Moyen-Orient
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AUTRES MÉDIAS |
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Quelles seront donc les suites du Printemps Arabe ?
Gadhafi’s demise will do little to help protesters in
Syria, Yemen
The ripple effects of Gadhafi’s death
Devrait-on vraiment craindre la prétendue
"récupération" des révolutions arabes
par les islamistes, ou n'est-ce pas surtout ce genre de
craintes qui pourrait justement en venir à
représenter un vrai problème ?...
Rachid
Ghannouchi l'affirme - Pas de religion dans la
Constitution tunisienne?
Régression
féconde
Le
vote de tous les espoirs et de tous les écueils
Tunisie,
la révolution en suspens
Les « Frères » face à
l’armée
LE
GRAND
RETOUR
Crise
en Égypte - Les Frères musulmans sont-ils
une menace ?
Who’s afraid of the Muslim Brotherhood?
Mais ceci dit, la récupération du Printemps
Arabe par les islamistes n'en semble-t-elle pas moins en
voie de devenir une réalité ?
La
vague islamiste atteint la diaspora
Shariah law declaration raises concerns in new Libya
Et jusqu'à quel point devrait-on s'inquiéter
de voir un tel processus déraper ?
Le ciel d’allah
Le spectre iranien
Le printemps arabe se verra-t-il éventuellement
donner place à un renouveau islamique ?
Sharia musn't lead to extremism in a free Libya - Globe
Editorial
La
Tunisie à l'épreuve - Le fanatisme religieux
menace-t-il le printemps arabe ?
Élection
en Tunisie - Islam modéré?
«
Nous
ne
sommes
pas
intégristes
»
Le
G8
au
secours
du
printemps
arabe
Printemps
arabe au G8 - La fissure
Le monde arabe serait-il donc en plein réveil ?...
(Y aurait-il donc un espoir pour le monde arabe ?...)
La révolution serait-elle donc en train de
s'étendre partout dans le monde arabe ?...
The Arab League awakening
«La
révolution d'abord!»
Tossing
information
grenades
over
Middle
Eastern
walls
La
saison
des
révoltes
Le
cadeau
empoisonné
d’Ayman
al-
Zawahiri
RÉVOLUTIONS
DANS L’ANGLE MORT
L'envie
de vivre
L’ISLAM
BIEN
ANCRÉ
Le
boulanger
du
Caire
The
Arab
world
is
raising
its
expectations
Et
ailleurs dans le monde arabe
The
Middle
East’s
feminist
revolution
La
contestation se poursuit au Moyen-Orient
Maghreb
et Moyen-Orient: développement de la vague de
contestation
Soulèvements
populaires - Et si la crise faisait tache d'huile?
Et
ailleurs...
Editorial:
A flash flood of change sweeps across Arab world
Révolution?
Sans aucun doute
Démocratisation:
la quatrième vague à l'orée des pays
arabes
Une
onde de choc frappe le Moyen-Orient
Un
petit pas vers le changement?
Confrontation
en
vue
A
new kind of revolution
Le
prochain
domino?
Le
péril
jeune
Des
pays ébranlés aux profils variés
Le
printemps arabe
«On
avait besoin d'une étincelle pour que tout
explose»
Le
monde arabe en ébullition
QUI
TOMBERA
LE
PROCHAIN?
Arabs
want
change,
not
Islamism
Three
paths
to
change
in
the
Arab
world
A
sudden tear in the fabric of the Arab world
À moins que ce ne soit pas demain la veille où
le monde arabe basculera soudainement dans la
démocratie ?...
The roots of revolution are often shallow
How
to
turn
the Arab Spring into Summer
«La
révolution d'abord!»
La
saison
des
révoltes
Ce
qui menace le printemps arabe
Dur
printemps
pour
les
femmes
Arabie:
pas de droit de vote pour les femmes
Libya says woman who told reporters of rape by armed
forces will face charges
Libye
- Le coût politique de l'intervention
Fausse
révolution
Le
boulanger
du
Caire
Les
dignitaires religieux saoudiens condamnent les
manifestations
How
will
the
Arab
Spring
reshape
the
Middle
East?
Libya,
Yemen
open
fire
on
protesters
For
Arabs,
the
challenge
of
democracy
starts
with
the
family
Printemps
arabe - Les affrontements s'enveniment
Des
pays ébranlés aux profils variés
No
democratic
tradition,
no
bright
future
-
Jeffrey
Simpson
The
easy
part
of
the
revolution
Lessons
from
a
revolution
(Iran’s,
that
is)
Une
situation lamentable
Et ne faut-il pas avouer que ce ne sont pas
nécessairement les défis à relever qui
manquent le plus dans le monde arabe ?...
L’économie du monde arabe
Et un tel constat ne s'appliquerait-il pas tout
particulièrement aux divisions que l'on peut y
retrouver ?...
Soldiers without borders in the Arab world
Saudi
Arabia’s
inner
beast
awakens
Vers un conflit régional ?
Lybie
DIRIGEANTS DE FORTUNE
Libya
says
woman
who
told
reporters
of
rape
by
armed
forces
will
face
charges
Que
veut
l’opposition?
Quel
rôle
jouent
les
tribus
en
Libye
?
Le
régime
libyen
contre-
attaque
In Libya, the revolution will be tribalized
Libye
- Les rebelles auraient repoussé une offre de
retrait de Kadhafi
Libyan
rebels
welcome
news
of
fresh
arms
and
troops
Les rebelles repoussés par les forces de Kadhafi
Black- out dans l’Ouest
Les
liaisons
dangereuses
de
Saïf
al-
Islam
How the Loon of Libya won the West
Gadhafi's troops accused of civilian 'massacre' in Zawiyah
L’opposition progresse vers l’ouest
Libye
- Les insurgés gagnent du terrain
Vers
la
guerre
civile
Libyan forces launch powerful attack on rebel-held city
Bloodied and miles from meds, Libya’s rebellion shows its
cracks
« Nous allons mourir si nous restons ici ! »
How
a
onetime
friend
to
Gadhafi
became
his
rival
Libyan warplanes bomb oil regions; International court
investigates Gadhafi
Kadhafi contre-attaque
Libye
- Kadhafi contre-attaque
Repères
- Sauve qui peut
CRISE
HUMAINE
À
LA
FRONTIÈRE
Capable
de
résister
La
Libye
implosera-t-elle?
« Si on est noir, on est mort »
Libye:
l'exode continue - L'Occident prend position autour du
pays
L'ONU
lance un appel à l'aide devant l'exode des
expatriés
Libya’s
major
opposition
forces
united
beneath
tricolour
rebel
flag
L’opposition gagne du terrain
Tunisie:
la rue vient à bout du premier ministre
Apocalypse
Kadhafi
Arrêter
le
massacre
Gadhafi
forces abandon parts of Tripoli
The last days of a desert despot
Where could a fleeing Gadhafi run to?
Que
le vrai Mouammar Kadhafi se lève !
Les
pays arabes sous tension - Le clan Kadhafi est aux abois
La
pression s'accentue sur Kadhafi
Le
cafouillage
« Ben Laden leur lave le cerveau »
Le rêve d’Abou Sened
Le
régime
vacille
« Chaos total »
Kadhafi le prophète
Gadhafi
blames
Osama
bin
Laden
for
savage
clashes
across
Libya
Battles rage as rebels seize Libyan towns
Le
territoire contrôlé par Kadhafi s'effrite
Libye:
le contrôle de Kadhafi sur le pays continue à
s’effriter
L’élément déclencheur
Kadhafi implacable
Les
leçons
de
la
révolte
LE RÉGIME SE FISSURE
ALLIÉ DE LA RÉVOLTE
The
people
are
powerful
in
the
face
of
Gadhafi's
terror
Crise
libyenne - Les signes de désintégration du
régime se multiplient
Libye:
le colonel Mouammar Kadhafi promet de combattre les
manifestants
Gadhafi’s dying dream for African unity
People
power
stronger
than
bullets
and
ideology
in
Libya
Libya's UN delegates call for Gadhafi to step down
Les
affrontements gagnent Tripoli
Libye:
la crise s’aggrave
La
Libye est au bord de la guerre civile, selon le fils
Kadhafi
Libya,
Yemen
open
fire
on
protesters
Le
début
de
la
fin
pour
Kadhafi?
Kadhafi
uses snipers to silence uprising
Soulèvement
en Libye - Le féroce
Entrevue
- La Libye, c'est « la Corée du Nord du monde
arabe »
Libye
- Le bilan de la contestation s'alourdit
Libye:
heurts sanglants entre manifestants antirégime et
forces de l'ordre
Au tour de Kadhafi ?
L'Égypte serait-elle donc en train de faire
redécouvrir au monde la voie de la démocratie
?...
Egyptians
flock to vote in historic election
Le ressentiment des progressistes
Ne pas céder
La révolutionnaire nue
Nommé
premier ministre par l'armée - Ganzouri
rejeté par la place Tahrir
Les excuses de l’armée rejetées
A
delicate game for Egypt
Révolution ou impasse?
LES HÉROS TRAGIQUES DU CAIRE
Égypte:
la colère de la rue continue - L'armée
lâche du lest
La deuxième révolution égyptienne
Place Tahrir, prise 2
Egyptian military open to referendum to speed up power
transfer
Manifestations
au Caire - De l'avidité
Place
Tahrir
au
Caire
-
Les
islamistes se joignent aux manifestants
Vendredi,
place Tahrir
La
place
Tahrir
reprend
du
service
Constitution
égyptienne - Une première
Les
Égyptiens valident la réforme
constitutionnelle
Egyptian
constitutional
changes
are
too
little,
too
soon
-
Globe
Editorial
Égypte
- Le Caire se donne un gouvernement purgé des
partisans de Moubarak
Égypte
- Le nouveau premier ministre promet de satisfaire les
demandes populaires
Révolution
en Égypte - La purge
Les
pays arabes sous tension - Et ailleurs...
Égypte
- L'armée redit vouloir installer vite un
régime civil
La Constitution en révision
Les héros de la révolution veulent rester
dans le coup
Cafouillage au palais
L’Égypte, année zéro
Égypte
- L'armée inaugure une nouvelle ère
La
révolution de tous les Égyptiens
Chapeau,
les Égyptiens!
Il est parti !
Egypt's military rulers dissolve parliament, suspend
constitution
L'Égypte
respire enfin la liberté
Départ
de Moubarak - La mutation
Les
chemins de la liberté
L'armée
égyptienne promet une transition pacifique et le
respect des traités
La
chute du Sphinx
Le
raïs part, les Égyptiens exultent
Une
armée aussi puissante que respectée
Egypt’s generals take up an unfamiliar trade - Globe
editorial
A dictator's downfall: rage at Mubarak became liability to
military
'The people of Egypt have spoken': president steps down
Moubarak:
la chute du Sphinx
Hosni
Moubarak démissionne
Démission
de Moubarak: le reste du monde applaudit
Et si, après tout, cela ne pouvait manifestement pas
non plus se faire du jour au lendemain ?...
L'Égypte
en crise - Pas de printemps démocratique sans les
coptes
Egypt’s
Generals must hand over power to civilians
Égypte:
la stratégie du chaos
Un
vice-premier ministre a présenté sa
démission - Égypte : le pouvoir est
critiqué de toutes parts
Les
Coptes d'Égypte - Exil en vue
Coup de Jarnac du régime Moubarak ?
Nuages
sur la révolution -
François Brousseau
Après
les violences du Caire - Craintes pour la transition
politique en Égypte
Egyptian liberals should get election ready - Globe
Editorial
Le
gouvernement
agira
d’une
«
main
de
fer »
La
poudrière
religieuse
Les
islamistes radicaux gagnent du terrain en Égypte
LES
LIMITES DE LA LIBERTÉ
Egypt’s
revolution
is
leaving
women
behind
Egyptian
constitutional
changes
are
too
little,
too
soon
-
Globe
Editorial
Quand
l’armée
égyptienne
se
livre
à
la
torture
Égypte
- Le Conseil militaire maintient cinq ministres de
Moubarak à des postes clés
L’impossible défi égyptien
LA FÊTE SERA BRÈVE
Arabie Saoudite
Arabie
Saoudite - Riyad tente de prévenir les tensions
Yémen
Vers
une sortie de crise au Yémen?
Yémen
: Saleh signe
En
bref - Saleh prêt à dialoguer
Manifestations
pour et contre le retour de Saleh
Yémen:
près de 100 000 manifestants dans les rues de Sanaa
Saleh
serait gravement blessé
Yemen's
president injured in attack during prayers
Arrêt
des négociations sur la transition au Yémen
Yemen's
Saleh willing to cede power to ‘safe hands’
Saleh
durcit le ton
Yemen's
leader
says
he
is
ready
to
step
down
by
year-end
Le
début de la fin de Saleh ? - Yémen : les
défections se multiplient
Le
Yémen est sans gouvernement
État
d'urgence au Yémen après un carnage
La
police yéménite ouvre le feu sur des
manifestants: au moins 46 morts
Toutes
les régions du pays sont touchées - Les
manifestations se poursuivent au Yémen
De
nouvelles victimes de la rébellion au Yémen
Yémen
- Une nouvelle manifestation est dispersée dans la
violence
Forte
mobilisation contre Saleh au Yémen
La
révolte dans le monde arabe - Le président
yéménite céderait à
l'opposition
Overturning
Yemen
regime
à
la
Egypt
a
long
shot
Libya,
Yemen
open
fire
on
protesters
Manifestations
et violences au Yémen et à Bahreïn
En
bref - Yémen: violents heurts à Sanaa
Remous
dans les rues du Yémen
Yemen’s
police
beat
back
protesters
intent
on
overthrowing
president
Manifestation monstre au Yémen
Le
président
du
Yémen
renonce
à
un
nouveau
mandat
La
contestation gagne le Yémen
Syrie
La
révolution
démocratique
s'intensifie
en
Syrie
-
Plus
de
500
000
protestataires
dans
la
seule ville de Hama
Analyse
- Damas ou la stratégie de la diversion
La
mise au pas des Syriens - Intimidation, arrestations,
répression et torture ont cours pour mettre fin
à la contestation
Arrestations
et manifestations se poursuivent en Syrie
La
Maison-
Blanche
annonce
des
sanctions
La
crise en Syrie - Le plus grand défi d'al-Assad
Après
la
Libye,
pourquoi
pas
la
Syrie?
Massacres
en Syrie - Le Prussien
Agonie
et espoir en Syrie
Al-
Assad
veut
écraser
la
révolte
Syrie
- «Ils tirent sur tout le monde»
La
contestation
aura-
t-
elle
raison
de
Bachar
al-
Assad
?
Soulèvement en Syrie
- Dieu s'invite
Syrie
- Damas cherche à apaiser la minorité kurde
Où
va Bachar al- Assad?
Régime
sous
tension
Syria's
Assad
blames
‘international
plot’
for
protests
against
regime
Syrie
- Al-Assad s'adressera à la nation aujourd'hui pour
annoncer des réformes
Contestation
du régime syrien - Damas abroge sa loi d'urgence
Ils
en ont pour des années
La
crise syrienne - Le courage
Le
monde arabe en ébullition - «Du jamais vu
dans l'histoire récente de la Syrie»
Les
manifestations s'étendent à plusieurs villes
en Syrie
Assad
cède un peu de terrain
Massacre
en
Syrie
Vague
de
contestation
sans
précédent
Syrie
- La muraille de la peur a commencé à se
déliter
L'armée
est aux abords de Deraa - Syrie: la contestation
s'étend
Bahreïn
Bahreïn
- Prison à perpétuité
confirmée pour huit dirigeants de l'opposition
Le symbole de la contestation rasé
Crise
au Moyen-Orient - Kadhafi à Bahreïn
La
répression est sanglante - Le conflit à
Bahreïn s'internationalise
La
police
contrôle
Manama
À
la
rescousse
du
roi
de
Bahreïn
Le
roi de Bahreïn appelle au dialogue
Bahreïn:
le peuple reprend la place de la Perle
Bahrain
police
retreat,
protesters
retake
square
L’armée
ouvre
le
feu
sur
des
manifestants
Bahrain’s
crackdown
shows
the
limits
of
a
revolution
Les
monarchies du Golfe appuient Bahreïn
Manifestations
et violences au Yémen et à Bahreïn
Bahreïn
choisit d'utiliser la force face aux manifestants
Bahrain
moves
swiftly
to
crush
political
unrest
Bahreïn:
des milliers de manifestants réclament des
réformes
Bahreïn
: des milliers de manifestants soulignent la mort de deux
jeunes chiites
Bahrain demonstrators occupy square in Egyptian-style
protest
Maroc
Morocco’s commendable move toward democracy
L’espoir
au
Maroc
La
police réprime une manifestation pacifique au Maroc
Le
roi
du
Maroc
promet
réforme
et
référendum
Le
Maroc manifeste à son tour
Iraq
Les
Marocains dans la rue contre la corruption
Des
milliers d'Irakiens descendent dans la rue
Algérie
Algérie
- Déflagration anticipée
«
Il
faut
pousser
le
régime
vers
la
sortie
»
LES 18JOURS QUIONT CHANGÉ LEMONDE ARABE
Les
Algériens
se
soulèveront-ils
?
L'Algérie
marchera encore samedi
«
L’Algérie
est
un
pays
bloqué
»
Algérie:
l'opposition défie le pouvoir
Palestine
Les
jeunes
Palestiniens
à
leur
tour
dans
la
rue
There’s
a
light
in
the
Palestinian
darkness
Liban
Liban
- «La laïcité est la solution
Jordanie
En
bref - Manifestations en Jordanie
Premiers
affrontements violents en Jordanie
Ces
Jordaniens
qui
regardent
vers
Londres
Contestation discrète au royaume hachémite
Jordanie
- Le roi limoge son premier ministre pour calmer la rue
Des
milliers de Jordaniens réclament la
démission de leur gouvernement Jordanie
Et puis après ?...
Ailleurs
dans le monde arabe
Péninsule
arabique - Oman s'enflamme à son tour
En
bref - Le Liban manifeste contre le système
La "Révolution de Jasmin" de la Tunisie
représenterait-elle donc une lueur d'espoir pour les
populations du monde arabe ?...
«
Une journée exaltante »
Le
vote de tous les espoirs et de tous les écueils
Crise
tunisienne - La déstabilisation
Révolte
dans les pays arabes - Deux ministres démissionnent
en Tunisie; les islamistes peuvent former un parti
La
Tunisie à nouveau dans la rue -
«Dégage Ghannouchi!»
Hundreds
demonstrate for secular Tunisia
Tunis
peine à prendre le contrôle du pays
Le
parti
de
Ben
Ali
suspendu
La
rage
au
coeur
L'exception
tunisienne
Une
révolution
sans
islamistes
Tunisie
- Tunis tente de rompre avec l'ancien régime
La
rue
tunisienne
manifeste
jour
et
nuit
Le
parfum du jasmin
Le « Che Guevara » de la Tunisie
Haro
sur
les
avoirs
du
clan
Ben
Ali
La
révolution de jasmin - Dégagez !
Un « gouvernement d’unité »
controversé
A
sudden tear in the fabric of the Arab world
La carte postale en lambeaux
Le
test tunisien
La rue tunisienne
TUNIS
SUR
LES
DENTS
... et notamment pour l'Égypte ?...
Douche
froide sur la place Tahrir
« Rien ne change, c’estmême une
régression »
L’entêtement du vieux Moubarak
Le grand ratage
Révolte
en Égypte - Président frondeur
Égypte:
Hosni Moubarak annonce qu’il reste en poste jusqu’en
septembre
Mubarak confirms he will stay in office
Mubarak likely to quit, opponents fear coup
L’armée
prend la direction des opérations en Égypte;
Moubarak pourrait quitter
Égypte:
les signes du départ imminent d’Hosni Moubarak se
multiplient
LES DEUX VISAGES DU CAIRE
Qui aura le plus de souffle?
Biggest
protests
yet
clog
Cairo
streets
Égypte
: la contestation s'intensifie
Égypte:
Moubarak offre de nouvelles concessions
LE
GRAND
RETOUR
Opposition,
Mubarak
regime
to
draft
‘road
map’
for
landmark
talks
Vers
une sortie de crise en Égypte
Egyptian
army
marches
to
the
fore
Mubarak supporters emerge as potent force
Egypt's regime makes new concessions
La
révolte égyptienne - La pression Obama
Les
manifestations continuent en Égypte
LE
VENT
TOURNE
ENCORE
Stuck
in
Cairo:
We
deserve
better
Anti-Mubarak activists gather in Cairo square for
‘departure day’ protest
Power struggle within Mubarak regime sending mixed signals
LE CAIRE ABANDONNÉ
Après moi, le chaos
L’armée,
oui,
mais
laquelle
?
Gare à la contre- révolution
LE CAIRE BASCULE
La toile de fond
Le
Caire sombre dans le chaos
Violences
au Caire - Le tournant
Égypte:
incendies et échanges de coups de feu au Caire
L'Égypte
divisée - Le départ immédiat de
Moubarak serait un cadeau empoisonné pour
l'opposition
Mubarak
fears Egypt chaos if steps down: Interview
Amid clashes, Egyptian government moves to appease
opposition
Il
ne
comprend
pas
’Now means yesterday,’ U.S. says of push to get Mubarak to
quit
UN
MILLION
D’ESPOIRS
Qui a peur des Frères musulmans?
Hundreds injured as Mubarak supporters clash with
protesters
L’illusion
desOccidentaux
Moubarak
promet de partir
Un
maître espion au service de Moubarak - Le nouvel
homme fort du régime égyptien
La
révolution inachevée
L’homme de tous les espoirs
En dernier ressort
Manifestations
en Égypte - Le sursaut du gradé
Hundreds of thousands converge in Cairo to demand end of
Mubarak reign
U.S. sees Mubarak presidency 'at an end:' Obama official
La
révolte égyptienne - L'armée ne
tirera pas
Les
Égyptiens dans la rue
ILS
N’ONT
PLUS
PEUR
L’Égypte n’est pas la Tunisie
Moubarak sur la corde raide
Le
pouvoir
d’une
idée
Mubarak’s choice: resign honourably or leave blood and
chaos
Egyptian military 'will not use force' against protesters
Egypt’s vice-president says Mubarak ready to begin
dialogue
Egypt’s military behemoth has firepower to crush uprising
L'Égypte
vers «une ère nouvelle»
Une
révolution arabe
«On
avait besoin d'une étincelle pour que tout
explose»
Manifestations
en Égypte - Les absents
Les
Égyptiens bravent le couvre-feu pour exiger le
départ de Moubarak
Egyptian protesters defy president’s curfew, hundreds
injured or killed
We
hear you, envoy says
Les
Égyptiens
n’ont
plus
peur
«Un
moment critique dans l'histoire de l'Égypte»
Mubarak’s strongman-approach to revolts hardly surprising
Égypte:
l’armée se déploie dans les rues pour la
première fois de la crise
Israël
s'alarme de l'instabilité chez ses voisins
Égypte
– Les manifestations se poursuivent; Mohamed
el-Baradeï rentre au pays
Will Egypt go the way of Tunisia?
Les manifestants défient la répression
Le web contreMoubarak
How
a
brutal
beating
and
Facebook
led
to
Egyptian
protests
«
Nous
avons
un
régime
corrompu
»
Journée
de révolte en Égypte
D’importantes
manifestations éclatent en Égypte contre le
régime Moubarak
Et ceci dit, que penser des Frères Musulmans ?...
Les « Frères » face à
l’armée
LE
GRAND
RETOUR
Crise
en Égypte - Les Frères musulmans sont-ils
une menace ?
Who’s afraid of the Muslim Brotherhood?
L’ISLAM BIEN ANCRÉ
Voir aussi La
Révolution
de Jasmin démontrerait-elle donc que la
liberté d'expression serait possible, et ce
même dans le monde arabe ?...
Tunisie
Unrest,
deadly prison fires hit Tunisia as new leader replaces
exiled president
La carte postale en lambeaux
Renversement
de Ben Ali - La rue l'emporte
Tunisie:
la rue chasse Ben Ali
Ben
Ali battu par Facebook
Tunisie
: un régime démasqué
Zine
el-Abidine Ben Ali - Vingt-trois ans de pouvoir sans
partage
Ben
Ali
quitte
sous
la
pression
Tunisian
president
flees
country;
PM
promises
new
elections
Ben
Ali
promet
de
partir
Le
régime
«
se
fout
des
gens
»
Rébellion
en Tunisie - Le dictateur
Analyse
- La politique du vide
Tunisie
- L'agitation gagne en intensité
Pression
sur la Tunisie
Tunisie,
la révolution en suspens
Jordanie
Marginalisés mais conciliants
L'Iran serait-il en train de refaire de lui-même la
Révolution d'un des pires régimes de la
planète ?...
Le président contre l’ayatollah
Guerre
iranienne - L'affront
As
the
Middle
East
reshuffles,
Iran
could
end
up
the
biggest
loser
Jafar
Panahi:
honte
à
l’Iran
How
do
we
convince
Iran
that
stoning
is
barbaric?
Trois
randonneurs détenus en Iran: espions ou pions?
Sakineh
Mohammadi ne sera pas lapidée, indique
Téhéran
Force,
fear
keep
Iran
together
L'homme
qui défie Téhéran sur YouTube
La
révolution inachevée
No returning to Iran’s totalitarian past
Pour
Neda
-
Marc
Cassivi
Shirin
Ebadi - L'exil pour prendre la parole
L'Iran
va vers la dictature militaire, dit Hillary Clinton
Rassemblement
contre le régime iranien à Montréal
Iran:
David s'en prend à Goliath
Iran
- Des célébrations captives
Iran
- Où est passé le milliard manquant ?
De vieux
fantômes réveillés en Iran
Vague
de pendaisons imminente en Iran
Accrochages
en vue pour l'anniversaire de la révolution
iranienne
Iran:
la télévision d'État donne la parole
à l'opposition
L'Iran
interdit le contact avec 60 ONG occidentales
Washington
se prépare à alourdir les sanctions contre
l'Iran
Lutter
«pour la vérité» en Iran
Iran:
l'étau se resserre autour de l'opposition
Les
dirigeants de l’opposition les plus visés
Vers
la fin de l'Iran tel qu'on le connaît
Nouveaux
affrontements en Iran
Droits
de l'Homme en Iran: triste retour en arrière
Les
nouveaux ayatollahs ?
Quatre
mois de torture pour un journaliste canado-iranien
Le mathématicien et l’ayatollah -
Laura-Julie Perrault
L’opposition iranienne défie de
nouveau le pouvoir
Un ancien de Concordia prisonnier
d’Ahmadinejad - Laura-Julie Perrault
TÉHÉRAN Les
autorités serrent la vis à l’opposition
Madame la ministre islamiste -
Laura-Julie Perrault
Programme nucléaire : L’Iran prêt
à ouvrir le dialogue - Laura-Julie
Perrault
Dire l’Iran... envers et contre tout -
Marc-André Lussier
Iran : Les « cerveaux » des
manifestations en procès
Bras
de fer au Parlement - Laura-Julie Perrault
Ahmadinejad
inquiète les conservateurs
Les
procès de Téhéran -
MARIO ROY
Iran
Intronisation sur fond de tensions -
Laura-Julie Perrault
IRAN
Les
manifestations
de
deuil
réprimées
et
dispersées
À
la mémoire deNeda - Laura-Julie
Perrault
LA PRISON DE TOUTES LES TORTURES
IRAN
Téhéran
libère 140 prisonniers
OPINION
Vers une contre-révolution -
Claude Jacqueline Herdhuin
IRAN
Deux
ministres
dissidents
quittent
le
gouvernement
Ahmadinejad
limoge son vice-président
IRAN
Clinton doute
IRAN Le beau-frère de Moussavi
arrêté
IRAN Le
président contredit
IRAN
L’opposition
accusée
de
semer
la
discorde
L’homme
d’Ahmadinejad fustigé
Téhéran a « perdu la
confiance du peuple »
Les
manifestations reprennent en Iran -
Laura-Julie Perrault
L’élection d’Ahmadinejad
confirmée
IRAN Huit employés de
l’ambassade britannique sont arrêtés
Les
Iraniens de Montréal défilent dans les
rues - Violaine Baillivy
IRAN
Mir
Hossein
Moussavi
exige
une
commission
indépendante
IRAN Une révolte «
irrémédiable », selon Amir Khadir
TÉHÉRAN « Il
n’y a eu aucune fraude » affirme le
régime
Iran
: Le ministre canadien des Affaires
étrangères dit avoir les mains
liées
L’homme
qui défie le pouvoir - Alexandre Sirois
La
répression se durcit en Iran
Le post-islamisme est commencé
- Michel Wieviorka
Des
résultats
invraisemblables, selon une étude britannique
La
révolution iranienne a un visage
Neda, l’immortelle - Mario Roy
La
police tire des gaz lacrymogènes sur les
manifestants
Ottawa
réclame la libération des journalistes
et des prisonniers politiques
Protester
est un droit, dit Moussavi à ses partisans
L’Iran durcit le ton contre l’Occident
Ignatieff veut que l’ambassade de
Téhéran accueille les blessés
TÉHÉRAN Les partisans de l’opposition
défient l’interdiction de manifester
Iran: l’épreuve de force -
Agnès Gruda
Pire que Tienanmen - Lysianne
Gagnon
L'Iran
à la croisée des chemins - Karim Pakzad
Iran
: La mobilisation ne faiblit pas
L’Iran part « à la dérive »
- Alexandre Sirois
IRAN La prudence d’Obama désapprouvée
Le
bras
de fer s’intensifie en Iran
L’homme qui survit aux bombes et aux
tempêtes
Nos
yeux iraniens - Marie -Claude Lortie
Les limites de la « rue » iranienne
MARIO ROY
C’est
la faute à l’ayatollah
Volte-face
de l’ayatollah Khamenei - Laura-Julie
Perrault
La
diaspora dénonce les résultats du vote
LE
CANADA DEMANDE DES COMPTES
Le
printemps
de Téhéran - Michèle
Ouimet
Le
président iranien Mahmoud Ahmadinejad
défend sa légitimité
Coup
de vieux à Téhéran -
Mario Roy
LA
CHAPE DE PLOMB APRÈS L’EUPHORIE? -
Laura-Julie Perrault
Un
réveil
brutal pour Barack Obama
Ahmadinejad
crie victoire
Ahmadinejad
en mauvaise posture
L’arme
secrète
en tchador - Laura-Julie Perrault
LE CHOIXDE L’IRAN - Laura-Julie
Perrault
Les
Iraniens de Montréal derrière Moussavi
Mise
en garde au guide suprême
L’Iran
en
quête d’un nouveau visage - Laura-Julie
Perrault
Les
droits des femmes s’invitent à la
présidentielle iranienne
Facebook
devient un enjeu électoral en Iran
Et pourtant, le moins qu'on puisse dire n'est-il pas qu'il
reste du chemin à faire avant d'y arriver ?...
Iran
- À mort l'opposition !
Affrontements
en Iran - Le braquage
Un Iranien en prison, l’autre en promo à Berlin
Iran:
des parlementaires demandent la peine de mort pour
l’opposition
Washington se prépare à alourdir les
sanctions contre l'Iran
Et pourtant, certaines choses ne semblent-elles pas
ne pouvoir que rester toujours plus les mêmes ?...
Voir aussi L'Iran
est-il vraiment une menace ?...
The paradoxical Arab world
Turquie
Not
every
Turkish
general
is
a coup plotter
Victoire
écrasante
d’Erdogan
QUAND
LA
TURQUIE
DONNE
LE
TON
Ange
des
Turcs
noirs,
démon
des
Turcs
blancs
Le
paradoxe turc
Référendum
limitant le pouvoir de la hiérarchie judiciaire et
de l'armée - Oui à une révision
constitutionnelle turque
Turks
fear
reform
plan
threatens
secularism
L'oubli
anglais
Turkish
Prime
Minister
represents
changing
dynamics
of
Middle
East
Le
virage de la Turquie
Turkey,
leader
of
the
Muslim
world?
Arrestations en Turquie - La division
PROCHE ORIENT
Liban
LE TRIBUNAL DE LA DISCORDE
Des
représailles possibles au Canada?
Les
suspects
du Hezbollah courent toujours
Despite
warrants,
arrests
not
likely in Lebanese prime minister’s death
Le
Hezbollah
et
ses
alliés
au
pouvoir
«
Ils
ont
déjà
pris
unemoitié
demoi.
Qu’ils
prennent
l’autre
!
»
Les
partisans
d’Hariri
indignés
« Incendies » , prise 2?
«
Tout
dépend
du
Hezbollah
»
Le
gouvernement
tombe,
le
Tribunal
reste
Hezbollah
topples
Lebanon’s
government
over
Hariri
probe
Malignant Hezbollah sparks another crisis
UN
probe
into
Lebanon
PM’s
murder
criticized
Assassinat
d'Hariri - Le Hezbollah et les services secrets libanais
impliqués?
Enquête
sur l'assassinat d'Hariri: patience, dit le procureur
canadien
Liban:
les prisonniers dont personne ne veut parler
Liban:
une bombe à retardement
LIBAN Hariri renonce à former un
gouvernement - Laura-Julie Perrault
Voir aussi Le
conflit au Proche-Orient n’est pas le plus
meurtrier de la planète -
Frédéric Ensel
Pakistan
A
breaking point or a turning point for U.S.-Pakistani
relations?
En
bref - Crimes pakistanais?
Un
acte de guerre
Pakistan’s
attitude of deception harmed ‘war on terror,’ former envoy
says
Who will be held to account for Saleem Shahzad’s murder?
Moi,
Asia
Bibi,«
blasphématrice»
LE
BLASPHÈME
QUI
TUE
Pakistan's
reaction to Osama's killing shows it's a country of
contradictions
LA VIE SABOTÉE DE GULZARALAM
Bin
Laden
given
haven
by
militants
linked
to
Pakistani
security
forces
Les services secrets pakistanais suscitent la
méfiance
Afghanistan
vindicated
for
pointing
finger
at
Pakistan
Bin
Laden
died
in
town
best
known
as
garrison
for
Pakistani
military
Si
proche, si loin
Un
ministre
tué
en
pleine
rue
Pakistan
is
paying
the
price
for
Arabization
Pakistan
must
shake
its
debilitating
culture
of
fatalism
Prêt
à
exploser
Intolérance
islamique
As
Pakistan
nears
bankruptcy,
patience
of
foreign
lenders
wears
thin
L’atome
pakistanais
Pakistan
and
North
Korea
live
on
the
edge
APRÈS LACOLÈREDES FLOTS, L’ESPOIR À
SEC
Déluge
au Pakistan
Inondations
au Pakistan - Ban demande une «réponse
urgente»
Pakistan
- Nouvelles évacuations
Pakistan:
l'interminable catastrophe - Après les inondations,
le défi sanitaire
L'impuissance
de l'État révélée au grand
jour
Chiches,
les Canadiens
Pakistan
- 10 millions de sans-abri
Pakistan:
«Comme après le génocide au
Rwanda»
Women,
children most vulnerable in Pakistan crisis
Les
Québécois sont moins généreux
pour le Pakistan
Hungry flood-hit Pakistanis protest lack of help
Après
l'eau, la boue
Il
faut aider le Pakistan
Le Pakistan menacé par de nouvelles inondations
En
bref - Les récoltes détruites au Pakistan
Le
Pakistan vit une catastrophe alimentaire
Pakistan
warns of new floods in south
Inondations
- Des millions de Pakistanais sont menacés par la
faim
In
Pakistan,
more
aid
can
bring
more
security
La colère gronde au Pakistan
En
bref - Les fournitures de secours d'urgence du Canada
arrivent au Pakistan
Le
Pakistan dit oui à l'aide indienne
Les
dons pour le Pakistan s'accélèrent
Over 4 million homeless from Pakistan floods
Pakistan/inondations: l'appel de fonds de l'ONU
financé à 50%
«Je
n'ai plus rien pour vivre»
Six
millions de Pakistanais sont sans secours - L'aide se fait
attendre
Flood’s financial toll a heavy blow to Pakistan’s poor
L'aide
se fait toujours attendre au Pakistan
Pakistan desperately needs help -now
Pakistan
wins more flood aid
Why Western donors are snubbing Pakistan after giving to
Haiti
UN says millions without assistance in Pakistan floods
Après
le déluge
Les défis logistiques augmentent la menace des
infections par l'eau
3,5
millions d'enfants seraient menacés par la maladie
- Les sinistrés pakistanais réclament de
l'aide
Pakistan:
où est passé notre
générosité
Le Pakistan sous les flots: déluge et
désolation
Cholera confirmed in flood-ravaged Pakistan
Montrealers chip in for Pakistan flood victims
Quand
les terroristes font de l'humanitaire
Pakistan
- Appel à l'aide de Ban Ki-moon
Inondations
au Pakistan - Plus de sinistrés que pour le tsunami
et les séismes du Cachemire et d'Haïti
réunis
Pakistan’s drinkers of
the dust
Internet - Le Pakistan part en guerre contre les contenus
«anti-islam»
La police a fait échouer l'enquête sur la
mort de Bhutto
Pakistan
- Un président privé de pouvoirs
Pakistan's Chief Justice Takes on its Political Class
PAKISTAN
Ratés d’une réforme
Le
Pakistan dit oui à l'aide indienne
L'ombre du Pakistan
Arabie Saoudie
«
Il
n’y
aura
pas
de
vacance
de
pouvoir
»
Égypte
UN NOËL SOUS LA MENACE
The
prisoners
of
Egyptian
tradition
Et s'il y avait plus que la guerre, au
Moyen-Orient ?...
La face cachée de Dubaï
|
LE DEVOIR
En 2010 : l'Iran
THE GAZETTE
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
Iran's
Regime and Opposition Brace for the Next Round |
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Les dirigeants de l’opposition les plus
visés
Plusieurs
chefs de l’opposition iranienne ont été
menacés de sanctions judiciaires ou ont fait l’objet
d’intimidations au cours des dernières semaines. Mir
Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, deux rivaux du
président Mahmoud Ahmadinejad à
l’élection de juin, semblent les plus visés.
Mir Hossein Moussavi
67 ans
Cet ancien premier ministre de l’imam Khomeiny durant les huit
années de guerre contre l’Irak (1980-1988) est devenu
la principale figure de l’opposition. Rival malheureux du
président Ahmadinejad au scrutin du 12 juin, cette
figure historique de la révolution islamique conteste
l’authenticité du scrutin et a dénoncé
à plusieurs reprises la répression contre les
manifestants anti-gouvernementaux. M. Moussavi, contre qui une
centaine de parlementaires conservateurs ont porté
plainte, a été nommément attaqué
à plusieurs reprises en décembre par de hauts
responsables. Il a été physiquement
menacé plusieurs fois par des fidèles du
régime au cours des dernières semaines, et sa
femme a également été attaquée.
Mehdi Karoubi
72 ans
Cet ancien
président du Parlement dirige le Parti de la confiance
nationale r eg r oupa n t une partie des réformateurs.
Candidat à la présidentielle de juin, il
conteste aussi la légitimité du président
Ahmadinejad. Il a dénoncé au cours des derniers
mois les violences contre les manifestants
arrêtés dans les prisons. Le procureur
général du pays, Gholamhossein Mohseni Ejeie, a
affirmé qu’il devait être poursuivi pour ces
affirmations. Il a été pris à partie par
des fidèles du régime à plusieurs
reprises, et sa voiture a été attaquée
lundi par des inconnus après qu’il eut critiqué
la répression des manifestations de dimanche.
Mohammad Khatami
66 ans
L’ancien président réformateur (19972005) fait
partie des trois leaders de l’opposition, avec MM. Moussavi et
Karoubi, les plus attaqués par les conservateurs les
plus durs qui les présentent comme les « chefs de
la conspiration ». Contestant les résultats de la
présidentielle de juin, il a demandé
l’organisation de nouvelles élections ou d’un
référendum. Deux de ses proches collaborateurs
ont été arrêtés à la fin du
mois de décembre, alors que d’autres avaient
été arrêtés après les
manifestations de juin.
Akbar Hachemi Rafsandjani
75 ans



L’ancien président (19891997) occupe toujours une
position-clé au sein du pouvoir. Il préside
l’Assemblée des experts, chargée de nommer,
surveiller et éventuellement démettre le guide
suprême, et le Conseil de discernement, la plus haute
autorité d’arbitrage du pays. Prônant une ligne
«modérée», il s’est opposé
publiquement à la répression contre
l’opposition. Il avait soutenu indirectement les candidats
Moussavi et Karoubi à la présidentielle. Ce
vétéran de la révolution, dont
l’hostilité envers le président Ahmadinejad est
de notoriété publique, a fait l’objet de
violentes attaques au cours des dernières semaines. Sa
fille Faezeh Hachemi et son fils Mehdi Hachemi,
régulièrement attaqués par le pouvoir
pour leur rôle dans les manifestations de l’opposition,
sont sous le coup d’une enquête judiciaire.
Le mathématicien et l’ayatollah -
Laura-Julie Perrault
Avec ses
grandes lunettes, sa voix douce et une médaille d’or
remportée aux Olympiades de mathématiques en
poche, Mahmoud Vahidnia a plus le profil d’un étudiant
modèle que d’un grand rebelle. Pourtant, depuis la
semaine dernière, l’étudiant iranien est la
nouvelle coqueluche du mouvement d’opposition politique de son
pays.
PHOTOTIRÉE DE YOUTUBE
Mahmoud Vahidnia
Le 28 octobre, l’étudiant en mathématiques de
l’Université technique Sharif, à
Téhéran, a osé faire ce que personne n’a
fait depuis l’établissement de la République
islamique il y a 30 ans: il a critiqué directement le
leader suprême de l’ I ran, l’ayatollah Ali Khamenei.
« Je ne sais pas pourquoi dans ce pays, il n’est pas
permis de vous critiquer », a lancé le jeune
Iranien, sur un ton calme, à l’homme qui tient les
rênes de l’Iran depuis 1989.
Mahmoud Va h idnia a aussi réprimandé
l’ayatollah Khamenei pour sa réaction aux
manifestations de l’été dernier, manifestations
au cours desquelles près de 70 personnes ont
été tuées. « Si, vous, qui avez le
rôle d’un père, vous agissez ainsi avec vos
opposants, vos subordonnés agiront certainement de la
même façon, comme nous avons pu le voir dans les
prisons », a lancé l’étudiant, faisant
référence aux allégations de viol et de
torture qui ont fait surface au cours des derniers mois.
Ces accusations, prononcées au visage du leader
politique et religieux, en ont laissé plus d’un
pantois.
« Il y a déjà au des critiques
délavées du guide suprême, mais personne
n’avait remis en question son autorité de
manière aussi directe. Un des plus grands tabous de la
République islamique a été cassé
», analysait, hier, Houchang Hassan-Yari, expert de
l’Iran du Collège militaire royal de Kingston, notant
que le mathématicien en herbe est du coup devenu un
symbole de la contestation qui secoue l’ I ran depuis les
élections présidentielles controversées
de juin.
Trié
sur le volet
C’est au cours d’une séance questions/réponses
organisée dans le cadre d’un forum
réservé à l’élite intellectuelle i
ranienne que Mahmoud Vahidnia a interpellé l’ayatollah
Khamenei.
Les invités à ce genre
d’événements, réglés au quart de
tour, sont en règle générale choisis
parmi les fidèles du régime islamique, explique
le professeur Hassan-Yari. Mahmoud Vahidnia semble avoir
échappé à la vigilance de la police des
moeurs pour se lancer dans sa longue attaque de 20 minutes
à l’endroit du leader de 70 ans.
Les Iraniens qui regardaient la télévision
d’État ce jour-là ont pu entendre les
premières minutes de la confrontation entre
l’étudiant et le numéro 1 du régime.
Après quelques minutes, cependant, la diffusion a
été interrompue.
L’ayatollah a répondu à certaines des critiques
du jeune homme. « Nous sommes ouverts aux critiques.
J’en reçois d’ailleurs déjà beaucoup
», a assuré le leader politique et religieux
iranien.
Dans les jours qui ont suivi, l’intervention de Vahidnia a
soulevé beaucoup de questions au sein de l’opposition
et des médias iraniens. Est-ce que son coup de gueule
avait été planifié par un gouvernement
qui veut redorer son blason en se montrant tolérant?
Le fait que le jeune homme n’a pas été
arrêté a fait naître des soupçons.
Insulter le guide suprême est un crime passible
d’emprisonnement. La réaction de surprise de
l’ayatollah Khamenei et son départ
précipité de la séance
questions/réponses ont fait taire plusieurs sceptiques.
L’opposition iranienne défie de nouveau le
pouvoir
TÉHÉRAN
— Des manifestations de l’opposition ont donné lieu
à des violences hier à Téhéran,
où l’ex-président Mohammed Khatami a
été agressé par des partisans du
régime ultraconservateur et des protestataires ont
été battus et arrêtés, selon des
sites internet et des témoins.
PHOTO ASSOCIATED PRESS
L’ex-président
réformiste Mohammed Khatami a été pris
à partie par des partisans du régime
ultraconservateur, hier, à Téhéran.
Pour sa part, le chef de l’opposition M i r Hossei n Moussavi,
arrivé en voiture à l’une des manifestations, a
été hué aux cris de « Mort à
Moussavi » par des sympathisants du régime, qui
se sont ensuite jetés sur le véhicule, le
forçant à quitter les lieux.
C’est la
première fois depuis près de deux mois et demi
que les partisans de l’opposition manifestaient contre la
réélection, le 12 juin, du président
Mahmoud Ahmadinejad. M. Moussavi, un modéré,
accuse les autorités de fraude électorale.
Par ailleurs, à l’Université de
Téhéran, M. Ahmadinejad a de nouveau
qualifié l’Holocauste de «mythe» et
affirmé qu’Israël était «sur le point
de s’effondrer».
Un ancien de Concordia prisonnier d’Ahmadinejad
- Laura-Julie Perrault
Maziar Bahari
est correspondant en Iran du magazine Newsweek
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui doit
prononcer un discours la semaine prochaine aux Nations unies,
est attendu de pied ferme à New York, où la
contestation se prépare. Au coeur des
préoccupations se trouvent les violations des droits de
l’Homme en Iran. Au centre des revendications, la
libération d’un ancien de l’Université
Concordia.
Ceux qui connaissent Maziar Bahari – ses admirateurs, comme
ses critiques – s’entendent sur une chose : le journaliste et
documentariste canado-iranien, arrêté il y a
trois mois à Téhéran, est apolitique.
Quand ils l’ont entendu s’accuser à la
télévision d’avoir fomenté une «
révolution de couleur » contre le régime
islamique, ils n’en ont pas cru un mot.
PHOTO ARCHIVES LA PRESSE
CANADIENNE
Maziar Bahari, journaliste
irano-canadien, est en prison en Iran depuis trois mois. Il
travaille là-bas pour Newsweek.
Reporter pour le magazine américain Newsweek pendant la
période de tumulte politique qui a suivi la
réélection du président iranien Mahmoud
Ahmadinejad, Maziar Bahari n’est pas le seul à avoir
fait des « aveux » publics. Des politiciens
iraniens et des journalistes locaux ont connu le même
sor t . Cependant , Mazia r Bahari est le seul correspondant
étranger à avoir été ciblé
par les autorités iraniennes.
Depuis le 21 juin, l’homme de 42 ans, qui a à son actif
des dizaines de films, des centaines de reportages, plusieurs
pièces de théâtre et la publication d’un
livre sur la jeunesse iranienne, croupit dans la tristement
célèbre prison d’Evin, à
Téhéran.
C’est dans ses murs que la photographe montréalaise
Zahra Kazemi a été battue à mort et que
des milliers de jeunes opposants au régime islamique
ont été exécutés dans les
années 80.
La détention de Mazia r Bahari a soulevé une
immense vague de sympathie dans le monde entier. Des centaines
d’écrivains, de cinéastes et de journalistes de
renom – dont Paul Auster, Christiane Amanpour (CNN), Margaret
Atwood et Wim Wenders – ont signé des pétitions
pour demander sa libération immédiate. Les
patrons du magazine Newsweek et le gouvernement canadien font
aussi pression sur le gouvernement de la République
islamique.
Démarches infructueuses
À ce
jour, les tirs – médiatiques et diplomatiques –
groupés contre Téhéran ont donné
peu de résultats. Maziar Bahari n’a pas encore vu
d’avocats et on ignore les accusations qui pèsent sur
lui.
Les visites consulaires ont été refusées.
Des membres de sa famille ont pu le visiter à deux
reprises et ils ont dû limiter leurs conversations aux
nouvelles touchant la famille. Elles ne sont pas toutes
bonnes.
L’épouse de Maziar Bahari, Paola Gourley, est enceinte
et a dû être hospitalisée au cours des
dernières semaines. « Ce qui arrive à
Maziar a un impact sur beaucoup de gens », a dit hier
à La Presse, le directeur des pages internationales de
Newsweek, Nisid Hajari, avec qui Maziar Bahari était
fréquemment en contact avant son arrestation.
De son bureau de New York, M. Hajari peine à comprendre
pourquoi son collaborateur a été
arrêté.
Après avoir terminé ses études en
cinéma à l’Université Concordia dans les
années 90, Maziar Bahari a réussi à
travailler pendant plus de 10 ans en Iran, son pays d’origine,
sans avoir de démêlés avec les
autorités. Une rareté dans un pays où le
régime fait la vie dure aux journalistes. « Le
gouvernement iranien a renouvelé sa carte de presse
tous les ans sans rouspéter », dit Nasid Hajari,
en notant que deux jours avant son arrestation, Maziar Bahari
était parmi les rares journalistes à assister
à la prière du vendredi prononcée
exceptionnellement par le leader suprême de l’Iran,
l’ayatollah Khamenei.
« Nous espérons qu’il sera libéré
avant la visite d’Ahmadinejad aux États-Unis. C’est une
bonne occasion pour le président de montrer un meilleur
visage de l’Iran. »
TÉHÉRAN Les autorités
serrent la vis à l’opposition
TÉHÉRAN
— Les autorités iraniennes ont encore serré la
vis, hier, à l’opposition, fermant le bureau de l’un de
ses chefs, Mehdi Karoubi, et mettant en garde contre
l’utilisation d’une journée propalestinienne pour
organiser des manifestations hostiles au pouvoir.
PHOTO REUTERS
Les bureaux de Mehdi Karoubi –
opposant au régime – ont été
fouillés hier et la parution de son journal suspendue
en août dernier.
« Le bureau de M. Karoubi a été
fermé sur ordre du procureur de Téhéran –
Abbas Jafari Dolatabadi – après que des agents munis
d’un mandat du procureur se furent rendus sur place,
près du palais Saadabat, dans le nord de
Téhéran », a déclaré un
porte-parole du dirigeant réformateur, Esmaïl
Gherami Moghaddam.
M. Karoubi et d’autres ont été repoussés
hors des locaux penda nt le raid alors que le rédacteur
en chef du site internet Etemad Melli de M. Karoubi a
été arrêté, a-t-il dit, cité
par l’agence de presse Ilna. « Ils ont fouillé
les locaux et saisi des documents, des CD, des ordinateurs et
des films».
Le quotidien de M. Karoubi, Etemad Melli, a été
suspendu en août par la justice.
Candidat
malheureux à la présidentielle du 12 juin, M.
Karoubi a refusé de reconnaître la
réélection du président ultraconservateur
Mahmoud Ahmadinejad, arguant d’une fraude massive, de
même que le réformateur Mir Hossein Moussavi,
principal rival de M. Ahmadinejad.
M. Karoubi a surtout provoqué la colère des
ultraconservateurs en affirmant que des manifestants
arrêtés lors des protestations contre le scrutin
avaient été torturés et violés en
prison. Les autorités ont démenti.
De son côté, la presse iranienne a fait
état de « la saisie, par des agents, de documents
et du matériel au bureau » du comité
chargé des cas des manifestants en détention.
La contestation de la victoire de M. Ahmadinejad a
entraîné des manifestations de masse
réprimées par les autorités, qui ont
plongé le pays dans sa plus grave crise depuis la
révolution islamique de 1979.
Au moins 4000 manifestants avaient été
arrêtés, dont quelque 150 restent sous les
verrous, et 30 personnes tuées, selon des chiffres
officiels. L’opposition parle de 72 morts.
Madame la ministre islamiste - Laura-Julie
Perrault
Après
avoir menacé de lui faire la vie dure, le Parlement
iranien a fini par faire une fleur au président Mahmoud
Ahmadinejad en acceptant 18 de ses nominations au cabinet des
ministres. Seuls trois candidats ont été
recalés, dont deux femmes. Une troisième a
réussi à passer le test, écrivant du coup
une nouvelle page de l’histoire de la République
islamique.
Avec son tchador noir qui la recouvre de la tête aux
pieds, ne laissant paraître que son visage rond, Marzieh
Vahid Dastjerdi a bien peu à voir avec les jeunes
Iraniennes qui ont défilé dans les rues de
Téhéran au cours des derniers mois. Pourtant,
à sa manière, la politicienne iranienne vient de
réussir une petite révolution au nom des femmes.
PHOTO ATTA KENARE, AGENCE
FRANCE-PRESSE
Ayant fréquanté les
universités de la République islamique,
Marzieh Vahid Dastjerdi est l’incarnation même de la
plus importante avancée que les femmes ont faite
depuis l’avènement du régime des ayatollahs.
Hier, avec l’approbation des députés du Majlis,
le Parlement iranien, elle est devenue la première
femme à porter le titre de ministre depuis
l’établissement de la République islamiste, en
1979. Gynécologue de formation, elle prendra les
rênes de l’immense ministère de la Santé.
Sous la présidence du réformiste Mohammad
Khatami, une femme avait assumé la
vice-présidence, mais depuis l’arrivée au
pouvoir en 2005 de Mahmoud Ahmadinejad, réputé u
ltra-conser vateu r, la gent fém inine ava it de
nouveau été éclipsée des hautes
sphères du pouvoir.
D ’a b o r d p r o p o s é e p a r Mahmoud Ahmadinejad
luimême, la nomination de Mme Dastjerdi n’est cependant
pas passée comme une lettre à la poste. Des
religieux conservateurs ont soulevé des doutes sur la
capacité d’une femme d’occuper un poste aussi
élevé dans l’appareil étatique.
Au lieu de les prendre à rebrousse-poil, Mme Dastjerdi
a utilisé une autre tactique. En public, elle a promis
aux religieux de tenir compte de leurs « directives
».
Pas une
première
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cette
politicienne, deux fois élue députée,
obtempère avec les éléments les plus
conservateu rs du régime islamique. Elle-même
fondatrice de l’Association islamiste des médecins,
elle a longtemps tenté d’obtenir la
ségrégation des sexes dans le système de
santé. Selon le projet qu’elle défendait, les
hommes médecins se seraient occupés seulement
des hommes et les femmes, des femmes. Le projet a
échoué après qu’il eut été
prouvé qu’il n’y avait pas assez de femmes
spécialistes.
Au cours des derniers jours, l’aspirante ministre semble
cependant avoir considérablement modifié son
discours. « Quand ils travaillent côte à
côte, les hommes et les femmes peuvent faire des
miracles », a-t-elle dit devant le Majlis, en plaidant
la nécessité de nommer des femmes au sein de
l’exécutif.
Ayant fréquenté les universités de la
République isla m ique – el le a fa it sa
médecine à l’ Université de
Téhéran avant d’y enseigner –, Marzieh Vahid
Dastjerdi est l’incarnation même de la plus importante
avancée que les femmes ont faite depuis
l’avènement du régime des ayatollahs : elles
sont maintenant 27 fois plus nombreuses à obtenir des
diplômes universitaires que pendant l’ère du
shah.
Cette avancée a cependant été
accompagnée d’importants reculs. L’établissement
de la charia comme loi du pays désavantage les femmes
en matière de divorce, de garde d’enfants et
d’héritage. En cour, un témoignage
féminin vaut la moitié de celui d’un homme. Le
régime islamique a aussi imposé le port du hijab
en public et rend difficile la fréquentation entre les
sexes en dehors du cercle familial.
En
prononçant
un discours devant le Majlis, Mme Dastjerdi a promis de
représenter la voix des femmes au cabinet des
ministres. Mais les Iraniennes savent déjà que
cette voix a bien peu de chances d’être dissonante aux
oreilles des ayatollahs. – Avec l’AFP et The Guardian
Programme nucléaire : L’Iran prêt à
ouvrir le dialogue - Laura-Julie Perrault
Mettant de
côté la crise politique qui l’afflige depuis le
début de l’été, l’Iran a refait
apparition dans le grand monde diplomatique, hier.
Après des mois de silence dans le dossier
nucléaire, la République islamique se dit
prête à entamer des négociations avec les
grandes puissances étrangères.
La
centrale nucléaire iranienne Bushehr. C’est dans une
centrale semblable que l’Iran continue à installer
des centrifugeuses.
Lors d’une conférence de presse, hier, le
négociateur en chef de l’Iran sur la question
nucléaire, Saïd Jalili, a annoncé avoir
préparé de nouvelles propositions pour ses
interlocuteurs, le groupe 5+1, composé des cinq membres
permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (
États-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne, France) et
de l’Allemagne.
Sans donner de détails, M. Jalili a laissé
entendre qu’elles dépassaient grandement la question de
l’enrichissement d’uranium, inquiétude principale des
pays étrangers et s’attaquaient aussi à des
enjeux politiques, économiques et de
sécurité. « Nous espérons un round
de négociations pour réaliser la justice, le
progrès et la paix », a dit M. Jalili.
Cette ouverture de l’Iran, la première depuis un appel
de négociations de la part des puissances
étrangères en avril dernier, survient à
la veille d’une rencontre du groupe 5+1, à Francfort,
pour discuter de sanctions additionnelles à imposer
à l’Iran. Une date butoir plane au-dessus des deux
parties à la négociation: le président
américain a demandé à l’Iran de faire des
compromis avant la tenue de l’assemblée
générale des Nations unies, à New York,
le 23 septembre.
« À l’intérieur du régime iranien,
il y a une perte de contrôle depuis le début de
l’été (à la suite de l’élection
présidentielle). En répondant à l’appel
d’Obama, le régime veut gagner du temps sur la
scène internationale », croit Pierre Pahlavi,
professeur au Collège des forces armées
canadiennes, à Toronto. Expert de l’Iran, il note aussi
que le régime marque des points à l’interne en
ramenant la question du nucléaire sur le tapis. Une
grande partie de la population iranienne trouve injuste que
son pays ne puisse développer un programme
nucléaire, alors que des pays comme l’Inde et le
Pakistan le font. « La question nucléaire est une
arme de persuasion massive en Iran, estime M. Pahlavi. Elle
attise la fibre nationaliste. »
En Europe, l’annonce de Jalili a été
reçue avec scepticisme. À la tête de
l’équipe de négociations du groupe 5+1, Javier
Solana a affirmé n’avoir pour le moment rien
reçu de son vis-à-vis iranien. « Mais il y
a quelqu’un au bureau pour prendre un appel ou recevoir une
communication », a dit le no 1 de la diplomatie de
l’Union européenne.
Dans un
rapport rendu public vendredi dernier, l’AIEA a noté
que l’Iran avait continué à installer des
centrifugeuses dans son usine de Natanz et refusé de
répondre à plusieurs questions. Ces
dernières révélations ont amené
certains dirigeants, dont Nicolas Sarkozy, à demander
un renforcement des sanctions imposées à l’Iran.
Le dernier rapport semble avoir moins inquiété
le patron sortant de l’AIEA, Mohamed El Baradei. Dans une
entrevue récente à la BBC, ce dernier a remis en
contexte la menace nucléai re i ranienne. «
Beaucoup de gens disent que le programme nucléaire
iranien est la plus grande menace à la
sécurité internationale. Je pense que cette
menace est grandement exagérée ».
Même si sa progression inquiète l’Occident, le
projet nucléaire iranien accumule les tuiles depuis
quatre ans. Disparition de scientifiques de haut niveau,
écrasement de deux avions cargo transportant de
précieux équipements, explosions dans des
laboratoires... Selon un journaliste israélien
réputé, ce ne sont pas des accidents. Il s’agit
d’une guerre secrète menée par le Mossad,
l’agence d’espionnage israélienne.
« Le Mossad s’est complètement
réorganisé depuis 2002 et a redirigé ses
efforts sur un objectif unique, l’Iran », explique en
entrevue téléphonique Ronen Bergman, journaliste
au quotidien israélien Yedioth Ahronoth, qui a
publié le livre The Secret War With Iran. « Il y
a énormément de pression pour que des
opérations de sabotage et d’assassinats soient
effectuées contre le programme nucléaire et le
soutien iranien au Hamas et au Hezbollah. »
Ce printemps, le journaliste ajoutait, dans un essai
publié par le Wall Street Journal, une deuxième
conclusion à son livre: l’espionnage israélien
est revenu aux plus hauts niveaux et accumule les
succès, mais ne parvient pas à diminuer le
niveau de danger pour Israël.
« La réalité sur le terrain n’a pas
changé. Le Hamas et le Hezbollah sont encore populaires
et l’Iran pourrait avoir sa première bombe en 2010.
L’espionnage est très important, mais seules les
décisions diplomatiques et militaires permettront
d’assurer la sécurité d’Israël. De la
même façon que les attentats terroristes ne
peuvent pas vaincre Israël, l’Iran ne pourra pas
être vaincu par le travail de sape du Mossad. »
La renaissance du Mossad a été l’oeuvre du
général Meir Dagan, placé à sa
tête en 2002 par Ariel Sharon. « Dagan dirigeait
dans les années 1970 une unité secrète
qui assassinait des hauts dirigeants du Fatah, dit M. Bergman.
Il a reçu le mandat de transformer le Mossad, qui
était devenu allergique aux risques
opérationnels. Sharon voulait "un Mossad avec un
couteau entre les dents". Dagan a mis l’accent sur les
opérations contre l’Iran et a développé
un réseau très étoffé de
collaborations avec les agences d’espionnage
européennes et du Moyen-Orient, pour compléter
la collaboration avec la CIA. »
Dire l’Iran... envers et contre tout -
Marc-André Lussier
Le
cinéaste iranien Jafar Panahi n’avait pas
fréquenté de festival de cinéma depuis
longtemps. En prenant la parole au nom du peuple de son pays
sur la scène internationale, le président du
jury du FFM sait bien ce qui l’attend…
Le cinéma de Jafar Panahi a t oujou rs raconté
l’ I ra n. L’ancien assistant d’Abbas Kiarostami a
été révélé au monde g
râce au superbe Ballon blanc, chronique émouvante
qui lui a valu à Cannes la Caméra d’or, remise
au meilleur premier long métrage, toutes
catégories confondues. Depuis, la
notoriété de l’auteur cinéaste n’a
cessé de croître sur la scène
internationale, malgré, parfois, les interdictions qui
frappent certains de ses films chez lui.
PHOTO BERNARD BRAULT, LA
PRESSE
Le cinéaste iranien Jafar
Pahani, président du jury du 33e Festival des films
du monde, croit plus que jamais aux vertus du cinéma.
« Je n’ai pu tourner que cinq longs métrages en
15 ans, fait remarquer le cinéaste au cours d’une
interview accordée à La Presse. Chaque fois, il
m’a fallu me battre et emprunter des voies de contournement
pour parvenir à réaliser le film que je voulais
faire. »
La censure veille au grain. Panahi refuse pourtant de signer
des oeuvres imprimées du sceau du régime. Le
cercle, qui évoque la condition des femmes iraniennes,
lui vaut le Lion d’or du Festival de Venise en 2000. Son plus
récent film, Offside, a été
récompensé d’un Ours d’argent à Berlin il
y a trois ans. Il n’a rien pu tourner depuis.
« Enfin si, précise-t-il. Je pourrais
réaliser des films "approuvés" par les
autorités. Cela ne m’intéresse pas. D’autant
plus qu’avec tout ce qui se passe en ce moment, mon approche
devient encore plus radicale. Il y a tout un pan du
cinéma iranien qui se produit désormais dans des
réseaux souterrains. Je finirai bien par trouver le
moyen de tourner. Ce ne sont pas les idées qui
manquent!»
Panahi lui-même a été au coeur de «
ce qui se passe en ce moment ». Il fait partie de ceux
qui n’ont pas hésité à descendre dans la
rue pour exprimer leur indignation à la suite de la
« réélection » du président M
a h moud A h mad i nejad . « Tout le monde sait que
cette réélection n’est pas légitime,
souligne-t-il. C’est une véritable insulte à
l’intelligence. Le peuple n’est pas dupe. »
Sous arrêt
Le 30 juillet dernier, il est arrêté avec sa
femme et sa fille à Téhéran pour avoir
assisté dans un cimetière à une
cérémonie commémorant les victimes
tombées dans les rues. La plus célèbre
d’entre elles est Neda Afgha-Soltan, dont l’image a envahi le
Net et a fait le tour du monde.
Quand on
évoque son courage – exprimer publiquement son
opposition demeure un acte à haut risque en Iran –, le
cinéaste se rebiffe un peu. « Le vrai courage,
c’est celui dont font preuve tous ces protestataires anonymes.
Qui, malgré le danger, n’hésitent pas à
manifester. De mon côté, la
notoriété dont je dispose sur le plan
international me confère une certaine immunité.
»
Immunité, peut-être. Mais l’auteur
cinéaste sait très bien qu’il aura des comptes
à rendre en rentrant chez lui. Il n’avait d’ailleurs
pas fréquenté un festival de cinéma
à l’extérieur de son pays depuis près de
deux ans.
« J’ai pu quitter l’Iran sans aucun problème pour
venir ici. Je dispose d’un passeport en règle et les
autorités canadiennes m’ont délivré un
visa en bonne et due forme. Chez nous, ce n’est pas quand on
part que les problèmes commencent. C’est quand on
revient ! Je sais qu’on m’interrogera à mon retour.
Mais je ne veux pas me taire. Je sais ce que je fais. Le
mouvement d’opposition est trop important ; la lame de fond
trop grande. Les jeunes, qui forment la majorité de la
population, sont bien résolus à faire changer
les choses. Tôt ou tard, ce genre de régime
tombera. C’est inévitable. »
Esprit de solidarité
Jafar Panahi dit être touché par l’esprit de
solidarité qu’on lui témoigne depuis son
arrivée à Montréal. Le soir de
l’ouverture, tous les membres du j ury ont fièrement
arboré les écharpes vertes – la couleur de la
contestation en Iran – qu’il leur avait distribuées. De
jeunes compatriotes – au visage peint en vert – se sont
spontanément joints au groupe. La vidéo circule
désormais sur YouTube.
De la communauté internationale, Jafar Panahi
espère justement ce soutien, cette solidarité,
cette sympathie. Il précise toutefois du même
souffle que seul le peuple iranien est appelé à
forger son propre destin. « Une intervention militaire
internationale serait catastrophique et ne ferait qu’empirer
les choses, prévient-il. Je préférerais
encore le maintien du régime actuel plutôt qu’un
gouvernement mis en place par des forces d’occupation
étrangères. Chez nous, les protestataires ont
l’intelligence de manifester pacifiquement – malgré le
danger – parce qu’ils savent très bien qu’une
démocratie ne peut pas s’épanouir dans la
violence.»
L’auteur cinéaste, issu du documentaire avant de
devenir l’un des plus beaux fleurons de la nouvelle vague du
cinéma iranien, croit plus que jamais aux vertus du
cinéma.
« Un film ne peut pas changer le monde,
reconnaît-il. Mais il peut aider à conscientiser,
à faire réfléchir, à sensibiliser.
À partir du moment où un spectateur entame une
réflexion à la sortie d’un film, le
cinéma se révèle très utile.
»
Les « cerveaux » des manifestations
en procès
TÉHÉRAN
— Plusieurs personnalités du camp réformateur,
dont des proches de l’a ncien président Mohammad
Khatami, ont comparu hier devant le Tribunal
révolutionnaire de Téhéran,
accusées d’être les « cerveau x » des
manifestations postélectorales en Iran.
« La quatrième audience du Tribunal
révolutionnaire, qui juge les cerveaux des
récents incidents, a débuté », a
indiqué l’agence iranienne Fars hier
Quelque 140 personnes ont été
présentées, depuis le 1er août, devant le
Tribunal révolutionnaire pour leur implication dans les
manifestations qui ont suivi la réélection de
l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad à la
présidence, le 12 juin. Ces manifestations ont
plongé l’Iran dans sa plus grave crise depuis
l’avènement de la République islamique en 1979.
Accusations
H ier, u ne v
i ng ta i ne de personnes – dont un ancien ministre, plusieurs
personnalités politiques de premier plan, des
journalistes et des universitaires – étaient
jugées. L’acc usation a reproché à
certains groupes politiques d’avoir, « en
coopération avec des médias occidentaux et des
ambassades colonialistes, semé la confusion et
utilisé les partisans des candidats défaits pour
mener un coup d’État en douceur ».
Parmi les accusés figurent notamment des proches de M.
Khatami, dont trois anciens ministres adjoint et les
réformateurs Mohsen Mirdamadi et Abdollah Ramezanzadeh.
Unéminentmembreducamp réformateur, Saeed
Hajjarian, a présenté ses excuses, selon
l’agence de presse Isna, pour les « énormes
erreurs » qu’il a commises », tout comme M.
Ramezanzadeh, qui a affirmé que « le
résultat de l’élection était correct
».
Les audiences de ces procès, dénoncés par
l’opposition et la communauté internationale comme des
« procès-spectacles », ne sont pas ouvertes
à la presse étrangère et aucun verdict
n’a encore été rendu.
Bras de fer au Parlement - Laura-Julie Perrault
Après
des semaines de protestation et de répression
politique, Mahmoud Ahmadinejad a réussi à
reprendre les rênes de la présidence iranienne.
Il n’est pas tiré d’affaire pour autant. Le choix de
son cabinet sème la zizanie parmi les conservateurs
iraniens
Un ministre du Commerce t ransformé en expert du
pétrole. Une infirmière de 43 ans aux commandes
des Affaires sociales. Un suspect recherché par
Interpol comme nouveau ministre de la Défense. Le
patron d’un organisme de charité à la tête
des services secrets.
Mahmoud Ahmadinejad avait à peine terminé
d’annoncer la nomination de 21 nouveaux ministres de son
gouvernement, mercredi, que déjà, le Majlis, le
Parlement iranien, grondait.
Pour deux ra isons : en annonçant le plus tard possible
la composition de son gouvernement et en choisissant de le
faire à la télévision plutôt que
devant les députés, Ahmadinejad a
démontré aux élus qu’il se
préoccupait peu de leur opinion.
Le curriculum vitæ de certains des ministres
désignés a eu l’effet d’une gifle: les
députés conservateurs, majoritaires au
Parlement, avaient demandé au président de
nommer des politiciens d’expérience pour gouverner le
pays. Ahmadinejad a plutôt choisi des proches, souvent
peu qualifiés pour leurs nouvelles fonctions. Les
députés n’ont pas tardé à crier au
scandale. « Les postes de ministres ne doivent pas
être des bancs d’essai », a tonné Ali
Larijani, le président du Parlement avec qui M.
Ahmadinejad semble avoir de plus en plus de différends
idéologiques.
Aujourd’hui et
demain, la branche législative iranienne pourraprendre
sa revanche. Elle débattra des 21 nominations du
président Ahmadinejad et décidera d’ici demain
soir si les personnes désignées méritent
leur bénédiction.
En cas de désaveu, le président,
déjà ébranlé par la contestation
monstre qui a entouré sa réélection,
devra ravaler sa salive et retourner à la table
à dessin. Il a déjà dû le faire une
première fois quand les députés
conservateurs se sont opposés à la nomination
d’un parent, Esfandiar Rahim Mashaie, au poste de
vice-président.
La table semble à nouveau mise pour un bras de fer
entre les branches législative et exécutive.
Cependant, les experts s’entendent pour dire que le combat de
coqs a des règles bien définies. « Le
Majlis peut tenir tête à Ahmadinejad sur un ou
deux de ses choix, mais pas beaucoup plus. Les
députés ne veulent pas dépasser la ligne
rouge en affaiblissant le gouvernement qui a l’assentiment de
l’ayatollah Khamenei », véritable patron du pays,
soutient Mahdi Khalaji, expert de l’Iran au Washington
Institute.
Se tenant loin des projecteurs, l’ayatollah Khamenei exerce un
pouvoir presque sans limites sur l’État iranien. Il a
un droit de regard sur la composition du cabinet, mais aussi
sur la nomination du chef de la branche judiciaire du pays.
À ce poste, il a récemment nommé Sadegh
Larijani, frère du président du Parlement.
« Les frères Larijani sont là pour servir
de gardefou à Mahmoud Ahmadinejad, qui a utilisé
les élections pour asseoir son pouvoir davantage
», explique James Devine, membre du Consortium
interuniversitaire pour les études arabes et le
Moyen-Orient. Il compare aux échecs la relation entre
le guide suprême de l’Iran et le président
ultraconservateur. Un jeu de pouvoir qui se joue un pion
à la fois.
FEMMES, MINISTRES, MAIS PAS FÉMINISTES
Le nom de trois
femmes figure sur la liste des ministres choisis par Mahmoud
Ahmadinejad, une grande première depuis
l’avènement de la république islamique. Le journal
réformiste se désole cependant de voir que les
heureuses élues sont loin d’être de grandes
défenderesses du droit des femmes. Fatemeh Ajorlou,
choisie pour diriger le ministère des Affaires sociales,
a récemment voté en faveur de la discrimination
positive pour les hommes aux examens d’entrée à
l’université, réussis pour le moment à 60%
par des femmes. Marzieh Vahid Dastjerdi, désignée
pour le ministère de la Santé, s’oppose au
divorce, au libre choix à l’avortement et aux droits des
mères d’obtenir la garde des enfants en cas de
séparation. « Les femmes choisies sont plus hommes
que des hommes. Ahmadinejad ne les a pas choisies pour leurs
compétences, mais pour faire passer un message »,
estime Houchang Hassan-Yari, professeur de sciences politiques
au Collège royal militaire du Canada.
Ahmadinejad inquiète les conservateurs
TÉHÉRAN
— Le président Mahmoud Ahmadinejad, dont la
réélection contestée a provoqué la
plus grave crise en 30 ans en Iran, présentera
aujourd’hui son nouveau gouvernement ouvert pour la
première fois à des femmes et dont la
composition inquiète déjà certains de ses
amis conservateurs.
M. Ahmadinejad doit présenter aujourd’hui la liste de
son gouvernement au Parlement, qui doit théoriquement
la rendre publique dimanche prochain. Mais le président
a décidé de justifier son choix à la
télévision dès ce soir, et a
déjà livré quelques noms dès
dimanche. Certains de ces noms sont un défi aux
exigences du camp conservateur.
Un des principaux députés de ce camp, Akhmad
Tavakoli, souvent critique à l’égard du
président , a déclaré hier que «
à en juger par les six noms présentés, on
peut supposer que le cabinet ne satisfera pas à
l’exigence d’un gouvernement efficace et ce n’est pas un bon
signe », selon l’agence Isna.
Le président souhaite confirmer à leurs postes
les ministres de l’Industrie Ali Akbar Mehrabian et de
l’Économie Shamseddine Hosseini.
M. Ahmadinejad
avait notamment eu du mal à obtenir un vote de
confiance en 2007 pour M. Mehrabian, jugé peu
qualifié pour occuper un posteclé, tout comme M.
Hosseini à sa nomination en 2008.
Le président a aussi proposé un fidèle
pour occuper le poste sensible des Renseignements , Heyda r
Moslehi, en remplacement de Gholam Hossein Mohsen Ejeie,
limogé au début août.
Un membre influent de la commission de la
Sécurité nationale du Parlement, Hassan
Sobhaninia, a critiqué ce choix hier. « Selon la
loi, le ministre des Renseignements doit être un
mojtahed (religieux apte à interpréter la
charia), mais le choix du président ne remplit pas
cette condition », a dit ce député sur le
site du Parlement.
Outre MM. Mehrabian, Hosseini et Moslehi, le président
a créé la surprise en annonçant que son
futur cabinet comporterait au moins trois femmes. Si elles
obtiennent la confiance du Parlement, elles seront les
premières femmes ministres de l’histoire du
régime.
Les procès de Téhéran
- MARIO ROY
C’est comme si
le régime des mollahs était occupé
à tricoter un rideau de fer autour du pays.
Par des procédés à michemin entre la mise
en scène des fameux procès de Moscou, instruits
sous Staline, et le cérémonial de l’autocritique
à la chinoise mis au point sous Mao,
Téhéran durcit encore sa réaction aux
événements de juin.
Hier, un cadre des Gardiens de la révolution, le bras
armé fondamentaliste du régime, ainsi qu’un
officier militaire ont réclamé la mise en
accusation de l’ancien président réformiste
Mohammad Khatami ainsi que de deux candidats de l’opposition
à la présidentielle du 12 juin, dont Mir Hossein
Moussavi.
Cette menace vient après la comparution de plus d’une
centaine d’opposants au régime, eux-mêmes suivis
pa r une demi-douzaine d’employés d’ambassades
étrangères. Ceux-ci ont grosso modo
été accusés, samedi, d’avoir
participé à un complot destiné à
lancer une « révolution de velours » contre
le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, et le
président réélu, Mahmoud Ahmadinejad.
Ainsi soupçonnée d’espionnage au
bénéfice de l’ambassade de France, une
universitaire de 24 ans, Clotilde Reiss, a «
avoué » et demandé « pardon au pays,
au peuple et au tribunal d’Iran ». D’autres
accusés se sont ainsi « confessés »,
dont un employé iranien de l’ambassade britannique et,
il y a dix jours, le journaliste canadien d’origine iranienne
Maziar Bahari.
Au même moment, le procureur général
iranien a admis que des actes de torture et de mauvais
traitement ont été commis contre des citoyens
arrêtés lors des manifestations
postélectorales de juin; des détenus sont morts.
Cette admission a une portée considérable dans
un pays où la torture pratiquée sous le shah
n’avait pas compté pour peu dans la destitution de
celui-ci, en 1979.
Tout ce
spectacle son et lumière a eu notamment pour effet de
noyer dans le bruit ambiant l’intronisation officielle, mais
fort contestée, d’Ahmadinejad à la
présidence pour un deuxième mandat.
Cependant, peut-on parler d’une incontestable
démonstration de force de la part d’un pouvoir qui
aurait repris son équilibre?
Hier, la secrétaire d’État américaine,
Hillary Clinton, a fort justement décrit (à CNN)
cette stratégie comme une « démonstration
de faiblesse » de la part d’un « régime qui
craint sa propre population ». De fait, à
l’intention de celle-ci et du monde, le réflexe de
Téhéran est de rejeter la faute sur un complot
de l’étranger. Une conspiration à laquelle
auraient participé la Grande-Bretagne, la France ainsi
que les deux Satan – les États-Unis et Israël,
bien sûr. Mais aussi des mercenaires, pour ainsi dire:
Youtube, Facebook et Twitter... lesquels, de par leur nature
même, ont entretenu la communication entre la «
rue » iranienne et l’étranger.
Or, cette théorie étatique du complot se
révélera peut-être encore plus
destructrice que le reste. En quelques jours, elle a
réussi à braquer l’Union européenne. Et
Hillary Clinton affirme n’avoir plus d’illusions (la «
porte ouverte » par les ÉtatsUnis à l’Iran
doit se refermer fin septembre).
Bref, c’est comme si le régime des mollahs,
ébranlé, était dorénavant
occupé à tricoter un rideau de fer autour du
pays.
Iran Intronisation sur fond de tensions -
Laura-Julie Perrault
Iran La
réélection d’Ahmadinejad confirmée par
l’ayatollah Khamenei Après presque deux mois de crise
politique, à la suite de l’élection
présidentielle iranienne du 12 juin dernier, le guide
suprême de la révolution a donné son aval
officiel à la réélecti
De nombreux poids lourds du pouvoir religieux chiite
brillaient par leur absence.
« Je nomme cet homme courageux, travailleur, solide et
intelligent à la présidence de la
République iranienne. » À la fin d’un
discours élogieux hier, le numéro 1 du
régime islamique iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a
confirmé l’élection de l’ultra-conservateur
Mahmoud Ahmadinejad, réélu dans la controverse
le 12 juin dernier.
PHOTO AGENCE FRANCE-PRESSE
« Je nomme cet homme courageux,
travailleur, solide et intelligent à la
présidence de la République iranienne »,
a dit hier le numéro 1 du régime islamique
iranien, l’ayatollah Ali Khamenei (à gauche), en
procédant à l’installation du président
ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad.
« Le vote ferme et sans précédent des
Iraniens pour le président reflète leur
approbation », a dit le leader suprême, repoussant
du coup les allégations de fraude qui ont poussé
plus de 3 millions d’Iraniens à manifester dans les
rues du pays au cours des dernières semaines.
Mahmoud Ahmadinejad, qui a gauchement embrassé
l’épaule de l’ayatollah Khamenei en signe de
loyauté, a pour sa part accusé certains pays
étrangers d’avoir manipulé le mouvement
d’opposition. « Je dis aux gouvernements
interventionnistes : vous avez commis une injustice à
l’égard du peuple lors de cette élection et vous
avez mal utilisé vos moyens politiques et financiers
», a-t-il lancé au moment de son discours
d’acceptation.
Fissure chez les ayatollahs
L’inauguration qui a eu lieu hier est une formalité
prévue par la Constitution iranienne. Elle sera suivie
demain de l’assermentation du président par le
Parlement iranien, une autre étape obligée.
Cependant, selon plusieurs experts de l’Iran, la
cérémonie d’hier, malgré les bons mots
qui y ont été échangés, a
témoigné de la profonde dissension politique au
sein du régime des ayatollahs.
De nombreux
poids lourds du pouvoir religieux chiite brillaient par leur
absence. C’était notamment le cas des anciens
présidents Mohammad Khatami et Hachemi Rafsandjani. Les
deux hommes, qui avaient assisté à
l’intronisation d’Ahmadinejad en 2005, ont ouvertement
critiqué le pouvoir iranien au cours des derniers
jours, notamment pour le traitement réservé aux
prisonniers politiques.
Au di r e du pol i t ologue Houchang Hassan-Yari, professeur
au Collège militaire royal du Canada, leur absence
à la cérémonie d’hier constituait un
affront à la fois à Ahmadinejad et au leader
suprême. « Jusqu’à tout récemment,
Khatami était très respectueux à
l’égard de Khamenei en public », note-t-il.
Autre absence remarquée : celle du petit-fils de
l’ayatollah Khomeinei , principal symbole de la
révolution islamique. « La division dans les
rangs des islamistes est de plus en plus claire », croit
M. Hassan-Yari.
Procès multiples
La cérémonie d’intronisation a eu lieu au
lendemain du début des procès de 100 personnes
accusées d’avoir organisé ou soutenu le chaos
postélectoral. Plusieurs d’entre elles sont des figures
de proue du mouvement réformiste iranien, auquel est
associé Mir Hossein Moussavi, le candidat défait
à l’élection présidentielle. « En
choisissant d’ouvrir les procès à la veille de
l’intronisation, ceux qui sont au pouvoir en Iran montrent
qu’ils n’ont pas l’intention de faire marche arrière.
Ce sont deux coups portés à l’opposition
», estime James Devine, expert du Moyen-Orient à
l’Université Concordia.
Hier, cette opposition, qui réclame plus de
démocratie en Iran, s’est d’ailleurs fait entendre. Des
manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du monde,
dont une à Montréal. Les manifestants
demandaient notamment aux pays occidentaux de ne pas
reconnaître la présidence de Mahmoud Ahmadinejad.
En Iran, Mir Hossein Moussavi a aussi invité ses
supporters à manifester devant le Parlement iranien
demain, jour de l’assermentation du président.
RETOUR VOULUDES TROIS TOURISTES
La
secrétaire d’État des États-Unis, Hillary
Clinton, a demandé hier à l’Iran de
libérer trois Américains qui y seraient
détenus depuis vendredi. Une femme et deux hommes,
Shane Bauer et Joshua Fattal, auraient été
arrêtés après avoir traversé
« par erreur » la frontière entre le
Kurdistan irakien et le nord de l’Iran. Les autorités
iraniennes ont confirmé les avoir interpellés et
affirment que les trois Américains sont des «
militaires ». L’un d’eux, Shane Bauer, est journaliste,
au dire de ses parents. Hier, Hillary Clinton a demandé
des nouvelles des trois disparus. « Naturellement, nous
sommes inquiets. Nous voulons que ce soit réglé
le plus vite possible », a-t-elle dit.
IRAN Les manifestations de deuil
réprimées et dispersées
— Les
autorités iraniennes ont employé la force pour
disperser des milliers de partisans de l’opposition
rassemblés hier à Téhéran pour
rendre hommage aux victimes des troubles consécutifs
à la réélection contestée du
président Mahmoud Ahmadinejad.
PHOTO REUTERS
Plus de 2000 personnes se sont
rassemblées hier après-midi au cimetière
de Beheshte Zahra, là où les victimes des
répressions des dernières semaines ont
été enterrées.
Il s’agit des premiers heurts depuis ceux qui avaient
opposé le 9 juillet la police à des centaines de
personnes commémorant les manifestations
étudiantes de 1999.
Plus de 3000 manifestants se sont rassemblés au Grand
Mossala, lieu de prière à ciel ouvert du centre de
Téhéran où les autorités avaient
interdit une cérémonie de deuil en hommage aux
victimes de la manifestation particulièrement violente du
20 juin.
« Les manifestants levaient les bras en l’air, faisant le
signe de la victoire, tandis que la police tentait de les
disperser », a déclaré un témoin.
« Certains manifestants ont incendié des poubelles
tandis que des policiers antiémeutes à moto
traversaient la foule pour essayer de disperser » les
protestataires, at-il ajouté.
La police a également violemment chargé des
milliers de protestataires défilant non loin de
là, sur l’avenue Vali Asr, une grande artère de la
capitale, faisant usage de gaz lacrymogène, ont
affirmé d’autres témoins.
« Mort au dictateur », « Libérez les
prisonniers politiques » et « Mir Hossein »,
scandaient-ils en référence au chef de
l’opposition, Mir Hossein Moussavi, arrivé
deuxième de la présidentielle du 12 juin.
« Avec des milliers de personnes qui marchent dans la rue,
le bruit de centaines de klaxons, il y a un immense
embouteillage à Vali Asr », a expliqué un
témoin.
En soirée, des centaines de policiers antiémeutes
et de miliciens islamistes patrouillaient dans la capitale pour
dissuader toute nouvelle manifestation, ont observé des
témoins.
La presse
étrangère n’a pas le droit de couvrir les
manifestations de l’opposition, qui affirme que M. Ahmadinejad
doit sa réélection à des fraudes
massives.
En début d’après-midi, plus de 2000 personnes
s’étaient massées au cimetière de
Beheshte Zahra, où sont enterrés la plupart des
manifestants tués lors des troubles, une trentaine
selon les chiffres officiels.
M. Moussavi et Mehdi Karoubi, un autre chef de l’opposition,
avaient décidé de s’y rendre après
l’interdiction de la cérémonie au Grand Mossala.
M. Karoubi a pu se recueillir sur les tombes, mais M. Moussavi
a été contraint de rebrousser chemin par la
police.
« Il a été immédiatement
encerclé par la police antiémeute qui l’a
reconduit vers sa voiture », a expliqué un
témoin.
Des fleurs et des bougies ont été
déposées sur la tombe de Neda Agha-Soltan, une
jeune femme tuée par balle le 20 juin devenue le
symbole de la contestation. Des témoins ont
affirmé que des dizaines de policiers étaient
déployés en soirée dans la rue Kargar,
où la jeune femme était morte.
« Nous avons demandé la permission pour une
cérémonie silencieuse au Grand Mossala, mais le
ministère de l’Intérieur l’a refusée.
Nous avons alors pensé que le meilleur endroit pour
faire cela et lire le Coran est Beheshte Zahra, sur la tombe
des martyrs. Je ne comprends pas ce déploiement
policier », a lancé M. Karoubi.
Selon des témoins, plusieurs personnes ont
été arrêtées au cimetière,
dont le réalisateur Jafar Panahi, un
représentant de la Nouvelle Vague du cinéma
iranien plusieurs fois primé à
l’étranger.
À Washington, le porte-parole du département
d’État, Ian Kelly, a jugé «
particulièrement perturbante » la réponse
policière à ces rassemblements.
À la mémoire deNeda - Laura-Julie
Perrault
Des Iraniens
se préparent à braver l’interdiction de
l’État
« Neda est mor te les yeux ouver ts. Nous devons nous
aussi continuer de les garder ouverts. » C’est dans ces
mots qu’un poster invitait hier les Iraniens à braver
le régime islamique et à descendre dans les rues
de Téhéran pour souligner le 40e jour suivant la
mort de Neda Agha-Soltan.
PHOTO JACQUES BRINON,
ASSOCIATED PRESS
Assassinée en pleine rue
pendant les manifestations postélectorales, Neda
Agha-Soltan, 26 ans, est devenue le visage de la
résistance iranienne. Demain, des Iraniens
prévoient descendre dans les rues de
Téhéran pour honorer sa mémoire 40
jours après sa mort, comme le veut la tradition
chiite. Sa photo est utilisée dans le monde entier
par la diaspora iranienne, ci-dessus à Paris.
Le mois dernier, les images de l’assassinat de la jeune femme
de 26 ans, captées en pleine rue par des
caméras, ont fait le tour du monde et galvanisé
les manifestants, qui dénoncent la fraude entourant les
élections présidentielles iraniennes du 12 juin.
Selon la tradition chiite, la mémoire d’un mort doit
être honorée après 40 jours. Mardi, les
autorités i raniennes ont annoncé par l
’entremise de l’agence de presse Fars qu’elles
n’autoriseraient pas de rassemblement pour souligner la
disparition de Neda.
Pour contourner l’interdiction, le leader du camp
réformiste iranien et candidat défait aux
élections présidentielles, Mir Hossein Moussavi,
a annoncé qu’il se rendrait sur la tombe des victimes
demain. Il priera aussi à la mémoire des autres
disparus des dernières semaines, dont le nombre est
estimé à 30 par les autorités et à
200 par l’opposition.
Plusieurs des supporters de M. Moussavi ont fait circuler hier
sur le Web des invitations à manifester. Un
rassemblement serait prévu dans la capitale à 18
h, heure de Téhéran.
Professeur de science politique au Collège royal
militaire de Kingston, Houchang HassanYari suit de près
l’évolution du mouvement de contestation en I ran.
Selon lui , l’opposition est encore très active et
multiplie les moyens d’exprimer son mécontentement.
« Il y a quelques jours, un appel a été
lancé pour que les gens mettent en marche leurs
appareils ménagers à la même heure pour
faire flancher l’électricité. Ça a
fonctionné », notait hier Houchang Hassan-Yari.
Procès annoncé
Le nouveau bras de fer entre le mouvement d’opposition et le
régime islamique survient alors que l’agence de presse
officielle iranienne, l’IRNA, a annoncé hier que 20
personnes seront jugées dès cette fin de semaine
pour leur implication dans les manifestations.
La liste des accusés n’est pas connue, mais les
accusations, elles, ont été rendues publiques.
Les prévenus seront notamment accusés
d’appartenir à des groupes terroristes, d’avoir eu des
armes en leur possession et d’avoir envoyé des images
aux médias étrangers. L’IRNA précise que
« ceux qui ont ordonné les troubles
postélectoraux » seront jugés plus tard.
« Le scénario est clair. Le régime veut
décapiter le mouvement d’opposition. On va probablement
accuser quelques personnes d’avoir tout manipulé. On
tentera ainsi de minimiser l’ampleur du mécontentement
de la population iranienne », estime M. Hassan-Yari.
Cette semaine, 140 des 2000 personnes
appréhendées pendant les manifestations ont
été relâchées à la demande
du président Mahmoud Ahmadinejad. Cependant, les
autorités estiment que 200 autres sont toujours en
prison. Parmi elles, un peu plus de 50, tous des membres bien
connus du camp réformiste – politiciens, journalistes
et intellectuels – sont toujours détenues. « Le
directeur de la prison d’Evin (où sont la plupart des
prisonniers politiques) ne sait même pas où ils
sont. Des membres du Parlement ont visité les
prisonniers et ils n’ont pas réussi à les voir
», a dit hier à La Presse Omid Memarian, ancien
prisonnier politique qui travaille ces jours-ci pour Human
Rights Watch.
L’organisation de défense des droits de l’homme
s’inquiète tout particulièrement pour Saeed Haj
jarian, un réformiste de renom. L’homme de 55 ans
aurait subi de violents interrogatoires et serait dans un
état critique, selon sa femme, qui a réussi
à lui rendre visite. Hier, le ministre de la Justice
aurait ordonné sa libération, mais sa famille
n’aurait toujours pas reçu de ses nouvelles.
LA PRISON DE TOUTES LES TORTURES
Human Rights Watch (HRW) demande une enquête sur des
violations des droits de l’homme dans la prison iranienne de
Kahrizak. Des Iraniens qui y ont été
détenus ont raconté aux médias y avoir
été témoins de séances de torture.
Selon ces témoins, des gardes y auraient battu des
prisonniers à mort, arraché les ongles d’autres ou
encore ordonné à certains de laver les toilettes
avec leur langue. Cette semaine, le guide suprême de la
République islamique, l’Ayatollah Ali Khamenei, a
ordonné la fermeture de cette prison, expliquant que les
droits des détenus n’y ont pas été
respectés. «Mais fermer une prison, ce n’est pas
assez. Il faut traduire en justice ceux qui ont pratiqué
la torture», plaidait hier Omid Mermarian, de HRW.
IRAN Téhéran libère 140
prisonniers
L’Iran a libéré hier 140 personnes
arrêtées lors des manifestations qui ont suivi
l’élection présidentielle du 12 juin. Le guide
suprême, Ali Khamenei, a également ordonné la
fermeture d’une prison où, selon des défenseurs des
droits de l’homme, des manifestants emprisonnés auraient
été tués.
OPINION Vers une contre-révolution
- Claude Jacqueline Herdhuin
La
Révolution verte en Iran pourrait être le premier
pas vers une dissociation entre la religion et l’État
La main tendue par les États-Unis aux pays
musulmans cache des pièges.
L’auteure est scénariste, assistanteréalisatrice
et auteure. Installée au Québec depuis une
vingtaine d’années, elle a été
élevée en Iran de 1965 à 1979 et
prépare un documentaire sur l’avenir de ce pays. Depuis
le 12 juin, l’encre n’a cessé de couler au sujet des
élections iraniennes. Le président sor t a nt ,
Mahmoud Ahmadinejad, était donné perdant et a
pourtant remporté haut la main les élections
devant son adversaire, Mir Hossein Moussavi. En lisant ou en
écoutant les médias occidentaux, je ne peux
réprimer un moment d’irritation. Les analyses sont
toutes le fruit d’une réflexion occidentale,
c’est-à-dire incomplète, voire orientée.
L’ I ran nous est systématiquement
présenté comme un pays musulman conservateur et
menaçant pour notre sécurité. Bizarre que
les États-Unis apparaissent comme des sauveurs alors
que leur discours ne laisse aucun doute : dominer par tous les
moyens. Après l’ère Bush, dont la volonté
guerrière a été prouvée, et avant
d’entrer dans l’ère Obama, Hillary Clinton avait
déclaré en avril 2008 : « si je suis la
présidente, nous attaquerons l’Iran. »
Aujourd’hui, le monde vit sous Obama. Le président
américain a simplement adopté un discours et une
conduite plus politically correct, afin de regagner la
confiance des États et de la population de la
planète. La main tendue par les États-Unis aux
pays musulmans cache des pièges.
Les États-Unis aimeraient récupérer
l’Iran, qui occupe une position stratégique au
MoyenOrient, à des fins économiques
(accès aux ressources pétrolières et
gazières d’Asie) et politiques (nous entrons dans une
deuxième guerre froide et il est important pour les
Américains que l’Iran quitte la Chine et la Russie pour
se ranger de son côté).
Avec les élections volées du 12 juin en Iran et
la Révolution verte qui a suivi, les Iraniens sont
soudain devenus sympathiques au monde et surtout à
l’Occident en se battant contre un régime insupportable
par sa violence et ses idées. Nous devons toutefois
« regarder » ou accueillir le soutien du «
monde » au peuple iratend qu’une guerre pour
détourner l’attention des Iraniens ainsi que celle du
monde entier des problèmes sociaux, économiques,
politiques… »
Le peuple
iranien est conscient qu’il doit se rapprocher de l’Occident,
mais pas à n’importe quel prix. Il a connu la
monarchie, la révolution, le pouvoir religieux. S’il
décide de faire une contre-révolution, quelles
sont les voies qui s’offrent à lui? Une monarchie
« modérée », de type espagnol? Ce
serait faire marche arrière. Une dictature militaire
semble improbable, car aucune des actions des opposants au
régime ne va dans ce sens.
Reste la démocratie. Cette dernière peut
s’accommoder de la religion en la replaçant dans le
domaine de la vie privée. Le peuple iranien est-il
prêt à se battre pour la démocratie ? Les
derniers évènements semblent l’indiquer. Mais
advenant une contre-révolution, l’Iran pourra-t-il se
protéger contre l’intervention de l’Occident, et
surtout celle des États-Unis?
Au-delà des intérêts économiques et
politiques de l’Occident en Iran, l’Occident accueille et
récupère les évènements
récents à des fins de propagande
idéologique. L’Iran est un pays musulman qui se
lève contre l’oppression d’un régime islamique.
En s’appropriant les évènenien avec la
méfiance nécessaire. Le « monde »
pourrait facilement faire un amalgame entre le mouvement
iranien actuel contre le régime et un mouvement
général contre les pays islamiques.
Or, la Révolution verte pourrait être le premier
pas vers une contre-révolution qui permettrait de
dissocier la religion de l’État. Les jeunes Iraniens et
Iraniennes commencent à parler d’un pays où la
religion retournerait dans le domaine du privé. Ils ne
renient pas l’islam, ils condamnent la place qu’il occupe au
sein du gouvernement.
Un ami iranien m’a déclaré: « Ce
régime (des mollahs) n’atments postélectoraux,
l’Occident donne raison aux États-Unis et à la
guerre contre le terrorisme... Demandons aux Iraniens qui ont
défilé dans la rue s’ils l’ont fait sous la
houlette des États-Unis.
J’ai posé la question à plusieurs Iraniens et
Iraniennes et leur réaction a été d’abord
la stupéfaction, puis la colère. Pourquoi
l’Occident, avec les États unis à sa tête,
veut-il faire croire et se persuader qu’il peut tout
régenter? Le peuple iranien serait-il trop stupide ou
ignorant pour décider par lui-même de ses actes
et de son avenir? Certes non, car c’est un peuple
extrêmement éduqué et très bien
informé.
IRAN Deux ministres dissidents quittent le
gouvernement
— Le
président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a limogé
hier son ministre du Renseignement. Cela constitue la plus
récente manifestation de la mésentente entre les
conservateurs, qui met en évidence la fragilité
d’Ahmadinejad depuis sa réélection
contestée du 12 juin. Un autre ministre ayant
critiqué le gouvernement Ahmadinejad a également
remis sa démission, tandis que l’opposition tentait de
reprendre la main avec l’organisation d’une
cérémonie pour les victimes des manifestations.
PHOTO JACQUES BRINON,
ASSOCIATED PRESS
Un peu partout dans le monde, notamment
à Paris (notre photo), des manifestations ont eu lieu
samedi pour exiger que le régime iranien relâche
l’étau sur les manifestants de l’opposition et qu’il
libère les protestataires emprisonnés.
Un responsable chargé de l’information au bureau du
président, cité par l’agence officielle Irna, a
confirmé le limogeage du ministre du Renseignement,
Gholamhossein Mohseni Ejeie. Il a démenti en revanche le
limogeage d’autres ministres.
L’ex-président iranien Akbar Hachémi Rafsandjani,
qui avait soutenu M. Moussavi pendant la campagne, a pour sa
part démenti hier toute « lutte pour le pouvoir
» avec l’ayatollah Ali Khamenei. M. Rafsandjani, qui
dirige deux institutions clés du régime, a
indiqué qu’il gardait « espoir dans la
capacité du guide suprême à résoudre
les problèmes actuels », selon l’agence
semi-officielle Mehr.
Le site internet de la télévision d’État
ainsi que les agences semi-officielles Mehr et Fars avaient
annoncé que quatre membres du gouvernement – Mohseni
Ejeie, le ministre de la Culture, Mohammad Hossein Safar
Harandi, ainsi que ceux du Travail et de la Santé –
avaient été renvoyés.
Selon Mehr, qui cite une « source bien informée
» , M. Mohseni Ejeie « a été
démis de ses fonctions à la suite d’un
affrontement verbal lors d’une réunion du cabinet,
mercredi, à propos de la nomination d’Esfandiar Rahim
Mashaie en tant que premier vice-président ».
L’agence a précisé qu’un ministre par
intérim avait été nommé.
En soirée, Fars a publié des extraits de la lettre
de démission envoyée hier au président par
Safar Harandi.
« En
raison malheureusement des annonces récentes (de son
limogeage par les médias) qui montrent la faiblesse de ce
gouvernement que je respecte, je ne me considère plus
comme le ministre de la Culture », écrit-il.
M. Safar Harandi , ancien rédacteur en chef du quotidien
ultraconservateur Kahyan, avait également critiqué
la nomination de Rahim Mashaie, proche du président.
Cette nomination, annoncée le 17 juillet, a
provoqué un tollé parmi les conservateurs et les
religieux. Ils ne lui pardonnent pas une entorse à la
rhétorique du régime, quand il a affirmé,
en juillet 2008, que l’Iran est « l’ami du peuple
américain et du peuple israélien ».
Rahim Mashaie a finalement renoncé à son poste de
premier vice-président samedi. Mais le président
ultraconservateur reste critiqué pour avoir tardé
à obéir au guide suprême, l’ayatollah Ali
Khamenei, qui avait ordonné d’« annuler » sa
nomination.
Ce limogeage intervient alors que M. Ahmadinejad doit
prêter serment devant le Parlement le 5 août, selon
le député Hamid Reza Haji Babaie, membre de la
présidence du Parlement. La présentation du
gouvernement et son approbation par les députés
doivent intervenir peu après.
La polémique concernant Rahim Mashaie a
relégué au second plan le mouvement de
protestation contre la réélection d’Ahmadinejad le
12 juin. Hier, les dirigeants de l’opposition, Mir Hossein
Moussavi et Mehdi Karoubi, ont demandé au pouvoir
l’autorisation d’organiser, jeudi à
Téhéran, une cérémonie sans discours
en hommage aux personnes tuées au cours des
manifestations.
Selon un bilan officiel, au moins 20 personnes ont
été tuées en marge de manifestations dans
les jours qui ont suivi le scrutin. Les autorités avaient
alors interdit les rassemblements dans tout le pays, une
interdiction bravée à plusieurs reprises. La
presse a rapporté hier la mort en détention d’un
deuxième manifestant.
Ahmadinejad limoge son vice-président
— Le
président de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, a
limogé le premier vice-président du pays,
Esfandiar Rahim Mashaie, selon ce que rapporte la BBC,
alimentée par l’agence locale de presse iranienne Irna.
Le président aurait donc cédé aux
pressions des conservateurs réclamant le départ
de l’homme politique qui était considéré
comme une figure modérée dans le gouvernement
iranien.
Plus
tôt dans la journée, le Guide suprême
iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, avait ordonné au
président Mahmoud Ahmadinejad de renvoyer Esfandiar
Rahim Mashaie, dont la nomination comme premier
vice-président avait provoqué un tollé au
sein de la classe politique iranienne.
«La nomination de M. Esfandiar Rahim Mashaie au poste
d’adjoint du président est contraire à votre
intérêt et à celui du gouvernement et elle
provoquera la division et la frustration de vos
partisans», a estimé M. Khamenei dans une lettre
à M. Ahmadinejad, citée hier par la
télévision publique.
«Il faut annuler cette nomination», a
ajouté le Guide suprême dans ce courrier dont la
date n’a pas été précisée, mais
qui apparaît comme le premier revers pour le
président depuis sa réélection
controversée le 12 juin.
IRAN Clinton doute
Les
États-Unis doutent que Téhéran puisse
répondre à leur offre de dialogue à cause
de la tension qui règne actuellement en Iran après
le résultat controversé de la récente
élection présidentielle, a déclaré
la secrétaire d’État Hillary Clinton à la
BBC. En déplacement en Thaïlande, Mme Clinton avait
déclaré mercredi: «Nous allons encore
laisser la porte ouverte» à des discussions avec
l’Iran, mais «l’horloge nucléaire tourne».
IRAN Le beau-frère de Moussavi arrêté
La femme du chef de l’opposition en Iran, Mir Hossein
Moussavi, Zahra Rahnavard, a fait état hier de
l’arrestation de son frère dans le cadre de la
vagued’arrestationsdemanifestants après la
réélection contestée du président
Ahmadinejad, a rapporté l’agence Ilna. Zahra Rahnavard a
indiqué que son frère, Shahpour Kazemi, un
ingénieur en communications de 62 ans, avait
été arrêté il y a plus d’un mois et que
toutes les tentatives pour obtenir sa libération avaient
échoué.
IRAN Le président contredit
Le guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei a
infligé un camouflet à Mahmoud Ahmadinejad en lui
ordonnant de renoncer à prendre comme premier
vice-président le beau-père de son fils, qui avait
tenu des propos jugés trop pro-israéliens. De son
côté, le président iranien a
décidé de persévérer dans son choix.
Il a déclaré hier qu’il avait besoin de temps pour
expliquer sa décision, prise la semaine dernière, de
nommer Esfandiar Rahim Machai à ce poste.
IRAN L’opposition accusée de semer la discorde
— Le chef de la
police iranienne a accusé les dirigeants de l’opposition
de créer des tensions dans le pays en semant le doute sur
les résultats de l’élection présidentielle
du 12 juin, a rapporté hier l’agence officielle Irna.
« Certaines personnes qui n’ont pas atteint leur objectif
lors de l’élection sèment le doute et le
transforment en complot », a déclaré le
général Esmail Ahmadi Moghadam lors d’un discours
prononcé à Machhad.
« Les forces de l’ordre doivent agir avec
détermination pour défendre la loi » face
« à ceux qui veulent semer les graines de la
discorde », a-t-il ajouté.
« Si les forces de l’ordre ne défendent pas la loi,
les flammes du complot brûleront tout le monde »,
a-t-il poursuivi en qualifiant de « menteurs » ceux
qui propagent le doute sur les résultats de
l’élection.
Des opposants au régime ont quand même
appelé à manifester hier dans les rues de
Téhéran, notamment pour souligner la mort, il y a
30 jours, de Neda Agha Soltan, 27 ans, tuée d’une balle
à la tête, le 20 juin dernier, lors des
manifestations pour réclamer la tenue d’une nouvelle
élection présidentielle.
Selon Reuters, citée par la BBC, un nombre
indéterminé de manifestants auraient
été arrêtés. Bien évidemment,
il n’est pas facile de rendre compte des
événements làbas, puisque la presse
étrangère a été expulsée du
pays.
N’empêche que vendredi dernier, lors de la prière
collective de Téhéran, l’ex-président Akbar
Hachémi Rafsandjani a affirmé qu’une grande partie
des Iraniens avait des doutes sur les résultats de la
présidentielle du 12 juin et la réélection
du président sortant Mahmoud Ahmadinejad.
Les deux
candidats de l’opposition, Mir Hossein Moussavi et Mehdi
Karoubi, ont remis en cause ces résultats et
demandé en vain un nouveau scrutin.
Pour sa pa r t , l ’ ex-président réformateur
Mohammad Khatami a demandé l’organisation d’un
référendum pour sortir de la crise actuelle.
Mashie veut rester
Le premier vice-président iranien controversé,
Esfandiar Rahim Mashaie, a affirmé hier qu’il restait
à son poste malgré les critiques dont il fait
l’objet.
« Je remercie le président (Mahmoud) Ahmadinejad
pour la confiance qu’il m’a accordée », a
déclaré M. Rahim Mashaie dans un entretien avec
l’agence officielle Irna.
La nomination de M. Rahim Mashaie en tant que premier
vice-président a créé un tollé
général chez les conservateurs qui lui
reprochent d’avoir affirmé, en juillet 2008, que l’Iran
était « l’ami du peuple américain et du
peuple israélien », contrastant ainsi avec les
attaques verbales de Téhéran contre Israël.
Il est considéré commeunfidèle du
président Ahmadinejad.
L’homme d’Ahmadinejad fustigé
Les
conservateurs de Téhéran ont raison du
vice-président
— Cible des critiques du camp conservateur, le nouveau premier
vice-président iranien, Esfandiar Rahim Mashaie, a
renoncé à ses fonctions. Il venait à
peine d’être nommé par Mahmoud Ahmadinejad, dont
il est très proche. Le président n’aura pas la
tâche facile pour la formation de son futur
gouvernement.
En parallèle, l’agence semiofficielle Fars a
rapporté hier qu’au moins 40 personnes avaient
été arrêtées vendredi, lors des
violents affrontements entre les forces de
sécurité du régime et les milliers de
manifestants de l’opposition, dans la foulée du sermon
très attendu – et très critique envers le
pouvoir– de l’ancien président Akbar Hachémi
Rafsandjani.
Le président ultra-conservateur, dont le fils a
épousé la fille de M. Rahim Mashaie, avait
essuyé des critiques dans son propre camp pour avoir
désigné à ce poste un homme qui avait
déclaré que l’Iran était « l’ami du
peuple israélien ».
« Il est nécessaire d’annuler la nomination de M.
Rahim Mashaie par respect pour le peuple conservateur »
fidèle aux principes de la révolution islamique,
a écrit Hossein Shariatmadari, directeur du quotidien
Kayhan, dans sa livraison d’hier.
Le directeur de ce grand journal conservateur est nommé
par le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei,
et soutient le président Ahmadinejad.
« De nombreuses personnes proches du président
comme le peuple qui le soutient sont hostiles à la
nomination de M. Rahim Mashaie et s’en inquiètent
», a ajouté M. Shariatmadari.
Vendredi, un peu plus d’un mois après sa
réélection controversée avec 63% des
voix, M. Ahmadinejad a annoncé la nomination
d’Esfandiar Rahim Mashaie, qui était
vice-président chargé du tourisme.
En juillet 2008, il avait affirmé que l’Iran
était « l’ami du peuple américain et du
peuple israélien », dans une déclaration
contrastant avec les attaques verbales de
Téhéran contre Israël. « Nous
considérons le peuple américain comme l’un des
meilleurs peuples du monde », avait-il poursuivi.
Tollé
Ces
déclarations avaient provoqué un tollé,
notamment chez les dignitaires religieux et parlementaires
conservateurs, qui avaient exigé son départ.
L’ayatollah Ali Khamenei, avait désavoué les
propos de Rahim Mashaie et demandé la fin de la
polémique.
L’Iran ne reconnaît pas l’existence d’Israël. Le
président Ahmadinejad a déclaré à
plusieurs reprises que l’État hébreu
était voué à la disparition et a
qualifié de mythe l’Holocauste des juifs pendant la
seconde guerre mondiale.
Un religieux conservateur, Ahmad Khatami, un des imams de la
prière du vendredi de Téhéran, avait
également critiqué la nomination de M. Rahim
Mashaie, selon le quotidien Etemad Melli.
« Cette nomination (...) est un défi aux membres
de l’Assemblée des experts et du Parlement » qui
avait dénoncé les propos de M. Rahim Mashaie
à l’époque, a déclaré M. Khatami.
« Il semble que cette nomination soit source de tension
pour le gouvernement », avait ajouté ce
religieux, lui-même proche du gouvernement.
Pour sa part, le chef du groupe des parlementaires qui
appartiennent aussi au clergé, Mohammad Taghi Rahbar,
avait demandé l’intervention du guide suprême
pour le démettre.
M. Ahmadinejad devra ensuite présenter la liste de son
cabinet au Parlement pour un vote où chaque ministre
devra obtenir individuellement la confiance des
députés.
Le premier vice-président n’est en revanche pas soumis
au vote de confiance, pas plus que les vice-présidents.
Le gouvernement actuel en compte 11.
Samedi, les conservateurs ont également répondu
à l’ayatollah Rafsandjani, qui avait pris la parole
vendredi pour la première fois depuis le début
de la crise, l’accusant de mettre le pays en danger en
appelant les partisans de l’opposition à descendre dans
la rue.
Téhéran a « perdu la
confiance du peuple »
Iran
L’ayatollah Rafsandjani critique le gouvernement
TÉHÉRAN— Lesautoritésontperdu la
confiance du peuple après la présidentielle en
Iran, a déploré hier l’ex-président Akbar
Hachémi Rafsandjani dans un prêche très
attendu à Téhéran, suivi par une
manifestation de partisans du leader de l’opposition Mir
Hossein Moussavi.
PHOTO AP / OBTENUE D’UN
PHOTOGRAPHE AMATEUR
Des bassidjis (miliciens
pro-Ahmadinejad) ont fait usage de gaz lacrymogène et
de balles de peinture pour marquer les manifestants d’hier,
à la suite du prêche très attendu de
l’ayatollah et ex-président Rafsandjani.
Les forces de sécurité sont intervenues pour
disperser les milliers de manifestants dans le secteur de
l’Université de Téhéran, procédant
selon des témoins à « plusieurs
arrestations », lors du premier rassemblement de
l’opposition depuis une semaine.
Livrant pour la première fois en public son analyse des
semaines houleuses qui ont suivi la réélection
controversée de Mahmoud Ahmadinejad, M. Rafsandjani,
qui dirige deux institutions-clés du régime, a
appelé à la libération des Iraniens
arrêtés par centaines depuis le scrutin du 12
juin.
« Il n’est pas nécessaire que des gens soient
emprisonnés », a-t-il proclamé dans son
prêche retransmis par des médias iraniens. Il a
également appelé à faire preuve de
« compassion » avec « ceux qui ont
été touchés dans les incidents ».
« Notre principale mission est de retrouver la confiance
que le peuple accordait (au régime) et qui, dans une
certaine mesure, est perdue », a déclaré
cet ennemi juré de M. Ahmadinejad qui l’avait battu
à la présidentielle de 2005.
« Un grand nombre de gens sensés du pays ont dit
qu’ils avaient des doutes (quant au résultat du sc rut
i n). Nous devrions travailler à répondre
à leurs doutes », a-t-il ajouté.
Il a critiqué le Conseil des gardiens de la
Constitution. Selon lui, l’instance suprême de
validation des suffrages n’a pas « bien utilisé
» le délai accordé pour vérifier
les votes.
Face à une situation qu’il a qualifiée de
« crise », il a dit avoir évoqué ces
différents points avec des membres des deux
institutions qu’il dirige, l’Assemblée des experts et
le Conseil de discernement.
C’était la première fois depuis plus de deux
mois que M. Rafsandjani , soutien de M. Moussavi, dirigeait la
grande prière hebdomadaire à l’Université
de Téhéran.
L’opposition
entendait prouver sa force lors de cette prière,
à laquelle a assisté M. Moussavi pour sa
première apparition publique depuis la validation
officielle du scrutin le 29 juin.
Un autre candidat malheureux à la
présidentielle, le réformateur Mehdi Karoubi, a
été attaqué alors qu’il se rendait au
même prêche, selon le site internet de son parti,
Etemad Melli.
Les assaillants étaient « des hommes en civil
(qui) l’ont attaqué et insulté », a
déclaré son fils, Hossein Karoubi. Le terme
d’« hommes en civi l » désigne
généralement les bassidjis (miliciens
islamiques). M. Karoubi a toutefois pu assister à la
prière.
Avocate arrêtée
L’avocate Shadi Sadr, spécialisée dans la
défense des droits de l’homme, a pour sa part
été arrêtée par des « hommes
en civil » alors qu’elle se rendait à
l’Université, selon son mari.
À l’issue de la prière, plusieurs milliers de
partisans de M. Moussavi, rassemblés sur le campus, ont
scandé des slogans en sa faveur.
La police, déployée en nombre avec des
bassidjis, a fait usage de gaz lacrymogène et de balles
de peinture pour marquer les manifestants, et a
procédé à « plusieurs »
arrestations, selon des témoins.
La ma n i festat i on d’h i er intervient au moment où
M. Ahmadinejad constitue sa nouvelle équipe.
Un de ses proches, Esfandiar Rahim Machaie, a
été nommé premier vice-président.
L’ancien ambassadeur d’Iran auprès de l’Agence
internationale de l’énergie atomique (AIEA), Ali Akbar
Salehi, a été désigné chef de
l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA).
Les manifestations reprennent en Iran
- Laura-Julie Perrault
À la
suite de la répression sanglante des manifestations,
suivie d’arrestations massives, le mouvement de contestation
populaire s’est fait discret en Iran au cours des deux
dernières semaines. Mais hier, les slogans et les
bandeaux verts ont fait leur retour dans les rues de la
capitale iranienne alors que des milliers d’Iraniens ont
bravé les avertissements des autorités.
PHOTO REUTERS
De petits groupes de protestataires
iraniens ont bravé les avertissements des
autorités, hier, et ont manifesté autour de
l’Université de Téhéran et dans les
rues de la capitale. Le 9 juillet coïncidait avec la
commémoration du 10e anniversaire de la
répression du mouvement de contestation de la
jeunesse iranienne.
C’est aux alentours de l’Université de
Téhéran que sont apparus les manifestants,
massés en divers petits groupes. Le choix du lieu
n’était pas anodin. Pour le mouvement étudiant
iranien, le 9 juillet est une date marquée d’une croix
rouge.
Ce jour-là, il y a 10 ans, des milices pro-islamiques
avaient ravagé des résidences étudiantes
de l’Université de Téhéran pour mettre
fin à un mouvement de contestation qui prenait vite de
l’ampleur parmi la jeunesse iranienne. Au moins un jeune homme
avait été tué.
Hier, la commémoration de ces événements
s’est mêlée à la colère qu’ont
suscitée les élections présidentielles du
12 juin et la vague de répression qui a suivi, faisant
au moins 20 morts. « À bas le dictateur »,
criaient hier les manifestants.
Les vidéos des mani festations montrent que plusieurs
d’entre eux portaient du vert, couleur associée
à Mir Hossein Moussavi, le candidat défait qui
conteste la réélection du président
ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad.
Selon les rapports des agences de presse, les forces de
l’ordre, qui étaient sur en état d’alerte
partout dans la capitale, sont vite intervenues pour disperser
les manifestants à l’aide de gaz lacrymogène et
de matraques. Aux dires de témoins, plusieurs
manifestants ont été arrêtés.
La thèse du complot étranger
Depuis
plusieurs jours, le régime islamique laissait entendre
qu’aucune manifestation ne serait tolérée. Le
gouverneur de Téhéran, Morteza Tamadon, a
émis un avertissement sans équivoque. « Si
des individus font des gestes contraires à la
sécurité sous l’influence de réseaux
contre-révolutionnaires, ils seront
piétinés par les pieds de nos gens alertes
», a-t-il dit.
M. Tamadon faisait ainsi écho au leader suprême
de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei,
qui a accusé lundi des « ennemis »
étrangers de tenter de « semer la discorde parmi
le peuple » iranien en soutenant le mouvement de
contestation.
« En ce moment, les responsables du régime
islamique font tout pour prouver la théorie selon
laquelle le mouvement de protestation est manipulé de
l’extérieur. Mais ils ont bien peu de preuves, alors
ils restent très vagues dans leurs
énoncés », a dit hier à La Presse
Tom Porteous, directeur de Human Rights Watch ( HRW) à
Londres.
Dans un document publié mercredi, HRW rapporte que
plusieurs individus arrêtés au cours des
dernières semaines, puis relâchés, disent
avoir été battus par les gardiens qui voulaient
leur extirper de fausses confessions.
L es aveu x de plusieu r s intellectuels,
réputés proches du mouvement réformi s t
e auquel appartient Mir Hossein Moussavi, ont
été diffusés à la
télévision. C’est notamment le cas de Amir
Hossein Mahdavi, le rédacteur en chef du journal
Andishe No qui, le 27 juin, a admis que les réformistes
avaient planifié un soulèvement populaire avant
l’élection du 12 juin.
Militant des droits de l’homme basé à Mont
réa l , Hos sein Mahoutiha croit que ce genre d’aveux
publics peut être le prélude d’une
répression beaucoup plus grande. « On a
déjà vu la même situation dans les
années 80. Il y a eu des arrestations massives, puis
des confessions publiques, puis ensuite, des exécutions
par centaines », a noté hier le
représentant du Réseau d’activistes i raniens
pour la défense des droits de l’homme en Europe et
Amérique du Nord.
À Human Rights Watch, on croit qu’il est trop tôt
pour envisager un tel scénario. « On ignore pour
le moment comment le régime agira. À la suite du
mouvement étudiant de 1999, il y a eu des confessions
télévisées, mais pas de vagues
exécutions sommaires », a tenu à rappeler
Tom Porteous.
L’élection d’Ahmadinejad confirmée
Cinq
employés de l’ambassade britannique
libérés
— La police iranienne était déployée en
force dans les rues de Téhéran, hier soir, alors
que le Conseil des gardiens a validé la
réélection de Mahmoud Ahmadinejad sur la foi
d’un nouveau dépouillement partiel des urnes
rejeté d’avance par les candidats contestataires.
Sur
cette photo transmise par l’agence iranienne ISNA, le
président iranien Mahmoud Ahmadinejad visite le
chantier de construction d’un tunnel de l’autoroute devant
relier Téhéran à Chalous, sur la mer
Caspienne.
Parallèlement, l’Iran a libéré cinq des
neuf employés locaux de l’ambassade de Grande-Bretagne
et assuré qu’il ne souhaitait pas réduire ses
relations diplomatiques avec les Occidentaux.
Téhéran accuse Londres d’avoir orchestré
la contestation des résultats du scrutin
présidentiel, qui a donné lieu aux
manifestations les plus violentes de l’histoire de la
République islamique, lesquelles ont fait au moins 20
morts.
En soirée, l’ayatollah Ahmad Janati, chef du Conseil
des gardiens de la Constitution, organe chargé de
valider les élections, a confirmé les
résultats de la présidentielle du 12 juin, en se
fondant sur le dépouillement de 10% des urnes prises
« au hasard » dans tout le pays.
« Nous confirmons le résultat de la 10e
élection présidentielle », a
déclaré M. Janati, selon le texte d’une lettre
au gouvernement lue à la télévision.
« La majorité des objections (que nous avons
examinées) n’ont pas été
considérées comme des fraudes, mais n’ont
été que des irrégularités mineures
qui se produisent lors de chaque élection. Elles ne
sont pas significatives et les objections sont donc
infondées », a estimé M. Janati.
Le sortant Ahmadinejad a officiellement obtenu 63% des voix,
contre 34% pour son principal rival, Mir Hossein Moussavi.
Le dépouillement partiel est censé mettre un
terme aux accusations de fraude portées par M. Moussavi
et les deux autres candidats, Mehdi Karoubi et Mohsen
Rezaï. Mais ces derniers ont refusé de
déléguer leurs représentants au
dépouillement, en mettant en doute
l’impartialité du Conseil.
Des témoins ont précisé que des milliers
de policiers et de miliciens du Bassidj étaient
déployés, hier soir, dans un « quadrillage
systématique » des principales places et
artères de Téhéran pour dissuader les
éventuels manifestants.
Les forces de
sécurité effectuaient des contrôles
d’identité des automobilistes et fouillaient parfois le
coffre des véhicules.
Londres a confirmé, hier, les libérations de
cinq employés locaux de son ambassade à
Téhéran, le premier ministre Gordon Brown
appelant l’Iran à libérer leurs quatre
collègues, jugeant leur maintien en détention
« inacceptable » et « injustifiable ».
Hassan Ghashghavi, porteparole du ministère des
Affaires étrangères, a assuré que ces
arrestations n’annonçaient pas « une
réduction » des liens diplomatiques, mais
signalé qu’elles étaient fondées sur des
« preuves ».
« Harcèlement », dit Clinton
L’Iran avait accusé l’ambassade britannique d’envoyer
son personnel « parmi les émeutiers pour les
guider ».
La secrétaire d’État américaine, Hillary
Clinton, a dénoncé hier le «
harcèlement déplorable » dont sont
victimes les diplomates britanniques.
Le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, a
laissé entendre que des sanctions contre
Téhéran pourraient être votées lors
du prochain sommet du G8 à L’Aquila, en Italie, alors
que « plus de 2000 personnes » ont
été arrêtées en Iran depuis le
scrutin, selon la Fédération internationale des
ligues des droits de l’Homme (FIDH).
Da ns u n c ommu n i qué , Amnistie internationale a
dit craindre que des dirigeants de l’opposition soient
torturés en prison pour obtenir des « aveux
télévisés en prélude à des
procès iniques où ils seraient passibles de la
peine de mort. »
« Si ces craintes sont avérées, il
s’agirait d’une tactique épouvantable des services de
sécurité pour faire taire des dirigeants
politiques une bonne fois pour toutes et adresser un message
clair aux autres », indique le communiqué.
IRAN Huit employés
de l’ambassade britannique sont arrêtés
— L’Iran a
annoncé hier l’arrestation de huit employés locaux
de l’ambassade de GrandeBretagne à Téhéran
dans le cadre de la crise née de la
réélection contestée du président
Mahmoud Ahmadinejad, mesure qualifiée d’«
intimidation » par Londres.
« L’ambassade de GrandeBretagne a joué un
rôle important dans les récentes émeutes
», qui ont fait au moins 20 morts et ébranlé
la République islamique, a accusé le ministre
iranien du Renseignement, GholamMohseniEjei, cité par
l’agence Irna.
La
Grande-Bretagne, par la voix de son ministre des Affaires
étrangères David Mi l iband, s’est dite «
profondément préoccupée »,
évoquant du « harcèlement » et de
l’« intimidation » de la part Téhéran.
L’Union européenne a annoncé que « le
harcèlement et l’intimidation du personnel diplomatique
des pays européens recevraient une réponse forte
et collective de l’UE ». Les autorités iraniennes
accusent les Occidentaux, et au premier chef la Grande-Bretagne,
d’avoir planifié et mené la contestation.
Les Iraniens de Montréal défilent dans les
rues - Violaine Baillivy
Pour la
deuxième semaine d’affilée, des centaines
d’Iraniens sont descendus dans les rues de Montréal
afin de dénoncer le résultat des
élections du 12 juin dernier. Ils ont marché
pendant près de trois heures pour réclamer la
reprise du vote. Mais aussi pour soutenir moralement un ami
blessé dans une manifestation à
Téhéran, un proche emprisonné sans
raison apparente ou une mère paralysée
à l’idée de sortir dans les rues de la
capitale tourmentée.
PHOTO ROBERT SKINNER, LA
PRESSE
Les manifestants réclament la
reprise du vote en Iran.
Mina ne sait pas si elle reverra un jour son cousin en vie.
Il a été attaqué la semaine
dernière à Téhéran par des
partisans d’Ahmadinejad alors qu’il prenait part à un
rassemblement de partisans du candidat défait Mir
Hossein Moussavi. Les dernières nouvelles qu’elle a
de lui ne sont pas rassurantes : « Il est toujours
à l’hôpital, dans un état critique.
C’est injuste. Il était innocent. Il n’avait rien
fait. »
Dans la foule de marcheurs souvent vêtus de noir,
hier, son récit n’était pas unique. Quelques
enjambées plus loin, Irag racontait que sa
mère et ses soeurs n’osent pratiquement plus mettre
le pied hors de leur appartement depuis deux semaines.
« Elles ont peur d’être prises dans des
affrontements entre les partisans des deux camps. Les
autorités ne tolèrent aucune contestation.
»
La cousinedeBahar a hésité longuement avant
d’oser se présenter la semaine dernière
à la séance annuelle d’examens d’admission
à l’Université de Téhéran.
« Elle avait peur que le campus soit la cible d’une
attaque des autorités qui ont fait plusieurs
descentes, la nuit, dans des dortoirs pour mater les jeunes
opposants du régime en place. » Comme Mina,
Irag et la plupart des marcheurs interrogés par La
Presse, Bahar a préféré taire son
patronyme, craignant que sa famille ne soit victime de
représailles.
« La
liberté a disparu »
Revêtant un chandail à l’effigie de Neda, cette
jeune étudiante tuée par balle dans une
manifestation à Téhéran qui est devenue
le symbole de la contestation, Mina portait un regard
très sombre sur la situation: « C’est terrible:
la liberté a disparu. »
« L’idée n’est pas de prendre partie pour l’un
ou l’autre des candidats, mais il faut que les violences
cessent. Des milliers de personnes ont été
emprisonnées injustement et on ne leur permet pas de
contacter leurs proches », a aussi
dénoncé Sahar Moufidi, l’une des
organisatrices de la marche.
Scandant « Mort au dictateur! » des manifestants
ont aussi réclamé la chute du régime de
l’ayatollah Ali Khamenei. « Il faut que la controverse
entourant le résultat du scrutin devienne un levier
pour permettre un changement de régime. Il faut que
les abus cessent », a raconté Bahar.
La manifestation a eu lieu dans le calme à
Montréal pendant que de nouveaux affrontements
opposaient à Téhéran plusieurs milliers
de partisans de Mir Hossein Moussavi aux autorités
iraniennes. Des témoins ont déclaré
à l’Associated Press que des manifestants ont
été frappés par des policiers, mais ces
informations n’ont pu être vérifiées de
sources indépendantes en raison des restrictions
imposées aux journalistes en Iran au cours des
derniers jours.
IRAN Mir Hossein Moussavi exige une commission
indépendante
— Le candidat
malheureux à la présidentielle iranienne, Mir
Hossein Moussavi, a rejeté hier toute participation
à une commission qui ne soit pas indépendante pour
enquêter sur le scrutin du 12 juin dont il continue
à demander l’annulation.
« Le Conseil des gardiens (de la Constitution) et surtout
une commission qui est nommée par ce Conseil ne peut
parvenir à un jugement équitable », a
déclaré M. Moussavi, sur le site internet de son
journal Kalemeh.
« J ’ i nsiste à nouveau sur l’annulation (des
résultats) de l’élection comme la façon la
plus appropriée de trouver une issue au problème
», a-t-il ajouté.
Le Conseil des gardiens de la Constitution, l’organe
chargé de superviser les élections et d’en valider
les résultats, a annoncé vendredi la
création d’une commission spéciale devant
préparer un rapport sur le scrutin, tout en affirmant
qu’il n’y avait pas eu de fraude lors de la
réélection du président Ahmadinejad.
Ce conseil a appelé les candidats « Mir Hossein
Moussavi et Mehdi Karoubi à présenter leurs
candidats dans 24 heures (pour participer à cette
commission) pour qu’il n’y ait plus d’ambiguïtés et
de questions sur l’affaire des élections ».
« Je suggère que l’affaire soit renvoyée
à un organe (...) respectueux de la charia, légal
et indépendant, approuvé par tous les candidats et
soutenu par ces hauts responsables religieux qui cherchent
à résoudre l’affaire », a
répliqué hier M. Moussavi.
LeConseil de discernement, l’organe suprême d’arbitrage
iranien présidé par l’ex-président Akbar
Hachémi Rafsandjani, avait appelé hier «
tous les candidats à coopérer au maximum avec le
Conseil des gardiens de la Constitution », selon un
communiqué rapporté par l’agence Isna.
Cet organe qui conseille le guide suprême, l’ayatollah Ali
Khamenei, a également demandé au Conseil des
gardiens « un examen précis de toutes les plaintes
et protestations et des réponses aux
ambiguïtés » entourant le scrutin.
Vagues
internationales
Sur le plan international, M. Ahmadinejad s’en est de nouveau
pris au président américain Barack Obama, qui
s’était dit la veille « outré » par
la répression des manifestations.
« Il a parlé de réformes et de changement,
pourquoi alors intervient-il (dans les affaires
intérieures iraniennes) et fait-il des commentaires
impolis », a-t-il dit.
Le président iranien a également
dénoncé les « propos insultants de
certains responsables occidentaux » envers l’Iran, en
affirmant qu’il allait désormais profiter de sa
présence « dans toutes les instances
internationales pour faire le procès » de ces
dirigeants.
Réunis à Trieste en Italie, les chefs de
diplomatie du G8 avaient demandé vendredi la fin des
violences et invité le pouvoir iranien à
respecter en particulier « le droit d’expression
».
Deux semaines après la proclamation de la victoire de
M. Ahmadinejad avec 63% des voix, le mouvement de contestation
s’essouffle et Téhéran était calme hier.
Mais aumoins 20 personnes ont été tuées
pendant les manifestations.
Les autorités continuent pourtant de faire pression et
ont perquisitionné les locaux d’un parti politique
ayant soutenu M. Moussavi pendant la campagne.
« Des agents (des forces de sécurité) se
sont rendus au siège du parti Kargozaran et ont
emporté des documents et des ordinateurs », a
rapporté le quotidien réformateur Etemad Melli
sans préciser de date.
IRAN Une révolte «
irrémédiable », selon Amir Khadir
LedéputéAmirKhadir
a lecoeurdu côtédeTéhérances
jours-ci. Unique représentant deQuébec solidaire
à l’Assemblée nationale, ce médecin a
quitté l’Iran en 1971 pour fuir, avec ses parents, la
répression du schah. Depuis l’élection
présidentielle du 12juin, il est
régulièrement en contact avec des proches
restés dans son pays natal. Il leur parle tous les deux,
trois jours, question de s’assurer qu’ils vont bien et de
« prendre l’air du temps ». Il a partagé
sesobservations avecLa Presse hier, à l’occasion d’une
conversation téléphonique. QQu’est-
ce qui vous frappe dans les événements
récents en Iran? R Ce qui me frappe le plus, c’est la
détermination des gens. Tout récemment, la femme
d’un cousin me disait qu’ils n’allaient pas laisser tomber. Il y
a toujours ces clameurs dans la ville, la nuit, quand les gens
montent sur les toits pour crier « Allah Akbar ».
L’intimidation et la peur, ça ne marche pas tellement.
Pourtant, les milices sont effrayantes, avec leurs motos et
leurs armes. QOn
a pourtant l’impression que les manifestants se font moins
nombreux, non? R Les gens ne veulent pas mettre la vie des
manifestants en danger, ils revoient leur stratégie. Les
groupes de jeunes organisent maintenant des manifestations
éclair, de façon sporadique et aléatoire.
Ils restent pendant 15 minutes à un endroit, le temps que
ça prend aux policiers pour arriver. Mais je crois qu’ils
sont aussi en train de préparer une démonstration
de force plus grande dans quelques jours. QQue
veulent au juste les manifestants ? Réformer le
régime ou l’abolir ? R Il y a beaucoup
d’éléments dans ce nouveau pouvoir de la rue qui
s’est approprié la campagne deMoussavi, mais qui l’a
largement dépassé sur sa gauche. Pour ces gens,
Moussavi n’est pas un idéal ou un aboutissement, mais
plutôt un véhicule pour déjouer le
régime et affaiblir de façon durable la structure
de pouvoir théocratique. Mais il faut savoir que beaucoup
de gens allaient voter non seulement contre le caractère
rigoriste du régime, mais à cause du danger d’une
intervention armée israélienne en cas de
réélection d’Ahmadinejad. Ils voulaient
neutraliser le prétexte qu’Ahmadinejad donne à la
droite au pouvoir en Israël. QEst-
ce que
Moussavi représente aussi un véhicule pour les
femmes qui veulent faire avancer leurs droits en Iran? R Vous
avez peut-être vu ces images de manifestations où
les des femmes, voyant une caméra, ouvraient leur main
droite, où elles avaient inscrit le mot femme et un
signe d’égalité, puis leur main gauche,
où il y avait le signe d’égalité suivi du
mot: homme. Oui, le mouvement des femmes est très
présent. QSur
q u o i misent protestataires ? R Il y a beaucoup de rumeurs
à Téhéran sur les fissures au sommet du
pouvoir. Ça alimente l’espoir et l’audace. Ces rumeurs
reposent sur des faits réels. Les voix critiques
viennent de partout, de grands ayatollahs comme d’anciens
hauts dirigeants du régime. Un ancien gardien de la
révolution exilé en Occident dit que, selon ses
sources, la moitié desmembres de la direction des
Gardiens de la révolution ne veulent pas intervenir
contre les manifestants, par exemple. QÀ
quoi doit-on s’attendre maintenant ? R Les manifestations
urbaines vont se poursuivre. Il y aura de la
répression. Mais à terme, c’est une situation
irrémédiable et sans retour. Je ne vois pas
comment le régime théocratique et le pouvoir du
guide suprême peuvent se sortir indemnes de cette
confrontation.
TÉHÉRAN « Il n’y a
eu aucune fraude » affirme le régime
ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE IRANIENNE
TÉHÉRAN — L’organe chargé de
superviser les élections et d’en valider les
résultats a annoncé la création d’une
commission qui devra préparer un rapport sur le
scrutin contesté du 12 juin, tout en affirmant
qu’il n’y avait pas eu de fraude lors de la
réélection du président Ahmadinejad.
Le comité
Iran-Montréal a organisé hier soir un
vigile de solidarité pour le peuple iranien
à la place du Canada, au coin des rues Peel et
Sainte-Catherine.
Le G8 a par ailleurs appelé Téhéran
à cesser la répression envers les
manifestants qui contestent les résultats des
élections. Le président américain
Barack Obama a prévenu qu’il y aurait un impact sur
la diplomatie directe avec l’Iran, soulignant cependant la
poursuite des discussions multilatérales.
« Nous pouvons dire avec certitude qu’il n’y a eu
aucune fraude », a déclaré Abbasali
Kadkhodai, porte-parole du Conseil des gardiens de la
Constitution, l’institution chargée de confirmer la
validité des scrutins.
Le principal rival d’Ahmadinejad et chef du mouvement de
contestation, Mir Hossein Moussavi, et le candidat
réformateur Mehdi Karoubi réclament toujours
l’annulation du scrutin pour fraude.
« La dernière élection a
été la plus propre » de toutes les
présidentielles en Iran, a dit M. Kadkhodai.
« Les examens faits au cours des 10 derniers jours
montrent qu’en dehors d’irrégularités
mineures (...), il n’y a pas eu
d’irrégularités majeures. »
M.
Kadkhodai a annoncé ensuite que le Conseil des
gardiens avait décidé de créer une
commission spéciale comprenant des
personnalités politiques et des
représentants des candidats « protestataires
» pour préparer un rapport sur le
déroulement de la présidentielle, selon
l’agence de presse Isna.
M. Kadkhodai a appelé les candidats à la
présidentielle « Mir Hossein Moussavi et
Mehdi Karoubi à présenter leurs candidats
sous 24 heures (pour participer à cette commission)
pour qu’il n’y ait plus d’ambiguïtés et de
questions sur l’affaire des élections ».
Il a ajouté que « le dépouillement des
voix se fera en présence des médias ».
Des manifestations sans précédent ont suivi
l’annonce de la victoire du président Ahmadinejad.
Mais le pouvoir est ensuite parvenu à
réprimer la contestation dans la rue qui a fait au
moins 17 morts selon des médias officiels.
La chaîne publique iranienne Press TV a de son
côté fait état de 20 morts, dont huit
membres de la milice Bassidj.
Iran : Le ministre canadien des Affaires
étrangères dit avoir les mains liées
OTTAWA — Le
ministre des Affaires étrangères Lawrence
Cannon, aux côtés de ses homologues du G8 en
Italie, a une fois de plus condamné la violence
utilisée par les autorités iraniennes pour
réprimer les manifestations des opposants au
régime, mais il a admis que la communauté
internationale avait « les mains liées »
dans ce dossier.
En conférence de presse téléphonique, le
ministre Cannon a soutenu que les Iraniens avaient le droit de
manifester : « Le peuple iranien mérite de se
faire entendre sans crainte d’intimidation ou de violence.
»
Malgré
tout, M. Cannon est forcé d’admettre que la
communauté internationale ne peut s’immiscer dans les
affaires de l’Iran car le gouvernement iranien est «
souverain dans ses démarches ». « Mais nous
le condamnons avec la plus grande force possible »,
a-t-il ajouté.
Le ministre Cannon s’inquiète par ailleurs que Saeed
Mortazavi ait été retenu pour mener une
enquête sur les personnes arrêtées lors des
manifestations. Il s’agit du même homme chargé du
dossier du meurtre de la journaliste canadienne Zahra Kazemi
qui a été arrêtée, torturée
et tuée en 2003.
« M. Mortazavi, dans ce dossier a fait preuve d’un
mépris flagrant des droits de la personne et des
libertés fondamentales », a indiqué M.
Cannon dans un communiqué de presse.
L’homme qui défie le pouvoir -
Alexandre Sirois
MIR HOSSEIN
MOUSSAVI Principal rival de l’ultraconservateur Mahmoud
Ahmadinejad à la présidentielle iranienne du 12
juin, Mir Hossein Moussavi persiste et signe. Il continue de
défier le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali
Khamenei, et de dénoncer « le
L’avenir du mouvement de résistance dépend
maintenant en bonne partie de ses actions et décisions.
On dit qu’il souffre d’un cruel manque de charisme. Pourtant Mir
Hossein Moussavi se dresse avec conviction face au pouvoir
iranien et galvanise les foules depuis l’élection du 12
juin dernier.
PHOTO MORTEZA NIKOUBAZL,
REUTERS
Mir Hossein Moussavi veut conserver les
valeurs de la révolution islamique:
indépendance, liberté et république
islamique.
Les moins jeunes en Iran se rappellent que Mir Hossein Moussavi
rêvait jadis de répandre la révolution
islamique aux quatre coins du monde. Et qu’il voyait d’un bon
oeil la prise d’otages américains à
Téhéran, à la fin des années 70.
Pourtant, au cours des derniers mois, il a promis de changer
l’image de son pays à l’étranger. Et de
privilégier le dialogue avec l’Occident. Tout le
contraire de son rival et vainqueur officiel de la
présidentielle, Mahmoud Ahmadinejad, pour qui la
provocation était une seconde nature.
« Il n’a jamais appartenu à la famille
réformatrice sur le plan politique »,
précise cependant Houchang Hassan Yari, professeur au
Collège militaire royal du Canada à Kingston. Mais
les circonstances ont fait de lui le candidat de la
réforme, dit ce spécialiste de l’Iran.
« Il est conservateur, mais pas dans le sens
d’Ahmadinejad. Plutôt parce qu’il veut conserver les
valeurs de la révolution iranienne: indépendance,
liberté et république islamique. Mais il est
réformateur dans le sens où il voulait changer les
politiques négatives d’Ahmadinejad », ajoute
l’expert.
Son conservatisme n’est pas une surprise. Mi r Hossein Moussavi
est issu de l’intérieur même du régime.
Né en 1941 dans la province azerbaïdjanaise de
l’Iran, il a carrément été l’un des
instigateurs du Parti islamique du pays.
Architecte de formation, il aura connu son heure de gloire, en
politique, de 1981 à 1989. Il a su brillamment tirer son
épingle du jeu comme premier ministre du pays. Ce qui
n’était pas une mince affaire puisque l’Iran était
en guerre contre l’Irak
Il a
été conseiller de deux présidents : Ali
Akbar Hachémi Rafsandjani et Mohammad Khatami. Ces
alliés ont soutenu avec vigueur sa candidature à
la présidence.
Malgré ces appuis, l’heure de vérité a
sonné pour Mir Hossein Moussavi. Et l’avenir du mouvement
de résistance dépend maintenant en bonne partie de
ses actions et décisions.
Mardi, le Conseil des Gardiens de la Constitution a
officiellement fait savoir que les jeux sont faits. Rien ne va
plus pour les opposants à Mahmoud Ahmadinejad. Il n’y
aura pas de nouveau scrutin et le président
réélu sera investi d’ici la mi-août, a-t-on
statué.
Au pied du mur, Mir Hossein Moussavi a continué de
défier les autorités. Il a annoncé qu’il
publiera sous peu « un rapport complet sur la fraude
électorale et les irrégularités »
commises lors de l’élection.
« Il sent profondément qu’une fraude a eu lieu et
qu’il faut protéger la révolution de Khomeiny
contre les démagogues qui se réclament aujourd’hui
de l’héritage de Khomeiny mais ne le respectent pas
», explique Houchang Hassan Yari.
« Sur la base de ce qu’il a dit et fait jusqu’à
maintenant, à mon avis, il va rester jusqu’au bout. C’est
quand même extraordinaire pour quelqu’un qui connaît
très bien le système. Et qui sait que ce
système, s’il se sent menacé, fera tout pour
enlever la menace », dit l’expert.
Mir Hossein Moussavi, en effet, connaît ce système
de façon intime. Il sait ce qui risque d’arriver s’il
continue d’y résister coûte que coûte. C’est
pour cette raison qu’il s’est récemment dit «
prêt à mourir en martyr ».
La répression se durcit en Iran
NOUVELLES
VIOLENCES À TÉHÉRAN
Les dirigeants iraniens déploient la répression
sur tous les fronts pour venir à bout des
protestataires qui dénoncent la fraude
électorale du 12 juin et appellent à la tenue
d’un nouveau scrutin présidentiel.
Des
membres du personnel de sécurité sont assis
face au parlement iranien, à Téhéran.
Les corps d’armée et de police ont été
déployés afin de réprimer les
manifestations qui contestent la légimité de
la dernière élection présidentiuelle
dans ce pays.
Le régime mise sur la propagande,
dénonçant l’ingérence de gouvernements
étrangers et multipliant les confessions publiques
d’opposants « repentis ». Mais il joue
également la carte de la peur. Des centaines de
personnes ont été arrêtées au cours
des derniers jours. Et hier, la police a réprimé
brutalement une nouvelle manifestation à
Téhéran.
La machine répressive s’attaque même à des
héros nationaux tels qu’Ali Karimi, le plus
célèbre des joueurs de soccer en Iran.
Jugé coupable d’avoir arboré un bracelet vert,
la couleur qui rallie les opposants du président
Mahmoud Ahmadinejad, ce dernier a été banni
à vie, hier, de l’équipe nationale. Trois autres
joueurs ont connu le même sort.
Ce geste a surtout une valeur symbolique, étant
donné la passion que le président sortant,
Mahmoud Ahmadinejad, voue à ce sport. Mais de nombreux
autres signaux se sont multipliés au cours des derniers
jours, annonçant que le régime n’a aucune
intention de tolérer ses opposants.
La machine de répression vise les proches du candidat
officiellement défait Mir Hossein Moussavi, mais aussi
les militants des droits de l’homme et tous ceux qui ont le
malheur de s’approcher des lieux des manifestations.
Plus d’un millier de personnes ont été
arrêtées depuis le début de la
révolte, selon l’organisme Human Rights Watch. Parmi
eux, la majorité des proches collaborateurs de Mir
Hossein Moussavi, dont 25 journalistes qui écrivaient
pour son quotidien de campagne, désormais fermé.
Ces détenus feront face à l’une des figures les
plus terrifiantes du système judiciaire iranien,
souligne Human Rights Watch dans une analyse publiée
mardi. Le procureur Saeed Mortazavi, qui a été
chargé des enquêtes sur plusieurs des personnes
arrêtées, a été impliqué,
dans le passé, dans de nombreux cas de détention
illégale, de faux aveux et de torture.
Un massacre
Devant la menace, le mouvement de protestation s’essouff le,
et de nombreux habitants de Téhéran n’osent
même plus sortir dans la rue. Mir Hossein Moussavi
lui-même n’est pas paru en public depuis plusieurs
jours. Mais sa femme, Zahra Rahnavard, qui joue un rôle
de premier plan dans l’épreuve de force en cours depuis
deux semaines, a appelé hier à la poursuite des
manifestations. Une cérémonie de deuil pour les
victimes des affrontements doit d’ailleurs avoir lieu
aujourd’hui.
Dans une déclaration qui ne laisse aucun doute sur sa
détermination à écraser la
révolte, le guide suprême du pays, l’ayatollah
Ali Khamenei, a réitéré hier que «
le peuple ne céderait jamais sous la pression. »
Des centaines
de personnes ont pourtant participé à un
rassemblement dans un square près du Parlement, dans la
capitale iranienne.
Les médias étrangers ayant été,
pour la plupart, chassés de l’Iran, c’est par des
témoignages et des images recueillis directement sur
leurs sites internet que l’on peut suivre le fil des
événements.
« Tout à coup, au moins 500 hommes armés
de bâtons ont surgi d’une mosquée et ont
commencé à frapper tout le monde »,
raconte une femme dont le témoignage a
été posté hier sur le site du Guardian.
« Ils essayaient de battre tout le monde sur le pont,
puis de jeter les gens en bas du pont, poursuit-elle. Ils ont
battu une femme si sauvagement qu’elle baignait dans son sang,
c’était un vrai massacre. »
« Ils nous attendaient, avec leurs fusils et leur
équipement antiémeutes, raconte un autre
témoin à CNN. C’était comme une
souricière, je vois partout des gens avec des bras et
des jambes cassés, il y a du sang partout. »
Pour la première fois, hier, ce ne sont pas seulement
les miliciens pro-Ahmadinejad qui ont attaqué les
manifestants, mais aussi les forces des Gardiens de la
révolution et la police régulière –
faisant fondre l’espoir que les forces de l’ordre penchent en
faveur des manifestants.
« Le régime iranien a appris de
l’expérience de la révolution de 1979 et fait
tout pour empêcher que la vague de protestations
s’amplifie », constate Houchang Hassan-Yari,
politicologue canadien originaire de l’Iran. Selon lui,
à l’époque, le régime du schah avait
donné du lest à ses opposants, qui ont fini par
le renverser.
Des fissures
Le régime ac t uel recour t d’autant plus à la
méthode dure qu’il est loin de présenter un bloc
monolithique. Des fissures internes sont apparues au cours des
derniers jours, signale M. Hassan-Yari. Ainsi, Ali Larijani,
président du Parlement iranien, a accusé de
manière à peine voilé le Conseil des
gardiens de la Constitution, chargé d’entériner
le résultat des élections, de favoriser le
président sortant.
Le grand ayatollah Hossein Ali Montazeri, l’un des architectes
de la révolution islamique de 1979, a de son
côté appelé à trois jours de deuil
en mémoire des victimes des violences.
« Il se passe beaucoup de choses der rière les
rideaux du pouvoir, et ces fissures ne vont pas
disparaître même si le mouvement de protestation
est éteint », prévoit Houchang
Hassan-Yari.
OPINION Le post-islamisme est commencé
- Michel Wieviorka
La victoire
volée d’Ahmadinejad puis la répression de la
contestation ont dévoilé à la face du
monde entier l’épuisement du régime des
ayatollahs
Les ayatollahs ont gagné, ils détiennent le
pouvoir, pour l’instant. Mais ils ont perdu toute
légitimité, en interne comme face au monde.
AL’auteur est directeur d’études à
l’École des hautes études en sciences sociales,
à Paris. u départ, il y a 30 ans, une
révolution religieuse renversait le régime
modernisateur et brutal du Shah. La guerre avec l’Irak,
soutenu à l’époque par les ÉtatsUnis,
lestait la Révolution islamique d’une dimension
patriotique forte. Et de plus en plus, le pouvoir des
ayatollahs s’est écarté des aspirations
populaires ; pour se maintenir, il a alors constamment
conjugué la répression à un populisme
à fortes connotations nationalistes.
PHOTO FOURNIE PAR AGENCE
FRANCE-PRESSE
Une bonne part de la jeunesse
iranienne se détache non pas de la foi, mais de ceux
qui, en son nom, exercent un pouvoir autoritaire, et
archaïque culturellement.
En s’affirmant comme puissance régionale
incontournable, en prétendant au leadership
idéologique dans l’action du monde musulman face
à Israël, quitte à tenir un discours
purement antisémite, en soutenant le Hezbollah et le
Hamas et en développant un programme qui devrait lui
apporter la maîtrise du feu nucléaire, le
régime a pu faire illusion et conserver une certaine
emprise sur la population. Mais la manipulation
démagogique, en amont de l’élection
présidentielle, la tricherie, la victoire volée,
puis la répression de la contestation ont
dévoilé à la face du monde entier
l’épuisement du régime.
Les vainqueurs politiques et moraux de l’élection
présidentielle, ceux qui ont voté pour Mir
Hossein Moussavi, n’ont pas rompu avec la religion, ils sont
et demeurent croyants. Comme l’a montré Farhad
Khosrokhavar ( Avoir vingt ans au pays des ayatollahs, Robert
Laffont, 2009), une bonne part de la jeunesse iranienne se
détache non pas de la foi, mais de ceux qui, en son
nom, exercent un pouvoir autoritaire, et archaïque
culturellement. Elle n’est pas antipatriotique, mais elle est
désireuse de participer culturellement et
économiquement à la globalisation, elle
apprécie la musique, le sport, elle veut pouvoir avoir
des relations amoureuses et sexuelles, elle déteste les
mollahs et des ayatollahs.
L’attachement
à la démocratie va bien au-delà de la
seule jeunesse, c’est une large partie de la population qui
vient de marquer son rejet d’un islamisme devenu dictature
violente. Les ayatollahs ont gagné, ils
détiennent le pouvoir, pour l’instant. Mais ils ont
perdu toute légitimité, en interne comme face au
monde.
En déroute idéologique
Cette défaite n’est pas seulement celle d’une
élite corrompue, c’est celle de l’islamisme politique,
en général. Celui-ci associe un projet politique
à un pouvoir religieux: il est en déroute
idéologique, et cette fois-ci, il ne peut s’en prendre
qu’à lui-même. Ses représentants ne
peuvent pas accuser un pouvoir répressif et
lui-même antidémocratique, comme ce fut le cas en
Algérie; ils ne peuvent pas s’en prendre à
l’étranger pour diffuser la thèse d’un
quelconque complot extérieur. Et s’ils veulent mettre
en cause la modernité culturelle, ils ne peuvent plus
l’associer à un régime autoritaire comme
l’était celui du Shah: elle est désirée
par des pans entiers du peuple lui-même.
Le succès d’Ahmadinejad recouvre ainsi nettement une
débâcle politico-idéologique. L’islamisme
continuera vraisemblablement à animer des projets
terroristes, dans lesquels les protagonistes de la violence
agissent sans base réelle, au nom d’une population qui
en fait ne se reconnaît guère, ou bien peu dans
leurs discours et dans leurs actes. Il n’en a pas moins
échoué, cette fois-ci dans son berceau, au pays
de la Révolution qu’il avait inspirée.
Des résultats invraisemblables, selon une
étude britannique
Les
résultats officiels de l’élection
présidentielle en Iran montrent des renversements de
tendance « hautement invraisemblables » en faveur de
Mahmoud Ahmadinejad par rapport aux scrutins
précédents, selon une étude
réalisée par un institut britannique et rendue
publique hier. Selon l’institut indépendant Chatham
House, l’analyse des chiffres communiqués par le
ministère de l’Intérieur montre que Mahmoud
Ahmadinejad n’aurait pas remporté une victoire aussi
écrasante sans un changement radical des comportements
des ruraux et des électeurs réformateurs. Le
basculement concerne 50,9% des voix en faveur du
président réélu, qui aurait gagné
les suffrages de 47,5% de ceux qui avaient voté pour des
candidats réformateurs aux élections de 2005,
affirme l’étude. « Cela, plus qu’aucun autre
résultat, est hautement invraisemblable », selon
l’étude.
La révolution iranienne a un visage
Neda,
abattue samedi à Téhéran
Jusque-là, c’était une foule de manifestants
anonymes. Depuis hier, la résistance iranienne a un
visage, celui de Neda, morte par balle samedi à
Téhéran et dont on a vu l’agonie comme si on y
était, dans une vidéo largement
diffusée sur l’internet.
Des policiers motards
antiémeute iraniens escortent un véhicule
pour le chasser du centre de Téhéran.
En début de journée, hier, Neda Agha-Soltan
était donc une image, celle d’une jeune femme de 26
ans dont on voit d’abord les yeux. Des yeux
révulsés qui bientôt s’éteindront
alors qu’autour d’elle des gens appuient
désespérément sur sa poitrine pour
tenter de stopper l’hémorragie. C’est
déjà trop tard. S’écoulant à
grands flots de sa bouche et de son nez, son sang se
répand partout sur le pavé, le tout
capté par un téléphone cellulaire.
Pour les uns, Neda, c’est la Jeanne d’Arc iranienne; pour
les autres, la martyre de la résistance, une martyre
2.0, a même titré l’hebdomadaire
français L’Express pour bien illustrer sa fin
très publique et démultipliée dans tous
les sites internet. Une martyre qui porte le jean et le
foulard noir imposé aux femmes dans le régime
islamiste iranien.
Dans une déclaration très sentie, hier, Reza
Pahlavi, le fils de l’ancien shah d’Iran, a dit qu’il
considérait désormais Neda comme l’une de ses
filles. « Je garderai pour toujours une photo d’elle
avec moi, dans mon portefeuille. »
Selon les agences de presse, les autorités,
conscientes de la force de ce nouveau symbole, ont
exigé de la famille qu’elle ne tienne aucune
cérémonie funèbre, qu’elle ne parle pas
publiquement et qu’elle retire les bannières noires
de deuil à l’extérieur de la maison. Les amis
de Neda ne se sont pas tus pour autant.
Avec trois
de ses amis, la jeune Iranienne se rendait donc manifester
peu après 18 h 30, samedi. Comme ils étaient
pris dans un gros bouchon de circulation, Hamid Panahi, qui
était le professeur de musique de Neda, est sorti de
la voiture pour prendre un peu d’air et se délier les
jambes. Il a alors entendu un bruit, s’est retourné
et il a vu Neda, effondrée par terre. « Elle
n’avait pas le moindre caillou dans la main, mais ils l’ont
abattue. Il a suffi d’une seule balle », a-t-il dit.
Sur la vidéo, on entend un homme aux cheveux gris –
possiblement Panahi – répéter et
répéter : « N’aie pas peur, n’aie pas
peur, n’aie pas peur, Neda chérie, n’aie pas peur
». Neda aurait tout juste eu le temps de dire que
ça lui brûlait, que ça lui brûlait
terriblement. On aurait tenté de la transporter
à l’hôpital, mais elle était
déjà morte.
Récupération?
Selon le Los Angeles Times , Neda Agha-Soltan serait
née à Téhéran, d’un père
qui travaille au gouvernement et d’une mère au foyer.
Deuxième de trois enfants, elle avait
étudié la philosophie islamique à
l’Université Azad de Téhéran et
travaillait dans l’industrie touristique. Elle avait un peu
voyagé. Il y a à peine deux mois, elle
était en Turquie, profitant de vacances au bord de la
Méditerranée. Elle adorait la musique
populaire perse et était elle-même une
excellente chanteuse.
Elle était fiancée à Kaspeen Makan, qui
a tenu hier à rectifier quelques faits. Neda
n’était pas une activiste, a-t-il insisté.
C’était une électrice qui militait pour la
liberté, tout simplement. M. Makan a
dénoncé la récupération qui a
été faite de la mort de sa fiancée,
alléguant que la photo la montrant portant le bandeau
vert caractéristique des partisans du candidat Mir
Hossein Mousavi était truquée. « Elle ne
militait pour aucun camp. Elle était pour son pays,
pour que son pays fasse un pas en avant. »
Un Iranien en exil, un certain Hamed, s’est
présenté au journal britannique The Guardian
comme étant celui qui aurait posté la
vidéo sur l’internet. Il discutait dans le site
Facebook avec un ami qui lui aurait raconté que sa
femme venait tout juste de rentrer à la maison, les
vêtements couverts du sang d’une jeune femme. D’appels
en courriels, Hamed aurait été mis en contact
avec un Iranien qui possédait la vidéo et qui
lui aurait demandé de la poster sur l’internet. Pour
visionner la vidéo: http://www.cyberpresse.ca/video
Neda, l’immortelle - Mario Roy
D’un
côté, un État placé sous la
protect ion d’une divinité vengeresse et
gouverné par des hommes pétris dans la
culture religieuse, la plupart âgés,
puissants et accrochés au pouvoir,
sévères et impitoyables. De l’autre, une
jeune femme ordinaire, vêtue de jeans à
l’occidentale, tombée sous les balles au milieu
de l’avenue Karegar, à Téhéran,
lors des manifestations contre l’élection
présidentielle du 12 juin, en Iran. Elle
s’appelait Neda. Plusieurs versions existent quant
à son identité et aux circonstances de son
décès puisque, on le sait, la presse
internationale est menottée. Néanmoins,
les informations diffusées par la BBC, hier,
paraissent fiables. Ainsi, il s’agirait de Neda
Agha-Soltan, 26 ou 27 ans, qui s’est retrouvée
plus ou moins par hasard au milieu d’une foule fuyant un
assaut de la police. Elle aurait été
abattue par un milicien. Elle est morte en moins de deux
minutes, après que son dernier regard se soit
tourné vers l’appareil, probablement un
téléphone portable, avec lequel quelqu’un
captait la scène.
Cela s’est passé, samedi, peu avant midi (heure
de Montréal).
Le soir même, la vidéo avait
déjà circulé dans le monde entier.
Et Neda était devenue le symbole du
soulèvement des I raniens – on a le goût de
dire: surtout des Iraniennes – contre une
théocratie dorénavant tombée dans
le discrédit le plus total.
Un tel régime ne se remet pas d’une telle image:
c’est Neda qui est toute-puissante, maintenant.
Probablement la substance de tous les grands
événements de l’histoire se
concentre-t-elle en une image iconique – c’est
fréquent, en tout cas.
Le j
eune homme debout devant un char d’assaut de
l’armée chinoise, place Tiananmen. Boris Eltsine
grimpé sur un char d’assaut – un autre ! – devant
le parlement russe. Les premières briques
arrachées du mur de Berlin, une nuit de novembre.
Les puits de pétrole enflammés rougissant
les sables du désert, lors de la première
guerre du Golfe. La fillette nue, brûlée,
en pleurs, fuyant les bombes qui tombent sur son
village, au Vietnam...
Il est en outre remarquable que la portée de ces
événements soit tributaire d’une
technologie qui les définit aussi. Les presses
rotatives et la guerre hispano-américaine de
1898. La radioet l’ascension d’Adolf Hitler. Le film
d’actualité et la Seconde Guerre mondiale. La
télé diffusant (en différé)
les images du Vietnam. La première guerre du
Golfe montrée (en direct) par la
télé d’info continue, inventée par
CNN...
Ainsi, les événements de juin 2009 en Iran
sont ceux de l’internet 2.0. Du web
«social». Du portable planétairement
branché, de Facebook (où existe
déjà une page «Neda»), de
YouTube et de Twitter.
Jadis, on craignait le Big Brother orwellien à la
solde d’un pouvoir totalitaire. C’est le contraire qui
se produit. Des millions de little brothers grignotent,
image par image, les pouvoirs absolus
L’immortalité désormais acquise de la
jeune Neda est un monument à la modernité
sculpté dans l’atelier médiéval des
vieux ayatollahs.
La police tire des gaz lacrymogènes sur les manifestants
IRAN
TÉHÉRAN— La police antiémeute a
tiré, hier, des gaz lacrymogènes sur un
millier de partisans de l’opposition qui manifestaient
à Téhéran malgré un
avertissement de l’armée idéologique du
régime islamique d’écraser toute protestation
contre l’élection présidentielle
controversée.
Au dizième jour d’une crise sans
précédent depuis 30 ans en Iran,
provoquée par la réélection
contestée du président ultraconservateur
MahmoudAhmadinejad le 12 juin, le ton est encore
monté entre le pouvoir iranien et l’Occident, l’Union
européenne jugeant « inacceptables » les
accusations iraniennes d’ingérence.
La Grande-Bretagne, visée particulièrement par
ces accusations, va rapatrier les familles du personnel de
son ambassade à Téhéran, où une
manifestation d’étudiants proches du pouvoir est
prévue aujourd’hui.
LaMaison-Blanche a pour sa part déploré la
manière injuste dont est traité le peuple
iranien, après l’appel lancé samedi par le
président Barack Obama au gouvernement de
Téhéran pour qu’il mette fin aux violences et
aux injustices.
Dans l’après-midi, un millier de partisans du
mouvement de contestation, qui accuse le pouvoir de fraude
et réclame un nouveau scrutin, se sont
rassemblés sur la place Haft-é Tir
quadrillée par 500 policiers appuyés par des
bassidjis, miliciens islamiques.
La police a tiré des gaz lacrymogènes, ont
indiqué des témoins en faisant état de
l’arrestation d’une soixantaine de personnes. Des bassidjis,
armés de bâtons, matraques et câbles
d’acier poursuivaient des manifestants, dont certains
étaient ensuite emmenés par la police, ont
précisé les témoins alors que les
médias étrangers sont toujours interdits de
couvrir ces manifestations.
Riposte « révolutionnaire »
L’appel au
rassemblement avait été lancé entre
autres sur le site de microblogues Twitter en hommage
à Neda, cette jeune manifestante tuée samedi
d’une balle à la poitrine. Les manifestants ont ainsi
bravé un avertissement des Gardiens de la
révolution, le corps d’élite du régime,
qui ont menacé les protestataires d’une riposte
« décisive et révolutionnaire ».
C’est la première fois que les Gardiens lancent un
tel avertissement depuis le début, le 13 juin, du
mouvement de contestation populaire dirigé par le
principal rival de M. Ahmadinejad à la
présidentielle, Mir Hossein Moussavi.
Ce dernier avait appelé la veille à la
poursuite du mouvement, estimant que « protester
contre le mensonge et la fraude » était un
« droit ». Mais il avait engagé les
manifestants à éviter toute provocation et la
police et l’armée à ne pas agir « de
manière irréparable ».
Dix personnes ont été tuées et plus de
100 blessées dans les violences samedi, selon la
télévision d’État, portant à au
moins 17 le nombre de morts dans la capitale depuis le
début des troubles. Près de 460 personnes ont
été arrêtées, selon la
télévision.
Le réformateur Mehdi Karoubi, l’un des candidats
malheureux à la présidentielle, a
appelé à une cérémonie de deuil,
jeudi, en mémoire des manifestants tués et
demandé aux autorités de relâcher les
personnes arrêtées.
Le Conseil des gardiens de la Constitution, qui doit se
prononcer d’ici à demain sur les plaintes pour
irrégularités déposées par les
adversaires de M. Ahmadinejad, a reconnu qu’il y avait eu
plus de votes que d’électeurs potentiels dans 50
districts (sur 366). Mais il a affirmé que cela
n’influerait pas sur les résultats de
l’élection.
De nombreuses voix se sont élevées à
l’étranger pour dénoncer la validité du
scrutin et les violences, poussant Téhéran
à lancer une nouvelle charge contre cette «
ingérence » de l’Occident.
Le porte-parole de la MaisonBlanche, Robert Gibbs, a
estimé qu’il était évident,
après les récentes violences, que « la
justice n’avait pas été respectée
», ajoutant que le président Obama avait
été ému par le courage des manifestants
et en particulier par la passion des femmes défendant
leur liberté d’expression.
Ottawa réclame la libération des journalistes et
des prisonniers politiques
— Le
premier ministre canadien Stephen Harper a appelé
Téhéran à remettre en liberté
tous les prisonniers politiques et journalistes, y compris
canadiens, et jugé « inacceptable » le
recours à « la brutalité et à
l’intimidation » contre les manifestants.
« Le Canada exhorte les autorités iraniennes
à mettre fin immédiatement aux actes de
violence contre ses propres citoyens, à remettre en
liberté tous les journalistes et prisonniers
politiques – y compris les ressortissants canadiens – qui
sont détenus injustement » , a décla
ré M. Harper dans un communiqué.
Il a aussi appelé Téhéran «
à permettre aux journalistes iraniens et
étrangers de couvrir librement ces
événements historiques et à mener une
enquête transparente et complète sur les
allégations de fraude à l’élection
présidentielle ».
Un journaliste canadien travaillant en Iran pour
l’hebdomadaire américain Newsweek, Maziar Bahari ,
a été arrêté dimanche par les
autorités iraniennes. On est sans nouvelles de lui
depuis.
Inacceptable
Le premier ministre a en outre demandé au ministre
des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, de
convoquer le chargé d’affaires iranien à
Ottawa pour lui communiquer le point de vue du Canada. Les
deux pays, dont les relations sont tendues, n’ont pas
d’ambassadeurs actuellement.
« La réaction des autorités iraniennes
aux manifestations en Iran est tout à fait
inacceptable. Le régime a choisi le recours
à la brutalité et à l’intimidation
pour contrer l’opposition pacifique
déclenchée par les allégations graves
et légitimes de fraude électorale », a
poursuivi M. Harper.
« Le Canada continue d’appeler d’une voix forte et
cohérente le régime iranien à
respecter ses obligations internationales, en droit et en
pratique, en matière de droits humains », a
encore fait valoir M. Harper en soulignant que depuis six
ans, le Canada parraine une résolution sur la
situation des droits de l’homme en Iran à
l’Assemblée générale des Nations
unies.
Protester est un droit, dit Moussavi à ses partisans L’Iran
durcit le ton contre l’Occident
— Mi r H o s s
ei n Moussavi, rival malheureux de Mahmoud Ahmadinejad
à la présidentielle en Iran, a affirmé
hier que la contestation contre la fraude était un
droit, tout en appelant ses partisans à la «
retenue », après la mort d’au moins 10 personnes
dans une manifestation.
Les
manifestations contre le résultat de
l’élection présidentielle continuent en Iran,
comme on peut le voir sur cette photo captée sur
l’internet. Le candidat défait Mir Hossein Moussavi a
cependant appelé ses partisans à faire preuve
de retenue.
Plus tôt, Téhéran a durci le ton contre
l’Occident et en particulier contre la Grande-Bretagne,
accusée d’avoir voulu saboter le scrutin
présidentiel du 12 juin, alors que la crise la plus
grave depuis la fondation de la République islamique en
1979 est entrée dans sa deuxième semaine.
« En t a nt que personne endeuillée » par
les morts de la mani festation de samedi , « j’invite
mon cher peuple à la retenue », écrit M.
Moussavi, un ancien premier ministre, dans un
communiqué publié par le site internet de son
journal Kalemeh.
« Protester contre le mensonge et la fraude est votre
droit », poursuit M. Moussavi qui conteste les
résultats de l’élection et réclame son
annulation.
« Espérez obtenir vos droits et ne permettez pas
que ceux qui veulent vous met tre en colère
réussissent », déclare le candidat
conservateur modéré, disant aussi souhaiter
« que la police et l’armée n’agissent pas de
manière irréparable envers le peuple ».
La télévision d’État a affirmé que
10 personnes avaient été tuées et plus de
100 blessées samedi dans des mani festations, mettant
en cause des « agents terroristes » munis d’armes
à feu et d’explosifs, qu’elle n’a pas
identifiés. La chaîne de télévision
publique en anglais Press-TV a fait état de 13 morts.
Ces décès portent à au moins 17 le nombre
de personnes tuées depuis lundi dernier lors des
manifestations contre la réélection du
président Mahmoud Ahmadinejad.
Cesser les « ingérences »
De son côté, le président
ultraconservateur a demandé à Londres, mais
aussi àWashington, de cesser leurs «
ingérences » dans les affaires iraniennes.
« Ce n’est pas en tenant des propos hâtifs que
vous entrerez dans le cercle des amis de la nation iranienne
», a déclaré Mahmoud Ahmadinejad sur son
site internet. « Pour cette raison, je vous demande de
cesser vos ingérences. »
Peu
auparavant, son ministre des Af fai res
étrangères, Manouchehr Mottaki, a accusé
Londres de complot contre l’Iran, affirmant que « des
éléments liés aux services secrets
britanniques » avaient afflué en Iran avant
l’élection.
À Londres, ces accusations ont été
balayées. « Je rejette catégoriquement
l’idée que les manifestants en Iran sont
manipulés ou motivés par des pays
étrangers », a déclaré le
secrétaire britannique au Affaires
étrangères, David Miliband.
De même, à Washington, la démocrate Dianne
Feinstein, qui dirige la commission du Renseignement au
Sénat, a déclaré que les services de
renseignement américains n’avaient que peu de prise sur
ce qui se passe en Iran.
Expulsion
Au-delà des simples déclarations, les
autorités iraniennes ont aussi décidé
d’expulser le correspondant permanent de la BBC à
Téhéran, JonLeyne, sommédequitter le pays
avant 24 heures pour avoir « soutenu » les
émeutiers, selon l’agence Fars, proche du gouvernement.
Le ministère iranien de la Culture a en outre
menacé les médias britanniques de «
mesures de rétorsion » s’ils continuaient «
d’interférer dans les affaires intérieures de
notre pays en diffusant des informations mensongères ou
inexactes sur l’Iran ».
Selon l’organisation Reporters sans frontières, trois
journalistes iraniens ont été
arrêtés et incarcérés depuis
samedi, portant à 33 le nombre de journalistes et
cyberdissidents iraniens derrière les barreaux.
La chaîne de télévision d’informations en
continu à capitaux saoudiens, Al-Arabiya, a
annoncé que la fermeture de son bureau de
Téhéran, en vigueur depuis le 14 juin, avait
été prolongée « jusqu’à
nouvel ordre ».
Et le gouvernement iranien a convoqué les ambassadeurs
et représentants des 27 pays européens en poste
à Téhéran, selon le ministre
tchèque des Affaires étrangères, Jan
Kohout, dont le pays assure la présidence de l’Union
européenne.
Le président français Nicolas Sarkozy et la
chancelière allemande Angela Merkel ont pris hier la
tête des critiques contre les autorités
iraniennes, le premier réclamant « que la
lumière soit faite » sur l’élection
présidentielle, la seconde appelant à « un
nouveau décompte des voix ».
Tous deux ont réclamé la fin de la
répression et des violences contre les manifestants.
UN JOURNALISTE CANADIEN DE NEWSWEEK ARRÊTÉ
Un journaliste
canadien qui travaille en Iran pour l’hebdomadaire
américain Newsweek, Maziar Bahari, a été
arrêté hier par les autorités iraniennes, a
annoncé Newsweek. M. Bahari, qui vit en Iran et couvre
l’actualité du pays pour Newsweek depuis une dizaine
d’années, a été « arrêté
sans chef d’accusation par les autorités iraniennes et
n’a pas donné de ses nouvelles depuis », indique le
journal dans un communiqué. « Newsweek condamne
fermement cette détention injustifiée et appelle
le gouvernement iranien à le libérer
immédiatement », ajoute l’hebdomadaire, dont le
siège est à New York. « La couverture de
l’Iran par M. Bahari, pour le compte de Newsweek et d’autres
publications, a toujours été équitable et
nuancée », et il traite « tous les aspects
des sujets » sur lesquels il travaille, insiste Newsweek,
rappelant que le journaliste avait travaillé sous «
plusieurs gouvernements à Téhéran, y
compris l’actuel ». Newsweek demande « à la
communauté internationale de faire jouer toute
l’influence dont elle dispose auprès du gouvernement de
Téhéran pour lui faire comprendre clairement que
cette détention est injustifiée et inacceptable et
pour exiger la libération de M. Bahari ».
La fille de Rafsandjani remise en liberté
La
télévision d’État a annoncé hier
l’interpellation samedi soir de Faezeh Hachémi, fille
aînée de l’ancien président iranien
Hachémi Rafsandjani, l’un des hommes les plus influents
d’Iran, et de quatre autres membres de sa famille non
identifiés, pour avoir participé à des
manifestations qui n’avaient pas reçu le feu vert des
autorités. Par la suite, la télévision
d’État a annoncé la remise en liberté des
quatre autres personnes, puis dans la soirée,
après plusieurs heures en garde à vue, celle de
Faezeh Hachémi, ex-parlementaire âgée de 46
ans. La télévision d’État avait
diffusé des imagesmontrant la fille de Rafsandjani
s’adresser à des centaines de partisans de Moussavi.
Aujourd’hui à la tête de la puissante
Assemblée des experts – qui peut désigner et
destituer le guide suprême –, Hachémi Rafsandjani,
75 ans, n’a jamais fait mystère de son antipathie pour
l’ultraradical Mahmoud Ahmadinejad, lequel l’a accusé de
corruption.
Les Iraniens dans la rue à Montréal
EN BREF
Le vent de protestation contre les résultats de
l’élection présidentielle en Iran s’est fait
sentir jusque dans les rues de Montréal, hier. Quelques
centaines de personnes ont répondu à l’appel
lancé par de jeunes membres de la communauté
iranienne de Montréal et ont manifesté en
mi-journée dans le centre-ville pour réclamer la
tenue d’un nouveau scrutin. Dénonçant
sévèrement le travail des autorités
iraniennes et la mort de 17 personnes depuis le début des
manifestations à Téhéran la semaine
dernière, des marcheurs s’étaient habillés
de noir en signe de deuil ou de vert, la couleur fétiche
des partisans du candidat Mir Hossein Moussavi. Des
manifestations ont eu lieu presque tous les jours à la
place du Canada depuis l’annonce de la réélection
du président Ahmadinejad, le 12 juin dernier.
Ambassades sollicitées
Plusieurs
ambassades en Iran ont reçu des courriels leur demandant
d’ouvrir leurs portes aux manifestants de l’opposition pour
qu’ils puissent s’y réfugier, mais aucun cas de demande
effective d’asile n’a été confirmé, a-t-on
appris hier de sources diplomatiques. « Si la
décision devait être prise, ce serait un geste
très fort à l’égard du gouvernement iranien
», a souligné la directrice du service de presse du
ministère suédois des Affaires
étrangères, Cecilia Julin. « Je ne sais pas
d’où venaient ces courriels, mais personne ne s’est
présenté pour demander asile », a
déclaré à l’AFP un responsable du
ministère finlandais des Affaires
étrangères spécialiste du Golfe, Anssi
Leino. Selon Stockholm, les ambassades à
Téhéran des pays de l’UE ont discuté entre
elles de cette question, mais aucune information quant à
une position commune n’était connue hier en début
de soirée. Une liste d’ambassades
présentées comme acceptant des blessés
circule sur l’internet. Elle comprend notamment l’Allemagne,
l’Australie, la Belgique, la Finlande, la France et le Mexique.
Ignatieff veut que l’ambassade de Téhéran
accueille les blessés
OTTAWA— Le
chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, demande
qu’Ottawa vienne en aide aux blessés à son
ambassade à Téhéran, mais le
ministère des Affaires étrangères
réplique qu’il peut seulement offrir un refuge à
des personnes en des circonstances exceptionnelles.
M. Ignatieff a fait cette demande dans un communiqué
diffusé tard en soirée samedi. Il y
dénonce également le recours à la
violence par le gouvernement iranien pour réprimer une
manifestation pacifique dont les participants appelaient
à des élections démocratiques.
Des informations contradictoires circulent au sujet de
l’accueil de blessés, samedi, à l’ambassade
canadienne à Téhéran. Mais la
porte-parole du ministère des Af faires
étrangères, Simone MacAndrew, a démenti
cellesci, affirmant que l’établissement était
fermé et qu’il n’avait donc pas pu servir de refuge.
L’ambassade est située à l’endroit où se
sont tenues les plus récentes manifestations et a
été fermée tôt afin de permettre au
personnel de se rendre à la maison, a ajouté Mme
MacAndrew.
Elle a également précisé que le Canada
n’offrait pas l’asile à des citoyens dans ses
ambassades à l’étranger, sauf dans des cas
exceptionnels.
Le Canada
condamne la violence
Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence
Cannon, a également diffusé un communiqué
hier dans lequel il affirme que le Canada condamne la
décision des autorités iraniennes de recourir
à la violence et à la force contre leurs propres
citoyens.
« Le gouvernement a réagi en essayant de
réduire brutalement ses citoyens au silence »,
a-t-il dit, ajoutant que le peuple iranien méritait de
se faire entendre sans crainte d’être soumis à
l’intimidation ou à la violence.
« Nous continuons d’exhorter l’ Iran à respecter
pleinement toutes ses obligations envers les droits de la
personne, à la fois sur le plan juridique et sur le
plan pratique, et à mener une enquête rigoureuse
et transparente sur les allégations de fraude. »
Des sentiments partagés par M. Ignatieff. « Le
gouvernement iranien ne peut cacher la vérité,
ni à son peuple ni au reste du monde. En
répondant à l’appel à des
élections libres et transparentes par la violation des
droits de ses citoyens, le gouvernement iranien
s’éloigne davantage de la communauté
internationale », pouvait-on lire sur le
communiqué du chef libéral.
TÉHÉRAN Les partisans de l’opposition
défient l’interdiction de manifester
TÉHÉRAN—
La police antiémeute a réprimé à la
matraque, au canon à eau et au gaz lacrymogène des
milliers de manifestants qui bravaient hier à
Téhéran l’interdiction de protester contre la
réélection de Mahmoud Ahmadinejad, au
huitième jour du bras de fer entre le pouvoir et
l’opposition.
PHOTO ALI SAFARI, AGENCE
FRANCE-PRESSE
La contestation populaire de
l’élection présidentielle du 12 juin, sans
précédent depuis la révolution islamique
de 1979, s’est poursuivie hier à Téhéran,
alors que plusieurs milliers de personnes sont descendues dans
les rues, bravant les autorités qui avaient averti
qu’elles « réprimeraient fermement » toutes
les manifestations.
D’après des témoins, des dizaines de personnes ont
été frappées et hospitalisées, alors
que le candidat de l’opposition Mir Hossein Moussavi a une
nouvelle fois demandé l’annulation de l’élection
du 12 juin.
Un « terroriste » a par ailleurs fait détoner
la bombe qu’il transportait au mausolée de l’imam
Khomeiny, père de la révolution islamique,
à Téhéran, blessant un pèlerin, a
déclaré le chef adjoint de la police, cité
par des médias locaux.
La contestation populaire, sans précédent depuis
la révolution islamique de 1979, s’est poursuivie hier,
bien que les autorités eurent averti qu’elles «
réprimeraient fermement » toutes les
manifestations, au lendemain de l’appel du guide suprême
Ali Khamenei à y mettre fin.
Dans l’après-midi, la police antiémeute a
affronté des milliers de manifestants qui tentaient
d’atteindre la place Enqelab, dans le centre de
Téhéran, où était prévue la
manifestation, selon des témoins.
« La police interdit aux gens d’approcher » de la
place Enqelab et « bloque les gens sur les trottoirs, les
pousse sur la chaussée et les frappe », a dit un
témoin.
Un autre témoin a indiqué que de 1000 à
2000 manifestants se trouvaient devant l’Université de
Téhéran, près de cette place, « et
que la police a utilisé des canons à eau et des
gaz lacrymogènes » pour les disperser. Selon un
troisième témoin, des milliers d’autres
manifestants se trouvaient près de la place Azadi,
à environ 4 kmde la place Enqelab.
Les
manifestants se rassemblaient en groupes
généralement silencieux, selon ce témoin.
Mais on entendait des slogans comme « Mort au dictateur
», en référence à M. Ahmadinejad,
un ultraconservateur.
Selondes témoignages recueillis par l’Associated Press,
entre 50 et 60 protestataires ont été
sérieusement frappés par la police et des
miliciens et transportés à l’hôpital Imam
Khomeini.
Bras de fer dans la rue
La légitimité de la victoire de M. Ahmadinejad
à la présidentielle du 12 juin est
contestée par les autres candidats, notamment son
principal rival Mir Hossein Moussavi, qui réclame
l’annulation du scrutin et une nouvelle élection.
Vendredi, l’ayatollah Khamenei avait mis l’opposition devant
le choix d’accepter la réélection de M.
Ahmadinejad ou de risquer l’épreuve de force si elle
continuait à manifester pour réclamer un nouveau
scrutin.
« Le bras de fer dans la rue est une erreur, je veux
qu’il y soit mis fin », a lancé la plus haute
autorité de l’État, avertissant qu’il « ne
cèdera pas à la rue ». Il a fait porter la
responsabilité de tout dérapage sur les
dirigeants de l’opposition.
Depuis l’annonce le 13 juin de la victoire de M. Ahmadinejad,
les partisans de M. Moussavi ont organisé d’imposantes
manifestations quasi quotidiennes, principalement à
Téhéran, dont l’une avait
dégénéré lundi avec la mort, selon
une radio officielle, de sept manifestants.
OBAMA HAUSSE LE TON
Barack Obama a appelé hier le gouvernement iranien
à cesser sa répression « violente et injuste
» des manifestations, la réaction la plus ferme
à ce jour du président américain face aux
actions menées par le régime de
Téhéran après l’élection
contestée du 12 juin. « La répression des
idées ne réussit jamais à les faire
disparaître », a noté le président dans
un communiqué. « Si le gouvernement iranien cherche
le respect de la communauté internationale, il doit
respecter la dignité de son propre peuple et gouverner par
l’assentiment, et non la coercition », a souligné
Barack Obama.
Iran: l’épreuve de force -
Agnès Gruda
Le
régime écrasera-t-il les protestataires ou
cédera-t-il sous leur pression ?
« Si Ahmadinejad reste au pouvoir sans un scrutin
légitime, l’ulcère ne peut que s’infecter.
»
Les prochains jours seront cruciaux dans l’épreuve de
force qui oppose le régime iranien à
Téhéran aux manifestants qui estiment
s’être fait « voler » l’élection
présidentielle du 12 juin, jugent les analystes.
PHOTO OLIVIER LABAN-MATTEI,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Au cours d’une cérémonie
religieuse qui s’est déroulée hier, à
l’Université de Téhéran, un Iranien
tient dans ses mains un tableau encadré contenant un
montage de photographies qui place le président
Mahmoud Ahmadinejad (au centre) sous la protection de
l’actuel guide suprême iranien, Ali Khamenei (à
gauche), et du grand chef de la révolution de 1979
que fut l’ayatollah Rouhollah Khomeiny.
« Le bras de fer dans la rue est une erreur, je veux
qu’il y soit mis fin », a clamé hier le guide
suprême iranien, Ali Khamenei. Réitérant
la victoire du président Mahmoud Ahmadinejad, il a
affirmé que celui-ci a remporté
l’élection avec 24 millions de voix.
Dans sa première apparition publique depuis le jour du
vote, Ali Khamenei, qui détient les véritables
rênes du pouvoir en Iran, a assuré que la
présidentielle a « témoigné de la
confiance du peuple dans le régime ».
Désormais, tout rassemblement de protestation est
interdit et la responsabilité de nouvelles
manifestations sera attribuée à leurs «
organisateurs », a-t-il averti, visant les candidats
réformateurs Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi.
Des messages de défi ont aussitôt
été postés sur Twitter, le réseau
internet qui a été pris d’assaut par les
opposants de Mahmoud Ahmadinejad.
« Khamenei n’a toujours pas repris le contrôle,
continuez à chanter Allah Akbar (Allah est grand) toute
la nuit », suggérait l’un d’entre eux hier,
faisant référence au cri de ralliement des
manifestants.
« Si Ahmadinejad reste au pouvoir sans un scrutin
légitime, l’ulcère ne peut que s’infecter
», prévoyait un autre internaute.
Les protestataires appellent à une nouvelle
manifestation aujourd’hui à Téhéran.
S’ils craignent un durcissement de la répression qui a
fait une dizaine de morts jusqu’à maintenant, ils
misent sur la force du nombre pour inciter les forces
armées à faire preuve de retenue,
révèlent des témoignages recueillis par
la BBC.
« Ils peuvent nous faire peur si nous sommes 2000, mais
que pourront-ils contre un million? » demandait Behrooz,
un étudiant de la capitale.
« Ce qui m’inquiète, c’est que le discours de
Khamenei n’incite les basijis (milices prorégime)
à massacrer l’opposition », a écrit un
autre correspondant de la BBC.
L’appel à manifester sera-t-il entendu ? Ou le
mouvement de protestation se dégonf lera-t-il sous la
menace ? Le régime écrasera-t-il les
protestataires ou cédera-t-il sous leur pression?
Tout est possible
« En Iran, tout est possible, mais il ne faut jamais
écarter les hypothèses les plus dures »,
pense Houchang Hassan-Yari, politicologue au Collègue
militaire du Canada.
D’origine
iranienne, ce dernier croit que l’étau se resserre
autour des leaders opposés au courant politique
dominant.
« Plusieurs personnalités importantes ont
été arrêtées et il y aura une
accélération des arrestations dans les jours qui
viennent » , prévoit-il.
Et puisque le « guide suprême » a mis la
responsabilité des manifestations sur leurs
épaules, cette vague pourrait atteindre Moussavi et
Karoubi, les deux candidats officiellement défaits le
12 juin.
M. Hassan-Yari cite une anecdote qui montre bien
l’étendue des protestations: des agents de la
sécurité ont investi un immeuble de l’ouest de
Téhéran, à la poursuite de manifestants.
Ils y ont trouvé… des enfants de députés
qui siègent au Parlement.
Car les manifestations ne forment que la partie visible d’une
partie de bras de fer qui se joue dans les coulisses du
pouvoir clérical iranien.
L’un des acteurs de cette confrontation est l’ayatollah
Hachemi Rafsanjani, qui a présidé la
république islamique au début des années
90. Et qui est proche des réformateurs.
Des dissidences ?
Le régime actuel n’ose pas s’en prendre à cette
figure emblématique. Mais va-t-il s’attaquer à
sa famille ? se demande Houchang Hassan-Yari.
Déjà, les enfants de l’ayatollah Rafsanjani se
sont fait interdire de quitter l’Iran.
« La grande inconnue, actuellement, c ’est la
réaction de l’establishment religieux, dit M.
Hassan-Yari. Si la situation se corse, y aura-t-il des
dissidences? »
C’est également ce que se demande Mark LeVine,
spécialiste de l’histoire moderne du Moyen-Orient
à l’Université California Irvine.
Ce dernier constate que les manifestants deviennent de plus en
plus audacieux. Et que plusieurs remettent en question tout le
système politique iranien.
Selon M. LeVine, la république islamique repose sur une
sorte d’entente tacite entre le pouvoir et le peuple : «
Tant que vous n’envahissez pas la rue, nous vous laissons
faire ce que vous voulez derrière les portes de vos
maisons », disent les dirigeants.
C’est cette entente qui est en train de craquer. Si la
pression monte, les leaders religieux pourraient
décider de « sacrifier Ahmadinejad pour sauver le
système », pense-t-il.
Il rappelle que Mir Hossein Moussavi est un réformateur
modéré, pas un révolutionnaire. Et que le
pouvoir religieux pourrait décider de lui céder
la présidence pour éviter un bain de sang.
« Empêchez la violence », demande Shirin
Ebadi
L’avocate
iranienne Shirin Ebadi, prix Nobel de la Paix, appelle la
communauté internationale à tout faire pour
empêcher que les manifestations en Iran ne soient
réprimées dans la violence.
« J’attends de la communauté internationale qu’elle
empêche la poursuite de la violence de la part du
gouvernement. J’attends qu’elle empêche de tirer sur le
peuple », a dit Mme Ebadi dans une entrevue avec l’Agence
France-Presse.
Jeudi, dans un
texte paru sur le site Huffington Post, elle a
réclamé l’annulation du scrutin du 12 juin et la
tenue d’une nouvelle élection.
Selon elle, le nombre de participants à une nouvelle
manifestation prévue aujourd’hui « sera le reflet
de ce que pense le peuple de ce qu’a dit M. Khamenei ».
Pire que Tienanmen - Lysianne Gagnon
En Iran, la
soif du pouvoir absolu se double d’un fanatisme religieux de
type médiéval.
Inévitablement, on pense à Tienanmen. Ces foules
gigantesques qui ont défilé toute la semaine
dans les principales villes iraniennes, le courage inouï
de ces millions de citoyens désarmés
défiant la dictature… Oui, Tienanmen… mais ce pourrait
être encore pire. En Chine, la répression
était l’oeuvre d’un gouvernement cynique et corrompu
qui ne croyait qu’au pouvoir, tant il est vrai que
l’idéal communiste des débuts était
depuis longtemps enseveli sous les privilèges dont
jouissait la nomenklatura. La répression, en Chine,
n’avait aucun relent religieux. Ses exécutants
étaient des militaires et des policiers
disciplinés, aux ordres d’un État cruel, mais
laïc.
Manifestation
d’appui
au président réélu dans la controverse,
Mahmoud Ahmadinejad.
En Iran, par contre, la soif du pouvoir absolu se double d’un
fanatisme religieux de type médiéval.
Ahmadinejad est un croyant. Les bassidjis, ces dangereuses
milices populaires qui sont le bras fou de la
théocratie (ce sont eux qui cette semaine tiraient
à volonté sur la foule), sont des croyants – des
illettrés sortis des couches les plus démunies.
Ils se croient les glorieux héritiers des «
martyrs » – ces milliers de jeunes sans formation
militaire qu’on envoya aux premières lignes dans la
guerre contre l’Irak, préfigurant les cohortes de
kamikazes qu’allaient plus tard créer le Hamas et le
Hezbollah, deux mouvements largement financés par
Téhéran (c’est d’Iran et de Syrie que viennent
les armes).
C’est d’ailleurs pourquoi la réélection
d’Ahmadinejad est une catastrophe pour tous ceux qui
souhaitent un règlement au Proche-Orient. Il continuera
de menacer Israël à coup de discours violemment
antisémites et de subventionner le terrorisme, qui est
l’un des obstacles à la création d’un
État palestinien autonome. Et comme le gouvernement
israélien est aux mains de faucons, on ne peut exclure
totalement la possibilité d’une attaque
nucléaire préventive contre l’Iran.
Que se passera-t-il dans l’ancien Empire perse? La conjugaison
d’un pouvoir dictatorial qui ne tolère aucune
dissidence et de ces hordes d’illuminés à qui
Ahmadinejad semble laisser la bride sur le cou annonce le
pire.
À la
télé en tout cas, le contraste est saisissant.
D’un côté le parti du changement, des gens de
toutes conditions et de tous âges, femmes et hommes
confondus, qui semblent toutefois avoir en commun une certaine
scolarité et une relative aisance matérielle. De
l’autre, des masses presque entièrement masculines
parsemées d’essaims de femmes en tchador,
voilées de noir de la tête aux pieds, statues
mobiles enterrées vivantes, sombres corbeaux
présages de mort…
Allez donc dire à ces opposants qui manifestent au
péril de leur vie que « la différence
entre Ahmadinejad et Moussavi, en termes de politique
réelle, n’est peut-être pas aussi grande qu’on
l’a présentée » !
C’est ce que déclarait Barack Obama, dans une
réaction qui choque à première vue, mais
qui, à la réflexion, est sans doute sage et
réaliste.
Comment pouvait-il, lui, le champion des libertés,
lâcher à leur sort les Iraniens assoiffés
de démocratie? En plus, son affirmation était
fausse, car il y a effectivement des différences
majeures entre les deux camps, non seulement sur le plan
intérieur, mais aussi quant au degré d’ouverture
à l’Occident.
Mais c’est vrai, compte tenu de l’histoire calamiteuse des
rapports entre les deux pays, il serait «
contreproductif » que les réformateurs iraniens
paraissent soutenus par les États-Unis. Obama s’est
donc contenté de souhaiter que l’« on
écoute la voix du peuple et non qu’on la réprime
». Il ne pouvait aller plus loin, car il sait qu’il
devra négocier, le cas échéant, avec
Ahmadinejad. D’où cette manifestation de «
realpolitik », à mille lieues de
l’idéalisme naïf de Bush. Henry Kissinger
applaudirait…
L'Iran à la croisée des
chemins - Karim Pakzad
L’autorité du Guide suprême et le caractère
républicain du régime iranien sont désormais
remis en cause
Soit le Guide
suprême se désavoue et invalide le
résultat. Soit il impose Ahmadinejad contre la
volonté de la majorité de la population en
réprimant dans le sang la volonté populaire.
L’auteur est chercheur associé à l’Institut de
recherches internationales et stratégiques (IRIS),
à Paris. La République islamique d’Iran traverse
aujourd’hui la crise la plus importante de son histoire. Elle
se trouve à la croisée des chemins. Bien
évidemment, aucun des candidats au scrutin du 12 juin
ne remettait en cause l’existence d’un régime
fondé sur la primauté d’un guide religieux sur
toutes les institutions, y compris sur celles dont les membres
sont élus au suffrage universel. C’est le
caractère théocratique et autoritaire du
régime iranien.
PHOTO REUTERS
Quoi qu’il arrive dans les jours ou
les mois qui viennent, une période importante de
l’histoire de l’Iran s’achève avec la contestation
massive par la population du résultat tronqué
des élections.
Mais n’oublions pas que l’Iran est aussi une
république. D’où l’importance de
l’élection d’un président de la
République qui a un rôle non négligeable
dans la conduite des affaires de la nation. Pour ceux qui ont
suivi la situation politique de l’Iran depuis 1997, la
politique de réformes à l’intérieur et la
détente et le dialogue à l’extérieur
mené par l’ancien président Mohammad Khatami est
à mille lieues de celle de Mahmoud Ahmadinejad
fondée sur le populisme à l’intérieur du
pays et la provocation envers le monde occidental.
En regardant de plus près la situation
créée avant et après l’élection
présidentielle du 12 juin, on ne peut que constater que
les deux éléments constitutifs de la
République islamique, l’autorité d’un guide
islamique, qui a abandonné son rôle d’arbitre, et
le caractère républicain du régime
symbolisé par l’élection d’un président
de la République au suffrage universel sont
désormais remis en cause par la tournure des
événements.
Quoi qu’il arrive dans les jours ou les mois qui viennent, une
période importante de l’histoire de l’Iran, qui a
débuté avec la révolution islamique de
février 1979, s’achève avec la contestation
massive par la population du résultat tronqué
des élections, hâtivement validé par le
Guide suprême Ali Khamenei.
Dès
lors, même si les contestataires mènent leurs
actions dans le cadre du système actuel, c’est bien
l’autorité du guide, qui a donné sa
bénédiction à l’élection
d’Ahmadinejad qui est contestée et non simplement la
« réélection » de ce dernier.
Ali Khamenei s’est mis dans une situation difficile et n’a en
pratique que deux avenues devant lui. Soit il se
désavoue et invalide le résultat; cette
décision sera saluée par les Iraniens, mais
affaiblira à long terme son autorité et sa
légitimité, lui qui a été le seul
véritable soutien d’Ahmadinejad. Soit il impose
Ahmadinejad contre la volonté de la majorité de
la population iranienne en réprimant dans le sang la
volonté populaire. Dans ce cas, la fonction de la
présidence de la république sera affaiblie et
sans légitimité.
N’oublions pas que la République islamique
d’aujourd’hui ne ressemble en rien à celle du
début de la révolution. La candidature
d’Ahmadinejad n’a pas été soutenue par la
majorité des membres du clergé et n’est apparue
que comme le candidat du Guide suprême. Il ne pouvait en
réalité compter que sur le soutien de ses
électeurs traditionnels (pas plus de 15% de la
population) des quartiers populaires et des villages
reculés.
Le régime islamique s’appuie de plus en plus sur les
forces de répression comme les Gardiens de la
révolution ou des milices islamiques, plutôt que
sur les religieux. Ces derniers ont majoritairement soutenu la
candidature de Mir Hussein Moussavi ou celle de MehdiKaroubi.
La plus grande force de Moussavi a été la
mobilisation de près de 30% d’électeurs
supplémentaires par rapport au scrutin de 2005, au
cours des 10 derniers jours précédant le vote,
majoritairement des jeunes et des femmes.
Aujourd’hui, plusieurs grands ayatollahs, inquiets de la perte
de légitimité du régime, ont
adressé une injonction au pouvoir pour qu’il examine
avec soin les plaintes des candidats qui contestent le
résultat. Certains d’entre eux, comme le grand
ayatollah Al Montaezeri, soutiennent les manifestants. Or,
ceux qui connaissent le monde chiite savent que
l’autorité religieuse et morale de ces grands
ayatollahs est supérieure à celles du guide.
C’est la raison pour laquelle la situation actuelle marque
incontestablement une crise du régime davantage qu’une
simple fraude électorale.
Iran : La mobilisation ne faiblit pas
La couverture
par les médias étrangers des manifestations
« illégales » ou de tout
événement ne figurant pas « au programme
» du ministère de la Culture est interdite, le
ministère des Affaires étrangères
accusant des médias occidentaux non identifiés
d’être les « porte-parole » des «
émeutiers ».
— Une nouvelle manifestation de l’opposition s’est tenue hier
à Téhéran, en présence de dizaines
de milliers de personnes et de son chef Mir Hossein Moussavi,
signe que la mobilisation ne faiblit pas dans le bras de fer
avec le pouvoir, dont l’unité semble se
lézarder.
PHOTO REUTERS
Des milliers d’Iraniens,
partisans de Mir Hossein Moussavi, candidat défait
à l’élection présidentielle iranienne,
ont défilé hier dans les rues de
Téhéran. Ils portaient des vêtements
noir et vert ainsi que des chandelles en mémoire des
sept personnes tuées lundi par les bassidjis, des
miliciens islamistes.
Il s’agit de la sixième journée
consécutive de protestations, un mouvement sans
précédent depuis la révolution islamique
de 1979.
Comme lors des deux jours précédents, les
participants ont défilé en silence, ont
indiqué à l’AFP des témoins. Ils
étaient pour la plupart vêtus de noir et tenaient
une fleur blanche à la main, en mémoire des sept
personnes tuées lundi lors d’incidents avec les
bassidjis, des miliciens islamistes.
Ils arboraient de nombreux portraits de M. Moussavi ainsi que
des brassards verts, couleur choisie par ce dernier lors de la
campagne électorale.
M. Moussavi, accompagné de sa femme Zahra Rahnavard,
s’est joint au cortège et a parlé à la
foule, selon des témoins.
« Nous avons écrit amour (en votant), ils ont lu
dictature », pouvait-on lire sur une pancarte, selon les
mêmes sources.
En soirée, après cinq heures de rassemblement,
la foule a commencé à se disperser dans le
calme. Aucun incident n’a été signalé.
Depuis mardi, la couverture par les médias
étrangers des manifestations « illégales
» ou de tout événement ne figurant pas
« au programme » du ministère de la Culture
est interdite, le ministère des Affaires
étrangères accusant des médias occ
identaux non ident i f iés d’être les «
porte-parole » des « émeutiers ».
Les manifestants réclament l’annulation de la
présidentielle du 12 juin, qui a vu la
réélection de l’ultraconservateur Mahmoud
Ahmadinejad, selon des chiffres officiels contestés par
M. Moussavi et les deux autres candidats, Mehdi Karoubi et
Moshen Rezaï.
Le Conseil des
gardiens de la constitution, qui examine les contestations des
trois candidats, a indiqué que les plaintes
concernaient au total 646 irrégularités.
L’institution a fait savoir qu’elle entendrait les trois
protestataires samedi. Elle doit rendre au plus tard dimanche
un avis sur un nouveau décompte.
Jeudi, le quotidien réformateur iranien Etemad Melli a
consacré sa une au « mouvement silencieux
à Téhéran » pour l’annulation du
scrutin, avec trois photos du cortège de la veille en
pleine page.
La milice Bassidj, dévouée à la cause du
président Ahmadinejad, a appelé ses membres
à participer à la prière du vendredi
à Téhéran, qui sera menée par le
guide suprême Ali Khamenei.
Face au défi que représente le mouvement,
l’unité de façade du régime a
commencé à se lézarder.
L’Assemblée des experts, qui compte 86 religieux,
chargés notamment de superviser l’activité du
guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei, s’est «
félicitée de la présence enthousiaste,
épique et alerte de 85% du peuple
révolutionnaire » le jour du scrutin, mais n’a
pas eu un mot sur son résultat.
Akbar Hachémi Rafsandjani , qui dirige cet te
Assemblée, a été accusé par M.
Ahmadinejad d’orchestrer la campagne de M. Moussavi.
L e g r a nd aya t ol l a h Abdolka r i m Moussav i Ardabi l i
avait demandé mercredi « aux responsables
concernés » de traiter les contestations des
candidats « de manière impartiale » et de
parvenir à « un verdict convaincant ».
C’est le quatrième responsable religieux de ce rang, le
plus élevé dans le clergé chiite iranien,
à lancer un tel appel depuis samedi.
L’Iran part « à la dérive » -
Alexandre Sirois
ENTREVUE AVEC
YANN RICHARD Où s’en va l’Iran ? Quel sera le
dénouement de ce drame qui se déroule sous nos
yeux depuis l’élection présidentielle
controversée du 12 juin ? La Presse a interrogé
à ce sujet Yann Richard, professeur d’études
iraniennes à la S
QLes
partisans de Mir Hossein Moussavi, principal rival du
président réélu Mahmoud Ahmadinejad,
persistent et signent. Chaque jour, de nouvelles
manifestations d’envergure sont organisées. Quelle est
selon vous l’ampleur du mouvement de contestation auquel le
régime fait face ? R L’ampleur est effectivement
immense. (…) Il y a une société assez
occidentalisée, moderne en tout cas, avec des
aspirations de liberté. Mais il y en a une autre qui se
reconnaît mieux dans le président sortant,
Ahmadinejad. Il y a certainement des manipulations de sa part
pour mobiliser les troupes, mais on ne peut nier qu’il a des
partisans dans les milieux moins occidentalisés. Du
temps de la révolution, il y a 30 ans, le schah
était incapable de mobiliser des manifestants pour
donner l’illusion d’une base sociale. Alors qu’Ahmadinejad n’a
aucun problème lorsqu’il s’agit de mobiliser des
foules. QLe
régime semble enclin à jeter du lest. On annonce
maintenant que Mir Hossein Moussavi et les deux autres
candidats battus seront reçus demain par le Conseil des
gardiens de la Constitution. Que signifie véritablement
cette nouvelle tentative de conciliation ? R D’une part, je
pense qu’on essaie actuellement de trouver des mesures – qui
n’aboutiront à rien – pour éviter aux opposants
qui ont perdu l’élection de perdre complètement
la face. On peut même dire que, dans une certaine
mesure, le deuil qui a été proclamé
(hier) par Moussavi n’est pas seulement le deuil des gens qui
ont été tués mais aussi celui d’une
victoire qu’on ne lui a pas reconnue. Par ailleurs, d’autres
scénarios sont maintenant évoqués. Des
manoeuvres que le numéro 2 du régime,
Rafsandjani, qui est plutôt favorable aux
réformateurs, pourrait entreprendre pour destituer (le
guide suprême) Khamenei et faire annuler
l’élection d’Ahmadinejad. QMoussavi
peut donc
encore devenir président du pays ?
RTout est possible. Mais je crois que ce qui nous attend plus
probablement, ce n’est pas ça. C’est plutôt une
prise de pouvoir militaire par les gardiens de la
révolution qui sont autour d’Ahmadinejad. Ils ont
déjà des postes très importants. Ils sont
gouverneurs des provinces, dirigent les grosses industries
comme celle du pétrole, du nucléaire, de
l’armement… Ce sont des gens qualifiés et très
bien organisés. Et il est impensable à mon avis
que ces gardiens de la révolution abandonnent le
pouvoir aux ennemis d’Ahmadinejad. QAvez-
vous personnellement l’impression que la fraude était
la seule façon pour Mahmoud Ahmadinejad de triompher? R
J’ai un doute. Parce que je me dis qu’Ahmadinejad aurait
peut-être eu autour de 50%. Il risquait alors d’avoir eu
un deuxième tour. Et au deuxième tour, il
risquait de ne pas être élu. Je pense qu’ils ont
absolument voulu éviter le deuxième tour. Et la
meilleure manière pour ça, c’était de
truquer le résultat. C’était la fraude. QVous
avez récemment écrit dans le journal Le Monde
que l’Iran se retrouvera à la dérive, en proie
au déchirement interne. Vous êtes pessimiste
quant à l’avenir du pays ? R Je suis pessimiste. (…)
L’Iran a eu dans l’histoire récente, depuis le
début du XXe siècle, des épisodes
d’aspiration très forte à la liberté et
de révolte populaire pour exiger des concessions du
pouvoir autoritaire central. En même temps, l’Iran a
connu des retours très douloureux : suspension de la
Constitution et des libertés, coup d’État… Et ce
que nous voyons aujourd’hui ressemble à un recul des
avancées démocratiques – même si elles
étaient un peu inégales – que la
république islamique laissait espérer.
IRAN La prudence d’Obama désapprouvée
« Il doit
prendre la parole et dire que cette élection est une
falsification, une supercherie, une mascarade.
Malgré
les
critiques des néoconservateurs et de certains
républicains, le chef de la Maison-Blanche estime
qu’il ne serait pas productif que le président
américain paraisse se mêler de
l’élection iranienne.
— Les critiques des néoconservateurs et de certains
républicains étaient prévisibles :
à leurs yeux, Barack Obama a été beaucoup
trop prudent dans ses premières déclarations sur
la situation iranienne.
« Il doit prendre la parole et dire que cette
élection est une falsification, une supercherie, une
mascarade, a déclaré mardi John McCain, candidat
républicain lors de l’élection
présidentielle de 2008, à la chaîne NBC.
Le peuple iranien a été privé de ses
droits. »
Depuis deux jours, cependant, des spécialistes de
l’Iran et même des responsables américains
expriment leur propre déception ou inquiétude
à la suite d’un des commentaires du président
américain sur les deux principaux candidats lors de la
présidentielle iranienne.
« La di f férence ent re M. Ahmadinejad et M.
Moussavi en termes de politique pourrait ne pas être
aussi grande que ce qui a été dit, a
déclaré mercredi Barack Obama à la
chaîne CNBC. D’un côté comme de l’autre,
nous allons traiter avec un régime iranien
historiquement hostile aux États-Unis. »
Le président américain faisait notamment
allusion au fait que Mahmoud Ahmadinejad et Mir Hossein
Moussavi partagent la même position sur le programme
nucléaire iranien. Mais son commentaire donnait
également à entendre que les deux hommes ne
divergeaient pas tant sur d’autres questions et que les
changements réclamés par les manifestants
iraniens étaient, tout compte fait, illusoires.
« Ce
n’est pas ce qu’il voulait, mais Obama a
témoigné de l’irrespect envers le processus en
cours en Iran, a commenté Steve Clemmons, expert du
groupe de recherche New American Foundation. Ce qu’Obama et
les autres responsables de la sécurité
nationale doivent comprendre, c’est que l’élection
iranienne n’est pas finie. »
Selon le New York Times, des membres de l’administration
Obama, dont le vice-président Joseph Biden et la
secrétaire d’État Hillary Clinton, voudraient
que le président exprime un appui plus vigoureux
à l’égard des manifestants iraniens. Le chef
de la Maison-Blanche a cependant précisé
dès mardi qu’il n’entendait pas s’ingérer dans
les affaires iraniennes.
« Il ne serait pas productif, étant
donné l’histoire des relations entre les
États-Unis et l’Iran, que le président
américain paraisse se mêler des
élections iraniennes », a-t-il
déclaré.
John Kerry, président de la commission des Affaires
étrangères du Sénat, a défendu
hier la retenue du président Obama. Il a justement
fait allusion au rôle des États-Unis dans le
coup d’État qui a renversé le gouvernement du
premier ministre iranien Mohammad Mossadegh en 1953.
« La dernière chose que nous devons faire est
de donner à M. Ahmadinejad l’occasion
d’évoquer le coup d’État parrainé par
les États-Unis en 1953 », a écrit le
sénateur du Massachusetts dans une tribune
publiée dans le New York Times. « Cela lui
permettrait de se présenter comme la version moderne
de Mossadegh, celui qui se bat par principe contre la
marionnette de l’Ouest. »
La retenue de BarackObama n’a évidemment pas
empêché l’Iran d’accuser mercredi les
États-Unis d’ingérence. Et cette accusation
iranienne n’a pas empêché le commentateur
néoconservateur Charles Krauthamer de décrier
« l’appui implicite » du président
américain au « régime tyrannique et
répressif » des ayatollahs.
Le bras de fer s’intensifie en Iran
« Nous
voulons un rassemblement pacifique pour protester contre la
tendance malsaine de cette élection et pour atteindre
notre objectif d’annulation des résultats », a
dit Moussavi.
— Le bras de fer se poursuit en Iran entre le pouvoir et
l’opposition. Alors que les manifestations continuaient hier
à Téhéran, Mir Hossein Moussavi, le
candidat réformiste défait à
l’élection présidentielle controversé du
12 juin, a lancé un défi au régime en
appelant à un grand rassemblement aujourd’hui dans la
capitale.
PHOTO REUTERS
Les manifestations en appui à
Mir Hossein Moussavi se poursuivaient hier, à
Téhéran, malgré la répression et
l’arrestation de plusieurs dirigeants de l’opposition,
intellectuels et journalistes, selon l’ONG International
Campaign for Human Rights.
Lançant son appel sur l’internet, Mir Hossein Moussavi
a directement défié les Gardiens de la
révolution, la plus puissante force armée
iranienne. La milice islamiste a exigé que les sites et
blogues iraniens retirent tout matériel susceptible de
« créer des tensions », sous peine sinon de
s’exposer à des poursuites.
Pendant ce temps, la répression contre les dissidents
qui déplorent la réélection du
président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad se
poursuivait, avec l’arrestation de plusieurs dirigeants de
l’opposition, intellectuels et journalistes, selon l’ONG
International Campaign for Human Rights. Pour leur part, les
médias étrangers ont reçu l’interdiction
mardi de couvrir les manifestations. Hier, seule la
télévision nationale iranienne a pu filmer
officiellement la manifestation qui s’est
déroulée au centre de Téhéran.
Appels au calme
Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a
demandé à Mir Hossein Moussavi de soumettre ses
allégations de fraudes électorales par la
procédure établie et a appelé les
Iraniens à s’unir derrière leur gouvernement.
Mais cette requête ne semble pas avoir atteint Mir
Hossein Moussavi.
« Nous voulons un rassemblement pacifique pour protester
contre la tendance malsaine de cette élection et pour
atteindre notre objectif d’annulation des résultats
», a déclaré l’ancien premier ministre,
exigeant « une nouvelle élection dent pas de
rôle politique direct. Il a envoyé une lettre
à un influent ayatollah libéral, Youssef Sanei,
qui s’est montré encourageant en diffusant un
communiqué en faveur « des droits et du respect
du vote du peuple ».
Les manifestations de partisans de Moussavi et celles des
pro-Ahmadinejad se succèdent à
Téhéran depuis vendredi, plongeant l’Iran dans
l’une de ses pires crises politiques depuis l’avènement
de la République islamique en 1979.
Le Conseil des gardiens de la révolution s’est
déclaré prêt lundi à recompter une
partie des bulleprésidentielle qui ne verra pas se
répéter la honteuse fraude du
précédent scrutin ».
Alors que le
vert est la couleur adoptée par les
réformateurs, il a demandé à ses
partisans de porter des vêtements noirs en signe de
deuil après la mort de manifestants – au moins sept
lundi soir, selon les autorités.
M. Moussavi cherche également le soutien des grands
ayatollahs d’Iran, même si ceux-ci ne possètins
de vote et a convoqué les trois candidats
défaits à une rencontre samedi. Ce conseil,
composé de 12 religieux, doit rendre un bilan du
nouveau dépouillement dimanche.
Brassard vert
Les tensions politiques se sont même étendues au
monde du sport. Cinq joueurs de l’équipe nationale de
football iranienne, dont le capitaine Ali Karimi, portaient
des brassards verts en signe de soutien à M. Moussavi
lors d’un match de qualification pour la Coupe du monde
disputée en Corée du Sud.
Des supporters iraniens avaient déployé une
banderole sur laquelle on pouvait lire à l’intention de
Mahmoud Ahmadinejad « Va en enfer, dictateur », et
brandissaient des drapeaux iraniens portant l’inscription
« Iran libre ».
Les violences de ces derniers jours ont fait au moins sept
morts, selon les médias publics iraniens, mais des
vidéos et des photos diffusées par des gens en
Iran montrent des scènes de violence qui n’ont pas
été mentionnées par les canaux officiels.
La communauté internationale a exprimé son
inquiétude sur la situation en Iran à la suite
de la réélection contestée de M.
Ahmadinejad (63% au 1er tour).
Si Londres a précisé que les Occidentaux ne
voulaient pas « choisir le gouvernement iranien »,
l’Allemagne a estimé qu’il y avait eu des «
irrégularités » et qu’une
vérification des résultats serait
justifiée.
Le ton est monté entre Téhéran et les
États-Unis, avec l’annonce de la convocation de
l’ambassadeur de Suisse, qui représente les
intérêts américains en Iran, afin de
dénoncer les « ingérences »
américaines. La Maison-Blanche a rétorqué
que le président Barack Obama continuerait de
s’exprimer sur la crise.
L’homme qui survit aux bombes et aux tempêtes -
Laura-Julie Perrault
Le mouvement
de protestation post-électoral secoue les fondements
de la République islamique d’Iran depuis près
d’une semaine. Mais l’homme qui est aux commandes,
l’ayatollah Ali Khamenei, en a vu d’autres. Portrait d’un
leader improbable qui a traversé p
Sur des centaines d’édifices de la capitale
iranienne, deux visages ont été peints
à répétition par les peintres de la
république islamique. Au premier plan, on discerne
toujours le grand chef de la révolution de 1979,
l’ayatollah Rouhollah Khomeiny. Tout juste derrière,
son successeur, l’ayatollah Ali Khamenei.
Cette hiérarchie iconographique résume
à elle seule la place qu’occupe dans l’imaginaire
iranien l’actuel Guide suprême de la
révolution. Même s’il dirige la destinée
politique et religieuse de l’Iran depuis 20 ans, soit 10 de
plus que son prédécesseur et père
spirituel, Ali Khamenei entretient toujours l’image du
second violon.
« Il est enclin à rester loin desprojecteurs,
cela fait partie de son style de leadership. Il n’y a pas de
leader dans le monde qui tient un rôle aussi central
dans l’actualité et qui est aussi peu connu que
l’ayatollah Khamenei », peut-on lire dans une
étude de 35 pages que la Fondation Carnegie pour la
paix internationale lui a consacrée l’an dernier.
« Il est pourtant l’individu le plus puissant d’un
régime autocratique hautement divisé »,
écrit Karim Sadjadpour, l’auteur de l’étude.
Ce rôle central est mis en lumière ces jours-ci
alors que les manifestations se multiplient en Iran au
lendemain de la réélection contestée de
Mahmoud Ahmadinejad. L’ayatollah Khamenei a le pouvoir de
demander un nouveau scrutin. Il a aussi le contrôle
des milices qui s’en prennent aux protestataires.
Rien ne
prédestinait pourtant ce fils de religieux, né
en avril 1939 à Mechhed, à grimper les
échelons de la hiérarchie chiite.
Il s’est cependant tôt fait aimer de l’ayatollah
Khomeiny, son professeur, dont il est devenu le confident
pendant la révolution islamique. Sa loyauté au
leader religieux lui a d’ailleurs valu six séjours
dans les prisons du schah au cours desquels il a
été victime de torture.
En 1981, Ali Khamenei est devenu célèbre en
survivant à un attentat à la bombe
organisé par les Moujahidines du peuple, un mouvement
islamiste marxiste. Il y a perdu l’usage d’une main.
Quelques mois plus tard, il est devenu le troisième
président de la nouvelle république.
En 1989, à la veille de sa mort, l’ayatollah
Khomeiny, en brouille avec son successeur
désigné, l’ayatollah Montazeri, a fait amender
la Constitution pour permettre à Ali Khamenei
d’occuper le plus haut poste du pays.
À la fois leader religieux et politique, Khamenei est
le commandant en chef de l’armée et le principal
responsable de la politique étrangère du pays.
« Même s’il est vu comme faible ou
hésitant par certains de ses adversaires, quand on
étudie ses discours, on discerne un leader
déterminé, avec une vision du monde
cohérente et constante, bien que hautement cynique et
teintée par la théorie d’un complot (de
l’Occident contre l’Iran), conclut le rapport de la
Fondation Carnegie. Il est temps que le monde accorde moins
d’attention à Mahmoud Ahmadinejad et plus à
l’ayatollah. »
Nos yeux iraniens - Marie -Claude Lortie
Samedi, fin de
journée au fin fond de la campagne. Pas de
télé. Pas d’internet. Pas de radio. Juste un
cellulaire. Un cellulaire qui permet de jeter un regard sur le
site web Twitter, une fois de temps en temps : les manchettes
du New York Times et de Cyberpresse, la météo de
Mitsou…
On est samedi, donc, et je m’attends à ce que Ruth
Reichl, rédactrice en chef de Gourmet – que je «
suis » parce qu’elle ponctue le site de ses
réflexions gastronomiques et sur Twitter, on choisit
qui on « suit » – nous fasse un commentaire sur
une soupe aux carottes rouges ou une nouvelle sorte de bacon
bio. Sur ce site, on parle de tout et de rien en 140
caractères. Une tragédie, un nouveau disque, une
réflexion rigolote sur une aberration de la vie en
ville.
Sauf que samedi, Reichl change de cap et réachemine
d’un coup à tous ses « suiveurs » – et
c’est là l’essence même de l’utilité de
Twitter – un message provenant d’un journaliste du
réseau américain ABC à
Téhéran: « La police a confisqué
notre caméra et nos cassettes. Nous filmons les
manifestations et la violence policière avec nos
téléphones cellulaires. »
En si peu de frappes, il n’y a pas grand-place pour la nuance.
Mais il y a amplement d’espace pour l’essentiel.
Et perdue au fin fond de ma campagne, j’étais
soudainement un peu dans les rues de Téhéran.
Depuis samedi, le dossier « iranelection » sur
Twitter n’a pas dérougi. Lorsqu’on va sur le site et
qu’on embarque sur ce sujet, on découvre un univers
où les messages entrent à la pelletée.
Des photos des manifs – du sang, des masses de gens marchant
en paix densément, de la violence policière –
des vidéos, des liens sur des blogues.
Pour garder le
cap, on cherche les sources sûres, les journalistes des
grands médias, qui étampent de leur sceau
professionnel les informations diffusées. On part aussi
en quête des sources officielles. Rapidement, on
constate qu’un intervenant appelé persiankiwi, par
exemple, relaie abondamment l’information du camp des
manifestants antigouvernementaux et semble fiable pour ce
côté du débat. On lit aussi des messages
communiquant aux gens sur place des adresses de serveurs
relais permettant de contourner les blocages des censeurs. Et
puis on reçoit d’autres mots enjoignant à tous
les « twitteurs » de se déclarer
basés en Iran, histoire de rendre la tâche plus
difficile à ceux qui tentent de retracer les
dissidents.
Twitter ne fournit pas de reportage. On y trouve des morceaux
d’un puzzle à assembler. Un puzzle que les journalistes
mettront ensemble un peu plus tard dans leurs topos et
articles, que les analystes et les commentateurs nous aideront
à terminer.
On a dit que la révolte contre la victoire des
communistes en Moldavie, en avril, a été la
première « révolution Twitter », ou
encore la première grande action collective
post-cellulaire et postSMS, Twitter fournissant une meilleure
toile de réseautage pour informer en un seul clic.
Aujourd’hui , les événements moldaves ont l’air
de répétition générale
comparé à ce qui arrive en Iran.
Twitter permet d’informer les Iraniens entre eux – notamment
pour les appeler à manifester – et de diffuser
l’information à l’extérieur du pays, en
contournant la censure locale. Au moment d’écrire ces
lignes, les journalistes étrangers n’avaient plus le
droit de couvrir les manifestations. Son importance est telle
que même le département d’État
américain est intervenu auprès des
administrateurs du site. Il a demandé qu’une mise
à niveau, prévue pendant la nuit de lundi
à mardi en Amérique, mais en plein jour en Iran,
et qui aurait eu pour effet de créer une panne d’une
heure, soit reportée à un moment creux, heure de
Téhéran (en plein après-midi à San
Francisco). Trop essentiel pour les communications
là-bas, a-t-on dit au site.
« Nos vies sont en réel danger maintenant »
, pouvait-on lire hier soir sur un « tweet » de
persiankiwi.
« Nous sommes les yeux – ils doivent nous arrêter.
»
Les limites de la « rue » iranienne MARIO
ROY
Après
trois jours de mobilisation de la « rue »
iranienne, après plus d’une demi-douzaine de victimes
et des entraves à la transmission de l’information de
plus en plus lourdes (et futiles), il est maintenant clair
que le pouvoir des mollahs est ébranlé.
Davantage et plus profondément qu’il ne l’a
été depuis l’installation de la complexe
machinerie politique de la théocratie khomeinienne
après la chute du shah d’Iran, en 1979.
Pour la première fois, en effet, ce pouvoir a
affiché – presque télégraphié –
ses faiblesses.
Avoi r aussi grossièrement manipulélescrutin
qui a mené à la réélection de
Mahmoud Ahmadinejad fut le premier aveu d’inconfort de la
part d’un État devenant graduellement étranger
à une large partie de sa population.
Aussi révélatrice est la « concession
» faite par le Conseil des gardiens de la
constitution: celle de recompter les voix dans certains
districts. Mir Hossein Moussavi, figure de proue de
l’opposition, a évidemment refusé cette mesure
cosmétique. Laquelle a surtout réussi à
attirer l’attention sur le statut fragile des élus
par rapport au pouvoir religieux – même chancelant,
comme l’a été depuis dimanche le guide
suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.
Troisième aveu de faiblesse: n’avoir pas réagi
avec la plus grande brutalité à la grogne
populaire, comme l’État iranien l’a prestement fait
dans le passé (et pourrait encore le faire au cours
des heures ou des jours qui viennent). Il est vrai que c’est
devenu gênant à l’ère du portable et de
YouTube. Mais, en général, les régimes
autoritaires ne se maintiennent pas autrement.
Enfin, le
pouvoir a fait cet aveu de faiblesse qu’est la censure
claire et nette. Hier, les journalistes en poste à
Téhéran ont été
confinés à leur hôtel ou leur bureau
pendant que défilaient deux manifestations, pro et
anti-Ahmadinejad. Ce fut l’étape ultime,
après les débranchements ciblés de la
téléphonie, de la télé
satellitaire et de l’internet. Les réseaux de
socialisation ont plus ou moins pris le relais, moins
fiables, mais impossibles à stopper.
Malgré tout cela, rares sont ceux qui croient que
la théocratie iranienne va s’effondrer.
Pour l’instant, la « rue », fût-elle
pétrie d’idéalisme et de courage, n’a
vraisemblablement pas ce pouvoir.
En outre, la véritable lutte se fait à
l’intérieur même des structures entre
conservateurs d e d i ve r s e s teintes et
réformistes. Deux establishments, en somme. C’est
une lutte dont l’enjeu consiste à déterminer
dans quelle direction naviguera le bâtiment
existant. Repli fondamentaliste et antagonisme
vis-à-vis les ennemis traditionnels, Israël et
les États-Unis (position tartinée dans la
presse officielle et gagnante pour l’instant). Ou
libéralisation interne, réforme
économique et ouverture au monde... toutes trois
relatives, bien entendu.
Quoi qu’il arrive, l’Iran, candidat à l’atome et
commanditaire du Hezbollah, ne disparaîtra pas.
C’est ce qui explique l’extrême prudence dont a fait
preuve jusqu’ici le président des
États-Unis, Barack Obama, dans ses commentaires sur
l’élection iranienne et ses suites.
Un État perse affaibli, avec lequel il faudra un
jour négocier, n’en sera pas pour autant plus
facile à manier.
C’est la faute à l’ayatollah
Entrevue avec
le premier président de la République islamique,
Abolhassan Banisadr
PremierprésidentdelaRépublique islamique d’Iran,
Abolhassan Banisadr est convaincu que les élections du
12 juin, dans son pays d’origine, ont été
frauduleuses, mais il refuse de faire porter le fardeau
à Mahmoud Ahmadinejad. Selon le politicien iranien, il
faut plutôt regarder du côté du Guide
suprême de la révolution, l’ayatollah Ali
Khamenei.
PHOTO OLIVIER LABAN-MATTEI,
AFP
Selon un ancien président de
l’Iran, le vrai coupable de la manipulation des urnes, c’est
le Guide suprême de la révolution, l’ayatollah
Ali Khamenei.
Joint à Paris par La Presse hier, l’ancien chef du
gouvernement iranien n’hésite pas une seconde avant
d’accuser le leader politique et religieux de la
théocratie iranienne. « L’ayatollah Khamenei a
organisé directement cette fraude », a dit
à La Presse l’expoliticien iranien qui vit en exil
depuis 1981.
Selon Abolhassan Banisadr, l’implication de l’ayatollah dans
le scrutin controversé qui a permis au président
sortant d’être réélu avec 63% des voix est
indéniable. « Il n’a même pas attendu que
les vérifications en règle soient
terminées avant de féliciter Mahmoud
Ahmadinejad. Il a instantanément demandé aux
trois candidats malheureux de baisser les bras. Depuis, il
intervient tous les jours pour calmer le jeu », avance
M. Banisadr.
Ayant lui-même occupé la présidence
iranienne avant de se faire virer par l’ayatollah Khomeiny –
le prédécesseur de l’ayatollah Khamenei –, M.
Banisadr rappelle que les pouvoirs du président sont
excessivement limités à l’intérieur de la
Constitution ac t uel le de l a Républ ique islamique.
Le Guide suprême a notamment le contrôle des
Gardiens de la révolution ( pasdaran) et des milices
volontaires bassiji, tous deux impliqués dans la
répression des manifestants au cours des derniers
jours.
L’ayatollah a aussi un droit de veto sur toutes les
décisions du gouvernement et la responsabilité
de nommer les membres du Conseil des gardiens de la
Constitution. C’est d’ailleurs à ce comité
composé de religieux qui lui sont fidèles que
l’ayatollah Khamenei a confié le mandat
d’enquêter sur les allégations de fraude.
«
L’erreur que font beaucoup d’observateurs et de journalistes
est de penser que le président est responsable de tout,
au lieu de se demander qui incarne le véritable pouvoir
en Iran », ajoute l’ex-président.
La succession
Les motivations du leader religieux sont simples, selon lui.
En remettant Ahmadinejad au pouvoir, le Guide suprême
n’a pas à composer avec un président
réformiste qui voudrait donner un nouveau tournant
à la politique iranienne. Il a aussi les coudées
franches pour préparer sa succession. « C’est un
homme excessivement intelligent. Au cours des ans, il a
réussi à écarter ses rivaux les plus
sérieux », continue-t-il.
Abolhassan Banisadr croit cependant que le Guide suprême
commet un faux pas en ne prêtant pas assez attention
à la grogne populaire qui s’exprime depuis dimanche par
des manifestations monstres. « Les Iraniens
réalisent que même s’ils votent pour un des
quatre hommes qui a été choisi par le
régime islamique, leur voix n’est pas respectée.
Pour une des premières fois en 30 ans, les
électeurs iraniens remettent en cause la
légitimité même du régime islamique
», estime M. Banisadr.
Interdit de territoire en Iran depuis qu’il a tenu tête
à l’ayatollah Khomeiny, notamment sur la question des
droits de la personne, Abolhassan Banisadr doit aujourd’hui se
contenter de regarder les manifestations iraniennes à
la télévision. Les images qu’il voit au petit
écran le ramènent 30 ans en arrière. Il
dit discerner dans les protestataires une ferveur comparable
à celle qui a animé la révolution de
1979.
Lors des premières élections
présidentielles qui ont suivi la chute du régime
du chah d’Iran, Abolhassan Banisadr a reçu 79% des
voix. Il a été à la tête du
gouvernement pendant seulement un an et demi. Depuis, il
s’oppose au régime des ayatollahs.
DEUX ARTISTES CONTRE UN « COUP D’ÉTAT »
Les artistes iraniens Marjane Satrapi et Mohsen Makhmalbaf,
de passage au Parlement européen, ont appelé la
communauté internationale à ne pas reconnaître
l’élection du président Mahmoud Ahmadinejad.«
Ce qui s’est passé en Iran n’est même pas une fraude,
c’est un coup d’État », a lancé Mme Satrapi,
auteure de la bande dessinée Persepolis.
OTTAWA S’INQUIÈTE POUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE
—
D’après l’Agence France-Presse Le Canada a
demandé aux autorités iraniennes de lever les
restrictions frappant les médias nationaux et
étrangers et réitéré sa
condamnation de l’utilisation « inacceptable » de
la force contre les manifestants. Ottawa a jugé «
profondément inquiétante » l’annonce par
l’Iran de l’annulation de l’accréditation pour les
médias étrangers, a indiqué une
porte-parole du ministère des affaires
étrangères. Ces préoccupations, ainsi que
l’inquiétude sur le traitement d’un journaliste
canadien interpellé en Iran, ont été
transmises au chargé d’affaires iranien convoqué
au ministère, a poursuivi la porte-parole.
LACITATIONDU JOUR
«
L’ampleur de la fraude est proportionnelle à la
violence de la réaction » — Le président
français Nicolas Sarkozy. La France devenait donc le
premier pays occidental à parler d’une vaste fraude au
scrutin présidentiel iranien de vendredi.
LABOMBE EN 2014?
Le chef des
services israéliens de renseignement extérieur
(Mossad), MeïrDagan, a affirmé hier que l’Iran
disposerait d’une bombe atomique « prête à
l’emploi » en 2014 si son programme nucléaire
n’était pas entravé. Le ministre des Affaires
étrangères du pays, Avigdor Lieberman, avait
déclaré un peu plus tôt qu’Israël
attendait de la communauté internationale des «
décisions contre le programme nucléaire iranien
comme celles qui ont été imposées
à la Corée du Nord ».
Volte-face de l’ayatollah Khamenei -
Laura-Julie Perrault
Une
enquête se penchera sur les allégations de fraude
Selon le candidat réformateur Mir Hossein Moussavi, les
manifestations sont loin d’être terminées. Hier,
il a annoncé que 20 marches pacifiques devraient avoir
lieu aujourd’hui, dans une vingtaine de villes iraniennes.
Le leader suprême de l’Iran a-t-il été
ébranlé par les critiques de l’élection
présidentielle ? Hier, dans une volte-face peu commune,
l’ayatollah Ali Khamenei, qui avait d’abord accordé sa
bénédiction à la réélection
de Mahmoud Ahmadinejad, a donné son feu vert à
la tenue d’une enquête sur d’éventuelles fraudes
électorales, une première dans l’histoire de la
République islamique.
PHOTO OLIVIER LABAN-MATTEI,
AFP
Des partisans du candidat
défait Mir Hossein Moussavi ont manifesté leur
colère encore hier.
Le Conseil des gardiens de la révolution,
composé de 12 membres du clergé chiite, aura la
responsabilité de revoir le processus électoral
qui s’est soldé par l’annonce vendredi soir de la
victoire du président sortant dès le premier
tour, avec près de 63% des voix.
En changeant sa position, le leader religieux et politique
iranien a cependant demandé au principal adversaire de
M. Ahmadinejad, le réformiste Mir Hossein Moussavi, de
limiter sa contestation aux « voies légales
».
La concession de l’ayatollah Khamenei au camp
réformiste n’a pas empêché des centaines
de milliers – voire, selon l’AFP, plus d’un million – de
partisans de M. Moussavi de déverser à nouveau
leur mécontentement dans les rues de
Téhéran hier et ce, malgré l’interdiction
formelle de rassemblement émise par les
autorités.
Muni d’un porte-voix, M. Moussavi, qui n’était pas
apparu en public depuis le jour du scrutin, s’est joint
à ses partisans. « Nous sommes prêts
à participer à une autre élection
», a-t-il dit sous les acclamations. Ses partisans ont
répondu avec des « Allahu Akbar ( Dieu est grand)
» et des « Moussavi , reprend notre vote »,
aux dires de témoins.
Les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser les
manifestants. Des vidéos qui circulent dans l’internet
montrent des agents à moto, armés de matraques,
fonçant sur les protestataires.
Un mort et des blessés
Un photographe de l’Associated Press, qui se trouvait
près de la place de la Liberté (Azadi) lors de
la manifestation, rapporte aussi avoir été
témoin de coups de feu. Selon le photojournaliste, au
moins une personne a été tuée par balle
et plusieurs autres ont été blessées
grièvement.
D’autres
Iraniens ont remis au goût du jour une technique de
protestation popularisée par l’ayatollah Khomeiny
pendant la révolution islamique de 1979 afin de
détourner la police du shah. Ils sont sortis sur leurs
toits pour hurler leur mécontentement, se tenant ainsi
loin des matraques.
Selon Mir Hossein Moussavi, les mani festations sont loin
d’être terminées. Hier, il annonçait que
20 marches pacifiques devraient avoir lieu aujourd’hui, dans
une vingtaine de villes iraniennes. Cet ancien premier
ministre de l’Iran, qui a obtenu 34% des voix selon le
décompte rendu public par le ministère de
l’Intérieur, soutient notamment que le
dépouillement des bulletins – deux heures pour 39
millions de votes – a été trop rapide pour
être exhaustif.
Réactions internationales
Les réactions aux événements des derniers
jours en Iran ont fusé des quatre coins du monde.
Le secrétaire général de l’Organisation
des Nations unies, Ban Ki-moon, a affirmé pour sa part
qu’il suivra de près l’enquête qu’a
commandé l’ayatollah Khamenei. « Dans n’importe
quel pays, quand il y a une élection, la volonté
véritable du peuple doit être
reflétée et respectée de la
manière la plus transparente, juste et objective
», a-t-il insisté lors d’un point de presse.
Au Canada, le ministre des Affaires étrangères,
Lawrence Cannon, s’est dit « profondément inquiet
» de la situation en Iran et tout
particulièrement du « traitement brutal »
réservé aux manifestants « par les forces
de sécurité dans l’ensemble du pays » et
à des membres de médias étrangers.
Les 27 ministres des Af fa i res ét rangères de
l’Union européenne, en réunion hier, ont
abondé dans le même sens et demandé une
enquête transparente.
La France et l’Allemagne ont convoqué leurs
ambassadeurs respectifs afin que ces derniers fassent rapport
sur les événements des derniers jours. Des
partisans de Mahmoud Ahmadinejad y ont lu de
l’interférence dans les affaires iraniennes et ont
manifesté bruyamment devant l’ambassade
française.
La diaspora dénonce les résultats du vote
Cynisme chez
les Irano-Américains
— Les I ranoAméricains sont cyniques face aux
résultats du vote de vendredi dernier, et appellent
le président Barack Obama à demander un
nouveau dépouillement des bulletins de vote, ou une
nouvelle élection en Iran.
La région de L. A. ne compte
pas moins de 10 journaux iraniens.
« Les gens en Iran veulent du changement, et le temps
est venu de passer à l’action, explique Armando
Hormoz, un Iranien d’origine qui habite Los Angeles. Je
n’accorde aucune valeur aux résultats du vote. En
Iran, les élections ne sont ni libres, ni justes.
»
Da ns l e qua r t i e r L i t t l e Teheran, hier à
Los Angeles, tout le monde ne parlait que des
élections iraniennes. La région de L. A.
compte l’un des plus grandes diasporas iraniennes du monde :
entre 300 000 et 600 000 Iraniens exilés lors de la
révolution islamique de 1979 y habitent. La
région ne compte pas moins de 10 journaux iraniens,
et plusieurs postes de télé et de radio.
Hier, personne ne semblait accorder la moindre
crédibilité aux résultats officiels.
« En Iran, c’est le gouvernement qui s’occupe de
compter les bulletins de vote, alors on ne peut pas faire
confiance aux résultats », explique Ali Zahiri,
étudiant de UCLA qui faisait ses emplettes à
l’épicerie Tochal, dans le quartier Westwood, le
coeur de la diaspora perse.
« Le problème, c’est l’éducation
populaire, dit-il. Bien des gens appuient le régime
en place parce qu’ils sont peu instruits, et qu’ils ont peur
de voir les choses changer. »
Selon lui, le candidat de l’opposition, Hossein Moussavi,
aurait fait un meilleur président. Mais son
arrivée au pouvoir n’aurait pas été une
panacée.
«
Moussavi est plus progressiste, mais il est issu de la
même culture politique qu’Ahmadinejad. Je crois que
l’Iran doit changer plus radicalement que cela. »
Obama « profondément troublé »
Depuis le vote de vendredi, les étudiants et les
manifestants en Iran appellent le président
américain Barack Obama à soutenir leur cause
et à dénoncer les irrégularités
observées durant les élections.
Or, plusieurs observateurs ont signalé qu’un appui
direct d’Obama au parti de l’opposition pourrait nuire
à ses chances d’inf luencer le régime de
Téhéran.
Hier, M. Obama a signalé qu’il incombait aux Iraniens
de choisir leurs dirigeants. Le président a
ajouté du même souffle être «
profondément troublé » par les images
qu’il a vues au cours des derniers jours.
« Il serait malavisé de ma part de rester
silencieux face aux images retransmises par la
télé, a dit M. Obama. Je crois que le
processus démocratique, la liberté
d’expression et la liberté de manifester dans la paix
sont des valeurs universelles qui doivent être
reconnues. »
Le président américain a ajouté:
« Chaque fois que je vois de la violence
perpétrée à l’endroit de citoyens qui
manifestent pacifiquement, et chaque fois que le peuple
américain voit cela, je crois qu’il est
troublé, et avec raison. »
M. Obama a dit souhaiter que toute enquête sur des
irrégularités électorales soit conduite
« sans qu’il n’y ait de bain de sang », et a
ajouté que le monde entier est inspiré par les
manifestants iraniens.
LE CANADA DEMANDE DES COMPTES
Depuis
l’assassinat dans une prison iranienne de la photographe
montréalaise Zahra Kazemi, l’Iran et le Canada
entretiennent des relations glaciales. Hier, le sort d’un
journaliste canadien est à nouveau devenu une pomme de
discorde entre les deux pays. Le ministre des Affaires
étrangères, Lawrence Cannon, a convoqué le
chargé d’affaires iranien pour que ce dernier
réponde des mauvais traitements qu’a subis un journaliste
pigiste canadien aux mains des autorités de la
République islamique. Collaborateur du Globe and Mail,
George McLeod rapporte avoir été battu, puis
arrêté dimanche par des représentants du
ministère de l’Intérieur iranien. Il a
passé quelques heures dans les dédales du
Ministère, où des hordes de manifestants
subissaient des interrogatoires musclés. « Pendant
quelques heures terrifiantes, on m’a pris par erreur pour un
manifestant antigouvernemental, me permettant de voir comment
des centaines de manifestants arrêtés pendant la
fin de semaine étaient traités par les
autorités », a écrit à la une du
quotidien torontois M. McLeod, rappelant que la disparition des
dissidents est chose fréquente en Iran. Dans un
communiqué de presse, le ministre Cannon a
qualifié hier cet incident « d’inacceptable
».
Le printemps de Téhéran - Michèle
Ouimet
Moussavi
catalyse les frustrations des Iraniens. La vraie
révolution se passe dans la rue. Le régime
survivra-t-il?
Un journaliste canadien, George McLeod, a été
arrêté à Téhéran dimanche.
La police l’a pris pour un manifestant. Une a r restat ion
musclée : poussé contre une camionnette,
frappé à la tête, le bras tordu
derrière le dos. Il a été détenu
au quartier général du ministère de
l’Intérieur pendant « quelques heures
terrifiantes ».
PHOTO ASSOCIATED PRESS
Les manifestations ont pris de
l’ampleur hier en Iran. Des centaines de milliers de
personnes sont descendues dans les rues de
Téhéran pour protester contre le
résultat des élections de vendredi.
« À l’intérieur d’une salle en
béton, a-t-il écrit, hier, dans le Globe and
Mail, j’ai vu plus d’une cinquantaine de manifestants (…) les
mains derrière la tête. Certains étaient
couverts de sang, et les policiers, armés de
bâtons, patrouillaient les rangs, frappant certains
détenus sur les épaules. »
Il a eu droit au même traitement que les centaines
d’Iraniens arrêtés pendant les manifestations qui
secouent Téhéran depuis trois jours.
Vendredi, le président sortant Mahmoud Ahmadinejad a
été réélu avec 63% des voix,
battant son plus proche rival, Hossein Moussavi qui, lui, n’a
récolté que 33% des voix. Des élections
frauduleuses ? « Absolument, répond sans
hésiter Houchang Hassan-Yari, professeur au
Collège militaire royal du Canada. Moussavi n’est pas
arrivé premier dans sa province, ce qui est incroyable.
De plus, on n’a même pas accès aux
données. »
Le peuple iranien n’a pas été dupe. Depuis trois
jours, il ne décolère pas. Hier, affirme le
correspondant de la BBC à Téhéran, des
centaines de milliers de gens sont descendus dans la rue pour
protester, du jamais vu depuis l’arrivée des mollahs au
pouvoir en 1979. L’équivalent d’un tremblement de terre
politique.
Et tout ce monde appuie Moussavi. La colère des
Iraniens est facile à comprendre. Ils étouffent
dans ce régime théocratique où tout est
contrôlé, où l’économie est en
faillite, où le quart des Iraniens sont sans travail.
Ahmadinejad, un homme à la personnalité
agressive, est à couteaux tirés avec l’Occident.
Il a même menacé de rayer Israël de la
carte.
La société iranienne est jeune, instruite,
branchée sur l’internet. Les femmes veulent davantage
de liberté. Plus de la moitié des Iraniens ont
moins de 30 ans. Ils sont nés après la
révolution de 1979.
En Iran, la séparation des sexes est une obsession. Les
hommes et les femmes sont séparés. Partout. Dans
les autobus, les femmes en arrière, les hommes en
avant; même en ski, une pente pour les hommes, une pente
pour les femmes.
Des interdits qui frisent la névrose. Dans son livre
Lire Lolita à Téhéran, Azar Nafisi
raconte l’histoire d’un garçon de 10 ans qui
réveille ses parents le matin. Il est horrifié,
car il a fait un « rêve illégal ».
« Il était à la plage avec des hommes et
des femmes qui s’embrassaient et il ne savait pas comment
réagir, raconte Azar Nafisi. Et il
répétait sans cesse ‘‘Je fais des rêves
illégaux! ’’ ».
En 1997, les Iraniens ont voté pour un
réformateur, Mohammad Khatami. Le régime a
lâché du lest et la presse a connu une certaine
liberté. C’était le printemps de
Téhéran.
Cette
période euphorique a été de courte
durée. Les mollahs ont rapidement étouffé
ces bulles de liberté. Téhéran s’est
révolté, les manifestants sont descendus dans la
rue. Pendant cinq jours, la ville s’est transformée en
champ de bataille. Le pouvoir a été
ébranlé, mais il a vite écrasé la
révolte.
Khatami a soulevé beaucoup d’espoir, mais il n’a pas
fait grand-chose. Et pour cause : le président a peu de
pouvoir en Iran. Le vrai pouvoir repose entre les mains du
guide suprême, Ali Khamenei. Il était là
en 1997. Il est toujours en poste aujourd’hui. Il soutient
Ahmadinejad. Samedi, il l’a félicité pour sa
réélection.
Aujourd’hui, Khatami appuie Moussavi. Mais Moussavi, tout
comme Khatami, n’est pas un révolutionnaire. C’est un
réformateur qui ne remet pas en question les mollahs.
Bien au contraire, il a été premier ministre de
l’Iran de 1981 à 1989. Il veut réformer le
régime, lui donner de l’oxygène, pas le
transformer radicalement, encore moins le renverser.
Ahmadinejad est un ultraconservateur. Moussavi, lui, est un
conservateur réformateur.
Les manifestations monstres qui ont déferlé sur
Téhéran depuis quelques jours montrent à
quel point les Iraniens en ont ras-lebol. Un gigantesque
ras-le-bol. Le guide suprême Khamenei a d’ailleurs
été ébranlé. Hier, il a
annoncé qu’il y aurait une enquête sur les
élections du 12 juin.
Moussavi catalyse les frustrations des Iraniens. La vraie
révolution se passe dans la rue. Le régime
survivra-t-il ?
« Ça dépend, répond Houchang
Hassan-Yar i . Peut-être, si les manifestants
persistent, s’ils se répandent à travers le pays
et si des membres influents du clergé sortent pour les
appuyer. »
Et le journaliste du Globe and Mail? Il a été
libéré après quelques heures de
détention. Avec des excuses, un sourire et une tasse de
thé.
Mais pendant qu’il sort de prison la tête haute, des
centaines d’autres attendent dans la peur. Ils savent qu’ils
peuvent disparaître pendant des mois.
C’est ça, l’Iran d’Ahmadinejad.
« Les élections les plus propres »
Le
président
iranien Mahmoud Ahmadinejad défend sa
légitimité
«
Certains pensaient qu’ils allaient gagner, alors cela les a
rendus furieux. Cela n’a aucune crédibilité
légale. C’est comme les passions (qui se
déchaînent) après un match de football.
»
— Le président iranien, MahmoudAhmadinejad,
adéfendu hier la légitimité de sa
réélection devant une foule de partisans
à Téhéran, tandis que son principal rival
réclamait l’annulation du résultat du
scrutinetqueWashington exprimait des doutes sur la
régularité.
Le
président iranien Mahmoud Ahmadinejad, hier, lors de
sa première conférence de presse depuis
l’élection controversée de vendredi.
Pour la deuxième journée consécutive, des
affrontements ont opposé des partisans du candidat
malheureux à la présidentielle, Mir Hossein
Moussavi, aux forces de l’ordre dans la capitale, et plusieurs
journalistes étrangers ont été
priés de quitter le pays.
« Les élections en Iran sont les plus propres
» du monde, a dit M. Ahmadinejad devant plusieurs
milliers de partisans enthousiastes. Il a assuré
qu’« aucune irrégularité » n’avait
entaché le scrutin de vendredi. Lors d’une
conférence de presse, la première depuis
l’annonce de sa victoire, le président sortant
ultraconservateur a affirmé que sa
réélection ne pouvait être mise en doute.
« L’élection était une élection
réelle et libre, les résultats sont
légitimes. »
Son principal rival, le conservateur modéré Mi r
Hossein Moussavi, crédité officiellement de
seulement 34% des voix contre 63% à M. Ahmadinejad, a
demandé à l’instance compétente, le
Conseil des gardiens de la Constitution, d’annuler les
résultats. Il aurait même rencontré le
guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, pour en parler.
Mais ses chances paraissent faibles, ce dernier s’étant
réjoui dès samedi de l’issue de la
présidentielle.
M. Moussavi a en outre appelé ses partisans à
continuer à s’« opposer pacifiquement » aux
résultats après avoir dénoncé la
veille « les irrégularités visibles et
nombreuses ».
Le candida t r é forma teu r Mehdi Karoubi a
affirmé pour sa part qu’il ne reconnaissait pas M.
Ahmadinejad comme président.
Médias étrangers
Le président ultraconservateur a accusé ses
adversaires d’avoir des liens avec l’étranger et les
médias étrangers de se livrer à une
« guerre psychologique » contre son gouvernement.
Les autorités iraniennes ont demandé à
certains journalistes étrangers – présents en
Iran pour la couverture de la présidentielle – à
se préparer à quitter le pays. Nabil Khatib,
correspondant de la chaîne Al-Arabiya à
Téhéran, dit avoir été
informé hier par les autorités de la fermeture
du bureau pendant une semaine. L’équipe de France-3 dit
que des policiers en civil ont confisqué une
caméra alors qu’elle filmait des violences dans la
capitale.
Plusieurs médias étrangers ont d’ailleurs
accusé les autorités iraniennes d’avoir
empêché leurs journalistes de couvrir les
manifestations de samedi.
Manifestations
À Téhéran, qui n’avait pas connu de
telles violences depuis les émeutes estudiantines de
juillet 1999, la police a annoncé avoir
arrêté 170 personnes samedi , dont au moins 70
« organisateurs ».
Si des dizaines de milliers de partisans du président
sortant ont défilé hier dans la rue Vali Asr
à Téhéran, agitant des drapeaux et criant
son nom – là même où les partisans de
Moussavi avaient organisé un i mmense rassemblement la
semaine dernière –, des incidents se sont produits
à moins de 2km du lieu de la conférence de
presse d’Ahmadinejad. Des jeunes gens ont mis le feu à
des poubelles et à des pneus, provoquant l’intervention
de policiers armés de matraques.
Les forces de
l’ordre ont tiré en l’air pour repousser des
manifestations, mais les protestations n’ont pas eu l’ampleur
de celles de la veille. Le réseau de
téléphonie mobile, coupé samedi soir, a
été rétabli.
Mahmoud Ahmadinejad a estimé hier que les violences qui
ont éclaté à Téhéran
après l’annonce de sa victoire n’étaient «
pas importantes » de son point de vue, les comparant
à l’intensité relevée après un
match de football. « Certains pensaient qu’i ls al
laient gagner, alors cela les a rendus furieux », a-til
commenté. « Cela n’a aucune
crédibilité légale. C’est comme les
passions (qui se déchaînent) après un
match de football. L’écart entre les voix que j’ai
obtenues et celles des autres est trop important et personne
ne peut le mettre en doute ».
Réactions
Le vice-président américain, Joe Biden, a
déclaré que, « vu la façon dont ils
répriment la liberté d’expression, la
façon dont ils répriment la foule, la
manière dont les gens sont traités, il y a de
vrais doutes » sur la légitimité de la
réélection du président Ahmadinejad.
M. Ahmadinejad a qualifié le scrutin de «
camouflet » pour les « oppresseurs » du
monde, en allusion à l’Occident.
En Israël, le premier ministre Benyamin Nétanyahou
a affirmé qu’un Iran doté de l’arme
nucléaire constituerait « la plus grande menace
pour Israël, le Proche-Orient et le monde entier. C’est
la rencontre entre l’arme nucléaire et l’islam radical
», a-til dit.
M. Ahmadinejad a répété que le dossier du
nucléaire iranien appartenait « au passé
».
Le représentant spécial de la France pour
l’Afghanistan et le Pakistan, Pierre Lellouche, a pour sa part
redouté que la réélection de M.
Ahmadinejad « donne une bonne excuse » aux
partisans en Israël d’une attaque.
Tout en exprimant ses « doutes » sur la
validité de la réélection de M.
Ahmadinejad, M. Lellouche a craint une « réaction
en chaîne » dans la région.
Les Pays-Bas ont estimé qu’il « semble certain
» que la présidentielle a été
« influencée » alors que l’Italie a dit
suivre « avec attention et inquiétude » la
situation.
L’Allemagne a condamné les violences policières
à l’encontre de manifestants et demandé la
lumière sur les irrégularités
présumées.
Amnistie internationale a appelé les autorités
iraniennes à ouvrir immédiatement une
enquête sur la répression et demandé que
les responsables d’atteintes aux droits de l’homme soient
traduits en justice.
Le président irakien, Jalal Talabani, a
été l’un des rares hier à
féliciter M. Ahmadinejad pour sa victoire.
Coup de vieux à
Téhéran - Mario Roy
Secoué
par la jeunesse, l’édifice iranien vacille, mais ne
s’écroule pas.
Bien sûr, le mot-clé est : déception.
Après le discours historique de BarackObama au Caire,
après les élections parlementaires libanaises
qui ont rabroué la coalition pro-iranienne et
pro-syrienne, on cultivait l’espoir que le scrutin
présidentiel iranien allait lui aussi souffler un vent
d’ouverture et de conciliation. Ça n’a pas
été le cas. Et, pire encore, on ne saura sans
doute jamais dans quelle mesure la réélection de
Mahmoud Ahmadinejad aura été usurpée.
Il semble extrêmement douteux qu’il puisse se
féliciter d’un « appui populaire »
égal à 63%, en effet, sans que la
mécanique électorale ait été
sabotée. (Il est certain, par exemple, que la
circulation de l’information électronique –
télévision, téléphonie, internet –
a été trafiquée.) C’est ce que retient
une bonne partie de l’opinion internationale, exprimée
notamment par le vice-président américain, Joe
Biden, et le ministre canadien des Affaires
étrangères, Lawrence Cannon. En même
temps, la marge qui sépare le président
réélu de son principal opposant, Mir Hossein
Moussavi (34% des voix), est si considérable qu’on se
demande si une fraude, mêmemassive, pourrait
entièrement l’expliquer.
Ainsi donc, les formidables images d’une jeunesse iranienne –
surtout féminine – avide de réformes et de
liberté, diffusées partout dans le monde pendant
la campagne électorale, auront été
trompeuses. Ça s’est déjà vu ailleurs.
Comme sont probablement trompeuses aussi les escarmouches de
rue qui ont lieu à Téhéran depuis
vendredi soir, les plus considérables depuis les
émeutes étudiantes de 1999, ou peut-être
même depuis les soubresauts de la révolution
islamique de 1979.
Bien entendu, cette rébellion « verte » est
durement réprimée. Hier, elle a
été médiatiquement ensevelie sous les
sons et lumières d’un gigantesque rassemblement
pro-Ahmadinejad portant la signature du
téléguidage étatique. Hier
également, des journaux étaient fermés;
les communications toujours perturbées; les rues
quadrillées par la police, l’armée et les
milices du pouvoir; des dizaines d’opposants
emprisonnés; Moussavi placé sous surveillance.
L’édifice vacille mais ne s’écroule pas.
Qu’en retenir? Insuffisance de l’élan progressiste, ou
puissance inaltérée et brutale du régime,
ou les deux? Le résultat est le même. L’ I r a n
du pré s i dent Ahmadinejad, dont la victoire a
été dûment reconnue par le Guide
suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, demeure en
l’état: hostile à l’Occident et à
Israël, commanditaire de la violence politicoreligieuse,
imprévisible sur le plan nucléaire,
idéologiquement figé et économiquement
handicapé sur le plan intérieur.
Tout de suite, on voit une sorte de cercle vicieux se
refermer.
Dans son premier discours à la nation en matière
de politique extérieure, hier, le premier ministre
israélien, Benyamin Nétanyahou, a
évoqué des négociations de paix inscrites
dans un contexte rigide: un éventuel État
palestinien est possible, certes, mais privé de maints
attributs de la souveraineté... y compris,
expressément, la possibilité de nouer des
relations avec l’Iran.
En 48 heures, les belles et grandes paroles du Caire ont
décidément pris un coup de vieux.
LACHAPE DE PLOMB APRÈS L’EUPHORIE? -
Laura-Julie Perrault
Le
dépouillement des voix s’est fait derrière des
portes closes.
Pendant quelques heures la semaine dernière, alors que
des images d’électeurs en liesse émergeaient de
l’Iran, la République islamique a pris le visage d’une
démocratie. Mais pour des millions d’Iraniens, hier,
l’euphorie a fait place à la désillusion alors que
le président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad
était réélu dans la controverse et la
violence.
Tout avait pourtant si bien commencé. La liberté
d’expression, habituellement sous haute surveillance dans le
pays des ayatollahs, semblait avoir gagné beaucoup de
terrain à la veille de l’élection
présidentielle.
Vêtus de vert, les centaines de milliers de partisans du
principal candidat réformiste, Mir Hossein Moussavi,
croyaient déjà à leur victoire contre le
président Ahmadinejad. Poussant leurs foulards vers
l’arrière pour dévoiler des cheveux blonds, roux
ou noisette, de jeunes femmes de Téhéran
accordaient des entrevues aux médias étrangers.
À la télévision nationale, les trois
candidats rivaux du président sortant s’en donnaient
à coeur joie pour critiquer le bilan des quatre
dernières années.
Tout ça sentait le printemps de Prague ou la
révolution orange ukrainienne. D’ailleurs, la
majorité des Iraniens semblait avoir été
gagnée par la fièvre électorale. Alors que
l’élection présidentielle de 2005 avait
été largement boycottée, le scrutin de
vendredi a attiré 85% des électeurs. Les bureaux
de scrutin, qui ont parfois manqué de bulletins, sont
restés ouverts six heures de plus que prévu.
Avec une telle
participation, le résultat du vote promettait de donner
le pouls de la population iranienne : qu’allaient
préférer les électeurs entre un
président provocateur qui tient tête à
l’Occident, défend l’enrichissement de l’uranium, nie
l’Holocauste mais promet de redistribuer les richesses du
pétrole, et un ancien premier ministre fidèle au
souvenir de l’ayatollah Khomeini mais favorable aux
libertés individuelles et au dialogue avec l’Ouest?
Un bien court printemps
Plusieurs attendaient la réponse sur le bout de leur
chaise. Mais il semble maintenant clair qu’ils ne
l’obtiendront jamais.
Quelques heures à peine après la fin du vote, un
responsable du ministère de l’Intérieur a
annoncé la victoire écrasante de Mahmoud
Ahmadinejad au premier tour de scrutin. Selon le
décompte officiel, ce dernier a obtenu plus de 62,6%
des voix et Mir Hossein Moussavi, 34%. Les deux autres
candidats se sont contentés de grenailles.
Les jours qui
suivront seront cruciaux pour l’avenir de la République
islamique.
Le dépouillement des voix s’est fait derrière
des portes closes, sans grande transparence et sans aucune
supervision internationale.
PHOTO AHMED JADALLAH, REUTERS
PHOTO OLIVIER LABAN-MATTEI, AFP
À gauche, des partisans en
colère brandissent la photo du candidat
réformateur Mir Hossein Moussavi dans les rues de
Téhéran. À droite, un émeutier
accueilli par les policiers à coups de matraque.
Moins de deux heures après le début de
l’opération, l’agence de presse de la République
islamique, l’IRNA, contrôlée par le gouvernement,
a annoncé les résultats. Comment les
autorités ont-elles pu dépouiller en deux heures
des boîtes de scrutin provenant parfois de
l’étranger ou de coins reculés de l’Iran? ont
alors demandé les critiques.
M. Moussavi a vite dénoncé les
irrégularités du vote, rejeté la
validité du résultat et demandé au guide
suprême de la révolution, l’ayatollah Ali
Khamenei, d’intervenir pour rétablir la justice.
Quali fiant les résultats de l’élection de
« mensonge, d’hypocrisie et de fraude », le
réformiste défait a demandé à ses
partisans de le soutenir.
Même s’il a exhorté ses partisans au calme, la
grogne ne s’est pas fait attendre. Des milliers de personnes –
parmi les mêmes qui avaient manifesté
pacifiquement la semaine dernière – sont à
nouveau sorties dans les rues. Ces manifestations ont vite
tourné au vinaigre quand la police anti-émeute
les a dispersées à coup de matraques et de gaz
lacrymogène. Des affrontements violents ont eu lieu aux
quatre coins de la capitale.
« Àbas la dictature »
Les forces de
l’ordre, qui étaient restées passives pendant
les rassemblements politiques préélectoraux, ont
vite montré de quoi elles étaient capables : au
moins une personne a été tuée dans les
émeutes et des dizaines d’autres ont été
blessées. Le réseau cellulaire, qui permettait
aux partisans de M. Moussavi de s’organiser, a
été verrouillé et l’Université de
Téhéran, siège du mouvement
étudiant, bouclée.
La réaction des policiers n’a pas empêché
les manifestants de hausser le ton. « À bas la
dictature », « À bas le gouvernement du
coup d’État » sont parmi les slogans qui ont
retenti dans Téhéran. Ces coups de gueule
témoignent d’un durcissement de la dissidence parmi les
jeunes Iraniens, largement majoritaires dans le pays.
À eux seuls, les Iraniens de moins de 30 ans forment
70% des 67 millions de citoyens que compte le pays. Durement
frappée par le chômage – évalué
à près de 25% –, cette génération,
née après la Révolution, est un baril de
poudre prêt à exploser, selon bien des experts de
l’Iran.
Les jours qui suivront seront cruciaux pour l’avenir de la
République islamique. Le régime chiite, dont
l’ayatollah Khamenei tient les rênes,
répondra-t-il politiquement à la colère
des partisans de Moussavi ou aura-t-il recours à la
violence, aux exécutions arbitraires et à la
terreur politique comme il l’a si souvent fait dans le
passé pour écraser la dissidence ?
Le court printemps électoral se terminera-t-il comme
celui de Prague, avec l’imposition d’une chape de plomb, ou la
participation massive aux élections aurat-elle
prouvé au pouvoir religieux que l’Iran doit composer
avec une nouvelle force vive : sa jeunesse ?
De l a réponse dépend ra l’image que le monde
entier aura du pays le plus puissant du Moyen-Orient et, du
coup, la place qui lui sera accordée à la table
des nations. Il y a fort à parier que Barack Obama ne
sera pas intéressé à renouer des liens
avec un État sanguinaire.
« Où sont passés leurs votes? »
L’élection vue par des Iraniens de Montréal
Sanam n’a pas voté vendredi aux élections
présidentielles iraniennes. Elle était
convaincue que son geste serait inutile parce que, se
disait-elle, le candidat de son choix, le réformateur
Mir Hossein Moussavi, obtiendrait assez d’appuis pour forcer
la tenue d’un deuxième tour le 19 juin. Le choc a
été terrible hier matin quand elle a appris la
victoire haut la main du président sortant, Mahmoud
Ahmadinejad. Comme plusieurs Iraniens rencontrés hier
par elle crie à la fraude.
« Je savais qu’il y aurait des
irrégularités, mais pas à ce
point-là! On a vu les images à la
télévision de ces millions de gens qui allaient
voter pour Moussavi. Où sont passés leurs votes?
On essaie de nous faire croire qu’ils se sont miraculeusement
transformés en appuis pour Ahmadinejad? N’importe quoi!
» lance la jeune femme, qui préfère taire
son patronyme pour éviter les ennuis avec les
autorités iraniennes.
La Presse,
Rouzbeh Maleki partage la colère de Sanam. Il
était en Iran, il y a un mois, alors que la campagne
présidentielle battait son plein. « Personne ne
parlait d’Ahmadinejad. Les gens n’en avaient que pour
Moussavi, et vendredi, les sondages à la sortie des
urnes lui donnaient un appui très fort. Personne ne
doit croire les chiffres officiels. On nous ment »,
affirme le jeune homme, responsable d’un site internet
destiné à promouvoir la culture iranienne
à Montréal.
« C’est la gouvernement laissera jamais le peuple avoir
droit de parole. Il manipule tout », estime Hassan
Rajaei, déçu mais nullement surpris de la
tournure des événements. « Aussi longtemps
que l’ayatollah Ali Khameini sera en place, rien ne changera.
Il a le pouvoir de tout décider dans ce pays. Cette
élection, ce n’était rien de plus qu’une
pièce de théâtre », approuve Siavash
Saberi. preuve que
corrompu ce ne
le
Ne pas sauter aux conclusions
Rencontré au supermarché iranien Akhavan, rue
Sherbrooke Ouest, Ali Tavakolrastani fait entendre un autre
son de cloche. « Tant qu’on ne nous aura pas fait la
preuve qu’il y a eu fraude, il ne faut pas sauter aux
conclusions », soutient-il.
Contrairement à la plupart des Iraniens
interrogés hier, il croit que ses compatriotes
devraient se réjouir du résultat du scrutin.
« Les gens ont voté librement, et la technologie
en place était adéquate pour contrer la
falsification », affirme-t-il. Mieux : le
résultat est d’autant plus valable que le taux de
participation a été des plus
élevés, à 85%.
Mais Abbas, 32 ans, ne croit pas que les jeunes Iraniens
seront du même avis. Il craint que les prochains jours
ne soient sanglants dans son pays natal. « Ils
n’accepteront pas le résultat et les autorités
vont répliquer s’ils protestent. »
LE VRAI PATRON, L’AYATOLLAH KHAMENEI
Si, aux yeux
du monde, le président est le visage de l’Iran,
personne à l’intérieur de la République
islamique ne doute de l’identité du vrai patron du pays
: l’ayatollah Khamenei. Guide suprême de la
Révolution islamique, le religieux chiite qui a
remplacé l’ayatollah Khomeini est à la fois le
chef politique et religieux du pays. Il dispose d’un droit de
veto sur toutes les décisions du président. Il a
le pouvoir de pourvoir les postes influents non élus.
Le pouvoir de reconnaître le président lui
revient. Hier, il a pris le parti de Mahmoud Ahmadinehad,
demandant aux trois autres candidats de baisser les bras. Ses
prises de position sont habituellement sans appel.
Ahmadinejad crie victoire
— Le
président sortant de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad,
filait vers la réélection à l’issue
du scrutin présidentiel d’hier en Iran, selon les
résultats fournis par les autorités au terme
d’une journée de mobilisation inédite.
Des Iraniennes font la file pour
voter, dans un bureau de scrutin de
Téhéran, hier.
Au moment de mettre sous presse, sur près de 90%
des urnes ouvertes, soit l’équivalent de quelque 29
millions de bulletins, M. Ahmadinejad était
crédité de 65% des voix, selon le
président de la commission électorale au
ministère de l’Intérieur, Kamran Daneshjoo,
qui a précisé que les votes
comptabilisés jusque-là concernaient
l’ensemble du pays.
Son principal rival, le conservateur modéré
Mi r Hossein Moussavi, qui avait clamé sa victoire
à la clôture du scrutin, obtenait 32%.
Depuis l’annonce des premiers résultats partiels,
le Ministère n’a fourni aucun chiffre sur le taux
de participation. M. Daneshjou a dit penser que le taux de
participation « sera de plus de 35 millions de
votes, soit un taux de 75% à 80% ».
Le président ultraconservateur avait plus de 9,5
millions de voix d’avance.
« La différence entre le nombre de votes
obtenus parAhmadinejad et ceux recueillis par ses rivaux
est telle que tout doute sur sa victoire sera
interprété comme une forme d’humour par
l’opinion publique », a dit son directeur de
campagne, Mojtaba Samareh Hachémi, cité par
l’agence Fars.
M. Samareh Hachémi a ridiculisé l’annonce de
M. Moussavi en ces termes : « L’annonce
théâtrale d’une victoire par ceux qui ont
perdu l’élection est le dernier épisode d’un
projet de propagande irréelle et négative
mené depuis trois mois. »
M. Moussavi et ses partisans ont dénoncé une
manipulation du scrutin et des violations dans son
déroulement, alors que la participation record
constatée par les autorités était
censée favoriser sa candidature.
Des supporters se sont rendus dans les rues de
Téhéran au milieu de la nuit pour
célébrer la victoire.
Mahmoud Ahmadinejad « est un génie »,
clamaient certains. « Je suis heureux de la victoire
de mon candidat. Il aide les pauvres et attrape les
voleurs », a expliqué Kamra Mohammadi, 22
ans.
Les deux
autres candidats, le réformateur Mehdi Karoubi et
le conservateur Mohsen Rezaï, ont obtenu moins de 2%
des voix.
Le résultat officiel devait être
annoncé ce matin par le ministère de
l’Intérieur.
Pour être élu au premier tour, tout candidat
doit obtenir au moins 50% des voix plus une.
Après l’annonce de la fermeture des bureaux de
vote, en soirée, M. Moussavi, 67 ans, avait
revendiqué une large victoire.
Mais, peu après, l ’agence officielle I rna avait
annoncé un net succès de Mahmoud
Ahmadinejad.
Dans le communiqué lu à la presse, M.
Moussavi a par ailleurs affirmé que ses
équipes avaient « constaté dans
certaines villes comme Shiraz, Ispahan et
Téhéran un nombre insuffisant de bulletins
de vote ».
« Certains de nos QG ont été
attaqués. Je poursuivrai, avec le soutien du
peuple, les personnes à l’origine de ces actes
illégaux », a-t-il assuré.
Avec une mobilisation « sans précédent
», selon le ministère de l’Intérieur,
l’heure de clôture du scrutin n’a cessé
d’être repoussée. Dans un communiqué,
le ministère de l’Intérieur a fini par
annoncer la fermeture des bureaux à 22 h. Mais il a
ajouté que tout électeur faisant la queue
devait pouvoir déposer son bulletin.
La campagne électorale s’est déroulée
dans un climat acerbe entre candidats mais aussi dans une
atmosphère festive, à un degré jamais
vu en 30 ans de république islamique.
Elle a aussi reflété des divisions profondes
sur l’avenir de l’Iran après quatre ans de mandat
Ahmadinejad.
Ahmadinejad en mauvaise posture
L’économie en ruine coulera-t-elle le président
iranien?
Ahmadinejad pourrait devenir le premier président
iranien à ne pas être réélu.
L’auteur est chercheur associé au groupe d’étude
et de recherche sur la sécurité internationale
et à la chaire Raoul-Dandurand en études
stratégiques et diplomatiques. Il séjourne
présentement en Iran. En ce 20e anniversaire de la mort
de l’ayatollah Khomeini, le régime iranien vit l’une
des plus importantes campagnes électorales,
étant donné le mécontentement d’une
majorité de citoyens à l’égard du
président Mahmoud Ahmadinejad.
Contrairement aux idées reçues en Occident, les
Iraniens ne votent que rarement sur les questions de politique
étrangère. Avec une inflation avoisinant les
30%, un taux de chômage estimé à 20% et
une corruption rampante, la frustration gronde dans les rues
du pays.
Les doléances au sujet du prix de la nourriture et des
logements arrivent au premier rang. Le programme
nucléaire, l’ouverture du président Obama et la
situation chez les voisins irakien et afghan font rarement
l’objet de débats. Pour les électeurs, cette
situation reflète la mauvaise gestion, devenue
incontestable, d’Ahmadinejad. Pour plusieurs, les mauvaises
décisions du président ont presque ruiné
l’économie. Même l’immobilier, seul refuge
économique dans l’Iran sous sanctions
américaines, vit son premier ralentissement en plus de
15 ans.
Derrière Ahmadinejad se tient le mouvement des
conservateurs. Ces derniers prônent un retour aux
idéaux islamiques de la révolution de 1979, en
prêchant des politiques allant d’un habillement plus
traditionnel pour les femmes à un ton combatif face
à l’Occident, particulièrement les
États-Unis. La masse de leur soutien provient de la
classe défavorisée et pieuse du sud de
Téhéran, des régions rurales et de
l’armée.
À l’instar de sa campagne de 2005, Ahmadinejad a choisi
le thème du combat contre la corruption comme principal
cheval de bataille. Lors d’un récent débat
télévisé, il est allé
jusqu’à accuser de corruption d’importants membres de
l’establishment politico-religieux – dont un ancien
président. En matière de politique
étrangère, il persiste à jouer sur la
fibre nationaliste alors qu’il affirme son « refus
d’accepter les insultes des grandes puissances » tout en
réitérant son appui inébranlable au
programme nucléaire.
Un autre candidat conservateur, Mohsen Rezaï, l’ancien
chef des Gardiens de la Révolution, est présent
dans la course, même si ses chances de gagner – ou
même de passer au deuxième tour – sont minces.
Les
réformateurs ont aussi deux candidats: Mir Hossein
Moussavi et Mehdi Karroubi. Leur principal soutien vient de la
classe moyenne et riche des grandes villes, de la
majorité des femmes, des minorités ethniques et
surtout des jeunes – qui représentent 60% des 70
millions d’habitants.
Les réformateurs prônent des changements tels que
la démocratisation des institutions, davantage de
droits pour les femmes et une politique
étrangère plus conciliante. Mir Hossein
Moussavi, architecte de formation et premier ministre lors de
la guerre Iran–Irak (19801988), avait quitté le monde
politique à la suite de l’abolition de son poste en
1989. Les cheveux et la barbe blanchis, il
répète sans cesse qu’il est de retour pour
« venir à la défense de son pays
qu’Ahmadinejad a mis en danger ».
Moussavi tente d’amener le débat sur un terrain
glissant pour l’actuel président : l’économie et
la politique étrangère. Il propose certaines
réformes pour contrôler le fléau
inflationniste et reproche à Ahmadinejad ses diatribes
irresponsables au sujet de l’Holocauste, Israël et
l’Occident.
L’autre candidat réformateur, Mehdi Karroubi, est un
clerc modéré et ancien président du
Parlement. Il vient de faire une récente
remontée dans les sondages grâce à un
discours populiste. Karroubi pourrait empiéter sur les
chances de Moussavi de passer au deuxième tour.
Étant donné l’hyper mobilisation des
conservateurs dans les milieux démunis et pieux,
Ahmadinejad est presque assuré de passer au
deuxième tour. La question est donc quel
réformateur l’opposera: Moussavi ou Karroubi?
Le meilleur moyen pour les réformateurs de faire sortir
leur électorat de leur torpeur est de
répéter: « Êtes-vous mieux
maintenant qu’il y a quatre ans? ». Si la réponse
est aussi claire pour la population qu’elle semble
l’être pour les observateurs, Ahmadinejad pourrait
devenir le premier président de la République
islamique à ne pas être réélu.
L’arme secrète en tchador -
Laura-Julie Perrault
ÉLECTION
PRÉSIDENTIELLE IRANIENNE Aujourd’hui, en passant aux
urnes pour choisir un président, les Iraniens mettront
fin à la campagne électorale la plus enlevante que
la République islamique ait connue depuis des
décennies. Les candidats ont rivalisé d’i
« Sa présence a tout changé dans la campagne
présidentielle. Elle a permis à Mir Hossein
Moussavi de devenir le principal rival de Mahmoud Ahmadinejad
(le président sortant) et de reléguer l’autre
candidat réformiste, Mehdi Karroubi, au second rang.
»
Quand l’un des candidats à la présidence iranienne
s’est présenté avec sa femme lors d’un
rassemblement politique à Tabriz le mois dernier,
beaucoup d’Iraniens se sont frotté les yeux pour
s’assurer qu’ils ne rêvaient pas. Jamais, depuis la
révolution islamique de 1979, une épouse
d’aspirant président n’avait été mise de
l’avant.
Zahra
Rahnavard, la femme du candidat Mir Hossein Moussavi, a
bousculé les traditions. Jamais, depuis la
révolution islamique de 1979, une épouse
d’aspirant président n’avait été mise de
l’avant.
Principal candidat réformiste à l’élection
d’aujourd’hui, Mir Hossein Moussavi ne s’est pas contenté
de présenter sa conjointe, Zahra Rahnavard, à la
foule. Il lui a tenu la main et donné la parole.
Âgée de 64 ans, Mme Rahnavard est bien connue en
Iran. Ancienne doyenne de l’Université féminine de
Téhéran, elle est aussi une sculptrice accomplie.
Les Iraniens de plus de 40 ans voient en elle un symbole de la
révolution islamique : laïque dans les années
70, la détentrice d’un doctorat a choisi de son plein
gré, pour des raisons politiques, de mettre le voile en
1979.
Bien qu’elle porte le tchador – le long voile noir qu’arborent
habituellement les femmes les plus conservatrices en Iran –, Mme
Rahnavard n’a pas la langue dans sa poche. «
Éliminer la différence entre les hommes et les
femmes est ma priorité absolue », s’est-elle
exclamée lors d’un récent discours. Si son mari
est élu président de l’Iran, elle promet qu’elle
veillera personnellement à ce qu’il se batte pour
permettre aux femmes de s’habiller comme bon leur semble et pour
faire abolir les lois discriminatoires.
« Sa présence a tout changé dans la campagne
présidentielle. Elle a permis à Mir Hossein
Moussavi de devenir le principal rival de Mahmoud Ahmadinejad
(le président sortant) et de reléguer l’autre
candidat réformiste, Mehdi Karroubi, au second rang
», note Roksana Bahramitash, professeure au programme
d’études iraniennes à l’Université
Concordia.
En avant, toutes !
Les adversaires de M. Moussavi n’ont pas tardé
à réagir à l’apparition surprise de Mme
Rahnavard. Lor s d’un débat t é l év i
sé, Mahmoud Ahmadinejad a remis en cause le doctorat de
l’épouse de M. Moussavi, un coup sous la ceinture qui a
été tourné en ridicule par les
réformistes.
Quelques jours plus tard, alors qu’il faisait campagne dans l’Iran
rural, le politicien conservateur était accompagné
de sa propre épouse. Au pouvoir depuis 2005, il ne l’avait
jamais présentée en public.
L’autre candidat conservateur, Mohsen Rezaï, est
embarqué dans la danse. Il a convoqué la presse
lorsque sa femme s’est inscrite sur la liste électorale. Le
réformiste Mehdi Karroubi, qui met de l’avant un agenda
profemmes, a pour sa part confié la gestion de sa campagne
dans la capitale iranienne à son épouse, Fatemeh, 63
ans, éditrice d’une revue féminine influente.
Place primordiale
Cette nouveauté dans la campagne électorale a
attiré tantôt des louanges des médias,
tantôt des critiques des religieux, mais elle a
changé la donne en propulsant la question du droit des
femmes au premier plan.
En Iran, plusieurs lois religieuses maintiennent les femmes dans
des positions inférieures. En cas de divorce, elles ont peu
de chance de conserver la garde des enfants ou d’obtenir une
pension alimentaire. En cour, leur témoignage vaut la
moitié de celui d’un homme.
L’espoir de changement à ce chapitre a attiré
beaucoup de jeunes femmes iraniennes dans les rues cette semaine.
Drapées de vert, elles ont scandé le nom de Mir
Hossein Moussavi. Et à l’occasion, celui de sa femme.
Aujourd’hui, elles voteront.
LE CHOIXDE L’IRAN - Laura-Julie Perrault
Manifestations
monstres, bataille épique sur Facebook, débats
télévisés enlevants. La campagne pour la
présidence soulève les passions en Iran et dans
la grande diaspora perse. Parmi les enjeux, l’économie,
les libertés individuelles, mais surtout l’image
Portant du vert, les
supporteurs de Mir Hossein Moussavi ont envahi les rues de
Téhéran cette semaine. Le candidat
réformiste est populaire auprès des jeunes et
des femmes. Ancien premier ministre de l’Iran, il
espère ravir la présidence à
l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad.
Rock star « révolutionnaire »
Avec ses cheveux blancs, ses lunettes et
sa barbichette, Mir Hossein Moussavi, 67 ans, n’a pas vraiment
les airs d’une « rock star ». Pourtant, depuis un
mois, une partie de la jeunesse iranienne a fait de l’ancien
premier ministre iranien son icône. Portant les couleurs
de sa campagne, le vert – à la fois symbole d’espoir et
de l’islam –, ses jeunes supporteurs scandent son nom dans les
rues. Sur les affiches qu’ils brandissent, on peut lire une
inscription en anglais : « Un nouveau bonjour au monde.
» Sur d’autres, on peut voir le candidat réformiste
tenir son épouse, l’intellectuelle Zahra Rahnavard, par
la main, un geste osé dans l’espace public iranien
où les contacts entre sexes opposés sont
surveillés de près.
On peut dire avec certitude que Mir Hossein Moussavi est un
candidat « révolutionnaire ». Proche de
l’ayatollah Khomeiny lors de la révolution islamique de
1979, cet architecte de formation, originaire de la province
azerbaïdjanaise de l’Iran, a occupé de nombreux
postes au sein du régime islamiste, dont il ne remet pas
l’existence en question.
Les Iraniens de plus de 30 ans se souviennent de son
passage au poste de premier ministre de 1980 à 1989, date
à laquelle ce poste a été aboli. Au cours
de la guerre Iran-Irak, il a été le premier
à mettre sur pied un filet social pour les plus
démunis.
Depuis, il a surtout occupé des postes dans les
coulisses du pouvoir. De 1989 à 2005, il a
été parmi les proches conseillers du
président réformiste Mohammad Khatami. En mars, ce
dernier s’est d’ailleurs retiré de la course
présidentielle afin de faire plus de place à son
collaborateur de longue date. Comme M. Khatami, Mir Hossein
Moussavi prône l’élargissement des libertés
individuelles en Iran. Il promet aussi de travailler très
fort pour faire abroger les lois discriminatoires à
l’égard des femmes.
Mais c’est son désir d’engager le dialogue avec les
États-Unis et le reste du monde qui semble lui gagner le
plus de soutien. Plusieurs Iraniens voient dans celui qui a,
jusqu’à tout récemment, présidé
l’Académie des arts de l’Iran, un homme de culture,
parlant l’anglais et l’arabe en plus du farsi. Ils savent depuis
tout récemment qu’il utilise habilement Facebook et
Twitter pour véhiculer ses idées, un atout de
taille dans un pays où la liberté d’expression
passe d’abord et avant tout par le web.
De fils de forgeron à protégé des
ayatollahs
« Ahmadinéquoi? » Quand il a été
élu à la présidence iranienne en 2005,
Mahmoud Ahmadinejad, alors âgé de 48 ans,
était un illustre inconnu sur la scène
internationale et dans beaucoup de milieux iraniens.
Sa victoire
contre l’ancien président, le richissime Hachémi
Rafsandjani, a rappelé aux experts de l’Iran, qui ne
prédisaient en rien le plébiscite de l’ancien
maire de Téhéran, que les campagnes iraniennes et
les pauvres des villes n’avaient pas dit leur dernier mot.
Filsdeforgeron, MahmoudAhmadinejad est né Mahmoud
Saborjhian dans un village du nord de l’Iran. Sa famille aurait
adopté le nom Ahmadinejad, qui fait
référence à la lignée du
prophète Mahomet, lors d’un déménagement
à Téhéran. Le milieu modeste dont il est
issu n’a pas empêché Mahmoud Ahmadinejad de faire
de longues études pour obtenir un doctorat en
génie civil après avoir pris part à la
guerre entre l’Iran et l’Irak dans les années 80.
Malgré sa fulgurante ascension sociale, le
président iranien se dit encore aujourd’hui près
des préoccupations du peuple. C’est d’ailleurs sa
promesse de mettre « l’argent du pétrole iranien
sur les tables des familles » qui l’a porté
à la présidence en 2005. Pendant la campagne qui
s’est terminée hier, il a promis de redistribuer encore
plus de richesses s’il est reporté au pouvoir. Pour
prouver ses bonnes intentions, il a distribué des
chèques de voyage d’une valeur de 50$ et des pommes de
terre aux paysans qui constituent une partie importante de son
électorat. Les deux tactiques populistes ont
soulevé l’ire de ses adversaires.
Lors de sa première élection en 2005, un
autre élément de sa biographie a surpris: jamais
avant lui, un laïc n’a réussi à remporter la
présidence. S’il ne porte pas le turban des mollahs,
Mahmoud Ahmadinejad ne dissimule pas ses profondes croyances
religieuses. Sur son blogue, traduit en plusieurs langues, il
cite copieusement les penseurs chiites les plus conservateurs.
Il est le disciple de l’ayatollah Mohammad Yazdi, qui
prône le strict respect des préceptes de l’islam
chiite même à l’étranger et recommande aux
diplomates iraniens de ne pas adresser la parole aux femmes ne
portant pas le hijab. Alors qu’il était maire de
Téhéran de 2003 à 2005, Ahmadinejad avait
proposé d’affecter certains trottoirs aux femmes et
d’autres aux hommes.
À l’étranger, il est surtout connu pour ses
attaques virulentes contre Israël et ses bravades sur le
dossier nucléaire. Peu populaires auprès du public
occidental, ses opinions en matière de politique
étrangère lui ont donné un statut de
héros dans les milieux les plus conservateurs de l’Iran
et de certains pays arabes. Il est d’ailleurs dans les bonnes
grâces de l’ayatollah Khamenei et de l’armée
iranienne.
TOUS DES HOMMES BARBUS
Ne devient
pas candidat à l’élection présidentielle
qui veut en Iran. Au printemps, les Iraniens
intéressés par l’emploi ont dû soumettre
leur candidature au Conseil des gardiens. Ce comité de
12 religieux a le pouvoir d’établir si les aspirants
sont assez fidèles aux principes de la
République islamique et assez pieux pour occuper le
plus haut poste élu du pays. Cette année, des
450 appelés, dont 42 femmes, il n’y a eu que 4
élus : tous des hommes barbus. Demain, tous les
Iraniens de 18 ans et plus seront appelés à
choisir l’un des quatre candidats autorisés. Les
résultats de ce premier tour seront annoncés
samedi. Si aucun des candidats n’a obtenu la majorité
absolue, un second tour de scrutin se tiendra dans les deux
prochaines semaines. Avant de pouvoir prendre les rênes
de la présidence en août, l’élu devra
recevoir l’assentiment du guide suprême de la
révolution, l’ayatollah Ali Khamenei, véritable
détenteur du pouvoir en Iran.
Les Iraniens de Montréal derrière
Moussavi
UNE CAMPAGNE
SUIVIE DE PRÈS
« On ne peut être confiant en la victoire de
Moussavi. Des gens disent qu’Ahmadinejad va tricher. Mais si
on vote très nombreux, il ne peut pas tricher. »
Niloufar Sadr n’a pas exercé son droit de vote aux
dernières élections iraniennes, mais elle le
regrette. Demain, rien ne l’empêchera de se rendre
à Ottawa pour choisir qui sera le prochain
président de la Républ ique islamique. «
J’y vais avec mes enfants et tous les amis que je connais.
Après, on espère qu’on va fêter pour
Moussavi, dit-elle. On ne veut pas avoir quatre ans de plus
avec Ahmadinejad. »
PHOTO AHMED JADALLAH, REUTERS
Les partisans de Mir Hossein Moussavi,
sérieux adversaire au président sortant, se
sont rassemblés dans le stade de
Téhéran avant-hier pour marquer leur soutien
à leur candidat.
La communauté iranienne de Montréal prend
à coeur la campagne pour la présidence dont les
organisateurs attendent une participation record. La plupart
des Montréalais d’origine iranienne interviewés
par La Presse souhaitent voir Mir Hossein Moussavi, du camp
réformiste, l ’ empo r t e r su r Ma hmoud Ahmadinejad,
le président sortant ultraconservateur.
« On veut refaire la réput at ion de l ’ I ran
à l ’ i ntern a t i ona l » , di t Mme Sad r ,
responsable de la galerie d’art et la librairie Mekic,
située sur le Plateau-Mont-Royal.
Confiante en la victoire de Moussavi ? « Non. On ne sait
jamais, répond la femme de 50 ans. Des gens disent
qu’Ahmadinejad va tricher. Mais si on vote très
nombreux, il ne peut pas tricher. »
Le père de Mme Sadr a été ministre sous
le gouvernement de Bazargan, tout juste après la
révolution. L’homme de 92 ans est toujours en Iran. Il
milite toujours pour son pays, explique sa fille.
Les éle c t ions de dema i n soulèvent les
passions. Pour Behrooz Salemi, croisé hier à
l’épicerie iranienne Akhavan, rue Sherbrooke Ouest,
Moussavi représente la liberté. Son discours est
plus modéré. « Il est plus instruit et
ouvert sur le monde », indique-t-il.
L’homme de 50
ans lance à la blague que ce sont les «
fanatiques » qui votent pourMahmoud Ahmadinejad. Il veut
taquiner un autre client pour qui c’est le cas. «
Ahmadinejad croit et il fait la parole de Dieu »,
explique Ali Askhat Mohammadi pour justifier son choix.
Avec Barack Obama au pouvoir aux États-Unis, M. Haj Ali
croit aussi que c’est mieux que Moussavi soit le prochain
président. Mais le caissier de l’épicerie
Akhavan a de bons mots pour Ahmadinejad.
« Il a osé se tenir devant les États-Unis,
explique-t-il. Il y est allé plusieurs fois. Je
n’étais pas d’accord avec son discours, mais il a
osé aller le défendre à Larry King et
dans les universités. »
« Il a triplé les salaires des plus pauvres et il
a haussé les pensions des plus vieux »,
ajoute-t-il.
Mais pour M. Salemi, « il a fait ça pour des
raisons politiques » . Les experts disent qu’Ahmadinejad
l’a emporté à cause de l’appui des gens plus
pauvres et des populations rurales, rappelle-t-il. «
Moussavi est plus instruit et moins populiste. »
Si les Iraniens de Montréal fondent beaucoup d’espoi r
en la victoire de Mir Hossein Moussavi, encore faut-il que les
élections se déroulent en bonne et due forme.
« Dans les villages, les gens ne sont pas
enregistrés. Ils n’ont pas de certificat de naissance
», rappelle M. Haj Ali.
Mise en garde au guide suprême
La campagne
présidentielle a pris hier un tour polémique en
Iran avec l’avertissement sans précédent de
l’ex-président Rafsandjani au guide suprême Ali
Khamenei sur de possibles troubles s’il reste silencieux dans
le conf lit l’opposant au président sortant Mahmoud
Ahmadinejad.
Ce dernier a accusé M. Rafsandjani et son fils Mohsen
de corruption au cours d’un récent débat
télévisé contre Mir Hossein Moussavi, son
principal adversaire pour le scrutin de vendredi.
M.
Rafsandjani s’est vu refuser un droit de réponse par la
télévision d’État, dont le directeur est
nommé par le guide suprême, au motif qu’il n’est
pas candidat à l’élection.
En revanche, le président Ahmadinejad a obtenu un temps
d’antenne mercredi soir pour démentir les «
allégations » de ses adversaires qui contestaient
notamment son bilan économique.
L’Iran en quête d’un nouveau visage -
Laura-Julie Perrault
ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE VENDREDI Vendredi, 46
millions d’électeurs iraniens sont appelés
à choisir le président de la République
islamique. Les organisateurs du scrutin prévoient une
participation record, signe de l’importance que revêt
cette élection à l
« Celui qui remportera la présidence va
contrôler le dialogue avec les États-Unis.
»
Habituellement emplies du vacarme des voitures et des klaxons
hyperactifs, les rues de la capitale iranienne sont le
théâtre d’un autre genre de tintamarre ces
jours-ci. Quotidiennement, des centaines de milliers de
manifestants envahissent les rues de Téhéran
pour faire entendre leur voix... et celle du candidat qu’ils
cautionnent.
PHOTO AHMED JADALLAH, REUTERS
Populaire auprès des
étudiants, l’ancien premier ministre Mir Hossein
Moussavi tentera de battre l’ultraconservateur Mahmoud
Ahmadinejad, lors de l’élection présidentielle
iranienne vendredi. Ses supporters, dont cette jeune femme
de Téhéran, n’hésitent pas à
porter du vert, la couleur de la campagne de M. Moussavi,
pour montrer leur soutien. Hier, des centaines de milliers
de personnes ont participé à des
manifestations dans la capitale iranienne.
Une partie d’entre eux y sont pour défendre le
président actuel du pays, Mahmoud Ahmadinejad, qui
espère se faire réélire vendredi. En
scandant « Ahmadi, bye-bye! » des centaines de
milliers d’autres veulent l’en empêcher.
Selon les journalistes qui les ont abordés, ces
derniers soutiennent majoritairement la candidature de Mir
Hossein Moussavi, le principal candidat du camp
réformiste dans cette course présidentielle qui
attise les passions.
Ancien premier ministre de l’Iran, M. Moussavi veut obtenir
assez de voix vendredi pour affronter à nouveau
Ahmadinejad lors d’un second tour. Sa réussite ne
serait pas banale: depuis l’établissement de la
République islamique, les présidents iraniens
n’ont jamais eu de difficulté à obtenir un
second (et dernier) mandat. Mahmoud Ahmadinejad pourrait
devenir l’exception à la règle.
Bonnet blanc, blanc bonnet ?
Mais que changerait exactement l’élection d’un nouveau
président en Iran?
À l’interne, l’économie est l’un des principaux
enjeux du scrutin: le chômage dépasse les 10% et
l’inflation frôle 30%.
C’est en
promettant une meilleure redistribution des richesses
découlant de la vente du pétrole iranien que
Mahmoud Ahmadinejad a réussi à ravir la
présidence, en 2005. Cette fois, il est attaqué
par ses rivaux qui l’accusent de ne pas avoir rempli ses
engagements, malgré le prix du pétrole qui a
atteint son zénith pendant le mandat qui
s’achève. M. Moussavi joue dans les platebandes du
président actuel en promettant d’être encore plus
généreux envers les plus démunis du pays.
Dans le dossier nucléaire, qui isole l’Iran sur la
scène internationale, tous les candidats tiennent
à peu près le même discours : l’Iran,
puissance régionale, a le droit d’avoir un programme
nucléaire et d’enrichir de l’uranium.
« Il est très, très peu probable qu’un
nouveau président change de cap à ce chapitre
», estime Pierre Pahlavi , expert de la politique
étrangère iranienne au Collège des forces
canadiennes, à Toronto. Il note d’ailleurs que le guide
suprême de la révolution, l’ayatollah Khamenei,
tient les rênes en matière de politique
étrangère.
Les électeurs iraniens sont très conscients de
la marge de manoeuvre limitée du président,
toujours soumis au veto du guide suprême, mais ils
n’ignorent pas que l’homme qu’ils choisissent est le visage de
l’Iran à l’étranger.
C’est d’ailleurs sur l’image qu’ils projettent que les deux
principaux candidats se démarquent le plus.
Ultraconservateur religieusement et politiquement, Mahmoud
Ahmadinejad est connu à l’international pour ses
effusions contre les États-Unis et Israël, ainsi
que pour son déni de l’Holocauste. Longtemps à
la tête de l’Académie des arts de l’Iran, Mir
Hossein Moussavi fait campagne avec sa femme à ses
côtés (du jamais vu!) et promet de tenir un
discours beaucoup plus modéré à
l’étranger.
Ces différences sont exacerbées par les
événements des derniers mois. Depuis qu’il a
pris les rênes de la présidence
américaine, Barack Obama a proposé à
maintes repr ises aux Iraniens de mettre de côté
30 ans de relations hostiles. L’ Irak, l’Afghanistan, la paix
au Proche-Orient et le dossier nucléaire sont
quelques-uns des sujets sur lesquels le géant
américain aimerait engager des négociations avec
l’Iran.
« Celui qui remportera la présidence va
contrôler le dialogue avec les États-Unis. Et
celui qui va contrôler ce dialogue aura beaucoup de
pouvoir » , croit James Devine, professeur en science
politique à l’Université Concordia. Les I
raniens, qui manifestent bruyamment dans les rues ces
jours-ci, semblent l’avoir très bien compris. À
LIRE DEMAIN: LE PORTRAIT DES QUATRE PRINCIPAUX CANDIDATS
À LA PRÉSIDENCE IRANIENNE.
Les droits des femmes s’invitent à la
présidentielle iranienne
— Le candidat
à la présidentiel le en I ran, Mi r Hossein
Moussavi, s’est engagé hier à réviser les
lois « injustes » à l’égard des femmes
s’il est élu le 12 juin.
Dans un discours devant environ 1500 femmes dans un centre
sportif à Téhéran, M. Moussavi a
déclaré qu’il « réviserait toutes les
lois considérées comme discriminatoires et
injustes à l’égard des femmes en introduisant les
projets nécessaires au Parlement ».
Le candidat, soutenu par les partis réformateurs, a
assuré la foule qu’il oeuvrerait en vue de retirer des
rues les patrouilles de « la police des moeurs »,
qui veille au strict respect du code vestimentaire qui contraint
les femmes à porter le voile.
Cette police fait régulièrement la chasse aux
jeunes femmes qui laissent s’échapper trop de
mèches de cheveux ou portent le manteau obligatoire trop
serré à la taille. Elles sont normalement
emmenées par la police et tenues de signer un engagement
à ne pas répéter leur acte.
Les Iraniennes ne peuvent travailler ou obtenir un passeport
qu’avec l’accord de leur mari. La charia, la loi islamique, fait
qu’en justice leur témoignage vaut la moitié de
celui d’un homme. Elle les désavantage aussi pour
l’héritage, le divorce et la garde des enfants.
M. Moussavi est considéré comme le principal
concurrent du président Mahmoud Ahmadinejad, qui se
présente pour un second mandat de quatre ans.
Sa femme, Zahra Rahnavard, s’est également
adressée à la foule, qui criait « Retirez la
police des moeurs ».
« Nous devons préparer le terrain pour que les
femmes soient traitées sans discrimination, a-telle dit.
Nous devons réviser les lois qui traitent les femmes de
manière inégale. Elles doivent pouvoir choisir
leur profession suivant leur mérite et accéder aux
postes de décision politique. »
Pendaisons
Par ailleurs,
trois hommes reconnus coupables de complicité dans
l’attentat qui a fait 25 morts et 125 blessés dans une
mosquée chiite, jeudi à Zahedan (SudEst), ont
été pendus en public hier, dans une forme de
justice expéditive.
D’après un responsable du pouvoir judiciaire local,
Ebrahim Hamidi, les condamnés avaient introduit en Iran
les explosifs utilisés et les avaient fournis au
responsable de l’attentat suicide.
La télévision a montré hier des milliers
d’habitants de la ville, vêtus de noir en signe de deuil
et rassemblés devant la mosquée. Certains criaient
« je tuerai celui qui a tué mon frère
» et d’autres « mort aux wahhabites » . Le
wahhabisme est un courant fondamentaliste de l’islam sunnite.
Selon la radio-télévision publique iranienne, le
groupe rebelle sunnite Joundallah, actif au sein de la
minorité baloutche iranienne, a revendiqué
l’attentat dans un appel au bureau de la chaîne de
télévision Al-Arabiya au Pakistan.
L’ambassadeur pakistanais à Téhéran,
Mohammad Bakhsh Abbasi, a été convoqué au
ministère iranien des Affaires étrangères,
selon l’agence officielle Irna.
Le chef d’état-major des forces armées iraniennes,
le général Hassan Firouzabadi, a
déclaré hier que l’Iran avait «
localisé la base du chef du groupe (au Pakistan) et en
avait informé Islamabad pour son arrestation ».
L a province du Si s t a nBaloutchistan, dont Zahedan est la
capitale, est le théâtre depuis plusieurs
années d’attentats attribués à Joundallah.
Le groupe revendique une plus grande autonomie pour la
minorité baloutche sunnite de la province. Cette
population s’étend aussi au Pakistan voisin.
Dès vendredi, des responsables iraniens ont
attribué la responsabilité de l’attentat à
des extrémistes sunnites, tout en assurant qu’ils
agissaient pour le compte des États-Unis et
d’Israël.
Facebook devient un enjeu électoral en
Iran
Les candidats
à la présidence se livrent une bataille high-tech
Un électeur iranien sur deux, invité à
choisir un nouveau président le 12 juin, a moins de 30
ans. Ce fait n’a pas échappé aux candidats qui se
livrent ces jours-ci une bataille sans merci sur le web. Depuis
le week-end dernier, le site Facebook est au coeur de la lutte
électorale.
Le
président sortant de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, au
cours d’une tournée électorale à Semnan,
ville située à 210 km de Téhéran.
Les questions de liberté d’expression et de
l’utilisation des nouveaux forums de discussion internet ont
pris une importance relative dans la présente campagne
présidentielle.
Du 23 au 26 mai, les internautes iraniens qui tentaient
d’accéder au site de réseautage social recevaient
un message en perse leur indiquant que l’accès au site
n’était « pas possible ».
Les médias réformistes du pays ont rapidement
accusé le président actuel, l’ultraconservateur
Mahmoud Ahmadinejad, d’être à l’origine de la
« panne » touchant le populaire site. L’ancien maire
de Téhéran, qui revendique un second mandat de
quatre ans à la présidence iranienne, a souvent
été critiqué pour ses tentatives de censure
des médias. Sous son règne, plusieurs journaux ont
été interdits et nombre de journalistes et
blogueurs ont été emprisonnés.
Les critiques d’Ahmadinejad estiment que ce dernier s’en est
pris à Facebook pour nuire à son principal
adversaire, Mir Hossein Moussavi. Ancien premier ministre de
l’Iran – il a servi pendant la guerre Iran-Irak –, ce dernier a
gagné beaucoup de terrain auprès des jeunes, en
obtenant notamment le soutien de l’ancien président
iranien réformiste, Mohammad Khatami, qui a longtemps
été le politicien chouchou des jeunes, des femmes
et des artistes. Signe de sa popularité, M. Moussavi a
récolté 72% des voix lors d’un vote fictif tenu
à l’Université de Téhéran. M.
Ahmadinejad est arrivé deuxième avec 16% des voix.
En
conférence de presse, le président Ahmadinejad a
nié avoir orchestré l’interdiction du site.
« Notre politique est de donner un maximum de
liberté. Plusieurs sites et journaux écrivent des
choses défavorables à notre sujet. Un site ne
ferait pas la différence », a dit le
président.
La réplique à ses explications ne s’est pas fait
attendre sur Facebook. Hier, sur les multiples pages
consacrées à la politique iranienne, les jeunes
internautes s’en donnaient à coeur joie. « Allez,
libérez Facebook! Longue vie à la liberté!
» peut-on lire en perse sur une page Facebook
consacrée aux partisans de Mohammad Khatami.
À la suite de l’incident sur Facebook, Mir Hossein
Moussavi a redoublé d’efforts sur la Toile. Le candidat
est aussi présent sur Twitter, un autre outil de
réseautage mis à profit par Barack Obama au cours
de sa campagne électorale.
Les Iraniens, qui ont un accès limité à des
médias traditionnels indépendants à
l’intérieur de la république islamique, sont
particulièrement friands de l’internet. On compte 23
millions d’usagers de la Toile en Iran sur une population de 71
millions.
Hariri renonce à former un gouvernement
- Laura-Julie Perrault
Former un
gouvernement au Liban, pays multiconfessionnel par
excellence, n’est pas une sinécure. Cette
tâche, le jeune premier ministre
désigné, Saad Hariri, se l’est vu confier il y
a 10 semaines, au lendemain des élections de juin.
Hier, exaspéré, il a jeté
l’éponge. Survol des enjeux pour le Liban, qui peine
à mettre fin à cinq ans de crise politique.
QQui
PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED
PRESS
Après 10 semaines,
exaspéré, le jeune premier ministre
désigné Saad Hariri a jeté
l’éponge hier.
est Saad Hariri ? R Homme d’affaires milliardaire et
musulman sunnite, Saad Hariri, 39 ans, est le fils de
l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri,
assassiné en 2005 lors d’un attentat à la
voiture piégée. Après l’attentat qui a
plongé le pays dans une crise politique, Saad Hariri
est rentré de l’étranger pour diriger le parti
créé par son père, le Courant du futur.
Il s’est allié à d’autres partis
pro-occidentaux pour créer l’Alliance du 14 mars.
Cette coalition a remporté haut la main les
élections de juin 2009. À la suite de ce
scrutin, le président libanais, le chrétien
Michel Suleiman, a demandé à Saad Hariri de
créer un gouvernement. Selon la Constitution, ce
poste revient toujours à un musulman sunnite.
QPourquoi
Saad Hariri ne réussit-il pas à former un
gouvernement? R Même si son alliance détient la
majorité parlementaire, Saad Hariri ne peut pas pour
autant former le gouvernement qu’il entend. Une entente
signée avec le Hezbollah en 2008 l’oblige à
faire de la place pour l’opposition dans l’exécutif.
Selon la proposition d’Hariri, sur les 30 postes de
ministres, 15 reviendraient à la majorité
parlementaire, 10 à l’opposition
contrôlée par le Hezbollah et 5 seraient
redistribués par le président Suleiman. La
dernière liste qu’Hariri a présentée
n’a pas été acceptée par l’opposition.
QQu’est-
ce qui
bloque? R Le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a
ouvertement c r it iqué les choix de M. Hariri, mais
ce serait le politicien chrétien, Michel Aoun, qui
aurait fait dérailler les négociations. Ce
dernier, à la tête du plus grand bloc de
députés chrétiens au Parlement, veut
que son gendre, Gibral Bassil, devienne ministre des
Communications. Ce ministère est crucial en ce
moment, puisqu’il a juridiction sur des archives qui sont au
coeur de l’enquête sur l’assassinat de Raf ik Hariri.
Puisque la Syrie et le Hezbollah sont
soupçonnés d’avoir participé au
meurtre, Saad Hariri n’a aucun intérêt à
ce que ce ministère soit contrôlé par le
clan adverse. QComment
la crise politique libanaise s’inscrit-elle dans la
dynamique régionale? R À travers les luttes de
pouvoir au Liban, on distingue la plupart du temps le poids
politique d’autres grandes puissances. L’Alliance du 14 mars
de Saad Hariri est soutenue par les ÉtatsUnis et
l’Arabie Saoudite. L’opposition, elle, est très
proche de la Syrie et de l’Iran. QQue
signifie la démission de Saad Hariri pour la suite
des choses? R Unnouveaupremierministre devra être
nommé. Selon Sami Aoun, professeur de sciences
politiques à l’Université de Sherbrooke, ce
pourrait être de nouveau Saad Hariri, qui pourrait
alors décider de nommer un gouvernement de
technocrates apolitiques qui géreraient
l’État. Ou l’ancien premier ministre Fouad Siniora,
pas très apprécié du Hezbollah. Selon
M. Aoun, l’impasse politique dans laquelle se trouve le
Liban démontre que le système de gouvernance
par consensus établi à la fin de la guerre
civile, « qui est en fait de la gestion
confessionnelle », a atteint ses limites. « Le
Liban envoie le message qu’il n’est pas autogouvernable.
»
Saad Hariri travaille à l’union
nationale au gouvernement
NOMINATION
DU PREMIER MINISTRE LIBANAIS
BEYROUTH — Le chef de la majorité libanaise Saad
Hariri a été chargé hier par le
président du Liban Michel Sleimane de former le
prochain gouvernement. Le nouveau premier ministre s’est
engagé à rassembler les forces libanaises
rivales, y compris le Hezbollah, dans un cabinet d’union
nationale « harmonieux et opérationnel ».
PHOTO AFP
Michel Sleimane (à gauche),
président du Liban, a nommé hier Saad Hariri
(à droite) premier ministre.
« Nous allons entamer des consultations avec tous les
blocs parlementaires sur la base de notre engagement en
faveur d’un gouvernement d’union nationale dans lequel tous
les principaux blocs seraient représentés, et
qui soit harmonieux, opérationnel, et
protégé de toute forme d’obstruction et de
paralysie », a déclaré M. Hariri au
palais présidentiel de Beyrouth.
La nomination de Saad Hariri, 39 ans, en tant que premier
ministre était attendue depuis qu’une majorité
des députés l’avait choisi, vendredi, comme
candidat pour cette fonction.
Sa Coalition du 14-mars, soutenue par les capitales
occidentales, a enlevé 71 voix sur 128 lors des
législatives du 7 juin, contre 57 pour le camp
mené par le Hezbollah et appuyé par la Syrie
et l’Iran.
Soutenu pour le poste de premier ministre par tous les
députés de son camp, M. Hariri a
également reçu l’appui des
députés du mouvement chiite Amal
(minorité parlementaire) que dirige le
président du Parlement Nabih Berri.
En revanche, le Hezbollah chiite et le mouvement de son
allié chrétien Michel Aoun se sont abstenus.
Selon le système de partage du pouvoir au Liban, le
poste de premier ministre est réservé à
un sunnite, celui de président de la
République à un chrétien et celui de
président du Parlement à un chiite.
Chef du
Courant du futur, M. Hariri a exhorté ses partisans
à ne pas manifester leur joie par des tirs en l’air,
mais de nombreux feux d’artifice ont pu être entendus
dans Beyrouth à l’annonce de sa désignation.
Saad Hariri a désormais la lourde tâche de
constituer un gouvernement qui satisfasse la majorité
comme ses rivaux de la Coalition du 8-mars, menée par
le Hezbollah.
M. Berri, qui a été reconduit jeudi à
la présidence du Parlement, a déclaré
avoir appuyé la candidature de M. Hariri à la
condition qu’il forme un gouvernement d’union nationale.
« Je veux voir un gouvernement où se
mélangent le 14-mars et le 8-mars », a-t-il dit
à l’AFP.
La composition du gouvernement a été
abordée jeudi par M. Hariri et le chef du Hezbollah,
Hassan Nasrallah, lors de leur première rencontre
depuis octobre.
La majorité refuse que la minorité dispose
d’un droit de blocage, comme c’est le cas dans l’actuel
gouvernement d’union.
Le bras de fer qui dure depuis quatre ans entre les deux
camps avait provoqué en mai 2008 des affrontements
qui ont fait une centaine de morts et fait craindre un
retour à la guerre civile (1975-1990).
Le minist re f rançais des Affaires
étrangères, Bernard Kouchner, a fait part hier
à M. Hariri de ses « voeux ardents de
réussite ». « Le climat d’apaisement qui
prévaut actuellement doit être maintenu et
consolidé », a-t-il souligné.
Dès vendredi soir, les ÉtatsUnis avaient aussi
félicité M. Hariri. « Nous serons
heureux de travailler avec lui et son gouvernement »,
a ainsi déclaré un porteparole du
département d’État, Philip Crowley.
Saad Hariri, l’héritier à l’ascension fulgurante
PORTRAIT
Peu attiré dans sa jeunesse par la politique, Saad
Hariri, fils et héritier politique de l’ex-premier
ministre libanais assassiné Rafic Hariri, vient
pourtant de s’atteler à la délicate
tâche de former un gouvernement d’union nationale au
Pays du Cèdre.
Cet homme grand à la barbiche noire était,
avant 2005, un chef d’entreprise établi à
Ryad.
Mais après l’assassinat de Rafic Hariri, son
père et premier ministre du Liban, dans un attentat
qui a tué 22 autres personnes à Beyrouth en
février 2005, il a repris le flambeau politique. Son
camp a arraché depuis deux victoires aux
législatives libanaises.
Outre ses qualités de diplomate et son charisme, le
jeune leader a hérité en 2005 d’une formidable
machine politique et de l’énorme capital de ferveur
populaire qui s’est manifestée au Liban après
l’assassinat de son père.
Quand, en juin 2005, son mouvement gagne les
législatives, il décline le poste de premier
ministre et se contente d’être chef de la
majorité parlementaire.
Il devient l’un des plus critiques envers le
président libanais d’alors, Emile Lahoud, dont des
proches collaborateurs, en prison pendant presque quatre ans
puis libérés en avril 2009, sont
soupçonnés par une commission d’enquête
de l’ONU d’avoir participé aux préparatifs de
l’assassinat de février 2005.
Laissant la
gestion du pouvoir au premier ministre Fouad Siniora, un
fidèle collaborateur de son père, il parcourt
le monde où il est reçu par les dirigeants,
notamment américains, comme un chef d’État.
Depuis le meurtre de son père, Saad Hariri a investi
toute son énergie dans la recherche des auteurs de
l’attaque, qualifiant d’« historique »
l’ouverture en mars du tribunal spécial pour le Liban
(TSL) chargé de l’affaire.
Il n’hésitera pas à traiter le pouvoir syrien
de « régime d’assassins », dans des
attaques qui lui vaudront d’être taxé de
« valet » des Occidentaux par le
président syrien Bachar al-Assad.
En mars 2008, Saad Hariri a été l’un des
principaux négociateurs dans la formation du
gouvernement d’union nationale qui a permis au Liban de
sortir d’une crise meurtrière.
Saad Hariri, qui a également la nationalité
saoudienne, dirigeait à Ryad Saudi-Oger, l’entreprise
de travaux publics grâce à laquelle Rafic
Hariri avait fait fortune.
Licencié en économie de l’université
américaine de Georgetown (Washington), il est
marié à Lara Bachir Azm, qui appartient
à une famille syrienne ayant exercé le pouvoir
en Syrie dans les années 50. Le couple a trois
enfants.
Le magazine Forbes a évalué en 2009 la fortune
de Saad Hariri à 1,4 milliard de dollars.
PAKISTAN Ratés d’une réforme
Le Pa k i stan a échoué à
réformer, comme il s’y était engagé en 2002,
ses milliers de madrasas considérées pour certaines
comme des écoles du « jihad » , Islamabad se
heurtant à la résistance des milieux islamistes.
Grâce à l’appui des États-Unis, « nous
disposions d’un budget colossal de 5,76 milliards de roupies (70
millions de dollars) pour apporter aux étudiants en
séminaires des enseignements classiques, mais nous n’avons
pas pu utiliser l’argent » , admet à l’AFP le
porte-parole du ministère de l’Éducation,
Atiq-ur-Rehman.