donnant des pots-de-vin de 2000 à 5000$ aux gardes
armés. On entend aussi que les gardes vendent la
nourriture fournie par les pays occidentaux aux
déplacés, a relaté hier Ramani Balendra
du Centre communautaire des femmes sudasiatiques de
Montréal. Les familles ici sont extrêmement
inquiètes, surtout que c’est la saison des
inondations.»
SRI LANKA : LES RACINES DUCONFLIT DEMEURENT
Le Sri Lanka est en passe de gagner sa guerre longue de 37 ans
contre les séparatistes tamouls, mais les racines de ce
conflit ethnique plongent bien plus profondément dans
l’histoire de l’ex-Ceylan. « Certes, la phase militaire
s’achève, mais le conflit continuera » si le
régime ne trouve pas de « solution politique »
pour la minorité tamoule, résume Jayadeva Uyangoda,
politologue de l’Université de Colombo. Car d’après
des historiens, la guerre dans cette île de 20 millions
d’âmes s’explique en partie par le ressentiment de la
majorité cinghalaise ( 74%) à l’égard de la
minorité sri-lankaise tamoule ( 12,5%)
soupçonnée d’avoir été favorisée
par le colonisateur britannique jusqu’à l’indépendance
du 4 février 1948, notamment pour l’éducation et
l’emploi. Une fois les Britanniques partis, la volonté du
pouvoir cinghalais de reprendre les emplois occupés par des
Tamouls, censés être mieux éduqués,
alimente les tensions interethniques. En 1972, un Tamoul radical de
Jaffna (Nord), Velupillaï Prabhakaran, fonde l’organisation des
Nouveaux Tigres tamouls, devenue les Tigres de libération de
l’Eelam tamoul (LTTE) en mai 1976, dont l’emblème est un
tigre feulant, pour s’opposer au lion rugissant de la
République socialiste et démocratique du Sri Lanka
proclamée en 1972. La guerre à grande échelle
éclate en 1983 après des émeutes contre des
Tamouls qui font des centaines de morts. Jusqu’à leur
débâcle actuelle, les Tigres se battaient pour
l’indépendance du nord et de l’est du pays. — AFP
SRI LANKA Enquête refusée
Le gouvernement du Sri Lanka a rejeté hier les appels
à l’ouverture d’une enquête indépendante sur
des violations des droits de l’homme après la divulgation
d’informations selon lesquelles un grand nombre de civils ont
été tués au cours des dernières
semaines de la guerre civile. Colombo serait en train
d’établir un bilan des victimes civiles, sans donner de
chiffres.
SRI LANKA - Un
nombre inacceptable de civils tués, selon l’ONU
— Un nombre « inacceptable » de civils ont
été tués au Sri Lanka ces derniers mois
pendant les combats entre les forces armées et les
rebelles tamouls, a déclaré l’ONU hier, des
informations faisant état de 20 000 morts civils.
Le quotidien The Times a écrit qu’aux évaluations
confidentielles faisant état de 7000 civils tués
jusqu’à la fin du mois d’avril, il convenait d’ajouter
sur la base de sources onusiennes 1000 civils tués chaque
jour jusqu’au 19 mai, le lendemain de la mort du chef de la
rébellion des Tigres de libération de l’Eelam
tamoul (LTTE).
Le bilan
s’élèverait donc selon le journal à 20 000
morts dans l’ultime phase du conflit, au cours de laquelle les
troupes gouvernementales ont vaincu les rebelles sur une
étroite zone renfermant des milliers de civils.
« La majorité ont péri sous les canons du
gouvernement » visant les rebelles qui utilisaient les
camps de réfugiés en tant que boucliers humains,
selon le Times.
Un porte-parole de la représentation du Sri Lanka
à Londres a rejeté « toutes ces accusations
». « Pas le moindre civil n’a été
tué par des bombardements du gouvernement », selon
lui.
La mort des Tigres - MARIO ROY
C’est
forcément dans l’extrême violence qu’a (
probablement) été décapité et
démembré le mouvement de libération
nationale le plus violent, le mieux organisé et le plus
étrange que l’époque ait connu. Selon le
gouvernement srilankais, les Tigres tamouls n’existent plus, en
effet. Et leur chef iconique, Velupillai Prabhakaran, a
été tué dans des circonstances peu claires
– peut-être en fuyant le dernier bastion de
résistance, grand comme un pâté de maisons,
à bord d’une ambulance.
Prabhakaran était un personnage considérable,
sorte de micro-Pol Pot ayant créé une mic rosoc
iété totalitaire. Et il arrive que de tels
personnages connaissent une fin assez peu glorieuse...
Hier, le président du Sri Lanka, Mahinda Rajapakse, a
déclaré son pays « libéré
» du terrorisme tamoul.
Mais cela survient après une campagne d’annihilation,
littéralement, qui aurait tué 7000 civils et en
aurait déplacé 250 000. Ceux-ci sont
réduits à l’extrême précarité,
parqués dans des camps se situant à mi-chemin
entre l’humanitaire et le concentrationnaire... Des 25 000
soldats partis se battre dans le nord de l’île, on ne sait
pas combien ne reviendront pas: l’État ne le dit pas. Les
rebelles ne le font pas non plus, de sorte qu’on sait seulement
que, sous Prabhakaran, la deuxième ligne de commandement
a elle aussi été éliminée; sans
doute, la piétaille de la révolution a-t-elle
été décimée.
Parlant en
langue tamoule, le président Rajapaksa a en outre
déclaré que « nous devons tous
désormais vivre ensemble dans l’égalité
dans ce pays libre ». Or, comment recommencer à
vivre après cela ? Personne ne le sait. Cependant, il se
peut qu’une bonne partie de la population tamoule el
le-même ressente un certain soulagement, elle qui
était à la fois la protégée et
l’otage des Tigres.
On ne refera pas l’histoire des Tigres de libération de
l’Eelam tamoul. Ni de l’emprise qu’ils ont à certains
moments exercée sur le Sri Lanka. Entrés en mode
guerrier il y a un quart de siècle, ils ont
contrôlé jusqu’à 25% du territoire avec une
organisation comptant sur une petite flotte aérienne et
une marine (ils auraient eu en leur possession un sous-marin!),
ce qui est inédit.
Qu’i l su ffise de rappeler qu’ils sont réputés
avoi r « inventé » l’attentat suicide, promis
à beaucoup de succès; qu’ils faisaient g r and
usage d’enfants-soldats; qu’ils se finançaient largement
par la diaspora (dont la canadienne: près de 300 000
âmes, dont 10 000 à Montréal), convaincue
parfois assez peu subtilement de collaborer... Maintenant. Le
Sri Lanka, protégé par la Chine, ne pourra
probablement pas être contraint de livrer des
informations sur ce qui s’est réellement passé
sur le champ de bataille depuis quatre mois. Par
exemple: laquelle des deux parties s’est le plus scandaleusement
servie des civils comme boucliers? La question demeurera
ouverte.
Mais la communauté internationale doit certainement
persuader Colombo de s’ouvrir à l’aide humanitaire. Et
voir à ce que, par la suite, une terreur ne
succède pas à une autre.
SRI LANKA Ni caméras ni bain de sang ?
Hier, les
Tigres tamouls ont accusé les forces armées du
Sri Lanka d’avoir tué 45 civils en bombardant un
hôpital de fortune. Impossible de vérifier ces
allégations : le gouvernement sri lankais a
érigé une véritable forteresse autour de
la zone
Membre de l’équipe d’urgence pour Human Rights Watch,
Anna Neistat travaille depuis des années dans des zones
de conflit : Tchétchénie, Ouzbékistan,
Liban. Chaque fois, elle a dû se battre pour que les
autorités l’autorisent à faire son travail :
rendre compte de la situation sur le terrain. Mais au Sri
Lanka, elle a frappé un mur.
Pas question de se rendre dans le Vanni, la petite
région du nordest du pays où l’armée sri
lankaise mène une intense opération militaire
contre les Tigres tamouls malgré la présence de
50 000 civils.
Hormis la Croix-Rouge, qui est astreinte à la
neutralité, aucun journaliste ou observateur
indépendant n’a pu y pénétrer depuis l’an
dernier. Ce « verrouillage » de l’information
pendant une opération militaire, s’il est
dénoncé par les défenseurs des droits de
l’homme et de la liberté de la presse, n’est pas
inédit. Les exemples récents sont nombreux.
La Russie, qui avait accepté la présence des
journalistes lors de la première guerre de
Tchétchénie (de 1994 à 1996) a
littéralement mis la clé sous la porte au
début de la deuxième guerre, en 1999. Sur ordres
de Vladimir Poutine, seuls les observateurs escortés
par l’armée russe étaient autorisés
à y travailler. Mais plusieurs journalistes, dont Anna
Politkovskaïa, assassinée en 2006, s’y rendaient
par leurs propres moyens.
Plus récemment, lors de sa dernière
opération militaire dans la bande de Gaza, Israël
a interdit l’accès aux journalistes étrangers.
Néanmoins, ces derniers pouvaient communiquer avec des
Palestiniens se trouvant à l’intérieur de la
zone de conflit.
Au Sri Lanka, le trou noir est total. Les civils, pris en
étau dans la zone de conflit qui rétrécit
sans cesse, n’ont aucun accès au monde
extérieur. Les réfugiés, maintenant
estimés à 193 000, sont confinés à
des camps gardés par l’armée sri lankaise comme
s’il s’agissait de prisons.
Ceux qui
réussissent à s’y faufiler deviennent vite
persona non grata. C’est le cas d’Anna Neistat. Depuis la
publication d’un rapport sur des mauvais traitements
infligés aux réfugiés en février
dernier, la représentante de HRWest interdite de
territoire. Dimanche, trois journalistes de la chaîne
britannique Channel 4 ont été
arrêtés et expulsés du pays parce qu’ils
ont diffusé un reportage sur le même sujet.
« Il n’y a qu’une seule question à poser.
Qu’est-ce qui se cache derrière les efforts immenses
que le gouvernement sri lankais déploie pour
contrôler l’information. Si tout va bien, pourquoi le
faire? » demande Anna Neistat, jointe à New York
hier. Elle a sa propre réponse.
« En général, quand un gouvernement a ce
comportement, c’est qu’il n’y a rien de bon qui se passe
derrière les portes fermées. La bonne nouvelle,
c’est que la vérité finit toujours par
émerger. »
Déjà, on a quelques certitudes sur la situation
au Sri Lanka. Grâce à des images satellites des
Nations unies, on sait que l’armée sri lankaise
bombarde toujours des zones où se trouvent des civils
et ce, même si elle prétend le contraire. On sait
aussi que près de 7000 civils ont été
tués depuis janvier.
On ignore le rôle exact de l’armée et des Tigres
tamouls dans ce bain de sang. Et qu’en est-il des
allégations de génocide, formulées par la
diaspora tamoule de Toronto, Montréal et Paris? La
plupart des experts du génocide refusent de se
prononcer.
À la fin du conflit, la vérité
éclatera certainement au grand jour. Malheureusement,
il sera peutêtre trop tard.
L’avenir incertain des Tigres tamouls -
Laura- Julie Perrault
Hier,
après des mois d’intenses combats, le gouvernement
du Sri Lanka a annoncé formellement sa victoire
dans la guerre qui l’oppose depuis plus de 25 ans aux
Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE).
Simultanément, l’armée sri-lankaise a
publié des
« Ils viennent de vivre la pire défaite de
leur histoire. C’est la première fois en 25 ans que
le gouvernement sri-lankais a le contrôle de 100% de
son territoire. »
Une moustache emblématique au milieu d’un visage
tuméfié, sans vie. Un foulard bleu pour
cacher une grave blessure ouverte à la tête.
Un habit militaire et une plaque marquée du
numéro O.O1.
L’armée
sri-lankaise
a diffusé, hier, des photos de la
dépouille de Vellupiali Prabhakaran, 54 ans, chef
des Tigres tamouls. Sur celle-ci, on voit l’homme, sans
vie, entouré de soldats sri-lankais. Le leader
des Tigres aurait été tué lundi,
lors de l’assaut final de l’armée sri-lankaise.
Les Tigres tamouls refusent d’authentifier la
dépouille et persistent à dire que leur
chef se porte bien.
Ces images sont la preuve qu’a donnée, hier,
l’armée sri-lankaise de la mort de Vellupiali
Prabhakaran, le chef suprême des Tigres tamouls.
Pour les militaires, cette photo constitue aussi la
principale preuve de sa victoire contre le mouvement
d’insurrection du nord-est du pays : Prabhakaran ne
cachait pas son ascendance complète et
entière sur son organisation et sur la
minorité tamoule, principalement hindoue, du Sri
Lanka.
« L’organisation des Tigres de la libération
de l’Eelam tamoul ( LTTE) avait une structure
dictatoriale, basée sur le culte de la
personnalité de Prabhakaran », a
expliqué David Cameron, doyen du département
de sciences politiques à l’Université de
Toronto.
Le leader, que ses fidèles surnommaient le «
dieu soleil », ne supportait aucune dissidence.
« Il faut se rappeler la création des Tigres
tamouls. Prabhakaran a éliminé tous ses
opposants », a rappellé Michael Shaikh,
spécialiste de l’Asie du Sud au International
Crisis Group.
Un tigre sans tête
Sa mort – pour le moment contestée par ses
fidèles – signifie-t-elle la fin de ce redoutable
groupe indépendantiste ? À cette question,
les experts ne s’entendent pas.
Selon David Cameron, les Tigres ne peuvent survivre avec
la tête coupée. « La présence de
Prabhakaran était centrale. Il était celui
qui attirait une loyauté fanatique chez ses
supporteurs. S’il avait réussi à survivre
à l’assaut des derniers mois, il aurait pu remettre
l’organisation sur pied. Sans lui, il y aura
peut-être encore un peu de violence, mais le
mouvement, privé de sa structure d’autorité,
est mort », croit-il.
Expert du fédéralisme comme solution
possible au conflits ethniques, le politologue canadien
était au Sri Lanka quand le gouvernement a conclu
un cessez-lefeu avec le groupe armé en 2002.
«
À l’époque, les Tigres tamouls avaient la
configuration d’un État. Ils avaient leur propre
système de santé, d’éducation et leur
propre police. Mais leur emprise sur la
société était basée sur la
peur. Si vous enlevez la peur, que reste-til de cette
emprise ? » se demande M. Cameron.
Un combat à finir
Michael Shaikh voit les choses d’un autre oeil. Selon lui,
il est trop tôt pour vendre la peau des Tigres
tamouls.
« Ils viennent de vivre la pire défaite de
leur histoire. C’est la première fois en 25 ans que
le gouvernement sri-lankais a le contrôle de 100% de
son territoire, mais je ne pense pas que les Tigres soient
éteints pour autant. Beaucoup de gens veulent
encore un État tamoul indépendant et ils
vont continuer à se battre », a noté
hier M. Shaikh, joint à New York.
« Ce qui reste des Tigres sera incapable de mener
une campagne militaire de grande envergure, mais on risque
de voir des attaques terroristes urbaines. »
L’ardeur avec laquelle la diaspora tamoule soutient la
rébellion armée depuis des mois et ce,
malgré les rapports de violations des droits de
l’homme commises par les troupes de Prabhakaran, est,
selon lui symptomatique d’une certaine radicalisation.
Les manifestants tamouls à Montréal,
Toronto, Paris et Londres accusent le gouvernement
sri-lankais de génocide, mais refusent de critiquer
ouvertement les méthodes utilisées par la
guérilla armée.
« Tout ça est plus grand que Prabhakaran
», a conclu Michael Shaikh.
Prabhakaran, chef suprême d’une
armée rebelle déterminée
Velupillai
Prabhakaran, chef suprême des Tigres tamouls, a
réussi à mettre sur pied une des armées
rebelles les plus sophistiquées et
déterminées du monde, avant de faire une
série d’erreurs qui l’a conduit à la
défaite.
Velupillai
Prabhakaran,
chef suprême des Tigres tamouls, dont la mort
symbolise la défaite de l’armée rebelle.
L’armée sri lankaise a annoncé hier avoir
tué le chef suprême des Tigres de
libération de l’Eelam tamoul (LTTE), âgé
de 54 ans, et ses principaux adjoints.
Pour ses partisans, Prabhakaran était le coeur tenace
de la guerre destinée à établir un
État tamoul indépendant du Sri Lanka. Mais pour
ses nombreux détracteurs, il était surtout un
dirigeant brutal qui, à plusieurs reprises, a
saboté des accords de paix dans sa quête de
pouvoir.
Le corpulent et moustachu chef de la rébellion, le
pistolet Browning toujours à la ceinture, a
dirigé en dictateur virtuel un État de facto
dans la région de la péninsule de Jaffna (nord
du Sri Lanka), avec plusieurs centaines de milliers
d’habitants, un drapeau, une police et un système
judiciaire.
Ses troupes étaient armées d’artillerie lourde
et disposaient d’une aviation rudimentaire, qui a tout de
même bombardé l’aéroport international de
Colombo, et d’unités commando
spécialisées dans les attaques suicide, les
Tigres noirs. Sa marine de guerre était composée
de vedettes d’attaque rapides, de bateaux suicide remplis
d’explosifs, de sous-marins rudimentaires et de grands navires
de contrebande parcourant l’océan Indien.
Les LTTE auraient gagné jusqu’à 300 millions de
dollars en un an grâce à leurs actions
armées, au trafic de drogue, à la diaspora
tamoule et aux oeuvres de charité.
Mais Prabhakaran était aussi une figure de l’ombre qui
appa-
raissait rarement en public, préférant
communiquer par déclaration radiodiffusée chaque
année en novembre, véritable « discours
à la nation ».
Les soldats tamouls – parfois recrutés de force
lorsqu’ils étaient enfants –
considéraientPrabhakaran comme leur chef
incontesté.
Ce dernier
leur ordonnait de s’abstenir de relations sexuelles, de couper
tout lien avec leur entourage et de porter des fioles de
cyanure autour du cou pour pouvoir se suicider en cas de
capture.
« Il est leur cerveau. Il est leur coeur. Il est leur
dieu. Il est leur âme. Et toute l’organisation tourne
autour de lui », déclarait ainsi le journaliste
indien Narayan Swamy, auteur d’une biographie sur Prabhakaran.
Le chef séparatiste a orchestré des attaques sur
des bases militaires sri lankaises, tuant des centaines de
soldats, et a réussi des contre-offensives
dévastatrices pour l’armée
régulière.
Le recours régulier aux attaques suicide – dont
l’attentat de 1998 au temple de la Dent du Bouddha, principal
sanctuaire bouddhiste du pays – a conduit les
États-Unis, l’Union européenne et l’Inde
à classer la LTTE parmi les organisations terroristes.
Le groupe a aussi assassiné plusieurs hommes politiques
sri lankais, dont l’ancien président Ranasinghe
Premadasa.
Mais alors qu’il a parfois été salué
comme un maître de la stratégie, Prabhakaran a
commis une série d’erreurs qui l’ont finalement conduit
à sa chute.
Il s’est mis à dos son plus important allié,
l’Inde, en envoyant une kamikaze tuer le premier ministre
indien Rajiv Ghandi en 1991, en représailles contre une
mission indienne de maintien de la paix qui a mal
tourné.
Lors des négociations qui ont suivi le cessez-le-feu de
2002, il a rejeté un accord qui aurait donné aux
LTTE une large autonomie dans le nord et l’est du pays. Mais
Prabhakaran a affirmé ne pas pouvoir accepter moins
qu’un État tamoul, baptisé Eelam.
Prabhakaran a aussi appelé au boycottage de
l’élection présidentielle de 2005, ce qui a
contribué à la victoire du « faucon
» Mahinda Rajapaksa.
Après l’échec des négociations de paix,
les rebelles tamouls ont coupé l’approvisionnement en
eau de plus de 60 000 personnes dans l’Est, déclenchant
une riposte militaire sans précédent, offensive
qui s’est poursuivie jusqu’à la défaite des
Tigres tamouls.
LES TIGRES TAMOULS SONT VAINCUS
COLOMBO, Sri
Lanka — La mort du chef suprême des Tigres tamouls,
Velupillai Prabhakaran, a scellé hier la défaite
de la rébellion face à l’armée
régulière sri lankaise, qui affirme
contrôler désormais l’ensemble de la zone de
guerre du nord-est du pays. L’Union européenne a
appelé à une enquête indépendante
sur d’éventuels crimes de guerre commis à
l’encontre des populations civiles.
La mort de Prabhakaran, annoncée par la
télévision publique, a été
confirmée par des messages SMS envoyés par les
services d’information du gouvernement sur les
téléphones portables du pays. Deux de ses plus
proches lieutenants, Soosai, le chef de la marine tamoule, et
Pottu Amman, le commandant des services de renseignements, ont
été tués à ses côtés.
Cette annonce a suscité des rassemblements festifs dans
le pays, la foule envahissant les rues de la capitale,
Colombo, en chantant et en dansant.
La mort de Prabhakaran est le dernier symbole de la
défaite de l’armée des Tigres de
libération de l’Eelam tamoul (LTTE), après plus
de 25 ans de guerre civile. Héros pour ses hommes, il
était le dirigeant d’un groupe classé parmi les
organisations terroristes par les États-Unis et l’Union
européenne.
Le chef de l’armée sri-lankaise, le
général Sareth Fonseka, a annoncé hier
qu’il n’y avait plus aucun rebelle tamoul dans la zone de
guerre. Il a précisé que ses soldats avaient
nettoyé les dernières poches de
résistance dans le nord.
« Nous pouvons annoncer que nous avons
libéré le pays tout entier du terrorisme
», a-t-il déclaré à la
télévision publique.
Le président sri lankaisMahinda Rajapaksa a
confirmé la mort de Prabhakaran lors d’une conversation
téléphonique avec le ministre indien des
Affaires étrangères Pranab Mukherjee, a
déclaré dans un communiqué le
porte-parole de ce dernier, Vishnu Prakash.
Le chef des Tigres tamouls et ses lieutenants se trouvaient
à bord d’un camion blindé suivi par un autocar
transportant des rebelles, et circulant en direction des
forces régulières sri lankaises, hier matin, ont
expliqué des responsables, sous le couvert de
l’anonymat. Un violent échange de tirs de deux heures a
éclaté avant qu’une roquette de l’armée
régulière n’atteigne le camion blindé,
selon les mêmes sources.
Le fils
aîné de Prabhakaran, Charles Anthony, chef
présumé de l’aviation des LTTE, a aussi
été tué, selon l’armée. Par
ailleurs, les forces spéciales ont trouvé les
corps de trois autres hauts responsables de l’organisation
rebelle.
La communauté t amoule était
désespérée, selon Suren Surendiran,
porte-parole du Forum britannique des Tamouls, plus grande
organisation d’expatriés en Grande-Bretagne. «
Les gens sont très sombres et très tristes. Mais
nous sommes toujours déterminés et
désireux de continuer notre lutte pour l’Eelam »,
a-t-il déclaré, utilisant le nom donné
par les Tamouls à un État indépendant.
Les pays de l’Union européenne (UE) ont appelé
hier à une enquête indépendante sur
d’éventuels crimes de guerre commis à l’encontre
des populations civiles, sans pré-
ciser à quelle autorité devait être
confiée cette mission.
« Les responsables doivent être traduits en
justice », ont déclaré les ministres des
Affaires étrangères de l’UE, réunis
à Bruxelles, dans un communiqué commun. Le
Britannique David Miliband a précisé qu’il y
avait des « accusations très graves » de
crimes de guerre des deux côtés et qu’ils
devaient être « soumis à une enquête
correcte ».
« Désormais nous faisons face (...) à une
situation humanitaire extrêmement difficile », a
souligné la commissaire chargée des Relations
extérieures, Benita FerreroWaldner. « Ce que nous
demandons, c’est que les Nations unies aient accès aux
civils », a-t-elle ajouté, assurant que la
commission européenne était prête à
accorder une aide supplémentaire, après les 3
millions d’euros versés à la CroixRouge
internationale en avril.
Les ministres européens ont appelé les
autorités sri lankaises à chercher la
réconciliation avec la minorité tamoule.
Toujours vivant ?
Toutefois, tard hier soir, la rébellion a
affirmé que Velupillai Prabhakaran est vivant. «
Notre dirigeant bien-aimé est vivant et en
sécurité. Il continuera de conduire la
quête de dignité et de liberté pour le
peuple tamoul », a déclaré le chef des
relations internationales des Tigres, Selvarasa Pathmanathan,
dans un communiqué publié par le site internet
Tamilnet.com.
PLUS DE 25
ANNÉES DE CONFLIT
> 1975:
création des Tigres de libération de l’Eelam
tamoul (LTTE), qui réclament un État
séparé pour la minorité tamoule dans le
nord et l’est du pays. > 1983: début de la guerre
civile. > 1991: un Tigre tamoul assassine dans un attentat
suicide l’ancien premier ministre indien Rajiv Gandhi, en
représailles à l’envoi de troupes indiennes
participant aux combats contre les rebelles au Sri Lanka. >
1993: un kamikaze tamoul tue le président sri lankais
Ranasinghe Premadasa après l’échec d’une
tentative de pourparlers de paix. > février 2002:
Colombo signe un accord de cessez-le-feu avec les Tigres
tamouls. > juin 2005: les relations entre le gouvernement
et les rebelles se dégradent sur la question du partage
de l’aide internationale destinée aux victimes du
tsunami. > août 2005: le ministre des Affaires
étrangères Lakshman Kadirgamar, Tamoul
opposé à la création d’un État
indépendant pour sa minorité, est
assassiné, action imputée aux LTTE. >
décembre 2005: les rebelles lancent leur
première grande attaque depuis le début de la
trêve, tuant au moins 12 membres de la marine sri
lankaise. Cette offensive est suivie d’une série
d’attaques. > 22 février 2006: des
représentants du gouvernement et des rebelles se
rencontrent en Suisse pour des pourparlers de paix. Une
deuxième série de négociations est
reportée quelques mois plus tard en raison de
désaccords entre les deux parties. > 8 juin 2006:
échec de négociations en Norvège
destinées à restaurer la paix. > 20 juillet
2006: les Tigres tamouls ferment les vannes d’un
réservoir dans l’est de l’île, privant d’eau plus
de 60 000 personnes, et conduisant le gouvernement à
lancer sa première grande offensive en territoire
rebelle depuis le cessez-le-feu de 2002. > 11 juillet 2007:
le gouvernement annonce avoir chassé les rebelles de
l’est de l’île. > 2 novembre2007: le chef de l’aile
politique des Tigres tamouls, S.P. Thamilselvan,
considéré comme le no2 du LTTE, est tué
dans un raid aérien de l’armée. > 2 janvier
2008: après avoir décidé la veille de se
retirer d’un cessez-le-feu négocié sous
médiation internationale, le gouvernement annonce que
les Tigres doivent désarmer avant toute nouvelle
négociation de paix. > 2 août 2008:
l’armée annonce que ses troupes entrent dans le
district de Kilinochchi, la capitale de facto des Tigres, pour
la première fois depuis 11 ans. > 2 janvier 2009:
l’armée s’empare de
Kilinochchi.
> 25 janvier 2009: l’armée enlève le dernier
grand bastion des rebelles, Mullaittivu. > 17mai2009: les
rebelles assiégés dans un minuscule
réduit côtier proposent de déposer les
armes. > 18mai2009: le gouvernement annonce la prise de
cette ultime zone de guerre et la mort du chef des rebelles,
Velupillai Prabhakaran.
« C’est unmoment émotif et
très difficile »
Manifestation de la communauté tamoule à
Montréal
La capitulation des Tigres tamouls dimanche au Sri Lanka a
eu l’effet d’une bombe au sein de la communauté
tamoule de Montréal. Plusieurs centaines de
manifestants ont accueilli avec tristesse et colère
la fin du conflit civil qui a fait plus de 70 000 morts et
250 000 réfugiés depuis 1983.
Les
membres
de la communauté tamoule de Montréal ont
manifesté leur tristesse et leur colère,
hier, après la capitulation des Tigres tamouls.
L’émotion était à son comble hier
après-midi sur le boulevard
René-Lévesque. Des centaines de membres de
la diaspora tamoule se sont rassemblés devant le
consulat américain pour dénoncer le fait que
la Croix-Rouge et les médias étrangers
n’avaient pas encore eu accès aux zones de combat.
Noyés dans une marée rouge et jaune de
drapeaux des Tigres de libération de l’Eelam
tamoul, plusieurs ont versé des larmes. D’autres
ont crié au génocide.
« C’est un moment émotif et très
difficile pour nous », a expliqué Kalasitty
Sittampalam, avant d’éclater en sanglots. «
La famille de mon époux est dans la zone la plus
durement touchée et nous sommes sans nouvelles
depuis plusieurs jours. Je ne parviens plus à me
concentrer au travail. Je passe tout mon temps sur
l’internet pour connaître les derniers
développements. »
Il y a environ 10 700 Québécois d’origine
sri lankaise à Montréal. De ce nombre,
environ 10 000 sont des Tamouls. Les autres sont des
Cinghalais de confession bouddhiste.
Plusieurs Tamouls de la métropole appuient
ouvertement l’armée des Tigres tamouls, un
mouvement séparatiste armé qui milite pour
l’établissement d’un État indépendant
dans le nord du pays.
La
formation qui figure sur la liste canadienne des
organisations terroristes a été
renversée dimanche par l’armée du
gouvernement qui représente la majorité
cinghalaise.
« Les Tigres tamouls étaient notre seule voix
» , explique Gaya Kathiresu, membre du Comité
Ac t ion t amoule de Montréal. « Après
60 ans d’abus et d’oppression, nous ne pourrons jamais
faire confiance au gouvernement. »
Alors que l’armée du gouvernement proclamait
l’assassinat de tous les dirigeants du mouvement rebelle,
les Tamouls de Montréal s’inquiétaient
d’abord et avant tout du sort de leurs proches. Depuis le
mois d’avril, environ 35 000 civils ont fui le nord du
pays. Au moins 7000 personnes seraient mortes dans les
récents affrontements.
« Pleurer un nouveau mort chaque jour est devenu
chose commune dans les familles tamoules de
Montréal », déplore Komala Nadarasa,
qui a perdu son neveu de 20 ans. « Je
m’inquiète surtout pour ma soeur, poursuit-elle. La
dernière fois que j’ai eu des nouvelles il y a
trois semaines, elle m’a dit qu’il n’y avait plus d’eau ni
de nourriture. Je suis indignée que la situation
n’ait pas changé. Si la guerre est terminée,
pourquoi la population n’a-telle pas accès à
des soins médicaux et des vivres? »
La majorité des personnes interrogées ont
affirmé qu’elles préféraient
maintenant que la voie politique soit
privilégiée pour sortir de l’impasse la
minorité tamoule au Sri Lanka.
« La guerre entre l’armée sri lankaise et
l’armée des Tigres a beau être
terminée, celle pour ravoir nos droits doit
continuer », a conclu Gaya Kathiresu.
La cause tamoule
- MARIO ROY
Quand une
manifestation visant à appuyer une cause que l’on peut
estimer juste devientelle contreproductive en retournant
l’opinion publique contre elle? Jusqu’à quel point
peut-on « importer » des conflits étrangers
pour les projeter dans l’arène politique canadienne? Et
que peut faire le Canada dans des régions du monde
où son influence est égale à
zéro... alors que même l’ONU s’y
révèle impuissante?
Ces questions surgissent après la manifestation qui a
eu lieu, dimanche soir, dans le centre-ville de Toronto. Elle
regroupait plus de 3000 personnes de la communauté
tamoule, qui compte 250 000 ressortissants dans cette ville.
Cette foule a, sans avertissement, bloqué pendant six
heures l’autoroute Gardiner, l’une des plus achalandées
au pays.
Depuis plusieurs semaines, les Tamouls ont organisé
plusieurs marches et démonstrations, à Ottawa,
Montréal et Toronto, comme ailleurs dans le monde. Hier
encore, l’agitation se poursuivait dans la ville-reine.
La communauté tamoule veut pousser Ottawa à
exercer d’autres pressions sur Colombo afin que le
gouvernement sri-lankais cesse ses opérations
militaires contre les Tigres tamouls, opérations dont
les civils coincés dans la zone d’affrontement font les
frais. L’ONU parle d’un véritable « bain de sang
», point culminant d’une guerre d’indépendance
qui dure depuis plus de 30 ans et a fait 60 000 morts.
Quoi qu’il en soit, dimanche soir, une situation
délicate et même dangereuse s’est
créée à Toronto, en raison de l’endroit
utilisé et de la présence de nombreux enfants
dans les rangs des manifestants. Les Torontois, qui sont en
général fiers d’habiter la métropole
multiculturelle du pays, ont répliqué par des
commentaires empreints de colère sur le site web des
quotidiens et diffuseurs locaux.
Hier, la
ministre canadienne de la Coopération internationale,
Bev Oda, a réclamé des militaires sri-lankais
et des rebelles qu’ils acceptent un cessez-le-feu et
laissent les travailleurs humanitaires faire leur travail
dans la zone de conflit. La ministre s’était
déjà rendue au Sri Lanka afin de plaider la
cause de la paix et offrir de l’aide.
Le Canada peut-il faire beaucoup plus ? C’est douteux.
Au surplus, l’affaire est politiquement délicate
à manier.
À Toronto, plusieurs drapeaux des Tigres de
libération de l’Eelam tamoul flottaient au-dessus des
manifestants. Or, il s’agit d ’ un mouvement terroriste qui
a historiquement fait une utilisation à grande
échelle d’enfantssoldats et d’attentats suicide.
Bref, ces drapeaux ont provoqué le même malaise
que ceux du Hezbollah brandis dans des manifestations
« en faveur de la paix »
israélo-palestinienne... En conséquence, les
personnalités politiques qui sont intervenues dans le
dossier, du premier ministre ontarien Dalton McGuinty au
chef libéral Michael Ignatieff, ont dû
s’adonner à un délicat jeu d’équilibre,
hier, en condamnant la situation au Sri Lanka sans appuyer
la manifestation torontoise en tant que telle.
Au total, c’est peut-être déplaisant à
entendre pour les paisibles Canadiens d’origine tamoule qui
craignent légitimement pour leurs proches
restés au pays, mais ce n’est pas sur une autoroute
torontoise que ce conflit horrible (y en a-t-il d’autres
sortes?) va se régler.
Ulcéré par l’Occident, Colombo
mise sur l’Orient
CONFLIT AU SRI
LANKA Tandis que le Sri Lanka envisage d’accorder l’amnistie
aux rebelles tamouls qui déposeraient les armes –
à l’exclusion des chefs du mouvement–, les Tigres ont
annoncé hier avoir demandé à la France et
à la Grande-Bretagne d’oeuvrer à
COLOMBO— Excédé par les pays occidentaux qui lui
réclament un cessez-le-feu humanitaire avec la
rébellion tamoule, le régime nationaliste du Sri
Lanka mise sur ses alliés chinois et japonais, voire
sur l’Iran ou la Libye.
Convaincu d’avoir gagné la guerre et sourcilleux sur sa
souveraineté, Colombo est ulcéré par les
exhortations de l’ONU, des ÉtatsUnis et de l’Union
européenne, qui lui demandent d’épargner les 50
000 civils retenus par les insurgés dans le Nord-Est.
« Jamais l’histoire n’a révélé
autant d’hypocrisie et de fauxsemblant des puissances
occidentales à l’égard du Sri Lanka », a
lancé hier le ministère de la Défense.
Jeudi, le président Mahinda Rajapakse avait
fustigé ceux qui font la leçon à son pays
sur le sauvetage de civils. « Je leur réponds
d’aller voir ce qu’ils font en Irak et en Afghanistan. »
Marqué par 443 ans de colonisations portugaise,
hollandaise et britannique jusqu’à son
indépendance en 1948, « le Sri Lanka a eu les
relations les plus étroites avec l’Occident »,
soutient Nanda Godage, ancien secrétaire adjoint aux
Affaires étrangères. « Mais nous sommes
déçus par l’hostilité de l’Occident,
même si nous comprenons sa compassion à
l’égard de la minorité tamoule – vu les 1,5
million de Tamouls en Europe ou Amérique du Nord.
»
Élu en 2005, M. Rajapakse et son frère,
Gotabhaya, secrétaire à la Défense, sont
les artisans d’une guerre à outrance et populaire
contre les Tigres.
Avouant que « le régime est un peu
paranoïaque », M. Godage explique que Colombo
était furieux que les chefs de la diplomatie
britannique et française, David Miliband et Bernard
Kouchner, réclament mercredi « un cessez-le-feu
et non la reddition des Tigres ».
La communauté internationale somme
régulièrement le LTTE – groupe «
terroriste » selon Washington et l’UE– de déposer
les armes.
I r r ité par l’Occident,
« le peuple sri-lankais est reconnaissant du soutien de
l’Inde, du Pakistan, de la Chine, de la Russie, du Japon, de
l’Iran, de la Libye et du Proche-Orient, de l’Afrique et de
l’Asie du SudEst », souligne le ministère de la
Défense.
Le Japon fournit plus de 50% de l’aide bilatérale
étrangère au Sri Lanka et détient les deux
tiers de sa dette extérieure, selon la banque centrale.
« Certes, la mauvaise politique des dirigeants entrave la
paix, mais pourquoi pénaliser le peuple? » a
déclaré samedi l’émissaire Yasushi Akashi,
alors que des organisations des droits de l’homme pressent Tokyo
de limiter son assistance.
Pékin et Téhéran
La Chine prête beaucoup à l’île, lui vend des
armes et construit un port en eau profonde dans l’extrême
Sud, à Hambantota, la circonscription du chef de
l’État.
« L’ancrage du Sri Lanka à l’Asie est une tendance
profonde », rappelle à l’AFP l’historien
Éric Meyer, de l’Institut national des langues et
civilisations orientales.
« La Chine a empêché que l’affaire soit
internationalisée » en bloquant fin avril une
résolution au Conseil de sécurité de l’ONU,
note-t-il.
Fort du soutien des Asiatiques, Colombo « regarde
même vers l’Iran », selon le diplomate Godage.
Téhéran s’est engagé en 2008 à lui
prêter un milliard de dollars pour une centrale
hydroélectrique et la rénovation d’une raffinerie.
Le Sri Lanka discute aussi, dans un climat tendu, d’un
prêt du Fonds monétaire international de 1,9
milliard de dollars. « Si nous ne l’obtenons pas, nous
survirons », a assuré M. Godage. D’autant plus que
« les négociations pour un prêt de 500
millions de dollars du gouvernement libyen sont aussi à
un stade avancé », a opportunément
annoncé fin avril la banque centrale.
Colombo
rejette la trêve des Tigres
SRI LANKA
COLOMBO— Le Sri Lanka a rejeté hier le cessez-le-feu
proclamé par les rebelles tamouls acculés dans le
Nord-Est et a résisté aux pressions de l’ONU
exigeant une trêve pour sauver des dizaines de milliers de
civils.Selon l’ONU, plus de 100 000 Tamouls
ont quitté la zone de guerre depuis une semaine et il en
reste 50 000 retenus par les insurgés. Ci-dessus, des
déplacés arrivent dans un village du nord du Sri
Lanka.
Convaincu d’être en passe de gagner un conflit
séparatiste vieux de 37 ans, l’influent secrétaire
à la Défense, Gotabhaya Rajapakse, a balayé
l’annonce par les Tigres tamouls d’un arrêt de leur
offensive dans leur dernière poche de résistance.
« Cela ne peut être qu’une blague! À quoi
servirait un cessezle-feu alors qu’ils sont en pleine
débâcle ? Ils doivent d’abord déposer les
armes et laisser partir les civils », a
déclaré à l’AFP le frère cadet du
président Mahinda Rakapakse.
Les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE),
coincés sur une bande côtière de 10 km2,
avaient « annoncé un cessez-le-feu
unilatéral (...) et immédiat (...) face à
une crise humanitaire sans précédent et en
réponse aux appels des Nations unies, de l’Union
européenne et des États-Unis ».
« Ce cessez-le-feu revêt un objectif purement
humanitaire et (sa) durée dépend de la
réponse du gouvernement », a indiqué un
porte-parole du LTTE, S. Puleethevan, dans un appel
téléphonique reçu par l’AFP en provenance
de l’enclave rebelle.
Cette passe d’armes entre les belligérants a
éclaté en pleine visite du responsable des
Affaires humanitaires à l’ONU, John Holmes, venu
justement réclamer à Colombo une « pause
humanitaire pour (...) faire entrer des travailleurs
humanitaires dans la zone du conflit ». M. Holmes a
« appelé le LTTE à laisser partir le reste
des civils et à déposer les armes et (...) le
gouvernement à exercer la plus grande retenue, notamment
en n’utilisant aucune arme lourde ».
Selon l’ONU, plus de 6500 civils ont probablement
été tués et 14 000 blessés depuis
que l’armée a lancé en janvier son offensive
« finale » dans un Nord-Est aujourd’hui
dévasté.
M. Holmes doit voir le président Rajapakse aujourd’hui,
mais il a d’ores et déjà exigé
auprès du ministre aux Droits de l’homme, Mahinda
Samarasinghe, « un accès à tous les
déplacés à l’intérieur du pays (les
réfugiés, ndlr), où qu’ils soient, y
compris dans la zone du conflit ».
Le ministre a
donné son accord « de principe » pour que
deux employés étrangers de l’ONU se rendent en
territoire rebelle. Mais, a-t-il vite précisé,
« pour une telle visite, les combats doivent cesser au
moins une journée ».
Une perspective improbable puisque Colombo a poursuivi hier ses
opérations militaires en tuant 12 Tigres et en «
libérant 500 civils » de la zone du conflit, selon
le ministère de la Défense.
« Près de 98% des civils pris au piège en
territoire rebelle se sont réfugiés en zones
gouvernementales et les opérations humanitaires de
l’armée pour (les) libérer demeurent la
priorité numéro un », a insisté le
secrétaire à la Défense.
Exode massif
Depuis le début, le 20 avril, d’un exode massif de
Tamouls, l’ONU pense que plus de 100 000 personnes ont
quitté la zone de guerre et qu’il en reste 50 000 retenus
par les insurgés.
Colombo les évalue à 15 000, servant de «
boucliers humains » aux Tigres et affirme en avoir «
sauvé » 110 000, grâce à « la
plus grande opération de libération d’otages dans
l’histoire ».
Malgré les exhortations tout le week-end de l’ONU, des
ÉtatsUnis et du G8 pour un arrêt des
hostilités, le Sri Lanka – ex-colonie britannique,
très jalouse de sa souveraineté – reste sourd aux
pressions de l’étranger.
Mercredi, le ministre britannique des Affaires
étrangères, David Miliband,
serendraàColomboavec ses homologues français et
suédois, Bernard Kouchner et Carl Bildt, a annoncé
la Grande-Bretagne.
GUERRE AU SRI LANKA - Les opérations lourdes sont
finies, mais les combats se poursuivent
Se disant hier
certaines de la victoire contre les Tigres tamouls, les
autorités du Sri Lanka ont annoncé la fin des
opérations lourdes de combat dans le Vanni, la
région du nord-est du pays, où le conflit fait
rage. De son côté, le mo
Les réfugiés ayant fui
les zones de combats ont été entassés
dans des camps de tentes de l’ONU. Victimes de la guerre
civile, ils n’ont rien pu emporter.
Pourquoi ne sait-on pas
exactement ce qu’il se passe dans la région du Vanni ? R
Sur ordre du gouvernement sri-lankais, depuis 2008, les
journalistes locaux et étrangers, ainsi que la plupart
des organisations humanitaires n’ont plus accès à
la zone où se déroule le conflit entre
l’armée sri-lankaise et les Tigres de libération
de l’Eelam tamoul ( LTTE). Hier, c’était au tour de
l’envoyé spécial du secrétaire
général de l’ONU de se voir refuser
l’entrée sous prétexte que « les conditions
de sécurité n’étaient pas réunies
». Les témoignages les plus fiables pour le moment
sont ceux des quelque 140 000 réfugiés qui ont
réussi à fuir la zone de combat au cours de la
dernière semaine ou des quelques 2000 blessés qui
ont été évacués. QQue
disent ces réfugiés ? R Selon différents
rapports, plus de 50 000 civils se trouvent toujours dans la
zone de combat, qui est maintenant plus petite que la
périphérie de Central Park, à New York. Ces
civils appartiennent tous à la minorité tamoule.
Plusieurs réfugiés ont dit avoir été
retenus de force par les Tigres tamouls. D’autres ont dit avoir
été pris en étau entre l’armée
sri-lankaise et les Tigres, craignant d’aller d’un
côté ou de l’autre, de peur d’être abattus.
Des blessés de l ’ hôpital de Vavunya, où
opère Médecins sans frontières, ont des
blessures liées à des bombardements de
l’armée sri-lankaise ou à l’explosion de mines.
Des photos de femmes et d’enfants tués lors de
bombardements circulent sur le web. En tout, plus de 6500
personnes auraient perdu la vie depuis le début de
l’escalade de la violence en janvier. Plusieurs organisations
défendant les droits de l’homme, dont Human Rights Watch,
suspectent les deux parties d’avoir commis des crimes contre
l’humanité et des crimes de guerre. QQue
dit la
communauté internationale de tout ça ? R Depuis
des mois, des organisations humanitaires demandent aux deux
belligérants de faire une trêve pour permettre
aux civils de quitter la zone de combat. La semaine
dernière, la secrétaire d’État des
ÉtatsUnis, Hillary Clinton, a dit que Washington
était déçu de l’attitude du gouvernement
sri-lankais qui, pour « terminer une guerre qui dure
depuis plus de 25 ans, cause une souffrance inédite
». Le lendemain, le Conseil de sécurité de
l’ONU demandait aux Tigres tamouls de se rendre et aux
autorités sri-lankaises de respecter les droits des
civils. QComment
réagissent les deux belligérants à ces
demandes? R La plupart des requêtes ont
été repoussées d’un revers de main. Hier,
cependant, le gouvernement sri-lankais a annoncé avoir
ordonné aux forces armées de « cesser
d’avoir recours aux armes de gros calibre, avions de combats
et bombardements aériens qui pourraient provoquer des
victimes civiles ». Or, le même gouvernement niait
que l’armée bombardait la région du Vanni la
semaine dernière. Les Tigres tamouls de leur
côté refusent de se rendre et disent avoir encore
la capacité de faire l’indépendance de l’ Eelam
tamoul, leur principal but politique. Ils ont
déclaré une trêve unilatérale hier,
tournée en dérision par Colombo. QPourquoi
cette escalade de la violence depuis janvier 2008? R Le
conflit entre le gouvernement de Colombo,
contrôlé par la majorité cinghalaise
bouddhiste du pays, et les Tigres, qui se battent pour obtenir
un État indépendant pour la minorité
tamoule ( majoritairement hindoue) dure depuis 1983, mais a
connu quelques éclaircies. Lors de son élection
à titre de président en 2005, Mahinda Rajapakse
a promis de venir à bout des LTTE. Moins d’un an plus
tard, la violence commençait son ascension. Elle a
atteint un point culminant depuis que les forces
gouvernementales ont repris le contrôle de la forteresse
des Tigres tamouls, la ville de Kilinochi, en janvier 2009.
Après
la guerre, le déluge
SRI LANKA Le
gouvernement sri-lankais n’a rien ménagé ces
derniers mois pour venir à bout du conflit qui l’oppose
depuis 25 ans aux Tigres tamouls. Selon toute vraisemblance,
l’armée du pays s’emparera dans les prochaines heures
des derniers arpents domin
On ignore pour le moment dans quel état se trouvent les
50 000 civils tamouls qui sont toujours prisonniers des
combats.
Les manchettes québécoises d’urgences
surchargées feraient rire les médecins de
l’hôpital de Vavunyia, situé près de la
zone où s’affrontent l’armée sri-lankaise et les
Tigres tamouls. L’hôpital, qui compte 400 lits,
déborde. Plus de 1750 patients s’y trouvent entre la
vie et la mort.
Un
soldat de l’armée gouvernementale sri-lankaise montre
des armes qui auraient été saisies aux
rebelles séparatistes tamouls. Quelque 6500 civils
ont été tués depuis le mois de janvier
seulement dans le conflit qui fait rage dans le nord de
l’île.
L’organisation Médecins sans frontières, qui y
coordonne les soins, craint que ce taux d’occupation de 450%
ne soit que le début de ses maux de tête.
Tous les jours, de nouveaux patients arrivent. Leurs blessures
racontent ce qui se passe 85 km plus loin, dans la zone de
conflit où les journalistes et la plupart des
organismes humanitaires sont interdits de séjour.
« Ils arrivent avec des blessures encore fraîches.
Près de 75% d’entre eux ont subi des blessures
causées par des balles ou des éclats d’obus ou
encore par des mines antipersonnel », explique au bout
du fil le coordonnateur des opérations de MSF au Sri
Lanka, Laurent Surry. Difficile, dans ces circonstances, de
croire l’armée sri-lankaise, qui nie qu’elle bombarde
la région du Vanni.
Désastre humanitaire
Notant que la situation est intenable à
l’hôpital, le représentant de MSF remarque
cependant que la crise humaine est loin de se limiter à
ses quatre murs.
On ignore notamment pour le moment dans quel état se
trouvent les 50 000 civils tamouls qui sont toujours
prisonniers des combats, pris en étau entre les Tigres
tamouls ( LTTE) et les soldats dans un territoire de la
grandeur du Central Park de Manhattan.
Et qu’en est-il des 140 000 autres personnes qui viennent tout
juste de fuir les affrontements et qui ont été
redirigées vers les camps de réfugiés
dirigés par les autorités du pays, mais
où elles sont gardées incommunicado ?
Le
gouvernement distribue des tentes, mais la chaleur qui
règne dans les 13 camps archibondés est torride.
Les réfugiés n’ont nulle part où se
cacher du soleil pendant la journée. La nourriture
manque.
Certains d’entre eux tentent déjà
d’échapper à leur sort en ayant recours à
des embarcations de fortune. L’Inde, dont la pointe
septentrionale est à 31 km du Sri Lanka,
s’inquiète de l’arrivée massive de
réfugiés tamouls. L’Australie est à 6000
kmde l’île de l’océan Indien, mais
déjà, le ministre des Affaires
étrangères est sur un pied d’alerte.
Malgré la gravité du moment, les organisations
humanitaires peinent à faire venir du renfort. «
Il y a beaucoup de procédures gouvernementales à
suivre pour faire venir des gens et de l’équipement
», déplore Laurent Surry.
Conscient de ces obstacles, le secrétaire
général de l’ONU, Ban Ki-moon, a
décidé lundi d’envoyer une équipe
d’urgence qui fera pression sur les autorités pour
avoir accès aux civils en danger. La tâche ne
sera pas facile. Pour le moment, les politiciens de Colombo,
qui représentent la majorité cinghalaise
bouddhiste de l’île, nient l’existence d’une crise
humaine frappant la minorité tamoule, majoritairement
hindoue.
Vers une solution politique ?
L’attitude du président Mahinda Rajapaksa
soulève l’ire de la communauté internationale.
Les Nations unies demandent un cessez-le-feu immédiat,
notant que 6500 civils ont été tués
depuis le mois de janvier. Le Conseil de
sécurité a pour sa part enjoint mercredi soir
aux Tigres tamouls de se rendre. Les deux parties au conflit
ne veulent rien entendre.
Selon Marc Schneider, viceprésident de l’International
Crisis Group, il n’existe qu’une issue au bourbier humanitaire
et politique du Sri Lanka: un cessez-le-feu et une reddition
des Tigres tamouls, supervisée par les Nations unies et
suivie d’un dialogue politique visant à accorder une
certaine autonomie à la minorité tamoule. Car
même si l’armée venait à bout du mouvement
séparatiste armé, le problème de
l’autodétermination tamoule, à la racine du
conflit, ne sera pas réglé.
De plus, l’International Crisis Group, tout comme Amnistie
internationale et Human Rights Watch, demandent la tenue d’une
enquête indépendante sur les crimes de guerre et
les crimes contre l’humanité commis tant par
l’armée srilankaise que par le LTTE au cours des
derniers mois du conflit, voire au cours des 30
dernières années.
En tout, plus de 80000 personnes ont laissé leur vie
dans cette confrontation sans merci entre l’État
sri-lankais et le mouvement séparatiste. La grande,
grande majorité appartenait à la minorité
tamoule.
SRI LANKA Pas de paix, pas de prêt, selon
Clinton
La
secrétaire d’État américaine, Hillary
Clinton, s’est prononcée hier contre l’attribution par le
Fonds monétaire international d’un prêt au Sri
Lanka, estimant que « ce n’est pas le moment ». La
chef de la diplomatie américaine a ainsi joint sa voix
aux critiques du gouvernement sri-lankais qui craignent qu’un
tel prêt n’alimente le budget de l’armée qui
mène un combat sans merci contre les Tigres tamouls,
refusant un cessez-le-feu pour permettre à quelque 50 000
civils de fuir les combats. Hier, le responsable de
l’information du gouvernement, Anusha Palpita, a toutefois
assuré que les civils prisonniers des combats entre
l’armée et les rebelles seraient «
libérés » d’ici 48 heures.
Les Tigres
tamouls au pied du mur
APRÈS
L’EXODE DE 35 000 CIVILS
« J’ai dit à la communauté internationale
qu’un cessez-le-feu ne servirait à rien : dites juste aux
Tigres de laisser partir les civils. »
COLOMBO— LeSriLankaadonné hier aux rebelles tamouls
jusqu’à la mi-journée aujourd’hui pour se rendre,
après que 35 000 civils eurent fui la dernière
zone encore aux mains de la guérilla séparatiste
dans le nord-est de l’île.
« Nous avertissons ( le chef suprême des Tigres
tamouls) Velupillaï Prabhakaran et ses lieutenants qu’ils
ont 24 heures pour se rendre », a déclaré le
porte-parole du ministère de la Défense, Keheliya
Rambukwella.
De fait, la fin de la guerre au Sri Lanka – l’une des plus
longues en Asie – ne dépend plus que du sort du
numéro 1 des Tigres de libération de l’Eelam
tamoul (LTTE), Velupillaï Prabhakaran, invisible depuis 18
mois.
« Prabhakaran n’a plus qu’à se rendre »,
avait auparavant déclaré à l’AFP le
président sri-lankais Mahinda Rajapakse. Le LTTE est
acculé sur une poche de 15 km2 et accusé de
retenir « comme boucliers humains » entre 70 000 et
100 000 habitants tamouls. Mais le président Rajapakse a
assuré hier que « plus de 35 000 (personnes)
étaient passées depuis ce matin » en
territoire gouvernemental.
Il a montré des images vidéo aériennes
où l’on voit des milliers de gens quitter à pied
ou à la nage la dernière zone de la
rébellion pour se réfugier dans une région
contrôlée par Colombo.
Exode
C’est apparemment le « sauvetage » par
l’armée de 5000 Tamouls ce week-end qui a provoqué
l’exode soudain de 35 000 autres débordant la
dernière ligne de défense de l’insurrection.
Alors que ses troupes sont
accusées d’avoir bombardé des populations civiles,
M. Rajapakse s’est encore targué de « mener, non pas
une opération militaire, mais la plus grande
opération mondiale de sauvetage d’otages ».
« C’est maintenant totalement fini pour les Tigres »,
a-t-ilmartelé, comme il le fait depuis des mois. Sur le
terrain, les insurgés ont effectivement perdu la guerre.
Jusqu’en 2007, l’une des guérillas les plus redoutables et
les mieux organisées au monde régnait sur 18 000 km2
de terres dans le nord et l’est sur lesquelles elle voulait fonder
un État tamoul indépendant. Expulsé de ses
fiefs, le LTTE a perdu 18 000 hommes en trois ans, selon
l’armée.
Leministèrede laDéfensea toutefois fait état
de lamort de 17 réfugiés dans un attentat suicide
perpétré par lesTigres, mais aucunresponsable
officiel n’a pu le confirmer.
Les informations sont invérifiables dans cette
région coupée du monde à laquelle seule la
CroixRouge a accès. Celle-ci a dit avoir
évacué depuis février 10 000 personnes
d’ex-régions rebelles jusqu’à des hôpitaux
gouvernementaux.
En revanche, au moins 2800 civils ont péri dans des
violences perpétrées par les belligérants
depuis le 20 janvier, selon l’ONU.
Au terme de 37 ans de conflit et au prix de dizaines de milliers
de morts, le Sri Lanka rejette systématiquement les appels
internationaux et ceux du LTTE à une trêve durable.
« J’ai dit à la communauté internationale
qu’un cessez-le-feu ne servirait à rien: dites juste aux
Tigres de laisser partir les civils », a insisté M.
Rajapakse, un nationaliste cinghalais partisan depuis son
élection fin 2005 de la poigne de fer contre les «
terroristes » des Tigres tamouls.
Les Tigres seraient vaincus
Encerclés
et en passe de perdre « dans quelques heures » leur
minuscule poche de 3,5 kilomètres carrés au bord
de l’océan Indien, les Tigres de libération de
l’Eelam tamoul (LTTE) s’apprêtent à se «
suicider en masse », a assuré le ministère
de la Défense.
Selon
l’ONU, quelque 20 000 civils ont pu fuir la zone des combats
au cours des derniers jours, dans le nord-est du Sri Lanka.
Auparavant, les forces armées s’étaient
emparées du dernier bout de côte
contrôlé par la rébellion.
« Mon gouvernement, avec l’engagement total de nos forces
armées, a finalement vaincu militairement le LTTE lors
d’une opération humanitaire sans précédent,
a affirmé M. Rajapakse, en déplacement en
Jordanie. Je vais revenir dans un pays totalement
libéré des actes barbares du LTTE. »
Ce chef de l’État nationaliste, son influent frère
Gotabhaya Rajapakse, à la tête du puissant
ministère de la Défense, et l’armée de
terre sont les architectes depuis trois ans de
l’écrasement de la plus redoutable guérilla au
monde qui régnait en 2007 sur 15 000 km2 dans le nord et
l’est. Elle s’y battait pour fonder un État tamoul
indépendant.
L’armée a cependant signalé que les combats se
poursuivaient dans la zone du conflit. Selon le
général Udaya Nanayakkara, les rebelles faisaient
sauter leurs stocks d’explosifs.
Le président sri-lankais avait assuré jeudi soir
que l’offensive gouvernementale prendrait fin d’ici à
aujourd’hui, avec la reconquête totale de l’étroit
territoire encore contrôlé par les
séparatistes.
Deux divisions de l’armée progressant de part et d’autre
de la côte nord-est ont fait leur jonction tôt hier
matin dans la localité de Vellamullivaikka, a
expliqué le général Nanayakkara. On ignore
si le chef tamoul Velupillai Prabhakaran et ses principaux
lieutenants se trouvent encore dans l’enclave cernée par
l’armée ou s’ils ont pu prendre la fuite.
Selvarasa Pathmanathan, un des porte-parole des
séparatistes, n’a pas commenté les informations de
l’armée. Les Tigres tamouls, a-t-il dit, saluent l’appel
lancé mercredi par Barack Obama en faveur d’un
cessez-le-feu et feront « tout ce qui est
nécessaire » pour épargner les civils. Mais
il n’a pas précisé si les rebelles
déposeraient les armes comme le demande le
président américain.
Les militaires
se disaient prêts depuis une semaine à donner le
coup de grâce en crevant la dernière poche de
l’ennemi. Ils ont apparemment continué de bombarder
l’enclave à l’arme lourde, malgré leur engagement
fin avril à ne plus le faire, afin d’épargner les
civils « otages » des Tigres.
« Au bord du précipice »
D’ailleurs, Londres, l’ex-puissance coloniale, a averti Colombo
de « conséquences pour ses actions »
destinées à en finir avec l’insurrection.
« Le Sri Lanka est au bord du précipice. Nous avons
réclamé à plusieurs reprises la fin des
violences », a lancé le premier ministre
britannique Gordon Brown, en exigeant que « les agences
humanitaires (aient) accès aux civils pris dans le feu
croisé d’un conflit épouvantable ».
« Le combat doit s’arrêter maintenant », a
aussi exhorté l’Union européenne, qui
considère le LTTE comme une « organisation
terroriste ».
Ces derniers jours, les Tigres ont accusé l’armée
d’avoir massacré des milliers de civils. Colombo a
rétorqué que la guérilla tirait sur ces
« boucliers humains ».
D’après des estimations de l’ONU, 7000 civils ont
été tués et 16 700 autres blessés
par les combats, pour la période du 20 janvier au 7 mai.
Depuis, selon les médecins présents sur place,
plus de 1000 civils ont été tués en une
semaine, pris entre deux feux, même si le gouvernement
sri-lankais nie avoir recours à des armes lourdes.
Mais aucune information fiable ne filtre de cette région
coupée du monde, à laquelle seule la CroixRouge a
accès. Celle-ci s’est dite impuissante face à
« une catastrophe humanitaire inimaginable ».
Contester le pouvoir dans le sang - FRÉDÉRICK
LAVOIE
MOSCOU — De
l’imam Chamil, qui combattit l’empire russe durant 30 ans au
XIXe siècle, aux islamistes des dernières
années, en passant par les indépendantistes
tchétchènes de la décennie 90, le
Caucase du Nord a toujours contesté le pouvoir russe.
Le plus souvent dans le sang. Les attentats d’hier en sont
le dernier épisode.
Entre la ville de Moscou et la région du Caucase, il
y a un monde. La première est riche, instruite,
relativement libérale. La deuxième
dépend des subsides fédéraux, a un taux
de chômage qui dépasse les 50% dans plusieurs
localités et est fortement traditionaliste et
religieuse.
Après une accalmie durant l’ère
soviétique, les hostilités ont
recommencé avec les velléités
d’indépendance de l’élite politique
tchétchène dès la chute de l’empire.
Les Russes ont répondu par la bouche de leurs canons,
craignant que la sécession tchétchène
n’entraîne celle d’autres peuples.
Indépendance et religion
Militairement moins forts, des chefs de guerre
tchétchènes se sont tournés vers le
terrorisme. Au fil de la lutte, l’idée
d’indépendance a pris une couleur religieuse. La mort
du président indépendantiste
tchétchène Aslan Maskhadov, tué par les
forces russes en 2005, a signé la fin de la
modération et des possibilités de dialogue
entre les rebelles et Moscou.
Ses successeurs autoproclamés ont appelé
à la guerre sainte pour former un émirat dans
tout le Caucase du Nord. Ils ont exhorté leurs
frères musulmans des républiques voisines
d’Ingouchie et du Daguestan à s’unir à leur
lutte. Depuis plusieurs années, autorités et
experts estiment qu’il ne resterait guère plus que de
500 à 1000 rebelles cachés dans les
forêts montagneuses de la région. Or,
malgré les opérations antiterroristes
incessantes des forces russes, qui éliminent
régulièrement quelques dizaines
d’insurgés, la rébellion tient bon et se
régénère.
IRLANDE DUNORD
: LES MURS DE LA HAINE - Isabelle Hachey
Onze ans
après les accords de paix en Irlande du Nord, les
« murs de paix » qui séparent les
quartiers catholiques et protestants deBelfast ne sont pas
tombés. Au contraire, ils sont plus nombreux, plus
hauts et plus longs que jamais. Avant de songer à le
PHOTO JOCKEL FINCK, AP
Malgré la paix, les
barrières qui divisent Belfast se multiplient.
IRLANDE DUNORD
La fenêtre du salon de Brian est griffée de
rayures. « Ce sont des marques de briques. Heureusement
que j’ai des vitres renforcées, sinon je devrais souvent
les remplacer », raconte-t-il, l’air
résigné. « Nous sommes habitués.
Ça arrive toutes les semaines. Chaque fois, il faut
avertir les voisins de déplacer leurs voitures. »
Devant sa porte, les touristes défilent en black cab pour
visiter un monument aux martyrs républicains,
adossé à l’un des sinistres « murs de paix
» qui déchirent toujours les quartiers ouvriers de
Belfast. Une murale rappelle les violentes émeutes de
l’été 1969, au cours desquelles des loyalistes ont
brûlé les maisons de Bombay Street.
C’était il y a 40 ans. Ici, pourtant, c’est comme si
c’était hier.
En réponse aux émeutes, l’armée britannique
a planté une clôture de barbelés entre
Bombay Street et Cupar Way, en zone protestante. « C’est
très, très temporaire. Nous n’aurons pas de mur de
Berlin dans cette ville », avait assuré le
lieutenant-général Ian Freeland, commandant de
l’armée en Irlande du Nord à l’époque.
Mais le conflit a duré. Et les barbelés se sont
transformés en mur de paix, toujours plus solide,
toujours plus haut.
Aujourd’hui, la structure impressionne : cinq mètres de
ciment, surmonté de trois mètres de métal
opaque, coiffé de six mètres de grillage. Au
total, donc, 14 mètres de béton et d’acier.
L’horizon bouché de Brian. Ce père de cinq enfants
ne s’en plaint pas: « Ce n’est pas le moment de
démanteler le mur. Il y a encore trop d’amertume. »
Guy Frame habite Cupar Way. C’est le voisin que Brian n’a jamais
rencontré. Il lui ressemble. Il a trois enfants, avec
lesquels ceux de Brian ne joueront jamais. Les deux familles
habitent à quelques dizaines de mètres l’une de
l’autre. Mais un mur les sépare. Et il ne tombera pas de
sitôt, prédit M. Frame. « Il y a trop de
haine. »
L’apartheid après la guerre
Onze ans après la signature des accords de paix,
l’Irlande du Nord a changé de visage. Les tours de
surveillance de l’armée britannique ont été
démantelées. Les soldats sont rentrés dans
leurs casernes. L’anneau de fer qui entourait le centre-ville de
Belfast a disparu. Des politiciens autrefois ennemis partagent
le pouvoir à Stormont, le parlement de la province.
Restent les peace walls. Des douzaines de kilomètres de
murs, destinés à protéger les
résidants des attaques sectaires, mais qui cimentent
surtout les divisions entre les communautés catholique et
protestante. Paradoxalement, malgré la paix, ces
imposantes structures se multiplient: on en compte deux fois
plus aujourd’hui qu’en 1998.
Le gouvernement britannique est officiellement responsable de 47
murs de paix en Irlande du Nord, dont la grande majorité
(36) dans les quartiers ouvriers de Belfast, durement
frappés par la violence, la pauvreté et le
chômage. Mais il n’est pas le seul à en construire.
Il y a aussi la ville, divers organismes et des promoteurs
privés. Sur le terrain, Neil Jarman, directeur de
l’Institute for Conflict Research, a dénombré pas
moins de 88 murs, cloisons et barrières entre les deux
communautés.
Ces murs sont le plus grand symbole des profondes divisions qui
déchirent toujours la société
nord-irlandaise.
La belle histoire racontée aux touristes ne dit pas tout.
Les bars branchés et les restaurants chic du centre-ville
cachent une autre réalité. « C’est un peu
comme si l’Irlande du Nord s’était payé une belle
opération de chirurgie esthétique mais n’avait
jamais soigné la maladie qui couve »,
dénonce Lady May Blood, qui travaille depuis 50 ans pour
améliorer le sort de sa communauté protestante de
Shankill, dans l’ouest de Belfast.
Cette maladie, c’est la ségrégation. Au plus fort
des troubles, 60 000 personnes ont été
forcées de quitter leur maison dans les quartiers mixtes
de la ville. Ces quartiers se sont transformés en
ghettos, où catholiques et protestants ne se
mélangent plus. La haine, la méfiance et la peur
se sont installées à demeure.
Sarah Gillett se souvient du temps où sa mère
préparait des sandwichs pour assister aux
défilés orangistes de juillet. «
Aujourd’hui, on leur lancerait des pierres! » avoue cette
catholique de Falls Road, tout près de Shankill. Elle ne
s’y aventurerait plus pour tout l’or du monde. « J’ai trop
peur. » Les parades, surtout, l’angoissent. « On
entend le bruit des tambours et des injures contre le pape de
l’autre côté du mur », raconte-t-elle en
frissonnant.
Les barrières ne sont pas que dans les rues. Elles
existent aussi en politique, en éducation, dans les
loisirs et les sports. Protestants et catholiques ne se font
plus la guerre, mais ils mènent leur vie en
parallèle. « Les murs ne sont pas comme celui de
Berlin, où l’on empêchait les gens de traverser,
dit Lady Blood. Ici, on peut facilement passer d’un
côté à l’autre. Les murs sont davantage dans
l’esprit des gens. »
Et ils sont d’autant plus difficiles à faire tomber.
Toujours plus hauts
Pour le gouvernement, les murs sont encore le meilleur moyen de
prévenir la violence dans les multiples «
interfaces » de Belfast, ces zones de fracture entre les
deux communautés. Les forces de l’ordre sont convaincues
qu’ils contribuent à réduire le nombre d’attaques
sectaires. Pour elles, un mur de paix vaut 100 policiers.
Mais les murs ne semblent jamais assez hauts. Dans Bombay
Street, la cour de Seaneen Murphy donne sur le mur de 14
mètres. Elle est aussi entièrement recouverte d’un
épais grillage métallique qui bloque les tirs de
briques et de bouteilles. Dans cette cour triste et sans
verdure, on a la nette impression de vivre en cage.
« Les murs n’assurent pas la sécurité
puisque les gens trouvent le moyen de lancer des choses
par-dessus, constate Neil Jarman. Pire, les murs signifient que
l’ennemi se trouve de l’autre côté. » Les
murs deviennent ainsi des « marqueurs » qui
permettent de cibler plus facilement la communauté
rivale.
Résultat, il est plus dangereux de vivre près d’un
mur de paix que partout ailleurs en Irlande du Nord. Selon le
démographe Peter Shirlow, près de 70% des meurtres
liés aux troubles sont perpétrés à
moins de 500 mètres des murs censés
protéger les résidants des attaques sectaires.
Mais les plus savantes analyses ne convaincront pas ceux qui
vivent dans les quartiers lézardés par ces murs –
et qui ne tiennent pas à les voir disparaître. Ici,
la haine et la peur sont si tenaces que peu de gens pensent voir
tomber ces sinistres structures de leur vivant. « La
personne qui a appelé ça des « murs de paix
» devrait être abattue, tranche Lady Blood. Ils
n’ont jamais amené la paix; que des problèmes.
»
À LA FOLIE DES HOMMES
Malgré les troubles, Frank Martin nourrit de beaux
souvenirs d’enfance. Dans les années 60, ses parents
ont emménagé à Springfield Park, une
nouvelle rue de l’ouest de Belfast, où catholiques et
protestants se mêlaient volontiers. Ces jeunes familles
étaient prêtes à mettre leurs
différences de côté pour vivre leur
rêve d’une première maison en banlieue, avec
petit jardin, air frais et vue sur les collines.
M. Martin se souvient aussi de ce matin d’août 1971, des
coups de feu, des magasins pillés, des maisons
brûlées, de la fuite éperdue. Springfield
Park est devenue une zone interdite, infestée de
paramilitaires et de tireurs embusqués. Puis, en 1994,
on y a érigé un énorme mur en briques
rouges, à l’endroit précis où
s’élevaient les maisons. On l’appelle le « mur
d’un million de briques ».
Parfois, M. Martin retourne à Springfield Park. «
Pour moi, c’est comme aller au cimetière. Les troubles
sont finis, mais je pense qu’il faut se souvenir de l’histoire
pour apprendre d’elle. Si on balaie tout sous le tapis, on
risque d’inviter le conflit à revenir. »

M. Martin ne souhaite pas voir disparaître le
mur d’un million de briques. À ses yeux, c’est un
« monument »à la folie des hommes.
« J’y vais pour me souvenir et
réfléchir. Parce que Springfield Park
était la dernière communauté à
laquelle j’ai vraiment eu l’impression d’appartenir.
»
DE TERRORISTES ÀGUIDES
TOURISTIQUES
Ils ont un passé sanglant. Ils ont été
ennemis jurés. À Lanark Gate, le seul point de
passage entre le bastion catholique de Falls Road et celui,
protestant, de Shankill Road, dans l’ouest de Belfast, ces
anciens paramilitaires s’échangent désormais des
étrangers tombés entre leurs mains. Pas des
otages. Des touristes.
PHOTO DYLAN MARTINEZ, REUTERS
D’anciens
ennemis jurés brassent désormais des
affaires ensemble. En exploitant les murs que leur propre
lutte armée a contribué à faire
ériger.
« C’est notre Checkpoint Charlie », ironise
Michael Colbert, directeur de Coiste, un organisme de
soutien aux 18 000 anciens prisonniers de l’IRA.
Lui-même a passé 16 ans derrière les
barreaux, pour des « activités variées
» au sein du groupe paramilitaire républicain.
« C’est très difficile pour les anciens
prisonniers de trouver un emploi. Depuis quelques
années, nous avons constaté qu’il y avait de
plus en plus de touristes sur Falls Road. Nous avons
décidé d’exploiter ce marché. »
M. Colbert était adolescent quand sa maison de Bombay
Street a été brûlée, en 1969, au
début des troubles. Quarante ans plus tard,
l’imposant mur qui s’élève dans cette rue est
devenu l’une des plus grandes attractions touristiques de
Belfast. Un demi-million de personnes le visitent chaque
année. « Les touristes ne viennent pas ici pour
pêcher. Ils viennent pour voir les zones de conflit.
»
Les ex-paramilitaires n’avaient aucune raison de ne pas
profiter de la manne. Du même coup, ils donnent leur
version du conflit aux visiteurs. « Ce n’est pas une
belle histoire neutre. C’est une histoire racontée
d’un point de vue républicain », admet M.
Colbert.
La version des guides de Coiste est d’autant plus
unidimensionnelle qu’ils ne s’aventurent jamais en
territoire ennemi. Trop dangereux pour ces
républicains connus – et détestés – des
protestants. Si les touristes demandent à voir
Shankill Road, on les confie à d’anciens
paramilitaires loyalistes, qui se chargent de jouer les
guides touristiques de leur côté du mur.
L’échange se fait à Lanark Gate.
Côté protestant, des guides comme William
« Plum » Smith, ex-membre duRedHandCommando, qui
a purgé une peine de 10 ans pour tentative de
meurtre, attendent les « colis ».
Autrefois prêts à s’entretuer, ces hommes
brassent désormais des affaires ensemble en
exploitant les murs que leur propre lutte armée a
contribué à faire ériger.
M. Smith n’est pas pressé de voir tomber ces murs.
« Les gens en sont venus à les accepter comme
faisant partie de leur vie quotidienne. Ceux qui ont moins
de 40 ans ne se souviennent pas du temps où il n’y en
avait pas. Ils font partie des meubles. Et il ne faut pas
oublier que c’est la plus grosse attraction de la ville.
»
Pour cet ancien terroriste recyclé en guide
touristique, abattre les murs, ce serait tuer la poule aux
oeufs d’or.
PEINDRE SON MESSAGE
Danny
Devenny, 56 ans, est l’un des muralistes
républicains les plus prolifiques de l’Irlande du
Nord. Cet ancien membre de l’IRA a appris à peindre
derrière les barreaux d’une sombre geôle de
Belfast.
PHOTO KIERAN DOHERTY,
REUTERS
Danny
Devenny,
ancien membre de l’IRA, a appris à peindre en
prison. Il a tout d’abord mis son art au service de la
propagande républicaine (notre photo).
Après être devenu ami avec un muraliste du
clan adverse, il peint désormais des messages de
paix.
Mark Ervine est le fils d’un ancien paramilitaire
loyaliste. Tous les jeudis de son enfance, ce muraliste de
36 ans a manqué l’école pour rendre visite
en prison à son père, arrêté en
1974 au volant d’une voiture bourrée d’explosifs.
Les deux hommes habitent le même secteur ouvrier de
l’est de Belfast. Ils ne s’y sont jamais croisés :
un « mur de paix » sépare leurs maisons
toutes proches. « Nous nous sommes rencontrés
par hasard, il y a trois ans, à une exposition,
raconte M. Ervine. Ç’a été un choc de
découvrir tout ce que nous avions en commun.
»
Toute leur vie, ils avaient peint des murales
propagandistes à la gloire de leur clan, de chaque
côté des murs qui séparent catholiques
et protestants de Belfast. Mais en 2007, ils ont choisi de
reproduire Guernica, le célèbre tableau de
Picasso. Ensemble.
« Guernica dénonce l’horreur et la
futilité de la guerre. Pour des artistes issus de
deux communautés rivales, peindre ce tableau
était une sorte de déclaration. Notre
message, c’était : plus jamais. »
Bien vite, les deux hommes que tout séparait sont
devenus amis. Côte à côte, ils ont
peint d’autres murales. « Notre but, c’est
d’établir un dialogue entre des gens qui n’ont pas
la chance de se rencontrer parce qu’il y a un mur entre
eux, explique M. Ervine. Nous voulons briser les
préjugés qu’ils entretiennent les uns envers
les autres. »
Il faudra
encore bien des coups depinceaupour y arriver. Onze ans
après la signature des accords de paix en Irlande
du Nord, de nombreuses murales présentent toujours
des scènes ultraviolentes : hommes
encagoulés, l’air menaçant, brandissant
leurs kalachnikovs vers le ciel ou les pointant sur les
passants.
Toutes ces murales se trouvent en zones protestantes,
souligne Bill Rolston, auteur de trois livres sur le
sujet. « Les loyalistes sont si habitués de
peindre des hommes armés qu’ils ne savent pas trop
quoi faire d’autre. Surtout, leur philosophie politique
est tellement liée aux armes qu’il leur est
difficile de visualiser autre chose. Ils craignent que si
on la leur enlève, ils cesseront d’exister. »
Les républicains ne partagent pas cette angoisse
existentielle. Ils ont toujours eu une idéologie
politique plus large, explique M. Rolston. Même
pendant les Troubles, leurs murales abordaient de nombreux
thèmes, de la mythologie irlandaise aux
grèves de la faim des prisonniers de l’IRA. «
La paix retrouvée, en 1998, ils étaient
assez confiants pour retirer les armes des murales, comme
ils les avaient retirées des rues. »
Censure gouvernementale?
Le gouvernement nordirlandais aimerait faire
disparaître les hommes encagoulés des murs de
la province. L’an dernier, il a mis sur pied un programme
de « réimagerie » de 7 millions de
dollars, destiné à remplacer ces murales
guerrières. En les couvrant de jolis paysages
inoffensifs, par exemple.
Pour avoir droit à un financement, les muralistes
doivent faire approuver leur projet par les
autorités. Aux yeux de M. Ervine, cela
équivaut à de la censure. « Les
murales n’ont pas créé la situation, elles
la reflètent, souligne-t-il. Le geste du
gouvernement est politique, peut-être encore plus
que les images qu’il tente de faire disparaître.
»
Plutôt que de « réimager », il
vaudrait mieux « réimaginer », dit M.
Rolston. « Si les loyalistes acceptaient de vivre
avec des catholiques, s’ils pouvaient entrevoir un avenir
où tous travailleraient ensemble dans ce pays,
alors il s’agirait d’un véritable changement. Bien
plus que s’ils remplacent les hommes armés sur
leurs murs par des couples qui dansent – et qui
n’évoquent rien pour personne. »
IRLANDE DU NORD
Les milices loyalistes annoncent leur désarmement
Les
principales milices loyalistes d’Irlande du Nord ont
officiellement annoncé hier qu’elles avaient
entamé, voire achevé, leur désarmement,
marquant une nouvelle avancée dans le processus de
pacification de la province britannique. Les milices
loyalistes protestantes, qui s’en prenaient principalement
à des catholiques séparatistes, avaient
déjà officiellement renoncé ces
dernières années à la violence, mais
aucune n’avait jusqu’à présent accepté
de se désarmer. Leur ennemi juré,
l’Armée républicaine irlandaise (IRA,
catholique), a achevé son désarmement en 2005.
ETA basque : Cinquante ans et toujours
armée - Pierre Ausseil
Organisation séparatiste basque ETA
L’organisation séparatiste basque ETA
fêtait ses 50 ans d’existence hier. Un
anniversaire marqué par la violence, cette
semaine en Espagne, avec des attentats qui ont fait deux
morts et plusieurs blessés. Avec cette off
coopération policière francoespagnole
à plein régime, l’ETA s’est lancée
dans une « fuite en avant sans issue »,
selon les commentateurs.
Hier,
au
moment où l’ETA fêtait ses 50 ans, des
gens se sont recueillis devant l’hôtel de ville
de Madrid, en Espagne, en mémoire des victimes
des attentats de cette semaine.
Des fissures lézardent sa mouvance,
divisée sur l’utilité de poursuivre une
« lutte armée » qui a fait au moins
826 morts et des milliers de blessés, alors que
750 militants de l’ETA peuplent les prisons espagnoles
et françaises, pour un bénéfice
politique nul.
« C’est le début de la fin »,
estiment les spécialistes. Mais aucun ne
s’aventure à pronostiquer une date.
Pour souffler ses 50 bougies et démentir ces
pronostics, l’ETA avait déjà fait exploser
mercredi une fourgonnette piégée devant la
caserne de la garde civile de Burgos. Bilan, presque
miraculeux: 64 blessés légers.
Sympathie et prestige
— Le 31 juillet 1959, des étudiants nationalistes
basques marxistes-léninistes fondaient l’ETA en
pleine dictature. Cinquante ans plus tard, avec au moins
826 morts à son actif, l’organisation
indépendantiste fait figure de dernier dinosaure
de la lutte armée en Europe occidentale.
Affaiblie par la pression policière, l’ETA a
encore démontré sa capacité de
nuisance: deux gardes civils ont été
tués jeudi à Palma de Majorque dans un
attentat semblant porter sa signature.
Née en tant que mouvement ant i-f ranquiste
conjuguant défense d’une « identité
nationale » avec idéal
révolutionnaire, Euskadi Ta Askatasuna («
Patrie basque et liberté ») est devenue au
fil des ans un mouvement « terroriste »,
sourd à l’évolution démocratique de
l’Espagne et aux grands changements survenus dans le
monde.
Très diminuée depuis le début des
années 2000 à la suite d’une
Le groupe clandestin ne tue pour la première fois
– un garde civil franquiste – qu’en 1968, 10 ans
après sa naissance. Son premier coup
d’éclat, l’assassinat en 1973 de l’amiral Carrero
Blanco, homme fort du régime franquiste, lui vaut
sympathie et prestige.
Paradoxalement, c’est après la mort de Francisco
Franco en 1975 et le retour à la
démocratie que l’ETA met les bouchées
doubles. « Dans les années 80, ils tuaient
presque 100 personnes par an », se souvient M.
Landaburu.
Depuis son retour aux armes, en 2007, la plupart de ses
commandos ont été démantelés
avant de passer à l’action. Quatre de ses chefs
ont été arrêtés en quelques
mois, mais elle est passée sous la coupe d’une
jeune génération ultra-radicale et jouit
toujours d’un vivier de sympathisants dans la province
basque d’environ 100 000 électeurs.
« L’ETA n’a pas besoin de recruter des centaines
de jeunes chaque année. Quelques dizaines
suffisent », explique le journaliste Florencio
Dominguez.
Le cauchemar quotidien des Birmans -
Judith LaChapelle
Entrevue avec le militant Saw Kweh Say, de passage
à Montréal
Bien sûr, il y a Aung San Suu Kyi, la leader
de l’opposition birmane, récemment
condamnée à 18 mois
supplémentaires d’assignation à
résidence, mais il y a aussi les Birmans
ordinaires, notamment ceux des minorités
ethniques, pauvres, sous-instruits, qui voient tous
les jours leurs droits bafoués ou leurs
terres confisquées. Pour eux, il y a plus
pressant que la tenue d’élections.
PHOTO ARCHIVES
REUTERS
Des familles de Birmans
emprisonnés dans les prisons de la junte
attendent la libération improbable des
leurs, devant les grilles de leur geôle,
à Rangoon, la capitale économique de
la Birmanie.
« Ava nt t oute c hose, le gouvernement doit
retirer ses troupes des territoires des
minorités ethniques. Ainsi, les gens pourront
reprendre leurs droits. »
Saw Kweh Say, Birman d’origine karen,
réfugié en Thaïlande depuis 25
ans, dirige aujourd’hui l’organisme Burma Issues. Il
constate que Aung San Suu Kyi et la
libération de prisonniers politiques
monopolisent la plupart des nouvelles qui
émergent de cet État d’Asie du
Sud-Est. La population, elle, ne rêve pas que
d’élections libres et du départ de la
junte militaire.
« Quand le gouvernement pa rle de
développement , il construit des routes, des
ponts, mais pour les gens, il ne s’agit pas de
développement dont ils profitent. Ce qu’ils
veulent, c’est pouvoir vivre librement, dans leur
communautés, sur leurs terres. C’est plus
important pour eux que des élections. »
Les militants des droits de la personne de Burma
Issues se rendent dans les zones rurales pour
informer les paysans birmans de leurs droits et les
inviter à leur communiquer des informations
sur les violations des droits de la personne.
«
Quand on visite les villages en Birmanie, il n’y a
pas de jeunes. Ils sont tous partis en
Thaïlande pour gagner leur vie », dit Saw
Kweh Say.
Le militant, de passage à Montréal
à l’invitation de l’organisme CUSO-VSO pour
donner une conférence ce soir au Palais des
congrès, voit d’un bon oeil la nouvelle
approche américaine qui veut renouer le
dialogue avec la junte militaire au pouvoir.
Sanctions inefficaces
Les sanctions à l’égard de la Birmanie
ne sont pas levées, mais Washington a
annoncé qu’il entreprendra des discussions
avec les dirigeants birmans. La seule imposition de
sanctions n’a pas suffi à obtenir des
réformes démocratiques en Birmanie, a
reconnu Washington.
L’été dernier, en vue des
élections de 2010, l’armée a repris
l’offensive contre les t e r r i t oi r e s e t h n
iques des Karens et des Kokangs pour
préserver « la stabilité de l’
État ». Washington a demandé, en
août, au gouvernement birman de cesser les
combats et d’entamer un « véritable
dialogue » avec ses minorités
ethniques.
« Si on veut vraiment changer le
système, il faut une discussion entre le
régime militaire, les partis politiques et
les minorités ethniques », croit Saw
Kweh Say.
Les États-Unis veulent engager
un dialogue
NEW
YORK — Les États-Unis veulent engager un
dialogue avec la Birmanie, sans abandonner les
sanctions actuellement imposées à ce
pays, a déclaré hier la
secrétaire d’État américaine
Hillary Clinton.
« Nous pensons que les sanctions restent un
élément important de notre politique,
mais qu’elles n’ont pas, en elles-mêmes,
produit les résultats espérés
», a déclaré la chef de la
diplomatie américaine à l’issue d’une
réunion organisée à l’ONU par
le secrétaire général des
Nations unies Ban Ki-moon.
« Opposer le dialogue et les sanctions est
selon nous un faux choix. À l’avenir, nous
emploierons ces deux outils da ns la pou rsu ite de
nos objectifs qui sont inchangés »,
a-t-elle dit.
Des
élections sont prévues l’an prochain
en Birmanie, les premières depuis 20 ans. L
es États-Unis et l’ Union européenne
ont imposé des sanctions au régime
birman en raison de son refus de reconnaître
le résultat des élections de 1990 et
de la détention prolongée de la
dirigeante de l’opposition, Aung San Suu Kyi.
L’administration Obama avait indiqué en
février qu’elle engagerait une
révision de sa politique envers la Birmanie.
Mme Clinton a souligné que les objectifs des
États-Unis n’avaient pas changé,
citant des « réformes
démocratiques c réd ibles »,
« la l ibération immédiate des
prisonniers politiques » et « un
dialogue sérieux avec l’opposition et les
minorités ethniques ».
ONU et Birmanie : Déclaration
édulcorée
NEW
YORK — Le Conseil de sécurité des
Nations unies a approuvé une déclaration
édulcorée sur la Birmanie, exprimant sa
« grave préoccupation »
après la prolongation de l’assignation à
résidence d’Aung San Suu Kyi et appelant
à la libération des prisonniers
politiques.
L’ambassadeur britannique à l’ONU, John Sawers,
qui préside le conseil ce mois-ci, a lu la
déclaration hier au nom de ses 15 membres,
indiquant qu’il s’agissait de l’« expression
d’une grave préoccupation concernant l’issue
» du procès de la dirigeante de
l’opposition birmane.
Aung
San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix,
a été condamnée mardi à
trois ans de prison et de travaux forcés,
commués par le dirigeant de la junte, Than
Shwe, en 18 mois supplémentaires de
résidence surveillée. Elle avait, selon
ses juges, violé les termes de son assignation
à résidence en hébergeant
brièvement chez elle en mai un
Américain.
« Nous savons tous que les différents
membres du Conseil de sécurité ont des
visions différentes de la situation et que
l’opinion tranchée de plusieurs capitales
occidentales n’est pas entièrement
partagée par d’autres pays », a
déclaré M. Sawers afin d’expliquer
pourquoi le texte initial proposé par les
États-Unis a été
édulcoré. La Chine, principal
allié du régime birman, avait
appelé mercredi la communauté
internationale à respecter la
souveraineté de la justice birmane.
Aung San Suu Kyi va faire appel -
Laura-Julie Perrault
RANGOON
— L’opposante birmane Aung San Suu Kyi et
l’Américain John Yettaw qui s’était
invité chez elle en mai vont faire appel de leur
condamnation, ont annoncé hier leurs avocats,
alors que les verdicts de Rangoon continuent de susciter
une vive indignation internationale.
La condamnation à une nouvelle période de
résidence surveillée, prononcée
à l’encontre de la lauréate du prix Nobel
de la paix, alimente un déluge de critiques
acerbes contre le régime militaire birman. Mais
la Chine, principale alliée de la Birmanie, a
appelé la communauté internationale
à « respecter totalement la
souveraineté de la justice birmane ».
L’assignation à résidence de Mme Suu Kyi a
été prorogée de 18 mois
supplémentaires sur ordre du numéro un de
la junte, le généralissime Than Shwe, qui
a atténué une peine initiale de trois ans
de réclusion et de travaux forcés,
annoncée plus tôt par un tribunal.
La figure de proue de l’opposition birmane a
été reconduite dans sa demeure et, hier,
la police et d’autres agents de sécurité
bloquaient l’avenue menant à cet endroit, selon
des témoins.
Nyan Win, avocat de Mme Suu Kyi et porte-parole de la
Ligue nationale pour la démocratie ( LND), a
déclaré à l’AFP que l’équipe
de défense de « La Dame » de Rangoon
n’ét a it « pas sat i sfa ite » du
jugement.
«
Nous pensons que ce jugement est totalement contraire
à la loi », a dit Nyan Win qui, avec deux
autres avocats, a rencontré pendant une heure Mme
Suu Kyi à sa résidence.
« Nous n’avons pas eu le temps de terminer la
discussion » sur la procédure d’appel,
a-t-il déclaré, ajoutant que
l’équipe de défense de Mme Suu Kyi
essaierait aussi d’obtenir aujourd’hui une copie du
jugement.
Dans l’après-midi également, la LND a
diffusé une déclaration dans laquelle elle
« dénonce » la sentence contre sa di
rigeante, qui « n’est pas conforme à la loi
et va à l’encontre des droits de l’homme ».
Le texte appelle une nouvelle fois la junte à
engager un dialogue et à libérer Mme Suu
Kyi et les 2100 autres prisonniers politiques.
« Nous arrivons maintenant à un point
critique », a estimé hier le premier
ministre britannique Gordon Brown. « Devant une
telle arrogance, ne rien faire reviendrait à
conforter les ignominies d’une junte violente et
répressive », a-t-il dit
En revanche, dans un commentaire, le quotidien officiel
de la junte, The New Light of Myanmar, s’est
insurgé contre les étrangers qui «
s’ingèrent dans les affaires intérieures
d’autres pays ».
LA BIRMANIE SANS MERCI POUR LE NOBEL DE LAPAIX
- Laura-Julie Perrault
«Merci pour le verd i c t . » C’es t le
visage impassible, avec une pointe de sarcasme dans la
voix, que la plus célèbre opposante
à la junte militaire birmane, Aung San Suu Kyi, a
reçu hier le verdict de la cour birmane qui a
décidé de la priver de liberté pour
la quatrième fois en 20 ans.
PHOTO CHRISTOPHE
ARCHAMBAULT, AGENCE FRANCE-PRESSE
À l’issue d’un procès qui a duré
près de trois mois, le juge a d’abord
condamné à trois ans d’emprisonnement et
de travaux forcés la lauréate du prix
Nobel de la paix, pour avoir violé les conditions
d’une peine d’assignation à résidence en
hébergeant pendant deux nuits l’Américain
John Yettaw.
Comme il l’a raconté en cour, ce
vétéran de la guerre du Vietnam, qui se
sentait investi d’une « mission de Dieu »,
s’était rendu à la nage à la
résidence de Mme Suu Kyi le 3 mai dernier sans en
avoir reçu l’invitation. L’incident a eu lieu
deux semaines avant la date à laquelle Mme Suu
Kyi, retenue à son domicile depuis 2003, devait
être libérée. Coup de
théâtre de la junte
Cinq minutes après la lecture du verdict, hier,
dans un geste théâtral, le ministre de
l’Intérieur du Myanmar (le nom que donne le
régime militaire à la Birmanie) a fait
irruption dans la salle du tribunal de la prison
d’Insein pour délivrer un message du leader
suprême de la junte militaire, le
général Than Shwe.
Rappelant que la figure de proue de la Ligue nationale
pour la démocratie est la fille du héros
de l’indépendance bi rmane, Aung San, le
général a commué la peine
d’emprisonnement en 18 mois d’assignation à
résidence. « Le gouvernement veut la paix
et la tranquillité de la nation », a
expliqué le ministre.
La junte militaire ordonne à la leader
démocrate de retourner à sa villa du lac
Inya, où elle a été gardée
en résidence surveillée pendant 14 des 20
dernières années.
M S u u
Ky i n ’ a u r a pas accès au
téléphone, à l’internet ou aux
médias de son choix, et les autorités
liront toute sa correspondance. Seuls son médecin
et ses deux assistantes, Kin Kin Whin et Win Ma Ma –
aussi condamnées à 18 mois d’assignation
à résidence – pourront la côtoyer.
Les autres visites devront être
préalablement permises par la junte, qui a promis
de libérer plus tôt la prisonnière
« si elle se comporte bien ».
Selon des témoins qui ont assisté à
la scène, Mme Suu Kyi, 64 ans, est restée
calme pendant les 90 minutes qu’a duré la
séance de la cour. Avant de quitter le tribunal,
elle a remercié les diplomates étrangers
qui avaient assisté au procès et leur a
dit qu’elle espérait travailler avec eux «
pour la paix et la prospérité » de
son pays, dirigé par un régime militaire
autoritaire depuis 1962. Critiques internationales
Loin d’apaiser la communauté internationale, la
commutation de la peine d’emprisonnement de Mme Suu Kyi
en prolongation de l’assignation à
résidence a entraîné une
levée de boucliers de par le monde hier. Le
secrétaire des Nations unies, Ban Ki-moon, ainsi
que les leaders de plusieurs gouvernements occidentaux,
dont les États-Unis, la France, la
Grande-Bretagne et le Canada, ont dénoncé
le procès et la sentence. Une pléiade
d’organisations des droits de la personne leur ont fait
écho, accusant le régime militaire de
manoeuvrer pour écarter la dissidente birmane
à l’approche des élections du printemps
2010.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a
été saisi de la question hier, mais les
pays qui y siègent ont été
incapables de s’entendre sur un énoncé
commun.
Un média indépendant qui a son
siège en Norvège et dispose de
correspondants sur le terrain, Democratic Voice of
Burma, a rapporté que plus de 3000 personnes
avaient manifesté dans les rues de Rangoon
à la suite du verdict. Près de 70 d’entre
elles ont été arrêtées, qui
s’ajoutent aux quelque 2200 prisonniers politiques du
Myanmar.
Par ailleurs, l’Américain John Yettaw a
été condamné à sept ans
d’emprisonnement, dont quatre ans de travaux
forcés, pour son intrusion chez Mme Suu Kyi.
La « sorcière » bien-aimée
Même en détention, Aung San Suu Kyi donne
des cauchemars à la junte militaire
Une sexagénaire frêle, à la voix
douce, assignée à résidence dans
une maison qui tombe en ruines. De l’extérieur,
Aung San Suu Kyi a l’air inoffensive. Ce n’est cependant
pas l’avis de la junte militaire, qui l’accuse
d’ensorceler la population birmane et qui, pour cette
raison, la surnomme « la sorcière de la
démocratie ».
PHOTO ARCHIVES REUTERS
L’histoire
d’Aung San Suu Kyi n’a rien d’un conte de fées.
L’histoire de la leader de l’opposition birmane,
née à Rangoon en juin 1945, n’a pourtant
rien d’un conte de fées.
Aung San Suu Kyi n’a que 2 ans quand son père,
Aung San, est assassiné après avoir
joué un rôle central dans la bataille pour
arracher l’indépendance de la Birmanie à
la Grande-Bretagne.
Élevée dans la capitale birmane, la jeune
femme quitte son pays au milieu de l’adolescence pour
accompagner sa mère, nommée ambassadrice
en Inde. Elle y étudie les sciences politiques et
se dit toujours inspirée aujourd’hui par la
pensée de Gandhi, à qui elle est souvent
comparée.
Dans les
années 60, elle termine ses études
à la prestigieuse université d’Oxford.
C’est là qu’elle rencontre son mari, Michael
Aris, avec qui elle a eu deux enfants.
Dans les années qui suivent, elle travaille au
sein de plusieurs organismes internationaux, dont les
Nations unies. Peu engagée dans la politique de
son pays à l’époque, elle écrit
néanmoins dans une lettre à son mari
qu’elle n’hésiterait pas à tout mettre de
côté si un jour le peuple birman l’appelait
à l’aide.
Cet appel arrive en 1988. Rentrée au pays pour
s’occuper de sa mère malade, Aung San Suu Kyi
assiste alors à des soulèvements
populaires contre la junte militaire. Elle se lance dans
la mêlée. Elle vient tout juste
d’être nommée à la tête de la
Ligue nationale pour la démocratie quand une
vague de répression militaire fait
disparaître plus de 2000 personnes. Aung San Suu
Kyi devient alors le visage de la résistance
birmane.
Quelques mois plus tard, la militante politique est
arrêtée pour la première fois et
confinée entre quatre murs chez sa mère.
Elle est toujours détenue quand, en 1990, elle
obtient 82% des voix lors d’une élection. La
junte ne lui concède jamais le pouvoir.
Depuis, celle qu’on appelle « la dame de Rangoon
» a continué à se battre
pacifiquement pour la démocratie, tantôt
derrière les barreaux, tantôt en
assignation à résidence.
Libérée pendant de courtes
périodes, elle a toujours refusé de
quitter son pays, de peur de ne jamais pouvoir y
retourner. Quand son mari est mort du cancer, en 1999,
elle n’a pu être à son chevet. « Elle
sait que sa présence est une police d’assurance
pour la population birmane », explique Micheline
Lévesque, de l’organisation Droits et
démocratie, qui s’est à plusieurs reprises
entretenue avec Aung San Suu Kyi. « Sans elle, la
junte militaire en profiterait pour enterrer le
mouvement en faveur de la démocratie. »
Condamner, et après? - Agnès
Gruda
La
légende veut que le leader de la junte birmane,
Than Shwe, soit un homme superstitieux qui recourt
régulièrement aux services d’une
poignée d’astrologues. Il les consulte
notamment pour savoir ce que les astres
réservent au prix Nobel de la paix Aung San Suu
Kyi, qu’il considère comme son ennemie
jurée.
Aucune carte du ciel n’était toutefois
nécessaire, hier, pour deviner le sort que la
justice birmane allait réserver à cette
femme qui a passé 14 des 20 dernières
années privée de liberté.
Tout dans le procès qui s’est conclu hier
à Rangoon relève d’une parodie de
justice. Un exemple: l’accusée n’a eu droit
qu’à deux témoins, contre 14 pour les
avocats de l’État. Même sa condamnation
théâtrale à trois ans de prison,
commuée aussitôt en 18 mois de
résidence surveillée – juste assez pour
la mettre hors d’état de nuire aux prochaines
élections, en 2010 – relevait de la plus pure
mise en scène.
Jared Genser, avocat américain qui
représente Aung San Suu Kyi sur le plan
international, n’était absolument pas surpris
du verdict d’hier. « Tout ce procès,
c’était du théâtre, le
régime voulait donner une image de
magnanimité en réduisant la peine cinq
minutes après le prononcé de la sentence
», s’indigne-t-il.
Mais personne n’a été dupe du
stratagème et une pluie de condamnations
internationales s’est abattue sur le régime
birman dès l’annonce du verdict. De Paris
à Washington en passant par Ottawa, la
condamnation de cette femme dont le principal crime
est d’avoir remporté, en 1990, des
élections annulées par la junte, a
été décriée sans
ménagement.
« Dénoncer, c’est bien, mais maintenant
il faut agir », souligne toutefois Elaine
Pearson, responsable du dossier birman à Human
Rights Watch.
De
nombreux pays ont resserré leurs sanctions
contre Rangoon après la «
révolution de safran »
écrasée dans le sang à l’automne
2007. Le problème, selon Mme Pearson, c’est
qu’il s’agit d’actions disparates et isolées.
Ce qui manque, c’est une action universelle qui ferait
vraiment mal aux di rigeants birmans.
Même s’il s’intéresse officiellement au
dossier birman depuis quatre ans, le Conseil de
sécurité n’a encore adopté aucune
résolution menaçant la junte de
sanctions si elle n’assouplit pas sa dictature.
Or, selon plusieurs rapports, la Birmanie pose
aujourd’hui une menace à la
sécurité internationale. Ainsi, depuis
une décennie, l’armée birmane a
réduit en cendres 3000 villages dont plusieurs
habitants ont fui vers des pays voisins, ce qui cause
de l’instabilité aux frontières. Des
informations plus récentes indiquent que la
Birmanie collabore au programme nucléaire de la
Corée du Nord.
Si les exactions de plus en plus documentées
que le régime birman inflige à sa propre
population ne convainquent pas le Conseil de
sécurité à serrer la vis à
Rangoon, les ambitions nucléaires de la junte
lui donnent une bonne poignée pour agir.
La Chine est ici un acteur clé, souligne Mme
Pearson, et c’est sur elle que les leaders qui
s’indignaient unanimement hier doivent
dorénavant faire pression pour faire plier
Rangoon. Ne serait-ce qu’en incitant Pékin
à voter en faveur d’un embargo sur la vente
d’armes à la Birmanie.
Pas besoin d’appeler un astrologue pour deviner que,
à défaut d’une action plus ferme
à l’égard de Rangoon, Aung San Suu Kyi
risque de ne pas revoir la liberté dans un
avenir rapproché. Et ses compatriotes non plus.
Zimbabwe Tsvangirai boycotte le
gouvernement d’union
Le
premier ministre veut ainsi dénoncer la
«persécution» dont serait victime son
collaborateur
HARARE — Nouvelle c r i se politique au Zimbabwe. Le
premier ministre Morgan Tsvangirai, chef de l’opposition
au président Robert Mugabe, a annoncé hier
qu’il suspendait sa participation au gouvernement
d’union nationale en raison de la «
persécution » visant l’un de ses
collaborateurs.
« Nous ne partons pas vraiment officiellement
», a précisé Morgan Tsvangirai lors
d’une conférence de presse. Mais son parti ne
participera plus aux réunions
ministérielles et ne travaillera plus avec le
parti ZANU-PF du président Robert Mugabe.
Il continuera par contre ses activités au
Parlement.
Morgan Tsvangirai a justifié le « gel
» de la participation de son pa r t i MDC (
Mouvement pour le changement démocratique) par l
a « persécution » dont est victime
Roy Bennett, ministre adjoint à l’Agriculture et
membre important de sa formation. « Roy Bennett
n’est pas poursuivi, il est persécuté
», a-t-il lancé.
M.
Bennett nie toute part i c i pat i on à u n
prétendu complot du MDC pour renverser le
président Mugabe par la force.
Arrêté le jour de la prestation de serment
du gouver nement d’u nité nationale en
février, inculpé notamment de violation de
la législation sur la détention d’armes,
ce fermier blanc a été remis en
liberté sous caution en mars mais a de nouveau
été emprisonné mercredi, en
prévision de son procès qui doit
débuter lundi.
« Ta nt que l a c onfia nce n’aura pas
été rétablie, nous ne pouvons pas
prétendre que tout va bien. C’est notre droit de
nous désengager de la ZANU-PF », a
ajouté le premier ministre.
« Si le MDC veut se désengager, nous
n’avons pas de problème avec ça », a
rétorqué un porte-parole de la ZANUPF,
Ephraim Masawi. « Nous avons des
difficultés à travailler avec le MDC. Nous
avons essayé, mais ce n’est pas facile. »
MM. Tsvangirai et Mugabe ont formé un
gouvernement d’union nationale en février dernier
après des élections entachées de
violences et d’irrégularités, qui ont
laissé le pays déjà ruiné
dans une impasse politique.
Opposant de longue date au président z i
mbabwéen, Morgan Tsvangirai ne cesse de
dénoncer des violations des droits de la per s on
ne da ns s on pays . Robert Mugabe, qui dirige le
Zimbabwe depuis son indépendance en 1980, attend
pour sa part de son ancien ennemi qu’il obtienne une
levée des sa nctions i nternationales qui
pèsent sur le pays. Ces sanctions qui visent des
proches conseillers du président Mugabe les
empêchent de voyager et d’utiliser leu r s comptes
bancaires à l’étranger.
Algérie Acte terroriste près d’un
chantier de SNC - Hugo Fontaine
Un
attentat contre des agents d’une firme de
sécurité qui a le mandat de
protéger un chantier de SNC-Lavalin a fait six
morts et un blessé hier, dans la région
de Kabylie, en Algérie.
PHOTO ARCHIVES
ASSOCIATED PRESS
Mentionnant
plusieurs actes terroristes, le ministère des
Affaires étrangères du Canada «
recommande d’éviter tout voyage non essentiel
à l’extérieur des grands centres
urbains en Algérie ».
Les t ravailleurs, qui se rendaient en fourgon vers
leur lieu de travail, sont tombés vers 7h30,
heure locale, dans une « embuscade terroriste
» entre Maâtkas et Souk El Tnine, selon
des sources policières locales.
« Les travailleurs ont l’habitude de prendre
cette route pour se rendre à Ouadhias,
où se trouve le chantier des Canadiens »
, a expliqué à l’agence Associated Press
le garde communal Saïd Kesri. Selon lui, les
assaillants avaient « certainement
observé leur itinéraire avant de les
attaquer ».
L’attentat est survenu à environ 25
kilomètres du chantier de SNC-Lavalin, sur une
route publique. « Nous ne savons pas si nous
étions ciblés ou non », a
indiqué à La Presse Affaires la
vice-présidente aux relations publiques de la
firme d’ingénierie, Leslie Quinton.
La firme de sécurité pour laquelle
travaillaient les victimes n’est pas engagée
par SNC-Lavalin, mais plutôt par son client,
l’Agence nationale des barrages et t ransferts (ANBT).
Il s’agit d’une société d’État.
En août 2008, une attaque contre un autobus,
toujours en Kabyl i e, avait t ué 12
employés algériens de SNCLavalin qui se
rendaient au travail. L’attentat avait eu lieu alors
que l’autobus était stationné devant un
hôtel, à une vingtaine de
kilomètres du chantier. « Là
encore, aucune preuve n’a permis de déterminer
si nous étions directement visés
», dit Mme Quinton.
« C’est une région plein
d’instabilité, ajoute-t-elle. Il y a souvent
des attaques dans cette région. On prend toutes
les mesures de sécurité
nécessaires selon la situation. »
Le contrat accordé à SNCLavalin par
l’ANBT prévoit la conception, la construction
et l’entretien pour cinq ans d’une usine de traitement
des eaux et d’une station de pompage.
I l s’agit d’un contrat de 750 millions de dollars. La
firme emploie environ 1000 employés pendant la
construction, dont les deux tiers sont
algériens.
« Nous avons u ne très bonne
réputation parmi le peuple algérien
», assure Mme Quinton.
Région dangereuse
L’embuscade d’hier est une des plus meurtrières
enregistrées en Kabylie depuis des mois.
La semaine dernière, un policier avait
été assassiné à Aït
Boumahdi, non loin du lieu de l’attaque d’hier. En
dépit d’un quadrillage et des ratissages
à répétition de la région
par l’armée, les groupes islamistes, à
commencer par Al-Qaeda au Maghreb islamique,
continuent d’y perpétrer
régulièrement des actes de violence
contre les représentants des forces de
sécurité.
Mentionnant plusieu r s actes terroristes, le
ministère des Affaires étrangères
du Canada « recommande d’éviter tout
voyage non essentiel à l’extérieur des
grands centres urbains en Algérie, tout
particulièrement dans la région
montagneuse de Kabylie ».
P rofesseu r associé à l ’ UQA M e t
membre du Centre interuniversitaire de recherche en
science et technologie, Hocine Khelfaoui a
expliqué à La Presse Affaires le climat
tendu qui règne dans son pays d’origine, dans
lequel il retourne deux fois par année.
« I l y a une grave crise sociale et
économique liée en partie à
l’existence d’un État de non-droit que les gens
considèrent comme i l légitime,
soutient-il. Cela contribue à alimenter le
terrorisme de manière générale.
»
« Une bonne partie des jeunes sont au
chômage et n’ont aucune écoute
auprès du pouvoir, ajoute-t-il. Cela pousse
certains d’entre eux, par désespoir, à
rejoindre le maquis. »
Selon M. Khelfaoui, c’est bien l’ État qui est
la cible des groupes terroristes. « Les
entreprises étra ngères ne sont pas
visées en tant que telles, mais à
travers elles, le terrorisme touche l’État. Les
attentats contre les entreprises
étrangères sont les plus
médiatisés et ça nuit à la
crédibilité de l’État à
l’étranger. »
Comme prévu, Charles Taylor se prétend innocent
Charles Taylor clame son innoncence
« Il
n’y a pas un seul être humain qui pourrait croire
qu’il est vrai que j’ai fait des affaires avec le RUF.
»
— L’ex-président du Liberia, Charles Taylor, a
clamé hier son innocence devant le Tribunal
spécial pour la Sierra Leone ( TSSL), à La
Haye, et nié avoir reçu des diamants en
échange d’armes des rebelles sierra-léonais
qu’il est accusé d’avoir dirigés en sous-main.
« Il n’y a pas un seul être humain qui pourrait
croire qu’il est vrai que j’ai fait des affaires avec le
RUF, recevant des diamants en échange d’armes ou
recevant des diamants en échange de quoi que ce soit
», a affirmé M. Taylor, qui a commencé
à témoigner, hier, à son procès.
Selon l’accusation, M. Taylor dirigeait en sous-main les
rebelles du Front révolutionnaire uni ( RUF) qui ont
mis à feu et à sang la Sierra Leone, leur
fournissant armes et munitions en échange d’un
accès aux ressources, notamment les diamants et les
bois précieux, de ce pays voisin du Liberia.
M. Taylor, élu président du Liberia en 1997,
répond depuis janvier 2008 de 11 crimes de guerre et
crimes contre l’humanité, notamment meurtre, viol et
enrôlement d’enfants soldats, commis durant la guerre
civile en Sierra Leone, qui a fait 120 000 morts et des
milliers de mutilés entre 1991 et 2001.
« Je suis innocent de tous ces chefs d’accusation.
Toute cette affaire est une supercherie, une tromperie
basée sur des mensonges ! » a assuré en
anglais l’accusé, qui portait un costume gris et une
cravate bleue à pois blancs.
Charles Taylor, qui plaide non coupable, est le premier
témoin cité par la défense, qui avait
commencé lundi à présenter ses
arguments au tribunal. Le procès avait
été suspendu en février, après
que l’accusation eut appelé le dernier de ses
témoins à charge.
L’ancien seigneur de guerre, premier chef d’État
africain à être jugé par un tribunal
international, a quitté, en début d’audience,
le box des accusés pour s’asseoir à la place
réservée aux témoins, face aux juges.
Prêtant serment, il a juré de ne dire «
que la vérité ». Il devrait
témoigner pendant plusieurs semaines.
«
Ceci est une occasion pour M. Taylor d’essayer de
discréditer les preuves apportées par les 91
témoins de l’accusation qui ont
témoigné contre lui », a réagi le
procureur duTSSL, StephenRapp, interrogé hier par
l’AFP. « Quand il aura fini, nous serons prêts
pour le contre-interrogatoire. »
« Je n’ai apporté aucune aide militaire au RUF
pour son invasion de la Sierra Leone », a par ailleurs
affirmé l’accusé, assurant au contraire qu’il
faisait tout pour l’amener à « la table des
négociations de paix ».
Interrogé sur les amputations à grande
échelle de civils par les rebelles du RUF, il a
assuré: « Il est impossible que j’aie
ordonné cela. »
En tant que président du Liberia, « ma
principale préoccupation était de savoir
comment allons-nous reconstruire ce pays
déchiré par la guerre ? » dont
l’économie était « en ruines »,
a-til rappelé.
« Je me suis battu toute ma vie pour faire ce que je
pensais être juste et dans l’intérêt de
la justice », s’est-il défendu.
Selon lui, les chefs d’État ouest-africains lui
avaient promis qu’il ne serait pas poursuivi s’il acceptait
de s’exiler au Nigeria, ce qu’il a fait en 2003. Mais il a
été arrêté en mars 2006 au
Nigeria, puis transféré aux Pays-Bas,
où il est détenu depuis.
« Je n’arrive pas à comprendre toutes les
intrigues qui ont été tramées contre
moi », a-t-il expliqué. « Je suis
sacrément en colère de ce qu’Obasanjo m’a fait
», a-t-il dit à propos de son ancien rival, le
président nigérian Olusegun Obansanjo.

Le procès de Charles Taylor avait été
délocalisé de Freetown à La Haye pour
éviter tout risque de déstabilisation de la
région. Le jugement est attendu à la mi-2010.
Charles Taylor se défend d’avoir
été « un Napoléon africain »
PROCÈS DE L’ANCIEN PRÉSIDENT DU LIBERIA
— L’ancien président du Liberia, Charles Taylor,
n’était pas « un Napoléon africain qui
voulait prendre le contrôle de la sous-région
», a affirmé sa défense, hier, à
la reprise de son procès pour crimes de guerre et
crimes contre l’humanité à La Haye.
Le
président déchu du Liberia, Charles Taylor,
est accusé de crimes de guerre et de crimes contre
l’humanité.
« Nous sommes i ci pour défendre un homme dont
nous disons qu’il est innocent de tous les chefs
d’accusation », a déclaré Me Courtenay
Griffiths, devant le Tribunal spécial pour la Sierra
Leone (TSSL), en affirmant que l’accusation « manque
de preuves » pour obtenir une condamnation.
Charles Taylor, 61 ans, plaide non coupable de 11 crimes,
notamment meurtre, viol et enrôlement d’enfants
soldats. Il est jugé depuis janvier 2008 pour son
rôle dans la guerre civile en Sierra Leone, qui a fait
120 000 morts et des milliers d’amputés entre 1991 et
2001.
Élu président du Liberia en 1997, l’ancien
chef de guerre « avait un rôle de premier plan
pour négocier la paix » en Sierra Leone, a
assuré Me Griffiths, qui a promis de le prouver par
« une documentat ion abondante » , notamment des
Nations unies.
Dernière chance
Vêtu d’un complet marron, les mains croisées
devant lui, M. Taylor, premier chef d’État africain
jugé par un tribunal international, a suivi
l’exposé d’un air concentré. Il sera le
premier témoin appelé à la barre par la
défense aujourd’hui.
« Ce
sera sa première et peutêtre dernière
chance de donner sa version des faits, non pas parce qu’il
doit le faire, mais parce qu’il le veut. Il pense que c’est
important de mettre au clair le compte rendu historique
» des guerres au Liberia et en Sierra Leone, a
souligné Me Griffiths. Selon l’accusation, Charles
Taylor dirigeait, en sous-main, les rebelles
sierra-léonais du Front révolutionnaire uni
(RUF), à qui il fournissait armes et munitions en
échange d’un accès aux ressources, notamment
en diamants et bois précieux, de ce pays voisin du
Liberia.
« Il est faux de suggérer qu’il avait la
capacité de fournir des armes au RUF », a
assuré Me Griffiths en rappelant l’embargo sur les
armes imposé au Liberia par la communauté
internationale.
« Les enfants soldats ne sont pas une invention de M.
Taylor », a affirmé par ailleurs l’avocat.
Selon lui, « ce phénomène terrible a
existé en Afrique de l’Ouest bien avant que Charles
Taylor émerge sur la scène », à
la fin de 1989, en lançant une rébellion
armée contre le régime libérien de
Samuel Doe, qui lui a valu une réputation de seigneur
de guerre impitoyable.
L’avocat, qui a déposé une liste de 249
témoins susceptibles d’être entendus, a
accusé le procureur de « corruption » par
des « paiements généreux » aux 91
témoins de l’accusation.
M. Taylor « s’efforçait de mettre fin aux
souffrances du peuple libérien », pour «
reconstruire une démocratie naissante » et une
économie en ruine, selon son avocat. Sa
réputation d’« homme mauvais » est selon
lui basée sur des « idées
préconçues ».
Le procès de M. Taylor, délocalisé de
Freetown à La Haye pour éviter de
déstabiliser la région, avait
débuté en janvier 2008. Le jugement est
attendu à la mi-2010.
La Guinée compte ses morts - Judith
LaChapelle
Une
semaine après des affrontements entre
l’armée guinéenne et des opposants
à Conakry, de nouveaux témoignages
accablants émergent pour décrire les
atrocités commises par des soldats. Pendant ce
temps, le président du Burkina Faso se propose
comme médiateur pour résoudre la crise
politique dans ce pays où la présence
d’investisseurs étrangers contribue au maintien
d’un pouvoir corrompu.
Dans son bureau de Lausanne, en Suisse, Adjidjatou Barry
Baud est inquiète. Les nouvelles que
reçoit l’éditrice de GuinéeActu en
provenance de Conakry sont mauvaises. « J’ai
très peur. J’ai peur que la Guinée ne
sombre dans la guerre civile. »
Une semaine après des affrontements violents
entre les soldats de l’armée et des partisans de
l’opposition qui étaient réunis dans un
stade de la capitale, le calme semble être revenu
à Conakry. Mais des témoignages
additionnels émergent sur les méthodes
répressives employées par l’armée –
voir le texte ci-dessous – et les leaders politiques de
l’opposition n’oseraient plus dormir chez eux.
Selon le s autor it é s , 5 6 personnes y ont
perdu la vie, mais l’ONU et des ONG soutiennent qu’il y
aurait au moins 100 victimes de plus, sa ns pa rler du
millier de blessés.
C’était le premier affrontement du genre depuis
l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en
décembre dernier. L’opposition veut
empêcher l’actuel président Moussa Dadis
Camara de se présenter aux élections de
2010. Elle lui demande de quitter le pouvoir
immédiatement en faveur d’un gouvernement civil.
De bonnes affaires
Mais pour Bonnie Campbell, professeure à l’UQAM
et directrice du Groupe de recherche sur les
activités minières en Afrique, les
événements de la dernière semaine
ne sont que la pointe de l’iceberg qui afflige cette
contrée d’Afrique de l’Ouest. « C’est un
pays de paradoxes, dit-elle. Il est extrêmement
riche sur le plan minier, mais son gouvernement manque
de transparence.»
Les
ressources minières de la Guinée en
bauxite, alumine, or et diamants sont faramineuses. La
Guinée est le plus important producteur de
bauxite, principal minerai d’aluminium, au monde avec
des exportations de plus de 450 millions de dollars. Le
Canada, comme bien d’autres pays occidentaux, y brasse
de bonnes affaires.
« La présence étrangère fait
que tout le monde participe à ce système
de gouvernance peu transparent, rappelle Mme Campbell.
C’est une logique de reproduction du pouvoir dans
laquelle les affaires trouvent leur place. »
Dans un système où les redevances
minières enrichissent l’État – et surtout
ceux qui y sont à la tête – le pouvoir
exerce un grand attrait pour les candidats. « Ceux
qui accèdent au pouvoir accèdent aux
fonds», résume Mme Campbell.
Que penser des l eaders qu i es pèrent br ig uer
les élections présidentielles de 2010 ?
Adjidjatou Barry Baud est critique. Certains sont
« bons », mais disposent de peu de moyens.
D’autres, plus fortunés, sont d’anciens
politiciens. « Il y en a un qui été
là pendant 11 ans, mais n’a rien fait pour le
pays », déplore Adjidjatou Barry Baud.
L’éditrice entretient également peu
d’espoir envers la démarche de médiation
du président burkinabè, Blaise
Compaoré. « Compaoré a tué
son ancien président », rappelle Mme Barry
Baud, en référence au coup d’État
de 1987 au cours duquel Thomas Sankara a
été tué. « Il a fait deux
mandats à la tête du Burkina Faso et est en
train de modifier la Constitution pour pouvoir en
obtenir un troisième. »

Hier, Compaoré a proposé à la junte
au pouvoir et à l’opposition de se rencontrer
« très rapidement » à
Ouagadougou.
Sauvagement violées...
CONAKRY — Le visage encore tuméfié une
semaine après le massacre de manifestants
à Conakry, une Guinéenne soulève
son boubou et dévoile ses bras et fesses
meurtris : « J’ai 57 ans et ils m’ont mise
à nue ! J’ai vu les soldats mettre les fusils
dans le sexe des femmes quand ils me frappaient.
»
Le président de l’Organisation guinéenne
de défense des droits de l’homme (OGDH),
Thierno Maadjou Sow, dispose déjà des
témoignages « d’une trentaine de femmes
violées » par les militaires qui ont
réprimé dans le sang, le 28 septembre,
une manifestation de l’opposition.
La
foule s ’ét a it massée dans le plus
grand stade de Conakry contre la probable candidature
à la présidentielle du chef de la junte
au pouvoir depuis neuf mois, le capitaine Moussa Dadis
Camara.
« J’étais au stade. Un soldat avait un
couteau, il a déchiré tous mes
vêtements », dit la femme de 57 ans,
militante du Front uni pour la démocratie et le
changement, qu’un proche a convaincue de venir
témoigner devant des journalistes
étrangers. « Je leur ai dit : je suis
votre maman. Ils m’ont piquée la fesse avec un
couteau, ils m’ont battue », poursuit-elle.
À son côté, une f emme de 47 ans
témoigne : « Un militaire m’a
frappée, m’a déshabillée (...)
Ils m’ont fait tomber par terre. Quelqu’un est venu
mettre la main... Ils m’ont violée. Je suis
sortie de là nue », confie cette
mère de deux enfants.