Montréal


LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS


Et si tout n'était pas nécessairement si noir dans la gestion de Montréal qu'a pu faire Gérald Tremblay ?
Ville de Montréal - Dix ans déjà
« Nos engagements, on est en train de les réaliser »

Montréal ne serait-elle désormais pas plus capable de démontrer de leadership que de vision ?...
Allez- vous- en!
Taxes + taxes + taxes

Des hausses de taxes « pour nourrir la machine »

Mayor had few options in next year's budget

Montréal peut-elle vraiment prétendre au titre de métropole culturelle tout en ne semblant pourtant pas vraiment se préoccuper d'autre chose que du béton ?...
Montréal métropole culturelle: Simon Brault sonne l'alarme


Et si l'administration Tremblay ne devait après tout s'avérer coupable que de pure et simple incompétence ?...
Buffet à volonté - François Cardinal

L'administration Tremblay démontrerait-elle donc une petite tendance à oublier ce que veut dire vivre dans une démocratie ?...
Affichage sauvage?
Affichage sur le mobilier urbain: la Ville ne modifiera pas son règlement


L'administration Tremblay partagerait-elle avec le gouvernement Harper une certaine culture du secret ?... Ou autrement dit, aurait-elle oublié le fondement même de la démocratie, à savoir que le gouvernement soit responsable, et doive donc répondre de ses actes devant les élus de la population ?...
Le vérificateur général ulcéré d’avoir perdu la « ligne éthique »

Le «courage» d'Yvan Delorme - Michèle Ouimet
Jeu de cache-cache à l'hôtel de ville - Michèle Ouimet
Roquet n'aura pas à répondre aux questions des élus

Peut-on encore rêver à Montréal d'une éventuelle réconciliation entre la ville et l'automobile ?...
10 questions + 1 avec Luc Ferrandez
Deux rues, une révolution
Comment on étouffe une ville
Isoler Montréal

Le fanatisme, ou du moins le lobby environnemental serait-il devenu une nouvelle tare pour Montréal ?...
LA PERCEPTION D’UNE MÉTROPOLE QUI VA MAL
What you don't know can hurt you
La « parcofolie » du Plateau
Spreading the revolution, one billboard at a time
Urbanisme 101 - Luc Ferrandez
Étouffer Montréal
Plateau-Ville-Mont-Royal
Don't over-regulate the joy of terraces
Maire sous influence - Lysiane Gagnon
Échangeur et rêveurs - Lysiane Gagnon
L'OVNI du Plateau Mont-Royal - Patrick Lagacé
L'échangisme politique du maire - Yves Boisvert
Le MTQ dirigé par des «attardés sociaux», selon Luc Ferrandez

Le «bourgeois» du Plateau
Aménagement urbain - Le Plateau modèle

Et si Montréal, sur cette question comme tant d'autres, s'avérait surtout en panne d'une approche basée sur le compromis et la conciliation, tout comme le reste de la planète, par ailleurs ?...

Échangeur Turcot - Le mieux, ennemi du bien
Un compromis acceptable
Le développement de Montréal passe aussi par le stationnement, croit Yaccarini
Bourgeois et idéologues
Anti-auto, le Plateau?

La grandeur de Montréal ne serait-elle déjà plus qu'une chose du passé ?...
Montréal par terre

Le déclin de Montréal

Montréal ne serait-elle donc plus capable que de foncer vers son propre déclin ?...

Le climat politique commence à peser sur l’économie
Allez- vous- en!
City needs to lure its workers to live here

Et ce déclin montréalais aurait-il pu être mieux précipité que par le malheureux épisode des fusions municipales ?...

Réparer une erreur historique

Le traumatisme

Une ville ingouvernable, surgouvernée
Fusions-défusions - Les événements
Fusions-défusions - Le rendez-vous manqué
Montréal - Dix ans de paralysie
La tour de Babel
Les fusions forcées, un échec

L’ENVOL RATÉ DE MONTRÉAL
Une ville faible dirigée par un maire faible


A new merger-demerger debate? No thanks


En fait, peut-on encore réaliser quoi que ce soit, à Montréal ?...
Le Quartier des spectres


Montréal serait-elle devenue en fait la capitale de l'immobilisme ?...
Mobiliser pour immobiliser
«Montréal est une ville créative, mais il manque d'action !»
Montréal perd des points sur le navettage
Parle, parle, jase, jase - Michèle Ouimet
Le maire Tremblay en a assez du «Montréal bashing»

Et surtout, Montréal n'est-elle pas aux prises avec un certain déficit de leadership ?...

La comparaison de Montréal aux autres grandes villes canadiennes ou nord-américaine, ne met-elle pas d'autant plus en évidence le déclin ?...

Le déclin de Montréal saurait-il être mis en évidence plus flagrante que dans la mesure où sa situation se voit comparée à celle d'autres grandes villes canadiennes ou nord-américaines ? Ou autrement dit, dans le cas de Montréal, se pourrait-il donc que plus l'on se compare, et plus l'on se désole ?...
Montréal bat- il tous les records ?
L’AMÉRIQUE DÉCRÉPITE

Vancouver bon premier, Montréal seizième
Stockholm : vivre sans embouteillage
De dures leçons à tirer
Montréal, «négligée» et «autocentrique»
Ni rose ni vert - François Cardinal
Seattle: le secret d'une ville verte
Une population qui consomme vert

Des Jeux verts, verts, verts... - Yves Boisvert
Vancouver, une ville adolescente - Yves Boisvert

Et pourtant, n'y a-t-il pas encore moyen de se consoler en se comparant ?...
Montréal-Toronto: des opportunités équivalentes
Montréal-Toronto: des rôles inversés

Peut-on simplement aimer Montréal ?...
MONTRÉAL, C’EST BEAU DE LOIN
Talons hauts, bagels et corruption

Montréal, je te reviendrai  -  Marie Abadie
Le bilan mitigé de Jean Drapeau   -  André Duchesne


Peut-il toujours faire bon vivre à Montréal ?...
Vancouver bon premier, Montréal seizième


Y a-t-il encore de l'espoir pour Montréal ?...
L'exotisme relatif de Montréal
La mélodie du bonheur de Montréal - Nathalie Petrowski
Manque à gagner: les élus entament leur réflexion
Contrats: nouvelles pratiques, meilleurs prix, dit Gérald Tremblay
Contrats: le directeur général fixe les règles du jeu

Gouvernance ouverte, budget ouvert
Montréal veut mettre au pas les propriétaires de taudis
Ménage printanier à l'hôtel de ville
Compétitivité - Montréal, grande championne mondiale
Des millions pour Montréal - Claude Picher
Montreal lures families with incentives
La Ville injecte 450 millions dans les transports en commun
Un «recul stratégique» de 40 millions

Refroidissement floridien - Nathalie Collard
Un budget attendu - Nathalie Collard

Et juste au cas où quelqu'un aurait oublié que Montréal semble désormais devoir rimer avec scandale...

Mayor Gérald Tremblay is under fire for the city's $108-million Bixi bailout.

GÉRALD TREMBLAY AU PLUS BAS
La dèche

Dure journée pour le maire
Claude Dauphin plie
 La crise

Le Vaudeville
Ville de Montréal - Le cirque
Le désaveu

Tremblay avoue... et tasse Reid

La police parallèle de Montréal
La Ville était au courant, dit Applebaum
Du moisi à la Ville deMontréal

Eaux troubles à la Ville
Montrealers shouldn't have to put up with this
Hauts salaires: Harel demande une commission spéciale
Le nombre de hauts salariés explose
Dossier TELUS: le vérificateur général contredit deux hauts fonctionnaires
Contrat avec TELUS: le vérificateur contredit le maire une fois de plus
TELUS: le maire Tremblay persiste et signe
Vous devriez vous excuser, M. Tremblay
Contrat à Telus: le vérificateur contredit le maire Tremblay
Soyez transparent, M. Tremblay - Michèle Ouimet
More dirt at city hall for Tremblay to clean up
Vous avez tort, M. Roquet - Michèle Ouimet

Contrats dans les arrondissements: Jacques Bergeron «perplexe»

Ne touchez pas au vérificateur - Michèle Ouimet
Transfert des services téléphoniques: le vérificateur appelle la police

Le DG de la Ville essuie de nouvelles salves
Louis Roquet doit renoncer à ses autres emplois, dit Harel
Confiance en chute: les politiciens municipaux ne sont pas épargnés
Utilisation de cellulaires par les employés municipaux: une facture salée
Le DGEQ sévit contre un promoteur immobilier

Se pourrait-il que les plus beaux jours de Montréal soient déjà derrière nous ?...
Mauvaise surprise à l'horizon

Gérald Tremblay n'exclut pas une hausse de taxes
Montréal en déficit d'un demi-million
Nouvelles mesures d'accès à la propriété: les résidences admissibles se font rares
Le Plateau s'érode : les artistes migrent
Bond de 6% du fardeau fiscal
L'heure de vérité sonne pour Gérald Tremblay, estime Louise Harel
Une hausse de taxes substantielle attend les Montréalais
Une quote-part à la hausse pour les villes défusionnées
Budgets 2010: 7 arrondissements gardent une taxe locale

Montréal chercherait-elle carrément à être mise sous tutelle ?...
Commissaire à l'éthique: Gérald Tremblay attend un signal de Québec


Pourrait-il y avoir quoi que ce soit qui puisse encore nous surprendre ?...
Le président coûtera plus cher à la STM

Nouvelles coupes dans les arrondissements
Une panne téléphonique majeure menace la ville

N'y aurait-il pas là une certaine impression de déjà vu ?...
City auditor-general gets one more job added to his list

Le déneigement serait-il devenu le seul projet collectif d'envergure à Montréal ?..
Forum Déneigement du Plateau: des idées en terrain glissant

Pas de déneigement uniformisé à Montréal
Déneigement réussi, dit la Ville
Déneigement: Vision Montréal demande des règles uniformes pour tous
Luis Miranda, «as du déneigement», est critique
Déneigement: Montréal promet de s'améliorer
Chargement de la neige à la carte

Le Montréalais et le déneigement - Patrick Lagacé
Déneigement sur le Plateau: des commerçants expriment leurs réserves
Déneigement: plus d'argent, demandent les arrondissements
Plateau et Ahuntsic: fini les chargements de neige la fin de semaine

Se pourrait-il que les politiques de Projet Montréal ne fasse pas tout à fait l'unanimité, pour le moins qu'on puisse dire ?...
Avoir les moyens d'une véritable métropole


Un changement d'équipe serait-il le point de départ d'un véritable changement ?..
Les élus de Projet Montréal se rangent derrière Richard Bergeron
Le chef de Projet Montréal appuie le budget Tremblay
Projet Montréal fait ses voeux
Contrats: les élus montréalais augmentent leur contrôle
Compteurs d'eau: le contrat de GÉNIeau résilié
Pour un Plateau «humaniste et écolo»
Louise Harel entre en scène


... ou plutôt d'une nouvelle ère de rivalités politiques ?...
Condos sur le mont Royal: un répit pour les opposants

Agacement à Projet Montréal
L'opposition pourrait retarder le vote, craint le parti du maire Tremblay

... ou même d'inaction ?...
L'inconfort de Projet Montréal - Nathalie Collard


... Et si changement il y a, peut-on vraiment dire que ce soit pour le meilleur ?...
Un tandem inquiétant - Lysiane Gagnon
Budget 2010: Projet Montréal préconise une hausse des taxes de 2%

Le maire Tremblay peut-il de lui-même amener le changement ?...
Montréal lève la suspension des gros contrats
City's seduction technique falls short
Élus et entrepreneurs participent à la même fête italienne
Début animé de la cohabitation De la théorie à la pratique - Nathalie Collard
Faible un jour, faible toujours - Lysiane Gagnon
La mairie change de visage
Gérald Tremblay désavoue ses troupes, disent les experts
L'administration Tremblay-Tremblay - Michèle Ouimet
Le maire Squiddly Diddly - Nathalie Collard

Gérald Tremblay sera président du conseil exécutif
Tremblay fait son mea-culpa devant ses homologues
Le maire tend la main à l'opposition
Peu de place pour du sang neuf  -  Éric Clément
Redresser la barre  -  MICHÈLE OUIMET
Bergeron tend la main à Tremblay
Le maire Tremblay reporte l'attribution de gros contrats

Montréal aurait-elle définitivement de graves problèmes de copinage et de conflits d'intérêts ?...
Enquête sur une subvention détournée dans Ville-Marie


Et maintenant, que peut-il encore être fait, à partir de là ?...
Plus de vérificateurs pour Montréal
Madame la chef de l'opposition - Michèle Ouimet
Répondre aux attentes  -  NATHALIE COLLARD

Comment donc avons-nous pu en arriver là ?...
Le maire Charlie Brown - Stéphane Laporte

La fracture linguistique  -  AGNÈS GRUDA
La leçon du scrutin  -  Lysianne Gagnon
Le bon (et le moins bon) jugement  -  RIMA ELKOURI

Que pouvons-nous penser de tout cela, au juste ?...
Forum : La honte d’être montréalais...

MONTRÉAL AFFAIBLI  -  DANIEL GILL


Est-ce vraiment possible ?...
Regagner la confiance  -  Marcel Côté
Le faible maire d'une ville affaiblie
Qu'est-ce que ça prendrait?  -  RIMA ELKOURI

La tutelle  -  MICHÈLE OUIMET
Rétablir la confiance  -  Nathalie Collard

Un maire sous haute surveillance  -  Alain Dubuc
Une victoire amère  -  André Pratte
Longueuil: St-Hilaire met fin à 27 ans de pouvoir
Cordato: «On a des changements à faire à Boisbriand»
Gérald Tremblay est réélu
Harel poursuivra son «combat»
Le règne Vaillancourt se poursuit à Laval

Une dose d’adrénaline  -  Isabelle Hudon



Les scandales de la politique municipale à Montréal seraient-ils en train de prendre de nouvelles proportions ?...
À vous de décider  -  MICHÈLE OUIMET
Bilan de campagne  Un enjeu : l’éthique  -  André Duchesne
Harel veut voir les chiffres de la Ville avant le vote  -  Éric Clément

Une campagne digne d'une «téléréalité», estime Harel
Trois édifices phares confiés à un homme au passé criminel  -  Sara Champagne
Leader recherché  -  ANDRÉ PRATTE
«On a sous-traité Montréal», déplore Harel
La Ville a perdu la maîtrise de ses projets
Gérald Tremblay muet sur André Delisle  -  Éric Clément
«On ne joue pas avec les réputations»  -  Michèle Ouimet
La beauté de la démocratie  -  MICHÈLE OUIMET
La sale campagne  -  NATHALIE COLLARD

Louise Harel réclame une enquête publique  -  Katia Gagnon
La crédibilité de Benoit Labonté  -  Yves Boisvert

D'autres révélations fracassantes de Benoit Labonté
Les sales secrets de l'administration Tremblay  -  MICHÈLE OUIMET
Benoit Labonté: «le système est gangrené»
Bernard Trépanier, monsieur 3%
« C’est un manque de  confiance quasiment absolu »  -  Catherine Handfield

« Il y a un cancer généralisé en politique au Québec »  -  Éric Clément

Ce ne sont que des rumeurs, dit Tremblay  -  Katia Gagnon

Tremblay nie les propos de Labonté
Le syndrome Gérald Tremblay  -  MICHÈLE OUIMET
Voir aussi Y aurait-il quelque chose qui cloche avec l'administration Tremblay ?...et Y aurait-il quelque chose de pourri dans notre milieu minicipal ?...
 

Montréal serait-il donc devenue ingouvernable ?

« Montréal, c’est la tour de Babel »
Le dépeçage de Montréal
« Montréal est ingouvernable »
Montréal en chiffres et en lettres
À quand un plan sud ?
Montréal a besoin d’un « Plan Sud »

Y aurait-il donc un problème avec Montréal ?...
Trop d’élus, trop de maires
Airport train seems to have inside track
Gouvernance: les experts posent le «bon diagnostic», dit Tremblay
Quel trou de beigne ?
Si même les gais.. - Lysiane Gagnon
Une démocratie mal emmanchée  -  YVES BOISVERT
La boîte de vers   -  VINCENT MARISSAL
Pôvre Montréal...  -  Alain Dubuc
Fusion + défusion = confusion  -  Louise Leduc
Le post-partum de la fusion  -  Katia Gagnon

L’ombre de Jean Drapeau  -  Nathalie Collard
Une campagne de nids-de-poule?  -  ALAIN DUBUC
Une vision pour Montréal  -  Daniel Gill
Parlons transport  -  NATHALIE COLLARD
PAUVRE MONTRÉAL!  -  JACQUES MÉNARD
Qualité de vie des métropoles mondiales Montréal passe du 16e au 19e rang  -  Éric Clément
L’essentiel et l’accessoire -  LYSIANE GAGNON
Montréal : Le coeur du problème -  ALAIN DUBUC
Des avantages mal gérés
Les villages gaulois n’ont pas d’avenir
La déroute d’une métropole
John Gomery se joint à Projet Montréal

L’homme qui voulait changer le monde -  MICHÈLE OUIMET
Pourquoi Montréal ne peut-elle se doter d'un maire digne de ce nom ? -  LYSIANE GAGNON 
Montréal : Pourquoi le désintérêt?  -  Lysiane Gagnon

Et pendant ce temps, à Québec... - PATRICK LAGACÉ
« Il y a trop de roitelets à Montréal »
La structure est malade NATHALIE COLLARD

UNIVERSITÉS  « Montréal a une sérieuse pente à remonter »
Michel Labrecque songe à quitter la politique
Montréal, ville mal-aimée

Le ministre de Thetford Mines - NATHALIE COLLARD

MONTRÉAL PREND LE LEED  -  François Cardinal

Voir aussi L’art de noyer le poisson - LYSIANE GAGNON

L'un des gros problèmes de Montréal serait-il d'avoir été un peu abandonné par Québec ?...
Des millions pour Montréal - Claude Picher


Comment sauver Montréal ?
«Grand virage» exigé pour Montréal

Un impôt municipal ? -  Luc Hétu
Le président de Sid Lee appelle à l’action : Montréal doit se positionner sur la scène mondiale en tant que cité de créativité et d’innovation
MONTRÉAL : LE MOTEUR CRÉATION -  Mario Cloutier
Montréal, ville de créateurs NATHALIE COLLARD

Le dimanche sans Grand Prix -  STÉPHANE LAPORTE
Réparer Montréal -  NATHALIE COLLARD
Des idées pour Montréal : FINI LES ARRONDISSEMENTS -  PATRICK LAGACÉ

Montréal a besoin de nous -  MÉLANIE  JOY
Montréal à l’ère de l’hypermobilité - DANIEL GILL

De nouvelles idées pour Montréal ?...

Redonner le centre-ville aux citoyens

L'heure serait-elle enfin venue pour Gérald Tremblay de rendre des comptes ?...

L’effet scandale se fait sentir  -  MICHÈLE OUIMET

Rêver Montréal  -  NATHALIE COLLARD

La lutte s’annonce chaude entre Harel et Tremblay  -  Sara Champagne

Le maire Tremblay ne serait-il capable de réagir, et encore, que lorsqu'on le force à le faire, en réalité ?...

Montréal demandera à Québec la création d’une escouade  -  Sara Champagne

TREMBLAY METTRA FIN AU CONTRAT  -  Denis Lessard

Et quand le maire Tremblay se décide finalement à agir, se pourrait-il que ce ne puisse finalement être qu'une blague ?...
Tremblay veut d’abord voir le rapport du vérificateur  -  Ariane Lacoursière


Le maire Tremblay aurait-il déclaré la guerre aux médias ?...
Gérants d'estrades  -  Yves Boisvert


Y aurait-il quelque chose qui cloche avec l'administration Tremblay ?...
... ou plus précisément... L'administration Tremblay aurait-elle un sérieux problème avec l'éthique ?...
« Dégage, Tremblay ! »
Embauche d'avocats bloquée: un «précédent inquiétant», selon l'ombudsman
Le coup de balai de Tremblay n'émeut pas Harel
Voir aussi Les scandales de la politique municipale à Montréal seraient-ils en train de prendre de nouvelles proportions ?...
Père Noël, donne-moi une enquête - Yves Boisvert
Le syndrome Gérald Tremblay  -  MICHÈLE OUIMET
Le vérificateur « s’intéresse » au contrat de téléphonie de la Ville  -  Denis Lessard
Le maire qui ne se fâchait jamais  -  YVES BOISVERT
Tremblay se fâche  -  Éric Clément
Voir aussi Comptez sur eux pour parler des compteurs d'eau !...
DÉPARTS COÛTEUX POUR LA VILLE  -  Éric Clément
Montréal affaibli  -  ALAIN DUBUC
Assumer ses responsabilités  -  NATHALIE COLLARD

M. Tremblay doit démissionner  -  Rémi Bourget

Encore - MICHÈLE OUIMET
Le Directeur Général des Élections enquête sur Union Montréal  -  Éric Clément
Montréal : Un entrepreneur dénonce la collusion chez ses pairs  -  André Noël

La Presse et André Lavallée   -  Philippe Cantin
Quand les secrets remontent à la surface...  -  Louise Leduc
La vraie faute d’André Lavallée  -  Michèle Ouimet

PAOLO CATANIA ACCUSÉ DE MENACES DE MORT  -  André Noël
Labonté demande une escouade spéciale anti-corruption -  Éric Clément
Une campagne qui compte  -  NATHALIE COLLARD
Corruption : Cas isolés ou système?  -  ANDRÉ PRATTE
Montréal : Une quinzaine de fraudes en trois ans  -  Éric Clément

Harel demande à Québec d’enquêter  -  Éric Clément  & Tommy Chouinard
L’éthique n’est pas un luxe  -  NATHALIE COLLARD
Copinage à Montréal… encore  -  MICHÈLE OUIMET
Gérald Tremblay à l’origine de l’enquête (...encore !...)  -  Éric Clément

Une entreprise éconduite veut poursuivre la Ville  -  Sara Champagne
Louise Harel accuse Gérald Tremblay de mentir  -  Éric Clément
QUADRILATÈRE SAINT-LAURENT  Levée de boucliers
  « Claude Dauphin est déconnecté de la réalité »  -  Éric Clément
Le maire de Québec veut limiter le nombre d’élus dans les CA -  Éric Clément
L’éthique arrive en ville  -  Ariane Krol
Montréal : Soubresauts municipaux
Quand la SQ s’intéresse à la corruption -  YVES BOISVERT
Les scandales de Montréal dans The Economist

Les Montréalais sont satisfaits des services
Une commission d’enquête s’impose -  MICHÈLE OUIMET
Le calme comme allié  -  Nathalie Collard

Attaque en règle contre La Presse
Bergeron relie le maire Tremblay aux allégations de corruption
CAPSULES VIDÉO SUR YOUTUBE Zampino et Tremblay ciblés par des internautes
SOMMET CITOYEN DE MONTRÉAL Le maire refuse de partager la scène avec ses adversaires
LA CONFIANCE S’EFFRITE -  SARA CHAMPAGNE
L’innocence perdue de Gérald Tremblay -  MICHÈLE OUIMET
Pour une commission d’enquête publique -  MICHÈLE OUIMET
"Mr. Tremblay, on ne peut pas plaire à tout le monde !" -  Gaétan Frigon
Ville cherche leadership désespérément - YVES BOISVERT
À quand une escouade anticorruption? - YVES BOISVERT
Qui ment? - MICHÈLE OUIMET
SHDM - Le maire Tremblay est responsable - MICHÈLE OUIMET
La virginité écorchée de la SHDM - MICHÈLE OUIMET
Un grand ménage s’impose à la Ville, estiment les experts
Retirez-vous, M. Tremblay - NATHALIE COLLARD
Un vrai scandale - Nathalie Collard
Le maire Tremblay perd une conseillère
Le maire serein malgré sa chute de popularité
Voir aussi : Du mou dans l’éthique

...et s'il y avait aussi un peu de bruit pour rien ?...
Compteurs d'eau : BPR attend des excuses

Du leadership, oui ou non ?  - CHRISTIAN YACCARINI
Une non-nouvelle : L’amalgame sous-entendu dans le cas d’Helen Fotopulos apparaît surréaliste
Des insinuations injustes

Encore une autre tuile ?...
L'opposition remet en cause l'éthique d'Union Montréal

Le vérificateur « s’intéresse » au contrat de téléphonie de la Ville  -  Denis Lessard
Une entreprise éconduite veut poursuivre la Ville  -  Sara Champagne
Le maire Tremblay ne se sent pas visé
LES ÉLUS CIBLÉS NIENT EN BLOC -  André Noël
Normandeau se dit « très préoccupée »

LA SQ OUVRE UNE ENQUÊTE -  André Noël
Un entrepreneur se met à table -  Denis Lessard


...et encore une autre ?...
Copinage à Montréal… encore  -  MICHÈLE OUIMET

Gérald Tremblay à l’origine de l’enquête (...encore !...)  -  Éric Clément


... et une autre ?... (!?!...)
Encore - MICHÈLE OUIMET


Le feuilleton de la SHDM
Lettres - Terrain Balmoral: rien n'est joué encore
Faubourg Contrecoeur: la SHDM durcit le ton
PAOLO CATANIA ACCUSÉ DE MENACES DE MORT  -  André Noël
Le vérificateur général rend public un quatrième rapport - Le Conseil ignorait la valeur d’un terrain vendu 1$
SCANDALES ÀMONTRÉAL - Québec a manqué de célérité, estime l’opposition
La ministre Normandeau s’explique... et s’énerve
La ministre aurait dit non - CHANGEMENT DE STATUT DE LA SHDM
La ministre Normandeau défend sa gestion de la crise
SHDM- Le vérificateur remet le dossier à la police !...
Affaire SHDM Révélations fracassantes du vérificateur général
Le rôle crucial de la SHDM
Voir aussi : Qu'est-ce qu'un conflit d’intérêts ?...


Le coût de l’eau



Comptez sur eux pour parler des compteurs d'eau !...
Pas question d'assumer «la faute» de la Ville

Compteurs d'eau: un fonctionnaire est sous enquête
L’argent de Monopoly derrière les compteurs d’eau  -  Sara Champagne
Les compteurs d’eau ne coûteront rien à Québec  -  André Noël
Voir aussi Éloge de la concurrence  -  YVES BOISVERT
L’effet compteurs d’eau  -  MICHÈLE OUIMET
Gérald Tremblay désavoué par la population  -  Éric Clément

DÉPARTS COÛTEUX POUR LA VILLE  -  Éric Clément
Montréal affaibli  -  ALAIN DUBUC
Assumer ses responsabilités  -  NATHALIE COLLARD

M. Tremblay doit démissionner  -  Rémi Bourget

Gérald Tremblay décapite son administration  -  Éric Clément

Un fiasco qui pourrait coûter très cher  -  Éric Clément

LaVille a omis l’expertise de ses propres cols bleus  -  Sara Champagne
Le scandale des compteurs d’eau   -  MICHÈLE OUIMET
Police ! Police !  -  YVES BOISVERT

UN RAPPORT DÉVASTATEUR  -  André Noël

Compteurs d'eau : Le vérificateur général rend son rapport ce soir 
Tremblay veut d’abord voir le rapport du vérificateur  -  Ariane Lacoursière
TREMBLAY METTRA FIN AU CONTRAT  -  Denis Lessard
Tremblay prêt à annuler le contrat des compteurs d’eau  -  Bruno Bisson
Le contrat des compteurs d’eau sous la loupe -  Éric Clément
LA VILLE PAYE-T-ELLE -  André Noël
SIXIÈME ENQUÊTE DE LA SÛRETÉ DU QUÉBEC  Le contrat des compteurs d’eau sous la loupe de la SQ - Sara Champagne
CINQ AUTRES CAS

Confiance aveugle au privé - ANDRÉ BOUTHILLIER
Le tuyau décortiqué MICHÈLE OUIMET
Bien des questions restent en suspens
« J’ai toujours pensé que leur projet allait coûter une fortune »
Histoire d’eau - NATHALIE COLLARD
L’offensive éthique de Tremblay - MICHÈLE OUIMET CHRONIQUE
Voir aussi : Qu'est-ce qu'un conflit d’intérêts ?...

Le vert sur le blason du maire Tremblay ne serait-il pas plus qu'un vernis, en réalité ?..
Union Montréal refuse d’augmenter le nombre d’aires protégées
Luttes locales, lutte globale...
L’air deMontréal moins bon en 2008

Des quartiers à éviter… ou à assainir  -  Charles Côté


Et les petits amis de l'administration Tremblay sont-ils vraiment les mieux placés pour en restaurer la crédibilité ?...
Des coups de pouce arrivent de Québec juste à temps  -  Denis Lessard


Cette administration peut-elle faire quelque chose qui ait du sens ?...
Absurdité municipale - Rima Elkouri

La pose du sabot deDenver suspendue

Y a-t-il encore quelque chose qui fonctionne normalement, à Montréal ?...

Montreal and its workers move in mysterious ways

Du moisi à la Ville deMontréal
MONTRÉAL: LA FONCTION PUBLIQUE LA PLUS CHÈRE AU QUÉBEC
Les riches paieront moins, les pauvres, plus
Ponts extrêmes - Mario Roy
Mon parc est pire que le tien - Vincent Marissal
Boroughs and suburbs are shortchanged
Le syndrome Gérald Tremblay  -  MICHÈLE OUIMET
Une démocratie mal emmanchée  -  YVES BOISVERT
Contrats de construction : des entreprises très sollicitées
Démissionnez, madame la mairesse
Collusion dans la construction : manipulations électorales ?...

« Club » d’entreprises : Appels d’offres truqués et prix gonflés

La firme Optimum dans une situation délicate  -   Tristan Péloquin
PAOLO CATANIA ACCUSÉ DE MENACES DE MORT  -  André Noël
Fraude au Service informatique de Montréal : DEUX SUSPECTS ARRÊTÉS
Trois entrepreneurs tabassés en un an  -  André Noël

Division informatique de Montréal : Un troisième fonctionnaire congédié
Longueil : Goyette nie le conflit d’ intérêts  -  Tommy Chouinard
Le maire lance un appel à la négociation aux cols bleus
Les cols bleus feront une grève d’un jour  -  Catherine Handfield

Des contraventions trois fois plus chères
Système d'égouts : Nouveau recours contre la Ville  -  André Noël
ARRONDISSEMENT D’OUTREMONT Une nouvelle force politique émerge
Blainville n’a pas respecté la loi sur l’attribution de contrats
"Pas en faillite"  -  Helen Fotopoulos
LePlateau-Mont-Royal au bord de la faillite
PLATEAU-MONT-ROYAL La situation est « très précaire », admet l’administration

Risque de fraude avec le système informatisé d’approvisionnement

La société d’adoration mutuelle -  MICHÈLE OUIMET
Michel Labrecque candidat à la mairie du Plateau
Montréal enquête sur l’administration du Plateau
Plateau Mont-Royal  - Les départs d’employés continuent

Les mal-aimés du vélo - NATHALIE COLLARD

Voir aussi CHRONIQUE D’UNE FIN ANNONCÉE -  Caroline Touzin
Évincés des parcs, les clubs de rugby ripostent
Le roi de Saint-Lambert  -  Michèle Ouimet
DES ÉPAVES DE PLUS EN PLUS GÊNANTES -  Hugo Meunier 


Peut-on encore réaliser normalement quoi que ce soit à Montréal ?...
Un jardin communautaire vendu «en catimini»

Un projet mal parti - Nathalie Collard
Trois édifices phares confiés à un homme au passé criminel  -  Sara Champagne
« C’EST MA VIE, ICI »
Quadrilatère Saint-Laurent : Feu vert à deux projets controversés 
QUADRILATÈRE SAINT-LAURENT  Levée de boucliers contre le projet du promoteur
Un rapport critique le projet du Red Light  -  Sara Champagne
QUADRILATÈRE SAINT-LAURENT  Le projet crée beaucoup de remous…
… et le promoteur s’impatiente
 


Ou en fait, peut-on même encore réaliser quoi que ce soit, à Montréal ?...
LA CUISINE DE RUE S’ INVITE À MONTRÉAL

Réinventer la ville - Autopsie d'un chantier

La bataille ultime serait-elle bel et bien commencée ?...
Infractions à la loi: Louise Harel admet ses torts
Infractions à la loi: Harel admet qu'elle aurait dû savoir
Harel a contrevenu aux lois électorales
Le parti de Louise Harel en débâcle financière
Un acteur des commandites a travaillé pour Vision Montréal
Louise Harel nie avoir été alertée
Des idées à réaliser  -  Nathalie Collard
Charles Taylor appuie Richard Bergeron
Composition française  -   Pierre Foglia
Bergeron « fier » de ses propos  -  Daphné Cameron

Richard Bergeron résume ses promesses en 12 points  -  Catherine Handfield
Égalité dans la course à la mairie : le suspense est total !...
Monsieur 16%  -  Michèle Ouimet

Tremblay hausserait les taxes de 16% en 4 ans
Le blues des anglophones  -  MICHÈLE OUIMET
Voir aussi Les scandales de la politique municipale à Montréal seraient-ils en train de prendre de nouvelles proportions ?...
Richard Bergeron propose une coalition
Tremblay a fait preuve d'«aveuglement volontaire», dit Gomery

Des mots  -   Pierre Foglia
Bergeron veut rendre Sainte-Catherine piétonne  -  Martin Croteau
TROIS CHEFS ET  2,5 MILLIARDS  -  Karim Benassaieh
Les candidats d’Union Montréal contre l’idée de centralisation d’Harel
Louise Harel: «Ma candidature dérange l'ordre établi»
Un homme de culture...  -  NATHALIE PETROWSKI
La vraie question   -  NATHALIE COLLARD
Le festival des taloches   -  Michèle Ouimet
Le triomphe du concierge  -  MICHÈLE OUIMET
Harel et Tremblay à égalité
La maison de verre  -  Nathalie Collard

« Benoit Labonté n’a pas été à la hauteur »  -  Sara Champagne, Éric Clément, Daphné Cameron & Martin Croteau
L’arroseur arrosé  -  Michèle Ouimet

Une redoutable grand-mère  -  Michèle Ouimet
Pour une ville avec moins d’élus  -  Sara Champagne

Irréaliste, selon Tremblay, responsable, selon Harel  -  Éric Clément
Transformer la ville, sans augmenter les taxes… en 2010  -  Éric Clément
Louise Harel a aussi des friends  -  Katia Gagnon
Faux et vrai débat  -  Michèle Ouimet
Un débat serein, l’autre houleux
  -  Louise Leduc

Louis Roquet appelé en renfort  -  Karim Benassaieh
Gérald Tremblay et Louise Harel croisent le fer sur fond de crise  -  Éric Clément
Union Montréal refuse d’augmenter le nombre d’aires protégées
Louise Harel lance les grandes lignes de son programme électoral 
Montréal : Difficile de réunir les quatre candidats  -  Daphné Cameron

Lavallée et le FLQ : Harel se défend d’être la source de l’information  -  Karim Benassaieh &  Éric Clément
LA NOUVELLE «FEMME» DE GÉRALD TREMBLAY  -  Katia Gagnon
Fronde contre « l’héritage Harel-Tremblay »  -  Sara Champagne
Vision Montréal : La liste des donateurs mise en ligne  -  Sara Champagne
Harel se dit « indignée »  -  Éric Clément
Harel demande à Québec d’enquêter  -  Éric Clément  & Tommy Chouinard
Le maire veut tourner la page

Union Montréal publiera sa liste de donateurs... plus tard

Harel demande à Québec d’enquêter  -  Éric Clément  & Tommy Chouinard
Le changement passe par une majorité  -  Éric Clément
Louise Harel ravit trois membres à Projet Montréal
Les femmes fortes de Montréal  -  Michèle Ouimet

Nathalie Rochefort se joint à Louise Harel  -  Sara Champagne
Grosse prise pour Louise Harel  -  Éric Clément
Montréal demande à Québec d’amender la loi 170  -  Éric Clément
Louise Harel accuse Gérald Tremblay de mentir  -  Éric Clément
Un arrondissement n’est pas une municipalité en soi  -  Éric Clément
L’appui de Grey à Harel sème la controverse  -  Martin Croteau
Vision Montréal : "Une équipe qui refuse de nier les problèmes"
Forcillo veut donner une leçon à Labonté
Quand on ne peut pas gagner… on se rallie
Élections municipales dans Ville-Marie  Une bataille de coqs se dessine 



Y aurait-il en vue un remplaçant digne de ce nom ?...
LE CASSE- COU
Michel Brûlé vise la mairie de Montréal
Portrait du politicien en coureur de fond- Yves Boisvert
Le 3e luron  -  Lysianne Gagnon
Le parleur de Montréal  -  Michèle Ouimet
Un « Régis Labeaume » pour Montréal  -  Éric Clément
Bergeron mise sur le tramway  -  Éric Clément
Une intégrité sans faille  -  RICHARD BERGERON
Le franc-tireur de Montréal  -  MICHÈLE OUIMET
Premières hostilités entre Tremblay et Harel
Une campagne qui compte  -  NATHALIE COLLARD

À LAMANIÈRE DE LOUISE HAREL - KATIA GAGNON
Du travail pour deux -  ANDRÉ PRATTE
MONTRÉAL : LA COURSE EST LANCÉE - Katia  Gagnon
Le syndrome du sauveur -  MICHÈLE  OUIMET
La candidate Harel - NATHALIE COLLARD

Bonne nouvelle pour Montréal  -  LYSIANNE GAGNON
Harel à la mairie? - LYSIANE GAGNON

J’ai des doutes. - YVES BOISVERT  
The Gazette compare Harel à Mom Boucher

Peur et émoi chez les Anglo-Montréalais
Louise la douce, Harel la dure -  VINCENT MARISSAL

Les péquistes divisés entre les deux camps
Louise Harel fera-t-elle le saut ?
Bergeron exclut toute alliance avec Projet Montréal

John Gomery se joint à Projet Montréal

MONTRÉAL - DES QUESTIONS POINTUES au chef de l'opposition...

Ou peut-être pas ?...

Un projet sépia  -  NATHALIE COLLARD

Le problème de Benoit Labonté - NATHALIE COLLARD

Est-ce si surprenant que les choses n'avancent pas quand on pense ainsi ?...
Un petit jeu dangereux -  Lysianne Gagnon

Le Red Light est déjà mort - NATHALIE COLLARD

« C’EST MA VIE, ICI »

Mais voulons-nous seulement d'un bon maire ?...
Villes - PIERRE FOGLIA

Peut-on encore rêver Montréal ?...
Rentable à long terme  -  Michel Dumas
Exposition universelle : Montréal accuse déjà un retard
Un projet sépia  -  NATHALIE COLLARD


Voir aussi À quoi rêve Montréal?  -  Rima Elkouri
et Rêver? Oui, mais…  -  Michèle Ouimet

... et pendant ce temps, à Montréal...
La « troisième solitude »




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Montréal, je te reviendrai  -  Marie Abadie
La vie qui coule dans tes rues. Tes couleurs, sur les murs, les gens, les peaux. Toutes tes langues, toutes tes cuisines, tous tes gens qui vivent ensemble, qui se mêlent et se mélangent, et se parlent. Tes cyclistes et tes piétons qui circulent sur des voies défoncées, et qui compostent dans leurs cours et su r leu rs balcons. Tes marchés qui fredonnent et qui dansent, entre les étals de fraises du Québec, les meilleures merguez en ville, le vin de glace et les fleurs débordantes. Ta jeu nesse qui s’affale sur les pentes du Mont-Royal, et qui danse au rythme des tam-tams. Tes quartiers identitaires, tes relents de snobisme, tes festivals dans la rue, tous ces artistes qui te définissent.
Montréal, j ’a i m e tes balcons, tes escaliers à l’extérieur, ces défis quotidiens à l’hiver. J’aime te regarder d’en haut, te prendre pour une forêt urbaine, compter tes arbres et chaque fois abandonner. J’aime les trous dans tes routes, tes restaurants un peu miteux, j’aime tes friperies, tes épiceries. J’aime tes mafieux qui hantent SaintLaurent ou Crescent selon leur allégeance. J’aime tes habitants, ceux qui parlent fort, ceux qui parlent bizarre, mais qui jamais ne se manquent de respect.
J ’aime que tu fasses fi des couleurs, des accents et des traditions, que tu nous regroupes tous sous ton nom : Montréalais.
Montréal, ma ville, mon havre, mon port. Tu n’es pas belle, pas époustouflante. Rien dans tes rues n’attrape le rega rd . Tes bâti ments tentent le sublime et se font écraser. Ton âme n’est pas da ns les pierres, à peine dans les briques. Ton âme est dans le bric-à-brac, le jeté là par hasard, dans tout ce qui n’est pas calculé. Dans tes ruelles plus que dans tes rues.

Montréal, je te quitte mais je t’aime. Mon village, mon ma rché, ma ma ison , ma famille. Je te quitte et mon coeur pleure, je te quitte parce que le monde est grand, je te quitte, mais je reviendrai. Promis. Je t’appartiens.



ARRONDISSEMENT DE VILLE-MARIE La nouvelle gouvernance critiquée  -  Éric Clément
C’était le début d’une nouvelle ère politique dans l’arrondissement de Ville-Marie, hier soir, alors que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, présidait pour la première fois le conseil d’arrondissement du centre-ville de la métropole, une situation fort critiquée par des résidants.
Une résidante de Ville-Marie, Lise Béland, a d’abord souhaité, au cours de la période de questions, que, dorénavant, seuls les résidants et les commerçants de Ville-Marie puissent poser des questions lors de l’assemblée du conseil d’arrondissement, même si trois élus du conseil sur six (Gérald Tremblay, Richard Deschamps et Jocelyn Ann Campbell) n’habitent pas dans Ville-Marie.
Le directeur de l’arrondissement, Alain Dufort, a alors répondu qu’un avis juridique a été demandé afin d’étudier si cette avenue est légalement possible.
Puis, le citoyen André Querry a regretté que deux élus extérieurs à l’arrondissement, JocelynAnnCampbell, conseillère d’Ahuntsic-Cartierville, et Richard Deschamps, conseiller de LaSalle, aient été nommés le jour même par le maire Tremblay pour siéger au conseil de Ville-Marie en vertu de la loi 22 adoptée en juin 2008.
M. Querry estime que ces élus pourraient être en conflit d’intérêts quand des dossiers concerneront à la fois VilleMarie et leur arrondissement d’origine.
Mme Campbel l e t M. Deschamps n’ont pas été particulièrement bien accueillis par le public (Mme Béland les a même décrits comme des «immigrants»).
Le maire Tremblay a répondu que quand ces deux élus siègent à Ville-Marie, ils représentent Ville-Marie, et qu’il faut «tourner la page» et ne pas revenir en arrière pour modifier la loi 22.
Le conseiller Vision Montréal du district Saint-Jacques, François Robillard, a ensuite déclaré que la loi 22 constituait «un déficit démocratique important» pour les citoyens de Ville-Marie, alors que l’opposition a recueilli, lors du dernier scrutin, plus de voix qu’Union Montréal, mais que quatre élus sur six sont membres du parti du maire.
Le citoyen Yves Chartrand a également critiqué la nouvelle gouvernance de Ville-Marie. « Quant à moi, on est des citoyens de seconde zone, a-t-il dit. Ville-Marie est en tutelle de la part de la ville centrale.»
Très applaudi, M. Chartrand s’est de nouveau fait dire par le maire Tremblay que le dossier était clos, que la loi avait été adoptée et qu’il fallait aller de l’avant.
«On va revenir à la charge là-dessus durant les quatre prochaines années», a ajouté M. Chartrand.
François Robillard a rappelé que la consultation que le maire Tremblay avait organisée en 2008 sur la nouvelle gouvernance de l’arrondissement s’était déroulée en privé, sans la présence des médias ( La Presse s’était fait mettre dehors).
Enfin, une motion réclamant la tenue d’une commission d’enquête publique sur la corruption et la collusion au Québec a été adoptée à l’unanimité.
En point de presse avec les médias présents après la séance du conseil, le maire Tremblay a dit être satisfait de sa soirée. D’après lui, les citoyens finiront par se rendre compte que c’est un avantage pour l’arrondissement d’avoir un maire qui est aussi le maire de la métropole.




Peu de place pour du sang neuf  -  Éric Clément
FORMATION DU NOUVEAU COMITÉ EXÉCUTIF DE MONTRÉAL
Réélu par seulement 37,89% des votes exprimés, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, pourrait prendre acte de ce faible pourcentage et nommer des élus de Projet Montréal et de Vision Montréal au comité exécutif. Mais lundi, il n’a montré aucune ouverture en ce sens. Son équipe a gagné, c’est elle qui gouvernera, a-t-il dit en substance.
« Un seul conseiller d’Union Montréal a été élu pour représenter les 442 000 citoyens du Plateau-Mont-Royal, de Rosemont–La Petite-Patrie, de Ville-Marie et de Mercier– Hochelaga-Maisonneuve, a fait observer hier Luc Rabouin, directeur général du Centre d’écologie urbaine de Montréal. Une telle situation devrait encourager M. Tremblay à tendre la main aux partis que la population des quartiers centraux a élus, notamment au comité exécutif. La situation est critique et elle exige que le maire Tremblay se place au-dessus de la mêlée en rassemblant toutes les forces vives intéressées à contribuer de bonne foi au succès de Montréal. »
Cela dit, le maire ne pourra compter sur Diane Lemieux, qui n’a pas été élue. Du coup, Claude Dauphin devrait demeurer président du comité exécutif. Le maire de SaintLaurent, Alan DeSousa, qui s’est distingué comme le maire local qui a eu le plus de suffrages dimanche, avec 72,9% des voix, devrait conserver d’importantes responsabilités.
Gérald Tremblay ne peut plus compter sur l’expertise d’André Lavallée, responsable au comité exécutif du Plan de transport, de l’aménagement urbain, du Bureau du taxi, de l’Office de la consultation publique, de Stationnement Montréal, du patrimoine et du design. Il aurait pu le remplacer par Michel Labrecque, qu’il avait nommé à la présidence de la Société de transport de Montréal, mais M. Labrecque a été balayé par le tsunami Projet Montréal dans le Plateau-Mont-Royal. Du coup, le maire pourra renommer le maire de Verdun, Claude Trudel, à la présidence de la STM, à moins qu’il ne fasse appel à Marvin Rotrand, actuellement vice-président de la STM.
Le mai re reprendra-til Sammy Forcillo et Luis Miranda ? Leurs noms ont été évoqués dans les médias dans des affaires liées à l’éthique. M. Forcillo possède une expérience précieuse en ce qui a trait aux finances et aux réparations des infrastructures. Par contre, les liens qu’entretenait M. Miranda avec des entrepreneurs pourraient lui coûter sa place.
Bases irréprochables
Gérald Tremblay voudra reconstruire son comité exécutif sur des bases irréprochables. C’est la raison pour laquelle il hésitera à reprendre Helen Fotopulos, qui hérite de la déroute d’Union Montréal dans le Plateau-Mont-Royal et qui est allée dans la loge de Cima + au Centre Bell alors que l’entreprise fait affaire avec la municipalité. Mais d’autres membres du comité exécutif ont aussi accepté de telles invitations. Alors...
Par contre, le maire devrait conserver Michael Applebaum, facilement réélu dans Côtedes-Neiges–Notre-Dame-deGrâce, et Mary Deros, qui a dépassé la barre des 50% dans Parc-Extension. Il ne pourra toutefois pas compter sur Catherine Sévigny, qui a été battue. Comme il a besoin d’une représentation féminine pour refléter le fait que 39% des élus sont des femmes, ce pourrait être l’occasion d’intégrer Marie Cinq-Mars, qui affectionne les dossiers culturels.
Manon Barbe, réélue haut la main dans LaSalle avec toute son équipe, Monique Worth, qui a réalisé la même chose dans Pier refondsRoxboro, et Jane CowellPoitras, conseillère depuis plus de 20 ans dans Lachine, sont aussi sur les rangs. Le maire pourrait aussi faire appel à Joe Magri, nouveau maire de Rivière-des-Prairies–Pointeaux-Trembles, pour représenter l’Est de Montréal.
Parmi les nouveaux élus, M. Tremblay considérera sans doute Gilles Deguire, nouveau maire de Montréal-Nord. Policier durant 30 ans, il a fait élire dimanche toute l’équipe d’Union Montréal là où l’administration Tremblay a été si critiquée depuis l’affaire Villanueva. Il pourrait se voir confier la sécurité publique. Mais surtout, comme il était auparavant le bras droit de la ministre de l’Environnement, Line Beauchamp, il sera un lien plus qu’utile entre l’administration Tremblay et Québec.
Enfin, le maire de SaintLéonard, Michel Bissonnet, réélu par « seulement » 70% des voix (il avait obtenu 94% des voix en septembre 2008), devrait devenir président du conseil municipal, poste similaire à celui qu’il a occupé de 2003 à 2008 à l’Assemblée nationale du Québec.



Forum : La honte d’être montréalais...
ÉLECTIONS MUNICIPALES 2009
C’est avec un sentiment de honte d’être Montréalais que j’ai assisté à l’élection de Gérald Tremblay dimanche soir. Je sais pertinemment que Montréal vient de se retrouver dans le club sélect des villes ouvertement corrompues de cette planète telles que Chicago et Palerme. Nous sommes maintenant officiellement risibles. Mon sentiment doit ressembler à celui de nombreux Américains après la réélection de George W... J’ai aussi honte d’être Québécois lorsque je vois le ridicule taux de participation des électeurs. Mesdames et messieurs qui ont décidé de ne pas aller voter, vous êtes irresponsables. Nous ne méritons pas notre démocratie, car nous ne l’entretenons pas de notre implication citoyenne. Nous votons comme des consommateurs qui vont magasiner un frigo. Sans égard pour le moyen et long terme, sans égard pour notre collectivité. Sur une note positive, j’ai été très heureux que Peter McQueen ait été élu comme conseiller dans NDG sous la bannière de Projet Montréal. C’est un homme de principe que je respecte au plus haut point et qui mérite amplement son élection.
Maintenir la pression
Le maire Tremblay a été réélu dans la plus grande ville du Québec malgré la magouille qui y sévit. Le maire Vaillancourt de Laval entamera un sixième mandat. Le taux de participation de l’électorat est faible. L’efficacité de l’administration municipale et la conduite de grands projets dépendent de changements profonds à réaliser. Comment cela se fera-t-il en présence de ceux mêmes qui ont cautionné la mise en place de la collusion systémique qui sévit? Les groupes d’opposition et les médias devront maintenir la pression sur les institutions provinciales pour qu’elles voient à rétablir la crédibilité de la région métropolitaine comme moteur économique de la province. Le mot transparence devra cesser d’être une expression de relations publiques creuse et devenir une réalité si on désire que les citoyens et les investisseurs locaux et internationaux reprennent confiance envers les dirigeants et les institutions.
Aveugles et sourds
Les résultats des dernières élections municipales me laissent bouche bée. C’est à croire que les Montréalais ont soudainement été contaminés, non pas par le H1N1, mais par une triste maladie qui nous rend aveugles et sourds. C’est tout comme si les grands titres relatant la corruption au sein d’Union Montréal ne nous avaient pas rejoints. Comme des zombies (ou peut-être était-ce des relents de l’Halloween), un maigre 40% des électeurs s’est dirigé aux urnes pour réélire un parti qui n’aurait pas dû remettre les pieds à l’hôtel de ville montréalais. Nous avons manqué de courage politique pour croire au renouveau, en étiquetant les membres de Projet Montréal d’utopistes. Je me réveille donc avec un Montréal statu quo, un Montréal qui n’a pas su croire que notre belle ville n’a pas plus de potentiel que ce que veut bien en faire Union Montréal, que notre belle ville ne mérite pas de rêver un peu en un avenir meilleur.
Dure défaite pour Harel
Louise Harel n’a pas été à la hauteur de la situation. Elle n’a pas réussi à déloger un maire qui était affaibli par des scandales. C’est une défaite amère pour Mme Harel et pour Vision Montréal. Richard Bergeron termine troisième, mais il augmente considérablement ses appuis comparativement à l’élection municipale de 2005. Tout comme au niveau provincial, c’est le moins pire qui a gagné.
Un nationaliste n’a aucune chance
Le maire Gérald Tremblay devait perdre, mais il a gagné. La défaite crèvecoeur de Louise Harel et de son parti, Vision Montréal, prouve qu’un candidat nationaliste, peu importe son
Montréal s’est souvenu
Mme Harel, Montréal s’est souvenu des fusions passées à la vapeur avec le bâillon à minuit. Vous vous êtes moqué de 200 000 personnes qui ont marché dans les rues, et vous avez eu le culot de leur demander de vous élire. Et malgré toute la publicité gratuite que vous avez eue de la part de certains médias, Montréal s’est souvenu. Bravo.
Taisez-vous !
Quelle ne fut pas ma surprise de lire la réaction de l’ex-maire Claude Gladu, à l’effet que les citoyens de Longueuil se sont mépris entre la politique municipale et fédérale en ayant voté pour Caroline St-Hilaire, et non pour son dauphin, le notaire Jacques Goyette. Nous sommes parfaitement conscients du choix que nous avons fait. Nous ne voulons plus voir la ville administrée par les promoteurs, partenaires et clients de M. Goyette et du PML. Quel aveuglement ou arrogance de la part de M. Gladu, j’en suis renversé. Nous comprenons que son équipe était capable d’administrer la ville en respectant la loi, mais nous voulons maintenant des élus respectant aussi des règles d’éthique élémentaires, qui consistent à conserver une indépendance face aux promoteurs et consultants qui veulent notre bien et qui finissent très souvent par l’obtenir ! M. Gladu, les citoyens ont parlé, prenez-en note et taisez-vous S.V.P. !


MONTRÉAL AFFAIBLI  -  DANIEL GILL
Sa réputation profondément entachée, la métropole est menée par un maire qui a perdu une grande partie de sa crédibilité et de sa légitimité
Gérald Tremblay ne devra pas voir dans sa victoire quelque forme d’absolution. Il a promis de faire le ménage, il devra maintenant « livrer la marchandise ».
L’auteur est professeur agrégé à l’Institut d’urbanisme de l’Université de Montréal. L’ada ge dit qu’on ne gagne pas les élections, on les perd. Il faut être bon joueur et reconnaître que cette fois-ci, le maire a remporté la victoire contre vents et marées.
La grande erreur de l’opposition aura été de proposer une vision de Montréal déconnectée de la réalité des Montréalais.
Contre toute attente, le maire Gérald Tremblay a conservé le pouvoir, et malgré tout ce qui a été dit, il faut comprendre que la population aura cru en son innocence. Les méchantes langues pourront bien dire que ce résultat est la preuve que le système de financement occulte aura au contraire très bien fonctionné, il n’en demeure pas moins que le maire a gagné son procès face au jugement populaire.
Et si c’était l’opposition qui avait perdu? Chacun des candidats traînait son propre boulet, et il faut croire que le plus léger était finalement celui du maire Tremblay. Dans un contexte où Montréal est de plus en plus une ville allophone, Louise Harel a souffert de son passé indépendantiste, et probablement plus encore de son incapacité à s’exprimer convenablement en anglais. Même pour les francophones, son unilinguisme constituait un sérieux handicap pour gérer une grande ville comme Montréal.
Quant à Richard Bergeron, il devait conjuguer avec une équipe plutôt absente, mais aussi composer avec un passé t rouble concernant le 11 septembre, qui en aura fait la risée de nombreux commentateurs politiques. Sans rien enlever à ses projets de transports collectifs, M. Bergeron devra comprendre que Montréal est aussi une ville d’automobilistes et qu’on ne peut l’ignorer. Sur ce point, la mairie de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal étant maintenant entre les mains de son parti, tout est à craindre de ce côté, lui qui déjà déplore la présence trop importante d’automobilistes dans ce quartier pourtant névralgique en termes de circulation.
Mais la grande erreur de l’opposition aura été de proposer une vision de Montréal déconnectée de la réalité des Montréalais. D’où venaient ces idées de plages et d’exposition universelle en 2020, d’où venait cette idée de grande entrée maritime ? Des projets sortis d’un chapeau comme par magie. Il aurait été pourtant si simple, à la suite du succès que connaît Québec avec et après son 400e, de rallier tous les Montréalais autour de 2017, année du 375e de Montréal et du 150e de la Confédération canadienne.
Le maire Tremblay ne devra pas voir dans cette victoire quelque forme d’absolution. Il a promis de faire le ménage, il devra maintenant « livrer la marchandise ». Il est à espérer que cette pression vienne non pas uniquement des médias, mais également de l’intérieur de son parti. Et il ne faudrait surtout pas que ce grand ménage se résume à faire disparaître les traces compromettantes qu’une enquête pourrait faire ressortir.
Aujourd’hui, Montréal sort très affaibli de cette campagne. Une ville exsangue dont la réputation est profondément entachée, qui peine à suivre la parade et qui, dorénavant, sera menée par un maire qui a perdu une grande partie de sa crédibilité et de sa légitimité avec pour appui uniquement 15% des électeurs inscrits.
Mais derrière tout ça, se cache une grande ironie du sort dont le Parti québécois devra tirer leçon. L’objectif des fusions municipales était de redonner à la Ville de Montréal son pouvoir sur la banlieue. Malheureusement, force est de constater que ce pouvoir est maintenant entre les mains des maires des anciennes villes de l’île qui ont tous été élus sous la bannière d’Union Montréal. Exception faite de Ville-Marie, tous les arrondissements de l’ancienne ville se retrouvent dans l’opposition.
Comme quoi, l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions.


ET MAINTENANT, AU TRAVAIL  -  Florence Junca-Adenot
Montréal a besoin d’être aidé et non menacé de tutelle
Il y a urgence à faire un ménage vigoureux dans les octrois de contrat, la culture de la collusion, l’éthique flexible et les décisions cachées.
L’auteure est directrice du Forum Urba 2015 au département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM. Elle a été présidente de l’Agence métropolitaine de transport de 1996 à 2003. Et maintenant, au travail.
En ce 3 novembre, les trois villes principales de la région, réunies avec les autres municipalités au sein de la Communauté métropolitaine de Montréa l (CMM) , se retrouvent dans une situation paradoxale pour relancer le Grand Montréal, et Montréal en premier lieu, dans le concert des métropoles gagnantes.
À Laval, Gilles Vaillancourt obtient un mandat sans opposition et pourra travailler sereinement au développement de sa ville.
À Longueuil , Carol i ne Saint-Hilaire sort grande gagnante d’un projet de renouvellement de la démocratie municipale, et de ses pratiques d’éthique, de transparence et d’intégrité Elle dispose d’un plan d’action réaliste. Minoritaire au conseil, malgré ses 53% de votes, elle se veut rassembleuse des conseillers des différents partis autour des changements escomptés et du projet de ville, tout en tendant la main aux municipalités de l’agglomération.
À Montréal, Gérald Tremblay, maire de Montréal (et président de la CMM), élu par 15% des électeurs inscrits, se trouve dans une position affaiblie pour défendre la métropole. Il n’a pas le choix. Il doit faire un geste significatif de rupture, traduisant un changement de culture et de mode de décision, montrant qu’il peut travailler avec les partis d’opposition et être le leader que les citoyens admirent.
Tout d’abord, après les électrochocs administrés au gré des révélations de collusion, de financement illégal et de corruption, il y a urgence à faire un ménage vigoureux dans les octrois de contrat, la culture de la collusion, l’éthique flexible et les décisions cachées. Montréal a besoin d’être aidé et non menacé de tutelle. Une partie du travail de nettoyage doit être fait par le gouvernement du Québec pour démanteler le système de corruption érigé en système. Ces changements sont indispensables pour rétablir la réputation de Montréal, du Québec et la confiance des citoyens.
Mais les citoyens s’attendent aussi à voir les services s’améliorer, être bien gérés. De plus, les projets, faisant l’unanimité des trois partis, devraient servir de fondations au programme d’actions : prioriser les transports collectifs et actifs avec le plan de transport de Montréal comme piste de décollage, et des cibles d’achalandage élevées, un plan de match contre les GES, recouvrir l’autoroute Ville-Marie, se battre contre le projet de l’échangeur Turcot, humaniser Notre-Dame, viser moins de circulation à Montréal et plus de rues piétonnes. Par delà les partis, il est dommage que les pères du plan et des transports actifs, André Lavallée et Michel Labrecque, n’aient pas été réélus.
Le développement durable, l’environnement et ses nombreux objectifs font aussi consensus, comme de redonner un rôle central au service d’urbanisme. À des degrés divers, les trois partis s’entendent pour accroître les logements abordables et i nstaurer des mesures pour retenir les familles à Montréal et intégrer mieux les immigrants.
La culture apparaît comme le fer de lance des priorités des prochaines années, avec une place plus considérable pour le Conseil des arts (CAM).
Les grands projets intéressants ne manquent pas: Bonaventure, l ’accès aux berges et l’entrée maritime, le réseau de tramways, les muséums nature, les projets de la nouvelle économie verte, le quartier des spectacles, etc. Un événement catalyseur comme le 375e anniversaire pourrait mobiliser les forces vives de Montréal, pour retrouver sa fierté et sa juste place.
Avec un vote de protestation à 60%, les citoyens ne resteront pas des spectateurs muets. Ils voudront s’investir dans la relance du Montréal qu’ils aiment. Il faudra leur trouver une place.



Regagner la confiance  -  Marcel Côté
Le maire Tremblay doit oublier les rêves et les grands projets et simplement démontrer qu’il peut bien gérer la ville
Gérald Tremblay, réélu hier, peut compter sur des électeurs malheureux et déçus. Malheureux parce que pour la majorité d’entre eux, leur candidat n’a pas passé. Déçus, parce que tout compte fait, autant Montréal que les candidats à la mairie n’étaient pas à la hauteur de nos attentes de citoyens.
Cette déception, il est important que le maire Tremblay la comprenne, car s’il ne s’y attaque pas, elle ne fera que s’amplifier durant les quatre prochaines années et rendra malheureux tous les élus.
La campagne des candidats a d’ailleurs attisé ce sentiment. Bien qu’il n’ait pas été personnellement mis en cause, Gérald Tremblay a présidé aux cafouillages des dernières années, avec une gestion très loin de la qualité qu’attendent les citoyens. Louise Harel n’a pu faire oublier les tensions qu’elle a suscitées il y a quelques années, rappelant aux élus que sur le plan local, la grande majorité des Montréalais aspirent à une paix sociale. Richard Bergeron, pour sa part, s’est fait rappeler que la bonne gestion municipale porte en premier sur des services collectifs et qu’un grand projet ne fait rêver que s’il rejoint une grande partie de la population.
Par ses hésitations et sa grogne, la population envoie un message très clair, un rappel de certains principes qu’un édile municipal ne devrait jamais oublier.
1-Au sommet de la hiérarchie des attentes de l’électeur local, se situe une bonne intendance, allant de services municipaux bien gérés à une intégrité à toute épreuve;
2-Suit l’amélioration des conditions de vie urbaine et l’élimination des irritants qui assombrissent notre quotidien;
3-En troisième lieu, des réalisations et projets qui nous rendent fiers sans trop nous endetter, ce qui n’est pas toujours simple.
Le maire est aussi « notre maire », amenant sur la place publique nos préoccupations et nos attitudes. Mais pour se qualifier comme porteparole de nos aspirations collectives, un maire doit d’abord gagner notre respect comme responsable de l’intendance locale et comme point de ralliement de la communauté.
Dans quelques semaines, un nouveau comité exécutif sera formé. Je ne peux que recommander à Gérald Tremblay de ne constituer ce comité exécutif qu’avec un seul objectif en tête, la bonne intendance. Pendant quelques années, nos édiles municipaux devraient oublier les rêves et les grands projets et simplement regagner la confiance des électeurs en leur démontrant qu’ils peuvent bien gérer la ville et qu’ils ne sont pas à la solde de promoteurs de tout acabit.

Et cher M. Tremblay, montrez-nous que vous avez une colonne vertébrale, car la population admire le courage politique. Si faute de développement, il vous faut hausser les impôts fonciers pour refléter l’inflation, prenez votre courage à deux mains et faites-le. Car c’est pour faire des choix complexes et difficiles à sa place que la population vous a choisi.

Une dose d’adrénaline  -  Isabelle Hudon
Il faut nettoyer la maison et vite, mais il faut aussi continuer de bâtir la métropole
L’auteure est présidente de Marketel et présidente des conseils d’administration de la Société du Havre de Montréal et de l’UQAM. Encelendemaind’élections, les Montréalais s’attendent à ce que l’administration Tremblay fasse preuve d’une intégrité absolue. Ils ne veulent plus ressentir de désarroi face à leur hôtel de ville.
Mais ce radical rétablissement de l’intégrité ne peut pas constituer le seul défi ni le programme complet des nouveaux élus. Il s’agit là d’une exigence fondamentale pour préserver la démocratie, et l’on ne peut que se désoler de constater qu’elle est devenue l’enjeu principal d’une élection. Cela étant dit, il faut nous souhaiter qu’elle ne mobilise pas toutes les énergies pendant quatre ans. Il faut nettoyer la maison et vite, mais il faut aussi continuer de bâtir la métropole.
Administrer une grande ville demande d’être efficace. Il faut livrer des services à ses citoyens. Il y a beaucoup à faire de ce côté-là. Il faut aussi agir stratégiquement pour stimuler son développement économique, social et culturel.
À l’ère où les grandes villes du monde sont en concurrence pour attirer talents et investissements, et à moins de sept ans du 375e anniversaire de la métropole, Montréal a besoin de déterminer ses priorités, de se démarquer et d’affirmer son unicité. Elle a ardemment besoin de se positionner comme une marque... gagnante. Lorsque l’on décide d’investir dans une marque et de la rendre accueillante, attirante, performante et vibrante, il faut d’abord reconnaître et vouloir établir les traits marquants de sa personnalité, y investir et les mettre en valeur par tous les moyens. Il faut surtout éviter de réduire cette démarche essentielle au développement d’un logo et à un choix de couleurs.
La force d’une marque réside dans la pertinence de l’idée maîtresse et dans la clarté et la portée de sa promesse. Pour Montréal plusieurs options sont possibles, mais le défi de Gérald Tremblay sera d’en choisir une, ce qui suppose qu’il en écartera d’autres, quitte à décevoir pour un temps certaines personnes ou quelques groupes.
Et sa première obligation pour la suite des choses sera de demeurer totalement fidèle à ce choix dans toutes ses actions et ses décisions. On parle ici de rigueur. Une marque, et l’idée forte qui l’incarne, ce n’est pas une promesse de perfection, loin de là. Par contre, on peut difficilement trouver meilleur moyen de mobiliser la population en concentrant ses actions et ses efforts sur un but commun, sur une vision inspirante de ce que Montréal peut et doit projeter aux yeux du monde.
Si, par exemple, le choix s’arrêtait sur Montréal métropole de créativité, l’expression de cette promesse devrait se manifester au quotidien dans toutes les décisions et partout dans la ville : dans nos parcs, sur nos artères, dans le métro, dans nos autobus et nos trains, dans nos édifices publics et privés.
Il faudrait que la revitalisation des artères soit signée par nos créateurs, que nos espaces verts soient meublés d’oeuvres d’art, que l’éclairage de nos rues soit particulièrement coloré et original, que nos taxis devenus hybrides soient habillés par le Cirque du Soleil, que nos panneaux de rues portent la couleur et la signature de notre imagination, et que même nos bacs à ordures se distinguent par leur design; il faudrait aussi que les nouvelles constructions résidentielles et commerciales portent fièrement un sceau culturel, que nos transports collectifs soient marqués par notre ingéniosité, que notre aéroport et nos gares accueillent les touristes et voyageurs au son et à l’image de nos artistes.
Pour certains, ce ne serait que des détails, mais le fameux adage qui dit que le tout est plus fort et porteur que la somme des parties prendrait ici encore une fois tout son sens, et cette fois-ci pour et en faveur de Montréal.

Montréal a urgemment besoin d’être vacciné contre la corruption et la collusion. En revanche Montréal est en attente d’une forte dose d’adrénaline pour lui redonner fierté et réussites.






Bilan de campagne  Un enjeu : l’éthique  -  André Duchesne

Gérald Tremblay voulait parler du Quartier des spectacles et de croissance économique. Louise Harel, du recouvrement de l’autoroute Ville-Marie et de la candidature de Montréal à l’ Exposition universelle de 2020. Richard Bergeron, de transports en commun et de tramway.
La campagne qui s’achève ne passera pas à l’histoire pour ses débats d’idées et de projets. Ici, Richard Bergeron, Louise Harel et Gérald Tremblay se préparent à répondre aux questions du journaliste Patrice Roy, à Radio-Canada.
I l s ont pa rlé d’ét hique, d’éthique et encore d’éthique.
De leurs discours, i nterventions et débats, les trois pri ncipaux c a ndidats à l a mairie de Montréal ont évacué les mots neige, trottoirs, espaces verts, qualité de vie, s éc u r i t é publique, métro, taxes, tarifs et même ( !) cols bleus. Ils les ont remplacés par compteurs d’eau, entrepreneurs en constr uction , enveloppes brunes, collusion , cor r uption, f i nancement, enquêtes policières. Et, bien sûr, éthique.
Alors que les électeurs se préparent à rendre leur verdict, demain, la campagne électorale qui s’achève ne passera pas à l’histoire pour ses débats d’idées et de projets.
Une mauvaise chose ? Le pol i t olog ue J ea n-Her man Guay de l ’ Univer s i t é de Sherbrooke croit au contraire que le temps était venu de c rever l ’abcès de l ’ét hique a v a n t d ’a l l e r d e l ’a v a n t ave c de g ra nd s proj et s fédérateurs.
« C’est peut-être le début de quelque chose de nouveau, dit-il en entrevue à La Presse. Les citoyens doivent réi nvestir le champ municipal. C’est peut-être parce que les citoyens ne se sont pas investis dans la chose municipale qu’il y a eu autant de problèmes », pose M. Guay en hypothèse.
Il ne voit donc rien de mal à ce que l’éthique soit devenue le thème principal des élections. « C’est un enjeu comme un autre. Il faut se dire que l’on doit passer par là avant d’aller ailleurs. C’est un peu comme aller chez le dentiste. »
Les Montréalais lui donnent d’ailleurs raison. Dans un sondage publié hier pour le compte de La Presse, la lutte contre la corruption et la transparence étaient devenues pour eux la priorité de la prochaine administration. De plus, 36 % des répondants ont affirmé que les scandales municipaux avaient « beaucoup » d’i nfluence sur leur vote.
M. Guay se réjouit du taux de participation (5,37 % après révision) enregistré lors de la journée de vote par anticipation. « Certains ont cru que la campagne soulèverait tant de cynisme qu’elle se traduirait par un taux t rès élevé de non-participation. Or, on dirait que c’est le contraire qui se dessine », analyse le politicologue.
Chacun dans sa tranchée
Au-delà de l ’é t hique et du financement, la question des t ransports en commun a été l’un des thèmes pour lesquels chaque parti s’est ter ré dans sa propre t ra nchée. Alors que Louise Harel a promis un gel des tarifs en 2010, Richard Bergeron s’est engagé à baisser le coût de la carte mensuelle alors que Gérald Tremblay a qualifié ces engagements d’irréalistes.
Autre domaine fort sensible : les taxes. Louise Harel est la seule des trois principaux candidats à promettre un gel de l’impôt foncier en 2010. MM. Bergeron et Tremblay évoquent, en termes f lous, un possible ajustement au taux d’inflation. Hier, nous avons annoncé que le maire Tremblay planchait sur une hausse de taxes de 16 % pour les quatre prochaines années, un sujet qui a fait jaser.
Les trois chefs sont aussi en désaccord da ns leu r approche des relations entre la ville centre et les arrondissements. L ouise Harel veut rapatrier la responsabilité de certains services, dont l’urbanisme, la voirie et le déneigement, à l’hôtel de ville. Richard Bergeron veut abolir les mairies d’arrondissement et le conseil d ’a gglomération . Pou r le mai r e T r emblay, i l s ’a git d’un « débat de structures » inutile constituant un frein à l’essor de la ville.
Le jour du vote
À Montréal, 1 100 208 personnes sont inscrites sur la liste électorale. Dans l’urne, elles devront voter de deux à cinq fois, selon les arrondissements. On vote pour le maire de la ville, le maire de l’arrondissement, les conseillers de la ville, les conseillers d’arrondissement.
Bien sûr, la bataille pour la mairie de Montréal retient l’attention de tout le monde. Mais il est tout aussi important de voir ce qui se passera dans les a r rondissements, ca r c ’est dans ceux-ci que sont élus les maires d’arrondissement et les conseillers qui feront partie du conseil de la Ville. Cette mécanique s’apparente au système présidentiel américain en ce sens qu’une personne peut être élue maire de Montréal, mais que son parti se retrouve minoritaire au conseil.
Il faut voir aussi comment va se dérouler le vote dans les arrondissements. Encore là, le maire peut se retrouver minoritaire. Outre le maire, l es conseils d’a r r ondissement c omptent de c i nq à sept conseillers municipaux. À noter qu’à la suite d’un décret adopté par Québec, le maire de Montréal sera aussi maire de l’arrondissement de Ville-Marie qui comprend le centre-ville.
Cela dit, le suspense est total. Dans un sondage publié h i e r da ns nos pages , les t rois principaux ca ndidats étaient pratiquement à égalité, Mme Harel récoltant 34 % des appuis devant Richard Bergeron ( 32 %) et Gérald Tremblay (30 %).
De quoi rappeler que chaque vote compte. Citoyens, pensezy ! Demain, le vote se déroule de 10 h à 20 h.



Harel veut voir les chiffres de la Ville avant le vote  -  Éric Clément
La chef de Vision Montréal et candidate à la mairie de Montréal, Louise Harel, a demandé hier au maire Gérald Tremblay de dévoiler la situation financière actuelle de la Ville avant le vote de demain, après avoir pris connaissance du scénario envisagé secrètement par l’administration Tremblay de hausser les taxes pendant les quatre prochaines années à un niveau bien supérieur à l’inflation. Mais le maire Tremblay refuse d’évoquer ce scénario avant le vote.
« Le 21 septembre dernier, le maire avait présenté un rapport financier positif, a-t-elle dit. Il a parlé d’un surplus de 88 millions grâce à l’immobilier et de 45 millions additionnels provenant des taxes et des droits de mutation. Gérald Tremblay doit dire la vérité. Parce que le rapport contredit l’i nformation publiée dans La Presse. Est-ce qu’encore une fois il n’est pas au courant ? Il ne sait pas ? »
« L’heure juste »
De son côté, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, esti me que « ç a ne donne plus rien de demander quelque chose à M. Tremblay ». « Quand je prendrai mes fonctions dans deux jours, si la population le veut bien, là je verrai à faire l’analyse correcte et approfondie des finances de la Ville avec les gens compétents et les fonctionnaires responsables, dit-il. Si c’est moi qui suis maire de Montréal, ce ne sera pas très long avant d’avoir l’heure juste. »
Gérald Tremblay n’a pas nié, hier, le scénario d’une augmentation des taxes, mais il refuse de préciser ce qu’il entend par « au moins au niveau de l’inf lation », reportant toute précision après le scrutin, s’il est élu. Il a fait le tour de plusieurs médias électroniques, hier (mais il a refusé de parler à La Presse), pour réagir à notre nouvelle, selon laquelle des hausses de taxes générales de 6 %, 4 %, 3 % puis encore 3 % sont envisagées par son administration pendant les quatre prochaines années.
Scénarios
Que ce soit à l ’émission de Paul Arcand, à la radio 98,5 FM, ou avec l ’a nimateur Tommy Schnurmacher, à CJAD peu après, le maire a réitéré qu’un gel de taxes accompagné d’une augmentation de services aux citoyens éta it i ncompatible avec l a situation économique actuelle. I l estime que « le rôle des fonctionnaires est de faire des scénarios » et que plusieurs scénarios lui ont été présentés. Celui que La Presse a révélé sera regardé, a-t-il dit, après les élections.
Ce scénario que le maire ne veut pas rendre public comprend une hausse de l’impôt foncier de 5,2 % en 2010 qui, combiné à la taxe de l’eau, donnerait une taxe générale de 6 % pour le secteur résidentiel. Il comprend aussi une hausse de l’impôt foncier de 6,7 % pour le secteur non résidentiel, une augmentation de 3,5 % des tarifs de la STM, une hausse des droits de mutation et une nouvelle taxe sur les stationnements privés qui devrait rapporter 20 millions.
Ces initiatives visent à compenser le manque de revenus lié au faible rendement des fonds d’investissement à cause des bas taux d’intérêt, et au fait que la caisse de retraite des employés c on na î t u n déficit, que le maire évalue à 65 millions.
Du coup, M. Tremblay a dit hier que la décision sur l’ampleur de l’i mpôt foncier de 2010 sera prise « en fonction de la conjoncture économique et on ne connaît pas la conjoncture économique ». Le maire et le conseiller responsable des finances, Sammy Forcillo, savent qu’il y avait un déséquilibre budgétaire de 381,4 millions au début de 2009, et que ce déséquilibre a été ramené à 184,4 millions au 28 mai grâce à des initiatives totalisant 197 millions.
Durant tout l’été, la situation économique ne s’est pas améliorée et malgré les efforts des responsables à la Ville, on n’a pu empêcher un accroissement du trou financier, qui atteignait exactement 204,8 millions au début du mois.
Paul Arcand a dit hier plusieurs fois au maire qu’il avait de la difficulté à concevoir qu’à 90 jours de déposer un budget (en fait, c’est 42 jours, car le budget sera déposé le 11 décembre si M. Tremblay est élu), le maire n’était pas au courant des chiffres. D’autant plus que le dossier est déjà pas mal ficelé : le maire de Dorval, Edgar Rouleau, sait déjà que pour sa ville, le scénario que La Presse a évoqué l’obligera à imposer une taxe pour récupérer les 600 000 $ à 700 000 $ d’augmentation de sa quotepart à l’agglomération.
Le maire de Beaconsfield, Bob Benedetti, a dit à La Presse hier que ce scénario d’une hausse de la quote-part des villes défusionnées pouvant atteindre 14 % « n’est pas une énorme surprise pour nous ». « On sait ça et on se prépare à ça, dit-il. Mais je veux croire aux miracles ! »


Trois édifices phares confiés à un homme au passé criminel  -  Sara Champagne
La première pelletée de terre du 2-22 Sainte-Catherine, projet phare du Quartier des spectacles, a été annulée cette semaine, dans la foulée des révélations de Benoit Labonté sur ses liens avec Tony Accurso. Sans faire de recherche de promoteurs potentiel
L’administration du maire Tremblay a concédé le développement des t rois pièces maîtresses du Quartier des spectacles, sans appel d’offres, à un homme d’affaires qui t raîne un passé criminel. Christian Yaccarini a été reconnu coupable deux fois de f raude, à Montréal et à Québec, et a même été emprisonné à deux reprises durant 30 jours, pour bris de probation, au milieu des années 80.
Aujourd’hui, en plus de bénéficier de l’appui de la Ville de Montréal pour ériger trois édifices, il peut obtenir des subventions totalisant 6,2 millions pour mener à terme deux de ses projets. Des projets dans lesquels il est en quelque sorte devenu le bras immobilier de l’administration municipale, sans mandat formel, en s’immisçant dans le processus d’expropriation du Quadrilatère Saint-Laurent, a appris La Presse.
Rencontré hier, dans ses bu reau x du Tec h nopole Angus, M. Yaccarini éta it atterré quand La Presse lui a parlé de son passé criminel, et il n’a pas nié.
« C’est vrai, a-t-il lâché les mains tremblantes. Mais c’est du passé. J’ai été jugé et j’ai été condamné. Oui, j ’ai fait de la prison. Mais c’était il y a 30 ans. Et j’ai fini par obtenir mon pardon pour bonne conduite », a-t-il dit. Quant à la décision de l’administration de lui concéder les développements, il répond : « Je ne vais quand même pas commencer à demander à l’administration pourquoi elle m’a choisi. »
Christian Yaccarini était membre du conseil d’administration de l ’Association générale des ét udia nts de l ’ UQAM, dans les a nnées 80. Il a été reconnu coupable d’avoir volé le contenu d’une caisse étudiante. Il avait aussi été reconnu coupable d’une fraude à la librairie Caron, où il était employé, pour la somme de 11 604$. Et en 1986, il a été reconnu coupable de vol à l’étalage, pour un millier de dollars, chez Audio d’occasion. En plus d’une infraction, à la maison Les disques Mille-Pattes.
C’est Benoit Labonté qui avait suggéré au maire Tremblay de pressentir Christian Yaccarini, en 2006, pour élaborer une vision de développement de « la Main », entre la rue SainteCatherine et le boulevard René-Lévesque. Il avait obtenu l ’a c c ord du maire Gérald Tremblay pour verser 20 000$ au dirigeant de la SDA avec un délai de trois mois pour développer son idée.
Joint deux jours avant qu’il ne démissionne à cause de ses liens avec Tony Accurso, l’ancien chef de l’opposition, Benoit Labonté, a expliqué qu’à l’exécutif, le mot d’ordre était de « procéder rapidement ».
« J’ai moi-même envoyé la lettre à Christian Yaccarini, en date du 16 mai 2006, a expliqué Benoit Labonté, responsable à l’époque de la culture et du centre-ville. Parce que j’aimais ce qu’il avait fait dans le passé. Mais, par la suite, j’ai été écarté du processus. Ce n’est pas moi qui ai pris la décision finale de confier le développement du 222 Sainte-Catherine. »
Tout comme pour le 2-22 Sai nte-Catheri ne, l ’a d ministration du maire Gérald Tremblay n’a pas procédé par appel d’offres pour concéder à la SDA deux autres projets dans le Quartier des spectacles : le Quadrilatère Saint-Laurent et le terrain du métro Saint-Laurent. Ce dernier a été vendu à une fraction de sa valeur marchande par la Ville de Montréal, juste avant le début de la campagne électorale. La transaction est assortie d’une subvention pouvant atteindre 1,2 million en vertu de la vocation culturelle.
Même s i da ns les fa its les ententes entre Christian Yaccarini et la Ville ne sont pas illégales, elles contredisent la prémisse de l’administration lancée dans la foulée du scandale de la SHDM, soit celle de laver plus blanc que blanc, en procédant dorénavant par appel d’offres. « La Ville aurait dû effectuer une recherche de marché, estime le spécialiste à l’éthique, André St-Martin, professeur à l’ Université de Montréal. Cette façon de faire soulève plusieurs questions. Le choix aussi. Il est difficile de savoir si le gouvernement en a vraiment pour son argent. »
Au final, Christian Yaccarini a obtenu le 2-22 Sainte-Catherine par le biais d’une convention d’emphytéose de 75 ans, pour un projet évalué à 15 millions. Il bénéficie d’une subvention de 5 millions, attribuée en parts égales par Montréal et Québec. La SDA a contracté une hypothèque d’environ 9 millions.
Mardi dernier, l’un des édifices de Christian Yaccarini, dans le Quadrilatère Saint-Laurent, a passé au feu. L’hypothèse d’un acte criminel n’est pas écartée par la police de Montréal, qui poursuit son enquête. Lors d’une visite de La Presse sur les lieux, cette semaine, il y avait encore une forte odeur d’essence.
Deux jours après l’incendie, et dans la foulée du scandale sur les liens de Benoit Labonté avec Tony Accurso, le dirigeant de la SDA annonçait que l’inauguration du 2-22 Sainte-Catherine, prévue lundi dernier, était remise après les élections municipales. Un carton d’invitation officiel indiquait que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, de même que deux ministres de Québec, projetaient pourtant d’y assister.

« Ce n’est pas à cause du feu, mais avec le climat actuel de la campagne électorale, on a décidé de reporter l’événement », a ajouté M. Yaccarini. Au cabinet du maire, Martin Tremblay, attaché de presse du maire sortant, a indiqué hier soir que Gérald Tremblay n’était pas au courant du passé criminel de Christian Yaccarini. Par courriel, l’attaché du maire a indiqué que des gens « crédibles » entourent le dirigeant de la SDA.

Christian Yaccarini a de grandes visées
L e pr o pr i é t a i r e du Ca f é Cléopâtre, boulevard SaintLaurent, a reçu la visite de Christian Yaccarini l ’ hiver dernier, bien avant que l’administration T r emblay ne donne son aval à sa participation au projet du Quadrilatère Saint-Laurent. Et bien avant que le projet ne soit soumis à des audiences publiques, au printemps dernier, et que l’idée d’exproprier fasse surface au conseil municipal.
« Oui, j’ai fait de la prison. Mais c’était il y a 30 ans. Et j’ai fini par obtenir mon pardon pour bonne conduite », a expliqué hier Christian Yaccarini, l’homme d’affaires qui s’est présenté comme « bras immobilier » de la Ville devant des propriétaires du Quadrilatère Saint-Laurent.
Johnny Zoumboulakis a montré à La Presse l’offre de 1 million qu’il a reçue le 7 février 2009, signée par Christian Yaccarini. Elle a été préparée par le bureau de courtiers CBRE-Richard Ellis. La propriété est évaluée à 500 000 $ au rôle foncier.
« Ja mais personne de l a Ville de Montréal n’est venu me rencontrer, explique M. Zoumboulakis. J’ai eu l’impression que l’administration municipale avait donné un fusil avec deux balles à M. Yaccarini, a-t-il raconté. Avec la première, il m’a dit d’accepter son offre d’achat. Et puis, comme j’ai refusé, il a utilisé l’autre balle en m’avertissant que de toute façon, je serais exproprié par la Ville. »
M. Zoumboulakis a finalement reçu, tel que l’avait prévenu M. Yaccarini, un avis d’expropriation lui offra nt 875 000$ pour son terrain et son commerce, le 9 octobre dernier. Il n’a pas l’intention de céder. « Yaccarini tient le rôle d’un agent immobilier dans cette histoire. C’est incompréhensible. »
À l ’endroit où se t rouve le Café Cléopâtre, Christian Ya c c a r i n i pr oj e t te de construire un édifice d’une douzaine d’étages, accueillant les bureaux administratifs d’Hydro-Québec sur 30 000 mètres carrés de surface. Un projet qui a été la rgement décrié lors des audiences, notamment pour l’a rchitecture. Il affirme que les négociations avec la société d’État sont pratiquement achevées.
Déjà propriétaire de six lots sur dix dans le quadrilatère, la SDA espère annoncer prochainement l’achat de gré à gré de trois lots. Il restera la propriété de M. Zoumboulakis, dont les frais d’expropriation seront remboursés à la Ville, assure M. Yaccarini. « La Ville de Montréal a une garantie bancaire de 4 millions », dit-il.
Afin d’éviter un conf l it d’intérêts, M. Yaccarini entend choisir la firme SNC-Lavalin construction, a-t-i l ajouté. En effet, dans le cas de la construction du 2-22 SainteCatherine, la gérance du projet a été confiée au Groupe TEQ, dont le président-directeur général n’est nul autre qu’Emma nuel T r i a s s i , membre influent du conseil d’administration d’ Hydro-Québec. Ce dernier est aussi partenaire avec Christian Yaccarini dans les marchés publics des terrains Angus. Initiative dans laquelle SNC-Lavalin est aussi partenaire.
Quant au terrain du métro S a i nt-L au rent , vendu à Christian Yaccarini pour la somme de 2,9 millions alors que sa valeur marchande est évaluée à 4,3 millions selon les nouvelles règles d’urbanisme du quartier, les plans architecturaux n’ont pas encore été établis. Des pourparlers sont en cours pour accueillir les Ateliers de danse moderne (LADMMI), de même que le cinéma Parallèle. La SDA peut bénéficier d’une subvention de 1,2 million en vertu de la vocation culturelle.
Tout juste avant de démission ner, Benoit Labonté a demandé en vain au maire de vendre le t er r a i n à s a pleine valeur. La Ville a fait volte-face en mettant le projet sur la glace, puis les élus ont approuvé la vente, une semaine plus tard, lors d’une séa nce spéciale du comité exécutif. Et ce, malgré un avis négatif du contentieux.

Un bâtisseur intègre
RÉPLIQUE
des anciennes Shops Angus. Grâce à plusieurs appuis venant de partout, Christian Yaccarini y a construit un projet ambitieux et visionnaire, le premier parc immobilier pensé, développé et géré de manière écologique, le Technopôle Angus, qui a reçu de nombreuses distinctions.
Ce faisant, la SDA a ainsi pu soustraire de la spéculation une partie d’un territoire chargé d’une histoire collective, un territoire cher à la mémoire des Montréalais. Grâce à la présence d’entreprises dynamiques, 1240 personnes y travaillent aujourd’hui.
Notre président-directeur général est un bâtisseur, un homme de coeur et de vision, dont la compétence, le dévouement, la lucidité et l’intégrité servent la communauté depuis maintenant 20 ans. Chaque fois qu’il s’engage dans un projet , son équipe et lui ce soit au Technopôle Angus ou dans le Quartier des spectacles, ont été posées pour et au nom de la SDA et non en son nom personnel. Elles ont été approuvées par le conseil d’administration de la SDA à la suite d’analyses et de discussions approfondies. Les démarches entreprises auprès des autorités gouvernementales ont toutes été réalisées conformément à la loi et avec l’appui unanime des membres du conseil.
En tout temps, Christian Yaccarini a réalisé son mandat avec une grande transparence et une intégrité qui pourraient servir de modèle à plusieurs, dont les journalistes, politiciens ou autres qui prétendent aujourd’hui servir une cause en apparence plus noble.
Pourquoi tenter de briser l’élan d’un homme qui a consacré les 20 dernières années de sa vie à l’économie sociale, à l’action communautaire et à l’émergence d’une nouvelle façon d’entrevoir le développement responsable?






Gérald Tremblay muet sur André Delisle  -  Éric Clément
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, ne veut pas expliquer pourquoi il n’a pas demandé en février 2003 à l’ancien haut fonctionnaire André Delisle les raisons de sa démission, annoncée dès qu’il a appris que Robert Abdallah allait devenir directeur général de la Ville.
Directeur général par intérim avant l’arrivée de M. Abdallah, M. Delisle a déclaré à La Presse, samedi, que contrairement à ce que le maire a dit à La Presse vendredi, Gérald Tremblay ne lui a jamais demandé en 2003 pourquoi i l démissionnait subitement. M. Delisle a appris l’embauche de M. Abdallah, avec lequel il avait travaillé à Hydro-Québec, dans le bureau du maire, en présence de Frank Zampino, alors président du comité exécutif de Montréal et bras droit du maire.
« J ’a i rega rdé G éra ld Tremblay et je lui ai dit : dans ce cas, je démissionne sur-lechamp; il est hors de question que je travaille avec Robert Abdallah! Très bien, a dit le maire. Il ne m’a posé aucune question (Frank Zampino, non plus d’ailleurs), mais son langage non verbal était éloquent. Il était très surpris et contrarié. Deux ans et demi plus tard, Gérald Tremblay m’a appelé pour me parler de Robert Abdallah. Il m’a dit qu’il faisait une enquête. Je lui ai raconté ce que je savais », a dit samedi M. Delisle à la journaliste Michèle Ouimet, de La Presse.
Pourquoi, selon M. Delisle, Gérald Tremblay a-t-il attendu deux ans et demi avant de lui demander quelles étaient les véritables raisons de son départ ? Hier matin, La Presse a demandé au maire Tremblay ses commentaires sur cette affaire. Il a dit qu’il avait fait « toutes les vérifications nécessaires » quand les services de M. Abdallah ont été retenus.
« Robert Abdallah a fait un bon travail pendant les années qu’il était avec nous et on a convenu, après qu’il ait eu terminé son travail, qu’il quitterait; alors, c’est d’un commun accord que ça s’est fait; alors, je ne pense pas que j’ai d’autres commentaires à faire sur cette histoire-là », a dit Gérald Tremblay.
La Presse a alors voulu savoir si, compte tenu des scandales et des enquêtes policières qui ont entaché la réputation de Montréal à l’étranger (ils ont encore été évoqués hier dans la presse européenne), le maire regrettait de ne pas avoir essayé de comprendre les raisons du départ de M. Delisle, dès 2003, en lui parlant franchement sur le sujet devant Frank Zampino.
« N’aurait-il pas été préférable de lui poser des questions ce jour-là plutôt que deux ans plus tard ? » avons-nous demandé au maire. M. Tremblay a alors répété pratiquement la même phrase qu’il avait dite précédemment: « Ce que je vous dis, c’est que j’ai fait toutes les vérifications qui s’imposaient à ce moment-là et Robert Abdallah a fait un bon travail à la Ville de Montréal et on a convenu qu’après qu’il ait terminé son travail, qu’il quitterait d’un commun accord. »
Robert Abdallah a quitté la Ville de Montréal en mai 2006 sans qu’on sache vraiment pourquoi. En novembre 2008, il a été nommé à la tête d’une filiale de Simard-Beaudry, Gastier. Simard-Beaudry appartient à Tony Accurso, l’homme d’affaires qui a obtenu le controversé contrat des compteurs d’eau de la part de l’administration Tremblay. La Presse a tenté, en vain, de parler à M. Abdallah, hier. M. Delisle n’a pas souhaité ajouter de commentaires.


« C’est un manque de  confiance quasiment absolu »  -  Catherine Handfield
SONDAGE ANGUS REID STRATÉGIES
Voyage sur le yacht de Tony Accurso, contrat des compteurs d’eau, manipulation électorale à Boisbriand, enveloppes brunes ; les multiples révélations sur la collusion et la corruption dans le monde municipal inquiètent fortement les Québécois. Excédée, une forte majorité de la population réclame une enquête publique.
C’est ce que révèle un sondage Angus Reid Strategies réalisé mercredi et hier pour le compte de La Presse . Le coup de sonde a été mené avant la diffusion de l’ent revue que Benoit Labonté a accordée à Radio-Canada, hier soir. L’ex-chef de Vision Montréal soutient que tous les partis sont financés par de grandes entreprises.
Même ava nt ces r évélations-chocs, plus de quatre répondants sur cinq se sont dits préoccupés par les nouvelles sur la corruption et la collusion au sein des municipalités. Plus de la moitié ( 51 %) sont « t rès préoccupés », alors que 31 % le sont « moyennement ».
Les Québécois ébranlés
La même proportion de Québécois (81 %) souhaite la tenue d’une enquête publique sur les liens entre le milieu des e nt r e preneu r s e t des administrations municipales. Et cette enquête ne devrait pas se li miter aux municipalités : 82 % des répondants souhaitent l’élargir au monde provincial.
« Bref , l a c on f i a nce du public sur l ’octroi de tous les contrats a vraiment été ébranlée », estime le vice-président aux affaires publiques chez Angus Reid Strategies, Jaideep Mukerji, étonné par l’intensité des réponses.
Seulement 3 % des Québécois c roient que les contrats sont toujours attribués selon les règles de l’art dans les grandes villes du Québec. À l’opposé, plus de la moitié d’entre eux pense que
les règles sont « rarement » ou « jamais » respectées.
« C ’ e s t u n ma n q u e d e confiance quasiment absolu dans ce processus-là, et ça risque d’être difficile pour la classe politique de regagner la confiance du public », croit Jaideep Mukerji. L’étroitesse des liens entre les entrepreneurs et les élus ne serait p a s u n i q u e a u Québe c ; cette situation aurait cours ailleurs au pays, selon 85 % des répondants.
De façon presque unanime, les Québécois souhaitent que l ’on resserre les règles en matière de financement des partis politiques. Les enquêtes menées par le directeur général des élections sont déjà un bon début : plus de la moitié des Québécois ont confiance en ce processus, révèlent les résultats du sondage.
Et le vote ?
Denis Saint-Martin, professeur au département de science politique de l’ Université de Montréal, n’est pas surpris par les conclusions d u s o n d a g e . « L’o pi n i o n publique en général perçoit l a classe politique comme é t a nt a s s e z c o r r o mpue » , souligne-t-il.
La classe politique, elle, n’e s t pa s du même av i s , souligne M. Saint-Martin. « Lorsqu’on fait le même sondage auprès des politiciens, ils se perçoivent comme étant assez intègres, dit-il, en se basant sur une étude publiée en 2005 dans la Revue canadienne de science politique. Bref, i l y a un monde de différences entre les représentants politiques et l’opinion publique. »
Les récentes révélations de collusion et de corruption auront-elles un impact sur le résultat des élections municipales du 1er novembre ? Denis Saint-Martin en doute. « Aux États-Unis, des études ont montré que des politiciens qui avaient été reconnus coupables de corruption ont été réélus », souligne-t-il.
Le coup de sonde a été mené en ligne auprès de 1046 adultes québécois, choisis au hasard, i nscrits au Forum Angus Reid. Sa marge d’erreur est de t rois points de pourcentage, 19 fois sur 20.

« Il y a un cancer généralisé en politique au Québec »  -  Éric Clément
Benoit Labonté a menti. Oui, il a rencontré plusieurs fois Tony Accurso. Oui, son entourage politique a accepté de l’argent d’entreprises privées. Il reconnaît les faits. Il a crevé l’abcès, hier, affirmant à Radio-Canada que le milieu politique municipal et provincial est atteint d’un « cancer généralisé » : une corruption et une collusion qui règnent, selon lui, partout où il est question de financement des partis.
M. Labonté a dit à la journaliste Marie-Maude Denis qu’il avait menti « par crainte de représailles » et qu’il ne voulait pas nuire à ses amis candidats. « C’est une erreur, je le regrette profondément. » Puis, il explique les raisons sous-jacentes de ce mensonge. Selon lui, la vie politique québécoise est « gangrenée » par un financement occulte des partis. « C’est un système à Montréal, dit-il. La ville a la gangrène, un cancer à multiples métastases. Il faut absolument nettoyer cette ville. »
I l a a f f i r mé que Vision Montréal, « comme les autres », sauf Projet Montréal (« c’est facile d’être droit quand on n’attire pas de financement et qu’on n’a pas de chance de prendre le pouvoir »), a été financé par de l’argent venant d’entreprises, des dons secrets versés par l’intermédiaire de prête-noms qui font un chèque personnel. Il estime que l’argent versé ainsi pourrait atteindre presque 50% du financement des partis.
« Tout le monde sait que ça se passe comme ça. Ça fait partie des règles du jeu non écrites. C’est un trou béant dans la loi. Le financement politique populaire au Québec, c’est une fiction. C’est un système hypocrite, un cancer répandu, et là je pense qu’on en est rendu, tant au Québec qu’à la Ville de Montréal, au point où on devrait se payer notre démocratie. L’État devrait payer le fonctionnement des partis politiques, car ce système, tout le monde, je dis bien tout le monde, le fait. »
Comme Mme Harel l’avait fait lors du débat à Radio-Canada, il a reparlé des 7000$ par mois en moyenne qui sont donnés au pa r t i du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, de l’argent dont « on ne connaît aucunement la provenance », at-il dit. Il ajoute que dans une moindre mesure, ce genre de financement s’est fait à Vision Montréal… et même depuis que Louise Harel est arrivée.
« Il y a des histoires encore chez Vision Montréal, dit-il. La responsable du financement de Louise Harel, qu’elle a nommée en arrivant, ne se cache pas du tout, en pleine réunion, où il y a beaucoup de personnes, pour dire qu’on va aller chercher du financement, qu’on appelle le sectoriel. C’est du financement de grandes entreprises, ce qui n’est pas permis. Seuls les individus ont le droit de contribuer, pas les grandes entreprises. Et après ça, on ira chercher des prête-noms. On leur fera faire des chèques personnels pis on va respecter la loi. Ça se passe à Vision Montréal, mais de moins grande ampleur. Le principe existe dans tous les partis. »
Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a rejeté hier cette dernière affirmation de Benoit Labonté. Il dit que son parti n’accepte pas de financement anonyme du secteur privé. « Ce sont de vieux partis, des roitelets qui ont institué des réseaux d’argent », dit-il.
Pour Benoit Labonté, l a mafia joue un rôle dans le milieu politique québécois. « À travers les compagnies que ces gens-là possèdent, est-ce qu’il y a un système mafieux présent pas juste à Montréal, mais aussi, plus largement, autour du gouvernement du Québec, pour moi ça ne fait pas de doute », dit-il.
« Ceux qui ont i ntérêt à financer les partis politiques à Montréal, à Laval, sont exactement les mêmes qui ont intérêt à financer au niveau provincial », ajoute-t-il.
I l explique que la mafia qui tourne autour des services publics est une « mafia de cols blancs ». Selon ce que des policiers lui ont raconté, des entreprises « pompent de l’argent du public » de façon « très subtile » et cette extorsion représente « des millions et des millions de dollars ».
M. Labonté a cité les contrats de déneigement à Montréal comme un exemple de collusion qui coûte cher auxcontribuables. Il dit que la « décentralisation massive » de l’administration montréalaise dans 19 arrondissements « a multiplié les occasions d’avoir de la collusion ».
L’ex-candidat à la mairie de Montréal en 1998, Jacques Duchesneau, a dit, hier soir, qu’il croit ce que dit M. Labonté sur le système de corruption. « Je le crois, ça reflète ce que j’ai vécu. Il y a un problème de moeurs », a-til dit à Radio-Canada. Au même poste, l’ex-président du comité exécutif de Montréal, de 1998 à 2001, Jean Fortier, a ajouté qu’il savait à l’époque qu’il y avait de la corruption à l’hôtel de ville. « Je n’ai jamais su si c’était du côté politique ou administratif », a-t-il dit.

Ce ne sont que des rumeurs, dit Tremblay  -  Katia Gagnon
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, nie les graves allégations faites par Benoit Labonté à RadioCanada, les réduisant à de simples « insinuations sans fondement ». Si M. Labonté a des faits, a déclaré M. Tremblay tard en soirée hier, « qu’il fasse ce que j’ai fait moi, et qu’il aille voir la police ».
« Il y a quelques jours, avec beaucoup d’assurance, Benoit Labonté a dit des choses à Louise Harel, à ses collègues, aux journalistes et à la population. Ce soir, avec autant d’assurance, il colporte des rumeurs qui comportent beaucoup de ouï-dire. Quand il a quitté notre formation politique, s’il avait des preuves, il n’avait qu’à le dire à la police. Il ne l’a pas fait. Je peux comprendre qu’il soit dans un état d’esprit particulier, mais je ne peux pas tolérer qu’il insinue que je cautionnais un système illégal. Benoit Labonté a des choses à se reprocher, qu’il assume ses responsabilités », a dit M. Tremblay aux journalistes.
Est-ce que Bernard Trépanier éta it le b a g man d ’ Un i o n Montréal ? « M. Trépanier a quitté notre formation politique en 2006 après l’élection », a répondu le maire. Est-ce qu’il percevait auprès des entreprises, des ristournes? « J’avais donné des directives, toutes les sommes d’argent devaient respecter les dispositions de la loi. Le DGE a vérifié pendant huit ans les finances de notre parti et il n’a jamais eu le moindre reproche à nous faire. »
Bernard Trépanier j ouet-il encore un rôle à Union Montréal ? « Du tout. Il n’est pas avec Union Montréal. Après l’élection de 2005, il a quitté parce qu’on n’avait plus besoin de ses services. S’il fait encore des choses, il les fait strictement à titre de bénévole, il ne les fait plus pour le parti. »
Le maire reconnaît avoir eu une conversation en face à face avec M. Labonté au sujet d’un système de ristourne. « J’ai fait les vérifications et on m’a confirmé qu’il n’y avait aucun fondement à ces rumeurs. »
Il nie cependant lui avoir répondu, comme le dit M. Labonté, qu’« en politique municipale à Montréal, c’est juste de ça ». Le maire affirme avoir répondu à M. Labonté que « des rumeurs, dans le monde municipal, on en entend beaucoup ».
La numéro deux d’ Union Montréal, Diane Lemieux, a elle aussi chargé Benoit Labonté avec beaucoup de vigueur. « Je suis sonnée, mais pas pour les mêmes raisons. Rien n’est documenté là-dedans, a-t-elle lancé à l’émission 24/60 de RDI. Benoit Labonté a été pris la main dans le sac, il a menti effrontément. Il s’est mis dans le trouble. Je ne discrédite pas Benoit Labonté, mais il faut des documents. On ne va tout de même pas en faire un héros! »
Diane Lemieux a cependant reconnu que « l’air ambiant est pourri » en politique municipale. « Oui, il y a de la collusion. Oui, il y a des vautours autour des partis politiques. On va documenter tout ça. » Avec une enquête publique? a demandé l’animatrice. « Oui », a répondu Mme Lemieux. D’un même souffle, la numéro deux du parti de Gérald Tremblay s’est cependant dite convaincue que « la maison est propre » à Union Montréal. « Le ménage se fait », a-t-elle ajouté.
La chef de Vision Montréal, Louise Harel, n’a pas réagi aux révélations faites par Benoit Labonté. Pierre Lampron, le nouveau numéro deux de son parti, a cependant commenté ces allégations avec prudence. « Ce qui est révélé aujourd’hui, c’est pire que tout ce qu’on pouvait imaginer. Ça va prendre une volonté sans faille et beaucoup de courage pour mettre fin à ça. » Mais Louise Harel a-t-elle fait de l’aveuglement volontaire dans le cas de Benoit Labonté? « Dès qu’elle a compris que ce type mentait, elle l’a mis dehors », a dit M. Lampron.
De son côté, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a souligné qu’à son avis, il était possible de faire de la politique municipale autrement. « Ce que M. Labonté a dit, c’est ce qu’on a toujours cru savoir. On a toujours entendu que la politique se faisait comme ça. Mais contrairement à ce qu’il dit, il y a moyen de faire de la politique municipale autrement. Si je deviens maire, on va y accéder en faisant de la politique comme elle devrait se faire. »



Fusion + défusion = confusion  -  Louise Leduc
Il y a eu la fusion, il y a eu la défusion, et là, c ’est la confusion, résume Anne Latendresse, professeure au département de géographie de l’UQAM et spécialiste des questions de démographie locale et participative.
« Le bricolage institutionnel nous fait stagner dans le chaos, croit-elle. Aucun parti au pouvoir n’est capable de faire quelque chose de cohérent avec la structure actuelle. »
Parmi les incongruités qu’elle dénonce se trouve au premier chef le conseil d’agglomération où les représentants de la Ville de Montréal sont choisis par le maire, «ce qui fait évidemment en sorte que l’opposition y est moins présente».
Contrairement à beaucoup d’autres, Mme Latendresse n’en a pas contre le supposé tropplein de pouvoirs aux arrondissements. Au contraire, elle se désole de ce que les vrais lieux de pouvoir se trouvent bien au-dessus de la tête des citoyens.
Gilles Sénécal, chercheur à l’Institut national de recherche scientifique et spécialiste de géographie urbaine, est quant à lui moins préoccupé par la complexité des structures. « Je pense que les gens savent que pour la plupart de leurs préoccupations, ça se passe à l’arrondissement. Ils ont bien plus de chances d’y être entendus pour un problème de bruit ou d’arbre incommodant qu’à la ville centre (de l’ancien régime). »
Il note cependant qu’il y a bel et bien un problème de représentation da ns VilleMarie, du fait que les citoyens n’auront pas le loisir d’élire leur propre maire d’arrondissement, mais le problème va bien au-delà de ça.
Va pour un centre des affaires entre les mains du maire de Montréal, mais qu’ont en commun le quartier gai, le Qua r tier c h i nois ou le Centre-Sud ? Comment peuvent-ils être tous englobés, avec le quartier des affaires, au sein de Ville-Marie ? « On parle de ça, mais qui a envie d’une autre réforme de toute façon ? »
Les citoyens se perdent dans les structures
Louise Harel d’un côté, Gérald Tremblay de l’autre, et le 311 pour les questions du quotidien. Au-delà de cela, les Montréalais sont complètement perdus dans les structures municipales. Cet état de fait n’est sans doute pas étranger aux taux de participation anémiques aux élections montréalaises.
À Élections Montréal, on ne se fait pas d’illusion sur le degré de compréhension des électeurs. Sur le site internet, on commence par la base. «C’est quoi les élections ? Dans une élection, les citoyens votent pour choisir le maire de la ville. Les citoyens votent pour choisir un maire d’arrondissement, un conseiller de la ville et un conseiller d’arrondissement. »
Si c’était aussi facile ! C’est pourtant tout sauf limpide.
À titre d’exemple, sur leurs bulletins de vote, les citoyens d e V i l l e - M a r i e n ’a u r o n t que deux crochets à faire. Ils choisiront celui ou celle qu’ils veulent élire maire de la grande ville de Montréal, et ils éliront un conseiller de la ville. Contrairement à tous les autres arrondissements, ils ne pourront pas se choisir un maire d’arrondissement.
S’ajoutent à cela deux autres conseillers pour Ville-Marie, c o n s e i l l e r s q u i , c e u x-l à , seront nommés par le maire de Montréal parmi les autres conseillers élus dans d’autres arrondissements. Vous suivez toujours ? Les gens de Ville-Marie au ront donc deu x cases à cocher. À LaSalle, où la population est moindre, les citoyens auront cinq choix à faire sur leur bulletin de vote.
Chacun à leur façon, les médias y vont de leurs efforts pédagogiques. La Presse a proposé il y a quelques semaines un tableau schématisant combien de cases les résidants de chaque arrondissement auront à cocher le 1er novembre.
Le journal Métro a proposé, le 25 septembre, un segment «La politique municipale pour les nuls ». Il y avait un quiz dans lequel on devait associer les chefs à leur parti. Combien de lecteurs ont pu associer Richard Bergeron à P rojet Montréal? Et le nom du parti de Louise O’Sullivan, déjà?
Ce qui n’aide en rien, c’est qu’on ne peut même plus compter sur les affiches ou les cartes de visite électorales pour associer ne serait-ce qu’un nom à un visage et à un parti.
Hormis Projet Montréal (le parti de Richard Bergeron), aucun parti n’installera d’affiches.
Au surplus, dans un arrondissement comme LaSalle, la carte de visite de Vision Montréal remise aux citoyens montre la photo de quatre candidats, mais nulle part n’est-il mentionné que c’est le parti de Louise Harel. Pas plus que la date des élections.
De toute façon, fini le temps où les gens connaissaient leurs conseillers et les appelaient quand ils voulaient se plaindre de quelque chose. Aucune des personnes interrogées ne connaissait le nom de ses conseillers, et très rares ont été celles qui ont pu donner le nom de leur maire d’arrondissement.
Ce que les gens connaissent de la Ville, ce n’est pas un conseiller, mais un numéro de téléphone : le 311. Au mieux.
« Si j’avais un problème, une plainte à formuler – le ramassage des déchets, disons –, je ne saurais pas du tout à qui m’adresser, admet Jean Derito, un résidant d’Ahuntsic. C’est du ressort de la grande Ville ? De l’arrondissement ? Je n’ai aucune idée qui fait quoi et, de toute façon, j’ai l’impression que c’est bidon, que les maires d’arrondissement ne sont que des marionnettes et que ça fait beaucoup de marionnettes qui nous coûtent cher. »
« Je me considère comme quelqu’un d’informé, mais j’ai l’impression de n’être pas arrivé à comprendre les lendemains des fusions-défusions, dit pour sa part Serge Simard, qui habite près du marché Atwater. Même si la ville est plus petite, j’ai bien l’impression que c’est plus compliqué ici qu’à Paris. Ce que je sais, en tout cas, c’est que la fois où j’ai fait une plainte à la Ville pour une poubelle brisée en face de chez moi, ç’a pris huit mois avant qu’on ne la répare.»
« Je lis, je suis conscient que c’est important parce que le gouvernement municipal, c’est vraiment le niveau qui nous touche au jour le jour, dit pour sa part Angelo Diacoumacos, un enseignant qui habite à Saint-Laurent. N’empêche, j’ai beau lire, m’intéresser à l’actualité et enseigner l’éducation à la citoyenneté à l’école, je m’y perds moi aussi. C’est vraiment très compliqué. »

Le post-partum de la fusion  -  Katia Gagnon
Odeurs nauséabondes persistantes sur le boulevard LaSalle, déneigement que certains qualifient de «chaotique», policiers rapides sur la contravention : les enjeux locaux ne manquent pas dans l’arrondissement de LaSalle. Mais la vraie bataille, celle dont tout le monde parle, c’est la taxe locale, imposée en 2005 par l’équipe de Manon Barbe, d’Union Montréal, qui a fait de LaSalle l’arrondissement le plus taxé de Montréal.
Dans un coin du ring, Michael Vadacchino, un agent immobilier d’origine italienne, élu en 2008 sous la bannière de Vision Montréal dans une partielle en surfant sur la vague de mécontentement provoquée par la surtaxe.
Dans le coin gauche du ring, Michael Vadacchino, un agent immobilier d’origine italienne, élu en 2008 sous la bannière de Vision Montréal dans une partielle en surfant sur la vague de mécontentement provoquée par la surtaxe. «Ils ont adopté la surtaxe à 8h le matin, dans une séance extraordinaire du conseil. Peu ou pas d’avertissement. Des augmentations de 450 à 500 $ par an pour un propriétaire de duplex », s’insurge-t-il.
La taxe locale a suscité tant de colère qu’on a vu, par un beau samedi, les voitures de 300 citoyens «enragés» défiler en klaxonnant dans les rues paisibles de LaSalle. En vertu de la Charte de Montréal, les arrondissements ne peuvent imposer de taxe locale que pour un projet particulier. «À LaSalle, trois ans après l’imposition de la taxe, on a rien à montrer au citoyen », martèle M. Vadacchino.
Dans le coin droit, la candidate d’Union Montréal, l’actuelle mairesse Manon Barbe. Pour répondre aux questions sur la fameuse surtaxe, la mairesse sort rien de moins que son propre compte d’impôt foncier. Manon Barbe est propriétaire d’un duplex à LaSalle. Son compte d’impôt foncier de 2006, juste avant l’imposition de la taxe locale, s’élevait à 2253$. En 2007 – «moi aussi j’ai eu une claque », dit-elle – son impôt foncier a grimpé à 2973$. C’est à ce moment que la mairesse sort son as de son sac: son compte d’impôt foncier de... 1989. Qui s’élevait à... 2960$. «En fait, avec la taxe locale, on a ramené les gens aux taxes qu’ils payaient en 1989! C’est clair: il fallait faire un réajustement», résume Mme Barbe.
« C’était justifié, cette taxe. Et ç ’a été bien expliqué », estime Hélène Garneau, une citoyenne de LaSalle qui se dit satisfaite de la gestion de la mairesse. Mme Barbe promet d’ailleurs de réduire cette taxe locale si elle est réélue. «Mais les gens sont sceptiques», dit Maria Montero, qui, avec son organisme Cadre – Échange de services de LaSalle, s’occupe d’une clientèle âgée, qui a été frappée de plein fouet par l’augmentation.
Mais comment est-il possible que l’impôt foncier des LaSallois soit demeuré si bas pendant 20 ans? La réponse tient en un mot: fusion. Avant l’union avec Montréal, LaSalle imposait moins les particuliers, davantage les commerces et les industries. Après la fusion, les taux d’impôt foncier ont été harmonisés dans tout Montréal. Plus moyen de jouer avec les taux. Les LaSallois ont donc vécu, sur leur compte d’impôt foncier, le post-partum de la fusion. Ainsi, sept ans plus tard, les conséquences sont encore au coeur de cette campagne municipale.
Prenez Michael Vadacchino, le candidat de Vision Montréal. En 2001, M. Vadacchino est un farouche opposant aux fusions municipales. Il est élu sous la bannière du parti de Gérald Tremblay, qu’il quitte avec fracas en 2003 en accusant le maire d’être « un menteur » puisqu’il s’oppose désormais au départ des villes fusionnées. En 2008, il se présente pourtant pour l’ancien parti de Pierre Bourque, Monsieur une île, une ville. Et maintenant, il hérite, en tant que chef, de la mère des fusions municipales, Louise Harel. Vous suivez toujours?
«Ils la cachent», ironise Mme Barbe, qui souligne que c’est souvent elle qui informe les citoyens que M. Vadacchino se présente avec Louise Harel. « Les gens n’en reviennent pas.» Michael Vadacchino, lui, accuse Manon Barbe de mener une campagne de peur contre l’ancienne ministre des Affaires municipales, qui, chez les électeurs italiens, allergiques à la souveraineté, provoque des sentiments, disons, mitigés.
Mais Michael Vadacchino est-il vraiment enchanté d’avoir Louise Harel comme chef ? «Les fusions, c’est fait. On l’a eue, la possibilité de revenir en arrière. Les LaSallois ont choisi de rester à Montréal. Parce que les élus, nos élus, ont menti», dit M. Vadacchino. «Allez voir les villes reconstituées, rétorque Manon Barbe. Les impôts ont énormément augmenté, et ils n’ont pas plus de services. On a été très gagnants avec la fusion. Jamais LaSalle n’aurait eu les moyens d’investir autant dans les aqueducs, les égouts, la réfection des rues.»
Mais l’entreprise de revitalisation est loin d’être terminée, lance Michael Vadacchino, qui, au volant de sa BMW marine, nous fait faire une tournée du secteur sinistré de LaSalle, situé rue A irlie. Plusieurs conciergeries vétustes. Des dizaines de commerces placardés. «C’est la porte d’entrée de la ville. C’est affreux, ce qui se passe ici», dit-il avec force gestes. Nancy Blanchet, de la Table de développement social de LaSalle, est bien d’accord avec M. Vadacchino. «La revitalisation de la rue Airlie est importante, pas seulement pour les gens du secteur, mais pour tout le quartier.»
Mme Blanchet déplore cependant qu’un projet de construction de logements sociaux et de condos abordables ait échoué dans une école abandonnée, située tout près de la rue Airlie. «Ce projet nous aurait permis de partir la machine de la revitalisation. Malheureusement, le voisinage n’a pas bien reçu le projet. Ça leur a fait peur. On était très déçus. » À qui la faute? Michael Vadacchino accuse Mme Barbe. « Il a fait achopper le projet en utilisant des moyens à la limite de l’acceptable. Il a fait la tournée pour dire aux citoyens du voisinage que la valeur de leur propriété allait diminuer.»
C’est clair et net: le combat des élections municipales de LaSalle promet d’être très rude.


L’ombre de Jean Drapeau  -  Nathalie Collard
On parle beaucoup de Jean Drapeau depuis le début de la campagne électorale montréalaise.
Gérald Tremblay s’y réfère lorsqu’il dit vouloir briguer un troisième mandat, un exploit i négalé depuis le règne de M. Drapeau. De son côté, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a cité l’ancien maire en exemple à plusieurs reprises au cours des dernières semaines. Il y a aussi des observateurs qui semblent nostalgiques d’un temps où le maire de Montréal décidait tout, tout seul, dans son bureau de l’hôtel de ville.
Il ne faut pas se laisser aveugler par cet excès de nostalgie. Vrai, le contexte actuel n’est pas sans rappeler celui dans lequel Jean Drapeau est arrivé au pouvoir. Avec Pacifique (Pax) Plante, il voulait « nettoyer » la ville et combattre le vice, la mafia et la corruption (Victor Lévy-Beaulieu a décrit avec brio cette époque dans Montréal PQ).
Cinquante-cinq ans plus tard, nous revoilà face à un hôtel de ville aux prises avec plusieurs scandales, ce qui fait espérer à plusieurs l’avènement d’une sorte de sauveur qui viendrait rétablir l’ordre et la morale. Or on oublie quel genre de maire Jean Drapeau a été: un homme autoritaire et autocrate, pas très versé dans la consultation et la démocratie participative.
L’amnésie passagère de certaines personnes s’explique sans aucun doute par l’absence d’un véritable leader à la mairie. Mais ce n’est pas une raison pour laisser notre sens critique au vestiaire.
Le contexte sociopolitique et économique d’aujourd’hui est fort différent de celui de l’époque de M. Drapeau. Ce maire, qui a fait les beaux jours du caricaturiste Girerd, a régné à une époque bénie pour Montréal, alors que la métropole connaissait un essor économique et territorial, une époque où la plupart des grandes villes se dotaient d’un réseau de transport, d’équipements culturels, etc. Jean Drapeau – comme l’explique Benoit Gignac, l’auteur de l’ouvrage Le maire qui rêvait sa ville, lancé ces jours-ci – a su saisir ce moment unique de l’histoire.
Aujourd’hui, les choses ont bien changé. La destinée de Montréal se joue surtout à… Québec (c’est d’ailleurs la thèse d’un autre ouvrage paru récemment, Une ville sous tutelle, de Luc Hétu). Une des t âches principales du maire de Montréal est donc de convaincre le gouvernement provincial de s’intéresser au développement de sa métropole.

Au fond, cette tentation de vouloir réhabiliter Jean Drapeau montre à quel point les Montréalais sont à la recherche de candidats politiques inspirants. Dans cette volonté de voir émerger un leader plus grand que nature qui saurait extirper Montréal de son marasme, on tend à gommer les dérapages du passé. On confond autoritarisme et leadership. Il vaudrait mieux cesser de regarder dans le rétroviseur. Montréal n’a pas besoin d’une réincarnation de Jean Drapeau, mais plutôt d’un (une) leader moderne, visionnaire, démocrate, capable de travailler en équipe et de projeter la métropole québécoise loin dans le XXIe siècle. Et ce n’est pas dans la section « archives » qu’on trouvera cette perle rare.


Une campagne de nids-de-poule?  -  ALAIN DUBUC
Un sondage Angus Reid, publié cette semaine dans La Presse, révèle que la préoccupation numéro un des Montréalais, à la veille de la campagne électorale municipale, c’était les infrastructures et les routes. Identifié par 27 % des répondants, cet enjeu devançait, et de loin, les autres préoccupations, comme les transports en commun (12 %), la transparence et la corruption (12 %), ou les services municipaux comme les déchets (9 %).
Le rapport du vérificateur général sur les compteurs d’eau, publié après le sondage, va sans doute remettre à l’honneur, du moins pour un certain temps, les questions liées à l’éthique et à la gouvernance.
Mais ça ne changera rien au fait que si les candidats écoutent les citoyens et tentent de répondre à leurs demandes, on aura droit à une campagne de nidsde-poule ! Cela montre les limites de la sagesse populaire. Car si on choisit un maire ou une mairesse en fonction de sa capacité de faire boucher des trous ou de souffler de la neige, c’est la plus belle recette pour assurer le déclin de Montréal.
Bien sûr qu’il faut réparer les rues et nettoyer les trottoirs. Mais pour satisfaire les citoyens, il faudra s’attaquer aux problèmes de fond qui affectent les services de proximité, à commencer par l’absence de ressources financières. Et surtout, le débat public doit refléter le fait qu’une ville a des missions qui dépassent largement la cueillette des ordures. Le rôle des villes, et plus particulièrement celui des métropoles, s’est profondément transformé.
Les villes sont maintenant, plus que jamais, au coeur du développement économique des nations. C’est le succès des grandes villes qui assure celui des pays, parce que c’est là que se concentrent les activités liées au savoir, celles qui font la différence. La réussite de ces grandes villes dépend d’une foule de facteurs qui dépassent une conception mécanique du développement économique, et repose aussi sur des éléments comme l’éducation, la qualité de la vie, le dynamisme culturel.
Ce premier constat se prolonge d’un second. Même si tous ces dossiers dépendent des divers ordres de gouvernement, l’avenir des villes reposera largement sur les épaules des élus municipaux. Parce que ce n’est pas Ottawa ou Québec qui vont se battre pour Montréal. Parce qu’un maire a un rôle central en développement économique. Ce sont les villes qui sont aux premières lignes des grands enjeux sociaux, comme la pauvreté, la violence ou l’intégration des immigrants. Le succès dépendra de la capacité des villes d’intégrer les divers éléments qui constituent la qualité de vie : culture, environnement, transports en commun, aménagement, sécurité.
Un maire est donc toute autre chose qu’un maître d’oeuvre de l’enlèvement des déchets. Même si un bon maire doit d’abord être concret, pour que les choses fonctionnent, que les projets débloquent, sa fonction s’apparente, à bien des égards, à celle de premier ministre, en raison de la diversité des enjeux qui définissent maintenant la politique municipale. Il doit s’occuper de développement économique et d’environ nement, même si ce ne sont des priorités que pour 7 % des électeurs. Il doit d’occuper de culture, même si notre sondage montre que c’est un enjeu pour 1 % des répondants.
Ces remarques sont encore plus nécessaires pour Montréal, qui ne peut pas se permettre le luxe de surfer. Montréal, malgré tous ses atouts, n’est pas une ville en plein essor. Elle a besoin d’un élan, pour retrouver un véritable dynamisme économique, pour élever son niveau de vie, pour combler ses retards, notamment du côté de ses infrastructures. Pour retrouver une cohésion et un enthousiasme qui lui manquent. L’enjeu des élections est là, et cela devrait se refléter dans le débat électoral.


Une vision pour Montréal  -  Daniel Gill
En plus des questions d’éthique, les candidats à la mairie doivent se prononcer sur l’avenir de la métropole
On dit que les pa r tis ne gagnent pas les élections, mais qu’ils les perdent. Les nombreuses années passées au pouvoir usent et finissent par ternir les meilleures intentions.
Dans le cas de Montréal, affirmer que le pouvoir corrompt semble un euphémisme. Bien que nous ne pussions douter de l’honnêteté du maire Gérald Tremblay, les allégations de malversation qui pèsent sur son parti viendront le pourchasser tout au long de cette campagne. En tant que chef, on lui en fera bien assumer la responsabilité et soyons assurés qu’ils seront nombreux à nous le rappeler.
Si les problèmes d’éthique constituent pou r le ma ire Tremblay le talon d’Achille sur lequel devrait s’acharner Louise Harel, cette dernière aura quant à elle à se faire pardonner la fusion de Montréal. Plusieurs, à tort ou à raison, seront tentés de lui faire porter l’odieux d’un legs qui, sous des intentions de bonne gouvernance, s’est traduit par une structure devenue depuis ingouvernable et qui, pour d’aucuns, serait à l’origine des nombreux maux qui affectent si lourdement Montréal.
Quant au troisième candidat, Richard Bergeron, en s’adjoignant l’ex-juge John Gomery, il nous aura bien fait comprendre, avant même que la campagne ne débute, qu’il lavait plus blanc que blanc. Ce dont nous étions pourtant tous déjà convaincus.
À n’en point douter, les questions d’éthique et de gouvernance municipale viendront hanter cette campagne. Malheureusement, comme nous pouvons déjà le constater, nous risquons d’assister à une série d’injures et d’attaques personnelles, assenées comme autant de coups sous la ceinture.
Mais plus que tout, il est à craindre, comme c’est souvent le cas au niveau municipal, et comme l’ont démontré les discours des nouveaux venus au moment de leur engagement dans la campagne, qu’on en demeure encore au niveau de l’entretien et de la propreté de la ville, des rues et des ruelles et qu’au final, la question du déneigement devienne un enjeu majeur.
Bien que pour la grande majorité des Montréalais, les enjeux soient principalement locaux, il n’en demeure pas moins que c’est Montréal à elle seule qui incarne la grande région métropolitaine. Et du devenir de cette ville dépend aussi le devenir de la métropole, pour ne pas dire du Québec tout entier.
Le grand défi des candidats à la mairie, au-delà des questions d’image personnelle, demeura leur capacité à concilier les intérêts locaux et les intérêts de la ville et de la région, de réussir à conjuguer local et global tout à la fois. Leurs engagements face aux problèmes de transports permettront de bien mesurer leur capacité à concilier ces différentes échelles.
Depuis quelques années, nombreux sont ceux qui déplorent l’absence d’un grand projet rassembleur qui viendrait jeter un nouveau souffle sur la ville. Au-delà des enjeux locaux, cette campagne ne serait-elle pas le moment propice pour chacun des candidats de nous présenter leur vision du Montréa l de dema in ? Peut-on espérer qu’une vision pour Montréal émerge de cette campagne, car malgré tous les efforts de rattrapage, Montréal demeure une ville pauvre qui peine à suivre la parade. Une vision autre qu’une simple liste d’épicerie comme on se plaira à nous en présenter. Une vision qui fait de Montréal la ville porteuse de toute sa région, une vision qui nous ferait rêver de Montréal comme d’une grande métropole.

Bien que sous des aspects différents, les ca ndidats à la mairie auront tous une réputation à défendre, il est cependant à espérer que cette campagne électorale portera sur l’avenir de Montréal et qu’à sa conclusion, les électeurs seront en mesure de choisir celui qui saura le mieux l’incarner. Heureusement pour eux, ils auront à choisir entre trois candidats qui connaissent bien leur ville et qui ont indéniablement à coeur son développement, chacun à sa manière.

Qualité de vie des métropoles mondiales Montréal passe du 16e au 19e rang  -  Éric Clément

Selon le magazine anglais Monocle, référence de l’élite internationale, Montréal figure parmi les 25 villes du monde où il est le plus agréable de vivre. Classée 16e l’an dernier, la métropole a toutefois reculé de trois places.
C’est Zurich, pôle économique et financier de la Suisse, qui arrive en tête du classement. Quatrième en 2008, Zurich a marqué des points pour la qualité de son urbanisme, son réseau de t ransport « i mpeccable » – grâce à la transformation de sa gare centrale Hauptbahnhof –, ses petits cinémas confortables et son ouverture d’esprit: la ville a une mairesse lesbienne depuis cette année.
Suivent Copenhague (en tête l’an dernier), Tokyo, Munich et Helsinki. Le palmarès comprend 15 vi l les européennes, quatre villes asiatiques, trois villes nord-américaines et trois villes d’Océanie. En Amérique du Nord, Honolulu est 11e, Vancouver 14e et Montréal 19e. Le magazine mentionne que Vancouver a perdu six places cette année à cause de sa construction débridée de condos de mauvaise qualité et d’un trop grand nombre de grandes surfaces. Les villes qui se classent juste après Montréal sont Auckland, Amsterdam, Kyoto, Hambourg, Genève et Lisbonne.
Bons et moins bons coups
Le magazine estime que la qualité de vie est « inégale à Montréal, mais que son libéralisme est admirable ». Il décrit les Montréala is comme des épicuriens qui ont la chance de pouvoir « manger un bagel à 3h du matin », de se marier s’ils sont homosexuels, de louer un vélo en libre-service et de vivre sans avoir trop à dépenser pour se nourrir, se vêtir ou se loger. Les investissements dans les arts et la culture sont soulignés, de même que le fait que Montréal se classe à la première place en Amérique du Nord en ce qui a trait à la compétitivité des coûts de démarrage des entreprises.
Toutefois, le magazine critique des éléments de juridiction provinciale qui ont nui au classement de Montréal : il souligne par exemple qu’il est difficile de trouver un médecin de famille et que, pour un immigrant instruit, c’est à Montréal qu’il est le plus difficile de trouver un travail au Canada. Il critique le fait qu’« un enfant sur cinq soit pauvre », que la voiture soit encore la reine des transports et que, si 90% des gens recyclent, 70% des déchets finissent encore leurs jours dans des dépotoirs.
Porte-parole de l’administration Tremblay, le conseiller municipal Sammy Forcillo a dit hier être « très heureux de voir de si beaux résultats ». « Notre administration a beaucoup investi dans nos infrastructures, la voirie, le fonds de l’eau, les transports actifs, notamment le Bixi, dit-il. Ce sont des éléments importants. Notre population a un sens de l’appartenance et un sens de la fierté envers les grandes valeurs et la mission de la municipalité. »
Monocle mène son enquête avec une liste préliminaire de 40 villes. Pour chacune d’entre elles, le magazine évalue des critères comme les transports publics, l’éducation, les manifestations culturelles, le taux de criminalité et l’ensoleillement. La forte présence de magasins d’usines ou de grandes marques commerciales ( Monocle cite Zara et Starbucks) est, pour le magazine, un facteur négatif.




L’essentiel et l’accessoire -  LYSIANE GAGNON
Qui dit que le piètre état de nos rues n’est pas causé par les magouilles, les cartels et la corruption?
Faut-il souhaiter l’arrivée d’un visionnaire à l’hôtel de ville de Montréal? Non, surtout pas. Quand on connaît un peu l’histoire du XXe siècle (et que l’on se souvient du règne mégalomaniaque de Jean Drapeau), on a plutôt tendance à se méfier des visionnaires.
La dernière chose dont Montréal a besoin, c’est d’un maire qui serait l’homme d’une seule idée – autant dire d’une idée fixe, du genre à croire que le salut de la ville passe par un gros événement médiatique – Jeux olympiques, mégafestival ou chef-d’oeuvre architectural. Ce genre de chose n’est pas à négliger, mais c’est accessoire.
Laissons à Québec son maire Labeaume, son langage d’impresario et ses coups de pub. Montréal a vu passer tous les gros shows qu’on peut imaginer, tant mieux si la ville de Québec a pu se pâmer d’admiration pour un Paul McCartney en quête d’une ultime injection d’adrénaline et tant mieux si Québec, une très jolie ville sans gros problèmes, connaît ces temps-ci son heure de gloire.
Ce dont Montréal a besoin, c’est d’un retour à une saine gestion, une gérance raisonnable, sous le signe de l’efficacité et de l’intégrité. Le sondage Ipsos Reid publié lundi dans La Presse le confirme, d’ailleurs : la priorité des Montréalais, c’est l’entretien des infrastructures.
Paris peut s’offrir le luxe de tenir un grand concours d’architecture de pointe, parce que la ville, déjà forte de sa somptueuse beauté, est très bien entretenue et qu’elle fonctionne à merveille. À Montréal, la base reste à faire : il faut des rues correctement asphaltées, des déchets ramassés à temps, la fin des travaux sauvages et non coordonnés qui défigurent les quartiers et empoisonnent la vie des gens, des s t a t i on nements accessibles et des transports publics efficaces, notamment un bon serv i ce d ’ autobus , une signalisation rout ière i ntel l igente, des ponts e t de s v i aduc s sécuritaires, des condui tes d’eau qui ne c r èvent pas , des loisi rs publ ic s ouver t s aux heures qui font l’affaire des usagers, des stratégies pour combler les trous qui donnent à Montréal l’allure d’une ville bombardée…
Les stations Bixi sont très esthétiques (bravo aux concepteurs), mais le vélo, dans une ville où il neige cinq mois par année, n’est qu’une aimable fantaisie, une minuscule cerise sur le sundae. Le sundae, c’est l’infrastructure, et cela rejoint la question de l’intégrité des gestionnaires municipaux. Qui dit que le piètre état de nos rues (et des routes du Québec, car c’est partout pareil) n’est pas directement causé par les magouilles, les cartels et la corruption ? Il n’est tout de même pas normal que la voirie, au Québec, soit d’aussi mauvaise qualité alors qu’elle est convenable au Vermont et en Ontario, où l’on a le même climat et autant d’achalandage !
Cessons de rêver. Oui, il faudrait un beau Quartier des spectacles, comme le réclame avec raison Gilbert Rozon, mais cela n’améliorera pas la vie quotidienne des Montréalais, et ne sera pas non plus la baguette magique qui attirera ici des millions de touristes. On parle souvent de Bilbao, qui revit grâce à l’impulsion donnée par le musée de Gehry. Mais qui prend l’avion seulement pour aller voir ce musée? On y va parce que tout près, il y a l’arrière-pays basque, San Sebastian, l’Espagne… On passe une journée à Bilbao puis on va ailleurs. Qu’est-ce qu’il y a de comparable, à proximité de Montréal ? Repentigny ? Saint-Hyacinthe ?
Chose certaine, le premier article à l’agenda d’une mairie revigorée devrait être d’éliminer les arrondissements, résultat du double gâchis des gouvernements péquiste et libéral dans le dossier des fusions-défusions. C’est à Québec d’agir, mais compte tenu de l’indolence chronique du gouvernement Charest, rien ne se fera si les élus montréalais ne poussent pas à la roue.




Montréal : Le coeur du problème -  ALAIN DUBUC
Le rôle des grandes villes est vital dans le processus de création de richesse. Et Montréal est justement l’une de ces grandes villes.
L’Association des économistes du Québec avait choisi, cette année, de consacrer son congrès aux grandes villes, et particulièrement à Montréal. Et si ce thème a été choisi, c’est en bonne partie parce que la métropole n’est pas aussi dynamique qu’elle devrait l’être.
Le sort de Montréal est rarement au coeur des préoccupations collectives.
Dans les médias, cette semaine, les échos de ce congrès de l’ASDEQ ont beaucoup porté sur les problèmes de gouvernance de Montréal, sur son fouillis administratif, sur ses arrondissements qui ont trop de pouvoir, avec leurs roitelets, comme l’a dit haut et fort le père de Juste pour rire, Gilbert Rozon. Bravo, il faut le dire et le répéter.
Mais ce combat nécessaire ne doit pas nous faire oublier que ce bordel administratif a des causes profondes, auxquelles il faut s’attaquer si on veut assurer le succès de Montréal. Et c’est surtout le fait qu’on a le plus grand mal, au Québec, à reconnaître et à admettre queMontréal joue un rôle central dans le développement du Québec et que le succès de la province dépendra largement de celui de sa métropole.
Ce sont des questions que j’ai abordées souvent. D’ailleurs, j’ai appris, non sans fierté, que c’est une conférence que j’avais prononcée à la Chambre de commerce de Montréal, il y a un an et demi, qui avait donné l’idée au président de l’ASDEQ, l’économiste Clément Gignac, de faire porter ce congrès sur Montréal.
Le titre du congrès était en soi une conclusion: « Les grandes villes: locomotives du développement économique ». Un grand prix Nobel, Robert E. Lucas, de l’Université de Chicago, est venu expliquer pourquoi c’est dans les villes que se crée la richesse, essentiellement parce que c’est là que s’échangent les idées. Richard Florida, le grand gourou du développement urbain, est venu décrire le rôle central des villes, comme lieu de créativité et noter qu’à ce chapitre, Montréal a tout ce qu’il faut. Le Conference Board et un dirigeant de l’OCDE ont le même message: le rôle des grandes villes est vital dans le processus de création de richesse.
Montréal est justement l’une de ces grandes villes. Qui ne joue cependant pas pleinement son rôle de locomotive, dont les atouts considérables ne se traduisent pas autant qu’ils le devraient en prospérité. Cet échec relatif devrait préoccuper non seulement les Montréalais, mais aussi le gouvernement du Québec, tout comme l’ensemble des Québécois. C’est leur niveau de vie qui en dépend.
Mais le sort de Montréal est rarement au coeur des préoccupations collectives. En raison de la méfiance du reste du Québec envers une métropole qui leur ressemble trop peu, de la concentration du pouvoir politique dans une capitale qui ne porte pas Montréal dans son coeur et qui ne comprend pas la métropole, des règles du jeu politique qui font que les élections se gagnent en région.
Loin de moi l’idée de suggérer que tous les problèmes de Montréal s’expliquent uniquement par cela. Les faiblesses de Montréal s’expliquent aussi par son leadership, par une absence de cohésion, par une culture qui ne pousse pas au succès. Mais le facteur politique explique bien des choses, à commencer par le sous-financement des infrastructures et le fouillis des structures.
Il y a eu un peu de progrès. Le gouvernement du Québec reconnaît maintenant le statut de Montréal comme métropole du Québec. Mais il faudra beaucoup plus pour réellement mettre en relief son importance et pour lui permettre d’exprimer sa différence.
Un exemple? Ce n’est pas normal qu’il faille faire des pèlerinages à Québec pour redéfinir les pouvoirs des arrondissements. Un autre exemple? C’est un non-sens que la métropole, indépendamment des compétences de la ministre, relève du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire.


Des avantages mal gérés
Montréal se situe au dernier rang des grandes villes nord-américaines quant au revenu et l’écart continue de s’agrandir
Nous nous vantons sans cesse de
compter cinq universités, mais nous avons un taux de d’obtention de diplôme effectif dans notre
population qui est très bas.
Les auteurs sont respectivement associé fondateur du groupe Secor et vice-président principal, finances et investissement stratégique à CGI. Ils ont présidé le congrès annuel de l’Association des économistes québécois, qui avait lieu à Montréal la semaine dernière.
Montréal est structurellement différent et par ce fait attirant pour ceux qui aiment la différence et ceux qui s’alimentent à la différence. Mais nous géronsmal cet avantage inné, et rien n’illustre plus notre incompétence à cet égard que le sous-financement de nos universités.
Quelque 350 membres de l’Association des économistes québécois se sont réunis la semaine dernière pour leur congrès annuel, pour discuter du rôle des grandes villes comme locomotives de développement économique et y ausculter plus spécifiquement l’état de santé de Montréal. Une trentaine de conférenciers, d’ici et d’ailleurs, sont venus alimenter la réflexion des participants sur comment guérir l’anémie structurelle de l’économie de Montréal qui l’empêche de jouer son véritable rôle demoteur économique du Québec.
On ne reprendra pas le diagnostic qui s’est dégagé des discussions et qui est familier. Parmi les grandes métropoles d’Amérique du Nord, Montréal se situe au dernier rang quant au revenu par habitant et l’écart continue de s’agrandir. Les Montréalais acceptent cette performance économique médiocre confortés par ce qu’ils pensent être une excellente qualité de vie. Mais Montréal n’a plus le monopole des cafés sympathiques. Plus d’un participant a souligné que plusieurs autres grandes villes d’Amérique du Nord offraient une aussi bonne sinon meilleure qualité de vie, hiver en moins.
Comme l’a rappelé Robert Lucas, Prix Nobel d’économie, qui a ouvert la conférence, les idées sont les véritables moteurs de la croissance économique, car elles sont au coeur de l’innovation. Or l’innovation émerge surtout dans la grande ville, parce que c’est là que l’on retrouve une forte concentration de ceux par qui l’innovation vient, la « classe créative », pour reprendre l’expression de Richard Florida, un des grands experts de l’heure sur les villes et qui était aussi conférencier.
La capacité d’une ville à attirer et à stimuler cette classe créative est devenue le facteur déterminant pour la croissance économique, bien loin devant des facteurs traditionnels comme la qualité des infrastructures et la localisation géographique. Mais la performance des grandes villes sur ce nouveau facteur varie grandement, certaines villes étant beaucoup plus accueillantes et offrant de meilleures conditions d’innovation.
Ces conditions sont structurelles et non pas conjoncturelles. Elles ne se prêtent pas à des transformations rapides. Les conditions qui ont graduellement poussé Montréal au dernier rang des grandes villes nord-américaines sont profondément ancrées dans la réalité montréalaise et les changer sera un travail de longue haleine. Ceci ne pourra se faire que sur la base d’un large consensus sociopolitique qui soutiendra des changements en profondeur, sur les trois dimensions qui font de grandes villes.
La forte créativité que l’on reconnaît au milieu montréalais repose sur la dualité culturelle qui baigne Montréal et nous y expose à un foisonnement d’idées amenées par la rencontre quotidienne des influences nord-américaines et européennes sur le territoire, une situation unique en Amérique du Nord.
Montréal est structurellement différent et par ce fait attirant pour ceux qui aiment la différence et ceux qui s’alimentent à la différence. Mais nous gérons mal cet avantage inné, et rien n’illustre plus notre incompétence à cet égard que le sous-financement de nos universités. Nous nous vantons sans cesse de compter cinq universités, mais nous avons un taux d’obtention de diplome effectif dans notre population qui est très bas. Nous avons les droits de scolarité parmi les plus bas d’Amérique du Nord, mais nous oublions qu’il y a corrélation négative entre les droits de scolarité et le taux de participation universitaire.
Cette année, pour la première fois de tous les temps, il se dépensera plus à Toronto en R&D universitaire qu’à Montréal. En somme, sur cet avantage comparatif historique de Montréal sur le point de devenir chose du passé, tout ça parce que nos politiciens provinciaux, tous partis confondus, tergiversent lorsqu’il s’agit d’assurer un cadre financier adéquat à nos universités.
C’est sur cette dimension que la sous-performance de Montréal est la plus criante. Une ville mal organisée ne peut offrir à ses résidants et ses entreprises un cadre fonctionnel adéquat. En s’organisant mal, Montréal se met des contraintes de développement totalement inutiles. Deux malaises en particulier ont été soulignés par un grand nombre d’intervenants: la gouvernance politique régionale et le cadre fiscal. Les carences de la gouvernance se retrouvent à demultiples niveaux: la structure des arrondissements, les pouvoirs de la ville, les relations entre la ville centre et la banlieue, etc.
Par ailleurs, la dépendance de Montréal sur l’impôt foncier est unique parmi les grandes villes d’Amérique du Nord, car l’impôt foncier ne correspond pas à l’évolution des besoins des grandes villes. Au lieu de donneràMontréal un cadre fiscal adéquat, comme partout ailleurs en Amérique du Nord, le gouvernement du Québec préfère régler les impasses fiscales de Montréal à coup de crise et de transferts spéciaux. Ne blâmons pas les « Anglais » pour ce qui nous arrive! (…)

Les villages gaulois n’ont pas d’avenir
Montréal doit en finir avec ses anxiétés identitaires.
(…) Il n’y a aucun avenir pour une grande ville avec une attitude de village gaulois. Une grande ville est en osmose avec le reste du monde, recevant et donnant. Montréal doit en finir avec ses anxiétés identitaires, qui plus que toute autre chose, en ont précipité le déclin relatif depuis 50 ans. Montréal est une ville francophone, foyer d’une culture dynamique en plein épanouissement. C’est aussi dans les faits, une ville biculturelle, marquée par un bilinguisme généralisé, bien au-delà de ses élites. Montréal est capable de s’épanouir comme ville francophone tout en tirant profit de sa réalité biculturelle.
Montréal offre beaucoup d’attraits pour l’étranger, mais il reste beaucoup à faire.
Notre économie ne se développera que si elle est résolument tournée vers l’extérieur, un monde où l’anglais est la lingua franca. Nous devons aussi améliorer les conditions d’accueil des immigrants, ne serait que pour combler l’écart avec Toronto, qui en accueille trois fois plus (avec moins de budget). Montréal offre beaucoup d’attraits pour l’étranger, mais il reste beaucoup à faire. Le chômage chez les nouveaux arrivants est deux fois plus élevé à Montréal qu’à Toronto.
Montréal s’est enlisé depuis 50 ans une certaine médiocrité en obéissant à des instincts défensifs et en se refermant autour de ses propres préoccupations. Aujourd’hui, ses problèmes sont profonds. Mais la volonté de changement est palpable.




La déroute d’une métropole
Montréal est ingouvernable avec ses 19 arrondissements… alors que 86 des 105 élus font partie du même parti politique
Imaginez le foutoir total que sera Montréal lorsque plusieurs petits partis se partageront le contrôle des arrondissements et
que le maire sera privé d’une majorité au conseil !
e congrèsdeVision Montréal qui se tiendra cette fin de semaine annonce le début de la campagne électorale municipale. Ces élections, qui promettent de se tenir sur fond de scandales et d’allégations de toutes sortes, ne doivent pas passer sous silence un enjeu encore plus fondamental : la déroute de la métropole.
Le déclin de Montréal entraînera forcément celui du Québec dans son ensemble. Que l’on aime ou non Montréal, qu’on jalouse la ville ou qu’on la méprise, c’est dans cette île que se jouent les grands enjeux auxquels nous sommes actuellement confrontés.
Sur le plan économique par exemple, Montréal, comme toutes les villes du monde, souffre de la crise financière mondiale. Mais ici, il ne s’agit que de la cerise sur « des années de résultats décevants », pour citer le Conference Board du Canada. Dans son étude Metropolitain Outlook publiée récemment, l’organisme va jusqu’à prédire que Montréal se classera 12e sur… 13 pour sa croissance économique dans la décennie 2004-2013, une position désastreuse et honteuse pour notre ville qui était, il n’y a pas si longtemps, la locomotive du pays.
Montréal se retrouve également dans cette position de queue du peloton pour la majorité des autres indicateurs, qu’il s’agisse de la qualité de l’air ou du niveau de scolarisation de notre population. Seuls les indicateurs qui mesurent la vitalité culturelle nous favorisent – et là encore, on peut se demander pour combien de temps étant donné la vive concurrence que nous mènent des villes comme Toronto, et maintenant Québec.
Contrairement à certaines cités dont le déclin était l’inévitable conséquence de L’auteur est conseiller en relations publiques et a travaillé de 2006 à 2008 à la mairie de Montréal.
Lconditions externes – je pense par exemple à Venise qui a perdu sa suprématie après que la route mondiale du commerce se soit déplacée vers l’est au XVIe siècle – dans le cas de Montréal, il s’agit d’abord et avant tout de notre incapacité à nous mobiliser collectivement.
À cet égard, je ne sais ce qui fut la plus grande erreur entre la fusion, la défusion et la décentralisation subséquente de Montréal en 19 arrondissements. Ce que je sais, par contre, c’est que nous n’avons pas encore goûté aux réelles conséquences de ces décisions funestes.
On lit régulièrement dans les pages de ce journal des exemples qui nous démontrent que la métropole est ingouvernable et pourtant, 86 des 105 élus de la ville appartiennent à la même formation politique. Imaginez le foutoir total que sera Montréal lorsque plusieurs petits partis se partageront le contrôle des arrondisseêtre le principal levier de développement de notre ville. Lorsque l’on sait le peu d’intérêt que portent les gouvernements du Québec et du Canada à l’égard de Montréal, il y a là matière à inquiétude.
Car si le déclin d’une ville, voire du plus petit village est toujours un spectacle affligeant, le déclin de Montréal entraînera forcément celui du Québec dans son ensemble. Que l’on aime ou non Montréal, qu’on jalouse la ville ou qu’on la méprise, c’est dans cette île que se jouent les grands enjeux auxquels nous sommes actuellement confrontés, qu’il s’agisse du développement économique du Québec ou de la francisation et l’intégration des immigrants, par exemple.
Si je prends la peine d’écrire ces lignes, c’est que je ne peux plus supporter le fait d’entendre de toute part des personnes qui partagent le constat que je viens de dresser sans toutefois sentir la nécessité d’investir ments et que le maire de la ville sera privé d’une majorité au conseil!
Ce scénario, qui pourrait survenir dès novembre 2009, accentuera par 1000 les travers de la décentralisation que nous percevons déjà, à savoir que les intérêts particuliers de chaque quartier priment sur les intérêts globaux de la métropole.
La mairie de New York et de Paris a souvent servi de tremplin pour les élus ambitionnant de diriger leur nation. Le fait qu’à Montréal, la mairie soit au contraire peu à peu devenue une sorte de sanatorium pour les députés de l’Assemblée nationale est à la fois la cause et la preuve que nous avons peu à peu abandonné l’idée que la mairie pouvait le seul instrument qui puisse nous sortir de cette situation, soit de doter Montréal d’une gouvernance moderne et efficace. La mairie est un levier extrêmement puissant – il faut la sortir de sa léthargie.

Alors qu’aux dernières élections les signes du déclin étaient déjà nombreux, les deux tiers des électeurs ont décidé de se croiser les bras plutôt que d’aller voter. Durant la campagne électorale, le principal débat et les seuls émois tournaient autour du slogan « GO », plus ou moins acceptable en français. Si seuls les débats linguistiques peuvent encore nous secouer collectivement, je propose que tous les partis adoptent alors pour slogan des élections à venir: « WAKE UP! »


John Gomery se joint à Projet Montréal  -  Éric Clément
L’ex-juge présidera la campagne de financement du parti de Richard Bergeron
« J’ai passé toute ma vie dans cette ville, mais je suis inquiet et troublé. Montréal est en déclin. L’intégrité semble en danger. »
L’ex-juge de la Commission d’enquête sur le programme des commandites, John Gomery, se joint au parti Projet Montréal et à Richard Bergeron pour essayer d’« assainir la politique municipale montréalaise ». M. Gomery et M. Bergeron annonceront la nouvelle officiellement aujourd’hui.
L’ex-juge John Gomery (à gauche) annoncera aujourd’hui qu’il se joint à Projet Montréal, le parti municipal dirigé par Richard Bergeron (à droite).
M. Gomery, qui a fêté ses 77 ans hier, présidera la campagne de financement de Projet Montréal. Pas à titre honorifique. Il veut faire la promotion d’une façon « propre » de faire de la politique. « Pendant l’enquête sur les commandites, j’ai vu un exemple de situation qui a corrompu un parti politique, dit-il. J’étais sensibilisé par cette expérience du danger de ne pas surveiller efficacement le financement des partis. Cette élection est très importante pour Montréal. J’ai passé toute ma vie dans cette ville, mais je suis inquiet et troublé. Montréal est en déclin. L’intégrité semble en danger. »
« Pour amasser des fonds en politique, on contracte des dettes auprès de personnes qui s’attendent à recevoir des contreparties, ajoute Richard Bergeron. Il faut trouver le moyen de faire de la politique autrement. On n’a jamais autant parlé d’éthique que depuis le printemps et, pourtant, on ne parle jamais du mode de financement des partis. »
Avec John Gomery et Jacques Boucher, ex-avocat et agent officiel de Projet Montréal, Richard Bergeron espère convaincre les Montréalais que, en 2009, le nerf de la guerre n’est pas l’abondance d’argent pour faire de grandes campagnes politiques à la télévision, mais la transparence, « c’est-à-dire de savoir qui donne vraiment de l’argent aux partis ».
M. Bergeron et M. Gomery disent avoir été écoeurés par les affaires de corruption, de favoritisme, d’abus de confiance, de conf lits d’intérêts qui ont été divulguées dans les médias montréalais depuis deux ans et qui ont entraîné des enquêtes de la police et du Vérificateur général. Ils estiment que les règles du financement des partis doivent changer.
Le fait que l’on n’apprenne que le 1er avril de l’année suivante qui a donné aux partis ne les satisfait pas. Les citoyens montréalais seront appelés à voter le 1er novembre sans savoir qui aura donné de l’argent à Union Montréal ( le parti du maire Gérald Tremblay) et à Vision Montréal (celui de Louise Harel). Mais pour Projet Montréal, ça ne se passera pas comme ça.
Ce parti va adopter cinq mesures. Il s’engage à inscrire sur son site internet le nom des personnes qui donneront plus de 100$ dans les 48 heures suivant la réception
Projet Montréal s’engage aussi à ne pas tenir d’activités de financement dont le coût de participation dépassera 100 $ et délivrera un reçu pour toute contribution de plus de 25 $. Actuellement, un parti peut recueillir jusqu’à 20% du total de ses revenus en contributions anonymes, ce qui fait que des entreprises donnent discrètement de l’argent sans en avoir le droit.
Enfin, même si le Directeur général des élections fixe à plus de 1 million le plafond des dépenses électorales des partis, Projet Montréal s’engage à ne du don, ce qui n’existe nulle part au Québec. Pour tout don de 250$ à 1000$, l’agent officiel du parti fera une recherche sur le donateur « pour s’assurer qu’il s’agit d’un don totalement désintéressé ».
En effet, comme les entreprises ne peuvent pas donner ellesmêmes de l’argent, elles le font parfois par le truchement de particuliers. En cas de doute, dit M. Bergeron, le chèque sera renvoyé au donateur. pas accepter ni dépenser plus de 500 000 $. « Quand la somme sera atteinte, nous le ferons savoir publiquement et les autres sommes seront renvoyées aux donateurs », dit M. Bergeron, qui compte être très présent sur l’internet, « car c’est gratuit ».
D’où vient cette idée de faire du financement politique autrement? « Il faut être franc, c’est Louise Harel qui a soulevé cette idée lors du 5e Sommet citoyen de Montréal, en juin, dit M. Bergeron. J’ai décidé de l’appliquer. On souhaite que tous les partis adoptent ces mesures. »
Selon Jacques Boucher, on doit promouvoi r l ’ intégrité. « Les gens disent "Oh, ça a toujours été comme ça" ou " Bof, ce n’est pas si grave". Mais il y a un prix à payer et ce sont eux qui le paient, dit-il. Le manque d’intégrité coûte cher en qualité d’asphalte, en qualité de service et en passe-droits divers. Quand le cynisme s’installe, les requins prennent la place. La mauvaise monnaie chasse la bonne. Il y a alors moins de personnes intègres à l’avant-scène. Elles investissent ailleurs et, du coup, la politique manque d’esprit, d’imagination, de progrès, les scandales se succèdent et les gens ne votent plus. L’arrivée de M. Gomery est une très bonne nouvelle. »
La fille de John Gomery, Cym, est candidate de Projet Montréal dans le district de Loyola, dans Côte-des-Neiges– Notre-Damede-Grâce.

Harel applaudit, Tremblay prend acte
L’arrivée de l’ex-juge John Gomery à Projet Montréal, le parti de Richard Bergeron, enchante la chef de Vision Montréa l , Louise Ha rel , contrarie le maire Gérald Tremblay et ne surprend pas Louise O’Sullivan, aussi candidate à la mairie.
Si Richard Bergeron voulait marquer les esprits en ralliant l’ex-juge à son parti, il semble avoir réussi. Hier, tous les médias n’en avaient que pour l’ex-juge Gomery, célèbre pour sa présidence en 2004 de la commission d’enquête sur le scandale des commandites. Sur toutes les chaînes, M. Gomery a dit qu’il s’engageait dans le but d’assainir les moeurs politiques en ce qui a trait au financement des partis. Il estime que « l’intégrité est en danger » à Montréal avec l’administration actuelle.
M. Gomery souhaite que de nouvelles règles soient définies pour éviter que les partis et les élus ne soient redevables à de riches individus ou des entreprises qui, indirectement, les financent. Sur ce point, Gérald Tremblay a dit qu’il observe les règles en vigueur au Québec. « Notre formation politique a toujours respecté les dispositions de la loi, a-t-il dit. Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) a eu l’occasion, chaque année, de vérifier nos états financiers. S’il y a des argumentations pour changer ces dispositions, elles doivent être faites à Québec. »
La Pre s s e a demandé à M. Tremblay s’il serait d’accord pour que son parti plafonne ses revenus et ses dépenses électorales à 500 000$, comme le propose le parti de Richard Bergeron.
« Je pense que ce n’est pas plafonner ou pas n’est pas la bonne question, a-t-il répondu. La question fondamentale, c’est: est-ce que les formations politiques respectent les dispositions de la loi? Nous l’avons toujours fait. »
Le maire Tremblay est en faveur de dons remis anonymement, comme la loi le permet dans une proportion de 20% du financement total. MM. Gomery et Bergeron s’opposentà cette pratique.
De son côté, Louise Harel se « réjouit de l’engagement » de l’ex-juge Gomery en politique municipale. Elle est également contente de constater que M. Bergeron s’est inspiré de ses idées pour bâtir sa politique de f inancement électoral. Elle estime aussi, comme M. Gomery, que les dons anonymes doivent disparaître.
Après le juriste Julius Grey, qui s’est joint àVisionMontréal, John Gomery est la deuxième personnalité marquante de la communauté anglophone montréalaise à tourner le dos au parti du maire Tremblay… et au parti de Louise O’Sullivan. Cette dernière rappelle qu’elle ne se « considère pas comme anglophone ». L’arrivée de M. Gomery à Projet Montréal ne la surprend pas. « Il y a des francophones souverainistes dans mon parti, dit-elle. Si la fille de M. Gomery était membre de notre parti, il serait venu avec nous. »



L’homme qui voulait changer le monde -  MICHÈLE OUIMET
« Mme Harel a été ministre des Affaires municipales. Qu’a-t-elle fait pour lutter contre la corruption qui existe depuis 25 ans? Rien. »
En février 1998, huit mois avant les élections municipales, l’ex-chef de police Jacques Duchesneau décide de se présenter comme candidat à la mairie de Montréal. Le lancement de sa campagne est spectaculaire : 2000 personnes, incluant une bonne partie du gratin montréalais, se réunissent dans l’immense salle de la gare Windsor.
« Jacques Duchesneau: « En 1998, j’ai été un sauveur, m’a confié Jacques Duchesneau. Aujourd’hui, je n’y crois plus. »
Il est le sauveur, celui qui va battre Pierre Bourque, le maire dont plus personne ne veut, le maire honni, éclaboussé par des scandales et dont le taux de popularité chute à une vitesse vertigineuse.
Pourtant, huit mois plus tard, Pierre Bourque fait élire 39 des 51 conseillers. Une étonnante résurrection. Jacques Duchesneau, lui, frôle la catastrophe. Seulement trois candidats échappent au désastre. La défaite est brutale, humiliante.
La semaine dernière, l’exministre des Affaires municipales, Louise Harel, a décidé de plonger et de briguer les suffrages à la mairie. Elle se présente contre Gérald Tremblay, un maire affaibli par des scandales. Elle aussi veut sauver Montréal.
Jacques Duchesneau est sceptique. « En 1998, j’ai été un sauveur, m’a-t-il confié. Aujourd’hui, je n’y crois plus. »
Jacques Duchesneau donne très peu d’entrevues. « Je ne cherche pas la célébrité, je ne veux pas que mon nom se retrouve dans les journaux », se défend-il.
Mais parfois, c’est plus fort que lui. Certains sujets le touchent. En avril, il a donné une entrevue à mon collègue Yves Boisvert. Il voulait dénoncer la corruption qui règne à Montréal. Je lui ai parlé vendredi. Il en a rajouté une couche. Cette fois-ci, il vise Louise Harel.
« Un des problèmes à Montréal, c’est la corruption, a-t-il expliqué. J’ai parlé à un ancien ministre des Transports qui m’a dit : "On savait qu’on payait 15% de trop à Montréal. Quand on analysait les contrats, on se disait: Ben voyons, c’est trop cher !" Mme Harel a été ministre des Affaires municipales. Qu’a-t-elle fait pour lutter contre la corruption qui existe depuis 25 ans? Rien. A-t-elle fait de l’aveuglement volontaire? Et si elle est élue maire, que fera-t-elle pour combattre la corruption? »
En 1998, Jacques Duchesneau a tenté de dénoncer la corruption. Il a frappé un mur. « J’ai rencontré du monde qui me disait: "Je fabrique des lampadaires, mais je suis incapable de les vendre à Montréal parce que je ne fais pas partie de la clique." J’en ai parlé, mais ça n’intéressait pas les gens. Pour être élu, il faut faire rêver. Ça, Louise Harel est capable de le faire. »
Jacques Duchesneau ne s’arrête pas là dans ses critiques. Il se pose des questions sur les sympathies syndicales de Louise Harel. « Les syndicats font la pluie et le beau temps à Montréal. Va-t-elle les confronter? Je ne crois pas. »
I l met aussi en doute sa conversion subite à Vision Montréal. « Elle a trouvé une locomotive qui va l’amener à la mairie, mais quel est le programme de Vision Montréal ? »
« Au provincial, les projets de loi sont scrutés pendant des jours dans des commissions parlementaires. Au municipal, c’est action réaction, ça se fait au ras des pâquerettes. Louise Harel amènerait une expérience bureaucratique. Montréal n’a pas besoin de ça. »
Jacques Duchesneau a renoncé à la politique. Pas question de se lancer de nouveau dans la course. « Le soir des élections, mon fils m’a dit: "Papa, on a perdu." Je lui ai dit: "Non, on ne s’est pas fait élire, ce n’est pas la même chose." J’ai toujours pensé que ma deuxième carrière serait politique, mais ce n’était pas fait pour moi. Je n’ai pas la couenne assez dure. En 1998, je voulais changer le monde. J’étais naïf. »
« Depuis que je suis jeune, je crois qu’il faut dire la vérité, toute la vérité, mais les gens n’en ont rien à foutre de la vérité, ils veulent rêver. Je ne dis pas que les politiciens mentent, mais ils ont une façon de dire les choses pour qu’elles paraissent acceptables. »
« En 1998, je voulais faire le ménage, mais j e l’ai dit trop vite. J’ai fait peur à du monde. La gangrène ne touche pas seulement les politiciens, mais aussi les fonctionnaires qui donnent des contrats et se paient la traite. J’ai hâte de voir ce que Louise Harel va faire pour changer cette culture. »

Moi aussi.




Pourquoi Montréal ne peut-elle se doter d'un maire digne de ce nom ? - 
LYSIANE GAGNON   La saison des haut-le-coeur 
Pourquoi la politique municipale montréalaise compte-t-elle autant de pommes pourries? Pourquoi les Montréalais n’ont-ils jamais les édiles qu’ils méritent?
Compteurs d’eau, SHDM, Zampino, Accurso… Les scandales s’enchaînent, les haut-le-coeur se succèdent. Oui, c’est vrai, le maire Tremblay doit en porter la responsabilité même s’il n’a pas lui-même mis la main dans l’auge. Oui, c’est vrai, n’importe quel ministre qui serait lié, serait-ce par personnes interposées, à autant de cas présumés de corruption, aurait déjà démissionné.
Mais on se gardera bien de demander la démission de Gérald Tremblay car son successeur pourrait être pire – encore plus indolent, encore plus incompétent, ou alors, pourquoi pas, carrément fraudeur. Les Montréalais sont prudents parce qu’ils ont depuis toujours (depuis en tout cas que j’ai l’âge de raison) été floués par leurs édiles.
Je me souviens vaguement de l’ineffable Sarto Fournier, que personne, sauf erreur, ne prenait au sérieux. Beaucoup plus de Jean Drapeau, ce mégalomane aux instincts dictatoriaux qui nous a laissés la méga-dette de son méga-stade. Je me souviens de la grosse déception que fut Jean Doré, un homme intelligent entravé par les penchants bureaucratiques de son parti. Puis vint le très bucolique Pierre Bourque, qui voyait Montréal comme un jardin chinois.
On a maintenant M. Tremblay, qui a hérité des travers de son prédécesseur – le même côté zen, la même sentimentalité doucereuse, la même obsession pour la campagne, sauf que lui, son dada ce sont les pistes cyclables – sans avoir par ailleurs la détermination qu’affichait à l’occasion M. Bourque. Donc, on a M. Tremblay: un homme aveugle, sourd et muet, qui n’a rien vu des magouilles qui se tramaient sous son nez, qui a assisté passivement au déraillement des fusions municipales, qui regarde béatement le CHUM s’enfoncer dans la mouise, et les rues de cette pauvre ville au sol crevé et mal retapé se dégrader au point qu’on se croirait parfois dans une bourgade du Tiers-monde.
Ce pourrait être pire, on le sait. M. T remblay ne fait rien, mais au moins, il ne fait pas de mal.
On pourra bien installer tous les garde-fous qu’on voudra – des commissaires à l’éthique, des guides de déontologie, des lignes de délation, et pourquoi pas tant qu’à y être des primes à l’honnêteté! – rien ne remplacera ce qui devrait aller de soi: une équipe municipale d’élus raisonnablement compétents et rigoureusement intègres… à l’image, tout simplement, de l’immense majorité des citoyens.
Pourquoi la politique municipale montréalaise compte-t-elle autant de pommes pourries? Pourquoi les Montréalais n’ontils jamais les édiles qu’ils méritent? Qu’on ne vienne pas me dire que c’est parce qu’il n’y a pas assez d’incitatifs : ces messieursdames sont rémunérés plus somptueusement que leurs équivalents dans le reste du Canada, et cela se passe par-dessus le marché dans la plus pauvre des grandes villes du pays.
Je crois que l’une des raisons de cet avilissement tient à l’exode de la classe moyenne, celle d’où pourrait venir le sang neuf susceptible de rehausser la qualité de nos élus. Les anglophones entreprenants sont partis à Toronto ou ailleurs, laissant ici leurs vieux parents retraités. Les francophones de classe moyenne sont à Laval et sur la Rive-Sud. Ce vide a été comblé par des immigrants de fraîche date qui ne sont pas assez acculturés pour contribuer à la vie politique.
On avait coutume d’envier Toronto. Maintenant, on en est rendu à envier Québec ! On a tort. La capitale est choyée par les politiciens provinciaux qui y passent la moitié de l’année, c’est une ville homogène, aussi blanche que le pain Weston, où presque tout le monde travaille dans le secteur public. C’est Montréal qui subit les secousses du marché et qui hérite des cas sociaux les plus lourds. Le maire Labeaume, transplanté à Montréal, serait beaucoup moins fanfaron.

Montréal : Pourquoi le désintérêt?  -  Lysiane Gagnon
Pourquoi les gens tentés par la politique, tournant le dos àMontréal, préfèrent-ils aller sur la scène provinciale et, à l’occasion, au fédéral?
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Les questions d’intendance (comme la collecte des ordures) rendent-elles la politique municipale moins attrayante ?
Si la politique municipale était inintéressante, cela se verrait à Toronto ou dans d’autres villes nord-américaines. Or, ce n’est pas le cas. La politique torontoise a attiré des personnalités dynamiques (c’est là, par exemple, que Jack Layton a fait ses classes), et un homme comme le multimilliardaire Michael Bloomberg, qui avait le choix des carrières, a préféré devenir maire de New York plutôt que gouverneur de l’État ou membre du Congrès.
Sans doute faut-il retourner dans l’histoire pour comprendre le désintérêt des Montréalais francophones pour l’avenir de leur ville. Montréal a longtemps été une ville « anglaise », car si elle a été fondée par des Français, ce sont les descendants d’immigrés écossais qui l’ont tissée. Il s’y trouvait bien sûr des francophones, mais les banques, les grands commerces, les centres de décision étaient anglophones. N’est-ce pas Londres qu’évoquent les manoirs de brique rouge du Golden Square Mile?
Même après que les francophones eurent pris le contrôle du Québec, la tradition s’est poursuivie, très bien illustrée d’ailleurs par l’attitude des médias. Les francophones, dans la foulée de la Révolution tranquille, n’avaient d’yeux que pour Québec ou Ottawa. Pour les anglophones, la politique municipale était le seul pouvoir politique qui leur restait. Qui « couvrait » en profondeur et assidûment la politique municipale? La CBC, CTV, The Gazette…
Les journalistes francophones, eux, se concentraient sur les questions nationales, avec en fond de scène un climat de méfiance envers la métropole cosmopolite, longtemps représentée dans l’imaginaire collectif comme une menace à la survie des Canadiens français. Ce n’est qu’assez récemment qu’un journal comme La Presse a décidé de consacrer énormément d’efforts à la couverture régulière de l’actualité municipale. Et l’on voit aujourd’hui le résultat positif de cette activité de « chien de garde » de la démocratie.
Autre différence, les anglophones ont une longue tradition de bénévolat et de service à la communauté, alors que les francophones, étant directement passés de l’aile protectrice de l’Église à celle de l’État, ont tendance à se fier aux structures. Or, la politique municipale, parce qu’elle est un service de proximité, repose en partie sur la participation bénévole des citoyens. Voilà qui explique en partie pourquoi les villes de la banlieue anglophone ont généralement été mieux gérées que Montréal. où vient le désintérêt des Montréalais pour leur administration municipale? La question est importante, car cette indifférence est à la racine des maux de la métropole. Pourquoi les gens tentés par la politique, tournant le dos à Montréal, préfèrent-ils aller sur la scène provinciale et, à l’occasion, au fédéral?
Si l’on comparait, sur une longue période, la qualité du personnel politique à l’Assemblée nationale et dans l’administration municipale, on verrait sans doute que la scène provinciale attire davantage de politiciens de premier ordre. Pourquoi? Ce n’est certainement pas une question d’argent.
Bien que Montréal soit la plus pauvre des villes canadiennes, c’est là que les édiles sont le mieux rémunérés. Le salaire de base du conseiller lambda (qui n’a pas d’autres responsabilités) est de 49 000$, auquel il faut ajouter une allocation non imposable de 15 000$... et ce, pour une fonction qui ne devrait pas constituer un travail à plein temps. C’est plus que ce que gagne la moyenne des profs de cégep pour une année académique complète!
La politique municipale serait-elle moins intéressante que dans les autres paliers de gouvernement? Certes, les questions d’intendance – déneigement, collecte de déchets, etc. – n’ont rien pour enthousiasmer ceux qui rêvent de légiférer sur l’éducation, l’immigration ou la défense nationale. Mais n’est-il pas également gratifiant de s’occuper des problèmes concrets de sa propre ville, d’autant plus qu’à ce niveau, on peut voir le résultat tangible de son travail?



Et pendant ce temps, à Québec... - PATRICK LAGACÉ
QUÉBEC — Rappelez-vous, il y a un an. Québec s’apprêtait à vivre un été de célébrations pour son 400e.
Nous, à Montréal, on riait un peu, n’est-ce pas...
On riait parce que, quelques mois auparavant, l’organisation du 400e avait raté ce spectacle du Nouvel An. Même le décompte accueillant 2008 avait été bousillé. Ça sentait quoi? Ça sentait le naufrage des grands voiliers de Québec 84.
Là, un an plus tard, personne ne se moque de Québec, à Montréal. Succès total.
L’économie roule. Le chômage est bas. La ville est belle. La ville est fière. Cette ville qu’on dit fermée sur le monde (y-a-pas-d’immigrants) se prend à regarder à l’horizon. Où était le maire Régis Labeaume, cette semaine? Il était à Chicago. Il foutait quoi à Chicago? Eh bien, il est allé voir ce que cette ville duMidwest fait debien, notamment dans le domaine de la culture.
Régis Labeaume a dirigé une délégation d’hommes d’affaires et d’architectes qui sont allés épier Chicago. Ils ont rencontré le maire Daley. Labeaume a convaincu le maire Daley d’appuyer l’ajout de Québec comme station d’un éventuel TGV qui relierait des grandes villes du sud du Canada et du nord des États-Unis.
Oui, je sais, c’est un showman, le maire Labeaume. Enclin à d’occasionnelles singeries, comme brandir une cannette de Red Bull au conseil municipal pour appuyer un événement du fabricant de boisson énergétique.
Oui, il dit parfois des niaiseries. Comme il me l’a déclaré, quand je l’ai interviewé pour Les francstireurs, l’an dernier: « J’en échappe une par mois. » Quelques jours après, il disait de Josée Verner que, des fois, « je la battrais »...
Mais le gars défend sa ville, il en fait la promotion, il chante ses louanges sur toutes les tribunes. Il en est fier. Et le démontre.
« Ça va bien à Québec, ça va mieux et la bougie d’allumage, c’est Régis Labeaume, me dit Gilles Parent, l’increvable animateur de radio qui officie au FM 93. Tout part d’en haut. La ville, c’est le maire. Et le nôtre est dynamique, c’est un promoteur. »
Et le maire agit. Le 400e a été un succès, note Parent. Et Daniel Gélinas, patron de l’événement, a hérité d’une grande partie du crédit. « Mais c’est Régis Labeaume qui l’a nommé là. » Et le maire a confié le 400e à Gélinas après le fiasco du Nouvel An.
Il y a quelques semaines, de façon un peu mélodramatique, le maire de Québec annonçait le sauvetage du projet de Moulin à images, de Robert Lepage, un grand succès de l’été du 400e. Avec, en prime, un spectacle itinérant du Cirque du Soleil.
Donc, ces cinq prochains étés, Québec profitera du tandem Cirque-Lepage, deux des fleurons culturels du Québec. Montréal ? Montréal aura des compteurs d’eau. Un jour.
Je commets un impair, ici. Je compare Québec et Montréal. On ne peut pas comparer les deux villes. Le maire Labeaume luimême m’a dit que Montréal est une ville plus complexe à gérer que Québec. Et c’est vrai.
N’empêche. Il faut venir à Québec pour voir à quel point Montréal est malade, à quel point Montréal vivote, à quel point nous sommes engoncés dans une paralysie épouvantable.
Montréal a hérité d’une structure de gouvernance débile, gracieuseté des libéraux qui voulaient apaiser les géniaux défusionnistes, en 2003. Nous avons donc, à Montréal, unmaire et 19mini-maires d’arrondissement. Bonjour la cohérence.
Hier, dans les pages Forum de La Presse, Félix-Antoine JoliCoeur, ex-employé de la mairie, signait un texte douloureux de lucidité sur le déclin de Montréal. En voici un extrait, capital:
« La mairie de New York et de Paris a souvent servi de tremplin pour les élus ambitionnant de diriger leur nation. Le fait qu’à Montréal, la mairie soit au contraire peu à peu devenue une sorte de sanatorium pour les députés de l’Assemblée nationale est à la fois la cause et la preuve que nous avons peu à peu abandonné l’idée que la mairie pouvait être le principal levier de développement de notre ville. »
Gérald Tremblay est le maire éteint de l’équivalent municipal d’un eunuque. L’opposition ? Benoit Labonté. Or, à côté de M. Labonté, le maire, c’est Barack Obama. Bonjour la vigueur.
La caricature de Chapleau, l’autre jour, résumait tout l’état de notre leadership municipal: Gérald Tremblay poireautant à côté d’un téléphone. La légende: « Le maire passe à l’action avec sa ligne pour la délation. »
Où sont nos triomphes? Où sont nos victoires? Où est l’action?
Les jeux gais ont été une débâcle épouvantable. Les Mondiaux aquatiques, à peine mieux. Le Quartier des spectacles : belle idée qui inquiète, à une époque où Brossard, avec son Quartier DIX30, fa i t concur rence à Montréal, côté spectacles.
Oui, c’est vrai, bon, nous avons un club de hockey, NOUS. Mais la saison du centenaire du CH ressemble à Québec 84. On ne peut même pas glousser côté hockey.
Je ne veux pas comparer. Mais je ne peux pas m’en empêcher. Je ne suis pas le seul.
« Je parcours La Presse et Le Soleil, depuis deux semaines, me dit un consultant en communications qui partage son temps entre Montréal et Québec. Dans Le Soleil, on parle de ce qui marche, de développement. Dans La Presse, c’est ce qui ne marche pas qui défraie la manchette: le CHUM, l’échangeur Turcot, les compteurs d’eau... »
Le maire de Montréal a bien peu de pouvoir, dans cette structure castrée. Cadeau de gouvernements libéraux et péquistes qui se sacrent de Montréal. Mais pensez-vous qu’un type comme Régis Labeaume se contenterait d’une structure semblable?
Non. Il serait du genre à déclencher une guerre civile (métaphorique) pour attirer l’attention sur cette bêtise, frotter les oreilles des élus provinciaux et obtenir des changements.
Tremblay, lui, passe le son vérificateur général.
puck
à
L’histoire de la semaine, à Québec?
Cette idylle entre la ministre Nathalie Normandeau et l’adéquiste François Bonnardel.
Personnellement, je les félicite. Il n’y a pas assez d’amour en ce bas monde. Mais je suis catastrophé. La ministre des Affaires municipales et de la Métropole s’est trouvé un chum en Haute-Yamaska.
J’aurais préféré qu’elle craque pour un député de Montréal, question de constater de visu l’agonie de la ville, hors du cadre feutré des annonces gouvernementales.
Les dieux sont contre Montréal. Même les dieux de l’amour.


« Il y a trop de roitelets à Montréal »
CONGRÈS DE L’ASSOCIATION DES ÉCONOMISTES DU QUÉBEC
Gilbert Rozon et Normand Legault plaident pour une centralisation des pouvoirs
« Je ne suis pas un expert en la matière, mais il me semble que je couperais dans le nombre d’élus. Il y en a trop », a dit Normand Legault.
Gilbert Rozon, grand manitou du Festival Juste pour rire, qui ne s’est pas gêné dans le passé pour critiquer le manque de leadership à Montréal, estime qu’il faudrait « couper dans le nombre d’arrondissements et recentraliser les pouvoirs à Montréal, comme le déneigement ou la collecte des ordures ».
Pour Gilbert Rozon, la structure de gouvernance à Montréal est trop lourde. Pour la changer, « il faudrait que des gens influents fassent front commun pour revendiquer des changements à Québec ».
« Il y a trop de petits royaumes et trop de roitelets à Montréal, a déploré M. Rozon, lors d’un entretien avec La Presse. La structure de gouvernance est trop lourde. Mais pour y parvenir, il faudrait que des gens influents fassent front commun pour revendiquer des changements à Québec. Sincèrement, je ne voudrais pas être dans les souliers du maire Gérald Tremblay. Je le crois sincère dans ses démarches. »
L’homme d’affaires, tout comme Normand Legault, promoteur du Grand Prix du Canada, ont parlé en ce sens, hier, dans le cadre du congrès de l’Association des économistes du Québec (ASDEQ), qui se termine aujourd’hui, au Hilton du centre-ville. Ni l’un ni l’autre n’ont l’intention de briguer la mairie de la métropole aux prochaines élections. Mais à travers leur loupe d’hommes d’affaires, ils s’entendent pour dire qu’il faut agir pour rendre la ville plus fonctionnelle.
« Je ne suis pas un expert en la matière, mais il me semble que je couperais dans le nombre d’élus. Il y en a trop », a dit Normand Legault, faisant référence aux 105 élus de la Ville de Montréal.
Quant à un éventuel retour du Grand Prix à Montréal, il ne dit pas non à l’idée d’en être de nouveau le promoteur, mais il ne dit pas oui non plus. Cela dépendra des conditions, a-t-il précisé.
« J’ai parlé à quelques reprises à Bernie Ecclestone, au cours des dernières semaines, il connaît mon point de vue. Je pense que Montréal a sa place dans le calendrier du championnat. »
Mettre à profit le bilinguisme
Sur le thème « le bon » et le « moins bon » de Montréal, les deux hommes ont animé un débat au cours du congrès, en aprèsmidi, qui devait accueillir en soirée le maire Gérald Tremblay, pour prononcer un discours. Les autres spécialistes invités, dont Richard Florida, économiste américain de renom, qui estime que le moteur d’une ville passe par sa « force créative », ont beaucoup parlé de l’importance de mettre à profit le bilinguisme à Montréal.
« Montréal se positionne très bien en termes de main-d’oeuvre créative selon diverses études, a dit M. Florida, après son discours sur la créativité. Elle doit maintenant capitaliser sur son bilinguisme. Et il faut voir Montréal non pas comme une ville, mais comme un ensemble, un tout avec les villes de Québec, d’Ottawa et de Toronto. Pour y parvenir, il est donc temps demettre de l’avant un service de train à grande vitesse. »
Bilinguisme, créativité, importance de la présence de l’élite universitaire àMontréal, le chercheur Richard Shearmur, de l’INRS Urbanisation, Culture et Société, a pour sa part ramené les participants au congrès « sur le plancher des vaches », pour reprendre son expression, en soulignant qu’il n’y a pas qu’à Montréal que « les ponts tombent ».
« Vous remarquerez que ceux qui disent que les universités sont importantes sont des universitaires, a-t-il ironisé. Je pense que la croissance économique d’une ville ne passe pas que par un bon produit intérieur brut (PIB). Si on veut une bonne croissance, il faut investir dans un bon système de garderie et d’études primaires et secondaires. Il faut aussi un bon système de transports en commun pour ceux qui gagnent leur vie en préparant nos sandwichs. »
M. Shearmur, de même que Daniel Gill, professeur d’urbanisme émérite de l’Université de Montréal, sont d’accord pour dire qu’une bonne façon de désengorger les autoroutes passerait aussi par une réorganisation des horaires de travail à Montréal.
« Pourquoi nos cours universitaires commencent à 9h le matin? a demandé M. Gill. Je ne sais pas pour vous, mais je peux très bien commencer ma journée à 10h et j’aurai accompli le même travail à la fin de la journée. » Pour joindre notre journaliste : sara.champagne@lapresse.ca


La structure est malade NATHALIE COLLARD

Les problèmes de gouvernance sont un frein au développement de Montréal.
Montréal n’a pas les moyens de faire l’économie d’un débat sur sa gouvernance. C’est en gros ce que pensent les membres de l’Association des économistes québécois.
On sait que le sujet de la gouvernance est au coeur des motivations qui ont poussé l’ex-ministre des Affaires municipales Louise Harel à revenir en politique, cette fois sur la scène municipale. Son cri du coeur, « J’ai mal à ma ville ! » dénonçait précisément cette surgouvernance qui paralyse Montréal.
Le maire de Montréal Gérald Tremblay, lui, évite ce sujet comme la peste. Au cours des dernières semaines, il a déclaré à plusieurs reprises que les Montréalais n’ont pas envie d’un débat de structures et que, pour sa part, il souhaite plutôt parler de développement économique.
Mais les économistes (qui connaissent sans doute deux ou trois choses à propos de développement économique) sont formels: les problèmes de gouvernance sont un frein au développement de la métropole. Invité à la tribune de la chambre de commerce duMontréal métropolitain cette semaine, le président de la firme SECOR, Marcel Côté, a présenté une synthèse des discussions qui ont eu lieu lors de leur colloque annuel, en mai dernier. Les conclusions de 10 chantiers pour Montréal sont sans équivoque: la métropole souffre de problèmes de structures. Selon eux, si on ne s’y attaque pas, elle ne s’épanouira jamais à sa pleine mesure
Évidemment, ce n’est pas le genre de débat qui anime les soupers entre amis sur le PlateauMont-Royal. On aime mieux parler de pistes cyclables, de design et de qualité de vie. Et c’est bien normal. Sauf que, pour arriver à cette qualité de vie à laquelle tout le monde aspire, ce Montréal rêvé, il faut simplifier le fonctionnement de la Ville, rendre la prise de décision plus fluide.
Dans la foulée des fusions municipales, des pouvoirs municipaux ont été déplacés vers les arrondissements. Dans certains cas, ces changements étaient logiques (pensons seulement à l’attribution des permis de construire, qui doit être un service de proximité). Par contre, d’autres services (on pense bien sûr au déneigement, à l’urbanisme, etc.) doivent absolument être analysés afin qu’on puisse décider s’ils ne seraient pas plus efficaces sous la houlette de la ville centre.
Le document 10 chantiers pour Montréal propose donc la mise sur pied d’un groupe d’experts qui analyseraient l’ensemble des services et qui émettraient rapidement une série de recommandations. Une idée très sensée que nous avons d’ailleurs déjà évoquée (« Réparer Montréal », 8 mai 2009).
Dans son programme, qu’il a dévoilé la semaine dernière, le parti Projet Montréal, s’engage à centraliser des services comme l’adjudication des contrats et l’urbanisme. Il faut aller encore plus loin. Chaque parti devrait s’engager, s’il est élu, à créer un groupe de travail indépendant qui proposerait rapidement des solutions concrètes pour rendre l’administration municipale plus efficace. C’est une priorité si on veut que notre ville sorte du marasme dans laquelle elle semble vouloir s’enfoncer.


Michel Labrecque songe à quitter la politique
Arrivé en politique en 2005, le conseiller municipal du Plateau-Mont-Royal Michel Labrecque pourrait annoncer son départ de la politique d’ici la fin du mois, a appris La Presse. En faisant le bilan de son mandat, celui qui est aussi le président de la So
« Tu peux travailler pendant 27 ans dans certains domaines, tu réalises des choses, on te dit bravo! Le jour où tu es élu, tu as un nez de clown au milieu du nez, enfin pas un nez de clown, mais vous voyez ce que je veux dire... »
Michel Labrecque, président de la STM et conseiller du district du Mile End dans le Plateau-Mont-Royal, pense quitter la politique.
Michel Labrecque est un passionné et un actif. Il a réalisé son Plan de déplacement urbain pour améliorer la qualité de vie des citoyens. Mais pour un résultat, bien des désillusions. Toujours réclamer de l’argent à la ville centre. Entendre les bruits des scandales de l’hôtel de ville. Voir partir la conseillère Josée Duplessis pour Projet Montréal. Apprendre que la mairesse Helen Fotopulos se divertit avec un important fournisseur de la Ville. Et vivre les problèmes de gouvernance du Plateau-Mont-Royal.
Cet arrondissement vit une crise depuis 2006. Cette annéelà, Josée Duplessis a rencontré à plusieurs reprises le directeur de cabinet du maire Tremblay, Stéphane Forget, pour lui dire « que ça ne fonctionne pas dans l’arrondissement ». Ces rencontres n’ont rien donné. Une réflexion a débuté avec les conseillers Michel Labrecque, Isabel Dos Santos et Eleni Fakotakis.
« On a alors dit àHelen Fotopulos qu’il y a une dynamique de gouvernance, qu’on était de nouveaux élus et que la dotation du Plateau était insuffisante », dit Michel Labrecque. Josée Duplessis disait qu’il y avait aussi un manque de collégialité. « Ce n’est pas ça, souligne M. Labrecque. Quand on est une équipe, il y a du travail à faire pour que les objectifs communs soient partagés. On l’a dit à Mme Fotopulos. Que c’était une difficulté qu’on éprouvait. Elle en était consciente. »
Selon Josée Duplessis, au sein du caucus, le vrai maire n’est pas Mme Fotopulos mais son directeur de cabinet, Richard Côté. « Du coup, on devait faire des pré-caucus entre nous, explique-t-elle. Souvent, Helen ne nous invitait pas à des rencontres avec des fonctionnaires en nous disant "si je vous invite, je vais devoir aussi inviter Richard Bergeron". »
Au printemps 2008, Gérald Tremblay a convoqué Mme Duplessis. Il voulait savoir comment la situation évoluait et si elle allait se représenter. « J’ai dit que dans ces conditions, ce ne serait pas possible. Il était consterné d’entendre qu’il y avait si peu de collaboration dans le Plateau. »
Par la suite, les quatre élus ont rencontré Stéphane Forget pour redire la même chose. Puis en décembre dernier, Michel Labrecque, Isabel Dos Santos et Josée Duplessis ont rencontré le maire Tremblay. « Helen était au courant qu’on allait voir le maire sur la gestion et la gouvernance en général », indique M. Labrecque. Josée Duplessis a demandé au maire Tremblay qu’il choisisse Michel Labrecque à titre de futur candidat d’Union Montréal à la mairie du Plateau.
« On lui a dit qu’on avait une proposition, soit de reprendre la gouvernance du Plateau, de changer les employés, notamment les attachés de la mairesse qui la surprotègent, raconte Mme Duplessis. Le maire a répondu "bon, j’embarque avec vous", mais après, il n’a jamais répondu. Michel était hors de lui. Il travaillait jour et nuit à la STM. Il est allé rencontrer le maire le lundi avant ma démission. Et le jeudi, il nous a dit que le maire avait dit non, qu’il avait finalement décidé de choisir Helen, mais qu’il nous aimait tous. »
Michel Labrecque n’a pas la même version. Il n’a « jamais voulu la tête » d’Helen Fotopulos. Mais il voulait que ça fonctionne. Tout simplement. Afin que ça avance. Quoi qu’il en soit, il ne briguera pas la mairie du Plateau, ni avec Union Montréal, ni avec un autre parti. Et s’il quitte son poste de conseiller, il devra également abandonner à regret ses fonctions de président de la STM.
« À 50 ans, je me considère vieux. Je vois le temps filer. Il me reste peut-être 15ans de travail. L’action citoyenne m’intéresse. Je veux construire quelque chose, inaugurer quelque chose. Je me pose la question. Ai-je le goût encore? Et si je remballe, c’est pour quoi? »
La mairesse Fotopulos reconnaît qu’il y a eu « des malaises ». « Depuis le début, on avait des discussions assez fortes, indique-telle. Sur la dotation, j’en conviens, ce n’est pas assez. Mais on était à 47 millions et on est presque à 56 millions. »
Elle estime que son bilan est « bon » et qu’elle est « allée au bat » pour obtenir des choses de la ville centre. « Peut-être que j’ai été trop collégiale, dit-elle. Je ne suis pas une dictatrice. Je travaille pour ma ville et mon arrondissement. Si M. Labrecque quitte la politique, c’est sa décision. Je veux qu’il reste, car il a beaucoup de talent. Il a un rôle important à Montréal. Est-ce que c’est à la mairie, par contre? Je serai honorée de faire équipe avec lui. »

Montréal, ville mal-aimée - Alain Dubuc
Comment Montréal, cette grande demeure, peut-elle briller
si nous sommes incapables d’entretenir notre propre petit
coin de terrain ?
L’auteur est un ancien résidant de Montréal.
J’ai habité Montréal plusieurs années. J’ai dû déménager, mais j’y passe encore beaucoup de temps. Travail, amitiés, sorties. J’aime toujours Montréal et ses citoyens.
Et c’est par affection pour eux et leur ville que je profite de cette tribune pour y soulever mon indignation, y dénoncer une situation qui m’apparaît insoutenable. Je veux faire allusion à la dégradation générale de Montréal. Mais aussi à celle de son état d’esprit, de ses citoyens. De ce nivellement par le bas qui sent la poubelle pleine.
Montréal n’est plus aussi charmant qu’avant. Nous l’observons tous les jours. Mais ce n’est pas seulement la responsabilité des Montréalais. C’est un enjeu qui concerne le Québec au grand complet. Jeunes, vieux, citoyens ou non. Montréal a besoin d’amour. Personne ne sait où cette dégradation s’arrêtera si les citoyens de Montréal et de l’ensemble du Québec ne font pas leur part pour améliorer le sort de cette sympathique métropole. Il est grand temps de s’en mêler activement.
Les gens se plaignent de la laideur de la ville, de ses rues délabrées, de ses déchets, de ses graffitis, de son mobilier urbain, de ses parterres mal léchés, de ses bâtiments abandonnés, de son manque d’envergure. Pourtant, trop de gens ne sont pas foutus d’entretenir leur propre chez-soi. Ils n’ont pas la diligence de rénover et d’entretenir leur maison avec amour, respect et bon goût. Cette folie de tout arracher pour faire avec du PVC sous prétexte qu’on ne veut plus de problèmes!
Comment Montréal, cette grande demeure, peut-elle briller si nous sommes incapables d’entretenir notre propre petit coin de terrain? Comment souhaiter de grands projets architecturaux quand ses citoyens disent clairement qu’ils n’en ont rien à cirer en achetant des condos à l’architecture douteuse dans des quartiers médiocres et sans âme? Sans oublier les gens dans la rue ou en voiture qui jettent leurs mégots de cigarettes au sol. Qui crachent. Les gommes qui s’accrochent aux trottoirs et à nos bottines. Le manque criant de civisme des piétons et des cyclistes. La conduite sauvage des automobilistes. Ceux qui coupent les arbres. Et ceux qui n’en replantent pas.
Nous sommes témoins de ces comportements et nous restons inactifs au lieu de nous faire un devoir de les vilipender sérieusement. Et ça continue depuis des années. Chaque fois qu’un tel comportement est toléré et qu’il n’est pas puni, Montréal est privé de sa beauté. Nous sommes trop occupés à jeter le blâme sur les autres, sur le manque de temps, sur ses dirigeants, les immigrés et j’en passe.
Pourtant, un maire et son administration ne peuvent rien si les citoyens ne commencent pas par changer eux-mêmes. Trop souvent nous sommes occupés à nous vautrer dans nos bonnes vieilles habitudes. À passer du temps à critiquer l’appareil politique ou le voisin. Et ne venez pas me dire que c’est juste une question d’argent. C’est une question de fierté et de dignité.
Ce qui est clair, c’est que l’indifférence amène la déchéance. Trouvons les moyens de redevenir fiers de notre ville. Et dénonçons avec véhémence ses destructeurs. Il est grand temps de s’entraider. De fraterniser. D’éduquer. Et ayons le courage de punir. C’est aussi cela, la démocratie. L’égale participation de tous et chacun.
Seul un changement radical de nos habitudes de vie ramènera Montréal à sa beauté originale. Le respect, le civisme, la fraternité rendront à Montréal son âme d’autrefois. Et enfin, nous aurons des visionnaires comme dirigeants, à l’image de ce que nous serons devenus comme peuple. Vive Montréal et vive ceux et celles (pas assez nombreux) qui en prennent soin.


Le ministre de Thetford Mines - NATHALIE COLLARD

On n’a pas sablé le champagne à l’hôtel de ville de Montréal, mardi. Normal. La nomination de Laurent Lessard à la tête du ministère des Affaires municipales est peut-être bien accueillie dans les petites municipalités du Québec, mais dans la métropole, qui a déjà la désagréable impression d’être mal aimée dans la capitale, l’arrivée de M. Lessard laisse plutôt tiède.
Bien sûr, il ne faut pas présumer de l’avenir, mais cette nomination indique tout de même que le gouvernement Charest a l ’ i ntent i on de poursuivre dans le sillage de Nathalie Normandeau, une autre ministre des Affaires municipales issue des régions, plutôt insensible à ce qui se passait à Montréal.
Malgré ses relations cordiales avec le maire Gérald Tremblay, Mme Normandeau n’a jamais montré d’affection particulière à l’endroit de la métropole. Vrai, c’est sous sa direction que le gouvernement Charest a adopté la loi 22 qui accorde le statut de métropole à Montréal, mais cette loi aurait été adoptée de toute façon. Quant aux déclarations récentes de la ministre en réaction aux nombreux scandales qui ont ébranlé l’administration municipale, elles étaient fades et trahissaient une indifférence certaine à ce qui se passe à Montréal.
Son successeur a été maire de Thetford Mines durant quatre ans, de 1999 à 2003. S’il connaît le monde municipal, c’est d’un point de vue de ville régionale, très éloignée des réalités urbaines et multiculturelles de Montréal. À ce sujet, M. Lessard aura sans doute des points communs avec le ministre responsable de la région montréalaise au sein du gouvernement Harper, Christian Paradis, lui aussi originaire de Thetford Mines.
Chose certaine, M. Lessard aura du pain sur la planche cette année. Non seulement y aura-t-il des élections le 1er novembre prochain mais, en outre, la pression est forte, dans le monde municipal, pour qu’on revoie la fiscalité des villes à qui on demande de plus en plus, sans augmenter leurs ressources financières.
On dit de M. Lessard qu’« il n’a pas la langue dans sa poche », une qualité en cette époque où règne la langue de bois. Cela dit, son passage à l’Agriculture ne s’est pas fait sans heurts et sa gestion de la crise de la listériose, plutôt brutale, lui a même valu un blâme de la protectrice du citoyen. Il lui faudra pourtant du tact et du doigté pour gérer ce qui s’en vient, soit les conclusions du rapport de l’enquête du vérificateur général sur l’attribution du contrat des compteurs d’eau ainsi que les enquêtes pol icières sur la SHDM et les compt eurs d’eau. La question de l’éthique dans le monde municipal, et pas seulement à Montréal, est également à i nscrire à son agenda. Sans compter le problème de la gouvernance, ramené sur le tapis par la candidate Louise Harel.
Bref, même si le ministre des Affaires est le ministre de toutes les villes du Québec, et pas seulement celui de Montréal, il est certain que les destinées et les problèmes de la métropole devraient l’occuper durant le début de son mandat.
C’est pourquoi le choix d’un ministre reconnu pour ses affinités pour Montréal, pour sa connaissance fine des enjeux de la métropole, aurait été plus réjouissante. Laurent Lessard saura-t-il défendre les intérêts de la métropole au sein du cabinet ? Espérons.



Des millions pour Montréal - Claude Picher
Le budget Bachand réserve plusieurs cadeaux à Montréal. La pièce de résistance est certainement une nouvelle majoration de la taxe sur l’essence dans la région de Montréal. Le produit de la taxe sera entièrement canalisé vers le financement des transports en commun. Tout ce que le maire Tremblay a à faire, c’est d’en faire la demande à Québec. La hausse maximale sera de 1,5 cent le litre, ce qui fera peutêtre rager les automobilistes, mais qui rapporterait 53 beaux millions supplémentaires à l’Agence métropolitaine de transport. Il existe déjà une taxe dédiée de 1,5 cent le litre dans la région de Montréal. C’est donc dire que les automobilistes pourraient être appelés à payer 3 cents le litre. Par ailleurs, Québec est prêt à allonger 200 millions pour contribuer à l’implantation d’une navette ferroviaire express entre le centre-ville et l’aéroport MontréalTrudeau. La liaison entre ces deux points peut être particulièrement pénible, et il y a longtemps que les Montréalais réclament une navette rapide. Le projet avait d’ailleurs été identifié comme prioritaire au Sommet économique de Montréal… il y a huit ans. Il sera réalisé par Aéroports de Montréal. Le budget prévoit aussi 30 millions pour relancer l’emploi dans la métropole, et une aide de 10 millions à l’Orchestre Symphonique de Montréal.



Un impôt municipal ? -  Luc Hétu
Montréal a besoin de financement. C’est une lapalissade que les citoyens peuvent constater quotidiennement par l’état des transports en commun, des infrastructures, du logement social, jusqu’à la possibilité d’envisager de nouveaux projets. Tout le monde semble mécontent, des maires de banlieues dans l’île comme des banlieusards à l’extérieur de l’île qui doivent se taper des heures de bouchons de circulation quotidiennement.
Des péages, c’est beau. Mais qui viendra magasiner à Montréal si les centres commerciaux continuent de proliférer en périphérie, là où la population est en croissance ?
Laurence Hannigan, alors qu’il présidait la Communauté urbaine de Montréal (CUM), affirmait en 1974 que le problème majeur de la CUM n’en était pas un de structures, mais un problème fiscal. « Que l’on règle celui-là et les autres se régleront d’eux-mêmes. » Les choses n’ont pas changé, au contraire. Montréal (la ville, l’agglomération, la région) doit attendre une décision du gouvernement du Québec pour mettre sur pied une commission d’enquête sur la collusion dans le domaine de la construction, collusion qui a coûté et coûte encore très cher aux Montréalais. Mais qu’est-ce qui empêche la Communauté métropolitaine de Montréal, à l’instigation de la ville ou de l’agglomération, d’examiner «publiquement» de nouveaux modes de financement qui sont essentiels pour le développement de Montréal?
L’impôt foncier a de sérieuses limites. L’augmenter à Montréal risque de favoriser les banlieues et l’augmenter dans les banlieues de l’île favorisera nécessairement l’étalement urbain à l’extérieur de l’île. Des péages, c’est beau. Mais qui viendra magasiner à Montréal si les centres commerciaux continuent de proliférer en périphérie, là où la population est en croissance? Est-ce qu’une taxe d’affaires favorisera le centre-ville?
Soyons clair. L’impôt n’a rien d’agréable. Je n’aime pas l’idée d’un impôt municipal sur le revenu. Mais comment faire payer autrement les gens qui profitent des services municipaux de Montréal tout en habitant la périphérie ? Les citoyens de Montréal euxmêmes ont des avantages à habiter la ville, ne serait-ce que pour la proximité des services. Pas facile de profiter de la Place des Arts, du Centre Bell, de la gastronomie montréalaise, de tous les divertissements ou de la vie nocturne quand on habite loin. Si les habitations sont plus abordables et les taxes foncières moins lourdes en périphérie, c’est parfois un peu monotone.
De 1935 à 1942, Montréal a bénéficié de deux impôts régionaux: un impôt provincial sur le revenu et une taxe de vente. L’impôt municipal sur le revenu était un pourcentage de l’impôt fédéral, comme celui que touchent les provinces autres que le Québec encore aujourd’hui. Cet impôt municipal a été aboli au milieu de la Seconde Guerre mondiale. Québec a finalement récupéré cet impôt sur le revenu, mais à son profit, en instaurant un impôt québécois sur le revenu en 1954. Montréal en était réduit au statut de quêteux pour boucler un budget qui gonfle, certes, mais encore moins que les besoins, qui ne cessent de croître.
Nombre de villes américaines bénéficient d’un impôt sur le revenu, dont non la moindre, New York. Difficile de comparer des villes dont les responsabilités sont fort différentes. L’éducation, par exemple, est gérée par des municipalités ou des comtés aux États-Unis. Ce qui est passablement onéreux. N’empêche qu’une personne qui habite à l’extérieur de la ville, mais qui bénéficie des services de la municipalité pour son travail, dans une usine ou une tour à bureaux, paie sa part des services dont elle profite. Cet impôt municipal est limité, mais c’est au moins une source de revenus autre que l’apport des propriétaires et des locataires.
Je ne sais pas quelle est la meilleure solution pour assurer à Montréal un financement récurrent adéquat sans créer d’injustice aux citoyens de la ville, de l’agglomération et de la région. Attendre n’est pas une solution. C’est plutôt une invitation à la catastrophe. La grande région de Montréal compte près de la moitié de la population du Québec. Elle est assez grande pour examiner elle-même les modes de financement qui s’imposent. Son tuteur, le gouvernement du Québec, semble trop éloigné pour s’en occuper véritablement. Et quand il s’en occupe, c’est trop souvent aux dépens des Montréalais.



Montréal doit se positionner sur la scène mondiale en tant que cité de créativité et d’innovation
  -  Hugo Fontaine
Le président de Sid Lee appelle à l’action
Fini les discussions, il est temps d’en arriver à une conclusion et de passer à l’action. Montréal doit se positionner sur la scène mondiale en tant que cité de créativité et d’innovation, a affirmé hier le président et cofondateur de l’agence de marketing Sid Lee, Jean-François Bouchard, devant les membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. L’auditoire a applaudi l’idée.
Comme Hollywood est la cité du cinéma et Milan, celle de la mode, Montréal serait la créative, a lancé hier JeanFrançois Bouchard, président et cofondateur de l’agence de marketing Sid Lee.
Comme Hollywood est la cité du cinéma et Milan, celle de la mode, Montréal serait la créative. « Quand les marchés internationaux pensent à nous, il faut qu’ils se fassent une image claire », dit M. Bouchard.
Jean-François Bouchard admet d’emblée que l’idée n’est pas nouvelle en soi. Au début de l’année, Gilbert Rozon présentait une vision semblable avec « Montréal, cité des créateurs ».
M. Bouchard considère plutôt sa proposition comme un résumé de ce qui se discute à Montréal depuis plusieurs mois, une cristallisation de ce qu’il a entendu. Il mentionne l’importance de miser sur la multidisciplinarité de Montréal, de projeter la créativité à l’étranger et de faire de Montréal une terre d’accueil pour les talents.
« Ce qu’il propose rejoint ce qu’énormément de gens pensent, a commenté le président et chef de la direction de la Chambre de commerce, Michel Leblanc. Ça reflète ce qu’on est.
Mais d’une idée générale à des actions concrètes, il y a parfois un large fossé. « Une fois que la direction sera bien déterminée, les actions se mettront en place, répond M. Bouchard au cours d’une entrevue avec La Presse Affaires. Notre positionnement agira comme une locomotive. »
Il cite en exemple la ville d’Amsterdam, dans laquelle Sid Lee est établie, qui s’est aussi positionnée en tant que ville créative. « Les groupes d’affaires, culturel et politique se sont mis ensemble pour attirer des organisations, grandes ou petites, reconnues pour leur créativité », dit-il. Les Pays-Bas ont aussi bâti des programmes d’encouragements fiscaux personnels pour attirer les talents.
Pour M. Bouchard, la créativité n’est donc pas l’apanage du monde culturel. « Il faut que les gens d’affaires s’engagent dans des projets créatifs, qu’ils appuient des PME innovantes. Il faut rembarquer dans des grands projets malgré les échecs du passé. »
Il parle du Bixi, un projet montréalais novateur qui suscite l’intérêt à l’étranger. « Il faudrait au moins 10 autres projets comme ça », a-t-il dit.
En pleine période électorale, difficile de ne pas causer politique municipale avec quelqu’un qui propose une vision de Montréal. « Je ne crois pas au mythe du maire sauveur, dit-il. Pour que le positionnement de Montréal se concrétise, il faut que les gens de tous les secteurs se mobilisent. L’administration municipale n’a pas à être la locomotive. »

MONTRÉAL : LE MOTEUR CRÉATION -  Mario Cloutier
EN CETTE ANNÉE ÉLECTORALE, L’UN DES CHEVAUX DE BATAILLE DU MAIRE GÉRALD TREMBLAY SERA DE DÉMONTRER QUE MONTRÉAL EST UNE MÉTROPOLE CULTURELLE INTERNATIONALE. IL MISERA NOTAMMENT SUR LE SUCCÈS ESPÉRÉ DE LA PLACE DES FESTIVALS, DONT LE LANCEMENT AURA LIEU MA
« Comme à Berlin, à Buenos Aires et à Barcelone, on trouve ici les trois " T" : technologie, talent, tolérance », affirme Patrick Cohendet, professeur invité à HECMontréal, qui voit dans la métropole des signes évidents de cette créativité qui fait tourner le monde d’aujourd’hui.
Montréal est une boisson énergisante, un iPod géant, une grappe de grappes industrielles. Le moteur de la métropole est la création, ce bouillonnement inspirant qui se ressent autant en affaires que dans les arts, en recherche et développement qu’en design. Ce ne sont pas des artistes qui l’affirment, mais des spécialistes de la gestion.

« Montréal n’est pas une ville spécialisée, a dit Laurent Simon, professeur à HEC Montréal, lors d’une conférence sur la créativité. Les interactions entre les différentes entreprises créatives font sa richesse. »
Professeur invité au même endroit, Patrick Cohendet voit à Montréal des signes évidents de cette créativité qui fait tourner le monde d’aujourd’hui.
« Comme à Berlin, à Buenos Aires et à Barcelone, dit-il, on trouve ici les trois " T": technologie, talent, tolérance. Montréal est cité dans le rapport de l’ONU de décembre 2008 sur l’économie créative. On passe en ce moment de l’efficacité productive à l’intensité créative. Ce changement profond ébranle nos bases industrielles. Montréal en est. »
D’ici ou d’ailleurs, les professionnels de culture et de créativité disent que Montréal est l’un et l’autre, foyer culturel et oasis de création.
« La ville doit se convertir en une capitale culturelle internationale. Même si elle n’est pas une capitale politique ou économique, elle possède tous les atouts pour se transformer en une métropole qui se battra en première division. »
Cette citation aurait pu venir de Gérald Tremblay, de Gilbert Rozon ou d’Alain Simard, mais elle est le fait du délégué à la culture de Barcelone, Jordi Marti, à propos de sa propre ville. La métropole de Catalogne n’est-elle pas déjà une métropole culturelle mondiale ? Le regard des autres, avouons-le, est rassurant.
« Je ne comprends pas pourquoi plusieurs artistes veulent aller à Berlin plutôt qu’ici, se demande la journaliste new-yorkaise et montréalaise d’adoption Lisa Hunter. Montréal est une ville plus agréable. Si l’on s’en rendait compte, nous aurions un statut international encore plus important. »
« On a de la difficulté à s’assumer, pense Hélène Godin, directrice de création à l’agence Sid Lee. Maintenant, il faut créer, réaliser et célébrer. Une métropole culturelle, ça doit commencer par une définition de ce qu’on est et y croire intensément. »
Montréal, c’est...
Monique Savoie, présidente de la Société des arts technologiques, haut lieu montréalais des arts numériques reconnu internationalement, croit en la jeunesse en tant que vecteur fondamental de Montréal, métropole culturelle.
« Les jeunes n’ont pas les mêmes références, ni les mêmes
Pour qui ? Pour quoi ?
Si la culture et la création entretiennent la flamme montréalaise, pour qui et pour quoi Montréal brûle-t-il ? Les touristes ou les habitants de la ville ?
« Les deux, croit Simon Brault, président de Culture Montréal. Les villes vont se distinguer par l’offre culturelle, mais aussi par la participation culturelle de leurs citoyens. Notre avenir repose sur notre capacité à jouer là-dessus. »
Il reconnaît que Montréal manque d’icônes et qu’il est « scandaleux » de ne pas utiliser le talent des architectes locaux, mais la venue de touristes à Montréal est aux touristes. Ils partagent leur fierté et leurs connaissances. »
Émulation
Rien n’interdit de regarder dans le jardin du voisin pour y débusquer une plante qui décorerait bien le nôtre. Dans le monde entier, les villes progressent en misant sur les arts et la culture. On rénove et construit des équipements culturels et des ateliers d’artistes. Les manifestations et les festivals se multiplient.
En 2004, Lille est devenue capitale de la culture en Europe, ce qui lui a valu la création d’emplois et de richesse.
« Pourtant, la ville n’était pas une destination » , a soutenu récemment Didier Fusillier, grand manitou de Lille 2004 mais aussi de Bombaysers de Lille en 2006 et de Lille 3000 ce printemps. Il estime que le tout « a stimulé une activité touristique durable et a contribué à créer du lien social. Mon combat est de rapprocher la culture des gens qui n’y ont pas accès ». Jordi Marti croit qu’une ville culturelle n’est jamais monolithique: « Il y a des milliers de Barcelone, comme des milliers de Montréal.»
« La culture n’est pas une dépense futile, ajoute-t-il. Mais la ville a changé si vite que certains habitants peinent à s’y reconnaître aujourd’hui. »
Il n’y a donc pas que des avantages à mettre culture et créativité au service de la croissance. En 2002, le maire de Berlin a déclaré que sa ville était « pauvre, mais sexy ».
« La situation économique reste précaire, indiqueMonica Zessnik. Des bars, galeries et théâtres clandestins ont ouvert depuis deux ans, mais heureusement la ville a lâché prise, comprenant leur importance culturelle. »
Être soi-même, ça vous dit ? Les spécialistes s’entendent sur une chose : une ville doit être profondément accrochée à sa fibre naturelle, constamment en lien avec son code génétique, si elle veut se réaliser.
« Berlin s’est réinventé complètement en 20 ans, explique Monica Zessnik, chercheuse berlinoise. La ville est le résultat de la réunification, de l’histoire et de l’immigration. Le mélange de haute culture, musées et orchestres, et de l’underground, arts électroniques et visuels, fait de la ville un terreau très fertile. Les Berlinois sont très ouverts. »
Les trois « T » encore une fois. Peut-être que Montréal a tout ce qu’il faut, dans le fond. Mais la confiance en soi n’a jamais été la grande qualité des « patenteux » et débrouillards que nous sommes. peurs, souligne-t-elle. Ils parlent plus d’une langue et développent plusieurs talents. On doit faire confiance à leur imagination, à leur audace. »
Charles-Mathieu Brunelle, désormais aux commandes des Muséums nature de Montréal après l a TOHU, croit que Montréal possède tous les ingrédients nécessaires pour « créer et changer le monde », à condition, ajoute-t-il, de travailler « en profondeur » et de « s’ouvrir à l’autre ».
Roger Parent, qui a quitté le Cirque du Soleil en 1994 pour une carrière internationale en production de spectacles, dit sentir « depuis toujours que Montréa l a une plus-value qu’on n’utilise pas ici et qui est reconnue ailleurs. La créativité, c’est l’engrais dans notre jardin, arrêtons de marcher dessus et ça va pousser ». liée à notre richesse artistique, selon lui.
« On doit mettre en équilibre le tourisme et le rayonnement culturel, note-t-il. Beaucoup de créateurs montréalais s’exportent et participent au succès touristique de notre ville. Les gens n’iraient pas en Bourgogne si ses viticulteurs n’exportaient pas leur vin. Mais si on ne prend que des décisions touristiques, ça va devenir un phénomène artificiel. »
As du marketing, plusieurs Américains ont compris que tout commence chez soi. Leurs actions s’inscrivent dans le tissu local.
« Nous nous disons à Chicago que, si une manifestation culturelle attire les résidants, elle plaira aussi aux visiteurs. Nous pensons aux habitants d’abord, explique Matt Nielsen, du département des affaires culturelles de la Ville. Plusieurs d’entre eux offrent bénévolement des visites
Grands projets
Montréal n’étouffe pas encore sous le flot des touristes. La ville manque peut-être de symboles
forts, mais Charles-Mathieu Brunelle souligne qu’il n’est « pas important de savoir si on est pour ou contre un téléphérique. L’idée, c’est de voir comment on peut se déplacer de manière originale. Ce sont les citoyens qui doivent créer le show ».
Devant la Place des festivals récemment, le président du Quartier international de Montréal et mandataire de la Ville pour le Quartier des spectacles, Clément Demers, réfléchissait à voix haute.
« Il y a 40 ans, on construisait pour l’intérieur, disait-il au sujet de la Place des Arts. Aujourd’hui, on l’a vu dans le monde et dans le Quartier international, les gens veulent se retrouver ensemble dans des places publiques pour célébrer. »
Simon Brault ajoute que « le plus important, c’est la rencontre entre les mouvements sociaux et l’art. On ne peut pas séparer ce qui se passe à Barcelone et à Berlin du retour à la démocratie, et à Lille, de la présence d’un gouvernement de gauche. Montréal est également une ville traversée de mouvements sociaux puissants ».
Hélène Godin, de l’agence Sid Lee, milite d’ailleurs en faveur de « projets qui mettent en valeur autant nos coins de rue que les parcs ou l’eau. On est une île et on ne fait rien avec le fleuve ».
Et la crise ?
Le nerf de la guerre, toute culturelle et créative qu’elle soit, est les investissements publics et privés. LeQuartier des spectacles bénéficie de fonds atteignant les trois quarts de milliards, mais la crise risque-telle de tout faire dérailler?
« L’économie créative s’est accrue quatre fois plus vite que celle des services ou deux fois plus vite que le secteur manufacturier depuis 1990, note Patrick Cohendet. La croissance est donc liée aux industries créatives. Les villes qui en vivent s’en sortent mieux. »
Faut-il à Montréal son Frank Gehry, son Guggenheim?
« Bi l bao est un mauvais exemple pour Montréal, croit Hélène Godin. Elle n’était pas sur la carte du monde avant le Guggenheim. C’est différent à Montréal. Il ne faut surtout pas s’américaniser ou essayer de se rendre intéressant en faisant comme les autres. Notre force, c’est les gens. »

Le gazon toujours plus vert chez le voisin...
Dans ses jours de déprime, Montréal pleurniche en regardant Toronto, qui n’en a pour sa part que pour Chicago. C’est la Ville reine qui a le meilleur festival de cinéma! La ville des Vents devient une capitale gastronomique! Pourtant, elles nous envient nos artistes et notre culture.
La sculpture Cloud Gate, succès phénoménal. dans Millenium Park, à Chicago, connaît un
« Montréal, c’est l’élégance et l’Europe », aux yeux de Dorothy Coyle, directrice des affaires culturelles à la ville de Chicago.
À Toronto, le directeur de l’Art Gallery of Ontario et homme de l’année en culture au Canada anglais, Matthew Teitelbaum, nous a déjà dit: « On sent que nous vivons un moment privilégié à Toronto, mais on vous envie quand même votre âme et votre créativité. »
Les réussites de Toronto et de Chicago tiennent notamment à un marketing féroce. Ce sont les fondateurs du festival Luminato de Toronto qui ont vendu l’idée très mal ficelée des Prix du Canada pour les arts et la créativité que le ministre JamesMoore a vite remis en question. Les deux hommes font désormais des campagnes de financement de haut niveau pour la culture. C’est vrai que Toronto est plus fortuné que Montréal.
La culture à peu de prix
Ce n’est pas le cas de Chicago, par contre. La Ville fait des miracles avec trois fois rien et quelques appuis du privé. La culture englobe le tourisme làbas et non l’inverse.
« L’important est l’accessibilité, affirme Mme Coyle. L’offre culturelle est essentiellement gratuite, ce qui veut dire que peu importe votre bagage scolaire ou économique, vous y avez droit. »
La ville est même en train de planifier un carnaval d’hiver. Tiens, tiens !
« Chicago est aussi une ville de changement, ajoute son collègue Matt Nielson. On ne se repose jamais sur nos lauriers. On veut les Jeux olympiques de 2016 et on y croit. Il y a cinq ans, c’était très différent. »
Il cite ainsi le succès phénoménal , mais coûteux, de Millenium Park et de sa sculpture Cloud Gate, d’abord honnie puis adorée de tous.
« C’est la preuve que l’audace paie en culture, dit-il. En lieu et place de Millenium Park, il y avait un stationnement et des vieux débris de l’incendie de 1871. »


Montréal, ville de créateurs NATHALIE COLLARD

La créativité doit être une profession de foi 365 jours par année.
Mardi prochain, quand la voix chaude de Stevie Wonder résonnera dans le ciel de la dernière soirée de juin, les Montréalais prendront enfin possession de la Place des spectacles, pierre angulaire du quartier tant attendu. La genèse de ce quartier remonte à 2002, lors du Sommet de Montréal. Depuis, l’idée de positionner Montréal comme métropole culturelle en Amérique du Nord a fait son chemin.
Les rendez-vous novembre 2007 ont permis de consolider le choix de la culture commemoteur de développement économique pour Montréal tout en ralliant le monde des arts, de la politique et des affaires. Cela dit, la métropole québécoise n’est plus la seule à revendiquer le statut de métropole culturelle. Toronto aussi a compris que la culture est un formidable levier pour une ville ainsi qu’un attrait touristique indéniable. Plus riche que sa cousine québécoise, la Ville-Reine peut compter sur des investisseurs privés pour financer un festival des arts, Luminato, qui s’est rapidement imposé sur la scène culturelle. Et c’est sans compter le Festival des films de Toronto qui n’a pas mis trop de temps à détrôner celui de Montréal. Y a-t-il suffisamment de place au pays pour deux métropoles culturelles?
La réponse est oui. Des villes qui choisissent de se développer par la culture il y en a plusieurs autour de Montréal. Qu’on pense à NewYork, Chicago, Boston. Plus près encore, la ville de Québec a elle aussi décidé de miser sur la culture.
Qu’est-ce qu’unemétropole culturelle au juste? D’abord, une ville dont le coeur bat grâce à la création, une ville dont le rayonnement créatif attire non seulement des visiteurs, mais aussi d’autres créateurs qui choisissent de s’y installer pour vivre et pour créer. À ce titre, Montréal est déjà une ville de création. Pas seulement dans le domaine des arts, mais également dans celui des nouvelles technologies, de la gastronomie, du design, etc.
D’où la pertinence des propos de Gilbert Rozon, l’automne dernier, qui est venu raffiner le concept de métropole culturelle. Montréal, disait-il en substance, doit se positionner comme ville de créateurs. Une idée qui rallie tout le monde, forcément, puisque la création est déjà inscrite dans le code génétique de notre ville.
Que manque-t-il alors pour que Montréal prenne son envol, affirme sa réputation internationale de ville de créativité? Bien peu de choses en fait. De l’argent pour améliorer, embellir, réparer. Ensuite, de la confiance en soi: un brin d’arrogance n’a jamais tué personne. Enfin, des leaders qui y croient: gens d’affaires, politiciens ou leaders d’opinion, toutes leurs interventions doivent renforcer le statut créatif de Montréal. Qu’il s’agisse de développement immobilier, d’urbanisme, d’architecture, de mobilier urbain ou d’autoroutes, la créativité doit être au coeur de chaque geste. Refusons tout ce qui est beige, ordinaire. Il ne suffit pas d’être une ville de créativité une fois par année, lorsque vient le temps de trouver un slogan pour la prochaine campagne marketing. La créativité doit être une profession de foi qui se vit 365 jours par année.




Réparer Montréal -  NATHALIE COLLARD

Le temps est venu d’analyser la situation et de poser un diagnostic objectif sur les structures de gouvernance de Montréal.
On dit que Montréal est ingouvernable. Que c’est une ville difficile à gérer parce qu’elle est dirigée par 19 maires. Que les arrondissements ont trop de pouvoirs. Ce sont des récriminations qu’on entend depuis plusieurs années déjà et qui expliqueraient l’immobilisme actuel de la métropole.
Le temps est venu d’analyser la situation et de poser un diagnostic objectif sur les structures de gouvernance de Montréal.
Dans les années récentes, plusieurs suggestions ont été émises. Du côté de Vision Montréal par exemple, Benoit Labonté propose entre autres de centraliser les services d’urbanisme et de déneigement et de retirer aux arrondissements le pouvoir d’imposer une surtaxe. Lemaire de l’arrondissement VilleMarie souhaite également rétablir l’équité entre les arrondissements.
À Projet Montréal, on est plus radical. Dans un mémoire déposé dans le cadre du projet de loi 22, en novembre 2007, le parti dirigé par Richard Bergeron proposait l’abolition du conseil d’agglomération (qui serait remplacé par un conseil municipal élargi) ainsi que la disparition pure et simple du comité exécutif (qu’on remplacerait par des commissions comme dans certaines villes canadiennes).
Certains, comme le conseiller CosmoMaciocia ou le PDGde Juste pour rire, Gilbert Rozon, proposent de réduire le nombre d’arrondissements (M. Rozon est également adepte de la centralisation) alors que d’autres fantasment et rêvent de revenir à l’époque d’avant les fusions.
On le voit, les solutions vont dans tous les sens.
D’où l’urgence de mettre sur pied un groupe de travail qui étudierait la situation actuelle.
Il n’est pas question de tout effacer et de recommencer à zéro, mais bien de proposer des modifications qui permettraient une meilleure gestion de la Ville ainsi qu’une meilleure prise de décision.
Avant d’arriver à l’étape des solutions, il faut d’abord brosser un tableau clair de l’administration municipale. Qui comprend vraiment le fonctionnement deMontréal aujourd’hui? On ne sait plus qui est responsable et imputable au sein de cette administration.
On entend souvent dire que personne n’a envie de se lancer dans un débat de structures, que les Montréalais n’ont pas envie d’entendre parler de gouvernance. Cette attitude est non seulement réductrice, elle est dommageable pourMontréal. S’il est vrai que les problèmes de gouvernance expliquent l’inertie actuelle, alors la métropole ne peut plus se payer le luxe de remettre ce débat à plus tard.
Si l’absence de leadership montréalais est due, en partie, aux problèmes de structures, alors réglons-les.
Pour pouvoi r répa rer Montréal, il faut que la ministre des Affairesmunicipales nomme rapidement un groupe de travail à qui on confierait le mandat d’examiner en profondeur la gouvernance de la Ville de Montréal et d’émettre une série de recommandations objectives et non-partisanes. La gouvernance doit également figurer au nombre des enjeux qui seront débattus durant la campagne électorale qui s’amorce. Les partis doivent s’engager à améliorer le fonctionnement de la Ville. L’équipe choisie pour diriger Montréal le 1er novembre prochain pourra s’appuyer sur les conclusions du groupe de travail pour apporter des changements.
Louise Harel disait récemment qu’elle avait « mal à sa ville ». Elle n’est pas la seule. Bon nombre de Montréalais ont l’impression de ne plus comprendre leur ville. Il est temps de se mettre à la tâche.

Des idées pour Montréal : FINI LES ARRONDISSEMENTS -  PATRICK LAGACÉ
Une idée pour Montréal? Abolir les arrondissements. Avec les 19 maires d’arrondissement et celui de la ville centre, il y a 20 maires à Montréal. C’est ridicule et contre-productif. Et c’est sans doute un des (nombreux) facteurs qui expliquent pourquoi la mairie de Montréal est rarement briguée par des candidats de premier ordre. Qui veut être le maire d’une ville castrée ? Or, un maire fort, qui parlerait fort pour Montréal, quitte à écraser des oreilles gouvernementales à Québec, est une condition incontournable à la relance de cette ville. Il n’y aura pas de grands projets, pas de grand élan sans un grand leader à l’hôtel de ville. Je sais, c’est aussi difficile de détruire la structure actuelle que de remettre du dentifrice dans le tube. Mais on peut toujours rêver.


Montréal a besoin de nous -  MÉLANIE  JOY
ML’auteure est cofondatrice de Génération d’idées. Elle est détentrice d’une maîtrise de l’Université d’Oxford. ontréal, c’est toi ma ville. Voilà bien une ancienne publicité qui m’inspire le temps où Montréal y allait d’efforts publicitaires pour convaincre ses habitants de demeurer dans ses terres. Il y a de cela plus d’une décennie. C’est encore le cas aujourd’hui. Mais c’est bien plus encore.
Depuis trop longtemps, on tient pour acquis Montréal, économiquement, politiquement et même, culturellement. On l’a complexifiée, désavouée. Montréal est tombée dans l’indifférence.
Montréal manque d’énergie. On parle de son manque de conviction dans la réalisation de grands projets. De son absence d’envergure. De sa gestion maladroite de ses infrastructures et de ses services. De son architecture politique délirante. De son exode des talents. De ses problèmes de gestion. Surtout, de ses problèmes de probité. Bref, de son manque de leadership visionnaire. Tout pour faire en sorte qu’on s’en désintéresse.
On connaît ses distinctions, pour le design, pour la culture. On sait que Montréal est enrichie par des gens brillants, créatifs et ambitieux. On sait aussi que toute cette effervescence n’est pas transposée au sein des sphères décisionnelles. On sait surtout qu’elle gagnerait à y être. Guy Laliberté et Gilbert Rozon ont dénoncé ce manque de volonté. Patrick Lagacé et Félix-Antoine Joli-Coeur, ce dernier dans les pages Forum de La Presse (24 avril), ont récemment montré du doigt les absurdités de son paysage politique.
Depuis trop longtemps, on tient pour acquis Montréal . Économiquement, politiquement et même, culturellement. On l’a complexifiée, désavouée. Montréal est tombée dans l’indifférence. Tel l’élève doué muté au fond de la classe, on a tenu pour acquis son apprentissage, on a cessé d’améliorer son développement et on s’en est désintéressé. Or, une ville n’est pas autosuffisante. Elle a besoin d’énergie.
Récemment, l’indifférence a laissé place à la grogne. Une insatisfaction inquiétante certes, mais surtout, une chance incroyable de mobiliser de nouvelles forces qui ont envie de s’engager. Bizarrement, Montréal a un fort pouvoir d’attraction. Malgré les giboulées qui l’accablent, nous sommes plusieurs à avoir décidé d’y vivre. C’est plus qu’un choix, c’est un engagement. Plusieurs d’entre nous sont venus s’y établir avec le dessein avoué d’y contribuer. Que l’on se promène partout dans le monde, qu’on étudie ou travaille dans les grandes villes étrangères, on le sait, c’est chez nous qu’on peut faire une différence. Et puis, notre ville est si mal en point que l’on se sent nécessairement interpellé. Toute initiative que l’on lance a de l’impact.
De plus, Montréal, c’est également un lieu moins polarisé politiquement, où des individus ayant des visions différentes sur la question nationale collaborent dans le but d’améliorer leur milieu de vie. C’est le palier politique qui gère concrètement les grands bouleversements de notre époque: environnement et immigration. Voilà pourquoi plusieurs groupes de jeunes se mobilisent dans l’île: de jeunes chambres de commerce ethniques, aux groupes de citoyens militants, aux initiatives culturelles philanthropiques. Étudiez bien les composantes de ces groupes: vous y trouverez un bassin diversifié de personnes motivées et ayant la cause de Montréal à coeur.
Cessons la nostalgie de l’Expo 67 et des Jeux olympiques de 1976. Il ne faut pas avoir peur de l’échec et des investissements. Rien ne nous empêche de créer à nouveau un Montréal inspirant. Montréal doit maintenant se positionner. Se doter d’une personnalité définie et inspirante. Et toutes ses actions doivent être cohérentes avec cette vision. Il nous faut embellir la ville. Avoir un plan vert d’envergure dont les infrastructures respectent l’environnement. Pas de béton sans arbres et gazon. Il nous faut non seulement un quartier des spectacles, il nous faut soutenir ses artisans et faire connaître leur génie. Montréal a tout pour devenir une capitale culturelle. Il nous faut également développer notre philanthropie afin de permettre l’arrivée de grands projets, comme la rénovation du silo no dans le Vieux-Port ou, pourquoi pas, l’établissement d’un grand musée moderne Guggenheim sur l’île. Nous pouvons également développer nos équipes sportives professionnelles et en attirer de nouvelles, tout en misant sur de nouvelles infrastructures. Il suffit d’être audacieux et de donner une nouvelle impulsion à notre ville, et ce, à l’avantage de tous les Montréalais.
Montréal a besoin de nous. Point à la ligne. Si le politique ne le fait pas, les citoyens le feront. L’essor d’une ville se crée par l’action des individus. La mise enoeuvre de ses projets également. Il suffit d’avoir des gens compétents, intègres et visionnaires pour y changer de paysage. Une équipe volontaire dont les membres ont à coeur le bien-être de Montréal et de ses habitants. C’est plus que de la publicité dont Montréal a besoin, c’est de l’engagement.


Montréal à l’ère de l’hypermobilité - DANIEL GILL
La conciliation harmonieuse entre les transports en commun et l’automobile est essentielle pour les Montréalais
Montréal est une des rares villes à ne pas avoir de ceinture de
contournement.
L’auteur est professeur à l’Institut d’urbanisme à l’Université de Montréal. Ce texte résume la communication qu’il doit présenter jeudi à l’occasion du congrès annuel de l’Association des économistes du Québec. Le congrès se tient cette année sous le thème « Les grandes villes, locomotives du développement économique ».
Victime de la désindustrialisation et de la mondialisation, plusieurs métropoles se voient confrontées à de nouveaux défis qui les obligent à repenser leur vocation. Profitant pour la plupart d’une géographie accommodante sur laquelle elles ont su assurer leur développement, les grandes villes de l’ère industrielle rivalisent entre elles pour se maintenir dans le réseau des métropoles attractives.
Force est d’admettre que Montréal fut une des plus importantes victimes de ce changement. Autrefois joyau du puissant Empire britannique et longtemps métropole du Canada, Montréal se retrouve aujourd’hui parmi les moins performantes des grandes villes nord-américaines.
Tirant profit de sa géographie et des techniques de transport de l’ère industrielle, Montréal a su par sa maîtrise du transport fluvial et ferroviaire, devenir une métropole industrielle, que de grands événements comme l’Expo 67 et les Jeux olympiques sont venus confirmer.
Malheureusement, au passage à la société post-industrielle, Montréal ne saura s’adapter aux modifications profondes qui affecteront les moyens de communication. Dans un premier temps, l’ouverture de la voie maritime; dans un second temps, la conversion trop lente du réseau ferroviaire à des fins de transports en commun; et dans un troisième temps, l’échec déplorable de Mirabel et le retour à la case départ avec Dorval.
Mais plus que tout, Montréal aura raté le passage à l’ère de l’automobile en oubliant de compléter son réseau autoroutier qui fait de Montréal une des rares villes à ne pas avoir de ceinture de contournement, obligeant ainsi tout le trafic régional à converger vers l’échangeur Turcot qui, aujourd’hui, ne peut plus assumer le coup. Pire encore, Montréal aura assisté impuissante au développement de l’industrie automobile dans le sud de l’Ontario en même temps qu’allait disparaître ici l’industrie ferroviaire. Au final, plus de 200 000 emplois chez nos voisins contre les 1200 qui restent ici.
Pour tous les modes de transport – aérien, maritime, autoroutier ou ferroviaire –, Montréal aura constamment fait les frais de mauvaises décisions.
L’arrivée du présent siècle marque un changement de paradigme important. Cette nouvelle société informationnelle fondée sur le savoir et la communication qui se met en place est principalement caractérisée par l’hypermobilité des individus, et ce, autant à l’échelle locale que régionale et internationale. Comme pour les autres époques, les villes qui se démarqueront seront celles qui sauront le mieux capter ces flux nomades et d’en assurer leur mobilité de façon efficace.
Pour Montréal, les défis sont nombreux. Il lui faudra continuer d’être attirante pour les étrangers qui, peut-être, décideront d’y rester. Ce qui signifie améliorer nos liens avec l’extérieur et plus particulièrement avec les villes de la côte est américaine. Sans quoi, on risque de se condamner à la périphérie des grands réseaux économiques.
À l’échelle métropolitaine, il faudra cesser de tergiverser et admettre que seule une conciliation harmonieuse entre les transports en commun et l’automobile peut répondre efficacement à la mobilité de tous les Montréalais, à qui on demande de plus en plus de flexibilité.
L’histoire des villes démontre que les plus performantes sont celles qui ont su conjuguer espace des lieux et transport des marchandises, les villes de l’avenir seront celles qui sauront marier l’espace des flux et la mobilité des individus, car la richesse se trouve non plus dans les lieux, mais bien chez les individus.



Le vérificateur « s’intéresse » au contrat de téléphonie de la Ville  -  Denis Lessard
Coûteux changement de fournisseur
QUÉB E C — L e vér i f ic a - teur général de la Ville de Montréal, Jacques Bergeron, a décidé de mettre son nez dans le dossier du gigantesque contrat de téléphonie de la Ville qui a changé de mains au début de 2008.
Le vérificateur général de la Ville de Montréal, Jacques Bergeron, a observé que Telus avait déposé des soumissions bien moins élevées que celles de son concurrent, ce qui lui aurait mis la puce à l’oreille.
Dans les derniers mois de l ’ad ministration de Fra nk Zampino à la tête du comité e xé c ut i f , Montréa l a va i t changé de fournisseur pour ses communications téléphoniques, traditionnelles, pour les cellulaires ainsi que pour les échanges de données.
Les deux plus importants contrats à long terme, sur 10 et 7 ans, dépassaient les 80 millions. À la surprise générale, devant Bell qui assurait ces services depuis des années, Telus avait emporté la mise en déposant des soumissions presque deux fois moins élevées que celles de son concurrent qui était déjà en place.
C’est ce constat qui a allumé un clignotant rouge sur le tableau de bord du vérificateur, qui a « un intérêt certain » à clarifier ce qui s’est passé dans l’attribution de ce mégacontrat, a appris La Presse. « Quand le vérificateur dit qu’il est "intéressé", cela se transforme généralement en vérification en bonne et due forme », a-t-on expliqué à l’hôtel de ville.
Plu s i e u r s s ou r c e s da ns l’administration montréalaise constatent que la « migration » promise d’un système à l’autre a plusieurs mois de retard, parce que le fournisseur éprouve des problèmes importants.
La situation est si problématique qu’on a dû la ncer un appel au secours à Bell pour qu’il vienne appuyer son concurrent – un coup de pouce qui coûte une fort une. La Ville et Telus ne s ’e ntendent pa s , s e mblet-i l , sur qui épongera ces factures imprévues.
En j a nvier 2 0 0 8 , Telus Québec avait obtenu le mandat de fournir des services de téléphonie IP à plus de 300 bureaux administratifs de la Ville de Montréal répartis dans toute l’île, comptant en tout près de 17 000 postes téléphoniques.
Montréal voulait officiellement uniformiser et simplifier des structures disparates. En 2003, la Ville avait décidé de renouveler le contrat avec Bell, afin d’assurer plus de fiabilité durant la phase des fusions municipales.
Du « simple au double »
L e vér i f i c ateu r Jacques Bergeron a déjà, a-t-on indiqué, fait colliger des informations sur les dérapages prévisibles de cette opération. L’hôtel de ville bourdonne de rumeurs sur l’attribution de ce mandat important. On se demande si Telus avait en main tout l ’ i nventaire des services à assurer quand il a déposé sa soumission.
Ca r l ’ i ntérêt du vér i f i - cateur a été suscité, a-t-on indiqué, quand son bureau a observé que Telus avait déposé des soumissions bien moins élevées que celles de son concurrent, « du simple au double », a confié un élu d’Union Montréal.
Telus avait puissamment appuyé un projet du maire Tremblay, en finançant pour 1 million la Société de verdissement de Montréal, de 2007 à 2009.
Dans les dossiers des compteurs d’eau et de la Société d’habitation et de développement de Montréal, c’est l’administration Tremblay qui avait, après de longues semaines de révélations dans les médias, demandé des enquêtes à son vérificateur. Le contrat de 356 millions pour les compteurs d’eau a été stoppé par l’administration durant la campagne électorale. Les constats du vérificateur sur l’administration de la SHDM ont été remis directement à la Sûreté du Québec.
Dans le dossier de la téléphonie, l’administration est restée muette.
À l’ouverture des appels d’offres, pour la téléphonie filaire, Telus avait fait une proposition de 35 millions, Bell n’avait pu faire mieux que 47 millions alors qu’il était sur place depuis des années et qu’il était, par conséquent, le plus à même d’évaluer précisément les coûts du projet.
En ce qui a trait aux échanges de données, Telus a proposé une soumission à 47 millions, Bell n’a pu rivaliser, avec 83 millions. Encore une fois, une marge étonnante séparait les deux firmes, confient des gens proches du dossier.
Dans la téléphonie cellulaire, c’est cette fois Bell qui l’a emporté, avec une soumission de 7 millions plus que deux fois moins élevée que les 15 millions réclamés par Telus.
Tous ces prix pouvaient être revus à la hausse, de 20 %, pour des contingences. Avec ces suppléments, le contrat de Telus f r ôle désor mais les 100 millions.


Le maire qui ne se fâchait jamais
  -  YVES BOISVERT
Oh, qu’il était fâché, le maire Tremblay. Une sainte colère après une longue semaine.
Pourquoi votre parti paiet-il vos bonbons et vos décorations d’Halloween et vos lunettes ? lui a demandé mon collègue Éric Clément, vendredi. Le matin même, Le Devoir avait publié un article révélant ces détails.
Le maire, réputé frugal, ne l’a pas pris. Pompé, le maire ! Lui qui voyage en classe économique ne le prend pas de se faire poser des questions sur les dépenses que son parti lui rembourse. Privé, tout ça.
Pas tout à fait, pourrait-on lui rétorquer, puisque l’argent de son parti vient de dons déductibles aux fins de l’impôt. D’autre part, les partis reconnus jouissent de certains avantages fiscaux.
Ma is ad mettons que la campagne ne se gagnera pas sur les bonbons d’Halloween. Admettons aussi que le maire, personnellement, est irréprochable question dépenses personnelles. Et puis ce fut l’une des plus grosses semaines de sa carrière, avec un début de
CHRONIQUE campagne et un débat contre Louise Harel en prime (débat qu’il a gagné magistralement, au fait).
Sauf que la nouvelle, ce n’est pas qu’il se soit fâché vendredi. C’est qu’il ne se fâche jamais quand il le faut.
Colères perdues
Voyez comme est mystérieux chez Gérald Tremblay le mécanisme de l’impatience.
L’avez-vous entendu piquer u ne colère cont re F ra n k Zampino, quand La Presse a écrit qu’il fréquentait l’entrepreneur Tony Accurso, bénéficiaire avec d’autres du contrat géant des compteurs d’eau ?
Mardi, était-il en colère, 12 heures après que le vérificateur de la Ville eut remis son rapport ?
Pas du tout. Il avait son air d’épagneul privé de chasse. Que nous a-t-il annoncé ? Le départ des deux hauts fonctionnaires les plus importants de la Ville – le directeur général, Claude Léger, et Robert Cassius de Linval, responsable des affaires corporatives. Rien que ça !
L es a-t-il congéd iés ? Jamais de la vie. C’est d’un « commun accord » qu’ils ont décidé de partir devant ce dossier « indéfendable », avec une indemnité de départ à la clé.
Il me semble que, s’ils ont une part de responsabilité dans ce gâchis, ça doit être choquant pour le maire, non ? Ce maire ne savait rien, souvenez-vous-en . J ’i magi ne qu’eux savaient des choses qu’ils n’ont pas dites, sinon ils devraient rester là, non ? Sont-ils partis sans raison ?
Le maire, en tout cas, n’était pas du tout fâché contre eux. Il semblait compatir. Leur gestion était indéfendable, c’est lui qui l’a dit. Mais il n’était pas fâché.
Les mêmes hommes étaient impliqués dans le dossier tout aussi nébuleux du Faubourg Contrecoeur. Vous vous souviendrez que, au mois d’avril, l’a ncien vérificateu r de la Ville nous a dit que M. Léger était au courant des risques financiers liés à ce dossier. Souvenez-vous de la vente de terrains à un prix moindre que l’évaluation à l’entrepreneur Frank Catania. M. Léger est allé de l’avant néanmoins dans ce dossier. M. Cassius de Linval, lui, avait présidé à la transformation de la structure de la SHDM, devenue une OBNL sur laquelle les élus n’avaient plus aucu n droit de regard.
Là encore, le vérificateur avait trouvé tellement d’irrégularités dans la gestion de la Société d’habitation de Montréal qu’il en avait référé à la police.
Me semble que c’est choquant, ça, pour un maire ? Me semble que c ’éta it le temps de fa i re u ne bel le grosse colère juteuse, quitte à écraser ses lunettes sur le plancher et à s’en faire payer une nouvelle paire ?
Eh non, le maire a encore oubl ié d ’ê t re fâché cette fois-là.
L’épagneul et le camelot
En fait, les seules colères publiques qu’on lui connaît sont toutes contre les médias. Disons plutôt contre La Presse.
Rappelez-vous comme il é t a it br ave , le pr i ntemps dernier, quand il s’est mis à dénoncer notre j ou rnal : « Ce n’est pas La Presse qui va choisir le prochain maire de Montréal ! » Oh, il avait du panache, il s’en allait à la guerre, le maire, il redresserait tous les torts médiatiques ! Plein de collègues en ont été impressionnés ; on en a même entendu s’interroger en ondes tout haut et gravement : La Presse complote-t-elle contre G éra ld Tremblay ?
Pourtant, sans les reportages de La Presse , de The Gazette, du Devoir et de RadioCanada, entre autres, il n’y au ra it pas eu de rapports du véri ficateu r généra l et le maire aurait continué à nous dire que tout a été fait selon les normes. C’est ce qu’il nous disait à propos du Faubourg Contrecoeur, des compteurs d’eau et du reste, malgré l’évidence.
Je veux bien qu’il s’énerve qua nd on lui pose des questions sur ses bonbons d’Halloween. Mais pourquoi a-t-il fait l’épagneul le reste du temps ?
Drôle de bête. Le vérificateur lui dit qu’il y a des voleurs dans la maison. Mais c’est seulement le livreur de journal qui le fait japper. Pour joindre notre chroniqueur: yves. boisvert@lapresse.ca

Lendemain de tempête  -  Louise Leduc
Le risque d’être reçu avec une brique et un fanal était bien là. La semaine avait été longue, dure, et les manchettes et les sondages, pas très positifs.
Marcel Tremblay, le frère du maire de Montréal, nous a pourtant accueillis vendredi avec un large sourire. Comme si de rien n’était. Vous prendriez un petit café ?
Oui, la semaine a été dure, admet Marcel Tremblay, « mais on est très combatif ».
L’initiative de l’entrevue était la nôtre, pas la sienne. Elle ne pouvait tomber plus à point.
La photo parue dans La Presse la semaine dernière valait mille mots. On voyait Gérald Tremblay sur la sellette comme jamais, face à une horde de journalistes. En arrière-plan, Marcel Tremblay et d’autres conseillers, dans l’entrebâillement d’une porte, assistent à la scène, impuissants, l’inquiétude dans l’oeil.
Oui, la semaine a été dure, admet Marcel Tremblay, «mais on est très combatif. Et moi, je me lève tous les jours de bonne humeur».
Les deux frères – tout comme Louise Harel, d’ailleurs – ont l’âge où l’on songe à une petite retraite tranquille. Qu’est-ce qu’ils ont tous, la soixantaine bien entamée, à courir après le trouble ?
Louise Harel l’expliquera d’elle-même, mais Ma rcel Tremblay n’hésite pas à parler pour lui et son frère. Gérald Tremblay est resté en selle parce qu’il voulait un troisième mandat, « qui n’a été accordé à aucun maire de Montréal depuis Jean Drapeau».
C ’est donc pa r déf i , ce troisième mandat ? Pour la postérité ? Un peu, dit Marcel Tremblay, mais aussi pour terminer ce qui a été entrepris. «Pendant le premier mandat, on était pris dans les défusions, à essayer de garder la ville ensemble, à contenir le chaos. Le deuxième mandat a été celui du gouvernement minoritaire à Québec. On a passé notre temps en mode séduction avec les trois partis. Gérald voudrait donc un troisième mandat pour terminer ce qu’il a commencé: le tramway, l’agrandissement du métro, une belle entrée au centre-ville par Bonaventure, le Quartier des spectacles, etc. »
Un troisième mandat désiré par Gérald Tremblay, donc, pour laisser une marque durable de son règne.
Sorti de sa retraite annoncée
Et lui, Marcel Tremblay? En mars, n’avait-il pas annoncé qu’il ne se représenterait pas, en novembre? «J’étais essoufflé, admet-il. Je travaillais sept jours sur sept depuis huit ans, mon couple en avait souffert, j’avais trois petits-enfants dont je voulais profiter un peu.»
Le coeur n’y était pas non plus depuis l’épisode des crampons. C’était en janvier de cette année. Exaspéré d’entendre les citoyens se plaindre du piètre déneigement dans la Ville, Marcel Tremblay, avec sa bonhomie caractéristique, avait avancé une solution que personne n’avait vu venir. Achetezvous donc des crampons, avait-il suggéré aux Montréalais.
Peu de temps après, son frère lui a retiré la responsabilité de la neige.
N’avait-il pas compris que les gens avaient plutôt envie de se faire dire que tous les efforts seraient faites pour mieux déneiger la ville?
« Non, répond-il du tac au tac. Ce que les gens veulent, c’est que la neige soit ramassée avant qu’elle ne tombe.»
C’est par accident que la responsabilité du déneigement lui est tombée dessus, raconte-t-il encore. «Il y a deux hivers, il s’est mis à neiger, et à neiger encore. Ça tombait de partout. Gérald m’a dit: le déneigement, ça fait partie des services aux citoyens, non?»
«Moi, la neige, je ne connaissais pas ça. J’ai constitué une petite équipe, je me suis assis avec les fonctionnaires. Le premier hiver, il y a eu un dépassement dans le budget de 150 millions. Tous les arrondissements étaient en faillite.»
L’été 2008, Marcel Tremblay l’a consacré à la neige. À tout organiser pour que tout se passe rondement l’hiver suivant. «J’avais même lancé ce que j’avais appelé les 10 commandements de la neige, ce qui m’avait valu d’être baptisé Moïse Tremblay!»
Sur papier, tout était parfait. Mais à la première tempête, « les policiers n’étaient pas là pour régler la circulation et les camions de déneigement ne sont pas sortis».
Ont suivi, dans le temps des Fêtes, d’importantes fluctuations de température. Des -15 degrés à des +10. La ville est devenue une patinoire. « J’entendais les statistiques sur les fractures de jambes et de hanches. C’est là que j’ai dit qu’à la Ville, malgré la meilleure volonté du monde, jamais on ne parviendrait à avoir des trottoirs sur le ciment. J’ai suggéré les crampons, et là, ils ont dit: Ça y est, il est débile!»
Quand son frère Gérald lui a retiré la responsabilité de la neige, Marcel Tremblay ne cache pas avoir vécu cela comme un échec.
Des responsabilités moindres
M a r c e l T r e m bl a y, e s t aujou rd’hu i t out heu reu x avec ses responsabilités moindres – la préparation du 375e a nniversaire de Montréal, la participation de Montréal à l’ex position u n iversel le de Sha ngha i en 2 010 , par exemple.
Il ne représente plus NotreDame-de-Grâce, mais Villeray– Saint-Michel–Parc-Extension. Ses promesses électorales locales? Préserver le parc Jarry – pas question, finalement, d’agrandir le poste de police attenant à son détriment. Marcel Tremblay entend aussi tout faire pour «empêcher les enfants de courir les rues».
Il faut savoir ici que, dans une autre vie, Marcel Tremblay a été directeur d’école, puis directeur de ParticipACTION. La belle jeunesse, il faut qu’elle bouge. Villeray, c’est le quartier du centre de tennis Jarry, alors son idée, c’est de miser là-dessus. D’inciter tous les jeunes du quartier à jouer au tennis.
Au chapitre de ses réalisations, il est fier d’avoir implanté le service 311, la ligne téléphonique d’Accès-Montréal – fier de ses efforts pour faire de Montréal une ville plus propre.
Reste qu’on est loin des visées plus ambitieuses de son frère le maire. Ce n’est pas comme cela que Marcel Tremblay fera son chemin dans les livres d’histoire.
Il ne vise rien de tel de toute façon. Il s’est lancé en politique en 2001 pour aider son frère Gérald à «conquérir Montréal », puis passer luimême à autre chose. Il avait déjà tenté deux fois le coup de la politique et avait été battu deux fois – une fois sous la bannière du Parti civique, une autre fois avec les libéraux.
Et la fois où il n’avait pas songé à se présenter, c’est celle où l’a été élu.
« C’est la première fois de ma vie que je fais le même job pendant huit ans ! » lance-t-il en riant.
Quand se sont accumulés les «pépins» – pour reprendre son euphémisme –, Marcel Tremblay est revenu sur son idée et a décidé que la retraite pouvait attendre. Il a dit au maire: «Je vais t’accompagner, mon frère.»
Le temps d’une dernière tempête.


Tremblay se fâche  -  Éric Clément
Union Montréal rembourse certains frais du maire
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, est sorti de ses gonds, hier, à la suite de la publication d’un article du Devoir qui a révélé que son parti, Union Montréal, a payé des frais de déplacement de 8000 $ pour son épouse, une paire de lunettes de 900 $ pour lui-même, des décorations d’Halloween pour sa maison et… des bonbons qu’il donne aux enfants le soir du 31 octobre.
Dans un article intitulé «À l’Halloween, c’est le parti qui régale», Le Devoir a révélé hier que les décorations d’Halloween qui ornent «chaque année» la résidence privée du maire, «tout comme les friandises qui sont offertes aux enfants ce soir-là, sont une gracieuseté d’Union Montréal». Ces dépenses représentent quelques centaines de dollars.
Le maire a un salaire de 148 727$ par année et une allocation de dépenses de 14 584$. La Presse lui a demandé pourquoi il ne paie pas ces dépenses lui-même. En colère, il a répondu : « Les décorations de l’Halloween ! ... C’est tellement bas, les questions que vous posez! J’ai honte, continuez votre acharnement, ça va bien!»
Le Devoir a rapporté aussi que la femme du maire l’a accompagné en Chine aux frais d’Union Montréal. Une dépense de 8000$. M. Tremblay a estimé, là aussi, qu’il n’était pas correct d’évoquer cette dépense. «Ça fait huit ans que ma femme fait du bénévolat, dit-il. Elle n’a jamais eu une robe de bal. Elle est venue à plus de 100 bals avec moi. Elle n’a jamais eu une coiffure. Quand je suis parti 23 jours en Chine, à ce moment-là, elle a cru bon
Le maire a trouvé mesquin qu’on évoque de telles informations et il n’a pas aimé devoir justifier les raisons pour lesquelles son parti paie des frais qui pourraient être du ressort de ses dépenses personnelles ou de ses frais de représentation.
Le maire est connu pour sa frugalité. Il ne demande jamais le remboursement de repas au restaurant, comme le font bien des élus. Il voyage toujours en classe économique en avion en Amérique du Nord. À notre connaissance, il lui est arrivé seulement deux fois de partir en classe affaires dans des voyages lointains. Il est revenu de Londres en classe affaires, en octobre 2008. En 2005, Union Montréal lui a payé un surclassement en classe affaires pour un voyage à Shanghai. de m’accompagner et, à ce moment-là, c’est ma formation politique qui a payé. Ça, ça nous regarde.»
Le Devoir a rapporté qu’Union Montréal avait remboursé le maire en 2005 lorsqu’il a changé ses lunettes. «J’ai tellement honte, honnêtement, qu’on s’attaque à une paire de lunettes!» a dit le maire. La Presse a voulu savoir pourquoi M. Tremblay n’avait pas acheté lui-même ses lunettes. «Ça, ça ne vous regarde pas, a-t-il dit. Si les seuls arguments que vous avez pour une campagne électorale, c’est de parler d’un remboursement de lunettes alors que cela fait huit ans que je contribue à la Ville de Montréal... Je n’ai jamais pris un per diem. Je n’ai jamais dépensé un sou. Ce n’est pas la Ville de Montréal qui a payé mes lunettes, c’est ma formation politique.»
Joint hier, un ex-membre d’Union Montréal a raconté à La Presse pourquoi, selon lui, Le Devoir a eu raison de publier la nouvelle. Il estime que ces dépenses, pour anodines qu’elles puissent paraître, reflètent une façon de faire.
«L’agent officiel d’Union Montréal m’avait dit que les journalistes riaient des lunettes du maire et donc que le parti les lui avait payées, a dit l’ex-membre. Quand le maire vous dit que ça ne vous regarde pas, il se trompe. Son parti est financé par les citoyens montréalais et en plus, il reçoit, comme les autres partis, de l’argent de la Ville pour fonctionner.»
Au 31 décembre de chaque année, le greffier de Montréal vérifie le nombre d’élus des partis politiques et planifie le versement d’une somme qui en dépend. En vertu de la Charte de la Ville, une deuxième somme est donnée en fonction du nombre de votes obtenus par les élus du parti. Les partis peuvent toutefois dépenser leur argent comme bon leur semble. Ils doivent toutefois en référer au Directeur général des élections du Québec (DGEQ).
Toutes les dépenses d’Union Montréal pour le maire doivent figurer au rapport financier du parti, a dit à La Presse Cynthia Gagnon, porte-parole du DGEQ. «Mais elles peuvent figurer sur une rubrique plus générale, dit-elle. Par exemple, pour le billet d’avion, la dépense sera dans le budget déplacement, administration ou autres. Pour tout ce qui y figure, ce n’est pas quelque chose qui est de notre ressort. C’est d’un ressort éthique, peut-être; mais du point de vue de la loi, le parti peut faire ces dépenses-là.»
Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, était choqué de l’histoire révélée par Le Devoir. «Au temps de l’Ancien Régime, le comte ou la baronne consentait une ou deux fois par année à lancer des friandises à la populace, dit-il. Cette tradition a ensuite été reprise par les nouveaux maîtres de l’industrie, ce que Claude Jutra a cruellement illustré dans le film Mon oncle Antoine. Aujourd’hui, c’est au tour de "mon oncle Gérald" de renouveler le genre. Puisque sa formation politique Union Montréal a géré la Ville comme s’il s’était agi de sa propriété personnelle, il n’y a finalement rien là de très surprenant.»

Le maire promet de « faire le ménage à l’hôtel de ville »  -  Éric Clément
Perçu selon un sondage Angus Reid Strategies-La Presse mené les 23 et 24 septembre comme étant moins crédible que Louise Harel et Richard Bergeron pour rétablir la transparence dans l’administration municipale, Gérald Tremblay a promis, hier, de «faire le ménage à l’hôtel de ville».
Le sondage a révélé, hier, que 35% des personnes interrogées pensent que Mme Harel, chef de Vision Montréal, est la mieux placée pour rétablir la transparence au sein de l’administration, devant Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, qui recueille 22%, et le maire Tremblay, avec 20%.
«Je suis en train de nettoyer l’hôtel de ville, a répondu le maire à une question d’une journaliste, lors d’un point de presse. J’ai été le premier maire à nettoyer l’hôtel de ville. Et s’il y a des enquêtes à l’hôtel de ville, c’est parce que je les ai demandées, donc vous ne pouvez pas dire que je ne nettoie pas l’hôtel de ville car je le fais depuis huit ans.»
Le maire n’a pas voulu répondre à plus de deux questions et n’a pas voulu commenter le sondage qui lui donne 35 % des intentions de vote contre 40% à Louise Harel et 20% à Richard Bergeron. «Le plus important sondage aura lieu le 1er novembre, a-t-il dit. Ma responsabilité est de rencontrer le plus de citoyens possible et c’est ce que je fais tous les jours. »
Mme Harel a trouvé le sondage inspirant. « Hier, j’ai fait une émission à la télé anglaise de Radio-Canada, aujourd’hui j’ai fait une longue entrevue à la Gazette et demain j’en ferai une à la radio de CJAD. Est-ce que ça vous sonne quelque chose?»
Créditée de 6% des suffrages anglophones, Mme Harel reconnaît qu’elle a du chemin à faire pour convaincre plus d’électeurs anglophones de voter pour elle. « J’ai confiance en la notoriété de nos candidats anglophones, David Hanna (candidat dans Notre-Damede-Grâce), Brenda Paris (candidate à la mairie de Côte-des-Neiges–NotreDame-de-Grâce), Jennifer Lee-Barker (candidate dans Jeanne-Mance) et plusieurs autres», a-t-elle dit.
Estime-t-elle que 40 % des intentions de vote après deux semaines de campagne est un bon résultat ? « Ce qui va compter, c’est le taux de participation. Dans la mesure où il y aura espoir de changement, cet espoir va se matérialiser si ceux et celles qui ne votent pas habituellement vont voter. Dans toutes les démocraties, ce sont ceux et celles qui décident d’aller voter qui font la différence. »
Quant à Richard Bergeron, il se réjouit d’avoir augmenté son résultat de 6% en deux semaines, passant de 14 à 20% des intentions de vote.
«Tout se détermine dans le prochain mois, a-t-il dit. Ce sont les vieux partis contre un nouveau parti, les politiciens de carrière contre le gars sorti de nulle part. Ce duel, il va avoir lieu entre deux esprits, entre deux approches, entre deux philosophies de développement de Montréal, celle dont je suis porteur et celle de l’immobilisme, les manières anciennes que représentent Gérald Tremblay et Louise Harel.»


Encore- MICHÈLE OUIMET
Après les six enquêtes de la police, une nouvelle tuile vient de tomber sur la tête du maire Gérald Tremblay: une enquête du directeur général des élections (DGE).
Gérald Tremblay est loin d’en avoir fini avec toutes les histoires d’éthique et de corruption. Ce soir, le vérificateur de la Ville va déposer au conseil municipal son rapport sur les compteurs d’eau, un contrat hautement controversé.
Mardi, le DGE a envoyé ses hommes dans une dizaine d’arrondissements, tous contrôlés par le parti du maire, Union Montréal. Ils cherchaient des documents concernant du financement électoral illégal. De fausses factures.
Je vous explique. La campagne de 2001 a laissé une dette. Union Montréal devait de l’argent à une firme de relations publiques. En 2004, un membre éminent du parti aurait fait le tour de certains arrondissements dirigés par UnionMontréal pour leur demander un petit effort pour l’aider à essuyer la dette.
Un ou des arrondissements auraient accepté. Selon nos sources, au moins un arrondissement aurait pigé dans son budget et il aurait justifié cette dépense avec une facture bidon. Un truc vieux comme le monde. Un truc illégal.
Je vous rappelle que le budget d’un arrondissement sert à déneiger, ramasser les ordures, garnir les bibliothèques, etc. L’utiliser pour payer une dette politique est indécent. Et illégal. Le maire était-il au courant? Si oui, a-t-il rappelé les arrondissements à l’ordre? Ou a-t-il fermé les yeux?
Si non, comment pouvait-il ignorer un truc pareil?
Au courant ou non, le maire est chef du parti UnionMontréal et il est responsable de tout acte illégal qui aurait pu être commis.
C’est fou, mais j’ai l’impression d’écrire la même chronique depuis un an et de poser, toujours et encore, les mêmes questions: le maire était-il au courant, si oui, si non, etc. Je commence à manquer de synonymes.
Est-ce que Montréal est en train de perdre le nord? Les scandales se multiplient, les enquêtes policières s’empilent et la mafia rôde autour de l’hôtel de ville.
Et là , une enquête du Directeur général des élections. Il ne trouvera peut-être rien, le maire sortira peut-être blanchi de ce nouveau guêpier. Mais une chose est certaine, si le DGE a décidé de lancer ses limiers dans les arrondissements, c’est parce que les allégations sont sérieuses.
Le maire nie tout. Jeudi soir, son attaché de presse a dit que c’était « totalement faux ».
La Loi sur les élections et les référendums est claire: un parti a le droit de recevoir 1000$ par électeur par année. Si l’enquête conclut qu’il y a eu des manoeuvres électorales frauduleuses, le parti sera poursuivi et il écopera d’une amende.
Gérald Tremblay est loin d’en avoir fini avec toutes ces histoires d’éthique et de corruption. Ce soir, le vérificateur de la Ville va déposer au conseil municipal son rapport sur les compteurs d’eau, un contrat hautement controversé qui a plongé le maire dans l’embarras.
Gros conseil en vue. Il y sera beaucoup question d’éthique. Vision Montréal veut déposer une motion pour demander la création d’une escouade spéciale anticorruption. Gérald Tremblay aussi a une proposition: créer une escouade qui enquêtera sur tout le monde et son père: les criminels à cravate, le milieu de la construction, les villes. Et Montréal ? Noyé dans le grand tout.
C’est le dernier conseil avant les élections du 1er novembre. Un conseil à forte saveur électorale. Ça risque de jouer dur.
En parlant de jouer dur, permettez-moi de revenir sur l’histoire du passé felquiste d’André Lavallée.
Il a passé la journée de jeudi à s’expliquer sur son « erreur de jeunesse ». Il en a profité pour sous-entendre que Vision Montréal, le parti de Louise Harel, lui avait fait des menaces.
« Ou tu te joins à notre parti, ou tu en paieras les conséquences », l’aurait menacé unmembre de Vision Montréal.
Quel les conséquences ? Déballer son passé felquiste sur la place publique? André Lavallée n’a pas répondu. Il a préféré laisser planer le doute: Louise Harel aurait laissé filtrer l’information parce que Lavallée aurait refusé de joindre les rangs de son parti. Une vengeance politique.
Et il a ajouté que la campagne électorale allait être dure. Et sale.
Sauf qu’il n’a pas l’ombre d’une preuve. Mais la manoeuvre a fonctionné: un sousentendu habile, une rumeur qui s’emballe et Mme Harel qui se retrouve au banc des accusés.
Interviewée, hier, à RadioCanada, Mme Harel pataugeait. Elle essayait de s’expliquer. Elle en avait des sueurs au front, elle, l’ancienne ministre des Affaires municipales qui avait un brillant directeur de cabinet adjoint… André Lavallée.
Lavallée et Harel se connaissent depuis les années 70. Aujourd’hui, ils se déchirent sur la place publique.
Oui, la campagne sera dure. Et sale.

Le DGEQ enquête sur Union Montréal  -  Éric Clément
Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) enquête depuis le début du mois sur des allégations de financement illégal du parti du maire Gérald Tremblay pour la période de 2001 à 2007, a appris La Presse.
EXCLUSIF
« On va attendre les conclusions et on va agir en conséquence », a dit hier Gérald Tremblay, par l’entremise de son porte-parole.
Des enquêteurs du DGEQ ont visité ma rdi, simultanément, les administrations d’une dizaine d’arrondissements montréalais afin de vérifier si elles détenaient des factures de la firme de relations publiques Octane. Selon nos informations, les arrondissements visités sont tous gérés par un maire ou une mairesse membre d’Union Montréal.
Les enquêteurs du DGEQ sont i ntervenus en même temps dans les arrondissements, afin d’être sûrs que des informations ne circuleraient pas d’un arrondissement à un autre avant d’avoir récupéré ce qu’ils cherchaient. Aucun arrondissement ne s’est opposé à leurs démarches.
Le DGEQ a recueilli des fa c t u r e s e nvoyé e s p a r la firme Octane dans plusieurs arrondissements, notamment Saint-Léonard et Verdun. Le directeur général de SaintLéonard, Gilles Rainville, a dit à La Presse que les enquêteurs avaient demandé des factures pour la période de 2001 à 2004. «Ce sont des factures pour la production du journal de l’arrondissement, L’Événement, a dit M. Rainville. Je ne connais pas le mandat du DGEQ, mais habituellement, c’est de valider les dépenses électorales. J’ai demandé à nos employés de lui donner (à l’enquêteur) les informations qu’il demandait.»
Selon nos in formations, l’administration de MontréalNord, qui n’a pas rappelé La Presse, a promis au DGEQ de lui faire parvenir les factures demandées. Aucune facture n’a été trouvée à LaSalle ni à Lachine. Même chose à SaintLaurent, nous a dit Johanne Houde, porte-parole de l’arrondissement. « Un enquêteur du bureau du DGEQ est venu pour vérifier si des factures d’Octane auraient été payées en 2004, a-t-elle dit. Mais nous n’en avons pas trouvés. »
Da n s Côte - des-Neiges – Notre-Dame-de-Grâce, l’attaché politique du maire Michael Applebaum, Hugo Tremblay, a dit qu’aucun enquêteur ne s’est présenté à son arrondissement. Les administrations du PlateauMont-Royal et de Verdun n’ont pas rappelé La Presse.
Le DGEQ a procédé à ces visites après avoir recueilli des allégations voulant que des factures d’Octane aient été envoyées aux arrondissements sans que des services aient été fournis pour lesdites factures.
Le cas Outremont
Ainsi, selon les informations soumises au DGEQ, en octobre 2004, un membre éminent du parti Union des citoyens de l’île de Montréal (UCIM), aujourd’hui Union Montréal, aurait demandé à l’arrondissement d’Outremont de participer au règlement d’une dette que l’UCIM traînait vis-à-vis d’Octane depuis les élections municipales de 2001.
La somme d’argent ne pouvait être payée par l’UCIM car cela contrevenait aux articles de la loi sur le plafonnement des dépenses d’un parti politique en période électorale. On aurait ainsi demandé à Outremont de fournir 15 000 $ à Union Montréal. Outremont au ra it accepté de don ner 8000 $. Après en avoir fait la demande à l’arrondissement d’Outremont, La Presse a obtenu copie d’une facture de 8000 $ (9202 $ avec les taxes) envoyée par Octane le 26 octobre 2004 au directeur général de l’arrondissement d’alors, Pierre Chapuis.
La fac t u re i nd ique que la somme est due pour des « activités de communications : services-conseils auprès de la mairie et de la direction générale, services-conseils relatifs au développement de la cour de triage ». La Presse a demandé au directeur actuel de l’arrondissement, Pierre Beaudet, de nous dire s’il existe des documents correspondant à ces services qu’Octane écrivait avoir fournis. « Pierre Chapuis n’a pas souvenir de ce mandat et nous n’avons aucun document archivé portant la mention de la firme Octane », a répondu M. Beaudet.
Chez Octane, hier, un associé, Pierre Hurtubise, a dit être au courant des démarches du DGEQ, mais a nié que le parti de Gérald Tremblay ait contracté une dette auprès de sa firme. « L’UCIM ne devait pas un sou à Octane, a dit M. Hurtubise. Toutes les factures de la campagne de 2001 ont été payées rubis sur l’ongle. On reconnaît le rôle du DGEQ de fa i re toute vérification appropriée. Nous n’avons pas été contactés par le DGEQ. »
Au sujet de la facture du 26 octobre 2004, il a ajouté : « Ce sont des services-conseils sur plusieurs mois qui ont été donnés à Outremont par voie orale (au téléphone ou lors de rencontres), notamment par moi et Jean Battah, auprès du maire Harbour et de son conseiller politique Jea nClaude Patenaude. C’est un montant général. Il n’y a pas de nombre d’heures précis. »
En 2004, Me Marc-André Fabien éta it président de l’UCIM. Invité à commenter, hier, il a déclaré : « Ce n’est que du mensonge. »
Même genre de réaction pour le maire Gérald Tremblay. « Selon les informations que nous avons, c’est totalement faux », a dit son porte-parole, M a r t i n T r e m bl ay, ava n t d’ajouter : « S’il y a des vérifications en cours effectuées par le DGEQ, on va attendre les conclusions et on va agir en conséquence. »


Montréal : Un entrepreneur dénonce la collusion chez ses pairs  -  André Noël
Le propriétaire d’une entreprise de construction a déclaré à l’émission Enquête, de RadioCanada, que les contrats de travaux publics les plus importants accordés par la Ville de Montréal sont accaparés par un petit club d’entrepreneurs. Ceux qui ne font pas partie du club et qui osent répondre aux appels d’offres se font menacer, soutient-il.
Le visage dissimulé derrière un panneau de verre giv ré, le propr iét a i re de cette entreprise, qui emploie une centaine d’ouvriers, a déclaré à la caméra que ce système ma fieu x entra îne une surfacturation d’environ 30 %.
La Presse a i nd iqué , la semaine dernière, que la nouvelle escouade anticorruption de la Sûreté du Québec s’intéresse précisément à l’existence probable d’un club d’entrepreneurs qui se partagent les gros contrats à tour de rôle, tant à Montréal qu’à l’extérieur de la région métropolitaine.
Les contrats sont accordés aux entrepreneurs qui remettent les soumissions les plus basses. Mais ces soumissions seraient plus élevées que les prix réels. Les policiers se demandent si les entreprises qui ne font pas partie du club reçoivent des menaces pour les dissuader de répondre aux appels d’offres.
Cela semble bien être le cas, selon le témoignage livré de façon confidentielle par le propriétaire de l’entreprise, dans un reportage qui a été diffusé hier soir à Radio-Canada. «Montréal, c’est pas pour nous autres», a-t-il dit. «C’est un club fermé?» a demandé le journaliste Alain Gravel, animateur de l’émission Enquête. «Réellement fermé, a répondu l’entrepreneur. C’est pire que la mafia. Ils n’entendent plus à rire.»
« Si on enlevait ce verre devant vous il se passerait quoi ? » demande le journaliste. « Dans 24 heures, je n’ai plus de machines, répond l’entrepreneur. C’est vrai comme je suis là. Demain matin, s’ils apprennent que c’est effectivement moi, il n’y a plus de menaces : on n’est plus là. »
L’homme affirme qu’il a été victime d’intimidation à de nombreuses reprises lors du dépôt des soumissions à la Ville de Montréal. «T’as juste une façon de fonctionner, a-t-il affirmé. C’est la leur. Ça donne rien de persister à travailler à Montréal.»
Il affirme qu’il est temps de crever l’abcès pour mettre fin à la collusion établie par ceux qui, selon lui, contrôlent les grands chantiers à Montréal. « Il n’y a pas un entrepreneur qui va dire demain matin, moi je prends le guess d’aller travailler à Montréal, a-t-il dit. Il va se ramasser à l’hôpital ou il n’aura plus de machines pour travailler. C’est rendu qu’ils ont des connexions partout. On n’a même pas le temps de dire qu’on va soumissionner. »
Ce club est « extrêmement dangereux », affirme-t-il. Mais le fait que les médias et la police aient commencé à exposer publiquement l’existence d’un tel système lui fait croire que les choses pou rraient changer. Cependant, cela ne se fera pas sans flammèches, prévient-il. « C’est réellement la mafia qui est rentrée là, pis on a des grosses têtes qui vont tomber à la Ville de Montréal. Pis il y a de gros entrepreneurs qui vont tomber aussi. »
Selon lui, la collusion dans les appels d’offres coûte cher aux contribuables, soit 30 % de plus que si la concurrence jouait pleinement son rôle. L’avenir dira si les enquêtes de la SQ aboutiront à des accusations.


L’effet scandale se fait sentir  -  MICHÈLE OUIMET
Ouch ! Si j’étais le maire de Montréal, c’est ce que je dirais en lisant les résu lt ats du sondage Angus Reid Strategies – La Presse.
Louise Harel n’a qu’une très légère avance sur Gérald Tremblay. À peine trois points. C’est peu, car la marge d’erreur est de 3,5 %. Statistiquement, ils sont à égalité, mais quand on lit le reste du sondage, on
CHRONIQUE constate à quel point le maire Tremblay a perdu des plumes.
Lors des élections de 2005, Gérald Tremblay avait écrasé s e s a dve r s a i r e s . I l ava it recueilli 54 % des voix et raflé 46 des 64 conseillers de ville.
Vision Montréal, dirigé à l’époque par Pierre Bourque, n’avait élu que 15 conseillers et Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, n’en avait rescapé qu’un.
En quatre ans, le portrait a basculé. Les scandales ont sérieusement éraflé la couche de téflon qui a toujours protégé le maire. Son image de bon gars en a pris un coup.
Revenon s au s ond a ge . Louise Harel, la nouvelle chef de Vision Montréal, récolte 41 % des intentions de vote, G éra ld T remblay 38 % et Richard Bergeron 14 %, pratiquement le double de 2005. Une belle performance.
Pou r l ’i n st a nt , r ien de d ra m at ique pou r G éra ld T remblay. Mais quand on gratte, son étoile pâlit. Louise Harel a davantage de leadership que Gérald Tremblay, de meilleures idées et elle est plus honnête, affirment les personnes interrogées.
Qui serait le meilleur maire, a demandé Angus Reid? 29% ont répondu Louise Harel, 24% Gérald Tremblay et 9 % Richard Bergeron.
Autre coup dur: le taux de satisfaction. Près de 60% des Montréalais sont très ou plutôt insatisfaits. En 2007, c’était le contraire. Gérald Tremblay avait cassé la baraque. Dans un sondage UniMarketing-LaPresse, 63% des répondants avaient affirmé qu’ils étaient très satisfaits. Méchante débarque.
L’effet scandale joue. Les Montréalais ne sont pas idiots, ils voient les scandales s’empiler à l’hôtel de ville. Gérald Tremblay a beau se démener et jurer que son administration lave plus blanc que blanc et qu’elle fait tout pour combattre la corruption, les électeurs restent sceptiques : 67 % d’entre eux croient que le maire « ne lutte pas suffisamment contre la corruption ».
Ils font davantage confiance à Louise Harel pour chasser les bandits qui gravitent autour de l’hôtel de ville. Et, coup de massue, un Montréalais sur deux affirme que les scandales vont influencer leur vote.
L es gens votent peu au municipal. En 2005, moins de 40 % des Montréalais ont pris la peine d’apposer leur X sur un bulletin. Les autres sont restés chez eux, indifférents au sort de leur ville.
Selon Angus Reid, 46 % des partisans de Louise Harel jurent qu’ils iront voter. Chez Gérald Tremblay, ce bloc d’irréductibles est moins solide. Il fond à 32 %. L’équipe du maire devra ramer pour sortir le vote le 1er novembre.
Dernière tuile pour Gérald Tremblay : la moitié des gens qui ont voté pour lui en 2005 lui tourne le dos.
Ouch!
Harel et Tremblay se livrent une chaude lutte. Quelle sera la composition du prochain conseil municipal ? Difficile à dire. Le maire est élu par tous les Montréalais. Il ne se présente pas dans un district. Les conseillers, par contre, sont élus localement, district par district.
Le prochain maire risque d’être minoritaire au conseil. Si c’est le cas, il pourra difficilement faire adopter ses projets de règlement. L’opposition fera tout pour imposer son agenda.
Penda nt quatre a ns , le conseil affrontera le maire. La Ville pourrait être paralysée. Imaginez : l’immobilisme immobilisé. Ça nous ferait une belle j ambe. Les conseillers ne peuvent pas renverser le « gouvernement », comme les députés s’apprêtent à le faire à Ottawa, car le vote de non-confiance n’existe pas au municipal. Les élections se déroulent à date fixe, point final.
Si le prochain maire est minoritaire, les Montréalais devront prendre leur mal en patience. Ils assisteront à quatre ans de crêpage de chignon. Pendant ce temps, dans la Ville de Québec…
Mais revenons aux scandales. Gérald Tremblay veut demander au gouvernement de créer une escouade anticorruption avec un mandat large comme l’univers.
L’escouade devra débusquer les V i ncent L ac roi x et Earl Jones de ce monde et pourchasser les truands qui infiltrent le milieu de la construction et les municipalités. Le maire a oublié la fraude fiscale, le travail au noir, les chiens errants…
À vouloir courir après tous les bandits de la planète, on n’attrape rien ni personne. Par contre, on noie le poisson. Et le poisson, c’est la corruption à l’hôtel de ville de Montréal.


Rêver Montréal  -  NATHALIE COLLARD
Àquoi rêvent les Montréalais ? Si on se fie aux réponses de nos lecteurs publiées samedi, ils rêvent à une belle ville verte et ouverte sur le fleuve. Les conclusions de ce brainstorming collectif auquel plus de 350 personnes ont participé dénotent un esprit très concret. Qu’il s’agisse d’ouvrir la ville sur l’eau, d’installer un marché aux puces au pied du pont Jacques-Cartier ou de recouvrir l’autoroute Décarie, l’objectif est le même : améliorer la qualité de vie à Montréal.
Une chose dont les Montréalais ne rêvent pas, toutefois, ce sont les prochaines élections.
À un peu moins de deux mois du jour J, les intentions de vote des électeurs sont floues... comme dans un rêve. Plus du tiers des répondants au sondage publié dans nos pages ce matin ne savent pas du tout pour quel candidat ils voteront le 1er novembre. Pour l’instant, Louise Harel mène le bal avec 41 % des intentions de vote contre 38 % pour le maire Tremblay. Mais avec un taux d’indécision de 36 %, ces résultats sont loin d’être concluants. Si on tient compte de la marge d’erreur, les deux adversaires sont plutôt à égalité.
Au fond, cette indécision n’est pas su r prena nte. L a campagne électorale n’est pas encore commencée. Elle débutera officiellement vendredi et, avec elle, des discours, des débats, des promesses et des bilans. Bref, du contenu qui aidera les Montréalais à se forger une opinion.
À une condition, cependant. Les partis devront les intéresser à la campagne et les convaincre d’aller voter. Le taux de participation aux dernières élections montréalaises (38 %) était désastreux. Et seulement 55 % des répondants à notre sondage disent qu’ils iront « certainement » voter. C’est peu quand on sait qu’ils ne tiendront probablement pas tous parole.
Pourtant, on aurait cru que les scandales qui ont secoué la Ville au cours des derniers mois les auraient indignés et incités à aller voter en plus grand nombre.
D’autant plus que notre sondage révèle que 73 % des répondants estiment que ces scandales influeront sur leur vote, alors que 67 % d’entre eu x estiment que l’ad m inistration actuelle n’a pas suffisamment lutté contre la corruption.
Ces réponses, il faut le mentionner, sont diamétralement opposées à celles publiées dans un sondage du Journal de Montréal. C’est à se demander si on parle de la même ville ! Dans le Journal, seulement 10 % des répondants croient que l ’é t h iq u e e s t l ’e nj e u majeur de la campagne et, selon un analyste cité dans la même publication, « une bonne proportion des gens semblent satisfaits des réponses données par le maire »...
Vivons-nous sur la même planète? Une des explications est sans doute que le sondage du Journal a été mené au début du mois d’août (du 3 au 8), alors que l’actualité était au ralenti et que beaucoup de gens étaient en vacances, alors que celui de La Presse, beaucoup plus récent, a été réalisé après la rentrée scolaire (entre le 9 et le 11 septembre). Entre les deux, un mois s’est donc écoulé. Et en politique, un mois, c’est énorme. Comme il reste encore 47 j ours avant les élections – autant dire une éternité –, les différents partis peuvent encore rêver, tout en proposant du concret aux électeurs...


La lutte s’annonce chaude entre Harel et Tremblay  -  Sara Champagne
À quelques j ours du lancement de la campagne électora le mu n icipa le, L ou ise Harel oppose une lutte très serrée à l’actuel maire, Gérald Tremblay. Que ceux qui prédisaient une campagne terne et sans surprise se détrompent. Un sondage Angus Reid Strategies – La Presse accorde une légère avance à la nouvelle chef de Vision Montréal.
Si des élections avaient lieu aujou rd’hui, L ouise Ha rel obtiendrait 41 % des appuis et Gérald T remblay, 38 %. Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, arriverait troisième avec 14 % des voix. Quant à Louise O’Sullivan, du parti Montréal Ville-Marie, elle ne récolterait que 4 %. Ces résultats laissent croire que la prochaine administration fera face à une forte opposition
Ils sont 29 % à penser que Louise Harel est la meilleure c a nd idate à la ma i r ie de Montréal, alors que 2 4 % croient que Gérald Tremblay est encore l’hom me de la situation.
Indécis
Mais tout peut encore changer, fait remarquer la firme de sondages. Malgré l’avance de Louise Harel, près du tiers des gens à qui on a demandé qui serait « le meilleur maire ou la meilleure mairesse de Montréal » sont encore indécis (30 %). Et les anglophones sont peu nombreux, à peine 12 %, contre 59 % pour Gérald Tremblay, à accorder leur vote à la chef de Vision Montréal. L es a l lophones penc hent eux aussi du côté de l’actuel maire.
En revanche, plus de la moitié des francophones (57%) et 44% des femmes accordent leur appui à l’ancienne ministre des Affaires municipales. Louise Harel obtient aussi la faveur des 18-34 ans, qui l’appuient à 47%, comparativement à 28% pour Gérald Tremblay. L’actuel maire parvient quand même à marquer des points auprès des 55 ans et plus (42%), qui appuient Mme Harel à 39%.
« I l faut aussi noter que 30 % des gens qui voté pour le maire G érald T remblay aux dernières élections ont cette fois l’intention de choisir Louise Harel, dit Jaideep Mukerji, vice-président aux affaires publiques d’Angus Reid Strategies. D’autre part, 78 % de ceux qui ont voté pour la chef du Parti québécois, Pauline Marois, aux élections provinciales ont l’intention d’appuyer Louise Harel aux élections municipales. »
Les candidats ont été avares de commentaires hier sur ces résultats. « On peut dire que c’est un sondage favorable, mais on veut maintenant que ça se traduise dans les intentions de vote », a dit Marie-Hélène D’Entremont, porte-parole de Louise Harel.
« Ce n’est pas le dernier sondage qu’il y aura au cours de la campagne électorale. Le véritable sondage aura lieu le 1er novembre », s’est contenté de déclarer Bernard Larin, porte-parole de Gérald Tremblay.
De son côté, R icha rd Bergeron, avec les résultats
qu’il obtient, demeure optimiste : « J’ai toujours dit qu’on entrerait en campagne avec 15 %. C ’éta it ça l’objectif. Pour moi, c’est notre zone de confort. Nous sommes là où je souhaitais que Projet Montréal soit à ce moment-ci. Il reste beaucoup de travail à faire, mais il reste 48 jours devant nous »
Insatisfaction
À la veille du déclenchement officiel de la campagne électorale, les Montréalais ne se sont jamais autant clairement montrés insatisfaits de l’actuelle administration municipale : 58 % des personnes sondées s’en déclarent « très insatisfaites » ou « plutôt insatisfaites ».
Par ailleurs, les enquêtes de la Sûreté du Québec en cours à l’hôtel de ville font mal à l’administration T remblayDauphin. Malgré les messages rassurants et répétés du maire à la population dans les derniers jours, 53 % des répondants disent qu’ils sont « beaucoup ou moyennent » in f luencés pa r les récents scandales dans leurs intentions de vote.
Dans la même vei ne, lorsqu’on leur demande si l’administration municipale « lutte suffisamment contre la corruption », les électeurs sont plu s des deu x tiers (67 %) à répond re pa r la négative.
Probablement une conséquence directe des scandales, 27 % des gens estiment que Louise Harel est mieux placée pour combattre la corruption dans l’administration municipale, et 17 % y voient toujours le maire Tremblay. À noter que, encore une fois, les francophones se montrent plus nombreux à désigner Louise Harel, dans une proportion de 42%.
Les résultats du dernier sondage de La Presse, conduit au mois de mai dernier par la même firme auprès d’un écha ntillon nage similaire, révélaient que près quart des gens sondés (26 %) étaient prêts à voter pour le maire Gérald Tremblay.

La popularité de Louise Harel, qui n’était pas encore dans la course au moment du sondage, avait été sondée. Parmi d’autres candidats, elle obtenait 17 % de la confiance des citoyens pour devenir mairesse de Montréal.


Montréal demandera à Québec la création d’une escouade  -  Sara Champagne
Crimes de nature économique
L’administration du maire Gérald Tremblay entend demander au gouvernement du Québec de créer une escouade relative « aux crimes de nature économique ». La motion sera soumise à la prochaine réunion du conseil municipal, prévu le 21 septembre, a appris La Presse.
Gérald Tremblay aurait été piqué au vif par la suggestion de Vision Montréal, le parti de Louise Harel, de créer à Québec une escouade anticorruption chargée d’enquêter sur les municipalités.
Selon les i nformations obtenues, l’équipe du maire Tremblay veut s’inspirer de l’affaire Earl Jones, faux conseiller financier soupçonné d’une fraude de 75 millions, pour demander la mise en place d’une unité spéciale chargée non seulement d’enquêter dans le milieu des cols blancs, mais aussi dans l’industrie de la construction et de la finance. Il y a une semaine à peine, l’opposition officielle à l’hôtel de ville annonçait qu’elle entendait déposer une motion semblable, mais pour créer une escouade spéciale anticorruption qui réunirait des policiers de la Sûreté du Québec, de la Gendarmerie royale du Canada et de Montréal. Elle serait créée par le ministère de la Sécurité publique, avait expliqué Benoit Labonté, chef de l’opposition, et aurait pour mandat d’enquêter sur des cas de collusion et de corruption dans les municipalités, particulièrement aux travaux publics.
Piqué au vif par la proposition du parti Vision Montréal, dirigé par Louise Harel, le maire Gérald Tremblay a presque aussitôt rejeté publiquement la proposition. Pressé de questions, il a expliqué que ce type d’escouade ne devrait pas se limiter à Montréal.
Joint en fin d’après-midi, hier, le porte-parole du comité exécuti f , Bernard Larin, a confirmé que l’administration Tremblay-Dauphin avait l’intention de demander à Québec la création d’une escouade pour lutter contre les crimes de nature économique.
« Ça fait partie des moyens qu’on met de l’avant pour lutter contre les crimes de cette nature, a-t-il dit. On a une vision globale, ne touchant pas qu’à Montréal », a ajouté M. Larin, avant d’expliquer que le cabinet n’était pas en mesure d’en dévoiler davantage pour le moment. « C’est tout ce que je peux vous dire », a-t-il répété.
Marvin Rotrand, conseiller de Côte-des-Neiges– NotreDame-de-Grâce, membre de la commission qui a pondu un code d’é t hique j ugé « mou » par l’opposition, il y a un mois, a pour sa part i ndiqué que l ’ équipe du maire Tremblay ne voulait pas d’une escouade « strictement locale ou étroite » , comme le propose le parti de Louise Harel.
« Il y a des structures déjà en place, a-t-il dit. On ne veut pas s’y substituer. Il faut quelque chose de plus large. »
À une semaine du déclenchement officiel de la campagne électorale municipale, la Sûreté du Québec a par ailleurs porté un grand coup, mercredi matin, en procédant à l’arrestation de deux fonctionnaires de la Division du service informatique de la Ville de Montréal, accusés conjointement de fraude, d’abus de confiance, de complot et de fabrication de faux documents. Ils auraient détourné une dizaine de millions.
Claude Dauphin, responsable de la sécurité publique à l’exécutif, a réagi quelques heures après la comparution des hommes en déclarant que son administration (celle de Gérald Tremblay) « n’a pas strictement fait des discours ou de belles paroles contrairement à certains de nos adversaires ». « Aussitôt qu’on l’a su, on a agi, et avec 29 000 employés, malheureusement, dans la réalité de la vie, il peut se produire des choses irrégulières », a-t-il décoché à l’endroit de ses adversaires aux élections municipales.


Labonté demande une escouade spéciale anti-corruption -  Éric Clément
Lutte contre la corruption dans les municipalités et les travaux publics
Au prochain conseil municipal, le chef de l’opposition officielle Benoit Labonté déposera une motion afin que la Ville de Montréal demande à Québec la création d’une escouade spéciale anti-corruption qui réunirait des policiers de la Sûreté du Québec, de la Gendarmerie royale du Canada et du Service de police de la Ville de Montréal, a appris La Presse.
Le chef de l’opposition officielle Benoit Labonté demandera la création d’une escouade anti-corruption par la Sécurité publique au prochain conseil municipal de la Ville de Montréal.
Créée par le ministère de la Sécurité publique, l’escouade serait chargée d’enquêter sur des cas de collusion et de corruption dans les municipalités et sur tout ce qui concerne les travaux publics. Elle ferait aussi de la prévention. Vision Montréal en fera l’annonce mardi.
Le parti estime que cette escouade doit êt re c réée « en ra ison des d i f fic u ltés de l’administration du maire Tremblay à prendre au sérieux les enjeux reliés à l’éthique, l’intégrité et la transparence, de même qu’à faire adopter un code d’éthique contraignant pour les élus municipaux », indique un communiqué de presse obtenu par La Presse et qui doit être émis mardi par le cabinet du chef de l’opposition officielle de Montréal.
Benoit Labonté doit faire mardi la déc la ration su ivante : « Après un projet de code d’éthique faible et d’arrière-garde, constitué d’une litanie de voeux pieux et qui va beaucoup moins loin que ce que vena it suggérer le rapport Gagné ou même ce que contient le projet de loi 48, et après le refus de l’administration Tremblay d’être proactive et de créer un poste de commissaire à l’éthique, en renvoyant encore la balle au gouvernement du Québec, nous ne pouvons nous croiser les bras et espérer que notre ville procède et se développe sur la bonne foi de ses élus et de ses fournisseurs. »
M . Labonté insistera de nouveau sur le fait que, pour la première fois dans l’histoire de Montréal, une administration municipale fait l’objet en cinq ans de six enquêtes policières et de plusieurs autres menées par le vérificateur général de la Ville : « La Ville a grand besoin de mesures précises et contraignantes pour rebâtir sa crédibilité et le lien de confiance avec les citoyens, lit-on dans son communiqué de presse. Il faut cesser de parler de faire semblant de corriger la situation, mais plutôt agir dès maintenant. Une escouade spéciale anticorruption permettrait d’être proactif en matière d’enquêtes et de disposer de davantage de moyens et d’expertises, qui nous échappent pour le moment.»
Une escouade pol ic ière mixte anti-corruption permettra it de consac rer des ef for t s s pé c ia lement au x cas de fraudes et de corruption en milieu municipal. Ac tuellement , les cor ps policiers ne disposent pas toujours d’un nombre suffisant d’enquêteurs pour les traiter avec assiduité. Ainsi, la Sûreté du Québec avance à petits pas dans certains dossiers. Par exemple, en ce qui a trait à l’enquête sur le Centre intergénérationnel d’Outremont, les principaux acteurs concernés n’ont toujours pas été rencontrés 20 mois après le début de l’enquête.
Le 21 septembre, date du prochain conseil municipal, l’opposition officielle déposera également deux motions. La première vise à demander d’appliquer une des principales recommandations du rapport Gagné (groupe de travail sur l’éthique en milieu municipal dont le rapport a été rendu public en juillet par Florent Gagné), soit de créer un poste de commissaire à l’éthique à la Ville de Montréal.
Actuellement, un tel poste n’existe pas. Par conséquent, les élus soucieux de savoir si les gestes qu’ils font sont con formes au code intérimaire sur l’éthique ne peuvent consulter personne. Seul le contentieux de la Ville « agit en soutien aux instances de la Ville quant à l’interprétation générale à donner aux dispositions du code d’éthique transitoire », nous a dit le porte-parole de la Ville, Gonzalo Nuñez.
La deuxième motion qui sera déposée concerne directement des propositions pour la constitution du nouveau code d’éthique et de conduite des élus montréalais. Elle contient plusieurs pages de recom ma ndations su r ce qu’est un conflit d’intérêts, un cadeau, un bénéfice ou un avantage indu consenti à un élu. Elle évoque aussi les sanctions prévues à l’égard des élus ou des fournisseurs de la Ville. Ces derniers ne pourraient plus faire affaire avec la Ville pendant cinq ans s’ils ont contrevenu au code, par exemple en invitant un élu à un voyage privé à l’étranger sur un bateau.




Une quinzaine de fraudes en trois ans  -  Éric Clément
Fraude, corruption... La Ville de Montréal a connu son lot de scandales au cours des derniers mois. Le plus récent cas : le voyage en Italie fait en 2008 par le directeur de la Réalisation des travaux de la Ville de Montréal, Robert Marcil, à l’invitation
QM.
Léger, Montréal est-il la capitale de la corruption? R Je pense que ce qui est écrit dans les médias reflète ce qui se passe. Mais ce n’est pas parce que vous n’entendez pas des affaires ailleurs qu’il n’y en a pas. Ici, ça sort parce que des gens à l’interne nous donnent de l’information. Ils savent qu’on s’en occupe. En septembre, le vérificateur général va lancer la ligne téléphonique éthique qui permettra aux gens qui constatent des choses avec lesquelles ils ne sont pas d’accord de les transmettre. Ils auront droit à la protection de la confidentialité et contre les représailles. Des cas (comme celui de Robert Marcil), il va y en avoir encore plus, car les gens vont se servir de cette ligne. Sur 25 000 employés, il y a un pourcentage de gens très infime qui a des intentions malveillantes, mais ce sont eux qui font du tort aux autres. QY
a-t-il eu une augmentation des cas de fraude ou malveillants au cours des dernières années? R Depuis trois ans, j ’ai répertorié 15 enquêtes qui ont donné lieu à des congédiements. Mais je n’ai pas le droit de divulguer les noms des employés congédiés ou mis à pied en lien avec telle affaire. Si les médias l’apprennent, j’ai le droit de confirmer l’information ou de la rectifier. QQuels
ont été les motifs des enquêtes ? R Mauva i se ut i l isat ion de l ’ i n f o r ma t i q u e . Pornographie sur l’internet. Ça entraîne une suspension très lourde ou un congédiement, et une plainte à la police s’il y a infraction criminelle. On a des cas de vol de temps, des utilisations du matériel de la Ville à des fins inappropriées. Il y a des fraudes à la CSST. Pour tous ces abus, c’est tolérance zéro. On agit et on congédie. QÀ
titre de directeur général de la Ville, ces cas de déviance vous portent-ils atteinte ? Vous sentez-vous responsable? R J ’a i l a conf i a nce du maire. En m’engageant, il m’a dit que ce qui était le plus important pour lui, c’était l’intégrité. Je fais mon travail. Je vais continuer. Je ne supporte pas ces gestes de corruption, de collusion. Ça m’est arrivé de me faire offrir des choses. Je pense que je vais organiser des cours de formation pour les jeunes ingénieurs et les jeunes techniciens pour leur montrer les pièges qu’ils doivent éviter quand ils commencent leur carrière. Car cela se fait de manière très insidieuse. À un moment donné, on va t’approcher et on va t’offrir de venir jouer au golf à Tremblant. C’était non. J’ai ma vie de famille. Je refusais tout de façon systématique. QVous
fait-on encore des offres ?
RMai ntena nt , i l s me connaissent, ils ne m’offrent plus rien. Mais quand tu es jeune, que tu commences ta carrière, le milieu t’essaie. Les décisions que tu prends à ce moment-là vont te suivre après pendant le reste de ta vie professionnelle. Alors, je discute actuellement avec mon capital humain de mettre en place des manières de bien sensibiliser les jeunes quand ils arrivent à la Ville, afin qu’ils soient prêts quand on va leur proposer de participer à un voyage de golf à Myrtle Beach, par exemple. « Vienstu? Tout le monde va payer ses frais, etc. » Puis quand tu arrives là-bas, tout est payé. Tu viens de mettre la main dans le tordeur. On doit mettre en garde nos jeunes contre ces pièges-là. Parce que les gens au départ ne sont pas malfaisants, mais ils se font piéger. QSait-
on si Robert Marcil a favorisé des entreprises au cours de ses 18 années passées à la Ville ? R À la fin du mois d’avril, on a commencé l’enquête interne. À la fin dumois de mai ou au début du mois de juin, on a eu connaissance du voyage. On a regardé l’ensemble des dossiers auxquels il a participé. Le travail n’est pas terminé. QOn
ne sait donc pas si c’est une gaffe d’un cadre ou s’il y a eu une fraude? R S’il y a juste l’avantage indu, j’appelle ça un conflit d’intérêts ou une perception de conflit d’intérêts. S’il y a eu retour d’ascenseur en dessous, là on se retrouve avec un acte de corruption. Vous avez alors les trois éléments de la corruption: l’avantage indu, unepersonne en situation d’autorité et un retour d’ascenseur. Ça, on ne l’a pas actuellement. Ça peut être des infractions criminelles, alors il faut être très prudent. Ça vaprendre quelques mois d’enquête. QS’il
y a eu collusion entre M. Marcil et les entrepreneurs, cela a-t-il pu conduire à des dépassements de coûts pour des contrats ? R Ça fait partie des hypothèses. On n’a aucune indication d’une malversation quelconque. On va faire les vérifications qui s’imposent. QM.
Marcil a-t-il quitté la Ville avec une indemnité de départ ou une compensation quelconque? R Non, je vous le certifie. C’est unedémissionpure et simple sans aucune condition. QLa
firme GENIVAR a-telle déjà contrôlé la qualité des travaux et des coûts pour la Ville dans le cadre de contrats de Construction Garnier ? R Je serais porté à vous dire que la probabilité est élevée que ce soit arrivé, car GENIVAR est une des firmes avec lesquelles on travaille régulièrement. Les enquêteurs vont vérifier. QYves
Lortie étant responsable des infrastructures municipales à GENIVAR, la Ville serait-elle en droit de demander à l’entreprise de tenir M. Lortie à l’écart des dossiers qui concernent la Ville? R Il faut attendre le résultat de l’enquête. S’il y a eu des actes de corruption, on va aller à la police parce que cela relèvera de la police. QEst-
ce que la Ville est entrée en contact avec Construction Garnier et GENIVAR relativement à ce sujet depuis le début de l’enquête interne ? R Nos enquêteurs ne sont pas des policiers. Ils ont seulement le pouvoir d’interroger des employés de la Ville. QSiM.
Marcil trouveunemploi avec un fournisseur de la Ville, quelle sera votre attitude? R Pour un directeur général ou un directeur général adjoint, la Loi sur le lobbying interdit à vie d’utiliser toute information obtenue dans le cadre de son travail à la Ville pour un profit personnel ou celui de sa nouvelle entreprise. Il ne peut pas se livrer à des activités de représentation auprès de la Ville. Mais pour le poste de directeur de M. Marcil, la loi ne s’applique pas sur les activités de représentation. Il serait bien qu’on puisse offrir la garantie que, quand quelqu’un travaille pour une entreprise publique et est responsable d’attribuer des contrats, personne ne lui promettra un poste quelque part à la fin de son travail, ce qu’on appelle le pantouflage. Mais je ne peux pas interdire à un fonctionnaire d’aller travailler avec un fournisseur de la Ville: on en a 20 000! QEt
si M. Marcil va travailler chez Construction Garnier ? R Ce serait gênant. Mais je pense qu’on ne pourrait rien faire.


L’éthique n’est pas un luxe  -  NATHALIE COLLARD
Après la grosse colère du maire Gérald Tremblay, le printemps dernier, on s’attendait à ce que la commission chargée d’ébaucher de nouvelles règles de conduite pour les élus municipau x accouche d’un code d’éthique avec des dents bien acérées. Ce n’est pas le cas. Le document présenté lundi soir aux élus de Montréal est ce qu’on pourrait appeler un bon début. Sans plus. L’administration Tremblay dispose encore d’un mois, d’ici à la prochaine séance du conseil municipal, pour y apporter les modifications qui en feront un code d’éthique plus contraignant. Les faits révélés par notre collègue Éric Clément concernant le voyage d’un haut fonctionnaire de la Ville de Montréal, répondant à l’invitation d’un entrepreneur ayant obtenu d’importants contrats municipaux, confirment l’importance d’insister encore et encore sur l’éthique à l’hôtel de ville de Montréal.
On s’attendait donc à un code exemplaire. Or voilà qu ’on nou s propo s e u ne ébauche de code timide, qui ignore une des principales recommandations du rapport Gagné (ce rapport sur l’éthique dans le monde municipal commandé par le gouvernement Charest et rendu public cet été). En effet, le projet de code d’éthique montréalais ne prévoit pas la nomination d’un commissaire à l’éthique. Il parle plutôt d’un «conseiller». La nuance est importante. Un conseiller n’a pas les mêmes pouvoirs qu’un commissaire, entre autres celui de commander des enquêtes. Or les événements des derniers mois nous ont prouvé que c’était là un pouvoir important.
P ou rquoi u n con sei l ler plutôt qu’un commissaire? Hier, les explications des élus d’Union Montréal n’étaient pas convaincantes. On nous a répondu que l’administration Tremblay favorisait plutôt la nomination d’un commissaire à l’éthique pour l’ensemble des municipalités québécoises, une mesure qui nous semble pour le moins irréaliste. Une seule personne ne suffirait pas à la tâche. Dans une ville de la taille de Montréal, un commissaire à l’éthique ne manquerait pas d’ouvrage.
On nous a également expliqué que Montréal n’avait pas les moyens de se payer un commissaire à temps plein. Encore là, c’est une réponse qui ne tient pas la route. L’éthique n’est pas un luxe qu’on peut ou pas se payer. C’est une nécessité, comme l’actualité l’a démontré. Si Toronto peut se payer un commissaire à l’éthique, Montréal le peut aussi.
Finalement, on nous a assuré que trois élus montréalais participeront à l’étude des recommandations du rapport Gagné qui doit se poursuivre jusqu’au printemps 2010. Dépendant de ce qui se dit là-bas, l’administration Tremblay se dit prête à ajuster le tir et revoir son code.
Voilà une attitude bien molle de la part d’une administration qui veut faire de l’éthique une de ses priorités pendant la campagne électorale. De la part du maire Tremblay, qui défend toujours avec beaucoup de passion l’honnêteté et l’intégrité de son équipe, on se serait attendu à plus de détermination.
En cette fin de mandat, on peut dire que la confiance des Montréalais est fortement ébranlée. C’est le moment d’envoyer u n signal clair, d’adopter des mesures strictes qui feront de Montréal un modèle à imiter plutôt qu’un exemple de ce qui ne tourne pas rond. Et cela passe par la nomination d’un commissaire à l’éthique.




Copinage à Montréal… encore  -  MICHÈLE OUIMET
Une nouvel le a f fa i r e Zampino frappe l’administration Tremblay. Cette fois, ce n’est pas le président du comité exécutif qui se balade sur le yacht de Tony Accurso, mais un haut fonc tion na i re de la Ville, Robert Marcil, qui a accepté de passer 10 jours en Italie, invité par un homme d’affaires, Joe Borsellino. Pas à Laval ou Plattsburgh. En Italie, rien de moins.
Joe Borsellino a obtenu plusieurs contrats de la Ville pendant que Robert Marcil occupait un poste stratégique : directeur de la réalisation des travaux.
MM. Borsellino et Marcil étaient en bonne compagnie, en Italie. Étaient présents Jocelyn Dupuis, ex-directeur général de la FTQ-construction, connu pour ses liens avec le crime organisé et son train de vie somptueux, et Yves Lortie, vice-président de Genivar, une compagnie qui fait affaire avec la Ville. Les épouses étaient invitées.
M . Borsellino a obtenu de nombreux contrats auxquels Robert Ma rcil éta it a s so c ié . A-t-i l i ndû ment favorisé M. Borsellino ? At-il ma noeuvré pou r qu’il décroche des contrats ? M. Borsellino a-t-il remercié M. Marcil en l’invitant en Italie ? Seule une enquête nous fournira des réponses.
Il n’y a peut-être que des coïncidences. M. Marcil a peutêtre payé ses dépenses en Italie. Peut-être, peut-être. Mais une chose est certaine: l’apparence de conflit d’intérêts est là, grosse comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.
M. Marcil est un haut fonctionnaire qui détient un poste clé. Il aurait dû s’abstenir de voyager main dans la main avec un homme d’affaires qui brasse des millions avec la Ville. C’est une évidence. Encore faut-il posséder un minimum de sens éthique pour s’en rendre compte.
Cette fois-ci, c’est la Ville qui a eu vent des liens incestueux entre Robert Marcil et Joe Borsellino. Elle a déclenché u ne enquête i nter ne. M. Marcil a démissionné le 26 juin.
E ncore u ne h istoi re de copinage. L’administration Tremblay n’en finit plus de s’enfarger dans les scandales. Les policiers n’ont jamais été aussi occupés.
Depuis 2004, six scandales ont ébranlé le maire : potsde-vin dans Saint-Laurent, scandale à Outremont autour de la construction d’un centre dont les coûts ont doublé, f raude de 8 m illions au s er v ice i n for m a t iq ue , a l légation s de cor r uption autour de la vente de terrains par la SHDM, scandale des compteurs d’eau, contrat de rénovation de 10,6 millions à l’hôtel de ville où la mafia serait impliquée.
Au total : six enquêtes policières, dont cinq toujours en cours. Du jamais vu. La prestigieuse revue britannique The Economist a même consacré un article à la corruption à Montréal. Ça nous fait une belle jambe.
Penda nt que Montréal s’enlisait dans ses scandales, des élus de Vision Montréal ( L ou ise H a rel) et Un ion Montréal (Gérald Tremblay) ont accouché d’un projet de code d’éthique.
Ce code, déposé lundi soir au conseil municipal, n’a pas de dents, encore moins de dentier. Que des gencives qui ne mordront pas grand-chose.
Il n’y a rien de substantiel dans ce code. Du vent, des intentions, de l’esbroufe. Les élus ont brassé le vieux code de 1990 en lui ajoutant quelques fioritures.
Résumons. Le code prévoit la nomination d’un conseiller à l’éthique qui rappellera gentiment à l’ordre les fautifs. Il n’aura pas de pouvoir de surveillance ou d’enquête et aucune sanction n’est prévue si les élus contreviennent au code.
Bref, le conseiller sera une potiche.
Il y a tout de même quelques obligations. Les membres du comité exécutif, par exemple, devront refuser un travail qui les place en conflit d’intérêts deux ans après la fin de leur mandat. Mais le reste est mou. Les entreprises qui font affaire avec la Ville doivent « s’engager » à respecter le code. S’engager. Il n’y a pas d’obligation. Pas de sanction, pas de surveillance, pas d’enquête. Un code décoratif que l’on range dans un tiroir. Aussitôt lu, aussitôt oublié.
Les six scandales et enquêtes policières auraient dû fouetter l’ardeur des élus. Mais non, ils ont préféré accoucher d’une souris. Édentée.
Cet été, Florent G agné, ex-d i rec teu r de la Sû reté du Québec, a produit son rapport sur « l’éthique et la démo c ratie mu n ic ipa le ». Vaste sujet. C’est l’ex-ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, qui lui avait demandé de j eter les grandes lignes d’un code d’éthique dans la foulée des sc a nda les qu i ont f rappé Montréal.
Florent Gagné a fait du bon boulot, lui. Tout y est : nomination d’un commissaire à l’éthique doté d’un pouvoir d’enquête copié sur le modèle du vé r i f ic a teu r géné r a l , imposition de sanctions, etc. Du mordant.
À Montréal, les élus de tous les partis ont applaudi le rapport Gagné, mais pas question de s’en inspirer. La Ville ne peut pas créer un poste de commissaire à l’éthique ou imposer des sanctions aux élus. Québec doit modifier la loi. Trop long, se sont dit les élus, qui ont préféré se rabattre sur un succédané de code qui devrait être adopté en septembre.
Pendant que les élus de Vision Montréa l , P rojet Montréal et Union Montréal dev isa ient a i mablement du code lundi soir, Gérald Tremblay restait silencieux. Pourtant, ce sont les errements de son administration qui ont provoqué ce branlebas éthique.
Combien faud r a - t-i l de scandales pour que les élus se décident enfin à adopter un vrai code ? Pour joindre notre chroniqueuse : mouimet@lapresse.ca

Gérald Tremblay à l’origine de l’enquête  -  Éric Clément
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a expliqué hier que c’est lui qui est à l’origine de l’enquête sur le directeur Robert Marcil.
«J’ai reçu un courriel signé qui décrivait une situation qui concernait Robert Marcil, a expliqué M. Tremblay à La Presse. Quand j’ai reçu cette information, j’ai agi immédiatement. J’ai demandé une enquête interne. Robert Marcil a démissionné et les enquêtes continuent. Si ces enquêtes ont lieu, c’est que les gens me font confiance. Ils savent que, quand je reçois de l’information, j’agis. Ç’a été la même chose avec les services informatiques (enquête de la SQ en cours) et dans l’ensemble des dossiers.»
La Ville va-t-elle demander à la Sûreté du Québec d’enquêter sur cette affaire? «Les enquêtes continuent, dit le maire. Pour moi, l’important, c’est que toute la lumière soit faite dans les plus brefs délais. Il y a une obligation de résultat.» Malgré l’affaire Marcil, le scandale de la SHDM en octobre 2008 et la fraude de 8 millions à la division informatique de la Ville, le maire fait confiance à ses fonctionnaires. «Je pense que mes fonctionnaires font un excellent travail dans un contexte qui n’est pas toujours facile. On a fait des restrictions budgétaires. On a demandé des efforts additionnels et on voit tous les projets que nous avons à la Ville de Montréal. Ça demande un effort considérable. Ce qui arrive est regrettable, mais il faut agir pour l’intégrité de l’institution que je représente. Je veux seulement réitérer que c’est parce que les gens me font confiance qu’ils me donnent de l’information et que j’agis, dans ce dossier comme dans les autres.»



L’éthique arrive en ville  -  Ariane Krol
Un code d’éthique sert à mettre les choses au clair. Il interpelle l’élu. Lui rappelle qu’il n’est plus le seul juge de son comportement.
«Quoi, ce n’était pas déjà le cas? » C’est la réac t ion qui s’impose en lisant le rapport du Groupe de travail sur l’éthique dans le milieu municipal, rendu public hier. Les recommandations sont tellement évidentes, on s’étonne qu’elles ne soient pas déjà la règle.
Un code d’éthique ne prévient pas les fraudes ou le favoritisme dans l’attribution des contrats. Il y existe déjà des lois pour punir ce genre de comportements – à condition qu’ils soient découverts et que les enquêtes aboutissent, évidemment.
Un code d’éthique sert plutôt à mettre les choses au clair. Il interpelle l’élu. Lui rappelle qu’il n’est plus le seul juge de son comportement. Et que l’apparence de conflit d’intérêts est aussi inacceptable que le conflit lui-même. Avec ce qu’on a vu au cours des derniers mois, ce ne sera pas du luxe.
On n’a qu’à se rappeler les révélations de La Presse, en mars dernier. On avait alors appris que l’ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, avait séjourné à bord du bateau de Tony Accurso, dont une entreprise participait au consortium qui allait remporter le juteux contrat des compteurs d’eau. Premières réactions des intéressés ? M. Zampino et son successeur, Claude Dauphin, ont soutenu que l’affaire était du domaine privé !
Le maire Tremblay a indiqué que « personnellement », il aurait agi autrement. Bravo, mais pourquoi cette distinction? Cette histoire montre au contraire que ce genre de décision ne peut pas être laissé au bon jugement de chacun. M. Zampino a fini par reconnaître qu’il avait commis une erreur, mais le mal était fait. Le cynisme des électeurs venait encore de monter d’un cran.
À l’heure actuelle, seules une cinquantaine de municipalités québécoises (à peine 10%) ont un code d’éthique. Et aucune n’a de mécanismes formels pour le mettre en oeuvre, a souligné le président du groupe de travail, Florent Gagné. Pire encore : aucun de ces codes ne prévoit de période durant laquelle un élu ou fonctionnaire municipal n’a pas le droit d’accepter un poste le plaçant en conflit d’intérêts avec ses anciennes fonctions. Au gouvernement provincial, c’est déjà la norme, et une grande ville comme Montréal ne peut pas faire l’économie d’une telle précaution.
Le rapport Gagné n’indique pas seulement ce que devrait contenir un code d’éthique municipal et comment il devrait être appliqué. Il dit aussi que les contractants devraient être obligés de le respecter, sous peine de se voir interdits de soumission pour deux ans, comme c’est déjà le cas à Québec. Un garde-fou indispensable.
L’éthique occupera une place de choix dans les discours des politiciens municipaux cet automne. Il faudra toutefois s’assurer que cette préoccupation ne tombe pas aux oubliettes au lendemain des élections. Le ministre des Affaires municipales a créé un « comité de mise en oeuvre » pour faire avancer le dossier. Mais s’il veut pouvoir adopter des éléments législatifs dès l’an prochain, il a intérêt à suivre le projet de près.
Les élus municipaux gèrent des budgets considérables, souvent sans opposition officielle. Il est urgent qu’ils se dotent de cadres éthiques dignes de ce nom.




Montréal : Soubresauts municipaux
Juin 2009 Contrat des compteurs d’eau
La SQ enquête pour déterminer s’il y a eu « complot visant un partage des contrats de la Ville de Montréal » dans le cadre du contrat des compteurs d’eau attribué à la firme GENIeau, formée de Dessau et Simard-Beaudry, d’une valeur de 356 millions. L’ancien président du comité exécutif, Frank Zampino, a séjourné deux fois sur le yacht de Tony Accurso, codirigeant du consortium GENIeau, avant et après le processus.

Juin 2009  Rénovations de l’hôtel de ville
Un entrepreneur allègue qu’un membre de la mafia lui a demandé 40 000$, somme qui selon lui était destinée à deux élus du parti du maire Tremblay, Union Montréal, dans le cadre du contrat de rénovation de 10,6 millions de l’hôtel de ville de Montréal.

Octobre 2008 SHDM
À la suite des révélations de La Presse sur la vente du Faubourg Contrecoeur par la SHDM, dans l’est de Montréal, au Groupe immobilier Catania, l’administration du maire Tremblay décide de suspendre toutes les transactions immobilières. Son directeur général, Martial Fillion, est démis de ses fonctions. Un mandat d’enquête est confié au vérificateur général de la Ville de Montréal, Michel Doyon.

Septembre 2008 Fraude informatique
Une enquête interne de quelques mois de l’administration municipale met au jour une fraude de 8 millions à la division des services informatiques (DSI) de la Ville de Montréal. Des irrégularités seraient en cause dans une douzaine de contrats avec 10 entreprises informatiques, petites et grandes. Le directeur général, du service et le directeur adjoint du service sont congédiés.

Octobre 2007 Dépassement de coûts à Outremont
La Sûreté du Québec ouvre une enquête sur l’administration de l’ex-maire d’Outremont Stéphane Harbour. Elle décide de se pencher plus particulièrement sur l’attribution d’un contrat à la firme Dessau pour un centre communautaire intergénérationnel. La construction a coûté deux fois plus cher que prévu.


Les scandales de Montréal dans The Economist

Les scandales qui ébranlent la mairie de Montréal commencent à attirer l’attention des médias étrangers, et non les moindres. La prestigieuse revue britannique The Economist consacre un article aux allégations de conflits d’intérêts qui minent l’administration Tremblay dans sa livraison d’hier, une terrible publicité pour la Ville selon l’opposition.
Les odeurs de scandales qu’exhale depuis quelque temps l’hôtel de ville de Montréal ont eu des échos jusque dans la prestigieuse revue britannique The Economist.
Intitulé « Eau et crasse » (« Water and Grime »), l’article de quatre paragraphes rapporte que cinq enquêtes policières sont en cours sur les agissements de proches du maire Gérald Tremblay. Il donne certains détails sur les dossiers de la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) ainsi que sur le contrat des compteurs d’eau.
The Economist explique que l’ancien chef de cabinet du maire Tremblay a présidé à la vente d’un terrain évalué à 31 millions à une fraction de sa valeur. Le promoteur qui l’a acheté « avait été photographié par la police avec Nicolo Rizutto, un gangster octogénaire et père du mafioso numéro un au Canada ».
L’hebdomadaire résume aussi l’attribution du contrat des compteurs d’eau à un consortium mené, entre autres, par Tony Accurso, « un vieil ami de Frank Zampino, qui a dirigé le comité exécutif de la Ville », peut-on lire. Il rappelle que l’ancien bras droit du maire Tremblay avait séjourné deux fois sur le yacht de M. Accurso avant d’accepter un emploi chez Dessau, l’autre firme du consortium GÉNIeau.
« Peu soupçonnent (le maire Gérald) Tremblay, qui avait eu une longue carrière au Parti libéral du Québec, d’être malhonnête et il n’y a aucune preuve à cet effet », précise le magazine.
Mais pour les partis de l’opposition, le mal est déjà fait. Louise Harel, candidate à la mairie pour Vision Montréal, estime qu’un tel reportage est la pire publicité imaginable pour Montréal. Car The Economist est lu par des décideurs et des gens d’affaires partout dans le monde.
« Le message qu’ils envoient, c’est qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, a-t-elle dit. Et pire encore, qu’il y a de la corruption. Et donc, c’est un message qui est de nature à décourager les investisseurs. »
« Quand on passe dans The Economist, c’est un fait d’armes inouï, a renchéri le chef de Projet Montréal , Richard Bergeron. Mais pas pour le motif pour lequel on passe aujourd’hui. C’est honteux que la réputation de Montréal soit faite ainsi. »
« Nous avons largement commenté, et à maintes reprises, le sujet traité par cet article, a indiqué le porte-parole du maire, Martin Tremblay. Il n’y a aucun élément nouveau, et nous n’avons rien à ajouter à ce qui a déjà été dit. »
The Economist est imprimé dans cinq pays, et distribué à 1,3 million d’exemplaires dans le monde.




Une commission d’enquête s’impose -  MICHÈLE OUIMET
Une enquête, deux à la limite, on reste dans l’accident de parcours. Mais six, ça commence à ressembler à un système organisé.
Le mai re de Montréa l , Gérald Tremblay, était fâché, hier. Le visage rouge, l’émotion à f leur de peau, il bouillonnait. Il a accusé La Presse d’avoir torpillé une enquête policière et sali sa réputation.
M. Tremblay a réagi comme tout bon politicien qui déteste voir la vérité étalée à la une d’un journal: il a tiré sur le messager.
Hier, les journalistes l’ont bombardé de quest ions sur de nouvelles allégations qui ternissent encore une fois son administration.
Oui, M. Tremblay, encore une fois
Récapitulons: il y a eu six enquêtes policières, cinq sont toujours en cours. Du jamais vu dans l’histoire récente de Montréal.
2004: deux élus de l’arrondissement de Saint-Laurent, membres de l’équipe du maire Tremblay, sont accusés de corruption. Verdict : coupables.
2007: le Centre communautaire intergénérationnel d’Outremont coûte deux fois plus cher que prévu. L’enquête est toujours en cours.
2008 : fraude de 8 millions au service informatique. Deux têtes roulent, celles du directeur général et du directeur général adjoint. L’enquête n’est pas terminée.
2008: SHDM. Le vérificateur examine le dossier des ventes de terrains de la SHDM à des promoteurs. Le rapport est accablant. Le dossier est entre les mains de la police.
2009: scandale des compteurs d’eau. Des irrégularités entourent l’attribution du plus important contrat jamais accordé par la
Désolée, M. le maire, mais La Presse n’a rien inventé.
Hier, le maire a reconnu que la corruption existe dans le monde municipal et l’industrie de la construction. Que c’est de notoriété publique que des enveloppes brunes passent de main à main.
« Ça fait des décennies qu’il y a des rumeurs dans l’industrie de la construction, il y a même eu l’enquête de la CECO », a-t-il dit.
Si ça fait des décennies, pourquoi le maire n’a-t-il pas fait le ménage? Il est en poste depuis huit ans, il aurait eu amplement le temps. tions. Vous préférez tirer sur le messager. Ville. La police enquête, le vérificateur aussi.
Et la dernière, qui faisait la une de La Presse, hier: un entrepreneur qui a obtenu le contrat de réfection du toit de l’hôtel de ville affirme que la mafia lui a demandé 40 000$ destinés à deux élus de l’équipe du maire. Il a compris qu’il devait verser l’argent s’il voulait continuer à travailler. La Sûreté du Québec enquête.
Le maire a reconnu les faits: « Il s’agit bel et bien d’un cas d’extorsion sur un chantier de construction », a-t-il dit.
Une enquête, deux à la limite, on reste dans l’accident de parcours. Mais six, ça commence à ressembler à un système organisé.
Le maire a ajouté: « Ce que je n’accepte pas, c’est qu’on relie la Ville de Montréal à des enquêtes dans l’industrie de la construction. »
Mais comment ne pas relier la Ville au dernier scandale? Le contrat de 10 millions pour la réfection du toit de l’hôtel de ville a été attribué par la Ville, ce sont des élus de l’équipe de Gérald Tremblay, Sammy Forcillo et Cosmo Maciocia, qui sont montrés du doigt et c’est le maire luimême qui a transmis le dossier à la police.
Expliquez-moi, M. le maire. Que cela vous plaise ou non, vous êtes éclaboussé même si c’est vous qui avez alerté la police. J’oubliais, vous refusez de répondre à mes ques-
L’ex-chef de police de la Ville de Montréal et ex-candidat à la mairie, Jacques Duchesneau, en a long à dire sur la corruption.
« Un des problèmes à Montréal, c’est la corruption, m’a-t-il expliqué au début du mois. J’ai parlé à un ancien ministre des Transports qui m’a dit: "On savait qu’on payait 15% de trop à Montréal". Mme Harel a été ministre des Affaires municipales. Qu’a-t-elle fait pour lutter contre la corruption qui existe depuis 25 ans? Rien. A-t-elle fait de l’aveuglement volontaire? »
Hier, j’ai parlé à Mme Harel qui se présente à la mairie de Montréal. « C’est à Mme Normandeau (actuelle ministre des Affaires municipales) qu’il faut poser la question. Que fait-elle avec les cinq enquêtes en cours? »
Bonne question. Réponse: pas grand-chose.
La police multiplie les descentes dans les locaux de la FTQ-Construction, Montréal croule sous les scandales, le maire Tremblay affirme que la corruption est de notoriété publique, l’ex-chef de police, Jacques Duchesneau, en rajoute, un entrepreneur, qui refuse de verser de l’argent au crime organisé, voit une de ses grues flamber. On se croirait au Far West. Qu’attend le gouvernement pour déclencher une enquête publique ?
Qu’on trouve un cadavre dans le coffre d’une voiture?
M. Tremblay, vous avez accusé La Presse d’avoir un « agenda » caché. « Ce n’est pas à La Presse d’élire le maire de Montréal, mais aux citoyens », avez-vous dit.
Tout à fait d’accord avec vous. Sauf que La Presse ne cherche pas à élire le futur maire. Elle veut plutôt lever le voile sur la corruption qui plane sur la ville, votre ville.
Des gens, ulcérés par la corruption, nous appellent. Ils nous font des révélations. On vérifie et on publie si l’histoire est solide. Les Montréalais ont le droit de savoir comment leur argent est dépensé. Ou gaspillé. Ça s’appelle le droit du public à l’information.
La Presse se farcit le travail puisque vous êtes incapable de le faire.
Et quand le maire d’une grande ville commeMontréal en est réduit à regarder les enveloppes brunes passer sous son nez, il y a un problème. Hier, vous avez déclaré que vous n’aviez pas besoin du gouvernement pour faire le ménage. Permettez-moi de ne pas être d’accord. Québec doit intervenir, et vite. Une commission d’enquête publique s’impose.
Après tout, Montréal n’est pas le Far West.
Le gouvernement du Québec ne s’est jamais vraiment intéressé à Montréal, à ses problèmes de gouvernance et de corruption. La ministre Normandeau fait preuve d’indifférence, comme si Montréal était un bourg et non la métropole du Québec, un vulgaire dossier qui traîne sur son bureau parmi tant d’autres.
Elle devrait céder son fauteuil à un ministre qui a une sensibilité montréalaise. Ou au premier ministre Charest qui devrait prendre les choses au sérieux. Montréal a besoin d’un grand ménage. Et de quelqu’un qui s’en occupe. Pour de vrai.


Le calme comme allié  -  Nathalie Collard
Quel est le bilan de Gérald Tremblay après huit ans au pouvoir en matière de lutte contre la corruption?
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, est en colère, une colère noire qui se retrouvait à la une de tous les médias hier. Il a raison d’être fâché. Encore une fois, son administration est nommée dans une enquête policière. Encore une fois, le mot «corruption » est prononcé. Colère justifiée, donc, qui devrait toutefois être redirigée vers la bonne cible. Plutôt que de s’attaquer à La Presse, le maire de Montréal devrait s’en prendre à ceux qui minent la crédibilité de son administration, qu’il s’agisse de fonctionnaires ou d’entrepreneurs embauchés par la Ville. Ce sont eux qui sont à blâmer.
À l’heure actuelle, la stratégie des spécialistes en communication qui entourent le maire est d’attaquer le messager, c’est-à-dire le média qui dévoile la nouvelle. Aujourd’hui c’est La Presse, demain ce sera peutêtre Radio-Canada ou The Gazette. Hier, cette stratégie a porté fruits puisqu’on parlait davantage des états d’âme du maire que des faits rapportés et qui sont les suivants : la Sûreté du Québec enquête sur un contrat accordé par la Ville. Voilà les faits. Il s’agit de la sixième enquête demandée au cours des cinq dernières années. Voilà un autre fait.
À long terme, toutefois, cette stratégie ne peut être viable. Les Montréalais ne sont pas dupes. Ils ont peut-être confiance en leur maire, ils ne remettent peut-être pas en question son intégrité personnelle mais en même temps, ils s’attendent à ce que M. Tremblay fasse davantage pour purifier l’air autour de lui que de piquer des colères devant les caméras de télévision.
Lundi, le maire de Montréal a déclaré : on le sait depuis longtemps qu’il y a de la corruption. M. Tremblay termine son deuxième mandat. Qu’a-t-il fait, quelles mesures a-t-il prises pour assurer les Montréalais que cette façon de faire ne soit pas encouragée ni même tolérée? Quel est son bilan aprèshuit ans aupouvoir enmatière de lutte contre la corruption?
En entrevue à Radio-Canada, le maire a déclaré : ça fait huit ans que je travaille à faire le ménage. S’il y a des enquêtes, c’est parce que nous avons agi, a-t-il dit au journaliste Patrice Roy. Dans les faits, le maire ou la Ville ont demandé une enquête policière dans deux cas: celui des services informatiques et celui du contrat de réfection du toit de l’hôtel de ville rapporté lundi dans nos pages. Dans le dossier des compteurs d’eau et de la SHDM, c’est à la suite de reportages dans les médias que le maire a demandé au vérificateur général d’enquêter. Le maire n’a pas agi, il a réagi.
Depuis plusieurs mois, le maire de Montréal est en mode réaction face aux nombreux scandales qui s’abattent sur son administration. On ne sent pas qu’il maîtrise la situation.
M. Tremblay a choisi de personnaliser le débat alors que c’est l’ensemble de l’administration municipale qui est remise en question et non son intégrité personnelle. Cette attitude n’est pas souhaitable. Elle ne contribuera pas à améliorer l’éthique dans le monde municipal et surtout, elle créé un climat malsain à l’approche du début officiel de la campagne électorale.
Il faut souhaiter que l’été qui est à nos portes soit l’occasion, pour les esprits échauffés, de retrouver leur calme. La priorité doit être mise non pas à faire de la gestion d’image dans les médias, mais plutôt à s’assurer que la Ville soit bien gérée, dans l’intérêt de tous les citoyens. Ultimement, c’est ce que tout le monde souhaite pour Montréal.



Attaque en règle contre La Presse
Le maire Gérald Tremblay a commencé la journée, hier, par une attaque en règle contre La Presse, qui a révélé hier le déclenchement d’une sixième enquête de la Sûreté du Québec sur des contrats accordés par son administration. Il a répété que, dans ce dernier cas, c’est lui qui a alerté la police.
Le maire Gérald Tremblay a déjà porté des accusations contre La Presse après la publication d’enquêtes sur des transactions controversées à la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) et sur une croisière de l’ancien président du comité exécutif, Frank Zampino, avec un promoteur qui négociait un contrat.
Cette information se trouvait dans notre reportage, mais le maire s’en est pris au titre en première page, qui se lisait ainsi: « Contrat de rénovation à l’hôtel de ville: allégations de corruption – La SQ enquête ». Il a dit que La Presse est en croisade contre lui, et a un « agenda caché » pour l’amener à quitter l’hôtel de ville.
Le maire avait déjà porté une accusation semblable après la publication d’enquêtes sur des transactions controversées à la Société d’habitation et de développement de Montréal ( SHDM) et sur une croisière de l’ancien président du comité exécutif, Frank Zampino, avec un promoteur qui négociait un contrat.
« On a un seul agenda à La Presse, et c’est d’informer nos lecteurs, a rappelé de son côté Philippe Cantin, éditeur adjoint du journal. Nous ne sommes pas du tout en croisade contre le maire. Nous sommes là pour raconter ce qui se passe et pour enquêter.
« Ce n’est pas la première fois que le maire Tremblay nous attaque à la suite de nos articles. Mais jamais il n’a remis en compte la véracité d’un seul fait que nous avons publié. C’est la preuve que nous faisons un travail rigoureux. Ce n’est pas nous, à La Presse, qui commandons les enquêtes policières. C’est une situation hautement inhabituelle qu’il y en ait autant: il est dans l’intérêt public d’en faire état. »




Bergeron relie le maire Tremblay aux allégations de corruption
Le chef de Projet Montréal , Richard Bergeron, a fait une sortie en règle contre le maire Gérald Tremblay, hier, le reliant directement aux allégations de corruption qui visent son administration. M. Bergeron estime qu’il y a « un système de corruption à la Ville de Montréal » et affirme qu’à partir d’aujourd’hui, il ne manquera pas une occasion d’évoquer ce « système de corruption » dans le cadre de la campagne électorale.
Comme il l’avait fait durant le conseil municipal au début de la semaine, le candidat de Projet Montréal à la mairie de la métropole a profité d’un point de presse, hier matin, pour attribuer au maire la responsabilité de ces allégations de corruption.
« C’est son système, dit-il. Ce sont ses gens. Il met ça en place sur une longue période demanière méthodique en utilisant toutes les ressources de la Ville de Montréal. Il manipule le conseil municipal. Il nous sert de l’information tronquée. Et nous, moi le premier, je vote à chacune des étapes, en faveur de ces plans quasi machiavéliques, qui vont nous amener à découvrir un matin que la SHDM est devenue un organisme privé qui a vendu les 37 hectares du site Contrecoeur pour 4,4 millions à untel. L’autre soumissionnaire, c’était tel autre qui aura finalement le contrat des compteurs d’eau et qui, à Contrecoeur, avait offert 1$. Et trois semaines après avoir offert 1$, après avoir perdu ce contratlà, le président du comité exécutif était sur le bateau du monsieur en question. Neuf mois plus tard, le monsieur en question a gagné l’autre contrat. Come on! Là, on est au coeur du système de Gérald Tremblay. »
Invité à réagir à ces propos, l’attaché de presse du maire Tremblay, Martin Tremblay, a dit à La Presse: « Nous ne répliquerons pas aux allégations et aux insinuations totalement fausses du chef de Projet Montréal. Quand nous sommes au courant de certains faits, nous prenons nos responsabilités et nous agissons. »
Richard Bergeron dit toutefois faire des nuances. Il croit que les conseillers Cosmo Maciocia et Sammy Forcillo, dont les noms ont été évoqués dans une présumée tentative d’extorsion, portant sur un contrat de 10,6 millions pour la réfection du toit de l’hôtel de ville, n’ont pas accepté de pots-de-vin.
« Pour qu’il y ait corruption, non seulement faut-il qu’on nous offre un pot-de-vin, mais encore faut-il que l’élu l’accepte, dit-il. Et en l’occurrence, MM. Maciocia et Forcillo ne l’ont pas accepté. Et M. Tremblay a porté plainte lui-même à la police. Alors, faisons attention de ne pas faire des amalgames trop faciles. »
Il dit que lorsqu’il a porté plainte à la Sûreté du Québec, le 1er mai dernier, dans le dossier des compteurs d’eau et de la SHDM, il a nommé neuf noms dans sa plainte, mais pas ceux de MM. Forcillo et Maciocia. « Je n’ai pas de raisons aujourd’hui de les associer à cette dénonciation de la corruption de l’administration Tremblay », dit-il.


CAPSULES VIDÉO SUR YOUTUBE Zampino et Tremblay ciblés par des internautes

Dans un clip sur Frank Zampino, on voit des photos de Tony Accurso, codirigeant de GÉNIeau. L’auteur du clip, qui se décrit comme « un emmerdeur internationalement reconnu », explique pourquoi il estime que Frank Zampino est en conflit d’intérêts. Il termine sa capsule par un long doigt d’honneur à l’ancien responsable des finances de l’administration municipale.
Le célèbre site internet YouTube est devenu un endroit de prédilection pour qui veut déverser son fiel contre les élus de Montréal et grands dirigeants municipaux. Depuis un mois, l’ancien président et bras droit du maire de Montréal, Frank Zampino, sert de cible dans une capsule vidéo intitulée Free Zampino.
Le maire Gérald Tremblay n’est pas non plus épargné, ni le grand dirigeant des pompiers de Montréal, Serge Tremblay, ni Benoit Labonté, chef de l’opposition, surnommé « Ti-Ben Labonté » sur YouTube.
Sous le pseudonyme « Mon point de vue », un dénomméGabriel Roy, 28 ans, de Brossard, coiffé d’une casquette mais à visage découvert, traite M. Zampino d’« ostie de crosseur ». La capsule vidéo de deux minutes et demie a été visionnée près de 1000 fois depuis 30 jours et fait l’objet de plusieurs commentaires. L’internaute, dont le fan club compte plusieurs membres, a déjà mis une soixantaine de vidéos en ligne dans YouTube.
Dans le clip sur Frank Zampino, on voit des photos de Tony Accurso, codirigeant de GÉNIeau, le consortium qui a obtenu le contrat des compteurs d’eau, le plus important de l’histoire de Montréal. L’auteur du clip, qui se décrit comme « un emmerdeur internationalement reconnu », explique pourquoi il estime que Frank Zampino est en conflit d’intérêts. Il termine sa capsule en faisant un long doigt d’honneur à l’ancien responsable des finances de l’administration municipale.
Le por te-parole de Frank Zampino, Gilles Corriveau, de la firme Enigma, a visionné la capsule sur YouTube, hier aprèsmidi, après que La Presse l’eut informé de son existence.
« Mon client n’est pas au courant, a dit M. Corriveau d’un ton dégoûté. Et je ne ferai pas de commentaires. Je ne sais pas encore si je vais l’informer. Vous savez, il est sans emploi aujourd’hui. » Il a fait remarquer que M. Zampino n’est plus un personnage public.
Pas le seul
D’autres capsules déplorant l’affaire des compteurs d’eau ont été mises en ligne sur YouTube au cours des derniers mois. Dans l’une d’elles, intitulée La croisière abuse, le maire Gérald Tremblay reçoit un titre pour sa « toujours non-participation », en allusion au nombre de fois où il a dit qu’il n’était pas courant de la croisière de M. Zampino sur le bateau de Tony Accurso.
Le bras de fer syndical des pompiers contre la direction du Service de sécurité incendie de Montréal s’est aussi transporté sur le site. Depuis trois mois, à raison d’une capsule vidéo par mois, des messages adressés au directeur Serge Tremblay sont mis en ligne.
La dernière capsule est diffusée sous le pseudonyme Fireman 362. Sur l’air de la chanson Sex Bomb de Tom Jones, dans une performance vocale pour le moins discutable, un chanteur traite à plusieurs reprises le grand dirigeant des pompiers de « petit roi ».
Depuis qu’elle a été mise en ligne, la capsule a été visionnée plus de 500 fois. Les deux autres, mises en ligne à la mi-mars et à la mi-avril, ont été visionnées plus de 3000 fois.
À la direction du SIM, Louise Tremblay, chef de division et porte-parole du directeur, a expliqué à La Presse qu’elle était au courant de la campagne vidéo diffusée sur YouTube. Des informations ont été recueillies auprès du Service de police de la Ville de Montréal afin de faire retirer les capsules, a-t-elle dit.
« Pour le directeur, a-t-elle ajouté, ces messages qui portent atteinte à la vie professionnelle et personnelle des gens constituent un manque flagrant de respect et sont franchement dépassés. Serge Tremblay a toujours eu énormément de respect pour ses employés. Il estime que les capsules sont le fait d’une faible minorité de pompiers ou encore de certaines personnes qui ont des intérêts personnels et qui désirent entacher sa réputation. »
Joint en début de journée hier, le porte-parole de l’Association des pompiers deMontréal, Laurent Arel, a dit que le vice-président du syndicat, Alain Nault, n’était pas au courant des vidéos.
« Rappelez-nous la semaineprochaine », a demandéM. Arel, sans formuler d’autres commentaires.
Du côté du cabinet du maire de Montréal, son porte-parole, Martin Tremblay, a indiqué au sujet de la capsule La croisière abuse qu’il s’agissait d’un dossier « anecdotique ». « Nos citoyens seront contents de savoir que nous avons d’autres priorités à traiter », a-t-il ajouté au nom de Gérald Tremblay.
Joint par La Presse, Gabriel Roy dit: « Si tu ne t’occupes pas de la politique, elle va s’occuper de toi. » « Je pense qu’on a le droit d’exprimer son opinion, mais il faut avoir le courage de montrer son visage et de donner son vrai nom, a-t-il dit. Ce qui arrive à Montréal est scandaleux. Ceux qui regardent mes vidéos sont généralement dans la vingtaine, et ils ont le droit d’être informés. Mais si M. Zampino veut me rencontrer, je suis prêt à prendre un café avec lui et à l’écouter. »



SOMMET CITOYEN DE MONTRÉAL Le maire refuse de partager la scène avec ses adversaires

Les candidats à la mairie se retrouveront sur la même scène, ce matin à l’UQAM, pour discuter des grandes questions qui concernent la métropole. Tous sauf un: Gérald Tremblay répondra aux mêmes questions que ses adversaires, mais dans une discussion séparée, qui aura lieu une demi-heure plus tôt. Les organisateurs du forum ont dû trouver ce « compromis » pour que le maire accepte d’y participer, a appris La Presse.
Le 5e Sommet citoyen de Montréal est un forum de 80 ateliers et conférences sur l’économie, l’aménagement urbain, l’environnement et un éventail de sujets qui touchent la politique municipale. Le maire répondra à une série de questions au cours d’un atelier intitulé La ville que nous voulons.
« Pour les gens qui seront ici demain, a expliqué Pascoal Gomes, porte-parole du Sommet citoyen, ça ne fera aucune différence que les candidats soient assis côte à côte ou pas. Il n’y a pas de débat comme tel. Les gens vont entendre chacun des candidats et le maire se prononcer sur les mêmes questions avec le même temps alloué. »
Le maire prendra donc la parole vers 10h30 avec un groupe composé d’élus et de penseurs du Canada anglais et de la France. Louise Harel ( Vision Montréal), Richard Bergeron ( Projet Montréal), Louise O’Sullivan (Montréal-Ville-Marie) et Michel Bédard ( Fierté Montréal) prendront la scène lors de l’atelier suivant, à 11h30.
À la question de savoir pourquoi le maire refuse de partager la scène avec les autres candidats, son porte-parole, Martin Tremblay, a répondu: « Nous voulions nous assurer que le maire ait un espace approprié pour livrer son message, pour discuter de ses idées, pour faire avancer un certain nombre d’enjeux. Que les gens le fassent avant ou après, l’important c’est que les enjeux soient discutés et que les idées soient entendues. »
« Manque de respect »
Benoît Labonté, qui vient tout juste de céder sa place à Louise Harel à la tête de Vision Montréal, estime que le maire « manque de respect » envers les électeurs en refusant de participer à la discussion. « Ça témoigne d’une certaine nervosité et d’une certaine crainte de débattre du bilan de l’administration », a-t-il raillé.
Lors des élections de 2005, qu’il avait remportées haut la main, Gérald Tremblay n’avait participé qu’à un seul débat en français. Il avait notamment été critiqué pour avoir esquivé un débat organisé par le Conseil des Montréalaises. Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, affirme que, en évitant ses adversaires au Sommet citoyen, le maire retourne à ses vieilles habitudes.
« Si c’est son intention de faire ça à nouveau cette année, c’est carrément trouillard, a-t-il dénoncé. C’est aussi tourner le dos à ses responsabilités. Le public a le droit de pouvoir jauger autrement que dans des activités partisanes où tout est fixé d’avance. »



LA CONFIANCE S’EFFRITE - 
SARA CHAMPAGNE
Le lien de confiance entre les Montréalais et Gérald Tremblay est fortement ébranlé par les révélations récentes qui ont éclaboussé l’hôtel de ville. Le mécontentement est à ce point élevé chez les citoyens que 38% d’entre eux réclament la démission du ma
« On constate que les gens sont divisés selon le suivi qu’ils ont accordé aux controverses. Dans l’ensemble, les résultats du sondage démontrent clairement que les scandales ont grandement affaibli le maire. »  
Àsix mois seulement des élections, la majorité des citoyens montréalais ne croit pas le maire quand il affirme qu’il n’était pas au courant des malversations à la SHDM et de certains faits relevés dans le dossier des compteurs d’eau, révèle un sondage Angus Reid Strategies-La Presse. Nombreux sont les électeurs qui estiment que l’image de la métropole a par ailleurs été ternie depuis le mois de janvier.
Depuis que Gérald Tremblay a été élu maire de Montréal, en 2001, jamais il n’aura perdu autant de lustre aux yeux de ses citoyens. Depuis le début de l’année, plus de la moitié des répondants, soit 57%, affirment que leur degré de confiance a « beaucoup ou modérément » diminué envers Gérald Tremblay.
Dans la même veine, 56% des répondants ne croient pas Gérald Tremblay quand il affirme qu’il n’était pas au courant des malversations à la SHDM et de certains faits relevés dans le dossier des compteurs d’eau.
La chute de confiance à l’égard du maire est à ce point vertigineuse que la majorité, soit 38% des répondants, réclame le départ du maire. La maison de sondage Angus Reid Strategies remarque que parmi ceux qui réclament sa démission, 53% ont suivi de près le scandale de la SHDM et 47% celui des compteurs d’eau. À l’inverse, seulement un sur trois de ceux qui estiment que le maire devrait conserver son siège ( 34%) ont suivi les dossiers (33% celui de la SHDM et 36% celui des compteurs d’eau).
« Il est plutôt rare qu’une maison de sondage ait l’occasion de demander à des répondants s’ils considèrent qu’un élu devrait démissionner, explique Jaideep Mukerji, vice-président aux affaires publiques d’Angus Reid Strategies. On constate que les gens sont divisés selon le suivi qu’ils ont accordé aux controverses. Dans l’ensemble, les résultats du sondage démontrent clairement que les scandales ont grandement affaibli le maire. »
Montréal en souffre
N’en dépla i se à Géra ld Tremblay, qui affirmait récemment que la réputation de la métropole ne souffrait pas des scandales qui frappent son administration, deux citoyens interrogés sur trois, soit 66%, pensent le contraire.
En conséquence, un peu plus de la moitié des répondants ( 54%) se disent « très insatisfaits » ou « modérément insatisfaits » du rendement du maire depuis janvier dernier. L’insatisfaction grimpe à 64% quand il est question de l’ancien bras droit du maire, Frank Zampino, dont les liens avec l’entreprise Dessau font constamment la manchette.
Malgré une perte de confiance des citoyens, le maire Tremblay maintient le cap dans les intentions de vote. Plus du quart des gens sondés (26%) seraient prêts à voter pour lui. Avec 21% des intentions de vote, Benoit Labonté, chef de l’opposition, le talonne toutefois de près. Rappelons que lors des élections de novembre 2005, Gérald Tremblay avait été élu avec 54 % des suffrages exprimés, contre 36 % pour son principal rival , l’ex-maire Pierre Bourque.
Interpellée à plusieurs repr i ses depuis deux semaines pour son rôle dans le processus de fusion de la SHDM avec une autre société paramunicipale, la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, a la cote auprès d’un répondant sur deux (47%), qui croit que son idée d’adopter un code d’éthique municipal « empêcherait peut-être des scandales » de se produire. Les mêmes répondants, par une proportion de 37%, se disent toutefois « très insatisfaits » ou « modérément insatisfaits » du rendement de la ministre à Québec depuis janvier.
Le sondage Angus Reid Strategies-La Presse a été réalisé les 6 et 7 mai derniers, auprès de 805 répondants à l’aide d’un formulaire sur le web. Il s’agissait de résidants de Montréal, francophones et anglophones, aptes à voter aux prochaines élections municipales. La marge d’erreur de ce sondage est de 3,5%, 19 fois sur 20.

Gérald Tremblay en tête, malgré tout
Si des élections avaient lieu aujourd’hui, 26% des électeurs montréalais accorderaient leur soutien au maire Gérald Tremblay. Son principal adversaire, Benoit Labonté, chef de Vision Montréal, suit de près avec 21% des intentions de vote. Il s’agit d’une solide remontée pour Benoit Labonté, pratiquement inconnu des répondants dans les derniers sondages. Quant à Richard Bergeron, de Projet Montréal, et Louise O’Sullivan, du Parti Montréal Ville-Marie, ils obtiennent respectivement 10% et 6% des intentions de vote.
Les répondants au sondage se sont prêtés à un jeu électoral fictif. On leur a demandé pour qui ils voteraient parmi les candidats suivants : Martin Cauchon, Denis Coderre, Jacques Duchesneau, Liza Frulla, Louise Harel, Pierre Marc Johnson, Robert Laramée et Gilbert Rozon.
Louise Harel, qui a notamment été ministre des Affaires municipales pendant quatre ans dans un gouvernement du Parti québécois, arrive largement en tête, avec 17% des intentions de vote. Pierre Marc Johnson, ancien chef du Parti québécois, se classe au deuxième rang, avec 11% des suffrages. Viennent ensuite Liza Frulla et Denis Coderre, qui recueillent tous les deux 9% des votes.
En quatrième position, Jacques Duchesneau, candidat à la mairie en 1998 et ancien chef du Service de police de la Communauté urbaine de Montréal, obtient 6% de la faveur des répondants. Gilbert Rozon, qui, la semaine dernière, au congrès des économistes québécois, a déclaré qu’il y avait trop de « roitelets » à Montréal, n’obtient que 2% des votes, tout comme Martin Cauchon, ancien ministre fédéral. Le reste des répondants, soit 30%, ont déclaré « ne pas être certains » de leur choix de vote.
Les prochaines élections municipales auront lieu le 1er novembre.

DES JOURS MEILLEURS
En novembre 2007, un sondage UniMarketing-La Presse attribuait au maire Tremblay un taux de satisfaction inégalé depuis son arrivée en politique municipale. Deux répondants sur trois, soit 63%, se disaient très satisfaits de lui. Et sept répondants sur 10 ( 70%) applaudissaient son leadership. Le degré de satisfaction était tel que le maire éclipsait Jean Charest et Stephen Harper pour la satisfaction globale qu’ils récoltaient. Il battait par ailleurs à plate couture Benoit Labonté, maire de Ville-Marie, dans les intentions de vote.


L’innocence perdue de Gérald Tremblay -  MICHÈLE OUIMET
Les Montréalais peuvent bien chercher un sauveur et s’imaginer que Pierre Marc Johnson ou Louise Harel courront au chevet de la Ville. La triste réalité, c’est que personne, ou presque, ne veut se risquer à gouverner l’ingouvernable.
Les scandales de la SHDM et des compteurs d’eau ont sapé la confiance des Montréalais. La cote de popularité du maire Gérald Tremblay est en chute libre.
Ce ne sont pas les journalistes qui le disent, mais un sondage de la firme Angus Reid StrategiesLa Presse réalisé auprès de 805 Montréalais les 6 et 7 mai, une semaine après que les rapports du vérificateur de la Ville et de la firme Deloitte eurent sérieusement écorché l’administration Tremblay.
Si j’étais maire – Dieu m’en garde ! –, je méditerais sur ces chiffres. Et après avoir médité, je parlerais aux gens de mon équipe et je leur poserais des questions. De vraies questions. J’arrêterais de les croire aveuglément. Mais ce n’est pas le genre du maire, qui préfère le rôle du bon gars. Le problème, c’est que la majorité des Montréalais ne croit plus en son innocence.
Mais revenons au sondage. Premier constat : la confiance s’est volatilisée. Depuis le début de l’année, le degré de confiance des Montréalais envers le maire a dégringolé de 57%. Une gifle. Que dis-je, une douche froide. Ou les deux.
Deuxième constat : le maire a perdu sa crédibilité. Cinquantesix pour cent des personnes interrogées ne le croient pas lorsqu’il jure qu’il n’était pas au courant des « malversations reliées à la SHDM et au dossier des compteurs d’eau ». Seulement 22% le croient. Deuxième gifle.
Les Montréalais s’intéressent aux scandales de la SHDM et des compteurs d’eau. La complexité de la chose ne les rebute pas. Pour le plus grand malheur du maire. Près de 60% des personnes interrogées ont suivi « de très près ou d’assez près » la controverse entourant l’attribution du contrat des compteurs d’eau et environ la moitié (45%), le feuilleton de la SHDM.
C’est énorme. La vente du club de hockey Canadien, par exemple, est suivie par 56% des Montréalais. Qui l’eût cru? De vulgaires compteurs d’eau aussi populaires que le légendaire Tricolore!
La SHDM et les compteurs d’eau sont des dossiers techniques, complexes, difficiles à suivre, avec des ramifications obscures et des liens incestueux entre des élus, des fonctionnaires et des compagnies. Une chatte y perdrait ses petits. Peu importe, les Montréalais s’accrochent. Environ la moitié d’entre eux se passionne pour ces histoires de tuyaux et de ventes de terrains.
Si j ’étais Gérald Tremblay, j’avalerais ma salive de travers.
L’effet scandale est indéniable. Le degré de satisfaction a chuté: seulement le tiers des Montréalais sont très ou modérément satisfaits du maire; 66% croient que les scandales ont terni l’image de la Ville et, cerise sur le gâteau, 38% croient que Gérald Tremblay devrait quitter la mairie. Des chiffres qui font mal.
Pour bien mesurer l’ampleur de la dégringolade, il faut se rappeler que le maire a toujours été populaire. Selon un sondage réalisé par Léger Marketing* en février, 54% des Montréalais étaient satisfaits et 32% étaient prêts à le réélire, comparativement à 4% pour Benoit Labonté et 5% pour Richard Bergeron.
Aujourd’hui, non seulement le taux de satisfaction a chuté de 20 points, mais l’impopulaire et obscur Benoit Labonté talonne le maire. Selon Angus Reid, 26% des Montréalais voteraient pour Gérald Tremblay, 21% pourBenoitLabonté et 10% pour Richard Bergeron. Ouille! Le maire a non seulement perdu son innocence, mais aussi sa couche de téflon.
Autre question d’Angus Reid: « Parmi les personnalités suivantes, qui ferait le meilleur maire pour Montréal? » Suit une liste de huit noms: Lisa Frulla, Martin Cauchon, Pierre-Marc Johnson, Louise Harel, Gilbert Rozon, Denis Coderre, Jacques Duchesneau et Robert Laramée.
Et s’il y avait des élections, a ajouté Angus Reid, pour qui voteriez-vous? Cinq des huit personnes nommées ont battu le maire, y compris Denis Coderre.
Dur pour l’ego de Gérald Tremblay.
Les Montréalais peuvent bien chercher un sauveur et s’imaginer que Pierre Marc JohnsonouLouise Harel courront au chevet de la Ville. La triste réalité, c’est que personne, ou presque, ne veut se risquer à gouverner l’ingouvernable.
À cause de l’odeur de scandale qui flotte obstinément au-dessus de la Ville. Et à cause de l’enchevêtrement de structures qui la rend ingérable. En voulezvous, des couches, en v’là : 19 arrondissements transformés en petits royaumes, une ville centre, 15 villes reconstituées, un conseil d’agglomération, une communauté métropolitaine.
Maire de Montréal? Pas très tentant comme boulot. *Le sondage Léger Marketing a été réalisé entre les 9 et 11 février auprès de 1005 répondants vivant dans les 19 arrondissements de la Ville de Montréal. Marge d’erreur: 3,1 points de pourcentage. Celui d’Angus Reid a été fait auprès de 805 personnes vivant dans l’île de Montréal les 6 et 7mai. Marge d’erreur: 3,5 points.


Pour une commission d’enquête publique -  MICHÈLE OUIMET
On n’est plus dans le potin ou la rumeur. Trois rapports du vérificateur général de la Ville ont soulevé des questions troublantes sur des ventes au rabais de terrains qui appartenaient à la Ville, sans oublier un document costaud de la firme Deloitte qui a disséqué la vente du Faubourg Contrecoeur à Catania, vente entachée de nombreuses irrégularités.
Encore une tuile qui tombe sur la tête du maire de Montréa l , Géra ld Tremblay. Encore des affaires embarrassantes. Il y a trop de tuiles, trop de scandales, trop de l iens incestueux.
Chaque fois, le maire a la même réaction. Il est soit 1) étonné; 2) troublé ; 3) préoccupé ; 4) ignorant; 5) toutes ces réponses.
Après la SHDM et les compteurs d’eau, deux nouvelles affaires frappent l’administration Tremblay. Jusqu’au mois de septembre, un vice-président de Dessau, Jacques Fortin, a fait partie du comité de vérification de la Ville.
Dessau, une firme d’ingénieurs qui a des centaines de mandats de Montréal et qui a décroché le contrat des compteurs d’eau, sur lequel flotte une odeur de scandale.
Les membres du comité de vérification ne doivent entretenir aucune relation directe ou indirecte avec la Ville, car ils analysent de l’information financière stratégique. Alors que faisait le vice-président de Dessau dans ce comité? Le loup dans la bergerie.
En 2005, l’arrondissement de Faubourg Contrecoeur au promoteur Catania ; Dessau a obtenu, avec Tony Accurso, le contrat des compteurs d’eau; Frank Zampino s’est baladé sur le yacht de Tony Accurso en plein processus d’appel d’offres pour le contrat des compteurs d’eau; etc., etc.
Au coeur des histoires qui éclaboussent la Ville depuis quelques mois, on trouve souvent – trop souvent – le même monde: les compagnies Dessau, SimardBeaudry, Catania, le directeur général de la Ville, Claude Léger, le directeur des affaires corpora-
Les dossiers sont maintenant entre les mains de la Sûreté du Québec. La police à l’hôtel de Ville de Montréal ! L’heure est grave.
Et que fait le maire, à part prendre des airs de martyr ? Il tombe des nues et jure qu’il ne savait rien. Que fait la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau? Elle s’en tire avec une ou deux déclarations molles et peu compromettantes. Elle s’en lave les mains. Que Montréal s’arrange avec ses problèmes ! Saint-Léonard, dirigé par le président du comité exécutif, Frank Zampino, a accordé un contrat de 32 millions à une filiale de Dessau, la SOGEP, qui a embauché le beau-frère de Frank Zampino.
Les liens sont tissés serré. Trop serré.
Dessau a embauché Frank Zampino six mois après son retrait de la vie politique ; Dessau a une filiale impliquée dans le scandale de la vente du tives, Robert Cassius de Linval, Frank Zampino…
Et on n’est plus dans le potin ou la rumeur. Trois rapports du vérificateur général de la Ville ont soulevé des questions troublantes sur des ventes au rabais de terrains qui appartenaient à la Ville, sans oublier un document costaud de la firme Deloitte qui a disséqué la vente du Faubourg Contrecoeur à Catania, vente entachée de nombreuses irrégularités.
Alors, qu’est-ce qu’on fait ? Le maire démissionne ?
Pourquoi pas ? Sa crédibilité est nulle. Ou il ne savait rien, ce qui prouve qu’il n’a aucun ascendant sur son entourage. Comment peut-on prétendre gérer une ville quand on ignore ce qui se passe sous son nez? Ou il était au courant, et c’est la démission sur-lechamp, car le maire aurait menti en affirmant qu’il ne savait rien.
Mai s l a dém i s s i on de M. Tremblay ne changera rien au problème de fond, soit la corruption qui semble érigée en système. Car si on additionne les scandales, on conclut qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond à l’hôtel de ville, quelque chose de grave. Il n’y a peut-être pas de collusion, mais il existe assez d’éléments inquiétants pour se poser de sérieuses questions.
La SQ enquête, mais ce n’est pas suffisant. Existe-t-il un système organisé de corruption ? Si oui, qui tire les ficelles?
Un grand ménage s’impose, un ménage qui va au-delà de la démission du maire.
Mettre Montréal sous tutelle ? Peut-être. Mais c ’est l e ministère des Affaires municipales qui va l’imposer par un décret du Conseil des ministres. Pour l’instant, la ministre Normandeau ne nous a pas prouvé qu’elle avait le coffre nécessaire pour mettre la ville au pas.
Il ne reste qu’une solution: créer une commission d’enquête publique. Mettre cartes sur table, tout déballer et obliger les Zampino de ce monde à donner des réponses. Des vraies.


"Mr. Tremblay, on ne peut pas plaire à tout le monde !" -  Gaétan Frigon
UNE VALEUR SÛRE
Gérald Tremblay demeure, malgré tout, la meilleure personne pour diriger la Ville de Montréal
Gérald Tremblay, c’est quelqu’un qui veut plaire à tout le monde en ne mécontentant personne, quelqu’un qui veut choisir seulement les batailles qui ne soulèvent pas d’opposition, même si cela signifie ne pas prendre de décision ou pelleter par en avant.
Après avoir occupé différents postes de direction dans le commerce de détail pendant près de 40 ans, notamment à la SAQ, l’auteur est aujourd’hui copropriétaire de plusieurs entreprises, dont Publipage Inc.
Gérald Tremblay a annoncé qu’il solliciterait un troisième mandat à la mairie de Montréal.
En 2003, alors que j’étais PDG de Loto-Québec, nous avions décidé de présenter le projet d’agrandissement du Casino de Montréal au maire Gérald Tremblay, question d’avoir l’appui de la Ville avant d’aller trop loin. Il nous avait reçus en grande pompe dans la salle du comité exécutif en présence de tous les membres dudit comité. Le projet de LotoQuébec incluait un minirail qui allait du bassin Peel au Casino et qui permettait à tous les citoyens de se rendre gratuitement au parc Jean-Drapeau.
Au cours de la présentation, il nous est apparu évident que le projet plaisait au maire qui voyait là un projet porteur pour sa ville. Pourtant, après la rencontre, à la suite d’une longue discussion, nous n’avions aucune idée si Gérald Tremblay était pour ou contre, et si la Ville appuierait le projet. De toute évidence, monsieur le maire voulait connaître la direction du vent avant de se prononcer. Il ne voulait pas déplaire à Loto-Québec, mais voulait en même temps s’assurer qu’il n’y aurait pas de contestation.
À mon avis, cette rencontre décrit l’essence même du personnage Gérald Tremblay, quelqu’un qui veut plaire à tout le monde en ne mécontentant personne, quelqu’un qui veut choisir seulement les batailles qui ne soulèvent pas d’opposition, même si cela signifie ne pas prendre de décision ou pelleter par en avant.
Par la suite, Gérald Tremblay m’a invité à plusieurs reprises à aller prendre un café à son bureau pour discuter de tout et de rien, invitations auxquelles je n’ai pas donné suite par pure négligence. J’aurais certes dû y aller, si ce n’est que pour lui dire de ne pas avoir peur d’être un vrai maire avec tout ce que cela implique.
Donc, monsieur le maire, si vous m’invitez à nouveau, cette fois j’irai et on pourra se parler entre quatre yeux du vieux principe voulant qu’on ne peut pas plaire à tout le monde et à son père en même temps, et de l’importance d’aller au bâton même si, parfois, on est retiré sur trois prises. Dans la vie, un coup de circuit opportun peut faire oublier bien des revers.
Je n’ai nul désir de me prononcer sur les odeurs de scandale qui semblent flotter à l’Hôtel de Ville. Je laisse cela au vérificateur général et à la police. Cependant, devant les appels répétés dans certains milieux demandant la démission du maire, je crois important de me prononcer sur la candidature de M. Tremblay pour un troisième mandat.
Selon moi, le maire devrait se présenter à nouveau. À moins qu’un nouveau Jean Drapeau, en plus économe que l’ancien, ne surgisse de nulle part pour prendre la relève, Gérald Tremblay demeure, malgré tout, la meilleure personne pour diriger la Ville de Montréal, d’autant plus que les récents événements lui auront probablement donné une sévère leçon qu’il voudra mettre en pratique.
Également, si Gérald Tremblay est réélu pour un troisième et dernier mandat, il pourra accepter de déplaire à certains alliés, car il n’aura pas à se faire réélire. À l’heure actuelle, entre Benoit Labonté, Richard Bergeron et Gérald Tremblay, le choix me semble évident. Il ne faut surtout pas changer pour pire. Gérald Tremblay demeure une valeur sûre et un maire expérimenté.
Tous admettent qu’il est d’une intégrité et d’une honnêteté exemplaires et qu’il aime Montréal plus que tout au monde. De toute façon, les gouvernements du Québec, aussi bien péquiste que libéral, ont tellement massacré Montréal qu’elle est devenue ingouvernable. De fusions mal faites par les péquistes à des défusions mal faites par les libéraux, c’est à qui ferait de son mieux pour que le lent déclin de Montréal se poursuive de façon accélérée.
Avant de penser à changer de maire, il vaudrait mieux modifier la Charte de la Ville pour la rendre gouvernable. Autrement, que ce soit Gérald Tremblay ou quelqu’un d’autre à la mairie, Montréal continuera de dépérir.



Ville cherche leadership désespérément - YVES BOISVERT
Le maire lance même un défi: « S’ils (les journalistes de "La Presse") ont des faits nouveaux, qu’ils les sortent ! » Avez-vous lu les rapports de vérification, monsieur le maire? C’est un bon début.
Des fois, j’ai l’impression que Gérald Tremblay n’est pas le maire de Montréal, mais une sorte de lieutenant-gouverneur. Un chancelier d’université de province. Un chanoine honoraire.
Montréal a cruellement besoin de leadership et Gérald Tremblay a raté 100 fois l’occasion de prouver qu’il en a, écrit Yves Boisvert.
C’est un homme au-dessus et à côté des controverses, allergique aux conflits.
Comment voulez-vous diriger une ville comme celle-là sans conflits?
Comment? Comme vous voyez. Qu’il soit question du site d’un hôpital d’un milliard de dollars ou de ventes de terrains, Gérald Tremblay ne veut surtout pas de chicane.
Déménager le casino au bassin Peel aurait pu avoir un réel impact sur la mise en valeur d’un secteur sinistré de la ville. Gérald Tremblay était pour, mais pas trop fort. Jamais il n’est allé au front comme il l’a fait, par exemple, pour sauver le Grand Prix. Mais le Grand Prix, c’était une bataille contre un ennemi extérieur, et il ralliait les Montréalais. Dans le cas du casino, comme tellement souvent, il a eu peur, alors il a été timide, timoré, effacé. On n’ira pas blâmer les groupes de pression: le maire de Montréal ne s’est même pas tenu debout.
Non pas que l’affrontement soit un mode de gestion en soi. Mais la peur de se faire des ennemis rend impossible tout leadership.
Or, cette ville a cruellement besoin de leadership, et Gérald Tremblay a raté 100 fois l’occasion de prouver qu’il en a.
Depuis six mois, c’est l’intégrité de l’administration qui est en cause. On ne peut pas se débarrasser du sujet en disant que le vérificateur enquête, que la police enquête et que, avec un commissaire à l’éthique, les choses seront désormais bien gérées.
Selon moi, on n’a pas lu les mêmes rapports. On a de sérieuses indications selon lesquelles des gens contournent les mécanismes des marchés publics. Il y a carrément craintes de corruption. On ne parle pas d’un fonctionnaire perdu dans un service. Il y a vraiment lieu de craindre un système pour écarter des soumissionnaires et pour répartir les contrats entre un petit groupe d’entrepreneurs – le conseiller Richard Bergeron l’affirme carrément dans une plainte à la SQ.
Si c’est vrai, on est face à trois problèmes. Le premier, c’est que la concurrence ne joue pas. Donc, on paie trop cher pour des services et on n’obtient pas nécessairement les meilleurs projets. Le deuxième, c’est qu’on envoie le message à des entrepreneurs qu’ils ne sont pas les bienvenus à Montréal – certains reçoivent le message sous forme de menaces. Le troisième, c’est que, dans la mesure où il y a des complicités à la Ville, cela pervertit l’administration, compromet son honnêteté. Tout cela finit tôt ou tard par pourrir la vie publique.
On sait bien que les enquêtes policières sont en cours et on ne peut accuser personne. Mais les rapports de vérification et l’affaire des compteurs d’eau nous donnent des motifs de craindre que des gens aient implanté ou tenté d’implanter un système malhonnête pour contourner les marchés publics.
On n’est plus au stade du commissaire à l’éthique qui nous dira qu’un élu ne doit pas partir en croisière avec des entrepreneurs. On est bien plus loin, et ça, encore une fois, Gérald Tremblay ne donne pas l’impression qu’il le réalise ou qu’il s’en inquiète.
Hier, à TVA, le maire Tremblay a contreattaqué en disant que ce n’est pas La Presse qui va choisir le prochain maire. On est d’accord là-dessus, monsieur le maire.
La question que posent les reportages et les commentaires depuis six mois n’est pas là. La question consiste à savoir ce que fait le maire de Montréal pour s’assurer qu’un petit groupe ne pervertisse pas les marchés publics à Montréal.
(Merci pour l’hommage, mais The Gazette et Le Devoir ne doivent pas vous être tellement plus agréables ces jours-ci, en passant.)
J’ai assisté aux explications des ingénieurs sur le projet des compteurs d’eau. Projet nécessaire, projet d’avenir, je dirais presque courageux parce qu’un tuyau sous terre n’est pas nécessairement très rentable politiquement.
Mais encore là, est-ce que la concurrence a vraiment joué? Je n’en suis pas convaincu du tout. Et voilà le maire qui veut « aller au fond des choses »… qui donne un mois et demi au vérificateur pour enquêter sur cette affaire complexe.
Ce n’est pas André Noël qui est allé en bateau avec le constructeur Tony Accurso, c’est l’ancien président du comité exécutif. Ça ne vous inquiète pas, monsieur le maire?
Le maire lance même un défi : « S’ils (les journalistes de La Presse) ont des faits nouveaux, qu’ils les sortent! »
Avez-vous lu les rapports de vérification, monsieur le maire? C’est un bon début.
On y voit une administration incroyablement empressée de créer une structure privée pour vendre les terrains de la Ville – dont certains sont les plus importants que possède Montréal.
On y voit une administration qui n’écoute pas ses propres avocats quand ils lui disent que ses procédés sont illégaux.
Et on y voit, après une tentative de se soustraire à la vérification publique, une série de transactions suspectes.
Ça, ce n’est pas La Presse qui le dit, c’est le vérificateur de la Ville et la firme retenue pour l’aider. Et tout ça est entre les mains de la police. Hier, Gérald Tremblay a dit qu’il serait candidat le 1er novembre. Il a aussi dit qu’il conservait son équipe, quoi qu’on puisse penser du rôle qu’elle a joué dans l’histoire de la SHDM.
Bel élan de solidarité, qui ne fait que confirmer qu’on n’a pas lu les mêmes rapports.
C’est ainsi que Gérald Tremblay exerce son leadership. Quelques sermons prononcés avec sincérité. Mais surtout, pas de chicane. Tout ira mieux, tout ira mieux, mes amis, n’ayez pas peur.
Je ne suis pas rassuré.
Hier, Gérald Tremblay a dit que, s’il y a un bon candidat dans l’opposition, il sera ravi de lui faire face aux élections de novembre. Et les Montréalais trancheront, a-t-il ajouté. Fort bien, mais pour l’instant, ce candidat existe-t-il ? Moi, je ne le vois nulle part. Et vous ?



À quand une escouade anticorruption? - YVES BOISVERT
Cette administration est discréditée. On ne sait plus qui sont les manipulateurs et qui sont les manipulés. Ils n’ont même pas vu cet immense tas de merde d’éléphant au milieu de l’hôtel de ville. Gérald Tremblay ne savait rien? Maintenant il sait. Mais sait-il qui sont ceux qui lui riaient dans le dos, trop contents qu’il ne voie jamais rien?
Même à l a Vi l l e de Montréa l , un êt re humain est présumé vouloir l a conséquence normale de ses actes. Quand on crée une structure à magouilles, c’est normalement parce qu’on voulait des magouilles. Ou qu’on était trop incompétent pour s’en rendre compte.
Comment, donc, croire que ce qui est arrivé à la Ville de Montréal n’est qu’un malencontreux accident ?
C’était un projet. Des gens ont voulu soustrai re l’organisme qui gère les terrains de la Ville de Montréal de la surveillance des élus et du public. Ils en ont fait un organisme privé, la SHDM.
Pour quoi faire, pensez-vous ? Le vérificateur de la Ville a découvert des tours de passepasse de terrains tellement bizarres qu’il en appelle à la police.
On connaît la prudence des vér i f icateurs généraux . I ls côtoient la mauvaise gestion, ils en vivent, pour ainsi dire. Leurs archives sont des monuments à la « moronnerie » administrative. Ils ne passent pas leur temps à appeler les gendarmes. Un simple gaspillage, même gros, n’est pas un crime.
Pour que le vérificateur Michel Doyon demande le déclenchement d’une enquête policière, il fallait qu’il ait des motifs sérieux. Il en a. Appels d’offres faits à la va-vite ou pas faits du tout, informations cachées aux élus, ter rains vendus sous le juste prix du marché...
Et tout cec i , comme pa r hasard, dans un organisme qui a tenté d’écarter le vérificateur général de la Ville. Et pourquoi donc, d’après vous ?
L’ex-directeur de la SHDM, Ma r t ia l Fi l l ion, fa i t l ’ objet d’une enquête. C’est lui qui a fait les t ransactions controversées.
Mais que dire des architectes de ce machin opaque ?
Je me souviens de l ’ avocat Robert Cassius de Linval, directeur des affaires corporatives de la Ville, qui prétendait que tout était merveilleusement légal, l’automne dernier, quand on a commencé à mettre en lumière les bizarreries du projet Contrecoeur. Et le maire Tremblay de boire ses paroles. Légale, légale, légale, l’affaire.
Pourtant, le propre contentieux de la Ville les avait avertis: oh là, les amis, arrêtez vos folies, on n’a pas le droit d’envoyer dans le privé une société paramunicipale (qui gère pour des millions en immeubles et terrains) sans la permission de Québec.
Pas grave! Me Cassius de Linval était allé chercher une contre-opinion du professeur de droit municipal Jean Hétu. Celui-ci en est venu à la conclusion épatante qu’il y avait un trou dans la Charte de la Ville de Montréal et que cette société paramunicipale... n’en était pas une. Donc pas besoin de demander à Québec.
Pourquoi cette insistance à ne pas demander à Québec, au fait, si ce projet de privatisation est impeccable ? Simple souci d’efficacité, voyons. Peur des délais bureaucratiques.
Ce ne sera pas la première fois qu’une ville contourne ses propres avocats en demandant un avis juridique extérieur plus enthousiaste à sa vision. Elle peut ensuite plaider la bonne foi juridique. Entre deux opinions, elle a pris celle qui faisait son affaire. Qu’y a-t-il de mal là-dedans ?
Il y a que le projet, au départ, était insensé. On n’envoie pas en orbite un organisme qui gère des propriétés de première importance pour le développement de la Ville. Une ville qui se respecte veut planifier son développement intelligemment, pas le laisser à des affairistes dans une société privée vaguement rattachée à la ville.
Et ça, tant Robert Cassius de Linval que Gérald Tremblay auraient dû le voir, en dehors de toute espèce de malversation. C’était stupide dès le premier jour.
Et voi l à qu’on découvre que, dès le départ, les gestes douteux ont commencé. Bien entendu, ces choses-là peuvent arriver dans un organisme gouvernemental.
Sauf qu’on constate ici une troublante coïncidence, comme une relation de cause à effet : la SHDM s’éloigne du contrôle des élus et, tiens donc, des choses étranges arrivent.
C’est pour ça que je dis que cela ressemble bien davantage à un projet bien orchestré qu’à un accident de parcours, un dérapage.
Et tout près du maire, il y a des gens qui sont responsables de cela. Ils n’ont peut-être rien à voir avec les histoires qui sont survenues à la SHDM. Mais ils ont déployé leur énergie à la créer telle qu’elle est devenue. Ils ont rendu tout ceci possible. Ils ont été prévenus. Ils auraient dû s’en douter.
C’est pourquoi cet t e administration est discréditée. On ne sait plus qui sont les manipulateurs et qui sont les manipulés.
Ils n’ont même pas vu cet immense tas de merde d’éléphant au milieu de l’hôtel de ville.
Gér a l d T rembl ay ne savait rien ? Maintenant il sait. Mais sait-il qui sont ceux qui lui riaient dans le dos, trop contents qu’il ne voie jamais rien ?
Vivement les élections, ditesvous? Vivement la police, je dis. On en est là.
Vivement une escouade policière anticorruption. Y aura-t-il des budgets pour ça ?


Qui ment? - MICHÈLE OUIMET
Claude Léger a reçu un rapport sur une transaction explosive. Et il n’a rien dit au maire? Il a gentiment remisé le rapport dans un tiroir de son bureau? Difficile à croire. Si c’est le cas, il devrait démissionner sur-le-champ, car il a rompu le lien de confiance avec le maire.
Qui ment? Le directeur général de la Ville, Claude Léger, ou le mai re de Montréal , Gérald Tremblay ? Une chose est certaine, un des deux ment. Si c’est le maire, il ment effrontément, si c’est Claude Léger, il ment par omission. Et celui qui ment doit démissionner.
Au coeur de la tourmente, le vérificateur de la Ville, Michel Doyon, qui a écrit deux rapports: un premier, officiel, qui a été dévoilé en grande pompe mardi, et un deuxième, secret, qui a été rendu public, mercredi, à la suite des pressions de La Presse.
Le rapport secret parle du rôle du directeur général, Claude Léger, qui est intervenu dans la vente du Faubourg Contrecoeur au promoteur Catania . Une transaction explosive, entachée de nombreuses irrégularités, qui ébranle l’administration Tremblay.
La firme Deloitte a pondu un rapport de 115 pages pour expliquer en long et en large que la vente du terrain a été bâclée, que Catania a été indûment privilégié et que la Ville a perdu plusieurs millions ; 115 pages bien tassées ; 115 pages accablantes.
Le dossier sent tellement mauvais que le vérificateur et la nouvelle administration de la SHDM ont décidé de remettre le tout entre les mains de la police.
Pour t ant , hie r , le ma i re af firmait que la Ville avait fait une bonne affaire. Allez comprendre.
Mais revenons au rapport secret. Le vérificateur, Michel Doyon, en a remis une copie à Claude Léger le 27 mars. C’est le vérificateur qui me l’a confirmé, hier, lors d’une brève entrevue téléphonique.
Le 27 mars. Claude Léger a donc le rapport depuis un mois. La première chose qu’il aurait dû fa i re, c ’est parler au maire et lui dire : J’ai un rappor t du véri f icateur qui soulève des questions sur mon rôle dans la vente du Faubourg Contrecoeur.
N’importe quel DG se serait précipité dans le bureau de son patron. Claude Léger n’a pas reçu un rapport sur la culture du blé d’Inde dans un jardin communautai re à Ahuntsic. Non, il a reçu un rapport sur une transaction explosive.
Et il n’a rien dit au maire? Il a gentiment remisé le rapport dans un tiroir de son bureau ? Difficile à croire. Si c’est le cas, il devrait démissionner sur-lechamp, car il a rompu le lien de confiance avec le maire.
Claude Léger, qui est le plus haut fonctionnaire de la Ville, n’est pas un néophyte. Le maire précisait, hier, qu’il avait 30 ans d’expérience dans le milieu municipal. Alors, il n’en a pas soufflé mot au maire, lui, un homme aussi expérimenté ? Si c’est le cas, pourquoi s’est-il tu ? Avait-il quelque chose à cacher ?
Claude Léger n’est pas le seul à avoir reçu une copie du rapport. Le directeur des affaires corporatives, Robert Cassius de Linval, aussi, l’a reçu. C’est le grand patron de tous les avocats de la Ville. Il l’a en main depuis le 27 mars. Un mois. Et il n’aurait pas pris la peine d’en parler au maire ?
Le vérificateur a aussi envoyé son rapport à Pierre Bernardin, di re c t eu r généra l adjoint , et Josée Guy, di rectrice de l’arrondissement HochelagaMaisonneuve. Et tout ce beau monde aurait gardé le secret ? Renversant. Hier, le maire jurait qu’il n’avait jamais entendu parler du rapport. Il a appris son existence mardi, pendant le point de presse du vérificateur qui a lâché, mine de rien, qu’il existait un deuxième rapport qu’il refusait de rendre public.
Le maire a dit qu’il a sursauté. Un deuxième rapport ? Hier, il était indigné. « J’ai appris comme vous qu’il y en avait un autre », a-t-il dit aux journalistes.
Puis, il a tiré à boulets rouges sur le vérificateur. Par contre, il n’avait que de bons mots pour Claude Léger et Robert Cassius de Linval.
Hier, impossible de parler à Claude Léger. Pour toute réponse, il a envoyé une lettre ouverte hyper pointue où il a disséqué les millions de la transaction Catania, en évitant soigneusement de mentionner les nombreuses irrégularités étalées dans les 115 pages du rapport Deloitte.
Dommage, j ’ aura i s bien aimé lui poser une ou deux questions. A-t-il parlé du rapport secret au maire ? Sinon, pourquoi? Si oui, le maire a menti. Et s’il a menti, il doit démissionner.
On n’en finit plus de s’enfarger dans les scandales à l’hôtel de ville : les compteurs d’eau, les voyages de l’exprésident du comité exécutif, Frank Zampino, sur le yacht du promoteur Tony Accurso qui a décroché le juteux contrat des compteurs d’eau, sans oublier le gâchis à la SHDM qui a vendu plusieurs terrains pour une bouchée de pain.
La défense du maire : j ’étais tenu dans l’ignora nce. I l j ure qu’ i l ne savait rien. Rien sur les irrégularités à la SHDM, rien sur les terrains vendus à perte, rien sur les balades en yacht de M. Zampino.
Toute sa défense repose sur sa franchise. S’il a menti sur le rapport secret du vérificateur, tout s’écroule. Comment pou r r a - t - on dé s ormai s le croire ? Les Montréalais ne lui feront plus jamais confiance.
Il n’aura pas le choix, il devra démissionner.



SHDM - Le maire Tremblay est responsable - MICHÈLE OUIMET
Un gâchis. Il n’y a pas d’aut re s mot s pour décrire cela. Hier, tout le monde déchirait sa chemise. Le vérificateur général, Michel Doyon, affirmait qu’il n’avait jamais « vécu ça » en sept ans, le nouveau patron de la SHDM, Jean-Claude Cyr, était « choqué et estomaqué » et le maire de Montréal, Gérald Tremblay, disait, en s’accrochant à son lutrin, que c’était « inadmissible », « inacceptable » et qu’il condamnait le tout avec « virulence ». Voilà pour l’indignation. Mais qui est responsable de ce gâchis? Gérald Tremblay. C’est lui, le maire. Il est responsable, que cela lui plaise ou non. Un ministre aurait démissionné pour moins que ça.
En conférence de presse hier, le maire Gérald Tremblay a jugé que la gestion de la SHDM faite sous la direction de Martial Fillion était « inadmissible ».
Pourtant, Gérald Tremblay s’est empressé de s’en laver les mains. Il ne savait rien, a-t-il juré, hier. Et ce n’est pas la faute des élus qui siègent au conseil municipal et au comité exécutif, a-t-il ajouté.
Les élus sont blancs comme neige? Ils sont les pauvres victimes du méchant Martial Fillion, ex-directeur général de la SHDM, qui aurait tout manigancé sous le nez et à la barbe des politiciens?
Au cours de son point de presse, le maire a joué les Ponce Pilate. Encore. Il commence à connaître ce rôle par coeur. À chaque scandale, il tombe des nues. C’est toujours le même scénario: un brin d’indignation, un coup d’éponge – ce n’est pas moi, je le jure –, et hop! Il se débarrasse du bébé en le larguant au vérificateur, à une firme externe ou, comme c’était le cas hier, à la police.
Au coeur des allégations : la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM), organisation paramunicipale responsable du parc immobilier de la Ville, évalué à 300 millions. Le directeur concerné : Martial Fillion, ex-chef de cabinet de Gérald Tremblay, marié à Francine Sénécal, ex-viceprésidente du comité exécutif. Nommée par Gérald Tremblay. Donc proche du maire.
Martial Fillion, un homme qui ne connaissait r ien à l’immobilier.
En 2007, l’entourage du maire a manoeuvré en cachette pour transformer la SHDM en organisme privé, la soustrayant du même coup au regard des élus. La SHDM en a profité pour boucler des transactions douteuses, dont celle du Faubourg Contrecoeur.
À l’époque, le maire avait défendu le changement de statut juridique de la SHDM. Je me rappelle son point de presse où il avait quasiment traité les journalistes de paranoïaques. Mais où est le problème? avait-il demandé en s’offusquant parce que son intégrité était remise en question.
Deux semaines plus tard, il revenait, piteux, devant les journalistes. Changement de ton: la SHDM allait retrouver son statut public et Martial Fillion était congédié.
Hier, le vérificateur et la firme Deloitte, chargés d’enquêter sur les transactions effectuées par la SHDM en 2007 et 2008, c’està-dire au moment où elle était un organisme privé, ont déposé leurs rappor ts. Accablants . Suffisamment accablants pour que la police intervienne. Dès aujourd’hui, c’est la Sûreté du Québec qui prend les choses en main. Du rarement vu à Montréal.
Deloitte a consacré les 115 pages de son rapport à la vente du Faubourg Contrecoeur à l’homme d’affaires Catania, une transaction où la Ville a perdu de l’argent.
La Ville a vendu le terrain du Faubourg Contrecoeur à la SHDM pour la somme de 1,6 million. La SHDM l’a, à son tour, vendu 4,3 millions à Catania. Pourtant, le terrain était évalué à 23,5 millions.
Au coeur de la transaction : Martial Fillion et la firme Dessau. C’est une des filiales de Dessau, GGBB, qui a piloté le dossier.
Les faits soulignés par Deloitte sont troublants. GGBB, par exemple, a détruit des documents importants. Deloitte met d’ailleurs en doute la « transparence et l’intégrité du processus » qui a mené au choix de Catania.
C’est aussi une filiale de Dessau, LVM Fondatec, qui a évalué les coûts de décontamination du terrain: 11 millions. Coûts qui auraient dû osciller autour de 6 millions. Le problème, c’est que les 11 millions ont été déduits du prix de vente, ce qui a permis à Catania de ne payer que 4,3 millions pour le terrain.
Dessau, une des firmes qui ont décroché le mégacontrat des compteurs d’eau, un autre scandale qui éclabousse le maire. Dessau qui a embauché Frank Zampino six mois après son départ de la vie politique. Zampino qui était responsable des sociétés paramunicipales, donc de la SHDM. Zampino qui a été le bras droit de Gérald Tremblay pendant sept ans et demi.
Et pour couronner le tout, deux membres de l’exécutif du parti politique du maire, Union Montréal, ont siégé au comité de sélection de la SHDM lors de l’attribution du projet Contrecoeur. Ils ont choisi, ô surprise!, le groupe Catania.
Et Gérald Tremblay affirme qu’il ignorait tout.
Il y a des limites à ne rien voir. Peut-on être à ce point ignorant sans être incompétent?


La virginité écorchée de la SHDM - MICHÈLE OUIMET
C’est pendant que la SHDM était un organisme privé que les transactions douteuses ont été bouclées.
Mardi, le président du consei l d’admi n istration de la SHDM, Jea n-Claude Cy r , jurait qu’il avait fait le ménage. Depuis qu’il a été nommé en décembre, la Société d’habitation et de développement de Montréal a mis en place de nouvelles règles de gouvernance. Tout est beau, tout va bien, la SHDM a refait sa virginité et lave plus blanc que blanc.
M. Cyr a fait cette déclaration après avoir lu les rapports du vérificateur et de la firme Deloitte sur les transactions douteuses effectuées par la SHDM sous la gouverne de son ancien directeur, Martial Fillion. Un catalogue d’histoires à dormir debout et de mauvaise gestion. Le vérificateur a décidé de remettre le tout entre les mains de la police, un geste exceptionnel qui souligne la gravité de la chose.
La SHDM gère le parc immobilier de la Ville évalué à plus de 300 millions. En 2006, l’entourage du maire Tremblay a manoeuvré pour changer le statut de la SHDM qui est devenu un organisme privé. Conséquences: plus un seul élu ne siégeait au conseil d’administration et la SHDM n’était plus assujettie à la Loi sur l’accès à l’information.
Et c’est pendant que la SHDM était un organisme privé que les transactions douteuses ont été bouclées.
Cette transformation s’est faite en cachette, à l’insu du ministère des Affaires municipales. La ministre Nathalie Normandeau était contrariée. « On s’en est fait passer une p’tite vite », m’a-t-elle dit mardi soir.
L’architecte de cette transformation: Robert Cassius de Linval, directeur des affaires corporatives à la Ville. C’est lui qui a pris Mme Normandeau pour une valise. « Je trouve ça un peu ordinaire », a précisé la ministre.
Robert Cassius de Linval est membre du conseil d’administration de la SHDM, la nouvelle SHDM, celle qui lave plus blanc que blanc. Que fait-il là?
Et son rôle ne s’arrête pas à ces sparages juridiques effectués dans le dos de Québec, il a aussi passé par-dessus la tête de l’ancien patron du service des transactions immobilières à la Ville, Joseph Farinacci, à l’époque où le promoteur Catania voulait acheter le terrain du Faubourg Contrecoeur.
La Ville voulait vendre le terrain à la SHDM au prix de 1,6 million. M. Farinacci était contre, farouchement contre. La transaction a quand même eu lieu. La SHDM l’a vendu à Catania 4,4 millions, même s’il était évalué à 23,5 millions.
« J’ai refusé de recommander cette vente au comité exécutif parce que la Ville allait subir un manque à gagner substantiel », m’a confié M. Farinacci, hier.
Robert Cassius de Linval est intervenu et le dossier a finalement été adopté en douce par le comité exécutif. « On a passé pardessus ma tête. Pour moi, c’était un bris de confiance, a ajouté M. Farinacci. J’ai été voir le directeur général de la Ville, Claude Léger, et je lui ai tout raconté. »
La rencontre n’a rien donné. M. Farinacci n’en démordait pas, il refusait d’être associé à la transaction. Il a remis sa démission à M. Léger.
Claude Léger, le plus haut fonctionnaire de la Ville, n’a rien fait pour bloquer la vente du terrain à Catania. Au contraire.
Dans un deuxième rapport du vérificateur rendu public hier, on y lit que Claude Léger est intervenu auprès de la SHDM. Jusqu’où est allée son intervention? Gérald Tremblay était-il au courant de cette ingérence? Si non, il était bien le seul dans les hautes sphères de la Ville à tout ignorer du dossier Catania.
C’est un peu gros, non? M. Tremblay n’est pas un petit nouveau en politique comme le maire Labeaume à Québec. Il a été ministre dans le gouvernement libéral de Robert Bourassa et il est maire de Montréal depuis sept ans et demi. Il est avocat et il a une maîtrise en administration de la Harvard Business School de Boston.
Alors le naïf, le bon gars qui tombe des nues, ça commence à faire.
Autre fait troublant, c’est la firme Octane qui s’occupe des relations de presse de la SHDM depuis plusieurs années. Or, un des associés de la firme, Pierre Guillot-Hurtubise, travaille aussi pour Catania. Aberrant. Le grand patron de la SHDM, Jean-Claude Cyr, me jure qu’il n’était pas au courant. Pourtant, tout le monde à la SHDM sait que M. Hurtubise s’occupe des relations de presse de Catania dans le dossier du couvent des soeurs des Saints-Noms-deJésus-et-de-Marie. Un contrat qui a débuté en juillet 2008.
Octane mène les deux dossiers de front. Ou plutôt menait. Mardi soir, j’apprenais la nouvelle à M. Cyr. Le lendemain matin, Octane perdait le contrat de la SHDM.
M. Cyr est en poste depuis cinq mois. Il n’a rien vu. Il me semble qu’il y a beaucoup de sourds et d’aveugles dans toute cette histoire.


Un grand ménage s’impose à la Ville, estiment les experts
G ér a l d T r embl ay doi t - i l démissionner ? Politologues et spécialistes de l’éthique ne s’entendent pas. Mais ils s’accordent à dire qu’un grand ménage s’impose dans une administration entachée par les scandales des compteurs d’eau et du Faubourg Contrecoeur. Et l’un d’entre eux dit même que c’est au gouvernement du Québec d’intervenir.
« Je pense qu’il commence à être trop tard pour que le maire Tremblay puisse redresser la situation à Montréal, affirme Yves Boisver t , professeur à l’École nationale d’administration publique et expert en éthique. Pour moi, il est clair qu’il n’a plus la légitimité et la crédibi l ité pour fai re ce redressement. »
Le professeur (aucun lien avec notre chroniqueur) souligne que trop de proches collaborateurs du maire ont été éclaboussés pour qu’il reste en poste.
I l soul igne que son exbras droit, Frank Zampino, a séjourné sur le yacht de l ’ homme d’affaires Tony Accurso. M. Accurso codirige le consortium qui a décroché le contrat des compteurs d’eau. L’ancien chef de cabinet de M. Tremblay, Martial Fillion, a commis de nombreuses irrégula rités lorsqu’i l di rigeait la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM), selon un rapport de la firme Deloitte.
Québec doit intervenir
Le directeur général de la Ville, Claude Léger, s’est aussi retrouvé dans l’embarras. Le maire Tremblay a affirmé qu’il avait pris connaissance jeudi du deuxième rapport du vérificateur général sur la vente des terrains du Faubourg Contrecoeur à Construction Frank Catania et Associés. M. Léger avait pourtant le rapport en main depuis le 27 mars.
Tous ces faits, dit M. Boisvert, démontrent que le maire n’a pa s de ma i nmi s e su r son administration. Il estime que Québec doit intervenir au plus vite pour faire la lumière sur ce qu’il estime être l’équivalent municipal du scandale des commandites.
« Le fait qu’il démissionne ne nous aiderait pas à savoir ce qui s’est passé, explique-til. Mais actuellement, il est un acteur qui fait beaucoup plus d’obstruction qu’il n’aide à comprendre la vérité. »
Bonne réaction
Spécialiste de la communication politique à l’Université Laval, Thierry Giasson estime de son côté que le maire a bien réagi face à la crise. Il a multiplié les entrevues et clamé son indignation face aux révélations des derniers jours sur son administration.
Mais le maire a aussi reconnu qu’il ignorait nombre de tractations dans son administration, soulève-t-il. « Et quand on est maire, qu’on est l’ultime dirigeant et qu’on est censé avoir accès à toute l’information, dire qu’on ne sait pas à plusieurs reprises, ça peut laisser transparaître un mauvais entourage. »
« Sortir la machette »
Gérald Tremblay peut rester en poste, poursuit le politologue, mais il devra « sortir la machette » pour débarrasser son entourage des membres soupçonnés d’avoir trempé dans les transactions douteuses.
« Il faut faire le ménage, affirme-t-il. Il faut qu’il arrête de dire qu’il a pleinement confiance en tout le monde alors que des rapports montrent que des gens en qui il a pleinement confiance soulèvent des soupçons de conflits d’intérêts. »




Retirez-vous, M. Tremblay - NATHALIE COLLARD
Le maire n’a plus la crédibilité nécessaire pour aspirer à un troisième mandat.
Les scandales qui secouent l’administration Tremblay minent la confiance des Montréalais envers leur maire et l’administration municipale dans son ensemble. L’ampleur des dégâts affaiblit la position de Montréal et remet en question le jugement de Gérald Tremblay à titre de maire de Montréal. Nous sommes le 1er mai. Les élections municipales auront lieu dans six mois, jour pour jour. M. Tremblay devrait annoncer qu’il ne sollicitera pas un autre mandat.
Les faits révélés par les médias au cours des dernières semaines sont accablants. Les rapports du vérificateur général aussi.
Au cours des derniers mois, nous avons été informés des séjours de l’ancien président du comité exécutif de Montréal, Frank Zampino, sur le yacht de l’homme d’affaires Tony Accurso.
M. Zampino a fait une intervention au conseil municipal pour défendre l’intégrité du processus d’octroi du contrat des compteurs d’eau. Ce contrat a été accordé au consortium GÉNIeau, codirigé par M. Accurso.
Nous avons également découvert que le changement de statut de la SHDM a été effectué sans l’accord du ministère des Affaires municipales et sans l’accord de la directrice des affaires juridiques de la Ville. Ce changement de statut a permis au directeur général de la SHDM, Martial Fillion, d’agir avec beaucoup de latitude, selon un rapport de la firme Deloitte qui confirme de nombreuses irrégularités dans la gestion de M. Fillion.
Ce dernier était proche du maire Tremblay: il a été son chef de cabinet en plus d’être le conjoint de la vice-présidente du comité exécutif de la Ville, Francine Sénécal.
Dans le cas de la gestion du projet Contrecoeur par la SHDM, les faits sont tellement troublants que le vérificateur général a recommandé la tenue d’une enquête policière.
Le même vérificateur général a soulevé des irrégularités dans 20 autres transactions immobilières menées par la SHDM.
L’enquête policière révélera peut-être d’autres faits troublants. Elle mènera peut-être à des accusations. Ou pas. À l’heure actuelle, il y a toutefois suffisamment de faits connus pour remettre en question le jugement du maire Tremblay. Sa tâche principale consiste à veiller au bon fonctionnement de la Ville. OrM. Tremblay a toujours affirmé qu’il n’était pas au courant de ce qui se passait à la SHDM. Il n’était pas au courant des voyages de son bras droit. Il a failli à sa tâche. Il n’a pas été vigilant, n’a pas suivi attentivement la conduite de deux projets d’envergure, soit le contrat des compteurs d’eau et le projet Contrecoeur. On ne s’attend pas à ce que le maire de Montréal sache tout ce qui se passe dans les moindres détails, et ce, dans tous les services de la Ville. On s’attend toutefois à ce qu’il suive de près des dossiers qu’il a identifiés comme étant prioritaires pour son administration. On s’attend également à ce qu’il sache s’entourer de gens de confiance. Si M. Tremblay avait fait preuve d’un tel aveuglement comme chef d’entreprise ou comme ministre, il aurait déjà quitté son poste.
M. Tremblay est un homme bienveillant qui a montré à plusieurs reprises son attachement pour Montréal. Il n’a toutefois plus la crédibilité nécessaire pour aspirer à un troisième mandat.
Il faut un autre maire pour diriger la Ville.
M. Tremblay devrait donc dès maintenant laisser la voie libre afin qu’un ou des candidats d’envergure puissent prendre une décision et faire le saut à temps pour le prochain rendez-vous électoral.





Du leadership, oui ou non ?  - CHRISTIAN YACCARINI
Les élus et dirigeants de la Ville de Montréal ne doivent pas être liés par l’avis défavorable d’un fonctionnaire
La raison d’être de la SHDM n’est pas de maximiser les profits
par la disposition d’actif, mais plutôt d’agir comme bras immobilier de la Ville pour réaliser des projets ciblés en fonction
d’une vision collective.
L’auteur est présidentdirecteur général de la Société de développement Angus.
Comme beaucoup de citoyens, j’ai suivi avec intérêt la tempête politico-médiatique qui a entouré la publication des rapports des vérificateurs dans le dossier de la SHDM la semaine dernière. À titre de développeur activement impliqué dans plusieurs projets avec la Ville de Montréal, je juge nécessaire de tenter de ramener un peu de perspective dans toute cette affaire.
Il n’est pas question ici d’épargner les fautifs. Si des élus, des employés, des contractants ont magouillé, si des autorisations n’ont pas été obtenues, des faits importants cachés, des illégalités commises, de la collusion pratiquée entre entreprises, que la lumière soit faite et les coupables congédiés ou jugés.
Ceci étant dit, dans la myriade d’articles et de commentaires émis sur le sujet, certains faits ont souvent été présentés comme des démonstrations sans équivoque de malversation ou d’inconduite. Des nuances importantes s’imposent à mon avis dans deux cas particuliers.
Il a été souligné à satiété que la SHDM n’aurait pas obtenu la juste valeur marchande pour la cession de terrains dans certaines transactions, laissant sous-entendre que cette pratique est condamnable en soi. Or, ce n’est pas le cas.
La raison d’être de la SHDM n’est pas de maximiser les profits par la disposition d’actif, mais plutôt d’agir comme bras immobilier de la Ville pour réaliser des projets ciblés en fonction d’une vision collective, une vision issue d’un programme politique porté par des personnes élues démocratiquement : développement de logements abordables, revalorisation de secteurs délaissés, etc.
Parfait si le prix marchand peut être obtenu pour la cession d’un terrain dans un projet X mais cela n’est pas toujours possible. La commande politique qui sous-tend un projet peut influer énormément sur le prix de cession.
Pour illustrer ce point, je prendrai pour exemple un projet dont nous sommes les maîtres d’oeuvre, sur mandat de la Ville. Le terrain du futur édifice à vocation culturelle du 2-22 SainteCatherine Est a été cédé pour 75 ans par la Ville à la SDA, un organisme
Dans la même veine, on a tôt fait de reprocher à la haute direction de la Ville d’être intervenue directement dans tel ou tel dossier, passant par-dessus l’avis de la division des transactions immobilières. Aux abois, certains ont même proposé d’interdire aux élus et à la haute direction d’entrer en contact avec les promoteurs. À mon avis, rien n’est plus déconnecté de la réalité.
Je crois sincèrement que c’est aux dirigeants de diriger et non aux comptables ou aux avocats. Qu’on me comprenne bien, ceux-ci sont indispensables en administration municipale comme ailleurs. Si une transaction est illégale, soit! Elle ne doit pas avoir lieu. Il est du devoir des professionnels d’éclairer les décideurs avec dossier complet, analyse et recommandation.
Mais au final, ce sont les hauts dirigeants qui doivent prendre les décisions à but non lucratif, pour la somme de 1 $ et autres valables considérations. Fondée sur la volonté de la Ville de marquer le Quartier des spectacles par un édifice culturel fort, cette entente est assortie de l’obligation pour SDA de louer au moins 75% des espaces du futur édifice à des organismes culturels. Et, qui dit organismes culturels, dit aussi ressources financières limitées pour nombre d’entre eux. Donc impossibilité de leur demander de payer un loyer marchand.
Ce projet important pour Montréal ne pouvait être ficelé par la voie de la pure logique marchande. Il en va de même pour des projets de la SHDM. pour bons et valables motifs en fonction des orientations qui leur ont été données, et ce, à l’intérieur de balises claires.
Peut-on vraiment se plaindre que Montréal manque de leadership si, chaque fois qu’un fonctionnaire émet un avis défavorable sur un projet, les élus et les dirigeants se voient liés des pieds et des poings ? Poser la question c’est y répondre.
Encore une fois, si des malversations, des inconduites ou des fraudes ont été commises, que les fautifs soient jugés. Mais, de grâce, faisons preuve de discernement et laissons à Montréal les moyens dont elle a besoin pour se développer.

Pas de scandale
Une non-nouvelle : L’amalgame sous-entendu dans le cas d’Helen Fotopulos apparaît surréaliste
On crée de toutes pièces ce que l’on peut appeler une « non-nouvelle » qui, non seulement porte préjudice, mais restreint aussi le champ et le mode d’intervention des élus, au risque de les isoler et de les paralyser.
Àla suite de l’article d’Éric Clément concernant la pa r t i c i pat ion d’Helen Fotopulos à une partie de hockey dans la loge de CIMA+ ( La Presse, 7 mai 2009), nous voulons exprimer notre désaccord face à ce type d’information dont l’amalgame discrédite nos élus et utilise l’éthique comme paravent pour dicter leur comportement.
L’amalgame sous-entendu dans le cas d’Helen Fotopulos nous apparaît surréaliste. On provoque un scandale là où il n’y en a pas. On crée de toutes pièces ce que l’on peut appeler une « non-nouvelle » qui, non seulement porte préjudice, mais restreint aussi le champ et le mode d’intervention des élus, au risque de les isoler et de les paralyser. Cela est d’autant plus cynique que, dans le cas d’Helen Fotopulos, son engagement civique et politique a de profondes racines dans le renouvellement de la démocratie montréalaise, l’ouverture du débat public et le développement d’une démocratie citoyenne locale.
Nous ne sommes pas des amis de Mme Fotopulos, ni des membres de son parti politique. Cette non-nouvelle ne mérite pas la signature de La Presse.
Comment les personnes qui veulent changer la ville et la vie peuvent-elles sensibiliser directement les élus? Ce faceà-face entre des développeurs, des c réateurs de toutes les sphères de la société et des élus nous semble fondamental. Pas pour boycotter les règles du jeu, détourner les programmes en place ou ignorer la fonction publique, mais pour transmettre directement à l’élu l’essence de son projet et de sa vision. C’est non seulement humain, c’est aussi essentiel. Jamais le Cirque du Soleil n’aurait pu démarrer si Guy Laliberté n’avait pas parlé seul à seul avec René Lévesque de son rêve visionnaire. Où se sont-ils rencontrés ? Dans une loge du vieux Forum, sur un terrain de golf, dans un restaurant, dans une partie de poker? C’est une non-nouvelle ! La nouvelle, c’est qu’il existe au Québec une entreprise culturelle florissante depuis 25 ans et qui fournit du travail quotidien à plus de 3000 personnes et qui brille sur la scène internationale.
En dernier lieu, l’automne prochain il y aura des élections à Montréal, comme dans toutes les autres villes du Québec. Celles-ci peuvent porter sur la forme de leadership que l’on voudrait ou sur les problèmes de structure que rencontre l’administration montréalaise depuis les fusionsdéfusions. Elles peuvent aussi s’attarder sur les rôles et les pouvoirs respectifs des élus et des fonctionnaires. Nous pensons que ce privilège démocratique doit permettre de poursuivre et de renouveler les engagements civiques des citoyens envers leur communauté, et de permettre au plus grand nombre de candidats aux élections la possibilité d’exposer leur philosophie de gestion du développement culturel, économique et social de notre ville.


Des insinuations injustes
Jamais au grand jamais Dessau n’a-t-elle cherché à enfreindre la loi
Dessau procure de l’emploi à 4000 personnes. Il est donc normal de retrouver chez nous un certain nombre d’ingénieurs ou
d’autres professionnels qui ont déjà travaillé dans le
domaine municipal.
L’auteur est présidentdirecteur général de Dessau.
Au cours des dernières semaines, on a beaucoup parlé de notre entreprise et de contrats que nous avons obtenus dans le domaine municipal. On laisse entendre que certains contrats octroyés à Dessau, à ses filiales ou à des consortiums dont nous faisons partie, l’ont été de manière indue et contraire à l’intérêt public.
Certains sont même allés jusqu’à laisser planer l’idée que nous aurions des liens avec le crime organisé parce que l’une de nos filiales a loué – sans le savoir, faut-il le préciser – un bureau dans un immeuble qui appartiendrait à un membre de la mafia. Ces insinuations, comme d’autres qui ont été formulées ces derniers temps, sont lourdes de conséquences et elles portent injustement préjudice à notre entreprise.
Il est important de noter que les contrats dont on a fait mention, comme tous ceux que nous obtenons des organismes publics, sauf en cas d’urgence ou d’autres situations exceptionnelles, font suite à des appels d’offres publics, dont les règles sont clairement établies par la loi. Dans tous les cas, Dessau a déployé tous les efforts afin de soumettre des propositions impeccables sur le plan technique et hautement compétitives sur le plan économique.
Dessau procure de l’emploi à 4000 personnes. Il est donc normal de retrouver chez nous un certain nombre d’ingénieurs ou d’autres professionnels qui ont déjà travaillé dans le domaine municipal. Comme beaucoup d’autres firmes d’ingénierie, nous cherchons constamment à recruter des gens compétents et expérimentés et on en trouve un grand nombre dans le secteur public.
Nous ne prétendons pas être parfaits et nous cherchons tous les jours à nous améliorer. Mais jamais au grand jamais avons-nous cherché à enfreindre quelque loi ou voulu manquer à quelque règle que ce soit. Nous nous conformons aux modifications législatives et réglementaires qu’adoptent les gouvernements et les municipalités.
L’importance de l’éthique
Plusieurs des questions soulevées au cours des dernières semaines relèvent de l’éthique. Ce sont des questions importantes.
Les règles d’éthique sont en constante évolution dans tous les secteurs d’activité. Les entreprises comme la nôtre doivent continuellement tenir compte des nouvelles attentes du public et intégrer dans leurs règles de conduite les nouvelles pratiques socialement acceptables dans les divers pays où elles font affaires.
La redéfinition des relations entre le secteur public et le secteur privé n’est pas unique au Québec. C’est une réalité mondiale qui résulte en grande partie des contraintes budgétaires des gouvernements et d’autres facteurs économiques dont les effets dépassent nos frontières.
Cette transformation appellera sans aucun doute une actualisation des mécanismes de gouvernance, notamment pour tenir compte de la consolidation en cours dans le domaine du génie-conseil, ainsi que des règles d’éthique, particulièrement en ce qui a trait au recrutement de cadres provenant du secteur public. Dans tous les cas, Dessau souhaite des règles claires et adaptées à la nouvelle réalité, des règles qui auraient pour effet, autant que faire se peut, d’éliminer les apparences de conflit d’intérêts.
Ces nouvelles règles devraient aussi permettre à notre industrie, qui fait face à une importante pénurie de main-d’oeuvre, de continuer de pouvoir faire appel à l’expertise importante que l’on retrouve dans le domaine municipal, ainsi que dans le secteur public en général. Souhaitons qu’une telle mise à niveau puisse se faire de manière éclairée et productive, dans un contexte qui favorisera l’intérêt public, y compris la possibilité pour les firmes de génie-conseil d’ici de continuer à se développer au bénéfice de l’économie du Québec.




 
Québec laisse la police travailler Enquêtes sur l’administration de Montréal
— La police doit terminer son travail avant que les politiciens envisagent la possibilité d’une commission d’enquête spéciale pour faire la lumière sur l’attribution des contrats à la Ville de Montréal.
Le premier ministre Jean Charest n’a pas voulu « mettre le doigt », selon son expression, dans la controverse qui touche la Ville de Montréal.
En dépit de l’appui des quotidiens Le Devoir et The Gazette qui, comme La Presse, ont demandé à Québec qu’on se penche sur l’administration de Montréal, les politiciens ont tenu à garder leurs distances, n’ont pas voulu « mettre le doigt » dans cette controverse, selon l’expression de M. Charest.
Les révélations de La Presse cette semaine, le témoignage d’un entrepreneur qui a soutenu que la pègre lui avait demandé 40 000$ pour qu’il conserve son contrat de réfection du toit de l’hôtel de ville de Montréal n’ont pas ébranlé l’Assemblée nationale, pas plus que la révélation que les Hells Angels blanchissaient les revenus de la vente de stupéfiants par le biais d’entreprises légales.
« Il y a des enquêtes en cours, la police, le vérificateur général. Il faut d’abord avoir les résultats de cela avant d’aller plus loin s’il y a lieu », a estimé hier Mme Marois.
Même si elle venait d’accuser la ministre Nathalie Normandeau de s’être « fermé les yeux » sur les problèmes de la métropole, la chef péquiste n’avait pas à proposer de stratégie différente de celle du gouvernement du Québec.
« Le gouvernement n’a pas fait ses devoirs, il aurait pu poser un certain nombre de questions », a dit, vague, Mme Marois, avant d’ajouter que Mme Normandeau « aurait pu exercer autrement sa responsabilité ».
Même si elle ne souffle mot de ce qu’elle ferait, Mme Marois souligne que « cela nous inquiète actuellement ce que l’on constate » à Montréal.
Rapidement, elle convient que le climat de suspicion qui plane au-dessus de l’hôtel de ville « peut inf luencer la campagne actuelle ». « On le voit, il y a un peu d’inquiétude. Quand on ne connaît pas trop la situation, cela peut avoir un impact. Le gouvernement Charest, après avoir désorganisé dans le fond notre Ville de Montréal avec tous les changements apportés au niveau structurel, s’en est lavé les mains, ne s’en est pas préoccupé », estime-t-elle.
« Ce n’est pas à nous de mettre le doigt là-dedans politiquement », a conclu plus tard Jean Charest, en faisant aussi le bilan de la session parlementaire. « Il y a plusieurs enquêtes en cours actuellement et la démonstration est certainement faite depuis les six derniers mois que ceux qui ont des responsabilités à ce sujet font leur travail », a-t-il dit le jour même où une nouvelle série de perquisitions était effectuée par la SQ dans le secteur de la construction.
Jean Charest tient à « ce qu’on fasse la lumière sur ces événements, et que ce soit fait correctement ». « Je veux des conclusions d’enquête qui nous permettront ensuite de poser des gestes au besoin. En législateur, notre job à nous c’est de permettre aux enquêtes de se faire », a-t-il dit.
Pour l’ADQ qui réclame une enquête publique sur l’ensemble du secteur de la construction, une enquête distincte sur Montréal n’est pas pertinente. Une commission d’enquête sur la construction est plus « englobante », estime Sylvie Roy, chef par intérim de l’ADQ.
Alors que Québec injecte 43milliards dans les travaux d’infrastructures, lever le voile et « éclairer les gens sur ce qui se passe » arriverait, selon Mme Roy, à point nommé. Dans le cas de la construction, les citoyens « pourraient comprendre comment cela fonctionne », un résultat bien différent des enquêtes policières qui cherchent à « trouver un coupable ». « Une commission permettrait de faire les liens, voir les ramifications puis de comprendre comment la toile d’araignée est construite », conclut-elle.



Les Montréalais sont satisfaits des services
(NDE : Donc, si j'ai bien compris, Mr. Tremblay, tout va pour le mieux dans votre gouvernance, et il n'est donc besoin d'aucun changement à ce niveau ? Et si tous les experts semblent d'accord pour dire que c'est pourtant là qu'est le problème, c'est que ce doit être tous les experts qui sont dans l'erreur, mais sûrement pas vous, n'est-ce pas ?...)
Sondage de la Ville
Dans une fronde à peine voilée à l’endroit de Louise Harel, l’administration Tremblay a profité des résultats d’un sondage sur la satisfaction des citoyens à l’égard des services pour « remettre les pendules à l’heure ».
« Le débat sur les fusions est passé. Toute forme de débat sur la gouvernance demeure sans fondement pour l’administration Tremblay. La gouvernance est un faux débat », a affirmé Luis Miranda, responsable des services aux citoyens au comité exécutif, lors d’un point de presse dévoilant les résultats d’un sondage.
Luis Miranda, qui déclarait en 2001 que la réforme municipale était un « génocide municipal », a choisi hier d’appuyer ses déclarations sur des chiffres mesurant la satisfaction des citoyens à l’égard de leurs services de proximité. Le sondage a été mené par la firme Jolicoeur et Associés, pour le compte de l’administration municipale, auprès de 7602 répondants répartis dans les 19 arrondissements. Marge d’erreur : 1,2 point de pourcentage.
En se basant sur un taux de satisfaction global des citoyens de 78% à l’égard des services, M. Miranda a expliqué que le débat sur la gouvernance provient « de quelques personnes, mais certainement pas des citoyens. On est toujours à l’écoute, et c’est ce qu’on dit dans le sondage. Et une chose est certaine, il n’y a pas de débat à avoir sur la gouvernance ».
Si la Ville de Montréal se targue d’offrir de bons services dans la plupart des domaines, notamment en matière de collecte des ordures (84%), sa performance laisse à désirer en matière de réparation et d’entretien des rues. De même qu’en matière de déneigement. Malgré un budget annuel moyen de 136 millions, à peine un peu plus d’un citoyen sur deux, soit 57% des répondants, est satisfait du déneigement dans les rues.
« J’ai déjà rencontré tous les maires d’arrondissement pour voir comment on peut améliorer le déneigement, a assuréM. Miranda, se gardant toutefois de dévoiler les détails. Des nouvelles mesures représentant 2,7 millions sont en place. Il y aura des modifications qui vont apparaître dans le prochain budget de la Ville. »
Dans le lot des i nsatisfaits, les citoyens les plus critiques envers le déneigement vivent dans Mercier– HochelagaMaisonneuve, le Plateau-MontRoyal et Pierrefonds-Roxboro (48,5%). Tandis que les plus satisfaits sont dans SaintLéonard, Lachine et Anjou ( 72%), l ’ar rondissement du maire Luis Miranda.
Les pompiers de Montréal, en pleine impasse pour renouveler leur convention, reçoivent pour leur part le plus haut taux de satisfaction de la part des Montréalais, avec un score presque parfait de 98%.
Le sondage de la Ville de Montréal a été mené au coeur de l’hiver, entre le 19 décembre 2008 et le 11 février 2009. Une cinquantaine de questions ont été posées aux répondants ; 84% des Montréalais sont satisfaits de la police, des pompiers et des transports en commun.




Le DGEQ blanchit Union Montréal  -  Éric Clément
Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ), qui enquête depuis début septembre sur des allégations de financement illégal du parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, conclut qu’il n’y a eu aucun accroc à la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités en ce qui a trait à l’aspect touchant la firme Octane.
Des enquêteurs du DGEQ ont visité, simultanément le 15 septembre dernier, une dizaine d’arrondissements pour vérifier s’ils détenaient des factures de la firme de relations publiques Octane. La Presse avait écrit le 18 septembre que le DGEQ avait recueilli quelques factures. Selon les informations soumises au DGEQ, en octobre 2004, un cadre du parti Union des citoyens de l’île de Montréal (UCIM), aujourd’hui Union Montréal, aurait demandé à l’arrondissement d’Outremont de participer au règlement d’une dette que l’ UCIM traînait vis-à-vis d’Octane depuis les élections municipales de 20 01. Les allégations voulaient que des arrondissements auraient alors contribué à effacer cette dette.
Le DGEQ a conclu qu’aucun fait ne corrobore « qu’il y ait eu une opération visant à répartir illégalement, dans des arrondissements de la Ville de Montréal, le paiement de dépenses électorales faites par l’UCIM à l’occasion des élections municipales de novembre 2001 ».
« Ainsi, les démarches des enquêteurs auprès des arrondissements n’ont pas permis de retracer de factures d’Octane qui auraient été acheminées par l ’ UCI M en 2004 pour qu’elles soient payées par les autorités municipales, écrit le DGEQ, Marcel Blanchet, dans son communiqué. Les enquêteurs ont retracé une facture d’Octane payée par l’arrondissement d’Outremont, mais elle concernait des services rendus par la firme dans un dossier qui n’avait pas de rapport avec les activités électorales de l’UCIM en 2001. Par ailleurs, le président de la firme Octane a nié que l’UCIM devait une balance d’honoraires i mpayés pour quelque montant que ce soit. »
L’enquête du DGEQ a duré 350 heures avec quatre enquêteurs au dossier. Un total de 28 témoins ont été rencontrés. Chez Octane, l’associé Pierre Hurtubise a dit à La Presse, hier, que sa firme était très satisfaite des résultats des vérifications du DGEQ. « On n’avait aucun doute sur les résultats, dit-il. On est très satisfaits que le DGEQ ait agi avec célérité. Les journalistes qui ont employé les verbes au conditionnel ont bien fait de le faire. »
Invité à commenter, le 18 septembre, le maire Tremblay avait indiqué avoir fait des véri f i c ations auprès de l a dizaine d’a r rondissements visés par l’enquête du DGEQ et avoir obtenu l’assurance que ces allégations étaient fausses. Il avait dit qu’Octane avait contribué à la campagne de son parti en 2001 mais pas en 2004 et que la firme avait obtenu un contrat de la Ville à la suite d’un appel d’offres en bonne et due forme. Gérald Tremblay avait demandé au DGEQ d’agir avec célérité afin de ne pas laisser des faussetés planer au-dessus de la campagne électorale, avait ajouté le maire.
Hier, Union Montréal a fait savoir par communiqué qu’elle était satisfaite mais pas surprise des conclusions du DGE.

Une entreprise éconduite veut poursuivre la Ville  -  Sara Champagne
Une bataille juridique féroce se joue autour de la réfection de l’hôtel de ville, déjà au centre d’une enquête de la Sûreté du Québec pour des allégations de corruption. L’administration du maire Tremblay a retiré le contrat de 11 millions à l’entreprise LM Sauvé pour le confier à l’entrepreneur Asys Réalisations, filiale de L’Unique assurances générales, compagnie de caution désignée dans le contrat de rénovation.
Mécontent de s’être vu retirer un contrat de 11 millions pour la réfection de l’hôtel de ville, LMSauvé, qui a déjà invoqué l’insolvabilité, a la ferme intention d’entamer des poursuites contre la Ville de Montréal.
Mécontent de la tournure des événements, LM Sauvé, qui a déjà invoqué l’insolvabilité, a la ferme intention d’entamer des poursuites contre la Ville de Montréal, a affirmé son président, Paul Sauvé, lors d’un entretien avec La Presse. Et selon nos sources, des huissiers s’apprêtent à débarquer sur le chantier afin de tenter de récupérer les échafaudages qui ceignent l’édifice historique, ce qui aura pour conséquence de ralentir de nouveau les travaux.
Au printemps dernier, le cabinet du maire de Montréal avait alerté la police de Montréal quand Paul Sauvé a affirmé qu’un membre d’une famille connue de la mafia lui avait demandé 40 000$, somme selon lui destinée à deux élus de la garde rapprochée du parti de Gérald Tremblay. Durant le mois de mai et au début de juin, les travaux à la partie nord de l’hôtel de ville ont pratiquement été paralysés jusqu’à ce qu’ils reprennent à plein régime, fin juillet, sous la direction d’Asys Réalisations.
« La Ville n’avait pas à invoquer la loi sur le cautionnement parce que, lorsque nous avons quitté le chantier il y avait un surplus de trésorerie de l’ordre de 1 million, c’està-dire que notre chantier était rentable », estime Paul Sauvé.
« C’est certain qu’on va intenter des poursuites contre la Ville, ajoute-t-il. Elle avait juste à nous laisser finir les travaux, comme le font les entreprises de Winnipeg, Toronto et Vancouver. Montréal nous enlève une partie des profits projetés pour restructurer mon entreprise comme le prévoit la loi fédérale. »
Enquête toujours en cours
À la Ville de Montréal, le porte-parole du comité exécutif, Darren Decker, a signifié à La Presse, hier après-midi, que les élus de l’administration municipale n’avaient « absolument aucun commentaire à formuler. » « Le dossier fait l’objet d’une enquête », a-t-il ajouté.
Gilles Vallières, responsable du dossier à L’Unique assurances générales, n’a pas rappelé La Presse. À la Sûreté du Québec, on a confirmé que l’enquête est toujours en cours sans être en mesure de fournir de l’information sur les démarches actuelles.
De son côté, une responsable des communications de la Ville de Montréal, Lucie-Anne Fabien, n’a pas été en mesure d’indiquer quand il était prévu d’achever les travaux, les coûts engendrés jusqu’à maintenant et le détail des prochaines étapes. « Les travaux n’ont jamais cessé complètement », a-t-elle cependant tenu à dire.
La semaine dernière, les élus du comité exécutif ont approuvé une enveloppe supplémentaire de 8000 $, à même le budget de l’agglomération, pour de l’équipement et des appareils d’éclairage architectural extérieur. Cette partie du contrat, confiée aux firmes Wesco Distribution et HD Supply Canada, est estimée à 1,2 million et consiste à installer des projecteurs sur mesure.
Quant à l’ensemble des travaux de restauration, l’administration du maire Tremblay les estime toujours à environ 13,3 millions. Cette facture risque cependant de gonfler avec l’attribution prochaine d’un contrat pour refaire toute la fenestration, infiltrée par l’eau. Sans compter les frais engagés pour les services de trois firmes d’architectes.



Le maire Tremblay ne se sent pas visé
ESCOUADECORRUPTION À LA SQ
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, n’estime pas que son administration soit visée par la création éventuelle par la Sûreté du Québec d’une escouade chargée d’enquêter à temps plein sur les récentes allégations de corruption et de malversation à Montréal.
Le directeur général de la Sûreté du Québec, Richard Deschesnes.
La suggestion de créer cette escouade a été révélée à La Presse cette semaine par le grand patron de la SQ, Richard Deschesnes, un policier qui compte 28 ans de carrière. Ce dernier a dit qu’il songeait à mettre sur pied une telle escouade car « de mémoire de policier », il n’a jamais vu autant d’enquêtes policières en cours sur des allégations de corruption dans la métropole.
Répondant à une question durant une conférence de presse, hier, le maire Tremblay a dit que le directeur de la SQ avait évoqué des enquêtes « à la grandeur du Québec ». « Je ne crois pas qu’il ait dit qu’il visait particulièrement Montréal et l’hôtel de ville », a dit le maire, ajoutant plus tard: « Il n’y avait pas d’allusion particulière à Montréal. »
Pourtant, dans La Presse d’hier, le directeur Deschesnes a bel et bien évoqué les cinq enquêtes actuellement en cours dans l’une ou l’autre des administrations de la Ville de Montréal. « On va prendre les mesures pour mener à bien ces enquêtes-là dans les délais les plus rapides, tout en étant conscient que ça ne prendra pas une semaine, a dit M. Deschesnes. Les gens ne nous pardonneraient pas de faire des enquêtes bâclées, rapides, qui ne mèneraient à rien. »
Responsable de la sécurité publique à la Ville, le président du comité exécutif et maire de Lachine, Claude Dauphin, a aussi réagi: « (M. Deschesnes) s’interroge sur les effectifs et l’industrie de la construction comme telle. Question d’opérations, je ne sais pas s’ils ont réellement la volonté de mettre beaucoup de ressources sur ça. Comme le maire le dit souvent, cela fait plusieurs années qu’on entend parler de l’industrie de la construction, qu’il puisse y avoir soit des connivences ou des collusions. Je pense que c’est à la Sûreté du Québec d’y aller avec son domaine de compétence et ses responsabilités. S’ils veulent y aller, qu’ils y aillent. »
La candidate à la mairie de Montréal de Vision Montréal, Louise Harel, a également réagi dans ce dossier, prenant acte de la proposition du directeur de la Sûreté du Québec et rappelant qu’il s’agit de « la première fois » dans l’histoire de Montréal que la police provinciale mène cinq enquêtes d’envergure en même temps sur des allégations de corruption au sein de l’administration de la métropole.



LES ÉLUS CIBLÉS NIENT EN BLOC -  André Noël
Les révélations que La Presse a faites hier sur des allégations de corruption liées à un contrat accordé par la Ville de Montréal ont provoqué une véritable onde de choc, tant à Québec qu’à Montréal. La ministre des Affaires municipales, Nathalie Normande
De u x me m br e s d u comité exécutif de la Vi l l e de Mont réa l , Sammy Forcillo et Cosmo Maciocia, ont indiqué hier que c’est leur nom qui a été évoqué dans une présumée tentative d’extorsion, portant sur un contrat de 10,6 millions pour la réfection du toit et des mansardes de l’hôtel de ville.
La Presse a révélé, hier, que la Sûreté du Québec a ouvert une enquête sur cette possible tentative d’extorsion et de corruption par un membre important du crime organisé. L’entrepreneur qui a obtenu le contrat de réfection, Paul Sauvé, affirme qu’un membre du crime organisé lui a demandé 40 000$, une somme qui aurait été destinée à deux élus du maire Gérald Tremblay. Il n’a pas payé la somme.
En échange de l’argent, M. Sauvé a compris qu’il obtiendrait l’assurance que son entreprise, LM Sauvé, pourrait continuer à travailler sur le chantier et à être payée par la Ville tous les mois, tel que convenu, et ce même si LM Sauvé était en situation de faillite. Il a rapporté cet incident à une réunion de chantier à l’hôtel de ville à la mi-mars.
En f i n de j ournée, hier, MeClaude-Armand Sheppard a envoyé une lettre à l’éditeur de La Presse au nom de ses clients, M. Forcillo, conseiller de SainteMarie– Saint-Jacques et viceprésident du comité exécutif, et Cosmo Maciocia, maire de l’arrondissement de Rivière-desPrairies– Pointe-aux-Trembles et lui aussi membre du comité exécutif.
« Afin d’éviter toute ambiguïté, mettre fin aux rumeurs malveillantes et empêcher la circulation d’insinuations diffamatoires, nos clients confirment qu’ils ont appris que c’est leur nom qui aurait été évoqué à tort dans cette prétendue histoire d’extorsion, écrit Me Sheppard. MM. Forcillo et Maciocia affirment qu’ils n’ont été mêlés ni de près ni de loin aux incidents allégués, n’ont aucune connaissance des individus qui auraient prétendu agir en leur nom, et n’ont trempé en aucune façon dans les agissements mentionnés. »
De son côté, la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, s’est dite « très préoccupée » par les révélations de La Presse. Elle demande à la police de « faire diligence » et de presser le pas pour aboutir rapidement dans les nombreuses enquêtes amorcées sur Montréal (voir autre texte).
Corruption dans la construction
Le maire Gérald Tremblay a déclaré que la corruption dans l’industrie de la construction est un problème connu au Québec, mais que celui-ci n’a rien à voir avec son administration en particulier. « Il y a un problème à Montréal, il y a un problème au Québec, il y a un problème fondamental, et c’est la corruption dans l’industrie de la construction. »
« Ceci est un fait, a-t-il ajouté. Il y a eu une enquête il y a plusieurs décennies avec la CECO (Commission d’enquête sur le crime organisé; il y a eu aussi une commission d’enquête sur l’industrie de la construction). C’est un fait, mais il faut le prouver… »
« La corruption existe aussi dans le monde municipal », a reconnu le maire, mais il a martelé qu’il s’employait à la combattre depuis son élection, il y a huit ans.
« Je ne dis rien qui n’est pas connu, qui n’est pas insinué dans le monde municipal, a-t-il dit. Ça fait des décennies qu’on dit la même chose dans le monde
municipal. Alors, partant de là, à partir du moment où j’ai été informé qu’il y avait des enveloppes brunes qui circulaient dans le monde municipal, j’ai agi, j’ai assumé mes responsabilités, et l’information qui est disponible maintenant, depuis un certain nombre d’années, c’est grandement dû au fait que j’ai posé des gestes concrets pour faire la lumière sur ces insinuations. »

Le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Benoit Labonté, a noté pour sa part que c’est la sixième enquête que la SQ mène sur l’administration municipale ou sur des contrats octroyés par l’administration à des fournisseurs de services depuis l’élection de M. Tremblay. Cela ne s’est jamais vu dans l’histoire de la Ville, a-t-il dit. Le chef du parti Projet Montréal, Richard Bergeron, affirme de son côté que la corruption est bel et bien présente, et qu’elle sera l’objet de débats dans la prochaine campagne électorale.

Normandeau se dit « très préoccupée »
La ministre des Affaires municipales presse la SQ
« S’il y a des gens qui ont fait des fautes, ils seront punis. S’il y a un impératif qui s’impose, c’est qu’il faut faire la lumière le plus rapidement possible. »
— « Très préoccupée » par les révélations de La Presse sur l’intervention du crime organisé dans l’attribution des contrats à la Ville de Montréal, la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau demande à la police de « faire diligence » et de presser le pas pour aboutir rapidement dans les nombreuses enquêtes amorcées sur Montréal.
Avec la révélation d’une nouvelle enquête, « quand le dossier se retrouve dans les mains de la
Pour la ministre Normandeau, « voir ainsi un entrepreneur comme Paul Sauvé, dirigeant de la firme de maçonnerie LM Sauvé, prendre la parole et témoigner de son expérience, c’est extrêmement inquiétant ». « S’il y a des gens qui ont fait des fautes, ils seront punis. S’il y a un impératif qui s’impose, c’est qu’il faut faire la lumière le plus rapidement possible », souligne la ministre.
Ellene souscritpas auprocèsque Gérald Tremblay a fait à La Presse : « M. Tremblay a son opinion, il y a droit. Moi je ne commente pas SQ, quand il faut monter jusquelà pour faire enquête, cela démontre qu’il y a des motifs sérieux… » estime Mme Normandeau. C’est le niveau d’intervention qui a été choisi aussi pour la Société d’habitation et de développement de Montréal, rappelle-t-elle.
Des sources policières ont confié à La Presse qu’il faudrait attendre septembre, voire octobre, pour que les enquêteurs arrivent à des conclusions dans ces dossiers montréalais.
Le maire Gérald Tremblay a souligné que c’était lui qui était le premier allé voir la police. « Alors partant de là, à partir du moment où j’ai été informé qu’il y avait des enveloppes brunes qui circulaient dans le monde municipal, j’ai agi, j’ai assumé mes responsabilités », a soutenu M. Tremblay, une diligence applaudie hier par le ministre responsable de Montréal, Raymond Bachand. le travail des journalistes… vous avez un travail à faire et le faites de façon professionnelle. »
La ministre avoue avoir « bien hâte de voir » les résultats des enquêtes. « Comme ministre des Affaires municipales, je dis publiquement que je souhaite que l’enquête procède rapidement. C’est un message à l’endroit du corps policier qui enquête. Quand le résultat sera connu, « nous (à Québec), on gouvernera en conséquence. S’il faut poser des gestes pour resserrer le processus d’octroi des contrats, on le fera », a-t-elle soutenu.
« C’est évident que quand on lit ce qui est rapporté, on ne peut pendre ça à la légère », reconnaît Mme Normandeau, dans un entretien accordé à La Presse. Même si les enquêtes policières semblent se multiplier sur l’administration montréalaise, la tutelle n’est pas indiquée, dit-elle clairement.
« Pas de tutelle »
« Montréal a été mis en tutelle deux fois dans son histoire, une fois en 1918, l’autre en 1940. Chaque fois, c’était lié à une crise financière à la Ville. Là on est dans un autre cas de figure », relève la ministre. D’autres villes ont été mises sous tutelle parce que l’appareil municipal était carrément paralysé, par des démissions en bloc, par exemple. « On ne parle pas de tutelle pour Montréal », réitère-t-elle.
Le premier ministre Jean Charest est plus prudent: « Force est d’admettre que les enquêtes se succèdent les unes après les autres. La Sûreté du Québec fait son travail depuis un bon moment. Elle a débuté il y a plusieurs mois. Pendant que ces enquêtes se poursuivent, on ne doit pas intervenir sur le plan politique », estime-t-il. Comme Mme Normandeau, il ne croit pas qu’une mise en tutelle soit la réponse appropriée. En matière d’éthique, la ministre a déjà mis en branle la préparation d’un projet de code de déontologie avec les villes, dont Montréal, rappelle-t-il.
Pertinence d’une enquête publique
Selon le ministre de la Sécurité publ ique, Jacques Dupuis , l’heure n’est pas encore venue pour Québec de décider si une enquête publ ique doit êt re déclenchée dans le secteur de la construction.
Il répondait à la chef de l’ADQ, Sylvie Roy, qui a repris les révélations de La Presse sur la pénétration du milieu de la construction par le monde interlope. Au moment où le gouvernement s’apprête à injecter 42 milliards de dollars dans la construction d’in-
frastructures publiques, Québec devrait, selon elle, aller vérifier en constituant une commission d’enquête publique pour mettre en lumière ce qui se passe dans l’industrie de la construction.
« C’est évident, tout le monde sait qu’il y a eu plusieurs perquisitions. Il y a des enquêtes policières, la meilleure façon d’entraver leur travail serait justement de créer une commission d’enquête publique », a soutenu M. Dupuis.
Pour lui, puisque les agents de la Sûreté du Québec sont des représentants du gouvernement « des agents de l’État », il est faux de soutenir que le gouvernement reste impassible devant ces allégations. « Quand ils enquêtent, quand ils font des perquisitions, quand ils donnent des dossiers au procureur de la Couronne, ils sont des agents de l’État. C’est parce que l’État travaille pour débarrasser la société de gens qui voudraient agir illégalement », a ajouté M. Dupuis.
Mme Roy signale que « d’autres gouvernements ont eu beaucoup plus de courage ». « La commission Cliche en 1974 et la commission Gomery plus récemment se sont déroulées pendant des enquêtes policières. Ça n’a pas l’air de déranger le gouvernement que l’argent des contribuables profite au crime organisé. »
Ex-maire d’arrondissement et député péquiste, Martin Lemay trouve que les derniers rebondissements ne sont rien de bon pour la métropole. « C’est dommage pour Montréal ; aucun élu, de quelque parti qu’il soit ne peut être content de voir de telles allégations », observe M. Lemay. Pas question de tutelle, selon lui, il faut attendre le résultat des enquêtes. « C’est platte parce que l’administration de Montréal et les Montréalais ont d’autres chats à fouetter. »




LA SQ OUVRE UNE ENQUÊTE -  André Noël

La Ville de Montréal fait l’objet d’une cinquième enquête. Les personnes visées sont cette fois deux élus de l’équipe du maire Tremblay et des membres de la mafia. Celui qui fait éclater cette histoire est un entrepreneur qui, pour l’une des rares fois, ose lever le voile sur les liens entre le secteur de la construction et le crime organisé. Enquête-choc !
«“Ouais… il y a un prix à payer, tu sais que tu vas te faire extorquer, réveille-toi.’’ Je me suis convaincu que c’était correct de danser avec le diable. »
La Sûreté du Québec a ouvert une enquête sur une possible tentative d’extorsion et de corruption par un membre important du crime organisé et portant sur un contrat de 10,6 millions pour la réfection du toit de l’hôtel de ville de Montréal, a appris La Presse.

L’entrepreneur qui a obtenu le contrat, Paul Sauvé, affirme qu’un membre d’une famille connue de la mafia lui a demandé 40 000$, une somme selon lui destinée à deux élus du parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal.
En échange de l’argent, M. Sauvé a compris qu’il obtiendrait l’assurance que son entreprise, L.M. Sauvé, pourrait continuer à travailler sur le chantier et à être payée par la Ville tous les mois, tel que convenu, et ce même si L.M. Sauvé était en situation de faillite.
Il a rapporté cet incident à une réunion de chantier à l’hôtel de ville à la mi-mars. L’administration du maire Gérald Tremblay a immédiatement alerté le Service de police de Montréal. « Les allégations de M. Sauvé ont été portées à notre attention, a dit Jean Racicot, responsable des relations avec les médias à l’hôtel de ville. Nous ne ferons aucun autre commentaire. Nous avons transmis le dossier à la police de Montréal. »
À son tour, le Service de police de la Ville de Montréal a transmis le dossier à la Sûreté duQuébec. La SQ n’a voulu faire aucune déclaration à ce sujet. Mais, dans les faits, elle mène bel et bien une enquête, a indiqué un de ses agents, sous le couvert de l’anonymat. Des enquêteurs ont rencontré M. Sauvé. « Il y a des choses qui vont probablement aboutir, a confié l’agent. Le problème, c’est que ce gars-là (M. Sauvé) ressemble à du naphte: il se répand d’un bord et de l’autre. Mais c’est clair qu’on enquête. »
Cinquième enquête
Il s’agit de la cinquième enquête de la SQ sur des contrats octroyés par l’administration du maire Gérald Tremblay. La première a abouti à la condamnation de deux conseillers et du directeur général de l’arrondissement de Saint-Laurent en 2004. La deuxième porte sur un contrat pour la construction du centre intergénérationnel à Outremont; la troisième sur des contrats en informatique octroyés en échange de pots-de-vin. La quatrième a été
déclenchée par une plainte du vérificateur général de la Ville et porte sur des transactions de la Société d’habitation et de développement de Montréal. La SQ enquête par ailleurs sur l’infiltration du crime organisé dans la construction.
Pourquoi un membre de la mafia aurait-il demandé 40 000$ à un entrepreneur pour remettre cet argent, en tout ou en partie, à des conseillers municipaux? « On m’a fait comprendre que si je faisais ce versement, on me laisserait en paix », a répondu M. Sauvé au cours d’un long entretien avec La Presse.
L’homme d’affaires soutient avoir eu maille à partir avec le crime organisé depuis plusieurs mois. Une de ses grues a brûlé et un contremaître l’a menacé de mort, dit-il. Des clients tardent à le payer, si bien qu’il doit lui-même retarder les paiements à ses fournisseurs et à ses sous-traitants, ajoute-t-il.
Quand il a révélé la tentative d’extorsion à la réunion de chantier, l’administration municipale menaçait de l’expulser du chantier, en raison de ses difficultés financières, et de faire continuer les travaux sur le toit de l’hôtel de ville par une autre entreprise, a-til affirmé.
M. Sauvé nous a donné le nom du membre du crime organisé qui, selon lui, lui a demandé 40 000$, ainsi que les noms des conseillers municipaux à qui l’argent aurait été destiné. La Presse n’a pu parler avec cet individu, et n’a aucune information montrant que les conseillers municipaux ont été mêlés à cet incident.
M. Sauvén’apas fait le versement de 40 000$ qui lui était demandé. Aujourd’hui, le chantier de l’hôtel de ville tourne au ralenti. M. Sauvé essaie d’empêcher son entreprise de faire faillite: il doit faire une proposition à ses créanciers la semaine prochaine. La Presse a pu corroborer certaines parties de son témoignage, mais pas toutes.
Un contrat controversé
Le contrat de réfection du toit et des mansardes de l’hôtel de ville baigne dans la controverse depuis le début. Un couvreur a déposé une soumission beaucoup plus basse que ses concurrents, mais a été écarté parce que la Ville a jugé qu’il n’avait pas les qualifications suffisantes.
Trois autres entrepreneurs se sont qualifiés, dont M. Sauvé : c’est lui qui a eu le contrat, en mars 2008, parce qu’il était considéré comme le plus qualifié. Il l’a obtenu pour 10,6 millions de dollars même si un de ses concurrents offrait de faire le travail pour un peu moins cher.
Des entrepreneurs ont protesté, y compris au conseil municipal. L’un d’entre eux a pu exprimer ses doléances à un membre du comité exécutif. Un soumissionnaire a déposé une demande d’injonction. Un autre a menacé de poursuivre la Ville.
« Tout le monde se liguait pour m’empêcher d’ouvrir le chantier, a dit M. Sauvé. J’ai essayé moi aussi d’avoir une rencontre au comité exécutif, mais je n’y arrivais pas. Les fonctionnaires me disaient que le contrat serait probablement annulé, et qu’il y aurait un nouvel appel d’offres. »
Constatant que son entreprise avait été choisie, mais qu’elle ne réussissait pas à avoir le feu vert pour commencer le travail, M. Sauvé a cru bon de demander à un autre entrepreneur de l’aider à boucler son contrat. M. Sauvé connaissait bien cet entrepreneur. Il savait qu’il avait des relations un peu partout, dans l’industrie de la construction, dans les milieux politiques… et dans le crime organisé. Son nom, qu’il a donné à La Presse, apparaît en effet dans les documents de l’enquête Colisée sur la mafia.
« Ce gars-là savait que j’avais des problèmes, a confié M. Sauvé. Il m’a dit: “Oui, j’en ai entendu parler, mais ce n’est pas avec des avocats que ça va se régler.” Il m’a fixé un rendez-vous. » Quand M. Sauvé s’est présenté à cette rencontre, il affirme qu’il a eu la surprise d’y voir le couvreur dont la soumission avait été rejetée à l’hôtel de ville, ainsi qu’un troisième entrepreneur et unmembre connu de la mafia. Il s’est laissé convaincre de prendre ce couvreur dans son équipe.
« Comme par miracle, tout s’est mis à bien fonctionner, dit-il. J’ai pu commencer à travailler. Je me suis dis: “ Bon sang, ces gars-là ont du pouvoir!” Je n’en revenais pas. Mais, quelque part, je me disais: “Ouais… il y a un prix à payer, tu sais que tu vas te faire extorquer, réveille-toi.’’ Je me suis justifié en me disant que c’est comme ça que ça marche dans la construction. Je me suis convaincu que c’était correct de danser avec le diable. »
« Entre collaborateurs, on s’aide »
L’entrepreneur qui avait joué le rôle d’intermédiaire, et suggéré la présence du couvreur disqualifié, a confirmé à La Presse que Paul Sauvé était venu le voir. Pourquoi est-il intervenu, étant donné qu’ i l n’était même pas soumissionnaire?
« On est un groupe dans la construction, a-t-il expliqué. On collabore sur les projets ensemble. Je les connais ces gars-là (les entrepreneurs), parce qu’on fait affaire dans différents projets. S’il y a un problème, s’il y a des malentendus des fois, on prend le téléphone, et on dit: “C’est quoi le problème?” Entre collaborateurs, on s’aide. »
M. Sauvé affirme que cette intervention n’a pas été gratuite. Il a dû payer plus de 60 000$ en « honoraires ». Son nouveau couvreur lui a coûté beaucoup plus cher que celui qu’il avait choisi au départ; en fait, c’est lui qui a fait le plus gros du travail. Le membre du crime organisé qui avait participé aux rencontres a exigé des sommes supplémentaires. Des dizaines de milliers de dollars.
« J’ai refusé de continuer à payer et c’est là que mes problèmes ont commencé », raconte M. Sauvé. Un contremaître a menacé de faire exploser sa voiture et, dans la nuit du 12 décembre, une de ses grues, d’une valeur de 500 000$, a brûlé.
L’entrepreneur qui l’avait aidé a dit à La Presse qu’il n’était pas au courant de ces menaces, de ces demandes d’argent et de tous ces événements. Il a confirmé qu’il connaissait le membre du crime organisé et a admis qu’il avait assisté à une rencontre avec Paul Sauvé, mais il a dit tout ignorer de son rôle. Le couvreur qu’il avait suggéré n’a pas répondu à nos demandes d’entretien.
Sous le couvert de l’anonymat, un agent de la Sûreté du Québec a dit à La Presse que M. Sauvé prenait des risques importants pour sa sécurité personnelle en faisant état, sur la place publique, de ses difficultés avec le crime organisé. « Il est un des rares entrepreneurs à sonner l’alarme, a-t-il dit. C’est risqué. »
M. Sauvé, de son côté, affirme qu’il n’a plus rien à perdre.













 
Le vérificateur général rend public un quatrième rapport - Le Conseil ignorait la valeur d’un terrain vendu 1$
Le Conseil municipal deMontréal a été tenu dans l’ignorance quant à la véritable valeur d’un terrain qui a été vendu pour 1$ et autres considérations à une entreprise du promoteur Tony Accurso, révèle un rapport du vérificateur général de la Ville, le quatrième, rendu public hier.
L’ancien directeur de la DSTI, Joseph Farinacci, a dit qu’il avait eu plusieurs discussions au sujet du prix du terrain avec le maire de l’arrondissement, Alan DeSousa (notre photo).
Ce terrain, situé dans l’arrondissement de Saint-Laurent, a été vendu 733 000$ à la Société d’habitation et de développement de Montréal ( SHDM), qui l’a revendu pour 1$ au promoteur, alors qu’il valait entre 1,4 et 1,625 million, selon les experts immobiliers de la Ville, indique le vérificateur.
Le « sommaire décisionnel », le document de base qui justifie toutes les actions de la Ville, qui a été présenté au conseil municipal par l’administration du maire Gérald Tremblay, n’informait pas les conseillers du fait que le terrain avait vu sa valeur grimper à plus d’un million de dollars à la suite d’un changement de zonage, souligne le rapport.
« Mentionnons également que le sommaire décisionnel passe sous silence le fait que le terrain devait par la suite être revendu au promoteur pour le prix de 1$, ajoute le rapport. À notre avis, le sommaire décisionnel se devait de faire état de l’ensemble des événements inhérents à cette transaction en vue de favoriser une prise de décision éclairée. »
Le Conseil municipal , qui n’avait donc pas toutes les données en main, a approuvé la vente du terrain de la Ville à la SHDM pour la somme de 733 000 $, le 30 novembre 2007. « Subséquemment, soit le 5 décembre 2007, la SHDM vendait le terrain au promoteur pour la somme de 1$, ainsi que le prévoyait l’entente de développement. »
Le terrain, situé à l’angle des boulevards Henri-Bourassa et Marcel-Laurin, a été vendu à Construction Louisbourg ltée, firme appartenant à M. Accurso et à d’autres propriétaires. En contrepartie, Louisbourg s’est engagée à céder à la SHDM un local d’environ 3000 pieds carrés dans le bâtiment qu’elle devait construire, ainsi que 10 places de stationnement. L’arrondissement de SaintLaurent avait l’intention d’utiliser ce local pour aménager une salle communautaire. La construction a commencé l’année dernière.
La SHDM avait d’abord tenté d’acheter le terrain de la Ville pour 1$, mais les représentants de la Direction stratégie et transactions immobilières ( DSTI) ont rejeté cette offre. La SHDM, alors dirigée par Martial Fillion, est revenue à la charge avec une offre d’environ 700 000 $, qui se basait sur une évaluation réalisée en octobre 2005 et sur les coûts de décontamination, estimés à 125 000$.
Or, aucune étude environnementale exhaustive n’avait été réalisée en vue de confirmer l’état de contamination réel du terrain, souligne le vérificateur. De plus, en août 2006, un changement de zonage a permis que soit construit un bâtiment de huit étages plutôt que six. « La valeur du terrain a alors été estimée entre 1,4 million et 1,625 million, note le vérificateur. Cette nouvelle fourchette de prix s’avérait être plus représentative de la valeur marchande du terrain. Cependant, la SHDM et le promoteur ( Louisbourg) n’étaient pas d’accord avec cette nouvelle estimation. »
Joint chez lui hier, l’ancien directeur de la DSTI, Joseph Farinacci, a dit qu’il avait eu plusieurs discussions au sujet du prix du terrain avec le maire de l’arrondissement, Alan DeSousa. « Il essayait de me convaincre que le terrain ne valait pas si cher que ça (c’est-à-dire plus d’un million de dollars), se rappelle-t-il. On s’est obstinés à quatre ou cinq reprises, chaque fois pendant une couple d’heures. Je n’ai jamais changé de perspective dans ce dossier-là. Puis j ’ai quitté la Ville. J’ai compris que mes successeurs se sont laissé convaincre de vendre le terrain à la SHDM pour 733 000$. »
La Presse a tenté de parler à M. DeSousa, et lui a laissé des messages téléphoniques détaillés, mais il ne nous a pas rappelé. Nous avons aussi tenté d’obtenir les commentaires de trois porte-parole de l’administration Tremblay, toujours en vain.
Le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Benoît Labonté, a ajouté que le dossier du Phoenix est un autre exemple de projet où l’avis des experts de la Ville n’a pas été communiqué au conseil municipal. « Beaucoup d’information a été cachée au Conseil municipal, a-t-il dit. Dans ce cas-ci, on ne nous a pas informés de la valeur réelle du terrain. C’est un autre cas où l’avis des experts de la Ville a été déconsidéré. »


 
SCANDALES ÀMONTRÉAL - Québec a manqué de célérité, estime l’opposition
Les scandalesqui éclaboussent l’administration Tremblay auraient pu être en partie évités si Québec avait agi plus vite pour faire respecter les lois auxquelles sont assujetties les villes, dénoncent les partis de l’opposition.
« C’est l’inaction de la ministre (Nathalie Normandeau, ci-dessus) qui nous a menés à cette situation », dénonce Martin Lemay, critique péquiste en matière d’affaires municipales.
Les adversaires du gouvernement libéral reprochent à la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, d’être restée en retrait, même si elle sait depuis plusieurs mois que l’attribution du contrat des compteurs d’eau au consortium GéniEAU soulève des questions.
Ils l’accusent aussi d’avoir fermé les yeux lorsqu’elle a appris que la Ville avait privatisé la Société d’habitation et de développement de Montréal sans son aval. Ce changement de statut a permis au directeur général Martial Fillion de commettre plusieurs irrégularités dans la vente de terrains municipaux, selon un rapport de la firme Deloitte. M. Fillion est l’ancien chef de cabinet du maire Tremblay.
La loi est pourtant claire, affirme Martin Lemay, critique péquiste en matière d’affaires municipales. C’est à la ministre de surveiller les administrations municipales dans l’exercice de leurs fonctions. « C’est l’inaction de la ministre qui nous a menés à cette situation », dénonce M. Lemay.
« Elle avait tous les pouvoirs pour intervenir dans les dossiers dont on parle depuis plusieurs semaines et elle n’a rien fait », ajoute-t-il.
Code d’éthique
Face à la crise qui sévit à l’hôtel de ville de Montréal, le gouvernement Charest a fait savoir vendredi qu’il adoptera d’ici à la fin de l’année une loi qui obligera toutes les villes de la province à se doter d’un code d’éthique.
Le député Lemay entend appuyer le projet, mais il estime que le gouvernement devra en faire davantage pour faire respecter la loi à l’avenir.
L’Action démocratique qualifie pour sa part de « ridicule » le plan du gouvernement Charest. La chef par intérim, Sylvie Roy, ne croit pas qu’un code d’éthique aurait pu empêcher l’ex-bras droit du maire Tremblay, Frank Zampino, de séjourner sur le yacht de l’homme d’affaires Tony Accurso, l’un des dirigeants du consortium qui a raflé le contrat des compteurs d’eau. Pas plus qu’il n’aurait empêché la Ville de privatiser la SHDM sans demander l’avis de la ministre.
« Ce n’est pas à la police d’exercer un leadership politique au Québec, a indiqué Sylvie Roy. La ministre devrait examiner toutes les dispositions que la loi lui donne. Elle peut demander une enquête, elle peut aussi faire des gestes d’autorité sur la ville. »
Sylvie Roy souhaite que la ministre rencontre le maire Tremblay au plus vite pour discuter de la situation. Elle n’exclut pas la possibilité d’exiger la mise sous tutelle de Montréal.
De son côté, l’Union des municipalités se dit ouverte à l’adoption d’un code d’éthique, à condition qu’il régisse autant les employés municipaux que les élus. Mais le président de l’organisme, Robert Coulombe, ne croit pas que les scandales qui ont ébranlé la mairie de Montréal devraient mener à une révision des lois auxquelles les villes sont assujetties. Du moins pas de manière précipitée.
« À l’échelle municipale, à notre avis, l’attribution des contrats est très bien encadrée, explique-t-il. Par contre, on est prêts à collaborer pour accompagner le gouvernement dans l’établissement d’un code d’éthique. »


La ministre Normandeau s’explique... et s’énerve
— Le ministère québécois des Affaires municipales n’a rien fait pour ramener la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) à son statut de société paramunicipale, même s’il savait, depuis l’été 2007, que l’organisme était devenu privé.
Hier, à la période des questions, la ministre Nathalie Normandeau a dû expliquer l’attentisme du Ministère qui, depuis 18 mois, connaissait le changement de statut de la SHDM, une modification à laquelle il s’était opposé.
Bien plus, a relevé hier la députée péquiste d’HochelagaMaisonneuve, Carole Poirier, en consultant simplement les procèsverbaux du conseil de Montréal, mis en ligne sur l’internet, la ministre Normandeau aurait appris dès mai 2006 que ce changement était prévu, avec l’aval du conseil municipal de Montréal.
Dans la foulée du scandale à la SHDM, qui a poussé le vérificateur de la Ville à demander l’intervention de la police, Québec a dû expliquer son absence de réaction, lors du changement de statut de l’organisme, source des dérapages constatés, selon le vérificateur.
Dans une entrevue à La Presse publiée hier, Mme Normandeau a indiqué qu’elle avait appris « par hasard en juillet 2007 » le changement de statut de l’organisme. « Est-ce que c’est par hasard qu’elle n’est pas intervenue dans ce dossier dès ce moment? » a demandé Mme Poirier.
Piquée au vif, MmeNormandeau a répliqué que ces attaques reflétaient fidèlement la perception du gouvernement péquiste à l ’ endroit des municipal ités – Mme Poirier a été pendant des années le bras droit de Louise Harel , ministre des Affaires municipales au moment des fusions.
« Ils avaient une relation de tutelle avec les municipalités, nous avons choisi le partenariat... Tous les Québécois se souviendront du mépris avec lequel le Parti québécois a traité le milieu municipal », a rétorqué la ministre Normandeau, éludant la question.


La ministre aurait dit non - CHANGEMENT DE STATUT DE LA SHDM
« Je n’irais pas jusqu’à dire que la fusion est illégale, mais ce qui aurait été intéressant, c’est qu’on obtienne notre aval. C’est un peu ordinaire, la façon dont ça s’est passé. »
Si le maire de Montréal, Gérald Tremblay, avait demandé à Québec en 2006 la permission de changer le statut juridique de la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM), la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, aurait dit non.
La ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, a dit hier, à La Presse, que c’est « pratiquement par hasard » que Québec a appris, en juillet 2007, que la Société de développement et la Société d’habitation de Montréal avaient été fusionnées.
La Presse avait révélé le 12 novembre dernier que Montréal avait contourné sa charte quand l’administration Tremblay-Zampino avait décidé unilatéralement de fusionner et de privatiser la Société de développement de Montréal (SDM) et la SHDM, ce qui fut effectif le 1er janvier 2007.
Le maire et Frank Zampino n’avaient pas tenu compte de l’avis de Me Lyne Charest, directrice des affaires juridiques à la Ville, préférant suivre les conseils du patron de Me Charest, Robert Cassius de Linval, qui préférait l’avis d’un professeur de droit, Jean Hétu. Cet avis avançait que la charte qui a permis la création de la SHDM et de la SDM avant les fusions municipales du 1er janvier 2002 n’existait plus et que les deux sociétés n’étaient pas soumises à la nouvelle charte.
Hier, la ministre Nathalie Normandeau a dit à La Presse que c’est « pratiquement par hasard » que Québec a appris, en juillet 2007, que les deux sociétés avaient été fusionnées. L’administration Tremblay-Zampino avait demandé une autorisation de cautionnement de la marge de crédit de la SHDMet transmis en même temps les documents afférents à la fusion.
« Je n’irais pas jusqu’à dire que la fusion est illégale, dit la ministre, mais ce qui aurait été intéressant, c’est qu’on obtienne notre aval. C’est un peu ordinaire, la façon dont ça s’est passé. On travaille toujours en toute transparence avec nos partenaires. On aurait souhaité que ça se passe autrement. Ils n’avaient pas le droit de faire ça. »
« Ils vous ont pris un peu pour une valise? » a demandé La Presse. « Exact, tout à fait, a répondu la ministre. La conclusion, c’est qu’on s’en est fait passer une p’tite vite, là. »
La ministre a remis à La Presse un document de son sous-ministre Jean-Paul Beaulieu, daté du 14 novembre 2008, dans lequel M. Beaulieu écrit à Mme Normandeau qu’il est « en mesure de (lui) confirmer que le ministère n’a pas reçu de demande à l’automne 2006 ou à l’hiver 2007 concernant le changement de statut de la SHDM et de la SDMpour en faire des OBNL ainsi que la fusion de ces deux organismes ». Ce document a été remis au maire Tremblay, hier soir.
Mme Normandeau ajoute que le maire Tremblay a, en quelque sorte, reconnu son erreur en procédant à la fusion de la SDM et de la SHDM lorsque, en décembre dernier, il a annoncé que la SHDM redeviendrait publique. « Gérald Tremblay m’a écrit le 4 décembre dernier – j’ai d’ailleurs déposé aujourd’hui la lettre à l’Assemblée nationale – me demandant de revenir en arrière pour conférer de nouveau à la SHDM son statut d’entité paramunicipale. »
Même si le gouvernement libéral n’est pas intervenu, entre juillet 2007 et novembre 2008, auprès de Gérald Tremblay dans cette affaire de statut, la ministre est formelle: « Si la Ville avait pris le soin de nous demander notre avis (sur le changement de statut), on lui aurait dit: non ».
La ministre Normandeau a dit à La Presse hier qu’elle a été « troublée » par les rapports rendus publics par Deloitte et le vérificateur général de Montréal et que la SHDM « n’avait d’autre choix que de confier ce dossier à la police ».


La ministre Normandeau défend sa gestion de la crise
Montréal Scandales des compteurs d’eau et de la privatisation de la SHDM
La ministre des Affaires municipales se défend de s’être traîné les pieds face à la crise qui secoue l ’ administrat ion Tremblay. Nathalie Normandeau balaie d’un revers de main les critiques qui lui reprochent d’avoir tardé à faire respecter les lois auxquelles sont assujetties les villes.
Les partis de l’opposition affirment que la ministre est restée en retrait, même si elle sait depuis plusieurs mois que l’attribution du contrat des compteurs d’eau au consortium GéniEAU soulève des questions.
Ils l’accusent aussi d’avoir fermé les yeux lorsqu’elle a appris que la Ville avait privatisé la Société d’habitation et de développement de Montréal. Ce changement de statut avait ouvert la porte à de nombreuses irrégularités dans la vente de terrains municipaux, selon un rapport de la firme Deloitte.
Nathalie Normandeau martèle que l’administration Tremblay ne l’a jamais avisée du changement de statut de la SHDM et qu’elle s’y serait opposée si elle avait été consultée. Ce n’est que « par hasard » qu’elle a eu vent de la manoeuvre, en juillet 2007. Placée devant ce « fait accompli », dit-elle, elle n’a pas eu le choix de fermer les yeux.
« La seule façon pour moi, à ce moment-là, ça aurait été de contester juridiquement la décision prise par la Société », a-t-elle indiqué à La Presse. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait? « Parce qu’on serait probablement toujours devant les tribunaux, répond-elle. Et avec tous les événements qui se sont déroulés, le maire nous a écrit en décembre dernier pour nous demander d’adopter une modification législative pour nous assurer que la SHDM redevienne une société paramunicipale. »
La ministre souligne que ni le rapport du vérificateur général ni celui de Deloitte n’ont mis en cause son travail. « Il faut faire une distinction très importante entre le statut juridique de la SHDM et les gestes qui ont été faits par des individus », a-t-elle indiqué.
Code d’éthique
Elle a par ailleurs défendu son projet d’obliger toutes les villes de la province à se doter d’un code d’éthique. Dans la foulée des scandales à Montréal, elle a annoncé qu’elle déposerait un projet de loi à cet effet d’ici à la fin de l’année.
Samedi , la chef par intérim de l’Action démocratique, Sylvie Roy, a qualifié le plan de « ridicule », affirmant qu’un code d’éthique n’aurait jamais empêché, par exemple, l’ex-bras droit du maire Tremblay, Frank Zampino, de séjourner sur le yacht de l’homme d’affaires Tony Accurso, ni empêché la Ville de privatiser la SHDM.
« C’est évident qu’il y a toujours des individus qui vont faire des gestes douteux au regard de la loi, a répondu la ministre. Il n’y a personne qui pense qu’un code d’éthique va régler tous les problèmes. S’il y a des individus qui dérogent à la loi, ils vont être punis en conséquence. »
Elle souhaite que la Sûreté du Québec procède avec célérité dans son enquête afin que les résultats soient connus le plus tôt possible.




Un vrai scandale - Nathalie Collard
Il n’y a pas suffisamment d’espace ici pour citer tous les extraits choquants des rapports.
Ceux qui hésitaient à employer le mot scandale n’ont plus le choix. Les deux rapports sur les agissements de la SHDM sont dévastateurs. Il n’y a pas suffisamment d’espace ici pour en citer tous les extraits choquants. On y apprend entre autres que dans le dossier du projet immobilier Contrecoeur, l’ancien directeur général de la SHDM, Martial Filion, a violé plusieurs règles, attribué des contrats sans autorisation et fourni à l’entreprise Catania des études qu’il refusait aux autres soumissionnaires. Les auteurs du rapport de la firme Deloitte écrivent: « Tous les éléments ci-haut nous amènent à mettre en doute la transparence et l’intégrité du processus de sélection de l’entrepreneur ». L’ancien directeur-adjoint, JeanFrançois Bertrand, est également blâmé ainsi qu’une filiale de la firme Dessau, responsableduplandemise en oeuvre du projet Contrecoeur.
De son côté, le vérificateur général a examiné 20 transactions immobilières effectuées par la SHDM. Il parle d’irrégularités, d’une succession d’événements troublants. Il recommande une enquête policière. Du jamais vu.
Si, comme le martèle le chef de l’opposition Benoit Labonté, c’est le « scandale des commandites du municipal », alors M. Filion serait en quelque sorte le Chuck Guîté de l’histoire.
Il n’est pas le seul à blâmer. L’incurie du conseil d’administration de la SHDM laisse pantois. Il aura fallu des mois avant que deux de ses membres se réveillent et attirent l’attention du nouveau président du comité exécutif, Claude Dauphin, sur les agissements de M. Filion.
Les élus ont également leur part de responsabilité. C’est le président du comité exécutif Frank Zampino qui était responsable des sociétés paramunicipales. Où était-il lorsque le directeur général de la SHDM violait les règles? Ce manque de vigilance est d’autant plus inacceptable qu’à la même époque, dans le cadre d’une vaste opération de rationalisation des dépenses de la Ville, M. Zampino et le maire Tremblay rencontraient les journalistes pour leur expliquer comment ils allaient abolir des postes et couper des Post-its en quatre pour économiser. La SHDM, elle, a perdu 4,9 millions de dollars seulement dans le projet Contrecoeur!
Malgré ces deux rapports, il reste des questions sans réponses. Par exemple, la Ville n’avait nommé aucun responsable pour piloter le projet Contrecoeur. Le vérificateur général note toutefois que « des intervenants ont indiqué que ce dossier avait été traité en priorité et dans des délais accélérés. Cette situation a bousculé le traitement normal des dossiers. » Qui a exercé une telle pression dans l’appareil municipal? Mystère. L’enquête de la Sûreté du Québec, annoncée hier, devrait éclaircir certains points d’ombre.
Autre fait troublant: le changement de statut de la SHDMde société paramunicipale à organisme privé à but non lucratif. Cette transformation, renversée depuis, avait rendu le fonctionnement de la SHDM plus opaque et l’avait soustrait à la loi d’accès à l’information. Ce faisant, avait-on facilité les abus qui ont suivi ? Le ministère des Affaires municipales, pour sa part, dit que si on lui avait demandé son avis, il se serait opposé au changement.
Le maire de Montréal dans tout ça ? Il fait preuve de bon sens en donnant le feu vert à une enquête policière. Il doit toutefois reconnaître que son administration a fait preuve de laxisme dans cette affaire. Dire qu’on n’était pas au courant n’est plus une défense valable.


Le maire Tremblay perd une conseillère - Josée Duplessis adhère à Projet Montréal
« Ave c l ’ a d mi n i s t r a t i o n Tremblay, ça ne va pas assez vite et il y a trop de manquements à l’éthique », affirme la conseillère d’arrondissement du PlateauMont-Royal, Josée Duplessis, qui annonce aujourd’hui qu’elle quitte Union Montréal pour adhérer à Projet Montréal, le parti de Richard Bergeron.
Josée Duplessis quitte Union Montréal pour adhérer au parti de Richard Bergeron. Elle ne serait pas surprise si d’autres élus du Plateau-Mont-Royal faisaient de même.
La conseillère du district DeLorimier a failli ne pas se représenter en novembre, tant elle est déçue « du manque de leadership » de la mairesse du Plateau, Helen Fotopulos. « Je me suis lancée en politique pour changer les choses, dit-elle. Mais au sein de mon caucus, j’ai souvent été seule pour faire avancer les dossiers. Sauf depuis quelques mois parce que les élections s’en viennent, alors on a été gentil avec moi. »
Mme Duplessis soutient que la mairesse est « une bonne personne » mais « pas à la bonne place ». « Il faut quelqu’un qui gère avec collégialité, dit-elle. Un maire doit être à la hauteur des attentes. Helen n’a pas fait le travail qu’on attendait d’elle pour que la Ville augmente notre dotation. »
Mme Duplessis croit que le parti de Richard Bergeron « va faire des ravages » dans le Plateau le 1er novembre. « Union Montréal pourrait se faire lessiver, estimet-elle. J’entends ce que me disent les citoyens. Les électeurs d’Union Montréal quittent ce parti jour après jour. La mouvance Québec solidaire et le mouvement citoyen dont parle Mme Harel existent. C’est une force. »
Elle ne serait pas surprise si d’autres élus du PlateauMont-Royal adhéraient à Projet Montréal.
Démocratie
Pourquoi avoir choisi ce parti? « Parce qu’il est très près de mes valeurs, répond-elle. La démocratie y est présente. À Union Montréal, le comité exécutif du Plateau ne se rencontre même pas. Il n’y a pas de débat. »
Mme Duplessis dit que les Montréa l a i s doivent él i re Richard Bergeron car il « représente bien la population. M. Bergeron sera un bon leader car ça prend du rêve, des réalisations à long terme et des réalisations immédiates. Avec l’administration Tremblay, ça ne va pas assez vite ».
Elle prend l’exemple du compostage des matières organiques. Elle s’est battue pour que ce projet voie le jour. Faute d’argent, le service n’a été créé que pour 3000 résidences. « Et au niveau de la ville centre, il n’y a toujours rien », déplore-t-elle.
Elle regrette aussi les « affaires » de la SHDM et des compteurs d’eau. « L’affaire Zampino, ça m’a choquée, dit-elle. Dans une équipe, on se fait confiance les uns les autres. Serait-on où on en est actuellement si on avait étudié comme il faut tous les contrats au départ ? »



Le maire serein malgré sa chute de popularité
Sondage Angus Reid sur l’administration de Gérald Tremblay
« Je n’ai entendu personne, ni le vérificateur général, parler de scandales. On devrait plutôt parler d’irrégularités ou de décisions irresponsables qui ont été prises. »
C’est avec calme et sérénité que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a réagi hier au sondage Angus Reid publié dans La Presse du même jour. Le sondage montre que la confiance des Montréalais s’effrite envers leur maire. M. Tremblay estime qu’il est quand même bien parti pour obtenir un troisième mandat consécutif. Mais qu’il faut « travailler fort ».
Le sondage révèle que 56% des Montréalais ne croient pas les explications du maire Tremblay à propos des dossiers de la Société d’habitation et de développement de Montréal et des compteurs d’eau. De plus, 38% d’entre eux réclament carrément son départ de la mairie de Montréal.
Interrogé en marge d’un événement public, hier, le maire a d’abord dit ne jamais faire de commentaires au cours des sondages. Ce qu’il a pourtant fait les cinq minutes suivantes. Il a dit qu’il a été élu par les Montréalais et qu’il veut continuer « à bâtir la ville ». Quand on lui a demandé si cela lui faisait quelque chose de voir que les gens sont de plus en plus nombreux à critiquer son leadership et à ne plus lui faire confiance, il a répondu: « Je vais continuer de faire le travail que je fais depuis maintenant huit ans. Il y avait des préoccupations importantes à Montréal au niveau de la démocratie, au niveau des infrastructures, au niveau du transport en commun, au niveau du logement social, du logement abordable, des projets mobilisateurs. Alors, c’est ça mon mandat. Je vais continuer de travailler très fort en espérant que le 1er novembre, j’aurai encore leur confiance. »
Le chef de l’opposition et de Vision Montréal, Benoit Labonté, est en train de combler son retard sur le maire de Montréal, selon le sondage. M. Labonté était crédité de 4% par un sondage en février. Angus Reid lui accorde maintenant 21%. Le maire Tremblay n’a plus qu’une avance de 5 points de pourcentage. Mais il demeure serein et répète à satiété qu’il doit « travailler fort ».
« J’ai toujours considéré toute personne comme des candidats et des candidates valables, dit-il. Alors, pour moi, ce qui est beaucoup plus important, c’est de continuer de mériter la confiance des Montréalais et des Montréalaises et c’est ce que je vais faire au cours des six prochains mois. Je vais continuer à travailler très fort. Une élection, c’est toujours une élection. On ne peut jamais prédire les résultats d’une élection. Par contre, si on continue à travailler fort et si je peux convaincre l’ensemble des Montréalais que la priorité c’est de bâtir la ville, alors, partant de là, j’ose croire que la population va me faire confiance et va faire confiance à mon équipe. »
À propos de l’impact des scandales des six derniers mois sur son administration (SHDM, compteurs d’eau, présence de Frank Zampino sur le bateau de Tony Accurso, etc.), le maire a dit: « Il n’y a qu’un grand médiaquiparlede scandales. Jen’ai entendu personne, ni le vérificateur général, parler de scandales. On devrait plutôt parler d’irrégularités ou de décisions irresponsables qui ont été prises. Cela dit, j’ai fait tout ce qu’il était possible de faire (pour) que l’information soit rendue publique. Si l’information est publique aujourd’hui c’est parce que je l’ai rendue publique ou que j’ai fait en sorte qu’elle soit rendue publique. Cela dit, la police fera ce qu’elle a à faire. Le vérificateur général fera ce qu’il a à faire. Mais en ce qui me concerne, je veux concentrer toute mon énergie à bâtir la ville et pour faire ça, je dois travailler avec tous les citoyens, espérant que le 1er novembre, ils reconnaîtront ce que moi et mon équipe avons fait pour améliorer la qualité de vie des citoyens. »





SHDM- Le vérificateur remet le dossier à la police !...
La Presse a appris que le vérificateur Doyon « a mis en lumière le non-respect des règles dans de nombreux projets » de la SHDM.
— Après avoir mis cinq moisàpasseraucribleunevingtaine de transactions immobilières de la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM), le vérificateur général de la Ville, MichelDoyon, en arrive à un verdict lourd de conséquences.
Tout le dossier devrait être transmis à la police, fort probablement à la Sûreté du Québec, qui elle seule a le pouvoir de pousser plus loin l’enquête qui s’avère nécessaire sur la société qui gère un portefeuille immobilier de 300 millions pour la Ville de Montréal. « Les faits sont suffisamment troublants pour que la police s’en mêle », a indiqué une source sûre à La Presse. Le vérificateur Doyon fait cette recommandation en soulignant qu’il n’a pu entrer en contact avec bien des acteurs importants de ces transactions – seule la police a les pouvoirs nécessaires pour aller plus loin.
C’est la principale conclusion du rapport du vérificateur de la Ville de Montréal, qui faisait l’objet en fin de semaine d’échanges entre Québec et l’administration Tremblay.
Le vérificateur Doyon avait jusqu’alors gardé jalousement les conclusions de son rapport. S’il estime qu’il appartient à la police de poursuivre plus loin l’investigation, le vérificateur convient toutefois qu’avec les moyens dont il dispose, il n’a pas pu constater d’intentions criminelles ou de malversation.
Zampino
Surtout, l’ancien président du comité exécutif de la ville, Frank Zampino, n’est pas égratigné par le rapport – on relève même qu’il était intervenu pour que le vérificateur de la Ville demeure le vérificateur de la SHDM, malgré la volonté de l’ancien directeur général, Martial Fillion.
Le dépôt de ce rapport a été inscrit, à la fin de la semaine, à l’ordre du jour du conseil municipal de ce soir, et doit faire l’objet d’une conférence de presse, demain matin, avec les conclusions d’une autre vérification administrative, celle commandée à Samson Bélair/ Deloitte et Touche sur les décisions de la SHDMdans le projet du Faubourg Contrecoeur.
De sources fiables, La Presse a appris que le vérificateur Doyon « a mis en lumière le non-respect des règles dans de nombreux projets » de cet organisme paramunicipal transformé en catimini en organisme privé, en janvier 2007.
Parmi une vingtaine de transactions – des « aliénations » dans le jargon du vérificateur –, on note la vente de deux immeubles à appartements du centre-ville, sur l’avenue Lincoln et la rue Sussex, vendus au quatrième plus élevé de cinq soumissionnaires.
Les règles n’ont pas été respectées davantage pour un autre projet, rue Brewster, où se trouve le bureau de l’arrondissement du Sud-Ouest. La SHDM aurait vendu l’édifice en deçà de la valeur marchande. On n’a pu faire confirmer hier soir si une autre transaction controversée, rue SaintPatrick, avait été marquée en rouge par le vérificateur de la Ville.
Dossier Contrecoeur
Pour ne pas faire double emploi , M. Doyon avait d’entrée de jeu fait savoir qu’il ne travaillerait pas sur le dossier du Faubourg Contrecoeur, auquel s’activaient déjà les vérificateurs de Samson Bélair/ Deloitte et Touche, à la demande du conseil d’administration de la SHDM.
Cette seconde enquête sur le Faubourg Contrecoeur reprend et approfondit des constats déjà faits par la firme KPMG. Ce terrain de 38 hectares, que l’évaluation municipale estimait à 23,5 millions, a été vendu 1,6 million à la SHDM, en dépit de l’avis de l’expert immobilier de la Ville, Joseph Farinacci.
La SHDM l’a revendu par la suite 4,4 millions au promoteur Frank Catania. Un rabais important a été accordé, notamment pour des coûts présumés de 11 millions pour la décontamination.
Ces coûts de décontamination posent problème. Ils ont été scrutés à la loupe, mais la firme privée a constaté que beaucoup de documents manquaient pour faire une vérification. Partout, le vérificateur Doyon comme les spécialistes de Deloitte et Touche constatent que les règles qui devaient baliser les processus de décision étaient systématiquement transgressées.
De plus, les vérificateurs ont « écarquillé les yeux » quand ils ont ouvert des dossiers « presque vides », confie-t-on.
Le directeur général de la SHDM, Martial Fillion, avait été suspendu en octobre puis carrément remplacé au début de l’année après qu’un rapport accablant de KPMG eut levé le voile sur de nombreux gestes administratifs inappropriés de M. Fillion, l’ancien chef de cabinet du maire Gérald Tremblay.
Coup dur
Ces révélations ont été un coup dur pour bien des libéraux provinciaux; pendant des années, Martial Fillion a été un conseiller respecté et influent du regretté Claude Ryan.
Le directeur Fillion avait été limogé après que KPMG eut recensé l’automne dernier une dizaine « d’incidents » où ce dernier n’avait pas informé le conseil d’administration de développements importants dans le dossier du Faubourg Contrecoeur, des avances sans autorisation, mais aussi des réductions de taux d’intérêt et des modifications de contrats. Des pertes potentielles pour la SHDM avaient aussi été cachées au conseil d’administration.
M. Fillion avait également signé ou fait approuver pour 8,3 millions de chèques, des avances, à la société Construction Frank Catania, sans avoir obtenu le feu vert du conseil d’administration de l’organisme. Normalement l’approbation du conseil est nécessaire pour tout engagement au-delà de 500 000$.
Dans les coulisses, des gens proches de l’enquête soulignent que M. Fillion évoquait fréquemment des appuis en haut lieu pour justifier des décisions.
Construction Frank Catania a obtenu des contrats municipaux d’une valeur totale d’environ 100 millions de la Ville de Montréal, depuis l’arrivée aux commandes de Gérald Tremblay. À la mi-avril, la première partie du projet, représentant 96 unités sur un potentiel de 1800, était la proie des flammes.
La SHDM s’était transformée en société privée avec l’appui unanime du conseil exécutif de la Ville. Par la suite, le ministère des Affaires municipales avait mis en doute la conformité de cette opération avec la Loi des cités et villes.
Le maire Tremblay avait ensuite assuré que la SHDM reviendrait dans le giron de la Ville, une opération qui est en train de se réaliser avec l’assistance des avocats du ministère des Affaires municipales.


Affaire SHDM Révélations fracassantes du vérificateur général
Ville de Montréal Dans son rapport d’enquête, le vérificateur général de Montréal se montre très critique envers le directeur général de la SHDM et soulève plusieurs faits troublants. Encore une fois, le nom de Tony Accurso est évoqué.
Le vérificateur recommande à la nouvelle administration de la SHDMde saisir la police du dossier.
Un grand nombre de transactions immobilières douteuses, des décisions bizarres prises sans consultation, des ventes de terrains effectuées sous leur valeur marchande: le très attendu rapport du vérificateur général de Montréal sur la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) est accablant pour son directeur général, Martial Fillion, suspendu en octobre dernier.
Déjà pris dans la tourmente des scandales qui secouent son administration depuis des mois, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, n’a pas voulu se prononcer sur le rapport du vérificateur hier soir, au cours de la séance du conseil municipal.
L’affaire est si grave que, comme La Presse le révélait hier, le vérificateur Michel Doyon recommande à la nouvelle administration de la SHDM de saisir la police du dossier dans cette affaire d’aliénations d’immeubles effectuées en 2007 et 2008. Déjà pris dans la tourmente des scandales qui secoue son administration depuis des mois, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, n’a pas voulu se prononcer sur le sujet hier soir, au cours de la séance duconseil municipal. Il a dit n’avoir pas encore lu le rapport du vérificateur.
Michel Doyon a examiné 20 transactions immobilières de la SHDM et la gestion de différents projets effectuée par cette société constituée le 1er janvier 2007 à la suite de sa fusion avec la Société de développement de Montréal.
Sans jamais citer le nom de Martial Fillion, il présente un grand nombre d’exemples de décisions qu’il a prises sans en référer aux élus ou à son conseil d’administration. M. Doyon a ainsi constaté que des transactions n’ont jamais reçu les autorisations nécessaires, que ce soit du conseil municipal ou du comité exécutif de la Ville.
Ainsi, on apprend que la SHDM n’était pas habilitée à vendre les immeubles Prince Arthur et Montcalm sans l’autorisation du comité exécutif. On apprend aussi que laSHDMaconsentiunprêt temporaire à la Coopérative d’habitation Saint-Dominique et a cautionné les prêts de trois autres organismes sans y être autorisée par la Ville.
Le rapport établit que des transactions semblent avoir été conclues à des prix inférieurs à la valeur marchande, notamment dans le cas du 730-780, Brewster et du 1850, Lincoln. Dans le cas du 730780, Brewster, Michel Doyon estime que des sommes pourraient être dues à la SHDM étant donné que son enquête a permis d’apprendre que son partenaire dans ce dossier, la société Services intégrés Lemay et Associés, a vendu l’an dernier des actions à un tiers sans le révéler à la SHDM.
Le vérificateur précise qu’en ce qui a trait aux transactions du 14011501, rue Saint-Patrick et à la maison Bagg (166, rue King et 682, rue William), la SHDM « ne semble pas avoir cherché à maximiser son prix de vente ».
« Enfin, ajoute le vérificateur, tant dans le cas du projet Le Phoenix que dans celui du Faubourg Contrecoeur, ni le comité exécutif, ni le conseil municipal de la Ville de Montréal n’auraient été adéquatement informés de toutes les étapes et conditions subséquentes à la vente de sa propriété à la SHDM. »
Dans la partie du rapport consacrée au programme Accès Condos, le vérificateur dit avoir constaté que les demandes d’admissibilité des projets soumis à la SHDMn’ont pas été étudiées par un comité d’évaluation. De plus, les critères d’analyse des demandes « n’avaient pas été approuvés par le conseil d’administration » de la SHDM ni transmis aux promoteurs.
Le rapport révèle également que, dans le cas de la Place des festivals du Quartier des spectacles, M. Fillion a signé systématiquement des conventions de services professionnels avec des entreprises privées « avant que le conseil d’administration en eut pris connaissance ». Selon lui, seul le CA avait autorité pour approuver et conclure de telles conventions.
D’unpoint de vue général, le vérificateur recommande à la SHDM qu’elle revoit toutes ses règles de délégation d’autorité afin que le CA de la SHDM autorise « systématiquement » tout changement aux accords de développement.
Hier soir, le chef de l’opposition officielle, Benoit Labonté, a fait remarquer que c’est la première fois qu’un vérificateur général montréalais réclame une enquête policière dans un dossier concernant la municipalité. Il a tenté en vain d’obtenir une réaction du maire Tremblay. Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a même demandé qu’une enquête policière soit également faite dans le dossier des compteurs d’eau, les deux affaires étant, selon lui, liées.
Aujourd’hui, le vérificateur général rencontre les médias et Samson Bélair/ Deloitte et Touche dévoile son rapport qui porte exclusivement sur le dossier du développement immobilier du Faubourg Contrecoeur.

Le rôle crucial de la SHDM
Les projets de la société paramunicipale témoignent d’une passion et d’une expertise réelles qu’il ne faut pas étouffer
L’auteur a publié en 2006 le livre « Montréal, ville d’avant-garde? » chez Lanctôt.
C’est un euphémisme de dire que la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) traverse actuellement la période la plus éprouvante de son existence. Partant des conclusions des rapports déposés, que devraiton faire ? Exiger le démantèlement pur et simple de la SHDM? Certains ont évoqué cette hypothèse cette semaine, pensant ainsi éliminer une source de fraude, de folies et de pertes dans l’appareil public. Ça peut sembler séduisant à court terme, mais ce serait une très mauvaise idée, pour la simple et bonne raison que la SHDM joue un rôle crucial dans le développement de la métropole.
Quel est ce rôle, justement? Par des projets de développement immobilier dans les domaines résidentiel, commercial, industriel et institutionnel, la SHDM participe à la fois à l’enrichissement du cadre bâti de la ville et à l’amélioration de la qualité de vie dans ses différents quartiers. La SHDM conçoit, bâtit, rénove et gère des milliers de logements abordables dans l’île, de concert notamment avec des organismes communautaires et l’Office municipal d’habitation de Montréal, qui s’occupe de logements sociaux. La SHDM ramène ou garde bien des gens à Montréal en favorisant leur accession à la propriété, avec ses projets et ses programmes tel Accès-condo, qui offre des crédits d’achat aux nouveaux propriétaires.
Mieux, la SHDM agit sur l’ensemble de l’île et vise toujours un équilibre de l’offre sur le territoire, ce que ne fait aucun promoteur privé. Les projets réalisés et en cours de la Société – qui peuvent être vus sur le site shdm.org – témoignent d’une passion et d’une expertise réelles, qu’il faut entretenir et non étouffer.
Au début de l’année, la SHDM a fait un ménage en changeant son état-major et son mode de fonctionnement; ce ménage n’est pas encore tout à fait terminé (il reste notamment à annuler sa conversion en société privée), mais ses nouveaux dirigeants vont dans la bonne direction, sachant que leurs dirigeants à eux – les Montréalais – les suivent de près. Et les garder à l’oeil, c’est exactement cela que l’on doit faire. Éventuellement, cette attention les valorisera.




L’argent de Monopoly derrière les compteurs d’eau  -  Sara Champagne
Jacques Bergeron a longtemps hésité avant d’accepter de parler publiquement des dessous de son enquête qui a mené au dépôt d’un rapport dévastateur sur le contrat des compteurs d’eau. Le vérificateur général de la Ville de Montréal a finalement accepté, tout en expliquant qu’il a un devoir de réserve. « Je dois peser chaque mot », a-t-il expliqué avant de finalement inviter La Presse dans ses bureaux d’une tour du centre-ville. Entretien avec celui qui, arrivé en poste il y a à peine cinq mois, s’est retrouvé avec le plus gros mandat d’enquête jamais attribué à son bureau.
Q Au

lendemain du dépôt de votre rapport, M. Bergeron, on a beaucoup parlé de la portion de votre enquête qui a été transmise à la Sûreté du Québec. Je voudrais revenir l à-dessus. Mais avant d’en parler, j’aimerais savoir, de manière générale, quelle impression se dégage de toute cette affaire ? R Durant tout l’été, j’avais l’i mpres sion de jouer avec de l’argent de Monopoly. C ’éta it des m illions . Des millions, mais qui avaient la va leu r de l ’a r g e n t d e Monopoly. Je pense notamment au seg ment su r la gouverna nce, à l’appel de propositions, à l’approbation, aux com munications aussi. Au bout du compte, vous savez, les chiffres changeaient et on ne savait pas pou rquoi. Autrement d it , perdre 1 million, ce n’est pas grave, perd re 20 millions, bah. Je me demande si tout le monde n’avait pas perdu la notion de l’argent dans cette affaire. C’était mon impression. Et dans mon rapport, on voit les changements, et c’est la raison pour laquelle j’ai dit : « Trop vite, trop gros, trop cher. » Q Quand
vous avez été saisi du mandat d’enquête, au mois de juin, par quoi avez-vous commencé votre étude du dossier du contrat des compteurs d’eau ? R On a décortiqué le processus en fa isa nt u ne chronologie des événements, en remontant jusqu’en 2002. On a regardé les différents jalons. Autrement dit, on a regardé où les événements ont changé. Vous savez, les compteu rs d’eau , ce n’est qu’un projet. Le plus petit parmi trois projets de la Ville touchant l’eau. Il y a aussi le plan d’intervention de l’eau et la mise à niveau des usines d’épuration d’eau, qui ont été donnés à d’autres consortiums. Dans le cas des compteurs d’eau, on a constaté un changement d’orientation qui a mené au programme d’optimisation de l’eau. Q Est-
ce que chaque expert de votre équipe avait un mandat précis, une mission bien à lui ? R Non, c ’était un travail d’équipe. Le plan de travail a été produit par notre bu reau . O n ava it quat re champs d’expertise : le volet vérification, avec l’aide de la firme Navigan Consulting. Il y avait aussi le volet ingénierie. Dans ce cas-ci, on a décidé de donner le mandat à l’École de technologie supérieure (ETS), pour la simple et bonne raison que la totalité des firmes d’ingénierie au Québec sont associées de près ou de loin à l’eau à Montréal ou à la Ville. On aurait pu aller à Toronto, mais il y avait la barrière de la langue. Et avec l’ ETS, donc avec une université, on n’avait pas à procéder par appel d’offres. Q Au
total, vous diriez que l’enquête a nécessité combien d’heures de travail ? R On a investi 6000 heures pour faire le travail au complet. Six mille heures… Nous étions plusieurs, 17 per son nes en tout , en incluant celles de l’externe. Évidemment, le travail variait de semaine en semaine, mais c’était du temps plein. Q Parlons
maintenant de vos informations transmises à la Sûreté du Québec. Comment en êtes-vous venu à la décision de joindre les enquêteurs ? R Au niveau de la Ville, ce qui veut dire que ça peut être 1, 10 ou 100 personnes, on a constaté qu’il y avait des rencontres planifiées avec des gens intéressés au dossier. Ça nous a surpris. Mais évidemment, on n’a pas de pouvoir d’enquête externe. On a un pouvoir d’enquête à la Ville. J’ai accès à toute l’information à l’interne, qu’elle soit sur papier ou électronique. Je ne peux pas vous dire comment on a découvert l’information. Mais comme nous savions que les gens de la SQ menaient déjà leur enquête, et qu’on avait eu quelques rencontres avec eux, on a décidé de transmettre l’information dans une enveloppe scellée pour les aider. Q Vous
avez rencontré 27 personnes pour mener à bien votre enquête. Des gens de l’externe et de l’interne. Notamment Frank Zampino, ancien président du comité exécutif, des élus, des ex-élus aussi. La collaboration a-telle été bonne ? R Je n’ai pas participé à toutes les entrevues parce que je n’aurais fait que ça. Mais j’ai assisté aux rencontres importantes à ma compréhension du dossier. Je ne peux pas vous dire qui j’ai interrogé, mais on a rencontré M. Zampino une fois. Sammy Forcillo, une fois. Gérald Tremblay aussi, une fois. Je ne peux pas divulguer la teneur de ces rencontres, mais les éléments pertinents sont dans le rapport. On a mentionné, entre autres, qu’on a découvert des rencontres planifiées dans des agendas. On a fait beaucoup d’analyses de l’évolution des agendas à travers le temps. Des courriels aussi, des correspondances. Tout ça nous a permis de corroborer des éléments, et de découvrir des documents, de relier des informations entre elles. On parle de rencontres, mais dans certains cas il y en a eu plusieurs. QL es
agendas de la Ville, étaient-ils électroniques ou sur papier ? R Je ne peux pas vous le dire. Éventuellement, je vais le dire, quand le temps sera venu. Mais quand on dit des agendas de la Ville, ça comprend aussi les arrondissements. Il y a 19 arrondissements à Montréal. Q Du rant
l’enquête, est-ce qu’il y avait des discussions sur les compteurs d’eau à l’extérieur du bureau ? R Aucune discussion à l’extérieur. Même pas avec les proches, surtout pas avec les proches. On en était même venus au point où toutes les com mu nications i nter nes, c’est-à-dire nos courriels, ne
passaient plus par le réseau de la Ville de Montréal. On communiquait de clé USB à clé USB. Q Vo us
n’aviez pas droit à l ’e r r e u r, M . B e r g e r o n . La pression était-elle forte ? R Il ne fallait pas se tromper. Et plus on avançait dans nos travaux, plus on percevait qu’il y aurait un impact. À la fin, on savait qu’on avait une mini-bombe atomique. C’était ébranlant. J’ai été tenu au courant de chaque découverte. Il fallait beaucoup de rigueur. C’est un rapport qui a été écrit par plusieurs personnes, provenant de l’interne et de l’externe, un peu par moi également. Mais j’ai repris chaque mot, chaque ligne, chaque virgule, je les connais toutes. Il y avait une crainte de dire quelque chose qui n’était pas vrai, ou faux. Donc, on a validé le contenu du rapport auprès de certaines personnes de la Ville avant de le publier. Et ces personnes, au nombre de deux, n’avaient pas le droit de prendre des notes durant la lecture supervisée. Q Le
rapport a été présenté aux élus du conseil municipal le lundi 21 septembre. Quand a-t-il été imprimé ? R Trois jours avant, le vendredi soir. On a pris des dispositifs avec les gens de l’imprimerie de la Ville de Montréal. C’est-à-dire qu’il y avait deux personnes de chez nous qui sont allées directement à l’imprimerie avec le fichier. Elles se sont assurées que le fichier soit effacé. Et se sont assurées que l’imprimante n’était pas en réseau, que les copies revenaient ici. On avait même une entente avec les gens de notre immeuble pour que les copies soient dans mon bureau. Les gens de l’entretien ont même passé par une enquête de sécurité. Finalement, il n’y a pas eu de fuite dans les médias. Q Justement,
vous parlez des journalistes. Vous n’êtes pas sans savoir que les compteurs d’eau ont fait couler beaucoup d’encre dans la dernière année. Est-ce que les articles vous ont aidé ? R Ce que j e p eu x vou s dire, c’est qu’avant qu’on obtien ne le ma ndat d’enquête de l’ad m i n ist ration Tremblay, nous étions à un cheveu d’entreprendre une enquête de notre propre chef. J’ai une revue de presse, un gros ca rtable d’a rticles de journaux sur les compteurs d’eau. Ils ont été analysés un à un. On a, par exemple, comparé le coût des appareils de mesure de Montréal avec ceux de Toronto. Q Votre travail ne se termine pas là. Vous avez été nommé pour sept ans. Qu’entendez-vous faire maintenant ? R Un défi de recrutement s’en vient au bureau du vérificateur général. Il y a deux autres projets de l’eau : le plan d’intervention et la mise à niveau des usines d’épuration d’eau. J’aimerais mener une analyse de risques. Ma motivation est d’améliorer, et de m’assurer que ça ne se reproduise plus . Parce qu’à travers tout ça, il y a une urgence d’agir en matière d’eau.

L’effet compteurs d’eau  -  MICHÈLE OUIMET
Dure semaine pour le maire Gérald Tremblay. Lundi, le rapport dévastateu r du véri ficateu r su r les compteurs d’eau a atterri comme une bombe dans la campagne électorale. Mardi, le maire a été obligé d’annuler le contrat et de congédier ses deux fonctionnaires les plus importants. Grosse tempête.
Et là, le sondage, truffé de mauvaises nouvelles pour Gérald Tremblay.
Un sondage éclair effectué au lendemain du dépôt du rapport du vérificateur. Un sondage qui a pris le pouls, à chaud, des Montréalais.
Résultat : beaucoup de grogne. Les Montréalais blâment sévèrement le maire pour le gâchis des compteurs d’eau.
Le sondage fait mal non seulement à Gérald Tremblay, mais aussi à sa principale rivale, Louise Harel. Le grand gagnant : Richard Bergeron, chef de Projet Montréal.
Ma is com mençons pa r Gérald Tremblay.
Première mauvaise nouvelle : les Montréalais s’intéressent davantage à la saga des compteurs d’eau qu’au Canadien ou la guerre en Afghanistan. Ça jase compteurs d’eau dans les chaumières. Carey Price moins populaire qu’un compteur d’eau, faut le faire !
Autre tuile : un Montréalais sur deux ne croit pas le maire quand il jure qu’il ne savait rien. Et 44 % ne pensent pas que le congédiement des deux fonctionnaires va régler quoi que ce soit.
Qui est responsable du scandale ? Soixante-trois pour cent des gens ont répondu le maire et Frank Zampino, exprésident du comité exécutif et amateur de croisières sur les yachts de luxe. Et les firmes d’ingénieurs ? Seulement 8 % croient qu’elles sont à blâmer pour le gâchis des compteurs d’eau. Les deux fonctionnaires congédiés ? À peine 5 % les rendent responsables.
Bref, la res pon sabi l ité est politique. Que G érald Tremblay assume, lui disent les Montréalais, et qu’il cesse de s’en laver les mains en criant sur tous les toits : je ne le savais pas, je le jure ! Pas idiots, les Montréalais. Et ça continue. Le degré de confiance envers le maire en a pris un coup. La moitié des répondants disent que leur confiance a diminué. Et 58 % sont insatisfaits de l’administration Tremblay, une dégringolade de sept points en deux semaines. Énorme.
Cette grogne se reflète dans les intentions de vote. L’appui à Gérald Tremblay a glissé de trois points en deux semaines. Il est passé de 38 % à 35 %. L’effet compteurs d’eau.
Louise Harel, elle, a fait du surplace : elle est passée de 41 à … 40 %. Une controverse monstre frappe l’administration Tremblay et elle stagne dans les intentions de vote. Dur pour l’ego.
Quant à Richard Bergeron, il a fait un bond de six points. Il est passé de 14 % à 20 %. Une performance attribuable peut-être à son image de néophyte qui ne traîne pas un passé politique. Il a aussi réussi à attirer le juge Gomery, M. Net en personne, dans son parti. En cette ère de corruption, c’est une prise qui vaut son pesant d’or.
Louise Harel a plafonné. Elle a été en politique pendant 25 ans. Une femme qui a roulé sa bosse. Trop peutêtre. Les Montréalais semblent hésitants devant les pros de la politique.
Et son incapacité à s’exprimer en anglais ne passe pas. Les trois quarts des Montréalais affirment que le prochain maire doit parler anglais. Les appuis des anglophones pour Mme Harel ont fondu de moitié en deux semaines, passant de 12% à 6%.
Der n ier poi nt : G éra ld Tremblay se trompe lorsqu’il affirme que les médias s’acharnent sur lui. Un Montréalais sur deux croit que la « couverture médiatique entourant la controverse des compteurs d’eau » est juste et 25 % précisent qu’elle n’est pas assez sévère à l’égard du maire.
Les scandales existent, les médias n’ont rien inventé. Le maire doit cesser de tirer sur le messager. Après tout, c’est son gâchis.
Un mot sur Robert Cassius de Linval et Claude Léger, les deux fonctionnaires congédiés dans la foulée du scandale des compteurs d’eau.
I ls sont pa rtis avec u ne indemnité de départ équivalant à un an de salaire, une somme qui totalise 426 000 $.
Le maire a soigneusement choisi ses mots lorsqu’il a annoncé aux journalistes que Léger et Cassius de Linval partaient. Il a refusé de prononcer le mot congédiement, il a préféré parler de consentement mutuel. La différence : 426 000 $.
Si le maire les avait congédiés, il n’aurait pas été obligé de leur verser une indemnité. Mais fidèle à son manque de courage, il a préféré louvoyer. Pour les mettre à la porte, la Ville devait prouver que Cassius de Linval avait commis une « faute grave ». Quant à Léger, elle devait invoquer des « motifs sérieux ».
Résumons : le vérificateur dépose un rapport tellement accablant que le contrat doit être annulé et le dossier remis entre les mains de la police. Le maire qualifie l’affaire d’indéfendable. Et qui doit partir ? Léger et Cassius de Linval, les responsables.
Et il n’y a pas de faute grave ni de motifs sérieux ? Pourtant, cette histoire ébranle sérieusement l’hôtel de ville.
Le maire a préféré s’écraser. Les Montréalais vont donc ra masser la factu re. Ma is pendant qu’ils vont payer en argent, le maire, lui, va payer en votes.

Gérald Tremblay désavoué par la population  -  Éric Clément
Au lendemain du dépôt du rapport du vérificateur général sur le contrat des compteurs d’eau, La Presse a pris le pouls des électeurs montréalais. Les deux principaux prétendants au titre de maire de Montréal trouveront peu de réconfort dans notre sondage exclusif Angus. Les répondants sont sévères envers Gérald Tremblay, mais Louise Harel en profite peu. Et oui, une majorité de Montréalais pensent que leur maire devrait être bilingue. la moitié de la population (48 %) ne croit pas que le maire soit capable d’instaurer une saine gestion dans la façon d’attribuer des contrats aux fournisseurs de la Ville ni de rétablir la transparence dans l’administration municipale.
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, est jugé sévèrement dans le dossier de l’attribution du contrat des compteurs d’eau au consortium GÉNIeau. Selon un sondage Angus Reid Strategies-La Presse réalisé les 23 et 24 septembre, la moitié de la population ne le croit pas quand il dit avoir été mal informé par ses cadres sur ce dossier, et la même proportion d’électeurs le juge incapable de rétablir transparence et saine gestion dans l’administration municipale.

L a ca nd idate de Vision Montréal à la mairie, Louise Harel, profite bien peu de ce désaveu. Son avance sur Gérald Tremblay a peu progressé par rapport au sondage A ngus Reid Strategies-La Presse mené du 9 au 11 septembre : elle est créditée de 40 % des suffrages alors que M. Tremblay obtient 35 %. C’est le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, qui bénéficie le plus des effets du scandale GÉNIeau. M. Bergeron fait un bond de 6 % dans ce sondage : 20 % des électeurs l’appuient au lieu de 14 %. L a perce pt ion qu ’ont les électeurs du maire Tremblay change, révèle notre sondage.
L’insatisfaction vis-à-vis de son administration a augmenté de 7 % par rapport au sondage réalisé du 9 au 11 septembre. Les électeurs sont maintenant 65 % à être ce chiffre avec le sondage UniMarketing-La Presse de novembre 2007 qui attribuait au maire Tremblay un taux de satisfaction record : 63 % étaient « très satisfaits » de lui
a population ne croit pas le maire quand il dit avoir
Le rapport du vérificateur général de la Ville, Jacques Bergeron, sur le contrat des compteurs d’eau semble avoir marqué les esprits. D’autant plus que le maire a montré la porte au directeur général de la Ville, Claude Léger, et au numéro 2 de son administration, Robert Cassius de Linval. « plutôt ou très insatisfaits » de l’administration au lieu de 58 %. Les répondants « très ou plutôt satisfaits » sont passés de 37% à 31%.
L es « très satisfa its » de l’ad ministration T remblay ne représentent que 2 % des sondés. Une chute vertigineuse qua nd on compa re été mal informé des lacunes relevées par le vérificateur général : 51 % des personnes interrogées ont répondu non à la question « le croyez-vous qua nd il a ffirme qu’il ne savait pas ce qui se passait ? » Seulement 28 % des sondés croient le maire et 21 % sont indécis.
Peu crédible
Par ailleurs, la moitié de la population (48 %) ne croit pas que le maire soit capable d’instaurer une saine gestion dans la façon d’attribuer des contrats aux fou.rnisseurs de la Ville ni de L rétablir la transparence dans l’administration municipale. Seulement 20 % des sondés l’en croient capable au lieu de 22 % pour Richard Bergeron et 35 % pour Louise Harel.
L’ex-ministre péquiste est d’ailleurs perçue comme la plus capable de combattre la corruption au sein de l’adm i n ist ration mu n ic ipa le. Elle obtient 30 % d’appuis à ce titre au lieu de 19 % pour Gérald Tremblay et 13 % pour Richard Bergeron.
Qui est responsable des problèmes que la V i l le a connus dans le dossier des compteurs d’eau ? Les sondés
sont partagés : 33 % disent que c’est le maire Tremblay et ses conseillers alors que 30 % pensent que c’est Frank Zampino, l’ex-président du comité exécutif qui a quitté la Ville en 2008 avant d’être embauché par Dessau, membre du consortium GÉNIeau. Seulement 8 % pensent que l’ex-directeur général Claude Léger est responsable des problèmes et 3 % pensent que ce sont les firmes d’ingénieurs impliquées.
La question du sondage sur le degré de confiance des citoyens envers le maire est d’autant plus intéressante que 58 % des personnes interrogées disent avoir voté pour Gérald Tremblay en 2005. Quand on leur demande de quelle manière a évolué leur degré de confiance vis-à-vis du maire depuis les trois derniers mois, une majorité d’entre eux (52 %) répond que ce degré de confiance a « modérément ou beaucoup diminué ». Il n’y a que 2 % des sondés qui répondent que leur degré confiance a « beaucoup augmenté », 6 % qui disent qu’il a « modérément augmenté » et 37 % qui disent qu’il est resté le même.
Des aînés mécontents
C ’e s t c h e z les personnes âgées que le degré de confiance envers le maire a le plus baissé : les plus de 55 ans répondent à 59 % que leur degré de confiance a « modérément ou beaucoup diminué ». Les personnes intéressées de « très près » au dossier des compteurs d’eau disent à 65 % que leur degré de confiance a « modérément ou beaucoup diminué ».
Le dommage créé par l’impact du dossier G É N Ieau peut-il nuire durablement au maire durant la campagne ? Parmi les électeurs qui ont voté pour lui en 2005, 43 % disent que leur confiance a diminué, dont 23 % disent q u ’el le a d i m i nué b e au - coup. « Ce sont des gens qui sont en train d’abandonner Gérald Tremblay soit pour Mme Harel, soit pour Richard Bergeron », explique Jaideep Mu ker ji , v ice -président Affaires publiques d’Angus Reid Strategies.
Harel stable, Bergeron en hausse
Compte tenu du pourcentage d’erreur de 3,4 points, Louise Harel était à égalité avec Gérald Tremblay lors du sondage mené du 9 au 11 septembre. Elle était créditée de 41% au lieu de 38% pour M. Tremblay. Il y a maintenant une différence de 5 % entre les deu x , soit 4 0 % –35 %. M. Bergeron obtient 20 % et Louise O’Sullivan, 3 %.
Mme Harel fait un score très faible chez les anglophones : après répartition des indécis, 6 % l’appuient au lieu de 30 % pour Richard Bergeron et 55 % pour Gérald Tremblay. Mais 44 % des anglophones interrogés sont encore indécis, alors que l’indécision n’est que de 27 % chez les francophones qui, eux, soutiennent Louise Harel à 54 % contre 27 % pour Gérald Tremblay et 15 % pour Richard Bergeron.
L e s ond a ge révèle u ne hausse de popu la r ité de R ic ha rd B ergeron , g râce à u n appu i plu s net des non-f ra ncophones . Même s ’i l est moi n s con nu des Montréalais, M . Bergeron voit ses appuis augmenter d’environ 6 % dans toutes les catégories d’âge. Chez les francophones, son score passe de 13 à 15 % d’appuis et double, de 15 à 30 %, chez les anglophones.
« C’est Richard Bergeron qui a tiré le plus profit des développements récents, dit M. Mukerji. Des anglophones qui normalement auraient appuyé M. Tremblay ne peuvent plus voter pour lui à cause des compteurs d’eau, mais ne peuvent pas supporter de voter pour Louise Harel donc, en ce moment, ils prennent refuge chez M. Bergeron. »

Le sondage indique que l’opinion des électeurs se précise. Si lors du sondage du 9 au 11 septembre, ils étaient 36 % à ne pas savoir pour qui voter, ils ne sont plus que 32 % à être indécis ; 61 % des personnes interrogées suivent de très près ou d’assez près la campagne électorale. Le scrutin aura lieu le 1e novembre. Selon le sondage, 83 % des personnes interrogées iront « certainement ou probablement voter », soit 2 % de plus que pour le sondage précédent.

Les compteurs d’eau et les élections municipales ont la cote
Les Montréalais suivent de près la controverse reliée aux compteurs d’eau et les élections municipales de Montréal. Ils s’y intéressent davantage qu’à la guerre en Afghanistan, et même qu’à la nouvelle saison du Canadien ! Le sondage révèle en effet que 61% des Montréalais suivent de très près ou d’assez près les élections municipales, tandis que 59% accordent la même attention à la controverse des compteurs d’eau. À l’opposé, 52 % des répondants ont affirmé suivre de près ou de très près la guerre en Afghanistan. En queue de peloton, la nouvelle saison du Canadien est suivie par 33% des Montréalais. Par ailleurs, les 55 ans et plus suivent davantage les élections municipales (79 %) que les 18 à 34 ans (47%). Même constat pour la controverse des compteurs d’eau, qui attire l’attention de 73 % des adultes de 55 ans et plus contre 44% des plus jeunes.
Le bilinguisme, un atout important pour le prochain maire
Le bilinguisme est un atout important pour le prochain maire, selon les Montréalais. Près de la moitié d’entre eux estiment qu’il est « très important» que leur maire soit bilingue, alors que 27% jugent que le bilinguisme est « assez important ». Les anglophones sont presque unanimes à ce sujet: 96% d’entre eux estiment qu’il est important que le maire parle l’anglais et le français, révèle le sondage. Rappelons que la chef de Vision Montréal, Louise Harel, a refusé de participer au débat des chefs de la chaîne CTV parce qu’elle ne maîtrise pas assez bien la langue de Shakespeare. « La tenue d’un débat exige, dans un contexte de confrontation et de maîtrise pointue des dossiers, un très haut niveau de bilinguisme qu’elle ne possède pas», a écrit Vision Montréal dans un communiqué. En conséquence, le réseau anglophone a annoncé cette semaine que la joute était annulée.

Le départ des deux cadres ne réglera pas tout
Le départ de deux cadres de l a Ville de Montréal réglera-t-il l es problèmes actuels ? Les répondants du sondage sont peu optimistes à l’égard de cette mesure annoncée mardi par l e maire de Montréal : 44 % d’entre eux estiment que le départ des deux hommes ne sera pas déterminant, et 28 % n’en sont pas certains. Malgré tout, 28 % des Montréalais estiment au contraire que ce changement sera déterminant. Gérald Tremblay a demandé au directeur général de la Ville, Claude Léger, et au directeur principal du Service des affaires corporatives, Robert Cassius de Linval, de quitter leur poste. Le maire les tient responsables de ne pas avoir informé les élus des problèmes liés au contrat des compteurs d’eau.
Compteurs d’eau : une couverture médiatique juste
« Acharnement médiatique », « campagne de démolition », « déni de démocratie » : les élus montréalais ont critiqué la couverture médiatique entourant la controverse des compteurs d’eau. Les médias sontils trop sévères ? Non, estiment les répondants du sondage. Un peu plus de la moitié d’entre eux estiment que la couverture médiatique entourant la controverse est juste. Le quart des Montréalais croient même qu’elle n’est pas assez sévère à l’égard du maire et de son administration, tandis que seulement 13 % d’entre eux la jugent trop sévère. L’ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, avait af firmé être vic time d ’un « acharnement médiatique » au printemps dernier lors de l’éclosion de la controverse. Pour sa part, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, n’avait pas digéré un éditorial de La Presse qui lui demandait de quitter son poste en raison des dossiers de la SHDM et des compteurs d’eau, affirmant que le quotidien était « en croisade » contre lui.

GÉNIeau veut réclamer 75 millions
L’annulation du contrat des compteu rs d’eau pou rrait coûter à la Ville de Montréal beaucoup plus cher qu’anticipé. Le consortium GÉNIeau compte réclamer près de 75 millions, selon T VA . Un document émanant du consortium évoque des frais de 21 millions pour le système de transmission du réseau, des fra is reliés au x sous-tra itants déjà engagés de 10 millions et des pertes de profits appréhendés pour ce contrat de 25 ans de 26,35 millions.


DÉPARTS COÛTEUX POUR LA VILLE  -  Éric Clément
Le contrat des compteurs d’eau continue de faire des vagues. On a appris hier que les indemnités de départ des deux plus importants fonctionnaires de la Ville de Montréal, Claude Léger et Robert Cassius de Linval, totalisent plus de 400 000 $. Et ce n’est
Les deux cadres remerciés pa r la Ville de Montréal dans la foulée du scandale des compteurs d’eau, Claude Léger et Robert Cassius de Linval, partiront tous les deux avec une indemnité de départ qui représente au total 426 564 $, une découverte qui a choqué hier les deux partis de l’opposition.

Le maire Tremblay avait dit aux médias mardi qu’il s’était mis d’accord avec M. Léger, directeur général de la Ville, et M. Cassius de Linval, directeur principal du Service des a ffaires corporatives, pour qu’ils quittent leurs fonctions, puisque le rapport du vérificateur général de Montréal, Jacques Bergeron, avait décrit une « situation indéfendable » en ce qui les concerne.
Durant toute la journée de mardi, le maire ayant donné la priorité aux entrevues aux médias électroniques, le service du capital humain de la Ville de Montréal n’a jamais été capable de savoir, de la part du maire, quelles avaient été les conditions de départ des deux cadres.
Hier matin, le directeur des relations professionnelles du service du capital humain, Jean-Yves Hinse, a finalement eu la réponse recherchée. « Selon les contrats d’emploi qui étaient en vigueur pour ces deux cadres, une disposition prévoit que la Ville peut en tout temps résilier le contrat, a-t-il dit à La Presse. Il y a toujours trois cas : le congédiement, la démission et la résiliation sans cause. Le maire a choisi la résiliation sans cause. On a donc résilié les contrats de M. Léger et de M. Cassius de Linval. »
Par conséquent, les dispositions contractuelles prévoient que les deux cadres ont droit à une indemnité de départ correspondant à un an de salaire. Cette indemnité est considérée comme étant une « compensation forfaitaire ». P ou r M . L éger, i l s ’a g i r a d’une somme de 244 494 $ et pour M. Cassius de Linval, de 182 070 $. La rupture du contrat des deu x cadres à cause de l’affaire GÉN Ieau coûte donc aux contribuables montréalais un total de 426 564 $.
M. Léger percevra des prestations de retraite de la Ville lorsqu’il sera à la retraite, mais pas M. Cassius de Linval, qui recevait une compensation à titre de remplacement d’un régime de retraite. « La Ville contribuait en lieu et place avec un pourcentage de son salaire pour contribuer à son régime de retraite d’une façon différente, a dit M . H inse. Quant à M. Léger, il peut laisser son actif dans la caisse et retirer la valeur de cet actif plus tard ou bien retirer le régime tout de suite. »
« Prime à l’incompétence »
Invitée à commenter, la chef de Vision Montréal, Louise Harel, est cinglante : « C’est payant, la négligence, dit-elle. Le maire nous a habitués à s’indigner en public et à s’accommoder en privé. Il nous a dit que c’était totalement inacceptable et qu’il a été tenu à l’écart. Donc, c’est une faute lourde puisqu’il a demandé leur démission. Il offre une prime à l’incompétence et à ce qui était inacceptable. Cette somme va s’ajouter à la facture de l’annulation. »
Mme Harel dit que le maire « trompe la population » en disant qu’il a annulé le contrat de GÉNIeau. « Un maire ne peut pas annuler un contrat, dit-elle. Le contrat n’est pas annulé tant que le conseil de ville n’est pas convoqué en séance pour en décréter l’annulation. Alors, le maire fait semblant de se scandaliser que c’est inacceptable et par ailleurs, il absout cette faute grave en acceptant un départ à l’amiable. »
Pou r le c hef de P rojet Montréal, Richard Bergeron, le contrat de travail des deux cadres prévoit une clause de congédiement pour faute grave que le maire aurait dû utiliser. « Si le maire Tremblay a choisi de les remercier comme ça, c’est qu’il les a congédiés pour faute grave, dit-il. Ils ne devraient pas avoir droit à quelque chose. Là, ce qui est en cause, c ’est que le vérificateur général a remis des informations à la police. Alors, si le maire les congédie rapidement, c’est qu’il y a eu des fautes graves. Donc, tu ne devrais avoir droit à rien. »

Le porte-parole du maire, Martin Tremblay, a répété hier soir que «d’un commun accord, la décision du maire a été de résilier le contrat et c’est au capital humain de donner suite à la décision qui a été prise». Pour joindre notre journaliste :

« Si j’étais Tremblay, je sacrerais mon camp »
Jean Cournoyer a critiqué le maire hier, alors que Gilbert Rozon lui a donné son appui
Fragilisé par les scandales, le maire G érald T remblay a reçu l ’a p p u i , h i e r , d e Gilbert Rozon. Le fondateur du Festival Juste pour rire dit qu’il faut « épauler » le maire pour qu’il poursuive sa tâche. Pa r contre, l’exministre libéral du Travail Jean Cournoyer estime qu’il aurait peut-être dû quitter son poste.
Gilbert Rozon, qui avait durement critiqué Gérald Tremblay il y a deux ans, s’est adouci. Il estime aujourd’hui que le maire a « intégré » les critiques et va de l’avant. Sur notre photo, le maire de Montréal lors de son point de presse, mardi.
Gilber t Rozon a c ritiqué le ma i re il y a deu x ans. Durement. Mais aujourd’hui, il estime que Gérald Tremblay a « intégré » les critiques et va de l’avant. « L e ma i re est loin d’être parfait mais, avec la place des Festivals et le Quartier des spectacles, des choses commencent à se concrétiser, dit-il. Si Louise Harel ferait une bonne ministre des A ffaires sociales, c ’est de développement écono - m ique dont on a besoi n , d’exportation de brevets et de déréglementer les frais de scolarité. Je ne la vois pas dans ce casting-là. Ce n’est pas de social dont a besoin à Montréal. Le maire n’est pas un visionnaire, mais c ’est u n bon gestion na i re. O n est en train, à plusieurs, de lui donner une vision avec laquelle il se sent à l’aise et de faire des positionnements publics pour lui donner de la force. »
Selon M. Rozon, le maire est « hon nête ». M a is il faud ra , à son avis, mener une enquête publique sur la corruption , nota m ment da ns le milieu mu nicipal au Québec.
« Un vulgaire coupeur de rubans »
Jean Cournoyer a moins de compassion pour le maire. « Sans vouloir insulter personne, il a l’air d’un vrai fou là-dedans, dit-il. Il est coincé comme s’il était un vulgaire coupeu r de r uba ns . L ors d’événements où je l’ai vu, je lui ai dit : "Pourquoi tu vas là, tu as quelque chose à faire dans ton bureau, et tu dois surveiller ton administration." Si j’étais Tremblay, je sacrerais mon camp. Je n’attendrais pas que plus de mal soit fait à ma carrière et à ma réputation. C’est lui qui subit les coups et il passe pour un imbécile. Moi, j’aurais démissionné. »
Jean Cournoyer dit que la tâche du maire n’est pas facile et qu’on ne se bouscule pas au portillon pour se présenter à la ma i r ie. « J’ai été maire et ministre, pensez-vous que j’irais me mettre le nez là-dedans ? Il y a les cols bleus qui mettent la pression, en plus des cols blancs. »
P a r a i l leu r s , La Presse a joint des proches du maire. L’u n d ’eu x ne comprend pas pourquoi le maire veut représenter sa candidature : « On lu i ava it d it : " F i n is donc en beauté, tu sais que deu x bons ma ndats, c ’est suffisant." Le problème, c’est qu’il ne pouva it pas pa rtir sans passer à travers ça, sinon, il aurait eu l’air d’un gars qui fuit et Gérald n’est pas comme ça. »

Le vérificateur général n’a pas fini son enquête  -  Sara Champagne
En raison des délais serrés imposés par l’administration Tremblay, le vérificateur général n’a pas eu le temps de terminer avec satisfaction une portion particulièrement obscure de son enquête sur l’attribution du contrat des compteurs d’eau. D’ici quelques jours, Jacques Bergeron entend donc remettre un document complémentaire à son enquête dans lequel il expliquera pourquoi l’ancien directeur interne de la Ville, Denis Savard, n’a pas émis un avis de conformité du processus d’appel de qualification de juin 2006.
Le vérificateur général de la Ville, Jacques Bergeron, remettra un document complémentaire à son enquête d’ici quelques jours.
À l’époque, M. Savard travaillait pour le directeur général de la Ville, Claude Léger, dont le contrat a abruptement été résilié, avant-hier, dans la foulée des multiples irrégularités décelées par le vérificateur général. M. Savard a depuis quitté son poste de vérificateur interne pour se joindre à la petite équipe du vérificateur général, Jacques Bergeron, avec pour responsabilités la gestion de la vérification financière et informatique de la Ville de Montréal. Il a été remplacé à la vérification interne par Marie Mongeau, qui relève depuis hier de la directrice générale par intérim, Rachel Laperrière.
Outre le fait qu’il n’y ait pas eu d’avis de conformité, le vérificateur général s’interroge aussi sur le contenu suspect d’un sommaire décisionnel lu et approuvé par les membres du conseil exécutif du maire Gérald Tremblay en novembre 2006. Dans ce sommaire, que La Presse a obtenu, il est indiqué que le processus de qualification s’est déroulé « sous la supervision de la Direction de l’approvisionnement et d’un observateur neutre, soit Denis Savard, vérificateur interne ».
Selon l’information transmise aux élus et corroborée par les deux directeurs alors responsables du dossier, Louis P rovencher et Jea n-P ierre Pilon, un comité de sélection de cinq personnes, accompagné par des représentants de la direction de l’approvisionnement, devait « évaluer » les candidatures des entreprises privées. Mais est-ce que Denis Savard a réellement supervisé le processus ? Et surtout, a-t-il pu accomplir sa tâche, sous les ordres de Claude Léger, en toute « neutralité » ?
Les réponses incombent à Jacques Bergeron, le vérificateur général, qui n’a pas voulu en dévoiler davantage, mardi, afin de ne pas nuire à son enquête. Deux firmes externes ont aussi agi à titre « d’experts-conseils » dans le processus de qualification, en partenariat avec la Ville : BPR (volet technique) et Raymond Chabot Grant Thornton (volet financier).
L’appel de qua lification a été lancé avant l’appel de propositions, au courant de l’été 2006. Essentiellement, il visait à sélectionner des entreprises en fonction d’une série de critères, dont l’un exigeait une « connaissance du milieu montréalais et de la Ville de Montréal ».
Au tot a l , 31 f i r me s ont demandé le cahier des charges. Mais à la fin, seulement quatre consortiums, dont le géant européen Veolia, avaient soumissionné. Dans son rapport sur l’appel de qualification, Jacques Bergeron émet deux constats. Selon lui, le fait de ne pas avoir procédé à des appels distincts pour chacun des deux volets du contrat a eu pour effet de limiter le nombre d’offrants. Deuxièmement, le critère « montréalais », qui comptait pour 10 points sur une note de passage de 80 %, a eu pour conséquence de restreindre les règles du libre marché.
Jacques Bergeron va même jusqu’à écrire : « Il est possible qu’un tribunal conclue à l’invalidité de ce critère, soit parce qu’il est formulé pour contourner la loi ou soit qu’il va à l’encontre du principe d’une saine concurrence et de l’intérêt de la collectivité. » Pour joindre notre journaliste :




Les compteurs d’eau ne coûteront rien à Québec  -  André Noël
La Vieille Capitale fera payer les frais d’installation et de gestion aux propriétaires
Pendant que la Vi l le de Montréal se fend en quatre pour savoir comment se dépêtrer d’un coûteux contrat pour des compteurs d’eau, la Ville de Québec vient de procéder en toute simplicité à l’ouverture de soumissions pour des compteurs identiques… qui ne lui coûteront pas un sou.
Vendred i , l a Vi l le de Québec a supervisé l’ouverture publique des soumissions pour l’achat de 4400 compteurs qui doivent être installés dans autant d’immeubles industriels, commerciaux et institutionnels ( ICI). Le prix moyen demandé par les fournisseurs est beaucoup plus bas que ce que Montréal s’apprêtait à payer.
Mais surtout, la Ville de Québec procède autrement : elle revendra ces compteurs aux propriétaires d’immeubles en leur faisant payer des frais de gestion couvrant le salaire des employés municipaux qui survei l leront l’installation des compteurs. Autre différence : les propriétaires devront eux-mêmes payer les frais d’installation des compteurs. Puis ils paieront la facture de l’eau, selon leur consommation.
Combien tout cela coûterat-il à la Ville de Québec? « Ça va coûter très peu… en fait, rien du tout, a répondu Marcel Roy, directeur du service des travaux publics. On facture tout aux propriétaires. On achète les compteurs, mais on les revend. La Ville a six employés, soit trois cols bleus, un employé de bureau, un technicien et un cadre, qui travaillent à ce nouveau contrat . Les frais de ces employés vont être facturés aux propriétaires, tout comme les frais administratifs. »
La Ville de Montréal, elle, a d’abord demandé à la firme d’ingénieurs BPR de gérer son programme. Puis elle a accordé le contrat des compteurs d’eau et d’optimisation du réseau au consor t ium GÉNIeau. Le premier volet du contrat, pour l’installation de 30 500 compteurs dans les ICI, lui coûtait 106 millions (sans les taxes). De surcroît, la Ville subventionnait les propriétaires d’ICI pour préparer la plomberie, jusqu’à hauteur de 100 millions de dollars.
L’installation des compteurs aurait donc coûté environ 200 millions de dollars à l’ensemble des contribuables montréalais. Le contrat a été annulé après la publication d’un rapport dévastateur du vérificateur général.
À Québec, les propriétaires devront payer l’eau selon la consommation dès que les compteurs seront installés, ce qui se fera par étapes au cours d’une période de trois ans. À Montréal, il n’était pas prévu que les propriétaires soient tout de suite facturés. Les compteurs auraient servi seulement à mesurer la consommation, non à la faire payer. La tarification aurait été imposée plus tard, éventuellement.
La Ville de Québec a divisé son appel d’offres en cinq portions. « On ne voulait pas avoir un monopole, a expliqué Marcel Roy. Notre idée, c’est d’avoir plus d’un fournisseur et de répartir le travail dans le temps. »
L’appel d’offres de Québec exige la signature d’une clause anticollusion : « Le truquage des soumissions constitue une infraction criminelle en vertu de la Loi sur la concurrence du Canada », prévient le document. Cet appel d’offres a été rédigé en français. Cela semble aller de soi: pourtant, GÉNIeau a lancé ses appels d’offres privés en anglais pour acheter des compteurs, ce qui a choqué au moins un fournisseur.
Marcel Roy estime que les propriétaires d’immeubles ICI de Québec devront payer en moyenne environ 1500$ pour la préparation de la tuyauterie, l’achat et l’installation de dispositifs antirefoulement, l’achat et l’installation de compteurs d’eau munis de systèmes permettant la lecture à distance et les frais de gestion.
À Montréal, les coûts se seraient élevés en moyenne à 6500 $ (200 millions pour 3 0 5 0 0 comp t eu r s) pa r immeuble. Cela incluait toutefois les coûts de lecture à distance. Mais ce travail ne coûte pas bien cher, souligne M. Roy : il s’agit essentiellement du salaire des quelques employés de la Ville qui liront les compteurs. Ces frais seront couverts par les revenus apportés par la tarification de l’eau.
Pourquoi la Ville de Québec procède-t-elle si différemment de Montréal ? « Quand on était dans le processus de choisir ce qu’on ferait avec les compteurs, il y avait déjà des articles dans les journaux qui disaient que Montréal avait un processus en cours et que ça pourrait coûter plus de 200 millions, a répondu M. Roy. J’ai demandé à une de mes techniciennes d’en discuter avec des gens de Montréal et des firmes d’ingénieurs. Quand j’ai vu l’envergure et la complexité du processus à Montréal, j’ai dit qu’il fallait trouver quelque chose de plus simple. »

Montréal affaibli  -  ALAIN DUBUC
Les conclusions de l’enquête du vérificateur général sur le contrat des compteurs d’eau portent un coup très dur à l’administration du maire Gérald Tremblay, à la veille du déclenchement des élections municipales.
Mais il ne faut pas seulement regarder ce véritable scandale à travers ses dimensions politiques et électorales. Les conséquences de ce fiasco sont énormes pour la métropole. Ce n’est pas que le maire qui sort affaibli de cette scandaleuse histoire, c’est la ville de Montréal, pour des années, peu importe qui la dirigera.
Dieu merci, les conséquences de la perte de contrôle sur le projet des compteurs d’eau ne seront pas trop marquées pour les contribuables. On a évité le pire, grâce aux révélations de La Presse, grâce à l’enquête du vérificateur que le maire Tremblay a dû déclencher, et grâce à sa décision d’annuler le contrat.
Mais Montréal sera marqué. Depuis des années, les politiciens de la métropole, les leaders montréalais plaident pour une plus grande autonomie, réclament plus de pouvoirs pour la ville, souhaitent s’affranchir de la tutelle provinciale. L’adversaire du maire, Louise Harel, promet quant à elle de nouvelles règles de gouvernance, avec moins de pouvoirs aux arrondissements, plus de poids pour l’administration centrale. Ce grand dérapage vient faire la démonstration que Montréal n’a pas les capacités d’assumer cette autonomie, ni politique, ni administrative.
Et c’est une faillite à tous les niveaux. En commençant par en haut, par le maire qui, depuis le début, plaide l’ignorance. Il n’était pas informé des faits troublants révélés par le vérificateur, notamment les avertissements sur les failles dans le processus d’adjudication du contrat des compteurs d’eau. On peut croire à son innocence, dans les deux sens du terme.
Mais cette ignorance est une forme d’incompétence. C’est le devoir d’un maire de contrôler sa ville, de savoir ce qui s’y passe. Quand on se lance dans une aventure colossale comme celle du grand chantier de l’eau, le plus important de l’histoire de la ville, le maire, responsable ultime, doit contrôler le processus, s’assurer que les mécanismes d’encadrement et de reddition de comptes sont en place, prendre les moyens pour être informé. C’est une exigence politique, mais aussi l’a b c de la gestion.
Ensuite, c’est la faillite du système politique : un comité exécutif trop faible, et l’absence de ce qui fait la force et l’efficacité d’une administration municipale, un président du comité exécutif assez solide pour épauler son maire. Frank Zampino, au contraire, a incarné la proximité incestueuse entre la ville et les firmes qui voulaient décrocher le contrat de gestion de l’eau. Cela reflète peut-être un effet pervers des fusions municipales, qui ont amené à l’hôtel de ville des politiciens des villes de banlieue, avec leur culture du béton et de l’asphalte.
Et en dessous, une machine administrative. Avec ses silences, le rapport du vérificateur nous propose deux scénarios, celui de l’incompétence, ou celui de la collusion, pas plus rassurants l’un que l’autre. Un projet qui se gonfle, dans ce réflexe typique des administrations publiques, sans être soutenu par les analyses nécessaires. Des clauses du contrat qui changent et qui pervertissent le processus d’appel d’offres. Une proximité gênante avec les entreprises privées. L’absence de mécanismes d’encadrement du processus. Une opacité troublante. Et assez de doutes pour que le vérificateur transmette des informations à la Sûreté du Québec.

Montréal n’a manifestement pas une administration à la hauteur de ses besoins et de ses ambitions. On pourra bien remettre l’éthique à l’honneur. Mais le premier défi de celui ou celle qui remportera les élections sera colossal, et c’est de nettoyer l’administration municipale, et de reconstruire une fonction publique honnête et compétente.

Assumer ses responsabilités  -  NATHALIE COLLARD
Le maire de Montréal , Gérald Tremblay, a pris une excellente décision en montrant la porte au directeur général de la Ville, Claude Léger, ainsi qu’au directeur principal des affaires corporatives, Robert Cassius de Linval. Ces deux hommes, impliqués dans le contrat des compteurs d’eau ainsi que dans la privatisation avortée de la SHDM, devaient partir.
Lemaire a également annulé le contrat des compteurs d’eau même si cette décision ne sera peut-être pas la meilleure d’un point de vue financier. Pour l’instant, M. Tremblay est incapable de nous dire combien cette décision coûtera aux contribuables montréalais.
Le maire a donc agi, comme il aime bien nous le répéter. Sauf que ses actions sont insuffisantes.
Celui qui dirige les destinées de la Ville depuis huit ans doit reconnaître publiquement sa responsabilité dans l’attribution du contrat des compteurs d’eau. On ne peut pas être maire et ne pas être imputable des décisions des élus et des fonctionnaires que l’on dirige.
Au printemps dernier, Gérald Tremblay, cramoisi d’indignation, défendait ce contrat en affirmant qu’il avait été accordé selon les règles de l’art. Depuis des mois, il laisse entendre que les médias s’acharnent sur son administration. Aujourd’hui, il ne peut faire autrement que d’accepter les conclusions du vérificateur général, dont il ne peut absolument pas remettre en question l’objectivité. Or que nous dit Jacques Bergeron? Que l’attribution de ce contrat comporte plusieurs accrocs aux règles en vigueur. Que certaines décisions frisaient l’illégalité. Et que des faits étaient à ce point troublants qu’il les a transmis à la Sûreté du Québec.
Face à des constats aussi graves, le premier dirigeant de la Ville n’a pas le choix. Il doit admettre qu’il a failli à la tâche.
Le maire Tremblay n’a pas été suffisamment vigilant. Lundi, il a déclaré à Radio-Canada que des rumeurs de corruption dans le milieu de la construction circulent depuis plusieurs années. Dans ce cas, comment se fait-il qu’il n’ait pas été ultra-prudent en ce qui concerne le contrat le plus important de l’histoire de la métropole? On ne parle pas d’un banal contrat mais bien d’un énorme contrat dépassant les 600 millions de dollars. Le maire aurait dû être sur ses gardes, poser plus de questions qu’à l’habitude, demander des comptes sur une base régulière. Il a fait preuve de négligence en accordant une confiance aveugle à son entourage. Et que dire de l’attitude des membres du comité exécutif de la Ville, l’équivalent d’un conseil d‘administration? Dans le secteur privé, face à des faits aussi accablants, les actionnaires les vireraient sur-le-champ.
Chaque fois qu’un scandale éclate sur la place publique, le maire répète la même chose: je n’étais pas au courant, j’ai agi lorsque j’ai eu les informations en main. Cette défense ne tient plus la route depuis longtemps. Lorsqu’on est élu, lorsqu’on dirige les destinées d’une ville, il faut reconnaître sa responsabilité, même quand tout dérape. Surtout quand tout dérape.

M. Tremblay doit démissionner  -  Rémi Bourget
Il semble évident qu’un système de copinage et de patronage s’est ancré profondément dans les moeurs des gestionnaires de la Ville de Montréal. Soit le maire Tremblay est au courant de ces pratiques et, le cas échéant, il devrait démissionner. Soit il n’est au courant de rien, ce qui implique qu’il n’a aucun contrôle sur sa ville et qu’il devrait… démissionner. La grande majorité des problèmes qui affligent notre métropole se résume en un seul : la gouvernance. D’une part, l’équipe du maire actuel, usée par le pouvoir, ne semble pas disposer de l’intégrité ou de la volonté nécessaire pour mettre fin au patronage érigé en système. La « structurite » aiguë qui afflige la ville, héritée de la ridicule initiative des « défusions » municipales, paralyse la prise de décision dans la métropole.

Les oreilles bouchées  -  Jacques Léger
Gérard Tremblay vole au-dessus d’un nid de petits magouilleurs et profiteurs. Oreilles bouchées, yeux levés au ciel, il ne voit rien venir dans son repaire surprotégé. Le ridicule ne tue pas mais prépare des lendemains inconfortables. Le maire de Montréal, qui était un « bon » maire, apprendra-t-il un jour à mieux vérifier et contrôler les entrées et venues des petits-gros profiteurs de son invraisemblable innocence? Si la cause est perdue et classée, il faudra se résigner à choisir un autre dirigeant pour une ville de cette importance.
Mal informé
M. Tremblay doit avoir le courage de démissionner. Il a lamentablement failli à sa tâche en ne prenant pas les dispositions pour être convenablement informé de l’évolution du dossier, le plus

Commission d’enquête  -  Réal Lavoie
Le maire de Montréal semble bien surpris du constat du vérificateur général. Il est démuni devant l’ampleur du système et des méthodes que l’administration municipale a développées au fil des ans afin de dépenser les taxes des contribuables. Assurément, il n’est pas et n’a pas été en contrôle, mais son successeur ne pourra faire mieux. Les enquêtes à la pièce de la SQ ne régleront rien, encore moins la ligne confidentielle favorisant la délation, ou encore pire, les discussions oiseuses de nos élus sur l’éthique et la gouvernance. Seule une commission d’enquête publique pourra faire la lumière sur les comportements déviants de nos administrations municipales (si ça se passe ainsi à Montréal, ça existe aussi dans d’autres municipalités).

Un fiasco qui pourrait coûter très cher  -  Éric Clément
L’annulation du contrat de 356 millions confié en novembre 2007 au consortium GÉNIeau, annoncée hier par le maire Gérald Tremblay, aura des conséquences financières. Certaines sont prévues dans des clauses du contrat. D’autres dépendent de négociations que devra mener la prochaine administration municipale, après le scrutin du 1er novembre, mais aussi de poursuites qui pourraient être coûteuses.
Hier, le chef de l’opposition officielle, Benoit Labonté, est revenu sur la nécessité de réunir d’urgence les élus en conseil extraordinaire sur ce dossier. « À partir du moment où la décision d’annuler le contrat est prise par le conseil municipal, il y a trois mois de pénalité, a dit M. Labonté en conférence de presse. Donc, ça devient effectif trois mois plus tard. Il n’y a aucune raison d’attendre trois mois avant de faire entériner la décision. Si on ne veut pas que ça coûte encore plus cher aux Montréalais, il faudrait que la décision se prenne avant le 30 septembre, date limite pour tenir une séance en raison des élections municipales. »
De son côté, en matinée, le maire Tremblay s’est opposé à une telle réunion. Le contrat ne sera donc réellement annulé qu’après le 1er novembre. Selon nos sources, le maire veut « bien faire les choses » et préfère que le contentieux de la Ville se penche calmement sur la procédure d’annulation du contrat.
Quoi qu’il en soit, l’annulation du contrat était envisagée dans l’entente signée entre la Ville et GÉNIeau. « En cas de résiliation unilatérale discrétionnaire par la Ville (…) elle paie à l’entrepreneur (…) un montant équivalent à un pourcentage de la valeur du solde de la partie du contrat ainsi résiliée non encore exécutée », lit-on dans l’annexe C du contrat. Ainsi, comme le contrat de 25 ans est annulé entre 2008 et 2012, 1% de la valeur du contrat non encore exécutée équivaut à au moins 3,6 millions. À quoi il faudra ajouter bien des sommes, pour un total impossible à estimer exactement.
« Il y a des coûts d’honoraires déboursés, dit Caroline Martel, porte-parole de Benoit Labonté. Ça dépend du nombre de compteurs déjà installés. Le contrat est suspendu, mais GÉNIeau continue de facturer selon le contrat et d’engager des frais. »
Si GÉNIeau a acquis une partie des matériaux, la Ville devra procéder à une vérification comptable et administrative afin de s’assurer que les achats ont bel et bien été faits avant que le contrat soit suspendu, au printemps dernier.
Il y aura donc indéniablement des négociations longues et difficiles entre la Ville et le consortium. Le porte-parole de GÉNIeau, Pierre-Yves Beauchemin, a fait savoir hier que « les experts du consortium, appuyés par des conseillers juridiques, évalueront les conséquences financières qui résulteront de la terminaison du contrat ».
GÉNIeau vendra chèrement sa peau pour se faire rembourser ce qui est prévu au contrat. Elle comptera pour cela sur l’aide du cabinet d’avocats Heenan Blaikie.
« Le consortium a répondu de bonne foi à l’appel de propositions et a mobilisé d’importantes ressources humaines, technologiques et financières pour formuler et donner suite à une proposition qui répondait adéquatement aux spécifications et aux termes de l’appel de propositions, tels que décidés par la Ville de Montréal, écrit M. Beauchemin dans son communiqué. GÉNIeau avait déployé toutes les ressources nécessaires à la réalisation de ce contrat depuis sa signature, et ce, jusqu’à sa suspension. »

Gérald Tremblay décapite son administration  -  Éric Clément
Pour la troisième fois depuis son arrivée à la mairie, en 2001, Gérald Tremblay se sépare de son directeur général. Jugeant qu’il a été mal informé du dossier du contrat des compteurs d’eau, le maire de Montréal a demandé à Claude Léger de quitter son poste. Le directeur principal du Service des affaires corporatives, Robert Cassius de Linval, a dû faire de même.
Robert Cassius de Linval, directeur des affaires corporatives (à gauche) et Charles Léger, directeur général de la Ville de Montréal (à droite).
À 40 j ours des élections municipales, le maire Tremblay se sépare donc des deux cadres les plus importants de la métropole.
Après le passage de Guy Coulombe à la direction générale de la Ville (2001-2003), M. Tremblay avait reçu la démission de Robert Abdallah en mai 2006. Le nom de M. Abdallah, DG au début du processus d’attribution du contrat des compteurs d’eau, a été évoqué dans le dossier GÉNIeau. On a en effet appris en février dernier que, depuis le mois de novembre 2008, il dirige Gastier, filiale de Simard-Beaudry… qui fait partie du consortium GÉNIeau.
Titulaire d’un baccalauréat en génie et d’un autre en sciences juridiques, Claude Léger a été embauché pour remplacer M. Abdallah le 31 juillet 2006. Son contrat de cinq ans prévoyait un salaire annuel de 235 000$.
Claude Léger aura vécu une dernière année difficile avec le scandale de la SHDM et du Faubourg Contrecoeur, les enquêtes de la police et du vérificateur général, les voyages de Frank Zampino avec le fournisseur Tony Accurso, les voyages du directeur de la Réalisation des travaux, Robert Marcil, avec l’entrepreneur en construction Joe Borsellino, la fraude de 10 millions à la Division du service informatique, etc. Pourtant, il a récemment dit, dans une entrevue accordée à La Presse, faire tout son possible pour instiller intégrité et transparence dans les rouages de la Ville.
Le rapport du vérificateur général fait état de communications défectueuses entre l’appareil administratif et les élus. Claude Léger savait-il que PriceWaterHouse avait averti l’administration municipale d’« anomalies importantes » dans le processus d’attribution du contrat à GÉNIeau? Invité à s’expliquer, il n’a pas rappelé La Presse.
Avant de venir à Montréal, Claude Léger a été directeur général de la Ville de Montréal-Est de 1988 à 1998. NomméDGde la Communauté urbaine de Montréal en 1998, il est choisi DG de la Ville de Longueuil en 2001 avant de devenir vice-recteur à l’administration et aux finances de l’Université de Montréal en 2005.
De son côté, Robert Cassius de Linval , âgé de 42 ans, quitte une administration avec laquelle il est associé de près depuis l’arrivée de Gérald Tremblay à la mairie. Diplômé de l’UdM et titulaire de la bourse Rhodes en 1991, il a été membre fondateur du mouvement souverainiste Génération Québec en 1995. En 1997, il fait du journalisme avec CyberSciences. Devenu avocat spécialisé dans les technologies de l’information, il a été associé à la firme Benyekhlef, Labrèche et Cassius de Linval. En 2000, il a été vice-président aux affaires juridiques de la firme eResolution, qui a disparu quatre ans plus tard. Il a aussi travaillé au cabinet Fasken Martineau Walker.
Juste après l’élection de Gérald Tremblay en 2001, i l est devenu consei l ler j uridique du maire et du comité exécutif.
Avec l ’ a ide de Rober t AbdallahetdeFrankZampino, il a obtenu en novembre 2003 une promotion importante : directeur principal des affaires corporatives, un poste bien mieux payé, qu’il occupait jusqu’à hier. Il avait aussi la responsabilité du contentieux de la Ville.
En 2005, il a été secrétaire du conseil d’administration des XIes Championnats du monde FINA.
En 2007, le comité exécutif le charge de mandater son exfirme Fasken Martineau pour enquêter à Outremont, un contrat de 50 000$. L’enquête administrative sur l’affaire Harbour est circonscrite aux employés de l’arrondissement, ce qui est alors critiqué, car les enquêteurs n’ont pas rencontré les élus locaux.
Au printemps dernier, le chef de l’opposition officielle, Benoit Labonté, a demandé la démission de Robert Cassius de Linval. Il considérait que le scandale de la SHDM avait débuté quand l’administration Tremblay-Zampino avait retenu, en 2006, un avis juridique de Me Jean Hétu, sur le conseil de M. Cassius de Linval. Plutôt que d’en référer à Québec, la Ville avait alors procédé à une privatisation partielle de la SHDM en faisant confiance à la voie suggérée par Me Cassius de Linval.
Finalement, la Ville a réintégré la SHDM dans son giron. M. Cassius de Linval est toutefois demeuré membre du conseil d’administration de la SHDM. Joint à son domicile hier, il n’a pas souhaité faire de commentaires sur son départ.
M. Léger et M. Cassius de Linval sont-ils congédiés ? Le maire a-t-il réclamé leur démission? Est-ce un départ d’un commun accord ? Le Service du capital humain n’était pas capable de le dire, hier soir. S’il s’agit d’un congédiement ou d’une démission, les deux cadres n’auront droit à aucune indemnité de départ, mais ils pourront exercer des recours devant les tribunaux. S’il s’agit d’un départ « volontaire », ils auront droit à une indemnité d’un an de salaire.


« LA SITUATION EST INDÉFENDABLE »

Le maire Tremblay annonce son intention d’annuler le contrat de GÉNIeau
L’effet du rapport du vérificateur général sur le contrat des compteurs d’eau s’est fait pleinement sentir hier. La tourmente a emporté les deux plus importants fonctionnaires de la Ville et le maire, qui s’est fait durement prendre à partie par l’opposition, a annoncé son intention d’annuler le contrat. Malgré tout, les Montréalais n’échapperont pas à une facture de plusieurs millions et le départ des deux plus importants fonctionnaires de la Ville

Hier, pendant que le maire Gérald Tremblay annonçait qu’il venait de congédier son directeur général, Claude Léger, et son directeur des affaires corporatives, Robert Cassius de Linval, des élus, membres de son parti, regardaient la scène, agglutinés sur le pas de la porte.


LaVille a omis l’expertise des cols bleus  -  Sara Champagne
Dans son rapport, le vérificateur ne manque pas de semoncer la Ville de Montréal parce qu’elle n’a pas négocié avec les cols bleus les tâches reliées au devis de performance. En clair, au lieu de faire appel à ses plombiers pour préparer la plomberie nécessaire à l’installation des compteurs d’eau dans les bâtiments industriels, commerciaux et institutionnels ( ICI), la Ville a choisi de confier la tâche au secteur privé.
« En donnant l’entretien à l’extérieur, pour une période de 15 ans, la Ville de Montréal allait perdre complètement son expertise et devenir à la merci du secteur privé pour le futur », estime le président des cols bleus, Michel Parent.
Au total, une centaine de plombiers provenant d’entreprises privées de Montréal, de Laval, de Westmount et même de L’Épiphanie, ont été accrédités aux frais de l’administration municipale. Leur première tâche consistait à visiter plus de 5000 entreprises de Montréal pour évaluer les coûts des travaux nécessaires à la venue des compteurs d’eau.
En janvier 2009, au cours d’un entretien avec La Presse, Louis Provencher, chef du projet, avait expliqué que la prochaine étape consistait à former les cols bleus, « tranquillement ». Mais selon le président du syndicat des cols bleus, Michel Parent, qui qual i fie l’af faire des compteurs d’eau « du plus grand scandale de toute l’histoire de l’hôtel de ville » les cols bleus n’ont jamais bénéficié de la formation menant à l’accréditation pour effectuer des travaux préparatoires, installer et entretenir les compteurs d’eau.
« À l’époque, quand l’approche du contrat des compteurs d’eau a été mise en place, j ’ai rencontré l’ancien directeur adjoint, Yves Provost, ainsi que le responsable de la gestion de l’eau, Réjean Lévesque, pour leur expliquer que nous étions capables de faire le travail à l’interne. La réponse qu’on a eue c’est non, point final. Ils ont dit strictement pour question de garantie. »
M. Parent ajoute que les cols bleus ont pourtant l’expertise. « En donnant l’entretien à l’extérieur, pour une période de 15 ans, la Ville de Montréal allait perdre complètement son expertise et devenir à la merci du secteur privé pour le futur », estime le président des cols bleus. Diversion
Le président du très puissant syndicat des cols bleus a par ailleurs joint sa voix à celle de la présidente du syndicat des cols blancs, Monique Côté, hier aprèsmidi, pour commenter le rapport des compteurs d’eau et la décision du maire d’annuler les contrats avec le consortium GÉNIeau.
Les deux dirigeants s’entendent pour dire que si la Ville de Montréal ne veut pas créer de « favoritisme », elle a intérêt à conserver son expertise. Et que l’administration municipale devrait commencer par regarder « à l’intérieur afin d’évaluer combien ça coûte avant de recourir aux entreprises privées ».
« Encore une fois, déplore Monique Côté qui représente 10 000 fonctionnaires, on ne parle pas des élus ou du secteur privé. Ce sont les fonctionnaires publics qui sont éclaboussés par les compteurs d’eau, même s’ils ne sont pas à l’origine des irrégularités. »

Le scandale des compteurs d’eau   -  MICHÈLE OUIMET

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a pris connaissance d’un rapport pour le moins dévastateur, hier soir.
Un rapport de 170 pages bien tassé qui est arrivé comme une bombe à 21 h 30 hier soir. Beaucoup de termes techniques. Pas le genre lecture de chevet. N’empêche, le message du véri ficateu r généra l de la Ville, Jacques Bergeron, est sans équivoque : le contrat des compteurs d’eau est un scandale, pas une lubie des médias.
Nombreuses irrégularités, gestion déficiente, élus tenus dans le brouillard, coûts trop élevés. Page 17.
Devant ce constat, le vérificateur recommande d’annuler le contrat. Il a aussi décidé de remettre le dossier entre les mains de la Sûreté du Québec.
Il propose également de créer un comité de réflexion chargé de revoir les mécanismes de contrôle. « L’absence de vision commune sur les mécanismes de gouvernance et de contrôle dans l’octroi et la gestion des contrats constitue un problème majeur pour la Ville de Montréal. »
Problèmemajeur.Récurrent. Cette phrase jette un doute sur les contrats attribués par la Ville, pas seulement celui des compteurs d’eau. Devraiton passer au peigne fin tous les contrats juteux que Montréal a donnés au cours des dernières années ?
La question mérite réflexion.
Mais bon, pour l’instant, Gérald Tremblay en a plein les bras avec les compteurs d’eau. Il n’aura pas le choix, il devra annuler ce contrat. Ça risque de coûter drôlement cher au x contribuables. I l existe dans le contrat de 356 millions accordé au consortium GÉNIeau une clause qui précise que, en cas d’annulation, la Ville devra verser une compensation de 1 %.
Et le prix politique ? Il risque d’être élevé.
Lorsque le contrat a été attaqué par les médias, le maire l’a défendu bec et ongles. À l’entendre, c’était un contrat béton, bouclé selon les règles de l’art. Mais lorsque les allégations d’irrégularités se sont multipliées, le maire a reculé. C’est là qu’il a décidé de le suspendre. Recul stratégique.
Ensuite, il a parlé de l’annuler. Et hier soir, au conseil municipal, il était prêt à tout balancer. « S’il existe le moindre doute sur la pertinence, la légitimité ou le prix du contrat, je vais l’annuler. » Et des doutes, il y en a. Tout plein.
H ier soir, l’opposition a parlé de lettres envoyées par la firme Price Waterhouse. Deux lettres, pour être précis, expédiées en juin 2007 à des hauts fonctionnaires de la Ville, six mois avant que le contrat des compteurs d’eau soit attribué à GÉNIeau.
L e contenu : u ne sévère mise en ga rde. Attention, pré c isa ient les let t res , le contrat avec GÉNIeau contient d’importantes anomalies. Le maire était-il au courant ? Non, a-t-il répondu. Renversant. Et le directeur général de la Ville, Claude Léger, étaitil au courant ? Après tout, ce sont ses adjoints, Yves Provost et Réjean Lévesque, qui ont reç u les let t re s . M . L éger aurait été tenu dans l’ignorance ? Difficile à avaler. Si c’est le cas, il ne contrôle pas sa machine administrative, et pour un directeur général, ça frise l’incompétence. Et s’il le savait, il n’en aurait pas sou ff lé mot à G éra ld T r e m bl ay, s o n p a t r o n ? Claude L éger au ra it dû cou ri r da ns le bu reau du maire en brandissant les lettres compromettantes.
Je pense que le maire ne sera pas le seul à devoir répondre à des questions embarrassantes. Pour joindre notre chroniqueuse :

Police ! Police !  -  YVES BOISVERT
Ce petit rapport de 170 pages est un acte d’accusation impitoyable. C’est plus que le contrat de gestion de l’eau qui vient d’être mis en pièces. C’est tout le système des contrats publics à la Ville de Montréal qui sent la pourriture.
Le jeu est un peu compliqué dans ses détails, mais au fond c’est le même vieux jeu : limiter la concurrence le plus possible pour que les contrats de la Ville tombent entre les bonnes mains.
Ce rapport nous donne au fond une illustration de ce que cet entrepreneur anonyme a dénoncé à Radio-Canada, cette semaine, au sujet du petit club d’une demi-douzaine de gros entrepreneurs qui obtiennent tous les contrats de la Ville. Ou de ce qu’a dit Jacques Duchesneau dans La Presse, le printemps dernier : il n’y a pas de vraie concurrence. Et devinez qui paye pour ça ?
Au départ, la Ville annonce un grand chantier de l’eau. Elle lance un appel de qual i f ic ation . L es ex igences f i na nc ières et tec h n iques sont colossales. Si bien que seu lement trois groupes se qualifient, même si des dizaines d’entreprises étaient intéressées.
P uis, u ne fois ces fi rmes choisies… les règles changent.
E xemple : d a n s l ’a p p e l de qualification initial, le financement du projet devait être assumé par la firme qui réaliserait les travaux. Cela a évidemment exclu la quasitotalité des entrepreneurs. Mais soudain, une fois les trois groupes qualifiés, on change cette règle : le financement sera la responsabilité de la Ville ! « La question du financement a restreint considérablement le marché de la concurrence au stade de la qualification », écrit le vérificateur. Tellement qu’il aurait fallu tout recommencer. Mais on s’en est bien gardé.
De partout, à la Ville, des fonctionnaires voyaient ce qui n’allait pas et lançaient des cris d’alarme. Ils n’ont pas été écoutés. Pourquoi ? Le vérificateur s’inquiète de ce que les avo c ats du contentieux de la Ville relèvent maintenant des « affaires corporatives ».
Q ue reste - t-i l de leu r indépendance ? Peuvent-ils encore émettre des opinions qui vont à l’encont re des visées de l’administration ? Et seront-ils écoutés ?
En fait, ce rapport ne permet pas d’autre conclusion logique : il y a à la Ville de Montréal un système de collusion bien huilé pour l’obtention des contrats.
Et comme l’écrit le vérificateur, « la Ville ne possède plus l’expertise ou n’a plus les moyens de faire contrepoids à l’entreprise privée ».
Cette fonction publique neutralisée, affaiblie, laisse donc le champ libre à toutes les magouilles. Faut-il ajouter que les élus ont été systématiquement mal informés?
L e m a i r e n ’a p a s u n e seconde à perd re, i l doit a n nu ler ce cont rat , pu is ouvrir la fenêtre très grand e t c r ier (enc ore) : P ol ic e ! Police ! Pour joindre notre chroniqueur :

UN RAPPORT DÉVASTATEUR  -  André Noël
Le rapport du vérificateur général sur l’attribution du contrat des compteurs d’eau à la firme GÉNIeau par la Ville de Montréal est dévastateur. Les règles qui auraient pu favoriser une saine concurrence ont toutes été bafouées et les Montréalais n’en ont pas pour leur argent. Les conclusions sont si dures que le vérificateur évoque l’annulation pure et simple du contrat.
Le vérificateur général de la Ville de Montréal, Jacques Bergeron, a découvert des données si troublantes dans l’attribution du contrat des compteurs d’eau qu’il les a transmises à la Sûreté du Québec. En avril, son prédécesseur, Michel Doyon, avait fait la même chose dans son enquête sur la Société d’habitation et de développement de Montréal.

« Notre travail a mis en lumière bon nombre d’irrégularités administratives, une gestion déficiente et plusieurs om ission s d ’i n for mations pertinentes aux élus, écrit M. Bergeron dans son rapport de 170 pages, remis à 21 h 30 hier soir au conseil municipal. De plus, et pour les raisons expliquées dans le rapport, le prix du contrat ICI (le contrat des compteurs d’eau dans les immeubles industriels, commerciaux et institutionnels) nous apparaît trop élevé. »
M. Bergeron recommande à la Ville « d’examiner toutes les possibilités relativement à la poursuite du projet dans sa forme actuelle, incluant l’annulation du contrat octroyé à GÉN Ieau ». GÉN Ieau est le consortium qui a raflé le contrat de 356 millions : il est formé de la firme SimardBeaudry, dirigée par l’homme d’affaires Tony Accurso, et la firme d’ingénieurs Dessau.
Les clauses du contrat ont été cha ngées en cou rs de route, dénonce le vérificateur. Au bout de 15 ans, la Ville va hériter de compteurs d’eau qu’il faudra commencer à remplacer ; or, la garantie sera échue. Au total, le projet de compteurs d’eau et d’optimisation du réseau va coûter plus de 600 millions de dollars, dit-il. Cela revient cher pour réaliser des économies de 20 millions chaque année grâce à une détection des fuites plus efficace, commente M. Bergeron.
Rencontres suspectes
Mais ce qui l’inquiète le plus, c’est d’avoir été informé de rencontres très suspectes entre des représentants de la Ville de Montréal et des compagnies privées, et cela pendant le processus d’attribution du contrat. Cela soulève de graves problèmes d’éthique, sinon la possibilité d’in fractions au Code criminel.
« Nous ne pouvons confirmer si ces rencontres ont eu lieu et le sujet de ces rencontres, écrit M. Bergeron. Cependant, en apparence, ces informations amènent un doute sur les liens de promiscuité entre ces personnes et sur l’influence que ces rencontres auraient pu avoir sur le déroulement du projet.
« Les pouvoirs d’enquête limités du vérificateur général ne nous permettent pas de tirer des conclusions sur ces événements : nous avons donc remis ces informations à la Sûreté du Québec. Toutefois, ces situations aux yeux de plusieurs, pourraient entacher la réputation de la Ville si elles s’avéraient fondées. Nous ne pouvons qu’encourager la Ville et ses dirigeants à demeurer prudents pour ainsi éviter les situations de conflits ou d’apparences de conflits d’intérêt. »
Une clause interdisait déjà les communications entre les soumissionnaires, d’une part, et les élus, les employés de la Ville et leurs mandataires, d’autre part, mais pour u ne période très l i m itée. M. Bergeron estime que la période devrait s’échelonner du début de l’appel de qualification jusqu’à l’attribution du contrat. Il s’agit là d’une critique à mots couverts de l’ancien président du comité exécutif de la Ville, Frank Zampino, qui a voyagé à bord du yacht de Tony Accurso en janvier 2007, en plein pendant la période d’attribution du contrat.
M. Bergeron recommande d’ailleurs à la Ville « d’organiser une formation en éthique pour les élus, la direction, les gestionnaires et le personnel concerné pa r le processus d’approvisionnement, d’acquisition et de réalisation des contrats. » Le vérificateur n’est pas sûr qu’il n’y a pas eu collusion entre les soumissionnaires ; en tout cas, il recommande que la Ville « exige, de façon standard, que
chacun des soumissionnaires signe un formulaire attestant l’absence de collusion dans l’établissement de leur soumission ».
Coût déraisonnable
Quant au contrat comme tel, M. Bergeron croit que le prix d’achat et d’installation des compteurs dans les immeubles industriels, commerciaux et institutionnels (ICI) est raisonnable. Mais ce coût est devenu déraisonnable avec les nombreuses majorations de prix pour les frais de gestion et les marges de profit. Le prix d’un compteur de diamètre moyen (de 25 mm) a ainsi doublé, passant de 871 $ à 1469 $.
Le contrat accordé à GÉNIeau comporte deux volets. Le premier, pour les compteurs d’eau dans les ICI, correspond environ au tiers du prix de 356 millions. Le deuxième, pour « l’optimisation du réseau », avec réparation et ajout de chambres de vannes, est beaucoup plus important et compte pour plus de 200 millions. M. Bergeron estime que sa justification n’a pas été prouvée. Il recommande carrément qu’il soit reporté.
« Les analyses coûts-bénéfices faites à ce jour ne permettent pas de justifier, de façon conclua nte, les investissements à faire relativement au volet optimisation du réseau », écrit-il. Selon lui, les deux volets – compteurs et optimisation du réseau – auraient dû faire l’objet d’appels d’offres séparés.

« Nous nous questionnons sur le fait que le processus (d’attribution du contrat) ait continué, compte tenu des mises en garde répétées de plusieurs intervenants directs au dossier (…) Nous ne pouvons que constater que le contrat octroyé à GÉNIeau l’a été dans un contexte qui ne favorisait pas l’obtention du meilleur prix. »

La Ville doit se repositionner
  -  Sara Champagne
Le vérificateur général prône un changement de philosophie dans l’attribution des contrats
Le vérificateur général Jacques Bergeron veut que la Ville de Montréal change de philosoph ie en matière d ’att r ibution de cont rats et recommence à favoriser une pleine concurrence.
Non seulement il recommande à la Ville de s’ouvrir sur le monde en lançant des appels d’offre dans tout le Québec ou même à l’extérieur du pays, mais il souhaite aussi que les employés de la Ville puissent désormais soumissionner les grands projets : « Nous recommandons pour les projets d’une importance significative, d’établir un scénario de réalisation à l’interne, par les employés de la Ville, qui serait appelé à être comparé aux (autres) soumissions reçues », propose M. Bergeron dans son rapport.
L e vér i f ic a teu r dé plore que, au fil du temps, la Ville ait perdu son expertise ou « n’a plus les moyens de faire contrepoids à l’entreprise privée ». Selon lui, elle doit donc regagner cette expertise.
Pa r ailleu rs, il ne comprend pas pourquoi, alors qu’une trentaine de firmes ont demandé les documents d’appel de qualification, seulement quatre consortiums ont finalement soumissionné.
Le vérificateur constate que plusieurs volets du contrat ou règles édictées par la Ville ont probablement eu pour effet d’éliminer la concurrence : « Nous constatons que l’inclusion des volets compteurs d’eau et optimisation du réseau dans un même appel de qualification, couplé avec des exigences de financement et de performance sévères, a eu pour résultat de réduire considérablement la concurrence », explique-t-il.
Rappelons que la V i l le de Montréal avait écarté du contrat la société Veolia, un géant européen dont le chiffre d’a ffaires atteignait 32 milliards d’euros en 20 08 et qu i embauche plus de 30 0 0 0 0 employés dans le monde. La raison invoquée à l’époque par la direction de Montréal : la société n’avait pa s démont ré sa sol id ité financière auprès de la Ville.
M. Bergeron estime que la Ville ne devrait plus pénaliser les entreprises qui n’ont pas fait affaire avec elle dans le passé.
Le maire a perdu le contrôle, estime l’opposition
L es pa rtis de l’opposition officielle, Vision Montréal et Projet Montréal, estiment que le rapport du vérificateur général de Montréal, Jacques Bergeron, sur l’attribution du contrat des compteurs d’eau au consortium GÉNIeau révèle que l’administration du maire Gérald Tremblay a perdu les rênes de la métropole.
Ni Benoit Labonté ni Louise Harel n’ont demandé de démissions à la suite du fiasco du contrat des compteurs d’eau. Ils réclament toutefois une séance plénière du conseil municipal afin de pouvoir questionner les acteurs de ce dossier.
L e chef de l ’opposit ion officielle, Benoit Labonté, a déclaré après la présentation du rapport Bergeron que le maire « a perdu le contrôle politique et ad m i n istrati f de sa ville ». Il ne comprend pas comment le maire « peut prétendre qu’il n’était pas informé de la situation ».
« Les principaux services de la Ville ont été complètement exclus du plus important contrat accordé dans l’histoire de la Ville, a dit M. Labonté. La main gauche ne savait pas ce que faisait la main droite. Le maire avait donné les clés de la gestion de l’eau au secteur privé. »
« Tout ça démontre les lacunes des services centraux, a dit Louise Harel, candidate de Vision Montréal à la mairie de Montréal. Le vérificateur général parle de problèmes de gouvernance. »
Ni Benoit Labonté ni Louise H a rel n ’ont dem a ndé de démissions à la suite du rapport de Jacques Bergeron. Ils réclament toutefois une séance plénière du conseil municipal afin de pouvoir questionner les acteurs de ce dossier. Ils disaient, hier soir, vouloir un peu plus de temps pour lire le rapport du vérificateur plus attentivement. Mais ils estiment que le maire n’a pas fait son travail. « Il ne faut pas prendre les Montréalais pou r de s va l ise s », a d it M. Labonté.
« Ce sera aux Montréalais de décider, le 1er novembre prochain, du sort de cette administration », a dit Mme Harel.
De son côté, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a dit que le processus d’attribution du contrat a été «approximatif, presque sur mesure pour certains, sans aucun contrôle des coûts». Il a ajouté qu’il disait depuis des années à l’administration Tremblay qu’elle errait en confiant au privé des travaux et des contrats que les services publics pouvaient réaliser.
« L’administration Tremblay a mis en place des conditions pour n’avoir aucun contrôle, a dit M. Bergeron à La Presse. Cette administration vient de gouverner pendant huit ans et d’avoir ce rapport comme bilan, c’est un désaveu cinglant du mode de gouvernance de Gérald Tremblay. »
De son côté, le maire Tremblay n’a voulu faire aucun commentaire hier soir. Son attaché de presse, Martin Tremblay, a dit à La Presse que le maire prendrait connaissance du rapport et réagirait aujourd’hui. «L’option d’annuler le contrat des compteurs d’eau, comme le recommande le vérificateur général, est étudiée sérieusement », a dit Martin Tremblay, qui a ajouté, plus tard en soirée, que le rapport, selon lui, n’est pas une critique de l’administration Tremblay mais «de l’administration publique».
« Au plan politique, je suis responsable et je demeurerai toujours responsable du projet des compteurs d’eau », avait dit le maire au conseil municipal du 21 avril dernier. Pour joindre notre journaliste :


Le vérificateur général rend son rapport ce soir  -  André Noël
Contrat des compteurs d’eau de la Ville de Montréal
Le rapport du vérificateur de Montréal sur le contrat des compteurs d’eau, qui sera présenté à l’hôtel de ville ce soir, dira si le maire Gérald Tremblay a eu raison de faire l’apologie de ce contrat, il y a cinq mois jour pour jour.
Le rapport du vérificateur général indiquera si le contrat des compteurs d’eau de 360 millions accordé à GÉNIeau a été attribué dans les normes.
Le 21 avril, le maire avait organisé une séance extraordinaire du conseil municipal pour prouver que le contrat de 360 millions, accordé au consortium GÉNIeau, avait été accordé dans les normes, à un coût normal.
« Aujourd’hui, on a eu l’occasion de démontrer hors de tout doute que c’est un bon projet pour Montréal, que c’est un coût qui est très compétitif à comparer avec Toronto et Ottawa, et finalement, que c’est un processus transparent, qui respecte les règles de l’art », avait déclaré le maire à l’issue de la rencontre.
La pilule sera dure à avaler si le vérificateur Jacques Bergeron montre au contraire que le coût est trop élevé et que le contrat n’a pas été attribué dans les règles. La Sûreté du Québec mène sa propre enquête. La Presse a appris que des membres de la division des crimes économiques ont rencontré des témoins importants cet été.
Le contrat comporte deux volets. Le premier, pour l’installation de 23 000 compteurs et le remplacement de 11 000 autres dans les industries, les commerces et les institutions (ICI), doit coûter 106 millions de dollars. Le deuxième volet, pour la pose de 600 chambres de vannes, doit se faire à un prix de 206 millions. Le total s’élève donc à 312 millions ou à 360 millions avec les taxes.
Cela comprend les frais d’exploitation pendant 15 ans (pour les compteurs) et 25 ans (pour les chambres de vannes). Mais cela exclut les 105 millions de dollars payés par la Ville pour la préparation de la plomberie dans les ICI, ainsi que les frais de gestion par la Ville et les coûts de l’inflation. La somme totale pourrait donc atteindre 600 millions, avait reconnu le maire le 21 avril.
Le contrat a été accordé en décembre 2007 au consortium GÉNIeau, formé par la compagnie Simard-Beaudry, l’homme d’affaires Tony Accurso et la firme d’ingénieurs Dessau. Il est géré par une autre firme d’ingénieurs, BPR.
L’attribution du contrat soulève bien des questions depuis déjà un certain temps. Après son attribution, Yves Provost, le directeur général adjoint de la Ville, a été embauché par la firme BPR. Robert Abdallah, le directeur général de la Ville, a été embauché par Gastier, une entreprise appartenant à Tony Accurso et qui participe à la préparation de la plomberie dans les ICI devant recevoir des compteurs.
Frank Zampino, le président du comité exécutif, a été embauché par Dessau. Il a dû démissionner quand La Presse a révélé qu’il avait fait une croisière sur le bateau de Tony Accurso, alors qu’il était encore président du comité exécutif et que la Ville était en train de négocier l’attribution du contrat.
Le 21 avril, le maire a dit qu’à sa connaissance, aucun autre fonctionnaire, conseiller ou membre de sa formation politique n’avait été sur le bateau de M. Accurso. Mais La Presse a appris qu’un important membre de son parti, Union Montréal, très actif dans le financement du parti, est bien allé sur ce bateau, dans les Antilles, à peu près à la même pér iode que M . Z a mpi no (mais pas en même temps que lui), en décembre 2006 ou en janvier 2007.
M. Tremblay a demandé une enquête au vérificateur le 8 avril dernier, après que La Presse eut envoyé une série de questions écrites sur les coûts du contrat à un responsable des communications de l’hôtel de ville. Le coût d’installation des compteurs d’eau apparaît en effet beaucoup plus élevé à Montréal qu’à Toronto ou dans plusieurs villes du Québec. Le coût d’installation des chambres de vannes semble lui aussi plus élevé que dans d’autres villes, comme Ottawa.
Enincluantlasubventionpour la préparation de la plomberie, l’installation des compteurs d’eau a un coût global d’environ 210 millions de dollars. En 2007, le vérificateur a écrit dans son rapport annuel que la Ville de Montréal prévoyait alors que les coûts devaient être de 60 millions pour ce volet, soit trois fois moins.
« La Ville prévoit consacrer environ 60 millions de dollars et installer plus de 23 000 nouveaux compteurs d’eau sur le territoire de la Ville de Montréal et des villes reconstituées, qui s’ajouteront aux 11 000 actuellement en place, indiquait le vérificateur. La réalisation du projet ICI (compteurs d’eau dans les industries, les commerces et les institutions) contribuera à la localisation des fuites dans le réseau et à établir un plan de la consommation d’eau potable ainsi qu’une tarification suffisante et équitable.»
En 2006, la firme MasterMeter a offert de réaliser ce contrat pour 31 millions de dollars. Le rapport du vérificateur devrait normalement expliquer pourquoi les coûts ont explosé depuis l’attribution du contrat au consortium GÉN Ieau. Les Montréalais seront intéressés de savoir s’ils payent trop cher et si tout s’est fait dans les normes, comme le soutenait le maire en avril dernier.

Tremblay veut d’abord voir le rapport du vérificateur  -  Ariane Lacoursière
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, assure qu’il n’annulera pas le contrat des compteurs d’eau avant d’avoir vu le rapport du vérificateur général, attendu le 21 septembre.
« Si, après avoir vu le rapport, il reste un doute sur l’opportunité des compteurs, je prendrai une décision en conséquence », a dit M. Tremblay hier.
Le maire reconnaît que « peut-être certaines personnes » dans son entourage « souhaitent voir le contrat annulé ». Mais il assure que sa décision n’est pas encore prise.
Hier, La Presse a écrit que l’administration Tremblay envisageait demettre fin aucontroversé contrat d’une valeur de 356 millions, qui a été confié au consortium GÉNIeau, groupe formé par Simard-Beaudry et Dessau. Au cours des derniers mois, des allégations de conflit d’intérêts ont durement entaché le contrat. Les liens amicaux entre l’ancien président du comité exécutif, Frank Zampino, et le codirigeant du consortium GÉNIeau, Tony Accurso, ont aussi soulevé des questions.
En juin, le vérificateur général, Jacques Bergeron, a été mandaté pour enquêter sur les circonstances de l’attribution du contrat. Son rapport sera présenté à la prochaine réunion du conseil municipal, le 21 septembre.
La chef du parti Vision Montréal, Louise Harel, accuse le maire Tremblay de craindre les conclusions du rapport du vérificateur général. « De quoi a peur le maire Tremblay? A-t-il les informations que ce rapport sera tellement accablant qu’il a choisi comme Ponce Pilate de s’en laver les mains avant? » a demandé Mme Harel.
Vision Montréal craint aussi que l’annulationducontrat n’engendre des coûts faramineux. « Il y a des coûts à l’annulation de ce contrat. Et des poursuites suivront », prévoit le chef de l’opposition officielle, Benoit Labonté. En annulant le contrat, le maire refile aux Montréalais la facture de la réussite de son parti aux élections. »
Hier, le maire a refusé de dire quel serait le coût de l’annulation. « Cela dépendra des raisons », s’est-il contenté de dire.
Des pourparlers entre la Ville et GÉNIeau pourraient modifier la valeur de la compensation. Pour l’instant, GÉNIeau ne veut pas s’avancer sur les sommes en jeu. « Nous ne souhaitons pas commenter tant que le rapport du vérificateur du ne sera pas déposé », a dit le porte-parole de GÉNIeau, Robert Lupien.

TREMBLAY METTRA FIN AU CONTRAT  -  Denis Lessard
Alors qu’elle s’apprête à mettre un terme au coûteux contrat des compteurs d’eau – sur lequel enquête toujours le vérificateur général – l’administration Tremblay va bientôt demander à Québec la création d’une nouvelle escouade. Sa cible: les criminels à
QUÉBEC — Le controversé contrat des compteurs d’eau de la Ville de Montréal va être annulé. Le maire Gérald Tremblay jettera par-dessus bord cet engagement de 356 millions dès qu’il recevra le rapport du vérificateur général de Montréal, le 21 septembre.
Le contrat entre Montréal et GÉNIeau prévoit l’installation de 32 000 compteurs d’eau dans les immeubles industriels et commerciaux.
De plusieurs sources dans l’administration montréalaise, La Presse a appris que le sort du contrat conclu avec GÉNIeau est réglé. La très nette majorité des candidats derrière Gérald Tremblay lui ont demandé que cet engagement qui a fait les manchettes soit sorti du paysage politique à la première occasion, et le maire « est rendu là ».
« Personne ne veut traîner ce boulet en campagne électorale », résume-t-on. Chez les stratèges du parti, on a vite tranché : la perception, répandue, d’un manque d’intégrité de son administration est même plus préoccupante pour Gérald Tremblay que la popularité de son adversaire, Louise Harel.
« C’est un dossier contaminé… quelle que soit la conclusion du vérificateur, cela ne pourra pas être nettoyé dans l’opinion publique et le maire brûle d’impatience de tirer un trait définitif là-dessus », a confié à La Presse un candidat en vue d’Union Montréal. En août, le maire Tremblay avait déjà mis la table d’ailleurs, prévenant publiquement qu’il n’hésiterait pas à annuler l’engagement si le vérificateur découvrait des irrégularités. Ce qu’il n’a pas dit, c’est qu’il était déjà d’avis que la moindre vétille serait suffisante pour faire une croix sur ce projet.
Le nouveau vérificateur de la Ville, Jacques Bergeron, dispose de 825 000$ pour scruter la transaction suspendue pour l’instant par l’administration Tremblay. « Quand on paie des juricomptables 500 $ ou 600 $ l’heure, vous pouvez être assuré qu’ils vont trouver quelque chose » , a-t-on conf ié au sein du comité exécuti f de Montréal . Le vérificateur veut garder une parfaite étanchéité pour son enquête – à la différence de la vérification sur la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) dont les textes étaient parvenus à l’avance au cabinet du maire.
Toutefois, a-t-on confié, on connaît déjà les préoccupations des enquêteurs – Sammy Forcillo, membre de l’équipe Tremblay et responsable de ce dossier notamment a été rencontré par les émissaires du vérificateur.
Le cont rat signé avec GÉNIeau, un groupe formé par Simard-Beaudry et Dessau, fait les manchettes depuis des mois. Des compétiteurs ont établi que le prix payé par Montréal pour ces compteurs était le triple de la somme prévisible.
Le contrat sur une période de 20 ans est aussi beaucoup plus coûteux qu’un engagement similaire pris par la Ville de Toronto.
Le vérificateur de la Ville a donné le mandat à des avocats de passer au peigne fin les détails du libellé de l’appel d’offres. D’autres juristes se penchent sur les allégations de conflit d’intérêts susceptibles d’avoir entaché le processus d’attribution; l’ancien président du comité exécutif de la Ville, Frank Zampino, est une bonne connaissance de Tony Accurso, l’un des actionnaires principaux de GÉNIeau. M. Zampino s’était retrouvé parmi les dirigeants de Dessau après son départ de la Ville.
Dans le cercle rapproché de l’organisation Tremblay, on a même réfléchi sur les risques de poursuite de la part de GÉNIeau, en cas de bris de contrat. Plusieurs sont d’avis que les firmes d’ingénieurs n’oseront pas être trop agressives à l’endroit de la Ville, dans l’espoir de préserver des ponts pour l’avenir. D’autres pensent que des poursuites sont possibles, mais « entre perdre les élections sur l’intégrité et une poursuite qui se réglera à l’amiable dans cinq ans, le choix est facile à faire ».

QUELQUES CHIFFRES
Selon le contrat conclu avec GÉNIeau, la Ville de Montréal devrait dépenser 107 millions de dollars pour l’installation de 32 000 compteurs d’eau dans les immeubles industriels et commerciaux, soit 3344$ par compteur. La Ville de Toronto va quant à elle installer et remplacer 465 000 compteurs pour un prix maximum de 219 millions, soit 471$ par compteur. Le contrat de GÉNIeau s’élève à 355 millions si on inclut les frais de gestion. –


Tremblay prêt à annuler le contrat des compteurs d’eau  -  Bruno Bisson
Le maire de Montréal est prêt à annuler le plus gros contrat de l’histoire de la métropole s’il le faut. Pour la première fois depuis que le contrat des compteurs d’eau est sous la loupe du vérificateur général de la Ville, le maire Gérald Tremblay a accepté de briser le silence, hier, en point de presse. Et s’est abstenu de défendre bec et ongles la transparence de l’attribution du contrat, comme il l’a fait au printemps, quand l’affaire a éclaté au grand jour.
Un article paru hier dans le quotid ien The Gaze t t e , dans lequel les termes du contrat sont épluchés dans le détai l , révèle que des négociations pour calculer les risques financiers ont eu lieu jusque dans les dernières heures qui ont précédé la signature du contrat avec GÉNIeau, consortium formé par Simard-Beaudry et Dessau, dont l’un des dirigeants est Tony Accurso. Celui-là même qui a accueilli Frank Zampino, ancien président du comité exécuti f de la Ville, sur son yacht de luxe.
Gérald Tremblay a d’abord rappelé que c’est lui qui a demandé une enquête auprès du vérificateur général, et que c’est lui qui « a suspendu le contrat ».
« Nous sommes déjà au courant des informations parues dans les journaux. Il n’y a rien de nouveau. Cependant, si, après enquête, le vérificateur général de Montréal démontre qu’il y a des doutes quant à la pertinence du contrat, le processus, ou encore quant à sa légalité, j ’ai l’intention d’entamer les démarches nécessaires pour voir à l’annulation du contrat », a affirmé Gérald Tremblay.
Quant à l’enquête en tant que telle, M. Tremblay a soutenu que tout ce qu’il sait, c’est que les personnes concernées par ce contrat ont donné de l’information pertinente. Et que d’autres personnes seront questionnées par le vérificateur, qui s’est engagé à déposer son rapport le 21 septembre prochain. « Tout ce que je dis, je le pense depuis le début », a-t-il enfin rétorqué à un journaliste qui avait demandé s’il détenait des informations privilégiées sur les résultats de l’enquête.
En juin dernier, l’administration a dégagé 825 000$ pour permettre au vérificateur général de faire la lumière sur le contrat des compteurs d’eau. Étant donné les délais serrés, Jacques Bergeron, nouveau vérificateur, s’est entouré d’une équipe d’experts, dont des comptables et des ingénieurs en plomberie, sans passer par des appels d’offres.



Le contrat des compteurs d’eau sous la loupe -  Éric Clément
VILLE DE MONTRÉAL
EXCLUSIF
Mécontenteden’avoirpuparticiper à l’appel d’offres des compteurs d’eau, lafirmeMasterMeterCanada estime que la Ville de Montréal a dénaturé le processus normal d’attribution des contrats. Elle s’appuie sur un avis juridique qui soutient que la Ville, par ailleurs, n’a pas agi pour obtenir le meilleur prix.
Master MeterCanada a demandé au cabinet d’avocats Bélanger Sauvé de vérifier la légalité du processus menant à l’attribution du contrat sur l’implantation de compteurs d’eau dans les industries, les commerces et les institutions de la métropole.
Master Meter Canada a demandé au cabinet d’avocats Bélanger Sauvé de vérifier la légalité du processus menant à l’attribution ducontrat sur l’implantation de compteurs d’eau dans les industries, les commerces et les institutions de la métropole. Dans son avis juridique, qui sera remis au vérificateur général de la Ville qui enquête sur l’attribution de ce contrat, Me Marc Laperrière dit que la décision d’implanter des compteurs d’eau a été prise après qu’une étude intitulée « Parc de compteurs d’eau et coût d’investissement pour l’utilisation de compteurs d’eau à la Ville de Montréal » eut été publiée en 2003 par la firme PricewaterhouseCoopers. Master Meter Canada était coauteur de cette étude.
En 2004, la Ville a lancé un appel d’offres pour l’exécution de services professionnels pour la mesure de la consommation d’eau dans les entreprises et les institutions. Puis, elle a lancé un appel de qualification pour retenir parmi les candidats ceux qui avaient démontré une expertise dans le domaine de la consommation d’eau. Finalement, elle a lancé un appel de propositions auprès des candidats préqualifiés, leur demandant de proposer un scénario sur la mesure de la consommation d’eau et... l’optimisation de la distribution d’eau.
C’est ce volet optimisation qui pose problème, selon le cabinet d’avocats. Dans le document d’octobre 2004 intitulé « Appel d’offres sur invitation », nulle part ne figure le terme « optimisation ». « La Ville a accepté la proposition de BPR sans retourner en appel d’offres pour ce volet, lit-on dans l’avis juridique de Bélanger Sauvé. Ceci est, selon nous, de nature à entacher la légalité du contrat octroyé à BPRs’il s’avère que cet ajout au contrat est important. Plus cet ajout est important, plus la Ville pourra être taxée d’avoir rompu la règle de l’égalité entre les soumissionnaires qui veut que tous soient soumis aux mêmes exigences.»
Un avis important
Or, l’avis juridique indique que le volet optimisation du réseau représente 250 millions de dollars sur les 350 millions du contrat attribué à GéniEau: « Il est donc plus que probable que l’ajout de ce volet au contrat de BPR est important, y liton. Si tel est le cas, la Ville devait, selon nous, retourner en soumissions publiques sur ce point. »
« Est-ce que la Ville s’est assurée d’avoir le meilleur prix? demande Me Laperrière. Je crois qu’elle n’a pas respecté l’objectif des soumissions publiques. Quelle témérité de permettre à BPR d’ajouter cela à son contrat alors qu’il y a peutêtre d’autres soumissionnaires qui auraient dit: "Si j’avais su qu’on pouvait soumissionner sur l’optimisation du réseau, je l’aurais fait, alors vous n’avez pas été juste à mon égard’." Ça, c’est plus inquiétant en ce qui a trait à la légalité. »
Par l’intermédiaire de son porteparole Philippe Sabourin, la Ville estime que le document « Appel d’offres sur invitation » contient un passage à la section 1.3 qui revient à évoquer le volet optimisation: « Également, la firme pourra être appelé (sic) à réaliser d’autres travaux additionnels requis par la Ville et reliés au bilan de consommation de l’eau, comme la mise à niveau des compteurs existants, des études de profils de consommation, le monitoring de la distribution d’eau, les compteurs sur le réseau d’aqueduc, la compilation de données hydrauliques, l’élaboration d’une politique de consommation d’eau, etc.»
Selon Me Laperrière, ce paragraphe ne permettait pas à la Ville de confier l’optimisation du réseau à BPR sans retourner en appel d’offres.
« Il est difficile pour les soumissionnaires de savoir quels seront les travaux à réaliser s’ils ne sont pas encore déterminés, écrit-il dans un courriel envoyé à La Presse. De plus, cela laisse entendre que ces travaux seront accessoires ou mineurs puisque la Ville se réserve le droit de les confier sans recourir au processus d’appel d’offres. Je ne crois pas que cette clause puisse permettre à la Ville de dire que le principe de l’égalité des soumissionnaires a été respecté. La Ville s’est simplement réservé un droit sans aucune précision autre que celui de préciser la nature des travaux qu’elle pourrait demander! Doit-on conclure que la Ville fonctionne en PPP, la seule façon de négocier directement avec une entreprise... alors qu’elle n’a pas ce pouvoir? Selon moi, la porte de la section 1.3 est petite alors que celle ouverte par la Ville et BPR est énorme!»
Me Laperrière pense que la Ville a erré si elle a fonctionné en PPP. «Depuis le début, tout le monde dit que la Ville doit sûrement fonctionner en partenariat public-privé, c’est donc pour ça qu’elle se réserve le droit de négocier avec le soumissionnaire choisi, mais la Ville n’a pas le pouvoir d’utiliser le processus d’adjudication en PPP, dit-il. Elle peut conclure des PPP mais pour le faire, elle doit suivre les règles d’adjudication de la Loi sur les cités et villes et doit choisir le plus bas soumissionnaire. Négocier avec le soumissionnaire choisi, encore là, c’est jouer avec le feu et plus les modifications sont importantes, plus on se rapproche de l’illégalité ou encore plus on confirme l’illégalité. »
L’avisreprocheégalementàlaVille d’avoir changé son fusil d’épaule en ce qui a trait aux technologies qu’elle retiendrait. L’appel d’offres de 2004 précisait que la Ville désirait « les produits génériques et commercialement disponibles plutôt que des solutions sur mesure ». Mais en 2007, l’appel de propositions énonce que la Ville privilégie « l’expérimentation de nouveaux concepts et matériaux et de nouvelles techniques ».
« La Ville joue dangereusement avec le feu, dit Me Laperrière. En allant vers l’expérimentation, on se trouve à avoir des soumissions totalement différentes les unes des autres. S’assure-t-on du meilleur prix? Si j’étais avocat et que j’avais à rédiger l’appel de propositions et la soumission pour les services professionnels, je serais un peu nerveux. Je n’aurais pas suivi un tel processus. C’est ouvrir toute grande la cour d’école et laisser les enfants jouer dehors. »




LA VILLE PAYE-T-ELLE -  André Noël
La Ville de Montréal a accordé un contrat de 356 millions au consortium GÉNIeau pour installer des compteurs d’eau et optimiser le réseau de distribution. Ce montant suscite une vive controverse. La SQ enquête. Le vérificateur général aussi : en attendant
À la demande de une firme spécialisée dans l’installation de compteurs d’eau a fait une soumission pour préparer la tuyauterie et installer un compteur dans un immeuble commercial de Montréal, rue Beaubien. Cette firme indique qu’elle peut fournir le matériel et faire le travail pour 981$, alors que le prix que paiera la Ville de Montréal sera de 3005$.
À la demande de La Presse, une firme spécialisée dans l’installation de compteurs d’eau a fait une soumission pour préparer la tuyauterie et installer un compteur dans un immeuble commercial de Montréal, rue Beaubien.
Le président d’une firme spécialisée en compteurs d’eau a offert de modifier cette entrée d’eau dans un immeuble commercial de la rue Beaubien, et d’y installer un compteur, pour 981 $. À moins d’un changement, la Ville de Montréal paiera 3005$ pour la même chose.
Cette firme indique qu’elle peut fournir le matériel et faire le travail pour 981$, alors que le prix que paiera la Ville de Montréal sera de 3005$. Ces prix portent sur la préparation de la tuyauterie, l’ajout d’un dispositif anti-refoulement et l’installation d’un compteur d’eau Neptune T-10 d’un pouce de diamètre.
Raymond Goulet, le propriétaire de cet immeuble, a reçu la visite d’un employé du consortium GÉNIeau, ce printemps, même si le contrat est censé être suspendu depuis le début d’avril, en attendant le rapport du vérificateur général, qui enquête sur le dossier. Cet employé a dit à M. Goulet qu’il devait faire venir un plombier accrédité auprès de la Ville pour modifier son entrée d’eau, afin de pouvoir y installer un compteur. La facture du plombier sera payée par la Ville, en vertu d’un programme de subvention de 100 millions de dollars, qui est en sus du contrat accordé à GÉNIeau.
Quand la préparation de la tuyauterie sera faite, GÉNIeau pourra installer le compteur dans l’immeuble de M. Goulet. Cette dernière tâche pourra être effectuée rapidement: il suffira de fermer l’eau et de remplacer un tuyau de plastique temporaire par le compteur.
M. Goulet a fait les démarches qu’on lui demandait : il a requis des soumissions auprès d’entreprises de plomberie mentionnées sur la feuille que lui avait remise l’employé de GÉNIeau. Étonné par les prix, il a joint La Presse et nous a permis de demander une soumission à une firme indépendante pour un travail identique à être effectué dans son immeuble. Le président de cette firme, un plombier, a suivi le cours pour obtenir l’accréditation par la Ville de Montréal, mais ne l’a finalement pas réclamée, estimant qu’il a assez de contrats ailleurs. Il nous a demandé de taire son nom.
À notre demande, il s’est présenté à l’immeuble de M. Goulet, qui comprend un salon de coiffure et une épicerie fine au rez-de-chaussée, ainsi que des logements aux étages. Le bâtiment est considéré par la Ville comme l’un des 33 700 immeubles industriels, commerciaux et institutionnels (ICI) qui doivent être dotés de compteurs d’eau.
Environ la moitié des ICI de Montréal ont des entrées d’eau d’un pouce de diamètre ou moins. L’entrée d’eau de l’immeuble de M. Goulet est un simple tuyau vertical d’un pouce de diamètre, muni d’une valve. Comme le compteur sera installé à l’horizontale, un plombier doit au préalable faire une dérivation.
La Ville de Montréal a accrédité une quarantaine d’entrepreneurs en plomberie pour faire ce travail, et a établi une liste de prix très détaillée. Les plombiers accrédités s’appuient sur cette liste pour faire leur soumission. Ils peuvent ajouter 20% au prix final pour les frais d’administration et leurs profits. Les propriétaires d’immeubles ICI doivent payer les plombiers pour ce travail, puis se font ensuite rembourser la facture par la Ville.
La première soumission obtenue par M. Goulet s’élevait à 1497$; la deuxième à 1355$. C’est cette dernière que la Ville a acceptée. Dans un deuxième temps, la firme GÉNIeau installera un compteur pour le prix de 1650$, selon un document qui a été présenté au conseil municipal spécial du 22 avril dernier. Total du coût: 3005$ (soit 1355$ pour la préparation + 1650$ pour le compteur).
Le plombier appelé par La Presse a offert de préparer la tuyauterie et d’installer un dispositif antirefoulement, en suivant toutes les exigences de la Ville, pour 686$. (Deux autres entrepreneurs consultés par La Presse n’ayant pas visité l’immeuble offraient de faire ce travail pour des montants moindres.) Par ailleurs, notre plombier affirme qu’il peut fournir un compteur d’eau Neptune T-10, comme celui qu’installera GÉNIeau, ainsi que le cadran ProRead m3, pour 295$. Total de sa soumission: 981$ (soit 686$ + 295$).
Dans les deux cas (la soumission de GÉNIeau et celle de La Presse), les coûts de mise en oeuvre et de l’exploitation du système de lecture à distance, ainsi que les coûts de l’exploitation des compteurs pendant 15 ans, sont exclus. Les compteurs sont garantis par les fabricants.
Le contrat de 356 millions accordé à GÉNIeau est composé de deux volets : le premier porte sur les compteurs d’eau et coûte 106 millions (sans les taxes) ; le deuxième volet porte sur le réseau de distribution. À ce montant s’ajoute la subvention de 100 millions prévue par la Ville pour la préparation de la tuyauterie, et qui est hors contrat. Le consortium GÉNIeau est formé par la firme d’ingénierie Dessau et la compagnie Simard-Beaudry. Nous avons cherché à avoir un commentaire d’un membre du consortium, mais sans succès.
Jessie Kim Malo, porteparole de Dessau, a dit qu’elle ne pouvait faire aucune déclaration à ce sujet. « Étant donné la double vérification en cours par le vérificateur général de la Ville de Montréal et la Sûreté du Québec, nous ne pouvons faire de commentaire, a-t-elle dit. Nous allons les laisser travailler et nous allons collaborer à ces enquêtes si besoin est. »
De son côté, la Ville de Montréal reste persuadée qu’elle paye un bon prix dans le contrat accordé au consortium GÉNIeau, a dit son porte-parole, Philippe Sabourin (voir article en page suivante).




SIXIÈME ENQUÊTE DE LA SÛRETÉ DU QUÉBEC  Le contrat des compteurs d’eau sous la loupe de la SQ - Sara Champagne

Une sixième enquête reliée à l’administration du maire Gérald Tremblay a été ouverte par la Sûreté du Québec. Depuis un mois, la section des crimes économiques passe au peigne fin tous les détails du contrat des compteurs d’eau pour déterminer s’il y a eu « complot visant un partage des contrats de la Ville de Montréal ».
Selon les informations recueillies par La Presse, l’enquête a démarré le 2 mai dernier, au lendemain d’une plainte de 16 pages déposée par Richard Bergeron, chef de Projet Montréal et élu dans le Plateau. À la SQ, le sergent Richard Gagné a confirmé qu’une enquête est en cours, hier, sans être en mesure d’en dévoiler les détails pour ne pas nuire au travail des policiers.
Joint en après-midi, Richard Bergeron a expliqué que deux agents de la division des crimes économiques, dont un haut dirigeant, l’ont interrogé durant deux heures. « Ils ont pris ma plainte très au sérieux », a-t-il d’abord dit. « Ils m’ont ensuite expliqué que ma plainte était recevable. Mais de ne pas les rappeler pour en connaître les développements. Que ça pourrait prendre entre quatre mois et deux ans avant d’avoir des nouvelles, probablement par le truchement des médias. »
En mai dernier, une séance extraordinaire convoquée par le maire de Montréal, au sujet des compteurs d’eau, révélait qu’une clause empêchait les soumissionnaires d’avoir toute forme de conversation avec les élus durant l’appel de propositions. Or, l’ancien président du comité exécutif, Frank Zampino, a séjourné deux fois sur le yacht de Tony Accurso, codirigeant du consortium GENIeau, avant et après le processus.
Au lendemain de la séance, le nouveau vérificateur général de la Ville de Montréal, Jacques Bergeron, était saisi du dossier. Il doit déposer son rapport à l’automne, avant les élections municipales du 1er novembre. Le contrat des compteurs d’eau attribué à la firme GENIeau, formée de Dessau et SimardBeaudry, d’une valeur de 356 millions, est le plus important de l’histoire de Montréal. Frank Zampino a travaillé quelques semaines comme bras droit du PDG de Dessau, avant de démissionner dans la tourmente.

CINQ AUTRES CAS

Mai 2004
Le groupe Catania est sur la sellette pour une histoire de potsde-vin dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Un an plus tard, le directeur général de l’arrondissement, Robert Fortin, plaide lui aussi coupable. Il s’est fait payer un voyage en Italie de 6600$ par Paolo Catania. Dans la foulée, en septembre 2004, deux conseillers, Irving Grundman et René Dussault, plaident coupable à des accusations de corruption. Ils ont exigé une somme substantielle pour faciliter un changement de zonage afin d’ériger un complexe immobilier sur le boulevard Henri-Bourassa.

Octobre 2007
La Sûreté du Québec ouvre une enquête sur l’administration de l’ex-maire, Stéphane Harbour. Elle décide de se pencher plus particulièrement sur l’attribution d’un contrat à la firme Dessau pour un Centre communautaire intergénérationnel. La construction a coûté deux fois plus cher que prévu. À la suite des révélations publiées dans La Presse sur l’administration générale d’Outremont, et de factures extravagantes d’alcool, le maire Harbour remet sa démission.

Septembre 2008
Une enquête interne de quelques mois de l’administration municipale met au jour une fraude de 8 millions à la division des services informatiques (DSI) de la Ville de Montréal. Des irrégularités seraient en cause dans une douzaine de contrats avec 10 entreprises informatiques, petites et grandes. Le directeur général du service, Gilles Parent, est congédié. Quelques mois plus tard, le directeur adjoint du service, Joseph Hélal, est aussi congédié, même s’il n’y aurait pas eu de « connivence » entre les deux. Le dossier est toujours entre les mains de la SQ.

Octobre 2008
À la suite des révélations de La Presse sur la vente du Faubourg Contrecoeur par la SHDM, dans l’est de Montréal, au Groupe immobilier Catania, l’administration du maire Tremblay décide de suspendre toutes les transactions immobilières. Son directeur général, Martial Fillion, est démis de ses fonctions. Un mandat d’enquête est confié au vérificateur général de la Ville de Montréal, Michel Doyon, qui alerte la SQ quand il constate que des documents importants remis par des entrepreneurs à la SHDM ont été détruits. Dans ce dossier, l’Association provinciale des constructeurs d’habitations du Québec a entrepris des recours devant les tribunaux contre la gestion du programme Accès Condo par la Ville.

Juin 2009
La Presse révèle que la SQ a ouvert une enquête à la suite d’une plainte du maire Gérald Tremblay au sujet du contrat de rénovation de l’hôtel de ville de Montréal. Contrat de 10,6 millions, pour entre autres refaire la toiture. Un entrepreneur, Paul Sauvé, allègue qu’un membre de la mafia lui a demandé 40 000$, somme qui selon lui était destinée à deux élus du parti du maire Tremblay, Union Montréal. L’homme d’affaires affirme également qu’il a maille à partir avec le crime organisé depuis plusieurs mois.



Confiance aveugle au privé - ANDRÉ BOUTHILLIER
Seule une enquête judiciaire pourrait faire toute la lumière dans le dossier des compteurs d’eau
Que le maire reprenne tout à zéro et ce sera une faillite pour la saine gestion de l’eau et un échec pour la fonction publique municipale.
D’L’auteur est consultant en organisation du travail et gestion participative. Il est cofondateur d’Eau Secours! emblée, la stratégie de développement d’une gestion responsable de l’eau à Montréal par l’administration Tremblay est admirable. Je l’ai dit en 2003 et le répète en 2009.
La décision de l’administration du maire Tremblay d’imposer des compteurs d’eau aux industries, commerces et institutions fait consensus à Montréal. Confier l’installation de ces compteurs d’eau à GÉNIeau pour la somme de 355 millions de dollars soulève toutefois des interrogations.
Gérald Tremblay comprend l’intérêt de préserver le capital investi par les Montréalais dans les infrastructures de la gestion de l’eau. Il dit non à la privatisation. Mieux, il développe avec une équipe de fonctionnaires un plan pour que l’administration municipale devienne un phare dans la gestion publique de l’eau, répondant entre autres aux attentes de la coalition Eau Secours !, victorieuse du combat contre Pierre Bourque sur la privatisation.
La décision d’imposer des compteurs d’eau aux industries, commerces et institutions fait consensus à Montréal. Certains s’en sortiront à bon compte, d’autres acceptent le fait pour une meilleure équité fiscale. Quant aux économies d’eau domestique, la Ville adhère aux expériences probantes de sensibilisation et de conscientisation prônées par Eau Secours! et par d’autres villes québécoises.
Alors, pourquoi une telle situation explosive de conf lit d’intérêts aujourd’hui ? Pour deux pr i nc i pa l es ra i sons . D’abord, l’absolu désintérêt de la population et des médias pour la gestion publique municipale, mû par un mouvement conservateur de la société, avec son déficit de vision démocratique, donc de transparence, et l’élasticité de ses normes morales. Deuxièmement, la confiance aveugle dans le secteur privé de l’économie pour rendre des services publics.
Le maire a déjà admis son manque de persévérance pour expliquer son projet. Bon! Mais n’oublions pas, la population et les journalistes ne s’intéressent aux réalités municipales que s’il y a scandale ou pugilat politique. Aujourd’hui, à la veille d’élections, l’opposition déchire sa chemise sur la place publique : dormait-elle au gaz lors de la création du Bureau des projets ? Ils ont quand même voté le processus ! N’eurent été les i nterventions d’une journaliste d’enquête et d’Eau Secours!, aucune question ne semblait soulever l’inquiétude face à un éventuel partenariat public-privé.
On se souviendra du ministre Tremblay et du concept des grappes industrielles, c’est le même homme devenu maire de Montréal. Vision brillante, mais i nappl icable dans un monde des a f fa i res où les coupe-gorges sont des héros. Il tente d’imbriquer le secteur public, dont la mission est de défendre le bien des citoyens et le sec teur pr ivé éternel piailleur de contrats municipaux dont la seule mission est d’accumuler des profits pour ses propriétaires. Les médias cherchent qui a trahi monsieur le maire. Est-ce M. Zampino ? Est-ce M. Provost ? Non ! C’est simplement sa conception du partenariat public-privé et la création du Bureau des projets de la Vi l le dûment mandatée pour transférer au secteur privé les projets qui devraient être dédiés aux fonctionnaires municipaux.
Dans le cas des compteurs d’eau, le vérificateur général dépêché à l’enquête, ne pourra honnir la démarche, aussi déviante de l’intérêt public soit-elle. Toutes les résolutions sanctionnent la création du Bureau, donc de ses décisions. Même la ministre des Affaires municipales a déjà cautionné le projet des compteurs.
Quant à la corruption ou au conflit d’intérêts dans le contrat des compteurs d’eau, lors d’une rencontre avec des fonctionnaires, j’avais, en tant que président d’Eau Secours !, soulevé cette possibilité que j’appréhendais et en avais avisé le maire, par écrit.
P ou r faire toute la lumière, seule une enquête judiciaire menée par la police des affaires pourrait y trouver réponse, il faudrait fouiller les finances de personnes impliquées pour confirmer de possibles malversations.

Depuis 1983, je travaille sur des dossiers pratiques mettant en relief le rôle de l’État et celui du privé dans nos économies. Mes conclusions aboutissent inévitablement à constater leur incompatibilité. Leur différente mission ne sert pas les mêmes intérêts. Si les deux doivent coexister, l’intérêt du plus grand nombre doit prévaloir sur l’intérêt de quelques-uns, aussi vaut mieux ne pas subordonner le rôle des fonctionnaires à celui des dirigeants d’entreprise. Le cas de Montréal en est un cas patent. Que le maire reprenne tout à zéro et ce sera une faillite pour la saine gestion de l’eau et un échec pour la fonction publique municipale.


Le tuyau décortiqué MICHÈLE OUIMET
Que retenir de cette journée? De la confusion, beaucoup de confusion. Des chiffres, trop de chiffres. Des questions sans réponse, beaucoup de questions sans réponse. Trop.
Il s’en est décortiqué du tuyau, hier, à l’hôtel de ville ! Du cinq huitièmes de pouce, des grosses conduites, des petits tuyaux, des compteurs, des chambres quatre pouces, des vannes de régulation, des débitmètres. Grosse journée plomberie. Du détail en masse.
Gérald Tremblay avait convoqué hier une séance extraordinaire du conseil municipal, qui a débuté à 9h et qui s’est étirée jusqu’à 16h.
Le volet gouvernance ? Expédié en quatre minutes. Fini le décorticage et le fignolage : c’est un bon projet, merci, bonsoir. Il a fallu l’acharnement du chef de l’opposition, Benoit Labonté, pour que les délicates questions de conflits d’intérêts soient abordées de front.
Pour tenter de dissiper les rumeurs de scandale qui le hantent depuis quelques semaines, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a convoqué, hier, une séance extraordinaire du conseil municipal qui a débuté à 9h et qui s’est étirée jusqu’à 16h. La journée s’est terminée par un point de presse du maire. À la fin, il a quitté la salle les joues rouges, le menton tremblant, les nerfs à vif.
Le contrat des compteurs d’eau, le plus gros de l’histoire de la Ville, donne des maux de tête au maire. L’entêtante odeur de scandale lui colle à la peau. Il le sait.
Que retenir de cette journée où l’opposition a bombardé de questions quatre hauts fonctionnaires et deux patrons de BPR, la firme d’ingénieurs qui épaule la Ville dans ce contrat de 356 millions? De la confusion, beaucoup de confusion. Des chiffres, trop de chiffres. Des questions sans réponse, beaucoup de questions sans réponse. Trop.
Commençons pa r l ’ apparence de conflits d’intérêts. Les médias ont longuement parlé de Frank Zampino, ex-président du comité exécutif de la Ville, qui s’est baladé sur le yacht de Tony Accurso, propriétaire d’une des firmes du consortium GÉNIeau qui a raflé le contrat des compteurs d’eau. Frank Zampino qui a été embauché par la deuxième firme qui forme GÉNIeau six mois après son départ de la vie politique. Tricoté serré. On a moins écrit sur Yves Provost, directeur général adjoint responsable de l’eau à la Ville. Aujourd’hui, il travaille pour BPR. Le 21 novembre 2007, le comité exécutif a accordé le contrat au consortium GÉNIeau. Deux jours plus tard, M. Provost avertissait ses patrons qu’il prenait sa retraite et discutait avec... BPR.
M. Provost a fait partie du comité de sélection qui a choisi GÉNIeau. Et BPR a brassé des affaires avec Dessau… une des firmes qui forment GÉNIeau. Tricoté serré. Et que dire de Robert Abdallah, ex-directeur général de la Ville ? Depuis novembre 2008, il dirige une filiale de Simard-Beaudry… qui fait partie du consortium GÉNIeau. Le propriétaire? Tony Accurso, l’homme au yacht. Tricoté serré, serré. L’opposition a posé des questions. Les réponses ont été laconiques. Apparence de conflit d’intérêts, a prévenu Gérald Tremblay qui jure que tout a été fait selon les règles de l’art.
Parlons de coûts maintenant: 356 millions. Sauf que ce chiffre exclut des « dépenses incidentes en accompagnement du projet » payées par la Ville. Coût: 67 millions. Nouveau total : 423 millions. À ce chiffre, il faut ajouter les subventions que la Ville va verser aux commerces, institutions et industries pour les aider à installer les compteurs. Facture: 90 millions.
Re - nouve au to t a l : 51 3 millions.
Et l’inflation, car le projet s’étale sur 25 ans : 85 millions.
Re-re-nouveau total : 598 millions.
– Puis-je avoir le document qui parle des coûts reliés à l’inflation? a demandé Benoit Labonté.
– Je vais vous le fournir si je le trouve, a répondu un haut fonctionnaire, Louis Provencher.
Le dossier au grand complet va atterrir sur le bureau du vérificateur de la Ville qui aura sept semaines pour démêler tout ça. Il est déjà très occupé avec la SHDM, un autre scandale qui a éclaboussé lemaire cet automne et sur lequel il planche depuis cinq mois. Et c’est drôlement moins complexe que les compteurs.
Il devra aussi s’occuper de la fameuse ligne téléphonique de dénonciation annoncée en grande pompe par le maire. Comme le disait ironiquement Benoit Labonté : le bureau du vérificateur est plus occupé que celui du maire.
Le vérificateur, Michel Doyon, prend sa retraite le 2 juin. Son successeur va donc hériter des compteurs d’eau. Il aura deux semaines pour boucler l’enquête et apposer sa signature sur un rapport qui pourrait ébranler la crédibilité de l’administration Tremblay.
Pourquoi le 18 juin? Pourquoi sept minuscules semaines pour une enquête aussi complexe ? Pourquoi cette urgence? Pourquoi pas en septembre? Parce qu’il ne restera que deux mois avant les élections?

Peut-être. Ça fait beaucoup de questions sans réponse. Trop.

Bien des questions restent en suspens
COMPTEURS D’EAU LE MAIRE FAIT LE POINT  -  COÛTS DU PROJET
LaVille deMontréal et la firmeBPR ont présenté une série de chiffres et de tableaux, hier, pour justifier les coûts du projet de compteurs et d’optimisationduréseaud’eau, mais plusieurs questions sont restées en suspens. Les prix des tuyaux, des valves, des débitmètres et des manomètres n’ont rien de bien passionnant, si bien qu’ils ont très peu alimenté les débats au conseil municipal spécial.
Le projet du contrat accordé au consortium GÉNIeau s’élève à 312 millions de dollars, sans les taxes. Il est composé de deux volets. Le premier porte sur l’installation et l’exploitation de 30 500 compteurs, au coût de 106 millions. Le deuxième volet comprend essentiellement l’installation de 600 chambres de vannes munies d’un système sophistiqué de communication, au coût de 205 millions.
Il y a deux semaines, La Presse avait posé des questions très précises à la Ville de Montréal portant sur la comparaison avec Toronto, pour le volet compteurs, et avec Ottawa, pour le volet chambres de vannes. Le maire Gérald Tremblay a indiqué, hier, que ce sont surtout ces questions qui l’avaient convaincu de demander une enquête au Vérificateur général de la Ville et de suspendre le contrat en attendant son rapport.
Hier, les réponses à nos questions sont restées minimales. Pour le premier volet, la Ville et la firme BPR ont remis un tableau comparant les coûts des compteurs à Montréal et à Toronto. Il y est affirmé entre autres choses que Toronto paierait 105 millions pour l’achat et l’installation de 70 000 petits compteurs d’un diamètre de 20 millimètres et moins, soit 1500$ par compteur.
Vérification faite, l’achat et l’installation d’un compteur de cette taille, en comprenant le système de communication, coûte 375$. C’est le prix que vient de payer la municipalité d’Embrun-Russell, en Ontario. Il a été impossible, hier, de comprendre pourquoi la Ville de Montréal et la firme BPR soutiennent toujours qu’il en coûte beaucoup plus cher.
Les mêmes i mpréc i sions entourent le coût du deuxième volet, celui des chambres de vannes. Ces chambres sont essentiellement des cubes de béton, d’une grandeur variable, enfouis sous la chaussée. Les conduites d’eau passent dans le fond. Les chambres peuvent être équipées de vannes de réduction de pression, de débitmètres et de manomètres pour mesurer la pression. La Ville veut en installer 600.
Le consortium GÉNIeau a soumis un prix de 205 millions pour ce volet, en incluant le système de communication et l’exploitation pendant 25 ans. Cela revient à 342 000$ par chambre de vanne. Le tableau déposé hier au conseil municipal souligne que le prix moyen, à Ottawa, est de 160 000$, soit deux fois moins cher.
Comment expliquer un tel écart? Ottawa a un seul type de chambre, pour des conduites d’un diamètre de 8 pouces, affirme le tableau. En revanche, Montréal aura 32 types de chambres, pour des conduites d’un diamètre variant de 4 à 60 pouces, et d’un prix variant de 140 000$ à 1 million de dollars.
Selon les explications fournies hier par Gilles Robillard, le fonctionnaire responsable du dossier, la Ville de Montréal sera en effet dotée d’une dizaine de chambres de vannes pour les très grosses conduites de 60 pouces, ou cinq pieds de diamètre.
Au cours d’un long entretien avec La Presse, il y a deux semaines, Michel Chevalier, un des principaux responsables de la gestion de l’eau à Ottawa, avait affirmé qu’il est très rare d’installer des chambres munies de vannes de réduction de pression sur des conduites d’un diamètre supérieur à 20 pouces.
Ces vannes servent à réduire la pression, surtout la nuit, dans des quartiers relativement restreints. Montréal créera 150 secteurs de suivi de distribution, habités chacun par environ 15 000 personnes. Chacun de ces secteurs sera couvert par une chambre munie d’une valve de réduction de pression.
Or, les énormes conduites d’un diamètre de cinq pieds alimentent bien plus que 15 000 personnes. Hier soir, Luc Aubertin, vice-président de la firme BPR, a souligné que le réseau de distribution de Montréal a une configuration bien particulière, que n’ont pas la plupart des autres villes.
La plus grande partie de l’eau est captée en amont des rapides de Lachine, traitée dans les usines Atwater et Des Baillets, puis pompée dans d’énormes réservoirs sur le mont Royal. De là, l’eau descend par gravité pour alimenter le réseau. Les quartiers situés le plus près de la montagne devront être isolés par de très grandes chambres de vannes, a-t-il affirmé, ce qui contribue à augmenter les coûts.
La réduction de la pression, la nuit, permettra des économies, ont expliqué les responsables du dossier au conseil municipal. Cette mesure limitera les besoins de traitement de l’eau, réduira les fuites et augmentera la durée de vie des conduites, qui seront moins sollicitées, ont-ils dit. Malgré cela, il faudra quand même remplacer et réparer les conduites défectueuses et vieillissantes, ce qui n’est pas inclus dans le prix.


« J’ai toujours pensé que leur projet allait coûter une fortune »
L’expert Michel Chevalier a dit avoir averti la Ville de Montréal
« Ça fait longtemps que je le dis. Je leur ai dit à la Ville de Montréal, avant que le projet sorte en soumission. Ils m’ont appelé à de multiples reprises pour toutes sortes d’affaires... Moi, j’ai toujours pensé que leur projet allait coûter une fortune. Et effectivement, je pense que c’est ça qui arrive. Ça coûte cher. »
Le projet de compteurs et d’optimisation du réseau d’eau de la Ville de Montréal coûte une « fortune » , a déclaré Michel Chevalier, un expert qui a été consulté par la firme BPR pour préparer l’appel de proposition, au cours d’une entrevue avec La Presse . M. Cheval ier, considéré comme une sommité en gestion de l’eau au Canada, est responsable des compteurs d’eau à la Ville d’Ottawa.
Le vérificateur général de la Ville, Michel Doyon, est en colère. Il dénonce le délai trop court que lui impose le maire de Montréal, Gérald Tremblay, pour mener son enquête sur les compteurs d’eau.
Lorsque La Presse a évoqué la possibilité que les prix du contrat de 355 millions de dollars accordé à la firme GÉNIeau soient gonflés, M. Chevalier a déclaré ceci : « Ça fait longtemps que je le dis. Je leur ai dit à la Ville de Montréal, avant que le projet sorte en soumission. Ils m’ont appelé à de multiples reprises pour toutes sortes d’affaires... Moi, j’ai toujours pensé que leur projet allait coûter une fortune. Et effectivement , je pense que c’est ça qui arrive. Ça coûte cher. »
Au cours de l’entrevue donnée le 8 avril, M. Chevalier a insisté sur le fait qu’il avait été consulté, si bien qu’il avait une bonne connaissance du dossier de Montréal. « Dans leur document de soumission ( préparé par la firme BPR à la demande de la Ville de Montréal), il y a beaucoup d’informations qui viennent direc tement d’Ottawa, on ne se le cachera pas, a-t-i l dit . Ce n’est pas par hasard que la répartition des grosseurs de compteurs qu’ils utilisent ( à Montréal) est la même que la Ville d’Ottawa… J’ai participé un peu avec la Ville (de Montréal), en fait avec BPR. Ils m’ont appelé de façon continue pendant un bon bout de temps pour toutes sortes d’informations. »
Combien coûtent l’achat et l’installation d’un petit compteur commercial branché à une conduite d’eau de 20 millimè-
D’entrée de jeu, M. Chevalier a dit qu’il savait que la Ville de Montréal prévoyait installer 600 chambres de vannes, tel que l’a indiqué le responsable du projet à la Ville, Gilles Robillard, la semaine dernière. Mais il s’étonnait du prix payé par Montréal. Une chambre de vannes est une pièce de béton, enfouie sous la chaussée, où peuvent êt re i nstal lés une valve de réduction de pression, un débitmètre, un manomètre Selon lui, l’équipement coûtera 100 millions et le système de communications, 70 millions. Ces chiffres englobent l’exploitation sur une période de 25 ans.
M. Chevalier estimait que c’était un peu cher payé pour les chambres de vannes non équipées, même en comptant l’installation. Mais, surtout, il s’était montré très surpris par le prix alloué à l’équipement, soit 100 millions ou 166 000 $ tres et moins? lui a demandé La Pr e s s e . « L’installation, si vous en posez beaucoup, comme la Ville de Montréal veut le faire, va coûter probablement de 50$ à 60$, a-t-il dit. Le compteur comme tel va probablement coûter 75 $, peutêtre 80 $. »
Cela revient donc à un maximum de 140$ par petit compteur. Or, dans les tableaux remis mardi au conseil municipal de Montréal, le prix des petits compteurs commerciaux de 20 millimètres, en incluant l ’ i nstal lat ion, est évalué à 1550$. C’est 10 fois plus cher. pour mesurer la pression et un système de communication relié à un serveur central.
Ces chambres seront installées dans des secteurs de suivi de distribution, autrement dit dans des quartiers. Les différents appareils permettront de connaître le volume d’eau fourni à chaque secteur et de réduire la pression la nuit, tout cela afin de pouvoir identifier les fuites et de les limiter.
I l y a deux s emaines, M. Robillard avait indiqué que les chambres de vannes comme tel les, non équipées, coûteraient 40 millions de dollars. pa r chambre de vannes en moyenne.
« Ça m’apparaît cher! s’étaitil exclamé. Ça doit inclure le scada (le système de communication). » Non, cela n’inclut pas le système de communication, avait indiqué le journaliste, en citant M. Robillard. Ce système reviendra à 117 000$ par chambre (soit 70 millions de dollars pour 600 chambres ou unités de mesure).
M. Chevalier estimait qu’un système de communicat ion « scada » coûte entre 25 000$ et 50 000 $, et non 117 000 $. « Je serais surpris que ce soit beaucoup plus que 50 000 $, avait-il dit. C’est juste un petit ordinateur industriel, on ne parle même pas d’un ordinateur personnel. On parle d’une boîte avec un peu d’intel l igence, branchée sur la valve de réduction de pression ou sur le débitmètre avec deux fils… Cette petite boîte transmet l’information par ligne téléphonique, par fibre optique, par satellite… on peut aller loin avec ça. Mais normalement, c’est par téléphone, sur des lignes dédiées de Bell. Cette information est amenée dans le serveur central. C’est relativement simple. »
Après avoir parlé à M. Chevalier, La Presse a envoyé une série de questions à la Ville de Montréal. Deux heures plus tard, le maire de Montréal annonçait qu’il suspendait le contrat accordé à GÉNIeau, le temps de laisser le Vérificateur général enquêter sur le sujet. La Ville n’a jamais répondu à nos questions. Des responsables de la Ville ont contacté M. Chevalier pour lui demander des éclaircissements.
Ce dernier a envoyé un courriel à Gilles Robillard, responsable du dossier à la Ville. Selon des extraits qui ont été publiés hier dans le Journal de Montréal, M. Chevalier affirme que La Presse avait mal rapporté ses propos. Or, l’entretien, qui a duré une heure, a été enregistré. Les citations sont textuelles. M. Robillard a refusé de nous transmettre un exemplaire de la lettre. M. Chevalier n’a pas répondu à nos appels.

Histoire d’eau - NATHALIE COLLARD
Le vérificateur général devra mettre les bouchées triples pour savoir si le contrat respecte les règles de l’art.
La séance extraordinaire du conseil municipal consacrée aux détails du contrat des compteurs d’eau, mardi, avait des allures de tribunal. La firme BPR, qui a accompagné la Ville dans le processus d’attribution du contrat, est venue en quelque sorte défendre son travail en expliquant chaque aspect du dossier et en répondant aux questions des élus présents.
Leurs explications n’auront toutefois démontré qu’une seule chose, c’est que la Ville a vraiment un problème d’eau. Montréal perd l’équivalent d’une piscine olympique toutes les cinq minutes. C’est énorme et il faut effectivement remédier au problème.
Cela dit, est-ce que les explications des ingénieurs et du directeur général de la Ville nous ont convaincus que le contrat accordé à GéniEau est un bon contrat et qu’il respecte en tous points les règles en vigueur? Absolument pas.
Le commun des mortels (c’està-dire la grande majorité des élus présents mardi) ne connait pas grand-chose aux compteurs d’eau, chambres de vanne et autre plomberie. À voir le langage corporel de certains élus, on devinait qu’ils auraient sans doute préféré se retrouver allongés sur la chaise du dentiste pour se faire extraire une molaire sans anesthésie plutôt que d’écouter les explications complexes et techniques des spécialistes. Dans un tel contexte, c’est-à-direuneméconnaissance de la technologie et de certains principes de génie, comment juger si le consortium GéniEau a effectivement choisi la meilleure technologie disponible? Qui peut dire, parmi les élus, si la Ville a bel et bien payé un bon prix? Si elle a acheté les bons tuyaux? Le contrat accordé à GéniEau comprendun suivi sur une période de 15 ans. Est-ce vraiment la formule la plus avantageuse pour les contribuables? Les explications des ingénieurs et des fonctionnaires municipaux, aussi pertinentes fussent-elles, n’ont pu faire toute la lumière sur cette affaire.
Autre problème: même s’il a été question d’eau toute la journée, on n’a pas beaucoup parlé de la croisière de l’ancien président du comité exécutif, Frank Zampino. Or c’est la présence de ce dernier sur le yacht de l’homme d’affaires Tony Accurso, propriétaire d’une des deux firmes du consortium GéniEau, qui fait des vagues. M. Zampino a-t-il favorisé son ami? A-t-il exercé des pressions indues à quelque étape du processus d’attribution du contrat? A-t-il violé certaines règles? On ne le sait pas plus aujourd’hui qu’il y a une semaine.
Il faudra donc attendre le rapport du vérificateur général, Michel Doyon, promis pour le début du mois de juin, pour savoir si oui ou non ce contrat respecte les règles de l’art. Le pauvre M. Doyon va devoir mettre les bouchées triples pour y arriver. Sa tâche sera d’autant plus complexe qu’il est loin d’être assuré de la collaboration de M. Zampino, qui n’est pas obligé de participer à l’enquête ou de divulguer quelque information que ce soit.
Souhaitons donc que le vérificateur général dispose d’une équipe élargie et de moyens adéquats pour accomplir la tâche qui l’attend. On doit aller au fond de cette affaire une fois pour toutes.



Des coups de pouce arrivent de Québec juste à temps  -  Denis Lessard
Étroite connivence Tremblay-Charest
QUÉBEC — Un petit oiseau qui aurait épié les tractations entre Québec, Montréal et le gouvernement Harper pour le retour du Grand Prix à Montréal aurait eu une impression étrange.
Une foule d’annonces du gouvernement de Jean Charest tombent au bon moment pour l’administration de Gérald Tremblay.
Autant que Montréal, le gouvernement Charest a exercé une pression certaine pour accélérer les choses, comme si lui aussi avait à se présenter aux urnes le 1er novembre.
Finalement, l’annonce du retour du Grand Prix se fera avant que les Montréalais aillent voter. Une foule d’a nnonces du gouvernement du Québec sont ainsi tombées à temps pou r l’ad m i n ist ration de G éra ld Tremblay. Avec le début de la campagne officielle, la semaine dernière, « les gens vont se garder une petite gêne », assure-t-on déjà à Montréal. Mais à Québec comme à Montréal, le même mot revient pour décrire les rappor ts ent re le gouver ne - ment et l’administration Tremblay : « complicité ».
A insi, on confirmera sous peu le remplacement de 1000 voitures du métro, devenues désuètes. La bonne nouvelle touche avant tout Bombardier – ce contrat d’un peu plus de 3 milliards en 10 ans sera le plus important de son histoire. Mais le candidat Tremblay ne sera pas trop loin du ministre des Transports le jour de l’annonce.
De même, la ministre Julie Boulet, habituellement si discrète, n’a pu se retenir pour prédire une annonce imminente au sujet de la voie réservée aux autobus sur le boulevard Pie-IX.
Il y a deux semaines, on a aussi annoncé la mise en place d’un bureau d’étude pour le prolongement du métro. Même Jean Charest s’est déplacé pour se retrouver sur la même tribune que Gérald Tremblay.
Parmi les aut res a n nonces de Québec libérées au bon moment pour Gérald Tremblay, on remarque le feu vert donné début septembre à la place des Festival après sept ans de tergiversations et l’annonce par Montréal d’un plan de 240 millions pour le compostage – avec l’assurance que Québec va sortir encore son chéquier.
L’annonce d’une escouade spéciale pour contrer les crimes financiers et la fraude dans le milieu municipal était plus délicate à faire atterrir. Il fallait éviter d’accabler l’administration de la métropole, qui a eu plus que sa part de ces problèmes.
Hasard incroyable, Gérald Tremblay avait précisément l’intention d’en faire la demande à Québec. Tout était prêt pour la réunion du comité exécutif. Seuls des cyniques pourraient croire qu’on lui avait un peu soufflé à l’oreille.
Par ailleurs, le nouveau ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, après la publication du rapport du vérificateur sur le contrat des compteurs d’eau, s’est contenté de d i re : « I l appa r tiend ra au x Montréalais de choisir », tout en soulignant que le rapport du vérificateur constatait « qu’aucune loi n’avait été transgressée ».
Photos de famille…
Cette connivence entre le gouvernement libéral et l’organisation de Gérald Tremblay s’explique facilement : une bonne partie des stratèges et des élus d’Union Montréal viennent directement du PLQ.
M . T remblay lu i-même a été ministre libéral à Québec. Claude Dauphin, le président du comité exécutif, a été député libéral avant d’être maire de Lachine, tout comme M ichel Bissonnet, élu désormais dans Saint-Léonard.
Les candidats Gilles De Guire et Monica Enricourt viennent directement du cabinet de la ministre Line Beauchamp. M. De Guire vise d’ailleurs à remplacer Marcel Parent, un autre ancien député libéral. Cosmo Macciocia, qui ne se représente pas, a aussi été longtemps à Québec avant de briguer un poste municipal. Dans V i l leray – P a rc - E x ten sion , A n n ie Samson, candidate d’Union Montréal à la mairie de l’arrondissement, n’est jamais loin du libéral Emmanuel Dubourg. Au surplus, l’arrivée de Louise Harel a galvanisé aussi les libéraux dans l’est de Montréal. L’effet aurait été bien différent si un Pierre Marc Johnson s’était présenté contre Tremblay, reconnaît-on.
Mais si l’on sort les photos de famille des années 80, les « coïncidences » sont nombreuses. Stéphane Forget a été adjoint de Liza Frulla au parlement de Québec avant de devenir chef du cabinet de Gérald Tremblay, où il a remplacé Jean-Luc Trahan, ancien permanent du PLQ, lequel avait pris la place de Martial Fillion, autre vétéran du PLQ, qui avait grandi sous la houlette de Claude Ryan.
Surtout, l’organisateur de la campagne et directeur d’Union Montréal, Richard Mimeau, a été permanent au Parti libéral du Québec pendant 20 ans. Il avait fait le saut à Ottawa par la suite avec Paul Martin.
Jamais très loin, on retrouve André Morrow, l’un des stratèges de la campagne de Jean Charest en 1998. John Parisella reste à la disposition du maire quand ce dernier sollicite ses lumières. « Ce sont des amis depuis 20 ans », rappelle-t-on.






« Club » d’entreprises : Appels d’offres truqués et prix gonflés  -  Martin Croteau

Une enquête de Radio-Canada corrobore un reportage de La Presse, selon lequel un « club » d’entreprises se partage la majorité des contrats de travaux publics dans le Grand Montréal.
Un a ncien i ngénieur du ministère des Transports a affirmé à l’émission Enquête que la collusion dans le secteur de la construction est généralisée dans les villes de la région de Montréal. Un entrepreneur en travaux publics lui a confié qu’une douzaine de fi rmes se consultent pour t r uquer les appels d’offres et fa i re gonfler les prix payés par les contribuables.
À la mi-septembre, La Presse a révélé que ce groupe – surnommé « Fab-fourteen » ou « Fabulous-14 » – se concerte pour déterminer, à tour de rôle, qui remettra la soumission la plus basse. Et les prix sont toujours plus élevés que les coûts réels.
L’ex-fonctionnaire a été mis au courant du stratagème par un entrepreneur qui lui a prédit, à quelques dollars près, le prix des propositions soumises en réponse à un appel d’offres public. Cette source lui a révélé que les entrepreneurs utilisent un la ngage codé, calqué sur le vocabulaire du golf pour décider entre eux comment ils vont fixer le prix des contrats.
Les deux candidats de l’opposition qui briguent la mairie de Montréal réclament une enquête publique. Le maire Gérald Tremblay s’est aussi montré ouvert à l’idée.
« C’est une décision du gouvernement du Québec, mais moi je serais favorable que la lumière soit faite le plus rapidement sur toutes ces rumeurs de collusion et de corruption », a-t-il déclaré à Radio-Canada.
Du côté de Laval, le maire Gilles Vaillancourt ne croit pas que des entreprises de la construction s’entendent pour t r uquer les appels d’offres dans sa ville. Invité à réagir au reportage exposant le truquage des appels d’offres, le maire s’est plutôt dit rassuré que des enquêtes soient en cours.
« Je n’ai aucune information qui m’indique qu’il y a des pratiques semblables à Laval, a-t-il affirmé. Pour le moment, le fait que le gouvernement forme une escouade spéciale et le fait qu’un travail policier sérieux se fait me rassurent. »
À Québec, les partis de l ’opposition ont également réclamé une enquête publique sur le milieu de la construction, hier. Le gouvernement Charest refuse d’en déclencher une avant la conclusion des enquêtes policières sur l’affaire.
Pour le porte-pa role du Parti québécois en matière de sécurité publique, Bertrand St-Arnaud, le gouvernement i nvoque de fau x prétextes pour empêcher que lumière soit faite.
« La police fait son travail, mais sur des cas individuels, a-t-il affirmé. Elle ne fait pas la lumière sur l’ensemble du système actuel d’octroi de contrats publics de construction. Elle ne s’interroge pas sur l a problématique plus large. »
Ni le ministre des Affaire municipales, Laurent Lessard, ni le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, n’ont accepté de commenter l e s r e por t a ges de Radio - Canada, hier.
« La porte n’est pas fermée à une enquête publique, mais il faut laisser la police faire son travail avant toute chose », a indiqué le porte-parole du ministre Lessa rd , Sylvain Bourassa.

La pose du sabot deDenver suspendue
La Ville perdra plus d’argent qu’elle n’en économisera, soutiennent les huissiers
La Ville de Montréal a cessé de poser des sabots de Denver aux voitures des contribuables récalcitrants qui ne paient pas leurs contraventions. Motivée par des compressions budgétaires, la décision est dénoncée par les huissiers chargés de poser ces entraves. Ils préviennent que la municipalité perdra plus d’argent qu’elle n’en économisera.
À la fin du mois de février, la crise économique a obligé la Ville à réduire ses dépenses de 100 millions. La cour municipale, qui embauche des huissiers pour percevoir les contraventions impayées, n’a pas échappé à ces compressions. Elle a dû sabrer son budget de 1,5 million. Résultat: elle suspend la pose des sabots de Denver.
« C’est une mesure temporaire qui vise à économiser les honoraires professionnels », résume la porte-parole de la Ville, Valérie De Gagné.
Les autorités décideront en janvier prochain si le programme sera réinstauré. D’ici là, elles prévoient économiser 350 000$ en honoraires.
Mais les huissiers de justice contestent ce calcul. Ils estiment que, pour chaque dollar qu’ils coûtent à la Ville, ils rapportent au moins 1,50$ dans ses coffres.
« Ça n’a pas de sens », dénonce le président de la Chambre des huissiers de justice du Québec, Louis-Raymond Maranda.
Il souligne que les contrevenants doivent acquitter les honoraires de l’huissier qui a posé un sabot de Denver – en plus de leurs amendes, bien sûr – avant de recouvrer l’usage de leur véhicule. À peine 8% des cas sont jugés insolvables et obligent la municipalité à payer les huissiers.
En cessant de recourir aux sabots de Denver, prévient M. Maranda, la Ville risque de se priver de revenus importants, car des automobilistes pourraient être tentés de ne pas payer leurs contraventions s’ils ne craignent plus que leur voiture soit saisie.
« C’est comme si la Ville disait à tout le monde que la récréation commence : ne payez plus vos contraventions, vous ne vous ferez pas saisir votre véhicule », déplore-t-il.
Mais les autorités ne s’inquiètent pas outre mesure.
« Il y a d’autres moyens pour contraindre les gens à payer leurs contraventions, explique Mme De Gagné. Il y a la suspension du permis de conduire par la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ). C’est une mesure qui effraie beaucoup les citoyens. »
Depuis que la SAAQ révoque les permis des contrevenants récalcitrants, en 2004, le recours au sabot de Denver a constamment diminué, fait d’ailleurs valoir la porte-parole. La Ville avait immobilisé 5342 véhicules par ce moyen en 2004. L’an dernier, en 2008, le chiffre avait fondu de moitié : 2487.
En 2008, les huissiers embauchés par la Ville ont saisi un total de 2,1 millions de dollars auprès de mauvais payeurs. Mais une partie de ces sommes provient de saisies d’immeubles ou d’ententes à l’amiable. La Ville dit ignorer combien rapportent les sabots de Denver chaque année.
« On ne peut pas avoir l’information », indique Valérie De Gagné.



La firme Optimum dans une situation délicate  -   Tristan Péloquin
L’entreprise qui a coaché
le vérificateur est aussi porte-parole d’une firme d’ingénieurs montrée du doigt dans le rapport
Optimum, l’entreprise qui a coaché le vérificateur général de la Ville de Montréal pour la présentation de son rapport sur les compteurs d’eau, s’occupe aussi des relations publiques pour BPR, une firme d’ingénieurs montrée du doigt dans le rapport. Une situation qui soulève des critiques dans le milieu des communications.
Selon ce qu’a appris La Presse, Optimum (une f i l ia le de Cossette) a rédigé ce weekend le communiqué de presse annonçant les grandes lignes du rapport du vérificateur. André Bouthillier, vice-président d’Optimum, a pour sa part coaché lundi le vérificateur, Jacques Bergeron, pour qu’il puisse s’adresser à la presse. Il a, pour ce faire, eu accès au rapport du vérificateur général avant même que les élus mettent la main dessus.
Or, Optimum s’occupe également des communications et agit comme porte-parole pour BPR, la firme d’ingénierie qui a piloté le dossier de la gestion de l’eau pour la Ville de Montréal et qui a rédigé les appels d’offres pour l’attribution des controversés compteurs d’eau. Dans son mandat, le vérificateur général devait notamment enquêter sur l’implication de BPR dans le dossier d’acquisition des compteurs d’eau.
En entrevue téléphonique, le vérificateur général, Jacques Bergeron, a affirmé hier qu’il n’avait pas été mis au courant des liens d’affaires liant Optimum à BPR. « Je peux cependant assurer qu’un mur de Chine a été établi pour s’assurer qu’il n’y ait pas de fuite, et il n’y a pas eu de fuite, a-t-il affirmé. Au stade où M. Bouthillier a eu accès au rapport, il ne pouvait par ailleurs exercer aucune influence sur son contenu. M. Bouthillier n’a eu qu’un rôle très limité dans ma préparation pour communiquer le rapport aux médias», a-t-il ajouté.
André Bouthillier a pour sa part assuré n’avoir à aucun moment partagé des informations sur ce dossier avec ses collègues. « Un solide mur chinois s’est construit entre moi et mes collègues, comme cela arrive souvent dans des cabinets d’avocat, avec l’accord de la vice-présidente, directrice générale de notre cabinet », at-il indiqué dans un courriel. La directrice générale d’Optimum, Isabelle Perras, a ajouté que, pour éviter les apparences de conflit d’intérêts, M. Bouthillier a travaillé de la maison pendant la durée de son contrat. Celui-ci était d’une valeur de moins de 10 000$.
Pour René Villemure, président de l’Institut québécois d’éthique appliquée et conférencier dans le cadre d’un cours sur l’éthique en relations publiques donné à McGill, l’embauche d’Optimum « n’était pas le choix le plus judicieux que pouvait faire le vérificateur général ». « Les gens d’Optimum vont dire qu’ils sont nombreux à travailler sur différents dossiers, et que ces dossiers ne se touchent pas. Mais c’est assez indélicat, surtout si on ne révèle pas ce genre de lien. Dans un dossier de magouille, ça donne une impression supplémentaire de magouille », a-t-il dit.

PAOLO CATANIA ACCUSÉ DEM ENACES DE MORT  -  André Noël
Paolo Catania, partenaire de la Ville de Montréal dans le projet du Faubourg Contrecoeur, fait face à la justice. L’entrepreneur en construction est accusé de menaces de mort, de tentative d’extorsion et de harcèlement. Sa présumée victime nous raconte ce
Paolo Catania, un des plus importants entrepreneurs en construction du Québec et partenaire de la Ville de Montréal dans le projet controversé du Faubourg Contrecoeur, a été accusé en chambre criminelle, hier, de menaces de mort, de tentative d’extorsion et de harcèlement envers un homme d’affaires.
Président de la société Construction Frank Catania et associés, M. Catania a demandé à son avocat de se présenter à sa place au palais de justice, hier. I l devra revenir en cour le 11 novembre pour répondre à trois chefs d’accusation.
I l e s t a c c us é d’avoi r « induit ou tenté d’induire ( l’homme d’af faires) El io Pagliarulo, par des menaces, accusations ou la violence à lui remettre une somme d’argent », d’avoir « proféré une menace de causer la mort ou des lésions corporelles » à son endroit, et de l’avoir harcelé et « lui faire raisonnablement craindre pour sa sécurité ou celle d’une de ses connaissances », entre le 1er décembre 2008 et le 20 août 2009.
M. Catania, 43 ans, est lui-même un homme d’affaires bien connu, notamment à la Ville de Montréal et sur la Rive-Sud. À la suite d’appels d’offres, son entreprise a reçu pour plus de 100 millions de contrats de la Ville de Montréal depuis 2000. Ces contrats représentent environ le tiers de son chiffre d’af faires annuel , qui dépasse également les 100 millions.
Elio Pagliarulo, lui , est l’ancien copropriétaire des Pâtisseries Pagel, une chaîne d’une douzaine d’établissements spécialisés dans la vente de viennoiseries, de pains, de pizzas et de chocolats fins. Cette entreprise, qui a atteint un chiffre d’affaires d’une dizaine de millions, a déjà employé jusqu’à 250 personnes. M. Pagliarulo, qui avait de bons revenus, affirme qu’il s’est associé à M. Catania pour prêter de l’argent à des personnes dont la cote de crédit était insuffisante pour faire de gros emprunts auprès d’institutions bancaires. Les deux hommes se connaissent depuis plusieurs années.
M. Pagl iarulo était le responsable de cette « entrepr i s e » , qui n’ava i t pa s d’existence légale. Il se trouvait à prêter non seulement son argent, mais aussi celui de son ami Paolo Catania. D’importants débiteurs ont disparu de la circulation, sans payer leurs dettes, a indiqué M. Pagliarulo aux détectives de la police de Montréal. Résultat : il devait lui-même une somme de 1 377 727 $ à une compagnie à numéros de M. Catania.
Entre-temps, il s’est séparé de sa femme et lui a laissé son entreprise, qui était en difficultés financières. I l s’est trouvé incapable de payer son énorme dette à M. Catania. « Dès le 1er décembre, Paolo Catania a commencé à me faire des menaces de mort , a-t-i l raconté à La Presse, hier. Il me disait : " Si tu me payes pas, je vais te tuer, tu vas mourir." Mais je prenais ça à la légère. Je le connaissais depuis tellement longtemps. » Selon lui, M. Catania a continué à proférer des menaces, soit en personne, soit au téléphone.
Le samedi 1er août, vers 15h, M. Pagliarulo, 49 ans,
roulait en voiture sur le boulevard du Mont-Royal, à Outremont, en direction de l’avenue du Parc. Une camionnette blanche le talonnait et a fini par le dépasser. Le chauffeur a serré la voiture de M. Pagliarulo et s’est mis en travers de son chemin pour l’empêcher d’avancer. Deux hommes sont sortis. Un « monstre » de six pieds sept pouces, pesant plus de 300 livres, s’est approché de M. Pagliarulo, qui avait baissé les fenêtres de sa voiture; il lui a donné un coup de poing au visage, un coup assez fort pour qu’il perde connaissance.
« Qua nd j ’a i r e pr i s connaissance, j ’étais assis sur le plancher de la camionnette, face à la porte arrière, raconte M. Pagliarulo. Il y avait peut-être quatre ou cinq gars dans le camion. Ils me faisaient couler de l’eau dans le visage. Ils me disaient : " Il faut que tu payes Paolo Catania." Je disais oui. Puis ils m’ont dit : " Si on te pose des questions, tu diras que tu t’es disputé avec quelqu’un et que tu as reçu un coup de batte de baseball." Ils m’ont dit aussi de pas m’inquiéter pour mon visage, que tout redeviendrait correct.
« On a roulé comme ça pendant une quinzaine de minutes. Ils m’ont déposé sur une rue entre MontRoyal et des Pins, et m’ont remis les clés de ma voiture. Ils m’ont dit de marcher tout droit, sans regarder en arrière. Ils m’ont dit que je retrouverais facilement mon auto dans la rue.
« Je suis rentré chez moi. J’avais peur. Je n’osais pas parler à la police. Je ne suis pas sorti de chez moi. Mais au bout d’une semaine, ça faisa it vraiment ma l. Je suis allé à l’Hôtel-Dieu. Les médecins m’ont dit que je devais rapidement me faire opérer. J’avais plusieurs fractures, au nez et dans les os de la joue. Mon oeil était très abîmé. J’ai été transporté à l’hôpital Notre-Dame et opéré le jour même.
« Entre-temps, le 5 août, j ’ai reçu un texto de ma fille sur mon cellulaire. Elle habite avec mon ancienne femme, à Mont-Royal. Elle me disait que des couronnes de fleurs mortuaires avaient été déposées sur la maison. Elles ont porté plainte à la police. Le 20 août, j’ai eu une rencontre avec Paolo Catania pour régler nos affaires. Il m’a dit : " La prochaine fois, tu vas être dans ta tombe." Je n’ai rien dit, mais je me suis dit que ce gars-là n’arrêterait jamais, étant donné que je ne serai jamais capable de lui remettre 1,4 million de dollars.
« Je n’avais pas le choix. Je suis allé voir la police. J’ai rencontré trois détectives. Ils avaient déjà la plainte portée par ma femme et ma fille. Je leur ai dit que j’étais prêt à témoigner. 
La Presse a tenté par tous les moyens de parler à M. Catania, hier, mais sans succès. Nous avons laissé des messages chez lui, sur son téléphone cellulaire, à son bureau, à son relationniste et à son avocat, Me Pierre L’Écuyer, mais personne n’a rappelé.

Une histoire pleine de rebondissements
Paolo Catania s’est trouvé au centre du premier scandale à ébranler l’administ ration du maire Gérald Tremblay, l’année dernière, lorsque La Presse a révélé les conditions très particulières accordées par la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) à son entreprise dans le Faubourg Contrecoeur.
L’incendie qui a détruit 96 appartements en copropriété en construction dans le controversé projet immobilier du Faubourg Contrecoeur, dans l’est de Montréal, en avril dernier, fait toujours l’objet d’une enquête. Au moment de l’incendie, les travaux étaient suspendus en raison d’un litige entre Construction Frank Catania et associés, la SHDMet la Ville de Montréal.
L’évaluation municipale du terrain de 38 hectares appartenant à la SHDM, dans l ’ est de Montréa l , s’élevait à 31 millions. Mais la SHDM, qui relevait de la Vi l le de Montréal , l ’a vendu à Construction Frank Catania et associés pour 4,4 millions. L’entreprise soutient toutefois qu’elle n’a bénéficié d’aucun avantage, car le terrain était contaminé et qu’il y avait des frais d’infrastructures.
Quoi qu’il en soit, le directeur général de la SHDM, Ma r t i a l Fi l l ion, anc ien chef de cabinet du maire Tremblay, a été congédié. Le vérificateur général de la Ville et la firme de comptables Deloitte& Touche ont fait enquête et publié des rappor ts accablants . Les enquêteurs ont révélé que Martial Fillion avait rencontré Catania à au moins quatre reprises avant la publication de l’appel de qualification destiné aux entrepreneurs.
Une filiale de la firme Dessau a détruit , sans la permission de la SHDM, des propositions d’autres entrepreneu rs reçues en réponse à l’appel de qualification. Les enquêteurs ont par ailleurs blâmé Catania pour ne pas avoir respecté une série d’ententes et d’engagements. De son côté, « la SHDM n’avait pas le droit d’accepter de verser une aide financière de 15,8 millions à Catania », indique un avis juridique demandé par les vérificateurs.
Depui s c e t t e enquê t e , la direction de la SHDM a changé. Elle conteste les frais de décontamination réclamés par Catania. L’entreprise doit construire environ 1600 logements. Les premiers bâtiments ont été rasés par les flammes en avril dernier. L’incendie, considéré comme suspect, fait l’objet d’une enquête.

Fraude au Service informatique de Montréal : DEUX SUSPECTS ARRÊTÉS  -  Éric Clément
Des irrégularités découvertes à la Division du service informatique de la Ville de Montréal ont mené à une enquête interne en mai 2008. Une dizaine de firmes auraient obtenu des avantages financiers. Hier, deux hommes ont été arrêtés et accusés d’une frau
L’ex-chef de la Division du service informatique ( DSI) de la Ville de Montréal, Gilles Parent, et un consultant privé, Benoît Bissonnette, ont été arrêtés hier matin par la Sûreté du Québec et accusés d’être les auteurs d’une fraude de 9,2 millions découverte l’an dernier au service de facturation de la DSI.
Me Philip Schneider, avocat de Gilles Parent et Me Marc Labelle, avocat de Benoît Bissonnette ont fait le point sur l’arrestation de leurs clients.
Les deux hommes ont comparu hier après-midi au palais de justice et ont été accusés conjointement de fraude, d’abus de confiance, de complot et de fabrication de faux documents. Ces arrestations découlent du projet Épaulard de la SQ qui s’est amorcé en juillet 2008, à la suite de la dénonciation par la Ville des agissements de ces deux personnes dans l’attribution et l’administration de contrats de dizaines de millions donnés par la DSI à une dizaine de firmes informatiques.
Gilles Parent, qui approuvait l’attribution des contrats, a également été accusé de voies de fait graves. Il a été congédié après 25 années de service le 10 septembre 2008. Au début de cette année, son supérieur, le directeur adjoint Joseph Hélal, a également été congédié. Puis, un troisième congédiement s’est produit ces derniers mois. En ce qui a trait à M. Hélal et au troisième fonctionnaire congédié, il s’agit de départs liés à des fautes de gestion et non à la fraude elle-même.
Une enquête interne avait été déclenchée en mai 2008 après que des irrégularités eurent été observées à la DSI. Un fournisseur avait éveillé les soupçons de la Ville. Puis, un employé avait alerté ses supérieurs. Des firmes informatiques auraient obtenu des avantages financiers qu’elles doivent maintenant rembourser à la Ville au moyen de retenues sur des paiements.
Hier, Gi l les Parent, 58 ans, et Benoît Bissonnette, 47 ans, ont été libérés après avoir versé une caution de 15 000 $. Ils ont déposé leur passeport et ont été mis en liberté après avoir promis de comparaître le 11 décembre. M. Bissonnette plaidera non coupable mais l’avocat de Gilles Parent , Phi l ip Schneider, n’a pas encore pris de décision à ce sujet.
Plusieurs millions
À la demande du procureur en chef adjoint aux poursuites criminelles et pénales, Me Sylvain Lépine, la Cour a imposé aux accusés de ne pas entrer en contact avec huit entreprises : Conseillers en informatique d’affaires C. I. A., Les solutions Victrix, Systematix Technologies de l’information, OS4 Techno, La Société conseil Lambda, Stop Oxygen, C. P.U. Design et Ressources systèmes informatiques ( VRSI). Plusieurs de ces entreprises sont d’importants fournisseurs de services informatiques de la Ville.
Selon une recension faite par La Presse, Systematix a obtenu pour plus de 15 millions de contrats de 2004 à 2008. VRSI en a eu pour au moins 12 millions de 2005 à 2008. OS4 Techno, pour au moins 12,7 millions de 2005 à 2008. Lambda en a obtenu pour environ 10 millions depuis 2007. Victrix en a eu pour au moins 9 millions de 2005 à 2008. CPU Design a aussi vendu des micro-ordinateurs à la Ville pour plus de 10 millions. Aucune accusation n’a été portée contre ces entreprises qui ont collaboré aux enquêtes de la Ville et de la police.
Selon nos informations, Gi l les Pa rent et Benoî t Bissonnette sont soupçonnés d’avoir détourné 6,2 millions. La fraude aurait pu atteindre 9,2 millions, mais selon la Couronne, l’intervention de la Ville a permis de circonscrire les pertes à 6,2 millions. La Ville a récupéré 6 millions, a dit hier le président du comité exécutif de la Ville, Claude Dauphin. M. Dauphin a ajouté que les compagnies informatiques ont collaboré avec la Ville et la police. La Ville se réserve la possibilité de poursuivre les deux accusés afin de récupérer des sommes d’argent.
M. Dauphin a dit que des mécanismes ont été mis sur pied pour améliorer la fiabilité de la structure de facturation dans les services de la Ville. Il a insisté durant son point de presse sur le fa it que l ’ administ rat ion municipale a agi « aussitôt qu’on a su qu’il y avait des irrégularités ».

« On n’a pas strictement fait des discours ou de belles paroles contrairement à certains de nos adversaires. Aussitôt qu’on l’a su, on a agi, et avec 29 000 employés, malheureusement, dans la réalité de la vie, il peut se produire des choses irrégulières, mais le message que je vous donne aujourd’hui, c’est que c’est nous qui avons institué cette enquête interne-là qui a été transmise ensuite à la Sûreté du Québec, et nous, on a agi », a dit M. Dauphin.

Trois entrepreneurs tabassés en un an  -  André Noël
Les incidents concernent des entrepreneurs qui brassent des affaires avec la Ville
Au début de l’été, le patron d’une entreprise de construction qui a des millions de dollars de contrats avec la Ville de Montréal, s’est fait attaquer par deux inconnus devant sa maison, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, alors qu’il sortait de chez lui pour se rendre au travail. Il a eu la mâchoire fracturée.
Depuis 2004, la SQ a ouvert six enquêtes touchant l’attribution de contrats à la Ville et dans les arrondissements, dont une sur le contrat de rénovation de l’hôtel de ville.
Deux mois après une délicate opération, il a toujours de la difficulté à manger. Il a dit aux policiers qu’il était simplement tombé de son auto. Mais on ne le voit plus fumer son cigare nulle part.
Le commanditaire présumé de l’agression est un entrepreneur, lié à la mafia, qui souhaite lui aussi avoir sa part de contrats.
Le 1er août, un deuxième homme d’affaires a reçu un coup de poing en plein visage. I l roulait sur le boulevard du Mont-Royal, à Outremont, quand une camionnette s’est ar rêtée deva nt sa voiture. Deux hommes en sont sortis, dont un mastodonte qui l’a frappé assez fort pour qu’il tombe sans connaissance.
Puis ils lui ont fait comprendre qu’il devait payer ses dettes de 1,4 million à un autre entrepreneur qui lui aussi a de gros contrats avec la Ville.
L’année dernière, un autre entrepreneur qui a des millions de dollars de contrats avec la Ville, s’est fait tabasser par deux fiers-à-bras en sortant d’un chic restaurant du centre-ville, devant témoin.
Ces incidents ont ceci en commun qu’ils concernent des entrepreneurs qui brassent de grosses affaires avec la Ville. Et dont certains ont déjà été filmés ou photographiés avec des membres de la mafia. Manifestement, il y a un malaise.
Un malaise aggravé par de multiples enquêtes policières. Certains entrepreneurs sont soupçonnés de chercher à se partager les contrats; d’autres, de corrompre des conseillers et des fonctionnaires municipaux.
Du jamais vu
Le patron de la SQ, Richard Deschesnes, se dit tellement préoccupé par l’infiltration du crime organisé dans l’économie légale qu’il veut créer une escouade d’enquêteurs affectés à temps plein aux récentes allégations de corruption et de malversation à Montréal.
« De mémoire de policier », affirme-t-il, il n’a jamais vu autant d’enquêtes en cours sur la métropole. Depuis 2004, la SQ a ouvert six enquêtes touchant l’attribution de contrats à l’hôtel de ville de Montréal et dans les arrondissements.
I l y a cinq ans, deux conseillers de Saint-Laurent ainsi que le directeur général de l’arrondissement ont plaidé coupables à des accusations de corruption.
Puis, la SQ a ouvert une enquête sur l’attribution d’un contrat pour la construction d’un centre communautaire à Outremont. Un peu plus tard, elle a commencé à enquêter sur des irrégularités dans des contrats avec 10 entreprises informatiques. Le directeur général du service a été congédié et se voit maintenant accusé au criminel. En octobre dernier, le directeur général de la Société d’habitation et de développement de Montréal a lui aussi été congédié. Le Vérificateur général a réalisé une enquête dévastatrice sur la vente d’un vaste terrain, le Faubourg Contrecoeur, par la SHDM, et a recommandé une enquête policière.
En juin, La Presse a révélé que la SQ avait ouvert une enquête sur l’attribution du contrat de rénovation de l’hôtel de ville.
Enfin, la SQ enquête sur le contrat des compteurs d’eau. Ce contrat fait aussi l’objet d’une enquête spéciale du Vérificateur général, qui doit remettre son rapport le 21 septembre.
« Dans les années 40 et 50, Montréal était reconnu au Canada pour la corruption municipale, a écrit le magazine The Economist cet été. Les récentes allégations sur la plus grande ville du Québec rappel lent certains vieux souvenirs. »

Division informatique de Montréal : Un troisième fonctionnaire congédié   -  Éric Clément
La fraude atteint 10 millions
La fraude à la Division du service informatique (DSI) de la Ville de Montréal, qui a mené au congédiement des cadres Gilles Parent et Joseph Hélal, atteint maintenant 10 millions, a appris La Presse. La Ville a de plus congédié un troisième fonctionnaire relativement à cette affaire.
Une enquête interne avait été déclenchée l’an dernier après que des irrégularités eurent été observées au service de la facturation de la DSI. Des firmes informatiques québécoises avaient obtenu des avantages financiers qu’elles doivent maintenant rembourser à la Ville via des retenues sur des paiements. La Sûreté du Québec enquête dans ce dossier depuis juillet 2008. Aucune accusation n’a encore été portée.
Le chef de division de la DSI, Gilles Parent, qui approuvait l’octroi des contrats, a été congédié après 25 années de service le 10 septembre 2008. Puis, au début de cette année, son supérieur, le directeur adjoint Joseph Hélal, était également congédié.
Enquête interne
En entrevue avec La Presse, le directeu r généra l de la Ville, Claude Léger, explique que l’enquête interne se poursuit et que la fraude atteint maintenant 10 millions. « On a toujours parlé d’une somme entre huit et dix millions, ditil. C’est maintenant de l’ordre de 10 millions. On devait regarder des milliers de pages de documents. On est aussi rendu à trois congédiements. Un congédiement pour l’instigateu r présu mé et deu x autres congédiements pour des défauts de gestion. Sans dire que ces deux derniers étaient complices, il s’agissait de fautes graves dans leur gestion. »
M. Léger ajoute que la troisième personne congédiée n’est pas le directeur Daniel Malo, qui a pris sa retraite. « Je tiens à faire cette précision, car j’ai vu dans un article que M. Malo avait été associé comme étant une des personnes congédiées alors que ce n’est pas le cas. Il a pris sa retraite. C’est un homme honnête. »
« Regrettable »
« Cette histoire est absolument regrettable et ne devrait jamais se produire, ajoute M. Léger. Mais le fait qu’on ait réussi à avoir une information privilégiée et qu’on soit allés trouver la Sûreté du Québec tout de suite alors que personne n’était au courant dans le public nous a beaucoup aidés. Ainsi, pendant trois ou quatre mois, on a été capables d’enquêter. On a pris les gens la main dans le sac et ça nous a permis de faire des retenues sur les paiements faits aux fournisseurs. On a, du coup, sécurisé à peu près la totalité de l’argent en minimisant considérablement nos pertes. »
M . L éger d it que cette fraude a entraîné une sérieuse révision des procédures. Pierre Winner, nommé directeur général par intérim d’Outremont à la suite de la démission du maire Stéphane Harbour, en 2007, avait été chargé du dossier.
« Parmi les lacunes constatées au niveau de la gestion au sein de la DSI, il y avait la séparation des tâches, le contrôle, le fait qu’il n’y avait pas suffisamment de personnes au contrôle interne, dit M. Léger. Il est nécessaire qu’il y ait plusieurs intervenants dont l’approbation ou la décision est nécessaire avant d’aller de l’avant. On a constaté qu’il y avait trop de pouvoirs concentrés dans les mains de M. Parent. »


Goyette nie le conflit d’ intérêts  -  Tommy Chouinard
L e c a n d i d a t à l a m a i r i e d e L o n g u e u i l J a c q u e s G oye t t e a nié en bloc, hier, les a llégations d’appa rence de con f lit d’intérêts sou levées après qu ’u n jou r na l lo c a l e u t r é vélé q ue de s pr o - moteu r s i m mobi l ier s fa is a ient exclu sivement a f fa i re avec son cabinet de nota riat.
D a n s u n e e n t r e v u e e x c l u - s i v e a c c o r d é e à P r e s s e , l e
L a c h e f d u P a r t i m u n i c i p a l d e L o n g u e u i l a m ê m e s o m m é s e s d é t r a c t e u r s d e p o r t e r pl a i n t e à l a p o l i c e o u a u s y n d i c d e l a C h a m br e d e s n o t a i r e s s ’ i l s j u ge n t q u ’ i l a c o m m i s u n a c t e r é pr é h e n s ible .
Vend re d i , s a r iva le d a n s la c o u r s e à l a m a i r i e , C a r o l i n e Sa i nt-H i la i re, a publ iquement de m a ndé au c on s ei l le r mu n icipa l de « fa ire la lu mière » su r ses activités com mercia les. Cette sortie fa it suite à la publication d’u n a rticle da ns le jou rna l commu nauta ire Sud .
Point Selon ce reportage, au moins hu it pr o m o t e u r s o u c o n s t r u c - teu rs d ’habitations font a f fa i re exc lu sivement ave c l ’é t ude de n o t a i r e s o ù J a c q u e s G o ye t t e a t r a v a i l l é d u r a n t 2 7 a n s , H a rdy G oyette et A ssociés . Et, G oyet te est ac t uel lement v ice - président du comité exécutif de la mu nicipa lité.
I l y a q u e l q u e s s e m a i n e s , La Presse
a révélé que, le 16 juin , le conseiller mu nicipa l ava it voté en faveu r de deu x résolut ion s su r la vente de lots à des entreprises pou r lesquelles il a agi à titre de nota ire.
Q u e l q u e s j o u r s p l u s t a r d , G oyette a mis fin à ses activités profession nelles, puis a vendu sa pa rt da ns l’entreprise.
« U n e c a m p a g n e d e d é n i - g r e m e n t » , d i t l e p o l i t i c i e n . « Nous avons ef fectivement des promoteu r s i m mobi l ier s d a n s notre clientèle et certa ins de ces promoteu rs font a f fa i re avec la mu nicipa lité », a-t-il ad mis.
« O r , l a l o i e s t t r è s c l a i r e . Q u a n d u n é lu a d e s i n t é r ê t s péc u n ia i res da ns u ne t ra nsaction , il doit s’abstenir de voter. Je n’a i ja ma is eu aucu n intérêt pécu niaire da ns aucune tra nsaction. Je ne suis ni action na ire, ni pa rtena ire, ni associé de ces compagnies-là . »
L e ca ndidat à la ma irie ajoute q u ’ i l a t o u j o u r s m e n t i o n n é q u ’ i l ava i t d e s i n t é r ê t s « n o n péc u n ia i res » lorsqu’u n dossier d é b a t t u c o n c e r n a it u n c l ie n t . Cela , même si la loi ne l’y obligea it pa s . I l a toutefois ad m is avoi r dérogé , le 16 j u i n , à c e « code de conduite » qu’il s’éta it « lui-même imposé ».
« Est-ce que l’on peut repro - cher à quelqu’u n d’avoir réussi en a f fa i re s ? C e sont tou s de s clients que mon associé et moi avions ava nt que j ’entre en politique. » I l ajoute avoi r déla issé tous les ma ndats que la mu nicipa lité ava it con fiés à son étude lors de son entrée en politique il y a quatre a ns.
C e m a t i n , l e s a v o c a t s d e Jacques G oyette feront pa rvenir u ne m ise en demeu re au jou rn a l S u d . « O n d e m a n d e
P o i n t u ne rétractation. Si ce n’est pas satisfa isa nt , on va i ntenter des recou rs cont re le jou r na l et le jou rna liste », dit-il.
« Ce sont des a llégations qui s’appa rentent à de la désin formation , pou rsuit-il. Ca roline Sa intH ila ire veut les utiliser a fin de discréditer ma réputation. »

Le maire lance un appel à la négociation aux cols bleus  -  Catherine Handfield & Sara Champagne
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a lancé hier un appel à la négociation au syndicat des cols bleus de Montréal, qui déclenchera une grève de 24 heures, le 31 août. L’opposition a pour sa part dénoncé l’inaction de la Ville dans le dossier.
Après avoir annoncé la candidature de son parti à la mairie de Montréal-Nord, Gérald Tremblaya été mitraillé dequestions sur la grève des cols bleus, qui vise à souligner le deuxième anniversaire de l’échéance de leur contrat de travail.
Le maire de Montréal a rappelé que la Ville avait conclu une entente avec le syndicat en juillet pour harmoniser les régimes de retraite.
« C’était la priorité des cols bleus, a-t-il déclaré. Partant de là, nous souhaitons continuer dans le même esprit de collaboration et de respect qui est à la table pour qu’on puisse finaliser une entente avec les cols bleus. »
Gérald Tremblay a qualifié de « très raisonnable » l’offre salariale de la Ville à ses cols bleus, soit un gel des salaires pour 2007 et une hausse de 2% pour les trois années suivantes. Le syndicat demande environ 3% par année.
« C’est ma responsabilité de respecter la capacité de payer des contribuables, a déclaré Gérald Tremblay. Je ne peux pas donner plus, et (les cols bleus) le savent très bien. »
Selon Jean-Yves Hinse, directeur des relations professionnelles à la Ville, l’administration est prête à négocier sur plusieurs points qui achoppent, dont le plancher d’emplois et le recours de la Ville à l’entreprise privée.
Sous-traitance
Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a vivement dénoncé hier le déplacement des activités du public vers le privé.
« L’administration actuelle se gargarise d’avoir sabré 300 millions dans les dépenses de la Ville, mais le budget global n’a pas bronché, a-t-il souligné. Bref, on a enlevé 300 millions d’activités internes à la Ville et on les a remis en partie à l’entreprise privée ! »
Richard Bergeron a qualifié de « légitime » la grève des cols bleus. Un débrayage qui témoigne selon lui d’un « constat temporaire d’échec des négociations » pour l’administration Tremblay.
La chef du parti Vision Montréal, Louise Harel, a elle aussi blâmé la Ville dans le dossier. « L’administration s’est traîné les pieds et on peut comprendre l’impatience des cols bleus », a dit Mme Harel par l’entremise de son attachée de presse, Marie-Hélène d’Entremont.
Louise Harel ne s’est pas prononcée sur le recours à l’entreprise privée. Elle a toutefois fait appel au « sens civique » des cols bleus pour que les services essentiels aux citoyens soient « respectés scrupuleusement » pendant la grève.
L’administration municipale s’est adressée au Conseil des services essentiels pour déterminer les services qui devront être maintenus. La cause sera entendue lundi après-midi.
Le syndicat entend se plier aux demandes du Conseil, qui exigera probablement le maintien des activités dans les usines d’eau potable et des équipes d’urgence pour les bris de feux de signalisation et de conduites d’eau.

Les cols bleus feront une grève d’un jour  -  Catherine Handfield
Ils souligneront, le 31 août, l’échéance il y a deux ans de leur convention collective
Pour la première fois en 18 ans, le syndicat des cols bleus de Montréal déclenchera une grève de 24 heures, le 31 août, pour souligner le deuxième anniversaire de l’échéance de leur contrat de travail et dénoncer le recours croissant de la Ville à l’entreprise privée.
La section locale 301 a envoyé hier après-midi son avis de grève à la Ville de Montréal, a appris La Presse. L’arrêt de travail touchera l’ensemble des 5000 cols bleus des 19 arrondissements montréalais.
« Not r e obj e c t i f n’e s t pas de porter atteinte aux Montréalais ; on veut plutôt lancer un message à la population, qui est en train de se faire carrément avoir par l’administration municipale », a déclaré hier le président du syndicat, Michel Parent, dans une entrevue exclusive avec La Presse.
Les cols bleus de Montréal sont sans contrat de travail depuis le 31 août 2007. Depuis juin 2007, leur syndicat possède un mandat de grève générale illimitée à appliquer au moment opportun. Le bureau de direction a jugé que le 31 août est un jour opportun pour un débrayage de 24 heures . « Assez, c’est assez. Ça fait deux ans qu’on attend », a déploré M. Parent.
Selon lui, la Ville n’est pas pressée de s’entendre avec ses cols bleus. Le syndicat attend toujours que l ’employeur dépose son offre globale, ce qui devait être fait en juin, selon M. Parent.
Les négociations achoppent sur plusieurs points, notamment les augmentations de salaire et le plancher d’emplois. Autre point de rupture : le recours à la sous-traitance. Le syndicat souhaite rapatrier les tâches qui relèvent de leurs attributions, comme le déneigement, la collecte des ordures et la gestion de l’eau potable.
Depuis les défusions, en 2004, ces services relèvent des arrondissements, lesquels ont tendance à recourir de plus en plus à des sous-traitants, selon Michel Parent.
« Le fonctionnement en vase clos des arrondissements plutôt que le partage plus central des ressources humaines et matérielles fait en sorte qu’il n’y a pas, artificiellement, la masse critique suffisante pour générer des économies, laissant ainsi chaque arrondissement contracter comme bon lui semble avec des entrepreneurs privés qui ne demandent pas mieux que de prendre la relève des services publics », peut-on lire dans l’avis de grève envoyé à la Ville.
Michel Parent en a également contre le fait que la ville centre confie des contrats à l’entreprise privée. « Les compteurs d’eau, ce n’est que la pointe de l’iceberg » , a-t-il déclaré, soulignant que les cols bleus pourraient très bien se charger de ces travaux.
Conseil des services essentiels
En recevant l’avis de grève, hier, la Ville de Montréal a alerté le Conseil des services essentiels, lequel convoquera sous peu les deux parties pour déterminer quels services les cols bleus seront tenus d’offrir pendant la grève.
« La grève nous apparaît inévitable étant donné l’écart considérable entre les demandes des cols bleus et l’offre de la Ville », a dit Jean-Yves Hinse, directeur des relations professionnelles à Ville. Pour les quatre ans de la convention, les demandes du syndicat excèdent de 100 millions l’offre de la Ville, selon M. Hinse.
La dernière grève des cols bleus de Montréal remonte à 1991. Cette année-là, le syndicat avait fait quelques débrayages ponctuels pour inciter l’administration municipale à négocier.




Des contraventions trois fois plus chères  -  Martin Croteau
Les contraventions pour stationnement illégal coûteront bientôt jusqu’à trois fois plus cher à Montréal, a appris La Presse. L’administration Tremblay imposera en octobre cette augmentation draconienne, qui rapportera 14 millions supplémentaires à la Ville.
« Le problème, c’est que les gens se garent partout, résume le responsable du dossier au comité exécutif, Sammy Forcillo. C’est un problème de sécurité routière. »
Pour l’heure, ceux qui se garent illégalement s’exposent à une amende de 30$. Avec les frais administratifs, la facture peut grimper jusqu’à 42$. Les pénalités sont les mêmes pour ceux qui garent leur voiture dans une zone interdite, dans une zone pour handicapés ou dans une zone où il est interdit d’immobiliser son véhicule.
Mais dès le 1er octobre, les sanctions deviendront beaucoup plus sévères. Les amendes pour stationnement interdit, actuellement de 30$, varieront entre 40 $ et 60 $, plus les frais administratifs. Ceux qui se gareront dans des zones d’arrêt interdit, généralement situées près des intersections, paieront bientôt entre 60$ et 100$, frais administratifs en sus.
Mais la hausse la plus marquée vise ceux qui se garent illégalement dans des zones réservées aux handicapés et dans les voies réservées aux autobus. Les amendes atteindront de 100$ à 200$, plus les frais. C’est trois fois plus que la pénalité actuelle.
L’an dernier, 1,2 million de contraventions ont été distribuées pour stationnement illégal à Montréal, à peu près le même nombre que l’année précédente. Ces amendes ont rapporté 53 millions à la Ville. Si le nombre de contraventions reste le même que l’an passé, les nouvelles pénalités rapporteront 14 millions de plus.
Sammy Forcillo assure que c’est la sécurité, et non la perspective d’engranger des revenus supplémentaires, qui motive l’administration Tremblay. Car les voitures qui s’immobilisent près des intersections et dans des voies réservées décuplent les risques d’accident. Le conseiller estime que ces amendes auront un effet dissuasif.
« Ce n’est pas la somme d’argent qui est importante, c’est la sécurité routière qui nous préoccupe, a-t-il indiqué. C’est à cet égard qu’on veut décourager, démoraliser les gens qui ne suivent pas les règles. »
« Une arnaque »
Alfredo Munoz n’est pas de cet avis. Le président de SOS Ticket, une entreprise qui aide les automobilistes à contester leurs contraventions, estime que la nouvelle mesure de la Ville est une « arnaque ».
« C’est uniquement une façon de faire de l’argent, un point c’est tout, dénonce-t-il. Ce serait peut-être bien de gérer les fonds publics adéquatement avant de commencer à fouiller de plus en plus dans les poches des automobilistes. »
L’ancien policier estime que, si laVille avait réellementla sécurité routière à coeur, elle reviendrait sur sa décision d’imposer des compressions au SPVM. Dans la foulée d’un exercice minceur lié à la crise économique, en mars, l’administration Tremblay a réduit de 13,8 millions le budget de son corps de police.




Système d'égouts : Nouveau recours contre la Ville  -  André Noël
Des citoyens de Rosemont veulent poursuivre Montréal pour la gestion de son système d’égouts
Les requêtes judiciaires de victimes d’inondations se multiplient contre la Ville de Montréal, accusée de mal gérer son réseau d’égouts. Hier, c’était au tour de citoyens de Rosemont, dont les sous-sols ont été inondés les 11 et 26 juillet. Ils demandent au tribunal la permission d’exercer un recours collectif contre la Ville.
Des pluies importantes ont inondé des autoroutes, des résidences et des commerces de Montréal en juin et en juillet 2005, en août 2008 et deux fois cet été. Chaque fois, les responsables de l’administration municipale parlent de phénomènes climatiques exceptionnels et imprévisibles. « Je ne contrôle pas le paradis », a déclaré Sammy Forci l lo, responsable des infrastructures au comité exécutif, le 27 juillet dernier.
L’évocation de Dieu ou d’une quelconque force suprême i ndifférente au sort des Montréalais n’a pas convaincu Eugène Robitaille, propriétaire d’un immeuble rue Bélanger, dans le quartier Rosemont. En 2005, le ciel était tombé dans son sous-sol, comme dans bien d’autres, et y avait fait de terribles dégâts. La Ville n’a rien fait, affirme son avocat dans la demande de recours collectif. Résultat : les égouts ont de nouveau débordé dans son immeuble deux fois cet été.
« En dépit de l’évidence des problèmes dès 2005, l’intimée (la Ville) a négligé de prendre les mesures correctrices nécessaires pour assurer l’évacuation des eaux et pour améliorer son réseau d’égouts », écrit Me Jean-Pierre Fafard au nomde M. Robitaille et du Comité des citoyens inondés de Rosemont.
Les dédommagements réclamés pourraient être remis à un millier de locataires, à une centaine de commerçants et à environ 450 propriétaires. La requête s’ajoute à d’autres déposées cette année. Selon Le Journal de l’assurance, une vingtaine de compagnies d’assurances ont intenté des poursuites contre la Ville de Montréal afin de se faire rembourser près de 20 millions de dollars versés en indemnités à leurs assurés, à la suite de refoulements d’égouts survenus en août 2008 à Saint-Léonard et à Anjou.
La même publication affirme qu’un cabinet d’avocats a intenté en Cour supérieure un recours collectif de 50 millions en février dernier, pour une cause semblable. Des citoyens réclament aussi d’importants dédommagements à la suite de refoulements d’égouts près de l’échangeur L’Acadie et de l’autoroute Métropolitaine, en 2005.
La Ville ne commente pas la requête déposée hier par les citoyens de Rosemont, non plus qu’aucune autre procédure qui se trouve devant les tribunaux, a indiqué hier son porte-parole, Philippe Sabourin. Il a par contre rappelé que des travaux sont en cours pour améliorer le réseau d’égout.
À titre d’exemple, la Ville est en train d’achever un ouvrage de régulation pour limiter l’apport d’eaudanslecollecteurMeilleurAtlantique, qui déborde dans l’échangeur L’Acadie lors de fortes pluies. Mais, dans des documents internes, des experts affirment que le collecteur est simplement trop petit. La Ville hésite à le remplacer par un collecteur plus grand, ce qui serait très coûteux.

Saint-Jérôme
Un contrat de 49 millions sans appel d’offres
Saint-Jérôme Location d’un aréna privé pour 25 ans
Un ex-maire de Saint-Jérôme, Jean-Claude Hébert, dénonce la décision du maire actuel, Marc Gascon, d’accorder sans appel d’offres un contrat totalisant 49 millions en 25 ans pour la location d’un aréna privé. Ce nouveau bâtiment, qui compterait deux patinoires, remplacerait deux arénas municipaux.
Selon la loi, les villes doivent procéder par appel d’offres pour tout projet de construction dépassant 100 000$. Mais ce n’est pas le cas pour un bail comme celui que Saint-Jérôme a signé pour ses nouvelles patinoires, même si c’est pour une somme bien supérieure. «Le maire est là sans opposition et il y a de drôles de décisions qui se prennent», dit M. Hébert.
De son côté, la Ville affirme que cette entente lui permet de réduire les risques liés à l’exploitation et à l’entretien et d’avoir une facture prévisible année après année, en plus de réaliser des économies, si on tient compte de l’impôt foncier que devra payer le promoteur.
«Le conseil municipal a analysé différentes formes de financement pour un nouvel aréna et plusieurs projets nous ont été soumis, affirme le maire Gascon. Il s’avère que l’entente que nous avons conclue est la plus économique et la plus avantageuse pour la Ville. Au terme du bail, ce sont plus de 12 millions de dollars que les Jérômiens auront économisés.»
Il reste que l’attribution sans appel d’offres de cet important contrat a fait sourciller dans le milieu des entrepreneurs. «Ce projet-là, je ne l’ai jamais vu annoncé avant la première pelletée de terre! a lancé l’un d’eux, qui a requis l’anonymat. J’aurais aimé pouvoir soumissionner!»
Joint par La Presse, le promoteur du projet, Daniel Lefebvre, a pris la défense de la Ville.
«On aurait pu aller en soumissions publiques, ça ne nous aurait pas dérangés, dit-il. Il y a eu d’autres propositions au fil du temps de la part d’autres promoteurs. Mais à un moment donné, c’est la nôtre qui a plu.»
Cette affaire met un peu de piquant dans la campagne électorale municipale. M. Gascon, le maire sortant, n’a pas encore d’opposant et son parti occupe tous les sièges au conseil.
Selon le contrat signé en juin dernier, la Ville de Saint-Jérôme deviendrait locataire d’un aréna comptant deux patinoires et 1300 sièges au total. Ce contrat doit cependant être autorisé par le ministère des Affaires municipales, ce qui n’est toujours pas fait, trois mois après l’annonce officielle.
L’aréna sera construit au coût de 22 millions par la société Construction Genephi, qui appartient à M. Lefebvre, ingénieur et ancien candidat à la mairie de Laval.
La Ville de Saint-Jérôme s’engage pour 25 ans à louer 4000 heures de temps de glace annuellement au prix de 300$ l’heure. Ce tarif sera ajusté à la hausse annuellement au rythme de 4% par année. C’est deux fois la fourchette-cible d’inflation de la Banque du Canada, qui est de 1% à 3% par année, remarque M. Hébert.
À raison de 4% par année, le loyer annuel initial de 1,2 million doublera en 19 ans et atteindra près de 3 millions la dernière année. Au terme du bail, la Ville aura déboursé près de 50 millions. Avec un ajustement annuel de 2,5%, la facture serait plutôt de 41 millions, soit 9 millions de moins.
Aujourd’hui à la retraite, M. Hébert a été maire de Saint-Jérôme de 1985 à 1989. Il dit avoir écrit au ministère des Affaires municipales pour dénoncer la situation. Cependant, le Ministère n’a reçu aucune plainte dans ce dossier et affirme que le dossier fait l’objet d’une analyse.
Le promoteur du projet, Daniel Lefebvre, affirme que le taux de 4% est justifié. «Il faut comparer des pommes avec des pommes, dit-il. Ce qui va le plus augmenter, ces prochaines années, c’est l’énergie et la main-d’oeuvre, et ça représente la grande majorité de nos coûts d’exploitation. Ce sont des coûts qui auraient augmenté pour la Ville de toute façon.»
Il affirme que la Ville ne désirait plus exploiter des arénas. «C’est rendu de plus en plus complexe à exploiter du point de vue de la mécanique. Pour une municipalité, ça peut devenir un énorme problème de gérer ce type de système avec ses cols bleus.»
M. Hébert juge par ailleurs que le loyer initial de 300 $ l’heure est trop élevé. Il donne l’exemple d’un projet comparable à quelques kilomètres de là. En effet, les villes de Boisbriand et de Blainville se sont associées à un entrepreneur pour confier à un organisme à but non lucratif la gestion d’un nouvel aréna. Il affirme que le loyer payé par ces villes est de seulement 200 $ l’heure. Une entente semblable à SaintJérôme entraînerait une économie de 22 millions en 25 ans, affirme-t-il. À cela, la Ville réplique que, en tenant compte de l’impôt foncier que devra payer le promoteur, la location revient à 210$ l’heure.


ARRONDISSEMENT D’OUTREMONT Une nouvelle force politique émerge

EXCLUSIF
« On n’est pas défusionnistes mais, pour le peu de compétences qu’il nous reste, on ne veut pas que ce soit sacrifié pour des sociétés de génie ou des promoteurs immobiliers. »
Un nouveau parti est créé à Outremont par un groupe de citoyens, le Parti Outremont (PO), qui veut améliorer la vie démocratique dans l’arrondissement.
Quatre citoyens, Annie Chélin, Jean Girouard, Pierre Joncas et Pierre Lacerte, ont commencé à se réunir en octobre dernier pour réfléchir sur la situation politique dans Outremont et sur les scandales qui ont éclaboussé l’arrondissement depuis 2001. Ils ont finalement concocté un programme. Les signatures nécessaires seront envoyées cette semaine au Directeur général des élections du Québec. Ensuite, une assemblée constituante sera organisée.
« On a constaté un tel manque de transparence dans la gouvernance de l’arrondissement ! dit Pierre Joncas. Quand on cherche à comprendre quelque chose, les réponses ne sont jamais claires. Pour le stationnement, il n’y a pas d’équité réglementaire. On ne fait rien pour la vitesse de la circulation dans les tronçons de rue où il y a des enfants. Sur les questions de la gare de triage ou du 1420, avenue du Mont-Royal, les réponses sont opaques. Tout cela m’a mobilisé. »
Annie Chélin évoque aussi le manque de transparence. Elle vient de recevoir une réponse négative de l’administration à une demande d’information. « Je voulais des détails sur la réclamation de Dessau de 2,8 millions pour le Centre intergénérationnel, ditelle. Elle est gardée secrète, tout comme le rapport du contentieux. J’espère que la SQva aller au fond des choses. »
Pas d’opposition
DansOutremont, qui se présente sur son site internet comme « le quartier de l’élite », les conseillers de l’ex-maire Stéphane Harbour sont toujours en poste. La mairesse Marie Cinq-Mars règne sans opposition, accompagnée de quatre conseillers d’Union Montréal: Claude B. Piquette, Ana Nunes, Louis Moffatt et Marie Potvin, élue en 2007.
Depuis 2001, la seule opposition est celle de citoyens qui viennent interroger et critiquer sans relâche l’administration aux séances du conseil d’arrondissement. C’est cet exercice, parfois musclé, qui a mené à la démission deM. Harbour en 2007. À l’élection qui a suivi, Mme Cinq-Mars a été élue avec une qu’il nous reste, on ne veut pas que ce soit sacrifié pour des sociétés de génie ou des promoteurs immobiliers. »
Union Montréal est une grosse machine financière. Comment le Parti Outremont peut-il le menacer? « Il n’y a pas que l’argent qui majorité relative, les deux partis de l’opposition, Projet Montréal et Vision Montréal, s’étant neutralisés. Se dirige-t-on vers le même genre de situation avec la création du Parti Outremont?
« On ne peut écarter cette possibilité, mais je peux vous dire qu’il y a un grand mécontentement à Outremont, dit M. Joncas. Vision Montréal et Projet Montréal veulent tout centraliser rue NotreDame. On n’est pas défusionnistes mais, pour le peu de compétences compte, dit M. Lacerte. Il y a les convictions. On a réussi à faire bouger les choses depuis 2007. Et puis, avec tout ce qui se passe à Union Montréal, les enquêtes policières, etc. »
Le PO ne s’adresse pas qu’à l’élite. « Vous savez, à Outremont, il y a "Outremont ma chère", mais il y a aussi "Outremont cacher" et "Outremont pas cher" », dit M. Lacerte. « On part en dernier, ajoute M. Joncas, mais il y a la fable du lièvre et de la tortue... »
Marie Cinq-Mars a réagi à la création de ce parti : « En 18 mois, une gestion serrée a permis de fournir aux citoyens des services de proximité de première qualité: déneigement, embellissement saisonnier, activités culturelles et sportives. L’équipe au pouvoir à Outremont a entrepris plusieurs grands travaux de remise aux normes des infrastructures souvent centenaires. Je défends avec ardeur l’intégrité territoriale et juridictionnelle d’Outremont et contribue activement au bon fonctionnement de la structure montréalaise, résultat des fusions imposées par Mme Harel. »
Pour le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, la création du PO n’est pas une bonne nouvelle. « Le pire danger qui menace Montréal, c’est la création de ce genre de partis locaux, car cela contribue au démantèlement de Montréal », dit-il.



Blainville n’a pas respecté la loi sur l’attribution de contrats
ENQUÊTEDUGOUVERNEMENTDUQUÉBEC
EXCLUSIF
Bien que le Ministère conclue que la loi n’a pas été respectée, Québec ne veut pas soumettre ce dossier à la cour, mais recommande simplement à la Ville « une plus grande vigilance ».
Après deux ans d’enquête sur la Ville de Blainville, le ministère des Affaires municipales réprimande l’administration du maire François Cantin dans une affaire de contrats attribués à deux entreprises dont le propriétaire, Dominic Cayer, a été le président du parti dumaire avant son élection en 2005.
Par ailleurs, le commissaire au lobbyisme du Québec enquête sur M. Cayer, mais la Ville de Blainville essaie, devant les tribunaux, d’empêcher le commissaire d’obtenir des documents concernant ce dossier.
L’enquête du Ministère a commencé à la suite de quatre plaintes déposées par un conseiller municipal, LouisLamarre, et uncomptable enmanagement accrédité (CMA) de Blainville, John W. Babiak. Ils ont dénoncé en 2007 de « présumées irrégularités » dans le processus d’appel d’offres utilisé par la Ville pour des contrats d’impression du bulletin municipal accordés à Papier Domco et d’autres contrats attribués à Tapage Communication. M. Cayer est le principal actionnaire de ces entreprises. Il a été le dirigeant du parti du maire, Vrai Blainville, et conseiller municipal avant les dernières élections du 6 novembre 2005.
La Presse a eu accès aux factures envoyées par Tapage à la Ville entre 2000 et 2007: aucun contrat n’a été signé avec Tapage tant que M. Cantin n’a pas été élu. Mais dès son élection, Tapage a eu des contrats: pour 20 491,13$ en décembre 2005, pour un total de 483280,40$ en 2006, et pour 451 787,04$ en 2007. Dans le cas de Papiers Domco, mis à part deux factures de 68,26$ en 2000 et 28,76$ en 2001, la firme a commencé à obtenir des contrats dès décembre 2005 : 4854,84$ ce mois-là puis 441409,68$ en 2006 et 419 294,91 en 2007.
Depuis l’élection dumaireCantin, Domco et Tapage ont obtenu du 1er janvier 2006 au 1er janvier 2009 environ 2,6 millions de dollars de la part de Blainville.
Une des plaintes évoquait du « favoritisme en scindant illégalement des contrats », c’est-à-dire que la Ville aurait alloué de petits contrats aux entreprises de M. Cayer afin d’éviter une soumission publique. Le Ministère conclut que le processus d’attribution des contrats n’a pas été respecté. Dans une lettre envoyée aux plaignants, le fonctionnaire Gérald Fleurent écrit: « S’il est démontré que la division des contrats a été faite dans le but d’éviter un appel d’offres public, il y a contravention à la Loi sur les cités et villes et l’élu, ou le fonctionnaire, qui a participé à la décision pourrait être passible de poursuites devant les tribunaux. »
Dans le cas d’autres contrats, le Ministère a informé Blainville que « le règlement autorisant le conseil à déléguer l’autorisation de dépenses à un fonctionnaire ne peut justifier la division de contrats pour respecter la limite prévue à ce règlement ».
Blainville a attribué des contrats « de gré à gré » ou « par voie d’invitation écrite » plutôt que par soumission publique. M. Fleurent dit que ce n’est pas parce que la Ville apprécie les entreprises de M. Cayer qu’elle peut « éviter le processus formel prévu dans la loi qui prévoit une permission duministre dans certaines situations pour procéder sans soumissions ».
M. Fleurent s’interroge aussi « sur la légalité du processus » d’attribution de contrats de services juridiques par le directeur général de la Ville, Paul Allard. Celui-ci avait dit au Ministère qu’il prendrait « le blâme » s’il le fallait. Joint sur un terrain de golf, lundi, M. Allard a dit : « Ce qui se passe administrativement, c’est de ma responsabilité. »
Bien que le Ministère conclue que la loi n’a pas été respectée, Québec ne veut pas soumettre ce dossier à la cour. Il recommande simplement à la Ville « une plus grande vigilance ». La Presse a voulu demander au ministre Laurent Lessard pourquoi, si la loi a été bafouée, son ministère ne va pas plus loin, d’autant plus que M. Lessard a appuyé, le 14 juillet, le rapport de Florent Gagné sur l’éthique municipale. Il a été impossible de parler au ministre. Son attaché de presse, Sylvain Bourassa, a dit: « Si l’une des parties est insatisfaite, elle peut se tourner vers les tribunaux. »
John W. Babiak estime qu’on rejette le fardeau de la preuve sur le citoyen: « Des millions ont été dépensés d’une façon irresponsable, dit-il. Quel est le message qu’envoie le ministre aux municipalités? Si vous n’observez pas la loi, on va vous envoyer une lettre d’avertissement? Si on ne peut pas se fier au gouvernement pour protéger les intérêts du citoyen, à qui doit-on s’adresser? »
Le dossier Cayer n’est pas clos à Blainville: le commissaire au lobbyisme du Québec procède actuellement à des vérifications sur l’entrepreneur. Mais la Ville de Blainville soutient indirectement M. Cayer dans ce dossier: elle a entrepris des démarches juridiques pour empêcher le commissaire d’obtenir des renseignements sur les contrats obtenus par M. Cayer depuis 2005. « La Ville conteste notre pouvoir », regrette Pierre Morin, porte-parole du commissaire au lobbyisme du Québec.
Le maire Cantin, de son côté, est très heureux du dénouement. Il renouvelle sa confiance envers son directeur général. « On va suivre les suggestions duMinistère, dit-il. M. Allard est un excellent directeur général. »
Selon Dominic Cayer, cette histoire ne le concerne pas. « Je n’ai pas à être gêné d’avoir des mandats, dit-il. Je suis un entrepreneur. Je ne pouvais pas soumissionner auparavant car j’étais élu et, avant, sous le maire Pierre Gingras, je ne le pouvais pas car il ne m’aimait pas, ni les gens de ma famille. »
M. Cayer reconnaît les liens politiques qu’il a entretenus avec le maire Cantin et les liens privés qui existent entre le directeur Paul Allard lui : M. Allard lui a enseigné le baseball quand il était jeune. « Vous savez, Blainville, c’est un village, on se connaît tous », ajoute-t-il.




Des quartiers à éviter… ou à assainir  -  Charles Côté
Les personnes qui souffrent d’allergie à l’herbe à poux feraient mieux de fuir les extrémités est et ouest de l’île de Montréal. Ou alors, elles devraient participer aux campagnes d’éradication dans leur quartier.
Une étude de la Direction de la santé publique de Montréal indique qu’il y a plus d’herbe à poux à Pierrefonds, Pointe-Claire, Dorval et Lachine, à l’ouest, et Rivière-des-Prairies, Montréal-Est et Pointe-aux-Trembles, à l’est.
C’est ce que révèle une étude de la Direction de la santé publique de Montréal. Une carte publiée dans cette étude montre qu’il y a plus d’herbe à poux à Pierrefonds, Pointe-Claire, Dorval et Lachine, à l’ouest, et Rivière-des-Prairies, MontréalEst et Pointe-aux-Trembles, à l’est.
La recherche établit aussi un lien entre l’infestation locale et la gravité des allergies.
Les chercheurs ont suivi près de 8000 enfants pendant les mois d’août et septembre 2006. Les résultats font notamment ressortir que ceux qui habitaient l’est et l’ouest de l’île étaient les plus touchés, ce qui concorde avec la distribution de la plante et des concentrations de pollen, affirme-t-on.
Dans les quartiers les plus infestés, l’allergie touche un enfant sur quatre dans le groupe des 6 à 12 ans. « Le degré d’infestation locale dans le quartier immédiat de l’enfant influence significativement la prévalence des manifestations allergiques », affirme-t-on dans l’étude publiée en 2008 et reprise hier dans le Bulletin d’information en santé environnementale.
En fait, il peut y a voir jusqu’à trois fois plus de personnes touchées dans un quartier fortement infesté que dans un autre qui ne l’est pas.
« Même si le pollen de l’herbe à poux peut voyager sur de longues distances, il se dépose à proximité, à quelques centaines de mètres, affirme le Dr Louis Jacques, coauteur de l’étude. En fait, c’est une bonne nouvelle. Ça veut dire que ça vaut la peine d’agir sans son environnement immédiat. Ça enlève l’idée défaitiste selon laquelle ça ne sert à rien d’agir si le voisin ne fait rien. »
Comme il n’y a pas de règlement sur l’herbe à poux à Montréal, l’action locale prend toute son importance. Le règlement sur la qualité de l’air a été modifié en 1996 pour exclure l’herbe à poux afin de limiter le coût éventuel d’un recours collectif qui avait été lancé au début des années 90. Ce recours a été rejeté cette année par la Cour suprême.
« On propose d’agir même sans règlement, pour corriger la situation, dit le Dr Jacques. On souhaite qu’il y ait une mobilisation très efficace dans les territoires les plus problématiques. On essaie de sensibiliser tous les grands propriétaires de terrains, publics comme privés. »
« Le problème ce n’est pas l’herbe à poux qui pousse sur le bord du trottoir de M. et Mme Tout-le-Monde, dit-il. Ce sont les grands terrains qui y sont propices parce qu’ils sont à l’abandon. Il existe des solutions, mais il faut les appliquer année après année sur le même territoire. La plante ne poussera pas si elle a de la concurrence. Il faut semer et enrichir les sols. On peut en même temps embellir les terrains! »
L’allergie à l’herbe à poux se manifeste par la rhinite (écoulement nasal, congestion, éternuements), la conjonctivite ( picotement des yeux, larmoiement) et l’aggravation de l’asthme. L’asthme et la rhinite sont des maladies fréquentes et importantes, selon la Santé publique. Les maladies de l’appareil respiratoire, y compris l’asthme, sont les fréquentes causes d’hospitalisation et de consultations médicales les plus fréquentes chez les enfants de 0 à 14 ans au Québec.



"Pas en faillite"  -  Helen Fotopoulos
Vot re quot idien a publié des articles les 6 et 7 juillet qui me forcent à rectifier le tir. Contrairement à ce que vous avez publié, le PlateauMont-Royal n’est pas au bord de la faillite et l’arrondissement écarte l’imposition d’une taxe spéciale en 2010.
« Le Plateau-Mont-Royal n’est pas au bord de la faillite », clame la mairesse de l’arrondissement du Plateau, Helen Fotopulos.
Votre article du 6 juillet est basé sur une lettre que j’ai remise au maire Tremblay il y a près de quatre mois, le 17 mars plus exactement. Cette lettre reflétait fidèlement la réalité à ce moment. Par contre, la situation a évolué depuis.
La Presse dit que « Le Plateau (…) enregistre des déficits année après année ». C’est faux. Le Plateau a enregistré des déficits seulement en 2007 et 2008, des années marquées par des chutes de neige importantes. L’arrondissement n’a pas fait de déficits en 2002, 2003, 2004, 2005 et 2006.
De plus, tel qu’indiqué dans la plus récente évolution budgétaire à être produite, en date du 30 avril et déposée au conseil municipal du 15 juin, nous ne prévoyons pas de déficit au cours de l’année 2009.
Aussi, La Presse affirme que « le Plateau a (…) (adopté) une série de compressions importantes qui touchent les services donnés aux 100 000 résidants du quartier » et en fait supposément l’énumération. C’est tout aussi faux. La lettre du 17 mars évoquait des scénarios de compressions qui ne se sont pas réalisés.
Et, alors que l’article affirme que « le maire Tremblay n’a pas répondu favorablement à l’appel de Mme Fotopulos », c’est exactement le contraire qui s’est passé.
En effet, le conseil municipal du 30 mars 2009 (13 jours après ma lettre du 17 mars) a autorisé « la suspension de l’obligation de compenser le solde du déficit de gestion de 2008 et des années antérieures ». Et lors du conseil d’arrondissement du 6 avril, nous nous sommes prévalus de cette L’auteure est mairesse de l’arrondissement du PlateauMont-Royal. possibilité. En clair, nous n’avons pas été obligés de repayer le prêt qui nous a été alloué par la ville centre.
Le 7 juillet, après avoir passé la journée de la veille à rectifier le tir erroné de La Presse dans à peu près tout ce que Montréal compte de médias, vous récidivez en affirmant avoir appris que la situation financière de l’arrondissement était « très précaire ». J’ai des nouvelles pour vous : ça fait longtemps que je le dis !

La mairesse Helen Fotopulos dit que le Plateau n’est pas au bord de la faillite, mais elle l’a affirmé dans la lettre envoyée au maire Tremblay le 17 mars : « Si le Plateau-Mont-Royal était un individu, cet individu serait en situation de faillite imminente. »
Mme Fotopulos dit que la situation a changé. Le 17 mars, le déficit accumulé du Plateau était de 4,1 millions. Un porte-parole de son administration, Louis-Jacques Pineault, nous a dit lundi dernier que « la dette s’élève à 4 116 600 $ ». Son administration a elle-même dit que la situation est « très précaire ».
Mme Fotopulos affirme qu’elle écarte un déficit en 2009. Nous l’avons écrit dans notre texte du 7 juillet.
Elle dit que l’arrondissement écarte une taxe spéciale. Nous l’avons écrit le 6 juillet (le conseiller Michel Labrecque nous l’a dit) et nous l’avons écrit de nouveau le lendemain.
Mme Fotopulos indique qu’il est faux de prétendre que des compressions ont été faites. C’est son administration qui le dit : « L’arrondissement a dû réduire son personnel et imposer des contraintes dans les autres familles de dépenses, dont la presque totalité des budgets requis pour l’expertise externe. »
Mme Fotopulos dit que le maire Tremblay a répondu favorablement à son appel. Pourtant, elle demandait dans sa lettre du 17 mars de « dispenser l’arrondissement du remboursement de sa dette ». Il ne l’en a pas dispensé. Il a seulement accepté de reporter le remboursement à plus tard, quand Mme Fotopulos ne sera plus mairesse du Plateau-Mont-Royal.

Éric Clément


LePlateau-Mont-Royal au bord de la faillite
L’arrondissement envisage une taxe spéciale en 2010 pour se sortir de l’impasse financière
EXCLUSIF
« Pour moi, le déficit n’est pas inquiétant. C’est vrai que le problème est à la Ville mais des démarches devront être faites pour mieux coordonner tout cela », dit le conseiller Michel Labrecque.
Le Plateau-Mont-Royal est au bord de la faillite et l’arrondissement dirigé par la mairesse Helen Fotopulos n’écarte pas l’imposition d’une taxe spéciale en 2010 pour se sortir de l’impasse financière dans laquelle il est plongé, a appris La Presse.
Dans ce document remis le 17 mars dernier à Gérald Tremblay, la mairesse du Plateau-Mont-Royal décrit la crise financière que vit son administration et se livre à une véritable critique de la gestion des sommes versées aux arrondissements par la ville centre.
« Si le Plateau-Mont-Royal était un individu, cet individu serait en situation de faillite imminente », déclare Mme Fotopulos dans une lettre adressée au maire Gérald Tremblay, dont La Presse a obtenu copie.
Dans ce document remis le 17 mars dernier à Gérald Tremblay, Mme Fotopulos décrit la crise financière que vit son administration et se livre à une véritable critique de la gestion des sommes versées aux arrondissements par la ville centre: « Depuis 2002, le Plateau n’a pas la dotation qui devrait être la sienne », écrit-elle.
Le Plateau, qui a reçu une dotation de 55,9 millions en 2009, enregistre des déficits année après année, et le déficit accumulé était de 4,1 millions le 31 décembre dernier.
Dans sa lettre, Mme Fotopulos estime que la politique de l’administration Tremblay est un échec : « Toutes les solutions d’aide du Plateau, devant aussi s’appliquer aux autres arrondissements, ont failli à la tâche », écrit-elle.
Crise profonde
Elle explique au maire que le Plateau a vidé toutes ses réserves: il n’y a plus de surplus disponible, plus aucune réserve pour le déneigement, plus aucune réserve pour imprévus et même « aucune réserve pour ester en justice », Ce qui place l’arrondissement dans une situation extrêmement périlleuse en cas de poursuite devant les tribunaux.
La crise est si profonde que depuis deux mois, l’administration du Plateau verse des subventions à des organismes « à même des fonds qui devraient servir à rembourser une partie des prêts consentis à l’arrondissement », lit-on dans des documents officiels de l’arrondissement obtenus par La Presse. Ce sont en effet les cadres de l’arrondissement qui ont prévenu les élus du grave péril en cours.
En 2009, le Plateau a déjà dû adopter une série de compressions importantes qui touchent les services donnés aux 100 000 résidants du quartier, quoi qu’en dise le maire Tremblay qui répète depuis des mois que les compressions ne modifient pas les services aux citoyens.
Mme Fotopulos énumère ces coupes dans sa lettre. Elle évoque les réductions de postes, les gels et les compressions des dépenses déjà pratiqués.
« Nous sabrerons de façon très importante dans les communications avec nos citoyens, et ce, de façon récurrente pour les prochaines années, écritelle. Nous n’octroierons plus aucune subvention, et ce, de façon récurrente, pour quoi que ce soit; même s’il ne s’agit que de 50$ ou 200$ pour un programme souvenir d’un club de loisirs ou une fête de personnes âgées. Nous allons devoir geler, et ce, pour un avenir prévisible, presque tous les contrats professionnels . Enfin, nous anticipons nous désengager l’an prochain du programme des éco-quartiers. »
Dans les document s qui accompagnent les attributions de subventions, l’équipe administrative du Plateau écrit que « l’arrondissement a épuisé toutes ses réserves afin de maintenir ses activités opérationnelles et services à la population » et elle suggère, pour redresser la situation, que l’arrondissement prépare un plan ou fasse appel à « l’article 144.2 de la charte de la Ville » qui permet aux arrondissements de décréter la création d’une taxe spéciale.
Mme Fotopulos souhaite dans sa lettre qu’on ajuste à la hausse la dotation du Plateau et même que l’administration Tremblay accepte purement et simplement « de dispenser l’arrondissement du remboursement de sa dette », qui est de 4,1 millions.
La lettre de Mme Fotopulos jette un nouvel éclairage sur ses relations avec l’administration Tremblay.
Non seulement le ma i re T remblay n’a pas répondu favorablement à l’appel de Mme Fotopulos, mais le responsable des Finances à la Ville, Sammy Forcillo, a au contraire annoncé que les arrondissements verront leurs dotations gelées en 2010. Celle du Plateau baissera même de 1,1 million, si l’on en croit les données de l’arrondissement (voir tableau).
Depuis , Mme Fotopulo s a annoncé qu’elle quittera son poste à la mairie du PlateauMont-Royal à la fin de son mandat et sera candidate au poste de conseillère dans le district de Côte-des-Neiges le 1er novembre, toujours avec Union Montréal, le parti du maire Tremblay.
« Pas inquiétant »
Que devra faire le prochain maire du Plateau-Mont-Royal? « Nous promettons de réaliser une réforme équitable des dotations si les citoyens élisent le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, à la mairie, sinon ce sera la porte ouverte à une taxe spéciale », dit la conseillère du Plateau, Josée Duplessis.
Pour le consei l ler Michel Labrecque, candidat d’Union Montréal à la succession d’Helen Fotopulos, il n’est pas question de taxe spéciale ni de réclamer à cor et à cri une augmentation de la dotation.
« Moi, je n’utiliserai pas l’angle de la récrimination, dit-il à La Presse. Il faudra échelonner les remboursements sur quatre ans et utiliser la cogestion de certaines opérations avec les arrondissements voisins. »
M. Labrecque dit, par exemple,
que comme Ville-Marie sera du ressort de la ville centre, il serait judicieux d’en profiter pour intégrer la direction de certains services, comme le déneigement et la propreté, par exemple.
« Cela permettra, avec une direction intégrée, de partager les frais, dit-il. Pour moi, le déficit n’est pas inquiétant. C’est vrai que le problème est à la Ville mais des démarches devront être faites pour mieux coordonner tout cela. »
Or, selon Projet Montréal, des initiatives de ce genre ne seront pas suffisantes pour résoudre la crise. « Un comptable qui a étudié les chiffres nous a dit que la taxe spéciale est impossible à éviter et ne serait pas suffisante car il faudrait qu’elle atteigne 8 à 9% des taxes foncières actuelles, ce qui est irréaliste, dit Josée Duplessis. Même une fois cette taxe appliquée, les services devront être réduits au minimum absolu, puisque ces coupes sont déjà considérées dans le calcul. L’administration Fotopulos doit exposer dès maintenant les solutions budgétaires qu’elle préconise. »
Le conseil d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal a lieu ce soir à 19h.


PLATEAU-MONT-ROYAL La situation est « très précaire », admet l’administration

« On ne peut assurer que l’équilibre budgétaire sera maintenu d’ici la fin de l’exercice financier 2009. »
« L’arrondissement a épuisé toutes ses réserves afin de maintenir ses activités opérationnelles et services à la population. Par ailleurs, la situation budgétaire de l’exercice 2009 est très précaire. »
La déclaration est issue d’un document officiel de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, rendu public hier, et qui contredit les dénégations de la mairesse du Plateau-Mont-Royal, Helen Fotopulos, qui a contesté, toute la journée d’hier, notamment dans les médias, le titre d’un article publié, hier, dans La Presse, « Le Plateau Mont-Royal au bord de la faillite ».
La mairesse a tout de même admis avoir écrit une lettre au maire de Montréal, Gérald Tremblay, le 17 mars dernier, dans laquelle elle évoque une situation de « faillite imminente » de son arrondissement. La lettre est très dure vis-à-vis de l’administration Tremblay, accusée de ne pas être parvenue ces dernières années à résoudre la question d’un financement juste et équitable des arrondissements montréalais.
Mais la mairesse prétend que la situation a évolué depuis mars. Or, la dette est toujours la même, nous a dit l’administration du Plateau, soit 4,1 millions. De plus, chaque document officiel qui accompagnait, hier soir, la remise d’une subvention, lors du conseil d’arrondissement, contenait un avertissement de l’administration:
« L’arrondissement a accumulé, à la fin de l’exercice financier 2008, un déficit de 4 116 000$ qui est composé temporairement par des prêts de la ville centre à être remboursés, soit par un plan déposé et approuvé par la ville lors de la préparation budgétaire 2010 ou ultimement en se conformant à l’article 144.2 de la charte de la ville de Montréal concernant les dispositions financières et fiscales spéciales. »
L’article 144.2 prévoit la possibilité pour l’arrondissement d’adopter une taxe spéciale.
Plus de réserves
L’ad m i n i s t r a t i on pou r - suit dans ce document avec : « L’arrondissement a épuisé toutes ses réserves afin de maintenir ses activités opérationnelles et services à la population. Par ailleurs, la situation budgétaire de l’exercice 2009 est très précaire. L’arrondissement a participé, comme toutes les unités d’affaires de la Ville, au plan de redressement visant à contrer les effets de la crise économique et financière. Une somme de 1,2 million a été retranchée de sa dotation. »
Hier soir, la mairesse a critiqué La Presse en disant qu’il était « faux » de prétendre que l’arrondissement avait adopté « des compressions importantes qui touchent les services donnés aux 100 000 résidants du quartier ».
Or, le texte de l’administration contredit la mairesse sur les compressions réalisées sous sa direction. « L’arrondissement a dû réduire son personnel et imposer des contraintes dans les autres familles de dépenses, dont la presque totalité des budgets requis pour l’expertise externe. Considérant ces éléments, on ne peut assurer que l’équilibre budgétaire sera maintenu d’ici la fin de l’exercice financier 2009. »
Helen Fotopulos a tout de même reconnu, hier, du bout des lèvres la gravité de la situation financière en disant à un citoyen que « c’est le devoir de nos services de nous rappeler que la situation n’est pas réglée ».
D’ailleurs, les coupes aux patinoires, aux bibliothèques et aux éco-quartiers, que l’administration Fotopulos avait envisagées en mars, ne sont gelées que parce que la ville centre a permis de reporter le remboursement de la dette.
« C’est inacceptable d’y avoir quand même pensé », a lancé à la mairesse Josée Duplessis, conseillère du Plateau qui a quitté le parti du maire Tremblay pour se joindre à Projet Montréal.
L’administration Tremblay a refusé la demande de Mme Fotopulos de « dispenser l’arrondissement du remboursement de sa dette ».
Mme Fotopulos a dit, hier, que l’arrondissement « écarte l’imposition d’une taxe spéciale en 2010 » et ne prévoit pas de déficit supplé
mentaire en 2009.
Critiques de Labonté
Hier, le chef de l’opposition officielle, Benoit Labonté, a critiqué la façon dont Mme Fotopulos a réagi à la nouvelle de La Presse en ironisant: « Elle a tellement bien géré son arrondissement qu’on l’a envoyée ailleurs faire la même chose. »
M. Labonté ajoute qu’il ne comprend pas comment le conseiller Michel Labrecque peut estimer que le déficit 2008 de 4,1 millions n’est pas inquiétant. « Moi, ça m’inquièterait, dit-il. C’est près de 10% de son budget. Il ne faut pas avoir de lunettes roses. »
Quant à la suggestion de M. Labrecque de résoudre la crise financière du Plateau par des accords de services avec d’autres arrondissements, Benoit Labonté n’y croit pas. « Les ententes interarrondissements, ça ne tient pas debout. C’est l’équivalent d’ententes intermunicipales. Donc, on ajoute un autre niveau d’administration. Ça n’a aucun sens. C’est là qu’on voit que ça ne marche pas avec cette administration. »
Selon Anie Samson, mairesse de Villeray– Saint-Michel– Parc Extension, le défaut de Mme Fotopulos est d’avoir mal utilisé les fonds dont elle disposait dans l’arrondissement du Plateau. « Regardez son budget participatif, combien ça coûte de l’organiser? Moi, je voudrais bien implanter ça dans mon arrondissement, mais ça coûte trop cher. »
Un citoyen du Mile End, Alain Tremblay, a dit à La Presse, hier, que les travaux que l’arrondissement est en train de réaliser rue SaintViateur à l’est de Saint-Laurent sont inutiles. « Ce bout de rue est en train de subir un facelift dispendieux qui n’était pas vraiment nécessaire, ditil. Les trottoirs et la rue étaient en bon état. Il n’y a pas de commerces ici. Bref, c’était tranquille. Tous les résidents sont d’accord pour dire que c’est un vrai gaspillage! Il n’y avait aucun besoin de faire ça. »
En même temps, les résidants habitant près du parc Laurier attendent toujours que l’on répare… les lampadaires du parc. Depuis des mois, les cyclistes traversent le parc et les enfants y jouent dans la pénombre. Peu agréable et peu sécuritaire. « On nous dit que ça coûterait 400 000$ pour remettre la lumière et qu’on n’a pas l’argent », dit Josée Duplessis.
Mme Fotopulos est même contestée au sein de son parti, a constaté La Presse, hier.
« Madame Fotopulos a été critiquée autant que la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, MarieAndrée Beaudoin, dit un élu d’Union Montréal, sous le couvert de l’anonymat. Mais pour être honnête, il faut dire qu’à Montréal, on n’est même pas capable d’avoir les mêmes leviers fiscaux que Toronto. Le gouvernement Charest se traîne les bottines... »


L’offensive éthique de Tremblay - MICHÈLE OUIMET CHRONIQUE
Évidemment, cette ligne n’est pas magique. Par contre, elle lancera un signal clair aux magouilleurs.
Loin de moi l’idée de reprocher au mai re Géra ld Tremblay le militantisme éthique qui l ’ assai l le depuis quelques jours : lancement d’une ligne téléphonique de dénonciation, création d’un poste de commissaire à l’éthique, guide de conduite pour les élus.
Toute cette agitation est saine, mais elle ne doit pas servir à noyer le poisson. Et le poisson est gros. On parle du plus important contrat de l’histoire de la ville, un pactole de 355 millions que deux entreprises, Dessau et Simard-Beaudry, ont raflé et sur lequel flotte une odeur de scandale.
Le problème: l’apparence de conflit d’intérêts qui a entouré l’attribution de ce gigantesque contrat qui prévoit l’installation de compteurs d’eau.
Je vous résume l’affaire : l’exprésident du comité exécutif, Frank Zampino, a voyagé sur le yacht de Tony Accurso qui a obtenu le contrat des compteurs d’eau.
M. Zampino est un grand ami de Tony Accurso. Le consortium qui a obtenu le contrat est composé de Simard-Beaudry, qui appartient à M. Accurso, et de Dessau qui a embauché M. Zampino six mois après son départ de la vie politique. Le voyage de M. Zampino sur le luxueux yacht de Tony Accurso s’est déroulé en plein processus d’attribution du contrat.
M. Zampino a protesté de sa bonne foi : tout a été fait selon les règles de l’art. Et pour le prouver, il a proposé au maire de lui envoyer toutes les factures de son voyage sur le yacht désormais célèbre de M. Accurso.
Mais quand Gérald Tremblay a précisé que les factures allaient être rendues publiques, M. Zampino a changé d’idée en s’étouffant d’indignation : inquisition! Atteinte à sa vie privée !
Voilà l’histoire. Disons les choses clairement: ça regarde mal. Le maire le sait. D’où l’offensive, la ligne téléphonique de dénonciation, le commissaire à l’éthique et tout le bataclan.
Le poisson est gros, ça prend beaucoup d’eau pour le noyer.
Le maire était sur toutes les tribunes, hier. Il défendait son idée de créer une ligne téléphonique de dénonciation. Ou plutôt de prévention, comme tenait à le souligner Gérald Tremblay. Le mot dénonciation le hérissait.
On peut se moquer de ces précautions oratoires. Oui, il y aura bel et bien dénonciation, mais la ligne ne servira pas à de la délation bébête où n’importe quel citoyen pourra faire un appel anonyme pour moucharder trois cols bleus accotés trop longtemps sur leur pelle autour d’un trou.
La ligne ne servira pas non plus à régler des comptes avec un patron détestable ou un collègue honni. Les plaintes devront être sérieuses si elles veulent aboutir sur le bureau du vérificateur de la Ville. On parle ici d’employés témoins de corruption ou de gaspillage de fonds publics qui auront le courage de dénoncer un supérieur, un élu, un collègue ou un promoteur qui s’en met plein les poches.
Chaque personne qui utilisera la ligne devra se nommer. Son anonymat sera protégé. Seuls les employés et les gens qui brassent des affaires avec la Ville pourront l’utiliser.
Les informations seront recueillies par une firme privée, comme c’est le cas à Edmonton et Ottawa. Elles seront ensuite acheminées au bureau du vérificateur qui en fera l’analyse et ordonnera une enquête s’il le juge nécessaire.
Hier après-midi, j’ai parlé au maire. Il m’a assuré que le vérificateur, qui est décidément un homme très occupé par les temps qui courent, aura davantage d’argent pour étudier les plaintes et mener ses enquêtes.
Il manque une chose au plan de M. Tremblay. Les dénonciateurs doivent jouir d’une immunité qui les protégera contre une sanction salariale ou un congédiement. Sans immunité, peu d’employés oseront se mettre la tête sur le billot.
Évidemment, cet te l igne n’est pas magique. Par contre, elle lancera un signal clair aux magouilleurs. Selon une étude canadienne effectuée en 2007, 13,3% des fraudes ont eu lieu dans des administrations publiques et 42% de ces cas ont été détectés à la suite d’une dénonciation.
Hier, l’éthique était à la mode. Le premier ministre Jean Charest a annoncé qu’il avait bel et bien l’intention de créer un poste de commissaire à l’éthique à la suite de la demande de Gérald Tremblay. Les villes du Québec auront enfin un chien de garde, ce qui va drôlement contraster avec la simili-éthique qui les gouverne.
Actuellement, trois petits articles de loi frileux parlent d’éthique municipale. En gros, si un élu est en conflit d’intérêts et qu’il se retire lorsque son dossier est discuté, il devient blanc comme neige. Pas fort.

Alors, un commissaire à l’éthique, c’est le pactole.



Risque de fraude avec le système informatisé d’approvisionnement
Le vérificateur général de Montréal dépose son rapport annuel
Dans son dernier rapport annuel, le septième en autant d’années, le vérificateur général de Montréal met en garde l’administration Tremblay-Dauphin contre les risques de fraude. Aprèsavoirexaminéscrupuleusement le système informatisé d’approvisionnement de la Ville de Montréal, Michel Doyon en vient à la conclusion que les utilisateurs ont trop de latitude, et qu’en conséquence, « il y a un risque de fraude ».
Dans le rapport annuel qu’il a présenté hier, le vérificateur général de Montréal, Michel Doyon, a mis en garde l’administration Tremblay-Dauphin contre les risques de fraude que présente le système informatisé d’approvisionnement de la Ville.
Le système en question, baptisé SIMON, traite annuellement un milliard de dollars en commandes de toutes sortes. Les achats vont de la livraison de pierres concassées au matériel de bureau, en passant par les équipements de parcs municipaux.
À la lumière des vérifications effectuées au cours du premier trimestre de 2008, M. Doyon a constaté que trop de fonctionnaires, sur les 850 qui ont accès au système, peuvent « créer un bon de commande, l’approuver et en effectuer la réception ». Ce qui signifie que des actes non autorisés, donc possiblement frauduleux, peuvent se produire.
Après analyse, le bureau du vérificateur a relevé la présence de 7206 fournisseurs dans le système dont le code postal et le numéro de téléphone n’apparaissaient pas. « Notre travail s’est arrêté là, a dit M. Doyon. Il aurait été trop fastidieux de pousser plus loin l’enquête pour déterminer s’il y a eu des fraudes. »
Sols contaminés
Les craintes du vérificateur général sont par ailleurs nombreuses au sujet de la gestion des sols contaminés, nombreux le long des cours d’eau à proximité des voies ferrées à Montréal. Si M. Doyon estime que les responsables de la ville centre ont les bonnes connaissances, il constate que le personnel des arrondissements manque d’information. « Il y a donc un risque d’émettre un permis sur un site contaminé », a déploré Michel Doyon, qui part à la retraite le 2 juin prochain.
De façon générale, Michel Doyon estime que la structure de la Ville de Montréal s’est améliorée, mais qu’on peut encore faire mieux. Il a par ailleurs signalé qu’un meilleur financement du bureau de vérification permettrait d’aller plus loin dans les enquêtes.
Au sujet de son successeur, Jacques Bergeron, le vérificateur sortant a souligné qu’il entrait en poste avec le plus gros mandat d’enquête jamais attribué. Celui de faire la lumière sur le contrat des compteurs d’eau au consortium GÉNiau, formé de Dessau et de la firme Simard-Beaudry.
En réaction au rapport, le directeur général de la Ville, Claude Léger, a assuré qu’il rencontrerait « un par un » les fonctionnaires qui ont l’autorisation d’effectuer des achats de 3000$ et plus avec le système SIMON. Ils seraient au nombre de 94, a-t-il dit.
En 2007, 93% des recommandations du vérificateur ont été réalisées ou étaient en voie de l’être.



La société d’adoration mutuelle -  MICHÈLE OUIMET
Quant au travail remarquable de Michel Labrecque, je mettrais un bémol. Doit-on rappeler au maire qu’il fait partie de l’équipe de Mme Fotopulos depuis quatre ans? N’a-t-il pas l’ombre d’une responsabilité dans la mauvaise gestion de l’arrondissement?
Re ma r q u a bl e . S e l o n Le Pet it Robert, ce mot signifie marquant, notable, distingué, éminent, insigne, rare, épatant, formidable, extraordinaire.
Lundi, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a déclaré qu’Helen Fotopulos, qui dirige l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal depuis 2001, avait fait un travail remarquable. Donc marquant, notable, distingué, éminent, insigne, rare, épatant, formidable, extraordinaire.
Helen Fotopulos venait d’annoncer qu’elle ne serait pas candidate à la mairie du Plateau le 1er novembre. Elle réfléchit à son avenir. Le maire en avait quasiment les larmes aux yeux.
Son remplaçant est déjà trouvé: le conseiller du Plateau, Michel Labrecque, un autre « qui fait un travail remarquable comme élu et comme président de la STM », a précisé le maire.
Lundi, Michel Labrecque, Gérald Tremblay etHelen Fotopulos étaient assis côte à côte face aux journalistes pour annoncer le départ de Mme Fotopulos et son remplacement par Michel Labrecque. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. La société d’adoration mutuelle.
Plusieurs élus s’étaient déplacés pour assister aupointdepresse, dont le maire de Rosemont–La PetitePatrie, André Lavallée, qui a passé son temps à se curer les oreilles et jouer avec son BlackBerry.
Comment le maire peut-il dire qu’Helen Fotopulos a fait un travail remarquable? Le diable est aux vaches dans le Plateau. L’arrondissement est mal géré, les tensions sont énormes entre les élus et l’ombudsman, Johanne Savard, qui ne s’est jamais illustrée par des déclarations lapidaires, a dit que c’était « difficile, très difficile » avec le Plateau et qu’obtenir une information était aussi pénible que d’arracher une dent.
« Il faut vérifier les informations qu’on nous donne, elles sont parfois non conformes à la réalité », a-t-elle ajouté.
Une conseillère, Josée Duplessis, a même claqué la porte pour aller rejoindre Projet Montréal. Lemaire était au courant des tensions, mais il a préféré garder Mme Fotopulos parce qu’il ne voulait froisser personne. Le syndrome du bon gars.
Des citoyens doivent patienter deux ou trois ans pour des trucs aussi banals que boucher des trous dans les ruelles ou éclairer la piste cyclable qui traverse le parc Laurier.
Quant au travail remarquable de Michel Labrecque, je mettrais un bémol. Doit-on rappeler au maire qu’il fait partie de l’équipe de Mme Fotopulos depuis quatre ans? N’a-t-il pas l’ombre d’une responsabilité dans la mauvaise gestion de l’arrondissement?
Il est en poste à la STM depuis à peine six mois. Il n’a rien fait de remarquable. Les tarifs n’ont pas bougé, les autobus ne se sont pas multipliés et le service ne s’est pas amélioré.
M. Labrecque n’a pas de permis de conduire et il se promène en vélo. Soit. Ça ne le transforme pas pour autant en administrateur compétent et efficace. Il doit faire ses preuves. Il a une sensibilité pour les transports en commun, ce qui est déjà pas mal, mais de là à dire que son travail est remarquable, il y a une marge. On se garde une petite gêne.
Parlons éthique maintenant. Cette année, Helen Fotopulos a assisté à un match du Canadien dans la loge d’une firme d’ingénieurs, CIMA+, au Centre Bell. Une firme qui a obtenu de la Ville des contrats de plusieurs millions, dont celui de la surveillance des travaux sur le boulevard SaintLaurent qui traverse l’arrondissement de Mme Fotopulos.
Environ 40 personnes ont envoyé une lettre à La Presse pour défendre Mme Fotopulos. « Une ministre de la Culture peut-elle ou doit-elle rencontrer des artistes, des producteurs, des agents ou des investisseurs culturels ? » ont-elles demandé sur un ton ironique.
Mais oui, elle peut rencontrer tous les artistes de la création si elle le désire. Dans le cas de Mme Fotopulos, on est loin d’une rencontre innocente entre une ministre et un artiste. On parle d’une firme d’ingénieurs qui décroche des contrats qui se chiffrent en millions. Un élu ne peut pas copiner avec une entreprise, même autour d’une simple partie de hockey. Le maire Tremblay a d’ailleurs précisé qu’il n’aurait jamais accepté une telle invitation.
La Ville se noie dans les scandales, l’éthique est à la mode et malgré tout, des gens – avocats, architectes, notaires, ingénieurs, présidents de compagnie – défendent Mme Fotopulos dans une lettre ouverte en affirmant qu’elle a bien fait d’accepter l’invitation de CIMA +. Renversant.
En plus, Mme a candidement avoué qu’elle n’aime pas le hockey. Lundi, elle a remis cette histoire sur le tapis. Elle a déclaré qu’elle était très fière parce qu’une quarantaine de personnes étaient venues à sa défense. Le maire n’a rien dit. Quant à Michel Labrecque, il a continué de diriger le festival Montréal en lumière même s’il avait été élu dans l’équipe du maire. Son festival reçoit des subventions de la Ville. Par contre, dès qu’il a été nommé président de la STM, il a démissionné.
Pourquoi n’a-t-i l pas démissionné dès son élection? On ne peut pas jouer sur les deux tableaux: être un conseiller municipal et conserver son emploi de directeur général d’un organisme soutenu en partie par la ville pour laquelle on travaille à titre d’élu. C’est une évidence. Pas pour M. Labrecque, qui a porté les deux casquettes pendant trois ans.
Comme si la notion d’éthique était diluée au municipal et que chaque élu pouvait l’apprêter à sa guise. Des fois, je me dis que cette ville, c’est n’importe quoi.


Michel Labrecque candidat à la mairie du Plateau
Le conseiller municipal et président de la Société de transport de Montréal ( STM), Michel Labrecque, est le candidat du parti Union Montréal à la mairie du Plateau-Mont-Royal pour les prochaines élections municipales.
La mairesse du Plateau-Mont-Royal, Helen Fotopulos, a finalement pris la décision que plusieurs souhaitaient la voir prendre : elle a annoncé au chef du parti Union Montréal, le maire Gérald Tremblay, qu’elle ne sera pas candidate à sa succession le 1er novembre.
C’était écrit dans le ciel depuis quelque temps. La mairesse du Plateau-Mont-Royal, Helen Fotopulos, a finalement pris la décision que plusieurs souhaitaient la voir prendre: elle a annoncé au chef du parti Union Montréal, le maire Gérald Tremblay, qu’elle ne sera pas candidate à sa succession le 1er novembre.
Cela fait plus d’un an que des élus d’Union Montréal faisaient part au maire Tremblay des problèmes de gouvernance dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal. Dès 2006, la conseillère Josée Duplessis avait rencontré plusieurs fois le directeur de cabinet du maire, Stéphane Forget, pour lui dire que ça ne tournait pas rond dans l’arrondissement. Mais cela n’avait rien donné.
Une réflexion a alors débuté entre les conseillers Michel Labrecque, Isabel Dos Santos, Josée Duplessis et Eleni Fakotakis. De façon presque naturelle, Michel Labrecque s’est de plus en plus trouvé à être implicitement plébiscité pour devenir le leader du Plateau. Les mois ont passé. Le maire Tremblay faisait la sourde oreille, ne voulant froisser personne.
Il a nommé M. Labrecque à la tête de la STM. La grogne s’est quand même poursuivie, provoquant le départ de Mme Duplessis pour Projet Montréal, le parti de Richard Bergeron. Quant à M. Labrecque, il a remis en cause son avenir politique.
Le maire Tremblay a finalement estimé qu’il aurait été dommage pour son parti de voir partir « un homme de grand talent », comme il l’a dit, hier, en conférence de presse. « Il a déjà fait un travail remarquable comme conseiller et comme président de la STM en moins de six mois, a dit le maire. Il a consacré 10 ans d’efforts comme président de Montréal en lumière et on va fêter le 25e anniversaire du Tour de l’île. Tu as toutes les qualités requises pour représenter les citoyens du Plateau-Mont-Royal. »
M. Labrecque a dit avoir pris sa décision après avoir senti qu’il bénéficiait d’appuis notables. Et puis, il aime travailler à améliorer la qualité de vie à Montréal, notamment en ce qui a trait aux transports collectifs. D’ailleurs, Gérald Tremblay a dit que si Michel Labrecque est élu maire du Plateau, il demeurera à la tête de la STM.
Question piège
Pourquoi Gérald Tremblay n’a-til pas pris la décision de remplacer Mme Fotopulos par M. Labrecque avant? « Cela vous aurait évité de perdre une conseillère », a demandé La Presse. Le maire n’a pas répondu, laissant Mme Fotopulos dire qu’elle avait pris la décision « seule » après avoir fait « une analyse ».
Mme Fotopulos s’est trouvée ces derniers temps impliquée dans divers dossiers. L’administration Tremblay est critiquée dans le dossier Marianopolis, un projet immobilier situé dans l’arrondissement historique et naturel du mont Royal. Mme Fotopulos est responsable des parcs de la Ville. Même si elle a demandé qu’une vérification administrative ait lieu dans son arrondissement à la suite de critiques de l’ombudsman, les critiques des employés du Plateau sont révélatrices d’un malaise.
Le fait qu’elle ait admis avoir accepté l’invitation de la firme Cima + de se rendre l’hiver dernier dans une loge du Centre Bell que possède cet important fournisseur de la Ville a aussi fait couler de l’encre. Elle estime qu’elle a bien fait, mais des élus, notamment Michel Labrecque, n’auraient pas agi ainsi.
Helen Fotopulos passe donc le flambeau. Hier, elle a rappelé les contributions qu’elle a apportées à la vie publique du Plateau: le budget participatif, le plan de déplacement urbain (pourtant l’oeuvre de M. Labrecque), des règlements d’urbanisme pour favoriser une certaine harmonie architecturale, etc. Le maire Tremblay lui a rendu hommage, qualifiant son travail de « remarquable ».
« Il y a un manque de leadership dans le Plateau de la part de l’administration Union Montréal, a dit, hier à La Presse, le candidat de Projet Montréal qui affrontera Michel Labrecque, Luc Ferrandez, consultant en gestion d’entreprise. Mme Fotopulos n’est qu’un bouc émissaire. Cette annonce est un geste de désespoir de cette administration. »
Mme Fotopulos dit qu’elle ne sait pas encore ce qu’elle va faire. Certains la voient succéder à JeanGuy Chaput à la tête de la SODEC. D’autres pensent qu’elle sera candidate dans le district de Côte-desNeiges si la conseillère actuelle, Francine Senécal, ne se représente pas. Mme Senécal va rencontrer le maire Tremblay dans les prochains jours. Ceux qui veulent lui indiquer la sortie devront encore attendre un peu. « Ça fait presque huit ans que je sers les citoyens de Côte-desNeiges, la politique est un métier exigeant, mais aussi très valorisant. Ça ne s’est jamais démenti », a dit Mme Senécal à La Presse, hier.
Le maire Tremblay a également annoncé que le maire de MontréalNord, Marcel Parent, sera bel et bien candidat à sa propre succession le 1er novembre.



Montréal enquête sur l’administration du Plateau
Une vérification administrative a été entreprise par la ville centre pour étudier les critiques faites par l’ombudsman de Montréal visant l’administration du Plateau-MontRoyal sous la direction de Johanne Falcon, a appris La Presse.
Un porte-parole de la Ville de Montréal, Gonzalo Nuñez, a confirmé à La Presse que le service du capital humain avait demandé à Me Alain Bond de coordonner l’analyse de la situation administrative dans le Plateau-Mont-Royal, sous la direction de Johanne Falcon. Sur la photo, l’avenue du Mont-Royal, principale artère de l’arrondissement.
La gestion de Mme Falcon a été critiquée sévèrement par l’ombudsman, Me Johanne Savard, lors de la publication de son rapport, le 29 avril dernier. Me Savard avait critiqué le Plateau Mont-Royal pour son manque de transparence. « Dans les faits, c’est difficile, c’est très difficile, avait-elle alors déclaré devant les journalistes. Au Plateau, c’est comme arracher une dent à chaque information. Il faut même vérifier les informations qu’on nous donne. Elles sont parfois non conformes à la réalité. »
Me Savard avait dit en conférence de presse que Johanne Falcon était « au coeur du problème » et que des employés auraient reçu la consigne de ne pas transmettre d’informations à l’ombudsman. D’autres auraient été semoncés pour l’avoir fait, avait-t-elle ajouté. « J’en ai parlé à la mairesse de l’arrondissement plusieurs fois, j’ai même sonné la cloche auprès du directeur général de la Ville, qu’on avait des grosses difficultés, avait dit Me Savard. On est obligé de passer par des élus pour régler des problèmes de gestion, ça n’a pas de bon sens. »
Mme Falcon avait réagi le jour même par communiqué et par une lettre de trois pages envoyée au maire Gérald Tremblay, à la mairesse du Plateau-Mont-Royal, Helen Fotopulos, et au directeur général de la Ville, Claude Léger.
« Mes collègues de l’équipe de direction de l’arrondissement du Plateau-MontRoyal ont eu la même réaction que moi : celle d’une surprise totale », écrit-elle dans cette lettre, ajoutant que les commentaires de Me Savard attaquent « (sa) réputation, (sa) crédibilité et celles de (ses) employés ».
La conseillère du Plateau, Josée Duplessis, au nom de Projet Montréal, avait dit souhaiter que l’administration Tremblay fasse enquête sur les problèmes de gestion vécus dans l’arrondissement.
Lors du conseil d’arrondissement du 4 mai, MmeFotopulos avait dit à l’assistance avoir évoqué les critiques de Me Savard avec le président du comité exécutif, Claude Dauphin, avec l’ombudsman, avec le président du conseil municipal, Marcel Parent, avec Pierre Reid et avec Mme Falcon « qui m’a réaffirmé son engagement et son respect envers l’institution et le mandat de l’ombudsman ainsi que sa volonté de collaborer ».
Porte-parole de la Ville, Gonzalo Nuñez a confirmé à La Presse, hier, que le service du capital humain a du coup demandé à Me Alain Bond de coordonner l’analyse de la situation dans le Plateau-Mont-Royal. « Il accompagne le service du capital humain pour s’assurer du bon déroulement du processus de vérification à la suite des déclarations de l’ombudsman », dit M. Nuñez.
Dans ce cadre, des employés ont déjà été interrogés tout comme la mairesse Fotopulos. Et Mme Falcon aussi, « tout comme d’autres personnes, dans le processus de vérification de ces allégations qui est en cours », a dit, hier, son conseiller politique, Marc Snyder.
De plus, le 6 mai, des « employés et exemployés de l’arrondissement du Plateau Mont-Royal » ont envoyé une lettre à Claude Léger et au directeur du service du capital humain à la Ville, Pierre Reid. Pas pour soutenir Mme Falcon, mais pour en rajouter.
« Nous avons pris connaissance à notre tour AVEC STUPÉFACTION ( NDLR: écrit en grosses lettres) de la réponse de Johanne Falcon aux commentaires de l’ombudsman. Réponse faite au nom de ses employés et de ses directeurs, et que nous réfutons vivement, lit-on dans la lettre de deux pages obtenue par La Presse. Nous souhaitons rétablir la vérité. Nous avons vécu, et dans certains cas, vivons toujours, des séquelles de situations de censure grave et de dictature militaire. Depuis plusieurs années, la directrice de l’arrondissement impose un modèle de gestion qui repose sur la crainte, le non-respect des personnes, la méfiance et l’absence de collaboration, tant entre les directions elles-mêmes qu’entre les directions et les élus. »
Les auteurs de la lettre expliquent que s’il est important qu’il y ait une ligne tracée entre l’administratif et le politique, cela ne doit pas se faire « au point où on a l’impression de travailler les uns contre les autres ». « En livrant cette guerre de tous les instants avec le ‘politique’, la directrice et ses directeurs (soumis aux diktats imposés) oublient notre raison d’être qui est celle d’être au service des citoyens », lit-on.
La lettre évoque ensuite le « régime de terreur mis en place par madame Falcon » qui a entraîné « une démobilisation du personnel, un nombre anormal de départ d’employés vers d’autres arrondissements et de nombreuses blessures psychologiques chez plusieurs d’entre eux, que ce soit des cols blancs, des professionnels ou des directeurs ».
Ces employés et ex-employés affirment que cela fait des années qu’ils se plaignent de cette situation, que certains « ont été punis » pour s’être plaints et que certains sont partis « pour préserver notre santé mentale et physique ». Ils louent l’ombudsman d’avoir « osé parler et dénoncer une situation qui perdure ».
La lettre envoyée à M. Léger ne contient pas de noms. Elle est signée « employés et ex-employés de l’arrondissement Plateau Mont-Royal » et comporte une adresse courriel qui a permis à l’administration d’entrer en contact avec eux. Les auteurs n’ont pas voulu se nommer car ils craignent « des représailles sévères ». La Presse a parlé, hier, avec un des auteurs de la lettre.
Mme Falcon n’a pas rappelé La Presse.



Plateau Mont-Royal  -
Les départs d’employés continuent
Les départs d’employés du PlateauMont-Royal se poursuivent: le directeur des Services administratifs de l’arrondissement, Benoît Glorieux, quitte son poste pour rejoindre l’arrondissement de Lachine où il occupera les mêmes fonctions à partir du 15 juin.
M. Glorieux avait été nommé en février 2007. Il avait été auparavant directeur des Services administratifs de l’ex-arrondissement de Dorval, puis secrétaire exécutif de la Commission de la fonction publique de Montréal.
Benoît Glorieux quitte un arrondissement en pleine crise. Le Plateau-Mont-Royal fait actuellement l’objet d’une vérification administrative. Du côté des élus, la conseillère Josée Duplessis a quitté le parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, pour celui de Richard Bergeron, Projet Montréal. Le fait que le conseiller Michel Labrecque ne soit pas le candidat Union Montréal à la mairie du Plateau en novembre 2009 a causé bien des déceptions. Il réfléchit actuellement à son avenir.
D’autre part, la ville centre a décrété une vérification administrative qui concerne la gestion effectuée par la directrice de l’arrondissement, Johanne Falcon, critiquée récemment par l’ombudsman de Montréal, Me Johanne Savard. Des problèmes de transparence ont été évoqués par Me Savard tandis que des employés et ex-employés de l’arrondissement se plaignent du style de Mme Falcon et de son « régime de terreur ».
Des employés ont écrit anonymement une lettre au directeur général de la Ville, Claude Léger, et au directeur du Capital humain, Pierre Reid, pour se plaindre de la situation. L’enquêteur de la Ville, Me Alain Bond, a déjà interrogé un certain nombre d’employés. « Les vérifications administratives dans cet arrondissement se poursuivent », explique Gonzalo Nuñez, porte-parole de la Ville.
M. Glorieux n’a pas répondu à notre demande d’entretien, ni Mme Falcon.


Les mal-aimés du vélo - NATHALIE COLLARD

On pourrait réserver un espace aux cyclistes de compétition sur le circuit Gilles-Villeneuve.
Au cours des dernières semaines, Montréal a confirmé sa réputation de ville de vélo. Il y a d’abord eu le lancement de Bixi, le système de vélo en libre-service qui remporte un franc succès dans la métropole. Puis à la fin mai, Montréal accueillait les épreuves de la Coupe du monde féminine sur le mont Royal, un événement qui réunissait les meilleures cyclistes au monde. Enfin, le week-end dernier, la Féria du vélo attirait des dizaines de milliers de cyclistes qui ont fait honneur au 25e Tour de l’Île de Montréal.
Bref, les cyclistes montréalais sont aux anges. Enfin, presque tous les cyclistes. Car les cyclistes de compétition, eux, se sentent laissés pour compte. Avec raison. La Société du parc Jean-Drapeau s’apprête à les chasser d’un lieu d’entraînement rêvé : la piste du circuit Gilles-Villeneuve.
Plusieurs cyclosportifs se rendent sur cette piste bien lisse pour rouler seul ou en peloton. Rappelons que les endroits pour le faire, à Montréal, sont pratiquement inexistants. Il y a bien le chemin Camillien-Houde, sur la montagne, mais l’état de la chaussée laisse souvent à désirer. Sans compter que les cyclistes doivent partager l’espace avec les automobilistes et quelques cars de touristes.
D’autres cyclistes choisissent plutôt de rouler vers l’ouest, en empruntant la route qui longe le fleuve Saint-Laurent vers LaSalle et Lachine. Ils doivent toutefois emprunter des portions de la piste cyclable où roulent les cyclistes plus « contemplatifs ». Dangereux.
Le circuit Gilles-Villeneuve représente donc le seul véritable endroit où s’entraîner de façon sportive sans craindre de percuter un promeneur du dimanche.
Bien sûr, ces cyclistes de haut niveau qui filent à toute allure doivent partager la chaussée avec les utilisateurs de la piste cyclable Saint-Lambert–Vieux-Montréal ainsi qu’avec des adeptes du patin à roulettes.
Il y aurait eu 27 accidents liés au vélo en 2008, ce qui a incité la Société du parc Jean-Drapeau à adopter de nouvelles mesures de sécurité. On a donc annoncé l’installation de chicanes sur la piste. La Société songe aussi à déplacer les cyclosportifs autour du bassin olympique, là où on pratique l’aviron entre autres, un circuit pas mal plus pépère qui ne plaît pas aux principaux intéressés.
Il n’est pas trop tard pour revenir sur cette décision de la Société du parc Jean-Drapeau et aménager un compromis.
On peut très bien baliser le circuit Gilles-Villeneuve autrement et réserver un espace aux cyclistes de compétition. On peut également déplacer les patineurs à roulettes autour du bassin olympique. Ce serait plus logique.
Il y a 20 ans, le gouvernement Bourassa annonçait la transformation du vélodrome en Biodôme. Les cyclistes de compétition ne se sont jamais complètement remis de devoir céder leur place aux manchots et aux grenouilles. Va-t-on encore une fois leur retirer le seul endroit où ils peuvent s’entraîner à Montréal?




Évincés des parcs, les clubs de rugby ripostent
Le Rugby club de Montréal et le Club de rugby du parc olympique ont protesté, hier soir, contre l’administration du Plateau-MontRoyal qui a décidé de ne plus les accueillir sur ses terrains.
L’administration de la mairesse Helen Fotopulos et de la directrice Johanne MacKay Falcon se serait bien passée de cette nouvelle controverse. Mais une cinquantaine de joueurs de rugby mécontents avait envahi la salle du conseil pour protester.
La division des Sports, Loisirs et Développement social du Plateau (dont la responsable est en congé de maladie) a refusé l’accès aux terrains aux deux clubs estimant « qu’ils maganent » le gazon sur lequel ils jouent depuis sept ans.
Joueur de rugby, Stéphane Hamel a dit que son sport abîme moins les terrains que le soccer qui entraîne une usure régulière de la zone située près des buts.
« Le r ugby est en pleine expansion au Québec, a-t-il dit. Nous demandons d’annuler cette décision prise sans aucune consultation. »
Volte-face du maire Tremblay
La mairesse Fotopulos a dit que cette question est « examinée avec la ville centre » et qu’une solution sera trouvée. Mais il y a une pénurie de terrains de jeux dans l’arrondissement pour répondre à tous les besoins, a-t-elle ajouté.
Le 24 mars dernier, le maire Gérald Tremblay et le conseiller municipal Michael Applebaum, responsable du sport à la ville centre, avaient rencontré les représentants du Rugby club de Montréal à l’hôtel de ville les assurant de leur soutien.
La saison de rugby a commencé au Québec et M. Hamel trouve un peu ridicule que la seule solution qui s’offre à ces deux clubs soit d’aller jouer... à Sainte-Julie.
Par ailleurs, durant la séance du conseil d’arrondissement, la conseillère de Projet Montréal, Josée Duplessis, a voulu savoir pourquoi le Plateau-Mont-Royal a cessé d’être le seul arrondissement qui retransmettait en direct sur l’internet les séances mensuelles du conseil.
Elle a proposé un amendement à l’ordre du jour pour discuter de cette suppression. Mais la mairesse Fotopulos a refusé qu’il soit évoqué ce mois-ci.



Le roi de Saint-Lambert  -  Michèle Ouimet
Le maire de Saint-Lambert, Sean Finn, m’a envoyé une enveloppe. À l’intérieur, une copie de ma chronique sur Montréal, celle où je parlais d’éthique tout en traitant Gérald Tremblay de Ponce Pilate.
Agrafée à ma chronique, le code d’éthique de la Ville de Saint-Lambert et une note rédigée par le maire Finn: « Michèle, excellent article. Nous avons un code d’éthique à Saint-Lambert depuis 1996. » Signé : Sean.
Je ne connais pas le maire Finn, je ne l’ai jamais rencontré.
Je l’ai peut-être croisé en 2007 lorsque les villes défusionnées, y compris Saint-Lambert, passaient leur temps à se chicaner avec Longueuil. Rien de mémorable.
Un grand démocrate, le maire Finn? Pas vraiment. Il est plutôt du genre Finn 1er. Il n’hésite pas à envoyer des huissiers chez des citoyens qui font des demandes d’accès à l’information auprès de la Ville. Sa ville, pour ne pas dire son royaume.
Pendant que le maire Finn se bat contre ses citoyens tout en contournant l’esprit de ses règles d’éthique, il prend le temps de m’écrire une petite note. Je l’ai donc appelé pour discuter du club de gol f de Saint-Lambert, sur lequel flotte une odeur pas très catholique. Il a refusé de me parler. Tout à coup, il n’avait plus une minute à lui.
L’histoire tourne autour du Country Club de Montréal (CCM), un club de golf privé situé à Saint-Lambert auquel M. Finn, sa femme, ses cinq enfants, un conseiller municipal et la directrice générale de la Ville, Michèle Lortie, sont abonnés.
Le club couvre 7 % de la superficie de Saint-Lambert. La Ville est propriétaire; le club, locataire.
Un club qui en arrache. Le nombre de membres est passé de 633 en 1998 à 557 en 2007. En 2006, l’année s’est terminée avec un déficit de 66 618$, épongé par les membres, dont M. Finn et Mme Lortie, au moyen d’une cotisation spéciale. Même chose en 2007 et 2008: les déficits de 110 121$ et 109 615$ ont été payés par les membres.
Pour devenir membre à temps plein du club, il faut verser 4900 $ par année, sans oublier un droit d’entrée qui a fluctué dans le temps, variant de 4000$ à 20 000$.
La Ville a donné un bon coup de main au CCM en signant, en 2008, un nouveau bail qui court jusqu’en 2050. Un bail en or que n’importe quel locataire rêverait de signer.
Le club doit, en principe, verser un loyer de 40 000$ par année, deux fois moins que dans l’ancien bail. Le CCM n’envoie pas un chèque de 40 000 $ à la Ville. Il s’engage plutôt à investir 40 000$ dans ses immeubles et ses équipements. C’est ce que le bail précise. Article 11.1.
Non seulement le CCM ne paie pas de loyer, mais, en plus, la Ville subventionne ses travaux! Même tour de passe-passe pour les loyers impayés de 2006 à 2008, soit 240 000$. Le CCM a investi près de 240 000$. Et hop, plus de loyer à payer! Pratique.
Autre coup de pouce: la clôture. Article 12.5 du bail : la Ville s’engage à investir 10 000$ par année pour l’entretien de la clôture et de la voie d’eau qui circule à travers le terrain. Une subvention à peine déguisée.
Les citoyens de Saint-Lambert paient pour permettre à 600 membres de jouer au golf, dont le maire et la directrice générale, Michèle Lortie. C’est elle, d’ailleurs, qui a négocié le bail au nom de la Ville.
Saint-Lambert ne nage pas dans l’argent. Depuis 2006, les taxes ont augmenté de 4,8%.
Un groupe de citoyens a décidé de demander des comptes au maire. Dès qu’ils voulaient obtenir des documents, la Ville leur répondait d’utiliser la Loi sur l’accès à l’information. Cinq citoyens ont donc envoyé 28 demandes entre avril 2008 et mars 2009, soit 2,3 par mois.
Réponse de la Ville: il y a trop de demandes. Elle a formulé une requête auprès de la Commission d’accès à l’information pour qu’elle l’autorise à ne pas en tenir compte. Elle a même envoyé un huissier chez chacun des cinq citoyens.
Le problème, ce n’est pas l’ampleur des sommes impliquées, mais l’outrecuidance du maire Finn, qui intimide des citoyens en leur envoyant des huissiers, un maire qui dirige sa ville comme un seigneur qui n’a pas de comptes à rendre à ses vassaux, un maire qui refuse de répondre aux questions légitimes des journal istes. Bref, un maire qui ne mérite pas d’être maire.
Sean Finn se pète les bretelles parce que sa ville a un code d’éthique. Il devrait peut-être le relire, car il précise que « les élus » et « le personnel de direction » doivent éviter « de se placer sciemment en situation susceptible de mettre en conflit, d’une part, leur intérêt personnel ou celui de leurs proches et, d’autre part, les devoirs de leurs fonctions ».
Et qui a proposé l’adoption de ce code en 1996? Le conseiller municipal Sean Finn.


DES ÉPAVES DE PLUS EN PLUS GÊNANTES -  Hugo Meunier
Seringues éparpillées, graffitis, squatteurs, risques d’incendie et d’effondrement : quelque 500 immeubles laissés à l’abandon défigurent le paysage urbain et engendrent toutes sortes de problèmes dans le voisinage. Pour contrer leur prolifération, Montré
« Ce sont les propriétaires qui sont responsables du nombre d’immeubles abandonnés, et non le vieillissement du parc immobilier. »
De l oin, on dirait une ville abandonnée.
De haut en bas, on aperçoit une ancienne école anglophone à Pointe-aux-Trembles, le toit de l’usine Canada Malting, une maison abandonnée dans CentreSud et, en bas, une porte empruntée par des intrus pour entrer dans l’ancienne brasserie Dow, au centre-ville.
Une grappe de vieux immeubles similaires, alignés les uns contre les autres dans un secteur résidentiel un peu mal famé de Pointe-aux-Trembles.
Un vaste champ broussai l leux s’étend au pied de ces bâtiments, jusqu’à une vieille école primaire abandonnée dont les fenêtres et les portes sont barricadées avec des feuilles de contreplaqué.
I l y a deux ans, des enfants grouillaient dans la cour de l’école anglophone McLearon. Mais la commission scolaire English Montreal l’a fermée, faute d’élèves.
Aujourd’hui, le nom de l’école sur le mur de briques est noirci par trois incendies criminels qui y ont été allumés en moins de trois mois à l’été 2007.
Des débris de verre et des bouteilles de bière s’amoncellent devant les fenêtres barricadées. Des graffitis haineux tapissent les murs. « Fuck les Anglais ! » peut-on lire à quelques endroits.
« J’ai bien hâte que quelqu’un fasse quelque chose avec ça ! » s’exclame Claude Marquis, qui habite en face de l’école avec sa famille.
Il était aux premières loges pour assister aux incendies qui ont ravagé l’école, dont le plus violent a entraîné des dégâts évalués à un demi-million de dollars. « Ça brûlait beaucoup. On a eu peur, c’était près de la maison! » raconte ce père de deux enfants.
Il y a quelques semaines, les pompiers sont revenus pour un incendie de moindre ampleur. « Et par la suite, j’ai vu des gens faire du grabuge autour de l’école. Ils frappaient dans les fenêtres avec des bâtons », explique la conjointe de M. Marquis, Andrea Predescu.
Comme les gens du secteur, ils ont signé une pét it ion visant à débarrasser le quartier du bâtiment. « L’école attire maintenant toutes sortes d’indésirables », laisse tomber M. Marquis.
« Il est à peu près temps »
« Il est à peu près temps que quelqu’un en parle », soupire un résidant de la rue Sanguinet lorsqu’on lui demande son avis sur le duplex abandonné depuis à peu près un quart de siècle à côté de chez lui.
Depuis, la maison, construite en 1895, attire les consommateurs de drogue et les graffiteurs, sans oublier les rongeurs et même quelques hiboux.
Derrière la façade barricadée du duplex, il n’y a presque rien, sinon un amas de briques et de poutres à ciel ouvert. Comme un décor de cinéma. « Les pompiers débarquent régulièrement. Les murs de briques ont commencé à s’effriter et les risques d’effondrement augmentent. J’ai fait plusieurs plaintes à la Ville, mais ça ne donne rien », soupire ce voisin.
Ce genre de situation n’est pas une exception et pourrait se multiplier au cours des prochaines années.
Des immeubles qui vieillissent
Le vieillissement du parc immobilier risque de faire augmenter le nombre d’immeubles abandonnés à Montréal, qui s’élève déjà à 500, estime le Service incendie de Montréal (SIM). « Les structures prennent de l’âge. Beaucoup de bâtiments du centre-ville et du Centre-Sud ont entre 75 et 100 ans », explique James Ross, chef de division en santé et en sécurité au SIM.
La situation force d’ailleurs trois a r rondissement s – Sud-Ouest , Ville-Marie et Mercier-Hochelagaqu’elles ne sombrent pas dans l’oubli pour autant.
Les arrondissements ont le pouvoir de recommander la démolition des immeubles abandonnés s’ils s’avèrent dangereux.
Les bâtiments sont d’ailleurs classés en trois catégories par le Service incendie de Montréal : vacants, dangereux et à risques particuliers. « Ce n’est pas parce que c’est laid qu’on peut faire quelque chose, même si ça irrite le voisinage », nuance Jean Poisson, chef de la division des permis et des inspections de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.
Pas moins de 204 i mmeubles abandonnés sont éparpillés sur son territoire, dont plusieurs en état de dégradation avancée.
M. Poisson se réjouit de l’adoption d’un règlement municipal à la fin de 2007, qui autorise l’imposition de lourdes amendes aux propriétaires qui détériorent ou laissent se détériorer leurs bâtiments. « Ce sont les propriétaires qui sont responsables du nombre d’immeubles abandonnés, et non le vieillissement du parc immobilier », croit M. Poisson.
Dans l’arrondissement de VilleMarie, 47 bâtiments abandonnés sont dans la ligne de mire des autorités. « On a enfin les moyens d’exercer une pression sur les propriétaires » , explique le porte-parole de l’arrondissement, Jacques-Alain Lavallée, en r é f é r e n c e au nouve au règlement.
Quant aux immeubles squattés du centre-ville, M. Lavallée souligne qu’il est conscient du problème. « On ne peut pas toujours être là », plaide-t-il. L’arrondissement du Sud-Ouest abrite aussi son lot de bâtiments condamnés, soit 49, dont plusieurs immeubles industriels. Un nombre qui pourrait diminuer, croit Normand Proulx, directeur en aménagement urbain et du service aux entreprises de l’arrondissement.
À l’instar de la Ville, plusieurs groupes communautaires du SudOuest maintiennent une pression sur les propriétaires pour que les immeubles vacants connaissent une seconde vie.
Le Service de police de la Ville de Montréal a d’ailleurs chassé la semaine dernière une centaine de personnes qui occupaient une usine de chandelles désaffectée à l’angle des rues Atwater et Saint-Patrick. Les évincés mi l itaient contre la conversion des bâtiments abandonnés du quartier en copropriétés plutôt qu’en logements sociaux. Maisonneuve – à assurer une surveillance permanente et à tenir un registre des immeubles abandonnés, qui appartiennent pour la plupart à des particuliers.
Incendie, vieillissement des structures, déménagement, décès, faillite, succession, difficultés à vendre : les raisons qui poussent les gens à abandonner leurs immeubles sont nombreuses.
Certains propriétaires continuent de payer leurs impôts fonciers. D’autres se sont évanouis dans la nature.
Tous ont cependant la responsabilité de fermer les accès à leurs bâtiments, sous peine d’amendes.
Ce qui ne veut toutefois pas dire que ces immeubles sont impénétrables.
Règlement plus musclé

Avec les années, plusieurs de ces épaves urbaines finissent par se fondre dans le décor. Les autorités assurent

« Ici, c’est une zone de guerre! »
Un propriétaire à bout de souffle n’arrive pas à vendre une ancienne usine délabrée
Certains propriétaires se retrouvent souvent malgré eux avec leurs bâtiments condamnés. « Ici, c’est une zone de guerre! » s’exclame l’un d’eux, Steven Quon, devant ce monstre architectural rouillé et couvert de graffitis qui fut jadis la Canada Malting, une malterie du sudouest de Montréal.
L’ancienne usine de Canada Malting, à vendre depuis quelques années, ne trouve pas preneur. En attendant, des intrus y entrent souvent et causent des méfaits, au grand dam du propriétaire.
Construit au début du XXe siècle, le bâtiment possède un intérêt patrimonial indéniable avec ses gigantesques silos hauts de 37 mètres, dont le plus ancien date de 1905. C’est la dernière construction du genre en Amérique du Nord. Des centaines d’employés y travaillaient après la Seconde Guerre, jusqu’à la fermeture de l’usine, en 1980.
Le père de Steven Quon en a fait l’acquisition au début des années 80 pour y entreposer du soya et du maïs. Les activités ont cessé peu de temps après et l’usine est à l’abandon depuis près de 25 ans.
Un quart de siècle à être la cible des vandales, graffiteurs, voleurs de métaux, de cuivre et de fils électriques.
Pour repousser ces envahisseurs, il n’y a que Steven Quon et une poignée d’employés, constamment en train d’ériger des murs d’acier et des barricades pour bloquer les accès.
Il y a tout juste quelques semaines, le groupe d’intervention tactique du Service de police de la Ville de Montréal a dû intervenir pour déloger des jeunes qui avaient trouvé refuge dans la forteresse abandonnée.
Du haut de leur perchoir – d’où on a une vue imprenable sur le mont Royal et le centre-ville –, une ronde presque quotidienne », raconte l’homme, qui refuse d’être identifié de peur de s’attirer les foudres des vandales.
Combat épuisant
Après des années de combat contre les visiteurs indésirables, les Quon sont épuisés. Ils veulent vendre depuis quelques années, mais aucun acheteur n’a fait d’offre concrète. « Les gens qui veulent l’acheter souhaitent démolir l’usine et construire des immeubles d’habitation » , soul igne ces intrus se sont amusés à lancer des briques et toutes sortes de projectiles aux policiers.
Le couvreur du garage voisin a assisté à cette scène à saveur médiévale. « Ils lançaient des briques par les fenêtres. Ils ont brisé toutes nos vitres, c’était l’enfer. Un de mes amis en a reçu une à l’estomac, il est tombé. Les policiers viennent ici 30 ou 40 fois par année et font maintenant André Riendeau, l’agent immobilier qui représente la famille.
Démolir le bâtiment coûterait entre 2 et 3 millions de dollars, estime Steven Quon. Pour démolir un immeuble classé au patrimoine, il faut au préalable obtenir un permis de la Ville. Pour ce faire, il faut démontrer que l’édifice est dangereux.
Un projet résidentiel à l’ancienne Canada Malting nécessiterait un changement de zonage, et les futurs acheteurs devront voisiner avec une entreprise de produits chimiques. Bref, plusieurs raisons susceptibles de rebuter d’éventuels promoteurs, au grand dam des Quon. « On aimerait déplacer l’entreprise d’à côté pour permettre le réaménagement de la Canada Malting », explique de son côté Normand Proulx, directeur de l’aménagement urbain et du service aux entreprises de l’arrondissement du Sud-Ouest.
La situation exaspère Gaétan Sirois, qui a déjà travaillé pour la Canada Malting. Lors de notre passage, il revenait pour la première fois sur les lieux de son ancien travail, après 26 ans. L’ancien employé était sans voix. « C’est un choc. Je me souviens que, à l’époque, il y avait 58 camions qui faisaient la file rue Saint-Ambroise pour prendre leur cargaison », raconte M. Sirois, devant les ruines de l’usine.
Visite guidée
Chaussé de bottes et d’un casque de sécurité, armé d’une lampe de poche, Steven Quon a profité du changement d’une barricade au rez-de-chaussée pour visiter l’usine. Nous l’avons accompagné.
L’endroit est un véritable labyrinthe aux escaliers rouillés et étroits, dont les pièces sont presque devenues des salles d’exposition de graffiteurs.
Il faut faire preuve de prudence en grimpant les escaliers puisque plusieurs marches manquent, de même que des rampes.
Même chose pour les épais planchers en béton et en brique, troués comme un gruyère à certains endroits.
Attirés par ce décor lugubre rempli d’immenses cuves et autres vestiges de l’usine, quelques producteurs y ont tourné des films, notamment Battlefield Earth, avec John Travolta.
Steven Quon craint que des jeunes ne s’introduisent à l’intérieur et se blessent. Il est d’ailleurs catastrophé par une vidéo récente diffusée sur le web, dans laquelle on aperçoit un ado d’environ 13 ans sauter d’un silo à un toit situé à 7 ou 8 mètres de distance et 10 mètres plus bas. Le jeune casse-cou s’en est tiré avec une jambe cassée, mais une telle cascade aurait pu lui être fatale.



« C’EST MA VIE, ICI »
Le promoteur voulait acheter leurs bâtiments. Ils ont refusé. Aujourd’hui, ils sont menacés d’expropriation. Derniers Mohicans du Red Light, Gaby Haddad et Johnny Zomboulakis expliquent pourquoi ils ne veulent pas partir…
« Ça fait 25 ans que j’attends la revitalisation du boulevard SaintLaurent. Pourquoi est-ce que je partirais quand ça commence à devenir intéressant? »
Johnny Zomboulakis, propriétaire du Café Cléopâtre, persiste et signe: pas question pour lui de vendre l’immeuble qu’il occupe depuis 1976. La Société de développement Angus, qui mène le projet du Quadrilatère Saint-Laurent, lui a fait des propositions en ce sens. Mais en acceptant, il aurait sonné le glas de son commerce. « Il aurait fallu une offre aussi folle que l’idée de partir », dit-il.
Même c hos e pou r Gaby Haddad, dont la famille est propriétaire depuis un demi-siècle de l’immeuble situé au 1186, boulevard Saint-Laurent (épicerie Importations Main). Selon lui, les offres d’Angus sont loin de correspondre à la valeur en hausse du terrain. « On est loués à 100%. C’est une bonne source de revenus. Le lot est convoité. On n’est pas pressés de vendre. Surtout si la Main doit redevenir prospère. »
Avec les propriétaires des édifices abritant le Montréal Pool Room et le Club Opéra, Johnny Zomboulakis et Gaby Haddad sont les derniers Mohicans qui résistent encore au projet de la Société de développement Angus. À eux quatre, ils possèdent presque 50% de ce qui est appelé à devenir le Quadrilatère SaintLaurent. Autant dire un bon morceau.
Évidemment, leur obstination ne fait pas l’affaire du promoteur qui a multiplié les pressions pour arriver à ses fins. « La première fois qu’on s’est rencontrés, ils m’ont dit que si on ne vendait pas, la Ville allait nous exproprier. La rencontre a duré cinq minutes », raconte M. Haddad. « Un matin, ils ont carrément placardé ma porte avec du bois. », ajoute M Zomboulakis, encore insulté. Rendu là, c’est grave. »
Cow-boys, les gens d’Angus? Christian Yaccarani, le promoteur responsable du projet, s’en défend. «Lors de l’assemblée d’information publique que nous avons tenue le 14 avril dernier, ils ne sont malheureusement pas venus défendre leur point de vue. J’ai discuté avec eux et je leur ai dit que je préférais une entente de gré à gré. Je leur ai parlé d’expropriation parce que les discussions ne peuvent durer indéfiniment.»
Faute d’une entente « à l’amiable », la Ville a finalement repris le dossier. Le 28 avril dernier, le conseil municipal a autorisé la démolition de tous les bâtiments du boulevard SaintLaurent situés du côté ouest entre la rue Sainte-Catherine et le Monument-National, incluant ceux qui ne sont toujours pas vendus. À moins d’une recommandation contraire de l’Office de consultation publique, et en admettant que celle-ci soit acceptée par les élus, cela signifie que les Mohicans seront expropriés avant longtemps pour permettre la mise en chantier du Quadrilatère Saint-Laurent.
Cela n’est pas sans inquiéter M. Zomboulakis, qui devra céder son commerce et une bonne partie de sa vie.
« J’ai passé 33 ans ici. J’ai commencé comme serveur et j’ai réalisé mon rêve en devenant propriétaire de club. La Ville, qui est supposée nous protéger, veut me déloger contre mon gré. Depuis quand faut-il tuer le plus vieux pour que le plus jeune puisse grandir? Ce n’est pas comme ça qu’on fait l’Histoire. »


Quadrilatère Saint-Laurent : Feu vert à deux projets controversés  -  Mario Cloutier
À la suite d’une autre réunion de son comité exécutif hier matin, la Ville de Montréal a décidé, in extremis avant la campagne électorale, d’aller de l’avant avec deux projets immobiliers controversés dans le Quartier des spectacles.
Ces projets de la Société de développement Angus (SDA) devront toutefois recevoir l’approbation du conseil municipal, lundi prochain.
Il s’agit du Quadrilatère Saint-Laurent, qui doit offrir desespacesdebureauxàHydroQuébec et qui a fait l’objet de plusieurs objections soulevées par l’Office de consultation publique de Montréal.
Le comité exécutif a passé outre, mais a donné un échéancier de cinq ans, plutôt que trois, au promoteur afin d’éviter des expropriations trop coûteuses. Le Club Cléopâtre, situé boulevard Saint-Laurent, est l’un des deux commerces qui refusent de faire place au projet proposé par Angus.
«Il faut aller de l’avant. Je peux dire que c’est la fin de ce que certains appelaient de l’immobilisme que nous célébrons avec ces deux projets», a souligné la responsable de la Culture au comité exécutif, Catherine Sévigny.
L’autre projet est l’édifice à vocation culturelle du métro Saint-Laurent qui abritera le nouveau cinéma Parallèle, l’École de danse moderne et d’autres centres de formation.
La Ville songeait à revoir le contrat la liant à la SDA, étant donné les conditions avantageuses accordées au promoteur, mais le comité exécutif en a décidé autrement.
Le promoteur devra payer le terrain 2,9 millions de dollars, mais il aura droit à une subvention de 1,2 million en vertu de la vocation culturelle de l’édifice.
«Le prix de vente est celui de la valeur marchande, souligne Catherine Sévigny. Mais on exige aussi un minimum d’espace en faveur d’organismes culturels.» La SDA se réjouit de la décision prise par le comité exécutif. Le promoteur souligne que le projet du Quadrilatère Saint-Laurent reflète désormais les préoccupations des citoyens et des organisations qui se sont prononcés lors de la consultation publique.
« Vu la sensibilité des Montréalais à cette artère mythique de Montréal, nous savions dès le départ que ce projet allait donner lieu à des négociations ardues, a dit le président de la SDA, Christian Yaccarini. On s’efforce de réaliser un beau et un bon projet pour Montréal.»


QUADRILATÈRE SAINT-LAURENT  Levée de boucliers contre le projet du promoteur - Sara Champagne

Le promoteur du Quadrilatère du boulevard Saint-Laurent a beau vouloir commencer les travaux en janvier 2010, afin d’être dans les délais du déménagement d’Hydro-Québec prévu en 2012, il devra affronter une levée de boucliers. Tant l’actuel propriétaire du Café Cléopâtre que celui du Montréal Pool Room, connu pour ses hot-dogs, préfèrent de loin demeurer là où ils sont depuis des décennies.
À la suite de l’article paru dans La Presse hier, qui dévoilait les recommandations de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), la direction du Café Cléopâtre n’a pas tardé à féliciter l’instance au sujet de l’importance de conserver les institutions dans le secteur Lower Main, indépendamment de leur nature. Lors d’un entretien, en après-midi, le fils du propriétaire du Café, Dimitri Zoumboulakis, a affirmé qu’aucune offre n’a de toute façon été déposée par le promoteur (Société de développement Angus représenté par Christian Yaccarini).
« Nous sommes ouverts à discuter, mais il est clair que nous préférons demeurer où nous sommes. Notre clientèle est établie depuis 30 ans et on accueille des visiteurs de l’Europe et de l’Asie. Ailleurs, ce ne serait pas la même chose. Nous avons notre place sur la Main, nous en faisons partie. »
Maire de Ville-Marie et candidat pour le parti de l’opposition officielle à l’hôtel de ville, Vision Montréal, Benoit Labonté, bien au fait du projet de construction d’un édifice de 12 étages avec commerces au rez-de-chaussée, estime pour sa part que « l’échéancier de la SDA est artificiel ».
Tremblay muet
À la Ville de Montréal, ni le maire Tremblay ni son exécutif n’ont accepté de commenter publiquement la sortie du rapport critique de l’OCPM. Et ce, même si l’instance consultative a décidé de dévoiler publiquement ses conclusions, hier aprèsmidi, à la suite de la parution des conclusions dans La Presse. Il était initialement prévu que le rapport soit présenté aux élus la semaine prochaine.
Quant au principal concerné, Christian Yaccarini, de la SDA, il a expliqué qu’il ne voulait formuler aucun commentaire, même après la diffusion publique. « Je vais d’abord prendre connaissance des rapports. »
Dans son volumineux rapport, l’OCPM estime que le projet n’est pas « mûr » pour sortir de terre. Le concept architectural est largement critiqué pour sa volumétrie et sa densité. Quant aux enjeux patrimoniaux, les commissaires proposent quatre options, dont la restauration des édifices existants.
« J’espère que l’administration va recevoir le rapport et l’accepter par courtoisie pour tous les citoyens, des bénévoles faut-il le préciser, qui ont participé aux audiences, dit Dinu Bumbaru, dirigeant de l’organisme Héritage Montréal. Il ne faut pas que le quadrilatère devienne un objet de politicaillerie. Une équipe d’experts devrait être mise en place par la Ville. La SDA a beau avoir de l’expérience avec le Technopôle Angus, il reste que le centre-ville est à part. Et le patrimoine de la Main tient aussi à son atmosphère et à sa culture. »


Un rapport critique le projet du Red Light  -  Sara Champagne
Office de consultation publique de Montréal
EXCLUSIF
L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) croit que, même redessiné, le Quadrilatère Saint-Laurent n’est pas « mûr » pour sortir de terre. Il juge les délais de construction trop serrés, voire carrément irréalistes. C’est ce qui ressort du volumineux rapport qu’il doit remettre lundi aux élus de Montréal, et que La Presse a obtenu.
Un rapport à paraître lundi met en doute la volonté de la Société de développement Angus de sauvegarder six façades, dont celle du Café Cléopâtre, sur le boulevard Saint-Laurent.
L’OCPM ne mâche pas ses mots pour renvoyer le promoteur à sa table à dessin. S’il salue l’idée de redonner vie au secteur voisin du futur 2-22 SainteCatherine et du MonumentNational, il accueille froidement le concept d’une tour de 12 étages censée abriter les bureaux d’Hydro-Québec et des commerces au rez-de-chaussée.
L’ i n s t a nc e c ons u l t a t i ve suprême de la Ville en matière de grands projets métropolitains prévient même le maire Gérald Tremblay que le projet n’en est qu’au « stade de concept ».
Afin de tirer leurs conclusions, les commissaires experts de l’OCPM ont tenu six séances publiques, accueilli plus de 300 citoyens, dont plusieurs provenant d’organismes, et analysé 32 mémoires, en plus de recevoir une pétition pour sauvegarder le Café Cléopâtre, qui se trouve dans le secteur visé. Tant l’architecture du concept de la Société de développement Angus (SDA), évalué à 165 millions de dollars, que les enjeux patrimoniaux et la gestion du projet sont décriés.
« Façadisme »
De façon générale, l’Office estime que l’objectif de terminer la construction en janvier 2010 afin de répondre aux besoins d’Hydro-Québec, qui souhaite emménager à ce moment, ne doit pas devenir « l’arrêt de mort du projet, sorte de guillotine temporelle ».
Plus précisément, les commissaires se questionnent sur la volonté de la SDA, que dirige Christian Yaccarini, de sauvegarder les façades de six commerces existants, dont le Café Cléopâtre, en concluant des ententes d’acquisition de gré à gré.
Sans nommer explicitement la boîte de nuit exotique, l’instance recommande que les « activités culturelles existantes et viables soient relogées à proximité, indépendamment de leur nature ». On ajoute qu’au moins deux étages du bâtiment – pas seulement le rez-de-chaussée – devraient être alloués à des activités « commerciales, sociales, culturelles et documentaires ».
Au sujet des six immeubles existants, les commissaires répètent plusieurs fois que le projet est situé dans l’aire protégée du Monument-National et retiennent les arguments des citoyens qui ont accusé le promoteur de faire du « façadisme ». Sans imposer un scénario de restauration coulé dans le béton, quatre options de sauvegarde sont proposées, avec l’impératif d’engager un spécialiste du patrimoine.
Malaise architectural
Au cours des consultations, le concept architectural , qui prévoit un basilaire de six étages – la hauteur du MonumentNational –, amaintes fois soulevé la controverse. Et davantage quand le promoteur a surpris tout le monde en déposant des plans révisés en plein processus. Ce qui, selon l’OCPM, n’a pas permis au projet de « mûrir » suffisamment.
Jugée trop massif, l’immeuble de couleur argentée est critiqué tant à cause de son volume excessif que de sa densité. Son intégration dans un des hauts lieux de l’ancien Red Light, ou Lower Main, a aussi été remise en question. « La Commission partage ce malaise », indique-t-on en fin de rapport.
Pour des considérations patrimoniales, l’Office recommande donc à la Ville d’exiger du promoteur SDA qu’il refasse ses devoirs quant au recul du bâtiment et à sa hauteurs afin de maintenir le Monument-National en vedette. On suggère également de construire « hors site » une partie des bureaux d’HydroQuébec, dans un concept de campus souple.
Le rapport de l’OCPM risque de susciter de nombreuses réactions au cours des prochains jours, à seulement quelques semaines de l’ouverture officielle de la campagne électorale municipale. L’organisme de protection du patrimoine Héritage Montréal s’est déjà opposé au projet, de même que de nombreux architectes et urbanistes de renom.
Lors des séances de l’Office, le promoteur Christian Yaccarini avait expliqué que l’entente avec Hydro-Québec ne permettait pas de repousser les échéanciers de construction. « Les élus devront trancher rapidement », avait-il précisé. Le rapport sera étudié par le comité exécutif du maire Tremblay avant d’être soumis à l’approbation du conseil municipal, à la fin du mois.

UN CHANTIER PHARE
Avec la nouvelle place des Festivals, le projet du Quadrilatère Saint-Laurent, entre le Monument-National et la rue Sainte-Catherine, bordé par le boulevard Saint-Laurent, les rues Sainte-Catherine et Clark, est l’un des projets phares de la revitalisation du centre-ville. Son promoteur, la Société de développement Angus (SDA), est également celui du projet du 2-22 Sainte-Catherine, future vitrine culturelle, dans le Quartier des spectacles. L’Office de consultation publique de Montréal devrait d’ailleurs dévoiler son rapport à ce sujet au cours de la semaine prochaine.

QUADRILATÈRE SAINT-LAURENT 
Le projet crée beaucoup de remous…
Se fera? Ne se fera pas? Une chose est sûre : le projet du Quadrilatère Saint-Laurent n’a pas fini de créer des remous. Les consultations publiques se sont terminées cette semaine avec les recommandations des citoyens et des org
La Société de développement Angus(SDA) projettedeconstruire un édifice à bureaux de 12 étages et 300 000 pi2 du côté sud-ouest du boulevard Saint-Laurent, entre le Monument-National et la rue Sainte-Catherine. Selon le promoteur, Hydro-Québec doit être le principal locataire du bâtiment. Le rez-de-chaussée sera occupé par des commerces à vocation équitable et « responsable ». Le projet, d’une valeur de 150 millions de dollars, s’inscrit dans une vaste opération de « requalification » du secteur et dans la mouvance du Quartier des spectacles.
Trois commerçants au coeur de la Main refusent de vendre leur immeuble. Mais la Ville de Montréal pourrait permettre leur expropriation.
Les ajustements
À la suite des recommandations de trois comités-conseil (Conseil du patrimoine, Comité d’architecture et d’urbanisme, Comité consultatif d’urbanisme de l’arrondissement), qui critiquaient la hauteur et l’emplacement de l’édifice, la SDA a accepté de revoir son projet. Elle a réduit le nombre d’étages de 15 à 12, et la hauteur de l’édifice de 65 à 48 m. Les coins de l’immeuble ont été arrondis et ses façades placées en retrait, à plus de 9 m de la rue. Sa mise en chantier nécessitera néanmoins des modifications au plan d’urbanisme, tant sur la densité (on passerait de 6 à 7,7) que sur la hauteur permise (de 25 à 48 m).
Les résistances
Malgré ces belles promesses, le Quadrilatère Saint-Laurent est loin de faire l’unanimité. Ce coin de rue unique et historique, lieu de transit de plusieurs générations d’immigrants et ancien coeur du Red Light de Montréal, s’avère particulièrement sensible. Selon la Ville, certains immeubles des années 1880 auraient une valeur exceptionnelle... Mais les études patrimoniales de la SDA disent le contraire. Le promoteur prévoit démolir une dizaine d’édifices pour concrétiser son projet. Il promet en revanche de conserver les façades et de les intégrer au futur bâtiment, un compromis qui est loin de contenter les architectes et les tenants du patrimoine qui se sont prononcés sur la question.
Plusieurs s’inquiètent en outre de cette tour à bureaux de 300 000 pi qui surplombera l’un des coins de rue les plus animés et mythiques de la ville. Dévisagera-t-elle le quartier ? Perturbera-t-elle son « écosystème » unique ? Sa vie nocturne ? Quelles seront les conséquences au chapitre de l’ensoleillement? Du vent ? L’organisme Culture Montréal estime que le projet va « à l’encontre de ce qui devrait être l’un des principaux objectifs pour le Secteur, i.e. l’augmentation de la fréquentation piétonne sur le boulevard Saint-Laurent et la rue Sainte-Catherine. »
Enfin, trois commerçants – toujours actifs sur la Main – refusent de vendre leur immeuble. Faute d’une entente de gré à gré, la Ville pourrait envisager leur expropriation. Une pétition circule en ce moment sur le web pour la sauvegarde du Cabaret Cléopâtre.
Les perspectives
L’Office de consultation publique doit remettre son rapport au plus tard début août. La suite du projet dépendra de ses recommandations. À noter que, à la toute fin du processus, le ministère de la Culture aura aussi son mot à dire puisque le Quadrilatère se situe dans l’aire de protection du MonumentNational, classé patrimonial par le gouvernement provincial.
Plusieurs centaines de citoyens ont participé à une ou l’autre des cinq soirées d’information organisées par l’Office durant le mois de mai, qui ont déposé une cinquantaine de mémoires disponibles sur le site internet de l’Office: www.ocpm.qc.ca.

… et le promoteur s’impatiente
QUADRILATÈRE SAINT-LAURENT
Le promoteur du Quadrilatère Saint-Laurent, pierre angulaire du futur Quartier des spectacles, lance un ultimatum à la Ville de Montréal : le projet devra recevoir l’approbation des élus avant les prochaines élections municipales, faute de quoi la Main devra se passer du promoteur.
Le président de la Société de développement Angus, Christian Yaccarini, a critiqué hier la lenteur du processus de décision lors de la dernière consultation publique sur le réaménagement du Quadrilatère Saint-Laurent.
C’est un véritable cri d’alarme que le président de la société de développement Angus , Christian Yaccarini, a lancé hier au lendemain de la dernière séance de consultation publique sur le réaménagement du Quadrilatère Saint-Laurent et du 2.22 Sainte-Catherine.
Christian Yaccarini n’est toujours pas parvenu à s’entendre de gré à gré avec le propriétaire du Café Cléopâtre pour le rachat de l’immeuble. Et il craint maintenant les effets de la naissance d’un mouvement en faveur de la sauvegarde de ce bar de danseuses emblématique du boulevard Saint-Laurent. Une pétition circule actuellement sur l’internet afin de préserver les spectacles de contre-culture qui y sont aussi donnés.
Un dossier « patate chaude »
« Le danger, c’est que ça dérape et que les élus disent : ce dossier est une patate chaude, alors on va attendre après les élections pour se prononcer. Mais si on attend après les élections, il n’y a plus de projet parce que les travaux ne pourront pas commencer dans les délais prévus », a-t-il menacé hier, lors d’une conférence de presse. Les séances du conseil exécutif des mois d’octobre et de novembre seront annulées en raison du scrutin, et M. Yaccarini devrait attendre au mois de décembre avant d’être fixé. Trop tard pour entreprendre les travaux en mars 2010 comme prévu, dit-il.
Or, la SDA est pressée par les demandes de la société HydroQuébec, qui a signé une lettre d’entente pour occuper le Quadrilatère à partir de 2012, à la fin de son bail dans ses locaux actuels du boulevard RenéLévesque. « Si le bâtiment n’est pas prêt en 2012, il nous faudra complètement réanalyser la faisabilité du projet », a confirmé hier le porte-parole de la société d’État, Marc Brian Chamberland.
Mais la disparition du Café Cléopâtre est loin d’être la seule source des critiques soulevées lors des consultations. La hauteur du bâtiment, son intégration dans l’architecture environnante, ses effets sur le quartier et la préservation du patrimoine se retrouvent aussi au coeur de la cinquantaine de mémoires produits dans les dernières semaines. « Ce projet aurait tout intérêt à mieux intégrer les bâtiments existants », a soulevé hier le président d’Héritage Montréal, Dinu Bumbaru, au cours d’un entretien téléphonique.
Processus long et compliqué
Christian Yaccarini réplique que les récriminations arrivent bien tard dans la mise au point du projet. « Ce n’est pas facile de mener des projets à Montréal. Les consultations arrivent en bout de piste, le processus est long et compliqué », a-t-il critiqué.
Une douzaine d’organismes étaient présents, hier, pour appuyer M. Yaccarini. « Nous avons intérêt à lui simplifier la vie », a plaidé Michel Leblanc, président et chef de la direction de la chambre de commerce du Montréal métropol itain. « Comme le projet est voisin de la tour Hydro-Québec et du complexe Desjardins, il y a quelque chose de surréaliste à ce que l’on en soit encore à remettre en question les hauteurs proposées. Nous sommes au centre-ville ! »
Joint par La Presse, le responsable du dossier à la Ville de Montréal , André Lavallée, a indiqué que certaines critiques soulevées dans ce dossier étaient « surprenantes » : « On rêve de projets très positifs pour l’avenir de Montréal. Le Café Cléopâtre n’est pas un lieu d’une qualité exceptionnelle. » Il a toutefois insisté sur le fait que les consultations devaient suivre leur cours et que ce n’est qu’à la lueur des recommandations de l’Office que les élus pourront se prononcer.
Le propriétaire du bar de danseuses, John Zoumboulkakis, maintient de son côté que son établissement devrait être intégré dans le projet de M. Yaccarini et l’accuse de ne pas avoir été à l’écoute des demandes des commerçants des environs. Il nie avoir reçu une offre de 2,5 millions pour son immeuble, comme l’a affirmé M. Yaccarini.




Bergeron « fier » de ses propos  -  Daphné Cameron
VIDÉO DE 1999
Malgré ses propos étonnants sur la conduite des femmes et des camionneurs, Richard Bergeron est « f ier » d’une entrevue controversée qu’il a accordée sur les ondes de Radio-Canada il y a 10 ans. Le chef de Projet Montréal s’est toutefois dit victime d’une campagne de salissage de la part de l’équipe Harel, qui a déterré et mis en ligne des extraits de l’entretien jeudi.
« Les citations sélectionnées ont été prises hors contexte », a-t-il dénoncé hier, lors d’un point de presse en marge d’un brunch avec ses militants.
Dans la vidéo, l’urbaniste fait notamment des déclarations surprenantes au sujet de la conduite des femmes. « En ce qui concerne les femmes, c’est l’hiver qu’elles meurent. Parce qu’elles ont appris à conduire de façon exemplaire, elles ne sont pas habituées à manipuler cet instrument, cette arme potentielle, en situation limite», dit-il.
Plus tard, le chef de Vision Montréal allègue qu’en raison du profil de scolarité peu élevé des camionneurs, il n’est pas surprenant que plusieurs d’entre eux ressentent un sentiment « d’extrême puissance » au volant de leurs camions.
Le chef de Projet Montréal est persuadé que les électeurs sauront faire la part des choses. « L’entrevue a duré 52 minutes et j’en suis fier. Tout le monde peut aller sur le site internet de Radio-Canada, visionner l’entrevue dans son intégralité et s’en faire sa propre idée. »

Richard Bergeron résume ses promesses en 12 points  -  Catherine Handfield
À trois jours des élections, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a résumé en 12 points, hier, ses principaux engagements électoraux. Des mesures qui visent selon lui à « propulser Montréal sur la voie de la relance durable ».
« P r i s g l oba l e ment , c e s moye n s s e s i t u e n t à la confluence des trois piliers du développement durable, soit les préoccupations économiques, sociales et environnementales », a déclaré Richard Bergeron, hier, lors d’un point de presse.
Comme il l ’a a f f i r mé à plusieurs reprises pendant la campagne, Richard Bergeron souhaite l’adoption de règles de financement plus sévères pour les partis politiques. Il veut aussi créer une section anti-corruption à la police de Montréal.
M. Bergeron entend rapatrier à la ville centre les fonctions de planification et de surveillance des travaux. Il veut également centraliser en partie les opérations de déneigement et créer une « brigade trottoirs » pour veiller à la sécurité des piétons.
La formation souhaite subdiviser des contrats pour permettre aux PME de répondre aux appels d’offres, et favoriser lors de celles-ci les entreprises qui emploient des Montréalais et des membres des minorités ethnoculturelles.
Richard Bergeron a rappelé ses engagements en matière de transports collectifs, comme le déploiement d’un réseau de tramway et la réduction du prix du titre mensuel à 60$. Projet Montréal promet aussi la construction de 40 000 logements d’ici quatre ans.
Finalement, le parti souhaite protéger les espaces verts restants et mettre de l’avant son projet-phare : la mise en valeur de l’entrée maritime de Montréal.
« Ce dernier projet résume à lui seul l’avenir de Montréal tel que nous le concevons: redonner sa beauté et sa fierté à notre ville en la dotant d’une entrée maritime qui n’aurait plus rien à envier à celle de Sydney, de San Francisco ou de Barcelone », a conclu M. Bergeron.

DÉBAT DES CANDIDATS À LA MAIRIE DE MONTRÉAL : Le ton monte d’un cran  -  Catherine Handfield
Gérald Tremblay, Louise Harel et Richard Bergeron avaient été invités à croiser le fer à l’émission Désautels, à la radio de Radio-Canada. Il s’agissait du premier débat depuis les révélations-chocs de l ’a ncien chef de Vision Montréal, Benoit Labonté.
Le débat entre les trois candidats à la mairie de Montréal a été enregistré dans une station de métro de Montréal. Et c’est justement la question des transports collectifs qui a suscité les plus grandes confrontations entre les trois invités : Gérald Tremblay, Louise Harel et Richard Bergeron.
Le débat a été enregistré dans une station de métro de Montréal. Et c’est justement la question des t ra nsports collectifs qui a suscité les plus grandes confrontations entre les trois invités.
Gérald Tremblay a la ncé le bal en qualifiant de « totalement i r responsables » les promesses des deux autres invités en cette matière. La c hef de Vision Montréal , Louise Harel, propose un gel de tarifs pour 2010. Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, veut pour sa part ramener le prix de la CAM à 60 $ par mois.
« La question, c’est où on va prendre l’argent pour faire ça, alors qu’on veut augmenter la qualité des services ? » a demandé le maire, rappelant que la Société de transport de Montréal allait enregistrer un déficit de 40 millions pour 2009. « Ils ne savent pas compter », a ajouté Gérald Tremblay.
Richard Bergeron a répliqué par une attaque plutôt acerbe. I l a a f f i r mé qu’il trouverait l’argent en mettant un terme à la pratique présumée des prix gonflés dans le domaine de la construction, telle que révélée au cours des dernières semaines dans divers reportages.
360 millions de trop
M. Bergeron estime que la Ville dépense au moins 360 millions de trop par année pour ses projets d’immobilisations. Il se fie aux reportages faisant état du fait que les contribuables québécois paieraient de 30% à 50% plus cher que le prix réel pour des travaux d’infrastructures routières.
« Ça nous coûte 360 millions de trop à cause du réseau qui vous a porté au pouvoir et vis-à-vis duquel on est endettés », a lancé Richard Bergeron à Gérald Tremblay.
Un peu plus tôt, le maire a de nouveau plaidé pour des règles plus strictes en matière de f i nancement des partis, concédant que la mafia était proche de certains entrepreneurs en construction.
« Une chose est certaine, c’est que la mafia, ça existe. Pis l a mafia , on a vu les représentations que ça fait au niveau d’un nombre sélect d’entreprises qui limitent la concurrence. »

Bergeron veut rendre Sainte-Catherine piétonne  -  Martin Croteau
Le chef de Projet Montréal cite Bordeaux en exemple
Richard Bergeron veut faire de la rue Sainte-Catherine un vaste trottoir. S’il n’en tient qu’au chef de Projet Montréal, la plus importante artère commerçante de Montréal sera exclusivement réservée aux piétons entre la rue Guy et l’avenue Papineau.
Le c a ndidat à l a mairie estime qu’une rue piétonne et plus verte rendront le centreville plus attrayant pour les Montréalais et pour les touristes. Il prévoit donc d’importantes retombées économiques.
Il cite en exemple Bordeaux, en France, dont la rue SainteCatherine attire des milliers de visiteurs depuis qu’elle est fermée aux voitures. Même le célèbre Times Square, à New York, a chassé les automobiles, dit-il.
Circulation automobile pénible
D’ailleurs, poursuit le chef de Projet Montréal, la circulation automobile est déjà pénible sur l’artère. Les piétons doivent s’entasser par centaines sur les trottoirs pendant les jours de grande fréquentation.
« La rue Sainte-Catherine, de toute façon, ne sert pas à circuler, a-t-il indiqué hier. Elle sert à se montrer en auto, mais certainement pas à circuler en auto. »
Pou r l’heu re, R icha rd Bergeron i gnore si l a r ue Sainte-Catherine sera piétonne toute l’a nnée ou seulement en été, les week-ends ou tous les jours. Tout dépendra de la consultation qu’il compte mener auprès des résidants et des commerçants du secteur s’il est élu le 1er novembre.
« Tout se négocie, a-t-il indiqué. Mais tendanciellement, il faut que dans trois ou quatre ans, la rue Sainte-Catherine s oi t pi é t o n n i s é e de Guy à Papineau. »

TROIS CHEFS ET  2,5 MILLIARDS  -  Karim Benassaieh
Devinette : quel parti municipal est le plus dépensier ? La réponse : aucun. À l’analyse des trois programmes des principaux partis que les Montréalais seront appelés à élire le 1er novembre, une conclusion étonnante s’impose : leurs promesses, additionnées une à une, coûteront à peu près la même chose.
Dans les trois cas, on annonce aux Montréalais une pluie de 2,5 milliards pour les quatre prochaines années. Du côté de Projet Montréal, les 33 km de Nouveau tramway promis par Richard Bergeron coûteront à eux seuls 1,3 milliard. Gérald Tremblay, lui, promet notamment 680 millions pour refaire le réseau d’eau et les égouts. Chez Vision Montréal, Louise Harel annonce 850 millions pour retaper les rues de la métropole.
Les trois aboutissent au même total d’environ 2,5 milliards. Mais derrière ce montant se cachent des méthodes et des ambitions complètement différentes. Projet Montréal promet un réaménagement audacieux du budget de la Ville pour faire de la métropole un modèle de transports collectifs et d’économie durable. Vision Montréal reprend la plupart des grands projets en cours et y ajoute des promesses phare comme la tenue de l’ Exposition universelle, le recouvrement de l’autoroute VilleMarie et les fêtes du 350e anniversaire de Montréal. Les deux, que ce soit dans leur programme ou devant les médias, ont également fait de l’éthique et de la transparence leur cheval de bataille.
Ces deux partis de l’opposition utilisent à peu près la même recette pour financer leurs promesses, de l’ordre de 600 millions par année. La moitié proviendra d’un grand ménage dans les finances, l’autre des péages. Fait à noter, seul Projet Montréal a présenté un cadre financier clair, énumérant ligne par ligne ses dépenses.
Le cas du parti du maire Tremblay, Union Montréal, est différent. Au pouvoir depuis huit ans, l’administration a déjà mis en place la plupart des projets qu’elle promet actuellement, un avantage abondamment utilisé par la plupart des gouvernements sortants.

De même, plus de 98 % des millions annoncés par M. Tremblay depuis trois semaines, du fonds d’investissement de 180 millions pour les grands projets aux centaines de millions en réfection des rues et des infrastructures, sont déjà inclus dans le budget 2009 de la Ville, confirme-t-on au parti. Ses « nouvelles » promesses, elles, ne représentent que 43 millions par année.
« Ce sont des engagements que nous qualifions de réalistes et de réalisables, a expliqué Gérald Tremblay. Agir autrement, ce serait faire preuve d’irresponsabilité. »
Transport, éthique et continuité
L’argent ne résume pas l’esprit des programmes présentés par les trois partis. Les 72 pages regroupant les dizaines de propositions de Projet Montréal laissent une large part aux transports collectifs, au logement social et à l’abandon de l’automobile comme moyen de transport principal. Des projets coûteux, mais « on n’a pas le choix, il faut investir, estime Richard Bergeron. Nous, à Projet Montréal, on veut un virage marqué ».
Le programme propose également une refonte de la démocratie municipale et une centralisation des pouvoirs pour contrer l’influence de l’entreprise privée à l’hôtel de ville. Voté en mai 2009 en congrès, le programme de Projet Montréal ne propose aucune mesure sur l’éthique ou la lutte contre la corruption. C’est récemment, surtout depuis septembre dernier, que le chef Richard Bergeron a mis de l’avant sa proposition principale, créer deux postes de commissaires à l’éthique et à l’intégrité.
Ce volet de l’éthique est par contre très présent dans les 41 pages du programme de Vision Montréal, qui a été lancé au début d’octobre. On y retrouve quatre engagements, dont le principal est la mise sur pied d’un bureau d’éthique municipal. En ce qui concerne la réorganisation des pouvoirs des arrondissements, on promet de rapatrier à la ville centrale des services cruciaux comme le déneigement et l’urbanisme.
« Beaucoup des grandes villes du monde ont transformé leurs arrondissements en quasi-villes, comme ici à Montréal, et ça, c’est un vrai problème», estime Louise Harel.
Plus concis, le programme d’Union Montréal tient sur 21 pages où on rappelle essentiellement les réalisations de l’administration Tremblay depuis 2002. Les quatre prochaines années serviront essentiellement, a expliqué le maire, « à parvenir à mettre de l’avant les projets qui sont déjà amorcés».

Louise Harel réclame une enquête publique  -  Katia Gagnon
La chef de Vision Montréal affirme également que le financement occulte n’a plus cours dans son parti
Le premier ministre Jea n Charest doit sans délai former une commission d’enquête publique qui se penchera sur la collusion dans le monde de la construction et les contacts des entrepreneurs avec les élus municipaux, croit la chef de Vision Montréal, Louise Harel, qui assure, du même souffle, que les pratiques de financement occultes décrites par son ex-bras droit, Benoit Labonté, n’ont plus cours au sein de son propre parti.
Benoit Labonté a affirmé jeudi à Radio-Canada que le système de prête-noms était toujours bien vivant dans les partis municipaux, y compris à Vision Montréal. Hier, Louise Harel s’est clairement dissociée de ces propos. « Je le dis bien simplement : dès que je suis arrivée, j’ai immédiatement établi les règles du jeu en matière de financement : aucun don anonyme et tous les dons affichés sur le web. Des règles strictes et transparentes. Pendant 27 ans et demi, je n’ai jamais utilisé les systèmes décrits par M. Labonté. Je n’ai pas l’intention de les utiliser », a-t-elle déclaré lors d’un point de presse tenu devant l’hôtel de ville.
Un journaliste a alors rapporté des extraits de l ’ent revue de Benoit Labonté, qui n’ont pas été diffusés à Radio-Canada, dans lesquels l’ex-chef de Vision Montréal affirmait que le « financement sectoriel », le nom de code pour la sollicitation d’entreprises, était toujours utilisé par l’actuelle directrice du financement de Vision Montréal, Sylvie Bourassa, qui a été nommée par Louise Harel.
« La responsable du financement que Mme Harel a nommée en arrivant ne se cache pas pour dire en pleine réunion qu’elle va aller chercher du financement sectoriel. C’est les grandes entreprises et ce n’est pas permis. Et ensuite, les prête-noms », a déclaré M. Labonté.
Mme Harel a dit n’avoir pas pris connaissance de cette partie du témoignage de son ex-bras droit. « Je retiens du témoignage de Benoit Labonté qu’il considère que mon intégrité est sans tache. Si je suis venue pour faire le ménage, c’est que je savais qu’il y avait un ménage à faire, a-t-elle dit. Jamais je n’accepterai de telles méthodes. »
Pierre Lampron, son nouveau s e c ond , a l u i au s s i affirmé que « personne dans cette organisation n’est autorisé à amasser de l’argent en dehors de ces règles. Et notre moyen de vérification, c’est que tout est public sur le site ». Et il ajoute que le financement d’une campagne est compliqué d’autant. Il n’a pas été possible de parler à Sylvie Bourassa hier.
Appel à Charest
Mais, hier, le message principal de Louise Harel était plutôt dirigé vers Québec. « Je fais un appel solennel, ce matin, au premier ministre Jean Charest, qu’il donne suite sans délai à ce très large consensus qui existe partout au Québec sur la nécessité de tenir une commission publique d’enquête, qui pourra nous indiquer les actions à faire pour démanteler le système de copinage et de collusion », a déclaré Mme Harel dans un point de presse tenu devant l’hôtel de ville. « Je dis aux citoyens qu’il ne doivent pas se résigner et que la façon de réagir est celle d’aller voter le 1er novembre. Qu’ils votent comme i l s veulent , mais qu’ils démontrent qu’ils sont capables de reprendre l e c ont r ôle de l e u r hôtel de ville. »
« J’ai la ferme conviction que j e pourrai démanteler c e s ystème qui a c ours à l’hôtel de ville », a-t-elle dit. Comment ? Si elle est élue, Louise Harel demandera au Service de police de la Ville de Montréal d’examiner tous les contrats accordés dans les dernières années. Elle scindera aussi les contrats, afin de s’assurer que la concurrence j oue, et el le reconstituera des services à la ville centre, comme l’urbanisme et le déneigement. « Nous devons reconstituer les services centraux, capables de nous mettre à l’abri d’une sous-traitance qui coûte extrêmement cher », a-t-elle dit.

Labonté est sommé de se taire  -  Éric Clément
MISE EN DEMEURE DE BERNARD TRÉPANIER
Bernard Trépanier, a ncien di r ec t eu r du f i na ncement d’Union Montréal, le parti du maire Gérald Tremblay, met Benoit Labonté en demeure de cesser de « répandre des ragots » à son endroit. M. Trépanier nie avoir été au centre d’un système organisé de ristournes sur les contrats attribués par l’administration Tremblay.
« M. Labonté baragouine des choses qu’il aurait peut-être entendues, il ne sait pas quand, en se promenant, et quand il est revenu voir le maire, le maire est devenu blanc, ironise Me Daniel Rock, l’avocat de M. Trépanier. C’est une histoire qui va bien avec l’Halloween qui s’en vient. M. Labonté n’a aucune crédibilité. »
« Nous avons décidé de le mettre en demeure de cesser de répandre des ragots, des insinuations basées sur du ouïdire non conformé. Et on lui demande de se rétracter. » Au moment de mettre sous presse, il avait été impossible d’obtenir la réaction de M. Labonté.
Par ailleurs, dans un communiqué, Me Daniel Rock affirme qu’il étudie la possibilité de porter plainte contre La Presse, qui a diffusé des extraits de conversations téléphoniques qu’a eues M. Trépanier. Le Code criminel interdit cette diffusion, affirme l ’avocat. Nous avons parlé à M. Trépanier, hier, mais il s’est refusé à tout commentaire et nous a référés à ses avocats.

« Benoit Labonté veut se donner le beau rôle »
PIERRE D’AMOURS, EX-CHEF DE CABINET DE BENOIT LABONTÉ
Visé» pa r Benoit L a bonté comme faisant partie de ses « assassins politiques », son ex-c hef de cabinet, Pierre d’A mours, affirme que M. Labonté n’est pas sincère dans sa démarche.
En entretien téléphonique avec La Presse, hier, Benoit L abonté a dit que P i er r e D’Amours faisait partie des gens qui ont géré les questions du financement de sa course à la chefferie et qu’ils étaient plus au courant que lui car il ne parlait jamais d’argent avec les gens d’affaires avec qui il mangeait.
« C’est absolument faux, dit M. D’Amours à La Presse. Il était au courant de tout, de A à Z, car je lui faisais un rapport. Ça l’intéressait. Il voulait savoir. » Il savait qui avait donné et combien ? « Oui, il savait exactement combien. Et quand on avait des engagements et que ça n’entrait pas, il me posait des questions pour savoir pourquoi, quand, etc.
M. D’Amours est arrivé à Vision Montréal en même temps que l’ex-directeur du parti, Yves Lemire, à l’hiver 2008. Ils ont travaillé à l’arrivée de M. Labonté dans ce parti. M. D’Amours a quitté son poste le 11 août 2008.
M. D’Amours ne croit pas en la sincérité de Benoit Labonté d’avoir voulu faire des révélations afin d’apporter sa contribution à la réforme du mode de financement des partis. Il estime qu’il a voulu se donner « le beau rôle ». « Benoit Labonté n’est pas l’être le plus sincère que la terre ait porté, il a cherché à impliquer le plus de monde possible pour ne pas couler seul, dit-il. Quand je l’ai entendu dire que c’était sa dernière contribution au service public, pfffff, c’est une grande fumisterie. Je le trouve tellement mesquin. Tout est tellement centré sur lui. »


Les candidats d’Union Montréal contre l’idée de centralisation d’Harel
Si Vision Montréal enlevait comme promis des responsabilités aux arrondissements de Montréal pour les confier à l a vi l l e centre, plus de 2000 employés devraient être mutés à l’hôtel de ville. Et les arrondissements perdraient ainsi 350 millions de dollars, ont dénoncé hier les candidats d’Union Montréal.
« Selon nous, les services près des gens doivent être décidés près des gens », a dit le candidat à la mairie de Lachine, Claude Dauphin. Selon lui, centraliser certains services de proximité, comme le déneigement, le développement économique local et la collecte des déchets, obligerait la mutation de près d’un emploi sur dix. « Et chaque arrondissement perdrait en moyenne 18 millions de dollars », a indiqué M. Dauphin.
Plusieurs candidats d’Union Montréal ont défendu hier l’importance de la gestion locale. Le candidat à la mairie de SaintLaurent, Alan DeSousa, a déclaré que s’il fallait attendre que la ville centre déneige des secteurs importants, « la neige aurait le temps de fondre avant d’être enlevée ».
Accusations « absurdes »
Pou r l a c hef de Vision Montréal, Louise Harel, les accusations d’Union Montréal sont « absurdes » puisque son pa r t i propose si mplement « une meilleure planification des services ».
« On t r ouvera i t r i dic ule qu’il y ait 19 services de police et 19 réseaux de transport à Montréal. Mais pourtant, on a 19 façons de gérer le déneigement! Il faut se doter d’une planification commune, mais que la livraison continue de se faire au niveau local », estime Mme Harel.

Dur lendemain de veille à Vision Montréal  -  Martin Croteau
Les candidats de Vision Montréal ont eu un dur lendemain veille, hier, 24 heures après le départ fracassant de leur ancien numéro deux, Benoit Labonté. Tandis que de nouvelles révélations faisaient surface au sujet du démissionnaire, les ténors du parti de Louise Harel n’ont pas caché leur déception à l’égard de l’ancien chef de l’opposition.
« Tout le monde a été déçu, tout le monde est fâché, tout le monde s’est dit : ça se peut pas », a reconnu Anie Samson, mairesse sortante de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, au sujet des liens entre Benoit Labonté et Tony Accurso.
« Ça pourrait aller mieux, a convenu d’entrée de jeu la mairesse sortante de MercierHochelaga-Maisonneuve, Lyn Thériault. C’est une bombe pour nous et on n’avait pas besoin d’une nouvelle pareille. »
La candidate dans le district de Louis-Riel concède que Vision Montréal sort « écorché » par les révélations qui ont mené à la chute de M. Labonté. Comme ses collègues, elle reste persuadée que les reportages diffusés dans différents médias depuis vendredi sont le fait d’un « magouillage » piloté par des adversaires de l’ancien maire de Ville-Marie.
« C’est ça qui est triste, a-t-elle affirmé. Les citoyens se disent qu’un parti ou un autre, c’est du pareil au même. Tout ça alors qu’on essaie de démontrer qu’on peut faire une campagne propre. »
Louise Harel a exigé l a démission de Benoit Labonté, dimanche matin, après que des médias eurent révélé ses liens avec des entrepreneurs de la construction. RueFrontenac. com, Radio-Canada et TVA ont rapporté qu’il a reçu des dons de dizaines de milliers de dollars pendant sa course à la direction de Vision Montréal. Et qu’il a eu plusieurs contacts avec Tony Accurso, l’entrepreneur qui se trouve au coeur du scandale des compteurs d’eau.
RueFrontenac.com en a ajouté, hier, révélant que l’ancien lieutenant politique de Louise Harel a attribué pour 125 000$ de contrats à l’entreprise dirigée par un proche collaborateur de Benoit Labonté, Michel Petit.
« Tout le monde a été déçu, tout le monde est fâché, tout le monde s’est dit: ça se peut pas, a reconnu Anie Samson, mairesse sortante de Villeray–SaintMichel–Parc-Extension. On est tous tombés à la renverse. »
La candidate relate qu’elle a d’abord été réfractaire à l’arrivée de Benoit Labonté dans les rangs de Vision Montréal. Mais elle dit avoir tissé une relation de confiance avec lui.
Malgré tout, elle se dit déçue de la façon dont son ancien collègue a géré la crise des derniers jours. Au départ, elle a cru M. Labonté lorsqu’il a nié ses liens avec Tony Accurso, puisque les reportages étaient basés sur des sources anonymes.
« Entre la parole d’un inconnu et la parole de quelqu’un que tu connais, tu veux croire le second, a-t-elle dit. Mais lorsqu’on a vu les preuves, les relevés téléphoniques, ça ne ment pas. Ça a été le choc. Ça aurait été tellement plus simple s’il avait dit: "Oui, je lui ai parlé." »
Les ca ndidats de Vision Montréal se disent toutefois rassurés que Louise Harel ait exigé la démission de Benoit Labonté moins de 48 heures après les premières révélations sur les sources de financement de sa campagne à la direction. « Mme Harel a pris une bonne décision, a affirmé Lyn Thériault. On ne peut pas prêcher d’être transparent si l’on ne donne pas l’exemple. »


La maison de verre  -  Nathalie Collard
Louise Harel répète qu’elle s’est lancée en politique municipale pour faire le ménage à l’hôtel de ville. Or c’est dans son propre parti, Vision Montréal, qu’elle a dû donner le premier vrai coup de balai.
Hier matin, à la suite de nouvelles révélations du réseau TVA, Mme Harel a servi un ultimatum à Benoit Labonté. Quelques heures plus tard, il mettait fin à sa vie politique.
Les allégations à l’endroit de M. Labonté sont sérieuses. Selon des sources anonymes, il aurait assisté à plusieurs rencontres avec des entrepreneurs en construction, dont Tony Accurso, rencontres qui lui auraient permis d’amasser plusieurs dizaines de milliers de dollars pour financer sa course à la chefferie de Vision Montréal.
Mme Harel n’avait pas le choix de se montrer intransigeante à l’endroit de son bras droit. On ne peut mener une campagne sur les thèmes de l’intégrité et de la transparence en matière de financement des partis sans appliquer des règles exemplaires au sein de sa propre équipe. La chef de Vision Montréal avait raison, hier, de demander au Directeur général des élections du Québec ( DGEQ) de faire enquête sur les allégations rapportées par les médias au sujet de M. Labonté. Il est en outre impératif de revoir la loi électorale sur le financement des partis politiques et de resserrer les dispositions concernant le financement des courses à la chefferie.
Mme Harel a par ailleurs pris une bonne décision en demandant à Pierre Lampron de devenir son lieutenant et l’éventuel président de son comité exécutif. M. Lampron a une vaste expérience en gestion et, surtout, une réputation sans faille.
Le leadership et la fermeté dont a fait preuve Louise Harel durant la crise des derniers jours tranchent avec les valseshésitations du maire Tremblay lorsqu’il s’est trouvé dans une situation semblable. En apprenant le séjour du président du comité exécutif de la Ville sur le yacht de Tony Accurso, l’administration Tremblay avait d’abord déclaré que ce voyage relevait de « la vie privée » de M. Zampino.
Mme Harel est a r r ivée à Vision Montréal en juin dernier, soit bien après les faits reprochés à M. Labonté. Son intégrité n’est donc absolument pas remise en question.
Cela dit, on peut se demander si elle avait fait toutes les vérifications nécessaires avant de faire équipe avec l’ancien président de la Chambre de commerce de Montréal. Un r e por t er de r uef r ontenac . com affirme que Mme Harel avait été avertie des « squelettes dans le placard » de M. Labonté lorsqu’elle a fait le saut dans l’arène municipale. Si c’est exact, avait-elle posé les bonnes questions avant de mettre sa réputation en jeu au sein d’un parti qui avait déjà été l’objet d’enquêtes, et qui avait reçu des contributions illégales de la firme de construction Altima en 2005 ?
Toute cette histoire montre à quel point un grand ménage s ’ i mpose da n s l e monde municipal.
La t enue d’u ne enquête publique qui se pencherait entre autres sur les liens entre les élus municipaux et le milieu de la construction est plus que jamais nécessaire. C’est le seul geste qui pourrait mettre fin aux hauts le coeur ressentis dans la population au cours des derniers jours.


« Benoit Labonté n’a pas été à la hauteur »  -  Sara Champagne, Éric Clément, Daphné Cameron & Martin Croteau 
Incapable de dissiper les doutes de Louise Harel,
l’ex-numéro 2 du parti quitte la politique
Après avoir passé les derniers mois à promettre un ménage à l’hôtel de ville, Benoit Labonté quitte la politique, éclaboussé par le scandale. Incapable de dissiper les doutes sur ses sources de f i na ncement, l ’e x-bras droit de Louise Harel s’est vu montrer la porte par sa chef, hier.

Ce s ont f i na l e ment s e s présumées relations avec des entrepreneurs de la construction qui ont mené à la chute de l’ex-numéro deux de Vision Montréal. Des reportages diffusés sur RueFrontenac.com, à Radio-Canada et à TVA dans les derniers j ours révèlent qu’il a reçu des dizaines de milliers de dollars en dons pendant la course à la direction du parti.
Samedi, Benoit Labonté a nié en bloc les allégations formulées à son endroit, tout en annonçant qu’il n’agirait plus à titre de lieutenant politique de Louise Harel, ni de chef de l’opposition officielle. Mais le soir, TVA a révélé qu’il a eu deux rencontres et six échanges téléphoniques avec Tony Accurso, l’homme au coeur du scandale des compteurs d’eau.
L o u i s e H a r e l a f f i r me qu’elle a sommé son bras droit de dissiper les doutes sur ces nouvelles révélations, dès l’aube hier. Mais comme celui-ci a refusé de se rendre dans les studios de TVA pour rétablir les faits, elle a exigé sa démission.
« Benoit Labonté n’a certainement pas été à la hauteur de ce que je pensais puisque je m’attendais à ce qu’il aille dissiper les doutes à la station de TVA, ce qu’il a dit ne pas vouloir faire », a-t-elle indiqué.
L’ex-chef de l ’opposition a donc écrit au Bureau des élections de Montréal pour annoncer sa démission.
« Les insinuations de malversations, qui ont été avancées et qui portent atteinte à ma réputation, entachent le processus démocratique que nous traversons et m’empêchent de remplir adéquatement mes fonctions de candidat », at-il écrit.
C’est Pierre Lampron qui le remplacera comme bras droit de Louise Harel. Très engagé dans le milieu culturel, le candidat du district du VieuxRosemont était vice-président aux relations institutionnelles de Quebecor Media avant de faire le saut en politique.
Comme el l e l ’ ava i t fa it sa medi, l a c hef de Vision Montréal a une fois de plus appelé les sources anonymes qui sont à l’origine des reportages de RueFrontenac.com, de Radio-Canada et de TVA à sortir de l’ombre.
« Dans une société démocratique, porter des accusations à visage caché n’a pas de bon sens », a-t-elle déclaré.
Pas de commentaire
Selon nos i nformations, Benoit Labonté a définitivement mis une croix sur la politique, et compte s’employer à blanchir sa réputation. Se senta nt t r aqué, i l est a l lé vider son bureau de l’hôtel de ville avec des membres de
son personnel politique, avant de le quitter durant le point de presse de Louise Harel. Il aurait décidé de fuir la ville pour quelques jours.
Croisé à sa sortie un peu après 15 h, i l a r ef usé de répondre à nos questions. Il est rapidement parti en voiture en saluant de la main après avoir décroché quelques sourires pour l’objectif du photographe de La Presse. Son attachée de presse, Caroline Martel, a ensuite ajouté qu’il n’accorderait pas de commentaires pour le reste de la journée.
Selon nos i nformations, L ouise Harel a c onvoqué Benoit Labonté à une rencontre à l’hôtel de ville, dès samedi matin. À la fin de la matinée, les deux sont ressortis en s’entendant pour que le chef de l’opposition démissionnaire demeure candidat à un poste de conseiller de l’arrondissement de Ville-Marie, toujours sous la bannière de Vision Montréal.
Les événements s e sont toutefois bousculés à la suite du point de presse de Louise Harel, en après-midi samedi, dans lequel elle a qualifié l’affaire « d’assassinat politique », et enjoint les sources anonymes à joindre le direct eur général des élections (DGEQ).
En fin de soirée, l’une de ces sources a joint Mme Harel pour la prévenir que si elle ne demandait pas la démission de Benoit Labonté, de nouvelles informations embarrassantes allaient s’enchaîner jusqu’au 1er novembre, a appris La Presse. Le bulletin TVA 22 heures révélait à ce moment que 25 000 $ et une enveloppe brune remplie de liasses d’argent avaient été remis à M. Labonté.
Hier matin, Louise Harel a donc de nouveau joint Benoit L a bonté , l e s o mmant de démissionner. Démoli, son ancien bras droit s’est ensuite rendu à la boîte de relations publiques National, où il y a passé une bonne heure, a-ton expliqué. Benoit Labonté a décidé de ne pas tenir de point de presse pour justifier la décision, ni d’accorder d’entrevues aux médias.
Union Montréal en cause ?
Louise Harel a par ailleurs laissé entendre que les « dout es » qui s ont at t r i bués à Benoit Labonté mettent aussi en cause le parti de Gérald Tremblay, Union Montréal. Car les faits se sont produits alors que François Purcell était président de Vision Montréal, tandis que Robert Laramée en était le directeur général. Or, dit-elle, ces deux hommes se sont joints à l’équipe du maire.
« Benoit Labonté est le bouc émissaire d’un système de financement qui a très certainement infiltré le parti du maire Tremblay aussi », a-telle affirmé.
Joint par La Presse, Robert Laramée a toutefois nié être engagé dans l’une ou l’autre des formations politiques qui briguent la mairie.
« J ’a i merais bien qu’elle fournisse des preuves ou des informations selon lesquelles je suis impliqué, de près ou de loin, dans la campagne d’ Union Montréal » , a-t-i l affirmé.

Deux partis sales, dit Richard Bergeron
  -  Martin Croteau
Le maire refuse de se réjouir
Le maire Gérald Tremblay a refusé hier de se réjouir du scandale qui a mené à la chute de Benoit Labonté. Il a plutôt déploré la controverse qui éclabousse son rival, affirmant qu’elle va contribuer à alimenter le cynisme des Montréalais à l’égard de leurs élus.
« Je ne vois pas ce qu’il y a de réjouissant dans le malheur des autres, a-t-il indiqué. D’autant plus que ça contribue à alimenter le niveau de cynisme de la population, ce qui est néfaste pour tous les élus municipaux. »
La chef de Vision Montréal, Louise Harel, a affirmé samedi que son bras droit a été la victime d’un « assassinat politique » orchestré par l’entourage du maire, mais celui-ci a nié cette affirmation.
« Ça a été démenti par les j ou r na l i s t es , je t r ouve ç a totalement ridicule », a-t-i l affirmé.
L e mai r e a f f i r me qu’i l n’était pas au courant des a l l égations selon l esquelles Benoit Labonté a eu des liens avec l’homme d’affaires Tony Accurso, pas plus qu’il ne savait que les deux hommes avaient eu des échanges téléphoniques plus tôt cette année. Il dit avoir appris ces informations « comme tout le monde », avec la diffusion des premiers reportages vendredi.
I nt e r r o gé à s a voi r s ’ i l connaissait l’entrepreneur au coeur du scandale des compteurs d’eau, Gérald Tremblay a répondu : « Je n’ai jamais rencontré M. Accurso. »
Le même moule
Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, voit dans le scandale qui a coûté son poste à Benoit Labonté la preuve que Vision Montréal est coulé dans le même moule qu’Union Montréal.
« Plus la campagne avance, plus il devient évident que ces deux formations politiques, c’est du pareil au même, a-til raillé. Ce sont les mêmes réseaux occultes de financement et le même star-système avec des gens souriants pour couper des rubans pendant qu’en arrière, il y a de puissants tireurs de ficelles. »
Il dit avoir rencontré Louise Harel au mois d’avril pour la mettre en garde contre les risques de s’associer à Benoit Labonté. Il reproche à l’ancien maire de l’arrondissement de Ville-Marie son rôle dans la vente de la Gare Viger, alors qu’il portait toujours les couleurs d’Union Montréal. Cette transaction, dit M. Bergeron, a été teintée par le favoritisme.
« Mme Harel n’avait pas de raison de ne pas savoir », a-t-il tranché.

L’arroseur arrosé  -  Michèle Ouimet
Hier, lorsqu’elle affrontait une armée de journalistes dans le local exigu de Vision Montréal, Louise Harel a peut-être eu une pensée pieuse pour son adversaire, Gérald Tremblay.
C’était à son tour de défendre l’intégrité de son parti, de jurer qu’elle ne savait rien et qu’elle lavait plus blanc que blanc.
Il y avait un monde fou : des j ournalistes, des photographes, des cameramen. Tous présents pour écouter les explications de Mme Harel. Pourtant, c’était dimanche, le temps était magnifique et le soleil éclaboussait les rues de la ville.
Mais la douceur de l’a i r était la dernière préoccupation de Mme Harel. À deux semaines du scrutin, elle essayait de sauver son image : celle d’une femme qui est entrée en politique pour faire le ménage à l’hôtel de ville. Ironiquement, c’était dans son propre parti qu’elle devait passer le balai.
Pour sauver sa réputation, elle a sacrifié son bras droit, Benoit Labonté, l’ancien chef de Vision Montréal qui avait accepté, en juin, de lui laisser sa place, mais à une condition : qu’il devienne président de son comité exécutif si elle était élue maire.
M. Labonté a commencé à sentir la soupe chaude lorsque le journal en ligne RueFrontenac. com a affirmé qu’il avait dîné au restaurant avec Tony Accurso, l’homme qui a décroché le contrat des compteurs d’eau et invité l’ex-bras droit de Gérald Tremblay, Frank Zampino, sur son fameux yacht.
Un homme que les politiciens fréquentent avec la plus grande discrétion. Un homme par qui les scandales arrivent.
Benoit Labonté aurait reçu de l’argent de Tony Accurso pour f i nancer sa course à la direction du parti Vision Montréal en 2008.
Flanqué de Louise Harel qui l’a défendu becs et ongles, Benoit Labonté a juré sur ses grands dieux qu’il ne connaissait pas Tony Accurso et qu’il l’avait croisé une seule fois, en 2006, lors d’une activité de financement.
Vendredi, TVA et RadioCanada en ont rajouté. On apprenait, entre autres, que Benoit Labonté aurait reçu une importante somme d’argent d’un entrepreneur lié au contrat des compteurs d’eau. Une e nveloppe plei ne de billets de banque pour l’aider dans sa course à la direction du parti.
Samedi, l’histoire a déboulé. T VA a a f f i r mé que Benoit Labonté avait parlé à six reprises à Tony Accurso en janvier et février 2009. TVA avait les dates et la durée de chaque appel.
Pourtant, la veille, Benoit Labonté avait juré, la main sur le coeur, qu’il ne connaissait pas Tony Accurso. Et Louise Harel l’avait appuyé.
Hier matin, à l’aube, Louise Harel a donc appelé Benoit Labonté. Elle ne lui a pas laissé le choix : il allait à TVA sur-le-champ pour s’expliquer ou il démissionnait. Il a démissionné. Tiens, tiens.
Hier, pendant le point de presse, Mme Harel en a profité pour égratigner Gérald Tremblay. « Benoit Labonté, at-elle dit, est le bouc émissaire d’un système de financement qui a très certainement infiltré le parti du maire. »
Bouc émissaire ? Louise Harel n’avait pas encore vu le reportage de TVA diffusé quelques heures plus t a rd pour dire une chose pareille. TVA a affirmé qu’une dizaine d’ent r e preneu r s l iés à la construction ont allongé plus de 200 000 $ pour aider Benoit Labonté à devenir chef de Vision Montréal.
Mme Harel est-elle naïve ou aveugle ? De l ’aveuglement volontaire, peut-être, la spécialité du maire Tremblay ?
Benoit Labonté a été congédié. Mais e s t - c e que s on départ règle les problèmes des enveloppes brunes et du copinage avec les entrepreneurs ? Un homme part, mais le système reste ? La même question se pose pour le maire Tremblay.
Le problème, c ’e st qu’il n’y aucune loi qui encadre le financement des courses à la direction des partis. Rien. Les enveloppes brunes peuvent circuler à gogo, tout est légal.
Légal, mais immoral. Car ces entrepreneurs risquent de devenir gourmands : je finance ton élection, mais tu me refiles un contrat.
Qu’est-ce que le gouvernement attend pour encadrer le monde municipal ? Quand on voit un entrepreneur faire la pluie et le beau temps à Boisbriand, quand les élus sont copains-copains avec les entrepreneurs, on se dit : "C’est le Far West ".
Et l e gouver nement s e tourne les pouces.
Mme Ha r e l s ’ e s t va nté e d’avoir réagi rapidement. Il y a tout de même eu deux semaines de délai entre les premières allégations et le renvoi de Benoit Labonté. Une éter nité en politique, surtout en ca mpagne électorale.
Un mot sur Pierre Lampron, le nouveau bras droit de Mme Harel. Si elle est élue maire de Montréal, il deviendra président du comité exécutif.
M. Lampron est un néophyte. Il ne connaît rien à la politique et il n’a jamais été candidat. C’est un homme i mpliqué dans l a c ultu re. Comment pourra-t-il gouverner une ville pratiquement ingouvernable, lui, un débutant ? A-t-il déjà assisté à un conseil municipal ?
« Pour être efficace, il faut s’organiser efficacement », at-il dit, hier, pendant le point de presse. Pas fort-fort. Mais Montréal a vu pire. L’ex-maire Pierre Bourque avait nommé Jean Fortier, un homme sans e x pér i e nce, président du comité exécutif. Son passage a été désastreux.

Est-ce que Montréal peut se permettre de prendre de tels risques ?


L’allié devenu adversaire
  -  Sara Champagne
Depuis son entrée à l’hôtel de ville, Labonté n’a laissé personne indifférent
Tout d’abord considéré comme le dauphin du maire Gérald Tremblay, même pressenti pour lui succéder à la tête d’Union Montréal, Benoit Labonté a connu une carrière politique municipale au cours de laquelle plusieurs de ses alliés se sont transformés en adversaires. Benoit Labonté venait à peine de faire son entrée à l’hôtel de ville, en tant que maire de l’arrondissement de VilleMarie, en 2005, que le maire Tremblay lui confiait déjà un poste stratégique : la culture et le centre-ville.
Durant deux a ns, et ce, jusqu’à ce jour fatidique du 17 septembre 2007 où il claque la porte du parti du maire de Montréal, Benoit Labonté est de t outes l es gra ndes a n nonces c o ncer na nt les grands projets du centre-ville, et la construction du Quartier des spectacles. Il est même au bras du maire Tremblay le jour de la tuerie au collège Dawson, en septembre 2006. Mais peu de temps après, au cours de l’hiver, des sources à l’hôtel de ville commencent à dire que sa façon de faire « selon les règles » dérange. Et que ses ambitions font des jaloux chez les vieux routiers.
Au d é b u t d u moi s d e septembre 2007, voguant sur sa popularité, Benoit Labonté s’accorde quelques jours de repos en Europe. Pendant ce temps, coup de t héâtre à l’hôtel de ville. Le maire Gérald Tremblay décide de se réapproprier le centre-ville et la culture, plus particulièrement le Quartier des spectacles. Le président du comité exécutif de l’époque, Frank Zampino, a nnoncera que l e mandat de construction est confié à la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM). Benoit Labonté est f urieux. I l démissionne en ne manquant pas de décrier le manque de leadership de Gérald Tremblay.
« J e n e s u i s p a s ve n u en politique montréalaise pour ra lenti r les réfor mes nécessaires, encore moins pour tergiverser. Je n’y suis pas venu avec la crainte de déranger s’il le fa l la it », dit-i l dans son allocution de démission. Dans la tourmente, il tourne aussi le dos à son directeur des affaires publiques à l’arrondissement, Jean-Yves Duthel, parce qu’il lui reproche des notes de frais trop coûteuses.
L’ère Vision Montréal
Le maire de Ville-Marie ne reste pas longtemps maire i ndépenda nt . Quelques semaines plus ta rd, Benoit Labonté annonce son adhésion à Vision Montréal, puis pa r v i ent r apidement à déloger le chef du parti, François Purcell. Ce dernier e s t r a pi d e ment e n f roid avec Benoit Labonté. I l est aujourd’hui candidat pour le parti de Gérald Tremblay.
« Benoit Labonté n’est pas un homme de principes », dira le conseiller de Snowdon, Marvin Rotrand, lui aussi passé dans les rangs d’Union Montréal.
À Vision Montréal, Benoit L abonté déra nge aussi. Les départs se succèdent . I nterrogé à l’époque par La Presse, il dit qu’il sait qu’il a des « ennemis », mais qu’il veut de l’action à Montréal et que ceux qui ne travaillent pas dans ce sens n’ont qu’à partir. C’est ce qui survient. Au printemps dernier, avec la démission subite du directeur général de Vision Montréal, Giulio Maturi, les départs de cadres, élus, ou membres importants se succèdent.
Mary Deros, Richer Dompier r e , Cla i r e Sa i ntA rnaud (ex-leader de l’opposition officielle) et le conseiller Pierre Mainville quittent le caucus de Vision Montréa l e n 2 0 0 8 . L’e xd i r e c t e u r généra l Rober t Laramée, qui a déjà tenté un putsch contre Labonté l ors du congrès du pa r t i , e n a v r i l der n i e r , c l a q ue aussi l a por t e . Christi ne Hernandez, présidente dans Outremont, Suzanne Gouin, présidente da ns Mercier – Hoc hel a ga - Maison neuve, et deux membres du comité exéc ut i f da ns Rosemont– L a Petite-Pat rie, F ra nce Laplante et Uldège Couture, démissionnent à leur tour.
Dans sa garde rapprochée, Benoit L abonté perd en août der nier s on c hef de c abinet , Pier re d’A mours, apparemment à couteaux tirés avec I rène Marcheterre, la nouvelle conseillère politique. S a n s o u bl ie r d ’au t r e s employés : Stéphane Dion, Daniel Saint-Louis, Sébastien McQuade, F é l i x-A nt oi ne Jolicoeur. Et plus récemment ,Vincent Chaput, un fédéraliste convaincu qui n’a pas digéré que Benoit Labonté renonce à la mairie de Montréal et déroule le tapis rouge à Louise Harel. Tous des alliés. Des alliés devenus des adversaires de Benoit Labonté.


Accurso a-t-il financé Labonté ?  -  Éric Clément
Le numéro 2 de Vision Montréal nie les allégations de ruefrontenac.com et de Radio-Canada
en campagne électorale, mais j e dois admettre que celui de ce matin (hier matin) est vraiment un coup directement en bas de la ceinture, a-t-i l la ncé. Je nie catégoriquement les i nsinuations publiées ce matin par ruefrontenac.com. »
Benoit Labonté n’a pas apprécié de voir son nom être associé à celui de l’entrepreneur Tony Accurso. « Il semble qu’en politique, tous les coups bas soient permis en campagne électorale, mais je dois admettre que celui(-ci) est vraiment un coup directement en bas de la ceinture », a-t-il lancé.
Benoit Labonté assure que le 17 mars 2008, jour où aurait eu lieu cette rencontre, il n’avait aucun petit-déjeuner, dîner ou souper d’affaires notés dans son agenda. M. Labonté a envoyé, hier après-midi, une demande de rétractation à ruefrontenac.com et a déclaré que si le site ne se rétracte pas, « des été faites par nos avocats. Il n’est pas question que l’on se rétracte. » Rappelons que le site ruefrontenac.com est tenu par les journalistes en lock-out du Journal de Montréal.
Hier soi r, le j ournaliste Davide Gentile de RadioCanada a, à son tour, diffusé un reportage dans lequel il affirme que, selon ses propres sources, M. Labonté a bel et bien rencontré M. Accurso dans un restaurant en mars 2008. Le journaliste de la télé publique affirme que Vision Montréal a reçu de l’a rgent comptant en 2008 et l’a transformé en contribution politique Le chef de l’opposition officielle, Benoit Labonté, a nié hier les affirmations du site ruefrontenac. com selon lesquelles i l aurait reçu, l’a n dernier, « une centaine de milliers de dollars » de la part de l’homme d’affaires Tony Accurso à la suite d’un repas pris en sa compagnie, alors qu’il était candidat à la direction de Vision Montréal.
Selon l ’enquête du j ournaliste indépendant Fabrice de Pierrebourg, diffusée sur l e s i t e r uef r ontenac . c om, M. Labonté a rencontré le président des compagnies Louisbourg Construction et Simard-Beaudry Construction dans un restaurant du VieuxMontréal le 17 mars 2008. Cette rencontre aurait permis à M. Labonté de financer une partie de sa campagne qui a coûté très cher, notamment la soirée « à l’américaine » à la Société des arts technologiques, le 30 mars 2008.
Plusieurs personnes auraient participé à ce repas. M. Labonté aurait sollicité « devant témoins » que Tony Accurso l’aide à financer sa course à la chefferie. « Avant de se lever de table, puis de payer la note, Accurso aurait accepté de donner un coup de pouce à l’aspirant maire », écrit le journaliste.
En point de presse, hier, Benoit Labonté a nié en bloc. I l a dit avoir « croisé » une fois Tony Accurso à l’occasion d’une activité organisée en 2006 par Union Montréal, son ex-parti. Tout le reste est, selon lui, « mensonger ». « Il semble qu’en politique, tous les coups bas soient permis poursuites judiciaires en diffamation seraient intentées ».
Mais r uef r o nt e nac . c o m persiste et signe et maintient que tout ce qui a été publié est exact. « On a mis ça entre les mains de nos avocats, dit Richard Bousquet, coordonnateur de ruefrontenac.com. Le travail de Fabrice a été fait avec toute la rigueur nécessaire et toutes les vérifications ont légitime. « Le principe, c’est l ’a rgent qui rentre. Source X et l’entourage de Labonté demandent à du monde: " Je te donne 500$ ou 1000$ cash, fais un chèque au parti ou en contrepartie. " C’est comme ça », a expliqué une source à Radio-Canada.
Une source confirme à La Presse
Ces allégations de versement d’argent comptant en contributions politiques ont été également faites hier, à La Presse par une source : « Tous les partis font ça. C’est une sorte de blanchiment d’argent. L’argent vient, on ne sait pas d’où. Là, tu le divises par des individus qui le mettent légalement dans une caisse politique d’un parti avec un chèque. »
La Presse a vou lu que M. L abonté c ommente l es nouvelles informations obtenues par Radio-Canada. « On s’en tient à la déclaration de cet après-midi », a dit Caroline Martel, porte-parole de Vision Montréal. Mais allez-vous demander une rétractation à Radio-Canada ? « Toutes les options sont envisagées », a par la suite ajouté Mme Martel.
Louise Harel : malaise
M. Labonté était en présence de Louise Harel quand i l a nié avoir mangé avec M. Accurso le 17 mars 2008. Mme Harel semblait mal à l’aise. Comme elle n’avait pas dit un mot, un j ournaliste lui a demandé de commenter l’affaire. Tout doucement, elle a dit : « Je suis à ses côtés », « j e n’ai pas de doutes sur l’i ntégrité de M. Labonté », ajoutant qu’il s’agissait d’une « machination ».
Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a dit, hier que « son idée est faite sur M. Labonté depuis deux ans ».
« Je me suis fait mon opinion sur le personnage de M. Labonté dans le dossier de la gare Viger, surtout quand il nommé Cameron Charlebois sur son comité consultatif d’urbanisme, a-t-il dit. Pour moi , mon idée éta it fa ite. Benoit Labonté, c’est Zampino 2. Le tandem Harel-Labonté ressemble ét r a ngement au tandem Tremblay-Zampino. Quelqu’un en façade pour j ouer le r ôle de maire de Montréal et le vrai pouvoir, le manipulateur de marionnettes. Avec Tremblay, c’est Zampino. Quand ce sera Harel, il s’appellera Benoit Labonté. »
M. Bergeron dit que l’an dernier, il avait demandé aux journalistes de se demander quelle était la source de financement de M. Labonté « puisque dans les deux rapports officiels de Vision Montréal des deux années antérieures, il y avait un déficit cumulé de 350 000$ ». « Et après, subitement, on voit le visage de Labonté partout. Il a bien fallu que quelqu’un la finance cette campagne-là. Alors ce qu’on apprend, c’est cohérent avec les dates. »
Au moment de mettre sous presse, Benoit Labonté était en discussion avec ses avocats.

ENVELOPPES BRUNES ET AUTRES 25 000$
De nouvelles allégations divulguées tard hier soir risquent de créer une seconde onde de choc chez Vision Montréal. Selon un reportage diffusé au bulletin de 22 heures de TVA, Benoit Labonté aurait reçu un versement de 25 000$ ainsi qu’une enveloppe brune remplie de liasses d’argent de la part d’une des trois firmes impliquées dans le scandale des compteurs d’eau. Il ne s’agirait toutefois pas d’une entreprise dirigée par Tony Accurso. Selon une source qui a témoigné sous le couvert de l’anonymat, le premier versement aurait eu lieu à la mi-mars 2008, alors qu’il était dans la course au leadership de son parti. Lorsque l’un de ses collaborateurs a manipulé les liasses « comme un jeu de cartes » pour indiquer que l’argent s’y trouvait, le chef de l’opposition officielle aurait demandé si « le compte y était » et si le « 25 » y était. Selon une deuxième source citée dans l’enquête de TVA, un dirigeant de la même compagnie aurait remis une somme de 25 000$ à Benoit Labonté à la suite d’une rencontre survenue dans un restaurant de Montréal un mois plus tôt, à la mifévrier 2008.


Une redoutable grand-mère  -  Michèle Ouimet
Hier matin, Louise Harel est arrivée scrupuleusement à l’heure, accompagnée par une conseillère en communications et une relationniste.
Elle a déposé son grand sac à main par terre, sorti son sourire le plus enjôleur et accepté un verre d’eau. « Pas de café, merci », a-t-elle susurré.
C’était au tour de Louise Harel, chef de Vision Montréal, d ’accepter l ’i nv it a t ion de La Presse. La veille, Richard Bergeron avait croisé le fer pendant une heure avec plusieurs journalistes. Le chef de Projet Montréal était seul, lui.
E t G éra ld T remblay ? Mystère. Il a été invité, mais il fait la sourde oreille. Pourtant, les rencontres « éditoriales » sont une tradition sacro-sainte. Au fédéral, au provincial et au municipal, les chefs acceptent de rencontrer les journalistes de La Presse pendant les campagnes électorales. Lucien Bouchard, Bernard Landry, Jean Charest, Pauline Marois, Jack Layton, Gilles Duceppe ont tous accepté de se plier à cet exercice exigeant.
Gérald Tremblay? On attend sa réponse. Son équipe réfléchit, suppute, soupèse, évalue, calcule, hésite. Le maire ne boude pas seulement La Presse. The Gazette et Le Devoir attendent aussi sa réponse. Louise Harel et Richard Bergeron ont accepté sans faire de chichis. Eux.
Dimanche, Gérald Tremblay va se jeter dans les bras de Guy A. Lepage à Tout le monde en parle. Tiens, tiens. A-t-il peur des questions des journalistes de la presse écrite qui ont mené des enquêtes sur son administration? Peur des scandales qui ont terni sa réputation? Si c’est le cas, ce n’est pas très courageux de sa part.
Louise Harel, elle, a le courage d’affronter l’équipe de la Gazette même si son anglais est boiteux, pour ne pas dire inexistant.
La relation de Louise Harel avec la langue de Shakespeare est douloureuse. Elle a pris des tonnes de cours et effectué des séjours d’un mois en Angleterre et à Vancouver ; elle a bûché, bûché et bûché, mais dès qu’un micro se braque sous son nez, elle fige.
«J’ai peur de faire des erreurs, a-t-elle confié, hier. Pas de grammaire, mais politiques.»
– Si vous êtes élue, comment allez-vous tendre la main aux Anglais qui vous détestent et vous dépeignent comme une sorcière?
– J’ai des candidats anglophones, a-t-elle répondu.
L’entrevue a vite glissé sur les structures, les fameuses structures bancales de Montréal. C’est pour corriger l’orgie de structures qui afflige la Ville que Louise Harel a décidé de se lancer en politique municipale.
Elle veut casser l’arrogance des arrondissements qui se comportent comme des villes, en étant dirigés par des maires élus au suffrage universel et dotés de pouvoirs démesurés: droit de créer des taxes, d’emprunter, etc.
Elle veut leur arracher des compétences – comme l’urbanisme et le développement économique – qui reviendront dans le giron de la ville centre. Les arrondissements s’occuperont des services de proximité: piscines, bibliothèques, terrains de tennis, arénas, équipements locaux.
Louise Harel préconise une approche douce. Pas question de partir en guerre et de lancer Montréal dans un déchirant débat de structures. Elle apportera les changements qui relèvent de sa compétence. Pour le reste, elle discutera avec Québec.
Bref, u n ménage dont Montréa l a c r uellement besoin. Un bon point.
Par contre, ses grands projets sentent le réchauffé: recouvrement de l’autoroute Ville-Marie, navette ferroviaire entre le centre-ville et l’aéroport… Sans oublier la marotte de Benoit Labonté, son bras droit: une exposition universelle en 2020. « Un levier de revitalisation urbaine», a dit Mme Harel, les yeux brillants.
Plutôt un projet risqué qui sent les boules à mites. Hier, l’architecte Phyllis Lambert a déclaré, avec raison, que les expositions universelles étaient dépassées. Une «idée du XIXe siècle».
Pourtant, c’est l’idée phare de l’équipe Harel-Labonté.
Louise Ha rel a répondu avec une habileté diabolique à des questions délicates sur les accommodements raisonnables et le CHUM. Derrière l’image de la grand-mère à la voix douce se cache une redoutable politicienne qui a 27 ans d’expérience.
Pendant une heure et demie, elle n’a fait aucune gaffe, aucune déclaration intempestive. Elle a répondu longuement aux questions, avec des détours habiles, s’embrouillant parfois dans les détails. Et elle a réussi à ne pas répondre aux questions embêtantes. Mine de rien.
À la fin de l’entrevue, elle a ramassé son gros sac à main, serré les mains et jeté un dernier sourire enjôleur avant de quitter la pièce.

Pour une ville avec moins d’élus  -  Sara Champagne
À deux semaines et des poussières des élections municipales, La Presse a invité les chefs des principaux partis montréalais à une rencontre dans ses bureaux de la rue SaintJacques. Louise Harel, de Vision Montréal, est la deuxième à répondre à nos questions hier.
Louise Harel estime qu’il y a trop d’élus à Montréal. Sans s’engager à en diminuer le nombre, elle promet qu’elle en discutera avec le gouvernement du Québec si elle est élue le 1er novembre prochain. Elle vise plus particulièrement le nombre de conseillers d’arrondissement, « des postes d’élus qui avaient été instaurés de façon transitoire, en 20 0 0, mais qui ont été maintenus par l’administration TremblayZampino», a-t-elle rappelé.
Louise Harel mise sur des projets d’envergure pour Montréal, dont la célébration du 375e anniversaire de la ville en 2017 et l’Exposition universelle de 2020.
«Je ne veux pas me prononcer aujourd’hui sur combien il restera d’élus à la fin du processus, a insisté Mme Harel. Ça relèvera d’un débat entre Québec et Montréal. Mais ce que je souhaite, c’est qu’il y ait aussi un débat avec les citoyens. Il sera possible de l’entreprendre. Mais je ne voudrais pas qu’on dise aujourd’hui que ce débat est terminé.»
Louise Harel propose donc un grand ménage à l’hôtel de ville. Elle veut que le comité exécutif ne soit pas formé exclusivement que par des maires d’arrondissement, mais aussi par des conseillers. Elle veut aussi rapatrier des pouvoirs d’arrondissement à la ville centre. Comme la voirie, le déneigement et la gestion des matières résiduelles, par exemple. Mais de là à réduire le nombre d’arrondissements, il y a un pas que l’ancienne ministre péquiste ne veut pas franchir.
« Les arrondissements ont toujours leur raison d’être. Ils n’existaient pas avant la loi 170 que j’ai fait adopter à l’Assemblée nationale. Et je crois aux services de proximité. Toutes les grandes villes du monde dans les pays industrialisés ont des arrondissements. Mais beaucoup des grandes villes du monde ont transformé leurs arrondissements en quasi-villes, comme ici à Montréal, et ça, c’est un vrai problème.»
Selon Mme Harel, ce ne sont pas les maires d’arrondissement qui posent problème. « C’est toute la question du suffrage universel qui devra faire l’objet d’une discussion, a-t-elle dit. Cette question doit être résolue à Québec. »
Par conséquent, elle ne manque pas de décocher une flèche à l’endroit de son adversaire, le maire sortant Gérald Tremblay, qui avait demandé et obtenu une modification à la loi afin que le prochain maire de la métropole devienne de facto le maire de l’arrondissement de Ville-Marie. Et, ainsi, qu’il reprenne les rênes des grands projets métropolitains, comme le Quartier des spectacles. Cette demande avait été formulée par l’administration municipale peu de temps après que le maire du centre-ville, Benoit Labonté – son bras droit–, eut claqué la porte du parti de Gérald Tremblay, à l’automne 2007.
«C’est quand même ironique que le maire de la grande ville, pour avoir de l’influence sur son centre-ville, ait voulu devenir maire de l’arrondissement de Ville-Marie, a-t-elle lancé. Oui, il faut avoir de l’influence sur les grands projets, mais pas à l’envers du bon sens. Il y a d’autres alternatives, par exemple l’idée que tous les grands projets de plus de 20 000 pi2 soient soumis à l’Office de consultation publique de Montréal. Et qu’ainsi, ils soient directement reliés à l’hôtel de ville.»
Afin de parvenir à garder l’oeil sur les grands développements, Louise Harel s’est déjà engagée à revoir de fond en comble le service d’urbanisme de la ville centre, en le dotant d’une équipe solide. Elle veut aussi créer un bureau de coordination des grands projets, qui aurait pour mission de « faciliter la vie des entrepreneurs qui sont excédés par des délais interminables ».
« Je m’en tiens à ce que je peux, et ce que je peux faire est un début important, a ajouté la candidate à la mairie de Montréal. Car comment se donner une ville sa ns un plan d’urbanisme cohérent, avec une vision du développement économique ? »
Parlant de grands projets, Mme Harel met surtout l’accent sur le projet de recouvrement de l’autoroute Ville-Marie, entre le Palais des congrès et le pont Jacques-Cartier. L’endroit rêvé pour capitaliser sur deux manifestations majeures, selon elle : le 375e anniversaire de Montréal, en 2017, et l’Exposition universelle de 2020, telle qu’imaginée par Benoit Labonté, destiné à devenir président de son comité exécutif en cas de victoire.
« Le 375e anniversaire peut servir de catalyseur. Quant à l’Expo 2020, nous nous engageons à déposer la candidature de Montréal avant la date limite d’avril 2011. Ce n’est pas tant la durée de l’événement qui compte, mais plutôt le compte à rebours précédant l’événement. Tout le rayonnement. Je pense qu’il y a moyen de faire aboutir des grands projets en mettant au premier plan la créativité et les créateurs. En intégrant le tout à un large plan de transports en commun. »
Mais pour y parvenir, a enfin prévenu Mme Harel, il lui faut une large majorité à l’hôtel de ville le soir des élections municipales. « Au moins les deux tiers des voix», a-t-elle insisté. Sur le thème de l’Exposition universelle, voir les pages A8 et A9.

« Les cols bleus n’ont pas le choléra »
« Les cols bleus n’ont pas la peste ni le choléra », a lancé Louise Harel quand on lui a demandé ce qu’elle entend faire pour dénouer l’impasse da ns les négociations qui durent depuis deux ans avec le syndicat du local 301.
«Les 100 millions dont parle le maire Gérald Tremblay n’existent pas, a-t-elle dit. C’est une stratégie électoraliste. Mais je n’ai pas l’intention pour autant de céder aux cols bleus ou d’augmenter leur masse salariale. Je leur tiendrai tête, en proposant des gains de productivité.»
La candidate à la mairie de Montréal pense notamment suivre les recommandations du vérificateur général au sujet du contrat des compteurs d’eau en faisant appel aux cols bleus pour les tâches qui sont accomplies en sous-traitance.
« Il y a un rajeunissement chez les cols bleus, a-t-elle noté. Je rêve qu’ils puissent soumissionner pour les contrats. Et ce que je retiens du rapport du vérificateur à ce sujet, c’est qu’il faut ramener des services centraux. »

Irréaliste, selon Tremblay, responsable, selon Harel  -  Éric Clément
GELER L’IMPÔT FONCIER À MONTRÉAL EN 2010
La promesse de Vision Montréal de moderniser la métropole sans augmenter l’impôt foncier en 2010 est jugée totalement irréaliste par le chef d’Union Montréal, Gérald Tremblay. La chef de Vision Montréal, Louise Harel, rétorque que le maire n’a pas de leçon financière à donner, après le fiasco du contrat des compteurs d’eau, qui risque de coûter cher aux Montréalais. « Nous, nous serons responsables », a-t-elle dit.
Le maire Gérald Tremblay et André Lavallée, responsable de l’aménagement urbain de la Ville de Montréal, en campagne dans le Plateau-Mont-Royal.
M. Tremblay a donc confirmé, hier, que s’il est élu, les contribuables montréalais devront s ubir une hausse de l eu r impôt foncier dès le 1er janvier prochain et peut-être pour les années suivantes. Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, anticipe aussi une augmentation de l’impôt à hauteur de l’inflation.
« Tout dépendra de la situation économique », a dit le maire Tremblay, hier. Prétendre que l’on peut offrir les mêmes services municipaux qu’aujourd’hui et en offrir d’autres sans augmenter l’impôt, « c’est vivre sur une autre planète », a ajouté le maire, lors d’un point de presse.
Union Montréal prévoit déjà qu’au 1er janvier, la crise et des augmentations statutaires entraîneront des dépenses non prévues de 148 millions. Le parti du maire Tremblay dit qu’en ajoutant les promesses de 152 millions par an de Vision Montréal, on arrive à un total de 300 millions qui vont plomber la municipalité.
Le maire a indiqué qu’une hausse des taux d’intérêt n’est pas à exclure et qu’une telle possibilité aura alors des conséquences sur le service de la dette. « Quand on a pris l’engagement de ne pas augmenter le fardeau fiscal général des contribuables (en 2005), c’est parce les perspectives économiques étaient positives, a-t-il dit. Mais aujourd’hui, comme gestionnaire responsable des fonds publics, c’est nettement impossible de ne pas faire un ajustement au moins sur le plan de l’inflation. »
Gérald Tremblay a rappelé que sous l ’a dministration Bourque, la Ville était plus endettée qu’aujourd’hui et que cela a eu des conséquences sur les services fournis aux citoyens. « Nous, on a réussi à augmenter la notation de la Ville à son plus haut niveau, a-t-il dit. Et on veut maintenir ce niveau. Promettre 850 millions de dépenses en infrastructures, c’est impossible. La conséquence i mmédiate, ce sera une décote de la Ville de Montréal. »
La réplique de Louise Harel a été c i nglante : si Gérald Tremblay était prêt à gaspiller 600 millions avec le contrat des compteurs d’eau accordé à GÉNIeau, « comment peut-il prétendre maintenant manquer d’argent et devoir taxer les Montréalais » ?
Vision Montréal persiste et signe: si Louise Harel est élue, les contribuables auront droit à un gel de l’impôt foncier en 2010. Et aucun des pouvoirs de taxation que la loi 22 a donné à la Ville ne sera exercé en 2010 par une administration Harel-Labonté.
« Après avoir si mal géré la Ville pendant les dernières années, ce sont encore les citoyens montréalais qui paieraient la note, a affirmé Mme Harel, se disant indignée. Soyez certains que nous ferons le ménage et nos devoirs à l’hôtel de ville sans taxer davantage les Montréalais. »
Benoit Labonté a dit qu’il peut trouver 200 millions par an grâce à des gains de productivité. Il compte les réaliser dès la première année au sein des administrations municipales, comme il a dit l’avoir fait « sans supprimer de postes, de programmes ou de personnel » dans Ville-Marie. Selon lui, un grand nombre de « dédoublements » pourraient être éliminés à la grandeur de la Ville.
« Il s’agit de réorganiser le travail, a-t-il dit. C’est un travail de bénédictin mais nous pouvons et nous allons réussir cet exercice. »
Mme Harel a ajouté que « la sous-traitance a coûté extrêmement cher à Montréal, comme l’a montré le vérificateur général de Montréal », et qu’il y a de la place « pour faire un grand ménage ».
« Nous avons dévoilé notre programme mais nous constatons que le maire Tremblay n’a pas de programme à offrir aux Montréalais, a-t-elle dit. Ce qu’il offre, c’est le statu quo. Ceux qui veulent du vrai changement, avec du ménage, des gains de productivité et des services efficaces, ils auront un choix (le 1er novembre), c’est ce que nous leur proposons. »

Transformer la ville, sans augmenter les taxes… en 2010  -  Éric Clément
Le parti Vision Montréal a présenté son programme électoral, hier. Son chef, Louise Harel, propose de «transformer Montréal» en faisant en sorte que tous les citoyens aient droit aux mêmes services, et ce, sans augmenter l’impôt foncier... en 2010.
Louise Harel et Benoit Labonté étaient tout sourire hier, lors de la présentation du programme de leur parti, Vision Montréal, en vue des élections municipales du 1er novembre.
Le programme est issu de la réflexion faite cet été par des membres et candidats du parti dans le cadre de 11 chantiers de réflexion. Il est articulé autour de neuf enjeux: intégrité et transparence, gouvernance, développement économique, rayonnement international, transport, développement social, habitation, diversité culturelle et développement durable.
Si elle est élue mairesse le 1er novembre, Louise Harel veut d’abord « rétablir la confiance » des Montréalais envers leur administration municipale. Le dernier sondage Angus Reid Strategies– La Presse a révélé que seulement 2% des citoyens sont « très satisfaits » de l’administration Tremblay. Mme Harel compte sur ce genre de données pour démontrer que le maire Gérald Tremblay n’est plus l’homme de la situation.
« Les Montréalais veulent une mairie honnête, qui se consacre exclusivement à leurs intérêts, et qui le fait avec éthique, transparence et intégrité, a-t-elle dit. Dès notre arrivée aux commandes de la Ville, nous créerons un Bureau d’éthique municipal avec, à sa tête, un commissaire à l’éthique indépendant, doté de pouvoirs étendus d’enquête et de moyens de les appliquer.»
Mme Harel veut redonner «une direction» à la Ville, en transmettant la maîtrise d’oeuvre des services d’urbanisme à la ville centre, tout comme la voirie, le déneigement, la propreté, le développement économique, la gestion de l’eau et celle des matières résiduelles. Les arrondissements ne conserveraient que la culture locale, les loisirs et les sports, mais auraient une dotation financière «ajustée et équitable».
Louise Harel promet aussi de revenir sur la décision de l’administration T remblayZampino d’avoir retiré Montréal de l’Union des municipalités du Québec. «Cela a considérablement affaibli la capacité de Montréal de créer et de maintenir des réseaux d’information, de collaboration et de soutien, et de susciter des appuis solidaires importants en faveur de la métropole. »
Vision Montréal propose cinq projets majeurs pour la v i l le : recouv r i r l ’auto - route Ville-Ma rie entre le Palais des congrès et le pont Jacques-Ca r tier, réa l iser la navette ferroviaire entre Dorval et le centre-ville, poser la candidature de Montréal à l’Exposition universelle de 2020, créer un accès au fleuve avec trois plages publiques (Pointe-aux-Trembles, VieuxPort et Verdun–LaSalle) et organiser les fêtes du 375e anniversaire de la fondation de Montréal.
Le projet Rives nouvelles, que Benoit L abonté ava it annoncé en j uin 2008 pour mettre en valeur le f leuve Saint-Laurent, du Vieux-Port jusqu’à la rue Bercy, ne se trouve pas dans le programme de Vision Montréal. Mais il renaîtra si Montréal obtient l’Expo 2020, dit-on au parti.
Quant au dossier du tramway, Mme Harel avait déjà dit qu’il n’était pas prioritaire. Elle a ajouté, hier, que les études se poursuivent, mais qu’elle veut privilégier le prolongement du métro jusqu’à Anjou et améliorer « tout de suite et maintenant » les services de transports en commun.
«Il n’y aura pas d’augmentation des tarifs de la STM en 2010, a-t-elle dit. Et pour les années suivantes, nous nous en tiendrons à n’augmenter les tarifs que proportionnellement au coût de la vie.» Le chef de l’opposition officielle, Benoit Labonté, a ajouté que les péages et un gain de productivité de 5% appliqué partout dans les administrations de la municipalité permettront de dégager 200 millions de dollars par année, soit «suffisamment de marge de manoeuvre » pour résoudre le problème récurrent de Montréal de dépendance envers ses revenus fonciers.
Ce n’est que vers la fin de la conférence de presse que Benoit Labonté a répondu à un journaliste anglophone qu’il n’y aura pas d’augmentation de l’impôt foncier si Louise Harel est élue. Peu après, au cours d’une mêlée de presse, Mme Harel n’a pas su dire si la promesse était valable pour 2010 ou pour quatre ans. Elle a pointé son regard vers Benoit Labonté qui a alors répondu aux quelques journalistes présents que la promesse ne valait que pour l’an prochain.

Louise Harel a aussi des friends  -  Katia Gagnon
Dans l’espoir de démontrer que la candidature de Louise Harel ne suscite pas que des hauts cris dans les communautés anglophones et allophones, un groupe de citoyens, dont quelques personnalités, ont lancé hier un site internet bilingue baptisé Friends of Louise Harel.
Des membres des communautés anglophone et noire ont officialisé leur appui à la candidature de Louise Harel, hier.
« Je connais Louise Harel depuis 30 ans. C’est une candidate brillante et honnête », a lancé l’avocat Julius Grey, devant une trentaine « d’amis de Louise Harel » réunis dans un hôtel du centre-ville, amis au nombre desquels on trouvait une dizaine de candidats de Vision Montréal. Dan Philip, président de la L igue des Noirs du Québec, Mohammad Shamsur Rahman, membre de la communauté musulmane, ainsi que Peter Francis et Gabriel Bazin, respectivement entrepreneur et juriste, tous deux issus de la communauté haïtienne, étaient au nombre des invités.
« Il faut unifier notre ville, a poursuivi M. Grey. Depuis trop longtemps, les fédéralistes et les souverainistes se regardent et ne se parlent pas. Quand quelqu’un me demande : Oui, mais est-ce que j e peux vraiment voter pour quelqu’un qui a été de l’autre côté ? Je leur réponds : Quand vous choisissez un chirurgien, est-ce que vous lui demandez de quel côté il est ? »
Le bilinguisme
« Certaines personnes me demandent : Mais pourquoi appuyez-vous Louise Harel ? Je la connais depuis 30 ans. Nous avons travaillé ensemble pour les droits humains et la justice sociale », a ajouté Dan Philip, qui a travaillé avec la candidate à la mairie dans le dossier du pistolet électrique et celui de la représentation juridique de la famille de Fredy Villanueva.
M. Philip a minimisé l’importance du bilinguisme pour accéder à la mairie. « La langue, c’est important, mais on ne doit pas l’utiliser comme une arme. Et ça ne doit pas nous divertir de nos vrais problèmes. » Julius Grey a renchéri. « Il n’y a pas de test linguistique à passer pour être candidat à la mairie. »
La candidate a ensuite pris la parole en anglais devant l’assista nce. « Je su is très fière de votre appui, a-t-elle dit. Ensemble, nous allons pouvoir abattre les frontières de l’incompréhension. Nous prouvons ce matin que nous ne sommes pas des étrangers . » L a c hef de Vision Montréal en a profité pour annoncer que le tiers de ses 104 candidats sont issus des communautés anglophone ou allophone.
Hier, sur le site internet c réé pou r l ’o c c a sion , qu i vante les réalisations de Mme Harel auprès des communautés culturelles, on trouvait assez peu de commentaires de citoyens. « Elle n’aura pas beaucoup de résonance dans les com mu nautés », c roit Marvin Rotrand, candidat d’Union Montréal dans Côtedes-Neiges–Notre-Dame-deGrâce. M. Rotrand rappelle des propos qu’avait tenus Mme Harel en mars dernier, avant qu’elle n’annonce sa candidature ; elle s’élevait contre une possible balkanisation des quartiers de Montréal, des remarques qui ont « choqué » les communautés culturelles, estime-t-il.
« Si les a rrondissements demeurent des quasi-villes comme maintenant, on va se retrouver dans la pire des situations, avait déclaré Louise Harel dans une entrevue accordée à RDI. On va avoir des villes… une ville italienne, une ville haïtienne, une ville anglophone, une ville arabe, Ville Saint-Laurent, une ville juive. »

Faux et vrai débat  -  Michèle Ouimet
Ce n’était pas le débat du siècle. En fait, il n’y a pas eu de débat. Chaque candidat à la mairie de Montréal a résumé son programme électoral et répondu aux questions d’un auditoire un peu coincé. Temps alloué: 16 minutes.
Louise O’Sullivan, du parti Montréal Ville-Marie.
Ce non-débat s’est déroulé hier au déjeuner-causerie de la jeune chambre de commerce. Les candidats n’ont pas croisé le fer une seule fois. Même s’ils étaient assis à la même table, ils n’ont pas échangé un mot. Entre l’endive et le poulet, l’atmosphère était glaciale.
Chaque candidat avait huit minutes pour parler d’un thème imposé par la jeune chambre : « Les principaux défis auxquels la ville devra faire face et comment ils entendent y répondre. »
Vague, trop vague. Erreur. Les candidats en ont profité pour réciter la liste de leurs promesses électorales en escamotant le sujet imposé.
Le maire Tremblay a parlé tellement vite et avec une telle conviction que la salle a ri à la fin de son allocution. Richard Bergeron a aussi débité son programme à la vitesse de la lumière. Louise Harel, elle, a parlé plus lentement. Le lutrin lui arrivait aux épaules et le micro, au nez.
Quatrièmecandidate, Louise O’Sullivan, ex-conseillère du maire Tremblay de 2001 à 2005. Elle a passé une partie de son discours à parler de son fils de 27 ans, brillant, tellement brillant, diplômé de McGill, et qui a décidé de vivre en Norvège. Elle a affirmé que Montréal était la ville la plus pauvre en Amérique ( !) et qu’elle n’avait pas besoin de règles d’éthique. « Il faut être éthique pour se lancer en politique », a-t-elle précisé. Sans commentaire. I mpos s i ble de pa r l e r aux candidats à la fin du déjeuner-causerie. Ils ont tous galopé vers la Place Bonaventure pour participer à un autre débat – un vrai – animé par Benoît Dutrizac à la radio. Une heure vivante, drôle par moments. Dutrizac connaît la politique municipale. Ses questions étaient directes, justes, et il a laissé le temps aux candidats de débattre.
Et Louise O’Sullivan n’avait pas été invitée.
On était loin de l’atmosphère soporifique et complaisante de la jeune chambre de commerce.
Benoît Dutrizac a attaqué en parlant d’éthique. Gérald Tremblay a répété que GÉNIeau, le consortium au coeur du scandale des compteurs d’eau, ne sera pas dédommagé si la police prouve qu’il y a eu collusion.
Louise Harel a souligné qu’un maire a un devoir de surveillance.
Vrai. Article 52 de la Loi sur les cités et villes: « Le maire exerce le droit de surveillance, d’investigation et de contrôle sur tous les départements et les fonctionnaires ou employés de la municipalité et voit spécialement à ce que les revenus de la municipalité soient perçus et dépensés suivant la loi. »
Donc, même si le maire plaide l’ignorance, cela ne l’absout pas.
Évidemment, il a été question des incontournables cols bleus. Benoît Dutrizac fait des boutons dès que leur nom est prononcé. Le maire a accusé Mme Harel de s’être « assise main dans la main » avec le président des cols bleus, Michel Parent, lors du dernier conseil municipal.
Louise Harel n’est pas élue. Elle doit donc s’installer au balcon réservé au public et aux journalistes. Ce soir-là, Michel Parent était à ses côtés. Elle s’est défendue : « Je ne donnais pas la main à Michel Parent ! » Richard Bergeron s’est empressé d’ajouter : « Je n’ai aucune relation particulière avec Michel Parent! »
Comme si Parent avait la lèpre et le choléra.
En ces temps d’élections, les cols bleus n’ont pas la cote.
Où est Diane Lemieux? À la fin du mois d’août, dans une conférence de presse, l’exministre péquiste et ennemie jurée de Louise Harel est arrivée, triomphante, au bras de Gérald Tremblay.
Si le maire est réélu, Mme Lemieux ne moisira pas dans un rôle de figurante. M. Tremblay lui a promis un poste au comité exécutif. Probablement la présidence.
Depuis cette apparition éclatante, Mme Lemieux se fait discrète. À Union Montréal, on affirme qu’elle a participé à trois activités publiques. Trois en un mois, c’est mince. Après tout, on est en campagne électorale.
On est loin de l’euphorie de la fin août, lorsque Mme Lemieux avait affirmé que Gérald Tremblay était son homme.
« C’est mon homme, avaitelle dit. Je le respecte et j’ai de l’admiration pour lui. »
Depuis, il y a eu le rapport dévastateur du vérificateur général sur le scandale des compteurs d’eau.

Un débat serein, l’autre houleux
  -  Louise Leduc
Gérald Tremblay et Richard Bergeron sont arrivés côte à côte à un débat des chefs à la jeune chambre de commerce, hier. Louise Harel, qui les suivait de peu, s’est avancée, a serré la pince à Richard Bergeron et a ignoré M. Tremblay. Entre les deux, pas un regard. Pas une poignée de main.
Louise Harel, de Vision Montréal.
Ce petit prélude de coulisse a donné le ton au reste. Les piques ont fusé de toutes parts, et ce, même si le format choisi à la jeune chambre n’était pas celui du débat mais de la tribune occupée à tour de rôle par chacun des candidats.
Gérald Tremblay a raillé Louise Harel, qui avait erronément ajouté un milliard au budget de la Ville. Louise Harel a dit que le maire Tremblay avait « donné les clés de la ville aux entrepreneurs en leur disant : Servez-vous ! »
L’acrimonieamontéd’uncran lors du débat radiophonique qui a suivi, animé par Benoît Dutrizac à la station 98,5.
« Ne dites pas n’importe quoi », a dit Louise Harel. « Ne mentez pas, madame Harel », a répliqué Gérald Tremblay.
Plus tard : « Ce n’est pas parce que je suis une femme qu’il va m’interrompre », a lancé Louise Harel, furieuse que M. Tremblay lui ait coupé la parole.
À un autre moment, Gérald Tremblay a accusé Louise Harel de s’être trouvée assise un jour, dans l’auditoire du conseil municipal, à côté de Michel Parent, président du syndicat des cols bleus.
Louise Harel et Gérald Tremblay étaient tous deux si pompés que Benoît Dutrizac a senti le besoin de leur demander si ça allait et de leur rappeler que tout ça n’était qu’un débat.
Richard Bergeron, lui, s’est moqué de Gérald Tremblay, qui venait de se targuer d’être à la tête de la première administration à obtenir du gouvernement du Québec le statut de métropole, ce qui vaut un chèque annuel de 35 millions à Montréal. « Quand j’étais jeune, Montréal, c’était la métropole du Canada, et là, le maire est tout fier de dire qu’elle est la métropole du Québec! »
Au cours de ces deux débats, quel message ont voulu passer les candidats ?
Louise Harel s’est d’abord indignée de ce que le maire n’ait pas profité de la journée d’hier – la dernière à sa disposition dans le présent mandat – pour annuler le contrat des compteurs d’eau. Elle a par ailleurs annoncé son intention de doubler le budget du Conseil des arts de Montréal et d’introduire « une certification ISO diversité » qui ferait en sorte que les communautés culturelles seront plus présentes dans l’administration publique et même chez les sous-traitants. Elle a aussi dit qu’elle entendait redonner aux urbanistes de la ville l’importance qu’ils avaient avant l’ère Tremblay.
Très volubile et maximisant au possible son temps de parole aussi bien devant la jeune chambre de commerce qu’à la radio, Gérald Tremblay a insisté sur le fait que, jusqu’ici, le contrat des compteurs d’eau allait coûter 3,5 millions aux contribuables – la pénalité de résiliation du contrat – en plus des travaux déjà réalisés, pour lesquels une seule facture de 91 000$ a été reçue.
Le maire a insisté sur le prolongement du métro – qui peut se faire rapidement, a-t-il dit, « pas dans 15 ans » – , sur sa volonté de rendre la ville plus concurrentielle et sur des projets déjà lancés, comme le Quartier des spectacles et la réhabilitation des terrains de la gare de triage d’Outremont (qui fera place à des logements abordables, à des pavillons de l’Université de Montréal et à des parcs).
Comme Régis Labeaume à Québec, Richard Bergeron a annoncé qu’il voulait qu’« un geste architectural » soit fait à l’entrée de la ville. En clair, qu’un grand édifice soit planté dans le f leuve et devienne l’icône de Montréal.
Quant à Louise O’Sullivan, elle s’est beaucoup étendue sur le parcours universitaire de son fils qui, faute d’emploi à sa mesure au Québec, a dû s’exiler. Sa priorité à elle, donc: créer des emplois à Montréal.



Louise Harel s’oppose au couloir d’autobus Dalhousie  -  Sara Champagne
Tout en s’engageant à aller de l’avant avec le réaménagement de l’autoroute Bonaventure, l’aspirante à la mairie de Montréal, Louise Harel, s’en prend à l’idée d’aménager un corridor d’autobus rue Dalhousie. Selon elle, il faut plutôt privilégier un boulevard à quatre voies au lieu de trois, avec une voie réservée aux transports en commun. Beaucoup « moins dangereux », dit-elle.
Louise Harel, chef de Vision Montréal et candidate à la mairie.
Accompagnée du professeur en urbanisme de l’UQAM et candidat à un poste de conseiller de ville dans NotreDame-de-Grâce, David Hanna, la chef de Vision Montréal a expliqué, hier matin, qu’un couloir de 1400 autobus, rue Dalhousie, ne serait pas sécuritaire. Selon elle, le projet élaboré par la Société du Havre de Montréal, au coût d’une étude de 2,5 millions, ne tient par ailleurs pas compte du patrimoine et du développement résidentiel dans le secteur.
Mme Harel estime que la Société du Havre devrait plutôt élaborer plusieurs scénarios en partenariat avec l’Agence métropolitaine de transport (AMT), à qui revient le mandat de faire des études. « C’est étrange, mais nous n’avons jamais pu prendre connaissance de l’étude de la Société du Havre pour la rue Dalhousie, a ajouté M. Hanna. Il est clair qu’il s’agit d’un pelletage d’autobus sur un mur aveugle, propice à plusieurs accidents entre autobus et automobilistes », a-t-il prédit.
« Nous nous engageons à réaliser l’autoroute Bonaventure, a ajouté Mme Harel. Le projet est excellent, soit celui de démanteler une partie de l’autoroute pour en faire un boulevard urbain. Mais l’idée d’un corridor est totalement odieuse, et va coûter très cher. Il nécessite de nombreuses expropriations. Il faut creuser des tunnels aussi. »
Mme Harel souhaite s’inspirer des résultats du concours Rêvez Montréal, publié par La Presse à la mi-septembre, dans lequel les lecteurs ont démontré une nette préférence pour l’aménagement d’un marché public sous le viaduc du CN, avec terrasses et de l’animation.
« Ce qui est présentement proposé, pour la rue Dalhousie, entraîne un coût prohibitif tant sur les plan social et culturel qu’économique », a-t-elle enfin déploré.
Le responsable du Plan de transport au comité exécutif du maire Tremblay, André Lavallée, a réagi aux propos de Mme Harel en expliquant que le couloir Dalhousie s’impose dans le contexte où « l’on sait que le train léger (SLR) entre Montréal et la Rive-Sud, ne verra pas le jour à court terme ».
« Le pont Champlain a également besoin d’être reconstruit ouremplacé, ajoute M. Lavallée. Il y a donc deux attitudes possibles: ne rien faire ou améliorer la desserte avec la Rive-Sud. En ce moment, les autobus font des détours interminables. Nous, ce qu’on dit, c’est que le corridor est la meilleure solution dans le moment. Et cette solution va même éloigner les autobus du projet résidentiel dans l’ancienne usine Lowney, rue Sainte-Catherine. »
Quant à l’étude réalisée par la Société du Havre, La Presse n’a pas été en mesure d’en prendre connaissance hier. Gaétan Rainville, président-directeur général de la Société, doit rappeler aujourd’hui. Le projet de réaménagement de l’autoroute Bonaventure sera soumis à un processus d’audiences publiques, après les élections municipales.


Louis Roquet appelé en renfort  -  Karim Benassaieh
Le fonctionnaire de carrière Louis Roquet, ex-PDG d’Investissement Québec et de la So c iété des a lcools du Québec, s’est vu confier hier une nouvelle tâche d’envergure : conseiller la nouvelle directrice générale de la Ville de Montréal dans la foulée du scandale des compteurs d’eau.
Le mandat de M. Roquet, précise-t-on à l’hôtel de ville, est « ponctuel » et « ad hoc ». Pour 175 $ l’heure, il fournira des recommandations à l’administration municipale dans le cadre d’un budget alloué de 7500 $, soit une quarantaine d’heures de consultation.
La nomination de cet expert réputé, dont la carrière n’est pas liée à un parti, n’a pas soulevé de vagues auprès de l’opposition. «M. Roquet est reconnu pour être un très bon administrateur, a déclaré Louise Harel, chef de Vision Montréal. Je ne connais pas son mandat, mais tout ce qui peut renforcer la gestion de la Ville est bienvenu. Mais encore une fois, c’est trop peu trop tard.»
L ou is Roquet , 69 a ns , reviend ra à ses premières amours dans l’administration publique puisqu’il a été directeur général de la Communauté urbaine de Montréal, puis secrétaire général de la Ville de Montréal, de 1990 à 1994. Son poste a été aboli par Pierre Bourque en décembre de cette même année. Il a ensuite hérité du siège de PDG de la Société de développement industriel du Québec, qui deviendra Investissement Québec.
Le gouvernement Landry lui a donné par la suite les rênes de la Société des alcools du Québec en 2002. C’est à son bref passage que l’on doit le fameux « virage performance » de la société d’État, dont il a été limogé à mi-mandat, en septembre 2004. Des observateurs attribuent alors sa disgrâce à un organisateur politique proche de Jean Charest, Raymond Boucher.
Il a brièvement retouché à l’administration municipale en 2007 alors que le maire Tremblay l’a nommé sur un comité chargé de repenser le financement de la Ville de Montréal.
Pou r don ner suite rapidement au rapport du vérif icateu r généra l su r les compteurs d’eau, l’administration Tremblay avait demandé la sema i ne der n ière à la nouvelle directrice générale, Rachel Laperrière, de réviser le processus d’attribution des contrats. « Compte tenu de l’ampleur et de la complexité de ce mandat, j’ai convenu avec elle de demander à M. Louis Roquet d’agir auprès d’elle à titre de conseiller spécial, a expliqué dans un communiqué le maire Gérald T remblay. La compétence, l’ex périence, l’ex pertise et l’intégrité de Louis Roquet sont reconnues. »
I l a été impossible hier d’obtenir une entrevue avec M. Roquet. Dans un long portrait qui lui était consacré dans le magazine des HEC en 2004 – il venait d’être nommé MBA de l’année –, on souligne ses capacités uniques d’analyse… et son humour corrosif. « J’adore gérer la complexité », avoue Louis Roquet, peu après avoir été nommé président et chef de l’exploitation de Desjardins Capital de risque en octobre 2004. « Ma plus grande satisfaction, précise-til, consiste à opérer un changement radical sans que les gens ne s’en rendent compte. »
Candidat battu à la succession D’Alban D’Amours à la présidence du Mouvement Desjardins en mars 2008, M. Roquet a annoncé en juin dernier qu’il quittait l’entreprise. Il a été nommé le même mois à la tête du nouveau Fonds des médias du Canada, qui remplacera l’an prochain le Fonds canadien de télévision. Il préside également depuis la mimai le comité d’experts chargé de revoir les règles de gouvernance des Fonds d’intervention économique régionale, plongés dans la controverse en raison d’allégations de conflits d’intérêts.

La boue et le balai  -  Lysianne Gagnon
On n’est pas sorti du bois. Dans la foulée des scandales qui ébranlent l’hôtel de ville, ce sont tous les Montréalais qui pataugent dans la boue, et il faudrait plus que le balai de Louise Harel pour nettoyer les dégâts. Il faut appeler la police, trouver les coupables, démolir les cartels mafieux qui se partagent la manne en refilant aux contribuables des factures astronomiques et un boulot mal fait.
Même après tout cela, on ne serait pas encore sorti du bois. On n’aurait rien réglé si, aux entreprises privées véreuses, se substituait le syndicat des cols bleus tel qu’il est actuellement: une organisation qui utilise la violence et l’intimidation et ne s’est jamais distinguée par son respect du travail bien fait. Déjà, le chef syndical Michel Parent, profitant de la vague d’indignation suscitée par l’affaire des compteurs d’eau, réclame qu’une partie de la rénovation des conduites soit faite par ses membres plutôt que par des plombiers de l’extérieur.
Le travail à l’interne, soit. À deux conditions : que les employés soient impeccablement qualifiés et leurs travaux, garantis selon les normes ; et que cela coûte moins cher aux contribuables que le recours à des firmes externes. On devrait aussi exiger que les cols bleus changent radicalement leur culture syndicale.
Espérons que Louise Harel, si elle est élue à la mairie, saura leur tenir tête… même si des cols bleus semblent croire le contraire, à en juger par les «Lou-ise!» enthousiastes que plusieurs d’entre eux scandaient lors d’une récente assemblée.
Chose certaine en tout cas, c’est Louise Harel et Vision Montréal qui seront les premiers bénéficiaires du vilain feuilleton qui se déroule à Montréal. S’ils remportent la victoire, ce sera moins dû à leurs propres mérites qu’au fait que l’administration Tremblay s’est discréditée et que la crédibilité du maire sortant est irrémédiablement érodée.
Nul ne doute de l’intégrité personnelle de Mme Harel, c’est déjà ça de pris… et dans le contexte actuel, c’est beaucoup. L’ancienne ministre a également nombre de qualités qui manquent au maire Tremblay : des idées claires, de l’énergie, un esprit vif…
C’est sur d’autres plans que le bât blesse, et son incapacité d’apprendre l’anglais les résume tous, car loin d’être anecdotique, cette carence, surprenante chez une femme intelligente dotée de deux diplômes universitaires, est symptomatique d’un refus viscéral, enraciné de longue date, de reconnaître la totalité de la réalité montréalaise. Cette réalité d’une ville fondamentalement biculturelle en plus d’être cosmopolite, il lui faudrait non pas la tolérer, mais l’apprécier et l’aimer.
Ainsi, les citoyens non francophones de Montréal ne pourront entendre les candidats à la mairie débattre dans leur langue. Ils y avaient pourtant droit, moralement sinon légalement. Ce n’est sûrement pas d’hier que Mme Harel nourrit des ambitions municipales. Pourquoi diable n’a-t-elle pas embauché un tuteur, suivi des cours intensifs, passé l’été en immersion? Tous les chefs de partis fédéraux ont eu l’humilité de participer à des débats en français même s’ils maniaient mal la langue, par respect pour leurs électeurs francophones. Mme Harel aurait dû suivre leur exemple.
Surtout, qu’on cesse de nous ramener l’exemple d’Ottawa, qui a eu des maires unilingues. Sans les institutions fédérales, Ottawa ne serait qu’une petite ville comme il y en a des tas en Ontario. Rien à voir avec Montréal!
Un maire unilingue à Montréal, doublé au surcroît d’une militante souverainiste, ce n’est pas la catastrophe du siècle, mais c’est un trait susceptible de diviser une population qui a déjà suffisamment de problèmes sans qu’on y ajoute la polarisation politique qui sévit au niveau provincial. Et disons-le franchement, un maire incapable de parler anglais, dans une métropole nord-américaine, ça fait drôlement ringard.

Gérald Tremblay et Louise Harel croisent le fer sur fond de crise  -  Éric Clément
Premier débat télévisé
Le premier débat télévisé, hier, entre Louise Harel et Gérald Tremblay a permis à ces deux candidats à la mairie de Montréal de croiser le fer en ce début de campagne électorale.
Gérald Tremblay a d’abord dû s’expliquer sur l’échec du processus d’attribution du contrat des compteurs d’eau à GÉNIeau. Il a dit que ce qui s’est passé n’est pas «normal» mais a ajouté qu’il avait « agi » en renvoyant le directeur général de la Ville, Claude Léger, et le directeur principal aux affaires corporatives, Robert Cassius de Linval, et en réclamant des changements dans les façons de faire de l’administration.
Mme Harel a alors dit à M. Tremblay qu’il avait agi « trop tard » et qu’il avait « le devoir de savoir ». Elle a rappelé que, au printemps, il avait vanté le contrat de GÉNIeau en disant que c’était « le contrat du siècle ». Elle a relevé qu’il n’y avait pas eu autant d’enquêtes policières sur Montréal depuis 50 ans et que l’administration Tremblay avait « entaché la réputation de la ville » au Canada et à l’étranger.
Gérald Tremblay a répliqué que tous les élus montréalais avaient voté en faveur du contrat de GÉNIeau en 2007 et que «les citoyens décideront le 1er novembre».
Les deux candidats ont ensuite abordé le thème des transports en commun. Mme Harel a dit qu’il fallait « remettre en question le tramway», car elle veut avant tout installer 20 nouvelles voies réservées aux autobus dans les quatre prochaines années. Elle a cité les boulevards Lacordaire, Hymus et Saint-JeanBaptiste pour accueillir trois nouvelles voies. Elle a regretté que les tarifs des transports en commun aient augmenté de 37% avec Gérald Tremblay.
Ce dernier a rétorqué que les usagers des transports en commun «ne paient pas trop cher» et que les automobilistes paient les parcomètres « au juste prix ». Son administration a amélioré les transports en commun de 17%, at-il ajouté. Il s’est engagé à prolonger le métro jusqu’à Anjou en trois ans, ce que Mme Harel juge irréaliste – il faudrait plutôt, selon elle, viser 10 ou 12 ans.
Sur la propreté, M. Tremblay a dit à l’animateur Jean-Luc Mongrain que Montréal «n’est pas sale». Mme Harel a répondu que les citoyens ont honte de l’état de leurs rues et qu’ils en ont assez de voir qu’il y a «19 façons de faire du déneigement » à Montréal. Elle veut centraliser le déneigement pour que tous les citoyens aient droit aux mêmes services. Le maire sortant a reconnu qu’on «ne déneige pas pareil partout».
Gérald Tremblay a alors affirmé que l’ex-ministre péquiste est responsable du cafouillis administratif de la Ville. Elle a répondu que « l’identité des quartiers ne doit pas rimer avec inefficacité », ajoutant que Montréal n’obtient pas de bonnes notes à l’extérieur du Québec en ce qui a trait à sa gestion ou à son attractivité.

Union Montréal refuse d’augmenter le nombre d’aires protégées
Un sondage mené par le Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-Montréal) auprès des trois partis municipaux de Montréal révèle que le parti du maire Gérald Tremblay n’est pas prêt à prendre de nouveaux engagements pour protéger les espaces verts de la ville.
En mars dernier, le CREMontréal a distribué pour la première fois de son histoire un long questionnaire sur l ’environnement à Union Montréal, Vision Montréal et Projet Montréal . « Les élections municipales arrivaient et on voulait avoir une idée des objectifs des partis en matière d’environnement » , expl ique le président du CRE-Montréal, André Porlier.
Tous les partis ont répondu au questionnaire. Sur plusieurs enjeux, les objectifs des candidats se rejoignent. « Tous veulent diminuer la circulation automobile et donner un accès aux berges du fleuve pour la baignade. Tous reconnaissent aussi l’importance d’implanter des péages urbains », note M. Porlier. Les partis s’engagent aussi à mettre en place la collecte de matières organiques à domicile d’ici quatre ans.
Mais sur certains sujets, les objec t i f s des pa r t i s divergent. Alors que Vision Montréal et Projet Montréal promettent de poursuivre les efforts pour atteindre la norme internationale de 12% d’aires protégées dans l’île, le parti de Gérald Tremblay, Union Montréal, préfère s’en tenir aux 6% actuels. Union Montréal veut se fixer des objectifs « moins quantitatifs et plus qualitatifs » en matière de protection des milieux naturels. « Décevant »
Un objecti f « décevant » selon M. Porlier. « On voit que pour eux, il va y avoir de la construction dans les milieux naturels. On ne voit pas qu’il y a une volonté claire de protéger les espaces verts », dit-il.
Les opinions divergent aussi en ce qui concerne le chauffage au bois. Le parti du maire Tremblay a déjà adopté un règlement interdisant l ’ i nsta l lat ion de tout nouveau système de chauffage au bois à Montréal. Mais il refuse d’interdire complètement ce mode de chauffage dans la métropole.
Seul le parti de Louise Ha rel , Vi sion Montréa l , s’engage à faire disparaître complètement le chauffage au bois en quatre ans. Pour se faire, Vision Montréal veut offrir une compensation aux citoyens qui devront se débarrasser de leur ancien système.
Le parti de Richard Bergeron, Projet Montréal, propose plutôt d’interdire complètement l’utilisation du bois de chauffage d’ici 10 ans.
Pour M. Porlier, le dossier du chauffage au bois « n’est pas facile ». « Mais avec 48 épisodes de smog l’hiver dernier, Montréal doit faire quelque chose. Et on sait que le chauffage au bois est la cause n0 1 de smog », dit-il.

Louise Harel lance les grandes lignes de son programme électoral  -  Sara Champagne
Après avoir dévoilé publiquement le thème de sa campagne hier, « Redémarrer Montréal », comme on le ferait pour un ordinateur qui connaît des ratés, Louise Harel met la table pour dévoiler sa plateforme électorale.
Lors d’une entrevue exclusive ave c La Presse, cette semaine, elle a expliqué que si elle est élue à la tête de Montréal, le 1e novembre prochain, un grand ménage sera entamé avant les fêtes de Noël pour « remembrer » le service d’urbanisme.
« Aut refois , le ser v ice d’u rba n isme de la Ville de Montréal était un fleuron de la croissance. Mais aujourd’hui, il est dans un état pitoyable. Il faut un développement intégré si on veut faire avancer les projets », a expliqué Louise Harel, au cou rs d’un entretien pou r débattre du concours Rêvez Montréal (voir autre texte).
Une fois cette tâche accomplie, Mme Harel entend travailler, dès le mois de janvier, à revoi r les str uc tu res de Montréal, « trop lourdes », a-t-elle dit. « Il y a une telle multiplication inutile des structures. » Et c’est maintenant un secret de Polichinelle : elle s’engagera à revoir la gouvernance et la fiscalité de Montréal, en donnant la priorité à l’amélioration de l’efficacité des services, tels le déneigement et la collecte des ordures.
Navettes électriques
En matière de transports, une large part de son progra m me sera consac rée à élargir les zones piétonnes partout où c’est possible au centre-ville. Même su r la rue de la Commune. D’autre part, Mme Harel préconise des navettes électriques en matière de transports en commun. « Il y en a dans la ville de Québec, vous savez, et elles remportent un vif succès. C’est ludique. Quant au tramway, on nous dit qu’il coûte au moins 70 millions le kilomètre. Je pense qu’il faut penser à un transport bimodal. »
En ce qui a trait aux « grands pr oj e t s », M m H a rel voit l’Expo 67 revenir à Montréal, mais version 2020. Et pourquoi pas sur l’autoroute VilleMa rie, dont les tra nchées seraient enfin recouvertes sous sa direction, a-t-on appris. Ainsi, le projet résidentiel de la Société Radio-Canada irait enfin de l’avant, dit-elle. Sans oublier toute la mise en valeur du Quartier de la santé, autour de la construction du futur CHUM.
« Je me souv iens qu’en 1991, lors d’un voyage au Commonwealth, on m’avait demandé si Québec était dans Montréal. Je ne l’oublierai jamais, a-t-elle raconté à La Presse. C’était les suites des Jeux olympiques, de l’Expo 67. L e s a c t iv ité s s ont en déclin à Montréal, même le tourisme. Il faut agir. »
Tremblay va de l’avant
L e ma i re de Montréa l , Gérald Tremblay, s’apprête lui aussi à dévoiler son programme électoral, qui s’articulera sur le thème « Avec T remblay, Montréal va de l’avant ! »
« Ave c le Qua r tier des spectacles, Bixi, le 311, la rénovation des infrastructures, la construction de logements sociaux, Montréal est sur une lancée », a déclaré hier Gérald Tremblay, chef d’Union Montréal, par voie de communiqué.
« Pour parvenir à mettre de l’ava nt les projets qu i sont déjà a morcés , dont l’autoroute Bonaventure et le recouvrement de l’autoroute Ville-Marie, déjà en route, il me faut un autre mandat, a expliqué Gérald Tremblay à La Presse, lors d’une entrevue pour discuter du concours Rêvez Montréal. Je veux aussi un aménagement au Champ de Mars, une murale pour le palais de justice. »

Difficile de réunir les quatre candidats  -  Daphné Cameron
Les Montréalais qui souhaiteraient entendre les quatre candidats à la mairie débattre des enjeux de la campagne risquent d’être déçus. À l’heure actuelle, il semble qu’aucun débat n’opposera tous les chefs.
Gérald Tremblay, Louise Harel et Richard Bergeron participeront à une joute oratoire diffusée sur les ondes de Radio-Canada et de RDI le 19 octobre. Louise O’Sullivan n’a toutefois pas été invitée.
La chef de Montréal VilleMarie n’a également pas été conviée au débat orchestré par Jean-Luc Mongrain à LCN mercredi prochain, tout comme Richard Bergeron.
Par ailleurs, Louise Harel a refusé d’indiquer hier si elle participerait au débat télévisé de la chaîne anglophone CTV. Son acolyte, le maire de VilleMarie, Benoit Labonté, pourrait prendre sa place.
« Nous sommes encore en négociations, a dit hier l’attachée de presse de Louise Harel, Marie-Hélène d’Entremont. Ce sera à CTV d’annoncer si le débat a lieu ou non et qui y participe.»
Contrairement aux trois autres candidats à la mairie, Gérald Tremblay ne participera pas au débat électoral sur le logement social organisé par le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). Il a toutefois accepté toutes les invitations des médias.
«Aucune administration n’en a fait plus que nous en matière de logement social. Nous avons construit 10 000 unités d’habitation, a expliqué le maire, hier, en marge d’un point de presse. Plus de 30 demandes de débat ont été faites. On fera des débats publics à la radio ou à la télévision, mais on a considéré qu’on ne peut pas passer toute la campagne à faire des débats.»


Harel se défend d’être la source de l’information  -  Karim Benassaieh &  Éric Clément
Accusée à mots couverts par André Lavallée d’être derrière le dévoilement du passé felquiste du vice-président du comité exécutif de Montréal, la chef de Vision Montréal, Louise Harel, a rétorqué que jamais elle ne s’abaisserait à une telle manoeuvre et qu’il s’agit d’un procès d’intention.
« Vous savez quelles sources vous ont informé et vous savez très bien à quel point je n’ai rien à voir avec ça, a dit Mme Harel. Je désavoue ce genre de politique et l’ai désavoué toute ma vie et le désavouerai toute ma vie. Ce sont des procès d’intention que l’on me fait. Jamais je n’aurais fait une chose pareille. C’est le monde à l’envers. On devient le bouc émissaire dans cette histoire. Il y a suffisamment de raisons pour juger avec s é vé r it é l ’a d m i n i s t r a t io n Tremblay. Il n’y a aucun motif pour déterrer des histoires comme celle-là où la personne s’est complètement réhabilitée. Moi, je partage l’opinion de Ted Kennedy. La rédemption existe. »
La chef de Vision Montréal, Louise Harel, a affirmé qu’elle n’était pas derrière le dévoilement du passé felquiste d’André Lavallée et s’est dite victime d’un procès d’intention.
La Presse a dema ndé à Mme Harel si elle connaissait le passé felquiste de M. Lavallée, comme il nous l’a dit mercredi. « Assez vaguement, j e dois dire. Ce sont des choses que je n’ai pas enregistrées dans ma mémoire comme des faits marquants parce que c’était déjà un passé antérieur. »
M m Ha rel a dit que M . L ava l lée n’est pa s u n ennemi. « Ce n’est pas parce qu’on a un différend politique… mais il ne me viendrait ja ma is à l’esprit d’utiliser quelque moyen aussi odieux. » Mme Harel a dit par ailleurs qu’elle n’a jamais entendu parler de quelque menace que ce soit contre André Lavallée pour l’inciter à se joindre à Vision Montréal.
« Je n’ai j amais eu, avec A nd ré, de rencontres au cours desquelles on lui aurait proposé quelque chose, a-telle dit. Mais dès le départ, il le savait qu’il serait bien accueilli mais rien de formel ne lui a été proposé. Il s’est plaint pendant deux mois que je ne l’avais pas appelé. J’ai reçu des appels, y compris de mon frère, pour me demander pourquoi je ne l’avais pas appelé. »
La participation d’André Lavallée au FLQ est « quand même quelque c hose de grave », a estimé de son côté le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron. « J’ai trouvé que da ns ( La Presse d’h ier matin), on lui donnait un peu trop l’absolution. »
« J’ai eu 19 ans moi aussi, j’ai été enthousiaste moi aussi, j’ai été porté vers les excès, mais j amais on ne m’aurait pris dans une affaire comme ça après les événements d’octobre, après la mort de Pierre Laporte, après l’armée dans les rues, a-t-il précisé. Personne ne pouvait ignorer ce qu’était le FLQ. Il n’y avait plus rien de bon enfant là-dedans, plus rien de charmant. »
Pour Louise O’Sullivan, chef du parti Montréal VilleMarie et candidate à la mairie, la plus grande erreur de M. Lavallée a été de ne pas mettre Gérald Tremblay au courant de son passé. « À l’âge de 19 ans, on fait des erreurs, on vit avec pour le restant de nos j ours. Mais le fait que son chef ne le savait pas, là, j’ai un problème. S’il j uge aujourd’hui que ça met dans l’embarras M. T remblay, il devrait démissionner. »
Selon Mme O’Sullivan, la nouvelle a eu beaucoup d’impact chez les simples citoyens qu’elle a croisés. « Je leur ai parlé, ils me disent : "Juste à cause de ça, je ne voterai pas pour M. Lavallée." Ça les a touchés, ils pensent que M . L ava l lée dev ra it démissionner. »



LA NOUVELLE «FEMME» DE GÉRALD TREMBLAY  -  Katia Gagnon
Gérald Tremblay a répliqué à l’arrivée de Louise Harel dans la course à la mairie en abattant une carte maîtresse, il y a 10 jours : l’arrivée de Diane Lemieux dans l’équipe d’Union Montréal. L’ex-ministre péquiste, surnommée « la lionne », est une femme de caractère. Flamboyante, ambitieuse, féministe et séductrice, elle a des convictions sociales et une intégrité sans faille. Et elle a aussi, depuis longtemps, une profonde divergence d’opinions sur l’avenir de Montréal avec son ex-collègue Louise Harel.
Printemps 20 03, caucus du Parti québécois. Les députés de l’opposition doivent prendre position sur le projet de loi 33, qui dote les arrondissements de Montréal de nouveaux pouvoirs, une réplique aux menaces de défusion de plusieurs pans de la nouvelle ville. La critique aux Affaires municipales, Diane Lemieux, est en faveur du projet de loi. La mère des fusions municipales, Louise Harel, est contre. Les deux femmes s’affrontent lors d’un caucus épique et déchirant.

Le caucus se solde finalement par une victoire de Louise Ha rel, qui a rrache la tenue d’une seconde rencontre. Lors de ce deuxième caucus, Louise Harel ne se lève pas de sa chaise. « Elle a fait lever un par un tous les députés de Montréal, qui ont tous dit qu’ils étaient contre », raconte un ex-député péquiste. Diane Lemieux est sortie en claquant la porte, humiliée. « Oui, j’étais fâchée, admetelle aujourd’hui. Louise Harel s’y prend d’une façon différente de la mienne. »
Six ans plus tard, les deux femmes se retrouvent. La scène est différente, mais le film n’a pas changé : c’est l’avenir de Montréal qui les oppose. Ce contentieux soulevé au caucus n’a jamais été réglé. Ou plutôt si : il s’est réglé par une déclaration de guerre, à la fin d’août, quand Diane Lemieux a dit oui à « son homme», Gérald Tremblay. Se serait-elle présentée si Louise Harel n’avait pas été du camp adverse ? « C’est une bonne question. Disons que sa venue a recentré la campagne d’une autre façon », esquive-t-elle.
C’est pourtant Louise Harel qui, en 1996, a nommé Diane Lemieux au Conseil du statut de la femme, tremplin idéal pour une carrière politique. Et c’est aussi Louise Harel qui n’a pas lâché le téléphone, l’espace d’un week-end, pour la convaincre de se présenter dans Bourget en 1998.
Mais une fois élue, Diane Lemieux, ambitieuse et flamboyante, prend rapidement sa place. « J’étais novice, mais pas nounoune, dit-elle. Je n’ai été sous le joug de personne. » Dès la première conférence de presse, elle renverse tout le monde en interrompant Lucien Bouchard, qui voulait répondre à sa place à une question. « Ç’a frappé l’imagination », se souvient le péquiste André Boisclair.
Lors de la formation du Conseil des ministres, Lucien Bouchard fait un cadeau de Grec à la recrue Lemieux : le ministère de l’Emploi, précédemment occupé par… Louise Harel, où le rapatriement des programmes fédéraux de formation de la main-d’oeuvre crée un immense chantier.
Rapidement, la bombe lui saute au visage. « L’a rgent coulait de partout, on était tous les jours dans les journaux. C’était la crise parfaite », raconte Mme Lemieux. « Ç’a été son baptême du feu. Mais elle a livré », résume André Boisclair, alors titulaire de la Sécurité du revenu.
C’est là que Diane Lemieux vivra sa première crise avec L ou ise H a rel , la c réatrice d’Emploi-Québec, puisqu’elle fera appel à Jacques Léonard, alors président du Conseil du Trésor, pour l’aider à contrôler les dépenses. « Je suis une fille de mécanicien, dit Diane Lemieux. Pour moi, l’argent public, c’est précieux. »
Ce geste scandalise Louise Harel, qui y voit un manque d’empathie pour la clientèle. Mais Diane Lemieux y gagne l’ad m i ration de L éona rd . « Difficile d’imaginer deux êtres plus différents, dit le député de Richelieu, Sylvain Simard. Mais le courant passait entre ces deux-là. »
L’a u s t è r e p r é s id e n t d u Conseil du Trésor cherchera même à conva i nc re « la lionne », comme l’avait surnommée un magazine, de se lancer dans la course à la direction après le départ de Lucien Bouchard. En vain. « Elle a fait ses calculs. Et elle est devenue présidente de la campagne de Bernard Landry », souligne Sylvain Simard.
Après l’Emploi, elle passe à la Culture. Bilan de ces années ministérielles ? « C’était une ministre de gestion. Elle gère bien les dossiers au jour le jour. Ce n’est pas une person ne de g ra nd s projets . Mais elle avait du coffre », dit Gérald Larose, ex-président de la CSN.
« Diane s’est toujours plus intéressée au contenant qu’au contenu. Je ne me souviens pas d’interventions de contenu très marquantes de sa part », persifle un ex-collègue péquiste. « Elle a été à son meilleur dans l’opposition, là, on effleure les sujets », raille une autre source qui a travaillé avec elle.
Durant toutes ces années en politique, la ministre s’illustre aussi par une «diplomatie de deux par quatre», résume un apparatchik péquiste. Elle est cassante, baveuse. «On gagne le même salaire. Mon opinion vaut autant que la tienne », lance-t-elle à Bernard Landry en pleine réunion du Conseil des ministres. «Je me demande de quelle planète vous sortez», envoie-t-elle à Gaston Fauvel, alors président du puissant Syndicat des pompiers de Montréal. «Pauline Marois ne veut plus de François Gendron parce qu’elle ne le trouve pas bon », déclare-t-elle à un journaliste alors que le PQ est dans l’opposition.
Elle occupe alors le poste stratégique de leader, chargée d’orchestrer la période de questions. Elle y excelle. La période de questions devient une chorégraphie finement scénarisée. Mais pour ce faire, elle doit écraser beaucoup d’orteils. « Ça m’est arrivé de faire la grève pendant trois jours parce qu’elle m’avait fait des commentaires désobligeants », dit Sylvain Simard.
En fait, « la lionne » oscille consta m ment entre deu x pôles : l’agressivité pure et la grande séduction. « Elle est en séduction perpétuelle », dit encore… Sylvain Simard. « Elle a beaucoup de difficulté à travailler avec les femmes, sauf quelques-unes. Et avec les hommes, c’est du charme », acqu iesce u n conseiller péquiste. Et ce, peu importe les lignes de parti : les potineux du parlement s’ébaudissent encore de la relation « très chaleureuse » qu’elle a entretenue avec son vis-à-vis libéral, Jean-Marc Fournier, soulevant des blagues répétées des deux côtés de la Chambre.
Mais dès le début de son aventure politique, la vie de Diane Lemieux a été marquée par une autre rupture, celle qui s’est produite avec les groupes de femmes. «Il y a eu une cassure, qui n’est pas encore guérie», résume Danielle Fournier qui, à l ’é p o q ue , é t a it au groupe Relais-femmes. Diane Lemieux, arriviste? «Pour certaines personnes, oui.»
L a principa le intéressée devient rapidement émotive lorsqu’on aborde ce sujet délicat. Sa voix se casse. « Ceux qui disent que je suis arriviste ne me connaissent pas. Je suis un bloc. Il faut que ça soit vrai. » Puis, elle contre-attaque. « C’est tout le paradoxe des féministes. Elles veulent du pouvoir. Et quand il y en a une qui en a, elles l’écoeurent. »
Le divorce se concrétise lors de la marche Du pain et des roses, orchestrée par Françoise D av id . L e gouver nement répond de façon minimale aux demandes du mouvement des femmes : 10 cents d’augmentation du salaire minimum. Lucien Bouchard s’entoure de cinq femmes ministres, dont Diane Lemieux, pour annoncer les mauvaises nouvelles.
« On s’est senties larguées pa r le gouvernement », se rappelle Françoise David. Un gouvernement dont Diane Lemieux faisait partie. « Je refuse de dire qu’elle faisait ça juste pour garder le pouvoir, dit M me David. Je suppose qu’elle y croyait. »
Cependant, le mouvement des femmes n’a j amais eu connaissance de la bataille souter ra i ne qu’a liv rée la m i n istre du T rava il pou r gagner cette hausse modeste du salaire minimum. « La t i g r e s s e ! s ’e xc l a m e l ’e xministre Guy Chevrette. Elle s’est battue pour le salaire minimum. Elle a tenu tête à Bouchard. Elle lui a dit que l’histoire des milliers d’emplois perdus, c’était du charriage. Bouchard se tortillait en maudit sur sa chaise. »
Car sous ses dehors de politicienne, il est incontestable que Diane Lemieux est sincèrement préoccupée de justice sociale. Elle évoque avec fierté son enfance dans un milieu modeste, son père mécanicien, sa mère qui s’occupait de la comptabilité du garage. « Mes parents n’étaient pas des militants. Mais ils étaient très préoccupés de leur entourage. Qui vit à côté de moi ? Qu’estce que je peux faire pour lui ? J’ai grandi là-dedans. » Depuis 15 ans, elle forme une famille reconstituée avec le psychiatre Jocelyn Aubut, qui dirige l’Institut Philippe-Pinel, où se retrouvent les pires cas de santé mentale au Québec.
Son passé dans les groupes de femmes l’a aussi beaucoup marquée. Elle est encore étudiante en droit quand elle commence à oeuvrer bénévolement au centre d’aide aux victimes d’agressions sexuelles, le CALAC local. « On sortait de l’époque du policier qui disait à la victime : "Avez-vous aimé ça ?" » raconte-t-elle. Elle rencontre des femmes en état de crise, parfois aussi jeunes qu’elle. E n évoqua nt u ne affaire tragique de viol collectif, qui l’a propulsée dans les médias il y a 25 ans, elle est encore bouleversée.
Mais Dia ne L emieu x détonne chez les féministes. « J’ai été la première dans le mouvement des femmes à parler aux médias », rappellet-elle. Elle crée une onde de choc en faisant présider la campagne de financement des CALACS par un comité formé uniquement d’hommes. « Pour elle, il fallait aller chercher l’appui des hommes. Disons que ça a suscité un débat. Moi, j’étais pour », se souvient Françoise David. « À côté des féministes lesbiennes radicales qui n’allaient pas acheter leur lait chez un dépanneur tenu par un homme, j’étais un contraste : je mettais du mascara ! » rigole Diane Lemieux.
Vingt a ns plus ta rd , la nouvelle « femme » de Gérald Tremblay est toujours aussi féminine, mais a changé son look. Elle a modifié sa coiffure, arbore des vêtements moins voyants. Peu de gens doutaient qu’elle se relancerait dans l’arène politique. « Sa job dans le cinéma, ça ne consommait pas le tiers du quart de l’adrénaline qu’elle brûle en une minute », rigole Sylvain Simard.

Montréal sera donc le nouveau terrain de bataille des deux soeurs ennemies. Qui se ressemblent probablement plus qu’elles ne veulent bien l’ad mett re, ava nce A nd ré Boisclair. « Je n’ai pas connu Louise Harel à 40 ans, mais je pense qu’à cet âge, elle ressemblait à Diane. Une progressiste, féministe, une femme de caractère. Au fond, Diane Lemieux, c’est une Louise Harel avec quelques années en moins. »




Fronde contre « l’héritage Harel-Tremblay »  -  Sara Champagne
Le chef de Projet Montréal et candidat à la mairie, Richard Bergeron, a lancé une fronde cont re « l ’hér it age H a relTremblay », hier, lors d’un point presse où il a ressassé le passé de ses deux adversaires. Tous les deux anciens ministres, l’un de l’Industrie, l’autre des Affaires municipales.
Lors d’un point de presse au local de son parti, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a tenté de noircir le portrait de ses adversaires à la mairie.
Reprochant au maire Gérald Tremblay de gérer Montréal « dans la complaisance et le copinage, grâce notamment aux dons intéressés et anonymes envers le parti Union Montréal », il a ensuite déclaré que l’autre candidate, Louise Harel, est « dangereuse » pour Montréal. Du même souffle, il a toutefois dû admettre qu’il a offert, en 2005, à la candidate à la mairie de Vision Montréal de devenir chef de son parti. Et plus récemment, d’appuyer Louise Harel si elle se présentait comme indépendante en se retirant de la course à la mairie.
« Si elle avait accepté de se joindre à mon parti, je lui aurais expliqué qu’une ville ce n’est pas que des structures, a expliqué Richard Bergeron. Mais il y a eu une rupture du lien de confiance quand elle s’est jointe à Vision Montréal, pa rti qui a été conda mné pour plus d’une centaine de fraudes électorales sous Pierre Bourque, a rappelé Richard Bergeron. Donc, j e suis en guerre contre Louise Harel jusqu’au 1er novembre, jour du scrutin. »
Pour régler les problèmes de gouvernance de Montréal, Richard Bergeron propose d’abolir les mairies d’arrondissement et de revenir aux bonnes vieilles présidences d’arrondissement, découlant de toute la réorga nisation municipale à Montréal, qui a suivi les fusions et défusions.
En ce qui concerne Gérald Tremblay, qu’il a comparé à Homer de la série Les Simpson, le chef de Projet Montréal a jeté le blâme de « sa mauvaise administration » sur une autre structure, le comité exécutif. Il s’agit de la garde rapprochée du maire, formée de 11 élus, qui, selon le chef de Projet Montréal, « contrôle tout ». En lieu et place, il propose plutôt de transférer les pouvoirs aux commissions permanentes formées d’élus des différents partis, avec des fonctionnaires. C’est l’une de ces commissions qui a pondu un code éthique, qualifié de mou par les partis de l’opposition, à la dernière séance du conseil municipal.
Enfin, s’il est élu maire de Montréal, Richard Bergeron a f f i r me qu ’i l « va fa i re à Montréal ce que fait Gilles Vaillancourt à Laval ». « C’està-dire que ce qui se passe à Mascouche, à Sainte-Julie ou à Saint-Constant ne m’intéresse pas. Je suis intéressé par Montréal. Et la réalité c’est que nous perdons 10 000 familles par année au profit des banlieues. Et que quatre automobilistes sur cinq qui défilent dans les arrondissements centraux ne font que de la circulation de transit, à l’origine d’un nuage de pollution au-dessus de nos têtes », a-t-il déploré.

Le maire veut tourner la page
  -  Martin Croteau
L’opposition a cependant l’intention de le talonner sur le sujet
Gérald Tremblay estime qu’il n’a pas à être attaqué en matière d’éthique, mais ses adversaires n’entendent pas lâcher le morceau. Pendant que le maire a clamé son intégrité pour clore le congrès de son parti, hier, sa principale rivale lançait sa campagne en brandissant un balai – pour encourager ses partisans à « nettoyer » l’administration municipale.
Louise Harel a déclaré hier devant ses partisans, lors d’un rassemblement au parc Jarry pour lancer sa campagne, qu’il fallait « faire le ménage » à l’hôtel de ville.
Dans un discours prononcé au collège de Maisonneuve en clôture du congrès d’Union Montréal, le maire a assuré à ses militants que les scandales révélés à la Ville au cours des derniers mois sont inacceptables à ses yeux. Mais il martèle que son administration n’a pas à porter le chapeau.
« Je n’accepte pas qu’il y ait des irrégularités à la Ville de Montréal parce que je décide qu’on va avoir une administration transparente, a scandé M. Tremblay. Alors je ne veux plus qu’on m’attaque sur ce sujet-là. »
Le maire a dépoussiéré une vieille anecdote pour appuyer son propos, rappelant qu’en 2003, il était sorti de sa limousine pour porter secours à un jeune homme qui se faisait attaquer. Pour lui, c ’est la preuve que ses adversaires sont bien mal venus de le critiquer en matière d’éthique et d’intégrité.
Gérald T remblay estime que l’avenir de Montréal – et non l’éthique – sera le principal enjeu de la campagne qui débute le 18 septembre. Et à cet égard, il a traité sa rivale de « girouette » pour avoir réalisé les fusions à titre de ministre, pour ensuite se porter à la défense de la mairie de l’arrondissement de Ville-Marie.
« La dernière chose qu’on doit faire, c’est une campagne électorale basée sur le passé, a affirmé Gérald Tremblay. On veut une campagne sur l’avenir. » Mais ses opposants dans la course n’entendent pas en rester là. En lançant officiellement sa campagne au parc Jarry, Louise Harel a clairement fait savoir que l’éthique serait l’enjeu principal au cours des prochaines semaines. Elle a d’ailleurs brandi un balai, affirmant qu’il était temps de « faire le ménage » à l’hôtel de ville.
« C e n ’e s t p a s G é r a l d Tremblay qui va décider ce sur quoi les Montréalais vont voter, a-t-elle affirmé. Les Montréalais n’en peuvent plus des enquêtes policières, des contrats gonflés, des soumissions qui semblent arrangées, et su r tout des str uc tu res superposées où l’on ne sait plus qui prend les décisions. »
Même son de cloche chez Richard Bergeron. Le chef de Projet Montréal souligne que c’est lui, et non le maire, qui a porté plainte à la Sûreté du Québec après que des vérifications eurent révélé des irrégularités dans l’attribution du contrat des compteurs d’eau.
« Je vais le répéter chaque jour de la campagne : l’état de corruption à la Ville de Montréal est le plus élevé, probablement, depuis que Jean Drapeau est venu faire le ménage dans les années 50 », a-t-il affirmé.
Sous l ’a d m i n i s t r a t i o n Tremblay, la Ville de Montréal a fait l’objet de sept enquêtes de la Sûreté du Québec. Le directeur général de la Ville, Claude Léger, a révélé samedi que 15 enquêtes internes ont mené à des congédiements depuis trois ans.
La semaine dernière, La Presse et Radio-Canada ont révélé que le maire a déclenché une enquête sur le directeur de la Réalisation des travaux de la Ville, Robert Marcil, qui a depuis démissionné. Il a fait un voyage en Italie avec un homme d’affaires du secteur de la construction.
Le maire Tremblay a rappelé hier que les employés municipaux sont soumis à des normes strictes en matière d’éthique, et que son administration maintient une politique de tolérance zéro à l’égard de la corruption. Quant aux élus, a-t-il fait valoir, ils seront bientôt soumis à un code d’éthique présenté il y a une semaine par son administration, un projet critiqué par l’opposition car il ne prévoit pas la création d’un poste de commissaire à l’éthique.

Union Montréal publiera sa liste de donateurs... plus tard
  -  Éric Clément
Le pa rti du maire G érald Tremblay a finalement emboîté le pas à ses adversaires, ce week-end, et annoncé qu’il publiera sur son site web le nom de ses donateurs. Mais cette liste n’est pas encore en ligne.
« Nous allons mettre sur notre site internet le nom des personnes qui nous font confiance », a déclaré le maire, samedi, devant ses militants.
Le maire change donc son fusil d’épaule, lui qui avait jusqu’ici refusé de publier le nom de ses donateurs sur la Toile. Il promettait en revanche de ne pas accepter les dons anonymes.
Depuis samedi, donc, toute personne qui remet un don de plus de 10 0 $ à Union Montréal doit s’attendre à être identifiée sur le site web du parti. Cette liste des donateurs était déjà publique, mais elle n’était dévoilée qu’une fois par année, lorsque les partis politiques dévoilaient leurs états financiers.
Pour l’heure, le document n’est pas accessible sur la page d’Union Montréal. L’équipe du maire Tremblay explique que le site web doit être refait d’ici le début de la campagne, le 18 septembre. Et ce n’est qu’à ce moment que les électeurs pourront connaître la liste des donateurs.
Deux porte-parole d’Union Montréal n’ont pas pu préciser la date de publication de la liste, hier, affirmant que ce serait « un peu avant » le déclenchement de campagne.
Vision Mont réa l ava it publié vend redi u ne liste exhaustive de ses donateurs sur l’internet, afin de restaurer la confiance du public à l’égard du financement politique, selon la leader Louise Ha rel. P rojet Montréal, le parti de Richard Bergeron, avait été le premier à dévoiler le nom de ses donateurs.
Gérald Tremblay a affirmé qu’il n’avait « pas de leçon » à recevoir de Vision Montréal en matière de financement. Car le pa r t i de s a r iva le s’est rendu coupable de 200 i n f rac tion s au x l ois élec - torales depuis 19 94 . Et il fa it toujou rs l’objet d’u ne enquête du Directeur général des élections.
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« Louise Harel est obligée de faire des gestes parce qu’elle s’est j ointe à une formation qui n’a pas la crédibilité pour parler de financement politique », a raillé le maire.
«M. Tremblay commence à devenir en panique pour lancer des accusations totalement gratuites », a rétorqué la candidate, hier midi, au parc Jarry.
Richard Bergeron, le chef de Projet Montréal, estime que le maire n’avait plus le choix de dévoiler la liste de ses donateurs. Depuis que le juge à la retraite John Gomery s’est joint à sa formation – pour « assainir la politique municipale » –, tous les partis ont été forcés de montrer patte blanche.
« Le maire agit quand il est forcé d ’ag i r », a ra i l lé M. Bergeron.



La liste des donateurs mise en ligne  -  Sara Champagne
Louise Harel brigue la mairie de Montréal en jouant plus blanc que blanc depuis hier après-midi. La liste des donateurs de son parti, Vision Montréal, ainsi que les sommes versées sont en ligne sur son site internet renouvelé. Sur le thème « Montréal d’abord », la rivale de Gérald Tremblay apparaît dans un sourire éclatant, tout de blanc vêtue.
Non seulement Louise Harel offre un blogue aux internautes, mais elle tient également à jour sa fiche Facebook, en plus d’entretenir son compte Twitter à la vitesse de l’éclair. Même des liens YouTube sont offerts aux visiteurs. De même que des photos en haute définition.
En consultant la liste des donateurs, La Presse a pu constater que 330 personnes ont fait des dons au parti depuis le 9 juin dernier, pour une somme totale de 84 373$. Quant aux dons, leurs sommes varient de 20 à 1000 $, soit le maximum permis par la loi sur le financement des partis municipaux.
Parmi les donateurs, on trouve notamment l’homme d’affaires Vito Papasodaro, qui a vendu l’usine Grover, au centre-ville, malgré la grogne des locateurs-créateurs de l’édifice, en 2006. Benoit Labonté, actuel maire de Ville-Marie et bras droit de Louise Harel, anciennement responsable de la culture au comité exécutif du maire Gérald Tremblay, avait à l’époque tenté en vain de sauver l’usine de la vente.
En dévoilant ainsi ses donateurs, Vision Montréal emboîte le pas à Projet Montréal, parti dont la présidence est assurée par John Gomery, ex-juge de la commission d’enquête sur le scandale des commandites. Pour veiller à ce que les dons soient légitimes, Richard Bergeron, candidat de Projet Montréal à la mairie, a expliqué à La Presse qu’ils doivent passer par le contrôle de Jacques Boucher, professeur de droit, qui s’assure que les gens sont sur la liste électorale.
« Nous vérifions aussi les motifs des donateurs de plus de 250$, ajoute M. Bergeron. Les gens sont surpris de recevoir nos appels, mais ils sont heureux de constater notre nouvelle façon de faire. »
Les sommes versées à Projet Montréal sont toutefois plus modestes et moins nombreuses, au nombre d’environ 40, depuis juin. On compte parmi elles quelques sommes de 1000$, et une majorité de dons de 100$. Mais contrairement à Vision Montréal, le parti de Richard Bergeron y va au cent près, en dévoilant, par exemple, qu’un dénommé André Joyal a versé 107,83$ à Projet Montréal.
Du côté du parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, on a décidé de garder la bonne vieille méthode, en ne dévoilant pas publiquement la liste des donateurs.
Toutefois, à l’image des deux autres partis, Union Montréal ne sollicitera pas et n’acceptera pas les dons anonymes, a-t-on expliqué. « La liste des donateurs et les sommes versées seront dévoilées, comme par les années passées, dans nos états financiers déposés au printemps », a précisé Geneviève Hinse, responsable des communications auprès de la formation politique.


Harel se dit « indignée »  -  Éric Clément
Une accusation du maire Tremblay met le feu aux poudres
L e ma i r e de Mont r é a l , Gérald Tremblay, a blâmé, hier, l a chef de Vision Montréal, Louise Harel, pour une initiative qu’elle aurait prise, selon lui , en 2001 alors qu’elle était ministre des Affaires municipales pour changer les pouvoirs du comité exécutif de Montréal. Indignée, Mme Harel a rétorqué que cette accusation du maire était « malhonnête » et le signe que l’administration Tremblay « panique » alors que la campagne électorale n’a même pas commencé.
Le maire a accusé Mme Harel d’avoir changé « en catimini » les règles d’attribution des contrats municipaux a f i n de favor iser l’ex-maire Pierre Bourque. Il a montré un décret datant du 1er novembre 2001, soit trois jours avant l’élection mun ic ipa le, déc ret qu i , selon lui, avait pour but de prévoir qu’en cas d’une réélection minoritaire de Pierre Bourque, ce dernier puisse conserver certains pouvoirs. Mme Harel était donc selon lui « mal placée pour donner des leçons sur l’attribution de contrats ».
Mme Harel a en effet écrit au ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, pour lui demander d’ouvrir une enquête sur les procédures d’appel d’offres à la Ville. « Mme Harel est la personne la moins crédible en la matière, a dit le maire. Elle a été la ministre des Af fai res municipales la plus irresponsable quant aux règles d’attribution des contrats. »
Il a ajouté que dans l’ancienne Ville de Montréal, tous les contrats de plus de 100 000 $ étaient approuvés par le conseil municipal, et que Mme Harel a fait adopter ce décret pour accorder « des pouvoirs quasi illimités au comité exécutif pour l’approbation de contrats ». « Elle a fait des manigances pour donner les clés de la ville à Pierre Bourque, a-t-il lancé. Elle a changé les règles du jeu. »
Jointe par La Presse en aprèsmidi, Mme Harel était scandalisée. « L’administration Tremblay cherche désespérément à salir ma réputation comme elle a sali la réputation de Montréal, a-t-elle dit. Cette histoire est une interprétation volontairement malhonnête. J’ai fait adopter en juin 2001 des dispositions qui faisaient resserrer les règles d’attribution des contrats. D’ailleurs, j’ai subi le courroux de certaines firmes pour l’avoir fait. Cela consistait à faire adopter les mêmes règles que celles que René Lévesque a fait adopter dans les années 70 au niveau municipal, soit le dépôt au conseil municipal de tous les contrats de plus de 25 000$, au moins deux soumissionnaires et interdiction de morceler les contrats. »
Mme Harel a quali fié la sortie du maire de « malhonnête ». « C’est une tentative de détournement de ses responsabilités, a-t-elle dit. Cela fait huit ans qu’ils sont là. C’est pour essayer de masquer leurs turpitudes, leurs enquêtes et tout. Ils sont tellement paniqués qu’ils n’ont pas vu que ce qui est dans le décret, c’étaient les mêmes dispositions à Québec. »
Louise Harel était si choquée qu’elle a convoqué un point de presse à 16h. « Je suis très indignée par les accusations malhonnêtes, outrecuidantes et gratuites de Gérald Tremblay, a-t-elle dit. Je suis celle qui a fait adopter les mesures les plus restrictives quant à l’attribution des contrats. Et je rappelle que jamais un décret n’est adopté en catimini. Il est adopté par le Conseil des ministres. Mme ( Diane) Lemieux siégeait autant que moi. Et on était à deux mois de la nouvelle ville, pas à trois jours. C’est quasi ridicule. Je me serais attendue à plus d’indignation de la part du maire de Montréal à l’égard de ce qui se passe dans son administration. »



Harel demande à Québec d’enquêter  -  Éric Clément  & Tommy Chouinard
Méthodes d’attribution des contrats de la Ville et ses de arrondissements
La chef de Vision Montréal, Louise Harel, a écrit hier au ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, pour demander une enquête de la Commission municipale du Québec sur les méthodes d’appels d’offres de la Ville de Montréal et de ses arrondissements, a appris La Presse.
M m Ha rel a fa it cette demande à la suite de reportages de La Presse et de RadioCanada qui font état d’un autre manquement grave à l’éthique à la Ville de Montréal. Cette fois, il s’agit du directeur de la Réalisation des travaux, Robert Marcil, qui est parti en vacances à l’invitation de l’entrepreneur Joe Borsellino, président de Construction Garnier. Y étaient aussi le vice-président de la firme GENIVAR, Yves Lortie, et l’ex-directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis. M. Marcil, qui fait l’objet d’une enquête interne, a démissionné de son poste le 26 juin.
La chef de Vision Montréal, Louise Harel, qui a notamment présenté mardi les candidats du parti Frédéric Lapointe (district d’Ahuntsic) et Noushig Eloyan (mairie de l’arrondissement Ahunstic-Cartierville) en vue des élections municipales de novembre prochain, estime qu’il est « impératif que la lumière soit faite sur toutes les allégations de collusion qui ternissent la réputation » de Montréal.
Mme Harel estime que, après la fraude de plusieurs millions découverte l’an dernier à la Division du service informatique de la Ville et les multiples enquêtes policières visa nt l’administration Tremblay, il est temps que le gouvernement du Québec agisse.
Dans sa lettre, que La Presse a obtenue, Mme Harel écrit : « Au cours des derniers mois, de très nombreuses allégations ont question né l’i ntég rité des processus d’attribution de contrats à Montréal. À l’évidence, les mécanismes réguliers de surveillance et de contrôle ne sont pas adéquats. La répétition de situations troublantes ébranle la confiance du public. C’est pourquoi je vous demande de prendre toutes les mesures à votre disposition pour qu’une enquête administrative soit menée par la Commission municipale du Québec sur les procédures d’appel d’offres des contrats de la ville et des arrondissements. »
Mme Harel dit au ministre qu’il est « impératif que la lumière soit faite sur toutes les allégations de collusion qui ternissent la réputation de notre ville ». « Comme vous le savez, la Ville de Montréal gère au nom des citoyens montréalais un budget de près de 4 milliards de dollars, somme à laquelle il faut ajouter plus de 1 milliard géré par les organismes apparentés, comme la Société de transport de Montréal ou la Société d’habitation et de développement de Montréal. Bref, c’est plus de 5 milliards qui transitent dans le périmètre comptable de la Ville annuellement. Cela est sans compter les différents montants investis en immobilisations via des emprunts. Une très large part de ce budget est redistribuée à l’extérieur des ser v ices de la Ville, sous forme de contrats avec divers sous-traitants, consultants ou entrepreneurs. »
Plus tôt dans la j ournée d’hier, le ministre avait jugé que les cinq enquêtes policières sur des allégations de corruption à Montréal et la nouvelle affaire de copinage révélée par La Presse et RadioCa nada ét a ient des « ca s isolés ». À ses yeux, la corruption n’est répandue ni dans la métropole ni dans les autres municipalités. « On parle de cas isolés. On ne fera pas une grande commission d’enquête là-dessus », a-t-il la ncé en marge d’une réunion du caucus libéral à Saint-Hyacinthe.
« Des cas isolés ? Il va en falloir combien, des cas isolés? Une dizaine, pour que ce ne soit plus des cas isolés ? a réagi Mme Harel. Ça n’a plus de bon sens. Là, ce n’est pas juste un voyage avec sa femme qu’il s’est payé, on parle d’un ingénieur, d’un entrepreneur, d’un fonctionnaire et d’un syndicaliste ! C’est de la collusion manifeste des quatre composantes de ce qu’est un contrat. Ça n’a pas d’allure.»
Le ministre Lessard reconnaît tout au plus la nécessité de « mieux encadrer » les élus et les fonctionnaires avec un nouveau code d’éthique.
Pour sa part, au terme de la réunion du caucus de son parti, le premier ministre Jean Charest a tenté de dissiper l’impression que le gouvernement minimise le problème. «On prend ça très au sérieux, a dit M. Charest. On a reconnu l’importance des allégations en commandant le rapport Gagné.»
De son côté, le maire de Montréal a dit hier que si Québec veut modifier quoi que ce soit, c’est son privilège. « Peut-on modifier la procédure? La réponse est oui. Mais on n’attendra pas après Québec. Montréal a décidé d’agir.»





Le changement passe par une majorité  -  Éric Clément
Pour la première fois depuis le début de sa campagne électorale, la chef de Vision Montréa l , Louise Ha rel , a lancé hier un appel aux Montréalais : s’ils veulent des changements en profondeur et des services identiques partout, ils doivent élire un conseil municipal composé en majorité par Vision Montréal. S’ils préfèrent le statu quo, « ils peuvent choisir l’administration Tremblay ».
Mme Harel a fait cette déclaration dans Villeray– SaintMichel– Parc-Extension où la mairesse Anie Samson présentait son équipe électorale, formée de quatre candidats issus de quatre communautés ethniques différentes.
Elsie Lefebvre, ex-députée péquiste de Laurier-Dorion, est candidate au poste de conseillère municipale dans le district de Villeray. Soraya Martinez, élue en 2005 conseillère municipale dans Saint-Michel, et qui avait quitté en 2007 le parti dumaire Gérald Tremblay, se représente. Le coordonnateur des projets jeunesse de la Maison d’Haïti, Harry Delva, est candidat au poste de conseiller dans François-Perrault. Enfin, Costa Zafiropoulos, ex-candidat du NPD aux élections fédérales, tentera sa chance dans Parc-Extension.
La mairesse Samson a fait part des difficultés que connaît son arrondissement à cause de sa « faible » dotation annuelle. Elle a dû créer un fonds pour la sécurité alimentaire des plus démunis avec ce qu’elle reçoit lorsqu’elle célèbre des mariages. « Quand les jeunes n’ont même pas la force d’aller dans les parcs, ça ne sert à rien de les améliorer », a-t-elle dit en estimant que l’administration Tremblay n’a pas investi là où c’était nécessaire.
Louise Harel, qui rassemble autour d’elle de plus en plus de candidats anglophones ou provenant de minorités ethniques, a saisi la balle au bond en disant qu’il est anormal que des citoyens paient les mêmes taxes et n’aient pas les mêmes services. Pour corriger la situation, elle préconise que des services tels que le déneigement ou l’urbanisme soient du ressort de la ville centre et que cesse « le démantèlement qui a créé 19 services affaiblis dans 19 arrondissements devenus des quasi-villes ».
« Il faut offrir un service adéquat sur l’ensemble du territoire montréalais, a-t-elle dit. Il est possible de le faire en vertu des lois actuelles, dans la mesure où il y a une majorité simple d’élus au conseil municipal qui adoptent ces dispositions. Alors, cela dépendra de la population. Ce que nous pourrons faire, ce sera les Montréalais qui le décideront le 1er novembre prochain. Dans la mesure où nous serons majoritaires au conseil municipal, nous pourrons donner suite à cette volonté de rétablir des services équivalents pour l’ensemble des Montréalais. »
La mairesse Samson a expliqué que, quand tous les terrains sont occupés, les jeunes de l’équipe de baseball de Villeray ne peuvent pas aller jouer sur les terrains de Saint-Laurent.
« Il ne doit pas y avoir de frontière entre les arrondissements, a dit Mme Harel. Les arrondissements sont des instances administratives pour rapprocher les élus des citoyens et offrir des services de proximité. Je crois aux arrondissements, mais ils ne doivent pas être considérés, comme ce fut le cas avec l’administration Tremblay-Zampino, comme des quasi-villes. Il ne peut y avoir 19 villes dans la ville. C’est une des raisons du déclin de Montréal. Dans toutes les grandes villes du monde, il y a des arrondissements, mais nulle part il n’y a de quasi-villes. »
Que se passera-t-il si les Montréalais ne donnent pas la majorité à son parti le 1er novembre? « On ne pourra pas procéder à des remembrements. On ne pourra pas élargir pour qu’il n’y ait plus deux classes de citoyens. Si les gens sont satisfaits du statu quo, ils peuvent alors choisir l’administration Tremblay, c’est ce qu’elle leur offre. S’ils veulent vraiment du changement en profondeur, revenir à la normale, dans une vraie ville, dans laquelle il y a un sentiment d’appartenance et un sentiment de fierté, on offre des équipes comme celle qui vous est présentée ce matin (hier). »



Louise Harel ravit trois membres à Projet Montréal
Jusque-là plutôt courtois dans ses attaques, Richard Bergeron a monté le ton à l’égard de sa rivale, Louise Harel, qualifiant ses agissements d’« acharnement » envers son parti. « Elle est en train d’aller chercher tous les souverainistes de mon parti, pourtant elle a dit qu’elle voulait écarter la cause nationale de la politique municipale », a déploré avec véhémence le chef de Projet Montréal.
Richard Bergeron, le chef du parti Projet Montréal, trouve que Louise Harel s’acharne sur son parti.
Fière de ses dernières prises, la chef de Vision Montréal a annoncé hier après-midi que trois jeunes mi l itants quit tent Projet Montréal pour se joindre à son pa r t i . Gui l l aume Vaillancourt, jusqu’à tout récemment coordonnateur de Projet Montréal dans le Plateau, se présente à la mairie de l’arrondissement phare de la ville sous la bannière de Vision Montréal.
Deux autres membres de Projet Montréal quittent la formation politique de Richard Bergeron pour se rallier à Louise Harel: Frédéric Lapointe et Atim Leon.
Actuel lement président du Parti québécois dans la circonscription de Crémazie, Frédéric Lapointe se porte candidat à titre de conseiller de ville dans AhuntsicCar t iervi l le, t andis que Atim Leon se présente dans Rosemont– La Petite-Patrie en tant que conseiller de ville.
Dans une lettre mise en l igne sur le site internet de Vi sion Montréa l , M. Vaillancourt, démissionnaire de Projet Montréal, explique qu’il a tenté un rapprochement entre Mme Harel et M. Bergeron. Et que durant « une soirée pénible », il a tenté en vain d’ouvrir les yeux du chef de Projet Montréal.
« Richard Bergeron ne sera jamais maire de Montréal, écrit-il. Son appui aiderait Louise Harel à être élue. Projet Montréal pourrait retirer son candidat à la mairie et s’assurer d’augmenter le nombre d’élus qui partagent ses valeurs par la même occasion. »
Lors d’un entretien avec La Pres se, M. Bergeron a par ailleurs affirmé qu’Els ie Lefebv re, candidate dans Villeray pour Vision Montréal, devait au départ mener la course pour son parti.
« Louise Harel s’acharne 10 fois plus sur nous que sur le parti Union Montréal de Gérald Tremblay, a ajouté M. Bergeron. Elle demande aux souverainistes de choisir entre Projet Montréal, parti qui n’a pas beaucoup d’argent, et la cause souverainiste. »


Les femmes fortes de Montréal  -  Michèle Ouimet
Diane Lemieux est arrivée comme une reine au bras de G éra ld Tremblay. La tête haute, le regard brillant. Un sourire flottait sur ses lèvres pendant que les flashs des appareils photo crépitaient. Visiblement, le pouvoir lui avait manqué.
Depuis 1998, Diane Lemieux a fait du chemin. À l’époque, le premier ministre Lucien Boucha rd l’ava it rec r utée, elle, l’intellectuelle féministe, ex-présidente du Conseil du statut de la femme.
En pleine conférence de presse, elle avait gentiment rabroué Lucien Bouchard, qui avait répondu à un journaliste à sa place. Un geste audacieux pour une jeune femme de 37 ans qui n’avait aucune expérience politique. Baveuse, la recrue. Hier, elle avait rangé sa fougue. Elle n’avait que des fleurs à lancer à son nouveau chef, Gérald Tremblay.
« C’est mon homme, a-t-elle dit. Je le respecte et j’ai de l’admiration pour lui. »
Sa vision de Montréal est minimaliste. Elle veut améliorer les services de proximité pour que la Ville soit « sécuritaire, les rues agréables, les poubelles ramassées au bon moment ».
Elle a conclu en disant : « J ’a i me Montréa l , j ’a i me les défis et j ’aime G érald Tremblay. »
Elle a oublié d’ajouter : « Et j’aime le pouvoir. »
Dia ne L em ieu x con na ît pourtant Montréal. Pendant qu’elle était ministre de la Culture, elle a défendu la montagne ; lorsqu’elle était dans l’opposition, elle a hérité du dossier municipal.
Mais hier, elle était mal préparée. Elle se penchait humblement sur les poubelles comme si c’était le sujet de l’heure, alors que Montréal croule sous les scandales et souffre de structurite aiguë. Ça sentait le discours gribouillé sur le bord de la table en deux minutes.
Dia ne L emieu x est u ne bagarreuse, une femme de tête, une stratège. Machiavel peut se rhabiller.
Com me L ouise Ha rel, la nouvelle chef de Vision Montréal. Une ancienne collègue de Diane Lemieux. Elles ont travaillé côte à côte pendant des années. Au pouvoir et dans l’opposition.
Deux femmes fortes qui ont la politique tatouée sur le coeur, deux ambitieuses qui rêvent d’être des leaders. Mais là s’arrêtent les ressemblances. Pendant que Diane Lemieux fonce et met le poing sur la table, Louise Harel susurre sur un ton doucereux.
« Louise va prendre son ton suave pour te dire les choses les plus dures, alors que Diane est très expansive, très passionnée », affirme la députée Louise Beaudoin.
« Deux coqs qui se sont souvent crêpé le chignon », ajoute, de sont côté, un député péquiste.
Si Diane Lemieux a choisi le camp du maire Tremblay, tournant le dos à Louise Harel, ce n’est pas un hasard. Elles ont des divergences profondes. Et elles se détestent.
En 2003, lorsque le premier ministre Jean Charest a déposé son projet de loi sur les défusions, les deux femmes se sont affrontées. Le projet donnait beaucoup de pouvoir aux arrondissements. Diane Lemieux, porte-parole de l’opposition en matière d’affaires municipales, était en faveur ; Louise Harel était contre. Farouchement contre. Elle voyait son île, une ville, qu’elle avait défendue bec et ongles, éclater en mini-villes.
Diane Lemieux était aussi partisane acharnée d’André Boisclair ; Louise Harel, elle, ava it ref u sé de l ’appuyer ouvertement.
En 2005, Louise Harel et Dia ne L em ieu x voula ient devenir chef du Parti québécois à la suite du départ de Bernard Landry. Un nouvel affrontement.
« Diane voulait être chef, mais c’est moi qui ai été désignée aux deux tiers des voix », a précisé Louise Harel, hier. D’un ton suave.
Deux femmes ambitieuses, i ntel l igentes , for tes . Avec une longue expérience politique. Deux femmes intègres. Ça nous change du gérant de caisse populaire qui se réveille u n bon matin en décidant de se lancer en politique municipale.
Ça faisait longtemps que Montréal n’avait pas reçu d’aussi bon nes nouvelles. G érald T remblay a réussi un coup de maître en recrutant Diane Lemieux, qui a de fortes chances de devenir présidente du comité exécutif. Gérald Tremblay, un fédéraliste, Diane Lemieux, une souverainiste.
Situation inverse à Vision Montréal. Louise Harel, une souverainiste, Benoit Labonté, un fédéraliste. La politique municipale n’est plus polarisée pa r les a l légea nces nationales. Une autre bonne nouvelle pour Montréal.
La Ville est minée par les scandales, paralysée par l’enchevêtrement des structures. Elle est malade, mais son cas n’est pas désespéré puisque des fe mmes de la trempe de L ouise Ha rel et Dia ne Lemieux sont prêtes à se pencher à son chevet.

« Gérald Tremblay est mon homme »
  -  Éric Clément
Le maire de Montréal, Gérald T r e m bl ay, a c o n f i r m é la nouvelle annoncée hier par La Presse, selon laquelle l’exministre péquiste Dia ne Lemieux sera candidate de son pa r ti da ns le d ist ric t d’Ahuntsic et fera partie du comité exécutif de la Ville si elle est élue.
S’il fallait une autre preuve que les familles politiques qu i ex istent su r la scène provi ncia le sont répa rties indifféremment dans chacun des pa rtis municipau x de Montréal, le maire Tremblay l’a donnée, hier, en accueillant Mme Lemieux, féministe de toujours et députée péquiste pendant près de 10 ans. « J’ai l’intention de lui confier des responsabilités importantes, a dit M. Tremblay en conférence de presse. Je voulais que Montréal garde sa lionne. »
M. Tremblay n’a toutefois pas confirmé que Mme Lemieux deviendrait présidente du comité exécutif, le poste le plus prestigieux de son aréopage, actuellement occupé par le maire de Lachine, Claude Dauphin.
Mme Lemieux a dit avoir « craqué » qua nd le maire Tremblay lui a demandé de se joindre à Union Montréal. « C’était intense et convaincant, a-t-elle dit. J’aime Montréal. J’aime la joute politique. J’ai le sens des services publics bien ancré, et Gérald Tremblay, c’est mon homme, dans le sens où je le respecte. J’ai de l’admiration pour lui, notamment parce que Montréal est sorti uni, même s’il y avait énormément d’adversité. J’admire son courage. J’admire sa passion. J’admire sa ténacité. »
Les médias ont demandé à Diane Lemieux si le fait que l’ad ministration T remblay fasse l’objet d’enquêtes de toutes sortes depuis moins d’un an ne l’ennuie pas. « Si j’avais eu le début d’un doute que Gérald Tremblay n’était pas un gars droit et intègre, je ne serais pas ici, a-t-elle dit. Gérald Tremblay a fait ce qu’il fallait. Quand les situations lui sont signalées, il agit. »
La Presse lui a demandé si le choix de se joindre à M. Tremblay vient du fait que ses relations avec Louise Harel, la chef de Vision Montréal et ex-ministre péquiste, ne sont pas très bonnes. « Je n’ai pas fait de choix entre l’un et l’autre, a-t-elle répondu. J’ai choisi Montréal. Louise Harel a été ma collègue pendant près de 10 ans. On a partagé des dossiers, des difficultés. On a été au gouvernement, dans l’opposition. C’est une femme que je respecte beaucoup, mais le Montréal que je me représente, c’est Gérald Tremblay qui le représente. »
Vice-présidente de la firme Vision globale, Mme Lemieux dit que, si elle est élue, elle consacrera son temps à améliorer les services de proximité, notamment la sécurité et le ramassage des ordures. Elle a dit aussi avoir des rêves « culturels ». Dans le district d’Ahuntsic, elle sera notamment opposée à la conseillère Hasmig Belleli. En septembre 2008, Mme Belleli a coiffé au poteau le candidat d’Union Montréal lors d’une élection partielle, l’emportant par 59 voix.


Nathalie Rochefort se joint à Louise Harel  - Sara Champagne
L’ex-députée l ibérale de Mercier, Nathalie Rochefort, f a i t dé s o r ma i s pa r t i e de l’équipe de Louise Harel, sous la bannière de Vision Montréal. Reconnue pour son engagement sociocommunautaire, notamment dans la prévention de la prostitution juvénile, la femme de 39 ans sera candidate au poste de conseillère de ville dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, district de Jeanne-Mance, a appris La Presse.
Le poste convoité par Mme Rochefort est présentement occupé par Michel Prescott, un des conseillers de la première heure du parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal. Au bureau de Vision Montréal , hier après-midi, Louise Harel n’a pas commenté la candidature de Mme Rochefort. Mais l’annonce officielle, qui devrait avoir l ieu incessamment , s’ajoute à la candidature de l’ex-députée péquiste Elsie Lefebvre comme conseillère de ville, dans l’arrondissement de Villeray– SaintMichel– Parc-Extension (voir autre texte en page A11).
Avec l’arrivée de Nathalie Rochefort sur la scène municipale, la lutte électorale s’annonce féroce dans le Plateau, où les enjeux sont nombreux, notamment en matière de transports en commun. Le parti Projet Montréal, dirigé par Richard Bergeron, a déjà annoncé qu’il présente un candidat dans chacun des six postes de conseillers de ville ou d’arrondissement du Plateau, dont Josée Duplessis da ns l e d i s t r i c t de De Lorimier. Il s’agit d’une exmembre d’Union Montréal.
Helen Fotopulos, l’actuelle mairesse du Plateau sous la bannière d’Union Montréal, a pour sa part décidé de briguer un poste de conseillère dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges – Not reDame-de-Gr â c e . Michel Labrecque, nouveau venu dans la garde rapprochée du maire Gérald Tremblay et responsable du transport actif au comité exécutif, tentera d’arracher la mairie de cet arrondissement-phare de l’administration.
En plus des candidats des principaux partis, un candidat indépendant, l’ex-chef du Bloc Pot, Marc-Boris StMaurice, a déjà annoncé qu’il tentera de se faire élire au poste de conseiller, lui aussi dans le district de JeanneMance. Il entend rallier les électeurs autour de la création d’un centre d’injection supervisée pour les toxicomanes dans le quartier.


Grosse prise pour Louise Harel  -  Éric Clément
Grande surprise, hier, sur la scène municipale montréalaise : Brenda Paris, présidente d’Union Montréal, a quitté le parti du maire Gérald Tremblay à cause des cinq enquêtes policières en cours sur l’administration municipale pour se joindre au parti de Louise Harel, Vision Montréal.
Brenda Paris quitte la présidence d’Union Montréal à cause des enquêtes en cours et sera candidate à la mairie de Côte-des-Neiges/Notre-Dame-deGrâce pour le parti de Louise Harel. Le professeur d’urbanisme David Hanna (à droite) brigue le poste de conseiller municipal du même arrondissement.
Mme Paris sera candidate à la mairie de Côte-des-Neiges/ Notre-Dame-de-Grâce (CDNNDG) le 1er novembre. Vision Montréal a annoncé aussi la candidature d’un autre anglophone, David Hanna, au poste de conseiller municipal dans le même arrondissement.
Mme Harel a promis de restructurer Montréal et d’unir ses communautés. Pour ce faire, elle s’est engagée à former une équipe de candidats de tous les horizons, notamment des anglophones, et de toutes les tendances politiques. L’annonce d’hier avait pour but d’illustrer cette volonté.
Femme d’affaires et bénévole, Mme Paris est une personnalité éminente de la communauté anglophone montréalaise. El le quit te Union Montréal parce qu’elle est , dit-elle, « une femme de conviction, une femme d’intégrité et une femme de transparence ».
« Je me suis rendu compte au fur et à mesure qu’il y a un manque de consultation et d’écoute des citoyens au parti Union Montréal, a-telle dit. Il n’y a pas non plus de politique d’inclusion des minorités, comme on l’a vu à Montréal-Nord. »
Mme Paris estime que le fait que Vision Montréal ait créé des chantiers de réflexion pendant tout l’été pour permettre aux citoyens de réfléchir à la ville qu’ils veulent prouve que ce parti veut « changer la Ville ». « Vision Montréal, Louise Harel et Benoit Labonté sont décidés à améliorer la vie quotidienne des citoyens, a-telle dit. Je veux une métropole qui reflète la diversité de notre ville. » Mme Paris sera la première femme noire à tenter de ravir la mairie de CDN-NDG.
Le professeur d’urbanisme David Hanna est, de son côté, tombé à bras raccourcis, sur le parti du maire Tremblay et sur le maire de CDN-NDG, Michael Applebaum. « Je suis choqué par ce qui se passe à Montréal, a-t-il lancé. Je veux parler directement à mes collègues anglophones : actuellement, la Ville est prise dans l’immobilisme. J’ai honte qu’un grand journal anglais, The Economist, ait évoqué cet été que Montréal, ma ville, a un gros problème de corruption. Je suis dégoûté. D’ailleurs, Benoit Labonté a quitté Union Montréal quand il a constaté que l’intégrité avait disparu de cette équipe. »
Tant Mme Paris que M. Hanna ont félicité Mme Harel d’avoir eu « le courage » de se lancer en politique municipale pour réformer la ville et la faire mieux fonctionner. « C’est l’équipe Tremblay-Zampino qui a demandé à Jean Charest de défaire la structure de la Ville, a dit M. Hanna. Mme Harel veut faire en sorte que Montréal fonctionne. »
Du côté d’Union Montréal, on accuse le coup. Le conseiller de Snowdon, Marvin Rotrand, a été cinglant en parlant de Brenda Paris. « Elle n’a aucune racine dans CDN-NDG, dit-il. Elle a voulu être candidate dans Loyola, mais il n’y avait pas assez de membres pour l’appuyer et elle n’avait pas de connaissances de NDG. »
À l’oeuvre dans CDN-NDG depuis plus de 30 ans, Mme Paris avait été placée par l’administration Tremblay au CA de la Sociétéde transportdeMontréal en 2002. Le fait qu’elle soit à la fois représentante des usagers de la STMet présidente du parti du maire Tremblay avait été critiqué comme un manque flagrant de jugement. M. Rotrand dit qu’Union Montréal avait demandé à Mme Paris de choisir un des deux postes.
« Elle a refusé en disant qu’il n’y avait aucun conflit d’intérêts, dit-i l . Alor s , quand Benoit Labonté dit oui-oui-oui-oui-oui-éthiqueéthique-éthique et qu’il cible Brenda Paris, c’est un discours différent. » M. Rotrand doute même de la transparence de Mme Paris : « Si elle est transparente, pourquoi n’a-t-elle pas dit qu’elle a démissionné hier d’Union Montréal par courriel ? »



Montréal demande à Québec d’amender la loi 170  -  Éric Clément
La Ville de Montréal a pris acte du jugement de la juge Hélène Le Bel, qui conclut qu’un arrondissement ne peut se comporter comme s’il était une municipalité en soi : Montréal demande donc à Québec d’amender la loi 170.
Des citoyens d’Outremont qui habitent à la limite du Plateau-Mont-Royal voulaient avoir voix au chapitre dans le dossier de l’agrandissement d’une synagogue située près de chez eux, mais dans l’arrondissement voisin. L’administration du Plateau-Mont-Royal leur avait dénié le droit de voter au référendum sur l’agrandissement. Le citoyen Benoît Dupuis a contesté cette décision devant les tribunaux.
La juge Le Bel lui a donné raison. Un citoyen concerné par une décision prise près de chez lui, mais dans un arrondissement différent, peut faire valoir son point de vue.
Un peu penaude, l’administration Tremblay a dit, hier, être d’accord avec le jugement. C’est que l’avocat de la Ville, Éric Couture, avait argué que les arrondissements étaient des municipalités. La juge a rejeté cette interprétation. Claude Dauphin, président du comité exécutif de Montréal, a dit que la Ville n’avait fait qu’appliquer la loi 170, « parrainée par Louise Harel » quand elle était ministre des Affaires municipales.
SelonMe Dauphin, Mme Harel est responsable du cafouillis. « C’est sa propre loi qui a été plaidée devant les tribunaux, dit-il. Et sa loi a été déclarée inopérante pour certains articles. » « La juge Le Bel a donné une interprétation contraire à celle de M. Dauphin, réagit Louise Harel. L’administration Tremblay fait de la diversion. »
La mairesse de l’arrondissement du Plateau, Helen Fotopulos, a ajouté que la création de la nouvelle ville, en 2000, avait été « un peu précipitée » et que la loi n’avait donc pas été assez peaufinée. « C’est la même loi 170 qui s’applique à Québec, à Lévis et à Gatineau, rétorque Mme Harel. Pourquoi s’en sont-ils bien accommodés ailleurs? »
Le maire Tremblay a écrit au ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, pour lui demander d’amender la loi 170 afin de confirmer l’élargissement du processus d’approbation référendaire aux habitants des zones contiguës. « C’est avec beaucoup d’ouverture que nous accueillons la démarche du maire », a dit, hier, Émilie Lavoie, attachée de presse adjointe du ministre Lessard.
Non rétroactif
La Ville estime que le jugement Le Bel n’est pas rétroactif. Si des situations similaires se sont produites dans le passé, des citoyens ne pourront pas faire casser les décisions prises par les arrondissements. Le maire a demandé à Québec de « baliser le jugement Le Bel ». Il croit que, si on l’applique à la lettre, on pourrait arriver à des situations où des citoyens de Lachine pourraient influer sur des décisions prises à Rosemont– La Petite-Patrie.
« C’est de la pure diversion pour ne pas avoir à assumer ce qu’ils ont plaidé, dit Mme Harel. Ils ne sont pas fiers de voir ce sur quoi ils s’étaient engagés. Les citoyens rejettent le démantèlement de Montréal. Et Vision Montréal propose que l’urbanisme soit du ressort de la ville centre. C’est fondamental. »
La demande d’agrandissement de la synagogue sera donc soumise de nouveau au vote de la population. La consultation sera élargie à quatre zones d’Outremont qui comprennent environ 150 unités de logement, un immeuble non résidentiel et cinq bureaux.
« Je suis content que la Ville n’aille pas en appel, mais je trouve particulier de voir comment c’est récupéré par les partis alors que ça nous semblait évident que les voisins d’en face devaient prendre part à la consultation, réagit M. Dupuis. Que d’argent dépensé pour quelque chose d’évident ! Il serait logique que la Ville nous rembourse la totalité de nos frais d’avocat. »




Louise Harel accuse Gérald Tremblay de mentir  -  Éric Clément
La chef de Vision Montréal, Louise Harel, accuse le maire Gérald Tremblay de ne pas dire la vérité quand il affirme qu’il a lui-même commandé les enquêtes policières passées ou en cours sur son administration. En réaction à cette accusation, un porte-parole du maire affirme que l’administration municipale a « agi ».
Pour la candidate Louise Harel, Gérald Tremblay ment lorsqu’il affirme que les enquêtes sur son administration ont été lancées à sa demande.
« Nous voudrions fournir un aide-mémoire au maire Tremblay car il a prétendu à plusieurs reprises cette semaine, et notamment ce matin (hier) sur les ondes, qu’il était celui qui avait demandé les enquêtes de police en cours sur son administration, a dit hier Louise Harel. C’est de la désinformation. Il le fait sciemment, sinon c’est innocent. Il invente ou bien il se croit et c’est inquiétant. »
En conférence de presse au nouveau local électoral de Vision Montréal, dans la Petite Italie, Mme Harel a dit que sur les six enquêtes policières portant sur des actes supposément posés par des membres de l’administration Tremblay, cinq sont en cours et également cinq ont été provoquées sans que le maire en soit l’initiateur.
La première enquête concernait deux élus de l’arrondissement de Saint-Laurent, membres de l’équipe Tremblay, accusés de corruption en2004 et déclarés coupables par la suite. « L’enquête a été déclenchée par la dénonciation d’un entrepreneur et non par l’administration Tremblay », a dit Mme Harel.
PourOutremont, c’est la « persévérance des citoyens d’Outremont » qui a poussé le maire Stéphane Harbour à démissionner, a dit Mme Harel. Elle ajoute que la police a été obligée d’ouvrir une enquête seulement quand Noushig Eloyan, alors chef de l’opposition officielle, en a fait la demande au chef de police de Montréal.
Même chose, a-t-elle dit, pour les « malversations à la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) », pour le scandale du contrat des compteurs d’eau de 356 millions accordé par la Ville au consortium GÉNIeau et pour le contrat de réfection du toit de l’hôtel de ville.
Pour ce dernier contrat, Mme Harel a dit qu’un entrepreneur avait affirmé que la mafia lui avait demandé 40 000$ destinés à deux élus de l’équipe dumaire Tremblay. La chef de Vision Montréal dit que « le premier à dénoncer cette situation fut l’entrepreneur lui-même et non l’administration Tremblay ». « Lemaire a plutôt fustigé publiquement l’entrepreneur ainsi que le journal La Presse, ce qui s’appelle tirer sur le messager », a-t-elle ajouté.
Le seul dossier où l’administration a fait appel à la police, c’est dans le cas de la fraude au service informatique de la Ville, a dit Mme Harel.
Invité à commenter, le maire n’a pas rappelé La Presse. Par contre, son porte-parole, Martin Tremblay, a dit à La Presse que « chaque fois que nous avons été mis au courant de certaines irrégularités, nous avons agi ». « Les enquêtes qui sont actuellement en cours, c’est nous qui les avons demandées », a ajouté Martin Tremblay.
La Presse a fait remarquer au porte-parole du maire que La Presse était présente le 1er mai dernier quand le chef du parti Projet Montréal, Richard Bergeron, est allé lui-même porter plainte à la Sûreté du Québec au sujet du contrat des compteurs d’eau. Et que ce n’est donc pas le maire Gérald Tremblay ni son administration qui a demandé à la SQd’enquêter sur l’affaire des compteurs d’eau. Le porte-parole a alors répondu qu’il ne « veut pas rentrer dans le détail ». « C’est la seule déclaration que je vais faire », a-t-il dit.
Rappelons qu’en ce qui a trait au dossier de la SHDM, c’est à la suite des articles du journaliste André Noël, de La Presse, publiés à l’automne 2008, que le conseil municipal a confié un mandat au vérificateur général de Montréal et que c’est lui qui a, par la suite, porté plainte à la police.
Par ailleurs, l’administration Tremblay a fait savoir hier que les premières analyses techniques du projet de création d’un réseau de tramways concluent qu’un tel réseau est « pertinent et justifié ». Si Mme Harel est élue, va-t-elle poursuivre le développement de ce projet? a demandé La Presse.
« Le Plan de transport de Montréal a reçu l’appui de l’opposition, a dit Mme Harel. Mais comment va-t-on le financer? On ne le sait toujours pas. L’annonce de l’administration de faire une étude, c’est souvent, en période d’élection, une façon d’enterrer le projet. »




Un arrondissement n’est pas unemunicipalité en soi  -  Éric Clément
« Ce qui me scandalise, c’est l’argument de la Ville, qui plaide qu’un arrondissement est une municipalité. Comment Gérald Tremblay a-t-il pu laisser plaider ça ? »
LaCour supérieure vient de rendre une décision extrêmement importante en ce qui a trait aux pouvoirs des arrondissements.
Dans une poursuite d’un citoyen d’Outremont qui contestait une décision du PlateauMont-Royal, la juge Hélène Le Bel conclut qu’un arrondissement ne peut se comporter comme s’il était une municipalité en soi et ne peut rejeter l’intérêt d’un citoyen qui habite à quelques mètres de cet arrondissement. La chef de Vision Montréal, Louise Harel, qui s’est lancée en politique municipale pour contester la mise en place de quasi-villes au sein de Montréal, accueille le jugement avec soulagement. La Ville de Montréal a décidé de ne faire aucun commentaire pour l’instant.
Le jugement estime que les arrondissements ne sont pas des entités municipales indépendantes. Il pourrait donc avoir des conséquences importantes à Montréal et dans d’autres villes du Québec, pour des décisions prises antérieurement.
Le citoyen Benoît Dupuis habite sur le côté ouest de la rue Hutchison, dans l’arrondissement d’Outremont. Il s’est vu refuser l’an dernier par l’arrondissement du Plateau-MontRoyal le droit de participer à une démarche référendaire concernant l’autorisation d’agrandir la synagogue située au 5363, rue Hutchison, sur le côté est de cette rue, soit dans le Plateau-MontRoyal. L’administration d’Helen Fotopulos avait défini le périmètre de la zone de consultation des citoyens en fonction des limites territoriales de l’arrondissement.
Par conséquent, M. Dupuis et d’autres citoyens qui habitent du côté d’Outremont n’ont pas pu s’inscrire pour demander que le règlement soit soumis à l’approbation référendaire. Il n’y a pas eu de référendum. M. Dupuis avait demandé au premier ministre Jean Charest et au maire de Montréal, Gérald Tremblay, de modifier la loi. En vain. Il s’est donc tourné vers les tribunaux.
Selon la juge Le Bel, l’avocat de la Ville, Éric Couture, a allégué durant le procès que le PlateauMont-Royal s’était comporté comme une municipalité à cause de la Charte de la Ville de Montréal. « La "municipalité", en quelque sorte au sens de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, serait l’arrondissement et un arrondissement, comme une municipalité, n’a pas de pouvoirs extraterritoriaux », écrit la juge Le Bel dans son jugement lorsqu’elle évoque l’argument deMe Couture.
La juge n’y a pas adhéré. Elle écrit que l’objectif premier de la loi 170 a été de créer « une seule municipalité ayant un seul territoire ». « L’arrondissement a donc un rôle important et a des pouvoirs, mais il ne devient pas pour autant une municipalité », écrit-elle.
« À une époque où on déplore le peu d’intérêt des citoyens pour la chose politique, particulièrement au niveau local, ou le cynisme dont plusieurs font preuve à l’égard de nos institutions, il semble souhaitable de faire prévaloir une interprétation qui, à première vue, semble plus conforme au bon sens, écrit la juge. Comment expliquer au citoyen moyen qui habite de l’autre côté de la rue qu’il n’est pas une "personne intéressée" à ce qui se passe ou qui est susceptible de se passer en face de chez lui? »
La juge Le Bel a utilisé la jurisprudence pour rejeter l’argument de la Ville de Montréal et l’a condamnée à payer 6000$ à M. Dupuis pour ses frais d’avocats, estimant qu’il s’agit d’une « cause importante » qui va au-delà de l’intérêt personnel. Par conséquent, les avis publics et trois résolutions du conseil d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal découlant de ce dossier ont été annulés. Le Plateau-Mont-Royal devra refaire ses devoirs dans ce dossier en incluant ses voisins d’Outremont. La Ville de Montréal pourrait interjeter appel mais, en le faisant, cela signifierait que l’administration Tremblay considère les arrondissements comme des entités indépendantes les unes des autres, estime la chef de Vision Montréal, Louise Harel, jointe pendant ses vacances.
« J’ai toujours pensé qu’Hélène Le Bel était une grande juriste, dit Mme Harel. Ce qui me scandalise, c’est l’argument de la Ville, qui plaide qu’un arrondissement est une municipalité. La vraie question, c’est ça. C’est un appel au démantèlement de Montréal. Heureusement que le tribunal n’a pas pris cette voie. Comment Gérald Tremblay a-t-il pu laisser plaider ça? »

MmeHarel craint-elle que l’administration Tremblay en appelle de cette décision? « C’est impossible qu’elle porte sa cause en appel, dit Mme Harel. Ce serait une faute lourde. Une faute capitale. Le jugement est clair: les arrondissements sont des administrations. Ce serait ajouter l’insulte à l’injure. Cela justifierait les plus grandes appréhensions qu’on peut avoir avec la présente administration, soit que la Ville de Montréal devienne une administration de 19 quasi-villes. »




L’appui de Grey à Harel sème la controverse  -  Martin Croteau
Des conseillers municipaux de Hampstead exigent que l’avocat cesse de représenter leur ville
Le maire de Hampstead a été contraint d’utiliser son droit de veto pour que Me Grey puisse garder ses fonctions.
L’avocat Julius Grey se retrouve au coeur d’une controverse politique qui divise la ville défusionnée de Hampstead. Le conseil municipal a présenté une résolution pour qu’il cesse de représenter la Ville devant les tribunaux. La raison: il soutient la candidate à la mairie de Montréal Louise Harel, l’architecte des fusions municipales.
Me Julius Grey, qui appuie la candidature de Louise Harel à la mairie de Montréal, est au coeur d’une controverse. Des conseillers municipaux de Hampstead veulent qu’il cesse de représenter leur ville devant les tribunaux.
La dernière réunion du conseil municipal a été houleuse, reconnaît le maire Steinberg. Il a été contraint d’utiliser son droit de veto pour que Me Grey puisse garder ses fonctions.
« Julius Grey a le droit de croire ce qu’il veut, et j’ai le droit d’être en désaccord, a-t-il affirmé. Mais on ne vire pas des gens pour cela. C’est comme le maccarthysme aux États-Unis dans les années 50. »
L’affaire remonte à 2006, lorsque l’administration Steinberg a fait bâtir un enclos pour chiens dans le parc Langhorne. Le choix du site ne faisait pas l’affaire de certains citoyens, qui se plaignaient du bruit. Après que leurs démarches pour faire fléchir la Ville eurent échoué, ils ont porté l’affaire devant les tribunaux.
Pour assurer sa défense, le maire William Steinberg a fait appel aux services de Julius Grey. Ce choix a été contesté par des membres du conseil, au motif que l’avocat est un ami personnel du maire. Estimant qu’il y avait conflit d’intérêts, ils ont voté pour le démettre de ses fonctions. Le maire a opposé son veto à la résolution.
Le débat a repris de plus belle au cours des dernières semaines, lorsque Me Grey a publiquement appuyé la candidature de Louise Harel à la mairie de Montréal. Lors de la dernière réunion du conseil municipal, trois conseillers sont revenus à la charge alors que deux supporteurs de l’avocat étaient absents. Les opposants ont profité de leur majorité pour voter pour sa destitution.
« À la lumière de son appui à Mme Harel et du fait que nous croyons qu’il s’agit d’un conflit d’intérêts, je crois que nous devrions mettre un terme à la relation de Me Grey avec la Ville », a affirmé le conseiller Abe Gonshor, joint samedi.
« Je ne vois pas pourquoi cette ville continuerait avec quelqu’un qui appuie une candidate à la mairie à cause de laquelle cette ville a perdu son statut officiel », a déclaré le conseiller David Sternthal à l’hebdomadai re anglophone The Suburban.
Le maire Steinberg a de nouveau utilisé son droit de veto pour casser la résolution. Mais il précise que ce n’est pas par amour pour l’ancienne ministre péquiste.
« J’ai mené la bataille pour qu’on retrouve notre ville, a-til indiqué. À l’évidence, je ne soutiens pas Louise Harel. Mais je ne crois pas qu’on doive virer des personnes à cause de leurs convictions politiques. »
« Totalement hystérique », répond Harel
Louise Harel dénonce pour sa part l’attitude « totalement hystérique » des conseillers opposés au mandat de Me Grey. Elle a par ailleurs salué « l’attitude démocratique » du maire Steinberg.
Est-ce la preuve qu’elle aura fort à faire pour gagner la faveur de la communauté anglophone de Montréal ? Pas du tout, répond la candidate, qui estime y avoir des « appuis importants ».
« C’est une manifestation d’un certain comportement hystérique, a-t-elle indiqué. Mais je suis convaincue qu’il est minoritaire au sein de la communauté anglophone. »
Il n’a pas été possible de joindre le conseiller David Sternthal, pas plus que l’avocat Julius Grey.



Vision Montréal : "Une équipe qui refuse de nier les problèmes"
Des candidats « enracinés dans leur communauté »
Équipe de Vision Montréal dans Montréal-Nord
« Montréal-Nord est un microcosme de diversité sociale et culturelle qui doit devenir un modèle de cohabitation pour tout le Québec. »
La chef de Vision Montréal, Louise Harel, et Benoit Labonté, chef de l’opposition officielle, ont présenté, hier, leur équipe complète de candidats dans l’arrondissement de MontréalNord pour l’élection municipale du 1er novembre.
Louise Harel et Benoit Labonté ont annoncé hier que Daniel Renaud, viceprésident de la commission scolaire de la Pointe-de-l’Île, sera candidat à la succession du maire Marcel Parent dans Montréal-Nord.
Les personnes choisies par Vi s ion Montréa l sont des « citoyens fortement enracinés dans la communauté », a fait observer Mme Harel. C’est Daniel Renaud, qui réside à MontréalNord depuis 40 ans, qui sera candidat à la succession du maire Marcel Parent. M. Renaud est actuellement commissaire et vice-président de la commission scolaire de la Pointe-de-l’Île.
Aux postes de conseillers, on trouve la candidate Brunilda Reyes, porte-parole du mouvement Solidarité MontréalNord et direct r ice générale des Fourchettes de l’espoir, et Guerline Rigaud, fondatrice de la Maison Sam X, un organisme qui vient en aide aux jeunes et aux femmes en difficulté. Marc L. Fortin, ex-attaché politique de Line Beauchamp, la députée libérale de Bourassa-Sauvé, sera candidat au poste de conseiller de ville. Avocat en droit des affaires depuis 1999, Roland Carrier sera également candidat au poste de conseiller d’arrondissement.
« Contrairement à l’administration en place, l’équipe de Vision Montréal refuse de nier les problèmes existants et a le courage et le leadership pour changer les choses en bâtissant sur les forces du milieu, a dit Mme Harel. La population de Montréal-Nord est motivée et en attente de leadership. Composé de citoyens de toutes les origines et de tous les milieux socioéconomiques, Montréal-Nord est un microcosme de diversité sociale et culturelle qui doit devenir un modèle de cohabitation pour tout le Québec. »
Union Montréal n’a pas encore annoncé qui sera son candidat à la succession de M. Parent. Le conseiller municipal JeanMarc Gibeau et le directeur du bureau de circonscription de Mme Beauchamp, Gilles Deguire, sont pressentis. Le directeur de la culture, des sports, des loisirs et du développement social à l’arrondissement, Claudel Toussaint, a fait savoir qu’il n’est pas intéressé.
Michelle Allaire est la candidate de L’Équipe Louise O’Sullivan. Kettly Beauregard, ancienne présidente de la sécurité publique de Montréal, trois fois élue dans le district de MarieVictorin, sera pour sa part candidate indépendante.

Des services égaux pour tous, promet Vision Montréal   -  Éric Clément
ARRONDISSEMENTS RICHES ET PAUVRES
Certains arrondissements ont d’importants surplus ou réserves financières, comme Saint-Laurent ouCôte-des-Neiges– Notre-Damede-Grâce. D’autres ont de graves difficultés financières, comme le Plateau-Mont-Royal. « Il n’y aura plus tant de disparités », prometon à Vision Montréal.
« De 2005 à 2007, il y avait une péréquation des dotations données par la ville centre, donc nos budgets augmentaient, dit Anie Samson, mairesse de Villeray– Saint-Michel– Parc-Extension. Mais depuis, il y a un gel et on a arrêté de créer des services identiques pour tous les citoyens. Nous, avec Vision Montréal, on le fera. Il n’y aura qu’une seule sorte de citoyen à Montréal : le citoyen montréalais. Avec des services qui ne seront pas disparates. Il n’y aura pas de différences d’un arrondissement à l’autre pour les services de base. La répartition sera plus équitable. »
C’est la promesse principale que fait Vision Montréal aux arrondissements : remettre tout le monde sur un pied d’égalité. Et éviter que les arrondissements qui ont une marge de manoeuvre pour augmenter leur assiette foncière soient souvent les seuls à tirer leur épingle du jeu.
Mais Mme Samson ajoute que la politique pratiquée par l’administration Tremblay a eu pour conséquence de créer une structure d’arrondissements qui crée des inégalités.
« À Saint-Laurent, tu ne peux pas utiliser le terrain de soccer si tu n’es pas de l’arrondissement, dit-elle. Comme à Saint-Léonard ou à Outremont. Mais, nous, on n’a pas mis de barrières dans Villeray, alors bien sûr nos terrains sont moins beaux, mais au moins, ils sont pour tous les résidants de Montréal. »
Dans l ’arrondissement de Rivière-des-Prairies– Pointeaux-Trembles, le maire Cosmo Maciocia regrette lui aussi d’avoir peu de marge de manoeuvre. « On a dû faire des coupes, dit-il. Il ne nous reste que 640 000$ de surplus. Mais c’est artificiel, car il faut rembourser environ 2 millions. Heureusement que l’arrondissement a réussi à économiser 1,9 million en faisant des efforts sur le plan de la CSST… » Dans Rosemont–La Petite-Patrie, il n’y a pas de déficit. « Mis à part en 2008 à cause des importantes chutes de neige, l’arrondissement est toujours en équilibre budgétaire. Notre dotation a été diminuée de 59,5 millions à 58,4 millions, mais c’est à cause de la gestion de l’élimination des déchets qui a été reprise par la ville centre », explique Serge Fortin, porte-parole de l’arrondissement. Dans le SudOuest, la dotation de 2008 était de 51,1 millions et le déficit à la fin de l’année, de 396 000$. En 2009, le Sud-Ouest a obtenu une dotation de 52,1 millions et prévoit pour l’instant un déficit de 292 500$ au 31 décembre. « On fait attention, on est très prudent pour assurer un contrôle des dépenses », dit la porte-parole de l’arrondissement, Patricia Bouchard.



Forcillo veut donner une leçon à Labonté
COMPTABILITÉ MONTRÉALAISE
EXCLUSIF
Piqué au vif par le maire de VilleMarie, Benoit Labonté, qui a dit, dimanche, que l’administration Tremblay n’accordait aux arrondissements que 22% du budget de la Ville de Montréal, le responsable des Finances au comité exécutif, Sammy Forcillo, rétorque que M. Labonté ne comprend rien aux finances publiques.
Sammy Forcillo, à gauche du maire de Montréal, Gérald Tremblay, a invité, hier, Benoit Labonté à « s’acheter une calculatrice ». Le maire de Ville-Marie avait accusé la veille l’administration Tremblay de n’accorder aux arrondissements que 22% du budget de la Ville de Montréal.
« Pour quelqu’un qui veut être le président du comité exécutif de Montréal, il devrait plutôt s’acheter une calculatrice », a dit à La Presse M. Forcillo.
M. Forcillo n’était pas de bonne humeur, hier. La Presse avait publié un article intitulé « Benoit Labonté dénonce le “manque de prévoyance“ de l’administration Tremblay ». Dans l’article, le maire Labonté disait que la Ville ne consacre pas assez d’argent aux arrondissements, sous-financés selon lui. « On demande aux arrondissements 100% des services alors qu’on ne leur accorde que 22% du budget de la Ville de Montréal », disait-il.
Hier, M. Forcillo a demandé à La Presse de sortir le gros document « Budget 2009 » de nos tiroirs. À la page 44, figure le total de l’argent fourni aux 19 arrondissements : 916,7 millions. Mais à cet argent réparti dans les arrondissements ( 22% du budget), il faut ajouter, selon lui, ce que dépense la ville centre pour des services rendus dans les arrondissements.
« Depuis que Benoit Labonté est dans l’opposition, il revient tout le temps sur ces 22%. Je l’ai pourtant corrigé à maintes reprises. Je me demande s’il a une compréhension des finances publiques. Je lui ai pourtant expliqué que c’était au moins 75% des sommes qui étaient prévues pour les arrondissements. »
Page 45 du budget 2009, il y a en effet toute une série de dépenses de la Ville pour des activités et des services liés aux arrondissements : 139 millions pour le développement culturel et la qualité du milieu de vie, 329 millions pour les infrastructures, le transport et l’environnement, 269 millions pour la mise en valeur territoire et 892 millions pour la police et les pompiers.
« Avec tout ça et le 916,7 millions, on arrive à 2,5 milliards. Mais si on ajoute les dépenses pour la Société de transport de Montréal et d’autres contributions pour des services aux arrondissements, on arrive à 3 milliards, soit 75% du budget », dit Sammy Forcillo. Il ajoute qu’on devrait même ajouter 75% des frais de financement liés à des activités de fonctionnement dans les arrondissements, notamment des travaux d’infrastructures, soit 75% de 670 millions, soit 500 millions. On arrive du coup à un grand total de 3,5 milliards, qui représentent 88% du budget de la Ville.
M. Forcillo insiste sur le fait qu’il est « sorti de l’école des Hautes Études commerciales en 1972, que ça fait 37 ans qu’il fait de la comptabilité publique et que M. Labonté “ fait de la démagogie“. Il ferait mieux de suivre mes traces de pédagogue, dit-il. Il ne sait pas calculer. Ce n’est pas un bon présage pour l’avenir. »
Invité à réagir, Benoit Labonté rappelle que « ça fait un an » qu’il cogne sur ce clou. « Avec les 22%, je parle des dotations des arrondissements, dit-il. Ils n’ont pas de contrôle décisionnel sur le reste. J’en connais assez sur les finances publiques pour faire cette équation. »


ÉLECTIONS MUNICIPALES À MONTRÉAL Les changements de camp se multiplient
Réal Ménard a dit que « des progressistes libéraux et des progressistes anglophones appuieront Mme Harel », promettant de dévoiler des noms en temps et lieu.
Les démissions et les changements de partis se succèdent sur la scène municipale montréalaise.
Après la vice-présidente de Vision Montréal , Oksana Kaluzny, qui a démissionné lundi, le conseiller du district Peter-McGill, dans Ville-Marie, Karim Boulos, a également quitté ce parti, hier. Il siégera comme indépendant.
L’anc ien chef de Vi s ion Montréal, François Purcell, qui a reconstruit le parti après le départ de Pierre Bourque, a annoncé, lui aussi hier, son départ pour Union Montréal.
Enfin, le bloquisteRéalMénard a finalement choisi son camp: il sera candidat à la mairie de Mercier– Hochelaga-Maisonneuve (MHM) pour Vision Montréal… même s’il avait présenté son équipe Union Montréal au maire Gérald Tremblay avant que Louise Harel n’annonce sa candidature à la mairie de la métropole.
« Les changements récents à la tête de Vision Montréal m’ont fait réaliser que je préfère concentrer mes efforts à représenter mes électeurs et moins sur la politique des partis municipaux », a dit M. Boulos, hier. Estimant que le maire Tremblay « a réussi à nous endormir » et que Montréal « a besoin d’un nouveau maire », il est déçu que Benoit Labonté cède sa place à Mme Harel lundi prochain, mais il l’appuiera éventuellement si elle est élue.
Dans Ahuntsic-Cartierville, la bataille à la mairie sera rude. Le consei l ler de Rosemont– La Petite-Patrie, François Purcell, sera candidat Union Montréal pour succéder à Marie-Andrée Beaudoin, très critiquée par les citoyens. M. Purcell a d’ailleurs dit qu’« il y a peut-être eu des erreurs de commises » par l’administration Union Montréal de Mme Beaudoin.
Il affrontera une de ses ex-collègues, Noushig Eloyan, qui veut redevenir mairesse de ce quartier (de 2002 à 2006). M. Purcell et Mme ont été au coeur d’une controverse en avril quand ils étaient tous deux accusés d’avoir tenté de renverser le chef Benoit Labonté. Ce qu’ils avaient nié
. Purcel l quit te Vision Montréal « la tête haute » . Il trouve MmeHarel trop préoccupée par la gouvernance de Montréal.
Un autre ex-membre de Vision Montréal est pressenti chez Union Montréal : la conseillère de MHM, Claire Saint-Arnaud, ex-chef de l’opposition officielle, devenue indépendante l’automne dernier. concitoyens envers les élus et la fonction publique municipale de Montréal ».
Mme Harel comme M. Ménard se sont fait demander si l’alliance d’un bloquiste avec une ex-péquiste va créer une lutte souverainistes-fédéralistes durant la campagne. Réal Ménard a dit que s’il voulait « combattre sur la question nationale », il serait resté à Ottawa, estimant qu’autant Union Montréal que Vision Montréal ont des élus et
Le député bloquiste Réal Ménard fera donc équipe avec Louise Harel et Benoit Labonté pour devenir le prochain maire de MHM, un quartier où il est député depuis 16 ans. Âgé de 47 ans, il a dit hier que son intérêt pour la politique municipale est motivé par sa « préoccupation pour les questions relatives à l’éthique publique ». Il souhaite, avec Louise Harel, restaurer « la confiance de nos des sympathisants péquistes, les alliances locales ne se faisant pas sur la base d’allégeances nationales. M. Ménard a dit que « des progressistes libéraux et des progressistes anglophones appuieront Mme Harel », promettant de dévoiler des noms en temps et lieu.
Réal Ménard fera ses adieux à ses collègues de la Chambre des communes le 14 septembre. Deux jours plus tard, il démissionnera de son poste de député d’Hochelaga.
La mairesse actuelle de MHM, Lyn Thériault, appuiera Réal Ménard. Elle sera candidate au poste de conseillère dans LouisRiel. Elle y sera opposée au candidat d’Union Montréal, Richer Dompierre, un transfuge de Vision Montréal.
Mme Harel a annoncé aussi que l ’ agent i mmobi l ier et conseiller dans LaSalle, Michael Vadacchino, sera candidat à la mairie de cet arrondissement pour Vision Montréal. Par ailleurs, dans SudOuest, l’ex-présidente de la Soc iété Sa i nt-JeanBaptiste (de 1986 à 1989) Nicole Boudreau pourrait être la candidate d’Union Montréal à la mairie. Union Montréal et le maire Tremblay sont favorables à sa candidature. Encore faut-il que la mairesse actuelle, Jacqueline Montpetit, annonce sa décision de ne pas se présenter. « Je suis encore en réflexion » , a-t-elle dit à La Presse.


Quand on ne peut pas gagner… on se rallie
Il y a quelques semaines, Réal Ménard se préparait, sans enthousiasme, à faire le saut dans l’arène municipale, mais avec Gérald Tremblay.
QUÉBEC — Pour Québec, elle lui a bouché l’horizon pendant toute sa carrière. Mais il viendra l’appuyer à Montréal.
Réal Ménard, député du Bloc québécois depuis 1993, viendra appuyer Louise Harel comme candidat de Vision Montréal pour l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.
Réal Ménard, député du Bloc québécois depuis 1993, viendra appuyer Louise Harel comme candidat de Vision Montréal pour l’arrondissement de Mercier– Hochelaga-Maisonneuve.
I roniquement, pendant des années, M. Ménard voulait faire le saut à l’Assemblée nationale, mais la présence de Mme Harel l’en empêchait. Mme Harel lui a barré la route encore, après son départ : elle avait mis tout son poids derrière Carole Poirier, sa collaboratrice de longue date dans la circonscription. Mme Poirier a été facilement élue comme candidate péquiste en décembre 2008.
La décision de M. Ménard doit être confirmée aujourd’hui. Il se refusait plus tôt à tout commentaire.
I l y a quelques semaines, M. Ménard se préparait, sans enthousiasme, à faire le saut dans l’arène municipale, mais avec l’équipe de Gérald Tremblay.
C’était avant que Mme Harel n’annonce qu’elle briguerait les suffrages comme mairesse aux élections de novembre prochain.
Pour faire de la place à M. Ménard, Mme Ha rel entend demander à la mairesse de l’arrondissement de MercierHochelaga-Maisonneuve, Lynn Thériault, de trouver un autre point de chute. Cette dernière avait été candidate libérale dans la complémentaire de Bourget quand un autre bloquiste, Maka Kotto, avait pris la place de Diane Lemieux.
Ce n ’ est pas le seul emprunt que fera Louise Harel au Bloc québécois. Nicolas Brisson, attaché de presse des députés bloquistes aux Communes, sera le responsable de la campagne de la candidate Harel à la mairie.
Longtemps proche du clan Legault au Parti québécois, M. Brisson était passé chez André Boisclair par la suite, en même temps que Louis-Philippe Bourgeois, ancien organisateur de M. Boisclair.


Élections municipales dans Ville-Marie  Une bataille de coqs se dessine

Une bataille de coqs se profile à l’horizon des prochaines élections municipales dans l’arrondissement de Ville-Marie : le district de Sainte-Marie pourrait être la scène d’une redoutable lutte à trois entre le maire actuel de l’arrondissement , Benoit Labonté, le conseiller municipal et membre du comité exécutif de la Ville de Montréal, Sammy Forcillo, et le conseiller d’arrondissement du district SainteMarie– Saint-Jacques, Pierre Mainville.
Benoit Labonté, maire de l’arrondissement de Ville-Marie, pourrait devoir affronter Sammy Forcillo et Pierre Mainville aux prochaines élections.
Seul ce dernier a pour l’instant confirmé qu’il sera le candidat de Projet Montréal dans le nouveau district de Sainte-Marie. Ce nouveau district est né de la reconfiguration de l’arrondissement rendue nécessaire à la suite de l’adoption de la loi 22. Rappelons qu’il n’y aura plus de maire de Ville-Marie, le maire de Montréal étant nommé maire de Ville-Marie quand il sera élu. Il ne restera que trois districts : Sainte-Marie, Saint-Jacques et Peter-McGill. Le maire de Montréal amènera avec lui deux élus de l’extérieur.
Le maire de Ville-Marie ne veut pas encore confirmer qu’il sera candidat dans Sainte-Marie. Des rumeurs indiquent qu’il pourrait aussi être candidat dans Outremont. Mais selon Pierre Mainville, M. Labonté lui a récemment confié qu’ils seront « adversaires » aux prochaines élections. « S’il veut maintenant al ler dans Outremont, c’est qu’il a changé d’idée, a noté M. Mainville. Mais s’il se présente dans Ville-Marie, il est certain de perdre car il n’est pas aimé plus qu’il ne faut. Sa clientèle est plus dans l’ouest de l’arrondissement. »
Si Benoit Labonté est candidat dans Sainte-Marie, il aura fort à faire et bien besoin de l’aide énergique de l’équipe de Louise Harel. Élu en 2005 avec Union Montréal, il comptait sur trois conseillers pour l’appuyer. Avec la démission de Karim Boulos, avant-hier, il est maintenant le seul représentant de Vision Montréal face à deux élus d’Union Montréal ( UM), un de Projet Montréal et un indépendant.
Quant à Sammy Forci l lo, ac t uel lement consei l ler de Saint-Jacques, il ne veut pas dire si Sainte-Marie sera son choix ni même s’il se représente. M. Forcillo, un vétéran de la politique montréalaise, annonce toujours sa candidature trois mois avant le scrutin. Mais tout indique que s’il est candidat, il se présentera dans Sainte-Marie afin de ne pas nuire à Catherine Sévigny, qui serait alors candidate dans Saint-Jacques, pour éviter d’affronter son ex-collègue Karim Boulos, très apprécié dans le district de Peter-McGill.
Par ailleurs, La Presse a appris que l’ex-leader de l’opposition officielle, Claire Saint-Arnaud, conseillère indépendante depuis qu’elle a quitté Vision Montréal en novembre, faisait par t ie de l’équipe Union Montréal que le député bloquiste Réal Ménard avait présentée au maire Tremblay en mai dernier.
M. Ménard devait être le candidat d’Union Montréal à la mairie de Mercier-HochelagaMaisonneuve ( MHM). Et Mme Saint-Arnaud, consei l lère . Finalement, il le sera pour Vision Montréal, ayant changé de camp dès que Louise Harel a décidé de se lancer à l’assaut de la mairie de la métropole avec Vision Montréal. Du coup, c’est Mme Saint-Arnaud qui sera la candidate d’UM à cette mairie d’arrondissement. Elle a rencontré l’équipe d’Union Montréal, hier matin.
Le maire Gérald Tremblay n’a guère apprécié le changement d’allégeance de Réal Ménard. Jeudi, lors de sa conférence de presse confirmant l’arrivée du transfuge François Purcell, il était plutôt rouge en parlant de M. Ménard; il a hâte de parler éthique avec lui, a-t-il dit.




Premières hostilités entre Tremblay et Harel
Le maire affirme que seul un candidat « rassembleur » pourra atteindre les objectifs qu’il fixe pour la métropole.
Le maire Gérald Tremblay a annoncé ses couleurs, hier, lors de son premier échange avec sa nouvelle rivale, Louise Harel. Il compte faire campagne sur le développement économique et l’amélioration de la qualité de vie des citoyens. Mais la chef de Vision Montréal a riposté en jouant la carte de l’éthique.
« J’ai toujours souhaité des candidatures de personnes qui veulent relever le défi de la métropole », a affirmé M. Tremblay, qui commentait la candidature de Mme Harel pour la première fois, en marge du cinquième Sommet citoyen de Montréal.
Mais le maire est vite passé à l’attaque, affirmant que les Montréalais sont bien plus intéressés par le développement économique que par les débats sur la gouvernance municipale. Louise Harel avait affirmé, mercredi, qu’elle s’était lancée dans la course pour « freiner le démantèlement de Montréal » en 19 quasi-villes.
« Il y a peut-être des améliorations qu’on peut apporter à la gouvernance de la Ville de Montréal, a-t-il dit, mais certainement pas un débat de structures au cours de la prochaine campagne électorale. »
Le maire affirme que seul un candidat « rassembleur » pourra atteindre les objectifs qu’il fixe pour la métropole, allusion aux féroces critiques qui se sont déchaînées contre Mme Harel dans la communauté anglophone.
« On a fait des efforts considérables pour demander à des personnes de qualité, de toutes provenances et de toutes allégeances de faire partie de notre formation politique », a-t-il fait valoir.
Harel lance un défi
La leader de Vision Montréal a répliqué en lançant un défi à tous ses adversaires. Son parti publiera sur son site web toutes les contributions qu’il reçoit, ainsi que le nom de ses donateurs. Et Louise Harel somme ses rivaux de l’imiter.
« Nous sommes à une époque où les citoyens ont besoin de se redonner confiance à l’égard de leurs élus, en ayant la certitude qu’il n’y aura pas de retours d’ascenseur pour des financements qui ne seraient pas connus », a-telle affirmé.
L’ancienne ministre péquiste persiste et signe: la manière dont Montréal est gouverné doit changer. Elle estime que les citoyens ne reçoivent pas la même qualité de services d’un arrondissement à l’autre, notamment en matière de déneigement.
« Ça n’a pas de bon sens qu’à Montréal, alors qu’on paie le même taux de taxes partout, les services soient si inégaux », a-telle dénoncé.



Le parleur de Montréal  -  Michèle Ouimet
Lorsque Lucien Bouchard était premier ministre, il appréhendait ce genre de rencontre. Seul pendant une heure devant plusieurs journalistes de La Presse, obligé de répondre à des questions parfois pointues, sans l’aide de son armée de relationnistes prête à lui souffler la bonne réponse ou à lui refiler le bon chiffre.
Hier, c’était au tour du chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, de rencontrer les journalistes de La Presse. Il a eu une pensée pieuse pour Lucien Bouchard avant de se jeter à l’eau.
En apparence, il était calme, sûr de lui. Seul signe de nervosité, ses ongles rongés. Il a parlé, parlé et parlé. C’est un homme de mots. Un torrent, une avalanche de mots, qui s or t ent c omme d’u ne mitraillette. I l n’a pas pris une seule gorgée de café, trop occupé à discourir.
Pendant une heure, i l a vendu son programme, ses idées, sa vision de Montréal. Il a confessé son admiration pour Jean Drapeau et comparé son style un peu carré et exempt de fioriture à celui de Régis Labeaume, le truculent maire de Québec.
« Il a une certaine authenticité, une certaine franchise, a dit Richard Bergeron. C’est ce qui plaît, chez Régis Labeaume. Mais tu peux commettre de petits impairs. C’est ça ou la langue de bois. Si vous dites que je dois ressembler à Louise Harel ou à Gérald Tremblay pour être en politique, je ne veux plus en faire ! »
I l est le premier à t i rer sur les « professionnels de la politique » mais, dès qu’une question l’embête, il dégaine sa langue de bois, patine et refuse de répondre.
Un exemple: sa position sur le 11 septembre 2001.
Étonnamment, il est arrivé à l’entrevue avec plusieurs exemplaires de son livre Les Québécois au volant, c’est mortel, qu’il s’est empressé de distribuer. Ce livre contient un passage explosif sur le 11 septembre.
« Il se peut » que l’écrasement des avions en Pennsylvanie et à Washington soit « un acte de banditisme d’état aux proportions titanesques », a-t-il écrit. Un acte qui a « procuré aux mafias entourant George Bush un prétexte pour s’emparer une fois pour toutes des réserves pétrolières du golfe Persique ».
Il ne renie pas ce passage, mais il le regrette, car depuis qu’il est en politique, il lui a causé bien des maux de tête. Mais comme chercheur, i l trouve l’hypothèse tout à fait valable.
Ma i s laissons de côté l e s t héor i e s f a r f e l ues de l’auteur Bergeron et revenons au politicien.
Le programme électoral de Projet Montréal ressemble à un catalogue : 62 pages, 127 engagements. Total de la facture d’ici à 2013: 2,4 milliards.
On trouve de tout, dans ce catalogue. De l’esbroufe et des phrases creuses : « Pour une ville maîtresse de son développement », « Montréal, terre d’investissement » « Pour une ville inclusive » …
Mais aussi de bonnes idées. Plusieurs bonnes idées.
P romouvoir les énergies renouvelables dans la construction des logements, réduire le coût de la carte autobus-métro et i nstaurer la gratuité des t r a nsports en commun au centre-ville. Mais ces idées ne tiennent qu’en quelques lignes. Pas un mot sur leur faisabilité.
Certaines sont séduisantes : « Débétonner » la ville, réduire les îlots de chaleur, éliminer la circulation sur l a voie Camillien-Houde, le boulevard qui défigure la montagne.
Et, évidemment, son dada : les tramways. Un réseau complet. Trente kilomètres d’ici à 2012.
À côté de ces idées, dont Montréal a désespérément besoi n , quelques perles échouées au milieu du programme. La perle des perles : subventionner les couches lavables.
R i c ha r d B e r ge r o n ve ut « instau rer u n incitatif financier de 100 $ à l’achat d’une vingtaine de couches l avables » . Mais qu’est-c e qu’une ville vient faire dans les couches ? Et pourquoi les contribuables montréalais devraient-ils payer pour encourager l es f a milles à troquer les couches jetables contre des lavables ?
Richard Bergeron reproche à Louise Harel de se lancer dans un débat de structures. Il propose pourtant de « réviser l a gouver na nc e de Montréal », d’« engager une réf lexion complète sur le système politique » , de r edessi ner l e pa r t age des compétences entre la Ville et les arrondissements, de modifier le mode de scrutin, de diminuer le nombre d’élus, de districts et d’arrondissements, etc. Structures, structures. Il n’a pas de leçon à donner à Louise Harel.
Si Richard Bergeron est élu maire de Montréal, la Ville va se vautrer dans la consultation aiguë. Chaque commission permanente du conseil municipal aura son comité consult ati f citoyen. Sans oublier les budgets consultatifs. Aux citoyens de déterminer les priorités budgétaires de la Ville.
Montréal fonctionne déjà au ralenti, imaginez si le brave citoyen est consulté à chaque pas, chaque décision. On en a pour des siècles et des siècles. Amen.
Tout le contraire de Régis Labeaume.

Un « Régis Labeaume » pour Montréal  -  Éric Clément
En vue des élections municipales du 1er novembre, La Presse a invité les chefs des principaux partis montréalais à une rencontre dans ses bureaux. Richard Bergeron, de Projet Montréal, a été le premier à répondre à nos questions hier.
Admirateur de Jean Drapeau et de Jean-Paul L’Allier, le chef de Projet Montréal, Richard B e r g e r o n , d e ma n d e a u x Montréalais de l’élire maire le 1er novembre s’ils veulent que la métropole fasse « un virage marqué ». « Avec authenticité et f ra nchise, comme Régis Labeaume à Québec », dit-il en entrevue à La Presse.
« Montréal a besoin d’un virage marqué », estime le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron. Et pour ce faire, il faut investir, a-t-il affirmé lors d’une rencontre à La Presse.
Richard Bergeron n’a peur ni des mots ni des maux. « Je ne sors pas d’une boîte de communication et on ne me met pas les mots dans la bouche comme à Gérald Tremblay », dit-il. Aussi, il le dit haut et fort : oui, il a de grandes ambitions pour Montréal ; oui, ces grandes ambitions coûteront cher. Très cher.
Comme il le fait régulièrement depuis quatre ans, il cite des villes européennes et américaines pour montrer à quel point Montréal est en retard sur la modernité, et ce, après huit ans de règne de Gérald Tremblay. Son projet central : i nvestir 1,4 milliard en 25 ou 30 ans pour construire un impressionnant réseau de tramways : 33 km d’ici à 2012, 8 0 km en 2 017. Comment f i nancer tout ça ? À raison de 50 millions par an, dit-il. Et en profitant du fait que le poids de la dette de Montréal par rapport à son produit intérieur brut est passé de 5,8 % en 2001 à 4,1 % aujourd’hui.
« On n’a pas le choix, dit-il. Il faut investir. » Il cite Jean Drapeau à Montréal et JeanPaul L’Allier à Québec, qui selon lui ont transformé ces villes alors qu’elles étaient « da ns u ne situation de déclin ». « Ils ont alors donné le coup de fouet opportun, ditil. Montréal est dans un virage s i mila i r e . Nous, à P r oj e t Montréal, on veut un virage marqué. Sur le transport, si la population veut une version soft de Projet Montréal, c’est Union Montréal. Harel, ce n’est pas une version du tout. Harel ou Tremblay, c’est du pareil au même. »
R icha rd Bergeron est conscient que les chantiers du t ra mway vont déranger les Montréalais pendant des années. Mais on ne fait pas d’omelette sa ns casser des oeufs, c roit-i l . « Si j e suis élu le 1er novembre, ça voudra dire que la population a accepté ce virage. La population montréalaise est pas mal plus loin qu’en 2005. Elle veut du changement, et le tramway sera le projet de tout le monde. »
Quant aux fiascos et aux enquêtes policières qui ont proliféré à Montréal depuis quatre ans, il critique le maire Tremblay pour avoir répété, c haque f oi s , qu’i l n’ét a i t pas au courant. « A-t-il été entièrement manipulé ? se demande-t-il. Qui était maire de Montréal ? Frank Zampino jusqu’à son départ ? »
À ceux qui disent qu’il est un politicien pas comme les autres, il répond qu’il veut faire de la politique autrement. « Gérald Tremblay qui se félicite qu’un élu municipal soit sommé par un des financiers de son parti de s’excuser au conseil, c’est scandaleux, dit-il. Gérald Tremblay qui utilise le même procédé avec les cols bleus, c’est doublement scandaleux. Il aurait dû me défendre. Il devrait défendre l’institution qu’est la Ville de Montréal. »
« On reproche souvent la langue de bois de la classe politique, le discours mécanique, le manque d’audace dans les propos, dit-il. Et la journée où on a quelqu’un qui n’est pas ferré dans cette disciplinelà, le moindre mot que tu dis, tu es fait. Que veut-on ? Des Gérald Tremblay qui, quand on appuie sur le bouton On, défile ce que ses conseillers lui ont glissé comme mots ? Les gens veulent une certaine authenticité, une certaine franchise, comme le maire Régis Labeaume à Québec, le maire le plus apprécié en Amérique du Nord. Moi, je refuse de ressembler à Louise Harel et à Gérald Tremblay. »
Il sera le Régis Labeaume de Montréal ? « I l vient de Roberval et moi d’Alma, dit-il. C’est un fonceur. Ce n’est pas vrai qu’on est obligé d’être un pur produit des boîtes de communication. Moi, je me suis fait moi-même. »

Du pouvoir pour la population  -  Éric Clément
S’il est élu maire en novembre, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, fera participer la population et réduira les pouvoirs du comité exécutif, le « conseil des ministres » du maire de Montréal.
En entrevue à La Presse, il a dit hier qu’il appuiera les Montréalais dans les dossiers controversés comme le projet de voie r apide r ue NotreDame, un projet « des années 60 » qu’il promet d’annuler pour l e r emplacer pa r un projet de boulevard étudié et entériné par les citoyens. Il veut créer des comités citoyens dans les quartiers et instaurer des budgets participatifs afin que la population intervienne réellement dans les affaires de la cité.
Richard Bergeron dit qu’il serait très à l’aise s’il était élu avec un conseil minoritaire. Il placerait alors des élus des trois partis au comité exécutif et à la présidence des commissions, des instances de réflexion qui joueraient un grand rôle avec lui comme maire. Tout comme les fonctionnaires, dont il veut redorer le blason.
Il estime que l’administration Tremblay a « ostracisé » les cols bleus. Il reproche au maire Gérald Tremblay de « taper sur les cols bleus à trois semaines du vote ». « Il n’y a rien de plus électoral, dit-il. Tout ça pour faire oublier le système de corruption qu’il a mis en place. »
Fait-il, lui aussi, de l’électoralisme en se montrant conciliant avec les cols bleus ? Il ne veut pas dire quelle serait son attitude par rapport aux négociations sur le renouvellement de la convention collective. « Je n’ai jamais adhéré à une fa i l l ite appréhendée de l a Ville, dit-il. Ce n’est pas mon cadre financier. »


Bergeron mise sur le tramway  -  Éric Clément
Le dévoilement des programmes électoraux de Projet Montréal et de Vision Montréal en matière de transports en commun, hier, a mis en lumière une approche différente des deux candidats à la mairie, Richard Bergeron et Louise Harel: si M. Bergeron veut métamorphoser la métropole avec la construction rapide de 33 km de tramway d’ici à l’automne 2012, Mme Harel estime que cette ambition n’est pas réaliste. Elle ne donne aucun échéancier pour le premier tramway.
G érald T remblay, lui, a déjà annoncé ses couleurs. Prolongement du métro jusqu’à A njou et vers SaintLaurent, navette ferroviaire vers Dorval, déploiement progressif d’un réseau de tramway et achat de 200 autobus articulés d’ici à 2011.
Mais Richard Bergeron veut faire plus, plus vite : élu, il lancerait dès l’été prochain de grands travaux, non seulement pour refaire les rues, mais pour y ajouter, d’ici à 2017, 80 km de tramway et 60 km de voies réservées aux autobus.
Le tramway rejoindrait Anjou à partir de la station de métro Pie-IX. Il y aurait un tramway sur le boulevard Saint-Laurent jusqu’au boulevard Gouin, deux sur le boulevard RenéLévesque entre la rue Guy et l’avenue De Lorimier, et un autre relierait Griffintown à la station de métro Centre. Enfin, un tramway gratuit ferait une boucle dans le Vieux-Montréal.
M. Bergeron dit que les Montréalais vont adorer ce moyen de transport «luxueux, efficace et moderne». Il vantait le tramway dès 2001, avant que le maire Tremblay ne le découvre à Paris en 2006. « C’est un mode de transport de haut niveau, silencieux, esthétique, qui glisse tout en douceur et est accessible pour les personnes à mobilité réduite et pour les parents avec poussettes, dit-il. Et il ne coûte en moyenne que 40 millions le kilomètre, contre 150 millions pour le métro.»
Il propose aussi de geler le coût de la carte CAM à 60$ d’ici à 2014. Le coût de son programme de transports en commun est estimé à 1,2 milliard en quatre ans, soit 300 millions par an, sur un budget municipal de 4 milliards.
Mme Harel croit, quant à elle, qu’il est irresponsable de faire miroiter de tels changements alors que les études de faisabilité du tramway ne sont pas terminées et les sources de financement, non encore définies. « C’est de la surenchère de la part de M. Bergeron, a-telle dit hier. Avec lui, the sky is the limit » – une expression que Benoit Labonté a alors traduite par: «Y’s’peut pus!»
Un programme plus modeste
Le programme de Vision Montréal est plus modeste. Il reprend des idées et des projets que contient le Plan de transport mis sur pied par le conseiller André Lavallée ou qui font partie des intentions de l’équipe du maire Tremblay, comme le projet d’accès universel aux transports en commun pour les étudiants de l’Université de Montréal ou de nouvelles voies réservées aux autobus. Vision Montréal propose un gel des tarifs de la STM mais seulement pour 2010 et veut augmenter les déplacements en transports en commun de 10% à 20% d’ici à 2013, notamment avec 400 autobus supplémentaires.
Richard Bergeron estime que seule l’offre rapide d’un tramway de grande qualité changera les habitudes des gens. «Ça ne se peut pas que Louise Harel n’offre que ça à la population, dit-il. On ne peut pas ne faire que ça alors que, depuis que l’ad ministration T remblay est au pouvoir, il y a 350 000 véhicules en plus à Montréal, soit un parc automobile en hausse de 25%. Il faut agir. Ça prend plus d’ambition. Nous, on agit tout de suite pour être à la hauteur des attentes de la population.»
Il pense que la Ville a les moyens de se doter d’un tramway aussi performant qu’en Europe ou aux États-Unis. Selon lui, la rentabilité viendra de l’augmentation de la fréquentation et des effets positifs du tramway sur l’économie.
«Avec un tramway sur RenéLévesque, le projet immobilier de Radio-Canada se vendra plus vite, dit-il. Celui de Griffintown se fera plus facilement. Au total, on parle de milliards d’investissements, donc plus d’impôts fonciers pour la Ville. Je pense même que la première phase pourrait se faire sans les péages. Il suffira d’augmenter les taxes au taux de l’inflation. Et on est tous d’accord qu’on a besoin d’une nouvelle source de financement qui devra venir des automobilistes.»
M. Bergeron promet aussi de ne pas augmenter les tarifs des parcomètres. « Ils ont quand même triplé, dit-il. On a épuisé le potentiel de cette source de revenus et la patience des gens. D’ailleurs, si je suis élu, les automobilistes ne paieront plus de parcomètres les lundis, mardis et mercredis après 18h. Et on reviendra à la gratuité le dimanche.»

Une intégrité sans faille  -  RICHARD BERGERON
Richard Bergeron nie avoir manqué d’éthique
L’auteur est chef de Projet Montréal et candidat à la mairie de Montréal aux élections municipales du 1er novembre. Il y a un paragraphe dans l’article de Michèle Ouimet «Le franc-tireur de Montréal», publié hier dans La Presse, que je ne peux laisser passer. Je cite : « Comment Richard Bergeron peut-il faire la morale à Gérald T remblay en lui reprochant son manque d’éthique, alors qu’il est en conflit d’intérêts jusqu’aux oreilles ? »
Richard Bergeron, candidat à la mairie de Montréal.
L’intégrité des élus municipaux étant au coeur de la présente élection municipale, le fait de me retrouver dans le même panier que Gérald Tremblay sur cette question est à la fois profondément injuste et erroné quant aux faits.
J’ai été assermenté comme élu municipal le 1er décembre 2005, congédié par l’AMT le 22 décembre suivant. Si tant est que j’aie été en conflit d’intérêts, je ne l’aurais donc été que durant 21 jours, non pas au cours des quatre dernières années, comme l’article le laisse entendre.
Da n s ma c au s e c o n t r e l’A MT, je suis par ailleurs défendu par la Commission d e s n o r me s d u trava il , laquelle estime qu’il y a là des points de droit à clarifier et une jurisprudence à établir. Pour cause, parmi les presque 10 000 élus locaux (municipalités et commissions scolaires) que l’on compte au Québec, plusieurs centaines sont des fonctionnaires provinciaux ou fédéraux.
D’autre part, il deviendra encore plus difficile de recruter des candidats aux postes d’élus locaux. Quoi qu’il en soit, c’est aux tribunaux compétents qu’il revient désormais de trancher cette question.
Il convient également de cor r iger l’impression que laisse le paragraphe précédent de l’article, tiré du jugement en première instance : « Le plaignant consacre plus de 80 heures par semaine à ses tâches d’élu municipal et de chef de parti. » Mon cas a été entendu par la cour en mai 2007, soit 18 mois après mon congédiement. Comme je l’ai alors expliqué, je consacrais tout mon temps à mon rôle d’élu et de chef de parti parce que je n’avais plus d’emploi à l’AMT. Serais-je demeuré chez celle-ci que mon emploi du temps aurait à l’évidence été fort différent.
Je n’ai grandi dans aucun sérail politique, je ne fais partie d’aucun puissant réseau d’intérêts et, depuis quatre ans déjà, je me satisfais sans amertume de mon seul salaire d’élu municipal pour vivre.
En ces temps de tourmente, mon désintérêt personnel et mon intégrité sont ce que j’ai de plus précieux à offrir à la population. C’est pourquoi je ne peux tolérer qu’on les mette en doute.

Le franc-tireur de Montréal  -  MICHÈLE OUIMET
Entrevue avec le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron
Richard Bergeron, le chef de Projet Montréal, grimpe dans les sondages. En septembre, 14 % des Montréalais étaient prêts à l’élire maire ; deux semaines plus tard, ce chiffre a bondi de six points et passé la barre des 20 %. Pourtant, en 2005, Richard Bergeron avait récolté moins de 10 % des votes. Cet homme, dont la notoriété s’est longtemps limitée au Plateau-Mont-Royal, donne du fil à retordre à ses rivaux, Gérald Tremblay et Louise Harel. Qui est Richard Bergeron ? Portrait d’un franc-tireur. « Je m’en suis toujours tiré grâce à mon intelligence. À 4 ans, je savais lire. Au secondaire, le séminaire le plus huppé de la région m’a accepté, moi, le pauvre, parce que j’étais brillant. »
Je montais la fermeture éclair de mes bottes lorsque Richard Bergeron m’a dit qu’il avait des théories sur tout.
Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, est un urbain pur et dur. Il a des convictions fortes : il est contre les autos, pour les transports en commun.
Je venais de passer une heu re et dem ie c hez l u i . L’entrevue s’était déroulée au deuxième étage de son coquet appartement de la rue De La Gauchetière, situé entre le Quartier chinois et l’hôpital Saint-Luc, en plein coeur du centre-ville. M. Bergeron est un urbain pur et dur.
Je partais, donc, après l’avoir confessé sur son enfance, ses convictions, sa rupture brutale avec son ancien employeur et ses adversaires à la mairie de Montréal. Il a allumé une cigarette pendant que je me battais avec mes bottes. C’est là qu’il m’a « avoué » qu’il fumait et qu’il avait une théorie sur tout.
Un fumeur, lui, le coureur de marathon, le mordu de l’environnement qui a bazardé son auto.
« Je fume parce que c’est bon pour ma santé », s’est-il empressé de m’expliquer.
Je vous résume : en fumant, il diminue sa capacité pulmonaire, ce qui l’empêche de courir trop vite et de se blesser comme il l’a fait à l’époque où il avait renoncé à la cigarette. — Tordu, non ? lui ai-je dit. — Vous savez, j’ai des théories sur tout.
C’est vrai, sur tout, même sur le 11 septembre 20 01. Une t héor ie du complot . L’écrasement des avions sur le Pentagone et dans un champ en Pennsylvanie « est une farce macabre », a-t-il écrit dans un essai en 2005. Selon lui, cet événement a procuré aux « mafias entourant George Bush un prétexte pour s’emparer une fois pour toutes des réserves pétrolières du golfe Persique ».
— Aujourd’hui, je ne réécrirais pas la même chose parce que je suis en politique, s’estil défendu. — Vous y croyez toujours ? — Je suis fier en maudit de ce paragraphe-là. J’ai travaillé fort dessus. Je l’ai fait lire à 10 personnes et elles m’ont toutes dit : « Enlève ça ! » Même mon éditeur. En tant qu’intello, ma job, c’est de donner un coup de pied dans la termitière. Alors, que j’y croie ou pas, c’est hors d’ordre.
— Mais pensez-vous que votre analyse tient toujours la route ?
— Certainement. En tant que chercheur, c’est une hypothèse valable.
Autre fa it su r prena nt : Richard Bergeron est musulman. Il s’est converti à l’islam
Richard Bergeron musulman. Surprenant pour un p’tit gars du Lac-Saint-Jean.
Il est né à Alma en 1955. Une famille ordinaire : un père qui travaille da ns la construction, une mère au foyer, cinq enfants rapprochés. Cinq gars.
La vie de Richard Bergeron a volé en éclats lorsque sa mère a donné naissance au petit dernier. Un accouchement catastrophe.
« Ma mère est devenue paraplégique, a-t-il dit. Elle a été dans le coma pendant six mois et ça lui a pris dix ans avant de réapprendre à parler. »
Son père était incapable de s’occuper des enfants. Il les a envoyés à l’orphelinat. Les cinq. Richard Bergeron y a passé six ans. Chaque groupe d’âge avait son étage. Le jeune Richard n’a pas grandi avec ses frères.
Lorsque Richard Bergeron a eu 10 ans, son père a ramassé toute la marmaille à l’orphelinat. Cap sur Montréal.
« C’était fou, extravagant, a-t-il raconté. J’ai changé cinq fois d’école et huit fois de logement. Mon père était tout le temps soûl et la police débarquait tous les soirs à cause du bruit. »
A près si x mois de v ie chaotique, son père a déclaré for fa it et ra mené ses ga rçon s au L ac - S a i nt-Jea n . L’orphelinat avait fermé ses por tes . R ic ha rd B ergeron s’est donc retrouvé dans une famille d’accueil. « J’ai été de ferme à ferme. J’avais 11 ans et seuls les fermiers étaient prêts à accueillir des enfants de mon âge. »
Son père est mort à la fin des années 90. Sa mère vit dans une résidence. Richard Bergeron lui rend visite deux fois par mois. Il lui donne à manger. Elle le reconnaît une fois sur deux. Elle a l’âge mental d’un enfant de 3 ans.
« Je m’en suis toujours tiré grâce à mon intelligence, a-til dit. À 4 ans, je savais lire. Au secondaire, le séminaire le plus huppé de la région m’a au début des années 90 pour épouser la femme de sa vie, Amina.
« J’avais 35 ans et j’ai eu le coup de foudre », a-t-il dit.
Amina est marocaine. Ils ont eu une fille qui est musulmane. « Je me suis converti par respect pour mes beauxparents, mais je ne pratique pas, a-t-il précisé. Amina non plus. »
Ses belles-soeurs et sa bellemère vivent au Maroc. Elles portent toutes le voile. accepté, moi, le pauvre, parce que j’étais brillant. »
R icha rd Bergeron a des diplômes l ongs comme le bras : baccalauréat en architecture, maîtrise en urbanisme, doctorat en aménagement.
Il a aussi des convictions fortes qui frisent l’obsession : il est contre les autos, pour les transports en commun. C’est presque une religion.
« C’est difficile de le faire changer d’idée, explique son ex-patronne, Florence JoncaAdenot. Il est tenace, une ténacité qui peut tomber dans l’obstination. Par contre, il est d’une probité exemplaire. C’est aussi un visionnaire. »
« C’est un intellectuel, pas un politicien », ajoute de son côté Claude Mainville, cofondateur de Projet Montréal.
Obstination, un mot qui définit bien Richard Bergeron. Il s’est heurté à son ancien employeur, l’Agence métropolitaine de transport (AMT), qui l’a congédié au lendemain de son élection au poste de conseiller municipal en 2005. Il a traîné l’AMT en cour pour congédiement abusif. Il a perdu. Il a interjeté appel. La cause est toujours devant les tribunaux.
Pourtant, la décision de la Commission des relations de travail est limpide : Richard Bergeron ne peut pas être conseiller municipal, chef de Projet Montréal et responsable des analyses stratégiques à l’AMT.
Richard Bergeron et l’AMT divergent d’opinion sur des dossiers majeurs. L’Agence a privilégié les trains de banlieue au détriment des tramways et elle a joué un rôle de conseiller expert auprès du BAPE lors des audiences sur la construction du pont de l’autoroute 25, ce qui lui imposait une stricte neutralité.
Richard Bergeron a tiré à boulets rouges sur le projet de pont et il a critiqué les choix de son employeur sur les trains de banlieue.
De plus, il s’est engagé, comme tous les employés de l’AMT, à respecter un code d’éthique qui l’oblige à afficher une « neutralité politique ».
En 2005, après son élection, l’AMT lui a demandé de choisir: un congé sans solde de quatre ans ou la démission. Richard Bergeron a refusé en bloc, affirmant qu’il était capable de porter plusieurs chapeaux.
Mais la Commission des relations de travail en a décidé autrement: «Les fonctions sont incompatibles du seul fait de l’existence d’un conflit d’intérêts potentiel ou apparent, a-t-elle écrit dans un jugement d’une trentaine de pages. Mais il y a plus. Le plaignant (Bergeron) s’est engagé, lors de la signature de son contrat, à travailler à titre exclusif et à temps plein pour l’AMT. Le plaignant consacre plus de 80 heures par semaine à ses tâches d’élu municipal et de chef de parti.»
Comment Richard Bergeron peut-il faire la morale à Gérald Tremblay en lui reprochant son manque d’éthique, alors qu’il est en conflit d’intérêts jusqu’aux oreilles ?
« J’ai été congédié avec des méthodes de voyou, répond-il. Alors je dis à l’AMT : "Allez vous faire foutre !" »
Richard Bergeron n’a pas toujours fait l’unanimité à l’intérieur de son parti.
Début août, Projet Montréal stagnait dans les sondages, alors que Louise Harel surfait sur une vague de popularité. Guillaume Vaillancourt, un militant de Projet Montréal, a convoqué une réunion. Huit personnes y ont assisté, dont Richard Bergeron. À l’ordre du jour: convaincre le chef de se retirer de la course à la mairie pour laisser le terrain à Louise Harel. Le but: battre Gérald Tremblay. Richard Bergeron a refusé. « La réunion a duré deux heures, raconte une des personnes présentes. C’était vraiment pénible. Richard Bergeron nous disait qu’il voulait aller au bout de son trip. Il était détaché. Seul lui comptait.»
« Bergeron n’écoute pas, ajoute-t-il. Il est gentil, sympathique, il blague et il donne des tapes dans le dos. Mais il n’écoute pas, il convainc. Et il n’a pas d’équipe. Projet Montréal, c’est une gang de jeunes, des militants qui se promènent à vélo et croient à la cause. Je ne mettrais pas un budget de 4 milliards entre leurs mains.»
Richard Bergeron et Louise Harel se sont parlé. Richard Bergeron lui a même tendu la main.
« Louise Harel m’a demandé : "Vous pensez que vous avez des chances de gagner ?" a raconté R icha rd Bergeron. Puis, elle a fait un grand geste de la main en me disant : "Vous ne ferez même pas 5 %." Je lui ai rappelé que j’avais récolté 9 % des votes en 2005. Elle m’a répondu : "C’est vrai, mais je n’étais pas là." »
En août, des militants de Projet Montréal éprouvaient de l’amertume devant le refus de Richard Bergeron de s’effacer au profit de Mme Harel. Aujou rd ’hu i , la don ne a changé. C’est peut-être au tour de Mme Harel de regretter de ne pas avoir uni ses forces à celles de Richard Bergeron pour battre Gérald Tremblay.


Une campagne qui compte  -  NATHALIE COLLARD
Les deux principaux partis municipaux ont donné le coup d’envoi à la campagne électorale hier midi. Devant leurs militants survoltés, ils ont présenté leurs candidats ainsi que les grandes lignes de leur programme. Les Montréalais ont deux mois pour décider qui, selon eux, serait le plus apte à diriger la métropole.
Gérald Tremblay et Louise Harel voudraient parler d’avenir, mais ils arrivent tous les deux avec un lourd bagage.
À tit re de m i n ist re des Affaires municipales, la nouvelle chef de Vision Montréal a été responsable des fusions que plusieurs associent au début de la déchéance de la Ville. Difficile à oublier.
Quant à Gérald Tremblay, il se représente devant l’électorat avec un bilan entaché. Il aura beau répéter qu’il ne veut plus être attaqué sur ce sujet et qu’il n’a rien à se reprocher, il demeure que le maire de Montréal a des comptes à rendre à ses électeurs.
Ce n’est pas parce que l’ancien président du comité exécutif Frank Zampino a quitté son poste qu’on peut balayer les scandales des derniers mois sous le tapis. M. Tremblay était maire lorsque le comité exécutif a privatisé la SHDM.
Il était également maire lorsque des élus et des hauts fonctionnaires ont effectué des voyages en compagnie d’entrepreneurs ayant des liens d’affaires avec la Ville. Même si son intégrité personnelle n’est pas remise en question, il doit répondre des agissements de son équipe.
G érald T remblay et Louise Harel devront également préciser leur vision de Montréal.
Jusqu’ici, leurs programmes se ressemblent : une ville verte, un parti pris pour les transports en commun, l’amélioration des services au x citoyens. On ne réinventera pas la roue. Il faudra toutefois expliquer aux Montréalais de quelle façon on souhaite améliorer la gouvernance ou encore, financer le développement des tra nsports en commun. Pour l’instant, c’est assez vague.
Mais la plus grande difficulté des candidats à la mairie sera de combattre le cynisme ambiant, cynisme qui a atteint son paroxysme au cours des derniers mois.
Les scandales qui ont secoué l’hôtel de ville ont ébranlé la confiance des Montréalais en plus de ternir la réputation de leur ville à l’étranger. À ce cynisme et à cette méfiance, il faut ajouter la morosité ambiante qui règne dans la métropole.
L a c r ise économ ique a reporté à plus tard (quand ? on ne sait pas) des projets immobiliers importa nts com me Griffintown ou la gare Viger. La disparition du Grand Prix de Formule 1, l’absence de grands projets mobilisateurs et les récentes chicanes avec la Ville de Québec qui, elle, a le vent dans les voiles, participent à la déprime automnale des Montréalais.
Hier, Gérald Tremblay et Louise Harel ont parlé de passion pour leur ville. On verra au cours des prochaines semaines s’ils réussissent à rallumer la f la mme des Montréalais.

À LAMANIÈREDE LOUISE HAREL - KATIA GAGNON
La politicienne à la voix douce a gagné des batailles que plusieurs croyaient perdues d’avance au cours de sa longue carrière politique. Louise Harel emploie souvent la ruse, mais est-elle pour autant la Machiavel de Montréal, comme le laissent entendre c
« Quand ça ne marchait pas à son goût au conseil des ministres, elle faisait monter les groupes de pression. Quand on voyait les manifs, on se disait : " Louise Harel a fait des téléphones." Et là, elle arrivait et disait : "Monsieur le premier ministre, il y a tellement de pression !" »
Lundi 2 juin, 16h. Le téléphone de Richard Bergeron sonne. Au bout du fil, un journaliste demande au chef de Projet Montréal s’il est exact qu’il a offert à Louise Harel de s’associer à son parti. « J’ai commencé par nier, avoue candidement M. Bergeron. Puis, le journaliste a sorti l’extrait publié sur le blogue de Louise Harel. Je ne pouvais plus nier. »

Quelques instants plus tôt, avec trois lignes publiées sur un blogue de circonstance, Louise Harel avait révélé à la petite planète montréalaise que Richard Bergeron avait envoyé deux émissaires pour la séduire. Mardi, lorsqu’elle a annoncé qu’elle se lançait avec Vision Montréal, Bergeron était totalement pris au piège. Impossible pour lui de critiquer la nouvelle candidate. Richard Bergeron est ainsi devenu la plus récente victime de Louise Harel, enserré dans la toile de la politicienne la plus rusée du Québec, la Machiavel de Montréal.
C’est la manière Harel, résume son amie, la péquiste Louise Beaudoin. « Elle avait deux oeufs dans deux paniers différents. Elle a choisi. Et neutralisé celui qu’elle n’a pas choisi. Elle est d’une grande habileté politique », ditelle. « Benoît Labonté ne sait pas dans quoi il s’est embarqué. Pauvre homme! » commente un ex-collègue qui préfère taire son nom.
En plus de 30 ans de carrière politique, Louise Harel a gagné des batailles que plusieurs jugeaient perdues d’avance. Elle a été élue députée malgré l’opposition de René Lévesque. Elle a réalisé une réforme de l’aide sociale sans se faire haïr des assistés sociaux. Elle a rapatrié d’Ottawa les pouvoirs en matière de formation de la main-d’oeuvre, une bataille qui durait depuis 25 ans. Elle a fait adopter une loi sur l’équité salariale. Et en quelques années, elle a fait de l’île de Montréal une seule ville.
Et elle a fait tout cela de la façon souple et ondoyante qui est la sienne. « Je ne l’ai jamais entendue élever la voix », dit l’ex-premier ministre Bernard Landry, qui a pourtant eu maints affrontements avec elle.
« Elle est comme l’eau qui coule. Tu ne l’empêcheras jamais d’aller où elle veut. Au lieu d’affronter le roc, elle va le contourner. Et s’il faut qu’elle mette un bâton de dynamite dans la roche, il va y avoir des fleurs autour », résume un politicien... libéral. « Si elle a défini sa cible, elle va l’atteindre. Elle va faire l’analyse physique, psychologique et sociale des obstacles et elle va les franchir », renchérit un politicien… péquiste, qui salue son habileté.
Ou son dogmatisme, rétorquent ceux qui ont eu maille à partir avec elle. « Pour elle, les fusions, c’était une religion. Présenter des arguments, c’était comme parler avec un mur », dit Peter Trent, ancien maire de Westmount, qui avait pris la tête des opposants aux fusions municipales. « Une magouilleuse dans l’âme, Mme Intrigante en personne », crache un ancien collègue, qui la trouve hypocrite.
« Quand ça ne marchait pas à son goût au conseil des ministres, elle faisait monter les groupes de pression. Elle leur disait : "Moi, je suis bloquée." Quand on voyait les manifs, après, on se disait tous : " Bon, Louise Harel a fait des téléphones." Et là, elle arrivait et disait: "Mon Dieu, monsieur le premier ministre, il y a tellement de pression!" »
« Rusée, machiavélique: je n’aime pas ces termes, dit Louise Harel. Il y a un double standard pour les femmes. Est-ce qu’on disait de Robert Bourassa qu’il était rusé et machiavélique? Non. On disait qu’il était habile, astucieux. »
Mais même ceux qui n’aiment pas la manière Harel reconnaissent qu’elle est un bourreau de travail. Lorsqu’elle était ministre, elle travaillait souvent plus de 100 heures par semaine, raconte Carole Poirier, qui a été sa chef de cabinet et qui lui a succédé comme députée d’HochelagaMaisonneuve. « Elle n’est pas tuable », dit-elle.
Au conseil des ministres, elle transportait des valises de documents minutieusement numérotés. Elle revoyait chaque lettre, chaque communiqué, chaque fiche de réponse avec un souci maniaque.
Perfectionnisme? Microgestion, disent les critiques. Lorsqu’elle était à la tête du ministère de l’Emploi, ses fonctionnaires ont eu la surprise de recevoir un appel de Mme la ministre, en vacances aux Îles-de-la-Madeleine. Louise Harel avait rencontré un citoyen à qui on avait refusé un programme de formation. Elle voulait faire casser la décision.
Un jour, une bénéficiaire de l’aide sociale qui avait vu son chèque amputé a fait la première page du Journal de Québec. « Elle a appelé personnellement la dame et est intervenue auprès du Ministère », raconte Carole Poirier. À la Sécurité du revenu, elle a traîné ses sous-ministres au Chic resto pop. Elle leur a fait rencontrer Louise Laliberté, ancienne prestataire devenue pilier de son bureau de circonscription. « Ça a été un plongeon dans la réalité », rigole Mme Poirier.
Une réalité dure, que Louise Harel a contribué à transformer. En 30 ans, on est passé d’Hochelaga-Maisonneuve, quartier fauché par la nouvelle économie, à HoMa, quartier branché, où les promoteurs immobiliers ont rapidement réalisé qu’ils devraient réserver une part de logements sociaux aux démunis. Mme la députée y veillait.
D’où Louise Harel tient-elle ce caractère, grâce auquel elle pouvait « virer le caucus de bord » sans même quitter sa chaise ? En partie, de son enfance. « Grandir en milieu protégé, vous savez, ça donne confiance en la vie », dit-elle. Née à Sainte-Thérèsede-Blainville, d’un père historien et d’une mère coiffeuse, elle a quatre frères et soeur, dont Pierre, qui s’illustrera dans les groupes Offenbach et Corbeau.
Elle se heurte pour la première fois à la pauvreté pendant l’été de l’Expo, dans les taudis de PointeSaint-Charles, où elle oeuvre pour l’Action sociale étudiante. « Pendant tout un été, on a distribué des tracts... Jusqu’à ce qu’on se rende compte que la plupart des gens étaient analphabètes. Ça m’a donné une leçon pour le reste de ma vie. »
Elle succède à Bernard Landry à la tête de l’Union générale des étudiants. À l’époque, tout le monde est attiré par les mouvements d’extrême gauche. Pas elle. « Ça ne m’a jamais séduite. J’ai toujours préféré des gens de droite qui pensent à gauche que des gens de gauche qui pensent détenir la vérité. »
Jean Doré, à l’époque attaché de presse de René Lévesque, la recrute dans le PQ. Une relation tumultueuse d’amour-haine s’amorce entre Harel et Lévesque. En 1982, geste rarissime dans l’histoire parlementaire, elle finit par voter contre le gouvernement, qui veut imposer une baisse de salaire aux fonctionnaires. Elle démissionne ensuite pour protester contre le « beau risque ».
Puis, en 1994, le Parti québécois reprend le pouvoir. Sa première vraie crise sera celle des compressions à l’aide sociale. En 1996, on exige des coupes dans chaque ministère. « J’ai écrit à M. Bouchard. Je lui ai dit qu’il vaudrait mieux que quelqu’un d’autre fasse ça à ma place. Que je ne pouvais pas. » Bouchard la convoque à son bureau. « Ça a été un moment fort de ma vie, relatet-elle. On s’est regardés et on ne s’est rien dit. Et finalement, je ne l’ai pas fait. »
Par la suite, elle mène une réforme de l’aide sociale qui est accueillie avec des grincements de dents, notamment par Françoise David, alors présidente de la Fédération des femmes. Quand on lui demande si Louise Harel est d’abord une femme de gauche ou d’abord politicienne, Mme David hésite encore. « Elle
est social-démocrate. Pas une femme de gauche. »
Mais son plus grand défi sera de réaliser la vision de Jean Drapeau: une île, une ville. « Il a fallu qu’elle passe à travers Lucien Bouchard, à travers le caucus du PQ et à travers les libéraux », raconte un député. Car au départ, Lucien Bouchard était contre le projet de Pierre Bourque. « Ce n’est pas dans les plans », a-t-il déclaré en juin 1999.
Que s’est-il passé pour qu’il change d’avis à la fin de l’an 2000? D’abord, la situation financière de Montréal. À l’époque, la ville est pratiquement en faillite technique. « La ville n’a jamais été sous tutelle, mais Bouchard a nommé Guy Coulombe pour faire le ménage », raconte une source qui a été très près du dossier.
Coulombe recommande à Lucien Bouchard de mettre la hache dans la rémunération de la fonction publique montréalaise. Le premier ministre refuse. « L’autre solution, c’était de prendre la facture de Montréal et de l’étendre à toute l’île. » Louise Harel, de son côté, fait valoir des arguments identitaires et linguistiques. « Lucien Bouchard a changé son fusil d’épaule sur les fusions six mois avant de quitter vers les fusions se rappelle d’un passage de la ministre au Mail Cavendish. « Elle a été huée