Premières
Nations
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Un
dernier cri du coeur
For Kashechewan, read Attawapiskat
- JEFFREY SIMPSON
Le
règne du mépris
Un mauvais leadership
The greatest moral challenge in Canadian politics
Déménager?
Les
leaders autochtones font appel aux Nations unies
«Il
y a plusieurs Attawapiskat»
Attawapiskat:
les Premières Nations demandent une intervention de
l’ONU
Pour
l'autonomie gouvernementale des autochtones
Attawapiskat:
Harper vise l’autonomie gouvernementale pour les
autochtones
Pauvreté
et misère extrêmes
Attawapiskat
- Peuple invisible
Crise
à Attawapiskat - Rien pour la misère
Enseigner
au Nunavik: tout un contrat! - Victor-Lévy
Beaulieu
LE CRI DU COEUR DES INNUS
Une
distribution de chèques « immorale » ,
dit L’ADQ
Lettres
- Plan Nord : l'ours est encore vivant !
Comment le Canada peut-il prétendre être un
leader en matière de protection des droits de l'homme
tout en traitant les Premières Nations comme des
citoyens de seconde classe ?
Réserves
autochtones: entassés comme des sardines
Dropout chiefs imperil a generation of kids - John
Ibbitson
First
Nations
chief wants to disband Aboriginal Affairs department
Trying to breathe life into First Nation rights
If we don’t stand in the way, we can help native youth
Plan
Nord: les Premières Nations se sentent exclues
A
case study on first nations poverty
New ideas to lift
aboriginal Canada - Globe Editorial
Combien de temps encore la mauvaise Histoire
continuera-t-elle donc de se répéter ?...
Why we try to protect our land: Lessons from Barriere Lake
Déclaration
des peuples autochtones - Ottawa signe en catimini, mais
conserve ses réserves
En
bref - Droits des autochtones: Ottawa confirme son appui
AUTOCHTONES
ET
AUTONOMES
LA COLOMBIE-BRITANNIQUE, CE LABORATOIRE
De
nation
à
nation
Arctic
security
means
more
than
Arctic
sovereignty
Why aboriginal education is our business
À
la recherche des femmes autochtones disparues
Les
salaires élevés des chefs autochtones sont
dénoncés
Le
grand chef, à visage découvert
Québec
se porte à la rescousse d'Oka
Oka:
Norfolk enterre la hache de guerre
Oka: Mohawks et promoteurs s'affrontent
Oka
- Barrage humain face à la pinède
Oka
veut racheter la paix
Oka
encore sous tension vingt ans plus tard
En
bref - Les Mohawks de Kanesatake ne toléreront
aucune construction
Un
promoteur attise la tension à Oka
Aurions-nous donc collectivement laissé tombé
nos Premières Nations ?...
Réserves
autochtones: entassés comme des sardines
Libre
opinion
-
Ce qui fait la différence dans la santé des
autochtones
‘Do
you
have
running water? I don’t and I live in Canada’
La
qualité
de
l'eau
dans
les
réserves laisse toujours à désirer
La
face
cachée
du
Plan
Nord
The
youthful
face
of
Nunavut
expresses
hope,
despair
If
we
are
a
northern
nation,
support
our
northern
peoples
-
Globe
editorial
AFN
chief
hopes
Tories
make
grade
on
native
education
Détresse
chez les enfants - Tous responsables
Nunavik:
le nombre d'enfants en détresse reste
élevé
Les
Nordiques oubliés
Quand Noah a réparé le monde
Nunavik:
des logements surpeuplés
Pénurie
de logements: le Nunavik «à bout de
patience»
Ottawa must not sell out Tsilhqot’in
Oka, 20 years later: The
issues remain - Shawn Atleo
Crise
d'Oka: «rien n'a changé»
20 ans après Oka
- Les plaies vives
Rien
n'a été réglé à
Kanesatake
Vingt
ans après la crise d'Oka, le vide juridique
persiste
Crise
d'Oka: «Ils ont fait preuve de racisme», dit
Ellen Gabriel
20
ans après Oka - Les plaies vives
L’intransigeance d’Ottawa a prolongé la crise,
dit Ciaccia
Jeunes
autochtones: un organisme dénonce une situation
«inacceptable»
La
barricade
Schefferville
a vécu, Matimekosh s'accroche
Battling aboriginal
tradition - Jeffrey Simpson
Treaty-making in B.C.: noble sentiments, difficult
realities - Jeffrey Simpson
The
National
Chief
sees
the
end
of
the
Indian
Act
-
Globe
editorial
To
kick
their
illegal
tobacco
habit,
first
nations
need
other
opportunities
Greenland’s
success
shows
Canada's
child
mortality
disgrace
It’s time for us to work together with our aboriginal
neighbours
De la propriété privée et des
Premières Nations...
Private
property
is
a
native
right
Who
should
own
reserve
lands?
It
makes good sense to study native land use
Natives fear Ottawa aiming to convert reserves to private
land ownership
Les
autochtones devraient pouvoir acheter des terres
UVic shows there’s a
better aboriginal way
Education is the key to aboriginal (and Canadian)
potential - Shawn Atleo
For economics and
decency's sake, let's help our Indian students
For students both on and off reserves - Globe editorial
An aboriginal G-G would bring glorious closure to painful
history
Le gouvernement Harper ne se trouverait-il donc
qu'à tout simplement se moquer des Premières
Nations ?...
The national shame of aboriginal incarceration
Cinéma
-
Ottawa
porte
un
coup
aux jeunes créateurs autochtones
Impasse
à
Kanesatake:
Ottawa
n'entend
pas
s'en
mêler
How
to
defeat
a
needless
epidemic
-
Globe
editorial
Aboriginals in Canada face ‘Third World'-level risk of
tuberculosis
Rencontre des pays arctiques: les Inuits laissés de
côté
La Romaine: injonction demandée contre Hydro
Talisman Energy: un premier pas vers les autochtones
Les Innus se lancent dans l'exploration minière
Et des "réformes" aussi signifiantes ne
repréntent-elles pas surtout qu'un affront de plus
?...
Statut autochtone - Ottawa fait tomber une discrimination
Des
autochtones
pourraient
retrouver
leur
statut
d'Indiens
Le
racisme au pied du pont Mercier - Rima Elkouri
Kahnawake: pour bientôt, la «police
sexuelle»?
Notes sur Kahnawake - Lysiane Gagnon
Race-based policies produce racist results
Suppose there was a place the Charter didn't apply … -
Jeffrey Simpson
The Mohawk affair is an affront to all - Lysiane Gagnon
Les
expulsions de Kahnawake - Lysiane Gagnon
Le ministre Strahl «ne sait pas de quoi il
parle»
L'expulsion
des Blancs de Kahnawake indispose Ottawa
Interdit
aux blancs: difficile de dire si Kahnawake a tort
Beaucoup
d'enfants inuits ne mangent pas à leur faim
Voir aussi Le
gouvernement Harper se moquerait-il éperdumment des
Premières Nations ?...
Quelques
secrets - Yves Boisvert
Et par ailleurs, le gouvernement Charest
ne se moquerait-il pas des Premières Nations au
moins autant que peut le faire Harper ?
Le
nombre d'enfants inuits en détresse explose
Sans
les autochtones, «le Plan Nord est un plan
mort»
« J’ai hâte d’avoir un toit à moi
» - Agnès Gruda
Un refus
inadmissible - Ghislain Picard
Shawn
Alteo à la tête de l’Assemblée des
Premières Nations La donne
pourrait changer au Québec
Bonne
fête
quand même, Canada - VINCENT
MARISSAL
JOURNÉE NATIONALE DES AUTOCHTONES Les
autochtones déçus de l’état des
pourparlers avec Québec
À l’écoute des Inuits
- Jean-Jacques Élie
La
situation des enfants se dégrade -
Agnès Gruda
... et pourtant...
1,4 million pour enrayer l’insalubrité
- Agnès Gruda
Crime organisé
Le carré de sable
Nanook
fait sourire Resolute Bay
Massacre de chiens d'attelage: Québec et Ottawa
doivent des excuses
L'autre
visage de Kahnawake
Les
Mohawks demandent à Ottawa d’acheter le terrain
litigieux - Bruno Bisson
ÉLECTIONS DU 4 JUILLET À KAHNAWAKE
Dépôt d’une requête en révision
judiciaire
PÉROU
Indigènes
unis
LA
VOIE
DU PARTENARIAT - François Bellefleur
Droits
de
autochtones:
le
Canada
rejette
la
déclaration
de
l'ONU
Pensionnats
amérindiens - Le pape Benoît XVI
évite les excuses officielles
Phil
Fontaine
réagit au règlement des pensionnatsTamara
King
Le
sanglot
du chef blanc - LYSIANNE GAGNON
Ottawa
présente ses excuses aux Inuits exilés dans
l'Arctique
32 Mapuches font la grève de la faim
Le choc du Sud - AGNÈS GRUDA
Tekakwitha
bientôt sainte?
Amherst mérite-t-il sa rue ? -
Karim Benassaieh
Voir aussi Faut-il
renommer la rue Amherst?
RETROUVER SON ÂME DANS LA CUISINE
- Stéphanie Bérubé
La
truite
d’Ernestine - LYSIANNE GAGNON
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LE DEVOIR
Libre
opinion - Nos enfants inuits laissés pour compte
L'entrevue - La victoire
d'une alliée des peuples autochtones
Premières nations - Protéger la Terre-Mère!
THE GAZETTE
The
Canadiens lost, but Inuktitut scored a win
'We
don't want a second Oka crisis': Kanesatake Mohawks
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L'ACTUALITÉ
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L’intransigeance d’Ottawa a prolongé la crise, dit
Ciaccia
ARIANE LACOURSIÈRE CHARLES CÔTÉ ET TOMMY
CHOUINARD
Une entente
inédite prévoyait dès lemois d’août
la disparition des barricades et
l’achat des terres contestées d’Oka, selon
l’ex-ministre des Affaires autochtones
« Je ne comprends pas pourquoi le fédéral
a refusé de saisir la perche qui nous était
tendue. Cela nous aurait donné des interlocuteurs
crédibles, chez lesMohawks, contre lesWarriors. »
— L’ancien ministre John Ciaccia
à partir de la page
A1 La crise d’Oka aurait pu durermoins longtemps si le
fédéral avait fait preuve de plus d’ouverture,
affirme aujourd’hui l’ancien ministre des Affaires autochtones
du Québec John Ciaccia. Lors d’une ronde de
négociations de la dernière chance, en
août 1990, M. Ciaccia est parvenu à une entente
avec des leaders de la Confédération iroquoise
des Six Nations, qui s’opposait aux « Warriors »
qui contrôlaient les barricades. L’entente restée
inédite à ce jour, que La Presse a obtenue,
requérait du gouvernement du Canada qu’il
acquière les 97 acres de terrains à l’origine du
conflit. Mais le fédéral a dit non, craignant de
créer un précédent pour les 600 autres
réserves indiennes du pays.
PHOTO PIERRE
CÔTÉ, ARCHIVES LA PRESSE « Il n’y avait rien (dans
l’entente conclue le 31 août 1990) que le gouvernement
du Québec n’aurait pas pu accepter. Mais le
fédéral a dit non », raconte avec
amertume l’ex-ministre des Affaires autochtones John
Ciaccia. «Ils avaient vraiment peur de créer un
précédent. » Ci-dessus, John Ciaccia
lors d’un point de presse le 6 septembre 1990.
BRUNO BISSON C’était à la fin du mois
d’août 1990. La crise d’Oka durait depuis presque 50
jours. L’armée avançait méthodiquement
vers les barricades érigées par les Mohawks sur
le pont Mercier à Châteauguay et sur la route
344, à Oka. Hanté par l’idée que la crise
d’Oka devienne un « Wounded Knee du Québec
», le ministre John Ciaccia a tenté une ultime
ronde de négociations, dans un hôtel de Dorval,
avec des leaders traditionalistes de la
Confédération iroquoise des Six Nations. La
Confédération s ’opposa i t aux radicaux «
Warriors », qui contrôlaient les barricades. Une
entente, restée inédite à ce jour, a
été conclue et couchée sur papier le 31
août 1990.
Le gouvernement fédéral avait un mot à
dire dans cette entente. Et ce mot a été «
non ». Vingt ans plus tard, l’ancien ministre
délégué aux Affaires autochtones du
Québec, John Ciaccia, a remis à La Presse le
texte de cette entente. Il estime aujourd’hui que sa
négociation, entreprise dans l’une des périodes
les plus sombres de la crise d’Oka, a joué un
rôle discret, mais décisif, vers le
démantèlement des barricades du pont Mercier.
Selon lui, la crise d’Oka, qui s’est étirée sur
78 jours, aurait toutefois duré plusieurs semaines de
moins si le gouvernement fédéral avait fait
preuve d’une plus grande ouverture, dans une situation presque
désespérée, alors que des vies humaines
pouvaient être en jeu.
L’entente de Dorval prévoyait le
démantèlement paci f ique des bar r icades
érigées depuis le 11 juillet par les Mohawks,
à Oka et à Châteauguay, ainsi que la
destruction « de toutes les armes, y compris leurs
composantes, les munitions et les explosi fs actuellement en
la possession » des Mohawks de Kanesatake et de
Kahnawake.
La proposition était claire : aucune amnistie ne serait
accordée aux Mohawks relativement aux incidents de
l’été 1990, mais le Québec devait
s’engager à ce que les personnes arrêtées
aient un accès immédiat, et en tout temps,
à un avocat. Elles ne pourraient pas être
interrogées sans la présence d’un avocat. Un
comité indépendant veillerait au respect de
cette procédure, et en ferait rapport.
Pour sa part, le gouvernement du Canada devait s’engager
à acquérir les 97 acres de terrains qui sont
à l’origine du conf lit, dans la pinède d’Oka,
« pour le bénéfice et l’usage de la
population mohawk de Kanesatake ».
L’entente prévoyait enfin la création d’un
comité mixte chargé de proposer, dans un
délai de trois mois, des solutions aux problèmes
de l’enclavement des terrains et du partage d’un territoire en
damiers, qui empoisonnaient depuis des années les
relations entre le village d’Oka et la communauté
voisine de Kanesatake.
« Il n’y avait rien, làdedans, que le
gouvernement du Québec n’aurait pas pu accepter. Mais
le fédéral a dit non », raconte avec
amertume l’ex-ministre, en acceptant de revenir avec La Presse
sur les événements d’il y a 20 ans, qui l’ont
marqué à vie.
« Le gouvernement fédéral ne voulait pas
d’entente, dit M. Ciaccia. C’était un principe. Ils ne
voulaient pas signer d’entente tant qu’il y aurait une
barricade. Ils regardaient derrière eux, il y avait 600
autres réserves indiennes, au Canada, qui attendaient
de voir ce qui allait se passer à Oka. Ils avaient
vraiment peur de créer un précédent.
»
De plus, « le gouvernement fédéral ne
reconnaît pas la Confédération iroquoise
des Six Nations. C’est comme ça depuis 1924, je ne sais
pas pourquoi. Ce n’était pas un obstacle pour moi. Le
gouvernement ne les reconnaît pas, mais ils existent, et
les Mohawks, eux, les reconnaissent ».
Leur chef, Shenandoah, rappelle M. Ciaccia, avait même
écrit au premier ministre Brian Mulroney pour signifier
que la Confédération n’approuvait pas les
méthodes et les revendications des Warriors.
« Je ne comprends pas pourquoi le fédéral
a refusé de sa isirla perche qui nous était
tendue, s’étonne encore l ’ancien ministre. Cela nous
aurait donné des interlocuteurs c rédibles ,
chez les Mohawks, contre les Warriors. »
La fracture
Le matin du 11 juillet 1990, la Sûreté du
Québec mène un raid pour déloger des
manifestants mohawks, qui occupent depuis plusieurs mois un
parc municipal, à Oka. Ils s’opposent à
l’agrandissement d’un golf, sur des terres qu’ils
revendiquent. Une fusillade éclate. Le caporal Marcel
Lemay, de la SQ, est touché à mort. Le raid
avorte. En quel-
ques minutes, les Mohawks érigent une imposante
barricade sur la route 344, au sommet d’une colline qui domine
tout le village d’Oka.
Sur la
Rive-Sud, les Mohawks de Kahnawake prennent le pont Mercier
d’assaut. Ils détournent déjà la
circulation. Une barricade bloque bientôt ce lien
routier stratégique entre la Rive-Sud et
Montréal. La SQprend position et assiège les
deux communautés mohawks. La population est
stupéfaite. La crise d’Oka vient de commencer.
Après une semaine de négociations
derrière les barricades et l’échec d’un premier
accord de principe pour libérer le pont Mercier, John
Ciaccia sent que le vent tourne à Oka. Les porte-parole
desMohawks ne sont plus les mêmes. Leur ton a
changé. Leurs revendications aussi. Publiquement, M.
Ciaccia reconnaît qu’il ne sait plus avec qui il
négocie exactement.
Sur la Rive-Sud, la colère gronde. À cause de la
fermeture du pont Mercier, il faut compter jusqu’à
trois heures, certains matins, pour aller travailler à
Montréal. À la miaoût, de violents
affrontements éclatent entre les manifestants et les
policiers de la SQ, coincés entre la foule furieuse et
les barricades.
Peu après, le premier ministre du Québec, Robert
Bourassa, fait appel aux Forces canadiennes pour relever la SQ
aux barricades. La crise d’Oka se corse et pour John Ciaccia,
il devient assez clair que les décisions à venir
ne sont plus de son ressort. C’est à la
télévision qu’il suit désormais le fil
des événements.
Avec l’appui de son premier ministre, John Ciaccia se rend
à Dorval, où il jouera peut-être son
rôle le plus crucial depuis le 11 juillet.
La solution de rechange
Au moment où entre en scène la
Confédération, le 25 août, à
l’hôtel Hilton de Dorval, John Ciaccia multiplie les
rencontres avec des groupes de Mohawks de Kahnawake et de
Kanesatake qui ont fui leurs communautés,
assiégées par la police et l’armée.
Ladélégation d e la Confédération
est menée par un chef traditionnel de la
communauté d’Akwesasne, Tom Porter. Un des porte-parole
de la Confédération est John C. Mohawk,
professeur d’histoire à l’Université de Buffalo,
dans l’État de New York.
C’est lui qui affirme à John Ciaccia que « les
Warriors ne veulent pas d’un règlement
négocié. Ils veulent une confrontation avec les
militaires, qui ne fera ni vainqueur ni vaincu, mais qui va
forcer les gouvernements à négocier avec eux,
à partir de leurs priorités ».
« Pour la première fois depuis le début de
la crise, raconte M. Ciaccia, des interlocuteurs acceptent
enfin de discuter du démantèlement des
barricades. »
La rumeur de ces « négoc iat ions de l a
dernière chance », entre Québec et les
Mohawks, traverse rapidement le lac Saint-Louis,
jusqu’à Kahnawake, où on se prépare
à un assaut des militaires.
Selon l’ex-ministre, qu’elles aboutissent ou pas, « les
négociations avec la Confédération
iroquoise ont une importance cruciale sur tout ce qui se passe
ensuite à Kahnawake. La communauté est
rangée derrière les Warriors parce que, avec
l’armée qui avance, elle n’a pas de solution de
rechange aux barricades. En ouvrant le dialogue avec les
traditionalistes, nous leur en offrons une ».
Le 28 août, dit M. Ciaccia, « tous les
éléments sont réunis, nous sommes
très près d’une entente ». Et même
si aucune entente n’en ressort, « la présence des
traditionalistes à la table des négociations
mine la position des Warriors à Kahnawake »,
soutient-il.
De leur côté, les militaires sont en discussion
avec les responsables de la défense des Warriors et
leur expliquent que le démantèlement de la
barricade aura lieu le lendemain, résistance ou pas.
UnMohawk bien connu fait la navette – et le courrier – entre
les deux réunions, précise le ministre.
Le 29 août, l’armée avance sur le pont Mercier
jusqu’à la barricade, où un homme masqué
accueille les militaires d’une franche poignée de main
avant de commencer, avec eux, le démantèlement
de la barricade. L’armée ne rencontre aucune
résistance.
À Kahnawake, les Warriors viennent de perdre. En
racontant cet épisode de la crise, John Ciaccia sourit
un peu.

Les événements, dans les 30 derniers jours de la
crise, ont rendu l’entente désuète ou
inopérante. Après avoir encerclé les
résistants armés qui défendaient les
barricades d’Oka, les militaires les ont repoussés vers
leur dernier retranchement – un centre de traitement
situé en bordure de la route 344 –, où ils
soutiendront un long siège d’un mois, devenu sans
objet.
LA CRISE D’OKA
EN QUELQUES DATES
11 juillet
1990:
Une fusillade éclate lors d’un raid de la
Sûreté du Québec dans un parc d’Oka. Un
policier, le caporal Marcel Lemay, est tué. Des
Mohawks de Kanesatake érigent une barricade sur la
route 344. Par solidarité, les Mohawks de Kahnawake
bloquent le pont Mercier, sur la Rive-Sud. La crise
commence.
Du 12 au 15 juillet :
Le ministre délégué aux Affaires
autochtones du Québec, John Ciaccia, obtient un
accord de principe pour la réouverture du pont
Mercier, mais l’accord échoue le 15 juillet.
1er août :
Dix mille personnes manifestent dans les rues de
Châteauguay pour exiger la levée des
barricades.
8 août:
Le premier ministre du Canada, Brian Mulroney, autorise le
déploiement de l’armée dans la région
de Montréal à la demande de Robert Bourassa,
et nomme un médiateur, le juge en chef de la Cour
supérieure du Québec, Allan B. Gold.
12 août :
Le juge Gold obtient une entente sur des conditions de
négociation des Mohawks. Un homme masqué
s’assoit à la table pour la signer, en
présence de John Ciaccia, du juge Gold et du ministre
des Affaires indiennes et du Nord du Canada, Tom Siddon. Le
même jour, la Sûreté du Québec
déloge brutalement des manifestants blancs d’un pont
de la Voie maritime. De violentes émeutes ont lieu
trois soirs de suite, à Châteauguay.
Près d’une centaine de personnes sont
blessées, dont beaucoup de policiers.
Du 25 au 28 août :
À
Dorval, John Ciaccia est en négociations avec la
Confédération iroquoise des Six Nations.
29 août :
L’armée avance sur le pont Mercier et commence le
démantèlement de l’imposante barricade, sans
rencontrer de résistance.
30 août :
La Confédération iroquoise quitte les
négociations. Des Warriors tentent d’imposer leur
présence à la table. Robert Bourassa met fin
aux négociations de Dorval par communiqué.
31 août:
L’entente de Dorval est mise par écrit, mais jamais
entérinée.
1er septembre :
L’armée avance sur les barricades d’Oka et de
Kanesatake. Les derniers résistants sont
encerclés et repoussés dans leur dernier
retranchement, en bordure de la route 344. La barricade
d’Oka est démolie.
26 septembre :
Les derniers résistants abandonnent le centre de
traitement d’Oka et prennent le chemin du village d’Oka sans
préavis. Les policiers arrêtent 41 personnes.
La crise d’Oka se termine après 78 jours.
1,4 million pour enrayer l’insalubrité -
Agnès Gruda
Pour les 400
habitants du village algonquin de Kitcisakik, en Abitibi, la
journée d’hier peut se résumer en un mot: enfin!
PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES
LA PRESSE
Actuellement, les habitants de
Kitcisakik vivent dans des constructions de bois
aggloméré privées d’eau et
d’électricité, mal isolées et à
peine aménagées. Leurs murs dégagent des
émanations toxiques.
Le gouvernement du Québec a annoncé, hier, un
investissement de 1,4 million de dollars sur trois ans afin que
cette communauté de 400 habitants, établie
à cinq heures de route de Montréal, accède
à un minimum de salubrité.
L’essentiel de cette somme sera consacré à
reconstruire l es ma i sons du vi l l age. Actuellement, les
habitants de Kitcisakik vivent dans des constructions de bois
aggloméré privées d’eau et
d’électricité, mal isolées et à
peine aménagées. Leurs murs dégagent des
émanations toxiques. Leurs résidants doivent
charrier de gros bidons d’eau et utiliser le bloc sanitaire
communautaire pour se laver.
L’organisation humanitaire Architectes de l’urgence a entrepris
de retaper ces abris de fortune l’été dernier, et
a d’ailleurs inauguré ses deux premières maisons
rénovées hier. Leurs propriétaires «
n’en reviennent pas à quel point c’est beau, on n’a
jamais eu de maisons comme ça ici ! » s’est
réjoui le chef du village, Edmond Brazeau.
Architectes de l’urgence, une ONG qui intervient habituellement
dans des zones de crise, sera dorénavant associée
à un programme de la Société de
l’habitation du Québec, conçu spécialement
pour Kitcisakik et doté d’un budget d’un million de
dollars.
Les nouvelles maisons seront pourvues de murs isolés, de
planchers recouverts d’un revêtement de bois, de lavabos
branchés sur des réservoirs d’eau, d’armoires de
cuisine et de chambres séparées.
À moyen terme, elles pourraient aussi être pourvues
de toilettes sèches, et peut-être même de
douches, explique Bernard McNamara, qui dirige le chapitre
canadien de cette ONG internationale.
Le grand intérêt de ce projet, c’est qu’il a
été conçu en collaboration avec la
communauté elle-même, qui participera à la
réalisation des travaux. Déjà, une douzaine
d’Algonquins ont reçu la formation nécessaire pour
couper le bois à l’aide d’un moulin à scie
démontable. Ils travailleront sur le chantier de
Kitcisakik, en collaboration avec l’ONG d’architectes.
Il y a quelques
mois, la communauté s’était fait offrir des
maisons mobiles pour remplacer ses cabanes bancales, mais ses
leaders avaient rejeté cette offre,
préférant continuer à reconstruire leurs
habitations.
Boule de neige
Le ministre responsable des Affaires autochtones, Pierre
Corbeil, a annoncé ce projet au cours d’une
conférence de presse à Val-d’Or. Il espère
que l’annonce fera boule de neige et que des entrepreneurs
privés contribueront, avec des dons de matériaux,
par exemple.
Autre amélioration pour les habitants du village:
Québec remplacera la génératrice qui
alimente quelques bâtiments publics, et qui était
« vétuste et peu fiable », selon le ministre
Corbeil. Enfin, le Secrétariat aux affaires autochtones
prévoit 195 000$ pour aider cette communauté
autochtone à faire progresser son économie.
De son côté, le gouvernement fédéral
construira une nouvelle école primaire au village.
L’école actuelle est minuscule et, dès la
quatrième année, les élèves doivent
quitter leurs parents pour déménager à
Val-d’Or.
Kitcisakik forme une communauté sans statut, qui a
refusé de devenir une réserve. Ses habitants sont
considérés comme des squatteurs qui occupent un
territoire à cheval entre des terrains
d’HydroQuébec et des terres fédérales. La
communauté rêve de déménager dans un
autre village. Mais en attendant que ce projet se
concrétise, elle vit dans des conditions insoutenables.
« Il fallait répondre aux besoins les plus urgents,
on ne pouvait pas rester les bras croisés et laisser les
gens vivre dans ces conditions », a dit le ministre
Corbeil, après l’annonce du projet.
Pourquoi ne pas brancher Kitcisakik au réseau
d’HydroQuébec? Des discussions au sujet d’une «
électrification plus permanente » sont en cours
actuellement avec la société d’État, selon
Pierre Corbeil. Le cas échéant, le projet
coûterait cher: au moins 10 millions.
Le chef Edmond Brazeau s’est dit très heureux de tous ces
projets. La communauté envisage toujours de
déménager le village. «Mais en attendant, il
faut que nos maisons soient habitables.»
« J’ai hâte d’avoir un toit à moi
» - Agnès Gruda
Une
organisation humanitaire aide les Algonquins de Kitcisakik
à reconstruire leur village insalubre
Tous les jours, Doria Papatie va jeter un coup d’oeil sur le
chantier de sa maison. Il y a trois ans, elle avait dû
la quitter, pour cause d’insalubrité.
PHOTO LA PRESSE
Il y a trois semaines, des ouvriers
locaux dirigés par les Architectes de l’urgence ont
commencé leur premier projet de rénovation :
celui de Doria Papatie. La maison sera refaite de fond en
comble.
« Il y avait eu une infiltration d’eau, ça
sentait le moisi, on ne pouvait plus rester làdeda ns
», se souvient-elle. Depuis, la grand-mère de 47
ans se promène d’une famille de Kitcisasik à
l’autre dans cet te petite com mu nauté algonquine sans
électricité ni eau courante, située
à cinq heures de route de Montréal.
Doria Papatie n’en peut plus de dépendre ainsi de ses
proches qui vivent, eux aussi, dans des conditions
précaires. « J’ai hâte d’avoir un toit
à moi », dit-elle.
Son désir est sur le point de se réaliser.
L’organisation humanitaire Architectes de l’urgence, en
collaboration avec la fondation ontarienne Frontiers, a
entrepris un projet de rénovation résidentielle
dans ce village de l’Abitibi.
Il y a un an, La Presse avait passé trois j ours dans
cette communauté pour constater à quel point les
conditions de vie y sont pénibles. La majorité
des habitants n’ont ni réfrigérateur ni
réservoir d’eau. Les émanations des poêles
à bois causent des problèmes respiratoires. La
nuit, quand le bloc sanitaire est fermé, il faut
utiliser des seaux hygiéniques, faute de toilettes.
Au début de l’été, la fondation F
rontiers a a mené deux scieries démontables
à Kitcisakik. Puis, elle a formé une trentaine
d’Algonquins du village afin qu’ils puissent rénover
les maisons du village et les rendre plus habitables. I l y a
trois semaines, des ouvriers locaux dirigés par les
Architectes de l’urgence ont commencé leur premier
projet de rénovation : celui de Doria Papatie.
La maison sera refaite de fond en comble. À Kitcisakik,
la plupart des habitations sont fabriquées en bois
aggloméré non teint, qui noircit avec le temps.
Les émanations de la colle qui scelle les copeaux de
bois sont toxiques. Les aliments placés contre les murs
mal isolés se préservent mal.
« Nous
allons changer ces panneaux, ajouter de l’isolant, nous
assurer que les murs seront bien ventilés »,
explique l’architecte Guillaume Lévesque, qui revient
tout juste d’un séjour à Kitcisakik.
Un évier et une douche
Mais en plus de murs assainis et d’un toit mieux
ventilé, Doria Papatie aura une « vraie »
cuisine, avec un évier et un robinet. Elle aura aussi
une douche alimentée par de l’eau de pluie
récupérée. Et des toilettes sèches
à l’extérieur de la maison, pour ne plus avoir
à courir au bloc sanitaire ou à sortir dans le
bois.
Un poêle à bois tout neuf dont la cheminée
ne fuit pas chauffera son eau, été comme hiver.
Du luxe dans cette communauté située à
six kilomètres de la route 117 !
« Ce qui dérange surtout les gens de Kitcisakik,
c’est de ne pas avoir accès à l’eau et de
respirer de l’air de mauvaise qualité. Dans leurs
maisons, il fait une chaleur suffocante en été,
et on gèle en hiver », dit Guillaume
Lévesque.
Les maisons rénovées ne seront toujours pas
branchées à un réseau d’égout, ni
à HydroQuébec. Le sort de ce village sans
statut, dont les habitants sont considérés comme
des squatters, n’est toujours pas résolu. Mais au
moins, les habitants des maisons rénovées ne
vivront plus dans des conditions dignes du tiers-monde.
La première phase du projet prévoit la
réfection de cinq maisons grâce à une
subvention de 40 000 $ de la fondation Frontiers. Pour le
reste, le projet bénéficie de dons de bois, de
peinture, de scellant et de membrane pour le toit.
Mais le but des Architectes de l’urgence, c’est surtout de
permettre aux Algonquins de Kitcisakik de poursuivre le projet
de rénovation euxmêmes, avec leur propre bois et
leurs propres ouvriers.
Un refus inadmissible - Ghislain Picard
Le Canada
persiste à ne pas adhérer à la
Déclaration des Nations unies sur les droits des
peuples autochtones
La survie et le bien-être de nos communautés sont
quotidiennement menacés par de graves et de
persistantes violations de leurs droits fondamentaux.
L’auteur est chef de l’Assemblée des Premières
Nations du Québec et du Labrador. Il y a 15 ans hier,
l’Assemblée générale des Nations unies
consacrait le 9 août Journée internationale des
peuples autochtones. Célébrée
annuellement par la communauté internationale, cette
journée est cruciale pour l’ensemble des peuples
autochtones de la planète.
PHOTO PATRICK
SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE
La situation des Premières
nations au Canada est toujours préoccupante. Dans les
collectivités, le taux de chômage, la
mortalité infantile, la sous-scolarisation et les
problèmes de logement sont plus élevés
que partout ailleurs au pays.
Il s’agit non seulement du moment de prendre conscience de la
richesse culturelle des peuples autochtones et de la
diversité qu’ils représentent, mais aussi de
l’occasion d’aborder les questions de discrimination, de
pauvreté et de marginalisation qui façonnent le
quotidien de la plupart des communautés.
Si le 15e anniversaire de cette journée permet de
souligner les progrès réalisés au cours
des dernières années, notamment en ce qui
concerne la reconnaissance des droits fondamentaux des peuples
autochtones sur la scène internationale, il met surtout
en lumière tout le chemin qu’il reste à
parcourir en matière de reconnaissance, de justice et
d’égalité vis-à-vis des peuples
autochtones.
Au Canada, les peuples autochtones représentent 4% de
la population, ce qui équivaut à plus d’un
million d’individus. Parmi les collectivités, le taux
de chômage, la mortalité infantile, la
sous-scolarisation et les problèmes de logement sont
plus élevés que partout ailleurs au pays.
Cette triste
réalité est le résultat d’une politique
colonialiste (dont la pierre angulaire est la Loi sur les
Indiens), qui perdure depuis trop longtemps, notamment en
matière d’éducation, de services sociaux et de
développement économique. Au Québec tout
comme au Canada, ce triste constat est d’autant plus
évident qu’il s’inscrit dans une situation où
l’écart entre les conditions de vie des Autochtones et
des nonautochtones est incontestable et inacceptable.
En effet, la survie et le bienêtre de nos
communautés sont quotidiennement menacés par de
graves et de persistantes violations de leurs droits
fondamentaux. L’adhésion du Canada à la
Déclaration des Nations unies sur les droits des
peuples autochtones constitue en ce sens un impératif
incontournable pour assurer la survie de nos peuples. Nous
sommes indignés par le refus du Canada d’y
adhérer. À l’heure actuelle, le Canada est l’un
des trois pays qui persistent (aux côtés des
États-Unis et de la Nouvelle-Zélande) à
refuser de reconnaître l’importance vitale du
précieux document. Nous sommes d’avis que cette
attitude ne reflète pas la volonté citoyenne.
Nous invitons en ce sens tous les Québécois
à manifester leur appui aux Premières Nations en
signant la pétition à cet effet (
apnql-afnql.com).
Nous nous interrogeons sur les réelles intentions du
gouvernement canadien et sur sa prétendue
volonté de respecter et honorer sans discrimination les
droits des peuples autochtones. Il est grand temps que les
deux ordres de gouvernement prennent leurs
responsabilités envers les Premières Nations. Il
est grand temps pour eux de reconnaître notre droit
à l’autonomie gouvernementale en vertu des nouveaux
standards établis par la Déclaration. Nous,
Premières Nations du Québec et du Labrador,
formons des nations distinctes possédant le droit
à notre propre statut politique afin d’assurer
librement le développement économique, social et
culturel de nos communautés.
Nous sommes présents, fiers et incontournables.
Shawn Alteo à la tête de l’Assemblée des
Premières Nations La
donne pourrait changer au Québec
L’élection
jeudi
du grand chef Shawn Alteo à la tête de
l’Assemblée des Premières Nations pourrait
marquer un tournant dans les relations entre les Autochtones
du Québec et les gouvernements fédéral et
provincial, ont souligné plusieurs observateurs joints
par La Presse hier.
Pour
la première fois depuis 30 ans, le grand chef des 700
000 Autochtones du pays, Shawn Alteo, vient d’une nation qui
n’a jamais signé de traité et qui, par
conséquent, appuie ses revendications sur ses droits
ancestraux. Ce qui est le cas de la plupart des nations
autochtones du Québec.
« Le ton n’était pas assez haut au temps de Phil
Fontaine, a affirmé Ghislain Picard, chef de
l’Assemblée des Premières Nations du
Québec et du Labrador. M. Alteo dit qu’il veut plus
d’action. »
Pour la première fois depuis 30 ans, le grand chef des
700 000 Autochtones du pays vient d’une nation qui n’a jamais
signé de traité et qui, par conséquent,
appuie ses revendications sur ses droits ancestraux. Ce qui
est le cas de la plupart des nations autochtones du
Québec.
« Il y a un clivage historique entre les nations qui ont
signé un traité et celles qui sont sans
traité, dit M. Picard. M. Alteo va avoir une
très bonne lecture de notre situation et des enjeux au
Québec. Il va condamner l’attitude
fédérale à l’égard des droits
ancestraux. Alors que traditionnellement, l’APN a voulu tout
faire conjointement avec le gouvernement
fédéral, ce qui a donné des
résultats très minces. »
Shawn Alteo, 42 ans, est le chef héréditaire de
la nation Ahousaht, au nord de Tofino, dans l’île de
Vancouver. Il a fait sa marque à titre de chef
régional pour la ColombieBritannique, affirme Me
Renée Dupuis, spécialiste de la question
autochtone.
«
Plusieurs organismes se font concurrence pour
représenter les Autochtones dans cette province,
dit-elle. Il avait réussi à s’imposer. Il a
été aussi présent sur la scène
médiatique à la suite d’un jugement de la Cour
suprême sur les droits de pêche dans le Pacifique.
Il a répliqué au premier ministre Stephen
Harper, qui estimait que ce jugement était raciste.
»
M. Alteo s’est aussi fait connaître quand il a pris la
défense de Luna, un épaulard qui
fréquentait un port de pêche de la côte
Pacifique et que les autorités voulaient
déplacer parce qu’il s’approchait trop des bateaux. Les
Autochtones affirmaient que Luna était une
réincarnation d’un de leurs anciens chefs. Luna est
finalement mort en 2006 après une collision avec un
remorqueur.
Le chef Gilbert Whiteduck de la communauté de Kitigan
Zibi, en Outaouais, se réjouit de l’élection de
M. Alteo, devant son adversaire le chef Perry Bellegarde, de
la Saskatchewan. L’élection qui se déroulait
à Calgary s’est décidée au
huitième tour, le vainqueur devant obtenir 60% des
suffrages.
« C’est une personne qui s’exprime très bien, qui
est bien éduquée, et pour qui les traditions
sont très importantes, dit M. Whiteduck. Au
Québec, on a revendiqué très fermement
nos droits ancestraux. Maintenant, il faut de l’action devant
les tribunaux et sur le terrain. Et M. Alteo est un homme
d’action. Il nous a dit qu’il ne resterait pas à Ottawa
et qu’il viendrait sur place pour donner des messages et nous
appuyer. Il dit: “Our time is now.” Et c’est vrai, quand on
regarde nos jeunes, nos populations, on n’a plus le temps
d’attendre. J’ose espérer que le Canada ne peut plus
attendre non plus. Il faut provoquer le dialogue. »
« Shawn Alteo est un jeune qui est formé à
une nouvelle école, dit Éric Cardinal, un autre
spécialiste de la question. C’est la première
fois qu’un chef national est assez jeune pour s’être
imprégné pendant ses études de la
question des droits ancestraux. Et il a réussi à
faire prendre un virage à 180 degrés au
gouvernement de la ColombieBritannique sur la reconnaissance
des droits des Premières Nations. »
« Pour les Autochtones du Québec, où il
n’y a jamais eu de traité historique, c’est une
très bonne nouvelle, poursuit M. Cardinal.
Peut-être qu’il va pouvoir donner un coup de main aux
Premières Nations du Québec pour relancer les
relations avec le gouvernement provincial. C’est ce qu’il a
réussi en Colombie-Britannique. »
Bonne fête quand même, Canada
- VINCENT MARISSAL
Le cas
particulier de la propagation de la grippe A (H1N1) est
l’illustration absurde de l’échec de nos politiques
autochtones.
Le Canada fête demain les 143 ans d’une
expérience humaine et politique qui aura
façonné un pays imparfait certes, mais qui,
malgré toutes les récriminations, se classe
parmi les meilleurs endroits où vivre sur cette petite
planète.
Pourtant, nous ne sommes pas encore, comme disait Jean
Chrétien, le « plus meilleur » pays du
monde. Et nous ne pourrons prétendre à ce titre
tant que nous n’aurons pas réglé, ou à
tout le moins attaqué sérieusement, le «
problème » autochtone.
Encore aujourd’hui, le bilan du Canada en matière
autochtone est une véritable honte nationale.
Heureusement pour nous, la communauté internationale
est 100 fois plus préoccupée par le sort des
pauvres phoques sur la banquise que par celui du million
d’autochtones qui vivent trop souvent dans des conditions
misérables. Des conditions tiersmondistes, pour tout
dire.
Constat alarmiste? Conclusion sensationnaliste ? Jugez-en par
vous-mêmes.
La semaine dernière, on a appris que des
communautés autochtones du nord du Manitoba, durement
touchées par la grippe A (H1N1), avaient
été privées pendant des jours de
désinfectant à main parce que ces produits
contiennent de l’alcool.
C’est ce qu’a révélé la sousministre
adjointe au ministère fédéral de la
Santé, Anne-Marie Robinson, lors d’une audience d’un
comité du Sénat. « Nous avons eu quelques
cas de vol d’antiseptiques dans le passé dans certaines
communautés. Le taux d’alcoolisme est parfois
très élevé dans ces communautés et
nous craignions de créer un danger (avec des produits
contenants de l’alcool). »
Après plusieurs jours de tergiversations au
ministère de la Santé à Ottawa, les
bouteilles de désinfectant (l’une des mesures les plus
élémentaires de prévention de propagation
de la maladie) ont finalement été
expédiées.
Pourtant, le taux de propagation atteint des proportions
alarmantes dans ces communautés et la
vulnérabilité historique des autochtones aux
maladies infectieuses est connue et documentée depuis
près de 100 ans.
Au Manitoba, on estime que deux tiers des 460 personnes
infectées par la grippe A (H1N1) sont des autochtones,
dont 25% habitent le nord de la province, dans des villages
éloignés (les autochtones ne comptent que pour
10% de la population de la province).
Tous les jours depuis des semaines, des avions transportent
des malades de ces coins reculés vers des
hôpitaux de Winnipeg, à 500, 600
kilomètres au sud, parfois plus. Évidemment, les
communautés autochtones du Nord n’ont ni les moyens ni
le matériel ni le personnel pour soigner leurs malades
sur place. Elles n’arrivent même pas à avoir le
strict minimumde l’arsenal de prévention, comme des
masques ou une bouteille de Purell.
La situation est tellement grave que les chefs de cette
immense région ont décrété
l’état d’urgence la semaine dernière, ce qui
leur permet ainsi d’avoir accès à des fonds
fédéraux et provinciaux d’urgence.
Les cris
d’alarme des chefs se sont pourtant multipliés au cours
des dernières semaines.
À Garden Hill (un nom dont la poésie
détonne de façon spectaculaire avec la
réalité), le chef, David Harper, en a eu marre
d’attendre l’aide d’Ottawa et il s’est rendu lui-même
à Winnipeg pour acheter pour quelques centaines de
dollars de masques et de désinfectant.
De guerre lasse, les chefs ont finalement
débarqué à Ottawa il y a quelques jours
pour sonner l’alarme au Parlement même.
Cela n’a pas semblé émouvoir beaucoup le
gouvernement Harper. Selon la ministre de la Santé,
Leona Aglukkaq, tout est sous contrôle. « Le
Canada est bien préparé pour la situation,
a-t-elle affirmé la semaine dernière. Nous avons
un plan national et nous le suivons ». Pourtant, Mme
Aglukkaq est ellemême autochtone du Nord. Elle doit bien
savoir que son « spin » positif est bien loin de
la réalité.
Selon un médecin qui travaille sur le terrain, Kim
Barker, du service de santé public du Manitoba, le
gouvernement fédéral ne semble pas
réaliser que l’état de santé des
autochtones dans plusieurs communautés est pire
qu’ailleurs au pays et que les risques de propagations sont
plus élevés. « Nous risquons de nous
retrouver avec le même problème qu’au Mexique
», a déclaré le Dr Barker la semaine
dernière.
Comment un pays moderne et riche comme le Canada peut-il
fermer les yeux sur une telle situation? Lorsqu’un tremblement
de terre ou un tsunami frappe une région du globe, nous
sommes toujours parmi les premiers à envoyer des avions
Hercules pleins de vivres et de matériel, du personnel
militaire même, pour venir en aide aux sinistrés.
Voilà qui est très bien, mais que faiton des
nôtres, autochtones du Nord, des grandes villes ou des
réserves, qui moisissent dans la misère?
La réponse courte, c’est que l’on s’en fout.
Théoriquement, la question autochtone est toujours une
priorité pour tous les partis politiques. En
réalité, ils ont toujours plus urgent (et,
surtout, plus payant électoralement) à
régler.
La réponse longue, et tellement canadienne, c’est que
les autochtones sont pris dans des chicanes de
compétences absurdes : les soins de santé pour
les autochtones sont de compétence
fédérale, l’envoi de personnel médical,
relève du provincial. Ensuite, il faut aussi
déterminer qui paye quoi.
Le cas particulier de la propagation de la grippe A (H1N1)
n’est pas qu’anecdotique. Il est l’illustration absurde de
l’échec de nos politiques autochtones. Et
l’illustration parfaite du manque de volonté politique
en la matière.
Encore aujourd’hui, des milliers d’autochtones vivent dans des
conditions pitoyables, sans eau courante ni services de
santé dignes de ce nom, dans des taudis et, surtout,
dans l’indifférence générale.
Au Québec, les communautés autochtones ne
semblent pas (selon les statistiques du ministère de la
Santé) particulièrement touchées par la
grippe A ( H1N1), mais d’autres problèmes perdurent ici
aussi.
Pensez seulement au cri de désespoir lancé dans
nos pages il y a 10 jours par les intervenants sociaux
engagés auprès des enfants du Nunavik.
JOURNÉE NATIONALE DES AUTOCHTONES Les
autochtones déçus de l’état des pourparlers
avec Québec
Les pourparlers
entre le gouvernement Charest et les communautés
autochtones sur la gestion des ressources naturelles et
l’occupation du territoire ne donnent pas les résultats
escomptés. Il y a un an très exactement,
Québec avait pourtant promis une reprise du dialogue sur
ces enjeux délicats.
«
Les développements m’ont donné raison, nous
n’avons pas avancé », a dit le président
de l’Assemblée des Premières Nations du
Québec et du Labrador, Ghislain Picard, un an
après la promesse de dialogue du gouvernement sur des
enjeux délicats.
« On attend toujours des propositions précises et
recevables. Nous n’avons aucune indication claire que
Québec est prêt à s’attaquer de front
à ces problèmes », a déclaré
en entrevue à La Presse hier le président de
l’Assemblée des Premières Nations du Québec
et du Labrador, Ghislain Picard, en marge des
célébrations de la Journée nationale des
autochtones.
I l faut di re que Ghislain Picard avait accueilli avec une
bonne dose de scepticisme la main tendue par le ministre
Benoît Pelletier à pareille date l’an dernier.
« Les développements m’ont donné raison,
nous n’avons pas avancé. Québec af f i rme qu’i l
veut discuter mais évite systématiquement
d’aborder les questions taboues et fondamentales des droits
ancestraux, du développement des ressources naturelles et
du partage des revenus. »
Pire, Ghislain Picard affirme qu’il a plus de raisons
d’être insatisfait aujourd’hui qu’il y a 12 mois. Le
gouvernement Charest a dévoilé depuis son fameux
Plan Nord qui vise à développer la région
située au-delà du 49e parallèle où
l’on retrouve les territoires ancestraux de plusieurs
communautés. Québec assure depuis le début
que le projet sera défini en partenariat avec les
autochtones. « Mais nous n’en savons pratiquement rien
pour le moment et ça nous inquiète. »
L’APNQL a
créé le mois dernier un nouveau comité de
gestion des terres et des ressources naturelles, formé
de représentants de chacune des 11 communautés
du Québec. « On verra quelles mesures il faut
mettre en place pour accentuer la pression sur le gouvernement
pour faire enfin avancer ces dossiers », dit M. Picard.
Réplique
Le ministre responsable des Affaires autochtones, Pierre
Corbeil, réplique que si Québec n’a pas encore
jeté les bases d’une entente globale avec les
représentants des 11 communautés autochtones –
tel que demandé par l’APNQL –, des progrès
importants ont été réalisés avec
cer taines d’entre el les. Des conventions signées avec
les Cris, les Inuits et les Naskapis en sont à
l’étape de la mise en oeuvre, par exemple. « Il y
a beaucoup de dossiers qui ont cours présentement
», a-t-il insisté en entrevue à La Presse.
Quant au Plan Nord, les véritables pourparlers
commenceront sous peu, a-t-il indiqué. « J’ai
fait une première tournée l’an dernier sur la
base d’invitations et du bon vouloir des participants, qui
nous a permis de cibler quatre enjeux prioritaires, comme la
desserte du territoire et la formation de la main-d’oeuvre.
Mais les prochaines consultations seront plus formelles.
»
À l’écoute des Inuits -
Jean-Jacques Élie
Seuls le
respect et l’empathie des Blancs pourront venir à bout
des préjugés tenaces à leur endroit
Pourquoi y a-t-il toujours autant d’enfants encore
négligés, maltraités
et agressés ?
L’auteur est cofondateur et directeur général de
Réseau Qajaq Network, organisation communautaire
régionale qui intervient auprès des hommes et
des familles en difficulté.
Àla suite de la parution récente de l’article
« Grand Nord, la situation des enfants se dégrade
» d’Agnès Gruda, j’aimerais apporter mon grain de
glace fondante. Je suis en contact direct avec la
réalité du Nunavik depuis près de sept
ans. Comment cela se fait-il qu’il y ait toujours autant
d’enfants encore négligés, maltraités et
agressés? J’ai de la difficulté avec la
sempiternelle réponse: « On manque de ressources.
» Oui, peut-être, mais qu’en est-il des autres
dimensions de ce problème complexe?
Comment se fait-il que l’on soit encore si englué dans
le mode intervention en ce qui concerne les enfants? C’est
sûr que l’intervention, c’est fondamental. Et les
familles? Qu’est-ce que l’on fait de la prévention?
J’entends rarement le mot « prévention »
dans les comités. La « comitite », vous
connaissez? La bonne volonté et l’engagement personnel
putréfiés en
je-remets-ça-à-plus-tard.
Qu’est-ce que l’on fait réellement sur le terrain?
Comment cela se fait-il qu’il n’y a pas de programme permanent
d’éducation populaire ? Des programmes conçus
par des Inuits donnés par des Inuits sur des
thèmes touchant à la tenue de maison, aux
habiletés parentales...
Que fait-on
de la mobilisation communautaire ? Ce n’est pas
spontané, la préoccupation communautaire, c’est
un processus qui s’inscrit dans la durée avec beaucoup
de sensibilité, de créativité et
même de combativité.
Qu’est-ce que l’on fait de l’éradication de la drogue
(de plus en plus dure) – un fléau –, et de la
contrebande de l’alcool? Ici à Kuujjuaq, c’est tout
simplement dévastateur, je vois des familles
dysfonctionnelles, des mères et des pères
ravagés ayant perdu tout point de repère dans
leur vie.
Il y a des Blancs, des qallunats, qui devraient descendre de
leur piédestal. Un bac, une maîtrise ou
même un doctorat, ça n’autorise pas à
prendre les personnes de haut. Nous avons tous affaire
à des êtres humains. L’essence de notre travail
comme habitant du Sud devrait être avant tout un
rôle d’accompagnateur, de révélateur de
l’autre.
Le respect, l’empathie et l’écoute viennent à
bout des plus tenaces préjugés, cela est aussi
vrai pour les deux solitudes nordiques. Et comme le
prêchaient Jésus, Bouddha, Gandhi et les Beatles,
All you need is love. Vraiment !
La situation des enfants se dégrade
- Agnès Gruda
GRAND NORD
Deux ans après la publication d’un rapport sur la
situation des enfants du Nunavik, les services sociaux du
Grand Nord sont de nouveau en crise.
Rien ne va plus dans les services
sociauxduGrandNordquébécois. Aux prises avec des
cas de plus en plus lourds et à des ressources
faméliques, une dizaine d’intervenants sociaux du
Nunavik sont sur le point de craquer. Avec l’appui de leurs
patrons, ils appellent Québec à l’aide.
PHOTOAGNÈS GRUDA, LA
PRESSE
Les intervenants sociaux du Grand Nord
ne répondent plus à la demande devant le grand
nombre de cas d’enfants en situation de risque
signalés. « Actuellement, il y a 82 dossiers en
évaluation, on s’entend que c’est inadmissible
», déplore André Leblon.
« La situation est fragile et inquiétante, nous
lançons un cri de désespoir », dit un
responsable de la Protection de la jeunesse à Kuujjuaq,
André Lebon.
« La situation est dramatique, il y a eu une
dégradation qui rend impérative une intervention
concertée et immédiate », confirme la
vice-présidente de la Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse, Sylvie Godin, qui a
été alertée la semaine dernière.
Il y a deux ans, la Commission a publié un rapport
alarmant sur les conditions de vie des enfants dans les 14
villages du Nunavik. L’an dernier, une équipe
spéciale y a été
dépêchée pour remettre le système
de la protection de la jeunesse sur les rails.
Au début, il y a eu des signaux encourageants, dit Mme
Godin. Mais aujourd’hui, « la Loi sur la Protection de
la jeunesse n’est pas respectée et les droits des
enfants sont compromis », selon elle.
Le problème, c’est que le blitz de l’automne a
multiplié les signalements d’enfants en situation de
risque. Mais qu’il n’y a pas assez de personnel pour traiter
leurs dossiers.
Dans la baie d’Ungava, les intervenants sociaux sont au bout
du rouleau.
« Nous avons des cas très lourds, des enfants
négligés à plusieurs niveaux, mais nous
ne pouvons que panser les blessures en surface, puis on passe
à un autre appel », confie l’un d’entre eux,
joint par La Presse.
« Je promets aux familles que je leur donnerai des
services, mais je n’y arrive pas », dit un autre
intervenant.
Deux villages de la baie d’Ungava n’ont actuellement aucun
intervenant social. Les deux préposés au
signalement sont partis. Des trois personnes chargées
de faire l’évaluation des cas signalés, deux
sont parties et la troisième s’en va le mois prochain.
« Actuellement, il y a 82 dossiers en évaluation,
on s’entend que c’est inadmissible ! » déplore
André Lebon.
Au bout du rouleau
Dans une lettre envoyée cette semaine au Directeur de
la Protection de la jeunesse pour la région de
l’Ungava, Daniel Michaud, la dizaine d’intervenants se disent
incapables de faire correctement leur travail. « Nous ne
croyons plus qu’il soit sain pour notre santé mentale
et physique d’exercer notre travail dans de telles
circonstances », écrivent-ils.
Dans les
témoignages qu’ils ont donnés anonymement
à La Presse, ils se disent au bout du rouleau. «
Nos conditions de travail ont atteint un seuil critique
», dit un intervenant.
« J’aime ma job, mais à force de me voir
stressée, fatiguée, je pense à
démissionner », dit sa collègue.
C’est le cercle vicieux: plus leurs conditions de travail sont
pénibles, plus les gens quittent le Nord. Et plus ils
partent, plus ceux qui restent en arrachent.
« Les intervenants ont les yeux qui roulent dans l’eau,
ils vont craquer ou ils vont partir », s’inquiète
leur représentante syndicale, Michelle Audy.
La situation a un impact sur les enfants du Nunavik. Certains
sont retirés de leur famille sans que l’on sache quoi
en faire. D’autres sont placés dans une famille
d’accueil que l’on n’a pas pu évaluer. Avec la
période de vacances, ça risque de se
dégrader.
André Lebon était responsable de l’équipe
spéciale qui est « montée dans le Nord
» il y a un an pour réorganiser les services de
protection de la jeunesse. Mais la meilleure
réorganisation ne peut rien contre le manque chronique
de ressources.
En ce moment, les foyers de groupe débordent au
Nunavik. « Il n’y a plus aucune place pour les filles ou
pour les garçons de 6 à 12 ans »,
énumère André Lebon.
« Nous sommes solidaires de la lettre syndicale, dit-il.
Si nous continuons à assommer notre personnel, les gens
vont quitter ou tomber malades. » Que faire? Le
problème, c’est que le Grand Nord est incapable de
recruter et de retenir ses intervenants sociaux.
Il y a trois semaines, André Lebon croyait avoir
trouvé cinq perles rares pour combler autant de postes.
« Quand ils ont su quelles seraient exactement leurs
conditions de vie, les candidats se sont tous
désistés », dit-il.
Le syndicat qui regroupe les intervenants sociaux du Grand
Nord a mis sur papier huit demandes qui, selon lui,
faciliteraient le recrutement de Blancs et d’Inuits pour
combler les postes vacants. Leurs patrons appuient cette
« liste d’épicerie » à cent pour
cent.
Les intervenants réclament une prime
d’éloignement et de risque qui hausserait leur salaire
d’environ 22 000$. D’autres mesures touchent la
possibilité, pour des travailleurs sociaux du Sud, de
travailler temporairement dans le Nord sans perdre leurs
avantages sociaux. De meilleures conditions de logement. Ou
encore de meilleures communications
téléphoniques.
« Actuellement, nous n’avons même pas de programme
d’aide aux employés », déplore Michelle
Audy. Or, les conditions de travail dans le Grand Nord sont
dures. Plusieurs intervenants travaillent dans des villages
isolés et doivent répondre à des urgences
la nuit. « S’ils ne sont pas mieux
rémunérés, pourquoi accepteraient-ils
cette misère-là? »
Les Mohawks demandent à Ottawa d’acheter le terrain
litigieux - Bruno Bisson
«
J’ose croire que les autorités gouvernementales ont
appris de la crise de 1990 et que, 20 ans plus tard, on
pourra régler nos différends une fois pour
toutes pour que de tels événements ne se
reproduisent plus », a affirmé Sohenrise Paul
Nicholas, grand chef de Kanesatake.
Le conseil de bande de Kanesatake, près d’Oka,
demande au gouvernement fédéral d’acheter le
terrain de la Financière Norfolk, en bordure de la
route 344, afin d’éviter une dispute territoriale
semblable à celle qui avait mené à la
crise d’Oka en 1990.
Dans un communiqué publié hier, le grand chef
de Kanesatake, Sohenrise Paul Nicholas, a fait savoir que
les Mohawks « ne veulent pas d’une deuxième
crise d’Oka » et a invité les gouvernements
provincial et fédéral à reprendre, une
fois de plus, les négociations visant le
règlement des revendications territoriales de
Kanesatake.
« J’ose croire que les autorités
gouvernementales ont appris de la crise de 1990 et que, 20
ans plus tard, on pourra régler nos différends
une fois pour toutes pour que de tels
événements ne se reproduisent plus », a
affirmé M. Nicholas.
La crise de 1990
En 1990, une d ispute relativement banale à propos
d’un projet de condos et d’agrandissement gol f sur des
terrains voisins de Kanesatake avait
dégénéré en conflit armé.
Ironiquement, ces terrains étaient situés en
bordure de la route 344, juste en face du terrain de la
société Norfolk qui soulève
actuellement la contestation. Comme à
l’époque, les terrains en litige sont clairement
situés dans le territoire de la municipalité
d’Oka et leurs propriétaires peuvent en faire ce
qu’ils veulent.
LesMohawksdeKanesatake
estiment toutefois que ces terrains, comme d’ailleurs
l’ensemble du territoire de l’ancienne seigneurie des
Deux-Montagnes, font partie de leurs terres ancestrales.
Le 18 janvier dernier, des Mohawks ont forcé une
équipe de travailleurs embauchés par Norfolk
à fermer un chantier et à quitter le terrain.
Ils ont annoncé au propriétaire qu’aucun
lotissement n’irait de l’avant sur ces terres.
Dans un entretien avec La Presse hier, le porte-parole de
Norfolk, Norman Ducharme, a affirmé que l’entreprise
n’avait pas l’intention d’attiser le feu. « Il vaut
mieux laisser retomber la poussière un peu »,
at-il dit.
M. Ducharme a toutefois tenu à préciser que
les démarches pour obtenir les autorisations de la
municipalité d’Oka et procéder au lotissement
du terrain vont se poursuivre. Norfolk estime que le lot
actuel pourrait accueillir trois maisons.
« Mais le plus pressant en ce moment, a-t-il
insisté, ce sont les trois arbres qu’il faut couper.
L’équipe que nous avions envoyée à Oka
était là pour tailler trois arbres
brisés qui menacent de tomber sur la maison voisine
de notre terrain. Ça, c’est notre
responsabilité, et si le conseil ne nous autorise pas
à le faire, nous voulons que quelqu’un d’autre le
fasse parce que c’est dangereux. »
M. Ducharme a déclaré que l’entreprise
pourrait intenter des recours pour forcer la
municipalité d’Oka à délivrer les
permis de lotissement. Norfolk songe aussi à
enjoindre au ministère de la Sécurité
publique du Québec, responsable de la
sécurité civile, de faire réaliser les
travaux jugés nécessaires pour la
sécurité des voisins de Norfolk.
À plus long terme, si toute mise en valeur de sa
propriété était impossible, M. Ducharme
a précisé que Norfolk pourrait poursuivre le
gouvernement fédéral en sa qualité de
responsable des relations avec les autochtones.
135 000$ pour avoir été exclu des
élections à Kahnawake - Daphné
Cameron
Keith Myiow,
candidat exclu du bu l le t i n de vo te au x élections
de Kahnawake en juillet dernier, recevra une compensation de
135 000 $ du conseil de bande.
Cette entente en médiation, qui possède la
même portée qu’u n j ugement, a été
approuvée à la fois par la Cour
fédérale et la cour de Kahnawake, vendredi.
K eit h My iow, de s t it ué du conseil de bande pour
une allégation de violation de confidentialité
en 2007, avait été écarté du
scrutin malgré une injonction de la Cour
fédérale lui permettant de briguer les
suffrages.
Le
porte-parole du conseil, Joe Delaronde, avait alors
indiqué à La Presse que la communauté
n’avait pas à obéir à une instance
fédérale.
Deu x semaines après les élec tion s , le s avo
c a t s de Myiow ont déposé une requête en
révision judiciaire à la Cour
fédérale, notamment pour faire annuler le
résultat du scrutin ainsi que toutes les
décisions prises par le conseil de bande depuis les
élections du 4 juillet.
L es deu x pa r ties sont finalement parvenues à une
entente à l’amiable vendredi. Le conseil de bande,
dirigé par le grand chef Michael Delisle Jr, a
accepté de verser u ne compensation fina ncière
à Myiow en plus de lui permettre de se présenter
à des élections futures. Keith Myiow a pour sa
part accepté de reconnaître la
légitimité de l’administration et de son grand
chef.
Près de 10 000 personnes vivent dans la
communauté mohawk de Kahnawake.
ÉLECTIONS DU 4 JUILLET À KAHNAWAKE
Dépôt d’une requête en révision
judiciaire
Keith Myiow, un
candidat exclu du bulletin de vote aux élections de
Kahnawake du 4 juillet, entreprend un recours judiciaire pour
faire déclarer nul le résultat du scrutin.
L’avocat de M. Myiow, Me Gérard Morency, a
déposé une requête en révision
judiciaire en ce sens, jeudi, aux bureaux de la Cour
fédérale, dans le Vieux-Montréal. La
Presse a obtenu le document d’une vingtaine de pages.
Les demandes de Keith Myiow sont multiples. Il souhaite
notamment que la Cour retire d’office tous les élus,
annule toutes les décisions prises par le conseil de
bande depuis le 4 juillet, fixe une autre date
d’élections et ordonne que son nom figure sur le
bulletin de vote.
« Quant à nous, les dernières
élections étaient illégales », a
déclaré Me Gérard Morency, en entrevue
avec La Presse.
Selon lui, l’administration de la communauté mohawk de
Kahnawake a commis un outrage au tribunal en refusant à
Keith Myiow le droit de se présenter aux
élections de juillet, qui ont porté au pouvoir
le grand chef Michael Delisle pour un troisième mandat.
En effet, quatre jours avant le scrutin, la Cour
fédérale avait prononcé une injonction
ordonnant au conseil de bande d’ajouter sur le bulletin de
vote le nom de M. Myiow, qui souhaitait briguer le poste de
grand chef.
Le conseil a
refusé publiquement de se plier à l’ordre de la
Cour, préférant suivre ses propres
règlements. Selon la loi électorale de
Kahnawake, M. Myiow n’était pas éligible
puisqu’il avait déjà été
destitué du conseil de bande, en 2007, pour avoir rompu
une entente de confidentialité. Il siégeait
alors comme conseiller.
« L’administration de la communauté a ouvertement
défié la Cour fédérale », a
déclaré Me Morency. Dans sa requête, Keith
Myiow demande également qu’on déclare
illégaux les règlements locaux qui l’ont
empêché d’exercer son droit. Finalement, le
candidat exclu demande à la Cour fédérale
de le rétablir dans les fonctions qu’il occupait en
2007, et ce, jusqu’à la tenue de nouvelles
élections.
Joint par La Presse, le porteparoleduconseil, JoeDelaronde, a
indiqué que le grand chef était «
très déçu » que M. Myiow ait
décidé de s’adresser ainsi à la Cour
fédérale.
Spéculations
« Nous avons notre propre cour et nos propres lois
», a-t-il réitéré.
Si la Cour fédérale rend un nouveau jugement en
faveur de Keith Myiow, le conseil de bande va-t-il le
respecter et recommencer les élections ?
« Je préfère ne pas spéculer
làdessus », a répondu Joe Delaronde.
PÉROU Indigènes unis
Le quatrième sommet des communautés
indigènes des Amériques s’est achevé hier
à Puno, dans le sud-ouest du Pérou, sur une
proposition de création d’une Union mondiale des nations
indigènes, sorte de «Nations unies» des
autochtones. Cette organisation sera destinée à
diffuser leur vision du monde et défendre leur
identité. Son principe a été approuvé
par les près de 5000 délégués
d’ethnies natives du continent.
LA VOIE DU PARTENARIAT - François
Bellefleur
Les Innus de
Nutaskuan sont fiers de leur entente avec le gouvernement
Charest dans le dossier de la Romaine
Il y a de la place pour tout le monde, il y a de la place pour
le partage des terres et des ressources pourvu qu’on respecte
ce que nous sommes.
L’auteur est chef de la communauté innue de Nutaskuan,
sur la Côte-Nord. Nous publions un extrait de son
intervention devant l’instance permanente sur les questions
autochtones des Nations unies.
La Première Nation innue de Nutaskuan, sur la
Côte-Nord du Québec, a décidé, il y
a quelques années, d’abandonner la confrontation pour
adopter résolument la voie du partenariat d’égal
à égal avec les Québécois.
Il y a de la place pour tout le monde, il y a de la place pour
le partage des terres et des ressources pourvu qu’on respecte
ce que nous sommes. Voilà l’essentiel du message que
m’ont livré les aînés de ma
communauté lorsque j’en suis devenu le chef. Nous
sommes capables ensemble, Innus comme Québécois,
tous les peuples autochtones et non autochtones, de
développer des amitiés et de véritables
partenariats. Et c’est ce que nous avons fait.
Ces partenariats, nous les avons d’abord
développés, en moins de deux ans, avec le
gouvernement du Québec et particulièrement avec
le premier ministre du Québec, Jean Charest, qui a fait
preuve d’une grande ouverture à l’égard de nos
ambitions. Par l’entremise de la société
d’État Hydro-Québec, nous avons
négocié pendant un an une entente autour de la
réalisation du complexe hydroélectrique sur la
rivière Romaine.
Nous voyons dans ce projet une occas i on f o r mid abl e de
bâtir un avenir meilleur pour nos enfants et de raffermi
r leur f ier té d’appartenir à une g r a nde n a
t i o n . L’entente entourant la réalisation de ce
projet, avec ses 145 millions de dollars versés sur 50
ans, nous permettra de soutenir notre développement et
d’améliorer substantiellement l’éducation et la
formation professionnelle des membres de notre
communauté, particulièrement nos jeunes, dans le
secteur de la foresterie, du camionnage et de la construction
des infrastructures; de leur réserver un avenir
meilleur et digne; de briser le cercle vicieux de la
dépendance, de la pauvreté et du chômage.
Nous
éprouvons le besoin viscéral de « marcher
les terres » de nos ancêtres, la Terre-Mère
qui a vu grandir depuis le début des temps, les enfants
de la grande nation innue.
Et nous sommes également fiers comme membres du peuple
innu de contribuer, par la production d’une énergie
propre, à la préservation de la planète.
L’énergie électrique de la Romaine pourrait
contribuer à réduire la production de gaz
à effet de serre de neuf mégatonnes
annuellement.
Nous avons également, dans la foulée du projet
Romaine, acquis une scierie, en partenariat avec des
entreprises privées québécoises, scierie
où les Innus de Nutaskuan sont actionnaires
majoritaires. Le gouvernement du Québec nous a
octroyé les 115 000 mètres cubes de bois qui
découleront du défrichement des zones inondables
liées au projet de la Romaine.
Raffermir notre autonomie et notre identité, par une
personnalité économique renforcée, nous
réapproprier notre territoire, protéger la
planète, tout en conservant nos droits fondamentaux
comme Première Nation, voilà quels sont les
objectifs que nous poursuivons.
Parallèlement à cette embellie sur le plan
économique, les Innus de Nutaskuan sont une des trois
Premières Nations assises à la table de
négociations avec le gouvernement du Québec et
le gouvernement fédéral afin de finaliser une
entente, l’approche commune, qui exprimera notre droit
inhérent à l’autonomie gouvernementale et notre
volonté de réaliser un partage réel du
territoire, de Nitassinan, avec nos partenaires
québécois.
Nous avons décidé de prendre toute notre place,
la nôtre, aujourd’hui, comme dans les sillons de
l’histoire, avec ténacité, enthousiasme et
intelligence. Nous allons faire mentir le destin tragique
imaginé et dessiné par d’autres, destin qui nous
dépouillait de nos terres, de notre âme et de
notre coeur.
AMÉNAGEMENT
DES
RIVIÈRES DU NORD - Charest devra composer avec les
Premières Nations
« Non, vous ne ferez pas une autre Baie-James sans
convenir avec nous d’ententes reconnaissant nos droits au
territoire. »
— Bombardé « Grand Bâtisseur » par
ses militants la fin de semaine dernière, le premier
ministre Jean Charest risque de trouver un obstacle sur sa
route vers les rivières Romaine et
PetitMécatina. Les Premières Nations se
promettent de faire respecter leurs droits ancestraux sur ces
territoires de la Côte-Nord.
« Soyez assuré que les premières nations
ne se laisseront pas bulldozer », écrit Ghislain
Picard, le chef de l’Assemblée des Premières
Nations du Québec, dans une lettre ouverte au premier
ministre Charest. Les Premières Nations « ne
resteront pas immobiles et muettes face à vos projets
qui ne tiennent aucunement compte de nos droits sur le
territoire », poursuit-il, dans la lettre publiée
aujourd’hui dans les pages Forum de La Presse.
L’intention de Québec d’appuyer sur
l’accélérateur pour l’aménagement des
rivières du Nord n’émeut pas le chef Picard. En
avril dernier, les chefs des Premières Nations avaient
décidé de créer un « comité
des terres et des ressources » et c’est avec ce
comité que le gouvernement Charest « devra
dorénavant composer pour tout projet de
développement du territoire »,
prévient-il.
M. Picard avait plongé sa plume dans l’acide pour
critiquer l’annonce unilatérale du premier ministre au
cours de la fin de semaine. Des premiers ministres, tous
partis confondus, ont su dans le passé prendre en
compte la présence « immémoriale »
des autochtones sur ces territoires, rappelle le chef Picard.
« C’est ce qu’exigeait leur rôle de chef de
gouvernement, au-delà de l’ambition de briller »,
poursuit-il. Pour lui, faire du Québec « la
première puissance mondiale des énergies
renouvelables est un objectif très ambitieux ».
On peut « s’interroger sur cette ambition de briller
parmi les premiers » quand la planète est aux
prises avec des enjeux cruciaux en matière de
développement durable, selon lui.
La fin de
semaine dernière, M. Charest, devant le conseil
général des libéraux à Laval,
avait épilogué sur les retombées du
projet de la Romaine, mis en chantier il y a deux semaines. En
outre, il avait annoncé qu’il demandait à
Hydro-Québec de commencer, dès cette
année, les études de faisabilité pour le
chantier Petit-Mécatina, 100 kilomètres plus
loin, une décision qui devrait devancer d’un an ou deux
la mise en chantier, prévue pour 2018.
« Non, vous ne ferez pas une autre Baie-James sans
convenir avec nous d’ententes reconnaissant nos droits au
territoire », prévient M. Picard.
Robert Bourassa, avant de faire la Baie-James, avait eu le
mérite de reconnaître les droits des «
premiers occupants ». Le territoire « sur lequel
vous comptez développer vos projets de barrage se
nommeNitassinan. Il s’agit du territoire ancestral de la
nation Innu qui y détient, que cela vous plaise ou non,
des droits ainsi qu’un titre aborigène conférant
un droit au territoire lui-même »,
renchérit M. Picard, sans appel.
Les Innus « n’ont jamais été conquis, ils
n’ont jamais cédé leurs territoires et, surtout,
n’ont jamais abdiqué leur souveraineté sur ces
territoires », lance le chef Picard. Les gouvernements,
depuis 30 ans, ont fait peu de cas de ces droits, «
c’est là une grave erreur et une immense injustice
». La lettre de Ghislain Picard est publiée en
page A25
Non à une autre Baie-James
Les
Premières Nations ne se laisseront pas «
bulldozer » par les projets de barrages
hydroélectriques sur ses terres -
Ghislain Picard
Le gouvernement devra composer avec le Comité des
terres et ressources des Premières Nations pour tout
projet de développement du territoire et de ses
ressources.
ML’auteur est chef de l’Assemblée des premières
nations du Québec et du Labrador (APNQL). Il signe une
lettre adressée au premier ministre du Québec,
Jean Charest. onsieur le premier ministre, faire du
Québec la première puissance mondiale des
énergies renouvelables est un objectif très
ambitieux. On peut s’interroger sur cette ambition de briller
parmi les premiers, au moment où la planète est
avant tout confrontée à des enjeux cruciaux de
développement durable.
Pour
réaliser le projet de la Baie-James, le gouvernement
de Robert Bourassa a négocié et conclu un
traité avec les Cris, les Naskapis et les Inuits, la
Convention de la Baie-James. Pourquoi en serait-il
différemment aujourd’hui sur les territoires des Innu
?
Parmi les premiers ministres du Québec qui ont
contribué au développement de grands projets,
les Premières Nations reconnaissent ceux, quel que soit
le parti politique, qui ont su prendre en compte la
présence immémoriale des Premières
Nations sur le territoire et les droits sur ce territoire qui
sont les nôtres et qui continueront d’être au
coeur de ce que sont les Premières Nations. C’est ce
qu’exigeait leur rôle de chef de gouvernement,
au-delà de l’ambition de briller.
On peut choisir d’ignorer, de contourner les droits des uns et
des autres. Je constate que c’est là la position de
votre gouvernement. De l’exploitation d’une rivière sur
un territoire qui n’est pas vraiment le vôtre, vous
êtes prêt à sauter à une autre, dans
les mêmes conditions d’irrespect des droits des
Premières Nations. Permettez-moi de l’affirmer le plus
clairement possible, cela est inacceptable. Je ne cherche pas
à dissimuler ma déception, ni ma colère,
et je la sais partagée par plusieurs.
Soyez assuré, M. Charest, que les Premières
Nations ne se laisseront pas « bulldozer »,
qu’elles ne resteront pas immobiles et muettes face à
vos projets qui ne tiennent aucunement compte de nos droits
sur le territoire. Non, vous ne ferez pas une autre Baie-James
sans convenir avec nous d’ententes reconnaissant nos droits au
territoire.
Pour
réaliser
le projet de la BaieJames, le gouvernement de Robert
Bourassa a négocié et conclu un traité
moderne avec les Cris, les Naskapis et les Inuits. Bien
qu’imparfaite, cette Convention de la Baie-James avait le
mérite de reconnaître les droits des premiers
occupants du territoire. Pourquoi en serait-il
différemment aujourd’hui sur les territoires des
Innu?
Le territoire
sur lequel vous comptez développer vos projets de
barrages hydroélectriques se nomme Nitassinan; il
s’agit du territoire ancestral de la nation Innu qui y
détient, que cela vous plaise ou non, des droits ainsi
qu’un titre aborigène conférant un droit au
territoire lui-même.
De plus, les Innus n’ont jamais
été conquis, ils n’ont jamais
cédé leurs territoires et, surtout, n’ont
jamais abdiqué leur souveraineté sur ces
territoires. Malgré des discussions et des
négociations qui durent depuis plus de 30 ans pour
la conclusion d’un traité, les gouvernements
continuent d’agir sur ce territoire comme si les droits
des Innus n’existaient pas. C’est là une grave
erreur et une immense injustice.
En novembre dernier, l’Assemblée des chefs a
adopté une déclaration portant sur un
mécanisme d’affirmation de la souveraineté des
Premières Nations. Il ne s’agit pas d’un geste de
rupture, mais d’un geste de clarté, d’un rappel de ce
qu’ont toujours été, de ce que sont et de ce que
continueront d’être les Premières Nations : des
nations souveraines que l’on a trop longtemps laissées
de côté. Conséquemment, le gouvernement du
Québec ne peut pas agir comme s’il était seul
propriétaire du territoire ; la propriété
est à tout le moins partagée avec les nations
autochtones concernées.
Dans un plan d’action adopté en avril dernier, les
chefs ont donné le feu vert à la création
d’un Comité des terres et ressources, composé de
représentants des Premières Nations ayant pour
mandat de proposer des solutions à la
problématique actuelle de la gestion des territoires
ancestraux et des ressources. De façon prioritaire, ce
comité aura la responsabilité de proposer aux
Premières Nations une position en réaction
à votre fameux Plan Nord, dont nous ne connaissons
aucunement les détails et la portée.
Je vous annonce donc, ainsi qu’à la population
québécoise du même coup, la
création de ce Comité des terres et ressources
des Premières Nations, avec lequel le gouvernement
devra dorénavant composer pour tout projet de
développement du territoire et de ses ressources. Entre
autres projets de ce Comité: création et
adoption de politiques d’aménagement du territoire,
d’émission de permis d’exploitation, d’une
procédure d’évaluation d’impacts sociaux et
environnementaux, ainsi que les conditions pour le partage des
redevances.
Je compte sur vous et votre sens de l’État pour donner
suite à ces normes internationales et convenir avec
nous de l’avenir de nos territoires.
Paix dans l’Arctique !
Des
communautés florissantes auront une voix plus forte
que toutes les flottes de brise-glaces pour assurer notre
souveraineté
Au lieu de s’attaquer vigoureusement au problème des
changements climatiques, le Canada défend sa
souveraineté en faisant appel aux militaires.
L’auteure a été candidate au prix Nobel de la
paix 2007 et présidente internationale du Conseil
circumpolaire inuit. Ce texte est extrait de la 9e
Conférence LaFontaine-Baldwin, qu’elle a
prononcée vendredi à Iqaluit. La
Conférence LaFontaine-Baldwin, présidée
par John Ralston Saul, est un partenariat de l’Institut de
la citoyenneté canadienne et de l’Institut du
Dominion.
Alors que le monde entier se tourne encore une fois vers les
ressources de l’Arctique, les décisions de notre
gouvernement ne sont pas sans affecter les Inuits.
La banquise du passage du NordOuest se morcelle et le Canada
est appelé à défendre sa
souveraineté sur ce célèbre passage.
Comme le savent les Inuits, la banquise, y compris les
glaces de rive qui recouvrent en grande partie le passage, a
procuré à plusieurs générations
une plateforme stable pour la pratique de la chasse, un
élément essentiel de notre culture. Ces glaces
sont aussi notre meilleure défense contre les navires
cherchant une voie plus rapide.
Le ralentissement du phénomène des changements
climatiques serait la meilleure solution à long terme
pour renforcer la souveraineté du Canada dans
l’Arctique. Mais au lieu de s’attaquer vigoureusement au
problème des changements climatiques et de faire
preuve de leadership international sur la question, le
Canada a décidé que la meilleure façon
de défendre sa souveraineté contre les navires
qui franchissent le passage, c’était de faire appel
aux militaires et à une nouvelle flotte de
brise-glaces armés.
Désormais, le Canada, un pays où règne
la paix, « défendra » l’Arctique. Nous
nous donnerons des airs et menacerons même les navires
qui tenteront de se faufiler librement entre nos îles.
Le Canada
devrait prendre une autre approche – une approche plus
humaine fondée sur des principes. Comme le
préconise mon bon ami Lloyd Axworthy, un grand
Canadien, et comme je l’ai déjà
suggéré, le Canada devrait faire preuve de
leadership et adopter une approche axée sur la paix
et sur la gestion coopérative de l’Arctique,
peut-être par l’entremise de nouvelles institutions
multilatérales ou par un plus grand rôle
à être confié au Conseil de l’Arctique.
Je crois que nous devons déployer de grands efforts
afin d’éviter de créer une autre région
où pourraient s’établir des relations tendues
entre les pays, imbues de peur et de conflits. L’Arctique
est l’un des derniers lieux au monde où règne
la paix dans un environnement d’une grande pureté.
Nous devons tous nous rendre compte que des
communautés humaines florissantes auront une voix
plus forte que toutes les flottes de briseglaces et que
toutes les casernes remplies de soldats pour assurer notre
souveraineté dans l’Arctique. (…)
Prenant conscience de l’importance de l’Arctique pour la
planète tout entière et du rôle
historique d’intendants environnementaux des peuples
autochtones dans les écosystèmes de
l’Arctique, il faut songer à élaborer un
traité sur l’Arctique qui donnerait aux peuples
autochtones une fonction d’intendance environnementale de
l’Arctique pour le bien de l’humanité, et ce, avec un
modèle de cogestion. (…)
Je ne propose pas de freiner le développement
économique dans l’Arctique ou ailleurs dans le monde.
Plutôt, nous devons reprendre un contrôle
véritable sur le développement en insistant
pour que chaque occasion, chaque programme soit
analysé systématiquement selon ses impacts:
les émissions de gaz à effet de serre, les
cycles non renouvelables qu’ils pourraient entraîner
et les effets à long terme sur notre paysage fragile
et sur la santé de nos gens.
Lorsque nous prenons des décisions en matière
de notre développement, nous devrions toujours
considérer toutes les incidences de nos actions, non
seulement pour nous-mêmes et pour les
générations futures, mais pour tous ceux aussi
auxquels nous sommes unis, que ce soit par la voie de l’eau
ou par la voix des airs.
Encore de vives tensions à Kanesatake
Les tensions
semblent toujours aussi vives au
seindelacommunautémohawkdeKanesatake. Le conseil de
bande a accusé les policiers de la
Sûreté duQuébec (SQ), hier, de ne pas
faire leur travail de façon adéquate.
« Ils travaillent pour avoir leur chèque de
paie, mais en réalité, ils ne font rien
», a lancé le grand chef du conseil, Sohenrise
Nicholas, lors d’un entretien téléphonique
avec La Presse.
M. Nicholas a décidé de faire cette sortie
publique à la suite d’un incident survenu dans la
nuit de dimanche à lundi. Vers 2h, un conflit entre
des membres de la communauté a
dégénéré, dans le rang
SaintePhilomène. Résultat : une maison a
été incendiée et un camion, embouti.
Sohenrise Nicholas estime que la SQ n’a pas fait le
nécessaire pour prévenir la dispute, au cours
de laquelle personne n’a été blessé.
Des patrouilleurs ont visité la maison à deux
reprises dimanche soir pour répondre à des
appels signalant des voies de fait.
« S’ils avaient réagi plus tôt, rien de
cela ne serait arrivé », a poursuivi M.
Nicholas. Les agents de la SQ sont présents sur le
territoire, mais ils tardent trop souvent à
intervenir, estime le grand chef.
La SQ a
réfuté hier les accusations du conseil de
bande, affirmant « assumer pleinement la
sécurité sur le territoire de Kanesatake
». Personne n’a encore été
arrêté relativement aux incidents du
début de la semaine, mais l’enquête suit son
cours, a assuré la porte-parole Martine Isabelle.
Cet incident rappelle les tensions qui subsistent entre
certains membres de la communauté et la police
provinciale, chargée de patrouiller sur le territoire
depuis l’incendie de la résidence de l’ancien grand
chef James Gabriel, en janvier 2004.
L’été dernier, des Mohawks ont saccagé
deux véhicules de la SQ et dressé une
barricade sur la route 344. Le retour d’une police
autochtone a été l’un des principaux enjeux de
la campagne électorale de l’an dernier. Sohenrise
Nicholas, le chef élu, n’en faisait toutefois pas un
objectif prioritaire.
Le conseil de bande sonde actuellement les membres de la
communauté pour connaître leur avis sur le
sujet. Des discussions ont cours entre la communauté
et les ministères de la Sécurité
publique provincial et fédéral, a
souligné M. Nicholas.
La population de Kanesatake est divisée sur la
possibilité du retour des Peace Keepers, selon Steve
Bonspiel, un membre de la communauté. « Une
partie souhaite les voir revenir, mais l’autre partie est
encore échaudée par les
événements de 2004 », a-t-il dit.
ARMEMENT DES
DOUANIERS À AKWESASNE Les Mohawks pressent Ottawa de
reculer
— Des Mohawks d’Akwesasne qui manifestent tous les jours
depuis un mois devant la frontière
canado-américaine affirment que leur contestation
pourrait devenir « plus musclée » dans les
prochains jours si l’Agence des services frontaliers du Canada
(ASFC) ne revient pas sur sa décision d’armer ses
douaniers, qui doit devenir effective demain.
Les
Mohawks d’Akwesasne craignent que l’armement des douaniers
exacerbe les tensions et engendre la multiplication ou le
dérapage des épisodes d’abus de pouvoir et de
profilage racial dont ils se disent victimes depuis une
dizaine d’années.
Les habitants d’Akwesasne – une réserve de 12 000
personnes qui chevauche les frontières du
Québec, de l’Ontario et de l’État de New York –
soutiennent que leurs rapports avec les douaniers du poste de
Cornwal l , situé au coeur de leur territoire, en
Ontario, sont déjà pénibles, notamment
parce que le trafic de drogue et la contrebande de tabac sont
des pratiques répandues à la f rontière.
I ls craignent que l’armement des douaniers exacerbe les
tensions et engendre la multiplication ou le dérapage
des épisodes d’abus de pouvoir et de profilage racial
dont ils se disent victimes depuis une dizaine année.
« Tous les Mohawks, peut importe leur sexe, leur
profession ou leur âge, sont traités comme des
trafiquants de drogue » , résume l’un des chefs
de la communauté, Joe Lazore. Il n’y a rien de
rassurant dans le fait que des gens qui nous traitent comme
des terroristes se voient confier des armes à feu. J’ai
surtout peur qu’un agent dégaine son arme et que
ça se termine de façon tragique. »
Le grand chef de la nation d’Akwesasne, Tim Thompson,
concède que tous les douaniers n’ont pas un
comportement répréhensible.
300 plaintes
« Mais
nous avons porté plus de 300 plaintes depuis deux ans
contre des douaniers de Cornwall qui ont violé des
droits fondamentaux, précise-t-il. Elles n’ont jamais
été traitées; tout ce que nous avons
reçu ce sont des accusés de réception. Et
maintenant on veut armer les douaniers? C’est de la pure
provocation. » Depuis que le gouvernement conservateur a
annoncé l’armement des 4800 agents des services
frontaliers du Canada d’ici à 2016, les Mohawks
d’Akwesasne ont demandé à maintes reprises une
rencontre formelle avec le ministre de la
Sécurité publique, Peter Van Loan. Deux jours
avant l’implantation de la nouvelle mesure, ils n’y
étaient toujours pas parvenus.
« La frustration est à son comble dans la
communauté, a expliqué le grand chef. Ils sont
en train de nous pousser à bout. C’est une question de
souveraineté territoriale et de respect. La douane est
sur notre territoire, notre opinion devrait être
considérée. »
La porte-parole de l’ASFC, Patrizia Giolti, a refusé
d’accorder une entrevue téléphonique à La
Presse hier.
Dans un communiqué émis par l’agence
fédérale, le directeur général
régional de la région du Nord de l’Ontario, Rick
Comerford, a toutefois souligné qu’il avait eu des
rencontres avec le conseil des Mohawks d’Akwesasne et qu’il
s’engage « à maintenir ce dialogue avec eux
».
« Il n’y a pas de dialogue en ce moment, dit Tim
Thompson. On a demandé au président de l’ ASFC,
Stephen Rigby, de suspendre la décision pour poursuivre
la discussion et il nous a répondu que la situation
"est ce qu’elle est". Ce à quoi j’ai répondu:
"Notre réponse sera ce qu’elle sera." »
Le rassemblement pacifique se poursuivra devant le poste
frontalier de Cornwall aujourd’hui. Au cours de la semaine,
des actions plus spectaculaires pourraient être
envisagées, ont affirmé plusieurs leaders de la
communauté. « Ce sera une décision
votée par la communauté, précise Tim
Thompson. Mais il se peut que certaines personnes perdent
patience. »
Droits de autochtones: le Canada rejette la
déclaration de l'ONU
Le principal leader autochtone canadien a exprimé
sa «déception» jeudi face à la
décision du Canada de voter contre la déclaration
des Nations unies sur les droits des autochtones, qui devait
être soumise le même jour à
l'Assemblée générale de l'ONU.
«Nous sommes très déçus de
l'opposition du Canada à la déclaration sur les
droits des peuples autochtones», a déclaré
Phil Fontaine, chef de l'Assemblée des Premières
nations, à la chaîne CBC.
Ce document est «un symbole important», a
ajouté M. Fontaine qui se trouvait à New York pour
assister au vote.
Le gouvernement canadien a confirmé qu'il voterait
contre l'adoption de la version actuelle de la déclaration,
estimant qu'elle comporte «des lacunes fondamentales».
«Le Canada est favorable à l'esprit et à
l'intention de la Déclaration (...) mais est d'avis qu'il
faut poursuivre les négociations afin de produire un texte
qui méritera son appui et permettra de protéger
véritablement les intérêts des peuples
autochtones et non autochtones du Canada et du monde
entier», ont souligné dans un communiqué les
ministres des Affaires indiennes Chuck Strahl et des Affaires
étrangères Maxime Bernier.
Ils soulignent que les Etats-Unis, l'Australie et la
Nouvelle-Zélande ont également exprimé des
réserves sur le texte.
Les autorités canadiennes craignent notamment que la
déclaration ne soit utilisée par les autochtones
pour appuyer des revendications territoriales ou sur les
ressources naturelles.
Plusieurs associations de défense des droits des
autochtones du Canada, et Amnesty International ont
dénoncé la position d'Ottawa.
Amnesty international avait souligné lors d'une
manifestation à Montréal la semaine dernière
que l'adoption de cette déclaration est «une
nécessité urgente pour établir des normes
internationales minimales» pour la protection des peuples
autochtones.
Il y a quelque 370 millions d'autochtones dans le monde, dont
environ 1,3 million au Canada sur une population de 32,7 millions.
Pensionnats
amérindiens
- Le pape Benoît XVI évite les excuses officielles
« Tout
ce que le pape a dit, c’est qu’il était triste de ce
qui s’était passé. C’est bien peu quand on pense
à tout ce qu’on a subi dans ces pensionnats. »
Le pape Benoît XVI n’a pas offert d’excuses officielles,
mais il a « exprimé son chagrin » et
« offert sa sympathie et sa solidarité dans la
prière » à l’égard des «
enfants indigènes » victimes d’assimilation et
d’agressions sexuelles dans les pensionnats canadiens.
Le
chef de l’Assemblée des premières nations,
Phil Fontaine, quelques minutes avant d’être
reçu par le pape Benoît XVI, hier à
Rome.
De telles agressions « ne peuvent être
tolérées », a ajouté le pape hier
au cours d’une audience au Vatican avec des
représentants autochtones.
Le chef de l’Assemblée des premières nations,
Phil Fontaine, qui avait précisé avant son
départ pour Rome que cette rencontre avait
été précédée de «
nombreux mois de diplomatie discrète mais constante
», a déclaré hier que les propos du pape
allaient permettre aux autochtones de « tourner la page
» sur ce triste chapitre.
« Le fait que le mot "excuse" n’ait pas
été utilisé ne devrait pas diminuer
[l’importance] de ce moment d’aucune façon »,
a-t-il dit en entrevue à CBC hier.
Ce n’est pas du tout l’opinion de Richard Kistabish. Cet
Algonquin de Vald’Or, qui a passé 10 ans dans un de ces
pensionnats mis sur pied pour assimiler les autochtones, avait
été beaucoup plus touché par les excuses
présentées par le gouvernement canadien, le 11
juin dernier. « Je trouve honorable la démarche
de Phil Fontaine, mais je doute qu’il ait obtenu ce qu’il
souhaitait vraiment. Tout ce que le pape a dit, c’est qu’il
était triste de ce qui s’était passé.
C’est bien peu quand on pense à tout ce qu’on a subi
dans ces pensionnats. »
De la fin du
XIXe siècle jusqu’aux années 70, environ 150 000
enfants indiens, métis et inuits, ont été
coupés de leurs familles et parqués dans des
pensionnats où on s’est employé à leur
faire perdre leur langue, leur identité et leur
dignité. Environ 80 000 d’entre eux sont toujours
vivants et se partagent des compensations du gouvernement du
Canada qui pourront s’élever jusqu’à 6
milliards.
« Encore aujourd’hui, mes frères, mes soeurs et
moi avons du mal à parler de cet épisode, dit M.
Kistabish. C’est par bribes que nous racontons ou que nous
apprenons ce que chacun a vécu là-bas. »
Des regrets insuffisants
Face à tant de souffrances, Ghislain Picard,
président de la section québécoise de
l’Assemblée des premières nations, croit aussi
que ces regrets papaux du bout des lèvres sont
insuffisants. « C’est aux victimes de se prononcer, mais
il me semble pour ma part que si les églises anglicane,
presbytérienne et unie ont été capables
de présenter leurs excuses au cours des
dernières années, l’Église catholique
devrait être capable d’en faire autant. »
Ellen Gabriel, présidente de Femmes autochtones du
Québec, ne se montrait pas surprise du peu que Phil
Fontaine ait pu arracher au pape. « Le Vatican continue
manifestement de redouter des poursuites reliées
à l’épisode des pensionnats », a-t-elle
dit. Pour Bruno Roy, président du Comité des
orphelins de Duplessis qui n’a jamais obtenu quelque excuse
que ce soit de l’Église – « pas même une
simple rencontre » – Phil Fontaine aurait dû
éviter de se prêter « à cette
mascarade, à cette opération de marketing
» du Saint-Siège.
Gilles Routhier, professeur à la faculté de
théologie et de sciences religieuses à
l’Université Laval, est plus positif. Contrairement
à Jean-Paul II qui a présenté des excuses
à maintes reprises – pour les croisades, l’Inquisition,
la colonisation, etc. – Benoît XVI en présente
très peu. Dans un langage codé, Benoît XVI
a tout de même exprimé de réels regrets
qui s’inscrivent dans un début de démarche de
réconciliation. Mais sur le fond, dit-il, «
étant donné la relative autonomie des
congrégations religieuses et des églises
locales, la réelle responsabilité du Vatican
reste à être démontrée. ( Pour les
pensionnats), ce sont des évêques qui ont pris la
décision, et non le pape. »
Phil Fontaine réagit au règlement des
pensionnatsTamara King
Les anciens élèves de
pensionnats autochtones victimes d'agressions physiques et
sexuelles sont toujours la cible de racisme, même en ces
jours où ils commencent à demander les
compensations promises par le gouvernement, a
déploré mercredi le chef national de
l'Assemblée des Premières Nations.
Phil Fontaine a indiqué qu'il sentait des pointes de
racisme dans divers commentaires sur la façon dont les
ex-élèves dépenseront le montant qui leur
sera versé en vertu des indemnités prévues
par Ottawa.
Des premiers répondants ont estimé que les
compensations entraîneraient certains effets négatifs
et que des communautés pourraient voir d'importantes
hausses de consommation de drogue et d'alcool, de violence
familiale et d'exploitation.
«Cet argent appartient aux survivants. Ce qu'ils font
avec cet argent est de leurs affaires», a
déclaré M. Fontaine lors d'une conférence de
presse soulignant le lancement formel du processus
d'indemnisation.
«Je ne critique personne, mais c'est simplement quelque
chose que j'entends et que je trouve déconcertant.»
Néanmoins, M. Fontaine a estimé que
l'entrée en vigueur du règlement constituait un
motif de réjouissances.
«C'est peut-être même un point tournant
dans l'histoire de cette nation, a-t-il ajouté. À
compter d'aujourd'hui, un long périple de 150 ans tire
à sa fin (...) Le règlement souligne le
succès de ce périple.»
Environ 150 000 enfants ont fréquenté les
pensionnats dans toutes les provinces du pays ü sauf au
Nouveau-Brunswick et à l'Ile-du-Prince-Edouard ü entre
1870 et 1970. Bien que plusieurs anciens élèves
estiment y avoir reçu une bonne éducation, Ottawa a
admis il y a près de 10 ans que les agressions physiques et
sexuelles y étaient courantes.
Environ 80 000 anciens élèves peuvent
réclamer une compensation en fonction du temps qu'ils ont
passé dans les pensionnats. La valeur des chèques
devrait atteindre en moyenne 28 000 $. En tout, le
règlement pourrait coûter jusqu'à 2 milliards
$ au gouvernement fédéral.
Les premières indemnités devraient être
mises à la poste dans environ un mois.
Le sanglot du
chef blanc - LYSIANNE GAGNON
Espérons
que M. Ignatieff respectera assez les autochtones pour les
considérer comme des adultes responsables de leurs actes.
Il y a des faits divers particulièrement
dérangeants. L’autre jour, un père de famille a
abandonné son enfant en pleine nuit pendant des heures,
dans une forêt des Cantons-de-l’Est où il aurait pu
être la proie de bêtes sauvages. Le petit avait un
an et n’était vêtu que d’un pyjama. Il était
en position foetale quand un policier l’a retrouvé.
L’alcool ? La drogue ? Probablement, mais cela n’excuse rien.
Les animaux n’ont pas de conscience et pourtant ils
protègent instinctivement leurs enfants.
Cela rappelle un autre fait divers, dont le dénouement
fut effroyable. L’hiver dernier, Christopher Pauchay, un
autochtone de la réserve de Yellow Quill, en
Saskatchewan, est sorti par une nuit où le blizzard
soufflait à pleine force pour aller rendre visite
à des parents, en emmenant avec lui ses deux filles (15
mois et 3 ans), vêtues seulement de couches et de t-shirt.
Pauchay, qui était dans un état
d’ébriété avancé, a perdu son chemin
et laissé tomber ses enfants dans la neige. Ce n’est
qu’une fois rendu chez ses proches qu’il s’est rappelé
leur existence. Les deux enfants ont été
retrouvées mortes, gelées. Pauchay avait
déjà été condamné à 52
reprises pour divers délits.
Son procès s’est soldé par une peine de trois ans
de prison. Trois ans pour deux morts, c’est peu, mais là
n’est pas mon propos.
Il y a une suite à cette histoire, et elle est politique.
Dans son dernier livre ( par ailleurs fort intéressant),
le chef libéral Michael Ignatieff revient sur ce fait
divers. Voici comment il le raconte. Lisez bien, son
récit est surréaliste.
« Imaginer
un pays, ce n’est pas seulement l’imaginer comme il nous
apparaît à nous seuls. C’est l’imaginer comme
l’Inuit peut le voir… c’est l’imaginer comme un habitant de la
réserve de Yellow Quill en Saskatchewan, qui voit un
Canada où deux enfants à moitié nus sont
morts de froid dans les ténèbres subarct i ques,
à c i nqua nte mè t r e s de leur cabane, pa rce
que leur père a voulu les emmener chez ses parents, mais
qu’il s’est perdu et n’est jamais arrivé à
destination (…). Et nous, Canadiens, comment penser notre pays
le lendemain matin, en apprenant que des enfants sont morts de
cette façon? C’est indubitablement plus que l’histoire
d’une famille frappée par la tragédie. C’est une
histoire qui parle de nous tous. »
Ceux qui ignoreraient la véritable histoire croiraient
que ces pauvres enfants sont mortes par un coup du destin, sans
que personne ne soit responsable. Sous la plume d’Ignatieff,
Pauchay est une victime – qui plus est, une victime du Canada
blanc ! C’est la version canadienne du « sanglot de
l’Homme blanc » si bien décrit par Pascal Bruckner.
Ce lyrisme larmoyant , qui travestit complètement une
histoi re qui avait pourtant été décrite en
détail dans tous les journaux, est de mauvais augure.
Cela laisse croire que le nouveau chef libéral pourrait
enfiler les mocassins de Paul Martin, qui a cédé
à l’Assemblée des premières nations tout ce
qu’elle réclamait – plus spécifiquement le retrait
d’un projet de loi présenté par l’ancien ministre
Robert Nault.
Ce projet de loi était pourtant nécessaire. Il
aurait rendu les chefs des réserves autochtones
redevables à leurs commettants, quant à
l’utilisation des fonds considérables qui leur sont
alloués par Ottawa, tout en les soumettant à un
minimum de contrôles démocratiques.
Sitôt au pouvoir, M. Martin a jeté aux oubliettes
ce projet de loi, avec ce résultat que la corruption
endémique et l’arbitraire politique ont continué
de sévir dans les réserves. Espérons que
l’histoire ne se répétera pas, et que M. Ignatieff
respectera assez les autochtones pour les considérer
comme des adultes responsables de leurs actes.
Le choc du Sud - AGNÈS GRUDA
Ils
s’appellent Josie, Aisa, Samuel ou Amanda. Ils ont entre 17 et
22 ans. Ils sont nés dans des villages aux noms
difficiles à épeler : Puvirnituq, Kuuj juaq ou
Kangiqsualujjuaq. Et ils rêvent de travailler un jour en
environnement, en administration ou dans une garderie.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA
PRESSE
Les filles : Caroline Tulugak, Lisa
Louie Ittukalak, Susan Nulukie et Amanda Baron. Les gars :
Samuel Lagacé, Aisa Pirti et Josie Amamatuak. Au
total, une douzaine de jeunes du Nunavik étudieront
cette année au cégep Marie-Victorin.
Chaque année, une dizaine de jeunes du Nunavik arrivent
au cégep Marie-Victorin, « leur »
cégep dans le Sud. Et ils travaillent fort pour ne pas
perdre le nord.
« Le plus difficile, c’est le temps. À
Montréal, les gens passent vite sans nous dire bonjour.
»
Aisa Pirti , 22 ans, qui vient d’Akulivik, dans la baie
d’Hudson, est le vétéran du groupe
d’étudiants que nous avons rencontrés, cette
semaine, dans une classe du collège.
À titre de « vieux routier » du
cégep, il a le recul nécessaire pour exprimer ce
que l’on vit quand on quitte une communauté de 500
habitants pour se retrouver dans une ville qui en compte 3
millions.
« Chez nous, tout le monde se connaît . En
arrivant à Montréal, je pensais me faire des
amis facilement, mais j’ai eu un choc », raconte-t-il.
Au fil des sessions, Aisa a vu plusieurs copains faire leurs
bagages pour rentrer à la maison. « Ils
s’ennuyaient trop. » Encore cette semaine, deux
cégépiennes ont pris le chemin du retour. L’une
s’ennuyait de sa fami l le. L’autre avait un niveau
académique trop faible pour continuer. C’est le coeur
gros que leur conseiller, Jacques Laplante, les a reconduites
à l’aéroport.
« Un jeune Gaspésien a aussi un choc en arrivant
à Montréal. Mais au moins, il y vit dans sa
propre langue », souligne-t-il.
Ce n’est pas le cas des jeunes du Grand Nord. Pour eux, le
français est une langue étrangère. Une
embûche de plus.
L’adaptation
Dans les
écoles du Nunavik, les élèves
étudient en inuktitut jusqu’en quatrième
année. Ensuite, ils ont le choix entre le
français et l’anglais. Les anglophones poursuivent
leurs études au cégep John Abbott. Les
francophones, plus rares, se retrouvent au cégep
Marie-Victorin.
Un programme administré depuis 1991 par la commission
scolaire Kativik leur permet d’atterrir en douceur avant de se
retrouver dans une classe régulière.
Ces élèves – une douzaine cette année –
forment l’élite du Nunavik, où peu de jeunes
finissent leur secondaire. Mais compte tenu du décalage
linguistique et académique, ils ont besoin d’un bon
coup de pouce.
Au cégep, ces jeunes du Nord ont tendance à
rester entre eux et se mêlent difficilement aux autres
étudiants. Et quand ils le font, c’est souvent pour se
buter à des préjugés.
« La question qui m’écoeure le plus, c’est :
est-ce que vous vivez encore dans des igloos ? » dit
Amanda Baron, de Kuujjuaq.
Résister aux tentations
Il y a d’autres défis. Ces jeunes habitués
à l’unique coop du village doivent résister
à la tentation de dépenser leur allocation dans
les magasins de Montréal. Résister, aussi,
à la tentation de « consommer » : à
Montréal, l’alcool est plus accessible et moins cher
que dans le Nord.
Pas évident, non plus, de vivre au milieu d’immeubles
qui cachent la ligne d’horizon. L’espace, la vie en plein air
leur manquent.
Dix jours après son arrivée à
Montréal, Josie Amamatuak, amateur de chasse au phoque
et au caribou, a vu une marmotte sur le campus. Il a
essayé de tirer dessus avec un fusil à air
comprimé. La marmotte s’en est tirée indemne…
Comme plusieurs autres étudiants, Josie a bien
l’intention de rentrer travailler – et chasser – dans le Nord,
quand il aura fini ses études.
RETROUVER SON ÂME DANS LA CUISINE -
Stéphanie Bérubé
ALIMENTATION
DES PREMIÈRES NATIONS Manuel Kak’wa Kurtness est un
chef autochtone. Pas celui qui dirige une bande, celui qui
dirige une cuisine. Et c’est par la cuisine qu’il veut faire
une différence chez lui. En ramenant sur les tables
autochtones les pl
«Les gens n’ont pas nécessairement quitté
la bouffe traditionnelle, explique Manuel Kak’wa Kurtness.
Ceux qui sont proches de la nature chassent encore l’orignal
et pêchent le poisson. Ils sont restés
attachés à leurs racines. En même temps,
ça ne les a pas empêché d’ajouter des
aliments sucrés et salés dans leur alimentation.
»
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA
PRESSE
Manuel Kak’wa Kurtness veut ramener
l’alimentation traditionnelle des Premières Nations.
Et cela commence par une visite dans le plus beau
garde-manger du monde : le bois.
Les statistiques sur la santé des autochtones sont
accablantes : un taux d’obésité nettement
au-dessus de la moyenne canadienne qui est déjà
très élevée. Les jeunes femmes
autochtones sont particulièrement enclines à
l’embonpoint. Elles consomment plus d’aliments gras et ont une
alimentation pauvre en fibres et certains minéraux et
vitamines.
Pourtant, explique le chef, l’alimentation traditionnelle des
Premières Nations est très riche. Elle suit les
saisons, alors elle ne peut être que diversifiée,
dit-il. « Et le bio, chez nous, ça existe depuis
des lustres ! lance-t-il. Manger du gibier a toujours fait
partie de notre alimentation. »
Le chef s ’est donné une véritable mission:
transmettre le savoir de ses ancêtres. Son premier
livre, Pachamama, qui sera en librairie mardi, présente
12 communautés du Québec et de l’est de
l’Ontario. Kurtness raconte leurs traditions culinaires et a
concocté des recettes pour chaque communauté,
d’après leur histoire, mais adaptées au monde
moderne.
« Notre mode de vie actuel nous éloigne de ce que
la nature nous a enseigné et, peu à peu, le
savoir de nos ancêtres se perd », dit celui qui
est aussi chasseur et professeur.
Manuel Kak’wa Kurtness enseigne à l’école
secondaire de Mashteuiatsh, au Lac-SaintJean, où il
vit. Au début du mois, il a invité 12
élèves à l’accompagner à la
chasse. Les jeunes ont passé une semaine dans le bois,
souvent sous la pluie. La plupart n’avaient jamais tué
d’orignal. La chasse a été bonne. Les jeunes ont
appris à débiter, selon les traditions.
«
À la base, il ne faut pas leur montrer à
cuisiner, dit Manuel. Il faut leur montrer l’animal. C’est la
nature qui s’offre à eux. »
Plus qu’une leçon de boucherie, les jeunes ont appris
à chasser comme leurs ancêtres. I l s savent
maintenant que l’orignal aura un goût plus
prononcé s’il est abattu autour de la deuxième
lune d’automne, parce que c’est la période de rut, et
que le castor aura un goût différent s’il vient
d’une forêt de bouleaux ou d’une forêt de
trembles. Manuel leur a parlé de la nature comme leurs
parents ont rarement le temps de le faire.
« Le mode de vie traditionnel et les valeurs
autochtones, ce n’est pas un retour en arrière,
à vivre uniquement de chasse et de pêche,
écrit-il, dans son livre. L’idée n’est pas de se
déplacer en canot ou à raquettes, de cuire les
aliments directement sur le feu et de se vêtir de peaux
d’animaux.
« Reprendre contact avec nos racines, c’est beaucoup
plus prendre conscience que nous ne sommes pas au-dessus de la
nature, mais que nous faisons partie du cercle de la vie, au
même titre que les autres créatures, explique
aussi Manuel Kak’wa Kurtness. C’est réaliser que le
territoire ne nous appartient pas, mais que c’est nous qui lui
appartenons. C’est refaire connaissance avec notre
environnement, un garde-manger à la richesse
insoupçonnée qui se trouve juste à
côté de nous. »
Il n’est pas le seul à croire que la
réappropriation de la nourriture traditionnelle par les
Premières Nations ne peut qu’être
bénéfique.
Le Centre pour la nutrition et l’environnement des populations
indigènes de l’Université McGill, en
collaboration avec l’Organisation des Nations unies pour
l’alimentation et l’agriculture, vient de publier les premiers
résultats d’une importante étude menée
sur cinq continents. Le groupe lie clairement le retrait de la
nourriture traditionnelle du quotidien des peuples autochtones
à l’obésité. Partout sur la
planète. Les chercheurs ont toutefois observé un
groupe d’Inuits de l’île de Baffin qui, justement,
retournait vers une alimentation traditionnelle, pour des
raisons de santé publique évidentes. Plus de 40
% de leurs calories quotidiennes proviennent maintenant de la
nourriture traditionnelle, alors que cette proportion avait
glissé à 31%, il y a 10 ans.
Pour encourager le mouvement, Santé Canada a
publié pour la première fois une version «
Premières Nations, Inuits et Métis » du
Guide alimentaire canadien, en 2007. Il y est notamment
question d’huile de phoque, de pain banique, de plantes et de
viandes sauvages, afin que chacun puisse adapter les
recommandations officielles à son assiette.
Amherst mérite-t-il sa rue ? - Karim
Benassaieh
Facebook
réussira-t-il là où la politique
municipale a échoué ? Moins de deux mois
après qu’un conseiller municipal indépendant de
Montréal eut tenté en vain de débaptiser
la rue Amherst, un groupe Facebook va plus loin et propose de
lui donner le nom de Pierre Falardeau. En moins d’une semaine,
l’initiative a attiré plus de 6000 supporteurs. Mais
Amherst, ce mal-aimé de l’histoire du Canada
décrit comme le « père de la guerre
bactériologique », mérite-t-il de perdre
sa rue ? Non, tranchent deux historiens.
Jef f rey A m herst est sa ns contredit un mal-aimé de
l’histoire du Canada. On lui a accolé le titre peu
honorable de « père de la guerre
bactériologique », ses victoires militaires ont
marqué le départ des troupes françaises
de NouvelleFrance, il a laissé l’image d’un homme froid
et peu attachant.
La rue
Ahmerst traverse le quartier Centre-Sud de Montréal
de la rue Notre-Dame à la rue Sherbrooke, où
elle change de nom pour Parc-La Fontaine. Elle est l’objet
d’une attention particulière depuis qu’un conseiller
municipal indépendant a réclamé qu’on
en change le nom. Sera-t-elle un jour la rue
Pierre-Falardeau ?
Sans les croisades demandant le changement de nom de la rue
Amherst, depuis deux mois, on n’en parlerait presque jamais,
estiment les historiens.
J e f f r e y A m h e r s t , c ’e s t d ’abord et ava nt tout
u n intendant de la guerre avant d’être un brillant
stratège. « Il organise, il fait tout lentement,
il ne se bat à peu près j amais, résume
Denis Vaugeois, auteur et historien. C’est un drôle de
personnage, il n’est pas attachant, il n’est pas sympathique.
Il a une vie familiale difficile, sa femme est plutôt
malade, neurasthénique. »
Son premier titre de gloire, il l’obtient en 1758 en s’empa ra
nt de la forteresse de Louisbourg, un petit port de
pêche à la morue dans l’île Royale –
devenue l ’ î le du Cap-Breton – à
l’entrée du golfe du Saint-Lau rent. I l fallut six
semaines de siège et un débarquement hasardeux
pour venir à bout des Français.
Il rate de peu la bataille des plaines d’Abraham en 1759 mais
organise de façon méthodique la prise de
Montréal, en 1760, qui marque la fin de la
présence militaire française en Nouvelle-France.
C’est dans les mois suivants que se jouera un épisode
peu glorieux de la vie d’Amherst. Accla mé en A
ngleterre pour ses succès militaires, i l con st ate
ave c i r r it ation qu’u ne poignée de t r ibu s
indiennes des Grands Lacs, unies sous le commandement du chef
Pontiac, se soulèvent et malmènent le s troupes
britanniques.
« Amherst se rend compte qu’il est en train de perdre sa
crédibilité, que son image va être ternie,
raconte Denis Vaugeois. En plus, il a horreur des Indiens. Il
les méprise, il les déteste. »
A m herst
envisage d’éliminer les Indiens rebelles en leur
inoculant la variole, ex t rêmement cont ag ieu se et
qui tuait près de 9 0 % des autochtones atteints. Le
nouveau gouverneur de la Nouvel le - F ra nce o cc upée
écrit à son subalterne Henry Bouquet : «
Vous feriez bien d’essayer de contaminer les Indiens avec des
couvertures, ainsi que par tous les moyens pouvant servir
à éradiquer cette race exécrable. »
Il semble que Bouquet n’appliquera jamais cette consigne de
son supérieur. Quoi qu’il en soit, Amherst
n’était vraisemblablement pas le seul ni le premier
à envisager cette méthode qu’on qualifierait
aujourd’hui d’horrible, assure M. Vaugeois.
« Il faut se replacer dans le contexte d’il y a 250 ans,
et se demander ce qu’étaient les lois de la guerre
à l’époque, ajoute Gaston Deschênes,
historien qui a passé près de 30 ans au service
de l’Assemblée nationale. Aujourd’hui, c’est bien
facile de dire que c’était un écoeurant. Pour
Moncton, par exemple, la déportation à
l’époque n’était pas un acte contraire aux lois
de la guerre.»
Révisionnisme ?
S’il faut juger les acteurs de l’époque, James Wolfe
serait une cible nettement plus facile qu’A mherst, estime
Denis Vaugeois. « S’il y avait eu à
l’époque la notion de crime de guerre, il aurait
comparu devant un tribunal. Avant 1759, il s’est
attaqué à la population civile, il a
incendié un millier de fermes, et il l’avait dans la
tête, ce n’était pas un accident. »
Doit-on débaptiser la rue du centre-ville de
Montréal qui porte le nom d’Amherst ? Non,
répondent les deux historiens. D’abord parce que les
noms de lieu x, ava nt d’être des hommages, sont de
formidables outils d’apprentissage de l’histoire. « Je
n’aime pas ça, c’est du révisionnisme, tranche
Denis Vaugeois. Avoir des repères pour l’histoire telle
qu’elle s’est déroulée, c’est très
commode. S’il n’y avait pas de rue Amherst, on ne parlerait
pas d’Amherst, des épidémies, des drames qu’ont
vécus les Indiens. »
Son collègue Gaston Deschênes estime que «
s’il fallait débaptiser tous les lieux nommés
d’après des gens qui ont des taches dans leur histoire,
on n’en finirait plus ». Il rappelle le bon mot du
premier ministre du Québec en 1912, Lomer Gouin, au
moment d’inaugurer un monument en mémoire
d’Honoré Mercier – critiqué par plusieurs.
« S’il faut élever des monuments seulement aux
gens qui sont sans aucune tache, nos places publiques vont
rester désertes. »
La truite d’Ernestine - LYSIANNE GAGNON
J’avais
été éblouie en voya nt, il y a une dizaine
d’années, à Vancouver, Dry lips oughta move to
Kapuskasing, de Tomson Highway, alors je n’allais pas rater Une
truite pour Ernestine Shuswap, que présente L’Espace Go,
dans une mise en scène époustouflante
d’André Brassard.
Quel plaisir! Ce n’est pas par hasard que cette pièce m’a
rappelé Les bellessoeurs, de Tremblay, qui fut d’ailleurs
l’une des inspirations de Highway. Ici aussi, c’est un spectacle
de femmes où la misère et la beauté d’une
culture menacée affleurent à travers les
papotages, les petites querelles et l’humble train-train
quotidien de ces femmes qui s’affairent, dans la
Colombie-Britannique de 1910, à cuisiner un banquet pour
le «grand Kahuna», le Grand Chef Wilfrid Laurier.
Brassard, qui le premier monta Les belles-soeurs, était
dans son élément.
De récitations en conversations, soutenues par quatre
formidables comédiennes (dont Pierrette Robitaille,
admirable dans le rôle-titre), l’action bondit librement,
échevelée, sans plan précis dirait-on –
mais ce rythme décalé convient bien à
l’esprit fantaisiste et onirique de Tomson Highway, 11e enfant
d’une famille de trappeurs cris du nord du Manitoba devenu un
dramaturge à la fine pointe de la modernité.
Les décors sont beaux, avec la naïveté
requise, et la traduction de Tremblay est impeccable,
mélange coloré et imagé de langue
familière et de langue soutenue. Il y a des
répliques qui vous font crouler de rire, d’autres qui
rendent un son d’autant plus triste que l’on connaît,
aujourd’hui, la suite de l’histoire de cette
dépossession. Une dépossession qui a pris des
dimensions de plus en plus tragiques à mesure que la
colonisation pénétrait dans l’Ouest, car elle s’y
manifestait plus tard, 300 ans après la colonisation du
Québec, à des époques où les Blancs
n’avaient plus besoin, comme les premiers colons isolés,
d’amadouer les autochtones et de signer des traités.
Seul bémol, le petit laïus, à la fin, qui
fait prêchi-prêcha comme dans une pièce
à thèse. Ce n’était pas nécessaire,
on avait compris.
Tomson Highway n’a pourtant rien de l’Amérindien
ressassant les vieux griefs. Loin d’entretenir la nostalgie d’une
culture perdue, son théâtre contient en filigrane
l’éloge du métissage. Et lui-même
s’écarte spectaculairement du discours militant des
Premières Nations.
Interviewé récemment par Nathalie Petrowski, il
refusait de peindre en noir le pensionnat religieux où il a
passé son enfance : « Arrêtez-moi ces histoires
d’abus! Je ne suis pas une victime, je suis un
diplômé de l’école privée, comme les
fils de la reine. C’est à l’école privée que
j’ai appris à lire, à écrire et à
parler anglais. Le plus grand agresseur, ce ne sont pas les
prêtres ni les soeurs, c’est la religion catholique qui
interdit le plaisir… »
Mais n’a-t-il pas été arraché à sa
famille ? « Quand je suis monté dans l’hydravion, le
message émotionnel de mon père était: le
monde est en train de changer, mon fils. Va à
l’école, étudie, sois heureux, aventureux et
reviensnous avec tout ce que tu auras appris!»
Mais le déracinement? «Quel déracinement?
Chaque été, je revenais passer deux mois avec ma
famille au Nunavut. Tous les jours, je partais en canot avec mon
père pour pêcher pendant 14 heures. En
connaissez-vous beaucoup des petits garçons qui passent 14
heures par jour avec leur père pendant deux mois? Toute ma
vie a été un miracle…»
Voilà un exemple dont devraient s’inspirer certains
Québécois englués dans la culture du
ressentiment.
Contrairement
à ce que j’ai écrit dans ma chronique du 15
septembre, il n’y a pas de soupçons de fraude qui
pèsent sur le sénateur Patrick Brazeau.