Quel est ce
rôle, justement? Par des projets de
développement immobilier dans les domaines
résidentiel, commercial, industriel et
institutionnel, la SHDM participe à la fois à
l’enrichissement du cadre bâti de la ville et à
l’amélioration de la qualité de vie dans ses
différents quartiers. La SHDM conçoit,
bâtit, rénove et gère des milliers de
logements abordables dans l’île, de concert notamment
avec des organismes communautaires et l’Office municipal
d’habitation de Montréal, qui s’occupe de logements
sociaux. La SHDM ramène ou garde bien des gens
à Montréal en favorisant leur accession
à la propriété, avec ses projets et ses
programmes tel Accès-condo, qui offre des
crédits d’achat aux nouveaux propriétaires.
Mieux, la SHDM agit sur l’ensemble de l’île et vise
toujours un équilibre de l’offre sur le territoire,
ce que ne fait aucun promoteur privé. Les projets
réalisés et en cours de la
Société – qui peuvent être vus sur le
site shdm.org – témoignent d’une passion et d’une
expertise réelles, qu’il faut entretenir et non
étouffer.
Au début de l’année, la SHDM a fait un
ménage en changeant son état-major et son mode
de fonctionnement; ce ménage n’est pas encore tout
à fait terminé (il reste notamment à
annuler sa conversion en société
privée), mais ses nouveaux dirigeants vont dans la
bonne direction, sachant que leurs dirigeants à eux –
les Montréalais – les suivent de près. Et les
garder à l’oeil, c’est exactement cela que l’on doit
faire. Éventuellement, cette attention les
valorisera.
L’argent de Monopoly derrière les compteurs
d’eau - Sara Champagne
Jacques
Bergeron a longtemps hésité avant
d’accepter de parler publiquement des dessous de son
enquête qui a mené au dépôt
d’un rapport dévastateur sur le contrat des
compteurs d’eau. Le vérificateur
général de la Ville de Montréal a
finalement accepté, tout en expliquant qu’il a un
devoir de réserve. « Je dois peser chaque
mot », a-t-il expliqué avant de finalement
inviter La Presse dans ses bureaux d’une tour du
centre-ville. Entretien avec celui qui, arrivé en
poste il y a à peine cinq mois, s’est
retrouvé avec le plus gros mandat d’enquête
jamais attribué à son bureau.
Q Au
PHOTO IVANOH DEMERS, LA
PRESSE
lendemain du dépôt de votre rapport, M.
Bergeron, on a beaucoup parlé de la portion de
votre enquête qui a été transmise
à la Sûreté du Québec. Je
voudrais revenir l à-dessus. Mais avant d’en
parler, j’aimerais savoir, de manière
générale, quelle impression se
dégage de toute cette affaire ? R Durant tout
l’été, j’avais l’i mpres sion de jouer
avec de l’argent de Monopoly. C ’éta it des m
illions . Des millions, mais qui avaient la va leu r de
l ’a r g e n t d e Monopoly. Je pense notamment au seg
ment su r la gouverna nce, à l’appel de
propositions, à l’approbation, aux com
munications aussi. Au bout du compte, vous savez, les
chiffres changeaient et on ne savait pas pou rquoi.
Autrement d it , perdre 1 million, ce n’est pas grave,
perd re 20 millions, bah. Je me demande si tout le monde
n’avait pas perdu la notion de l’argent dans cette
affaire. C’était mon impression. Et dans mon
rapport, on voit les changements, et c’est la raison
pour laquelle j’ai dit : « Trop vite, trop gros,
trop cher. » Q Quand
vous avez été saisi du mandat
d’enquête, au mois de juin, par quoi avez-vous
commencé votre étude du dossier du contrat
des compteurs d’eau ? R On a décortiqué le
processus en fa isa nt u ne chronologie des
événements, en remontant jusqu’en 2002. On
a regardé les différents jalons. Autrement
dit, on a regardé où les
événements ont changé. Vous savez,
les compteu rs d’eau , ce n’est qu’un projet. Le plus
petit parmi trois projets de la Ville touchant l’eau. Il
y a aussi le plan d’intervention de l’eau et la mise
à niveau des usines d’épuration d’eau, qui
ont été donnés à d’autres
consortiums. Dans le cas des compteurs d’eau, on a
constaté un changement d’orientation qui a
mené au programme d’optimisation de l’eau. Q Est-
ce que chaque expert de votre équipe avait un
mandat précis, une mission bien à lui ? R
Non, c ’était un travail d’équipe. Le plan
de travail a été produit par notre bu reau
. O n ava it quat re champs d’expertise : le volet
vérification, avec l’aide de la firme Navigan
Consulting. Il y avait aussi le volet ingénierie.
Dans ce cas-ci, on a décidé de donner le
mandat à l’École de technologie
supérieure (ETS), pour la simple et bonne raison
que la totalité des firmes d’ingénierie au
Québec sont associées de près ou de
loin à l’eau à Montréal ou à
la Ville. On aurait pu aller à Toronto, mais il y
avait la barrière de la langue. Et avec l’ ETS,
donc avec une université, on n’avait pas à
procéder par appel d’offres. Q Au
total, vous diriez que l’enquête a
nécessité combien d’heures de travail ? R
On a investi 6000 heures pour faire le travail au
complet. Six mille heures… Nous étions plusieurs,
17 per son nes en tout , en incluant celles de
l’externe. Évidemment, le travail variait de
semaine en semaine, mais c’était du temps plein.
Q Parlons
maintenant de vos informations transmises à la
Sûreté du Québec. Comment en
êtes-vous venu à la décision de
joindre les enquêteurs ? R Au niveau de la Ville,
ce qui veut dire que ça peut être 1, 10 ou
100 personnes, on a constaté qu’il y avait des
rencontres planifiées avec des gens
intéressés au dossier. Ça nous a
surpris. Mais évidemment, on n’a pas de pouvoir
d’enquête externe. On a un pouvoir d’enquête
à la Ville. J’ai accès à toute
l’information à l’interne, qu’elle soit sur
papier ou électronique. Je ne peux pas vous dire
comment on a découvert l’information. Mais comme
nous savions que les gens de la SQ menaient
déjà leur enquête, et qu’on avait eu
quelques rencontres avec eux, on a décidé
de transmettre l’information dans une enveloppe
scellée pour les aider. Q Vous
avez rencontré 27 personnes pour mener à
bien votre enquête. Des gens de l’externe et de
l’interne. Notamment Frank Zampino, ancien
président du comité exécutif, des
élus, des ex-élus aussi. La collaboration
a-telle été bonne ? R Je n’ai pas
participé à toutes les entrevues parce que
je n’aurais fait que ça. Mais j’ai assisté
aux rencontres importantes à ma
compréhension du dossier. Je ne peux pas vous
dire qui j’ai interrogé, mais on a
rencontré M. Zampino une fois. Sammy Forcillo,
une fois. Gérald Tremblay aussi, une fois. Je ne
peux pas divulguer la teneur de ces rencontres, mais les
éléments pertinents sont dans le rapport.
On a mentionné, entre autres, qu’on a
découvert des rencontres planifiées dans
des agendas. On a fait beaucoup d’analyses de
l’évolution des agendas à travers le
temps. Des courriels aussi, des correspondances. Tout
ça nous a permis de corroborer des
éléments, et de découvrir des
documents, de relier des informations entre elles. On
parle de rencontres, mais dans certains cas il y en a eu
plusieurs. QL es
agendas
de la Ville, étaient-ils électroniques ou
sur papier ? R Je ne peux pas vous le dire.
Éventuellement, je vais le dire, quand le temps
sera venu. Mais quand on dit des agendas de la Ville,
ça comprend aussi les arrondissements. Il y a 19
arrondissements à Montréal. Q Du rant
l’enquête, est-ce qu’il y avait des discussions
sur les compteurs d’eau à l’extérieur du
bureau ? R Aucune discussion à
l’extérieur. Même pas avec les proches,
surtout pas avec les proches. On en était
même venus au point où toutes les com mu
nications i nter nes, c’est-à-dire nos courriels,
ne
passaient plus par le réseau de la Ville de
Montréal. On communiquait de clé USB
à clé USB. Q Vo us
n’aviez pas droit à l ’e r r e u r, M . B e r g e
r o n . La pression était-elle forte ? R Il ne
fallait pas se tromper. Et plus on avançait dans
nos travaux, plus on percevait qu’il y aurait un impact.
À la fin, on savait qu’on avait une mini-bombe
atomique. C’était ébranlant. J’ai
été tenu au courant de chaque
découverte. Il fallait beaucoup de rigueur. C’est
un rapport qui a été écrit par
plusieurs personnes, provenant de l’interne et de
l’externe, un peu par moi également. Mais j’ai
repris chaque mot, chaque ligne, chaque virgule, je les
connais toutes. Il y avait une crainte de dire quelque
chose qui n’était pas vrai, ou faux. Donc, on a
validé le contenu du rapport auprès de
certaines personnes de la Ville avant de le publier. Et
ces personnes, au nombre de deux, n’avaient pas le droit
de prendre des notes durant la lecture
supervisée. Q Le
rapport a été présenté aux
élus du conseil municipal le lundi 21 septembre.
Quand a-t-il été imprimé ? R Trois
jours avant, le vendredi soir. On a pris des dispositifs
avec les gens de l’imprimerie de la Ville de
Montréal. C’est-à-dire qu’il y avait deux
personnes de chez nous qui sont allées
directement à l’imprimerie avec le fichier. Elles
se sont assurées que le fichier soit
effacé. Et se sont assurées que
l’imprimante n’était pas en réseau, que
les copies revenaient ici. On avait même une
entente avec les gens de notre immeuble pour que les
copies soient dans mon bureau. Les gens de l’entretien
ont même passé par une enquête de
sécurité. Finalement, il n’y a pas eu de
fuite dans les médias. Q Justement,
vous parlez des journalistes. Vous n’êtes pas sans
savoir que les compteurs d’eau ont fait couler beaucoup
d’encre dans la dernière année. Est-ce que
les articles vous ont aidé ? R Ce que j e p eu x
vou s dire, c’est qu’avant qu’on obtien ne le ma ndat
d’enquête de l’ad m i n ist ration Tremblay, nous
étions à un cheveu d’entreprendre une
enquête de notre propre chef. J’ai une revue de
presse, un gros ca rtable d’a rticles de journaux sur
les compteurs d’eau. Ils ont été
analysés un à un. On a, par exemple,
comparé le coût des appareils de mesure de
Montréal avec ceux de Toronto. Q Votre travail ne
se termine pas là. Vous avez été
nommé pour sept ans. Qu’entendez-vous faire
maintenant ? R Un défi de recrutement s’en vient
au bureau du vérificateur général.
Il y a deux autres projets de l’eau : le plan
d’intervention et la mise à niveau des usines
d’épuration d’eau. J’aimerais mener une analyse
de risques. Ma motivation est d’améliorer, et de
m’assurer que ça ne se reproduise plus . Parce
qu’à travers tout ça, il y a une urgence
d’agir en matière d’eau.
L’effet compteurs d’eau - MICHÈLE
OUIMET
Dure
semaine pour le maire Gérald Tremblay. Lundi, le
rapport dévastateu r du véri ficateu r su
r les compteurs d’eau a atterri comme une bombe dans la
campagne électorale. Mardi, le maire a
été obligé d’annuler le contrat et
de congédier ses deux fonctionnaires les plus
importants. Grosse tempête.
Et là, le sondage, truffé de mauvaises
nouvelles pour Gérald Tremblay.
Un sondage éclair effectué au lendemain du
dépôt du rapport du vérificateur. Un
sondage qui a pris le pouls, à chaud, des
Montréalais.
Résultat : beaucoup de grogne. Les
Montréalais blâment
sévèrement le maire pour le gâchis
des compteurs d’eau.
Le sondage fait mal non seulement à Gérald
Tremblay, mais aussi à sa principale rivale,
Louise Harel. Le grand gagnant : Richard Bergeron, chef
de Projet Montréal.
Ma is com mençons pa r Gérald Tremblay.
Première mauvaise nouvelle : les
Montréalais s’intéressent davantage
à la saga des compteurs d’eau qu’au Canadien ou
la guerre en Afghanistan. Ça jase compteurs d’eau
dans les chaumières. Carey Price moins populaire
qu’un compteur d’eau, faut le faire !
Autre tuile : un Montréalais sur deux ne croit
pas le maire quand il jure qu’il ne savait rien. Et 44 %
ne pensent pas que le congédiement des deux
fonctionnaires va régler quoi que ce soit.
Qui est responsable du scandale ? Soixante-trois pour
cent des gens ont répondu le maire et Frank
Zampino, exprésident du comité
exécutif et amateur de croisières sur les
yachts de luxe. Et les firmes d’ingénieurs ?
Seulement 8 % croient qu’elles sont à
blâmer pour le gâchis des compteurs d’eau.
Les deux fonctionnaires congédiés ?
À peine 5 % les rendent responsables.
Bref, la res pon sabi l ité est politique. Que G
érald Tremblay assume, lui disent les
Montréalais, et qu’il cesse de s’en laver les
mains en criant sur tous les toits : je ne le savais
pas, je le jure ! Pas idiots, les Montréalais. Et
ça continue. Le degré de confiance envers
le maire en a pris un coup. La moitié des
répondants disent que leur confiance a
diminué. Et 58 % sont insatisfaits de
l’administration Tremblay, une dégringolade de
sept points en deux semaines. Énorme.
Cette grogne se reflète dans les intentions de
vote. L’appui à Gérald Tremblay a
glissé de trois points en deux semaines. Il est
passé de 38 % à 35 %. L’effet compteurs
d’eau.
Louise
Harel, elle, a fait du surplace : elle est passée
de 41 à … 40 %. Une controverse monstre frappe
l’administration Tremblay et elle stagne dans les
intentions de vote. Dur pour l’ego.
Quant à Richard Bergeron, il a fait un bond de
six points. Il est passé de 14 % à 20 %.
Une performance attribuable peut-être à son
image de néophyte qui ne traîne pas un
passé politique. Il a aussi réussi
à attirer le juge Gomery, M. Net en personne,
dans son parti. En cette ère de corruption, c’est
une prise qui vaut son pesant d’or.
Louise Harel a plafonné. Elle a été
en politique pendant 25 ans. Une femme qui a
roulé sa bosse. Trop peutêtre. Les
Montréalais semblent hésitants devant les
pros de la politique.
Et son incapacité à s’exprimer en anglais
ne passe pas. Les trois quarts des Montréalais
affirment que le prochain maire doit parler anglais. Les
appuis des anglophones pour Mme Harel ont fondu de
moitié en deux semaines, passant de 12% à
6%.
Der n ier poi nt : G éra ld Tremblay se trompe
lorsqu’il affirme que les médias s’acharnent sur
lui. Un Montréalais sur deux croit que la «
couverture médiatique entourant la controverse
des compteurs d’eau » est juste et 25 %
précisent qu’elle n’est pas assez
sévère à l’égard du maire.
Les scandales existent, les médias n’ont rien
inventé. Le maire doit cesser de tirer sur le
messager. Après tout, c’est son gâchis.
Un mot sur Robert Cassius de Linval et Claude
Léger, les deux fonctionnaires
congédiés dans la foulée du
scandale des compteurs d’eau.
I ls sont pa rtis avec u ne indemnité de
départ équivalant à un an de
salaire, une somme qui totalise 426 000 $.
Le maire a soigneusement choisi ses mots lorsqu’il a
annoncé aux journalistes que Léger et
Cassius de Linval partaient. Il a refusé de
prononcer le mot congédiement, il a
préféré parler de consentement
mutuel. La différence : 426 000 $.
Si le maire les avait congédiés, il
n’aurait pas été obligé de leur
verser une indemnité. Mais fidèle à
son manque de courage, il a préféré
louvoyer. Pour les mettre à la porte, la Ville
devait prouver que Cassius de Linval avait commis une
« faute grave ». Quant à
Léger, elle devait invoquer des « motifs
sérieux ».
Résumons : le vérificateur dépose
un rapport tellement accablant que le contrat doit
être annulé et le dossier remis entre les
mains de la police. Le maire qualifie l’affaire
d’indéfendable. Et qui doit partir ? Léger
et Cassius de Linval, les responsables.
Et il n’y a pas de faute grave ni de motifs
sérieux ? Pourtant, cette histoire ébranle
sérieusement l’hôtel de ville.
Le maire a préféré
s’écraser. Les Montréalais vont donc ra
masser la factu re. Ma is pendant qu’ils vont payer en
argent, le maire, lui, va payer en votes.
Gérald Tremblay désavoué par la
population - Éric Clément
Au
lendemain du dépôt du rapport du
vérificateur général sur le contrat
des compteurs d’eau, La Presse a pris le pouls des
électeurs montréalais. Les deux principaux
prétendants au titre de maire de Montréal
trouveront peu de réconfort dans notre sondage
exclusif Angus. Les répondants sont
sévères envers Gérald Tremblay,
mais Louise Harel en profite peu. Et oui, une
majorité de Montréalais pensent que leur
maire devrait être bilingue. la moitié de
la population (48 %) ne croit pas que le maire soit
capable d’instaurer une saine gestion dans la
façon d’attribuer des contrats aux fournisseurs
de la Ville ni de rétablir la transparence dans
l’administration municipale.
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, est
jugé sévèrement dans le dossier de
l’attribution du contrat des compteurs d’eau au
consortium GÉNIeau. Selon un sondage Angus Reid
Strategies-La Presse réalisé les 23 et 24
septembre, la moitié de la population ne le croit
pas quand il dit avoir été mal
informé par ses cadres sur ce dossier, et la
même proportion d’électeurs le juge
incapable de rétablir transparence et saine
gestion dans l’administration municipale.
PHOTO ROBERT SKINNER,
LA PRESSE
L a ca nd idate de Vision Montréal à la
mairie, Louise Harel, profite bien peu de ce
désaveu. Son avance sur Gérald Tremblay a
peu progressé par rapport au sondage A ngus Reid
Strategies-La Presse mené du 9 au 11 septembre :
elle est créditée de 40 % des suffrages
alors que M. Tremblay obtient 35 %. C’est le chef de
Projet Montréal, Richard Bergeron, qui
bénéficie le plus des effets du scandale
GÉNIeau. M. Bergeron fait un bond de 6 % dans ce
sondage : 20 % des électeurs l’appuient au lieu
de 14 %. L a perce pt ion qu ’ont les électeurs
du maire Tremblay change, révèle notre
sondage.
L’insatisfaction vis-à-vis de son administration
a augmenté de 7 % par rapport au sondage
réalisé du 9 au 11 septembre. Les
électeurs sont maintenant 65 % à
être ce chiffre avec le sondage UniMarketing-La
Presse de novembre 2007 qui attribuait au maire Tremblay
un taux de satisfaction record : 63 % étaient
« très satisfaits » de lui
a population ne croit pas le maire quand il dit avoir
Le rapport du vérificateur général
de la Ville, Jacques Bergeron, sur le contrat des
compteurs d’eau semble avoir marqué les esprits.
D’autant plus que le maire a montré la porte au
directeur général de la Ville, Claude
Léger, et au numéro 2 de son
administration, Robert Cassius de Linval. «
plutôt ou très insatisfaits » de
l’administration au lieu de 58 %. Les répondants
« très ou plutôt satisfaits »
sont passés de 37% à 31%.
L es « très satisfa its » de l’ad
ministration T remblay ne représentent que 2 %
des sondés. Une chute vertigineuse qua nd on
compa re été mal informé des
lacunes relevées par le vérificateur
général : 51 % des personnes
interrogées ont répondu non à la
question « le croyez-vous qua nd il a ffirme qu’il
ne savait pas ce qui se passait ? » Seulement 28 %
des sondés croient le maire et 21 % sont
indécis.
Peu crédible
Par ailleurs, la moitié de la population (48 %)
ne croit pas que le maire soit capable d’instaurer une
saine gestion dans la façon d’attribuer des
contrats aux fou.rnisseurs de la Ville ni de L
rétablir la transparence dans l’administration
municipale. Seulement 20 % des sondés l’en
croient capable au lieu de 22 % pour Richard Bergeron et
35 % pour Louise Harel.
L’ex-ministre péquiste est d’ailleurs
perçue comme la plus capable de combattre la
corruption au sein de l’adm i n ist ration mu n ic ipa
le. Elle obtient 30 % d’appuis à ce titre au lieu
de 19 % pour Gérald Tremblay et 13 % pour Richard
Bergeron.
Qui est responsable des problèmes que la V i l le
a connus dans le dossier des compteurs d’eau ? Les
sondés
sont
partagés : 33 % disent que c’est le maire
Tremblay et ses conseillers alors que 30 % pensent que
c’est Frank Zampino, l’ex-président du
comité exécutif qui a quitté la
Ville en 2008 avant d’être embauché par
Dessau, membre du consortium GÉNIeau. Seulement 8
% pensent que l’ex-directeur général
Claude Léger est responsable des problèmes
et 3 % pensent que ce sont les firmes
d’ingénieurs impliquées.
La question du sondage sur le degré de confiance
des citoyens envers le maire est d’autant plus
intéressante que 58 % des personnes
interrogées disent avoir voté pour
Gérald Tremblay en 2005. Quand on leur demande de
quelle manière a évolué leur
degré de confiance vis-à-vis du maire
depuis les trois derniers mois, une majorité
d’entre eux (52 %) répond que ce degré de
confiance a « modérément ou beaucoup
diminué ». Il n’y a que 2 % des
sondés qui répondent que leur degré
confiance a « beaucoup augmenté », 6
% qui disent qu’il a « modérément
augmenté » et 37 % qui disent qu’il est
resté le même.
Des aînés mécontents
C ’e s t c h e z les personnes âgées que le
degré de confiance envers le maire a le plus
baissé : les plus de 55 ans répondent
à 59 % que leur degré de confiance a
« modérément ou beaucoup
diminué ». Les personnes
intéressées de « très
près » au dossier des compteurs d’eau
disent à 65 % que leur degré de confiance
a « modérément ou beaucoup
diminué ».
Le dommage créé par l’impact du dossier G
É N Ieau peut-il nuire durablement au maire
durant la campagne ? Parmi les électeurs qui ont
voté pour lui en 2005, 43 % disent que leur
confiance a diminué, dont 23 % disent q u ’el le
a d i m i nué b e au - coup. « Ce sont des
gens qui sont en train d’abandonner Gérald
Tremblay soit pour Mme Harel, soit pour Richard Bergeron
», explique Jaideep Mu ker ji , v ice
-président Affaires publiques d’Angus Reid
Strategies.
Harel stable, Bergeron en hausse
Compte tenu du pourcentage d’erreur de 3,4 points,
Louise Harel était à égalité
avec Gérald Tremblay lors du sondage mené
du 9 au 11 septembre. Elle était
créditée de 41% au lieu de 38% pour M.
Tremblay. Il y a maintenant une différence de 5 %
entre les deu x , soit 4 0 % –35 %. M. Bergeron obtient
20 % et Louise O’Sullivan, 3 %.
Mme Harel fait un score très faible chez les
anglophones : après répartition des
indécis, 6 % l’appuient au lieu de 30 % pour
Richard Bergeron et 55 % pour Gérald Tremblay.
Mais 44 % des anglophones interrogés sont encore
indécis, alors que l’indécision n’est que
de 27 % chez les francophones qui, eux, soutiennent
Louise Harel à 54 % contre 27 % pour
Gérald Tremblay et 15 % pour Richard Bergeron.
L e s ond a ge révèle u ne hausse de popu
la r ité de R ic ha rd B ergeron , g râce
à u n appu i plu s net des non-f ra ncophones .
Même s ’i l est moi n s con nu des
Montréalais, M . Bergeron voit ses appuis
augmenter d’environ 6 % dans toutes les
catégories d’âge. Chez les francophones,
son score passe de 13 à 15 % d’appuis et double,
de 15 à 30 %, chez les anglophones.
« C’est Richard Bergeron qui a tiré le plus
profit des développements récents, dit M.
Mukerji. Des anglophones qui normalement auraient
appuyé M. Tremblay ne peuvent plus voter pour lui
à cause des compteurs d’eau, mais ne peuvent pas
supporter de voter pour Louise Harel donc, en ce moment,
ils prennent refuge chez M. Bergeron. »

Le sondage indique que l’opinion des électeurs se
précise. Si lors du sondage du 9 au 11 septembre,
ils étaient 36 % à ne pas savoir pour qui
voter, ils ne sont plus que 32 % à être
indécis ; 61 % des personnes interrogées
suivent de très près ou d’assez
près la campagne électorale. Le scrutin
aura lieu le 1e novembre. Selon le sondage, 83 % des
personnes interrogées iront « certainement
ou probablement voter », soit 2 % de plus que pour
le sondage précédent.
Les compteurs d’eau et les élections municipales
ont la cote
Les
Montréalais suivent de près la controverse
reliée aux compteurs d’eau et les
élections municipales de Montréal. Ils s’y
intéressent davantage qu’à la guerre en
Afghanistan, et même qu’à la nouvelle
saison du Canadien ! Le sondage révèle en
effet que 61% des Montréalais suivent de
très près ou d’assez près les
élections municipales, tandis que 59% accordent
la même attention à la controverse des
compteurs d’eau. À l’opposé, 52 % des
répondants ont affirmé suivre de
près ou de très près la guerre en
Afghanistan. En queue de peloton, la nouvelle saison du
Canadien est suivie par 33% des Montréalais. Par
ailleurs, les 55 ans et plus suivent davantage les
élections municipales (79 %) que les 18 à
34 ans (47%). Même constat pour la controverse des
compteurs d’eau, qui attire l’attention de 73 % des
adultes de 55 ans et plus contre 44% des plus jeunes.
Le bilinguisme, un atout important pour le prochain
maire
Le
bilinguisme est un atout important pour le prochain
maire, selon les Montréalais. Près de la
moitié d’entre eux estiment qu’il est «
très important» que leur maire soit
bilingue, alors que 27% jugent que le bilinguisme est
« assez important ». Les anglophones sont
presque unanimes à ce sujet: 96% d’entre eux
estiment qu’il est important que le maire parle
l’anglais et le français, révèle le
sondage. Rappelons que la chef de Vision
Montréal, Louise Harel, a refusé de
participer au débat des chefs de la chaîne
CTV parce qu’elle ne maîtrise pas assez bien la
langue de Shakespeare. « La tenue d’un
débat exige, dans un contexte de confrontation et
de maîtrise pointue des dossiers, un très
haut niveau de bilinguisme qu’elle ne possède
pas», a écrit Vision Montréal dans
un communiqué. En conséquence, le
réseau anglophone a annoncé cette semaine
que la joute était annulée.
Le départ des deux cadres ne réglera pas tout
Le
départ de deux cadres de l a Ville de
Montréal réglera-t-il l es problèmes
actuels ? Les répondants du sondage sont peu
optimistes à l’égard de cette mesure
annoncée mardi par l e maire de Montréal :
44 % d’entre eux estiment que le départ des deux
hommes ne sera pas déterminant, et 28 % n’en sont
pas certains. Malgré tout, 28 % des
Montréalais estiment au contraire que ce changement
sera déterminant. Gérald Tremblay a
demandé au directeur général de la
Ville, Claude Léger, et au directeur principal du
Service des affaires corporatives, Robert Cassius de
Linval, de quitter leur poste. Le maire les tient
responsables de ne pas avoir informé les
élus des problèmes liés au contrat
des compteurs d’eau.
Compteurs d’eau : une couverture médiatique juste
« Acharnement médiatique »,
« campagne de démolition », «
déni de démocratie » : les élus
montréalais ont critiqué la couverture
médiatique entourant la controverse des compteurs
d’eau. Les médias sontils trop
sévères ? Non, estiment les
répondants du sondage. Un peu plus de la
moitié d’entre eux estiment que la couverture
médiatique entourant la controverse est juste. Le
quart des Montréalais croient même qu’elle
n’est pas assez sévère à
l’égard du maire et de son administration, tandis
que seulement 13 % d’entre eux la jugent trop
sévère. L’ancien président du
comité exécutif de la Ville de
Montréal, Frank Zampino, avait af firmé
être vic time d ’un « acharnement
médiatique » au printemps dernier lors de
l’éclosion de la controverse. Pour sa part, le
maire de Montréal, Gérald Tremblay, n’avait
pas digéré un éditorial de La Presse
qui lui demandait de quitter son poste en raison des
dossiers de la SHDM et des compteurs d’eau, affirmant que
le quotidien était « en croisade »
contre lui.
GÉNIeau veut réclamer 75
millions
L’annulation du contrat des compteu rs d’eau pou rrait
coûter à la Ville de Montréal beaucoup
plus cher qu’anticipé. Le consortium GÉNIeau
compte réclamer près de 75 millions, selon T
VA . Un document émanant du consortium évoque
des frais de 21 millions pour le système de
transmission du réseau, des fra is reliés au x
sous-tra itants déjà engagés de 10
millions et des pertes de profits appréhendés
pour ce contrat de 25 ans de 26,35 millions.
DÉPARTS COÛTEUX POUR LA VILLE
- Éric Clément
Le
contrat des compteurs d’eau continue de faire des
vagues. On a appris hier que les indemnités de
départ des deux plus importants fonctionnaires de
la Ville de Montréal, Claude Léger et
Robert Cassius de Linval, totalisent plus de 400 000 $.
Et ce n’est
Les deux cadres remerciés pa r la Ville de
Montréal dans la foulée du scandale des
compteurs d’eau, Claude Léger et Robert Cassius
de Linval, partiront tous les deux avec une
indemnité de départ qui représente
au total 426 564 $, une découverte qui a
choqué hier les deux partis de l’opposition.
PHOTO PATRICK
SANFAÇON, LA PRESSE
Le maire Tremblay avait dit aux médias mardi
qu’il s’était mis d’accord avec M. Léger,
directeur général de la Ville, et M.
Cassius de Linval, directeur principal du Service des a
ffaires corporatives, pour qu’ils quittent leurs
fonctions, puisque le rapport du vérificateur
général de Montréal, Jacques
Bergeron, avait décrit une « situation
indéfendable » en ce qui les concerne.
Durant toute la journée de mardi, le maire ayant
donné la priorité aux entrevues aux
médias électroniques, le service du
capital humain de la Ville de Montréal n’a jamais
été capable de savoir, de la part du
maire, quelles avaient été les conditions
de départ des deux cadres.
Hier matin, le directeur des relations professionnelles
du service du capital humain, Jean-Yves Hinse, a
finalement eu la réponse recherchée.
« Selon les contrats d’emploi qui étaient
en vigueur pour ces deux cadres, une disposition
prévoit que la Ville peut en tout temps
résilier le contrat, a-t-il dit à La
Presse. Il y a toujours trois cas : le
congédiement, la démission et la
résiliation sans cause. Le maire a choisi la
résiliation sans cause. On a donc
résilié les contrats de M. Léger et
de M. Cassius de Linval. »
Par conséquent, les dispositions contractuelles
prévoient que les deux cadres ont droit à
une indemnité de départ correspondant
à un an de salaire. Cette indemnité est
considérée comme étant une «
compensation forfaitaire ». P ou r M . L
éger, i l s ’a g i r a d’une somme de 244 494 $
et pour M. Cassius de Linval, de 182 070 $. La rupture
du contrat des deu x cadres à cause de l’affaire
GÉN Ieau coûte donc aux contribuables
montréalais un total de 426 564 $.
M.
Léger percevra des prestations de retraite de la
Ville lorsqu’il sera à la retraite, mais pas M.
Cassius de Linval, qui recevait une compensation
à titre de remplacement d’un régime de
retraite. « La Ville contribuait en lieu et place
avec un pourcentage de son salaire pour contribuer
à son régime de retraite d’une
façon différente, a dit M . H inse. Quant
à M. Léger, il peut laisser son actif dans
la caisse et retirer la valeur de cet actif plus tard ou
bien retirer le régime tout de suite. »
« Prime à l’incompétence »
Invitée à commenter, la chef de Vision
Montréal, Louise Harel, est cinglante : «
C’est payant, la négligence, dit-elle. Le maire
nous a habitués à s’indigner en public et
à s’accommoder en privé. Il nous a dit que
c’était totalement inacceptable et qu’il a
été tenu à l’écart. Donc,
c’est une faute lourde puisqu’il a demandé leur
démission. Il offre une prime à
l’incompétence et à ce qui était
inacceptable. Cette somme va s’ajouter à la
facture de l’annulation. »
Mme Harel dit que le maire « trompe la population
» en disant qu’il a annulé le contrat de
GÉNIeau. « Un maire ne peut pas annuler un
contrat, dit-elle. Le contrat n’est pas annulé
tant que le conseil de ville n’est pas convoqué
en séance pour en décréter
l’annulation. Alors, le maire fait semblant de se
scandaliser que c’est inacceptable et par ailleurs, il
absout cette faute grave en acceptant un départ
à l’amiable. »
Pou r le c hef de P rojet Montréal, Richard
Bergeron, le contrat de travail des deux cadres
prévoit une clause de congédiement pour
faute grave que le maire aurait dû utiliser.
« Si le maire Tremblay a choisi de les remercier
comme ça, c’est qu’il les a
congédiés pour faute grave, dit-il. Ils ne
devraient pas avoir droit à quelque chose.
Là, ce qui est en cause, c ’est que le
vérificateur général a remis des
informations à la police. Alors, si le maire les
congédie rapidement, c’est qu’il y a eu des
fautes graves. Donc, tu ne devrais avoir droit à
rien. »
Le porte-parole du maire, Martin Tremblay, a
répété hier soir que «d’un
commun accord, la décision du maire a
été de résilier le contrat et c’est
au capital humain de donner suite à la
décision qui a été prise».
Pour joindre notre journaliste :
« Si j’étais Tremblay, je sacrerais mon camp
»
Jean
Cournoyer a critiqué le maire hier, alors que
Gilbert Rozon lui a donné son appui
Fragilisé par les scandales, le maire G
érald T remblay a reçu l ’a p p u i , h i
e r , d e Gilbert Rozon. Le fondateur du Festival Juste
pour rire dit qu’il faut « épauler »
le maire pour qu’il poursuive sa tâche. Pa r
contre, l’exministre libéral du Travail Jean
Cournoyer estime qu’il aurait peut-être dû
quitter son poste.
Gilbert Rozon, qui avait
durement critiqué Gérald Tremblay il y a
deux ans, s’est adouci. Il estime aujourd’hui que le
maire a « intégré » les
critiques et va de l’avant. Sur notre photo, le maire
de Montréal lors de son point de presse, mardi.
Gilber t Rozon a c ritiqué le ma i re il y a deu
x ans. Durement. Mais aujourd’hui, il estime que
Gérald Tremblay a « intégré
» les critiques et va de l’avant. « L e ma i
re est loin d’être parfait mais, avec la place des
Festivals et le Quartier des spectacles, des choses
commencent à se concrétiser, dit-il. Si
Louise Harel ferait une bonne ministre des A ffaires
sociales, c ’est de développement écono -
m ique dont on a besoi n , d’exportation de brevets et
de déréglementer les frais de
scolarité. Je ne la vois pas dans ce
casting-là. Ce n’est pas de social dont a besoin
à Montréal. Le maire n’est pas un
visionnaire, mais c ’est u n bon gestion na i re. O n
est en train, à plusieurs, de lui donner une
vision avec laquelle il se sent à l’aise et de
faire des positionnements publics pour lui donner de la
force. »
Selon M. Rozon, le maire est « hon nête
». M a is il faud ra , à son avis, mener
une enquête publique sur la corruption , nota m
ment da ns le milieu mu nicipal au Québec.
«
Un vulgaire coupeur de rubans »
Jean Cournoyer a moins de compassion pour le maire.
« Sans vouloir insulter personne, il a l’air d’un
vrai fou là-dedans, dit-il. Il est coincé
comme s’il était un vulgaire coupeu r de r uba ns
. L ors d’événements où je l’ai vu,
je lui ai dit : "Pourquoi tu vas là, tu as
quelque chose à faire dans ton bureau, et tu dois
surveiller ton administration." Si j’étais
Tremblay, je sacrerais mon camp. Je n’attendrais pas que
plus de mal soit fait à ma carrière et
à ma réputation. C’est lui qui subit les
coups et il passe pour un imbécile. Moi, j’aurais
démissionné. »
Jean Cournoyer dit que la tâche du maire n’est pas
facile et qu’on ne se bouscule pas au portillon pour se
présenter à la ma i r ie. « J’ai
été maire et ministre, pensez-vous que
j’irais me mettre le nez là-dedans ? Il y a les
cols bleus qui mettent la pression, en plus des cols
blancs. »
P a r a i l leu r s , La Presse a joint des proches du
maire. L’u n d ’eu x ne comprend pas pourquoi le maire
veut représenter sa candidature : « On lu i
ava it d it : " F i n is donc en beauté, tu sais
que deu x bons ma ndats, c ’est suffisant." Le
problème, c’est qu’il ne pouva it pas pa rtir
sans passer à travers ça, sinon, il aurait
eu l’air d’un gars qui fuit et Gérald n’est pas
comme ça. »
Le vérificateur général n’a pas
fini son enquête - Sara
Champagne
En
raison des délais serrés imposés
par l’administration Tremblay, le vérificateur
général n’a pas eu le temps de terminer
avec satisfaction une portion particulièrement
obscure de son enquête sur l’attribution du
contrat des compteurs d’eau. D’ici quelques jours,
Jacques Bergeron entend donc remettre un document
complémentaire à son enquête dans
lequel il expliquera pourquoi l’ancien directeur interne
de la Ville, Denis Savard, n’a pas émis un avis
de conformité du processus d’appel de
qualification de juin 2006.
Le vérificateur
général de la Ville, Jacques Bergeron,
remettra un document complémentaire à
son enquête d’ici quelques jours.
À l’époque, M. Savard travaillait pour le
directeur général de la Ville, Claude
Léger, dont le contrat a abruptement
été résilié, avant-hier,
dans la foulée des multiples
irrégularités décelées par
le vérificateur général. M. Savard
a depuis quitté son poste de vérificateur
interne pour se joindre à la petite équipe
du vérificateur général, Jacques
Bergeron, avec pour responsabilités la gestion de
la vérification financière et informatique
de la Ville de Montréal. Il a été
remplacé à la vérification interne
par Marie Mongeau, qui relève depuis hier de la
directrice générale par intérim,
Rachel Laperrière.
Outre le fait qu’il n’y ait pas eu d’avis de
conformité, le vérificateur
général s’interroge aussi sur le contenu
suspect d’un sommaire décisionnel lu et
approuvé par les membres du conseil
exécutif du maire Gérald Tremblay en
novembre 2006. Dans ce sommaire, que La Presse a obtenu,
il est indiqué que le processus de qualification
s’est déroulé « sous la supervision
de la Direction de l’approvisionnement et d’un
observateur neutre, soit Denis Savard,
vérificateur interne ».
Selon l’information transmise aux élus et
corroborée par les deux directeurs alors
responsables du dossier, Louis P rovencher et Jea n-P
ierre Pilon, un comité de sélection de
cinq personnes, accompagné par des
représentants de la direction de
l’approvisionnement, devait « évaluer
» les candidatures des entreprises privées.
Mais est-ce que Denis Savard a réellement
supervisé le processus ? Et surtout, a-t-il pu
accomplir sa tâche, sous les ordres de Claude
Léger, en toute « neutralité »
?
Les
réponses incombent à Jacques Bergeron, le
vérificateur général, qui n’a pas
voulu en dévoiler davantage, mardi, afin de ne
pas nuire à son enquête. Deux firmes
externes ont aussi agi à titre «
d’experts-conseils » dans le processus de
qualification, en partenariat avec la Ville : BPR (volet
technique) et Raymond Chabot Grant Thornton (volet
financier).
L’appel de qua lification a été
lancé avant l’appel de propositions, au courant
de l’été 2006. Essentiellement, il visait
à sélectionner des entreprises en fonction
d’une série de critères, dont l’un
exigeait une « connaissance du milieu
montréalais et de la Ville de Montréal
».
Au tot a l , 31 f i r me s ont demandé le cahier
des charges. Mais à la fin, seulement quatre
consortiums, dont le géant européen
Veolia, avaient soumissionné. Dans son rapport
sur l’appel de qualification, Jacques Bergeron
émet deux constats. Selon lui, le fait de ne pas
avoir procédé à des appels
distincts pour chacun des deux volets du contrat a eu
pour effet de limiter le nombre d’offrants.
Deuxièmement, le critère «
montréalais », qui comptait pour 10 points
sur une note de passage de 80 %, a eu pour
conséquence de restreindre les règles du
libre marché.
Jacques Bergeron va même jusqu’à
écrire : « Il est possible qu’un tribunal
conclue à l’invalidité de ce
critère, soit parce qu’il est formulé pour
contourner la loi ou soit qu’il va à l’encontre
du principe d’une saine concurrence et de
l’intérêt de la collectivité.
» Pour joindre notre journaliste :
Les compteurs d’eau ne coûteront rien à
Québec - André Noël
La
Vieille Capitale fera payer les frais d’installation
et de gestion aux propriétaires
Pendant que la Vi l le de Montréal se fend en
quatre pour savoir comment se dépêtrer
d’un coûteux contrat pour des compteurs d’eau,
la Ville de Québec vient de procéder en
toute simplicité à l’ouverture de
soumissions pour des compteurs identiques… qui ne lui
coûteront pas un sou.
Vendred i , l a Vi l le de Québec a
supervisé l’ouverture publique des soumissions
pour l’achat de 4400 compteurs qui doivent être
installés dans autant d’immeubles industriels,
commerciaux et institutionnels ( ICI). Le prix moyen
demandé par les fournisseurs est beaucoup plus
bas que ce que Montréal s’apprêtait
à payer.
Mais surtout, la Ville de Québec procède
autrement : elle revendra ces compteurs aux
propriétaires d’immeubles en leur faisant payer
des frais de gestion couvrant le salaire des
employés municipaux qui survei l leront
l’installation des compteurs. Autre différence
: les propriétaires devront eux-mêmes
payer les frais d’installation des compteurs. Puis ils
paieront la facture de l’eau, selon leur consommation.
Combien tout cela coûterat-il à la Ville
de Québec? « Ça va coûter
très peu… en fait, rien du tout, a
répondu Marcel Roy, directeur du service des
travaux publics. On facture tout aux
propriétaires. On achète les compteurs,
mais on les revend. La Ville a six employés,
soit trois cols bleus, un employé de bureau, un
technicien et un cadre, qui travaillent à ce
nouveau contrat . Les frais de ces employés
vont être facturés aux
propriétaires, tout comme les frais
administratifs. »
La Ville de Montréal, elle, a d’abord
demandé à la firme d’ingénieurs
BPR de gérer son programme. Puis elle a
accordé le contrat des compteurs d’eau et
d’optimisation du réseau au consor t ium
GÉNIeau. Le premier volet du contrat, pour
l’installation de 30 500 compteurs dans les ICI, lui
coûtait 106 millions (sans les taxes). De
surcroît, la Ville subventionnait les
propriétaires d’ICI pour préparer la
plomberie, jusqu’à hauteur de 100 millions de
dollars.
L’installation des compteurs aurait donc
coûté environ 200 millions de dollars
à l’ensemble des contribuables
montréalais. Le contrat a été
annulé après la publication d’un rapport
dévastateur du vérificateur
général.
À
Québec,
les propriétaires devront payer l’eau selon la
consommation dès que les compteurs seront
installés, ce qui se fera par étapes au
cours d’une période de trois ans. À
Montréal, il n’était pas prévu
que les propriétaires soient tout de suite
facturés. Les compteurs auraient servi
seulement à mesurer la consommation, non
à la faire payer. La tarification aurait
été imposée plus tard,
éventuellement.
La Ville de Québec a divisé son appel
d’offres en cinq portions. « On ne voulait pas
avoir un monopole, a expliqué Marcel Roy. Notre
idée, c’est d’avoir plus d’un fournisseur et de
répartir le travail dans le temps. »
L’appel d’offres de Québec exige la signature
d’une clause anticollusion : « Le truquage des
soumissions constitue une infraction criminelle en
vertu de la Loi sur la concurrence du Canada »,
prévient le document. Cet appel d’offres a
été rédigé en
français. Cela semble aller de soi: pourtant,
GÉNIeau a lancé ses appels d’offres
privés en anglais pour acheter des compteurs,
ce qui a choqué au moins un fournisseur.
Marcel Roy estime que les propriétaires
d’immeubles ICI de Québec devront payer en
moyenne environ 1500$ pour la préparation de la
tuyauterie, l’achat et l’installation de dispositifs
antirefoulement, l’achat et l’installation de
compteurs d’eau munis de systèmes permettant la
lecture à distance et les frais de gestion.
À Montréal, les coûts se seraient
élevés en moyenne à 6500 $ (200
millions pour 3 0 5 0 0 comp t eu r s) pa r immeuble.
Cela incluait toutefois les coûts de lecture
à distance. Mais ce travail ne coûte pas
bien cher, souligne M. Roy : il s’agit essentiellement
du salaire des quelques employés de la Ville
qui liront les compteurs. Ces frais seront couverts
par les revenus apportés par la tarification de
l’eau.
Pourquoi la Ville de Québec
procède-t-elle si différemment de
Montréal ? « Quand on était dans
le processus de choisir ce qu’on ferait avec les
compteurs, il y avait déjà des articles
dans les journaux qui disaient que Montréal
avait un processus en cours et que ça pourrait
coûter plus de 200 millions, a répondu M.
Roy. J’ai demandé à une de mes
techniciennes d’en discuter avec des gens de
Montréal et des firmes d’ingénieurs.
Quand j’ai vu l’envergure et la complexité du
processus à Montréal, j’ai dit qu’il
fallait trouver quelque chose de plus simple. »
Montréal affaibli - ALAIN DUBUC
Les
conclusions de l’enquête du vérificateur
général sur le contrat des compteurs d’eau
portent un coup très dur à
l’administration du maire Gérald Tremblay,
à la veille du déclenchement des
élections municipales.
Mais il ne faut pas seulement regarder ce
véritable scandale à travers ses
dimensions politiques et électorales. Les
conséquences de ce fiasco sont énormes
pour la métropole. Ce n’est pas que le maire qui
sort affaibli de cette scandaleuse histoire, c’est la
ville de Montréal, pour des années, peu
importe qui la dirigera.
Dieu merci, les conséquences de la perte de
contrôle sur le projet des compteurs d’eau ne
seront pas trop marquées pour les contribuables.
On a évité le pire, grâce aux
révélations de La Presse, grâce
à l’enquête du vérificateur que le
maire Tremblay a dû déclencher, et
grâce à sa décision d’annuler le
contrat.
Mais Montréal sera marqué. Depuis des
années, les politiciens de la métropole,
les leaders montréalais plaident pour une plus
grande autonomie, réclament plus de pouvoirs pour
la ville, souhaitent s’affranchir de la tutelle
provinciale. L’adversaire du maire, Louise Harel, promet
quant à elle de nouvelles règles de
gouvernance, avec moins de pouvoirs aux arrondissements,
plus de poids pour l’administration centrale. Ce grand
dérapage vient faire la démonstration que
Montréal n’a pas les capacités d’assumer
cette autonomie, ni politique, ni administrative.
Et c’est
une faillite à tous les niveaux. En
commençant par en haut, par le maire qui, depuis
le début, plaide l’ignorance. Il n’était
pas informé des faits troublants
révélés par le vérificateur,
notamment les avertissements sur les failles dans le
processus d’adjudication du contrat des compteurs d’eau.
On peut croire à son innocence, dans les deux
sens du terme.
Mais cette ignorance est une forme
d’incompétence. C’est le devoir d’un maire de
contrôler sa ville, de savoir ce qui s’y passe.
Quand on se lance dans une aventure colossale comme
celle du grand chantier de l’eau, le plus important de
l’histoire de la ville, le maire, responsable ultime,
doit contrôler le processus, s’assurer que les
mécanismes d’encadrement et de reddition de
comptes sont en place, prendre les moyens pour
être informé. C’est une exigence politique,
mais aussi l’a b c de la gestion.
Ensuite, c’est la faillite du système politique :
un comité exécutif trop faible, et
l’absence de ce qui fait la force et l’efficacité
d’une administration municipale, un président du
comité exécutif assez solide pour
épauler son maire. Frank Zampino, au contraire, a
incarné la proximité incestueuse entre la
ville et les firmes qui voulaient décrocher le
contrat de gestion de l’eau. Cela reflète
peut-être un effet pervers des fusions
municipales, qui ont amené à l’hôtel
de ville des politiciens des villes de banlieue, avec
leur culture du béton et de l’asphalte.
Et en dessous, une machine administrative. Avec ses
silences, le rapport du vérificateur nous propose
deux scénarios, celui de l’incompétence,
ou celui de la collusion, pas plus rassurants l’un que
l’autre. Un projet qui se gonfle, dans ce réflexe
typique des administrations publiques, sans être
soutenu par les analyses nécessaires. Des clauses
du contrat qui changent et qui pervertissent le
processus d’appel d’offres. Une proximité
gênante avec les entreprises privées.
L’absence de mécanismes d’encadrement du
processus. Une opacité troublante. Et assez de
doutes pour que le vérificateur transmette des
informations à la Sûreté du
Québec.
Montréal n’a manifestement pas une administration
à la hauteur de ses besoins et de ses ambitions.
On pourra bien remettre l’éthique à
l’honneur. Mais le premier défi de celui ou celle
qui remportera les élections sera colossal, et
c’est de nettoyer l’administration municipale, et de
reconstruire une fonction publique honnête et
compétente.
Assumer ses
responsabilités - NATHALIE COLLARD
Le
maire de Montréal , Gérald Tremblay, a
pris une excellente décision en montrant la
porte au directeur général de la
Ville, Claude Léger, ainsi qu’au directeur
principal des affaires corporatives, Robert Cassius
de Linval. Ces deux hommes, impliqués dans le
contrat des compteurs d’eau ainsi que dans la
privatisation avortée de la SHDM, devaient
partir.
Lemaire a également annulé le contrat
des compteurs d’eau même si cette
décision ne sera peut-être pas la
meilleure d’un point de vue financier. Pour
l’instant, M. Tremblay est incapable de nous dire
combien cette décision coûtera aux
contribuables montréalais.
Le maire a donc agi, comme il aime bien nous le
répéter. Sauf que ses actions sont
insuffisantes.
Celui qui dirige les destinées de la Ville
depuis huit ans doit reconnaître publiquement
sa responsabilité dans l’attribution du
contrat des compteurs d’eau. On ne peut pas
être maire et ne pas être imputable des
décisions des élus et des
fonctionnaires que l’on dirige.
Au
printemps dernier, Gérald Tremblay, cramoisi
d’indignation, défendait ce contrat en
affirmant qu’il avait été
accordé selon les règles de l’art.
Depuis des mois, il laisse entendre que les
médias s’acharnent sur son administration.
Aujourd’hui, il ne peut faire autrement que
d’accepter les conclusions du vérificateur
général, dont il ne peut absolument
pas remettre en question l’objectivité. Or
que nous dit Jacques Bergeron? Que l’attribution de
ce contrat comporte plusieurs accrocs aux
règles en vigueur. Que certaines
décisions frisaient
l’illégalité. Et que des faits
étaient à ce point troublants qu’il
les a transmis à la Sûreté du
Québec.
Face à des constats aussi graves, le premier
dirigeant de la Ville n’a pas le choix. Il doit
admettre qu’il a failli à la tâche.
Le maire Tremblay n’a pas été
suffisamment vigilant. Lundi, il a
déclaré à Radio-Canada que des
rumeurs de corruption dans le milieu de la
construction circulent depuis plusieurs
années. Dans ce cas, comment se fait-il qu’il
n’ait pas été ultra-prudent en ce qui
concerne le contrat le plus important de l’histoire
de la métropole? On ne parle pas d’un banal
contrat mais bien d’un énorme contrat
dépassant les 600 millions de dollars. Le
maire aurait dû être sur ses gardes,
poser plus de questions qu’à l’habitude,
demander des comptes sur une base
régulière. Il a fait preuve de
négligence en accordant une confiance aveugle
à son entourage. Et que dire de l’attitude
des membres du comité exécutif de la
Ville, l’équivalent d’un conseil
d‘administration? Dans le secteur privé, face
à des faits aussi accablants, les
actionnaires les vireraient sur-le-champ.
Chaque fois qu’un scandale éclate sur la
place publique, le maire répète la
même chose: je n’étais pas au courant,
j’ai agi lorsque j’ai eu les informations en main.
Cette défense ne tient plus la route depuis
longtemps. Lorsqu’on est élu, lorsqu’on
dirige les destinées d’une ville, il faut
reconnaître sa responsabilité,
même quand tout dérape. Surtout quand
tout dérape.
M.
Tremblay doit démissionner - Rémi
Bourget
Il semble évident qu’un système de
copinage et de patronage s’est ancré
profondément dans les moeurs des gestionnaires de la
Ville de Montréal. Soit le maire Tremblay est au
courant de ces pratiques et, le cas échéant,
il devrait démissionner. Soit il n’est au courant de
rien, ce qui implique qu’il n’a aucun contrôle sur sa
ville et qu’il devrait… démissionner. La grande
majorité des problèmes qui affligent notre
métropole se résume en un seul : la
gouvernance. D’une part, l’équipe du maire actuel,
usée par le pouvoir, ne semble pas disposer de
l’intégrité ou de la volonté
nécessaire pour mettre fin au patronage
érigé en système. La «
structurite » aiguë qui afflige la ville,
héritée de la ridicule initiative des «
défusions » municipales, paralyse la prise de
décision dans la métropole.
Les oreilles bouchées - Jacques
Léger
Gérard Tremblay vole au-dessus d’un nid de
petits magouilleurs et profiteurs. Oreilles bouchées,
yeux levés au ciel, il ne voit rien venir dans son
repaire surprotégé. Le ridicule ne tue pas
mais prépare des lendemains inconfortables. Le maire
de Montréal, qui était un « bon »
maire, apprendra-t-il un jour à mieux vérifier
et contrôler les entrées et venues des
petits-gros profiteurs de son invraisemblable innocence? Si
la cause est perdue et classée, il faudra se
résigner à choisir un autre dirigeant pour une
ville de cette importance.
Mal informé
M.
Tremblay doit avoir le courage de démissionner.
Il a lamentablement failli à sa tâche en ne
prenant pas les dispositions pour être
convenablement informé de l’évolution du
dossier, le plus
Commission d’enquête - Réal
Lavoie
Le maire de Montréal semble bien surpris du
constat du vérificateur général. Il
est démuni devant l’ampleur du système et
des méthodes que l’administration municipale a
développées au fil des ans afin de
dépenser les taxes des contribuables.
Assurément, il n’est pas et n’a pas
été en contrôle, mais son successeur
ne pourra faire mieux. Les enquêtes à la
pièce de la SQ ne régleront rien, encore
moins la ligne confidentielle favorisant la
délation, ou encore pire, les discussions oiseuses
de nos élus sur l’éthique et la gouvernance.
Seule une commission d’enquête publique pourra faire
la lumière sur les comportements déviants de
nos administrations municipales (si ça se passe
ainsi à Montréal, ça existe aussi
dans d’autres municipalités).
Un fiasco qui pourrait coûter très
cher - Éric Clément
L’annulation du contrat de 356 millions confié en
novembre 2007 au consortium GÉNIeau,
annoncée hier par le maire Gérald
Tremblay, aura des conséquences
financières. Certaines sont prévues dans
des clauses du contrat. D’autres dépendent de
négociations que devra mener la prochaine
administration municipale, après le scrutin du
1er novembre, mais aussi de poursuites qui pourraient
être coûteuses.
Hier, le chef de l’opposition officielle, Benoit
Labonté, est revenu sur la
nécessité de réunir d’urgence les
élus en conseil extraordinaire sur ce dossier.
« À partir du moment où la
décision d’annuler le contrat est prise par le
conseil municipal, il y a trois mois de
pénalité, a dit M. Labonté en
conférence de presse. Donc, ça devient
effectif trois mois plus tard. Il n’y a aucune raison
d’attendre trois mois avant de faire entériner la
décision. Si on ne veut pas que ça
coûte encore plus cher aux Montréalais, il
faudrait que la décision se prenne avant le 30
septembre, date limite pour tenir une séance en
raison des élections municipales. »
De son côté, en matinée, le maire
Tremblay s’est opposé à une telle
réunion. Le contrat ne sera donc
réellement annulé qu’après le 1er
novembre. Selon nos sources, le maire veut « bien
faire les choses » et préfère que le
contentieux de la Ville se penche calmement sur la
procédure d’annulation du contrat.
Quoi qu’il en soit, l’annulation du contrat était
envisagée dans l’entente signée entre la
Ville et GÉNIeau. « En cas de
résiliation unilatérale
discrétionnaire par la Ville (…) elle paie
à l’entrepreneur (…) un montant équivalent
à un pourcentage de la valeur du solde de la
partie du contrat ainsi résiliée non
encore exécutée », lit-on dans
l’annexe C du contrat. Ainsi, comme le contrat de 25 ans
est annulé entre 2008 et 2012, 1% de la valeur du
contrat non encore exécutée
équivaut à au moins 3,6 millions. À
quoi il faudra ajouter bien des sommes, pour un total
impossible à estimer exactement.
«
Il y a des coûts d’honoraires
déboursés, dit Caroline Martel,
porte-parole de Benoit Labonté. Ça
dépend du nombre de compteurs déjà
installés. Le contrat est suspendu, mais
GÉNIeau continue de facturer selon le contrat et
d’engager des frais. »
Si GÉNIeau a acquis une partie des
matériaux, la Ville devra procéder
à une vérification comptable et
administrative afin de s’assurer que les achats ont bel
et bien été faits avant que le contrat
soit suspendu, au printemps dernier.
Il y aura donc indéniablement des
négociations longues et difficiles entre la Ville
et le consortium. Le porte-parole de GÉNIeau,
Pierre-Yves Beauchemin, a fait savoir hier que «
les experts du consortium, appuyés par des
conseillers juridiques, évalueront les
conséquences financières qui
résulteront de la terminaison du contrat ».
GÉNIeau vendra chèrement sa peau pour se
faire rembourser ce qui est prévu au contrat.
Elle comptera pour cela sur l’aide du cabinet d’avocats
Heenan Blaikie.
« Le consortium a répondu de bonne foi
à l’appel de propositions et a mobilisé
d’importantes ressources humaines, technologiques et
financières pour formuler et donner suite
à une proposition qui répondait
adéquatement aux spécifications et aux
termes de l’appel de propositions, tels que
décidés par la Ville de Montréal,
écrit M. Beauchemin dans son communiqué.
GÉNIeau avait déployé toutes les
ressources nécessaires à la
réalisation de ce contrat depuis sa signature, et
ce, jusqu’à sa suspension. »
Gérald Tremblay décapite son
administration - Éric Clément
Pour
la troisième fois depuis son arrivée
à la mairie, en 2001, Gérald Tremblay se
sépare de son directeur général.
Jugeant qu’il a été mal informé
du dossier du contrat des compteurs d’eau, le maire de
Montréal a demandé à Claude
Léger de quitter son poste. Le directeur
principal du Service des affaires corporatives, Robert
Cassius de Linval, a dû faire de même.
PHOTO FRANÇOIS
ROY, ARCHIVES LA PRESSE
Robert Cassius de Linval,
directeur des affaires corporatives (à
gauche) et Charles Léger, directeur
général de la Ville de Montréal
(à droite).
À 40 j ours des élections municipales,
le maire Tremblay se sépare donc des deux
cadres les plus importants de la métropole.
Après le passage de Guy Coulombe à la
direction générale de la Ville
(2001-2003), M. Tremblay avait reçu la
démission de Robert Abdallah en mai 2006. Le
nom de M. Abdallah, DG au début du processus
d’attribution du contrat des compteurs d’eau, a
été évoqué dans le dossier
GÉNIeau. On a en effet appris en février
dernier que, depuis le mois de novembre 2008, il
dirige Gastier, filiale de Simard-Beaudry… qui fait
partie du consortium GÉNIeau.
Titulaire d’un baccalauréat en génie et
d’un autre en sciences juridiques, Claude Léger
a été embauché pour remplacer M.
Abdallah le 31 juillet 2006. Son contrat de cinq ans
prévoyait un salaire annuel de 235 000$.
Claude Léger aura vécu une
dernière année difficile avec le
scandale de la SHDM et du Faubourg Contrecoeur, les
enquêtes de la police et du vérificateur
général, les voyages de Frank Zampino
avec le fournisseur Tony Accurso, les voyages du
directeur de la Réalisation des travaux, Robert
Marcil, avec l’entrepreneur en construction Joe
Borsellino, la fraude de 10 millions à la
Division du service informatique, etc. Pourtant, il a
récemment dit, dans une entrevue
accordée à La Presse, faire tout son
possible pour instiller intégrité et
transparence dans les rouages de la Ville.
Le rapport du vérificateur
général fait état de
communications défectueuses entre l’appareil
administratif et les élus. Claude Léger
savait-il que PriceWaterHouse avait averti
l’administration municipale d’« anomalies
importantes » dans le processus d’attribution du
contrat à GÉNIeau? Invité
à s’expliquer, il n’a pas rappelé La
Presse.
Avant de venir à Montréal, Claude
Léger a été directeur
général de la Ville de
Montréal-Est de 1988 à 1998.
NomméDGde la Communauté urbaine de
Montréal en 1998, il est choisi DG de la Ville
de Longueuil en 2001 avant de devenir vice-recteur
à l’administration et aux finances de
l’Université de Montréal en 2005.
De
son côté, Robert Cassius de Linval ,
âgé de 42 ans, quitte une administration
avec laquelle il est associé de près
depuis l’arrivée de Gérald Tremblay
à la mairie. Diplômé de l’UdM et
titulaire de la bourse Rhodes en 1991, il a
été membre fondateur du mouvement
souverainiste Génération Québec
en 1995. En 1997, il fait du journalisme avec
CyberSciences. Devenu avocat spécialisé
dans les technologies de l’information, il a
été associé à la firme
Benyekhlef, Labrèche et Cassius de Linval. En
2000, il a été vice-président aux
affaires juridiques de la firme eResolution, qui a
disparu quatre ans plus tard. Il a aussi
travaillé au cabinet Fasken Martineau Walker.
Juste après l’élection de Gérald
Tremblay en 2001, i l est devenu consei l ler j
uridique du maire et du comité exécutif.
Avec l ’ a ide de Rober t AbdallahetdeFrankZampino, il
a obtenu en novembre 2003 une promotion importante :
directeur principal des affaires corporatives, un
poste bien mieux payé, qu’il occupait
jusqu’à hier. Il avait aussi la
responsabilité du contentieux de la Ville.
En 2005, il a été secrétaire du
conseil d’administration des XIes Championnats du
monde FINA.
En 2007, le comité exécutif le charge de
mandater son exfirme Fasken Martineau pour
enquêter à Outremont, un contrat de 50
000$. L’enquête administrative sur l’affaire
Harbour est circonscrite aux employés de
l’arrondissement, ce qui est alors critiqué,
car les enquêteurs n’ont pas rencontré
les élus locaux.
Au printemps dernier, le chef de l’opposition
officielle, Benoit Labonté, a demandé la
démission de Robert Cassius de Linval. Il
considérait que le scandale de la SHDM avait
débuté quand l’administration
Tremblay-Zampino avait retenu, en 2006, un avis
juridique de Me Jean Hétu, sur le conseil de M.
Cassius de Linval. Plutôt que d’en
référer à Québec, la Ville
avait alors procédé à une
privatisation partielle de la SHDM en faisant
confiance à la voie suggérée par
Me Cassius de Linval.
Finalement, la Ville a réintégré
la SHDM dans son giron. M. Cassius de Linval est
toutefois demeuré membre du conseil
d’administration de la SHDM. Joint à son
domicile hier, il n’a pas souhaité faire de
commentaires sur son départ.
M. Léger et M. Cassius de Linval sont-ils
congédiés ? Le maire a-t-il
réclamé leur démission? Est-ce un
départ d’un commun accord ? Le Service du
capital humain n’était pas capable de le dire,
hier soir. S’il s’agit d’un congédiement ou
d’une démission, les deux cadres n’auront droit
à aucune indemnité de départ,
mais ils pourront exercer des recours devant les
tribunaux. S’il s’agit d’un départ «
volontaire », ils auront droit à une
indemnité d’un an de salaire.
« LA SITUATION EST INDÉFENDABLE »
Le maire Tremblay annonce son intention d’annuler le contrat
de GÉNIeau
L’effet du rapport du vérificateur
général sur le contrat des compteurs d’eau s’est
fait pleinement sentir hier. La tourmente a emporté les
deux plus importants fonctionnaires de la Ville et le maire,
qui s’est fait durement prendre à partie par
l’opposition, a annoncé son intention d’annuler le
contrat. Malgré tout, les Montréalais
n’échapperont pas à une facture de plusieurs
millions
et le départ des deux plus importants
fonctionnaires de la Ville
PHOTOROBERTMAILLOUX, LA
PRESSE
Hier, pendant que le maire
Gérald Tremblay annonçait qu’il venait
de congédier son directeur
général, Claude Léger, et son
directeur des affaires corporatives, Robert Cassius
de Linval, des élus, membres de son parti,
regardaient la scène, agglutinés sur
le pas de la porte.
LaVille a omis l’expertise des cols bleus
- Sara Champagne
Dans son
rapport, le vérificateur ne manque pas de
semoncer la Ville de Montréal parce qu’elle n’a
pas négocié avec les cols bleus les
tâches reliées au devis de performance. En
clair, au lieu de faire appel à ses plombiers
pour préparer la plomberie nécessaire
à l’installation des compteurs d’eau dans les
bâtiments industriels, commerciaux et
institutionnels ( ICI), la Ville a choisi de confier la
tâche au secteur privé.
« En donnant l’entretien
à l’extérieur, pour une période
de 15 ans, la Ville de Montréal allait perdre
complètement son expertise et devenir à
la merci du secteur privé pour le futur
», estime le président des cols bleus,
Michel Parent.
Au total, une centaine de plombiers provenant
d’entreprises privées de Montréal, de
Laval, de Westmount et même de L’Épiphanie,
ont été accrédités aux frais
de l’administration municipale. Leur première
tâche consistait à visiter plus de 5000
entreprises de Montréal pour évaluer les
coûts des travaux nécessaires à la
venue des compteurs d’eau.
En janvier 2009, au cours d’un entretien avec La Presse,
Louis Provencher, chef du projet, avait expliqué
que la prochaine étape consistait à former
les cols bleus, « tranquillement ». Mais
selon le président du syndicat des cols bleus,
Michel Parent, qui qual i fie l’af faire des compteurs
d’eau « du plus grand scandale de toute l’histoire
de l’hôtel de ville » les cols bleus n’ont
jamais bénéficié de la formation
menant à l’accréditation pour effectuer
des travaux préparatoires, installer et
entretenir les compteurs d’eau.
« À l’époque, quand l’approche du
contrat des compteurs d’eau a été mise en
place, j ’ai rencontré l’ancien directeur
adjoint, Yves Provost, ainsi que le responsable de la
gestion de l’eau, Réjean Lévesque, pour
leur expliquer que nous étions capables de faire
le travail à l’interne. La réponse qu’on a
eue c’est non, point final. Ils ont dit strictement pour
question de garantie. »
M.
Parent ajoute que les cols bleus ont pourtant
l’expertise. « En donnant l’entretien à
l’extérieur, pour une période de 15 ans,
la Ville de Montréal allait perdre
complètement son expertise et devenir à la
merci du secteur privé pour le futur »,
estime le président des cols bleus. Diversion
Le président du très puissant syndicat des
cols bleus a par ailleurs joint sa voix à celle
de la présidente du syndicat des cols blancs,
Monique Côté, hier aprèsmidi, pour
commenter le rapport des compteurs d’eau et la
décision du maire d’annuler les contrats avec le
consortium GÉNIeau.
Les deux dirigeants s’entendent pour dire que si la
Ville de Montréal ne veut pas créer de
« favoritisme », elle a intérêt
à conserver son expertise. Et que
l’administration municipale devrait commencer par
regarder « à l’intérieur afin
d’évaluer combien ça coûte avant de
recourir aux entreprises privées ».
« Encore une fois, déplore Monique
Côté qui représente 10 000
fonctionnaires, on ne parle pas des élus ou du
secteur privé. Ce sont les fonctionnaires publics
qui sont éclaboussés par les compteurs
d’eau, même s’ils ne sont pas à l’origine
des irrégularités. »
Le scandale des compteurs d’eau -
MICHÈLE OUIMET
Le
maire de Montréal, Gérald Tremblay, a pris
connaissance d’un rapport pour le moins
dévastateur, hier soir.
Un rapport de 170 pages bien
tassé qui est arrivé comme une bombe
à 21 h 30 hier soir. Beaucoup de termes techniques.
Pas le genre lecture de chevet. N’empêche, le
message du véri ficateu r généra l de
la Ville, Jacques Bergeron, est sans équivoque : le
contrat des compteurs d’eau est un scandale, pas une lubie
des médias.
Nombreuses irrégularités, gestion
déficiente, élus tenus dans le brouillard,
coûts trop élevés. Page 17.
Devant ce constat, le vérificateur recommande
d’annuler le contrat. Il a aussi décidé de
remettre le dossier entre les mains de la
Sûreté du Québec.
Il propose également de créer un
comité de réflexion chargé de revoir
les mécanismes de contrôle. « L’absence
de vision commune sur les mécanismes de gouvernance
et de contrôle dans l’octroi et la gestion des
contrats constitue un problème majeur pour la Ville
de Montréal. »
Problèmemajeur.Récurrent. Cette phrase jette
un doute sur les contrats attribués par la Ville,
pas seulement celui des compteurs d’eau. Devraiton passer
au peigne fin tous les contrats juteux que Montréal
a donnés au cours des dernières
années ?
La question mérite réflexion.
Mais
bon, pour l’instant, Gérald Tremblay en a plein
les bras avec les compteurs d’eau. Il n’aura pas le
choix, il devra annuler ce contrat. Ça risque de
coûter drôlement cher au x contribuables. I
l existe dans le contrat de 356 millions accordé
au consortium GÉNIeau une clause qui
précise que, en cas d’annulation, la Ville devra
verser une compensation de 1 %.
Et le prix politique ? Il risque d’être
élevé.
Lorsque le contrat a été attaqué
par les médias, le maire l’a défendu bec
et ongles. À l’entendre, c’était un
contrat béton, bouclé selon les
règles de l’art. Mais lorsque les
allégations d’irrégularités se sont
multipliées, le maire a reculé. C’est
là qu’il a décidé de le suspendre.
Recul stratégique.
Ensuite, il a parlé de l’annuler. Et hier soir,
au conseil municipal, il était prêt
à tout balancer. « S’il existe le moindre
doute sur la pertinence, la légitimité ou
le prix du contrat, je vais l’annuler. » Et des
doutes, il y en a. Tout plein.
H ier soir, l’opposition a parlé de lettres
envoyées par la firme Price Waterhouse. Deux
lettres, pour être précis,
expédiées en juin 2007 à des hauts
fonctionnaires de la Ville, six mois avant que le
contrat des compteurs d’eau soit attribué
à GÉNIeau.
L e contenu : u ne sévère mise en ga rde.
Attention, pré c isa ient les let t res , le
contrat avec GÉNIeau contient d’importantes
anomalies. Le maire était-il au courant ? Non,
a-t-il répondu. Renversant. Et le directeur
général de la Ville, Claude Léger,
étaitil au courant ? Après tout, ce sont
ses adjoints, Yves Provost et Réjean
Lévesque, qui ont reç u les let t re s . M
. L éger aurait été tenu dans
l’ignorance ? Difficile à avaler. Si c’est le
cas, il ne contrôle pas sa machine administrative,
et pour un directeur général, ça
frise l’incompétence. Et s’il le savait, il n’en
aurait pas sou ff lé mot à G éra ld
T r e m bl ay, s o n p a t r o n ? Claude L éger
au ra it dû cou ri r da ns le bu reau du maire en
brandissant les lettres compromettantes.
Je
pense que le maire ne sera pas le seul à devoir
répondre à des questions embarrassantes.
Pour joindre notre chroniqueuse :
Police ! Police ! - YVES BOISVERT
Ce
petit rapport de 170 pages est un acte d’accusation
impitoyable. C’est plus que le contrat de gestion de
l’eau qui vient d’être mis en pièces.
C’est tout le système des contrats publics
à la Ville de Montréal qui sent la
pourriture.
Le jeu est un peu compliqué dans ses
détails, mais au fond c’est le même vieux
jeu : limiter la concurrence le plus possible pour que
les contrats de la Ville tombent entre les bonnes
mains.
Ce rapport nous donne au fond une illustration de ce
que cet entrepreneur anonyme a dénoncé
à Radio-Canada, cette semaine, au sujet du
petit club d’une demi-douzaine de gros entrepreneurs
qui obtiennent tous les contrats de la Ville. Ou de ce
qu’a dit Jacques Duchesneau dans La Presse, le
printemps dernier : il n’y a pas de vraie concurrence.
Et devinez qui paye pour ça ?
Au départ, la Ville annonce un grand chantier
de l’eau. Elle lance un appel de qual i f ic ation . L
es ex igences f i na nc ières et tec h n iques
sont colossales. Si bien que seu lement trois groupes
se qualifient, même si des dizaines
d’entreprises étaient
intéressées.
P uis, u ne fois ces fi rmes choisies… les
règles changent.
E
xemple : d a n s l ’a p p e l de qualification
initial, le financement du projet devait être
assumé par la firme qui réaliserait les
travaux. Cela a évidemment exclu la
quasitotalité des entrepreneurs. Mais soudain,
une fois les trois groupes qualifiés, on change
cette règle : le financement sera la
responsabilité de la Ville ! « La
question du financement a restreint
considérablement le marché de la
concurrence au stade de la qualification »,
écrit le vérificateur. Tellement qu’il
aurait fallu tout recommencer. Mais on s’en est bien
gardé.
De partout, à la Ville, des fonctionnaires
voyaient ce qui n’allait pas et lançaient des
cris d’alarme. Ils n’ont pas été
écoutés. Pourquoi ? Le
vérificateur s’inquiète de ce que les
avo c ats du contentieux de la Ville relèvent
maintenant des « affaires corporatives ».
Q ue reste - t-i l de leu r indépendance ?
Peuvent-ils encore émettre des opinions qui
vont à l’encont re des visées de
l’administration ? Et seront-ils écoutés
?
En fait, ce rapport ne permet pas d’autre conclusion
logique : il y a à la Ville de Montréal
un système de collusion bien huilé pour
l’obtention des contrats.
Et comme l’écrit le vérificateur,
« la Ville ne possède plus l’expertise ou
n’a plus les moyens de faire contrepoids à
l’entreprise privée ».
Cette fonction publique neutralisée, affaiblie,
laisse donc le champ libre à toutes les
magouilles. Faut-il ajouter que les élus ont
été systématiquement mal
informés?
L e m a i r e n ’a p a s u n e seconde à perd
re, i l doit a n nu ler ce cont rat , pu is ouvrir la
fenêtre très grand e t c r ier (enc ore)
: P ol ic e ! Police ! Pour joindre notre chroniqueur
:
UN RAPPORT DÉVASTATEUR -
André Noël
Le
rapport du vérificateur général sur
l’attribution du contrat des compteurs d’eau à la
firme GÉNIeau par la Ville de Montréal est
dévastateur. Les règles qui auraient pu
favoriser une saine concurrence ont toutes
été bafouées et les
Montréalais n’en ont pas pour leur argent. Les
conclusions sont si dures que le vérificateur
évoque l’annulation pure et simple du contrat.
Le vérificateur général de la Ville
de Montréal, Jacques Bergeron, a découvert
des données si troublantes dans l’attribution du
contrat des compteurs d’eau qu’il les a transmises
à la Sûreté du Québec. En
avril, son prédécesseur, Michel Doyon,
avait fait la même chose dans son enquête
sur la Société d’habitation et de
développement de Montréal.
PHOTO DAVID BOILY, LA
PRESSE
« Notre travail a mis en lumière bon nombre
d’irrégularités administratives, une
gestion déficiente et plusieurs om ission s d ’i
n for mations pertinentes aux élus, écrit
M. Bergeron dans son rapport de 170 pages, remis
à 21 h 30 hier soir au conseil municipal. De
plus, et pour les raisons expliquées dans le
rapport, le prix du contrat ICI (le contrat des
compteurs d’eau dans les immeubles industriels,
commerciaux et institutionnels) nous apparaît trop
élevé. »
M. Bergeron recommande à la Ville «
d’examiner toutes les possibilités relativement
à la poursuite du projet dans sa forme actuelle,
incluant l’annulation du contrat octroyé à
GÉN Ieau ». GÉN Ieau est le
consortium qui a raflé le contrat de 356 millions
: il est formé de la firme SimardBeaudry,
dirigée par l’homme d’affaires Tony Accurso, et
la firme d’ingénieurs Dessau.
Les clauses du contrat ont été cha
ngées en cou rs de route, dénonce le
vérificateur. Au bout de 15 ans, la Ville va
hériter de compteurs d’eau qu’il faudra commencer
à remplacer ; or, la garantie sera échue.
Au total, le projet de compteurs d’eau et d’optimisation
du réseau va coûter plus de 600 millions de
dollars, dit-il. Cela revient cher pour réaliser
des économies de 20 millions chaque année
grâce à une détection des fuites
plus efficace, commente M. Bergeron.
Rencontres suspectes
Mais ce qui l’inquiète le plus, c’est d’avoir
été informé de rencontres
très suspectes entre des représentants de
la Ville de Montréal et des compagnies
privées, et cela pendant le processus
d’attribution du contrat. Cela soulève de graves
problèmes d’éthique, sinon la
possibilité d’in fractions au Code criminel.
« Nous ne pouvons confirmer si ces rencontres ont
eu lieu et le sujet de ces rencontres, écrit M.
Bergeron. Cependant, en apparence, ces informations
amènent un doute sur les liens de
promiscuité entre ces personnes et sur
l’influence que ces rencontres auraient pu avoir sur le
déroulement du projet.
« Les pouvoirs d’enquête limités du
vérificateur général ne nous
permettent pas de tirer des conclusions sur ces
événements : nous avons donc remis ces
informations à la Sûreté du
Québec. Toutefois, ces situations aux yeux de
plusieurs, pourraient entacher la réputation de
la Ville si elles s’avéraient fondées.
Nous ne pouvons qu’encourager la Ville et ses dirigeants
à demeurer prudents pour ainsi éviter les
situations de conflits ou d’apparences de conflits
d’intérêt. »
Une
clause interdisait déjà les communications
entre les soumissionnaires, d’une part, et les
élus, les employés de la Ville et leurs
mandataires, d’autre part, mais pour u ne période
très l i m itée. M. Bergeron estime que la
période devrait s’échelonner du
début de l’appel de qualification jusqu’à
l’attribution du contrat. Il s’agit là d’une
critique à mots couverts de l’ancien
président du comité exécutif de la
Ville, Frank Zampino, qui a voyagé à bord
du yacht de Tony Accurso en janvier 2007, en plein
pendant la période d’attribution du contrat.
M. Bergeron recommande d’ailleurs à la Ville
« d’organiser une formation en éthique pour
les élus, la direction, les gestionnaires et le
personnel concerné pa r le processus
d’approvisionnement, d’acquisition et de
réalisation des contrats. » Le
vérificateur n’est pas sûr qu’il n’y a pas
eu collusion entre les soumissionnaires ; en tout cas,
il recommande que la Ville « exige, de
façon standard, que
chacun des soumissionnaires signe un formulaire
attestant l’absence de collusion dans
l’établissement de leur soumission ».
Coût déraisonnable
Quant au contrat comme tel, M. Bergeron croit que le
prix d’achat et d’installation des compteurs dans les
immeubles industriels, commerciaux et institutionnels
(ICI) est raisonnable. Mais ce coût est devenu
déraisonnable avec les nombreuses majorations de
prix pour les frais de gestion et les marges de profit.
Le prix d’un compteur de diamètre moyen (de 25
mm) a ainsi doublé, passant de 871 $ à
1469 $.
Le contrat accordé à GÉNIeau
comporte deux volets. Le premier, pour les compteurs
d’eau dans les ICI, correspond environ au tiers du prix
de 356 millions. Le deuxième, pour «
l’optimisation du réseau », avec
réparation et ajout de chambres de vannes, est
beaucoup plus important et compte pour plus de 200
millions. M. Bergeron estime que sa justification n’a
pas été prouvée. Il recommande
carrément qu’il soit reporté.
« Les analyses coûts-bénéfices
faites à ce jour ne permettent pas de justifier,
de façon conclua nte, les investissements
à faire relativement au volet optimisation du
réseau », écrit-il. Selon lui, les
deux volets – compteurs et optimisation du réseau
– auraient dû faire l’objet d’appels d’offres
séparés.
« Nous nous questionnons sur le fait que le
processus (d’attribution du contrat) ait
continué, compte tenu des mises en garde
répétées de plusieurs intervenants
directs au dossier (…) Nous ne pouvons que constater que
le contrat octroyé à GÉNIeau l’a
été dans un contexte qui ne favorisait pas
l’obtention du meilleur prix. »
La Ville doit se repositionner
- Sara Champagne
Le
vérificateur général prône
un changement de philosophie dans l’attribution des
contrats
Le vérificateur général Jacques
Bergeron veut que la Ville de Montréal change
de philosoph ie en matière d ’att r ibution de
cont rats et recommence à favoriser une pleine
concurrence.
Non seulement il recommande à la Ville de
s’ouvrir sur le monde en lançant des appels
d’offre dans tout le Québec ou même
à l’extérieur du pays, mais il souhaite
aussi que les employés de la Ville puissent
désormais soumissionner les grands projets :
« Nous recommandons pour les projets d’une
importance significative, d’établir un
scénario de réalisation à
l’interne, par les employés de la Ville, qui
serait appelé à être
comparé aux (autres) soumissions reçues
», propose M. Bergeron dans son rapport.
L e vér i f ic a teu r dé plore que, au
fil du temps, la Ville ait perdu son expertise ou
« n’a plus les moyens de faire contrepoids
à l’entreprise privée ». Selon
lui, elle doit donc regagner cette expertise.
Pa r
ailleu rs, il ne comprend pas pourquoi, alors qu’une
trentaine de firmes ont demandé les documents
d’appel de qualification, seulement quatre consortiums
ont finalement soumissionné.
Le vérificateur constate que plusieurs volets
du contrat ou règles édictées par
la Ville ont probablement eu pour effet
d’éliminer la concurrence : « Nous
constatons que l’inclusion des volets compteurs d’eau
et optimisation du réseau dans un même
appel de qualification, couplé avec des
exigences de financement et de performance
sévères, a eu pour résultat de
réduire considérablement la concurrence
», explique-t-il.
Rappelons que la V i l le de Montréal avait
écarté du contrat la
société Veolia, un géant
européen dont le chiffre d’a ffaires atteignait
32 milliards d’euros en 20 08 et qu i embauche plus de
30 0 0 0 0 employés dans le monde. La raison
invoquée à l’époque par la
direction de Montréal : la
société n’avait pa s démont
ré sa sol id ité financière
auprès de la Ville.
M. Bergeron estime que la Ville ne devrait plus
pénaliser les entreprises qui n’ont pas fait
affaire avec elle dans le passé.
Le maire a perdu le contrôle, estime l’opposition
L es pa
rtis de l’opposition officielle, Vision Montréal
et Projet Montréal, estiment que le rapport du
vérificateur général de
Montréal, Jacques Bergeron, sur l’attribution du
contrat des compteurs d’eau au consortium GÉNIeau
révèle que l’administration du maire
Gérald Tremblay a perdu les rênes de la
métropole.
Ni Benoit Labonté ni
Louise Harel n’ont demandé de démissions
à la suite du fiasco du contrat des compteurs
d’eau. Ils réclament toutefois une
séance plénière du conseil
municipal afin de pouvoir questionner les acteurs de
ce dossier.
L e chef de l ’opposit ion officielle, Benoit
Labonté, a déclaré après la
présentation du rapport Bergeron que le maire
« a perdu le contrôle politique et ad m i n
istrati f de sa ville ». Il ne comprend pas
comment le maire « peut prétendre qu’il
n’était pas informé de la situation
».
« Les principaux services de la Ville ont
été complètement exclus du plus
important contrat accordé dans l’histoire de la
Ville, a dit M. Labonté. La main gauche ne savait
pas ce que faisait la main droite. Le maire avait
donné les clés de la gestion de l’eau au
secteur privé. »
« Tout ça démontre les lacunes des
services centraux, a dit Louise Harel, candidate de
Vision Montréal à la mairie de
Montréal. Le vérificateur
général parle de problèmes de
gouvernance. »
Ni Benoit Labonté ni Louise H a rel n ’ont dem a
ndé de démissions à la suite du
rapport de Jacques Bergeron. Ils réclament
toutefois une séance plénière du
conseil municipal afin de pouvoir questionner les
acteurs de ce dossier. Ils disaient, hier soir, vouloir
un peu plus de temps pour lire le rapport du
vérificateur plus attentivement. Mais ils
estiment que le maire n’a pas fait son travail. «
Il ne faut pas prendre les Montréalais pou r de s
va l ise s », a d it M. Labonté.
«
Ce sera aux Montréalais de décider, le 1er
novembre prochain, du sort de cette administration
», a dit Mme Harel.
De son côté, le chef de Projet
Montréal, Richard Bergeron, a dit que le
processus d’attribution du contrat a été
«approximatif, presque sur mesure pour certains,
sans aucun contrôle des coûts». Il a
ajouté qu’il disait depuis des années
à l’administration Tremblay qu’elle errait en
confiant au privé des travaux et des contrats que
les services publics pouvaient réaliser.
« L’administration Tremblay a mis en place des
conditions pour n’avoir aucun contrôle, a dit M.
Bergeron à La Presse. Cette administration vient
de gouverner pendant huit ans et d’avoir ce rapport
comme bilan, c’est un désaveu cinglant du mode de
gouvernance de Gérald Tremblay. »
De son côté, le maire Tremblay n’a voulu
faire aucun commentaire hier soir. Son attaché de
presse, Martin Tremblay, a dit à La Presse que le
maire prendrait connaissance du rapport et
réagirait aujourd’hui. «L’option d’annuler
le contrat des compteurs d’eau, comme le recommande le
vérificateur général, est
étudiée sérieusement », a dit
Martin Tremblay, qui a ajouté, plus tard en
soirée, que le rapport, selon lui, n’est pas une
critique de l’administration Tremblay mais «de
l’administration publique».
« Au plan politique, je suis responsable et je
demeurerai toujours responsable du projet des compteurs
d’eau », avait dit le maire au conseil municipal
du 21 avril dernier. Pour joindre notre journaliste :
Le vérificateur général rend son
rapport ce soir - André Noël
Contrat
des compteurs d’eau de la Ville de Montréal
Le rapport du vérificateur de Montréal sur
le contrat des compteurs d’eau, qui sera
présenté à l’hôtel de ville
ce soir, dira si le maire Gérald Tremblay a eu
raison de faire l’apologie de ce contrat, il y a cinq
mois jour pour jour.
Le rapport du
vérificateur général indiquera si
le contrat des compteurs d’eau de 360 millions
accordé à GÉNIeau a
été attribué dans les normes.
Le 21 avril, le maire avait organisé une
séance extraordinaire du conseil municipal pour
prouver que le contrat de 360 millions, accordé
au consortium GÉNIeau, avait été
accordé dans les normes, à un coût
normal.
« Aujourd’hui, on a eu l’occasion de
démontrer hors de tout doute que c’est un bon
projet pour Montréal, que c’est un coût qui
est très compétitif à comparer avec
Toronto et Ottawa, et finalement, que c’est un processus
transparent, qui respecte les règles de l’art
», avait déclaré le maire à
l’issue de la rencontre.
La pilule sera dure à avaler si le
vérificateur Jacques Bergeron montre au contraire
que le coût est trop élevé et que le
contrat n’a pas été attribué dans
les règles. La Sûreté du
Québec mène sa propre enquête. La
Presse a appris que des membres de la division des
crimes économiques ont rencontré des
témoins importants cet été.
Le contrat comporte deux volets. Le premier, pour
l’installation de 23 000 compteurs et le remplacement de
11 000 autres dans les industries, les commerces et les
institutions (ICI), doit coûter 106 millions de
dollars. Le deuxième volet, pour la pose de 600
chambres de vannes, doit se faire à un prix de
206 millions. Le total s’élève donc
à 312 millions ou à 360 millions avec les
taxes.
Cela comprend les frais d’exploitation pendant 15 ans
(pour les compteurs) et 25 ans (pour les chambres de
vannes). Mais cela exclut les 105 millions de dollars
payés par la Ville pour la préparation de
la plomberie dans les ICI, ainsi que les frais de
gestion par la Ville et les coûts de l’inflation.
La somme totale pourrait donc atteindre 600 millions,
avait reconnu le maire le 21 avril.
Le contrat a été accordé en
décembre 2007 au consortium GÉNIeau,
formé par la compagnie Simard-Beaudry, l’homme
d’affaires Tony Accurso et la firme d’ingénieurs
Dessau. Il est géré par une autre firme
d’ingénieurs, BPR.
L’attribution du contrat soulève bien des
questions depuis déjà un certain temps.
Après son attribution, Yves Provost, le directeur
général adjoint de la Ville, a
été embauché par la firme BPR.
Robert Abdallah, le directeur général de
la Ville, a été embauché par
Gastier, une entreprise appartenant à Tony
Accurso et qui participe à la préparation
de la plomberie dans les ICI devant recevoir des
compteurs.
Frank Zampino, le président du comité
exécutif, a été embauché par
Dessau. Il a dû démissionner quand La
Presse a révélé qu’il avait fait
une croisière sur le bateau de Tony Accurso,
alors qu’il était encore président du
comité exécutif et que la Ville
était en train de négocier l’attribution
du contrat.
Le 21 avril, le maire a dit qu’à sa connaissance,
aucun autre fonctionnaire, conseiller ou membre de sa
formation politique n’avait été sur le
bateau de M. Accurso. Mais La Presse a appris qu’un
important membre de son parti, Union Montréal,
très actif dans le financement du parti, est bien
allé sur ce bateau, dans les Antilles, à
peu près à la même pér iode
que M . Z a mpi no (mais pas en même temps que
lui), en décembre 2006 ou en janvier 2007.
M. Tremblay a demandé une enquête au
vérificateur le 8 avril dernier, après que
La Presse eut envoyé une série de
questions écrites sur les coûts du contrat
à un responsable des communications de
l’hôtel de ville. Le coût d’installation des
compteurs d’eau apparaît en effet beaucoup plus
élevé à Montréal qu’à
Toronto ou dans plusieurs villes du Québec. Le
coût d’installation des chambres de vannes semble
lui aussi plus élevé que dans d’autres
villes, comme Ottawa.
Enincluantlasubventionpour la préparation de la
plomberie, l’installation des compteurs d’eau a un
coût global d’environ 210 millions de dollars. En
2007, le vérificateur a écrit dans son
rapport annuel que la Ville de Montréal
prévoyait alors que les coûts devaient
être de 60 millions pour ce volet, soit trois fois
moins.
« La Ville prévoit consacrer environ 60
millions de dollars et installer plus de 23 000 nouveaux
compteurs d’eau sur le territoire de la Ville de
Montréal et des villes reconstituées, qui
s’ajouteront aux 11 000 actuellement en place, indiquait
le vérificateur. La réalisation du projet
ICI (compteurs d’eau dans les industries, les commerces
et les institutions) contribuera à la
localisation des fuites dans le réseau et
à établir un plan de la consommation d’eau
potable ainsi qu’une tarification suffisante et
équitable.»
En 2006, la firme MasterMeter a offert de
réaliser ce contrat pour 31 millions de dollars.
Le rapport du vérificateur devrait normalement
expliquer pourquoi les coûts ont explosé
depuis l’attribution du contrat au consortium GÉN
Ieau. Les Montréalais seront
intéressés de savoir s’ils payent trop
cher et si tout s’est fait dans les normes, comme le
soutenait le maire en avril dernier.
Tremblay veut d’abord voir le rapport du
vérificateur - Ariane Lacoursière
Le maire
de Montréal, Gérald Tremblay, assure qu’il
n’annulera pas le contrat des compteurs d’eau avant
d’avoir vu le rapport du vérificateur
général, attendu le 21 septembre.
« Si, après avoir vu le rapport, il reste
un doute sur l’opportunité des compteurs, je
prendrai une décision en conséquence
», a dit M. Tremblay hier.
Le maire reconnaît que « peut-être
certaines personnes » dans son entourage «
souhaitent voir le contrat annulé ». Mais
il assure que sa décision n’est pas encore prise.
Hier, La Presse a écrit que l’administration
Tremblay envisageait demettre fin aucontroversé
contrat d’une valeur de 356 millions, qui a
été confié au consortium
GÉNIeau, groupe formé par Simard-Beaudry
et Dessau. Au cours des derniers mois, des
allégations de conflit d’intérêts
ont durement entaché le contrat. Les liens
amicaux entre l’ancien président du comité
exécutif, Frank Zampino, et le codirigeant du
consortium GÉNIeau, Tony Accurso, ont aussi
soulevé des questions.
En
juin, le vérificateur général,
Jacques Bergeron, a été mandaté
pour enquêter sur les circonstances de
l’attribution du contrat. Son rapport sera
présenté à la prochaine
réunion du conseil municipal, le 21 septembre.
La chef du parti Vision Montréal, Louise Harel,
accuse le maire Tremblay de craindre les conclusions du
rapport du vérificateur général.
« De quoi a peur le maire Tremblay? A-t-il les
informations que ce rapport sera tellement accablant
qu’il a choisi comme Ponce Pilate de s’en laver les
mains avant? » a demandé Mme Harel.
Vision Montréal craint aussi que
l’annulationducontrat n’engendre des coûts
faramineux. « Il y a des coûts à
l’annulation de ce contrat. Et des poursuites suivront
», prévoit le chef de l’opposition
officielle, Benoit Labonté. En annulant le
contrat, le maire refile aux Montréalais la
facture de la réussite de son parti aux
élections. »
Hier, le maire a refusé de dire quel serait le
coût de l’annulation. « Cela dépendra
des raisons », s’est-il contenté de dire.
Des pourparlers entre la Ville et GÉNIeau
pourraient modifier la valeur de la compensation. Pour
l’instant, GÉNIeau ne veut pas s’avancer sur les
sommes en jeu. « Nous ne souhaitons pas commenter
tant que le rapport du vérificateur du ne sera
pas déposé », a dit le porte-parole
de GÉNIeau, Robert Lupien.
TREMBLAY METTRA FIN AU CONTRAT - Denis
Lessard
Alors
qu’elle s’apprête à mettre un terme au
coûteux contrat des compteurs d’eau – sur lequel
enquête toujours le vérificateur
général – l’administration Tremblay va
bientôt demander à Québec la
création d’une nouvelle escouade. Sa cible: les
criminels à
QUÉBEC — Le controversé contrat des
compteurs d’eau de la Ville de Montréal va
être annulé. Le maire Gérald
Tremblay jettera par-dessus bord cet engagement de 356
millions dès qu’il recevra le rapport du
vérificateur général de
Montréal, le 21 septembre.
PHOTO FRANÇOIS
ROY, ARCHIVES LA PRESSE
Le contrat entre Montréal
et GÉNIeau prévoit l’installation de 32
000 compteurs d’eau dans les immeubles industriels et
commerciaux.
De plusieurs sources dans l’administration
montréalaise, La Presse a appris que le sort du
contrat conclu avec GÉNIeau est
réglé. La très nette
majorité des candidats derrière
Gérald Tremblay lui ont demandé que cet
engagement qui a fait les manchettes soit sorti du
paysage politique à la première occasion,
et le maire « est rendu là ».
« Personne ne veut traîner ce boulet en
campagne électorale », résume-t-on.
Chez les stratèges du parti, on a vite
tranché : la perception, répandue, d’un
manque d’intégrité de son administration
est même plus préoccupante pour
Gérald Tremblay que la popularité de son
adversaire, Louise Harel.
« C’est un dossier contaminé… quelle que
soit la conclusion du vérificateur, cela ne
pourra pas être nettoyé dans l’opinion
publique et le maire brûle d’impatience de tirer
un trait définitif là-dessus », a
confié à La Presse un candidat en vue
d’Union Montréal. En août, le maire
Tremblay avait déjà mis la table
d’ailleurs, prévenant publiquement qu’il
n’hésiterait pas à annuler l’engagement si
le vérificateur découvrait des
irrégularités. Ce qu’il n’a pas dit, c’est
qu’il était déjà d’avis que la
moindre vétille serait suffisante pour faire une
croix sur ce projet.
Le nouveau vérificateur de la Ville, Jacques
Bergeron, dispose de 825 000$ pour scruter la
transaction suspendue pour l’instant par
l’administration Tremblay. « Quand on paie des
juricomptables 500 $ ou 600 $ l’heure, vous pouvez
être assuré qu’ils vont trouver quelque
chose » , a-t-on conf ié au sein du
comité exécuti f de Montréal . Le
vérificateur veut garder une parfaite
étanchéité pour son enquête –
à la différence de la vérification
sur la Société d’habitation et de
développement de Montréal (SHDM) dont les
textes étaient parvenus à l’avance au
cabinet du maire.
Toutefois,
a-t-on confié, on connaît
déjà les préoccupations des
enquêteurs – Sammy Forcillo, membre de
l’équipe Tremblay et responsable de ce dossier
notamment a été rencontré par les
émissaires du vérificateur.
Le cont rat signé avec GÉNIeau, un groupe
formé par Simard-Beaudry et Dessau, fait les
manchettes depuis des mois. Des compétiteurs ont
établi que le prix payé par
Montréal pour ces compteurs était le
triple de la somme prévisible.
Le contrat sur une période de 20 ans est aussi
beaucoup plus coûteux qu’un engagement similaire
pris par la Ville de Toronto.
Le vérificateur de la Ville a donné le
mandat à des avocats de passer au peigne fin les
détails du libellé de l’appel d’offres.
D’autres juristes se penchent sur les allégations
de conflit d’intérêts susceptibles d’avoir
entaché le processus d’attribution; l’ancien
président du comité exécutif de la
Ville, Frank Zampino, est une bonne connaissance de Tony
Accurso, l’un des actionnaires principaux de
GÉNIeau. M. Zampino s’était
retrouvé parmi les dirigeants de Dessau
après son départ de la Ville.
Dans le cercle rapproché de l’organisation
Tremblay, on a même réfléchi sur les
risques de poursuite de la part de GÉNIeau, en
cas de bris de contrat. Plusieurs sont d’avis que les
firmes d’ingénieurs n’oseront pas être trop
agressives à l’endroit de la Ville, dans l’espoir
de préserver des ponts pour l’avenir. D’autres
pensent que des poursuites sont possibles, mais «
entre perdre les élections sur
l’intégrité et une poursuite qui se
réglera à l’amiable dans cinq ans, le
choix est facile à faire ».
QUELQUES CHIFFRES
Selon le contrat conclu avec GÉNIeau, la
Ville de Montréal devrait dépenser 107
millions de dollars pour l’installation de 32 000
compteurs d’eau dans les immeubles industriels et
commerciaux, soit 3344$ par compteur. La Ville de
Toronto va quant à elle installer et remplacer
465 000 compteurs pour un prix maximum de 219 millions,
soit 471$ par compteur. Le contrat de GÉNIeau
s’élève à 355 millions si on inclut
les frais de gestion. –
Tremblay prêt à annuler le
contrat des compteurs d’eau - Bruno Bisson
Le maire
de Montréal est prêt à annuler le
plus gros contrat de l’histoire de la métropole
s’il le faut. Pour la première fois depuis que le
contrat des compteurs d’eau est sous la loupe du
vérificateur général de la Ville,
le maire Gérald Tremblay a accepté de
briser le silence, hier, en point de presse. Et s’est
abstenu de défendre bec et ongles la transparence
de l’attribution du contrat, comme il l’a fait au
printemps, quand l’affaire a éclaté au
grand jour.
Un article paru hier dans le quotid ien The Gaze t t e ,
dans lequel les termes du contrat sont
épluchés dans le détai l ,
révèle que des négociations pour
calculer les risques financiers ont eu lieu jusque dans
les dernières heures qui ont
précédé la signature du contrat
avec GÉNIeau, consortium formé par
Simard-Beaudry et Dessau, dont l’un des dirigeants est
Tony Accurso. Celui-là même qui a accueilli
Frank Zampino, ancien président du comité
exécuti f de la Ville, sur son yacht de luxe.
Gérald Tremblay a d’abord rappelé que
c’est lui qui a demandé une enquête
auprès du vérificateur
général, et que c’est lui qui « a
suspendu le contrat ».
«
Nous sommes déjà au courant des
informations parues dans les journaux. Il n’y a rien de
nouveau. Cependant, si, après enquête, le
vérificateur général de
Montréal démontre qu’il y a des doutes
quant à la pertinence du contrat, le processus,
ou encore quant à sa légalité, j
’ai l’intention d’entamer les démarches
nécessaires pour voir à l’annulation du
contrat », a affirmé Gérald
Tremblay.
Quant à l’enquête en tant que telle, M.
Tremblay a soutenu que tout ce qu’il sait, c’est que les
personnes concernées par ce contrat ont
donné de l’information pertinente. Et que
d’autres personnes seront questionnées par le
vérificateur, qui s’est engagé à
déposer son rapport le 21 septembre prochain.
« Tout ce que je dis, je le pense depuis le
début », a-t-il enfin
rétorqué à un journaliste qui avait
demandé s’il détenait des informations
privilégiées sur les résultats de
l’enquête.
En juin dernier, l’administration a dégagé
825 000$ pour permettre au vérificateur
général de faire la lumière sur le
contrat des compteurs d’eau. Étant donné
les délais serrés, Jacques Bergeron,
nouveau vérificateur, s’est entouré d’une
équipe d’experts, dont des comptables et des
ingénieurs en plomberie, sans passer par des
appels d’offres.
Le contrat des compteurs d’eau sous la
loupe - Éric Clément
VILLE DE
MONTRÉAL
EXCLUSIF
Mécontenteden’avoirpuparticiper à l’appel
d’offres des compteurs d’eau, lafirmeMasterMeterCanada
estime que la Ville de Montréal a
dénaturé le processus normal d’attribution
des contrats. Elle s’appuie sur un avis juridique qui
soutient que la Ville, par ailleurs, n’a pas agi pour
obtenir le meilleur prix.
PHOTO FRANÇOIS
ROY, ARCHIVES LA PRESSE
Master MeterCanada a
demandé au cabinet d’avocats Bélanger
Sauvé de vérifier la
légalité du processus menant à
l’attribution du contrat sur l’implantation de
compteurs d’eau dans les industries, les commerces et
les institutions de la métropole.
Master Meter Canada a demandé au cabinet
d’avocats Bélanger Sauvé de
vérifier la légalité du processus
menant à l’attribution ducontrat sur
l’implantation de compteurs d’eau dans les industries,
les commerces et les institutions de la
métropole. Dans son avis juridique, qui sera
remis au vérificateur général de la
Ville qui enquête sur l’attribution de ce contrat,
Me Marc Laperrière dit que la décision
d’implanter des compteurs d’eau a été
prise après qu’une étude intitulée
« Parc de compteurs d’eau et coût
d’investissement pour l’utilisation de compteurs d’eau
à la Ville de Montréal » eut
été publiée en 2003 par la firme
PricewaterhouseCoopers. Master Meter Canada était
coauteur de cette étude.
En 2004, la Ville a lancé un appel d’offres pour
l’exécution de services professionnels pour la
mesure de la consommation d’eau dans les entreprises et
les institutions. Puis, elle a lancé un appel de
qualification pour retenir parmi les candidats ceux qui
avaient démontré une expertise dans le
domaine de la consommation d’eau. Finalement, elle a
lancé un appel de propositions auprès des
candidats préqualifiés, leur demandant de
proposer un scénario sur la mesure de la
consommation d’eau et... l’optimisation de la
distribution d’eau.
C’est ce volet optimisation qui pose problème,
selon le cabinet d’avocats. Dans le document d’octobre
2004 intitulé « Appel d’offres sur
invitation », nulle part ne figure le terme
« optimisation ». « La Ville a
accepté la proposition de BPR sans retourner en
appel d’offres pour ce volet, lit-on dans l’avis
juridique de Bélanger Sauvé. Ceci est,
selon nous, de nature à entacher la
légalité du contrat octroyé
à BPRs’il s’avère que cet ajout au contrat
est important. Plus cet ajout est important, plus la
Ville pourra être taxée d’avoir rompu la
règle de l’égalité entre les
soumissionnaires qui veut que tous soient soumis aux
mêmes exigences.»
Un avis important
Or, l’avis juridique indique que le volet optimisation
du réseau représente 250 millions de
dollars sur les 350 millions du contrat attribué
à GéniEau: « Il est donc plus que
probable que l’ajout de ce volet au contrat de BPR est
important, y liton. Si tel est le cas, la Ville devait,
selon nous, retourner en soumissions publiques sur ce
point. »
«
Est-ce que la Ville s’est assurée d’avoir le
meilleur prix? demande Me Laperrière. Je crois
qu’elle n’a pas respecté l’objectif des
soumissions publiques. Quelle
témérité de permettre à BPR
d’ajouter cela à son contrat alors qu’il y a
peutêtre d’autres soumissionnaires qui auraient
dit: "Si j’avais su qu’on pouvait soumissionner sur
l’optimisation du réseau, je l’aurais fait, alors
vous n’avez pas été juste à mon
égard’." Ça, c’est plus inquiétant
en ce qui a trait à la légalité.
»
Par l’intermédiaire de son porteparole Philippe
Sabourin, la Ville estime que le document « Appel
d’offres sur invitation » contient un passage
à la section 1.3 qui revient à
évoquer le volet optimisation: «
Également, la firme pourra être
appelé (sic) à réaliser d’autres
travaux additionnels requis par la Ville et
reliés au bilan de consommation de l’eau, comme
la mise à niveau des compteurs existants, des
études de profils de consommation, le monitoring
de la distribution d’eau, les compteurs sur le
réseau d’aqueduc, la compilation de
données hydrauliques, l’élaboration d’une
politique de consommation d’eau, etc.»
Selon Me Laperrière, ce paragraphe ne permettait
pas à la Ville de confier l’optimisation du
réseau à BPR sans retourner en appel
d’offres.
« Il est difficile pour les soumissionnaires de
savoir quels seront les travaux à réaliser
s’ils ne sont pas encore déterminés,
écrit-il dans un courriel envoyé à
La Presse. De plus, cela laisse entendre que ces travaux
seront accessoires ou mineurs puisque la Ville se
réserve le droit de les confier sans recourir au
processus d’appel d’offres. Je ne crois pas que cette
clause puisse permettre à la Ville de dire que le
principe de l’égalité des soumissionnaires
a été respecté. La Ville s’est
simplement réservé un droit sans aucune
précision autre que celui de préciser la
nature des travaux qu’elle pourrait demander! Doit-on
conclure que la Ville fonctionne en PPP, la seule
façon de négocier directement avec une
entreprise... alors qu’elle n’a pas ce pouvoir? Selon
moi, la porte de la section 1.3 est petite alors que
celle ouverte par la Ville et BPR est
énorme!»
Me Laperrière pense que la Ville a erré si
elle a fonctionné en PPP. «Depuis le
début, tout le monde dit que la Ville doit
sûrement fonctionner en partenariat
public-privé, c’est donc pour ça qu’elle
se réserve le droit de négocier avec le
soumissionnaire choisi, mais la Ville n’a pas le pouvoir
d’utiliser le processus d’adjudication en PPP, dit-il.
Elle peut conclure des PPP mais pour le faire, elle doit
suivre les règles d’adjudication de la Loi sur
les cités et villes et doit choisir le plus bas
soumissionnaire. Négocier avec le soumissionnaire
choisi, encore là, c’est jouer avec le feu et
plus les modifications sont importantes, plus on se
rapproche de l’illégalité ou encore plus
on confirme l’illégalité. »
L’avisreprocheégalementàlaVille d’avoir
changé son fusil d’épaule en ce qui a
trait aux technologies qu’elle retiendrait. L’appel
d’offres de 2004 précisait que la Ville
désirait « les produits
génériques et commercialement disponibles
plutôt que des solutions sur mesure ». Mais
en 2007, l’appel de propositions énonce que la
Ville privilégie « l’expérimentation
de nouveaux concepts et matériaux et de nouvelles
techniques ».
« La Ville joue dangereusement avec le feu, dit Me
Laperrière. En allant vers
l’expérimentation, on se trouve à avoir
des soumissions totalement différentes les unes
des autres. S’assure-t-on du meilleur prix? Si
j’étais avocat et que j’avais à
rédiger l’appel de propositions et la soumission
pour les services professionnels, je serais un peu
nerveux. Je n’aurais pas suivi un tel processus. C’est
ouvrir toute grande la cour d’école et laisser
les enfants jouer dehors. »
LA VILLE PAYE-T-ELLE - André
Noël
La Ville
de Montréal a accordé un contrat de 356
millions au consortium GÉNIeau pour installer des
compteurs d’eau et optimiser le réseau de
distribution. Ce montant suscite une vive controverse.
La SQ enquête. Le vérificateur
général aussi : en attendant
À la demande de une firme
spécialisée dans l’installation de
compteurs d’eau a fait une soumission pour
préparer la tuyauterie et installer un
compteur dans un immeuble commercial de
Montréal, rue Beaubien. Cette firme indique
qu’elle peut fournir le matériel et faire le
travail pour 981$, alors que le prix que paiera la
Ville de Montréal sera de 3005$.
À la demande de La Presse, une firme
spécialisée dans l’installation de
compteurs d’eau a fait une soumission pour
préparer la tuyauterie et installer un compteur
dans un immeuble commercial de Montréal, rue
Beaubien.
Le président d’une
firme spécialisée en compteurs d’eau
a offert de modifier cette entrée d’eau
dans un immeuble commercial de la rue Beaubien, et
d’y installer un compteur, pour 981 $. À
moins d’un changement, la Ville de Montréal
paiera 3005$ pour la même chose.
Cette firme indique qu’elle peut fournir le
matériel et faire le travail pour 981$, alors que
le prix que paiera la Ville de Montréal sera de
3005$. Ces prix portent sur la préparation de la
tuyauterie, l’ajout d’un dispositif anti-refoulement et
l’installation d’un compteur d’eau Neptune T-10 d’un
pouce de diamètre.
Raymond Goulet, le propriétaire de cet immeuble,
a reçu la visite d’un employé du
consortium GÉNIeau, ce printemps, même si
le contrat est censé être suspendu depuis
le début d’avril, en attendant le rapport du
vérificateur général, qui
enquête sur le dossier. Cet employé a dit
à M. Goulet qu’il devait faire venir un plombier
accrédité auprès de la Ville pour
modifier son entrée d’eau, afin de pouvoir y
installer un compteur. La facture du plombier sera
payée par la Ville, en vertu d’un programme de
subvention de 100 millions de dollars, qui est en sus du
contrat accordé à GÉNIeau.
Quand la préparation de la tuyauterie sera faite,
GÉNIeau pourra installer le compteur dans
l’immeuble de M. Goulet. Cette dernière
tâche pourra être effectuée
rapidement: il suffira de fermer l’eau et de remplacer
un tuyau de plastique temporaire par le compteur.
M. Goulet a fait les démarches qu’on lui
demandait : il a requis des soumissions auprès
d’entreprises de plomberie mentionnées sur la
feuille que lui avait remise l’employé de
GÉNIeau. Étonné par les prix, il a
joint La Presse et nous a permis de demander une
soumission à une firme indépendante pour
un travail identique à être effectué
dans son immeuble. Le président de cette firme,
un plombier, a suivi le cours pour obtenir
l’accréditation par la Ville de Montréal,
mais ne l’a finalement pas réclamée,
estimant qu’il a assez de contrats ailleurs. Il nous a
demandé de taire son nom.
À notre demande, il s’est présenté
à l’immeuble de M. Goulet, qui comprend un salon
de coiffure et une épicerie fine au
rez-de-chaussée, ainsi que des logements aux
étages. Le bâtiment est
considéré par la Ville comme l’un des 33
700 immeubles industriels, commerciaux et
institutionnels (ICI) qui doivent être
dotés de compteurs d’eau.
Environ la moitié des ICI de Montréal ont
des entrées d’eau d’un pouce de diamètre
ou moins. L’entrée d’eau de l’immeuble de M.
Goulet est un simple tuyau vertical d’un pouce de
diamètre, muni d’une valve. Comme le compteur
sera installé à l’horizontale, un plombier
doit au préalable faire une dérivation.
La Ville
de Montréal a accrédité une
quarantaine d’entrepreneurs en plomberie pour faire ce
travail, et a établi une liste de prix
très détaillée. Les plombiers
accrédités s’appuient sur cette liste pour
faire leur soumission. Ils peuvent ajouter 20% au prix
final pour les frais d’administration et leurs profits.
Les propriétaires d’immeubles ICI doivent payer
les plombiers pour ce travail, puis se font ensuite
rembourser la facture par la Ville.
La première soumission obtenue par M. Goulet
s’élevait à 1497$; la deuxième
à 1355$. C’est cette dernière que la Ville
a acceptée. Dans un deuxième temps, la
firme GÉNIeau installera un compteur pour le prix
de 1650$, selon un document qui a été
présenté au conseil municipal
spécial du 22 avril dernier. Total du coût:
3005$ (soit 1355$ pour la préparation + 1650$
pour le compteur).
Le plombier appelé par La Presse a offert de
préparer la tuyauterie et d’installer un
dispositif antirefoulement, en suivant toutes les
exigences de la Ville, pour 686$. (Deux autres
entrepreneurs consultés par La Presse n’ayant pas
visité l’immeuble offraient de faire ce travail
pour des montants moindres.) Par ailleurs, notre
plombier affirme qu’il peut fournir un compteur d’eau
Neptune T-10, comme celui qu’installera GÉNIeau,
ainsi que le cadran ProRead m3, pour 295$. Total de sa
soumission: 981$ (soit 686$ + 295$).
Dans les deux cas (la soumission de GÉNIeau et
celle de La Presse), les coûts de mise en oeuvre
et de l’exploitation du système de lecture
à distance, ainsi que les coûts de
l’exploitation des compteurs pendant 15 ans, sont
exclus. Les compteurs sont garantis par les fabricants.
Le contrat de 356 millions accordé à
GÉNIeau est composé de deux volets : le
premier porte sur les compteurs d’eau et coûte 106
millions (sans les taxes) ; le deuxième volet
porte sur le réseau de distribution. À ce
montant s’ajoute la subvention de 100 millions
prévue par la Ville pour la préparation de
la tuyauterie, et qui est hors contrat. Le consortium
GÉNIeau est formé par la firme
d’ingénierie Dessau et la compagnie
Simard-Beaudry. Nous avons cherché à avoir
un commentaire d’un membre du consortium, mais sans
succès.
Jessie Kim Malo, porteparole de Dessau, a dit qu’elle ne
pouvait faire aucune déclaration à ce
sujet. « Étant donné la double
vérification en cours par le vérificateur
général de la Ville de Montréal et
la Sûreté du Québec, nous ne pouvons
faire de commentaire, a-t-elle dit. Nous allons les
laisser travailler et nous allons collaborer à
ces enquêtes si besoin est. »
De son côté, la Ville de Montréal
reste persuadée qu’elle paye un bon prix dans le
contrat accordé au consortium GÉNIeau, a
dit son porte-parole, Philippe Sabourin (voir article en
page suivante).
SIXIÈME ENQUÊTE DE LA SÛRETÉ
DU QUÉBEC Le contrat des compteurs d’eau sous
la loupe de la SQ - Sara Champagne
Une
sixième enquête reliée à
l’administration du maire Gérald Tremblay a
été ouverte par la Sûreté du
Québec. Depuis un mois, la section des crimes
économiques passe au peigne fin tous les
détails du contrat des compteurs d’eau pour
déterminer s’il y a eu « complot visant un
partage des contrats de la Ville de Montréal
».
Selon les informations recueillies par La Presse,
l’enquête a démarré le 2 mai dernier,
au lendemain d’une plainte de 16 pages
déposée par Richard Bergeron, chef de Projet
Montréal et élu dans le Plateau. À la
SQ, le sergent Richard Gagné a confirmé
qu’une enquête est en cours, hier, sans être
en mesure d’en dévoiler les détails pour ne
pas nuire au travail des policiers.
Joint en
après-midi, Richard Bergeron a expliqué
que deux agents de la division des crimes
économiques, dont un haut dirigeant, l’ont
interrogé durant deux heures. « Ils ont
pris ma plainte très au sérieux »,
a-t-il d’abord dit. « Ils m’ont ensuite
expliqué que ma plainte était recevable.
Mais de ne pas les rappeler pour en connaître les
développements. Que ça pourrait prendre
entre quatre mois et deux ans avant d’avoir des
nouvelles, probablement par le truchement des
médias. »
En mai dernier, une séance extraordinaire
convoquée par le maire de Montréal, au
sujet des compteurs d’eau, révélait qu’une
clause empêchait les soumissionnaires d’avoir
toute forme de conversation avec les élus durant
l’appel de propositions. Or, l’ancien président
du comité exécutif, Frank Zampino, a
séjourné deux fois sur le yacht de Tony
Accurso, codirigeant du consortium GENIeau, avant et
après le processus.
Au lendemain de la séance, le nouveau
vérificateur général de la Ville de
Montréal, Jacques Bergeron, était saisi du
dossier. Il doit déposer son rapport à
l’automne, avant les élections municipales du 1er
novembre. Le contrat des compteurs d’eau attribué
à la firme GENIeau, formée de Dessau et
SimardBeaudry, d’une valeur de 356 millions, est le plus
important de l’histoire de Montréal. Frank
Zampino a travaillé quelques semaines comme bras
droit du PDG de Dessau, avant de démissionner
dans la tourmente.
CINQ AUTRES CAS
Mai 2004
Le
groupe Catania est sur la sellette pour une histoire de
potsde-vin dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Un an
plus tard, le directeur général de
l’arrondissement, Robert Fortin, plaide lui aussi
coupable. Il s’est fait payer un voyage en Italie de
6600$ par Paolo Catania. Dans la foulée, en
septembre 2004, deux conseillers, Irving Grundman et
René Dussault, plaident coupable à des
accusations de corruption. Ils ont exigé une
somme substantielle pour faciliter un changement de
zonage afin d’ériger un complexe immobilier sur
le boulevard Henri-Bourassa.
Octobre 2007
La
Sûreté du Québec ouvre une
enquête sur l’administration de l’ex-maire,
Stéphane Harbour. Elle décide de se pencher
plus particulièrement sur l’attribution d’un
contrat à la firme Dessau pour un Centre
communautaire intergénérationnel. La
construction a coûté deux fois plus cher que
prévu. À la suite des
révélations publiées dans La Presse
sur l’administration générale d’Outremont,
et de factures extravagantes d’alcool, le maire Harbour
remet sa démission.
Septembre 2008
Une
enquête interne de quelques mois de l’administration
municipale met au jour une fraude de 8 millions à
la division des services informatiques (DSI) de la Ville
de Montréal. Des irrégularités
seraient en cause dans une douzaine de contrats avec 10
entreprises informatiques, petites et grandes. Le
directeur général du service, Gilles Parent,
est congédié. Quelques mois plus tard, le
directeur adjoint du service, Joseph Hélal, est
aussi congédié, même s’il n’y aurait
pas eu de « connivence » entre les deux. Le
dossier est toujours entre les mains de la SQ.
Octobre 2008
À
la suite des révélations de La Presse sur la
vente du Faubourg Contrecoeur par la SHDM, dans l’est de
Montréal, au Groupe immobilier Catania,
l’administration du maire Tremblay décide de
suspendre toutes les transactions immobilières. Son
directeur général, Martial Fillion, est
démis de ses fonctions. Un mandat d’enquête
est confié au vérificateur
général de la Ville de Montréal,
Michel Doyon, qui alerte la SQ quand il constate que des
documents importants remis par des entrepreneurs à
la SHDM ont été détruits. Dans ce
dossier, l’Association provinciale des constructeurs
d’habitations du Québec a entrepris des recours
devant les tribunaux contre la gestion du programme
Accès Condo par la Ville.
Juin 2009
La Presse révèle que la SQ a ouvert une
enquête à la suite d’une plainte du maire
Gérald Tremblay au sujet du contrat de
rénovation de l’hôtel de ville de
Montréal. Contrat de 10,6 millions, pour entre autres
refaire la toiture. Un entrepreneur, Paul Sauvé,
allègue qu’un membre de la mafia lui a demandé
40 000$, somme qui selon lui était destinée
à deux élus du parti du maire Tremblay, Union
Montréal. L’homme d’affaires affirme également
qu’il a maille à partir avec le crime organisé
depuis plusieurs mois.
Confiance aveugle au privé - ANDRÉ
BOUTHILLIER
Seule une
enquête judiciaire pourrait faire toute la
lumière dans le dossier des compteurs d’eau
Que le maire reprenne tout à zéro et ce sera
une faillite pour la saine gestion de l’eau et un
échec pour la fonction publique municipale.
D’L’auteur est consultant en organisation du travail et
gestion participative. Il est cofondateur d’Eau Secours!
emblée, la stratégie de développement
d’une gestion responsable de l’eau à
Montréal par l’administration Tremblay est
admirable. Je l’ai dit en 2003 et le répète
en 2009.
La décision de
l’administration du maire Tremblay d’imposer des
compteurs d’eau aux industries, commerces et
institutions fait consensus à Montréal.
Confier l’installation de ces compteurs d’eau à
GÉNIeau pour la somme de 355 millions de dollars
soulève toutefois des interrogations.
Gérald Tremblay comprend l’intérêt de
préserver le capital investi par les
Montréalais dans les infrastructures de la gestion
de l’eau. Il dit non à la privatisation. Mieux, il
développe avec une équipe de fonctionnaires
un plan pour que l’administration municipale devienne un
phare dans la gestion publique de l’eau, répondant
entre autres aux attentes de la coalition Eau Secours !,
victorieuse du combat contre Pierre Bourque sur la
privatisation.
La décision d’imposer des compteurs d’eau aux
industries, commerces et institutions fait consensus
à Montréal. Certains s’en sortiront à
bon compte, d’autres acceptent le fait pour une meilleure
équité fiscale. Quant aux économies
d’eau domestique, la Ville adhère aux
expériences probantes de sensibilisation et de
conscientisation prônées par Eau Secours! et
par d’autres villes québécoises.
Alors, pourquoi une telle situation explosive de conf lit
d’intérêts aujourd’hui ? Pour deux pr i nc i
pa l es ra i sons . D’abord, l’absolu
désintérêt de la population et des
médias pour la gestion publique municipale,
mû par un mouvement conservateur de la
société, avec son déficit de vision
démocratique, donc de transparence, et
l’élasticité de ses normes morales.
Deuxièmement, la confiance aveugle dans le secteur
privé de l’économie pour rendre des services
publics.
Le maire a déjà admis son manque de
persévérance pour expliquer son projet. Bon!
Mais n’oublions pas, la population et les journalistes ne
s’intéressent aux réalités
municipales que s’il y a scandale ou pugilat politique.
Aujourd’hui, à la veille d’élections,
l’opposition déchire sa chemise sur la place
publique : dormait-elle au gaz lors de la création
du Bureau des projets ? Ils ont quand même
voté le processus ! N’eurent été les
i nterventions d’une journaliste d’enquête et d’Eau
Secours!, aucune question ne semblait soulever
l’inquiétude face à un éventuel
partenariat public-privé.
On se
souviendra du ministre Tremblay et du concept des grappes
industrielles, c’est le même homme devenu maire de
Montréal. Vision brillante, mais i nappl icable
dans un monde des a f fa i res où les coupe-gorges
sont des héros. Il tente d’imbriquer le secteur
public, dont la mission est de défendre le bien des
citoyens et le sec teur pr ivé éternel
piailleur de contrats municipaux dont la seule mission est
d’accumuler des profits pour ses propriétaires. Les
médias cherchent qui a trahi monsieur le maire.
Est-ce M. Zampino ? Est-ce M. Provost ? Non ! C’est
simplement sa conception du partenariat
public-privé et la création du Bureau des
projets de la Vi l le dûment mandatée pour
transférer au secteur privé les projets qui
devraient être dédiés aux
fonctionnaires municipaux.
Dans le cas des compteurs d’eau, le vérificateur
général dépêché à
l’enquête, ne pourra honnir la démarche,
aussi déviante de l’intérêt public
soit-elle. Toutes les résolutions sanctionnent la
création du Bureau, donc de ses décisions.
Même la ministre des Affaires municipales a
déjà cautionné le projet des
compteurs.
Quant à la corruption ou au conflit
d’intérêts dans le contrat des compteurs
d’eau, lors d’une rencontre avec des fonctionnaires,
j’avais, en tant que président d’Eau Secours !,
soulevé cette possibilité que
j’appréhendais et en avais avisé le maire,
par écrit.
P ou r faire toute la lumière, seule une
enquête judiciaire menée par la police des
affaires pourrait y trouver réponse, il faudrait
fouiller les finances de personnes impliquées pour
confirmer de possibles malversations.
Depuis 1983, je travaille sur des dossiers pratiques
mettant en relief le rôle de l’État et celui
du privé dans nos économies. Mes conclusions
aboutissent inévitablement à constater leur
incompatibilité. Leur différente mission ne
sert pas les mêmes intérêts. Si les
deux doivent coexister, l’intérêt du plus
grand nombre doit prévaloir sur
l’intérêt de quelques-uns, aussi vaut mieux
ne pas subordonner le rôle des fonctionnaires
à celui des dirigeants d’entreprise. Le cas de
Montréal en est un cas patent. Que le maire
reprenne tout à zéro et ce sera une faillite
pour la saine gestion de l’eau et un échec pour la
fonction publique municipale.
Le
tuyau décortiqué MICHÈLE OUIMET
Que
retenir de cette journée? De la confusion, beaucoup
de confusion. Des chiffres, trop de chiffres. Des
questions sans réponse, beaucoup de questions sans
réponse. Trop.
Il s’en est décortiqué du tuyau, hier,
à l’hôtel de ville ! Du cinq huitièmes
de pouce, des grosses conduites, des petits tuyaux, des
compteurs, des chambres quatre pouces, des vannes de
régulation, des débitmètres. Grosse
journée plomberie. Du détail en masse.
Gérald Tremblay avait
convoqué hier une séance extraordinaire du
conseil municipal, qui a débuté à
9h et qui s’est étirée jusqu’à 16h.
Le volet gouvernance ? Expédié en quatre
minutes. Fini le décorticage et le fignolage :
c’est un bon projet, merci, bonsoir. Il a fallu
l’acharnement du chef de l’opposition, Benoit
Labonté, pour que les délicates questions de
conflits d’intérêts soient abordées de
front.
Pour tenter de dissiper les rumeurs de scandale qui le
hantent depuis quelques semaines, le maire de
Montréal, Gérald Tremblay, a
convoqué, hier, une séance extraordinaire du
conseil municipal qui a débuté à 9h
et qui s’est étirée jusqu’à 16h. La
journée s’est terminée par un point de
presse du maire. À la fin, il a quitté la
salle les joues rouges, le menton tremblant, les nerfs
à vif.
Le contrat des compteurs d’eau, le plus gros de l’histoire
de la Ville, donne des maux de tête au maire.
L’entêtante odeur de scandale lui colle à la
peau. Il le sait.
Que retenir de cette journée où l’opposition
a bombardé de questions quatre hauts fonctionnaires
et deux patrons de BPR, la firme d’ingénieurs qui
épaule la Ville dans ce contrat de 356 millions? De
la confusion, beaucoup de confusion. Des chiffres, trop de
chiffres. Des questions sans réponse, beaucoup de
questions sans réponse. Trop.
Commençons pa r l ’ apparence de conflits
d’intérêts. Les médias ont longuement
parlé de Frank Zampino, ex-président du
comité exécutif de la Ville, qui s’est
baladé sur le yacht de Tony Accurso,
propriétaire d’une des firmes du consortium
GÉNIeau qui a raflé le contrat des compteurs
d’eau. Frank Zampino qui a été
embauché par la deuxième firme qui forme
GÉNIeau six mois après son départ de
la vie politique. Tricoté serré. On a moins
écrit sur Yves Provost, directeur
général adjoint responsable de l’eau
à la Ville. Aujourd’hui, il travaille pour BPR. Le
21 novembre 2007, le comité exécutif a
accordé le contrat au consortium GÉNIeau.
Deux jours plus tard, M. Provost avertissait ses patrons
qu’il prenait sa retraite et discutait avec... BPR.
M. Provost a fait partie du comité de
sélection qui a choisi GÉNIeau. Et BPR a
brassé des affaires avec Dessau… une des firmes qui
forment GÉNIeau. Tricoté serré. Et
que dire de Robert Abdallah, ex-directeur
général de la Ville ? Depuis novembre 2008,
il dirige une filiale de Simard-Beaudry… qui fait partie
du consortium GÉNIeau. Le propriétaire? Tony
Accurso, l’homme au yacht. Tricoté serré,
serré. L’opposition a posé des questions.
Les réponses ont été laconiques.
Apparence de conflit d’intérêts, a
prévenu Gérald Tremblay qui jure que tout a
été fait selon les règles de l’art.
Parlons de coûts maintenant: 356 millions. Sauf que
ce chiffre exclut des « dépenses incidentes
en accompagnement du projet » payées par la
Ville. Coût: 67 millions. Nouveau total : 423
millions. À ce chiffre, il faut ajouter les
subventions que la Ville va verser aux commerces,
institutions et industries pour les aider à
installer les compteurs. Facture: 90 millions.
Re - nouve au to t a l : 51 3 millions.
Et
l’inflation, car le projet s’étale sur 25 ans : 85
millions.
Re-re-nouveau total : 598 millions.
– Puis-je avoir le document qui parle des coûts
reliés à l’inflation? a demandé
Benoit Labonté.
– Je vais vous le fournir si je le trouve, a
répondu un haut fonctionnaire, Louis Provencher.
Le dossier au grand complet va atterrir sur le bureau du
vérificateur de la Ville qui aura sept semaines
pour démêler tout ça. Il est
déjà très occupé avec la SHDM,
un autre scandale qui a éclaboussé lemaire
cet automne et sur lequel il planche depuis cinq mois. Et
c’est drôlement moins complexe que les compteurs.
Il devra aussi s’occuper de la fameuse ligne
téléphonique de dénonciation
annoncée en grande pompe par le maire. Comme le
disait ironiquement Benoit Labonté : le bureau du
vérificateur est plus occupé que celui du
maire.
Le vérificateur, Michel Doyon, prend sa retraite le
2 juin. Son successeur va donc hériter des
compteurs d’eau. Il aura deux semaines pour boucler
l’enquête et apposer sa signature sur un rapport qui
pourrait ébranler la crédibilité de
l’administration Tremblay.
Pourquoi le 18 juin? Pourquoi sept minuscules semaines
pour une enquête aussi complexe ? Pourquoi cette
urgence? Pourquoi pas en septembre? Parce qu’il ne restera
que deux mois avant les élections?
Peut-être. Ça fait beaucoup de questions sans
réponse. Trop.
Bien
des questions restent en suspens
COMPTEURS D’EAU LE MAIRE FAIT LE POINT
-
COÛTS DU PROJET
LaVille
deMontréal et la firmeBPR ont
présenté une série de chiffres et de
tableaux, hier, pour justifier les coûts du projet
de compteurs et d’optimisationduréseaud’eau, mais
plusieurs questions sont restées en suspens. Les
prix des tuyaux, des valves, des débitmètres
et des manomètres n’ont rien de bien passionnant,
si bien qu’ils ont très peu alimenté les
débats au conseil municipal spécial.
Le projet du contrat accordé au consortium
GÉNIeau s’élève à 312 millions
de dollars, sans les taxes. Il est composé de deux
volets. Le premier porte sur l’installation et
l’exploitation de 30 500 compteurs, au coût de 106
millions. Le deuxième volet comprend
essentiellement l’installation de 600 chambres de vannes
munies d’un système sophistiqué de
communication, au coût de 205 millions.
Il y a deux semaines, La Presse avait posé des
questions très précises à la Ville de
Montréal portant sur la comparaison avec Toronto,
pour le volet compteurs, et avec Ottawa, pour le volet
chambres de vannes. Le maire Gérald Tremblay a
indiqué, hier, que ce sont surtout ces questions
qui l’avaient convaincu de demander une enquête au
Vérificateur général de la Ville et
de suspendre le contrat en attendant son rapport.
Hier, les réponses à nos questions sont
restées minimales. Pour le premier volet, la Ville
et la firme BPR ont remis un tableau comparant les
coûts des compteurs à Montréal et
à Toronto. Il y est affirmé entre autres
choses que Toronto paierait 105 millions pour l’achat et
l’installation de 70 000 petits compteurs d’un
diamètre de 20 millimètres et moins, soit
1500$ par compteur.
Vérification faite, l’achat et l’installation d’un
compteur de cette taille, en comprenant le système
de communication, coûte 375$. C’est le prix que
vient de payer la municipalité d’Embrun-Russell, en
Ontario. Il a été impossible, hier, de
comprendre pourquoi la Ville de Montréal et la
firme BPR soutiennent toujours qu’il en coûte
beaucoup plus cher.
Les mêmes i mpréc i sions entourent le
coût du deuxième volet, celui des chambres de
vannes. Ces chambres sont essentiellement des cubes de
béton, d’une grandeur variable, enfouis sous la
chaussée. Les conduites d’eau passent dans le fond.
Les chambres peuvent être équipées de
vannes de réduction de pression, de
débitmètres et de manomètres pour
mesurer la pression. La Ville veut en installer 600.
Le consortium GÉNIeau a soumis un prix de 205
millions pour ce volet, en incluant le système de
communication et l’exploitation pendant 25 ans. Cela
revient à 342 000$ par chambre de vanne. Le tableau
déposé hier au conseil municipal souligne
que le prix moyen, à Ottawa, est de 160 000$, soit
deux fois moins cher.
Comment
expliquer un tel écart? Ottawa a un seul type de
chambre, pour des conduites d’un diamètre de 8
pouces, affirme le tableau. En revanche, Montréal
aura 32 types de chambres, pour des conduites d’un
diamètre variant de 4 à 60 pouces, et d’un
prix variant de 140 000$ à 1 million de dollars.
Selon les explications fournies hier par Gilles Robillard,
le fonctionnaire responsable du dossier, la Ville de
Montréal sera en effet dotée d’une dizaine
de chambres de vannes pour les très grosses
conduites de 60 pouces, ou cinq pieds de diamètre.
Au cours d’un long entretien avec La Presse, il y a deux
semaines, Michel Chevalier, un des principaux responsables
de la gestion de l’eau à Ottawa, avait
affirmé qu’il est très rare d’installer des
chambres munies de vannes de réduction de pression
sur des conduites d’un diamètre supérieur
à 20 pouces.
Ces vannes servent à réduire la pression,
surtout la nuit, dans des quartiers relativement
restreints. Montréal créera 150 secteurs de
suivi de distribution, habités chacun par environ
15 000 personnes. Chacun de ces secteurs sera couvert par
une chambre munie d’une valve de réduction de
pression.
Or, les énormes conduites d’un diamètre de
cinq pieds alimentent bien plus que 15 000 personnes. Hier
soir, Luc Aubertin, vice-président de la firme BPR,
a souligné que le réseau de distribution de
Montréal a une configuration bien
particulière, que n’ont pas la plupart des autres
villes.
La plus grande partie de l’eau est captée en amont
des rapides de Lachine, traitée dans les usines
Atwater et Des Baillets, puis pompée dans
d’énormes réservoirs sur le mont Royal. De
là, l’eau descend par gravité pour alimenter
le réseau. Les quartiers situés le plus
près de la montagne devront être
isolés par de très grandes chambres de
vannes, a-t-il affirmé, ce qui contribue à
augmenter les coûts.
La réduction de la pression, la nuit, permettra des
économies, ont expliqué les responsables du
dossier au conseil municipal. Cette mesure limitera les
besoins de traitement de l’eau, réduira les fuites
et augmentera la durée de vie des conduites, qui
seront moins sollicitées, ont-ils dit.
Malgré cela, il faudra quand même remplacer
et réparer les conduites défectueuses et
vieillissantes, ce qui n’est pas inclus dans le prix.
«
J’ai toujours pensé que leur projet allait
coûter une fortune »
L’expert
Michel Chevalier a dit avoir averti la Ville de
Montréal
« Ça fait longtemps que je le dis. Je leur
ai dit à la Ville de Montréal, avant que
le projet sorte en soumission. Ils m’ont appelé
à de multiples reprises pour toutes sortes
d’affaires... Moi, j’ai toujours pensé que leur
projet allait coûter une fortune. Et
effectivement, je pense que c’est ça qui arrive.
Ça coûte cher. »
Le projet de compteurs et d’optimisation du
réseau d’eau de la Ville de Montréal
coûte une « fortune » , a
déclaré Michel Chevalier, un expert qui a
été consulté par la firme BPR pour
préparer l’appel de proposition, au cours d’une
entrevue avec La Presse . M. Cheval ier,
considéré comme une sommité en
gestion de l’eau au Canada, est responsable des
compteurs d’eau à la Ville d’Ottawa.
Le vérificateur
général de la Ville, Michel Doyon, est
en colère. Il dénonce le délai
trop court que lui impose le maire de Montréal,
Gérald Tremblay, pour mener son enquête
sur les compteurs d’eau.
Lorsque La Presse a évoqué la
possibilité que les prix du contrat de 355
millions de dollars accordé à la firme
GÉNIeau soient gonflés, M. Chevalier a
déclaré ceci : « Ça fait
longtemps que je le dis. Je leur ai dit à la
Ville de Montréal, avant que le projet sorte en
soumission. Ils m’ont appelé à de
multiples reprises pour toutes sortes d’affaires... Moi,
j’ai toujours pensé que leur projet allait
coûter une fortune. Et effectivement , je pense
que c’est ça qui arrive. Ça coûte
cher. »
Au cours de l’entrevue donnée le 8 avril, M.
Chevalier a insisté sur le fait qu’il avait
été consulté, si bien qu’il avait
une bonne connaissance du dossier de Montréal.
« Dans leur document de soumission (
préparé par la firme BPR à la
demande de la Ville de Montréal), il y a beaucoup
d’informations qui viennent direc tement d’Ottawa, on ne
se le cachera pas, a-t-i l dit . Ce n’est pas par hasard
que la répartition des grosseurs de compteurs
qu’ils utilisent ( à Montréal) est la
même que la Ville d’Ottawa… J’ai participé
un peu avec la Ville (de Montréal), en fait avec
BPR. Ils m’ont appelé de façon continue
pendant un bon bout de temps pour toutes sortes
d’informations. »
Combien coûtent l’achat et l’installation d’un
petit compteur commercial branché à une
conduite d’eau de 20 millimè-
D’entrée de jeu, M. Chevalier a dit qu’il savait
que la Ville de Montréal prévoyait
installer 600 chambres de vannes, tel que l’a
indiqué le responsable du projet à la
Ville, Gilles Robillard, la semaine dernière.
Mais il s’étonnait du prix payé par
Montréal. Une chambre de vannes est une
pièce de béton, enfouie sous la
chaussée, où peuvent êt re i nstal
lés une valve de réduction de pression, un
débitmètre, un manomètre Selon lui,
l’équipement coûtera 100 millions et le
système de communications, 70 millions. Ces
chiffres englobent l’exploitation sur une période
de 25 ans.
M. Chevalier estimait que c’était un peu cher
payé pour les chambres de vannes non
équipées, même en comptant
l’installation. Mais, surtout, il s’était
montré très surpris par le prix
alloué à l’équipement, soit 100
millions ou 166 000 $ tres et moins? lui a
demandé La Pr e s s e . « L’installation,
si vous en posez beaucoup, comme la Ville de
Montréal veut le faire, va coûter
probablement de 50$ à 60$, a-t-il dit. Le
compteur comme tel va probablement coûter 75 $,
peutêtre 80 $. »
Cela
revient donc à un maximum de 140$ par petit
compteur. Or, dans les tableaux remis mardi au conseil
municipal de Montréal, le prix des petits
compteurs commerciaux de 20 millimètres, en
incluant l ’ i nstal lat ion, est évalué
à 1550$. C’est 10 fois plus cher. pour mesurer la
pression et un système de communication
relié à un serveur central.
Ces chambres seront installées dans des secteurs
de suivi de distribution, autrement dit dans des
quartiers. Les différents appareils permettront
de connaître le volume d’eau fourni à
chaque secteur et de réduire la pression la nuit,
tout cela afin de pouvoir identifier les fuites et de
les limiter.
I l y a deux s emaines, M. Robillard avait
indiqué que les chambres de vannes comme tel les,
non équipées, coûteraient 40
millions de dollars. pa r chambre de vannes en moyenne.
« Ça m’apparaît cher!
s’étaitil exclamé. Ça doit inclure
le scada (le système de communication). »
Non, cela n’inclut pas le système de
communication, avait indiqué le journaliste, en
citant M. Robillard. Ce système reviendra
à 117 000$ par chambre (soit 70 millions de
dollars pour 600 chambres ou unités de mesure).
M. Chevalier estimait qu’un système de communicat
ion « scada » coûte entre 25 000$ et
50 000 $, et non 117 000 $. « Je serais surpris
que ce soit beaucoup plus que 50 000 $, avait-il dit.
C’est juste un petit ordinateur industriel, on ne parle
même pas d’un ordinateur personnel. On parle d’une
boîte avec un peu d’intel l igence,
branchée sur la valve de réduction de
pression ou sur le débitmètre avec deux
fils… Cette petite boîte transmet l’information
par ligne téléphonique, par fibre optique,
par satellite… on peut aller loin avec ça. Mais
normalement, c’est par téléphone, sur des
lignes dédiées de Bell. Cette information
est amenée dans le serveur central. C’est
relativement simple. »
Après avoir parlé à M. Chevalier,
La Presse a envoyé une série de questions
à la Ville de Montréal. Deux heures plus
tard, le maire de Montréal annonçait qu’il
suspendait le contrat accordé à
GÉNIeau, le temps de laisser le
Vérificateur général enquêter
sur le sujet. La Ville n’a jamais répondu
à nos questions. Des responsables de la Ville ont
contacté M. Chevalier pour lui demander des
éclaircissements.
Ce dernier a envoyé un courriel à Gilles
Robillard, responsable du dossier à la Ville.
Selon des extraits qui ont été
publiés hier dans le Journal de Montréal,
M. Chevalier affirme que La Presse avait mal
rapporté ses propos. Or, l’entretien, qui a
duré une heure, a été
enregistré. Les citations sont textuelles. M.
Robillard a refusé de nous transmettre un
exemplaire de la lettre. M. Chevalier n’a pas
répondu à nos appels.
Histoire
d’eau - NATHALIE COLLARD
Le
vérificateur général devra mettre
les bouchées triples pour savoir si le contrat
respecte les règles de l’art.
La séance extraordinaire du conseil municipal
consacrée aux détails du contrat des
compteurs d’eau, mardi, avait des allures de tribunal.
La firme BPR, qui a accompagné la Ville dans le
processus d’attribution du contrat, est venue en quelque
sorte défendre son travail en expliquant chaque
aspect du dossier et en répondant aux questions
des élus présents.
Leurs explications n’auront toutefois
démontré qu’une seule chose, c’est que la
Ville a vraiment un problème d’eau.
Montréal perd l’équivalent d’une piscine
olympique toutes les cinq minutes. C’est énorme
et il faut effectivement remédier au
problème.
Cela dit, est-ce que les explications des
ingénieurs et du directeur général
de la Ville nous ont convaincus que le contrat
accordé à GéniEau est un bon
contrat et qu’il respecte en tous points les
règles en vigueur? Absolument pas.
Le
commun des mortels (c’està-dire la grande
majorité des élus présents mardi)
ne connait pas grand-chose aux compteurs d’eau, chambres
de vanne et autre plomberie. À voir le langage
corporel de certains élus, on devinait qu’ils
auraient sans doute préféré se
retrouver allongés sur la chaise du dentiste pour
se faire extraire une molaire sans anesthésie
plutôt que d’écouter les explications
complexes et techniques des spécialistes. Dans un
tel contexte,
c’est-à-direuneméconnaissance de la
technologie et de certains principes de génie,
comment juger si le consortium GéniEau a
effectivement choisi la meilleure technologie
disponible? Qui peut dire, parmi les élus, si la
Ville a bel et bien payé un bon prix? Si elle a
acheté les bons tuyaux? Le contrat accordé
à GéniEau comprendun suivi sur une
période de 15 ans. Est-ce vraiment la formule la
plus avantageuse pour les contribuables? Les
explications des ingénieurs et des fonctionnaires
municipaux, aussi pertinentes fussent-elles, n’ont pu
faire toute la lumière sur cette affaire.
Autre problème: même s’il a
été question d’eau toute la
journée, on n’a pas beaucoup parlé de la
croisière de l’ancien président du
comité exécutif, Frank Zampino. Or c’est
la présence de ce dernier sur le yacht de l’homme
d’affaires Tony Accurso, propriétaire d’une des
deux firmes du consortium GéniEau, qui fait des
vagues. M. Zampino a-t-il favorisé son ami?
A-t-il exercé des pressions indues à
quelque étape du processus d’attribution du
contrat? A-t-il violé certaines règles? On
ne le sait pas plus aujourd’hui qu’il y a une semaine.
Il faudra donc attendre le rapport du
vérificateur général, Michel Doyon,
promis pour le début du mois de juin, pour savoir
si oui ou non ce contrat respecte les règles de
l’art. Le pauvre M. Doyon va devoir mettre les
bouchées triples pour y arriver. Sa tâche
sera d’autant plus complexe qu’il est loin d’être
assuré de la collaboration de M. Zampino, qui
n’est pas obligé de participer à
l’enquête ou de divulguer quelque information que
ce soit.
Souhaitons donc que le vérificateur
général dispose d’une équipe
élargie et de moyens adéquats pour
accomplir la tâche qui l’attend. On doit aller au
fond de cette affaire une fois pour toutes.
Des coups de pouce arrivent de Québec juste
à temps - Denis Lessard
Étroite connivence Tremblay-Charest
QUÉBEC — Un petit oiseau qui aurait
épié les tractations entre
Québec, Montréal et le gouvernement
Harper pour le retour du Grand Prix à
Montréal aurait eu une impression
étrange.
PHOTO BERNARD
BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE
Une foule d’annonces du
gouvernement de Jean Charest tombent au bon moment
pour l’administration de Gérald Tremblay.
Autant que Montréal, le gouvernement Charest
a exercé une pression certaine pour
accélérer les choses, comme si lui
aussi avait à se présenter aux urnes
le 1er novembre.
Finalement, l’annonce du retour du Grand Prix se
fera avant que les Montréalais aillent voter.
Une foule d’a nnonces du gouvernement du
Québec sont ainsi tombées à
temps pou r l’ad m i n ist ration de G éra ld
Tremblay. Avec le début de la campagne
officielle, la semaine dernière, « les
gens vont se garder une petite gêne »,
assure-t-on déjà à
Montréal. Mais à Québec comme
à Montréal, le même mot revient
pour décrire les rappor ts ent re le gouver
ne - ment et l’administration Tremblay : «
complicité ».
A insi, on confirmera sous peu le remplacement de
1000 voitures du métro, devenues
désuètes. La bonne nouvelle touche
avant tout Bombardier – ce contrat d’un peu plus de
3 milliards en 10 ans sera le plus important de son
histoire. Mais le candidat Tremblay ne sera pas trop
loin du ministre des Transports le jour de
l’annonce.
De même, la ministre Julie Boulet,
habituellement si discrète, n’a pu se retenir
pour prédire une annonce imminente au sujet
de la voie réservée aux autobus sur le
boulevard Pie-IX.
Il y a deux semaines, on a aussi annoncé la
mise en place d’un bureau d’étude pour le
prolongement du métro. Même Jean
Charest s’est déplacé pour se
retrouver sur la même tribune que
Gérald Tremblay.
Parmi les aut res a n nonces de Québec
libérées au bon moment pour
Gérald Tremblay, on remarque le feu vert
donné début septembre à la
place des Festival après sept ans de
tergiversations et l’annonce par Montréal
d’un plan de 240 millions pour le compostage – avec
l’assurance que Québec va sortir encore son
chéquier.
L’annonce d’une escouade spéciale pour
contrer les crimes financiers et la fraude dans le
milieu municipal était plus délicate
à faire atterrir. Il fallait éviter
d’accabler l’administration de la métropole,
qui a eu plus que sa part de ces problèmes.
Hasard incroyable, Gérald Tremblay avait
précisément l’intention d’en faire la
demande à Québec. Tout était
prêt pour la réunion du comité
exécutif. Seuls des cyniques pourraient
croire qu’on lui avait un peu soufflé
à l’oreille.
Par ailleurs, le nouveau ministre des Affaires
municipales, Laurent Lessard, après la
publication du rapport du vérificateur sur le
contrat des compteurs d’eau, s’est contenté
de d i re : « I l appa r tiend ra au x
Montréalais de choisir », tout en
soulignant que le rapport du vérificateur
constatait « qu’aucune loi n’avait
été transgressée ».
Photos de famille…
Cette connivence entre le gouvernement
libéral et l’organisation de Gérald
Tremblay s’explique facilement : une bonne partie
des stratèges et des élus d’Union
Montréal viennent directement du PLQ.
M . T remblay lu i-même a été
ministre libéral à Québec.
Claude Dauphin, le président du comité
exécutif, a été
député libéral avant
d’être maire de Lachine, tout comme M ichel
Bissonnet, élu désormais dans
Saint-Léonard.
Les candidats Gilles De Guire et Monica Enricourt
viennent directement du cabinet de la ministre Line
Beauchamp. M. De Guire vise d’ailleurs à
remplacer Marcel Parent, un autre ancien
député libéral. Cosmo
Macciocia, qui ne se représente pas, a aussi
été longtemps à Québec
avant de briguer un poste municipal. Dans V i l
leray – P a rc - E x ten sion , A n n ie Samson,
candidate d’Union Montréal à la mairie
de l’arrondissement, n’est jamais loin du
libéral Emmanuel Dubourg. Au surplus,
l’arrivée de Louise Harel a galvanisé
aussi les libéraux dans l’est de
Montréal. L’effet aurait été
bien différent si un Pierre Marc Johnson
s’était présenté contre
Tremblay, reconnaît-on.
Mais si l’on sort les photos de famille des
années 80, les « coïncidences
» sont nombreuses. Stéphane Forget a
été adjoint de Liza Frulla au
parlement de Québec avant de devenir chef du
cabinet de Gérald Tremblay, où il a
remplacé Jean-Luc Trahan, ancien permanent du
PLQ, lequel avait pris la place de Martial Fillion,
autre vétéran du PLQ, qui avait grandi
sous la houlette de Claude Ryan.
Surtout, l’organisateur de la campagne et directeur
d’Union Montréal, Richard Mimeau, a
été permanent au Parti libéral
du Québec pendant 20 ans. Il avait fait le
saut à Ottawa par la suite avec Paul Martin.
Jamais très loin, on retrouve André
Morrow, l’un des stratèges de la campagne de
Jean Charest en 1998. John Parisella reste à
la disposition du maire quand ce dernier sollicite
ses lumières. « Ce sont des amis depuis
20 ans », rappelle-t-on.
« Club » d’entreprises : Appels
d’offres truqués et prix gonflés
- Martin Croteau
Une
enquête de Radio-Canada corrobore un
reportage de La Presse, selon lequel un «
club » d’entreprises se partage la
majorité des contrats de travaux publics
dans le Grand Montréal.
Un a ncien i ngénieur du ministère
des Transports a affirmé à
l’émission Enquête que la collusion
dans le secteur de la construction est
généralisée dans les villes
de la région de Montréal. Un
entrepreneur en travaux publics lui a
confié qu’une douzaine de fi rmes se
consultent pour t r uquer les appels d’offres et
fa i re gonfler les prix payés par les
contribuables.
À la mi-septembre, La Presse a
révélé que ce groupe –
surnommé « Fab-fourteen » ou
« Fabulous-14 » – se concerte pour
déterminer, à tour de rôle,
qui remettra la soumission la plus basse. Et les
prix sont toujours plus élevés que
les coûts réels.
L’ex-fonctionnaire a été mis au
courant du stratagème par un entrepreneur
qui lui a prédit, à quelques dollars
près, le prix des propositions soumises en
réponse à un appel d’offres public.
Cette source lui a révélé que
les entrepreneurs utilisent un la ngage
codé, calqué sur le vocabulaire du
golf pour décider entre eux comment ils
vont fixer le prix des contrats.
Les deux candidats de l’opposition qui briguent la
mairie de Montréal réclament une
enquête publique. Le maire Gérald
Tremblay s’est aussi montré ouvert à
l’idée.
« C’est une décision du gouvernement
du Québec, mais moi je serais favorable que
la lumière soit faite le plus rapidement
sur toutes ces rumeurs de collusion et de
corruption », a-t-il déclaré
à Radio-Canada.
Du
côté
de Laval, le maire Gilles Vaillancourt ne croit
pas que des entreprises de la construction
s’entendent pour t r uquer les appels d’offres
dans sa ville. Invité à
réagir au reportage exposant le truquage
des appels d’offres, le maire s’est plutôt
dit rassuré que des enquêtes soient
en cours.
« Je n’ai aucune information qui m’indique
qu’il y a des pratiques semblables à
Laval, a-t-il affirmé. Pour le moment, le
fait que le gouvernement forme une escouade
spéciale et le fait qu’un travail
policier sérieux se fait me rassurent.
»
À Québec, les partis de l
’opposition ont également
réclamé une enquête publique
sur le milieu de la construction, hier. Le
gouvernement Charest refuse d’en
déclencher une avant la conclusion des
enquêtes policières sur l’affaire.
Pour le porte-pa role du Parti
québécois en matière de
sécurité publique, Bertrand
St-Arnaud, le gouvernement i nvoque de fau x
prétextes pour empêcher que
lumière soit faite.
« La police fait son travail, mais sur des
cas individuels, a-t-il affirmé. Elle ne
fait pas la lumière sur l’ensemble du
système actuel d’octroi de contrats
publics de construction. Elle ne s’interroge pas
sur l a problématique plus large. »
Ni le ministre des Affaire municipales, Laurent
Lessard, ni le ministre de la
Sécurité publique, Jacques Dupuis,
n’ont accepté de commenter l e s r e por
t a ges de Radio - Canada, hier.
«
La porte n’est pas fermée à une
enquête publique, mais il faut laisser la
police faire son travail avant toute chose
», a indiqué le porte-parole du
ministre Lessa rd , Sylvain Bourassa.
La
pose du sabot deDenver suspendue
La
Ville perdra plus d’argent qu’elle n’en
économisera, soutiennent les huissiers
La Ville de Montréal a cessé de
poser des sabots de Denver aux voitures des
contribuables récalcitrants qui ne paient
pas leurs contraventions. Motivée par des
compressions budgétaires, la
décision est dénoncée par les
huissiers chargés de poser ces entraves.
Ils préviennent que la municipalité
perdra plus d’argent qu’elle n’en
économisera.
À la fin du mois de février, la
crise économique a obligé la Ville
à réduire ses dépenses de 100
millions. La cour municipale, qui embauche des
huissiers pour percevoir les contraventions
impayées, n’a pas échappé
à ces compressions. Elle a dû sabrer
son budget de 1,5 million. Résultat: elle
suspend la pose des sabots de Denver.
« C’est une mesure temporaire qui vise
à économiser les honoraires
professionnels », résume la
porte-parole de la Ville, Valérie De
Gagné.
Les autorités décideront en janvier
prochain si le programme sera
réinstauré. D’ici là, elles
prévoient économiser 350 000$ en
honoraires.
Mais les huissiers de justice contestent ce
calcul. Ils estiment que, pour chaque dollar
qu’ils coûtent à la Ville, ils
rapportent au moins 1,50$ dans ses coffres.
« Ça n’a pas de sens »,
dénonce le président de la Chambre
des huissiers de justice du Québec,
Louis-Raymond Maranda.
Il souligne que les contrevenants doivent
acquitter les honoraires de l’huissier qui a
posé un sabot de Denver – en plus de leurs
amendes, bien sûr – avant de recouvrer
l’usage de leur véhicule. À peine 8%
des cas sont jugés insolvables et obligent
la municipalité à payer les
huissiers.
En cessant de recourir aux sabots de Denver,
prévient M. Maranda, la Ville risque de se
priver de revenus importants, car des automobilistes
pourraient être tentés de ne pas payer
leurs contraventions s’ils ne craignent plus que
leur voiture soit saisie.
« C’est comme si la Ville disait à tout
le monde que la récréation commence :
ne payez plus vos contraventions, vous ne vous ferez
pas saisir votre véhicule »,
déplore-t-il.
Mais les autorités ne s’inquiètent pas
outre mesure.
« Il y a d’autres moyens pour contraindre les
gens à payer leurs contraventions, explique
Mme De Gagné. Il y a la suspension du permis
de conduire par la Société d’assurance
automobile du Québec (SAAQ). C’est une mesure
qui effraie beaucoup les citoyens. »
Depuis que la SAAQ révoque les permis des
contrevenants récalcitrants, en 2004, le
recours au sabot de Denver a constamment
diminué, fait d’ailleurs valoir la
porte-parole. La Ville avait immobilisé 5342
véhicules par ce moyen en 2004. L’an dernier,
en 2008, le chiffre avait fondu de moitié :
2487.
En 2008, les huissiers embauchés par la Ville
ont saisi un total de 2,1 millions de dollars
auprès de mauvais payeurs. Mais une partie de
ces sommes provient de saisies d’immeubles ou
d’ententes à l’amiable. La Ville dit ignorer
combien rapportent les sabots de Denver chaque
année.
« On ne peut pas avoir l’information »,
indique Valérie De Gagné.
La firme Optimum dans une situation
délicate - Tristan
Péloquin
L’entreprise qui a coaché
le vérificateur est aussi porte-parole d’une
firme d’ingénieurs montrée du doigt
dans le rapport
Optimum, l’entreprise qui a coaché le
vérificateur général de la
Ville de Montréal pour la présentation
de son rapport sur les compteurs d’eau, s’occupe
aussi des relations publiques pour BPR, une firme
d’ingénieurs montrée du doigt dans le
rapport. Une situation qui soulève des
critiques dans le milieu des communications.
Selon ce qu’a appris La Presse, Optimum (une f i l
ia le de Cossette) a rédigé ce weekend
le communiqué de presse annonçant les
grandes lignes du rapport du vérificateur.
André Bouthillier, vice-président
d’Optimum, a pour sa part coaché lundi le
vérificateur, Jacques Bergeron, pour qu’il
puisse s’adresser à la presse. Il a, pour ce
faire, eu accès au rapport du
vérificateur général avant
même que les élus mettent la main
dessus.
Or, Optimum s’occupe également des
communications et agit comme porte-parole pour BPR,
la firme d’ingénierie qui a piloté le
dossier de la gestion de l’eau pour la Ville de
Montréal et qui a rédigé les
appels d’offres pour l’attribution des
controversés compteurs d’eau. Dans son
mandat, le vérificateur général
devait notamment enquêter sur l’implication de
BPR dans le dossier d’acquisition des compteurs
d’eau.
En
entrevue téléphonique, le
vérificateur général, Jacques
Bergeron, a affirmé hier qu’il n’avait pas
été mis au courant des liens
d’affaires liant Optimum à BPR. « Je
peux cependant assurer qu’un mur de Chine a
été établi pour s’assurer qu’il
n’y ait pas de fuite, et il n’y a pas eu de fuite,
a-t-il affirmé. Au stade où M.
Bouthillier a eu accès au rapport, il ne
pouvait par ailleurs exercer aucune influence sur
son contenu. M. Bouthillier n’a eu qu’un rôle
très limité dans ma préparation
pour communiquer le rapport aux
médias», a-t-il ajouté.
André Bouthillier a pour sa part
assuré n’avoir à aucun moment
partagé des informations sur ce dossier avec
ses collègues. « Un solide mur chinois
s’est construit entre moi et mes collègues,
comme cela arrive souvent dans des cabinets
d’avocat, avec l’accord de la
vice-présidente, directrice
générale de notre cabinet »,
at-il indiqué dans un courriel. La directrice
générale d’Optimum, Isabelle Perras, a
ajouté que, pour éviter les apparences
de conflit d’intérêts, M. Bouthillier a
travaillé de la maison pendant la
durée de son contrat. Celui-ci était
d’une valeur de moins de 10 000$.
Pour René Villemure, président de
l’Institut québécois d’éthique
appliquée et conférencier dans le
cadre d’un cours sur l’éthique en relations
publiques donné à McGill, l’embauche
d’Optimum « n’était pas le choix le
plus judicieux que pouvait faire le
vérificateur général ».
« Les gens d’Optimum vont dire qu’ils sont
nombreux à travailler sur différents
dossiers, et que ces dossiers ne se touchent pas.
Mais c’est assez indélicat, surtout si on ne
révèle pas ce genre de lien. Dans un
dossier de magouille, ça donne une impression
supplémentaire de magouille », a-t-il
dit.
PAOLO CATANIA ACCUSÉ DEM ENACES DE
MORT - André Noël
Paolo Catania, partenaire de la Ville de
Montréal dans le projet du Faubourg
Contrecoeur, fait face à la justice.
L’entrepreneur en construction est accusé de
menaces de mort, de tentative d’extorsion et de
harcèlement. Sa présumée
victime nous raconte ce
Paolo Catania, un des plus importants entrepreneurs
en construction du Québec et partenaire de la
Ville de Montréal dans le projet
controversé du Faubourg Contrecoeur, a
été accusé en chambre
criminelle, hier, de menaces de mort, de tentative
d’extorsion et de harcèlement envers un homme
d’affaires.
Président
de la société Construction Frank
Catania et associés, M. Catania a
demandé à son avocat de se
présenter à sa place au palais de
justice, hier. I l devra revenir en cour le 11
novembre pour répondre à trois chefs
d’accusation.
I l e s t a c c us é d’avoi r « induit
ou tenté d’induire ( l’homme d’af faires) El
io Pagliarulo, par des menaces, accusations ou la
violence à lui remettre une somme d’argent
», d’avoir « proféré une
menace de causer la mort ou des lésions
corporelles » à son endroit, et de
l’avoir harcelé et « lui faire
raisonnablement craindre pour sa
sécurité ou celle d’une de ses
connaissances », entre le 1er décembre
2008 et le 20 août 2009.
M. Catania, 43 ans, est lui-même un homme
d’affaires bien connu, notamment à la Ville
de Montréal et sur la Rive-Sud. À la
suite d’appels d’offres, son entreprise a
reçu pour plus de 100 millions de contrats de
la Ville de Montréal depuis 2000. Ces
contrats représentent environ le tiers de son
chiffre d’af faires annuel , qui dépasse
également les 100 millions.
Elio Pagliarulo, lui , est l’ancien
copropriétaire des Pâtisseries Pagel,
une chaîne d’une douzaine
d’établissements spécialisés
dans la vente de viennoiseries, de pains, de pizzas
et de chocolats fins. Cette entreprise, qui a
atteint un chiffre d’affaires d’une dizaine de
millions, a déjà employé
jusqu’à 250 personnes. M. Pagliarulo, qui
avait de bons revenus, affirme qu’il s’est
associé à M. Catania pour prêter
de l’argent à des personnes dont la cote de
crédit était insuffisante pour faire
de gros emprunts auprès d’institutions
bancaires. Les deux hommes se connaissent depuis
plusieurs années.
M. Pagl iarulo était le responsable de cette
« entrepr i s e » , qui n’ava i t pa s
d’existence légale. Il se trouvait à
prêter non seulement son argent, mais aussi
celui de son ami Paolo Catania. D’importants
débiteurs ont disparu de la circulation, sans
payer leurs dettes, a indiqué M. Pagliarulo
aux détectives de la police de
Montréal. Résultat : il devait
lui-même une somme de 1 377 727 $ à une
compagnie à numéros de M. Catania.
Entre-temps, il s’est séparé de sa
femme et lui a laissé son entreprise, qui
était en difficultés
financières. I l s’est trouvé
incapable de payer son énorme dette à
M. Catania. « Dès le 1er
décembre, Paolo Catania a commencé
à me faire des menaces de mort , a-t-i l
raconté à La Presse, hier. Il me
disait : " Si tu me payes pas, je vais te tuer, tu
vas mourir." Mais je prenais ça à la
légère. Je le connaissais depuis
tellement longtemps. » Selon lui, M. Catania a
continué à proférer des
menaces, soit en personne, soit au
téléphone.
Le
samedi 1er août, vers 15h, M. Pagliarulo, 49
ans,
roulait en voiture sur le boulevard du Mont-Royal,
à Outremont, en direction de l’avenue du
Parc. Une camionnette blanche le talonnait et a fini
par le dépasser. Le chauffeur a serré
la voiture de M. Pagliarulo et s’est mis en travers
de son chemin pour l’empêcher d’avancer. Deux
hommes sont sortis. Un « monstre » de
six pieds sept pouces, pesant plus de 300 livres,
s’est approché de M. Pagliarulo, qui avait
baissé les fenêtres de sa voiture; il
lui a donné un coup de poing au visage, un
coup assez fort pour qu’il perde connaissance.
« Qua nd j ’a i r e pr i s connaissance, j
’étais assis sur le plancher de la
camionnette, face à la porte arrière,
raconte M. Pagliarulo. Il y avait peut-être
quatre ou cinq gars dans le camion. Ils me faisaient
couler de l’eau dans le visage. Ils me disaient : "
Il faut que tu payes Paolo Catania." Je disais oui.
Puis ils m’ont dit : " Si on te pose des questions,
tu diras que tu t’es disputé avec quelqu’un
et que tu as reçu un coup de batte de
baseball." Ils m’ont dit aussi de pas
m’inquiéter pour mon visage, que tout
redeviendrait correct.
« On a roulé comme ça pendant
une quinzaine de minutes. Ils m’ont
déposé sur une rue entre MontRoyal et
des Pins, et m’ont remis les clés de ma
voiture. Ils m’ont dit de marcher tout droit, sans
regarder en arrière. Ils m’ont dit que je
retrouverais facilement mon auto dans la rue.
« Je suis rentré chez moi. J’avais
peur. Je n’osais pas parler à la police. Je
ne suis pas sorti de chez moi. Mais au bout d’une
semaine, ça faisa it vraiment ma l. Je suis
allé à l’Hôtel-Dieu. Les
médecins m’ont dit que je devais rapidement
me faire opérer. J’avais plusieurs fractures,
au nez et dans les os de la joue. Mon oeil
était très abîmé. J’ai
été transporté à
l’hôpital Notre-Dame et opéré le
jour même.
« Entre-temps, le 5 août, j ’ai
reçu un texto de ma fille sur mon cellulaire.
Elle habite avec mon ancienne femme, à
Mont-Royal. Elle me disait que des couronnes de
fleurs mortuaires avaient été
déposées sur la maison. Elles ont
porté plainte à la police. Le 20
août, j’ai eu une rencontre avec Paolo Catania
pour régler nos affaires. Il m’a dit : " La
prochaine fois, tu vas être dans ta tombe." Je
n’ai rien dit, mais je me suis dit que ce
gars-là n’arrêterait jamais,
étant donné que je ne serai jamais
capable de lui remettre 1,4 million de dollars.
« Je n’avais pas le choix. Je suis allé
voir la police. J’ai rencontré trois
détectives. Ils avaient déjà la
plainte portée par ma femme et ma fille. Je
leur ai dit que j’étais prêt à
témoigner.
La Presse a tenté par tous les moyens de
parler à M. Catania, hier, mais sans
succès. Nous avons laissé des messages
chez lui, sur son téléphone
cellulaire, à son bureau, à son
relationniste et à son avocat, Me Pierre
L’Écuyer, mais personne n’a rappelé.
Une histoire pleine de rebondissements
Paolo Catania s’est trouvé au centre du
premier scandale à ébranler
l’administ ration du maire Gérald Tremblay,
l’année dernière, lorsque La Presse
a révélé les conditions
très particulières accordées
par la Société d’habitation et de
développement de Montréal (SHDM)
à son entreprise dans le Faubourg
Contrecoeur.
L’incendie qui a
détruit 96 appartements en
copropriété en construction dans
le controversé projet immobilier du
Faubourg Contrecoeur, dans l’est de
Montréal, en avril dernier, fait toujours
l’objet d’une enquête. Au moment de
l’incendie, les travaux étaient suspendus
en raison d’un litige entre Construction Frank
Catania et associés, la SHDMet la Ville
de Montréal.
L’évaluation municipale du terrain de 38
hectares appartenant à la SHDM, dans l ’
est de Montréa l , s’élevait
à 31 millions. Mais la SHDM, qui relevait
de la Vi l le de Montréal , l ’a vendu
à Construction Frank Catania et
associés pour 4,4 millions. L’entreprise
soutient toutefois qu’elle n’a
bénéficié d’aucun avantage,
car le terrain était contaminé et
qu’il y avait des frais d’infrastructures.
Quoi
qu’il en soit, le directeur général
de la SHDM, Ma r t i a l Fi l l ion, anc ien chef
de cabinet du maire Tremblay, a été
congédié. Le vérificateur
général de la Ville et la firme de
comptables Deloitte& Touche ont fait
enquête et publié des rappor ts
accablants . Les enquêteurs ont
révélé que Martial Fillion
avait rencontré Catania à au moins
quatre reprises avant la publication de l’appel de
qualification destiné aux entrepreneurs.
Une filiale de la firme Dessau a détruit ,
sans la permission de la SHDM, des propositions
d’autres entrepreneu rs reçues en
réponse à l’appel de qualification.
Les enquêteurs ont par ailleurs
blâmé Catania pour ne pas avoir
respecté une série d’ententes et
d’engagements. De son côté, «
la SHDM n’avait pas le droit d’accepter de verser
une aide financière de 15,8 millions
à Catania », indique un avis
juridique demandé par les
vérificateurs.
Depui s c e t t e enquê t e , la direction
de la SHDM a changé. Elle conteste les
frais de décontamination
réclamés par Catania. L’entreprise
doit construire environ 1600 logements. Les
premiers bâtiments ont été
rasés par les flammes en avril dernier.
L’incendie, considéré comme suspect,
fait l’objet d’une enquête.
Fraude au Service informatique de Montréal
: DEUX SUSPECTS ARRÊTÉS -
Éric Clément
Des
irrégularités découvertes
à la Division du service informatique de la
Ville de Montréal ont mené à
une enquête interne en mai 2008. Une dizaine
de firmes auraient obtenu des avantages financiers.
Hier, deux hommes ont été
arrêtés et accusés d’une frau
L’ex-chef de la Division du service informatique (
DSI) de la Ville de Montréal, Gilles Parent,
et un consultant privé, Benoît
Bissonnette, ont été
arrêtés hier matin par la
Sûreté du Québec et
accusés d’être les auteurs d’une fraude
de 9,2 millions découverte l’an dernier au
service de facturation de la DSI.
Me Philip Schneider, avocat
de Gilles Parent et Me Marc Labelle, avocat de
Benoît Bissonnette ont fait le point sur
l’arrestation de leurs clients.
Les deux hommes ont comparu hier après-midi
au palais de justice et ont été
accusés conjointement de fraude, d’abus de
confiance, de complot et de fabrication de faux
documents. Ces arrestations découlent du
projet Épaulard de la SQ qui s’est
amorcé en juillet 2008, à la suite de
la dénonciation par la Ville des agissements
de ces deux personnes dans l’attribution et
l’administration de contrats de dizaines de millions
donnés par la DSI à une dizaine de
firmes informatiques.
Gilles Parent, qui approuvait l’attribution des
contrats, a également été
accusé de voies de fait graves. Il a
été congédié
après 25 années de service le 10
septembre 2008. Au début de cette
année, son supérieur, le directeur
adjoint Joseph Hélal, a également
été congédié. Puis, un
troisième congédiement s’est produit
ces derniers mois. En ce qui a trait à M.
Hélal et au troisième fonctionnaire
congédié, il s’agit de départs
liés à des fautes de gestion et non
à la fraude elle-même.
Une enquête interne avait été
déclenchée en mai 2008 après
que des irrégularités eurent
été observées à la DSI.
Un fournisseur avait éveillé les
soupçons de la Ville. Puis, un employé
avait alerté ses supérieurs. Des
firmes informatiques auraient obtenu des avantages
financiers qu’elles doivent maintenant rembourser
à la Ville au moyen de retenues sur des
paiements.
Hier, Gi l les Parent, 58 ans, et Benoît
Bissonnette, 47 ans, ont été
libérés après avoir
versé une caution de 15 000 $. Ils ont
déposé leur passeport et ont
été mis en liberté après
avoir promis de comparaître le 11
décembre. M. Bissonnette plaidera non
coupable mais l’avocat de Gilles Parent , Phi l ip
Schneider, n’a pas encore pris de décision
à ce sujet.
Plusieurs millions
À la demande du procureur en chef adjoint aux
poursuites criminelles et pénales, Me Sylvain
Lépine, la Cour a imposé aux
accusés de ne pas entrer en contact avec huit
entreprises : Conseillers en informatique d’affaires
C. I. A., Les solutions Victrix, Systematix
Technologies de l’information, OS4 Techno, La
Société conseil Lambda, Stop Oxygen,
C. P.U. Design et Ressources systèmes
informatiques ( VRSI). Plusieurs de ces entreprises
sont d’importants fournisseurs de services
informatiques de la Ville.
Selon une recension faite par La Presse, Systematix
a obtenu pour plus de 15 millions de contrats de
2004 à 2008. VRSI en a eu pour au moins 12
millions de 2005 à 2008. OS4 Techno, pour au
moins 12,7 millions de 2005 à 2008. Lambda en
a obtenu pour environ 10 millions depuis 2007.
Victrix en a eu pour au moins 9 millions de 2005
à 2008. CPU Design a aussi vendu des
micro-ordinateurs à la Ville pour plus de 10
millions. Aucune accusation n’a été
portée contre ces entreprises qui ont
collaboré aux enquêtes de la Ville et
de la police.
Selon nos informations, Gi l les Pa rent et
Benoî t Bissonnette sont
soupçonnés d’avoir
détourné 6,2 millions. La fraude
aurait pu atteindre 9,2 millions, mais selon la
Couronne, l’intervention de la Ville a permis de
circonscrire les pertes à 6,2 millions. La
Ville a récupéré 6 millions, a
dit hier le président du comité
exécutif de la Ville, Claude Dauphin. M.
Dauphin a ajouté que les compagnies
informatiques ont collaboré avec la Ville et
la police. La Ville se réserve la
possibilité de poursuivre les deux
accusés afin de récupérer des
sommes d’argent.
M. Dauphin a dit que des mécanismes ont
été mis sur pied pour améliorer
la fiabilité de la structure de facturation
dans les services de la Ville. Il a insisté
durant son point de presse sur le fa it que l ’
administ rat ion municipale a agi «
aussitôt qu’on a su qu’il y avait des
irrégularités ».
« On n’a pas strictement fait des discours ou
de belles paroles contrairement à certains de
nos adversaires. Aussitôt qu’on l’a su, on a
agi, et avec 29 000 employés,
malheureusement, dans la réalité de la
vie, il peut se produire des choses
irrégulières, mais le message que je
vous donne aujourd’hui, c’est que c’est nous qui
avons institué cette enquête
interne-là qui a été transmise
ensuite à la Sûreté du
Québec, et nous, on a agi », a dit M.
Dauphin.
Trois entrepreneurs tabassés en un an
- André Noël
Les incidents concernent des entrepreneurs qui
brassent des affaires avec la Ville
Au début de l’été, le patron
d’une entreprise de construction qui a des
millions de dollars de contrats avec la Ville de
Montréal, s’est fait attaquer par deux
inconnus devant sa maison, dans l’arrondissement
de Saint-Laurent, alors qu’il sortait de chez lui
pour se rendre au travail. Il a eu la
mâchoire fracturée.
PHOTO
ANDRÉ TREMBLAY, LA PRESSE
Depuis 2004, la SQ a
ouvert six enquêtes touchant l’attribution
de contrats à la Ville et dans les
arrondissements, dont une sur le contrat de
rénovation de l’hôtel de ville.
Deux mois après une délicate
opération, il a toujours de la
difficulté à manger. Il a dit aux
policiers qu’il était simplement
tombé de son auto. Mais on ne le voit plus
fumer son cigare nulle part.
Le commanditaire présumé de
l’agression est un entrepreneur, lié
à la mafia, qui souhaite lui aussi avoir sa
part de contrats.
Le 1er août, un deuxième homme
d’affaires a reçu un coup de poing en plein
visage. I l roulait sur le boulevard du
Mont-Royal, à Outremont, quand une
camionnette s’est ar rêtée deva nt sa
voiture. Deux hommes en sont sortis, dont un
mastodonte qui l’a frappé assez fort pour
qu’il tombe sans connaissance.
Puis ils lui ont fait comprendre qu’il devait
payer ses dettes de 1,4 million à un autre
entrepreneur qui lui aussi a de gros contrats avec
la Ville.
L’année dernière, un autre
entrepreneur qui a des millions de dollars de
contrats avec la Ville, s’est fait tabasser par
deux fiers-à-bras en sortant d’un chic
restaurant du centre-ville, devant témoin.
Ces incidents ont ceci en commun qu’ils concernent
des entrepreneurs qui brassent de grosses affaires
avec la Ville. Et dont certains ont
déjà été filmés
ou photographiés avec des membres de la
mafia. Manifestement, il y a un malaise.
Un malaise aggravé par de multiples
enquêtes policières. Certains
entrepreneurs sont soupçonnés de
chercher à se partager les contrats;
d’autres, de corrompre des conseillers et des
fonctionnaires municipaux.
Du jamais vu
Le patron de la SQ, Richard Deschesnes, se dit
tellement préoccupé par
l’infiltration du crime organisé dans
l’économie légale qu’il veut
créer une escouade d’enquêteurs
affectés à temps plein aux
récentes allégations de corruption
et de malversation à Montréal.
« De mémoire de policier »,
affirme-t-il, il n’a jamais vu autant
d’enquêtes en cours sur la métropole.
Depuis 2004, la SQ a ouvert six enquêtes
touchant l’attribution de contrats à
l’hôtel de ville de Montréal et dans
les arrondissements.
I l y a cinq ans, deux conseillers de
Saint-Laurent ainsi que le directeur
général de l’arrondissement ont
plaidé coupables à des accusations
de corruption.
Puis, la SQ a ouvert une enquête sur
l’attribution d’un contrat pour la construction
d’un centre communautaire à Outremont. Un
peu plus tard, elle a commencé à
enquêter sur des irrégularités
dans des contrats avec 10 entreprises
informatiques. Le directeur général
du service a été
congédié et se voit maintenant
accusé au criminel. En octobre dernier, le
directeur général de la
Société d’habitation et de
développement de Montréal a lui
aussi été congédié. Le
Vérificateur général a
réalisé une enquête
dévastatrice sur la vente d’un vaste
terrain, le Faubourg Contrecoeur, par la SHDM, et
a recommandé une enquête
policière.
En juin, La Presse a révélé
que la SQ avait ouvert une enquête sur
l’attribution du contrat de rénovation de
l’hôtel de ville.
Enfin, la SQ enquête sur le contrat des
compteurs d’eau. Ce contrat fait aussi l’objet
d’une enquête spéciale du
Vérificateur général, qui
doit remettre son rapport le 21 septembre.
« Dans les années 40 et 50,
Montréal était reconnu au Canada
pour la corruption municipale, a écrit le
magazine The Economist cet été. Les
récentes allégations sur la plus
grande ville du Québec rappel lent certains
vieux souvenirs. »
Division
informatique
de Montréal : Un troisième fonctionnaire
congédié - Éric
Clément
La
fraude atteint 10 millions
La fraude à la Division du service
informatique (DSI) de la Ville de Montréal,
qui a mené au congédiement des cadres
Gilles Parent et Joseph Hélal, atteint
maintenant 10 millions, a appris La Presse. La Ville
a de plus congédié un troisième
fonctionnaire relativement à cette affaire.
Une enquête interne avait été
déclenchée l’an dernier après
que des irrégularités eurent
été observées au service de la
facturation de la DSI. Des firmes informatiques
québécoises avaient obtenu des
avantages financiers qu’elles doivent maintenant
rembourser à la Ville via des retenues sur
des paiements. La Sûreté du
Québec enquête dans ce dossier depuis
juillet 2008. Aucune accusation n’a encore
été portée.
Le chef de division de la DSI, Gilles Parent, qui
approuvait l’octroi des contrats, a
été congédié
après 25 années de service le 10
septembre 2008. Puis, au début de cette
année, son supérieur, le directeur
adjoint Joseph Hélal, était
également congédié.
Enquête interne
En entrevue avec La Presse, le directeu r
généra l de la Ville, Claude
Léger, explique que l’enquête interne
se poursuit et que la fraude atteint maintenant 10
millions. « On a toujours parlé d’une
somme entre huit et dix millions, ditil. C’est
maintenant de l’ordre de 10 millions. On devait
regarder des milliers de pages de documents. On est
aussi rendu à trois congédiements. Un
congédiement pour l’instigateu r présu
mé et deu x autres congédiements pour
des défauts de gestion. Sans dire que ces
deux derniers étaient complices, il
s’agissait de fautes graves dans leur gestion.
»
M.
Léger ajoute que la troisième
personne congédiée n’est pas le
directeur Daniel Malo, qui a pris sa retraite.
« Je tiens à faire cette
précision, car j’ai vu dans un article que
M. Malo avait été associé
comme étant une des personnes
congédiées alors que ce n’est pas le
cas. Il a pris sa retraite. C’est un homme
honnête. »
« Regrettable »
« Cette histoire est absolument regrettable
et ne devrait jamais se produire, ajoute M.
Léger. Mais le fait qu’on ait réussi
à avoir une information
privilégiée et qu’on soit
allés trouver la Sûreté du
Québec tout de suite alors que personne
n’était au courant dans le public nous a
beaucoup aidés. Ainsi, pendant trois ou
quatre mois, on a été capables
d’enquêter. On a pris les gens la main dans
le sac et ça nous a permis de faire des
retenues sur les paiements faits aux fournisseurs.
On a, du coup, sécurisé à peu
près la totalité de l’argent en
minimisant considérablement nos pertes.
»
M . L éger d it que cette fraude a
entraîné une sérieuse
révision des procédures. Pierre
Winner, nommé directeur
général par intérim
d’Outremont à la suite de la
démission du maire Stéphane Harbour,
en 2007, avait été chargé du
dossier.
« Parmi les lacunes constatées au
niveau de la gestion au sein de la DSI, il y avait
la séparation des tâches, le
contrôle, le fait qu’il n’y avait pas
suffisamment de personnes au contrôle
interne, dit M. Léger. Il est
nécessaire qu’il y ait plusieurs
intervenants dont l’approbation ou la
décision est nécessaire avant
d’aller de l’avant. On a constaté qu’il y
avait trop de pouvoirs concentrés dans les
mains de M. Parent. »
Goyette nie le conflit d’
intérêts - Tommy
Chouinard
L e c a n d i d a t à l a m a i r i e d e
L o n g u e u i l J a c q u e s G oye t t e a
nié en bloc, hier, les a
llégations d’appa rence de con f lit
d’intérêts sou levées
après qu ’u n jou r na l lo c a l e u t r
é vélé q ue de s pr o -
moteu r s i m mobi l ier s fa is a ient exclu
sivement a f fa i re avec son cabinet de nota
riat.
D a n s u n e e n t r e v u e e x c l u - s i v
e a c c o r d é e à P r e s s e ,
l e
L a c h e f d u P a r t i m u n i c i p a l d e
L o n g u e u i l a m ê m e s o m m
é s e s d é t r a c t e u r s d e
p o r t e r pl a i n t e à l a p o l i c
e o u a u s y n d i c d e l a C h a m br e d e s
n o t a i r e s s ’ i l s j u ge n t q u ’ i l a
c o m m i s u n a c t e r é pr é h
e n s ible .
Vend re d i , s a r iva le d a n s la c o u r s
e à l a m a i r i e , C a r o l i n e Sa
i nt-H i la i re, a publ iquement de m a
ndé au c on s ei l le r mu n icipa l de
« fa ire la lu mière » su r
ses activités com mercia les. Cette
sortie fa it suite à la publication d’u n
a rticle da ns le jou rna l commu nauta ire Sud
.
Point Selon ce reportage, au moins hu it pr o m
o t e u r s o u c o n s t r u c - teu rs d
’habitations font a f fa i re exc lu sivement
ave c l ’é t ude de n o t a i r e s o
ù J a c q u e s G o ye t t e a t r a v a
i l l é d u r a n t 2 7 a n s , H a rdy G
oyette et A ssociés . Et, G oyet te est
ac t uel lement v ice - président du
comité exécutif de la mu nicipa
lité.
I l y a q u e l q u e s s e m a i n e s , La
Presse
a révélé que, le 16 juin ,
le conseiller mu nicipa l ava it voté en
faveu r de deu x résolut ion s su r la
vente de lots à des entreprises pou r
lesquelles il a agi à titre de nota ire.
Q
u e l q u e s j o u r s p l u s t a r d , G
oyette a mis fin à ses activités
profession nelles, puis a vendu sa pa rt da ns
l’entreprise.
« U n e c a m p a g n e d e d é n i
- g r e m e n t » , d i t l e p o l i t i
c i e n . « Nous avons ef fectivement des
promoteu r s i m mobi l ier s d a n s notre
clientèle et certa ins de ces promoteu rs
font a f fa i re avec la mu nicipa lité
», a-t-il ad mis.
« O r , l a l o i e s t t r è s c l
a i r e . Q u a n d u n é lu a d e s i n
t é r ê t s péc u n ia i res
da ns u ne t ra nsaction , il doit s’abstenir de
voter. Je n’a i ja ma is eu aucu n
intérêt pécu niaire da ns
aucune tra nsaction. Je ne suis ni action na
ire, ni pa rtena ire, ni associé de ces
compagnies-là . »
L e ca ndidat à la ma irie ajoute q u ’ i
l a t o u j o u r s m e n t i o n n é q u
’ i l ava i t d e s i n t é r ê t s
« n o n péc u n ia i res »
lorsqu’u n dossier d é b a t t u c o n c
e r n a it u n c l ie n t . Cela , même si
la loi ne l’y obligea it pa s . I l a toutefois
ad m is avoi r dérogé , le 16 j u
i n , à c e « code de conduite
» qu’il s’éta it «
lui-même imposé ».
« Est-ce que l’on peut repro - cher
à quelqu’u n d’avoir réussi en a f
fa i re s ? C e sont tou s de s clients que mon
associé et moi avions ava nt que j ’entre
en politique. » I l ajoute avoi r
déla issé tous les ma ndats que la
mu nicipa lité ava it con fiés
à son étude lors de son
entrée en politique il y a quatre a ns.
C e m a t i n , l e s a v o c a t s d e Jacques
G oyette feront pa rvenir u ne m ise en demeu re
au jou rn a l S u d . « O n d e m a n d e
P o i n t u ne rétractation. Si ce n’est
pas satisfa isa nt , on va i ntenter des recou
rs cont re le jou r na l et le jou rna liste
», dit-il.
« Ce sont des a llégations qui
s’appa rentent à de la désin
formation , pou rsuit-il. Ca roline Sa intH ila
ire veut les utiliser a fin de
discréditer ma réputation. »
Le maire lance un appel à la
négociation aux cols bleus -
Catherine Handfield & Sara Champagne
Le
maire de Montréal, Gérald Tremblay, a
lancé hier un appel à la
négociation au syndicat des cols bleus de
Montréal, qui déclenchera une
grève de 24 heures, le 31 août.
L’opposition a pour sa part dénoncé
l’inaction de la Ville dans le dossier.
Après avoir annoncé la candidature de
son parti à la mairie de
Montréal-Nord, Gérald Tremblaya
été mitraillé dequestions sur
la grève des cols bleus, qui vise à
souligner le deuxième anniversaire de
l’échéance de leur contrat de travail.
Le maire de Montréal a rappelé que la
Ville avait conclu une entente avec le syndicat en
juillet pour harmoniser les régimes de
retraite.
« C’était la priorité des cols
bleus, a-t-il déclaré. Partant de
là, nous souhaitons continuer dans le
même esprit de collaboration et de respect qui
est à la table pour qu’on puisse finaliser
une entente avec les cols bleus. »
Gérald Tremblay a qualifié de «
très raisonnable » l’offre salariale de
la Ville à ses cols bleus, soit un gel des
salaires pour 2007 et une hausse de 2% pour les
trois années suivantes. Le syndicat demande
environ 3% par année.
« C’est ma responsabilité de respecter
la capacité de payer des contribuables, a
déclaré Gérald Tremblay. Je ne
peux pas donner plus, et (les cols bleus) le savent
très bien. »
Selon Jean-Yves Hinse, directeur des relations
professionnelles à la Ville, l’administration
est prête à négocier sur
plusieurs points qui achoppent, dont le plancher
d’emplois et le recours de la Ville à
l’entreprise privée.
Sous-traitance
Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron,
a vivement dénoncé hier le
déplacement des activités du public
vers le privé.
« L’administration actuelle se gargarise
d’avoir sabré 300 millions dans les
dépenses de la Ville, mais le budget global
n’a pas bronché, a-t-il souligné.
Bref, on a enlevé 300 millions
d’activités internes à la Ville et on
les a remis en partie à l’entreprise
privée ! »
Richard Bergeron a qualifié de «
légitime » la grève des cols
bleus. Un débrayage qui témoigne selon
lui d’un « constat temporaire d’échec
des négociations » pour
l’administration Tremblay.
La chef du parti Vision Montréal, Louise
Harel, a elle aussi blâmé la Ville dans
le dossier. « L’administration s’est
traîné les pieds et on peut comprendre
l’impatience des cols bleus », a dit Mme Harel
par l’entremise de son attachée de presse,
Marie-Hélène d’Entremont.
Louise Harel ne s’est pas prononcée sur le
recours à l’entreprise privée. Elle a
toutefois fait appel au « sens civique »
des cols bleus pour que les services essentiels aux
citoyens soient « respectés
scrupuleusement » pendant la grève.
L’administration municipale s’est adressée au
Conseil des services essentiels pour
déterminer les services qui devront
être maintenus. La cause sera entendue lundi
après-midi.
Le syndicat entend se plier aux demandes du Conseil,
qui exigera probablement le maintien des
activités dans les usines d’eau potable et
des équipes d’urgence pour les bris de feux
de signalisation et de conduites d’eau.
Les cols bleus feront une grève d’un jour
- Catherine Handfield
Ils
souligneront, le 31 août,
l’échéance il y a deux ans de leur
convention collective
Pour la première fois en 18 ans, le syndicat
des cols bleus de Montréal déclenchera
une grève de 24 heures, le 31 août, pour
souligner le deuxième anniversaire de
l’échéance de leur contrat de travail et
dénoncer le recours croissant de la Ville
à l’entreprise privée.
La section locale 301 a envoyé hier
après-midi son avis de grève à la
Ville de Montréal, a appris La Presse.
L’arrêt de travail touchera l’ensemble des 5000
cols bleus des 19 arrondissements montréalais.
« Not r e obj e c t i f n’e s t pas de porter
atteinte aux Montréalais ; on veut plutôt
lancer un message à la population, qui est en
train de se faire carrément avoir par
l’administration municipale », a
déclaré hier le président du
syndicat, Michel Parent, dans une entrevue exclusive
avec La Presse.
Les cols bleus de Montréal sont sans contrat de
travail depuis le 31 août 2007. Depuis juin
2007, leur syndicat possède un mandat de
grève générale illimitée
à appliquer au moment opportun. Le bureau de
direction a jugé que le 31 août est un
jour opportun pour un débrayage de 24 heures .
« Assez, c’est assez. Ça fait deux ans
qu’on attend », a déploré M.
Parent.
Selon lui, la Ville n’est pas pressée de
s’entendre avec ses cols bleus. Le syndicat attend
toujours que l ’employeur dépose son offre
globale, ce qui devait être fait en juin, selon
M. Parent.
Les négociations achoppent sur plusieurs
points, notamment les augmentations de salaire et le
plancher d’emplois. Autre point de rupture : le
recours à la sous-traitance. Le syndicat
souhaite rapatrier les tâches qui
relèvent de leurs attributions, comme le
déneigement, la collecte des ordures et la
gestion de l’eau potable.
Depuis
les défusions, en 2004, ces services
relèvent des arrondissements, lesquels ont
tendance à recourir de plus en plus à
des sous-traitants, selon Michel Parent.
« Le fonctionnement en vase clos des
arrondissements plutôt que le partage plus
central des ressources humaines et matérielles
fait en sorte qu’il n’y a pas, artificiellement, la
masse critique suffisante pour générer
des économies, laissant ainsi chaque
arrondissement contracter comme bon lui semble avec
des entrepreneurs privés qui ne demandent pas
mieux que de prendre la relève des services
publics », peut-on lire dans l’avis de
grève envoyé à la Ville.
Michel Parent en a également contre le fait que
la ville centre confie des contrats à
l’entreprise privée. « Les compteurs
d’eau, ce n’est que la pointe de l’iceberg » ,
a-t-il déclaré, soulignant que les cols
bleus pourraient très bien se charger de ces
travaux.
Conseil des services essentiels
En recevant l’avis de grève, hier, la Ville de
Montréal a alerté le Conseil des
services essentiels, lequel convoquera sous peu les
deux parties pour déterminer quels services les
cols bleus seront tenus d’offrir pendant la
grève.
« La grève nous apparaît
inévitable étant donné
l’écart considérable entre les demandes
des cols bleus et l’offre de la Ville », a dit
Jean-Yves Hinse, directeur des relations
professionnelles à Ville. Pour les quatre ans
de la convention, les demandes du syndicat
excèdent de 100 millions l’offre de la Ville,
selon M. Hinse.
La dernière grève des cols bleus de
Montréal remonte à 1991. Cette
année-là, le syndicat avait fait
quelques débrayages ponctuels pour inciter
l’administration municipale à négocier.
Des contraventions trois fois plus
chères - Martin Croteau
Les
contraventions pour stationnement illégal
coûteront bientôt jusqu’à trois
fois plus cher à Montréal, a appris La
Presse. L’administration Tremblay imposera en
octobre cette augmentation draconienne, qui
rapportera 14 millions supplémentaires
à la Ville.
« Le problème, c’est que les gens se
garent partout, résume le responsable du
dossier au comité exécutif, Sammy
Forcillo. C’est un problème de
sécurité routière. »
Pour l’heure, ceux qui se garent illégalement
s’exposent à une amende de 30$. Avec les
frais administratifs, la facture peut grimper
jusqu’à 42$. Les pénalités sont
les mêmes pour ceux qui garent leur voiture
dans une zone interdite, dans une zone pour
handicapés ou dans une zone où il est
interdit d’immobiliser son véhicule.
Mais dès le 1er octobre, les sanctions
deviendront beaucoup plus sévères. Les
amendes pour stationnement interdit, actuellement de
30$, varieront entre 40 $ et 60 $, plus les frais
administratifs. Ceux qui se gareront dans des zones
d’arrêt interdit, généralement
situées près des intersections,
paieront bientôt entre 60$ et 100$, frais
administratifs en sus.
Mais la hausse la plus marquée vise ceux qui
se garent illégalement dans des zones
réservées aux handicapés et
dans les voies réservées aux autobus.
Les amendes atteindront de 100$ à 200$, plus
les frais. C’est trois fois plus que la
pénalité actuelle.
L’an dernier, 1,2 million de contraventions ont
été distribuées pour
stationnement illégal à
Montréal, à peu près le
même nombre que l’année
précédente. Ces amendes ont
rapporté 53 millions à la Ville. Si le
nombre de contraventions reste le même que
l’an passé, les nouvelles
pénalités rapporteront 14 millions de
plus.
Sammy
Forcillo assure que c’est la sécurité,
et non la perspective d’engranger des revenus
supplémentaires, qui motive l’administration
Tremblay. Car les voitures qui s’immobilisent
près des intersections et dans des voies
réservées décuplent les risques
d’accident. Le conseiller estime que ces amendes
auront un effet dissuasif.
« Ce n’est pas la somme d’argent qui est
importante, c’est la sécurité
routière qui nous préoccupe, a-t-il
indiqué. C’est à cet égard
qu’on veut décourager, démoraliser les
gens qui ne suivent pas les règles. »
« Une arnaque »
Alfredo Munoz n’est pas de cet avis. Le
président de SOS Ticket, une entreprise qui
aide les automobilistes à contester leurs
contraventions, estime que la nouvelle mesure de la
Ville est une « arnaque ».
« C’est uniquement une façon de faire
de l’argent, un point c’est tout,
dénonce-t-il. Ce serait peut-être bien
de gérer les fonds publics
adéquatement avant de commencer à
fouiller de plus en plus dans les poches des
automobilistes. »
L’ancien policier estime que, si laVille avait
réellementla sécurité
routière à coeur, elle reviendrait sur
sa décision d’imposer des compressions au
SPVM. Dans la foulée d’un exercice minceur
lié à la crise économique, en
mars, l’administration Tremblay a réduit de
13,8 millions le budget de son corps de police.
Système d'égouts : Nouveau recours
contre la Ville - André Noël
Des
citoyens de Rosemont veulent poursuivre
Montréal pour la gestion de son
système d’égouts
Les requêtes judiciaires de victimes
d’inondations se multiplient contre la Ville de
Montréal, accusée de mal gérer
son réseau d’égouts. Hier,
c’était au tour de citoyens de Rosemont, dont
les sous-sols ont été inondés
les 11 et 26 juillet. Ils demandent au tribunal la
permission d’exercer un recours collectif contre la
Ville.
Des pluies importantes ont inondé des
autoroutes, des résidences et des commerces
de Montréal en juin et en juillet 2005, en
août 2008 et deux fois cet été.
Chaque fois, les responsables de l’administration
municipale parlent de phénomènes
climatiques exceptionnels et imprévisibles.
« Je ne contrôle pas le paradis »,
a déclaré Sammy Forci l lo,
responsable des infrastructures au comité
exécutif, le 27 juillet dernier.
L’évocation de Dieu ou d’une quelconque force
suprême i ndifférente au sort des
Montréalais n’a pas convaincu Eugène
Robitaille, propriétaire d’un immeuble rue
Bélanger, dans le quartier Rosemont. En 2005,
le ciel était tombé dans son sous-sol,
comme dans bien d’autres, et y avait fait de
terribles dégâts. La Ville n’a rien
fait, affirme son avocat dans la demande de recours
collectif. Résultat : les égouts ont
de nouveau débordé dans son immeuble
deux fois cet été.
« En dépit de l’évidence des
problèmes dès 2005, l’intimée
(la Ville) a négligé de prendre les
mesures correctrices nécessaires pour assurer
l’évacuation des eaux et pour
améliorer son réseau d’égouts
», écrit Me Jean-Pierre Fafard au nomde
M. Robitaille et du Comité des citoyens
inondés de Rosemont.
Les
dédommagements réclamés
pourraient être remis à un millier de
locataires, à une centaine de
commerçants et à environ 450
propriétaires. La requête s’ajoute
à d’autres déposées cette
année. Selon Le Journal de l’assurance, une
vingtaine de compagnies d’assurances ont
intenté des poursuites contre la Ville de
Montréal afin de se faire rembourser
près de 20 millions de dollars versés
en indemnités à leurs assurés,
à la suite de refoulements d’égouts
survenus en août 2008 à
Saint-Léonard et à Anjou.
La même publication affirme qu’un cabinet
d’avocats a intenté en Cour supérieure
un recours collectif de 50 millions en
février dernier, pour une cause semblable.
Des citoyens réclament aussi d’importants
dédommagements à la suite de
refoulements d’égouts près de
l’échangeur L’Acadie et de l’autoroute
Métropolitaine, en 2005.
La Ville ne commente pas la requête
déposée hier par les citoyens de
Rosemont, non plus qu’aucune autre procédure
qui se trouve devant les tribunaux, a indiqué
hier son porte-parole, Philippe Sabourin. Il a par
contre rappelé que des travaux sont en cours
pour améliorer le réseau
d’égout.
À titre d’exemple, la Ville est en train
d’achever un ouvrage de régulation pour
limiter l’apport
d’eaudanslecollecteurMeilleurAtlantique, qui
déborde dans l’échangeur L’Acadie lors
de fortes pluies. Mais, dans des documents internes,
des experts affirment que le collecteur est
simplement trop petit. La Ville hésite
à le remplacer par un collecteur plus grand,
ce qui serait très coûteux.
Saint-Jérôme Un contrat
de 49 millions sans appel d’offres
Saint-Jérôme
Location d’un aréna privé pour 25 ans
Un ex-maire de Saint-Jérôme,
Jean-Claude Hébert, dénonce la
décision du maire actuel, Marc Gascon,
d’accorder sans appel d’offres un contrat totalisant
49 millions en 25 ans pour la location d’un
aréna privé. Ce nouveau
bâtiment, qui compterait deux patinoires,
remplacerait deux arénas municipaux.
Selon la loi, les villes doivent procéder par
appel d’offres pour tout projet de construction
dépassant 100 000$. Mais ce n’est pas le cas
pour un bail comme celui que
Saint-Jérôme a signé pour ses
nouvelles patinoires, même si c’est pour une
somme bien supérieure. «Le maire est
là sans opposition et il y a de drôles
de décisions qui se prennent», dit M.
Hébert.
De son côté, la Ville affirme que cette
entente lui permet de réduire les risques
liés à l’exploitation et à
l’entretien et d’avoir une facture prévisible
année après année, en plus de
réaliser des économies, si on tient
compte de l’impôt foncier que devra payer le
promoteur.
«Le conseil municipal a analysé
différentes formes de financement pour un
nouvel aréna et plusieurs projets nous ont
été soumis, affirme le maire Gascon.
Il s’avère que l’entente que nous avons
conclue est la plus économique et la plus
avantageuse pour la Ville. Au terme du bail, ce sont
plus de 12 millions de dollars que les
Jérômiens auront
économisés.»
Il reste que l’attribution sans appel d’offres de
cet important contrat a fait sourciller dans le
milieu des entrepreneurs. «Ce
projet-là, je ne l’ai jamais vu
annoncé avant la première
pelletée de terre! a lancé l’un d’eux,
qui a requis l’anonymat. J’aurais aimé
pouvoir soumissionner!»
Joint par La Presse, le promoteur du projet, Daniel
Lefebvre, a pris la défense de la Ville.
«On aurait pu aller en soumissions publiques,
ça ne nous aurait pas dérangés,
dit-il. Il y a eu d’autres propositions au fil du
temps de la part d’autres promoteurs. Mais à
un moment donné, c’est la nôtre qui a
plu.»
Cette affaire met un peu de piquant dans la campagne
électorale municipale. M. Gascon, le maire
sortant, n’a pas encore d’opposant et son parti
occupe tous les sièges au conseil.
Selon le contrat signé en juin dernier, la
Ville de Saint-Jérôme deviendrait
locataire d’un aréna comptant deux patinoires
et 1300 sièges au total. Ce contrat doit
cependant être autorisé par le
ministère des Affaires municipales, ce qui
n’est toujours pas fait, trois mois après
l’annonce officielle.
L’aréna sera construit au coût de 22
millions par la société Construction
Genephi, qui appartient à M. Lefebvre,
ingénieur et ancien candidat à la
mairie de Laval.
La Ville de Saint-Jérôme s’engage pour
25 ans à louer 4000 heures de temps de glace
annuellement au prix de 300$ l’heure. Ce tarif sera
ajusté à la hausse annuellement au
rythme de 4% par année. C’est deux fois la
fourchette-cible d’inflation de la Banque du Canada,
qui est de 1% à 3% par année, remarque
M. Hébert.
À raison de 4% par année, le loyer
annuel initial de 1,2 million doublera en 19 ans et
atteindra près de 3 millions la
dernière année. Au terme du bail, la
Ville aura déboursé près de 50
millions. Avec un ajustement annuel de 2,5%, la
facture serait plutôt de 41 millions, soit 9
millions de moins.
Aujourd’hui à la retraite, M. Hébert a
été maire de Saint-Jérôme
de 1985 à 1989. Il dit avoir écrit au
ministère des Affaires municipales pour
dénoncer la situation. Cependant, le
Ministère n’a reçu aucune plainte dans
ce dossier et affirme que le dossier fait l’objet
d’une analyse.
Le promoteur du projet, Daniel Lefebvre, affirme que
le taux de 4% est justifié. «Il faut
comparer des pommes avec des pommes, dit-il. Ce qui
va le plus augmenter, ces prochaines années,
c’est l’énergie et la main-d’oeuvre, et
ça représente la grande
majorité de nos coûts d’exploitation.
Ce sont des coûts qui auraient augmenté
pour la Ville de toute façon.»
Il affirme que la Ville ne désirait plus
exploiter des arénas. «C’est rendu de
plus en plus complexe à exploiter du point de
vue de la mécanique. Pour une
municipalité, ça peut devenir un
énorme problème de gérer ce
type de système avec ses cols bleus.»
M. Hébert juge par ailleurs que le loyer
initial de 300 $ l’heure est trop
élevé. Il donne l’exemple d’un projet
comparable à quelques kilomètres de
là. En effet, les villes de Boisbriand et de
Blainville se sont associées à un
entrepreneur pour confier à un organisme
à but non lucratif la gestion d’un nouvel
aréna. Il affirme que le loyer payé
par ces villes est de seulement 200 $ l’heure. Une
entente semblable à SaintJérôme
entraînerait une économie de 22
millions en 25 ans, affirme-t-il. À cela, la
Ville réplique que, en tenant compte de
l’impôt foncier que devra payer le promoteur,
la location revient à 210$ l’heure.
ARRONDISSEMENT D’OUTREMONT Une nouvelle force
politique émerge
EXCLUSIF
« On n’est pas défusionnistes mais, pour
le peu de compétences qu’il nous reste, on ne
veut pas que ce soit sacrifié pour des
sociétés de génie ou des
promoteurs immobiliers. »
Un nouveau parti est créé à
Outremont par un groupe de citoyens, le Parti
Outremont (PO), qui veut améliorer la vie
démocratique dans l’arrondissement.
Quatre citoyens, Annie Chélin, Jean Girouard,
Pierre Joncas et Pierre Lacerte, ont commencé
à se réunir en octobre dernier pour
réfléchir sur la situation politique
dans Outremont et sur les scandales qui ont
éclaboussé l’arrondissement depuis 2001.
Ils ont finalement concocté un programme. Les
signatures nécessaires seront envoyées
cette semaine au Directeur général des
élections du Québec. Ensuite, une
assemblée constituante sera organisée.
« On a constaté un tel manque de
transparence dans la gouvernance de l’arrondissement !
dit Pierre Joncas. Quand on cherche à
comprendre quelque chose, les réponses ne sont
jamais claires. Pour le stationnement, il n’y a pas
d’équité réglementaire. On ne
fait rien pour la vitesse de la circulation dans les
tronçons de rue où il y a des enfants.
Sur les questions de la gare de triage ou du 1420,
avenue du Mont-Royal, les réponses sont
opaques. Tout cela m’a mobilisé. »
Annie Chélin évoque aussi le manque de
transparence. Elle vient de recevoir une
réponse négative de l’administration
à une demande d’information. « Je voulais
des détails sur la réclamation de Dessau
de 2,8 millions pour le Centre
intergénérationnel, ditelle. Elle est
gardée secrète, tout comme le rapport du
contentieux. J’espère que la SQva aller au fond
des choses. »
Pas d’opposition
DansOutremont, qui se présente sur son site
internet comme « le quartier de l’élite
», les conseillers de l’ex-maire Stéphane
Harbour sont toujours en poste. La mairesse Marie
Cinq-Mars règne sans opposition,
accompagnée de quatre conseillers d’Union
Montréal: Claude B. Piquette, Ana Nunes, Louis
Moffatt et Marie Potvin, élue en 2007.
Depuis 2001, la seule opposition est celle de
citoyens qui viennent interroger et critiquer sans
relâche l’administration aux séances du
conseil d’arrondissement. C’est cet exercice,
parfois musclé, qui a mené à la
démission deM. Harbour en 2007. À
l’élection qui a suivi, Mme Cinq-Mars a
été élue avec une qu’il nous
reste, on ne veut pas que ce soit sacrifié
pour des sociétés de génie ou
des promoteurs immobiliers. »
Union Montréal est une grosse machine
financière. Comment le Parti Outremont
peut-il le menacer? « Il n’y a pas que
l’argent qui majorité relative, les deux
partis de l’opposition, Projet Montréal et
Vision Montréal, s’étant
neutralisés. Se dirige-t-on vers le
même genre de situation avec la
création du Parti Outremont?
« On ne peut écarter cette
possibilité, mais je peux vous dire qu’il y a
un grand mécontentement à Outremont,
dit M. Joncas. Vision Montréal et Projet
Montréal veulent tout centraliser rue
NotreDame. On n’est pas défusionnistes mais,
pour le peu de compétences compte, dit M.
Lacerte. Il y a les convictions. On a réussi
à faire bouger les choses depuis 2007. Et
puis, avec tout ce qui se passe à Union
Montréal, les enquêtes
policières, etc. »
Le PO ne s’adresse pas qu’à l’élite.
« Vous savez, à Outremont, il y a
"Outremont ma chère", mais il y a aussi
"Outremont cacher" et "Outremont pas cher" »,
dit M. Lacerte. « On part en dernier, ajoute
M. Joncas, mais il y a la fable du lièvre et
de la tortue... »
Marie Cinq-Mars a réagi à la
création de ce parti : « En 18 mois,
une gestion serrée a permis de fournir aux
citoyens des services de proximité de
première qualité: déneigement,
embellissement saisonnier, activités
culturelles et sportives. L’équipe au pouvoir
à Outremont a entrepris plusieurs grands
travaux de remise aux normes des infrastructures
souvent centenaires. Je défends avec ardeur
l’intégrité territoriale et
juridictionnelle d’Outremont et contribue activement
au bon fonctionnement de la structure
montréalaise, résultat des fusions
imposées par Mme Harel. »
Pour le chef de Projet Montréal, Richard
Bergeron, la création du PO n’est pas une
bonne nouvelle. « Le pire danger qui menace
Montréal, c’est la création de ce
genre de partis locaux, car cela contribue au
démantèlement de Montréal
», dit-il.
Blainville n’a pas respecté la
loi sur l’attribution de contrats
ENQUÊTEDUGOUVERNEMENTDUQUÉBEC
EXCLUSIF
Bien que le Ministère conclue que la loi n’a
pas été respectée,
Québec ne veut pas soumettre ce dossier
à la cour, mais recommande simplement
à la Ville « une plus grande vigilance
».
Après deux ans d’enquête sur la Ville
de Blainville, le ministère des Affaires
municipales réprimande l’administration du
maire François Cantin dans une affaire de
contrats attribués à deux entreprises
dont le propriétaire, Dominic Cayer, a
été le président du parti
dumaire avant son élection en 2005.
Par ailleurs, le commissaire au lobbyisme du
Québec enquête sur M. Cayer, mais la
Ville de Blainville essaie, devant les tribunaux,
d’empêcher le commissaire d’obtenir des
documents concernant ce dossier.
L’enquête du Ministère a
commencé à la suite de quatre plaintes
déposées par un conseiller municipal,
LouisLamarre, et uncomptable enmanagement
accrédité (CMA) de Blainville, John W.
Babiak. Ils ont dénoncé en 2007 de
« présumées
irrégularités » dans le
processus d’appel d’offres utilisé par la
Ville pour des contrats d’impression du bulletin
municipal accordés à Papier Domco et
d’autres contrats attribués à Tapage
Communication. M. Cayer est le principal actionnaire
de ces entreprises. Il a été le
dirigeant du parti du maire, Vrai Blainville, et
conseiller municipal avant les dernières
élections du 6 novembre 2005.
La Presse a eu accès aux factures
envoyées par Tapage à la Ville entre
2000 et 2007: aucun contrat n’a été
signé avec Tapage tant que M. Cantin n’a pas
été élu. Mais dès son
élection, Tapage a eu des contrats: pour 20
491,13$ en décembre 2005, pour un total de
483280,40$ en 2006, et pour 451 787,04$ en 2007.
Dans le cas de Papiers Domco, mis à part deux
factures de 68,26$ en 2000 et 28,76$ en 2001, la
firme a commencé à obtenir des
contrats dès décembre 2005 : 4854,84$
ce mois-là puis 441409,68$ en 2006 et 419
294,91 en 2007.
Depuis l’élection dumaireCantin, Domco et
Tapage ont obtenu du 1er janvier 2006 au 1er janvier
2009 environ 2,6 millions de dollars de la part de
Blainville.
Une des plaintes évoquait du «
favoritisme en scindant illégalement des
contrats », c’est-à-dire que la Ville
aurait alloué de petits contrats aux
entreprises de M. Cayer afin d’éviter une
soumission publique. Le Ministère conclut que
le processus d’attribution des contrats n’a pas
été respecté. Dans une lettre
envoyée aux plaignants, le fonctionnaire
Gérald Fleurent écrit: « S’il
est démontré que la division des
contrats a été faite dans le but
d’éviter un appel d’offres public, il y a
contravention à la Loi sur les cités
et villes et l’élu, ou le fonctionnaire, qui
a participé à la décision
pourrait être passible de poursuites devant
les tribunaux. »
Dans le cas d’autres contrats, le Ministère a
informé Blainville que « le
règlement autorisant le conseil à
déléguer l’autorisation de
dépenses à un fonctionnaire ne peut
justifier la division de contrats pour respecter la
limite prévue à ce règlement
».
Blainville a attribué des contrats « de
gré à gré » ou «
par voie d’invitation écrite »
plutôt que par soumission publique. M.
Fleurent dit que ce n’est pas parce que la Ville
apprécie les entreprises de M. Cayer qu’elle
peut « éviter le processus formel
prévu dans la loi qui prévoit une
permission duministre dans certaines situations pour
procéder sans soumissions ».
M. Fleurent s’interroge aussi « sur la
légalité du processus »
d’attribution de contrats de services juridiques par
le directeur général de la Ville, Paul
Allard. Celui-ci avait dit au Ministère qu’il
prendrait « le blâme » s’il le
fallait. Joint sur un terrain de golf, lundi, M.
Allard a dit : « Ce qui se passe
administrativement, c’est de ma
responsabilité. »
Bien que le Ministère conclue que la loi n’a
pas été respectée,
Québec ne veut pas soumettre ce dossier
à la cour. Il recommande simplement à
la Ville « une plus grande vigilance ».
La Presse a voulu demander au ministre Laurent
Lessard pourquoi, si la loi a été
bafouée, son ministère ne va pas plus
loin, d’autant plus que M. Lessard a appuyé,
le 14 juillet, le rapport de Florent Gagné
sur l’éthique municipale. Il a
été impossible de parler au ministre.
Son attaché de presse, Sylvain Bourassa, a
dit: « Si l’une des parties est insatisfaite,
elle peut se tourner vers les tribunaux. »
John W. Babiak estime qu’on rejette le fardeau de la
preuve sur le citoyen: « Des millions ont
été dépensés d’une
façon irresponsable, dit-il. Quel est le
message qu’envoie le ministre aux
municipalités? Si vous n’observez pas la loi,
on va vous envoyer une lettre d’avertissement? Si on
ne peut pas se fier au gouvernement pour
protéger les intérêts du
citoyen, à qui doit-on s’adresser? »
Le dossier Cayer n’est pas clos à Blainville:
le commissaire au lobbyisme du Québec
procède actuellement à des
vérifications sur l’entrepreneur. Mais la
Ville de Blainville soutient indirectement M. Cayer
dans ce dossier: elle a entrepris des
démarches juridiques pour empêcher le
commissaire d’obtenir des renseignements sur les
contrats obtenus par M. Cayer depuis 2005. «
La Ville conteste notre pouvoir », regrette
Pierre Morin, porte-parole du commissaire au
lobbyisme du Québec.
Le maire Cantin, de son côté, est
très heureux du dénouement. Il
renouvelle sa confiance envers son directeur
général. « On va suivre les
suggestions duMinistère, dit-il. M. Allard
est un excellent directeur général.
»
Selon Dominic Cayer, cette histoire ne le concerne
pas. « Je n’ai pas à être
gêné d’avoir des mandats, dit-il. Je
suis un entrepreneur. Je ne pouvais pas
soumissionner auparavant car j’étais
élu et, avant, sous le maire Pierre Gingras,
je ne le pouvais pas car il ne m’aimait pas, ni les
gens de ma famille. »
M. Cayer reconnaît les liens politiques qu’il
a entretenus avec le maire Cantin et les liens
privés qui existent entre le directeur Paul
Allard lui : M. Allard lui a enseigné le
baseball quand il était jeune. « Vous
savez, Blainville, c’est un village, on se
connaît tous », ajoute-t-il.
Des quartiers à éviter…
ou à assainir - Charles
Côté
Les
personnes qui souffrent d’allergie à l’herbe
à poux feraient mieux de fuir les
extrémités est et ouest de l’île
de Montréal. Ou alors, elles devraient
participer aux campagnes d’éradication dans
leur quartier.
PHOTO BERNARD
BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE
Une étude de la
Direction de la santé publique de
Montréal indique qu’il y a plus d’herbe
à poux à Pierrefonds, Pointe-Claire,
Dorval et Lachine, à l’ouest, et
Rivière-des-Prairies, Montréal-Est
et Pointe-aux-Trembles, à l’est.
C’est ce que révèle une étude
de la Direction de la santé publique de
Montréal. Une carte publiée dans cette
étude montre qu’il y a plus d’herbe à
poux à Pierrefonds, Pointe-Claire, Dorval et
Lachine, à l’ouest, et
Rivière-des-Prairies, MontréalEst et
Pointe-aux-Trembles, à l’est.
La recherche établit aussi un lien entre
l’infestation locale et la gravité des
allergies.
Les chercheurs ont suivi près de 8000 enfants
pendant les mois d’août et septembre 2006. Les
résultats font notamment ressortir que ceux
qui habitaient l’est et l’ouest de l’île
étaient les plus touchés, ce qui
concorde avec la distribution de la plante et des
concentrations de pollen, affirme-t-on.
Dans les quartiers les plus infestés,
l’allergie touche un enfant sur quatre dans le
groupe des 6 à 12 ans. « Le
degré d’infestation locale dans le quartier
immédiat de l’enfant influence
significativement la prévalence des
manifestations allergiques », affirme-t-on
dans l’étude publiée en 2008 et
reprise hier dans le Bulletin d’information en
santé environnementale.
En
fait, il peut y a voir jusqu’à trois fois
plus de personnes touchées dans un quartier
fortement infesté que dans un autre qui ne
l’est pas.
« Même si le pollen de l’herbe à
poux peut voyager sur de longues distances, il se
dépose à proximité, à
quelques centaines de mètres, affirme le Dr
Louis Jacques, coauteur de l’étude. En fait,
c’est une bonne nouvelle. Ça veut dire que
ça vaut la peine d’agir sans son
environnement immédiat. Ça
enlève l’idée défaitiste selon
laquelle ça ne sert à rien d’agir si
le voisin ne fait rien. »
Comme il n’y a pas de règlement sur l’herbe
à poux à Montréal, l’action
locale prend toute son importance. Le
règlement sur la qualité de l’air a
été modifié en 1996 pour
exclure l’herbe à poux afin de limiter le
coût éventuel d’un recours collectif
qui avait été lancé au
début des années 90. Ce recours a
été rejeté cette année
par la Cour suprême.
« On propose d’agir même sans
règlement, pour corriger la situation, dit le
Dr Jacques. On souhaite qu’il y ait une mobilisation
très efficace dans les territoires les plus
problématiques. On essaie de sensibiliser
tous les grands propriétaires de terrains,
publics comme privés. »
« Le problème ce n’est pas l’herbe
à poux qui pousse sur le bord du trottoir de
M. et Mme Tout-le-Monde, dit-il. Ce sont les grands
terrains qui y sont propices parce qu’ils sont
à l’abandon. Il existe des solutions, mais il
faut les appliquer année après
année sur le même territoire. La plante
ne poussera pas si elle a de la concurrence. Il faut
semer et enrichir les sols. On peut en même
temps embellir les terrains! »
L’allergie à l’herbe à poux se
manifeste par la rhinite (écoulement nasal,
congestion, éternuements), la conjonctivite (
picotement des yeux, larmoiement) et l’aggravation
de l’asthme. L’asthme et la rhinite sont des
maladies fréquentes et importantes, selon la
Santé publique. Les maladies de l’appareil
respiratoire, y compris l’asthme, sont les
fréquentes causes d’hospitalisation et de
consultations médicales les plus
fréquentes chez les enfants de 0 à 14
ans au Québec.
"Pas en faillite" - Helen Fotopoulos
Vot re
quot idien a publié des articles les 6 et 7
juillet qui me forcent à rectifier le tir.
Contrairement à ce que vous avez publié,
le PlateauMont-Royal n’est pas au bord de la faillite
et l’arrondissement écarte l’imposition d’une
taxe spéciale en 2010.
« Le Plateau-Mont-Royal
n’est pas au bord de la faillite », clame la
mairesse de l’arrondissement du Plateau, Helen
Fotopulos.
Votre article du 6 juillet est basé sur une
lettre que j’ai remise au maire Tremblay il y a
près de quatre mois, le 17 mars plus
exactement. Cette lettre reflétait
fidèlement la réalité à ce
moment. Par contre, la situation a
évolué depuis.
La Presse dit que « Le Plateau (…) enregistre
des déficits année après
année ». C’est faux. Le Plateau a
enregistré des déficits seulement en
2007 et 2008, des années marquées par
des chutes de neige importantes. L’arrondissement n’a
pas fait de déficits en 2002, 2003, 2004, 2005
et 2006.
De plus, tel qu’indiqué dans la plus
récente évolution budgétaire
à être produite, en date du 30 avril et
déposée au conseil municipal du 15 juin,
nous ne prévoyons pas de déficit au
cours de l’année 2009.
Aussi, La Presse affirme que « le Plateau a (…)
(adopté) une série de compressions
importantes qui touchent les services donnés
aux 100 000 résidants du quartier » et en
fait supposément l’énumération.
C’est tout aussi faux. La lettre du 17 mars
évoquait des scénarios de compressions
qui ne se sont pas réalisés.
Et, alors que l’article affirme que « le maire
Tremblay n’a pas répondu favorablement à
l’appel de Mme Fotopulos », c’est exactement le
contraire qui s’est passé.
En effet, le conseil municipal du 30 mars 2009 (13
jours après ma lettre du 17 mars) a
autorisé « la suspension de l’obligation
de compenser le solde du déficit de gestion de
2008 et des années antérieures ».
Et lors du conseil d’arrondissement du 6 avril, nous
nous sommes prévalus de cette L’auteure est
mairesse de l’arrondissement du PlateauMont-Royal.
possibilité. En clair, nous n’avons pas
été obligés de repayer le
prêt qui nous a été alloué
par la ville centre.
Le 7
juillet, après avoir passé la
journée de la veille à rectifier le tir
erroné de La Presse dans à peu
près tout ce que Montréal compte de
médias, vous récidivez en affirmant
avoir appris que la situation financière de
l’arrondissement était « très
précaire ». J’ai des nouvelles pour vous
: ça fait longtemps que je le dis !
La mairesse Helen
Fotopulos dit que le Plateau n’est pas au bord de la
faillite, mais elle l’a affirmé dans la
lettre envoyée au maire Tremblay le 17 mars :
« Si le Plateau-Mont-Royal était un
individu, cet individu serait en situation de
faillite imminente. »
Mme Fotopulos dit
que la situation a changé. Le 17 mars, le
déficit accumulé du Plateau
était de 4,1 millions. Un porte-parole de son
administration, Louis-Jacques Pineault, nous a dit
lundi dernier que « la dette
s’élève à 4 116 600 $ ».
Son administration a elle-même dit que la
situation est « très précaire
».
Mme Fotopulos
affirme qu’elle écarte un déficit en
2009. Nous l’avons écrit dans notre texte du
7 juillet.
Elle dit que
l’arrondissement écarte une taxe
spéciale. Nous l’avons écrit le 6
juillet (le conseiller Michel Labrecque nous l’a
dit) et nous l’avons écrit de nouveau le
lendemain.
Mme Fotopulos
indique qu’il est faux de prétendre que des
compressions ont été faites. C’est son
administration qui le dit : « L’arrondissement
a dû réduire son personnel et imposer
des contraintes dans les autres familles de
dépenses, dont la presque totalité des
budgets requis pour l’expertise externe. »
Mme Fotopulos dit
que le maire Tremblay a répondu favorablement
à son appel. Pourtant, elle demandait dans sa
lettre du 17 mars de « dispenser
l’arrondissement du remboursement de sa dette
». Il ne l’en a pas dispensé. Il a
seulement accepté de reporter le
remboursement à plus tard, quand Mme
Fotopulos ne sera plus mairesse du
Plateau-Mont-Royal.
Éric Clément
LePlateau-Mont-Royal au bord de la faillite
L’arrondissement envisage une taxe spéciale en
2010 pour se sortir de l’impasse financière
EXCLUSIF
« Pour moi, le déficit n’est pas
inquiétant. C’est vrai que le problème est
à la Ville mais des démarches devront
être faites pour mieux coordonner tout cela
», dit le conseiller Michel Labrecque.
Le Plateau-Mont-Royal est au bord de la faillite et
l’arrondissement dirigé par la mairesse Helen
Fotopulos n’écarte pas l’imposition d’une taxe
spéciale en 2010 pour se sortir de l’impasse
financière dans laquelle il est plongé, a
appris La Presse.
PHOTO BERNARD BRAULT,
LA PRESSE
Dans ce document remis le 17
mars dernier à Gérald Tremblay, la
mairesse du Plateau-Mont-Royal décrit la crise
financière que vit son administration et se
livre à une véritable critique de la
gestion des sommes versées aux arrondissements
par la ville centre.
« Si le Plateau-Mont-Royal était un
individu, cet individu serait en situation de faillite
imminente », déclare Mme Fotopulos dans une
lettre adressée au maire Gérald Tremblay,
dont La Presse a obtenu copie.
Dans ce document remis le 17 mars dernier à
Gérald Tremblay, Mme Fotopulos décrit la
crise financière que vit son administration et se
livre à une véritable critique de la
gestion des sommes versées aux arrondissements
par la ville centre: « Depuis 2002, le Plateau n’a
pas la dotation qui devrait être la sienne
», écrit-elle.
Le Plateau, qui a reçu une dotation de 55,9
millions en 2009, enregistre des déficits
année après année, et le
déficit accumulé était de 4,1
millions le 31 décembre dernier.
Dans sa lettre, Mme Fotopulos estime que la politique de
l’administration Tremblay est un échec : «
Toutes les solutions d’aide du Plateau, devant aussi
s’appliquer aux autres arrondissements, ont failli
à la tâche », écrit-elle.
Crise profonde
Elle explique au maire que le Plateau a vidé
toutes ses réserves: il n’y a plus de surplus
disponible, plus aucune réserve pour le
déneigement, plus aucune réserve pour
imprévus et même « aucune
réserve pour ester en justice », Ce qui
place l’arrondissement dans une situation
extrêmement périlleuse en cas de poursuite
devant les tribunaux.
La crise est si profonde que depuis deux mois,
l’administration du Plateau verse des subventions
à des organismes « à même des
fonds qui devraient servir à rembourser une
partie des prêts consentis à
l’arrondissement », lit-on dans des documents
officiels de l’arrondissement obtenus par La Presse. Ce
sont en effet les cadres de l’arrondissement qui ont
prévenu les élus du grave péril en
cours.
En 2009, le Plateau a déjà dû
adopter une série de compressions importantes qui
touchent les services donnés aux 100 000
résidants du quartier, quoi qu’en dise le maire
Tremblay qui répète depuis des mois que
les compressions ne modifient pas les services aux
citoyens.
Mme Fotopulos énumère ces coupes dans sa
lettre. Elle évoque les réductions de
postes, les gels et les compressions des dépenses
déjà pratiqués.
« Nous sabrerons de façon très
importante dans les communications avec nos citoyens, et
ce, de façon récurrente pour les
prochaines années, écritelle. Nous
n’octroierons plus aucune subvention, et ce, de
façon récurrente, pour quoi que ce soit;
même s’il ne s’agit que de 50$ ou 200$ pour un
programme souvenir d’un club de loisirs ou une
fête de personnes âgées. Nous allons
devoir geler, et ce, pour un avenir prévisible,
presque tous les contrats professionnels . Enfin, nous
anticipons nous désengager l’an prochain du
programme des éco-quartiers. »
Dans les document s qui accompagnent les attributions de
subventions, l’équipe administrative du Plateau
écrit que « l’arrondissement a
épuisé toutes ses réserves afin de
maintenir ses activités opérationnelles et
services à la population » et elle
suggère, pour redresser la situation, que
l’arrondissement prépare un plan ou fasse appel
à « l’article 144.2 de la charte de la
Ville » qui permet aux arrondissements de
décréter la création d’une taxe
spéciale.
Mme
Fotopulos souhaite dans sa lettre qu’on ajuste à
la hausse la dotation du Plateau et même que
l’administration Tremblay accepte purement et simplement
« de dispenser l’arrondissement du remboursement
de sa dette », qui est de 4,1 millions.
La lettre de Mme Fotopulos jette un nouvel
éclairage sur ses relations avec l’administration
Tremblay.
Non seulement le ma i re T remblay n’a pas
répondu favorablement à l’appel de Mme
Fotopulos, mais le responsable des Finances à la
Ville, Sammy Forcillo, a au contraire annoncé que
les arrondissements verront leurs dotations
gelées en 2010. Celle du Plateau baissera
même de 1,1 million, si l’on en croit les
données de l’arrondissement (voir tableau).
Depuis , Mme Fotopulo s a annoncé qu’elle
quittera son poste à la mairie du
PlateauMont-Royal à la fin de son mandat et sera
candidate au poste de conseillère dans le
district de Côte-des-Neiges le 1er novembre,
toujours avec Union Montréal, le parti du maire
Tremblay.
« Pas inquiétant »
Que devra faire le prochain maire du Plateau-Mont-Royal?
« Nous promettons de réaliser une
réforme équitable des dotations si les
citoyens élisent le chef de Projet
Montréal, Richard Bergeron, à la mairie,
sinon ce sera la porte ouverte à une taxe
spéciale », dit la conseillère du
Plateau, Josée Duplessis.
Pour le consei l ler Michel Labrecque, candidat d’Union
Montréal à la succession d’Helen
Fotopulos, il n’est pas question de taxe spéciale
ni de réclamer à cor et à cri une
augmentation de la dotation.
« Moi, je n’utiliserai pas l’angle de la
récrimination, dit-il à La Presse. Il
faudra échelonner les remboursements sur quatre
ans et utiliser la cogestion de certaines
opérations avec les arrondissements voisins.
»
M. Labrecque dit, par exemple,
que comme Ville-Marie sera du ressort de la ville
centre, il serait judicieux d’en profiter pour
intégrer la direction de certains services, comme
le déneigement et la propreté, par
exemple.
« Cela permettra, avec une direction
intégrée, de partager les frais, dit-il.
Pour moi, le déficit n’est pas inquiétant.
C’est vrai que le problème est à la Ville
mais des démarches devront être faites pour
mieux coordonner tout cela. »
Or, selon Projet Montréal, des initiatives de ce
genre ne seront pas suffisantes pour résoudre la
crise. « Un comptable qui a étudié
les chiffres nous a dit que la taxe spéciale est
impossible à éviter et ne serait pas
suffisante car il faudrait qu’elle atteigne 8 à
9% des taxes foncières actuelles, ce qui est
irréaliste, dit Josée Duplessis.
Même une fois cette taxe appliquée, les
services devront être réduits au minimum
absolu, puisque ces coupes sont déjà
considérées dans le calcul.
L’administration Fotopulos doit exposer dès
maintenant les solutions budgétaires qu’elle
préconise. »
Le conseil d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal a lieu
ce soir à 19h.
PLATEAU-MONT-ROYAL La situation est «
très précaire », admet l’administration
« On
ne peut assurer que l’équilibre budgétaire
sera maintenu d’ici la fin de l’exercice financier 2009.
»
« L’arrondissement a épuisé toutes ses
réserves afin de maintenir ses activités
opérationnelles et services à la population.
Par ailleurs, la situation budgétaire de l’exercice
2009 est très précaire. »
La déclaration est issue d’un document officiel de
l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, rendu public hier,
et qui contredit les dénégations de la
mairesse du Plateau-Mont-Royal, Helen Fotopulos, qui a
contesté, toute la journée d’hier, notamment
dans les médias, le titre d’un article
publié, hier, dans La Presse, « Le Plateau
Mont-Royal au bord de la faillite ».
La mairesse a tout de même admis avoir écrit
une lettre au maire de Montréal, Gérald
Tremblay, le 17 mars dernier, dans laquelle elle
évoque une situation de « faillite imminente
» de son arrondissement. La lettre est très
dure vis-à-vis de l’administration Tremblay,
accusée de ne pas être parvenue ces
dernières années à résoudre la
question d’un financement juste et équitable des
arrondissements montréalais.
Mais la mairesse prétend que la situation a
évolué depuis mars. Or, la dette est
toujours la même, nous a dit l’administration du
Plateau, soit 4,1 millions. De plus, chaque document
officiel qui accompagnait, hier soir, la remise d’une
subvention, lors du conseil d’arrondissement, contenait un
avertissement de l’administration:
« L’arrondissement a accumulé, à la
fin de l’exercice financier 2008, un déficit de 4
116 000$ qui est composé temporairement par des
prêts de la ville centre à être
remboursés, soit par un plan déposé
et approuvé par la ville lors de la
préparation budgétaire 2010 ou ultimement en
se conformant à l’article 144.2 de la charte de la
ville de Montréal concernant les dispositions
financières et fiscales spéciales. »
L’article 144.2 prévoit la possibilité pour
l’arrondissement d’adopter une taxe spéciale.
Plus de réserves
L’ad m i n i s t r a t i on pou r - suit dans ce document
avec : « L’arrondissement a épuisé
toutes ses réserves afin de maintenir ses
activités opérationnelles et services
à la population. Par ailleurs, la situation
budgétaire de l’exercice 2009 est très
précaire. L’arrondissement a participé,
comme toutes les unités d’affaires de la Ville, au
plan de redressement visant à contrer les effets de
la crise économique et financière. Une somme
de 1,2 million a été retranchée de sa
dotation. »
Hier soir, la mairesse a critiqué La Presse en
disant qu’il était « faux » de
prétendre que l’arrondissement avait adopté
« des compressions importantes qui touchent les
services donnés aux 100 000 résidants du
quartier ».
Or, le texte de l’administration contredit la mairesse sur
les compressions réalisées sous sa
direction. « L’arrondissement a dû
réduire son personnel et imposer des contraintes
dans les autres familles de dépenses, dont la
presque totalité des budgets requis pour
l’expertise externe. Considérant ces
éléments, on ne peut assurer que
l’équilibre budgétaire sera maintenu d’ici
la fin de l’exercice financier 2009. »
Helen Fotopulos a tout de même reconnu, hier, du
bout des lèvres la gravité de la situation
financière en disant à un citoyen que
« c’est le devoir de nos services de nous rappeler
que la situation n’est pas réglée ».
D’ailleurs, les coupes aux patinoires, aux
bibliothèques et aux éco-quartiers, que
l’administration Fotopulos avait envisagées en
mars, ne sont gelées que parce que la ville centre
a permis de reporter le remboursement de la dette.
«
C’est inacceptable d’y avoir quand même
pensé », a lancé à la
mairesse Josée Duplessis, conseillère du
Plateau qui a quitté le parti du maire Tremblay
pour se joindre à Projet Montréal.
L’administration Tremblay a refusé la demande de
Mme Fotopulos de « dispenser l’arrondissement du
remboursement de sa dette ».
Mme Fotopulos a dit, hier, que l’arrondissement «
écarte l’imposition d’une taxe spéciale en
2010 » et ne prévoit pas de déficit
supplé
mentaire en 2009.
Critiques de Labonté
Hier, le chef de l’opposition officielle, Benoit
Labonté, a critiqué la façon dont
Mme Fotopulos a réagi à la nouvelle de La
Presse en ironisant: « Elle a tellement bien
géré son arrondissement qu’on l’a
envoyée ailleurs faire la même chose.
»
M. Labonté ajoute qu’il ne comprend pas comment
le conseiller Michel Labrecque peut estimer que le
déficit 2008 de 4,1 millions n’est pas
inquiétant. « Moi, ça
m’inquièterait, dit-il. C’est près de 10%
de son budget. Il ne faut pas avoir de lunettes roses.
»
Quant à la suggestion de M. Labrecque de
résoudre la crise financière du Plateau
par des accords de services avec d’autres
arrondissements, Benoit Labonté n’y croit pas.
« Les ententes interarrondissements, ça ne
tient pas debout. C’est l’équivalent d’ententes
intermunicipales. Donc, on ajoute un autre niveau
d’administration. Ça n’a aucun sens. C’est
là qu’on voit que ça ne marche pas avec
cette administration. »
Selon Anie Samson, mairesse de Villeray– Saint-Michel–
Parc Extension, le défaut de Mme Fotopulos est
d’avoir mal utilisé les fonds dont elle disposait
dans l’arrondissement du Plateau. « Regardez son
budget participatif, combien ça coûte de
l’organiser? Moi, je voudrais bien implanter ça
dans mon arrondissement, mais ça coûte trop
cher. »
Un citoyen du Mile End, Alain Tremblay, a dit à
La Presse, hier, que les travaux que l’arrondissement
est en train de réaliser rue SaintViateur
à l’est de Saint-Laurent sont inutiles. «
Ce bout de rue est en train de subir un facelift
dispendieux qui n’était pas vraiment
nécessaire, ditil. Les trottoirs et la rue
étaient en bon état. Il n’y a pas de
commerces ici. Bref, c’était tranquille. Tous les
résidents sont d’accord pour dire que c’est un
vrai gaspillage! Il n’y avait aucun besoin de faire
ça. »
En même temps, les résidants habitant
près du parc Laurier attendent toujours que l’on
répare… les lampadaires du parc. Depuis des mois,
les cyclistes traversent le parc et les enfants y jouent
dans la pénombre. Peu agréable et peu
sécuritaire. « On nous dit que ça
coûterait 400 000$ pour remettre la lumière
et qu’on n’a pas l’argent », dit Josée
Duplessis.
Mme Fotopulos est même contestée au sein de
son parti, a constaté La Presse, hier.
« Madame Fotopulos a été
critiquée autant que la mairesse
d’Ahuntsic-Cartierville, MarieAndrée Beaudoin,
dit un élu d’Union Montréal, sous le
couvert de l’anonymat. Mais pour être
honnête, il faut dire qu’à Montréal,
on n’est même pas capable d’avoir les mêmes
leviers fiscaux que Toronto. Le gouvernement Charest se
traîne les bottines... »
L’offensive
éthique
de Tremblay - MICHÈLE OUIMET CHRONIQUE
Évidemment, cette ligne n’est pas magique. Par
contre, elle lancera un signal clair aux magouilleurs.
Loin de moi l’idée de reprocher au mai re
Géra ld Tremblay le militantisme éthique qui
l ’ assai l le depuis quelques jours : lancement d’une
ligne téléphonique de dénonciation,
création d’un poste de commissaire à
l’éthique, guide de conduite pour les élus.
Toute cette agitation est saine, mais elle ne doit pas
servir à noyer le poisson. Et le poisson est gros.
On parle du plus important contrat de l’histoire de la
ville, un pactole de 355 millions que deux entreprises,
Dessau et Simard-Beaudry, ont raflé et sur lequel
flotte une odeur de scandale.
Le problème: l’apparence de conflit
d’intérêts qui a entouré l’attribution
de ce gigantesque contrat qui prévoit
l’installation de compteurs d’eau.
Je vous résume l’affaire : l’exprésident du
comité exécutif, Frank Zampino, a
voyagé sur le yacht de Tony Accurso qui a obtenu le
contrat des compteurs d’eau.
M. Zampino est un grand ami de Tony Accurso. Le consortium
qui a obtenu le contrat est composé de
Simard-Beaudry, qui appartient à M. Accurso, et de
Dessau qui a embauché M. Zampino six mois
après son départ de la vie politique. Le
voyage de M. Zampino sur le luxueux yacht de Tony Accurso
s’est déroulé en plein processus
d’attribution du contrat.
M. Zampino a protesté de sa bonne foi : tout a
été fait selon les règles de l’art.
Et pour le prouver, il a proposé au maire de lui
envoyer toutes les factures de son voyage sur le yacht
désormais célèbre de M. Accurso.
Mais quand Gérald Tremblay a précisé
que les factures allaient être rendues publiques, M.
Zampino a changé d’idée en
s’étouffant d’indignation : inquisition! Atteinte
à sa vie privée !
Voilà l’histoire. Disons les choses clairement:
ça regarde mal. Le maire le sait. D’où
l’offensive, la ligne téléphonique de
dénonciation, le commissaire à
l’éthique et tout le bataclan.
Le poisson est gros, ça prend beaucoup d’eau pour
le noyer.
Le maire était sur toutes les tribunes, hier. Il
défendait son idée de créer une ligne
téléphonique de dénonciation. Ou
plutôt de prévention, comme tenait à
le souligner Gérald Tremblay. Le mot
dénonciation le hérissait.
On peut se moquer de ces précautions oratoires.
Oui, il y aura bel et bien dénonciation, mais la
ligne ne servira pas à de la délation
bébête où n’importe quel citoyen pourra
faire un appel anonyme pour moucharder trois cols bleus
accotés trop longtemps sur leur pelle autour d’un
trou.
La ligne ne servira pas non plus à régler des
comptes avec un patron détestable ou un
collègue honni. Les plaintes devront être
sérieuses si elles veulent aboutir sur le bureau du
vérificateur de la Ville. On parle ici
d’employés témoins de corruption ou de
gaspillage de fonds publics qui auront le courage de
dénoncer un supérieur, un élu, un
collègue ou un promoteur qui s’en met plein les
poches.
Chaque personne qui utilisera la ligne devra se nommer. Son
anonymat sera protégé. Seuls les
employés et les gens qui brassent des affaires avec
la Ville pourront l’utiliser.
Les informations seront recueillies par une firme
privée, comme c’est le cas à Edmonton et
Ottawa. Elles seront ensuite acheminées au bureau du
vérificateur qui en fera l’analyse et ordonnera une
enquête s’il le juge nécessaire.
Hier après-midi, j’ai parlé au maire. Il m’a
assuré que le vérificateur, qui est
décidément un homme très occupé
par les temps qui courent, aura davantage d’argent pour
étudier les plaintes et mener ses enquêtes.
Il manque une chose au plan de M. Tremblay. Les
dénonciateurs doivent jouir d’une immunité qui
les protégera contre une sanction salariale ou un
congédiement. Sans immunité, peu
d’employés oseront se mettre la tête sur le
billot.
Évidemment, cet te l igne n’est pas magique. Par
contre, elle lancera un signal clair aux magouilleurs. Selon
une étude canadienne effectuée en 2007, 13,3%
des fraudes ont eu lieu dans des administrations publiques
et 42% de ces cas ont été
détectés à la suite d’une
dénonciation.
Hier, l’éthique était à la mode. Le
premier ministre Jean Charest a annoncé qu’il avait
bel et bien l’intention de créer un poste de
commissaire à l’éthique à la suite de
la demande de Gérald Tremblay. Les villes du
Québec auront enfin un chien de garde, ce qui va
drôlement contraster avec la simili-éthique qui
les gouverne.
Actuellement, trois petits articles de loi frileux parlent
d’éthique municipale. En gros, si un élu est
en conflit d’intérêts et qu’il se retire
lorsque son dossier est discuté, il devient blanc
comme neige. Pas fort.
Alors, un commissaire à l’éthique, c’est le
pactole.
Risque de fraude avec le système
informatisé d’approvisionnement
Le
vérificateur général de
Montréal dépose son rapport annuel
Dans son dernier rapport annuel, le septième en
autant d’années, le vérificateur
général de Montréal met en garde
l’administration Tremblay-Dauphin contre les risques
de fraude.
Aprèsavoirexaminéscrupuleusement le
système informatisé d’approvisionnement
de la Ville de Montréal, Michel Doyon en vient
à la conclusion que les utilisateurs ont trop
de latitude, et qu’en conséquence, « il y
a un risque de fraude ».
Dans le rapport annuel qu’il a
présenté hier, le vérificateur
général de Montréal, Michel
Doyon, a mis en garde l’administration
Tremblay-Dauphin contre les risques de fraude que
présente le système informatisé
d’approvisionnement de la Ville.
Le système en question, baptisé SIMON,
traite annuellement un milliard de dollars en
commandes de toutes sortes. Les achats vont de la
livraison de pierres concassées au
matériel de bureau, en passant par les
équipements de parcs municipaux.
À la lumière des vérifications
effectuées au cours du premier trimestre de
2008, M. Doyon a constaté que trop de
fonctionnaires, sur les 850 qui ont accès au
système, peuvent « créer un bon de
commande, l’approuver et en effectuer la
réception ». Ce qui signifie que des
actes non autorisés, donc possiblement
frauduleux, peuvent se produire.
Après analyse, le bureau du vérificateur
a relevé la présence de 7206
fournisseurs dans le système dont le code
postal et le numéro de téléphone
n’apparaissaient pas. « Notre travail s’est
arrêté là, a dit M. Doyon. Il
aurait été trop fastidieux de pousser
plus loin l’enquête pour déterminer s’il
y a eu des fraudes. »
Sols contaminés
Les
craintes du vérificateur général
sont par ailleurs nombreuses au sujet de la gestion
des sols contaminés, nombreux le long des cours
d’eau à proximité des voies
ferrées à Montréal. Si M. Doyon
estime que les responsables de la ville centre ont les
bonnes connaissances, il constate que le personnel des
arrondissements manque d’information. « Il y a
donc un risque d’émettre un permis sur un site
contaminé », a déploré
Michel Doyon, qui part à la retraite le 2 juin
prochain.
De façon générale, Michel Doyon
estime que la structure de la Ville de Montréal
s’est améliorée, mais qu’on peut encore
faire mieux. Il a par ailleurs signalé qu’un
meilleur financement du bureau de vérification
permettrait d’aller plus loin dans les enquêtes.
Au sujet de son successeur, Jacques Bergeron, le
vérificateur sortant a souligné qu’il
entrait en poste avec le plus gros mandat
d’enquête jamais attribué. Celui de faire
la lumière sur le contrat des compteurs d’eau
au consortium GÉNiau, formé de Dessau et
de la firme Simard-Beaudry.
En réaction au rapport, le directeur
général de la Ville, Claude
Léger, a assuré qu’il rencontrerait
« un par un » les fonctionnaires qui ont
l’autorisation d’effectuer des achats de 3000$ et plus
avec le système SIMON. Ils seraient au nombre
de 94, a-t-il dit.
En 2007, 93% des recommandations du
vérificateur ont été
réalisées ou étaient en voie de
l’être.
La société d’adoration
mutuelle - MICHÈLE OUIMET
Quant au
travail remarquable de Michel Labrecque, je mettrais un
bémol. Doit-on rappeler au maire qu’il fait
partie de l’équipe de Mme Fotopulos depuis quatre
ans? N’a-t-il pas l’ombre d’une responsabilité
dans la mauvaise gestion de l’arrondissement?
Re ma r q u a bl e . S e l o n Le Pet it Robert, ce mot
signifie marquant, notable, distingué,
éminent, insigne, rare, épatant,
formidable, extraordinaire.
Lundi, le maire de Montréal, Gérald
Tremblay, a déclaré qu’Helen Fotopulos,
qui dirige l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal depuis
2001, avait fait un travail remarquable. Donc marquant,
notable, distingué, éminent, insigne,
rare, épatant, formidable, extraordinaire.
Helen Fotopulos venait d’annoncer qu’elle ne serait pas
candidate à la mairie du Plateau le 1er novembre.
Elle réfléchit à son avenir. Le
maire en avait quasiment les larmes aux yeux.
Son remplaçant est déjà
trouvé: le conseiller du Plateau, Michel
Labrecque, un autre « qui fait un travail
remarquable comme élu et comme président
de la STM », a précisé le maire.
Lundi, Michel Labrecque, Gérald Tremblay etHelen
Fotopulos étaient assis côte à
côte face aux journalistes pour annoncer le
départ de Mme Fotopulos et son remplacement par
Michel Labrecque. Tout le monde il est beau, tout le
monde il est gentil. La société
d’adoration mutuelle.
Plusieurs élus s’étaient
déplacés pour assister aupointdepresse,
dont le maire de Rosemont–La PetitePatrie, André
Lavallée, qui a passé son temps à
se curer les oreilles et jouer avec son BlackBerry.
Comment le maire peut-il dire qu’Helen Fotopulos a fait
un travail remarquable? Le diable est aux vaches dans le
Plateau. L’arrondissement est mal géré,
les tensions sont énormes entre les élus
et l’ombudsman, Johanne Savard, qui ne s’est jamais
illustrée par des déclarations lapidaires,
a dit que c’était « difficile, très
difficile » avec le Plateau et qu’obtenir une
information était aussi pénible que
d’arracher une dent.
« Il faut vérifier les informations qu’on
nous donne, elles sont parfois non conformes à la
réalité », a-t-elle ajouté.
Une conseillère, Josée Duplessis, a
même claqué la porte pour aller rejoindre
Projet Montréal. Lemaire était au courant
des tensions, mais il a préféré
garder Mme Fotopulos parce qu’il ne voulait froisser
personne. Le syndrome du bon gars.
Des citoyens doivent patienter deux ou trois ans pour
des trucs aussi banals que boucher des trous dans les
ruelles ou éclairer la piste cyclable qui
traverse le parc Laurier.
Quant
au travail remarquable de Michel Labrecque, je mettrais
un bémol. Doit-on rappeler au maire qu’il fait
partie de l’équipe de Mme Fotopulos depuis quatre
ans? N’a-t-il pas l’ombre d’une responsabilité
dans la mauvaise gestion de l’arrondissement?
Il est en poste à la STM depuis à peine
six mois. Il n’a rien fait de remarquable. Les tarifs
n’ont pas bougé, les autobus ne se sont pas
multipliés et le service ne s’est pas
amélioré.
M. Labrecque n’a pas de permis de conduire et il se
promène en vélo. Soit. Ça ne le
transforme pas pour autant en administrateur
compétent et efficace. Il doit faire ses preuves.
Il a une sensibilité pour les transports en
commun, ce qui est déjà pas mal, mais de
là à dire que son travail est remarquable,
il y a une marge. On se garde une petite gêne.
Parlons éthique maintenant. Cette année,
Helen Fotopulos a assisté à un match du
Canadien dans la loge d’une firme d’ingénieurs,
CIMA+, au Centre Bell. Une firme qui a obtenu de la
Ville des contrats de plusieurs millions, dont celui de
la surveillance des travaux sur le boulevard
SaintLaurent qui traverse l’arrondissement de Mme
Fotopulos.
Environ 40 personnes ont envoyé une lettre
à La Presse pour défendre Mme Fotopulos.
« Une ministre de la Culture peut-elle ou
doit-elle rencontrer des artistes, des producteurs, des
agents ou des investisseurs culturels ? »
ont-elles demandé sur un ton ironique.
Mais oui, elle peut rencontrer tous les artistes de la
création si elle le désire. Dans le cas de
Mme Fotopulos, on est loin d’une rencontre innocente
entre une ministre et un artiste. On parle d’une firme
d’ingénieurs qui décroche des contrats qui
se chiffrent en millions. Un élu ne peut pas
copiner avec une entreprise, même autour d’une
simple partie de hockey. Le maire Tremblay a d’ailleurs
précisé qu’il n’aurait jamais
accepté une telle invitation.
La Ville se noie dans les scandales, l’éthique
est à la mode et malgré tout, des gens –
avocats, architectes, notaires, ingénieurs,
présidents de compagnie – défendent Mme
Fotopulos dans une lettre ouverte en affirmant qu’elle a
bien fait d’accepter l’invitation de CIMA +. Renversant.
En plus, Mme a candidement avoué qu’elle n’aime
pas le hockey. Lundi, elle a remis cette histoire sur le
tapis. Elle a déclaré qu’elle était
très fière parce qu’une quarantaine de
personnes étaient venues à sa
défense. Le maire n’a rien dit. Quant à
Michel Labrecque, il a continué de diriger le
festival Montréal en lumière même
s’il avait été élu dans
l’équipe du maire. Son festival reçoit des
subventions de la Ville. Par contre, dès qu’il a
été nommé président de la
STM, il a démissionné.
Pourquoi n’a-t-i l pas démissionné
dès son élection? On ne peut pas jouer sur
les deux tableaux: être un conseiller municipal et
conserver son emploi de directeur général
d’un organisme soutenu en partie par la ville pour
laquelle on travaille à titre d’élu. C’est
une évidence. Pas pour M. Labrecque, qui a
porté les deux casquettes pendant trois ans.
Comme si la notion d’éthique était
diluée au municipal et que chaque élu
pouvait l’apprêter à sa guise. Des fois, je
me dis que cette ville, c’est n’importe quoi.
Michel Labrecque candidat à la
mairie du Plateau
Le
conseiller municipal et président de la
Société de transport de Montréal
( STM), Michel Labrecque, est le candidat du parti
Union Montréal à la mairie du
Plateau-Mont-Royal pour les prochaines
élections municipales.
La mairesse du
Plateau-Mont-Royal, Helen Fotopulos, a finalement
pris la décision que plusieurs souhaitaient
la voir prendre : elle a annoncé au chef du
parti Union Montréal, le maire Gérald
Tremblay, qu’elle ne sera pas candidate à sa
succession le 1er novembre.
C’était écrit dans le ciel depuis
quelque temps. La mairesse du Plateau-Mont-Royal,
Helen Fotopulos, a finalement pris la décision
que plusieurs souhaitaient la voir prendre: elle a
annoncé au chef du parti Union Montréal,
le maire Gérald Tremblay, qu’elle ne sera pas
candidate à sa succession le 1er novembre.
Cela fait plus d’un an que des élus d’Union
Montréal faisaient part au maire Tremblay des
problèmes de gouvernance dans l’arrondissement
du Plateau-Mont-Royal. Dès 2006, la
conseillère Josée Duplessis avait
rencontré plusieurs fois le directeur de
cabinet du maire, Stéphane Forget, pour lui
dire que ça ne tournait pas rond dans
l’arrondissement. Mais cela n’avait rien donné.
Une réflexion a alors débuté
entre les conseillers Michel Labrecque, Isabel Dos
Santos, Josée Duplessis et Eleni Fakotakis. De
façon presque naturelle, Michel Labrecque s’est
de plus en plus trouvé à être
implicitement plébiscité pour devenir le
leader du Plateau. Les mois ont passé. Le maire
Tremblay faisait la sourde oreille, ne voulant
froisser personne.
Il a nommé M. Labrecque à la tête
de la STM. La grogne s’est quand même
poursuivie, provoquant le départ de Mme
Duplessis pour Projet Montréal, le parti de
Richard Bergeron. Quant à M. Labrecque, il a
remis en cause son avenir politique.
Le maire Tremblay a finalement estimé qu’il
aurait été dommage pour son parti de
voir partir « un homme de grand talent »,
comme il l’a dit, hier, en conférence de
presse. « Il a déjà fait un
travail remarquable comme conseiller et comme
président de la STM en moins de six mois, a dit
le maire. Il a consacré 10 ans d’efforts comme
président de Montréal en lumière
et on va fêter le 25e anniversaire du Tour de
l’île. Tu as toutes les qualités requises
pour représenter les citoyens du
Plateau-Mont-Royal. »
M. Labrecque a dit avoir pris sa décision
après avoir senti qu’il
bénéficiait d’appuis notables. Et puis,
il aime travailler à améliorer la
qualité de vie à Montréal,
notamment en ce qui a trait aux transports collectifs.
D’ailleurs, Gérald Tremblay a dit que si Michel
Labrecque est élu maire du Plateau, il
demeurera à la tête de la STM.
Question piège
Pourquoi Gérald Tremblay n’a-til pas pris la
décision de remplacer Mme Fotopulos par M.
Labrecque avant? « Cela vous aurait
évité de perdre une conseillère
», a demandé La Presse. Le maire n’a pas
répondu, laissant Mme Fotopulos dire qu’elle
avait pris la décision « seule »
après avoir fait « une analyse ».
Mme Fotopulos s’est trouvée ces derniers temps
impliquée dans divers dossiers.
L’administration Tremblay est critiquée dans le
dossier Marianopolis, un projet immobilier
situé dans l’arrondissement historique et
naturel du mont Royal. Mme Fotopulos est responsable
des parcs de la Ville. Même si elle a
demandé qu’une vérification
administrative ait lieu dans son arrondissement
à la suite de critiques de l’ombudsman, les
critiques des employés du Plateau sont
révélatrices d’un malaise.
Le fait qu’elle ait admis avoir accepté
l’invitation de la firme Cima + de se rendre l’hiver
dernier dans une loge du Centre Bell que
possède cet important fournisseur de la Ville a
aussi fait couler de l’encre. Elle estime qu’elle a
bien fait, mais des élus, notamment Michel
Labrecque, n’auraient pas agi ainsi.
Helen Fotopulos passe donc le flambeau. Hier, elle a
rappelé les contributions qu’elle a
apportées à la vie publique du Plateau:
le budget participatif, le plan de déplacement
urbain (pourtant l’oeuvre de M. Labrecque), des
règlements d’urbanisme pour favoriser une
certaine harmonie architecturale, etc. Le maire
Tremblay lui a rendu hommage, qualifiant son travail
de « remarquable ».
« Il y a un manque de leadership dans le Plateau
de la part de l’administration Union Montréal,
a dit, hier à La Presse, le candidat de Projet
Montréal qui affrontera Michel Labrecque, Luc
Ferrandez, consultant en gestion d’entreprise. Mme
Fotopulos n’est qu’un bouc émissaire. Cette
annonce est un geste de désespoir de cette
administration. »
Mme Fotopulos dit qu’elle ne sait pas encore ce
qu’elle va faire. Certains la voient succéder
à JeanGuy Chaput à la tête de la
SODEC. D’autres pensent qu’elle sera candidate dans le
district de Côte-desNeiges si la
conseillère actuelle, Francine Senécal,
ne se représente pas. Mme Senécal va
rencontrer le maire Tremblay dans les prochains jours.
Ceux qui veulent lui indiquer la sortie devront encore
attendre un peu. « Ça fait presque huit
ans que je sers les citoyens de Côte-desNeiges,
la politique est un métier exigeant, mais aussi
très valorisant. Ça ne s’est jamais
démenti », a dit Mme Senécal
à La Presse, hier.
Le maire Tremblay a également annoncé
que le maire de MontréalNord, Marcel Parent,
sera bel et bien candidat à sa propre
succession le 1er novembre.
Montréal enquête sur l’administration du
Plateau
Une
vérification administrative a été
entreprise par la ville centre pour étudier les
critiques faites par l’ombudsman de Montréal visant
l’administration du Plateau-MontRoyal sous la direction de
Johanne Falcon, a appris La Presse.
Un porte-parole de la Ville de
Montréal, Gonzalo Nuñez, a confirmé
à La Presse que le service du capital humain
avait demandé à Me Alain Bond de
coordonner l’analyse de la situation administrative dans
le Plateau-Mont-Royal, sous la direction de Johanne
Falcon. Sur la photo, l’avenue du Mont-Royal, principale
artère de l’arrondissement.
La gestion de Mme Falcon a été
critiquée sévèrement par l’ombudsman,
Me Johanne Savard, lors de la publication de son rapport,
le 29 avril dernier. Me Savard avait critiqué le
Plateau Mont-Royal pour son manque de transparence.
« Dans les faits, c’est difficile, c’est très
difficile, avait-elle alors déclaré devant
les journalistes. Au Plateau, c’est comme arracher une
dent à chaque information. Il faut même
vérifier les informations qu’on nous donne. Elles
sont parfois non conformes à la
réalité. »
Me Savard avait dit en conférence de presse que
Johanne Falcon était « au coeur du
problème » et que des employés
auraient reçu la consigne de ne pas transmettre
d’informations à l’ombudsman. D’autres auraient
été semoncés pour l’avoir fait,
avait-t-elle ajouté. « J’en ai parlé
à la mairesse de l’arrondissement plusieurs fois,
j’ai même sonné la cloche auprès du
directeur général de la Ville, qu’on avait
des grosses difficultés, avait dit Me Savard. On
est obligé de passer par des élus pour
régler des problèmes de gestion, ça
n’a pas de bon sens. »
Mme Falcon avait réagi le jour même par
communiqué et par une lettre de trois pages
envoyée au maire Gérald Tremblay, à
la mairesse du Plateau-Mont-Royal, Helen Fotopulos, et au
directeur général de la Ville, Claude
Léger.
« Mes collègues de l’équipe de
direction de l’arrondissement du Plateau-MontRoyal ont eu
la même réaction que moi : celle d’une
surprise totale », écrit-elle dans cette
lettre, ajoutant que les commentaires de Me Savard
attaquent « (sa) réputation, (sa)
crédibilité et celles de (ses)
employés ».
La conseillère du Plateau, Josée Duplessis,
au nom de Projet Montréal, avait dit souhaiter que
l’administration Tremblay fasse enquête sur les
problèmes de gestion vécus dans
l’arrondissement.
Lors du conseil d’arrondissement du 4 mai, MmeFotopulos
avait dit à l’assistance avoir évoqué
les critiques de Me Savard avec le président du
comité exécutif, Claude Dauphin, avec
l’ombudsman, avec le président du conseil
municipal, Marcel Parent, avec Pierre Reid et avec Mme
Falcon « qui m’a réaffirmé son
engagement et son respect envers l’institution et le
mandat de l’ombudsman ainsi que sa volonté de
collaborer ».
Porte-parole de la Ville, Gonzalo Nuñez a
confirmé à La Presse, hier, que le service
du capital humain a du coup demandé à Me
Alain Bond de coordonner l’analyse de la situation dans le
Plateau-Mont-Royal. « Il accompagne le service du
capital humain pour s’assurer du bon déroulement du
processus de vérification à la suite des
déclarations de l’ombudsman », dit M.
Nuñez.
Dans ce
cadre, des employés ont déjà
été interrogés tout comme la mairesse
Fotopulos. Et Mme Falcon aussi, « tout comme
d’autres personnes, dans le processus de
vérification de ces allégations qui est en
cours », a dit, hier, son conseiller politique, Marc
Snyder.
De plus, le 6 mai, des « employés et
exemployés de l’arrondissement du Plateau
Mont-Royal » ont envoyé une lettre à
Claude Léger et au directeur du service du capital
humain à la Ville, Pierre Reid. Pas pour soutenir
Mme Falcon, mais pour en rajouter.
« Nous avons pris connaissance à notre tour
AVEC STUPÉFACTION ( NDLR: écrit en grosses
lettres) de la réponse de Johanne Falcon aux
commentaires de l’ombudsman. Réponse faite au nom
de ses employés et de ses directeurs, et que nous
réfutons vivement, lit-on dans la lettre de deux
pages obtenue par La Presse. Nous souhaitons
rétablir la vérité. Nous avons
vécu, et dans certains cas, vivons toujours, des
séquelles de situations de censure grave et de
dictature militaire. Depuis plusieurs années, la
directrice de l’arrondissement impose un modèle de
gestion qui repose sur la crainte, le non-respect des
personnes, la méfiance et l’absence de
collaboration, tant entre les directions elles-mêmes
qu’entre les directions et les élus. »
Les auteurs de la lettre expliquent que s’il est important
qu’il y ait une ligne tracée entre l’administratif
et le politique, cela ne doit pas se faire « au
point où on a l’impression de travailler les uns
contre les autres ». « En livrant cette guerre
de tous les instants avec le ‘politique’, la directrice et
ses directeurs (soumis aux diktats imposés)
oublient notre raison d’être qui est celle
d’être au service des citoyens », lit-on.
La lettre évoque ensuite le « régime
de terreur mis en place par madame Falcon » qui a
entraîné « une démobilisation du
personnel, un nombre anormal de départ
d’employés vers d’autres arrondissements et de
nombreuses blessures psychologiques chez plusieurs d’entre
eux, que ce soit des cols blancs, des professionnels ou
des directeurs ».
Ces employés et ex-employés affirment que
cela fait des années qu’ils se plaignent de cette
situation, que certains « ont été
punis » pour s’être plaints et que certains
sont partis « pour préserver notre
santé mentale et physique ». Ils louent
l’ombudsman d’avoir « osé parler et
dénoncer une situation qui perdure ».
La lettre envoyée à M. Léger ne
contient pas de noms. Elle est signée «
employés et ex-employés de l’arrondissement
Plateau Mont-Royal » et comporte une adresse
courriel qui a permis à l’administration d’entrer
en contact avec eux. Les auteurs n’ont pas voulu se nommer
car ils craignent « des représailles
sévères ». La Presse a parlé,
hier, avec un des auteurs de la lettre.
Mme Falcon n’a pas rappelé La Presse.
Plateau Mont-Royal - Les
départs d’employés continuent
Les
départs d’employés du PlateauMont-Royal se
poursuivent: le directeur des Services administratifs de
l’arrondissement, Benoît Glorieux, quitte son
poste pour rejoindre l’arrondissement de Lachine
où il occupera les mêmes fonctions à
partir du 15 juin.
M. Glorieux avait été nommé en
février 2007. Il avait été
auparavant directeur des Services administratifs de
l’ex-arrondissement de Dorval, puis secrétaire
exécutif de la Commission de la fonction publique
de Montréal.
Benoît Glorieux quitte un arrondissement en pleine
crise. Le Plateau-Mont-Royal fait actuellement l’objet
d’une vérification administrative. Du
côté des élus, la conseillère
Josée Duplessis a quitté le parti du maire
Gérald Tremblay, Union Montréal, pour
celui de Richard Bergeron, Projet Montréal. Le
fait que le conseiller Michel Labrecque ne soit pas le
candidat Union Montréal à la mairie du
Plateau en novembre 2009 a causé bien des
déceptions. Il réfléchit
actuellement à son avenir.
D’autre
part, la ville centre a décrété une
vérification administrative qui concerne la
gestion effectuée par la directrice de
l’arrondissement, Johanne Falcon, critiquée
récemment par l’ombudsman de Montréal, Me
Johanne Savard. Des problèmes de transparence ont
été évoqués par Me Savard
tandis que des employés et ex-employés de
l’arrondissement se plaignent du style de Mme Falcon et
de son « régime de terreur ».
Des employés ont écrit anonymement une
lettre au directeur général de la Ville,
Claude Léger, et au directeur du Capital humain,
Pierre Reid, pour se plaindre de la situation.
L’enquêteur de la Ville, Me Alain Bond, a
déjà interrogé un certain nombre
d’employés. « Les vérifications
administratives dans cet arrondissement se poursuivent
», explique Gonzalo Nuñez, porte-parole de
la Ville.
M. Glorieux n’a pas répondu à notre
demande d’entretien, ni Mme Falcon.
Les mal-aimés du vélo - NATHALIE
COLLARD
On
pourrait réserver un espace aux cyclistes de
compétition sur le circuit Gilles-Villeneuve.
Au cours des dernières semaines,
Montréal a confirmé sa réputation
de ville de vélo. Il y a d’abord eu le
lancement de Bixi, le système de vélo en
libre-service qui remporte un franc succès dans
la métropole. Puis à la fin mai,
Montréal accueillait les épreuves de la
Coupe du monde féminine sur le mont Royal, un
événement qui réunissait les
meilleures cyclistes au monde. Enfin, le week-end
dernier, la Féria du vélo attirait des
dizaines de milliers de cyclistes qui ont fait honneur
au 25e Tour de l’Île de Montréal.
Bref, les cyclistes montréalais sont aux anges.
Enfin, presque tous les cyclistes. Car les cyclistes
de compétition, eux, se sentent laissés
pour compte. Avec raison. La Société du
parc Jean-Drapeau s’apprête à les chasser
d’un lieu d’entraînement rêvé : la
piste du circuit Gilles-Villeneuve.
Plusieurs cyclosportifs se rendent sur cette piste
bien lisse pour rouler seul ou en peloton. Rappelons
que les endroits pour le faire, à
Montréal, sont pratiquement inexistants. Il y a
bien le chemin Camillien-Houde, sur la montagne, mais
l’état de la chaussée laisse souvent
à désirer. Sans compter que les
cyclistes doivent partager l’espace avec les
automobilistes et quelques cars de touristes.
D’autres cyclistes choisissent plutôt de rouler
vers l’ouest, en empruntant la route qui longe le
fleuve Saint-Laurent vers LaSalle et Lachine. Ils
doivent toutefois emprunter des portions de la piste
cyclable où roulent les cyclistes plus «
contemplatifs ». Dangereux.
Le circuit Gilles-Villeneuve représente donc le
seul véritable endroit où
s’entraîner de façon sportive sans
craindre de percuter un promeneur du dimanche.
Bien
sûr, ces cyclistes de haut niveau qui filent
à toute allure doivent partager la
chaussée avec les utilisateurs de la piste
cyclable Saint-Lambert–Vieux-Montréal ainsi
qu’avec des adeptes du patin à roulettes.
Il y aurait eu 27 accidents liés au
vélo en 2008, ce qui a incité la
Société du parc Jean-Drapeau à
adopter de nouvelles mesures de
sécurité. On a donc annoncé
l’installation de chicanes sur la piste. La
Société songe aussi à
déplacer les cyclosportifs autour du bassin
olympique, là où on pratique l’aviron
entre autres, un circuit pas mal plus
pépère qui ne plaît pas aux
principaux intéressés.
Il n’est pas trop tard pour revenir sur cette
décision de la Société du parc
Jean-Drapeau et aménager un compromis.
On peut très bien baliser le circuit
Gilles-Villeneuve autrement et réserver un
espace aux cyclistes de compétition. On peut
également déplacer les patineurs
à roulettes autour du bassin olympique. Ce
serait plus logique.
Il y a 20 ans, le gouvernement Bourassa
annonçait la transformation du
vélodrome en Biodôme. Les cyclistes de
compétition ne se sont jamais
complètement remis de devoir céder
leur place aux manchots et aux grenouilles. Va-t-on
encore une fois leur retirer le seul endroit
où ils peuvent s’entraîner à
Montréal?
Évincés des parcs, les
clubs de rugby ripostent
Le
Rugby club de Montréal et le Club de rugby du
parc olympique ont protesté, hier soir, contre
l’administration du Plateau-MontRoyal qui a
décidé de ne plus les accueillir sur ses
terrains.
L’administration de la mairesse Helen Fotopulos et de
la directrice Johanne MacKay Falcon se serait bien
passée de cette nouvelle controverse. Mais une
cinquantaine de joueurs de rugby mécontents
avait envahi la salle du conseil pour protester.
La division des Sports, Loisirs et
Développement social du Plateau (dont la
responsable est en congé de maladie) a
refusé l’accès aux terrains aux deux
clubs estimant « qu’ils maganent » le
gazon sur lequel ils jouent depuis sept ans.
Joueur de rugby, Stéphane Hamel a dit que son
sport abîme moins les terrains que le soccer qui
entraîne une usure régulière de la
zone située près des buts.
« Le r ugby est en pleine expansion au
Québec, a-t-il dit. Nous demandons d’annuler
cette décision prise sans aucune consultation.
»
Volte-face du maire Tremblay
La mairesse Fotopulos a dit que cette question est
« examinée avec la ville centre »
et qu’une solution sera trouvée. Mais il y a
une pénurie de terrains de jeux dans
l’arrondissement pour répondre à tous
les besoins, a-t-elle ajouté.
Le 24 mars dernier, le maire Gérald Tremblay et
le conseiller municipal Michael Applebaum, responsable
du sport à la ville centre, avaient
rencontré les représentants du Rugby
club de Montréal à l’hôtel de
ville les assurant de leur soutien.
La saison de rugby a commencé au Québec
et M. Hamel trouve un peu ridicule que la seule
solution qui s’offre à ces deux clubs soit
d’aller jouer... à Sainte-Julie.
Par ailleurs, durant la séance du conseil
d’arrondissement, la conseillère de Projet
Montréal, Josée Duplessis, a voulu
savoir pourquoi le Plateau-Mont-Royal a cessé
d’être le seul arrondissement qui retransmettait
en direct sur l’internet les séances mensuelles
du conseil.
Elle a proposé un amendement à l’ordre
du jour pour discuter de cette suppression. Mais la
mairesse Fotopulos a refusé qu’il soit
évoqué ce mois-ci.
Le roi de Saint-Lambert -
Michèle Ouimet
Le maire
de Saint-Lambert, Sean Finn, m’a envoyé une
enveloppe. À l’intérieur, une copie de ma
chronique sur Montréal, celle où je parlais
d’éthique tout en traitant Gérald Tremblay
de Ponce Pilate.
Agrafée à ma chronique, le code
d’éthique de la Ville de Saint-Lambert et une note
rédigée par le maire Finn: «
Michèle, excellent article. Nous avons un code
d’éthique à Saint-Lambert depuis 1996.
» Signé : Sean.
Je ne connais pas le maire Finn, je ne l’ai jamais
rencontré.
Je l’ai peut-être croisé en 2007 lorsque les
villes défusionnées, y compris
Saint-Lambert, passaient leur temps à se chicaner
avec Longueuil. Rien de mémorable.
Un grand démocrate, le maire Finn? Pas vraiment. Il
est plutôt du genre Finn 1er. Il n’hésite pas
à envoyer des huissiers chez des citoyens qui font
des demandes d’accès à l’information
auprès de la Ville. Sa ville, pour ne pas dire son
royaume.
Pendant que le maire Finn se bat contre ses citoyens tout
en contournant l’esprit de ses règles
d’éthique, il prend le temps de m’écrire une
petite note. Je l’ai donc appelé pour discuter du
club de gol f de Saint-Lambert, sur lequel flotte une
odeur pas très catholique. Il a refusé de me
parler. Tout à coup, il n’avait plus une minute
à lui.
L’histoire tourne autour du Country Club de
Montréal (CCM), un club de golf privé
situé à Saint-Lambert auquel M. Finn, sa
femme, ses cinq enfants, un conseiller municipal et la
directrice générale de la Ville,
Michèle Lortie, sont abonnés.
Le club couvre 7 % de la superficie de Saint-Lambert. La
Ville est propriétaire; le club, locataire.
Un club qui en arrache. Le nombre de membres est
passé de 633 en 1998 à 557 en 2007. En 2006,
l’année s’est terminée avec un
déficit de 66 618$, épongé par les
membres, dont M. Finn et Mme Lortie, au moyen d’une
cotisation spéciale. Même chose en 2007 et
2008: les déficits de 110 121$ et 109 615$ ont
été payés par les membres.
Pour devenir membre à temps plein du club, il faut
verser 4900 $ par année, sans oublier un droit
d’entrée qui a fluctué dans le temps,
variant de 4000$ à 20 000$.
La Ville a
donné un bon coup de main au CCM en signant, en
2008, un nouveau bail qui court jusqu’en 2050. Un bail en
or que n’importe quel locataire rêverait de signer.
Le club doit, en principe, verser un loyer de 40 000$ par
année, deux fois moins que dans l’ancien bail. Le
CCM n’envoie pas un chèque de 40 000 $ à la
Ville. Il s’engage plutôt à investir 40 000$
dans ses immeubles et ses équipements. C’est ce que
le bail précise. Article 11.1.
Non seulement le CCM ne paie pas de loyer, mais, en plus,
la Ville subventionne ses travaux! Même tour de
passe-passe pour les loyers impayés de 2006
à 2008, soit 240 000$. Le CCM a investi près
de 240 000$. Et hop, plus de loyer à payer!
Pratique.
Autre coup de pouce: la clôture. Article 12.5 du
bail : la Ville s’engage à investir 10 000$ par
année pour l’entretien de la clôture et de la
voie d’eau qui circule à travers le terrain. Une
subvention à peine déguisée.
Les citoyens de Saint-Lambert paient pour permettre
à 600 membres de jouer au golf, dont le maire et la
directrice générale, Michèle Lortie.
C’est elle, d’ailleurs, qui a négocié le
bail au nom de la Ville.
Saint-Lambert ne nage pas dans l’argent. Depuis 2006, les
taxes ont augmenté de 4,8%.
Un groupe de citoyens a décidé de demander
des comptes au maire. Dès qu’ils voulaient obtenir
des documents, la Ville leur répondait d’utiliser
la Loi sur l’accès à l’information. Cinq
citoyens ont donc envoyé 28 demandes entre avril
2008 et mars 2009, soit 2,3 par mois.
Réponse de la Ville: il y a trop de demandes. Elle
a formulé une requête auprès de la
Commission d’accès à l’information pour
qu’elle l’autorise à ne pas en tenir compte. Elle a
même envoyé un huissier chez chacun des cinq
citoyens.
Le problème, ce n’est pas l’ampleur des sommes
impliquées, mais l’outrecuidance du maire Finn, qui
intimide des citoyens en leur envoyant des huissiers, un
maire qui dirige sa ville comme un seigneur qui n’a pas de
comptes à rendre à ses vassaux, un maire qui
refuse de répondre aux questions légitimes
des journal istes. Bref, un maire qui ne mérite pas
d’être maire.
Sean Finn se pète les bretelles parce que sa ville
a un code d’éthique. Il devrait peut-être le
relire, car il précise que « les élus
» et « le personnel de direction »
doivent éviter « de se placer sciemment en
situation susceptible de mettre en conflit, d’une part,
leur intérêt personnel ou celui de leurs
proches et, d’autre part, les devoirs de leurs fonctions
».
Et qui a proposé l’adoption de ce code en 1996? Le
conseiller municipal Sean Finn.
DES ÉPAVES DE PLUS EN PLUS
GÊNANTES - Hugo Meunier
Seringues éparpillées, graffitis,
squatteurs, risques d’incendie et d’effondrement :
quelque 500 immeubles laissés à
l’abandon défigurent le paysage urbain et
engendrent toutes sortes de problèmes dans le
voisinage. Pour contrer leur prolifération,
Montré
« Ce sont les propriétaires qui sont
responsables du nombre d’immeubles abandonnés,
et non le vieillissement du parc immobilier. »
De l oin, on dirait une ville abandonnée.
De haut en bas, on
aperçoit une ancienne école anglophone
à Pointe-aux-Trembles, le toit de l’usine
Canada Malting, une maison abandonnée dans
CentreSud et, en bas, une porte empruntée par
des intrus pour entrer dans l’ancienne brasserie
Dow, au centre-ville.
Une grappe de vieux immeubles similaires,
alignés les uns contre les autres dans un
secteur résidentiel un peu mal famé de
Pointe-aux-Trembles.
Un vaste champ broussai l leux s’étend au pied
de ces bâtiments, jusqu’à une vieille
école primaire abandonnée dont les
fenêtres et les portes sont barricadées
avec des feuilles de contreplaqué.
I l y a deux ans, des enfants grouillaient dans la
cour de l’école anglophone McLearon. Mais la
commission scolaire English Montreal l’a
fermée, faute d’élèves.
Aujourd’hui, le nom de l’école sur le mur de
briques est noirci par trois incendies criminels qui y
ont été allumés en moins de trois
mois à l’été 2007.
Des débris de verre et des bouteilles de
bière s’amoncellent devant les fenêtres
barricadées. Des graffitis haineux tapissent
les murs. « Fuck les Anglais ! » peut-on
lire à quelques endroits.
« J’ai bien hâte que quelqu’un fasse
quelque chose avec ça ! » s’exclame
Claude Marquis, qui habite en face de l’école
avec sa famille.
Il était aux premières loges pour
assister aux incendies qui ont ravagé
l’école, dont le plus violent a
entraîné des dégâts
évalués à un demi-million de
dollars. « Ça brûlait beaucoup. On
a eu peur, c’était près de la maison!
» raconte ce père de deux enfants.
Il y a quelques semaines, les pompiers sont revenus
pour un incendie de moindre ampleur. « Et par la
suite, j’ai vu des gens faire du grabuge autour de
l’école. Ils frappaient dans les fenêtres
avec des bâtons », explique la conjointe
de M. Marquis, Andrea Predescu.
Comme les gens du secteur, ils ont signé une
pét it ion visant à débarrasser
le quartier du bâtiment. « L’école
attire maintenant toutes sortes d’indésirables
», laisse tomber M. Marquis.
« Il est à peu près temps »
« Il est à peu près temps que
quelqu’un en parle », soupire un résidant
de la rue Sanguinet lorsqu’on lui demande son avis sur
le duplex abandonné depuis à peu
près un quart de siècle à
côté de chez lui.
Depuis, la maison, construite en 1895, attire les
consommateurs de drogue et les graffiteurs, sans
oublier les rongeurs et même quelques hiboux.
Derrière la façade barricadée du
duplex, il n’y a presque rien, sinon un amas de
briques et de poutres à ciel ouvert. Comme un
décor de cinéma. « Les pompiers
débarquent régulièrement. Les
murs de briques ont commencé à
s’effriter et les risques d’effondrement augmentent.
J’ai fait plusieurs plaintes à la Ville, mais
ça ne donne rien », soupire ce voisin.
Ce genre de situation n’est pas une exception et
pourrait se multiplier au cours des prochaines
années.
Des immeubles qui vieillissent
Le
vieillissement du parc immobilier risque de faire
augmenter le nombre d’immeubles abandonnés
à Montréal, qui s’élève
déjà à 500, estime le Service
incendie de Montréal (SIM). « Les
structures prennent de l’âge. Beaucoup de
bâtiments du centre-ville et du Centre-Sud ont
entre 75 et 100 ans », explique James Ross, chef
de division en santé et en
sécurité au SIM.
La situation force d’ailleurs trois a r rondissement s
– Sud-Ouest , Ville-Marie et Mercier-Hochelagaqu’elles
ne sombrent pas dans l’oubli pour autant.
Les arrondissements ont le pouvoir de recommander la
démolition des immeubles abandonnés
s’ils s’avèrent dangereux.
Les bâtiments sont d’ailleurs classés en
trois catégories par le Service incendie de
Montréal : vacants, dangereux et à
risques particuliers. « Ce n’est pas parce que
c’est laid qu’on peut faire quelque chose, même
si ça irrite le voisinage », nuance Jean
Poisson, chef de la division des permis et des
inspections de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.
Pas moins de 204 i mmeubles abandonnés sont
éparpillés sur son territoire, dont
plusieurs en état de dégradation
avancée.
M. Poisson se réjouit de l’adoption d’un
règlement municipal à la fin de 2007,
qui autorise l’imposition de lourdes amendes aux
propriétaires qui détériorent ou
laissent se détériorer leurs
bâtiments. « Ce sont les
propriétaires qui sont responsables du nombre
d’immeubles abandonnés, et non le
vieillissement du parc immobilier », croit M.
Poisson.
Dans l’arrondissement de VilleMarie, 47
bâtiments abandonnés sont dans la ligne
de mire des autorités. « On a enfin les
moyens d’exercer une pression sur les
propriétaires » , explique le
porte-parole de l’arrondissement, Jacques-Alain
Lavallée, en r é f é r e n c e au
nouve au règlement.
Quant aux immeubles squattés du centre-ville,
M. Lavallée souligne qu’il est conscient du
problème. « On ne peut pas toujours
être là », plaide-t-il.
L’arrondissement du Sud-Ouest abrite aussi son lot de
bâtiments condamnés, soit 49, dont
plusieurs immeubles industriels. Un nombre qui
pourrait diminuer, croit Normand Proulx, directeur en
aménagement urbain et du service aux
entreprises de l’arrondissement.
À l’instar de la Ville, plusieurs groupes
communautaires du SudOuest maintiennent une pression
sur les propriétaires pour que les immeubles
vacants connaissent une seconde vie.
Le Service de police de la Ville de Montréal a
d’ailleurs chassé la semaine dernière
une centaine de personnes qui occupaient une usine de
chandelles désaffectée à l’angle
des rues Atwater et Saint-Patrick. Les
évincés mi l itaient contre la
conversion des bâtiments abandonnés du
quartier en copropriétés plutôt
qu’en logements sociaux. Maisonneuve – à
assurer une surveillance permanente et à tenir
un registre des immeubles abandonnés, qui
appartiennent pour la plupart à des
particuliers.
Incendie, vieillissement des structures,
déménagement, décès,
faillite, succession, difficultés à
vendre : les raisons qui poussent les gens à
abandonner leurs immeubles sont nombreuses.
Certains propriétaires continuent de payer
leurs impôts fonciers. D’autres se sont
évanouis dans la nature.
Tous ont cependant la responsabilité de fermer
les accès à leurs bâtiments, sous
peine d’amendes.
Ce qui ne veut toutefois pas dire que ces immeubles
sont impénétrables.
Règlement plus musclé


Avec les années, plusieurs de ces épaves
urbaines finissent par se fondre dans le décor.
Les autorités assurent
« Ici, c’est une zone de guerre! »
Un
propriétaire à bout de souffle n’arrive
pas à vendre une ancienne usine
délabrée
Certains propriétaires se retrouvent souvent
malgré eux avec leurs bâtiments
condamnés. « Ici, c’est une zone de
guerre! » s’exclame l’un d’eux, Steven Quon,
devant ce monstre architectural rouillé et
couvert de graffitis qui fut jadis la Canada Malting,
une malterie du sudouest de Montréal.
L’ancienne usine de Canada
Malting, à vendre depuis quelques
années, ne trouve pas preneur. En attendant,
des intrus y entrent souvent et causent des
méfaits, au grand dam du propriétaire.
Construit au début du XXe siècle, le
bâtiment possède un intérêt
patrimonial indéniable avec ses gigantesques
silos hauts de 37 mètres, dont le plus ancien
date de 1905. C’est la dernière construction du
genre en Amérique du Nord. Des centaines
d’employés y travaillaient après la
Seconde Guerre, jusqu’à la fermeture de
l’usine, en 1980.
Le père de Steven Quon en a fait l’acquisition
au début des années 80 pour y entreposer
du soya et du maïs. Les activités ont
cessé peu de temps après et l’usine est
à l’abandon depuis près de 25 ans.
Un quart de siècle à être la cible
des vandales, graffiteurs, voleurs de métaux,
de cuivre et de fils électriques.
Pour repousser ces envahisseurs, il n’y a que Steven
Quon et une poignée d’employés,
constamment en train d’ériger des murs d’acier
et des barricades pour bloquer les accès.
Il y a tout juste quelques semaines, le groupe
d’intervention tactique du Service de police de la
Ville de Montréal a dû intervenir pour
déloger des jeunes qui avaient trouvé
refuge dans la forteresse abandonnée.
Du haut de leur perchoir – d’où on a une vue
imprenable sur le mont Royal et le centre-ville –, une
ronde presque quotidienne », raconte l’homme,
qui refuse d’être identifié de peur de
s’attirer les foudres des vandales.
Combat épuisant
Après des années de combat contre les
visiteurs indésirables, les Quon sont
épuisés. Ils veulent vendre depuis
quelques années, mais aucun acheteur n’a fait
d’offre concrète. « Les gens qui veulent
l’acheter souhaitent démolir l’usine et
construire des immeubles d’habitation » , soul
igne ces intrus se sont amusés à lancer
des briques et toutes sortes de projectiles aux
policiers.
Le couvreur du garage voisin a assisté à
cette scène à saveur
médiévale. « Ils lançaient
des briques par les fenêtres. Ils ont
brisé toutes nos vitres, c’était
l’enfer. Un de mes amis en a reçu une à
l’estomac, il est tombé. Les policiers viennent
ici 30 ou 40 fois par année et font maintenant
André Riendeau, l’agent immobilier qui
représente la famille.
Démolir le bâtiment coûterait entre
2 et 3 millions de dollars, estime Steven Quon. Pour
démolir un immeuble classé au
patrimoine, il faut au préalable obtenir un
permis de la Ville. Pour ce faire, il faut
démontrer que l’édifice est dangereux.
Un projet résidentiel à l’ancienne
Canada Malting nécessiterait un changement de
zonage, et les futurs acheteurs devront voisiner avec
une entreprise de produits chimiques. Bref, plusieurs
raisons susceptibles de rebuter d’éventuels
promoteurs, au grand dam des Quon. « On aimerait
déplacer l’entreprise d’à
côté pour permettre le
réaménagement de la Canada Malting
», explique de son côté Normand
Proulx, directeur de l’aménagement urbain et du
service aux entreprises de l’arrondissement du
Sud-Ouest.
La situation exaspère Gaétan Sirois, qui
a déjà travaillé pour la Canada
Malting. Lors de notre passage, il revenait pour la
première fois sur les lieux de son ancien
travail, après 26 ans. L’ancien employé
était sans voix. « C’est un choc. Je me
souviens que, à l’époque, il y avait 58
camions qui faisaient la file rue Saint-Ambroise pour
prendre leur cargaison », raconte M. Sirois,
devant les ruines de l’usine.
Visite guidée
Chaussé de bottes et d’un casque de
sécurité, armé d’une lampe de
poche, Steven Quon a profité du changement
d’une barricade au rez-de-chaussée pour visiter
l’usine. Nous l’avons accompagné.
L’endroit est un véritable labyrinthe aux
escaliers rouillés et étroits, dont les
pièces sont presque devenues des salles
d’exposition de graffiteurs.
Il faut faire preuve de prudence en grimpant les
escaliers puisque plusieurs marches manquent, de
même que des rampes.
Même chose pour les épais planchers en
béton et en brique, troués comme un
gruyère à certains endroits.
Attirés par ce décor lugubre rempli
d’immenses cuves et autres vestiges de l’usine,
quelques producteurs y ont tourné des films,
notamment Battlefield Earth, avec John Travolta.
Steven Quon craint que des jeunes ne s’introduisent
à l’intérieur et se blessent. Il est
d’ailleurs catastrophé par une vidéo
récente diffusée sur le web, dans
laquelle on aperçoit un ado d’environ 13 ans
sauter d’un silo à un toit situé
à 7 ou 8 mètres de distance et 10
mètres plus bas. Le jeune casse-cou s’en est
tiré avec une jambe cassée, mais une
telle cascade aurait pu lui être fatale.
« C’EST MA VIE, ICI »
Le
promoteur voulait acheter leurs bâtiments. Ils
ont refusé. Aujourd’hui, ils sont
menacés d’expropriation. Derniers Mohicans du
Red Light, Gaby Haddad et Johnny Zomboulakis
expliquent pourquoi ils ne veulent pas partir…
« Ça fait 25 ans que j’attends la
revitalisation du boulevard SaintLaurent. Pourquoi
est-ce que je partirais quand ça commence
à devenir intéressant? »
Johnny Zomboulakis, propriétaire du
Café Cléopâtre, persiste et
signe: pas question pour lui de vendre l’immeuble
qu’il occupe depuis 1976. La Société
de développement Angus, qui mène le
projet du Quadrilatère Saint-Laurent, lui a
fait des propositions en ce sens. Mais en acceptant,
il aurait sonné le glas de son commerce.
« Il aurait fallu une offre aussi folle que
l’idée de partir », dit-il.
Même c hos e pou r Gaby Haddad, dont la
famille est propriétaire depuis un
demi-siècle de l’immeuble situé au
1186, boulevard Saint-Laurent (épicerie
Importations Main). Selon lui, les offres d’Angus
sont loin de correspondre à la valeur en
hausse du terrain. « On est loués
à 100%. C’est une bonne source de revenus. Le
lot est convoité. On n’est pas pressés
de vendre. Surtout si la Main doit redevenir
prospère. »
Avec les propriétaires des édifices
abritant le Montréal Pool Room et le Club
Opéra, Johnny Zomboulakis et Gaby Haddad sont
les derniers Mohicans qui résistent encore au
projet de la Société de
développement Angus. À eux quatre, ils
possèdent presque 50% de ce qui est
appelé à devenir le
Quadrilatère SaintLaurent. Autant dire un bon
morceau.
Évidemment, leur obstination ne fait pas
l’affaire du promoteur qui a multiplié les
pressions pour arriver à ses fins. « La
première fois qu’on s’est rencontrés,
ils m’ont dit que si on ne vendait pas, la Ville
allait nous exproprier. La rencontre a duré
cinq minutes », raconte M. Haddad. « Un
matin, ils ont carrément placardé ma
porte avec du bois. », ajoute M Zomboulakis,
encore insulté. Rendu là, c’est grave.
»
Cow-boys, les gens d’Angus? Christian Yaccarani, le
promoteur responsable du projet, s’en défend.
«Lors de l’assemblée d’information
publique que nous avons tenue le 14 avril dernier, ils
ne sont malheureusement pas venus défendre leur
point de vue. J’ai discuté avec eux et je leur
ai dit que je préférais une entente de
gré à gré. Je leur ai
parlé d’expropriation parce que les discussions
ne peuvent durer indéfiniment.»
Faute d’une entente « à l’amiable
», la Ville a finalement repris le dossier. Le
28 avril dernier, le conseil municipal a
autorisé la démolition de tous les
bâtiments du boulevard SaintLaurent
situés du côté ouest entre la rue
Sainte-Catherine et le Monument-National, incluant
ceux qui ne sont toujours pas vendus. À moins
d’une recommandation contraire de l’Office de
consultation publique, et en admettant que celle-ci
soit acceptée par les élus, cela
signifie que les Mohicans seront expropriés
avant longtemps pour permettre la mise en chantier du
Quadrilatère Saint-Laurent.
Cela n’est pas sans inquiéter M. Zomboulakis,
qui devra céder son commerce et une bonne
partie de sa vie.
« J’ai passé 33 ans ici. J’ai
commencé comme serveur et j’ai
réalisé mon rêve en devenant
propriétaire de club. La Ville, qui est
supposée nous protéger, veut me
déloger contre mon gré. Depuis quand
faut-il tuer le plus vieux pour que le plus jeune
puisse grandir? Ce n’est pas comme ça qu’on
fait l’Histoire. »
Quadrilatère Saint-Laurent : Feu vert
à deux projets controversés
- Mario Cloutier
À la suite d’une autre réunion de
son comité exécutif hier matin, la
Ville de Montréal a décidé,
in extremis avant la campagne électorale,
d’aller de l’avant avec deux projets immobiliers
controversés dans le Quartier des
spectacles.
Ces projets de la Société de
développement Angus (SDA) devront toutefois
recevoir l’approbation du conseil municipal, lundi
prochain.
Il s’agit du Quadrilatère Saint-Laurent,
qui doit offrir
desespacesdebureauxàHydroQuébec et
qui a fait l’objet de plusieurs objections
soulevées par l’Office de consultation
publique de Montréal.
Le comité exécutif a passé
outre, mais a donné un
échéancier de cinq ans, plutôt
que trois, au promoteur afin d’éviter des
expropriations trop coûteuses. Le Club
Cléopâtre, situé boulevard
Saint-Laurent, est l’un des deux commerces qui
refusent de faire place au projet proposé
par Angus.
«Il faut aller de l’avant. Je peux dire que
c’est la fin de ce que certains appelaient de
l’immobilisme que nous célébrons
avec ces deux projets», a souligné la
responsable de la Culture au comité
exécutif, Catherine Sévigny.
L’autre
projet est l’édifice à vocation
culturelle du métro Saint-Laurent qui
abritera le nouveau cinéma
Parallèle, l’École de danse moderne
et d’autres centres de formation.
La Ville songeait à revoir le contrat la
liant à la SDA, étant donné
les conditions avantageuses accordées au
promoteur, mais le comité exécutif
en a décidé autrement.
Le promoteur devra payer le terrain 2,9 millions
de dollars, mais il aura droit à une
subvention de 1,2 million en vertu de la vocation
culturelle de l’édifice.
«Le prix de vente est celui de la valeur
marchande, souligne Catherine Sévigny. Mais
on exige aussi un minimum d’espace en faveur
d’organismes culturels.» La SDA se
réjouit de la décision prise par le
comité exécutif. Le promoteur
souligne que le projet du Quadrilatère
Saint-Laurent reflète désormais les
préoccupations des citoyens et des
organisations qui se sont prononcés lors de
la consultation publique.
« Vu la sensibilité des
Montréalais à cette artère
mythique de Montréal, nous savions
dès le départ que ce projet allait
donner lieu à des négociations
ardues, a dit le président de la SDA,
Christian Yaccarini. On s’efforce de
réaliser un beau et un bon projet pour
Montréal.»
QUADRILATÈRE SAINT-LAURENT
Levée de boucliers contre le projet du
promoteur - Sara Champagne
Le
promoteur du Quadrilatère du boulevard
Saint-Laurent a beau vouloir commencer les travaux
en janvier 2010, afin d’être dans les
délais du déménagement
d’Hydro-Québec prévu en 2012, il devra
affronter une levée de boucliers. Tant
l’actuel propriétaire du Café
Cléopâtre que celui du Montréal
Pool Room, connu pour ses hot-dogs,
préfèrent de loin demeurer là
où ils sont depuis des décennies.
À la suite de l’article paru dans La Presse
hier, qui dévoilait les recommandations de
l’Office de consultation publique de Montréal
(OCPM), la direction du Café
Cléopâtre n’a pas tardé à
féliciter l’instance au sujet de l’importance
de conserver les institutions dans le secteur Lower
Main, indépendamment de leur nature. Lors
d’un entretien, en après-midi, le fils du
propriétaire du Café, Dimitri
Zoumboulakis, a affirmé qu’aucune offre n’a
de toute façon été
déposée par le promoteur
(Société de développement Angus
représenté par Christian Yaccarini).
« Nous sommes ouverts à discuter, mais
il est clair que nous préférons
demeurer où nous sommes. Notre
clientèle est établie depuis 30 ans et
on accueille des visiteurs de l’Europe et de l’Asie.
Ailleurs, ce ne serait pas la même chose. Nous
avons notre place sur la Main, nous en faisons
partie. »
Maire de Ville-Marie et candidat pour le parti de
l’opposition officielle à l’hôtel de
ville, Vision Montréal, Benoit
Labonté, bien au fait du projet de
construction d’un édifice de 12 étages
avec commerces au rez-de-chaussée, estime
pour sa part que « l’échéancier
de la SDA est artificiel ».
Tremblay muet
À la Ville de Montréal, ni le maire
Tremblay ni son exécutif n’ont
accepté de commenter publiquement la sortie
du rapport critique de l’OCPM. Et ce, même
si l’instance consultative a décidé
de dévoiler publiquement ses conclusions,
hier aprèsmidi, à la suite de la
parution des conclusions dans La Presse. Il
était initialement prévu que le
rapport soit présenté aux
élus la semaine prochaine.
Quant au principal concerné, Christian
Yaccarini, de la SDA, il a expliqué qu’il
ne voulait formuler aucun commentaire, même
après la diffusion publique. « Je
vais d’abord prendre connaissance des rapports.
»
Dans son volumineux rapport, l’OCPM estime que le
projet n’est pas « mûr » pour
sortir de terre. Le concept architectural est
largement critiqué pour sa
volumétrie et sa densité. Quant aux
enjeux patrimoniaux, les commissaires proposent
quatre options, dont la restauration des
édifices existants.
« J’espère que l’administration va
recevoir le rapport et l’accepter par courtoisie
pour tous les citoyens, des
bénévoles faut-il le
préciser, qui ont participé aux
audiences, dit Dinu Bumbaru, dirigeant de
l’organisme Héritage Montréal. Il ne
faut pas que le quadrilatère devienne un
objet de politicaillerie. Une équipe
d’experts devrait être mise en place par la
Ville. La SDA a beau avoir de l’expérience
avec le Technopôle Angus, il reste que le
centre-ville est à part. Et le patrimoine
de la Main tient aussi à son
atmosphère et à sa culture. »
Un rapport critique le projet du Red
Light - Sara Champagne
Office de consultation publique de Montréal
EXCLUSIF
L’Office de consultation publique de
Montréal (OCPM) croit que, même
redessiné, le Quadrilatère
Saint-Laurent n’est pas « mûr »
pour sortir de terre. Il juge les délais de
construction trop serrés, voire
carrément irréalistes. C’est ce qui
ressort du volumineux rapport qu’il doit remettre
lundi aux élus de Montréal, et que
La Presse a obtenu.
PHOTO
ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE
Un rapport à
paraître lundi met en doute la
volonté de la Société de
développement Angus de sauvegarder six
façades, dont celle du Café
Cléopâtre, sur le boulevard
Saint-Laurent.
L’OCPM ne mâche pas ses mots pour renvoyer
le promoteur à sa table à dessin.
S’il salue l’idée de redonner vie au
secteur voisin du futur 2-22 SainteCatherine et du
MonumentNational, il accueille froidement le
concept d’une tour de 12 étages
censée abriter les bureaux
d’Hydro-Québec et des commerces au
rez-de-chaussée.
L’ i n s t a nc e c ons u l t a t i ve
suprême de la Ville en matière de
grands projets métropolitains
prévient même le maire Gérald
Tremblay que le projet n’en est qu’au «
stade de concept ».
Afin de tirer leurs conclusions, les commissaires
experts de l’OCPM ont tenu six séances
publiques, accueilli plus de 300 citoyens, dont
plusieurs provenant d’organismes, et
analysé 32 mémoires, en plus de
recevoir une pétition pour sauvegarder le
Café Cléopâtre, qui se trouve
dans le secteur visé. Tant l’architecture
du concept de la Société de
développement Angus (SDA),
évalué à 165 millions de
dollars, que les enjeux patrimoniaux et la gestion
du projet sont décriés.
« Façadisme »
De façon générale, l’Office
estime que l’objectif de terminer la construction
en janvier 2010 afin de répondre aux
besoins d’Hydro-Québec, qui souhaite
emménager à ce moment, ne doit pas
devenir « l’arrêt de mort du projet,
sorte de guillotine temporelle ».
Plus précisément, les commissaires
se questionnent sur la volonté de la SDA,
que dirige Christian Yaccarini, de sauvegarder les
façades de six commerces existants, dont le
Café Cléopâtre, en concluant
des ententes d’acquisition de gré à
gré.
Sans nommer explicitement la boîte de nuit
exotique, l’instance recommande que les «
activités culturelles existantes et viables
soient relogées à proximité,
indépendamment de leur nature ». On
ajoute qu’au moins deux étages du
bâtiment – pas seulement le
rez-de-chaussée – devraient être
alloués à des activités
« commerciales, sociales, culturelles et
documentaires ».
Au sujet des six immeubles existants, les
commissaires répètent plusieurs fois
que le projet est situé dans l’aire
protégée du Monument-National et
retiennent les arguments des citoyens qui ont
accusé le promoteur de faire du «
façadisme ». Sans imposer un
scénario de restauration coulé dans
le béton, quatre options de sauvegarde sont
proposées, avec l’impératif
d’engager un spécialiste du patrimoine.
Malaise architectural
Au cours des consultations, le concept
architectural , qui prévoit un basilaire de
six étages – la hauteur du MonumentNational
–, amaintes fois soulevé la controverse. Et
davantage quand le promoteur a surpris tout le
monde en déposant des plans
révisés en plein processus. Ce qui,
selon l’OCPM, n’a pas permis au projet de «
mûrir » suffisamment.
Jugée trop massif, l’immeuble de couleur
argentée est critiqué tant à
cause de son volume excessif que de sa
densité. Son intégration dans un des
hauts lieux de l’ancien Red Light, ou Lower Main,
a aussi été remise en question.
« La Commission partage ce malaise »,
indique-t-on en fin de rapport.
Pour des considérations patrimoniales,
l’Office recommande donc à la Ville
d’exiger du promoteur SDA qu’il refasse ses
devoirs quant au recul du bâtiment et
à sa hauteurs afin de maintenir le
Monument-National en vedette. On suggère
également de construire « hors site
» une partie des bureaux
d’HydroQuébec, dans un concept de campus
souple.
Le rapport de l’OCPM risque de susciter de
nombreuses réactions au cours des prochains
jours, à seulement quelques semaines de
l’ouverture officielle de la campagne
électorale municipale. L’organisme de
protection du patrimoine Héritage
Montréal s’est déjà
opposé au projet, de même que de
nombreux architectes et urbanistes de renom.
Lors des séances de l’Office, le promoteur
Christian Yaccarini avait expliqué que
l’entente avec Hydro-Québec ne permettait
pas de repousser les échéanciers de
construction. « Les élus devront
trancher rapidement », avait-il
précisé. Le rapport sera
étudié par le comité
exécutif du maire Tremblay avant
d’être soumis à l’approbation du
conseil municipal, à la fin du mois.
UN CHANTIER PHARE
Avec la nouvelle place des Festivals, le projet
du Quadrilatère Saint-Laurent, entre le
Monument-National et la rue Sainte-Catherine,
bordé par le boulevard Saint-Laurent, les rues
Sainte-Catherine et Clark, est l’un des projets phares
de la revitalisation du centre-ville. Son promoteur,
la Société de développement Angus
(SDA), est également celui du projet du 2-22
Sainte-Catherine, future vitrine culturelle, dans le
Quartier des spectacles. L’Office de consultation
publique de Montréal devrait d’ailleurs
dévoiler son rapport à ce sujet au cours
de la semaine prochaine.
QUADRILATÈRE SAINT-LAURENT Le
projet crée beaucoup de remous…
Se fera?
Ne se fera pas? Une chose est sûre : le projet du
Quadrilatère Saint-Laurent n’a pas fini de
créer des remous. Les consultations publiques se
sont terminées cette semaine avec les
recommandations des citoyens et des org
La Société de développement
Angus(SDA) projettedeconstruire un édifice
à bureaux de 12 étages et 300 000 pi2 du
côté sud-ouest du boulevard Saint-Laurent,
entre le Monument-National et la rue Sainte-Catherine.
Selon le promoteur, Hydro-Québec doit être
le principal locataire du bâtiment. Le
rez-de-chaussée sera occupé par des
commerces à vocation équitable et «
responsable ». Le projet, d’une valeur de 150
millions de dollars, s’inscrit dans une vaste
opération de « requalification » du
secteur et dans la mouvance du Quartier des spectacles.
PHOTO ARCHIVES LA
PRESSE
Trois
commerçants au coeur de la Main refusent de
vendre leur immeuble. Mais la Ville de Montréal
pourrait permettre leur expropriation.
Les ajustements
À la suite des recommandations de trois
comités-conseil (Conseil du patrimoine,
Comité d’architecture et d’urbanisme,
Comité consultatif d’urbanisme de
l’arrondissement), qui critiquaient la hauteur et
l’emplacement de l’édifice, la SDA a
accepté de revoir son projet. Elle a
réduit le nombre d’étages de 15 à
12, et la hauteur de l’édifice de 65 à 48
m. Les coins de l’immeuble ont été
arrondis et ses façades placées en
retrait, à plus de 9 m de la rue. Sa mise en
chantier nécessitera néanmoins des
modifications au plan d’urbanisme, tant sur la
densité (on passerait de 6 à 7,7) que sur
la hauteur permise (de 25 à 48 m).
Les résistances
Malgré ces belles promesses, le
Quadrilatère Saint-Laurent est loin de faire
l’unanimité. Ce coin de rue unique et historique,
lieu de transit de plusieurs générations
d’immigrants et ancien coeur du Red Light de
Montréal, s’avère particulièrement
sensible. Selon la Ville, certains immeubles des
années 1880 auraient une valeur exceptionnelle...
Mais les études patrimoniales de la SDA disent le
contraire. Le promoteur prévoit démolir
une dizaine d’édifices pour concrétiser
son projet. Il promet en revanche de conserver les
façades et de les intégrer au futur
bâtiment, un compromis qui est loin de contenter
les architectes et les tenants du patrimoine qui se sont
prononcés sur la question.
Plusieurs s’inquiètent en outre de cette tour
à bureaux de 300 000 pi qui surplombera l’un des
coins de rue les plus animés et mythiques de la
ville. Dévisagera-t-elle le quartier ?
Perturbera-t-elle son « écosystème
» unique ? Sa vie nocturne ? Quelles seront les
conséquences au chapitre de l’ensoleillement? Du
vent ? L’organisme Culture Montréal estime que le
projet va « à l’encontre de ce qui devrait
être l’un des principaux objectifs pour le
Secteur, i.e. l’augmentation de la fréquentation
piétonne sur le boulevard Saint-Laurent et la rue
Sainte-Catherine. »
Enfin, trois commerçants – toujours actifs sur la
Main – refusent de vendre leur immeuble. Faute d’une
entente de gré à gré, la Ville
pourrait envisager leur expropriation. Une
pétition circule en ce moment sur le web pour la
sauvegarde du Cabaret Cléopâtre.
Les perspectives
L’Office de consultation publique doit remettre son
rapport au plus tard début août. La suite
du projet dépendra de ses recommandations.
À noter que, à la toute fin du processus,
le ministère de la Culture aura aussi son mot
à dire puisque le Quadrilatère se situe
dans l’aire de protection du MonumentNational,
classé patrimonial par le gouvernement
provincial.
Plusieurs centaines de citoyens ont participé
à une ou l’autre des cinq soirées
d’information organisées par l’Office durant le
mois de mai, qui ont déposé une
cinquantaine de mémoires disponibles sur le site
internet de l’Office: www.ocpm.qc.ca.
… et le promoteur s’impatiente
QUADRILATÈRE SAINT-LAURENT
Le promoteur du Quadrilatère Saint-Laurent,
pierre angulaire du futur Quartier des spectacles,
lance un ultimatum à la Ville de
Montréal : le projet devra recevoir
l’approbation des élus avant les prochaines
élections municipales, faute de quoi la Main
devra se passer du promoteur.
Le président de la
Société de développement Angus,
Christian Yaccarini, a critiqué hier la
lenteur du processus de décision lors de la
dernière consultation publique sur le
réaménagement du Quadrilatère
Saint-Laurent.
C’est un véritable cri d’alarme que le
président de la société de
développement Angus , Christian Yaccarini, a
lancé hier au lendemain de la dernière
séance de consultation publique sur le
réaménagement du Quadrilatère
Saint-Laurent et du 2.22 Sainte-Catherine.
Christian Yaccarini n’est toujours pas parvenu
à s’entendre de gré à gré
avec le propriétaire du Café
Cléopâtre pour le rachat de l’immeuble.
Et il craint maintenant les effets de la naissance
d’un mouvement en faveur de la sauvegarde de ce bar de
danseuses emblématique du boulevard
Saint-Laurent. Une pétition circule
actuellement sur l’internet afin de préserver
les spectacles de contre-culture qui y sont aussi
donnés.
Un dossier « patate chaude »
« Le danger, c’est que ça dérape
et que les élus disent : ce dossier est une
patate chaude, alors on va attendre après les
élections pour se prononcer. Mais si on attend
après les élections, il n’y a plus de
projet parce que les travaux ne pourront pas commencer
dans les délais prévus », a-t-il
menacé hier, lors d’une conférence de
presse. Les séances du conseil exécutif
des mois d’octobre et de novembre seront
annulées en raison du scrutin, et M. Yaccarini
devrait attendre au mois de décembre avant
d’être fixé. Trop tard pour entreprendre
les travaux en mars 2010 comme prévu, dit-il.
Or, la SDA est pressée par les demandes de la
société HydroQuébec, qui a
signé une lettre d’entente pour occuper le
Quadrilatère à partir de 2012, à
la fin de son bail dans ses locaux actuels du
boulevard RenéLévesque. « Si le
bâtiment n’est pas prêt en 2012, il nous
faudra complètement réanalyser la
faisabilité du projet », a
confirmé hier le porte-parole de la
société d’État, Marc Brian
Chamberland.
Mais
la disparition du Café Cléopâtre
est loin d’être la seule source des critiques
soulevées lors des consultations. La hauteur du
bâtiment, son intégration dans
l’architecture environnante, ses effets sur le
quartier et la préservation du patrimoine se
retrouvent aussi au coeur de la cinquantaine de
mémoires produits dans les dernières
semaines. « Ce projet aurait tout
intérêt à mieux intégrer
les bâtiments existants », a
soulevé hier le président
d’Héritage Montréal, Dinu Bumbaru, au
cours d’un entretien téléphonique.
Processus long et compliqué
Christian Yaccarini réplique que les
récriminations arrivent bien tard dans la mise
au point du projet. « Ce n’est pas facile de
mener des projets à Montréal. Les
consultations arrivent en bout de piste, le processus
est long et compliqué », a-t-il
critiqué.
Une douzaine d’organismes étaient
présents, hier, pour appuyer M. Yaccarini.
« Nous avons intérêt à lui
simplifier la vie », a plaidé Michel
Leblanc, président et chef de la direction de
la chambre de commerce du Montréal
métropol itain. « Comme le projet est
voisin de la tour Hydro-Québec et du complexe
Desjardins, il y a quelque chose de surréaliste
à ce que l’on en soit encore à remettre
en question les hauteurs proposées. Nous sommes
au centre-ville ! »
Joint par La Presse, le responsable du dossier
à la Ville de Montréal , André
Lavallée, a indiqué que certaines
critiques soulevées dans ce dossier
étaient « surprenantes » : «
On rêve de projets très positifs pour
l’avenir de Montréal. Le Café
Cléopâtre n’est pas un lieu d’une
qualité exceptionnelle. » Il a toutefois
insisté sur le fait que les consultations
devaient suivre leur cours et que ce n’est qu’à
la lueur des recommandations de l’Office que les
élus pourront se prononcer.
Le propriétaire du bar de danseuses, John
Zoumboulkakis, maintient de son côté que
son établissement devrait être
intégré dans le projet de M. Yaccarini
et l’accuse de ne pas avoir été à
l’écoute des demandes des commerçants
des environs. Il nie avoir reçu une offre de
2,5 millions pour son immeuble, comme l’a
affirmé M. Yaccarini.
Bergeron « fier » de ses
propos - Daphné Cameron
VIDÉO DE 1999
Malgré ses propos étonnants sur la
conduite des femmes et des camionneurs, Richard
Bergeron est « f ier » d’une entrevue
controversée qu’il a accordée sur
les ondes de Radio-Canada il y a 10 ans. Le chef
de Projet Montréal s’est toutefois dit
victime d’une campagne de salissage de la part de
l’équipe Harel, qui a déterré
et mis en ligne des extraits de l’entretien jeudi.
« Les citations sélectionnées
ont été prises hors contexte
», a-t-il dénoncé hier, lors
d’un point de presse en marge d’un brunch avec ses
militants.
Dans
la vidéo, l’urbaniste fait notamment des
déclarations surprenantes au sujet de la
conduite des femmes. « En ce qui concerne
les femmes, c’est l’hiver qu’elles meurent. Parce
qu’elles ont appris à conduire de
façon exemplaire, elles ne sont pas
habituées à manipuler cet
instrument, cette arme potentielle, en situation
limite», dit-il.
Plus tard, le chef de Vision Montréal
allègue qu’en raison du profil de
scolarité peu élevé des
camionneurs, il n’est pas surprenant que plusieurs
d’entre eux ressentent un sentiment «
d’extrême puissance » au volant de
leurs camions.
Le chef de Projet Montréal est
persuadé que les électeurs sauront
faire la part des choses. « L’entrevue a
duré 52 minutes et j’en suis fier. Tout le
monde peut aller sur le site internet de
Radio-Canada, visionner l’entrevue dans son
intégralité et s’en faire sa propre
idée. »
Richard Bergeron résume ses promesses en
12 points - Catherine Handfield
À trois jours des élections, le chef
de Projet Montréal, Richard Bergeron, a
résumé en 12 points, hier, ses
principaux engagements électoraux. Des
mesures qui visent selon lui à «
propulser Montréal sur la voie de la
relance durable ».
« P r i s g l oba l e ment , c e s moye n s
s e s i t u e n t à la confluence des trois
piliers du développement durable, soit les
préoccupations économiques, sociales
et environnementales », a
déclaré Richard Bergeron, hier, lors
d’un point de presse.
Comme il l ’a a f f i r mé à
plusieurs reprises pendant la campagne, Richard
Bergeron souhaite l’adoption de règles de
financement plus sévères pour les
partis politiques. Il veut aussi créer une
section anti-corruption à la police de
Montréal.
M. Bergeron entend rapatrier à la ville
centre les fonctions de planification et de
surveillance des travaux. Il veut également
centraliser en partie les opérations de
déneigement et créer une «
brigade trottoirs » pour veiller à la
sécurité des piétons.
La
formation souhaite subdiviser des contrats pour
permettre aux PME de répondre aux appels
d’offres, et favoriser lors de celles-ci les
entreprises qui emploient des Montréalais
et des membres des minorités
ethnoculturelles.
Richard Bergeron a rappelé ses engagements
en matière de transports collectifs, comme
le déploiement d’un réseau de
tramway et la réduction du prix du titre
mensuel à 60$. Projet Montréal
promet aussi la construction de 40 000 logements
d’ici quatre ans.
Finalement, le parti souhaite protéger les
espaces verts restants et mettre de l’avant son
projet-phare : la mise en valeur de
l’entrée maritime de Montréal.
« Ce dernier projet résume à
lui seul l’avenir de Montréal tel que nous
le concevons: redonner sa beauté et sa
fierté à notre ville en la dotant
d’une entrée maritime qui n’aurait plus
rien à envier à celle de Sydney, de
San Francisco ou de Barcelone », a conclu M.
Bergeron.
DÉBAT DES CANDIDATS À LA MAIRIE DE
MONTRÉAL : Le ton monte d’un cran
- Catherine Handfield
Gérald Tremblay, Louise Harel et Richard Bergeron
avaient été invités à
croiser le fer à l’émission
Désautels, à la radio de Radio-Canada. Il
s’agissait du premier débat depuis les
révélations-chocs de l ’a ncien chef de
Vision Montréal, Benoit Labonté.
PHOTO ALAIN
ROBERGE, LA PRESSE
Le débat entre les
trois candidats à la mairie de
Montréal a été
enregistré dans une station de
métro de Montréal. Et c’est
justement la question des transports collectifs
qui a suscité les plus grandes
confrontations entre les trois invités :
Gérald Tremblay, Louise Harel et Richard
Bergeron.
Le débat a été
enregistré dans une station de métro
de Montréal. Et c’est justement la question
des t ra nsports collectifs qui a suscité
les plus grandes confrontations entre les trois
invités.
Gérald Tremblay a la ncé le bal en
qualifiant de « totalement i r responsables
» les promesses des deux autres
invités en cette matière. La c hef
de Vision Montréal , Louise Harel, propose
un gel de tarifs pour 2010. Le chef de Projet
Montréal, Richard Bergeron, veut pour sa
part ramener le prix de la CAM à 60 $ par
mois.
« La question, c’est où on va prendre
l’argent pour faire ça, alors qu’on veut
augmenter la qualité des services ? »
a demandé le maire, rappelant que la
Société de transport de
Montréal allait enregistrer un
déficit de 40 millions pour 2009. «
Ils ne savent pas compter », a ajouté
Gérald Tremblay.
Richard Bergeron a répliqué par une
attaque plutôt acerbe. I l a a f f i r
mé qu’il trouverait l’argent en mettant un
terme à la pratique présumée
des prix gonflés dans le domaine de la
construction, telle que
révélée au cours des
dernières semaines dans divers reportages.
360 millions de trop
M. Bergeron estime que la Ville dépense au
moins 360 millions de trop par année pour
ses projets d’immobilisations. Il se fie aux
reportages faisant état du fait que les
contribuables québécois paieraient
de 30% à 50% plus cher que le prix
réel pour des travaux d’infrastructures
routières.
« Ça nous coûte 360 millions de
trop à cause du réseau qui vous a
porté au pouvoir et vis-à-vis duquel
on est endettés », a lancé
Richard Bergeron à Gérald Tremblay.
Un peu plus tôt, le maire a de nouveau
plaidé pour des règles plus strictes
en matière de f i nancement des partis,
concédant que la mafia était proche
de certains entrepreneurs en construction.
« Une chose est certaine, c’est que la
mafia, ça existe. Pis l a mafia , on a vu
les représentations que ça fait au
niveau d’un nombre sélect d’entreprises qui
limitent la concurrence. »
Bergeron veut rendre Sainte-Catherine
piétonne - Martin Croteau
Le
chef de Projet Montréal cite Bordeaux en
exemple
Richard Bergeron veut faire de la rue
Sainte-Catherine un vaste trottoir. S’il n’en
tient qu’au chef de Projet Montréal, la
plus importante artère commerçante
de Montréal sera exclusivement
réservée aux piétons entre la
rue Guy et l’avenue Papineau.
Le c a ndidat à l a mairie estime qu’une
rue piétonne et plus verte rendront le
centreville plus attrayant pour les
Montréalais et pour les touristes. Il
prévoit donc d’importantes retombées
économiques.
Il cite en exemple Bordeaux, en France, dont la
rue SainteCatherine attire des milliers de
visiteurs depuis qu’elle est fermée aux
voitures. Même le célèbre
Times Square, à New York, a chassé
les automobiles, dit-il.
Circulation automobile pénible
D’ailleurs,
poursuit
le chef de Projet Montréal, la circulation
automobile est déjà pénible
sur l’artère. Les piétons doivent
s’entasser par centaines sur les trottoirs pendant
les jours de grande fréquentation.
« La rue Sainte-Catherine, de toute
façon, ne sert pas à circuler,
a-t-il indiqué hier. Elle sert à se
montrer en auto, mais certainement pas à
circuler en auto. »
Pou r l’heu re, R icha rd Bergeron i gnore si l a
r ue Sainte-Catherine sera piétonne toute
l’a nnée ou seulement en été,
les week-ends ou tous les jours. Tout
dépendra de la consultation qu’il compte
mener auprès des résidants et des
commerçants du secteur s’il est élu
le 1er novembre.
« Tout se négocie, a-t-il
indiqué. Mais tendanciellement, il faut que
dans trois ou quatre ans, la rue Sainte-Catherine
s oi t pi é t o n n i s é e de Guy
à Papineau. »
TROIS CHEFS ET 2,5 MILLIARDS -
Karim Benassaieh
Devinette : quel parti municipal est le plus
dépensier ? La réponse : aucun.
À l’analyse des trois programmes des
principaux partis que les Montréalais
seront appelés à élire le 1er
novembre, une conclusion étonnante s’impose
: leurs promesses, additionnées une
à une, coûteront à peu
près la même chose.
Dans les trois cas, on annonce aux
Montréalais une pluie de 2,5 milliards pour
les quatre prochaines années. Du
côté de Projet Montréal, les
33 km de Nouveau tramway promis par Richard
Bergeron coûteront à eux seuls 1,3
milliard. Gérald Tremblay, lui, promet
notamment 680 millions pour refaire le
réseau d’eau et les égouts. Chez
Vision Montréal, Louise Harel annonce 850
millions pour retaper les rues de la
métropole.
Les trois aboutissent au même total
d’environ 2,5 milliards. Mais derrière ce
montant se cachent des méthodes et des
ambitions complètement différentes.
Projet Montréal promet un
réaménagement audacieux du budget de
la Ville pour faire de la métropole un
modèle de transports collectifs et
d’économie durable. Vision Montréal
reprend la plupart des grands projets en cours et
y ajoute des promesses phare comme la tenue de l’
Exposition universelle, le recouvrement de
l’autoroute VilleMarie et les fêtes du 350e
anniversaire de Montréal. Les deux, que ce
soit dans leur programme ou devant les
médias, ont également fait de
l’éthique et de la transparence leur cheval
de bataille.
Ces deux partis de l’opposition utilisent à
peu près la même recette pour
financer leurs promesses, de l’ordre de 600
millions par année. La moitié
proviendra d’un grand ménage dans les
finances, l’autre des péages. Fait à
noter, seul Projet Montréal a
présenté un cadre financier clair,
énumérant ligne par ligne ses
dépenses.
Le cas du parti du maire Tremblay, Union
Montréal, est différent. Au pouvoir
depuis huit ans, l’administration a
déjà mis en place la plupart des
projets qu’elle promet actuellement, un avantage
abondamment utilisé par la plupart des
gouvernements sortants.
De même, plus de 98 % des millions
annoncés par M. Tremblay depuis trois
semaines, du fonds d’investissement de 180
millions pour les grands projets aux centaines
de millions en réfection des rues et des
infrastructures, sont déjà inclus
dans le budget 2009 de la Ville, confirme-t-on
au parti. Ses « nouvelles »
promesses, elles, ne représentent que 43
millions par année.
« Ce sont des engagements que nous
qualifions de réalistes et de
réalisables, a expliqué
Gérald Tremblay. Agir autrement, ce
serait faire preuve d’irresponsabilité.
»
Transport, éthique et continuité
L’argent ne résume pas l’esprit des
programmes présentés par les trois
partis. Les 72 pages regroupant les dizaines de
propositions de Projet Montréal laissent
une large part aux transports collectifs, au
logement social et à l’abandon de
l’automobile comme moyen de transport principal.
Des projets coûteux, mais « on n’a
pas le choix, il faut investir, estime Richard
Bergeron. Nous, à Projet Montréal,
on veut un virage marqué ».
Le
programme propose également une refonte
de la démocratie municipale et une
centralisation des pouvoirs pour contrer
l’influence de l’entreprise privée
à l’hôtel de ville. Voté en
mai 2009 en congrès, le programme de
Projet Montréal ne propose aucune mesure
sur l’éthique ou la lutte contre la
corruption. C’est récemment, surtout
depuis septembre dernier, que le chef Richard
Bergeron a mis de l’avant sa proposition
principale, créer deux postes de
commissaires à l’éthique et
à l’intégrité.
Ce volet de l’éthique est par contre
très présent dans les 41 pages du
programme de Vision Montréal, qui a
été lancé au début
d’octobre. On y retrouve quatre engagements,
dont le principal est la mise sur pied d’un
bureau d’éthique municipal. En ce qui
concerne la réorganisation des pouvoirs
des arrondissements, on promet de rapatrier
à la ville centrale des services cruciaux
comme le déneigement et l’urbanisme.
« Beaucoup des grandes villes du monde ont
transformé leurs arrondissements en
quasi-villes, comme ici à
Montréal, et ça, c’est un vrai
problème», estime Louise Harel.
Plus concis, le programme d’Union
Montréal tient sur 21 pages où on
rappelle essentiellement les réalisations
de l’administration Tremblay depuis 2002. Les
quatre prochaines années serviront
essentiellement, a expliqué le maire,
« à parvenir à mettre de
l’avant les projets qui sont déjà
amorcés».
Louise Harel réclame une enquête
publique - Katia Gagnon
La
chef de Vision Montréal affirme
également que le financement occulte n’a
plus cours dans son parti
Le premier ministre Jea n Charest doit sans
délai former une commission d’enquête
publique qui se penchera sur la collusion dans le
monde de la construction et les contacts des
entrepreneurs avec les élus municipaux,
croit la chef de Vision Montréal, Louise
Harel, qui assure, du même souffle, que les
pratiques de financement occultes décrites
par son ex-bras droit, Benoit Labonté,
n’ont plus cours au sein de son propre parti.
Benoit Labonté a affirmé jeudi
à Radio-Canada que le système de
prête-noms était toujours bien vivant
dans les partis municipaux, y compris à
Vision Montréal. Hier, Louise Harel s’est
clairement dissociée de ces propos. «
Je le dis bien simplement : dès que je suis
arrivée, j’ai immédiatement
établi les règles du jeu en
matière de financement : aucun don anonyme
et tous les dons affichés sur le web. Des
règles strictes et transparentes. Pendant
27 ans et demi, je n’ai jamais utilisé les
systèmes décrits par M.
Labonté. Je n’ai pas l’intention de les
utiliser », a-t-elle déclaré
lors d’un point de presse tenu devant
l’hôtel de ville.
Un journaliste a alors rapporté des
extraits de l ’ent revue de Benoit Labonté,
qui n’ont pas été diffusés
à Radio-Canada, dans lesquels l’ex-chef de
Vision Montréal affirmait que le «
financement sectoriel », le nom de code pour
la sollicitation d’entreprises, était
toujours utilisé par l’actuelle directrice
du financement de Vision Montréal, Sylvie
Bourassa, qui a été nommée
par Louise Harel.
« La responsable du financement que Mme
Harel a nommée en arrivant ne se cache pas
pour dire en pleine réunion qu’elle va
aller chercher du financement sectoriel. C’est les
grandes entreprises et ce n’est pas permis. Et
ensuite, les prête-noms », a
déclaré M. Labonté.
Mme Harel a dit n’avoir pas pris connaissance de
cette partie du témoignage de son ex-bras
droit. « Je retiens du témoignage de
Benoit Labonté qu’il considère que
mon intégrité est sans tache. Si je
suis venue pour faire le ménage, c’est que
je savais qu’il y avait un ménage à
faire, a-t-elle dit. Jamais je n’accepterai de
telles méthodes. »
Pierre Lampron, son nouveau s e c ond , a l u i au
s s i affirmé que « personne dans
cette organisation n’est autorisé à
amasser de l’argent en dehors de ces
règles. Et notre moyen de
vérification, c’est que tout est public sur
le site ». Et il ajoute que le financement
d’une campagne est compliqué d’autant. Il
n’a pas été possible de parler
à Sylvie Bourassa hier.
Appel à Charest
Mais, hier, le message principal de Louise Harel
était plutôt dirigé vers
Québec. « Je fais un appel solennel,
ce matin, au premier ministre Jean Charest, qu’il
donne suite sans délai à ce
très large consensus qui existe partout au
Québec sur la nécessité de
tenir une commission publique d’enquête, qui
pourra nous indiquer les actions à faire
pour démanteler le système de
copinage et de collusion », a
déclaré Mme Harel dans un point de
presse tenu devant l’hôtel de ville. «
Je dis aux citoyens qu’il ne doivent pas se
résigner et que la façon de
réagir est celle d’aller voter le 1er
novembre. Qu’ils votent comme i l s veulent , mais
qu’ils démontrent qu’ils sont capables de
reprendre l e c ont r ôle de l e u r
hôtel de ville. »
« J’ai la ferme conviction que j e pourrai
démanteler c e s ystème qui a c ours
à l’hôtel de ville », a-t-elle
dit. Comment ? Si elle est élue, Louise
Harel demandera au Service de police de la Ville
de Montréal d’examiner tous les contrats
accordés dans les dernières
années. Elle scindera aussi les contrats,
afin de s’assurer que la concurrence j oue, et el
le reconstituera des services à la ville
centre, comme l’urbanisme et le
déneigement. « Nous devons
reconstituer les services centraux, capables de
nous mettre à l’abri d’une sous-traitance
qui coûte extrêmement cher »,
a-t-elle dit.
Labonté est sommé de se
taire - Éric Clément
MISE
EN DEMEURE DE BERNARD TRÉPANIER
Bernard Trépanier, a ncien di r ec t eu r du
f i na ncement d’Union Montréal, le parti du
maire Gérald Tremblay, met Benoit
Labonté en demeure de cesser de «
répandre des ragots » à son
endroit. M. Trépanier nie avoir
été au centre d’un système
organisé de ristournes sur les contrats
attribués par l’administration Tremblay.
« M. Labonté baragouine des choses
qu’il aurait peut-être entendues, il ne sait
pas quand, en se promenant, et quand il est revenu
voir le maire, le maire est devenu blanc, ironise Me
Daniel Rock, l’avocat de M. Trépanier. C’est
une histoire qui va bien avec l’Halloween qui s’en
vient. M. Labonté n’a aucune
crédibilité. »
« Nous avons décidé de le mettre
en demeure de cesser de répandre des ragots,
des insinuations basées sur du ouïdire
non conformé. Et on lui demande de se
rétracter. » Au moment de mettre sous
presse, il avait été impossible
d’obtenir la réaction de M. Labonté.
Par ailleurs, dans un communiqué, Me Daniel
Rock affirme qu’il étudie la
possibilité de porter plainte contre La
Presse, qui a diffusé des extraits de
conversations téléphoniques qu’a eues
M. Trépanier. Le Code criminel interdit cette
diffusion, affirme l ’avocat. Nous avons
parlé à M. Trépanier, hier,
mais il s’est refusé à tout
commentaire et nous a référés
à ses avocats.
« Benoit Labonté veut se donner le beau
rôle »
PIERRE D’AMOURS, EX-CHEF DE CABINET DE BENOIT
LABONTÉ
Visé» pa r Benoit L a bonté
comme faisant partie de ses « assassins
politiques », son ex-c hef de cabinet,
Pierre d’A mours, affirme que M. Labonté
n’est pas sincère dans sa démarche.
En entretien téléphonique avec La
Presse, hier, Benoit L abonté a dit que P i
er r e D’Amours faisait partie des gens qui ont
géré les questions du financement de
sa course à la chefferie et qu’ils
étaient plus au courant que lui car il ne
parlait jamais d’argent avec les gens d’affaires
avec qui il mangeait.
«
C’est absolument faux, dit M. D’Amours à La
Presse. Il était au courant de tout, de A
à Z, car je lui faisais un rapport.
Ça l’intéressait. Il voulait savoir.
» Il savait qui avait donné et
combien ? « Oui, il savait exactement
combien. Et quand on avait des engagements et que
ça n’entrait pas, il me posait des
questions pour savoir pourquoi, quand, etc.
M. D’Amours est arrivé à Vision
Montréal en même temps que
l’ex-directeur du parti, Yves Lemire, à
l’hiver 2008. Ils ont travaillé à
l’arrivée de M. Labonté dans ce
parti. M. D’Amours a quitté son poste le 11
août 2008.
M. D’Amours ne croit pas en la
sincérité de Benoit Labonté
d’avoir voulu faire des révélations
afin d’apporter sa contribution à la
réforme du mode de financement des partis.
Il estime qu’il a voulu se donner « le beau
rôle ». « Benoit Labonté
n’est pas l’être le plus sincère que
la terre ait porté, il a cherché
à impliquer le plus de monde possible pour
ne pas couler seul, dit-il. Quand je l’ai entendu
dire que c’était sa dernière
contribution au service public, pfffff, c’est une
grande fumisterie. Je le trouve tellement mesquin.
Tout est tellement centré sur lui. »
Les candidats d’Union Montréal
contre l’idée de centralisation d’Harel
Si
Vision Montréal enlevait comme promis des
responsabilités aux arrondissements de
Montréal pour les confier à l a vi l
l e centre, plus de 2000 employés devraient
être mutés à l’hôtel de
ville. Et les arrondissements perdraient ainsi 350
millions de dollars, ont dénoncé
hier les candidats d’Union Montréal.
« Selon nous, les services près des
gens doivent être décidés
près des gens », a dit le candidat
à la mairie de Lachine, Claude Dauphin.
Selon lui, centraliser certains services de
proximité, comme le déneigement, le
développement économique local et la
collecte des déchets, obligerait la
mutation de près d’un emploi sur dix.
« Et chaque arrondissement perdrait en
moyenne 18 millions de dollars », a
indiqué M. Dauphin.
Plusieurs candidats d’Union Montréal ont
défendu hier l’importance de la gestion
locale. Le candidat à la mairie de
SaintLaurent, Alan DeSousa, a
déclaré que s’il fallait attendre
que la ville centre déneige des secteurs
importants, « la neige aurait le temps de
fondre avant d’être enlevée ».
Accusations « absurdes »
Pou r l a c hef de Vision Montréal, Louise
Harel, les accusations d’Union Montréal
sont « absurdes » puisque son pa r t i
propose si mplement « une meilleure
planification des services ».
« On t r ouvera i t r i dic ule qu’il y ait
19 services de police et 19 réseaux de
transport à Montréal. Mais pourtant,
on a 19 façons de gérer le
déneigement! Il faut se doter d’une
planification commune, mais que la livraison
continue de se faire au niveau local »,
estime Mme Harel.
Dur lendemain de veille à Vision
Montréal - Martin Croteau
Les candidats de Vision Montréal ont eu un
dur lendemain veille, hier, 24 heures après
le départ fracassant de leur ancien
numéro deux, Benoit Labonté. Tandis
que de nouvelles révélations
faisaient surface au sujet du
démissionnaire, les ténors du parti
de Louise Harel n’ont pas caché leur
déception à l’égard de
l’ancien chef de l’opposition.
« Tout le monde a
été déçu, tout le
monde est fâché, tout le monde
s’est dit : ça se peut pas », a
reconnu Anie Samson, mairesse sortante de
Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, au sujet
des liens entre Benoit Labonté et Tony
Accurso.
« Ça pourrait aller mieux, a convenu
d’entrée de jeu la mairesse sortante de
MercierHochelaga-Maisonneuve, Lyn
Thériault. C’est une bombe pour nous et on
n’avait pas besoin d’une nouvelle pareille.
»
La candidate dans le district de Louis-Riel
concède que Vision Montréal sort
« écorché » par les
révélations qui ont mené
à la chute de M. Labonté. Comme ses
collègues, elle reste persuadée que
les reportages diffusés dans
différents médias depuis vendredi
sont le fait d’un « magouillage »
piloté par des adversaires de l’ancien
maire de Ville-Marie.
« C’est ça qui est triste, a-t-elle
affirmé. Les citoyens se disent qu’un parti
ou un autre, c’est du pareil au même. Tout
ça alors qu’on essaie de démontrer
qu’on peut faire une campagne propre. »
Louise Harel a exigé l a démission
de Benoit Labonté, dimanche matin,
après que des médias eurent
révélé ses liens avec des
entrepreneurs de la construction. RueFrontenac.
com, Radio-Canada et TVA ont rapporté qu’il
a reçu des dons de dizaines de milliers de
dollars pendant sa course à la direction de
Vision Montréal. Et qu’il a eu plusieurs
contacts avec Tony Accurso, l’entrepreneur qui se
trouve au coeur du scandale des compteurs d’eau.
RueFrontenac.com
en
a ajouté, hier, révélant que
l’ancien lieutenant politique de Louise Harel a
attribué pour 125 000$ de contrats à
l’entreprise dirigée par un proche
collaborateur de Benoit Labonté, Michel
Petit.
« Tout le monde a été
déçu, tout le monde est
fâché, tout le monde s’est dit:
ça se peut pas, a reconnu Anie Samson,
mairesse sortante de
Villeray–SaintMichel–Parc-Extension. On est tous
tombés à la renverse. »
La candidate relate qu’elle a d’abord
été réfractaire à
l’arrivée de Benoit Labonté dans les
rangs de Vision Montréal. Mais elle dit
avoir tissé une relation de confiance avec
lui.
Malgré tout, elle se dit
déçue de la façon dont son
ancien collègue a géré la
crise des derniers jours. Au départ, elle a
cru M. Labonté lorsqu’il a nié ses
liens avec Tony Accurso, puisque les reportages
étaient basés sur des sources
anonymes.
« Entre la parole d’un inconnu et la parole
de quelqu’un que tu connais, tu veux croire le
second, a-t-elle dit. Mais lorsqu’on a vu les
preuves, les relevés
téléphoniques, ça ne ment
pas. Ça a été le choc.
Ça aurait été tellement plus
simple s’il avait dit: "Oui, je lui ai
parlé." »
Les ca ndidats de Vision Montréal se disent
toutefois rassurés que Louise Harel ait
exigé la démission de Benoit
Labonté moins de 48 heures après les
premières révélations sur les
sources de financement de sa campagne à la
direction. « Mme Harel a pris une bonne
décision, a affirmé Lyn
Thériault. On ne peut pas prêcher
d’être transparent si l’on ne donne pas
l’exemple. »
La maison de verre - Nathalie
Collard
Louise Harel répète qu’elle s’est
lancée en politique municipale pour faire
le ménage à l’hôtel de ville.
Or c’est dans son propre parti, Vision
Montréal, qu’elle a dû donner le
premier vrai coup de balai.
Hier matin, à la suite de nouvelles
révélations du réseau TVA,
Mme Harel a servi un ultimatum à Benoit
Labonté. Quelques heures plus tard, il
mettait fin à sa vie politique.
Les allégations à l’endroit de M.
Labonté sont sérieuses. Selon des
sources anonymes, il aurait assisté
à plusieurs rencontres avec des
entrepreneurs en construction, dont Tony Accurso,
rencontres qui lui auraient permis d’amasser
plusieurs dizaines de milliers de dollars pour
financer sa course à la chefferie de Vision
Montréal.
Mme Harel n’avait pas le choix de se montrer
intransigeante à l’endroit de son bras
droit. On ne peut mener une campagne sur les
thèmes de l’intégrité et de
la transparence en matière de financement
des partis sans appliquer des règles
exemplaires au sein de sa propre équipe. La
chef de Vision Montréal avait raison, hier,
de demander au Directeur général des
élections du Québec ( DGEQ) de faire
enquête sur les allégations
rapportées par les médias au sujet
de M. Labonté. Il est en outre
impératif de revoir la loi
électorale sur le financement des partis
politiques et de resserrer les dispositions
concernant le financement des courses à la
chefferie.
Mme Harel a par ailleurs pris une bonne
décision en demandant à Pierre
Lampron de devenir son lieutenant et
l’éventuel président de son
comité exécutif. M. Lampron a une
vaste expérience en gestion et, surtout,
une réputation sans faille.
Le
leadership et la fermeté dont a fait preuve
Louise Harel durant la crise des derniers jours
tranchent avec les valseshésitations du
maire Tremblay lorsqu’il s’est trouvé dans
une situation semblable. En apprenant le
séjour du président du comité
exécutif de la Ville sur le yacht de Tony
Accurso, l’administration Tremblay avait d’abord
déclaré que ce voyage relevait de
« la vie privée » de M.
Zampino.
Mme Harel est a r r ivée à Vision
Montréal en juin dernier, soit bien
après les faits reprochés à
M. Labonté. Son intégrité
n’est donc absolument pas remise en question.
Cela dit, on peut se demander si elle avait fait
toutes les vérifications nécessaires
avant de faire équipe avec l’ancien
président de la Chambre de commerce de
Montréal. Un r e por t er de r uef r
ontenac . com affirme que Mme Harel avait
été avertie des « squelettes
dans le placard » de M. Labonté
lorsqu’elle a fait le saut dans l’arène
municipale. Si c’est exact, avait-elle posé
les bonnes questions avant de mettre sa
réputation en jeu au sein d’un parti qui
avait déjà été l’objet
d’enquêtes, et qui avait reçu des
contributions illégales de la firme de
construction Altima en 2005 ?
Toute cette histoire montre à quel point un
grand ménage s ’ i mpose da n s l e monde
municipal.
La
t enue d’u ne enquête publique qui se
pencherait entre autres sur les liens entre les
élus municipaux et le milieu de la
construction est plus que jamais
nécessaire. C’est le seul geste qui
pourrait mettre fin aux hauts le coeur ressentis
dans la population au cours des derniers jours.
« Benoit Labonté n’a pas
été à la hauteur »
- Sara Champagne, Éric
Clément, Daphné Cameron
& Martin Croteau
Incapable de dissiper les doutes de Louise Harel,
l’ex-numéro 2 du parti quitte la politique
Après avoir passé les derniers mois
à promettre un ménage à
l’hôtel de ville, Benoit Labonté
quitte la politique, éclaboussé par
le scandale. Incapable de dissiper les doutes sur
ses sources de f i na ncement, l ’e x-bras droit
de Louise Harel s’est vu montrer la porte par sa
chef, hier.
PHOTO ROBERT
SKINNER, LA PRESSE
Ce s ont f i na l e ment s e s
présumées relations avec des
entrepreneurs de la construction qui ont
mené à la chute de
l’ex-numéro deux de Vision Montréal.
Des reportages diffusés sur
RueFrontenac.com, à Radio-Canada et
à TVA dans les derniers j ours
révèlent qu’il a reçu des
dizaines de milliers de dollars en dons pendant la
course à la direction du parti.
Samedi, Benoit Labonté a nié en bloc
les allégations formulées à
son endroit, tout en annonçant qu’il
n’agirait plus à titre de lieutenant
politique de Louise Harel, ni de chef de
l’opposition officielle. Mais le soir, TVA a
révélé qu’il a eu deux
rencontres et six échanges
téléphoniques avec Tony Accurso,
l’homme au coeur du scandale des compteurs d’eau.
L o u i s e H a r e l a f f i r me qu’elle a
sommé son bras droit de dissiper les doutes
sur ces nouvelles révélations,
dès l’aube hier. Mais comme celui-ci a
refusé de se rendre dans les studios de TVA
pour rétablir les faits, elle a
exigé sa démission.
« Benoit Labonté n’a certainement pas
été à la hauteur de ce que je
pensais puisque je m’attendais à ce qu’il
aille dissiper les doutes à la station de
TVA, ce qu’il a dit ne pas vouloir faire »,
a-t-elle indiqué.
L’ex-chef de l ’opposition a donc écrit au
Bureau des élections de Montréal
pour annoncer sa démission.
« Les insinuations de malversations, qui ont
été avancées et qui portent
atteinte à ma réputation, entachent
le processus démocratique que nous
traversons et m’empêchent de remplir
adéquatement mes fonctions de candidat
», at-il écrit.
C’est Pierre Lampron qui le remplacera comme bras
droit de Louise Harel. Très engagé
dans le milieu culturel, le candidat du district
du VieuxRosemont était
vice-président aux relations
institutionnelles de Quebecor Media avant de faire
le saut en politique.
Comme el l e l ’ ava i t fa it sa medi, l a c hef
de Vision Montréal a une fois de plus
appelé les sources anonymes qui sont
à l’origine des reportages de
RueFrontenac.com, de Radio-Canada et de TVA
à sortir de l’ombre.
« Dans une société
démocratique, porter des accusations
à visage caché n’a pas de bon sens
», a-t-elle déclaré.
Pas de commentaire
Selon nos i nformations, Benoit Labonté a
définitivement mis une croix sur la
politique, et compte s’employer à blanchir
sa réputation. Se senta nt t r aqué,
i l est a l lé vider son bureau de
l’hôtel de ville avec des membres de
son personnel politique, avant de le quitter
durant le point de presse de Louise Harel. Il
aurait décidé de fuir la ville pour
quelques jours.
Croisé à sa sortie un peu
après 15 h, i l a r ef usé de
répondre à nos questions. Il est
rapidement parti en voiture en saluant de la main
après avoir décroché quelques
sourires pour l’objectif du photographe de La
Presse. Son attachée de presse, Caroline
Martel, a ensuite ajouté qu’il
n’accorderait pas de commentaires pour le reste de
la journée.
Selon nos i nformations, L ouise Harel a c
onvoqué Benoit Labonté à une
rencontre à l’hôtel de ville,
dès samedi matin. À la fin de la
matinée, les deux sont ressortis en
s’entendant pour que le chef de l’opposition
démissionnaire demeure candidat à un
poste de conseiller de l’arrondissement de
Ville-Marie, toujours sous la bannière de
Vision Montréal.
Les événements s e sont toutefois
bousculés à la suite du point de
presse de Louise Harel, en après-midi
samedi, dans lequel elle a qualifié
l’affaire « d’assassinat politique »,
et enjoint les sources anonymes à joindre
le direct eur général des
élections (DGEQ).
En fin de soirée, l’une de ces sources a
joint Mme Harel pour la prévenir que si
elle ne demandait pas la démission de
Benoit Labonté, de nouvelles informations
embarrassantes allaient s’enchaîner jusqu’au
1er novembre, a appris La Presse. Le bulletin TVA
22 heures révélait à ce
moment que 25 000 $ et une enveloppe brune remplie
de liasses d’argent avaient été
remis à M. Labonté.
Hier matin, Louise Harel a donc de nouveau joint
Benoit L a bonté , l e s o mmant de
démissionner. Démoli, son ancien
bras droit s’est ensuite rendu à la
boîte de relations publiques National,
où il y a passé une bonne heure,
a-ton expliqué. Benoit Labonté a
décidé de ne pas tenir de point de
presse pour justifier la décision, ni
d’accorder d’entrevues aux médias.
Union Montréal en cause ?
Louise Harel a par ailleurs laissé entendre
que les « dout es » qui s ont at t r i
bués à Benoit Labonté mettent
aussi en cause le parti de Gérald Tremblay,
Union Montréal. Car les faits se sont
produits alors que François Purcell
était président de Vision
Montréal, tandis que Robert Laramée
en était le directeur
général. Or, dit-elle, ces deux
hommes se sont joints à l’équipe du
maire.
« Benoit Labonté est le bouc
émissaire d’un système de
financement qui a très certainement
infiltré le parti du maire Tremblay aussi
», a-telle affirmé.
Joint par La Presse, Robert Laramée a
toutefois nié être engagé dans
l’une ou l’autre des formations politiques qui
briguent la mairie.
« J ’a i merais bien qu’elle fournisse des
preuves ou des informations selon lesquelles je
suis impliqué, de près ou de loin,
dans la campagne d’ Union Montréal »
, a-t-i l affirmé.
Deux partis sales, dit Richard Bergeron
- Martin Croteau
Le maire refuse de se réjouir
Le maire Gérald Tremblay a refusé
hier de se réjouir du scandale qui a
mené à la chute de Benoit
Labonté. Il a plutôt
déploré la controverse qui
éclabousse son rival, affirmant qu’elle
va contribuer à alimenter le cynisme des
Montréalais à l’égard de
leurs élus.
« Je ne vois pas ce qu’il y a de
réjouissant dans le malheur des autres,
a-t-il indiqué. D’autant plus que
ça contribue à alimenter le niveau
de cynisme de la population, ce qui est
néfaste pour tous les élus
municipaux. »
La chef de Vision Montréal, Louise Harel,
a affirmé samedi que son bras droit a
été la victime d’un «
assassinat politique » orchestré
par l’entourage du maire, mais celui-ci a
nié cette affirmation.
« Ça a été
démenti par les j ou r na l i s t es , je
t r ouve ç a totalement ridicule »,
a-t-i l affirmé.
L e mai r e a f f i r me qu’i l n’était
pas au courant des a l l égations selon l
esquelles Benoit Labonté a eu des liens
avec l’homme d’affaires Tony Accurso, pas plus
qu’il ne savait que les deux hommes avaient eu
des échanges téléphoniques
plus tôt cette année. Il dit avoir
appris ces informations « comme tout le
monde », avec la diffusion des premiers
reportages vendredi.
I nt e r r o gé à s a voi r s ’ i
l connaissait l’entrepreneur au coeur du
scandale des compteurs d’eau, Gérald
Tremblay a répondu : « Je n’ai
jamais rencontré M. Accurso. »
Le même moule
Le chef de Projet Montréal, Richard
Bergeron, voit dans le scandale qui a
coûté son poste à Benoit
Labonté la preuve que Vision
Montréal est coulé dans le
même moule qu’Union Montréal.
« Plus la campagne avance, plus il devient
évident que ces deux formations
politiques, c’est du pareil au même, a-til
raillé. Ce sont les mêmes
réseaux occultes de financement et le
même star-système avec des gens
souriants pour couper des rubans pendant qu’en
arrière, il y a de puissants tireurs de
ficelles. »
Il dit avoir rencontré Louise Harel au
mois d’avril pour la mettre en garde contre les
risques de s’associer à Benoit
Labonté. Il reproche à l’ancien
maire de l’arrondissement de Ville-Marie son
rôle dans la vente de la Gare Viger, alors
qu’il portait toujours les couleurs d’Union
Montréal. Cette transaction, dit M.
Bergeron, a été teintée par
le favoritisme.
« Mme Harel n’avait pas de raison de ne
pas savoir », a-t-il tranché.
L’arroseur arrosé -
Michèle Ouimet
Hier, lorsqu’elle affrontait une armée de
journalistes dans le local exigu de Vision
Montréal, Louise Harel a peut-être
eu une pensée pieuse pour son adversaire,
Gérald Tremblay.
C’était à son tour de
défendre l’intégrité de son
parti, de jurer qu’elle ne savait rien et
qu’elle lavait plus blanc que blanc.
Il y avait un monde fou : des j ournalistes, des
photographes, des cameramen. Tous
présents pour écouter les
explications de Mme Harel. Pourtant,
c’était dimanche, le temps était
magnifique et le soleil éclaboussait les
rues de la ville.
Mais la douceur de l’a i r était la
dernière préoccupation de Mme
Harel. À deux semaines du scrutin, elle
essayait de sauver son image : celle d’une femme
qui est entrée en politique pour faire le
ménage à l’hôtel de ville.
Ironiquement, c’était dans son propre
parti qu’elle devait passer le balai.
Pour sauver sa réputation, elle a
sacrifié son bras droit, Benoit
Labonté, l’ancien chef de Vision
Montréal qui avait accepté, en
juin, de lui laisser sa place, mais à une
condition : qu’il devienne président de
son comité exécutif si elle
était élue maire.
M. Labonté a commencé à
sentir la soupe chaude lorsque le journal en
ligne RueFrontenac. com a affirmé qu’il
avait dîné au restaurant avec Tony
Accurso, l’homme qui a décroché le
contrat des compteurs d’eau et invité
l’ex-bras droit de Gérald Tremblay, Frank
Zampino, sur son fameux yacht.
Un homme que les politiciens fréquentent
avec la plus grande discrétion. Un homme
par qui les scandales arrivent.
Benoit Labonté aurait reçu de
l’argent de Tony Accurso pour f i nancer sa
course à la direction du parti Vision
Montréal en 2008.
Flanqué de Louise Harel qui l’a
défendu becs et ongles, Benoit
Labonté a juré sur ses grands
dieux qu’il ne connaissait pas Tony Accurso et
qu’il l’avait croisé une seule fois, en
2006, lors d’une activité de financement.
Vendredi, TVA et RadioCanada en ont
rajouté. On apprenait, entre autres, que
Benoit Labonté aurait reçu une
importante somme d’argent d’un entrepreneur
lié au contrat des compteurs d’eau. Une e
nveloppe plei ne de billets de banque pour
l’aider dans sa course à la direction du
parti.
Samedi, l’histoire a déboulé. T VA
a a f f i r mé que Benoit Labonté
avait parlé à six reprises
à Tony Accurso en janvier et
février 2009. TVA avait les dates et la
durée de chaque appel.
Pourtant, la veille, Benoit Labonté avait
juré, la main sur le coeur, qu’il ne
connaissait pas Tony Accurso. Et Louise Harel
l’avait appuyé.
Hier matin, à l’aube, Louise Harel a donc
appelé Benoit Labonté. Elle ne lui
a pas laissé le choix : il allait
à TVA sur-le-champ pour s’expliquer ou il
démissionnait. Il a
démissionné. Tiens, tiens.
Hier, pendant le point de presse, Mme Harel en a
profité pour égratigner
Gérald Tremblay. « Benoit
Labonté, at-elle dit, est le bouc
émissaire d’un système de
financement qui a très certainement
infiltré le parti du maire. »
Bouc émissaire ? Louise Harel n’avait pas
encore vu le reportage de TVA diffusé
quelques heures plus t a rd pour dire une chose
pareille. TVA a affirmé qu’une dizaine
d’ent r e preneu r s l iés à la
construction ont allongé plus de 200 000
$ pour aider Benoit Labonté à
devenir chef de Vision Montréal.
Mme Harel est-elle naïve ou aveugle ? De l
’aveuglement volontaire, peut-être, la
spécialité du maire Tremblay ?
Benoit Labonté a été
congédié. Mais e s t - c e que s
on départ règle les
problèmes des enveloppes brunes et du
copinage avec les entrepreneurs ? Un homme part,
mais le système reste ? La même
question se pose pour le maire Tremblay.
Le problème, c ’e st qu’il n’y aucune loi
qui encadre le financement des courses à
la direction des partis. Rien. Les enveloppes
brunes peuvent circuler à gogo, tout est
légal.
Légal, mais immoral. Car ces
entrepreneurs risquent de devenir gourmands : je
finance ton élection, mais tu me refiles
un contrat.
Qu’est-ce que le gouvernement attend pour
encadrer le monde municipal ? Quand on voit un
entrepreneur faire la pluie et le beau temps
à Boisbriand, quand les élus sont
copains-copains avec les entrepreneurs, on se
dit : "C’est le Far West ".
Et l e gouver nement s e tourne les pouces.
Mme Ha r e l s ’ e s t va nté e d’avoir
réagi rapidement. Il y a tout de
même eu deux semaines de délai
entre les premières allégations et
le renvoi de Benoit Labonté. Une
éter nité en politique, surtout en
ca mpagne électorale.
Un mot sur Pierre Lampron, le nouveau bras droit
de Mme Harel. Si elle est élue maire de
Montréal, il deviendra président
du comité exécutif.
M. Lampron est un néophyte. Il ne
connaît rien à la politique et il
n’a jamais été candidat. C’est un
homme i mpliqué dans l a c ultu re.
Comment pourra-t-il gouverner une ville
pratiquement ingouvernable, lui, un
débutant ? A-t-il déjà
assisté à un conseil municipal ?
« Pour être efficace, il faut
s’organiser efficacement », at-il dit,
hier, pendant le point de presse. Pas fort-fort.
Mais Montréal a vu pire. L’ex-maire
Pierre Bourque avait nommé Jean Fortier,
un homme sans e x pér i e nce,
président du comité
exécutif. Son passage a été
désastreux.
Est-ce que Montréal peut se permettre de
prendre de tels risques ?
L’allié devenu adversaire
- Sara Champagne
Depuis son entrée à l’hôtel de
ville, Labonté n’a laissé personne
indifférent
Tout d’abord considéré comme le
dauphin du maire Gérald Tremblay,
même pressenti pour lui succéder
à la tête d’Union Montréal,
Benoit Labonté a connu une carrière
politique municipale au cours de laquelle
plusieurs de ses alliés se sont
transformés en adversaires. Benoit
Labonté venait à peine de faire son
entrée à l’hôtel de ville, en
tant que maire de l’arrondissement de VilleMarie,
en 2005, que le maire Tremblay lui confiait
déjà un poste stratégique :
la culture et le centre-ville.
Durant deux a ns, et ce, jusqu’à ce jour
fatidique du 17 septembre 2007 où il claque
la porte du parti du maire de Montréal,
Benoit Labonté est de t outes l es gra ndes
a n nonces c o ncer na nt les grands projets du
centre-ville, et la construction du Quartier des
spectacles. Il est même au bras du maire
Tremblay le jour de la tuerie au collège
Dawson, en septembre 2006. Mais peu de temps
après, au cours de l’hiver, des sources
à l’hôtel de ville commencent
à dire que sa façon de faire «
selon les règles » dérange. Et
que ses ambitions font des jaloux chez les vieux
routiers.
Au d é b u t d u moi s d e septembre 2007,
voguant sur sa popularité, Benoit
Labonté s’accorde quelques jours de repos
en Europe. Pendant ce temps, coup de t
héâtre à l’hôtel de
ville. Le maire Gérald Tremblay
décide de se réapproprier le
centre-ville et la culture, plus
particulièrement le Quartier des
spectacles. Le président du comité
exécutif de l’époque, Frank Zampino,
a nnoncera que l e mandat de construction est
confié à la Société
d’habitation et de développement de
Montréal (SHDM). Benoit Labonté est
f urieux. I l démissionne en ne manquant
pas de décrier le manque de leadership de
Gérald Tremblay.
« J e n e s u i s p a s ve n u en politique
montréalaise pour ra lenti r les
réfor mes nécessaires, encore moins
pour tergiverser. Je n’y suis pas venu avec la
crainte de déranger s’il le fa l la it
», dit-i l dans son allocution de
démission. Dans la tourmente, il tourne
aussi le dos à son directeur des affaires
publiques à l’arrondissement, Jean-Yves
Duthel, parce qu’il lui reproche des notes de
frais trop coûteuses.
L’ère Vision Montréal
Le
maire de Ville-Marie ne reste pas longtemps maire
i ndépenda nt . Quelques semaines plus ta
rd, Benoit Labonté annonce son
adhésion à Vision Montréal,
puis pa r v i ent r apidement à
déloger le chef du parti, François
Purcell. Ce dernier e s t r a pi d e ment e n f
roid avec Benoit Labonté. I l est
aujourd’hui candidat pour le parti de
Gérald Tremblay.
« Benoit Labonté n’est pas un homme
de principes », dira le conseiller de
Snowdon, Marvin Rotrand, lui aussi passé
dans les rangs d’Union Montréal.
À Vision Montréal, Benoit L
abonté déra nge aussi. Les
départs se succèdent . I
nterrogé à l’époque par La
Presse, il dit qu’il sait qu’il a des «
ennemis », mais qu’il veut de l’action
à Montréal et que ceux qui ne
travaillent pas dans ce sens n’ont qu’à
partir. C’est ce qui survient. Au printemps
dernier, avec la démission subite du
directeur général de Vision
Montréal, Giulio Maturi, les départs
de cadres, élus, ou membres importants se
succèdent.
Mary Deros, Richer Dompier r e , Cla i r e Sa i
ntA rnaud (ex-leader de l’opposition officielle)
et le conseiller Pierre Mainville quittent le
caucus de Vision Montréa l e n 2 0 0 8 .
L’e xd i r e c t e u r généra l
Rober t Laramée, qui a déjà
tenté un putsch contre Labonté l ors
du congrès du pa r t i , e n a v r i l der
n i e r , c l a q ue aussi l a por t e . Christi
ne Hernandez, présidente dans Outremont,
Suzanne Gouin, présidente da ns Mercier –
Hoc hel a ga - Maison neuve, et deux membres du
comité exéc ut i f da ns Rosemont– L
a Petite-Pat rie, F ra nce Laplante et
Uldège Couture, démissionnent
à leur tour.
Dans sa garde rapprochée, Benoit L
abonté perd en août der nier s on c
hef de c abinet , Pier re d’A mours, apparemment
à couteaux tirés avec I rène
Marcheterre, la nouvelle conseillère
politique. S a n s o u bl ie r d ’au t r e s
employés : Stéphane Dion, Daniel
Saint-Louis, Sébastien McQuade, F é
l i x-A nt oi ne Jolicoeur. Et plus
récemment ,Vincent Chaput, un
fédéraliste convaincu qui n’a pas
digéré que Benoit Labonté
renonce à la mairie de Montréal et
déroule le tapis rouge à Louise
Harel. Tous des alliés. Des alliés
devenus des adversaires de Benoit Labonté.
Accurso a-t-il financé
Labonté ? - Éric
Clément
Le
numéro 2 de Vision Montréal nie les
allégations de ruefrontenac.com et de
Radio-Canada
en campagne électorale, mais j e dois
admettre que celui de ce matin (hier matin) est
vraiment un coup directement en bas de la
ceinture, a-t-i l la ncé. Je nie
catégoriquement les i nsinuations
publiées ce matin par ruefrontenac.com.
»
PHOTO DAVID
BOILY, ARCHIVES LA PRESSE
Benoit Labonté n’a
pas apprécié de voir son nom
être associé à celui de
l’entrepreneur Tony Accurso. « Il semble
qu’en politique, tous les coups bas soient
permis en campagne électorale, mais je
dois admettre que celui(-ci) est vraiment un
coup directement en bas de la ceinture »,
a-t-il lancé.
Benoit Labonté assure que le 17 mars 2008,
jour où aurait eu lieu cette rencontre, il
n’avait aucun petit-déjeuner, dîner
ou souper d’affaires notés dans son agenda.
M. Labonté a envoyé, hier
après-midi, une demande de
rétractation à ruefrontenac.com et a
déclaré que si le site ne se
rétracte pas, « des été
faites par nos avocats. Il n’est pas question que
l’on se rétracte. » Rappelons que le
site ruefrontenac.com est tenu par les
journalistes en lock-out du Journal de
Montréal.
Hier soi r, le j ournaliste Davide Gentile de
RadioCanada a, à son tour, diffusé
un reportage dans lequel il affirme que, selon ses
propres sources, M. Labonté a bel et bien
rencontré M. Accurso dans un restaurant en
mars 2008. Le journaliste de la télé
publique affirme que Vision Montréal a
reçu de l’a rgent comptant en 2008 et l’a
transformé en contribution politique Le
chef de l’opposition officielle, Benoit
Labonté, a nié hier les affirmations
du site ruefrontenac. com selon lesquelles i l
aurait reçu, l’a n dernier, « une
centaine de milliers de dollars » de la part
de l’homme d’affaires Tony Accurso à la
suite d’un repas pris en sa compagnie, alors qu’il
était candidat à la direction de
Vision Montréal.
Selon l ’enquête du j ournaliste
indépendant Fabrice de Pierrebourg,
diffusée sur l e s i t e r uef r ontenac .
c om, M. Labonté a rencontré le
président des compagnies Louisbourg
Construction et Simard-Beaudry Construction dans
un restaurant du VieuxMontréal le 17 mars
2008. Cette rencontre aurait permis à M.
Labonté de financer une partie de sa
campagne qui a coûté très
cher, notamment la soirée « à
l’américaine » à la
Société des arts technologiques, le
30 mars 2008.
Plusieurs personnes auraient participé
à ce repas. M. Labonté aurait
sollicité « devant témoins
» que Tony Accurso l’aide à financer
sa course à la chefferie. « Avant de
se lever de table, puis de payer la note, Accurso
aurait accepté de donner un coup de pouce
à l’aspirant maire », écrit le
journaliste.
En point de presse, hier, Benoit Labonté a
nié en bloc. I l a dit avoir «
croisé » une fois Tony Accurso
à l’occasion d’une activité
organisée en 2006 par Union
Montréal, son ex-parti. Tout le reste est,
selon lui, « mensonger ». « Il
semble qu’en politique, tous les coups bas soient
permis poursuites judiciaires en diffamation
seraient intentées ».
Mais r uef r o nt e nac . c o m persiste et signe
et maintient que tout ce qui a été
publié est exact. « On a mis
ça entre les mains de nos avocats, dit
Richard Bousquet, coordonnateur de
ruefrontenac.com. Le travail de Fabrice a
été fait avec toute la rigueur
nécessaire et toutes les
vérifications ont légitime. «
Le principe, c’est l ’a rgent qui rentre. Source X
et l’entourage de Labonté demandent
à du monde: " Je te donne 500$ ou 1000$
cash, fais un chèque au parti ou en
contrepartie. " C’est comme ça », a
expliqué une source à Radio-Canada.
Une source confirme à La Presse
Ces
allégations
de versement d’argent comptant en contributions
politiques ont été également
faites hier, à La Presse par une source :
« Tous les partis font ça. C’est une
sorte de blanchiment d’argent. L’argent vient, on
ne sait pas d’où. Là, tu le divises
par des individus qui le mettent légalement
dans une caisse politique d’un parti avec un
chèque. »
La Presse a vou lu que M. L abonté c
ommente l es nouvelles informations obtenues par
Radio-Canada. « On s’en tient à la
déclaration de cet après-midi
», a dit Caroline Martel, porte-parole de
Vision Montréal. Mais allez-vous demander
une rétractation à Radio-Canada ?
« Toutes les options sont envisagées
», a par la suite ajouté Mme Martel.
Louise Harel : malaise
M. Labonté était en présence
de Louise Harel quand i l a nié avoir
mangé avec M. Accurso le 17 mars 2008. Mme
Harel semblait mal à l’aise. Comme elle
n’avait pas dit un mot, un j ournaliste lui a
demandé de commenter l’affaire. Tout
doucement, elle a dit : « Je suis à
ses côtés », « j e n’ai
pas de doutes sur l’i ntégrité de M.
Labonté », ajoutant qu’il s’agissait
d’une « machination ».
Le chef de Projet Montréal, Richard
Bergeron, a dit, hier que « son idée
est faite sur M. Labonté depuis deux ans
».
« Je me suis fait mon opinion sur le
personnage de M. Labonté dans le dossier de
la gare Viger, surtout quand il nommé
Cameron Charlebois sur son comité
consultatif d’urbanisme, a-t-il dit. Pour moi ,
mon idée éta it fa ite. Benoit
Labonté, c’est Zampino 2. Le tandem
Harel-Labonté ressemble ét r a
ngement au tandem Tremblay-Zampino. Quelqu’un en
façade pour j ouer le r ôle de maire
de Montréal et le vrai pouvoir, le
manipulateur de marionnettes. Avec Tremblay, c’est
Zampino. Quand ce sera Harel, il s’appellera
Benoit Labonté. »
M. Bergeron dit que l’an dernier, il avait
demandé aux journalistes de se demander
quelle était la source de financement de M.
Labonté « puisque dans les deux
rapports officiels de Vision Montréal des
deux années antérieures, il y avait
un déficit cumulé de 350 000$
». « Et après, subitement, on
voit le visage de Labonté partout. Il a
bien fallu que quelqu’un la finance cette
campagne-là. Alors ce qu’on apprend, c’est
cohérent avec les dates. »
Au moment de mettre sous presse, Benoit
Labonté était en discussion avec ses
avocats.
ENVELOPPES BRUNES ET AUTRES 25 000$
De nouvelles allégations
divulguées tard hier soir risquent de
créer une seconde onde de choc chez
Vision Montréal. Selon un reportage
diffusé au bulletin de 22 heures de TVA,
Benoit Labonté aurait reçu un
versement de 25 000$ ainsi qu’une enveloppe
brune remplie de liasses d’argent de la part
d’une des trois firmes impliquées dans le
scandale des compteurs d’eau. Il ne s’agirait
toutefois pas d’une entreprise dirigée
par Tony Accurso. Selon une source qui a
témoigné sous le couvert de
l’anonymat, le premier versement aurait eu lieu
à la mi-mars 2008, alors qu’il
était dans la course au leadership de son
parti. Lorsque l’un de ses collaborateurs a
manipulé les liasses « comme un jeu
de cartes » pour indiquer que l’argent s’y
trouvait, le chef de l’opposition officielle
aurait demandé si « le compte y
était » et si le « 25 »
y était. Selon une deuxième source
citée dans l’enquête de TVA, un
dirigeant de la même compagnie aurait
remis une somme de 25 000$ à Benoit
Labonté à la suite d’une rencontre
survenue dans un restaurant de Montréal
un mois plus tôt, à la
mifévrier 2008.
Une redoutable grand-mère -
Michèle Ouimet
Hier matin, Louise Harel est arrivée
scrupuleusement à l’heure,
accompagnée par une conseillère en
communications et une relationniste.
Elle a déposé son grand sac à
main par terre, sorti son sourire le plus
enjôleur et accepté un verre d’eau.
« Pas de café, merci »,
a-t-elle susurré.
C’était au tour de Louise Harel, chef de
Vision Montréal, d ’accepter l ’i nv it a t
ion de La Presse. La veille, Richard Bergeron
avait croisé le fer pendant une heure avec
plusieurs journalistes. Le chef de Projet
Montréal était seul, lui.
E t G éra ld T remblay ? Mystère. Il
a été invité, mais il fait la
sourde oreille. Pourtant, les rencontres «
éditoriales » sont une tradition
sacro-sainte. Au fédéral, au
provincial et au municipal, les chefs acceptent de
rencontrer les journalistes de La Presse pendant
les campagnes électorales. Lucien Bouchard,
Bernard Landry, Jean Charest, Pauline Marois, Jack
Layton, Gilles Duceppe ont tous accepté de
se plier à cet exercice exigeant.
Gérald Tremblay? On attend sa
réponse. Son équipe
réfléchit, suppute, soupèse,
évalue, calcule, hésite. Le maire ne
boude pas seulement La Presse. The Gazette et Le
Devoir attendent aussi sa réponse. Louise
Harel et Richard Bergeron ont accepté sans
faire de chichis. Eux.
Dimanche, Gérald Tremblay va se jeter dans
les bras de Guy A. Lepage à Tout le monde
en parle. Tiens, tiens. A-t-il peur des questions
des journalistes de la presse écrite qui
ont mené des enquêtes sur son
administration? Peur des scandales qui ont terni
sa réputation? Si c’est le cas, ce n’est
pas très courageux de sa part.
Louise Harel, elle, a le courage d’affronter
l’équipe de la Gazette même si son
anglais est boiteux, pour ne pas dire inexistant.
La relation de Louise Harel avec la langue de
Shakespeare est douloureuse. Elle a pris des
tonnes de cours et effectué des
séjours d’un mois en Angleterre et à
Vancouver ; elle a bûché,
bûché et bûché, mais
dès qu’un micro se braque sous son nez,
elle fige.
«J’ai peur de faire des erreurs, a-t-elle
confié, hier. Pas de grammaire, mais
politiques.»
– Si vous êtes élue, comment
allez-vous tendre la main aux Anglais qui vous
détestent et vous dépeignent comme
une sorcière?
–
J’ai des candidats anglophones, a-t-elle
répondu.
L’entrevue a vite glissé sur les
structures, les fameuses structures bancales de
Montréal. C’est pour corriger l’orgie de
structures qui afflige la Ville que Louise Harel a
décidé de se lancer en politique
municipale.
Elle veut casser l’arrogance des arrondissements
qui se comportent comme des villes, en
étant dirigés par des maires
élus au suffrage universel et dotés
de pouvoirs démesurés: droit de
créer des taxes, d’emprunter, etc.
Elle veut leur arracher des compétences –
comme l’urbanisme et le développement
économique – qui reviendront dans le giron
de la ville centre. Les arrondissements
s’occuperont des services de proximité:
piscines, bibliothèques, terrains de
tennis, arénas, équipements locaux.
Louise Harel préconise une approche douce.
Pas question de partir en guerre et de lancer
Montréal dans un déchirant
débat de structures. Elle apportera les
changements qui relèvent de sa
compétence. Pour le reste, elle discutera
avec Québec.
Bref, u n ménage dont Montréa l a c
r uellement besoin. Un bon point.
Par contre, ses grands projets sentent le
réchauffé: recouvrement de
l’autoroute Ville-Marie, navette ferroviaire entre
le centre-ville et l’aéroport… Sans oublier
la marotte de Benoit Labonté, son bras
droit: une exposition universelle en 2020. «
Un levier de revitalisation urbaine», a dit
Mme Harel, les yeux brillants.
Plutôt un projet risqué qui sent les
boules à mites. Hier, l’architecte Phyllis
Lambert a déclaré, avec raison, que
les expositions universelles étaient
dépassées. Une «idée du
XIXe siècle».
Pourtant, c’est l’idée phare de
l’équipe Harel-Labonté.
Louise Ha rel a répondu avec une
habileté diabolique à des questions
délicates sur les accommodements
raisonnables et le CHUM. Derrière l’image
de la grand-mère à la voix douce se
cache une redoutable politicienne qui a 27 ans
d’expérience.
Pendant une heure et demie, elle n’a fait aucune
gaffe, aucune déclaration intempestive.
Elle a répondu longuement aux questions,
avec des détours habiles, s’embrouillant
parfois dans les détails. Et elle a
réussi à ne pas répondre aux
questions embêtantes. Mine de rien.
À la fin de l’entrevue, elle a
ramassé son gros sac à main,
serré les mains et jeté un dernier
sourire enjôleur avant de quitter la
pièce.
Pour une ville avec moins d’élus -
Sara Champagne
À deux semaines et des poussières
des élections municipales, La Presse a
invité les chefs des principaux partis
montréalais à une rencontre dans ses
bureaux de la rue SaintJacques. Louise Harel, de
Vision Montréal, est la deuxième
à répondre à nos questions
hier.
Louise Harel estime qu’il y a trop d’élus
à Montréal. Sans s’engager à
en diminuer le nombre, elle promet qu’elle en
discutera avec le gouvernement du Québec si
elle est élue le 1er novembre prochain.
Elle vise plus particulièrement le nombre
de conseillers d’arrondissement, « des
postes d’élus qui avaient été
instaurés de façon transitoire, en
20 0 0, mais qui ont été maintenus
par l’administration TremblayZampino»,
a-t-elle rappelé.
Louise Harel mise sur des
projets d’envergure pour Montréal, dont
la célébration du 375e
anniversaire de la ville en 2017 et l’Exposition
universelle de 2020.
«Je ne veux pas me prononcer aujourd’hui sur
combien il restera d’élus à la fin
du processus, a insisté Mme Harel.
Ça relèvera d’un débat entre
Québec et Montréal. Mais ce que je
souhaite, c’est qu’il y ait aussi un débat
avec les citoyens. Il sera possible de
l’entreprendre. Mais je ne voudrais pas qu’on dise
aujourd’hui que ce débat est
terminé.»
Louise Harel propose donc un grand ménage
à l’hôtel de ville. Elle veut que le
comité exécutif ne soit pas
formé exclusivement que par des maires
d’arrondissement, mais aussi par des conseillers.
Elle veut aussi rapatrier des pouvoirs
d’arrondissement à la ville centre. Comme
la voirie, le déneigement et la gestion des
matières résiduelles, par exemple.
Mais de là à réduire le
nombre d’arrondissements, il y a un pas que
l’ancienne ministre péquiste ne veut pas
franchir.
« Les arrondissements ont toujours leur
raison d’être. Ils n’existaient pas avant la
loi 170 que j’ai fait adopter à
l’Assemblée nationale. Et je crois aux
services de proximité. Toutes les grandes
villes du monde dans les pays
industrialisés ont des arrondissements.
Mais beaucoup des grandes villes du monde ont
transformé leurs arrondissements en
quasi-villes, comme ici à Montréal,
et ça, c’est un vrai
problème.»
Selon Mme Harel, ce ne sont pas les maires
d’arrondissement qui posent problème.
« C’est toute la question du suffrage
universel qui devra faire l’objet d’une
discussion, a-t-elle dit. Cette question doit
être résolue à Québec.
»
Par conséquent, elle ne manque pas de
décocher une flèche à
l’endroit de son adversaire, le maire sortant
Gérald Tremblay, qui avait demandé
et obtenu une modification à la loi afin
que le prochain maire de la métropole
devienne de facto le maire de l’arrondissement de
Ville-Marie. Et, ainsi, qu’il reprenne les
rênes des grands projets
métropolitains, comme le Quartier des
spectacles. Cette demande avait été
formulée par l’administration municipale
peu de temps après que le maire du
centre-ville, Benoit Labonté – son bras
droit–, eut claqué la porte du parti de
Gérald Tremblay, à l’automne 2007.
«C’est quand même ironique que le
maire de la grande ville, pour avoir de
l’influence sur son centre-ville, ait voulu
devenir maire de l’arrondissement de Ville-Marie,
a-t-elle lancé. Oui, il faut avoir de
l’influence sur les grands projets, mais pas
à l’envers du bon sens. Il y a d’autres
alternatives, par exemple l’idée que tous
les grands projets de plus de 20 000 pi2 soient
soumis à l’Office de consultation publique
de Montréal. Et qu’ainsi, ils soient
directement reliés à l’hôtel
de ville.»
Afin de parvenir à garder l’oeil sur les
grands développements, Louise Harel s’est
déjà engagée à revoir
de fond en comble le service d’urbanisme de la
ville centre, en le dotant d’une équipe
solide. Elle veut aussi créer un bureau de
coordination des grands projets, qui aurait pour
mission de « faciliter la vie des
entrepreneurs qui sont excédés par
des délais interminables ».
« Je m’en tiens à ce que je peux, et
ce que je peux faire est un début
important, a ajouté la candidate à
la mairie de Montréal. Car comment se
donner une ville sa ns un plan d’urbanisme
cohérent, avec une vision du
développement économique ? »
Parlant de grands projets, Mme Harel met surtout
l’accent sur le projet de recouvrement de
l’autoroute Ville-Marie, entre le Palais des
congrès et le pont Jacques-Cartier.
L’endroit rêvé pour capitaliser sur
deux manifestations majeures, selon elle : le 375e
anniversaire de Montréal, en 2017, et
l’Exposition universelle de 2020, telle
qu’imaginée par Benoit Labonté,
destiné à devenir président
de son comité exécutif en cas de
victoire.
« Le 375e anniversaire peut servir de
catalyseur. Quant à l’Expo 2020, nous nous
engageons à déposer la candidature
de Montréal avant la date limite d’avril
2011. Ce n’est pas tant la durée de
l’événement qui compte, mais
plutôt le compte à rebours
précédant l’événement.
Tout le rayonnement. Je pense qu’il y a moyen de
faire aboutir des grands projets en mettant au
premier plan la créativité et les
créateurs. En intégrant le tout
à un large plan de transports en commun.
»
Mais pour y parvenir, a enfin prévenu Mme
Harel, il lui faut une large majorité
à l’hôtel de ville le soir des
élections municipales. « Au moins les
deux tiers des voix», a-t-elle
insisté. Sur le thème de
l’Exposition universelle, voir les pages A8 et A9.
« Les cols bleus n’ont pas le choléra
»
« Les cols bleus n’ont pas la peste ni le
choléra », a lancé Louise
Harel quand on lui a demandé ce qu’elle
entend faire pour dénouer l’impasse da ns
les négociations qui durent depuis deux ans
avec le syndicat du local 301.
«Les 100 millions dont parle le maire
Gérald Tremblay n’existent pas, a-t-elle
dit. C’est une stratégie
électoraliste. Mais je n’ai pas l’intention
pour autant de céder aux cols bleus ou
d’augmenter leur masse salariale. Je leur tiendrai
tête, en proposant des gains de
productivité.»
La
candidate à la mairie de Montréal
pense notamment suivre les recommandations du
vérificateur général au sujet
du contrat des compteurs d’eau en faisant appel
aux cols bleus pour les tâches qui sont
accomplies en sous-traitance.
« Il y a un rajeunissement chez les cols
bleus, a-t-elle noté. Je rêve qu’ils
puissent soumissionner pour les contrats. Et ce
que je retiens du rapport du vérificateur
à ce sujet, c’est qu’il faut ramener des
services centraux. »
Irréaliste, selon Tremblay, responsable,
selon Harel - Éric Clément
GELER L’IMPÔT FONCIER À
MONTRÉAL EN 2010
La promesse de Vision Montréal de
moderniser la métropole sans augmenter
l’impôt foncier en 2010 est jugée
totalement irréaliste par le chef d’Union
Montréal, Gérald Tremblay. La chef
de Vision Montréal, Louise Harel,
rétorque que le maire n’a pas de
leçon financière à donner,
après le fiasco du contrat des compteurs
d’eau, qui risque de coûter cher aux
Montréalais. « Nous, nous serons
responsables », a-t-elle dit.
PHOTO BERNARD
BRAULT, LA PRESSE
Le maire Gérald
Tremblay et André Lavallée,
responsable de l’aménagement urbain de la
Ville de Montréal, en campagne dans le
Plateau-Mont-Royal.
M. Tremblay a donc confirmé, hier, que s’il
est élu, les contribuables
montréalais devront s ubir une hausse de l
eu r impôt foncier dès le 1er janvier
prochain et peut-être pour les années
suivantes. Le chef de Projet Montréal,
Richard Bergeron, anticipe aussi une augmentation
de l’impôt à hauteur de l’inflation.
« Tout dépendra de la situation
économique », a dit le maire
Tremblay, hier. Prétendre que l’on peut
offrir les mêmes services municipaux
qu’aujourd’hui et en offrir d’autres sans
augmenter l’impôt, « c’est vivre sur
une autre planète », a ajouté
le maire, lors d’un point de presse.
Union Montréal prévoit
déjà qu’au 1er janvier, la crise et
des augmentations statutaires entraîneront
des dépenses non prévues de 148
millions. Le parti du maire Tremblay dit qu’en
ajoutant les promesses de 152 millions par an de
Vision Montréal, on arrive à un
total de 300 millions qui vont plomber la
municipalité.
Le maire a indiqué qu’une hausse des taux
d’intérêt n’est pas à exclure
et qu’une telle possibilité aura alors des
conséquences sur le service de la dette.
« Quand on a pris l’engagement de ne pas
augmenter le fardeau fiscal général
des contribuables (en 2005), c’est parce les
perspectives économiques étaient
positives, a-t-il dit. Mais aujourd’hui, comme
gestionnaire responsable des fonds publics, c’est
nettement impossible de ne pas faire un ajustement
au moins sur le plan de l’inflation. »
Gérald Tremblay a rappelé que sous l
’a dministration Bourque, la Ville était
plus endettée qu’aujourd’hui et que cela a
eu des conséquences sur les services
fournis aux citoyens. « Nous, on a
réussi à augmenter la notation de la
Ville à son plus haut niveau, a-t-il dit.
Et on veut maintenir ce niveau. Promettre 850
millions de dépenses en infrastructures,
c’est impossible. La conséquence i
mmédiate, ce sera une décote de la
Ville de Montréal. »
La
réplique de Louise Harel a
été c i nglante : si Gérald
Tremblay était prêt à
gaspiller 600 millions avec le contrat des
compteurs d’eau accordé à
GÉNIeau, « comment peut-il
prétendre maintenant manquer d’argent et
devoir taxer les Montréalais » ?
Vision Montréal persiste et signe: si
Louise Harel est élue, les contribuables
auront droit à un gel de l’impôt
foncier en 2010. Et aucun des pouvoirs de taxation
que la loi 22 a donné à la Ville ne
sera exercé en 2010 par une administration
Harel-Labonté.
« Après avoir si mal
géré la Ville pendant les
dernières années, ce sont encore les
citoyens montréalais qui paieraient la
note, a affirmé Mme Harel, se disant
indignée. Soyez certains que nous ferons le
ménage et nos devoirs à
l’hôtel de ville sans taxer davantage les
Montréalais. »
Benoit Labonté a dit qu’il peut trouver 200
millions par an grâce à des gains de
productivité. Il compte les réaliser
dès la première année au sein
des administrations municipales, comme il a dit
l’avoir fait « sans supprimer de postes, de
programmes ou de personnel » dans
Ville-Marie. Selon lui, un grand nombre de «
dédoublements » pourraient être
éliminés à la grandeur de la
Ville.
« Il s’agit de réorganiser le
travail, a-t-il dit. C’est un travail de
bénédictin mais nous pouvons et nous
allons réussir cet exercice. »
Mme Harel a ajouté que « la
sous-traitance a coûté
extrêmement cher à Montréal,
comme l’a montré le vérificateur
général de Montréal »,
et qu’il y a de la place « pour faire un
grand ménage ».
« Nous avons dévoilé notre
programme mais nous constatons que le maire
Tremblay n’a pas de programme à offrir aux
Montréalais, a-t-elle dit. Ce qu’il offre,
c’est le statu quo. Ceux qui veulent du vrai
changement, avec du ménage, des gains de
productivité et des services efficaces, ils
auront un choix (le 1er novembre), c’est ce que
nous leur proposons. »
Transformer la ville, sans augmenter les taxes…
en 2010 - Éric Clément
Le
parti Vision Montréal a
présenté son programme
électoral, hier. Son chef, Louise Harel,
propose de «transformer
Montréal» en faisant en sorte que
tous les citoyens aient droit aux mêmes
services, et ce, sans augmenter l’impôt
foncier... en 2010.
PHOTO
FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Louise Harel et Benoit
Labonté étaient tout sourire hier,
lors de la présentation du programme de
leur parti, Vision Montréal, en vue des
élections municipales du 1er novembre.
Le programme est issu de la réflexion faite
cet été par des membres et candidats
du parti dans le cadre de 11 chantiers de
réflexion. Il est articulé autour de
neuf enjeux: intégrité et
transparence, gouvernance, développement
économique, rayonnement international,
transport, développement social,
habitation, diversité culturelle et
développement durable.
Si elle est élue mairesse le 1er novembre,
Louise Harel veut d’abord « rétablir
la confiance » des Montréalais envers
leur administration municipale. Le dernier sondage
Angus Reid Strategies– La Presse a
révélé que seulement 2% des
citoyens sont « très satisfaits
» de l’administration Tremblay. Mme Harel
compte sur ce genre de données pour
démontrer que le maire Gérald
Tremblay n’est plus l’homme de la situation.
« Les Montréalais veulent une mairie
honnête, qui se consacre exclusivement
à leurs intérêts, et qui le
fait avec éthique, transparence et
intégrité, a-t-elle dit. Dès
notre arrivée aux commandes de la Ville,
nous créerons un Bureau d’éthique
municipal avec, à sa tête, un
commissaire à l’éthique
indépendant, doté de pouvoirs
étendus d’enquête et de moyens de les
appliquer.»
Mme Harel veut redonner «une
direction» à la Ville, en
transmettant la maîtrise d’oeuvre des
services d’urbanisme à la ville centre,
tout comme la voirie, le déneigement, la
propreté, le développement
économique, la gestion de l’eau et celle
des matières résiduelles. Les
arrondissements ne conserveraient que la culture
locale, les loisirs et les sports, mais auraient
une dotation financière
«ajustée et équitable».
Louise Harel promet aussi de revenir sur la
décision de l’administration T
remblayZampino d’avoir retiré
Montréal de l’Union des
municipalités du Québec. «Cela
a considérablement affaibli la
capacité de Montréal de créer
et de maintenir des réseaux d’information,
de collaboration et de soutien, et de susciter des
appuis solidaires importants en faveur de la
métropole. »
Vision Montréal propose cinq projets
majeurs pour la v i l le : recouv r i r l ’auto -
route Ville-Ma rie entre le Palais des
congrès et le pont Jacques-Ca r tier,
réa l iser la navette ferroviaire entre
Dorval et le centre-ville, poser la candidature de
Montréal à l’Exposition universelle
de 2020, créer un accès au fleuve
avec trois plages publiques (Pointe-aux-Trembles,
VieuxPort et Verdun–LaSalle) et organiser les
fêtes du 375e anniversaire de la fondation
de Montréal.
Le projet Rives nouvelles, que Benoit L
abonté ava it annoncé en j uin 2008
pour mettre en valeur le f leuve Saint-Laurent, du
Vieux-Port jusqu’à la rue Bercy, ne se
trouve pas dans le programme de Vision
Montréal. Mais il renaîtra si
Montréal obtient l’Expo 2020, dit-on au
parti.
Quant au dossier du tramway, Mme Harel avait
déjà dit qu’il n’était pas
prioritaire. Elle a ajouté, hier, que les
études se poursuivent, mais qu’elle veut
privilégier le prolongement du métro
jusqu’à Anjou et améliorer «
tout de suite et maintenant » les services
de transports en commun.
«Il n’y aura pas d’augmentation des tarifs
de la STM en 2010, a-t-elle dit. Et pour les
années suivantes, nous nous en tiendrons
à n’augmenter les tarifs que
proportionnellement au coût de la
vie.» Le chef de l’opposition officielle,
Benoit Labonté, a ajouté que les
péages et un gain de productivité de
5% appliqué partout dans les
administrations de la municipalité
permettront de dégager 200 millions de
dollars par année, soit «suffisamment
de marge de manoeuvre » pour résoudre
le problème récurrent de
Montréal de dépendance envers ses
revenus fonciers.
Ce n’est que vers la fin de la conférence
de presse que Benoit Labonté a
répondu à un journaliste anglophone
qu’il n’y aura pas d’augmentation de l’impôt
foncier si Louise Harel est élue. Peu
après, au cours d’une mêlée de
presse, Mme Harel n’a pas su dire si la promesse
était valable pour 2010 ou pour quatre ans.
Elle a pointé son regard vers Benoit
Labonté qui a alors répondu aux
quelques journalistes présents que la
promesse ne valait que pour l’an prochain.
Louise Harel a aussi des friends -
Katia Gagnon
Dans l’espoir de démontrer que la
candidature de Louise Harel ne suscite pas que des
hauts cris dans les communautés anglophones
et allophones, un groupe de citoyens, dont
quelques personnalités, ont lancé
hier un site internet bilingue baptisé
Friends of Louise Harel.
PHOTO DAVID
BOILY, LA PRESSE
Des membres des
communautés anglophone et noire ont
officialisé leur appui à la
candidature de Louise Harel, hier.
« Je connais Louise Harel depuis 30 ans.
C’est une candidate brillante et honnête
», a lancé l’avocat Julius Grey,
devant une trentaine « d’amis de Louise
Harel » réunis dans un hôtel du
centre-ville, amis au nombre desquels on trouvait
une dizaine de candidats de Vision
Montréal. Dan Philip, président de
la L igue des Noirs du Québec, Mohammad
Shamsur Rahman, membre de la communauté
musulmane, ainsi que Peter Francis et Gabriel
Bazin, respectivement entrepreneur et juriste,
tous deux issus de la communauté
haïtienne, étaient au nombre des
invités.
« Il faut unifier notre ville, a poursuivi
M. Grey. Depuis trop longtemps, les
fédéralistes et les souverainistes
se regardent et ne se parlent pas. Quand quelqu’un
me demande : Oui, mais est-ce que j e peux
vraiment voter pour quelqu’un qui a
été de l’autre côté ?
Je leur réponds : Quand vous choisissez un
chirurgien, est-ce que vous lui demandez de quel
côté il est ? »
Le bilinguisme
«
Certaines personnes me demandent : Mais pourquoi
appuyez-vous Louise Harel ? Je la connais depuis
30 ans. Nous avons travaillé ensemble pour
les droits humains et la justice sociale »,
a ajouté Dan Philip, qui a travaillé
avec la candidate à la mairie dans le
dossier du pistolet électrique et celui de
la représentation juridique de la famille
de Fredy Villanueva.
M. Philip a minimisé l’importance du
bilinguisme pour accéder à la
mairie. « La langue, c’est important, mais
on ne doit pas l’utiliser comme une arme. Et
ça ne doit pas nous divertir de nos vrais
problèmes. » Julius Grey a
renchéri. « Il n’y a pas de test
linguistique à passer pour être
candidat à la mairie. »
La candidate a ensuite pris la parole en anglais
devant l’assista nce. « Je su is très
fière de votre appui, a-t-elle dit.
Ensemble, nous allons pouvoir abattre les
frontières de l’incompréhension.
Nous prouvons ce matin que nous ne sommes pas des
étrangers . » L a c hef de Vision
Montréal en a profité pour annoncer
que le tiers de ses 104 candidats sont issus des
communautés anglophone ou allophone.
Hier, sur le site internet c réé pou
r l ’o c c a sion , qu i vante les
réalisations de Mme Harel auprès des
communautés culturelles, on trouvait assez
peu de commentaires de citoyens. « Elle
n’aura pas beaucoup de résonance dans les
com mu nautés », c roit Marvin
Rotrand, candidat d’Union Montréal dans
Côtedes-Neiges–Notre-Dame-deGrâce. M.
Rotrand rappelle des propos qu’avait tenus Mme
Harel en mars dernier, avant qu’elle n’annonce sa
candidature ; elle s’élevait contre une
possible balkanisation des quartiers de
Montréal, des remarques qui ont «
choqué » les communautés
culturelles, estime-t-il.
« Si les a rrondissements demeurent des
quasi-villes comme maintenant, on va se retrouver
dans la pire des situations, avait
déclaré Louise Harel dans une
entrevue accordée à RDI. On va avoir
des villes… une ville italienne, une ville
haïtienne, une ville anglophone, une ville
arabe, Ville Saint-Laurent, une ville juive.
»
Faux et vrai débat -
Michèle Ouimet
Ce
n’était pas le débat du
siècle. En fait, il n’y a pas eu de
débat. Chaque candidat à la mairie
de Montréal a résumé son
programme électoral et répondu aux
questions d’un auditoire un peu coincé.
Temps alloué: 16 minutes.
Louise O’Sullivan, du
parti Montréal Ville-Marie.
Ce non-débat s’est déroulé
hier au déjeuner-causerie de la jeune
chambre de commerce. Les candidats n’ont pas
croisé le fer une seule fois. Même
s’ils étaient assis à la même
table, ils n’ont pas échangé un mot.
Entre l’endive et le poulet, l’atmosphère
était glaciale.
Chaque candidat avait huit minutes pour parler
d’un thème imposé par la jeune
chambre : « Les principaux défis
auxquels la ville devra faire face et comment ils
entendent y répondre. »
Vague, trop vague. Erreur. Les candidats en ont
profité pour réciter la liste de
leurs promesses électorales en escamotant
le sujet imposé.
Le maire Tremblay a parlé tellement vite et
avec une telle conviction que la salle a ri
à la fin de son allocution. Richard
Bergeron a aussi débité son
programme à la vitesse de la
lumière. Louise Harel, elle, a parlé
plus lentement. Le lutrin lui arrivait aux
épaules et le micro, au nez.
Quatrièmecandidate, Louise O’Sullivan,
ex-conseillère du maire Tremblay de 2001
à 2005. Elle a passé une partie de
son discours à parler de son fils de 27
ans, brillant, tellement brillant,
diplômé de McGill, et qui a
décidé de vivre en Norvège.
Elle a affirmé que Montréal
était la ville la plus pauvre en
Amérique ( !) et qu’elle n’avait pas besoin
de règles d’éthique. « Il faut
être éthique pour se lancer en
politique », a-t-elle précisé.
Sans commentaire. I mpos s i ble de pa r l e r aux
candidats à la fin du
déjeuner-causerie. Ils ont tous
galopé vers la Place Bonaventure pour
participer à un autre débat – un
vrai – animé par Benoît Dutrizac
à la radio. Une heure vivante, drôle
par moments. Dutrizac connaît la politique
municipale. Ses questions étaient directes,
justes, et il a laissé le temps aux
candidats de débattre.
Et Louise O’Sullivan n’avait pas été
invitée.
On était loin de l’atmosphère
soporifique et complaisante de la jeune chambre de
commerce.
Benoît Dutrizac a attaqué en parlant
d’éthique. Gérald Tremblay a
répété que GÉNIeau, le
consortium au coeur du scandale des compteurs
d’eau, ne sera pas dédommagé si la
police prouve qu’il y a eu collusion.
Louise Harel a souligné qu’un maire a un
devoir de surveillance.
Vrai. Article 52 de la Loi sur les cités et
villes: « Le maire exerce le droit de
surveillance, d’investigation et de contrôle
sur tous les départements et les
fonctionnaires ou employés de la
municipalité et voit spécialement
à ce que les revenus de la
municipalité soient perçus et
dépensés suivant la loi. »
Donc, même si le maire plaide l’ignorance,
cela ne l’absout pas.
Évidemment, il a été question
des incontournables cols bleus. Benoît
Dutrizac fait des boutons dès que leur nom
est prononcé. Le maire a accusé Mme
Harel de s’être « assise main dans la
main » avec le président des cols
bleus, Michel Parent, lors du dernier conseil
municipal.
Louise Harel n’est pas élue. Elle doit donc
s’installer au balcon réservé au
public et aux journalistes. Ce soir-là,
Michel Parent était à ses
côtés. Elle s’est défendue :
« Je ne donnais pas la main à Michel
Parent ! » Richard Bergeron s’est
empressé d’ajouter : « Je n’ai aucune
relation particulière avec Michel Parent!
»
Comme si Parent avait la lèpre et le
choléra.
En ces temps d’élections, les cols bleus
n’ont pas la cote.
Où est Diane Lemieux? À la fin du
mois d’août, dans une conférence de
presse, l’exministre péquiste et ennemie
jurée de Louise Harel est arrivée,
triomphante, au bras de Gérald Tremblay.
Si le maire est réélu, Mme Lemieux
ne moisira pas dans un rôle de figurante. M.
Tremblay lui a promis un poste au comité
exécutif. Probablement la
présidence.
Depuis cette apparition éclatante, Mme
Lemieux se fait discrète. À Union
Montréal, on affirme qu’elle a
participé à trois activités
publiques. Trois en un mois, c’est mince.
Après tout, on est en campagne
électorale.
On est loin de l’euphorie de la fin août,
lorsque Mme Lemieux avait affirmé que
Gérald Tremblay était son homme.
« C’est mon homme, avaitelle dit. Je le
respecte et j’ai de l’admiration pour lui. »
Depuis, il y a eu le rapport dévastateur du
vérificateur général sur le
scandale des compteurs d’eau.
Un débat serein, l’autre houleux
-
Louise Leduc
Gérald Tremblay et Richard Bergeron
sont arrivés côte à
côte à un débat des chefs
à la jeune chambre de commerce, hier.
Louise Harel, qui les suivait de peu, s’est
avancée, a serré la pince
à Richard Bergeron et a ignoré
M. Tremblay. Entre les deux, pas un regard.
Pas une poignée de main.
Louise Harel, de
Vision Montréal.
Ce petit prélude de coulisse a
donné le ton au reste. Les piques ont
fusé de toutes parts, et ce, même
si le format choisi à la jeune chambre
n’était pas celui du débat mais
de la tribune occupée à tour de
rôle par chacun des candidats.
Gérald Tremblay a raillé Louise
Harel, qui avait erronément
ajouté un milliard au budget de la
Ville. Louise Harel a dit que le maire
Tremblay avait « donné les
clés de la ville aux entrepreneurs en
leur disant : Servez-vous ! »
L’acrimonieamontéd’uncran lors du
débat radiophonique qui a suivi,
animé par Benoît Dutrizac
à la station 98,5.
« Ne dites pas n’importe quoi », a
dit Louise Harel. « Ne mentez pas,
madame Harel », a répliqué
Gérald Tremblay.
Plus tard : « Ce n’est pas parce que je
suis une femme qu’il va m’interrompre »,
a lancé Louise Harel, furieuse que M.
Tremblay lui ait coupé la parole.
À un autre moment, Gérald
Tremblay a accusé Louise Harel de
s’être trouvée assise un jour,
dans l’auditoire du conseil municipal,
à côté de Michel Parent,
président du syndicat des cols bleus.
Louise
Harel et Gérald Tremblay étaient
tous deux si pompés que Benoît
Dutrizac a senti le besoin de leur demander si
ça allait et de leur rappeler que tout
ça n’était qu’un débat.
Richard Bergeron, lui, s’est moqué de
Gérald Tremblay, qui venait de se
targuer d’être à la tête de
la première administration à
obtenir du gouvernement du Québec le
statut de métropole, ce qui vaut un
chèque annuel de 35 millions à
Montréal. « Quand j’étais
jeune, Montréal, c’était la
métropole du Canada, et là, le
maire est tout fier de dire qu’elle est la
métropole du Québec! »
Au cours de ces deux débats, quel
message ont voulu passer les candidats ?
Louise Harel s’est d’abord indignée de
ce que le maire n’ait pas profité de la
journée d’hier – la dernière
à sa disposition dans le présent
mandat – pour annuler le contrat des compteurs
d’eau. Elle a par ailleurs annoncé son
intention de doubler le budget du Conseil des
arts de Montréal et d’introduire
« une certification ISO diversité
» qui ferait en sorte que les
communautés culturelles seront plus
présentes dans l’administration
publique et même chez les
sous-traitants. Elle a aussi dit qu’elle
entendait redonner aux urbanistes de la ville
l’importance qu’ils avaient avant l’ère
Tremblay.
Très volubile et maximisant au possible
son temps de parole aussi bien devant la jeune
chambre de commerce qu’à la radio,
Gérald Tremblay a insisté sur le
fait que, jusqu’ici, le contrat des compteurs
d’eau allait coûter 3,5 millions aux
contribuables – la pénalité de
résiliation du contrat – en plus des
travaux déjà
réalisés, pour lesquels une
seule facture de 91 000$ a été
reçue.
Le maire a insisté sur le prolongement
du métro – qui peut se faire
rapidement, a-t-il dit, « pas dans 15
ans » – , sur sa volonté de
rendre la ville plus concurrentielle et sur
des projets déjà lancés,
comme le Quartier des spectacles et la
réhabilitation des terrains de la gare
de triage d’Outremont (qui fera place à
des logements abordables, à des
pavillons de l’Université de
Montréal et à des parcs).
Comme Régis Labeaume à
Québec, Richard Bergeron a
annoncé qu’il voulait qu’« un
geste architectural » soit fait à
l’entrée de la ville. En clair, qu’un
grand édifice soit planté dans
le f leuve et devienne l’icône de
Montréal.
Quant
à Louise O’Sullivan, elle s’est
beaucoup étendue sur le parcours
universitaire de son fils qui, faute d’emploi
à sa mesure au Québec, a
dû s’exiler. Sa priorité à
elle, donc: créer des emplois à
Montréal.
Louise
Harel
s’oppose au couloir d’autobus Dalhousie -
Sara Champagne
Tout en s’engageant à aller de l’avant avec
le réaménagement de l’autoroute
Bonaventure, l’aspirante à la mairie de
Montréal, Louise Harel, s’en prend à
l’idée d’aménager un corridor
d’autobus rue Dalhousie. Selon elle, il faut
plutôt privilégier un boulevard
à quatre voies au lieu de trois, avec une
voie réservée aux transports en
commun. Beaucoup « moins dangereux »,
dit-elle.
Louise Harel, chef de
Vision Montréal et candidate à la
mairie.
Accompagnée du professeur en urbanisme de
l’UQAM et candidat à un poste de conseiller
de ville dans NotreDame-de-Grâce, David
Hanna, la chef de Vision Montréal a
expliqué, hier matin, qu’un couloir de 1400
autobus, rue Dalhousie, ne serait pas
sécuritaire. Selon elle, le projet
élaboré par la Société
du Havre de Montréal, au coût d’une
étude de 2,5 millions, ne tient par
ailleurs pas compte du patrimoine et du
développement résidentiel dans le
secteur.
Mme Harel estime que la Société du
Havre devrait plutôt élaborer
plusieurs scénarios en partenariat avec
l’Agence métropolitaine de transport (AMT),
à qui revient le mandat de faire des
études. « C’est étrange, mais
nous n’avons jamais pu prendre connaissance de
l’étude de la Société du
Havre pour la rue Dalhousie, a ajouté M.
Hanna. Il est clair qu’il s’agit d’un pelletage
d’autobus sur un mur aveugle, propice à
plusieurs accidents entre autobus et
automobilistes », a-t-il prédit.
« Nous nous engageons à
réaliser l’autoroute Bonaventure, a
ajouté Mme Harel. Le projet est excellent,
soit celui de démanteler une partie de
l’autoroute pour en faire un boulevard urbain.
Mais l’idée d’un corridor est totalement
odieuse, et va coûter très cher. Il
nécessite de nombreuses expropriations. Il
faut creuser des tunnels aussi. »
Mme Harel souhaite s’inspirer des résultats
du concours Rêvez Montréal,
publié par La Presse à la
mi-septembre, dans lequel les lecteurs ont
démontré une nette
préférence pour l’aménagement
d’un marché public sous le viaduc du CN,
avec terrasses et de l’animation.
« Ce qui est présentement
proposé, pour la rue Dalhousie,
entraîne un coût prohibitif tant sur
les plan social et culturel qu’économique
», a-t-elle enfin déploré.
Le responsable du Plan de transport au
comité exécutif du maire Tremblay,
André Lavallée, a réagi aux
propos de Mme Harel en expliquant que le couloir
Dalhousie s’impose dans le contexte où
« l’on sait que le train léger (SLR)
entre Montréal et la Rive-Sud, ne verra pas
le jour à court terme ».
« Le pont Champlain a également
besoin d’être reconstruit ouremplacé,
ajoute M. Lavallée. Il y a donc deux
attitudes possibles: ne rien faire ou
améliorer la desserte avec la Rive-Sud. En
ce moment, les autobus font des détours
interminables. Nous, ce qu’on dit, c’est que le
corridor est la meilleure solution dans le moment.
Et cette solution va même éloigner
les autobus du projet résidentiel dans
l’ancienne usine Lowney, rue Sainte-Catherine.
»
Quant à l’étude
réalisée par la
Société du Havre, La Presse n’a pas
été en mesure d’en prendre
connaissance hier. Gaétan Rainville,
président-directeur général
de la Société, doit rappeler
aujourd’hui. Le projet de
réaménagement de l’autoroute
Bonaventure sera soumis à un processus
d’audiences publiques, après les
élections municipales.
Louis Roquet appelé en renfort
- Karim Benassaieh
Le
fonctionnaire de carrière Louis Roquet,
ex-PDG d’Investissement Québec et de la So
c iété des a lcools du
Québec, s’est vu confier hier une nouvelle
tâche d’envergure : conseiller la nouvelle
directrice générale de la Ville de
Montréal dans la foulée du scandale
des compteurs d’eau.
Le mandat de M. Roquet, précise-t-on
à l’hôtel de ville, est «
ponctuel » et « ad hoc ». Pour
175 $ l’heure, il fournira des recommandations
à l’administration municipale dans le cadre
d’un budget alloué de 7500 $, soit une
quarantaine d’heures de consultation.
La nomination de cet expert réputé,
dont la carrière n’est pas liée
à un parti, n’a pas soulevé de
vagues auprès de l’opposition. «M.
Roquet est reconnu pour être un très
bon administrateur, a déclaré Louise
Harel, chef de Vision Montréal. Je ne
connais pas son mandat, mais tout ce qui peut
renforcer la gestion de la Ville est bienvenu.
Mais encore une fois, c’est trop peu trop
tard.»
L ou is Roquet , 69 a ns , reviend ra à ses
premières amours dans l’administration
publique puisqu’il a été directeur
général de la Communauté
urbaine de Montréal, puis secrétaire
général de la Ville de
Montréal, de 1990 à 1994. Son poste
a été aboli par Pierre Bourque en
décembre de cette même année.
Il a ensuite hérité du siège
de PDG de la Société de
développement industriel du Québec,
qui deviendra Investissement Québec.
Le
gouvernement Landry lui a donné par la
suite les rênes de la Société
des alcools du Québec en 2002. C’est
à son bref passage que l’on doit le fameux
« virage performance » de la
société d’État, dont il a
été limogé à
mi-mandat, en septembre 2004. Des observateurs
attribuent alors sa disgrâce à un
organisateur politique proche de Jean Charest,
Raymond Boucher.
Il a brièvement retouché à
l’administration municipale en 2007 alors que le
maire Tremblay l’a nommé sur un
comité chargé de repenser le
financement de la Ville de Montréal.
Pou r don ner suite rapidement au rapport du
vérif icateu r généra l su r
les compteurs d’eau, l’administration Tremblay
avait demandé la sema i ne der n
ière à la nouvelle directrice
générale, Rachel Laperrière,
de réviser le processus d’attribution des
contrats. « Compte tenu de l’ampleur et de
la complexité de ce mandat, j’ai convenu
avec elle de demander à M. Louis Roquet
d’agir auprès d’elle à titre de
conseiller spécial, a expliqué dans
un communiqué le maire Gérald T
remblay. La compétence, l’ex
périence, l’ex pertise et
l’intégrité de Louis Roquet sont
reconnues. »
I l a été impossible hier d’obtenir
une entrevue avec M. Roquet. Dans un long portrait
qui lui était consacré dans le
magazine des HEC en 2004 – il venait d’être
nommé MBA de l’année –, on souligne
ses capacités uniques d’analyse… et son
humour corrosif. « J’adore gérer la
complexité », avoue Louis Roquet, peu
après avoir été nommé
président et chef de l’exploitation de
Desjardins Capital de risque en octobre 2004.
« Ma plus grande satisfaction,
précise-til, consiste à
opérer un changement radical sans que les
gens ne s’en rendent compte. »
Candidat battu à la succession D’Alban
D’Amours à la présidence du
Mouvement Desjardins en mars 2008, M. Roquet a
annoncé en juin dernier qu’il quittait
l’entreprise. Il a été nommé
le même mois à la tête du
nouveau Fonds des médias du Canada, qui
remplacera l’an prochain le Fonds canadien de
télévision. Il préside
également depuis la mimai le comité
d’experts chargé de revoir les
règles de gouvernance des Fonds
d’intervention économique régionale,
plongés dans la controverse en raison
d’allégations de conflits
d’intérêts.
La boue et le balai -
Lysianne Gagnon
On
n’est pas sorti du bois. Dans la foulée des
scandales qui ébranlent l’hôtel de
ville, ce sont tous les Montréalais qui
pataugent dans la boue, et il faudrait plus que le
balai de Louise Harel pour nettoyer les
dégâts. Il faut appeler la police,
trouver les coupables, démolir les cartels
mafieux qui se partagent la manne en refilant aux
contribuables des factures astronomiques et un
boulot mal fait.
Même après tout cela, on ne serait
pas encore sorti du bois. On n’aurait rien
réglé si, aux entreprises
privées véreuses, se substituait le
syndicat des cols bleus tel qu’il est
actuellement: une organisation qui utilise la
violence et l’intimidation et ne s’est jamais
distinguée par son respect du travail bien
fait. Déjà, le chef syndical Michel
Parent, profitant de la vague d’indignation
suscitée par l’affaire des compteurs d’eau,
réclame qu’une partie de la
rénovation des conduites soit faite par ses
membres plutôt que par des plombiers de
l’extérieur.
Le travail à l’interne, soit. À deux
conditions : que les employés soient
impeccablement qualifiés et leurs travaux,
garantis selon les normes ; et que cela
coûte moins cher aux contribuables que le
recours à des firmes externes. On devrait
aussi exiger que les cols bleus changent
radicalement leur culture syndicale.
Espérons que Louise Harel, si elle est
élue à la mairie, saura leur tenir
tête… même si des cols bleus semblent
croire le contraire, à en juger par les
«Lou-ise!» enthousiastes que plusieurs
d’entre eux scandaient lors d’une récente
assemblée.
Chose certaine en tout cas, c’est Louise Harel et
Vision Montréal qui seront les premiers
bénéficiaires du vilain feuilleton
qui se déroule à Montréal.
S’ils remportent la victoire, ce sera moins
dû à leurs propres mérites
qu’au fait que l’administration Tremblay s’est
discréditée et que la
crédibilité du maire sortant est
irrémédiablement
érodée.
Nul
ne doute de l’intégrité personnelle
de Mme Harel, c’est déjà ça
de pris… et dans le contexte actuel, c’est
beaucoup. L’ancienne ministre a également
nombre de qualités qui manquent au maire
Tremblay : des idées claires, de
l’énergie, un esprit vif…
C’est sur d’autres plans que le bât blesse,
et son incapacité d’apprendre l’anglais les
résume tous, car loin d’être
anecdotique, cette carence, surprenante chez une
femme intelligente dotée de deux
diplômes universitaires, est symptomatique
d’un refus viscéral, enraciné de
longue date, de reconnaître la
totalité de la réalité
montréalaise. Cette réalité
d’une ville fondamentalement biculturelle en plus
d’être cosmopolite, il lui faudrait non pas
la tolérer, mais l’apprécier et
l’aimer.
Ainsi, les citoyens non francophones de
Montréal ne pourront entendre les candidats
à la mairie débattre dans leur
langue. Ils y avaient pourtant droit, moralement
sinon légalement. Ce n’est sûrement
pas d’hier que Mme Harel nourrit des ambitions
municipales. Pourquoi diable n’a-t-elle pas
embauché un tuteur, suivi des cours
intensifs, passé l’été en
immersion? Tous les chefs de partis
fédéraux ont eu l’humilité de
participer à des débats en
français même s’ils maniaient mal la
langue, par respect pour leurs électeurs
francophones. Mme Harel aurait dû suivre
leur exemple.
Surtout, qu’on cesse de nous ramener l’exemple
d’Ottawa, qui a eu des maires unilingues. Sans les
institutions fédérales, Ottawa ne
serait qu’une petite ville comme il y en a des tas
en Ontario. Rien à voir avec
Montréal!
Un
maire unilingue à Montréal,
doublé au surcroît d’une militante
souverainiste, ce n’est pas la catastrophe du
siècle, mais c’est un trait susceptible de
diviser une population qui a déjà
suffisamment de problèmes sans qu’on y
ajoute la polarisation politique qui sévit
au niveau provincial. Et disons-le franchement, un
maire incapable de parler anglais, dans une
métropole nord-américaine, ça
fait drôlement ringard.
Gérald Tremblay et Louise Harel
croisent le fer sur fond de crise -
Éric Clément
Premier débat télévisé
Le premier débat
télévisé, hier, entre Louise
Harel et Gérald Tremblay a permis à
ces deux candidats à la mairie de
Montréal de croiser le fer en ce
début de campagne électorale.
Gérald Tremblay a d’abord dû
s’expliquer sur l’échec du processus
d’attribution du contrat des compteurs d’eau
à GÉNIeau. Il a dit que ce qui s’est
passé n’est pas «normal» mais a
ajouté qu’il avait « agi » en
renvoyant le directeur général de la
Ville, Claude Léger, et le directeur
principal aux affaires corporatives, Robert
Cassius de Linval, et en réclamant des
changements dans les façons de faire de
l’administration.
Mme Harel a alors dit à M. Tremblay qu’il
avait agi « trop tard » et qu’il avait
« le devoir de savoir ». Elle a
rappelé que, au printemps, il avait
vanté le contrat de GÉNIeau en
disant que c’était « le contrat du
siècle ». Elle a relevé qu’il
n’y avait pas eu autant d’enquêtes
policières sur Montréal depuis 50
ans et que l’administration Tremblay avait «
entaché la réputation de la ville
» au Canada et à l’étranger.
Gérald Tremblay a répliqué
que tous les élus montréalais
avaient voté en faveur du contrat de
GÉNIeau en 2007 et que «les citoyens
décideront le 1er novembre».
Les
deux candidats ont ensuite abordé le
thème des transports en commun. Mme Harel a
dit qu’il fallait « remettre en question le
tramway», car elle veut avant tout installer
20 nouvelles voies réservées aux
autobus dans les quatre prochaines années.
Elle a cité les boulevards Lacordaire,
Hymus et Saint-JeanBaptiste pour accueillir trois
nouvelles voies. Elle a regretté que les
tarifs des transports en commun aient
augmenté de 37% avec Gérald
Tremblay.
Ce dernier a rétorqué que les
usagers des transports en commun «ne paient
pas trop cher» et que les automobilistes
paient les parcomètres « au juste
prix ». Son administration a
amélioré les transports en commun de
17%, at-il ajouté. Il s’est engagé
à prolonger le métro jusqu’à
Anjou en trois ans, ce que Mme Harel juge
irréaliste – il faudrait plutôt,
selon elle, viser 10 ou 12 ans.
Sur la propreté, M. Tremblay a dit à
l’animateur Jean-Luc Mongrain que Montréal
«n’est pas sale». Mme Harel a
répondu que les citoyens ont honte de
l’état de leurs rues et qu’ils en ont assez
de voir qu’il y a «19 façons de faire
du déneigement » à
Montréal. Elle veut centraliser le
déneigement pour que tous les citoyens
aient droit aux mêmes services. Le maire
sortant a reconnu qu’on «ne déneige
pas pareil partout».
Gérald Tremblay a alors affirmé que
l’ex-ministre péquiste est responsable du
cafouillis administratif de la Ville. Elle a
répondu que « l’identité des
quartiers ne doit pas rimer avec
inefficacité », ajoutant que
Montréal n’obtient pas de bonnes notes
à l’extérieur du Québec en ce
qui a trait à sa gestion ou à son
attractivité.
Union Montréal refuse
d’augmenter le nombre d’aires protégées
Un
sondage mené par le Conseil régional
de l’environnement de Montréal
(CRE-Montréal) auprès des trois
partis municipaux de Montréal
révèle que le parti du maire
Gérald Tremblay n’est pas prêt
à prendre de nouveaux engagements pour
protéger les espaces verts de la ville.
En mars dernier, le CREMontréal a
distribué pour la première fois de
son histoire un long questionnaire sur l
’environnement à Union Montréal,
Vision Montréal et Projet Montréal .
« Les élections municipales
arrivaient et on voulait avoir une idée des
objectifs des partis en matière
d’environnement » , expl ique le
président du CRE-Montréal,
André Porlier.
Tous les partis ont répondu au
questionnaire. Sur plusieurs enjeux, les objectifs
des candidats se rejoignent. « Tous veulent
diminuer la circulation automobile et donner un
accès aux berges du fleuve pour la
baignade. Tous reconnaissent aussi l’importance
d’implanter des péages urbains »,
note M. Porlier. Les partis s’engagent aussi
à mettre en place la collecte de
matières organiques à domicile d’ici
quatre ans.
Mais sur certains sujets, les objec t i f s des pa
r t i s divergent. Alors que Vision
Montréal et Projet Montréal
promettent de poursuivre les efforts pour
atteindre la norme internationale de 12% d’aires
protégées dans l’île, le parti
de Gérald Tremblay, Union Montréal,
préfère s’en tenir aux 6% actuels.
Union Montréal veut se fixer des objectifs
« moins quantitatifs et plus qualitatifs
» en matière de protection des
milieux naturels. « Décevant »
Un
objecti f « décevant » selon M.
Porlier. « On voit que pour eux, il va y
avoir de la construction dans les milieux
naturels. On ne voit pas qu’il y a une
volonté claire de protéger les
espaces verts », dit-il.
Les opinions divergent aussi en ce qui concerne le
chauffage au bois. Le parti du maire Tremblay a
déjà adopté un
règlement interdisant l ’ i nsta l lat ion
de tout nouveau système de chauffage au
bois à Montréal. Mais il refuse
d’interdire complètement ce mode de
chauffage dans la métropole.
Seul le parti de Louise Ha rel , Vi sion
Montréa l , s’engage à faire
disparaître complètement le chauffage
au bois en quatre ans. Pour se faire, Vision
Montréal veut offrir une compensation aux
citoyens qui devront se débarrasser de leur
ancien système.
Le parti de Richard Bergeron, Projet
Montréal, propose plutôt d’interdire
complètement l’utilisation du bois de
chauffage d’ici 10 ans.
Pour M. Porlier, le dossier du chauffage au bois
« n’est pas facile ». « Mais
avec 48 épisodes de smog l’hiver dernier,
Montréal doit faire quelque chose. Et on
sait que le chauffage au bois est la cause n0 1 de
smog », dit-il.
Louise Harel lance les grandes lignes de son
programme électoral - Sara
Champagne
Après avoir dévoilé
publiquement le thème de sa campagne hier,
« Redémarrer Montréal »,
comme on le ferait pour un ordinateur qui
connaît des ratés, Louise Harel met
la table pour dévoiler sa plateforme
électorale.
Lors d’une entrevue exclusive ave c La Presse,
cette semaine, elle a expliqué que si elle
est élue à la tête de
Montréal, le 1e novembre prochain, un grand
ménage sera entamé avant les
fêtes de Noël pour « remembrer
» le service d’urbanisme.
« Aut refois , le ser v ice d’u rba n isme
de la Ville de Montréal était un
fleuron de la croissance. Mais aujourd’hui, il est
dans un état pitoyable. Il faut un
développement intégré si on
veut faire avancer les projets », a
expliqué Louise Harel, au cou rs d’un
entretien pou r débattre du concours
Rêvez Montréal (voir autre texte).
Une fois cette tâche accomplie, Mme Harel
entend travailler, dès le mois de janvier,
à revoi r les str uc tu res de
Montréal, « trop lourdes »,
a-t-elle dit. « Il y a une telle
multiplication inutile des structures. » Et
c’est maintenant un secret de Polichinelle : elle
s’engagera à revoir la gouvernance et la
fiscalité de Montréal, en donnant la
priorité à l’amélioration de
l’efficacité des services, tels le
déneigement et la collecte des ordures.
Navettes électriques
En matière de transports, une large part de
son progra m me sera consac rée à
élargir les zones piétonnes partout
où c’est possible au centre-ville.
Même su r la rue de la Commune. D’autre
part, Mme Harel préconise des navettes
électriques en matière de transports
en commun. « Il y en a dans la ville de
Québec, vous savez, et elles remportent un
vif succès. C’est ludique. Quant au
tramway, on nous dit qu’il coûte au moins 70
millions le kilomètre. Je pense qu’il faut
penser à un transport bimodal. »
En
ce qui a trait aux « grands pr oj e t s
», M m H a rel voit l’Expo 67 revenir
à Montréal, mais version 2020. Et
pourquoi pas sur l’autoroute VilleMa rie, dont les
tra nchées seraient enfin recouvertes sous
sa direction, a-t-on appris. Ainsi, le projet
résidentiel de la Société
Radio-Canada irait enfin de l’avant, dit-elle.
Sans oublier toute la mise en valeur du Quartier
de la santé, autour de la construction du
futur CHUM.
« Je me souv iens qu’en 1991, lors d’un
voyage au Commonwealth, on m’avait demandé
si Québec était dans
Montréal. Je ne l’oublierai jamais,
a-t-elle raconté à La Presse.
C’était les suites des Jeux olympiques, de
l’Expo 67. L e s a c t iv ité s s ont en
déclin à Montréal, même
le tourisme. Il faut agir. »
Tremblay va de l’avant
L e ma i re de Montréa l , Gérald
Tremblay, s’apprête lui aussi à
dévoiler son programme électoral,
qui s’articulera sur le thème « Avec
T remblay, Montréal va de l’avant ! »
« Ave c le Qua r tier des spectacles, Bixi,
le 311, la rénovation des infrastructures,
la construction de logements sociaux,
Montréal est sur une lancée »,
a déclaré hier Gérald
Tremblay, chef d’Union Montréal, par voie
de communiqué.
« Pour parvenir à mettre de l’ava nt
les projets qu i sont déjà a
morcés , dont l’autoroute Bonaventure et le
recouvrement de l’autoroute Ville-Marie,
déjà en route, il me faut un autre
mandat, a expliqué Gérald Tremblay
à La Presse, lors d’une entrevue pour
discuter du concours Rêvez Montréal.
Je veux aussi un aménagement au Champ de
Mars, une murale pour le palais de justice.
»
Difficile de réunir les quatre
candidats - Daphné Cameron
Les Montréalais qui souhaiteraient entendre
les quatre candidats à la mairie
débattre des enjeux de la campagne risquent
d’être déçus. À l’heure
actuelle, il semble qu’aucun débat
n’opposera tous les chefs.
Gérald Tremblay, Louise Harel et Richard
Bergeron participeront à une joute oratoire
diffusée sur les ondes de Radio-Canada et
de RDI le 19 octobre. Louise O’Sullivan n’a
toutefois pas été invitée.
La chef de Montréal VilleMarie n’a
également pas été
conviée au débat orchestré
par Jean-Luc Mongrain à LCN mercredi
prochain, tout comme Richard Bergeron.
Par
ailleurs, Louise Harel a refusé d’indiquer
hier si elle participerait au débat
télévisé de la chaîne
anglophone CTV. Son acolyte, le maire de
VilleMarie, Benoit Labonté, pourrait
prendre sa place.
« Nous sommes encore en négociations,
a dit hier l’attachée de presse de Louise
Harel, Marie-Hélène d’Entremont. Ce
sera à CTV d’annoncer si le débat a
lieu ou non et qui y participe.»
Contrairement aux trois autres candidats à
la mairie, Gérald Tremblay ne participera
pas au débat électoral sur le
logement social organisé par le Front
d’action populaire en réaménagement
urbain (FRAPRU). Il a toutefois accepté
toutes les invitations des médias.
«Aucune administration n’en a fait plus que
nous en matière de logement social. Nous
avons construit 10 000 unités d’habitation,
a expliqué le maire, hier, en marge d’un
point de presse. Plus de 30 demandes de
débat ont été faites. On fera
des débats publics à la radio ou
à la télévision, mais on a
considéré qu’on ne peut pas passer
toute la campagne à faire des
débats.»
Harel se défend d’être la source de
l’information - Karim Benassaieh
& Éric Clément
Accusée à mots couverts par
André Lavallée d’être
derrière le dévoilement du
passé felquiste du vice-président du
comité exécutif de Montréal,
la chef de Vision Montréal, Louise Harel, a
rétorqué que jamais elle ne
s’abaisserait à une telle manoeuvre et
qu’il s’agit d’un procès d’intention.
« Vous savez quelles sources vous ont
informé et vous savez très bien
à quel point je n’ai rien à voir
avec ça, a dit Mme Harel. Je
désavoue ce genre de politique et l’ai
désavoué toute ma vie et le
désavouerai toute ma vie. Ce sont des
procès d’intention que l’on me fait. Jamais
je n’aurais fait une chose pareille. C’est le
monde à l’envers. On devient le bouc
émissaire dans cette histoire. Il y a
suffisamment de raisons pour juger avec s é
vé r it é l ’a d m i n i s t r a t
io n Tremblay. Il n’y a aucun motif pour
déterrer des histoires comme
celle-là où la personne s’est
complètement réhabilitée.
Moi, je partage l’opinion de Ted Kennedy. La
rédemption existe. »
PHOTO ROBERT
MAILLOUX, ARCHIVES LA PRESSE
La chef de Vision
Montréal, Louise Harel, a affirmé
qu’elle n’était pas derrière le
dévoilement du passé felquiste
d’André Lavallée et s’est dite
victime d’un procès d’intention.
La Presse a dema ndé à Mme Harel si
elle connaissait le passé felquiste de M.
Lavallée, comme il nous l’a dit mercredi.
« Assez vaguement, j e dois dire. Ce sont
des choses que je n’ai pas enregistrées
dans ma mémoire comme des faits marquants
parce que c’était déjà un
passé antérieur. »
M m Ha rel a dit que M . L ava l lée n’est
pa s u n ennemi. « Ce n’est pas parce qu’on
a un différend politique… mais il ne me
viendrait ja ma is à l’esprit d’utiliser
quelque moyen aussi odieux. » Mme Harel a
dit par ailleurs qu’elle n’a jamais entendu parler
de quelque menace que ce soit contre André
Lavallée pour l’inciter à se joindre
à Vision Montréal.
« Je n’ai j amais eu, avec A nd ré,
de rencontres au cours desquelles on lui aurait
proposé quelque chose, a-telle dit. Mais
dès le départ, il le savait qu’il
serait bien accueilli mais rien de formel ne lui a
été proposé. Il s’est plaint
pendant deux mois que je ne l’avais pas
appelé. J’ai reçu des appels, y
compris de mon frère, pour me demander
pourquoi je ne l’avais pas appelé. »
La
participation d’André Lavallée au
FLQ est « quand même quelque c hose de
grave », a estimé de son
côté le chef de Projet
Montréal, Richard Bergeron. « J’ai
trouvé que da ns ( La Presse d’h ier
matin), on lui donnait un peu trop l’absolution.
»
« J’ai eu 19 ans moi aussi, j’ai
été enthousiaste moi aussi, j’ai
été porté vers les
excès, mais j amais on ne m’aurait pris
dans une affaire comme ça après les
événements d’octobre, après
la mort de Pierre Laporte, après
l’armée dans les rues, a-t-il
précisé. Personne ne pouvait ignorer
ce qu’était le FLQ. Il n’y avait plus rien
de bon enfant là-dedans, plus rien de
charmant. »
Pour Louise O’Sullivan, chef du parti
Montréal VilleMarie et candidate à
la mairie, la plus grande erreur de M.
Lavallée a été de ne pas
mettre Gérald Tremblay au courant de son
passé. « À l’âge de 19
ans, on fait des erreurs, on vit avec pour le
restant de nos j ours. Mais le fait que son chef
ne le savait pas, là, j’ai un
problème. S’il j uge aujourd’hui que
ça met dans l’embarras M. T remblay, il
devrait démissionner. »
Selon Mme O’Sullivan, la nouvelle a eu beaucoup
d’impact chez les simples citoyens qu’elle a
croisés. « Je leur ai parlé,
ils me disent : "Juste à cause de
ça, je ne voterai pas pour M.
Lavallée." Ça les a touchés,
ils pensent que M . L ava l lée dev ra it
démissionner. »
LA NOUVELLE «FEMME» DE GÉRALD
TREMBLAY - Katia Gagnon
Gérald Tremblay a répliqué
à l’arrivée de Louise Harel dans la
course à la mairie en abattant une carte
maîtresse, il y a 10 jours :
l’arrivée de Diane Lemieux dans
l’équipe d’Union Montréal.
L’ex-ministre péquiste, surnommée
« la lionne », est une femme de
caractère. Flamboyante, ambitieuse,
féministe et séductrice, elle a des
convictions sociales et une
intégrité sans faille. Et elle a
aussi, depuis longtemps, une profonde divergence
d’opinions sur l’avenir de Montréal avec
son ex-collègue Louise Harel.
Printemps 20 03, caucus du Parti
québécois. Les députés
de l’opposition doivent prendre position sur le
projet de loi 33, qui dote les arrondissements de
Montréal de nouveaux pouvoirs, une
réplique aux menaces de défusion de
plusieurs pans de la nouvelle ville. La critique
aux Affaires municipales, Diane Lemieux, est en
faveur du projet de loi. La mère des
fusions municipales, Louise Harel, est contre. Les
deux femmes s’affrontent lors d’un caucus
épique et déchirant.
PHOTO MARTIN
CHAMBERLAND, LA PRESSE
Le caucus se solde finalement par une victoire de
Louise Ha rel, qui a rrache la tenue d’une seconde
rencontre. Lors de ce deuxième caucus,
Louise Harel ne se lève pas de sa chaise.
« Elle a fait lever un par un tous les
députés de Montréal, qui ont
tous dit qu’ils étaient contre »,
raconte un ex-député
péquiste. Diane Lemieux est sortie en
claquant la porte, humiliée. « Oui,
j’étais fâchée, admetelle
aujourd’hui. Louise Harel s’y prend d’une
façon différente de la mienne.
»
Six ans plus tard, les deux femmes se retrouvent.
La scène est différente, mais le
film n’a pas changé : c’est l’avenir de
Montréal qui les oppose. Ce contentieux
soulevé au caucus n’a jamais
été réglé. Ou
plutôt si : il s’est réglé par
une déclaration de guerre, à la fin
d’août, quand Diane Lemieux a dit oui
à « son homme», Gérald
Tremblay. Se serait-elle présentée
si Louise Harel n’avait pas été du
camp adverse ? « C’est une bonne question.
Disons que sa venue a recentré la campagne
d’une autre façon », esquive-t-elle.
C’est pourtant Louise Harel qui, en 1996, a
nommé Diane Lemieux au Conseil du statut de
la femme, tremplin idéal pour une
carrière politique. Et c’est aussi Louise
Harel qui n’a pas lâché le
téléphone, l’espace d’un week-end,
pour la convaincre de se présenter dans
Bourget en 1998.
Mais une fois élue, Diane Lemieux,
ambitieuse et flamboyante, prend rapidement sa
place. « J’étais novice, mais pas
nounoune, dit-elle. Je n’ai été sous
le joug de personne. » Dès la
première conférence de presse, elle
renverse tout le monde en interrompant Lucien
Bouchard, qui voulait répondre à sa
place à une question. « Ç’a
frappé l’imagination », se souvient
le péquiste André Boisclair.
Lors de la formation du Conseil des ministres,
Lucien Bouchard fait un cadeau de Grec à la
recrue Lemieux : le ministère de l’Emploi,
précédemment occupé par…
Louise Harel, où le rapatriement des
programmes fédéraux de formation de
la main-d’oeuvre crée un immense chantier.
Rapidement, la bombe lui saute au visage. «
L’a rgent coulait de partout, on était tous
les jours dans les journaux. C’était la
crise parfaite », raconte Mme Lemieux.
« Ç’a été son
baptême du feu. Mais elle a livré
», résume André Boisclair,
alors titulaire de la Sécurité du
revenu.
C’est là que Diane Lemieux vivra sa
première crise avec L ou ise H a rel , la c
réatrice d’Emploi-Québec,
puisqu’elle fera appel à Jacques
Léonard, alors président du Conseil
du Trésor, pour l’aider à
contrôler les dépenses. « Je
suis une fille de mécanicien, dit Diane
Lemieux. Pour moi, l’argent public, c’est
précieux. »
Ce geste scandalise Louise Harel, qui y voit un
manque d’empathie pour la clientèle. Mais
Diane Lemieux y gagne l’ad m i ration de L
éona rd . « Difficile d’imaginer deux
êtres plus différents, dit le
député de Richelieu, Sylvain Simard.
Mais le courant passait entre ces deux-là.
»
L’a u s t è r e p r é s id e n t d u
Conseil du Trésor cherchera même
à conva i nc re « la lionne »,
comme l’avait surnommée un magazine, de se
lancer dans la course à la direction
après le départ de Lucien Bouchard.
En vain. « Elle a fait ses calculs. Et elle
est devenue présidente de la campagne de
Bernard Landry », souligne Sylvain Simard.
Après l’Emploi, elle passe à la
Culture. Bilan de ces années
ministérielles ? « C’était une
ministre de gestion. Elle gère bien les
dossiers au jour le jour. Ce n’est pas une person
ne de g ra nd s projets . Mais elle avait du
coffre », dit Gérald Larose,
ex-président de la CSN.
« Diane s’est toujours plus
intéressée au contenant qu’au
contenu. Je ne me souviens pas d’interventions de
contenu très marquantes de sa part »,
persifle un ex-collègue péquiste.
« Elle a été à son
meilleur dans l’opposition, là, on effleure
les sujets », raille une autre source qui a
travaillé avec elle.
Durant toutes ces années en politique, la
ministre s’illustre aussi par une
«diplomatie de deux par quatre»,
résume un apparatchik péquiste. Elle
est cassante, baveuse. «On gagne le
même salaire. Mon opinion vaut autant que la
tienne », lance-t-elle à Bernard
Landry en pleine réunion du Conseil des
ministres. «Je me demande de quelle
planète vous sortez», envoie-t-elle
à Gaston Fauvel, alors président du
puissant Syndicat des pompiers de Montréal.
«Pauline Marois ne veut plus de
François Gendron parce qu’elle ne le trouve
pas bon », déclare-t-elle à un
journaliste alors que le PQ est dans l’opposition.
Elle occupe alors le poste stratégique de
leader, chargée d’orchestrer la
période de questions. Elle y excelle. La
période de questions devient une
chorégraphie finement
scénarisée. Mais pour ce faire, elle
doit écraser beaucoup d’orteils. «
Ça m’est arrivé de faire la
grève pendant trois jours parce qu’elle
m’avait fait des commentaires désobligeants
», dit Sylvain Simard.
En fait, « la lionne » oscille consta
m ment entre deu x pôles :
l’agressivité pure et la grande
séduction. « Elle est en
séduction perpétuelle », dit
encore… Sylvain Simard. « Elle a beaucoup de
difficulté à travailler avec les
femmes, sauf quelques-unes. Et avec les hommes,
c’est du charme », acqu iesce u n conseiller
péquiste. Et ce, peu importe les lignes de
parti : les potineux du parlement
s’ébaudissent encore de la relation «
très chaleureuse » qu’elle a
entretenue avec son vis-à-vis
libéral, Jean-Marc Fournier, soulevant des
blagues répétées des deux
côtés de la Chambre.
Mais dès le début de son aventure
politique, la vie de Diane Lemieux a
été marquée par une autre
rupture, celle qui s’est produite avec les groupes
de femmes. «Il y a eu une cassure, qui n’est
pas encore guérie», résume
Danielle Fournier qui, à l ’é p o q
ue , é t a it au groupe Relais-femmes.
Diane Lemieux, arriviste? «Pour certaines
personnes, oui.»
L a principa le intéressée devient
rapidement émotive lorsqu’on aborde ce
sujet délicat. Sa voix se casse. «
Ceux qui disent que je suis arriviste ne me
connaissent pas. Je suis un bloc. Il faut que
ça soit vrai. » Puis, elle
contre-attaque. « C’est tout le paradoxe des
féministes. Elles veulent du pouvoir. Et
quand il y en a une qui en a, elles
l’écoeurent. »
Le divorce se concrétise lors de la marche
Du pain et des roses, orchestrée par
Françoise D av id . L e gouver nement
répond de façon minimale aux
demandes du mouvement des femmes : 10 cents
d’augmentation du salaire minimum. Lucien Bouchard
s’entoure de cinq femmes ministres, dont Diane
Lemieux, pour annoncer les mauvaises nouvelles.
« On s’est senties larguées pa r le
gouvernement », se rappelle Françoise
David. Un gouvernement dont Diane Lemieux faisait
partie. « Je refuse de dire qu’elle faisait
ça juste pour garder le pouvoir, dit M me
David. Je suppose qu’elle y croyait. »
Cependant, le mouvement des femmes n’a j amais eu
connaissance de la bataille souter ra i ne qu’a
liv rée la m i n istre du T rava il pou r
gagner cette hausse modeste du salaire minimum.
« La t i g r e s s e ! s ’e xc l a m e l ’e
xministre Guy Chevrette. Elle s’est battue pour le
salaire minimum. Elle a tenu tête à
Bouchard. Elle lui a dit que l’histoire des
milliers d’emplois perdus, c’était du
charriage. Bouchard se tortillait en maudit sur sa
chaise. »
Car sous ses dehors de politicienne, il est
incontestable que Diane Lemieux est
sincèrement préoccupée de
justice sociale. Elle évoque avec
fierté son enfance dans un milieu modeste,
son père mécanicien, sa mère
qui s’occupait de la comptabilité du
garage. « Mes parents n’étaient pas
des militants. Mais ils étaient très
préoccupés de leur entourage. Qui
vit à côté de moi ? Qu’estce
que je peux faire pour lui ? J’ai grandi
là-dedans. » Depuis 15 ans, elle
forme une famille reconstituée avec le
psychiatre Jocelyn Aubut, qui dirige l’Institut
Philippe-Pinel, où se retrouvent les pires
cas de santé mentale au Québec.
Son passé dans les groupes de femmes l’a
aussi beaucoup marquée. Elle est encore
étudiante en droit quand elle commence
à oeuvrer bénévolement au
centre d’aide aux victimes d’agressions sexuelles,
le CALAC local. « On sortait de
l’époque du policier qui disait à la
victime : "Avez-vous aimé ça ?"
» raconte-t-elle. Elle rencontre des femmes
en état de crise, parfois aussi jeunes
qu’elle. E n évoqua nt u ne affaire
tragique de viol collectif, qui l’a
propulsée dans les médias il y a 25
ans, elle est encore bouleversée.
Mais Dia ne L emieu x détonne chez les
féministes. « J’ai été
la première dans le mouvement des femmes
à parler aux médias »,
rappellet-elle. Elle crée une onde de choc
en faisant présider la campagne de
financement des CALACS par un comité
formé uniquement d’hommes. « Pour
elle, il fallait aller chercher l’appui des
hommes. Disons que ça a suscité un
débat. Moi, j’étais pour », se
souvient Françoise David. « À
côté des féministes lesbiennes
radicales qui n’allaient pas acheter leur lait
chez un dépanneur tenu par un homme,
j’étais un contraste : je mettais du
mascara ! » rigole Diane Lemieux.
Vingt a ns plus ta rd , la nouvelle « femme
» de Gérald Tremblay est toujours
aussi féminine, mais a changé son
look. Elle a modifié sa coiffure, arbore
des vêtements moins voyants. Peu de gens
doutaient qu’elle se relancerait dans
l’arène politique. « Sa job dans le
cinéma, ça ne consommait pas le
tiers du quart de l’adrénaline qu’elle
brûle en une minute », rigole Sylvain
Simard.



Montréal sera donc le nouveau terrain de
bataille des deux soeurs ennemies. Qui se
ressemblent probablement plus qu’elles ne veulent
bien l’ad mett re, ava nce A nd ré
Boisclair. « Je n’ai pas connu Louise Harel
à 40 ans, mais je pense qu’à cet
âge, elle ressemblait à Diane. Une
progressiste, féministe, une femme de
caractère. Au fond, Diane Lemieux, c’est
une Louise Harel avec quelques années en
moins. »
Fronde contre « l’héritage
Harel-Tremblay » - Sara Champagne
Le
chef de Projet Montréal et candidat
à la mairie, Richard Bergeron, a
lancé une fronde cont re « l
’hér it age H a relTremblay », hier,
lors d’un point presse où il a
ressassé le passé de ses deux
adversaires. Tous les deux anciens ministres, l’un
de l’Industrie, l’autre des Affaires municipales.
PHOTO IVANOH
DEMERS, LA PRESSE
Lors d’un point de presse
au local de son parti, le chef de Projet
Montréal, Richard Bergeron, a
tenté de noircir le portrait de ses
adversaires à la mairie.
Reprochant au maire Gérald Tremblay de
gérer Montréal « dans la
complaisance et le copinage, grâce notamment
aux dons intéressés et anonymes
envers le parti Union Montréal », il
a ensuite déclaré que l’autre
candidate, Louise Harel, est « dangereuse
» pour Montréal. Du même
souffle, il a toutefois dû admettre qu’il a
offert, en 2005, à la candidate à la
mairie de Vision Montréal de devenir chef
de son parti. Et plus récemment, d’appuyer
Louise Harel si elle se présentait comme
indépendante en se retirant de la course
à la mairie.
« Si elle avait accepté de se joindre
à mon parti, je lui aurais expliqué
qu’une ville ce n’est pas que des structures, a
expliqué Richard Bergeron. Mais il y a eu
une rupture du lien de confiance quand elle s’est
jointe à Vision Montréal, pa rti qui
a été conda mné pour plus
d’une centaine de fraudes électorales sous
Pierre Bourque, a rappelé Richard Bergeron.
Donc, j e suis en guerre contre Louise Harel
jusqu’au 1er novembre, jour du scrutin. »
Pour régler les problèmes de
gouvernance de Montréal, Richard Bergeron
propose d’abolir les mairies d’arrondissement et
de revenir aux bonnes vieilles présidences
d’arrondissement, découlant de toute la
réorga nisation municipale à
Montréal, qui a suivi les fusions et
défusions.
En ce qui concerne Gérald Tremblay, qu’il a
comparé à Homer de la série
Les Simpson, le chef de Projet Montréal a
jeté le blâme de « sa mauvaise
administration » sur une autre structure, le
comité exécutif. Il s’agit de la
garde rapprochée du maire, formée de
11 élus, qui, selon le chef de Projet
Montréal, « contrôle tout
». En lieu et place, il propose plutôt
de transférer les pouvoirs aux commissions
permanentes formées d’élus des
différents partis, avec des fonctionnaires.
C’est l’une de ces commissions qui a pondu un code
éthique, qualifié de mou par les
partis de l’opposition, à la
dernière séance du conseil
municipal.
Enfin, s’il est élu maire de
Montréal, Richard Bergeron a f f i r me qu
’i l « va fa i re à Montréal
ce que fait Gilles Vaillancourt à Laval
». « C’està-dire que ce qui se
passe à Mascouche, à Sainte-Julie ou
à Saint-Constant ne m’intéresse pas.
Je suis intéressé par
Montréal. Et la réalité c’est
que nous perdons 10 000 familles par année
au profit des banlieues. Et que quatre
automobilistes sur cinq qui défilent dans
les arrondissements centraux ne font que de la
circulation de transit, à l’origine d’un
nuage de pollution au-dessus de nos têtes
», a-t-il déploré.
Le maire veut tourner la page
- Martin Croteau
L’opposition a cependant l’intention de le
talonner sur le sujet
Gérald Tremblay estime qu’il n’a pas
à être attaqué en
matière d’éthique, mais ses
adversaires n’entendent pas lâcher le
morceau. Pendant que le maire a clamé son
intégrité pour clore le
congrès de son parti, hier, sa principale
rivale lançait sa campagne en brandissant
un balai – pour encourager ses partisans à
« nettoyer » l’administration
municipale.
PHOTO ROBERT
SKINNER, LA PRESSE
Louise Harel a
déclaré hier devant ses partisans,
lors d’un rassemblement au parc Jarry pour
lancer sa campagne, qu’il fallait « faire
le ménage » à l’hôtel
de ville.
Dans un discours prononcé au collège
de Maisonneuve en clôture du congrès
d’Union Montréal, le maire a assuré
à ses militants que les scandales
révélés à la Ville au
cours des derniers mois sont inacceptables
à ses yeux. Mais il martèle que son
administration n’a pas à porter le chapeau.
« Je n’accepte pas qu’il y ait des
irrégularités à la Ville de
Montréal parce que je décide qu’on
va avoir une administration transparente, a
scandé M. Tremblay. Alors je ne veux plus
qu’on m’attaque sur ce sujet-là. »
Le maire a dépoussiéré une
vieille anecdote pour appuyer son propos,
rappelant qu’en 2003, il était sorti de sa
limousine pour porter secours à un jeune
homme qui se faisait attaquer. Pour lui, c ’est la
preuve que ses adversaires sont bien mal venus de
le critiquer en matière d’éthique et
d’intégrité.
Gérald T remblay estime que l’avenir de
Montréal – et non l’éthique – sera
le principal enjeu de la campagne qui
débute le 18 septembre. Et à cet
égard, il a traité sa rivale de
« girouette » pour avoir
réalisé les fusions à titre
de ministre, pour ensuite se porter à la
défense de la mairie de l’arrondissement de
Ville-Marie.
« La dernière chose qu’on doit faire,
c’est une campagne électorale basée
sur le passé, a affirmé
Gérald Tremblay. On veut une campagne sur
l’avenir. » Mais ses opposants dans la
course n’entendent pas en rester là. En
lançant officiellement sa campagne au parc
Jarry, Louise Harel a clairement fait savoir que
l’éthique serait l’enjeu principal au cours
des prochaines semaines. Elle a d’ailleurs brandi
un balai, affirmant qu’il était temps de
« faire le ménage » à
l’hôtel de ville.
« C e n ’e s t p a s G é r a l d
Tremblay qui va décider ce sur quoi les
Montréalais vont voter, a-t-elle
affirmé. Les Montréalais n’en
peuvent plus des enquêtes policières,
des contrats gonflés, des soumissions qui
semblent arrangées, et su r tout des str uc
tu res superposées où l’on ne sait
plus qui prend les décisions. »
Même son de cloche chez Richard Bergeron. Le
chef de Projet Montréal souligne que c’est
lui, et non le maire, qui a porté plainte
à la Sûreté du Québec
après que des vérifications eurent
révélé des
irrégularités dans l’attribution du
contrat des compteurs d’eau.
« Je vais le répéter chaque
jour de la campagne : l’état de corruption
à la Ville de Montréal est le plus
élevé, probablement, depuis que Jean
Drapeau est venu faire le ménage dans les
années 50 », a-t-il affirmé.
Sous l ’a d m i n i s t r a t i o n Tremblay, la
Ville de Montréal a fait l’objet de sept
enquêtes de la Sûreté du
Québec. Le directeur général
de la Ville, Claude Léger, a
révélé samedi que 15
enquêtes internes ont mené à
des congédiements depuis trois ans.
La semaine dernière, La Presse et
Radio-Canada ont révélé que
le maire a déclenché une
enquête sur le directeur de la
Réalisation des travaux de la Ville, Robert
Marcil, qui a depuis démissionné. Il
a fait un voyage en Italie avec un homme
d’affaires du secteur de la construction.
Le maire Tremblay a rappelé hier que les
employés municipaux sont soumis à
des normes strictes en matière
d’éthique, et que son administration
maintient une politique de tolérance
zéro à l’égard de la
corruption. Quant aux élus, a-t-il fait
valoir, ils seront bientôt soumis à
un code d’éthique présenté il
y a une semaine par son administration, un projet
critiqué par l’opposition car il ne
prévoit pas la création d’un poste
de commissaire à l’éthique.
Union Montréal publiera sa liste de
donateurs... plus tard -
Éric Clément
Le pa rti du maire G érald Tremblay a
finalement emboîté le pas à
ses adversaires, ce week-end, et annoncé
qu’il publiera sur son site web le nom de ses
donateurs. Mais cette liste n’est pas encore en
ligne.
« Nous allons mettre sur notre site
internet le nom des personnes qui nous font
confiance », a déclaré le
maire, samedi, devant ses militants.
Le maire change donc son fusil d’épaule,
lui qui avait jusqu’ici refusé de publier
le nom de ses donateurs sur la Toile. Il
promettait en revanche de ne pas accepter les
dons anonymes.
Depuis samedi, donc, toute personne qui remet un
don de plus de 10 0 $ à Union
Montréal doit s’attendre à
être identifiée sur le site web du
parti. Cette liste des donateurs était
déjà publique, mais elle
n’était dévoilée qu’une
fois par année, lorsque les partis
politiques dévoilaient leurs états
financiers.
Pour l’heure, le document n’est pas accessible
sur la page d’Union Montréal.
L’équipe du maire Tremblay explique que
le site web doit être refait d’ici le
début de la campagne, le 18 septembre. Et
ce n’est qu’à ce moment que les
électeurs pourront connaître la
liste des donateurs.
Deux porte-parole d’Union Montréal n’ont
pas pu préciser la date de publication de
la liste, hier, affirmant que ce serait «
un peu avant » le déclenchement de
campagne.
Vision
Mont réa l ava it publié vend redi
u ne liste exhaustive de ses donateurs sur
l’internet, afin de restaurer la confiance du
public à l’égard du financement
politique, selon la leader Louise Ha rel. P
rojet Montréal, le parti de Richard
Bergeron, avait été le premier
à dévoiler le nom de ses
donateurs.
Gérald Tremblay a affirmé qu’il
n’avait « pas de leçon »
à recevoir de Vision Montréal en
matière de financement. Car le pa r t i
de s a r iva le s’est rendu coupable de 200 i n
f rac tion s au x l ois élec - torales
depuis 19 94 . Et il fa it toujou rs l’objet d’u
ne enquête du Directeur
général des élections.
la
« Louise Harel est obligée de faire
des gestes parce qu’elle s’est j ointe à
une formation qui n’a pas la
crédibilité pour parler de
financement politique », a raillé
le maire.
«M. Tremblay commence à devenir en
panique pour lancer des accusations totalement
gratuites », a rétorqué la
candidate, hier midi, au parc Jarry.
Richard Bergeron, le chef de Projet
Montréal, estime que le maire n’avait
plus le choix de dévoiler la liste de ses
donateurs. Depuis que le juge à la
retraite John Gomery s’est joint à sa
formation – pour « assainir la politique
municipale » –, tous les partis ont
été forcés de montrer patte
blanche.
« Le maire agit quand il est forcé
d ’ag i r », a ra i l lé M.
Bergeron.
La liste des donateurs mise en ligne
- Sara Champagne
Louise Harel brigue la mairie de Montréal
en jouant plus blanc que blanc depuis hier
après-midi. La liste des donateurs de son
parti, Vision Montréal, ainsi que les
sommes versées sont en ligne sur son site
internet renouvelé. Sur le thème
« Montréal d’abord », la rivale
de Gérald Tremblay apparaît dans un
sourire éclatant, tout de blanc
vêtue.
Non seulement Louise Harel offre un blogue aux
internautes, mais elle tient également
à jour sa fiche Facebook, en plus
d’entretenir son compte Twitter à la
vitesse de l’éclair. Même des liens
YouTube sont offerts aux visiteurs. De même
que des photos en haute définition.
En consultant la liste des donateurs, La Presse a
pu constater que 330 personnes ont fait des dons
au parti depuis le 9 juin dernier, pour une somme
totale de 84 373$. Quant aux dons, leurs sommes
varient de 20 à 1000 $, soit le maximum
permis par la loi sur le financement des partis
municipaux.
Parmi les donateurs, on trouve notamment l’homme
d’affaires Vito Papasodaro, qui a vendu l’usine
Grover, au centre-ville, malgré la grogne
des locateurs-créateurs de
l’édifice, en 2006. Benoit Labonté,
actuel maire de Ville-Marie et bras droit de
Louise Harel, anciennement responsable de la
culture au comité exécutif du maire
Gérald Tremblay, avait à
l’époque tenté en vain de sauver
l’usine de la vente.
En
dévoilant ainsi ses donateurs, Vision
Montréal emboîte le pas à
Projet Montréal, parti dont la
présidence est assurée par John
Gomery, ex-juge de la commission d’enquête
sur le scandale des commandites. Pour veiller
à ce que les dons soient légitimes,
Richard Bergeron, candidat de Projet
Montréal à la mairie, a
expliqué à La Presse qu’ils doivent
passer par le contrôle de Jacques Boucher,
professeur de droit, qui s’assure que les gens
sont sur la liste électorale.
« Nous vérifions aussi les motifs des
donateurs de plus de 250$, ajoute M. Bergeron. Les
gens sont surpris de recevoir nos appels, mais ils
sont heureux de constater notre nouvelle
façon de faire. »
Les sommes versées à Projet
Montréal sont toutefois plus modestes et
moins nombreuses, au nombre d’environ 40, depuis
juin. On compte parmi elles quelques sommes de
1000$, et une majorité de dons de 100$.
Mais contrairement à Vision
Montréal, le parti de Richard Bergeron y va
au cent près, en dévoilant, par
exemple, qu’un dénommé André
Joyal a versé 107,83$ à Projet
Montréal.
Du côté du parti du maire
Gérald Tremblay, Union Montréal, on
a décidé de garder la bonne vieille
méthode, en ne dévoilant pas
publiquement la liste des donateurs.
Toutefois, à l’image des deux autres
partis, Union Montréal ne sollicitera pas
et n’acceptera pas les dons anonymes, a-t-on
expliqué. « La liste des donateurs et
les sommes versées seront
dévoilées, comme par les
années passées, dans nos
états financiers déposés au
printemps », a précisé
Geneviève Hinse, responsable des
communications auprès de la formation
politique.
Harel se dit « indignée
» - Éric Clément
Une accusation du maire Tremblay met le feu aux
poudres
L e ma i r e de Mont r é a l ,
Gérald Tremblay, a blâmé,
hier, l a chef de Vision Montréal, Louise
Harel, pour une initiative qu’elle aurait prise,
selon lui , en 2001 alors qu’elle était
ministre des Affaires municipales pour changer les
pouvoirs du comité exécutif de
Montréal. Indignée, Mme Harel a
rétorqué que cette accusation du
maire était « malhonnête
» et le signe que l’administration Tremblay
« panique » alors que la campagne
électorale n’a même pas
commencé.
Le maire a accusé Mme Harel d’avoir
changé « en catimini » les
règles d’attribution des contrats
municipaux a f i n de favor iser l’ex-maire Pierre
Bourque. Il a montré un décret
datant du 1er novembre 2001, soit trois jours
avant l’élection mun ic ipa le, déc
ret qu i , selon lui, avait pour but de
prévoir qu’en cas d’une
réélection minoritaire de Pierre
Bourque, ce dernier puisse conserver certains
pouvoirs. Mme Harel était donc selon lui
« mal placée pour donner des
leçons sur l’attribution de contrats
».
Mme Harel a en effet écrit au ministre des
Affaires municipales, Laurent Lessard, pour lui
demander d’ouvrir une enquête sur les
procédures d’appel d’offres à la
Ville. « Mme Harel est la personne la moins
crédible en la matière, a dit le
maire. Elle a été la ministre des Af
fai res municipales la plus irresponsable quant
aux règles d’attribution des contrats.
»
Il
a ajouté que dans l’ancienne Ville de
Montréal, tous les contrats de plus de 100
000 $ étaient approuvés par le
conseil municipal, et que Mme Harel a fait adopter
ce décret pour accorder « des
pouvoirs quasi illimités au comité
exécutif pour l’approbation de contrats
». « Elle a fait des manigances pour
donner les clés de la ville à Pierre
Bourque, a-t-il lancé. Elle a changé
les règles du jeu. »
Jointe par La Presse en aprèsmidi, Mme
Harel était scandalisée. «
L’administration Tremblay cherche
désespérément à salir
ma réputation comme elle a sali la
réputation de Montréal, a-t-elle
dit. Cette histoire est une interprétation
volontairement malhonnête. J’ai fait adopter
en juin 2001 des dispositions qui faisaient
resserrer les règles d’attribution des
contrats. D’ailleurs, j’ai subi le courroux de
certaines firmes pour l’avoir fait. Cela
consistait à faire adopter les mêmes
règles que celles que René
Lévesque a fait adopter dans les
années 70 au niveau municipal, soit le
dépôt au conseil municipal de tous
les contrats de plus de 25 000$, au moins deux
soumissionnaires et interdiction de morceler les
contrats. »
Mme Harel a quali fié la sortie du maire de
« malhonnête ». « C’est
une tentative de détournement de ses
responsabilités, a-t-elle dit. Cela fait
huit ans qu’ils sont là. C’est pour essayer
de masquer leurs turpitudes, leurs enquêtes
et tout. Ils sont tellement paniqués qu’ils
n’ont pas vu que ce qui est dans le décret,
c’étaient les mêmes dispositions
à Québec. »
Louise Harel était si choquée
qu’elle a convoqué un point de presse
à 16h. « Je suis très
indignée par les accusations
malhonnêtes, outrecuidantes et gratuites de
Gérald Tremblay, a-t-elle dit. Je suis
celle qui a fait adopter les mesures les plus
restrictives quant à l’attribution des
contrats. Et je rappelle que jamais un
décret n’est adopté en catimini. Il
est adopté par le Conseil des ministres.
Mme ( Diane) Lemieux siégeait autant que
moi. Et on était à deux mois de la
nouvelle ville, pas à trois jours. C’est
quasi ridicule. Je me serais attendue à
plus d’indignation de la part du maire de
Montréal à l’égard de ce qui
se passe dans son administration. »
Harel demande à Québec
d’enquêter - Éric
Clément & Tommy Chouinard
Méthodes d’attribution des contrats de la
Ville et ses de arrondissements
La chef de Vision Montréal, Louise Harel, a
écrit hier au ministre des Affaires
municipales, Laurent Lessard, pour demander une
enquête de la Commission municipale du
Québec sur les méthodes d’appels
d’offres de la Ville de Montréal et de ses
arrondissements, a appris La Presse.
M m Ha rel a fa it cette demande à la suite
de reportages de La Presse et de RadioCanada qui
font état d’un autre manquement grave
à l’éthique à la Ville de
Montréal. Cette fois, il s’agit du directeur
de la Réalisation des travaux, Robert Marcil,
qui est parti en vacances à l’invitation de
l’entrepreneur Joe Borsellino, président de
Construction Garnier. Y étaient aussi le
vice-président de la firme GENIVAR, Yves
Lortie, et l’ex-directeur général de
la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis. M. Marcil, qui
fait l’objet d’une enquête interne, a
démissionné de son poste le 26 juin.
PHOTO ROBERT
MAILLOUX, LA PRESSE
La chef de Vision
Montréal, Louise Harel, qui a notamment
présenté mardi les candidats du
parti Frédéric Lapointe (district
d’Ahuntsic) et Noushig Eloyan (mairie de
l’arrondissement Ahunstic-Cartierville) en vue des
élections municipales de novembre prochain,
estime qu’il est « impératif que la
lumière soit faite sur toutes les
allégations de collusion qui ternissent la
réputation » de Montréal.
Mme Harel estime que, après la fraude de
plusieurs millions découverte l’an dernier
à la Division du service informatique de la
Ville et les multiples enquêtes
policières visa nt l’administration Tremblay,
il est temps que le gouvernement du Québec
agisse.
Dans sa lettre, que La Presse a obtenue, Mme Harel
écrit : « Au cours des derniers mois,
de très nombreuses allégations ont
question né l’i ntég rité des
processus d’attribution de contrats à
Montréal. À l’évidence, les
mécanismes réguliers de surveillance
et de contrôle ne sont pas adéquats. La
répétition de situations troublantes
ébranle la confiance du public. C’est
pourquoi je vous demande de prendre toutes les
mesures à votre disposition pour qu’une
enquête administrative soit menée par
la Commission municipale du Québec sur les
procédures d’appel d’offres des contrats de
la ville et des arrondissements. »
Mme Harel dit au ministre qu’il est «
impératif que la lumière soit faite
sur toutes les allégations de collusion qui
ternissent la réputation de notre ville
». « Comme vous le savez, la Ville de
Montréal gère au nom des citoyens
montréalais un budget de près de 4
milliards de dollars, somme à laquelle il
faut ajouter plus de 1 milliard géré
par les organismes apparentés, comme la
Société de transport de
Montréal ou la Société
d’habitation et de développement de
Montréal. Bref, c’est plus de 5 milliards qui
transitent dans le périmètre comptable
de la Ville annuellement. Cela est sans compter les
différents montants investis en
immobilisations via des emprunts. Une très
large part de ce budget est redistribuée
à l’extérieur des ser v ices de la
Ville, sous forme de contrats avec divers
sous-traitants, consultants ou entrepreneurs.
»
Plus
tôt dans la j ournée d’hier, le
ministre avait jugé que les cinq
enquêtes policières sur des
allégations de corruption à
Montréal et la nouvelle affaire de copinage
révélée par La Presse et
RadioCa nada ét a ient des « ca s
isolés ». À ses yeux, la
corruption n’est répandue ni dans la
métropole ni dans les autres
municipalités. « On parle de cas
isolés. On ne fera pas une grande commission
d’enquête là-dessus », a-t-il la
ncé en marge d’une réunion du caucus
libéral à Saint-Hyacinthe.
« Des cas isolés ? Il va en falloir
combien, des cas isolés? Une dizaine, pour
que ce ne soit plus des cas isolés ? a
réagi Mme Harel. Ça n’a plus de bon
sens. Là, ce n’est pas juste un voyage avec
sa femme qu’il s’est payé, on parle d’un
ingénieur, d’un entrepreneur, d’un
fonctionnaire et d’un syndicaliste ! C’est de la
collusion manifeste des quatre composantes de ce
qu’est un contrat. Ça n’a pas
d’allure.»
Le ministre Lessard reconnaît tout au plus la
nécessité de « mieux encadrer
» les élus et les fonctionnaires avec
un nouveau code d’éthique.
Pour sa part, au terme de la réunion du
caucus de son parti, le premier ministre Jean
Charest a tenté de dissiper l’impression que
le gouvernement minimise le problème.
«On prend ça très au
sérieux, a dit M. Charest. On a reconnu
l’importance des allégations en commandant le
rapport Gagné.»
De son côté, le maire de
Montréal a dit hier que si Québec veut
modifier quoi que ce soit, c’est son
privilège. « Peut-on modifier la
procédure? La réponse est oui. Mais on
n’attendra pas après Québec.
Montréal a décidé
d’agir.»
Le changement passe par une
majorité - Éric
Clément
Pour
la première fois depuis le début de sa
campagne électorale, la chef de Vision
Montréa l , Louise Ha rel , a lancé
hier un appel aux Montréalais : s’ils veulent
des changements en profondeur et des services
identiques partout, ils doivent élire un
conseil municipal composé en majorité
par Vision Montréal. S’ils
préfèrent le statu quo, « ils
peuvent choisir l’administration Tremblay ».
Mme Harel a fait cette déclaration dans
Villeray– SaintMichel– Parc-Extension où la
mairesse Anie Samson présentait son
équipe électorale, formée de
quatre candidats issus de quatre communautés
ethniques différentes.
Elsie Lefebvre, ex-députée
péquiste de Laurier-Dorion, est candidate au
poste de conseillère municipale dans le
district de Villeray. Soraya Martinez, élue
en 2005 conseillère municipale dans
Saint-Michel, et qui avait quitté en 2007 le
parti dumaire Gérald Tremblay, se
représente. Le coordonnateur des projets
jeunesse de la Maison d’Haïti, Harry Delva, est
candidat au poste de conseiller dans
François-Perrault. Enfin, Costa Zafiropoulos,
ex-candidat du NPD aux élections
fédérales, tentera sa chance dans
Parc-Extension.
La mairesse Samson a fait part des
difficultés que connaît son
arrondissement à cause de sa « faible
» dotation annuelle. Elle a dû
créer un fonds pour la sécurité
alimentaire des plus démunis avec ce qu’elle
reçoit lorsqu’elle célèbre des
mariages. « Quand les jeunes n’ont même
pas la force d’aller dans les parcs, ça ne
sert à rien de les améliorer »,
a-t-elle dit en estimant que l’administration
Tremblay n’a pas investi là où
c’était nécessaire.
Louise Harel, qui rassemble autour d’elle de
plus en plus de candidats anglophones ou provenant de
minorités ethniques, a saisi la balle au bond
en disant qu’il est anormal que des citoyens paient
les mêmes taxes et n’aient pas les mêmes
services. Pour corriger la situation, elle
préconise que des services tels que le
déneigement ou l’urbanisme soient du ressort de
la ville centre et que cesse « le
démantèlement qui a créé
19 services affaiblis dans 19 arrondissements devenus
des quasi-villes ».
« Il faut offrir un service adéquat sur
l’ensemble du territoire montréalais, a-t-elle
dit. Il est possible de le faire en vertu des lois
actuelles, dans la mesure où il y a une
majorité simple d’élus au conseil
municipal qui adoptent ces dispositions. Alors, cela
dépendra de la population. Ce que nous pourrons
faire, ce sera les Montréalais qui le
décideront le 1er novembre prochain. Dans la
mesure où nous serons majoritaires au conseil
municipal, nous pourrons donner suite à cette
volonté de rétablir des services
équivalents pour l’ensemble des
Montréalais. »
La mairesse Samson a expliqué que, quand tous
les terrains sont occupés, les jeunes de
l’équipe de baseball de Villeray ne peuvent pas
aller jouer sur les terrains de Saint-Laurent.
« Il ne doit pas y avoir de frontière
entre les arrondissements, a dit Mme Harel. Les
arrondissements sont des instances administratives
pour rapprocher les élus des citoyens et offrir
des services de proximité. Je crois aux
arrondissements, mais ils ne doivent pas être
considérés, comme ce fut le cas avec
l’administration Tremblay-Zampino, comme des
quasi-villes. Il ne peut y avoir 19 villes dans la
ville. C’est une des raisons du déclin de
Montréal. Dans toutes les grandes villes du
monde, il y a des arrondissements, mais nulle part il
n’y a de quasi-villes. »
Que se passera-t-il si les Montréalais ne
donnent pas la majorité à son parti le
1er novembre? « On ne pourra pas procéder
à des remembrements. On ne pourra pas
élargir pour qu’il n’y ait plus deux classes de
citoyens. Si les gens sont satisfaits du statu quo,
ils peuvent alors choisir l’administration Tremblay,
c’est ce qu’elle leur offre. S’ils veulent vraiment du
changement en profondeur, revenir à la normale,
dans une vraie ville, dans laquelle il y a un
sentiment d’appartenance et un sentiment de
fierté, on offre des équipes comme celle
qui vous est présentée ce matin (hier).
»
Louise Harel ravit trois membres
à Projet Montréal
Jusque-là plutôt courtois dans ses
attaques, Richard Bergeron a monté le ton
à l’égard de sa rivale, Louise
Harel, qualifiant ses agissements d’«
acharnement » envers son parti. « Elle
est en train d’aller chercher tous les
souverainistes de mon parti, pourtant elle a dit
qu’elle voulait écarter la cause nationale
de la politique municipale », a
déploré avec véhémence
le chef de Projet Montréal.
Richard Bergeron, le chef
du parti Projet Montréal, trouve que
Louise Harel s’acharne sur son parti.
Fière de ses dernières prises, la
chef de Vision Montréal a annoncé
hier après-midi que trois jeunes mi l
itants quit tent Projet Montréal pour se
joindre à son pa r t i . Gui l l aume
Vaillancourt, jusqu’à tout récemment
coordonnateur de Projet Montréal dans le
Plateau, se présente à la mairie de
l’arrondissement phare de la ville sous la
bannière de Vision Montréal.
Deux autres membres de Projet Montréal
quittent la formation politique de Richard
Bergeron pour se rallier à Louise Harel:
Frédéric Lapointe et Atim Leon.
Actuel lement président du Parti
québécois dans la circonscription de
Crémazie, Frédéric Lapointe
se porte candidat à titre de conseiller de
ville dans AhuntsicCar t iervi l le, t andis que
Atim Leon se présente dans Rosemont– La
Petite-Patrie en tant que conseiller de ville.
Dans une lettre mise en l igne sur le site
internet de Vi sion Montréa l , M.
Vaillancourt, démissionnaire de Projet
Montréal, explique qu’il a tenté un
rapprochement entre Mme Harel et M. Bergeron. Et
que durant « une soirée
pénible », il a tenté en vain
d’ouvrir les yeux du chef de Projet
Montréal.
« Richard Bergeron ne sera jamais maire de
Montréal, écrit-il. Son appui
aiderait Louise Harel à être
élue. Projet Montréal pourrait
retirer son candidat à la mairie et
s’assurer d’augmenter le nombre d’élus qui
partagent ses valeurs par la même occasion.
»
Lors d’un entretien avec La Pres se, M. Bergeron a
par ailleurs affirmé qu’Els ie Lefebv re,
candidate dans Villeray pour Vision
Montréal, devait au départ mener la
course pour son parti.
« Louise Harel s’acharne 10 fois plus sur
nous que sur le parti Union Montréal de
Gérald Tremblay, a ajouté M.
Bergeron. Elle demande aux souverainistes de
choisir entre Projet Montréal, parti qui
n’a pas beaucoup d’argent, et la cause
souverainiste. »
Les femmes fortes de Montréal
- Michèle Ouimet
Diane Lemieux est arrivée comme une
reine au bras de G éra ld Tremblay. La
tête haute, le regard brillant. Un
sourire flottait sur ses lèvres pendant
que les flashs des appareils photo
crépitaient. Visiblement, le pouvoir
lui avait manqué.
Depuis 1998, Diane Lemieux a fait du chemin.
À l’époque, le premier ministre
Lucien Boucha rd l’ava it rec r utée,
elle, l’intellectuelle féministe,
ex-présidente du Conseil du statut de
la femme.
En pleine conférence de presse, elle
avait gentiment rabroué Lucien
Bouchard, qui avait répondu à un
journaliste à sa place. Un geste
audacieux pour une jeune femme de 37 ans qui
n’avait aucune expérience politique.
Baveuse, la recrue. Hier, elle avait
rangé sa fougue. Elle n’avait que des
fleurs à lancer à son nouveau
chef, Gérald Tremblay.
« C’est mon homme, a-t-elle dit. Je le
respecte et j’ai de l’admiration pour lui.
»
Sa vision de Montréal est minimaliste.
Elle veut améliorer les services de
proximité pour que la Ville soit
« sécuritaire, les rues
agréables, les poubelles
ramassées au bon moment ».
Elle a conclu en disant : « J ’a i me
Montréa l , j ’a i me les défis
et j ’aime G érald Tremblay. »
Elle a oublié d’ajouter : « Et
j’aime le pouvoir. »
Dia ne L em ieu x con na ît pourtant
Montréal. Pendant qu’elle était
ministre de la Culture, elle a défendu
la montagne ; lorsqu’elle était dans
l’opposition, elle a hérité du
dossier municipal.
Mais hier, elle était mal
préparée. Elle se penchait
humblement sur les poubelles comme si
c’était le sujet de l’heure, alors que
Montréal croule sous les scandales et
souffre de structurite aiguë. Ça
sentait le discours gribouillé sur le
bord de la table en deux minutes.
Dia ne L emieu x est u ne bagarreuse, une
femme de tête, une stratège.
Machiavel peut se rhabiller.
Com me L ouise Ha rel, la nouvelle chef de
Vision Montréal. Une ancienne
collègue de Diane Lemieux. Elles ont
travaillé côte à
côte pendant des années. Au
pouvoir et dans l’opposition.
Deux femmes fortes qui ont la politique
tatouée sur le coeur, deux ambitieuses
qui rêvent d’être des leaders.
Mais là s’arrêtent les
ressemblances. Pendant que Diane Lemieux fonce
et met le poing sur la table, Louise Harel
susurre sur un ton doucereux.
« Louise va prendre son ton suave pour
te dire les choses les plus dures, alors que
Diane est très expansive, très
passionnée », affirme la
députée Louise Beaudoin.
« Deux coqs qui se sont souvent
crêpé le chignon », ajoute,
de sont côté, un
député péquiste.
Si Diane Lemieux a choisi le camp du maire
Tremblay, tournant le dos à Louise
Harel, ce n’est pas un hasard. Elles ont des
divergences profondes. Et elles se
détestent.
En 2003, lorsque le premier ministre Jean
Charest a déposé son projet de
loi sur les défusions, les deux femmes
se sont affrontées. Le projet donnait
beaucoup de pouvoir aux arrondissements. Diane
Lemieux, porte-parole de l’opposition en
matière d’affaires municipales,
était en faveur ; Louise Harel
était contre. Farouchement contre. Elle
voyait son île, une ville, qu’elle avait
défendue bec et ongles, éclater
en mini-villes.
Diane Lemieux était aussi partisane
acharnée d’André Boisclair ;
Louise Harel, elle, ava it ref u sé de
l ’appuyer ouvertement.
En 2005, Louise Harel et Dia ne L em ieu x
voula ient devenir chef du Parti
québécois à la suite du
départ de Bernard Landry. Un nouvel
affrontement.
« Diane voulait être chef, mais
c’est moi qui ai été
désignée aux deux tiers des voix
», a précisé Louise Harel,
hier. D’un ton suave.
Deux femmes ambitieuses, i ntel l igentes ,
for tes . Avec une longue expérience
politique. Deux femmes intègres.
Ça nous change du gérant de
caisse populaire qui se réveille u n
bon matin en décidant de se lancer en
politique municipale.
Ça faisait longtemps que
Montréal n’avait pas reçu
d’aussi bon nes nouvelles. G érald T
remblay a réussi un coup de
maître en recrutant Diane Lemieux, qui a
de fortes chances de devenir présidente
du comité exécutif.
Gérald Tremblay, un
fédéraliste, Diane Lemieux, une
souverainiste.
Situation inverse à Vision
Montréal. Louise Harel, une
souverainiste, Benoit Labonté, un
fédéraliste. La politique
municipale n’est plus polarisée pa r
les a l légea nces nationales. Une
autre bonne nouvelle pour Montréal.
La Ville est minée par les scandales,
paralysée par l’enchevêtrement
des structures. Elle est malade, mais son cas
n’est pas désespéré
puisque des fe mmes de la trempe de L ouise Ha
rel et Dia ne Lemieux sont prêtes
à se pencher à son chevet.
« Gérald Tremblay est mon homme
» - Éric
Clément
Le maire de Montréal, Gérald T
r e m bl ay, a c o n f i r m é la
nouvelle annoncée hier par La Presse,
selon laquelle l’exministre péquiste
Dia ne Lemieux sera candidate de son pa r ti
da ns le d ist ric t d’Ahuntsic et fera
partie du comité exécutif de
la Ville si elle est élue.
S’il fallait une autre preuve que les
familles politiques qu i ex istent su r la
scène provi ncia le sont répa
rties indifféremment dans chacun des
pa rtis municipau x de Montréal, le
maire Tremblay l’a donnée, hier, en
accueillant Mme Lemieux, féministe de
toujours et députée
péquiste pendant près de 10
ans. « J’ai l’intention de lui confier
des responsabilités importantes, a
dit M. Tremblay en conférence de
presse. Je voulais que Montréal garde
sa lionne. »
M. Tremblay n’a toutefois pas
confirmé que Mme Lemieux deviendrait
présidente du comité
exécutif, le poste le plus
prestigieux de son aréopage,
actuellement occupé par le maire de
Lachine, Claude Dauphin.
Mme
Lemieux a dit avoir « craqué
» qua nd le maire Tremblay lui a
demandé de se joindre à Union
Montréal. « C’était
intense et convaincant, a-t-elle dit. J’aime
Montréal. J’aime la joute politique.
J’ai le sens des services publics bien
ancré, et Gérald Tremblay,
c’est mon homme, dans le sens où je
le respecte. J’ai de l’admiration pour lui,
notamment parce que Montréal est
sorti uni, même s’il y avait
énormément d’adversité.
J’admire son courage. J’admire sa passion.
J’admire sa ténacité. »
Les médias ont demandé
à Diane Lemieux si le fait que l’ad
ministration T remblay fasse l’objet
d’enquêtes de toutes sortes depuis
moins d’un an ne l’ennuie pas. « Si
j’avais eu le début d’un doute que
Gérald Tremblay n’était pas un
gars droit et intègre, je ne serais
pas ici, a-t-elle dit. Gérald
Tremblay a fait ce qu’il fallait. Quand les
situations lui sont signalées, il
agit. »
La Presse lui a demandé si le choix
de se joindre à M. Tremblay vient du
fait que ses relations avec Louise Harel, la
chef de Vision Montréal et
ex-ministre péquiste, ne sont pas
très bonnes. « Je n’ai pas fait
de choix entre l’un et l’autre, a-t-elle
répondu. J’ai choisi Montréal.
Louise Harel a été ma
collègue pendant près de 10
ans. On a partagé des dossiers, des
difficultés. On a été
au gouvernement, dans l’opposition. C’est
une femme que je respecte beaucoup, mais le
Montréal que je me représente,
c’est Gérald Tremblay qui le
représente. »
Vice-présidente de la firme Vision
globale, Mme Lemieux dit que, si elle est
élue, elle consacrera son temps
à améliorer les services de
proximité, notamment la
sécurité et le ramassage des
ordures. Elle a dit aussi avoir des
rêves « culturels ». Dans
le district d’Ahuntsic, elle sera notamment
opposée à la
conseillère Hasmig Belleli. En
septembre 2008, Mme Belleli a coiffé
au poteau le candidat d’Union
Montréal lors d’une élection
partielle, l’emportant par 59 voix.
Nathalie
Rochefort se joint à Louise Harel -
Sara Champagne
L’ex-députée
l ibérale de Mercier, Nathalie Rochefort,
f a i t dé s o r ma i s pa r t i e de
l’équipe de Louise Harel, sous la
bannière de Vision Montréal.
Reconnue pour son engagement sociocommunautaire,
notamment dans la prévention de la
prostitution juvénile, la femme de 39 ans
sera candidate au poste de conseillère de
ville dans l’arrondissement du
Plateau-Mont-Royal, district de Jeanne-Mance, a
appris La Presse.
Le poste convoité par Mme Rochefort est
présentement occupé par Michel
Prescott, un des conseillers de la
première heure du parti du maire
Gérald Tremblay, Union Montréal.
Au bureau de Vision Montréal , hier
après-midi, Louise Harel n’a pas
commenté la candidature de Mme Rochefort.
Mais l’annonce officielle, qui devrait avoir l
ieu incessamment , s’ajoute à la
candidature de l’ex-députée
péquiste Elsie Lefebvre comme
conseillère de ville, dans
l’arrondissement de Villeray– SaintMichel–
Parc-Extension (voir autre texte en page A11).
Avec
l’arrivée
de Nathalie Rochefort sur la scène
municipale, la lutte électorale s’annonce
féroce dans le Plateau, où les
enjeux sont nombreux, notamment en
matière de transports en commun. Le parti
Projet Montréal, dirigé par
Richard Bergeron, a déjà
annoncé qu’il présente un candidat
dans chacun des six postes de conseillers de
ville ou d’arrondissement du Plateau, dont
Josée Duplessis da ns l e d i s t r i c t
de De Lorimier. Il s’agit d’une exmembre d’Union
Montréal.
Helen Fotopulos, l’actuelle mairesse du Plateau
sous la bannière d’Union Montréal,
a pour sa part décidé de briguer
un poste de conseillère dans
l’arrondissement de Côte-des-Neiges – Not
reDame-de-Gr â c e . Michel Labrecque,
nouveau venu dans la garde rapprochée du
maire Gérald Tremblay et responsable du
transport actif au comité
exécutif, tentera d’arracher la mairie de
cet arrondissement-phare de l’administration.
En plus des candidats des principaux partis, un
candidat indépendant, l’ex-chef du Bloc
Pot, Marc-Boris StMaurice, a déjà
annoncé qu’il tentera de se faire
élire au poste de conseiller, lui aussi
dans le district de JeanneMance. Il entend
rallier les électeurs autour de la
création d’un centre d’injection
supervisée pour les toxicomanes dans le
quartier.
Grosse prise pour Louise Harel -
Éric Clément
Grande surprise, hier, sur la scène
municipale montréalaise : Brenda Paris,
présidente d’Union Montréal, a
quitté le parti du maire Gérald
Tremblay à cause des cinq enquêtes
policières en cours sur l’administration
municipale pour se joindre au parti de Louise
Harel, Vision Montréal.
Brenda Paris quitte la
présidence d’Union Montréal
à cause des enquêtes en cours et
sera candidate à la mairie de
Côte-des-Neiges/Notre-Dame-deGrâce
pour le parti de Louise Harel. Le professeur
d’urbanisme David Hanna (à droite) brigue
le poste de conseiller municipal du même
arrondissement.
Mme Paris sera candidate à la mairie de
Côte-des-Neiges/ Notre-Dame-de-Grâce
(CDNNDG) le 1er novembre. Vision Montréal a
annoncé aussi la candidature d’un autre
anglophone, David Hanna, au poste de conseiller
municipal dans le même arrondissement.
Mme Harel a promis de restructurer Montréal
et d’unir ses communautés. Pour ce faire,
elle s’est engagée à former une
équipe de candidats de tous les horizons,
notamment des anglophones, et de toutes les
tendances politiques. L’annonce d’hier avait pour
but d’illustrer cette volonté.
Femme d’affaires et bénévole, Mme
Paris est une personnalité éminente
de la communauté anglophone
montréalaise. El le quit te Union
Montréal parce qu’elle est , dit-elle,
« une femme de conviction, une femme
d’intégrité et une femme de
transparence ».
« Je me suis rendu compte au fur et à
mesure qu’il y a un manque de consultation et
d’écoute des citoyens au parti Union
Montréal, a-telle dit. Il n’y a pas non
plus de politique d’inclusion des
minorités, comme on l’a vu à
Montréal-Nord. »
Mme Paris estime que le fait que Vision
Montréal ait créé des
chantiers de réflexion pendant tout
l’été pour permettre aux citoyens de
réfléchir à la ville qu’ils
veulent prouve que ce parti veut « changer
la Ville ». « Vision Montréal,
Louise Harel et Benoit Labonté sont
décidés à améliorer la
vie quotidienne des citoyens, a-telle dit. Je veux
une métropole qui reflète la
diversité de notre ville. » Mme Paris
sera la première femme noire à
tenter de ravir la mairie de CDN-NDG.
Le professeur d’urbanisme David Hanna est, de son
côté, tombé à bras
raccourcis, sur le parti du maire Tremblay et sur
le maire de CDN-NDG, Michael Applebaum. « Je
suis choqué par ce qui se passe à
Montréal, a-t-il lancé. Je veux
parler directement à mes collègues
anglophones : actuellement, la Ville est prise
dans l’immobilisme. J’ai honte qu’un grand journal
anglais, The Economist, ait évoqué
cet été que Montréal, ma
ville, a un gros problème de corruption. Je
suis dégoûté. D’ailleurs,
Benoit Labonté a quitté Union
Montréal quand il a constaté que
l’intégrité avait disparu de cette
équipe. »
Tant Mme Paris que M. Hanna ont
félicité Mme Harel d’avoir eu
« le courage » de se lancer en
politique municipale pour réformer la ville
et la faire mieux fonctionner. « C’est
l’équipe Tremblay-Zampino qui a
demandé à Jean Charest de
défaire la structure de la Ville, a dit M.
Hanna. Mme Harel veut faire en sorte que
Montréal fonctionne. »
Du côté d’Union Montréal, on
accuse le coup. Le conseiller de Snowdon, Marvin
Rotrand, a été cinglant en parlant
de Brenda Paris. « Elle n’a aucune racine
dans CDN-NDG, dit-il. Elle a voulu être
candidate dans Loyola, mais il n’y avait pas assez
de membres pour l’appuyer et elle n’avait pas de
connaissances de NDG. »
À l’oeuvre dans CDN-NDG depuis plus de 30
ans, Mme Paris avait été
placée par l’administration Tremblay au CA
de la Sociétéde
transportdeMontréal en 2002. Le fait
qu’elle soit à la fois représentante
des usagers de la STMet présidente du parti
du maire Tremblay avait été
critiqué comme un manque flagrant de
jugement. M. Rotrand dit qu’Union Montréal
avait demandé à Mme Paris de choisir
un des deux postes.
« Elle a refusé en disant qu’il n’y
avait aucun conflit d’intérêts, dit-i
l . Alor s , quand Benoit Labonté dit
oui-oui-oui-oui-oui-éthiqueéthique-éthique
et qu’il cible Brenda Paris, c’est un discours
différent. » M. Rotrand doute
même de la transparence de Mme Paris :
« Si elle est transparente, pourquoi
n’a-t-elle pas dit qu’elle a
démissionné hier d’Union
Montréal par courriel ? »
Montréal demande à Québec
d’amender la loi 170 - Éric
Clément
La
Ville de Montréal a pris acte du jugement
de la juge Hélène Le Bel, qui
conclut qu’un arrondissement ne peut se comporter
comme s’il était une municipalité en
soi : Montréal demande donc à
Québec d’amender la loi 170.
Des citoyens d’Outremont qui habitent à la
limite du Plateau-Mont-Royal voulaient avoir voix
au chapitre dans le dossier de l’agrandissement
d’une synagogue située près de chez
eux, mais dans l’arrondissement voisin.
L’administration du Plateau-Mont-Royal leur avait
dénié le droit de voter au
référendum sur l’agrandissement. Le
citoyen Benoît Dupuis a contesté
cette décision devant les tribunaux.
La juge Le Bel lui a donné raison. Un
citoyen concerné par une décision
prise près de chez lui, mais dans un
arrondissement différent, peut faire valoir
son point de vue.
Un peu penaude, l’administration Tremblay a dit,
hier, être d’accord avec le jugement. C’est
que l’avocat de la Ville, Éric Couture,
avait argué que les arrondissements
étaient des municipalités. La juge a
rejeté cette interprétation. Claude
Dauphin, président du comité
exécutif de Montréal, a dit que la
Ville n’avait fait qu’appliquer la loi 170,
« parrainée par Louise Harel »
quand elle était ministre des Affaires
municipales.
SelonMe Dauphin, Mme Harel est responsable du
cafouillis. « C’est sa propre loi qui a
été plaidée devant les
tribunaux, dit-il. Et sa loi a été
déclarée inopérante pour
certains articles. » « La juge Le Bel
a donné une interprétation contraire
à celle de M. Dauphin, réagit Louise
Harel. L’administration Tremblay fait de la
diversion. »
La mairesse de l’arrondissement du Plateau, Helen
Fotopulos, a ajouté que la création
de la nouvelle ville, en 2000, avait
été « un peu
précipitée » et que la loi
n’avait donc pas été assez
peaufinée. « C’est la même loi
170 qui s’applique à Québec,
à Lévis et à Gatineau,
rétorque Mme Harel. Pourquoi s’en sont-ils
bien accommodés ailleurs? »
Le
maire Tremblay a écrit au ministre des
Affaires municipales, Laurent Lessard, pour lui
demander d’amender la loi 170 afin de confirmer
l’élargissement du processus d’approbation
référendaire aux habitants des zones
contiguës. « C’est avec beaucoup
d’ouverture que nous accueillons la
démarche du maire », a dit, hier,
Émilie Lavoie, attachée de presse
adjointe du ministre Lessard.
Non rétroactif
La Ville estime que le jugement Le Bel n’est pas
rétroactif. Si des situations similaires se
sont produites dans le passé, des citoyens
ne pourront pas faire casser les décisions
prises par les arrondissements. Le maire a
demandé à Québec de «
baliser le jugement Le Bel ». Il croit que,
si on l’applique à la lettre, on pourrait
arriver à des situations où des
citoyens de Lachine pourraient influer sur des
décisions prises à Rosemont– La
Petite-Patrie.
« C’est de la pure diversion pour ne pas
avoir à assumer ce qu’ils ont
plaidé, dit Mme Harel. Ils ne sont pas
fiers de voir ce sur quoi ils s’étaient
engagés. Les citoyens rejettent le
démantèlement de Montréal. Et
Vision Montréal propose que l’urbanisme
soit du ressort de la ville centre. C’est
fondamental. »
La demande d’agrandissement de la synagogue sera
donc soumise de nouveau au vote de la population.
La consultation sera élargie à
quatre zones d’Outremont qui comprennent environ
150 unités de logement, un immeuble non
résidentiel et cinq bureaux.
« Je suis content que la Ville n’aille pas
en appel, mais je trouve particulier de voir
comment c’est récupéré par
les partis alors que ça nous semblait
évident que les voisins d’en face devaient
prendre part à la consultation,
réagit M. Dupuis. Que d’argent
dépensé pour quelque chose
d’évident ! Il serait logique que la Ville
nous rembourse la totalité de nos frais
d’avocat. »
Louise Harel accuse Gérald Tremblay de
mentir - Éric Clément
La
chef de Vision Montréal, Louise Harel,
accuse le maire Gérald Tremblay de ne pas
dire la vérité quand il affirme
qu’il a lui-même commandé les
enquêtes policières passées ou
en cours sur son administration. En
réaction à cette accusation, un
porte-parole du maire affirme que l’administration
municipale a « agi ».
Pour la candidate Louise
Harel, Gérald Tremblay ment lorsqu’il
affirme que les enquêtes sur son
administration ont été
lancées à sa demande.
« Nous voudrions fournir un
aide-mémoire au maire Tremblay car il a
prétendu à plusieurs reprises cette
semaine, et notamment ce matin (hier) sur les
ondes, qu’il était celui qui avait
demandé les enquêtes de police en
cours sur son administration, a dit hier Louise
Harel. C’est de la désinformation. Il le
fait sciemment, sinon c’est innocent. Il invente
ou bien il se croit et c’est inquiétant.
»
En conférence de presse au nouveau local
électoral de Vision Montréal, dans
la Petite Italie, Mme Harel a dit que sur les six
enquêtes policières portant sur des
actes supposément posés par des
membres de l’administration Tremblay, cinq sont en
cours et également cinq ont
été provoquées sans que le
maire en soit l’initiateur.
La première enquête concernait deux
élus de l’arrondissement de Saint-Laurent,
membres de l’équipe Tremblay,
accusés de corruption en2004 et
déclarés coupables par la suite.
« L’enquête a été
déclenchée par la
dénonciation d’un entrepreneur et non par
l’administration Tremblay », a dit Mme
Harel.
PourOutremont, c’est la «
persévérance des citoyens
d’Outremont » qui a poussé le maire
Stéphane Harbour à
démissionner, a dit Mme Harel. Elle ajoute
que la police a été obligée
d’ouvrir une enquête seulement quand Noushig
Eloyan, alors chef de l’opposition officielle, en
a fait la demande au chef de police de
Montréal.
Même chose, a-t-elle dit, pour les «
malversations à la Société
d’habitation et de développement de
Montréal (SHDM) », pour le scandale
du contrat des compteurs d’eau de 356 millions
accordé par la Ville au consortium
GÉNIeau et pour le contrat de
réfection du toit de l’hôtel de
ville.
Pour
ce dernier contrat, Mme Harel a dit qu’un
entrepreneur avait affirmé que la mafia lui
avait demandé 40 000$ destinés
à deux élus de l’équipe
dumaire Tremblay. La chef de Vision
Montréal dit que « le premier
à dénoncer cette situation fut
l’entrepreneur lui-même et non
l’administration Tremblay ». « Lemaire
a plutôt fustigé publiquement
l’entrepreneur ainsi que le journal La Presse, ce
qui s’appelle tirer sur le messager »,
a-t-elle ajouté.
Le seul dossier où l’administration a fait
appel à la police, c’est dans le cas de la
fraude au service informatique de la Ville, a dit
Mme Harel.
Invité à commenter, le maire n’a pas
rappelé La Presse. Par contre, son
porte-parole, Martin Tremblay, a dit à La
Presse que « chaque fois que nous avons
été mis au courant de certaines
irrégularités, nous avons agi
». « Les enquêtes qui sont
actuellement en cours, c’est nous qui les avons
demandées », a ajouté Martin
Tremblay.
La Presse a fait remarquer au porte-parole du
maire que La Presse était présente
le 1er mai dernier quand le chef du parti Projet
Montréal, Richard Bergeron, est allé
lui-même porter plainte à la
Sûreté du Québec au sujet du
contrat des compteurs d’eau. Et que ce n’est donc
pas le maire Gérald Tremblay ni son
administration qui a demandé à la
SQd’enquêter sur l’affaire des compteurs
d’eau. Le porte-parole a alors répondu
qu’il ne « veut pas rentrer dans le
détail ». « C’est la seule
déclaration que je vais faire »,
a-t-il dit.
Rappelons qu’en ce qui a trait au dossier de la
SHDM, c’est à la suite des articles du
journaliste André Noël, de La Presse,
publiés à l’automne 2008, que le
conseil municipal a confié un mandat au
vérificateur général de
Montréal et que c’est lui qui a, par la
suite, porté plainte à la police.
Par ailleurs, l’administration Tremblay a fait
savoir hier que les premières analyses
techniques du projet de création d’un
réseau de tramways concluent qu’un tel
réseau est « pertinent et
justifié ». Si Mme Harel est
élue, va-t-elle poursuivre le
développement de ce projet? a
demandé La Presse.
« Le Plan de transport de Montréal a
reçu l’appui de l’opposition, a dit Mme
Harel. Mais comment va-t-on le financer? On ne le
sait toujours pas. L’annonce de l’administration
de faire une étude, c’est souvent, en
période d’élection, une façon
d’enterrer le projet. »
Un arrondissement n’est pas
unemunicipalité en soi -
Éric Clément
« Ce qui me scandalise, c’est l’argument de
la Ville, qui plaide qu’un arrondissement est une
municipalité. Comment Gérald
Tremblay a-t-il pu laisser plaider ça ?
»
LaCour supérieure vient de rendre une
décision extrêmement importante en ce
qui a trait aux pouvoirs des arrondissements.
Dans une poursuite d’un citoyen d’Outremont qui
contestait une décision du
PlateauMont-Royal, la juge Hélène Le
Bel conclut qu’un arrondissement ne peut se
comporter comme s’il était une
municipalité en soi et ne peut rejeter
l’intérêt d’un citoyen qui habite
à quelques mètres de cet
arrondissement. La chef de Vision Montréal,
Louise Harel, qui s’est lancée en politique
municipale pour contester la mise en place de
quasi-villes au sein de Montréal, accueille
le jugement avec soulagement. La Ville de
Montréal a décidé de ne faire
aucun commentaire pour l’instant.
Le jugement estime que les arrondissements ne sont
pas des entités municipales
indépendantes. Il pourrait donc avoir des
conséquences importantes à
Montréal et dans d’autres villes du
Québec, pour des décisions prises
antérieurement.
Le citoyen Benoît Dupuis habite sur le
côté ouest de la rue Hutchison, dans
l’arrondissement d’Outremont. Il s’est vu refuser
l’an dernier par l’arrondissement du
Plateau-MontRoyal le droit de participer à
une démarche référendaire
concernant l’autorisation d’agrandir la synagogue
située au 5363, rue Hutchison, sur le
côté est de cette rue, soit dans le
Plateau-MontRoyal. L’administration d’Helen
Fotopulos avait défini le
périmètre de la zone de consultation
des citoyens en fonction des limites territoriales
de l’arrondissement.
Par conséquent, M. Dupuis et d’autres
citoyens qui habitent du côté
d’Outremont n’ont pas pu s’inscrire pour demander
que le règlement soit soumis à
l’approbation référendaire. Il n’y a
pas eu de référendum. M. Dupuis
avait demandé au premier ministre Jean
Charest et au maire de Montréal,
Gérald Tremblay, de modifier la loi. En
vain. Il s’est donc tourné vers les
tribunaux.
Selon la juge Le Bel, l’avocat de la Ville,
Éric Couture, a allégué
durant le procès que le PlateauMont-Royal
s’était comporté comme une
municipalité à cause de la Charte de
la Ville de Montréal. « La
"municipalité", en quelque sorte au sens de
la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme,
serait l’arrondissement et un arrondissement,
comme une municipalité, n’a pas de pouvoirs
extraterritoriaux », écrit la juge Le
Bel dans son jugement lorsqu’elle évoque
l’argument deMe Couture.
La juge n’y a pas adhéré. Elle
écrit que l’objectif premier de la loi 170
a été de créer « une
seule municipalité ayant un seul territoire
». « L’arrondissement a donc un
rôle important et a des pouvoirs, mais il ne
devient pas pour autant une municipalité
», écrit-elle.
« À une époque où on
déplore le peu d’intérêt des
citoyens pour la chose politique,
particulièrement au niveau local, ou le
cynisme dont plusieurs font preuve à
l’égard de nos institutions, il semble
souhaitable de faire prévaloir une
interprétation qui, à
première vue, semble plus conforme au bon
sens, écrit la juge. Comment expliquer au
citoyen moyen qui habite de l’autre
côté de la rue qu’il n’est pas une
"personne intéressée" à ce
qui se passe ou qui est susceptible de se passer
en face de chez lui? »
La juge Le Bel a utilisé la jurisprudence
pour rejeter l’argument de la Ville de
Montréal et l’a condamnée à
payer 6000$ à M. Dupuis pour ses frais
d’avocats, estimant qu’il s’agit d’une «
cause importante » qui va au-delà de
l’intérêt personnel. Par
conséquent, les avis publics et trois
résolutions du conseil d’arrondissement du
Plateau-Mont-Royal découlant de ce dossier
ont été annulés. Le
Plateau-Mont-Royal devra refaire ses devoirs dans
ce dossier en incluant ses voisins d’Outremont. La
Ville de Montréal pourrait interjeter appel
mais, en le faisant, cela signifierait que
l’administration Tremblay considère les
arrondissements comme des entités
indépendantes les unes des autres, estime
la chef de Vision Montréal, Louise Harel,
jointe pendant ses vacances.
« J’ai toujours pensé
qu’Hélène Le Bel était une
grande juriste, dit Mme Harel. Ce qui me
scandalise, c’est l’argument de la Ville, qui
plaide qu’un arrondissement est une
municipalité. La vraie question, c’est
ça. C’est un appel au
démantèlement de Montréal.
Heureusement que le tribunal n’a pas pris cette
voie. Comment Gérald Tremblay a-t-il pu
laisser plaider ça? »
MmeHarel craint-elle que l’administration Tremblay
en appelle de cette décision? « C’est
impossible qu’elle porte sa cause en appel, dit
Mme Harel. Ce serait une faute lourde. Une faute
capitale. Le jugement est clair: les
arrondissements sont des administrations. Ce
serait ajouter l’insulte à l’injure. Cela
justifierait les plus grandes appréhensions
qu’on peut avoir avec la présente
administration, soit que la Ville de
Montréal devienne une administration de 19
quasi-villes. »
L’appui de Grey à Harel
sème la controverse - Martin
Croteau
Des conseillers municipaux de Hampstead exigent
que l’avocat cesse de représenter leur
ville
Le maire de Hampstead a été
contraint d’utiliser son droit de veto pour que Me
Grey puisse garder ses fonctions.
L’avocat Julius Grey se retrouve au coeur d’une
controverse politique qui divise la ville
défusionnée de Hampstead. Le conseil
municipal a présenté une
résolution pour qu’il cesse de
représenter la Ville devant les tribunaux.
La raison: il soutient la candidate à la
mairie de Montréal Louise Harel,
l’architecte des fusions municipales.
Me Julius Grey, qui appuie
la candidature de Louise Harel à la
mairie de Montréal, est au coeur d’une
controverse. Des conseillers municipaux de
Hampstead veulent qu’il cesse de
représenter leur ville devant les
tribunaux.
La dernière réunion du conseil
municipal a été houleuse,
reconnaît le maire Steinberg. Il a
été contraint d’utiliser son droit
de veto pour que Me Grey puisse garder ses
fonctions.
« Julius Grey a le droit de croire ce qu’il
veut, et j’ai le droit d’être en
désaccord, a-t-il affirmé. Mais on
ne vire pas des gens pour cela. C’est comme le
maccarthysme aux États-Unis dans les
années 50. »
L’affaire remonte à 2006, lorsque
l’administration Steinberg a fait bâtir un
enclos pour chiens dans le parc Langhorne. Le
choix du site ne faisait pas l’affaire de certains
citoyens, qui se plaignaient du bruit.
Après que leurs démarches pour faire
fléchir la Ville eurent
échoué, ils ont porté
l’affaire devant les tribunaux.
Pour assurer sa défense, le maire William
Steinberg a fait appel aux services de Julius
Grey. Ce choix a été contesté
par des membres du conseil, au motif que l’avocat
est un ami personnel du maire. Estimant qu’il y
avait conflit d’intérêts, ils ont
voté pour le démettre de ses
fonctions. Le maire a opposé son veto
à la résolution.
Le débat a repris de plus belle au cours
des dernières semaines, lorsque Me Grey a
publiquement appuyé la candidature de
Louise Harel à la mairie de
Montréal. Lors de la dernière
réunion du conseil municipal, trois
conseillers sont revenus à la charge alors
que deux supporteurs de l’avocat étaient
absents. Les opposants ont profité de leur
majorité pour voter pour sa destitution.
« À la lumière de son appui
à Mme Harel et du fait que nous croyons
qu’il s’agit d’un conflit d’intérêts,
je crois que nous devrions mettre un terme
à la relation de Me Grey avec la Ville
», a affirmé le conseiller Abe
Gonshor, joint samedi.
« Je ne vois pas pourquoi cette ville
continuerait avec quelqu’un qui appuie une
candidate à la mairie à cause de
laquelle cette ville a perdu son statut officiel
», a déclaré le conseiller
David Sternthal à l’hebdomadai re
anglophone The Suburban.
Le maire Steinberg a de nouveau utilisé son
droit de veto pour casser la résolution.
Mais il précise que ce n’est pas par amour
pour l’ancienne ministre péquiste.
« J’ai mené la bataille pour qu’on
retrouve notre ville, a-til indiqué.
À l’évidence, je ne soutiens pas
Louise Harel. Mais je ne crois pas qu’on doive
virer des personnes à cause de leurs
convictions politiques. »
« Totalement hystérique »,
répond Harel
Louise Harel dénonce pour sa part
l’attitude « totalement hystérique
» des conseillers opposés au mandat
de Me Grey. Elle a par ailleurs salué
« l’attitude démocratique » du
maire Steinberg.
Est-ce la preuve qu’elle aura fort à faire
pour gagner la faveur de la communauté
anglophone de Montréal ? Pas du tout,
répond la candidate, qui estime y avoir des
« appuis importants ».
« C’est une manifestation d’un certain
comportement hystérique, a-t-elle
indiqué. Mais je suis convaincue qu’il est
minoritaire au sein de la communauté
anglophone. »
Il n’a pas été possible de joindre
le conseiller David Sternthal, pas plus que
l’avocat Julius Grey.
Vision Montréal :
"Une équipe qui refuse de nier les
problèmes"
Des candidats « enracinés dans leur
communauté »
Équipe de Vision Montréal dans
Montréal-Nord
« Montréal-Nord est un microcosme de
diversité sociale et culturelle qui doit
devenir un modèle de cohabitation pour tout
le Québec. »
La chef de Vision Montréal, Louise Harel,
et Benoit Labonté, chef de l’opposition
officielle, ont présenté, hier, leur
équipe complète de candidats dans
l’arrondissement de MontréalNord pour
l’élection municipale du 1er novembre.
PHOTO IVANOH
DEMERS, LA PRESSE
Louise Harel et Benoit
Labonté ont annoncé hier que
Daniel Renaud, viceprésident de la
commission scolaire de la Pointe-de-l’Île,
sera candidat à la succession du maire
Marcel Parent dans Montréal-Nord.
Les personnes choisies par Vi s ion Montréa
l sont des « citoyens fortement
enracinés dans la communauté
», a fait observer Mme Harel. C’est Daniel
Renaud, qui réside à
MontréalNord depuis 40 ans, qui sera
candidat à la succession du maire Marcel
Parent. M. Renaud est actuellement commissaire et
vice-président de la commission scolaire de
la Pointe-de-l’Île.
Aux postes de conseillers, on trouve la candidate
Brunilda Reyes, porte-parole du mouvement
Solidarité MontréalNord et direct r
ice générale des Fourchettes de
l’espoir, et Guerline Rigaud, fondatrice de la
Maison Sam X, un organisme qui vient en aide aux
jeunes et aux femmes en difficulté. Marc L.
Fortin, ex-attaché politique de Line
Beauchamp, la députée
libérale de Bourassa-Sauvé, sera
candidat au poste de conseiller de ville. Avocat
en droit des affaires depuis 1999, Roland Carrier
sera également candidat au poste de
conseiller d’arrondissement.
« Contrairement
à l’administration en place,
l’équipe de Vision Montréal
refuse de nier les problèmes existants
et a le courage et le leadership pour changer
les choses en bâtissant sur les forces
du milieu, a dit Mme Harel. La
population de Montréal-Nord est
motivée et en attente de leadership.
Composé de citoyens de toutes les origines
et de tous les milieux socioéconomiques,
Montréal-Nord est un microcosme de
diversité sociale et culturelle qui doit
devenir un modèle de cohabitation pour tout
le Québec. »
Union Montréal n’a pas encore
annoncé qui sera son candidat à la
succession de M. Parent. Le conseiller municipal
JeanMarc Gibeau et le directeur du bureau de
circonscription de Mme Beauchamp, Gilles Deguire,
sont pressentis. Le directeur de la culture, des
sports, des loisirs et du développement
social à l’arrondissement, Claudel
Toussaint, a fait savoir qu’il n’est pas
intéressé.
Michelle Allaire est la candidate de
L’Équipe Louise O’Sullivan. Kettly
Beauregard, ancienne présidente de la
sécurité publique de
Montréal, trois fois élue dans le
district de MarieVictorin, sera pour sa part
candidate indépendante.
Des services égaux pour tous, promet
Vision Montréal -
Éric Clément
ARRONDISSEMENTS RICHES ET PAUVRES
Certains arrondissements ont d’importants
surplus ou réserves financières,
comme Saint-Laurent ouCôte-des-Neiges–
Notre-Damede-Grâce. D’autres ont de graves
difficultés financières, comme le
Plateau-Mont-Royal. « Il n’y aura plus
tant de disparités », prometon
à Vision Montréal.
« De 2005 à 2007, il y avait une
péréquation des dotations
données par la ville centre, donc nos
budgets augmentaient, dit Anie Samson, mairesse
de Villeray– Saint-Michel– Parc-Extension. Mais
depuis, il y a un gel et on a
arrêté de créer des services
identiques pour tous les citoyens. Nous, avec
Vision Montréal, on le fera. Il n’y aura
qu’une seule sorte de citoyen à
Montréal : le citoyen montréalais.
Avec des services qui ne seront pas disparates.
Il n’y aura pas de différences d’un
arrondissement à l’autre pour les
services de base. La répartition sera
plus équitable. »
C’est la promesse principale que fait Vision
Montréal aux arrondissements : remettre
tout le monde sur un pied
d’égalité. Et éviter que
les arrondissements qui ont une marge de
manoeuvre pour augmenter leur assiette
foncière soient souvent les seuls
à tirer leur épingle du jeu.
Mais
Mme Samson ajoute que la politique
pratiquée par l’administration Tremblay a
eu pour conséquence de créer une
structure d’arrondissements qui crée des
inégalités.
« À Saint-Laurent, tu ne peux pas
utiliser le terrain de soccer si tu n’es pas de
l’arrondissement, dit-elle. Comme à
Saint-Léonard ou à Outremont.
Mais, nous, on n’a pas mis de barrières
dans Villeray, alors bien sûr nos terrains
sont moins beaux, mais au moins, ils sont pour
tous les résidants de Montréal.
»
Dans l ’arrondissement de
Rivière-des-Prairies– Pointeaux-Trembles,
le maire Cosmo Maciocia regrette lui aussi
d’avoir peu de marge de manoeuvre. « On a
dû faire des coupes, dit-il. Il ne nous
reste que 640 000$ de surplus. Mais c’est
artificiel, car il faut rembourser environ 2
millions. Heureusement que l’arrondissement a
réussi à économiser 1,9
million en faisant des efforts sur le plan de la
CSST… » Dans Rosemont–La Petite-Patrie, il
n’y a pas de déficit. « Mis
à part en 2008 à cause des
importantes chutes de neige, l’arrondissement
est toujours en équilibre
budgétaire. Notre dotation a
été diminuée de 59,5
millions à 58,4 millions, mais c’est
à cause de la gestion de
l’élimination des déchets qui a
été reprise par la ville centre
», explique Serge Fortin, porte-parole de
l’arrondissement. Dans le SudOuest, la dotation
de 2008 était de 51,1 millions et le
déficit à la fin de
l’année, de 396 000$. En 2009, le
Sud-Ouest a obtenu une dotation de 52,1 millions
et prévoit pour l’instant un
déficit de 292 500$ au 31
décembre. « On fait attention, on
est très prudent pour assurer un
contrôle des dépenses », dit
la porte-parole de l’arrondissement, Patricia
Bouchard.
Forcillo veut donner une leçon
à Labonté
COMPTABILITÉ MONTRÉALAISE
EXCLUSIF
Piqué au vif par le maire de VilleMarie,
Benoit Labonté, qui a dit, dimanche, que
l’administration Tremblay n’accordait aux
arrondissements que 22% du budget de la Ville de
Montréal, le responsable des Finances au
comité exécutif, Sammy Forcillo,
rétorque que M. Labonté ne comprend
rien aux finances publiques.
Sammy Forcillo, à
gauche du maire de Montréal, Gérald
Tremblay, a invité, hier, Benoit
Labonté à « s’acheter une
calculatrice ». Le maire de Ville-Marie
avait accusé la veille l’administration
Tremblay de n’accorder aux arrondissements que 22%
du budget de la Ville de Montréal.
« Pour quelqu’un qui veut être le
président du comité exécutif de
Montréal, il devrait plutôt s’acheter
une calculatrice », a dit à La Presse
M. Forcillo.
M. Forcillo n’était pas de bonne humeur,
hier. La Presse avait publié un article
intitulé « Benoit Labonté
dénonce le “manque de prévoyance“ de
l’administration Tremblay ». Dans l’article,
le maire Labonté disait que la Ville ne
consacre pas assez d’argent aux arrondissements,
sous-financés selon lui. « On demande
aux arrondissements 100% des services alors qu’on ne
leur accorde que 22% du budget de la Ville de
Montréal », disait-il.
Hier, M. Forcillo a demandé à La
Presse de sortir le gros document « Budget
2009 » de nos tiroirs. À la page 44,
figure le total de l’argent fourni aux 19
arrondissements : 916,7 millions. Mais à cet
argent réparti dans les arrondissements ( 22%
du budget), il faut ajouter, selon lui, ce que
dépense la ville centre pour des services
rendus dans les arrondissements.
« Depuis que Benoit Labonté est dans
l’opposition, il revient tout le temps sur ces 22%.
Je l’ai pourtant corrigé à maintes
reprises. Je me demande s’il a une
compréhension des finances publiques. Je lui
ai pourtant expliqué que c’était au
moins 75% des sommes qui étaient
prévues pour les arrondissements. »
Page 45 du budget 2009, il y a en effet toute une
série de dépenses de la Ville pour des
activités et des services liés aux
arrondissements : 139 millions pour le
développement culturel et la qualité
du milieu de vie, 329 millions pour les
infrastructures, le transport et l’environnement,
269 millions pour la mise en valeur territoire et
892 millions pour la police et les pompiers.
« Avec tout ça et le 916,7 millions, on
arrive à 2,5 milliards. Mais si on ajoute les
dépenses pour la Société de
transport de Montréal et d’autres
contributions pour des services aux arrondissements,
on arrive à 3 milliards, soit 75% du budget
», dit Sammy Forcillo. Il ajoute qu’on devrait
même ajouter 75% des frais de financement
liés à des activités de
fonctionnement dans les arrondissements, notamment
des travaux d’infrastructures, soit 75% de 670
millions, soit 500 millions. On arrive du coup
à un grand total de 3,5 milliards, qui
représentent 88% du budget de la Ville.
M. Forcillo insiste sur le fait qu’il est «
sorti de l’école des Hautes Études
commerciales en 1972, que ça fait 37 ans
qu’il fait de la comptabilité publique et que
M. Labonté “ fait de la démagogie“. Il
ferait mieux de suivre mes traces de
pédagogue, dit-il. Il ne sait pas calculer.
Ce n’est pas un bon présage pour l’avenir.
»
Invité à réagir, Benoit
Labonté rappelle que « ça fait
un an » qu’il cogne sur ce clou. « Avec
les 22%, je parle des dotations des arrondissements,
dit-il. Ils n’ont pas de contrôle
décisionnel sur le reste. J’en connais assez
sur les finances publiques pour faire cette
équation. »
ÉLECTIONS MUNICIPALES À MONTRÉAL
Les changements de camp se multiplient
Réal Ménard a dit que « des progressistes
libéraux et des progressistes anglophones appuieront
Mme Harel », promettant de dévoiler des noms en
temps et lieu.
Les
démissions et les changements de partis se
succèdent sur la scène municipale
montréalaise.
Après la vice-présidente de Vision
Montréal , Oksana Kaluzny, qui a
démissionné lundi, le conseiller du
district Peter-McGill, dans Ville-Marie, Karim Boulos, a
également quitté ce parti, hier. Il
siégera comme indépendant.
L’anc ien chef de Vi s ion Montréal,
François Purcell, qui a reconstruit le parti
après le départ de Pierre Bourque, a
annoncé, lui aussi hier, son départ pour
Union Montréal.
Enfin, le bloquisteRéalMénard a finalement
choisi son camp: il sera candidat à la mairie de
Mercier– Hochelaga-Maisonneuve (MHM) pour Vision
Montréal… même s’il avait
présenté son équipe Union
Montréal au maire Gérald Tremblay avant
que Louise Harel n’annonce sa candidature à la
mairie de la métropole.
« Les changements récents à la
tête de Vision Montréal m’ont fait
réaliser que je préfère concentrer
mes efforts à représenter mes
électeurs et moins sur la politique des partis
municipaux », a dit M. Boulos, hier. Estimant que
le maire Tremblay « a réussi à nous
endormir » et que Montréal « a besoin
d’un nouveau maire », il est déçu
que Benoit Labonté cède sa place à
Mme Harel lundi prochain, mais il l’appuiera
éventuellement si elle est élue.
Dans Ahuntsic-Cartierville, la bataille à la
mairie sera rude. Le consei l ler de Rosemont– La
Petite-Patrie, François Purcell, sera candidat
Union Montréal pour succéder à
Marie-Andrée Beaudoin, très
critiquée par les citoyens. M. Purcell a
d’ailleurs dit qu’« il y a peut-être eu des
erreurs de commises » par l’administration Union
Montréal de Mme Beaudoin.
Il affrontera une de ses ex-collègues, Noushig
Eloyan, qui veut redevenir mairesse de ce quartier (de
2002 à 2006). M. Purcell et Mme ont
été au coeur d’une controverse en avril
quand ils étaient tous deux accusés
d’avoir tenté de renverser le chef Benoit
Labonté. Ce qu’ils avaient nié
.
Purcel l quit te Vision Montréal « la
tête haute » . Il trouve MmeHarel trop
préoccupée par la gouvernance de
Montréal.
Un autre ex-membre de Vision Montréal est
pressenti chez Union Montréal : la
conseillère de MHM, Claire Saint-Arnaud, ex-chef
de l’opposition officielle, devenue indépendante
l’automne dernier. concitoyens envers les élus et
la fonction publique municipale de Montréal
».
Mme Harel comme M. Ménard se sont fait demander
si l’alliance d’un bloquiste avec une ex-péquiste
va créer une lutte
souverainistes-fédéralistes durant la
campagne. Réal Ménard a dit que s’il
voulait « combattre sur la question nationale
», il serait resté à Ottawa,
estimant qu’autant Union Montréal que Vision
Montréal ont des élus et
Le député bloquiste Réal
Ménard fera donc équipe avec Louise Harel
et Benoit Labonté pour devenir le prochain maire
de MHM, un quartier où il est
député depuis 16 ans. Âgé de
47 ans, il a dit hier que son intérêt pour
la politique municipale est motivé par sa «
préoccupation pour les questions relatives
à l’éthique publique ». Il souhaite,
avec Louise Harel, restaurer « la confiance de nos
des sympathisants péquistes, les alliances
locales ne se faisant pas sur la base
d’allégeances nationales. M. Ménard a dit
que « des progressistes libéraux et des
progressistes anglophones appuieront Mme Harel »,
promettant de dévoiler des noms en temps et lieu.
Réal Ménard fera ses adieux à ses
collègues de la Chambre des communes le 14
septembre. Deux jours plus tard, il démissionnera
de son poste de député d’Hochelaga.
La mairesse actuelle de MHM, Lyn Thériault,
appuiera Réal Ménard. Elle sera candidate
au poste de conseillère dans LouisRiel. Elle y
sera opposée au candidat d’Union Montréal,
Richer Dompierre, un transfuge de Vision
Montréal.
Mme Harel a annoncé aussi que l ’ agent i mmobi l
ier et conseiller dans LaSalle, Michael Vadacchino, sera
candidat à la mairie de cet arrondissement pour
Vision Montréal. Par ailleurs, dans SudOuest,
l’ex-présidente de la Soc iété Sa i
nt-JeanBaptiste (de 1986 à 1989) Nicole Boudreau
pourrait être la candidate d’Union Montréal
à la mairie. Union Montréal et le maire
Tremblay sont favorables à sa candidature. Encore
faut-il que la mairesse actuelle, Jacqueline Montpetit,
annonce sa décision de ne pas se
présenter. « Je suis encore en
réflexion » , a-t-elle dit à La
Presse.
Quand on ne peut pas gagner… on se rallie
Il y a
quelques semaines, Réal Ménard se
préparait, sans enthousiasme, à faire le
saut dans l’arène municipale, mais avec
Gérald Tremblay.
QUÉBEC — Pour Québec, elle lui a
bouché l’horizon pendant toute sa
carrière. Mais il viendra l’appuyer à
Montréal.
PHOTO FRANÇOIS
ROY, ARCHIVES LA PRESSE
Réal
Ménard, député du Bloc
québécois depuis 1993, viendra appuyer
Louise Harel comme candidat de Vision Montréal
pour l’arrondissement de
Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.
Réal Ménard, député du Bloc
québécois depuis 1993, viendra appuyer
Louise Harel comme candidat de Vision Montréal
pour l’arrondissement de Mercier– Hochelaga-Maisonneuve.
I roniquement, pendant des années, M.
Ménard voulait faire le saut à
l’Assemblée nationale, mais la présence de
Mme Harel l’en empêchait. Mme Harel lui a
barré la route encore, après son
départ : elle avait mis tout son poids
derrière Carole Poirier, sa collaboratrice de
longue date dans la circonscription. Mme Poirier a
été facilement élue comme candidate
péquiste en décembre 2008.
La décision de M. Ménard doit être
confirmée aujourd’hui. Il se refusait plus
tôt à tout commentaire.
I l y a
quelques semaines, M. Ménard se préparait,
sans enthousiasme, à faire le saut dans
l’arène municipale, mais avec l’équipe de
Gérald Tremblay.
C’était avant que Mme Harel n’annonce qu’elle
briguerait les suffrages comme mairesse aux
élections de novembre prochain.
Pour faire de la place à M. Ménard, Mme Ha
rel entend demander à la mairesse de
l’arrondissement de MercierHochelaga-Maisonneuve, Lynn
Thériault, de trouver un autre point de chute.
Cette dernière avait été candidate
libérale dans la complémentaire de Bourget
quand un autre bloquiste, Maka Kotto, avait pris la
place de Diane Lemieux.
Ce n ’ est pas le seul emprunt que fera Louise Harel au
Bloc québécois. Nicolas Brisson,
attaché de presse des députés
bloquistes aux Communes, sera le responsable de la
campagne de la candidate Harel à la mairie.
Longtemps proche du clan Legault au Parti
québécois, M. Brisson était
passé chez André Boisclair par la suite,
en même temps que Louis-Philippe Bourgeois, ancien
organisateur de M. Boisclair.
Élections municipales dans Ville-Marie
Une bataille de coqs se dessine
Une
bataille de coqs se profile à l’horizon des
prochaines élections municipales dans
l’arrondissement de Ville-Marie : le district de
Sainte-Marie pourrait être la scène d’une
redoutable lutte à trois entre le maire actuel de
l’arrondissement , Benoit Labonté, le conseiller
municipal et membre du comité exécutif de la
Ville de Montréal, Sammy Forcillo, et le conseiller
d’arrondissement du district SainteMarie– Saint-Jacques,
Pierre Mainville.
Benoit Labonté, maire de
l’arrondissement de Ville-Marie, pourrait devoir
affronter Sammy Forcillo et Pierre Mainville aux
prochaines élections.
Seul ce dernier a pour l’instant confirmé qu’il
sera le candidat de Projet Montréal dans le nouveau
district de Sainte-Marie. Ce nouveau district est
né de la reconfiguration de l’arrondissement rendue
nécessaire à la suite de l’adoption de la
loi 22. Rappelons qu’il n’y aura plus de maire de
Ville-Marie, le maire de Montréal étant
nommé maire de Ville-Marie quand il sera
élu. Il ne restera que trois districts :
Sainte-Marie, Saint-Jacques et Peter-McGill. Le maire de
Montréal amènera avec lui deux élus
de l’extérieur.
Le maire de Ville-Marie ne veut pas encore confirmer qu’il
sera candidat dans Sainte-Marie. Des rumeurs indiquent
qu’il pourrait aussi être candidat dans Outremont.
Mais selon Pierre Mainville, M. Labonté lui a
récemment confié qu’ils seront «
adversaires » aux prochaines élections.
« S’il veut maintenant al ler dans Outremont, c’est
qu’il a changé d’idée, a noté M.
Mainville. Mais s’il se présente dans Ville-Marie,
il est certain de perdre car il n’est pas aimé plus
qu’il ne faut. Sa clientèle est plus dans l’ouest
de l’arrondissement. »
Si Benoit Labonté est candidat dans Sainte-Marie,
il aura fort à faire et bien besoin de l’aide
énergique de l’équipe de Louise Harel.
Élu en 2005 avec Union Montréal, il comptait
sur trois conseillers pour l’appuyer. Avec la
démission de Karim Boulos, avant-hier, il est
maintenant le seul représentant de Vision
Montréal face à deux élus d’Union
Montréal ( UM), un de Projet Montréal et un
indépendant.
Quant
à Sammy Forci l lo, ac t uel lement consei l ler
de Saint-Jacques, il ne veut pas dire si Sainte-Marie
sera son choix ni même s’il se représente.
M. Forcillo, un vétéran de la politique
montréalaise, annonce toujours sa candidature
trois mois avant le scrutin. Mais tout indique que s’il
est candidat, il se présentera dans Sainte-Marie
afin de ne pas nuire à Catherine Sévigny,
qui serait alors candidate dans Saint-Jacques, pour
éviter d’affronter son ex-collègue Karim
Boulos, très apprécié dans le
district de Peter-McGill.
Par ailleurs, La Presse a appris que l’ex-leader de
l’opposition officielle, Claire Saint-Arnaud,
conseillère indépendante depuis qu’elle a
quitté Vision Montréal en novembre,
faisait par t ie de l’équipe Union
Montréal que le député bloquiste
Réal Ménard avait présentée
au maire Tremblay en mai dernier.
M. Ménard devait être le candidat d’Union
Montréal à la mairie de
Mercier-HochelagaMaisonneuve ( MHM). Et Mme
Saint-Arnaud, consei l lère . Finalement, il le
sera pour Vision Montréal, ayant changé de
camp dès que Louise Harel a décidé
de se lancer à l’assaut de la mairie de la
métropole avec Vision Montréal. Du coup,
c’est Mme Saint-Arnaud qui sera la candidate d’UM
à cette mairie d’arrondissement. Elle a
rencontré l’équipe d’Union
Montréal, hier matin.
Le maire Gérald Tremblay n’a guère
apprécié le changement d’allégeance
de Réal Ménard. Jeudi, lors de sa
conférence de presse confirmant l’arrivée
du transfuge François Purcell, il était
plutôt rouge en parlant de M. Ménard; il a
hâte de parler éthique avec lui, a-t-il
dit.