Pauvreté
| LA PRESSE & COMPAGNIE |
AUTRES MÉDIAS |
|
Quand
la faim justifie les moyens - Laure
Waridel
Peut-on vraiment se permettre de négliger la
pauvreté, ne serait-ce que selon une perspective tout
ce qu'il y a de plus économique ?
Rapport
du Conseil national du bien-être social - La
pauvreté coûte cher
Quand l’aide alimentaire volée fait recette
Contre la « république des ONG »
Fundraising pitfalls: Somalia still needs us
Un modèle d’entreprise contre la pauvreté
It’s time to say ‘not’ to not-for-profit
Here’s how we can be both smart and good - Margaret Wente
The folly of benevolence - Neil Reynolds
Après
l’amnistie
aux
shebabs,
une
meilleure
distribution de l’aide?
Le
chantage et l'aide humanitaire
Learning
to
live
on
a
crowded
planet
De
généreux salaires pour des employés
du secteur caritatif
Guerre et faim
Perspectives
- Le prix de la violence
Homegrown
Somali NGO fuels suspicion while feeding its people
The Horn of Africa’s last famine?
La
plus grave crise de la planète
Shocking
images aren’t enough
Hundreds dying daily as famine spreads in Somalia, UN says
Famine:
750 000 personnes en danger de mort en Somalie
K’naan in Somalia: beacon of hope - Globe Editorial
K’naan opens his heart to Somali famine victims
Famine
en
Afrique - Le Canada égalera les dons de la
population et ajoutera un montant de 25,5 millions
Londres
se
fait généreuse
Donors
can’t
give up rescuing Somalia’s hungry - Globe Editorial
Humanitarian
groups
beg
Canadians to do more to help famine victims
Famine
-
L'ONU
maintient son aide à la Somalie malgré les
vols
Famine:
n'accusez pas la pluie!
Somalis suffer and die as Islamists ban ‘infidel’ aid
Sudden retreat of Islamist radicals from Mogadishu little
help for relief agencies
Après l’amnistie aux shebabs, une meilleure
distribution de l’aide?
LA LIGNE DE FRONT DU COMBAT CONTRE LA FAIM
MARCHER
À LAVIE, À LA MORT
The
hard
task
of
providing
aid
to
Horn
of
Africa
LE PLUS GRAND CAMP DE RÉFUGIÉS DU MONDE
Des
millions
d'Africains
menacés
par
la
famine
-
Des
vedettes
lancent
un
SOS
pour la Corne de l'Afrique
Catastrophe annoncée
Making
sense
of
a
senseless
famine
La
famine
déclarée
en
Somalie
Tens of thousands feared dead in south Somalia famine
La
Somalie frappée par la famine, selon l’ONU
Sécheresse
- La Corne de l'Afrique plongée dans la famine
The West must start heeding early famine warnings
Cri
d’alarme
«
Une
tragédie
humaine
inimaginable
»
Qu’est-
ce
que
la
famine
?
L’argent est dans le pré
Deux
jours pour réformer l'agriculture mondiale
Qui
veut la fin de la faim veut les moyens!
Le
commerce agricole ne doit pas créer la faim dans le
monde
Perspectives
- Famine politique
Le
prix des aliments explose
An unlikely path to aid: Paying to set up think tanks -
Doug Saunders
The dangers of treating food as a strategic asset
Let’s refocus our plan of attack on global poverty
How paying people’s way out of poverty can help us all
An international food reserve would calm markets – and
donors
LE PARCOURS DU COMBATTANT
Banning
the
food
Band-Aid
to
help
the
hungry
help
themselves
Canada
should
bring
poor
nations
to
the
food
aid
discussion
table
Renowned
economist’s
outlook
darkens
on
global
food
prospects
CIDA: a broken agency that needs to be overhauled - Globe
Editorial
Dadaab refugee camp is a city that shouldn’t exist
L'État du monde
At last, some good
news for African children
Rapport
de l'ONU - Le monde parvient à endiguer la
pauvreté, mais la faim subsiste
Une voie mitoyenne pour sortir le monde de la
pauvreté ?
The new global middle fights for its corner - Doug
Saunders
Et si l'on se mettait à aider réellement le
monde, plutôt que de ne chercher qu'à en
profiter ?...
The
business
of
doing
business
in
Gadhafi’s
oil
kingdom
Paris empêtré dans le « printemps arabe
»
Un pacte qui revient hanter Londres
Se pourrait-il donc qu'alors même que l'on
prétend vouloir aider les autres, on ait tendance
à ne chercher en fait le bénéfice de
nul autre que nous-mêmes ?...
Les pros de la compassion
Est-ce que nos politiques d'aide étrangère
n'auraient pas déjà un peu plus de chances de
fonctionner si elles avaient vraiment pour but d'aider,
plutôt que de ne servir que nos propres
intérêts ?...
Aide
internationale - La politique canadienne d'aide pour
lutter contre la pauvreté est un échec
Allons-nous
baisser les bras?
Et si la Chine s'avérait à peu près la
seule grande puissance à avoir compris qu'on ne
saurait sans doute trouver d'investissement plus rentable
que celui qui est fait sur le développement
économique de la planète en tant que tel,
surtout pour les acteurs qui y sont le plus directement
impliqués ?...
China
is
winning
over
the
heart
of
Africa
–
at
the
West’s
expense
China’s ‘African land grab’
Et si le protectionnisme, surtout au niveau agroalimentaire,
s'avérait encore la meilleure façon de
maintenir la pauvreté en ce monde ?...
Responsabilité
alimentaire
Et si, pour lutter contre la pauvreté, nous
commencions par cesser nous-mêmes d'exploiter le reste
du monde d'une façon qui s'apparente à ni plus
ni moins que de l'esclavage ?...
Une
association
canadienne
veut
intenter
un
recours
collectif
Des
Congolais veulent un recours collectif contre une
minière québécoise
Honte
au
Canada
Defeat of mining bill was disappointing
Des
millions de détenus soumis à des traitements
inhumains
MPs defeat private member’s bill on social responsibility
in mining sector
Mines à l'étranger: une loi pour
réparer la réputation du Canada
En
bref - Secteur minier: Ottawa crée un poste
d'ombudsman
Le
record des conflits revient aux minières
canadiennes
Doing
good
for
goodness’
sake
Millennium Development Goals: Broken promises, needless
deaths
Un
rapport de la Croix-Rouge internationale - Un milliard de
personnes vivent dans des bidonvilles
Cruel dilemme somalien
Manger
dans les fourmilières
Un enfant meurt de faim toutes les six secondes
En
bref - Le coût de la faim
Et si le microcrédit représentait ne serait-ce
qu'au moins une partie de la solution ?...
Muhammad Yunus and the crisis of microfinance
Le
microcrédit n'est pas à l'abri des grandes
dérives
Peut-on toujours rêver d'une action mondiale pour
mettre fin à la pauvreté ?...
Objectifs
du millénaire - Ban Ki-moon veut lancer un message
d'espoir
... Ou se pourrait-il qu'on ne fasse ainsi qu'entretenir de
faux espoirs ?...
Millennium Development Goals: Broken promises, needless
deaths
Y a-t-il seulement encore de l'espoir pour la
pauvreté en ce monde ?...
Le nombre de pays très pauvres a doublé en
40 ans
Et se pourrait-il donc que l'aide humanitaire, au
départ, puisse finir par réussir qu'à
créer plus de problèmes, en commençant
d'ailleurs par renforcer certaines problématiques
déjà présentes ?...
Comment repenser l'aide au développement...
NDP medicine bill has K'naan, Atwood singing same tune
Africa
must
learn
to
feed
itself
The
MDGs
miss
the
goal
posts
-
Globe
Editorial
In
farming,
small
is
deadly
Et si l'économie de marché pouvait vraiment
aider à sortir le monde de la pauvreté ?...
Entrepreneuriat
- Compter sur soi et sur des capitaux
L'entrevue
- L'économie contre la pauvreté
Extreme
affordability:
Why
we
must
wear
the
user’s
shoes
Et si, pour sortir le monde de la pauvreté, on ne
pouvait tout simplement trouver une base plus solide
qu'une économie réellement saine et
dynamique ?...
Pays
en développement - L'aide au commerce est
restée stable
Forging
a
new
Haitian
strategy:
trade,
not
aid
G20
agrees
on
new
approach
to
fight
global
poverty
LA
FINANCE
AU
SECOURS
D’HAÏTI
Micro-finance
paying off in Haiti
Le
bon «Plan» des Habitations Jeanne-Mance
Le
logement social revisité
Centres
de pédiatrie sociale - La croisade solitaire du Dr
Julien
Financement
du Dr Julien - Les normes
Des
promesses d'aide pour le Dr Julien
Le
Dr Julien dans le rouge: Québec promet d'aider
Le
modèle du Dr Julien miné par un manque de
fonds
Un commentaire de Sylvain Charlebois sur
l'état des subventions agricoles au Canada
Dear
senators:
Pass
Bill
C-393
now
and
save
lives
Le G8 représente-t-il l'ultime espoir pour lutter
contre la pauvreté dans le monde ?...
G8 should stick to promises it can keep
Maternal
health
plan
is
something
of
a
start
-
Globe
editorial
Ou ne semble-t-il pas s'avérer incapable de
s'acquitter de la tâche qu'il s'est lui-même
fixée ?...
L'occasion
manquée
Ou ne se contente-il pas plutôt de ne se borner
qu'à jeter de la poudre aux yeux ?...
Cinq milliards pour la santé maternelle
Santé maternelle et infantile: un échec,
selon les ONG
Et par ailleurs, se pourrait-il donc que même les pays
du G8 ne puissent vraiment parvenir à s'entendre
entre eux ?..
Une annonce qui tombe à plat
Santé
maternelle - Le Canada ne rallie pas le G8
... Et de toute façon, peut-on seulement se fier
encore à quelque promesse qu'il puisse faire ?...
G8 should stick to promises it can keep
La
valse des promesses
Et en fait, l'enjeu premier du G8 ne devrait-il pas surtout
s'avérer de peut-être commencer à se
soucier de sa propre crédibilité ?...
Santé
maternelle: de l'argent frais... en partie
The
G8
risks
becoming
increasingly
irrelevant
Credibility
of
G8
is
on
the
line
Un peu d'aide pour le G8 ?...
Le
G8 à court de 18 milliards
Advancing maternal health without ‘culture clash’
Beaucoup
moins
de
femmes
meurent
en
couches
Écoutez la voix du G172
How
Africa will change the world
Bono
et Bob Geldof ont été rédacteurs en
chef invités du Globe and Mail
Canada’s
vision
for
Africa’s
bright
future
is
as
murky
as
ever
Et si le véritable espoir pour le monde
résidait surtout dans l'apparition de partenaires
d'affaires dignes de ce nom ?...
Afrique:
le temps d'un nouveau partenariat
Mais cela devrait-il pour autant revenir à ne veiller
surtout qu'à son propre intérêt ?...
Reconstruction
de
Port-au-Prince:
le
Québec
veut
sa
part
du
gâteau
Repas et réconfort pour 4,50$
Adoptez une tomate!
Se pourrait-il donc qu'il ne soit pas faux d'affirmer que le
fossé entre les riches et les pauvres soit en train
de carrément s'élargir ?...
A tale of two Torontos
Et si notre société tout simplement
devenue incapable de faire preuve de la compassion la plus
élémentaire envers son prochain ?...
Quebecers
should shake off the stinginess tradition
Société
- Les assistés sociaux sont «en train de
crever», selon Gilles Kègle
Générosité
bien ordonnée...
À
Noël,
pourquoi
ne
pas
offrir…
une
vie
?
Ces
enfants
laissés
à
la
traîne
Bien-être
matériel - OCDE: de plus grandes
inégalités chez les enfants canadiens
Pauvres
de
coeur
Une
curiosité éphémère
Pakistan:
où est passé notre
générosité
Sommet
du millénaire: un appel à l'indignation
L'aide
au développement n'augmente pas assez
Solving
our problems on the backs of the poor-
Jeffrey
Simpson
Richesse déshumanisante
Pingre
ou
généreux,
le
Canada?
-
Claude Picher
Et si ce n'était pas nécessairement le cas
?...
‘World Giving Index’ measures charity in 153 nations
Voir aussi Et si notre société
démontrait encore un certain problème avec
tout ce qui concerne la répartition de la
richesse ?...
Le Canada se moquerait-il
donc de la pauvreté, en réalité ?...
Aide
sociale - Le piège
Rapport
du Conseil national du bien-être social - Une aide
sociale insuffisante et de moins en moins accessible
People
forced into destitution: report
L’aide
sociale est toujours trop faible au Canada, selon un
rapport
Lone-parent
poverty:
Canadian
social
policy
can
still
do
better
The
working
poor's
best
hope
Déficit de solidarité - RÉJEAN
HÉBERT
Pas assez, 18$ par mois
Des
squatteurs dénoncent les Jeux
Après
les dons.. - André Pratte
Le deuxième souffle - Alain Dubuc
Note aux sceptiques de l'humanitaire - Rima Elkouri
De l’argent qui dort - Réal
Barnabé
Offensive bonté à Londres
Gêné
d'avoir faim
La
pauvreté a changé de visage
Pas
besoin de souffrir pour être bon - Marie-Claude
Lortie
Et si le gouvernement Harper se moque éperdumment
du reste de la planète, n'est-il pas alors
prévisible qu'il se moque encore davantage de la
pauvreté qu'on peut y observer ?...
Sommet
de l'ONU - Le Canada à la traîne
Stephen
Harper
does
the
UN
-
but
shouldn't
-
Gerard
Caplan
Gel
de l'aide internationale
Our
shaky
hand
on
African
aid
High time for a minister
who understands
the role of aid
The
time
is
now
for
a
bottom-up
poverty
plan
Ou en fait, se pourrait-il donc que le gouvernement Harper
se moque encore plus des pays pauvres qu'il ne peut se
moquer au départ de tous les autres pays ?...
Le Canada en Afrique: aux aguets ou en retrait?
Et lorsque les Conservateurs se résignent à
faire "quelque chose" pour la planète, ne se
trouvent-ils pas surtout à ne trouver qu'un
prétexte de plus pour appliquer leur "petit
crédo conservateur", et ce même aux
dépens du bon sens le plus fondamental, et surtout
en semblant ce moquer éperdumment de ce dont les
gens pourraient bien avoir besoin, en
réalité ?...
Santé
maternelle: de l'argent frais... en partie
Nouvel
engagement du Canada pour Haïti
Se pourrait-il que le gouvernement Charest
ne se sente aucunement concerné par la
pauvreté ?...
For
all the other Marios
Aide
sociale - Solidarité de façade
Aides
domestiques: la discrimination perdurera, craint une
coalition
L'accueil Bonneau fermera 24 heures
Attaque
en règle contre la ministre Thériault
Entreprises
d'économie sociale: le gouvernement reprend ses 3,5
millions
Plus de 300 écoles changent de
statut - Marie Allard
... ou du moins que celui-ci ne passe que ce qu'il faut pour
sauver les apparences, en réalité ?...
Les
femmes vont faire les frais des coupes à l'aide
sociale, dit le PQ
Entreprises d'économie sociale: des coupes
illégales?
Pauvreté:
loin
du
compte
-
Ariane Krol
Homeless shelters need more help from Quebec
L'inquiétude
persiste à l'accueil Bonneau
Des groupes anti-pauvreté
expulsés du lancement du plan d'action
gouvernemental
Québec annonce son plan
Sept milliards pour combattre la pauvreté au
Québec
C'est un début - Nathalie Collard
70 actions pour s’attaquer à
l’itinérance - Catherine Handfield
De l'aide pour les sans-abri à Laval
Mais à ce niveau, ne peut-on pas pourtant saluer les
pas qui se peuvent se faire dans la bonne direction ?...
Itinérance
- Montréal donne un sérieux coup de barre
Et si nous commencions à régler le cas de
notre propre pauvreté avant de penser à
régler celle qui sévit partout sur la
planète ?...
Quebecers
should shake off the stinginess tradition
Est- ce notre job?
Restraint
is all very well, but have a little heart, too
A smile, a nod and Christmas
Et si l'on parlait tout simplement de réinsertion
sociale ?...
La
gang
de
PC
Itinérance
Itinérance
- De la détresse à l'accueil
L'itinérance,
le problème des indignés?
La discrimination persiste
Zamboni
dans
le
métro
Un
dernier
appel
à
l’urgence
La
plage
des
terroristes
Pauvres
de
coeur
21e
Nuit des sans-abri - Une nuit parmi les autres
Vers
une Bourse des denrées au Québec
Vancouver,
ville ouverte?
Les
ressources aux sans-abri s'organisent
Et par ailleurs, se pourrait-il donc que l'itinérance
visible ne représente en fait que la pointe de
l'iceberg ?...
Canada’s hidden emergency: the ‘vulnerably housed’
L'itinérance
invisible
L'itinérance invisible
Voir aussi
Regardons
juste ici - Marie-Claude Lortie
et QUÉBEC Des droits encore bafoués
- Silvia Galipeau
Et d'ailleurs, que peut-on donc faire aussi pour cette
pauvre planète ?...
Comment
sortir les Africains de la misère
Et si l'on commençait surtout par nous
résoudre à voir enfin la pauvreté telle
qu'on peut tout simplement la retrouver chez nous ?...
To manage health costs, invest in social well-being
Ne sommes-nous pas pourtant capables de réaliser des
miracles dans la vie des gens, du moment que l'on s'emploie
tout simplement à aider les autres ?...
S. O. S. Don$
Le Dr Julien aussi dans Côte- des- Neiges
Quand
Montréal tousse, Haïti éternue
Cachez
ce chiffre que le Canada ne saurait voir
La
misère pour un milliard d'enfants
La ruée sur l’Afrique -
AGNÈS GRUDA
Déséquilibre alimentaire -
La Princess Haya Bint Al Hussein
L’ONU en guerre contre la sous-nutrition
Des
SF qui ne prennent pas position
L’humanitaire en talons hauts - Laura-Julie
Perrault
Pauvreté : Le mauvais élève canadien
- ALAIN DUBUC
Québec félicité pour sa lutte
antipauvreté
Les milliards de dollars ignorés du budget
LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ : LA RECETTE
QUÉBÉCOISE FONCTIONNE! -
Hélène Baril
LES INÉGALITÉS SOCIALES AUGMENTENT
- Hélène Baril
Et y a-t-il encore un espoir pour le monde ?...
Bulletin
météo
La
planète compte 1,7 milliard de pauvres
Une
personne sur six souffre de la faim
Le combat contre la faim peut être gagné
L'Afrique de l'Est hantée par le spectre de la
famine
Le Guatemala crie famine
L’échec de l’aide internationale
- Marcel Boyer
Coup d’oeil sur la détresse
africaine - Claude Picher
Les leçons du frère
américain - Richard Hétu
Obama en Afrique - Mario Roy
Promesses non tenues en matière d’aide au
développement Harper sermonne les autres pays
du G8
Le G8 accusé de négliger les
pays pauvres - Marc Thibodeau
Le Canada concrétise son engagement de
10 milliards US au FMI
L’ex-président Bill Clinton
confronté à la dure
réalité d’un pays sinistré
Le monde compte plus d’un milliard de
personnes affamées
« On craint que les émeutes de
la faim ne se reproduisent »
La récession des
expatriés - Richard Dupaul
Et ne sommes-nous pas nous-mêmes loins de nous
être mis à l'abri de la pauvreté ?...
Editorial:
Now more than ever, others need our help
Noël
en famille pour sept sans-abri
Une
somme record pour le Dr Julien
La
chasse aux BS - Patrick Lagacé
Le « vrai » père
Noël - Annie Richer
MONSIEUR SOURIRE - Geneviève
Martel
ÉTATS-UNIS De plus en plus
d’enfants ne mangent pas à leur faim
Les banques alimentaires dans le rouge -
Stéphanie Bérubé
BANQUES ALIMENTAIRES La demande en
hausse partout au pays - Stéphanie
Bérubé
Le Club des petits déjeuners
fête ses 15 ans - Martin Croteau
Moisson Montréal en banqueroute
alimentaire - Stéphanie
Bérubé
Des donateurs plus économes - Louise
Leduc
AIDE ALIMENTAIRE Les demandes de boîtes
à lunch augmentent - Stéphanie
Bérubé
Décrochage et
pauvreté - Richard Latulippe
Sans abrisme : Montréal, laboratoire de la
réinser tion - Katia Gagnon
« Claude Dauphin est
déconnecté de la réalité
» - Éric Clément
Labonté demande une escouade
policière spéciale -
Éric Clément
À la belle étoile et
sous le smog - Hugo Meunier
Dan Bigras se dit « très inquiet
» - Ariane Lacoursière
Des organismes claquent la porte des
consultations
Des asperges en novembre - Pierre Foglia
Bienvenue à toi, l’enfant d’immigrant
- Sylvia Galipeau
Pauvreté: pour une véritable chance
Toronto’s backward on public housing: Get ’em out, not in
Cutting poverty: increase transfers, not minimum wage
Guaranteed
income: an idea worth rethinking
Should
Canada
have
a
guaranteed
annual
income?
Mais rendre les pauvres dépendants est-il vraiment la
solution ?...
Un revenu garanti pour les pauvres ?
Meilleur avant l'été 2008!
|
LE DEVOIR
Lettres
- Le microcrédit en Haïti
Le bénévolat - Denise Bombardier
THE GAZETTE
Put
your money where their mouths are
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
Philanthropie
durable
TIME MAGAZINE
|
|
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Un peu d'aide pour le G8 ?...
Le G8 est à court de 18 milliards de dollars ? Ce pauvre
petit club est un peu serré : à coups de 1,1
milliard pour trois jours de réunion, comment consacrer
plus d’argent aux pays en voie de développement?
Après les milliards consacrés au sauvetage de
« pauvres » banques, par ce même G8, mon coeur
se déchire. Je vais lui envoyer une petite contribution
personnelle pour qu’il puisse joindre les deux bouts à la
fin du mois.
Déficit de solidarité - RÉJEAN
HÉBERT
On ne se
préoccupe plus de nos sans-abri, de nos chômeurs
plus nombreux, de nos aînés en perte d’autonomie
Nous devons nous mobiliser pour lutter contre le
déficit de la compassion, beaucoup plus pervers que le
déficit des finances publiques.
Les mots économie, crise financière et
déficit sont omniprésents dans le discours
politique actuel. De ce fait, on occulte complètement
d’autres termes au coeur des valeurs québécoises
comme solidarité et compassion.
Le déficit est tel que les
aînés en perte d’autonomie sont soutenus
presque exclusivement par leurs proches aidants,
épuisés dans des programmes de «
misère à domicile » au financement
ridicule.
La crise en Haïti en est une belle illustration. Nos
gouvernements parlent abondamment de reconstruction et d’une
implication significative du Québec et du Canada dans
la relance d’Haïti. On peut y voir un
intérêt économique important pour les
entreprises et l’État. En dépit de belles
intentions, les gouvernements sont beaucoup moins enclins
à soutenir l’aide médicale et humanitaire
d’urgence dont les habitants sinistrés de ce pays ont
grandement besoin. Les obstacles bureaucratiques que la
faculté de médecine et des sciences de la
santé de l’Université de Sherbrooke a
rencontrés pour réussir à envoyer deux
missions médicales permet aussi de
réfléchir à un autre déficit dont
on ne parle pas. Le déficit de solidarité et de
compassion qui s’accroît sans cesse au Québec et
qui risque de nous faire perdre les valeurs au coeur de notre
spécificité en Amérique. Le
désastre haïtien, et la réaction
humanitaire qu’il commande, nous permet de réaliser
combien ce déficit est aussi important ici, chez nous.
On ne se préoccupe plus de la pauvreté d’une
part de plus en plus importante de la population, de nos
sans-abri, de nos chômeurs de plus en plus d’urgence en
sont la démonstration la plus éloquente.
Et pourtant, le peuple québécois, lui, fait
preuve d’une extraordinaire générosité,
non seulement par ses dons, mais aussi par son empressement
à vouloir aider le peuple haïtien. À
preuve, seulement à notre faculté, quelque 160
professionnels se sont portés volontaires pour aller
prêter main-forte aux victimes en Haïti. Il y a
donc un décalage inquiétant entre la
volonté politique et celle des citoyens dans ce
dossier.
Alors que l’attention est focalisée sur le
déficit des finances publiques, la crise d’Haïti
nous nombreux. Onnesesoucieguère des aînés
en perte d’autonomie soutenus presque exclusivement par leurs
proches aidants, épuisés dans des programmes de
«misère à domicile» au financement
ridicule.
L’important
pour plusieurs, c’est de payer le moins d’impôts
possible: on applaudit aux baisses d’impôt ou pire, on
prive sans scrupule l’État de revenus en utilisant
l’évasion fiscale ou le travail au noir. Peu importe
les coupes dans les services, peu importe la qualité de
nos systèmes publics d’éducation et de
santé, peu importe les moins privilégiés
de notre société.
On ne se soucie plus de l’équité d’accès
aux soins de santé. Si, en payant pour des services, on
a accès plus rapidement à des soins, cela nous
importe peu de détériorer l’accès
à ceux qui en ont beaucoup plus besoin. L’argent
devient le critère d’accès au détriment
de la priorité clinique. Quand on a les moyens, on peut
bien calmer au plus vite nos petites angoisses. Les autres,
qu’ils s’arrangent avec ce qui reste.
Heureusement, ce discours n’est pas celui de la
majorité des Québécois, mais d’une
minorité qui monopolise l’opinion publique et
influence, voire établit ou finance les dirigeants
actuels. Il y a ici encore un décalage entre les
citoyens et les dirigeants.
Nous devons nous mobiliser pour lutter contre cet autre
déficit, celui de la solidarité et de la
compassion. Un déficit beaucoup plus pervers que le
déficit des finances publiques. Un déficit qui
détruira notre âme et nos valeurs fondamentales
pour s’assimiler au reste de l’Amérique dans un vaste
espace où les échanges commerciaux l’emportent
sur les échanges humains et l’équité.
En cette période de crise financière, il est
primordial de préserver nos infrastructures de
solidarité et même d’investir davantage pour les
améliorer. Il faut lutter contre le déficit de
solidarité qui se creuse dangereusement.
Caviar et pâté chinois - JEAN-MARC LORD
Les
«lucides» veulent nos biens, pas notre bien commun
Quand les «lucides» disent qu’ils veulent notre
bien, croyez-les sur parole. Mais ne vous faites surtout pas
d’illusions, ce sont «nos biens» qu’ils veulent et
non notre «bien commun».
Les solutions des «lucides» servent les
intérêts d’une minorité de gens
très riches, sans doute scandalisés d’avoir
à manger du caviar de moins bonne qualité
à cause de la crise. Pendant ce temps, la très
grandemajorité d’entre nous a de plus en plus de
difficultés à payer l’hypothèque, le
chauffage et l’épicerie.
Le plus sérieusement du monde, nos « lucides
» nous font rejouer le même disque en
répétant que le Québec est pauvre et que
les coffres du gouvernement sont vides. Ils
répètent surtout qu’avant d’espérer
redistribuer la richesse, encore faut-il la produire.
J’ai des amis qui sont plus forts en maths que moi, mais je
peux quand même comprendre ceci : à part cette
année à cause de la crise, le PIB, donc la
richesse, augmente sans cesse au Québec. Mais pendant
que la richesse augmente, Statistique Canada nous dit que les
revenus des 20% de gens les plus riches au pays augmentent
beaucoup plus que les revenus des autres 80% de citoyens.
Est-ce que par
hasard, ceux qui nous répètent qu’il faut se
serrer la ceinture excluraient de serrer la leur?
Voudraient-ils en plus qu’on troque notre pâté
chinois pour du Kraft Dinner afin qu’eux puissent avoir du
caviar top qualité?
En 2008, les 100 patrons les mieux payés au Canada
avaient un salaire annuel moyen de 7,4 millions, soit 3558$
l’heure. C’est 174 fois plus que le salaire moyen d’un
travailleur à temps plein au canada (42 305$). Aux
États-Unis, l’augmentation des revenus des 1% les plus
riches entre 1979 et 2006 a été de 256%, alors
que les revenus des 20% les plus pauvres n’ont monté
que de 11%.
Au Québec, on produit collectivement beaucoup de
richesses, mais celles-ci sont accaparées par une
minorité de gens déjà immensément
riches qui augmentent leurs salaires aux dépens des
nôtres, qui demandent à la classe moyenne de
payer plus cher l’électricité et
l’université parce qu’eux, ils veulent
évidemment payer moins d’impôt ou encore ils
s’arrangent habilement pour ne pas en payer grâce
à leurs paradis fiscaux aux Îles Caïmans ou
à la Barbade.
L’État a déjà été capable
de jouer le rôle de réduire les
inégalités et de mieux répartir la
richesse. Pourquoi ne le fait-il plus ?
70 actions pour s’attaquer à
l’itinérance - Catherine Handfield
PLAN DE 14
MILLIONS SUR TROIS ANS
La minis t r e déléguée aux Services
sociaux, Lise Thériault, a dévoilé le
plan d’action 2010-2013 aux côtés de sa
collègue de la Justice, Kathleen Weil, dans la
cafétéria de la mission Old Brewery, à
Montréal.
PHOTO ROBERT SKINNER, LA
PRESSE
La Société d’habitation
du Québec (SHQ) réalisera cette année
150 chambres avec soutien communautaire pour les sans-abri.
L’organisme public réservera 300 logements aux
clientèles itinérantes dans sa programmation
Accès-logis 2010-2013.
Le document de 50 pages propose 70 actions qui seront
entreprises par 10 ministères et organismes publics. Il
fait suite aux recommandations d’un comité
parlementaire, qui a déposé un rapport à
l’Assemblée nationale le 4 novembre au terme d’une
vaste consultation.
« Le document rendu public aujourd’hui représente
un pas important dans nos efforts pour contrer
l’itinérance et pour venir en aide aux personnes
sans-abri ou en voie de le devenir », a
déclaré Lise Thériault.
Le gouvernement met de l’avant cinq priorités pour
s’attaquer au problème de l’itinérance. On
souhaite renforcer la prévention, favoriser la
stabilité résidentielle, améliorer,
adapter et coordonner l’intervention, favoriser la
cohabitation et accroître la recherche.
Québecprévoit enoutredresser un portrait du
phénomène de l’itinérance au
Québec, un exercice qui n’a pas été fait
depuis plusieurs années. Le plan 2010-2013
prévoit aussi une meilleure formation des policiers
pour intervenir auprès des sans-abri.
La Société d’habitation du Québec (SHQ)
réalisera cette année 150 chambres avec soutien
communautaire. L’organisme public réservera 300
logements aux clientèles it i nérantes dans sa
programmation Accès-logis 2010-2013.
Les groupes communautaires ont toutefois précisé
qu’il s’agissait de la participation habituelle de la SHQ, et
non d’investissements supplémentaires.
Le plan
d’action a suscité un accueil mitigé au
Réseau sol ida r i t é i t i nérance du
Québec. « On reste sur notre faim. On est
déçus de l’absence de moyens, d’audace et de
vision à long terme », a dit le
vice-président du Réseau solidarité
itinérance du Québec (RSIQ), Pierre Gaudreau.
Le plan ne prévoit pas de financement accru et à
long terme des organismes communautaires, a-t-il
déploré. Le RSIQ réclame une politique
globale en matière d’itinérance, qui proposerait
des mesures concrètes à court, moyen et long
terme.
La porte-parole péquiste pour les dossiers d’emploi et
de solidarité sociale, Monique Richard, a elle aussi
plaidé pour l’établissement d’une réelle
politique. « En moyens concrets, le plan d’action est
assez tiède, a-t-elle dit. Quels moyens donne - t-on
aux organismes communautaires pour assumer leur travail de
proximité ? »
Lise Thériault a indiqué qu’elle ne «
fermait pas la porte » à l’adoption d’une
politique. « Ce qu’on annonce aujourd’hui, c’est une
réponse rapide », a-t-elle souligné.
Questionnée sur le peu de ressources financières
proposées pour appuyer le plan d’action, la ministre
Thériault a précisé que le
ministère de l’Emploi et de la Solidarité
« bonifierait » le plan d’action avec son nouveau
Plan de lutte contre la pauvreté et l’exclusion
sociale.
La ministre a finalement annoncé qu’une entente
multipartite sera dévoilée au printemps afin de
répondre aux demandes de financement des trois grands
refuges de la métropole, où sont
concentrés la grande majorité des sans-abri.
L’implantation du plan d’action sera évaluée en
2013.
La ruée sur l’Afrique - AGNÈS
GRUDA
Les meilleures terres
arables en Afrique suscitent la convoitise planétaire,
s’inquiète le rapporteur spécial des Nations unies
sur la sécurité alimentaire, Olivier de Schutter.
La Presse l’a joint en marge du sommet sur la
sécurité alimentaire qui se te
Tirant la leçon de la crise
alimentaire de l’an dernier, de nombreux pays achètent
massivement des terres en Afrique. But de l’opération:
échapper à l’impact de la prochaine flambée
des prix, mais cette vaste délocalisation agricole risque
d’engendrer des effets pervers. Et d’augmenter les rangs des
affamés du Sud.
Quelque 30 millions d’hectares de terres
arables font actuellement l’objet de négociations. Les
principaux acheteurs : la Chine, la Corée du Sud, l’Inde,
l’Arabie Saoudite. Parmi les pays les plus recherchés: le
Soudan, la République démoc ratique du Congo, la
Tanzanie.
« C’est comme une grande partie de
Monopoly mondial », constate Olivier de Schutter,
rapporteur spécial sur de l’ONU sur le droit à
l’alimentation.
Joint à Rome, où il assiste
au sommet sur la sécurité alimentaire qui se
termine aujourd’hui, Olivier de Schutter se dit pessimiste. Le
nombre de personnes sous-alimentés sur la planète
vient de passer le cap des 1,2 milliard.
« Même si les cours des
denrées alimentaires ont baissé, la situation n’a
cessé de s’aggraver depuis un an », dit-il.
La crise
économique a accentué le problème. Et les
changements climatiques risquent de l’amplifier encore
davantage. Au train où vont les choses, les
récoltes dans les pays subsahariens pourraient chuter
de moitié d’ici 10 ans, souligne le rapporteur
spécial.
Olivier de Schutter juge que ce phénomène
est très inquiétant. Car les paysans des pays
dont les terres sont le plus en demande figurent parmi les
moins protégés de la planète. Souvent,
ils ne possèdent aucun titre de
propriété. Et ils sont mal outillés pour
protester contre les expropriations.
« La course aux terres arables risque de rendre
leur situation encore plus précaire », dit M. de
Schutter. Ce dernier craint que ces nouveaux « sans
terre » n’aillent grossir les rangs des habitants des
bidonvilles, dans des mégapoles africaines qui craquent
de partout.
Pourtant, ces investissements massifs dans l’agriculture
du Sud pourraient, au contraire, constituer une belle occasion
pour l’Afrique, signale le rapporteur spécial. Dans
plusieurs pays africains, l’infrastructure agricole et les
moyens de communication sont à peu près
inexistants. La nouvelle ruée vers les terres, qui
touche déjà un territoire une fois et demie plus
grand que la France, pourrait permettre de construire des
routes et des silos de stockage – bref, de moderniser
l’agriculture africaine.
Mais pour que les investissements étrangers
profitent aux populations locales, il faudrait que les
gouvernements imposent leurs exigences. Qu’ils demandent des
investissements durables et générateurs
d’emplois. Et aussi, qu’ils demandent aux responsables des
grandes plantations d’écouler une partie de leurs
récoltes sur le marché local. Autrement, on
risque de se retrouver dans la situation paradoxale où
des pays producteurs se feront siphonner leurs ressources et
devront importer des grains pour se nourrir, souligne Olivier
de Schutter.Selon lui, ces scénarios de
style « républiques bananières » des
années 60 ont malheureusement la cote, pour l’instant.
Déséquilibre alimentaire - La
Princess Haya Bint Al Hussein
Pendant que 1
milliard d’humains souffrent de la faim, nous tombons malades
parce que nous mangeons trop
Avec 1 milliard de personnes souffrant de la faim dans le
monde, nous avons atteint un nouveau record. Les leaders du
monde vont se pencher sur ce problème du 16 au 18
novembre au cours d’un sommet à Rome.
Mais je vois d’ici comment ce sommet va se dérouler :
une abondance de discours, un manque d’intérêt
sur les questions de fond, des repas à n’en plus finir…
et encore davantage de discours. J’ai déjà
assisté à ces repas en tant qu’Ambassadrice de
bonne volonté du programme alimentaire mondial. Combien
de fois ai-je souhaité pouvoir, par un tour de magie,
transférer les 1000 calories du soufflé dans mon
assiette à un enfant sousalimenté et mendiant
dans un bidonville de Nairobi? Les calories de trop que nous
consommons en Europe ou en Amérique du Nord suffiraient
à régler le problème de la faim en
Afrique.
Il y a dans ce monde de terribles déséquilibres
dans la consommation de la nourriture. Il y a les pays qui
consomment trop et d’autres pas assez. En Inde, plus de 300
millions de personnes sont en surcharge pondérale alors
que 300 millions d’autres souffrent de la faim! Les maladies
comme le diabète ou les problèmes cardiaques
souvent liées au surpoids sont en augmentation plus
rapide dans les pays en voie de développement que dans
les pays prospères.
En 2007-2008, une crise alimentaire avec sa flambée des
prix nous a tous pris par surprise. Mais cette crise
aurait-elle été aussi grave si nous n’avions pas
pris la mauvaise habitude de gaspiller la nourriture sans
compter?
Une conscience morale émerge, surtout chez les jeunes,
sur la nécessité de réduire notre
consommation en énergie. Mais on ne voit rien surgir de
la sorte en ce qui concerne la consommation de nourriture –
une forme pourtant vitale d’énergie, celle de la survie
de l’homme! Nous sommes tous entrain de trop manger, et nous
n’avons pas une seule pensée pour ce que nous
gaspillons! Servir des repas somptueux est une marque
d’hospitalité. Nombreux sont ceux qui estiment
qu’être un bon parent, c’est gaver ses enfants!
Plus
incroyable encore: manger en surabondance est même
devenu un sport! À Taiwan, un étudiant de 23 ans
est mort d’avoir trop mangé dans le cadre d’un
concours. Tous les 4 juillet, à New York, Joey Chestnut
livre une bataille acharnée à son rival le
Japonais Takeru Kobayashi pour savoir à qui mangerait
le plus de hot-dogs. L’année dernière, Joe a
englouti 68 hot-dogs en 10 minutes – ce qui représente
plus d’une semaine de calories pour un Africain affamé!
Nous payons cher pourtant cette suralimentation. Le coût
des maladies liées à l’obésité est
évalué entre 150 et 200 milliards de dollars aux
États-Unis – soit l’équivalent de toute l’aide
étrangère dans le monde! Le coût des soins
supplémentaires pour les obèses
représente 1400 dollars par personne par année.
Plus de deux milliards de personnes ne mangent pas
l’équivalent de cette somme en un an!
Le gaspillage de nourriture est un autre exemple de nos
excès, au même titre que nos dépenses en
énergie. Chaque année, un Britannique gaspille
l’équivalent de 800 dollars en nourriture, une famille
américaine jette 14% de sa nourriture.
Alors que de nouvelles initiatives voient le jour pour
sensibiliser l’opinion publique sur la qualité des
aliments et pour améliorer l’éducation dans le
domaine de la nutrition, rien n’est fait pour éduquer
la population sur la nécessité de manger moins
et surtout demanière plus responsable. La
surconsommation et le gaspillage sont même
encouragés par les restaurants qui servent des portions
hors normes et les détaillants qui présentent
leurs produits dans des emballages tentants.
Il est temps de mettre à jour le lien qui existe entre
la surconsommation et le gaspillage et la perte en
énergie, santé et productivité. Chacun de
nous pourrait manger plus raisonnablement et donner ce que
nous gaspillons aujourd’hui à une banque alimentaire ou
une organisation charitable.
S’ i l faut rédui re notre consommation en
énergie pour survivre sur cette planète,
pourquoi alors jeter des milliards de dollars de nourriture
par les fenêtres et manger sans faim au point de mettre
notre vie et notre avenir en danger?
L’ONU en guerre contre la sous-nutrition
NEW YORK —
Environ 200 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent,
dans les pays en développement, d’un retard de
croissance dû à une sous-nutrition maternelle et
infantile chronique, affirme un rapport du Fonds des Nations
unies pour l’enfance (UNICEF) publié hier.
PHOTOJES AZNAR, AFP
Des enfants pauvres philippins mangent
de la soupe à Manille ; 28% des petits Philippins de
moins de 5 ans souffrent de sous-nutrition.
Selon ce document intitulé Suivre les progrès
dans le domaine du développement de l’enfant et de la
mère, la sous-nutrition contribue à plus d’un
tiers des décès des enfants de moins de 5 ans
dans le monde.
Cette situation serait pourtant évitable si la
communauté internationale honorait ses engagements
concernant la sécurité alimentaire, la nutrition
et l’agriculture durable, souligne-t-il.
« Lasous-nutritiondépouille un enfant de sa
force. Des maladies auxquelles il serait normalement en
état de résister deviennent bien plus
dangereuses », déclare Ann Veneman, directrice
générale de l’UNICEF. « Plus d’un tiers
des enfants qui meurent de pneumonie, de diarrhée ou
d’autres maladies auraient pu survivre s’ils n’avaient
souffert de sous-nutrition. »
En outre,
«ceux qui survivent à la sous-nutrition seront en
plus mauvaise santé physique durant toute leur vie et
leurs facultés cognitives seront touchées, ce
qui limitera leur capacité d’apprentissage et leurs
chances d’obtenir un revenu décent. Ils sont
piégés dans un engrenage de mauvaise
santé et de pauvreté qui peut durer plusieurs
générations».
Plus de 90% des enfants qui présentent un retard de
croissance dans le monde en développement vivent en
Afrique et en Asie, souligne le rapport.
La réponse à ce problème est dans la
prévention et il est possible de réduire, voire
d’éliminer la sous-nutrition. D’énormes
progrès ont été faits dans la mise au
point de solutions peu coûteuses, comme les
micronutriments, offertes aux populations vulnérables.
« Si l’on ne s’attache pas à lutter contre les
causes de la sous-nutrition maternelle et infantile
aujourd’hui, les coûts seront considérablement
plus élevés demain, » avertit Mme Veneman.
L’ONU distingue la sous-nutrition de la malnutrition, terme
qui peut s’appliquer aussi à l’obésité.
RAPPORT DE LA
VÉRIFICATRICE GÉNÉRALE Ratés
à l’ACDI
OTTAWA—
Les nombreuses
faiblesses constatées s’expliquent selon elle par le
fait qu’aucun «processus de gestion » ne guide
l’agence et ne suit le respect de ses engagements en
matière d’efficacité de l’aide.
« La nature du développement international est
telle que celui-ci doit reposer sur des programmes stables et
prévisibles. L’ACDI a besoin d’un plan d’ensemble pour
progresser», a souligné Mme Fraser en
conférence de presse.
Selon elle, la situation est telle que les gouvernements des
pays bénéficiaires, les agents de programmes et
les donateurs «comprennent mal» l’orientation de
l’Agence.
« Avec ce type d’aide, les impacts sur le terrain se
font sentir seulement après un certain temps. Lorsque
les priorités changent chaque année ou presque,
ça crée beaucoup de confusion au sein même
de l’organisation », a expliqué la
vérificatrice.
«L’ACDI
a reconnu il y a plusieurs années, à l’instar de
plusieurs agences de développement international, qu’il
fallait mettre l’accent sur un nombre restreint de pays et de
programmes, a-telle ajouté. Malgré cet
engagement, pris il y a longtemps, de concentrer l’aide
à environ 20 pays, l’Agence a encore des programmes
dans 60 pays.»
Les travailleurs étrangers
Par ailleurs, la vérificatrice générale a
aussi trouvé des failles dans la sélection des
travailleurs étrangers. Les réformes entreprises
par le gouvernement de Stephen Harper en 2008 afin de
faciliter l’arrivée d’immigrants qui pourront
répondre aux besoins les plus pressants du Canada en
matière de maind’oeuvre ne semblent pas avoir
donné de résultats satisfaisants jusqu’à
maintenant.
«Il y a peu d’indications que ces changements
s’inscrivent dans une stratégie bien
définie», a estimé Mme Fraser. De plus,
l’absence de suivi systématique dans les dossiers des
travailleurs étrangers temporaires pourrait mettre ces
derniers «dans une situation vulnérable»,
selon la vérificatrice.
À cette dernière critique, le ministre de
l’Immigration, Jason Kenney, a répliqué que son
ministère avait récemment établi de
nouvelles directives pour améliorer la coordination
avec le ministère des Ressources humaines, qui
prévoient aussi des mesures pour pénaliser les
employeurs abusifs.
L’humanitaire en talons hauts - Laura-Julie
Perrault
Jasmine
Legault, fondatrice de Maât
Une grande brune filiforme entre dans le bureau du grand
patron d’une entreprise québécoise.
Coiffée, maquillée, tirée à quatre
épingles, l’habituée des défilés
de mode se lance dans sa grande demande. « Nous avons
besoin de 2500$ pour refaire le toit de la radio communautaire
que nous mettons sur pied au Burkina Faso. » Elle repart
avec un chèque.
PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE
Mannequin de profession, Jasmine
Legault est consciente que sa technique de collecte de fonds
détonne dans le milieu humanitaire canadien.
Ainsi t r ava i l l e Jasmine Legault, mannequin de profession
et fondatrice de l’organisation humanitaire Maât.
« Ce n’est pas compliqué. Si tu veux quelque
chose, mets tes talons hauts et va le chercher »,
explique Jasmine Legault, consciente que la technique de
collecte de fonds qu’elle pratique avec les membres de son
organisation détonne dans le milieu humanitaire
canadien.
Les longues demandes de subvention, ce n’est pas pour elle.
« Je n’ai pas peur de l’argent. Je me suis
promenée en jet privé et j’ai bu du (champagne)
Cristal Rose. J’adore ça. Je ne suis pas
intimidée par l’argent. Je n’ai pas peur d’en demander,
surtout quand c’est pour soutenir une cause juste »,
ajoute, candide, la très j olie femme de 30 ans qui
gagne sa vie sur les passerelles depuis l’âge de 17 ans.
La « cause juste » qu’a choisie Maât est
celle des jeunes filles qui deviennent mères avant
d’atteindre la vingtaine. Les Nations unies estiment qu’elles
sont 13 millions à vivre la maternité à
la sortie de l’enfance chaque année. Les pays de
l’Afrique subsaharienne ainsi que l’Afghanistan et le
Népal sont les plus durement touchés par le
phénomène. L’Amérique latine, l’Inde et
plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, dont l’Indonésie et
la Thaïlande, suivent de près. Dans ces pays, de
10% à 20% des nouvelles mamans sont des adolescentes.
« La plupart du temps, ces j eunes mères
abandonnent leurs études. Elles pensent que leur vie
est terminée. Elles sombrent dans la pauvreté
», raconte Jasmine Legault.
Trois projets
Son message et sa méthode de f i na ncement s emblent
particulièrement efficaces : en deux ans, Maât a
amassé 170 0 0 0 $ et soutient déjà t
rois projets sur autant de continents : une garderie à
Port-au-Prince, en Haïti, qui, dès cet automne,
offrira une formation professionnelle aux jeunes mères
pour les aider à augmenter leur autonomie
financière ; une radio communautaire à
Kénédougou, au Burkina Faso, qui donnera la
parole à plus de 500 femmes ; et un projet de formation
professionnelle pour les mères adolescentes dans
l’île d’Ometepe, au Nicaragua.
« La
meilleure manière de briser le cercle de la
pauvreté dans plusieurs pays est de permettre aux
jeunes mères d’obtenir un emploi décent »,
note Jasmine Legault, qui est mordue de développement
international depuis l’adolescence.
À 14 ans, cette native de Saint-Donat avait
participé à un projet de coopération en
République dominicaine. Elle a maintes fois
répété l’expérience depuis.
« Un des avantages de mon emploi de mannequin, c’est que
ça me laisse du temps libre. J’en ai profité
pour faire des séjours prolongés dans plusieurs
pays, dont le Bénin et le Togo. À mon retour, je
me suis dit que je voulais que tout ça fasse partie de
ma vie de tous les jours. »
Elle a tenté de trouver sa place dans une ONG
existante. « Tout était trop
compartimenté. » Elle ne voulait pas faire
seulement de la collecte de fonds ou du marketing. Elle
voulait aussi participer aux projets eux-mêmes. Pousser
à la roue. Voyager.
Une mobilisation à la mode
Jasmine Legault aimerait aussi montrer de quoi est capable le
milieu de la mode. Certes, reconnaît-elle, peu de ses
collègues se lèvent le matin en pleurant sur le
sort des enfants-soldats de l’Ouganda, mais son
expérience lui a démontré qu’il est
facile de les mobiliser. « Il y a beaucoup
d’enthousiasme. Lors de la dernière soirée de
collecte de fonds que j’ai organisée, j’avais 80
bénévoles », remarque la jeune femme.
Elle veut canaliser la bonne volonté
décelée parmi ses pairs en mettant sur pied une
nouvelle organisation : Model For Real ( De vrais
modèles). Elle veut convaincre les Linda Evangelista de
ce monde – qui ne « se lèvent pas le matin pour
moins de 10 000 $ » – de donner 0,7 % de leur salaire au
développement international. « Aucun pays riche
ne le fait, mais nous, on réussira peut-être
», ironise l’humanitaire en talons hauts.
Pauvreté : Le mauvais élève canadien -
ALAIN DUBUC
Le fait que le
Canada ait conservé le quatrième rang mondial de
l’indice de développement humain de l’ONU n’a
intéressé personne. À peine un entrefilet.
Est-ce parce qu’on boude depuis que le Canada n’est plus
numéro un? Ou plutôt parce que le fait que le
Canada soit parmi les pays les plus avancés pour les
progrès sociaux n’est plus une surprise?
Un autre classement, rendu public à peu près au
même moment, devrait nous réveiller. C’est celui du
Conference Board du Canada, qui classe plutôt le Canada en
milieu de peloton pour son bilan social, au 9e rang de 17 pays
industrialisés, derrière les pays nordiques,
derrière aussi la Belgique, l’Autriche, la Suisse, les
Pays-Bas. Si le Canada fait moins bonne figure, c’est parce que
ce classement, contrairement à celui de l’ONU, tient
compte des inégalités sociales.
Le Canada n’obtient que la note B pour ses indicateurs sociaux,
parce que s’il fait bien pour la cohésion sociale, pour
la qualité de vie, il obtient un D pour son taux de
pauvreté, l’un des pires des pays riches, notamment pour
la pauvreté des enfants, celle des travailleurs au bas de
l’échelle, et l’inégalité des revenus.
Je sais que bien des gens se méfient des palmarès,
parce que les choses importantes ne peuvent pas se traiter comme
des concours de Miss Canada. Mais ces classements ont une grande
utilité: ils permettent de nous comparer. Cela nous
apprend que l’image que nous nous faisons de nous-mêmes
est fausse. Et surtout, qu’on pourrait manifestement faire mieux
puisque bien des pays réussissent là où
nous échouons.
Certains
pourraient s’étonner du fait que le Conference Board,
qu’on aura tendance à identifier à la droite, se
préoccupe de pauvreté. C’est un autre signe que
les vieilles catégories ne fonctionnent plus, que
l’opposition entre la logique économique et la logique
sociale a tendance à s’estomper. Entre autres parce
qu’on voit bien que le progrès social n’est pas un
frein au succès économique, puisque les pays qui
font le mieux sur le terrain de la justice sociale sont des
pays prospères et performants.
On peut même aller plus loin. Le vrai progrès
économique, durable dans tous les sens du terme, est
difficile à atteindre sans progrès social. Parce
que celui-ci permet la cohésion, réduit les
tensions sociales, contribue à la qualité de
vie, et surtout, réduit l’exclusion. Les
économies avancées, qui reposent sur le savoir,
ont besoin de main-d’oeuvre qualifiée et ne peuvent
plus se payer le luxe de laisser de côté une
partie de leur population. Bref, les grands principes et les
froids calculs se rejoignent.
Cette convergence est également facilitée par
une compréhension plus fine des déterminants de
la pauvreté, ou plutôt des pauvretés.
Parce que le succès dépend d’un ensemble
d’interventions, cela nous sort du débat simpliste
où la victoire contre la pauvreté reposait
seulement sur le partage de la richesse: faire payer les
riches et augmenter le BS. Avec les braquages de part et
d’autre.
La guerre contre la pauvreté s’est
déplacée: soutien des travailleurs à
faibles revenus pour ne pas compromettre l’incitation au
travail, aide aux mères monoparentales, notamment par
des garderies, accompagnement des enfants à risques,
avec des cantines, du soutien scolaire, et surtout, de grands
efforts en éducation pour réduire les obstacles
à la réussite scolaire. C’est en effet
l’éducation qui permettra aux enfants de s’extraire de
la pauvreté et de l’exclusion.
Ces
efforts exigent d’importantes ressources. Mais ce sont des
approches plus consensuelles et plus susceptibles de donner
des résultats. À condition qu’on ne se berce pas
d’illusions et qu’on se rende compte que le Canada, et c’est
également vrai pour le Québec, n’est pas la
société juste que l’on se plait à
décrire.
LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ : LA RECETTE
QUÉBÉCOISE FONCTIONNE! -
Hélène Baril
LE NOMBRE DE PERSONNES VIVANT DANS LA PAUVRETÉ A
DIMINUÉ DE 40% ENTRE 1997 ET 2008. UN RÉSULTAT
SPECTACULAIRE QUE L’ON DOIT À UNE PÉRIODE DE
CROISSANCE ÉCONOMIQUE INÉGALÉE... MAIS AUSSI
À LA GÉNÉROSITÉ DES
QUÉBÉCOIS.
LE QUÉBEC A DE MOINS EN MOINS DE PAUVRES
La lutte
contre la pauvreté est un vieux combat dont les
résultats sont souvent décourageants. Mais au
cours de la dernière décennie, le nombre de
personnes considérées comme pauvres a
diminué de façon spectaculaire au Québec.
De 1997 à 2008, la baisse atteint 40%.
Le Québec compte moins de pauvres, moins de
chômeurs et moins d’assistés sociaux,
principalement en raison de la longue période de
prospérité économique qu’il a connue
depuis près de 15 ans.
À l’exception de trois légers ralentissements,
la croissance économique a été au
rendezvous chaque année entre 1992 et 2008. Les emplois
aussi, ce qui ne va pas nécessairement de pair. Il y a
des périodes de croissance qui s’accompagnent de
très peu de création d’emplois. Mais en 2008, il
y avait 20% plus d’emplois au Québec que 10 ans
auparavant.
La croissance économique a-t-elle fini par vaincre la
pauvreté ? Les disciples d’Adam Smith et de la «
main invisible » du marché le croient fermement.
Selon la t héorie pensée par l’économiste
anglais au XVIIIe siècle, tout individu qui travaille
à son enrichissement personnel finit par enrichir la
collectivité. L’intervention de l’État n’est
donc pas nécessaire puisque les forces du marché
(la main invisible) se chargent de redistribuer la richesse.
« Le
marché a fait son travail », convient Pierre
Fortin, économiste et professeur qui s’intéresse
depuis longtemps aux moyens de vaincre la pauvreté.
Le marché a fait sa part du chemin, selon lui, mais pas
tout le chemin. « Lorsque l’économie croît,
les Québécois partagent volontiers »,
constate-t-il.
Meilleure couverture sociale
Ainsi, au cours des dernières années, la
couverture sociale s’est épaissie et protège
mieux les moins nantis. L’assurance médicament, les
garderies d’abord à 5 $ par jour, puis à 7 $,
les congés parentaux sont des exemples de mesures
sociales qui ont contribué à réduire la
pauvreté.

L’impact de ces mesures a été
particulièrement remarquable chez les femmes
monoparentales, plus touchées par la
UNE RÉALITÉ DIFFICILE À MESURER
Dans une
de ses vieilles chansons, Plume Latraverse y va de sa
définition de la pauvreté. « Les
pauvres, ont pas d’argent, chante-t-il sur un air de
blues. Les pauvres, sont malades tout l’temps. Les pauvres
savent pas s’organiser. Sont toujours cassés
».
La réalité, bien sûr, est plus
complexe. Peu de gens le savent, mais la pauvreté,
ça n’existe pas au Canada. Officiellement, du
moins. Après avoir essayé de plusieurs
façons de définir cet état,
Statistique Canada y a renoncé pour cause de
complexité et de sensibilité politique.
Avec 25 000$ par année, une famille de quatre
personnes peut vivre assez bien à la campagne, mais
être très pauvre en ville où le
logement, notamment, est beaucoup plus cher.
Cette même famille, avec le même revenu, peut
aussi être plus ou moins pauvre selon la province
qu’elle habite, parce que le coût de la vie n’est
pas le même en Alberta qu’à Terre-Neuve.
D’où la difficulté de définir la
pauvreté d’une façon simple.
Ce qui tient lieu de définition, ce sont les seuils
de faible revenu (SFR) conçus par Statistique
Canada. Ils établissent un revenu minimum
nécessaire pour se loger, s’alimenter et
s’habiller.
Si on gagne moins que ce revenu minimum, on peut
être considéré comme pauvre. Le revenu
minimum varie selon le nombre de personnes et la taille de
l’agglomération habitée.
Autres
mesures
Même s’ils sont largement utilisés, les
seuils de faible revenu ont leurs limites et leurs
détracteurs. Le calcul à la base de l’indice
établi par Statistique Canada, par exemple, date de
1992. Autre problème : le coût du logement
qui sert au calcul pour les grandes villes est une moyenne
du coût à Vancouver, à Toronto et
Montréal, ce qui désavantage le
Québec, où le coût du logement est
plus bas.
Le Centre d’étude sur la pauvreté et
l’exclusion a suggéré d’adopter la mesure du
panier de consommation (MPC) qui, estime-t-il,
définit la pauvreté avec plus de
précision.
Contrairement aux seuils de faible revenu, la mesure du
panier de consommation reconnaît par exemple que les
familles qui vivent à la campagne ont besoin d’une
voiture et que celles qui vivent en ville doivent
consacrer une partie de leur revenu au transport en
commun.
Ni l es seui l s de f a i ble revenu ni la mesure du
panier de consommation ne permettent la comparaison avec
d’autres pays. C’est pourquoi la mesure du faible revenu
est aussi utilisée. La mesure du faible revenu est
une variante de la définition de Statistique
Canada, mais c’est la méthode la plus
répandue ailleurs dans le monde, ce qui permet les
comparaisons internationales.
La définition de la pauvreté peut varier
beaucoup, mais entre 1996 et 2006, le nombre de pauvres a
diminué au Canada selon les trois méthodes
de calcul les plus souvent utilisées.
LES INÉGALITÉS SOCIALES AUGMENTENT
- Hélène Baril
La
baisse
marquée de la pauvreté masque une autre
réalité, pourtant évidente.
L’écart entre les plus riches et les plus pauvres
s’est accru au cours des 10 dernières années,
et on n’a pas besoin de statistiques pour le constater
autour de nous.
Contrairement au niveau de
pauvreté, une réalité complexe et
difficile à définir, les
inégalités sociales se mesurent à
l’aide d’une méthode largement utilisée un peu
partout dans le monde, le coefficient de Gini. Cette mesure
varie entre 0 pour les sociétés dans
lesquelles les inégalités n’existent pas,
jusqu’à 1, pour celles dans lesquelles les
inégalités sont le plus prononcées.
Selon une étude de
l’Organisation de coopération et de
développement économique (OCDE) publiée
l’an dernier, le fossé entre les riches et les
pauvres s’est élargi au cours des deux
dernières décennies dans la plupart des pays
industrialisés, dont le Canada, les États-Unis
et l’Allemagne.
L’étude de l’OCDE indique que
les inégalités sont généralement
plus élevées dans les pays anglo-saxons et
moins élevées dans les pays scandinaves et en
Europe de l’Ouest.
En
utilisant
des données similaires, Pierre Fortin a établi
que le Canada est un pays plus égalitaire que les
États-Unis ou la Grande-Bretagne, mais moins que la
France et l’Allemagne.
Fait à souligner,
l’économiste a calculé que les
inégalités telles que mesurées par le
coefficient de Gini sont moins prononcées au
Québec qu’ailleurs au Canada. Le fossé entre
les riches et les pauvres s’est creusé comme ailleurs
au cours des dernières années, mais de
façon moins marquée.
Le fait que le fossé entre les
riches et les pauvres soit un peu moins grand au
Québec s’explique, entre autres, par nos taux
d’imposition plus progressifs.
L’inégalité et la
pauvreté sont deux phénomènes
différents, mais un niveau élevé
d’inégalités va généralement de
pair avec un niveau élevé de pauvreté,
explique Pierre Fortin. Moins pauvre, moins
inégalitaire, le Québec supporte bien la
comparaison avec les autres, a constaté
l’économiste.
Il y a 400 000 pauvres de moins qu’il
y a 10 ans au Québec. Mais il reste encore un peu
plus de 800 000 personnes qui n’ont pas un revenu suffisant
pour subvenir à leurs besoins.
Le Guatemala crie famine
GUATEMALA — Le
président du Guatemala, Alvaro Colom, a
décrété l’état de «
calamité publique » pour lutter contre la famine
qui a fait plus de 460 morts depuis le début de
l’année dans ce pays d’Amérique centrale,
confronté à une sécheresse
prolongée.
« Cela va nous permettre d’avoir accès aux
ressources de la coopération internationale et de
mobiliser des ressources budgétaires avec plus de
facilité », a déclaré le dirigeant
social-démocrate au cours d’une allocution
radiotélévisée mardi soir.
Selon une
étude du ministère de la Santé,
citée par le quotidien El Periodico, 462 personnes,
dont 54 enfants, sont mortes de faim depuis le début de
l’année au Guatemala.
La famine s’est accentuée en raison des destructions de
cultures de maïs et de haricots, aliments de base de la
population.
L’échec de l’aide internationale
- Marcel Boyer
Les
régions et les pays sous-développés ont
besoin de personnes bien intentionnées seulement si ces
personnes sont avant tout compétentes.
L’auteur est professeur émérite de sciences
économiques à l’Université de
Montréal et fellow du CIRANO. L’éditorial de
Mario Roy ( La Presse, 10 juillet) et l’intervention du
président Obama au Ghana nous rappellent que tout
individu bien intentionné, compatissant et rempli de
bonne volonté voudrait définir un Grand Plan
d’aide étrangère. Malheureusement, ces grands
plans finissent trop souvent par être tributaires de
deux caractéristiques principales.
D’abord, ils placent immanquablement au devant de la
scène un lot de politiciens, journalistes vedettes,
stars de cinéma, chanteurs et artistes pop.
Deuxièmement, une fois la « langue de bois
» percée et dégonflée, ces plans,
sous le contrôle de bureaucrates fortement contraints
par les politiques nationales exigeant que les ressortissants
du pays donateur obtiennent d’importants
bénéfices, généreront peu de
résultats bénéfiques pour les populations
visées.
La principale raison de ces échecs
répétés ne tient pas au manque de fonds
ou de ressources, mais plutôt à l’absence de
mécanismes rigoureux de responsabilisation,
d’incitations à la performance et de contraintes de
bonne gouvernance. L’économiste William Easterly a mont
ré qu’après 50 ans et près de 2500
milliards de dollars US d’aide étrangère, dont
près de 1000 milliards en Afrique subsaharienne,
« il y a scandaleusement très peu à
montrer en contrepartie ».
Il est urgent d’adopter une nouvelle approche fondée
sur deux prémisses importantes. D’abord, la
définition d’objectifs clairs, responsabilité
première du secteur gouvernemental (pays donateurs,
Banque mondiale, Fonds monétaire international),
complétée par un processus d’implantation
fondé sur des mécanismes concurrentiels et
mené par des organisations sous contrats incitatifs
mettant largement l’accent sur la performance et les
résultats.
Ensuite, cette implantation doit nécessairement compter
dans les pays récipiendaires sur une gouvernance
adéquate basée sur la responsabilité
publique, le de fonctionner sous des contrats fortement
incitatifs. C’est le seul moyen de faire plus que de
manifester un intérêt superficiel et un hommage
du bout des lèvres aux objectifs du
développement et de l’aide internationale.
Comme dans
tous les secteurs de l’activité humaine, les
régions respect des droits humains fondamentaux, la
liberté économique et les droits de
propriété.
Les meilleures ressources
Ainsi, le plus important facteur de réussite en
développement consiste à faire appel aux
meilleures ressources humaines et technologiques par le
truchement d’entreprises et d’organisations compétentes
capables et les pays sous-développés ont besoin
de personnes bien intentionnées seulement si ces
personnes sont avant tout compétentes,
c’est-à-dire seulement si elles peuvent montrer et
prouver leurs compétences dans un environnement
concurrentiel, ouvert, transparent et responsabilisant.
À défaut d’une telle approche, le
sous-développement se perpétue et apparaît
lui-même comme l’état normal. Il devient alors
très difficile de changer le système, chacune de
ses parties défectueuses apparaissant essentielle par
sa forte interaction avec les autres parties
défectueuses.
L’inefficience totale et omniprésente est une
caractéristique inhérente au système des
Grands Plans, fondamentalement hostiles à la
concurrence, à la modularité et à
l’expérimentation.
La présence de groupes de pression bien
informés, tirant profit du système
défectueux aux dépens des citoyens, aggrave la
situation, car ils peuvent bloquer les changements menant
à un système ouvert, transparent, concurrentiel,
centré sur les citoyens et fondé sur des
processus de marché favorisant la responsabilisation.
Nous sommes alors laissés sans autre choix que de
verser toujours plus d’argent, de ressources et de capital
dans des systèmes et approches inefficaces.
Coup d’oeil sur la détresse
africaine - Claude Picher
Tous les yeux
sont tournés aujourd’hui vers le Ghana, où le
président américain Barack Obama doit prononcer
une allocution que certains qualifient d’avance d’«
historique ». L’Afrique compte 54 pays. Six d’entre eux,
en Afrique du Nord, font géographiquement partie du
continent africain, mais forment un ensemble géopolitique
distinct, rattaché au monde arabo-musulman. C’est
clairement aux 48 autres pays, à l’Afrique subsaharienne,
que s’adresse le président Obama.
Sur le plan économique, c’est une région en plein
désarroi.
Voici quelques
chiffres qui permettent de mieux saisir l’ampleur de la
détresse africaine :
• Aux taux de change courants, les 48 pays de la région
ont un produit intérieur brut (PIB) combiné de
943 milliards( ou 1280 dollars par habitant. En
réalité, ce montant ne reflète qu’une
partie de la réalité, puisqu’il inclut l’Afrique
du Sud, qui abrite seulement 7% de la population de la
région, mais compte à elle seule pour 30% du
PIB. Dans les 47 autres pays, le PIB par habitant tombe en
moyenne à 960 dollars.
• Le montant de 943 milliards peut sembler énorme.
Pourtant, il représente l’équivalent, à
quelques poussières près, du PIB de la
Corée du Sud, 15 fois moins peuplée et 325 fois
moins étendue. Les comparaisons avec les pays riches
donnent le vertige. La taille économique des 48 pays
d’Afrique noire réunis est trois fois inférieure
à celle de la France, 15 fois inférieure
à celle des ÉtatsUnis. À elle seule,
l’économie du Texas est plus importante que
l’économie africaine.
• La
région est, de loin, la plus pauvre de la terre. Sur
les 28 pays les plus pauvres de la planète, 24 sont
situés en Afrique. La République d’Haïti
est, de loin, le pays le plus pauvre de
l’hémisphère occidental. Or, si Haïti
était un pays africain, il ne ferait pas si mauvaise
figure au palmarès. Le Ghana, le Lesotho, le Mali, le
Burkina, la Tanzanie, la Gambie, le Mozambique, le Rwanda, la
Centrafrique, Madagascar, l’Ouganda, la Guinée, le
Togo, le Niger, le Sierra Leone, l’Éthiopie, le Malawi,
l’Érythrée, la Somalie, la Guinée-Bissau,
le Liberia, le Congo (RDC) et le Burundi sont tous des pays
africains plus pauvres que Haïti. En tout, cela fait 415
millions de personnes qui vivent avec moins de deux dollars
par jour. Ce chiffre est calculé aux taux de change
courants. Même si on l’ajuste pour tenir compte du
pouvoir d’achat des monnaies locales, cela ne donne que 4,47
dollars par jour.
• Le continent le plus pauvre continue de s’appauvrir. En
1960, à l’aube de la décolonisation, le PIB
régional représentait 2,6 % du PIB mondial ;
aujourd’hui, la proportion n’est plus que de 1,6 %. Pendant ce
temps, l’Afrique noire a connu une forte croissance
démographique. Elle comptait pour 8,8 % de la
population mondiale en 1960, contre 11,4 % aujourd’hui. Cela
signifie de plus en plus de monde pour se partager de moins en
moins de richesse.
• Justement, parlons-en, de partage. Rares sont les endroits
où la richesse est aussi inégalement
répartie. Le décile supérieur,
c’est-à-dire la tranche de 10 % de la population la
plus riche, empoche à elle seule 50 % des revenus. Je
me souviens, lors d’un voyage en Afrique il y a quelques
années, avoir été estomaqué par le
luxe de certaines demeures ( je devrais dire palais) au milieu
d’une mer de misère humaine. La corruption est
rampante. En Somalie, un des pays les plus pauvres et les plus
désorganisés du continent, le ministre de la
Justice a été pincé, il y a quelques
mois, en essayant de détourner 800 000 dollars à
son profit. Le plus odieux, c’est que cet argent provenait
d’un programme d’aide internationale des Nations unies. Cet
exemple est loin d’être unique.
Certes, depuis quelques années, on observe quelques
pôles de croissance ici et là, mais dans
l’ensemble, l’Afrique demeure pour l’instant un naufrage
économique. On peut blâmer les énormes
erreurs de jugement de certains gouvernements africains, les
guerres, les coups d’État, les génocides,
l’instabilité chronique, les épidémies,
les sécheresses, les dictateurs fous, la corruption,
l’ignoble protectionnisme agricole des pays riches
(européens, surtout) qui étouffe l’agriculture
africaine, les ratés de l’aide internationale. Mais les
chiffres parlent d’eux-mêmes. De nombreux pays, en Asie,
en Amérique latine, émergent rapidement de la
pauvreté. En 2009, cette prospérité
nouvelle échappe encore largement aux Africains. ( 1)
Tous les montants, dans cette chronique, sont exprimés
en dollars américains.
Les leçons du frère
américain - Richard Hétu
Depuis hier
soir, le Ghana a l’honneur d’être le premier pays de
l’Afrique noire à accueillir le premier
président afro-américain des États-Unis.
Barack Obama profitera de sa brève visite dans ce pays
modèle pour prêcher la bonne gouvernance et
visiter un
C’est le message d’un frère sympathique mais exigeant
que livrera aujourd’hui Barack Obama à Accra, capitale
du Ghana, où il effectue un séjour bref mais
hautement symbolique.
Pourquoi le Ghana ?
PHOTOPETE SOUZA, ARCHIVES
BLOOMBERG
Barack Obama en visite au Kenya, la
patrie de son père, alors qu’il était encore
sénateur de l’Illinois, en août 2006. Le
président américain a justifié son
choix de se rendre au Ghana plutôt qu’au Kenya pour sa
première visite comme chef d’État en Afrique
subsaharienne en faisant valoir que le Ghana était un
exemple de stabilité et de bonne gouvernance dans un
continent où l’instabilité et la corruption ne
représentent pas l’exception.
COLLABORATION SPÉCIALE
—À la veille de sa première visite en Afrique,
à l’âge de 26 ans, Barack Obama se trouvait, de
son propre aveu, dans une position inconfortable: « Un
Occidental pas tout à fait chez lui à l’ouest,
un Africain se rendant dans un pays rempli d’étrangers
», comme il l’écrivait dans son premier livre,
Les rêves de mon père.
Vingt-deux ans plus tard, l’Occidental pas tout à fait
chez lui à l’ouest occupe la présidence des
États-Unis, le plus puissant pays dumonde. Et
l’Africain n’est plus en territoire inconnu sur le continent
noir. « Vous êtes mes frères et mes soeurs
», déclarait-il en août 2006 au moment de
son troisième voyage au Kenya, où il avait
reçu un accueil triomphal en sa qualité de
sénateur de l’Illinois.
Et c’est le message d’un frère sympathique mais
exigeant que livrera aujourd’hui Barack Obama à Accra,
capitale du Ghana, où il effectue depuis hier soir un
séjour bref – il rentrera à Washington en fin de
journée – mais hautement symbolique. Son discours
devant le parlement ghanéen, au cours duquel il
insistera sur la bonne gouvernance, constituera le point fort
d’une visite qui sera assortie d’un volet touristique
émouvant.
Accompagné de sa femme, le président
américain doit en effet visiter le fort esclavagiste de
Cape Coast, à deux heures de route d’Accra, d’où
sont partis beaucoup d’esclaves noirs pour le « voyage
sans retour » vers l’Amérique. Un voyage auquel
ont été forcés les ancêtres de la
première dame des États-Unis.
Mais pourquoi Barack Obama a-t-il choisi d’effectuer sa
première visite comme chef d’État en Afrique
subsaharienne au Ghana plutôt qu’au Kenya, la patrie de
son père, ou au Nigeria, le pays le plus populeux du
continent ?
Le
président américain a justifié son choix
en faisant valoir que le Ghana était un exemple de
stabilité et de bonne gouvernance dans un continent
où l’instabilité et la corruption ne
représentent pas l’exception. Ce pays d’Afrique de
l’Ouest a connu deux changements de régime par la voie
d’élections libres et équitables dont les
dernières, tenues en décembre, ont permis au
candidat de l’opposition, John Atta-Mills, de remporter de
justesse l’élection présidentielle.
« Je pense que le nouveau chef de l’État, le
président Mills, a démontré son
engagement envers l’État de droit, un engagement de
nature démocratique qui garantit la stabilité du
pays », a déclaré Barack Obama dans une
interview à AllAfrica.com diffusée mardi.
« Et à mon avis, la gouvernance et la
prospérité sont directement liés. Les
pays bien gouvernés, stables, dont les dirigeants
reconnaissent qu’ils doivent rendre des comptes à la
population et que les institutions sont plus fortes qu’une
personnalité, quelle qu’elle soit, sont
généralement ceux qui produisent des
résultats pour les populations. Et nous voulons appuyer
ce message. »
Le gouvernement du Kenya, aux antipodes de celui du Ghana, est
né de la crise postélectorale qui a
ensanglanté le pays l’an dernier. Le Nigeria, de son
côté, a tenu en 2007 des élections
également violentes et jugées frauduleuses par
plusieurs pays, dont les États-Unis.
En entrevue comme en conférence de presse hier, le
président américain a par ailleurs refusé
de chercher dans l’héritage du colonialisme des excuses
aux problèmes actuels de l’Afrique.
« Je pense connaître l’histoire de l’Afrique aussi
bien que ceux qui m’ont précédé dans ces
fonctions, a-t-il dit à AllAfrica. com. Et je peux vous
expliquer en long et en large pourquoi les cartes coloniales
qui ont été dressées ont contribué
à déclencher des conflits, et vous parler des
termes défavorables des échanges commerciaux de
l’époque qui a suivi le colonialisme.
« Et pourtant, la réalité, c’est que nous
sommes en 2009. L’Occident et les États-Unis ne sont
pas responsables de la situation économique du Zimbabwe
des 15 à 20 dernières années. Ils ne sont
pas non plus responsables de certaines politiques
désastreuses que nous avons pu voir à l’oeuvre
ailleurs en Afrique. Et je crois qu’il est très
important que les dirigeants africains assument leurs
responsabilités et soient obligés de rendre des
comptes. Et je pense que les populations africaines le
comprennent. »
La bonne gouvernance n’est sans doute pas la seule raison qui
a poussé Barack Obama à opter pour le Ghana,
pays également visité au cours des
dernières années par Bill Clinton (1998) et
George W. Bush (2008).
Le
Ghana a découvert d’importants gisements de
pétrole et de gaz dans le Bassin de Tano au cours des
deux dernières années. Le pays a un besoin
urgent d’investissements directs pour l’exploitation
commerciale de ces ressources.
Une compréhension « personnelle » de la
pauvreté
Même s’il
n’a pas choisi le Kenya pour son retour symbolique en terre
d’Afrique, Barack Obama a beaucoup parlé de la patrie de
son père au cours des derniers jours pour étayer
ses positions vis-à-vis du continent.
« J’ai des membres de ma famille qui vivent encore
aujourd’hui dans des villages où la faim est une
réalité. C’est donc quelque chose que je peux
comprendre à un niveau personnel », a
déclaré le président américain hier
pendant une conférence de presse en Italie, où il
commentait l’engagement des pays du G8 à mobiliser 20
milliards de dollars sur trois ans pour lutter contre la faim
dans le monde.
Barack Obama a
également fait allusion à son père en
établissant un parallèle entre le Kenya et la
Corée du Sud.
« Lorsque mon père a quitté le Kenya pour
les États-Unis, au début des années 60, les
PIB du Kenya et de la Corée du Sud n’étaient pas
équivalents – celui du Kenya était en fait plus
élevé. Que s’est-il passé en 50 ans?
» s’est-il interrogé, avant de déplorer le
« manque de transparence » des gouvernements
kényans.
Obama en Afrique - Mario Roy
Barack Obama
débarque en Afrique, aujourd’hui, dernier segment
hautement symbolique d’un séjour à
l’étranger amorcé en début de semaine. Il
y prononcera au Ghana, demain, une allocution destinée
à la population du continent. C’est un discours que
l’on estime devoir être aussi substantiel et important
que celui donné au Caire, en juin, à l’intention
du monde musulman.
Fils d’un père kényan, époux d’une
descendante d’esclaves, le président des
États-Unis saurat-il jeter un regard neuf sur l’Afrique
? Sur cette terre qui a désespérément
besoin qu’on aborde d’un angle nouveau les problèmes
qui la grugent?
Les signaux qu’Obama a récemment envoyés
à ce sujet (notamment dans une entrevue à
AllAfrica.com) ne permettent pas de le dire. Il n’y a pas
fondamentalement remis en question les formes d’aide existant
depuis un demi-siècle, constatant simplement que la
bonne gouvernance et l’auto-responsabilisation sont des
pré-requis à tout progrès.
Sans doute est-ce vrai. Mais c’est peu.
La réalité est que l’aide au
développement consentie à l’Afrique depuis un
demi-siècle a lamentablement échoué. Et
que les pays riches ne font que s’enfoncer dans ce cul-de-sac,
motivés à la fois par la culpabilité, par
l’intérêt et par l’humanisme « glamour
». En Occident, en effet, l’incontestable
autorité en matière de développement
africain semble être... Bono, le chanteur de U2!
« Le discours public (sur l’Afrique) est devenu une
disco publique... et on ne se bat pas contre une guitare
électrique! » ironise une économiste
zambienne, Dambisa Moyo. Elle est l’auteure du percutant
ouvrage Dead Aid ( L’aide est morte: Pourquoi l’aide ne
fonctionne pas et comment faire mieux pour l’Afrique, non
disponible en français).
Appelons la « thèse Bono » celle qui
enjoint les pays du Nord de doubler ou même de tripler
l’aide au développement consentie à l’Afrique.
C’est un plaidoyer moralement confortable pour ceux qui sont
lovés dans l’opulence des pays riches. Mais ça
ne marchera pas.
À ce
jour, 1000 milliards de dollars ont été
transférés à l’Afrique. Or, entre 1970 et
1998, période au cours de laquelle cette manne a
été la plus considérable, le taux de
pauvreté sur le continent est passé de 11
à 66%! En 1960, le Kenya était plus
prospère que la Corée du Sud; le premier est
misérable aujourd’hui alors que la seconde est riche, a
luimême remarqué Barack Obama.
« L’aspect le plus déprimant de ce fiasco, c’est
que les donneurs, les décideurs, les gouvernements, les
intellectuels, les économistes et les
spécialistes du développement savent, au fond de
leur coeur, que l’aide ne fonctionne pas. ( L’un d’eux)
remarque: tout le monde sait que c’est de la m..., mais
ça fait vendre des T-shirts ! » rapporte Dambisa
Moyo.
Dans Dead Aid, elle soutient non seulement que l’aide...
n’aide pas. Mais elle nuit, alimentant la corruption, les
conflits, l’inefficacité, la dépendance – pour
plus de détails, voir le blogue de l’édito sur
Cyberpresse.
En fait, l’économiste d’origine africaine n’est pas la
première à remettre en question les vieilles
façons de faire. Dans The White Man’s Burden (dont nous
avons déjà parlé dans cette colonne,
bientôt disponible en français sous le titre: Le
fardeau de l’homme blanc), l’économiste
américain William Easterly faisait de même. Et
l’expatron de CARE Canada, John Watson, a déjà
déclaré: « Nous vivons le naufrage de ces
rêves »...
Obama, donc, saura-t-il y faire ?
Il devra d’abord s’appliquer à corriger les choses chez
lui. Si les États-Unis sont le plus important
distributeur d’aide à l’Afrique, les gigantesques
subventions versées aux agriculteurs américains
constituent par contre l’un des freins importants à
l’enrichissement du continent noir.
Au Ghana, demain, il faudra parler de ça aussi.
Le G8 accusé de négliger les pays
pauvres - Marc Thibodeau
« Seul
le Canada a respecté son engagement de doubler son aide
(à l’Afrique), ce qui est tout à son
mérite. Tous les autres sont en retard. »
— Les pays pauvres de l’Afrique font les frais de
l’indifférence des dirigeants du G8, qui accordent plus
d’attention à des mises en scène
médiatiques liées au tremblement de terre de
L’Aquila qu’à la nécessité de respecter
leurs engagements en matière d’aide, accuse Oxfam.
PHOTO MAX ROSSI, REUTERS
Des militants de l’organisation Oxfam
portant des masques géants à l’effigie des
chefs d’État et de gouvernement des pays du G8 se
sont attaqués à un faux festin de spaghettis,
hier, à Rome. Ils voulaient ainsi attirer l’attention
sur la question de l’aide au développement, qu’ils
estiment avoir été négligée lors
de ce sommet.
« Je suis consterné de voir le peu d’attention
accordé à la question de l’aide au
développement », a déclaré hier en
entrevue à L’Aquila le directeur exécutif de la
section canadienne de l’organisation, Robert Fox.
Le meilleur exemple de cette « indifférence
», a-t-il dit, est que les dirigeants du G8 ont
réservé une brève période matinale
au dernier jour du sommet à une rencontre avec une
dizaine de chefs d’État africains invités aux
délibérations.
M. Fox déplore que la plupart des dirigeants des
principaux pays industrialisés n’aient toujours pas
respecté les engagements pris envers ce continent lors
du sommet « historique » de Gleneagles, en 2005.
Les membres du G8 avaient alors promis de doubler la somme
d’aide annuelle versée à l’Afrique pour
atteindre 50 milliards par année en 2010, mais ils sont
en retard de près de 15 milliards de dollars sur cet
objectif, selon Oxfam.
« Seul
le Canada a respecté son engagement de doubler son aide
durant cette période, ce qui est tout à son
mérite. Tous les autres sont en retard », a dit
M. Fox.
Dans une déclaration commune diffusée mercredi,
les pays du G8 ont réitéré leur
engagement de respecter les promesses faites à
Gleneagles malgré l’impact « sévère
» de la récession sur leur économie. Le
texte n’aborde pas les retards encourus.
Les chefs d’État insistent sur le fait qu’il est
important « d’agir maintenant pour empêcher la
crise économique de se transformer dans les pays
pauvres en une grave crise sociale ».
Nombre des pays les plus pauvres, confrontés à
une baisse marquée de leurs revenus, ont sabré
profondément les dépenses sociales «
critiques » pour le bienêtre de la population,
notent les membres du G8.
En plus de réitérer les cibles de 2004, ils ont
confirmé hier le lancement d’un plan de 15 milliards de
dollars sur trois ans pour soutenir la production agricole
dans les pays pauvres. Selon Oxfam, la majorité de
cette somme provient des budgets d’aide existants des pays
participants.
Le Canada entend réserver 600 millions de dollars de
plus par année à cette fin. Le porte-parole du
premier ministre Stephen Harper, Dimitri Soudas, a
précisé que cet argent serait alloué
à même le budget existant.
Des truffes avant de discuter de la faim dans le monde
Les leaders
des pays du G8 ont dégusté hier un menu
gastronomique à cinq plats faisant la part belle
à la cuisine du pays hôte, l’Italie, avant de se
pencher, aujourd’hui, sur la problématique de la
sécurité alimentaire dans le monde.
Le menu
établi par le chef italien Michele Persechini pour les
hôtes du sommet de L’Aquila proposait en entrée
une salade tiède de tomates accompagnées de
fromage. Ont suivi des macaronis frais à la sauce
à la viande, de l’agneau et des truffes
d’été accompagnées d’aubergines, de
haricots verts et de pommes de terre rôties, et du
fromage. Le dessert consistait en une pizza sucrée aux
amandes. Six vins ont été proposés aux
convives.
Promesses non tenues en matière d’aide au
développement Harper sermonne les autres pays du G8
- Marc Thibodeau
— Les pays du
G8 qui n’ont toujours pas respecté les promesses d’aide
au développement faites à l’Afrique lors du
sommet « historique » de Gleneagles, en 2005,
compromettent la « crédibilité » de
l’organisation, soutient le premier ministre canadien Stephen
Harper.
Des
militants de l’organisation environnementale Greenpeace ont
peint, hier, le message « G8 Failed » («
Le G8 a échoué ») sur la coque d’un
navire sud-africain transportant du charbon amarré
à Civitavecchia, près de Rome. Ils demandent
aux dirigeants des pays les plus industrialisés de
réellement prendre la tête de la lutte contre
les changements climatiques, estimant que la
déclaration du G8 sur le climat est «
insuffisante et décevante ».
« Àtitre demembres duG8, nous prenons des
engagements et nous ne les respectons pas. Ça mine la
crédibilité de notre processus », at-il
souligné hier lors d’une conférence de presse
tenue à l’issue du sommet de L’Aquila, en Italie.
Le Canada est l’un des seuls pays du G8 à s’être
conformé à l’engagement pris il y a cinq ans
d’augmenter de 25 milliards l’aide annuelle totale
versée à l’Afrique pour 2010.
M. Harper a souligné, sans désigner de pays en
particulier, que les États qui tardent à verser
l’aide promise allaient « sentir de plus en plus de
pression » à mesure qu’approche
l’échéance de l’année prochaine.
Plusieurs pays sont loin de la cible prévue, incluant
l’Italie, qui a décidé de sabrer dans son aide
plutôt que de l’augmenter comme prévu. La France
est aussi montrée du doigt par les organisations
humanitaires pour son retard.
M. Harper a indiqué que les dirigeants de pays en
défaut n’avaient pas avancé d’explication lors
des séances de travail à L’Aquila.
L’enjeu est
majeur, selon le premier ministre, puisque une aide accrue est
requise rapidement pour faire reculer le nombre de personnes
souffrant de malnutrition, en forte hausse en raison de la
crise. « Des millions d’enfants vont mourir cette
année parce qu’ils n’ont pas assez à manger
», a-t-il précisé.
Les ONG de la coa l it ion Abolissons la
pauvreté saluent le fait que le Canada a atteint
son objectif, mais insistent sur la nature relativement
« modeste » de l’objectif poursuivi par
rapport aux efforts d’autres pays.
Ces organisations pressent depuis des années Ottawa
d’augmenter l’aide au développement pour atteindre le
seuil de 0,7% du PIB préconisé par les Nations
Unies. M. Harper n’a pas mis de l’avant de nouveaux
engagements à ce sujet hier.
Le gouvernement canadien souhaite que le G8 adopte un
mécanisme de reddition de comptes plus contraignant
pour faire un meilleur suivi des promesses annoncées
lors des sommets.
L’aide aux pays pauvres était hier à l’agenda du
sommet du G8, qui s’est conclu par une majoration du plan
d’aide annoncée plus tôt cette semaine pour
soutenir la production agricole dans les pays pauvres.
Le budget total du plan, financé largement à
même des enveloppes budgétaires existantes, a
été porté de 15 à 20 milliards de
dollars, a déclaré le président
américain Barack Obama.
« Nous croyons que le but de l’aide doit être de
créer des conditions permettant de faire en sorte que
l’aide ne soit plus requise », a-t-il
précisé.
Le Canada concrétise son engagement de 10
milliards US au FMI
WASHINGTON —
Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé
hier avoir signé avec le Canada l’accord confirmant la
promesse faite en avril par Ottawa de lui accorder une aide
d’urgence de 10 milliards US.
PHOTO SAUL LOEB, AGENCE
FRANCE-PRESSE
Le président de la
République française, Nicolas Sarkozy, et le
président des États-Unis, Barack Obama, ont
fait plus ample connaissance, hier, dans la salle de
conférence de L’Aquila, où se tient le sommet
du G8.
« La signature de cet accord signifie que le Fonds peut
désormais ajouter ces ressources »
supplémentaires à celles déjà
fournies par le Japon et la Norvège, écrit le
FMI dans un communiqué.
Ces
financements nouveaux permettent au FMI d’apporter à
ses membres « une assistance efficace en temps utile
» dans la crise actuelle, ajoute le texte.
Le Japon a accordé en février un financement
complémentaire d’urgence de 100 milliards US au FMI. La
Norvège a concrétisé début juillet
sa promesse faite fin mars d’apporter 4,5 milliards US au
Fonds.
Début avril, le G20, forum réunissant les
principaux pays avancés et émergents (et auquel
appartiennent le Japon et le Canada), s’est engagé
à tripler les ressources du FMI en lui apportant 500
milliards US dans le cadre des « nouveaux accords
d’emprunt » ( NAE) étendant les lignes de
crédit dont dispose le Fonds auprès de ses
principaux contributeurs.
L’ex-président Bill Clinton
confronté à la dure réalité d’un pays
sinistré
En visite en
Haïti
à titre d’envoyé spécial de l’ONU
— Les pieds dans la boue, le visage en sueur sous un soleil de
plomb, l’ancien président américain Bill Clinton
s’est confronté cette semaine aux Gonaïves, ville
sinistrée du nord d’Haïti, à la dure
réalité d’un pays qu’il compte bien aider
à se relever.
PHOTOMARCODORMINO, ASSOCIATED
PRESS
L’ancien président
américain Bill Clinton, que l’on voit ici avec le
président haïtien René Préval,
s’est notamment arrêté dans le seul
hôpital en activité aux Gonaïves,
où il a fait connaissance avec un jeune patient.
« Je vais rencontrer des donateurs, c’est important, et
je vais essayer d’accélérer l’aide et de
m’assurer qu’elle est dirigée vers les projets
prioritaires pour Haïti », a déclaré
mardi Bill Clinton, récemment nommé
envoyé spécial de l’ONU pour le pays.
« Il sera difficile de travailler au service
d’Haïti », a-t-il toutefois concédé
au terme de sa visite, qui l’a également conduit dans
les quartiers pauvres de la capitale, Port-au-Prince.
« M. Clinton a la responsabilité de coordonner
l’aide de la communauté internationale promise à
Haïti. Nous avons besoin de plus d’unmilliard de dollars
», a soutenu le président haïtien
René Préval, qui accompagnait son hôte
dans les rues boueuses des Gonaïves.
« Avec sa popularité, il peut nous aider à
faire venir des investisseurs privés en Haïti
», a-t-il ajouté.
Alors qu’il prenait parfois la tête du cortège de
fonctionnaires de l’ONU et des cadres haïtiens qui
l’accompagnaient dans cette ville ravagée par une
série de tempêtes tropicales et d’ouragans
meurtriers l’été dernier, M. Clinton, vêtu
d’un jean et d’un t-shirt, a visité les chantiers en
cours.
« Ce
qu’i l faut fai re, c ’est reconstruire de manière
sûre afin non seulement de créer de nombreux
emplois, mais aussi de minimiser les dommages », a-t-il
déclaré, après avoir visité les
travaux de curage de la rivière La Quinte, dont les
eaux en crue s’étaient déversées sur la
ville.
Les Haïtiens semblent espérer beaucoup de l’ancien
président, à l’image de Jocelyn, 30 ans, qui a
suivi le cortège en brandissant au-dessus de sa
tête deux petits drapeaux, un américain et
l’autre haïtien.
« Nous souhaitons que les Américains prennent les
choses en main ici. Nos dirigeants ne font rien et ne se
soucient pas de nous », a-t-il dénoncé
avant de crier : « We love you president Clinton!
»
Sur son passage, des centaines d’Haïtiens ont applaudi M.
Clinton pour sa première visite en tant
qu’envoyé spécial de l’ONU et lui ont tendu des
affiches qui réclamaient du « travail », de
« l’eau potable » et des soins.
« Nous venons ici pour déterminer vos besoins et
travailler avec les autorités d’Haïti dans le but
de les assouvir », a affirmé M. Clinton
après avoir visité le seul hôpital des
Gonaïves, installé dans un hangar depuis le
passage des ouragans l’été dernier.
« Maintenant, je vais rentrer aux États-Unis et
memettre au travail », a déclaré M.
Clinton en conclusion de sa visite qui s’achevait hier,
promettant de revenir bientôt.
Le monde compte plus d’un milliard de personnes
affamées
«
historique »
« Un monde affamé est un monde dangereux parce
que la faim mène aux émeutes, à
l’immigration ou à la mort. »
ROME — Le monde a franchi en 2009 le cap « historique
» du milliard de personnes sous-alimentées en
raison de la crise économique, a annoncé hier
à Rome l’Organisation de l’ONU pour l’alimentation et
l’agriculture (FAO).
« C’estavecungrandregret queje dois annoncer que nous
avons plus de victimes de la faim aujourd’hui que jamais
auparavant dans l’histoire de l’humanité », a
déclaré à la presse Jacques Diouf,
directeur général de la FAOen présentant
un rapport de l’organisation.
« Un sixième de l’humanité est victime de
sous-alimentation, comme jamais auparavant »,
écrit la FAO dans ce rapport préliminaire
consacré à l’insécurité
alimentaire.
Un système alimentaire fragile
« Un milliard 20 millions de personnes souffrent de la
faim comme conséquence d’un mélange dangereux
entre la crise économique et les prix alimentaires
élevés », a expliqué M. Diouf.
Il a
déploré cette « combinaison
dévastatrice pour les populations les plus
vulnérables » qui a révélé
« la fragilité du système alimentaire
».
La FAO souligne dans son rapport que la situation actuelle
« n’est pas le résultat de mauvaises
récoltes au niveau mondial », mais est due
à « la crise économique mondiale qui a
provoqué une baisse des revenus et des pertes d’emplois
».
En 20 09, « compte tenu essentiel lement des chocs de la
crise économique et des prix souvent
élevés des denrées alimentaires sur le
plan national, le nombre des victimes de la faim devrait
augmenter globalement d’environ 11% », selon les
projections de la FAO qui s’appuient sur une étude du
Service de recherche économique du département
américain de l’Agriculture.
Une priorité
« Un monde affamé est un monde dangereux »,
a déclaré pour sa part Josette Sheeran,
directrice du Programme alimentaire mondial des Nations unies
( PAM), rappelant que la faim mène « aux
émeutes, à l’immigration ou à la mort
».
« Nourrir la population doit devenir la principale
priorité », a-t-elle ajouté,
dénonçant « le triste cap historique
» que l’humanité a franchi.
RAPPORT ANNUEL
D’AMNISTIE INTERNATIONALE - « Une poudrière
d’inégalités »
— La récession économique a
entraîné une « crise des droits de l’homme
» qui a placé le monde « sur une
poudrière d’inégalités, d’injustice et
d’insécurité sur le point d’exploser »,
estime Amnistie internationale dans son rapport annuel
publié aujourd’hui.
PHOTO ZOHRA BENSEMRA, REUTERS
Dans son rapport annuel, Amnistie
dresse un sombre bilan des violations des droits humains
dans le monde, aggravées par la crise
économique, et appelle les dirigeants, notamment ceux
du G20, à « investir dans les droits humains
avec autant de détermination que dans la croissance
économique ».
Dans ce document de plus de 400 pages, Amnistie dresse un
sombre bilan des violations des droits humains dans le monde,
aggravées par la crise économique, et appelle
les dirigeants, notamment ceux du G20, à «
investir dans les droits humains avec autant de
détermination que dans la croissance économique
».
« De fait, nous sommes assis sur une poudrière
d’inégalités, d’injustice et
d’insécurité qui est sur le point d’exploser
», écrit dans le préambule Irene Khan, la
secrétaire générale de l’organisation,
dont le siège est à Londres.
« Ce
n’est pas simplement une crise économique, c’est une
crise des droits humains », a-t-elle expliqué
dans une interview. « Il y a des problèmes
sociaux, politiques et économiques qui ont
été aggravés par la crise
économique, c’est comme une bombe à retardement
».
« Ces dernières années, on a vu que les
questions de sécurité avaient sapé les
droits humains. Aujourd’hui, avec la crise économique,
ces droits se retrouvent mis en veilleuse »,
déplore Mme Khan.
En Afrique, la crise alimentaire a « eu un impact
disproportionné sur les populations vulnérables
», note le rapport. Elle a entraîné sur
tout le continent des manifestations qui ont souvent
été durement réprimées, notamment
en Tunisie, au Zimbabwe, au Cameroun ou au Mozambique.
L’Europe n’est pas épargnée. Amnistie
dénonce notamment l’usage de bombes à
sous-munitions et les pillages pendant le conflit entre la
Géorgie et la Russie. « Le déclenchement
de cette guerre a montré que l’idée d’une
sécurité définitivement acquise, dans
l’Europe au lendemain de la guerre froide, était un
présupposé fragile », souligne le rapport.
« On craint que les émeutes de la
faim ne se reproduisent »
Au printemps
dernier, les Haïtiens, frappés de plein fouet par
la crise alimentaire, ont déversé leur
désespoir dans les rues, demandant du pain, mais aussi
une grande ration de justice sociale à leur
gouvernement. Ces « émeutes de la faim »
ont fait des dizaines de morts. Un an plus tard, où en
est le pays le plus pauvre des Amériques?
Michel
Forst, expert indépendant des Nations unies sur
Haïti.
À deux cheveux d’un autre soulèvement populaire,
croit Michel Forst, l’expert indépendant des Nations
unies sur la situation des droits de l’homme en Haïti.
Venu présenter à Montréal les
résultats de la mission d’observation qu’il vient tout
juste de terminer, le spécialiste français,
mandaté par le secrétaire-général
de l’ONU, a répondu aux questions de La Presse hier.
QUn
an près les émeutes, est-ce que le gouvernement
haïtien a réussi à répondre à
certaines des doléances de sa population? R La
réponse est non et c’est la principale conclusion de
mes deux visites en Haïti. Ma crainte est que les
émeutes qu’on a connues en avril 2008 se reproduisent.
Il y a une question à aborder à Haïti (en
matière des droits de la personne), au-delà de
la réforme de la police et de la justice et c’est la
question de l’extrême pauvreté et de
l’accès aux droits économiques et
socioculturels. Je fais partie de ceux qui pensent que
l’insécurité actuelle est une menace pour
Haïti et on ne parle pas ici seulement de
l’insécurité physique, mais aussi de
l’insécurité alimentaire. C’est làdessus
qu’il faut attirer l’attention de la communauté
internationale. QVous
estimez que la
réponse de la communauté internationale n’est
pas la bonne ? R La difficulté pour le moment, c’est
que la communauté internationale répond aux
besoins de la population haïtienne, mais on parle peu de
droits. La population a besoin d’eau potable, on creuse des
puits. On en est encore au stade où il faut que le
– Michel Forst, expert indépendant sur la situation des
droits de la personne en Haïti gouvernement reconnaisse
que les droits qui sont garantis dans la Constitution (dont le
droit à l’éducation, aux soins de santé
et au logement) peuvent être revendiqués par la
population. Il y a des communautés, en Haïti,
à Jacmel, à Jérémie et à
Cap-Haïtien, par exemple, où on réussit
déjà à assurer ces droits. Où il y
a des écoles gratuites, de l’eau potable, des emplois.
La difficulté sera de prendre ces résultats
locaux et d’en faire quelque chose de national. QBill
Clinton vient tout juste d’être nommé
envoyé spécial du
secrétaire-général des Nations unies en
Haïti. Quel impact croyezvous que cela aura sur la
situation actuelle ? R C’est quelqu’un qui a une stature
internationale. Il sait parler à la fois aux
États et au secteur privé. Il faut aller
chercher du financement pour des projets destinés
à la population et faire revenir les investisseurs en
Haïti. Par son charisme et son carnet d’adresses, Bill
Clinton a la possibilité d’accomplir beaucoup de
choses. QVous
notiez dans un rapport publié en mars qu’il y avait
certains signes positifs de diminution de la violence en
Haïti, notammentmoins d’enlèvements. À la
lumière de votre dernière visite,
révisez-vous votre position? R Non, il y a des signes
positifs. La sécurité physique s’est
améliorée. Mais on ne peut pas encore se
promener en toute quiétude dans les rues de
Cité-Soleil ! Les principaux chefs de gang ont
été arrêtés et, comme partout
ailleurs, les chefs arrêtés ont été
remplacés par les sous-chefs. Il y a une lutte entre
ces derniers qui risque de se terminer par une reprise du
pouvoir des gangs. La situation reste très
précaire.
Normand Brault : Le « vrai
» père Noël -
Annie Richer
Le « vrai » père Noël
On doit
faire confiance au père Noël. S’il a promis
d’apporter un cadeau, il tiendra sa promesse. Normand
Brault, fondateur de l’Opération père
Noël, n’a jamais failli à sa parole. C’est
pour lui une question d’honneur et de
générosité.
Tout a commencé en 1995 avec une enfant de 7 ans en
crise, une enfant désespérée, en
pleurs, placée pour sa protection dans un centre
jeunesse. « Je n’irai pas à la maison
à Noël ! Je ne verrai pas ma petite soeur ! Je
n’aurai pas de cadeau ! » Elle s’est enfin
apaisée à la suite de la promesse que lui a
faite Normand Brault d’intercéder pour elle
auprès du vieillard à la barbe blanche, si
elle lui écrivait une lettre.
PHOTO FRANÇOIS
ROY, LA PRESSE
Ainsi a démarré l’Opération
père Noël il y a 14 ans. Pour Normand Brault,
qui a entendu l’appel de détresse et lui a
donné suite, c’était le début d’une
longue et vaste chaîne de
générosité spontanée. Avec peu
de moyens, beaucoup d’imagination et d’amour et un
réseau de personnes sensibles, Normand Brault a
permis à des enfants en difficulté de
rêver. Grâce à ce père Noël
engagé, c’est près de 2000 enfants des
centres jeunesse, des enfants de familles pauvres, qui
recevront à Noël le cadeau qu’ils ont
demandé. P ou r ce dévouement i
ndéfec tible,
La Presse et Radio-Canada l’ont choisi Personnalité
de la semaine.
Un peu de magie
Il s’agit d’un réseau anonyme de pères
Noël. Voici comment cela fonctionne. Ceux qui
travaillent dans le réseau des centres jeunesse,
qui sont en contact avec des familles démunies dans
les CLSC par exemple, qui savent que quelque part un
enfant sera oublié à Noël, proposent
à l’enfant d’écrire au père Noël
et de lui fait part de sa demande. La lettre est
acheminée à un lutin d’Opération
père Noël qui la remet à une personne
désireuse de jouer le rôle de père
Noël auprès de cet enfant. Cette personne
achète le cadeau, l’emballe, signe une carte au nom
du père Noël et le cadeau est acheminé
à l’enfant le jour même de Noël.
« Ce que j’ai découvert avec le temps,
au-delà du plaisir que l’on fait aux enfants, c’est
la réaction des adultes, dit Normand Brault.
D’abord, ils sont émus par la lettre de
remerciement de l’enfant, mais ils ont aussi l’impression
de réparer quelque chose dans l’injustice du monde.
Le geste enrichit donc l’un et l’autre. »
Dès le premier Noël, celui où la petite
fille a lancé son cri de désespoir, il y a
eu une trentaine d’autres enfants, bébés,
enfants, adolescents, qui ont vu leur rêve se
réaliser. « On ne pouvait pas les abandonner
! J’ai donc sollicité les gens de ma famille, mes
amis, mes collègues, afin de les mettre à
contribution. »
Normand
Brault enseigne à l’Université du
Québec à Trois-Rivières en
psychoéducation. Il est coordonnateur au Centre de
formation, responsable des programmes de formation pour
les intervenants, en formation continue.
«Heureusement que j’ai le soutien de mon employeur,
dit-il. C’était mon rêve que
l’Opération père Noël s’étende
partout au Québec. C’est chose faite.»
En ces temps difficiles, les besoins augmentent. «
C’est dur à évaluer maintenant, mais je
suppose qu’il y aura de 15 à 20% d’augmentation des
demandes cette année. Et le miracle se
répète sans cesse, je n’ai jamais
manqué de pères Noël. Dans les lettres
que je reçois, il y a ces demandes insupportables :
des mitaines, des bottes, un manteau d’hiver !»
M. Brault ajoute : « Vous ne croyez pas aux miracles
? En allant acheter le cadeau d’un enfant, une de mes
mères Noël est tombée par hasard sur
une boutique qui offrait des manteaux à 5 $, car
les tailles n’étaient pas conformes. Elle en a
acheté 32 ! »
La tendre carapace
M. Brault poursuit: «Un enfant a écrit au
père Noël: "Viens, je te donnerai des
biscuits." Certaines lettres font preuve d’une
maturité qui n’a pas d’affaire là. La vie a
forcé ces petits à être ailleurs,
seuls au monde. Moi, dans mon enfance à
Drummondville, j’ai connu des Noëls magnifiques. Et
là je suis en contact avec la chair à
vif!»
Le cadeau que l’enfant reçoit est à la fois
un plaisir et une tristesse. Comment fait-on pour se
protéger, pour ne pas sombrer dans la
désespérance? «Je suis un
professionnel de l’intervention. J’ai fait ma vie dans la
souffrance. Il y a des techniques, des moyens pour
protéger sa santé mentale»,
assure-t-il.
Et puis il y a d’autres larmes qui lui viennent devant la
bonté. Une mère monoparentale : «
Donnez-moi une lettre, je veux contribuer. » Des
témoignages, des gestes simples, toujours anonymes.
Sauf que de temps en temps, il faut bien donner l’exemple.
Comme la chanteuse MarieMai, qui a répondu il y a
un an à l’appel de l’un de ses jeunes fans, atteint
d’un cancer au cerveau en phase terminale.
« L a plu s bel le chose pour moi ? Découvrir
chaque fois combien les gens sont bons ! Pa
rticulièrement avec les enfants. Et de voir tous
ces héros, pères Noël, lutins,
participer à la pérennité de l’oeuvre
», conclut M. Brault.
MONSIEUR SOURIRE - Geneviève Martel
Un
sans-abri me confie : si les parcs sont fermés la
nuit, nous devrons dormir dans des endroits
illégaux
L’auteure est étudiante en journalisme à
l’Université de Montréal.
Mis à part le trou dans la rangée
inférieure de ses dents jaunies, ce qui nous frappe
chez Monsieur Sourire, ce sont ses yeux d’un bleu
pétillant. Cet être que j’ai surnommé
Monsieur Sourire, est Michel Lévesque, sansabri de
la rue Masson, dans le quartier Rosemont de
Montréal.
PHOTO FOURNIE PAR
GENEVIEVE MARTEL
Geneviève
Martel et son Monsieur Sourire, Michel Lévesque.
Dans la coulée d’encre récente concernant la
commission de la santé et des services sociaux sur
l’itinérance à l’Assemblée nationale
ainsi que la Commission des droits de la personne, des
personnalités de tous les milieux se sont
exprimées : le gouvernement du Québec s’est
prononcé, les travailleurs sociaux ont
commenté, la police s’est défendue, mais qui
a donné la parole aux sans-abri?
C’est dans cette optique que je suis allée à
la rencontre de l’un d’entre eux. Michel Lévesque a
accepté tout sourire de discuter de sa situation.
« J’ai étudié à la
faculté de médecine
vétérinaire de l’Université de
Montréal à Saint-Hyacinthe », a-t-il
affirmé. Il ajoute: « J’ai eu une ferme
laitière, mais je me suis divorcé et j’ai
tout perdu. Ça peut arriver à n’importe qui.
» Dans une société individualiste
comme la nôtre, au-delà de l’argent, Michel
Lévesque, lui, s’adresse aux gens et leur sourit.
Bien que la majorité des passants feigne de ne pas
le voir, il reste positif. Un message d’espoir qui porte
à réfléchir.
Quel est, selon lui, le principal problème des
personnes de la rue ? Il s’agit du manque de ressources,
car elles sont environ 30 000 à Montréal.
Est-il en accord avec la fermeture des parcs la nuit ?
« Non, car ces personnes iront se réfugier
dans les endroits illégaux, dit-il en m’indiquant
l’entrée de l’Énergie Cardio de l’autre
côté de la rue, et ce sont les
commerçants qui écoperont. ».
Sent-il
que ces droits, telles la liberté et la
dignité, sont brimés ? Oui. « Je ne
fais rien de mal. Nous sommes en plein jour et je ne
harcèle pas personne », explique-t-il.
Pourtant, les policiers viennent souvent le voir. En
l’espace de moins d’une demi-heure, leur voiture est
passée à deux reprises. « On se sent
brimé, car on est obligé d’obéir : il
y a le premier avertissement, ensuite au deuxième
avertissement, tu récoltes une amende et au
troisième, ils t’embarquent »,
renchérit-il. « N’ont-ils pas mieux à
faire ? » se demande Monsieur Sourire. « Ils
m’interpellent car les citoyens n’aiment pas ça
avoir des itinérants dans leur quartier »,
ajoute-t-il.
Les policiers disent que les gens du quartier se
plaignent. Les gens de la rue ne doivent pas solliciter
les passants. Mais est-ce qu’on arrête les enfants
du quartier parce qu’ils font de la sollicitation aux
portes des logements pour une tablette de chocolat
à 3$, qui est mauvaise pour la santé ? Un
dollar pour aider une personne plus vulnérable
n’est-il pas mieux dépensé? À la
lumière de ce témoignage, où me
semblet-il cet homme ne fait rien de mal, n’est-il pas le
temps de faire tomber les préjugés ?
Avant d’entreprendre toutes sortes de mesures afin de
lutter contre les multiples problèmes de
l’itinérance, ne devrait-on pas, de prime abord,
enrayer les préconceptions sur les personnes
marginalisées de la société ?
Pourquoi ne lance-t-on pas une campagne publicitaire comme
celle sur les maladies mentales au Québec ? Car les
policiers ne sont pas les seuls à blâmer.
Nous sommes tous concernés.
Si vous ne voulez pas donner de l’argent aux sans-abri,
ça vous regarde, mais de grâce, ne
détournez pas le regard en apercevant un sansabri,
et surtout, surtout, souriez !
Les banques alimentaires dans le rouge -
Stéphanie Bérubé
Québec dépose un quart de million sous le
sapin, une annonce qui arrive à point
nommé
« Beaucoup de gens qui ont perdu leur emploi cette
année nous ont écrit. Certains nous disent
que, maintenant que tous les comptes sont payés,
il leur reste 20$ pour l’épicerie jusqu’au mois
prochain. »
— Johanne Théroux, directrice
générale de Moisson Montréal
Québec a versé hier une aide d’urgence de
250 000$ aux banques alimentaires de la province, un
geste qui arrive à point nommé. Moins de
deux semaines avant les Fêtes, leurs donateurs se
font plus rares, alors que davantage de gens frappent
à leurs portes.
PHOTO BERNARD BRAULT,
LA PRESSE
Selon
Moisson
Montréal, 2009 est une année
particulièrement difficile. L’organisme estime
avoir reçu 10 fois moins de dons en
denrées non périssables que
l’année dernière.
Cette triste équation s’est confirmée
samedi, lors du tri des denrées recueillies
à la Grande Guignolée des médias.
La récolte a été nettement sous la
moyenne de celle des années
précédentes, et l’annonce de Québec
est particulièrement bienvenue.
« C’est très important pour nous, car c’est
un geste concret, lors d’une situation d’urgence
», commente Johanne Théroux, directrice
générale de Moisson Montréal, qui
recevra une partie de cette enveloppe.
Le don sera versé à l’organisme Banques
alimentaires du Québec, qui aide plus de 1000
organismes, dont les 18 Moissons régionales.
L’idée du don a été lancée
par la ministre déléguée aux
Services sociaux, Lise Thériault. L’argent
provient des enveloppes discrétionnaires de tous
les ministres provinciaux. C’est une première, a
indiqué la ministre, qui a elle-même
sollicité ses collègues.
Durant les 12 derniers mois, il y a eu une hausse de 32%
des utilisateurs « réguliers » des
banques alimentaires montréalaises,
c’est-à-dire des personnes qui s’y rendent au
moins trois fois par mois.
Partout au pays, les responsables de ces organismes de
dépannage alimentaire ont aussi vu arriver de
nouveaux visages. Selon leur dernier bilan, 9% des gens
qui ont fait appel à eux l’année
dernière le faisaient pour la première
fois.
« Beaucoup de gens qui ont perdu leur emploi cette
année nous ont écrit, confirme Johanne
Théroux. Certains nous disent que, maintenant que
tous les comptes sont payés, il leur reste 20$
pour l’épicerie jusqu’au moisprochain. Onsent
vraiment qu’il y a une détresse plus grande cette
année.»
Moins de denrées, plus de qualité
Samedi, Moisson Montréal a constaté
à son tour que 2009 était une année
particulièrement difficile: en matinée, au
moment où des bénévoles
commençaient à trier les aliments
récupérés lors de la
guignolée de la semaine dernière, les
entrepôts étaient anormalement vides.
«
Il y a des bénévoles qui viennent ici tous
les ans, tout le monde voit la différence, a
avoué le comédien Jasmin Roy, qui
était sur place pour égayer la
corvée. On essaie de garder le moral, tout de
même... »
Au début de la journée, les gens de
l’organisme évaluaient qu’il y avait 10 fois
moins de dons en denrées non périssables,
comparativement à l’année dernière.
Certaines personnes ont toutefois apporté leurs
denrées directement aux bureaux
montréalais de l’organisme, durant la
journée de samedi, renflouant un peu les coffres.
Moisson a aussi reçu un important don alimentaire
samedi, en fin d’après-midi.
« Nous avons aussi noté que la
qualité des denrées avait augmenté,
explique Johanne Théroux. Il y avait de la
farine, de l’huile d’olive ; les gens avaient pris le
temps de faire des paquets, ils avaient laissé
leurs denrées dans des sacs réutilisables.
» À la fin de la journée,
explique-t-elle, il y a eu beaucoup moins d’aliments
« rejetés » que d’habitude.
Opération Noël
Pour son opération Noël, Moisson
Montréal compte faire 15 000 paniers. Chacun
contient 25 articles essentiels
sélectionnés par l’organisme. L’argent
recueilli en dons sert, en partie, à acheter les
produits manquants. Par exemple, cette année, il
y avait peu de lait concentré et de lait en
poudre dans les aliments recueillis.
Dans un autre volet de son opération Noël,
Moisson Montréal fournit des denrées et
des fonds pour les repas qui sont servis dans les
gîtes pour les personnes en difficulté.
Le bilan officiel sera annoncé aujourd’hui, mais
malgré les bonnes nouvelles de samedi, la
directrice de Moisson Montréal s’attend à
une diminution par rapport à l’année
dernière, tant en denrées qu’en argent.
D’un autre côté, les courriels de demandes
pour des paniers se sont multipliés ces
dernières semaines. « Nous allons tout
faire pour que tout le monde puisse avoir son panier
», e x pl i que Mme Thé r ou x . Moisson a
d’ailleurs relancé les trois grandes
bannières de l’alimentation pour faire face
à cette situation d’urgence.
Les 211 organismes soutenus par Moisson Montréal
commencent aujourd’hui leur distribution de paniers.
BANQUES ALIMENTAIRES La demande en hausse partout
au pays - Stéphanie Bérubé
Les banques
alimentaires sont les premiers témoins de la
pauvreté et de sa triste évolution. Le bilan
qu’elles dressent, à la fin de cette année,
confirme une importante hausse des demandes d’aide dans tout
le pays.
Inévitablement, la récess i on a f o r c
é plus i e u r s Canadiens à franchir pour la
première fois la porte d’une banque alimentaire. Un
peu plus de 9 % des gens qui sont allés chercher
leurs provisions dans un organisme étaient de
nouveaux bénéficiaires. La moitié
d’entre eux avaient une famille et des enfants,
révèle le Bilan faim de Banques al i mentaires
Canada, qui nous apprend que l’Alberta est la province la
plus durement touchée. Les demandes d’aide
alimentaire y ont augmenté de 61%. Dans l’ensemble du
pays, l’augmentation moyenne est de 18%.
Ce bilan
confirme ce que Moisson Montréal a annoncé
la semaine dernière dans son propre état de
la situation : la récession a vidé bien des
frigos canadiens. Et si les demandes d’aide sont plus
nombreuses, les offres, elles, le sont moins. En 2009,
Moisson Montréal a aidé plus d’organismes
qui offrent un service régulier de distribution
alimentaire, mais il a aussi dû augmenter son aide
aux organismes qui font du dépannage d’urgence
puisque plus de gens se sont présentés
complètement démunis.
La moitié des habitués des banques
alimentaires reçoivent de l’aide sociale. Toutefois
, l a propor t ion de salar iés qui ut i l isent
les banques continue de grimper.
Elle est passée de 10 % en 2008 à 15% cette
année. Moisson Montréal et les banques
alimentaires comptent sur la
générosité associée au temps
des Fêtes et sur la populaire guignolée pour
se renflouer.
Le Club des petits déjeuners fête ses 15
ans - Martin Croteau
Daniel
Germain était loin de se douter que le projet qu’il
a lancé dans une école primaire de Longueuil
allait faire boule de neige à ce point.
Après avoir servi 12 millions de repas à des
enfants défavorisés, le Club des petits
déjeuners du Québec a fêté la
semaine dernière ses 15 ans. Et son fondateur n’a
qu’un désir pour l’avenir: qu’il n’ait plus sa
raison d’être.
PHOTOROBERTMAILLOUX,
ARCHIVES LA PRESSE
Travailleur
humanitaire au Mexique et à Haïti dans sa
jeunesse, Daniel Germain a vu la misère de
près. À son retour au Québec, il a
fondé le Club des petits déjeuners.
« Je suis l’une des rares personnes qui prient pour
perdre leur job », a confié M. Germain alors
que des dizaines de personnes s’étaient
rassemblées à Boucherville pour souligner
l’anniversaire.
Travailleur humanitaire au Mexique et à Haïti
dans sa jeunesse, Daniel Germain a vu la misère de
près. À son retour au Québec, il a
cherché un moyen d’améliorer le sort des
jeunes d’ici. Sa solution: une version modifiée
d’un programme gouvernemental pour servir des
déjeuners dans les écoles.
« Quand je me reporte à l’époque, il
n’y avait pas d’argent, je ne connaissais personne, les
gens ne me rappellaient jamais... relatet-il. Ça
prenait parfois six mois pour joindre quelqu’un.
Aujourd’hui, 75% du temps, c’est les gens qui m’appellent.
Même les donateurs. »
L’expérience a débuté à
l’école Lionel-Groulx, la plus pauvre de Longueuil.
Quinze ans plus tard, le Club des petits déjeuners
est établi dans 244 écoles au Québec.
Il y a deux ans, l’organisme a pris pied au Nunavik.
Chaque matin, 15 000 enfants reçoivent un
petit-déjeuner par ses soins.
«
Ça rassemble des enfants qui ont besoin de sortir
de l’ambiance difficile de leur maison, de rencontrer des
bénévoles souriants et de manger avec les
autres élèves sans se sentir poche ou nul
», dit Sabrina Provost.
La jeune femme de 18 ans le sait mieux que quiconque :
elle a bénéficié du Club alors
qu’elle fréquentait l’école
François-Williams, à SaintAmable. Son
père avait eu un accident du travail, sa
mère avait perdu son emploi. Aujourd’hui, elle
étudie en sciences de la nature au cégep
Saint-Laurent et rêve de devenir médecin.
Pour Daniel Germain, chaque petite Sabrina Provost est un
pas de plus vers un Québec sans pauvreté.
Chaque succès du Club incite les citoyens à
devenir bénévoles ou à donner
à la cause. Aujourd’hui, le budget annuel de
l’organisme s’élève à 9 millions, et
79% de la somme provient de dons ou de contributions
parentales.
« Quand on nourrit 15 000 enfants par jour au
Québec, comme on le fait présentement, on a
l’impression d’arriver à un seuil critique »,
explique Daniel Germain.
Pourtant, la tâche reste colossale, admet la
directrice générale du Club des petits
déjeuners, Francyne Charette. « On a
dénombré plus de 850 écoles au
Québec qui ont un indice de faible revenu suffisant
pour être admissibles au Club des petits
déjeuners, a-telle indiqué. On reçoit
des demandes chaque semaine et on a une liste d’attente.
»
Cette année seulement, les enfants de 33 nouvelles
écoles pourront déjeuner en groupe
grâce au Club des petits déjeuners.
Moisson Montréal en banqueroute alimentaire
- Stéphanie Bérubé
L’automne
est toujours une période difficile pour les banques
alimentaires, entre la fin des récoltes et
Noël. Mais cette année est pire que les
autres: les chiffres ne balancent plus chez Moisson
Montréal qui a vu ses dons baisser de 21%, alors
que les deux tiers des organismes soutenus par Moisson
demandent plus d’aide alimentaire qu’auparavant. Certaines
banques n’ont plus de réserves et doivent renvoyer
leurs bénéficiaires à la maison, les
sacs vides.
« On est vraiment en baisse par rapport à
l’année dernière, confirme Johanne
Théroux, directrice générale de
Moisson Montréal. Il y a un gros lien à
faire avec la crise économique. Sur le terrain, on
peut voir que les gens sont vraiment
désespérés. »
Le bilan
des six premiers mois de l’année financière
vient de chiffrer cette baisse à 21%,
comparativement à la même période
l’année dernière. Déjà, 2008
s’annonçait très difficile pour les banques
alimentaires du Québec. Les mauvaises nouvelles de
la récession se multipliaient et réduisaient
les dons faits directement à l’organisme. L’appel
à l’aide du temps des Fêtes a toutefois
été entendu et les objectifs ont
été dépassés pour les paniers
de Noël. « Ç’a sauvé notre
année », dit Johanne Théroux, qui
craint toutefois que le même miracle de Noël ne
se reproduise pas cette année. « Les gens qui
peuvent aider le font quand ils le savent, dit-elle. Mais
je ne peux pas m’attendre à voir de nouveau un ange
arriver avec un chèque de 50 000$. »
Ces dons en argent comptant sont une
bénédiction pour Moisson Montréal
parce qu’ils permettent de faire des achats ciblés.
Actuellement, l’organisme est en manque de denrées
non périssables. Dans un contexte économique
difficile, les grands de l’alimentation font une gestion
très serrée de leurs stocks et il y a moins
de surplus pour Moisson Montréal. Les
maraîchers québécois ont aussi
terminé leurs récoltes, en grande partie, ce
qui met un terme aux dons de fruits et légumes
d’ici.
Moisson Montréal mise maintenant sur une
multiplication des petits dons afin de renflouer ses
coffres. L’organisme demandera aussi aux entreprises qui
ont des dons corporatifs à faire de les apporter
eux-mêmes à l’entrepôt alimentaire. Car
les temps sont durs pour tout le monde et depuis quelques
mois, Moisson Montréal fonctionne aussi avec du
personnel réduit.
Des donateurs plus économes - Louise
Leduc
Campagnes
de financement des organismes de bienfaisance
Les organismes de bienfaisance retiennent leur souffle
à l’approche du lancement des campagnes annuelles
de financement d’avant les Fêtes. En ces temps de
crise, la pauvreté est croissante et les donateurs,
plus économes.
À l’Accueil Bonneau, JeanPhilippe Dugré,
coordonnateur au financement et aux communications, note
que l’organisme (qui distribue 800 repas par jour)
reçoit cette année 25 % moins de dons que
l’an dernier.
« C’est surtout du côté des dons des
particuliers que ça a chuté, explique M.
Dugré. Il a aussi fallu composer avec le fait que
les grossistes alimentaires et les grandes chaînes
nous font des dons plus petits. »
Lors d’activités-bénéfices, les
entreprises qui avaient l’habitude d’acheter 10 billets en
achètent maintenant deux fois moins. Aussi
l’Accueil Bonneau doit-il multiplier les démarches
auprès des entreprises. De la même
manière, dans l’espoir de diversifier les sources
de financement, des demandes massives de dons sont
maintena nt envoyées par la poste à des gens
qui n’ont jamais appuyé l’Accueil Bonneau.
À Jeunesse au soleil, qui se porte au secours de
400 familles de plus qu’en 2007, le v ice
-président Tom my Kulczyk dit lui aussi qu’«
il faut travailler deux fois plus fort » pour tenir
le fort. L’an dernier, pour la première fois en 50
ans, il a fallu faire une collecte de nourriture pendant
l’été. Compte tenu des besoins toujours
pressants, on a dû en faire une autre cet
été.
Heureusement,
la chance a souri à Jeunesse au soleil, qui,
presque par miracle, a vu atterrir un immense don de via
nde, gracieuseté de l’organisme ontarien Feed the
Children. « Ça nous a permis de distribuer de
la viande pendant plus de six mois », souligne M.
Kulczyk.
Du côté du Club des petitsdéjeuners,
la grande difficulté depuis le début de la
récession, outre la perte de certaines commandites
d’entreprises, réside dans le recrutement de
bénévoles. « Les
bénévoles sont souvent des gens de 55 ans et
plus, relève M a rie-Claude Bienvenue, directrice
des communications. Or, plusieurs ont dû retourner
travailler parce que leurs économies avaient fondu
et on les a perdus. »
Nouveaux visages
« Les organismes que nous aidons voient arriver
à leur porte de nouveaux visages, des couples qui
appartenaient jusqu’ici à la classe moyenne qui ont
perdu leur emploi, dit Lyne Harris, directrice adjointe de
Centraide. Les demandes d’aide sont croissa ntes et les
revenus sont moindres, alors la pression est forte. Par
exemple, l’un des organismes que nous aidons a vu l’une de
ses entreprises donatrices faire faillite. »
En vue de sa prochaine campagne, Centraide a fait un tour
d’horizon de la demande à laquelle doivent
répondre des organismes qu’il finance, poursuit Mme
Harris. «Notre constat, c’est que les banques
alimentaires sont fortement sollicitées. Les
demandes aux cuisines collectives ont aussi
augmenté, et les consultations budgétaires
dans les ACEF (associations coopératives
d’économie familiale) ont augmenté
jusqu’à 30% dans certaines régions depuis le
début de la récession.»
AIDE ALIMENTAIRE Les demandes de boîtes
à lunch augmentent - Stéphanie
Bérubé
La
récession continue de se faire sentir à
Moisson Montréal. L’organisme, qui nourrit de plus en
plus de Montréalais, veille aussi à la
préparation de boîtes à lunch pour les
enfants, l’été. Mais il ne peut pas
répondre à la demande grandissante.
PHOTOROBERTMAILLOUX, LA
PRESSE
Deux
bénévoles, Pierre Talissé et
Éric Larocque, préparent des sandwichs pour
les enfants qui fréquentent les camps de jour
d’organismes communautaires.
Cet été, 100 enfants de plus
bénéficieront du programme d’aide alimentaire
en boîte. Au total, on prépare 700 boîtes
à lunch par jour. Dans la plupart des cas, ce sont
des jeunes qui reçoivent de l’aide alimentaire
à longueur d’année par l’entremise d’un autre
programme, comme celui de la Commission scolaire de
Montréal qui s’assure que les écoliers mangent
à leur faim. L’été, les parents de ces
enfants sont aussi démunis que le reste de
l’année.
« On sent vraiment qu’il y a une pression plus forte
cet été, estime Johanne Théroux,
directrice générale de Moisson
Montréal. C’est un bon baromètre de la
situation économique: les groupes communautaires avec
lesquels nous travaillons reçoivent plus de demandes
d’aide. »
Les boîtes à lunch sont remises à des
enfants inscrits à des camps de jour mis sur pied par
des organismes communautaires.
Le programme Alimenter le futur est une initiative de la
multinationale de services de cafétéria
Sodexo. Le groupe français fournit une partie de la
nourriture utilisée et Moisson Montréal
complète avec des aliments reçus en don.
Aide d’une nutritionniste
La
qualité des lunchs est contrôlée par
la nutritionniste Isabelle Huot, qui a conçu des
menus types afin que les enfants reçoivent des
aliments riches en protéines et vitamines, mais
pauvres en gras, en sucre et en sel. « Il faut les
côtoyer pour vraiment réaliser à quel
point c’est un besoin », confie Johanne
Théroux.
Et les nouvelles ne sont pas très bonnes pour les
banques alimentaires. La crise avait déjà
commencé à se faire sentir
l’été dernier. La hausse du prix de
l’essence et les tristes perspectives économiques
avaient fait diminuer les dons et hausser la demande de
nour r iture. Moisson Montréal a donc
multiplié les initiatives et les appels à
l’aide pour finalement s’en tirer avec une toute petite
baisse de ressources pour l ’ année 2008-2009.
La nouvelle année lui a rappelé que la
situation est loin de s’être
améliorée. Le mois d’avril 2009 a
été catastrophique, le pire de l’histoire de
la banque alimentaire, avec des dons moindres que
prévu. Que faire ?
La di rect r ice de Moisson Montréal compte
rencontrer des représentants de la
communauté anglophone et des communautés
culturelles, historiquement moins sollicitées pour
des dons à la banque alimentaire.
Le groupe a aussi lancé le programme Bonne
boîte, bonne bouffe, un service de paniers de fruits
et légumes frais à bas prix. Cela permet
à des gens qui ont peu de moyens d’éviter
d’engorger les banques alimentaires.
Moisson Montréal a noté une hausse
significative de gens qui ont un emploi parmi sa
clientèle.
Montréal, laboratoire de la réinser
tion - Katia Gagnon
Un
logement meublé et super visé par
viendra-t-il à sor tir les sa
ns-a bri d e la ru e ?
S a n s-a b ris m e ri m e so u ve n t ave c p ro b
l è m es d e s a n té m e n ta l e. L e p
roje t C h e z soi, q u i ve r ra l e jo u r ce t a u to
m n e à M o n t ré a l , v i se à
fo u r n i r p e n d a n t q u a t re a n s u n l og e m
e n t m e u b l é à q u e lq u e 30 0 s a
n s-a b ri a u x p rises ave c ce t y p e d e p ro b l
è m es . O bje c tif : d é te r m i n e r
s i, é p a u l és p a r u n s u i v i
socia l se r ré, ces la issés-po u r-co m
pte d u s ys tè m e ré u s s i ro n t
à re t ro u ve r u n e v ie n o r m a l e. U n e
e x p é r ie n ce q u i i n q u iè te l es
ref u g es aya n t m is s u r pie d d es p ro g ra m m
es d e ré i n se r tio n , q u i c ra ig n e n t
q u e d ’éve n t u e ls rés u l ta t s m i
tig és l e u r fa s se n t p e rd re l e u r s s
u bve n tio n s . L a C o m m i s s i o n c a n a d i e
n n e d e l a s a n t é m e n t a le s ’a p pr
ê t e à l a n c e r l a plu s g r a n d e r
e c h e r - c h e j a m a i s m e n é e a u m o n
d e s u r l e s s a n s - a b r i a t t e i n t s d e p
r o bl è m e s d e s a n t é m e n t a l e
. C e t t e r e c h e r c h e d ’e nve r g u r e , q u i
c o û t e r a 1 5 0 m i l l i o n s à l
’é c h el le d u C a n a d a e t d u r e r a q u
a t r e a n s , s e c o n c r é t i s e r a d
è s l ’ a u t o m n e à M o n t r é
a l . L e s c h e r c h e u r s o f f r i r o n t p a s
m o i n s d e 3 0 0 lo ge m e n t s m e u - bl é
s à d e s s a n s - a b r i a f i n d e d
é t e r m i n e r s i , é p a u l é
s p a r u n s u iv i s o c i a l s e r r é , c e
s d e r - n i e r s r é u s s i r o n t à
r é i n t é g r e r l a s o c ié t
é .
E n o c tobre pro c ha i n , quat re r e c r u t e u r s
e m b a u c h é s p a r l a C om m ission c a nad
ien ne de la s a nté ment a le a r penteront le s
ref uges et les r ues de Mont réa l p o u r t r o
u v e r 5 0 0 s a n s - a b r i q u i a c c e p t e r o
n t d e p a r t i c i p e r à c e t t e a m b i t
i e u s e r e c h e r c h e de te r r a i n , a a ppr i
s P r e s s e .
L a D eu x c r itères : les pa r tic ipa nts , h
o m m e s o u fe m m e s , d o ive n t ê t r e s a
n s lo g i s e t s o u f f r i r d e p r o bl è m
e s d e s a n t é m e n t a l e , mo
dérés ou i mpor t a nts .
L es pa
r tic ipa nts à ce proj et , bapt isé C
hez soi , seront d iv isés e n d e u x g r o u p
e s : u n g r o u p e témoi n su iv ra le pa rcou
r s norma l – généra lement c haot ique –
d ’ u n s a n s - a b r i a t t e i n t d e t rouble s
ment au x , q u i tou r ne autou r du re f uge , de l
’hôpit a l et de la pr ison . L a seu le obl ig a
t i o n d e s p a r t i c i p a n t s s e r a de rencont
rer u n i nter v ieweu r u ne fois pa r mois , a f i n
de fa i re l e p o i n t s u r l e u r s i t u a t i o n
. I l s r e c e v r o n t e n t r e 1 5 e t 35 $ pa r
rencont re .
A u x 3 0 0 p e r s o n n e s q u i s e r e t r o u v e
r o n t d a n s l ’a u t r e g roupe, ex pér i
ment a l celu i-là , on t rouvera u n logement
où i ls pou r ront v iv re du ra nt les qua - t
re pro c ha i nes a n nées . I ls re ce - v ront
u ne subvention de 2 0 0 $ pa r m oi s . « C ’e s
t l a pr e m iè r e c h o s e q u ’o n l e u r o
f f r i r a : u n toit », ex pl ique Ol iv ier Fa
r mer, psyc h iat re au C H U M , qu i fa it pa r t ie
de l’équ ipe c l i n ique . « E t pa s n’i
mpor te com ment , aj oute S on ia C ôté,
coordon nat r ice du p r o j e t p o u r l a C o m m i s
s i o n . C ’est la per son ne qu i nou s d i ra quel t
y pe de logement el le veut habiter, da n s quel qua r
tier. »
P ou r t rouver ces logements , q u i c o û t e r
o n t e n m o y e n n e autou r de 5 0 0 $ pa r moi s ,
on s o l l i c i t e r a l e s o r g a n i s m e s
à but non luc rati f qu i of f rent du logement
so c ia l , ma is au ssi les pr o pr ié t a i r e
s pr ivé s . C e s de rn i e r s c r a i n d r o
n t-i l s d e l o u e r à u n e t e l le c l ie n
t è le , gé n é r a - le ment re f
u s é e pa r tout ? « L e s propr
iét a i res sau ront qu ’i l y a u ne éq u
ipe autou r de la pers o n n e . S ’ i l y a u n pr o
blè m e ,
on va
réa g i r. O n va paye r le s pots c a
ssés », C ôté .
P H OTO M A R T I N T R
E M B L AY, A R C H I V E S L A P R E S S E
Fa
i r e p a s s e r d i r e c t e m e n t l e s s a n s
- a b r i d e l a r u e à u n a p p a r t e m e
n t p r o p r e t , c o m m e l e p r é v o i t
l e p r o g r a m m e f é d é r a l , e
s t u n e e n t r e p r i s e t i t a n e s q u e .
« Ç a v a ê t r e d u r. D u r p o
u r l a p e r s o n n e q u i v a a s s u r e r l e s
u i v i , d u r p o u r l e p r o p r i é t a i
r e e t d u r p o u r l e c l i e n t », e s t i
m e G e o r g e s O h a n a , c h e f d e s p r o g r
a m m e s d e l o g e m e n t s s o c i a u x à
l a M i s s i o n O l d B r e w e r y.
d it M m e
L a c r è m e d u s u i v i s o c i a l
L e s s uj et s du g roupe ex pé - r i ment a l
bénéf ic ieront en ef fet non seu lement d
’u n toit , ma is a u s s i d e l a c r è m e d u
s u i v i s o c i a l . U n e q u i n z a i n e d ’ i n
- t e r ve n a n t s s e r o n t e m b a u c h é
s p o u r f o r m e r l e s é q u i p e s d e s u
iv i . P s yc holog ue s , ps yc ho é - d u c a t
e u r s , p s yc h i a t r e s , e r go - t h é r
a p e u t e s . . . L e b é n é f i c i a
i r e p ou r r a r e c evoi r leu r s s e r v ic e s c
hez lu i , si x j ou r s su r sept , 1 2 heu res su r 2
4 .
«
O n p o u r r a a l l e r l e s v o i r deu x fois pa r
j ou r s ’i ls doivent p r e n d r e u n e m é d
i c a t i o n . O n va p o u vo i r l e s a i d e r d a
n s l a ge st ion de leu r logement . O n v a p o u v o
i r l e s a i d e r à f a i r e l ’épicer
ie, à t rouver u n t rava i l , u n pr oj e t de
v ie », r é s u m e le D r r m e r .
M a i s e n a c c e p - t a n t l e l o g e m e n t , l
e s s u j e t s de l ’ét ude ne sont pa s obl
igés d ’avoi r recou r s à cet te pa nopl
ie de ser v ices . « L e logement leu r e s t o f
f e r t s a n s c o n d i t i o n . L e t ra itement
n’est pa s obl igatoi re . I l s ne s ont pa s obl
igé s d ’ê t re sobre s . L eu r s eu le
obl igat ion , c ’e s t de r e n c o n t r e r q uelq u
’u n u ne fois pa r sema i ne », préc ise
Ol iv ier Fa r mer.
M a r c - A n d r é M é n a r d , l u i -
même u n a nc ien sa n s -abr i qu i a réu
ssi à reprend re d ’u ne v ie nor ma le, sera l
’u n des « rec r ut e u r s » d e l a C o m
m i s s i o n à Mont réa l . « Je va
is essayer de r e c r u t e r le s pi r e s c a s . D ’a
l le r c herc her les ga r s sou s les ponts , qu i
n’ont pa s pr is u ne douc he d e p u i s t r o i s a n
s » , r é s u m e - ti l . « O n ve u
t e s s a ye r d ’o f f r i r de s s e r v ic e s c o m
plé m e n t a i r e s à c e u x d e s r e
f u ge s , p o u r le s per son nes qu i ne sont pa s
desser v ies . D es c a s lou rd s », aj oute J a
s o n C h a m p a g n e , d u C L S C des Faubou rgs , c
ha rgé de l ’a spec t c l i n ique du projet .
O n m è n e r a l a m ê m e e x p é
- r i e n c e d a n s q u a t r e a u t r e s v i l l e
s c a n a d i e n n e s , s o i t Va ncouver, W i n n
ipeg , Toronto et Monc ton . B ut de la re c herc he ? D
éter m i ner si u n tel su iv i s o c i a l , c o
u plé à u n lo ge m e n t décent ,
per met la réhabi l it ation des sa n s -abr i .
« Da n s le réseau , f a c e à c e t
t e c l i e n t è l e , t o u t l e m o n d e a s
e u l e m e n t u n p e t i t b o u t d u p r o b l
è m e . C h a c u n , a ve c s o n m o r c e a u
, n ’e s t p a s c a pa ble de fa i re g r a nd - c ho s
e . L’o c c a s io n , ic i , c ’e s t q u e to u t le
monde t rava i l le en semble », sou l ig ne le D
r

Fa r mer. L ’ a u t r e q u e s t i o n d e l a r e c h
e r c h e , f o n d a m e n t a l e , e s t c e l l e d
u c o û t . C o m p t e t e n u de s f r a i s
élevé s q u ’e nt r a î ne nt c e s
p e r s o n n e s – h o s p i t a l i - s a t i o n s ,
r e f u g e s , s é j o u r s e n pr i s o n – ,
e s t-i l p o s sible q u ’ i l s o i t p l u s é
c o n o m i q u e d e l e s l o g e r e t d e l e u r d
o n n e r u n s u i v i s o c i a l ? D e s é t u
d e s p r é l i m i n a i r e s m e n é e
s e n C olo mbie - B r it a n n iq ue tendent à
démont rer que ou i . L e s s a n s - a br i c
oûte nt à la pr ov i n c e pa s moi n s de
6 9 4 m i l l ion s pa r a n en s e r v ic e s , a lor s
q u ’u ne i nte rve nt ion s o c ia le s e r ré e
, c ou plé e à u n e s u b v e n t i o n a
u l o g e - m e n t , c oû te r a it 6 6 2 m i l l
io n s . À l ’é c hel le de la pr ov i n c
e , u n t e l p r o g r a m m e p e r m e t t r a i t
donc d ’é c ono m i s e r 32 m i l l ion s a n
nuel le ment .
Des groupes communautaires craignent l ’ef
fet Titanic
D e p u
i s q u e lq u e s a n n é e s , l e s ref uges
mont réa la is pou r sa n s - abr i ont subi u ne
petite révolution . L a plupa r t d ’ent re eu x
ne se bor nent plu s à of f r i r le g îte
pou r la nu it au x sa n s -abr i . I ls ont m is su r
pied de vér it ables p r o g r a m m e s d e r
é i n s e r t i o n qu i , c ra ig nent plu sieu
r s , pou rr a ie n t vo i r le u r s s u bve n t io n s
se t a r i r advena nt des résu lt ats m it
igés de la va ste ex pér ience la
ncée pa r le fédéra l .
L’u
n
d e s r e c r u t e u r s d e l a C o m m i s s i o n
c a n a d i e n n e d e l a s a n t é m e n t a
l e à M o n t r é a l , l u i - m
ê m e u n a n c i e n s a n s - a b r i , e x p
l i q u e q u ’ i l s e r a c h a r g é d ’e n
t r e r e n c o n t a c t a v e c d e s « c a s
l o u r d s ». « J e v a i s e s s a y e r
d e r e c r u t e r l e s p i r e s c a s . D ’a l l e
r c h e r c h e r l e s g a r s s o u s l e s p o n t
s , q u i n’o n t p a s p r i s u n e d o u c h e d e
p u i s t r o i s a n s », r é s u m e
-t-i l . C i - d e s s u s , u n s a n s - a b r i m e
n d i a n t p r è s d e l a P l a c e d e s A r
t s .
« O n c ra i nt l ’ef fet T itanic . L e g r o s b
a t e au q u i c o u le e t q u i fa it qu ’après
, plu s per son ne ne veut se la ncer da n s la con st r
uc - t ion de ce mo dèle », d it G eorges O
h a n a , c he f de s prog r a m me s d e l o g e m e n
t s s o c i a u x à l a M ission Old B rewer y (
MOB) . « O r, la réi n ser tion , c ’est
l’ave - n i r des ref uges », d it M at t hew P ea
rce, d i rec teu r de la MO B .
D ’a u t r e s g r o u p e s c o m m u - n a u t a i r e
s , c o m m e l e R é s e a u d ’a ide au x pe r
s on ne s s eu le s e t i t i n é r a n t e s , e
x p r i m e n t d ’ i m - p o r t a n t e s r é s
e r ve s à l ’e n d r oit du pr oj e t fé
dé r a l . I l s c r a ig ne nt n o t a m m e n t
q u e l e s p a r t i c i - p a n t s s o i e n t l a i
s s é s à e u x - m ê m e s à
l ’ i s s u e d e s q u a t r e a n né e s de la
re c her c he .
L e s p e r s on ne s s a n s - a br i q u i p a r t i c
i p e r o n t n e s e r o n t p a s l a i s s é e
s p o u r c o m p t e , a s s u r e S o n i a C ô
t é , c o o r d o n n a t r i c e p o u r l a C o
m m i s s io n fé d é r a le d e l a s a n
t é m e n t a l e . « N o u s t r ava i l
lon s déj à à u n pla n de p
é ren n ité . I l n ’e s t pa s q ue s t
ion q u ’ u n e p e r s o n n e d i m i nu e s a q u a l
ité de v ie pa r c e q ue c ’e s t la f i n du
proj e t . O n va s ’a s s u - re r q ue tout e s t e n
pla c e p ou r la s u ite de s c ho s e s . »
U n l o
n g p a r c o u r s
I l re s te q ue l ’ent re pr i s e la n - c é e
p a r l a C o m m i s s io n fé d é - r a
l e d e l a s a n t é m e n t a l e e s t loi n d
’ê t re si mple , s ou l ig ne M . O h a n a , q u
i gè re le s 7 5 a ppa rt e m e n t s d e r
é i n s e r t i o n d e l a MO B . A u q uo t id
ie n , G e or ge s O h a n a doit gé r e r de s a
lte r c a - t ion s , de s c l ient s q u i b oivent .
« J e ne s u i s pa s u n ge ôl ie r, d iti
l . M a i s i l y a de s rè g le s de v ie , ic i
, e t le s c l ie n t s s aven t q u ’ i l y au r a de s
c on s éq uen c e s s ’ i l s ne le s re s p e c
te nt pa s . »
M a x i me, 3 6 a ns , v it depu is u n a n et dem i da
ns u ne des 3 0 cha mbres du pavillon Ma rcelle et Jea n
Coutu , géré pa r la MOB . Toxicoma ne
penda nt plus de 10 a ns, diagnostiqué sch izoph
rène, il s ’est ret rouvé à la r ue
après u ne sépa ration. I l a passé
deu x mois da ns le réseau des ref uges,
jusqu’à ce que la MOB lu i of f re u ne cha mbre.
« J ’ava is besoi n d ’a ide pou r r e p a r t i r
à z é r o » , d i t - i l s i m -
plement . D eu x a n s plu s t a rd , après 5 0 0
heu res de t hérapie, i l demeu re a bst i nent e
t v ient de fa i re u ne dema nde d ’ad m ission au col
lég ia l . Au pav i l lon C o u t u , i l a e u s
a c h a m b r e .
T o u t
e s i m p l e . U n l i t , u n b u r e a u , u n e c h
a i s e . « M a i s c ’est c ha mbre », d
it-i l .
ma E n m o y e n n e , l e s c l i e n t s d e m e u r e
n t d e 1 2 à 1 8 m o i s da n s ces c ha mbres .
I ls ver sent 2 5 % d e l e u r r e ve n u p o u r y
demeu rer. M a is tou s ne réu s - sissent pa s
à s ’acc l i mater à la v i e n o r m a l
e . « C e r t a i n s , e n s o r t a n t d ’ i c
i , t o m b e n t c o m - p l è t e m e n t
» , d i t M . O h a n a . « L o r s q u ’ i
l s e n t r e n t d a n s u n l o g e m e n t , c e r t
a i n s h o m - m e s q u i o n t v é c u p l u s
i e u r s a n nées da n s la r ue conti nuent
à d o r m i r p a r t e r r e p e n d a n t de u
x o u t r oi s m oi s », i l lu s t r e C y r i l
Morga n , d i rec teu r de la M ission B on acc uei l ,
qu i a el le au ssi ouver t u ne c i nqua nt a i ne de
logement s pou r la réi n sert ion depu is quat
re a n s .
Ceu x qu i réussissent la tra nsit ion de la r ue
à la c ha mbre p e u v e n t p a s s e r à
u n e a u t r e étape. Sher yl , elle, a f ra nc
h i ce seu il : depu is t rois mois , elle est pa
ssée du pav i l lon pou r femmes de la MOB
à la ressou rce L e Pont . Une qu i n za i ne de
logements , répa r tis u n peu pa r tout à
Montréa l , da ns des i m meubles tota lement a
nony mes . L es résida nts de ce « pav
illon v i r tuel » y reçoivent la v isite
d’u n i nter vena nt de la MOB seu lement u ne fois pa r
sema i ne.
« Je su is heu reuse, ic i. C ’est u n i m meuble
t rès bien tenu », d it l a fe m m e d e 4
8 a n s , q u i a p a s s é pl u s i e u r s m o
i s d a n s la r ue.
U n e t
ra n s i t i o n c r u c i a l e
C e t te p é r io de de t r a n sit ion e n t r e
l a r u e e t u n l o g e m e n t quasi nor ma l est c r
uc ia le, soul ig ne M . Oha na . Fa i re pa sser d i
rec tement les sa ns-abri de la r ue à u n appa r
tement propret , com me le prévoit le prog ra m
me fédéra l , est u ne entreprise
titanesque . « Ç a va êt re du r. D u
r pou r la person ne qu i va assu rer le su iv i , du r
pou r le propr ié - ta i re e t du r p ou r le c
l ie nt . »
D e s e f fe t s p e r ve r s i n a t t e n - du s p ou
r r a ient s u r ven i r. « E n c a s d ’é
c he c , on va ren for c e r le s ent i ment q ue v ive
nt plu sie u r s de n ’ê t re pa s fa it s p ou r
la v ie n o r m a le », s o u l ig n e M a t t h e
w P e a r c e . « L a p r e m i è r e c h o
s e q u ’o n va voi r, c ’e s t q ue l ’a p - pa r te
ment va ê t re v ide . L e ga r s va avoi r ve n
du tou s le s me u - ble s », prévoit C y r
i l M or ga n .
É r i c L a t i m e r , l e c h e r c h e u r p r
i n c i p a l d u p r o j e t C h e z s o i , c o m p r
e n d l e s c r a i n t e s d e s r e f u g e s .
« M a i s d a n s l e u r s u i v i d e c l i e n
t è l e , i l s n ’o n t p a s l a c a p a c i t
é d e f o r m e r u n e é q u i p e m u l
t i d i s c i p l i n a i r e c o m p l è t e c o
m m e c e l l e q u e n o u s a u r o n s . A v e c u n
t e l e n c a d r e m e n t , o n p e u t a i d e r l e
s g e n s à f a i r e l e s a u t e n l o g e m e
n t p l u s r a p i d e m e n t » , e s t i m e -
t-i l .
« C ’ e s t c l a i r q u e ç a l e u r s e
m b l e i m p o s s i b l e p a r c e q u ’ i l s s e r
é f è r e n t a u m o d e d e f o n c t i
o n n e m e n t n o r m a l d u r é s e a u d e l
a s a n t é . O r , c e p r o - j e t , c ’e s t
t o u t a u t r e c h o s e » , s o u l i g n e J
a s o n C h a m p a g n e , d u C L S C d e s F a u b o
u r g s .
« Claude Dauphin est
déconnecté de la réalité
» - Éric Clément
L’administration Tremblay est critiquée pour son
attitude face aux jeunes de la rue
« La triste réalité est que le
centre-ville est devenu une destination estivale pour
ces jeunes marginaux et leurs chiens. »
BernardPlanteetClaudeRainville, les deux directeurs
généraux des Sociétés de
développement commercial du centre-ville de
Montréal, désapprouvent le responsable de
la sécurité publique à la Ville,
Claude Dauphin, qui ne voit « pas de
problème » à la forte
présence de jeunes de la rue et de mendiants au
centre-ville.
« L’été, c’est le fun à
Montréal : il y a de l’action, de belles femmes,
de beaux hommes. Il y a aussi des jeunes de la rue. Il
faut vivre avec ça. Peut-être que certaines
personnes le voient comme un problème, mais il ne
faut pas exagérer. Personne ne nous a
demandé de ressources supplémentaires pour
ça. Les travailleurs de rue font leur travail.
Moi, je ne le vois pas comme un problème »,
avait déclaré mardi M. Dauphin à La
Presse, dans le cadre d’un reportage sur les jeunes de
la rue.
« J’ai été très surpris et
déçu des commentaires de M. Claude
Dauphin, dit M. Plante, DG de la SDC du Village, dans un
courriel envoyé hier à La Presse. Il est
inadmissible qu’un élu qui occupe d’aussi hautes
fonctions soit à ce point
déconnecté de la réalité.
»
« Ce ne sont pas des itinérants qui se
battaient à coups de chaînes et de
bouteilles brisées sur Sainte-Catherine Est
(près de Place Dupuis) par un beau dimanche
après-midi, lors de la dernière vente
trottoir que la SDCduVillage a organisée. Mais
bien des gangs de rue. Ce ne sont pas non plus des
itinérants qui ont agressé et volé
un employé de la Banque Nationale (succursale
Place Dupuis) sorti prendre sa pause d’après-midi
pour fumer une cigarette à l’extérieur.
»
«
Incivilités »
Dans une lettre envoyée à La Presse, le
directeur général de la
Société de développement du
Quartier latin, Claude Rainville, écrit
également que la présence de jeunes
marginaux « est la cause de nombreuses
incivilités, particulièrement dans le
secteur de la rue Sainte-Catherine ».
« Malgré le fait que plusieurs d’entre eux
viennent de familles financièrement à
l’aise, leur vie n’est pas un conte de fées,
écrit-il. Fugue, prostitution, alcoolisme,
toxicomanie, criminalité, maladie mentale,
désinstitutionnalisation: la triste
réalité est que le centreville est devenu
une destination estivale pour ces jeunes marginaux et
leurs chiens, venus de partout au Canada et au
Québec. »
M. Rainville estime que le problème n’est pas
réglé. « Malgré le support
exceptionnel des deux postes de police de quartier,
notre quotidien est teinté d’incivilités,
d’intimidation, de consommation de drogues et d’alcool
sur le domaine public et privé, d’altercations
verbales et physiques, d’actes criminels, de vandalisme.
Pour nos marchands, citoyens, visiteurs, consommateurs,
travailleurs, touristes, la présence des jeunes
marginaux et de leurs chiens est devenue tout simplement
insupportable. Sans une volonté politique et
financière d’enrayer ce fléau, demettre en
place les ressources additionnelles nécessaires
et de passer le message que Montréal ne
tolère pas ce genre de comportement, il y a peu
de chance que la situation change de façon
significative. » Mardi, le maire de Ville-Marie,
Benoit Labonté, a réclamé plus de
ressources policières au centre-ville. Mais
l’administration du maire Gérald Tremblay n’est
pas de cet avis. Au contraire, à en croire un
article du Devoir, publié hier, l’administration
Tremblay pourrait réduire les forces
policières. Les coupes budgétaires
prévues par le SPVM pourraient entraîner la
suppression d’une centaine de postes.
Louise O’Sullivan, candidate aux prochaines
élections municipales, a dit elle aussi, hier,
être « révoltée » par
les propos de Claude Dauphin. « Les jeunes
désoeuvrés vivant dans la rue à
proximité du Palais des congrès qui
accueille des visiteurs du monde entier ne donnent pas
une très bonne image de Montréal. Notre
ville, qui connaît une diminution de la
fréquentation touristique, n’a pas besoin que la
municipalité encourage le vagabondage saisonnier
perçu par de nombreux Montréalais comme un
fléau urbain », dit-elle par voie de
communiqué.
Labonté demande une escouade
policière spéciale -
Éric Clément
Le
maire de Ville-Marie veut renforcer la
sécurité dans le centre-ville de
Montréal
Le maire de Ville-Marie, Benoit Labonté,
s’est récemment fait offrir de la drogue au
centre-ville. Estimant que la vente de drogues dans
la rue et les incivilités augmentent, il a
écrit hier au maire de Montréal,
Gérald Tremblay, pour lui demander la
création d’une escouade policière
spéciale au centre-ville.
Dans sa lettre, M. Labonté dit avoir
constaté que la vente de stupéfiants
augmente dans le quadrilatère formé
par les rues Amherst, Saint-Denis, Ontario et le
boulevard De Maisonneuve. Et que cette vente, au vu
et au su de tout le monde, « s’accompagne de
gestes qui vont du harcèlement agressif des
passants, résidants, travailleurs et
visiteurs en vue d’obtenir de l’argent pour se
procurer des drogues, à l’utilisation des
entrées privées et des cours
arrière comme lieu de piqueries et de
prostitution, en passant par le vol à la
tire, dans les véhicules et sur les personnes
», écrit-il.
M. Labonté réclame au maire des
ressources policières supplémentaires
et la formation d’une escouade policière
spéciale dédiée à la
vente de drogues, pour redonner au secteur une
certaine quiétude.
Benoit Labonté déplore le commentaire
de Claude Dauphin, responsable de la
sécurité publique, dans La Presse de
mercredi. M. Dauphin a dit en substance que les
jeunes de la rue ne représentent pas un
problème au centre-ville. «
C’était extrêmement
déplacé de sa part, dit M.
Labonté. Surtout que M. Dauphin est
président du comité exécutif et
responsable de la sécurité publique.
C’est totalement irresponsable. »
L’étude
internationale
réalisée par le magazine Monocle sur
les villes du monde où il est le plus
agréable de vivre a également fait
réagir M. Labonté. Dans cette
étude, où Montréal se classe
19e sur 25, reculant de trois places par rapport
à l’année dernière, la
métropole obtient des résultats
mitigés en ce qui a trait au nombre de
meurtres et de cambriolages.
Monocle indique que Montréal a
enregistré 42 meurtres en 2007 et 11 105
cambriolages. En comparant ces données avec
celles des autres villes, Montréal se classe,
pour les meurtres, au 16e rang sur 20 (les cinq
villes suivantes n’ont pas de données sur ces
questions) et au 14e rang pour les cambriolages. Ces
résultats s’ajoutent à l’étude
récente de l’Atlantic Institute for Market
Studies qui place Montréal à la 21e
place sur 29 en ce qui a trait à la bonne
gestion d’une ville.
« Il faut s’inquiéter du classement de
Monocle et des autres études, dit M.
Labonté. Montréal, étude
après étude, perd du terrain et
s’appauvrit. Il y a un lien dans tout ça.
L’appauvrissement entraîne les
incivilités. »
Du coup, les possibles coupes de centaines de postes
de policiers évoquées par la
Fraternité des policiers inquiètent M.
Labonté. « Ce n’est pas le temps de
réduire les effectifs policiers, dit-il.
Toute baisse des forces policières va
entraîner une augmentation des
problèmes, notamment de la vente de drogues.
Je m’en suis même fait offrir
récemment. Il faut une présence
policière accrue. »
À la belle étoile et sous le
smog - Hugo Meunier
ON LES
APPELLE « CREVETTES », « SQUEEGEES
» OU, PLUS SOUVENT, SANS-ABRI : L’ÉTÉ
VENU, LES GENS QUI DORMENT À LA BELLE ÉTOILE
DANS LAMÉTROPOLE SE MULTIPLIENT. NUISANCE POUR
CERTAINS, SIMPLE PHÉNOMÈNE SAISONNIER POUR
D’AUTRES, ILS SONT ÉGALEMENT LE SIGNE QU
« T’es trop bien traité, dehors. Tu ne
décides pas d’être dans la rue, mais tu
décides d’y rester », admet Dave, dans la rue
depuis 8 ans.
À la fin de sa vie, Roland n’a plus qu’un sac de
vêtements, un vieux vélo
déglingué et un sac de couchage. Comme une
poignée de compagnons d’infortune, l’homme de 72
ans dort sous un viaduc qui chevauche une piste cyclable,
en bordure du canal de Lachine, dans le quartier
Griffintown.
PHOTO FRANÇOIS
ROY, LA PRESSE
Boris,
50
ans, et Dave, 25, non loin de leur repaire sous un
viaduc dans le secteur Griffintown. Pour eux, comme pour
plusieurs, il vaut mieux passer l’été
à l’extérieur. « C’est pas tentant
pour un jeune d’être obligé d’entrer dans
une mission en après-midi, d’avoir un horaire
pour prendre une douche et de dormir dans un dortoir
avec des vieux qui ronflent »,
énumère Dave.
Le sac de couchage usé du vieux sans-abri est
étendu au soleil sur un garde-fou, ce qui lui vaut
la visite de Daniel, autre « locataire » du
viaduc. « Tu dois ranger ton sac de couchage en
haut. Si on est propre, la police nous laisse tranquilles
», explique Daniel à un Roland un peu confus.
Installé sous le viaduc depuis quatre ans, Daniel
s’est attribué le titre de « directeur
d’hôtel ». Son rôle: s’assurer que les
lieux soient en bon état.
Et ce rôle, il le prend au sérieux. Les
cartons utilisés comme tapis de sol, les
vêtements, les sacs de couchage et les autres effets
personnels sont roulés et rangés dans les
extrémités du viaduc. Sauf quelques
mégots, rien ne traîne. « Il faut
éviter que les usagers de la piste cyclable roulent
dans les cochonneries. Les policiers m’ont dit: quand
c’est propre, c’est correct », insiste Daniel.
L’homme de 47 ans veut éviter les dérapages
de l’an dernier, lorsque les effets personnels et les
restes de nourriture envahissaient les lieux et attiraient
les rats, les plaintes puis les policiers. « J’ai
alors pris les choses en main », souligne ce
père de deux enfants, qui souhaite emménager
avec Roland pour le sortir de la rue. « Qu’est-ce
que ça fait dans la rue, un gars de 72 ans? »
peste Daniel.
Trop bien à Montréal
À quelques mètres de là, Boris et
Dave, deux autres habitués du viaduc, partagent un
joint. « La police nous a dit: pas de plaintes, pas
de troubles », résume Dave, 25 ans, dans la
rue depuis huit ans. Le jeune homme de Joliette se
débrouille comme il peut. Il encaisse son
chèque d’aide sociale, mendie un peu et ramasse des
bouteilles. Assez pour griller quelques joints et manger
au restaurant tous les soirs.
Les nombreuses ressources pour sans-abri lui permettent
aussi de profiter quotidiennement de repas gratuits.
« Des fois, c’est ça qui n’aide pas à
Montréal. T’es trop bien traité, dehors. Tu
ne décides pas d’être dans la rue, mais tu
décides d’y rester », admet Dave.
Mais vivre dans la rue n’est pas un conte de fées
pour autant. Les buveurs de bière et fumeurs de
marijuana occasionnels comme Boris et Dave trouvent
difficile la cohabitation avec les toxicomanes du
centre-ville et les personnes atteintes de
problèmes de santé mentale. « Ils sont
de plus en plus nombreux. Si les fumeurs de crack viennent
ici, les problèmes vont commencer »,
résume Boris, 50 ans.
Quant aux missions et aux ressources d’aide aux sans-abri,
elles n’ont jamais eu la cote chez les campeurs urbains.
Surtout pas en été. « C’est pas
tentant pour un jeune d’être obligé d’entrer
dans une mission en après-midi, d’avoir un horaire
pour prendre une douche et de dormir dans un dortoir avec
des vieux qui ronflent », énumère
Dave.
« Et puis tu devrais voir ça, ici, le soir,
il y a une famille de renards qui vient nous visiter.
C’est un univers parallèle », enchaîne
Boris, visiblement émerveillé par son coin
bétonné.
«
C’est un cinq-étoiles! »
« Ici c’est un cinq-étoiles! » ironise
Yvon, assis sur son matelas posé au milieu d’une
mare de déchets, sous un viaduc du sudouest de
Montréal.
Une petite table, quelques bouteilles vides, des chaises
et des cartes à jouer traînent à
côté du lit de fortune dans lequel il dort
depuis un mois.
Ce Montréalais de 57 ans partage cet espace glauque
avec une demi-douzaine de personnes. Certains y vivent
depuis des années. Des écouteurs
vissés aux oreilles, Yvon écoute la radio
pour étouffer le vacarme des voitures qui
défilent sans relâche au-dessus de sa
tête.
Il a atterri ici à cause de problèmes
familiaux. « Mais mes affaires vont se placer vite,
croit-il. Je n’ai pas le choix, je ne peux pas être
plus bas que ça. »
Cohabitation pacifique
Le square Viger sert depuis des années de
gîte aux sans-abri. Ils sont plusieurs
étendus les uns à côté des
autres sur des matelas, près de la rue Notre-Dame.
Ici, c’est le coin des consommateurs de drogues par
injection, explique l’un d’eux, Éric. « Les
punks se tiennent de l’autre bord, du côté de
la rue Berri », ajoute-t-il.
Les deux groupes disent cohabiter pacifiquement.
Et puis il y a moins de « crevettes », cette
année – ces jeunes des régions ou du reste
du pays qui viennent vivre dans la rue le temps d’un
été –, remarque Éric.
Même si la présence des sansabri semble
tolérée au square Viger, les policiers
viennent régulièrement faire le
ménage. « Il y a deux jours, un camion de la
Ville est venu, escorté par les policiers. Ils ont
tout jeté. On a attendu une heure, puis on s’est
réinstallés », raconte Éric,
qui assure que plusieurs règlements maison sont en
vigueur dans son coin pour éviter les
problèmes avec les autorités. « Si tu
urines partout, cries, te mets tout nu ou jettes tes
seringues par terre, t’es dehors »,
prévient-il.
« On accumule des sofas, des matelas, des tapis, et
quand on commence à trop s’installer, les policiers
viennent nous évincer », raconte
Aurélie, qui vit dans l’aile des punks, quelques
mètres plus loin. « Si on nous
tolérait vraiment, on ne nous mettrait pas dehors
une fois par semaine », ajoute la jeune femme de 19
ans avant de partir, sa raclette sous le bras.
Du tourisme sans abri
On les
voit partout ces jours-ci au centre-ville de
Montréal. Jeunes et moins jeunes.
Débraillés. Sans-abri d’un
été, ils quêtent, brandissent leur
raclette aux intersections des rues, boivent sur les
trottoirs et campent n’importe où,
enroulés dans un duvet à l’ombre d’un mur
de béton.
Montréal
attire
avec ses différents festivals et ses
activités multiple. Chaque été
des jeunes de partout viennent y passer
l’été pour y faire la fête. Ils
quêtent, brandissent leurs raclettes aux
intersections, boivent sur les trottoirs et campent
n’importe où, enroulés dans un duvet
à l’ombre d’un mur de béton.
On les appelle les crevettes. Ce sont souvent des jeunes
qui débarquent en ville. Montréal est si
agréable, l’été, quand il fait beau
et qu’il y a de la musique partout…
Considérés pa r plusieurs
Montréalais comme un véritable
fléau urbain, ces jeunes ne doivent pas
être confondus avec les véritables
sans-abri, prévient le maire de l’arrondissement
de Ville-Marie, Benoit Labonté.
« Attention, il y a les vrais sansabri, et il y a
des programmes et des ressources pour leur venir en
aide. Par ailleurs, il y a le phénomène
estival, appelons-les par leur nom, des crevettes, dit
M. Labonté. Ces gens-là ne sont pas des
itinérants. Ce sont des fêtards,
généralement de l’extérieur, qui
viennent solliciter nos espaces publics. Il est
là, le vrai problème, et il est difficile
à traiter. »
La Ville a du mal à circonscrire ce
phénomène malgré les contraventions
données à la moindre infraction. L’an
dernier, un total de 229 constats ont été
remis à des personnes qui avaient
sollicité un automobiliste, notamment aux feux de
circulation. En comptant ceux donnés à des
individus qui ont fait de la sollicitation sur la place
publique, on arrive à 317 constats.
Durant l’été 2007, soit du 1er mai au 30
septembre 2007, le Service de police de la Ville de
Montréal a remis un total de 663 constats
d’infraction à des sansabri qui gisaient ivres ou
flânaient sans raison dans un parc après
minuit (ce qui est interdit).
Le SPVM
ne nous a pas donné de chiffres pour
l’été 2008, mais pour toute l’année
2008: le nombre a atteint 886 en 12 mois. Peut-on parler
d’une augmentation? Le commandant du poste de quartier
21, Alain Simoneau, pense que non. « Les gens de
l’extérieur, on n’en voit pas plus, dit-il. Par
contre, on voit de plus en plus de gens de
Montréal. Des jeunes de la rue, il y en a autant,
bon an mal an. Ils sont peut-être plus
dérangeants à cause de la rue
piétonnière. »
M. Simoneau dit qu’il y a des plaintes de
commerçants, mais « pas plus qu’avant.
». M. Labonté rappelle que son
arrondissement a pris des mesures dans le passé.
On a fermé les parcs après minuit il y a
trois ans. Puis, on a interdit les chiens au parc
Émilie-Gamelin et au square Viger. Mais on ne
peut pas faire plus, dit Benoit Labonté, car il
faut respecter la charte des droits et libertés.
Pas question de procéder comme à New York,
où on a déclaré persona non grata
tous les marginaux qui quêtaient ou qui
déshonoraient le paysage urbain et qui faisaient
fuir les touristes.
M. Labonté pense toutefois qu’on doit aller plus
loin mais que c’est du ressort de la ville centre, pas
de l’arrondissement. « Il y a un problème
de ressources budgétaires et humaines, dit-il. La
Ville centre ne reconnaît pas ce problème.
La présence policière est insuffisante. Il
y a une fermeture d’esprit. L’arrondissement ne peut pas
ajouter de ressources. Dans ce dossier, il y a des
élans de partisanerie qui ne devraient pas
être. »
Quand La Presse a demandé au commandant Simoneau
s’il avait assez de ressources pour s’occuper de ce
problème, il a répondu: « Ce n’est
pas à moi de répondre à cette
question. Je travaille avec les ressources dont je
dispose. C’est au corporatif qu’il faut poser la
question. »
Le « corporatif », c’est l’administration du
maire Gérald Tremblay. Le responsable de la
sécurité publique, Claude Dauphin, dit que
les initiatives de Ville-Marie « ont
déplacé le problème dans les autres
arrondissements ».
« L’été, c’est le fun à
Montréal: il y a de l’action, de belles femmes,
de beaux hommes. Il y a aussi des jeunes de la rue. Il
faut vivre avec ça. Peut-être que certaines
personnes le voient comme un problème, mais il ne
faut pas exagérer. Personne ne nous a
demandé de ressources supplémentaires pour
ça. Les travailleurs de rue font leur travail.
Moi, je ne le vois pas comme un problème. »
M. Dauphin dit que la Ville a travaillé avec
Québec pour essayer de trouver des solutions,
notamment en créant un tribunal en santé
mentale pour les sans-abri qui en ont besoin. Mais cela
ne s’applique pas à tous les jeunes de la rue.
« Je ne dis pas que c’est parfait mais il faut
travailler avec nos partenaires et trouver d’autres
solutions », dit-il.
VOUS AVEZ DIT CREVETTES?
Pourquoi
nomme-t-on « crevettes » les jeunes qui
choisissent de vivre dans les rues ou les parcs de la
métropole en période estivale ? Personne
ne saurait vraiment le dire. Mais dans le milieu, ce
terme a été adopté pour
désigner des jeunes, souvent des mineurs,
provenant parfois de milieux aisés. Venus
chercher « l’expérience » de la rue,
ils adoptent un style vestimentaire marginal. Certains
lavent des pare-brise, d’autres quémandent pour
vivre. Lorsque les premiers signes de la belle saison se
font voir, ils convergent au centre-ville. Si certains
sont des régions du Québec ou de la
métropole, d’autres viennent d’aussi loin que
Vancouver, Halifax, Toronto ou les États-Unis.
Dan Bigras se dit « très inquiet »
- Ariane Lacoursière
Le
porte-parole du Refuge des jeunes, le chanteur Dan Bigras,
se dit « très inquiet » du
déménagement possible de son organisme et
déplore ne pas avoir été
informé avant de cette éventualité.
Le
Refuge des jeunes aide chaque année plus de 600
adolescents démunis.
Le Refuge des jeunes, qui aide chaque année plus de
600 adolescents démunis de la métropole,
risque l’expulsion depuis que l’église
Saint-Louis-de-France, où sont situés ses
locaux, a été vendue.
L’établissement, situé au coin des rues
Berri et Roy dans le Plateau Mont-Royal, a
été acheté au début du mois
par l’Église évangélique Restauration
pour 1,3 million. Mais le président de
l’Église, Byron Quevedo, n’annoncera que la semaine
prochaine ce qu’il adviendra du Refuge des jeunes.
« On nous garantit que la semaine prochaine, on
saura ce qu’il adviendra de nous, affirme la directrice
générale du Refuge, France Labelle. Mais en
attendant, on est laissés dans le noir. »
L’église Saint-Louis-de-France n’attirait plus les
fidèles depuis quelque temps et c’est pourquoi elle
a dû être vendue. L’Église
évangélique Restauration, qui cherchait
à quitter ses locaux trop étroits du
quartier Villeray, l’a donc achetée.
Pour Dan
Bigras, il est étonnant que le clergé de
Montréal n’ait pas informé le Refuge des
jeunes de la transaction. « Je ne comprends pas ce
silence. On a fait comme si le Refuge n’existait pas
», dénonce-t-il.
Comme l’a rapporté Le Devoir, hier, M. Quevedo n’a
pas encore déclaré officiellement ses
intentions par rapport au Refuge des jeunes. Par la voix
de son fils, le nouveau propriétaire a
indiqué que la survie de l’organisme n’était
pas menacée dans l’immédiat, mais que
l’Église évangélique Restauration,
qui compte déjà 400 fidèles, est en
pleine expansion.
Dan Bigras n’est pas optimiste. « D’après moi
, l’ Église aura besoin de tous les locaux... On
est très inquiets. Déménager une
organisation comme le Refuge des jeunes prend du temps
», dit-il.
Le Refuge des jeunes occupe le sous-sol du bâtiment
depuis 1989 et possède un bail valide pour encore
deux ans. Il pourra donc rester dans ses locaux jusqu’en
octobre 2011. Mais Mme Labelle a hâte d’être
fixée sur son avenir.
En attendant, elle ne veut pas alerter ses jeunes clients,
qui sont aux prises avec des problèmes divers, dont
la toxicomanie. « On va attendre la réponse
des nouveaux propriétaires, dit Mme Labelle. Mais
si on nous expulse, je vais remuer ciel et terre pour nous
réinstaller rapidement. »
Des organismes claquent la porte des
consultations
— Les
consultations en vue de l’élaboration du prochain plan de
lutte contre la pauvreté ont
commencésurunenotediscordante, hier, des
représentants d’organismes sociaux accusant le ministre
de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad,
d’avoir établi des orientations qui ne tiennent pas
compte de leur point de vue.
Peu
après l ’ouverture des consultations, neuf organismes ont
claqué la porte du Centre des congrès de
Québec, où se tient la rencontre, afin de
protester.
Lors d’une conférence de presse, M. Hamad a tenu à
assurer que rien n’était décidé d’avance et
que seules les consultations serviront à élaborer
le prochain plan de lutte contre la pauvreté.
Bienvenue à toi, l’enfant d’immigrant
- Sylvia Galipeau
Cela a tout
l’air d’un banal cadeau pour nouveau-né. Une pochette
rose ou bleue, contenant pyjama, couverture, bonnet et
pantoufles. Sauf que ce cadeau pour nouveau-né est tout
sauf banal. Car il ne servira pas qu’au bébé
à qui il est destiné. Il permettra à
d’autres, moins gâtés, de partir aussi du bon
pied dans la vie.
La pochette, signée Assistance maternelle, disponible
pour l’instant dans quelques magasins seulement (Bummies, Bleu
Nuit, Literie Toudou) fait partie d’une campagne plus vaste
d’autofinancement de l’organisme à but non lucratif
qui, depuis près de 100 ans, vient en aide aux femmes
enceintes dans le besoin. Lire: pauvres et sans ressources,
pour la plupart immigrantes.
En bref, chaque pochette vendue servira à financer la
confection d’un petit trousseau pour nouveau-né
démuni. On ne parle pas ici d’une pochette cadeau, mais
d’un trousseau, un vrai, pour répondre à une
nécessité. Un « kit de départ
», quoi, avec serviette, savon, bonnet, couverture,
draps, quelques pyjamas, camisoles et bavoirs. Le genre de
truc que ses copines offriraient à la future maman. Ou
encore la famille, ou les collègues de travail. Sauf
que ces femmes ciblées, référées
par les CLSC, n’ont pas de copines ici. Encore moins de
famille ou de collègues de travail. Et elles n’ont
rien. Souvent elles ont moins que rien.
« Ici, neuf femmes sur 10 sont immigrantes. Ces
femmes-là viennent d’arriver. Elles n’ont personne vers
qui se tourner, a raconté cette semaine Marie
Guilmette, chargée de projets, rencontrée dans
le sous-sol de l’église Saint-Viateur, le quartier
général de l’organisme. On entend toutes sortes
d’histoires. Plusieurs ont laissé des enfants dans leur
pays d’origine. » Imaginez leur désarroi.
Depuis
près d’un siècle, l’organisme Assistance
maternelle roule sur les intérêts de la fortune
de sa fondatrice, une certaine Caroline Hamilton, veuve d’un
riche homme d’affaires. En 1912, la dame s’est lancée
dans la bienfaisance, en ouvrant des dispensaires pour les
« mères nécessiteuses »,
essentiellement, à l’époque, des mères
québécoises de plus de sept enfants, vivant dans
une extrême pauvreté. Ici, elles recevaient les
premiers soins, une layette pour leur bébé,
même du charbon pour chauffer leur maison. Avec les
années et l’apparition de la carte soleil, la mission
médicale de l’organisme a disparu. Mais la vocation
vestimentaire est demeurée.
« Nous fonctionnons encore avec le capital d’origine,
mais de moins en moins », explique Marie Guilmette.
D’où la campagne d’autofinancement. Résultat:
chaque pochette vendue en magasin (100% faits au
Québec: les pyjamas sont signés Coccoli et tout
le reste est confectionné par l’entreprise d’insertion
Petites Mains) servira à financer une autre pochette,
un peu moins coquette, certes, mais drôlement plus
salutaire. Cette année, on espère rejoindre 2000
mères dans le besoin.
Pourquoi si peu de Québécoises ? « Je
pense que c’est parce que les Québécoises ont
déjà un réseau, une soeur, une
belle-soeur vers qui se tourner », avance Marie
Guilmette.
Quand elles arrivent à leur tour à
Assistancematernelle, qu’elles viennent d’Iran, du Pakistan ou
du Maghreb, ces mères se trouvent, elles aussi, un
petit début de réseau. « Et elles nous
remercient tellement. Parce que pour elles, la trousse, c’est
beaucoup plus qu’une couverture ou un bonnet. C’est un signe
de bienvenue. »
Pauvreté: pour une véritable chance
Le 21 avril dernier, le Comité
consultatif de lutte à la pauvreté et à
l'exclusion sociale a présenté son avis sur les
cibles de revenu des personnes et des familles. C'est un devoir
que lui avait donné la Loi visant à lutter contre
la pauvreté et l'exclusion sociale.
Nous sommes le Comité AVEC, un
comité permanent du Collectif pour un Québec sans
pauvreté. Notre groupe est composé d'intervenants,
de chercheurs et d'une majorité de personnes en situation
de pauvreté qui croisent leurs perspectives pour
éclairer la lutte à la pauvreté. Nous avons
réfléchi sur cet avis. Nous applaudissons les
recommandations du Comité consultatif qui portent sur
l'abolition des catégories à l'aide sociale :
c'est un grand pas dans la lutte aux préjugés.
Nous apprécions aussi les efforts du Comité
consultatif pour améliorer le revenu des personnes en
situation de pauvreté.
Mais nous trouvons que l'avis ne va pas assez loin. Il
recommande de verser 80% de la mesure du panier de consommation
(MPC) comme soutien financier. La MPC correspond à la
couverture minimale des besoins de base. Ne verser que 80%,
c'est accepter que des personnes ne puissent combler ces
besoins. Les personnes devront encore choisir de se priver de
nourriture saine pour avoir le téléphone ou pour
se chauffer convenablement. Il faut donc viser à
atteindre rapidement 100% de la MPC.
La MPC couvre les besoins de base, mais c'est encore loin
de la sortie de la pauvreté. Se payer le minimum en
logement, nourriture, transport et médicaments, c'est
différent que de pouvoir faire des projets pour l'avenir.
L'esprit de la Loi vise le respect de la dignité des
personnes et la sortie de la pauvreté, et c'est pourquoi
il faut établir une cible claire pour y arriver. La
participation des personnes en situation de pauvreté est
nécessaire à la définition de cette cible.
Ça vaut la peine d'augmenter les revenus des
personnes et des familles. Il ne s'agit pas seulement de pouvoir
combler ses besoins de base, mais aussi de pouvoir
s'épanouir sur les plans social et culturel. Cela
signifie pouvoir s'acheter une passe d'autobus, recevoir les
amiEs des enfants, quitter son logement inadéquat et
déménager dans un endroit qui correspond à
ses besoins, etc. Cela permet de faire autre chose que seulement
penser à couvrir ses besoins. C'est avoir le choix, avoir
une marge de manoeuvre. C'est aussi un tremplin, une
véritable chance d'améliorer sa situation, «
c'est ça qui m'a permis de retourner à
l'école ».
Il y a également des effets qui touchent l'ensemble
de la société. Une hausse du revenu des personnes
et des familles permet de mieux distribuer la richesse, de
mettre un terme à l'appauvrissement, de faire des
économies, de diminuer les coûts en santé et
services sociaux, de diminuer le décrochage scolaire.
Il faut augmenter les revenus des personnes au bas de
l'échelle, parce que ne pas appliquer la Loi visant
à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale
que le Québec s'est donnée, revient à ne
pas respecter la démocratie et les droits de tous. Nous
croyons à la solidarité de tous les citoyens, que
nous soyons ou non en situation de pauvreté. Lutter
contre la pauvreté, c'est contribuer à
l'enrichissement collectif de la société
québécoise dans son ensemble.
Il faut également, à part des revenus,
aborder la question de la redistribution de la richesse. Il faut
inventer de nouveaux modèles de développement
humain, social et économique, car ce n'est pas vrai que
tous ont la même égalité de chances.
Au-delà des compétences et des efforts des
personnes, un ensemble de conditions sociales, politiques et
économiques influencent les possibilités de sortir
de la pauvreté. Pour reprendre une image du Collectif
pour un Québec sans pauvreté, vivre la
pauvreté, c'est comme essayer de monter dans un escalier
roulant qui descend.
Dans cet escalier, il y a toutes sortes de visages de la
pauvreté : personnes handicapées ou malades,
travailleurs et travailleuses à faible revenu, femmes,
autochtones, étudiants et étudiantes, immigrantes
et immigrants, personnes âgées, personnes seules.
Car la pauvreté n'envoie pas de carton d'invitation;
demain, c'est aussi chez vous qu'elle peut se présenter.
Le comité AVEC est composé de Patrick
Bacon, Micheline Bélisle, Michel Bellemare, Sophie
Dupéré, France Fournier, Lucie Gélineau,
Jean-Pierre Hétu, Pierre-Paul Jourdain, Laurence
Lavoie, Bert Luys, Danielle Thibault et Noëlla Vincent.
Un revenu garanti pour les pauvres ?
Un rapport du
Sénat sur la pauvreté conclut que les avantages
fiscaux pour les pauvres devraient être revus à
la hausse afin de leur fournir un revenu égal au seuil
de faible revenu.
Le rapport,
rédigé par le comité sénatorial
permanent des Affaires sociales, des Sciences et de la
Technologie, recommande à Ottawa de rétablir un
salaire minimum fédéral fixé à 10$
l’heure. Il conseille aussi l’augmentation progressive de la
Prestation nationale pour enfants.
Le rapport fait valoir que l’objectif devrait être de
sortir les Canadiens de la pauvreté plutôt que de
tenter de rendre la pauvreté plus gérable. Il
exhorte aussi les gouvernements fédéral et
provinciaux à unir leurs efforts pour garder les jeunes
à l’école, aider l’éducation
postsecondaire et appuyer davantage les programmes de
formation.