CHILI - Michelle Bachelet a la cote
La
cote de popularité de la présidente du Chili
dépasse les 65%.
Tandisquel’économiechilienne entre en
récession et que le chômage grimpe, la cote de
popularité de la présidente Michelle Bachelet
dépasse les 65%. Il s’agit de son plus haut score
dans les sondages depuis son arrivée au pouvoir il y
a trois ans.
« C’est dû à notre gestion
économique, souligne la présidente, qui fait
aujourd’hui son discours annuel au Congrès. Nous
avons économisé en période de
prospérité, nous dépensons maintenant
en temps de vaches maigres. »
En janvier, le gouvernement a lancé un plan de
soutien à l’économie de plus de 4,5 milliards
de dollars CAN. Cela représente 2,8% du PIB, soit la
dépense publique le plus élevée au
monde réalisée en ces temps de crise
après l’Arabie Saoudite. Une grande partie a
été distribuée sous forme d’aide
directe aux familles.
Débuts difficiles
Cette
socialiste charismatique, chaleureuse et proche des
Chiliens n’a pourtant pas toujours joui de ce soutien. Si
elle a été élue en 2006 avec plus de
53% des voix, la pédiatre aura vécu deux
premières années difficiles.
Les manifestations étudiantes en mai et en juin de
la même année, puis la mise en marche
catastrophique et extrêmement onéreuse,
l’année suivante, du système de transports
publics de la capitale lui ont valu des salves de
critiques.
« Si elle s’est sortie de ce marasme, c’est parce
qu’elle a bénéficié d’un prix record
du cuivre, l’or rouge sur lequel reposent
l’économie chilienne et les finances de
l’État », explique Tomas Mosciatti, directeur
de la radio nationale Bio-Bio.
Elle a utilisé ces fonds pour renforcer le
système de protection sociale chilien, ce qui a
constitué la marque de son gouvernement. Elle a
fait tripler le nombre de garderies gratuites, afin de
permettre aux femmes de travailler, a mis en place la loi
sur la soustraitance, qui met fin aux abus des grandes
entreprises, et, surtout, elle a réformé les
retraites. Désormais, tous les Chiliens ont droit
à une retraite, même les femmes au foyer.
Sa popularité pourrait ne pas suffire à
assurer la victoire de sa coalition à
l’élection présidentielle de décembre
prochain. Le candidat de droite, le millionnaire Sebastian
Pinera, est en tête des sondages depuis des mois.
Après 20 ans de pouvoir de la même coalition,
les Chiliens réclament du changement.
Chavez célèbre les 10 ans de sa
« téléprésidence »
CARACAS —
Quatre jours à l’antenne: Hugo Chavez s’offre un
marathon radiotélévisé pour le 10e
anniversaire d’Allô président, une
émission hebdomadaire que le chef d’État
vénézuélien a transformée en
redoutable outil de communication.
Hugo Chavez se lance dans un
marathon télévisé à la barre
de son émission Allô président, sur
les ondes de la télé d’État.
Le tonitruant dirigeant socialiste a promis à ses
concitoyens une véritable telenovela, du nom de ces
interminables séries sentimentales qui passionnent
le public latino-américain.
« Ça va commencer jeudi. Nous ferons une
parenthèse et ça reprendra le vendredi, le
samedi et ça se terminera dimanche dans
l’aprèsmidi ou la soirée. Il y aura
différents épisodes, comme dans une
telenovela. Nous parlerons de tout: chansons, critiques
», a-t-il déclaré.
Émission phare de la vie politique locale,
Allô président est née un an
après l’élection, en 1998, de cet ancien
officier putschiste, admirateur déclaré de
la révolution cubaine, à la tête de ce
géant pétrolier des Caraïbes.
Loin des allocutions traditionnelles, on y découvre
chaque dimanche M. Chavez, 54 ans, en train de
régler, en toute décontraction, ses comptes
avec l’opposition comme avec son ex-femme, ou discourir
durant des heures sur l’histoire, l’amour et la
gastronomie.
Après une chanson romantique ou quelques anecdotes
sur sa vie privée, il peut aussi à l’antenne
annoncer la nomination ou la destitution d’un ministre,
présider une inauguration ou encore joindre au
téléphone des citoyens anonymes, abasourdis
par l’appel présidentiel.
«
C’est un téléprésident. Sa voix est
devenue la musique de fond qui accompagne en permanence le
pays », explique à l’AFP l’historien Alberto
Barrera, auteur de la biographie de
référence Chavez sans uniforme.
« Le président a proposé aux
Vénézuéliens une nouvelle idée
de la politique, irrémédiablement
liée à la télévision: un bon
politicien doit d’abord être un showman »,
poursuit-il.
Selon M. Barrera, ce programme
télévisé constitue la «
métaphore parfaite de la conception qu’a Chavez de
son travail » : un lien direct avec les classes
pauvres, la moitié de la population, où ses
programmes sociaux financés par la manne
pétrolière ont forgé sa
popularité.
Les journalistes sont rarement invités à
l’émission hebdomadaire de M. Chavez, mais ils le
suivent toujours avec une grande attention à la
télévision, car le président
vénézuélien n’accorde que de rares
entretiens à la presse.
Le sociologue Tulio Hernandez admet que le gouvernement de
M. Chavez est devenu « probablement le plus
médiatique d’Amérique latine »,
grâce au charisme personnel du président.
« Un programme de quatre jours alimente
l’idée mythique que c’est un homme doté
d’une grande force et de volonté, qui ne se fatigue
pas. Quelque chose d’héroïque »,
décrypte-t-il.
L’Allemagne garde le cap à droite
L’Allemagne vire à droite
Merkel
obtient un deuxième mandat grâce à
la victoire de la coalition
conservatrice-libérale
BERLIN — Angela Merkel peut crier victoire. Les
électeurs allemands l’ont reconduite hier
à la chancellerie pour un nouveau mandat de
quatre ans à la tête de la coalition de
centre droit de son choix, tandis que les
sociaux-démocrates (SPD) encaissent un cuisant
revers. Mais ce gain n’a rien d’un triomphe, au vu du
score de son parti et de l’influence qu’aura son
partenaire libéral, estiment plusieurs
observateurs.
PHOTO KAI
PFAFFENBACH, REUTERS
Angela Merkel, tout sourire :
« Je veux être la chancelière de
tous les Allemands, afin d’améliorer la
situation de notre pays. »
Avec leurs alliés libéraux du F DP, les
conservateurs (CDU/CSU) de Mme Merkel ont
remporté une majorité confortable des
sièges, 332 sur les 622 que comptera finalement
le Parlement, selon les résultats officiels
communiqués aujourd’hui à l’aube, heure
locale.
La chancelière venue de l’ex-RDA,
âgée de 55 ans et immensément
populaire, a annoncé elle-même une heure
après la clôture du scrutin la formation
de cette nouvelle coalition qu’elle appelait de ses
voeux pour gouverner la première puissance
économique européenne, frappée
par une récession sans précédent.
«Nous pouvons ce soir (hier)
célébrer la victoire, a
déclaré Mme Merkel au quartier
général de son parti à Berlin.
Nous avons réussi à obtenir une
majorité solide, pour former un nouveau
gouvernement de la CDU/CSU (les Unions conservatrices)
et du FDP, et c’est bien. Je veux être la
chancelière de tous les Allemands, afin
d’améliorer la situation de notre pays. »
Les législatives d’hier ont toutefois
consacré le déclin des deux grands
partis allemands, conservateurs et
sociaux-démocrates, face aux « petits
partis », auteurs de scores historiques.
A insi, les conservateu rs (CDU/CSU) de Mme Merkel
enregistrent leur plus mauvais résultat depuis
1949, avec 33,8% des voix.
De leur côté, les
sociauxdémocrates (SPD), qui gouvernaient avec
Mme Merkel depuis quatre ans dans une «grande
coalition » et dont le candidat à la
chancellerie était le ministre des Affaires
étrangères sortant Frank-Walter
Steinmeier, 53 ans, réalisent leur plus bas
score historique, à 23 %.
Le social-démocrate Steinmeier, 53 ans, a
concédé une «défaite
amère», relevant qu’un «nouveau
rôle (l’)attend, celui d’opposition ». Le
SPD avait recueilli 34,2 % des suffrages il y a quatre
ans et recule de plus de 10 points. Durant la
campagne, il n’est pas parvenu à se
présenter comme un véritable rival des
conservateurs avec lesquels il avait gouverné.
«Le SPD est sonné, c’est une crise
identitaire », explique à l’AFP
Étienne François, historien et
universitaire à Berlin.
Trois « petits » devenus grands
Face à ces deux formations, trois «
petits » partis devenus grands : le FDP
libéral (14,6 %), Die Linke (extrême
gauche, à 11,9 %) et les Verts (10,7 %) ont
chacun réalisé le mei l leu r score de
leu r histoire.
Le bond est spectaculaire pour les libéraux,
qui s’affichent comme un allié indispensable
pour Mme Merkel, laquelle a besoin de leurs voix pour
être réélue chancelière par
la chambre basse du Parlement allemand. Le chef de la
formation libérale, Guido Westerwelle, s’est
félicité de « ce résultat
excellent» et a promis de faire en sorte que
l’Allemagne ait un «système fiscal
équitable, d’améliorer les chances en
matière d’éducation et de
défendre les libertés
individuelles».
«Le
FDP n’est plus un parti d’appoint», constate
l’historien Étienne François, tandis que
« la CDU/CSU n’est plus un grand parti
rassembleur, mais de plus en plus un parti au profil
clairement conservateur.Certains de ses
électeurs ont donné leur première
voix à un candidat à la CDU, et la
deuxième au FDP, pour durcir leur vote à
droite», explique-t-il.
Le système électoral allemand dote
chaque électeur de deux voix : l’une pour
élire directement un candidat dans sa
circonscription, et l’autre pour un parti.
Seuls cinq des partis en l ice f ra nch issent la ba r
re des 5 % requise pour entrer au Bu ndestag , selon
les projections.
La participation atteint un niveau historiquement bas
: 70,8 % contre 77,7 % il y a quatre ans.
Campagne atone
Mme Merkel, la « femme la plus puissante de la
planète » pou r la quat r ième a n
née consécutive, selon le magazine
Forbes, plaidait pour la fin de la coalition avec les
sociaux-démocrates.
« Demain , i l s ’a g i r a d e donner la force
à l’Union de former un nouveau gouvernement en
Allemagne, dans une nouvelle constellation »,
avaitelle lancé samedi lors de sa
dernière réunion, à Berlin,
à l’issue d’une campagne atone où elle
s’est gardée de faire la moindre promesse.
La CDU a battu campagne en misant tout sur la
popularité record de la chancelière,
quitte à éviter les débats de
fond.
La sécurité avait été
renforcée dans le pays, singulièrement
dans les gares et les aéroports, alors
qu’à l’approche du scrutin des menaces de
militants islamistes ont circulé sur
l’internet, dont un message sous-titré en
anglais et en allemand du chef d’AlQaeda, Oussama Ben
Laden.
De nombreux dossiers économiques attendent le
gouvernement Merkel II, dont l’accroissement
annoncé du chômage, l’augmentation des
déficits et les difficultés du
système éducatif et de santé,
alors que le pays commence à sortir de la
récession.
L’engagement de l’Allemagne en Afghanistan figurera
aussi à l’ordre du jour.
CDU et FDP ont déjà dit vouloir revenir
sur l’abandon programmé de l’énergie
nucléaire.
L’extrême droite britannique a le vent
dans les voiles
Une
révolution tranquille serait-elle en cours au
Parlement britannique ? Mis à genoux par le
scandale des notes de frais, les grands partis ne savent
plus à quel saint se vouer. Leurs candidats aux
élections européennes seront sans doute
punis par l’élec
COLLABORATION SPÉCIALE LONDRES— C’était jour
de porteà-porte vendredi dernier pour Richard
Barnbrook, un membre du British National Party, élu
au conseil municipal de Londres. L’homme svelte avait
revêtu un complet beige pour l’occasion. Et la
rosette du BNP aux couleurs de l’Union Jack, le drapeau
britannique, à la boutonnière.
« Allez-y, prenez des photos » , a-t-il dit
aux journalistes qui le suivaient à Hornchurch,
dans l’est de Londres.
Pendant britannique du Front national en France, le BNP
défend un programme politique controversé :
halte à l’immigration, mesures incitatives pour le
départ de familles immigrantes, retour de la peine
de mort pour les meurtres prémédités.
Or, quelques candidats du BNP pourraient bien être
élus aux élections européennes cette
semaine (les Britanniques votent demain). La crise de
confiance des électeurs face aux partis
traditionnels – travailliste et conservateur – est telle
que beaucoup se tournent vers les partis
indépendants comme le BNP.
Scandale et colère
D’ai l leurs, peu de portes ont claqué au nez de
Richard Barnbrook, vendredi dernier. « Je voterai
pour la première fois de ma vie jeudi. J’en ai
marre de Brown et de sa clique. Le BNP est un parti
raciste, mais ils ont raison » , dit Mick Smith, un
ouvrier de la construction de 60 ans.
« Je veux envoyer un message au Parlement. Les
députés sont tous corrompus », dit de
son côté Gary Anderson, un camionneur qui
votera aussi pour le BNP.
Pourquoi cette colère ? En raison du scandale des
notes de frais qui dure depuis presque un mois. Les
révélations au comptegouttes du Daily
Telgraph ont empoisonné les relations entre les
Britanniques et leurs élus.
Le
remboursement de dépenses douteuses aux
députés, comme un îlot pour canards,
et les stratagèmes utilisés pour exploiter
les failles du système ont réduit en
poussière la confiance de l’électorat.
Des têtes ont roulé, dont celle du
président de la Chambre des communes, Michael
Martin. Du jamais vu en plus de 300 ans. La ministre de
l’Intérieur, Jacqui Smith, qui a été
éclaboussée par le scandale, a
annoncé sa démission, hier. Selon les
observateurs politiques, Gordon Brown prévoyait
l’expulser du cabinet ministériel lors d’un
remaniement prévu pour vendredi.
Une douzaine d’autres députés travaillistes
et conservateurs ont déjà annoncé
qu’ils ne se représenteraient pas aux prochaines
élections générales, prévues
pour juin 2010.
Trop peu trop tard
Flairant l’occasion, le chef du Parti conservateur, David
Cameron, a lancé un appel à tous pour du
sang neuf dans ses troupes. « Je veux dire aux gens,
aujourd’hui, que si vous voulez nous aider à
nettoyer le système politique, devenez un candidat
conservateur » , a affirmé en entrevue
à la BBC, le populaire chef de l’opposition qui
s’évertue à réclamer de Gordon Brown
la tenue d’élections générales
anticipées, mais sans succès.
Le premier ministre a été plutôt lent
à réagir. Il a promis, hier, un nouveau code
de conduite pour les députés. Trop peu, trop
tard.
Des rumeurs de coups d’État ont repris. Le Parti
travailliste semble au bord de l’implosion. Même le
quotidien The Guardian, un traditionnel allié, ne
lui apporte plus son soutien. Et les sondages n’augurent
rien de bon pour jeudi.
Le parti de Gordon Brown récolte seulement 17% des
intentions de vote. Les partis indépendants en
recueillent 30%, dont 4% pour le BNP. Pour être
élu au Parlement européen, un candidat du
BNP devra obtenir un résultat de 8,5% dans sa
circonscription.
Un score qui ne relève pas de l ’ exploit , selon
Richa rd Barnbrook, lui-même le premier membre du
BNP élu à la Chambre des communes, à
Londres. « Je serais très
étonné qu’on ne gagne pas deux ou trois
sièges » , dit l’homme de 48 ans.
Un rêve terni par la
réalité - LYSIANE GAGNON
Depuis
son extension à l’Est, l’Europe est devenue un
assemblage hétérogène, sans
personnalité autre que géographique.
Bilan des élections européennes : la
montée généralisée de la
droite, de même qu’une inquiétante
percée de l’extrême droite, notamment aux
PaysBas, en Hongrie et en Grande-Bretagne... et un taux
d’abstention record, qui va de 60% en France à
80% en Slovaquie.
Cela confirme, si besoin était, que l’Europe, ce
rêve magnifique devenu réalité (on
va maintenant de l’Estonie au Portugal sans traverser
une seule frontière!), ne fait pas encore partie
de la vie quotidienne des citoyens. Sauf exception, les
députés élus au parlement de
Strasbourg proviennent souvent de l’équipe B –
ceux qui seraient incapables de faire carrière en
politique nationale, ou qui préfèrent
l’agitation et les tractations stériles d ’ un pa
rlement sans pouvoir réel à l’action
directe au sein d’un gouvernement national. (Ce n’est
pas sans raison que le parlement européen, qui
tolère les corridas, s’est énamouré
des bébés phoques , une cause futile s’il
en est une, mais qui a le mérite de
n’entraîner aucune retombée politique,
puisque c’est surtout au Canada que ça se passe
!).
Il est vrai aussi que la bureaucratisation extrême
des superstructures bruxelloises, qui engendrent des
tonnes de règlements superflus, est un
repoussoir… et que depuis son extension à l’Est,
l’Europe est devenue, moins qu’un ensemble
cohérent, un assemblage
hétérogène, sans
personnalité autre que géographique.
L’Europe de l’Ouest avait des institutions, des
sensibilités et un niveau de développement
relativement analogues, mais les pays récemment
sortis de l’URSS feront encore longtemps figure de
vagues cousins très éloignés. Rien
d’étonnant à ce qu’à mesure qu’elle
s’élargit, l’Europe soit de moins en moins
capable de se donner une politique
étrangère commune.
Mais
à entendre le compte rendu de ces
élections, dimanche dernier à la
télévision française, on n’aurait
jamais cru qu’elles concernaient l’Europe ! Exception
faite de Daniel Cohn-Bendit, les politiciens
invités sur les plateaux, parfaitement
indifférents au reste de l’Europe, n’avaient
d’yeux que pour ce que signifiaient les résultats
en regard de la politique française. Un peu comme
si, lors d’une élection fédérale,
on n’analysait les performances du Bloc et du PLC qu’en
fonction de ce qu’elles annonçaient pour le PQ et
le PLQ.
Cette campagne européenne a chambardé le
paysage français. François Bayrou voit
s’évanouir ses espoirs pour les
présidentielles de 2012, et les socialistes sont
en déroute, le groupe Europe Ecologie
(Cohn-Bendit, l’ancienne juge Eva Joly et José
Bové) se hissant en troisième place,
presque à égalité avec le PS,
pendant que l’UMP du président Sarkozy triomphe
avec 28%.
Une étoile montante: Rachida Dati, qui a
brillamment animé la liste UMP avec l’ancien
ministre Michel Barnier, transformant en tremplin son
exil du gouvernement – une brillante revanche sur
l’humiliation subie aux mains du président qui
l’a laissé tomber après l’avoir
adoubée. Une étoile tombante : Martine
Aubry, l’austère cheffe du PS qui devra
probablement céder sa place à l’un des
jeunes loups qui trépignent en coulisse… encore
que Ségolène Royal, sa rivale vaincue qui
rit aujourd’hui dans sa barbe, n’ait pas dit son dernier
mot. Au PS, la bataille pour le pouvoir reprendra avec
une férocité décuplée.
Finalement, le héros de la soirée aura
été Daniel Cohn-Bendit, l’ancien
contestataire de Mai 68, ce Franco-Allemand qui est le
parfait prototype de l’Européen…Une bonne
bouille, qui ne parle pas la langue de bois, et qui fut
le seul à prendre ces élections au
sérieux et à parler durant toute la
campagne d’enjeux européens plutôt que
nationaux. Il faut dire que sa formation avait
été bien servie par la sortie
planétaire, deux jours avant le vote, de Home, la
superproduction sentimentale et alarmiste de Yann
ArthusBertrand, qui a été vue par neuf
millions de Français… Un fameux coup de pouce!
David Cameron se dit prêt à diriger le
pays - Judith LaChapelle
Les
conservateurs britanniques, confinés à
l’opposition depuis l’arrivée triomphale des
travaillistes en 1997, ont tenu leur congrès
cette semaine. Leur chef, David Cameron, n’a pas fait
dans la dentelle : pour sortir la Grande-Bretagne de la
crise, il faudra sabrer les dépenses publiques.
Sa franchise ne semble pas encore faire peur aux
électeurs. L’été prochain, il
pourrait bien être le prochain premier ministre du
Royaume-Uni.
Les Britanniques n’aiment pas les conservateurs. En tout
cas, ils ne les aiment pas comme ils se sont
passionnément épris des travaillistes en
1997. Pour gagner le coeur – mais surtout le vote – des
électeurs, les conservateurs doivent leur prouver
qu’ils ont changé.
PHOTO ANDREW WINNING,
REUTERS
Depuis son élection comme
chef en 2005, David Cameron, 42 ans, s’est
appliqué à dépoussiérer
l’image de « vieux parti » qui colle aux
conservateurs.
C’est ce qu’on disait tout haut cette semaine à
Manchester, au congrès annuel de la
vénérable formation politique. Las des
travaillistes, au pouvoir depuis 12 ans, les
électeurs britanniques semblent séduits
par l’idée que le Parti conservateur revienne au
pouvoir l’an prochain. Et s’il faut en croire les
sondages publiés cette semaine, les tories et
leur chef charismatique, David Cameron, voguent
allègrement vers la victoire, avec 14 points
d’avance sur le Labour.
Mais attention, prévient l’auteure Judith Ba ra ,
qui enseigne à l’ Université de Londres.
« Rien n’est encore joué », dit cette
observatrice de la scène politique britannique,
que La Presse a jointe hier. Pour gagner la
majorité des sièges, « ils devront
travailler plus fort pour que les gens votent davantage
en faveur des conservateurs plutôt que contre les
travaillistes ».
Depuis son élection comme chef en 2005, David
Cameron s’est appliqué à
dépoussiérer l’image de « vieux
parti » qui colle aux conservateurs.
Le bon père de famille
Ancien
cadre du groupe média Ca rlton , David Ca meron,
4 2 a ns, se présente comme un bon père de
famille, adepte du vélo, préoccupé
par la santé et l’écologie, prêt
à soutenir les couples homosexuels. Il diffuse
des photos de ses vacances avec femme et enfants, et la
mort en février dernier de l’un de ses enfants
gravement malade a ému l’opinion publique.
Mais les Britanniques restent méfiants. De fait,
un autre sondage a montré que 68 % d’entre eux
croient que le Parti conservateur n’a pas changé
depuis l’a rrivée de David Cameron. Son entourage
est aussi perçu comme composé de « v
ieu x tories » fa isa nt partie d’un club
sélect issu des collèges huppés du
pays. « Une majorité de gens doute toujours
que Cameron puisse comprendre ce que vit la classe
moyenne», dit Mme Bara.
Cette sema ine, le c hef con ser vateu r a la ncé
u n message clair : il est « prêt »
à piloter le pays mais avertit que la
Grande-Bretagne t r ave r s e r a « u n e p
é r io de difficile ». Coupes dans les
dépenses de l’État, hausse de l’âge
d’admissibilité à la pension de vieillesse
et gel des salaires des fonctionnaires sont à
prévoir.
Les récents sondages indiquent que l’appui aux
conservateurs, malgré les intentions radicales du
chef, n’aurait pas faibli. « Mais les gens
commencent à se dire : nous en avons assez des
travaillistes, mais sommes-nous prêts à
ça ? » dit Mme Bara.
David Cameron doit aussi surveiller sa droite : en
flirtant avec le centre, il risque de perdre des votes
au profit de partis résolument à droite
qui ont constamment gagné en popularité
ces dernières années.
Les élections ne devraient pas avoir lieu ava nt
j uin. D ’ici là , d it Jud it h B a ra , tout
peut a rriver. « Ha rold Wilson (NDLR : ancien
premier ministre travailliste) a déjà dit
qu’une semaine, en politique, c’est une longue
période... »
Grande-Bretagne
: Le Parlement embarrassé
Films
pornos, barres de chocolat, canapé-lit
remboursés aux députés de
Grande-Bretagne
Plusieurs ministres semblent avoir fait des
déclarations abusives ou avoir exploité le
système à leur avantage.
COLLABORATION SPÉCIALE
Le scandale fait mal au parti de
Gordon Brown. Dimanche, le Parti travailliste ne
recueillait plus que 23% des intentions de vote en
Grande-Bretagne.
— Une c r i s e de confiance se creuse entre les
Britanniques et leurs élus depuis vendredi. Le
dévoilement des notes de frais douteuses de
députés ternit la réputation de toute
la classe politique du pays. Même le premier
ministre travailliste Gordon Brown a été
éclaboussé par cette affaire, le
forçant à s’excuser hier « au nom de
tous les partis politiques ».
Le scandale a éclaté au grand jour vendredi
lorsque le quotidien de droite, le Daily Telegraph, a
révélé en primeur les dépenses
professionnelles que les députés ont
tenté de se faire rembourser. Plusieurs ministres
semblent avoir fait des déclarations abusives ou
avoir exploité le système à leur
avantage.
Cette histoire a poussé Gordon Brown à
exprimer de rares excuses. « Nous avons la
responsabilité de prouver que nous sommes là
pour servir l’intérêt public et non nos
propres intérêts », a-til
déclaré à une conférence hier
matin.
Dans certains cas, des parlementaires ont exigé des
remboursements difficilement justifiables. Par exemple,
des barres de chocolat, un bouchon de bain, un
canapé-lit et... des films pornos. En effet, la
ministre de l’Intérieur, Jacqui Smith, avait admis
avoir déclaré deux films adultes « par
erreur » en mars dernier.
D’autre part, le système de défraiement
permet aux députés de déclarer des
dépenses pour une seconde résidence, soit
dans leur circonscription, soit à Londres. Or, la
ministre Hazel Blears a identifié trois
propriétés différentes comme
résidence secondaire dans une même
année.
« C’est une clause qui prête le flanc à
des abus, expl ique le pol itologue David Jarvis, de
l’Université de Cambridge. Des
députés ont rénové des maisons
aux frais des contribuables puis ont empoché les
profits de leur vente. »
Même
l’honnêteté de Gordon Brown a
été mise en doute. Le premier ministre, qui
navigue de crise en crise depuis mars, a versé 11
500 $ canadiens en frais de travaux domestiques à
son frère Andrew, entre 2004 et 2006.
La bel le-soeur de Gordon Brown, Clare, est intervenue
hier en expliquant dans le Guardian comment les deux
frères se partagent des services de ménage.
Le tollé dans la presse britannique est à
son apogée. Un ancien vice-président de la
Chambre des communes, Lord Naseby, a même
suggéré que la dissolution du Parlement
était la seule façon de laver la
réputation de ses membres.
Pourtant, tout le monde se défend d’avoir mal agi .
Les ministres insistent qu’ils ont respecté les
règles du système de remboursement. Un
système jugé maintenant désuet par
Gordon Brown et le chef de l’opposition, le conservateur
David Cameron.
Un organisme indépendant de vérification se
penchera sur cette affaire, a promis hier le
président de la Chambre des communes, Michael
Martin.
Toutefois , le mal semble être fait. Dimanche, le
parti de Gordon Brown ne recueillait plus que 23% des
intentions de vote, du jamais vu depuis 1943.
Cette crise pourrait bouleverser l’échiquier
politique, prédit David Jarvis. « Nul ne sait
ce qui va arriver. La grogne des électeurs pourrait
donner des ailes aux partis d’extrême droite.
»
« Fais pas le malin » - MARC
THIBODEAU
—
Nicolas Sarkozy à un jeune homme lors d’un bain
de foule
PARIS — Les politologues avertis qui collectionnent
les sorties cinglantes du président
français Nicolas Sarkozy comme autant de perles
seront ravis.
Hier, le coloré chef d’État a
rappelé à l’ordre un jeune homme alors
qu’il prenait un bain de foule à
Chambéry en lui disant à plusieurs
reprises : « Fais pas le malin. »
Bien qu’on entende clairement les propos du politicien
ulcéré sur les vidéos et les
enregistrements diffusés par les médias
présents, l’incident à l’origine de son
courroux n’est pas clair.
Le quotidien Libérat ion affirme que Nicolas
Sarkozy n’a pas apprécié que le jeune
homme lance à la ronde que le président
ne lirait jamais un courrier qu’une femme
présente dans la foule se proposait de lui
transmettre.
France Inter rapporte pour sa part que l’homme – qui
n’a pas été identifié – se serait
essuyé «ostensiblement» la main
après avoir serré celle du chef
d’État.
Nicolas Sarkozy, venu marquer le 150e anniversaire du
rattachement de la Savoie à la France, avait
été accueilli à la fois par des
huées et des applaudissements à son
arrivée.
Selon l’envoyé du Monde, l’incident vient
« écorner un peu plus encore » le
style présidentiel.
Il rappelle un accrochage survenu au Salon de
l’agriculture en 2008. Le chef d’État avait
alors lancé « Casse-toi, pauv’ con»
à un homme qui refusait de lui serrer la main.
La vidéo de l’accrochage est devenue un
succès monstre sur l’internet. Et la phrase ne
cesse depuis d’être reprise dans les
manifestations par des critiques du chef d’État
qui l’invitent, à leur tour, à «se
casser».
L’incident à Chambéry survient alors que
la cote de popularité de Nicolas Sarkozy est au
plus bas. Selon un récent sondage, les deux
tiers des Français estiment que sa
présidence est un échec.
Ses difficultés ont relancé les
ambitions de plusieurs ténors de la droite,
comme celles de l’ex-premier ministre Alain
Juppé, qui n’écarte pas de se
présenter à la présidence si
l’actuel occupant du poste ne sollicite pas de second
mandat en 2012. Une hypothèse jugée peu
probable par les analystes.
Chirac renvoyé devant les juges -
Louis-Bernard Robitaille
L’ancien
président devra s’expliquer sur les «
emplois fictifs » à la mairie de Paris
avant 1995
PARIS — À un mois de son 77e anniversaire,
Jacques Chirac a appris hier matin la mauvaise nouvelle
à la Gazelle d’or, ce palace marocain où
il passe quelques jours de vacances, en compagnie de sa
femme Bernadette et de son petit-fils Martin. L’ancien
président de la République, de 1995
à 2007, sera traduit en justice dans les mois qui
viennent pour « détournement de fonds
» et « abus de confiance ».
PHOTO GOH CHAI HIN,
ARCHIVES AFP
L’ancien président de la
République française Jacques Chirac sera
traduit en justice dans les mois qui viennent pour
« détournement de fonds » et
« abus de confiance ». C’est la
première fois en France qu’un ancien
président est jugé devant les tribunaux.
En théorie, l’accusé risque jusqu’à
10 ans de prison pour ces délits. Mais la juge
d’instruction chargée de son dossier,
Xavière Siméoni, n’a pas retenu le chef
d’accusation de « faux en écriture »,
qui l’aurait automatiquement conduit devant la cour
d’assises. Au vu des très nombreuses «
affaires » qui ont entaché sa gestion de la
mairie de Paris de 1977 à 1995, Jacques Chirac a
échappé au pire. Mais c’est tout de
même une première en France que de voir un
ancien président devant les tribunaux.
Longtemps épa r gné pa r l e s e
nquêtes j ud i c i a i r e s , le Rassemblement
pour la République ( RPR) avait été
finalement pris dans la tourmente à la fin des
années 90, alors que son chef était
déjà installé à
l’Élysée et bénéficiait de
ce fait d’une quasi totale i mmunité. Les
révélations embarrassantes
s’étaient succédé. Sur les emplois
de complaisance à la mairie. Sur le
système de pots-de-vin payés lors de
l’attribution de contrats publics. Sur de lu xueuses
vacances au soleil réglées avec des
liasses de billets.
Au
passage, certains proches ont été
inquiétés ou condamnés par la
justice, parmi lesquels l’ancien chef de cabinet du
maire, Michel Roussin, et surtout l’ancien adjoint aux
Finances de la mairie, un certain Alain Juppé,
condamné à 14 mois de prison avec sursis.
Intouchable jusqu’à la fin de son second mandat,
en mai 2007, Jacques Chirac avait alors
été entendu à cinq reprises par la
juge d’instruction entre novembre 2007 et juillet 2008.
De toute évidence, la magistrate n’a pas
opté pour la sévérité : sur
481 emplois suspects, elle n’en a retenu que 21 dans
l’acte d’accusation contre l’ancien maire,
considérant que tous ceux datant d’avant 1992
tombaient sous le coup de la prescription. Contrairement
à l’avis du Parquet qui souhaitait classer la
totalité du dossier, la magistrate a eu le
« courage » – disent ses pairs – de renvoyer
un ancien président devant ses juges. Une
première historique.
Mais
il n’y aura sans doute pas d’acharnement judiciaire
contre le vieux retraité de la politique.
Même à gauche, la plupart, comme
Ségolène Royal, souhaitent qu’il puisse
« vivre en paix » et ne souhaitent pas un
grand déballage. Quant à l’opinion
publique, elle a tranché: Jacques Chirac est
aujourd’hui, avec 76% d’opinions favorables, l’homme
politique le plus populaire du pays.
Les « séances d’exorcisme » de Sarkozy
dénoncées
PARIS —
Le président français, Nicolas Sarkozy,
qui a construit sa carrière politique en
affichant sa fermeté sur les questions d’ordre et
de sécurité publique, n’hésite pas
à légiférer dans la foulée
de faits divers spectaculaires. Même au risque de
se voir accusé de démagogie.
Nicolas Sarkozy a assisté
à une cérémonie officielle le 6
octobre dernier au Kazakhstan. Ce voyage, le premier
d’un président français depuis 1993, a
permis de relancer les relations économiques
entre les deux pays.
Le chef d’État a donné une nouvelle
illustration de cette tendance la semaine
dernière en réaction à la mort de
MarieChristine Hondeau, 42 ans, étranglée
alors qu’elle faisait son jogging dans une forêt
au sud de Paris.
L’affaire a pris une portée politique importante
après que les forces de l’ordre eurent
révélé que le responsable du
meurtre avait bénéficié d’une
libération conditionnelle en mars 2007. L’homme
avait été condamné cinq ans plus
tôt à 11 ans de prison pour le viol et
l’enlèvement d’une adolescente.
Comme il l’a souvent fait par le passé, le
président a reçu la famille de la victime
à l’Élysée jeudi dernier. Il a
demandé à cette occasion au ministre de
l’Intérieur, Brice Hortefeux, de lui
présenter en moins d’une semaine des suggestions
pour minimiser les risques de récidive. Il a
précisé qu’elles devraient être
rapidement soumises pour adoption à
l’Assemblée nationale.
Il a demandé notamment de «veiller... par
une modification de notre législation, à
une implication plus forte des services de police et de
gendarmerie dans la surveillance» des
condamnés ayant purgé leur peine.
Castration chimique
M.
Hortefeux et son homologue à la Justice,
Michèle Alliot-Marie, ont évoqué,
en écho au président, la
possibilité d’élargir l’usage de la
« castration chimique», voire de la rendre
obligatoire pour certains détenus j ugés
dangereux au moment de leur libération.
Le ministre de l’Intérieur a ajouté que le
meurtrier présumé de la joggeuse n’aurait
jamais dû être libéré,
suscitant une levée de boucliers dans les milieux
judiciaires. «Les déclarations de M.
Hortefeux portent en germe la remise en cause du
principe de l’aménagement des peines, avec son
corollaire absurde et inhumain: l’enfermement
perpétuel des personnes condamnées»,
a dénoncé le Syndicat de la magistrature.
L’organisation a demandé au chef d’État de
rappeler à l’ordre le gouvernement pour faire
cesser ces attaques «obscènes» contre
les magistrats. Sans obtenir de réaction du chef
d’État, qui a souvent lui-même lancé
des salves similaires alors qu’il était ministre
de l’Intérieur.
Violences physiques en hausse
Réagissant sur le meurtre de Marie-Christine
Hondeau, le Parti socialiste a attaqué le chef
d’État en l’accusant de «répondre
à l’émotion d’un drame par l’annonce d’une
énième réforme du droit
pénal».
«En sept ans, il a fait voter 14 lois et 115
modifications du Code pénal... Dans le même
temps, les violences physiques non crapuleuses ont
crû de 48%. Cela démontre
l’inefficacité d’une politique qui
privilégie l’agitation sur l’action, l’affichage
sur les résultats », dénonce la
formation, qui propose une meilleure prise en charge
psychologique des délinquants sexuels.
Le Monde, dans un éditorial paru hier,
s’inquiète des «séances d’exorcisme
à grand spectacle» orchestrées pas
le président français après des
meurtres ou des viols particulièrement sordides.
«Jusqu’où... pousser la surenchère
pénale et la relégation des 8000
délinquants sexuels emprisonnés sa ns
verser dans une République qui ne serait plus
seulement compassionnelle mais vengeresse, plus
seulement protectrice mais démagogique ? »
demande le quotidien.
PARIS Grand déballage à
l’horizon - Louis-Bernard Robitaille
Procès Clearstream Sarkozy c. de Villepin
L’ancien premier ministre français de Villepin est
accusé d’avoir utilisé des documents
bancaires falsifiés pour couler Sarkozy. Celui-ci
fait partie des plaignants.
PARIS — Le procès Clearstream, qui s’ouvre
aujourd’hui à Paris et durera un mois, c’est
d’abord un étripage public entre deux stars de la
politique française. Du côté de
l’accusation, Nicolas Sarkozy, le président de la
République en personne, malgré son
rôle de chef suprême de la magistrature et le
conflit d’intérêts qui en découle.
PHOTO OLIVIER
LABAN-MATTEI, ARCHIVES AFP
Janvier 2007 : l’ex-premier
ministre français Dominique de Villepin (à
droite) en compagnie de son rival de longue date, le
président Nicolas Sarkozy, alors ministre de
l’Intérieur.
Sur le banc des accusés, une vedette déchue,
mais vedette tout de même, Dominique de Villepin, 55
ans, ancien premier ministre de juin 2005 à mai
2007. Il a été à ce titre le «
patron » de Sarkozy, alors ministre de
l’Intérieur. Mais aussi son meilleur ennemi,
chargé par Jacques Chirac de « tuer »
ce candidat encombrant à la présidence.
En politique française, comme le faisait remarquer
un ancien confident du président Chirac, les grands
chefs ont toujours évité, même
lorsqu’ils étaient victimes de « coups tordus
», ce genre d’affrontement public. Sur le terrain
judiciaire, cela peut mener à un déballage
que personne ne maîtrise plus. Situation d’autant
plus étrange que, de par sa fonction, non seulement
Sarkozy est le « patron » des juges, mais
encore, il bénéficie de l’immunité.
Une situation étrange que les avocats de Dominique
de Villepin devaient tenter d’exploiter dès ce
matin pour « sortir » Sarkozy du
procès. Et donner ainsi une première
victoire « morale » à l’ancien premier
ministre de Chirac.
Affaire rocambolesque
Entre les deux hommes, le dossier Clearstream, une affaire
à la fois ténébreuse et
rocambolesque. Au mois de juillet 2004, alors que Nicolas
Sarkozy est déjà candidat
déclaré à la succession de Chirac, et
contre lui au besoin, des journaux publient des «
révélations » sur « un scandale
qui fait trembler la classe politique ». De
nombreuses personnalités de premier plan – dont on
ne dévoile pas le nom – disposeraient de comptes
chez Clearstream, un établissement bancaire du
Luxembourg à la réputation sulfureuse. Il
s’agirait de sommes importantes provenant des commissions
occultes touchées à l’occasion de la vente
de frégates de guerre françaises à
Taiwan.
On saura par la suite que sur ces listes bancaires
figurent les noms de Paul de Nagy et Stéphane
Bocsa, autrement dit Stéphane-Nicolas Sarkozy de
Nagy Bocsa. Une affaire qui pouvait, si elle prenait
consistance, mener à la mise en examen de Sarkozy,
ce qui l’aurait automatiquement écarté de la
course à la présidence pour 2007.
Mais ces
listes sont des faux grossiers. Et même
surréalistes. On y trouve les noms de dizaines de
personnalités, depuis les anciens ministres
socialistes Chevènement et StraussKahn jusqu’aux
fils de Charles Pasqua et Simone Veil, en passant par la
comédienne Laetitia Casta, la chanteuse
Alizée et le patron du Nouvel Observateur.
Faux documents
L’affaire tourne court. Le problème, c’est que
Dominique de Villepin apparaît au début de
l’histoire. À la toute fin de 2003, il a
reçu les documents de son ami Jean-Louis Gergorin,
ancien haut dirigeant d’Airbus à la
personnalité manifestement agitée. Le 9
janvier 2004, Villepin a transmis à son tour
« pour enquête » les listes au
général Rondot, ancien patron des services
secrets à la retraite. Rondot émet
rapidement des doutes sur l’authenticité des
documents. Villepin insiste et le pousse (selon Rondot)
à pousser les recherches du côté de
Sarkozy. Au mois de mars, dit aujourd’hui Gergorin,
Villepin lui aurait demandé de transmettre les
listes à un juge. Finalement, c’est le juge
d’instruction Renaud Van Ruymbeke,
spécialisé dans les affaires
politico-financières, qui recevra les documents de
source anonyme. Lui aussi en conclura rapidement qu’il
s’agit de faux. Mais, dans les semaines suivantes, selon
le directeur du Point, Franz-Olivier Giesbert, Villepin
aurait « poussé » à la
publication dans les journaux. Ce qui fut fait au mois de
juillet, alors que le caractère trafiqué du
dossier ne faisait plus de doute pour personne.
Dominique de Villepin est donc aujourd’hui poursuivi pour
« complicité de dénonciation
calomnieuse et usage de faux » aux
côtés, notamment, d’Iman Lahoud,
informaticien au chômage, qui reconnaît
aujourd’hui avoir trafiqué les listes, et de
Jean-Louis Gergorin, ancien grand patron de
l’aéronautique aujourd’hui quelque peu
délirant, qui dit avoir agi sur ordre de Villepin.
Celui-ci aurait pu décider de plaider la bonne foi
et la naïveté : oui, il avait cru jusqu’au
bout à l’authenticité des documents. Il a
choisi au contraire de tout nier en bloc : les documents
lui ont été montrés, mais il n’a
jamais ordonné d’enquête au
général Rondot ni demandé à
Gergorin de faire parvenir les papiers à un juge.
Et surtout : il est désormais victime d’un
règlement de compte de Sarkozy. Et celui-ci abuse
de son pouvoir en se portant plaignant.
Une bien mauvaise affaire, tout de même, pour
Dominique de Villepin... et pour son image.
L’«
omniprésident
» Sarkozy tente d’éviter le naufrage
- Louis-Bernard Robitaille
Deux ans
après son élection Nicolas Sarkozy
promettait de rompre avec le « roi fainéant
» Chirac : il temporise. On le disait
ultralibéral : il est devenu interventionniste. Les
réformes piétinent et, en matière de
rigueur, la France aura une dette équiva
D’une certaine manière, la crise économique
a été pour lui une bouée de
sauvetage: au milieu de la panique générale,
les promesses du candidat Sarkozy ont été
reléguées à l’arrière-plan.
COLLABORATION SPÉCIALE
Pour célébrer le
deuxième anniversaire de sa victoire à la
présidentielle, le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy
s’est empressé de... ne rien fêter du tout.
Les services de l’Élysée ont fait savoir
qu’il n’y avait rien à signaler: « Le bilan
de Nicolas Sarkozy se jugera sur cinq ans, et pas avant
», répète-t-on dans l’entourage
présidentiel.
— Nicolas Sarkozy aura été le premier
président français depuis trois ou quatre
décennies à se faire élire sur un
programme qui, à première vue,
n’était pas démagogique.
Sans aller jusqu’à promettre, comme Churchill,
« du sang, de la sueur et des larmes », il
annonçait le temps des sacrifices pour certains et
des réformes douloureuses, notamment pour les
fonctionnaires et les enseignants.
Certes, les Français allaient « gagner plus
», mais à condition de « travailler
plus ». Dans ce pays qui bat tous les records
européens en matière de dépenses
publiques – environ 54% du PIB –, un homme s’est fait
élire avec un programme relativement clair de
rigueur budgétaire et de réformes
libérales de l’État et de l’économie.
Pour célébrer le deuxième
anniversaire de sa victoire à la
présidentielle – le 6 mai 2007 –, il s’est
empressé de ne rien fêter du tout. Et s’est
contenté de tenir mardi soir une grande
réunion publique à Nîmes en vue des
élections européennes de juin. De leur
côté, les services de l’Élysée
ont fait savoir qu’il n’y avait rien à signaler:
« Le bilan de Nicolas Sarkozy se jugera sur cinq
ans, et pas avant », répètet-on dans
l’entourage présidentiel.
Et en effet, il n’y a pas matière à
pavoiser. Non pas que le bilan de Sarkozy, après
deux ans au pouvoir, soit désastreux: il est
insaisissable.
À l’image d’un sondage publié mercredi par
Le Parisien. Les Français jugent Sarkozy «
dynamique » (85%) « courageux » (73%),
« sachant prendre des décisions difficiles
» (66%). Ce qui est plus que flatteur. Mais 55%
(près des deux tiers de ceux qui déclarent
avoir une opinion) jugent qu’il « ne fait pas un bon
président » !
Pour
ajouter à la confusion, un autre sondage,
concernant d’hypothétiques intentions de vote
à un scrutin présidentiel, accorde 30%
à Nicolas Sarkozy (autant autonomie des
établissements, fin du diplôme national
unique, partenariat avec le privé et le
mécénat. De justesse, la réforme a
été adoptée, mais amputée des
deux tiers de son contenu.
Un scénario qui s’est répété
par la suite: les régimes spéciaux de
retraite, qui ont été supprimés mais
au prix de concessions qu’en avril 2007), très loin
devant Ségolène Royal (21%).
Presque à mi-mandat, Sarkozy apparaît
lui-même insaisissable. Le soir de son
élection, il promettait de réformer la
France en profondeur et à un rythme
accéléré.
Deux ans après, le bilan est plus que
mitigé. Dès juillet 2007, le gouvernement a
décidé de réformer en profondeur
l’université : financières majeures, un
service minimum dans les transports publics imposé
aux syndicats, mais qui ne sera jamais appliqué.
Sarkozy se présentait comme un libéral pur
et dur, sur le modèle Thatcher : on a
constaté qu’il savait louvoyer et battre en
retraite aussi bien que Chirac.
D’une certaine manière, la crise économique
a été pour lui une bouée de
sauvetage: aumilieu de la panique générale,
les promesses du candidat Sarkozy ont été
reléguées à l’arrière-plan.
Plus personne ne fait attention au fait que le
déficit public dépassera cette année
les 5% du PIB, et que la dette publique devrait
frôler les 80% à la fin du quinquennat, en
2012. Et personne non plus ne reproche au président
d’avoir renoncé à ses réformes
libérales.
Mais, sur le fond, rien ne va vraiment : les annonces de
fermetures d’usine tombent chaque semaine, les
universités sont partiellement bloquées
depuis quatre mois à propos d’une
énième réforme… qui finira dans les
oubliettes.
Dans le contexte ac tuel , Nicolas Sarkozy n’a certes plus
les moyens d’envisager quelque grande réforme que
ce soit. Et doit se contenter de naviguer à vue en
tentant d’éviter le naufrage. Le bateau
résiste un peu mieux que prévu dans la
tempête. Mais sans plus. Et il n’y a pas
d’éclaircie en vue.
PARIS Cinq cents voitures
brûlées dans la nuit du 14 juillet
« Je déplore cette tradition malsaine qui
s’est instaurée chaque week-end du 14 juillet.
»
PARIS — Au moins 500 véhicules ont
été brûlés, en France, au
cours de la nuit du 13 au 14 juillet, veille de la
célébration de la fête nationale,
selon un bilan définitif du ministère de
l’Intérieur.
Le communiqué du Ministère ne fournit
aucun élément de comparaison avec des
chiffres de l’année précédente.
«
Je déplore cette tradition malsaine qui s’est
instaurée chaque week-end du 14 juillet avec,
au total, quelque 500 véhicules
incendiés cette nuit », a indiqué
le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux.
Le nombre de voitures brûlées dans la
nuit du 13 au 14 juillet 2009 est «
supérieur » à celui de 2008, selon
des sources policières, qui se sont toutefois
refusées à révéler le
nombre précis.
Hier matin, la police faisait état de 317
voitures brûlées au cours de la nuit,
contre 297 pendant la même période de
2008, soit une hausse de 6,73%. Ces violences sont
devenues habituelles en France dans les grandes villes
où les jeunes des banlieues
défavorisées expriment leurs
frustrations ce jour-là.
Sarkozy rembourse des dépenses
privées à l’État
français - Marc Thibodeau
Le
président français Nicolas Sarkozy a
dû rembourser plus de 20 000$ cette semaine
après que les dépenses du chef
d’État eurent été passées
au crible, chose qui n’avait pas été
faite depuis plus de deux siècles.
Le remboursement a été achevé
à la veille du dévoilement du rapport de
la Cour des comptes, qui avait entrepris cet exercice
à la demande du président
lui-même, soucieux de montrer que les
dépenses de l’Élysée sont
gérées « de la manière la
plus rigoureuse et la plus économe possible
».
Le président de la Cour des comptes, Philippe
Séguin, a précisé, en guise de
préambule, que le dernier chef d’État
français à avoir subi un tel
contrôle était Louis XVI, les
régimes subséquents n’ayant jamais
jugé utile de remettre en question «
l’exemption des règles » tacite qui
prévalait jusqu’à aujourd’hui.
La question des dépenses personnelles du
président est reléguée
pratiquement à la toute fin du rapport.
M. Séguin y relève, pour expliquer la
nécessité d’un remboursement de la part
de Nicolas Sarkozy, que le personnel d’intendance
« avait pris l’habitude, par commodité et
souvent dans l’urgence, de régler certaines
dépenses privées en même temps que
d’autres dépenses relatives à la
fonction présidentielle » en profitant
d’une avance imputée au budget de
l’Élysée.
Nicolas Sarkozy, qui n’avait pas connaissance de cette
pratique au dire de la Cour des comptes, a
demandé que les factures liées aux
dépenses privées de sa famille lui
soient remises à l’avenir pour qu’il puisse les
régler lui-même.
Contrat sans appel d’offres
Le
rapport s’attarde aussi à l’attribution sans
appel d’offres à un cabinet non
identifié d’un contrat d’une valeur de
près de deux millions de dollars. La firme
retenue, qui devait décider de
l’opportunité de mener des sondages pour
l’Élysée et procéder aux
commandes, a facturé à plusieurs
reprises la présidence pourdes études
qui étaient publiées dans les
médias.
Hier, Marianne a indiqué que la
présidence et la Cour des comptes refusaient de
divulguer l’identité du cabinet, qui pourrait
appartenir, au dire du magazine, à un proche
collaborateur du président.
Le Parti socialiste a accusé hier
l’Élysée de vouloir «
instrumentaliser » l’opinion publique en payant
pour la production de sondages qui sont ensuite repris
dans les médias sans précision sur leur
origine.
La Cour des comptes relève par ailleurs que les
nombreux déplacements du président,
très actif en France et à
l’étranger, ont coûté plus de 20
millions de dollars en 2008, une sommequi pourrait
être réduite en accordant une attention
« particulière » à la taille
des délégations qui accompagnent le
politicien. Elles se composent parfois de plusieurs
centaines de personnes, en incluant les invités
et le personnel.
Le manque de transparence entourant les
dépenses de l’Élysée est
critiqué depuis des années par un
député de gauche, René
Dosière, qui appelait de ses voeux une
vérification comme celle qui vient d’être
terminée par la Cour des comptes.
En juin, il avait fustigé l’augmentation
globale du budget de dépenses de la
présidence, parlant d’un bond de plus de 20% en
un an, une analyse que conteste
l’Élysée. M. Dosière critique
particulièrement la hausse de la
rémunération du président,
aujourd’hui supérieure à 350 000$ par
année.
La Cour des comptes souligne que la présidence
sera désormais soumise chaque année
à une vérification de même nature,
ce qui en fera « l’une des institutions de
l’État les plus contrôlées, pour
ne pas dire la plus contrôlée ».
FRANCE Des salariés deNortel menacent
de faire sauter les locaux de l’entreprise
— Des
salariés en grève de Nortel France, une
entreprise de la région parisienne placée
en liquidation judiciaire, menacent de la faire sauter
à l’aide d’une dizaine de bouteilles de gaz
qu’ils ont installées dans les locaux, a
constaté hier une journaliste de l’AFP.
C’est la deuxième fois en deux jours que des
grévistes français menacent de faire
sauter leur entreprise.
« Les gens n’ont plus rien à perdre, ils
vont aller jusqu’au bout », a averti un des quatre
représentants des grévistes de Nortel
France SA, à Châteaufort.
L’entreprise, filiale française de
l’équipementier en communication canadien Nortel,
et centre de recherche sur les technologies sans fil, a
été placée en liquidation
judiciaire le 28 mai.
« Si les administrateurs ne prennent pas leurs
responsabilités, le site risque d’exploser
», a averti le représentant des
grévistes, qui a requis l’anonymat.
« Si jamais la réunion (avec les
administrateurs judiciaires français et leurs
homologues britanniques chargés de la
procédure pour Nortel Europe) n’a pas lieu
demain, si elle n’est pas constructive, il n’y aura plus
de contrôle », a-t-il ajouté.
Le
comité d’entreprise doit donner le 20 juillet
son avis sur un plan de licenciement, a
déclaré un autre représentant.
« Si pour nous c’est fini le 20, ça sera
fini pour tout le monde », a-t-il
affirmé.
Il est « tout à fait possible que les
salariés fassent exploser les bonbonnes de gaz
», a assuré un troisième
représentant.
Les bouteilles de gaz ont été
installées à l’initiative de
salariés grévistes et non de
syndicalistes, a indiqué l’un de ces
salariés.
Compensation exigée
Un représentant des salariés de Nortel a
indiqué qu’ils demandaient 100 000 € par
personne licenciée.
La méthode est identique à celle des
employés du fabricant de pièces automobi
les New Fabris, à Châtellerault, dans le
centre-ouest de la France, qui ont menacé
dimanche de faire sauter leur usine le 31 juillet
s’ils n’obtenaient pas chacun 30 000 €.
Le Parti socialiste français à la
croisée des chemins - Louis-Bernard Robitaille
— Arnaud
Montebourg, vedette du Parti socialiste, a
été l’un des rares à plaisanter en
pénétrant dans ce grand hôtel
où se tenait le conseil national de la formation
politique : « Dernière station de service
avant le désert! »
C’était hier, en début de soirée.
Deux jours après ce que tout le monde appelle la
Berezina du PS aux élections européennes :
16,48% des voix. Au moins trois points en dessous des
prévisions les plus pessimistes.
Presque 12 points derrière l’ UMP de Nicolas
Sarkozy. Presque à égalité avec
Europe Écologie de Daniel Cohn-Bendit (16,28%).
Un désastre comparable à celui qu’avait
connu aux européennes de 1994, Michel Rocard,
alors chef du PS et tête de liste pour les
élections. Avec 14% des voix à peine, il
avait dû laisser sa place et renoncer à se
présenter à la présidentielle de
1995.
La configuration est bien différente aujourd’hui:
il y a trois ans à courir avant l’élection
présidentielle de 2012. Et la première
secrétaire du PS, Martine Aubry, reste pour
l’instant un chef de transition. Tous les courants
hostiles à Ségolène Royal,
candidate malheureuse de 2007, avaient fini par se
mettre d’accord sur son nom au congrès de Reims,
justement parce qu’elle apparaissait comme la moins
menaçante pour 2012.
Sa mission : tenter de faire oublier le psychodrame du
congrès de Reims en novembre dernier, où
le parti s’était violemment et
précisément coupé en deux. Essayer
de recoller les morceaux en faisant travailler ensemble
les deux clans ennemis. Obtenir contre la droite et
Sarkozy des succès pour créer une
dynamique nouvelle.
Déception
Martine Aubry jouait donc tout simplement sa
capacité à remettre le Parti socialiste
sur les rails. Les sondages lui accordaient un peu
plus de 20% des voix. Cela paraissait
déjà un très mauvais
résultat pour un parti qui prétend
incarner l’opposition et rassembler autour de lui les
autres partis de gauche. Cinq à six points
derrière l’UMP, alors que normalement les
élections intermédiaires en France
sanctionnent durement le gouvernement.
Le résultat qui est tombé dimanche soir
a estomaqué tout le monde. Alors que les verts
ont fait moins de 2% à la
présidentielle, Europe Écologie aura
finalement le même nombre de
députés que le PS: 14.
Après ce coup de massue, on pouvait penser que
les heures de Martine Aubry étaient
comptées. Même si les sondages de
popularité ne sont pas trop mauvais pour la
mairesse de Lille, sur un plan personnel, le moins
qu’on puisse dire c’est qu’après six mois
à la tête du PS, elle n’a pas du tout
convaincu. Le fait qu’elle ne soit même pas
députée au Parlement – pas plus que
Ségolène Royal d’ailleurs – n’arrange
rien.
Refonder le PS
Hier soir à Paris, dans une ambiance lugubre,
le Conseil national du PS s’est empressé de ne
rien décider, si ce n’est de « refonder
» le parti. À quoi bon pousser Martine
Aubry à la démission puisqu’aucun chef
indiscutable ne se présente à l’horizon?
Il y a toujours Ségolène Royal, qui
contrôle une petite moitié du parti, mais
que l’autre moitié rejette
catégoriquement. Mais de ce côté,
s’il y a une bonne demi-douzaine de candidats valables
au leadership, jeunes ou moins jeunes, aucun ne se
détache.
Tant que le PS ne se sera pas donné un vrai
chef, le marasme risque de se prolonger. Face à
un Nicolas Sarkozy critiqué de toute part, mais
qui, avec près de 28% pour l’UMP, a brillamment
réussi à unifier la droite.
Il faut sauver... les riches -
Marc Thibodeau
Las
de défiler dans les rues pancarte à la
main, de plus en plus de militants français
cherchent des voies plus novatrices pour faire
entendre leurs doléances au gouvernement.
C’est le cas des membres du collectif Sauvons les
riches, qui dénoncent, par l’
Derrière ces interventions burlesques se
cache un groupe de jeunes Français qui
dénonce les inégalités de
richesse existantes dans le pays.
Les clients attablés il y a quelques semaines
au restaurant du Bristol, un établissement de
luxe de la capitale française où le
président Nicolas Sarkozy a ses habitudes, ne
savaient pas qu’ils avaient besoin d’être
« sauvés ». Jusqu’au moment
où un singulier contingent de militants a
fait irruption sur les lieux.
Armés de baguettes de pain et de fromage
à tartiner bon marché, les membres du
collectif Sauvons les riches ont annoncé,
avec un haut-parleur, qu’ils souhaitaient persuader
les personnes présentes, pour leur propre
bien, de « revenir sur terre » en
adoptant un mode de vie plus modeste.
Le personnel de sécurité, qui n’a
guère prisé l’invitation, a entrepris
d’évacuer manu militari les singuliers
intrus.
Quelques jours plus tard, nouvelle opération
« commando ». Des membres du collectif
font irruption au conseil municipal de
Corbeil-Essonnes, que chapeaute Serge Dassault,
quatrième fortune de France.
« Votez Serge Dassaul t » , crient-ils
en lançant à la ronde plusieurs mi l l
iers d’euros en billets de Monopoly, une
manière de rappeler à l’audience que
l’avionneur et politicien a été
condamné pour « don d’argent avec
contrepartie électorale » et de
dénoncer l’influence exagérée
de la classe aisée sur la démocratie.
Pour un salaire maximum
Autre opération, ciblant cette fois Jacques
Séguéla, un publicitaire qui s’est
illustré en déclarant que toute
personne qui n’a toujours pas de montre Rolex
à 50 ans a « raté sa vie
». Le collectif lui offre une montre Casio
d’une valeur de quelques euros... qui ne fonctionne
pas.
Derrière ces interventions burlesques se
cache un groupe de jeunes Français qui
dénonce les inégalités
socio-économiques au pays. Ils
réclament l’introduction d’un salaire «
maximum » qui serait fixé à 30
fois le salaire médian, ce qui
représente une somme d’environ 44 000€ par
mois, ou quelque 70 000$.
Une revendication « modeste », souligne
Manuel Domergue, journaliste et ex-attaché
politique de 27 ans qui a lancé Sauvons les
riches avec quelques amis en mars dernier.
« L’idée est de réussir à
faire accepter le principe », souligne le
porte-parole, qui dit recevoir des réponses
très partagées de la part de la
population.
« Il y a même des gens payés au
salaire minimum qui sont carrément
opposés à cette revendication.
Ça peut être pour des raisons
idéologiques, parce qu’ils croient que
l’État n’a pas à s’occuper de la
répartition des richesses ou parce qu’ils
s’imaginent qu’ils vont gagner un jour à la
loto », indique M. Domergue.
Un tremblement de terre
La crise économique actuelle, qui met tout
sens dessus dessous, est propice à
l’introduction de pratiques fiscales qui auraient
été considérées comme
impensables il y a six mois, souligne-t-il.
« Voyez General Motors qui est
nationalisé aux États-Unis. C’est un
tremblement de terre qui est en train de se produire
», déclare le jeune homme.
Le collectif n’a guère espoir d’être
entendu par le président français, qui
a réduit les impôts des classes les
plus aisées à son arrivée au
pouvoir.
Pour l’heure, seule une formation écologiste
candidate aux élections européennes du
week-end dernier a introduit cette revendication
dans son programme électoral. M. Domergue
souligne qu’il n’y a rien d’étonnant à
ce que ce parti parle de fiscalité puisque le
mode de vie des plus riches menace l’environnement.
« Les gens qui gagnent des milliards
consomment de manière disproportionnée
et offrent leur modèle de vie comme un
idéal à atteindre pour tout le
monde... Ils entraînent le reste de la
société dans une course à la
consommation », accuse-t-il.
Le caractère inusité et humoristique
des actions de Sauvons les riches a reçu
jusqu’à maintenant une grande attention des
médias français, et le collectif
espère bien continuer à en profiter
à la rentrée d’automne.
« Je vais prendre des vacances à
Saint-Tropez (lieu de villégiature de
l’élite française) et on va reprendre
après », ironise M. Domergue.
FRANCE L’âge de la retraite n’est plus
« tabou » - Marc Thibodeau
S’il
n’en tient qu’au gouvernement, les Français
devront travailler plus longtemps avant de pouvoir se
retirer du marché du travail avec une pension
conséquente.
Les aînés de
l’Hexagone ont l’un des taux d’activité les
plus faibles du continent européen. Ils
peuvent prendre une pleine retraite à 60 ans,
alors qu’en Allemagne, l’âge légal est
maintenant fixé à 67 ans !
Le premier ministre, François Fillon, a
déclaré lundi, lors de son passage au
Salon aéronautique du Bourget, qu’un
rehaussement de l’âge légal de la
retraite, actuellement fixé à 60 ans,
n’était pas « tabou ».
« C’est une question qui mérite un grand
débat national », a déclaré
le politicien, en précisant qu’elle devrait
idéalement être traitée dans le
cadre d’une campagne électorale
présidentielle ou lors des législatives.
Le sujet sera remis sur le tapis en février
2010, lorsque le Conseil d’orientation des retraites
déposera un rapport sur les voies à
suivre pour remettre à flot le régime
public, confronté cette année à
un manque à gagner de plus de 10 milliards de
dollars.
Dimanche, le ministre du Travail, Brice Hortefeux,
avait évoqué une telle réforme en
entrevue à France Inter.
« Comme on sait
que si on ne fait rien, on va dans le mur, il
n’y a pas aujourd’hui à ma connaissance
36 solutions; il y en a trois : diminuer les
pensions, augmenter la durée de
cotisation ou reporter l’âge de
départ à la retraite comme l’ont
fait les Allemands, sur une trentaine
d’années, à 67 ans », a-t-il
déclaré.
Une diminution des pensions serait
particulièrement embarrassante pour le
président Nicolas Sarkozy, qui avait fait de
l’augmentation du pouvoir d’achat un des thèmes
centraux de sa campagne en 2007.
Sévère tour de vis ?
Le gouvernement a par ailleurs déjà
décidé d’augmenter la durée de
cotisation requise pour bénéficier d’une
pleine pension. De 37,5 ans en 1994, elle doit
progressivement croître jusqu’à 41 ans en
2012.
L’âge légal de la retraite varie entre
57 et 67 ans à l’échelle
européenne, comparativement à 60 ans
en France. Les aînés de l’Hexagone ont
l’un des taux d’activité les plus faibles du
continent, soit 37,6% alors que la moyenne est de
42,5%.
L’ouverture du gouvernement sur l’âge de la
retraite a été saluée hier par
Laurence Parisot, présidente du MEDEF.
La principale organisation patronale du pays estime,
en écho à M. Hortefeux, qu’il est
urgent de changer les paramètres du
régime de retraite public pour éviter
d’aller « dans le mur ».
Le Parti socialiste a pour sa part fustigé
les déclarations du gouvernement en
l’accusant de vouloir faire porter uniquement aux
travailleurs le poids du manque à gagner du
régime.
« Les projets de la droite de
démantèlement des droits sociaux des
salariés sont toujours à l’ordre du
jour », souligne le porte-parole de la
formation, Benoît Hamon, qui soupçonne
le parti au pouvoir de vouloir tirer profit de sa
victoire aux élections européennes
pour imposer « un sévère tour de
vis » à la population.
Place aux jeunes
Les principaux syndicats sont rapidement
montés au front, arguant qu’il était
« particulièrement
déplacé » d’envisager de
rehausser l’âge légal de la retraite
alors que se multiplient les mises à pied
dans les entreprises.
« Il va être très difficile de
dire aux jeunes: désolé, il n’y a pas
de place pour vous, ceux qui ont déjà
du travail vont devoir rester », a
ironisé Bernard Thibault, secrétaire
général de la
Confédération générale
du travail (CGT).
L’intervention du gouvernement sur la question des
retraites survient alors que les syndicats peinent
à mobiliser leur base pour obtenir de
l’État des concessions susceptibles d’amortir
les effets de la crise.
PARIS - Carte blanche aux
élus corrompus ?
PROJET
D’ABOLIR LE POSTE DE JUGE D’INSTRUCTION EN FRANCE
Les élus corrompus risquent de festoyer si le
président français Nicolas Sarkozy va de
l’avant avec l’abolition du poste de juge d’instruction,
sorte de super magistrat chargé de traiter les
dossiers les plus complexes.
Le président de la France,
Nicolas Sarkozy, veut abolir le poste de juge
d’instruction et le remplacer par un procureur relevant
directement du ministère de la Justice.
C’est du moins la crainte de plusieurs ONG
spécialisées qui s’inquiètent de
l’impact de la réforme projetée sur
l’indépendance du système judiciaire et des
abus qui pourraient en découler.
« Le risque est grand que l’action de la justice ne
soit même plus initiée dans des dossiers de
corruption, de trafic d’influence ou d’abus de biens
sociaux susceptibles de gêner des dirigeants
politiques et économiques » , déplore
dans un nouveau rapport la section locale de Transparency
International ( TI).
Au cours des années 90, les juges d’instruction
avaient semé l’émoi jusqu’aux plus hauts
échelons politiques lorsqu’ils avaient mis au jour
nombre d’affaires de corruption en utilisant, parfois de
manière jugée abusive, les larges pouvoirs
d’enquête associés à leur fonction.
C’est notamment en invoquant ces abus que le
président Sarkozy a avancé, en janvier, son
projet de réforme qui prévoit
conférer la responsabilité de
l’enquête à un procureur qui relève
directement du ministère de la Justice
Cette structure risque de faciliter les cas
d’ingérence puisque, en France, les procureurs
n’ont pas l’indépendance des juges d’instruction
face au pouvoir exécutif, souligne TI. Pour
contourner le problème, l’organisme réclame
qu’ils soient placés sous l’autorité d’un
« procureur général de la
République » élu à long terme
par le Parlement.
« Il ne faut pas que le procureur soit l’homme du
gouvernement », a souligné le
vice-président de la section française de
l’organisation, Jacques Terray, qui a cité une
récente procédure intentée contre des
potentats africains pour illustrer son propos.
Des associations ont tenté, à quelques
reprises, d’obtenir que la justice française
accepte d’ouvrir une enquête pour
détournement de fonds contre trois chefs
d’État qui disposent d’importantes ressources en
sol français.
Dictateurs africains
Dans
chaque cas, le procureur au dossier a refusé
d’aller de l’avant, évitant l’ouverture d’une
enquête potentiellement embarrassante pour des
dirigeants « amis » de la France. Finalement,
une procédure détournée a permis de
saisir du dossier un juge d’instruction qui a rendu une
décision favorable.
L’ex-ministre de la Justice, Robert Badinter, a
récemment écrit, dans une lettre ouverte au
quotidien Le Monde, que la disparition du juge
d’instruction permettrait au pouvoir politique de «
renforcer son emprise sur la justice pénale et les
libertés individuelles ».
Tous les élus « pourris »
Même son de cloche de l’exjuge d’instruction Eva
Joly, qui s’inquiète de la forte diminution du
nombre d’enquêtes pour corruption en France.
« À de rares exceptions, en matière
financière, il n’y a plus que des requêtes
préliminaires et des dossiers bouclés qui
dorment dans les tiroirs », a-t-elle dit.
Les journaux satiriques font aujourd’hui
régulièrement leurs choux gras de la
rapidité avec laquel le la justice française
classe des plaintes touchant des élus bien
placés.
L’indice de corruption produit par Transparency
International, qui est basé sur des sondages
d’opinion, a classé la France au 23e rang en 2008,
entre le Chili et l’Uruguay.
Le problème n’est pas pour autant plus grave que
dans les autres pays occidentaux, a jugé M. Terray,
qui a souligné, à titre indicatif, le
récent scandale des notes de frais des
députés anglais.
La population française, a-t-il dit, se distingue
cependant par l’indifférence qu’elle manifeste
envers les élus corrompus.
« Il existe dans le pays une forte tradition
antiparlementaire qui veut que tous les élus soient
pourris. Quand l’un d’eux se fait prendre, les gens se
disent qu’il est comme les autres et ils n’en font pas de
cas », a souligné le vice-président de
TI.
Sarkozy lance un référendum
sur l’autonomie de la Martinique
—
Nicolas Sarkozy a annoncé hier l’organisation
d’un référendum sur un statut
d’autonomie pour la Martinique, avant de mettre le cap
sur la Guadeloupe, quatre mois après les
troubles sociaux qui ont secoué les deux
îles des Antilles françaises.
Nicolas Sarkozy a
annoncé hier, lors de sa visite en
Guadeloupe, son intention d’organiser un referendum
sur l’autonomie des Antilles, mais refuse la
question de l’indépendance.
Le chef de l’État a pris soin de
préciser les limites de l’exercice: « Il
ne s’agit pas d’organiser, à mes yeux
subrepticement, un je ne sais quel largage de la
République. Le débat qui est ouvert est
celui du juste degré d’autonomie »,
a-t-il expliqué.
Le président français s’est rendu
ensuite en Guadeloupe, qui s’était
embrasée pendant l’hiver dans un mouvement de
grève générale de 44 jours.
Le mouvement, qui s’était achevé par des
promesses de hausses de salaire, s’était
propagé en Martinique.
Les
habitants des deux îles se plaignaient du
coût de la vie, et plus
généralement de la répartition
des richesses qui, selon eux, est encore massivement
aux mains des descendants blancs des colons. En
Martinique, et plus encore en Guadeloupe, le mouvement
social révélait aussi des tensions
raciales.
Nicolas Sarkozy, qui a baptisé
l’aéroport de Fort-de-France du nom du
poète et homme politique martiniquais
Aimé Césaire, a précisé
qu’il consulterait la population martiniquaise, selon
des modalités et un calendrier qui devraient
être précisés d’ici « fin
septembre, début octobre ».
Il a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’octroyer
auxdeux îles unstatut d’indépendance.
« Tant que je serai président de la
République, la question de
l’indépendance de la Martinique,
c’est-à-dire de sa séparation d’avec la
France, ne sera pas posée », a-t-il
insisté.
Consultés en 2003 par référendum,
les électeurs de Martinique, tout comme ceux de
la Guadeloupe, avaient refusé à une
courte majorité (50,48%) l’instauration d’une
collectivité unique. « Je pense que,
depuis, les esprits ont évolué »,
a jugé hier Nicolas Sarkozy.
La Guadeloupe et la Martinique sont actuellement deux
départements d’outremer distincts. Le taux de
chômage est d’environ 22% à la fois pour
la Guadeloupe (450 000 habitants) et la Martinique
(environ 400 000 habitants).
Le Grand Paris rêvé par
Sarkozy - Louis-Bertrand Robitaille
Dix
équipes d’architectes ont dessiné les
plans futuristes d’une capitale inchangée
depuis le Second Empire ou presque. Nicolas Sarkozy,
comme tous ses prédécesseurs,
désire laisser un héritage pharaonique
aux Parisiens.
Un des 10 projets
architecturaux qu’on peut admirer cet
été au Palais de Chaillot, celui du
fougueux – et ancien gauchiste – Roland Castro, qui
propose de créer autour du grand parc de la
Courneuve, qui est actuellement une zone
déshéritée, une sorte de
Central Park entouré de gratte-ciel et
destiné à accueillir un quartier
d’affaires et le ministère de
l’Économie et des Finances.
— Si vous allez à Paris dans les mois qui
viennent, voici une activité
intéressante – et gratuite. À
l’intérieur du Palais de Chaillot, face
à la tour Eiffel, la Cité de
l’architecture et du patrimoine vous propose jusqu’au
22 novembre une passionnante exposition sur le «
Grand Paris » – virtuel – XXIe siècle.
Plus exactement sur les projets futuristes de 10
célèbres architectes français ou
étrangers, de Richard Rogers à Jean
Nouvel ou Christian de Portzamparc.
Le Grand Paris, c’est LE projet de Nicolas Sarkozy
qui, comme tous ses prédécesseurs, a
l’ambition de laisser une trace pharaonique de sa
présidence. Après le Grand Louvre et la
Bibliothèque de France de Mitterrand, le
Musée des arts premiers de Chirac – entre
autres –, voici sans doute le projet architectural le
plus ambitieux de tous.
Car il s’agit de redessiner pour le XXIe siècle
une métropole de quelque 10 millions
d’habitants, dont les grandes structures sont
inchangées depuis le Second Empire et les
travaux du baron Haussmann.
Pour les architectes, un peu mégalomanes par
nature, c’était un cahier des charges de
rêve : pendant une année, ils ont
planché sur cette grande capitale qui aura 12
ou 15 millions d’habitants au milieu du siècle.
Sans d’ailleurs se poser la question du financement de
ces travaux gigantesques. Petit détail…
Paris sur mer!
Le projet qui, à l’heure actuelle, a le plus
frappé les imaginations est signé par
l’équipe d’Antoine Grumbach. Il s’agit tout
simplement de relier Paris à la mer, en
développant sur 200 kilomètres un grand
couloir de développement et de communication
qui suivrait le cours de la Seine jusqu’au Havre.
Le fougueux – et ancien gauchiste – Roland Castro veut
créer autour du grand parc de la Courneuve, qui
est actuellement une zone
déshéritée, une sorte de Central
Park entouré de gratteciel et destiné
à accueillir un quartier d’affaires et le
ministère de l’Économie et des Finances.
Sur l’étang de Gennevilliers – autre banlieue
glauque – un nouvel Opéra sur le modèle
de Sidney en Australie.
Un autre veut recouvrir de verdure les immeubles et
les voies ferrées, créer autour de Paris
plusieurs centres urbains attractifs d’un demi-million
d’habitants. Un autre encore propose de doubler la
superficie des forêts de la région
parisienne, de manière à contrebalancer
un processus de « densification » de la
banlieue, que beaucoup suggèrent.
Le problème de Paris reste cette
barrière infranchissable
matérialisée par le boulevard
périphérique et qui sépare Paris
intra-muros – neuf kilomètres sur 15, plus de
deux millions d’habitants – du reste de l’Île de
France, avec plus de sept millions de personnes.
Cet te vaste banl ieue est aujourd’hui
traversée d’autoroutes récentes et
reliée à Paris par un Réseau
express régional. Mais sur le fond, elle n’a
pas changé depuis un siècle: on y trouve
encore aujourd’hui 1280 municipalités, dont
beaucoup sont microscopiques.
Réunir Paris et la banlieue
Chacun a fait ses petites affaires dans son coin, et
il n’y a pas de plan d’ensemble.
Les cinq « villes nouvelles »
créées de toutes pièces dans les
années 70 n’ont pas été les
pôles attractifs qu’on espérait.
L’ensemble constitue le plus souvent une sorte de no
man’s land, d’une succession de petites
villes-dortoirs pavillonnaires ou couvertes de
cités HLM. « Malgré quelques
regroupements municipaux, estime Patrick Braouzec, l ’
ancien mai re communiste de Saint-Denis, en banlieue
nord, aucune banlieue ne peut rivaliser avec
l’attractivité de Paris. » Aucune
enseigne ou institution prestigieuse n’a envie,
aujourd’hui, de s’installer « de l’autre
côté du périphérique
».
La plupart des projets du grand Paris visent donc
à combler ce fossé entre Paris et la
banlieue. La couverture définitive du
périphérique à quatre voies avec
l’implantation d’espaces verts est un premier pas dans
cette direction. Après quoi, il s’agit de
« densifier » la banlieue, de la
transformer en véritable espace urbain vivant
et compact, entouré d’espaces verts.
Pour avancer dans cette direction, il faut d’abord
beaucoup d’argent : et la crise actuelle n’arrange pas
les choses. Il faut également arriver à
un minimum de consensus politique.
En mars dernier, la commission sur la réforme
des institutions dirigée par l’ancien premier
ministre Édouard Balladur proposait entre
autres de créer un « Grand Paris »
politique, en fusionnant purement et simplement Paris
et les centaines de municipalités des trois
départements de la « petite couronne
», avec une population de 6 millions
d’habitants.
Levée de boucliers chez les innombrables
élus locaux: le gouvernement s’empressait de
remiser cette proposition aux oubliettes.
Ambitieux plan de transport
La situation actuelle, où la mairie de Paris,
les assemblées de trois départements,
des centaines de conseils municipaux et le Conseil
(élu) d’Île-de-France se partagent les
pouvoirs et les budgets, ne favorise pas vraiment
l’élaboration de vastes et ambitieux plans
d’aménagement urbain.
Ce qui reste de sûr dans ce grand brassage
d’idées, c’est pour l’instant le projet plus
terre-à-terre d’un ambitieux réseau de t
ransport rapide autour de Pa r is : un mét ro
entièrement souterrain, roulant à grande
vitesse et reliant l ’aéroport de Roissy et une
demi-douzaine de pôles de développement.
Cette superligne de métro courrait sur 131
kilomètres et serait en forme de huit.
Coût estimé des travaux, qui
débuteraient en 2012 et dureraient une dizaine
d’années : 35 milliards d’euros. Ce qui semble
à peu près faisable.
Quant aux projets globaux sur le Grand Paris du XXIe
siècle, on en reparlera l’automne prochain
lorsque Nicolas Sarkozy et les 10 architectes se
rencontreront à nouveau pour faire le point. Ce
qu’on sait seulement, c’est que le président
Sarkozy y accorde beaucoup d’importance. Alors
peut-être…
Paris : Des projets pour une ville
- Mario Roy
Vue de
Montréal, l’affaire est presque comique.
Débordant de projets pour un « Grand
Paris » qui ferait entrer la métropole
française dans le XXIe siècle, Nicolas
Sarkozy a commencé par tenter de... fusionner
les villes périphériques. Ça ne
s’est pas fait et ne se fera pas, bien sûr,
parce que élus locaux concernés ne
veulent rien entendre.
Un pet i t a i r de déjà-vu,
peut-être? ...
Cependant, Sarkozy a bien d’autres choses en
tête. Depuis un an, à sa demande, 10
groupes d’architectes (l’un d’eux a même
embauché un philosophe!) ont en effet
planché sur un Paris nouveau. Dans celui-ci
seraient résolus les problèmes de
transport, de logement, d’environnement et même
de sécurité.
Ces projets sont de toutes natures. L’un d’eux
consisterait à étendre la ville jusqu’au
Havre et donc à la mer. Un autre prévoit
la création d’une « forêt urbaine
» d’un million d’arbres à Roissy.
Plusieurs s’intéressent aux transports en
commun: extension du métro ou monorail
périphérique. Un autre montre des tours
d’habitation confites dans le verdure, sur leurs
flancs et à leur sommet. On trouve aussi une
nouvelle gare centrale de chemin de fer, des liaisons
rapides avec les aéroports, la création
de toutes pièces de nouveaux quartiers, des
parcs linéaires.
Certes, toutes et chacune de ces flamboyantes
esquisses livrées par les artistes de
l’architecture et de l’urbanisme ne deviendront pas
réalité.
Mais,
pour l’instant, on en a retenu suffisamment pour
présenter à l’État un devis de 35
milliards d’euros (55 milliards de dollars). L’apport
du privé est encore indéterminé,
d’autant plus qu’est survenue entre-temps une telle
chose que la crise économique. Mais il devra
être considérable: dans le domaine du
logement, par exemple, l’initiative du secteur
privé est cruciale. De plus, des projets sont
conçus pour être réalisés
en partenariat public-privé.
En France, contrairement à ici, on ne sort pas
les accessoires d’exorcisme lorsqu’on entend parler de
PPP.
Bien sûr, il y aura débats autour de
certains de ces projets. Par exemple, à cause
de la tour Montparnasse, vue comme une erreur (et en
effet choquante, là où on l’a
plantée), il y a beaucoup de résistance
à la construction d’immeubles en hauteur,
même en dehors des quartiers du centre.
Mais on peut être sûr que Paris saura se
renouveler dans le respect de l’histoire et de la
beauté, comme il l’a toujours fait.
Car Paris est une ville façonnée
à la fois par la certitude de sa grandeur et
son goût pour l’audace, par le baron Haussmann
et Gustave Eiffel. La France est un pays où on
se montre encore capable de bâtir: elle n’occupe
pas toutes ses énergies, comme c’est le cas
ici, à lutter avec acharnement pour que rien ne
se fasse. Enfin, aucun président de la
République n’a jamais quitté
l’Élysée sans laisser derrière
lui de grandes oeuvres.
De sorte qu’on peut présumer que Nicolas
Sarkozy réussira à faire voir le jour
à une partie importante des projets qu’il a mis
sur la table.
La burqa n’est « pas la bienvenue
» en France - Louis-Bernard Robitaille
Sarkozy à Versailles L’omniprésident
règne et gouverne
On se demandait si le président Sarkozy
aborderait le sujet qui fait polémique depuis
une semaine. Il l’a fait: « Je veux le dire
solennellement, la burqa ne sera pas la bienvenue en
France. Nous ne pouvons pas accepter dans notre pays
des femmes prisonnières derrière un
grillage, coupées de toute vie sociale,
privées de toute identité. »
Le président Sarkozy
a été catégorique : «
Nous ne pouvons pas accepter dans notre pays des
femmes prisonnières derrière un
grillage, coupées de toute vie sociale,
privées de toute identité. »
Marginal, mais peut-être en plein essor, le
port de la burqa (et du niqab, autre voile
intégral), dans des banlieues à forte
population immigrée, suscite ces jours-ci une
forte opposition en France.
Une soixantaine de députés ont
demandé la tenue d’un débat
parlementaire sur son interdiction pure et simple.
Sarkozy est donc allé dans leur sens au nom
de la « laïcité ».
Une première depuis un siècle
Le décor monarchique et solennel du
château de Versailles, où Nicolas
Sarkozy était, hier, le premier
président de la République à
s’adresser à l’ensemble des parlementaires
depuis un siècle et demi, était-il le
lieu adéquat pour traiter de questions aussi
particulières ?
Mais Nicolas Sarkozy, qui avait fait
récemment modifier la Constitution pour
permettre au chef de l’État de s’adresser au
Parlement et au Sénat, n’avait pas
l’intention de faire de ce premier « discours
sur l’état de l’Union », version
française, une simple cérémonie
protocolaire.
« Il s’agit d’abord d’une vaste
opération de communication, ironisait hier
matin le sénateur socialiste Robert Badinter,
d’ailleurs chère puisqu’elle est
estimée à 400 000 euros pour une heure
de séance. »
Du protocole et de lourds symboles, il y en avait
pourtant beaucoup dans cet événement.
Il est de tradition que le « Congrès
» – députés et sénateurs
totalisant quelque 930 élus – se
réunisse dans la plus grande solennité
au château créé par Louis XIV,
essentiellement pour voter en une heure sur des
amendements à la Constitution.
À l’arrivée du président, hier,
tous les députés et sénateurs
se sont levés, mais seuls les élus de
droite ont applaudi. Les élus communistes et
les verts, ainsi que quelques socialistes – une
cinquantaine au total – avaient décidé
de boycotter la séance. Estimant qu’il
s’agissait d’une manifestation supplémentaire
de la « présidentialisation à
outrance du régime ».
Habilement dosé
Dans un discours de 45 minutes habilement
dosé, le président Sarkozy, comme le
dit le politologue Olivier Duhamel, « a
alterné les coups à gauche et les
coups à droite ». Un plaidoyer en
faveur de la sécurité et de la
répression suivi d’un mea-culpa sur «
nos prisons qui sont la honte de la France ».
La promesse de s’attaquer au problème des
retraites, notamment en reportant à 65 ou 67
ans l’âge du départ, mais aussi celle
de prendre en compte la «
pénibilité du travail ».
En somme, un discours de politique
générale qui a pour effet de
réduire encore un peu plus la portion congrue
de pouvoir dont dispose le premier ministre depuis
l’élection de Sarkozy. On annonce d’ailleurs
que François Fi l lon n’aura même pas
l’occasion de faire ce grand discours programmatique
devant le Parlement, comme c’est la coutume
après un changement majeur au gouvernement.
Mais, plus encore que ses
prédécesseurs, Nicolas Sarkozy est un
monarque républicain qui non seulement
règne, mais gouverne. Hier l’ «
omniprésident » était
sacré à Versailles.
Les secrets de la popularité de
Berlusconi - Mathieu Perrault
Depuis
le printemps dernier, le premier ministre italien
Silvio Berlusconi reçoit une tuile après
l’autre. Les médias ont fait leurs choux gras
de sa présence au 18e anniversaire d’une jeune
femme soupçonnée d’avoir eu une liaison
avec lui et de révélatio
Cette semaine, Silvio Berlusconi a ajouté un
nouveau nom à la longue liste de ses ennemis :
Giorgio Napolitano, le président italien.
PHOTO ALBERTO
PELLASCHIAR, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Depuis un an, l’indice de
confiance du premier ministre italien Silvio
Berlusconi est descendu de 60% à 47 %, selon
les sondeurs. Mais il s’agit d’une baisse
modérée compte tenu des nombreux
scandales qui l’affligent.
Son attaque verbale contre l e président (
« on s a i t de quel côté il est
», a-t-il lancé, fa i sa nt
référence au passé communiste de
Napolitano) constitue un nouveau sommet da n s l a c r
oi s a de de Berlusconi contre les institutions
italiennes.
« La base de Berlusconi lui est fidèle
envers et contre tout parce qu’elle est d’abord
anticommuniste », explique Franco Pavoncello,
politologue et recteu r de l ’ Université John
Cabot à Rome. « Mais son attaque contre
le président montre qu’il est nerveux. Je vois
mal ce que ça peut lui apporter, et c’est une
première dans ce pays. »
Depuis un an, l’indice de confiance du premier minist
r e i t a l i en est cer t es descendu, de 60 %
à 47 % selon les sondeurs. Mais il s’agit d’une
baisse modérée compte tenu des nombreux
scandales : inaction après le tremblement de
terre de L’Aquila, affaires de moeurs avec une mineure
et des prostituées, puis, cette semaine, la
levée de son immunité judiciaire, qui
aura pour effet la reprise de procès à
son encontre.
« B e r l u s c o n i d e me u r e u ne f i g u
r e de modernité dans ce pays, explique M.
Pavoncello. C’est lui qui est responsable de l ’ i
ntroduction de la télévision commerciale
en Italie, voire même en Europe. Avant les
années 8 0, l a télévision
publique ét a it d’un ennui t ota l . Je m’en
souviens parce que j ’ai fait toutes mes études
aux États-Unis, à Chicago. »
L’un
des thuriféraires de Berlusconi,
l’éditeur du petit quotidien romain I l Foglio,
Giuliano Ferrara, expliquait récemment que
Berlusconi correspond exactement à la tendance
de l’« individualisme expressif »,
inventée par un chroniqueur du New York Times
pour expliquer la vogue de l’autoglorification.
« Si Berlusconi a parfois un ego digne de
l’asile, ce n’est pas parce qu’il est fou, mais
moderne » , concluait M. Ferrara.
L’autre raison de la fidélité de son
électorat, selon M. Pavoncello, c’est qu’il
donne des garanties cruciales à des
clientèles bien ciblées. « Les
autonomistes de la Lega Nord ( Ligue du Nord) sont
gagnés par ses mesures populistes anti-i
mmigration, même si elles risquent d’être
annulées par l’ Europe. Et les petits
entrepreneurs de la droite n’ont qu’un objectif, tenir
les communistes loin du gouvernement, parce qu’ils les
voient comme les inventeurs de la bureaucratie qui
paralyse tout en Italie. »
L’hebdomadaire britannique The Economist, qui est
très critique envers Berlusconi, a
proposé une autre explication cet
été : les Italiens votent pour lui parce
qu’ils savent qu’il assouplira les lois fiscales.
Justement, une loi d’amnistie fiscale vient
d’être votée, qui permet aux citoyens
ayant caché des revenus à
l’étranger de ne payer que 5 % d’impôt,
près de dix fois moins que le taux normal.
« L es gouver nements Berlu s c on i ont fa it t
r oi s a mnisties f i s c a l es depuis 2001 »,
tonne Elio Lannutti, un sénateur de
l’opposition du parti Italia dei Valori (L’Italie des
valeurs), fondé par le juge a nticorruption
Antonio di Pietro. « Il est au pouvoir parce que
les Italiens ne veulent pas payer leurs impôts.
»
Cela dit, l’ère Berlusconi pourrait t oucher
à sa f i n. Même s’il blaguait
récemment qu’il se sentait de l’âge de 37
ans plutôt que de 73, il sera probablement trop
vieux pour mener l a droite au x élections de
2013, selon M. Pavoncello. « La question des
escortes signifie qu’il doit faire une croix sur la
présidence, un poste honorifique mais
réservé aux personnes à la
moralité hors de tout doute. Et son style de
personnalité politique convient mal à un
octogénaire. »
Une opposition en proie à des luttes intestines
À la fin du mois de septembre, l’opposition
italienne a eu une occasion en or de gagner une
bataille. Au moment du vote sur une amnistie fiscale
controversée, une soixantaine des 330
députés des deux partis au
gouvernement étaient absents. Mais le projet
de loi a été adopté par
seulement 20 voix, parce qu’une trentaine de
députés de l’opposition étaient
eux-mêmes absents.
Cette anecdote illustre bien pourquoi l’opposition
à Silvio Berlusconi ne parvient pas à
prendre une forme politique. « La gauche ne
parvient pas à s’unir derrière des
idées fortes », déplore Elio
Lannutti, un sénateur d’opposition qui dirige
aussi une association de consommateurs. « Il y
a des luttes intestines parce que personne ne veut
que son voisin succède un jour à
Berlusconi. Et à la base, le système
économique et bancaire profite aussi à
la gauche. C’est ainsi que les principales critiques
contre Berlusconi prennent maintenant la forme
d’histoires de sexe. »
C’est
pourquoi l’unité de la gauche, qui a
remporté les élections de 1996 et de
2006, s’est révélée fragile. Le
candidat Romano Prodi n’a pu gouverner que par
périodes de deux ans. À partir du
départ de Prodi en 1998, et jusqu’en 2001,
une succession de premiers ministres de gauche ont
ouvert la voie au retour triomphal de Berlusconi au
pouvoir. En 2008, la gauche a permis encore une fois
à Berlusconi de renaître de ses
cendres, après avoir fait échouer les
réformes que voulait Prodi. L’ex-porte-parole
de ce dernier, Rodolfo Brancoli, a publié en
début d’année un livre, Fine corsa,
où il prédit que la gauche s’est
condamnée à passer un long moment loin
du pouvoir.
« Walter Veltroni a jeté les bases de
la renaissance de la gauche en excluant
l’extrême gauche, Rifondazione comunista (
Parti de la refondation communiste), de l ’a l l ia
nce électorale de 2008 », estime quant
à lui Franco Pavoncello, politologue et
recteur de l’ Université John Cabot. «
Pour la première fois depuis 194 4,
l’extrême gauche n’est plus
représentée au Parlement. Mais ce
faisant, la gauche s’est affaiblie et Berlusconi a
gagné. Il lui faudra longtemps pour revenir
au pouvoir. »
Vague conservatrice aux élections
européennes
BRUXELLES — Les partis de droite ont remporté
une victoire sans appel lors des élections
européennes d’hier, à l’issue d’un
scrutin marqué par un nouveau record
d’abstention. Incapable de proposer une
stratégie de rechange crédible face
à la crise financière et
économique, la gauche a pour sa part connu une
véritable débâcle dans la
quasitotalité des pays de l’UE.
Selon des chiffres provisoires, pas moins de 56,45%
des électeurs ont renoncé à leur
droit de vote, contre 54,6% en 2004, un comportement
alimenté par l’absence d’enjeu clair.
D’après des est i mat i ons publiées par
le Parlement européen hier soir, les
conservateurs du Parti populaire européen (
PPE) devraient remporter 267 sièges sur un
total de 736, contre 288 élus sur 785 dans
l’hémicycle sortant. Ce qui représente
une très légère baisse en
pourcentage (36,28% contre 36,69%).
Sans compter les conservateurs britanniques et
tchèques, qui ont annoncé qu’ils
faisaient sécession, le PPE arrive
malgré tout loin devant les socialistes (159).
Ces derniers pourraient cependant regagner un peu de
terrain grâce à la vingtaine
d’élus du Parti démocrate italien qui
devraient rejoindre le groupe.
Derrière conservateurs et socialistes viennent
les libéraux, quasi stables avec 81
élus, et les verts, qui font une percée
avec 51 élus, contre 43 dans l’hémicycle
sortant.
Autre point saillant : la progression de partis
d’extrême droite, quoique cela ne devrait pas
chambouler l’équilibre politique de
l’hémicycle strasbourgeois. Selon des
analystes, ces petits partis pourront désormais
donner plus facilement de la voix au Parlement.
En France, le parti de droite UMP du président
Nicolas Sarkozy (27,9% selon des résultats
partiels) l’a emporté contre les socialistes
(16%), rattrapés par les écologistes de
Daniel CohnBendit, qui créent la surprise.
En
Allemagne, pays qui envoie le plus gros contingent
d’eurodéputés au Parlement
européen (99), les conservateurs de la
chancelière allemande Angela Merkel et leurs
alliés sont largement en tête avec 37,9%
des suffrages, devant les sociaux-démocrates,
qui essuient une défaite historique (20,8%).
La droite s’est également illustrée en
Italie, en Espagne et au Portugal.
Déconvenue du Labour
En Grande-Bretagne, le Labour du premier ministre
Gordon Brown a subi de son côté une
humiliante défaite (15%), relégué
à la troisième place derrière les
conservateurs (29%) et le parti europhobe Ukip (17%),
selon des calculs de la BBC.
Ce bon score de Ukip est à l’image des quelque
18% glanés en Autriche tant par l’eurosceptique
Hans Peter Martin que par les deux listes
d’extrême droite.
D’autres formations extrêmes ont
progressé lors de ce scrutin, notamment aux
Pays-Bas, en Hongrie, en Slovaquie et en Roumanie.
Pour la première fois, la Grande-Bretagne a
élu un eurodéputé issu d’un parti
d’extrême droite, le BNP.
Même si les prérogatives du Parlement se
sont renforcées au cours des dernières
années et devraient s’élargir encore
avec l’entrée en vigueur espérée
du traité de Lisbonne d’ici à 2010, les
eurodéputés ne désignent pas la
Commission européenne. Ils ne font
qu’entériner le choix des capitales.
Le président de la Commission, José
Manuel Barroso, a implicitement jugé les
responsables politiques nationaux de l’UE
coresponsables du faible intérêt de leurs
citoyens pour l’Europe. « Les hommes politiques
nationaux, dont les débats restent trop souvent
centrés sur des questions nationales, doivent
davantage se présenter comme acteurs à
la fois nationaux et européens », a-t-il
déclaré dans un communiqué.
L’Europe se « québécise
» - Denis St-Martin
L’UE est
devenue l’objet d’un jeu de surenchère
nationaliste
De plus en plus de partis voient le jour pour
défendre la souveraineté nationale face
à une Europe que l’on prétend
tentaculaire.
Directeur, Centre d’excellence sur l’Union
européenne, universités de Montréal
et McGill Les résultats des élections
européennes de dimanche dernier et le faible taux
de participation (43% en moyenne dans l’Union) sont vus,
dans plusieurs milieux, comme autant d’indicateurs de la
« crise de l’Europe » et du déclin de
la légitimité du projet inventé par
Jean Monnet au lendemain de la Deuxième Guerre
mondiale.
L’Europe reste l’otage de la
politique partisane des États membres. Les
grands partis nationaux se servent des institutions
européennes comme d’un bouc émissaire.
Rien ne saurait pourtant être plus
éloigné de la réalité. Ce
n’est pas l’Union européenne ( UE) qui est en
crise – et encore moins l’idéal européen –
mais plutôt la politique nationale au sein des
États membres de l’UE. Un sondage effectué
la semaine dernière montrait que près de
45% des citoyens veulent « plus d’Europe »
et que l’idée d’une Europe fédérale
recueille l’assentiment de majorités dans
plusieurs pays.
Malgré cela, l’Europe reste l’otage de la
politique partisane des États membres. Les grands
partis nationaux, devenus de plus en plus des machines
électorales sans véritable projet de
société, se servent des institutions
européennes comme d’un bouc émissaire sur
lesquelles ils font porter le blâme de leur propre
incapacité à répondre
adéquatement aux aspirations de leurs
sociétés.
L’Europe n’est rien d’autre que ce que les politiciens
des États membres veulent bien en faire. Or,
depuis quelques années, ceux-ci ont surtout
choisi de se replier sur eux-mêmes et de
diaboliser l’Europe, accusée d’être le
cheval de Troie d’une mondialisation
néolibérale et d’un cosmopolitisme
menaçant les cultures nationales.
De plus en plus de partis voient le jour pour
défendre la souveraineté nationale face
à une Europe que l’on prétend
tentaculaire, mais dont la bureaucratie n’est pourtant
pas plus grosse que celle de la ville de
Montréal, et ce, même si l’UE veille
à la destinée du plus grand ensemble
politique de l’histoire de l’humanité.
C’est
comme si l’Europe se « québécisait
» de plus en plus: ce qui s’y passe n’est pas sans
rappeler le type de politique que nos
représentants provinciaux pratiquent depuis
longtemps à l’endroit du fédéral.
Après tout, l’euroscepticisme et le «
canadospecticisme » des élites politiques
québécoises ne sont pas des
phénomènes radicalement différents
l’un de l’autre.
Dans un contexte où l’UE est ainsi devenue
l’objet d’un jeu de surenchère nationaliste, il
n’est pas surprenant que les partis de droite populiste
soient les grands gagnants. Car au jeu de la
défense de la « nation » et des
traditions, ce sont eux qui détiennent la
médaille d’or. Cette façon de faire de la
politique n’est pas sans rappeler la montée de
l’ADQ au Québec et l’apparition du débat
sur les « accommodements raisonnables ».
Dans ce débat, relancé récemment
par une décision de la Fédération
des femmes, plusieurs voix dénoncent la menace
que le multiculturalisme des institutions canadiennes
ferait peser sur le Québec. Pourtant, qu’elle
soit ou non à l’intérieur du
fédéralisme canadien, la
société québécoise sera
toujours multiculturelle. C’est là un des traits
fondamentaux de son américanité.
Dans son extraordinaire discours prononcé au
Caire la semaine dernière, le président
Obama a tenu des propos qui nous concernent directement.
Parlant de la liberté religieuse, il a dit qu’il
était « important que les pays occidentaux
évitent d’empêcher leurs citoyens musulmans
de pratiquer leur religion comme ils l’entendent – par
exemple en dictant la manière dont une musulmane
doit s’habiller. On ne peut pas déguiser
l’hostilité à l’égard d’une
religion sous le couvert du libéralisme ».
Comme l’indiquait un titre du journal Le Monde du
week-end dernier, les Français ont senti cette
partie du discours du président américain
comme une « critique à mots couverts
» de leur loi sur le port des signes religieux.
Les élites nationalistes
québécoises, dont la France est en toute
matière l’unique référence,
devraient également se sentir
interpellées. Le Québec n’est pas la
France. Interdire le port du voile dans les institutions
publiques est une idée qui n’a absolument rien
à voir avec notre contexte historique,
démographique et social.
Étrangement, les plus coriaces adversaires de
l’idée fédérale au Québec
sont souvent les mêmes qui rêvent de faire
de notre société une sorte de
mini-réplique de la France en Amérique du
Nord.
Le « modèle »
européen - Mario Roy
Aux
yeuxdes électeurs, il y a des scrutins qui
comptent, et d’autres moins. Passion ou
indifférence: le fossé était net
et profond, hier, entre les élections
parlementaires tenues, d’une part, dans le plus grand
ensemble économique du monde, l’Union
européenne ; et d’autre part dans un tout petit
pays, le Liban, déchiré entre ses
allégeances à l’Est et à l’Ouest,
littéralement occupé à assurer sa
survie.
Même chez les Européens, si on se fie
à l’image-miroir donnée par les
médias d’outreAtlantique au quatrième
jour du scrutin continental, les regards
étaient davantage tournés vers les
Libanais. Ceux-ci sont d’ailleurs allés aux
urnes en nombre record : 20% de votants de plus qu’en
2005 (les résultats seront connus aujourd’hui).
Par opposition, les 736 députés
élus au Parlement de Strasbourg auront une
légitimité limitée par le
je-m’en-foutisme généralisé
sévissant chez les électeurs des 27 pays
de l’union. Le taux de participation aux
élections européennes n’a en effet
cessé de dégringoler depuis 1979,
passant de 63% il y a 30 ans à un maigre 43% en
2009. En France, on a tout juste atteint les 40%. Dans
certains pays comme la Pologne (où, pourtant,
on est plutôt europhile), il est
inférieur à 30%.
Au surplus, la droite, celle de Nicolas Sarkozy en
France, d’Angela Merkel en Allemagne ou de Silvio
Berlusconi en Italie, a remporté la victoire.
Or, l’électeur type de droite (à
distinguer des porte-parole officiels) est
plutôt méfiant vis-à-vis de la
« continentalisation » de la politique
européenne.
Pire
encore, des Pays-Bas à l’Autriche en passant
par l’Italie, la Hongrie et la Roumanie,
l’extrême droite, souvent ultranationaliste et
hostile au... beau risque de l’« ouverture
» à la mode de Bruxelles et de
Strasbourg, a sensiblement progressé.
Les verts ont également gagné du
terrain, peut-être aidés par la
retentissante diffusion dans 134 pays du film
écologiste Home (vu par 8,3 millions de
personnes en France seulement) du cinéaste Yann
ArthusBertrand ! C’est peut-être bien, mais
ça a peu à voir avec le défi
politique du continent... Tout ça n’est pas
anecdotique. Le « modèle »
européen, première expérience du
genre dans l’Histoire, tortueux compromis entre
fédéralisme et supranationalisme,
affligé de structures labyrinthiques et d’une
bureaucratie kafkaïenne, souffre de
défauts de conception majeurs.
En clair, les citoyens ne voient pas très bien
ce que l’Europe politique leur apporte dans la vie de
tous les jours... sauf les tracas
générés par une
réglementation pléthorique. Ils ne
comprennent pas un processus décisionnel
écartelé entre une douzaine de conseils,
commissions et autres comités , pa rmi lesquels
le Parlement n’est qu’un rouage à la vocation
nébuleuse. Ils ne distinguent pas d’enjeux
proprement européens qui les pousseraient vers
l’isoloir, de sorte que ceux qui votent le font pour
régler des comptes locaux ou nationaux...
Au total, c’est d’une sorte de crise d’identité
qu’il s’agit. La crise d’une identité qui
n’existe pas encore.
Des élections ? Quelles élections ?
- Louis-Bernard Robitaille
Indifférence générale à
l’aube du scrutin de dimanche pour choisir les
députés européens
Le Parlement de Strasbourg, c’est une sinécure
sans grand intérêt, mais sans contrainte,
où beaucoup ne siègent à peu
près jamais. Pas de quoi enthousiasmer les
électeurs.
COLLABORATION SPÉCIALE PARIS — Il y a eu le
Festival de Cannes. Il y a maintenant, pendant deux
semaines et jusqu’à dimanche, le tennis
à Roland-Garros, à raison de 12 heures
de retransmission par jour à la
télé. Autant dire que la plupart des
Français n’ont plus guère de temps pour
s’intéresser à ce que certains appellent
pour s’encourager « le deuxième scrutin
démocratique au monde » (après
l’Inde).
Selon des instituts de
sondage, l’abstention aux élections
européennes pourrait atteindre ou
dépasser les 60% en France. Ailleurs, comme
en Pologne, elle pourrait frôler les 80%. Pas
d’abstention du côté des graffiteurs
bruxellois cependant, quand vient le temps d’apposer
des nez de clown sur les affiches
électorales.
Il s’agit de l’élection, dimanche, des 736
députés au Parlement européen de
Strasbourg: le même jour, 375 millions
d’électeurs sont appelés aux urnes dans
les 27 pays membres, de la GrandeBretagne à la
Lituanie, de la Suède jusqu’au Portugal.
Cela pourrait ressembler à un
événement historique: ça
n’intéresse personne. Ou presque. Il y a des
gens qui ne savent même pas que les
élections auront lieu. D’autres qui n’iront pas
voter. Selon des instituts de sondage, l’abstention
pourrait atteindre ou dépasser les 60% en
France. Ailleurs, comme en Pologne, elle pourrait
frôler les 80%.
En France, les grands partis politiques ont attendu le
plus tard possible pour démarrer une campagne
qui fait fuir les téléspectateurs. Les
rares débats télévisés ont
été programmés en fin de
soirée, à la sauvette et dans
l’indifférence générale.
Malgré quelques louables efforts pour remplir
leur devoir civique, les grands journaux font le
service minimum.
Le
mode de scrutin n’arrange rien: en France, on vote
à la proportionnelle sur sept grandes listes
régionales, et les candidats ne font aucune
campagne de terrain. D’ailleurs, c’est tout juste si
on sait qui se présente, y compris pour les
principaux partis. On a noté au passage la
présence de la ministre de la Justice Rachida
Dati à la deuxième place sur la liste de
droite: mais on en a surtout parlé parce que
cela signifiait son éviction du gouvernement.
Et si le leader centriste François Bayrou
mène la liste du MoDem, c’est parce qu’il
prépare la présidentielle de 2012 en
France. Au-delà de ces deux noms, c’est
l’anonymat quasi total.
Comment pourrait-il en être autrement? Une fois
de plus, en France, l’élection
européenne est d’abord l’occasion de caser des
sinécure sans grand intérêt, mais
sans contrainte, où beaucoup ne siègent
à peu près jamais. Pas de quoi
enthousiasmer les électeurs.
Cela fait exactement 30 ans que les
députés européens sont
élus au suffrage universel. À
l’époseconds couteaux: des « jeunes
» qui n’ont pas encore réussi à se
faire élire au suffrage universel, des «
vieux » qui ont perdu leur siège de
député, des ministres dont on veut se
débarrasser en douceur. Le Parlement de
Strasbourg, c’est une que, certains craignaient que ce
nouveau Parlement ne se pose en rival des Parlements
nationaux. Craintes bien injustifiées. Certes
le Parlement de Strasbourg légifère
à longueur d’année. Et surtout, il avait
fortement contribué, en mars 1999, à
faire tomber la Commission de Bruxelles
présidée par Jacques Santer par un vote
de défiance. Mais, en droit, le Parlement ne
nomme ni ne démet l’influent président
de la Commission. Dans ce domaine comme dans tout ce
qui a de l’importance, c’est le conseil des ministres
de l’Union (les représentants des 27 pays
membres) qui prend toutes les décisions
importantes. Et c’est la puissante Commission,
aujourd’hui di rigée par le Portugais
José Manuel Barroso, qui les applique.
L’électorat français, comme les autres
en Europe, ne s’y trompe pas: le Parlement de
Strasbourg ne décide pas grand-chose.
Du coup, ces élections européennes sont
d’abord et avant tout l’occasion de manoeuvres de
politique intérieure: l’opposition tente de
faire sanctionner le gouvernement, et
réciproquement, dans la perspective des
prochaines échéances électorales.
La question numéro un qui agite le petit monde
politique français: quel est l’état
réel du Parti socialiste après deux ans
de déchirement à propos de
Ségolène Royal? Et quel est le rapport
de force entre la gauche et la droite?
Accessoirement, ces élections sans grands
enjeux et au scrutin proportionnel sont une occasion
en or pour les petites formations,
généralement extrémistes, de
faire campagne à peu de frais: quelques «
trotskistes » élus en France,
poussée d’extrême droite en Suède
ou en Grande-Bretagne. Les élections du 7 juin
constituent un gigantesque sondage à
l’échelle du continent. Mais guère plus.
Donc on peut continuer à suivre ce qui se passe
à Roland-Garros.
Défendre son peuple au péril de sa
famille - JUDITH LACHAPELLE
Rebiya Kadeer ne se tait pas. Le gouvernement
chinois a beau avoir mis ses enfants en prison et
lui interdire tout contact avec les autres
restés au pays, elle continue à se
battre pour la liberté du peuple
ouïgour. Héroïne ou sans coeur?
La militante ouïgoure
Rebiya Kadeer est de passage à
Montréal dans le cadre du Festival de films
sur les droits de la personne.
La réalité apparaît de
façon beaucoupplus complexedans le
documentaire The 10 Conditions of Love, du
cinéaste australien Jeff Daniels. Sa
décision de favoriser la liberté des
Ouïgours au détriment de celle de sa
famille est sévèrement
critiquée par sa fille aînée.
D’où la question posée au tout
début du film: jusqu’où la lutte pour
la liberté de son peuple doit-elle être
plus importante que sa propre famille?
La vie de Rebiya Kadeer, 63 ans, a de quoi inspirer
1000 scénaristes. Née dans la province
chinoise du Xinjian, anciennement le Turkestan
oriental, mariée à 14 ans, mère
de 11 enfants, femme d’affaires accomplie, elle a
dévoué sa vie à la
défense de son peuple, les 21 millions de
Ouïgours musulmans sunnites turcophones du
nord-ouest de la Chine.
Un
peuple qui habite une province autonome sur papier,
mais qui n’a pas le pouvoir de la diriger,
nid’yprotéger sa langue ou sa religion.
L’immigration de la majorité chinoise han
s’est intensifiée dans la province; elle
représente maintenant 45% de la population.
«Et les filles ouïgoures
âgées de 14 à 25 ans qui ne sont
pas mariées sont envoyées ailleurs en
Chine pour trouver un mari », dit Rebiya
Kadeer, aujourd’hui exilée aux
États-Unis.
Un combat difficile pour un peuple musulman que la
Chine fait passer pour terroriste. Malgré
tout, elle continue. «Si j’arrête de
parler pour que mes enfants soient
libérés, mon bonheur deviendra le sang
de mon peuple. Mes enfants comprennent que je dois
faire quelque chose. C’est mon choix»,
dit-elle dans le film. Sa fille Ray, qui fait office
d’interprète, ne cache pas son
désaccord. «Moi, en tout cas, je ne
l’ai pas choisi.»
En entrevue hier, le ton de la voix de Rebiya Kadeer
a changé selon les sujets abordés.
Elle a été ferme et passionnée
quand elle a évoqué le sort de son
peuple. Mais sa voix a tremblé quand elle a
parlé de ses enfants, dont deux sont toujours
en prison. «Ma fille, Ray, a été
très fâchée quand ses
frères ont été
arrêtés, dit-elle. Mais aujourd’hui,
elle m’a pardonné.»
Les Chinois
sévères face au régime
- Tristan de Bourbon
La
Chine célébrera demain le 60e
anniversaire de la proclamation de la
République populaire par Mao Zedong.
D’importantes festivités couronnées
par le plus grand feu d’artifice au monde, a-t-on
déjà annoncé. Pourtant, en
jetant un regard sur son passé, la
PÉKIN — Ses yeux en brillent encore.
« J’en ai pleuré. La place Tianan’men
était noire de monde. J’y suis
restée toute la matinée un drapeau
à la main, puis j’y suis retournée
le soir pour la fête organisée pour
les jeunes. Je portais une nouvelle robe pour
l’occasion. »
PHOTOLIU JIN, AFP
Il y aura 60
ans demain, la Chine s’éveillait libre et
indépendante. Pour le meilleur pour les
uns, pour le pire pour les autres. À
Pékin, hier, ce jeune Chinois a
immortalisé son image sur fond de drapeau
national fleuri.
Mei Xian (son nom a été
changé à sa demande, comme celui des
autres personnes interrogées) est
aujourd’hui âgée de 96 ans. Elle
garde pourtant des souvenirs très nets de
cette journée du 1er octobre 1949, date de
la proclamation de la République populaire
de Chine.
Àdes centaines de kilomètres de
là, Liu Song travaillait dans une usine
d’équipements ferroviaires de la province
duHenan. Engagée en 1948 à 23 ans
dans l’armée communiste avec son mari, elle
était partie combattre les forces du
Kuomintang, du maréchal Chiang Kai-shek.
Elle a « écouté le discours de
Mao Zedong à la radio, comme tous les gens
autour de nous ».
Pour ces deux femmes alors proche du pouvoir, la
fin des années 40 et la moitié des
années 50 paraissent idylliques. «
Nous allions pouvoir reconstruire le pouvoir de
nos propres mains », se souvient Mei Xian.
« Nous travaillions tous comme des fous,
nous ne comptions pas nos heures, car nous
faisions cela pour le pays. Ce sont vraiment les
10 plus belles années de ma vie. »
Ce tableau des premières années de
la Chine communiste ne peut cependant pas
être extrapolé à l’ensemble de
la population, comme le prétend la
propagande officielle.
Avec son mari, Wang Qin, alors âgée
de 26 ans, cultivait et vendait des légumes
à six ou sept kilomètres du centre
de la capitale.
« Je ne me souviens pas du tout du 1er
octobre, » avoue-telle. Nous n’avions pas
assez d’argent pour acheter une radio, nous
étions donc coupés du monde. La vie
était dure et nous devions nous concentrer
sur nos récoltes, surtout à cette
période de l’année. D’ailleurs, la
libération, comme on l’appelle en Chine,
n’a rien changé à notre vie. Si ce
n’est que nos terres ont été
collectivisées de force et que
l’intégralité de nos récoltes
était envoyée à Pékin.
»
Rapidement, les paysans ne seront plus les seuls
à faire des reproches au Parti. À
partir de 1957, le ciel va également
s’assombrir pour les élites. Quelques
années plus tard, le mari de Liu Song sera
tué, pendant la révolution
culturelle, durant laquelle les intellectuels sont
devenus les ennemis de la nation et de la
révolution.
Cette terrible époque et l’entrée
dans le capitalisme qui l’a suivie n’ont pourtant
pas mis fin au programme communiste. « Dans
l’idéologie officielle, les
préceptes du marxisme-léninisme et
la pensée de Mao Zedong sont
extrêmement présents depuis
l’arrivée au pouvoir de Hu Jintao, en 2003,
» analyse Jean-Philippe Béja,
chercheur au centre d’études
français sur la Chine contemporaine,
situé à Hong Kong.
« Dans les faits, la démocratie
nouvelle promise par Mao Zedong en 1949, avec des
partis politiques bourgeois qui auraient le droit
d’exister, est loin d’être
réalisée. »
Ainsi, depuis longtemps, les yeux de Mei Xian ne
brillent plus. « Nous avions beaucoup
d’espoirs, nous avions des idéaux nobles.
Le président Mao a fait l’erreur d’opter,
à ce moment, pour la dictature. Or, la
dictature est ce qu’il a de pire pour une nation,
mais la plus grosse erreur des dirigeants est
d’avoir copié la Russie en effaçant
le passé. La tradition millénaire du
pays. La Chine et les Chinois sont
désormais plus riches, mais ils ont perdu
leurs racines et ne savent plus très bien
où aller. »
Mao, icône pop
Ce
n’était pas écrit dans le petit
livre rouge. Et pourtant, c’est bien
arrivé. Soixante ans après la
Révolution, Mao est devenu une
véritable icône de la culture pop. En
Chine, l’image de l’ancien président est
désormais visible sur des montres, des
calendriers, des briquets, des t-shirts, des
bibelots et des porte-clés. Ce
phénomène commercial n’aurait
sûrement pas plu au principal
intéressé. Mais la propagande doit
aussi s’adapter aux tendances. Or, comme l’a
rapporté récemment le site de
nouvelles Global Times, ce sont surtout les jeunes
Chinois, déconnectés de l’histoire
récente, qui consomment ces produits pour
leur valeur hip. Cette
réinterprétation du grand
personnage, qui n’est pas sans rappeler celle de
Che Guevara à Cuba, plaît cependant
beaucoup moins à ceux de l’ancienne
génération, qui déplorent la
« distorsion » du mythe.
Émeutes de Xinjiang : Hu
Jintao rentre en Chine
—
Le président chinois, Hu Jintao, a
quitté l’Italie
prématurément, tôt ce matin,
où il devait participer au sommet du G8 qui
se tient jusqu’à vendredi, en raison des
émeutes meurtrières qui ont
éclaté dans la province de Xinjiang,
dans l’ouest de la Chine, ont rapporté les
autorités chinoises.
Hu
Jintao sera remplacé par le conseiller
d’État chinois Dai Bingguo et il ne se
rendra pas non plus au Portugal, comme
prévu initialement, les 10 et 11 juillet, a
expliqué le ministre chinois des Affaires
étrangères, Yang Jiechi, sur son
site internet.
Aujourd’hui, les cinq plus grandes puissances
émergentes doivent se retrouver en marge du
sommet officiel. La Chine, grand exportateur et
détenteur de vastes réserves en
devises étrangères, participera
à ces discussions sur la crise
économique internationale.
NOUVEAUX TROUBLES AUXINJIANG Les
Hans descendent dans la rue pour se venger
—
Malgré une sécurité
omniprésente, de nouveaux troubles ethniques ont
éclaté, hier, à Urumqi, où
des milliers de Hans armés de bâtons, de
pelles et de machettes ont envahi les rues pour se
venger des violences sanglantes de dimanche.
En fin de journée, plusieurs milliers de Hans
parcouraient toujours les rues de la capitale
régionale du Xinjiang, dans le nord-ouest de la
Chine, tenus à distance des quartiers
ouïgours par les forces de sécurité.
Un haut responsable du Parti communiste du Xinjiang,
Wang Lequan, a annoncé qu’un couvrefeu serait en
vigueur à Urumqi de 21h hier jusqu’à 8h
aujourd’hui, pour éviter la
répétition des violences. Il a aussi
lancé un appel au calme aux communautés en
présence. Les médias officiels n’avaient
fait état d’aucune victime dans la soirée.
Esprit revanchard
Quelque 10 000 Hans, selon un correspondant de l’AFP,
étaient descendus au début
d’après-midi dans les rues d’Urumqi, dans un
esprit manifeste de revanche après avoir
été la cible des Ouïgours, musulmans
turcophones, lors des émeutes qui ont fait 156
morts et plus d’un millier de blessés dimanche.
Alors que l’agence ChineNouvelle faisait état de
« chaos » dans plusieurs quartiers de la
ville, la police est intervenue pour disperser la foule
dans le centre avec des gaz lacrymogènes. Elle
n’a pas réussi à faire fuir les
manifestants, qui poursuivaient leur marche tout en
suffoquant et en toussant, et dont certains portaient le
drapeau national chinois.
Les manifestants Hans, l’ethnie majoritaire en Chine,
ont crié leur colère d’avoir
été victimes des violences commises par
les Ouïgours, principale communauté
musulmane du Xinjiang, une région de fortes
tensions ethniques qui compte 20 millions d’habitants.
« Les Ouïgours sont venus dans nos
quartiers pour tout casser. Maintenant, nous allons
chez eux pour les battre », a
déclaré un Han qui tenait un tuyau
métallique.
Une heure auparavant, un premier groupe de
manifestants Hans avait tenté de rejoindre la
place du Peuple avant d’être
arrêtés par la police.
Panique
Urumqi, cité de plus de deux millions
d’habitants, a été le
théâtre de scènes de panique, avec
des gens qui couraient se réfugier dans des
bâtiments, a rapporté Chine-Nouvelle.
La colère couvait aussi du côté
ouïgour. Dans la matinée, 200
Ouïgours, dont de nombreuses femmes, avaient
profité de la présence de journalistes
étrangers pour appeler à la
libération de leurs proches,
arrêtés après les émeutes.
Depuis dimanche soir, 1434 personnes «
liées aux émeutes d’Urumqi » ont
été arrêtées, selon les
autorités.
Un porte-parole des dissidents en exil du
Congrès mondial ouïgour a affirmé,
dans un communiqué, que leurs familles
n’avaient pas pu récupérer les corps des
victimes ouïgoures « emmenés par les
militaires » en un lieu inconnu.
156 MORTS AU XINJIANG Flambée de
violence ethnique en Chine - Dan Martin
URUMQI —
Pékin a annoncé hier qu’au moins 156
personnes ont été tuées dans des
émeutes ethniques qui ont éclaté
dimanche à Urumqi, capitale du Xinjiang majoritai
rement peuplée de musulmans, les plus
meurtrières en Chine depuis des décennies.
Les violences ont semblé faire tache d’huile avec
l’annonce, dans la nuit de d’hier à aujourd’hui,
par l’agence officielle Chine-Nouvelle de la dispersion
par la police de « plus de 200 émeutiers
» à Kashgar, la deuxième ville du
Xinjiang, à l’extrême nord-ouest de la
Chine.
La dispersion a eu lieu lundi vers 18h, heure locale,
alors que les émeutiers tentaient de se
rassembler devant la principale mosquée de la
ville, a ajouté l’agence.
Au lendemain de ces violences gravissimes,
orchestrées, selon Pékin, par la
dissidence ouïgoure en exil, les autorités
ont renforcé la sécurité dans la
région autonome, située aux confins de
l’Asie centrale.
Des centaines de personnes ont été
arrêtées, dont « plus de 10
personnalités-clés qui ont attisé
les troubles », a indiqué la
Sécurité publique.
Urumqi s’est embrasé dimanche soir, quand des
milliers d’émeutiers sont descendus dans les rues
et ont attaqué des Hans, l’ethnie majoritaire en
Chine, selon les témoignages d’habitants.
Discours musclé
La télévision chinoise a montré,
hier, des blessés couverts de sang, des carcasses
de véhicules incendiés et des foules
jetant des pierres sur les forces de l’ordre ou
retournant des voitures de police.
Des groupes exilés ouïgours ont
affirmé que les forces de l’ordre avaient
tiré sur des manifestants pacifiques. Ces
violences ont fait 156 morts, selon le nouveau bilan
officiel diffusé dans la nuit d’hier à
aujourd’hui par ChineNouvelle. Le
précédent bilan faisait état de 140
morts et 828 blessés. L’appartenance ethnique des
victimes n’est pas précisée.
Le
Xinjiang, peuplé notamment de 8,3 millions
d’Ouïgours, des musulmans turcophones, est
régulièrement la proie de troubles
séparatistes. Des habitants dénoncent
aussi la répression politique et religieuse
menée selon eux par la Chine, sous couvert de
lutte antiterroriste, et s’insurgent contre la
sinisation de leur terre.
« Le Xinjiang prendra les mesures les plus
fortes pour empêcher la situation de
s’étendre à d’autres régions et
pour préserver la stabilité », a
dit Nur Bekri, le président de la
région, dans un discours musclé.
Comme au Tibet?
Cette vaste région aride constitue l’une des
deux zones, avec le Tibet, où Pékin
redoute particulièrement l’instabilité.
A Lhassa, capitale régionale du Tibet, des
émeutiers tibétains avaient
attaqué des Hans et leurs commerces en mars
2008, tuant, selon les autorités, 18 civils et
un policier.
Urumqi, où la présence des forces de
l’ordre était massive hier, présentait
l’allure d’une ville morte, avec ses commerces
fermés et un couvre-feu prévu en
soirée, selon l’un des journalistes de l’AFP
sur place.
Près du grand marché, des forces de l ’
ordre casquées, munies de boucl iers et de
matraques, étaient garées à
chaque coin de rue. Des véhicules
patrouillaient les rues bordées de bon nombre
de commerces fermés. « Les boutiquiers
ont peur », a expliqué une
propriétaire de bar han.
L’internet a été interrompu et les
communications mobiles également, ont
indiqué des résidants. Le renforcement
de la sécurité avait gagné
jusqu’à l’extrême ouest de la
région. Joint par téléphone, un
commerçant de Kashgar a signalé une
présence policière inédite.
Interrogé sur ces troubles, le
secrétaire général de l’ONU, Ban
Ki-moon, a estimé, à Genève, que
« tous les différends, qu’ils soient
à l’intérieur (d’un pays) ou au niveau
international, doivent se résoudre par le
dialogue ».
Twitter et YouTube contre la censure
Pas
plus que l’Iran récemment, la Chine n’a pu
totalement fermer le robinet des informations ni des
images en provenance du Xinjiang, après les
violentes émeutes de dimanche, dont certaines
ont pu être diffusées sur Twitter ou
YouTube.
Les
autorités chinoises ont tenté de
retirer de la Toile des vidéos, photographies
ou commentaires d’internautes affichés sur
les sites chinois sur ces violences. Mais ces
éléments supprimés ont souvent
resurgi, non expurgés, sur des sites
basés hors de Chine, tandis que Twitter,
notamment, transmettait des images à toute la
planète.
Le site internet de socialisation gratuit et YouTube
étaient inaccessibles hier après-midi
en Chine. Comme en Iran le mois dernier, les
nouvelles d’Urumqi ont continué d’affluer sur
l’internet et ses sites de socialisation et de
partage d’images, tels que YouTube, Flickr et
Twitter.
TROISQUESTIONS À LOÏCTASSÉ SUR
L’OBJECTIF DE PÉKIN « Tout faire
pour que ça demeure un acte isolé
» - Alexandre Sirois
Les
violences ethniques de dimanche dans le Xinjiang
ne sont pas une surprise. Cette province du
nord-ouest de la Chine est depuis longtemps le
théâtre de tensions entre les
Ouïgours et les Hans. La Presse a
demandé à Loïc Tassé,
spécialiste de la Chine qui enseigne
à l’Université de Montréal,
de décrire les sources de ces tensions. Et
de prédire si le régime chinois
arrivera une fois de plus à tuer la
contestation dans l’oeuf.
QLa
province du Xinjiang compte au total 20 millions
de personnes, dont 8,3 millions d’Ouïgours,
des musulmans turcophones. Que revendiquent-ils ?
RIl y a d’abord un groupe indépendantiste
de musulmans turcophones, à
l’intérieur du Xinjiang, qui revendique
l’indépendance. Par ailleurs, chez les
autres Ouïgours, il y a un sentiment de
mécontentement très fort à
l’égard des Hans, l’ethnie majoritaire en
Chine, soit environ 92% des Chinois. Parce que les
Hans ont, au cours des dernières
décennies, petit à petit,
commencé à aller s’établir au
Xinjiang. Le gouvernement chinois, qui a
dépeint le Xinjiang comme une région
où il fait bon vivre, y est pour beaucoup
dans ce mouvement. Avec comme résultat que
les Ouïgours, qui formaient jadis environ 90%
de la population de cette région, ne
comptent maintenant que pour 40% de la population.
QPourquoi
le gouvernement chinois a-t-il encouragé
cette migration des Hans vers le Xinjiang?
RIl s’agit très certainement d’arriver
à maîtriser cette minorité
très embêtante pour le gouvernement
chinois. Car elle accepte mal, en
général, la domination des
autorités chinoises sur son ter ritoi re.
C’est aussi une minorité très
liée au fondamentalisme musulman, assez
proche de certaines tribus qu’on trouve au
Pakistan et en Afghanistan. Les Ouïgours se
définissent souvent comme faisant partie de
la grande famille turque et rêvent, pour
plusieurs, de l’établissement d’une grande
Turquie. Un territoire qui irait de la Turquie
jusqu’à la Chine.
QLe
calme était revenu hier dans la capitale du
Xinjiang, mais on signalait des manifestations
à Kashgar, la deuxième ville de
cette province chinoise. Le mouvement de
contestation peut-il durer malgré la
répression ? Doit-on plutôt
s’attendre à un scénario similaire
à celui de l’Iran, où la
méthode forte aura raison de l’ardeur des
manifestants ?
RIl faut savoir que l’armée est très
présente dans cette province. Elle
contrôle à peu près tout.
Alors, je ne pense pas que ça va durer. Le
gouvernement chinois va tout faire pour que
ça demeure un acte isolé. Cependant,
il faut quand même ajouter que les troubles
causés par les Ouïgours durent depuis
de très nombreuses années. Il faut
donc s’attendre à ce qu’il y en ait
d’autres.
Flambée de violence au Xinjiang
EN BREF
Une flambée de violence a fait trois morts, Chinois
de souche, et plus de 20 blessés hier à
Urumqi, capitale du Xinjiang, une région à
population majoritairement musulmane du nord-ouest de la
Chine, a annoncé l’agence Chine Nouvelle. Ces
troubles sont les plus graves depuis plus d’un an au
Xinjiang qui, aux confins de l’Asie centrale, compte
environ 8,3 millions de Ouïghours, dont certains
dénoncent la répression politique et
religieuse menée par Pékin sous couvert de
lutte contre le terrorisme. « Trois personnes
ordinaires de l’ethnie han ont été
tuées », a annoncé l’agence
officielle, citant des sources du gouvernement de la
Région autonome duXinjiang. Plus de 20 personnes
ont été blessées et de nombreux
véhicules ont été incendiés, a
ajouté Chine Nouvelle. « Le gouvernement
régional n’a pas dit combien de personnes
étaient impliquées, mais a expliqué
qu’elles s’étaient illégalement
retrouvées dans plusieurs quartiers du centre et
avaient battu (des gens), cassé, pillé et
incendié », explique l’agence qui ne
précise par leur ethnie.
Un film de propagande chinois en
clôture - Marc-André Lussier
Bien
entendu , person ne ne s’attendait à ce que The
Everlasting Flame : Beijing Olympics 2008 aborde de
plein fouet les différentes controverses ayant
marqué la préparation et la tenue des
Jeux olympiques de Pékin. De là à
tomber dans le révisionnisme historique, il y a
un pas que la réalisatrice Gu Jun, à qui
le FFM a remis un Grand Prix spécial des
Amériques hier soir, franchit
allègrement.
L’entrée en matière de ce film de
propagande est carrément choquante. Le passage
de la flamme olympique dans les différentes
villes du monde est montré comme autant de
célébrations pendant lesquelles tout
s’est évidemment déroulé «
dans la plus grande harmonie ». Même
à San Francisco et à Londres, où
les protestations furent pour le moins virulentes,
tout ne fut apparemment que joie et allégresse.
Et que dire de ce magnifique athlète
tibétain, choisi pour porter la flamme de
l’espoir au sommet de l’Everest ?
Le plan d’urbanisme, qui a permis la construction de
toutes ces installations miraculeuses, est bien
entendu présenté ici comme une merveille
d’ingéniosité. Qu’importent alors les
malheurs des anciens habitants du quartier ?
C’est une chose de taire certains
éléments pour servir un propos. C’en est
une autre de mentir pour travestir une
réalité.
Pour
le reste, le film s’atta rde à déc r i
re, à g ra nds coups de narration
lobotomisée et de violons sirupeux, les
parcours de quelques athlètes. À cet
égard, ce film ressemble à tous les
autres films « officiels » de même
nature.
Dans sa présentation, Serge Losique
n’était pas peu fier d’évoquer ses
« liens étroits » avec la Chine,
tout en souligna nt le gra nd privilège de
pouvoir montrer ce film officiel en grande
première mondiale. Il a aussi
déclaré avoir voulu, à travers ce
prix spécial remis à la
réalisatrice, rendre hommage au pays dont elle
est issue.
Dans les corridors du Hyatt, certaines rumeurs
laissaient entendre que Gu Jun était nerveuse
à l’idée de présenter son film
hier soir devant plusieurs représentants de
l’ambassade de Chine au Canada, venus
expressément d’Ottawa pour l’occasion. Qu’elle
se rassure, elle n’a strictement rien à
craindre. Les autorités chinoises seront
très fières d’elle.
On peut en revanche se questionner sur le bon jugement
d’une organisation qui, en sélectionnant ce
film pour sa clôture, se trouve à
cautionner pareille mascarade. Un scandale.
Les ÉtatsUnis appellent à
la libération du dissident chinois Liu Xiaobo
— Les
États-Unis sont « profondément
préoccupés » par les informations
faisant état de l’arrestation du dissident
chinois Liu Xiaobo, et appellent à sa
libération, a déclaré un
porte-parole de l’ambassade américaine en
Chine.
Mi l itant inlassable d’une démocratisation en
Chine, Liu, 53 ans, écrivain et ancien
professeur d’université, détenu depuis
début décembre, a été
formellement arrêté mardi pour
activités subversives.
Liu, figure de proue du mouvement démocratique
de Tiananmen de 1989, était un des signataires
en décembre dernier de la Charte 08 appelant
à des réformes démocratiques.
« Le gouvernement américain est
profondément préoccupé par les
informations selon lesquelles Liu Xiaobo a
été formellement arrêté et
accusé de crimes sérieux », a
déclaré à l’AFP Richard Buangan,
porte-parole de l’ambassade des États-Unis en
Chine. « Nous appelons le gouvernement chinois
à relâcher M. Liu et à respecter
les droits de tous les citoyens chinois qui expriment
pacifiquement leur désir de libertés
internationalement reconnues », a-t-il
ajouté.
« Le gouvernement américain est
préoccupé par les informations faisant
état de détentions ou de
harcèlement de citoyens chinois directement dus
au fait qu’ils ont exercé leur liberté
d’expression en signant la Charte 08, appelant au
respect des droits de l’homme et à des
réformes démocratiques », a encore
dit le porte-parole.
Après l’interpellation de M. Liu, le 8
décembre, survenue en même temps que
celle de plusieurs militants qui s’apprêtaient
à célébrer le 60e anniversaire de
la déclaration des droits de l’homme, les
ÉtatsUnis, l’Union européenne et des
intellectuels tels le Britannique Salman Rushdie ou l’
Italien Umberto Eco avaient appelé à sa
libération.
Détenu plus de six mois sans raison officielle,
il a finalement été formellement «
arrêté mardi pour des activités
telles que la propagation de rumeurs et la diffamation
du gouvernement, visant à la subversion et au
renversement du système socialiste ». Une
telle accusation pourrait lui valoir jusqu’à 15
ans de prison, selon son avocat Mo Shaoping.
Le pays des enfants uniques - LYSIANNE GAGNON
D’ici
à 2030, le nombre de Chinois de plus de 65 ans va
doubler.
Un seul enfant pour deux parents,
quatre grandsparents et huit
arrière-grands-parents. Rien d’étonnant
à ce qu’il soit gâté… et gavé
au-delà du raisonnable.
L’embonpoint, conséquence physique des
gâteries dont tous ces adultes en mal d’enfant
comblent l’enfant unique, est très visible. Mais
qu’en est-il au niveau moral et émotionnel? Le
coefficient d’égoïsme et d’égocentrisme
a dû monter en flèche, on s’en doute.
Effectivement, alors que traditionnellement, les enfants
chinois étaient disciplinés et tenus de bien
réussir à l’école, on voit de plus en
plus des enfants-rois qui font leurs quatre
volontés sous le regard adorateur de leurs parents.
Comme chez nous, direz-vous. Oui, mais pour la Chine,
c’est une rupture radicale avec la tradition.
Ces enfants uniques grandissent sans soeur ni
frère, et n’auront jamais de neveux. La famille
élargie sur laquelle reposait la
société chinoise a été
littéralement atomisée.
La politique de l’enfant unique avait évidemment
pour but de limiter l’accroissement démographique.
Elle a empêché, calcule-t-on, de 300 à
400 millions de naissances, et engendré
d’effroyables souffrances: avortements forcés pour
les femmes enceintes d’un second enfant, abandon des
filles au profit du fils convoité… Rien
d’étonnant à ce que presque tous les enfants
adoptés en Chine aient été des
petites filles rejetées par des parents qui
espéraient qu’un enfant mâle leur
succéderait. Tant qu’à n’avoir qu’un enfant,
il fallait que ce soit un garçon.
C’était
un choix économiquement rationnel, d’ailleurs.
Faute d’un système de sécurité
sociale, c’est au fils qu’il revient de faire vivre ses
parents vieillissants, alors que la fille, une fois
mariée, se retrouve au service de sa bellefamille.
Aujourd’hui, dans une ville prospère comme
Shanghai, on voit beaucoup de parents se promener
fièrement avec leur petite fille bien
pomponnée et manifestement adorée, mais dans
les campagnes et dans les classes démunies, le fils
reste l’assurance-vieillesse de ses parents. Les abandons
de filles sont plus rares aujourd’hui… mais c’est en
partie parce qu’on dispose maintenant de la technologie
permettant de connaître le sexe du foetus.
La politique de l’enfant unique a peut-être
aidé la Chine à relever le niveau de vie
moyen, mais au prix de nombre d’effets pervers. Selon le
British Medical Journal, le pays compte un excédent
de 32 millions de garçons de moins de 20 ans. En
2005, il naissait 120 garçons pour 100 filles.
Beaucoup d’hommes ne pourront trouver de femme. Ceux qui
peuvent se le permettre vont « s’acheter » une
femme au Vietnam…
Autre nuage noir à l’horizon, la
société chinoise est en train de vieillir
à un rythme exponentiel. Comme le signalait
récemment Marcus Gee, le chroniqueur international
du Globe and Mail, d’ici à 2030, le nombre de
Chinois de plus de 65 ans va doubler…, et ce, dans un pays
où il n’existe pas de système de retraite
généralisé et dont la
prospérité repose sur une main-d’oeuvre
jeune et active!
La Chine est la plus grande puissance émergente,
c’est vrai, mais elle a aussi bien des problèmes
devant elle. pectacle courant dans toute grande ville
chinoise: disséminés parmi une foule
d’adultes, des enfants rares et trop gros… Il serait
exagéré de parler d’obésité
précoce, mais beaucoup, parmi ces enfants issus
d’un peuple généralement svelte et
délicat, sont grassouillets à 6 ans et
seront gras à 40 ans. Cette mutation quasi
génétique est l’une des conséquences
de la politique de l’enfant unique imposée aux
Chinois par Deng Xiaoping.
Les bouleversements que cet édit a causés
dans un pays qui raffolait de ses enfants sont en effet
incalculables. Désormais, il y aurait un seul
enfant pour deux parents, pour quatre grandsparents et
pour huit arrière-grands-parents. Rien
d’étonnant à ce que cet enfant
précieux soit gâté… et gavé
au-delà du raisonnable, tant il est vrai que
l’amour, surtout dans les pays qui ont connu de terribles
famines, s’exprime souvent par le don de nourriture.
Les étrangers rattrapés par la loi sur
l’enfant unique - Tristan de Bourbon
À la naissance de leur deuxième enfant
en Chine, des couples mixtes – dont l’un des parents
est chinois – ont été informés
qu’ils contrevenaient à la loi sur l’enfant
unique. Ils sont aussitôt mis à l’amende
ou forcés de quitter le pays, nous explique not
Quelques jours après la naissance de son fils,
un Européen que nous appellerons Michel se rend
au bureau de la sécurité publique de la
municipalité de Pékin afin de lui
obtenir un visa. Résidant en Chine depuis de
nombreuses années, il a déjà eu
un autre enfant avec sa femme chinoise. Cet enfant est
lui aussi né en sol chinois.
PHOTO REUTERS
Jusqu’à présent,
les étrangers n’étaient pas
inquiétés par la loi sur l’enfant
unique, instaurée en 1979.
La procédure est normalement très facile
: les autorités délivrent aux enfants
détenteurs d’un passeport étranger un
visa de même durée que celui de leur
père ou mère étranger. Pourtant,
le responsable des visas inspecte le passeport du
père de famille, celui de son
nouveau-né, puis lui assène: « La
procédure va être très simple,
votre enfant n’a en effet pas besoin de visa pour
résider en Chine puisqu’il est chinois. Allez
donc l’enregistrer dans votre quartier puis revenez
nous voir afin que nous établissions un
passeport chinois à son nom. »
Michel est sonné. Il n’a pas encore tout
entendu.
« Je vois d’ailleurs sur votre visa que vous
avez déjà eu un enfant né en
Chine avec votre femme chinoise; il est donc
également chinois, » lui apprend le
fonctionnaire.
« Vous êtes donc en contravention avec la
loi chinoise sur l’enfant unique. Une fois que vous
aurez enregistré vos deux enfants auprès
des autorités locales, vous devrez donc vous
acquitter de l’amende qui s’y rapporte. »
Salaire annuel
À Pékin, le montant de l’amende est
calculé selon la moyenne annuelle du salaire
des habitants du quartier dans lequel sont
enregistrés les parents. Comme la plupart des
étrangers, Michel vit à Chaoyang,
où l’amende dépasse les 200 000 yuans
(32 000$). À Shanghai, celleci peut
s’élever à l’intégralité
du salaire annuel réel du couple
concerné.
La loi sur l’enfant unique a été
instaurée en 1979. Aujourd’hui, les Chinois
issus de minorités ethniques et les paysans
ayant eu une fille comme premier enfant ne doivent
plus s’y plier. Ainsi, un officiel chinois avait
révélé en 2007 que seulement
35,9% de la population reste concernée par la
loi. Jusqu’à présent, les
étrangers n’étaient pas
inquiétés.
Si le nombre de mésaventures de ce type reste
limité, plusieurs milliers de couples et
d’enfants sont sous le coup de la mise en application
rétroactive de la loi. « Nous
prévenons toujours verbalement les couples
mixtes qui viennent nous voir pour attribuer la
nationalité de notre pays à leur enfant:
"Selon la loi chinoise, votre
enfant est considéré comme chinois
et vous devrez donc respecter les lois en vigueur
en Chine!" » indique sous le
couvert de l’anonymat un fonctionnaire d’une ambassade
étrangère.
Quitter la Chine?
À ce propos, la loi chinoise est sans
équivoque. L’article 3 de la loi sur la
nationalité du 10 septembre 1980 affirme que
« la République populaire de Chine ne
reconnaît la double nationalité pour
aucun c itoyen chinois » . L’article 4
précise que « toute personne née
en Chine, dont les parents sont tous deux des citoyens
chinois ou dont l’un des parents est citoyen chinois,
doit avoir la nationalité chinoise ».
Les contrevenants comme Michel se trouvent alors face
à un choix difficile: s’acquitter de l’amende,
qui équivaut dans son cas à six mois de
son salaire d’expatrié, ou quitter la Chine.
CHINE
: Frustrations et reconstruction -
Stéphane Paquet
« Je
m’en allais au court de tennis quand j’ai senti la terre
vibrer, comme si des chars d’assaut passaient à
côté de moi. Le bruit est devenu de plus en
plus fort et les édifices se sont mis à
trembler. »
Un an après le tremblement de terre qui a fait 87
000 morts et disparus dans le sud-ouest de la Chine, Wang
Dongbo, qui étudiait à l’Université
de Chengdu, se rappelle encore ses nuits de sommeil
interrompu en mai dernier, les secousses faisant trembler
la terre de longues semaines après le séisme
du 12 mai.
Dans les cinq jours qui ont suivi le séisme, il
s’est transformé en volontaire de la Croix-Rouge,
en attendant l’arrivée de vrais médecins et
infirmières.
« Plusieurs blessés devaient transiter par
Chengdu, j’aidais à désinfecter les plaies
», raconte-t-il.
S’il poursuit maintenant ses études de génie
à Pékin, de nombreux Chinois et
étrangers sont encore dans les zones
affectées, en train de reconstruire des villages
dont il ne subsistait que ruines et désolation.
« La construction va rondement », souligne
Yunhong Zhang, de la Croix-Rouge canadienne, qui rentre de
Hanwang, un des hameaux les plus durement touchés
par le séisme d’une intensité de 8 sur
l’échelle de Richter.
Le gouvernement chinois a promis que, d’ici l’hiver, tous
les sinistrés des régions rurales pourront
quitter leur maison de fortune et réintégrer
un véritable logis. Jusqu’à présent,
la Chine a dépensé l’équivalent de
quelque 60 milliards de dollars canadiens pour
reconstruire la région, soit le tiers de la somme
prévue.
Mais ce
blitz de coups de marteaux et de rétrocaveuses ne
répare pas tout. « On voit encore de la
frustration », constate Mme Zhang.
En effet, de nombreux parents qui ont perdu leur enfant
n’acceptent toujours pas la conclusion de Pékin
selon qui il n’y a aucune preuve de négligence
humaine dans l’effondrement de milliers d’écoles.
Des parents soutiennent depuis un an que la corruption a
mené à l’érection de bâtiments
de piètre qualité, qui se sont
effondrés plus vite que d’autres. Sur place, dans
les petits villages au nordouest de la capitale
provinciale Chengdu, il était d’ailleurs frappant
de voir des écoles écroulées à
côté d’autres édifices qui ont
résisté au séisme.
En plus, des parents qui ont voulu aller se recueillir
là où le béton des écoles a
tué leur enfant se plaignent du harcèlement
de policiers, qui les en empêcheraient.
Conscient de cette « frustration »,
Pékin a tout récemment rendu public le
nombre d’écoliers qui ont péri le 12 mai :
5335. Un chiffre en deçà de la
réalité, selon plusieurs critiques, qui
notent que le gouvernement n’a pas
révélé les noms ni les lieux
précis où les jeunes sont morts.
Le mois dernier, le gouvernement central a lancé un
programme d’examen des écoles publiques pour que
celles-ci soient renforcées, au besoin, dans les
régions à risques et qu’elles puissent
résister à un tremblement de terre de 8 sur
l’échelle de Richter.
Pékin a aussi profité hier de cette veille
d’anniversaire pour rendre public un livre blanc sur les
situations d’urgence en Chine. Il prévoit que, pour
réagir plus vite dans de pareils cas, le nombre
d’entrepôts abritant tentes, médicaments et
autre matériel de secours passe de 10 à 24
dans le pays.
Pékin
un an après les Jeux - Tristan
de Bourbon
Un
an après des Jeux olympiques « verts
», la pollution a fait un retour en force
à Pékin. Ce qui n’empêche
toutefois pas les habitants de la capitale de
profiter de bien d’autres façons de
l’héritage des Jeux.
COLLABORATION SPÉCIALE
PHOTO DAVID GRAY,
REUTERS
Des enfants ont
assisté à un concert hier sur la
plage d’un parc d’attractions, à deux pas
du stade qui a accueilli les compétitions
de volleyball des Jeux de Pékin,
l’année dernière. Un an après
les JO, les principales installations olympiques
attirent les touristes, tandis que les
Pékinois tirent profit de nouvelles
infrastructures publiques. Seule ombre au tableau:
la pollution...
— « Je suis venue visiter avec mes parents les
lieux symboliques de la capitale. Et c’est
aujourd’hui le tour des installations olympiques
» raconte, émerveillée, Wang
Xingyi, 21 ans, jeune étudiante originaire du
centre du pays.
Comme cette famille, de 20 000 à 30 000
touristes, majoritairement chinois, visitent chaque
jour le stade olympique, moyennant 50 yuans (7,8
dollars). À la fin d’avril, date des plus
récentes statistiques officielles, on
dénombrait 3,5 millions de visiteurs.
Les travaux de transformation de certaines de ses
arcades en un centre commercial ne commenceront pas
avant de trois à cinq ans. La
fédération italienne en profite donc
pour y organiser, demain, la Super Coupe d’Italie
entre la Lazio et l’Inter de Milan.
À la fin juin, 3,25 millions de personnes
avaient par ailleurs dépensé 30 yuans
pour entrer dans le Cube, cadre des épreuves
de natation.
Avec le même billet, les visiteurs peuvent se
baigner pendant deux heures dans le bassin
d’entraînement de la piscine. En octobre, le
centre de natation sera fermé pendant neuf
mois afin d’agrandir la partie accessible au public.
La population profite aussi quotidiennement de
l’accélération des travaux
d’agrandissement du réseau municipal du
métro. La mise en service de deux nouvelles
lignes et d’un train jusqu’à
l’aéroport en 2007 et 2008 a désormais
rendu ce moyen de transport pratique à
utiliser – il n’existait jusqu’alors que trois
lignes.
D’ici à 2015, le métro couvrira 561 km
contre 198,2 km aujourd’hui. C’est sans compter
qu’avant les Jeux, le prix d’un billet, qui
était de 3 à 5 yuans selon le trajet,
est passé à un tarif unique de 2
yuans, soit environ 0,30$.
Le trafic automobile a également
été allégé par la mise
en place d’une circulation alternée, qui
persiste depuis les compétitions.
Point noir
Le principal point noir concerne la pollution.
À la fin du mois de novembre 2008, les
autorités claironnaient que leur objectif
annuel de « jours clairs » avait
été dépassé un mois
avant la fin de l’année.
L’un des éditorialistes du très
officiel China Daily a pourtant rappelé :
« La capitale aurait-elle obtenu une telle
réussite sans l’accueil des JO? La
réponse est assurément
négative. »
Une étude sino-américaine
publiée récemment a remis un peu plus
les choses en place : la pollution pékinoise
en août 2008 – alors que se déroulaient
les Jeux « verts » – était en
fait 30% supérieure à ce qu’avaient
annoncé l’an dernier les experts
gouvernementaux chinois et dépassait les
niveaux jugés comme excessifs de
l’Organisation mondiale de la santé.
Et cette année, depuis un printemps
très clément, la capitale amoncelle
les jours gris, voire noirs. Un retour à
l’ère où tous les logements de la
capitale se chauffaient au charbon, à
l’époque où Pékin cherchait
à obtenir l’organisation des Jeux.
DISPARUS DES RADARS...
Où sont passés les athlètes
chinois ? Ils monopolisaient les écrans de
télévision et les affiches publicitaires
du pays. Aujourd’hui, ils n’apparaissent plus que dans
de rares reportages. Le champion du monde du 400 m
haies Liu Xiang, le plus grand échec de ces
Jeux à la suite de son forfait avant la
première course de la spécialité,
est longtemps resté sans donner de nouvelles et
a dû repousser son retour à la
compétition. Seul le pivot de l’équipe
nationale de basket, Yao Ming, est finalement
demeuré en haut de l’affiche sportive. Il ne le
doit pourtant qu’à la saison de NBA à
laquelle il participait avec sa formation des Rockets
de Houston.
L’Inde garde le cap
Le
parti du Congrès de Sonia Gandhi et Manhoman
Singh remporte une nette victoire
Après un mois de scrutin, l’Inde était
prête pour une course de tous les instants et un
verdict serré. Mais c’est finalement une
victoire claire du parti au pouvoir et du premier
ministre sortant, Manhoman Singh, qui attendait plus
d’un milliard d’Indiens hier matin.
Les électeurs indiens
ont choisi de donner un appui solide au parti du
Congrès de Sonia Gandhi et du premier
ministre sortant, Manhoman Singh.
« Ils sont tellement loin derrière!
Tellement loin! » Mahesh Purohit, 28 ans, a
accusé le coup, les yeux rivés sur les
écrans de télé. Ses écrans
de télé.
Mahesh Purohit est propriétaire d’une minuscule
boutique de téléviseurs dans une rue
encombrée du centre-ville de Bangalore, dans le
sud de l ’ I nde. Hier matin, comme une dizaine de
badauds venus suiv re le dévoi lement des
résultats sur ses écrans, il vu son
parti favori – le Bharatiya Janata Party ( BJP),
nationaliste hindou– encaisser une dure
défaite.
La lutte annoncée n’a jamais eu lieu. La plus
grande démocratie du monde a choisi de donner
un appui solide au Parti du Congrès de Sonia
Gandhi et du premier ministre sortant, Manhoman Singh.
Au moment de mettre sous presse, on comptait que le
Parti du Congrès et ses alliés avaient
remporté 260 sièges, contre 160 pour le
BJP. La défaite est aussi amère pour la
« reine des Intouchables », Mayamati
Kumari, devenue la figure de proue d’une nouvelle
coalition regroupant une myriade de partis de gauche
et de partis régionaux.
La « troisième voie » de Mme Kumari
n’a récolté que 80 sièges, loin
des 111 que lui prédisaient les sondages.
Les coudées franches
Même si le Congrès et ses alliés
obtiennent moins de 272 sièges, le chiffre
magique pour détenir la majorité, tout
le monde s’accordait à dire hier que leur
avance est telle qu’ils n’auront aucune
difficulté à convaincre une douzaine de
députés de se joindre à eux pour
gouverner.
« Nous acceptons le verdict du peuple », a
d’ailleurs dit Arun Jaitley, le secrétaire
général du BJP.
Manmohan Singh, 76 ans, devrait donc demeurer premier
ministre.
« J’exprime ma profonde reconnaissance aux gens
du pays pour le mandat clair qu’ils ont donné
à notre coalition », a dit hier M. Singh.
Oubliez les manifestations d’exubérance:
à Bangalore, la Mecque technologique du pays et
l’une des villes qui croît le plus vite au
monde, on a accueilli hier le verdict avec un
stoïcisme mêlé
d’indifférence.
Devant la boutique de télés de M.
Purohit, bien malin qui aurait pu deviner qui se
réjouissait de la victoire du Congrès et
qui déplorait la défaite du BJP. Femmes
en sari ou en tchador, hommes en chemise ou en tunique
musulmane, tous affichaient un visage
résolument neutre. Dans ce pays où les
temples hindous sont érigés à
deux pas des mosquées et des églises, et
qui a connu son lot de tensions au fil des ans, on ne
parle souvent politique que du bout des lèvres.
On a bien vu quelques étudiants en vélo
brandir d’immenses drapeaux. Mais sinon, la
métropole n’a pas interrompu son rythme d’enfer
– vaches sacrées et rickshaws qui jouent dans
le trafic, mendiants et hommes d’affaires qui se
faufilent sur des trottoirs encombrés,
bric-à-brac et hyperactivité
généralisés– qui bat son plein
même le samedi.
« Je suis soulagé, dit tout de même
Saj jad Ahmed Shariff, 48 ans, un musulman qui
craignait la ligne pro-hindoue du BJP comme plusieurs
membres des minorités du pays.
« Encore cinq ans d’inaction », a quant
à lui soupiré Mahesh Purohit en
retournant à sa boutique… une fois les badauds
partis et sûr que personne ne pouvait entendre
son opinion.
NOUVEAU GOUVERNEMENT EN INDE Le milieu des
affaires célèbre - PHILIPPE MERCURE
À
la surprise générale, la plus grande
démocratie du monde s’est donné un
gouvernement stable il y a une semaine aux 15es
élections législatives indiennes. Et de
Montréal à Bombay en passant par
Bangalore, le milieu des affaires a le sourire aux
lèvres.
La victoire franche de
Manmohan Singh aux élections change la donne
en Inde. Lundi dernier, la Bourse de Bombay a
littéralement explosé.
Les manchettes économiques des j ournaux i
ndiens sont balayées par un véritable
vent d’optimisme depuis une semaine. Monnaie qui
prendra de la valeur, Bourse lancée sur une
nouvelle trajectoire, réformes
économiques qui arriveront en
accéléré: dans la boule de
cristal, les plus beaux rêves sont permis.
« Nous prévoyons que le nouveau
gouvernement déclenchera un grand nombre de
réformes qui permettront de revenir à un
taux de croissance de 9% », a dit HP Singhania,
président de la Fédération des
chambres de commerce et de l’industrie de l’Inde, au
lendemain du résultat des élections (on
estime que la croissance de l’Inde a chuté
à 7,1% pour l’année fiscale qui vient de
se terminer à cause de la crise
économique mondiale).
Cet enthousiasme a un nom: Manmohan Singh. M. Singh
est l’ancien ministre des Finances de l’Inde qui a
instauré une pléiade de mesures
économiques pendant les années 90,
permettant au pays d’afficher l’une des croissances
économiques les plus spectaculaires du globe.
Manmohan Singh est premier ministre de l’Inde depuis
2004. Et le 16 mai dernier, son parti, le Parti du
Congrès, a complètement
écrasé ses adversaires pour rafler un
nombre de sièges beaucoup plus important que
prévu aux élections
générales.
Cette victoire franche, une surprise pour les
observateurs qui prédisaient un Parlement
fragmenté, change la donne. Lors de son premier
mandat, le Parti du Congrès était
à la tête d’une fragile coalition de
partis et devait gouverner par compromis, notamment en
négociant avec des partis de gauche peu ouverts
au libéralisme économique.
Mais cette fois, les 262 sièges
remportés par le Congrès et ses
alliés lui permettront d’avoir les
coudées franches. Le Congrès pourra
gouverner sans l’appui des partis de gauche, qui sont
passés de 61 à 24 sièges.
Lundi dernier, la Bourse de Bombay a
littéralement explosé, gagnant 17% en
une seule journée. L’euphorie a
été tellement vive qu’il a fallu
suspendre les transactions deux fois pendant la
journée. Le Sensex a redescendu depuis, les
investisseurs encaissant leurs profits. Mais
l’optimisme demeure.
Morgan Stanley prédisait jeudi que la monnaie
indienne, qui a connu la semaine dernière sa
plus forte hausse depuis 13 ans, pourrait franchir
le seuil de 46 roupies pour 1$ US d’ici à la
fin de l’année (elle est actuellement a 47,2
roupies après sa récente hausse, et
Morgan Stanley prédisait avant
l’élection qu’elle terminerait l’année
à 53). Parmi les réformes
envisagées, Rashesh Shah, chef de la
direction d’Edelweiss Capital Ltd., a affirmé
à l’agence Bloomberg que le gouvernement
indien pourrait privatiser jusqu’à 20
milliards US d’actifs publics.
L’enthousiasme s’est fait sentir jusqu’à
Montréal, où sont établies
plusieurs entreprises qui font des affaires en Inde.
« Nous pensons que l’optimisme actuel en Inde
permettra au gouvernement de prendre les mesures
nécessaires pour faire avancer les
réformes économiques », dit
Circé Labelle, chef de service aux
communications pour la montréalaise CGI.
CGI , spécialisée dans les
technologies de l’information, possède des
centres d’excellence à Bombay, Bangalore et
Hyderabad.
« En général, les
multinationales, y compris CGI, sont en faveur des
réformes, et nous croyons que le gouvernement
fera d’importants investissements dans les
infrastructures et l’éducation, ce qui sera
directement favorable à nos membres en Inde
et indirectement à notre entreprise »,
continue Mme Labelle.
« Je pense que, pour la première fois,
nous aurons en Inde un gouvernement libre de
barrières idéologiques. Il n’y aura
pas d’entrave aux réformes. Ce verdict
électoral signifie que le gouvernement peut
décider de son programme très
rapidement », a aussi dit Nandan Nilekani,
cofondateur du fleuron local Infosys et
véritable légende vivante à
Bangalore, la capitale techno du pays.
Inde : La modération a-t-elle meilleur
goût? - PHILIPPE MERCURE
LE
PREMIER MINISTRE INDIEN SORTANT MANMOHAN SINGH À
76 ans, Manmohan Singh, premier ministre de l’Inde, se
bat pour conserver la tête de son pays. Avec sa
barbiche blanche et ses grosses lunettes, l’homme a
l’air d’un bon grand-papa sur les publicités qui
— Demandez à Goutham, 26 ans, ce qu’il pense de
son premier ministre et il se lance dans un concert
d’éloges. Honnête, droit, compétent
sur le plan économique : « C’est un bon
premier ministre », tranche-t-il.
Pourtant, le jeune technicien en informatique n’a pas
donné son vote à la formation de M. Singh,
le Parti du Congrès. Il a plutôt choisi
d’appuyer la formation rivale, le Bharatiya Janata Party
(BJP) – le parti nationaliste qui prône
l’hindouisme, religion de 80% des Indiens.
Pourquoi ? « La sécur i t é
était meilleure avec le BJP »,
répond-il.
On pourrait appeler ça le paradoxe Manmohan
Singh. À peu près tout le monde à
qui vous parlez le décrit comme un politicien
« propre », qui a su éviter la
corruption qui contamine souvent la politique indienne.
Sauf que ses détracteurs voient dans sa
modération le signe d’une incapacité
à s’imposer.
« Un bon gars »
« C’est un bon gars ( a good fellow), dit A. K.
Babu, 68 ans, ingénieur à la retraite
natif d’Hyderabad. Mais il est faible! Il est
complètement dirigé par cette femme qui
vient de l’étranger et qui ne comprend rien
à rien. »
La femme à qui M. Babu fait allusion, c’est Sonia
Gandhi. Née en Italie, elle est chef du Parti du
Congrès. C’est elle qui, à la suite de sa
victoire aux élections de 2004, a refusé
à la surprise générale le
siège de première ministre pour le
céder à Manmohan Singh, ancien ministre
des Finances et fonctionnaire au CV bien garni.
Né en 1932 dans la province du Punjab, Manmohan
Singh est le premier sikh à occuper le poste de
premier ministre. Après des études en
économie à l’étranger (il a
enseigné à Cambridge et détient un
doctorat d’Oxford) il est revenu en Inde pour
entreprendre une longue carrière dans la fonction
publique.
Son passage comme ministre des Finances au début
des années 90 a été
remarqué. Simplification du système de
taxes, abolition des contrôles, ouverture à
l’entrepreunariat : Manmohan Singh est
considéré comme l’architecte de la
réforme économique qui a permis à
l’Inde d’afficher l’un des taux de croissance
économique les plus rapides de la planète.
Manque de vigueur
En tant que premier ministre, Manmohan Singh a toujours
gardé un profil bas, peut-être parce qu’il
n’a jamais été élu à la
Chambre basse du Parlement indien et doit son poste
à Sonia Gandhi. Son passage a été
marqué par l’accord signé avec les
États-Unis qui permet à l’Inde de
développer son secteur nucléaire à
des fins énergétiques.
Décrit comme pragmatique et comme un homme de
consensus, Manmohan Singh peut
généralement compter sur l’appui des
minorités musulmanes et chrétiennes du
pays, qui craignent la ligne plus dure et pro-hindou du
BJP.
« Manmohan Singh gouverne pour tout le monde. Le
pays a besoin de lui actuellement. L’Inde doit conserver
un gouvernement non religieux », dit Shirley
Bangera, 61 ans, résidante de Bangalore qui fait
partie des 2,3% de chrétiens que compte le pays.
Mais plusieurs lui reprochent son manque de vigueur
à la suite des attentats terroristes de Bombay de
novembre dernier et de ne pas avoir suconserver le
rythme de sa réforme économique. Il a
récemment dû prendre un congé de six
semaines pour subir une chirurgie cardiaque.
ÉLECTIONS
EN
INDE : Les jeux sont faits - PHILIPPE MERCURE
Les élections indiennes –
carrément le plus gros exercice
démocratique de l’histoire – ont pris fin hier.
Mais bien malin qui peut prédire l’issue de cette
course extrêmement serrée. Alors que les
derniers électeurs indiens ont fait la f
Les sondages montrent que la course est
extrêmement serrée.
— Dans la cour d’école du village de
Pothinayanapalli, dans le sud de l’Inde, les vaches
sacrées aux cornes décorées
côtoient les chèvres et les enfants qui
jouent pieds nus dans le sable brûlant.
Le vote s’est
déroulé dans l’ordre malgré les
longues files d’attente que l’on pouvait voir devant
les différents bureaux de scrutin. Pas moins de
714 millions d’électeurs étaient
inscrits pour ces législatives.
Mais hier, l’endroit était aussi plein d’adultes
qui attendaient sous un soleil de plomb pour participer
à la toute dernière étape du plus
grand exercice démocratique que la planète
n’ait jamais connu: les 15es élections
législatives de l’Inde.
Le marathon électoral que court l’Inde depuis un
mois est maintenant terminé. Les 714 millions
d’Indiens inscrits à la liste électorale
ont pu voter en cinq phases. Le verdict final? Il est
attendu pour samedi.
Les sondages montrent que la course est
extrêmement serrée. Il est prévu
qu’aucune formation ne remportera de majorité, si
bien que les partis devront former des alliances pour
gouverner.
Le dernier coup de sonde du Times of India donne 152
sièges au Parti du Congrès de Sonia Gandhi
et de l’actuel premier ministre, Manmohan Singh, contre
145 pour son principal adversaire, le parti nationaliste
hindou – le Bharatiya Janata Party, ou BJP.
En ajoutant les alliés sûrs de chacun des
camps, le sondage donne 195 sièges à une
alliance dirigée par le Congrès, contre
187 à celle dirigée par le BJP. La «
Troisième Voie », une nouvelle coalition
qui regroupe une pléiade de partis de gauche et
de partis régionaux qui ne trouvent pas leur
compte au sein des deux coalitions principales,
récolterait quant à elle 111
sièges.
Des
violences plus sérieuses ont fait un mort
à Kolkata (Calcutta) et des incidents ont aussi
été rapportés à Chennai.
Il faut dire que Pothinayanapalli et Chennai sont
situés au Tamil Nadu. Cet État à
majorité tamoule ressent les effets de la
situation au Sri Lanka, où les Tigres de
libération de l’Eelam tamoul ont
été poussés dans leurs derniers
retranchements par les forces du pays.
Plusieurs analystes croient aussi que l’issue du scrutin
de l’ Inde se décidera au Tamil Nadu, où
la politique est dominée par les partis
régionaux. Les cinq derniers gouvernements de
l’Inde ont été formés avec l’appui
des gagnants de l’État.
Ces considérations ne semblent toutefois pas
avoir inf luencé Ravi Ganabathi, 26 ans.
Après avoir fait la file, le jeune homme a tendu
son index à une vieille femme en sari, qui l’a
marqué Cette tension s’est reflétée
hier d’encre pour s’assurer qu’il ne dans le village de
4000 âmes de vote pas deux fois. Pothinayanapalli.
Un long « bip » a résonné
quand
Installés à l’ombre des arbres, M.
Ganabathi a appuyé sur l’une une cinquantaine de
partisans des 16 touches de la machine portant des
foulards aux couleurs électronique qui a
enregistré son de
différentesvote.formations ont passé la
journée à confronter leurs opiLaquelle?
L’homme a confié nions. Le ton a monté
plus d’une avoir donné son vote à une fois
et on a vu un peu de bouscustar bollywoodienne d’origine
lade. Rien de bien sérieux, mais tamoule. six
policiers armés de fusils et de « Je l’aime
beaucoup », a explibâtons sont tout de
même arrivés qué le jeune homme en
baissant en jeep pour calmer le jeu. les yeux.
Dans tous les cas, personne n’atteint le chiffre magique
de 272, la clé pour obtenir la majorité de
la Chambre basse du Parlement indien. De nouvelles
alliances devront donc être formées ;
tractations et négociations
postélectorales en vue.
Tensions aux bureaux de vote
ÉLECTIONS LÉGISLATIVES EN INDE Une
jeunesse désillusionnée
Sur les 714
millions d’électeurs appelés à voter
ces jours-ci en Inde, 210 millions ont moins de 35 ans. Mais
ils ont beau être incités à voter, les
jeunes sont désabusés par l’alternance des
deux principaux partis politique
— « Je ne vais pas aller voter car à 21 ans,
j’ai déjà perdu toutes mes illusions : que ce
soit le Congrès, le Bharatiya Janata Party (BJP) ou
un autre parti qui l’emporte, cela ne fait absolument aucune
différence », s’exclame Sudhir Kumari, qui trie
des ordures, alors que défilent devant lui les
membres du Shiv Sena, un parti d’extrême droite.
Le jeune homme travaille 10 heures par jour pour 2$. Alors,
il n’a pas l’intention de « gaspiller son temps en se
rendant aux urnes ».
Sapna Makné, elle, croit qu’elle ira voter, mais elle
ne sait toujours pas pour qui. « Sur 62 ans
d’indépendance, le Parti du Congrès a
gouverné pendant plus de 50 ans, mais nous devons
encore faire face à des problèmes de base
comme la malnutrition et l’illettrisme »,
déplore cette militante de 24 ans, membre d’une
association de défense de l’environnement.
Le BJP,
parti nationaliste hindou, qui a dirigé la coalition
au pouvoir en 1998 et 2004, n’est pas épargné.
« Eux, c’est diviser pour régner. Ils font peur
à notre minorité musulmane. En outre, aucun
parti ne s’adresse à moi, jeune femme moderne de
Bombay », soupire-t-elle.
Fait rare dans l’histoire de la démoc rat ie i
ndienne, le « Troisième front », une
coalition de plusieurs partis, menée par Mayawati, la
reine des intouchables, représente une
sérieuse solution de remplacement aux deux grands
partis. Ce qui inquiète Ankur Chandra,
étudiant en sciences politiques de 26 ans, pour qui
« l’Inde a besoin d’un gouvernement fort, pas d’une
myriade de petits partis incapables d’avoir une vision
globale et de prendre des décisions marquées
».
C’est également l ’ avis de Nayan Gupta, qui
déplore « ne pas avoir réussi à
obtenir la carte d’électeurs ». La
complexité des démarches administratives est
venue à bout de la volonté de ce banquier de
28 ans, un résidant de Bombay, mais né dans
une ville à plusieurs centaines de kilomètres
de là. « Les autorités ont tenté
de simplifier les procédures et ont même
créé un site internet. J’y suis allé
plusieurs fois, mais je n’ai jamais réussi à
m’inscrire. »
Conscients du risque de forte abstention chez les moins de
35 ans, près du tiers des électeurs, des
organes de presse et des grandes marques, tentent de les
sensibiliser. Quelques personnalités populaires
montent également au créneau. Juhi, une des
présentatrices de Channel V, une chaîne
musicale destinée à la jeunesse,
répète dans la vie comme à
l’écran: « Vote ya Vaat », un jeu de mots
mélangeant anglais et hindi, qui signifie «
Vote ou paie le prix ». « Ce n’est qu’une voix,
mais c’est la mienne, ma seule chance d’être entendue,
assènet-elle. Voter est un droit à la base
même de la démocratie. »
Poutine
veut contrer la suprématie américaine
«
Pour garder l’équilibre sans développer un
système de défense antimissile comme le
font les États-Unis, nous devons
développer les systèmes offensifs »,
a déclaré M. Poutine, en
déplacement à Vladivostok
(Extrême-Orient russe), sans préciser de
quel type d’armes il est question.
Pour la première fois
depuis des mois, Moscou a évoqué le
système antimissile américain, par la
bouche de son premier ministre Vladimir Poutine. Ce
dernier a pris part hier à la
cérémonie d’inauguration du pipeline
SibériePacifique, à Vladivostok.
« Avec un "parapluie", nos partenaires se
sentiront en sécurité et feront tout ce
qu’ils voudront, l’équilibre sera brisé et
il y aura plus d’agressivité dans la politique et
dans l’économie », a-t-il poursuivi.
C’est la première fois depuis des mois que la
Russie mentionne le système antimissile
américain, alors que le président Barack
Obama avait annoncé en septembre renoncer au
bouclier en Europe de l’Est élaboré par
son prédécesseur, George W. Bush, et que
Moscou considérait comme une menace pour sa
sécurité.
Les États-Unis ont troqué ce projet, qui
était centré sur les missiles de longue
portée, contre un système plus flexible
visant des armes de courte et moyenne portée, une
position en principe satisfaisante pour la Russie.
M. Poutine a remis le sujet sur le tapis hier. Il
revendique le droit de connaître tous les
détails de ce nouveau bouclier.
«
Si on veut un échange d’informations, alors que
les États-Unis nous donnent toute l’information
sur le bouclier antimissile, et nous serons prêts
à communiquer des informations sur les armes
offensives », a-t-il lancé.
Sans mentionner les ÉtatsUnis, M. Medvedev avait,
lui, dit le 24 décembre que la Russie allait
assurer sa sécurité en poursuivant la
modernisation de son arsenal nucléaire, notamment
en développant de nouveaux missiles, dont un
grand nombre, fabriqués sous l’URSS, arrivent en
fin de vie.
Ces déclarations i nterviennent alors que Russes
et Américains négocient depuis de longs
mois un nouveau traité de désarmement
nucléaire pour succéder à l’accord
START, datant de 1991 et qui a expiré le 5
décembre.
À ce sujet, le chef du gouvernement russe a
jugé hier que les pourparlers, interrompus fin
décembre en raison des fêtes de fin
d’année, se déroulaient de manière
« positive », avant de se fendre d’un
truisme.
Quant aux « règles sur la limitation des
armements comprises uniformément, facilement
vérifiables, transparentes, l’existence de telles
règles est mieux que leur absence », a-t-il
glissé.
En s’exprimant sur ces thèmes, M. Poutine s’est
engagé sur un terrain généralement
réservé au président Medvedev, qui,
avec son homologue américain, tentent de parvenir
à un compromis sur le désarmement.
La corruption hypothèque l’avenir de la
Russie - Frédérick Lavoie
De la
garderie à la fin de l’université, le
système d’éducation russe est corrompu
jusqu’à la moelle. Une situation qui met en
péril l’avenir de ce pays, où une
attestation spécialisée s’achète
pour quelques centaines de dollars. MOSCOU — Dans un
passage souterrain entre deux stations de métro,
une dame tient une petite affiche en vieux carton
où il est inscrit « Diplômes ».
La scène n’a rien d’étonnant en Russie,
où quelque 500 000 faux diplômes seraient
vendus chaque année.
Sur l’internet, les vendeurs ne font montre d’aucune
gêne. « Acheter un diplôme est plus
avantageux, puisqu’en étudiant quelques
années, on n’obtient pas toujours la formation
nécessaire pour décrocher un bon emploi.
En plus d’économiser du temps, vous
dépenserez beaucoup moins d’argent et userez
moins vos ner f s en c ommandant u n diplôme
», peut-on l i re sur l e s i t e ky plu-diplom. c
om (« j acheteundiplome. com ») , l ’u n des
nombreux sites à offrir un service du genre.
Pour une somme variant entre 350$ et 1000$ US, le client
devient ainsi comme par magie ingénieur
nucléaire, médecin, ou comptable en moins
de quelques jours ouvrables.
Parmi ces fausses attest a t i ons , quelque 10 0 0 0 0
seraient délivrées annuellement par des
employés des institutions d’éducation. Un
diplôme avec la signature du recteur, les sceaux
officiels et une inscription dans les dossiers de
l’université coûte entre 20 000 $ et 50 000
$.
Aliments avariés
Sergueï Komkov, directeur du département de
la lutte contre la corruption du centre «
Sécurité complexe de la patrie »,
rattaché au Parlement, est persuadé que la
multiplication des faux diplômes n’est que la
pointe visible d’un problème qui gangrène
tout le système d’éducation russe. «
La corruption, elle commence lorsque l’enfant entre
à la garderie et se termine au doctorat »,
soutient-il.
À
Moscou, la liste d’attente pour une place en garderie
compte 16 000 noms. Mais en fournissant une « aide
» de 30 000 à 100 000 roubles (1100 $
à 3700 $ CAN) à un fonds privé
très proche des fonctionnaires municipaux, le
problème s’arrange rapidement, explique M.
Komkov.
À l’école primaire, « l’alimentation
des enfants, c’est le Klondike » pour les firmes
privées et les fonctionnaires, poursuit cet
ancien directeur d’école sous l’ Union
soviét ique. La municipalité de Moscou,
par exemple, octroie une somme colossale pour les repas
des enfants, censés être offerts
gratuitement à la plupart. « En
réalité, très peu ont droit
à la gratuité. Et nos enfants sont nourris
avec des aliments avariés pris dans les
réserves d’ État et revendus aux f i r mes
par la Ville de Moscou pour des kopecks ! »
Selon ses recherches, environ 30% des sommes
allouées pour l’alimentation finissent dans les
poches des fonctionnaires.
Tâche colossale
Depuis son entrée en fonction en début
d’année, Sergueï Komkov et sa douzaine de
subordonnés ont fait les comptes : chaque
année, environ 5,5 milliards de dollars
américains seraient détournés ou
versés en pots-de-vin dans le système
d’éducation russe.
Enrayer la corruption est une tâche colossale,
reconnaît M. Komkov. Surtout en Russie, où
elle n’a fait qu’augmenter depuis le début de la
décennie, malgré les promesses du
président Vladimir Poutine, puis de son
successeur Dmitri Medvedev.
Mais Sergueï Komkov promet de la «
détruire de l’intérieur » en
s’attaquant à quelques institutions et
fonctionnaires corrompus qu’il pourra ensuite brandir en
exemple. « Les étudiants sortent du
système à moitié compétents,
se désole-til. Vous imaginez quel malheur
ça représente pour le pays! »
Poutine défié par des partis
de l’opposition
Ils
dénoncent de prétendues fraudes aux
élections locales
MOSCOU — Le premier ministre russe Vladimir Poutine a
pris de haut la fronde hier de trois formations
politiques à la Douma, d’ordinaire soumises, qui
ont quitté l’hémicycle pour
dénoncer des fraudes électorales en faveur
de son parti, Russie unie.
«Si quelqu’un a des doutes (sur
l’honnêteté des élections), alors il
faut aller devant la justice et le prouver », a
déclaré de Pékin, M. Poutine,
jugeant que les perdants étaient «toujours
mécontents » mais que les gagnants ne
devaient pas « verser dans l’euphorie ».
Le président russe Dmitri Medvedev ne s’est pas
montré plus concilia nt avec le Parti communiste,
le Parti libéra l-démoc rate ( L DP R ,
ultranationaliste) et Russie juste, rejetant leur
demande de rencontre.
« Aucune rencontre de ce type n’est prévue
pour les 10 jours à venir », a
déclaré Nata lia T i ma kova , por
teparole du Kremlin citée par l’agence Ria
Novosti.
Pourtant, un porte-parole de LDPR a affirmé
qu’une telle rencontre aurait lieu prochainement. Le
chef du parti, Vladimir Jirinovski, «s’est
entretenu par téléphone avec le
président (Medvedev) qui lui a promis une
rencontre dans les plus brefs délais»,
a-t-il déclaré hier à la radio
Écho de Moscou.
Les
trois partis, qui contrôlent 135 sièges
à la Chambre basse du Parlement, ont
abandonné hier matin leurs 315 collègues,
tous membres de Russie unie. Les frondeurs n’ont
cependant pas précisé si ce boycottage
était ponctuel ou s’il se poursuivrait à
la prochaine séance demain.
Motif du coup de sang: les résultats des
élections locales de dimanche, marquées
par une victoire écrasante de Russie unie.
Exemple le plus flagrant de fraude selon les trois
partis : l’élection de l’assemblée
municipale de Moscou, où le parti de M. Poutine a
raflé 32 des 35 sièges.
Les États-Unis ont réagi en se disant
« préoccupés des informations
d’observateurs indépendants sur des
irrégularités » lors de ce scrutin.
Cette fronde parlementaire constitue, selon les
observateurs, un événement sans
précédent depuis la disparition à
la fin de 2003 de l’opposition libérale à
la Douma, dernier bastion de la contestation contre le
président d’alors, Vladimir Poutine.
Pour l’analyste indépendant Dmitri Orechkine, le
niveau de fraude électorale a été
tel cette fois-ci que même ces partis
dépendants du Kremlin « ne ferment plus les
yeux » car « il en va de leur survie
».
« Il est très intéressant de voir
que les autorités ont cru à tort que ces
gens allaient avaler la couleuvre », souligne-til,
« qu’il y ait une solidarité entre ces
partis signifie que le niveau de ce qui est acceptable a
été dépassé ».
MOSCOU Poutine se présente en
maître du jeu
MOSCOU —
Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, s’est
présenté en maître du jeu en
annonçant qu’il désignerait le candidat
à l’élection présidentielle de 2012
, en accord avec le président Dmitri Medvedev.
« En 2008, avons-nous été en
concurrence ? En 2012, il n’y aura pas de concurrence
non plus », a-t-il déclaré en
évoquant la présidentielle de 2008
remportée par Dmitri Medvedev dès le
premier tour.
La Constitution russe interdisant trois mandats
successifs à la tête de l’État,
Vladimir Poutine n’avait pu être candidat. Mais il
avait organisé sa succession en désignant
comme dauphin M. Medvedev, souvent
considéré pour cette raison comme une
simple figure de transition, soumise à M. Poutine
et chargée de permettre son retour au Kremlin.
En recevant tour à tour les membres du groupe de
Valdaï, une cinquantaine d’experts d’Europe, d’Asie
et des ÉtatsUnis, souvent consultés par
leurs gouvernements respectifs et donc susceptibles de
relayer le message, les deux leaders se sont
employés à montrer que chacun assumait le
rôle qui est le sien.
Mais
c’est Vladimir Poutine et non M. Medvedev qui a
annoncé qu’ils décideraient d’un commun
accord lequel des deux serait candidat à la
prochaine présidentielle.
Pour la plupart des experts présents, il ne fait
guère de doute que M. Poutine sera le prochain
candidat, et même le prochain président.
« Nous nous mettrons d’accord parce que nous
sommes du même sang et partageons la même
vision des choses », a insisté M. Poutine
en soulignant de manière imagée sa
proximité avec M. Medvedev.
«Pour le sang, je ne sais pas, je ne connais pas
le groupe sanguin de Poutine, mais pour la même
vision des choses, c’est exact », a répondu
mardi le président Medvedev lors d’une rencontre
avec ces experts.
M. Medvedev a annoncé qu’il n’excluait pas
d’être candidat et il a approuvé le mode de
désignation proposé quelques jours
auparavant par M. Poutine.
2eme Guerre Mondiale : De la Russie et de
l'art de réécrire l'histoire - Agnès
Gruda
Qui donc a déclenché la guerre ?
1er
SEPTEMBRE 1939 70 ANS PLUS TARD
Le 1er septembre 1939, Adolf Hitler lance ses troupes
contre la Pologne. Soixante-dix ans plus tard, des voix
s’élèvent en Russie pour dire que la
Pologne l’avait bien cherché. Et qu’elle est donc
responsable du déclenchement de la Seconde Guerre
mondiale. Même si Vladimir Poutine tente de faire
la part des choses, son gouvernement n’en cherche pas
moins à faire oublier le rôle trouble que
l’Union soviétique a joué dans la
genèse du conflit le plus meurtrier de
l’histoire.
Vous croyez tout savoir sur la Seconde Guerre mondiale.
Vous pensez qu’elle a été causée
par les visées expansionnistes d’Adolf Hitler, en
quête de ce qu’il appelait « un espace vital
». Et vous jugez que le sort de ce conflit a
été scellé le 23 août 1939,
quand l’Allemand Joachim Von Ribbentrop et le Russe
Viatcheslav Molotov ont conclu leur fameux pacte de
non-agression, s’entendant sur le partage de la Pologne
tout juste une semaine avant que les troupes du IIIe
Reich n’attaquent ce pays.
PHOTO ARCHIVES
BLOOMBERG NEWS
Adolf Hitler salue ses troupes
qui paradent à Varsovie, la capitale de la
Pologne, quatre jours seulement après avoir
envahi le pays.
Eh bien! si l’on se fie à un article
affiché récemment sur le site internet du
ministère russe de la Défense, vous avez
tout faux. La vraie responsable de l’invasion nazie est
sa première victime : la Pologne.
C’est elle qui, en refusant de céder aux
prétentions «modérées»
de son voisin allemand, dont les visées
territoriales « peuvent difficilement être
décrites comme non j ustifiées », a
allumé la mèche de la guerre. À
partir du moment où la Pologne a refusé de
céder son « corridor » sur la
côte de la mer Baltique, il était naturel
que l’Allemagne déclenche son offensive.
Cette thèse surprenante, signée par
l’historien russe Sergueï Kovalev, est
passée inaperçue sur le site du
gouvernement russe pendant plusieurs semaines. Quand
elle a été remarquée, elle a
causé le brouhaha que l’on imagine.
Particulièrement en Pologne, où elle a
été reçue avec indignation. Mais
aussi avec une bonne dose de sarcasme.
Thèses isolées ?
«Les Polonais ont donc causé la plus
tragique guerre de l’Histoire parce que, menés
par une mégalomanie et des ambitions
impériales incompréhensibles, ils n’ont
pas saisi les justes raisons d’Adolf Hitler et ont eu la
légèreté de ne pas
l’écouter», ironise un journaliste polonais
dans un article publié en juin.
L’article de Sergueï Kovalev a été
retiré du site web dès que la
polémique a éclaté, mais cet
historien n’est pas seul. En juin, un documentaire de la
chaîne de télévision Rossia accusait
la Pologne d’avoir proposé un soutien militaire
à Berlin et d’avoir offert au Japon d’ouvrir un
deuxième front contre la Russie.
Et ces
jours-ci, le Service russe de renseignement
extérieur prévoit diffuser à Moscou
des documents sur des «plans secrets » que
la Pologne aurait nourris à la veille de la
guerre.
S’agit-il de thèses isolées ou d’un
courant qui gagne en i n f luence ? « L a v ision
de Kovalev est partagée de façon marginale
par d’autres historiens russes », tranche Macha
Lipman, de la fondation Carnegie, à Moscou.
N’empêche: les thèses qu’il défend
n’en sont pas moins significatives, car elles
s’inscrivent dans le cadre d’une opération
politique visant à réécrire
l’Histoire de la Russie, estime Mme Lipman.
Un pacte « immoral »
L’armée soviétique a été
cruciale dans la défaite d’Hitler, mais la Russie
a joué un rôle trouble au début du
conflit, en signant le pacte MolotovRibbentrop, qui lui
a permis d’annexer une large partie du territoire
polonais.
Les dirigeants russes ont remis ce pacte en question une
première fois en 1989, pendant les
réformes de Mikhaïl Gorbatchev.
Hier, le premier ministre Vladimir Poutine l’a
critiqué pour la première fois, le
qualifiant d’«immoral» dans une lettre
ouverte publiée dans la presse polonaise. Mais en
même temps, il a reproché à la
France et à l’Angleterre d’avoir signé, en
1938, le traité de Munich à la suite
duquel Hitler a conclu qu’il jouissait d’une
«impunité absolue».
En Pologne, sa lettre a été accueillie
favorablement, mais avec un brin de scepticisme, Et le
porte-parole du gouvernement polonais a indiqué
qu’il allait attendre ce que M. Poutine allait dire
aujourd’hui, à l’occasion de la
commémoration du 1er septembre 1939, avant de
juger s’il avait tendu la main à la Pologne.
Réhabiliter Joseph Staline
Le
gouvernement russe souhaite que l’Histoire retienne son
combat contre Hitler, mais efface les aspects plus
troubles de son rôle dans la Deuxième
Guerre mondiale, affirme l’analyste Macha Lipman. Et les
dirigeants russes y tiennent tant qu’ils ont mis sur
pied une commission censée «corriger les
tentatives de falsifier l’Histoire pour nuire aux
intérêts de la Russie.»
Vladimir Poutine reçoit,
en 2000, un livre des mains d’un vétéran
de la Seconde Guerre mondiale, le maréchal de
l’armée de l’Air, Alexandre Yefimov.
Cette
commission a ouvert ses travaux la semaine
dernière, à quelques j ours du 70e
anniversaire de l’invasion de la Pologne. « Ceux
qui blâment la Russie, en tant que successeur
historique de l’ Union soviétique, pour des
événements et des tragédies de
cette époque, préparent la base pour des
revend ications politiques , fi na ncières et ter
ritoria les contre notre pays », a alors
affirmé Sergueï Naryshkin, président
de cette commission et chef de cabinet du
président Medvedev.
Quel est le but de cet exercice de
réinterprétation de l’ H istoi re ?
Réhabi l iter le régime de Joseph Staline,
pour préserver l’image de celui de Poutine, croit
Macha Lipman. Selon elle, « toute critique de la
dictature soviétique soulèverait
immanquablement des questions trop délicates sur
le gouvernement actuel. »
Un expert russe prédit la dislocation des
États-Unis
MOSCOU
— Les États-Unis cesseront d’exister en juillet
2010, a affirmé hier un politologue russe en
présentant son livre sur ce sujet, où il
compare le président américain Barack
Obama au dernier leader soviétique M
ikhaïl Gorbatchev. « L a probabilité
que les États-Unis cesseront d’exister en
juillet 2010 est supérieure à 50 %
», a déclaré lors d’une
conférence de presse Igor Panarine, professeur
de l’Académie diplomatique du ministère
russe des Affaires étrangères.
« Les résultats de l’exercice financier
qui se termine le 30 septembre vont choquer les
investisseurs », a-t-il déclaré en
ajoutant que le processus de
désintégration commencerait en novembre.
Cita
nt pêle-mêle l’ou raga n Katrina , la v
iolence des m i neu rs, les fa m illes monoparentales,
les prisons surpeuplées et l’abondance
d’homosexuels, l ’a u t e u r conclut que la
société américaine est au seuil
d’u ne « catastrophe psychologique ».
M. Panarine dresse aussi des parallèles entre
l’Amér iq ue a c t uel le e t l’ Un ion
soviétique ava nt sa chute. « L a dette a
méricaine a été multipliée
par sept en onze ans. Sous Gorbatchev la de t te s ov
ié t iq ue a é té
multipliée pa r souligne-t-il.
Vladimir Mamontov, rédacteur en chef du
quotidien proche du Kremlin, Izvestia, a
expliqué qu’il publiait les opinions de
Panarine parce que les « versions insolites (des
événements) aident les lecteurs à
surfer entre des informations monotones ».
cinq »,
Comme le voisin tchétchène -
Frédérick Lavoie
Dans le
Caucase russe, la guerre fait rage entre les forces de
l’ordre et les combattants islamistes, qui veulent
l’instauration d’un émirat dans toute la
région. Notre collaborateur s’est rendu dans la
petite république d’Ingouchie, voisine de la
Tchétch
NAZRAN, Ingouchie — Sur un petit kiosque
abandonné de Nazran, plus grande ville
d’Ingouchie, une inscription visiblement
rédigée par des fossoyeurs : « Nous
creusons des trous », suivie d’un numéro de
téléphone.
PHOTO ALEXEI NIKOLSKY,
ASSOCIATED PRESS
Le premier ministre russe
Vladimir Poutine a rendu visite, en juillet dernier
dans un hôpital de Moscou, au président
ingouche Iounous-Bek Evkourov, visé par un
attentat à la voiture piégée qui
l’a gravement blessé le 22 juin.
Sur d’autres murs du centre-ville, la famille de
Magomed-Bachir Tcherbiev a placardé la photo du
jeune homme de 19 ans, parti acheter des souliers un
mardi matin et jamais revenu.
La mort et les disparitions n’ont plus rien
d’étonnant en Ingouchie, autrefois plutôt
calme comparativement à sa voisine
tchétchène, ravagée par deux
guerres.
Cette semaine, le ministre de la Construction a
été tué dans son bureau. Le
cinquième attentat contre un officiel ingouche de
haut rang en moins de deux mois. Le 22 juin, c’est le
président lui-même qui a failli y passer
lors d’un attentat suicide à la voiture
piégée.
Durant la première moitié de
l’année, 166 personnes ont été
tuées en Ingouchie, selon un décompte de
l’organisation de défense des droits de l’homme
Memorial. Le total se divise en trois catégories
à peu près égales : policiers,
combattants islamistes et citoyens pacifiques.
Erreurs de la Russie
Si les racines de la violence étaient uniques
dans cette république du Caucase russe de moins
de 450 000 habitants, elle serait peut-être plus
facile à enrayer. Mais entre la menace de la
guérilla islamiste, les crimes des forces l’ordre
commis au nom de la lutte antiterroriste, les
règlements de compte mafieux et la tradition
caucasienne de « vengeance du sang », le
journaliste local Vakha Tchapanov s’y perd.
« Les autorités accusent les wahhabites de
tout et de rien, mais il n’y a pas de schéma
clair pour expliquer cette violence. »
Pourtant, encore en 2001, rien ne laissait croire que la
situation dégénérerait de la sorte,
note Timour Akiev, analyste au bureau de Memorial
à Nazran.
Il y
avait bien à l’époque quelque 300 000
réfugiés tchétchènes
entassés en Ingouchie, mais la lutte pour
l’indépendance menée par les combattants
cachés parmi eux trouvait peu d’écho parmi
les Ingouches, historiquement plus fidèles
à Moscou.
Selon M. Akiev, l’une des erreurs de la Russie aura
été de donner carte blanche aux forces de
l’ordre pour en finir avec la menace séparatiste
tchétchène. Plus les exécutions
extrajudiciaires – parfois d’innocents – se
multipliaient, plus la solidarité entre musulmans
se consolidait contre les « infidèles
».
Jusqu’à ce que l’idée
d’indépendance se transforme en projet islamiste
de grand émirat. La guérilla n’a
désormais plus de frontières dans le
Caucase. « Lorsqu’on analyse la situation
aujourd’hui, on ne peut plus séparer la
Tchétchénie, l’ Ingouchie et le Daguestan
», souligne Timour Akiev.
Islamisme rassembleur
Dans un Caucase agraire, sans industrie et
dépendant des subsides de Moscou, rejoindre la
guérilla est devenu une perspective d’avenir pour
plusieurs jeunes hommes. Ou un moyen d’échapper
au harcèlement des policiers, qui enlèvent
et parfois tuent ceux soupçonnés de
sympathies islamistes. En toute impunité.
« À ma connaissance, au cours des huit
dernières années, aucun agent n’a jamais
été jugé pour ce genre de crime
», souligne Vakha Tchapanov.
L’idéologie islamiste devient ainsi un
élément rassembleur pour une partie de la
résistance, alors que de plus en plus de jeunes
prennent le maquis.
Malgré la situation, un espoir est né en
octobre 2008: Iounous-Bek Evkourov, nouveau
président ingouche nommé par Moscou pour
remplacer le très impopulaire Mourat Zyazikov,
accusé d’encourager l’impunité des forces
de l’ordre.
« Evkourov a compris que tous nos problèmes
ne sont pas seulement liés auxactionsdes
combattants islamistes », dit M. Akiev. Il
souligne toutefois que les mesures prises n’auront
d’effets qu’à long terme. « Elles devront
être jumelées à la création
de nouveaux emplois, sinon elles seront inefficaces.
»
LES « MEURTRES POLITIQUES »
DÉNONCÉS
Le
président russe Dmitri Medvedev a
dénoncé hier les « meurtres politiques
» visant à déstabiliser le Caucase, et
a appelé l’homme fort pro-Kremlin de
Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, à tout
faire pour retrouver les coupables. « Toute la
série de meurtres politiques et de tentatives de
meurtre a pour objectif de déstabiliser la
situation dans le Caucase », a dit M. Medvedev,
évoquant les récents assassinats de
défenseurs des droits de l’homme en
Tchétchénie et l’attentat contre le
président de l’Ingouchie. Élucider ces
crimes « est une tâche commune pour toutes les
autorités, et pas seulement les autorités
fédérales », a souligné le
président russe.
Un rêve russe aux accents
américains - Frédérick
Lavoie
Il y a
quatre ans, craignant d’être renversé par
une révolution prodémocratique comme le
furent ses alliés en Ukraine voisine, le
régime autoritaire de Vladimir Poutine a
créé des groupes de jeunes patriotes
prêts à le défendre contre tout
mouvement populaire. Aujourd’hui, la menace est
passée. L’opposition russe est en lambeaux. Le
Kremlin veut maintenant mobiliser sa jeunesse pour
développer le pays, leur promettant un
rêve russe aux accents américains, nous
explique notre collaborateur.
RÉGION DE TVER, Russie — Il est 8h du matin,
sur les bords du pittoresque lac Seliger, à 340
km au nord-ouest de Moscou. Des haut-parleurs crachent
l’hymne national russe. Des centaines de participants
du camp Seliger se massent devant une scène
décorée de portraits et de citations du
président Dmitri Medvedev et du premier
ministre Vladimir Poutine pour la séance
matinale d’exercice.
PHOTO ALEXEI
NIKOLSKYARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Le premier ministre russe
Vladimir Poutine a fait un passage remarqué
le 25 juillet dernier au camp Seliger. D’abord
conçu comme un camp politique proKremlin pour
les jeunes, Seliger a désormais une autre
vocation: le capitalisme et le développement
économique du pays.
Les quatre années précédentes, le
camp était organisé par Nachi («
Les nôtres »), groupe jeunesse pro-Kremlin
fondé au début de 2005, tout juste
après la vague de révolutions
colorées pro-occidentales dans trois
républiques ex-soviétiques.
Cet été, l’Agence fédérale
pour les affaires de la jeunesse, dirigée par
l’ancien chef des Nachi, a reçu 3 millions de
dollars de fonds publics pour prendre en main le camp.
Quelque 50 000 j eunes au total ont passé une
semaine ou plus dans le village de tentes aux abords
de Seliger, soit 10 fois plus que l’an dernier.
«Allez! Dmitri Anatolevitch (Medvedev) doit voir
que nous sommes pleins d’énergie ! »
lance un animateur aux jeunes en train de se
dégourdir. En après-midi, ils
s’entretiendront avec le président par
vidéoconférence.
Quelques centaines de mètres plus loin, une
série de croix plantées au sol forment
le «Cimetière des inventions qui auraient
pu appartenir à la Russie ». Les
épitaphes relatent l’histoire de l’ampoule
électrique, de la radio, de
l’hélicoptère ou encore du jeu Tetris,
que les Russes auraient été les premiers
à mettre au point, mais qu’un Américain
ou, pire, un Russe immigré, ont breveté
à l’étranger.
Soutenir la jeunesse
Evgueni Kourkine, 23 ans, s’assurera que ça ne
se reproduise plus. Dans l’une des tentes du camp,
l’étudiant de l’Université
aérocosmique de Samara règle les
détails d’une entente commerciale avec le
directeur innovation d’Onexim Group, Mikhaïl
Rogatchev. Ce dernier est prêt à investir
1 million de roubles (36 000$ CAN) dans le
développement de la turbine éolienne
conçue pour le milieu urbain par Evgueni et son
équipe.
«Appuyer ces projets est pour nous un moyen de
former une demande pour l’innovation en
Russie,expliqueraM. Rogatchev. Nous croyons qu’il est
important que notre jeunesse énergique soit
soutenue.»
Dans un pays où les mots durs de Poutine envers
un chef d’entreprise peuvent faire chuter du tiers la
valeur de ses actions en une journée, c’est
aussi une façon pour les gens d’affaires
d’assurer leurs bonnes relations avec le pouvoir.
Au
moment de la vidéoconférence, Dmitri
Medvedev se félicitera d’ailleurs qu’Onexim
Group, qui appartient à Mikhaïl Prokhorov,
l’homme le plus riche de Russie selon le magazine
Forbes, appuie ces projets.
Sous un autre chapiteau, de jeunes inventeurs en sont
encore à convaincre des investisseurs
potentiels. «Vous devriez mieux montrer votre
avantage concurrentiel», suggère l’un des
hommes d’affaires à une jeune fille
après sa présentation. Celle-ci aurait
peut-être dû se procurer l’une des
dizaines de traductions de livres américains
qui promettent de révéler la recette
miracle pour devenir millionnaire, en vente dans la
tente voisine.
Plus de capitalisme
Seliger est maintenant plongé dans le
capitalisme. «Nous commençons un nouveau
cycle», explique Ilia Kostounov,
l’énergique directeur du camp. «Les
premières années, il n’y avait qu’une
thématique: la politique. Nous devions
préparer de jeunes politiciens»,
rappelle-t-il.
Résultats: cinq anciens campeurs de Seliger
sont devenus députés à la Douma
(Parlement russe), près d’une trentaine
siègent dans les parlements régionaux,
sans compter la multitude d’entre eux qui sont devenus
fonctionnaires.
« Par analogie, nous voudrions avoir, dans trois
ans, cinq multinationales et une trentaine
d’entreprises régionales » issues de
Seliger, rêve déjà Ilia Kostounov.
Il assure qu’il y a désormais «
zéro politique » dans l’orga nisation du
ca mp et dans le choix des participants. « Le
fait d’avoir ou non une carte de membre d’un parti ne
change en rien la capacité d’une personne
à inventer. »
Gleb Pavlovski, conseiller de tous les
présidents russes et l’un des idéologues
derrière la création de Nachi, confirme
le changement de fonction de la jeunesse poutinienne.
«Il y a quatre ans, il y avait sans l’ombre d’un
doute une menace réelle (contre le pouvoir) et
son rôle était de contenir les mouvements
antiétatiques.» S elon M . P avlovsk i ,
c ’est «l’existence même» des
groupes de jeunes pro-Kremlin qui a permis de
«régler» le cas de l’opposition.
«Aujourd’hui, le problème sonne
différemment: il faut moderniser le
pays.»
En
ce cas, les forces vives de la jeunesse patriotique
russe seront toujours mobilisées. Ilia
Kostounov n’hésitera pas à
délaisser momentanément sa chaise de
fonctionnaire pour reprendre la rue. « J’ai
prêté serment en tant que commissaire (de
Nachi) que je ne laisserais jamais se produire un
événement anticonstitutionnel dans le
pays.»
Poutine fête 10 ans de pouvoir
Les Russes
se réjouissent de voir le standing de leur pays sur
la scène internationale renforcé par la
politique étrangère agressive de Poutine.
— Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, a
fêté hier ses 10 ans de pouvoir à la
tête du pays. L’ex-agent du KGB devenu homme fort du
Kremlin ne semble pas près de la retraite.
Il y a 10 ans, le 9 août 1999, un président
Boris Eltsine mal en point a nommé le directeur du
FSB, successeur du KGB, à la tête du
gouvernement. Après la démission surprise
d’Eltsine peu après, Poutine, qui occupait
l’intérim, a été officiellement
élu en 2000. En 2008, il a cédé la
présidence à celui qu’il avait choisi comme
dauphin, Dimitri Medvedev, sans pour autant renoncer
à son pouvoirpuisque lui-même est redevenu
premier ministre.
La quasi-totalité de son entourage est toujours aux
manettes, et Poutine serait quant à lui toujours le
véritable maître du Kremlin.
Et à 56 ans, le natif de SaintPétersbourg
semble à des annéeslumière de la
retraite. Il a encore montré ses muscles et son
torse dénudé cette semaine pendant ses
vacances en Sibérie, plongeant dans une
rivière glacée ou escaladant des falaises...
Pendant
ses deux présidences, Poutine a en tous cas
nettoyé le paysage politique de toute opposition.
Il a aboli l’élection au suffrage direct des
gouverneurs des régions, marginalisé
l’opposition libérale et, selon ses
détracteurs, instauré un régime
d’impunité pour ceux qui font taire ses rivaux,
quels que soient les moyens employés.
Les observateurs s’accordent à dire qu’il est parti
pour durer. « Poutine peut tout à fait
régner jusqu’en 2012 (les prochaines
élections, NDLR) voire plus longtemps »,
estime Lilia Chevtsova, du centre Carnegie de Moscou.
La presse aussi a été mise au pas, entre
contrôle étatique et intimidation. Depuis que
Poutine est au pouvoir, 16 journalistes ont
été assassinés selon le
décompte de la Maison des libertés. Le cas
le plus connu est celui de la journaliste
spécialiste de la Tchétchénie Anna
Politkovskaïa. Un seul de ces assassinats a
été élucidé.
Mais beaucoup portent au crédit de Poutine la
reconstruction d’une économie en lambeaux dans les
années 90 et se félicitent d’une
qualité de vie bien meilleure que pendant les
années Eltsine. Moscou et Saint-Pétersbourg
regorgent de milliardaires, même si la crise
actuelle leur a porté un coup.
Et les Russes, toujours patriotes, se réjouissent
de voir le standing de leur pays sur la scène
internationale renforcé par la politique
étrangère agressive de Poutine, qui a connu
son apogée avec l’intervention militaire en
Géorgie à l’été 2008. Cette
attitude a sérieusement refroidi les relations avec
Washington mais vaut à Poutine, 10 ans
après, 78% de popularité.
Russie : Le président à deux
têtes - FRÉDÉRICK LAVOIE
Les Russes
apprécient que le pays soit dirigé par
Medvedev et Poutine Il y a un an, un juriste peu
charismatique de 42 ans, Dmitri Medvedev, devenait
troisième président de la Russie. Le
lendemain, il nommait premier ministre son populaire
prédécesseur, V
COLLABORATION SPÉCIALE MOSCOU— « Je lui donne
cinq sur cinq! » Même en ces temps de crise,
Nina Spodarets n’a rien à redire sur le travail de
son jeune président, Dmitri Medvedev.
Le président de la Russie,
Dmitri Medvedev, au cours d’une visite d’une école
militaire, le 22 avril dernier.
« Il est jeune, énergique et intelligent
», énumère la retraitée de 65
ans, ancienne technicienne de cinéma. « Il a
augmenté nos chèques de retraite et
lutté contre l’inflation », ajoute-t-elle,
lorsqu’on lui demande concrètement ce que le
président a fait pour elle. Elle semble toutefois
oublier que, selon la Constitution, ces deux
décisions relèvent... du gouvernement,
dirigé par Vladimir Poutine, et non pas de la
présidence.
En Russie, un an après la prestation de serment de
Medvedev, personne ne sait vraiment qui du président
ou du premier ministre est aux commandes. Sauf
peut-être les deux principaux
intéressés. La Constitution prévoit
bien une présidence forte, mais les jeux de coulisses
comptent beaucoup plus dans la répartition des
pouvoirs réels que la loi suprême.
Un sondage mené en avril par le Centre Levada
révèle que la majorité des Russes
estiment que Medvedev et Poutine se partagent les
responsabilités plus ou moins également. Le
tiers des répondants affirment que Poutine reste
l’homme fort du régime, contre seulement 12% qui
misent sur Medvedev.
« Nous ne pouvons que spéculer »,
constate ainsi la dissidente Lioudmila Alexeeva, qui
dénonce depuis des décennies l’arbitraire des
pouvoirs soviétique, puis russe.
Selon elle, Dmitri Medvedev, qui a promis à son
élection de lutter contre le « nihilisme
légal », a démontré au cours de
l’année ses bonnes intentions pour en finir avec la
corruption et le contrôle politique du système
judiciaire.
« Mais dans un même temps, il a signé une
loi limitant la possibilité de procès avec
jury [dans les cas d’accusation pour extrémisme ou
terrorisme], alors que ces procès sont beaucoup plus
équitables et sérieux que ceux avec juge
», relève-t-elle.
Medvedev a aussi profité de l’allégeance sans
faille des deux chambres du Parlement et des
assemblées régionales pour faire adopter en
vitesse en décembre des changements constitutionnels
faisant notamment passer de quatre à six ans le
prochain mandat présidentiel.
L’indomptable militante de 81 ans estime que durant ses huit
années au Kremlin, l’ex-agent du KGB Vladimir Poutine
a « porté atteinte » au pays. «
Medvedev, pour l’instant, n’a rien empiré, mais il
n’a pas non plus corrigé la situation
créée par Poutine », souligne Mme
Alexeeva, qui a rencontré le président il y a
deux semaines pour lui exposer ses doléances en
matière de violation des droits de l’homme.
Gleb Pavlovski, politologue et conseiller de tous les
présidents depuis Boris Eltsine, reconnaît que
la justice n’est toujours pas indépendante du pouvoir
politique en Russie.
Paradoxalement, il cite la libération de l’avocate de
l’ex-pétrolière Ioukos, Svetlana Bakhmina,
comme preuve de la volonté de Dmitri Medvedev d’en
finir avec l’arbitraire.
Le mois dernier, la mère de famille s’est vue
accorder une libération anticipée qui lui
avait été longtemps refusée,
vraisemblablement en raison de l’acharnement de la justice
russe contre les anciens dirigeants de Ioukos, dont le
patron Mikhail Khodorkovski avait défié
Vladimir Poutine en démontrant des ambitions
politiques.
« Je suis certain que si le juge avait eu le sentiment
que Medvedev ne voulait pas la libération [de
Bakhmina], il ne l’aurait pas permise », admet celui
qui est considéré comme l’une des têtes
pensantes du Kremlin.
Gleb Pavlovski juge que le pouvoir russe a atteint «
une nouvelle phase » avec l’avènement de Dmitri
Medvedev. « Ce n’est certainement pas une cassure avec
l’époque Poutine, mais le président a une
nouvelle série d’objectifs à remplir. »
« Durant ses deux mandats, Poutine a dû
s’assurer de gagner la loyauté de la classe
politique. Il a donc dû fermer les yeux sur certaines
choses » comme la corruption de certains haut
placés, analyse M. Pavlovski.
« Medvedev estime que le temps est venu de faire
fonctionner la Constitution en "régime normal". Et il
le fera dès que la crise économique sera
terminée », assure son conseiller.
Medvedev
à
l’écoute de ses opposants (même s'il ne fait
rien...)
RUSSIE Le
président russe Dmitri Medvedev a passé une
bonne partie de la semaine dernière attablé
avec ses critiques les plus farouches. Certains y ont vu le
symbole d’une possible démocratisation du pays sous
ce président, qui se présente volontiers plus
« À quoi bon répéter sans cesse
des vérités politiques évidentes
à un président qui comprend tout, mais ne fait
rien ? »
COLLABORATION SPÉCIALE
— Le lundi 13 avril, Dmitri Medvedev a donné sa
première entrevue à un journal russe depuis
son élection, en mars 2008. Et le choix
n’était pas anodin. Novaïa Gazeta est la
publication la plus critique du Kremlin. Quatre de ses
journalistes – dont la plus célèbre, à
l’étranger, Anna Politkovskaïa –, ont
été assassinés au cours de la
dernière décennie.
Le rédacteur en chef du journal, Dmitri Mouratov, a
abordé plusieurs thèmes sensibles comme la
liberté de parole et le contrôle du
système judiciaire du pays par le pouvoir politique.
Fidèle à son habitude, le juriste Medvedev a
offert des réponses techniques, niant un manque de
liberté en Russie, tout en notant qu’il reste
beaucoup à parachever.
Le lendemain, il s’est entretenu avec les membres de
l’Institut du développement contemporain.
Considéré comme l’institut de recherche
officieux de Medvedev, il lui permet d’avoir un
aperçu de la situation dans le pays à
l’extérieur de l’appareil de l’État.
« Le pouvoir n’a pas besoin de compliments ni de
léchage de la part de la communauté d’experts
», a prévenu le président. Les
chercheurs n’ont d’ailleurs pas manqué de critiquer
la politique en matière d’emploi du gouvernement.
Mercredi dernier, troisième symbole. Dix-huit des
plus importants défenseurs des droits humains et
militants de la société civile russe ont
franchi les portes du Kremlin pour une rencontre de plus de
trois heures avec le président.
« Il nous a écoutés » , croit
Aleksei Simonov, président de la Fondation pour la
défense de la Glastnost. « Je n’ai toutefois
pas l’impression qu’on lui a dit quoi que ce soit qu’il ne
savait déjà », ajoute-t-il.
Medvedev a
écouté, mais il n’a rien promis. Si ce n’est
de rendre plus fréquentes qu’une fois par
année les réunions du Conseil sur la
collaboration pour le développement des institutions
de la société civile et des droits de l’homme,
« parce qu’il y a trop de problèmes [à
discuter] ».
D’où les critiques d’autres militants, opposés
à ce type de collaboration avec le pouvoir. «
À quoi bon répéter sans cesse des
vérités politiques évidentes à
un président qui comprend tout, mais ne fait rien?
» s’est interrogé lundi le dissident Aleksandr
Podrabinek dans l’Ejednevny Journal.
Selon lui, les défenseurs des droits de l’homme qui
ont participé à la rencontre sont devenus les
« fous du roi » d’un président qui
voulait embellir son image de démocrate.
« Je ne me sens pas fou du roi, rétorque
Aleksei Simonov. Mais je ne vois rien de mal de toute
façon dans ce rôle. Tant qu’on ne le fait pas
rire. »
Selon Aleksei Simonov, il est probable que le
président Medvedev souhaite réellement plus de
libertés en Russie.
« Mais d’y croire, c’est une chose. D’y travailler,
c’en est une autre », souligne-t-il, rappelant
qu’audelà des mots, la première année
de présidence de Medvedev ne s’est pas traduite par
une libéralisation effective.
« Tant que l ’ appa r e i l de l’État
considérera les dissidents comme une menace à
la sécurité du pays, il n’y aura pas de
liberté de parole. »
Ossétie du Sud : « Sans les
Russes, il ne resterait rien » -
Frédérick Lavoie
Dans la
nuit du 7 au 8 août 2008, à la suite de
plusieurs semaines d’escarmouches frontalières,
l’armée géorgienne bombarde Tskhinvali, la
capitale de la région sécessionniste de
l’Ossétie du Sud appuyée par Moscou. Suit
une confrontation éclair au cours
Les indépendantistes ossètes sont bien
conscients de servir de pion géopolitique
à la Russie contre la Géorgie
pro-occidentale, souligne la journaliste de l’opposition
Maria Lipy.
COLLABORATION SPÉCIALE — Dans une cour du centre
de Tskhinvali, des drapeaux sudossète et russe
sèchent côte à côte sur une
corde à linge. « Sans les Russes, il ne
resterait plus rien », lance Zemfira, assise
quelques mètres plus loin.
Des soldats russes nettoyaient
leurs armes, hier, à la base militaire de
Tskhinvali, en Ossétie du Sud. Les incidents se
sont multipliés à la frontière au
cours des derniers jours, alors que la région
indépendantiste souligne le premier
anniversaire de la guerre éclair de
l’été dernier.
Cette femme de 35 ans est reconnaissante envers la
Russie d’avoir chassé l’armée
géorgienne, qui a lancé une offensive sur
Tskhinvali dans la nuit du 7 au 8 août 2008,
cherchant à rétablir sa
souveraineté sur ce territoire qui lui
échappe de facto depuis la chute de l’URSS.
Les immeubles à logements qui entourent sa cour
ont pour la plupart été frappés par
les violents bombardements géorgiens. Ils ont
tout de même eu plus de chance que quelque 420
autres édifices de Tskhinvali, qui doivent
être totalement reconstruits.
Seules les façades extérieures des
immeubles moins endommagés de Tskhinvali ont
été rénovées pour l’instant
et de nouvelles fenêtres ont été
installées sur la plupart. Mais à
l’intérieur, les rénovations promises se
font attendre.
C’est que tout est entre les mains des Russes, qui
financent entièrement la reconstruction de la
petite république rebelle qu’ils ont
défendue. Les premiers travaux d’envergure n’ont
commencé que le 15 juillet dernier, près
de 600 projets attendant l’approbation de Moscou.
Aux crochets de la Russie
Il faut dire que même avant la guerre de
l’été dernier, l’Ossétie du Sud,
qui compte entre 40 000 et 60 000 habitants selon les
estimations, n’a jamais été très
développée.
C’e s t
pou r quoi Z ou r ab Kabi s ov, d i r e c t eu r de la
Commission de reconstruction, parle surtout de «
construction » . Selon lui, au-delà de son
indépendance politique, la petite
république doit se bâtir une
indépendance économique. « Nous
n’avons jamais eu une production de biens de
première nécessité »,
souligne M. Kabisov.
Pour l’instant, l’Ossétie du Sud vit aux crochets
de Moscou. En deux ans, la Russie aura investi 10
milliards de roubles (360 millions de dollars) pour les
projets de reconstruction. Elle prévoit
dépenser la même somme l’an prochain.
Longtemps, le seul souhait de Tskhinvali a
été un rattachement à la
Fédération de Russie, afin de rejoindre
les frères d’Ossétie du Nord dans une
même entité. En entrevue à La Presse
cette semaine, le président sud-ossète
Edouard Kokoïty a toutefois laissé entendre
que l’idée devait être abandonnée,
Moscou n’ayant jamais montré d’intentions en ce
sens.
« Oui, il y a une volonté de notre peuple
de s’unir. Mais les détails sur la forme de cette
union, en prenant compte des réalités
actuelles, peuvent être multiples » , a-t-il
expliqué, citant l’exemple de l’ Union
européenne. Selon Edouard Kokoïty, la Russie
n’a jamais eu l’intention d’annexer l’Oss é t ie
du Sud, comme l ’ en accuse Tbilissi.
Récentes provocations
Les indépendantistes ossètes sont bien
conscients de servir de pion géopolitique
à la Russie contre la Géorgie
pro-occidentale, souligne la journaliste de l’opposition
Maria Lipy. « La Russie a combattu à nos
côtés pour défendre ses propres
intérêts. Mais heureusement, nos
intérêts coïncident avec les siens
», souligne-t-elle.
Ru s s e s , Os s è t e s e t Géorgiens
assurent tous vouloir éviter une nouvelle guerre,
accusant l’ennemi de se prêter à des
« provocations ». Les incidents se sont
multipliés à la frontière au cours
des derniers jours. Frontière actuellement bien
protégée par l’armée russe. Du
même coup, le spectre d’un conflit armé,
qui n’avait jamais vraiment quitté les habitants
de Tskhinvali, a resurgi de plus belle.
Un cocktail qui demeure explosif -
Agnès Gruda
Escarmouches, avertissements, troupes en état
d’alerte : le scénario ressemble à celui
qui avait précédé la guerre
éclair de l’an dernier.
La Russie et la Géorgie vont-elles repartir en
guerre, comme en août 2008? Un an après cet
été meurtrier, les signaux de tension se
multiplient à la frontière entre la
Géorgie et l’Ossétie du Sud, la
région sécessionniste appuyée par
Moscou.
Cette semaine, les Géorgiens ont accusé
les Sud-Ossètes d’avoir déplacé
leurs bornes frontalières. Les Russes, eux, ont
soutenu que les Géorgiens tirent des grenades sur
l’Ossétie.
« Nos troupes en Ossétie du Sud infligeront
une cuisante défaite aux agresseurs
géorgiens avant même que ceux-ci
n’atteignent le territoire sud-ossète », a
déclaré mardi le ministère russe de
la Défense.
Cette déclaration pourrait faire partie d’un plan
visant à préparer « une
séquence d’événements pour
justifier une intervention militaire », suppose un
des grands spécialistes de la politique de
défense russe, Pavel Felgenhauer.
Esca rmouches, aver tissements, troupes en état
d’alerte: le scénario ressemble à celui
qui avait précédé la guerre
éclair de l’an dernier.
« Des incidents violents et l’absence de
mécanismes de sécurité efficaces
créent un climat dangeOssétie du Sud et en
Abkhazie – l’autre région sécessionniste
de la Géorgie.
Plus troublant : Moscou a obtenu le départ de
tous les observateurs internationaux postés dans
les régions sécessionnistes.
Résultat: il n’y a plus aucun regard neutre pour
rapporter ce qui s’y passe, un « vacuum
d’information potentiellement dangereux » selon le
représentant du ICG à Tbilissi, Lawrence
Sheets.
En même temps, la situation a évolué
depuis un an. Et plusieurs chef du bureau caucasien de
Radio Free Europe.
Le 7
août 2008, prenant pour prétexte les
provocations des Sud-Ossètes, la Géorgie
avait lancé ses troupes contre la région
rebelle, avant d’être repoussée en quelques
jours par l’armée russe.
Il est peu probable que le président Mikheïl
Saakachvili, dont le régime a miraculeusement
survécu à ce fiasco, ait envie de remettre
ça.
De leur côté, les Russes n’ont pas
intérêt à reprendre une reux
où des combats importants pourraient
éclater », concluait déjà en
juin l’International Crisis Group (ICG).
Depuis, rien n’a changé. La Russie ne respecte
toujours pas les termes du cessez-le-feu et maintient
ses troupes en analystes estiment que si une nouvelle
guerre est possible, l’hypothèse reste peu
probable, du moins dans l’immédiat.
« Le danger d’une guerre est présent, mais
les chances qu’elle éclate maintenant ne sont pas
élevées », croit David Kakabadze,
guerre qu’ils ont déjà, en bonne partie,
gagnée. Car même si elles n’ont
été reconnues que par Moscou,
l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie sont
déjà, de facto, séparées de
la Géorgie.
Les dirigeants russes avaient une autre raison de
pousser leurs tanks au coeur de la Géorgie :
réaffirmer que celle-ci fait partie de leur zone
d’influence où l’OTAN n’est pas bienvenue. Le
message a passé : l’organisation militaire ne
montre plus aucun empressement à accueillir la
Géorgie...
Enfin, depuis le changement de garde à la
Maison-Blanche, Washington a multipl ié les mises
en garde tant aux Russes qu’aux Géorgiens.
Reste que la Géorgie a une grande importance
stratégique, avec le projet de construction du
gazoduc Nabucco, par exemple, que Moscou voit d’un
mauvais oeil.
Et il y a le f acteur humain. Vladimir Poutine avait
juré de pendre le président
géorgien par vous savez quoi, et pourrait avoir
envie de mener son projet à terme. En d’autres
termes: même si les tensions actuelles pourraient
n’être qu’une salve d’anniversaire, le cocktail
caucasien demeure explosif.
RUSSIE Pas d’armes à la Géorgie
La Russie
prendra des sanctions à l’égard des
entreprises étrangères qui livreront des
armes à la Géorgie, a déclaré
hier l’ambassadeur de Russie auprès de l’OTAN,
Dmitri Rogozine. Ses déclarations interviennent au
lendemain d’une visite en Géorgie du
vice-président américain, Joe Biden, qui a
réaffirmé le soutien des États-Unis
à cette ancienne république
soviétique. À Tbilissi, M. Biden a
défendu l’intégrité territoriale de
la Géorgie et son aspiration à rejoindre
l’OTAN, indiquant que Washington coopérait avec le
pays «pour maintenir ses forces armées,
(l’aider) à s’entraîner et s’organiser
».
Grandes manoeuvres militaires russes
près de la Géorgie
MOSCOU —
La Russie a entamé, hier, d’importantes
manoeuvres militaires près de la frontière
avec la Géorgie, théâtre d’une
guerre éclair avec Moscou en août 2008, des
exercices condamnés par Tbilissi qui redoute un
accroissement des tensions dans la région.
Environ 8500 hommes, 200 chars, 450 blindés et
250 pièces d’artillerie doivent participer
à ces opérations comparables à
celles organisées « du temps de l’Union
soviétique », selon le premier
vice-ministre de la Défense, le
général Alexandre Kolmakov.
L’objecti f des manoeuvres Kavkaz-20 09 est «
d’établi r l’état des capacités de
combat et la mobilisation des troupes
déployées dans le sud-ouest de la Russie
», a déclaré un porteparole de
l’armée.
« Les militaires vont perfectionner un large
éventail d’opérations destinées
à assurer la sécurité des citoyens
russes, des principaux itinéraires de transport
et d’acheminement d’énergie, ainsi que des
infrastructures stratégiques », a
ajouté un responsable du district militaire du
Caucase du Nord, cité par RIA-Novosti.
La
Géorgie a condamné la tenue de ces
exercices qui auront lieu jusqu’au 6 juillet, accusant
la Russie de « jouer avec le feu ».
« Il est dangereux d’organiser des exercices d’une
telle ampleur dans la région, y compris dans les
territoires géorgiens occupés », a
déclaré à l’AFP le vice-ministre
géorgien des Affaires étrangères,
Alexander Nalbandov.
Tbilissi affirme que des manoeuvres auront
également lieu dans ses deux régions
séparatistes prorusses, l’Ossétie-duSud et
l’Abkhazie, dont Moscou a reconnu l’indépendance
après le conflit armé en août
dernier.
Ces deux territoires ne figurent pas dans la liste des
régions concernées par les manoeuvres, a
assuré pour sa part le ministère russe de
la Défense. Des troupes russes basées en
Ossétie-du-Sud et en Abkhazie participeraient aux
exercices.
Pendant l ’été 2008, environ 8000
militaires avaient été mobilisés
pour ces exercices annuels, peu avant la guerre qui
opposa début août le Géorgie
à la Russie pour le contrôle de
l’Ossétie-du-Sud.
LA RUSSIE INQUIÈTE SES VOISINS
La
Géorgie et l’Ukraine ne sont pas les seuls pays
à s’inquiéter de l’influence russe. Hier, le
président biélorusse Alexandre Loukachenko a
déclaré que son pays ne devait plus «
s’incliner » devant la Russie, mais « chercher
son bonheur » en se rapprochant d’autres
partenaires, dans une allusion à l’Union
européenne. La Roumanie a été
attaquée par le président russe Dmitri
Medvedev, qui a dénoncé les «
tentatives d’ébranler » la Moldavie, une
république roumanophone soutenue par Moscou qui a
connu de violentes manifestations après des
élections controversées en avril. Même
l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, des territoires
géorgiens, osent des critiques envers leur
protecteur russe. L’opposition abkhaze a
dénoncé une série de décisions
favorables à la Russie. D’abord, le
président abkhaze a brusquement annoncé que
la gestion de l’aéroport et du chemin de fer, tous
deux en piteux état, serait confiée pour
10ans à la Russie, et que la loi interdisant aux
non-citoyens abkhazes d’acquérir des biens
immobiliers serait prochainement amendée, ce qui
favorisera là encore les Russes. Un accord a
également été signé,
attribuant l’exploitation des futurs gisements
pétroliers d’Abkhazie au groupe public russe
Rosneft. EnOssétie du Sud, des accusations de
corruption sont portées par l’opposition contre le
gouvernement, à cause de la lenteur de la
reconstruction.
OSSÉTIE-DU-SUD Élections
controversées
TSKHINVALI—
Le parti Unité, partisan résolu du
président d’Ossétiedu-Sud, Edouard
Kokoïty, était en tête aux
élections parlementaires hier dans cette
région géorgienne séparatiste
prorusse, scrutin qualifié d’« illégal
» par l’opposition. Les résultats
définitifs devaient être annoncées la
nuit dernière
L’enjeu du scrutin, outre la reconstruction de ce petit
territoire de 50 000 habitants, est l’avenir de son
président, ancien champion de lutte qui cherche
à s’assurer une large majorité au Parlement
afin de pouvoir amender la Constitution et briguer un
nouveau mandat en 2011. « Je vais rester à la
maison. Rien ne dépend de nous », a
lancé Alan Gassiev, dirigeant de l’opposition pour
qui le scrutin est « complètement
illégal ».
« S’il veut modifier la Constitution, c’est une
très mauvaise chose », laisse tomberGrigory
Dzassokhov, 55 ans, ancien professeur d’histoire. C’est un
non-sens. Est-ce une démocratie? »
Interrogé par l’AFP, M. Kokoïty n’a pas exclu
une telle possibilité tout en soulignant qu’il
était trop tôt d’en parler. « Il nous
reste deux ans et demi et beaucoupde choses à
faire. Je n’y pense pas encore. Après ce qui s’est
passé en août, nous avons besoin de trois
à quatre ans pour tout reconstruire. »
L’opposition locale, également prorusse, accuse le
président de détourner les fonds
envoyés par Moscou pour reconstruire la
république. La Russie a budgété plus
de 10 milliards de roubles (près de 355 millions de
dollars) d’aides pour l’Ossétie-du-Sud, mais les
autorités ossètes affirment n’avoir
dépensé que 1,5 milliard de roubles, et les
habitants vivent toujours dans les ruines.
M.
Kokoïty rejette ces accusations comme étant de
la propagande géorgienne.
Le Kreml i n semble aussi montrer des signes d’impatience
devant une situation qui pourrait devenir embarrassante
pour Moscou. Le chef de l’administration
présidentielle, Sergueï Narychkine, a ainsi
jugé que l’Ossétie-du-Sud ne devait pas
amender da Constitution pour permettre à une
même personne de faire plus de deux mandats.
« Farce » électorale
Le minist re géorgien de l a Réint ég
r at i on , Temour Iakobachvili, interrogé hier par
l’AFP a qualifié ces élections de «
farce » et de « clownerie ». «
Comment une élection peutelle être
organisée sur un territoire où un nettoyage
ethnique a eu lieu récemment? » s’est-il
interrogé.
« Kokoïty fait tout ce qu’il peut, mais nous
attendons quelque chose de mieux », selon Anjela
Tedeïeva, institutrice de 32 ans. Le jardin
d’enfants, où elle a travaillé, a
été détruit pendant la guerre et n’a
jamais été reconstruit.
Plus de 80 observateurs étrangers ont
surveillé le déroulement du scrutin, selon
la Commission électorale centrale. L’Organisation
pour la sécurité et la coopération en
Europe n’a pas envoyé d’observateurs
enOssétie-du-Sud, la république
n’étant pas reconnue neuf mois après la
guerre russo-géorgienne, sauf par la Russie et le
Nicaragua.
La diaspora abkhaze ose un timide retour
Reconnaissance de l’Abkhazie par la Russie
SOUKHOUMI — Plusieurs générations
d’Abkhazes ont vécu sur le sol turc, depuis leur
exil au XIXe siècle sous la pression des Russes :
aujourd’hui, certains veulent croire que l’heure du
« retour » a sonné.
Une jeune Abkhaze participe
à une cérémonie pour le 145e
anniversaire de la fin de la guerre du Caucase.
Certains descendants d’Abkhazes exilés en sol
turc à cette époque tentent aujourd’hui
un retour au pays.
Avec à peine 250 000 habitants, dont environ 100
000 de souche ethnique abkhaze, la région
géorgienne séparatiste d’Abkhazie, dont
l’indépendance unilatéralement
proclamée n’a à ce jour été
reconnue que par la Russie et le Nicaragua, a une
conscience aiguë de sa faiblesse
démographique.
Les autorités de la capitale, Soukhoumi, misent
beaucoup sur un retour de la diaspora de Turquie,
évaluée à près d’un demi-mi
l l ion de personnes, regroupées dans des
villages aux environs d’Istanbul.
L’idée n’est pas nouvelle, et un Comité de
rapatriement avait été mis en place peu
après la guerre qui a opposé l’Abkhazie
à la Géorgie en 1992-1993.
Mais elle a trouvé un nouveau souffle lorsque le
grand voisin russe a reconnu l’indépendance de
l’Abkhazie en août 2008 dans la foulée de
la guerre russo-géorgienne, faisant naître
l’espoir d’une stabilité retrouvée sous la
protection du puissant voisin.
Le mouvement reste pour le moment modeste, avec une
cinquantaine d’arrivées depuis le début de
l’année 2009 et « une centaine »
attendue sur l’ensemble de l’année, indique
à l’AFP Anzor Moukhba, directeur du Comité
de rapatriement. Le nombre total des arrivants reste
difficile à évaluer car certains, revenus
après la guerre de 19921993, sont repartis
entre-temps.
Mais il est clair que le processus « s’est
accéléré » après la
reconnaissance de l’indépendance par la Russie,
indique-t-il. « Beaucoup veulent entamer une
activité ici », dit M. Moukhba.
Le
Comité, après avoir certifié
l’origine abkhaze des demandeurs, les aide à
s’installer, que ce soit financièrement, par des
cours d’abkhaze ou en leur allouant une terre.
De l’aveu de M. Moukhba, ses ressources sont très
limitées. Et les résultats sont «
globalement piteux » faute de moyens et d’une
organisation adéquate, considère Assida
Chakril, une militante locale des droits de l’homme.
Les officiels eux-mêmes ne font pas mystère
de la précarité de la situation
économique et sociale. Le territoire demeure
quasi coupé du monde, privé
d’aéroport et de liaison ferroviaire fiable, aux
prises avec un taux de chômage
élevé, sans compter des problèmes
de santé publique comme la tuberculose.
L’adaptation des arrivants peut aussi s’avérer
ardue: certains, s’étant longtemps nourris de
légendes, éprouvent un « grand choc
» en découvrant une société
« russifiée et soviétisée
» jusque dans son langage, dit Hayri Kutarba, 50
ans, qui produit une émission de
télévision visant à rapprocher les
deux communautés. Or, pour beaucoup d’Abkhazes de
Turquie, la Russie est encore associée à
des souvenirs pénibles liés à
l’exil.
« Après 150 ans de vie à
l’écart, le principal problème est de nous
connaître et de nous comprendre »,
explique-t-il.
Takha Guetchba, récemment diplômé en
relations internationales à Ankara, est
arrivé en décembre et espère se
voir prochainement attribuer un terrain dans le nord de
l’Abkhazie, dans la région même d’où
ont fui ses ancêtres au XIXe siècle. Ce
solide jeune homme brun « ne s’est jamais senti
turc » et dit se sentir déjà «
à la maison » en Abkhazie.
Il est bien décidé à y faire sa
vie, même si ses projets sont encore flous car,
pour l’instant, ils sont freinés par sa
méconnaissance du russe, langue qui semble
actuellement encore prédominer sur l’abkhaze.
« Je sens que je dois être utile à
mon pays. Je suis prêt à travailler dur
», témoigne-t-il.
La Russie ferme ses casinos -
Frédérik Lavoie
COLLABORATION SPÉCIALE
— La rue Nouvel Arbat, au coeur de Moscou, a perdu
son éclat. Mardi soir, les lumières de
sa demi-douzaine de casinos, frappés par
l’interdiction des jeux de hasard dans le pays, se
sont éteintes. Désormais, les parieurs
devront soit se rendre dans quatre « Las Vegas
» russes à des milliers de
kilomètres de Moscou, soit miser en ligne.
Irina Ioureva ne croyait pas que Vladimir Poutine
était sérieux lorsqu’il a signé
en 2006 une loi interdisant les jeux de hasard
dès le 1er juillet 2009. L’industrie, qui
rapporte un milliard de dollars en recettes fiscales
par année, était trop lucrative pour
que l’État ose s’y attaquer.
Mais Poutine, alors président, voyait
plutôt le jeu comme une forme «
d’intoxication de la population » aumême
titre que l’alcool, et une industrie idéale
pour le blanchiment d’argent par le crime
organisé.
« Nous avons pris conscience seulement au
début de l’année que nous devrions
fermer », a confié la directrice du
Super Slots hier matin. La veille à 19h, les
derniers clients avaient quitté
l’établissement. « C’est dommage.
Tellement de gens perdent leur emploi », dit
Mme Ioureva. Selon le gouvernement, ils sont environ
11 000 croupiers et autres employés à
se retrouver à la rue, dont près de la
moitié dans la capitale. Les
représentants de l’industrie parlent
plutôt de 400 000 personnes.
Pour
éviter une vague de mécontentement,
les autorités se sont empressées de
proposer des emplois aux nouveaux chômeurs.
Mais bien peu sont prêts à devenir
serveur ou gardien de sécurité
après avoir perdu un emploi mieux
rémunéré. Les salaires les plus
bas oscillaient entre 800 et 2000$ par mois dans les
casinos, alors qu’ils dépassent rarement 600$
dans la restauration.
En dépit de la grogne chez les ex-croupiers,
plus de 70% des Russes se disent favorables à
cette interdiction, selon un sondage mené par
la firme Profi Online Research.
Près de la moitié des
répondants ont pourtant indiqué avoir
joué au moins une fois à un jeu de
hasard au cours des six derniers mois. Pour assouvir
leur soif du jeu, 60% d’entre eux affirment qu’ils
pourraient se tourner vers les sites de pari en
ligne.
Les plus mordus pourront toujours se rendre dans
l’une des quatre zones spéciales où
les jeux de hasard seront permis. Mais bien peu de
riches Moscovites risquent de préférer
les casinos de l’Altaï (Sibérie), de
Rostov, de Kaliningrad ou encore de Vladivostok (
Extrême-Orient), à ceux des capitales
européennes...
D’autant plus que ces zones ne sont pas prêtes
à accueillir un afflux de parieurs. Des
investissements estimés à 40 milliards
de dollars seraient nécessaires pour en faire
de vrais « Las Vegas » russes, mais
l’industrie n’envisage pas pour l’instant pas de
miser sur la rentabilité de ces projets.
Craintes d’une course aux
armements - Marc Gallichan
SÃO PAULO — « Nous sommes encore un
pays misérable où les favelas
pullulent. Comment, dans ces conditions, concevoir
l’achat de tant d’armes sophistiquées qui
coûtent la peau des fesses? »
PHOTO JORGE
SILVA, REUTERS
Le président
vénézuélien Hugo Chavez
à l’occasion d’une parade militaire
à Caracas en 2005.
L e m ilita nt brésilien Alexandre
Sammogini est en colère. C’est que son
pays, ces jours-ci, s’arme comme jamais
auparavant.
Porte-parole de la Marche mondiale pour la paix au
Brésil, il se dit préoccupé.
« Nous sommes habitués à
monter au front contre la prolifération des
armes nucléaires, de guerres lointaines ou
autres trucs du genre. Cette fois, la course aux
armements est dans notre cour et le Brésil
est un des principaux protagonistes »,
dénonce-t-il.
Le militant reconnaît au Brésil le
droit de s’armer, surtout avec Hugo Chavez dans le
voisinage. « Seulement, nous devons nous
poser la question si nous en avons besoin d’autant
et si elles sont si nécessaire. »
Chavez, le provocateur
C’est Hugo Chavez qui a donné le ton
à la hausse des dépenses militaires
dans la région lorsqu’il a investi des
milliards pour faire face à la «
menace » des bases américaines en
Colombie, explique le professeur et consultant en
politique i nternationale Marcelo Suano.
Ses provocations sont plutôt « un
mélange de fierté nationale et de
coups d’épée dans l’eau, mais font
tiquer les autres gouvernements », dit le
professeur.
Si
bien qu’en 10 ans, les investissements militaires
de l’Amérique du Sud ont augmenté de
50% pour atteindre 34 milliards de dollars en
2008, d’après l’Institut de recherche pour
la paix de Stockholm.
Le Venezuela et le Chili ont été
parmi les 15 plus importants acheteurs de
matériel de guerre. Sans compter la
Colombie, qui maintient ses troupes à la
fine pointe pour affronter le narcotrafic et
combattre la guérilla depuis plus de 30
ans.
Modernisation avant tout
Certes, il existe certaines sources virtuelles de
conflit, notamment d’anciennes disputes
territoriales entre le Pérou et le Chili et
l’accès à la mer que la Bolivie
réclame au Chili, mais les nouvelles
acquisitions ne signifient pas
nécessairement qu’on assiste à une
véritable course aux armements, poursuit M.
Suano. « La hausse des matières
premières a grossi les caisses et certains
en profitent pour moderniser leur matériel.
» L’analyste Thiago de Aragão abonde
dans le même sens. « Le Brésil
réarme une armée laissée
à l’abandon depuis plus d’une
décennie. »
Derrière l’objectif non avoué de
neutraliser la puissance croissante de Caracas,
Brasília se remilitarise pour mieux
protéger l’Amazonie et ses réserves
de pétrole. Et pour affirmer sa puissance
montante.
Les récents achats de sousmarins et
d’hélicoptères à la France
montrent que le Brésil est sérieux,
selon M. Aragão, qui rappelle que 36 avions
de chasse s’ajouteront bientôt au compte.
« Pou r u ne nation qu i rêve
d’être un acteur mondial i mportant, des
forces modernes et un sous-marin nucléaire
sont un passeport pour êt r e r econ nu et
une excellente forme de dissuasion »,
souligne-t-il.
Les records obsèdent les
Mexicains - Emanuelle Steels
Dans un pays sur lequel s’acharnent la crise, la
grippe A et la violence, de plus en plus de
Mexicains s’épanouissent en battant des
records. Que ce soit le plus grand hot-dog du
monde ou une chorégraphie de 13 000
personnes, la réalisation d’exploits hors
du commun est en vogue, nous explique notre
collaboratrice.
MEXICO — Deux heures et 50 minutes suspendu en
l’air par des crochets perforant son dos : c’est
le tour de force réalisé par le
Mexicain Jorge Castro, artiste tatoueur de
profession et détenteur du record de
suspension corporelle.
PHOTO DANIEL
AGUILAR, REUTERS
Le 29 août dernier,
Hector Jackson a fait danser sur une
chorégraphie de sa création 13 567
personnes au rythme de la chanson Thriller en
plein centre de Mexico.
Cet homme qui a huit piercings dans le visage et
la langue coupée en deux dans le sens de la
longueur avoue être en permanence «
à la recherche de l’extrême ».
« Je bats des records pour repousser les
limites de mon corps », explique-t-il dans
son petit atelier de tatouages, en montrant une
vidéo où il tire une camionnette de
plusieurs tonnes à l’aide de tiges de
métal plantées dans ses bras.
L’histoire de Jorge Castro relèverait de
l’anecdote s’il n’y avait de plus en plus de
Mexicains obsédés par les records.
« Il y a un véritable boom dans ce
pays », affirme Carlos Martinez, qui
travaille à titre de juge pour
l’organisation Guinness. Il homologue des records
dans toute l’Amérique latine, mais il admet
passer la plupart de son temps au Mexique.
De mémoire, il cite quelques exploits
auxquels il a récemment assistés au
sud du Rio Grande : un tournoi de football avec
172 692 joueurs répartis en 10 457
équipes, un défilé de mode
sur un podium de plus d’un kilomètre, ou
encore le plus long marathon de discours, soit 3
jours et 45 minutes de palabres.
Les
Mexicains se sont aussi spécialisés
dans les performances culinaires : le plus grand
gâteau au fromage, le plus grand sandwich,
la plus grande boulette de viande et, bien
sûr, le plus grand taco, emblème de
la gastronomie nationale...
Da n s « le pays le plu s su r réa
liste du monde », disait André
Breton, chaque prouesse contient une dose
d’excentricité. Hector Jackson, par
exemple, est devenu le plus célèbre
imitateur mexicain de Michael Jackson après
avoir, le 29 août dernier, jour de
l’anniversaire de feu son idole, fa it da nser su
r u ne chorégraphie de sa création
13 597 personnes au rythme de la chanson Thriller
en plein centre de Mexico.
« L e record m’a apporté une
notoriété que je n’aurais jamais
osé espérer. On m’appelle
constamment pour des spectacles privés
», raconte le jeune Hector, alors qu’il
enseigne à un groupe d’adolescents à
danser comme Michael.
« C’est une grande ville où se
passent de grandes choses : c ’est le message que
nous voulons envoyer au monde entier »,
indique Alejandro Rojas, secrétaire du
tourisme à la mairie de la capitale, qui
s’est directement engagé dans
l’organisation de plusieurs records. Y compris
celui de Thriller et, avant cela, le baiser
collectif qui avait réuni 39 879 p e r s o
n n e s s ’e m b r a s s a n t
simultanément le jour de la Saint-Valentin
sur le Zocalo, l’immense place de Mexico.
C’est aussi là que le photographe
américain Spencer Tunick avait réuni
plus de 18 0 0 0 personnes nues en 2 0 0 7. L a
deu x iè me plu s grande place du monde
devrait être rebaptisée « la
place de tous les records » : un espace hors
norme où tous les excès sont permis.
L’or blanc de la Bolivie -
Olivier Ubertalli
LE
LITHIUM Alors que le pays andin détient la
moitié du métal utilisé par la
nouvelle génération de voitures
électriques, les investisseurs
étrangers courtisent La Paz.
Pour Evo Morales, il s’agit d’en finir avec
l’histoire tragique de la Bolivie, pillée
durant des siècles par les étrangers.
— Voilà des heures que la jeep glisse sur le
désert blanc tel un patineur artistique.
Impossible de se repérer dans
l’immensité cristalline. De la glace? Non. Du
sel ! C’est ici, sous ce paysage lunaire du Salar
d’Uyuni, au coeur de l’Altiplano bolivien, que
gisent près de la moitié des
réserves mondiales de lithium,
l’énergie propre du futur.
Le désert d’Uyuni, en
Bolivie, recèle près de la
moitié des réserves mondiales de
lithium, métal qui pourrait propulser la
voiture du futur.
Au bord du lac fossile salé, des ouvriers en
cagoules s’activent pour bâtir la
première usine de lithium de Bolivie avant la
fin de l’année. À côté du
drapeau national rouge-jaune-vert, une grande
bannière multicolore à damiers
surplombe le chantier. « C’est la Whipala qui
symbolise les siècles de luttes des Indiens
des Andes », précise Marcelo Castro.
Visage bronzé et cheveux frisés,
l’homme orchestre les travaux de construction
lancés par Evo Morales. Pour le premier
président du pays d’origine indienne, par
ailleurs ancien syndicaliste, il s’agit d’en finir
avec l’histoire tragique de la Bolivie,
pillée durant des siècles par les
étrangers.
Des milliers d’Amérindiens de la
région de Potosi, où se situe le
historique pour les prochaines
générations, car nous avons à
la fois un trésor et un président ami
qui va réinvestir l’argent pour la population
», analyse-t-il.
Employé dans les antidépresseurs et
les appareils électroniques, le lithium sera
à la voiture électrique ce que le
pétrole est au moteur à explosion,
prédisent les experts. À la veille du
lancement de nouveaux modèles, trois
sociétés se disputent les faveurs de
La Paz pour s’implanter rapidement.
Le
Français Bolloré, qui prévoit
de lancer sa « Blue Car »
électrique dès 2010 et les mastodontes
désert de sel d’Uyuni, n’ont-ils payé
de leur vie l’exploitation des mines d’argent par
les colons espagnols? Marcelo Castro a donc
conscience de mener une mission symbolique. «
Ce moment est japonais Mitsubishi et Sumitomo. Le
temps presse, car les prix du métal flambent.
Depuis le palais présidentiel de la place
Murillo, à la Paz, Evo Morales joue son
va-tout. Décrétée il y a trois
ans, la nationalisation du gaz, l’autre grande
richesse du pays, affiche un piètre bilan.
Elle a fait fuir la plupart des
sociétés concessionnaires
étrangères. Cette fois, Evo Morales a
fixé les règles du jeu dès le
départ.
« La Bolivie ne cédera jamais le
contrôle du lithium. L’État doit
recevoir 60% des revenus
générés par l’activité
», scande-t-il à tout-va.
Pas facile, pourtant, de convainc re les habitants
du village d’Uyuni de l’importance de l’industrie du
lithium. Le lac salé représente la
principale attraction touristique de la
région.
Sur la terrasse de l’hôtel-restaurant Cactu,
Sonia termine de servir le petitdéjeuner
à un groupe d’Israéliens. Le lithium ?
La gérante aux yeux d’amandes plisse le
front. « Les camions risquent de souiller le
blanc pur du lac et l’exploitation industrielle va
venir polluer notre eau »
s’inquiète-t-elle. « S’ils
détruisent nos magnifiques paysages, il ne
nous restera plus rien au final. »
Le paco décime des milliers de jeunes
- Olivier Ubertalli
FLÉAU DE LA DROGUE EN ARGENTINE
Le qu’on surnomme la drogue du pauvre, est devenu un
véritable fléau en Argentine. Depuis
la crise économique de 2001, des dizaines de
milliers de jeunes se sont mis à en
consommer. Si bien qu’on en parle aujourd’hui comme
d’une pandémie et que des mères
manifestent publiquement pour sauver leurs enfants
de l’enfer de cette drogue.
— Sur la place de Mai, face au palais
présidentiel argentin, des mères
tournent. Comme les fameuses Mères de la
place de Mai, qui ont lutté pour retrouver
leurs enfants disparus durant la dictature, les
« Mères contre le paco »
protestent.
Selon les autorités,
il existe environ 100000 personnes
dépendantes du paco, une «pâte
base» à partir de laquelle est
fabriquée la cocaïne. Cette drogue
tuerait 10 personnes par semaine dans la seule
province de Buenos Aires.
Différence de taille: leur foulard n’est pas
blanc, mais noir, « en signe de deuil, car le
paco nous vole nos enfants », témoigne
Anita, l’une d’entre elles. « Le gouvernement
ne fait rien pour en finir avec les trafiquants qui
vendent à chaque coin de rue. »
Le « pâte base » à partir
de laquelle est fabriquée la cocaïne,
est un fléau en Argentine. Vendu 1,50$ ou 3$
la dose, ce sulfate de cocaïne
mélangé à divers solvants
toxiques attaque en quelques secondes le cerveau.
L’effet ne dure que cinq minutes, d’où une
grande dépendance des consommateurs.
À partir de la crise économique de
2001, des dizaines de milliers de jeunes, notamment
dans les bidonvilles de Buenos Aires, se sont mis
à consommer du paco, d’où son surnom
de « drogue du pauvre ». Elle concerne
désormais toutes les classes sociales.
Selon les autorités, il existe environ 100
000 dépendants au paco. Il tuerait 10
personnes par semaine dans la seule province de
Buenos Aires. « C’est comme la grippe porcine,
une vraie pandémie. Il faut lui
déclarer la troisième guerre mondiale
», s’insurge Eduardo Ramos, un ancien
dépenda nt de l ’ héroï ne
aujourd’hui engagé dans la lutte contre le
paco.
Jean délavé et bouille
légèrement enflée, Max* raconte
qu’il a plongé dans le paso, « pour la
frime ». À 13 ans, il volait ses
propres parents pour acheter sa dose.
Cheveux roux frisés, Janina est
déjà maman bien qu’elle ne soit encore
qu’une enfant. Elle balance nerveusement les jambes,
séquelle de la drogue qu’elle a prise pendant
des années. « Je fuyais mes
problèmes », dit-elle. Janina tente
aujourd’hui de s’en sortir. « Je veux
récupérer mon fils dont on m’a
enlevé la garde pour lui donner la
mère dont il a besoin. »
Max, Janina et une vingtaine d’autres mineurs
suivent un traitement contre les dépendances
à Casa Puerto, à Buenos Aires. «
Casa Puerto » signifie la « Maison port
» en espagnol. Le seul port d’attache de la
capitale argentine pour des mineurs à la
dérive, qui sont « d’abord en situation
d’abandon et de désenchantement »,
s’attriste Claudio Orguelt, directeur du centre de
réhabilitation.
Les jeunes y découvrent la vie en
communauté. Ils y mangent, dorment et suivent
des cours d’informatique, des ateliers de peinture
et de boulangerie. Ils restent au centre le temps
qu’il faut pour se sentir assez forts, parfois
jusqu’à deux ans. Déjà
condamné pour vol armé, Matias vient
d’arriver. Fasciné par l’atelier boulangerie,
il caresse désormais un rêve: «
Devenir chef cuisinier une fois sorti d’ici. »
Exploitation de l’Amazonie au Pérou
Les Indiens ébranlent le gouvernement
— En
une semaine sanglante au Pérou, quelques
milliers d’Indiens armés de lances ont fait
chanceler un des gouvernements les plus stables et
économiquement performants d’Amérique
latine et remis en question l’exploitation de
l’Amazonie.
Agua r unas , Coc amas et Candoshis, depuis fin avril,
des Indiens organisaient dans l’indifférence
quasi générale des blocus routiers et
fluviaux ponctuels. Ils protestent contre des
décrets de 2007-2008 qui, selon eux, laissent
la bride sur le cou de l’industrie extractive dans le
nord et l’est amazonien.
Une levée policière de blocus mal
gérée, une réaction
guerrière démesurée : le sang a
coulé en 24 heures d’affrontements et
d’émeutes, vendredi et samedi derniers à
Bagua, faisant 34 morts (dont 25 policiers) et 169
blessés. Les violences sont les plus
meurtrières en 17 ans au Pérou.
Les conséquences politiques n’ont pas
tardé. Une ministre a
démissionné, l’opposition et la presse
ont demandé la tête du premier ministre,
Yehude Simon, et le Parlement, sous pression, a fait
marche arrière : il a suspendu un décret
forestier controversé et promis aux Indiens de
renouer le dialogue.
Et à l’extérieur, d’Amnistie
internationale au rapporteur spécial de l’ONU
sur les peuples indigènes, James Anaya, le
Pérou a dû faire face aux critiques
internationales, les premières depuis les pires
heures du conflit interne des années 1980-2000.
Le gouvernement va subir « un énorme
discrédit, car la question indigène est
très délicate aux Nations unies et dans
d’autres organismes internationaux » ,
prédit Eduardo Toche, sociologue au centre de
Promotion du développement.
La
crise porte aussi un coup au credo pro-business du
président de centre droit, Alan Garcia, qui
n’a jamais caché sa conviction que l’Amazonie
péruvienne était sous-exploitée
économiquement en raison « de tabous,
d’idéologies dépassées, par
oisiveté ou indifférence ».
C’est « le syndrome du chien couché sur
la mangeoire », qui ne touche pas
lui-même au fourrage mais ne laisse personne y
toucher, a-t-il écrit dans une lettre ouverte
en 2007, en allusion aux populations amazoniennes.
Rien ne dit, bien sûr, qu’une semaine de crise
va altérer à terme le cours des
investissements miniers (or, argent, zinc, cuivre)
et pétroliers, dont le rythme soutenu ces
dernières années a contribué
à la spectaculaire croissance du Pérou
(9,84% en 2008, 8,99% en 2007).
Mais dans un pays souvent perçu comme avant
tout « andin », la crise a donné
aux 400 000 indigènes amazoniens (sur 28
millions d’habitants) une fenêtre
médiatique et politique que cette
minorité n’a peut-être jamais eue, tant
elle fut « invisible » pour les pouvoirs
successifs depuis la conquête espagnole, au
XVIe siècle.
« La vision de l’Amazonie n’a pas
changé. C’est celle d’un lieu vide
d’où il faut extraire les richesses et
déloger ceux qui s’y trouvent, qui n’ont,
eux, aucune valeur », se désole Ada
Chuecas, directrice du Centre amazonien
d’anthropologie et d’application de Lima.
Le conflit actuel « n’est pour les
indigènes qu’une partie d’une lutte contre le
même adversaire qui les menace depuis des
siècles », analyse Roger Rumrril,
historien de l’Amazonie.
Aux armes - MARIO ROY
La der n ière région au monde
où on s’attendrait à voir se
profiler une nouvelle course aux armements est
certainement l’Amérique latine. Elle a
d’autres chats à fouetter. Elle n’est pas
excessivement riche. Et, surtout, on y trouve
peu de conflits territoriaux, ou tribaux, ou
religieux, ou quasi mafieux, qui expliqueraient
des achats massifs de quincaillerie militaire.
Pourtant, c’est bel et bien ce qui se produit.
Au moins deux États latinoa
méricains, le Brésil et le
Venezuela, font actuellement des emplettes d’une
ampleur inédite. Et si le Brésil
n’a pas d’agenda axé sur l’offensive, le
gouvernement d’Hugo Chavez, lui, inquiète
par son prosélytisme et ses attitudes
belliqueuses, notamment à l’endroit de la
Colombie. Ce dernier État (qui, lui,
combat les cartels de la drogue et les FARC)
ainsi que le Chili affichent également
des dépenses importantes en
équipements militaires.
Chez les vendeurs, la France est le plus
important fournisseur d’armes et de technologies
connexes en raison du carnet de commandes
(sous-marins, dont l’un à propulsion
nucléaire, hélicoptères,
chasseurs) du Brésil de Lula da Silva.
Celuici a investi 24,6 milliards$US dans
l’armement en 2008.
Sinon, les États-Unis vendent à la
Colombie; la Russie équipe le Venezuela.
L’inquiétude, donc, naît surtout du
magasinage de Chavez dans les boutiques russes,
où il aura dépensé plus de
6,6 milliards – portés sur carte de
crédit moscovite – lorsque ses emplettes
seront complétées. À ce
moment, le Venezuela se sera fait livrer des
sous-marins, des hélicoptères, des
chasseurs, des chars, des transports
blindés, des missiles de courte
portée, des systèmes de DCA et,
bien sûr, des kalachnikovs.
Le président
vénézuélien travaille en
outre sur des échanges de technologie
nucléaire (à des fins civiles,
bien entendu) avec son homologue iranien,
Mahmoud Ahmadinejad.
Certes, on peut estimer que celui qui se voit
comme le Castro du XXIe siècle a le droit
de collectionner ces jouets: il est loin
d’être le seul, ni le plus boulimique,
à cultiver cette passion. Mais Chavez ne
cherche pas à dissimuler que sa politique
intérieure, le réarmement de son
pays, l’utilisation politique de son
pétrole ainsi que le jeu d’alliances
qu’il développe (avec la Russie, l’Iran,
la Syrie, la Lybie, le Bélarus) sont
expressément destinés à se
construire une position de «leader
mondial» et à «briser
l’hégémonie impériale en
Amérique».
Vaste programme, bien sûr, qui peut faire
sourire.
Néanmoins, Hugo Chavez augmente bel et
bien, et de façon systématique, sa
capacité de nuire. Nuire en Colombie,
où il s’oppose violemment à la
présence américaine. Nuire en
brouillant le jeu diplomatique au niveau
international, surtout par rapport à
l’Iran.
L’Histoire enseigne qu’il vaut mieux prendre au
sérieux les chefs d’État qui se
donnent des missions. Et qui s’arment en
conséquence.
Vers un accord de sortie de crise
TEGUCIGALPA — Les représentants du
président déchu du Honduras,
Manuel Zelaya, et du gouvernement putschiste
de Roberto Micheletti sont parvenus à
un accord hier sur la restitution du dirigeant
évincé par le coup d’État
du 28 juin, a annoncé l’un des
délégués.
PHOTO ORLANDO SIERRA, AFP
Le président
déchu Manuel Zelaya, actuellement
réfugié à l’ambassade
du Brésil à Tegucigalpa, a
célébré un but de
l’équipe hondurienne de soccer le 10
octobre 2009 dans les matchs de
qualification à la Coupe du monde de
la FIFA 2010.
Ce compromis doit cependant encore être
accepté par MM. Zelaya et Micheletti.
« Nous avons approuvé un document
sur le point numéro six, qui est le
point portant sur la restitution des pouvoirs
de l’État tels qu’ils fonctionnaient
avant le 28 juin 2009 », a
déclaré l’un des
négociateurs du président
déchu, Victor Meza, lors d’une
conférence de presse.
L e retou r à la situation
précédant le coup d’État
du 28 juin implique le retour de M. Zelaya au
pouvoir, hypothèse jusqu’ici
rejetée par M. Micheletti.
Le point numéro six était le
dernier des huit points clés du plan de
sortie de crise qui restait à
approuver.
«
Je su is opti m iste pa r nature », a
ajouté le négociateur avant de
se diriger vers l’ambassade du Brésil,
où M. Zelaya a trouvé refuge
depuis son retour clandestin au pays le 21
septembre.
M. Meza, ministre du gouvernement au sein de
l’exécutif déchu, a en revanche
refusé de dévoiler les termes de
l’accord « pour ne pas violer un pacte
» conclu par les représentants
des deux équipes de
négociateurs.
M . Meza a pa r ailleu rs rappelé que
M. Zelaya avait donné jusqu’à ce
soir 00 H 00 (demain 06 H 00 GMT) pour arriver
à un accord de sortie de crise. Le
dirigeant déchu n’a cependant pas
précisé ce qu’il comptait faire
en cas de statu quo.
Mardi soir, les négociateurs avaient
annoncé être tombés
d’accord sur sept des huit points clés
du plan de sortie de crise en discussion,
parmi lesquels la formation d’un gouvernement
d’unité nationale, le rejet d’une
amnistie ou le renoncement de M. Zelaya
à convoquer une assemblée
constituante.
Manuel Zelaya a été
renversé et expulsé du pays par
un coup d’État le 28 juin, le jour
où il avait organisé contre
l’avis de la Cour suprême une
consultation populaire sur un éventuel
changement de la Constitution, qui interdit
à un président de briguer un
deuxième mandat.
Il est réfugié à
l’ambassade du Brésil depuis son retour
clandestin au Honduras le 21 septembre.
Le retour de Zelaya est évoqué
TEGUCIGALPA — Le gouvernement putschiste du
Honduras a annoncé, hier, l’abrogation
d’un décret qui a restreint les
libertés pendant une semaine,
accédant à une condition
posée par le président
déchu Manuel Zelaya pour l’ouverture
d’un dialogue. Il a par ailleurs
évoqué pour la première
fois un retour de M. Zelaya au pouvoir.
« Nous avons abrogé le
décret en Conseil des ministres, le
décret dans son
intégralité est abrogé
», a déclaré le
président putschiste Roberto
Micheletti, au cours d’une conférence
de presse à Tegucigalpa, la capitale du
pays d’Amérique centrale.
Le gouvernement issu du coup d’État,
qui a renversé M. Zelaya, avait
signé le 27 septembre un décret
contesté, limitant les libertés
de circulation, de réunion et de la
presse et autorisant les arrestations sans
mandat.
Le
président
déchu demande la levée du
siège militaire et policier contre
l’ambassade du Brésil à
Tegucigalpa, où il est
réfugié depuis son retoursu r
prise et cla ndesti n au Honduras le 21
septembre.
Un pas en avant
M. Micheletti avait fait un premier pas en
avant plus tôt dans la journée en
laissant entendre qu’il admettait un retour au
pouvoir de M. Zelaya, mais uniquement
après les élections
législatives et présidentielle
du 29 novembre. M. Zelaya a été
renversé le 28 juin et expulsé
du pays le jour où il avait
organisé une consultation pour changer
la Constitution et briguer un deuxième
mandat.
Zelaya appelle l’ONU à restaurer
l’État de droit au Honduras
NEW YORK — Le président déchu du
Honduras, Manuel Zelaya , a appelé hier
soir l’ON U à restaurer l’État
de droit dans son pays et à assurer sa
sécurité.
M. Zelaya, qui est réfugié
à l’ambassade du Brésil à
Tegucigalpa assiégée par les
forces du gouvernement putschiste, s’est
adressé brièvement à
l’Assemblée générale des
Nations unies par le truchement d’un
téléphone cellulaire que sa
ministre des Affaires
étrangères, Patricia Isabel
Rodas Baca, a tenu près d’un micro.
« J’appelle les Nations unies à
restaurer l’État de droit et la
liberté que le Honduras mérite
», a dit M. Zelaya. Il a
également appelé l’ONU à
assurer sa sécurité et celle de
ceux qui sont avec lui.
Renversé et ex pulsé du Honduras
en juin par un coup d’État, M. Zelaya
est retourné clandestinement le 21
septembre dans son pays, où il est
depuis réfugié à
l’ambassade du Brésil.
Médias muselés
Plus tôt dans la journée, les
principaux médias qui s’opposent au
gouvernement putschiste du Honduras ont
été fermés et le
président déchu, Manuel Zelaya,
a appelé la communauté
internationale à réagir «
immédiatement », trois mois jour
pour jour après sa destitution, le 28
juin.
Mais les États-Unis ont rappelé
M. Zelaya à l’ordre, marquant un
changement de ton. Son retour clandestin au
Honduras est « irresponsable », a
déclaré un des
représentants des États-Unis
à l’Organisation des États
américains (OEA), Lewis Amselem.
Hier, vers 5 h 30, les émissions de
Radio Globo se sont tues. Des policiers ont
investi les locaux de la station située
dans le centre de Tegucigalpa. Non loin, les
locaux de la chaîne 36 de
télévision ont été
aussi investis par la police.
Libertés restreintes
Le gouvernement putschiste du Honduras a
annoncé hier avoir signé un
décret restreignant la liberté de
réunion, autorisant le brouillage
d’émissions incitant à
l’insurrection et permettant les arrestations sans
mandat. Le gouvernement dit agir ainsi en raison
des appels à l’insurrection du
président déchu Manuel Zelaya,
retranché dans l’ambassade du Brésil
à Tegucigalpa. Selon le décret qui
doit encore être ratifié par le
Congrès, ces mesures seraient en vigueur
pendant 45 jours.
Zelaya et Micheletti se disent
prêts à « dialoguer
» - Noé Leiva
TEGUCIGALPA — Le président déchu
du Honduras, Manuel Zelaya, et celui qui l’a
renversé par un coup d’État le
28 juin, Roberto Micheletti, ont
déclaré être prêts
à « dialoguer », faisant
progresser l’espoir d’un règlement de
la crise dans ce petit pays d’Amérique
centrale.
Entre 10 000 et 15 000
manifestants ont profité d’une
levée du couvre-feu pour exprimer
leur appui au président déchu
du Honduras, Manuel Zelaya, dans les rues de
Tegucigalpa, hier.
L’ON U, qui pousse à ce dialogue, a
donné un avertissement
supplémentaire à M. Micheletti
en suspendant son assistance technique
électorale au Honduras, à deux
mois de la présidentielle prévue
le 29 novembre.
C’est une réponse claire à
l’appel de M. Zelaya, qui a exhorté
hier les chefs d’État et de
gouvernement réunis pour
l’Assemblée générale de
l’ONU de ne pas « laisser seul le peuple
hondurien ».
Le secrétaire général des
Nations unies, Ban Ki-moon, « ne croit
pas que les conditions soient remplies pour
l’organisation d’élections
crédibles qui installent la paix et la
stabilité », a-t-il
expliqué dans un communiqué.
M. Micheletti avait donné un premier
signal d’ouverture mardi soir en se disant
prêt à « dialoguer »
avec M. Zelaya, « pour autant qu’il
accepte explicitement l’élection
présidentielle » prévue le
29 novembre.
Une ouvertu re t outefois li m itée, ca
r le président déchu est
toujours assiégé dans
l’ambassade du Brésil à
Tegucipalga où il est arrivé
lundi par surprise, et où il a dit
à l’AFP se sentir « comme en
prison », souffrant notamment du manque
de vivres avec une centaine de personnes
restées avec lui.
M. Micheletti affirmait aussi exclure toute
intention de forcer l’entrée de
l’ambassade.
De l’intérieur, M. Zelaya a
répondu hier, dans une conversation
téléphonique avec l’AFP, qu’il
souhaitait « dialoguer en
personne» avec son rival.
L
a proposition de M . Micheletti implique
cependant le maintien du mandat d’arrêt
contre M. Zelaya pour « haute trahison
», et l’impossibilité pour le
président déchu de se
présenter à la
présidentielle.
Le coup d’État du 28 juin, conda
mné pa r la communauté
internationale, avait été
déclenché alors que M. Zelaya
préparait une consultation populaire
pour pouvoir briguer un second mandat de
président, ce qu’interdit la
Constitution.
À l’ONU, hier, le président
brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a
plaidé sa cause devant
l’Assemblée générale:
«la communauté internationale
exige que M. Zelaya soit immédiatement
rétabli à la présidence
de son pays et elle doit s’assurer de
l’inviolabilité de la mission
diplomatique brésilienne ».
« Sans volonté politique, nous
assisterons à d’autres coups
d’État comme celui qui a
renversé le président
constitutionnel du Honduras, José
Manuel Zelaya », a-t-il ajouté.
L’Union européenne (UE) a appelé
elle aussi au respect de «
l’intégrité physique de M.
Zelaya ».
M. Micheletti a donné un autre signe de
bonne volonté en relâchant le
blocus de l’ambassade du Brésil : 200
de ses occupants, dont beaucoup de partisans
de M. Zelaya qui s’y étaient
réfugiés mardi après des
charges de la police et de l’armée, ont
pu sortir sans être
arrêtés, selon le
président déchu.
L’eau potable et l’électricité
ont été rétablies dans
l’ambassade, dont les occupants continuent
néanmoins de souffrir du manque de
nourriture et d’objets d’hygiène
personnelle, dentifrice, etc., selon des
témoignages recueillis par un
photographe de l’AFP à
l’intérieur.
Le couvre-feu a été suspendu
plusieurs heures hier, le temps pour une
grande manifestation de 10 000 à 15 000
« Zelayistes » de parcourir les
rues de Tegucigalpa.
La police a lancé des grenades
lacrymogènes sur quelques centaines de
manifestants réunis dans le grand parc
central de la capitale à l’issue du
défilé, et a arrêté
plusieurs d’entre eux, selon ces journalistes.
Retour surprise de Manuel Zelaya au
Honduras
TEGUCIGALPA — Le président déchu
du Honduras, Manuel Zelaya, a réussi
à la surprise générale
à rentrer hier à Tegucigalpa,
où il a trouvé refuge à
l’ambassade du Brésil, un peu moins de
trois mois après avoir été
chassé en pyjama de son pays par les
militaires.
M. Zelaya est resté discret sur les
modalités de son retour dans son pays,
où il avait déjà
tenté en vain de rentrer à deux
reprises depuis le coup d’État du 28
juin, condamné par l’ensemble de la
communauté internationale.
Le 5 juillet, il avait dû se contenter de
survoler en avion la piste de l’aéroport
de Tegucigalpa bloquée par
l’armée. Le 24 juillet, il avait
brièvement franchi à pied la
frontière entre le Honduras et le
Nicaragua, avant de retourner dans son pays
d’asile depuis le coup d’État.
Le ministre brésilien des Affaires
étrangères, Celso Amorim, a
assuré que son pays n’avait
«joué aucun rôle» dans
le retour du président déchu et
s’était contenté de
répondre favorablement à sa
demande d’asile dans son ambassade.
Appel à l’armée
M. Zelaya a immédiatement appelé
«le peuple hondurien» à se
réunir autour de l’ambassade, au cours
d’une conférence de presse dans les
locaux de l’ambassade. «Les forces
armées doivent tourner leurs fusils
contre les ennemis du peuple, pas contre le
peuple», a-t-il lancé aux
militaires.
Dans une interview à la chaîne de
télévision internationale CNN en
espagnol, il a assuré que ses intentions
étaient «pacifiques» et qu’il
voulait établir «le
dialogue».
Son retour survient à un moment où
le dialogue avec le gouvernement de facto
était justement dans une impasse depuis
l’échec de la médiation
internationale du président du Costa
Rica, Oscar Arias.
HONDURAS Ouverture
Le président par intérim
du Honduras, Roberto Micheletti, est prêt
à négocier un retour au pouvoir du
président déchu Manuel Zelaya sous
certaines conditions, a rapporté hier un
ancien responsable gouvernemental en contact avec
les nouveaux dirigeants du pays. Roberto Micheletti
l’a fait savoir au médiateur en chef dans la
crise hondurienne, le président du Costa Rica
Oscar Arias. Toutefois, le président par
intérim a souligné que plusieurs
conditions devaient être réunies pour
convaincre les milieux d’affaires et d’autres
secteurs de la société de ne pas
s’opposer à un retour au pouvoir de Manuel
Zelaya, selon ce proche de M. Micheletti.
Honduras: le retour de Zelaya ou
« l’ostracisme absolu » !...
Le Congrès du Honduras doit examiner
aujourd’hui la proposition de règlement de la
crise avancée par le médiateur, le
président du Costa Rica, Oscar Arias, et
d’ores et déjà rejetée par le
gouvernement de facto parce qu’elle implique le
retour au pouvoir de Manuel Zelaya, le
président chassé le 28 juin.
Après l’étude en commission, le
Congrès doit examiner en séance
plénière cette proposition d’un
« accord de San José »
basé sur un gouvernement d’union nationale
présidé par M. Zelaya, une amnistie
générale et une présidentielle
anticipée. Si le gouvernement de facto
persiste à refuser le retour au pouvoir de M.
Zelaya, il sera frappé d’un «
ostracisme absolu », a averti M. Arias en
ouvrant hier à Guanacaste, au Costa Rica, le
sommet du Mécanisme de dialogue et de
concertation dit de Tuxtla, qui réunit des
chefs d’État d’Amérique centrale, du
Mexique et de la Colombie. – Agence France-Presse
Zelaya pose le pied au Honduras
dans la confusion
LAS MANOS, Honduras — Le président
déchu du Honduras Manuel Zelaya a
foulé le sol de son pays hier pour la
première fois depuis son éviction
par la force le 28 juin, mais la situation
restait extrêmement confuse concernant son
sort immédiat. M. Zelaya, entouré
d’une meute de journalistes et de partisans, est
entré à pied au Honduras vers
14h25, heure locale (15h25, heure de
Montréal), avant de revenir
côté Nicaragua puis de franchir de
nouveau la frontière.
Le tout sous les yeux des dizaines de policiers
et militaires lourdement armés qu’avait
mobilisés le gouvernement de facto du
Honduras pour garder l’entrée du
territoire hondurien.
Les autorités de Tegucigalpa ont en effet
ordonné l’arrestation du président
évincé pour trahison et
corruption.
Mais les forces de l’ordre ont fait quelques pas
en arrière quand M. Zelaya a
pénétré sur le sol
hondurien. Le président déchu,
téléphone à la main et son
emblématique chapeau sur la tête, a
même pu s’entretenir brièvement
avec le colonel du poste-frontière de Las
Manos, un passage situé à une
centaine de kilomètres au sud-est de
Tegucigalpa.
Contact avec l’armée
« Mettez-moi en contact avec le chef
d’état-major » de l’armée,
le général Romeo Vazquez, a
demandé M. Zelaya à l’officier,
après lui avoir serré la main.
Selon le président déchu, le
militaire lui aurait dit : « Nous n’avons
rien contre vous. »
Peu de temps avant, M. Zelaya avait
demandé aux autorités de fait du
Honduras de laisser passer ses « amis et
proches » pour qu’il puisse parler avec
eux.
Les
militaires ont cependant empêché sa
femme, ses enfants, sa mère et sa
belle-mère de venir à sa
rencontre, a raconté sa femme à la
chaîne latino-américaine Telesur,
établie à Caracas.
Les forces de l’ordre ont également fait
barrage aux milliers de partisans du
président déchu, qui souhaitaient
se rendre sur la frontière pour
l’accueillir.
Des incidents ont éclaté vers
midi, heure du début du couvrefeu
décrété dans la
région par le gouvernement de facto. La
police a lancé des grenades
lacrymogènes pour disperser les
manifestants à El Paraiso, à une
dizaine de kilomètres de la
frontière, et certains ont riposté
en jetant des pierres.
Les États-Unis, qui ont fermement soutenu
cette médiation, ont jugé la
tentative de retour au Honduras du
président Zelaya « imprudente
», par l’intermédiaire de leur
secrétaire d’État Hillary Clinton.
« Elle ne contribue pas à l’effort
général engagé pour
rétablir la démocratie et l’ordre
constitutionnel au Honduras », a
estimé la chef de la diplomatie
américaine, appelant M. Zelaya à
« accepter » les dernières
propositions du médiateur costaricien
Oscar Arias, présentées mercredi.
Un porte-parole du département
d’État a par ailleurs indiqué que
le président évincé avait
l’intention de se rendre une nouvelle fois
à Washington mardi pour des discussions
avec l’administration américaine.
Près d’un mois après le coup
d’État unanimement condamné par la
communauté internationale, M. Zelaya a
par ailleurs reçu hier le soutien des
présidents du Mercosur.
Ils ont réaffirmé qu’ils ne
reconnaîtraient « aucun gouvernement
issu de cette rupture constitutionnelle »
, lors d’un sommet de cette union
douanière sud-américaine à
Asunción.
HONDURAS Zelaya par le nord du
Nicaragua
Le
président
dest itué du Honduras Manuel Zelaya a
entamé hier les préparatifs pour son
retour au pays via le Nicaragua, alors que des
organisations internationales ont accusé
ses adversaires de « violations graves et
systématiques » des droits de
l’homme. Une mission de 15 experts envoyée
à Tegucigalpa a dénoncé des
exécutions illégales pendant le
couvre-feu. Le coup d’État a eu lieu le 28
juin.
Nouveau plan pour le retour du
président destitué du Honduras
—
Le président du Costa Rica Oscar Arias, qui
conduit la médiation pour sortir le
Honduras de la crise politique, a
présenté hier un nouveau plan, qui
propose le retour du président du Honduras
destitué Manuel Zelaya demain, sous
conditions.
Oscar Arias espère que le gouvernement
intérimaire du Honduras et Manuel Zelaya
signeront aujourd’hui cette proposition, en 11
points et incite le président déchu,
s’il reprend ses fonctions, à affaiblir son
intention de réformer la Constitution du
Honduras, un projet à l’origine du coup
d’État du 28 juin.
En cas d’échec, les deux parties en conflit
devront se tourner vers l’Organisation des
États américains (OEA), en vue de la
désignation d’un nouveau médiateur,
a précisé le président
costaricain.
Dimanche,
la proposition de conciliation, soumise la veille
par le médiateur costaricain, avait
été jugée «
inacceptable » par Carlos Lopez, qui
représente le président de facto du
Honduras, Roberto Micheletti.
Ce plan prévoyait le retour de Manuel
Zelaya à son poste, la formation d’un
gouvernement d’unité nationale,
l’organisation d’élections
présidentielles fin octobre, soit un mois
plus tôt que prévu, ainsi que
l’amnistie de tous les délits politiques,
commis avant et après le coup d’État
du 28 juin.
Toujours selon ce plan, Manuel Zelaya devait
abandonner le contrôle de l’armée
à un tribunal électoral, un mois
avant le scrutin, pour en garantir son
impartialité. Le président en exil
devait en outre renoncer à son projet de
référendum sur la réforme de
la Constitution, en vue de se faire
réélire. Actuellement, la
Constitution hondurienne interdit au
président d’être candidat à sa
réélection, consécutive ou
non.
HONDURAS Le régime de facto
refuse de céder à la pression
internationale
—
Le nouveau président de facto du Honduras,
Roberto Micheletti, a persisté, hier,
à rejeter la possibilité que le
président destitué Manuel Zelaya
revienne au pouvoir, malgré la pression
croissante de la communauté internationale.
De son exil, M. Zelaya, s’est dit prêt
à poursuivre le dialogue mais a
prévenu qu’il organisait « la
résistance intérieure » pour
préparer son retour.
« Nous formons un bloc contre toute
injonction que nous fera quelque pays que ce soit
dans le monde », a déclaré M.
Micheletti lors d’une conférence de presse
à Tegucigalpa.
Dimanche, la secrétaire d’État
américaine, Hillary Clinton, lui avait
passé un coup de téléphone
« très ferme » pour le
prévenir que Washington suspendrait son
aide au Honduras si la médiation entreprise
par le président du Costa Rica, Oscar
Arias, échouait, selon le
département d’État.
Le
week-end dernier, M. Arias, Prix Nobel de la paix
1987, a tenté sans succès de
réconcilier les deux camps autour d’un
« gouvernement d’union nationale »
dirigé par M. Zelaya et de la perspective
d’une élection anticipée.
Il a toutefois demandé aux deux camps 72
heures de plus pour essayer encore de «
parvenir à un accord », afin
d’éviter « une guerre civile et un
bain de sang ».
Installé à la tête du pays par
le Congrès à la suite d’un coup
d’État le 28 juin, M. Micheletti a
affirmé qu’il était impossible de
rétablir au pouvoir celui qui avait «
violé la Constitution de la
République, non pas une fois, mais à
plusieurs reprises ».
Élu fin 2005 pour un mandat unique de
quatre ans, M. Zelaya a été
expulsé par les militaires le 28 juin, pour
avoir tenté d’organiser un
référendum lui permettant de se
représenter pour un deuxième mandat,
malgré l’opposition de la Cour
suprême.
HONDURAS Zelaya lance un appel à
l’insurrection
—
Manuel Zelaya, le président destitué
du Honduras, a appelé, hier, depuis le
Guatemala, la population de son pays à
« l’insurrection » pour le
rétablir dans ses fonctions après le
coup d’État qui l’a chassé du
pouvoir le 28 juin.
« Le peuple du Honduras a le droit à
l’insurrection et l’insurrection est un droit
légitime qui fait partie des concepts les
plus élevés du sens de la
démocratie face à un gouvernement
usurpateur et des militaires putschistes »,
a déclaré M. Zelaya en
conférence de presse, au côté
du président du Guatemala, Alvaro Colom.
« Je veux lui dire (au peuple) de ne pas
quitter les rues, le seul espace qu’ils ne nous
ont pas enlevé, de ne pas abandonner les
espaces qui appartiennent au peuple »,
a-t-il ajouté.
M.
Zelaya a appelé à « la
grève, la manifestation, la
désobéissance civile », qui
constituent « un processus
nécessaire quand l’ordre
démocratique est violé dans un
pays », selon lui.
M. Zelaya avait lancé la veille un
« ultimatum » au gouvernement de
facto de Roberto Micheletti, chef de
l’État désigné le 28 juin,
le sommant de lui rendre le pouvoir au prochain
rendez-vous prévu en principe samedi au
Costa Rica, chez le président Oscar
Arias. Le premier rendez-vous, vendredi dernier,
n’avait pas donné de résultat
concret.
« Nous, nous ne menaçons pas
», avait répondu le ministre des
Affaires étrangères de M.
Micheletti, Carlos Lopez, en réponse
à cet ultimatum, peu avant l’appel de M.
Zelaya à « l’insurrection ».
Honduras La médiation
débute
Une première réunion de
médiation sur la crise au Honduras est
programmée pour demain au Costa Rica, a
annoncé le président chassé du
pouvoir le 28 juin, Manuel Zelaya, reçu hier
à Washington par la secrétaire
d’État, Hillary Clinton. Le processus
demédiation a été entamé
avec un consensus sur le choix comme
médiateur du président du Costa Rica,
Oscar Arias, Prix Nobel de la paix.
Le régime refuse de négocier
HONDURAS Le président
déchu rate son retour
—
L’armée hondurienne a bloqué hier la
piste à l’aéroport de Tegucigalpa
pour empêcher l’atterrissage de l’avion
transportant le président déchu
Manuel Zelaya.
Des milliers de partisans
du président Zelaya attendaient hier son
retour à l’aéroport de
Tegucigalpa, protégé par
l’armée.
Plusieurs véhicules militaires ont
été disposés sur l’unique
piste au moment où se présentait
l’appareil, qui a été contraint de
faire plusieurs boucles dans le ciel, avant de
repartir.
Au sol, deux personnes ont trouvé la mort
lors de heurts avec les forces de l’ordre.
Les autorités du Honduras, qui ont
destitué il y a une semaine M. Zelaya,
avaient averti qu’elles n’autoriseraient pas
l’atterrissage de son avion à Tegucigalpa.
L’avion a atterri plus tard hier à Managua,
capitale du Nicaragua, a annoncé la
présidence du Salvador. « Le
président Zelaya n’est pas venu (au
Salvador). Il s’est rendu à Managua
», a déclaré à l’AFP le
porte-parole de la présidence du Salvador,
David Rivas.
M. Zelaya, interrogé en direct par des
chaînes internationales de
télévision, avait auparavant
déclaré que l’avion se dirigeait
vers le Salvador, après s’être vu
refuser l ’ at ter rissage au Honduras.
Deux morts
Des heurts ont éclaté vers 16h
locales devant l’aéroport entre des
partisans du président hondurien et les
forces de l’ordre, qui ont lancé des gaz
lacrymogènes. Les manifestants, plus de
30000 selon les estimations de l’AFP, attendaient
le retour de M. Zelaya.
L’armée a tiré pendant ces
confrontations, faisant deux morts et deux
blessés par balle, at-on appris
auprès de la police.
« Il y a deux morts et deux blessés.
La police n’a pas tiré, c’était
l’armée, parce que les manifestants
tentaient d’envahir les pistes », a
indiqué à l’AFP un commissaire de
police.
M. Zelaya a bravé ses adversaires qui l’ont
destitué voici une semaine en s’envolant de
Washington pour le Honduras et en «
ordonnant » à l’armée de lui
ouvrir l’aéroport international de
Tegucigalpa, puissamment gardé par
l’armée.
Ses adversaires ont menacé M. Zelaya
d’une « arrestation immédiate
» à son arrivée et ont
interdit l’atterrissage de son avion, qui a
reçu l’ordre de se diriger vers le
Salvador, a précisé la direction
de l’Aviation civile à Tegucigalpa.
Pendant le voyage deM. Zelaya, les nouvel les
autor i tés du Honduras ont,
quasi-simultanément,
dénoncé des mouvements de troupes
au Nicaragua en direction de la frontière
commune, et proposé un « dialogue
de bonne foi » à l’Organisation des
États américains (OEA), qui les
avait exclues de ses rangs dans la nuit.
« Nous avons été
informés de mouvements de troupes du
côté du Nicaragua en direction de
la frontière », a
déclaré le nouveau chef de
l’État désigné, Roberto
Micheletti lors d’une conférence de
presse télévisée.
Les nouvelles autorités proposent
à l’OEA « la mise en place d’un
dialogue de bonne foi entre une
délégation de la République
du Honduras (...) et une
délégation de représentants
d’États membres et de fonctionnaires de
moindre rang du secrétariat
général », a indiqué
leur vice-ministre des Affaires
étrangères, Martha Lorena
Alvarado.
Cette proposition vaut pour autant que «
pendant le déroulement du dialogue de
bonne foi il ne survienne pas d’actes ou de
situations qui puissent mettre en danger la paix
sociale de la République »,
a-t-elle ajouté.
Appuis
De leur côté, les présidents
de l’Équateur, de l’Argentine et du
Paraguay Rafael Correa, Cristina Kirchner et
Fernando Lugo devaient se rendre au Salvador, a
indiqué M. Correa.
« Si M. Zelaya réussit à
atterrir au Honduras et estime notre venue
opportune, nous irons », a
précisé M. Correa. « S’il
n’y parvient pas, nous l’attendrons à San
Salvador, d’où il fera des
déclarations au monde entier »,
a-t-il ajouté.
Le président
vénézuélien Hugo Chavez a
quant à lui rappelé hier aux
autorités du Honduras qu’elles seraient
tenues pour « responsables devant le monde
entier » de la sécurité du
chef de l’État déchu, Manuel
Zelaya, lors de son retour à Tegucigalpa.
« M. Zelaya n’atterrira peutêtre pas
à l ’ aéroport international,
peut-être à la base
américaine à 80 km de la capitale
», a avancé un diplomate
étranger encore en poste à
Tegucigalpa, contrairement à nombre
d’ambassadeurs latinoaméricains et
européens.
Poursuivi pour « haute trahison »,
M. Zelaya reste sous la menace d’une arrestation
« dès qu’il posera le pied au
Honduras », a répété
samedi soir M. Micheletti. Au pouvoir depuis
2006, M. Zelaya avait été
renversé pour avoir tenté
d’organiser une consultation populaire sur la
possibilité de briguer un second mandat,
démarche déclarée
illégale par la Cour suprême.
Les nouvelles autorités de Tegucigalpa
ont également été
condamnées par l’ONU et l’Union
européenne, et le Venezuela a
annoncé qu’il leur « coupait
» ses envois de pétrole.
« SI J’AVAIS EUUNPARACHUTE, J’AURAIS
SAUTÉDE L’AVION »
Le
président déchu du Honduras, Manuel
Zelaya, a promis de tenter de nouveau de revenir
rapidement au Honduras, affirmant avoir
renoncé hier à atterrir à
Tegucigalpa pour ne pas être «
intercepté » par l’armée. M.
Zelaya, interrogé par la chaîne
internationale Telesur alors que son avion
survolait l’aéroport de la capitale
hondurienne, a affirmé qu’il risquait
d’être « intercepté par les
appareils de la force armée ».
« Si on ne peut pas maintenant, on le fera
demain ou après-demain », a-t-il
insisté, dénonçant la «
barbarie » du nouveau gouvernement
hondurien, qui n’a pas été reconnu
par la communauté internationale. «
Si j’avais eu un parachute, j’aurais
immédiatement sauté de l’avion
», a déclaré M. Zelaya
à Telesur. « Je fais tout ce que je
peux et les pilotes aussi », a-t-il
ajouté, avant que l’appareil ne rebrousse
finalement chemin. Le président
déchu, qui doit s’entretenir avec une
délégation de l’Organisation des
États américains (OEA), a
souligné qu’il lui « fallait rentrer
au pays », malgré l’interdiction des
nouvelles autorités. « À
partir de demain (aujourd’hui), la
responsabilité revient aux grandes
puissances, notamment les États-Unis
» pour prendre « des actions
immédiates contre ce régime
putschiste », a-t-il affirmé.
Coup d’État au Honduras L’OEA
lance un ultimatum de 72 heures
— Des milliers de Honduriens ont
manifesté, hier, à Tegucigalpa,
pour le retour du président
déposé Manuel Zelaya, qui a
exprimé le souhait de rentrer au pays en
dépit d’un mandat d’arrestation contre
lui.
Une supportrice du
président destitué Manuel Zelaya
a manifesté hier dans la capitale du
Honduras, Tegucigalpa. Le nouveau pouvoir a
décidé de suspendre plusieurs
libertés, comme la liberté
d’association ainsi que le droit à la
libre circulation.
Des milliers d’autres manifestants ont pour leur
part témoigné, dans d’autres
villes, de leur appui au nouveau gouvernement
soutenu par les militaires. Aucun incident de
violence n’a été rapporté.
Le nouveau président
désigné, Roberto Micheletti, a
déclaré qu’il faudrait une
invasion étrangère pour
rétablir son prédécesseur,
en ajoutant qu’il mandatait une
délégation à Washington
pour tenter de contrer l’isolation croissante du
nouveau régime, même si son
ministre des Affaires étrangères
l’a démentie.
Après la condamnation par
l’Assemblée générale de
l’ONU du coup d’État contre le
président Manuel Zelaya, l’Organisation
des États américains (OEA) a
lancé un ultimatum aux auteurs du putsch,
tandis que la France et l’Espagne ont
rappelé hier leurs ambassadeurs
respectifs dans le pays. Le Chili, l’Italie et
la Colombie ont aussi rappelé leur
ambassadeur.
Le département de la Défense
américain a par ailleurs suspendu toutes
les opérations conjointes
États-Unis– Honduras, tandis que la
Banque mondiale a gelé les prêts
consentis au Honduras. Aussi, trois pays
limitrophes ont suspendu les échanges
commerciaux transfrontaliers.
Inflexibles
Pour l’heure, les nouveaux dirigeants du
Honduras se montrent toutefois inflexibles.
Désigné président
intérimaire par le Parlement après
le coup d’État, le président du
Congrès Roberto Micheletti a exclu
catégoriquement de rendre le pouvoir
à Manuel Zelaya.
« Personne ne peut me forcer à
démissionner si je n’enfreins pas les
lois du pays », a-t-il
déclaré mardi soir à
l’Associated Press dans une posture de
défi envers l’ONU, l’OEA, les
États-Unis et les autres gouvernements
qui ont condamné le coup de force des
militaires.
Manuel Zelaya a été
renversé par l’armée et
expulsé de son pays dimanche avant
l’aube, quelques heures avant la tenue d’un
référendum constitutionnel,
jugé illégal par la Cour
suprême, le Parlement et l’armée,
destiné à l’autoriser à
briguer un second mandat. Le président
déchu, dont le mandat de quatre ans
s’achève normalement en janvier, a
annoncé mardi qu’il renoncerait à
organiser la consultation s’il était
rétabli dans ses fonctions.
M. Micheletti , qui appartient au même
Parti libéral que M. Zelaya, estime que
ce dernier « a déjà commis
des crimes contre la Constitution et la loi
». « Il ne peut plus revenir
à la présidence de la
République à moins que le
président d’un autre pays
d’Amérique latine ne vienne l’imposer par
les armes », a-t-il prévenu.
L’OEA a donné hier trois jours aux
auteurs du coup d’État pour rendre le
pouvoir au président Zelaya, faute de
quoi le pays « risque d’être
suspendu » de l’organisation
régionale, a précisé son
secrétaire général,
José Miguel Insulza, évoquant un
« ultimatum » adressé
à Tegucigalpa. « Nous devons
montrer clairement que les coups d’État
militaires ne seront pas acceptés
», a-t-il ajouté au cours d’une
session de l’OEA à Washington.
Ce délai de 72 heures, qui ouvre la
possibilité de négociations, a
conduit Manuel Zelaya a différer à
ce week-end son retour au Honduras, qu’il
comptait initialement faire jeudi. Roberto
Micheletti prévient qu’il sera
arrêté s’il rentre au Honduras,
bien que la présidente argentine Cristina
Kirchner-Fernandez, le président
équatorien Rafael Correa et les patrons
de l’OEA et de l’Assemblée
générale de l’ONU aient promis de
l’accompagner.
Les États-Unis soutiennent Manuel Zelaya,
estimant qu’il n’y a pas d’autre solution
acceptable que son retour au pouvoir. Washington
envisage de suspendre son aide au Honduras, a
précisé Ian Kelly, porte-parole du
département d’État
américain
Une crise institutionnelle plus
qu’une crise politique - Alexandre Sirois
QPourquoi
Manuel Zelaya a
assisté hier au Nicaragua à la
réunion d’un bloc de neuf pays,
l’Alliance bolivarienne pour les
Amériques (ALBA), qui ont
décidé de rappeler leurs
ambassadeurs au Honduras tant qu’il ne serait
pas rétabli dans ses fonctions. On voit
ici le président du Honduras (à
gauche) en compagnie de celui du Nicaragua,
Daniel Ortega, et de celui du Venezuela, Hugo
Chavez.
ce coup d’État, le premier en
Amérique centrale depuis le début
des années 90, a-til eu lieu? R Le
président Manuel Zelaya avait
décidé d’organiser un
référendum très
controversé pour modifier la Constitution
de l’État. Celle-ci, au Honduras, limite
les présidents à un seul mandat de
quatre ans. Or, M. Zelaya, élu en 2005,
voulait pouvoir se présenter à
nouveau. La Cour suprême du pays
s’opposait à ce référendum.
Tout comme les membres du Congrès et
l’armée, qui a décidé
d’intervenir. QQuel
genre de président était Manuel
Zelaya ? R Lorsqu’il a été
élu, il se pré s ent a i t comme u
n conservateur. Au pouvoir, il s’est
plutôt comporté comme un
émule d’Hugo Chavez, président du
Venezuela et fils spirituel de Fidel Castro.
« Zelaya a fait une conversion
idéologique assez remarquable. Il vient
du Parti libéral. De la droite. Au
Honduras, c’est la droite qui gouverne depuis
toujours. Mais il a fait un virage à
gauche à la Chavez », indique le
directeur de l’Observatoire des Amériques
de l’UQAM, Victor Armony. QDans
la capitale, plusieurs manifestants
défiaient hier les militaires. Un appel
à la grève a été
lancé par des organisations syndicales.
Que pensent les habitants du Honduras de ce coup
d’État ? R « Je suis sûr
qu’entre 80 et 90% de la population du Honduras
est heureuse de ce qui s’est passé
aujourd’hui », a soutenu hier le
président désigné, Roberto
Micheletti, ancien président du
Congrès. « Je me méfierais
hautement de ces déclarations »,
affirme pour sa part Stéphanie Rousseau,
spécialiste de l’Amérique latine
qui enseigne la sociologie à
l’Université Laval. « Il n’a pas
donné de preuves tangibles. S’il
était aussi sûr de l’appui
populaire, je me demande pourquoi il
déclarerait un couvre-feu pendant 48
heures », lance-t-elle. QLa
situation pourrait-elle
dégénérer ? R Le mot d’ord
re , hier , était « dialogue
». Tant le président
américain que les représentants de
l’Union européenne ont signalé
leur désir de favoriser des discussions
pour résoudre la crise. Jusqu’ici, sur le
terrain, la situation ne s’est pas encore
envenimée. « C’est une crise
institutionnelle plus qu’une crise politique au
sens large », estime le directeur de
l’Observatoire des Amériques de l’UQAM,
Victor Armony. QComment
a réagi le président déchu?
R « Je suis président du Honduras
», a-t-il lancé, peu de temps
après avoir été
déporté aux Costa Rica par
l’armée de son pays. M. Zelaya s’est dit
« victime d’un kidnapping ». Il
s’est ensuite rendu au Nicaragua où il a
participé, hier, à un sommet des
présidents d’Amérique centrale.
Aujourd’hui, il devrait prendre la parole aux
Nations unies. Il espère toujours
être en mesure de reprendre la tête
du Honduras. QOn
a entendu hier aux quatre coins du monde des
appels pour que le président déchu
soit rétabli dans ses fonctions. Y
compris aux États-Unis où le
président Obama a dit que Washington
considère toujours M. Zelaya comme le
président du Honduras. Quelles sont ses
chances de faire un retour? R Un retour est
possible, mais pas certain, affirme
Stéphanie Rousseau de l’Université
Laval. Cette spécialiste rappelle qu’en
2002, à la suite d’un scénario
« relativement similaire » au
Venezuela, Hugo Chavez était revenu au
pouvoir rapidement. « Les militaires et le
Congrès au Honduras sont dans une
position extrêmement précaire,
dit-elle. Ils vont être très
isolés au sein de la communauté
internationale. Ils devront à tout prix
être ouverts à un dialogue
important qui va inclure le président
Zelaya lui-même. Il restait environ six
mois à son mandat. Ce sera difficile pour
le régime en place de le tenir à
l’écart. Mais ce n’est pas impossible.
»
« Le gouvernement Harper doit prendre
position » - Daphné Cameron
Une soixantaine de manifestants se sont
rassemblés devant le complexe Guy-Favreau
hier soi r pour dénoncer le coup
d’État survenu dimanche au Honduras. Les
protestataires – la plupart d’origine
latinoaméricaine – ont également
demandé au gouvernement Harper de
dénoncer le caractère
antidémocratique de l’expulsion du
président Manuel Zelaya.
« Les pays du G8, l’ONU et l’ambassade
américaine se sont tous prononcés
contre l’expulsion du président alors que
le gouvernement Harper n’a pas encore pris
position », a expliqué Rafael
Marroquina, organisateur de la manifestation et
membre du Comité contre le coup
d’État au Honduras.
« Nous demandons au Canada non seulement
de se prononcer contre le coup d’État,
mais également d’entreprendre des mesures
économiques, diplomatiques et sociales
pour faire pression sur la nouvelle
autorité politique », a-t-il
poursuivi.
Hondurien d’origine, Alonso Galindo était
présent au rassemblement d’hier dans
l’espoir que la pression internationale
prévienne un affrontement armé.
«
L’expulsion
du président par l’armée
démontre une attitude rétrograde
qui est contraire à tous les changements
positifs que nous avons vécus dans les
dernières années en
Amérique latine, a expliqué celui
qui a immigré au Québec il y a
deux ans. Le président Zelaya doit
terminer son mandat. Par la suite, ce sera au
peuple de décider démocratiquement
de la suite des choses. »
Avant d’être escorté au Costa Rica
dimanche, le président Zelaya
était sur le point d’organiser un
référendum pour prolonger son
mandat. Cette mesure a été
jugée illégale par la Cour
suprême.
« Je ne suis ni du côté du
président, ni du côté des
militaires, a dit une manifestante, Judith
Chafoya. C’est la façon dont cela s’est
produit que je dénonce. Même s’il
voulait prolonger son mandat, il voulait le
faire à la suite d’un processus de
consultation publique. Ce coup d’État
envoie le message que les groupes armés
peuvent se débarrasser des chefs
d’État dès qu’ils ne
défendent pas leurs
intérêts. On ne peut pas
déloger quelqu’un qui a été
élu par le peuple. »
Dimanche, à Ottawa, le ministre
d’État des Affaires
étrangères (Amériques),
Peter Kent, a condamné le coup
d’État et demandé à toutes
les parties de faire preuve de « retenue
» et de « rechercher une solution
pacifique » à la crise qui respecte
les « normes démocratiques ».
HONDURAS Grèves et «
blocages » de l’économie
—
Environ 3000 partisans de Manuel Zelaya, le
président déchu du Honduras, ont
manifesté hier matin dans le centre de
Tegucigalpa et appelé à multiplier
les « blocages » de routes et
d’activités économiques.
« Nous avons donné pour
instructions aux syndicats et aux organisations
sociales d’intensifier les blocages de routes et
la paralysie de secteurs clés de
l’économie », a
déclaré le coordonnateur du Bloc
populaire, qui organise les manifestations
proZelaya, Juan Barahona.
Le
Bloc populaire réclame le retour au
pouvoir de M. Zelaya, expulsé du pays par
l’armée le 28 juin et remplacé par
le président du Congrès, Roberto
Micheletti.
« Nous allons poursuivre la
résistance pacifique malgré la
répression subie hier », a
poursuivi M. Barahoma. Deux partisans de M.
Zelaya ont été tués
dimanche par l’armée, selon la police,
tandis qu’ils attendaient à
l’aéroport le retour finalement
avorté de « leur »
président.
Le
président
du Honduras expulsé au Costa Rica
- Ana Fernandez
—
Des mi l itaires agissant sur ordre de la justice
ont arrêté hier matin puis
expulsé au Costa Rica le président
du Honduras, Manuel Zelaya, sur le point
d’organiser une consultation populaire pour
prolonger son mandat, jugée illégale
par la Cour suprême.
La résidence
présidentielle où Manuel Zelaya a
été arrêté hier par
l’armée.
Le président du Congrès, Roberto
Micheletti, a été
désigné quelques heures plus tard
nouveau chef de l’État du Honduras par le
Parlement, et a décrété un
couvre-feu de 48 heures dans ce pays
d’Amérique centrale.
« Nous reconnaissons Zelaya comme
étant le président constitutionnel
régulièrement élu du
Honduras. Nous n’en voyons pas d’autre », a
réagi peu après un responsable du
gouvernement américain qui a requis
l’anonymat.
Le président américain Barack Obama
s’était précédemment dit
« profondément
préoccupé » par la situation
au Honduras et sa secrétaire d’État
Hillary Clinton avait condamné des actions
qui « violent les principes de la Charte
démocratique interaméricaine
».
L’assemblée générale des
Nations unies se réunira en urgence
aujourd’hui pour examiner la situation politique
dans le pays, et le secrétaire de l’ONU,
Ban Ki-moon, a d’ores et déjà
demandé que le président Zelaya soit
rétabli dans ses fonctions.
Condamnations
Partout dans le monde, les condamnations de cette
éviction se sont multipliées et
notamment dans les rangs de la gauche radicale
latino-américaine, dont M. Zelaya
s’était rapproché ces
dernières années après avoir
été élu en 2006 sous
l’étiquette de conservateur.
À Tegucigalpa, des centaines de
manifestants ont réclamé son retour
devant le palais présidentiel,
entouré par des dizaines de soldats et des
chars.
Les retransmissions des chaînes de
télévision et de radio ont
été interrompues, l’aéroport
international a été fermé,
l’électricité et les communications
ont été coupées dans la
capitale.
« Si les États-Unis ne sont pas
derrière ce coup d’État, les
putschistes ne pourront pas conserver le pouvoir
», a déclaré le
président Zelaya, encore vêtu du
pyjama dans lequel il a été
expulsé, à son arrivée
à San José.
Huit de ses ministres ont aussi été
arrêtés par les forces armées,
a indiqué à l’AFP un fonctionnaire
du gouvernement.
L’ambas s adeu r de Cuba au Honduras , Juan Ca
rlos Hernandez, a également
déclaré avoir été
brièvement arrêté et
frappé par des militaires, alors qu’il
essayait de protéger la ministre
hondurienne des Affaires étrangères,
Patricia Rodas, avec l’aide de ses homologues du
Venezuela et du Nicaragua.
L’armée n’a pas commis de « coup
d’État », a affirmé M.
Micheletti au cours d’une conférence de
presse. Les militaires se sont limités
à « exécuter une
décision de justice »,
prononcée parce que M. Zelaya «
enfreignait les lois du pays », a-t-il
expliqué.
Consultation illégale
La Cour suprême du Honduras avait auparavant
jugé illégale la consultation
populaire que le chef de l’État, élu
pour un mandat de quatre ans non renouvelable,
voulait organiser hier pour ouvrir la voie
à une révision de la Constitution
lui permettant de briguer un deuxième
mandat le 29 novembre.
ZELAYA ARRIVE AU NICARAGUA
Le président du Honduras expulsé
de son pays, Manuel Zelaya, est arrivé hier
soir au Nicaragua pour un sommet extraordinaire de
l’Alliance bolivarienne pour les Amériques
(ALBA) et du bloc centro-américain, qui
appellent à le rétablir dans ses
fonctions, a constaté un photographe de
l’AFP. M. Zelaya a été accueilli
à l’aéroport de Managua par le
président du Nicaragua Daniel Ortega et le
président vénézuélien
Hugo Chavez. M. Ortega assure la présidence
tournante du Système d’intégration
centraméricaine (SICA), et M. Chavez avait
appelé à un sommet urgent de l’ALBA.
À Mexico, le président Felipe Calderon
s’apprêtait à se rendre à
Managua pour la réunion du SICA, ont
annoncé ses bureaux dans la soirée.
Pas besoin d’amis - FRÉDÉRIC BOISROND
L’aide de 10 milliards ira à des ONG qui
ne font pas de transfert de compétences
auxHaïtiens
Et après la reconstruction? Une fois que
les Haïtiens seront hébergés,
les enfants retournés à
l’école… Rien.
Un pays se construit en développant des
mécanismes de participation à
l’économie mondiale. Dans cette optique,
il n’y a pas de place pour l’amitié.
Depuis 1801, les pays amis d’Haïti ont tout
fait pour empêcher le pays de participer
à l’économie mondiale. Les
résultats de la réunion du 31 mars
2010 à l’ONU s’inscrivent dans une
succession d’obstacles pour maintenir les
Haïtiens dans la pauvreté.
L’indépendance d’Haïti a
été réalisée parce
que Napoléon Bonaparte a refusé le
projet de constitution élaboré en
1801 par Toussaint Louverture. L’article 3 de
cette première constitution disait que
sur le territoire, tous les hommes naissent,
vivent et meurent libres et Français. La
constitution de 1801 n’était rien d’autre
qu’un projet de souveraineté-association
avec la France qui prévoyait des
mécanismes d’échanges
économiques avec la métropole.
Toussaint Louverture était le premier et
le dernier chef d’État haïtien
à avoir eu une vision qui positionnait le
pays pour une participation dans
l’économie mondiale.
Le refus de Bonaparte est le premier obstacle
qui a provoqué en 1804, une guerre qui a
ruiné toutes les chances d’Haïti.
Cette victoire spectaculaire est aussi un
fardeau au développement puisque
Haïti est devenu indépendant 50 ans
avant la révolution industrielle avec une
imposante dette de guerre. Deuxième
obstacle: Les présidents
américains Jefferson, Madison et Monroe
n’ont pas reconnu la république
haïtienne. C’est en 1862 que le
gouvernement de Lincoln l’a fait. Trop tard.
Isolé du marché américain,
des développements techniques et des
innovations de l’époque, Haïti
prendra un retard irrécupérable et
ratera le rendez-vous avec la révolution
industrielle de 1850 et avec tous les autres
changements structurels qui s’en suivront.
Troisième obstacle: le pays a connu des
crises successives de leadership dont la
conséquence est une absence de vision.
Depuis les années 50, Haïti forme
des professionnels qu’elle est incapable
d’intégrer dans des structures
économiques et sociales. Ce sont les pays
amis d’Haïti qui ont profité de
l’exode de ses cerveaux. Ce sont les pays amis
d’Haïti qui ont organisé l’exil des
gouvernants qui se sont succédé au
pouvoir empêchant ainsi de les juger pour
leurs malversations. Les amis ont ainsi
régularisé l’impunité et
empêché cette société
de renforcer ses règles de gouvernance.
Résultats: les Haïtiens votent pour
les gens qui leur paraissent les moins
menaçants. Ils ont élu des
politiciens sans programme, sans projet de
société et sans vision. Ne soyons
pas étonnés que la classe
politique haïtienne soit incapable de
saisir les opportunités de cette crise
pour développer et structurer
l’économie du pays.
Le dernier obstacle au développement
d’Haïti vaut 10 milliards de dollars. Cette
somme, promise lors de la réunion du 31
mars, ira en grande partie à des ONG dont
la grande majorité ne font pas de
transfert de compétences aux
Haïtiens, ce qui place le pays dans une
situation de dépendance. Des centaines
d’ONG sont présentes en Haïti depuis
plus de 30 ans et le pays était encore le
plus pauvre de l’hémisphère Nord.
On ne construit pas un pays avec des petites
coopératives de travailleurs, ni en
donnant des biscuits achetés en Suisse,
ni avec des ateliers demisère, ni en
parrainant des enfants. Ça ne fait que
soulager la conscience de l’un et nourrir la
misère de l’autre.
Le 31 mars, les amis d’Haïti ont promis
d’investir 10 milliards pour financer la
reconstruction. Et après? Une fois que
les Haïtiens seront hébergés,
les enfants retournés à
l’école… et après? Rien. La
stratégie des pays amis d’Haïti ne
prévoit pas de création de travail
pour les Haïtiens et les Haïtiennes ni
des mesures pour permettre la production de
biens qui respectent les standards
internationaux et ainsi favoriser la
participation du pays à l’économie
mondiale.
Haïti
n’a pas besoin d’amis. Le pays a besoin de
partenaires économiques. Il faut des
leaders capables d’identifier et de mettre en
perspective les atouts du territoire et de
développer les ressources humaines pour
concurrencer avec le marché
international. L’amitié ne pourra que
redonner à Haïti que la place
qu’elle occupait avant le 12 janvier, le pays le
plus pauvre de l’hémisphère nord.
Le bruit est revenu - Philippe
Mercure
Dans certains coins de la ville, on croirait
presque que rien n’est arrivé. On pouvait
même acheter des fleurs, hier, dans les
rues de Port-au-Prince.
Rue Saint-Honoré, à
Port-au-Prince. Un homme transporte de larges
plaques de tôle tordues sur sa tête.
Des adolescents vêtus de t-shirts des
Nations unies chargent des débris dans un
camion. Une vieille dame qui n’a qu’une jambe
rampe dans la rue poussiéreuse en
s’aidant de ses bras, tirant péniblement
deux lourds sacs de riz.
Unmois après le séisme du 12
janvier, ce qui frappe à Port-au-Prince,
c’est l’activité qui l’anime. Une
activité chaotique, soutenue par une aide
internationale qui s’empêtre encore et qui
s’attaque à des problèmes qui
semblent insurmontables. Mais une
activité tout de même.
Des progrès? Il y en a eu. La
quasi-totalité des rues ont maintenant
été dégagées des
débris. Les stations-service sont
ouvertes et on n’attend plus pour l’essence.
« Il y a trois semaines, le plein
coûtait 290 $ US. Aujourd’hui, il
coûte 50$ US », dit Rodney Goby, le
chauffeur qui conduit des journalistes de La
Presse depuis un mois dans son tacot où
joue toujours à tue-tête la
même cassette de reggae.
Conséquence : un trafic infernal assaille
aujourd’hui Port-au-Prince, davantage
compliqué par les opérations de
distribution de nourriture. Le bruit des klaxons
ne s’estompe que la nuit, laissant place aux
aboiements des chiens et aux coups de feu
occasionnels.
« Les premiers jours, les Haïtiens
marchaient sans parler. Là, le bruit est
revenu », constate Jean-François
Labadie, un Québécois
installé ici.
Dans certains coins de la ville, on croirait
presque que rien n’est arrivé. Des filles
superbes circulent entre les voitures en vendant
des bananes frites. Les marchands ont
étalé fruits, chaussures et
téléphones cellulaires dans la
rue. On pouvait même acheter des fleurs,
hier, dans les rues de Port-au-Prince.
Reste que les problèmes sont partout,
criants, immenses. Dans la nuit de mercredi
à hier, une brève mais forte
averse – l’une des rares depuis le séisme
– a rappelé à quel point la
situation des centaines de milliers de sans-abri
est précaire.
« Tout était mouillé. On a
eu froid. On a très peur qu’il pleuve
encore », dit Yolène Tercine,
rencontrée dans le stade
transformé en camp de
déplacés. Sa maison se
résume à quatre bouts de bois
surmontés d’une nappe de cuisine. Elle
s’y entasse avec ses trois enfants et trois
autres qu’elle a recueillis.
Avec la saison des pluies qui menace, impossible
de surestimer l’ampleur du désastre qui
point.
Partout dans la ville, des affiches « We
need help » tentent d’attirer l’attention
des secouristes sur les camps plus petits et
plus difficiles à trouver.
Le palais présidentiel et la
cathédrale, les grands symboles de la
ville, gisent toujours, béants et
à demi écrasés. Sur
d’autres bâtiments aplatis comme des
galettes, on a écrit « À
démolir » à la peinture
rouge – on voit mal comment on pourrait en faire
autre chose.
« On ne fait pratiquement plus
d’opérations et d’amputations »,
dit Wordy Nicolas, un médecin venu de
Floride. Malaria, tétanos,
diarrhées, maladies de peau et infections
urinaires sont maintenant au programme.
Les morts, eux, ont été
enterrés, et il faut chercher longtemps
pour voir un cadavre à Port-au-Prince.
Même à Titanyen, une fosse commune
à l’écart de la ville où
plus de 70 000 morts ont été
enterrés, rien ne paraît. Que du
sable retourné, plein de cailloux et une
croix tendue vers le ciel.
Le port rempli de navires a des allures de zone
de guerre, les routes qui conduisent à la
campagne sont bordées des débris
de la ville qu’on y a jetés, les
hélicoptères bourdonnent dans le
ciel. Et les Haïtiens, eux, prient jour et
nuit avec ferveur.
Confusion de chiffres - Agnès
Gruda
Un
mois après le séisme, le bilan du
tremblement de terre est constitué d’une
série de chiffres dont la plupart demeurent
approximatifs. Les statistiques reconnues
proviennent généralement du
gouvernement. Mais les dirigeants haïtiens ne
s’entendent même pas entre eux sur le nombre
de victimes.
Au
cours des derniers jours, des estimations
contradictoires, variant entre 170 000 et 270 000
morts, ont été diffusées tour
à tour par le président, René
Préval, et la ministre des Communications,
Marie-Laurence Lassègue. « Elle ne
sait pas de quoi elle parle », a
lancé René Préval à
une conférence de presse à laquelle
assistait également sa collègue!
Défis simultanés -
FRANÇOIS GÉLINEAU ET RICHARD NADEAU
La reconstruction des infrastructures en
Haïti passe par la consolidation de la
démocratie
Au moment du tremblement de terre du 12 janvier,
Haïti se préparait à tenir
des élections législatives.
Prévues pour le 28 févr ier, elles
devaient être suivies quelques mois plus
tard de l’élection présidentielle.
Plusieurs observateurs internationaux avaient
signalé que ces scrutins allaient fournir
l’occasion de démontrer que la
démocratie haïtienne pouvait
maintenant voler de ses propres ailes.
Personne ne s’imaginait qu’elle allait
être confrontée à un tout
autre test, celui de se relever d’une
catastrophe naturelle sans
précédent. Quel sera l’effet de ce
séisme sur l’évolution du
processus démocratique émergent en
Haïti? Les avis sont partagés sur
cette question. Une chose semble claire
cependant. Après l’urgence viendra la
reconstruction. Et une reconstruction viable en
Haïti passe par la consolidation de la
démocratie.
La situation actuelle en Haïti est
exceptionnelle. L’ampleur du désastre est
telle qu’il est plutôt difficile de
reprocher au gouvernement d’avoir eu de la
difficulté à réagir avec
rapidité et cohérence au lendemain
du tremblement de terre. À un moment
donné, les équipes d’urgence
quitteront Haïti et les travaux de
reconstruction débuteront. Tout est
à refaire. Et comme si cela
n’était pas assez, l’instabilité
politique dans ce pays a miné avec le
temps la confiance de la population envers la
classe politique.
Une fois l’urgence passée, les
Haïtiens devront donc s’atteler à
deux tâches colossales : consolider un
processus démocratique fragile,
difficilement restauré lors des
élections de 2006, et reconstruire pour
l’essentiel les infrastructures de leur pays.
Ces deux tâches devront être
relevées simultanément.
Le
défi est de taille et les embûches
sont nombreuses. D’un point de vue
constitutionnel, le mandat des 99
représentants de la Chambre des
députés et de 10 des 30
sénateurs viendra à
échéance dans les prochains mois,
après quoi il ne restera plus que 20
sénateurs en guise de législature.
Il en va de même pour le mandat de la
totalité des élus
régionaux. Pour sa part, le mandat du
président expirera le 7 février
2011. C’est donc dire que d’ici quelques mois,
l’État haïtien sera presque
entièrement dépouillé de
représentants élus.
Cette situation rend diff icile l’exercice d’un
leadership fort et légitime. Sans
Parlement, le gouvernement dirigera seul,
isolé par l’absence de mécanismes
de représentation populaire. Le
déploiement de l’effort de reconstruction
est susceptible d’être entravé par
cette situation. On a beaucoup
évoqué par exemple l’idée
que cette reconst ruct ion devait passer par la
décentralisation, le développement
régional et la participation citoyenne.
Or, comment mettre en pratique ce
développement régional en
l’absence d’autorités gouvernementales
régionales légitimes et
dotées de ressources suffisantes ?
Comment inclure les citoyens dans ce processus
et restaurer la confiance envers la
démocratie sans mécanismes de
représentation adéquats ?
Il est évidemment irréaliste de
croire qu’il soit possible et nécessaire
de tenir toutes ces élections (
présidentiel, législatives et
locales) rapidement. Le pragmatisme s’impose
dans l’immédiat. Mais c’est au nom de ce
même pragmatisme, en ayant à
l’esprit l’objectif d’une reconstruction viable
d’Haïti qu’il faudra consolider et relancer
le processus électoral dans ce pays.
Il convient sans doute que le leadership du
gouvernement actuel soit réaffirmé
durant l’actuelle situation d’urgence que
traverse Haïti. Mais il faut aussi
commencer à prévoir dès
maintenant les moyens qui seront mis en place
pour relancer le processus démocratique
lorsque s’amorcera la phase de reconstruction du
pays.
Les Haïtiens devront participer de
plain-pied aux débats qui
façonneront l’avenir de leur pays. Seul
un processus électoral clair et
transparent permettra à la population
haïtienne de faire entendre sa voix et de
confier à des représentants qui
jouiront de sa confiance le mandat de
rebâtir leur pays dans le sens de ses
intérêts. Voilà pourquoi la
reconstruction d’Haïti passe par la
consolidation des assises démocratiques
et du processus électoral dans ce pays.
MANQUE DE MATURITÉ -
Jean-François Labadie
Haïti n’est pas en mesure de coordonner
l’aide internationale… elle-même
désorganisée
Nous sommes plusieurs sur le même chantier
et comme de mauvais danseurs, on se marche
souvent sur les pieds.
On souligne les deux premières semaines
de la nouvelle vie post-tremblement de terre. En
venant travailler à Haïti, ma
conjointe et moi, nous étions
préparés aux crises sociales
marquées par la violence, à une
criminalité importante ou encore aux
ouragans. Aucune préparation pour faire
face aux tremblements de terre. Peuton vraiment
s’y préparer ? Logistiquement, c’est
certain, humainement, moins sûr.
Haïti a besoin
d’être pris en charge par une
communauté internationale sensible.
L’État n’a ni les moyens ni les
pratiques pour accueillir de manière
minimalement coordonnée l’aide
internationale.
On a bien évidemment vécu toutes
les formes de secousses possibles, à un
degré moindre sur l’échelle de
Richter que les familles haïtiennes,
toutefois. Notre statut de coopérant
blanc (étranger) nous donnait
accès à des conditions de vie
inégalables dans le contexte, pour ne pas
dire inconfortables...
La poussière tombe lentement à la
suite du choc initial même si les sources
de frustration continuent de s’accumuler. L’aide
n’arrive pas rapidement, et pas partout. Les
employés qui travaillent au sein de notre
projet et qui vivent dans les camps n’ont pas
encore vu un casque bleu leur remettre un petit
sac de provisions, de l’eau… Les camps où
ils vivent sont-ils sur une liste? Est-ce qu’une
liste existe?
Lors de la crise du verglas, les monteurs de
lignes américains ont été
accueillis par la direction
d’Hydro-Québec. Carte du réseau de
distribution en main, on leur a attribué
des zones d’intervention et du personnel de
liaison francophone pour coordonner le travail
avec les équipes locales. Je ne faisais
que regarder M. Caillé de mon
téléviseur à
l’époque, mais j’imagine que les choses
se sont déroulées de la sorte.
Ici, l’État n’a ni les moyens ni les
pratiques pour accueillir de manière
minimalement coordonnée l’aide
internationale. En fait, l’État est sous
les décombres depuis le tremblement de
terre, et dans le ciment avant ! Le
fonctionnement de l’État haïtien
fait l’objet depuis plusieurs années
d’intervention internationales (celle dans
laquelle je baigne depuis plus d’un an, entre
autres) visant à améliorer la
gouvernance, nouveau «buzzword». on
pouvait observer certaines améliorations
dans les pratiques de gouvernance, le
défi restait toujours titanesque.
Je me répète, on ne retrouve ni
les moyens ni les pratiques (donc les
connaissances) pour se doter minimalement de
moyens de gérer l’intervention publique.
Ce constat a été amplement
documenté par les organisations
internationales.
En fonction des différents champs
d’action, l’amélioration de la
gouvernance était l’une des trois
priorités de l’action canadienne à
Haïti avant le séisme. Beaucoup de
nos comparses des autres organisations
internationales aussi. Même si Entre le
constat et le changement, il y a quelques
étapes (minimalement
méthodologiques!) à mettre en
place. Appui technique, formation, soutien
logistique, et j’en passe.
Nous sommes plusieurs sur le même chantier
et comme de mauvais danseurs, on se marche
souvent sur les pieds. Le ministre haïtien
de la Santé nous lançait
très souvent cette critique : le manque
de coordination des interventions
internationales dans son ministère, en
plus de rendre l’aide en partie inefficiente,
pouvait même avoir un effet
déstructurant sur les pratiques de ses
fonctionnaires. Quand ton collègue
médecin, qui travaille dans le même
hôpital, gagne trois fois plus que toi
parce qu’il a été recruté
par une organisation internationale afin de
prendre en charge certains types de pathologies…
Pour avoir vu ce genre de situation de mes
propres yeux depuis plus d’un an, je partage
tout à fait l’opinion de mon ministre.
Cette coordination ne repose bien
évidemment pas que sur les acteurs en
place, mais également sur des politiques
d’aide définies dans les capitales des
pays riches ou aux sièges des
organisations internationales.
Ces deux constats très
généraux ne décrivent pas
totalement une réalité nettement
plus complexe, mais ilsme semblent
délimiter un terrain d’analyse pour la
suite. Pensons à la corruption qui
s’installe plus facilement dans une structure
étatique désorganisée
où les conditions de travail ne
permettent pas de survivre, et qui est entretenu
pas des pratiques salariales
«destructurantes» de la part des
organisations internationales. Pensons au manque
de formation des fonctionnaires de
l’État, pensons à la culture
organisationnelle…
La reconnaissance de ses propres limites me
semble être le défi des prochaines
semaines. Reconnaissance par l’État
haïtien d’un urgent besoin d’une prise en
charge par une communauté internationale
intelligente, donc sensible. Même si la
tutelle est un mot banni du vocabulaire dans
certains cercles intellectuels et même si
certains pays aidants ont la tutelle
musclée, la communauté
internationale doit pouvoir offrir un
encadrement formateur à la fonction
publique haïtienne afin que cette
dernière soit en mesure de soutenir le
développement de sa population.
Cet appui ne peut pas être que de
béton et d’équipement, il devra
viser l’amélioration des pratiques. La
communauté internationale doit quant
à elle reconnaître
l’inadéquation de plusieurs de ses
stratégies, mais surtout, elle devra
sortir dumode «compétition
internationale » dans laquelle elle peut
facilement glisser et qui rend impossible toute
coordination et cohérence d’action. La
guerre du drapeau sur la devanture des
édifices neufs ne mène nulle part.
Ils sont près de neuf millions
d’Haïtiens à attendre que leur
gouvernement et la communauté
internationale gagnent en maturité. Ne
perdons pas l’occasion que nous offre ce grand
tremblement de terre pour relever le
défi.
De l’argent qui dort -
Réal Barnabé
Il est temps que la diaspora haïtienne
s’implique
L’auteur dirige Réseau Liberté
International, une ONG qui, depuis 1997,
mène des programmes d’appui aux
médias haïtiens. Selon la Banque
interaméricaine de développement (
BID), les Haïtiens vivant à
l’étranger expédient à
leurs proches en Haïti presque 2 milliards
de dollars américains par année.
Plus de 30% des Haïtiens restés au
pays bénéficient de ces transferts
(en moyenne dix versements de 150$ par
année). Cet argent va essentiellement
à la consommation – achats de biens de
première nécessité,
nourriture, vêtements, logement, gaz, eau
et électricité – et au paiement
des droits de scolarité (l’enseignement
primaire et secondaire est
généralement payant en
Haïti).
Des membres inquiets de
la communauté haïtienne de
Montréal se sont rassemblés dans
les jours suivant le séisme. Le tiers
de la population haïtienne vit à
l’extérieur du pays.
Il y a dans la diaspora de l’argent qui dort et
qui pourrait être consacré au
développement économique du pays.
Plusieurs Haïtiens aimeraient investir dans
leur pays d’origine mais hésitent
à le faire pour des raisons diverses,
dont la crainte de perdre cet argent.
D’où l’idée de la création
d’un fonds d’investissement et de
développement géré de
manière rigoureuse et qui aurait des
préoccupations de rentabilité.
Cette idée a été
évoquée à Montréal,
le 11 décembre 2004, au cours de la
Conférence de la diaspora haïtienne.
Depuis, plusieurs groupes, dont la Chambre de
commerce et d’industrie haïtiano-canadienne
(CCIHC), se sont activés dans ce dossier.
La CCIHC s’est assurée de l’appui
d’institutions financières canadiennes
qui sont prêtes à mettre à
sa disposition leur expertise et leurs conseils.
Il est temps que ce fonds soit mis sur pied.
En vertu de la constitution haïtienne, une
personne qui prend une nouvelle
citoyenneté renonce implicitement
à la citoyenneté haïtienne.
Ce refus de la double citoyenneté est un
obstacle qui nuit à l’engagement de la
diaspora dans le développement du pays.
Le président, René Préval,
a promis, il y a plus de quatre ans, de modifier
la constitution pour autoriser la double
citoyenneté. Il n’a pas pu tenir sa
promesse.
Mais il faut aller plus loin. Il faut autoriser
le vote des Haïtiens de la diaspora et,
comme le font maintenant plusieurs pays,
permettre l’élection de
députés les représentant.
Ce serait une excellente façon de faire
comprendre aux Haïtiens de
l’étranger qu’on les attend pour
reconstruire le pays.
Selon le géographe Georges Anglade, mort
à Port-au-Prince la semaine
dernière au cours du tremblement de
terre, les principales communautés
haïtiennes à l’étranger se
retrouvent (relevé daté de janvier
2009) aux États-Unis (2,5 millions de
personnes), en République dominicaine
(750 000), à Cuba (400 000), au
Québec (132 000) et en France (100 000).
Ces communautés sont divisées
entre elles. Il est temps qu’elles mettent de
côté leurs divergences et qu’elles
s’unissent dans une sorte de lobby international
pour défendre Haïti et contribuer
à son développement.
L’État haïtien est trop faible pour
gérer un éventuel plan de
reconstruction. Paul Collier, l’ancien
conseiller du secrétaire
général de l’ONU sur Haïti,
l’a encore affirmé cette semaine. Une
tutelle internationale est impensable pour
Haïti. La cogestion proposée par
Collier (pays donateurs, organismes
internationaux, État haïtien) serait
un mécanisme lourd, proche de la tutelle.
Pour des raisons historiques, des protectorats
américains ou français ou
même une cogestion avec ces pays
relèvent de l’utopie. J’ai proposé
cette semaine un partenariat
haïtiano-canadien qui serait
sollicité par Haïti et
négocié dans le respect de sa
souveraineté pour gérer le pays et
son plan de reconstruction, le temps qu’il
faudra. Pourquoi ne pas bonifier cette
proposition en y incluant comme partenaires le
Brésil, déjà très
impliqué en Haïti, et la diaspora
(selon un mécanisme à inventer)
qui, après tout, représente plus
ou moins le tiers de la population
haïtienne mondiale?
Une espérance têtue
- Rachel Vinet
L’auteure est soeur du Bon Conseil de
Montréal.
En 1988, je suis arrivée en Haïti
avec deux compagnes. Au fil des ans, nous avons
implanté avec les Haïtiens un centre
communautaire appelé Sant Sosyal la
Konbit (Centre social la Corvée),
où il y a divers groupes : groupes de
jeunes, de femmes, d’enfants, de voisinage.
Ce centre est maintenant dirigé de main
de maître par les Haïtiens. Lors de
mes voyages d’amitié et de
solidarité à Jacmel, j’ai pu
constater leur grande créativité
et leur dynamisme. Le fait de partager la
même culture les rend plus efficaces et
plus pertinents. Leur crédibilité
dans la population est évidente.
Ces années d’expérience m’auront
appris que les Haïtiens sont des gens qui,
étonnamment, rebondissent toujours, ils
ont une capacité de résilience
incroyable, un courage à toute
épreuve, et j’ajouterai une
espérance têtue. Leurs conditions
de vie sont si précaires que je me
demande souvent où ils puisent cet
espoir. Probablement dans la foi. Cette foi a
toujours constitué pour eux un moyen de
se tenir debout.
Autrefois, cette foi était habitée
par la superstition et une telle catastrophe
aurait été
interprétée par la majorité
comme une punition du ciel, mais aujourd’hui,
les Haïtiens sont plus ouverts,
l’éducation a fait petit à petit
son chemin. Ils savent maintenant arriver
à leurs propres conclusions et trouver
des solutions dans la réflexion.
Mais cette fois, si ce pays si fragile a
été frappé par une telle
force, le coup est si dur, le désastre
est si grand que je ne saurais dire comment ils
réagiront. Toutefois, il me semble que
dans quelques semaines ils auront encore le
courage de dire : pa pè n’ap kenbe nou
pap lage (N’ayez pas peur, nous tiendrons, nous
ne lâcherons pas).
Plus jamais comme avant - Samuel Pierre
Deux spécialistes avaient prédit
le violent séisme
Il faudra une reconstruction, non pas des seuls
édifices publics, mais d’une
véritable société moins
inégalitaire fondée sur le droit,
le partage, la solidarité et
l’éducation.
« Port-au-Prince est construite sur une
grande faille qui part de Pétion-Ville,
traverse toute la presqu’île du Sud, pour
aboutir à Tiburon. En 1751 et en 1771,
cette ville a été
complètement détruite par un
séisme. Je parie mes yeux que cela se
reproduira. La science peut aisément le
confirmer », avait déclaré
Patrick Charles, 65 ans, géologue et
ancien professeur à l’Institut de
Géologie appliquée de La Havane au
quotidien haïtien Le Matin, édition
du 25 septembre 2008, dans un article
intitulé « Haïti/Menace de
catastrophe naturelle/Risque sismique
élevé sur Port-au-Prince »,
paru sous la plume de Phoenix Delacroix.
Et voilà! La catastrophe annoncée
s’est réalisée mardi en fin de
journée, entraînant dans son
sillage un cortège de malheurs dont
Haïti, pays déjà très
meurtri, n’avait pas besoin. Une nouvelle fois,
la nature a décidé de donner le
coup de grâce, comme si la fatalité
dont ce peuple est victime avait besoin
d’augmenter d’intensité. La nature a
décidé de détruire de
façon aveugle et sans discrimination,
s’attaquant à tout ce qui restait de
symboles et de repères à un pays
déjà exsangue.
On savait déjà que Port-au-Prince
était une ville vulnérable,
très vulnérable, avec une
exploitation très anarchique de l’espace
urbain et des normes déficientes de
construction qui ne tiennent pas assez compte de
l’occurrence de secousses sismiques. Pourtant,
celles-ci ont frappé à plusieurs
reprises certaines régions du pays. En
effet, les trois dernières secousses,
somme toute mineures, ont été
enregistrées dans la grande région
de Port-au-Prince entre le 1er et le 12
septembre 2008 à Pétion-Ville,
Delmas, Croix-des-Bouquets, plaine du
Cul-de-sac. « Ces secousses mineures sont
inquiétantes. Elles annoncent
généralement des séismes de
plus forte intensité », avait alors
déclaré le directeur du Bureau des
Mines et de l’Énergie (BME),
l’ingénieur Dieuseul Anglade, qui avait
ajouté : « Durant deux
siècles, aucun séisme majeur n’a
été enregistré dans la
capitale haïtienne. La quantité
d’énergie accumulée entre les
failles nous fait courir le risque d’un
séisme de 7,2 d’amplitude sur
l’échelle de Richter… ce serait une
catastrophe. » Le séisme de mardi
avait 7,0 d’amplitude!
Maintenant
que Port-au-Prince, la capitale du pays, est
détruite, que de nombreuses personnes en
sont mortes ou portées disparues, que le
patrimoine immobilier est démoli, que les
familles sont en deuil, l’urgence réside
dans le secours à porter à la
population frappée physiquement,
psychologiquement et matériellement par
cette calamité sans
précédent. La population est sous
le choc et le restera pour longtemps encore,
avec les traumatismes que l’on peut imaginer.
Haïti ne sera plus jamais comme avant.
C’est la nature qui en a décidé
ainsi.
Mais, une fois que le temps de l’urgence sera
révolu, il faudra passer à une
nouvelle phase plus laborieuse de
réparation des dégâts que
l’Homme et la nature se sont faits l’un à
l’autre, il faudra passer à la
reconstruction sur des bases plus solides, non
pas des seuls édifices publics dont on
regrette la disparition, mais d’une
véritable société moins
inégalitaire fondée sur le droit,
le partage, la solidarité,
l’éducation, le respect de
l’environnement et le culte du bien commun.
Société qui ne saurait se
construire dans l’urgence, mais dont la
situation actuelle favorise l’émergence!
Oui, Haïti en est capable, si la
solidarité internationale peut aller
au-delà des promesses, se
préoccupe aussi des problèmes de
fond et ne se borne pas à traiter
l’urgence, comme cela a été trop
souvent le cas. Oui, Haïti le pourra s’il
arrive à articuler une planification
stratégique et une approche participative
fondées sur une utilisation efficace des
ressources disponibles tant à
l’intérieur qu’à
l’extérieur du pays.
« On ne va pas vous laisser seuls
» - Nicolas Bérubé
Obama débloque une aide de 100 millions
et met à contribution les anciens
présidents Clinton et Bush pour diriger
une collecte de fonds
LOS ANGELES — Le président Barack Obama a
débloqué hier une aide de 100
millions de dollars pour Haïti, dans la
foulée de ce qui sera « le plus
grand effort de secours de notre histoire
récente ».
PHOTO CHARLES DHARAPAK, ASSOCIATED
PRESS
Le président
Barack Obama était accompagné du
vice-président Joe Biden lorsqu’il a
annoncé hier à la Maison-Blanche
l’important effort de secours que les
États-Unis s’engagent à faire
pour le peuple haïtien.
« On ne va pas vous laisser seuls, on ne
vous oubliera pas, a lancé le
président américain au peuple
haïtien. Vous avez connu l’esclavage et
lutté contre des désastres
naturels. Et malgré tout, vous n’avez pas
perdu espoir. Aujourd’hui, sachez que l’aide
arrive. »
À Port-au-Prince, le personnel
américain du département
d’État s’est chargé du
contrôle aérien à
l’aéroport ToussaintLouverture.
L’arrivée massive des secouristes et des
vivres a saturé l’espace aérien
durant plusieurs heures, entraînant des
retards importants.
« Nous avons pris la responsabilité
du contrôle aérien, a
déclaré aux médias le
porteparole du département, Philip
Crowley. La bonne nouvelle est que
l’aéroport fonctionne maintenant 24
heures sur 24. La mauvaise nouvelle, c’est que
l’aéroport est très limité
: il n’y a qu’une seule piste et peu d’espace.
»
La secrétaire d’État Hillary
Clinton a noté que l’engagement
américain en Haïti allait être
« de longue haleine ».
Bush et Clinton sollicités
À la demande du président Obama,
les anciens présidents Bill Clinton et
George W. Bush feront équipe pour diriger
une collecte de fonds.
L’équipe
dirigée
par Clinton et Bush a pour objectif de
consolider l’engagement financier international
à long terme envers Haïti. Bill
Clinton signe d’ailleurs aujourd’hui un texte
passionné sur Haïti dans le magazine
Time, dans lequel il appelle à «
rebâtir cette île à la
culture si unique ».
Barack Obama a souvent critiqué son
prédécesseur pour la lenteur de sa
réaction après le passage de
l’ouragan Katrina à La
Nouvelle-Orléans en 2005. À ce
jour, le site web de la Maison-Blanche proclame
que le président Obama « va honorer
la promesse brisée de rebâtir La
Nouvelle-Orléans et la côte du
Golfe ».
Le matériel arrive
Hier soir, du matériel en provenance de
Chine, d’Espagne, de Norvège et
d’Israël a pu être
déchargé des avions-cargos
à Port-au-Prince.
Des équipes de secouristes
spécialisés en tremblements de
terre en provenance de Virginie et de Los
Angeles, de même que des équipes
françaises et
vénézuéliennes,
étaient à pied d’oeuvre hier. Des
dizaines de chiens pisteurs fouillaient les
décombres à la recherche de
survivants.
Un navire d’assaut américain, le Bataan,
était en route vers Haïti hier avec
2000 marines à son bord. Le navire,
équipé d’un bloc
opératoire, doit arriver aujourd’hui.
Deux autres navires militaires étaient
également en route.
Le porte-avions nucléaire USS Carl
Vinson, un des plus grands navires militaires du
monde, devait arriver ce matin au large de
Port-auPrince, avec une vingtaine
d’hélicoptères à son bord.
Les médias américains signalent
que l’équipage du navire travaille
d’arrache-pied afin d’être en mesure
d’offrir une aide immédiate aux
sinistrés aujourd’hui.
Les collectes de fonds se sont poursuivies. La
CroixRouge américaine a
déjà récolté 5
millions de dollars au moyen de sa campagne de
textos, où un don de 10$ est
ajouté à la facture de cellulaire
des personnes donatrices, un résultat que
l’organisme qualifie d’« incroyable
».
L’espoir sous les décombres - Olivier
Person
Le malheur est meilleur diplomate que tous ces
gouvernements qui s’efforcent de ramener la paix
L e vent de solidarité qui souffle sur
les ruines haïtiennes est un ballon
d’oxygène dans un monde miné par
les conflits.
Le drame haïtien a
suscité une vague de solidarité
internationale. Hier, des secours
français s’organisaient à partir
de la ville de Lyon.
Pourquoi faut-il toujours des catastrophes pour
se donner la main? C’est la réflexion que
m’inspire le séisme qui vient de frapper
Haïti. Je parcours un journal qui relate la
tragédie. Vingt-quatre pages où
rôde la mort, qui détonnent
à côté de mon café au
lait et de mon confortquébécois.
J’aperçoisdes ruines, des cadavres et un
titre énorme qui écrase les lignes
d’un article: « Désolation ».
Moi aussi, je suis désolé.
Désolé de constater que le malheur
est meilleur diplomate que tous ces
gouvernements et ces nations qui s’efforcent de
ramener la paix à leur table, ou à
tout le moins de l’inviter.
Donc, quand une ville s’écroule, quand
les morts s’entassent et s’enlacent, la
résistance s’organise. Les collectes
spontanées d’argent, de vivres et de
matériel en tous genres prouvent qu’on
peut encore avancer dans la même direction
sur cette Terre. Les colères de la
nature, qu’elles viennent du sol, des
océans ou du ciel, nous rappellent une
criante évidence : que c’est pas bien
compliqué d’aider son prochain, qu’une
main tendue est plus réconfortante qu’un
fusil, et qu’une armée de
bénévoles sera toujours plus
puissante que la plus technologique des
armées.
Haïti,
c’est triste, c’est horrible..., ce sont tous
ces sentiments mêlés qui vont
pousser entre les décombres. Mais une
fois encore, il faut mettre la race humaine
devant le fait accompli pour lui enseigner que
sa nature première n’est pas belliqueuse.
Si l’homme pouvait être un loup pour
l’injustice, nous en sortirions tous grandis.
Ce qui est triste dans ce genre d’histoire,
c’est la mort programmée des bons
sentiments qu’on va balayer sous le tapis du
temps. L’oubli va encore nous donner bonne
conscience et garder notre morale intacte en
nous rappelant que la vie continue. C’est aussi
un paradoxe gravé dans notre
écorce: nous avons besoin du malheur des
autres pour maintenir l’espoir dans un monde qui
en manque cruellement . La solidarité
internationale qui déploie ses ailes et
plane sur les cicatrices béantes d’une
catastrophe fait un bien fou, car nous ne
faisons alors plus qu’un, nous regardons dans la
même direction.
Il y aura d’autres tremblements de terre et
d’autres malheurs sans frontières pour
secouer les amnésiques que nous sommes,
et décréter la mobilisation des
coeurs et des esprits. Dommage que cette
capacité à dépasser les
différences, les races et les langues
soit moins coriace que tous ces conflits
larvés et incompréhensibles
où l’être humain apparaît
sous son plus mauvais jour.
Alors oui, je suis désolé...
Montrons-nous à la hauteur -
Jocelyn Coulon
L’ampleur de la catastrophe haïtienne
impose une action rapide et un engagement de
longue durée
Haïti a besoin d’aide. Un plan Marshall?
Peut-être. Pour l’instant, il faut
prendre tous les moyens afin d’acheminer les
secours d’urgence. Dans les prochains jours,
la communauté internationale devra
aussi produire un plan visant à assurer
une aide spéciale à la
reconstruction. C’est le sens de l’appel
lancé par le président
français Nicolas Sarkozy pour la
convocation d’une conférence sur
Haïti. Entre temps, il y a
déjà 9000 militaires et
policiers civils de l’ONU sur place : ils
peuvent beaucoup pour le pays.
L’aide humanitaire
internationale s’organise pour tenter de
répondre aux besoins immédiats
de la population haïtienne.
L’ampleur de la catastrophe haïtienne
impose une action rapide et un engagement de
longue durée. Lors du tsunami de 2004
en Asie, la mobilisation mondiale avait
été prompte et exceptionnelle.
Deux anciens présidents
américains, Bill Clinton et George Bush
père, s’étaient rendus sur place
et avaient été les points focaux
de l’aide internationale. Ce fut un
très grand succès. Clinton est
l’envoyé spécial pour Haïti
depuis un an. Il peut mobiliser le monde.
Avant le tremblement de terre de mardi soir,
la situation économique du pays
était fragile, mais montrait des signes
d’amélioration. Les bailleurs de fonds
avaient annoncé des contributions d’un
montant de 350 millions de dollars au titre de
l’aide sur une période de deux ans, et
toute la dette bilatérale et
multilatérale d’Haïti avait
été annulée,
dégageant ainsi des ressources de 40
millions par an jusqu’en 2014 pour le budget
de l’État.
Sur
le terrain, la création de plusieurs
milliers d’emplois temporaires grâce au
lancement de projets nécessitant une
main-d’oeuvre nombreuse a permis de
répondre aux besoins immédiats.
Au début de l’année 2009,
l’économiste Paul Collier avait
dévoilé un plan pour l’ONU
visant à utiliser les atouts du pays,
qui le place en bien meilleure position que
d’autres États fragiles dans le monde.
Le plan de l’économiste s’articule
autour de quatre idées fortes :
créer des emplois par la reconstruction
de certaines infrastructures et la
multiplication des zones franches pour y
développer l’industrie de l’habillement
et l’exportation de mangues; assurer les
services de base en associant l’État,
le secteur privé, les ONG et la
diaspora au sein d’un office de prestation de
services indépendant; garantir la
sécurité alimentaire en
investissant dans la productivité
agricole des régions à fort
potentiel de production vivrière et en
développant les infrastructures
routières; enfin, protéger
l’environnement en favorisant le reboisement,
en établissant clairement les droits de
propriété, et en
remplaçant le charbon de bois par des
bouteilles de gaz. Ce plan reste toujours
valable et l’ONU devrait l’appliquer
après la période d’urgence que
nous connaissons.
I l est de bon ton chez plusieurs observateurs
de critiquer l’inaction et
l’inefficacité des Casques bleus.
L’accusation a été entendue
à quelques reprises, mais elle
relève du mythe. Partout où des
Casques bleus sont déployés et
où une catast rophe naturel le f rappe,
ils répondent rapidement et
efficacement aux appels de détresse. La
tragédie en Haïti est le
baptême du feu pour la Mission des
Nations unies pour la stabilisation
d’Haïti (MINUSTAH). Tout indique que son
leadership a été
décapité lors de la destruction
du quartier général de la
mission. Il y a toutefois 7000 militaires et
2000 policiers civils (l’ONU est sans nouvelle
de certains d’entre eux) actuellement
déployés dans l’ensemble du pays
et ceux-ci peuvent assurer avec la police
haïtienne les premiers secours et le
maintien de la sécurité. Faut-il
augmenter leur nombre ? Le Conseil de
sécurité en jugera. Pour
l’instant, il faut surtout
dépêcher des unités
militaires spéciales (équipes de
secours, ingénieurs pour la
reconstruction, hôpitaux de campagne,
etc.) afin de parer au plus pressant. Le
Canada vient de montrer l’exemple en
annonçant que son Équipe
d’intervention en cas de catastrophe (DART),
composée de 200 personnes hautement
entraînées et
spécialisées pour ce genre de
catastrophe, est prête à
être déployée.
Le peuple haïtien mérite toute
notre solidarité. La catastrophe est
d’une telle ampleur qu’il ne faudra pas
chipoter sur l’aide. Montronsnous à la
hauteur.
Où
est le président? - Samuel Laroche
Depuis le tremblement de terre, René Preval
s’est signalé par l’insignifiance de son
impact sur la réalité haïtienne
Oui, je sais bien que c’est l’enfer en Haïti
et que rien n’est facile. Oui, je sais aussi que
le Palais national s’est effondré et que
deux ministres ont trouvé la mort dans
l’épouvantable catastrophe qui a
frappé Haïti. Je sais que le pays est
démuni et dépassé devant
l’ampleur de la catastrophe et que les ressources
sont infimes et parfois inexistantes dans presque
tous les domaines. Mais cela ne dispense pas un
président, un chef d’État,
c’est-à-dire le premier responsable du pays
et de ses citoyens, d’assumer ses fonctions, de
faire face ou d’essayer de faire face (dans
certains cas, cela revient au même). Lors
même que tout s’écroule, le
président a la capacité et le devoir
de dire des choses, de se mettre au diapason des
peurs et des craintes, de s’adresser à son
peuple pour l’encourager dans son malheur.
Le président
haïtien René Préval (au
centre), à son arrivée à
l’aéroport Toussaint Louverture samedi
pour rencontrer la secrétaire
d’État américaine Hillary Clinton.
Depuis
que Port-au-Prince a été
réduite en cendres, le président
Préval, comme à son habitude, s’est
signalé par son absence et l’insignifiance
de son impact sur la réalité (comme
tout son gouvernement d’ailleurs). L’une de ses
seules déclarations publiques a
été faite au réseau
américain CNN; on l’a alors vu plaisanter
gentiment sur le fait que son palais
s’était effondré et qu’il ne se
souciait guère de l’endroit où il
allait passer la nuit. Bien entendu, cela peut
paraître sympathique et bon enfant, mais on
s’attend à un peu plus de la part d’un
président, en un moment aussi dramatique.
Comment expliquer que depuis ce cataclysme
épouvantable, le président
Préval ne s’est pas adressé à
la population pour lui donner un minimum de
consignes élémentaires et
incontournables en de telles circonstances. Il
aurait dû aussi tracer des perspectives
d’action et de solution, afin de donner au peuple
du pays des raisons d’espérer.
La vérité, la triste
vérité, c’est que René
Préval (et pas seulement lui) a toujours
été en dessous de son rôle
comme président et comme chef
d’État. Dans son cas, il faut
véritablement parler de maldonne sur la
fonction. L’image de bon gars détendu, un
peu dilettante, détaché des
attributs et des obligations du pouvoir, qu’il
aime projeter ne suffit pas lorsqu’on est le
premier responsable d’un pays comme Haïti,
aux prises avec l’une des pires catastrophes
imaginables. Et comme le sommet de la pyramide
donne le ton à tous les niveaux
subséquents, cela rejaillit sur tout le
reste du gouvernement. C’est pourquoi, au fil des
reportages qui s’accumulent sur tous les aspects
et les recoins de la catastrophe, on a
l’impression d’un vide total des pouvoirs
organisés, des services publics et des
instances administratives sur n’importe quel
aspect des problèmes rencontrés.
Bref, les dirigeants du pays sont totalement
absents et laissent la population doublement
orpheline au moment où elle aurait le plus
besoin d’eux.
Un nouveau premier ministre
nommé en Haïti
PORT-AU-PRINCE — Le président haïtien
René Préval a désigné
hier le ministre de l a Pla nification Jea n-Max
Bellerive pour remplacer la première
ministre Michèle Pierre-Louis,
destituée par le Sénat à
l’occasion du vote d’u ne motion de c ensu r e
reflétant les profondes divisions
politiques que connaît le pays. Jean-Max
Bellerive devra f or mer un nouveau gouvernement
après la ratification de sa nomination par
le Sénat.
L a mot i o n d e c e n s u r e contre
Michèle Pierre-Louis a été
votée par 18 des 29 membres du Sénat
lors d’une séance de plus de 10 heures, sur
fond d’une lutte de pouvoir menaçant de
miner la campagne visant à attirer des
investissements étrangers en Haïti. La
motion était défendue par des
membres du mouvement Lespwa (« L’espoir
») du président Préval, qui
avait nommé la première ministre en
septembre 2008 après cinq mois de vacance
du poste.
Le
vote s ’est déroulé en l ’absence
des parlementair es de l ’opposition , f avo -
rables au maintien de Mme Pierre-Louis.
Ces derniers jours, les sénateurs du parti
Lespwa, majoritaires, s’étaient ouvertement
prononcés pour un changement de
gouvernement, estimant que l’équipe au
pouvoir n’avait pas fourni les résultats
escomptés.
Les élus de Lespwa ont pris le
contrôle du Sénat il y a quelques
semaines à l’issue des élections de
juin marquées par une faible participation
et des soupçons de fraude.
Bureaux de vote désertés
en Haïti
Élections sénatoriales partielles
— Quelques heures avant la fermeture des bureaux de
vote pour des élections sénatoriales
partielles hier, très peu d’Haïtiens
avaient fait le déplacement dans les bureaux
de vote restés
désespérément vides alors que
les violences liées au scrutin ont fait un
mort et plusieurs blessés.
Partout en Haïti, les
bureaux de scrutin étaient vides, les
Haïtiens préférant regarder un
important match de foot à la
télévision.
Près de quatre millions d’électeurs
étaient appelés aux urnes pour
élire 11 parlementaires et renouveler le
tiers du Sénat haïtien lors du
deuxième tour du scrutin.
Dans la capitale Port-au-Prince, le président
René Préval a voté très
tôt hier matin, mais nombre d’Haïtiens
friands de football s’étaient
précipités devant leurs
téléviseurs pour le match opposant le
Brésil à l’Italie comptant pour la
Coupe des confédérations en Afrique du
Sud.
Les bureaux de vote étaient
littéralement abandonnés et les rues
de la capitale vidées des rares
automobilistes qui se précipitaient pour
aller suivre le match à la
télévision.
« Nous attendons les électeurs, ils ne
sont pas nombreux », ont avoué à
l’AFP des responsables de centres électoraux
qui étaient, dans certains cas, les seuls
à déposer un bulletin dans les urnes.
Les radios qui accordaient jusque-là de
longues interventions sur le déroulement du
scrutin ont changé leur programmation au
profit du football.
« Les élections, c’est pratiquement
fini », a commenté un
présentateur avant de se retirer de
l’antenne.
Un
mort
Des incidents qui ont fait un mort et plusieurs
blessés ont marqué les
premières heures du scrutin, a
rapporté le Conseil électoral
provisoire (CEP) responsable de l’organisation de
l’élection.
Dans le sud-est, un membre du CEP a fait état
de bourrage d’urnes et de vols de matériels
électoraux par des partisans de candidats. Au
moins trois personnes ont été
blessées par balle dans cette région
du pays.
Les élections n’ont pas pu se tenir dans la
localité de BelleAnse, où les bureaux
ont été fermés dès 10h
hier matin.
« Nous avons annulé trois centres de
vote parce que le matériel a
été brûlé par des
manifestants, mais la participation est plus signi f
icative qu’au premier tour », a confié
à l’AFP Ginette Chérubin, membre du
conseil électoral haïtien.
« Il y a des coups de feu dans cette
localité, le frère d’un candidat
proche du pouvoir a été
arrêté en possession d’armes de guerre
», a de son côté
déclaré un dirigeant politique de
l’opposition.
« Nous avons repris le contrôle de la
situation, les centres de vote sont rouverts
», a tenté de rassurer le porte-parole
de la police.
À Cité Soleil, le plus grand
bidonville d’Haïti, au nord de la capitale (300
000 habitants), « très peu
d’électeurs étaient remarqués
devant les centres de vote », relève
Berthony Lafontant, 28 ans, embauché par la
CEP pour les élections. Même s’il
assure que « voter est un devoir de
citoyenneté », il considère que
les gens, estimant que « les candidats avaient
menti, ont préféré rester chez
eux ».
Les nouvelles « princesses
» de la politique japonaise
La nouvelle Chambre des députés
japonaise est la plus féminine de
l’histoire du pays, avec 54
députés féminins sur 480.
Parmi ces nouvelles députées,
Eriko Fukuda, nouvelle coqueluche des
médias au Japon. Portrait d’une des
nouvelles « princesses » politiques.
TOKYO — Eriko Fukuda termine une
conférence de presse et les journalistes
se précipitent sur elle. À 28 ans,
la plus jeune députée au Parlement
japonais est devenue la coqueluche des
médias du pays.
PHOTO AGENCE FRANCE-PRESSE
Eriko Fukuda (au
centre), 28 ans, est la plus jeune
députée à siéger
au Parlement japonais. Elle a remporté
la circonscription de Nagasaki contre l’ancien
ministre de la Défense Fumio Kyuma.
Du haut de son 1 mètre 50, elle est tout
sourire devant les caméras. Elle a de
quoi avoir une mine réjouie. Aujourd’hui,
elle s’installe dans ses nouveaux bureaux de
députée à Tokyo, à
un jet de pierre de la Diète, le
parlement japonais.
Une meute de reporters, dont la plupart sont des
hommes, se presse dans les petits locaux de la
jeune femme pour lui demander, entre autres,
comment elle décorera l’endroit. Se
conformant au protocole, elle s’incline à
chaque question et remercie ses interlocuteurs
à plusieurs reprises.
Eriko Fukuda fait partie du «bataillon des
princesses» du Parti démocrate du
Japon (PDJ) de Yukio Hatoyama, nouveau premier
ministre depuis le 16 septembre. La
stratégie électorale du PDJ a
été de présenter de jeunes
femmes charismatiques contre de vieux routiers
politiques du Parti libéral
démocrate.
La jeune femme était
célèbre au Japon bien avant
d’être élue. Eriko s’est fait
connaître du grand public il y a deux ans.
Elle a pris part à une vaste campagne
pour obtenir des compensations de l’État
après avoir contracté
l’hépatite C en raison de transfusions de
sang contaminé.
À
l’instar d’autres candidates, Eriko Fukuda l’a
emporté avec une majorité dans la
circonscription de Nagasaki contre Fumio Kyuma,
67 ans, ancien ministre de la Défense.
Pour elle, s’installer dans ses bureaux
représente un renversement de situation.
«Jusqu’à présent, c’est moi
qui allais voir des députés pour
me plaindre du problème de
l’hépatite C. Maintenant, c’est moi qui
vais accueillir les gens, qui les
écouterai. Je suis à la fois un
peu nerveuse et pleine d’espoir »,
explique-t-elle derrière son bureau,
bombardée par les flashs d’appareils
photo.
Eriko Fukuda reconnaît que la route est
longue pour parvenir à
l’égalité entre hommes et femmes.
Malgré tout, le Japon reste un des pays
développés où les femmes
sont le moins bien représentées en
politique. Un milieu qui demeure difficile
à percer.
«Malgré le principe de
l’égalité des sexes, les
députées sont peu nombreuses dans
le milieu politique. Je pense que j e pourrai
faire beaucoup en tant que porte-parole des
femmes, surtout dans le domaine de la
santé», dit-elle.
«Je ne suis pas encore mariée, et
je n’ai pas d’enfants, poursuit la
députée. Mais je pense que la
situation sociale est toujours difficile pour
les femmes, notamment à cause de la
baisse de la natalité. Il est encore
très compliqué de travailler en
élevant des enfants. C’est un sujet
auquel je veux réfléchir.»
Non seulement y a-t-il encore place à
amélioration quant au nombre de
députées au Japon, mais le nombre
record d’élues ne s’est pas
reflété dans la répartition
des ministères. Les femmes n’ont obtenu
que deux des postes de ministre sur les 17
portefeuilles disponibles.
TOKYO Gain historique de
l’opposition
TOKYO — Les Japonais ont voté massivement
hier en faveur de l’opposition centriste qui a
promis de mener une politique plus sociale,
après 54 ans de règne des
conservateurs sur la deuxième
économie du monde.
Selon les dernières estimations de la
télévision publique NHK, le Parti
démocrate du Japon (PDJ) obtiendrait 308
sièges sur les 480 de la Chambre des
députés, infligeant une cuisante
défaite au Parti libéral
démocrate (PLDdroite), qui ne
récolterait que 119 sièges.
PHOTO ISSEI KATO,
REUTERS
Le prochain premier
ministre Yukio Hatoyama pose une rose de la
victoire sur un immense tableau
représentant la liste des candidats du
Parti démocrate du Japon, vainqueur des
élections hier.
Les résultats officiels, en nombre de
sièges et en pourcentage, ne seront connus
que ce matin, mais le premier ministre Ta ro Aso a
d’ores et déjà recon nu sa
défaite, en a nnonça nt son
intention de démissionner de la
présidence du PL D. « J’assume mes
responsabilités et vais démissionner
», a-t-il dit.
M. Aso, 68 ans, qui a atteint des records
d’impopularité, devrait toutefois rester
à la tête du gouvernement
jusqu’à l’élection du nouveau
premier ministre, Yukio Hatoyama, 62 ans,
président du PDJ, par le Parlement d’ici
deux semaines. Déjà majoritaire au
Sénat, grâce à l’apport de
deux autres partis de l’opposition, le PDJ va
désormais avoir une mainmise absolue sur le
Parlement et la voie libre pour mener son
programme ambitieux de réformes.
« Aujourd’hui, le peuple japonais a eu le
courage de choisir un changement de gouvernement
et je l’en remercie, a déclaré M.
Hatoyama, lors d’une conférence de presse.
« Tout commence à partir de
maintenant. C’est un changement de la vieille
politique vers la nouvelle politique,
c’est-à-dire vers un nouveau gouvernement
centré sur le peuple (qui) a
retrouvé ses droits. »
En votant massivement pour l’opposition, les
Japonais ont voulu sanctionner les excès de
la politique libérale menée par le
PLD au cours des dernières années,
responsable selon eux de l’aggravation des
disparités sociales, du chômage et de
la précarité.
« L e pa r ti au pouvoi r a trahi le peuple
au cours des quat re der n ières a n
nées , amenant l’économie au bord du
gouffre, accumulant plus de 60 0 0 milliards de
yens (env i ron 7 0 m i l l ia rd s de dollars) de
dette publique, gâchant de l’argent, ruinant
notre système de sécu rité
sociale et élargissant le fossé
entre riches et pauvres », avait
accusé l’opposition ava nt le scrutin.
L
e P D J s ’e s t e n ga gé à mener u
ne politique « au service de la vie des gens
», basée su r u n progra m me
généreux d’allocations pour les
retraités, les familles et les plus
démunis. Partisan de la rela nce
économique par la consommation, il a promis
également la gratuité partielle de
l’éducation, une prime à la
naissance et la suppression des péages sur
les autoroutes.
« Nous accordons bien sûr beaucoup d’i
mpor ta nce à la croissa nce
économique, mais nous devons avant tout aug
menter le revenu de s Japonais », a
souligné le futur premier ministre.
Diplomatie
Sur le plan diplomatique, M. Hatoyama, riche
héritier d’une longue dynastie d’hommes
politiques souvent comparée aux Kennedy,
est partisan d’un Japon plus indépendant
à l’égard des États-Unis et
davantage tourné vers l’Asie, sa ns
toutefois remettre en cause l’alliance
stratégique avec son allié
américain.
L e président a mér ic a i n Barack
Obama a fait savoir dans un communiqué
qu’il espérait une « alliance forte
» avec le futur premier ministre.
Lors de sa conférence de presse, M.
Hatoyama a également annoncé son
intention de tout faire pour tenter de
résoudre avec Moscou le différend
territorial sur les îles Kouriles. «
Une lourde responsabilité » attend le
parti, a reconnu le vainqueur des
élections, conscient qu’une fois
l’excitation retombée, les choses
sérieuses vont commencer pour son jeune
parti qui n’a jamais encore gouverné.
Le PLD, artisan du « miracle
économique » qui a fait du Japon la
deuxième puissance économique du
monde, se retrouve relégué dans
l’opposition pour la deuxième fois de sa
longue histoire à la tête du Japon.
En 1993-1994, il avait dû céder le
pouvoir à une coalition
hétéroclite qui n’avait duré
que 10 mois.
Aujourd’hui, il a face à lui un vrai grand
parti, maître du Parlement, qui va tout
faire pour se maintenir au pouvoir. Sa
traversée du désert sera
certainement mise à profit pour refonder le
parti. Le scrutin d’hier s’est d’ailleurs
soldé par une hécatombe dans les
rangs des vieux caciques du PLD.
D’immenses défis
TOKYO — Les Japonais ont voté la fin de
la domination de la droite sur la vie politique,
mais le nouveau gouvernement centriste sera
confronté à des défis
colossaux, soulignent les analystes.
« Nous assistons à une
transformation radicale de la vie politique
japonaise », estime Hideo Otake,
professeur de sciences politiques à
l’Université des femmes de Doshita.
Ce séisme politique se produit 20 ans
après la chute du mur de Berlin, qui
avait mis fin au face-à-face exclusif du
Parti libéral démocrate (PLD) et
des mouvements de gauche pendant la guerre
froide, et 10 ans après une
réforme électorale qui, en
privilégiant le scrutin uninominal, a
permis l’émergence du bipartisme.
Cette victoire n’est toutefois «que le
début d’une route cahoteuse pour le Parti
démocrate du Japon (PDJ)», au
moment où le pays subit un chômage
sans précédent et cherche à
sortir de la récession, prévient
Hiroshi Hirano, politologue à
l’Université Gakushuin.
«Le pays a besoin de changements radicaux,
mais le PDJ n’a jusqu’à présent
pas donné sa vision de l’avenir du
Japon», explique Takehiko Yamamoto,
professeur de relations internationales à
l’Université Waseda.
Son programme comprend un renforcement des
allocations sociales, familiales et de retraite,
financé par une «chasse aux
gaspillages» dans les dépenses
publiques. Des promesses jugées
irresponsables par le PLD.
« Le PDJ sera confronté au
problème de l’endettement » du
Japon, équivalent à environ 170 %
de son produit intérieur brut, selon M.
Yamamoto.
Faible natalité
Une situation aggravée par le
vieillissement d’une population qui pourrait
chuter de 128 millions à une centaine de
millions d’ici à 2050, à cause du
manque d’enfants.
D’après M. Hirano, distribuer des aides
aux familles avec enfants comme le
prévoit le PDJ ne suffira pas. « Il
faudrait dessiner une stratégie pour
créer des emplois stables »
malgré la compétition
internationale, car la précarité
du travail dissuade les jeunes d’enfanter,
souligne-t-il.
Sur le plan international, le PDJ s’est
engagé à une plus grande
émancipation à l’égard des
États-Unis, allié et protecteur
qui dispose de 47 000 soldats basés dans
l’archipel. « C’est plus facile à
dire qu’à faire, notamment parce qu’il
n’y a pas de consensus sur ce sujet à
l’intérieur du PDJ », une
mosaïque de pacifistes et de nationa
listes, relève Sadafumi Kawato,
politologue à l’Université de
Tokyo.
M. Yamamoto note que le nouveau pouvoir veut
malgré tout maintenir l’alliance avec
Washington, ce qui lui laissera au final «
peu de marge de manoeuvre».
Le PDJ a également indiqué vouloir
se rapprocher de ses voisins asiatiques, mais le
Japon devra composer avec une Chine plus
puissante qui devrait bientôt lui ravir la
place de deuxième économie
mondiale.
« Princesses » en renfort
Dans
la bataille électorale en cours au Japon, le
principal parti de l’opposition a sorti sa botte
secrète: « le bataillon des princesses
», un groupe de jeunes candidates
chargées de se lancer à l’assaut des
bastions détenus par de vieux caciques du
pouvoir conservateur.
Le Par ti démocrate du Japon ( PDJ), favori
des sondages, a donné son investiture
à ces jeunes femmes pour se présenter
aux élections législatives du 30
août dans des circonscriptions-clés
détenues par des poids lourds de la coalition
au pouvoir, principalement du Parti libéral
démocrate ( PLD) du premier ministre Taro
Aso.
L’arrivée du « bataillon des princesses
» a rempli hier les pages politiques des
tabloïds, au lendemain du lancement officiel de
la campagne électorale, le quotidien sportif
Nikkan Sports allant jusqu’à titrer: «
Les princesses à l’assaut des gros bonnets.
»
Cette stratégie s’inspire largement des
« assassins », surnom donné
à la trentaine de
célébrités médiatiques
que l’ancien premier ministre Junichiro Koizumi
avait parachutées lors des
précédentes législatives de
2005 pour battre les opposants à sa
réforme de la poste. M. Koizumi avait
remporté une éclatante victoire et
permis au PLD d’obtenir plus de Les femmes ne
représentaient que 9,2% des élus
à la Chambre des députés avant
sa dissolution en juillet. 300 des 480 sièges
de la Chambre basse.
L’ex-premier
minist
re Yoshiro Mori, 72 ans, qui n’a jamais perdu une
élection depuis quatre décennies,
devra cette fois-ci compter avec Mieko Tanaka, 33
ans, employée d’une agence de voyages, l’une
des « princesses » parachutées
par le PDJ.
« Nous voulons changer le Japon », a
déclaré Mlle Tanaka, vêtue d’un
polo rose et faisant campagne à bicyclette
dans les rues d’Ishikawa, au centre du pays.
M. Mori, considéré comme le «
faiseur de roi » du PLD, a critiqué son
opposante sur un ton méprisant: « Elle
a été choisie uniquement pour sa
jeunesse et son physique. »
Le nombre de candidates à l’élection
du 30 août atteint le taux record de 16,7% du
total. Et les analystes politiques voient d’un bon
oeil l’irruption de femmes jeunes dans un monde
politique japonais monopolisé depuis la fin
de la Deuxième Guerre mondiale par de vieux
conservateurs machistes.
« Présenter de j eunes candidates au
physique agréable peut certainement susciter
l’attention des électeurs au Japon, où
les femmes sont encore traitées comme une
minorité » , a estimé Yoshinobu
Yamamoto, professeur de sciences politiques à
l’Université Aoyama Gakuin de Tokyo.
JAPON
Coup d’envoi de la bataille électorale
Taro Aso donne le coup d’envoi de la bataille
électorale
— Le
premier ministre japonais, Taro Aso, a dissous hier la
Chambre des députés. Cela donne le coup
d’envoi à une rude bataille pour les
législatives de la fin du mois d’août, qui
pourraient déboucher sur un changement radical du
paysage politique de la deuxième économie
mondiale.
Le Parti démocrate du Japon (PDJ), qui se targue
d’être le plus à l’écoute des
préoccupations du peuple, est donné favori
dans les sondages pour mettre un terme à la
domination sans partage des conservateurs du Parti
libéral démocrate (PLD) sur la vie politique
japonaise depuis plus d’un demi-siècle.
La dissolution de la Chambre des députés,
décidée par M. Aso et approuvée par
l’empereur Akihito, a été prononcée
hier en session plénière, accueillie aux
cris de « banzaï » (longue vie) par les
députés, comme le veut la tradition.
Le gouvernement a ensuite entériné la date
du 30 août pour les élections chargées
de désigner les 480 députés qui
nommeront à leur tour un nouveau premier ministre.
Au Japon, le poste suprême revient
traditionnellement au chef du parti qui obtient la
majorité à la Chambre des
députés.
M. Aso, 68 ans, qui a vu son capital de sympathie fondre
rapidement dans les sondages depuis son accession au
pouvoir en septembre 2008, va devoir mener une difficile
bataille électorale à la tête d’un PLD
divisé et face à une opposition
triomphaliste.
Des excuses
Lors d’une réunion, hier, avec les responsables du
parti, le premier ministre, tombé sous la barre des
20% de satisfaits, a présenté de rares
excuses.
« Mes déclarations et ce qui a
été qualifié de changements de
positions politiques ont conduit le peuple japonais
à se détourner de la politique. Il en a
résulté une baisse du taux de soutien du
PLD. J’en suis profondément désolé
», a dit M. Aso.
Trois
premiers ministres lui ont depuis succédé,
à un an d’intervalle, sans réussir
à endiguer la désaffection des
électeurs, qui ont déjà
sanctionné les conservateurs en 2007 en donnant
la victoire à l’opposition aux élections
sénatoriales.
Une défaite du PLD aux législatives
semblait impensable il y a encore peu de temps
étant donné l’énorme influence de
ce parti, qui a su tisser des liens étroits avec
les grands conglomérats et les lobbies agricoles
et s’assurer le soutien de millions de fonctionnaires
depuis sa naissance, en 1955.
Pendant ces 54 années, qui ont vu le Japon
renaître de la défaite et s’élever
au rang de deuxième puissance économique
du monde, le PLD n’a cédé le pouvoir que
pendant 10 mois, en 1993-1994, au profit d’une coalition
éphémère de plusieurs groupes de
l’opposition.
Une vraie opposition
Aujourd’hui, il a en face de lui un vrai parti de
l’opposition et non plus une mosaïque de petites
formations. Le Parti démocrate du Japon et son
chef, Yukio Hatoyama, 62 ans, arrivent largement en
tête des intentions de vote des Japonais.
Héritier d’une riche dynastie d’hommes politiques
souvent comparée aux Kennedy, M. Hatoyama a
promis de briser le monopole des bureaucrates sur
l’administration et la vie politique au Japon.
« Ces élections ne visent pas uniquement
à mettre un terme au règne du PLD. Il
s’agit d’un vote révolutionnaire en vue de
créer un nouveau Japon, dont la politique sera
menée par des politiciens », at-il
déclaré hier, en parlant d’une «
mission historique ».
Le PDJ a promis d’adopter une politique
économique et sociale moins libérale, en
réduisant le gaspillage et en redistribuant le
revenu national vers les zones rurales et au profit des
plus pauvres.
Liban : Au nom de son père Rafic
— Peu
attiré dans sa jeunesse par la politique, Saad
Hariri, fils et héritier politique de
l’ex-premier ministre assassiné Rafic Hariri, est
propulsé pour la deuxième fois en quatre
ans à la tête de la majorité
parlementaire libanaise, soutenue par l’Occident.
Les partisans de Saad Hariri, le
grand vainqueur des élections
législatives de dimanche au Liban, ont
fièrement déployé une
bannière géante de leur favori.
Avec deux victoires aux législatives à son
actif, M. Hariri pourrait être le futur chef du
gouvernement libanais, quatre ans après
l’assassinat de son père, le 14 février
2005, dans un attentat à Beyrouth.
« C’est un grand jour pour l’histoire du Liban
démocratique », at-il déclaré
à ses partisans, hier, peu avant l’aube, en
annonçant la victoire de son camp. Dans un geste
symbolique, il s’est ensuite recueilli sur la tombe de
son père
Depuis le meurtre de Rafic Hariri, qui a
bouleversé le paysage politique libanais, Saad,
39 ans, a investi toute son énergie dans la
recherche des auteurs de l’attentat, qualifiant
d’« historique » le lancement, en mars
dernier, du Tribunal spécial pour le Liban (TSL)
chargé de l’affaire.
Cet homme grand à la barbiche noire était
avant 2005 un chef d’entreprise établi à
Riyad, où formidable machine politique et de
l’énorme capital provenant de la ferveur
populaire qui s’est manifestée au Liban
après l’assassinat de son père.
Les campagnes électorales de 2005 et 2009 ont
souligné sa proximité avec le public, ses
apparitions provoquant souvent des scènes de
liesse. En juin 2005, son mouvement remporte sa famille
entretient de bonnes relations avec la famille
régnante saoudienne.
Il a
repris le flambeau politique de son père à
la place de son frère aîné,
notamment en raison de son caractère de
diplomate.
Le jeune leader a hérité d’une les
élections législatives, mais il
décline le poste de premier ministre et se
contente d’être chef de la majorité
parlementaire.
Il devient l’un des critiques les plus
sévères envers le président
libanais d’alors, Émile Lahoud,. proche de Damas,
et dont des collaborateurs, en prison pendant presque
quatre ans puis libérés en avril 2009,
sont soupçonnés par une commission
d’enquête de l’ONU d’avoir participé aux
préparatifs de l’assassinat de février
2005.
Laissant la gestion du pouvoir au premier ministre Fouad
Siniora, fidèle collaborateur de son père,
il parcourt le monde où il est reçu par
les dirigeants, notamment amér icains, comme un
chef d’État.
Licencié en économie de
l’Université de Georgetown, à Washington,
il est marié à Lara Bachir Azm, qui
appartient à une famille syrienne ayant
exercé le pouvoir en Syrie dans les années
50. Le couple a deux enfants.
Dans sa liste de 2009 des milliardaires dans le monde,
le magazine Forbes évalue la fortune de Saad
Hariri à 1,4 milliard de dollars.
REDRESSER LES TORTS DU PASSÉ
-
Sophie Cousineau
Catalogués. Déplacés.
Isolés. Dépouillés de leurs
droits. Emprisonnés... Pendant 43 ans,
l’apartheid a institutionnalisé la
ségrégation raciale qui existait
depuis trois siècles en Afrique du Sud.
Comment réparer ce lourd passé ? Alors
que tous les yeux s
C’était peut-être le plus grand
défi qui attendait le gouvernement de Nelson
Mandela l orsqu’i l a été porté
au pouvoir en 1994, à la suite des
premières élections
démocratiques en Afrique du Sud. Comment
renverser des décennies de discrimination
raciale ?
PHOTO
ARCHIVES LA PRESSE
La paix sociale dépend d’un meilleur partage
des ressources économiques. C’est de
là qu’est née la politique du Black
Economic Empowerment (BEE). Cette vaste
expérience économique a
été officialisée en 2003, au
terme d’un difficile accouchement. D’ailleurs, l e
gouvernement ajuste encore le tir, notamment pour
élargir la portée de ce programme qui
a largement profité à des proches du
Congrès national africain, le parti au
pouvoir.
Le
BEE est d’application volontaire. Aucune
société n’est tenue de se conformer
à ses cibles. Les plus petites entreprises en
sont d’ailleurs exemptées.
Sauf que, si vous voulez un contrat ou un permis du
gouvernement, il vous faut prouver que votre
entreprise s’est ouverte aux Noirs et aux autres
groupes qui ont souffert de discrimination durant
l’apartheid : les Métis, les Sud-Africains
d’origine i ndienne et les femmes de toutes les
couleurs. Et si vos fournisseurs ne font pas de
même, votre offre de service ou votre
requête sera discréditée.
D’où cet effet domino que le gouvernement
recherche grâce à son pouvoir
d’achat.
Les cibles
du BEE sont ambitieuses. D’ici 2014, les
actionnaires noirs doivent représenter 26 %
du capital des entreprises. Le conseil
d’administration de l’entreprise devrait se
composer à 50% d’administrateurs noirs ;
idéalement, la moitié de ceuxci
seraient des femmes. Le management et le personnel
doivent ref léter une réelle
présence noire. L’entreprise doit allouer
3% de sa masse salariale au développement
de sa main-d’oeuvre noire. Dans le choix de ses
fournisseurs, l’entreprise doit privilégier
les entreprises conformes au BEE. Et ainsi de
suite.
Au total, sept critères servent à
évaluer la conformité des
entreprises au BEE. Avec une note de 65 points sur
100, une entreprise est considérée
à 100% conforme. Mais rares sont les
entreprises qui obtiennent pareil score. Dans son
palmarès annuel des entreprises BEE, le
magazine Financial Mail a cessé de
considérer les 200 plus grandes entreprises
de la Bourse de Johannesburg parce que le quart de
cellesci n’avaient même pas la note de
passage minimale de 30 points. Son palmarès
se limite cette année aux 100 meilleures
entreprises...
Le BEE a transformé les
sociétés d’État. Mais on ne
peut en dire autant des entreprises
privées, note Patrick Craven, porte-parole
national de la fédération des
syndicats COSATU. Et encore ici les
résultats sont inégaux.
Le
secteur manufacturier est le plus
réfractaire au BEE. En revanche, les
sociétés pharmaceutiques et
financières ont, dans l’ensemble,
joué le jeu. Politiquement sensible, le
secteur minier se fait tirer l ’oreille. Par
exemple, les actionnaires noirs détiennent
seulement 8 % des producteurs de platine du pays,
selon Kio Advisory Services.
Pis, certaines entreprises n’ont pas vraiment
changé même si elles se donnent une
façade noire, rapporte Vuyo Jack,
président du conseil d’ Empowerdex, une
firme d’évaluation de la conformité.
Il y a des cas grossiers où le jardinier de
l’entreprise a été nommé au
conseil d’administration. Et il y a des manoeuvres
plus subtiles au moyen d’actions fantômes.
« C’est malheureusement assez répandu
», dit-il.
Il n’y a pas toujours de la mauvaise
volonté. Des investisseurs noirs ont du mal
à trouver du financement pour
acquérir une participation, surtout depuis
la crise du crédit. Dans d’autres cas, les
actionnaires noirs ont vendu leur participation
à profit sans réinvestir ailleurs
que dans des voitures du luxe.
C’est ce qui fait dire que le BEE lui-même
est loin de passer le test.
Guinée Le « petit
capitaine » choisi « par Dieu »
MOUSSA DADIS CAMARA
Coup de théâtre en Guinée. Le
chef de la junte, Moussa Dadis Camara, a
été hospitalisé hier au Maroc.
Il a survécu à une tentative
d’assassinat par son aide de camp, jeudi. Son
état est jugé « difficile mais
pas désespéré » par le
président burkinabé, Blaise
Compaoré. Portrait d’un dirigeant
narcissique, colérique, controversé et
peut-être « mentalement malade ».
PHOTO ARCHIVES
REUTERS
Le « président
Dadis » fait souvent, à la
troisième personne, son propre éloge
de « révolutionnaire progressiste
» et « patriote intègre
».
D’APRÈS L’AFP
DAKAR — Le chef de la junte guinéenne, Moussa
Dadis Camara, que son aide de camp a tenté de
tuer jeudi, se présente depuis le putsch de
2008 comme le seul capable de dominer une
armée « incontrôlable »,
lui « le petit capitaine » convaincu que
Dieu l’a « choisi » pour diriger le
pays.
Mince et de petite taille, invariablement
coiffé d’un béret rouge, « Dadis
» vit et travaille en permanence dans le camp
militaire Alpha Yaya Diallo de Conakry, au milieu de
très nombreux portraits de lui-même.
« Candidat à la président i el l
e ? Non! L’ambi t i on du pouvoir ne m’a jamais
animé », a assuré à la
fin du mois de décembre 2008 cet officier de
44 ans, propulsé à la tête de
l’État juste après la mort du
dictateur Lansana Conté (1984-2008).
Mais il semblait déjà grisé par
son rôle de « petit capitaine devenu
président par l’intermédiaire du
destin », « choisi par Dieu qui
détient le pouvoir et le donne à qui
il veut », selon ses mots. Et en avril 2009,
il assurait déjà que personne ne
pourrait l’empêcher de se présenter
à la présidentielle.
Mutineries meurtrières
La plupart des Guinéens n’ont
découvert que le 23 décembre 2008 cet
officier inconnu, aux yeux toujours brillants.
À
la radio, il annonce alors la prise du pouvoir par
l’armée, sans effusion de sang. Le lendemain,
les putschistes en font leur numéro 1.
Devenu soldat en 1990, il a fait carrière
à l’intendance, jusqu’au poste de directeur
général des hydrocarbures des
armées. Il a aussi été l’un des
meneurs des mutineries meurtrières de 2008,
même s’il assure avoir toujours
été « celui qui calmait la
troupe ».
Dans un premier temps, une large partie des
Guinéens sont convaincus par ses discours
résolus contre « la corruption
généralisée ». « Le
plus important est l’aspiration du bas peuple de
Guinée, pas de ceux qui mènent une vie
ostentatoire dans la richesse »,
répète-t-il.
Mais, tour à tour blagueur et
colérique, il tient des discours
exaltés et confus. Et l’inquiétude
s’installe face à une « dérive
dictatoriale » dénoncée par les
ONG. De hauts responsables de l’armée et des
civils sont envoyés directement en prison
sans passer par la justice et exposés au
risque de torture.
Massacre de l’armée
Le 28 septembre, le massacre perpétré
par l’armée à Conakry marque une
rupture terrible : au moins 150 opposants sont
tués, selon l’ONU, des chefs de partis
roués de coups, des dizaines de femmes
violées par des soldats.
Après le bain de sang, Dadis continue
pourtant de soutenir son « armée
», dont il dit qu’elle est «
incontrôlable » mais qu’elle a «
du sentiment et du respect » pour lui. Il
nourrit, en revanche, une haine manifeste à
l’égard des leaders de l’opposition,
accusés d’avoir provoqué le carnage
pour « ternir son image ».
Son narcissisme de « père de la nation
» a empiré. Le « président
Dadis » fait souvent, à la
troisième personne, son propre éloge
de « révolutionnaire progressiste
» et « patriote intègre ».
« Dadis est mentalement malade »,
avancent des opposants civils et militaires. Il
présente des signes d’«
instabilité mentale », a assuré
en novembre la présidente de l’ONG
International Crisis Group, Louise Arbour.
GABON Omar Bongo est mort
LIBREVILLE
— Le président gabonais Omar Bongo Ondimba, au
pouvoir depuis 41 ans et doyen des chefs d’État
africains en exercice, est mort, hier, à
l’âge de 73 ans, en Espagne, ont annoncé
les autorités du Gabon, dont les
frontières ont été fermées.
Oma r Bongo, hospitalisé depuis le début
du mois de mai, est mort en début
d’après-midi, selon un message du premier
ministre gabonais Jean Eyeghe Ndong remis aux
journalistes, à Barcelone, après une
journée d’incertitudes.
SelonlaConstitutiongabonaise, le président du
Sénat, actuellement Rose Francine Rogombé,
doit assurer la transition jusqu’à un scrutin
à programmer au plus tard 45 jours après
le constat de la vacance du pouvoir.
Pas de dauphin
À Libreville, le ministère de la
Défense, dirigé par Ali Ben Bongo
Ondimba, fils du défunt et mentionné
comme un des successeurs possibles, a
décidé peu après cette annonce
« la fermeture des frontières terrestres,
aériennes et maritimes » du pays.
Appelant la population au « patriotisme »,
il a annoncé « la mise en place de toutes
les composantes des forces de défense sur
l’ensemble du territoire » et « la
sécurisation des sites et des bâtiments
administratifs sensibles ».
Après 41 ans de pouvoir sans partage, la
succession de ce dinosaure s’annonce difficile
d’autant que M. Bongo n’a pas préparé la
relève.
Soulignant que le président avait «
toujours cultivé l’unité et la
cohésion des Gabonais pour une paix
véritable », M. Eyeghe Ndong a
appelé ses concitoyens à « les
préserver dans le respect des institutions
». Le gouvernement a
décrété un deuil national de 30
jours.
Kenya : la grève du sexe aura-t-elle atteint sa
cible ?...
KENYA
Les grèves de la faim sont si courantes qu’elles
passent inaperçues, estiment des femmes du Kenya
qui ont décidé, pour se faire entendre, de
faire une grève... du sexe. Nos collaborateurs
font le point sur l’efficacité de ce moyen de
pression inusit
COLLABORATION SPÉCIALE NAIROBI — La grève
du sexe lancée la semaine dernière au
Kenya fait peu d’adeptes. Des films érotiques
sont toujours projetés dans des autobus de
Nairobi et les femmes interrogées par La Presse
n’ont pas l’intention de priver leurs hommes d’une
partie de jambes en l’air.
À l’origine du mouvement, une coalition de 10
groupes de défense des droits des femmes veut
éviter que le pays ne sombre de nouveau dans le
chaos des élections de décembre 2007,
où 1500 personnes ont péri.
« Nous aurions pu faire la grève de la
faim, mais personne ne nous aurait remarquées,
soutient Rukia Subow, présidente du plus vieux
regroupement de femmes au pays, Maendeleo Ya Wanawake.
La situation est tendue et l’équilibre du pays ne
tient qu’à un fil. Nous voulons que les
politiciens agissent contre la famine et la violence.
»
Le 21 avril dernier, un gang de rue s’est attaqué
à la population d’un village du centre du pays
à coups de machettes et de pierres, tuant 26
personnes. Selon la coalition, cette violence est le
résultat de la lutte de pouvoir que se livrent le
président Mwai Kibaki et le premier ministre
Raila Odinga.
Le sexe, un tabou
Assise dans un parc du cent re-vi l le de Nai robi ,
Nessa Odheambo, 18 ans, prend un bain de soleil avec
quelques amis. Elle soutient que repousser son homme est
une offense que plusieurs n’oseront jamais commettre.
« Au Kenya, certaines femmes sont battues par leur
mari pour qu’elles aient des relations sexuelles,
dit-elle. Cette grève ne fonctionnera pas puisque
notre société n’est pas assez moderne.
»
À Kibera, plus grand bidonville d’Afrique, au
coeur de Nairobi, l’idée d’une grève du
sexe en fait rire plus d’une.
« C’est stupide et égoïste, s’exclame
Gabriela Juma, 21 ans, les pieds dans la boue du
quartier constitué de maisons de tôle.
Comme épouse, renoncer au sexe équivaut
à brimer les droits de son mari. »
Le sexe
est toujours un sujet tabou en Afrique, selon Lilian
Mutanda Arunze, autre habitante de Kibera. « Cette
grève n’aura pas d’impact, affirme-t-elle. La vie
privée et la politique sont deux choses
distinctes. Une fois dans mon lit, il n’y a que moi et
mon époux. J’y fais ce que je veux. »
Tout le monde en parle
Mme Subow, musulmane au voile noir, reconnaît que
peu de femmes respectent cette semaine de l’abstinence.
« Nous ne sommes pas dans les chambres à
coucher des gens et n’avons pas de police du sexe. Le
but est de faire parler de nous et, jusqu’à
présent, tout le monde en parle! »
Ce moyen de pression inusité prend fin
aujourd’hui.
Si la plupart des femmes ne croient pas que l’abstinence
soit le meilleur moyen de panser les plaies du Kenya,
plusieurs reconnaissent l’urgence d’agir.
« Nous devrions aller par centaines parler au
président les yeux dans les yeux, martèle
à la sortie de la messe une pasteure
pentecôtiste, Veronica Ochuka. Si ses filles ou sa
femme étaient violées, il agirait. Qu’il
fasse la même chose pour son pays ! »
Jeudi dernier, la femme du premier ministre, Ida Odinga,
a annoncé qu’elle se joignait au mouvement. Cette
initiative amuse Doyle Nyakundi , un acteur de Kibera.
« La grève du sexe n’est pas dramatique
pour les politiciens. De toute façon, ils sont
tellement vieux qu’ils n’auraient probablement pas eu de
relations sexuelles cette semaine! »
ARGENTINE Un millionnaire
défie le couple présidentiel
ÉLECTIONS LÉGISLATIVES EN ARGENTINE Des
élections législatives importantes se
tiennent demain en Argentine. Au pouvoir depuis 2003, la
présidente Cristina Kirchner et son mari Nestor,
ancien chef d’État, pourraient perdre la
majorité au Congrès. Leur prin
COLLABORATION SPÉCIALE Son ennemi, Nestor
Kirchner, exprésident argentin et chef actuel du
Parti justicialiste ( péroniste), le compare
à Silvio Berlusconi.
L’homme d’affaires et
millionnaire Francisco de Narvaez est candidat aux
élections législatives qui auront lieu
demain en Argentine. Il est le principal opposant
à Nestor Kirchner, président d’Argentine
de 2003 à 2007.
Mais Francisco de Narvaez, principal opposant à
Nestor Kirchner aux élections parlementaires de
demain, assure être « aux antipodes des
idées politiques » du premier ministre
italien.
Homme d’affaires de tendance libérale, Francisco
de Narvaez a, quoi qu’il en dise, de nombreuses
similitudes avec le dirigeant italien.
Avec ses cheveux roux et son teint rose, qui lui valent
le surnom de « Colorado » ( rouquin), il a
amassé sa fortune en gérant d’une main de
fer le patrimoine familial, la chaîne de
supermarchés Casa Tia.
En 1999, deux ans avant la terrible crise
économique qui a frappé l’Argentine, il a
eu le flair de la vendre à prix d’or (700
millions de dollars).
« Les hommes d’affaires et politiques partagent le
même goût d’entreprendre, estime de Narvaez.
Ils suivent un objectif précis et s’y tiennent.
»
Affaire de drogue
Pour percer en politique, ce Colombien d’origine a mis
toutes les chances de son côté. Il s’est
tout d’abord fait naturaliser Argentin. Puis, il a
investi une partie de sa fortune personnelle.
D’après les journaux du pays, l’homme de 55 ans
aurait dépensé plus de 15 millions de
dollars dans la campagne électorale, soit trois
fois plus que le total autorisé par la loi.
L’intéressé conteste les sommes et affirme
que « la campagne officielle n’a commencé
qu’à la fin du mois de mai, donc ce que j’ai
dépensé avant ne compte pas ».
Aujourd’hui encore, Francisco de Narvaez reste
très actif dans le monde des affaires. Il
détient des boutiques de vêtements en
vogue, une entreprise d’exportation de fruits frais, un
centre de congrès et, comme Berlusconi, un
puissant réseau de médias : une
chaîne de télévision, une radio et
un quotidien économique.
S’il ne mâche pas ses mots pour critiquer les
« conflits d’intérêts que peut
susciter la détention de sociétés
médiatiques par des hommes politiques », il
se contredit dans la pratique.
Jusqu’ici, il a refusé de céder ses
entreprises audiovisuelles, la loi argentine ne l’y
obligeant pas. Récemment, un juge
réputé proche des Kirchner a cité
l’homme d’affaires à témoigner dans une
affaire de drogue.
Un appel à un trafiquant aurait été
passé depuis un téléphone portable
enregistré à son nom. Le Colorado a
refusé de comparaître et
dénoncé une opération contre lui en
pleine campagne électorale.
Tentative de suicide
D’une manière générale, il reste
une énigme. Une sorte de « serpent de mer
», l’animal mythique qu’il s’est fait tatouer sur
le cou. De nombreux mystères l’entourent, comme
sa tentative de suicide avec un revolver, en 1992, dans
un hôtel cinq étoiles.
Une chose est sûre: Francisco de Narvaez est un
péroniste dissident prêt à se battre
dur afin d’accéder au pouvoir. Aux
élections des députés de la
province de Buenos Aires, demain, sa liste défie
celle d’un autre péroniste, Nestor Kirchner, chef
d’État argentin entre 2003 et 2007 et
époux de l’actuelle présidente, Cristina
Kirchner.
Du couple présidentiel, il critique presque tout.
Son angle d’attaque de prédilection reste
l’insécurité. « Les Kirchner ont
esquivé ce thème de trop nombreuses
années alors qu’il s’agit d’un problème
national », estime celui qui a publié une
« carte du crime » sur l’internet.
Francisco de Narvaez assure n’avoir « aucune
aspiration à être président »,
contrairement à son ami Mauricio Macri, un autre
homme d’affaires qui a conquis la mairie de Buenos
Aires.
Son objectif consiste à remporter en 2011 le
poste de gouverneur de la province de Buenos Aires. Il
régnerait alors en « patron » sur la
région la plus importante du pays.
Rafael
Correa contre les « richards »
ÉLECTIONS EN ÉQUATEUR Les
Équatoriens se rendent aux urnes aujourd’hui. Des
élections générales
anticipées pour cause de nouvelle Constitution,
mais qui devraient confirmer aux commandes Rafael
Correa, président de gauche très populaire
désormais doté de
QUITO— Rafael Correa, qui remet son mandat en jeu
aujourd’hui, a réussi en seulement deux ans au
pouvoir à imprimer sa marque. Le président
équatorien a conduit le pays vers le socialisme
et obtenu l’appui massif des Équatoriens peu
aisés contre les « richards », avec
« l’aide de Dieu ».
« La réussite de
(Rafael) Correa est qu’il a combiné ordre et
changement », estime un analyste politique.
Rafael Correa, 46 ans, se dit luimême surpris par
ses prouesses: « Je suis passé de simple
professeur d’économie à avoir le
privilège que Dieu m’accorde un rôle
incroyablement important, me permettant de faciliter le
changement dans ce pays », a-t-il récemment
déclaré.
Le jeune président, un grand brun à
l’élégance naturelle issu d’une famille
modeste de la ville de Guayaquil (Sud), marié
à une Belge avec qui il a trois enfants, a
grimpé peu à peu les échelons
grâce à des bourses d’étude qui
l’ont mené aux États-Unis et en Europe,
avant de devenir ministre des Finances, en 2006.
Jugé trop antilibéral, il fut cette
année-là limogé et ainsi
libéré pour la course à la
présidentielle.
L’homme qui a failli ne pas être élu en
2006 – au premier tour, son opposant Alvaro Noboa avait
26,8% des suffrages contre 22,8% pour lui – a depuis
assis son autorité dans un pays notoirement
instable où sept présidents ont
défilé en dix ans (1996-2006), dont trois
ont été renversés.
Selon le dernier sondage publié, il est
crédité de 50% des intentions de vote
dès le premier tour.
Or noir
Aidé par la flambée des cours de l’or
noir, principale ressource du pays, Rafael Correa, un
fervent catholique, a multiplié les programmes
sociaux en matière de santé,
d’éducation ou encore d’accès à la
propriété. Il a ainsi consolidé sa
popularité auprès des moins aisés,
dans un pays où 38% de la population vit sous le
seuil de pauvreté.
Face à ses adversaires, il s’est montré
implacable, plaçant sous tutelle certains
médias, ou encore en obtenant l’approbation en
septembre 2008d’uneConstitutionqui renforce les pouvoirs
présidentiels.
Promettant
de « restaurer la souveraineté » de
ce petit pays andin de 14 millions d’habitants à
l’économie dollarisée, Rafael Correa a
aussi exigé des sociétés
pétrolières qu’elles versent des
dividendes plus importants.
Si ses détracteurs reprochent à la
nouvelle Constitution de concentrer trop de pouvoirs,
notamment budgétaires, entre les mains du
président, nombre d’analystes estiment qu’il
fallait une direction forte au pays après de
longues années de gouvernement corrompu et
inefficace. L’Équateur a vu 10 présidents
défiler en succession rapide depuis 1997, dont
trois chassés par la révolte de la rue.
« La réussite de Correa est qu’il a
combiné ordre et changement », estime
l’analyste politique indépendant Jorge Leon.
« Son gouvernement est dur, plutôt
autoritaire » et particulièrement exigeant
en matière économique: Correa en est
à son quatrième ministre des Finances...
Face aux critiques de ses opposants, Correa se moque et
assure qu’il ne fait que défendre les pauvres.
« Celui qui cherche à nier la
révolution sociale en Équateur est soit
niais, soit aveugle », leur répond
crânement le premier président de gauche
depuis le retour de la démocratie en
Équateur, en 1979.
Aux États-Unis, il a annoncé le
non-renouvellement de leur concession à Manta,
une base antidrogue américaine stratégique
débouchant sur le Pacifique.
Et à la Colombie, il transmet
régulièrement une longue liste d’exigences
pour rétablir les relations diplomatiques qu’il a
rompues le 3 mars 2008, après le bombardement par
celle-ci d’un camp de la guérilla colombienne des
FARC sur son territoire.
Moratoire sur la dette
En décembre 2008, il a enfin dit non aux
marchés financiers, déclarant son pays en
moratoire sur un tiers de sa dette internationale, soit
près de trois milliards de dollars, jugée
« illégitime » en raison
d’irrégularités présumées au
moment de sa négociation.
Rafael Correa a depuis ouvertement déclaré
qu’il préférait continuer à
financer les programmes sociaux que d’honorer cette
dette. Une attitude qui a « contribué
à l’isolement » de l’Équateur,
provoqué une fuite des capitaux et une
réduction des lignes de crédit, obligeant
les gens à garder leurs économies chez
eux, note l’économiste Ramiro Crespo, d’Analytica
Securities.
Adepte du « socialisme du XXIe siècle
» prôné par le
Vénézuélien Hugo Chavez, il ne
s’aligne pourtant pas systématiquement sur ce
dernier.
PÉROU L’ancien président Fujimori
condamné à la prison pour corruption
— L’ancien
président péruvien Alberto Fujimori a
été condamné à sept ans et
demi de prison, hier, à Lima, pour une affaire de
corruption lorsqu’il était au pouvoir de 1990
à 2000, a annoncé le tribunal.
Poursuivi pour détournement de fonds publics, M.
Fujimori a été reconnu coupable d’avoir
versé illégalement 15 millions de dollars
à son chef des services secrets, Vladimiro
Montesinos, au cours des derniers mois de sa
présidence.
L’ancien chef de l’État, âgé
aujourd’hui de 70 ans, a annoncé qu’il
interjetterait appel de la décision pour «
nullité » . M. Fujimori a déjà
été condamné en avril dernier
à 25 ans de prison pour violation des droits de
l’homme dans le cadre de sa politique de répression
contre la guérilla maoïste du Sentier
lumineux.
Le président du tribunal, le juge César San
Martin, était d’ailleurs le même magistrat
qui avait déclaré l’ex-président
responsable des tueries de civils commises en 1991 et 1992
par un escadron de la mort, instrument de la « sale
guerre » qu’a menée le pouvoir contre la
guérilla d’extrême gauche.
Cette nouvelle condamnation de M. Fujimori pour corruption
n’aura aucun effet sur sa détention, car les peines
ne s’additionnent pas au Pérou.
M. Fujimori avait déjà été
condamné à la fin de 2007 à six ans
de prison dans une affaire de perquisition
illégale.
Lors du
procès, M. Fujimori a affirmé avoir
été forcé de faire un versement
occulte à son ancien bras droit pour
éviter un coup d’État. Selon lui,
Montesinos, un homme-clé du régime qui
avait la mainmise sur l’appareil militaire,
menaçait de prendre le pouvoir.
À l’époque, les autorités avaient
justifié ces dépenses puisées dans
le Trésor public sous le prétexte d’une
opération de sécurité
destinée à empêcher la progression
de la guérilla dans la zone frontalière
avec la Colombie.
M. Fujimori a également axé sa
défense sur la dénonciation d’un «
procès politique », estimant que la justice
tentait de nuire aux chances de sa fille, Keiko, une
prétendante sérieuse à
l’élection présidentielle de 2011.
Keiko Fujimori, députée la mieux
élue du pays en 2006, est en tête des
intentions de vote pour la présidentielle, selon
plusieurs sondages récents.
Le courant « fujimoriste » reste populaire
auprès des classes populaires du Pérou,
qui continuent de plébisciter l’ancien chef de
l’État pour avoir pris des mesures sociales et
restauré la sécurité après
les attentats sanglants du Sentier lumineux.
En novembre 2000, quelques jours seulement après
un sommet à Brunei, M. Fujimori s’était
enfui vers le Japon, son pays d’origine, au milieu d’un
scandale de corruption, et avait annoncé sa
démission avec une simple
télécopie.
Il avait été arrêté en
novembre 2005, lors d’un voyage au Chili, puis
extradé au Pérou, où il comptait se
présenter aux élections
présidentielles l’année suivante.
La Turquie et l’Arménie se rapprochent
ANKARA— La
Turquie et l’Arménie ont jeté les fondements
d’une normalisation en s’entendant sur une « feuille
de route », des efforts salués par la
communauté internationale mais qui inquiètent
l’Azerbaïdjan, proche allié d’Ankara, capitale
de la Turquie, dont une partie des terres sont sous
occupation arménienne.
Des pourparlers avec la médiation de la Suisse ont
abouti à « des progrès concrets et
à une compréhension mutuelle », a
annoncé tard mercredi le ministère turc des
Affaires étrangères.
La Turquie et l’Arménie, qui n’entretiennent pas de
rapports diplomatiques, « sont tombées d’accord
sur un cadre global pour la normalisation de leurs relations
bilatérales d’une manière propre à
satisfaire les deux parties. Une feuille de route a
été déterminée dans ce contexte
», souligne un communiqué.
Les progrès obtenus « créent une
perspective positive pour le processus en cours », a
poursuivi le ministère, sans fournir de
détails sur le contenu de l’accord.
Ankara n’entretient pas de relations diplomatiques avec
Erevan, capitale de l’Arménie, depuis
l’indépendance de l’Arménie en 1991–
naguère république soviétique – en
raison de divergences sur la question des massacres
d’Arméniens survenus dans l’Empire ottoman entre 1915
et 1917.
Les
massacres et déportations d’Arméniens pendant
cette période ont fait plus d’un million et demi de
morts selon les Arméniens, 300 000 à 500 000
selon la Turquie qui récuse catégoriquement la
notion de génocide reconnue notamment par la France,
le Canada et le Parlement européen.
Le communiqué turc demercredi intervient peu avant la
commémoration, aujourd’hui le 24 avril, des victimes
du génocide.
La Turquie a fermé sa frontière avec
l’Arménie en 1993 en soutien à
l’Azerbaïdjan turcophone, Bakou étant en conflit
avec Erevan pour le contrôle de la région du
Nagorny Karabakh (ou Haut-Karabakh), enclave peuplée
d’Arméniens en territoire azerbaïdjanais.
Les séparatistes arméniens ont pris le
contrôle de ce territoire à l’issue d’un
conflit armé qui a fait près de 30 000 morts
au début des années 90.
L’administration américaine s’est investie dans la
recherche d’une solution, le président Barack Obama
appelant, début avril à Istanbul, la Turquie
et l’Arménie à trouver « rapidement
» un accord en vue d’une normalisation.
RAHUL GANDHI - Le nouveau visage d’une
dynastie
À 38 ans, Rahul Gandhi est déjà
pressenti comme futur premier ministre de la plus grande
démocratie du monde. Alors que se déroulent
les élections législatives en Inde
jusqu’à la mi-mai, notre collaboratrice a suivi le
plus jeune de la dynastie.
Rahul Gandhi, le fils de la
présidente du Congrès national indien
Sonia Gandhi et petit-fils de l’ancienne première
ministre Indira Gandhi. Plusieurs le voient comme le
futur premier ministre de l’Inde.
— Un jeune homme au teint clair vêtu d’un
kurta-pyjama blanc immaculé apparaît au
travers d’un nuage de poussière. Au pas de course,
il quitte l’hélicoptère posé
près d’un champ d’orge jaune, et, escorté
d’un personnel de sécurité, se rend
jusqu’à la scène.
Devant celle-ci, une mer de turbans et de saris de toutes
les couleurs – vert f luo, fuchsia, jaune moutarde... –
patiente sous 40 degrés en l’attendant.
Ils sont plusieurs dizaines de milliers de Punjabi – entre
70 000 et 80 000 selon les organisateurs –, assis en
tailleur. À l’exception des VIP, qui ont droit
à des chaises en plastique et des ventilateurs.
Pas de doute, Rahul Gandhi, malgré son jeune
âge, est une vedette de la politique indienne. Sa
grand-mère a été première
ministre. Son père aussi. Sa mère est la
présidente du Congrès national indien qui a
mené la coalition au pouvoir ces cinq
dernières années. Le parti a gouverné
le pays pendant près de cinquante ans depuis
l’Indépendance en 1947.
Les jeunes avant tout
Nous sommes à Bathinda, circonscription au fin fond
du Punjab indien, au nord du pays, près de la
frontière pakistanaise. L’État compte
seulement 13 des 543 sièges de la Lok Sabha, la
chambre basse du Parlement.
Mais le
grenier à blé de l’Inde, comme on appelle
l’État sikh (près de 50% de la population se
réclame de cette religion), est parmi les plus
riches. Grâce à une agriculture florissante
certes, mais aussi à la prépondérance
des membres de la caste des bania, une prospère
communauté de marchands.
Devant ses partisans, Rahul vante d’abord les
mérites du premier ministre, récemment
accusé par l’opposition d’être « le
plus faible » qu’ait connu l’Inde.
« Manmohan Singh est le lion du Punjab; il fait la
fierté des Sikhs », scande-t-il avant
d’enchaîner avec ses deux leitmotive: faire de la
place à la nouvelle génération et
combattre le népotisme en politique. « Les
jeunes représentent 70% de la population indienne
» fait-il valoir, en soulignant qu’il fera tout pour
encourager les jeunes à entrer en politique. Son
autre mission, c’est de mettre un terme à la
politique de dynasties: « Je veux
révolutionner la politique en priorisant le
mérite et la performance. »
Comme un « prince »
Après son discours, Rahul rejoint la quinzaine de
correspondants étrangers transportés en bus
de Delhi par le Congrès la veille pour l’entendre.
Il présente les cinq candidats aux
législatives du Youth Congress – qu’il dirige. Sans
exception, les cinq jeunes hommes ont soit un père
ou un grand-père qui a été ministre
ou premier ministre du Punjab, ou député au
gouvernement central. Bonjour la révolution dont il
était question quelques minutes plus tôt!
Rahul explique aux journalistes que ce serait injuste de
s’attendre à ce que les choses changent en 15
jours: « La démocratie, c’est une
idée, une attitude, avance-t-il, philosophe. Le
Congrès pousse dans ce sens. C’est seulement dans
cinq ou sept ans que nous verrons les fruits de nos
efforts. »
Avant de sauter dans son hélico pour son prochain
meeting, le prince de la couronne, comme le surnomment les
mauvaises langues, lance qu’avec un nom qui porte comme le
sien, « qui serait mieux placé pour
promouvoir le changement? »