La suggestion
la plus audacieuse du comité? Réduire la
fréquence de livraison. Les employés
travailleraient du lundi au vendredi mais, en certains
endroits, le facteur passerait seulement trois fois par
semaine. Une solution choc qui mérite néanmoins
d’être examinée. Il y a longtemps que les
communications urgentes ne transitent plus par la poste
ordinaire. Et la plupart des enveloppes qui atterrissent dans
nos boîtes à lettres pourraient arriver deux
jours plus tard sans que personne n’en souffre.
Le rapport parle aussi d’augmenter le prix du timbre de base
de 5 à 7 cents au cours des deux prochaines
années et d’imposer ensuite une majoration annuelle
fixe. Personne ne s’en réjouira, mais on aurait tort de
crier au vol. Depuis plus de 10 ans, les augmentations de
tarifs sont limitées aux deux tiers de la hausse de
l’IPC (indice des prix à la consommation). Une
décision irresponsable, déconnectée de la
réalité et qui fausse les perceptions de la
population. Les Canadiens paient beaucoup moins cher que les
Français, les Italiens, les Allemands ou les Japonais
pour envoyer une lettre à l’intérieur de leurs
frontières, alors que le territoire est beaucoup plus
vaste et la population beaucoup moins dense.
Il est aussi grand temps de dépoussiérer le
moratoire sur la fermeture des bureaux de poste ruraux,
décrété il y a 15 ans. Pas pour
éliminer les services en région, mais pour
arrêter de protéger des zones depuis longtemps
sorties de l’isolement rural comme Moncton… ou Boucherville.
La
Société canadienne des postes a par ailleurs
présenté un plan très ambitieux au
comité. Il faudra l’examiner avec un oeil critique.
Déjà, les PME et les grandes entreprises se
plaignent de ses services «
accélérés » ou «
améliorés », plus coûteux et qui ne
les intéressent pas. Les investissements futurs devront
répondre aux besoins réels de la
clientèle, et non aux idéaux de la direction.
Le coût des grands projets a doublé
- Bruno Bisson
L’AMT
attribue les hausses de coûts à une «
nouvelle méthodologie »
Les grands projets de modernisation des trains de banlieue
de la métropole vont coûter au moins deux
fois plus cher que prévu, indiquent les projections
les plus récentes de l’Agence métropolitaine
de transport (AMT), dont
PHOTO PATRICK
SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE
Les coûts de tous
les grands projets prévus sur le réseau
ferroviaire des trains de banlieue subiront des hausses
de 30%, dans les meilleurs cas.
La Presse a obtenu le plan d’immobilisations
préliminaire 2010-2012.
Selon le document, les coûts de tous les grands
projets prévus sur le réseau ferroviaire des
trains de banlieue, ainsi que les projets majeurs de
développement du réseau et d’entretien du
matériel roulant, subiront des hausses de 30%, dans
les meilleurs cas ; la hausse est de plus de 400% dans le
cas du projet de gare intermodale Lucien-L’Allier, au
centre-ville (voir autre texte).
Ces 10 projets majeurs de l’AMT, qui figuraient
déjà au plan triennal 2009-2011, devaient
coûter un peu plus de 440 millions, selon les
prévisions publiées il y a un an. Dans le
plan 2010-2012, les prévisions d’investissements
pour les mêmes projets totalisent, aujourd’hui, 921
millions. C’est plus du double par rapport à l’an
dernier, soit une augmentation de 108% (voir le tableau).
Dans un échange de courriels avec La Presse, l’AMT
a attribué une partie de ces augmentations à
une nouvelle méthode de calcul des coûts
imposée par Québec. Cette méthode
oblige les organismes publics « à identifier
les risques et à estimer les coûts et les
échéanciers de la façon la plus
complète et réaliste possible », afin
de réduire les « imprévus » et l
es fortes augmentations de coûts pendant leur
réalisation.
« Ainsi, note l’AMT, le calcul budgétai re i
nclut diverses catégories de coûts. comme les
études et l’ingénierie
détaillée (plans et devis), la surveillance
des travaux, la gestion de projet, la construction, les
contingences, l ’ i nf lation et les frais
d’intérêts et d’émission
d’obligations. »
Une
« marge de risque » peut aussi être
ajoutée à l’évaluation des
coûts de certains autres projets, selon leur nature
ou leur état d’avancement, précise aussi
l’AMT. Quant aux projets qui subissent les plus fortes
augmentations de coûts, ils ont fait l’objet d’une
« redéfinition complète », dan
le cas de la gare Lucien-L’Allier, de modifications
majeures ou d’ajouts d’équipements qui en font
grimper les prix.
De 123 à 355 millions
C’est notamment le cas du plus important (et du plus
urgent) des 10 grands projets d’infrastructures et
d’équipement ferroviaires, celui des centres
d’entretien prévus à Lachine et à
Pointe-SaintCharles . La construction des ateliers est
nécessaire à l’entretien des locomotives et
des voitures flambant neuves commandées à
Bombardier en 2007 et 2008 au coût d’environ 680
millions. La livraison des premières voitures est
attendue au cours des prochaines semaines. Les locomotives
arriveront à partir de la fin de 2010.
Au printemps 2008, le coût prévu pour la
réalisation d’un centre d’entretien unique
était estimé à 123 millions. Avant la
fin de l’année, et au terme d’études qui ont
démontré la nécessité de
construire deux ateliers, le coût était
déjà passé à plus de 200
millions.
Et en mai dernier, La Presse a révélé
que la construction de deux centres d’entretien
coûterait plutôt 355 millions presque trois
fois la somme prévue au printemps 2008.
Selon l’AMT, plusieurs fac teurs ont contr ibué
à cette spectaculaire hausse, notamment
l’acquisition de deux terrains au lien d’un seul, et la
décision de l’AMT d’équiper les deux centres
« d’ateliers complets, pour assurer
l’homogénéité du niveau d’entretien
et la fiabilité du service ».
L’agence gouvernementale justifie aussi l’ampleur et la
hausse des coûts par « une augmentation de
165% de la flotte à garer et à entretenir
sur le réseau du CN, dont les 58 voitures de la
ligne de Deux-Montagnes ». Le doublement des
coûts de démolition, de
décontamination, de raccordement aux services
publics et de construction des chemins d’accès, est
lié à l’aménagement des deux centres
au lieu d’un seul.
La facture passe de 40 à 215 millions -
Bruno Bisson
Le
« réaménagement » de la gare
Lucien-L’Allier, au centre-ville, coûtera cinq
fois plus que prévu, révèle le plan
d’immobilisations préliminaire 2010-2012 de
l’Agence métropolitaine de transport (AMT), que
La Presse a obtenu.
Une maquette de la gare
Lucien-L’Allier.
L’an dernier, dans son PTI 2009-2011, l’AMT estimait les
coûts du projet à 40 millions. Un an plus
tard, selon le PTI 2010-2012, la future gare intermodale
du centreville coûtera 215 millions. Une hausse de
438% en un an qu’aucune documentation ne permet
d’expliquer.
Dans un échange de courriels avec La Presse
(l’AMT n’a pas répondu à nos appels), la
porte-parole de l’organisme, Martine Rouette,
écrit que « le projet a fait l’objet d’une
redéfinition complète » depuis l’an
dernier.
La gare Lucien-L’Allier, voisine du Centre Bell, est la
deuxième en importance du réseau de trains
de banlieue de l’AMT. Elle est fréquentée
chaque jour par environ 11 000 usagers. Trois des cinq
lignes de trains de l’AMT (Dorion/ Rigaud,
Delson/Candiac, Blainvi l le/ Saint-Jérôme)
arrivent et repartent de cette gare d’une conception un
peu spartiate.
Le projet de l’AMT prévoit l’aménagement
d’une aire couverte offrant aux passagers une protection
contre les intempéries, un «
éclairage convivial », des quais et des
aires d’attente chauffés, un accès
piétonnier plus facile vers le métro, et
« un système d’information à la
clientèle lié aux autres services de
transport ».
L’AMT souhaite aussi «donner une signature
à la gare par l’installation de marquises au
design architectural soigné ». Le budget
prévoit aussi l’acquisition de la gare, de ses
quais, des voies ferrées, et leur remise à
niveau.
«
Le PTI 2009-2011 prévoyait la
réhabilitation et l’amélioration des quais
de la gare, a écrit Mme Rouette, pour justifier
la différence entre les coûts. Le projet a
évolué, et les besoins ont
été réévalués en
fonction de la réalité du
développement de notre réseau ».
Contradictions
La lecture du PTI 20092010-2011 contredit toutefois les
propos de Mme Rouette. Dans ce document, le projet de la
« Gare intermodale LucienL’Allier »,
évalué à 40 millions,
prévoit exactement les mêmes
caractéristiques que celles décrites dans
le projet de 215 millions prévu au plan 20102012,
un an plus tard.
De fait, les textes de présentation du projet de
la gare Lucien-L’Allier sont exactement les mêmes
dans les plans triennaux 2009-2011 et 2010-2012. Seuls
les prix ont été changés. Centres
d’entretien et sites de garage Location/acquisition et
réfection de 25 voitures et 7 locomotives
Réfection d’infrastructure ferroviaire -
Subdivision Westmount Amélioration de la
signalisation et des infrastructures - Subdivisions
Vaudreuil et Adirondack Gare intermodale Lucien-L’Allier
Prolongement Saint-Eustache (train de Deux-Montagnes)
Doublement de la voie ferrée entre Bois-Franc et
Roxboro/ Pierrefonds Étagement de la Jonction de
l’Est Connexion de la ligne
Blainville/Saint-Jérome au tunnel du mont Royal
Signalisation-accroisssement de capacité ligne
Blainville/ Saint-Jérôme
Dans le PTI 2010-2012, l’Agence souligne que cette gare
est dans « un emplacement stratégique du
centreville de Montréal, appelé à
connaître un développement urbain soutenu
au cours des prochaines années».
En plus du temple du Canadien de Montréal, la
future gare intermodale pourrait aussi être la
voisine d’un important complexe d’hôtels, de
bureaux et de condos projeté par le géant
immobilier Cadillac Fairview, qui a récemment
fait d’importantes acquisitions de terrains dans le
même secteur, en plus de la gare Windsor, voisine
du Centre Bell.
Le tramway coûtera plus cher que
prévu - Martin Croteau
La
construction d’une ligne de tramway entre le
VieuxMontréal, le centre-ville et le secteur
Côte-des-Neiges pourrait coûter jusqu’à
750 millions, 50% plus que ce qui avait été
prévu à l’origine, selon une étude
rendue publique vendredi par la Ville de Montréal.
Selon le projet proposé aux
élus, le tramway sillonnera les rues du
centre-ville et du Vieux-Montréal avant de
rejoindre la rue Jean-Talon en passant par le chemin de
la Côte-des-Neiges.
L’étude menée par le consortium
Genivar-Systra propose aux élus de bâtir un
tracé qui sillonnera les rues du centreville et
duVieux-Montréal avant de rejoindre la rue
Jean-Talon en passant par le chemin de la
Côte-des-Neiges. Dans son évaluation
initiale, en 2003, l’Agence métropolitaine de
transports (AMT) estimait que ce tracé de 12,5 km
pourrait être réalisé au coût de
500 millions, soit environ 40 millions le
kilomètre.
Or, conclut le nouveau rapport, l’estimation originale ne
tenait pas compte des contraintes techniques liées
à la pente. Le tram devra en effet escalader le f
lanc de la montagne par le chemin de la
Côte-des-Neiges. Le ralentissement des travaux
pendant l’hiver pourrait également faire gonf ler
la facture. Résultat : « L’estimation
budgétaire globale des coûts du tramway peut
être évaluée à quelque 60
millions$/km », peut-on lire dans l’étude.
Sur un tracé de 12,5 km, donc, la facture pourrait
grimper à 750 millions.
50 000
voyageurs par jour
Cette nouvelle estimation ne décourage pas le
responsable du transport au comité exécutif,
André Lavallée, bien au contraire. Car le
même rapport calcule que 110 000 voyageurs
emprunteront le train urbain tous les jours en haute
saison, dont 50 000 sur le tracé
Côtedes-Neiges. Cela en ferait l’un des trams les
plus utilisés en Amérique du Nord.
« La performance du tramway justifie sa
construction, estime M. Lavallée. Car on ne pourra
pas améliorer la performance en fait de service
d’autobus. »
La Ville de Montréal souhaite que les tramways,
disparus en 1959, reviennent dans la métropole
d’ici 2013. Mais l’administration Tremblay souhaite avoir
une estimation plus détaillée des
coûts et de l’affluence avant de lever la
première pelletée de terre.
« On a assez d’information pour passer à la
phase 2, résume M. Lavallée, mais on n’a pas
assez d’information pour commencer la construction demain
matin. »
Non, mais on en a-tu, du fun? - Yves Boisvert
Quoi ?
Régis Labeaume sort de ses gonds ? C’est le temps
de mettre fin à mes vacances.
Vous me direz : le Maire de la Belle Ville de
Québec ( MBVQ) passe très peu de temps dans
ses gonds. Y a pas de nouvelle là. En a-t-il
seulement, des gonds ?
C’est un peu vrai, j’avoue.
Il y a des nouvelles qui n’en sont pas. Par exemple :
« Le tramway de Montréal coûterait
plus cher que prévu. »
Quoi? Une estimation erronée de la même
agence qui a fait construire le métro de Laval?
Stupéfiant.
On avait prévu que le tramway, qui partirait de
la Côtedes-Neiges pour aller dans le
Vieux-Montréal, coûterait 40 millions le
kilomètre. Ce sera plutôt 60 (fois 12,5
km). Voyez-vous, les études « ne tenaient
pas compte des contraintes techniques liées
à la pente ».
Tu parles d’une maudite malchance. Une pente ! En plus,
on n’a pas tenu compte du « ralentissement des
travaux » causé par l’hiver.
Hon. Une pente! De la neige ! Ils n’y avaient pas
pensé. On ne peut pas penser à tout. Ils
avaient dû faire une simulation en Arizona ou dans
la station spatiale.
Personne, apparemment, n’avait remarqué que dans
« Côte-des-Neiges » , il y a «
côte » et il y a « neige ».
Toujours est-il que le MBVQ Labeaume est furieux contre
Alain Simard, qui veut tenir ses FrancoFolies en juin
plutôt qu’en juillet. Montréal va ramasser la
crème des artistes francophones, dit le maire.
J’imagine que le maire a consulté Gérald
Tremblay avant d’inviter le Cirque du Soleil un mois
à Québec, ou quand les organisateurs du
Grand Rire (festival de l’humour) ont commencé
à se coller sur les dates de Juste pour rire. Non,
il ne l’a pas fait? Gérald Tremblay devrait sortir
de ses gonds !
Il a de très gros gonds, le maire Tremblay et il
n’en sort pas souvent.
Mais que lui aurait répondu le maire Labeaume ?
Écrase, Gérald. On est en concurrence pour
les touristes, les subventions, les commandites. Bonne
chance. Il arrive ce qui devait arriver, au fond, avec la
croissance de l’industrie des festivals. À peu
près inexistants il y a 40 ans, ils sont maintenant
partout. Ils se multiplient, se copient, se
dédoublent. On va bientôt en vomir.
Les villes
s’en réclament, en font une vitrine dans la grande
concurrence qu’elles se livrent. Voyez la stratégie
de Toronto depuis cinq ans : détrôner
Montréal comme ville de festivals. Sur plusieurs
terrains, c’est fait.
Le maire de Québec n’a pas tout à fait tort
de dire que les événements, largement
subventionnés, ne devraient pas se nuire dans un
monde idéal et subventionné. Mais il y en a
tellement qu’on voit mal comment le faire sans une
mainmise de l’État, ce qui serait excellent pour la
planification mais désastreux pour la
créativité.
Chaque bled a son festival, chaque date a son festival. Le
temps et l’espace sont tapissés de festivals. Je me
demande parfois ce que les êtres humains faisaient
il y a 30 ans. On devait s’ennuyer affreusement. Non, mais
on en a-tu, du fun, maintenant?
M’est avis que cette petite guerre larvée ne finira
pas de sitôt. Certainement pas dans une année
d’élections municipales, en tout cas.
Gomery municipal
Cette nouvelle-là en est une vraie : John Gomery
qui se lance en politique municipale, comme chef de la
trésorerie et directeur de conscience de Projet
Montréal.
Il nous reste à évaluer correctement
l’énigmatique Richard Bergeron, mais qui dira que
ce n’est pas une bonne nouvelle pour la vie municipale ?
Louise Harel lui a souhaité la bienvenue.
Gérald Tremblay lui a plutôt envoyé un
coup de coude : il n’est plus objectif, il fait ça
pour appuyer sa fille, dit le maire, qui est candidate de
Projet Montréal.
Ah bon? Depuis quand fautil être objectif en
politique ? Il y a deux ans, le juge Gomery a fait un don
important à la bibliothèque de McGill, pour
qu’on démarre une collection sur l’éthique
dans la vie publique. Il se trouve qu’une de ses filles
est aussi responsable de la collecte de fonds de cette
université. Aurait-il redonné autant
à son alma mater si sa fille n’y travaillait pas ?
Aucune idée. Est-ce que ça enlève de
la valeur à son geste? Évidemment pas. C’est
un acte absolument cohérent et honorable, comme
celui de s’engager en politique dans le même parti
que sa fille et de contribuer au débat sur
l’intégrité et l’éthique en politique
municipale.
En voyez-vous beaucoup d’autres, à Montréal
, qui aient autant de crédibilité en la
matière? Car enfin, le scandale des commandites,
sur lequel il a enquêté, est indissociable de
la question du financement occulte des partis politiques.
Qui est mieux placé que John Gomery pour forcer le
débat sur ce grand tabou?
Alors je dis: bienvenue, M. Gomery.
Tout d’un coup que la politique municipale deviendrait
quasiment intéressante?
F â c he z - vous pa s , M. Labeaume, mais ce
festival-là éclipsera sûrement la
campagne à la mairie de Québec, vu que tout
y va si bien qu’on prévoit une course à un.
Le projet Turcot pourrait coûter deux
fois plus cher que prévu
Selon la
présidente du Conseil du Trésor Monique
Gagnon-Tremblay
« Le projet ne partira pas et après ça,
dans un mois, le maire va dire : il faut ajouter telle autre
chose, telle autre chose. On va avoir une estimation
réelle des coûts. »
— La facture du projet de reconstruction de
l’échangeur Turcot sera de toute évidence
revue à la hausse. La présidente du Conseil du
Trésor, Monique Gagnon-Tremblay, parle même
d’une augmentation possible de 50% à 100%.
Questionnée, hier, par La
Presse, la présidente du Conseil du Trésor,
Monique Gagnon-Tremblay, a estimé que les
coûts d’un projet de l’envergure de Turcot pouvaient
varier de 50% à 100%.
En 2007, lors de l’annonce du projet, le gouvernement avait
évalué les coûts à 1,5 milliard
de dollars. La note pourrait finalement s’élever
à 2,25 voire 3 milliards, selon les
déclarations de la ministre.
Questionnée par La Presse hier afin de savoir si
l’estimation des coûts demeurait la même,
Monique Gagnon-Tremblay a offert une réponse qui
laisse bien peu de doute sur ce qui adviendra de la facture.
« Ce qui arrive, c’est qu’il y a une différence
entre des dépassements de coûts et une
estimation réelle», a-t-elle affirmé.
Lors de l’annonce du gouvernement, il y a deux ans, le
projet était au stade «initial ». Une
fois qu’un projet de cette envergure est plus avancé,
mieux défini, l’estimation « peut varier de 50%
à 100% en termes d’augmentation de coûts
», a poursuivi la ministre.
Une telle explosion des coûts est possible dans le cas
de la reconstruction du complexe Turcot. « Ça
peut arriver », a-t-elle reconnu.
« On est en train d’évaluer tout ». Par
exemple, « si, après les audiences du BAPE, le
projet est modifié, ça peut comporter des
coûts, et il faut en tenir compte », a-t-elle
expliqué.
La ministre a donné l’exemple du nouveau CHUM. En
deux ans, la facture a plus que doublé, passant de
850 millions à 1,855 milliard en tenant compte du
centre de recherche. « Ce n’est pas parce que
c’était des dépassements de coûts.
C’était parce qu’ils ont ajouté des blocs
opératoires, des salles… Dans celui-là (NDLR
le projet Turcot), la même chose peut arriver. »
Selon elle, lorsqu’un projet est au stade « initial
», le gouvernement annonce l’investissement minimum
requis. « On est capable de dire que ça ne sera
pas en bas de tel montant », a-t-elle dit. En juin
2007, Québec prévoyait un «
investissement sans précédent
évalué entre 1,2 et 1,5 milliard » pour
la reconstruction de l’échangeur Turcot. Puis, quand
il a annoncé que le projet sera réalisé
en partenariat public-privé ( PPP) – décision
aujourd’hui remise en question –, il notait que « les
coûts sont évalués à plus de 1,5
milliard de dollars de 2007 ».
Monique Gagnon-Tremblay a affiché un certain malaise
lorsque les questions sur les coûts du projet se sont
faites plus insistantes. « Ma collègue (des
Transports, Julie Boulet) est plus au fait des coûts.
Moi, je ne peux pas m’avancer làdessus parce que je
n’ai pas pris le dossier vraiment. Même ce matin, ma
collègue m’expliquait exactement ce que ça
voulait dire la construction. Moi, je ne suis pas de
Montréal, je ne sais pas, je ne connais pas
ça. Ma collègue me disait ce que ça
voulait dire le fait de construire en remblai. »
Un peu plus
tôt , lors de la pér iode des quest ions
à l ’Assemblée nationale, Mme Gagnon-Tremblay
affirmait que le coût du projet était de 1,5
milliard de dollars mais ajoutait que « quand on va
donner le feu vert, on va connaître les tenants et
aboutissants, et on va avoir les véritables
chiffres».
« Le projet ne partira pas et après ça,
dans un mois, le maire va dire: il faut ajouter telle autre
chose, telle autre chose. On va avoir une estimation
réelle des coûts », a
précisé Mme GagnonTremblay en entrevue.
La facture pour la construction d’« une salle de
spectacle en plein champ, c’est facile à
évaluer » . C’est une autre paire de manches
pour Turcot, « un projet aussi complexe avec autant de
choses à faire autour », a-t-elle noté.
Cette histoire rappelle celle de la modernisation de la rue
Notre-Dame. Les coûts projetés ont
doublé depuis l’annonce du projet, en novembre 2007,
passant de 750 millions à 1,5 milliard de dollars. En
février, Julie Boulet a demandé à ses
fonctionnaires de revoir l’ensemble du projet, un exercice
toujours en cours.
Comme pour le nouveau CHUM, Québec envisage de reveni
r sur la déc i sion de reconstruire le complexe
Turcot en PPP et d’opter pour le mode conventionnel,
notamment en raison de la crise économique. «
Si un moment donné, des éléments du PPP
ne sont pas au rendez-vous, il faut que le gouvernement
prenne les décisions appropriées », a
déclaré Monique Gagnon-Tremblay.
Dans le cas de Turcot, « avec autant d’expropriations,
avec beaucoup de logements sociaux, il y a des risques que
le gouvernement devra prendre seul. Car si on fait assumer
ces risques par des consortiums privés, la prime peut
être si élevée qu’on est mieux
finalement de prendre les risques nous-mêmes. »
Questionnée à l’Assemblée nationale sur
les nombreuses critiques exprimées lors des audiences
du BAPE, en particulier celles du maire Gérald
Tremblay, Julie Boulet a déclaré que «
c’est un projet en constante évolution. Nous sommes
à l’écoute. Et ce projetlà sera
bonifié en fonction des commentaires du BAPE ».
Quelques instants plus tard, Monique Gagnon-Tremblay a
répondu au PQ que « c’est faux de
prétendre qu’on va ajouter au fur et à mesure
constamment. C’est important de contrôler les
coûts, c’est important de contrôler les
échéanciers, d’éviter les
dérapages ».
Le projet consiste à reconstruire quatre
échangeurs qui composent le complexe Turcot dans le
sud-ouest de Montréal où circulent environ 280
000 véhicules par jour. La mise en service est
prévue en 2015.
L’informatisation des dossiers de
santé inquiète le vérificateur
Renaud
Lachance prévoit des retards et des
dépassements de coûts
— Il y a un bogue majeur dans un vaste projet informatique
du ministère de la Santé,
révèle le vérificateur
général du Québec. Le Dossier de
santé du Québec ( DSQ), qui vise
l’informatisation des dossiers des patients, risque encore
d’être retardé, et les coûts de ce
projet augmenteront « fort probablement ».
Le Dossier de santé du
Québec (DSQ), qui vise l’informatisation des
dossiers des patients, risque encore d’être
retardé, et les coûts de ce projet
augmenteront « fort probablement », a
soutenu hier le vérificateur
général du Québec, Renaud Lachance.
« Il va mal, le projet » , a
résumé Renaud Lachance en conférence
de presse, hier. Dans son rapport, il dit « douter
» que les échéanciers et les
coûts seront respectés. « Quand on dit
doute, c’est un mot poli pour dire qu’on doute fort, fort,
fort. C’est ça que ça dit », a-t-il
lancé.
En 2006, Québec avait annoncé que le DSQ
coûterait 563 millions de dollars – 260 millions
provenant de Québec et 303 millions, d’Inforoute
Santé du Canada. L’implantation devait se
réaliser en quatre ans et 95 000 professionnels de
la santé devaient utiliser ce nouvel outil.
Or, en avril dernier, Québec a reporté d’un
an, en j uin 2011, la date de fin du projet, le
déploiement dans toutes les régions. Selon
le vérificateur, malgré ce report, le risque
que l’échéancier ne soit pas respecté
« est élevé ».
Qui plus est, « il y a un risque important que (les
professionnels de la santé) n’adhèrent pas
au DSQ ». Dans plusieurs cas, médecins et
pharmaciens préfèrent se concentrer sur la
création de dossiers informatiques locaux des
patients plutôt que de travailler à leur mise
en réseau (par le biais du DSQ).
Le
ministère de la Santé vise 5500 utilisateurs
d’ici décembre 2010 pour « assurer la
pérennité des investissements ». Et
actuellement, il ne prévoit que 37 000 utilisateurs
ultérieurement – il n’y a pas
d’échéancier précis dans ce cas –,
presque trois fois moins que ce qui avait
été annoncé en 2006.
Quant au budget de 563 millions de dollars, le risque de
dépassement est très grand, selon le
vérificateur général. Ce budget n’a
pas été modifié depuis 2006. Les
investissements préalables, d’abord
évalués à 327 millions – ils n’ont
jamais été révisés non plus –,
ne sont même pas comptabilisés dans ce
budget. Pas plus que les dépenses
récurrentes pour l’exploitation et l’entretien des
équipements, qui représentent environ 87
millions par an selon les experts. Le projet
coûterait donc un milliard de dollars dans les
faits.
Le Conseil des ministres n’a même pas un portrait
« juste et à jour » du
déroulement du projet, même s’il a
demandé formellement d’être tenu
informé. Des informations qui devaient lui
être transmises – sur l’évaluation des
risques, par exemple – ne l’ont jamais été.
L’an dernier, le vérificateur général
avait formulé des recommandations au
ministère de la Santé pour améliorer
la gestion du DSQ. Or, sept des douze recommandations
(58%) n’ont pas été mises en application,
dont celle visant à s’assurer que tous les
coûts ont été estimés.
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, nie tout
problème. « Actuellement, on a
dépensé 145 millions de dollars, et, pour se
rendre à terme dans quelques années, on
devrait atteindre la somme d’environ 565 millions de
dollars », a-t-il dit. « On est très
inquiets du manque de sérieux avec lequel le
ministre traite du dérapage financier que confirme
le rapport du vérificateur général
», a répliqué le critique
péquiste en matière de santé, Bernard
Drainville.
Chronique
d’un dérapage annoncé - ARIANE
KROL
Même la nouvelle date de livraison du nouveau
système du ministère de la Santé
paraît irréaliste.
L’a mbi t i eu x pr oj et de dossier informatisé du
ministère de la Santé est mal parti. Il n’a
pas encore défoncé ses budgets ni ses
échéanciers, mais il est en bonne voie de le
faire, prévient le vérificateur
général.
Le dossier santé du Québec (DSQ) doit
permettre aux médecins et à d’autres
professionnels de la santé d’accéder
à des informations importantes sur le patient –
médicaments prescrits, tests de labo, etc. Ainsi,
on économisera du temps, on facilitera les
diagnostics et les traitements, on réduira les
risques d’erreurs et on évitera des
dédoublements. Formidable. Mais pour ce faire, il
faut installer un gigantesque système capable de
partager les données dans tout le Québec. Et
ça, ça risque de prendre beaucoup plus de
temps, et de coûter pas mal plus cher qu’on le
pensait au départ. L’ennui, c’est que personne ne
peut dire combien.
C’est la deuxième fois en moins de deux ans que le
vérificateur examine ce projet. La moitié
des recommandations formulées en mars 2008 n’ont
pas été suivies de façon
satisfaisante, signale-t-il dans son nouveau rapport,
rendu public jeudi.
Le gouvernement québécois pensait finir de
déployer le système l’an prochain, moyennant
563 millions. Il a repoussé
l’échéance en juin 2011, mais n’a pas
ajusté le budget. D’ailleurs, même la
nouvelle date de livraison paraît irréaliste.
Les projections duministère de la Santé
tablent sur une implantation débutant cette
année, alors que le projet pilote ne sera
même pas terminé. Celui-ci poursuit
jusqu’à la fin mars 2010… s’il n’est pas
prolongé de nouveau. Prenez le temps
nécessaire pour roder la machine, mais ajustez vos
projections en conséquence.
La
facture totale n’est pas plus précise. D’une somme
de 563 millions, en attente de révision, il faut
ajouter les investissements préalables (327
millions, à revoir également) et les
coûts récurrents du système, qui
restent à évaluer (jusqu’à 85
millions par an).
Ottawa s’est engagé pour 303millions et
Québec ramassera le reste de la note. D’où
l’intérêt d’avoir l’heure juste,
aussitôt que possible. Ça ne sera pas
agréable à entendre, mais ça mettra
une saine pression sur les responsables du projet. Car les
contrôles aussi ont besoin d’un tour de vis. «
Plusieurs contrats signés ne figurent pas dans le
portrait et doivent être ajoutés. Enfin,
certaines données sont manquantes, notamment en ce
qui concerne les montants », signale le
vérificateur. Pas exactement des détails.
Tout n’est pas négatif dans ce rapport. Mais le
flou qu’il signale est inquiétant. Le DSQ est une
entreprise pharaonique qui intègre une douzaine de
projets. Tous sont en retard – jusqu’à trois ans
dans certains cas. Ces délais font grimper
l’addition. Surtout que ce sont en majorité des
consultants externes qui gèrent les projets : le
compteur tourne. Et on ne sait même pas si les
provisions pour dépassements de coûts sont
suffisantes.
Le Ministère a accepté toutes les
recommandations du rapport et promis de mettre ses
prévisions à jour dans son budget annuel.
C’est encourageant, mais le vérificateur doit
continuer à suivre le projet de près. Car le
potentiel de dérapage est énorme.
Rue
Notre-Dame
: « Les coûts ont explosé », dit la
ministre
Actuellement
le projet est revu, et « le résultat de ce
travail sera prêt pour le mois d’août… à
peu près. »
— Devant des factures qui ont grimpé de façon
exponentielle, Québec et Montréal ont
décidé de mettre en veilleuse leurs projets de
réfection de la rue Notre-Dame. On est
retourné à la table à dessin en
attendant de reprendre les discussions à la fin de
l’été.
Une
facture de 750 millions avait été
prévue pour la réfection de la rue
Notre-Dame, mais de nouveaux calculs l’ont fait grimper
entre 1,3 et 1,5 milliard, a expliqué hier la
ministre des Transports, Mme Julie Boulet. « Avec la
Ville, on a convenu de prendre une pause et de revenir
à des coûts plus acceptables pour les fonds
publics », a-t-elle indiqué.
C’est ce qu’a indiqué hier la ministre des
Transports, Julie Boulet, à la commission
parlementaire qui faisait l’étude des crédits
de son ministère. « Les coûts ont
explosé. On prévoyait 750 millions, mais avec
les nouveaux calculs on est entre 1,3 et 1,5 milliard. Avec
la Ville on a convenu de prendre une pause et de revenir
à des coûts plus acceptables pour les fonds
publics », a souligné la ministre Boulet.
Actuellement le projet est revu, et « le
résultat de ce travail sera prêt pour le mois
d’août… à peu près », a-t-elle
ajouté. Depuis le début de la décennie,
Québec et Montréal tergiversent sur le type de
travaux à effectuer sur ce tronçon. Pour
Montréal, la hausse des coûts est
considérable – on passait de 160 millions à
300 millions.
La réfection de Notre-Dame reste « une
priorité pour notre gouvernement, on est conscients
de l’importance stratégique de ce tronçon, de
la proximité du port et du nombre de véhicules
lourds qui y circulent », a souligné la
ministre.
Toutefois,
il y a encore beaucoup de discussions « sur le concept
». Québec a parlé avec la Ville d’un
boulevard urbain, mais l’objectif premier de Québec
est d’augmenter la fluidité.
On s’était entendu sur quatre voies dans chaque
direction. De chaque côté, il y aura une voie
réservée au covoiturage et une autre au
transport collectif. À l’avenir les budgets devront
avoir été prévus avant de
procéder à des annonces, « cela nous
évitera des expériences comme celle de
Notre-Dame », a observé la ministre Boulet.
Dans son récent rapport, début avril, le
vérificateur général du Québec,
Renaud Lachance, critiquait le manque de vision du
ministère des Transports pour la région de
Montréal. Pour la métropole, Transports
Québec n’était pas parvenu à mettre en
place « un mécanisme permanent et formel de
concertation pour assurer la cohérence de l’ensemble
des priorités d’intervention des acteurs de la
région et établir un consensus ».
Les coûts de huit projets majeurs, toujours en plan,
depuis l’an 2000, dont la réfection de Notre-Dame,
avaient grimpé de 285%, de 1,3 à 5 milliards
en neuf ans, constatait-il.
Trains
de banlieu : les coûts ont plus que doublé
La
dernière estimation, totalisant 355 millions, est
précise « à plus ou moins 5% »,
a assuré le président de l’Agence
métropolitaine de transport, Joël Gauthier.
Les coûts de construction prévus pour les
centres d’entretien et les garages des trains de banlieue
de la métropole ont plus que doublé depuis
l’automne dernier, pour atteindre 355 millions de dollars,
a appris La Presse.
Le président de l’Agence métropolitaine de
transport (AMT), Joël Gauthier, a indiqué en
entrevue que deux nouveaux centres d’entretien seront
construits au sudouest de Montréal afin de prendre
la relève du CN et du CP qui ne souhaitent pas
poursuivre l’entretien des locomotives et des voitures de
l’AMT à l’expiration de leurs contrats actuels, en
juillet 2010.
Selon le président de l’AMT, le premier centre
d’entretien sera construit au coût de 119 millions,
dans la gare de triage Sortin, située dans
l’arrondissement de Lachine. Le conseil d’administration
de l’AMT a approuvé la semaine dernière
l’acquisition de cette immense gare ferroviaire duCP, au
coût de 9,5 millions.
Quant au futur centre d’entretien projeté dans des
anciens ateliers du CN, situés à
Pointe-SaintCharles, dans l’arrondissement du Sud-Ouest,
son coût est passé de 165 millions,
prévus l’automne dernier, à 236 millions,
selon les plus récentes projections de l’agence
provinciale.
En août dernier, dans son projet de plan triennal
d’immobilisations (PTI), l’AMT prévoyait des
coûts combinés de 168 millions pour ses
centres d’entretien et les garages de jour pour «
parquer » son matériel roulant, qui assure le
service sur les cinq lignes de trains de banlieue
exploitées par l’AMT, dans la métropole.
Par la suite, dans son PTI révisé,
adopté en décembre 2008, les coûts de
ces projets étaient en hausse, à 203,2
millions.
En entrevue, M. Gauthier a expliqué que ces
estimations avaient été faites à
partir de projets qui étaient toujours en
évolution, et au stade de la planification. La
dernière estimation, totalisant 355 millions, est
précise « à plus ou moins 5% »,
a assuré le président.
«
La décision a été prise en
février dernier, a indiqué le
président de l’AMT. On a alors
procédé accompagné par un dossier
d’affaires, qui doit tenir compte de tous les frais
prévisibles ou susceptibles de s’ajouter aux
coûts prévus ».
« Cela fait en sorte qu’on a rajouté des
coûts pour la décontamination des deux
terrains, a expliqué M. Gauthier. Nous avons des
avis juridiques, qui disent que nous à des
changements au niveau de la définition du projet.
On a aussi dû ajuster en fonction d’une nouvelle
politique sur la gouvernance des grands projets, mise en
vigueur en 2008 par le Conseil du Trésor. Cette
politique prévoit que tout projet de plus de 40
millions soit n’aurons pas besoin de décontaminer
complètement parce qu’il y aura une
continuité d’usage sur les deux sites. On a tout de
même prévu des coûts de 40 millions.
»
La construction de ces deux centres d’entretien
ferroviaire sera financée à 75% par le
ministère des Transports du Québec et
à 25% par l’AMT. M. Gauthier affirme que des
pourparlers sont toutefois en cours entre Québec et
Ottawa pour obtenir la participation du gouvernement
fédéral à ces projets, par
l’entremise de ses programmes d’infrastructures. Le
président a précisé que quatre modes
de réalisation, incluant un projet en partenariat
avec le secteur privé, ont été
examinés dans le plan d’affaires, qui a
été préparé par des experts de
PricewaterhouseCoopers.
L’AMT, qui confie présentement l’entretien de ces
locomotives et voitures au CN et au CP, devra aussi
trouver un nouveau partenaire pour gérer les deux
centres d’entretien. L’agence prévoit lancer un
appel d’offres international.
Pour l’agence provinciale, qui gère le
réseau des trains de banlieue de la
métropole et qui est responsable du
développement des transports en commun, le temps
commence à presser dans ce dossier.
En entrevue à La Presse, M. Gauthier a
affirmé que le CP a déjà
confirmé qu’il n’était plus
intéressé à poursuivre l’entretien du
matériel roulant de l’AMT, en raison des
coûts de main-d’oeuvre importants que cela lui
occasionnerait. Selon M. Gauthier, l’AMT devrait donc
prendre en main l’entretien de sa flotte dès juin
2010, au moment prévu pour la prise de possession
de la gare de triage Sortin.
M. Gauthier a dit souhaiter que la construction des
nouveaux bâtiments et l’aménagement des
ateliers soient complétés pour juillet 2012.
Entre-temps, l’AMT prendra livraison des 20 locomotives
bi-mode et des 160 voitures de passagers neuves,
commandées à Bombardier, à la fin de
2008, au coût de 622 millions.
La réserve du
vérificateur - YVES BOISVERST
J’ai
en horreur les mises à mort professionnelles
sans procès, en l’absence du principal
intéressé et alors qu’aucune urgence ne
le justifie, sinon l’opportunisme politique.
L’affaire Jean-Guy Chaput, qui n’en est pas vraiment
une, soulève deux questions au-delà de
la gestion des fonds publics. La première est
le rôle même du vérificateur
général. La seconde est la tentation de
régler des comptes politiques sous couvert de
défendre l’éthique.
Selon notre chroniqueur, le
vérificateur général du
Québec, M. Renaud Lachance, devrait
réapprendre le sens du devoir de
réserve s’il veut conserver la
crédibilité de sa précieuse
institution.
Commençons par la première. Pour un
homme qui regarde à la dépense de tout
un chacun, M. Renaud Lachance est assez prodigue de
ses commentaires.
Le véri ficateur général du
Québec, s’il veut conserver la
crédibilité de sa précieuse
institution, devrait réapprendre le sens du
devoir de réserve.
Or, le décalage entre les déclarations
de M. Lachance et le contenu de son rapport est
agaçant.
Il n’a pas, en conférence de presse, à
qualifier de « somptueux » le train de vie
du président de la SODEC.
Pour commencer, parce que c’est une faute de
français. Ce qui est somptueux est magnifique –
comme une chambre avec vue sur la baie de Cannes. Mais
ce qui est somptueux n’est pas nécessairement
« somptuaire », c’est-à-dire
extravagant, exagérément luxueux.
Cette faute de français recouvre à elle
seule toute la confusion des genres que pratique un
vérificateur général qui sort de
la comptabilité pour entrer dans
l’opportunité politique.
Entendons-nous bien: il se peut qu’une chambre
à 1300$ soit un gaspillage de fonds publics.
Mais il se peut aussi que le choix soit
défendable pour des raisons d’affaires,
notamment parce qu’il a ainsi accès à
des gens du milieu et parce qu’il y fait des
réunions. Ça, je ne le sais pas, mais le
vérificateur non plus.
Le
vérificateur devrait donc se contenter de
constater la conformité des dépenses
avec les normes gouvernementales, observer leur
évolution et exposer les faits comptables. Ce
qu’il fait dans son rapport. Pas aller chez
André Arthur et faire des commentaires avec un
sourire en coin.
Ce sera ensuite aux gens de la SODEC, à son
conseil d’administration et au gouvernement d’analyser
la situation et de juger si on dépasse les
bornes.
Au lieu de cela, on a vu la ministre Christine
St-Pierre sauter sur l’occasion pour dire que M.
Chaput n’avait plus sa confiance. Même le
premier ministre lui a montré la porte, disant
qu’il voyait mal comment il pouvait terminer son
mandat, qui s’achève pourtant en octobre. Le
tout pendant que M. Chaput est à Cannes et
avant même que le CA de la SODEC ne se
réunisse.
Audi alteram partem, dirait Bernard Landry :
écoutons avant de décider, entendons
donc Chaput avant de lui trancher le cou.
Cette précipitation sent le règlement de
comptes à plein nez. Certes, le chapitre du
rapport du vérificateur général
laisse voir une légèreté certaine
en ce qui concerne la gestion des fonds à la
SODEC. Il y a lieu de critiquer plusieurs aspects:
repas sans pièces justificatives, repas entre
employés de l’organisme.
Mais y a-t-i l eu f raude? Malversation? Enquête
policière ? Pas le moins du monde.
Je ne sais pas qui est Jean-Guy Chaput, je n’ai aucune
idée de ses qualités, défauts,
compétences, sports, loisirs, chasse et
pêche.
Mais autant je n’aime pas les profiteurs de fonds
publics, autant j’ai en horreur les mises à
mort professionnelles sans procès, en l’absence
du principal intéressé et alors
qu’aucune urgence ne le justifie, sinon l’opportunisme
politique.
Le chef du SPVM obtient 400 000$ -
Éric Clément
Une
bonification de retraite sera accordée à
Yvan Delorme pour l’inciter à garder son poste
Pour convaincre Yvan Delorme de demeurer chef du
Service de police de la Ville de Montréal, l’ad
ministration du ma ire Gérald Tremblay a
décidé de lui verser au moins 400 000$
en prestations supplémentaires de retraite, a
appris La Presse.
Yvan Delorme, directeur du
Service de police de Montréal, sera reconduit
dans ses fonctions pour une durée de trois
ans.
Le contrat de travail d’Yvan Delorme expirait le 13
avril 2010, mais l’administration T remblay a deva
ncé cette échéance pour prolonger
ce contrat de trois ans. Demain, le conseil
d’agglomération devrait adopter la
recommandation du comité exécutif, qui
vise à proposer au ministre de la
Sécurité publique, Jacques Dupuis, de
reconduire M. Delorme dans ses fonctions avec une
prime de rétention de 400 000$.
L’administration Tremblay explique qu’il s’agit d’une
«mesure exceptionnelle». Il est rare,
dit-on, que l’on fasse appel au Programme de
prestations supplémentaires des cadres de
direction de la Ville pour accorder un tel bonus
à un cadre.
« Pour M. Delorme, on va reconnaître, pour
une année de travail, deux années de
prestation dans le régime de retraite pour les
prochaines années», explique Jean-Yves
Hinse, directeur des relations professionnelles au
Service du capital humain de la Ville.
Selon lui, la Ville a décidé d’agir
ainsi afin de s’assurer de conserver les services de
M. Delorme, devenu chef de la police de
Montréal à l’âge de 43 ans en
avril 2005, à l’époque où Frank
Zampino était encore président du
comité exécutif.
«Quand on est rendu à des échelons
tels que celui où se trouve M. Delorme, on est
très sollicité dans le marché,
dit M. Hinse. Alors cette pratique-là, sans
être très étendue, se voit assez
régulièrement, tant dans le secteur
public que dans le secteur privé. On offre,
audelà du régime de base, des
prestations supplémentaires de retraite pour
faire en sorte de rendre plus attrayante la fonction
qu’il occupe. »
M. Delorme touche actuellement un salaire de 194 000
$. En avril 2010, il aura 26 ans et sept mois de
service à la Ville. Selon la nouvelle
disposition, on lui donnera au jour 1 de l’application
du nouveau contrat une prestation de retraite
supplémentaire, comme s’il avait
déjà fait un an et cinq mois de travail
supplémentaire. « En avril 2011, au lieu
de 28 ans de service à la Ville, on comptera 30
ans de service, et ainsi de suite », explique M.
Hinse.
La Ville calcule que cette promesse représente
400 000$ si M. Delorme prend sa retraite en 2013 et
vit jusqu’en 2033. Cela pourrait représenter
évidemment une somme supérieure s’il vit
plus longtemps.
Hier, l’opposition officielle a voté contre la
proposition de prolonger le contrat de M.Delorme parce
que l’administration Tremblay a refusé de
scinder la proposition en deux, en séparant la
prolongation du contrat et les modalités
liées aux 400 000$.
«Dans le contexte financier actuel, compte tenu
des compressions dans les services policiers – on
parle de 13,8 millions – et des coupes qu’on doit
faire à la Ville, soit 155 millions, dont 20
millions dans les arrondissements, et comme l’entente
avec les cols bleus n’est pas signée, je pense
que c’est indécent et que cela ne devrait pas
avoir lieu, a dit Benoit Labonté à La
Presse. L’argument de l’administration était
très faible. On dit que c’est parce qu’il a
été nommé jeune qu’on doit agir
ainsi. À ce compte-là, tous les jeunes
nommés à la Ville pourraient un jour
réclamer la même chose. Et encore une
fois, je veux être bien clair, ce n’est pas un
jugement sur la qualité et le mérite du
directeur de police. »
En entretien avec La Presse, le maire Tremblay a dit
hier soir que les 400 000$ ne sont pas un bonus mais
le résultat d’une promesse qu’avait faite
Robert Abdallah, l’ex-directeur général
de la Ville, à M. Delorme quand il a
été choisi directeur. «Les
directeurs généraux de la Ville avaient
les mêmes conditions, dit le maire Tremblay. Le
directeur du Service incendie également, sauf
que, dans le cas d’Yvan Delorme, malgré les
promesses qui avaient été faites,
ça n’avait jamais été
finalisé.»
Le triomphe de la banlieue -
André Pratte
On l’a
vertement dénoncée, on s’est beaucoup
amusé aux dépens de ceux qui l’habitent
. De Serge Ménard à Nathalie Normandeau
en passant par Louise Harel, les ministres des
Affaires municipales ont promis de freiner son
expansion. Et pourtant, la banlieue continue d’attirer
de plus en plus de Québécois.
Selon les plus récentes projections
démographiques de l’Institut de la statistique
du Québec, les régions qui
connaîtront la plus forte croissance de leur
population au cours des 20 prochaines années se
trouvent en banlieue de l’île de Montréal
: Laval (+ 29% de 2006 à 2 0 31),
Lanaudière (+ 38%), Laurentides (+ 34%) e t Mon
t é r é g i e (+ 22%). En 1991, 32% de
la population du Québec habitait
Montréal et sa banlieue; en 2031, cette
proportion atteindra 39%.
Au sein de la région métropolitaine,
l’île de Montréal continuera de subir une
fuite vers la banlieue. Et c’est sans compter la
croissance de la banlieue de Québec, de
Gatineau et des autres villes de la province. Le
Québec est déjà et sera de plus
en plus une nation de banlieusards.
Pendant ce temps, des régions mythiques
stagnent, voire se dépeuplent. Le Saguenay–
LacSaint-Jean comptait 292 000 habitants en 1991; il
en aura perdu 37 000 en 2031. La CôteNord aura
perdu 20 000 habitants, la Gaspésie 14 000,
l’AbititiTémiscamingue 14 000 et le
Bas-Saint-Laurent, 10 000. Dans certaines de ces
régions, l’exode a ralenti au cours des
dernières années, mais cela s’explique
par l’âge avancé des habitants qui
restent. Dans deux décennies, 38% de la
population de la Gaspésie et des
Îles-de-la-Madeleine aura plus de 65 ans,
comparativement à 21% dans l’île de
Montréal. Il est sans doute bien vu qu’un
gouvernement parle d’« occupation du territoire
» (les libéraux ont même
désigné un ministre responsable de ce
dossier); quoi qu’ils disent, politiciens et
fonctionnaires n’arriveront pas à contrer une
tendance aussi lourde.
Quant
à la « banlieusardisation » du
Québec, elle ne se manifeste pas seulement par
la croissance fulgurante de la population en
périphérie des grandes villes. Le nombre
d’emplois y augmente aussi, notamment les emplois
manufacturiers (voir l’étude de Mario
Polèse publiée par l’ISQ). L’offre de
services commerciaux et culturels est désormais
impressionnante, ce que symbolise à merveille
le complexe Dix30 à Brossard.
Cet te évolut ion amène son lot de
défis. Par exemple : comment l’État
québécois arrivera-t-il à payer
à la fois pour garder ouverts écoles et
hôpitaux dans des régions en
déclin et pour en construire de nouveaux dans
les régions en croissance?
De tels dilemmes ne changent rien aux faits: n’en
déplaise à ses nombreux
détracteurs, la banlieue a triomphé. Ce
triomphe s’explique simplement : la banlieue
correspond aux besoins, aux goûts et aux moyens
financiers d’un très grand nombre de
Québécois.
On n’arrivera pas à freiner ce mouvement; de
toute façon, il est trop tard. Les instances
publiques devraient plutôt consacrer leurs
énergies à prendre des mesures
permettant de rendre la vie en banlieue plus conforme
aux exigences du développement durable,
notamment en s’assurant que le territoire agricole
soit vigoureusement protégé.
LES PARADOXES DE LA PROGRESSION URBAINE - Marie Allard
Ce n’est
pas d’hier que les jeunes familles vont s’installer en
banlieue. « C’était vrai dans les
années 60 et 70, mais on n’était pas
obligé d’aller aussi loin », dit Paul Lewis,
professeur à la faculté de
l’aménagement de l’Université de
Montréal. Jadis, on déménageait
à Longueuil ; aujourd’hui, on poursuit sa route
jusqu’à Candiac ou à Saint-Philippe.
« Tant que le principal revenu des vi l les sera les
impôts fonciers, les zones constructibles vont
être exploitées, analyse Sylvain Paquette,
chercheur à la même faculté. Sur ce
plan-là, les dés sont un peu pipés.
»
Collectivement, « c’est un peu problématique,
observe M. Lewis. Ça nous force à construire
de nouvelles infrastructures, et les enfants sont de moins
en moins capables d’aller à l’école à
pied. Ce qui n’empêche pas qu’il va falloir mettre
beaucoup d’argent dans les écoles des quartiers
centraux, qui vieillissent. »
Même
pour les familles, « ce n’est pas
nécessairement bon sur le plan financier, dit le
professeur. Elles sont obligées d’acheter une
deuxième voiture et de passer un temps fou dans les
déplacements. » Sans compter l’impact
particulièrement négatif sur
l’environnement. « Plus on s’installe en banlieue,
plus on est dépendant de l’automobile,
souligne-t-il. Si le prix de l’essence double ou triple,
les banlieues excentrées vont devenir moins
intéressantes. »
Standards trop élevés ?
En cont repa r t ie, « d’un point de vue individuel,
on ne trouve pas de logement acceptable en ville,
reconnaît M. Lewis. Le problème, c’est que
nos standards de qualité ont changé. On veut
au moins une chambre par enfant. On est dans une
société où on imagine qu’il est
impossible d’élever des enfants au troisième
étage, alors que c’est comme ça que nos
parents ont fait. »
Le phénomène n’est pas près de se
résorber. « On est dans un système qui
ne semble pas vouloir mettre des contraintes à
l’étalement urbain ou des incitatifs pour rester en
ville, indique le professeur. On laisse faire les
municipalités comme elles veulent, les gens comme
ils veulent, et le gouvernement ramasse les factures pour
les nouveaux services, la construction
d’échangeurs, d’écoles, d’hôpitaux. Si
on faisait payer les gens pour le coût de
l’installation des services – vous voulez une
école, vous allez la payer –, peut-être que
ça ralentirait. »
LES VIEUXQUARTIERS SE VIDENT
Seules trois commissions scolaires – sur 70 dans tout
le Québec – seront en croissance l’an prochain. Il
s’agit des commissions Marguerite-Bourgeoys (ouest de
l’île de Montréal), des Trois-Lacs (
Vaudreuil-Dorion) et Sir-Wilfrid-Laurier (secteur
anglophone de Laval). Ces chiffres cachent une autre
réalité : les écoles peuvent
être pleines à craquer dans les nouveaux
lotissements résidentiels d’une région et se
vider dans les vieux quartiers. Même s’il n’y a pas
nécessairement de hausse de clientèle dans
l’ensemble d’une commission scolaire, le besoin d’ouvrir
de nouvelles écoles (et de fermer les anciennes)
peut être criant. Dans l’ensemble du Québec,
la tendance est à la baisse, avec une perte de plus
de 18 000 élèves dans le secteur public l’an
prochain.
LES ÉCOLES DÉBORDENT EN GRANDE
BANLIEUE - Marie Allard
Ça peut sembler paradoxal : alors qu’on ferme des
écoles à Longueuil, on en réclame
de nouvelles à Mirabel, à Vaudreuil-Dorion
et à Candiac. Faute de place dans des
écoles pleines à craquer, des centaines
d’enfants ne peuvent être scolarisés dans
leur qua
Demain matin, la ministre de l’Éducation,
Michelle Courchesne, inaugurera la nouvelle école
secondaire de Mirabel, construite afin d’accueillir une
population scolaire en expansion. Alors que des
écoles ferment dans les vieux quartiers, celles
de la deuxième couronne débordent.
« Il y a encore des secteurs en croissance,
même si, globalement, la clientèle scolaire
est en décroissance », dit Denis Pouliot,
porte-parole de la Fédération des
commissions scolaires.
Officiellement, à peine trois des 70 commissions
scolaires de la province compteront plus
d’élèves l’an prochain:
Marguerite-Bourgeoys (ouest de l’île de
Montréal), des Trois-Lacs (région de
Vaudreuil) et Sir-Wilfrid-Laurier (secteur anglophone de
Laval). Mais cela cache une réalité plus
complexe. « Il y a des quartiers qui se
construisent, où les jeunes familles
s’installent, ce qui oblige les commissions scolaires
à demander la construction d’écoles au
ministère de l’Éducation, même si
d’autres secteurs de leur territoire sont en
décroissance », note M. Pouliot.
« Ça nous prendrait des écoles sur
roulettes, mais on n’en a pas », blague Jocelyn
Blondin, président de la commission scolaire des
Portages-de-l’Outaouais. Pendant que l’est de son
territoire se vide d’enfants, l’ouest explose. «
Dans le secteur d’Aylmer, nous construisons une nouvelle
école primaire de 550 élèves, pour
une ouverture en septembre 2010, dit M. Blondin. On
prévoit déjà en demander une autre
dans trois ou quatre ans. »
Gestion des deniers publics
Il reste à savoir si Québec acceptera de
financer un énième établissement.
« Les projets doivent être analysés
cas par cas, indique Jean-Pascal Bernier, attaché
de presse de Mme Courchesne. Il faut regarder
différents facteurs, dont notamment la
proximité des autres écoles ainsi que les
projections démographiques. » Dix
requêtes sont actuellement « en analyse
», selon une liste fournie par le
Ministère.
«
Souvent, le Ministère oblige les commissions
scolaires à remplir les écoles qu’elles
ont déjà avant d’en construire de
nouvelles, indique M. Pouliot. Les parents sont
mécontents parce que c’est plus loin de chez eux.
C’est évidemment une question de gestion des
deniers publics, mais il faut que ça reste
raisonnable. Si on multiplie les coûts de
transport scolaire, ce n’est pas mieux. »
Écoles demandées à VaudreuilDorion
et à L’Île-Perrot
Maintenant qu’elle a sa nouvelle école secondaire
à Mirabel, la commission scolaire de la
Rivière-du-Nord réclame deux écoles
primaires supplémentaires. L’une pour desservir
Mirabel et Saint-Colomban, l’autre pour Saint-Hippolyte,
Prévost, SainteSophie et
Saint-Jérôme, où affluent les jeunes
familles.
Déjà, cette année, 100
élèves de Rivière-du-Nord ont
dû changer d’école, faute de place dans
leur quartier. Et le Ministère «
prévoit pour notre secteur une augmentation de la
clientèle au préscolaire et au primaire
jusqu’en 2017 », ont fait valoir les commissaires
lors de leur conseil du 14 avril.
À la commission scolaire des Trois-Lacs, on
prévoit une hausse du nombre
d’élèves au moins jusqu’en… 2019. Deux
nouvelles écoles primaires (ou deux
agrandissements) viennent d’être demandées,
à VaudreuilDorion et à L’Île-Perrot.
« Il faut ajouter 51 classes au primaire, on ne
parle pas de quelquesunes de plus », souligne
Colette Frappier, conseillère en gestion aux
Trois-Lacs.
À Vaudreuil-Dorion, comme à Mirabel ou
à Candiac, « on devientune banlieue
deMontréal, note Mme Frappier. Avant, on
était une deuxième couronne, mais
ça a changé. »
Plus de 80 enfants de maternelle déplacés -
Marie Allard
« Ce
qui vient me chercher davantage, c’est le manque de vision
des autorités. Je me sens trahie de ne pas avoir de
services de proximité. »
Plus de 80 enfants ne commenceront pas la
maternelle à l’école de leur quartier en
septembre, à Candiac en banlieue sud de
Montréal. Ils seront plutôt envoyés en
bus… dans une petite école de Sainte-Catherine, 9
km plus loin. Le problème? L’école
JeanLeman, l’établissement de leur quartier, est
pleine à craquer avec 830 élèves
cette année, alors que sa capacité est de
750.
Faute de place, la petite Camilia,
4 ans, ne commencera pas la maternelle à
l’école Jean-Leman, à Candiac. Elle devra
plutôt aller en bus dans une école de
Sainte-Catherine, neuf kilomètres plus loin, avec
80 autres enfants. « On n’espère pas la
construction d’une nouvelle école, on l’exige
», dit Chantal Gratton, sa mère.
« Pour la prochaine rentrée, on
a suffisamment de population pour remplir sept classes de
maternelle à Jean-Leman », indique
Marie-Louise Kernéïs, présidente de la
commission scolaire des Grandes-Seigneuries. Or, il n’y a
de place que pour deux, voire trois groupes.
Chantal Gratton a appris dans une lettre
reçue le 14 mai que Camilia, sa fille de 4 ans,
allait devoir changer d’établissement. « Il y
a un bris de confiance: ma fille a toujours pensé
que JeanLeman serait son école, dit-elle. Mais ce
qui vient me chercher davantage, c’est le manque de vision
des autorités. Je me sens trahie de ne pas avoir de
services de proximité: je n’ai pas de
médecin, je n’ai pas eu de place en CPE avant que
ma fille ait 4 ans, même si je me suis inscrite sur
la liste d’attente à trois mois de grossesse. J’ai
l’impression perpétuelle que les services n’ont pas
vu venir la hausse du nombre d’enfants. Pourtant, on a
toutes accouché dans les hôpitaux de la
région! »
Candiac, qui comptait 11 000 habitants en
1995, en a maintenant près de 18 000. « Dans
le secteur de Jean-Leman, ça construit beaucoup
», explique Danielle Leggett, porte-parole de la
ville de Candiac, qui reconnaît que l’école
est surpeuplée. « De notre côté,
les prévisions avaient été faites, on
savait que ça s’en venait, dit-elle. Mais les gens
de la commission scolaire sont plus sur les freins, ils
ont moins envie de construire alors qu’ailleurs on ferme
des écoles. »
Nouvelle école réclamée
d’urgence
Au contraire, il y a quatre ans que la commission
scolaire réclame une nouvelle école, selon
Mme Kernéïs. Le ministère de
l’Éducation a préféré financer
– avec l’appui de la communauté – un
agrandissement. Sept classes supplémentaires ont
été inaugurées à Jean-Leman en
2006. « Dès l’année suivante, on a
été obligés de changer des enfants
d’école », note la présidente.
Aujourd’hui, la croissance est telle à
Candiac et à SaintPhilippe que la construction d’un
nouvel établissement est réclamée
d’urgence. « Nous avons effectivement reçu
une demande en ce sens, confirme Jean-Pascal Bernier,
attaché de presse de la ministre de
l’Éducation. Le Ministère en fait l’analyse.
»
En attendant, « on a essayé de
simplifier au maximum la vie des parents, d’avoir le moins
d’impact possible tout en conservant le meilleur service
aux enfants », assure Mme Kernéïs. Les
familles continueront de reconduire tous leurs enfants au
service de garde de l’école Jean-Leman – que
fréquentent 89% des élèves de
maternelle. Ce n’est qu’au moment de la classe que les
petits prendront un bus pour Sainte-Catherine, où
ils trouveront des installations prévues pour eux (
petites toilettes, petits lavabos, etc.). Les pauvres
devront donc se familiariser avec deux écoles,
dénoncent des parents qui font circuler une lettre
ouverte contre cette décision.
« Quand on a sélectionné ce
quartier, c’était pour la jeunesse des voisins –
ça grouille d’enfants, ici – et pour la
proximité des écoles, souligne Chantal
Gratton. On n’espère pas la construction d’une
nouvelle école, on l’exige. »
Le « club » des entrepreneurs sous la
loupe - André Noël
Une
douzaine d’entreprises de travaux publics se
partageraient les contrats
La nouvelle escouade anticorruption, annoncée
officiellement hier, va tenter d’éclaircir un
mystère qui hante bien des
Québécois depuis des années :
pourquoi les entrepreneurs réussissent-ils
à obtenir beaucoup plus d’argent pour asphalter
une route ou une rue au Québec que dans le
reste du Canada?
PHOTO IVANOH DEMERS
ARCHIVES LA PRESSE
La construction d’une
chaussée d’autoroute urbaine à deux
voies coûte 790 000 $ le kilomètre au
Québec, soit 50 % de plus que la moyenne
canadienne (d’environ 527 000 $ le
kilomètre).
De source sûre, La Presse a appris que
l’escouade va s’intéresser
particulièrement à l’un des plus
importants entrepreneurs en travaux publics, actif
surtout à Montréal, à Laval et
dans les Basses-Laurentides. Et encore plus
précisément à deux ouvrages
routiers que son entreprise réalise et a
réalisés. L’un d’eux a été
financé par le ministère des Transports
et la Ville de Montréal. Ses coûts ont
explosé, passant du simple au double.
Des données issues d’une vaste étude de
T ransports Canada ont montré il y a deux ans
que la construction d’une chaussée d’autoroute
urbaine à deux voies coûte 790 000 $ le
kilomètre au Québec, soit 50 % de plus
que la moyenne canadienne (d’environ 527 000 $ le
kilomètre). L’éca rt avec l’Ontario est
moins important, mais quand même significatif,
avec une différence de 20 %.
La Sûreté du Québec a en main une
déclaration sous serment qu’un fonctionnaire du
ministère des Transports a signée
après avoir rencontré un entrepreneur
qui faisait partie d’un « club »
formé par une douzaine d’entreprises de travaux
publics.
L’entrepreneur avait confié à ce
fonctionnaire que les membres du club se partageaient
les contrats. En apparence, les contrats
étaient donnés aux plus bas
soumissionnaires à la suite d’appels d’offres.
En vérité, les entreprises se
concertaient pour déterminer, à tour de
rôle, qui remettrait la soumission la plus
basse… laquelle était toujours plus
élevée que les coûts réels.
D ’a u t r e s s o u r c e s p a r - lent du «
Fab-fourteen », ou « Fabulous-14 »,
un groupe d’entreprises qui chercheraient à se
partager de grands contrats. L e Bu reau de la
concurrence du Canada a fait des enquêtes
à ce sujet dans des municipalités du
Québec, mais sans aboutir.
Surveillance
La SQ pourrait avoir plus de moyens de surveillance,
notamment grâce à l’écoute
électronique et à son réseau
d’informateurs, dont certains frayent avec les milieux
criminels. Des entrepreneurs ont déjà
été filmés ou
photographiés avec des membres de la mafia. Des
enquêteurs se dema ndent si la ma fia n’exige
pas une commission sur leurs profits. Un entrepreneur
qui a d’importants c ont r a t s ave c la V i l le de
Montréal a été battu au
début de l’été. Un dirigeant
d’une autre entreprise de travaux publics a
été tabassé à son tour, la
semaine dernière.
Le succès ou l’échec de la nouvelle
escouade aura un grand impact, non seulement à
Montréal, mais à la grandeur du
Québec. Cette année, le MTQ va accorder
environ 1800 contrats, dont le total variera de 2
à 2,5 milliards de dollars. Une surfacturation
de 20 % signifierait que les Québécois
payent des centaines de milde partis politiques, ou
carrément à des élus ou à
des fonctionnaires, parfois par l’entremise de firmes
d’ingénieurs, afin que tous ferment les yeux
sur un système répandu de
surfacturation.
« Les policiers de la SQ (attachés
à la nouvelle escouade) auront pour mandat
spécifique d’enquêter sur des questions
Une surfacturation de 20 % signifierait que les
Québécois payent des centaines de
millions de dollars de trop, chaque année, pour
leurs infrastructures, lions de dollars de trop,
chaque année, pour leurs infrastructures, qu’il
s’agisse des routes, des conduites d’eau et
d’égouts, des tunnels de métro ou des
bâtiments publics.
La nouvelle escouade cherchera à savoir si les
entreprises appartenant au « Fab-14 »
versent illégalement de l’argent comptant aux
caisses occultes de corruption et de malversation, a
indiqué le ministre de la
Sécurité publique, Jacques Dupu is , au
cou rs d’u ne conférence de presse, hier. Ils
s’adjoindront un certain nombre de personnes qui sont
des gens des renseignements criminels, qui sont aussi
des gens de certains ministères, notamment du
ministère des Transports. Les raisons sont
évidentes : il y a beaucoup de contrats qui
sont actuellement octroyés en matière
d’infrastructures. On veut surveiller ça de
très près. »
Des experts du ministère des A f fa i res mu n
ic ipa les et du ministère du Revenu appuieront
aussi l’escouade, laquelle sera composée de 17
policiers et de trois procureurs, a ajouté le
ministre. L’escouade fera partie de la division des
crimes économiques de la SQ.
« Nous ne pouvons pas accepter comme
société que des gens s’enrichissent
illégalement, que ce soit par la corruption, la
malversation ou les fraudes fiscales, a dit M. Dupuis.
Le message que nous tenons aujourd’hui à la
population du Québec est celui-ci : nous sommes
là pour protéger
l’intégrité de la société.
Notre message aux bandits est celuici : on est sur
votre dos. Nous intensifions ces luttes-là.
»
Une pègre divisée et sans leader
- André Cédilot
Attentats au cocktail Molotov, intimidation dans les
bars, dans les rues et dans les parcs: à
Montréal, les gangs de rue surtout, mais aussi
de petits revendeurs i ndépendants tentent de
se tailler une place dans le trafic de drogue en
attendant que se réorganisent les Hells Angels
et la mafia montréalaise,
ébranlés par les nombreuses razzias de
la police depuis trois ans.
Selon les spécialistes, cette vague d’incidents
illustre le « fractionnement » de la
pègre montréalaise et les luttes de
territoire que se livrent les trafiquants des
échelons inférieurs en l’absence d’un
véritable leader depuis l’arrestation de Vito
Rizzuto, en 2004.
« La mafia et des motards sont
ébranlés, c’est sûr, et il n’y a
personne d’assez fort qui a l’envie, ni
peut-être la force, du moins pour l’instant, de
réagir à tous ces petits trafiquants qui
cherchent à se faire une place coûte que
coûte », avance Pierre de Champlain,
auteur de livres sur le crime organisé et
ancien analyste du service de renseignement de la GRC,
à Ottawa.
Poussant plus l oin la réflexion, M. de
Champlain estime que le temps où des
organisations comme la mafia et les motards dominaient
à Montréal achève
peut-être. « Comme toute chose, le milieu
interlope au sens traditionnel, avec une
hiérarchie, l’aura d’un chef comme Vito
Rizzuto, par exemple, est peut-être
appelé à changer. De plus en plus, on a
aujourd’hui des criminels qui s’allient selon les
besoins, au gré des circonstances »,
dit-il.
Selon
lui, on ne peut plus vraiment parler de gangs de rue
comme dans les années 80. Certes, il y a encore
des petites bandes qui se créent au coup par
coup et se défont aussi rapidement. «
Mais il y en a d’autres qui existent depuis des
années et qui prennent de plus en plus de
place», assure M. de Champlain. Avec le
résultat que leurs chefs sont aujourd’hui des
criminels d’expérience et qu’ils sont en mesure
de négocier, sinon de rivaliser avec la mafia
et les motards.
Des enquêtes récentes ont notamment
démontré que d’anciens membres de gangs
de rue comme Dany Cadet Sprince, à la
tête des Syndicates, ou le clan des
frères Zéphir s’occupaient de la
distribution de la drogue dans le centre-ville pour le
compte des Hells Angels. « Les gangs de rue
prennent de plus en plus de place. Il y a constamment
de nouveaux venus et le territoire est de plus en plus
fragmenté. À moins d’un coup de force,
la mafia et les motards peuvent de moins en moins les
ignorer et devront apprendre à faire avec eux
», soutient M. de Champlain.
Af fa ibl i s pa r les raids policiers qui ont
culminé avec l’opération antimafia de
novembre 2006 et la toute récente
opération SharQc, qui a touché les cinq
chapitres des Hells Angels, les deux gangs, aussi
dominants soient-ils, ne sont pas
nécessairement en mesure de passer à
l’action pour le moment. « La mafia et les
motards sont fragilisés, tous les principaux
leaders sont en prison, en probation ou
recherchés », souligne l’ancien
spécialiste de la GRC.
C’est ce qui explique, à n’en pas douter, que
les mafiosi montréalais aient acheté la
paix quand le gang des frères Célestin a
pris d’assaut des bars et des cafés qu’ils
détenaient dans l’est de la ville, plus
particulièrement dans le quartier
Rivière-des-Prairies, l’an passé.
Après plusieurs fusillades, le calme est
soudainement revenu. C’est peut-être ce qui se
passe depuis quelque temps dans le quartier
Saint-Michel, mais cette fois à coups de
cocktails Molotov et de bombes incendiaires.
Six Hells à la retraite libérés
sous caution - André Cédilot
Inculpés en marge d’une série de
meurtres survenus durant la guerre contre les Rock
Machine et leurs alliés, six membres à
la retraite des Hells Angels ont pu recouvrer la
liberté, hier, en échange de
cautionnements allant de 5000$ à 125 000$.
À la sortie de la salle d’audience, les avocats
des motards se félicitaient de la
décision du juge James Brunton, de la Cour
supérieure. Les procureurs du gouvernement ont
quant à eux rapidement annoncé leur
intention de faire appel. Il y a quelques semaines, un
juge de la Cour du Québec a rejeté la
demande de mise en liberté provisoire de 13
autres accusés.
Arrêtés dans le cadre de
l’opération SharQc, les six exmotards – John
Coates, 43 ans, Bruno Dumas, 50 ans, Claude Berger, 60
ans, Maurice Soucy, 57 ans, Jacques Dumais, 41 ans, et
François Goupil, 39 ans – ont assuré au
juge qu’ils seraient présents à leur
procès. Ils ne pourront quitter le
Québec, devront respecter un couvre-feu entre
19h et 7h, se présenter
régulièrement à la police et se
tenir loin des débits de boissons et du milieu
criminel.
À l’instar d’une centaine de leurs anciens
comparses, les six motards à la retraite sont
accusés d’une kyrielle de meurtres –
jusqu’à 22 dans certains cas – qui, selon le
ministère public, auraient été
commis par les Hells Angels durant la guerre qui les a
opposés aux Rock Machine, de juillet 1994
à juin 2002. Ils sont aussi accusés de
complot, de trafic de drogue et de
gangstérisme.
Le
juge Brunton, conscient de l’impact qu’aura son
jugement sur le public, a obtenu des avocats de la
défense la levée de l’ordonnance de
non-publication qui pesait sur l’enquête sur
cautionnement. Estimant que la publication du
détail de la preuve pourrait nuire à la
tenue d’un éventuel procès, le
ministère public s’est vainement opposé
à cette demande du juge, pour le moins
inusitée. « Il importe que le public
comprenne bien les motifs de la décision
», a-t-il invoqué, tout en
précisant qu’il ne pourrait y avoir de
procès avant au moins un an.
En gros, si le juge Brunton a accordé des
cautionnements aux six ex-motards, c’est que le
dossier d’accusation est complexe et que la majeure
partie de la preuve – du moins celle
présentée devant lui – est basée
sur les déclarations du délateur Sylvain
Boulanger. Selon le juge, il n’y a pas non plus de
preuve formelle, si ce n’est dans le cas de
BrunoDumas, selon laquelle les prévenus ont
trempé dans des activités illicites
depuis qu’ils ont quitté les Hells Angels.
« La poursuite semble avoir des preuves solides,
mais elles n’ont pas encore été
validées par un tribunal », estime le
juge Brunton. C’est en remontant 20 ans en
arrière que les policiers en sont
arrivés à reconstituer les liens
existant entre les différents « chapitres
» des Hells Angels et à cerner leurs
activités illicites. Au procès, il
restera, selon le juge, à déterminer le
rôle et la « responsabilité
individuelle » de chacun des 156 accusés.
Principal témoin à charge, Boulanger
recevra 2,9 millions pour ses services. Il demandait
10 millions à l’origine. Dans le jugement rendu
hier, le juge souligne que Boulanger avait quatre
bonnes raisons de balancer ses « frères
» motards : il cherchait vengeance, mais il ne
voulait pas aller en prison et il voulait «
sécuriser » sa famille. L’importante
récompense a aussi compté.
Accalmie chez les gangs de rue
- Caroline Touzin
Ils
commettent moins de crimes que l’an dernier, soutient
le SPVM
Alors que la criminalité est en hausse de 12%
depuis le début de l’année à
Montréal, les crimes liés aux gangs de
rue sont en baisse. Cette « accalmie » ne
diminue par les ardeurs du Service de police de la
Ville de Montréal (SPVM) pour qui la lutte
contre les gangs de rue est toujours la
priorité.
Malgré des compressions
de 13,8 millions, le SPVM assure qu’il ne
relâche pas sa lutte contre les gangs de rue.
Cette baisse est attribuable aux efforts du SPVM pour
contrer le phénomène, et non à
une diminution du nombre de membres de gangs, selon le
directeur adjoint et responsable du dossier des gangs
de rue au SPVM, Jacques Robinette. «
Actuellement, il y a une certaine accalmie »,
a-t-il souligné hier en conférence de
presse, au moment de son bilan semestriel sur les
gangs de rue.
Bon an, mal an, Montréal compte de 300 à
500 membres de gangs de rue majeurs, selon le SPVM.
Des membres de gangs de rue majeurs ont d’ailleurs
pris part à la mini-émeute qui est
survenue dans un parc de MontréalNord à
la mi-juin, a indiqué le directeur adjoint.
Depuis janvier, 64 projets d’enquête visant les
gangs de rue ont été amorcés. Un
nombre équivalent à celui de l’an
dernier, et ce, malgré les compressions de 13,8
millions imposées par la Ville ce printemps, a
fait valoir M. Robinette.
La Fraternité des policiers de Montréal
avait alerté la population au printemps,
prédisant un été « chaud
» en raison du manque de moyens pour
enquêter sur le crime organisé. Des
allégations que la direction du SPVM nie avec
véhémence. « La lutte contre les
gangs de rue est notre priorité. Aucune
enquête n’a été touchée et
ce ne sera pas le cas dans l’avenir non plus »,
a dit M. Robinette.
Les
crimes commis par les gangs, dont les meurtres, ont
même baissé, selon le SPVM.
En 2008, la police a attribué aux gangs de rue
le quart des homicides et près de la
moitié des voies de fait (48%) commis à
Montréal. Tous crimes contre la personne
confondus, il s’agit de 1 infraction sur 25. Depuis le
début de 2009, 3 meurtres sur les 14 commis
dans la métropole sont liés aux gangs de
rue. C’est deux de moins qu’à la même
période l’an dernier. Toutefois, il y a eu plus
de tentatives de meurtre liées aux gangs qu’en
2008 (20 contre 17).
Le SPVM a aussi saisi 52 armes à feu dans ses
opérations antigangs. La moitié de ces
armes ont été saisies durant
l’opération Axe, la plus importante
enquête sur les gangs de rue menée par le
corps policier à ce jour (55 arrestations, dont
25 personnes accusées de gangstérisme en
février).
Au cours des dernières semaines, des crimes
commis par des gangs de rue dans
l’Ouest-de-l’Île, notamment à
Pierrefonds, ont suscité des craintes chez les
citoyens du secteur. Ce n’est toutefois pas devenu le
nouveau « point chaud » de la ville,
nuance M. Robinette. Les crimes de gangs sont
répartis aux quatre coins de Montréal,
selon une compilation faite par le SPVM des meurtres
et tentatives de meurtre liés aux gangs
survenus depuis janvier 2007 (Nord: 6 meurtres/32
tentatives; Sud: 6/36; Ouest: 8/23; Est: 7/26).
Le SPVM a tenu à rappeler que la lutte contre
les gangs de rue est une « responsabilité
collective », et non pas seulement l’affaire de
la police. On a observé une diminution de la
quantité d’information transmise par les
citoyens au moyen de la ligne de dénonciation
anonyme Info-Crime.
Quand la SQ s’intéresse à
la corruption - YVES BOISVERT
Oh,
monsieur le maire, monsieur le maire ! Nos chicanes
municipales sont maintenant étalées dans
LE magazine de référence, The Economist.
Ça fait un peu désordre. Le jour
même, La Presse publiait une entrevue absolument
étonnante avec le grand patron de la
Sûreté du Québec, Richard
Deschesnes.
Étonnante d’abord parce qu’il confirme
officiellement la tenue de cinq enquêtes
criminelles sur des allégations de corruption
autour de travaux municipaux à Montréal.
Étonnante ensuite parce qu’il fait part
publiquement de son opinion sur l’ampleur du
problème de la corruption dans le monde
municipal. En 28 ans de carrière comme
policier, il n’a jamais rien vu de tel – cinq
enquêtes autour de la métropole.
Remarquez bien, pas besoin de remonter aux
années 1940. En 1978, Gérard Niding, qui
était président du comité
exécutif de la Ville de Montréal, a
dû démissionner quand on a appris qu’il
s’était fait construire un chalet de 150 000$
à Bromont aux frais de l ’ent repreneur
Régis Trudeau, qui avait obtenu un contrat pour
les Jeux olympiques de 1976. Niding s’est avoué
coupable d’abus de confiance et de corruption et
Trudeau a aussi été reconnu coupable
d’abus de confiance.
C’est en quelque sorte la lutte contre la corruption
municipale qui a mené Jean Drapeau au pouvoir,
en 1954. Dans les années 1960 et 1970, les
scandales de corruption ont éclaté dans
le monde municipal québécois les uns
après les autres.
Tout ça pour dire que si, de mémoire, M.
Deschesnes n’a jamais rien vu de tel, ça ne
veut pas dire que c’est nécessairement pire que
jamais.
Pour ceux qui seraient tentés de
désespérer de l’époque et de sa
moralité, je citerai le ministre de la Justice
du Québec Jérôme Choquette qui
parlait ainsi en 1970: « La corruption existe
à tous les niveaux de la société,
au point que la fibre morale de cette province est en
train de s’effriter. »
Je
n’essaie pas de banaliser le phénomène.
Disons simplement que c’est un combat incessant.
Ce qui est intéressant, c’est
précisément qu’i l y ait des
enquêtes. C’est signe que des gens se plaignent,
des informations circulent. La difficulté des
enquêtes de corruption est qu’il n’y a pas de
victime apparente, du moins qui soit prête
à parler. Ceux qui savent sont complices.
Je pense à une ville du Québec qui a une
réputation légendaire de corruption
systématique et très bien
organisée : il n’y a apparemment aucune
enquête là-bas. L’absence d’enquête
n’est pas pour autant une preuve de probité.
L’aut r e élément qui me f rappe dans l
’ entrevue du chef Deschesnes, c’est qu’il en appelle
à la formation d’une escouade
spécialisée dans le domaine. On sait que
les policiers sont toujours friands de nouvelles
escouades, de nouveaux effectifs et de nouveaux
budgets. Mais que le chef de la SQ vienne dire
publiquement que le phénomène est
suffisamment grave pour justifier un tel groupe,
voilà qui est très significatif.
Certains ont peut-être honte de voir
Montréal ainsi écorché. Soyons
sérieux. Toutes les grandes villes
nord-américaines ont fait face à ce
genre de problème, y compris jusque dans les
corps de police à l’occasion.
Maintenant qu’on en parle et qu’on sent une
volonté… policière de s’y
intéresser, les politiciens montréalais
et les autres seraient malvenus de ne pas être
pour la vertu.
Entre deux sorties contre La Presse et ses vilains
journalistes, le maire Tremblay pourrait
peut-être appuyer l’initiative, même.
Une intervention de moins d’une minute -
Caroline Touzin
Treize
secondes. C’est le temps qui s’est
écoulé entre la demande de renfort de
l’agent Jean-Loup Lapointe, alors qu’il a fait une
clé de bras à Dany Villanueva sur le
capot de son auto de police, et le moment où sa
coéquipière, Stéphanie Pilotte, a
demandé des ambulances pour les trois jeunes
blessés par balle.
PHOTO IVANOH DEMERS,
LA PRESSE
Les parents de Fredy
Villanueva, Lilian Maribel Madrid Antunes et
Gilberto Villanueva, au palais de justice hier.
Au total, toute l’intervention policière a
duré moins d’une minute: dumoment où les
deux agents sont sortis de l’auto, dans l’intention de
distribuer des constats d’infraction au groupe de
jeunes qui jouaient aux dés dans un
stationnement, jusqu’à ce que l’agente Pilotte
appelle les secours après le quatrième
coup de feu tiré par son coéquipier.
Le temps de l’intervention a été
établi, hier, à l’enquête du
coroner André Perreault, où la
policière Stéphanie Pilotte a poursuivi
son récit de la fusillade du 9 août 2008
qui a coûté la vie à Fredy
Villanueva, 18 ans.
« Ça laisse présumer qu’on a
été rapidement vers une méthode
plus forte. Et peutêtre dans une situation
d’escalade plutôt que d’essayer de calmer le jeu
», a déploré le porte-parole de
Mouvement Solidarité Montréal-Nord,
François Bérard, en marge des audiences.
Pour sa part, l’avocat de la Fraternité des
policiers de Montréal, Michael Stober, a
lancé cet avertissement à ceux qui
seraient tentés de juger rapidement:
«C’est toujours facile, après, de
décortiquer. Il faut être là dans
le feu de l’action.»
La policière a été longuement
contre-interrogée, hier, sur les étapes
à suivre dans l’utilisation de la force que
l’on enseigne à l’École de police. En
théorie, le policier devrait utiliser des
outils intermédiaires, comme un bâton
télescopique ou du gaz poivre, avant de se
servir de son arme à feu, « la
dernière étape lorsque la vie du
policier est en danger », a-t-elle
expliqué. Mais le 9 août 2008, « on
était un nombre inférieur au nombre
d’attaquants », a-telle ajouté.
Après avoir appelé du renfort, l’agent
Lapointe a fait un crocen-jambe à Dany
Villanueva, puisque ce dernier résistait
à son arrestation. Le policier l’a pris au cou
en essayant de le maîtriser au sol pendant qu’il
se débattait toujours, et a finalement
tiré quatre coups de feu. Stéphanie
Pilotte a vu brièvement Fredy Villanueva
s’approcher du policier avec une main en demi-lune,
« comme pour étrangler », avant de
recevoir deux coups de feu. Elle n’a pas vu Fredy
Villanueva ni les autres jeunes, à l’exception
de son frère Dany, toucher au policier.
Pour
atteindre Jeffrey Sagor Metellus au dos d’une
quatrième balle, le policier a fait un balayage
de « 90 à 180 degrés » avec
son arme, toujours selon la policière. Une
version différente de celle de l’agent
Lapointe, inscrite dans son rapport remis un mois
après l’incident du 9 août 2008. «
Je fais feu tout en avançant l’arme devant moi
et en la dirigeant vers le centre des masses qui sont
sur moi », a-t-il écrit.
En contre-interrogatoire, l’avocat du policier, Me
Pierre Dupras, a d’ailleurs tenté de faire dire
à la policière qu’elle n’avait pas de
« rapporteur d’angle » au moment de la
fusillade, et que c’était sans doute moins de
90 degrés. La jeune femme a toutefois maintenu
sa version.
La jeune policière a aussi
réitéré que son physique (5 pieds
1 pouce et 135 livres) n’avait rien à voir avec
le déroulement dramatique de
l’événement. Elle a ajouté que
l’utilisation d’« outils intermédiaires
» comme du gaz poivre aurait
présenté un risque pour son partenaire
et elle, car ils étaient trop près de
l’individu qu’ils tentaient de maîtriser (Dany
Villanueva).
De plus, la présence d’un système de
positionnement par satellite dans les voitures de
police n’aurait pas permis aux renforts d’arriver plus
rapidement, selon elle.
C’est que son partenaire et elle n’ont pas
indiqué leur « localisation »
à la centrale de police avant de mener leur
intervention. S’en est suivi un long échange
paniqué sur les ondes de police durant lequel
la répartitrice a tenté à sept
reprises de trouver leur emplacement.
Cela s’explique par le fait que les deux policiers
avaient signalé qu’ils allaient répondre
à un appel pour une plainte de bruit boulevard
Langelier, alors qu’ils étaient plutôt
dans le stationnement de l’aréna près du
parc Henri-Bourassa.
Le contre-interrogatoire de la policière se
poursuit aujourd’hui au palais de justice de
Montréal. Ironie du sort, la policière
qui a été blessée par balle lors
des émeutes du 10 août 2008 à
Montréal-Nord, Sabrina Dufour, est une bonne
amie de la policière Stéphanie Pilotte.
La veille des émeutes, l’agente Dufour a
été l’une des premières personnes
à aller réconforter son amie, en
état de choc après avoir
participé à l’intervention
policière qui s’est soldée par la mort
de Fredy Villanueva. Elle a même conduit Mme
Pilotte chez elle après le drame. Le lendemain,
l’agente Dufour a reçu une balle à une
jambe au cours de l’émeute. Le tireur n’a
toujours pas été arrêté. –
ENQUÊTE DU CORONER SUR LA MORT DE FREDY
VILLANUEVA L’agente Pilotte donne sa
version - Caroline Touzin
C’est entourée de deux gardes du corps et
accompagnée de son collègue Jean-Loup Lapointe
que l’agente Stéphanie Pilotte a fait son
entrée à l’enquête publique du coroner
sur la mort de Fredy Villanueva, hier, au palais de justice
de Montréal.
La
jeune femme à la voix et à l’allure
juvéniles a commencé son
témoignage très attendu en
résumant sa courte expérience comme
policière. Après avoir obtenu son
diplôme collégial en techniques
policières, en 2006, elle a suivi une formation
à l’École nationale de police, a
été embauchée par le SPVM et a
été affectée à la
patrouille dans Montréal-Nord en février
2007. Elle comptait 18 mois de service au moment de
l’incident.
Sa
coéquipière
régulière de patrouille n’avait
guère plus d’expérience qu’elle,
soit trois ans. L’agente
Pilotte a expliqué au coroner André
Perreault que toutes deux étaient
affectées « au secteur chaud »,
surnommé « le Bronx » par les
policiers. « On peut voir de tout à
MontréalNord », a-t-elle dit, dont
beaucoup de « problématiques » de
flânage, de vols et de conflits entre locataires
et propriétaires.
Lorsque
Me François Daviault, le procureur du
coroner, a voulu savoir si elle se sentait en
sécurité de patrouiller dans
« le Bronx » avec une
collègue aussi peu
expérimentée qu’elle, l’avocat du
SPVM, Me PierreYves Boisvert, s’est
opposé à la question. Le
coroner Perreault a accueilli l’objection puisque le 9
août 2008, l’agente Pilotte ne patrouillait pas
avec sa coéquipière habituelle, mais
bien avec M. Lapointe.
Dans la journée du 9 août, tous les
policiers du PDQ 39 plus expérimentés
que Mme Pilotte avaient refusé de faire des
heures supplémentaires. La jeune agente, elle,
a accepté. C’était la première
fois qu’elle faisait deux quarts de travail
d’affilée. Au début de son second quart,
elle a été jumelée à
l’agent Lapointe qui, lui, avait alors cinq ans
d’expérience. Tous deux se «
connaissaient » pour s’être croisés
au poste, sans plus, a-t-elle expliqué.
Le début de leur quart de travail s’est
déroulé normalement, a-t-elle
indiqué. Vers 17h, l’agent Lapointe a inscrit
le nom de « sujets d’intérêt
» dans l’ordinateur de l’auto de police afin de
procéder à des « enquêtes de
renseignements ». L’un de ces sujets
d’intérêt était Jeffrey Sagor
Métellus (atteint d’une balle dans le dos
durant l’intervention policière plus tard ce
soir-là). Puis, vers 18h55, soit 15 minutes
avant l’arrivée des agents Pilotte et Lapointe
au parc Henri-Bourassa, ils ont croisé
Métellus en répondant à un appel
rue Lapierre. Métellus était dans une
entrée de stationnement et il ne faisait
« pas grand-chose », a
témoigné l’agente Pilotte hier.
Jean-Loup Lapointe l’a reconnu. « Ils ont
échangé quelques mots, rien de
spécial. Je ne sais pas pourquoi ils se
connaissent », a-t-elle ajouté.
Les
policiers ont ensuite continué leur chemin vers
le stationnement derrière l’aréna
Maurice-Duplessis, où les patrouilleurs de
Montréal-Nord ont l’habitude d’aller, a
relaté Mme Pilotte, puisque cet endroit offre
une vue d’ensemble sur le parc Henri-Bourasssa.
En tournant le coin, les deux agents ont vu un groupe
de quatre à six jeunes « debout »,
« penchés vers l’avant » et «
en cercle ». Ils étaient encore à
plusieurs mètres des jeunes lorsque Jean-Loup
Lapointe a dit à sa coéquipière:
« Ah! ils jouent aux dés. »
L’agente Pilotte, elle, ne voyait pas de dés
à ce momentlà. Par la suite, la
policière a accepté un appel non
prioritaire pour une affaire de bruit en utilisant un
bouton de son terminal d’ordinateur.
Bien qu’elle ait accepté l’appel, l’agent
Lapointe est sorti du véhicule de police. Mme
Pilotte a alors décidé de sortir
à son tour et de se diriger vers un des jeunes
qui quittait le groupe. Aucun des deux agents ne le
connaissait. « Je voulais empêcher
l’individu de partir en poursuite à pied
», a indiqué la policière, hier.
Il s’agissait de Dany Villanueva, le frère de
Fredy.
Me François Daviault a interrompu le
témoignage de la policière avant
d’entrer dans le coeur de l’incident, hier, alors que
la journée d’audience se terminait.
À s a s or t i e de la sa l le d’audience, Me
Alain Arsenault, l ’ u n des avocats du c l a n
Villanueva, s’est dit surpris d’apprendre que les deux
agents s’étaient déjà
engagés à répondre à un
appel pour une plainte de bruit après avoir
constaté que les jeunes jouaient aux
dés. «
Pourquoi n’ont-ils pas continué leur
chemin? » se demande
l’avocat. Surtout qu’une seule personne en cinq ans a
été accusée relativement à
des jeux de hasard dans un lieu public à la
cour municipale de Montréal, a
révélé Me Arsenault aux
médias, en citant un document transmis aux
parties intéressées par le procureur du
coroner dans le cadre de l’enquête publique.
L’agente Pilotte poursuivra son témoignage le 9
décembre, à la reprise des audiences.
Le SPVM et la SQ se font écorcher
- Caroline Touzin
Le
Service de police de la Ville de Montréal
aurait bafoué certaines de ses règles
internes liées au transfert d’enquête
à un autre corps de police à la suite de
la mort de Fredy Villanueva.
La mère de Fredy
Villanueva, Lilian Maribel Madrid Antunes, hier au
palais de justice de Montréal.
Selon ces règles, l ’agent Jean-Loup Lapointe
aurait dû être « isolé tout
en s’assurant qu’il est accompagné d’un
superviseur de quartier » après avoir
tiré sur le jeune Villanueva le 9 août
2008. De plus, le policier était tenu de
« collaborer à l’enquête ».
Le document i nterne du SPVM i ntit ulé «
Mode de fonctionnement. Intervention
particulière » détaillant les
règles à appliquer en cas de politique
ministérielle a été
déposé en preuve, hier, à
l’enquête publique du coroner André
Perreault au palais de justice de Montréal.
La Sûreté du Québec a aussi
été écorchée, hier, en
cette troisième journée d’audience. Au
moment de mener son enquête criminelle sur les
agents JeanLoup Lapointe et Stéphanie Pilotte
du SPVM, le sergentdétective Bruno Duchesne de
la SQ ignorait tout de ces règles qu’il aurait
pu invoquer pour forcer l’agent Lapointe à
« collaborer ».
Habilement questionné par le coroner
André Perreault, l’enquêteur Duchesne a
admis avoir pris connaissance de ces règles
plusieurs mois après la fin de son
enquête, soit en janvier dernier. Selon les
règles du SPVM, le policier impliqué
dans une i ntervention durant laquelle une personne
perd la vie doit « collaborer » et «
demeurer disponible aux fins de l’enquête
». Le policier de la SQ n’a pas cherché
à savoir, non plus, l’identité du
« superviseur de quartier » qui aurait
dû « isoler » l’agent Lapointe ce
soir-là.
Plus t ôt c e t t e s e maine, l ’a gent
Duchesne a révélé que les agents
Lapointe et Pilotte n’avaient pas été
isolés, contrairement aux jeunes témoins
du drame. Les deux agents sont plutôt
allés au poste de quartier ensemble puis ont
partagé l a même ambulance,
accompagnés d’un représentant syndical.
Hier, l’enquêteur est revenu sur sa
déclaration en disant qu’on pouvait
interpréter « isoler » dans le sens
de « sortir des lieux ». À ses
yeux, la directive aurait ainsi été
respectée. Et que de toute manière,
« ça a été fait avant que
la SQ entre en fonction », alors il n’aurait
rien pu faire.
L es
avocats du clan Villanueva ne sont pas du tout de cet
avis. En marge de l’enquête, Me Alain Arsenault
s’est indigné de cette situation de «
deux poids, deux mesures ». « Il devait
être isolé de tous. La directive interne
de la police de Montréal n’a pas
été suivie par le policier responsable
à ce moment-là. Il n’y a aucune
ambiguïté. On peut faire de la
sémantique, mais ça ne résiste
pas à l’analyse », a dit l’avocat du
jeune Jeffrey Sagor Metellus aux journalistes
présents.
D’autres révélations ont fait mal
paraître le SPVM, hier. L’enquêteur
Duchesne s’est fait refuser l’accès aux «
antécédents déontologiques
» de l’agent Lapointe à moins de
justifier par écrit les raisons de sa
requête. Or, la SQ considérait qu’elle
n’avait pas à j ustifier quoi que ce soit.
Ainsi, le SPVM ne les a jamais transmis. De plus, la
SQ a demandé au SPVM de lui transmettre les
notes de leur premier briefing le soir où
l’enquête a été
transférée. C’est dans ce briefing que
le SPVM a indiqué à la SQ une
thèse de départ erronée selon
laquelle les agents avaient été «
encerclés, jetés au sol et
étranglés ». Le SPVM a
répondu à la SQ que de telles notes
n’existaient pas.
Des photos des blessures des deux agents ont
d’ailleurs été dévoilées,
hier. Aucun n’a de blessure au cou. L’agent Lapointe a
une égratignure à un coude et sa
coéquipière, deux égratignures
aux genoux et quelques r ougeurs au x avant-bras.
Des questions jamais posées
L e c or oner P e r r e a u l t a aussi voulu savoir
pourquoi l’enquêteur Duchesne n’avait pas
interrogé l’agente Pilotte après qu’elle
lui eut remis son rapport si elle n’était pas
considérée comme suspecte. « Oui,
j ’ai eu des questionnements s upplémenta i r e
s dans ma tête, mais on n’avait toujours pas le
rapport de M. Lapointe », a répondu le
policier. L’enquêteur Duchesne estimait que
l’agente Pilotte aurait pu dévoiler à
son coéquipier « l’orientation de
l’enquête » si elle était
interrogée.
L a SQ n’a posé qu’u ne seule question de vive
voix à l’agent Lapointe durant son
enquête, a relevé le coroner Perreault.
Deux collègues de M. Duchesne sont allés
le rencontrer au bureau de son avocat Me Pierre Dupras
le 15 août 2008. « As-tu fourni un rapport
à ton supérieur immédiat ?
» lui ont-ils demandé. Pourtant, la SQ
savait qu’il ne l’avait pas encore remis, a fait
valoir le coroner. Cette rencontre a été
courte puisque l’agent Lapointe a invoqué son
droit au silence.
« Nous, les policiers, on est honnêtes
» - Caroline Touzin
L’enquêteur de la SQ explique pourquoi rien n’a
été fait pour éviter que les deux
policiers impliqués n’accordent leurs violons
L’enquête de la Sûreté du
Québec ( SQ) sur les deux policiers de
Montréal impliqués dans la mort de Fredy
Villanueva a démarré sur des bases
erronées en raison du « jeu du
téléphone », a-t-on appris, hier,
à la reprise de l’enquête publique du
coroner sur la mort du jeune homme de 18 ans dans un
parc de Montréal-Nord.
PHOTO FRANÇOIS
ROY, LA PRESSE
Bruno Duchesne, qui
dirigé l’enquête de la
Sûreté du Québec sur les deux
policiers de Montréal impliqués dans
la mort de Fredy Villanueva, a livré sa
version des faits et expliqué le
déroulement de son enquête, hier, au
palais de justice de Montréal.
Autre révélation qui a fait réagi
r le nouveau coroner André Perreault : la SQ
n’a pris aucune mesure afin d’éviter que les
agents Stéphanie Pilotte et Jean-Loup Lapointe
« se contaminent », dans le jargon
policier, et accordent leurs versions des faits, alors
que toutes les précautions ont
été prises dans le cas des jeunes
témoins du drame.
Selon les premières informations fournies par
le Service de police de la Ville de Montréal
(SPVM) à la SQ, les agents Lapointe et Pilotte
avaient été « encerclés,
projetés au sol et étranglés
» par une vingtaine de jeunes présents au
parc Henri-Bourassa le 9 août 2008. Or,
l’enquête menée par la SQ en vertu d’une
politique ministérielle ne corrobore pas cette
version des faits, a témoigné hier son
enquêteur principal, Bruno Duchesne, au palais
de justice de Montréal.
Aucun des 111 t émoins i nt e r r o gé s
pa r la SQ au cours de son enquête n’a dit que
les policiers avaient été «
encerclés, projetés au sol et
étranglés », a reconnu
l’enquêteur Duchesne, longuement
contre-interrogé par Me Alain Arsenault,
l’avocat d’un des deux jeunes blessés par
balle, Jeffrey Sagor Metellus.
Me Arsenault a demandé à
l’enquêteur Duchesne s’il avait
été « induit en erreur » par
les policiers du SPVM. « On n’a pas tenté
de nous induire en erreur. On nous a donné
l’information qu’on possédait à ce
moment-là », a répondu
l’enquêteur de la SQ, visiblement irrité
par la question.
L’enquêteur Duchesne a dit ne pas se rappeler
qui lui a fourni ces informations parmi le groupe de
policiers du SPVM qui lui a fait un « briefing
» à son arrivée au parc
Henri-Bourassa, vers 23 h. Il met cela sur le compte
du « jeu du téléphone » qui
« déforme un peu ». Lors de cette
rencontre, il a aussi été informé
qu’un des jeunes blessés par balle, Jeffrey
Sagor Metellus, était un « membre actif
d’un gang de rue ».
Questionné sur les règles e n t o u r a
nt u n e p ol i t i q u e ministériel l e, l ’e
nquêteu r Duchesne a c a ndidement admis ne
jamais les avoir lues. Le policier qui compte 15 ans
de métier en était à sa
première expérience à titre
d’enquêteur principal dans une enquête sur
un autre corps de police.
Deux
poids, deux mesures ?
Après l eu r i nter vention qui a mal
tourné, les agents Pilotte et Lapointe se sont
rendus ensemble au poste de quartier 39, où ils
ont rencontré un délégué
syndical. « Une pratique courante », selon
M. Duchesne. Les deux agents sont ensuite
montés dans la même ambulance en
direction de l’hôpital Notre-Dame, toujours avec
leur représentant syndical. Puis lorsqu’ils ont
obtenu leur congé peu de temps après,
ils sont revenus ensemble au poste de quartier. La SQ
n’était pas inquiète que les deux
policiers ajustent leurs versions. « Nous, les
policiers, on est honnêtes », a
répondu l’enquêteur Duchesne.
La SQ n’a jamais interrogé les agents Lapointe
et Pilotte alors que les jeunes témoins du
drame ont été « isolés
» les uns des autres, puis questionnés au
poste de police dans les heures suivant le drame.
L’agente Pilotte a remis un rapport écrit
à son supérieur au SPVM, qui l’a ensuite
transmis à la SQ cinq jours après
l’événement, comme le prévoit la
Loi de police, a précisé
l’enquêteur Duchesne. L’agent Lapointe, lui, a
remis son rapport un mois plus tard.
Cela a fait sourciller le nouveau coroner à
l’enquête, le juge André Perreault.
« Tout ce t emps-l à , ç a l es
met à l’abri de l’i nterrogatoire ? » a
demandé le coroner. « On a suivi les
étapes. C’est leur devoir de fournir un rapport
», a répliqué M. Duchesne.
Après avoir reçu le rapport de l’agente
Pilotte, l’enquêteur n’a pas cru bon
l’interroger, car sa version était «
concluante » et corroborait celle des
témoins civils. De plus, l’enquêteur
Duchesne voulait éviter que «
l’orientation de l’enquête » ne vienne aux
oreilles de l’agent Lapointe. L’avocat de la Ville de
Montréal, Pierre-Yves Boisvert, s ’e st d’a i l
leu r s opposé au moins à deux reprises
en affirmant que l’enquête du coroner
n’était pas une « enquête sur
l’enquête de la SQ ».
Les policiers sont intervenus auprès de six
jeunes, dont Fredy Villanueva, parce que ces derniers
contrevenaient à un règlement municipal
en jouant aux dés dans un lieu public, a conclu
l’enquête de la SQ. Aucun des jeunes n’a
menacé les policiers avec une quelconque a r
me. L’agent Lapointe a tiré quatre coups de
feu, dont trois ont atteint Fredy Villanueva. La
Couronne n’a pas porté d’accusation criminelle
contre les deux agents.
Une trentaine de personnes ont assisté à
la reprise de l’audience – suspendue depuis mai
dernier –, dont la famille Villanueva, le
président de la Fraternité des policiers
de Montréal, Yves Francoeur, ainsi que des
militants de la Coalition contre la répression
et les abus policiers.
QUELQUES EXTRAITS DE LA CONSULTATION
Je
conduisaisma voiture Lexus. Il (le policier) est
sorti de sa voiture, m’a plaqué sur le capot
puis m’a passé brutalement les menottes. Il
m’a dit que j’étais en état
d’arrestation. Dès qu’ils m’ont
relâché, je me suis rendu au poste de
quartier. J’ai dit au policier responsable que je
venais porter plainte pour arrestation abusive et
profilage racial. (…) Il a refusé de me
donner les formulaires en me renvoyant à
internet. (...) Je suis sorti frustré du
poste de police, où on a refusé
d’enregistrerma plainte.
Trois sergents de la SQ font face
à la déontologie
MANIFESTATION AU SOMMET DE MONTEBELLO EN 2007
Trois sergents de la Sûreté du
Québec qui avaient infiltré une
manifestation lors du sommet des chefs d’État
nord-américains à Montebello, en 2007,
devront comparaître devant le Comité de
déontologie policière.
PHOTO FRANÇOIS
ROY, ARCHIVES LA PRESSE
Trois sergents de la SQ
avaient infiltré une manifestation lors du
sommet des chefs d’État
nord-américains à Montebello, en 2007.
Sur la photo, un manifestant finit sa bière
près d’un feu en pleine rue après que
la police eut lancé des gaz
lacrymogènes.
Dans une décision rendue lundi, le
Comité de déontologie policière a
accueilli la demande de révision à
l’égard des trois sergents pour « avoir
manqué de respect et de politesse à
l’égard d’une personne », pour «
avoir tenu des propos injurieux et avoir
utilisé un langage obscène », pour
« ne pas avoir respecté l’autorité
de la loi en incitant les gens à la violence
», pour « avoir refusé de
s’identifier alors qu’une personne lui en a fait la
demande » et pour « avoir abusé de
son autorité en utilisant la force ».
Cette cause se rapporte à la manifestation qui
avait eu lieu lors du sommet de Montebello, les 21 et
22 août 2007.
Dans ce cas, le plaignant est David Coles,
président du Syndicat canadien des
communications, de l’énergie et du papier.
Une preuve vidéo a été
déposée lors de l’étude de la
plainte par un commissaire à la
déontologie policière. En
première instance, le commissaire avait
rejeté la plainte de M. Coles, le 19 mai
dernier, d’où la demande de révision.
Le syndicat manifestait, comme d’autres personnes,
lors du sommet des c hefs d’État.
La
preuve démontre que M. Coles et ses compagnons
manifestaient, « normalement vêtus, sans
masque, identifiés par un drapeau de grande
dimension portant leur sigle », rapporte le
comité dans sa décision.
Après un certain temps, « la foule de
manifestants, à laquelle M. Coles et son groupe
ne veulent pas se mêler, s’approche d’eux avec
à leur tête trois individus
masqués, dont l’un porte ostensiblement une
pierre dans la main », rapporte encore le
comité.
« Ces personnes sont pointées par des
manifestants comme étant des policiers. Tant M.
Coles que les autres syndiqués leur demandent
de retirer leur masque et à celui en possession
d’une pierre de la jeter au sol. Ces gens, qui sont de
fait des policiers, refusent de se démasquer.
Celui qui tient une pierre ne s’en désarme pas
et pousse vigoureusement M. Coles en lui
proférant des obscénités. Il
s’agit en l’occurrence des trois policiers
intimés », écrit encore le
comité.
Ces fa it s ont mené à l a plainte de M.
Coles pour actes dérogatoires
présumés par des policiers.
Dans sa décision en révision, le
Comité de déontologie ordonne au
commissaire de citer les trois sergents devant le
Comité dans les 15 jours suivant la date de
cette décision.
Il ordonne aussi au commissaire de poursuivre son
enquête concernant la plainte de vol du drapeau
du syndicat.
Il confirme cependant la décision du
commissaire rejetant les reproches adressés
à l’inspecteur de la Sûreté du
Québec.
Intervention trop musclée Deux policiers du
SPVM suspendus sans solde
«
Le geste du policier était excessif. Au moment
où le coup a été porté,
l’agent Colas avait déjà perdu le
contrôle de l’intervention. »
Donner un coup de poing à la tempe d’un voleur de
voiture qui tente de s’enfuir ou, pire, lui assener un
coup à la tête avec son arme de service, ne
constitue pas un usage normal de la force pour un
policier.
Voilà ce que vient de statuer le Comité de
déontologie policière du Québec,
dans une décision concernant une intervention
musclée faite par deux policiers du SPVM, le 23
décembre 2003.
Ce jour-là, les policiers Éric Colas et
Louis Sant, qui ont écopé de suspensions
sans solde respectives de 10 et 20 jours, pourchassent
un véhicule volé, à bord duquel se
trouve le présumé voleur, Serge
Hébert.
Une
fois le véhicule intercepté, dans la
cour sans issue d’un commerce, les deux policiers
sortent de leur voiture, s’approchent du
véhicule du fuyard et visent le conducteur avec
leur arme de service. L’agent Sant fracasse alors la
vitre de la portière avec sa matraque. Puis,
alors que le suspect tente d’atteindre le bras
d’embrayage pour fuir, l’agent Colas lui donne un coup
de poing à la tête.
« Bien que le coup porté par l’agent
Colas n’ait pas causé de blessure, le policier
visait la tempe qui, de son propre aveu, est un
endroit dangereux pouvant causer une blessure grave,
lit-on dans la décision du comité de
déontologie. Le geste du policier était
excessif. Au moment où le coup a
été porté, l’agent Colas avait
déjà perdu le contrôle de
l’intervention et était en état de
panique. »
L’intervention des policiers prend ensuite un tournant
presque tragique: dans le but d’extraire le suspect de
son véhicule, l’agent Sant lui donne un coup
à la tête avec son arme de service.
« Un coup de feu part à la suite de
l’impact et M. Hébert perd connaissance
», lit-on dans le rapport. Le suspect, qui n’a
pas été atteint par le projectile, s’en
tire avec des blessures superficielles.
Aucune jurisprudence n’existe pour une intervention
semblable, indiquent les commissaires. « L’agent
Sant connaissait le risque et le danger que son geste
pouvait avoir, car il a averti son collègue de
se déplacer, concluent-ils. Pour le
Comité, il s’agit d’un geste
irréfléchi, dangereux et excessif fait
par le policier, dont la conséquence aurait pu
être tragique. Les agents Colas et Sant avaient
tous deux plus de 10 ans d’expérience au SPVM
lors de l’incident. Le fait qu’ils n’aient ni l’un ni
l’autre la moindre inscription en déontologie
à leur dossier a été pris en
compte par les commissaires.
Une
réforme pour qu’il y ait plus de policiers sur le
terrain
« Si tu veux vraiment affaiblir le crime
organisé, il faut que tu travailles sur les
produits de la criminalité, donc des saisies
d’actifs. » Avec l’opération SharQc, la
police a saisi quelque 2 millions en espèces.
En poste depuis un an, le chef de la
Sûreté du Québec, Richard
Deschesnes, a entrepris une réforme des
structures de son organisation pour « avoir plus
de monde sur le terrain et moins dans les bureaux
». En entrevue exclusive à La Presse, le
directeur général de la SQ a
souhaité « une ligne de commandement plus
directe, plus rapide ».
Le policier de 49 ans détient une
maîtrise en administration des affaires. Son but
est de diminuer le nombre de paliers de gestion pour
mettre plus de policiers sur le terrain.
Déjà, la semaine dernière, un
membre de la direction a rencontré les
officiers du corps policier pour leur présenter
cette nouvelle structure. Ainsi, les enquêtes
seront divisées en cinq créneaux:
intégrité de la personne, renseignements
criminels, enquêtes régionales,
intégrité financière et crime
organisé.
Des enquêteurs seront déplacés des
grands centres vers certaines régions, a
expliqué le chef de police, qui est
réputé pour être branché
sur les régions. « Les cinq
créneaux vont nous permettre d’être plus
performants, d’avoir une meilleure coordination, un
meilleur échange de renseignements et, lorsque
nécessaire, de créer des task forces
», a indiqué M. Deschesnes (voir autre
texte).
Autre exemple : la quarantaine de policiers
chargés de recueillir des renseignements dans
la section de la lutte contre le terro-
Un printemps faste
La SQ
a connu un printemps 2009 aussi rempli, sinon plus,
qu’en 2001, lorsqu’elle a réalisé avec
les autres corps policiers de la province sa
première rafle d’envergure contre les motards.
Dans les trois derniers mois, la SQ et ses partenaires
ont réalisé 331 perquisitions et 343
arrestations visant le crime organisé. 5345
policiers. Avec l’opération SharQc, la police a
saisi quelque 2 millions en espèces. Cinq
blocages des propriétés du Hells Angel
Marvin « Casper » Ouimet – d’une valeur de
10 millions – ont aussi été
réalisés.
« On veut mettre une pression constante sur le
crime organisé », ajoute M. Deschesnes.
Cet été, les enquêteurs vont
rester aux risme travailleront désormais aux
côtés des enquêteurs des crimes
contre la personne dans le créneau «
intégrité de la personne ». Cette
décision a été mal reçue
par certains policiers, qui privilégient le
mode renseignement au mode enquête pour lutter
contre le terrorisme, selon nos informations. Le chef
de police en est conscient. Il est convaincu que ses
troupes comprendront le bien-fondé de la
réforme lorsqu’elles auront toutes les
informations en main. L’opération SharQc,
notamment, a permis d’inculper 156 personnes, dont 111
membres actifs ou retraités des Hells Angels.
Depuis Printemps 2001, la SQ a «
évolué », selon son chef. «
La présence des procureurs au dossier
dès le début nous aide à
recueillir une meilleure preuve. Si tu veux vraiment
affaiblir le crime organisé, il faut que tu
travailles sur les produits de la criminalité,
donc des saisies d’actifs », souligne celui qui
dirige aguets. « Les criminels ont une
facilité à développer leur
relève », indique-t-il.
Parlant de relève, alors que la police de
Montréal est en mode compressions, la SQ compte
embaucher quelque 200 policiers cette année. La
SQ dessert 1038 des 1115 municipalités du
Québec. Son chef est d’ailleurs en pleine
tournée provinciale pour rencontrer les
dirigeants des différentes MRC. Ces
dernières années, de petites
municipalités ont critiqué le manque de
présence de la SQ sur leur territoire ainsi que
les coûts de son service. « Depuis le
dernier contrat de travail en 2005, 62 nouveaux
contrats avec des MRC ont été
signés. On a beaucoup amélioré
notre desserte. On a encore des choses à
améliorer, bien sûr, de concert avec les
élus, mais on travaille fort là-dessus
», a souligné le chef, qui est originaire
de Chicoutimi.
La SQ a aussi été chargée cette
année de faire enquête sur les deux
policiers de Montréal mêlés
à la mort de Fredy Villanueva à
Montréal-Nord. À l’ouverture de
l’enquête publique du coroner (suspendue
depuis), on a appris que ces deux policiers n’avaient
jamais été interrogés par la SQ.
L’enquêteur de la SQ a reçu des rapports
écrits des policiers de Montréal deux
semaines après l ’ événement.
« L’enquête du coroner ayant
arrêté, on n’a pas eu la chance de voir
la suite des événements qui viendra
fournir des explications », a dit M. Deschesnes,
qui souhaite la reprise de l’enquête du coroner.
« L’indice le plus important de satisfaction,
pour moi, c’est la confiance de la population envers
la Sûreté. C’est important pour nous
autres, que ce soit lorsqu’on mène des
enquêtes indépendantes (sur un autre
corps de police), des enquêtes sur le crime
organisé ou sur l’intégrité
financière des institutions », a conclu
le grand patron de la SQ.
Travaux de 3,9 millions au Centre judiciaire Gouin
Les
rafles des derniers mois risquent d’engorger les
tribunaux
Les opérations policières d’envergure
réalisées ces derniers mois contre le
crime organisé forcent le ministère de
la Justice à délier les cordons de la
bourse. Pour juger tous ces prévenus, le
Centre judiciaire Gouin, un palais de justice
construit à Montréal il y a quelques
années à peine, devra être
rénové au coût d’environ 3,9
millions de dollars, a appris La Presse.
PHOTOIVANOHDEMERS,
ARCHIVES LA PRESSE
Le présumé
motard Salvatore Cazzetta, arrêté
lors de l’opération SharQc, à la
mi-avril. Au total, les corps policiers du
Québec ont arrêté près
de 400 présumés criminels depuis
février 2009.
Les travaux de modernisation qui coûteront 3
875 000 $ ont déjà commencé
sans tambour ni trompette. Ils n’ont fait l’objet
d’aucune annonce du gouvernement Charest. « La
décision a été prise à
la suite de l’opération SharQc. On avait
déjà reçu des demandes, mais on
ne pouvait pas commencer les travaux avant cette
opération policière pour ne pas mettre
la puce à l’oreille à qui que ce soit
», a expliqué à La Presse, une
porte-parole du ministère de la Justice, Me
Johanne Marceau.
Avec l’opération SharQc à la mi-avril,
la Sûreté du Québec a
donné un dur coup à l’organisation des
Hells Angels en inculpant 156 personnes, dont 111
membres actifs ou retraités du puissant gang
de motards.
Au total, dans le cadre d’opérations
majeures, les corps policiers du Québec ont
arrêté près de 400
présumés criminels depuis
février 2009 (Axe, SharQc, Cerro, Dictature,
Machine, Sable et Borax). Un engorgement des
tribunaux est à prévoir.
Le
Centre judiciaire Gouin a été
construit à toute vitesse au coût de
16,5 millions de dollars en prévision des
nombreux et gros procès des motards
découlant de l’opération Printemps
2001. Ce palais de justice est déjà
muni de portiques de sécurité
(détecteurs de métal) et les box des
accusés sont sécurisés. Les
deux salles d’audience sont plus vastes que celles
du palais de justice de Montréal. Un tunnel
relie le Centre judiciaire Gouin à la prison
de Bordeaux, sa voisine, facilitant les
déplacements des prévenus.
Après les superprocès des Hells
Angels, le Centre judiciaire Gouin a
été peu utilisé. Il a servi
à la tenue du procès du gang de la rue
Pelletier en 2006 et plus récemment à
celui des cinq présumés membres de
gang de rue acquittés du meurtre d’une
victime innocente d’une guerre de gangs, Raymond
Ellis.
Aucun agrandissement extérieur n’est
prévu, selon Me Marceau, du ministère
de la Justice. Il s’agit d’agrandir les bureaux de
la poursuite et de moderniser les équipements
multimédias. Les travaux sont faits à
la demande, entre autres, de l’équipe de
travail de la Direction des poursuites criminelles
et pénales chargée de
l’opération SharQc, a précisé
Me Marceau. L’équipe composée de 45
personnes (procureurs et enquêteurs) est
à l’étroit dans ses bureaux actuels du
Centre Gouin, confirme la porte-parole de la DPCP,
Martine Bérubé. À titre de
comparaison, l’équipe de la poursuite
était deux fois moins grande à
l’époque de Printemps 2001.
De plus, « des améliorations des
installations technologiques sont rendues
nécessaires en raison de l’ampleur de la
preuve dans SharQc qui a été
amassée grâce à des moyens
modernes », indique Mme Bérubé
de la DPCP.
Une portion des travaux devrait être
terminée en septembre alors que des
procès découlant de l’opération
Colisée s’y tiendront (arrestation en 2006 de
90 personnes présumément liées
à la mafia italienne).
L’échéancier de la fin des travaux est
fixé en décembre.
ALLÉGATIONS DE CORRUPTION À
MONTRÉAL Le chef de la SQse dit «
préoccupé »
«
On
va prendre les mesures pour mener à bien ces
enquêtes-là dans les délais les
plus rapides, tout en étant conscients que
ça ne prendra pas une semaine. »
Le patron de la Sûreté du Québe
c , Ri c ha r d Deschesnes, est tellement «
préoccupé » par l’infiltration
du crime organisé dans l’économie
légale, que lors d’une interview exclusive
accordée à La Presse, il a
révélé qu’il songe à
créer un « task force »
d’enquêteurs affectés à temps
plein aux récentes allégations de
corruption et de malversation à
Montréal.
Le grand patron de la
Sûreté du Québec, Richard
Deschesnes, est en poste depuis un an.
« De mémoire de policier », le
directeur général de la SQ, qui compte
28 ans de carrière, n’a jamais vu autant
d’enquêtes en cours sur des allégations
de corruption dans la métropole. « On
va prendre les mesures pour mener à bien ces
enquêtes-là dans les délais les
plus rapides, tout en étant conscients que
ça ne prendra pas une semaine. Les gens ne
nous pardonneraient pas de faire des enquêtes
bâclées, rapides, qui ne
mèneraient à rien », souligne le
policier âgé de 49 ans, directeur de la
SQ depuis un an.
En vertu de la loi sur la police, la SQ a la
responsabilité unique d’enquêter sur
les allégations de corruption et de
malversation des fonctionnaires judiciaires,
gouvernementaux ou municipaux. Le corps policier
provincial mène actuellement cinq
enquêtes touchant la Ville de Montréal.
La plus ancienne, celle sur le contrat de
construction du Centre
intergénérationnel d’Outremont, a
été ouverte il y a un an et demi.
« C’est clair que la SQ est
préoccupée par l’infiltration du crime
organisé dans l’économie
légale. Ça inclut l’obtention de
contrats par malversation, a indiqué le chef
de police. J’ai demandé à mes gens des
enquêtes criminelles de faire le
nécessaire pour que ces
enquêtes-là soient menées avec
diligence, dans les règles, de façon
à traduire devant les tribunaux ceux qui ont
commis des infractions criminelles. »
La direction de la SQ évalue actuellement la
charge de travail de ses enquêteurs de la
division des crimes économiques. « Ce
sont des enquêtes complexes, qui ne peuvent
pas se faire rapidement. Elles nécessitent
beaucoup d’analyses de documents, de rencontres de
personnes. Disons qu’on a pas mal de dossiers. Nos
gens sont très occupés
présentement », résume ce chef
reconnu pour être un spécialiste des
opérations délicates.
Coup de main
La
SQ compte environ 800 enquêteurs dans tout
le Québec. De ce nombre, une soixantaine
sont affectés aux crimes
économiques. Une quarantaine d’autres
forment un groupe spééquipes
composées d’enquêteurs aux expertises
complémentaires et chargées de
résoudre un dossier précis. Le corps
policier l’a fait dans le passé pour
enquêter sur le scandale des commandites et
les dépenses du lieutenant-gouverneur Lise
Thibault , rappel le-t-i l . Les récentes
allégations concernant Montréal
nécessitent-elles une telle équipe?
« On pourrait penser ça »,
répond-il. cialisé dans la
criminalité fiscale organisée.
« Ce n’est pas énorme, c’est
sûr et certain. On évalue
présentement où l’on va prendre des
enquêteurs d’autres groupes pour leur donner
un coup de main », dit M. Deschesnes, sans
vouloir préciser combien d’enquêteurs
sont af fectés à l’heure actuelle
aux dossiers montréalais.
Le chef de la SQ croit beaucoup aux « task
forces » , des
Un entrepreneur, Paul Sauvé, a
récemment dénoncé dans La
Presse l’intervention du crime organisé
dans l’attribution des contrats à la Ville
de Montréal. À la suite de ces
révélations, la SQ a
réactivé une ligne
téléphonique, la semaine
dernière, pour récolter des
informations du public sur des actes
d’intimidation, de violence et de corruption dans
le milieu de la construction (1-800-659-4264).
Bâtir la preuve
« Au début de ma carrière,
j’ai travaillé en région, sur la
Côte-Nord notamment. On me disait souvent :
" Un tel vend de la drogue, tout le monde le sait,
pourquoi vous ne l’arrêtez pas?" " Tout le
monde le sait", ce n’est pas une preuve quand tu
arrives à la cour. Parmi "tout le monde",
il faut trouver des témoins directs pour
bâtir la preuve », illustre le chef de
police.
Bien que certains élus ou ex-élus de
Montréal aient dit ne pas avoir
été interrogés par la police
concernant des allégations de corruption,
cela ne signifie pas qu’ils ne le seront jamais.
Le chef de la SQ n’est pas autorisé
à donner des renseignements sur les
enquêtes en cours. Toutefois, fait-il
remarquer, « c’est important quand on
rencontre quelqu’un d’avoir en main toutes les
informations nécessaires pour pouvoir le
confronter. Dans certains cas, on fait une
première rencontre préliminaire. On
travaille les informations et on revient le voir
pour des précisions. Dans d’autres cas, on
va attendre à la fin de l’enquête.
Chaque enquête a son plan »,
explique-t-il.
L’encerclement
des Hells - André Cédilot
Les
policiers ont fait des rafles contre les motards «
avant qu’il ne soit trop tard »
« Il fallait agir avant qu’il ne soit trop tard.
On ne veut pas faire face aux problèmes qu’on a
avec la mafia, qui a, depuis 40 ans, pris le
contrôle de certains secteurs de
l’économie. »
Commencée il y a 10 ans, au plus fort de la
guerre des motards, la mobilisation de la police contre
les Hells Angels commence à porter ses fruits.
Marquée par 81 dossiers d’enquête, cette
patiente stratégie d’encerclement a
culminé avec l’opération SharQc, qui a
permis d’inculper presque tous les membres du puissant
gang de motards québécois, le 15 avril
dernier.
Proche des Hells Angels, Yannick
Larose, 36 ans, était en vacances au Mexique
lors de la rafle policière du 20 mai pour
démanteler un réseau qui s’imposait
agressivement dans le commerce de l’esthétisme
automobile. La Sûreté du Québec a
donné son signalement à Interpol.
Grâce à la loi antigang, héritage
empoisonné de Maurice Boucher et de la guerre des
motards, le ministère public a pu mettre en
accusation pas moins de 156 personnes, dont 111 membres,
actifs ou retraités, des Hells Angels. Vingt-cinq
individus sont toujours recherchés.
L’opération SharQc est l’une des plus importantes
des annales judiciaires nord-américaines.
Tout en montrant encore une fois la forte implication
des Hells Angels dans le trafic de drogue, le prêt
usuraire et d’autres activités illicites, toutes
ces opérations coup-de-poing s’imposaient,
étant donné l’apport grandissant des
motards et de leurs associés dans des entreprises
légales, avec tous les risques de concurrence
déloyale et de corruption que cela laisse planer.
« Il fallait agir avant qu’il ne soit trop tard.
On ne veut pas faire face aux problèmes qu’on a
avec la mafia, qui a, depuis 40 ans, pris le
contrôle de certains secteurs de l’économie
», a souligné un policier qui a
participé à plusieurs enquêtes.
À l’en croire, c’est ce qui a incité les
gouvernements à appuyer davantage l’action de la
police au cours des dernières années, en
renforçant les lois et en injectant des millions
de dollars dans la lutte contre le crime
organisé.
À l’instar du gouvernement, les policiers
s’inquiètent sérieusement de ce qui se
passe dans le secteur de la construction: appels
d’offres truqués, soumissions arrangées,
collusion, trafic d’influence, pots-de-vin, hausse
à répétition des coûts des
travaux, fraudes fiscales, tout semble permis dans ce
milieu. La Sûreté du Québec a
plusieurs enquêtes en cours. L’une d’elles
concerne les paradis fiscaux, aux îles Caymans et
en Europe.
Le plus incroyable, c’est que la police récolte
une très petite part de tous ces biens acquis
avec l’argent sale. À peine 5 millions de dollars
ont été gelés à la suite de
l’opération SharQc, Québec. Le policier
cite l’exemple de la soudaine série de
méfaits qui a marqué l’entrée en
scène, il y a trois ou quatre ans, des Hells
Angels Mario Brouillette et David Rouleau dans une
entreprise de construction de la région de
Lanaudière. liens du Hells Angels Normand Mar v i
n « Casper » Ouimet avec l’ancien dirigeant
de la FTQ-Construction.
L’opération Colisée, qui a permis
d’écrouer les gros bonnets du clan Rizzuto, a
étalé au grand jour l’immense fortune de
la mafia montréalaise et l’étendue de ses
ramifications dans le monde des affaires à
Montréal et ailleurs dans le monde. « Les
motards suivent les traces de la mafia »,
soutiennent les policiers.
Les Hells Angels possèdent, directement ou par le
truchement de prête-noms, des firmes de
construction et d’aménagement paysager, des
ateliers mécaniques, des bars, des restaurants,
des commerces de voitures d’occasion et de
pièces, etc. Ils ont des propriétés
et des actions à la Bourse, ils investissent dans
les pierres précieuses et dans les bien que la
loi fasse maintenant porter le fardeau de la preuve aux
accusés en matière de produits de la
criminalité.
Étonnamment, même si elle est en vigueur
depuis quelques années déjà, cette
disposition n’a pas encore été
sérieusement éprouvée devant les
tribunaux. « Les enquêtes restent longues et
complexes. Les motards sont protégés par
des prête-noms et des compagnies-écrans, et
ils sont bien conseillés », soutiennent les
policiers qui luttent contre le blanchiment d’argent.
Selon eux, c’est encore les inspecteurs du fisc qui font
le plus mal.
Les motards sont beaucoup plus frustes que les mafiosi.
« Ils mènent leurs business
légitimes de la même façon qu’ils
mènent leur trafic de drogue: par l’intimidation
», note un spécialiste de la lutte
antimotards de la Sûreté du
Dernièrement, les policiers de la SQ s’en sont
pris au petit empire de Yannick Larose, 36 ans, un autre
ami de Brouillette, qui tentait de prendre le
contrôle des ateliers d’esthétique
automobile dans la grande région de
Montréal. L’enquête a été
entreprise à la suite de plaintes d’hommes
d’affaires qui ont été menacés ou
dont les commerces ont fait l’objet de vandalisme ou
d’attentats au cocktail Molotov. Selon les
enquêteurs, Larose, qui a un lourd casier
judiciaire, se cache au Mexique avec sa famille. Son nom
figure sur la liste des personnes recherchées par
Interpol.
Cette
offensive de la police ne se fait pas toute seule. Elle
met à contribution des procureurs de la Couronne,
des analystes, le fisc, les douanes, les services
correctionnels et d’autres organismes, comme la
Régie des alcools, des courses et des jeux
(RACJ). « Quand la Régie révoque ou
suspend le permis d’un des bars des motards, c’est le
beurre qu’ils mettent sur leur pain qui s’envole
», a noté un enquêteur de l’escouade
moralité-alcool de la police de Montréal.
Dans l’analyse des dossiers qui lui sont soumis, la RACJ
se préoccupe plus que jamais des prête-noms
qui sollicitent des permis.
C’est l’opérationPrintemps 2001 qui a vraiment
ouvert les yeux de la police sur la richesse des Hells
Angels. Des documents comptables informatisés ont
démontré que la « table » des
Hells Angels Nomads, qui s’occupait de distribuer la
drogue à quatre des cinq autres sections de
l’organisation, avait empoché à
l’époque 111,5 millions en 18 mois.
Ces gains étaient le résultat de la vente
de 2180 kg de cocaïne et de 1088 kg de haschisch.
C’est sans compter la marijuana, l’ecstasy et toutes les
autres activités – extorsion, prostitution,
recrutement de danseuses nues, etc. – auxquelles ils
peuvent s’adonner. Plus indépendants, les Hells
Angels de Sherbrooke étaient les seuls à
ne pas s’approvisionner auprès des Nomads.
Depuis cette vaste enquête, et forts de leurs
succès devant les tribunaux (une quarantaine de
membres des Nomads et de leur filiale des Rockers de
Montréal ont notamment été
condamnés), les policiers n’ont cessé de
talonner les Hells Angels afin de leur briser les reins.
Avec sept équipes de choc ( Escouades
régionales mixtes) mises sur pied aux quatre
coins du Québec, ils ont continué les
coups de force et multiplié les arrestations de
membres et d’alliés des différentes
sections.
À l’instar de ce qui se passe à
Montréal, la stratégie est assez
évidente : les enquêteurs s’attaquent
d’abord aux maillons faibles, souvent de fidèles
soldats de la base et de petits chefs. À l’aide
d’informateurs recrutés au fil du temps, qu’ils
transforment au besoin en agents sources payés
à la semaine de façon à diriger
leur travail d’infiltration, ils remontent jusqu’aux
têtes dirigeantes. En somme, plus ils font
d’enquêtes, plus ils accumulent de renseignements,
plus ils sont en mesure d’entreprendre des
enquêtes fructueuses.
Exemple tout frais : l’opération SharQc est le
fruit de l’analyse de 58 vieux dossiers d’enquête
et des résultats de 23 autres enquêtes
faites entre 2006 et 2009, avec l’aide de quatre agents
sources. L’un d’eux est un ancien membre haut
placé des Hells Angels de Sherbrooke, Sylvain
Boulanger, qui touchera 3 millions pour ses services.
Suivis pas à pas par une équipe de 11
procureurs avisés, les enquêteurs ont
étoffé leur dossier à l’aide de
filature, d’écoute électronique et de
saisies à la sauvette (« entrées
subreptices », dans le jargon judiciaire).
Faisant preuve d’imagination et d’audace, comme durant
l’opération Printemps 2001, les policiers ont
notamment réussi à filmer des rencontres
secrètes (des « messes », comme ils
disent) organisées par les Hells dans des
chambres d’hôtel, des chalets isolés et
même sous une tente géante à
Lennoxville, à l’arrière du repaire des
Hells de Sherbrooke. Les policiers ont notamment
épié des rencontres jusqu’en
Colombie-Britannique et au Nouveau-Brunswick. Ils ont
aussi capté sur vidéo l’intronisation de
nouveaux membres québécois en...
République dominicaine.
À Montréal, les policiers ont fait tomber
coup sur coup les deux réseaux appelés
à prendre la relève des Nomads et des
Rockers dans la distribution de drogue au centre-ville.
« Dès qu’une enquête se terminait, et
on en menait parfois quatre de front avec les
différentes escouades, on était
prêts à en commencer une autre », a
souligné un détective montréalais.
C’est ainsi, en s’attaquant à la « clique
» des Syndicates, que la police a
épinglé Mario Brouillette en 2006. Il en a
été de même en début
d’année avec les frères Lavertue,
écroués à la suite d’une
enquête visant les frères Zéphir,
devenus les nouveaux paons du centre-ville pour le
compte des Hells Angels.
Ainsi, avant même l’opération qui a
emporté il y a 10 jours Daniel Leclerc, des Hells
Angels Nomads de l’Ontario, décrit comme le
patron de la « compagnie » du boulevard
Saint-Laurent, les rafles à
répétition ont tellement
déstabilisé les Hells Angels qu’ils ont
peine à maintenir l’ordre parmi les revendeurs du
centre-ville.
Faute d’associés inf luents, ils ont fait appel
à de vieilles connaissances et à des
videurs de bar pour tenter de faire entendre raison aux
récalcitrants. « Ils composent avec les
petits trafiquants puisqu’ils ne les maîtrisent
pas », soutiennent les policiers. Certains
craignent tout de même pour leur vie et se mettent
à la solde des motards, en attendant mieux.
Un entrepreneur se met à table
- Denis Lessard
Quand un
entrepreneur en difficulté frappe à la porte
des Hells Angels, il ne sait pas qu’il s’apprête
à vivre un cauchemar. Il ne sait pas non plus qu’il
perdra le contrôle de son entreprise et vivra sous
la menace et la terreur. Le crime organisé trouve
« On se retrouve avec ces gens-là qui
gèrent nos chantiers, raconte Paul Sauvé. Et
quand tu commences à regimber, il y a des
pièces d’équipement qui valent des milliers
de dollars qui disparaissent. »
Les policiers l’avaient prévenu la veille. Deux
années d’interrogatoires, cela crée des
liens. Le 15 avril, jour de cette opération top
secrète, Paul Sauvé, entrepreneur de
Montréal, se trouvait à Toronto.
Vissé à sa télé d’hôtel,
dès 6h, il regardait les premières images de
l’opération SharQc, la plus grosse frappe de
l’histoire de la Sûreté du Québec,
celle qui devait décapiter les Hells Angels.
« J’ai l’impression d’avoir
mis mes culottes, d’avoir aidé à
l’arrestation de 111 Hells, mais mon entreprise est dans
une situation financière pire qu’avant »,
résume l’entrepreneur Paul Sauvé dans un
entretien de plusieurs heures accordé à La
Presse.
« J’ai vu les hél icoptères. Comme
c’était une journée claire, on voyait qu’ils
allaient à Sorel. Je voyais les policiers
arrêter les gars et je me disais: Wow, la
Sûreté m’a pas menti, ça arrive!
J’étais content, je me suis dit : Je ne veux
tellement pas qu’une autre personne ait à vivre
ça! »
Paul Sauvé a vécu un véritable
cauchemar il y a deux ans quand il s’est retrouvé,
du jour au lendemain, avec un Hells Angels dans son
entreprise. Il a vu de l’argent liquide circuler, il a
reçu des menaces. C’est alors qu’il demandé
à ce qu’on le sorte de cette impasse.
Car l’opération SharQc qu’il regardait à la
télé, Paul Sauvé y était pour
quelque chose. Il en était de même pour la
série de perquisitions réalisées au
printemps à la FTQ-Construction et chez plusieurs
entrepreneurs de la grande région de
Montréal.
« J’ai l’impression d’avoir mis mes culottes,
d’avoir aidé à l’arrestation de 111 Hells,
mais mon entreprise est dans une situation
financière pire qu’avant », résume M.
Sauvé dans un entretien de plusieurs heures
accordé à La Presse de son bureau de la rue
Sainte-Catherine.
« Y a-t-il d’autres entrepreneurs que moi au
Québec qui pensent que l’industrie de la
construction a besoin d’un ‘shake up’? Je pense que oui
», lance-t-il.
Jouer avec le feu
Le petit-fils d’Albert Sauvé, chef-maçon au
chantier de l’oratoire Saint-Joseph, a joué avec le
feu et s’est fait de bien curieuses relations en 2006,
dans l’espoir de sauver son entreprise et décrocher
d’importants contrats.
L’entreprise familiale, LM Sauvé, était en
crise de croissance. Pour faire mentir les statistiques,
Paul Sauvé a voulu faire bondir le chiffre
d’affaire annuel de 1 à 30 millions de dollars.
Mais un important contrat, celui de la réfection de
l’église St. James, rue Sainte-Catherine, s’est
malheureusement transformé en gouffre financier.
Résultat : plus de 3 millions de pertes. «
Une réussite urbanistique, un désastre
financier », résume-t-il. LM Sauvé
devait retrouver la voie de la rentabilité. Et
vite.
Paul Sauvé frappe alors à la porte du Fonds
de solidarité de la FTQ. On est au début de
2006. « Son entreprise était en
difficulté financière extrême. Un
rapport de la firme comptable Raymond Chabot était
très clair », résume Josée
Lagacé, porte-parole du Fonds. Le Fonds repousse sa
demande. C’est ce dossier de LM Sauvé qu’est
allé chercher la police quand elle a
perquisitionné au Fonds de solidarité,
confirme-t-elle.
Le monde de la construction au Québec a des
ramifications surprenantes. Sauvé se frotte un
moment à la FTQ dans un projet d’école de
maçons. Ses chantiers s’embourbent à cause
de la multiplication des plaintes à la CSST. Une
autre fois, il a des problèmes pour payer ses
cotisations à la Commission de la construction.
Devant lui, affirme M. Sauvé, Jocelyn Dupuis,
directeur de la FTQ-Construction, a passé un coup
de fil à un cadre de la Commission pour ordonner
qu’on accorde un sursis à LM Sauvé. Joint
par La Presse, M. Dupuis a refusé de commenter.
Aux abois, M. Sauvé cherche des conseils partout.
Il dote l’entreprise familiale d’un conseil
d’administration. Un autre entrepreneur venu de
l’industrie des grues lui recommande de nouveaux
contremaîtres, plus efficaces.
C’est alors que Sauvé accueille Normand «
Casper » Ouimet sur sa liste d’employés.
Ouimet est un membre influent du chapitre des Hells de
Trois-Rivières, un des très rares motards
à avoir échappé au coup de filet de
la SQ en avril. Il est toujours en cavale,
recherché par la police.
« Surintendant » bien particulier, Casper
Ouimet devient un pivot dans les relations de travail de
l’entreprise. M. Sauvé n’est pas dupe, il sait
très bien qu’il joue avec le feu, qu’il «
parle avec le diable ». « Les cinq ou six mois
qui ont suivi sont assez lourds sur la conscience »,
convient-il.
« Il y a toutes sortes de personnages que j’ai vus
arriver sur mes chantiers, raconte l’entrepreneur.
À un moment donné, cela devient
évident que c’était des motards, des Hells
Angels en règle. »
Machine à laver l’argent
Mais avec
l’arrivée de ces « bad guys », la
productivité « est passée de 50%
à 250%... overnight » sur les chantiers de
Sauvé. Aussi, plus de problèmes pour obtenir
des grues, un problème récurrent pour la
maçonnerie. « Ça arrive de partout
», ajoute Sauvé. Ouimet paye désormais
directement les ouvriers en argent comptant, en remet,
quand il le faut, pour les heures supplémentaires.
En retour, toujours selon M. Sauvé, LM Sauvé
paie des factures comme fournisseur à la
société à numéro de Ouimet. La
police a en main la liasse des chèques
identifiés, versés par LM Sauvé
à ce faux « fournisseur ». Les
nombreuses perquisitions survenues dans le secteur de la
construction au printemps visent essentiellement à
vérifier l’étendue du
phénomène.
Le motard Casper Ouimet a le bras long – mais sait bien
qu’il doit rester sur son territoire. Quand LM
Sauvé soumissionne pour un projet à Toronto,
Paul Sauvé est accueilli à l’aéroport
du centre-ville par deux fier-à-bras qui menacent
de lui « casser les jambes ». « Casper
told us that you won’t do the contract », lancent
les deux matamores, se souvient Sauvé.
Sauvé n’est pas facilement impressionnable
pourtant. « Des gars avec plein de tatouages et pas
de cheveux sur la tête, j’en avais 20 sur mon
payroll. Ce n’est qu’une apparence. Ils font les lunchs de
leurs enfants le matin. Mais des gars comme Ouimet, on
voit dans leurs yeux que ce n’est pas la même chose.
Eux, c’est des vrais », résume Sauvé.
« Une fois que vous avez traversé ce pont, il
faut être équipé fort pour retraverser
la rivière », soupire l’entrepreneur, qui
avoue avoir été « bien niaiseux
» d’avoir ainsi joué avec le feu. « On
se retrouve avec ces gens-là qui gèrent nos
chantiers, raconte l’entrepreneur. Et quand tu commences
à regimber, il y a des pièces
d’équipement qui valent des milliers de dollars qui
disparaissent. »
Ces relations avec le monde interlope tournent vite au
vinaigre. Selon Sauvé, ces nouveaux « patrons
» veulent le mettre en touche, prendre le
contrôle de l’entreprise. « Ils voulaient le
nom LM Sauvé. Ils ont pris le contrôle de mon
entreprise, pour me ramener à un rôle de
vendeur. » Quand on essaie de le convaincre d’aller
prendre deux mois de repos dans un centre
spécialisé à Joliette, le bouchon
saute.
Casper Ouimet, « plus large que haut, tatoué
partout », se fait menaçant. « À
un moment donné, il ouvre sa valise d’auto et me
montre sa veste de Hells ‘patché’. Il me dit :
« Dans mon monde, quand il n’y a pas de corps, il
n’y a pas de procès. » « Je vois sa
veste avec des ailes... », se souvient Sauvé.
Un matin, quand Ouimet se présente au bureau, il a
un comité d’accueil. Sauvé a retenu les
services d’une agence de sécurité. Le motard
tourne les talons sans demander son reste.
« L’épisode des Hells, moralement ça
m’a jeté à terre. Vous ne pouvez pas
imaginer à quel point. C’est un coup de deux par
quatre dans le front », lance Sauvé.
On passe à table
Un cousin, agent de la GRC, lui recommande d’aller voir la
police. Et de prendre un garde du corps – il embauchera un
agent de la SQ à la retraite. Sauvé passe
à table devant les enquêteurs de l’escouade
des fraudes fiscales. Ici, son histoire ne surprend
personne. Justement, la SQ fouille depuis des mois la
« pénétration » du crime
organisé dans l’économie.
« Ils m’ont dit qu’ils enquêtaient sur ces
choses-là depuis deux ans, qu’il y avait d’autres
entreprises touchées », résume
Sauvé.
Dans la preuve qui sera déposée à la
suite de l’Opération SharQc, la police
dévoilera d’ailleurs des vidéos où
des motards, réunis en concile, disent ouvertement
qu’ils doivent pénétrer l’économie
légitime pour blanchir les revenus de la vente de
stupéfiants, confiera une source policière.
Après sa volte-face, Sauvé se fait
intimider. Son ex-femme reçoit un coup de
téléphone de menaces. Sa petite fille de 7
ans s’en rend compte. En entrevue, l’entrepreneur a vite
les larmes aux yeux quand il raconte que sa fille
recommence à peine à monter à
l’étage à la maison quand il fait noir.
« Elle me demande toujours si les ‘bad guys’ vont
revenir », lance-t-il. Les parents de Sauvé
sont aussi intimidés au téléphone. On
menace même sa soeur Hélène.
À l’été 2007, cela se corse.
Sauvé doit faire une présentation pour un
contrat de 6 millions pour l’hôtel Westin. À
la toute veille de ce « pitch » important,
stationné square Victoria, il se trouve dans l’auto
avec son garde du corps quand une autre voiture est venue
heurter la sienne. « Je me fais rentrer dedans dans
mon char trois fois, bang, bang, bang... Le gars avance,
recule... trois fois. Ça n’a pas de bon sens.
»
Quand il sort du véhicule, l’agresseur prend la
poudre d’escampette. « La SQ a fait une belle job,
en infiltrant l’industrie de la construction, mais il
reste beaucoup à faire. Ce n’est que le
début... », prédit-il.
Offensive
contre la pègre asiatique - HUGO MEUNIER
Offensive contre un réseau de trafic de marijuana
LES FORCES POLICIÈRES NE CHÔMENT PAS DEPUIS
LEDÉBUTDE L’ANNÉE. APRÈSAVOIR NOTAMMENT
CIBLÉ LES GANGS DE RUE, LES HELLS ANGELS ET
LAMAFIAITALIENNE, LA SQS’EST ATTAQUÉE À
LAMAFIAASIATIQUE.
Quatre-vingt-seize
suspects,
la majorité d’origine vietnamienne, ont
été arrêtés hier.
Après les opérations d’envergure contre les
motards et contre le crime organisé italien et
autochtone, c’était au tour de la pègre
asiatique d’être dans le collimateur des
autorités hier matin. Quelque 800 policiers ont
mené une offensive majeure contre des trafiquants,
soupçonnés de produire, de distribuer et
d’exporter du cannabis vers les États-Unis.
Cette nouvelle frappe policière, baptisée
Borax, visait l’arrestation de 196 suspects, la
majorité d’origine vietnamienne. Quatrevingt-seize
d’entre eux ont été arrêtés
hier et la plupart ont déjà comparu devant
le tribunal. Les autres seront appelés à le
faire sous peu.
L’opération, orchestrée par la
Sûreté du Québec avec l’aide de la
Gendarmerie royale du Canada et des corps policiers
municipaux, s’est amorcée en 2005.
Au tout début de l’enquête, les policiers
visaient notamment les commerces de vente de
matériel de serres hydroponiques. Ceux-ci
racolaient les producteurs de marijuana au sein de la
communauté vietnamienne à l’aide de
dépliants publicitaires vantant leurs produits.
Au fil de leurs recherches et à la suite de
plaintes de citoyens, les policiers se seraient aussi
intéressés à une compagnie
exploitée par des Asiatiques qui se chargeait de
récupérer les déchets de pot chez
leurs compatriotes actifs dans ce commerce illicite.
C’est en suivant un camion de cette « entreprise de
transport de résidus de marijuana » que les
policiers ont découvert une série de serres
hydroponiques. Remplis de déchets de pot, des
conteneurs étaient parfois abandonnés dans
des ruelles, au nez des enfants qui y jouaient. Des
parents ont d’ailleurs manifesté leur
mécontentement aux policiers à ce sujet.
En général, la marijuana asiatique prenait
la route des États-Unis. Certains passeurs la
faisaient transiter par les territoires autochtones de
Kahnawake ou d’Akwesasne avant de l’expédier en sol
américain. D’autres se contentaient de
l’écouler sur le marché
québécois et ailleurs au pays.
Une quarantaine d’endroits – des résidences et une
dizaine de commerces – ont fait l’objet de perquisitions
à Montréal, à Laval et à
Longueuil. Plusieurs de ces propriétés
servaient à cultiver le fameux Quebec Gold,
prisé des consommateurs.
Une des perquisitions a eu lieu chez C. N!, commerce
spécialisé en matériel de jardinage
de la rue Cunard, dans le parc industriel du quartier
Chomedey, à Laval.
Sous la pluie battante, les policiers faisaient le pied de
grue dans le stationnement de l’entreprise, hier matin, en
attendant l’arrivée d’un serrurier qui pourrait
leur donner accès à l’entrepôt.
L’entreprise servait apparemment à contrôler
la qualité de la marijuana destinée au
marché noir.
Un autre
des commerces visités par la police se trouvait
dans un petit centre commercial du boulevard Langelier,
à Saint-Léonard. Discrètement
établi entre deux garderies et une entreprise de
comptabilité, le centre d’équipement
spécialisé en culture hydroponique TTN
Garden appartenait aussi à de
présumés trafiquants, indiquent les
enquêteurs.
Des piles de boîtes remplissaient ce local
défraîchi. Les commerçants voisins
semblaient consternés. « Le gros monsieur
d’origine asiatique qui travaillait là me
saluait, sans plus. Ça me surprend parce que
c’était toujours tranquille », a
déclaré Lucie Bisecco, propriétaire
des garderies L’univers de Loulou et Le royaume de
Lucie.
Agentes immobilières
Au moins deux agentes immobilières seraient au
nombre des accusées. L’une d’elles, Jenny ( Thuy
Huong) Nguyen, employée de Remax, semblait jouer
un rôle clé dans cette affaire. Elle est
accusée d’avoir comploté pour produire de
la marijuana et d’avoir incité des gens à
commettre un acte criminel.
Âgée de 31 ans, la jeune femme aurait
tenté de faciliter l’accès à des
propriétés à ses clients
désireux d’aménager des serres
hydroponiques sous leur nouveau toit. Mme Nguyen habite
place Arthur-Buies, dans l’est de la ville.
Selon un voisin, la police avait fait une descente en
2007 au duplex qu’habite l’accusée depuis
quelques mois. Les locataires de l’époque y
avaient déjà fait une plantation de
marijuana à chacun des trois étages de
l’immeuble. Pour ne pas attirer l’attention, un couple
d’origine vietnamienne y venait à l’occasion,
mais personne n’y habitait à plein temps. «
Parfois, on les voyait sortir en pyjama pour sauver les
apparences », souligne ce voisin.
Quelques mois après la descente, une pancarte
à vendre de la société ReMax a
été plantée sur le terrain.
L’agente immobilière avait pour nom Jenny Nguyen.
Elle a finalement acheté elle-même
l’immeuble, pour y emménager avec son conjoint
Kevin Mai, également accusé dans cette
affaire. « Je ne sais pas trop comment
réagir devant leur arrestation. Je suis content,
mais j’ai peur en même temps »,
résume ce voisin.
La grande majorité des 96 suspects ont comparu en
après-midi par vidéoconférence
depuis les palais de justice de Montréal, de
Laval et de Longueuil. Ils ont presque tous
été relâchés en
échange d’une caution variant de 1500$ à
3500$. Une quinzaine d’entre eux demeurent
écroués. Malgré l’ampleur de
l’opération, aucune accusation de
gangstérisme n’a été
déposée.
Selon toute vraisemblance, ce commerce illicite a permis
la création de plusieurs petits réseaux
indépendants et non d’une seule et même
organisation structurée.
Un bilan final de l’opération sera
dévoilé demain par la Sûreté
du Québec. On en saura plus sur le fonctionnement
exact des réseaux de trafiquants. « Les
activités gravitaient autour d’une dizaine de
commerces qui vendaient de l’équipement pour
faire de la culture de cannabis », a simplement
souligné Joyce Kemp, porte-parole de la SQ.
Une pègre implantée de la
côte Ouest aux serres québécoises
- Judith Lachapelle
Des manufactures de la côte Ouest
aux serres québécoises - Judith
Lachapelle
Une
communauté discrète, une structure
familiale, une langue difficile à
maîtriser... Traquer la criminalité
d’origine asiatique est un défi de taille
pour les autorités. Mais tous les rapports
policiers le confirment: à la faveur des
rafles qui ont décimé les gangs de
motards et les autres malfrats en tout genre,
l’influence de la filière asiatique n’a
cessé de croître.
Les criminels d’origine
asiatique se spécialisent surtout dans la
production de drogue. Hier, les perquisitions ont
touché une dizaine de commerces qui
vendaient de l’équipement pour faire la
culture de cannabis.
Au Québec, le crime organisé d’origine
asiatique (COSA, dans le jargon policier) est
surtout représenté par des
ressortissants vietnamiens arrivés au pays
dans les années 80 et 90. Moins instruits et
nantis que leurs compatriotes
débarqués dans les années 70,
plusieurs se sont installés à
Vancouver et ont vécu de petits salaires dans
des manufactures avant d’être
récupérés par le crime
organisé.
Ces dernières années, parce qu’ils se
sont fait prendre ou parce « qu’ils sentaient
la soupe chaude », expliquait l’an dernier en
nos pages l’enquêteur Roch Côté
de la GRC, nombre de jardiniers d’origine
vietnamienne se sont déplacés vers
l’est. Ils sont cependant toujours les principaux
producteurs de marijuana en Colombie-Britannique.
Production
Au Canada, des ressortissants d’origine chinoise
dominent l’importation d’héroïne, selon
un rapport mixte États-Unis– Canada sur le
trafic transfrontalier de drogues, publié en
2004. Ce même rapport précise que les
organisations asiatiques sont aussi très
actives dans la production et l’importation
d’ecstasy (MDMA).
Mais
les criminels d’origine asiatique se
spécialisent surtout dans la production de
drogue. Hier, les perquisitions ont touché
une dizaine de commerces qui vendaient de
l’équipement pour faire la culture de
cannabis.
La production est souvent éparpillée
dans des résidences privées. En 2004,
l’opération Kato a entraîné
l’arrestation de 30 ressortissants vietnamiens et la
découverte de 63 serres intérieures
dans des résidences de la banlieue
montréalaise, des Laurentides et de
Lanaudière. À Repentigny, quatre
serres ont été trouvées dans un
même pâté de maisons !
L’arrestation d’un couple d’origine vietnamienne
dans une résidence de Vaudreuil, en 2005,
donne une idée de l’organisation. Le couple,
qui avait vécu à Vancouver, habitait
une maison qui appartenait à sa fille, qui
vivait toujours sur la côte Ouest. Dans la
maison, les policiers ont découvert 1490
plants de marijuana – une production jugée
« considérable » par les
policiers puisque la moyenne des perquisitions dans
le secteur à l’époque était de
200 plants !
Les plants étaient partout, du sous-sol aux
chambres. « Le seul endroit qui semble avoir
été utilisé pour fins
d’habitation était le salon où un lit
avait été placé en face du
foyer », écrit le juge JeanGuy Boilard
dans son jugement.
L’approvisionnement électrique avait
été détourné du
compteur, ont constaté les policiers. Selon
le témoignage d’un expert de la
Sûreté du Québec lors des
audiences, ces détournements
d’électricité « sont plus
sophistiqués et moins facilement
détectables » lorsqu’ils sont faits par
les cultivateurs d’origine asiatique que par les
autres.
Malgré tout, selon la soeur de
l’accusée, le couple ignorait qu’il y avait
une culture de marijuana dans cette maison dont ils
n’occupaient que le salon! Selon son
témoignage, le couple était à
Vaudreuil pour percevoir le loyer de la location de
la maison de sa fille. Le juge Boilard s’est
montré sceptique. « Si ma
compréhension des propos de ce témoin
est exacte, l’affirmation étonne »,
a-t-il laconiquement commenté.
(NOUVELLE)
DESCENTE CHEZ LES HELLS ANGELS
NOUVEAU
COUPDE FILET CONTRE LE CRIME ORGANISÉ.
APRÈS LES OPÉRATIONS RÉCENTES AXE
ET SHARQC, LES POLICIERS ONT LANCÉ HIER
L’OPÉRATION MACHINE, QUI A
DÉMANTELÉ UN RÉSEAU DE TRAFIQUANTS
RELIÉ AUX HELLS ANGELS. UNE RAFLE PAYANTE, QUI A
MENÉ À PRÈS DE 50 ARRES
Décrit comme l’eldorado des trafiquants
québécois, le centre-ville de
Montréal est un constant sujet de
préoccupation pour la police.
La police a effectué, hier, une nouvelle rafle
d’envergure contre les Hells Angels et les trafiquants
de drogue qui hantent le centreville de Montréal.
Cette fois, les enquêteurs avaient pour
principales cibles l’ancien chef des Rock Machine,
Salvatore Cazzetta, 54 ans, et son acolyte Daniel
« Poutine » Leclerc, 40 ans, responsable de
la « compagnie » qui contrôle le
trafic dans le secteur du boulevard Saint-Laurent. Ces
deux motards sont passés dans le camp des Hells
Angels au cours des dernières années.
Grâce à ses contacts dans la réserve
de Kahnawake, Cazzetta dirigeait un florissant
réseau de contrebande de tabac. Il
s’approvisionnait auprès de Peter Rice, un homme
d’affaires autochtone qui est également
associé avec lui dans une compagnie ayant
l’exclusivité au Québec de la distribution
de la boisson énergisante Cintron, commanditaire
de la station de télévision TQS.
Selon la police, Salvatore Cazzetta et ses sbires
disposaient à Kahnawake d’un immense
entrepôt qui leur servait de lieu de rencontre.
Ils y faisaient transiter la drogue, les cigarettes et
l’argent sale. Caché parmi les arbres, l’immeuble
était protégé par une haute
clôture, des portes blindées et des
caméras de surveillance.
Cinquantaine d’arrestations
L’opération Machine a permis l’arrestation d’une
cinquantaine de personnes liées au trafic de
drogue et à la contrebande de tabac partout au
Québec. Au fil de l’enquête et des 36
perquisitions d’hier, les policiers ont saisi 160 000$
en espèces, 860 roches de crack, 4000
comprimés de méthamphétamine, de la
cocaïne, de la marijuana, du haschisch, 34 800
livres de tabac ainsi que 12 armes à feu.
« Assez pour rempl i r une remorque de 53 pieds
», a noté en conférence de presse le
commandant Yves Miron, de la division du crime
organisé de la police de Montréal. Les
enquêteurs ont aussi découvert 11
coffres-forts qu’ils tentaient d’ouvrir en fin de
journée hier.
Décrit comme l’eldorado des trafiquants
québécois – à coup de 2000 roches
de crack par semaine, a souligné l’inspecteur
Bernard Lamothe, le réseau empochait plus de 2
millions de dollars par année –, le centre-ville
de Montréal est un constant sujet de
préoccupation pour la police. Depuis le printemps
2006, c’est la quatrième grande opération
dirigée contre les Hells Angels et leurs acolytes
qui ont la mainmise sur le trafic de drogue dans ce
secteur névralgique de la métropole.
Il y a trois ans, les policiers à l’origine des
projets Charge/ Bromure s’étaient attaqués
au Hells Angels Mario Brouillette, du chapitre de
Trois-Rivières. Avec l’aide des Syndicates,
d’anciens membres de gangs de rue, le motard trifluvien
avait pris la relève du chef Nomad Maurice
Boucher et de son club des Rockers de Montréal,
démantelé en 2001.
Après un coup de balai donné l’an dernier
dans le but de ramener le calme dans le secteur de la
rue Saint-Hubert, les policiers montréalais ont
récidivé lors de l’opération Axe,
écartant cette fois le clan des frères
Jean et Patrick Lavertue, chargés
d’approvisionner en cocaïne des revendeurs du
centre-ville liés aux frères Emmanuel et
Jean-Ismaël Zéphir. D’après
l’enquête, ces deux pionniers des gangs de rue
étaient en lien avec les chefs des Syndicates
emprisonnés depuis 2006.
Enquête entamée en 2007
Le ratissage d’hier, auquel ont participé 600
policiers, est le résultat d’une enquête
entamée en mars 2007. Cazzetta et Leclerc
étaient à la tête de trois cellules
distinctes, mais s’entraidaient. Des hommes de confiance
s’occupaient de distribuer la drogue et le tabac
à des revendeurs dans la grande région de
Montréal, ainsi que dans les régions de
Québec, Mont-Tremblant et Mont-Laurier.
Incarcéré depuis l’opération SharQc
qui a décimé les rangs des Hells Angels
à la mi-avril, Salvatore Cazzetta a appris
à la prison de Bordeaux les nouvelles accusations
qui pèsent sur lui. Quant à Leclerc, il a
été appréhendé chez lui,
à Candiac. À l’instar de 17 autres
prévenus, il a comparu par vidéo au palais
de justice de Montréal. Un seul a
été mis en liberté provisoire. Les
autres personnes arrêtées, dont Peter Rice,
62 ans, et ses fils, Burton, 34 ans, et Peter Francis,
31 ans, ont comparu de même à Longueuil et
à Saint-Jérôme. Pa rmi les suspects
, 20 répondent à des accusations d’actes
de gangstérisme.
À la suite de l’opération SharQc, Leclerc,
des Hells Angels Nomads de l’Ontario, s’était
terré un temps avant de reprendre ses
activités à Montréal. «
À l’instar de Cazzetta et des autres Hells, on le
voyait parfois dans des bars ou des restaurants, mais il
était loin d’être omniprésent. Il
contrôlait ses affaires à distance »,
a indiqué un officier. Ancien Rock Machine,
Leclerc a pris du galon au terme de la guerre des
motards.
En
2000, alors qu’il n’était qu’un simple prospect
des Rock Machine, Leclerc et sept acolytes avaient
été les premiers au Canada à
être jugés pour gangstérisme. Trois
d’entre eux avaient été reconnus coupables
de ce chef d’accusation. Leclerc avait été
simplement condamné pour trafic de marijuana.
« Je suis content de m’en être sorti,
ça valait la peine de se battre, mais je suis
déçu pour les autres », avait-il dit
en quittant l’enceinte du tribunal.
La contrebande de cigarettes fait un
tabac
Le tabac
crée l’accoutumance, même pour le crime
organisé. Après s’en être
désintéressés pendant quelques
années, les Hells Angels ont repris le trafic de
cigarettes en tirant profit des discrètes
installations de Peter Rice et de ses deux fils, dans la
réserve de Kahnawake.
L’inspecteur Bernard Lamothe
(notre photo), chef de la division du crime
organisé du SPVM, a indiqué en
conférence de presse hier qu’à
Kahnawake, Salvatore Cazzetta et son gang utilisaient
comme quartier général un entrepôt
que la famille Rice « n’a cessé
d’agrandir depuis quatre ans ».
Fabriquées sur place, les cigarettes de
contrebande portaient même des marques
spécialement réservées au puissant
gang de motards, telles les Choppers, les Fighters, les
Patriots et les Import A. Selon la police, Salvatore
Cazzetta et sa bande payaient aussi les caisses de
cigarettes moins cher que les autres trafiquants qui
font affaire sur la réserve.
À en croire la dénonciation
déposée au palais de justice de Longueuil,
Cazzetta comptait sur l’aide de deux fidèles
compères des défunts Rock Machine pour
écouler ses stocks de tabac. Très actifs
dans la guerre des motards qui a sévi de 1994
à 2001, Alain Brunette, 45 ans, et Serge «
Merlin » Cyr, 51 ans, sont sortis de prison il y a
à peine 18 mois.
Les cigarettes étaient distribuées un peu
partout au Québec par des hommes de main. L’un
d’eux avait été arrêté en
décembre 2006, dans la région de
Lanaudière, au volant d’un camion transportant
8810 livres de tabac. À Kahnawake, Cazzetta et
son gang utilisaient comme quartier
général un entrepôt que la famille
Rice « n’a cessé d’agrandir depuis quatre
ans », a indiqué en conférence de
presse l’inspecteur Bernard Lamothe, de la police de
Montréal.
Immeuble
jalousement gardé
Surnommé « monopole » par les
enquêteurs, l’immeuble était peu visible et
hautement sécuritaire. Outre des appareils de
surveillance, il y avait deux gardiens en faction 24
heures sur 24, 7 jours sur 7. Sur les lieux, les
policiers ont notamment saisi des armes à feu,
des gilets pare-balles, des chandails aux couleurs des
Hells, de la machinerie lourde volée et du tabac.
Des membres de la communauté autochtone
s’étaient d’ailleurs plaints à la police
locale de la présence des gangsters
montréalais dans les parages. C’est ce qui
explique que les policiers autochtones aient aussi
aisément collaboré à
l’enquête, même s’il s’agissait d’une
affaire de contrebande de tabac. « Il ne
s’agissait pas de l’industrie du tabac, mais de revente
de stupéfiants par des gens du crime
organisé de l’extérieur de la
réserve », a répondu l’inspecteur
Lamothe aux journalistes qui s’étonnaient de
cette soudaine ouverture des peacekeepers de Kahnawake.
Tout récemment, le gouvernement du Québec
a dit perdre annuellement 200 millions en taxes
impayées à cause de la vente
illégale de cigarettes. Au début de 2007,
il y avait au moins 8 fabricants
accrédités et plus de 130 kiosques de
vente de tabac dans la seule réserve de
Kahnawake. Comme c’était le cas au début
des années 90 quand le trafic de tabac a atteint
son pic, « de plus en plus de réseaux
organisés comme les Hells Angels achètent
de grosses quantités de tabac et utilisent des
courriers pour livrer les cigarettes à leurs
clients », indiquent les spécialistes de la
lutte contre le crime organisé. Les organisations
autochtones sont aussi beaucoup plus structurées
qu’avant.
L’autorité des Hells Angels
affaiblie au centre-ville
Depuis
l’opération SharQc, les Hells Angels ont beaucoup
de difficulté à faire régner
l’ordre dans le centre-ville. Faute de combattants de
premier plan, a-t-on appris de diverses sources, ils ont
récemment fait appel à de vieilles
connaissances du milieu ou à des
fiers-à-bras recrutés dans les bars afin
de faire entendre raison à des petits revendeurs
de rue venus d’un peu partout, et qui s’installent sans
permission sur des portions de leur territoire. «
Si tu ne vends pas pour nous, tu lèves le camp
», s’est fait dire un jeune trafiquant de pot.
« Ils se sont présentés à
six. Je n’ai pas eu le choix, et je travaille pour eux
depuis quelques jours », a-t-il confié
à La Presse.
Selon
lui, le prix de la roche de crack est passé de
20$ à 25$ il y a quelques semaines dans certaines
zones de revente. Plus inquiétant, des membres de
gangs de rue ont entrepris une tournée dans des
bars et des restaurants, en vue d’imposer leur loi. Ils
font aussi du recrutement. « Pour l’instant, ils
font simplement sentir leur présence. Ils ne font
pas trop de grabuge, si ce n’est que parfois ils par
tent sans payer ou simulent une escarmouche. Mais on
reste vigilants », ont déclaré deux
serveurs d’un after-hours de la rue Sainte-Catherine.
La SQ frappe encore chez les Hells
L’opération Dictature lève le voile sur les
activités illicites de l’entreprise X
Vitres-Teintées
La police a franchi une autre étape dans sa lutte
contre l’infiltration des Hells Angels dans
l’économie légale, en démantelant
hier un réseau qui s’imposait agressivement dans le
commerce de l’esthétisme automobile.
L’opération
d’hier
avait pour objet le démantèlement d’un
réseau gravitant autour de l’entreprise X
Vitres-Teintées, qui s’imposait agressivement dans
le commerce de l’esthétisme automobile.
Après avoir récemment entrepris de
débusquer les motards intégrés dans
le milieu de la construction, les policiers lèvent
cette fois le voile sur les activités illicites de
l’entreprise X VitresTeintées, dont les 23
franchises sont éparpillées un peu partout
au Québec.
À l’aube hier, après deux ans
d’enquête, quelque 150 policiers de la
Sûreté du Québec ont fait irruption
dans 18 commerces et résidences privées, la
plupart dans la couronne nord de Montréal, mais
aussi à Trois-Rivières et à
Québec. Vingt mille plants de marijuana, une
soixantaine d’armes à feu, environ 70 000$ en
argent liquide et neuf véhicules ont
été saisis. L’opération,
baptisée Dictature, était pilotée par
le Service des enquêtes contre le crime
organisé de la SQ.
Au total, 27 personnes ont été
épinglées et ont comparu hier
après-midi par vidéo au palais de justice de
Joliette sous un grand total de 140 chefs d’accusation. On
les accuse, entre autres, de divers complots, d’extorsion,
de gangstérisme, de production de marijuana, de
trafic de cocaïne ainsi que d’armes à feu et
de monnaie contrefaite.
Trois personnes sont toujours au large, à commencer
par le présumé cerveau de l’organisation,
Yannick Larose, à la tête de X
Vitres-Teintées.
Larose se cache actuellement au Mexique avec sa conjointe,
également visée par un mandat d’arrêt.
Son entreprise venait d’ouvrir une succursale à
Puerto Vallarta et avait des projets d’expansion en
Europe, indique-t-on sur leur site internet.
Une demande d’extradition a été faite pour
le rapatrier.
Larose, dont l’épais casier judiciaire remonte
à 1992, entretenait des liens étroits avec
l’influant Hells Angel Mario Brouillette, du chapitre de
Trois-Rivières, avant que ce dernier ne se retrouve
à l’ombre pour importation de cocaïne, en
2006.
Selon la
police, Larose et ses acolytes tentaient de s’emparer du
contrôle du commerce des vitres teintées,
principalement dans les régions de Montréal
et de Lanaudière. Larose et ses complices voulaient
consolider leur monopole sous trois bannières, en
s’associant avec les entreprises
spécialisées en vitres teintées
commerciales et automobiles Protex et Pelti.
Pour y parvenir, les suspects n’hésitaient pas
à faire de l’intimidation, des menaces et
même des voies de fait à l’endroit
d’entrepreneurs concurrents.
Les policiers soupçonnent le réseau
d’être responsable d’incendies criminels. En
parallèle à ses activités licites,
Larose dirigeait un réseau de trafiquants de
marijuana et de cocaïne.
Les policiers ont perquisitionné à la
résidence de Larose, située dans un quartier
cossu de Mascouche. Avec une petite fontaine d’eau
trônant au milieu de la pelouse et ses statues de
dragon de chaque côté de la porte, Larose
menait la vie de château.
Unvoisinn’était pas surpris outre mesure de
l’arrestation de Larose. « C’était le voisin
parfait, toujours poli, qui entretenait bien sa maison. On
ne l’a pas vu depuis longtemps. On l’a toujours
trouvé louche, surtout depuis qu’il a fait
installer des caméras chez lui », a-t-il dit.
« Le nomest sali »
Sauf Larose, aucun autre franchisé de la
bannière X VitresTeintées – des
propriétaires indépendants – n’a
été arrêté. Selon la police,
ils n’ont aucun lien avec les activités illicites
reprochées à Larose et son gang.
Ils risquent toutefois d’être écorchés
par toute cette mauvaise publicité. « C’est
sûr que le nom est sali. Depuis ce matin, les
clients appellent pour savoir ce qui se passe. Le
téléphone ne dérougit pas », a
expliqué un franchisé de l’Estrie,
José Rousseau.
M. Rousseau dit avoir appris en même temps que tout
le monde hier matin la nature des activités de
Larose, qui a pris en charge l’entreprise il y a quelques
années. « Depuis qu’il est
propriétaire de l’entreprise, il poussait beaucoup
et voyait grand », a souligné cet
indépendant.
DES
CHANGEMENTS
À PRÉVOIR DANS LA RUE
La frappe
policière qui a décimé les Hells
Angels, la semaine dernière au Québec, risque
de secouer le milieu criminel à court terme. Elle n’a
toutefois pas encore nui au commerce de la drogue.
Le coup dur porté aux Hells Angels n’empêche
pas encore les consommateurs de se procurer aisément
de la drogue. Des soubresauts sont cependant à
prévoir dans les sphères plus
élevées de cet univers.
Certains
prévoient
un été mouvementé dans les bars. Des
organisations pourraient essayer de s’implanter dans ces
lieux de vente et ainsi mettre la main sur une part du
gâteau.
Comme c’est généralement le cas, les autres
organisations, comme la mafia, pourraient pallier en partie
l’absence des Hells Angels. Les changements dans la rue
semblent déjà avoir commencé,
même si les hommes de confiance des Hells tentent de
maintenir le navire à flot. Il ne faut pas oublier
que 24 des 27 personnes toujours en fuite sont des membres
en règle et continuent sans doute de tirer les
ficelles en coulisses.
Selon nos sources, des changements sont déjà
perceptibles dans les prix de gros des stupéfiants.
Il est plus difficile et plus coûteux d’obtenir de la
cocaïne au kilo. Au lieu de 50 000$ à 60 000$,
comme depuis un bon moment, le prix du kilo est maintenant
de 70 000$ à 80 000$. Même le prix du crack a
grimpé: une roche se vend 25$ au lieu de 20 $. Il est
possible que cette hausse soit artificielle (voir
encadré).
De nouveaux visages ont déjà fait leur
apparition sur le terrain, a raconté à La
Presse un vendeur de stupéfiants à la solde
des HA. « Une fois que les gros (les membres en
règle) sont partis, c’est comme un changement de
gouvernement. Il y a déjà des gens qui ont
commencé à se faire tasser par de plus gros
trafiquants », a constaté cet homme qui
exploite une « route » à Montréal.
Il travaille depuis quelques années pour une «
PME » qui livre de la drogue à domicile,
surtout de la marijuana et de la cocaïne. « Tous
les numéros de vendeurs sont encore bons et les gars
qui vendent dans les bars sont toujours là », a
assuré le revendeur, qui estime gagner entre 500$ et
1000$ par jour.
I l croit cependant que le coup de filet de la semaine
dernière contre ses « employeurs » aura
un impact sur son gagnepain. « Les nouveaux patrons
vont décider s’ils me gardent ou non. Je sais
déjà que mon temps est compté »,
a résumé le trafiquant.
« Plusieurs avaient déjà placé
leurs pions »
Dans les bars du centre-ville, on avance que plusieurs
motards épinglés la semaine dernière
s’attendaient à recevoir la visite des policiers.
« Plusieurs avaient déjà placé
leurs pions », ont expliqué des employés
interrogés par La Presse.
Certains prévoient d’ailleurs un été
mouvementé dans les bars. Des organisations
pourraient essayer de s’implanter dans ces lieux de vente et
ainsi mettre la main sur une part du gâteau. «
Ça va être le free for all et ceux qui vont le
plus écoper sont les propriétaires de bars et
les portiers », s’est inquiété un
employé.
Selon lui, les gangs de rue sont déjà en train
de s’organiser pour prendre le contrôle de quelques
bars du centre-ville. « Ils ont commencé en
poignardant les trois employés de l’after-hours
Circus, dans la nuit de samedi à dimanche dernier
», a suggéré cette source.
Il faut éviter de faire des liens hâtifs, a
nuancé de son côté Charles Mailloux,
inspecteur à la division du crime organisé au
Service de police de Montréal. Le policier n’a pour le
moment aucune raison de croire que l’agression survenue au
Circus soit le fait des gangs de rue ou d’un autre groupe
désireux de prendre le contrôle de l’endroit.
Il est également trop tôt pour mesurer l’impact
de l’opération SharQC, ajoute l’inspecteur Mailloux.
« On accumule du renseignement. Il est trop tôt
pour savoir qui veut prendre le contrôle », a-t-il
résumé.
Il faudra donc patienter quelques semaines, voire quelques
mois, pour vraiment savoir qui prendra la relève des
Hells Angels.
Pour l’heure, le SPVM, à l’instar des autres corps
policiers de la province, maintient une pression sur le
milieu.
Des policiers ont d’ailleurs fait une « visite
administrative » dimanche soir au club Opéra, au
centre-ville. Plusieurs clients auraient été
interrogés et photographiés par les policiers.
« La demande est toujours là »
De son côté, Michel JuneauKatsuya, ancien cadre
du Service canadien du renseignement de sécurité
(SCRS) et actuel président de la firme de
sécurité Northgate, estime que plusieurs
groupuscules pourraient essayer de s’emparer du marché
des HA. Parce que la demande sera toujours là,
explique-t-il. « Mais les Hells ne sont pas totalement
éliminés. D’autres membres du groupe pourraient
désigner des émissaires dans le but de maintenir
le trafic, mais ça ne sera pas facile », croit M.
Juneau-Katsuya. Il est également d’avis que les effets
de l’opération SharQc ne se feront pas trop sentir chez
les consommateurs. « Ça va peut-être amener
un certain désordre, amener des gens à se
trouver de nouveaux fournisseurs, mais tout devrait se
stabiliser assez rapidement », a-t-il
résumé.
Même son de cloche du côté de la
criminologue Chantal Perras, qui a rédigé un
mémoire sur le rôle des policiers lors de
l’opération Printemps 2001. « Une telle frappe
policière n’est pas un coup d’épée dans
l’eau. S’il n’y en avait pas, les groupes de criminels
prendraient toujours plus d’expansion. Mais je ne pense pas
qu’on va enrayer le trafic de la drogue, il fait partie de la
société », a souligné Mme Perras.
Pour s’en rendre compte, une simple balade autour du parc
Émi l ie-Gamel in suf f it . Peu importe l’envergure ou
le nombre d’opérations menées contre le milieu
criminel, les petits revendeurs y sont toujours fidèles
au poste, bien visibles.
L’un d’eux, un jeune rouquin dissimulé sous un
capuchon, hélait sans subtilité les passants un
peu plus tôt cette semaine, juché sur une
poubelle devant l’entrée de l’UQAM. En grommelant, il a
dit ne pas croire que ses ventes seront influencées
d’une quelconque manière par l’opération contre
les motards. « Je ne suis pas ici pour donner des
informations », a-t-il lancé, coupant court
à l’entretien.
Les hommes de confiance prennent la relève
Comme c’est
la coutume dans le monde interlope, les hommes de confiance
des motards épinglés au cours de
l’opération SharQc ont aussitôt pris les
affaires en main.
Mais , selon le l ieutenant Daniel Guérin,
porte-parole de l’Escouade régionale mixte de Laval,
ces remplaçants des HA n’ont pas tous les atouts pour
assurer la relève. « Ils vont tenter de
maintenir le trafic des stupéfiants, mais ces
trafiquants ont moins de crédibilité ou
suscitent de la méfiance parce que ce sont de
nouveaux visages, a souligné le policier. C’est
là qu’ils vont commettre des erreurs, se mettre dans
l’embarras. Et nous, on les a à l’oeil. »
Le lieutenant Guérin croit que ces changements ne
seront pas vraiment perceptibles dans la rue. « La base
est assez stable. Ce ne sont pas des membres en règle
qui écoulent de la drogue dans les bars », a
rappelé le lieutenant Guérin.
De plus gros trafiquants indépendants, habitués
à collaborer avec les HA, pourraient aussi profiter de
la situation pour gagner un peu de terrain. Sans oublier les
autres mafieux déjà actifs à
Montréal.
À la suite de Pr i ntemps 2001, les policiers avaient
vite remarqué de nouveaux visages chez les trafiquants.
Un bon exemple est celui des frères Jean et Patrick
Lavertue, arrêtés récemment lors de
l’opération Axe. Les deux hommes et leurs
associés avaient remplacé les Syndicate depuis
2006 afin d’alimenter les gangs de rue en cocaïne.
Les gangs de rue ne sont pas assez solides
Même
s’ils ont pris du galon depuis l’époque de
l’opération Printemps 2001, les gangs de rue n’ont
pas les reins assez solides pour dominer le marché de
la drogue à Montréal, estiment des
spécialistes interrogés.
Il
faudra patienter quelques semaines, voire quelques mois,
pour vraiment savoir qui prendra la relève des
Hells Angels dans les transactions de drogue, selon des
spécialistes.
« Certains pensaient que les gangs de rue allaient
avoir la mainmise sur le trafic de drogue après
Printemps 2001, mais ce n’est pas arrivé »,
explique le lieutenant Daniel Guérin, porteparole de
l’Escouade régionale mixte de Laval.
Selon lui, les gangs de rue ne sont tout simplement pas
assez organisés et puissants financièrement
pour damer le pion aux motards. « La structure des
gangs de rue est incroyablement changeante. Ils peuvent
rêver de prendre le territoire des HA, mais n’ont pas
les moyens de s’emparer d’un marché comme
celui-là », explique le lieutenant
Guérin, qui a participé aux deux grands coups
de filet contre les motards.
Michel Juneau-Katsuya, un ancien cadre du SCRS et actuel
président de la firme de sécurité
Northgate, affirme néanmoins que les gangs de rue ont
gagné en importance depuis Printemps 2001 et
pourraient être tentés d’élargir leur
influence. « Mais le phénomène des gangs
de rue est surtout urbain et les HA sont
éparpillés dans plusieurs coins du
Québec », note-t-il.
Les gangs de rue d’aujourd’hui sont
toutefois appelés à devenir des acteurs
importants. « Ils sont dans le milieu depuis 15 ou 20
ans, des liens d’affaires se sont tissés avec le temps.
Ce ne sont plus des petits jeunes sans expérience
», indique l’inspecteur Mailloux, à la division
du crime organisé au SPVM.
Est-ce que les gangs de rue, généralement
divisés entre eux, pourraient être tentés
de s’unir pour s’emparer du marché montréalais?
« Il n’y a pas de signe avant-coureur d’union entre les
Bleus et les Rouges », assure l’inspecteur Charles
Mailloux.
Une telle alliance surprendrait également Michel
JuneauKatsuya. « C’est possible lorsqu’il y a un
séisme de cette nature dans le monde du crime
organisé. Mais habituellement, c’est lorsque la carte
est pleine que les unions se forment. Lorsqu’il y a un trou,
c’est généralement au plus fort la poche
», illustre-t-il.
Malgré des récents coups de filet importants
contre les HA et la mafia – avec l’opération
Colisée –, il ne faut pas négliger la
présence des autres organisations criminelles actives
à Montréal, comme les mafias russe, chinoise,
juive et mexicaine, souligne M. Juneau-Katsuya.
Des comptables flics - Serge
Ménard
Les forces
policières doivent intégrer ces
professionnels dans leurs rangs pour combattre les crimes
économiques
Il est temps de s’y attaquer avec la même
énergie et la même imagination dont nous
avons fait preuve à l’égard des motards
criminels.
L’auteur est un ancien ministre de la
Sécurité publique du Québec,
présentement député de
MarcAurèle-Fortin et porte-parole du Bloc
québécois en matière de
sécurité publique. L es victi mes des gra
ndes f raudes qu i ont a l i menté
l’actualité depuis un certain temps mér
itent cer ta i nement toute notre sympathie. L eu r
dét resse su sc ite en nous une émotion
profonde et un sentiment d’horreur à l’égard
de ceux qui en sont responsables.
À défaut de pouvoir indemniser
complètement toutes les victimes, je crois que nous
leur devons de prendre des mesures qui vont rendre plus
difficile la commission de ce type de crime et permettre
d’en poursuivre leurs auteurs plus souvent et plus
efficacement.
Pour cela, je ne crois pas que d’importants changements
législatifs soient nécessaires. Nous avons
déjà proposé six mesures qui
pourraient aider les v ic ti mes et rétabli r la
confiance dans notre système judiciaire sans tomber
dans la dérive démagogique.
La plus importante d’entre elles concerne les forces
policières, car les carences ne sont pas tellement
dans les lois que dans les moyens de les appliquer.
Il faut apporter de toute urgence, des changements
radicaux dans les organisations policières tant
fédérales que provinciales ou dans celles
des grandes villes.
Il est vrai que beaucoup d’efforts ont été
déployés pour lutter contre les crimes
violents et le trafic de drogues. Les crimes
économiques dont les conséquences
n’apparaissaient pas aussi dramatiques ont
été négligés.
Il est temps de s’y attaquer avec la même
énergie, la même imagination dont nous avons
fait preuve à l’égard des motards criminels
en créant l’escouade Carcajou et ses successeurs
qu’on appelle aujourd’hui « escouades mixtes
». Mixtes parce qu’elles regroupent des policiers de
différents corps policiers, ce qui permet de mettre
en commun leurs renseignements criminels, qui sont par
nature secrets.
Mais la
problématique des crimes économiques est
bien différente de la criminalité des gangs
violents. Il faut que les enquêtes sur les fraudes
soient de plus en plus menées par des comptables
professionnels avec l’assistance de quelques avocats et de
quelques policiers dans des escouades consacrées
à la lutte contre les grandes fraudes. Il faut que
ces comptables aient une formation universitaire et soient
membres d’une corporation professionnelle. Il serait bon
d’y ajouter également des personnes qui ont une
bonne expérience dans le monde de la finance.
Cela suppose que les organisations policières
acceptent ce qu’on appelle les entrées
latérales, c’est-à-dire l’entrée dans
la force de police de professionnels qui, à cause
de leur compétence, peuvent devenir policiers sans
avoir passé par la filière habituelle. Il
faut aussi qu’on puisse les payer et leur donner un rang
qui correspond à leur formation et à leur
expérience.
Il faut que de jeunes diplômés en
comptabilité remplis d’idéal puissent
envisager de consacrer toute leur carrière
professionnelle à lutter contre la fraude.
Il va sans dire qu’ils devraient subir un certain
entraînement de nature policière avant
d’occuper leurs fonctions mais il est plus facile de
donner un cours de base en techniques policières
à un comptable professionnel que de faire d’un
policier un véritable comptable. Et puis, ils
travailleraient dans des équipes
multidisciplinaires.
Je sais que les organisations policières ont
toujours été réfractaires à
cette idée des entrées latérales
comme, avant Carcajou, elles l’étaient à
l’idée de partager leurs renseignements criminels.
Il est temps pour les corps de police de prendre
conscience des avantages qu’il y a à
intégrer l’expertise dans leurs rangs.
Je suis convaincu que les enquêtes avanceraient
beaucoup plus rapidement si les milliers de documents
comptables de toutes sortes saisis au cours des
perquisitions étaient examinés par des
personnes rompues à la comptabilité des
grandes entreprises et qui peuvent distinguer où se
trouvent les indices de ce qui est anormal, suspect et qui
cache des activités frauduleuses pour, finalement,
découvrir où s’en trouve la preuve.
Pour reconnaître ce qui est anormal, il faut bien
connaître ce qui est normal. Il faut savoir lire des
bilans complexes et les interpréter, c’est un art
qui s’apprend mais ce n’est pas à l’école de
police qu’on l’enseigne.
Évidemment,
il y aura un coût à cela, mais pour le
moment, on peut dire que d’une certaine façon, ce
sont hélas les victimes qui en écopent.
Les cyclistes de performance retrouvent leur
piste
Circuit
Gilles-Villeneuve du parc Jean-Drapeau
La Société du parc Jean-Drapeau fait marche
arrière. Les cyclistes de performance pourront
continuer à s’entraîner sur la piste du
circuit Gilles-Villeneuve. Fraîchement
installées, les barrières de ralentissement
ont été retirées.
La décision unilatérale des dirigeants du
parc Jean-Drapeau de limiter la vitesse des cyclosportifs
sur le circuit avait suscité la grogne des
principaux intéressés la semaine
dernière. D’autant plus que la solution de rechange
proposée consistait à déplacer les
athlètes autour du bassin olympique. Cela avait eu
pour effet de susciter du mécontentement chez les
usagers du bassin (kayak, bateaudragon, aviron) qui
n’avaient pas davantage été
consultés.
La Société du parc JeanDrapeau a finalement
convié les représentants de groupes
cyclistes à une rencontre, hier, durant laquelle
différentes solutions ont été
trouvées. « D’entrée de jeu, la
Société a reconnu qu’elle aurait dû
nous consulter. La discussion a été
très positive sur un mode de collaboration »,
s’est réjoui le directeur général de
la Fédération québécoise des
sports cyclistes, Louis Barbeau.
En plus de retirer les barrières de ralentissement,
la Société va installer une meilleure
signalisation sur le circuit. Les cyclistes plus lents
devront rouler à droite sur la voie cyclable. Les
plus rapides, à gauche. Les cyclosportifs peuvent
atteindre des vitesses de 35 à 40 km/h à
l’entraînement. Les dos d’âne posés
récemment resteront en place dans la voie
réservée aux automobilistes. Une portion du
circuit qui était à double sens pour les
automobilistes redeviendra à sens unique. Autre
victoire pour les athlètes : aucune contrainte
d’horaire ne leur sera imposée.
Prudence
De leur
côté, les groupes de cyclistes de performance
devront sensibiliser leurs membres à faire preuve
de prudence sur le circuit. La Société a
répertorié 27 accidents sur le circuit
l’été dernier, dont 12 ont
nécessité un transport en ambulance. «
On va sensibiliser notre monde à être
vigilant en grande période d’achalandage, notamment
lorsque les baigneurs se rendent en masse à la
plage du parc. La sécurité est la
préoccupation de tous », indique M. Barbeau.
La médaillée paralympique Chantal Petitclerc
est satisfaite du dénouement. La coureuse en
fauteuil roulant, qui s’entraîne chaque semaine sur
le circuit, a aussi été invitée
à la rencontre d’hier. « Tout le monde va
pouvoir cohabiter de façon sécuritaire
», indique celle qui s’était
inquiétée la semaine dernière, en
entrevue à La Presse, que les athlètes de
haute performance se fassent encore une fois «
tasser » au profit des sportifs
récréatifs.
La Société du parc JeanDrapeau n’a pas
accordé d’entrevue, hier. Sa direction publiera un
communiqué sur la question aujourd’hui, a dit
l’assistante de la directrice des affaires publiques,
Nathalie Lortie.
Une manifestation réunissant plusieurs centaines de
cyclistes avait eu lieu vendredi dernier sur le circuit
pour protester contre la décision de la direction
du parc.
Le circuit Gilles-Villeneuve est l’endroit
d’entraînement de prédilection des
cyclosportifs, qui roulent à une vitesse trop
élevée pour circuler sur les pistes
cyclables. C’est le seul endroit à Montréal
où ils peuvent maintenir une vitesse de pointe.
Le maire Tremblay pédale en mode
compromis
CIRCUIT
GILLES-VILLENEUVE
Le maire Gérald Tremblay prend au sérieux
les complaintes des cyclistes de performance du circuit
Gilles-Villeneuve. « On va trouver une solution dans
les plus brefs délais », a-til lancé
du tac au tac à La Presse, au cours d’une
conférence pour dégager des sommes d’urgence
afin de venir en aide aux démunis de
Montréal.
La Fédération
québécoise des sports cyclistes recommande
à la Société du parc Jean-Drapeau
et à la Ville de Montréal de de consacrer
« le Circuit à l’entraînement et non
à la promenade ». Afin d’y parvenir, la
Fédération estime que les cyclistes de
promenade devraient être dirigés vers les
450 kilomètres de pistes cyclables que compte
désormais Montréal.
Aussitôt qu’il a pris connaissance de la
cohabitation chaotique vélo-auto, le maire assure
qu’il a contacté son frère, Marcel Tremblay,
responsable du dossier à l’exécutif de son
administration municipale. Ce dernier a joint la direction
générale de la Société du parc
Jean-Drapeau, en matinée hier, pour trouver «
un compromis acceptable pour tout le monde ».
« Montréal est une ville de cycl istes, a
rappelé Géra ld Tremblay. Le Tour de
l’île vient de fêter son 25e anniversaire.
Nous venons d’implanter le système de vélos
Bixi. Il y a certainement une façon d’organiser les
horaires pour faciliter la cohabitation des cyclistes et
automobilistes sur le circuit », a-t-il dit.
À la suite d’un article publié hier dans La
Presse, révélant les détails d’une
engueulade musclée entre deux cyclistes et un
gestionnaire de la Société du parc
Jean-Drapeau, la direction a pour sa part choisi de
demeurer peu bavarde.
Impossible de savoir ce qui va advenir des dos d’âne
installés pour rendre le circuit impraticable
à haute vitesse. De même que les solutions
envisagées.
Nathal ie Lessa rd, por teparole de la
société paramunicipale, a d’abord dit :
« On n’accordera plus d’entrevue d’ici la rencontre
avec les fédérations concernées, dont
Vélo Québec. »
«
On veut juste préciser qu’il s’agit d’un
problème avec les cyclistes de performance, pas
avec les cyclistes en général, de promenade.
La rencontre aura lieu mardi. Et on fera le point par la
suite », a-t-elle ajouté.
Pétition
Sur le site internet de Vélo Québec, une
pétition demeurera en ligne encore toute la
journée.
Au moment de mettre sous presse, hier, el le comptait
près de 3000 signataires. En plus de
dénoncer la situation, la Fédération
québécoise des sports cyclistes recommande
à la Société du parc Jean-Drapeau et
à la Ville de Montréal de consacrer «
le Circuit à l’entraînement et non à
la promenade ».
A f i n d ’ y pa r ve n i r , la Fédération
estime que les cyclistes de promenade devraient être
dirigés vers les 450 kilomètres de pistes
cyclables que compte désormais Montréal.
L’accès aux véhicules sur le circuit devrait
être restreint. Et une voie devrait être
créée pour le patin à roulettes,
ajoutet-on. La Fédération voudrait enfin
« rédiger des consignes de
sécurité en collaboration avec les groupes
cyclosportifs » pour notamment rendre obligatoire le
port du casque de vélo.
CHRONIQUE D’UNE FIN ANNONCÉE -
Caroline Touzin
CYCLISME
DE PERFORMANCE SUR LE CIRCUIT GILLES-VILLENEUVE Les rues
de Montréal sont le théâtre d’une
rivalité marquée entre deux clans : les
automobilistes et les cyclistes. Des deux
côtés, les reprochent fusent et, quand leurs
routes se frôlent, les juron
Face à la grogne des sportifs, la
Société a mis de l’eau dans son vin, hier.
Les représentants de groupes cyclistes seront
consultés en début de semaine prochaine.
Dès l’automne dernier, à la suite d’une
engueulade musclée avec des cyclistes, l’un des
directeurs de la Société du parc JeanDrapeau
a annoncé ses couleurs : il leur a prédit la
fin du cyclisme de performance sur le circuit
Gilles-Villeneuve, a appris La Presse.
Quelques mois plus tard, la Société
décidait d’installer des barrières de
ralentissement et des dos d’âne, ce qui a mis en
rogne les cyclistes qui empruntent
régulièrement le circuit.
L’engueulade a eu lieu lorsque le directeur principal,
exploitation, Gilles Ballard, circulait en voiture sur le
circuit. Signe de la cohabitation difficile entre
automobilistes et cyclistes à Montréal, les
versions de la Société du parc Jean-Drapeau
et des deux cyclistes impliqués, Raphaël Henr
i-Jol icoeur et Charles-Antoine Julien, diffèrent.
Mais tous trois confirment l’altercation, ainsi que
l’annonce de l’installation des barrières.
Le directeur général de la
Société, Christian Ouellet, n’a pas permis
à son directeur exploitation, Gilles Ballard, de
raconter sa version à La Presse. C’est la
porte-parole de la Société, Nathalie
Lessard, qui a été mandatée pour
raconter l’altercation à laquelle elle n’a pas
assisté.
Par ailleurs, face à la grogne des sportifs, la
Société a mis de l’eau dans son vin, hier.
Les représentants de groupes cyclistes seront
consultés en début de semaine prochaine, a
promis, hier, la porte-parole de la Société,
Mme Lessard. La Société n’exclut plus de
réserver des plages horaires sur le circuit aux
cyclistes de performance. « Tout est sur la table
à nouveau », a-t-elle dit en précisant
que « la problématique de
sécurité demeure ». L’an dernier, 27
accidents impliquant des vélos s’y sont produits.
Pourquoi les sportifs n’ont-ils pas été
consultés au départ? « Au parc
Jean-Drapeau, on a 5 millions de visiteurs par an. Si on
se met à consulter tout le monde, on ne serait pas
capable d’avancer », a expliqué Mme Lessard.
Sans consulter les cyclistes ni les usagers du bassin
olympique (aviron, kayak, bateau-dragon), la
Société a récemment
décidé de déplacer les cyclistes de
performance qui s’entraînent sur le circuit
Gilles-Villeneuve vers le bassin olympique. Or, cela ne
fait l’affaire ni d’un côté ni de l’autre.
À l’entraînement, les cyclosportifs roulent
généralement au-dessus de 30 km/h (limite
permise par la Ville sur le circuit).
Tensions palpables
L’histoire
des cyclistes Raphaël Henri-Jol icoeur, 24 ans, et
Charles-Antoine Julien, 34 ans, en dit long sur les
tensions qui règnent entre les automobilistes et
les sportifs sur les lieux. Fin septembre, par une
journée pluvieuse, tous deux roulaient dans la voie
réservée aux cyclistes sur le circuit – une
boucle de 5 km. Les triathlètes pédalaient
à 25 km/h pour récupérer de leur
entraînement, selon leur version. M. Ballard
circulait dans la voie des automobilistes. Pour
éviter un camion garé dans sa voie, M.
Ballard aurait changé de voie, empruntant celle des
cyclistes, sans regarder au préalable si la voie
était libre.
Le conducteur aurait frôlé Raphaël
Henri-Jolicoeur. Ce dernier a eu le réflexe de
signaler sa présence en cognant sur le toit de la
voiture avec sa main. « À mon sens, c’est lui
qui était dans l’erreur. J’ai eu peur pour ma vie
», souligne le jeune homme qui travaille dans une
boutique de vélos.
Selon son récit, M. Ballard a ensuite baissé
sa vitre pour l’injurier. Il lui aurait dit qu’il
était directeur du site. « Il nous a dit
qu’il en avait assez des cyclistes. Qu’on était
dangereux et qu’on n’avait aucune conscience du monde. On
sentait qu’il avait
une frustration latente envers les cyclistes en
général », raconte le
triathlète.
Son partenaire d’entraînement, Charles-Antoine
Julien, corrobore sa version. « La réaction
du directeur était démesurée par
rapport à l’événement qu’il avait
engendrée. Sa voiture n’était pas
endommagée; nous n’étions pas
blessés. Il était hors de lui »,
décrit l’athlète qui fait son doctorat en
informatique à l’Université McGill. M.
Ballard est ensuite allé se garer près de
son bureau, toujours sur le circuit, selon la version des
cyclistes. Ces derniers ont décidé d’aller
lui parler dans le stationnement. « Il m’a dit qu’il
n’y avait rien à discuter. Et qu’il allait se
débarrasser de nous autres », ajoute M.
Jolicoeur. Le directeur leur a alors parlé de
l’installation des barrières de ralentissement.
« Pas poli »
Le direc teur exploitat ion reconnaît que
l’altercation a eu lieu. Il ne nie pas avoir parlé
des barrières, selon la porte-parole de la
Société, Mme Lessard. Mais ce sont les deux
cyclistes qui ont coupé M. Ballard dans la voie
réservée aux automobilistes, selon la
Société. « M. Ballard a voulu les
rattraper pour leur dire que c’était dangereux. Il
a emprunté la voie des vélos pour passer
devant eux, puis s’est arrêté plus loin pour
leur parler. Ça n’a pas été poli
d’aucune des parties », explique la porte-parole.
L’un des cyclistes a frappé la voiture avec son
pied, raconte-t-elle. Les deux athlètes seraient
plus tard rentrés à la réception du
pavillon du Canada – dans lequel la Société
a ses bureaux – pour poursuivre l’altercation.
Les deux triathlètes nient être entrés
dans le pavillon. « Au moment de l’altercation, le
directeur m’a raconté que c’était son
troisième incident impliquant un vélo.
Peut-être a-t-il mêlé les histoires.
Nous, on n’est jamais allés à son bureau
», se défend Raphaël Henri-Jolicoeur.
Son ami et lui conservent un souvenir amer de cet
incident. « On dirait qu’il n’y a pas de place pour
nous. Sur les routes, les voitures trouvent qu’on les
ralentit. Et sur les pistes cyclables, on va trop vite
», constate Charles-Antoine Julien. « Si le
directeur était un cycliste, il n’aurait pas pris
cette décision », conclut Raphaël
Henri-Jolicoeur.
ÀQUI LA FAUTE?
Les
automobilistes accusent les cyclistes d’ignorer le Code de
la sécurité routière. Les cyclistes
accusent les automobilistes de rouler en fous. À qui
la faute?
« Ce n’est la faute ni à l’un ni à
l’autre, tranche Jacob Larsen, étudiant à la
maîtrise à l’École d’urbanisme de
l’Université McGill. Le problème n’en est pas
un de comportement; c’est un problème d’urbanisme.
»
Dans le
cadre d’une recherche, l’étudiant mène
actuellement un sondage en ligne au sujet des pistes
cyclables montréalaises. Un des buts de
l’enquête : comprendre ce qui cause les conflits sur
les pistes cyclables. « La recherche tend à
démontrer que même si on multiplie les pistes
cyclables, les cyclistes préféreront quand
même utiliser le chemin le plus rapide pour arriver
à destination, quitte à rouler dans une rue
normale. Le hic, c’est que les routes, à
Montréal, n’ont jamais été
pensées en fonction des cyclistes. Les automobilistes
sont donc souvent surpris par la présence de
cyclistes », explique-t-il.
« Même les pistes cyclables ne sont pas
pensées en fonction des cyclistes », ajoute le
chercheur. La rue Sherbrooke en est un bon exemple: «
On a voulu maintenir deux voies dans chaque sens, en plus de
la piste cyclable et des trottoirs. Le résultat,
c’est que les voies ne sont pas assez larges ni pour les
voitures ni pour les vélos, et cela cause de la
friction, explique Jacob Larsen. Faute d’aménagements
adéquats, autant les cyclistes que les automobilistes
prennent des risques. » Pour participer au sondage de
Jacob Larsen: http ://tram.mcgill.ca/cycling.html
Un cocktail
explosif - MICHÈLE OUIMET
Qau
Danemark, 410 en France, 380 en Angleterre.
Il y a davantage de cyclistes urbains qui utilisent
leur vélo sur une base régulière.
Ils roulent plus longtemps et plus souvent. Et
parfois, plus dangereusement. Je vous l’ai dit, je
l’admets. Mea culpa.
En 20
ans, le parc automobile a doublé à
Montréal. Donc plus d’autos, mais aussi plus de
cyclistes. Et de plus en plus de nids-de-poule. Un
cocktail malsain. Quand je veux rouler, vraiment
rouler, j’enfourche mon vélo de course et je
parcours la montagne et les cimetières.
Parfois, je traverse le pont Jacques-Cartier et je
file sur le circuit Gilles-Villeneuve. Pour le plaisir
de pédaler sans arrêt sur de l’asphalte
lisse, le nez collé sur mon guidon, loin des
bruits de la ville. La paix, la grande paix.
La Société du parc Jean-Drapeau a
décidé de chasser les cyclistes du
circuit en installant des barrières de
ralentissement. La chose s’est faite rapidement,
phénomène rarissime à
Montréal. La décision a
été prise en mai par le comité de
gestion de la Société, elle a
été entérinée peu de temps
après par le conseil d’administration et les
premières barrières ont
été installées lundi. Une
opération éclair.
Les cyclistes amateurs de vitesse sont en rogne. Ils
vont se résigner à rouler dans les
pistes ou les rues de la ville. Le cocktail
vélo-auto sera encore plus explosif.