Jeunesse
QUÉBEC Des droits encore bafoués
- Silvia Galipeau
«
Quand une fille autochtone débarque à Montréal et
qu’elle est recrutée
comme danseuse, même si elle a 15 ans et qu’elle dit qu’elle est
consentante, c’est criminel. »
– Nadia Pollaert, Bureau international des droits des enfants
Vingt ans après avoir ratifié la Convention relative aux
droits de
l’enfant, et en dépit de notre loi sur la protection de la
jeunesse,
des droits fondamentaux des enfants continuent d’être
bafoués, ici même
au Québec.
Même
si beaucoup d’enfants travaillent – comme cette fillette au Bangladesh
–, le nombre ce ceux qui fréquentent l’école a
augmenté, selon les
chiffres de l’UNICEF. Ainsi, 84% des petits d’âge scolaire
seraient
maintenant scolarisés.
« La Loi sur la protection de la jeunesse est une loi d’exception
! El
le permet d’intervenir quand la sécurité d’un enfant est
compromise,
expl ique Nadia Pollaert, directrice générale du Bureau i
nternat ional
des droits des enfants, à Montréal. Or les droits des
enfants, c’est
beaucoup plus large que cela ! »
Quatre grands principes guident, depuis 20 ans, la Convention relat ive
aux droits de l ’enfant : i ntérêt supérieur de
l’enfant,
non-discrimination, survie et développement, participation de
l’enfant.
Or ces principes ne visent pas que les situations extrêmes
d’enfants
soldats, déportés ou battus. À preuve : le
Québec est régulièrement
montré du doigt pour le non-respect de ces principes, signale la
directrice générale.
D’abord, l ’exploitation économique et le travail des enfants
est un
phénomène fréquent au Québec. Il faut
savoir qu’ici, le travail des
jeunes est légal (une autorisation parentale suffit pour les
jeunes de
moins de 14 ans). Résultat, le taux d’emploi des jeunes est l’un
des
plus élevés de tous les pays de l’OCDE.
Le magazine
L’actualité a révélé l’an dernier que les
travailleurs âgés
de moins de 24 ans ont aussi une fois et demie plus d’accidents que les
autres, une proportion probablement bien en deçà de la
réalité (combien
de jeunes connaissent la CSST ?). Et même si , d’après les
normes du
travail, un jeune ne devrait pas travailler de nuit, il n’est pas rare
que des employeurs se fassent épingler pour violation de cette
loi.
Autre enjeu important : la situation des jeunes
autochtones. Quand un enfant autochtone est victime de
négligence,
faute de ressources suffisantes dans les réserves, il est
souvent placé
dans une famille d’accueil à des kilomètres de sa famille
d’origine, ce
qui n’est pas nécessairement dans son i ntérêt .
« C’est un enjeu
important pour le Canada et le Québec. Le Canada est souvent
critiqué.
»
Troisième enjeu : la traite des enfants. On
pense ici à l’exploitation des jeunes par les gangs de rue.
« Quand une
fille autochtone débarque à Montréal et qu’elle
est recrutée comme
danseuse, même si elle a 15 ans et qu’elle dit qu’elle est
consentante,
c’est criminel. Un mineur ne peut pas consentir à se fai re
exploiter
», rappel le Nadia Pollaert.
Enfin, les j eunes sans abri, souvent victimes
d’exploitation et de maltraitance, sont aussi un sujet de
préoccupation
pour la communauté internationale.
Globalement, le problème réside
dans le fait qu’on ne t i ent pa s compt e de l’intérêt
supérieur de
l’enfant, dénonce la directrice générale. Et cela
se produit
quotidiennement : pourquoi obliger un enfant à entrer au CPE en
septembre alors que sa mère est encore en congé ?
Pourquoi tolérer
qu’un jeune ait quatre enseignants dans une seule année scolaire
?
Comment accepter que, dans de nombreux cas de séparation (90%
des
séparations se réglant à l’amiable, donc sans
médiation), les enfants
manquent de stabilité, se retrouvant un jour chez l’un, le
lendemain
chez l’autre ? « Est-ce que quelqu’un a déjà
demandé à un enfant ce
qu’il aimerait ? Il faudrait qu’on écoute les enfants »,
conclut Nadia
Pollaert.
Judo pour s’en tirer et autres bonnes idées -
Pascale Breton
Gala Reconnaissance
du réseau de la santé et des services sociaux
Du j udo comme moyen de réinsertion sociale. C’est le pari fait
par la
Chaumière Jeu nesse, à Rawdon , qui accueille des j eunes
à bout de
ressources, désemparés et dans la rue.
«
Ce n’est pas le ministre qui peut tout faire, la communauté peut
se
prendre en main dans plusieurs secteurs », explique le ministre
de la
Santé, Yves Bolduc.
Un projet qui vise à créer un sentiment d’appartenance
chez ces j eunes désabusés, que plus rien n’accroche.
« Le judo est quelque chose qu i i nter pelle le s jeu nes , avec
des
valeurs de respect, de lâc her pr ise, qu i fa it appel à
des choses
qu’ils ne connaissent pas », explique la directrice
générale, Andrée
St-Jean.
C’est l’un des projets finalistes du gala Reconnaissance du
réseau de la santé et des services sociaux, qui a lieu ce
soir.
Malgré sa 28e présentation, le gala est encore
méconnu. « Il faut
laisser savoir aux usagers qu’il se fait de belles c hoses pou r eu x .
O n encourage leur communauté à prendre exemple et
à développer de
belles choses.
Ce n’est pas le
ministre qui peut tout faire, la communauté peut se
prendre en ma in da ns plusieu rs secteurs », explique le
ministre de
la Sa nté, Yves Bolduc, en entrevue.
Le gala honore autant les initiatives sociales
pour aider les j eunes mères toxicomanes, par exemple, que
celles
visant à améliorer la gestion des u rgences. Les bonnes
idées sont
d’ailleurs imitées ailleurs dans le réseau.
« Tout le monde est important. L’idée des
popotes roulantes dans certains milieux est aussi valable qu’un projet
de bloc opératoire au x soins intensifs. La force du
réseau de santé et
de services sociaux est de reconnaître la même valeur peu
importe où on
t rava i l le », aj oute M. Bolduc.
L’un des honneurs remis c e s o i r e s t d ’a
i l l e u r s le pri x I sabel et M ichelle Beauchemin Perreault.
Isabel est morte en 1998, à la suite d ’u ne su r méd ic
ation au x
urgences. Un accident évitable, a conclu le coroner. Sa
mère, Michelle
Beauchemin Perrault, milite depuis pour attirer l’attention sur
l’importa nce de la prévention des accidents évitables
dans les
hôpitaux.
Le centre de santé et de services sociaux du
Grand Littoral, dans la région de Chaudière-Appalaches,
est en lice da
ns cette catégo - rie. Il propose un projet de «
décontention » des
personnes âgées.
C’est connu, la contention ent ra
î ne des r isques éle - vés pour les usagers. Il y
a quelques années,
57 % des résidants des centres d’hébergement du CSSS
avaient au moi n s
u n moyen de contention, qu’il s’agisse de ridelles de lit ou de
barrière à leu r por te de c ha mbre, par exemple. La
proportion a
chuté à 8 % aujourd’hui, grâce à l’i mpla
ntation de mesures
alternatives.
Extrait de la lettre à David
Message s’adressant
à toi David
J’aimerais que ce message te donne le courage de faire les pas pour
revenir chez toi, ici à la maison (...)
Ton départ nous a tous fait réfléchir et fait
comprendre qu’il fallait changer notre façon de voir la vie
(...)
Je t’ai souvent dit qu’une mère ça sait tout, et bien
non. Je ne savais pas que tu partirais.
Je crois que tu crains de revenir à la maison. Pourtant ici
c’est ton
chez-toi, ici c’est ta maison, ici c’est ton vrai refuge, l’endroit
où
tu peux être le plus en sécurité.
Nous n’avons rien
à te reprocher, nous ne désirons que ton retour, te
serrer très fort dans nos bras et te dire que nous t’aimons du
plus
profond de notre coeur (...)
Tu sais David, ce que j e regrette le plus,
c’est de t’avoir remis à l ’école, j ’aurais dû
comprendre ta détresse,
je te demande pardon.
L’école est terminée David, tu n’iras plus et
personne ne m’empêchera de te garder avec moi. Je saurai te
défendre et
te protéger. Personne ne me fera changer d’idée (...)
Si tu n’es pas prêt à revenir, je le
respecterai mais il faut absolument que tu me donnes signe de vie.
Appelle-moi, je te promets que je respecterai ton choix. Il faut me
faire confiance David, c’est trop difficile de vivre ainsi sans savoir
où tu es et si tout va bien (...)
Nous t’attendons pour reprendre un nouveau départ, tous ensemble
(...)
À bientôt, très bientôt mon amour, mon fils
adoré. Maman, Papa et Marjorie Gros bisous à l’infini
Faut-il
maintenir les liens avec les parents biologiques ?
Une
chercheuse se penche sur le cas des enfants placés en foyer
d’accueil
Quand un enfant est retiré de sa famille trop malsaine et
placé dans un
foyer d’accueil, la Direction de la protection de la jeunesse et ses
travailleurs sociaux doivent-ils favoris
« Ma mère va venir me chercher vendredi! Ma mère va
venir me chercher vendredi! »
Quand Ariane* doit voir sa mère, c’est pour elle un tel
événement
qu’elle se sait un peu « achalante » avec son
décompte des jours qui la
séparent des retrouvailles. « J’ai tout le temps
hâte de la voir. Je
m’ennuie souvent d’elle. Je me sens excitée de la voir. »
À l’inverse, il y a Guillaume, dont l’expérience est tout
autre. «
Quand j’allais chez ma mère, elle m’ignorait, elle faisait comme
si je
n’étais pas là. » Alors fini les visites pour
Guillaume. « Je trouve ça
facile, maintenant. Elle m’ignore, mais au moins je ne suis plus
là. »
Ces témoignages ont été recueillis par Louise
Carignan, professeure au
département de sciences humaines à
l’UniversitéduQuébecàChicoutimi,
dans le cadre d’une étude qu’elle présentera cette
semaine au congrès
de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS).
Les propos des jeunes illustrent bien, comme l’écrit Mme
Carignan, à
quel point « protéger les enfants est un art difficile et
une science
inexacte ».
En 2007, le Québec a promulgué une loi visant à
accélérer le processus
d’adoption afin d’éviter que des jeunes soient ballottés
d’une famille
d’accueil à une autre pendant de nombreuses années.
La question du maintien ou non des liens avec les parents biologiques
demeure pourtant entière et a fait l’objet, comme l’indique Mme
Carignan, de maints débats entre les chercheurs.
Mme Carignan, qui a travaillé pendant plus de 20 ans comme
travailleuse
sociale, avait l’intuition que ces visites et ces retours
épisodiques
dans la famille biologique faisaient peut-être plus de tort que
de bien
aux jeunes. Pour savoir si son intuition était juste, elle a
interrogé,
en 2006, 43 jeunes placés jusqu’à leur majorité,
sans possibilité de
retour permanent dans leur famille biologique.
La lecture des témoignages démontre bien, tout d’abord,
combien ces
visites brassent beaucoup d’émotions, de l’excitation au malaise
jusqu’à la déception, souvent.
« Vu que je
ne la connaissais pas beaucoup, j’étais mal à l’aise des
fois d’être avec elle. Ce n’était pas un étranger
mais un peu », a dit
l’un à propos de sa mère.
« Une fin de semaine, c’était trop long. Une
journée, ça aurait été correct… Nous
étions laissés à nousmêmes », a
dit un autre.
« Je me sentais nerveuse mais j’avais hâte de
la voir en même temps, raconte une adolescente. Je voulais savoir
ce
qu’elle avait l’air, si elle avait changé. Nerveuse de savoir
comment
s’y prendre… Ça allait mal et on pleurait. »
« Je l’aime beaucoup, ma mère, a dit une autre.
J’aime ça être avec elle. Elle est drôle, elle me
fait rire. On sort,
elle m’achète plein d’affaires, elle essaie de reprendre tout ce
qu’elle a manqué dans toute l’année. »
Assurément, pendant ces visites occasionnelles,
les jeunes doivent se blinder. Ainsi, l’un d’eux a raconté
à Mme
Carignan que sa mère lui avait répété qu’il
était une erreur. « Dans le
fond de moi-même, je le savais, mais de l’entendre dire,
ça m’a fait
mal. J’aurais mieux aimé la voir à jeun que sous les
drogues. »
Certains aiment partager le quotidien de leurs
parents, tout simplement. Aller à la pêche avec leur
père ou recevoir
un petit cadeau de temps à autre. Pour d’autres, il s’agit
surtout de
ne pas tomber dans l’oubli.
« Je dois mettre des efforts pour prendre
contact car mon père travaille beaucoup d’heures et il n’a pas
beaucoup
le temps de m’appeler. Sinon, il pourrait facilement m’oublier »,
croit
un jeune.
Que conclut Mme Carignan? D’abord et avant
tout, qu’on ferait erreur en établissant une règle
universelle. Les
visites doivent être planifiées en fonction des besoins
changeants des
jeunes et de la capacité du système de les accompagner
dans cette
démarche. Elles doivent « être l’objet d’une
révision rigoureuse, de
façon périodique afin de s’assurer de réduire les
obstacles ou les
irritants ».
Malgré tout, même quand des
problèmes surviennent, il ne faut surtout pas jeter
l’éponge trop vite.
Parce que, aussi souffrantes que puissent parfois être ces
visites,
quand elles demeurent possibles, tout indique que le maintien d’un lien
avec au moins un des deux parents « favoriserait à
l’adolescence une
meilleure adaptation sociale et personnelle », conclut Mme
Carignan.
*Tous les prénoms des jeunes sont fictifs.
Sur la piste de danse en fauteuil roulant
À
la veille de la Semaine québécoise des familles, La
Presse vous raconte
une soirée pas tout à fait comme les autres pour des ados
pas si
différents des autres.
Un samedi soir du mois dernier, marqué de plusieurs traits dans
bien
des calendriers. Pour cause: c’est LA soirée annuelle du
Papillon Rock
Café, une fête pour ados.
Une
fois par année, la soirée Papillon Rock Café
permet à des jeunes
handicapés de faire la fête et de se sentir comme
n’importe quel
adolescent.
Il est 19h. Les premiers fêtards sont déjà
arrivés. Personne ne s’est
encore aventuré sur la piste de danse. Mais il y a de
l’ambiance: ça
bavarde ici, ça rigole là. Un début de
soirée bien ordinaire, quoi.
Non, pas ordinaire. Car ces jeunes ne sont pas tout à fait comme
les
autres : la plupart ont du mal à s’exprimer; plusieurs
communiquent à
l’aide de tableaux installés sur des plateaux; tous, ou presque,
sont
en fauteuil roulant ; certains le déplacent à l’aide
d’une manette
située à la portée de la main; quant à ceux
qui n’ont pas la maîtrise
de leurs mains, ils font avancer leur fauteuil à l’aide d’une
manette
au niveau du menton.
Mais même si le visiteur non averti pourrait être surpris
(apitoyé?)
par le tableau, manifestement, l’ambiance est à la fête.
Les jeunes
sont là pour s’amuser, point. Plusieurs se sont d’ailleurs
habillés
chic pour la soirée: ici, une jeune fille s’est fait peindre les
ongles
en mauve, là, un garçon a enfilé une belle chemise
propre. Les souliers
brillants, hauts sans manches et autres décollés sont de
mise.
Émilie Forest, 13 ans, arrive en applaudissant, le sourire fendu
jusqu’aux oreilles. Son sourire ne la quittera pas de la soirée.
Et ses
applaudissements retentiront souvent. Car malgré sa paralysie
cérébrale, elle a « parlé » de la
soirée toute la journée, confie sa
mère, Sophie Grenier, en la déposant avant de filer
souper avec son
amoureux. « Émilie aime beaucoup ses amis. Pour dire
"amis", elle fait
des becs. Et aujourd’hui, elle a fait des becs toute la journée.
»
« C’est un
moment de liberté et d’amusement que je n’ai pas autrement
», confie à son tour Julie de l’Étoile Lapointe, 20
ans, souriante et
chic comme une reine.
C’est d’ailleurs précisément l’objectif de la
soirée. Offrir à ces jeunes une vraie activité
sociale, en toute
légèreté. « Nous, si on veut sortir, on
sort, explique Chantale
Théroux, directrice des relations communautaires de la
Société pour les
enfants handicapés du Québec et instigatrice du projet.
Mais pour eux,
c’est toujours plus compliqué : il faut réserver le
transport adapté 48
heures à l’avance, et souvent, ils ont besoin d’un parent.
» Bref, les
choses sont rarement spontanées.
Sauf ici. Une fois dans l’année, grâce au
Papillon Rock Café, tout est conçu pour ces jeunes. Au
besoin, leur
transport est assuré. Surtout : les parents ne sont pas
invités. « On
voulait leur permettre de vivre ce que tout ado peut vivre »,
résumeChantale Théroux. Bref, un minimum
d’intimité.
Les jeunes peuvent donc inviter leurs amis,
handicapés ou non. C’est le cas de Guillaume Boisvert Goyette,
14 ans,
qui arrive dans son fauteuil, poussé par Marianne Laplante, 17
ans, une
amie. « Je trouve que c’est une bonne idée de faire
ça pour eux, dit la
jeune fille. Ils se sentent valorisés. Ils se sentent comme tout
le
monde. » Elle passera d’ailleurs toute la soirée à
danser avec le
garçon en le tenant par les mains pour faire tourner et tourner
encore
son fauteuil.
C’est aussi la technique utilisée
par plusieurs responsables de la Société, présents
pour animer la
soirée. Certains choisiront de prendre carrément les
jeunes dans leurs
bras pour les faire danser. « Ce sont des beaux moments pour eux,
conf
ie Catherine Gaudreault, une responsable de la résidence
Papillon, le
centre de répit de la Société. Parce que,
audelà de la musique, ce qui
est bon pour eux, c’est de sortir de leur fauteuil. » Une chose
plutôt
rare dans le quotidien de leurs journées. Et à les voir
ainsi
s’abandonner et rire aux éclats, c’est clair : ils aiment
ça.