Politique
provinciale
| LA PRESSE & COMPAGNIE |
AUTRES MÉDIAS |
|
Voir aussi : politique locale
et bien sûr... souveraineté,
tout comme fédéralisme,
d'ailleurs...
Jean Charest ne peut-il donc écouter sa
population que lorsqu'on le force à le faire ?...
Une
vraie commission
Le gouvernement Charest plie
Commission
Charbonneau - Long détour
Charest
cède sur toute la ligne
AUTRE RECUL POUR CHAREST
Jean
Charest complète sa volte face
Vers
une vraie enquête publique
Salto arrière
Volte-face
de Charest concernant la commission sur la construction:
une décision de dernière minute
Le
Barreau a mis son poids dans la balance
Justice Minister Jean-Marc Fournier denies construction
inquiry flip-flop
Commission
sur la construction - Charest plie sous la pression
Charest s’apprête à déclencher une
commission d’enquête
Du temps jusqu’aux élections
Par ici la sortie!
Jean Charest irait-il donc jusqu'à se moquer de
l'intelligence même des Québécois ?
Lettres
- Facile à comprendre
Le gouvernement Charest irait-il donc jusqu'à garder
certaines information secrètes aux dépens de
la sécurité même de la population ?
Inspection
reports: the stonewalling must stop
Le gouvernement Charest serait-il donc virtuellement
incapable de faire preuve de leadership, même lorsque
la nécessité d'en démontrer ne pourrait
sans doute être plus flagrante ?
Pour un péage régional
Le gouvernement Charest refuserait-il donc d'assumer quelque
responsabilité que ce soit ?...
Le bouc émissaire
Une question pour Sam Hamad
Effondrement
sur
l'autoroute
Ville-Marie
-
Marois
fustige le gouvernement Charest
J'ai
mal
à
ma
ville
-
Lise Payette
Où
est
SNC-
Lavalin?
Effondrement sur l'A720: «on nous a
traînés dans la boue»
Irresponsable!
La
responsabilité
ministérielle
s’effrite
Sam
Hamad
n’est
responsable
de
rien
Le gouvernement Charest se moquerait-il donc de la
sécurité même des
Québécois ?...
Problèmes similaires, solutions différentes
Insécurité sécuritaire en Absurdistan
Un trou encore béant
DOUZE STRUCTURES DANS UN ÉTAT CRITIQUE
La solidité des assises n’avait pas
été évaluée
Lettres
- Armement incomplet
Infrastructures
-
Les
routes...
et
le reste
Une
demande
d'enquête
est
déposée
contre
Sam Hamad, l'ingénieur
Où
est
SNC-
Lavalin?
LE
MTQ
AVAIT
NÉGLIGÉ
DE
SOLIDIFIER
LES
POUTRES
Attend-
on
un
autre
drame?
Your Views: Fed up with Transport Quebec
Infrastructures
- La route du diamant
La
bullshit
de
Sam
Hamad
Effondrement
au tunnel Ville-Marie - La cassure
Quebecers
are tired of Transport's no-fault attitude
LE
MTQ
SAVAIT
DEPUIS
2008
Plan
Nord - Une aventure qui présente un risque pour les
finances publiques
Et maintenant, le tunnel
Des effondrements écrits dans le ciel
Charest balaie les critiques du Plan Nord
Pas intéressant pour les petits producteurs
Le
Plan Nord loin de l'eldorado
« FAIRE LE NORD »
Perspectives
- Plein nord
Terres
rares cherchent preneurs
Le
pari
nordique
Plan
Nord: loin du pactole?
Plan
Nord - Demeurer vigilant
Faciliter
le boom minier
Le compromis du Nord
Au fond, se pourrait-il que l'ultime espoir du
Québec ne puisse résider après tout
que dans la création d'un nouveau parti ?...
Un adversaire incontournable
Legault
is right to be playing by his own rules
François
Legault - Entrer dans l'arène
Legault
ne ferme plus la porte à un 2e mandat à la
tête d’un gouvernement
Une
lutte Legault- Charest?
En attendant Legault
A
time for new ideas in Quebec politics
AVANTAGE
LEGAULT
Un ouragan de changement
Legault's
apparent stumble could be a strategic ploy
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Les
Québécois veulent Legault
Legault
à
la
tête
d’un
gouvernement
minoritaire
?
Cette
«
autre
chose
»
que
cherchent
les
Québécois
How
a
new
centre-right
party
would
reshape
Quebec
Le
projet
de
Legault
reçoit
un
fort
appui
Quebecers
thirst for an alternative
De
la place pour un nouveau parti?
Une nouvelle troisième voie
À moins que ce ne soit peut-être pas aussi
simple que cela ?
Le
vent est au changement
La CAQ… dégriffée
L’ADQ met Legault sur la glace
Libre
opinion - Le flirt entre l'ADQ et la CAQ
Lettres
- Deltell, un transfuge...
Legault défini
La droite québécoise se serait-elle donc enfin
trouvé une voix ?...
La coalition « niniste »
La troisième voie
Un test de leadership
La
dot
Fusion
ADQ-CAQ - Une cohabitation incertaine
Legault
embrasse l'autonomie adéquiste
Des
adéquistes veulent empêcher le mariage
L’ADQ DIT oui à Legault
La fusion est chose faite
Caucus
de l'ADQ - Deltell se reconnaît des affinités
avec Legault
Charest tire à boulets rouges sur la CAQ
Une fusion avec la Caq divise L’ADQ
François
Legault veut construire un parti neuf, sans bases
adéquistes
Deltell pas assez nationaliste, selon François
Legault
The
Gazette's View: Legault’s plan for change: more details,
please
Legault’s Coalition is right on federalism but needs to
mature - Globe Editorial
Le bon vieux changement
ATTACHEZ VOS CEINTURES
Au- delà des slogans
Simplicité volontaire
Coalition
Avenir Québec - On verra...
La peur du changement
Le surfeur
PERPLEXITÉ
ET TIÉDEUR
Legault
posera des «gestes brutaux et radicaux»,
prévient Jean Charest
Serions-nous en train d'assister enfin à l'apparition
d'un nouveau
parti ?...
En attendant Legault
Ex-PQ
minister
new
champion
of
a
third
way
for
Quebec
Fusion
avec la coalition de Legault? - Deltell à la merci
de sa dette
Legault
se prépare à créer son propre parti
Le
trousseau
Politique
québécoise - L'ADQ en montée
L’ADQ
se
rapproche
du
centre
L’alignement des astres
L'éléphant
Legault chez des adéquistes ouverts à la
discussion
L’ADQ
et
le
clan
Legault
préparent
une
coalition
Legault
:
un
homme
et
sa
mission
UN
PARCOURS
SINUEUX
Changer
Des
«
rénovations
majeures
»
d’abord
Du pain sur la planche
La
CAQ pourrait plonger dans l'arène politique
Une
coalition pour rétablir la confiance
Jusqu’où
ira
François
Legault?
Financer
l’éducation
en
haussant
les
tarifs
d’Hydro-Québec
François
Legault
prépare
une
tournée
Un
brillant
calcul
?
Sondage
Léger marketing-QMI - Le projet de parti de
François Legault fait chuter la cote du PQ
Nouveau
parti de centre droit - Le Québec se cherche
François
Legault travaille à une coalition
On est loin de la photo sur le poteau
Un
véritable parti national
Une nouvelle troisième voie
Des
anciens
élus
de l’ADQ espèrent l’appel de Legault
Éric
Caire
cherche à fonder un nouveau parti
Un
immense
vide
-
André Pratte
Combler
le vide - Vincent Marissal
L'ADQ
risque d'être supplantée par un autre parti
de droite, selon Picard
Pas
de coalition Legault-Caire
... à moins qu'un tel jugement s'avère encore
pour le moins prématuré ?...
Seul
le
PLQ
peut
unir les Québécois
«
Il
faudrait
que l’adqs’avale tout rond »
Legault
cafouille
sur
la
souveraineté
Les
revendications du Québec aux oubliettes pour dix
ans
Legault
a
perdu
son
élan
Un
non fatidique
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Le Québec tient
à la question nationale
L’approche comptable
Landry veut faire obstacle à Legault
La droite québécoise se serait-elle enfin
trouvée une voix ?...
Réseau Liberté-Québec: pour en finir
avec le modèle québécois
Réseau
Liberté-Québec: la droite
québécoise ferme et assumée
Ce gouvernement démontrerait-il donc un certain
manque de vision ou de créativité, pour le
moins qu'on puisse dire ?...
Budget
2011-2012 - L'effort des autres
Les
vertus
de
la
cohérence
Jusqu'à quel point Jean Charest pense-t-il vraiment
pouvoir manipuler les Québécois ?...
Un
grand
leader
incompris
Se pourrait-il donc que le prochain fléau qui
guette le Québec se trouve à être ni
plus ni moins que la paralysie ?...
Le défi de Jean Charest
Se pourrait-il donc que la bonne vieille stratégie
de Jean Charest, consistant tout simplement à
laisser passer le temps afin de laisser la grogne
s'estomper d'elle-même, ne puisse plus servir
désormais qu'à alimenter cette grogne, et
donc contribuer à rendre celle-ci toujours plus
forte ?...
Gouvernement
Charest
-
Une
«annus
horribilis»
-
Bernard Descôteaux
If
you
love
your
country,
quit
Charest
peut- il renverser la vapeur ?
Charest,
le
moins
aimé
des
premiers
ministres
Le
message
de
Kamouraska
Kamouraska-Témiscouata
- Le désaveu
Charest
gagne du temps
Marois
gagne
son
pari
Aveux
du candidat David Grégoire - Plusieurs
libéraux sont embarrassés
Charest
dans
les
câbles
Et par ailleurs, se pourrait-il donc qu'il se trouve, au
sein même du parti Libéral en son ensemble,
une culture du silence qui ne peut que tendre à
cautionner les pires abus ?...
Recherche
mouton noir désespérément...
Le silence libéral
Ce gouvernement aurait-il donc vendu son âme
à l'Industrie sous toute ses formes ?...
Un lobbyiste anti- consigne au cabinet du ministre
Les libéraux en seraient-ils venus à
proférer des menaces, en plus de baser celles-ci sur
la perspective d'une campagne de salissage, quitte à
devoir pour cela se baser sur des accusations
dépourvues de tout fondement, histoire d'ajouter
encore à la gratuité de la chose ?...
« Amir, on va fouiller ton passé »
La perte de crébilité émanant de
l'impopularité de ce gouvernement aura-t-elle donc
pour effet de miner toute chance de gouverner, ou du moins
ce qui pouvait en rester ?...
Session
d'automne de l'Assemblée nationale - Un
gouvernement sous pression
En la Commission Bastarache, Jean Charest aurait-il donc
rencontré son Waterloo, du moins en ce qui peut
concerner l'opinion publique ?...
Commission
Bastarache - Ni normal, ni acceptable
«C'est
comme ça que ça marche», aurait dit
Charest à Bellemare
Bellemare
et la famiglia
Commission
Bastarache - Le jeu de la vérité et du
mensonge
La
mort lente de Jean Charest
PLQ:
la «marque de commerce» mise à mal
Charest ordered silence about influence peddling:
Bellemare
Le même vieux système
Bellemare parle, Charest pédale
Marc
Bellemare dit avoir obéi à Charest
Bellemare parle, Charest pédale
Politique fiction?
Charest
mis sur la défensive
Pot-pourri
Le Parlement provincial serait-il donc devenu pratiquement
non fonctionnel ?...
Charest saura-t-il un jour échapper au feu nourri des
allégations de corruption lancées envers son
gouvernement ?...
La commission Bastarache perd son joueur de centre
Le
PQ compare le gouvernement Charest à celui de
Taschereau
L'affaire
BCIA
Larguer
son «rainmaker»
L'odeur
des
dons
-
André Pratte
Financement
du PLQ: le DGE ouvre une autre enquête
Une
rencontre
intrigante
-
Patrick Lagacé
La
version de Dupuis contredite
Et si l'on remettait pourtant les choses en perspective ?...
De Taschereau à Charest... en passant par Duplessis
- André
Pratte
Voir aussi Les
Québécois
auraient-ils complètement décroché de
leur politique ?...
Charest n'a-t-il pas finalement su démontrer assez de
courage pour éviter le pire aux
Québécois, tout au moins ?...
Conseil
général du Parti libéral: Charest
défend le budget
La
vérité
fait
mal
-
Yvan Loubier
Des
gestes bien accueillis
Le
pari
de
la
maturité
-
L. Jacques
Ménard
It's
inevitable:
Ontario
will
have
to
follow
Quebec's
lead
-
Jeffrey
Simpson
Lettres
- Des solutions pour l'avenir
Si c'est pas ça, c'est quoi? - André Pratte
Le
pari
du
courage
-
Alain Dubuc
Un budget historique - André Pratte
Fini l’ère de « l’acquis » - LOUIS J.
GOUIN
Budget
2010-20111: un régime minceur
Lendemain de veille - Sophie Cousineau
Charest soutient qu'il a enrichi les
Québécois
Et pourtant, peut-on seulement dire que le budget se trouve
à faire autre chose en ce sens que le strict
minimum ?...
Quebec will find it hard to maintain services
Quebec
maintains its unsustainable ways
On
le
croira
quand
on
le
verra
-
Claude Picher
Et par ailleurs, cela veut-il dire pour autant que certaines
choses ne gagneraient pas à être faites
autrement ?...
Adam Smith contre le budget Bachand
Franchise
en santé: Bolduc garde le cap
La
franchise santé sera «nuancée»,
promet le ministre Bolduc
En
Bref - Québec ne reculera pas sur la contribution
santé de 200 $, dit Bachand
La
contribution santé est inéquitable,
reconnaît Charest
Et
le gain en capital?
Budget
2010-2011 - Les mauvaises cibles
Lendemain
de
veille
-
Sophie Cousineau
Bachand: pas question de moduler la contribution
santé selon le revenu
Des
ajustements
nécessaires
-
André Pratte
Lettres
- Dans la mauvaise direction
Lettres
- Premier ministre à temps partiel
L'opposition au budget ne se trouve-t-elle pas surtout
à friser une certaine irresponsabilité ?...
Budget:
les gens d'affaires gardent leur appui secret,
déplore Bachand
It’s
little
wonder
protests
follow
difficult
decisions
in
Quebec
-
Jeffrey
Simpson
Charest
n'est pas Bourassa
Budget:
des retraités écrivent aux ministres Bolduc
et Blais
Les
privilégiés
La recherche éperdue de l'autre - Alain Dubuc
And
another thing ...
Raymond
Bachand: l'angoisse du chorégraphe
Le syndrome «pas dans mes poches» - Vincent Marissal
Le hold-up de Raymond Bachand - Michèle Ouimet
Budget: aujourd'hui des vagues, demain la tempête?
La
contestation prend son envol
Budget du Québec - À quoi bon ?
Mais celle-ci semble-t-elle pour autant pouvoir se calmer
prochainement ?...
50
000 manifestants dénoncent de nouveau le budget
Bachand
En fait, se pourrait-il donc que ce budget ait surtout
dilapidé le peu de confiance que la population
pouvait encore avoir en ce gouvernement ?...
Charest's
going to need his new fighting mood
Un «contrat» pour regagner la confiance des
Québécois
Citez-moi
un seul cas
Les
libéraux en chute libre
Un
virage
trop
tardif
-
Lysiane Gagnon
Retour à la case départ - Alain Dubuc
Jean Charest, et le Parti Libéral en tant que
tel pourront-ils jamais regagner la confiance du
public ?...
Le
lauréat
Jean Charest needs to inquire fully into Quebec
construction - Globe Editorial
Commission
Charbonneau - Rarement a-t-on vu pareil cynisme d'un chef
politique
Ils
nous trompent par omission
Les chefs de police embarrassés
COUP
D’ÉPÉE DANS L’EAU
Lettres
- La grande peur de Jean Charest
Lettres
- Charest, le patenteux !
Perte de confiance
Lettres
- Un premier ministre coincé
Jean Charest ne l’a pas lu
Une lecture obligatoire
Le
va-tout de Jean Charest
Direction
du Parti libéral - Y a-t-il une relève ?
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir-The Gazette - Le PQ
maintient son avance
Charest
ébranlé, Marois en observation
Recess
gives
Charest
an
escape
from
his
government’s
failing
grades
Gouvernement
Charest - Sur la défensive
Jeans et marketing pour
l'équipe Charest
Charest se prépare à brasser les cartes
Voir aussi Les
Québécois
auraient-ils complètement décroché
de leur politique ?...
L'entêtement de Jean Charest n'en vient-elle pas
à prendre des proportions tout simplement ridicules ?
« Comment faut- il vous le dire? »
Et pourtant, n'y a-t-il pas amplement de place pour des
critiques plus que pertinentes du budget en question ?...
Budget 2010-2011 - Les mauvaises cibles
Et en fait, la première critique qu'on puisse faire
du budget ne serait-elle pas que celui-ci ne va pas assez
loin ?...
Retour à la case départ - Alain Dubuc
Le gouvernement Charest aurait-il finalement
décidé de passer à l'action ?...
Fini l’ère de « l’acquis » - LOUIS J.
GOUIN
La
conversion de Jean Charest
La ligne dure
Ça
passe ou ça casse
Budget
casse-gueule
-
Sophie Cousineau
À
l'assaut du modèle québécois
Le
dentifrice
est
sorti
du
tube
-
Vincent Marissal
Le
testament
Hé ben!
Budget 2010-2011 - Le retour du Charest 2003
Les
points saillants du budget
Impôt
santé de 200$ par an et «ticket
orienteur» dans trois ans
Québec s'attaque à la dette
L'électricité coûtera plus cher
Électricité:
le bloc patrimonial sera dégelé en 2014
Québec «fait le ménage» dans ses
dépenses
Les
minières paieront davantage
Environnement
- Québec «souffle le chaud et le
froid», dit le milieu
Québec
ne bonifie pas son offre à ses employés
L'embellie
entre Québec et le Front commun est
écorchée
Une facture de 4 milliards
Québec
met la main dans les poches des contribuables
Les
trois partis d'opposition dénoncent le budget
Pourra-t-on vraiment espérer quelque
changement que ce soit au Québec, tant que les
Québécois ne sembleront pas y tenir
réellement ?...
Un
immense
vide
-
André Pratte
La population québécoise
serait-elle devenue incapable d'assumer quelque
responsabilité que ce soit ?...
Coupez les dépenses, disent les
Québécois
Ce gouvernement serait-il tout simplement incapable d'agir
?...
Perspectives
- Moumoune ?
Charest
government 'paralyzed' by allegations of inaction
Pas
d'augmentation des tarifs d'Hydro pour le moment
L'usure
du
CHUM
-
Ariane Krol
Ce gouvernement serait-il en train de laisser le
Québec se dégrader sans jamais rien faire
pour l'en empêcher ?...
Le gouvernement Charest - Une passivité dommageable-
Bernard Descôteaux
Libre opinion - Le temps est manifestement venu d'agir
Ce gouvernement serait-il tout simplement indigne du
Québec ?...
D'une
république
de
bananes
à
l'autre
-
Vincent Marissal
Lettres
- Un gouvernement exclu des séries !
Il
a pris le champ -
Lise
Payette
Le
vrai
Jean
Charest
-
Alain Dubuc
Cheap hydro is wrong on at least two counts
Petite
mentalité
-
Claude Picher
Bilan
de...
début
de
session
-
Vincent Marissal
Et se pourrait-il donc que Jean Charest ne s'avère
tout simplement pas digne de gouverner ?...
Ça va comme c'est mené
Ce gouvernement serait-il virtuellement incapable d'aller
plus loin que la gestion à très court terme
?... Ou en fait, ce gouvernement ne ferait-il finalement
que gérer les apparences ?...
(Voir tout le reste de cette section...)
Curieux sens des priorités - François
Cardinal
Hausse
probable de la TVQ
Le gouvernement Charest ne saurait-il que recouvrir d'un
pansements les bobos pointés du doigt par les
médias, quitte à le faire que de la
façon la plus grossière qui soit ?...
Où
est
la
logique?
-
Michèle Ouimet
Religion
à la garderie - Les girouettes
Une
politique
à
visage
découvert
-
Vincent Marissal
Correction
d'examens de français: Courchesne fait volte-face
Ce gouvernement sait-il seulement de quoi il parle ?...
Hausse des tarifs publics - Quelle révolution
culturelle?
Le Québec serait-il aussi soumis à Charest
qu'il a pu l'être à Duplessis, ou alors quoi
?...
Avez-vous dit enquête publique? - Nathalie Collard
Construction:
le PQ lance un appel pour mousser sa pétition
Aucune
controverse n'égratigne Charest
La
pétition du PQ n'a pas connu un grand succès
En s'obstinant à se moquer de la population en
laissant le champs libre à la corruption, Charest
n'est-il pas surtout en train de faire perdre des plumes
à son propre gouvernement ?...
(Et d'ailleurs... Se pourrait-il que la
comédie aie assez duré ?...)
Charest has to start cleaning up his party
Jean
Charest,
under
siege
-
Lysiane
Gagnon
Charest compte sur la reprise pour regagner la confiance
des Québécois
Les
libéraux en chute libre
Jean
Charest
faces
his
‘worst
week’
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Charest et le PLQ en
forte chute
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Construction: les
Québécois ne décolèrent pas
Des
enjeux cruciaux au coeur du débat de la prochaine
session
Une
année sous le signe de la corruption
L'armure
de Charest est percée, affirme Marois
Le
PQ affirme qu'il sent des odeurs de fin de régime
PQ:
le bond en avant - Lysiane Gagnon
Le
gouvernement Charest a perdu des plumes
En fait, les scandales accablant le gouvernement
Libéral ne mettent-ils pas surtout en évidence
la tendance de ce dernier à démontrer de la
pure et simple incompétence ?...
Just what, if anything, were these Liberals thinking?
Et
il
le
fait
bien
-
Patrick Lagacé
En fait, se pourrait-il donc que ce gouvernement ait tout
simplement perdu la confiance des Québécois
?...
Revolt brewing behind Quebec Liberals' united front
Le
vrai
Bellemare?
-
Alain Dubuc
Gouvernement Charest - Sept ans de laxisme
Les
libéraux en chute libre
Les
Québécois croient Bellemare
Les
soupçons autour des libéraux
ébranlent la démocratie, croit Landry
Se pourrait-il que ce gouvernement soit virtuellement
incapable de gérer notre budget ?...
Compressions
à Québec - L'obsession
Combien de moins dans vos poches?
Discours
inaugural - Stupide, l'économie?
Québec
n'arrive pas à contrôler ses dépenses
Bachand
contredit les pronostics du Conference Board
Ne
creusons
plus
le
trou
Quebec
refuses to make the tough budget choices
Un
budget
historique?
-
Alain Dubuc
«On
va commencer par un ménage au gouvernement»
Une
souris
budgétaire?
-
Alain Dubuc
Hausse
probable de la TVQ
Déficit d’audace - YVAN
LOUBIER
Finances
publiques: pas de grandes manoeuvres
L'état
des finances publiques écarté du menu des
discussions
Assurance
parentale: Québec doit encore renflouer la caisse
Le
SISP propose d'augmenter les impôts aux plus riches
Où
est la stratégie? - ALAIN DUBUC
Votre
budget - ARIANE KROL
Les
intérêts sur la dette explosent
... Et si ce gouvernement a fait de l'économie son
cheval de bataille, se pourrait-il pourtant qu'il ne soit
tout simplement pas capable de réellement s'en
occuper ?...
Une stratégie irresponsable
Verdict
des patrons: le gouvernement Charest recalé
À moins que, dans l'ensemble, la performance
économique du gouvernment Charest ne soit pas
nécessairement si mauvaise que cela, si elle n'est
certainement pas des meilleures ?...
Finances publiques: Charest au sixième rang
Ce gouvernement serait-il donc tout capable que de
défaire ce qui a pu être fait auparavant, et
surtout ce qui pouvait s'avérer moindrement utile ou
constructif ?...
Des
changements
aux
effets
pervers
Charest serait-il en train de finalement se dire
qu'il serait peut-être grand temps d'agir ?...
Hausse probable de la TVQ
Vers
un
budget
«lucide»?
Réflexion
sur les tarifs - Une «révolution
culturelle»
Les
Québécois conviés à une
«révolution culturelle»
Québec
fera le ménage de ses finances
Charest
demande conseil pour une «prospérité
durable»
Québec
déterminé à imposer un régime
minceur
Québec
planche sur un forum économique
Québec
tiendra un sommet sur les finances publiques
La facture d’Hydro va grimper - Denis
Lessard
À VOS POCHES, CITOYENS!
- Nestor Turcotte
Hausse des tarifs Le gouvernement Charest passera
à l’acte - Denis Lessard
Québec lance une consultation
élargie - Tommy Chouinard
Voir aussi Le
moment
serait-il venu au Québec pour une nouvelle petite
Révolution, celle ne son propre financement ?...
ou tout simplement Et
pour la suite des choses ?...
Y aurait-il quelque chose qui cloche au
Québec ?.. (ou en d'autres termes : y aurait-il
quelque chose de pourri au Royaume de Kébec ?...)
Voir aussi
En
fait, serions-nous en voie de carrément perdre le
contrôle de nos finances publiques ?...
Les pas bons - Alain Dubuc
La loi pro-déficit - CLAUDE
PICHER
Montréal, les immigrants et le reste du
Québec - CLAUDE PICHER
Les Québécois devront faire des
« sacrifices » - Stéphane
Paquet
Les
sacrifices
- ANDRÉ PRATTE
En
route vers un « déclin tranquille »
François Legault se dit inquiet pour
l’avenir du Québec
La grenouille dans l’eau chaude ANDRÉ
PRATTE
Anatomie
d’une
catastrophe
ALAIN DUBUC
Le
PQ presse le gouvernement de s’attaquer aux «
vaches sacrées »
Ce gouvernement serait-il donc incapable de
faire quoi que ce soit ?...
Le
domaine des souhaits
Charest oserait-il ne rien faire même
devant les situations les plus inacceptables ?...
Femmes enceintes en Gaspésie : Une situation
inconcevable, reconnaît le ministre -
Pascale Breton
Et par ailleurs, le Québec fait-il vraiment meilleure
figure que le Canada en ce qui concerne Haïti ?...
Yves
Bolduc doit tenir compte du
«précédent»
Jean Charest ne tiendrait-il tout simplement pas ses
promesses ?...
PROMESSE NON TENUE - Marie Allard
La
CSQ presse la ministre d’agir - Marie Allard
Québec
est revenu sur sa parole
Jean Charest aurait-il une petite tendance à ne pas
dire toute la vérité au
Québécois ? Et autrement dit, Jean
Charest aurait-il une petite tendance
à ne carrément pas
dire la vérité ?...
CHUM: le mirage PPP - Ariane Krol
Charest irait-il même jusqu'à
négliger, et donc mettre en danger la
santé et la sécurité des
Québécois ?...
Voir aussi : Santé...
et
surtout
Se
pourrait-il
donc que le gouvernement Charest n'ait vraiment aucune
idée de ce qui pourrait sauver le
système de santé ?...
ainsi que
Le
gouvernement
Charest mettrait-il en danger notre santé,
notamment en nous mentant carrément à ce
sujet ?...
Des
attentes inacceptables - Nathalie Collard
Le
mystère de Montréal - Alain Dubuc
Voir aussi Le
vaccin
offrirait-il surtout un témoignage ultime de
l'incompétence de nos gouvernements ?...
Viaduc de la Concorde : Des assureurs poursuivent
Québec - Karim Benassaie
et finalement
Le gouvernement Charest ferait-il carrément
preuve de négligence à l'égard
des aînés du Québec ?...
Mais peut-on pourtant aller vraiment jusqu'à se
moquer de l'éducation de nos jeunes ?...
Se
pourrait-il donc que Jean Charest ne comprenne rien
à l'éducation ?...
Jean
Charest irait-il jusqu'à se moquer du droit des
jeunes à une éducation équitable et
de qualité ?...
Et se pourrait-il que le gouvernement Charest ne se
sente aucunement concerné par la
pauvreté ?...
Et
s'il se trouve une marmite sur laquelle Charest
s'empresse de mettre un couvercle, n'est-ce pas sur
celle des accomodements raisonnables ?...
Et par ailleurs, le gouvernement
Charest ne se moquerait-il pas des Premières
Nations au moins autant que peut le faire Harper ?
Le gouvernement Charest se moquerait-il totalement de sa
propre fonction publique, en se refusant à tout
avancement dans ce dossier, peut-être même
davantage qu'il ne le fait de toute façon dans tous
les autres dossiers ?...
Serait-il donc possible que le gouvernement
Charest se moque carrément de nous ?...
End the 'Engineering for Dummies' approach
Charest plaide pour un gel des salaires qui permet les
«variations»
Au-delà
de
la
joute
-
Patrick Lagacé
L'os
du gouvernement Charest - Michel Girard
L'immoraliste
Un
loup est entré dans la bergerie, selon le PQ
Les
peurs de Jean Charest - Alain Dubuc
Contrats
gouvernementaux: Québec veut «rassurer la
population»
L'indécence
- VINCENT MARISSAL
L’injustice - Marie-Claude Lortie
Allocations
de transition pour... retraités - VINCENT
MARISSAL
Voir aussi... La
« grande passe de 2001 » - VINCENT
MARISSAL
LOI
SUR LA SANTÉ ET LA SÉCURITÉ DU
TRAVAIL Le PQ estime insuffisante l’augmentation des
amendes
71
ménages
montréalais sont à la rue
Villanueva
: Le ministre Dupuis veut-il une enquête
injuste? - YVES BOISVERT
Des organismes claquent la porte des
consultations
Sous-financement d'entreprises prenant soin des
aînés - Ariane Lacoursière
Les aînés accaparent la
période de questions à
l’Assemblée nationale
L’opposition
devance la ministre Blais
Manque
de formation des préposés aux
bénéficiaires : Québec savait
depuis un an
Ou voit tout simplement les dossiers suivants : Santé et Éducation....
Et n'est-ce pas se moquer de nous que d'attendre à la
dernière minute pour dépenser des fonds pour
lutter contre la récession ?... Après tout,
n'est-ce pas aussi tôt que possible qu'il faut
plutôt agir dans une telle situation ?...
Infrastructures:
Québec touchera tout ce qui lui revient, dit
Charest
Et par ailleurs, Charest se pourrait-il que Charest se moque
aussi de l'opposition ?...
Des changements dans la carte électorale
contestés par l'opposition
Voir aussi Et
pourtant, se pourrait-il qu'il prenne parfois à
Charest de vouloir jouer les dictateurs ?...
... ou qu'il se moque tout simplement de ce que peut vouloir
sa propre population ?...
Charest
exclut des groupes de jeunes
Ultimement, se pourrait-il donc que Charest ne sache faire
mieux, face à une population qui demande des comptes,
que de gagner du temps en attendant que cette
dernière oublie, et en n'ayant donc d'autre but que
d'en arriver éventuellement à pouvoir
impunément passer outre à la volonté
populaire, et surtout dans une relative impunité ?...
Le
Québec politique - Vices cachés
Un
Québécois au paradis - Lysiane Gagnon
Le gouvernement Charest irait-il même jusqu'à
s'adonner au favoritisme dans tout ce que cela peut avoir de
plus grossier ?...
Fin de l'histoire? Pas si sûr... - Vincent Marissal
Que.
minister booted from caucus, three others under scrutiny
Jean Charest chasse le
ministre Tony Tomassi du cabinet et du caucus
libéral
Tony Tomassi perd son ministère: une controverse de
trop
Charest
ne voit aucune contradiction dans les propos de Tomassi
Encore
des places à des donateurs du PLQ
Et
il
le
fait
bien
-
Patrick Lagacé
Time
for a close look at daycare system
Les
garderies privées réclament la
démission de Tony Tomassi
Tomassi refuse de dire si sa compagnie a construit des
garderies
Garderies:
le vérificateur général enquête
Plus
grande part du budget allouée aux garderies
privées qu'aux CPE - «Ce n'est pas de
l'argent frais», se défend l'AGPQ
On
se
garde
une
petite
gêne,
monsieur
le
ministre
-
Vincent Marissal
Le
biberon
déborde
-
André Pratte
Garderies:
le Vérificateur général se dit
interpellé
Garderies: Un demi-million pour un permis?
Le ministre Tomassi encore accusé de favoritisme
Garderies:
«Ça sent mauvais»
Une
autre chaîne de garderies privées voit le
jour sous les libéraux
La
bataille des garderies
Garderies:
le PQ met en garde le ministre Tomassi
Garderies: le ministre Tomassi fait volte-face
Atribution
de nouvelles places en garderie: Marois veut une
enquête
Garderies:
Québec appelé à plus de transparence
Les
libéraux olympiques - Patrick Lagacé
Garderies:
la version du ministre Tomassi est contredite
Embarrassé,
le ministre Tomassi accuse le PQ de «racisme»
Derniers
tirs croisés à l'Assemblée nationale
Tempête
dans un biberon - André Pratte
Poupongate
ou pur hasard? - Vincent Marissal
Garderies:
de nouvelles révélations embarrassantes
Garderies:
le PQ en remet, le PLQ nie
Garderies:
«On
se
sent
humiliés»
Garderies:
de nouvelles révélations choquent Courchesne
Le
PQ dénonce des cas de favoritisme dans les
garderies privées
Places
en garderie - Premier pas
Garderies:
Tomassi modifie le processus d'attribution des places
En ne daignant mettre que d'aussi petits pansements sur les
bobos, Charest n'essaierait-il pas surtout de nous berner
?...
Avortement : Les cliniques privées auront six
mois de sursis - Pascale Breton
Ces histoires de FIER dont il serait dur
d'être fier...
Les FIER devraient éviter les
conflits d’intérêts
Pas
de quoi être FIER - Sophie Cousineau
FIER:
le ministre Gignac resserre les règles
Des
fonds publics pour le Saguenay «
détournés » au profit des petits
amis des libéraux à Montréal
Confusion
totale
-ANDRÉ
PRATTE
Un
FIER
de Granby investit dans un hôtel pour chiens
deMontréal
Québec
dans les câbles
FIER:
le vérificateur général s’en
mêle
Les
FIER : Ne jetons pas le bébé avec l’eau du
bain - Charles Sirois
FIER:
des rendements top secret
Jean Charest aurait-il pour
spécialité de ne rien faire ?...
Charest a fait preuve de leadership
Le
septennat de Jean Charest - Des comptes à rendre
Les
politologues parlent «des années
molles» et de «spirale de cynisme
Bilan
des ministres - L'économie, la grande
réussite
Revenez,
M.
Charest!
-
Lysiane Gagnon
Le
volant
et
le
souriceau
-
Lysiane Gagnon
Lucien
Bouchard et Jean Charest - Yves Boisvert
La
création de places en garderie prend du retard
Les
peurs de Jean Charest - Alain Dubuc
Repenser
le déchet - Ariane Krol
Immobilier:
la nouvelle loi du courtage tarde au Québec
CHUM:
six mois de retard de plus
CHUM 6 mois sans progrès
- Denis Lessard
Le luxe du temps - VINCENT MARISSAL
Crise avortée - ARIANE
KROL
Le train manqué
- François Rebello
En
route vers un « déclin tranquille »
François Legault se dit inquiet pour
l’avenir du Québec
La grenouille dans l’eau chaude ANDRÉ
PRATTE
Anatomie
d’une
catastrophe
ALAIN DUBUC
Le
PQ presse le gouvernement de s’attaquer aux «
vaches sacrées »
Énergies Vertes Le PQ lance une
pétition pour faire pression sur Jean Charest
Déboires
de la Caisse de dépôt - Charest ne veut pas
d’enquête
Immigration
: Québec solidaire accuse Charest de ne rien faire
Le projet de loi sur l’éthique des
députés est reporté
SCANDALES
ÀMONTRÉAL - Québec a manqué de
célérité, estime l’opposition
Afin de mieux pouvoir ne rien faire, le gouvernement Charest
aurait-il surtout développé une surprenante
capacité à se fermer les yeux sur à peu
près tous les maux qui peuvent affliger notre
société ?...
L'état
des finances publiques écarté du menu des
discussions
La
fraude
à
l'aide
sociale
frôle
le
milliard
Déboires
de la Caisse de dépôt - Charest ne veut pas
d’enquête
En fait, se pourrait-il donc que Charest se soit fait une
spécialité de fuir les problèmes par
tous les moyens possibles et envisageables ?...
Souvent
à l'étranger, Charest se défend de
fuir les problèmes
Et est-il d'ailleurs le seul à démontrer une
si médiocre faculté ?...
Au tour d'Ignatieff de s'opposer à une
enquête publique
En s'obstinant à refuser que la vérité
soit dévoilée, Charest ne fait-il pas que
prouver d'autant plus qu'il a justement quelque chose
à cacher ?...
La session se termine sur un thème connu
Derniers
tirs croisés à l'Assemblée nationale
Enquête
publique: Charest dit non à Montréal
Charest en serait-il rendu au point de se fermer les yeux
même face à la corruption, et même
lorsque son propre gouvernement en est attaqué ?...
Le ministère des Transports viole les
règles, accuse l'ADQ
Transports
Québec: 70 millions de contrats sans appels
d'offres
Le
nombre de contrats accordés sans appel d'offres
augmente
Les
peurs de Jean Charest - Alain Dubuc
Quand
M. Charest veut une enquête - André Pratte
Québec
généreux avec des coupables de collusion
De
généreuses contributions politiques
Charest
refuse toujours de tenir une enquête publique
Le
MTQ a accordé des contrats à une entreprise
ayant déjà comploté
OPÉRATION MARTEAU Huit policiers de
Montréal se joignent à l’escouade
Des
jeunes unis contre la corruption
La
ministre Boulet encore malmenée
Une
négligence inadmissible - André Pratte
Contrats
gouvernementaux: Québec veut «rassurer la
population»
Le
gouvernement Charest a perdu des plumes
CORRUPTION MUNICIPALE Aucun ministre n’est en
faveur d’une commission d’enquête -
Denis Lessard
Le
SPVM, porté disparu
- Patrick Lagacé
Politique
et corruption: Charest nie les allégations
L'indécence
- VINCENT MARISSAL
Des
ministres libéraux sur la sellette
Ma
campagne à la mairie
- YVES BOISVERT
Le
syndrome Gérald Tremblay
- MICHÈLE OUIMET
Le gouvernement a-t-il des choses à cacher
? - Tommy Chouinard
Mettre fin à la collusion -
NATHALIE COLLARD
SCANDALES
ÀMONTRÉAL - Québec a manqué de
célérité, estime l’opposition
Voir aussi
Se
pourrait-il
donc que Charest ne s'obstine à refuser de
dénoncer le système
québécois de la corruption que parce qu'il
se trouve lui-même à représenter
ni plus ni moins que la tête d'un tel
système ?...
ou
Se pourrait-il donc que Charest ne s'obstine à
refuser de dénoncer le système
québécois de la corruption que pour mieux
continuer à profiter de ce dernier ?..
ainsi que Et
si une commission d'enquête s'imposait vraiment ?...
Et lorsque Charest adopte finalement une quelconque mesure,
même valide, peut-on pourtant dire que cela soit
suffisant ? Ou ne semble-t-il pas plutôt
préoccupé à en faire aussi peu que
possible pour faire taire la population ?...
Financement
public: les partis municipaux oubliés
Une
p'tite tisane contre votre cancer? - Vincent Marissal
Des
mesures plus sévères contre les dons
occultes
Contrats:
Transports Québec adopte de nouvelles mesures
Et lorsque Charest fait finalement quelque chose sous la
pression d'un rapport ou d'un avis externe, ne fait-il pas
que justement prouver qu'il y avait jusque là un
problème qu'il avait lui-même
laissé croupir en toute impunité ?...
FIER: le ministre Gignac resserre les règles
Et lorsque Charest "fait" finalement quelque chose, ne
s'agirait-il finalement qu'un écran de
fumée destiné à camoufler le fait
qu'il continue justement de surtout ne rien faire ?...
On
efface et on recommence
Requiem pour une commission
« Ce n’est pas une commission d’enquête
»
Pourquoi ?
Enquête : mode d’emploi
Malaise à la Cour supérieure
Les policiers du SPVM déçus et
frustrés
Bon mandat, pas de pouvoir
« Une véritable arnaque » , tonne
Pauline Marois
Une commission émasculée
« Pas l’argument le plus solide » , dit le
Barreau
Une immunité limitée
Commission
d'enquête - Ce n'est pas ça !
Le
modèle québécois
DES
TÉMOINS « INVITÉS » ET AUCUN
COUPABLE
À mi- chemin
Une
loi
inutile
et
inefficace
Un « paravent inefficace » , selon
l’Association des policiers
Le
remaniement ministériel de cette semaine -
Redéploiement de gros joueurs
Nouveaux
trios, même équipe
Gouvernement
Charest - Changer sans changer
Bellemare fait bouger
Charest
Une enquête et... une mise en demeure
Mise
sur pied de l'escouade «Marteau»
Partis
politiques: Québec veut contrer le financement
occulte
Et lorque Charest fait finalement quelque chose, n'est-ce
pas surtout ce qu'on pourrait plus proprement qualifier
d'improvisation, et surtout de mesures à court terme
?...
Assurance parentale: Québec accusé
d'improviser
Assurance parentale: Québec doit encore renflouer
la caisse
C'est un début - Nathalie Collard
70
actions pour s’attaquer à l’itinérance
- Catherine Handfield
Le gouvernement Charest n'aurait-il pas trouvé mieux
pour excuser le bris de ses promesses que de toujours
remettre à plus tard l'exécution de celles-ci
?...
Repenser
le déchet - Ariane Krol
Le gouvernement Charest ne ferait-il qu'utiliser le
prétexte "d'évaluer la pertinence" de ses
projets, pour ne pouvoir que d'autant mieux s'assurer de
surtout ne jamais rien faire ?...
PROJETS
EN
PPP
Gagnon-Tremblay
songe
à
faire
marche
arrière
Le gouvernement Charest utliserait-il parfois les pires
prétextes pour "justifier" le fait de ne rien faire
?...
Écolosol : La ministre Beauchamp justifie le
retard des audiences
Les ministres de Charest ne feraient-ils que
prétendre penser à long terme, pour ne se
croire que d'autant plus justifiés à ne rien
faire ?...
Les algues bleu-vert persisteront malgré le
printemps frais Il faut voir à long
terme, dit la ministre Line Beauchamp
Les ministres de Charest ne seraient-ils capables que de
parler de ce qu'ils "pourraient" faire, plutôt que
d'agir ?...
Gignac veut que le niveau de vie des
Québécois rejoigne celui des Ontariens
Fraude : Charest veut des peines plus
lourdes
CPE et discrimination : Le ministre promet des
changements
Et Charest vaut-il vraiment mieux que
Harper pour ce qui est de laisser tomber
l'économie, et ce même en pleine
récession ?... (et ce même si c'est
pourtant pour s'occuper de l'économie qu'on lui a
confié un gouvernement majoritaire...)
Hubert
Lacroix s’en prend à l’« inaction »
des gouvernements
Ce gouvernement serait-il incapable de se tenir
debout pour le Québec ?...
Les
minières ne verseraient pas un cent de
redevances
Le gouvernement Charest serait-il tout simplement corrompu
?...
Un «s» qui fait toute la différence
Se
pourrait-il donc que Charest ne s'obstine à refuser
de dénoncer le système
québécois de la corruption que parce qu'il
se trouve lui-même à représenter
ni plus ni moins que la tête d'un tel
système ?...
Le
DGE mènera une enquête sur la ministre
Courchesne
PLQ: les ministres doivent amasser 100 000 $ en dons par
année
Donner
au PLQ «augmente les chances d'avoir un
contrat»
Se pourrait-il donc que Charest ne s'obstine à
refuser de dénoncer le système
québécois de la corruption que pour mieux
continuer à profiter de ce dernier ?...
Le
PLQ, «une machine à ramasser de
l'argent», selon son ex-président
Larguer
son «rainmaker»
Financement
des partis politiques - Le pouvoir attire plus les
contributeurs du PLQ que ceux du PQ
Bellemare fait bouger
Charest
Des
allégations
graves
-
André Pratte
Le témoin Bellemare - Yves Boisvert
Marc Bellemare: un passage éclair en politique
Le
mystère
Bellemare
-
André Pratte
Jean
Charest-Marc Bellemare: le bras de fer se poursuit
Lettre - Le
mépris de monsieur Charest
Influence
de la FTQ: Michel Arsenault réplique à
Bellemare
Marc
Bellemare cible la FTQ
L'ex-ministre
Bellemare réduit au silence
La
maudite immunité
Financement
du Parti libéral du Québec - Charest ment
comme il respire, dit Bellemare
Un bâillon imposé à Bellemare?
Financement du PLQ: Bellemare dit avoir des preuves contre
Charest
Charest met Bellemare au défi de dire ce qu'il sait
Charest
s'en prend à Bellemare qui refuse de
témoigner
Le
PLQ aurait reçu 130 000 $ en dons trop
généreux depuis 2005
L'ex-ministre Bellemare tire à boulets rouges sur
le DGE
Financement
du PLQ - Le DGE assigne Bellemare à
témoigner
Le
DGE convoque Bellemare pour l'entendre au sujet du PLQ
Le DGE et les donateurs compulsifs - Vincent Marissal
Pagaille
à l'Assemblée nationale
Marois
owes Charest an apology
Pauline
la
pas
fine
-
Vincent Marissal
Marois
«déshonore la classe politique»,
dénonce Charest
Intégrité
de Charest: Marois persiste et signe
Marois
soulève des doutes sur la probité de Charest
Charest
ne renoncera pas à sa prime de 75 000 $
Le
PQ croit que les libéraux protègent leurs
donateurs
Les
peurs de Jean Charest - Alain Dubuc
Et comment s'obstiner à ne rien dévoiler
sans ne faire ainsi que prouver d'autant plus qu'on
a justement quelque chose à cacher ?...
Présumés
coupables
-
André Pratte
En fermant les yeux sur la corruption, Charest ne s'en
fait-il pas lui-même complice ?...
Le
PQ accuse les libéraux d’être complice des
pratiques mafieuses
Le gouvernement a-t-il des choses à cacher
? - Tommy Chouinard
Voir aussi L’art
de
noyer le poisson - LYSIANE GAGNON
Corruption : Cas isolés ou
système? - ANDRÉ PRATTE
Voir aussi Afin
de mieux pouvoir ne rien faire, le gouvernement Charest
aurait-il surtout développé une surprenante
capacité à se fermer les yeux sur à
peu près toutes les plaies qui peuvent affliger
notre société ?...
Et en supportant ceux qui sont discrédités de
par leurs conflits d'intérêt, Charest se
retrouve-t-il vraiment dans une meilleure position ?...
Des
coups de pouce arrivent de Québec juste à
temps - Denis Lessard
Et si Charest se ferme les yeux sur l'éthique,
n'est-ce pas surtout pour couvrir ses propres ministres
ainsi que leurs conflits d'intérêt ?...
David Whissell reste en poste
Un
loup est entré dans la bergerie, selon le PQ
L'opposition veut
la tête de Whissell
Whissell
reste député, mais prend des vacances
Le
vice caché
Charest absout d'Amour
Le député Jean D'Amour plaide coupable
Le
député D'Amour pourrait être poursuivi
Hausse
de 66% des contrats pour ABC Rive-Nord
L'Ordre
des ingénieurs enquête sur Jean D'Amour
Jean
D'Amour aurait été présenté
comme ingénieur par BPR
L'ancien bras droit de Jean Charest se joint à la
firme HKDP
FIER:
le ministre Gignac resserre les règles
Le
MTQ a accordé des contrats à une entreprise
ayant déjà comploté
Des
jeunes unis contre la corruption
La
ministre Boulet encore malmenée
Une
négligence inadmissible - André Pratte
Le
vérificateur général rabroue le
ministère des Transports
Volée de bois vert aux Transports
L'entourage
libéral accusé de malversations
Whissell:
une enquête publique s'impose, dit l'opposition
L'entreprise
de Whissell a transigé avec un sympathisant des
Hells
Don
suspect: Jean D'Amour se retire du caucus libéral
Ex-ministre Whissel : Des
«suppléments» embêtants
- Denis Lessard
La
compagnie de David Whissell devrait renoncer aux
contrats sans appel d’offres du gouvernement
On ne badine pas avec l’éthique -
VINCENT MARISSAL
Scepticisme chez les péquistes - Denis
Lessard
Ministre Whissel forcé de quitter son poste :
Volte-face de Jean Charest - Denis Lessard
Jean
D’Amour fait l’objet d’une enquête -
Tommy Chouinard
QUÉBEC L’étau se
resserre autour du ministre Whissell
QUÉBEC Le conflit d'intérêt d'un
ministre fait bondir l’opposition
Voir aussi UN
PRIX EXORBITANT - Yvan Loubier
Charest aurait-il donc un sérieux
problème avec tout ce qui peut se rapporter
à l'éthique ?...
Charest promet un code d'éthique pour les
députés
Questions
d'éthique à l'Assemblée nationale
Whissell
aurait aimé soumettre son cas à un
commissaire à l'éthique
Gouvernement
Charest - Le doute éthique
Voir aussi La
faute
de Thierry Vandal - MICHÈLE OUIMET
Code
d'éthique : De beaux principes, mais...
- Louise Leduc
L’éthique
arrive en ville - Ariane Krol
Le
projet de loi sur l’éthique des
députés est reporté
Québec
dépose un projet de code d’éthique
Des
règles à revoir - ANDRÉ PRATTE
Le limbo
éthique - ANDRÉ PRATTE
Un
code d’éthique extensible - VINCENT
MARISSAL
Du mou dans
l’éthique
Le
PQ
semoque du « limbo éthique » du
gouvernement
Petites
perles éthiques - PATRICK LAGACÉ
RÈGLES
D’ÉTHIQUE - Charest a baissé la barre pour
Pierre Arcand
voir aussi Ministre
en ascension - NATHALIE PETROWSKI
Une
réforme
parlementaire
sans commissaire à l’éthique
Voir aussi : Qu'est-ce
qu'un conflit d’intérêts ?...
Et
par ailleurs, le gouvernement Charest fait-il
réellement preuve de plus de leadership (que les
Conservateurs...) du côté de
l'environnement ?...
Charest fermerait-il tout simplement ses yeux sur à
peu près tout ce qui peut se passer, surtout
dès qu'il est question de passer à l'action
?...
Lessard promet de légiférer pour assainir le
milieu municipal
Le
gouvernement Charest a perdu des plumes
CORRUPTION MUNICIPALE Aucun ministre n’est en
faveur d’une commission d’enquête -
Denis Lessard
Des
ministres libéraux sur la sellette
Politique et corruption: Charest nie les
allégations
L'indécence
- VINCENT MARISSAL
Le
syndrome Gérald Tremblay
- MICHÈLE OUIMET
Le gouvernement a-t-il des choses à cacher
? - Tommy Chouinard
Malversations dans le monde municipal :
Charest écarte l’idée d’une
enquête publique
Allégations de malversations et de collusion
dans le secteur de la construction : Pas de
commission d’enquête maintenant
Charest n'est-il capable que de
"tabletter" les rapports qu'il a lui-même
commandé ?...
Sans plan d’ensemble - CLAUDE CASTONGUAY
Libre
opinion - Le temps est manifestement venu d'agir
L’Agence
des infrastructures aux oubliettes
Voir aussi
Et s'il se trouve une marmite sur laquelle Charest
s'empresse de mettre un couvercle, n'est-ce pas sur
celle des accomodements raisonnables ?...
Charest aurait-il véritablement peur que l'on croie
qu'il puisse peut-être changer quoi que ce soit ?...
Possible
hausse des tarifs : Charest s’empresse de tempérer
ses intentions - Denis Lessard
Charest battrait-il en retraite aussitôt que la
moindre protestation se fait entendre ?...
Charest forcé de battre en retraite
- Denis Lessard
Pour Charest, la prudence ne serait-elle qu'une excuse de
plus pour ne rien faire ?...
Charest refroidit ses militants - Denis
Lessard
Et si Jean Charest peut s'en permettre autant, n'est-ce pas
entre autres choses parce qu'il sait d'avance que toute
décision qu'il pourra prendre sera non seulement
avalisée, mais encensée et louangée par
ses militants ?
Ils
l’aiment, leur chef
Les ministres de Charest ne seraient-ils donc que des
marionnettes ?...
Les
Nervous Nellies
Reconnaître que "tout n'est pas parfait" est-il en
soi une excuse suffisante de la part d'un ministre qui
tente ainsi de défendre son propre ministère
?...
Volée de bois vert aux Transports
Les ministres de Charest seraient-ils capables que de
se dire "ouverts" à l'implantation d'une mesure ou
d'une autre, comme s'ils n'étaient pas
eux-mêmes les mieux placés pour les mettre en
pratique ?... Ou autrement dit, les ministres de Charest
ne démontrent-ils donc pas surtout qu'ils sont en
fait virtuellement incapables d'agir, du moment qu'ils ne
peuvent même pas appliquer leurs propres
idées ?...
Québec est «ouvert» à offrir
davantage
Line
Beauchamp
se dit "favorable" aux redevances sur l'eau...
Et peut-on seulement en dire davantage de Charest
lui-même ?...
CONGRÈS
BIO
2009
:
Il
faut
stimuler
l’esprit
d’entrepreneuriat
des
chercheurs,
dit
le
premier
ministre
Les ministres de Charest peuvent-ils
décider quoi que ce soit, ou ne font-ils, au
mieux, que se dire "ouverts au changement" si celui-ci
devait arriver d'on ne sait où
?...
...Ou autrement dit, les
ministres de Charest peuvent-ils agir, ou ne sont-ils
capables que de parler ?
Le gouvernement Charest ne sait-il que se mettre la
tête dans le sable, tout en jetant de la poudre aux
yeux, histoire de camoufler le fait qu'il ne fait justement
rien ?... (Autrement dit : lorsque Charest daigne agir ou
plutôt réagir, cela ne reviendrait-il pas
qu'à "appliquer un pansement sur le bobo",
même s'il se trouve qu'on a affaire à bien plus
qu'un "petit bobo", justement ?...
Financement
public: les partis municipaux oubliés
L'équipe
B - Patrick Lagacé
Plus
de vérificateurs pour Montréal
Contrats
dans les villes: création d'une
«escouade» de vérificateurs
Partis
politiques: Québec veut contrer le financement
occulte
Le prolongement du métro à
l’étude - Bruno Bisson
Forêt : Le régime actuel tire à
sa fin - Hélène Baril
Code d'éthique : De beaux
principes, mais... - Louise Leduc
Une
fois l’an, la Caisse devra s’expliquer devant les
députés
Le
Québec égoïste -
ANDRÉ PRATTE
Anatomie d’une catastrophe ALAIN
DUBUC
Le cirque de la santé - ARIANE KROL
Bolduc échoue au test
- VINCENT MARISSAL
Diagnostic des enfants autistes ou atteints de
TED Les psychologues critiquent la directive
La
ministre Blais enverra des clowns distraire les
personnes âgées
Les
établissements auront des étoiles
Pour Jean Charest, la discussion ne serait-elle pas qu'un
prétexte de plus pour ne rien faire ?...
Parle
parle, jase jase - Sophie Cousineau
Finances publiques: pas de grandes manoeuvres
Le
gouvernement Charest en mode «écoute»
Et pourtant, se pourrait-il qu'il prenne parfois à
Charest de vouloir jouer les dictateurs ?...
La menace d'un bâillon plane à Québec
La
procédure contre Sylvie Roy rejetée
Jean Charest veut punir Sylvie Roy -
Tommy Chouinard
Charest, le boss - VINCENT MARISSAL
Le baillon... pour mieux retourner aux déficits
!... - Tommy Chouinard
Un bâillon inutile - ALAIN DUBUC
Et lorsqu'il ne "tablette" pas ses propres rapports, ne
serait-ce que pour mieux les neutraliser d'avance en
légiférant à contre-sens de ces
derniers avant même qu'ils ne soient adoptés
?...
Des changements dans la carte électorale
contestés par l'opposition
Et quand il se décide à faire quelque
chose, serait-il possible que Charest le fasse n'importe
comment ?...
L'usure du CHUM - Ariane
Krol
CHUM
La schizophrénie d’un hôpital
universitaire - MICHÈLE OUIMET
CHUM
: Vidéotron demande une compensation
Le seul CHUM possible
Charest s'entêterait-il à imposer des mesures
qui font fi de tous les experts comme du bon sens ?...
Le
projet du CHUM - Québec paie, mais ne choisit pas
Les
victoires du PPP
La
neutralité
du
groupe
mise
en
question
CHUMQUÉBEC
GARDE
LE
CAP
SUR
LE
PPP
Mariage et divorce à la CHUM
Jean
Charest se porte à la défense des PPP
PPP
à
tout
prix
-
Ariane Krol
PPP:
deux erreurs «importantes», conclut le
vérificateur
Le
bras
dans
le
tordeur
-
Michèle Ouimet
CHUM
et CUSM: les PPP pourraient être plus coûteux
La réalisation de
projets en PPP coûtera plus cher, conclut le
vérificateur
CRCHUM:
le PPP coûtera 320 millions de plus
Réalisation
de grands projets - Les PPP ne seront plus un
«passage obligé»
CRCHUM:
tout a été fait dans les règles,
assure Gagnon-Tremblay
Correction
d'examens de français: Courchesne fait volte-face
La
ministre Courchesne accusée de gaspiller les fonds
publics
Mégahôpitaux
de Montréal: une dernière chance pour les
PPP
Les
coûts projetés pour le CHUM et le CUSM
enfleraient de 60%
CHUM:
le mirage PPP - Ariane Krol
Pas
une bonne idée, le CHUM en PPP
CHUM Québec
maintient le PPP - Denis Lessard &
Tommy Chouinard
CHUM : Pas de PPP, réclament les
syndicats - Pascale Breton
L’Agence des PPP se meurt - Denis
Lessard
L’apostasie
- ANDRÉ PRATTE
Le CHUM « encore sur le mode PPP
», dit Yves Bolduc
Le
mode PPP rebute ingénieurs et
économistes
Au
tour des entrepreneurs de contester les PPP
ÉCHANGEUR TURCOT Québec renonce
au PPP
PROJETS
EN PPP Gagnon-Tremblay songe à faire marche
arrière
Bolduc envisage de renoncer au PPP
Pourquoi se priver des PPP?
- Érik Richer LaFlèche
Pourquoi attendre ? - Pierre
Gravel
PPP
:
Soyons courageux - Marcel Boyer
Et s'il ne fallait pas non plus jeter le bébé
avec l'eau du bain ?...
Monique
Jérôme-Forget au Devoir - Le
génie-conseil a tué les PPP
Le privé au secours des grands projets
Le
privé à la rescousse du métro?
Partnerships
require a shot of morphine
Ces
PPP qu'on aime tant haïr
Des
PPP qui n'en sont pas
Charest chercherait-il à nous imposer une vision
dépassée ?...
Échangeur
Turcot: le temps presse
La
guerre
Québec-Montréal
-
Michèle Ouimet
Des
autos et des hommes
Échangeur
Turcot: le bol ou l'assiette?
LeMTQexagère
les
coûts,
selon
laVille
Planning
process is as messy as the Turcot
L'inquiétant
réflexe
du
bon
marché
-
Marie-Claude Lortie
Les boulets rouges de Mme Boulet-
Alain Dubuc
Trop peu, trop tard - François Cardinal
L'échangeur Turcot pour les nuls - Stéphane Laporte
Front commun contre
Boulet
Échangeur
Turcot - Heureuse tentative!
Turcot:
Québec dit non à Tremblay
Tremblay
confronte ouvertement Julie Boulet
La
Ville propose un échangeur Turcot plus compact
Turcot: trois fois plus cher que l'original, selon le MTQ
Turcot: le projet de Tremblay est trop coûteux, dit
Boulet
A
new vision for the Turcot Interchange
Les
écologistes proposent de réduire la
capacité routière du futur complexe Turcot
Échangeur
Turcot: un projet réduit est proposé
D'autres
projets menacés, dit le maire
Échangeur
Turcot: maire du Sud-Ouest rabroue Québec
Turcot La facture dépassera le milliard et
demi - Bruno Bisson
Vision
demandée - Nathalie Collard
Le BAPE rejette le projet Turcot Pas
d’expropriations, pas de remblai et plus de transports en
commun - Bruno Bisson
Échangeur
Turcot: Transports Québec renvoyé à
sa table à dessin
Réaménagement de l’autoroute
Bonaventure : Isabelle Hudon en colère contre
l’AMT - Éric Clément
ÉCHANGEUR TURCOT Québec renonce
au PPP
Énergies Vertes Le PQ lance une
pétition pour faire pression sur Jean Charest
Turcot
2.0 - Nathalie Collard
Échangeur
Turcot
:
Québec
ouvert
à
des
modifications
«
Montréal n’est pas un champ de blé
d’Inde »
Turcot
: La Ville remet tout en question
ÉCHANGEUR
TURCOT
Un
projet
de
remplacement
ÉCHANGEUR TURCOT Le CN construit une
nouvelle voie ferrée
Échanger
sur Turcot - NATHALIE COLLARD
Échangeur
Turcot (BAPE) Pas de maquette avant l’été -
L’information nécessaire n’est pas disponible,
selon un expert
ÉCHANGEUR TURCOT : Un projet à
contretemps ?
Reconstruction
de l’échangeur
Turcot Montréal
n’est
pas
convaincu
du
bien-fondé
des
expropriations
Voir aussi : Le
projet
Turcot pourrait coûter deux fois plus cher que
prévu
Et lorsque Charest change finalement d'idée,
n'est-ce pas surtout parce que la contestation populaire
ne lui aura tout simplement pas laissé d'autre
choix ?...
Plus de place aux transports en commun
Charest ne donnerait-il l'impression de nous
consulter qu'afin de tenter de faire bonne figure ?....
Charest forcé de battre en retraite
- Denis Lessard
(Ou en d'autres termes...) Et lorsque Jean
Charest nous annonce une "consultation", ne s'agirait-il
que d'une grossière mise en scène de plus,
après tout ?...
Le déficit du Québec plus
élevé que prévu - Denis
Lessard
Québec lance une consultation
élargie - Tommy Chouinard
Finances publiques : Charest lance une vaste
consultation - Tommy Chouinard
Les ministres de Charest (et Charest lui-même)
seraient-ils tout simplement incompétents ?...
Un ministre dans l’embarras — Pascale Breton
Jean Charest s’engage à ne pas
rouvrir le débat sur l’avortement
Crise avortée - ARIANE
KROL
Un ministre en observation -
VINCENT MARISSAL
Le président du Conseil des
aînés démissionne
Et pourrait-il pourtant arriver à Charest de faire
quelques bons coups ?...
Esprit de clocher
La
rénovation remise à neuf
Crédit
à la rénovation: les détaillants en
veulent encore
CRÉDITS
D’IMPÔT À LA RÉNOVATION - UN PETIT
EXTRA QUI FAIT DE L’EFFET
Le
crédit à la rénovation attire
un tiers des Canadiens
Tournages à Montréal
Québec ouvre les vannes
Québec
accorde
près de 100millions à CAE
...Et qu'en est-il pour la suite des
choses ?...
Guerre
de tranchée à
Rivière-du-Loup - VINCENT MARISSAL
Et en plus de tout cela, se pourrait-il que ce gouvernement
s'adonne aussi à la partisannerie, et peut-être
même un peu plus qu'il ne lui faudrait ?...
PQ et ADQ dénoncent des nominations
«partisanes» dans la haute fonction publique
Des libéraux déballent leurs étrennes
avant Noël
Et que serait d'ailleurs notre politique sans
cette bonne vieille "politicaillerie" partisanne ?...
Les
grands imposteurs - ANDRÉ PRATTE
« Les péquistes se foutent
des règles », dit JeanCharest
Voir aussi Et
la guéguerre continue...
Malgré toutes les critiques du gouvernement Charest,
le PQ pourrait-il pourtant prétendre être en
mesure de faire mieux ?... Ou le PQ serait-il en fait
incapable de prouver plutôt qu'il ne ferait pas encore
pire ?...
Des députés du PQ dans l'embarras
Le PQ sera-t-il seulement capable d'échapper à
ses propres forces d'auto-destruction ?...
Lettres
- Bactérie mangeuse de chef
Le Parti Québécois ne pourrait-il pas se
rebaptiser comme le nouveau Parti Radical du Québec ?
L’énigme Marois
La
primauté du droit
Le PQ serait-il entré de plein pied dans
un processus ne pouvant mener qu'à sa propre
marginalisation ?...
Les communistes à la rescousse du Québec?
Lucien
Bouchard reproche au PQ son manque d'ouverture
Le
PQ a joué à fond la carte identitaire en
2009
Le
PQ se radicalise sous Pauline Marois, selon Charest
Harel
battue, le PQ déchiré - Vincent Marissal
... et d'ailleurs, ne peut-on pas en dire autant de l'ADQ ?
PQ et ADQ exigent une révision du cours
d'éthique et de culture religieuse
Voir aussi
Certains partis québécois seraient-ils en
train de dériver d'une façon des plus
inquiétantes en ce qui a trait à leur
discours sur l'immigration ?...
Se pourrait-il donc que le PQ s'avère tout simplement
incapable de prendre acte de ce que veut la population ?
(Se pourrait-il donc que le PQ ne soit tout simplement plus
en phase avec l'opinion et les besoins de la population ?)
Le
PQ
est-
il
menacé
d’implosion?
Le
suicide
assisté
The
PQ's pursuit of political fantasy drags it down
Le
vieux
dilemme
Et en fait, les péquistes seraient-ils donc les
mieux placés pour se défaire
eux-mêmes, notamment à travers leurs propres
divisions internes ?...
Les
cannibales - Michel David
Crise
au PQ - Il y a 30 ans, Pierre Bourgault faisait le
même constat
Recomposition
du paysage politique - Des questions pour les
progressistes
Prise
2
Crise
au Parti québécois - Embardées
suicidaires
Lettres
- Le PQ a tué le PQ
Drainville
fait pression sur Marois
Bernard
Drainville juge que le Parti québécois est
rendu au bord de l'abîme
Parler pour le pays
The
perils
of the PQ: people are starting to laugh
Fractured
tales
of
Parti
Québécois
ferment
-
Jeffrey
Simpson
Le
particide
PQ:
les
méfaits
de
la
thérapie
de
groupe
Le député de Bertrand songe à se
rallier à Legault
« On joue avec le feu » , avertit Duceppe
Mathématiques
péquistes
Le
PQ miné de l'intérieur
Le
PQ
est-
il
menacé
d’implosion?
Vent de panique au PQ
Pétition
pour un nouveau parti souverainiste
Péquisteries
terminales
Nouveau
chapitre du déchirement péquiste
Marois
doit « réfléchir » , dit Landry
Parizeau
désavoue Marois
Pan!
dans le pied
La
nouvelle garde du PQ rappelle à Jacques Parizeau
ses travers de chef
De
nombreuses interventions depuis 1996
Le PQ serait-il donc en train de carrément se
saborder lui-même ?...
Parti Québécois revolt deepens with yet
another departure – and a twist
Vers
un PQ parallèle ?
Un
cinquième
péquiste
démissionne
Le PQ serait-il donc en plein processus de
décomposition ?
Les
discussions ont été « raides »
Sovereignty slowly shuffling off this mortal coil
Marois
n'est pas au bout de ses peines
Parti
québécois - Le mur
Crise
au Parti québécois - La perte de conscience
nationale
Parti Québécois caucus drama laid bare
La
sortie de secours
Le PQ ne saurait-il s'empêcher de prouver encore et
encore la validité du quolibet selon lequel ce parti
ne saurait faire mieux que de "manger ses chefs" ?...
Au suivant !
Sursis
Le
PQ ne serait-il réduit qu'à devoir tout miser
sur chacune de ses nouvelle sorties, en se disant à
chaque fois que cela suffira à raviver la "flamme
souverainiste" ?...
Le PQ posera des gestes «audacieux» pour
relancer le débat identitaire
La
loi 104 ravivera la flamme souverainiste, dit Beaulieu
Et les
Québécois sont-ils pour autant prêts
à voter pour le PQ ?...
Le nuage de Charest, le désert de
Marois - VINCENT MARISSAL
UN
ÉTÉ SANS NUAGE POUR JEAN CHAREST
- Tommy Chouinard
Dur
coup
pour le PQ - VINCENT MARISSAL
CHAREST
DÉSORMAIS PLUS POPULAIRE QUE MAROIS
PQ
et PLQ encore à égalité
Et surtout, le PQ est-il digne de
la confiance des Québécois ?...
Le grand ouf de Pauline Marois - VINCENT
MARISSAL
Le PQ serait-il en train de réaliser qu'il ne pourra
s'approcher du pouvoir sans d'abord apporter un certain
nombre de changements majeurs à son discours ?...
La création de la richesse au menu du PQ
L'éloge
de
la
richesse
L'avenir serait-elle en fait du
côté du PQ ?...
Le virage péquiste - Alain Dubuc
Marois
pourrait défaire le gouvernement, si l'occasion se
présente
Le
PQ veut «débureaucratiser»
Lettres
- Un tournant au PQ
Le
PQ montre la porte au SPQ libre
PQ
severs ties with SPQ Libre
PQ:
le bond en avant - Lysiane Gagnon
Le
péquiste Nicolas Marceau appuie les hausses de
tarifs
En fait, le PQ ne serait-il pas devenu plutôt le parti
par excellence de l'obstrusion au changement ?...
(autrement dit: le PQ se retrouverait-il en ce
moment dans une situation ou il lui semble en fait
difficile, voire impossible d'évoluer ?...)
Le PQ souhaite un budget sans douleur pour les
contribuables
Le
PQ
et
la
richesse
-
Alain Dubuc
Marois contredit sa nouvelle vedette -
Tommy Chouinard
Voir aussi Le
péquiste Nicolas Marceau appuie les hausses de
tarifs
Le testament de M. Legault -
André Pratte
Réjean Parent taxe Legault de
néolibéralisme
En fait, se pourrait-il donc que le PQ ne soit devenu que
l'instrument des syndicats ?...
L'arbre et l'écorce
La
gauche péquiste fustige Marois
Ou se pourrait-il que le PQ n'ait tout simplement
trouvé mieux que de s'adonner au populisme le plus
élémentaire ?...
Un
gâchis...
et
ses
suites
Trois députés claquent la porte du PQ
Où
s'arrêtera l'hémorragie?
Aussant
part en suggérant à Marois de
démissionner
Les
poules
sans
tête
Les attaques du PQ ne reviendraient-elles donc qu'à
"s'opposer pour s'opposer" ?... Les attaques du PQ
riment-ils vraiment à quoi que ce soit ?
Le québec vulnérable à une
récession
Le PQ démontrerait-il donc désormais une
tendance à verser dans la mauvaise foi ?...
Des excuses s’imposent
Le
PQ
est-
il
à
droite
des
libéraux?
Se pourrait-il donc qu'au Parti Québécois on
soit en train d'oublier certains des principes qui
s'avèrent pourtant les plus fondamentaux dans toute
démocratie digne de ce nom ?...
À
quoi
joue
le
PQ?
Y aurait-il quelque chose qui cloche avec le PQ ?...
Camil Bouchard tire sa révérence
Halte
au détournement des sociétés
d’État ! - Robin Philpot
La
division au PQ a eu raison de Legault, estime Charest
François
Legault quitte la politique
Legault
quitte le navire. Marois dans le pétrin -
Denis Lessard
Et par dessus tout, les Québecois eux-mêmes
sont-ils prêts pour le changement ?...
LE DÉCLIN TRANQUILLE -
FRANÇOIS LEGAULT
En
route vers un « déclin tranquille »
François Legault se dit inquiet pour
l’avenir du Québec
Et y aurait-il enfin de l'avenir du
côté de l'ADQ ?...
Le Québec doit se doter d'un plan de
création de richesse, suggère l'ADQ
Message
du chef de l'ADQ à Jean Charest - Le défi du
courage et de la responsabilité
Caucus
de l'Action démocratique - Deltell couperait un
milliard
Ou plutôt, pourra-t-il jamais y avoir de l'espoir,
en ce qui concerne l'ADQ ?...
Politique
québécoise - L'échec de l'ADQ
Simon-Pierre
Diamond passe au PLQ
L'élection
fantôme
Le
budget
de
l'ADQ
amputé
L'ADQ
termine l'année au tapis
Christian
Lévesque nommé président de l'ADQ
L'impossible
droite - Mario Roy
Taillon
affirme avoir tourné la page sur l'ADQ
Mon
pauvre Gérard! - Patrick Lagacé
Un
exclu de l'ADQ veut lancer son parti
Gérard
Deltell en plein brouillard
Qui
est Gérard Deltell?
Gérard
Deltell devient chef de l'ADQ
Deltell
pourrait prendre les rênes de l'ADQ ce soit
Sommé
de partir, Taillon renonce à se rendre au parlement
La
vie après l'ADQ - Alain Dubuc
Financement
de l'ADQ: Allaire ne s'en fait pas trop
«On
est prisonniers d'une étiquette»
Crise
à l'ADQ: la thèse du complot se
dégonfle
La
queue empoisonnée de l'ADQ - Yves Boisvert
Gilles
Taillon persiste et signe
Duceppe
invite les conservateurs à dire s'ils ont des liens
avec l'ADQ
Gilles
Taillon de plus en plus isolé
Des
valeurs bien vivantes
Une
occasion manquée - André Pratte
Taillon
se dit victime d'un putsch orchestré par Mario
Dumont
Une
«spectaculaire opération
d'autodestruction». dit Dumont
Deltell
très intéressé par la succession de
Taillon
Caire
ne retournera pas à l’ADQ
Le
couronnement de Gérard Deltell fait consensus
Le
président de l'ADQ jette l'éponge
En
contemplant les ruines de l'ADQ -
Vincent Marissal
ADQ:
pitié, assez! - Vincent Marissal
Éric
Caire et Marc Picard claquent la porte de l'ADQ
Éric Caire réfléchit à
son avenir politique - Tommy Chouinard
Sylvie
Roy, inspectrice Gadget - PATRICK
LAGACÉ
Un
modèle pour l'ADQ en Alberta
Bonne
chance,
Mr.
Taillon
- VINCENT MARISSAL
Courte
victoire de Gilles Taillon
ADQ Débat des candidats Caire et Taillon
s’affrontent... sans dérapage
Le nationalisme repensé
- Éric Caire
ADQ : Le derby de démolition -
ANDRÉ PRATTE
Marois
a
failli
diriger
le
Québec
-
L’ADQ
a
proposé
une
coalition
au
PQ
à
l’automne
2008
Le nationalisme sacrifié de l'ADQ
- Mathieu Bock- Côté
Taillon dénonce l’agressivité de
Caire - Tommy Chouinard
Un premier débat musclé - Tommy
Chouinard
L’ADQ doit s’assumer - Éric
Duhaime
L’ADQ n’est pas de droite -
Sébastien Proulx
Un candidat accueilli froidement -
Martin Ouellet
Une
candidature accueillie froidement à l’ADQ
La troisième voie en péril
- DENIS LESSARD
Le
chef de l’ADQ sera élu le 18 octobre
Gilles
Taillon prend ses distances des conservateurs
Quel nouveau chef pour l'ADQ ?...
Le
courage de ses convictions - ANDRÉ
PRATTE
Et pourtant... L'ADQ est-elle prête pour le
Québec ?... (ou en d'autres termes : et
si l'ADQ n'était finalement bel et bien qu'une
perte de temps ?...)
Canadien
d'abord
D’abord
un ménage dans les dépenses
- Gilles Taillon
L’ADQ semble condamnée - Denis
Lessard
De
l’ADQ à l’ABQ? - ANDRÉ PRATTE
Les débats des Québécois
Tarifs
d'Hydro : une bataille d’arrière-garde -
ALAIN DUBUC
Vaut
mieux être assisté social que de travailler
au salaire minimum !...
Y a-t-il quelque chose à faire avec Québec
Solidaire ?...
Le
baromètre Léger Marketing-Le Devoir-The
Gazette - Khadir, le politicien le plus populaire
Partis
politiques - Le modéré Amir Khadir
À
l'attaque
des
«vaches
sacrées»
Amir
Khadir, un solidaire pas si solitaire
OSER
ALLER PLUS LOIN - FRANÇOISE DAVID ET AMIR KHADIR
Québec solidaire liera la souveraineté
à l'actualité
Mais ce parti aurait-il donc tendance à faire la part
belle aux erreurs de jugement ?...
L’ultragauche
démasquée
Khadir
le
fanatique
Editorial:
Amir Khadir unclear on the concept
Et pourquoi pas un petit résumé de la
situation ?...
Charest
ébranlé, Marois en observation
Le
Québec glisse-t-il à gauche?
- Alain Dubuc
Le
PQ à la recherche d’un guide
économique - Vincent Marissal
DE
GROS
TRACAS DANS LES DEUX CAMPS - Denis Lessard
Un remaniement risqué
- Vincent Marissal
Le
drôle
d’été des politiciens
québécois - Alain Dubuc
L'Assemblée Nationale ne serait-elle donc plus
devenue qu'un champs de bataille ?...
PLQ et PQ multiplient les manoeuvres en fin de session
Et quelle nouvelle surprise devrait nous
attendre dans le cirque qu'est devenue l'Assemblée
Nationale ?... (et notamment : se pourrait-il donc que le
décorum n'y soit plus qu'un lointain souvenir ?...)
Pot-pourri
Les
hypocrites
-
André Pratte
Anniversaire
de l'élection de Bourassa: Marois sème
«l'indignation»
Les
«fainéants» interdits à
l'Assemblée nationale
En fait, le climat politique du Québec serait-il
devenu pratiquement toxique et délétère
?...
Du
fiel
pour
Noël
Québec
- Un feu d'artifice !
Injuste
et
irresponsable
-
André Pratte
Jean,
Pauline
et
l'art
de
l'insulte
-
Stéphane
Laporte
Le climat politique se dégrade-t-il ? - Entre la
haine et la gentilhommerie
Les foulards et les torchons
Charest
et Marois en viennent aux insultes personnelles
De
salaire
et
de
Slinky
-
André Pratte
Climat
toxique au parlement
En fait, les députés de l'Assemblée
Nationale auraient-ils donc tout simplement franchi les
bornes de l'incivilité ?
Lettres
- La rentrée parlementaire, pire que la
rentrée scolaire?
Sylvie Roy insatisfaite des excuses du ministre Macmillan
Mais ceci dit, le gouvernement Charest serait-il pourtant
arrivé enfin à passer à l'action ?...
Hausse des tarifs Le gouvernement Charest passera
à l’acte - Denis Lessard
La marge de manoeuvre de Jean Charest -
Alain Dubuc
Voir aussi La
révolution tarifaire - ANDRÉ
PRATTE
... à moins qu'il ne s'agisse encore que d'une blague
?...
Charest
refroidit
ses militants - Denis Lessard
... et de toute façon, le gouvernement Charest est-il
seulement capable de démontrer le moindre jugement
lorsqu'il s'agit de déterminer comment agir
exactement, surtout lorsqu'il s'agit de décider
où couper ?...
Péages, droits de scolarité dans
les cégeps et factures d’Hydro plus
salées au menu - Denis Lessard
|
LE DEVOIR
La
chèvre et le chou
Démocratie
et financement des partis politiques: souhaitons-nous un
retour en arrière?
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Québec solidaire
passe devant l'ADQ
THE GAZETTE
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
|
|
|
Déficit d’audace - YVAN LOUBIER
Le sommet sur
l’état de l’économie escamote les vrais enjeux
financiers et fiscaux du Québec
Le premier mini s t re du Québec a modifié ses
plans. Alors qu’il devait présider aujourd’hui et
demain un sommet sur l’état des finances publiques et
de l’économie, ce sommet sera confiné à
la seule économie.
Le ministre des Finances Raymond Bachand a
dévoilé en octobre dernier un rapport sur les
dépenses publiques du Québec. Le sujet ne sera
finalement pas abordé au prochain sommet sur
l’économie.
Parler de l’état
actuel de l’économie du Québec et de l’avenir
prévisible, sans considérer la piètre
situation des finances publiques et les moyens financiers que
nous n’avons plus, amenuise la portée d’un tel exercice
et prive le gouvernement d’un appui éclairé de
la population. Des orientations seront prises dans le cadre
des prochains budgets et des gestes seront posés pour
corriger les déficits des prochaines années et
la dette. Et on n’aura pas pris soin d’expliquer à la
population du Québec les raisons qui justifient ces
gestes, encore moins de l’y associer.
On aurait souhaité que ce sommet aborde de front, avec
réalisme et audace, les vrais enjeux financiers et
fiscaux auxquels le Québec est confronté et les
décisions difficiles qui devront être prises.
Le réalisme auraitcommandé que nous
reconnaissions que nous vivons au-dessus de nos moyens. Nous
nous payons le luxe de figurer parmi les contribuables les
plus taxés et les plus imposés parmi les pays
industrialisés. Nous revendiquons, depuis toujours, de
plus en plus de services publics universels, plus que tous nos
voisins, et qui deviennent avec le temps autant de vaches
sacrées.
Malgré le fait que nous supportions le plus lourd
fardeau fiscal, nous avons réussi à propulser la
dette publique vers des proportions intenables. Elle atteindra
les 160 milliards de dollars à la fin du présent
exercice financier, la moitié du PIB
québécois. Elle est parmi les plus
élevées en Amérique et de tous les pays
de l’OCDE. Elle grève environ 9 milliards de dollars
annuellement en frais d’intérêts, 15 milliards
dans cinq ans.
Le réalisme aurait également exigé que
l’on reconnaisse que nous avons pratiquement
épuisé toute notre marge de manoeuvre comme
société. Les pressions démographiques et
le vieillissement de la population ajouteront à cette
perte de contrôle sur notre « destinée
» fiscale et budgétaire.
Le statu quo
dans notre façon de voir le rôle de l’État
québécois, d’en faire le répondant absolu
de tous nos désirs et de croire qu’il dispose de
ressources inépuisables, puisées dans nos
propres poches, nous a conduits directement vers un
cul-de-sac. Qu’on soit de la droite, du centre ou de la
gauche, ne change rien à ce constat.
Il faudra user d’audace pour redresser la situation et relever
avec succès les défis des prochaines
années.
L’audace de tout mettre sur la table, de remettre en cause les
fonctions actuelles de l’État, en évaluer la
pertinence, la portée et revoir les programmes.
L’audace de revoir la tarification pour les services publics.
L’audace de fixer des cibles incontournables pour l’atteinte
du déficit zéro et la réduction graduelle
et équilibrée de la dette publique.
Et enfin, l’audace de mettre en place toutes les conditions
réglementaires, fiscales et autres, les meilleures au
monde, afin de développer davantage notre
économie de façon durable, profiter au maximum
de nos avantages comparatifs et créer de la richesse,
de la vraie… avant de songer à la répartir!
On
peut aujourd’hui et demain mettre de côté cette
réflexion fondamentale, mais rapidement, la
réalité nous rattrapera.
La facture d’Hydro va grimper - Denis Lessard
Dénoncé
depuis longtemps, le « bloc patrimonial » est
ciblé
EXCLUSIF QUÉBEC — Oubliez les péages partout au
Québec et les droits de scolarité au
collégial. Le gouvernement Charest a déjà
choisi sa cible pour augmenter ses recettes rapidement: les
tarifs d’Hydro-Québec.
Au coeur du débat des prochaines semaines : le «
bloc patrimonial» d’Hydro-Québec, une
énorme quantité d’énergie (165
térawattheures) dont le prix est artificiellement
bloqué à 2,8 cents le kilowattheure, environ le
tiers de sa valeur sur les marchés d’exportation.
Des sources expliquent que toutes les autres pistes
d’augmentation de tarifs sont soit trop complexes pour
être mises en place rapidement, soit trop
limitées pour générer des revenus
appréciables.
Sans le dire, le ministre Raymond Bachand a d’ailleurs
révélé le choix du gouvernement dans une
entrevue avec Paul Arcand, hier matin. L’instauration de
péages routiers est une mesure «
compliquée», a-t-il dit. De même, bien des
possibilités évoquées par le PLQ au cours
de fin de semaine, par exemple taxer les grands consommateurs
d’eau, représentent des rentrées marginales dans
les coffres de l’État. Quand on lui a rappelé le
projet de taxer davantage les bonbons et les croustilles, le
ministre s’est esclaffé et a avoué ne pas avoir
de chiffres.
En revanche, dans le cas des tarifs d’Hydro-Québec, M.
Bachand disposait de données bien précises. Par
exemple, une majoration de 1 cent le kilowattheure fait entrer
1,8 milliard de dollars dans les coffres de l’État. Si
on met en place des mesures compensatoires de 300 millions
«pour augmenter la protection de ceux qui en ont moins
les moyens», a-t-il lancé, il restera tout de
même un gain de 1,5 milliard pour équilibrer les
finances publiques, a-t-il expliqué. Plus tard, sa
porte-parole a précisé que 1 cent d’augmentation
représente plutôt 1,4 milliard de gains nets.
Plusieurs commissions d’enquête ont recommandé
cette augmentation au fil des ans, de même que bon
nombre d’économistes, a rappelé le ministre.
La fin de semaine dernière, en marge du conseil
général du Parti libéral, le nouveau
ministre du Développement économique,
Clément Gignac, a d’ailleurs
répété ce qu’il a maintes fois dit dans
sa vie d’économiste: il faut hausser le prix de
l’électricité. Les bas tarifs sont un
encouragement à la consommation et, au bout du compte,
profitent davantage aux nantis. C’est aussi ce qu’il a dit
hier à RDI.
Une idée récurrente
Lors de la création de la Régie de
l’énergie, à la fin des années 90, le
gouvernement Bouchard avait soustrait la production existante
à la compétence du nouvel organisme. On avait
expliqué qu’il s’agissait d’un «héritage
collectif» des Québécois, qui devaient
profiter de la richesse hydraulique de leur territoire.
Les
spécialistes divergent d’opinions sur la façon
d’augmenter les tarifs de ce «bloc patrimonial ».
En principe, Québec aurait besoin d’un projet de loi.
En revanche, comme il avait instauré cette protection
par simple décret, elle pourrait être
retirée de la même manière. Hier, le
ministre Bachand n’a pas parlé de projet de loi; il
semblait croire qu’il pourrait trancher avec une annonce dans
son premier budget.
Dans cette opération délicate, Québec
pourra compter sur un régiment d’économistes et
de présidents de commission d’enquête qui, depuis
près de 10 ans, préconisent unanimement une
hausse significative des tarifs d’électricité.
Au début de 2005, l’ancien président
d’Hydro-Québec, André Caillé, avait
exhorté Québec à hausser la tarification
du bloc patrimonial. Il proposait même de le faire sans
passer par un projet de loi, «pour éviter un
méchant débat» à l’Assemblée
nationale. Le premier ministre Charest l’avait
désavoué à bout portant. André
Caillé a été en sursis pendant quelques
mois avant d’être éjecté avant la fin de
son mandat.
Rapports unanimes
Mais A ndré Caillé n’est pas seul. Plus
récemment, au printemps 2008, Claude Montmarquette, du
Cirano, a produit un rapport sur la tarification dans lequel
il ciblait les tarifs d’Hydro. «L’argent est dans
l’électricité, c’est évident», dit
l’économiste, joint hier par La Presse. Dans son
rapport, il proposait de «supprimer le bloc
patrimonial» pour permettre à la Régie de
fixer les prix de toute l’énergie. On estimait à
1,8 milliard de dollars les revenus supplémentaires
venus de la consommation résidentielle, et à 448
millions les gains sur la partie «commerciale» de
la consommation si les tarifs étaient
élevés à la moyenne canadienne. «En
tout, c’est 2,3 milliards de recettes par année. Si on
adopte 300 millions de mesures pour les plus démunis,
il reste 2 milliards», résume Claude
Montmarquette. Il estime que, pour chaque dollar
d’augmentation de la facture d’électricité, les
abonnés vont réduire de 10% leur consommation.
Bien avant, Alban D’Amours avait proposé cette solution
dans les études du Mouvement Desjardins.
Spécialiste de ces questions, Jean Thomas Bernard,
professeur à l’Université Laval, explique qu’il
faudrait hausser les tarifs d’environ 30% pour qu’ils
reflètent les coûts de production actuels. Le
prix moyen de toute la production est d’environ 7 cents le
kilowattheure actuellement.
La nouvelle énergie – celle qui sera produite à
la Romaine, par exemple – coûtera environ 10 cents le
kilowattheure (10,3 pour l’énergie éolienne).
«Hydro exporte à 9 cents, elle nous vend à
moins de 3 cents... Chez nos voisins, cela coûte
beaucoup plus cher: en Ontario, c’est 70% de plus»,
poursuit l’universitaire.
Dans son rapport sur la pérennité du
réseau de la santé, en 2005, le banquier Jacques
Ménard avait préconisé une hausse de 2%
des tarifs d’Hydro en plus des majorations calculées
par la Régie, un pactole de 11,2 milliards d’ici
à 2015.
Quelques mois plus tard, les «lucides», un groupe
dont faisait partie l’ex-premier ministre Lucien Bouchard, ont
aussi proposé une «hausse des tarifs
d’électricité, à la fois substantielle et
progressive». M. Bouchard disait «qu’on
était un marchand de bonbons qui avait le choix entre
les vendre ou les manger», rappelle M. Bernard.
La commission Castonguay sur le financement du réseau
de la santé avait elle aussi préconisé
cette hausse, conjuguée à une augmentation de la
TVQ.
À la fin des années 8 0, Guy Coulombe, ancien
patron d’Hydro, avait proposé une majoration
automatique des tarifs de 0,25% pendant des décennies
pour dégager des revenus. Le gouvernement Bourassa
avait trouvé ce plan trop risqué politiquement
et l’avait mis de côté.
À VOS POCHES, CITOYENS! -
Nestor Turcotte
Voici quelques
réactions de nos lecteurs aux propositions
d’augmentation de tarifs adoptées au conseil
général du Parti libéral du Québec
le week-end dernier.
Matane Ma rio Du mont 36 0 degrés doit aujou rd ’hu i
bien r i re da n s sa barbe. Le Parti libéral du
Québec est en train de réaliser, sans son
consentement, le programme politique qui l’a
empêché de prendre le pouvoir aux
dernières élections. Pauline Marois ne peut
qu’approuver les gestes politiques de son visà-vis,
même si, pour la forme, elle s’en formalisera , tout
juste pou r épater une galerie disséminée
qui ne semble plus l’écouter. Pas étonnant
qu’elle ait mis l’indépendance au rancart. Le
Québec ne peut plus se la payer.
PHOTO ARCHIVES LA PRESSE
Les services publics, notamment
l’électricité, pourraient bien être
majorés si le gouvernement du Québec
décide d’aller de l’avant avec l’augmentation des
tarifs.
Le
Québec est au bord de la faillite. Si l’on additionne
la dette du gouvernement provincial, la dette des
universités et des cégeps, la dette des
hôpitaux et les intérêts des milliards
empruntés chaque année pour financer les
déficits accumulés, la dette provinciale
dépasse facilement les 200 milliards de dollars.
À cela, évidemment, il faut ajouter plus de 100
milliards de la dette fédérale. Bref, le
Québec est dans la m… jusqu’au cou. Avec une population
vieillissante, qui se régénère à
coup de subventions, il y a de quoi inquiéter les chefs
politiques. La province est écrasée sous le
fardeau de ses folies accumulées.
Environ 40 % des citoyens québécois ne paient
pas d’impôts. Ceux qui en paient – la classe moyenne en
pa rticulier – ne gagnent pas des salaires mirobolants. C’est
elle qui paiera la plus grosse part de la note. Il n’y a donc
pas 56 façons de payer la facture : réduire les
services ou augmenter les impôts et les tarifs. Ou faire
les deux à la fois. La première solution est
éca rtée par les politiciens pour des raisons
électoralistes. La hausse d’impôts ? Pas
très populaire. Le Québec a le taux d’imposition
le plus élevé du pays. Il ne reste donc que la
voie de la hausse des tarifs. Peu importe la solution prise
par les dirigeants du gouvernement actuel, l’argent sortira
des poches des citoyens.
La loi pro-déficit - CLAUDE PICHER
En imposant le
bâillon pour faire adopter le projet de loi 40 en
début de session, le gouvernement Charest pose un geste
exceptionnel.
Mais que contient donc ce fameux projet de loi 40? Pourquoi le
gouvernement tient-il tant à le faire adopter en toute
vitesse ? Comment en est-on arrivé au bâillon ?
Pour l’essentiel, la nouvelle loi vise à soustraire le
gouvernement aux contraintes de la loi antidéficit,
adoptée en 1996 sous le gouvernement de Lucien
Bouchard. Comme son nom l’indique, la loi oblige les ministres
des Finances à déposer des budgets
équilibrés. Qu’ils le fassent en augmentant
leurs revenus ou en comprimant leurs dépenses, la loi
ne le précise pas ; tout ce qu’elle dit, c’est qu’il
est hors de question de déclarer un déficit.
Certes, on a prévu une exception: en cas de
ralentissement ou de récession, la loi autorise le
recours à un déficit temporaire, mais à
condition que le ministre s’arrange pour l’éliminer
dans les 12 mois.
Jusqu’en 2009,
donc pendant une quinzaine d’années, tous les ministres
des Finances, Bernard Landry, Pauline Marois, Yves
Séguin, Michel Audet et Monique
Jérôme-Forget pendant ses deux premiers budgets,
vont respecter la loi... sur papier.
En réalité, tous les gouvernements,
péquistes et libéraux confondus, vont se
permettre de jouer avec la loi comme avec un élastique.
Ainsi, en 2003, le gouvernement nouvellement élu de
Jean Charest demande à l’ancien vérificateur
général Guy Breton de se pencher sur
l’héritage budgétaire du gouvernement
péquiste. Alors que tout le monde croyait que le
dernier budget Marois était équilibré, M.
Breton découvre un trou de 4,3 milliards. Deux ans plus
tard, le vérificateur Renaud Lachance trouve que le
budget « équilibré » du ministre
Audet cachait un déficit d’au moins 1,5 milliard.
On a même inventé une nouvelle expression, dans
les documents budgétaires. On ne parle plus de
déficit ou de surplus, mais de « solde
budgétaire aux fins de la Loi sur l’équilibre
budgétaire ». Et ce solde, parfois au prix
d’acrobaties comptables périlleuses, ne sera jamais
déficitaire.
Le budget déposé
en mars 2009 par la ministre JérômeForget tranche
nettement avec ces cachotteries.
Aux prises avec la récession que l’on sait, la ministre
le reconnaît franchement: le gouvernement ne pourra pas
s’en tirer sans déficit. Ses prévisions font
donc état d’un déficit de 3,9 milliards cette
année, 3,8 milliards l’an prochain, 2,6 milliards dans
deux ans et 1,3 milliard en 2012-2013. En tout, il y a en pour
plus de 11 milliards. Ces chiffres entrent en contradiction
flagrante avec la loi antidéficit de 1996.
Le gouvernement n’avait donc pas le choix. En mai 2009,
Raymond Bachand, successeur de Mme Jérôme-Forget,
dépose le projet de loi 40, qui autorise le retour aux
déficits. Mais le projet est mal défini et,
surtout, il tombe mal. De toutes les provinces canadiennes,
c’est le Québec, et de loin, qui doit supporter la plus
lourde dette : ses déficits accumulés
représentent 32,5 % du produit intérieur brut
(contre 18,1 % pour l’Ontario). Et le budget de Mme
Jérôme-Forget demeure très vague sur la
façon de retrouver l’équilibre. Certes, elle
annonce une hausse de la taxe de vente à compter de
2011, ce qui lui rapportera 4,2 milliards en quatre ans. Elle
compte sur la lutte contre l’évasion fiscale pour
augmenter ses revenus de 2 milliards. Cela reste à
voir. Enfin, et surtout, elle compte s u r d’ « aut r es
mesures à identi f ier » , sa ns préciser
davantage, pour améliorer les équilibres
financiers de 8,4 milliards, toujours en quatre ans.
C’est sur
cette précaire toile de fond que le projet de loi 40
est débattu en commission parlementaire, en mai et
juin. L’opposition péquiste, pilotée par
François Legault, réussit à obtenir une
concession de taille du ministre Bachand. La loi devra
préciser clairement que le gouvernement devra recouvrer
l’équilibre au plus tard en 2013-14 (la version
originale ne comportait pas d’échéancier, ce qui
est en soi assez étonnant). Pour le reste, la
commission s’est tenue dans un climat de forte tension.
Aujourd’hui, Raymond Bachand n’a pas tout à fait tort
de dire que les choses n’avancent pas. « En 50 heures de
travaux, dit-il, on n’a réussi qu’à adopter un
seul article jusqu’à maintenant. »
Et c omme l ’ opposit i on péquiste, du moins aux yeux
du gouvernement, ne semble pas mieux disposée
aujourd’hui qu’en juin dernier, la meilleure façon de
dénouer l’impasse est d’imposer le bâillon.
Ce n’est pas certain. Les prétextes
évoqués par le gouvernement demeurent fragiles.
D’un autre côté, il est irréaliste de
demander au gouvernement de décrire maintenant les
décisions qu’il devra prendre dans deux, trois ou
autres ans.
L’ i mpor t a n t , c ’ e s t la contrainte du calendrier :
Québec s’y prendra comme il voudra, mais il est
maintenant tenu par la loi d’éliminer le déficit
en 2013-2014. Dans l’état de délabrement
où sont retombées les finances publiques
québécoises, c’est bien la moindre des garanties
qu’on peut accorder aux citoyens. Il reste à savoir,
seul l’avenir le dira, si cette garantie sera
respectée.
Les sacrifices - ANDRÉ PRATTE
Le premier
ministre, Jean Charest, a commencé à
préparer les Québécois aux « sac r
i f i ces » qu ’ i l s dev ront consent i r pou r que
les finances publiques reviennent à l’équilibre
dans quatre ans. À l’occasion du congrès des
jeunes de son parti, M. Charest a évité de
préciser en quoi consisteraient ces sacrifices, mais il
suffit de relire le dernier budget pour comprendre qu’il n’y a
pas d’échappatoire possible.
Déposé en mars, le document prévoyait un
déficit de 3,9 milliards cette année, grimpant
à 6 milliards en 2012-2013 et 2013-2014. Ce plongeon
dans le rouge a peu à voir avec les mesures de relance
annoncées à cette occasion. I l ref lète
plutôt un problème st ructurel : les
dépenses et la dette du gouvernement du Québec
augmentent plus vite que la capacité (et la
volonté) de payer des Québécois.
Le budget a mis en place un plan de retour à
l’équilibre. Ce plan prévoit notamment que la
croissance des dépenses du gouvernement sera
limitée à 3,2 % pendant quatre ans à
compter de l’an prochain. Une croissance aussi faible signifie
que les dépenses de santé et d’éducation
augmenteront beaucoup moins rapidement que ça n’est le
cas depuis trois ans tandis que les autres postes de
dépenses seront pratiquement gelés.
La TVQ augmentera d’un point à compter du premier
janvier 2011. D’autres mesures, non précisées
mais chiffrées à 3,8 milliards, permet tront le
retour du déficit zéro en 2013-2014. Parions que
parmi ces mesures figurera l’augmentation de la TVQ d’un autre
point (revenus additionnels : 1,2 milliard).
Où
Québec ira-t-il cherc he r l e s 2 , 6 mi l l i a r d s
manquants ? Les t arifs ? L’indexation de tous les tarifs
imposés par le gouvernement, même s i on ajoutait
ceux des garderies, rapporterait environ 70 millions de plus
par année.
Hau s s e r l e s i mp ô t s , comme le suggérait
hier la CSN ? Une mauvaise piste pour une province qui veut
créer la richesse lui permettant de préserver
ses acquis sociaux.
Augmenter les tarifs d ’ élec t r ic ité ? C’est
certainement la voie la plus prometteuse du point de vue
financier. Le comité Montmarquette a calculé
qu’une hausse des tari fs d’Hydro-Québec au niveau de
la moyenne canadienne produi rait 2,3 mi l l iards. Pour les
familles à faible revenu, la dépense
additionnelle serait de 6,94 $ par semaine, une somme qui
devrait être compensée par un crédit
d’impôt rembou r sable. Pou r l es ménages
aisés, le débours supplémentaire
s’élèverait à 789$ par année, une
somme qu’ils ont les moyens de payer.
Une me s u r e i mpopu - laire ? Même si Québec y
allait graduellement, il y aurait cer t ainement une
énorme levée de boucliers. Cependant, compte
tenu de l’état des finances publiques, ceux qui nous
gouvernent devront faire preuve d’audace et de courage. Le
gouvernement Charest est en début de mandat, c’est
l’occasion ou jamais.
Québec est revenu sur sa parole
— Lors de la
dernière campagne électorale, quatre jours avant
le vote, le gouvernement Charest a assuré par
écrit à une association de centres de la petite
enfance que la structure actuelle du réseau des
garderies sera maintenue. Il est revenu sur sa parole
après avoir été reporté au
pouvoir.
Depuis
le dépôt du dernier projet de loi sur les CPE,
l’Association québécoise des centres de la
petite enfance accuse le gouvernement de créer une
nouvelle structure qui coûterait quelque 12 millions
de dollars, l’équivalent de 1200 places en garderie.
L’affaire a débuté le 24 novembre, au beau
milieu de la campagne, lorsque le gouvernement Charest a
décidé de ne pas porter en appel le jugement
Grenier et de permettre la syndicalisation des responsables
des garderies en milieu familial.
Le 1er décembre, le ministère de la Famille a
présenté différents scénarios
à l’Association québécoise des centres de
la petite enfance ( AQCPE) en vue de respecter cette
décision. Ces scénarios impliquaient une
révision de la structure actuelle du réseau des
garderies.
Depuis décembre 2005, en vertu d’une loi adoptée
sous le bâillon, la gestion des garderies en milieu
familial est sous la responsabilité d’une centaine de
centres de la petite enfance qui sont devenus des bureaux
coordonnateurs.
Furieuse de constater de nouveaux bouleversements à
l’horizon, la présidente de l’AQCPE, Johanne Roy, a
envoyé, le 4 décembre, une lettre à la
ministre de la Famille d’alors, Michelle Courchesne, pour lui
demander de préserver la structure actuelle.
Le jour
même, donc quatre jours avant le scrutin, Michelle
Courchesne a tenu à rassurer les CPE. Elle a
répondu à Mme Roy par écrit. « Je
tiens à vous assurer qu’il n’a jamais été
dans mes intentions de bouleverser (…) la structure actuelle
de la gestion de la garde en milieu familial. Dans toutes les
solutions administratives qui seront mises de l’avant,
j’entends privilégier la structure des CPE-Bureaux
coordonnateurs », dit-elle dans une lettre dont La
Presse a obtenu copie.
À la suite de la décision de respecter le
jugement Grenier, « je vous confirme également
que la refonte de la loi et des règlements
préservera la responsabilité et la structure des
CPE-Bureaux coordonnateurs en regard de la garde en milieu
familial ».
Or le gouvernement Charest est revenu sur sa parole. Le 13
mai, le nouveau ministre de la Famille, Tony Tomassi, a
déposé un projet de loi afin de respecter le
jugement Grenier et autoriser la syndicalisation des
éducatrices en milieu familial. Il a modifié
dumême coup la structure du réseau. Le projet de
loi prévoit en effet que les CPE ne pourront plus
être des bureaux coordonnateurs. Ces derniers, qui
gèrent la garde en milieu familial, devront être
totalement autonomes et avoir leur propre conseil
d’administration. Ils auront un mandat plus limité,
perdront leur mandat de soutien pédagogique et
d’encadrement.
La lettre du 4 décembre, « ce n’était pas
un engagement électoral », a répondu hier
à La Presse Isabelle Mercille, attachée de
presse du ministre Tomassi.
« À l’époque, le modèle qu’on
mettait de l’avant était employeuremployé.
Ç’a évolué pour que les responsables des
services de garde en milieu familial demeurent des
travailleuses autonomes tout en ayant des
bénéfices fiscaux. Pour ça, il faut
créer une entité distincte. »
Depuis le dépôt du projet de loi, l’AQCPE accuse
le gouvernement de créer une nouvelle structure qui
coûterait quelque 12 millions de dollars,
l’équivalent de 1200 places en garderie. La CSN
s’oppose aussi au changement de structure du réseau.
Isabelle Mercille n’écarte pas l’idée que le
ministre Tomassi revienne au modèle des CPEBureaux
coordonnateurs. Mais l’association des éducatrices en
milieu familial milite pour que les bureaux coordonnateurs
soient indépendants des CPE comme le prévoit le
projet de loi, afin que ses membres aient une plus grande
autonomie. Les consultations publiques sur le projet de loi
débutent aujourd’hui , à l ’Assemblée
nationale.
Viaduc de la Concorde : Des assureurs poursuivent
Québec - Karim Benassaieh
«
Négligence, imprudence, insouciance. » C’est
dans les mêmes termes que trois assureurs accusent
le gouvernement du Québec d’être responsable
de l’effondrement du viaduc de la Concorde, le 30
septembre 2006. Ils ont déposé trois
poursuites, les premières engendrées par la
tragédie, qui avait fait cinq morts et six
blessés.
Au nom de trois de ces victimes, les compagnies
d’assurances La Personnelle, La Capitale et Aviva
demandent à Québec de leur rembourser les
dommages causés au véhicule de leur client,
pour un total de 62 000$.
Conclusions à écarter
La Capitale et La Personnelle ont déposé
leurs requêtes en juin dernier et Aviva l’a fait le
27 août. Les trois assureurs avaient fait parvenir,
à l’automne 2006, une mise en demeure exigeant le
remboursementdes indemnités. Le gouvernement – plus
précisément le ministère des
Transports – a répliqué peu après
qu’un dossier de réclamation avait
été ouvert mais que son traitement serait
« lié aux conclusions de la commission
d’enquête » instituée après
l’effondrement, peut-on lire dans une lettre produite en
preuve. Au cours de ses 130 heures d’audiences publiques,
à l’été 2007, la commission
présidée par Pierre Marc Johnson avait
entendu pas moins de 58 témoins, dont neuf experts
en génie, et produit un rapport accablant le 15
octobre 2007.
Les
poursuites des assureurs en reprennent essentiellement les
conclusions. Le gouvernement du Québec «
aurait dû savoir que le viaduc de la Concorde
était mal conçu ou vétuste »,
plaide La Capitale. De la surveillance déficiente
à la construction inadéquate, avec du
béton de piètre qualité et une
armature installée de façon
inappropriée, Québec a «
grossièrement négligé » de
surveiller et de vérifier sa structure.
En réponse à la requête de La
Capitale, le procureur général du
Québec a demandé au juge le 20 juillet
dernier d’écarter tous les arguments provenant des
conclusions de la commission Johnson. Les parties ont
rendez-vous en cour le 5 novembre prochain au palais de
justice de Laval pour en débattre. Selon une source
au fait du dossier, une victoire de Québec sur
cette simple formalité obligerait l’assureur
à refaire une grande partie des travaux de la
commission, une « aberration » pour une
demande de quelque 15 000 $.
Selon le ministère de la Justice, ces poursuites
sont les seules jusqu’à maintenant directement
liées à l’effondrement du viaduc de la
Concorde. Elles concernent trois des six véhicules
impliqués et ne visent que les dommages
matériels. Une autre poursuite avait
déjà été intentée le 26
février 2008 par la Clinique chiropratique LFR,
située à proximité du viaduc, qui
réclame 127 182 $ notamment pour la perte de
clientèle causée par sa fermeture. L’affaire
est toujours en cours.
En octobre 2007, les six blessés et les successions
des cinq personnes mortes ont accepté une
indemnisation de 1,6 million de la Société
d’assurance automobile du Québec, ce qui fait qu’il
n’y aura vraisemblablement pas de poursuites à cet
égard.
Allocations de transition pour...
retraités - VINCENT MARISSAL
Dans le
milieu politique, on dit souvent que les
députés sont moins bien payés que dans
le secteur privé, qu’ils n’ont pas de
sécurité d’emploi, que les horaires et les
déplacements pèsent énormément
sur la famille, bref, que les conditions sont rudes et
défavorables au recrutement. Qu’en est-il exactement
? Vrai, les députés travaillent de longues
heures et les salaires des élus sont
inférieurs à ce que l’on trouve dans les
échelons supérieurs des grandes entreprises
privées. Mais les députés, à
Québec comme à Ottawa, ne sont pas
maltraités pour autant. Au contraire, le salaire, les
allocations et les petits extras accumulés les
placent parmi les salariés les plus choyés de
la société. Et malgré la
récession qui afflige le Québec et le Canada,
les élus ne semblent pas soumis au même
régime minceur que la majorité de leurs
concitoyens.
L’hiver dernier, bien des Québécois ont
été offusqués d’apprendre que l’ex-PDG
de la Caisse de dépôt, Henri-Paul Rousseau,
était parti avec une prime de départ de
près de 400 000$ même s’il avait volontairement
quitté ses fonctions.
À Québec, malgré la grogne populaire,
il s’est trouvé bien peu de députés
pour exiger de M. Rousseau le remboursement de ce parachute
capitonné. Et pour cause. C’est qu’en matière
de primes de départ, les députés
québécois sont eux aussi gâtés et
l’exemple vient de haut.
Lorsqu’elle a démissionné en mars,
l’ex-ministre des Finances, Monique
Jérôme-Forget est partie avec sa pleine pension
de retraite (elle a 68 ans) en plus d’une allocation de
transition de près de 150 000$.
La chose est peu connue du grand public, mais la loi sur les
conditions de travail des membres de l’Assemblée
nationale prévoit qu’un député
défait à une élection, qui ne se
représente pas ou qui démissionne a droit
à une allocation de transition. L’« allocation
de transition » est versée automatiquement
même si le député touche aussi sa
pension de retraite. Un tel cumul est interdit à
Ottawa, où un ex-député ne peut toucher
pension et allocation de départ simultanément.
C’est ce que l’on appelle le « cornet à deux
boules » dans le milieu politique et on n’a pas besoin
de gratter très longtemps pour comprendre que le
sujet est tabou.
Mme Jerôme-Forget n’est pas la seule à avoir
reçu double ration récemment. Depuis les
dernières élections, en décembre, 11
autres anciens députés partis à la
retraite ont aussi touché une allocation de
transition tout en étant pleinement
pensionnés, dont Louise Harel, Rita Dionne-Marsolais
et Michel Bissonnet. La pension est versée pleinement
(sans pénalité) aux anciens
députés de plus de 60 ans.
À Ottawa, c’est l’indemnité de départ
ou la pension, pas les deux. Un député qui a
accumulé au moins six ans de service touche sa
pension à partir de 55 ans et ne peut, passé
cet âge, toucher d’indemnité de départ
en plus de sa pension. Au Québec, l’allocation de
transition est automatique et un ex-député
peut toucher sa pension dès qu’il se retire, peu
importe son âge, moyennant une pénalité
actuarielle.
Quand on aborde la question des allocations avec les
députés, on obtient toujours la même
justification : sans ces avantages pécuniaires (
imposables, insistent-ils), il serait encore plus difficile
de recruter des candidats. Surtout à Québec,
où le salaire est près de deux fois moins
élevé qu’à Ottawa. Quant à
Monique Jérôme-Forget, elle est à
l’étranger pour une longue période et il a
été impossible de lui parler.
Malgré les justifications du milieu politique, le
régime d’allocations de transition à
Québec soulève plusieurs questions
éthiques.
D’abord par
son opacité. Il est en effet impossible de savoir si
un ex-député a bel et bien touché son
allocation (et le montant exact) puisque ces informations
sont confidentielles, et ce, même s’il s’agit de
deniers publics.
Il faut donc y aller par déduction, selon la formule
de calcul de l’allocation, soit deux mois de salaire par
année de service, jusqu’à concurrence de six
ans, donc allocation maximum de 12 mois.
Ce que l’on sait, parce que cette information est
publiée dans le rapport annuel de l’Assemblée
nationale, c’est le montant total des allocations de
transition. L’an dernier, elles ont atteint 3 millions de
dollars. Depuis cinq ans: 7,2 millions de dollars.
Outre le cumul allocation de transition-pension de retraite,
aucune règle n’oblige un exdéputé
à rendre sa prime de départ s’il obtient un
nouveau poste dans le secteur public, dans une
société d’État, dans une
université ou dans le réseau de la
santé, par exemple. Ce cumul est pourtant strictement
interdit aux anciens attachés politiques qui se
replacent dans le secteur public.
Après les élections de 2007, l ’ anc ien
député l ibéra l de Roberval, Karl
Blackburn, avait dû renoncer à son allocation
de transition de 60 000 $ parce que le gouvernement Charest
minoritaire l’avait replacé dans un cabinet. Cette
décision était purement politique puisque rien
ne l’obligeait à abandonner son parachute.
Les anciens députés qui passent de
l’Assemblée nationale à la scène
municipale n’ont pas de restriction non plus, comme Michel
Bissonnet, qui peut cumuler allocation de transition,
pension et salaire de maire de Saint-Léonard.
Tout ce que la loi dit, c’est qu’un ancien
député cesse de recevoir son allocation de
transition s’il est réélu à
l’Assemblée nationale. Il y a toutefois une astuce:
l’allocation peut être versée d’un coup ou
étalée sur 36 mois, à la demande de
l’ex-député, mais celui-ci peut, à tout
moment, demander que le solde lui soit versé.
Théoriquement, un ancien député qui
veut revenir en politique peut donc toucher le solde de sa
prime une semaine avant d’être réélu.
Encore une fois, ces informations sont secrètes.
Dans les milieux politiques, on justifie ce genre de
traitement par le fait que les députés n’ont
pas la sécurité d’emploi (ce qui est faux pour
les députés élus dans des
châteaux forts) et qu’ils n’ont pas droit à
l’assurance emploi. Mais un salarié qui part
volontairement se voit privé de prestations
d’assurance emploi alors qu’un député touchera
tout de même son allocation, même s’il
démissionne quelques mois après sa
réélection. Il est vrai que les
députés à Québec gagnent
beaucoup moins que leurs collègues d’Ottawa, mais
leur salaire de base (85 000$) est tout de même deux
fois plus élevé que celui de la moyenne de
leurs électeurs. Ils bénéficient aussi
d’un régime de retraite et d’assurances beaucoup plus
généreux que celui de la grande
majorité des travailleurs québécois.
Les députés québécois
reçoivent un salaire de base de 85 000 $ ( plus
allocation pour dépenses: 15 000$ et allocation de
logement: 14 100$). Le premier ministre touche 175 000$, les
ministres : 150 000$, le chef de l’opposition: 150 000$.
LOI SUR LA
SANTÉ ET LA SÉCURITÉ DU TRAVAIL Le PQ
estime insuffisante l’augmentation des amendes
Le critique du Parti québécois en
matière de Travail, François Rebello, juge
insuffisante l’augmentation des amendes imposées aux
entreprises qui contreviennent à la loi sur la
santé et la sécurité du travail,
proposée dans un projet de loi déposé
récemment par le ministre du Travail.
Le projet, qui a été étudié vendredi
à l’Assemblée nationale, prévoit hausser de
20 000$ à 60 000$ l’amende pour la première
infraction. Le député de La Prairie souhaite
toutefois que les amendes s’arriment avec celles de l’Ontario,
fixées à 500 000$.
«
L’amende maximale au Québec serait de 300 000$ au bout de
la troisième infraction », explique François
Rebello. « Le message qu’on lance, c’est que les
travailleurs québécois valent moins que les
travailleurs ontariens. »
Le ministre du Travail, David Whissel, a bondi devant les
déclarations de François Rebello: « Je
trouve cela surprenant compte tenu du fait que, au terme de
l’étude détaillée du projet de loi,
vendredi, le PQa voté en faveur de cet article. De plus,
notre projet de loi comprend des mesures pour favoriser la
prévention des accidents du travail ainsi que des mesures
bénéfiques pour les travailleurs, les centrales
syndicales et le Conseil du patronat. L’ADQ nous a aussi
appuyés. »
Le vote sur le projet de loi 35 devrait avoi r l ieu dans
quelques semaines.
71 ménages montréalais sont
à la rue
Crise du
logement
Aide financière plus restrictive
Plus de 378 000 ménages québécois ont
déménagé entre janvier et juin, selon des
chiffres obtenus d’HydroQuébec. Si la crise du logement
s’est résorbée depuis quelques années,
150 familles québécoises – dont 71
montréalaises – se sont retrouvées à la
rue hier, journée annuelle du
déménagement.
Le
taux d’inoccupation des logements est de 2,7% dans la
région montréalaise et de 2,3% au
Québec.
Trente et un des soixante et onze ménages
montréalais ont été pris en charge et
relogés par la Ville, notamment dans des appartements
étudiants sur le boulevard René-Lévesque.
Selon François Saillant, coordonnateur du Front
d’action populaire en réaménagement urbain
(FRAPRU), le nombre de familles à la rue serait plus
élevé si les critères d’accès au
supplément au loyer d’urgence n’étaient pas
aussi restrictifs.
Le supplément au loyer d’urgence est une aide
financière accordée par le gouvernement du
Québec et les offices d’habitation des
municipalités. M. Saillant déplore que «
ce seul instrument pour aider les gens » ne soit plus
attribué à tout le monde.
Le
supplément est accessible selon trois priorités,
enchaîne M. Saillant: les familles avec enfants avec des
contraintes au travail, les familles avec enfants sans
contraintes au travail et les personnes seules ou les couples
sans enfant. « On ne considère pas les gens qui
n’ont pas renouvelé leur bail, ont été
évincés ou ont refusé un HLM. C’est trop
restrictif et qu’est-ce que la contrainte à l’emploi
vient faire dans la recherche de logement? » s’interroge
M. Saillant.
En 2008, 76 ménages ont obtenu l’aide de la Ville de
Montréal pour trouver un logement ou même pour
être hébergés temporairement.
Avec un taux d’inoccupation des logements de 2,7% dans la
région montréalaise (2,3% au Québec), la
Corporation des propriétaires immobiliers du
Québec (CORPIQ) estime que le marché s’est
stabilisé depuis quelques années. « Il y a
un meilleur équilibre entre l’offre et la demande. On
observe moins de jeunes acheter des maisons et plus de gens
conserver leur logement », explique le porteparole Hans
Brouillette.
De son côté, le responsable de l’habitation au
comité exécutif de la Ville de Montréal,
Cosmos Maciocia, a fait savoir que les besoins en logement des
ménages montréalais à revenu modeste,
particul ièrement pour les grands logements à
faible coût, demeurent importants. Depuis le 15 juin,
317 appels ont été traités par le service
d’urgence de Montréal. La Ville invite les gens dans le
besoin à utiliser sa ligne d’aide au relogement, en
vigueur jusqu’au 10 juillet, au 514-868-4002.
Les FIER devraient éviter les conflits
d’intérêts
QUÉBEC
— Les Fonds d’intervention économique régionaux
(FIER) doivent prendre les moyens d’éviter les conflits
d’intérêts, soutient un groupeconseil qui a remis
son rapport hier.
Depuis quelques semaines, il s’agit du deuxième rapport
à conclure que la gestion de ces fonds, dans lesquels
sont engloutis des millions de dollars de fonds publics,
laissait à désirer.
Le
groupe-conseil dirigé par Louis Roquet avait
reçu, en mai, le mandat d’examiner la gouvernance des
FIER, à la suite d’allégations
présentées par l’opposition péquiste fa
isant état , notamment , d’apparence de conflit
d’intérêts et de détournement vers
d’autres régions des sommes à investir.
Ainsi, on apprenait que certains administrateurs de FIER
prenaient part à des décisions d’investissements
dans des entreprises dont ils étaient eux-mêmes
actionnaires.
Le comité Roquet recommande donc à
Investissement Québec, qui supervise les FIER, de
trouver le mécanisme qui permettra d’exclure
dorénavant « de tout le processus de
décision un administrateur ou actionnaire pouvant
être en conflit d’intérêts ».
Des fonds publics pour le Saguenay «
détournés » au profit des petits amis des
libéraux à Montréal
— Plus d’un
million de dollars en fonds publics destinés aux
entreprises du Saguenay–LacSaint-Jean ont été
« détournés » vers des entreprises
de la grande régionde Montréal dont des
actionnaires sont des libéraux notoires, accuse le
Parti québécois. Ces proches du PLQ, Pietro
Perrino et Valier Boivin, sont eux-mêmes
administrateurs des fonds publics concernés.
Mitraillé de questions par le député
François Legault hier, le ministre des Finances et du
Développement économique, Raymond Bachand, a
demandé à Investissement Québec de
faire enquête sur ces allégations de conflit
d’intérêts.
Le Fonds d’intervention économique régional
Boréal (FIERBoréal) est administré par
Pietro Perrino – organisateur de plusieurs campagnes
électorales et ancien conseiller de Robert Bourassa,
Daniel Johnson, Jean Charest et Paul Martin –, Valier
Boivin, proche du Parti libéral, et Gilbert Grimard,
vice-président du PLQ et PDG de Construction Grimard.
Ce fonds en capital de risque doit soutenir « le
démarrage et la croissance d’entreprises oeuvrant
dans le domaine de la haute technologie » au Saguenay–
Lac-SaintJean, affirmait le gouvernement à Charest au
moment de sa création, en juillet 2005.
Selon des documents obtenus par le PQ, FIER-Boréal a
investi un peu plus de 6 millions de dollars – les deux
tiers sont des fonds publics – dans huit entreprises. Parmi
ces entreprises, seulement une, Taimi R& D, qui a obtenu
une aide de 750 000$, se trouve au Saguenay– Lac-Saint-Jean
(Saint-Prime). Les autres sont situées dans la grande
région de Montréal.
FIER-Boréal a investi un million de dollars dans
Toptent, de Montréal. Pietro Perrino et Valier Boivin
détiennent chacun 706 000 actions de cette
entreprise.
Quelque 630 000 $ ont été versés
à Ranaz Corporation, de Saint-Eustache. M. Perrino (
72 000 actions) et M. Boivin (191 000 actions) sont des
administrateurs de cette société, selon le
registre des entreprises.
ZoomMed, de
Brossard, a touché 300 000$. M. Perrino
détient 650 000 actions de cette entreprise; M.
Boivin, 400 000. FIERBoréal a fait un investissement
de 375 000$ dans les Systèmes BUS, située
à Montréal. Encore une fois, Pietro Perrino
(633 000 actions) et Valier Boivin (400 000 actions) ont des
intérêts dans l’entreprise.
D’un côté, « ces personnes sont
administrateurs du fonds régional, donc ont la
responsabilité du choix des investissements »,
et de l’autre, « ils sont actionnaires des entreprises
dans lesquelles le fonds investit ». « Ils sont
carrément en conf lit d’intérêts
», a affirmé François Legault en
conférence de presse.
Le député a révélé cette
affaire quelquesminutes plus tôt lors de la
période des questions. « Non seulement l’argent
n’a pas été investi au Saguenay, ça a
été investi pour enrichir des petits amis du
Parti libéral », a-t-il lancé.
François Legault a souligné qu’au moins 50%
des investissements d’un FIER – il y en a 44 au
Québec – doit être fait dans la région
visée. Et « selon InvestissementQuébec,
il faut que lamajorité desmembres du conseil
d’administration des FIER proviennent du milieu
régional, pas du milieu libéral »,
a-t-il ajouté. Seul Gilbert Grimard habite au
Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Investissement Québec-FIER est chargé de
superviser le travail des fonds régionaux. Son
conseil d’administration est composé entre autres des
anciens députés libéraux Liza Frulla –
devenue commentatrice politique à RDI – et
Jean-Sébastien Lamoureux – chef de cabinet de Monique
Jérôme-Forget de 2003 à 2006. «
Mur à mur, ce sont des amis libéraux qui sont
impliqués, a lancé M. Legault. Comment se
fait-il qu’ils ont toléré des situations comme
celle-là? »
Visiblement embarrassé par la sortie de M. Legault,
Raymond Bachand a indiqué qu’« Investissement
Québec enquêtera sur les allégations du
député de Rousseau ». « Il y a des
règles qui concernent les conflits
d’intérêts des FIER », a-t-il
martelé, refusant de commenter les
allégations.
Le PDG d’ I nvestissement Québec, Jacques Daoust,
croit qu’il faut « atténuer un peu le bruit
autour de cette affaire-là ». Il n’y a pas de
problème en apparence? « Je n’en vois pas car
ça ne contrevient pas aux règles, a-t-il
répondu. Les règles sont assez contraignantes.
Je vais m’assurer qu’elles sont respectées. Je vais
vérifier. »
Le FIER-Boréal peut investir dans des entreprises
à l’extérieur du Saguenay– Lac-Saint-Jean
à condition que la majorité de ses
investissements se fassent dans cette région.
Confusion
totale
-ANDRÉ
PRATTE
Plus M. Bachand explique le fonctionnement des FIER, moins
c’est clair.
Les partis
de l’opposition continuent de harceler le gouvernement
Charest au sujet des Fonds d’intervention
économique régionaux (FIER). Le PQ et l’ADQ
tournent les coins ronds, mais il reste que les faits
révélés sont étonnants et,
dans quelques cas, troublants.
Hier, le député adéquiste
François Bonnardel a souligné que trois FIER
ont investi dans l’entreprise d’analytique web
iPerceptions. Or, les FIER en question ont des liens de
diverses natures avec Charles Sirois ou avec son
entreprise Télésystème, qui se trouve
à être le principal actionnaire de
iPerceptions.
« Le F I ER I D Mont réa l ,
Télésystème, ID Capital et le
programme gouvernemental Anges Québec sont tous
sous le même toit, ils ont tous profité de
fonds publics via les FIER pour investir dans une
entreprise : iPerceptions, qui appartient à
Télésystème », s’est
inquiété M. Bonnardel.
Chez Télésystème, on affirme que M.
Sirois a scrupuleusement respecté les
règles, notamment en se retirant du comité
de placement du FIER ID lorsque la décision
d’investir dans iPerceptions a été prise.
Charles Sirois est un homme d’affaires de trop grande
stature pour qu’on puisse même l’imaginer
associé à quelque magouille. Le fait que son
nom soit malencontreusement mêlé à
cette affaire devrait convaincre le ministre du
Développement économique de prendre des
mesures énergiques pour que cesse cette
controverse.
Le
gouvernement devrait demander au vérificateur
général de se pencher sur la gestion et la
gouvernance des FIER. D’ici là, M. Bachand devrait
exiger d’Investissement Québec qu’elle suive de
beaucoup plus près les activités des FIER.
Enfin, comme nous l’avons déjà
suggéré, le ministre devrait revoir
l’ensemble du programme. De toute évidence, celuici
ne produit pas les résultats attendus au moment de
sa mise en place en 2004.
« Ces sommes agiront comme levier pour amener
d’autres partenaires privés à financer la
réalisation de projets en région »,
expliquait le ministre des Finances de l’époque,
Yves Séguin, lorsqu’il a annoncé la
création des FIER. Tout le monde a compris alors
que chaque fonds d’intervention allait donner un coup de
pouce aux entreprises en démarrage de sa
région. C’est la même impression qui
ressortait de chacune des nombreuses conférences de
presse où M. Bachand a annoncé la
création d’un FIER dans une région
donnée.
On sait aujourd’hui que les règles permettent
à un FIER d’investir jusqu’à la
moitié des sommes disponibles hors de sa
région. Ainsi, iPerceptions a non seulement
reçu de l’argent du FIER ID de Montréal,
où travaillent la plupart de ses employés,
mais également de deux FIER de la région de
Québec.
Le ministre Bachand a beau être un bon
pédagogue, il n’arrive plus à expliquer la
logique de ce programme. Pour tout dire, plus il explique
moins c’est clair. Raison supplémentaire pour
mettre de l’ordre et appeler le vérificateur
général en renfort.
Si le gouvernement Charest continue de prétendre
que la controverse est seulement due à la
prétendue mauvaise foi des partis de l’opposition,
il risque de nuire davantage à la
crédibilité (déjà
amochée) des FIER, donc à leur
efficacité.
Un FIER de Granby investit dans un
hôtel pour chiens deMontréal
Jean
Charest rejette l’idée d’une enquête
spéciale du vérificateur
général
— Le Fonds d’intervention économique
régional ( FIER) de Granby a fait un placement de
250 000$ dans un « hôtel de luxe pour chats et
chiens » de Montréal, ce qui ne peut
être considéré comme un investissement
« structurant » en capital de risque, accuse
le Parti québécois.
Même si des irrégularités sont
alléguées jour après jour depuis une
semaine, le premier ministre Jean Charest rejette
l’idée de confier au vérificateur
général le mandat de mener une enquête
spéciale sur la gestion des FIER.
Lors de la période des questions en Chambre hier,
la député péquiste Agnès
Maltais s’est indignée que le FIER Montestrie
Capital, de Granby, ait investi 250 000$ – les deux tiers
viennent de l’État – dans l’hôtel Muzo
« pour chats et chiens urbains », un
établissement situé tout près du
canal de Lachine.
« Je vous assure, les animaux de compagnie sont
très bien traités: hôtel
climatisé, télévision, webcam,
gymnase, service de limousine, toute la grosse affaire.
Est-ce que le ministre du Développement
économique trouve acceptable que des fonds publics
de l’Estrie servent à un hôtel de luxe pour
animaux à Montréal? Est-ce que c’est
ça, du capital de risque? » a-t-elle
lancé.
La députée de Taschereau a rappelé
que les FIER ont pour mandat d’investir principalement
dans leur région. Elle trouve paradoxal qu’un
hôtel pour chiens et chats soit admissible à
l’aide des FIER alors que les entreprises agricoles ne le
sont pas en vertu des règles d’Investissement
Québec. « Estce qu’on peut admettre qu’il y a
des investissements un peu plus structurants que
celui-là et qui ont un petit peu d’impact en
profondeur? » a demandé de son
côté la chef péquiste Pauline Marois
en conférence de presse.
Propos « méprisants et hautains »
Le ministre Raymond Bachand a accusé Mme Maltais de
tenir des propos « méprisants et hautains
envers l’industrie des services ». « Je pense
que les animaux, elle s’en fout, M. le président.
Il n’y a pas une sotte entreprise, il y a des entreprises
qui servent tous les besoins des citoyens. (...)
J’espère que les millions de
Québécois qui sont propriétaires de
chiens et de chats écoutent la
députée. »
LeprésidentduFIERdeGranby, Mario Limoges, a
défendu la pertinence de l’investissement
réalisé en 2006 alors que Muzo était
« en démarrage ». « C’est du
capital de risque, oui. C’est risqué. On n’est pas
sûr de ravoir nos billes », a-til
affirmé. Selon lui, « le concept de Muzo est
innovateur et très intéressant ». Le
placement aurait entraîné la création
de 10 emplois, selon un document d’Investissement
Québec. Les 10 autres placements du FIER ont
été faits dans la région de Granby, a
indiqué M. Limoges.
De son côté, le député
péquiste François Legault a avancé
que le donateur libéral et avocat Valier Boivin a
reçu des honoraires totalisant 202 000$ en 2006 et
2007 de la part de Systèmes BUS, une entreprise
dont il était actionnaire et qui a obtenu 1,4
million de dollars du FIER Ville-Marie et du FIER
Boréal. M. Boivin est administrateur de ces deux
fonds. Joint par La Presse, le principal
intéressé a nié les
allégations de M. Legault.
Quelque 260 entreprises ont bénéficié
de l’aide des FIER, ce qui a permis de créer 1893
emplois, a insistéRaymondBachand. « Quant aux
règles spécifiques, s’il y a des ajustements
à faire, j’ai demandé à
Investissement Québec de réfléchir
à la question et de me revenir avec des
recommandations. »
Demande d’enquête
Dans une lettre envoyée hier au président du
conseil d’administration d’Investissement Québec,
Robert Cloutier, le ministre a demandé à
l’organisme de « revoir l’ensemble des dossiers
» pour déterminer si les règles,
notamment en matière de conflits
d’intérêts et de placements en région,
ont été respectées. Six FIER
contreviennent à la politique d’investissement et
ont fait plus de 50% de leurs placements à
l’extérieur de leur région.
« Demander à Investissement Québec
d’enquêter sur son propre comportement, je crois que
ça manque totalement de crédibilité
», a répliqué Pauline Marois. Selon
elle, comme le ministre s’est «
discrédité » dans ce dossier, «
la seule avenue possible » pour « mettre un
terme aux dérives » est une enquête du
vérificateur général sur la gestion
des FIER.
Mais pour Jean Charest, l’intervention du
vérificateur général n’est «
pas du tout » nécessaire. « Les FIER
sont, dans l’ensemble, un bon succès. Maintenant,
s’il y a de cas particuliers, on va demander à
Investissement Québec qu’il en fasse l’examen
», a-t-il indiqué.
Visiblement agacé par la controverse entourant les
FIER, le premier ministre a accusé l’opposition de
dire « à peu près n’importe quoi dans
ce dossier » et de « salir des
réputations ».
SIX FIER
contreviennent aux règles d’Investissement
Québec. - Bachand envisage de changer les
règles
SIX FIER
DANS LA TOURMENTE - Bachand envisage de
changer les règles
« Globalement, ce programme (les FIER)
fonctionne bien », affirme Raymond Bachand.
— Six Fonds d’intervention économique
régionaux (FIER) contreviennent aux règles
d’Investissement Québec. Ils ont fait plus de 50%
de leurs placements à l’extérieur de leur
région.
« Il ne faut pas qu’un
entrepreneur soit aux prises avec le monopole d’un
seul FIER. Il ne faut pas qu’un entrepreneur dise : si
le patron du FIER ne m’aime pas la face, je suis fait
», a dit hier Raymond Bachand, ministre du
Développement économique.
Le ministre du Développement économique,
Raymond Bachand, envisage de modifier les règles
pour obliger les FIER à investir davantage dans
leur région. Malmené une fois de plus en
commission parlementaire hier, il a refusé de
garantir que des FIER aient respecté la politique
en matière de conflits d’intérêts.
Selon un document rendu public hier par Investissement
Québec,
De son côté, le FIER Innovation durable de
l’Estrie a fait 60% de ses 6 millions de dollars
d’investissements en dehors de la région, ce qui
représente 3,6 millions.
Le 7 juillet dernier, le directeur des filiales
d’Investissement Québec, Sébastien
Boisjoly, a envoyéune lettre à
l’administrateur de ce fonds de capital de risque, Jean
Pelchat, pour lui demander de se conformer à la
règle d’ici le 31 décembre. La situation
n’a pas été corrigée.
Les FIER Ville-Marie de Laval et Boréal du
Saguenay-Lac-SaintJean – dirigés par les
sympathisants libéraux Pietro Perrino et Valier
Boivin – avaient respectivement 56% et 55% de leurs
placements à l’extérieur de leur
région le FIER Carrefour-Capital des Laurentides
a investi pas moins de 73% de ses avoirs à
l’extérieur de son territoire au 31
décembre 2008. Or, une politique d’Investissement
Québec exige qu’au moins 50% des placements se
fassent dans la région désignée
d’un FIER.
Parmi les 30 FIER régionaux, Carrefour-Capital
des Laurentides est celui qui a fait le plus
d’investissements jusqu’à maintenant : 11,1
millions de dollars. De cette somme, 8,1 millions ont
profité à des entreprises d’autres
régions.
Québec a décidé de suspendre le
versement de fonds au FIER des Laurentides. Le dossier
est « sous examen ». Les deux tiers des
capitaux des FIER viennent de l’État. au 31
décembre 2008. FIER VilleMarie – qui a fait 9
millions d’investissements – aurait corrigé le
tir depuis. Investissement Québec a donné
un « avertissement » au FIER Boréal,
qui dispose de 6 millions en capital de risque.
Les deux
fonds de la région de Québec, FIER Cap
Diamant et FIER Succès, dépassent aussi la
limite fixée (55% et 53% respectivement). Ils ont
investi environ 10 millions chacun, dont plus de la
moitié hors de la capitale.
Mitraillé de questions par l’opposition, Raymond
Bachand a répondu que, dans l’ensemble, les FIER
font 60% de leurs investissements dans leur
région respective, ce qui est conforme aux
règles en vigueur. « Globalement, ce
programme fonctionne bien », a-t-il dit.
Mais il a ouvert la porte à une modification des
règles. « Est-ce que la règle du
50%, ça devrait être 60%, 66% » des
investissements dans la région
désignée? a-t-il demandé. Il a
ajouté qu’Investissement Québec
procède à une « évaluation
» à sa demande. Une nouvelle règle
pourrait être adoptée en vue du versement
de 60 millions de dollars de plus aux FIER cette
année.
Raymond Bachand entend toutefois laisser aux FIER la
possibilité d’investir dans une autre
région. « Il ne faut pas qu’un entrepreneur
soit aux prises avec le monopole d’un seul FIER. Il ne
faut pas qu’un entrepreneur dise: si le patron du FIER
ne m’aime pas la face, je suis fait. » Comme un
FIER ne peut investir plus d’un million de dollars dans
une entreprise, l’intervention d’un FIER d’une autre
région peut être nécessaire si un
dossier nécessite plus de capitaux, a-t-il
affirmé. Il ne voit aucun problème
à ce que les FIER de Lanaudière et de la
Gaspésie n’aient fait qu’un seul investissement –
en Outaouais – depuis leur création il y a un an.
Selon lui, les FIER disposent d’un délai pour se
conformer à « la règle du 50%
». Or, la politique d’Investissement Québec
prévoit que les placements doivent être
« calculés annuellement » afin de
s’assurer que la règle est respectée.
Le ministre ne peut garantir que les FIER respectent la
politique sur les conflits d’intérêts. Le
Parti québécois lui a demandé si
des administrateurs de deux FIER, MM. Perrino et Boivin,
s’étaient placés en situation de conflit
d’intérêts en faisant des investissements
dans des entreprises dont ils sont actionnaires. «
Je ne répondrai pas. C’est une question
d’interprétation juridique, a-t-il dit. Je ne
ferai ni absolution ni condamnation sur ce qui s’est
passé. » La semaine dernière, il
assurait pourtant que la politique en matière de
conflits d’intérêts avait été
respectée.
Selon le député péquiste
François Legault, « ça presse qu’on
fasse le ménage et qu’on s’assure que les fonds
régionaux servent à investir dans les
régions. Il faut revoir à la hausse le 50%
et tendre vers 100% ».
« Les FIER régionaux sont mal
conçus, a-t-il ajouté. Il faut effacer
tout ça et recommencer à zéro.
Parce que dans les régions ressources, ça
ne fonctionne pas. » Le privé, qui finance
le tiers des capitaux investis par les FIER, cherche un
« rendement immédiat », alors que ces
régions « ont besoin de capital patient
» et que leurs dossiers impliquent souvent de
prendre « plus de risque ». « Il y a
là un problème structurel », a-t-il
dit. À LIRE AUSSI CONFUSION TOTALE,
L’ÉDITORIAL D’ANDRÉ PRATTE EN PAGE A24.
Un
FIER a investi dans une entreprise qui a
déménagé enChine
Voodoo
Technologies a ensuite fait faillite
Quelques mois après la délocalisation, qui
a causé une douzaine de licenciements,
l’entreprise a fait faillite. Et le FIER a perdu 750
000$, dont les deux tiers étaient des fonds
publics.
— Le Fonds d’intervention économique
régional ( FIER) de Saint-Jean-sur-Richelieu a
investi 750 000 $ en novembre 2007 dans une entreprise
de fabrication de kayaks qui a presque aussitôt
déménagé sa product ion de
Montréa l vers la Chine ; le FIER savait que
c’était dans les plans de Voodoo Technologies.
Quelques mois après la délocalisation, qui
a causé une douzaine de licenciements ici,
l’entreprise a fait faillite. Et le FIER a perdu sa mise
de 750 000$, dont les deux tiers étaient des
fonds publics.
Le FIER du Haut-Richelieu a réalisé son
plus important placement le 13 novembre 2007 dans Voodoo
Technologies, a conf irmé hier son directeur
général , Jeannot Rocheleau. Cet
investissement lui avait été
proposé quelques semaines auparavant par
l’entrepreneur Marc Pelland, proche de
JeanFrançois Rivest, président de Voodoo.
Au moment où il sondait le FIER, M. Pelland
n’avait aucun intérêt dans l’entreprise,
a-t-il dit à La Presse.
M. Pelland est devenu actionnaire et administrateur du
FIER le jour même où le fonds a
décidé de verser 750 000 $ à
l’entreprise de son ami. Toujours lorsque le FIER a pris
sa décision, M. Pelland a investi lui-même
200 000$ dans Voodoo et est devenu l’associé de
M. Rivest.
Une « opportunité »
« Je n’ai pas participé au processus
décisionnel d’investissement » du FIER, a
soutenu M. Pelland. Il a confirmé toutefois qu’il
avait présenté le dossier aux
administrateurs du FIER et « dit aux autres qu’il
y a là une opportunité ». Selon M.
Rocheleau, M. Pelland s’est retiré du
comité de placement lorsque la décision
d’investir dans Voodoo a été prise. Le
FIER avait rendu son placement conditionnel à ce
qu’un autre investisseur injecte des capitaux, ce que M.
Pelland a fait.
« En avril ou en mai 2008 »,
c’est-à-dire quatre ou cinq mois après
l’investissement du FIER, Voodoo Technologies a
décidé de déménager sa
production en Chine, a indiqué M. Pelland. Des
équipements de l’usine montréalaise sont
partis pour Shanghai en juin.
Or, les membres du comité de placement du FIER
savaient que Voodoo envisageait de
déménager sa production lorsqu’ils ont
accepté de lui verser 750 000 $. Ce
scénario faisait partie du plan d’affaires de
l’entreprise qui leur a été
présenté. « On savait que
c’était une avenue possible. Et malheureusement,
c’est arrivé » , a dit Jeannot Rocheleau.
Selon lui, le FIER n’a toutefois appris qu’à
l’automne que Voodoo procédait à une
délocalisation. « On a interrogé
Voodoo. On nous disait que
Les moules de Voodoo aux mains des Chinois
c’était pour assurer la survie de l’entreprise,
que ça allait baisser les coûts de
production. On a dit : O. K., on va perdre des jobs,
mais au moins le siège social va rester à
Montréal », a-t-il dit.
Une douzaine de travailleurs ont été
licenciés. Selon M. Pelland, il ne restait plus
que six ou sept employés de bureau après
la délocalisation.
« L a mi s s ion du F I E R , c’est aussi d’aider
à sauvegarder des emplois » , a soutenu M.
Rocheleau. Au moment de l’investissement, « on
pensait que l’entreprise allait repartir ». Voodoo
Technologies éprouvait de grandes
difficultés financières à l’automne
2007. D’après M. Pelland, sans l’investissement
du FIER, « il n’y aurait plus eu d’emplois du
tout. La shop risquait de se s’en aller aux
États-Unis ».
En Chine, Voodoo a conclu une entente avec Shutai Sports
Goods pour la production des kayaks. Ce manufacturier de
Shanghai fabriquait déjà des accessoires
pour les planches à roulettes de la
société Woodchuck, propriété
de M. Pelland. Voodoo a cédé à
Shutai ses moules, nécessaires à la
fabrication des kayaks. Un moule vaut des dizaines de
milliers de dollars.
À la suite du déménagement, «
les ventes de Voodoo ont triplé », estime
M. Pelland. Mais en décembre 2008, l’entreprise
ne s’est pas entendue avec son institution bancaire sur
un montage financier lui permettant de poursuivre ses
activités. La compagnie a fait faillite en
janvier. Cinq personnes ont alors perdu leur emploi
à Montréal, selon M. Pelland, qui dit
être « le plus gros perdant » dans
cette histoire.
26% des avoirs du FIER
Comme le FIER était un créancier non
garanti, il a perdu ses 750 000 $. C’est 26% des avoirs
de ce fonds régional. Shutai a gardé les
moules, comme le prévoyait l’entente avec Voodoo.
Le jour même de la fa i l l i te,
Jean-François Rivest et Marc Pel land ont
déposé auprès d’Industrie Canada
une demande d’enregistrement pour l’utilisation de la
marque de commerce Riot, celle des kayaks les plus
prestigieux de Voodoo. Ils négocient maintenant
avec leurs créanciers et Shutai en vue de lancer
une nouvelle entreprise.
De son côté, le FIER n’a plus aucun espoir
de revoir la couleur de son argent. « Les
actionnaires du FIER ne la trouvent pas drôle.
Disons qu’il ne sont pas en amour avec M. Pelland
», a lancé M. Rocheleau.
M. Pelland, qui dit avoir « mis 450 000$ dans le
FIER », est toujours l’un des administrateurs et
même l’actionnaire majoritaire du FIER. «
Mais on a voulu se dissocier le plus possible de ce
monsieur-là à l’intérieur de ce
qu’on peut faire selon la loi », a conclu M.
Rocheleau.
Québec dans les câbles
Les deux
hommes d’affaires éclaboussés par la
controverse, Pietro Perrino et Valier Boivin, souhaitent
venir expliquer eux-mêmes en commission
parlementaire ces investissements en capital de risque,
des « opérations trop complexes pour la
joute politique »
QUÉBEC— Le gouvernement s’est retrouvé
dans les câbles hier; le ministre du
Développement économique, Raymond Bachand,
et le patron d’Investissement Québec, Jacques
Daoust, sont restés souvent sans réponse
devant la longue liste de cas douteux relevés
dans les investissements des Fonds d’intervention
économique régionaux (FIER) par
l’opposition péquiste et adéquiste.
À un point tel que les deux hommes d’affaires
éclaboussés par la controverse, Pietro
Perrino et Valier Boivin, les fondateurs du FIER
Ville-Marie, ont indiqué hier à La Presse
qu’ils souhaitaient venir expliquer eux-mêmes en
commission parlementaire ces investissements en capital
de risque, des « opérations trop complexes
pour la joute politique ».
Hier, en commission parlementaire, de nouveaux constats
étonnants de l’opposition sur la gestion de ces
44 fonds d’investissement régionaux, où
Québec a investi 318 millions de dollars en
capital de risque, ont mis dans l’embarras le ministre
Bachand, qui a constamment renvoyé la balle
à Investissement Québec. « Il se
lave constamment les mains, il passe la puck à
d’autres. Si j’étais ministre et que de telles
questions étaient soulevées, je peux vous
dire que j’y répondrais moi-même », a
lancé M. Legault, critique péquiste aux
Finances. Il fait fi de la mise en demeure que lui a
transmise Pietro Perrino: « Il y a apparence de
conflit d’intérêts quand on est des
François Legault a fait valoir que, contrairement
à ce qu’avait soutenu la veille le gouvernement,
le FIER Ville-Marie avait investi dans deux compagnies
dont Pietro Perrino et Valier Boivin étaient
actionnaires ou administrateurs : System Bus et Zoommed.
MM. Perrino et Boivin ont aussi créé en
janvier 2006 le FIER Ville-Marie.
Ce fonds a acheté 5 millions d’actions de
Zoommed, et M. Boivin n’a pas mentionné au
conseil qu’il pouvait se trouver deux côtés
de la clôture! »
La
veille, à l’Assemblée nationale, le
ministre Bachand avait servi une réplique
virulente aux allégations de l’opposition. Mais
ses explications, soigneusement rédigées,
étaient loin de la réalité, a-t-on
appris hier en commission parlementaire.
« On parle de ça au moment où on a
une crise économique à nos portes… On met
200 millions de dollars pour partir du capital de
risque, comme cela se fait partout ailleurs dans le
monde », a expliqué le ministre Bachand.
Les deux tiers des fonds des FIER viennent des deniers
publics. en conflit d’intérêts, a
indiqué hier la direction d’Investissement
Québec, qui, la veille, avait soutenu que toutes
les règles avaient été
respectées. M. Boivin affirme qu’il n’avait pas
de déclaration à faire; il n’était
pas administrateur, mais seulement actionnaire de
Zoommed. Pour François Legault, on devrait
réduire au minimum, à « de vraies
exceptions », les cas où les dirigeants des
FIER investissent dans des entreprises dont ils sont
administrateurs.
Pour François Legault, il est pour le moins
étrange que deux FIER aient consenti neuf
investissements précisément dans des
compagnies dont MM. Perrino et Boivin sont
administrateurs ou actionnaires. Les deux hommes se
trouvent aussi au conseil d’administration du FIER
Boréal 2 au Saguenay, qui a investi plus de 2
millions dans les entreprises montréalaises de
MM. Perrino et Boivin. En fait 3,5 des 6 millions du
FIER Boréal sont investis en dehors de la
région du Saguenay, en dépit de la
règle qui veut qu’au moins 50% de l’argent reste
dans la région.
MM. Bachand et Daoust n’ont pu préciser quelles
retombées avait apporté dans la
région un investissement de 2 millions dans la
firme Bureau canadienne d’investigation, dirigée
par Luigi Coretti et établie à
Montréal – Investissement Québec la
comptabilisait dans les investissements locaux.
Placé sur la sellette M. Daoust a indiqué
que son organisme avait seulement deux fonctionnaires
pour surveiller ces FIER.
Le député adéquiste François
Bonnardel a renchéri quand il a relevé que
cette même firme, propriété d’un
donateur à la caisse libérale, avait
bénéficié aussi de l’investissement
maximumde 1 million dans trois autres FIER: ceux de
l’Estrie et de Laval ainsi que le FIER
spécialisé CPVC. En Estrie, les
règles d’ Investissement Québec sont
bafouées, 70% des fonds sont investis dans
d’autres régions. M. Daoust a produit une lettre
pour monter qu’on les avait rappelés à
l’ordre mais n’a pu expliquer pourquoi d’autres fonds
délinquants n’avaient pas eu cette mise en garde.
« M. Daoust nous avait dit qu’aucune règle
n’avait été enfreinte » a
souligné le député Bonnardel.
Autre fait troublant trouvé par l’ADQ, le FIER
Estrie a mis 1 million de dollars dans le financement de
Groupe Fox, une compagnie qui a pignon sur rue à
Halifax, et dont les administrateurs se trouvent en
Californie et en Virginie. Retombées de
l’investissement: zéro emploi.
Les FIER : Ne jetons pas le bébé avec l’eau du
bain - Charles Sirois
TAILLÉ SUR MESURE
Le
programme FIER permet aux bonnes idées des
Québécois de se transformer en entreprises
viables
Les Québécois sont des gens pleins
d’idées. Cependant, pour que ces idées se
transforment en entreprise, il faut du capital de
risque.
C’est connu, les Québécois sont des gens
pleins d’idées. Cependant, pour que ces
idées se transforment en entreprise, il faut du
capital. Et puisque environ la moitié des
démarrages ne survivent pas à leur
quatrième anniversaire, ce capital viendra
rarement d’une banque; il faut du capital de risque.
Outre la disponibilité du capital, le principal
facteur qui influe sur ce taux de survie est la
qualité des décisions d’affaires prises au
cours de ces premières années, moment
où une seule erreur peut mettre l’entreprise en
faillite. Le programme des Fonds d’intervention
économique régionaux (FIER) a
été taillé sur mesure pour cet
environnement: il combine un incitatif pour que les
investisseurs privés acceptent de prendre ce
genre de risque et la participation obligatoire de
plusieurs investisseurs privés qui sont des gens
d’affaires chevronnés. Parce que l’argent de ces
investisseurs est à risque, ils sont
incités à accompagner les jeunes
entreprises dans lesquelles ils investissent pour ainsi
augmenter leurs chances de succès. De plus, le
risque que prend le gouvernement est le même que
celui qu’acceptent les investisseurs ; si la compagnie
fait faillite, le gouvernement et l’investisseur perdent
leur argent. Si, au contraire, la compagnie est un
succès, tous vont faire un rendement et le
Québec comptera une nouvelle entreprise et de
nouveaux emplois à long terme.
Lors de sa création, le programme des FIER
répondait donc à une carence
d’accès au capital de risque pour le
démarrage et les premières phases de
développement des entreprises, principalement en
région. Cette constatation suivait le
dépôt du rapport Brunet sur le capital de
risque. La gestion du programme a été
confiée à Investissement Québec qui
a émis un certain nombre de règles
communes à tous les FIER. Ces règles
incluent principalement :
• l’obligation de regrouper au moins cinq personnes
d’affaires différentes ayant une
expérience pertinente et devant investir au moins
150 000$ chacune;
• un
processus d’autorisation des placements incluant la
nomination par Investissement Québec d’un
observateur indépendant qui assiste à
toutes les réunions du comité de placement
du FIER;
• la mise en place d’une politique de placement qui
établit les règles quant au type
d’entreprises pouvant être financées, au
type d’instrument financier pouvant être
utilisé et au montant maximum permis pour chaque
placement ;
• la mise en place d’une politique en matière de
conflit d’intérêts.
La politique de placement est à la fois souple et
encadrante, laissant le soin aux investisseurs
privés de trouver les bonnes occasions d’affaires
là où elles se trouvent tout en
empêchant l’investissement dans certains secteurs
( par exemple, en immobilier). De plus, comme un
objectif indirect du programme est de créer des
emplois, on a misé sur l’importance de
créer ou sauver des emplois plutôt que sur
la forme juridique des entreprises. C’est ainsi qu’une
entreprise de très haute technologie dont l’usine
était située à PointeClaire a pu
être financée même si sa forme
juridique était une société de la
Nouvelle-Écosse. La politique de placement permet
d’investir 50% des fonds à l’extérieur de
la région désignée d’un FIER. Je
crois que, sans cette ouverture, il aurait
été très difficile de créer
des FIER dans plusieurs régions du Québec.
En fait, à part les grandes villes, peu de
régions peuvent générer un nombre
d’opportunités suffisantes pour justifier la mise
en place d’une structure formelle d’investissement.
Même si le potentiel de génération
des bonnes idées et l’entrepreneuriat sont
parfaitement répartis dans la population, le
problème pour certaines régions est leur
faible population. (...)
Les
FIER ont permis de créer 2000 nouveaux emplois
et d’en
maintenir 5000 autres.
La politique de placement des Fonds d’intervention
économique régionaux n’empêche pas
un fonds d’investir conjointement avec d’autres FIER.
Cette situation est tout à fait naturelle dans
le monde du capital de risque où la
majorité des financements
réalisés par des entreprises comportent
plus d’un investisseur. C’est une question de partage
de risque. Les banques font la même chose et
syndiquent la plupart de leurs financements avec
d’autres banques concurrentes. Les cas de
co-investissement découlent aussi du fait que
bon nombre de compagnies ont des besoins en capitaux
supérieurs à la limite de 1 million de
dollars qu’impose la politique de placement des FIER.
Puisque les sources alternatives de fonds pour les
compagnies en démarrage sont rares, elles se
tournent vers de multiples FIER pour combler leurs
besoins en capital.
Les sources alternatives de
fonds pour les compagnies en démarrage sont
rares. Les FIER viennent combler leurs besoins en
capital.
Quant aux règles de la politique en
matière de conflit d’intérêts,
elles sont similaires aux règles qui ont
été établies dans la plupart des
conventions entre actionnaires auxquelles notre groupe
a participé. Je crois que le fait qu’un des
investisseurs ait un lien avec une entreprise
(à titre d’administrateur ou autre) ne devrait
pas empêcher les autres partenaires du FIER
d’analyser la possibilité d’investir, pourvu
que les règles de gouvernance en matière
de conflit d’intérêts soient suivies
scrupuleusement et que les partenaires qui prennent la
décision d’investissement soient
réellement indépendants. Il me semble
aussi que les cas de conflits devraient être
l’exception, pas la règle.
Je c
rois que le programme des FIER est très
important pour aider les entrepreneurs du
Québec à financer leurs plans d’affaires
et ainsi créer de l’activité
économique et des emplois, surtout en cette
période où tous les acteurs
institutionnels se sont retirés du capital de
démarrage et où les fonds de capital de
risque sont de plus en plus spécialisés
et globaux. Sur le plan macroscopique, les
résultats du programme me semblent acceptables
; les FIER ayant permis de créer 2000 nouveaux
emplois et d’en maintenir 5000 autres. D’autant plus
que cette performance n’aura presque rien
coûté au gouvernement puisque les FIER
seront tous liquidés un jour et je vous assure
que les investisseurs privés vont tout faire
pour s’assurer qu’ils ne perdront pas d’argent et,
donc, que le gouvernement n’en perde pas non plus.
Il est normal et souhaitable que les objectifs de ce
genre de programme soient revus de façon
régulière et il sera peut-être
nécessaire de modifier certaines des
règles des FIER afin de s’assurer que les
objectifs établis aient de meilleures chances
d’être atteints. J’ose espérer qu’on ne
va pas jeter le bébé avec l’eau du bain.
FIER:
le vérificateur général s’en
mêle
« Peut-être que pour donner confiance aux
gens et démontrer que l’argent est bien
géré, il faut resserrer certaines
règles. »
— Le vérificateur général du
Québec passera au peigne fin la gestion des
Fonds d’intervention économique régional
( FIER), même s’il n’a pas reçu un mandat
spécial du gouvernement ou de
l’Assemblée nationale.
Avant même d’avoir vu les conclusions du
rapport, le ministre du Développement
économique, Raymond Bachand, se dit prêt
à modifier les politiques d’investissement et
de conf lits d’intérêts des FIER, qui
font l’objet de critiques depuis deux semaines.
Le vér i f icateu r général ,
Renaud Lachance, a décidé de scruter la
gestion des FIER après que M. Bachand eut
envoyé la semaine dernière une lettre
à Investissement Québec lui demandant de
faire un « examen minutieux » de la
gouvernance de ses filiales. La demande du ministre
impliquait une intervention éventuelle du VG,
puisque celui-ci est déjà responsable
d’examiner les états financiers d’
Investissement Québec notamment. Du reste, il
dispose déjà de tous les pouvoirs
nécessaires pour faire une enquête
complète sur les FIER et envisageait d’aller de
l’avant depuis quelques jours, a indiqué hier
sa porte-parole, Raymonde Côté-Tremblay.
Depuis vendredi, des échanges ont eu lieu entre
le vérificateur et Investissement
Québec. Ce dernier a confirmé
l’intervention de Renaud Lachance par voie de
communiqué, hier.
Selon Mme Côté-Tremblay, l’enquête
sera aussi étendue que lorsque le
vérificateur général
reçoit un mandat spécial du gouvernement
ou de l’Assemblée nationale. La semaine
dernière, le premier ministre Jean Charest
avait écarté l’idée de confier au
vérificateur le mandat de mener une
enquête spéciale sur les FIER.
« Le vérificateur général
du Québec est en place, va vérifier
l’ensemble des dossiers, et fera part de ses
interrogations et de ses recommandations, comme je
l’ai souhaité », a déclaré
Raymond Bachand en Chambre, hier.
Au cours de son enquête, Renaud Lachance se
penchera sur tous les placements effectués par
les 30 FIER-Régions af in de déterminer
s’i ls respectent les politiques d’investissement et
de conflits d’intérêts. Ces fonds de
capital de risque sont financés aux deux tiers
par l’État.
Le
vérificateur général
déposera son rapport à
l’Assemblée nationale. Le conseil
d’administration d’Investissement Québec fera
des recommandations au gouvernement à la
lumière des conclusions du vérificateur
général.
Raymond Bachand souhaite que le rapport soit
déposé à la mi-juin, à
temps pour un nouvel investissement attendu de
l’État de 60 millions dans les FIER. Mais
Raymonde CôtéTremblay ne peut garantir
qu’il sera prêt à cette date.
Malmené par l’opposition depuis deux semaines,
Raymond Bachand ouvre la porte à des
changements dans la gestion des FIER. Le PQ et l’ADQ
ont révélé au cours des
dernières semaines que des FIER ont
versé des millions de dollars à des
entreprises dans lesquelles leurs propres
administrateurs ont des intérêts
importants.
« Peut-être que pour donner confiance aux
gens et démontrer que l’argent est bien
géré, il faut resserrer certaines
règles », a dit Raymond Bachand.
« En matière de conf lits
d’intérêts, c’est complexe. Il y a des
co-investissements ( public-privé), et il y en
aura toujours. Si dans les procédures qui
mènent aux co-investissements il y a des choses
à resserrer, je suis prêt à
entendre les recommandations. »
Le ministre envisage également de
modifier la politique d’investissement. Cette
politique prévoit qu’un FIER doit faire au
moins 50% de ses investissements dans sa
région. Or six FIER contreviennent aux
règles et ont réalisé plus de
la moitié de leurs placements à
l’extérieur de leur région.
FIER: des rendements top secret
« Ce sont des sociétés en
commandite et même si le gouvernement y
investit, leurs états financiers sont
confidentiels. »
Le ministre des Finances, Raymond Bachand, affirme
que les FIER sont « un grand succès
», mais il faut le croire sur parole, parce
que les états financiers de ces fonds
d’investissement sont top secret.
« Ce sont des sociétés en
commandite et même si le gouvernement y
investit, leurs états financiers sont
confidentiels », a indiqué hier la
porte-parole d’Investissement Québec,
Josée Béland.
Le gouvernement québécois investit 2$
pour chaque dollar qui vient des investisseurs
privés dans les Fonds d’intervention
économique régionale ( FIER). Les FIER
ont été mis sur pied par le
gouvernement libéral à son r e t o u r
au pouvoi r en 20 03 pour met t r e du capital de
risque à la disposition des entreprises.
Tous
l es genres d’investissements sont permis, de l’aide
au démarrage jusqu’au redressement
d’entreprises en difficultés.
Les premiers fonds ont vu le jour en 2006. Depuis,
le gouvernement a investi 192 millions de dollars
dans les 30 FIER créés un peu partout
au Québec. Le gouvernement n’attend aucun
rendement de son investissement dans les fonds
pendant cinq ans.
Les fonds publics sont destinés à
stimuler le développement économique
dans les régions où le capital est
rare, mais comme les conditions sont les mêmes
à Montréal qu’en Gaspésie, cet
argent gratuit fait le bonheur d’investisseurs
aguerris dans les villes. À Montréal,
il y avait assez d’investisseurs
intéressés pour créer 30 FIER,
selon des informations obtenues par La Presse
Affaires.
Il
y a deux FIER à Montréal. L e F I ER
CPVC-Mo n t r é a l compte parmi ses
investisseurs Robert Brown, président de CAE,
et Robert Milton, ancien président d’Air
Canada. Le président de
Télésystème, Charles Sirois,
est un des investisseurs de l’autre fonds
montréalais, le FIER ID.
Depuis trois ans, le FIER ID a investi près
de 11 millions dans des entreprises en
démarrage, a fait savoir son gestionnaire,
Daniel Cyr, qui a semblé insulté quand
La Presse Affaires lui a demandé quel
était le rendement de ses investissements.
« Nous sommes un fonds privé,
très privé. Nous avons des ententes de
confidentialité et je ne vous dirai
certainement pas ça », a-t-il
répondu.
Les
FIER doivent remettre leurs états financiers
deux fois par année à Investissement
Québec qui les traite comme de l’information
privée et confidentielle, et ce, même
si les fonds publics alimentent la plus grande
partie des activités des FIER.
Le vérificateur général, qui
vient de recevoir le mandat d’examiner de plus
près ces drôles de créatures,
aura toutefois accès à tous les
états financiers, a précisé la
porte-parole d’Investissement Québec.
Investissement Québec, qui a la
responsabilité des FIER, a inscrit une perte
de 7,9 millions pour l’exercice 2007-2008 sous la
rubrique IQ Fiers Inc. Le rapport annuel 2008-2009
n’a pas encore été publié. La
perte de 7,9 millions représente « une
perte de valeurs non matérialisée des
investissements du gouvernement dans les FIER
», a expliqué Josée
Béland.
CHUM 6 mois sans
progrès - Denis Lessard
Des mois de retard à prévoir
QUÉBEC — Depuis six mois, les deux
consortiums privés choisis pour
réaliser le CHUM en partenariat avec le
gouvernement n’ont pratiquement pas
travaillé à ce projet
controversé. Les deux groupes ont
gagné leur partie de bras de fer avec le
gouvernement Charest, qui annoncera
bientôt des dédommagements dans le
cadre de ce contrat.
Selon l’information qu’a recueillie La Presse,
la décision commune des deux groupes de
ne pas préparer leur soumission tant que
n’est pas réglé un litige avec
Québec aura un impact direct sur
l’échéancier du projet.
Choisis en mars dernier, le groupe
Innisfree-AxorOHL-Dakia et Accès
Santé, le concurrent dirigé par la
firme espagnole Acciona avec l’appui des firmes
Pomerleau et Verreault-Dessau, avaient un an
pour présenter leur soumission.
Or, cette date butoir de mars 2010 s’est
volatilisée, confient ceux qui, au
gouvernement, ont le mandat de suivre ce projet.
C’est tout l’échéancier qui vient
de voler en éclats. Pas question de
choisir le consortium gagnant en juin 2010 et de
lever la fameuse première pelletée
de terre en septembre l’an prochain. Le projet
devait coûter 1,8 milliard de dollars,
mais atteindra 2,5 milliards en tenant compte de
l’inflation et des imprévus à la
toute fin du projet, en 2018. Les nouveaux
retards gonfleront encore la facture.
Depuis le mois de mars, les deux consortiums
n’ont pas fait avancer le projet parce qu’ils
exigeaient du gouvernement de meilleures
garanties pour le groupe qui
éventuellement « perdrait »
le concours. Après des mois de silence,
le gouvernement s’apprête à
obtempérer aux demandes. Le «
perdant » pourra compter sur une
indemnité d’environ 14 millions de
dollars.
Cette somme doit compenser les frais
engagés afin de préparer ces
soumissions extraordinairement complexes.
Préparer l’ingénierie
préliminaire pour un projet si complexe
représente une facture importante
puisque, forcés de présenter des
prix fermes, les consortiums doivent
préparer des plans
détaillés.
Aussi , si Québec choisit de ne pas
poursuivre le projet en partenariat avec
l’entreprise privée, les deux groupes
seraient également
dédommagés.
Depuis le printemps, les deux groupes attendent
un signe d’un gouvernement « qui ne disait
ni oui ni non ». Québec, unmoment,
avait proposé 8 millions comme prix de
consolation, une indemnité jugée
insuffisante par les deux groupes.
Dans
l’industrie, àMontréal, on ne
cache pas que, devant les tergiversations du
gouvernement Charest, le projet du CHUM a
été laissé sur le carreau.
L’activité est intense depuis plusieurs
mois pour les constructeurs de grands projets.
Les deux groupes ont vite choisi d’affecter
leurs équipes à des chantiers
précis, des contrats sûrs,
plutôt qu’à la conception d’un CHUM
qui semble toujours hypothétique.
Même si les deux groupes donnaient
aujourd’hui le feu vert à leurs
équipes, il faudrait compter quelques
semaines pour que tous les professionnels
puissent accorder leurs violons.
Pourchassé hier dans les couloirs de
l’Assemblée nationale, le ministre de la
Santé, Yves Bolduc, s’est contenté
de sourire aux questions de Presse. En Chambre,
attaqué par le député
péquiste Sylvain Simard, M. Bolduc s’est
bien gardé de dire si Québec
allait réaliser en partenariat avec
l’entreprise privée cet hôpital
annoncé depuis 11 ans maintenant. «
Le CHUM et le CSUM sont bien alignés.
Actuellement, on travaille sur les plans; par la
suite, il va y avoir despropositions. Lemode de
réalisation, c’est un moyen. La
finalité, elle, demeure la même. Le
projet va se faire et dans quelques
années on va avoir un CHUM », s’est
contenté de dire le ministre.
Toujours en PPP
À Québec, dans les coulisses, on
indique que le gouvernement reste bien
déterminé à construire
l’hôpital universitaire francophone en
partenariat public-privé ( PPP).
La semaine dernière le quotidien The
Gazette a révélé que le
gouvernement envisageait de recourir au «
plan B » évoqué par Jean
Charest le printemps dernier et de tout ramener
en mode traditionnel, le processus
utilisé avant la mode des PPP
arrivée avec le gouvernement Charest, en
2003.
Changer de cap ferait perdre la face au
gouvernement Charest. Au surplus, il faudrait
repartir à zéro – des
années de délais
supplémentaires. Il est impossible
d’évaluer en dollars le coût d’un
retour au mode traditionnel, « et
actuellement il n’y a pas beaucoup d’argent qui
traîne dans les tiroirs ».
Des dizaines de millions dépensés
en travaux préparatoires par la SICHUM
seraient définitivement perdus.
Déjà, Québec a englouti une
trentaine de millions de dollars en pure perte
dans le projet du CHUM au 6000, rue Saint-Denis.
Autre pépin ( marginal) pour
l’hôpital, qui a déjà eu sa
part de déboires : le nouveau patron, le
Français Christian Peyre, ne sera pas
à Montréal fin septembre, comme on
l’avait annoncé à sa nomination.
Des questions familiales le forcent à
rester en France pour l’instant et il n’entrera
pas en poste avant la fin octobre, voire le mois
de novembre.
Le luxe du temps - VINCENT
MARISSAL
La chose a fait peu de bruit à
Montréal, mais le Tout-Sherbrooke n’en
avait la semaine dernière que pour Jean
Charest, qui a fêté en grand le 25e
anniversaire de son entrée en politique.
PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA
PRESSE
Le secret de Jean
Charest ? La passion.
C’était en septembre 1984. Jean Charest,
âgé de seulement 26 ans, entrait au
Parlement fédéral porté par
la vague conservatrice de Brian Mulroney.
Dans une entrevue avec le collègue Luc
Larochelle de La Tribune, Jean Charest a
révélé samedi dernier le
secret de sa longévité en
politique. L’attrait du pouvoir? Le défi
de gouverner ? L’amour de la politique ?
Non. La passion, a répondu Jean Charest.
La passion ? Étonnant personnage que ce
Jean Charest.
Disons qu’en l’observant depuis une bonne
quinzaine d’années, le mot passion n’est
certainement pas le premier qui me serait venu
à l’esprit.
Au début de sa carrière, il avait
la fougue typique de son jeune âge. En
1995, pendant la campagne
référendaire, il était
certainement animé d’une passion
débordante, heureusement pour le camp du
Non d’ailleurs, qui collectionnait les
éteignoirs.
Mais depuis qu’il est à Québec, le
flegme semble avoir pris le dessus chez Jean
Charest, du moins en apparence. Pourtant, le feu
brûle toujours et s’il n’en tient
qu’à Jean Charest, il sera en poste pour
de nombreuses rentrées à venir.
« Je ne me vois pas à la retraite,
a-t-il expliqué à La Tribune. J’ai
même de la difficulté à
comprendre ceux qui souhaitent tout
arrêter pour jouer au golf. »
Compté pour mort ( politiquement, bien
sûr) après la débâcle
de mars 2007, Jean Charest s’est accroché
et a remporté l’improbable pari de
regagner une majorité 20 mois plus tard.
Après une telle remontée (et
après 25 ans de vie politique), on
pourrait croire qu’il a fait le tour du jardin,
mais tous ses conseillers et ministres à
qui j’ai parlé au cours des derniers mois
sont unanimes: il reste et se
représentera pour un quatrième
mandat.
Supposons. Mais pour quoi faire ? Parce qu’il ne
se voit pas faire autre chose ? Parce qu’il aime
la politique et le job de premier ministre ?
Pour battre un record ? Pour faire mentir les
vilains chroniqueurs (ils l’ont bien
cherché!)? Ou pour amener le
Québec quelque part, avec un plan, des
ambitions, une vision?
Jean Charest est certes mû par une
ténacité politique hors du commun,
mais on ne peut pas dire que son bilan de
premier ministre soit particulièrement
étincelant après six ans de
pouvoir.
Depuis
avril 2003, il y a plus de détours que de
lignes droites dans le parcours des trois
gouvernements Charest. Au fil des ans, Jean
Charest a eu plusieurs « premières
priorités », pour reprendre l’une
de ses expressions fétiches : la
santé, l’emploi, le développement
hydroélectrique, l’économie, avec
pour résultat qu’en ayant trop de
priorités, on finit par ne plus en avoir
du tout.
Jean Charest se trouve toutefois aujourd’hui
dans une situation idéale, rare pour un
politicien. Il a, à la fois, la
légitimité conférée
par une majorité retrouvée, les
coudées franches devant une opposition
désorganisée et, surtout, le luxe
du temps pour accomplir des choses.
C’est un peu comme si Jean Charest, après
avoir survécu au naufrage accroché
à un radeau dans une mer
démontée, se retrouve maintenant
assis aux commandes d’un paquebot sur une mer
d’huile. Il peut se contenter d’une petite
croisière pépère, et
même voguer paisiblement jusqu’aux
prochaines élections, ou alors
présenter aux Québécois un
itinéraire ambitieux vers une nouvelle
destination. Pas seulement pour s’assurer un
héritage, mais d’abord parce que le
Québec en a bien besoin.
Jean Charest peut gouverner sans faire de vagues
en pensant à sa prochaine
réélection, dans trois ans, ou
viser plus loin en présentant un plan de
développement du Québec
s’étalant jusqu’à la fin d’un
éventuel quatrième mandat.
Le premier défi du gouvernement Charest,
maintenant que la reprise pointe, sera
évidemment de rétablir
l’équilibre budgétaire. Ce serait
une erreur, toutefois, que de considérer
ce but comme une fin en soi. Le retour à
l’équilibre devrait être vu comme
un moyen de rebondir et de passer à
l’étape suivante. D’où
l’importance d’avoir un plan à long
terme. Autrement dit, ce ne doit pas être
qu’un exercice comptable, mais bien un programme
politique.
Si, en ce début de session, Jean Charest
envisage vraiment d’occuper le poste de premier
ministre pendant quelques années encore,
les pistes pour un véritable plan ne
manquent pas.
I l pour rait commencer par donner une image
tangible, une vie, un visage à son fameux
Plan Nord, qui, pour le moment, ressemble plus
à un slogan qu’au grand chantier de
l’avenir qu’il est censé être.
En santé, le gouvernement libéral
devra décider s’il continue d’ouvrir le
robinet un peu plus chaque année (le
budget de la Santé représentera
50% des dépenses de l’État d’ici
quelques années) ou s’il met un frein aux
dépenses.
Le remboursement de la dette doit
nécessairement faire partie de
l’équation, mais pas au détriment
des investissements cruciaux en
éducation, en recherche et en innovation.
Enfin, le débat ponctuel de la
rentrée sur la Régie des rentes
doit aller plus loin que les calculs actuariels
à court terme et viser la
pérennité du régime de
retraite public.
M.
Charest a le luxe du temps et le Québec
n’a plus le luxe d’attendre.
Sans plan d’ensemble - CLAUDE CASTONGUAY
Au lieu d’analyser sérieusement le
rapport sur le financement de la santé,
le ministre Bolduc a choisi de l’ignorer
En février 2008, le groupe de travail sur
le financement de la santé que j’ai
présidé rendait public son
rapport.
Réagir au fur et
à mesure que les problèmes et
les crises surgissent est une approche qui ne
règle rien, estime le président
du groupe de travail sur le financement de la
santé (février 2008), Claude
Castonguay.
Au terme de nos travaux, nous recommandions en
premier lieu une augmentation de 0,5% de la TVQ
et l’introduction non pas d’un ticket
modérateur, mais d’un T-4 santé.
Dès le lendemain de la publication de
notre rapport, le gouvernement rejetait la
recommandation de hausser la TVQ de 0,5%. Le
rejet fut si catégorique que l’on a
conclu que l’ensemble du rapport était
voué aux oubliettes.
Mais, surprise, peu de temps après sa
réélection avec une
majorité de sièges, le
gouvernement annonçait son intention de
hausser la TVQ de 1%. Il semble même qu’il
s’apprêterait à annoncer une hausse
additionnelle de 1%.
La décision de rejeter notre rapport
était-elle justifiée ? Poser la
question, c’est y répondre.
Notre rapport comprend un ensemble de mesures
visant à dynamiser notre système
de santé, améliorer
l’accessibilité et freiner de
façon ordonnée la croissance de
ses coûts. Je souligne que ces
propositions respectent pleinement son
caractère public et universel.
El les permet t raient de rédui re
graduellement la progression des coûts du
système, sans réduire les
services, d’au moins 10% par année. Sur
un budget de 26 milliards, les économies
possibles sont substantielles. Les soins de
première ligne, les soins à
domicile, les infirmières, les
médecins de famille, le dossier patient
informatisé pourraient
bénéficier grandement d’une
réallocation de ces économies.
Au lieu d’analyser sérieusement notre
rapport, le ministre YvesBolduc a choisi de
l’ignorer. À deux reprises, j’ai offert
de lui présenter le contenu de ce rapport
qui, en passant, a coûté plus de
400 000$ aux contribuables. Il
préfère agir sans plan d’ensemble
au fur et à mesure que les
problèmes et les crises surgissent.
Pourtant, il est clair que c’est
précisément cette approche qui,
trop souvent utilisée dans le
passé, est largement responsable de
l’état actuel de notre système de
santé.
Notre rapport proposait également un
décloisonnement encadré de la
pratique médicale et une ouverture
limitée sur le secteur privé. Il
s’agit de propositions de nature
complémentaire qui ne remettent pas en
cause l’universalité du système.
Bien que ces propositions demeurent à mon
avis pleinement pertinentes, ouvrir à ce
moment-ci un débat sur ces questions
aurait malheureusement pour effet de
détourner l’attention de l’enjeu
prioritaire.
À la suite de la publication de notre
rapport, les principaux acteurs du secteur de la
santé se sont prononcés en faveur
de lamajeure partie de nos recommandations sur
notre système public et son financement.
Les gens sont inquiets et espèrent que
lesmesures qui s’imposent soient prises. Le
maintien au rancart de nos recommandations ne
fait plus de sens.
Le temps est manifestement venu pour le premier
ministre d’intervenir afin de sortir notre
système public de santé de son
état de crise chronique et de rassurer la
population.
Hubert Lacroix s’en prend à
l’« inaction » des gouvernements
« Au Canada, à l’opposé de
ce qu’on a vu aux États-Unis (...), nous
avons reçu très peu d’aide de la
part des deux ordres de gouvernement. »
Le jour mêmeoù SFKPâte
indiquait qu’elle n’allait pas respecter l’un
des engagements de sa convention de
crédit, l’entreprise s’en est prise
à l’« inaction » des
gouvernements.
En date d’aujourd’hui, SFK ne respectera plus le
ratio de couverture des intérêts
prévu à sa convention de
crédit. En fin de journée hier,
cependant, l’entreprise québécoise
a annoncé qu’elle a obtenu de ses
prêteurs une dispense temporaire de deux
semaines, alors que des négociations sont
en cours en vue de modifier de façon
permanente la convention de crédit. SFK
Pâte est raisonnablement confiante de
pouvoir parvenir à une entente
satisfaisante avec ses prêteurs à
l’intérieur de ce délai.
SFK Pâte a subtilement laissé
entendre qu’elle n’en serait peutêtre pas
là si les gouvernements étaient
venus à sa rescousse.
« Au Canada, à l’opposé de
ce qu’on a vu aux États-Unis (...), nous
avons reçu très peu d’aide de la
part des deux ordres de gouvernement », a
déploré le président du
conseil d’administration du producteur de
pâte à papier, Hubert Lacroix,
à l’occasion de l’assemblée
annuelle des porteurs de parts, à
Montréal. M. Lacroix est aussi
président-directeur général
de la CBC/Radio-Canada.
Depuis plusieurs mois, SFK Pâte fait
pression sur Québec pour obtenir une
« aide à court terme »,
à l’image des prêts que le
gouvernement a consentis à Rio Tinto
Alcan et à Bombardier Produits
Récréatifs (BRP).
précédent (qu’une aide à
SFK) aurait créé aurait
probablement été difficile
à porter pour le gouvernement. »
La direction de SFK reprendra ses efforts
auprès du nouveau ministre du
Développement économique,
Clément Gignac, et de la nouvelle
titulaire des Ressources naturelles, Nathalie
Normandeau, dans l’espoir d’obtenir une
réponse différente.
Or, après de longs pourparlers,
Québec a rejeté la demande de SFK.
Selon le président et chef de la
direction de l’entreprise, Pierre Gabriel
Côté, le gouvernement a
exprimé des « craintes »
quant au « risque » que
représente actuellement le secteur des
pâtes et papiers.
« Nous n’avons pas réussi à
convaincre le gouvernement que nous
étions différents du reste de
l’industrie, a admis M. Côté. Le
Il reste qu’en vertu de l’Accord sur le bois
d’oeuvre résineux, le Canada et les
États-Unis ne peuvent pas venir en aide
directement aux entreprises du secteur
forestier.
« Liqueur noire »
Cela n’a toutefois pas empêché
Washington de donner un coup de pouce indirect
aux producteurs américains en leur
accordant un généreux
crédit d’impôt pour l’utilisation
comme combustible de la « liqueur noire
», un résidu découlant de la
fabrication de pâte kraft.
Cette aide, contestée par le Canada, l’
Union européenne et d’autres pays,
procurerait un avantage concurrentiel de 200$ la
tonne aux producteurs américains. Elle
permet à la pâte provenant de
fibres vierges de devenir très
concurrentielle face à la pâte
issue de journaux recyclés, ce qui nuit
aux deux usines américaines de SFK.
En réplique, Ottawa a récemment
annoncé la mise sur pied d’un programme
d’un milliard de dollars qui doit aider les
producteurs de pâtes et papiers à
améliorer leur efficacité
énergétique et leur performance
environnementale.
« C’est intéressant, mais ça
ne répond pas aux problèmes de
l’industrie et ça ne procure aucune aide
immédiate », a affirmé
Hubert Lacroix, qui a tenu à tracer un
parallèle avec le généreux
plan de sauvetage consenti par les gouvernements
à l’industrie automobile.
Même si elle est en meilleure santé
financière que la plupart des autres
acteurs de son secteur, SFK Pâte souffre
de la baisse de la demande pour le papier. Au
premier trimestre de 2009, terminé le 31
mars, ses ventes ont plongé de plus de
40%, ce qui a conduit à une importante
perte d’exploitation et à de nombreux
arrêts de production.
« En dépit du contexte actuel, SFK
survivra », a néanmoins promis M.
Lacroix.
L’entreprise a bon espoir de conclure de
nouveaux contrats d’approvisionnement en copeaux
de bois auprès d’AbitibiBowater et de
fournisseurs qui possédaient,
jusqu’à tout récemment, des
ententes avec le géant en cours de
restructuration judiciaire. La
résiliation du contrat conclu avec
AbitibiBowater a donné un coup dur
à SFK, mais l’approvisionnement à
court terme ne pose pas de problème, a
assuré M. Côté.
L’entreprise entrevoit la reprise dès la
fin de l’année, à la faveur d’une
recrudescence de la demande chinoise et d’une
augmentation des prix de la pâte.
À la clôture de la Bourse de
Toronto, hier, les parts de SFK
s’échangeaient à 21 cents, en
baisse de 2 cents.
Les minières ne verseraient
pas un cent de redevances
QUÉBEC DÉVOILE SA STRATÉGIE
« On vient mettre une ligne à partir
d’aujourd’hui pour s’assurer que les
Québécois ne feront plus les frais
de la restauration des sites. »
— Les sociétés minières
pourraient très bien continuer à ne
pas verser à l’État un sou de
redevances sur leurs profits, en vertu de la
nouvelle stratégie minière rendue
publique hier.
Déjà, entre 2002 et 2008,
grâce à plusieurs avantages fiscaux,
14 des 22 minières actives au Québec
ont réussi à s’en tirer sans faire
de contribution au trésor public.
Or, l a loi prévoit qu’el les devraient
retourner au fisc 12% de leurs profits sur
l’exploitation du sous-sol
québécois.
En rendant publique sa stratégie pour
l’avenir du secteur minier, le ministre
responsable, Serge Simard, a pris soin d’indiquer
que la priorité du gouvernement consistait
à assurer la compétitivité de
cette industrie.
Flanqué de son sous-ministre, Jean-Sylvain
Lebel, le ministre a eu de la difficulté,
en conférence de presse, à justifier
sa position sur profits prélevée, en
principe, par le fisc – actuellement la loi
prévoit 12%.
Ce seuil pourrait aussi bien être
haussé qu’abaissé, a-t-il dit, en
s’engageant à consulter d’abord
l’industrie, avant de changer quoi que ce soit.
« Si je vous dis que ça va être
haussé ou diminué, vous allez me
dire que les décisions sont prises, alors
qu’on dit dans la stratégie qu’on va faire
de la consultation », a expliqué le
ministre.
Selon la loi en vigueur, toujours entre 2002 et
2008, l’industrie minière, qui a connu une
période faste, aurait dû
expédier 2 milliards au fisc
québécois, qui n’a finalement
touché qu’une fraction de cette somme, soit
259 millions.
Quoi qu’il en soit, le ministre promet de «
réévaluer » le régime
de redevances, pour le rendre possiblement encore
plus avantageux.
Cette stratégie était attendue
depuis des années et promise pour 2007.
Deux ans plus tard que prévu, Québec
a fini par présenter la perception des
droits miniers, une position qui avait
été critiquée dans un rapport
du vérificateur général
déposé en avril.
À court d’arguments, le ministre a
laissé la parole à son sousministre,
qui s’est dit candidement incapable de
répondre par oui ou non, quand on lui a
demandé si, en vertu de la nouvelle
stratégie, les sociétés
pourront encaisser des profits, sans devoir
nécessairement payer leur dû au fisc,
comme cela s’est fait dans le passé.
« C’est pour ça que le ministre est
peut-être un peu mal à l’aise
», a commenté M. Lebel.
Entre 2002 et 2008, les minières ont
bénéficié de 624 millions de
dollars d’avantages fiscaux, sous forme de
crédits d’impôt à
l’investissement, notamment.
Le ministre Simard a aussi affirmé
qu’aucune décision n’avait
été prise quant à la ponction
des un document d’une quarantaine de pages qui
demeure très vague quant à ses
orientations, objectifs et
échéances.
La stratégie s’articule autour de trois
axes: faire croître l’industrie
minière et la rendre plus concurrentielle,
garantir la restauration des sites
contaminés, faire participer davantage les
communautés en région et les
autochtones à la croissance du secteur.
À
propos des terrains contaminés, on savait
déjà que Québec
s’était engagé à les
restaurer au cours de la prochaine
décennie. Le nettoyage de ces 345 terrains
laissés à l’abandon par les
sociétés coûtera 264 millions
aux contribuables
Mais à l’avenir, pour les nouveaux
investissements, le ministre Simard s’engage
à ce que les choses se passent
différemment.
Les sociétés devront donc,
dès le départ, fournir des garanties
de restauration totale.
« On vient mettre une ligne à partir
d’aujourd’hui pour s’assurer que les
Québécois ne feront plus les frais
de la restauration des sites », a-t-il dit.
La stratégie a été fort bien
accueillie par l’industrie, mais l’opposition et
les groupes écologistes ont jugé
qu’elle ne contenait que des « voeux pieux
».
Le président de l’Association
minière du Québec, Dan Tolgyesi, a
indiqué qu’il était «
évidemment » satisfait des
orientations privilégiées par le
gouvernement, « qu’on accueille
favorablement ».
« On se réjouit des principes qu’il
annonce », a-t-il dit, en point de presse.
Les écologistes, quant à eux, se
sont dits « floués » et
déçus. Le porte-parole de la
Coalition pour que le Québec ait meilleure
mine, Ugo Lapointe, aurait jugé normal que
les sociétés minières
acquittent au moins en partie la facture de la
restauration des sites contaminés.
« Ce n’est pas aux Québécois
à éponger cette dette-là
», selon lui.
Selon l’opposition péquiste, en l’absence
d’une politique claire sur les redevances à
verser, « les compagnies minières
pourront vider le sous-sol québécois
pour une bouchée de pain », a
estimé le député Denis
Trottier.
Le député de Québec
solidaire, Amir Khadir, aurait voulu lui aussi que
Québec se montre « moins complaisant
» sur le plan des redevances et plus
exigeant sur les contrôles environnementaux.
« Le Québec doit cesser de se
comporter comme une république de bananes
», a-t-il dit.
De son côté, la
Fédération québécoise
des municipalités (FQM) a dit souhaiter que
les municipalités trouvent une part des
redevances perçues sur les profits des
minières.
Cette industrie, réputée cyclique,
fournit un emploi à 18 000
Québécois.
Lesous-solduQuébec, particulièrement
en Abitibi-Témiscamingue, regorge de
plusieurs minerais: fer, zinc, nickel, cuivre et
or.
OPÉRATION MARTEAU Huit policiers de
Montréal se joignent à
l’escouade - Karim Benassaieh
Grands
absents de l’opération Marteau, les
policiers de Montréal ont fait leur
entrée en force hier dans l’escouade
spéciale contre la corruption et la
malversation dans l’industrie de la
construction.
La Sûreté du Québec a
annoncé l’intégration de huit
policiers de Montréal, ainsi que deux
agents de Longueuil et Laval, au sein de
l’équipe mise sur pied le 22 octobre
dernier. Ces policiers seront affectés
à temps plein à l’équipe
d’une quarantaine d’enquêteurs et auront
leur quartier général aux bureaux
de la Sûreté duQuébec, rue
Parthenais à Montréal.
Ces embauches arrivent à point. Diverses
sources ont en effet confirmé à La
Presse que les enquêtes menées par
les policiers montréalais ont
déjà permis de mettre au jour des
informations «brûlantes» sur
les liens entre les mondes de la construction,
du crime organisé et de la politique.
Toutefois,
la participation du Service de police de la
Ville de Montréal à l’escouade
Marteau était retardée pour des
raisons administratives. Selon ce qu’a appris
La Presse, le SPVM était
réticent à assumer le salaire de
ses enquêteurs qui seraient
intégrés à l’escouade.
C’est parce que Québec a
récemment donné des garanties
financières à ce sujet que
l’entente d’hier a pu être
annoncée.
Pour le porte-parole de la SQ, François
Doré, il ne s’agit nullement de
reconnaître que l’absence du
SPVMétait une erreur. «
Arrêtez tout de suite. Au contraire, le
SPVM faisait partie de l’escouade. Ce qui a
changé ce matin, c’est que huit d’entre
eux vont venir s’asseoir avec nous de
façon permanente.»
Dès la création de l’escouade,
le mois dernier, la SQ s’était
assurée de la collaboration de tous les
services de police au Québec, y compris
le SPVM, précise M. Doré.
Il a été impossible d’obtenir
les commentaires du SPVM hier.
Corruption : Cas isolés ou
système? - ANDRÉ PRATTE
Selon le minist re des Affa i res municipales,
les nombreux problèmes d’éthique
qui ont fait surface dans l’administration de la
Ville de Montréal constituent des «
cas isolés ». « On ne fera
pas de grande enquête là-dessus
», a tranché M. Laurent Lessard.
Des cas isolés ? On a plutôt
l’impression, à voir les scandales
éclater les uns après les autres,
à voir aussi la Sûreté du
Québec multipl ier les enquêtes et
les perquisitions, qu’une frange de l’industrie
de la construction a érigé en
système les tentatives de corruption
d’officiers municipaux. Peut-on croire que
seulement un conseiller municipal, que seulement
un fonctionnaire se sont vu offrir un
séjour en bateau ou un voyage en Italie ?
Se peut-il vraiment que cette façon de
faire n’ait eu cours qu’à
Montréal? Rappelons quelques faits : >
à Montréal, cinq enquêtes
policières sont en cours sur de graves
irrégularités relatives à
divers contrats et transactions; > la
Sûreté du Québec mène
une enquêt e de grande envergure sur des
pratiques illicites dans le milieu de la
construction; > l’Agence de revenu du Canada
soupçonne des entreprises appartenant
à l’entrepreneur Tony Accurso
d’évasion fiscale pour la somme de 4,5
millions ; > nombreux sont ceux qui
prétendent qu’il en coûte
sensiblement plus cher de construire au
Québec qu’ailleurs en Amérique du
Nord (af firmat ion va l idée pa r des
statistiques) ; > on entend dire depuis des
années, de sources diverses, que des
entreprises déjouent le processus
d’appels d’offres en se partageant les contrats
; > quant aux liens entre l’industrie et le
crime organisé, le président de
l’Association de la construction du
Québec, Gi lbert Gr i ma rd, estime
qu’« on peut di f ficilement dire
où cela commence et où cela finit.
»
Voilà le problème: à une
époque ma rquée pa r les fraudes
de toutes sortes, les Québécois se
demandent jusqu’à quel point la
corruption a envahi le domaine des travaux
publics. Personne n’est rassuré quand on
leur dit qu’il s’agit de « cas
isolés ». C’est pourquoi certains
réclament la mise sur pied d’une «
commission Cliche pour notre temps » (
Yves Boisvert). Le gouvernement Charest a
jusqu’ici écarté cette
idée, préférant laisser les
enquêtes policières suivre leur
cours.
Il est vrai que la priorité doit aller
à la chasse aux criminels. Vrai aussi que
le mandat d’une telle commission ne serait pas
facile à délimiter. Par contre,
une enquête publique permettrait de
dresser un portrait exhaustif de la situation,
ce qui nous paraît de plus en plus
nécessaire.
Chose
certaine, le gouvernement Charest doit faire
preuve dans ce dossier d’un leadership beaucoup
plus vigoureux. Les comportements mis au jour
par les médias sont extrêmement
troublants. Si ce n’était que la pointe
de l’iceberg, des pans importants de
l’économie et de la politique
québécoises se
révéleraient gangrenés par
la copinage.
Compte tenu de l’importance des enjeux,
Québec doit s’empresser de faire savoir :
– qu’il fait de ce dossier une priorité ;
– que si la SQ a besoin de plus de ressources
pour mener à bien ses enquêtes,
elle les obtiendra ;
–
qu’il envisage sérieusement la tenue
d’une enquête publique sur les liens entre
l’industrie de la construction, le crime
organisé et les tentatives de corruption
d’officiers municipaux.
Des «suppléments»
embêtants - Denis Lessard
QUÉBEC — En plus de contrats sans
appels d’offres publics, l’entreprise ABC
Rive-Nord a obtenu des mandats du
ministère des Transports qui, en bout
de course, ont coûté plus cher
que les prix proposés par ses
compétiteurs.
Il y avait une atmosphère tendue,
hier, à l’Assemblée nationale.
Bra ndissa nt les engagements financiers
soumis le printemps dernier, la chef
intérimaire de l’A DQ, Sylvie Roy, a
relevé qu’ABC avait, chaque fois
qu’elle faisait face à des
concurrents, soumis un premier prix qui
allait être bonifié par la
suite.
Après avoir menacé les
médias de poursuites mardi, le
député Whissell a paru sur le
point de craquer, hier. Voyant le
représentant de La Presse sortir de
son bureau à l’Assemblée
nationale (il lui avait donné
rendez-vous pour le lunch), l’exministre
s’est imaginé que des documents
avaient pu être subtilisés en
son absence. Comme le journaliste n’avait,
à l’évidence, aucun papier sur
lui, l’exministre a demandé à
voir son cellulaire, soupçonnant que
des photos de documents avaient pu
être prises. Il n’a abandonné
la partie que lorsqu’il a constaté
qu’il n’y avait que des photos de famille
dans l’appareil.
L es doc u ments de ma i dernier montrent
qu’A BC Rive-Nord, la firme où David
Whissell détient 20 % des actions par
l’entremise d’une société sans
droit de regard, avait récolté
4,7 millions de contrats publics pour
l’année 2008-2009. Dans bien des cas,
ces contrats sans soumissions publiques
remontaient aux années
antérieures à l’accession de
M. Whissell au Conseil des ministres, en
juin 2007.
Dans quatre dossiers pour lesquels ABC a eu
à passer par un appel d’offres, on
constate que tout en soumettant le prix le
plus bas au départ, ABC a par la
suite obtenu des suppléments pour
« imprévus » faisant
grimper le prix au-delà de celui des
compétiteurs. Pour 4,1 km de route
à Oka, l’entreprise avait fixé
son prix à 777 400$, et ses deux
concurrents, à 849 000 $. Une fois le
mandat obtenu, les «
imprévus» ont porté la
facture d’ABC à 855 000$. Dans le
cadre d’un autre contrat dans le même
secteur, une soumission proposée
à 275 000$ a été
choisie aux dépens d’un concurrent
qui offrait 299 000$. Une fois le contrat
signé se sont ajoutés des
imprévus et des «
ajustements» qui ont porté le
marché à 308 000$.
À
Sa i nt-Joseph-du-L ac, dans Deux-Montagnes,
ABC a soumissionné à 399 000
$, le concurrent à 415 000 $. Avec
les avenants, ABC a finalement obtenu 439
000 $. Dans le cas d’un autre mandat en 2009
à Blainville, ABC a proposé
ses services à 803 000 $, le
concurrent a offert 809 000 $. Les travaux
coûteront finalement 883 000 $.
Selon Mme Roy, quand on observe ces
dépassements systémat iques ,
des ques - tions se posent. Selon elle, le
député Whissell ne devrait pas
se contenter d’abandonner son poste de
ministre, il devrait renoncer à son
siège de député.
« Il doit choisir entre l’asphalte et
son poste de député »,
a-t-elle lancé.
En Cha mbre, le m i n is - tre
délégué aux Transports,
Norman McMillan, a répliqué
aux attaques. Dans l’affaire Whissell,
l’opposition conteste des pratiques en place
depuis 35 ans au ministère
québécois des Transports,
explique-t-il. «Le problème
n’est pas qu’il y ait des contrats de
gré à gré depuis 35
ans. C’est que, pour la première
fois, il y a un ministre qui profite du
résultat de ce contrat», a
répliqué la péquiste
Agnès Maltais. Elle a cité la
mise en garde transmise au
député Whissell par le
jurisconsulte de l’Assemblée
nationale, Claude Bisson, juge à la
retraite. En dépit de l’existence
d’une fiducie sans droit de regard,
«l’attribution d’un contrat de
gré à gré pourrait
laisser percevoir que l’ombre du
député n’est pas
étrangère au fait que le
contrat a été accordé
à l’entreprise en question, ce qui
pourrait générer un conflit
d’intérêts».
«On parle de perception… Le
jurisconsulte n’a nulle part dit que je suis
en conflit d’intérêts», a
insisté M. Whissell à La
Presse. L’ex-ministre a aussi
déposé hier une lettre
où, à sa demande, l’exjuge lui
suggère quels moyens utiliser pour
que l’entreprise où il détient
des intérêts ne signe plus de
contrats sans appels d’offres avec le
gouvernement.
E n C ha mbre, Stépha ne Bergeron,
député péquiste de Verc
hère s , a sou l ig né que les
contrats alloués par Québec
à ABC sont passés de 5
à 11 millions depuis que David
Whissell fait partie du Conseil des
ministres.
Plus tard, dans un communiqué, le
ministre MacMillan a réclamé
la rétractation de la chef
adéquiste. « Elle ne peut salir
la réputation d’un
député et d’une institution
comme le ministère des Transports
», a-t-il soutenu. Mme Roy, qui
évoque souvent le cynisme des
électeurs à l’endroit des
politiciens, « doit savoir que le
cynisme s’entretient lorsque l’on colporte
des faussetés sur la place publique
».
La compagnie de David Whissell devrait
renoncer aux contrats sans appel d’offres du
gouvernement - Tommy
Chouinard
(NDE : Doit-on en déduire que c'est
justement ce qui se faisait avant ?...)
ABC Rive-Nord devrait renoncer aux
contrats sans appel d’offres du gouvernement
Un avis du jurisconsulte sur les
intérêts du député
David Whissell
QUÉBEC — Le jurisconsulte de
l’Assemblée nationale, Claude Bisson,
croit que l’entreprise d’asphaltage ABC
Rive-Nord, dans laquelle l’ex-ministre David
Whissell a des intérêts, devrait
désormais renoncer à tout
contrat accordé par le gouvernement
sans appel d’offres.
Au cou rs des der n ières a n
nées, cette entreprise a obtenu du m i
n istère des Transports, sans appel
d’offres, deux contrats totalisant 800 000 $.
L’un d’eux, d’une valeur de 564 000$,
consistait à refaire une route dans la
circonscription d’Argenteuil, dont M. Whissell
est le député.
« Même si les
intérêts du député
sont placés dans une fiducie sans droit
de regard, l’octroi d’un contrat de gré
à gré pourrait laisser percevoir
que l’ombre du député n’est pas
étrangère au fait que le contrat
a été accordé à
l’entreprise en question, ce qui pourrait
générer un conflit
d’intérêts», écrit
Claude Bisson dans un avis émis
à la demande de M. Whissell, que
celui-ci a produit en Chambre hier.
« Il serait donc
préférable qu’ABC Rive-Nord
s’abstienne d’exécuter des contrats de
gré à gré provenant du
gouvernement du Québec, d’un
ministère ou d’un organisme
public», poursuit M. Bisson, qui
précise que les municipalités et
les MRC ne sont pas des organismes publics.
Comme le rappelle M. Bisson, l’article 65 de
la Loi sur l’Assemblée nationale
stipule qu’«un député ne
peut, directement ou indirectement, participer
à un marché avec le
gouvernement, un ministère ou un
organisme public». Le second
alinéa prévoit toutefois une
exception.
Le député peut en effet
«avoir un intérêt dans une
entreprise qui participe à un tel
marché à la condition que
l’importance de cet intérêt ou
les circonstances entourant la conclusion du
marché ne permettent vraisemblablement
pas la collusion ou l’influence indue ».
Selon M. Bisson, cette exception s’applique
lorsqu’une entreprise dans laquelle un
député a un intérêt
placé dans une fiducie sans droit de
regard remporte un appel d’offres public d’un
ministère en remplissant le mieux tous
les critères. Or «la situation
devient plus délicate lorsque le
contrat est accordé de gré
à gré», souligne M.
Bisson, avant de recommander qu’ABC Rive-Nord
n’exécute pas ce type de contrat.
David Whissell a l’intention de rencontrer le
jurisconsulte très bientôt.
«Avec lui, je vais voir comment je peux
suivre ses recommandations », a-t-il
affirmé à La Presse. Il a
démissionné de son poste de
ministre du Travail la semaine dernière
à la suite d’une volte-face du premier
ministre Jean Charest au sujet des
règles éthiques encadrant les
membres de son cabinet.
David Whissell a produit en Chambre cinq avis
qu’il a demandés au jurisconsulte le 11
septembre – peu de temps après sa
démission – concernant des
allégations de conflits
d’intérêts rapportées par
les médias. «Bien entendu, ces
avis démontrent clairement que je n’ai
pas commis de faute», a-t-il
affirmé, bien que M. Bisson
soulève la situation «plus
délicate» des contrats sans appel
d’offres.
David Whissell a reconnu que l’avis de M.
Bisson est théorique. Le jurisconsulte
n’a pas mené d’enquête sur les
cas qui lui ont été soumis.
«Il faut lire entre les lignes. Je lui
ai présenté les faits. Il prend
les faits et les transpose dans une situation
théorique», a affirmé le
député.
Dans l’un des avis, Claude Bisson d it ne voi
r auc u n problème dans le fait que M.
Whissell ait embauché à son
bureau de circonscription la fille de l’un des
responsables de sa fiducie sans droit de
regard. Dans un autre avis, le jurisconsulte
conclut que le député ne se
place pas en conflit d’intérêts
parce qu’il a appuyé un projet de
rénovation d’une ancienne gare
ferroviaire dans sa circonscription, pour
lequel une firme d’ingénierie dont sa
conjointe est actionnaire a obtenu un contrat.
«Il n’a rien à voir dans le choix
de (la firme) Mirtec par la MRC
d’Argenteuil», qui n’est pas un
organisme public, note M. Bisson.
On ne badine pas avec l’éthique
- VINCENT MARISSAL
Il y avait un moment que Jean Charest n’avait
pas exécuté un grand salto
arrière, mais celui-ci est
particulièrement spectaculaire.
Que le ministre du Travail, DavidWhissell,
soit contraint de démissionner
après des semaines de controverse
entourant l’obtention de contrats
gouvernementaux par une firme dont il est en
partie propriétaire, n’est pas si
surprenant. Avec la rentrée
parlementaire toute proche, le gouvernement
savait que cette histoire offrait une cible
rêvée à l’opposition.
En plus, les centrales syndicales, qui
entament des négociations avec le
gouvernement, avaient elles aussi le ministre
Whissell dans leur ligne de mire.
Ce qui est surprenant, par contre, c’est que
le premier ministre ait laissé
sciemment un de ses ministres s’embourber dans
ce bitume en assouplissant, contre toute
logique, les règles d’éthique
imposées aux membres du cabinet.
Rappelons que, au début de
l’année, tout juste après sa
réélection, Jean Charest a
changé ces règles pour permettre
aux ministres de demeurer propriétaires
d’une entreprise privée qui fait
affaire avec le gouvernement, à
condition qu’ils placent leurs actifs en
fiducie.
Cette directive, en plus d’a l ler à
contre-coura nt de l’opinion publique, qui
réclame davantage de balises
éthiques, allait à l’encontre du
bon sens élémentaire.
Pour le gouvernement et le premier ministre,
c’était même parfaitement
imprudent puisque cela, on le voit bien
maintenant, ouvrait tout grand la porte aux
soupçons et à l’apparence
permanente de conf lit
d’intérêts. Donc, le gouvernement
prêta i t le flanc à la critique,
aux enquêtes, aux doutes, même si
toutes les règles d’attribution de
contrat avaient été
respectées.
Poussons encore un peu plus loin l’absurde :
même si une entreprise privée
appartenant en tout en partie à un
ministre offrait le meilleur rapport
qualité-prix au gouvernement,
l’obtention de contrats soulèverait
néanmoins des doutes sur
l’intégrité de la transaction.
En matière d’éthique, en cette
ère post-Gomery, les gouvernements
doivent être plus catholiques que le
pape. Surtout lorsqu’il s’agit de bons vieux
contrats d’asphaltage dans la circonscription
du ministre impliqué.
Jean Charest a esquivé en disant que
cette regrettable situation ne se serait pas
produite si nous avions au Québec un
commissaire à l’éthique. Facile.
D’abord, un commissaire à
l’éthique ne permettrait pas qu’un
ministre se retrouve dans une telle situation.
Et puis, si Jean Charest avait donné
rapidement suite à sa promesse de 2003,
nous aurions un code d’éthique en bonne
et due forme à Québec depuis un
bon moment.
Pour plusieurs , David Whissell était
devenu le coupable parfait dans cette
histoire, mais dans les faits, il est
plutôt la victime. Victime de la
nonchalance de son premier ministre en
matière d’éthique. Pauline
Marois avait raison, la semaine
dernière: « Un élu doit
choisir entre l’asphalte et un poste de
ministre. » Surtout lorsque son
gouvernement investit des milliards en fonds
publics dans des projets d’infrastructures.
Jean Cha rest perd un jeune ministre (et la
face, un peu) dans cette histoire. En tant que
ministre responsable des Laurentides et dans
Lanaudière, M. Whissell était
aussi très actif dans Rousseau,
où aura lieu une élection
partielle dans moins de deux semaines.
Dans l’immédiat, David Whissell veut
décanter en famille, mais l’aventure
l’a passablement ébranlé.
Ministre
apprécié de ses
collègues, M. Whissell a pris
goût au pouvoir depuis son
arrivée au Conseil des ministres, il y
a deux ans. Ses ambitions viennent toutefois
de frapper un mur : s’il voulait revenir au
Conseil des ministres un jour, il devrait
encore se départir de l’entreprise
familiale, un geste auquel il ne semble pas
prêt à se résigner.
Scepticisme chez les péquistes
- Denis Lessard
QUÉBEC — Le premier ministre Jean
Charest « a fait le choix de sauver sa
face » en modi fiant f inalement les
règles d’éthique qui encadrent
ses ministres, estime l’opposition
péquiste, accueillant avec
scepticisme les changements annoncés
hier qui ont entraîné la
démission du ministre Whissell.
« M. Charest a
été pris la main dans le sac
», a lancé hier
Stéphane Bédard, critique du
PQ dans le dossier des règles
d’éthique.
« M. Charest a été pris
la main dans le sac », a lancé
Stéphane Bédard, critique du
PQ dans ce dossier. Selon lui, le
gouvernement n’a décidé de
changer ses règles qu’après
des mois de controverse publique. M. Charest
martelait que les règles avaient
été rehaussées, «
et il pensait qu’en répétant
une telle fausseté, cela allait
devenir acceptable pour la population
», a dit le péquiste de
Chicoutimi.
Selon lui, « le premier ministre n’a
pas pris cette déc i s i on pou r l ’
i nt é r ê t public » ,
mais strictement pour éviter le tir
serré de l’opposition la semaine
prochaine à l’Assemblée
nationale. L’opposition péquiste
compte tout de même ramener le sujet,
elle qui depuis le mois de mars
préconise la nomination d’un
commissaire à l’éthique
responsable de trancher sur ces questions
délicates. M. Charest s’est dit
favorable hier à une telle
nomination, freinée par l’opposition
selon lui.
« Si M. Charest avait
été intransigeant sur
l’application des règles, on ne
serait pas dans cette situation aujourd’hui.
Il est plus intéressé à
protéger son image publique
qu’à empêcher les conflits
d’intérêts », a dit M.
Bédard.
Le printemps dernier, c’est le même
JeanCharest qui avait décidé
d’abaisser la barre, de réduire les
obligations faites aux membres du
gouvernement, pour tenir compte des
intérêts de M. Whissell dans
ABC Rive-Nord et des actions de Pierre
Arcand, titulaire des Relations
internationales, dans une entreprise de
panneaux publicitaires. M. Arcand s’est
départi depuis de ses actions, a fait
savoir M. Charest hier.
Critique de l’ADQ en ces matières,
Marc Picard a soutenu ne pas être
surpris de cette volte-face. Un
récent sondage montrait que 82% de la
population désapprouvait que le
ministre Whissell puisse être
propriétaire d’une firme
d’asphaltage. « M. Charest ne
gère pas le Québec, il
gère une image », a
lancé l’adéquiste.
Pour lui, le choix du ministre de
l’Outaouais était prévisible :
« C’est certainement plus payant de
vendre de l’asphalte que d’être
ministre ou député. »
Selon Amir Khadir, de Québec
solidaire, le premier ministre Charest
« montre une certaine surdité
à ce que demandent les gens. Il a mis
beaucoup de temps à réagir. Il
ne peut pas dire que le problème est
réglé », a soutenu le
député de Mercier.
Volte-face de Jean Charest - Denis
Lessard
Le ministre du Travail forcé de
quitter son poste
QUÉBEC — Après des semaines
de controverse où il a nié
qu’il y avait un problème
éthique dans le fait qu’un ministre
détienne des actions d’une firme
ayant des contrats du gouvernement, le
premier ministre Jean Charest a
annoncé qu’il faisait marche
arrière. Sa décision a
forcé le départ de son
ministre du Travail, David Whissell.
PHOTO
JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE
CANADIENNE
«
L’apparence d’intégrité du
gouvernement est tout aussi importante
que l’intégrité
elle-même », a
expliqué hier Jean Charest,
accompagné de son ministre du
Travail démissionnaire, David
Whissell, en conférence de
presse.
Les directives touchant les ministres
seront modifiées pour
empêcher qu’un membre du
gouvernement puisse détenir des
intérêts dans une
société privée qui
profite de contrats gouvernementaux, a
fait savoir hier le premier ministre
Charest.
David Whissell a décidé de
quitter le ministère du Travail,
qu’il détenait depuis deux ans,
afin de conserver ses actions dans une
entreprise d’asphaltage, ABC Rive-Nord,
dans laquelle sa famille a depuis
longtemps une participation.
En point de presse hier, après la
réunion hebdomadaire du Conseil des
ministres, M. Charest a soutenu que la
situation du ministre Whissell posait des
problèmes de « perception
». Depuis plusieurs semaines, le
ministre de l’Outaouais se trouvait au
centre d’une controverse. L’entreprise ABC
Rive-Nord, dont i l dét ient 20%
des actions, a obtenu l’an dernier du
ministère des Transports, sans
appels d’offres, deux mandats totalisant
800 000$. Depuis l’entrée de M.
Whissell au Conseil des ministres, la
valeur des contrats d’ABC Rive-Nord avec
le gouvernement a doublé.
Le Syndicat des fonctionnaires du
gouvernement du Québec a
attaché le grelot il y a plusieurs
mois à ce sujet, et il a
écrit la semaine dernière au
vérificateur général
pour lui demander de faire enquête.
À la veille de la reprise des
travaux à l’Assemblée
nationale, mardi prochain, M. Charest
voulait visiblement éviter de
donner des munitions à
l’opposition. « L’apparence
d’intégrité du gouvernement
est tout aussi importante que
l’intégrité elle-même
», a expliqué M. Charest.
Il a convoqué son ministre vendredi
à son bureau de Montréal, a
appris La Presse. C’est là que le
jeune élu – il a 42 ans – a
été mis devant ce choix
déchirant: vendre sa participation
dans l’entreprise familiale ou
démissionner de son poste de
ministre. Après un week-end de
réf lexion, M. Whissell a fait
connaître sa décision. M.
Charest a insisté sur le fait que
son ministre avait fait son choix sans
contrainte : « Un choix s’offrait
à lui. Se départir de ses
intérêts ou quitter le
Conseil des ministres. » Pour bien
montrer que la décision avait
été consensuelle, M. Charest
s’était fait accompagner du
démissionnaire.
M. Charest a aussi
révélé que son
ministre des Relations internationales,
Pierre Arcand, avait décidé
de se départir de sa participation
dans une entreprise d’affichage
susceptible d’obtenir des contrats du
gouvernement. Quant aux
intérêts du ministre Yves
Bolduc dans une clinique de santé
au Saguenay, ils n’entravent pas les
règles, selon lui, puisque la
société n’a pas de contrats
du gouvernement. M. Charest a
rappelé que son gouvernement a
proposé, le printemps dernier, un
projet de loi sur l’éthique et
attend toujours une réponse de
l’opposition péquiste quant
à la création d’un poste de
commissaire à l’éthique.
Jean
Charest avait modifié les
règles d’éthique auxquelles
sont assujettis les ministres pour
permettre à M. Whissell, entre
autres, de conserver ses actifs,
placés dans une fiducie sans droit
de regard. Pierre Arcand avait
profité des mêmes
changements, qui avaient retardé la
publication des déclarations
d’intérêts des ministres le
printemps dernier.
« On voulait tenir compte avec
discernement de la situation
particulière de certains ministres
sans faire de brèches sur les
questions d’éthique », a
expliqué hier M. Charest. On avait
décidé que le ministre
devait mettre ces entreprises dans des
fiducies sans droit de regard, qu’il ne
participerait pas aux décisions
pouvant toucher sa firme et que tous ces
intérêts seraient connus du
public.
Décision déchirante
« La situation a assez
duré... il y a eu trop de
faussetés », a lancé
de son côté M. Whissell. Ces
mois de controverse publique ont
miné sa confiance. Sans laisser
transparaître d’émotion, il a
annoncé la décision «
la plus difficile de [sa] vie ».
« La vraie question n’est pas de
savoir si un ministre détient des
intérêts dans une entreprise,
mais bien si les bénéfices
sont accrus par la fonction de
l’élu. Le débat est
certainement à faire sur le plan de
l’éthique... Je pense que ma
décision d’aujourd’hui va permettre
de le faire avec plus
d’impartialité. J’espère
qu’on évitera à quiconque de
vivre une situation pareille à la
mienne », a dit M. Whissell.
Le jeune élu hier a rappelé
son bilan à la tête du
ministère du Travail, un poste
qu’il détenait depuis deux ans.
C’est sous son règne que
Québec a modifié la loi sur
l’équité salariale, «
pour que toutes les femmes du
Québec puissent obtenir ce qui leur
revient », et que le salaire minimum
a connu deux hausses importantes (de 50
cents), « de loin le plus grand pas
en la matière ». Enfin, le
printemps dernier, il a été
le premier ministre en 30 ans à
faire augmenter de façon importante
les amendes prévues par la Loi sur
la santé et la
sécurité du travail. «
Je suis fier de mon bilan », a-t-il
lancé.
Il conserve pour l’avenir
prévisible son poste de
député d’Argenteuil. Il
avait été élu pour la
première fois dans une
complémentaire en juin 1998. Il a
traversé par la suite quatre
élections générales.
C’est le ministre de l’Emploi, Sam Hamad,
qui reprendra ses responsabilités
au Travail.
Jean D’Amour fait l’objet d’une
enquête - Tommy Chouinard
QUÉBEC — Une nouvelle controverse
plonge le gouvernement Charest dans
l’embarras. Le commissaire au lobbyisme du
Québec ouvre une enquête sur Jean
D’Amour concernant les activités
d’influence qu’il a exercées pour le
compte de la firme d’ingénierie BPR
avant d’être élu
député de Rivière-duLoup
le 22 juin dernier.
Jean D’Amour est devenu maire de
Rivière-du-Loup en novembre 1999. Il a
démissionné en février
2007 pour faire le saut en politique
provinciale, dans l’équipe du premier
ministre Jean Charest.
Battu
par Mario Dumont en mars 2007, M. D’Amour a
ensuite travaillé pour la firme BPR
à titre de directeur du
développement des affaires. Il a
quitté ses fonctions le printemps
dernier, lorsqu’il est devenu candidat du PLQ
dans Rivière-du-Loup.
Au sein de BPR, M. D’Amour aurait
exercé des activités de
lobbyisme auprès d’élus ou de
fonctionnaires. Des soupçons d’accrocs
à la Loi sur la transparence et
l’éthique en matière de
lobbyisme avaient fait les manchettes le
printemps dernier. Aujourd’hui,
François Casgrain, commissaire au
lobbyisme, dit avoir «des motifs
raisonnables de croire qu’il y a eu manquement
à loi» et ouvre une enquête
en bonne et due forme.
Si le commissaire au lobbyisme constate des
violations, il déposera un rapport au
Directeur des poursuites criminelles et
pénales. Une personne qui contrevient
à une disposition de la loi sur le
lobbyisme est passible d’une amende de 500 $
à 25 000 $.
QUÉBEC L’étau
se resserre autour du ministre Whissell
QUÉBEC
— L’étau se resserre autour du
ministre du Travail, David Whissell,
dont l’intégrité est
mise en doute en raison de ses liens
d’affaires avec une prospère
entreprise d’asphaltage.
Le Syndicat de la fonction publique du
Québec (SFPQ) a haussé
le ton hier, demandant au
vérificateur
général Renaud Lachance
de faire enquête sur
l’attribution de contrats sans appel
d’offres à la firme ABC
Rive-Nord dont le ministre est
copropriétaire.
«S’il y
a eu avantage pour une compagnie dans
laquelle un élu est
impliqué, nous voulons avoir la
vérité», a fait
valoir la présidente du SFPQ,
Lucie Martineau.
Devant les doutes soulevés par
le syndicat des fonctionnaires, le
ministre a de nouveau défendu
son intégrité.
«Tout a été
déclaré il y a plusieurs
années. Je l’ai fait de
façon transparente et la
population a été en
mesure de juger que j’ai fait ce qu’il
fallait pour respecter les lois du
Québec», a dit M.
Whissell, en point de presse.
QUÉBEC Le conflit
d'intérêt d'un ministre fait bondir
l’opposition
Les activités d’asphaltage de David
Whissel font bondir l’opposition
QUÉBEC — Le Parti québécois
juge que le ministre du Travail, David Whissell,
s’est une nouvelle fois placé dans une
situation de conflit d’intérêts
à cause de contrats publics d’asphaltage
accordés directement à une
entreprise dont il est copropriétaire.
La
leader adjointe de l’opposition officielle,
Agnès Maltais, a affirmé qu’elle
était outrée, hier, et elle a
réclamé que M. Whissell renonce
aux actifs qu’il détient dans ABC
Rive-Nord.
Dans un reportage diffusé hier,
Radio-Canada a révélé que
le ministère des Transports a
attribué sans appel d’offres deux
contrats de plus de 800 000 $ à
l’entreprise, l’an dernier. L’un d’eux, d’une
valeur de 564 000 $, portait sur la
réfection de routes dans la
circonscription d’Argenteuil, que
représente M. Whissell.
Code d'éthique : De beaux
principes, mais... - Louise Leduc
Le
code d’éthique proposé permet
toujours les appels d’offres écrit
spécialement pour une entreprise
définie
Alors que les élus présents à
la conférence de presse ont unanimement
salué le rapport Gagné sur
l’éthique en politique municipale, des
avocats spécialisés dans le domaine
sont nettement moins enthousiastes. Les codes
d’éthique, ça vaut ce que ça
vaut, c’est-à-dire pas grand-chose puisque
ça n’a pas de dents, disent-ils.
Le ministre des Affaires
municipales, Laurent Lessard, a
présenté le rapport sur
l’éthique municipale en compagnie de
plusieurs élus municipaux, dont notamment
le maire de Laval, Gilles Vaillancourt.
« Il y a de ces villes totalement corrompues
au possible qui disposent de codes
d’éthique absolument magistraux », a
lancé en entrevue Marc-André
Lechasseur, avocat spécialisé en
droit municipal.
Ce ne sont pas les codes d’éthique – qui
sont ni plus ni moins que des codes d’honneur –
qui peuvent épingler des fraudeurs, mais
bien les lois et les tribunaux qui les mettent en
application, poursuit Me Lechasseur. L’ennui,
dit-il, c’est que « le procureur
général (le gouvernement du
Québec) est très frileux et
hésite beaucoup à prendre des
procédures contre des élus
municipaux. Il n’y en a presque pas ».
Même si les recommandations du rapport
Gagné étaient adoptées
intégralement – ce qui étonnerait Me
Lechasseur, qui prédit plutôt un
tablettage – elles ne faciliteraient pas pour
autant la destitution d’un élu. « En
vertu de la Constitution, les seules à
pouvoir destituer un élu, ce sont les cours
supérieures », précise-t-il.
Et la Commission municipale du Québec,
à laquelle le rapport confie un pouvoir de
révision de décisions d’un conseil
municipal, « aura tout au plus un pouvoir de
blâmer ».
Me Lechasseur regrette au surplus que le rapport
ne s’attaque pas aux entorses éthiques les
plus répandues dans les villes, à
savoir « les appels d’offres faits sur
mesure pour accommoder un promoteur particulier,
les critères qualitatifs dans l’attribution
de contrats, les grilles d’évaluation
subjectives, etc. Ça, ce sont des
problèmes d’éthique très
concrets qui ne sont pas abordés dans le
rapport ».
Me Armand Poupart, lui aussi
spécialisé en droit municipal,
n’avait pas encore pu éplucher le rapport
Gagné hier, mais sur le fond, il doute
fortement « qu’un juge puisse ultimement
destituer quelqu’un parce qu’il n’aurait pas
respecté un code d’éthique ».
Il
n’est pas plus impressionné par ce pouvoir
octroyé au Commissaire à
l’éthique de recommander « des
procédures judiciaires visant l’annulation
d’un contrat ». « Le promoteur
visé se revira de bord et poursuivra tout
simplement la ville pour annulation de contrat
», fait observer Me Poupart.
Me Poupart a lancé en conclusion la
même remarque que Me Lechasseur : «
Les codes d’éthique, ça sert surtout
aux adversaires politiques. »
En conférence de presse hier, Robert
Coulombe, président de l’Union des
municipalités du Québec, s’est dit
heureux que le rapport « reconnaisse
d’emblée le bon fonctionnement des
administrations locales actuelles ». En
marge de la conférence de presse, M.
Coulombe a dit que les lois actuelles ne
comportaient pas de trous. Alors à quoi bon
ce rapport? Pour sauver les apparences, a
demandé un journaliste ? Non, a-t-il dit.
« Le code de déontologie va faire en
sorte de rassurer les citoyens, leur montrer que
les élus sont bien encadrés. »
Pour sa part, le maire de Laval, Gilles
Vaillancourt, a salué le rapport
Gagné, disant qu’il permettra à tous
les élus d’avoir des réponses plus
claires sur ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas
faire. Sur le fond, a ajouté M.
Vaillancourt, il reste que « la plus grande
sanction de l’éthique, à travers le
monde, ça a toujours été la
sanction politique ». Ne pas être
réélu, quoi.
Pour le reste, a-t-il ajouté, «
l’apparence de conflit d’intérêts, il
n’y a pas un juge ne va retenir ça comme
étant un crime. Pour être puni
légalement, il faut avoir enfreint une loi.
»
Par voie de communiqué, le maire de
Montréal, Gérald Tremblay, a quant
à lui remercié « le
gouvernement du Québec d’avoir fait
diligence pour traiter cette importante question.
(…) Je suis persuadé que tous les
élus municipaux du Québec seront
désormais mieux outillés pour
redonner confiance aux citoyens envers leurs
représentants locaux et leur administration
municipale ».
Enfin, Louise Harel, qui sera candidate à
la mairie de Montréal, se réjouit de
ce que le rapport Gagné renvoie la balle
aux municipalités alors que « le
maire Tremblay avait refilé toute la
question à Québec ».
Du rapport Gagné, Mme Harel a notamment
retenu les règles d’aprèsmandat, qui
interdiraient pendant une période de temps
à un élu d’occuper un poste au sein
d’une entreprise avec laquelle il a entretenu un
rapport direct.
Un commissaire à l’éthique national ou
un commissaire par MRC?
Les avis étaient partagés, hier, sur
la recommandation de nommer un commissaire
à l’éthique pour traiter des
plaintes faites par les citoyens.
Le rapport Gagné dit que ce commissaire
pourrait être nommé à
l’échelle d’une municipalité
régionale de comté ( MRC) ou
d’unemunicipalité, pour les villes de plus
de 50 000 habitants. Mais selon le maire de
Saint-Léonard, Michel Bissonnet, qui
parlait au nom de Gérald Tremblay, il
serait préférable d’avoir un seul
commissaire à l’éthique au
Québec afin de centraliser l’analyse des
plaintes.
Pour
le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, un seul
commissaire à l’éthique au
Québec serait « lourd à
gérer ». Il préfère la
solution d’un commissaire régional à
l’éthique.
Interrogé par La Presse sur la lenteur des
enquêtes actuellement en cours au
ministère des Affaires municipales sur des
élus ou fonctionnaires en exercice, le
ministre Laurent Lessard a répondu qu’un
commissaire à l’éthique nommé
dans chaque MRC permettrait d’exercer « une
justice de proximité ».
Principales recommandations
> Tout élu assermenté prend
l’engagement solennel de respecter un code
d’éthique.
>
Chaque conseil municipal prévoit dans
ses contrats une clause par laquelle les
entreprises contractantes s’engagent à
respecter le code d’éthique et de
déontologie et à n’entreprendre
aucune action allant à son encontre.
Cette clause pourrait être assortie, en
cas d’infraction, d’une sanction pouvant aller
jusqu’à l’impossibilité
d’obtenir un contrat avec la
municipalité pour un maximum de deux
ans.
>
Que la Loi sur les élections et les
référendums dans les
municipalités soit modifiée de
façon à ce que la
déclaration d’intérêt que
doit faire un élu soit élargie
à ses intérêts personnels
et à ceux de sa famille
immédiate, intérêts
pécuniaires ou autres.
>
Que tout élu participe à une
formation sur l’éthique et la
déontologie.
>
Que le code d’éthique et de
déontologie d’une ville interdise
à un élu qui a terminé
son mandat de tirer un avantage indu de ses
fonctions antérieures, ou de
révéler ou d’utiliser à
son profit une information confidentielle
acquise dans l’exercice de ses fonctions.
>
Que les municipalités précisent,
dans leur code d’éthique et de
déontologie, la période suivant
l’exercice du mandat pendant laquelle un
élu ne peut occuper un poste au sein du
CA d’une entreprise avec laquelle il a eu des
rapports directs ou encore y exercer un poste
de direction, ni ne peut agir comme
représentant d’autrui auprès de
la municipalité ou d’un organisme de la
municipalité pour y faire des
représentations visant une transaction
ou un marché dans lequel il
était impliqué.
>
Que les conseils des MRC, les conseils
municipaux des villes de grande taille, de
même que les villes des
agglomérations de Montréal, de
Québec et de Longueuil nomment un
Commissaire à l’éthique et
à la déontologie afin de traiter
les plaintes.
Le projet de loi sur
l’éthique des députés est
reporté
— Après bien des effets de toge, le
dépôt d’un projet de loi et des
engagements, les députés de
l’Assemblée nationale ont
décidé d’un commun accord de
remettre la mise en place d’un code
d’éthique à plus tard.
Depuis des semaines, le
PQ talonnait le gouvernement sur des questions
d’éthique, notamment sur le passage de
Philippe Couillard au privé.
L’opération s’est faite sans heurts, en
commission parlementaire, hier. Depuis des
semaines, le PQ talonnait le gouvernement sur
ces questions: on avait relevé les
négociations du Dr Philippe Couillard
avec le secteur privé avant de quitter la
Santé. Les firmes détenues par les
ministres David Whissell et Pierre Arcand,
susceptibles de faire affaire avec le
gouvernement, avaient aussi alimenté le
débat.
Le gouvernement avait pris tout le monde par
surprise en déposant un projet de loi sur
l’éthique, « une ébauche de
projet de loi », nuançait le
ministre Jacques Dupuis.
Une réunion de travail pourrait avoir
lieu dans les prochains mois, mais le leader du
gouvernement ne s’est pas engagé à
revenir avec une nouvelle mouture de son projet
de loi, encore moins à la faire adopter
à l’automne prochain.
« La démarche que nous avions
entreprise n’était pas la bonne. Elle
n’était pas faite de la bonne
façon », a soutenu Stéphane
Bédard, le leader parlementaire du Parti
québécois. Les
députés ont eu, dit-il « une
leçon d’humilité » quand des
experts sont venus témoigner en
commission parlementaire en soulignant qu’il y
avait beaucoup de confusion, entre
éthique et déontologie, dans le
projet de loi déposé ce printemps
par le gouvernement.
Pour Me Bédard, tout le dossier
mérite davantage de réflexion,
« on a le choix entre le bien
paraître ou le bien faire... et je choisis
le bien faire », a-t-il dit.
Québec dépose un projet
de code d’éthique
« Tous les premiers ministres du Québec
ont été à la fois juge et
partie de leurs directives. Dorénavant,
dès l’adoption du projet de loi, cette
situation n’existe plus. »
— Tout député serait désormais
obligé chaque année de remettre
à un commissaire à l’éthique
une déclaration de ses intérêts
personnels et de ceux des membres de sa famille
immédiate, en vertu d’un projet de code de
déontologie déposé hier
à l’Assemblée nationale.
Le leader parlementaire et
ministre responsable de la Réforme des
institutions démocratiques, Jacques Dupuis,
a déposé hier à
l’Assemblée nationale un projet de code de
déontologie.
Le commissai re, un nouveau poste prévu au
projet de loi, aurait le pouvoir d’exiger d’un
député qu’il corrige une situation qui
le place selon lui dans une situation de conflit
d’intérêts.
Un ministre pourrait continuer de détenir des
intérêts – placés en fiducie
sans droit de regard – dans une entreprise qui fait
des affaires avec l’État ou son propre
ministère, comme c’est le cas pour David
Whissel et Pierre Arcand à l’heure actuelle.
Mais le commissaire pourrait l’obliger à se
départir de ses intérêts, un
pouvoir qui est actuellement entre les mains seules
du premier ministre Jean Charest.
« Tous les premiers ministres du Québec
ont été à la fois juge et
partie de leurs directives. Dorénavant,
dès l’adoption du projet de loi, cette
situation n’existe plus, le premier ministre n’est
plus juge et partie. C’est le commissaire à
l’éthique qui devient le juge des
règles », « une personne
indépendante », a affirmé le
leader parlementaire et ministre responsable de la
Réforme des institutions
démocratiques, Jacques Dupuis, en
conférence de presse.
Le commissaire à l’éthique, qui aurait
un pouvoir d’enquête, relèverait de
l’Assemblée nationale. Sa nomination devrait
être acceptée par les deux tiers des
députés. Il pourrait imposer diverses
sanctions à un député qui viole
le code d’éthique – réprimande,
amende, suspension, perte de son siège.
Déclaration d’intérêts
obligatoire
Avec le projet de loi, l’obligation de
déposer une déclaration
d’intérêts n’est plus imposée
seulement aux membres du Conseil des ministres, mais
à tous les députés. Un sommaire
des intérêts personnels des
députés serait rendu public. Il
contiendrait par exemple la source et la nature de
ses revenus et autres actifs, mais pas leur montant.
La semaine dernière, Jean Charest
s’était dit favorable à divulguer ses
revenus, comme la prime annuelle de 75 000$ qu’il
reçoit du Parti libéral depuis 10 ans.
Un
député pourrait avoir des
intérêts dans une entreprise qui fait
affaire avec l’État, mais le commissaire
aurait le pouvoir de lui demander de les placer en
fiducie sans droit de regard.
Selon le projet de loi, un député ne
peut accepter « un don, une marque
d’hospitalité ou un autre avantage que si
celui-ci est conforme aux règles de
bienséance, de la courtoisie, du protocole ou
de l’hospitalité et que s’il demeure d’une
valeur raisonnable dans les circonstances ».
Si un député en accepte un, il devra
faire une déclaration au commissaire dans un
délai de 30 jours. Ce dernier tiendra un
registre public de ces déclarations.
Dans le cas où un député se
fait offrir d’aller dans une loge du Centre Bell
pour assister à un match de hockey ou de
séjourner sur un yacht, soit il refuse, soit
il accepte et avise le commissaire qui rend public
ce fait presque aussitôt, a indiqué
Jacques Dupuis. Comme c’est le cas à l’heure
actuelle, un député ne pourrait
accepter un avantage qui peut « influencer son
indépendance de jugement ou compromettre son
intégrité ».
Réserves du PQ
En vertu du projet de loi, « si une fonction
incompatible à sa charge échoit
à un député au cours de son
mandat, celui-ci doit se démettre de l’une ou
de l’autre dans un délai de 30 jours.
Entretemps, il ne peut siéger à
l’Assemblée nationale ».
Jacques Dupuis a refusé de dire si Philippe
Couillard aurait respecté cette règle,
lui qui a conclu un « protocole d’entente
» avec son futur employeur plus de cinq
semaines avant de démissionner le 25 juin
2008. Il avait négocié son passage
chez Persistence Capital Partners, un fonds
d’investissement en santé, tout en
siégeant au Conseil des ministres.
Jacques Dupuis dit souhaiter que le projet de loi
soit adopté à l’unanimité. Mais
si l’opposition fait preuve d’un «
entêtement illogique », le gouvernement
pourrait décider de l’adopter à la
majorité.
« Si le gouvernement veut que nous votions
à l’unanimité, il faudra qu’il y ait
du mouvement », a affirmé la leader
parlementaire adjointe du PQ, Agnès Maltais.
Selon elle, il est « inacceptable »
qu’un ministre puisse avoir des
intérêts dans une entreprise qui
transige avec l’État – comme c’est le cas
pour Pierre Arcand et David Whissel – même
s’ils sont placés dans une fiducie sans droit
de regard. Le PQ accuse depuis des jours Jean
Charest d’avoir abaissé les règles
éthiques du Conseil des ministres. Pour le
reste, le projet de loi « semble correct
», a dit Mme Maltais.
Des
règles à revoir - ANDRÉ PRATTE
C’est la
désinvolture du gouvernement Charest qui donne
prise aux attaques de l’opposition.
Investissement Québec affirme que contrairement aux
allégations du député péquiste
François Legault, les gestionnaires de deux fonds
d’intervention économique régionaux (FIER),
des sympathisants libéraux, ont respecté les
règles en vigueur. Ces FIER ont investi une part
substantielle de leurs fonds hors de leur région
cible et dans des entreprises dont les deux gestionnaires
sont actionnaires.
Le ministre du Développement économique,
Raymond Bachand, a raison de déplorer que le Parti
québécois saute aussi rapidement aux
conclusions. Mercredi, M. Legault a accusé l’ancien
organisateur libéral Pietro Perrino et Valier
Boivin, qu’ondit également proche duPLQ,
d’être « carrément en conflit
d’intérêts ». Il les a aussi
accusés d’avoir agi « en contravention avec
les règles d’Investissement Québec ».
On souhaiterait que le député de Rousseau,
compte tenu de son expérience des affaires et du
gouvernement, fasse preuve de plus de retenue.
Cela dit, M. Legault pose des questions légitimes.
Et il a raison de dire que « personne qui a un peu
de bon sens » ne trouvera normal qu’un fonds
censé aider l’économie d’une région
puisse investir jusqu’à la moitié des sommes
disponibles dans d’autres régions. Il saute aux
yeux aussi que deux FIER ne devraient pas investir
l’essentiel de leur argent dans les mêmes
entreprises, comme c’est le cas pour les Fonds
gérés par MM. Perrino et Boivin. D’autant
plus que ceux-ci sont actionnaires des
sociétés en question.
Si les
règles actuelles permettent de telles
incongruités, il faut changer les règles. En
outre, à une époque où la gouvernance
a pris une importance sans précédent, le
gouvernement devrait encadrer de façon beaucoup
plus stricte la composition des conseils d’administration
et des comités d’investissement des FIER.
I l ne s’agit pas d’accuser MM. Perrino et Boivin d’avoir
indûment tiré profit de la situation. Si les
FIER sont financés aux deux tiers par des fonds
publics, les deux hommes d’affaires ont euxmêmes
investi des sommes substantielles dans des entreprises en
démarrage, prenant ainsi un risque important. Ils
ont aussi attiré dans ces FIER des capitaux
privés significatifs, ce que d’autres FIER ont
toutes les misères du monde à faire.
Néanmoins, au bout du compte, les apparences sont
troublantes et nuisibles pour tous les
intéressés. Elles le sont d’autant plus que
d’autres libéraux connus font partie de la
direction d’Investissement Québec et du conseil
chargé de superviser les activités des FIER.
Le gouvernement Charest déplore, à juste
titre, le salissage généralisé auquel
se livre le Parti québécois. Il doit
pourtant admettre que l’opposition officielle n’a pas
toujours tort. Et que c’est sa propre désinvolture
– un mal auquel finit toujours par succomber le parti au
pouvoir – qui donne prise à de telles attaques.
Le limbo éthique - ANDRÉ PRATTE
La modification
des règles d’éthique imposées aux
ministres suscite une inquiétude légitime.
Le premier ministre Charest a modifié les règles
visant à empêcher ses ministres de se placer en
situation de conflit d’intérêts. Les nouvelles
directives permettent à un membre du conseil des
ministres de détenir des parts dans une
société privée qui fait affaire avec le
gouvernement et même avec son propre ministère.
Le gouvernement libéral soutient qu’il s’agit tout
simplement d’adapter les règles à un cas
particulier. On ne sait pas, à l’heure de mettre sous
presse, de quel ministre il s’agit ou dans quelle compagnie il
a investi. « Le gouvernement préfère
s’adapter aux conflits d’intérêts plutôt
que de les empêcher, a ironisé la chef de
l’opposition officielle, Pauline Marois. Et, dans le fond, si
la loi est trop sévère, ce n’est pas grave, on
va changer la loi. » Le leader parlementaire du Parti
québécois, Stéphane Bédard a
parlé de « limbo éthique ».
On ne peut porter un jugement sur cette affaire tant qu’on
n’en connaît pas les tenants et aboutissants. Cependant,
la démarche du gouvernement suscite une
inquiétude légitime.
Il est vrai que la nouvelle directive impose des conditions
à un ministre se trouvant dans une telle situation. Par
exemple, il lui sera interdit de discuter avec ses
collègues et avec ses fonctionnaires de dossiers
liés aux affaires entre l’État et l’entreprise
dans laquelle il détient des intérêts. De
plus, le premier ministre pourrait exiger qu’il dépose
ces intérêts dans une fiducie sans droit de
regard ou qu’il s’en départisse. Cependant le fait que
ces mesures supplémentaires relèvent de la
discrétion du chef du gouvernement inquiète plus
qu’il ne rassure.
Selon M.
Charest, « les règles qui existent ici, au
Québec, sont les mêmes règles qui
existent en Ontario, qui existent au niveau
fédéral ». Cette affirmation est
inexacte. Les lois fédérale et ontarienne
interdisent à un ministre de détenir des parts
dans une entreprise faisant affaire avec le gouvernement
sauf si le Commissaire à l’éthique juge que la
situation ne pose pas de problème. Autrement dit,
à Ottawa comme à Toronto, l’existence ou non
d’un conflit d’intérêts potentiel est
déterminée par un arbitre neutre. Ce dernier
est forcément plus crédible en ces
matières que le gouvernement et l’opposition, dont le
jugement est forcément faussé par la
partisanerie.
Cette affaire met en évidence l’urgence de doter les
élus de l’Assemblée nationale d’un code
d’éthique complet arbitré par un commissaire
à l’éthique dont l’indépendance saurait
rassurer la population. Cela signifie, notamment, que ce
commissaire devrait être nommé par un vote des
deux tiers des députés, comme l’est le
vérificateur général.
Jean Charest s’est engagé à créer un
tel poste il y a sept ans, alors qu’il était chef de
l’opposition. Le soir de son élection, en avril 2003,
il promettait un gouvernement « de respect,
d’intégrité et de transparence ». Les
choses traînent depuis ce temps.
Les députés de tous les partis devraient
pourtant comprendre qu’une telle mesure est non seulement
dans l’intérêt public, mais dans leur propre
intérêt : il en va du peu de réputation
qui leur reste.
Un
code d’éthique extensible - VINCENT MARISSAL
On peut dire
que Jean Charest a un sacré sens du timing. On ne parle
que d’éthique en politique, ou plutôt de MANQUE
d’éthique en politique, depuis quelques mois. Et
qu’estce que notre premier ministre a trouvé de mieux
à faire
Diluer un peu plus un code d’éthique déjà
passablement mou au sein du gouvernement du Québec!
Selon une nouvelle directive, un ministre pourra rester
propriétaire d’une entreprise qui fait affaire avec le
gouvernement et même avec son propre ministère.
Pis encore, on croit comprendre que le premier ministre
assouplit les règles pour satisfaire un de ses
ministres, dont la situation contreviendrait peut-être
au code actuel (un ministre doit se départir de ses
actions dans une société fermée faisant
affaire avec le gouvernement dans un délai de 60 jours
suivants sa nomination au cabinet).
Autrement dit, c’est le code d’éthique qui s’«
ajuste » aux cas particuliers et non les ministres qui
se plient au code d’éthique.
Voici comment le leader parlementaire du gouvernement, Jacques
Dupuis, résumait la « logique »
derrière cette décision: « Il y a des cas
particuliers qui requièrent qu’on regarde le cas
particulier et qu’on puisse adapter les règles aux cas
particuliers sans les abaisser. »
Un code d’éthique ajustable, donc, selon les besoins
des ministres. Et de leurs entreprises. Imaginez une seconde
qu’un ministre au profil social fasse fi des règles de
transparence évidentes et verse des subventions
à l’organisme communautaire qu’il dirigeait avant
d’entrer en politique. On dénoncerait, avec raison, le
manque de distance dans les décisions (même s’il
s’agit d’une noble cause), le favoritisme et même le
conflit d’intérêts. C’est encore pire avec une
entreprise privée dont le but est de faire des profits.
L’administration du maire Tremblay est accablée par de
graves problèmes éthiques, l’ancien ministre de
la Santé, Philippe Couillard, a fait l’objet d’une
enquête pour manquement éthique, le nouveau
président de la Caisse de dépôt, Michael
Sabia, a dû vendre ses actions de BCE parce qu’elles le
plaçaient dans une possible position de conflit
d’intérêts, Ottawa marche sur la pointe des pieds
depuis le scandale des commandites… L’éthique en
politique n’est pas un vague concept philosophique, c’est une
des plus grandes préoccupations des électeurs
ces années-ci. Et aussi une des principales raisons qui
poussent ceux-ci à bouder les urnes.
L’urgence et
le sérieux de la situation ne semblent pas avoir
atteint le bureau du premier ministre, qui vient de prendre
une décision totalement contraire aux attentes les plus
élémentaires de la population.
Abaisser les normes éthiques en ce moment, dans ce
climat politique malsain, c’est un peu comme si le
ministère de la Santé annonçait ce matin
qu’il relâche les règles d’hygiène
primaires comme le lavage des mains ou le port du masque en
plein épisode de grippe porcine. En matière
d’éthique, ces années-ci, on doit viser plus,
pas moins.
Déjà que le gouvernement Charest retarde depuis
des années l’adoption d’un vrai code d’éthique,
avec la nomination d’un commissaire à l’éthique.
En plus, il a abaissé les règles actuelles et
introduit le plus grand arbitraire.
Selon les nouvelles règles, le premier ministre peut
demander à un ses ministres de prendre « les
mesures jugées suffisantes [...] pour éviter
tout conflit d’intérêts, collusion ou influence
indue ». Le premier ministre peut aussi, s’il le juge
nécessaire, interdire à un ministre de discuter
de contrats avec ses collègues et de se retirer des
discussions touchant ces contrats aux réunions du
Conseil des ministres.
Dans le cas d’un ministre dont l’entreprise fait affaire avec
son ministère, le premier ministre pourrait ordonner au
sous-ministre de taire à son patron les informations
relatives au contrat. En dernier recours, le premier ministre
pourrait demander à son ministre de se départir
de ses actions dans l’entreprise transigeant avec son
ministère.
Des évidences, direz-vous. Oui, mais alors pourquoi ne
pas les coucher noir sur blanc dans un code d’éthique
en bonne et due forme (éventuellement gardé par
un commissaire) plutôt que d’ériger un
système de l’arbitraire géré par le
premier ministre.
Si un des ministres de Jean Charest ne peut se conformer au
plus élémentaire code d’éthique, c’est ce
ministre qui a un problème, pas le code
d’éthique.
C’est absurde, de toute façon. Pourquoi le premier
ministre voudrait-il pendre une telle responsabilité,
avec tous les flous et les risques de dérapages
possibles? Le premier ministre n’a-t-il pas d’autres choses
à faire que d’étudier le portefeuille personnel
de ses ministres, au cas par cas, à chaque contrat
litigieux, pour s’assurer qu’ils sont au-desssus de tout
soupçon?
Un code d’éthique uniforme, appliqué par un
commissaire dans un processus indépendant du politique,
c’est ça l’idée. Même pour un cas
particulier, comme, exemple hypothétique, un ministre
médecin de profession et toujours actionnaire d’une
clinique.
Le PQ semoque du « limbo éthique
» du gouvernement
— Le ton a
monté d’un cran hier entre Jean Charest et Pauline
Marois, au moment où le gouvernement était
à nouveau relancé sur les modifications
récentes aux directives destinées aux
ministres sur les conflits d’intérêts.
La chef péquiste «est très mal
placée pour faire des leçons d’éthique
ou de conflit d’intérêts avec qui que ce soit.
Elle est probablement la dernière personne qui
devrait donner des leçons de ce type», a
soutenu hier M. Charest.
Il faisait ainsi très clairement allusion au fait que
Claude Blanchet, le conjoint de Mme Marois, était
président de la SGF, un des principaux bras
économiques du gouvernement, quand elle-même
était responsable des Finances.
Mme Marois avait aiguillonné le gouvernement sur son
mutisme quant aux raisons justifiant la revue des
règles touchant les conflits d’intérêts
des ministres. La nouvelle mouture, rendue publique en
début de semaine, prévoit qu’un ministre peut
être propriétaire d’une entreprise qui fait
affaire avec son propre ministère. «Nous sommes
ici en dessous de tous les standards d’éthique
normalement reconnus. Plutôt que de demander à
un ministre de se conformer, on change les règles.
C’est une position intenable», a lancé
MmeMarois.
Selon Jean
Charest, les règles appliquées au
Québec «sont à peu près les
mêmes qu’en Ontario et au
fédéral». Elles ont déjà
été modifiées dans le passé
«parce qu’il y avait une situation qui n’avait pas
été prévue».
Comme il l’avait fait mardi à l’Assemblée
nationale, le leader parlementaire du gouvernement, Jacques
Dupuis, a reconnu que les directives avaient
été modifiées pour tenir compte de la
situation d’un nouveau ministre assermenté en 2008.
M. Dupuis précise que la nouvelle directive reste
étanche: le ministre devra mettre ses actifs dans une
fiducie sans droit de regard. Il lui sera
«formellement interdit» de discuter des affaires
d’une de ses compagnie avec un collègue du Conseil
des ministres ou un des administrateur de son
ministère. Mais le gouvernement Charest refuse pour
l’heure de l’identifier.
En point de presse, proposant un projet de loi qui
protégerait les «dénonciateurs»,
employés du secteur public qui attacheraient le
grelot à des problèmes éthique, le
député péquiste Sylvain Simard a
ironisé sur le «limbo éthique» du
gouvernement qui déplace la barre, quand il en sent
le besoin.
Petites
perles
éthiques - PATRICK LAGACÉ
On dirait bien
qu’il y aura un commissaire à l’éthique. Pour
guider nos élus. Pour les aider à prendre de
bonnes décisions. Très délicat,
l’éthique, au XXIe siècle. Parce que,
semble-t-il, les dilemmes éthiques sont fort complexes,
de nos jours. Eh! misère... Faisons un détour
par Ottawa. On y compte un commissaire aux langues
officielles. On y trouve aussi un commissaire à
l’accès à l’information.
Chaque année, ces commissaires déposent un
rapport annuel. Chaque année, ils dénoncent
l’inaction d’Ottawa dans leur domaine respectif. Parfois, ces
commissaires font une montée de lait plus virulente.
Et rien ne change. Air Canada se sacre toujours autant du
français. Et les ministères cachent toujours
autant de documents qui devraient être accessibles.
Alors, quand je les entends, les élus, parler d’un
commissaire à l’éthique comme de la
découverte d’un remède contre le cancer, comme
d’une solution magique pour sortir échevins,
députés et ministres de la grande noirceur, je
ris...
Parce qu’un commissaire à l’éthique,
malheureusement, ne peut pas faire de greffes de jugement.
L’histoire d’éthique de la semaine?
Celle de Pierre Arcand, ministre des Relations internationales
de Jean Charest.
M. Charest a discrètement autorisé une
modification aux règles de transparence des membres de
son gouvernement pour permettre à une entreprise dans
laquelle M. Arcand a des intérêts minoritaires de
faire affaire avec l’État.
L’entreprise, qui fait duplacement publicitaire, pourrait,
indirectement, faire affaire avec des organes du gouvernement.
Ce qui contreviendrait aux (anciennes) règles
imposées aux ministres.
La modification a eu lieu début mars, bien avant les
crises de ce printemps de l’éthique. Mais quand
même. Le premier ministre a changé les
règles pour satisfaire un de ses soldats.
Et M. Arcand est justement un mauvais cas pour modifier les
règles dans ce domaine. Peut-être le pire cas. En
2000, l’entreprise Métromédia a vendu ses
stations de radio à Corus. M. Arcand était
copropriétaire de Métromédia, avec Pierre
Béland.
Montant de la vente: 164 millions. La part de M. Arcand dans
l’entreprise rachetée: 32%.
Faites le calcul. Pierre Arcand est un homme riche. Pas
« à l’aise ». Riche. Tant mieux pour lui.
Mais si M. Arcand veut se lancer dans le service public, s’il
veut devenir ministre, il y a un prix à payer. Ce prix
inclut certaines barrières entre ses entreprises et les
contrats publics.
On nous chantera la chanson de
l’élu-qui-a-le-droit-de-gagner-savie... Très
juste. Mais celui-ci l’a très bien gagnée,
merci. Il n’avait pas besoin que le premier ministre lui fasse
cette fleur.
Ça aurait changé quoi, un commissaire à
l’éthique, dans ce cas?
Parce que la
question est politique. Pas éthique.
Et notre premier ministre a choisi de payer le prix politique
de cette décision.
Ce qui est drôle, dans ces affaires d’éthique, de
conflit d’intérêts, d’apparence de conflit
d’intérêts, c’est qu’en brassant la soupe, on
trouve de drôles de perles.
Prenez Liza Frulla. Parmi les « ex »
recyclés dans le commentaire médiatique, Mme
Frulla est probablement ma préférée.
Télégénique, punchée, bien
coiffée. Le pendant féminin de Jean Lapierre.
Mais on a récemment porté à mon attention
un truc fort irritant à son sujet.
L’ex-ministre libérale (au provincial et au
fédéral) commente, à son émission
Le club des ex, à RDI, l’actualité,
flanquée de Marie Grégoire (ex-adéquiste)
et Jean-Pierre Charbonneau (ex-péquiste).
Bien sûr, en ce printemps de l’éthique, difficile
de ne pas parler de Gérald Tremblay et de la Ville de
Montréal. Alors, Le club des ex en parle. M.
Charbonneau plante la Ville. Mme Grégoire aussi, avec
moins de vigueur. Et Mme Frulla défend Gérald
Tremblay.
Ah! Mme Frulla m’a dit qu’elle ne le défend pas tout le
temps. Eh bien! hier, j’ai écouté trois
émissions d’avril dont les segments ont abordé
les folies de l’hôtel de ville. Et si Mme Frulla ne
défendait pas Gérald Tremblay, eh bien! moi, je
suis installateur de compteurs d’eau...
Remarquez, elle défend bien notre pauvre maire. Avec
nuances. Avec moult explications sur les défis auxquels
fait face unmaire de Montréal. Rien à redire
là-dessus. Il faut bien que quelqu’un défende M.
Tremblay.
Sauf qu’il y a un truc que le téléspectateur
moyen ne sait pas, quand Mme Frulla défend
Gérald Tremblay au club des ex. C’est que son conjoint,
André Morrow, consultant, conseille la Ville sur des
questions de communications. Et le maire. Même sur la
question de la gestion des communications dans la crise des
compteurs d’eau. Il fait cela, m’a-t-il dit, à
l’intérieur d’un mandat dûment remporté en
vertu d’un appel d’offres, de trois ans, d’une valeur de 1,5
million.
Mais quand le téléspectateur moyen regarde RDI,
ignorant tout des chassés-croisés
politico-romantico-business, il ne sait pas cela. Je suis
peut-être fou, mais j’estime que ce n’est pas banal.
Mme Frulla m’a dit qu’elle n’a pas à le dire. Luce
Julien, première directrice de RDI, m’a dit la
même chose. Eh bien! excusez-moi de cracher dans la
soupe, mais si, je pense que l’ex devrait le dire. Ou que
Durivage, l’animateur, pourrait le préciser.
Parce que, quand on dit, comme Mme Frulla, en parlant du
maire, des trucs comme « c’est dans la tourmente qu’on
voit les grands chefs », les gens ont le droit de savoir
que son chum conseille le maire.
Bien sûr, Mme Frulla est loin, très, très
loin dans la banlieue reculée de ces cas
d’éthique qui nous tombent sur les bras. Il n’y a pas
de crosse. Mais il y a une parenté avec ces cas: quand
on n’a rien à cacher, qu’est-ce qu’on fait? On le dit.
Haut et fort.
Et ce serait une bonne idée de dire, aussi, que M.
Morrow a participé à la campagne de
Gérald Tremblay en 2001, puis, dans une moindre mesure,
en 2005.
Tant qu’à y être, Mme Frulla pourrait dire plus
souvent, en ondes, ce qu’elle m’a dit, hier: que Gérald
Tremblay est son ami.
Je sais, je sais, ça casse le rythme d’un débat,
ça sabote la présentation d’un show
télévisé, de faire ce genre de
précision. Mais ça vient avec le contrat, quand
on embauche des ex aux multiples amis, intérêts
et relations.
Du mou dans
l’éthique
« De nos
jours, on adapte l’éthique selon ce qui répond
à nos intérêts personnels. »
Foui l l is dans l ’ administ rat ion de la SHDM, foui l lis
dans le projet Contrecoeur, règles assouplies par le
gouvernement du Québec pour permettre à une
entreprise dont un ministre est actionnaire de faire affaire
avec le ministère dont il est titulaire,
promiscuité critiquée pour deux administrateurs
de fonds régionaux qui investissent dans des
entreprises dont ils détiennent des actions, une
enquête confiée à la police, des menaces
de poursuites, annonce de la création d’un poste de
commissaire à l’éthique.
Ouf ! Depuis lundi, les questions d’éthique disputent
la première place à la grippe porcine, pardon,
au virus A (H1N1) dans les bulletins de nouvelles et à
la une des médias écrits. Il y a eu tellement de
cas qu’on pourrait en faire un gala.
Tous les ingrédients sont donc réunis pour
qualifier les derniers jours de grosse semaine pour…
l’éthique. Qu’en retenir ?
« Le secteur public se cherche des modèles de
gouvernance, d’éthique. Il se cherche des modes de
fonctionnement. Trop souvent, malheureusement, on emprunte
ceux du secteur privé », dit Michel Nadeau,
directeur général de l’Institut sur la
gouvernance d’organisations privées et publiques.
Or, il faut éviter ce mélange des genres,
croitil. « Dans le secteur privé, un
réseautage, un voyage de pêche sur un bateau,
c’est tout à fait normal. Mais il y a des pratiques
dans le privé qu’on ne peut pas transposer dans le
public », soutient M. Nadeau.
De plus, les
valeurs ne sont pas nécessairement les mêmes
d’une personne à l’autre. « C’est pour cela qu’il
faut avoir des codes, des commissaires à
l’éthique, estime-t-il. Parce que les points de
référence sont flous, actuellement. On ne sait
pas trop ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. »
En ce sens, la décision du gouvernement Charest de
créer un poste de commissaire à l’éthique
est une bonne chose, croit-il.
Titulaire de la Chaire de responsabilité sociale et de
développement durable à l’UQAM, Claude
Béland trouve quant à lui qu’il n’y a plus
d’éthique commune. « Nous sommes tous pris avec
des éthiques sectorielles. Chacun a sa petite
éthique et s’en accommode, déplore-t-il. Je
trouve que ce sont des éthiques molles. »
Il donne le cas du ministre Pierre Arcand, pourqui le
gouvernement a modifié les règles sur les
conflits d’intérêts. « C’est bizarre: il y
a 10 jours c’était mal et, aujourd’hui, c’est bien. De
nos jours, on adapte l’éthique selon ce qui
répond à nos intérêts personnels.
Et ça, c’est le contraire d’une définition de
l’éthique qui est censée vous guider dans la
vie. Ce n’est pas à vous de guider l’éthique.
»
M. Béland, qui connaît le maire de
Montréal, Gérald Tremblay, depuis des
décennies, a une bonne pensée pour lui. «
Je suis sûr que le maire de Montréal est tout
à fait intègre, qu’il n’a profité de
rien, dit-il. Au point de tenir pour acquis que tout le monde
est comme lui. Il s’est fait avoir. C’est lui qui en arrache
avec ça. Parce que tout le monde dit qu’il est
responsable et qu’il n’a pas été capable de
surveiller ses soldats. »
RÈGLES
D’ÉTHIQUE
- Charest a baissé la barre pour Pierre Arcand
QUÉBEC— C’estpour tenir compte du cas de Pierre
Arcand, ministre des Relations internationales, que le
gouvernement Charest a baissé la barre dans ses
directives sur les conflits d’intérêts des
ministres. On entend permettre désormais qu’une firme
où un membre du gouvernement détient des
intérêts puisse faire affaire avec son propre
ministère.
Nommé ministre en décembre dernier, M. Arcand
détient 38% des actions de Métromédia
Plus, une firme spécialisée dans les panneaux
publicitaires placés dans les réseaux de
transports en commun à Montréal. Or cette
firme est susceptible d’obtenir des contrats des organismes
publics – les publicités des différents
organismes ou ministères, même si celui des
Relations internationales ne lance que très rarement
de telles campagnes de publicité. Au cabinet du
premier ministre Charest, on faisait valoir hier que ces
mandats sont distribués par des
intermédiaires, des firmes responsables du placement
média.
Pour Raymond Bachand, ministre des Finances, l’entreprise de
M. Arcand « ne fait jamais affaire directement avec le
gouvernement ». Toute la semaine, le gouvernement
Charest a refusé d’identifier le ministre pour lequel
les directives sur les conflits d’intérêts
avaient été ajustées à la
baisse. Les avoirs de M. Arcand sont dans une fiducie sans
droit de regard – mais quand on possède le tiers
d’une entreprise, on ne peut pas feindre d’ignorer qu’il y a
intérêts, a relevé hier la chef
péquiste, Pauline Marois.
À son époque, un élu était tenu
de vendre ses intérêts sitôt qu’il
détenait plus de 5% du capital-actions d’une
entreprise, a-t-elle rappelé.
Un commissaire à l’éthique « le plus
tôt possible »
Hier, une conférence de presse sur un transfert de 1
milliard en six ans du gouvernement fédéral
vers Québec pour la formation des sans-emploi a
été occultée par l’omniprésent
débat sur l’éthique gouvernementale.
Le premier
ministre Jean Charest a laissé échapper qu’un
projet de loi instituant un code d’éthique pour les
élus et instituant un « commissaire à
l’éthique » serait déposé avant
l’été. Puis il s’est ravisé, soulignant
que Québec procéderait « le plus
tôt possible ». Ce commissaire à
l’éthique aurait des pouvoirs d’enquête et
aurait à conseiller le gouvernement. Mais le
gouvernement veut qu’au préalable il y ait entente
à l’Assemblée nationale sur le code
d’éthique, ce qui est loin d’être acquis.
Selon Pauline Marois, le gouvernement devrait tout
simplement annuler la nouvelle version de ses directives
émise début mars. En discutant avec
l’opposition, on pourrait rapidement, dans un premier temps,
en arriver au choix d’un « commissaire à
l’éthique » qui serait approuvé par un
vote d’au moins les deux tiers des élus à
l’Assemblée nationale. C’est ce dernier qui aurait
à établir le code d’éthique pour les
élus, propose-t-elle. Selon le PQ, tout pourrait
être en place pour l’ajournement des travaux pour
l’été, avant la Saint-Jean.
À quelques reprises, le premier ministre a
évoqué, sans la citer, la répartie
stupéfiante deMme Marois qui, à la fin du film
sur Bernard Landry, À hauteur d’homme, avait promis
que le PQ allait « brasser de la marde » dans
l’opposition à l’Assemblée nationale. Selon M.
Charest, les sorties répétées du PQ sur
les questions d’éthique depuis deux semaines montrent
surtout un intérêt à soulever des
controverses sans égard aux faits.
Le leader parlementaire, Jacques Dupuis, s’est
inspiré plus carrément de la sortie de Mme
Marois. Il a repris directement le terme sur le parquet de
l’Assemblée nationale: « Ce n’est pas de la
marde… comme vous venez de le dire », a-t-il
répliqué aux adversaires qui ironisaient
devant les engagements du gouvernement en matière
d’éthique.
M. Charest a eu à s’expliquer, lui qui permet
à une firme détenue par un ministre de faire
affaire avec son ministère. Ces dispositions sont
interdites dans le code d’éthique au gouvernement
fédéral, « à moins que le
commissaire à l’éthique n’en décide
autrement », a relevé M. Charest qui comparait
cette semaine les directives de Québec à ce
qui se faisait au fédéral et en Ontario.
Or, en vertu des règles en Ontario, a rappelé
Mme Marois, M. Charest aurait dû divulguer dès
le premier jour qu’il recevait une allocation forfaitaire de
75 000$ par année du Parti libéral. M. Charest
refuse que ce revenu soit à déclaration
obligatoire, dans les nouvelles directives. « On ne
l’a su que l’an passé… par un communiqué,
c’est ordinaire », a noté la chef
péquiste.
Une
réforme parlementaire sans commissaire à
l’éthique
Le gouvernement
souhaite d’abord l’adoption d’un code de déontologie
« On est prêts à aller le plus vite possible.
Si on peut faire ça avant la fin juin, bien, tant mieux,
on le fera avant la fin juin. »
— La réforme parlementaire adoptée hier par
l’Assemblée nationale est vaste, mais elle ne comprend
pas la création d’un poste de commissaire à
l’éthique, un dossier qui traîne depuis cinq ans.
Le gouvernement Charest se dit prêt à créer
un tel poste d’ici la fin juin mais à la conditionque
tous les partis s’entendent d’abord sur un code de
déontologie.
Le Parti québécois craint que cette condition ne
reporte la nomination d’un commissaire, un engagement qu’avaient
pris les libéraux lors de la campagne électorale
de 2003.
L’Assemblée nationale a révisé à
l’unanimité ses règles parlementaires hier,
à la suite d’un projet de réforme
déposé en 2004. Cette réforme ne contient
toutefois pas la création d’un poste de commissaire
à l’éthique, un élément qui
était prévu dans le document rendu public à
l’époque. «Ce sont des questions qui sont
complexes, et sur lesquelles il faut faire des travaux
importants», a expliqué le leader parlementaire du
gouvernement, Jacques Dupuis.
Lors de la période des questions, la chef de l’opposition
officielle, Pauline Marois, a fait pression pour que le
gouvernement accepte de créer un poste de commissaire
à l’éthique d’ici l’été.
«On est prêts à aller le plus vite possible.
Si on peut faire ça avant la fin juin, bien, tant mieux,
on le fera avant la fin juin», a répondu Jean
Charest.
Mais un commissaire à l’éthique ne peut exister
sans un code de déontologie qu’il sera chargé de
faire respecter, a-t-il ajouté. M. Charest a reconnu par
la suite que la loi de l’Assemblée nationale contient
déjà un tel code et que des directives
émanant de son ministère, celui du Conseil
exécutif, sont imposées aux membres du cabinet
ministériel.
Ma i s l ’
idée « d’éla rgi r à d’autres»,
c’est-à-dire les élus municipaux, les
règles éthiques doit faire l’objet de discussions,
a précisé le premier ministre.
Selon Jacques Dupuis, «il faut procéder
correctement»: adopter un code de déontologie puis
créer un poste de commissaire à l’éthique.
Jacques Dupuis juge que les travaux entourant la
rédaction d’un code sont «avancés». Le
leader parlementaire du PQ, Stéphane Bédard, dit
n’avoir « rien eu sous les yeux » à ce jour.
« C’est clair qu’adopter un code de déontologie,
ça peut être long, a dit le député
péquiste. Ce qu’on demande, c’est que le commissaire soit
en fonction i mmédiatement pour qu’on puisse appliquer
les règles existantes. Et je pense qu’il pourrait
être responsable de l’échéancier de
l’adoption d’un code qui gouvernerait de façon plus large
les députés. Je ne crois pas que c’est acceptable
de reporter, après le printemps, la nomination d’un
commissaire.»
Le sujet est revenu à l’avantscène après
que l’on eut appris que Philippe Couillard a
négocié pendant des mois son passage au secteur
privé alors qu’il était toujours ministre de la
Santé. Il a même conclu un protocole d’entente avec
le fonds d’investissement privé en santé
Persistence Capital Partners plus de cinq semaines avant de
démissionner.
Par ailleurs, l’administration Tremblay est dans l’embarras en
raison d’une apparence de conf lit d’intérêts qui
entoure l’attribution d’un contrat de compteurs d’eau de 355
millions de dollars et qui implique l’ex-président du
comité exécutif de la Ville de Montréal,
Frank Zampino. La réforme adoptée hier modifie
entre autres le calendrier parlementai re. Les
députés siégeront à compter de
février plutôt que mars, par exemple. Il y aura
davantage de périodes de questions. La réforme
permet à l’ADQ d’obtenir le statut de groupe
parlementaire, ce qui lui confère certains avantages.
C’est la première fois depuis 1984 que les règles
parlementaires sont revues en profondeur.
NATHALIE
NORMANDEAU SOUS LES PROJECTEURS
Les projecteurs ont été braqués sur la
ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, ces
dernières semaines. Le Parti québécois lui
a reproché d’avoir fermé les yeux sur le
changement de statut de la Société d’habitation et
d
« Je suis tout à fait prête à voir
comment on peut améliorer ce qui existe
déjà. Mais je souhaite le faire en concertation
avec l’administration de la Ville de Montréal. Ce n’est
pas vrai qu’on va décréter à Québec
ce qui est bon pour Montréal. »
QIl
Ces
dernières semaines, la ministre des Affaires
municipales, Nathalie Normandeau, n’a pas chômé.
Différents dossiers, dont ceux notamment de la SHDM et
des compteurs d’eau, ont monopolisé toute son
attention.
y a 11 000 élus municipaux au Québec. Parlons de
l’élaboration du code d’éthique. Il est question
d’une mise en application en 2010. Cette idée est-elle
née à la suite des révélations
troublantes qui touchent Montréal actuellement?
RAssurément, cette idée-là est venue de la
volonté du maire de Montréal, ou de sa suggestion.
Mais au-delà de sa suggestion, je souhaitais qu’on puisse
profiter du questionnement que nous avons eu à
l’Assemblée nationale relativement à la mise en
place d’un code d’éthique, de déontologie, et
même à la nomination d’un commissaire à
l’éthique. Il existe des règles et des lois qui
encadrent les élus. Mais avec tout ce qui se passe
à Montréal, on se demande comment on peut
s’assurer de préciser des règles d’éthique.
Au-delà de ça, bon an mal an, on reçoit
plus de 350 plaintes au Ministère. Et lorsqu’il y a des
plaintes en matière d’apparence de conflit
d’intérêts, mon expérience me fait dire
qu’on a souvent tendance à confondre l’éthique et
le droit, la moralité et la légalité. Vous
savez, la Ville de Laval a déjà un code
d’éthique qui touche à la fois les élus et
les employés.
QOn
ne peut passer sous silence les révélations
récentes contenues dans le rapport du vérificateur
général de Montréal au sujet de la SHDM et
le contrat des compteurs d’eau. Dans ces deux dossiers, qu’estce
qui vous interpelle en particulier ?
RDans le cas de la SHDM, ce sont les transactions qui, de toute
évidence, n’ont pas été faites dans
l’intérêt des contribuables. Ça, c’est
inquiétant. Maintenant, je pense qu’il faut se doter de
mécanismes pour assurer des suivis plus serrés.
Mais le gouvernement ne peut pas se substituer aux
administrations municipales. Mon rôle est de m’assurer que
les lois et règlements ont été
respectés. On peut améliorer les contrôles
pour Montréal et pour les autres municipalités. On
va le faire cette session-ci avec des lois qui vont toucher
directement la SHDM. Mais il faut faire preuve d’une très
grande rigueur. Je me limite donc aux faits.
QSi
c’était nécessaire, est-ce que vous iriez
jusqu’à réclamer une commission d’enquête
publique ?
RC’est prématuré. Il faut attendre les conclusions
de l’enquête de la Sûreté du Québec.
Et, deuxièmement, attendre le rapport du
vérificateur général sur le contrat des
compteurs d’eau. Lorsqu’on commande une enquête publique,
c’est une opération importante qui doit être
motivée par des gestes très graves. En fait, il
faut une preuve, un argumentaire pour commander une pareille
organisation qui mobilise une multitude de personnes et qui peut
mobiliser toute une administration. À l’heure où
je vous parle, il est beaucoup trop tôt pour recourir
à une opération comme celle-là.
QParlons
maintenant de la gouvernance de Montréal. Gilbert Rozon,
du Festival Juste pour rire, a dit qu’il y a trop de roitelets
à Montréal, c’est-à-dire trop
d’élus, trop d’arrondissements. Il y en a 19 en ce
moment. Seriez-vous prête à modifier la structure
de la Ville ? On a déjà permis au prochain maire
de Montréal de devenir le maire de VilleMarie aux
prochaines élections. On a permis à la ville
centre de rapatrier certaines compétences
d’arrondissement. Tout est perfectible parce que, dans
l’histoire de Montréal, la gouvernance a
évolué. Donc, je suis tout à fait
prête à voir comment on peut améliorer ce
qui existe déjà. Mais je souhaite le faire en
concertation avec l’administration de la Ville de
Montréal. Ce n’est pas vrai qu’on va
décréter à Québec ce qui est bon
pour Montréal. J’ai eu des échanges avec le maire
Tremblay à ce sujet et, ce qui ressort, c’est
l’importance d’éviter de jeter le bébé avec
l’eau du bain et de se demander comment construire avec ce que
nous avons dans un souci de plus grande efficacité. Il y
a une ouverture de ma part pour qu’on puisse s’attaquer à
la gouvernance de Montréal. C’est certain qu’au fil des
années, avec les fusions-défusions, il y a eu
beaucoup d’instabilité. On a senti que Montréal
avait besoin de stabilité pour répondre à
des enjeux internationaux ou culturels. Mais je le
répète, je suis prête à revoir la
gouvernance dans un contexte où il faut faciliter les
choses le plus possible.
R
QCroyez-
vous que l ’entente sur l e transfer t de la taxe d’accise dont
il a été question plus tôt cette s e m a i n
e , a u x a s s i s e s de l’Union des municipalités du
Québec*, est suffisante pour régler le
problème des sources de revenus ?
RMal h e u r e u s e ment non. Parce que si la deuxième
génération du transfert de la taxe d’accise, au
même titre que le partenariat fiscal et financier, est
venue apporter un certain baume au milieu fiscal municipal, des
enjeux de fond perdurent, comme une trop grande
dépendance à l’impôt foncier. Il y a toutes
sortes de façons d’y remédier, par exemple des
nouvelles tarifications ou des redevances. Donc, dans le cas de
Montréal, cette session-ci, nous allons modifier la
charte de Montréal pour permettre à la Ville de
lever des redevances réglementaires. C’est un concept
nouveau en matière de fiscalité municipale, mais
le Ministère s’en est inspiré pour la
création du Fonds vert. Donc, c’est une redevance que
Montréal pourrait percevoir, mais dévolue à
un enjeu très particulier, comme l’environnement, en
matière de qualité de l’air, de l’eau, ou de
salubrité dans la ville. Il y aura
énormément de latitude à cet égard.
Et la Ville de Montréal nous a déjà dit
qu’elle comptait avoir recours à cet outil fiscal pour
2010. Ça pourrait inspirer d’autres municipalités.
QEn
terminant, est-ce plus difficile d’avoir les projecteurs
braqués sur soi pour ses relations avec la Ville de
Montréal ou pour ses relations amoureuses avec un
député adéquiste ?
RHa! Est-ce que c’est une question piège ? Ça me
fait bien sourire parce que, sincèrement, je trouve
plutôt sympathiques, au bout du compte, toutes les
révélations qui ont été faites sur
ma vie privée. Mais je maintiens qu’il y a une ligne
à ne pas franchir. Disons qu’il y a des sujets plus
joyeux que d’autres. * L’entrevue avec la ministre Nathalie
Normandeau a été réalisée mercredi,
soit deux jours avant son discours aux assises de l’Union des
municipalités du Québec.
CORRUPTION MUNICIPALE Aucun ministre n’est en faveur
d’une commission d’enquête - Denis Lessard
QUÉBEC —
Tout le Québec réclame une commission
d’enquête sur la corruption municipale, le f i nancement
des partis politiques, l’industrie de la construction ?
À Québec, au s ei n du gouvernement Charest, on
voit les choses bien différemment.
Jean
Charest a toujours dit qu’il n’écartait pas une
commission d’enquête. Mais il est bien peu probable
qu’il emprunte cette route dans un avenir prévisible.
Pour une fois, le gouvernement n’est pas partagé; aucun
ministre important n’est en faveur d’une commission
d’enquête, en dépit de la kyrielle d’accusations
qui fusent de partout depuis quelques semaines.
Que c e s o i t R a y mond Bachand, Jacques Dupuis, Sam Hamad
ou Norm MacMillan, on n’aime pas l’idée d’une
enquête dont le mandat est bien difficile à
définir. Claude Béchard se souvient des
problèmes de son voisin de circonscription, Jean
D’Amour, soupçonné d’avoir fait du lobbying pour
BPR, une des firmes du contrat des compteurs d’eau de la
métropole. Nathalie Normandeau, Line Beauchamp, Lise
Thériault et Kathleen Weil aussi sont contre.
En fait, confient des sources gouvernementales, aucun ministre
important ne s’est prononcé en faveur d’une telle
enquête, dans le huis clos des réunions.
L’opinion de ministres comme Marguerite Blais
(Aînés) ou Dominique Viens (Services
gouvernementaux) ne semble pas campée, mais il est
clair qu’elles ne monteront pas au créneau pour
réclamer que l’on donne le feu vert à ce type
d’exercice.
Car des libéraux d’expérience se souviennent
bien des réparties de feu Robert Bourassa sur ces
commissions d’enquête, qui rapidement « prennent
une vie qui leur est propre » et échappent
à tout contrôle. Ce premier ministre avait
donné le feu vert à la commission Cliche, sur
les relations de travail dans le monde de la construction. Les
commissaires avaient passé l’été à
faire jouer les bobines d’écoute électronique de
la police – cette activité n’était pas aussi
balisée que maintenant (elle requiert l’approbation
d’un juge).
« On n’est pas rendu à une commission
d’enquête, selon moi. Je me demande d’ailleurs comment
on pourrait encadrer dans un mandat tout ce qu’on entend
actuellement », a résumé Jean Sexton,
professeur de relations industrielles à l’
Université Laval, qui était surtout
rédacteur du rapport de la commission Cliche et
commissaire pour l’enquête de l a Gaspésia.
L’enquête dev r a i t - el l e porter s u r le
financement des partis municipaux, sur l’adjudication de
contrats par les villes, par la Ville de Montréal ? Que
faiton des allégations sur la collusion dans
l’industrie de la construction ? Et sur le travail au noir ?
Et sur la pénétration de l’économie
légitime par le crime organisé et les motards ?
Le champ d’action d’une telle commission, on le comprend, est
bien difficile à circonscrire. « Et si la police
juge que le mandat n’est pas suffisant, elle va couler des
informations », prédit un vieux routier de la
politique.
Tous les gouvernements qui ont déclenché une
enquête ont fini par en faire les frais : René
Lévesque disait qu’il n’avait rien à voir dans
le règlement du saccage du chantier de la Baie-James.
Il a été forcé de témoigner,
« cela a viré au cirque, les gens regardaient
ç a comme un feuilleton » . Finalement, il a
été prouvé que le règlement avec
la FTQ avait été conclu au bureau du premier
ministre.
Le
gouvernement de Paul Martin n’a pas été plus
chanceux avec l’enquête Gomery sur les commandites.
Avec cet t e enquête, l e r i va l de Jean
Chrétien a couru à sa propre perte.
La Sûreté du Québec fait enquête
sur certains aspects des révélations
récentes. On est en piste depuis plus de deux a ns s
ur des problèmes comme la pénétration
du crime organisé dans la construction, par exemple.
Sur d’autres sujets, on est bien moins avancé. En
juin, une source a décrit les accusations de
corruption touchant la Ville de Montréal comme un
« continent noir », où tout restait
à défricher.
Des accusations tomberont bientôt, découlant
des enquêtes sur la construction. Mais il n’y aura
personne de très connu parmi les prévenus,
indique-t-on déjà.
À défaut d’une commission d’enquête, le
gouvernement Charest a voulu sembler prendre les devants. Il
a annoncé l’opération Marteau, en accordant
près d’une trentaine de millions à la SQ pour
faire avancer ses recherches. Pour calmer les i
nquiétudes sur le front de la loi électorale,
Claude Béchard a annoncé que Québec
resserrerait les règles de financement des partis.
Reste la question, la ncinante, de Montréal. Le
gouvernement aurait volontiers déclenché une
mise en tutelle si on n’était pas si près des
élections. Les Montréalais vont choisir
dimanche prochain leur administration. Intervenir en ce
moment pour nommer un a rbitre r i sque d’être bien
mal accepté. Or, la Loi sur les cités et
villes n’offre guère d’option plus « douce
» que la tutelle.
Jean Charest a toujours dit qu’il n’écartait pas une
commission d’enquête. Il est bien peu probable qu’il
emprunte cette route dans un avenir prévisible.
Refuser
une enquête ? Cela veut dire deux semaines de c r it
iques dans les médias, de la part des
éditorialistes et des commentateurs. Dire oui ? C’est
ouvrir la porte à deux ans de turbulences et de
mauvaises surprises pour le gouvernement. Le choix est
simple à faire.
Le gouvernement a-t-il des choses à cacher ?
- Tommy Chouinard
QUÉBEC — Le Parti québécois et l’Action
démocratique du Québec ont haussé le
ton devant le refus répété du
gouvernement Charest de tenir une enquête publique sur
l’industrie de la construction. Ils laissent entendre que
les libéraux ont des choses à cacher.
La critique de l’A DQ en matière de
sécurité publique, Sylvie Roy, a
souligné que le président de la Commission
juridique du PLQ, Me André Ryan, est aussi l’avocat
de Gilles Audette, le conseiller politique du
président de la FTQ qui a tenté par une
injonction d’empêcher la diffusion de ses propos
à l’émission Enquête.
« Est-ce que la FTQ et le Parti libéral, c’est
un même combat ? On ne veut pas que soient rendues
publiques les allégations dans le domaine de la
construction ? » a-t-elle lancé lors de la
période des questions, hier.
Le leader pa rlementaire du PLQ, Jacques Dupuis, a
répliqué que le gouvernement « ne
cherche pas à c acher quoi que ce soit » .
« On ne peut pas reprocher aux avocats d’avoir des
mandats et d’avoir des clients. Et cette question-là
est injuste pour Me Ryan, injuste pour les membres du
Barreau », a-t-il ajouté.
De son côté, le leader parlementaire du PQ,
Stéphane Béda r d , a a f f i r mé que
le gouvernement « protège un système
corrompu » en refusant une fois de plus la tenue d’une
enquête publique.
« Quand est-ce que le gouvernement va se
réveiller, va faire en sorte que ces
allégations qui entachent notre démocratie
vont enfin être prises au sérieux par ce
gouvernement qui protège on ne sait qui actuellement
? » a-til lancé.
Son
collègue, le critique en matière de
sécurité publique, Bertra nd St-Arnaud, s’est
demandé si le premier minist r e e t l e gouver ne -
ment ont « quelque chose à cacher ».
La porte n’est pas fermée
Jacques Dupuis a martelé que « le gouvernement
ne protège personne » et « ne cache rien
».
« On va aller au fond de toutes les
allégations. La façon d’y aller, pour
l’instant, ce sont des enquêtes policières.
Nous n’avons jamais dit que nous fermions la porte à
une enquête publique », a plaidé le
ministre Dupuis.
« On sait très bien que les enquêtes pol
i c i ères prennent, oui, un certain temps, mais
donnent des résultats. Les résultats, c’est
des accusations devant les tribunaux et évidemment
des condamnations », a-t-il ajouté.
Malversations dans le monde municipal :
Charest écarte l’idée d’une enquête publique
LACHUTE —
Même si les révélations se multiplient sur
de possibles malversations dans le monde municipal, le premier
ministre Jean Charest n’a toujours pas l’intention, du moins
à court terme, de lancer une enquête publique
à cet égard.
Hier, lors d’un point de presse à Lachute, où il
a inauguré l’agrandissement d’une usine de Cascades, M.
Charest a répété que les nombreuses
enquêtes policières en cours devaient se
poursuivre avant d’aller plus loin.
« Les Québécois ont été
témoins de plusieurs actions posées par les
policiers dans le cadre de leurs enquêtes : des
descentes, des perquisitions, des gens qui ont
été interrogés », a relevé
Jean Charest.
Quand une
journaliste lui a fait remarquer que la commission
d’enquête sur le scandale des commandites,
présidée par le juge John Gomery, avait
été lancée bien avant la fin des
enquêtes policières, le premier ministre a
rétorqué que la situation du monde municipal
était « un cas particulier ».
Sans approfondir la question, i l a souligné que les
enquêtes policières dans de multiples dossiers
municipaux, plus particulièrement dans la région
de Montréal, étaient en cours « depuis un
très bon moment » et qu’il fallait les laisser se
poursuivre.
Plusieurs reportages ont fait état, au cours des
dernières semaines, d’allégations selon
lesquelles des entrepreneurs en construction feraient preuve
de collusion pour se partager des contrats municipaux, en
augmentant ainsi nettement la facture pour les contribuables.
Allégations de malversations et de collusion dans
le secteur de la construction : Pas de commission
d’enquête maintenant
Les libéraux ont rejeté une motion de
l’opposition adéquiste réclamant une enquête
publique sur les allégations de malversations et de
collusion dans le secteur de la construction. Le ministre de la
Sécurité publique, Jacques Dupuis, a maintenu hier
que le gouvernement préfère attendre la conclusion
d’enquêtes policières avant d’aller plus loin.
«Selon les résultats, à ce moment-là,
nous ne fermons pas la porte à la possibilité
d’une enquête publique», a-t-il dit en Chambre,
avant le vote.
L’Agence des infrastructures aux oubliettes
Québec
enterre son propre projet de loi, issu de la recommandation de
la commission Johnson
— C’était la principale réponse du gouvernement
Charest à la commission de Pierre Marc Johnson,
après l’effondrement du viaduc de la Concorde.
Pourtant, l’Agence des infrastructures est mise au rancart
pour l’avenir prévisible.
Pierre
Marc Johson avait recommandé la création d’un
organisme de surveillance des infrastructures
indépendant pour conclure la commission
d’enquête sur l’effondrement du viaduc de la Concorde.
La Presse a appris que le signal en a été
donné tout récemment au ministère des
Transports. Le projet de loi créant cette agence avait
été bloqué tant que le gouvernement
libéral était minoritaire. Désormais
majoritaire, il passe tout de même à la trappe
cette idée, pourtant applaudie par le commissaire
Johnson.
Tout récemment, le sous-ministre des Transports, Denys
Jean, a fait savoir que ce projet d’agence indépendante
avait été reporté à un moment
indéterminé, une échéance si
lointaine en fait qu’on créera, pour avril 2010, une
Direction générale des structures au
ministère des Transports.
Après le rapport Johnson, le gouvernement avait
tenté avec insistance demettre en place son agence. On
avait même pressenti le recteur de l’Université
Laval, Michel Pigeon, un ingénieur, pour la diriger. M.
Pigeon est devenu depuis député libéral
de Charlesbourg.
Pour la ministre des Transports Julie Boulet, cet organisme,
qui devait être « indépendant, transparent
et compétent », devait réunir sous le
même toit tout l’effectif voué à la
surveillance, à la préparation et à la
planification du parc d’infrastructures du Québec.
À
l’époque, le Ministère venait de prendre la
responsabilité des 4900 structures, ponts et viaducs
qui relevaient jusqu’alors des municipalités, ce qui
doublait d’un coup le parc des structures à surveiller.
Cette agence aurait dû se présenter chaque
année à l’Assemblée nationale et faire
l’objet d’une vérification par le vérificateur
général. Surtout, le nouvel organisme permettait
d’embaucher les spécialistes en dehors des normes
salariales du Conseil du Trésor. La ministre Boulet
avait alors expliqué que, comme Hydro-Québec
pour ses chantiers, le gouvernement devait offrir de meilleurs
salaires aux ingénieurs pour les attirer et les garder
à son service.
L’agence devait s’apparenter à Hydro-Québec pour
ce qui est de la gestion contractuelle et à la
Société des traversiers pour sa marge de
manoeuvre en matière de gestion de personnel. Le projet
loi 53 qui la créait avait été
déposé à l’automne 2007. Mais pendant
toute l’année 2008, le gouvernement Charest n’avait pu
faire avancer son projet: minoritaire, il avait besoin de
l’appui de l’ADQ ou du PQ. Or, les deux partis étaient
opposés à l’idée. L’ADQ remettait en
question le principe même de la délégation
des décisions à un organisme externe. Pour le
PQ, il aurait fallu redoubler de rigueur pour éviter
que cette nouvelle agence ne devienne un lieu de favoritisme.
Informé du fait que l’agence était
envoyée aux oubliettes, le président de
l’Association professionnelle des ingénieurs du
gouvernement du Québec ( APIGQ), Michel Gagnon,
pavoisait. Déjà, devant la commission Johnson,
l’APIGQ avait déconseillé la création
d’un organisme externe au ministère des Transports.
Selon les ingénieurs, mieux vaut donner plus de
ressources, « humaines et financières », au
Ministère.
Surtout, insiste M. Gagnon, si la ministre Boulet est
cohérente avec ses déclarations de l’an dernier,
elle devra reconnaître que, pour attirer et conserver
les compétences nécessaires, Québec devra
mieux rétribuer ses ingénieurs: « Il faut
que le gouvernement règle le problème de la
faible rémunération de ses ingénieurs
pour être compétitif avec le secteur
privé. »
Autre source de satisfaction pour le syndicat, le
ministère des Transports est parvenu à
échapper à la règle
générale qui veut qu’on ne remplace qu’un
fonctionnaire sur deux. Cet avantage représente le
maintien de presque 600 postes à temps plein en trois
ans, dont 150 ingénieurs et techniciens.
Possible hausse des tarifs : Charest s’empresse de
tempérer ses intentions - Denis Lessard
QUÉBEC — P rofondément embarrassé par
le dévoilement des intentions du gouvernement en
matière de tarification des services aux citoyens,
le premier ministre Jean Charest a soutenu h ier que
« rien n’a été discuté au
Conseil des ministres ».
« Il n’y a pas d’hypothèses
déposées... » a-t-il renchéri,
en marge d’un déjeuner où il
annonçait son intention de se rendre en Inde au
début de l’an prochain.
Or, La Presse a trouvé hier de nouveaux
éléments sur ces intentions
gouvernementales, un plan bien embarrassant pour M.
Charest qui, publiquement, dit vouloir consulter la
population avant d’arrêter ses décisions.
C’est ce qu’il martelait encore hier. Une vaste
consultation, cet automne, portera sur le retour à
l’équilibre budgétaire, ce qui inclura une
réflexion sur la tarification gouvernementale. Au
ministère de Raymond Bachand, la porte-parole
Catherine Poulin parle d’«hypothèses de
travail» qui n’ont pas été
présentées au Conseil des ministres.
Or, La Presse a pu vérifier qu’un mémoire
signé le 14 septembre par le ministre des Finances,
Raymond Bachand, circule largement actuellement dans
l’appareil public. On compte l’inscrire à l’ordre
du jour de la réunion du Conseil des ministres du 7
octobre, confie-t-on.
La « partie accessible au publ ic » du
mémoi re de M . Bachand précise, selon nos
sources, que les tarifs des seuls ministères et
organismes – ce qui n’inclut pas les
sociétés d’ État com me
Hydro-Québec – font entrer 3 milliards de dollars
par année dans les coffres. L’indexation de ces
tarifs rapportera 60 millions de plus cette année,
des recettes qui augmenteront jusqu’à 195 millions
en 2013-2014.
Le
document, dans sa partie « confidentielle »,
indiquet-on, prévoit aussi le dépôt
cet automne d’un projet de loi desti né à
déf i n i r u ne « Politique de financement
des services publics ». On suggère par
exemple de mettre en place un registre des services
tarifés et des tarifs, l’indexation annuelle de ces
tarifs et l’établissement d’une cible
d’autofinancement.
Le ministre Bachand propose aussi que le projet de loi lui
permette de hausser plusieurs tarifs à la fois,
avec un seul règlement.
Le ministère de la Justice, a pu confirmer La
Presse, a transmis à la machine administrative le
projet de loi destiné à encadrer les hausses
de tarifs attendues, déjà
comptabilisées dans le dernier budget de Monique
Jérôme-Forget.
Montmarquette soulagé
Cité dans l’argumentaire, le rapport Montmarquette,
en avril 2008, relevait que les revenus du gouvernement du
Québec augmenteraient de 5 milliards de dollars si
les tarifs imposés au Québec étaient
équivalents à ceux de la moyenne canadienne.
Même mises sous le boisseau par le premier ministre
Charest, ces i ntention s comblent d’aise
l’économiste Claude Montmarquette, du groupe
CIRANO. On peut soutenir que les 22,7 milliards de
recettes tarifaires qui entrent dans les coffres de
Québec ne représentent que 60% de la moyenne
canadienne, mais l’économiste préfère
comparer les tarifs et la différence qu’ils
accusent avec le coût réel des services. On
doit alors parler de 5 milliards plutôt que des 15
qui feraient passer le Québec au diapason des
autres provinces pour la proportion des revenus
tirés de la tarification.
« Une hausse des tarifs, c’est la bonne
solution», résume le spécialiste.
L’alourdissement du fardeau fiscal des contribuables
serait le pire scénario. On fait fuir les
compétences et on entrave la productivité
tout à la fois, plaide-t-il. Les autres provinces
sont devant le même dilemme – le vérificateur
général de l’Ontario a embauché M.
Montmarquette pour qu’il réfléchisse aux
tarifs de cette province.
Québec propose de ne pas toucher aux tarifs des
garderies à 7$. Pour M. Montmarquette il s’agit
d’une décision « purement politique »
destinée à assurer la popularité du
gouvernement. Cette exception ne se défend
guère, du point de vue économique.
«Cela coûte 2 milliards de dollars par
année... et ce service est financé à
84% par le gouvernement», rappelle
l’économiste.
Charest forcé de battre en retraite -
Denis Lessard
QUÉBEC — Après avoir soutenu lundi que son
gouvernement n’avait pas de plan dans sa manche pour une
hausse générale des tarifs, le premier
ministre Charest a battu en retraite hier.
PHOTO JACQUES BOISSINOT,
LA PRESSE CANADIENNE Le premier ministre Jean
Charest avait opposé un démenti formel
aux informations publiées sur la hausse des
tarifs. Or, un projet de loi devra être
inscrit à l’ordre du jour du Conseil des
ministres le 7 octob
Le plan de match révélé par La Presse
existe; il était même prévisible,
à partir d’un document qu’avait joint Monique
Jérôme-Forget à son dernier budget,
soutient maintenant M. Charest.
Au surplus, La Presse a finalement mis la main sur le
projet de loi préparé par le
ministère de la Justice pour le compte du
ministère des Finances ; avec un mémoire du
ministre des Finances Raymond Bachand, le document doit
être inscrit à l’ordre du jour du Conseil des
ministres, le 7 octobre. Choisissant ses mots lundi, M.
Charest avait soutenu qu’il n’y avait « rien de
déposé au Conseil des ministres ».
Pour l’instant, fallait-il comprendre.
Hier, à l’Assemblée nationale, la chef
péquiste Pauline Marois a relevé les
contradictions dans les déclarations de M. Charest
quant à ses intentions. Jusqu’ici, le premier
ministre avait opposé un démenti formel aux
informations publiées. Pour lui, lundi, la «
consultation » pré-budgétaire
était le seul élément sur le tableau
du gouvernement avant de prendre des décisions sur
le financement des services publics.
Relevant l’existence du plan de match confidentiel, Mme
Marois lui a lancé: « Peut-on dire aux
contribuables, aux chefs d’entreprise, aux travailleurs,
pourquoi ils devraient participer à une
consultation dont les conclusions sont écrites
à l’avance? »
Le
péquiste Jean-Martin Aussant lui a demandé
s’il avait bel et bien préparé un
mémoire pour ses collègues; Raymond Bachand
a répondu: « Il est normal que le ministre
travaille sur toutes les hypothèses pour mettre en
ordre ses politiques. » Des tarifs nouveaux dans le
collimateur
Or, son mémoi re de la semaine dernière va
bien au-delà des « hypothèses ».
M. Bachand y ouvre même une nouvelle porte. Dans la
partie « confidentielle » non accessible au
public, il souligne que la politique, en plus de
l’indexation générale, devra
déterminer les coûts des services
tarifés « ou pouvant l’être » .
Certains services, jusqu’ici offerts gratuitement par
Québec, pourraient donc basculer du
côté des activités pour lesquelles
Québec exigera d’être rétribué,
voire remboursé, puisqu’on parle en même
temps « d’autofinancement ».
Au cabinet de M. Bachand, on souligne qu’avec son budget,
Mme Jérôme-Forget avait déposé
un document sur le financement des services publics qui
prévoyait explicitement « un cadre
législatif… et un projet de loi (qui) sera
déposé à l’Assemblée nationale
en 2009 ».
Dans les notes explicatives du Projet de loi sur le
financement des services publics, qui comporte 50
articles, on précise qu’à compter de janvier
prochain, les organismes publics auront à
constituer un « registre des tarifs » et
à déterminer le coût de la «
prestation » (du service) qu’ils doivent offrir aux
citoyens. Une fois adopté, le projet de loi «
instaure l’obligation » aux organismes de «
réviser ces tarifs au moins tous les cinq ans et
prévoit leur indexation annuelle ».
Après avoir évalué le coût
réel des services qu’ils offrent, les organismes
devront se fixer des cibles « d’autofinancement
». Pour les démunis, la loi prévoit
des « mesures compensatoires » pour maintenir
l’accès aux prestations tarifées.
Le dernier article prévoit que le tout devra
s’appliquer à compter du 1er janvier prochain, sauf
l’article 22, qui contient les dispositions sur
l’indexation automatique des tarifs ; il entrerait en
vigueur en janvier 2011.
Jean Charest veut punir Sylvie Roy - Tommy
Chouinard
La
députée de l’ADQ a « abusé de
son immunité parlementaire »
QUÉBEC — Le gouvernement Charest se sert d’une
procédure parlementaire rarissime pour forcer
l’adéquiste Sylvie Roy à s’excuser, voire
à quitter l’Assemblée nationale.
C’est un procédé « inadmissible,
odieux et méprisable », tonne l’opposition,
qui accuse le gouvernement de vouloir museler les
députés.
Pour les libéraux, la députée
Sylvie Roy a abusé de son immunité
parlementaire jeudi dernier, lors de la période
des questions, en soutenant que le premier ministre Jean
Charest connaît le nom de trois ministres qui se
sont rendus sur le luxueux yacht de l’entrepreneur Tony
Accurso.
Les trois ministres ciblés – J u l i e B o u l e
t , Nor ma n MacMillan et David Whissel (ex-titulaire du
Travail) – ont nié ces allégations. M.
Charest, alerté par Benoit Labonté en mars
dernier, a assuré que ses vérifications
ont lavé les ministres de tout soupçon.
C’est lui-même qui a révélé
aux médias leur identité.
Le premier ministre avait demandé en vain au
nouveau chef de l’ADQ, Gilles Taillon, de
congédier Mme Roy de son poste de chef
parlementaire, plaidant qu’« il y a des limites
à salir la réputation des gens quand ce
n’est basé sur rien ».
Hier, le gouvernement a décidé de prendre
les grands moyens. Le leader parlementaire Jacques
Dupuis a déposé une « motion de
violation de droit ou de privilège », une
procédure très rarement utilisée
visant à sanctionner un député
à qui l’on reproche d’avoir dérogé
aux règles de l’Assemblée nationale.
« C’est une mesure exceptionnelle, notre
gouvernement ne l’a jamais utilisée à
date, mais la gravité de ce qu’a fait Mme Roy est
telle qu’on va aller jusqu’au bout dans cette
histoire-là », a lancé le ministre
et leader adjoint du gouvernement, Claude
Béchard, en conférence de presse. La
sanction « peut aller d’une demande d’excuses j
usqu’à une demande de quitter son siège
», a-t-il souligné.
Menacer
un élu de le forcer à démissionner
n’est pas exagéré selon lui. « Ce
n’est pas parce qu’on a l’immunité parlementaire
et qu’on a été élu qu’on peut salir
tout le monde. C’est très grave de dire des
choses qui sont fausses, en sachant formellement
qu’elles sont fausses. »
Le président de l’Assemblée nationale,
Yvon Vallières, doit juger de la
recevabilité de cette motion. Si la motion est
acceptée, la Commission de l’Assemblée
nationale – où les libéraux sont
majoritaires – étudiera le reproche fait à
l’endroit de Sylvie Roy et recommandera une sanction. La
Chambre – où le gouvernement est également
majoritaire – sera ensuite appelée à se
prononcer.
Débat houleux
Le dépôt de la motion a provoqué un
débat houleux à l’Assemblée
nationale au cours duquel, curieusement, les
adéquistes sont restés silencieux. C’est
plutôt le leader parlementaire du Parti
québécois, Stéphane Bédard,
qui a condamné le recours à cette mesure
et l’attitude du président dans ce dossier. Au
terme d’un échange vif – il a même
demandé au président s ’ i l «
obéit au règlement ou au gouvernement
» – , M. Bédard est parvenu à
arracher une concession à M. Vallières. Le
président a accepté que l’opposition lui
remette un plaidoyer écrit quant à la
recevabilité de la motion.
La dernière fois que cette procédure
parlementaire a été utilisée,
c’était il y a 20 ans, estime le PQ. Les
péquistes Jean Garon et Michel Pagé
avaient présenté cette motion, mais l a
manoeuvre s ’é t a i t retournée contre
eux. Le gouvernement libéral majoritaire leur
avait finalement adressé un blâme, a
raconté le PQ.
L or s de l a pér i o de des questions, Jean
Charest s’est dit étonné que Sylvie Roy ne
présente pas ses excuses au sujet de ses «
propos diffamatoires ».
Pour Stéphane Bédard, le gouvernement
« tente d’intimider » les
députés pour éviter de
répondre à des questions embarrassantes
entourant, par exemple, l’octroi de contrats. « Je
défends le droit d’utiliser ce privilège
parlementaire (l ’ i mmunité) pour pouvoir aller
au fond des choses », a affirmé le
député, qui n’a pas voulu juger du
bien-fondé de la question posée par Sylvie
Roy.
Rappelons que l a députée avait dit jeudi
dernier : « Est-ce que le ministre de la
Sécurité publique, dans ses
vérifications, a appris que le premier ministre
sait qu’il y a trois ministres qui ont été
sur le bateau d’Accurso ? » L’ADQ a
décliné les demandes d’entrevue.
Charest, le boss - VINCENT MARISSAL
O
PHOTO JACQUES
BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE
Jean Charest a imposé un
bâillon pour adopter le projet de loi 40.
Déposé en mai dernier, ce projet de loi
vise à suspendre l’application de certaines
dispositions de la loi antidéficit pour
permettre au gouvernement de ne pas avoir à
équilibrer ses budgets pendant quatre ans.
CHRONIQUE n au ra it pu c roi re, c’eût
été normal, que le retour d’un
gouvernement majoritaire à Québec allait
nécessairement calmer le jeu à
l’Assemblée nationale.
Eh bien non, le début de session parlementaire
est plutôt rock-and-roll à Québec et
le gouvernement a décidé de mater
l’opposition après seulement trois jours en
imposant le bâillon.
Jean Charest avait promis à la fin de la
dernière session de ne pas imposer le
bâillon. Il n’avait pas dit toutefois qu’il se
reprendrait à la première occasion
dès le début de cette nouvelle session.
Faut croire que cela le démangeait.
La manoeuvre est nécessaire, disent les
libéraux, pour suspendre certains articles de la
loi antidéficit. Sinon, il faudra sabrer dans les
programmes gouvernementaux puisque la loi
antidéficit interdit… les déficits.
C’est d’une logique indéniable. Sur papier.
Au pied de la lettre, la loi interdit effectivement au
gouvernement de faire des déficits. Mais il n’est
écrit nulle part que les finances du
Québec vont s’effondrer si la province entre
techniquement en déficit le temps d’adopter la
loi 40 (modifiant la loi antidéficit, vous suivez
toujours ?). Et puis, le gouvernement est majoritaire.
Son projet de loi finira nécessairement par
être adopté. Alors, pourquoi cet
empressement?
Avant les motivations financ ières , le coup
d’éclat du gouvernement Charest s’explique
d’abord par des motifs politiques.
Dans l’immédiat, l’imposition du bâillon
relègue le débat sur l’éthique au
deuxième rang. Soudainement, hier, David Whissell
est devenu beaucoup moins important pour l’opposition.
Pour
rester dans les motivations politiques, le geste
intempestif de Jean Charest ressemble fort à une
mesure de représailles envers le PQ, qui a mordu
fort les mollets du gouvernement depuis trois jours sur
les questions d’éthique.
Jean Charest pensait que la démission de David
Whissell de son poste de ministre du Travail allait
noyer le poisson. Mais non, l’opposition n’a pas voulu
lâcher le morceau. Les libéraux
étaient extrêmement frustrés par les
attaques du PQ sur l’éthique, au point de parler,
en privé, d’attaquer personnellement Pauline
Marois (le mari de Mme Marois est Claude Blanchet,
ex-PDG de la SGF, congédié par les
libéraux, et parti avec une
généreuse pension).
En imposant le bâillon, le premier ministre a
réagi comme un père autoritaire: tu ne
veux pas m’obéir, paf! Une bonne claque en
arrière de la tête, et va
réfléchir dans ta chambre!
Après trois jours de session, c’est brutal.
À ce rythme-là, l’Assemblée
nationale risque de ressembler à une bonne
vieille joute Canadien-Nordiques d’ici l’ajournement des
Fêtes.
M . Cha rest aura le dernier mot. Il fera adopter son
projet de loi. Mais il n’a pas grand mérite
puisqu’il jouit de la majorité à
l’Assemblée nationale.
Cette démonstration de force doit être
accompagnée dans les prochains jours d’autres
gestes, rassembleurs ceux-là. Sinon, Jean Charest
aura l’air du petit boss de la ruelle qui fait la loi
juste parce que sa gang est plus nombreuse que celle des
autres.
S’il est vrai qu’il y a urgence, com me le disent les
libéraux, d’adopter le projet de loi 40 pour
pouvoir faire des déficits, l’urgence est encore
plus grande de commencer à attaquer ces
déficits, qui devront être
résorbés en 20132014, selon l’engagement
du gouvernement.
Le gouvernement Charest doit commencer par
préciser son plan pour la consultation qu’il a
lui-même annoncée. Ensuite, il doit
indiquer les paramètres de cette consultation:
qui, quand, quoi, comment et pourquoi.
Exposer dès maintenant le plan
d’élimination du déficit (prévu en
2013-2014, rappelons-le), comme le demande Pauline
Marois, est irréaliste. Le gouvernement ne peut
pas indiquer quatre ans à l’avance quels seront
ses choix budgétaires. Cela se fait une fois par
année, au dépôt du budget,
justement.
Et puis, l’opposition doit être cohérente :
si elle réclame une consultation, elle ne peut
pas en même temps exiger maintenant toutes les
réponses du gouvernement.
Le baillon... pour mieux retourner aux déficits
!... - Tommy Chouinard
RETOUR AUX DÉFICITS À QUÉBEC
Surprise
sur la colline parlementaire. Alors que le bâillon
est généralement utilisé à
la fin de la session parlementaire, le gouvernement
Charest a décidé de s’en servir
d’emblée. Objectif : faire adopter une loi qui
autorise la province à être en
déficit.
QUÉBEC — Dès la première semaine de
la session parlementaire, le gouvernement Charest impose
un bâillon pour adopter à toute vapeur un
projet de loi qui l’autorise à plonger le
Québec dans le rouge pendant quatre ans.
PHOTO JACQUES
BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE
Jean Charest a demandé
hier au président de l’Assemblée
nationale de convoquer tous les députés
pour une séance extraordinaire aujourd’hui.
H ier, en début d’aprèsmidi, le premier
ministre Jean Charest a demandé au
président de l’A ssemblée nationale, Yvon
Vallières, de convoquer tous les
députés pour une séance
extraordinaire aujourd’hui.
Les règles normales de procédure sont
suspendues. Le projet de loi 40 sur l’équilibre
budgétaire sera adopté en quelques heures,
à la suite de débats
écourtés. Déposé en mai
dernier, ce projet de loi vise à suspendre
l’application de certaines dispositions de la loi
antidéficit pour permettre au gouvernement de ne
pas avoir à équilibrer ses budgets pendant
quatre ans. L e gouvernement Cha rest prévoit des
déficits totalisant plus de 11 milliards de
dollars, dont 3,9 milliards cette année.
Le coup de force du gouvernement a causé la
surprise sur la colline parlementaire. C’est que le
recours au bâillon, une mesure exceptionnelle, se
fait généralement à la toute fin
d’une session parlementaire, lorsque le gouvernement
juge impossible d’obtenir l’accord de l’opposition et
tient à aller de l’avant. Dans le cas
présent, la session parlementaire a
débuté mardi.
« L es c hoses n’ava ncent pas », a
plaidé le ministre des Finances, Raymond Bachand.
« L’opposition a clairement indiqué qu’elle
n’acceptait pas le fond du projet de loi. »
« C ’est le retou r à l’ État
autoritaire ! » a tonné le leader
parlementaire de l’opposition officielle,
Stéphane Bédard. « C’est Jean
Charest à la sauce 2003. Il ne l’a pas dit en
élections qu’il voulait remontrer ce
côté sombre de sa personnalité : En
dehors de moi, point de salut. Il revient avec la bonne
vieille méthode, il rentre les choses de force.
»
Pou r j ustifier le recou rs à la « motion
de procédure d’exception » – mieux connue
sous le nom de bâillon – , Raymond Bachand a
affirmé que 50 heures de consultations et de
débats ont déjà eu lieu le
printemps dernier et qu’un seul article a
été adopté jusqu’à
maintenant.
Selon le grand argentier du gouvernement, « la loi
40 est essentielle » pour assurer « la
crédibilité des finances publiques du
Québec ». « Il n’y a pas de menace
» de la part des agences de notation au sujet de
la cote de crédit du Québec, « mais
il faut un moment don né avoir u ne maison qui
est en ordre », at-il ajouté.
La
réfor me compt able contenue dans le projet de
loi – et réclamée par le
vérificateur général – doit aussi
être adoptée afin de publier la mise
à jour économique en octobre de même
que les états financiers de l’année
budgétaire terminée le 31 mars dernier.
Un « chèque en blanc »
Les explications du gouvernement sont « loufoques
» aux yeux de Stéphane Bédard.
« Ce que voulait Jean Charest, c ’est u n
chèque en bla nc pou r pouvoir endetter les
Québécois », a-t-il lancé.
« On veut nous forcer à accepter un
chèque en blanc avec un fusil sur la tempe
», a renchéri le député
adéquiste François Bonnardel.
Depuis le printemps dernier, l’opposition refuse de
donner son aval au projet de l oi . E l le veut d ’abord
connaître les mesures qu’entend prendre le
gouvernement pour assurer le retour à l ’é
q u i l ibr e bu d gé t a i r e . Seu lement u ne
pa r tie du plan est connue : hausse de la TVQ,
indexation des tarifs des services publics et croissance
des dépenses limitée à 3,2 %.
En juin dernier, le gouvernement avait accepté
d’amender le projet de l oi pou r garantir le retour au
déficit zéro en 2013-2014. Mais ce
n’éta it pas su f fisa nt pou r l’opposition.
Hier matin, le Parti québécois et l’Action
démocratique du Québec avaient mis un peu
d’eau dans leur vin. Ils avaient proposé de
scinder le projet de loi afin d’adopter
immédiatement les articles qui portent sur la
réforme comptable et qu i ne f ont l’objet
d’aucun litige. Mais Jean Charest avait
déjà pris sa décision. L e
gouvernement regrette même de ne pas avoir
imposé le bâillon dès le printemps.
« On aurait dû l’adopter à la fin
juin », a affirmé Raymond Bachand. Le
gouvernement espérait à l’époque
que l’opposition change d’idée au cours de
l’été.
C’est la sixième fois que le gouvernement impose
un bâillon depuis son arrivée au pouvoir,
mais la première fois depuis décembre
2006. En tout, 23 projets de loi ont été
adoptés entre 2003 et 2006 au moyen de cette
mesure spéciale.
Le bâillon qui est imposé aujourd’hui est
un peu différent de celui utilisé dans le
passé. Selon une réforme parlementaire qui
vient d’entrer en vigueur, le gouvernement ne peut
recourir à cette motion d’exception que pour
adopter un projet de loi à la fois. Auparavant,
plusieurs lois pouva ient être adop - tées
d’un seul coup. Cette contrainte ne pose toutefois aucun
problème au gouvernement cette fois-ci, puisque
seul le projet de loi 40 sera réglé sous
le bâillon.
Un bâillon inutile - ALAIN DUBUC
Prétextant
l’urgence,
le gouvernement Charest a imposé le
bâillon, pour mettre fin aux débats sur
la loi 40 qui permet le retour au déficit
budgétaire pour quelques années. Cette
façon de mettre brutalement fin au débat
parlementaire est non seulement abusive, elle trahit
l’esprit des politiques antidéficit.
La loi 40 a pour but de suspendre la fameuse loi sur
le déficit zéro du premier ministre
Lucien Bouchard. Elle permet la création de
déficits pour quatre ans, et surtout, elle
n’oblige pas le gouvernement à les effacer en
créant des surplus. On ne peut pas reprocher
aux libéraux cette entorse à une loi qui
avait pris valeur de symbole. La grave
récession qui nous a frappés rendait ces
déficits non seulement inévitables, mais
essentiels pour assurer la reprise économique.
Mais ce n’est pas parce qu’on abandonne
momentanément les préceptes de cette loi
qu’il faut en abandonner aussi l’esprit. La loi sur
l’équilibre budgétaire avait un double
objectif. Le premier était financier et
comptable: éliminer le déficit. Le
second était politique; créer des
obstacles pour empêcher un gouvernement de
revenir aux mauvaises pratiques d’antan. Un carcan
pour forcer un gouvernement qui recourt aux
déficits à justifier sa décision
et, le cas échéant, à en payer le
prix politique. Cet obstacle, c’est le débat
parlementaire. Et même si les libéraux le
trouvent pénible, il joue un rôle
essentiel pour empêcher la banalisation du
déficit.
D’autant plus que, justement dans ce dossier
précis, on a pu voir l’utilité des
débats parlementaires. L’opposition
péquiste, avec le critique François
Legault, a forcé le gouvernement à
accepter un amendement important. Le projet de loi
initial laissait le moment du retour à
l’équilibre à la discrétion du
ministre des Finances. Une imprécision
inquiétante qui a été
corrigée. Il est maintenant bien écrit
que le retour au déficit zéro doit se
faire en 2013-2014. Si c’est trop tôt, le
ministre n’aura qu’à revenir en chambre pour
défendre son dossier.
De
toute façon, la bataille contre le projet de
loi 40 aurait commencé à nuire aux
partis de l’opposition, parce qu’ils étaient
à bout d’arguments. On peut difficilement
reprocher au gouvernement Charest des erreurs de
prévision auxquelles personne n’a
échappé sur la planète, ni la
création des déficits, un outil de
relance recommandé par tous les organismes
internationaux. On ne peut pas non plus exiger des
libéraux un plan qui décrit de
façon précise comment ils s’y
prendront pour le ramener à zéro dans
quatre ans.
C’est une demande irréaliste. Le ministre des
Finances, Raymond Bachand, et son ministère
ne peuvent prévoir précisément
le déficit des prochaines années. Il y
a trop d’inconnues. Sur la vigueur de la reprise,
sur le moment où les revenus reviendront
à la normale, sur l’impact à long
terme de la crise boursière, sur
l’évolution des taux d’intérêt.
On ne sait pas non plus quelle est la proportion du
déficit qui se révélera
être de nature structurelle. Difficile de
proposer un plan précis quand on ne
connaît pas l’ampleur de l’effort.
Ce qu’on peut exiger du gouvernement, c’est un
engagement ferme d’éliminer le
déficit. Il semble bien être là.
Ensuite, une transparence qui, à
défaut de donner le détail des
mesures, nous prépare à l’ampleur de
ce qui nous attend. Le déficit ne
disparaîtra pas tout seul, grâce
à la croissance économique, comme le
prétend à Ottawa le ministre Jim
Flaherty.
À
cet
égard, en annonçant la tenue d’un
vaste «dialogue» sur les finances
publiques, M. Charest envoie le message qu’il faudra
faire des choix difficiles. Le véritable test
sera là, dans la qualité de cette
consultation et dans les gestes concrets qui la
prolongeront. Pas dans le débat sur la loi
40.
CHUM : Vidéotron demande une
compensation
L’entreprise devra déménager de
l’équipement technologique encore sur place
La démolition de l’édifice Vidéotron
pour permettre la const ruc t ion du nouveau Centre de
recherche du CHUM pour ra i t êt re coûteuse.
Certains équipements i mport ant s du réseau
Vidéotron s’y trouvent encore. Tout devra
être déménagé. La Presse a
appris que Vidéot r on négoc i e
actuellement avec le gouvernement afin d’obtenir une
importante compensation.
La démolition de
l’édifice situé au 300, avenue Viger Est,
fait l’objet de pourparlers entre le gouvernement et
Vidéotron.
La semaine dernière, le gouvernement a
autorisé les consortiums en compétition pour
la construction en partenariat public-privé du
Centre de recherche du Cent re hospitalier de
l’Université de Montréa l ( CRCHUM) à
reconst r u i re l ’ éd i f i ce Vidéot ron.
Dans l ’ appel de propositions initial, les
soumissionnaires devaient seulement rénover cet
édifice, situé au 300, avenue Viger Est.
Plusieurs i ntervena nts s’attendent à ce que
l’immeuble, expropr ié pour 28 millions en 2007,
soit démoli. Cette démolition ne sera pas
sans conséquence, car Vidéotron y
possède encore de l ’ équipement. «
C’était notre siège social. Il reste encore
de l’équipement technologique, mais pour des
raisons de sécurité, je ne veux pas vous
dire quoi », confirme le directeur
général des communications d’entreprise de
Vidéotron, Marc Labelle.
Si l’édifice Vidéotron avait
été conservé, la compagnie aurait
envisagé de demander à y conserver ses
équipements, explique M. Labelle. « Mais
ça ne semble pas dans l’intention du CHUM »,
note-t-il. Vidéotron doit donc
déménager ses équipements, ce qui
« n’est pas facile » , selon M. Labelle.
Vidéotron négocie actuellement avec le
gouvernement pour obtenir une aide financière
à cet égard. La portepa role du CHUM, Luc ie
Dufresne, reconnaît que des pourparlers sont en
cours.
Mais d’un
côté comme de l’autre, on refuse de divulguer
les détails des négociations. La date
à laquelle Vidéotron devra avoir
libéré l’édifice est aussi tenue
secrète. « Vidéotron est un citoyen
responsable. J’espère que le gouvernement va aussi
être responsable et nous laisser le temps de nous
reloger », se contente de dire M. Labelle.
LaconstructionduCRCHUM devait coûter 320 millions,
mais le CHUM a été incapable de dire, hier,
si le dédommagement versé à
Vidéotron fera augmenter ces coûts. «
Tout ce que je peux vous dire, c’est que ce n’est pas
nouveau sur le plan financier et de l’acquisition »,
a dit Mme Dufresne.
Les propositions techniques du futur CRCHUM ont
été déposées le 10 juillet
dernier. Le choix du proposant qui construira le futur
complexe sera connu cet automne. Mme Dufresne assure que
le déménagement des équipements de
Vidéotron n’entraînera pas de retard dans la
construction du CRCHUM. Un CPE expulsé
Par ailleurs, en plus de l’équipement de
Vidéotron, un centre de la petite enfance (CPE)
occupe encore l’édifice Vidéotron. Selon ce
que La Presse a appris, le CPE Les Câblinours, qui
s’occupe de 60 enfants, devra lui aussi
déménager et sera dédommagé.
AucabinetdeTonyTomassi, ministre de la Famille, la
porte-parole Marie-Pierre Champagne confirme : «
Nous discutons avec les dirigeants du CPE pour les aider
à se déménager. » Elle ajoute
que le CPE sera « admissible à du financement
» dans le cadre du programme financier aux
infrastructures, mais elle ignore l’ampleur de cette aide
financière.
PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉLe vérificateur
général va brasser la cage -
Denis Lessard
le CHUM, qui accumule les retards et dont la première
pelletée de terre ne pourra avoir lieu avant 2011. Le
gouvernement Charest a récemment
réitéré aux consortiums qui ont
soumissionné son intention d’aller de l’avant en PPP.
Mais depuis le départ de Monique
Jérôme-Forget, en avril dernier, toute la
stratégie des PPP est en déroute à
Québec. Le président de l’Agence, Pierre
Lefebvre, a été mis sur une voie de garage au
Conseil du Trésor. Un fonctionnaire, Normand
Bergeron, a pris les rênes de l’organisme, devenu
« Infrastructure Québec », dont le
rôle n’est plus que « d’accompagner » les
ministères dans leurs projets de construction.
Dans une version
préliminaire de son rapport, le
vérificateur général, Renaud
Lachance, estime pour l’essentiel que l’Agence des
PPP a manqué de rigueur en conseillant
à Québec d’aller dans cette direction.
Le vérificateur s’est donné le mandat de
garder l’oeil ouvert sur les hôpitaux
universitaires de Montréal – une
vérification continue dont il fait part des
progrès dans chacun de ses rapports. Selon
l’information qui filtre, le rapport sera rendu public
la semaine prochaine.
On ne s ’en prend pas nommément au
président de l’Agence, Pierre Lefebvre, pas
plus qu’au président du conseil, Pierre Lortie.
Le vérificateur général estime
toutefois que les dés étaient
pipés lorsque Québec a opté pour
le PPP dans le projet du CHUM.
En
évaluant les coûts du mode de
construction habituel, l’Agence a, selon le
vérificateur, inclus beaucoup trop de risques,
ce qui a fait gonfler les coûts. Les
économies prévues par l’Agence si l’on
recourait au PPP ne tiennent pas davantage la route,
croit le vérificateur.
L’Agence a fait ce qu’elle souhaitait faire et,
ignorant les ministères – la Santé et le
Trésor –, elle aurait ainsi répondu
à la commande du gouvernement, qui favorisait
les PPP. Le vérificateur ne peut pas dire que
le recours au PPP n’était pas justifié,
mais l’étude du dossier ne révèle
pas, selon lui, qu’il était avantageux.
Pour le vérificateur, l’Agence des PPP a choisi
de ne pas étudier toutes les hypothèses,
surtout celles qui auraient pu nuire à une
décision favorable aux partenariats
public-privé. L’Agence a insisté sur les
risques que comporte le déficit d’entretien de
tels immeubles. Selon le vérificateur, la loi
fixe à 2% les coûts d’entretien. L’Agence
considérait toutefois que cette balise,
peut-être valable pour une route, ne convenait
pas à un immeuble à la fine pointe de la
technologie.
CHUM Québec
maintient
le PPP - Denis Lessard & Tommy
Chouinard
QUÉBEC — Le gouvernement Charest a pris sa
décision. Le CHUM sera construit en partenariat
avec l’entreprise privée (PPP), et il ne sera
plus question d’un plan B. Monique Gagnon-Tremblay,
présidente du Conseil du Trésor, a
confirmé sans détour l’information
publiée hier par La Presse.
PHOTO DAVID BOILY,
ARCHIVES LA PRESSE
Le gouvernement a
assuré les deux consortiums retenus pour
soumissionner la construction du CHUM que le mode
PPP serait maintenu.
Le gouvernement a assuré les deux consortiums
retenus pour soumissionner la construction du futur
hôpital que le mode PPP serait maintenu. Cette
information a filtré dans le réseau de
la Santé.
En juin, Québec avait décidé de
remettre en question la construction du nouvel
hôpital universitaire francophone en PPP. Les
avantages liés aux PPP en période de
crise économique sont beaucoup moins grands,
notamment parce que les consortiums ont plus
difficilement accès au x capit au x . L es c
hoses ont changé, a soutenu hier Mme
Gagnon-Tremblay.
« On se souviendra que, dans le courant de
l’été, on a beaucoup discuté (de
cette question) par rapport à la crise
économique. La crise économique nous a
obligés à nous questionner sur le
financement. Le financement ne semble pas être
une difficulté actuellement. Nous poursuivons
», a-t-elle affirmé hier matin avant une
réunion du Conseil des ministres.
E n réponse au député
péquiste Sylvain Simard, qui lui avait
demandé si le PPP n’était plus remis en
question, elle a lancé : « La
décision a été prise. »
Pourtant, un peu plus tôt, Yves Bolduc avait dit
que le gouvernement était toujours en train de
« revoir » le mode de réalisation
du nouveau CH UM. « On va choisir le meilleur
mode de réalisation, au moment venu, dans
l’intérêt des contribuables
québécois », avait-il dit la
veille, à la période des questions. En
fin de journée, il a indiqué à La
Presse qu’il devait avoir da ns les proc ha i nes
heures une rencontre avec Mme Gagnon-Tremblay à
ce sujet.
Dans
les coulisses, on prévoit que l’un des groupes,
Innisfree, demandera au gouvernement de fournir le
financement nécessaire. L’enjeu est de taille :
Québec peut financer à 4 % des emprunts
énormes frappés de taux qui
dépassent 7 % dans les institutions
privées. Hier, le ministre des Finances,
Raymond Bachand, a dit croire que, au printemps 2010,
au moment du dépôt des soumissions, le
contexte économique permettra aux entreprises
de trouver le financement au privé. Si l’un des
groupes éprouve des problèmes,
Québec devra toutefois consentir à le
financer, quelle que soit la soumission retenue – le
gouvernement ne peut se permettre de se retrouver avec
un seul soumissionnaire.
En mars, le premier ministre Charest avait
lui-même évoqué un « plan B
» si le gouvernement décidait de renoncer
au PPP, comme il l’a fait pour la réfection de
l’échangeur Turcot. « Il n’y a plus du
tout d’économies parce que le contexte
économique mondial change les conditions de
financement de nos partenaires », avait dit la
ministre des Transports, Julie Boulet, lors de
l’annonce de la décision, en juillet.
L es deu x m i n istres ont confirmé qu’un
litige oppose le gouvernement et les deux con sor tiu
m s au sujet des dédommagements à
prévoir au contrat, comme l’a indiqué La
Presse hier. « Aucune entreprise ne trava ille
bénévolement » a soutenu Mme
Gagnon-Tremblay, relancée à propos des
indemnités de 15 millions que réclament
les deux consortiums afin de payer le travail
nécessaire à la préparation de la
soumission.
Travaux arrêtés
Yves Bolduc a confirmé que les travau x n’ont
pas ava ncé pou r cette ra ison . « Il y
a des discussions qui devraient aboutir et les travaux
devraient reprendre », a-t-il soutenu,
confirmant la paralysie du projet.
« Il va y avoir un retard de quelques semaines.
Mais par la suite, quand on se sera entendus, les
travaux vont reprendre, et puis il y a moyen de
récupérer le retard, selon le nombre de
personnes qui seront affectées aux travaux
», a-t-il expliqué, ce que mettent en
doute les professionnels spécialisés.
« De tels projets nécessitent de mettre
ensemble beaucoup de personnes… Cela ne se fait pas si
facilement qu’on le pense », résume-t-on.
Plus tôt, le ministre Bolduc avait
souligné que les six mois de retard pouvaient
être rattrapés en affectant davantage de
ressources à la préparation des
soumissions. Or, ces soumissions doivent être
très soigneusement préparées ;
les entrepreneurs doivent tout y prévoir pour
ne pas sous-estimer les coûts.
Selon le ministre Bolduc, l’échéance de
2014 pour la réalisation de la première
phase du projet et de 2018 pour la deuxième
demeure. Le projet coûtera 2,5 milliards de
dollars en tenant compte de l’inflation.
CHUM : Pas de PPP, réclament les
syndicats - Pascale Breton
Au
moment où Québec semble hésitant
à aller de l’avant avec la formule des
partenariats publicprivé, plusieurs syndicats
affiliés à la CSN sont revenus à
la charge hier pour que le CHUM et le CUSM soient
construits en mode traditionnel.
Une des principales raisons pour lesquelles le
gouvernement hésite à revenir en
arrière est liée aux coûts, croit
la Confédération des syndicats nationaux
(CSN). Québec devra verser des millions aux
consortiums en lice s’il renonce à continuer en
mode PPP.
PHOTO IVANOH DEMERS,
LA PRESSE
La CSN a choisi la
journée où la direction du CUSM
présentait à ses cadres et
employés les deux projets en lice pour la
réalisation de l’hôpital en mode PPP
pour tenir une action d’information. Elle a
organisé une épluchette de blé
d’Inde devant les 11 hôpitaux actuels du CUSM
et du CHUM.
« S’il y a des coûts
supplémentaires pour mettre fin au contrat, je
suis convaincu qu’on va récupérer cet
argentlà en le faisant selon le modèle
traditionnel », a déclaré le
viceprésident de la CSN, Louis Roy
Il a souligné du même souffle que le
gouvernement a dépensé à ce jour
plus de 30 millions en études de toutes sortes
à l’Agence de partenariat public-privé
pour la construction du CHUM et du CUSM.
Des emplois en jeu
L es sy nd icats c ra ignent aussi des pertes
d’emplois. Ce sont quelques centaines d’emplois,
principalement dans les corps de métiers comme
les électriciens, les plâtriers ou les
journaliers, qui seraient perdus.
La
formule du PPP prévoit en effet que le
consortium gagnant s’occupe de la construction, mais
également de l’entretien des bâtiments
pour les 30 prochaines années.
« Les gens de métier ne seront plus
requis pour travailler sur le site. Ce qui nous donne
le plus de travail, ce sont les patients, avec les
bris qui surviennent dans les chambres ou les
sonnettes d’alarme », explique Pierre Daoust,
président du Syndicat des employés du
CHUM-CSN.
Il estime à plus de 150 le nombre de personnes
qui risquent de perdre leur emploi au CHUM, sans
compter ceux qui travaillent aux cuisines, qui
devraient être aménagées à
l’extérieur des murs du nouvel hôpital.
Au CUSM, quelque 400 emplois pourraient être
perdus au total.
Plus de transparence
« On veut un hôpital public. On veut la
flexibilité de connaître quels
changements technologiques il va y avoir », a
insisté la présidente du Syndicat des
employés du CUSM-CSN, Olga Giancristofaro, en
dénonçant la culture du secret entourant
les PPP.
La CSN a choisi la journée où la
direction du CUSM présentait à ses
cadres et employés les deux projets en lice
pour la réalisation de l’hôpital en mode
PPP pour tenir une action d’information. Elle a
organisé une épluchette de blé
d’Inde devant les 11hôpitaux actuels du CUSM et
du CHUM.
L’Agence des PPP se meurt - Denis Lessard
QUÉBEC— L’approchedes «partenariats
public-privé » a vécu. Le
gouvernement Charest se prépare à changer
en profondeur la mission de l’Agence des PPP, dernier
vestige de l’héritage de Monique
Jérôme-Forget.
Avec la mise au rancart de la « modernisation
» ou de la « réingénierie
» de l’État – des engagements importants
qui avaient fini en queue de poisson –, la disparition
de l’agence, souvent critiquée, vient tirer un
trait définitif sur les plans des libéraux
à leur arrivée au pouvoir en 2003. Selon
ce qu’a appris La Presse, Québec déposera
cet automne à l’Assemblée nationale un
projet de loi pour modifier la mission de l’Agence des
PPP. L’organisme aura le mandat d’encadrer les grands
chantiers, mais les partenariats avec le secteur
privé glisseront sous le tapis, réduits
à un volet des activités de la future
organisation.
Devant une centaine de personnes, le nouveau
président de l’organisme, Normand Bergeron, a
indiqué hier matin que la nouvelle organisation
aura un mandat « horizontal », centralisera
l’information sur l’ensemble des projets de construction
du gouvernement, qu’il s’agisse de partenariats avec le
secteur privé ou non.
M. Bergeron avait parlé du projet du gouvernement
devant plusieurs personnes au cours des dernières
semaines. L’Agence « pourrait jouer un rôle
d’accompagnement plus large auprès des
ministères, pour des projets qui ne sont pas des
PPP proprement dits », a souligné hier M.
Bergeron – sans toutefois faire allusion à un
projet de loi. Selon lui, les PPP ont connu au
Québec une résistance « qui va bien
au-delà de ce qui a été
observé ailleurs ». « Je m’attends
à ce qu’on parle des PPP au prochain Bye Bye
» a-t-il ironisé, certain que la formule
qui a été utilisée « avec
succès dans tous les autres pays occidentaux
» ne disparaîtra pas au Québec.
Mais les membres de l’Institut des partenariats
public-privé ont toutefois compris rapidement que
les différents ministères (Transports ou
Santé, par exemple) conserveront la «
maîtrise d’oeuvre» de leurs projets. Avec
dans les cartons des projets d’infrastructures d’une
valeur de 42 milliards – une annonce de campagne
électorale destinée à contrer le
ralentissement économique–, le Conseil du
Trésor veut une organisation pour centraliser
l’information sur l’ensemble de ces engagements, pour
« accompagner » les ministères. Dans
l’un des scénarios envisagés, la nouvelle
agence devrait évaluer tous les projets de plus
de 40 millions, mais elle n’aurait pas de réels
pouvoirs sur le cheminement des travaux.
En
filigrane, on explique que le gouvernement Charest
« ne veut plus faire de PPP ». « La
formule PPP est contaminée »,
explique-t-on. Aussi, la décision de reprendre en
main la réfection de l’échangeur Turcot
sans le concours de l’entreprise privée, alors
que le Conseil des ministres en avait
décidé autrement à l’origine,
est-elle symptomatique. Même si M. Bergeron promet
que le projet du CHUM ira bientôt de l’avant en
PPP, dans les cercles politiques, on interprète
le silence du gouvernement quant à ce mode de
réalisation comme de bien mauvais augure.
Au surplus, la principale avocate de cette
stratégie, Monique Jérôme-Forget, a
quitté la vie publique, ce qui a vite
scellé le sort de son protégé,
Pierre Lefebvre, remplacé à la tête
de l’agence en juin dernier.
Même s’il voulait maintenir l’agence intacte, le
gouvernement devrait tout de même en modifier le
financement. La volonté de réaliser de
moins en moins de projets en partenariat
publicprivé a privé d’oxygène la
petite organisation d’une quarantaine de personnes.
L’agence, selon sa loi constitutive, doit
s’autofinancer. Elle s’alimente à même des
honoraires facturés à l’heure aux clients
– ici, le gouvernement – comme une agence privée.
Les ministères des Transports et de la Culture
(pour la salle de l’Orchestre symphonique de
Montréal) ont payé 30 millions en
honoraires pour les spécialistes de l’agence des
PPP, un mode de financement qui agace passablement la
machine administrative.
Or, les projets importants de l’Agence sont «
sortis » de la machine – le pont de la 25 ou le
prolongement de la 30 sont en route. On travaille encore
sur le CHUM, mais l’organisme aura besoin de subventions
gouvernementales s’il n’a pas de nouveaux projets.
Nomméen juin, M. Bergeron, jusqu’alors
sous-ministre des Ressources naturelles, a fait les
manchettes cet été. On a attribué
à ce fonctionnaire de carrière le
même salaire qu’à
prédécesseur, recruté à
Londres dans l’entreprise privée: 232 000$, ce
qui le place au deuxième rang des salariés
les mieux payés de la fonction publique
québécoise. Seul Gérard Bibeau,
secrétaire général du gouvernement,
gagne davantage – 3000$ de plus.
L’apostasie - ANDRÉ PRATTE
La foi du
gouvernement Charest envers les PPP faiblit à vue
d’æil.
Depuis le départ de Monique
Jérôme-Forget, la foi du gouvernement Charest
envers les partenariats public-privé faiblit à
vue d’oeil. Il y a quelques jours, le ministre de la
Santé, Yves Bolduc, a déclaré que
« le PPP n’est pas une religion » pour les
libéraux. Sa consoeur Monique GagnonTremblay a ouvert
la porte à un retour au mode traditionnel pour les
projets du CHUM et de l’échangeur Turcot.
Cet ajustement est bienvenu. En gestion publique, la foi
aveugle en une formule, quelle qu’elle soit, n’est jamais
souhaitable.
Cela dit, il ne faudrait pas verser dans l’excès
contraire. Dépendant du projet, dépendant du
contexte, le PPP pourrait se révéler une
meilleure façon de faire.
Le
gouvernement libéral a commis l’erreur de se lancer
avec trop d’enthousiasme dans les PPP, un mode de
construction et de financement dans lequel l’État
québécois n’avait aucune expérience.
Certes, ces partenariats avaient donné de bons
résultats ailleurs. Mais on y avait aussi
constaté des difficultés, notamment la
lourdeur du processus menant à la conclusion du
contrat.
Cela étant, Québec aurait dû tester la
formule dans quelques projets relativement simples; le
prolongement des autoroutes 25 et 30, la nouvelle salle de
l’OSM faisaient parfaitement l’affaire. Les deux nouveaux
centres hospitaliers universitaires de Montréal
étaient des projets beaucoup trop gros, complexes et
controversés pour qu’on tente de les réaliser
en PPP.
Faudrait-il faire marche arrière dès
maintenant dans le cas du CHUM, comme le soutient notamment
l’Ordre des architectes du Québec? Il nous semble
qu’il est préférable d’avoir les propositions
des consortiums candidats en main avant de laisser tomber le
partenariat public-privé. On prendra alors une
décision en toute connaissance de cause, notamment en
ce qui a trait aux coûts de financement. Depuis que
Mme Jérôme-Forget a été
séduite par la formule PPP, la crise
financière est venue changer la donne. Dans la mesure
où les entreprises privées ont du mal à
obtenir des prêts, les gouvernements doivent assumer
une plus grande part du risque des partenariats, ce qui rend
ces derniers moins avantageux. La formule ne compte
d’ailleurs plus guère de partisans, même dans
le milieu patronal.
L’heure est peut-être venue de faire une pause. Avant
de lancer d’autres projets en PPP, le gouvernement devrait
évaluer le chemin parcouru, déterminer pour
quels types de projet les partenariats sont
appropriés et apporter des correctifs au processus
(le fonctionnement de l’Agence des PPP a fait l’objet de
maintes critiques). Il ne s’agit pas d’avoir la foi dans les
PPP ou au contraire d’y voir le diable en personne. Il
s’agit de choisir, objectivement, en se basant sur
l’expérience acquise, la meilleure façon de
réaliser chaque projet d’infrastructure publique.
Le CHUM « encore sur le mode PPP »,
dit Yves Bolduc
La formule
des partenariats publicprivé est toujours à
l’ordre du jour pour le Centre hospitalier de
l’Université de Montréal (CHUM), assure le
ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves
Bolduc.
Si certains ont interprété le départ
avant la fin de son mandat du président de l’Agence
des partenariats public-privé comme la mise au
rancart des PPP, le ministre de la Santé, lui, a
assuré que ce n’était pas le cas pour le CHUM
à l’heure actuelle.
« Non, non. Ce qu’on a dit, c’est que pour le
gouvernement, ce n’est pas une religion et ce n’est pas de
l’idéologie. Ce qu’on veut, c’est d’avoir le meilleur
projet », a lancé le ministre Bolduc.
Interrogé
hier,
alors qu’il était de passage à l’Institut de
cardiologie de Montréal pour annoncer
l’agrandissement du centre de recherche, le ministre Bolduc
a affirmé que les deux consortiums retenus
s’affairaient présentement à rédiger
leur projet, à la suite de l’appel de propositions
qui a été lancé.
Il faudra attendre de connaître ce que les consortiums
auront proposé comme projet et voir le financement
qu’ils auront réussi à obtenir avant de
trancher de façon définitive, a
expliqué le ministre.
«Il y a un an, on parlait que le mode PPP,
c’était le mode retenu. Dans 8 à 12 mois,
quand on va arriver à la fin du processus,
peut-être à cause des conditions de
financement, de différents facteurs, on pourra
changer le mode de réalisation. Mais actuellement, on
est encore sur le mode PPP», a martelé M.
Bolduc.
Le mode PPP rebute ingénieurs et
économistes
Après
les architectes, c’est au tour des ingénieurs et des
économistes du Québec de se montrer sceptiques,
sinon carrément opposés à la construction
d’hôpitaux universitaires comme le CHUM en mode de
partenariat public-privé (PPP).
« Le PPP est un mode de réalisation
inadéquat pour des projets complexes et comportant des
inconnues comme les hôpitaux universitaires CHUM et
CUSM, de même que pour la reconstruction du complexe
d’échangeurs Turcot », a affirmé Zaki
Ghavitian, le président de l’Ordre des
ingénieurs du Québec.
Au même moment, l’Association des économistes
québécois publie un sondage montrant que
seulement 32% de ses membres voient d’un bon oeil le choix du
PPP pour la réalisation de grands projets
d’hôpitaux universitaires. Cette association
professionnelle regroupe 787 économistes ; le tiers
d’entre eux ont répondu à un sondage
réalisé par la firme Léger Marketing.
Plus
tôt cette année, le président de l’Ordre
des architectes, André Bourassa, avait affirmé
que la construction du CHUM en PPP n’avait « pas de sens
», étant donné la complexité du
projet. Le président de l’Ordre des ingénieurs
abonde dans ce sens.
« Un hôpital est un organisme en perpétuel
changement, a dit Ghavitian, au cours d’un entretien, hier. Il
y a toujours une évolution en médecine et dans
les besoins de la population. On ne peut pas figer cela dans
un contrat de PPP. Ce n’est pas tout. Actuellement, il n’y a
pas beaucoup de financiers qui prêtent de l’argent. Le
gouvernement est appelé à garantir l’emprunt,
comme il l’a fait pour la salle de l’Orchestre symphonique de
Montréal. Cela signifie qu’il ne transfère plus
les risques au secteur privé, ce qui est la raison
d’être des PPP. »
La firme de sondage Léger Marketing a posé cette
question à 228 économistes: « Le
gouvernement du Québec est sur le point d’investir plus
de 5 milliards de dollars pour la construction de trois grands
centres hospitaliers universitaires (CHUM, CUSM et
Sainte-Justine). Est-ce que ce serait selon vous une bonne ou
une mauvaise chose que ces trois projets soient
réalisés en mode PPP ? » Le tiers des
répondants ( 32%) seulement ont répondu que
c’est une bonne chose; 53% estiment que c’est une mauvaise
chose; 15% n’ont pas d’opinion.
Au tour des entrepreneurs de contester les PPP
CENTRE
HOSPITALIERS UNIVERSITAIRES
Après les architectes, les ingénieurs, les
économistes et des médecins, c’est au tour des
entrepreneurs généraux à contester le
choix du partenariat public-privé ( PPP) pour
construire les centres hospitaliers universitaires (CHU).
Hier, le docteur Alain Vadeboncoeur, porte-parole d’une
nouvelle coalition nommée « CHU sans PPP »,
a dit ne pas comprendre l’obstination du gouvernement à
garder un mode « aussi coûteux ».
En
conférence de presse, hier, la coalition « CHU
sans PPP » (qui regroupe plusieurs associations
professionnelles et syndicats) a appelé le
gouvernement Charest à revenir « à une
approche conventionnelle résolument publique»
pour la construction des centres hospitaliers
universitaires. Sur la photo, André Bourassa,
président de l’Ordre des architectes, et
Régine Laurent, présidente de la
Fédération des infirmiers et
infirmières du Québec. Les deux groupes font
partie de la coalition.
Dans une lettre inédite, le président de la
Corporation des entrepreneurs généraux du
Québec, Réjean Dallaire, appelle le gouvernement
Charest à effectuer un virage. En vertu des PPP, les
entreprises empruntent les fonds pour la construction des
bâtiments publics, en deviennent les
propriétaires et les louent au gouvernement pour une
trentaine d’années. Mais depuis l’éclatement de
la crise, les entrepreneurs sont incapables de trouver du
financement à des taux avantageux, souligne-t-il.
« Il n’y a pas suffisamment de capitaux disponibles pour
ce genre de risque en payant une prime raisonnable,
écrit M. Dallaire. C’est la situation inverse qui
prévalait en 2004 au moment où la
décision de favoriser les PPP fut prise. Force est de
constater que la crise actuelle invalide le critère de
base du choix d’un PPP comme mode de réalisation.
« Et maintenir une forme de contrat qui ne correspond
plus à la réalité dans l’espoir que la
réalité future s’adaptera au contrat nous semble
un pari très risqué. »
Les
entrepreneurs québécois n’ont ni les capitaux
requis, ni l’expérience dans les grands projets en PPP.
Résultat : ce sont souvent les entreprises
étrangères qui dirigent les consortiums, note le
président de la Corporation. Celleci regroupe de gros
entrepreneurs qui font partie de consortiums en lice pour la
construction des centres hospitaliers. « Si tout va
bien, les profits sortiront du Québec, dit M. Dallaire
Si ça va mal, les entrepreneurs et nos sous-traitants
ne seront pas payés. »
« Hydro-Québec réalise des milliards en
travaux par année en prenant bien soin de tailler ses
contrats en bouchées digérables par l’industrie
de la construction, ajoute-t-il. Pourquoi Hydro-Québec
n’utilise-t-elle pas le PPP? Parce que la prime
rattachée à ce mode de contrat est trop
élevée et que gérer le risque
plutôt que de le transférer est plus efficace
tant au niveau des coûts que des
échéanciers. »
En conférence de presse, la coalition « CHU sans
PPP » (qui regroupe plusieurs associations
professionnelles et syndicats, mais pas la Corporation des
entrepreneurs) a appelé le gouvernement Charest
à revenir « à une approche conventionnelle
résolument publique, où le gouvernement
conservera toute sa maîtrise d’oeuvre, dans
l’intérêt de tous et en particulier des patients
», selon les mots du Dr Vadeboncoeur.
« Un hôpital est sujet à des
réorganisations majeures et
répétées, comme un organisme vivant, a
déclaré André Bourassa, président
de l’Ordre des architectes. Le mode PPP conduit à une
rigidité qui rend coûteuses sinon impossibles
à réaliser les améliorations requises au
fil des ans. »
« On nous demande à même nos impôts
de faire la mise de fonds, de garantir l’hypothèque et
de rester quand même locataires, a déclaré
Régine Laurent, présidente de la
fédération syndicale qui regroupe la plupart des
infirmières. Personne ne ferait ça d’une
façon personnelle, mais on nous demande collectivement
de nous embarquer dans un projet aussi fou. J’espère
que le gouvernement, devant une si large coalition, va finir
par écouter la voix de la raison. »
PROJETS EN PPP Gagnon-Tremblay songe à faire
marche arrière
La
présidente du Conseil du T résor, Monique
GagnonTremblay, reconnaît que les avantages liés
aux partenariats public-privé ( PPP) ne sont pas les
mêmes en temps de crise économique. Pour cette
raison, elle ne « ferme pas la porte » à
l’idée de revenir au mode de construction traditionnel
dans quelques grands projets, comme l’échangeur Turcot et
le Centre hospitalier de l’Université de Montréal
(CHUM).
Au cours des derniers
jours, l’Ordre des architectes, l’Ordre des
ingénieurs, la Corporation des entrepreneurs
généraux et l’Association des
économistes du Québec ont tous clamé
que bâtir un hôpital universitaire et des
installations d’envergure comme l’échangeur Turcot en
mode PPP n’est pas souhaitablE.
« Je suis consciente qu’il y a des avantages aux
PPP mais, dans notre contexte économique, si les
avantages liés au PPP ne sont pas au rendez-vous, le
gouvernement devra prendre les décisions
appropriées », a déclaré la ministre.
Mme Gagnon-Tremblay n’est « pas insensible »
à ce qu’elle a entendu cette semaine. Au cours des
derniers jours, l’Ordre des architectes, l’Ordre des
ingénieurs, la Corporation des entrepreneurs
généraux et l’Association des économistes
du Québec ont tous clamé que bâtir un
hôpital universitaire et des installations d’envergure
comme l’échangeur Turcot en mode PPP n’est pas
souhaitable. La coalition « CHU sans PPP » a
même vu le jour cette semaine.
Sans entrer dans les détails, Mme Gagnon-Tremblay a
affirmé que, pour l’instant, le processus suit son cours:
« On n’est pas en train d’évaluer un moment pour
changer de cap. Mais plusieurs intervenants sont dans le dossier
et pourront dire à un moment s’il faut faire marche
arrière », a-t-elle dit.
Selon nos
sources, plusieurs personnes influentes à Québec
souhaitent que le gouvernement abandonne les PPP. Un
représentant de l’Agence des PPP a d’ailleurs dit cette
semaine qu’il se sentait « bien seul » dans le
dossier PPP.
Dans une let t re ouver t e publiée j eudi par le
quotidien Le Devoir, le président de l’Agence des PPP,
Pierre Lefebvre, assure que, si les projets du complexe Turcot
et des CHU sont complexes et risqués, il s’agit
justement « d’un argument de taille pour que les risques
de ces projets ne soient pas assumés uniquement par le
gouvernement et les contribuables québécois
».
Pour sa part, Mme GagnonTremblay affirme que, « quel que
soit le mode choisi, la rigueur sera au rendez-vous ».
« Ma grande préoccupation, c ’est l’argent des
contribuables » , dit-elle.
Mme Gagnon-Tremblay n’est pas la seule à ouvrir la
porte à un changement de cap. Le cabinet du ministre de
la Santé, Yves Bolduc, conf i rme que les projets de
construction de grands hôpitaux en PPP « n’est pas
une religion ».
« On a privilégié le mode PPP parce qu’on
nous prouvait que c’était plus avantageux au moment
où on a fait l’analyse initiale. Mais quand on aura les
propositions finales, on devra réévaluer
», a dit l’attachée de presse du ministre Bolduc,
Marie-Ève Bédard.
Bolduc envisage de renoncer au PPP
Construction du nouveau CHUM à Montréal
QUÉBEC— Leministre de la Santé, Yves Bolduc,
envisage de revenir sur la décision de construire
le nouveau Centre hospitalier de l’Université de
Montréal (CHUM) en partenariat public-privé.
Le ministre de la Santé
Yves Bolduc a ouvert la porte à la
possibilité que la construction du nouveau CHUM
se fasse en mode conventionnel : « Les PPP, ce
n’est pas une religion, c’est un moyen de
réaliser un projet. »
« Le PPP n’est pas une religion pour notre parti,
a-t-il affirmé en Chambre hier. On va prendre la
meilleure façon de le construire. Si, en cours de
route, on voit qu’on doit changer, on va le regarder.
»
Depuis le départ de Monique
Jérôme-Forget, qui faisait l’apologie des
PPP, le gouvernement Charest remet en question le recours
à cette forme de partenariat pour la construction
de plusieurs grands projets.
Vendredi, la présidente du Conseil du
Trésor, Monique Gagnon-Tremblay, reconnaissait que
les avantages liés aux PPP ne sont pas les
mêmes en temps de crise économique. Elle ne
« ferme pas la porte » à l’idée
de revenir au mode de construction traditionnel dans le
cas de l’échangeur Turcot et du CHUM.
La veille, le président de l’Agence des PPP, Pierre
Lefebvre, affirmait pourtant dans une lettre ouverte que
si ces projets sont complexes et risqués, il s’agit
là « d’un argument de taille pour que les
risques de ces projets ne soient pas assumés
uniquement par le gouvernement et les contribuables
québécois ».
Au cours des derniers jours, l’Ordre des architectes,
l’Ordre des ingénieurs, la Corporation des
entrepreneurs généraux et l’Association des
économistes du Québec ont plaidé pour
que les projets du CHUM et de l’échangeur Turcot ne
soient pas réalisés en PPP. Une coalition,
CHU sans PPP, est née la semaine dernière.
« Le
dogme libéral de construction en PPP commence
à sérieusement s’embourber, a lancé
la chef péquiste Pauline Marois lors de la
période des questions hier. Ce n’est pas la
première fois que nous mettons en garde le
gouvernement contre les risques indus d’aller en mode PPP
pour un hôpital universitaire. »
Yves Bolduc a ouvert la porte à la
possibilité que la construction du nouveau CHUM se
fasse en mode conventionnel. « Les PPP, ce n’est pas
une religion, c’est unmoyen de réaliser un projet.
Actuellement, on évalue le projet et comment il va
être finalisé », a-t-il affirmé.
Il est toujours temps de revenir sur la décision
d’opter pour un PPP puisque les plans et devis ne sont pas
encore terminés – ils le seront bientôt.
Québec peut changer d’avis tant que rien n’est
signé avec un consortium privé. « Pour
la modalité de construction, on a encore le temps
de voir venir et on va choisir le meilleur projet »,
a dit Yves Bolduc.
Le gouvernement Charest a lancé l’appel de
proposition pour la construction du futur CHUM le 30 mars
dernier. Les coûts – en hausse depuis des
années – atteignent maintenant 1,577 milliard de
dollars (1,865 milliard si on tient compte du centre de
recherche du CHUM). Québec a choisi de recourir
à unPPPpour la construction du nouveau CHUM il y a
deux ans.
Le ministre Bolduc envisage également de renoncer
à agrandir l’Hôtel-Dieu de Québec en
PPP. Selon le syndicat des employés du CHUQ, la
facture est passée à au moins 935 millions
de dollars. Lors de l’annonce du projet, le 30 juillet
2008, Québec évaluait le coût du
projet à 635 millions.
Le gouvernement a mis de côté la formule des
PPP pour la construction du complexe sportif de
l’Université Laval (Super PEPS). Le projet sera
réalisé en mode conventionnel, a-t-il
annoncé vendredi. Il aurait coûté plus
cher que les 85 millions de dollars prévus si
Québec avait eu recours à un PPP.
Pourquoi se priver des PPP? -
Érik Richer LaFlèche
En
Ontario les économies réalisées
dans le domaine de la santé se chiffrent
à des centaines de millions
La prise en charge par le privé des risques
liés à l’entretien et à la
réparation garantit la qualité de la
construction.
L’auteur est associé au cabinet d’avocats
Stikeman Elliott. Il s’occupe de grands projets
partout dans le monde depuis plus de 25 ans. Il a
conseillé le partenaire privé dans le
premier PPP au Québec et conseille actuellement
l’Ontario dans son premier PPP routier.
Dans la deuxième moitié des
années 90, le gouvernement du Québec
s’est penché sur la façon
d’améliorer la construction et la gestion de
l’infrastructure du Québec. Une partie
importante de cette infrastructure arrive à la
fin de son espérance de vie et doit être
remplacée ou réhabilitée. Des
investissements massifs sont nécessaires. Si
l’on peut améliorer l’efficacité du
gouvernement en tant que donneur d’ouvrage, le
gouvernement « en aurait plus pour son argent
». Les économies ainsi
réalisées permettraient la construction
d’infrastructures additionnelles ou la création
de postes supplémentaires dans la santé
ou l’éducation.
Le Québec n’étant pas seul à
devoir rénover ses infrastructures, le Conseil
du Trésor a étudié ce qui se
faisait en Amérique du Nord, en Europe, en Asie
et en Australie. Une solution développée
dans un pays peut souvent être adoptée
dans un autre. La solution qui avait la faveur de
gouvernements dans le monde repose sur une plus grande
implication du privé dans la conception, la
construction et l’entretien d’infrastructures et de
bâtiments, ce que nous appelons au Québec
les partenariats public-privé ou PPP.
Le Conseil du Trésor s’est attardé sur
deux modèles de PPP, le modèle anglais
et le modèle français. Dans les deux
cas, les risques de dépassements de coûts
sont transférés au privé. De
plus, la prise en charge par le privé des
risques liés à l’entretien et à
la réparation garantit la qualité de la
construction. Quelqu’un obligé de construire
une infrastructure et ensuite de l’entretenir et de la
réparer à ses risques pendant 30 ans va
s’assurer que l’infrastructure est bien conçue
et construite. Il aura une vision holistique du projet
qui l’obligera à planifier le cycle de vie de
l’infrastructure. L’avantage pour le gouvernement est
qu’il sait dès le début combien va
coûter la construction, l’entretien et la
réparation de l’infrastructure pendant 30 ans.
Il n’y a pas de surprise. Le gouvernement peut mieux
planifier.
À
l’heure actuelle, on recense plus de 100 projets en
mode PPP au Canada. La majorité est
concentrée en Ontario, en Colombie-Britannique
et en Alberta. Au Québec, on en compte 10 dont
deux particulièrement chahutés, le CHUM
et l’échangeur Turcot, en raison du consensus
incomplet sur leur définition.
Le programme PPP ontarien est le plus important au
Canada. Il couvre plusieurs secteurs. Dans le secteur
de la santé, l’Ontario construit actuellement
27 hôpitaux ou centres de santé en mode
PPP et cinq autres sont en cours de soumission. De
nouveaux projets sont continuellement ajoutés
au programme. C’est la même chose dans les
autres provinces. Les PPP dans le reste du Canada se
portent bien, et ce, malgré la crise
financière.
Comment expliquer la bonne santé du mode PPP
ailleurs au Canada? La réponse que l’on donne
est la même partout. La rigueur et la
transparence des appels de soumission combinés
à la prise en charge par le privé de la
très grande majorité des risques
procurent des économies importantes aux
gouvernements. En Ontario, les économies
réalisées dans le domaine de la
santé se chiffrent à des centaines de
millions de dollars.
Le mode PPP n’est qu’un simple outil de gestion. Il
est utilisé dans les économies
développées et les pays émergents
par des gouvernements de gauche comme de droite,
depuis la Scandinavie jusqu’au Brésil en
passant par la majorité des pays du monde. Son
utilisation permet aux gouvernements
d’économiser et d’augmenter leur offre.
Pourquoi le Québec devrait-il s’en priver ?
Payer plus cher pour du béton n’aidera pas les
patients à guérir ou les
élèves à apprendre.
Pourquoi attendre ? - Pierre Gravel
Les
PPP doivent être annulés au plus
tôt, 300 millions ont déjà
été dilapidés
Le CHUM deviendra un fouillis honteux plus important
et plus coûteux que le Stade olympique s’il est
construit en mode PPP.
L’auteur est un ingénieur qui réside
à Laval.
Un hôpital est un bâtiment dynamique,
vivant, qui bat au rythme quotidien des soins qui y
sont prodigués, qui doit croître selon
les besoins de ses usagers, de ses employés et
évoluer selon les exigences des nouvelles
technologies.
Depuis quelques semaines, les PPP sont ouvertement
remis en question par les ordres professionnels
d’architectes et d’ingénieurs, et par plusieurs
groupes d’usagers du CHUM et ils ont raison. Le mode
PPP n’est absolument pas adapté pour la
construction d’un hôpital, contrairement, par
exemple, à un pont qui est un ouvrage statique
et qui n’a besoin que d’un entretien régulier
et prévisible.
Dans ce contexte des PPP, les ministres responsables
ont fait des déclarations déconcertantes
sur les modes de gestion de construction, sur le
partage des risques, sur l’évolution des
échéanciers et le contrôle des
coûts. Ces déclarations indiquent une
très mauvaise connaissance du dossier. Si la
situation est si évidente pour les
spécialistes, pourquoi alors attendre encore
six mois pour décider d’annuler les PPP et
changer de mode de construction? Sont-ils les seuls
à avoir raison?
Si
les PPP sont finalement abandonnés, le
gouvernement fera face à des poursuites de
plusieurs dizaines de millions de dollars de la part
de promoteurs et de bureaux de professionnels qui
auront alors travaillé pour rien. On aura perdu
six mois et ces mêmes professionnels en conflit
seront ceux qui possèdent présentement
l’expertise dont a besoin le projet. Beau dilemme!
L’attitude attentiste et l’opportunisme politique du
gouvernement québécois provoquent
actuellement une désaffection et un
désistement marqués des professionnels
attachés à ce projet. Ces derniers, qui
sont traités avec méfiance dans leur
propre expertise et spécialité, selon la
structure actuelle des PPP mise sur pied par les
avocats et les comptables de l’entourage
gouvernemental, seront, qu’on le veuille ou non, les
partenaires et les collaborateurs de confiance de
demain du gouvernement pour la réalisation de
ce projet. Quelle atmosphère de travail !
Plus de 300 millions ont déjà
été dilapidés, c’est assez! Il
faut donc prendre maintenant la décision
d’annuler les PPP, tourner la page, recréer un
contexte de travail de confiance et laisser aux
experts de la construction le soin de structurer un
mode de réalisation qui a fait ses preuves et
qui ralliera toutes les énergies. Et tant
qu’à faire, on pourrait penser changer de site.
L’expertise est ici, prête à travailler
avec fierté. Plusieurs grands projets
totalisant plus de 1 milliard de dollars –
l’aéroport de Dorval et les nouveaux pavillons
de l’Université de Montréal, pour n’en
nommer que quelques-uns – ont été
exécutés dans les dernières
années selon un mode de réalisation
connu, sans dépassement de coûts et dans
le respect des besoins du client et des
échéanciers.
I l faut absolument que le CHUM soit construit selon
un mode traditionnel ou en gérance de projet,
mais surtout pas en PPP. Sinon, ce projet deviendra un
fouillis honteux plus important et plus coûteux
que le Stade olympique, ce qui n’est pas peu dire. Et
ce sera encore plus dramatique, car ces
bâtiments sont vitaux pour le bien-être de
la société. Il est encore temps de
renverser la vapeur. Maintenant.
Plus les ouvrages sont complexes, plus les avantages des PPP
sont importants
PPP :
Soyons courageux - Marcel Boyer
Le plus grand chantier PPP en France : plus de 1000 lits,
ouverture en 2011, contrat d’une durée de 30 ans. Trop
compliqué pour le Québec, mais pas pour les
autres !
L’auteur est professeur émérite de sciences
économiques à l’Université de
Montréal et fellow du CIRANO. Le débat sur le
rôle des PPP en santé refait encore une fois
surface ces jours-ci avec le projet du CHUM. Certains pensent
que l’amoncellement d’erreurs dans le dossier du CHUM le rend
finalement impropre à la formule PPP. Peut-être.
D’autres pensent que, en dépit des erreurs commises, il
faut éviter d’en faire une autre en renonçant
à la formule PPP. De toute manière, si on veut
abandonner la formule PPP, faisons-le pour les bonnes raisons.
Renoncer
aux PPP pour le futur CHUM serait une erreur.
Deux arguments économiques principaux sont
soulevés ces jours-ci par les opposants au PPP-CHUM.
Le premier argument: un hôpital est un ouvrage complexe
qui devra être modifié et transformé au
cours des ans en fonction des besoins et des progrès en
médecine. L’erreur est subtile. Les modalités
contractuelles des transformations ultérieures d’un
grand hôpital peuvent très bien être
incluses dans le contrat de partenariat. politiques,
bureaucratiques, professionnels, corporatistes et syndicaux
aux dépens des patients et des contribuables.
Les opposants au PPP devraient nous expliquer pourquoi de
nombreux pays ont adopté la formule PPP pour la
rénovation, l’agrandissement, la transformation et la
construction de leurs hôpitaux. Le plus grand chantier
PPP en France est le Centre hospitalier sud-francilien: plus
de 1000 lits, ouverture en 2011, contrat PPP d’une
durée de 30 ans. Que dire de plus? Trop
compliqué pour le Québec, mais pas pour les
autres!
Les avantages
des PPP restent importants même et peut-être
encore plus dans le cas d’ouvrages complexes. Leur grand
avantage vient de la mise en concurrence des partenaires
privés pour faire émerger les meilleures
pratiques (gestion de risques, contrôle des coûts,
maintien des infrastructures, développement de
compétences à valoriser) et pour réduire
le pouvoir des groupes d’intérêt
Le second argument : le taux d’intérêt sur les
emprunts gouvernementaux étant plus faible que celui du
secteur privé, le coût d’un bien ou service sera
nécessairement plus faible s’il est produit par le
secteur public. Il est vrai que le secteur public peut
emprunter à des taux d’intérêt plus
faibles. La raison: contrairement aux entreprises
privées, le gouvernement a le droit et le pouvoir de
lever des taxes ou impôts supplémentaires si ses
projets sont des échecs.
Du point de vue des contribuables, ce droit de l’État a
un coût bien réel, mais caché ou non
comptabilisé : c’est la valeur de l’option
financière consentie par les contribuables à
l’État d’obtenir et d’exiger des fonds additionnels
pour couvrir l’échec, voire la faillite du projet
considéré. Le différentiel de taux
d’intérêt est précisément
égal au coût de cette option que détient
le gouvernement. Si les citoyens donnaient à une
entreprise privée l’option de les « taxer »
si elle se retrouvait en situation de détresse
financière, elle pourrait se financer au même
taux que le gouvernement. D’où l’erreur, subtile
certes, mais claire et nette.
La crise du crédit fait actuellement mal aux PPP comme
elle fait mal à bien des institutions et entreprises.
Il faudra dans ce dossier, comme dans bien d’autres
liés à cette crise, faire preuve d’innovation et
de courage. Mais cette crise ne remet aucunement en cause le
rôle fondamental des marchés et de la concurrence
dans l’émergence d’une économie du secteur
public plus efficace et plus prospère.
Charest enterre les PPP Le président de l’Agence des
PPP quitte son poste
EXCLUSIF
Ce changement de cap signifierait un an de retard
supplémentaire pour le projet de construction du
nouveau CHUM.
— Le gouvernement Charest va habiller l’opérat ion
comme une profonde « réf lexion » sur
l’avenir de la formule des par tenariats
public-privé. Mais à Québec tout le
monde a compris qu’il s’agissait d’un enterrement de
première classe, surtout le président de
l’Agence des PPP, Pierre Lefebvre.
Le départ du président
de l’Agence des partenariats public-privé, Pierre
Lefebvre, doit être annoncé aujourd’hui,
après la réunion du Conseil des ministres, a
appris La Presse.
Le départ de ce haut fonctionnai re doit être
annoncé aujourd’hui, après la réunion
du conseil des ministres, a appris La Presse. Le
protégé de Monique Jérôme-Forget
était dans la ligne de mire de bien des membres du
gouvernement depuis le départ de la Dame de fer,
début avril.
Joint hier, il a refusé de commenter. Cette
démission, préditon déjà,
ouvrira la voie au retour au mode conventionnel pour la
construction du CHUM, l’hôpital universitaire de
Montréal. Ce changement de cap signifierait un an de
retard supplémentaire – il faudra faire travailler
des professionnels avant d’aller en appel d’offres
général et donner tout le temps
nécessaire aux entrepreneurs d’y répondre.
Tout récemment le ministre de la Santé, Yves
Bolduc, soulignait que le gouvernement reconsidérait
le choix de la formule PPP pour le CHUM. « Si le
gouvernement ne s’était pas peinturé il y a
quelques semaines en faveur du projet en PPP, (il voulait
désamorcer un rapport embarrassant du Véri
ficateur général), on serait
déjà revenu en conventionnel », confie
une source au centre de toutes ces tractations.
« Pour les médecins spécialistes, il est
évident que si on abandonne le PPP pour le CHUM c’est
une excellente nouvelle », de renchérir de son
côté le Dr Gaétan Barrette, le
président des 8000 spécialistes.
La présidente du Conseil du Trésor, Monique
GagnonTremblay, avait aussi des réticences et insiste
depuis des semaines sur le fait qu’elle n’a jamais
trouvé que les PPP étaient une panacée.
Et, en coulisse, Julie Boulet et tout le ministère
des Transports travaillent à ce que la
réfection de l’échangeur Turcot revienne en
mode conventionnel. Même le maire de Montréal,
Gérald Tremblay, s’est mis de la partie pour dema
nder que T u r cot revienne en construction conventionnelle.
Pierre Lefebvre, indique-t-on, voyait clairement dans ces
sorties publiques convergentes la mort annoncée du
processus de PPP.
Depuis les dernières semaines, les associations de
professionnels, les ingénieurs, les architectes et
les entrepreneurs généraux ont
enclenché une campagne publique pour que ces deux
immenses projets ne soient plus réalisés en
partenariat public-privé.
Moins
médiatisés, beaucoup d’autres projets, le
CHUQ (l’hôpital universitaire de Québec), et
des constructions de prisons provinciales, sont aussi
« pris dans la mélasse ».
De sources sûres, on a appris que Pierre Lefebvre
restera employé au Trésor pour la
transition, et deviendrait, à compter de l’automne
prochain, secrétaire associé au Conseil du
Trésor, une étape avant son départ de
la fonction publique – son contrat arrivait à
échéance au printemps prochain.
Avec un remaniement mineur, le gouvernement Charest doit
annoncer ce matin un jeu de chaise musicale plus imposant
du côté de la haute fonction publique –
même en fin de semaine, on s’affairait à ce
sujet au Conseil exécutif, le ministère du
premier ministre.
« Québec traîne les pieds »
Le gouvernement annoncera le remplacement, par
intérim, de M. Lefebvre par un haut fonctionnaire.
Depuis des semaines, Québec coupait
l’oxygène à l’organisme chargé de
préparer les partenariats. L’indécision du
gouvernement se manifeste de bien des manières. La
moitié du conseil d’administration est parti sans
être remplacé – le président du
conseil, Claude Garcia, est parti depuis mars –, le
sousministre des Transports, Denis Jean, assume
l’intérim depuis.
Pour l’économiste deCIRANO, Marcel Boyer, membre du
conseil de l ’ agence, « le gouvernement
traîne les pieds dans ces dossiers. Il y a beaucoup
de rumeurs… je pourrai commenter dans quelques jours
». « Je suis déçu. Les PPP ont
leur place même s’il y a une forte opposition au
Québec, ce sont des arguments qui ne tiennent pas
la route. L’opposition aux PPP vient en
général de gens dont la compétence
n’est pas étincelante. Ce n’est pas parce qu’on dit
quatre fois la même chose que cela devient vrai pour
autant », de conclure l’économiste.
Aussi, des postes de cadres à l’Agence ont
été annoncés, mais n’ont jamais eu le
feu vert pour être comblés.
Turcot La facture dépassera le milliard et
demi - Bruno Bisson
La
reconstruction de l’échangeur Turcot, au
sud-ouest de Montréal, coûtera plus cher
que le milliard et demi annoncé, et elle sera
probablement reportée d’un an en raison des
changements que le ministère des Transports
devra apporter au projet.
Dans un entretien avec La Presse, hier, la ministre
des Transports, Julie Boulet, a affirmé:
«On fera tout ce qui est possible pour respecter
les délais prévus. On parlait d’une
reconstruction entre 2009 et 2016, mais avec les
changements à apporter, on ne commencera pas
cette année. Moi, ma date butoir, c’est 2017,
le plus loin que je peux aller. Il faut reconstruire
l’échangeur Turcot.»
Cet échangeur est le plus gros carrefour
autoroutier de la province. Près de 300 000
automobiles et camions l’empruntent chaque jour. Il
relie les autoroutes A-15 (Décarie), A-20 et
A720 (Ville-Marie) entre elles et avec les quartiers
du Sud-Ouest qu’il traverse depuis 42 ans.
Devant le Bureau d’audiences publiques sur
l’environnement (BAPE), en mai et juin derniers, la
grande majorité des groupes et des personnes
qui ont participé aux consultations ont
condamné presque tous les aspects (transports
en commun, intégration urbaine, circulation
automobile, etc.) du concept soumis par le MTQ pour
reconstruire cet échangeur.
Danssonrapportrendupublic mardi, le BAPE a
recommandé des modifications substantielles au
projet, particulièrement sur le plan de
l’intégration urbaine dans les secteurs
résidentiels de Saint-Henri et
Côte-Saint-Paul, où la reconstruction
aura le plus d’impacts.
Denis Lévesque, porte-parole de Mobilisation
Turcot, coalition d’organismes du SudOuest, a
affirmé hier que les recommandations du BAPE
représentent « une victoire morale
importante » pour la population qui vit à
proximité de l’échangeur.
«Il a fallu travailler fort pour convaincre les
gens de se présenter en grand nombre aux
audiences publiques, dit M. Lévesque. Les gens
ne nous croyaient pas quand on leur disait que
ça pouvait faire une différence. Ils
sont allés dire au BAPE ce qu’ils ressentaient,
ce que ce projet allait changer à leurs vies et
à leur quartier. Le rapport montre que le BAPE
y a été sensible.»
M. Lévesque a toutefois tenu à
relativiser l’importance de cette victoire en
soulignant que le BAPE n’a qu’un rôle
consultatif et que c’est le gouvernement du
Québec qui aura le dernier mot quant à
l’avenir du projet Turcot.
À
l’inverse,
le rapport a eu l’effet d’une douche froide sur
l’Association du camionnage du Québec (ACQ),
une des rares organisations qui appuyait
entièrement le projet du MTQ. La
majorité des plus grandes entreprises de
camionnage du Québec en sont membres.
En entrevue, hier, le PDG, Marc Cadieux, a
estimé que tout retard dans la reconstruction
d’une infrastructure aussi stratégique pourrait
avoir des impacts économiques
désastreux.
« La congestion routière est en train de
prendre des proportions énormes à
Montréal, assure-t-il. Cela a des impacts
évidents sur les transporteurs, bien sûr.
Mais au-delà de ça, la congestion a un
coût environnemental que tout le monde va
assumer si on brûle deux fois trop de carburant
dans les embouteillages.»
Montréal dépité
La Ville de Montréal a également
accueilli sans enthousiasme le rapport du BAPE, qui a
rejeté plusieurs de ses recommandations les
plus importantes, notamment en matière de
circulation automobile et de transports en commun.
« À la Ville de Montréal, a
déclaré hier le responsable du
développement durable, Alan DeSousa, nous avons
la conviction que la mise en place d’un
véritable réseau régional de
voies réservées aux transports
collectifs sur l’ensemble du réseau
métropolitain permettrait d’alléger la
circulation dans le complexe Turcot, sans compromettre
la fluidité la circulation.»
M. DeSousa a révélé que le maire
de Montréal, Gérald Tremblay, et la
ministre des Transports, Julie Boulet, ont
discuté du dossier hier matin et que les
équipes de travail de la Ville et du MTQ se
rencontreront prochainement afin de reprendre le
dialogue.
Selon M. DeSousa, le Ministère « aurait
fait certaines avancées» sur des aspects
importants du projet, «mais la question des
transports en commun reste entière».
Le BAPE rejette le projet Turcot Pas
d’expropriations, pas de remblai et plus de transports en
commun - Bruno Bisson
« dans une approche de partenariat avec les
collectivités concernées », sans
démolir de logements et sans construire de
remblai en milieu résidentiel.
« Il est important que la reconstruction du
complexe Turcot ne soit pas seulement basée sur
le maintien de la capacité de l’infrastructure
routière, dit le rapport. Elle doit aussi
concilier les enjeux de développement durable
avec le milieu humain dans lequel elle cohabiterait.
»
Le MTQ projetait de reconstruire la moitié des
bretelles autoroutières de cet échangeur
sur des remblais pouvant atteindre 8 m de hauteur,
dont plusieurs en plein secteur résidentiel.
« Dans le secteur résidentiel de
Côte-Saint-Paul, densément peuplé,
la présence d’un remblai créerait deux
enclaves physiques et visuelles, soutient le rapport.
À plusieurs reprises en audiences publiques,
des appréhensions ont été
exprimées, à savoir que le quartier
longeant l’A-15, entre l’échangeur Turcot et
l’échangeur de La Vérendrye, serait
irrémédiablement scindé en deux
par le remblai projeté. »
Le BAPE recommande carrément (et c’est la plus
grande surprise de ce rapport) de «
réexaminer » la possibilité de
reconstruire une portion de l’autoroute 15 en
tranchée, sur une distance de plusieurs
centaines de mètres entre le canal de Lachine
et le boulevard de La Vérendrye.
Cette solution avait été proposée
des mois avant les audiences du BAPE, qui ont eu lieu
aux mois de mai et juin dernier, par l’architecte
Pierre Brisset. Pour sa part, Pierre Gauthier,
professeur en urbanisme à l’Université
Concordia, avait fait valoir que l’effet d’enclavement
de ces quartiers, créé lors de la
construction de l’échangeur dans les
années 60, « pourrait même
être atténué si l’A-15
était reconstruite en tranchée ».
« Elle aurait l’avantage de permettre un passage
de plus au-dessus de la tranchée entre les
secteurs résidentiel et industriel/commercial,
et créerait un lien visuel, en plus
d’atténuer l’effet psychologique de
barrière », fait en outre valoir le BAPE
dans son rapport.
Le Bureau souligne par ailleurs qu’il « n’est
pas possible de souscrire » à la
possibilité que des maisons soient
expropriées et des logements détruits
par la reconstruction de l’échangeur «
puisque la construction du complexe a, à
l’origine, provoqué des acquisitions
importantes qui ont fragmenté l’habitat urbain
».
« Le MTQ, e s t i me le BAPE, devrait revoir, en
partenariat avec les villes de Montréal et de
Westmount, l’administration du centre de santé
McGill et les sociétés de transport
concernées, la configuration de
l’échangeur Turcot dans sa portion nord-est,
incluant le futur boulevard Pullman, la rue
Saint-Jacques et l’autoroute 720, et les voies
d’accès au centre de santé McGill.
»
Accent sur les transports collectifs
Le projet du MTQ prévoit la démolition
d’environ 170 logements, qui sont situés en
majorité au sud de l’autoroute Ville-Marie,
dans le secteur de Saint-Henri. Ce quartier, rappelle
d’ailleurs le rapport, a été
déstructuré par la construction de
l’échangeur original, qui avait chassé
quelque 6000 personnes de leurs logements dans les
années 60.
Enfin, les commissaires du BAPE n’ont pas paru
impressionnés par l’aménagement de voies
réservées aux autobus au milieu de
l’autoroute 20.
« Bien qu’intéressantes, commente le
rapport, (les voies réservées) ne
constituent qu’une amorce d’un éventuel
réseau sur le système autoroutier
métropolitain. Qui plus est, elles n’ont pas
encore fait l’objet d’une conception
préliminaire. »
Le BAPE recommande ainsi que «
l’opportunité de les prolonger vers le
centre-ville de Montréal, sur l’autoroute 720,
mais sans y ajouter de nouvelle voie », soit
examinée, afin de créer un couloir
complet de transports collectifs entre l’ouest de
l’île et le centre-ville.
Mince consolation pour le MTQ, le rapport du BAPE
établ it clai rement que la reconstruction de
l’échangeur Turcot est nécessaire,
même si le projet, lui, doit être revu en
profondeur
De plus, le BAPE estime que cette infrastructure
autoroutière « devrait conserver sa
capacité actuel le pour répondre
à plus long terme aux besoins en
mobilité de la région
métropolitaine ».
Le BAPE écarte ainsi implicitement les
propositions des écologistes, qui souhaitaient
qu’une partie des voies de l’autoroute soient
soustraites au trafic automobile, et
réservées exclusivement aux transports
collectifs.
Réaménagement de l’autoroute
Bonaventure : Isabelle Hudon en colère contre
l’AMT - Éric Clément
En
juin, la Ville de Montréal et la
Société du Havre (SHM) ont
présenté le projet de
réaménagement de l’autoroute
Bonaventure, aux portes de la métropole. Trois
mois plus tard, il y a de l’eau dans le gaz, a appris
La Presse. À cause de l’Agence
métropolitaine de transport (AMT), accuse
Isabelle Hudon, présidente du conseil de la
SHM, qui estime aussi que des fonctionnaires
montréalais « ralentissent le
processus».
PHOTO ARCHIVES LA
PRESSE
Vue aérienne de
l’arrivée de l’autoroute Bonaventure à
Montréal.
Le projet de 142 millions est majeur. Il s’agit
d’effacer les erreurs des anciennes administrations
qui ont bétonné une des plus importantes
entrées de Montréal, en créant un
boulevard urbain, un couloir pour autobus et un
quartier moderne, chic, vert et agréable
près du viaduc ferroviaire du CN, du faubourg
des Récollets et de l’îlot de la Commune.
L’autoroute sera ramenée au sol et
transformée en deux artères à
partir de la rue Brennan.
Pou r que le projet soit moderne, la SHM a
donné la priorité au covoiturage ainsi
qu’aux piétons, vélos, autobus, tramways
et voitures hybrides. Elle a recommandé de
créer le couloir des transports collectifs dans
la rue Dalhousie afin de faire circuler plus
rapidement les autobus jusqu’au centreville. Le
couloir Dalhousie coûtera 86 millions. Il
relève de l’AMT.
Quand nous avons parlé de ce dossier au maire
Gérald Tremblay, le 4 septembre, il a
répondu que la question du financement du
couloir était réglée.
Vérification faite, ce n’est pas le cas.
L’attaché de presse du maire, Martin Tremblay,
a dit par la suite que le maire estime que le
problème est réglé dans la mesure
où, pour lui, il est clair que le projet doit
aller de l’avant tel que planifié.
Vendredi dernier, La Presse a parlé au
responsable du projet signaux très
favorables», a dit M. Lavallée.
Pourtant, selon nos sources, la situation est plus
complexe. Isabelle Hudon a même rencontré
le maire Tremblay il y a quelque temps pour lui
demander d’agir. Il s’est rendu sur-levendredi le
directeur général de la SHM,
Gaétan Rainville.
Joint par La Presse, le PDG de l’AMT, Joël
Gauthier, ne veut pas parler ouvertement du dossier.
Il se borne à dire que l’AMT n’a aucune
objection à fina ncer le couloir. « Il
faut que les utilisateurs des transports en commun de
la Rive-Sud le sachent : l’AMT ne veut pas investir
d’argent dans ce projet. Elle n’est pas de bonne foi.
» à la Ville, le vice-président du
comité exécutif, André
Lavallée. Pour lui, l’AMT financera le couloir,
car son coût est inscrit à son budget.
«Cela a été discuté
directement avec la SHM, la Ville et le gouvernement
du Québec, et je n’ai que des champ voir le
directeur général de la Ville, Claude
Léger, et le fonctionnaire responsable du
dossier, Gilles Robillard. Mais les choses ont
traîné. Un problème de pente de la
chaussée s’est ajouté, et a finalement
été réglé il y a quelques
jours, a dit Mais Isabelle Hudon était
très fâchée vendredi. «
L’AMT n’a jamais voulu se compromettre, a-t-elle dit.
La ministre des Transports, Julie Boulet, n’a jamais
reçu ce dossier de leur part. L’AMT veut son
terminus d’autobus. Je le sais, je suis allée
à Québec pour défendre le couloir
auprès du gouvernement, tandis que M. Gauthier
présentait son terminus. La ministre veut ce
couloir, mais elle a prévenu M. Gauthier qu’il
ne pourra avoir du financement pour les deux.
«J’en ai assez, a ajouté Mme Hudon.
Gérald Tremblay a décidé d’aller
de l’avant parce que je l’ai convaincu que
c’était la meilleure chose à faire. Et
comme ça a été le cas pour le
Quartier des spectacles, il a agi même si
Québec ne pouvait être au rendez-vous.
Mais l’AMT ne s’est jamais compromise ; c’est de la
mauvaise volonté. Il faut que les utilisateurs
des transports en commun de la Rive-Sud le sachent :
l’AMT ne veut pas investir d’argent dans ce projet.
Elle n’est pas de bonne foi.»
Le maire Tremblay veut que le dossier avance et que
les audiences de l’Office de consultation publique de
Montréal sur ce projet aient lieu rapidement.
Le comité exécutif pourrait aller de
l’avant à ce sujet dès mercredi.
«Je peux vous dire que les jambettes de certains
fonctionnaires ont ralenti le processus, a dit Mme
Hudon. M. Tremblay est de bonne foi, mais est-ce le
cas de sa machine? Les empêcheurs de tourner en
rond, j’en ai assez. On veut donner une entrée
d’envergure à Montréal. Chaque matin,
environ 20 000 personnes de la Rive-Sud arrivent dans
ce secteur en autobus et 12 000 en automobile. On veut
diminuer la part modale de l’auto. C’est incroyable,
une telle mauvaise volonté. Je suis
tannée de voir ça. »
ÉCHANGEUR TURCOT Québec renonce au
PPP - Mathieu Perrault
Le
ministère des Transports ne fera pas la
réfection de l’échangeur Turcot en
partenariat public-privé (PPP),
aannoncéhiermatinlaministre Julie Boulet. Cette
annonce survient unmois après que le maire de
Montréal, Gérald Tremblay, eut publiquement
demandé à Québec de renoncer à
ce PPP.
« Nous avons besoin d’une
souplesse et d’une flexibilité que n’offre pas le
PPP », a estimé la ministre des Transports
du Québec, Julie Boulet.
« Nous avions prévu que le PPP nous ferait
économiser 100 millions, mais il n’y a plus du tout
d’économies parce que le contexte économique
mondial change les conditions de financement de nos
partenaires », a dit la ministre Boulet en entrevue
avec La Presse. « Comme il n’y avait pas
d’avantages, nous avons regardé l’ensemble du
dossier. Turcot est particulièrement complexe, dans
un environnement urbanisé, avec plusieurs
partenaires, l’école primaire, le centre Gadbois,
les arrondissements, la Ville de Montréal. Nous
avons besoin d’une souplesse et d’une flexibilité
que n’offre pas le PPP. Le gouvernement peut moins
intervenir pour faire des bonifications. »
Quels changements veut la ministre? « Il y a eu des
demandes pertinentes durant les audiences publiques, il y
aura certainement des requêtes de la part du BAPE, a
indiqué Mme Boulet. Il y aura peut-être des
demandes pour les transports collectifs. »
Le budget va-t-il augmenter? « Le budget de 1,5
milliard comprend 380 millions pour les imprévus, a
assuré Mme Boulet. Il n’y aura pas de
dépassement de coûts. »
La ministre admet que la sortie du maire Tremblay a
joué un rôle dans cette annonce. « Tout
ça a alimenté notre réflexion.
»
André Lavallée, responsable du dossier des
transports à la Ville de Montréal, a
indiqué qu’il y avait eu des discussions sur les
PPP avant et après la sortie du maire, lors des
audiences du BAPE. « La décision de la
Ville était unanime, a dit M. Lavallée. On
avait informé la ministre avant les audiences. Et
on a eu d’autres échanges depuis. »
La Ville souhaite rédui re l’achalandage de
l’échangeur en favorisant les transports en
commun. Elle craignait que le PPP ne rende les
changements difficiles. « Le Ministère
devait définir un ouvrage très,
très précis et personne ne savait comment
les demandes d’améliorations auraient pu
être prises en compte. L’attention du
Ministère portait uniquement sur les bretelles de
l’échangeur, alors que nous voulons diminuer la
circulation en aval et implanter des voies
réservées au covoiturage, aux transports
en commun et aux taxis. » Environ 40% de la
circulation sur l’échangeur est constituée
de banlieusards qui se rendent au travail à
Montréal.
Critiques
Stéphane Bergeron, député
péquiste de Verchères et porteparole de
l’opposition en matière de transports, estime lui
aussi que Turcot devra faire une plus grande place aux
transports en commun. N’est-ce pas surprenant de la part
d’un député de la RiveSud? «
Au-delà du clientélisme, il faut
réaliser que le moteur à combustion
interne est condamné à plus ou moins
brève échéance à cause de la
raréfaction du pétrole, dit M. Bergeron.
Il faut changer les comportements, mais pas
réduire la capacité sans offrir des modes
plus verts comme l’autobus ou le covoiturage. »
Le député péquiste estime que c’est
la démission de l’ex-ministre des Finances
Monique JérômeForget qui a permis l’abandon
du PPP. « La ministre des Transports
elle-même a émis des doutes l’automne
dernier sur les PPP, souligne M. Bergeron. Mais Mme
Jérôme-Forget a eu gain de cause.
C’était une mauvaise décision. On sait par
l’expérience internationale que les PPP de grande
envergure sont généralement très
coûteux, peu flexibles et dépassent les
délais prescrits. Ce qu’il faut savoir
maintenant, c’est combien a coûté cet
entêtement pendant un an. On a fait travailler des
gens à l’Agence des PPP et au Ministère.
»
À l ’ I nstitut économique de
Montréal, qui milite depuis plusieurs
années pour les PPP, l’économiste
principal Marcel Boyer fustige la décision du
gouvernement. « Ce sont des arguments peu
crédibles, dit M. Boyer. Le Ministère
n’est historiquement pas capable de gérer
l’entretien à long terme des infrastructures. Si
le partenaire privé n’entretient pas
adéquatement l’infrastructure, il n’est pas
payé. S’il est en difficulté
financière, le gouvernement peut
récupérer l’infrastructure à
moindre coût. Et pour ce qui est des changements,
partout dans le monde, les grands hôpitaux sont
construits en PPP et les changements sont prévus
aux contrats. On peut s’inquiéter que le
gouvernement soit prêt à lancer le projet
sans trop savoir quels changements seront
réclamés. C’est une porte ouverte aux
dépassements de coûts. L’avantage des PPP,
c’est qu’ils imposent une discipline. »
Turcot 2.0 - Nathalie Collard
La
volonté de faire une plus grande place aux
transports collectifs doit l’emporter.
S’il y a une conclusion qui se dégage des audiences
du BAPE sur la reconstruction de l’échangeur
Turcot, c’est que le projet ne pourra se réaliser
sous sa forme actuelle.
La majorité des mémoires
présentés cette semaine vont dans le
même sens: il faut faire une plus grande place aux
transports collectifs. Et on ne pourra pas ignorer
l’argument en disant qu’il s’agit de l’opinion d’une
poignée d’écolos anti-auto: tout le monde,
de la Ville de Montréal à la Direction de la
santé publique en passant par la Chambre de
commerce du Montréal métropolitain,
réclame une meilleure intégration des
transports en commun.
Il y a donc un fossé qui sépare les
fonctionnaires du ministère des Transports de la
plupart des intervenants qui ont pris la parole cette
semaine. D’un côté, une vision très
conservatrice basée sur le béton et le
déplacement des véhicules, et de l’autre,
une volonté réelle de profiter de la
reconstruction de l’échangeur pour réaliser
un projet urbain significatif.
C’est cette volonté qui doit l’emporter.
Le Ministère aurait dû consulter davantage
avant de soumettre un projet aussi peu
évolué. Une plus vaste consultation,
accompagnée d’une meilleure écoute, lui
aurait fait gagner du temps. Car il est évident
aujourd’hui que si le BAPE et le MTQ veulent conserver
leur crédibilité, les fonctionnaires devront
retourner à leur table à dessin. Ce projet
est trop important pour tourner les coins ronds. Le
prochain échangeur Turcot doit absolument
refléter les préoccupations et les
réalités du XXIe siècle.
Dans les
faits, cela signifie non seulement une meilleure
intégration des différents moyens de se
déplacer, mais également une vision beaucoup
plus large de l’aménagement du territoire. Comme
l’a déclaré avec beaucoup d’éclat le
directeur de la santé publique de Montréal,
Richard Lessard, « Montréal n’est pas un
champ de blé d’Inde ».
Cette déclaration cinglante vise bien entendu la
désinvolture avec laquelle le MTQ a
évoqué l’expropriation de plusieurs
résidants riverains de l’échangeur. Cet
aspect-là du projet devrait également
être revu afin de minimiser les impacts. La Ville de
Montréal estime que c’est possible.
Le MTQ devrait également faire preuve d’un peu
moins de dogmatisme à propos de la construction sur
talus. Cette méthode s’avère peut-être
plus économique à certains endroits, mais
dans des cas précis, on pense entre autres au
quartier Côte-SaintPaul, il y a unanimité sur
les effets d’enclavement que des talus susciteraient.
Enfin, l’autre aspect crucial du projet de reconstruction
de l’échangeur Turcot a trait à son mode de
réalisation. Le partenariat public-privé
est-il vraiment la meilleure solution dans ce cas
précis? La Ville de Montréal a
exprimé, avec raison, ses réticences. On ne
s’attaque pas à un projet de cette envergure, et
qui aura un tel impact pour des années à
venir, avec une montre en main.
Oui, il y a urgence à reconstruire
l’échangeur avant qu’un morceau de béton ne
se détache et tombe sur une voiture. Cette urgence
ne doit toutefois pas justifier qu’on rogne sur les
aspects plus avant-gardistes de l’ouvrage. De l’avis de
plusieurs, le mode PPP ne permet ni latitude ni
flexibilité.
Voilà l’occasion de réaliser un projet
marquant pour Montréal. Ne laissons pas cette
chance passer.
Échangeur Turcot :
Québec ouvert à des modifications
La ministre Boulet est prête à ajouter des voies
réservées aux transports collectifs
Le
député péquiste Stéphane
Bergeron a accusé la ministre d’avoir
présenté un projet qui « fait
l’unanimité contre lui » aux audiences du
BAPE.
— Confrontée à une avalanche de critiques,
la ministre des Transports, Julie Boulet, ouvre la porte
à des modifications au projet de reconstruction de
l’échangeur Turcot. Elle se dit prête
à ajouter des voies réservées aux
transports collectifs, ce qui répondrait en partie
aux demandes de la Ville de Montréal et de la
Société de transport de Montréal
(STM).
Ces modi fications feraient gonfler la facture du projet,
mais Julie Boulet ne les a pas chiffrées hier. La
ministre n’est pas allée aussi loin que sa
collègue du Trésor, Monique GagnonTremblay,
pour qui les coûts du projet Turcot pourraient
exploser de 50% à 100% comme dans le cas du nouveau
CHUM.
Le projet « a été annoncé en
juillet 2007 au coût de 1,5 milliard de dollars
», s’est contentée de dire Mme Boulet au
cours de la période des questions à
l’Assemblée nationale. Elle n’a pas
précisé si l’estimation demeurerait la
même. Elle a toutefois souligné que «
dans le 1,5 milliard, il y a 390 millions de contingences
», un coussin pour faire face aux imprévus.
des voies réservées sur l’autoroute 20 vers
l’ouest jusqu’à Dorval, des voies
réservées vers le centre-ville, sur la rue
SaintJacques, alors, oui, ce seront des ajouts, et nous
serons fiers de participer à ces travaux »,
a-telle affirmé. Ces nouvelles voies
En Chambre, l e député péquiste
Stéphane Bergeron a accusé la ministre
d’avoir présenté un projet qui « fait
l’unanimité contre lui » aux audiences du
BAPE. Julie Boulet a répondu que le dossier Turcot
« est en constante évolution ».
« Le projet peut être bonifié. Si la
Ville demande notamment qu’on travaille, avec la STM,
à réservées sont présentement
à l’étude et font l’objet de discussions
avec la Ville et la STM.
«
L’ensemble des revendications à ce jour des
organismes qui se sont présentés au BAPE,
concerne le transport collectif », a souligné
Julie Boulet.
Or, le maire de Montréal , Gérald Tremblay,
réclame de nombreux autres changements majeurs . I
l demande ent re autres que le projet soit
réalisé en mode conventionnel, et non en
partenariat public-privé ( PPP). Le gouvernement
Charest étudie cette option.
Gérald Tremblay propose également que des
nouvelles voies réservées aux transports
collectifs soient mises en place dans l’ensemble du
réseau autoroutier, y compris les autoroutes 10,
15, 20, 25 et 40. La proposition du président de la
Société de transport de Montréal,
Michel Labrecque, est à peu près la
même. Il demande « d’inclure une solution
globale de transports collectifs permanente et
intégrale, sur l’ensemble de l’axe est-ouest, en
lien avec le réseau routier supérieur, soit
les autoroutes 10, 15, 20 et 40 ».
Une nouvelle voie réservée entre Dorval et
Montréal-Ouest, comme l’envisage Julie Boulet,
aurait une distance d’environ 11 km. Sa construction
serait complexe puisque ce secteur est fort
achalandé. Le cabinet de la ministre n’a fourni
aucun détail sur cette éventuelle voie
réservée tout comme sur celle en direction
du centre-ville.
Le projet ac t uel prévoit une seule voie
réservée, dans l’axe de l’autoroute 20, de
Montréal-Ouest jusqu’aux stations de métro
Saint-Henri et Lionel-Groulx. Le ministère des
Transports ( MTQ) n’en a précisé ni le
coût ni la distance – elle serait d’environ 8 km.
Le MTQ a ajouté cette voie réservée
à la hâte, tout juste avant le début
des audiences du BAPE. La Ville de Montréal et la
STM en ont appris l’existence en même temps que la
population. Le projet initial ne prévoyait en effet
aucune voie réservée aux transports
collectifs.
« Montréal n’est pas un champ de
blé d’Inde »
La
direction de la Santé publique estime le projet
« inacceptable »
La Direction de la santé publique (DSP)
deMontréal considèreque le projet de
reconstruction de l’échangeurTurcot est «
inacceptable » sur le plan de la santé
publique, en raison de ses impacts sur les quartiers
limitrophes et de la croissance de la circulation
automobile qui en résultera après sa mise en
service en 2016.
PHOTO ARCHIVES LA PRESSE
Le Dr Richard Lessard, directeur
régional de la santé publique, affirme que
le MTQ doit revoir le projet de reconstruction de
l’échangeur Turcot (notre photo), et devrait
proposer « une reconstruction en milieu urbain qui
tienne compte de la population qui y vit ».
Dans un mémoire présenté mercredi
soir au cours des consultations du Bureau d’audiences
publiques sur l’environnement ( BAPE), la DSP estime de
plus que le projet du ministère des Transports du
Québec « n’apportera aucune
amélioration significative aux conséquences
de la déchirure du tissu urbain » qui affecte
encore les quartiers du sudouest de Montréal
traversés par des bretelles de l’échangeur
actuel, inauguré en 1967.
Dans ses recommandations, le rapport de la DSP parle
même d’« injustice environnementale »
dans le cas des 166 ménages menacés
d’expropriation pour la construction d’une bretelle
d’autoroute, « qui vise à maintenir les
déplacements pendulaires en automobile des
personnes qui habitent loin du secteur touché
».
En présentant la position de l’organisme au BAPE,
le directeur régional de la santé publique,
Dr Richard Lessard, a affirmé que le MTQdoit revoir
ce projet, et devrait proposer « une reconstruction
en milieu urbain qui tienne compte de la population qui y
vit ».
« Montréal n’est pas un champ de blé
d’Inde au travers duquel on passe une autoroute. Il y a du
monde qui vit là, et je pense qu’on doit donner la
priorité aux personnes qui y vivent », a-t-il
déclaré en conclusion de sa
présentation.
En entrevue à La Presse, le directeur de la
santé publique de Montréal a ajouté
que si le projet Turcot devait aller de l’avant tel que
proposé, il pourrait se servir d’un article de la
Loi québécoise sur la santé publique,
pour contraindre des intervenants à s’engager, avec
lui, dans « une recherche de solutions » pour
prévenir les problèmes de santé
publique induits par le trafic automobile.
L’article 55 de la Loi sur la santé publique (voir
encadré) accorde en effet aux directeurs de
santé publique régionaux l’autorité
de lancer un tel processus, et de contraindre des
organismes ou des personnes à y participer, si le
directeur « craint l’apparition dans sa
région d’une situation présentant des
risques élevés de mortalité,
d’incapacité ou de morbidité
évitables pour la population ou pour un groupe
d’individus ».
Depuis
plusieurs années, la DSP a fait des nuisances
environnementales liées aux transports et à
leurs infrastructures un vaste sujet de recherches, qui a
déjà produit quelques études
significatives, et inquiétantes, sur les impacts de
la pollution automobile sur la santé des personnes
résidant à proximité des routes, et
sur la relation entre la densité du trafic et le
nombre des hospitalisations liées aux accidents
routiers.
Des avis non partagés
Les résultats de ces recherches ont amené la
DSP de Montréal à intervenir à
plusieurs reprises dans des débats publics
entourant des projets autoroutiers, comme celui de la
construction d’un nouveau pont entre Laval et
Montréal, dans le prolongement de l’A-25, et celui
de la transformation de la rue Notre-Dame en autoroute
à huit voies de circulation dans l’est de
Montréal. Chaque fois, ces projets routiers ont
été autorisés par le gouvernement du
Québec, malgré l’avis défavorable de
la DSP.
« Dans les dossiers d’infrastructures
routières, déplore le Dr Lessard, on a
l’impression que des problèmes de santé,
onpeut en créer sans que ça dérange
personne. »
Selon le mémoire de la DSP, déposé
mercredi au BAPE, l’exposition aux niveaux actuels de
polluants de l’air, à Montréal, serait
associée à environ 1300 décès
prématurés attribuables à la
pollution atmosphérique, ainsi qu’à 6000 cas
de bronchite aiguë infantile et plus de 114 000
journées-personnes de symptômes d’asthme.
De plus, selon des estimations des impacts sanitaires
liés aux émissions polluantes provenant du
transport routier, pour l’année 2000,
àMontréal, plus de 250 décès
par année, et 13 000 journées-personnes de
symptômes d’asthme, seraient attribuables aux
émissions des automobiles et des camions.
« Je pense, a déclaré Dr Lessard au
BAPE, mercredi, qu’il faut concevoir un nouveau projet en
considérant les politiques gouvernementales sur la
santé publique et l’environnement, et de le
concevoir dans une perspective qui va se rendre jusqu’en
2030 ou 2050, avec une vision complètement
différente de ce qu’on avait vu jusqu’à
maintenant. »
« Si on recrée l’infrastructure
proposée, on nous enferme dans une façon de
vivre et de penser pour les 40 ou 50 prochaines
années, qui force à utiliser davantage
l’automobile que ses alternatives. Parce que le 1,5
milliard qu’on va mettre dans ce projet-là, on ne
le met pas dans les alternatives, au moment où on
se parle. »
RECONSTRUCTION
DE L’ÉCHANGEUR TURCOT « Une logique des
années 60 »
Michel Labrecque déplore le peu de place
laissé aux transports collectifs dans le projet
Le président de la Société de
transport de Montréal (STM), Michel Labrecque, a
estimé mardi que le projet de reconstruction de
l’échangeur Turcot s’inscrit dans « une
logique des années 60 », et que les
propositions de transports collectifs qui y figurent sont
« légères », insuffisantes et
imprécises.
La Société de
transport de Montréal et son président,
Michel Labrecque (à gauche de la photo), ont
aligné leur position sur celle de la
métropole, relativement au projet de
reconstruction de l’échangeur Turcot. C’est le
maire Gérald Tremblay qui, quelques heures plus
tôt, avait présenté le point de vue
de sa ville.
L’ancien militant et pionnier du réseau cyclable
montréalais, propulsé à la
présidence de la plus grosse société
de transport public du Québec par le maire de
Montréal, l’hiver dernier, a réclamé
que le projet du ministère des Transports du
Québec (MTQ) soit modifié, afin d’«
inclure une solution globale de transports collectifs
permanente et intégrale, sur l’ensemble de l’axe
est-ouest, en lien avec le réseau routier
supérieur, soit les autoroutes 10, 15, 20 et 40
».
La STM s’aligne ainsi sur la proposition centrale du
mémoire de la Ville de Montréal
présenté quelques heures plus tôt par
le maire Gérald Tremblay devant la commission du
Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE),
qui complète cette semaine ses consultations sur le
projet routier de 1,5 milliard du MTQ.
Ce projet prévoit la reconstruction des quatre
échangeurs qui composent le complexe Turcot dans le
sud-ouest de Montréal, où transitent environ
290 000 véhicules par jour. Le MTQ a greffé
à son projet autoroutier la création d’une
voie réservée exclusivement aux transports
collectifs, dans l’axe de l’autoroute 20, qui
s’étendrait de MontréalOuest jusqu’aux
stations de métro Saint-Henri et Lionel-Groulx,
dans le sud-ouest de la ville.
« La STM ne peut pas accepter le projet tel que
présenté par le MTQ, a dit M. Labrecque, en
conclusion de sa présentation, tard mardi soir
devant le BAPE. Les propositions que nous avons, à
l’heure actuelle, ne sont pas suffisamment claires et
précises pour voir comment nous allons
intégrer nos offres de services de transports
collectifs ».
« Est-ce que ce sont de courts secteurs? De plus
longs secteurs? Si on crée, en amont et en aval,
des bouchons de circulation, si nos systèmes ne
sont pas capables de se déplacer efficacement de
l’ouest vers le centre-ville, a-t-il dit, on n’obtiendra
pas de gains réels, et on n’opérera pas de
transfert modal » entre l’automobile et les
transports en commun.
Puis, sortant de son texte, M. Labrecque s’est
interrogé à haute voix sur le sérieux
des propositions du MTQ en évoquant les
années 60 et un film de Denys Arcand des
années 70, pour exprimer le désarroi de la
STM face au projet conçu par le ministère.
« Je vous dirais, a déclaré le
président de la STM à commission du BAPE,
qu’on travaille très étroitement avec le
ministère des Transports du Québec parce que
celui-ci a décidé, de concert avec les
municipalités, d’initier un programme
d’améliorations des transports collectifs. Je vous
dirais que c’est comme la partie gauche – vous savez, des
fois on dit que la main droite et la main gauche ne savent
pas toujours ce que l’autre est en train de faire ?
»
«
Dans ce cas-ci, ce qui est très particulier, c’est
que le MTQ est partenaire avec des sociétés
de transports collectifs dans l’amélioration de la
qualité de l’offre et des services que nous
offrons. Et en même temps, dans ce projet-là,
on comprend que la partie droite du cerveau est
plutôt dans une logique de planification
autoroutière des années60 – et je vous
dirais presque du film Réjeanne Padovani, de Denys
Arcand, où Mme Padovani est morte et coulée
dans un pilier de l’échangeur Turcot, si vous vous
souvenez de la scène finale du film. »
« Donc, on a une difficulté à
comprendre que dans ce projet-là
l’intégration réelle, concrète,
précise et opérationnelle des transports
collectifs légers et lourds ne soit pas faite
à la hauteur de ce que le ministère est
capable de faire. »
Navette ferroviaire et mesures temporaires
En plus de la création d’un réseau
métropolitain de voies réservées pour
les transports collectifs, déjà
réclamé par la Ville de Montréal, la
STM demande des améliorations substantielles pour
favoriser la circulation de ses autobus, entre le
sud-ouest et le centre-ville de Montréal, et la
mise en service rapide d’une navette ferroviaire entre
l’aéroport Montréal-Trudeau, à
Dorval, et le centre-ville de la métropole.
« À l’heure actuelle, il y a des
propositions, mais si j’avais à les qualifier, je
dirais qu’elles sont « légères
», a dit le président de la STM.
L’intégration dans la trame autoroutière,
comment nos services vont accéder à ce
réseau-là, comment ils vont en ressortir ?
À partir du centre-ville, ou à partir des
réseaux locaux? C’est pas très clair.
»
« Aujourd’hui, aditM. Labrecque, avant de se
retirer, j’étais sur le réseau cyclable
montréalais. Ça débordait de partout.
Les axes cyclables étaient pleins, il y avait des
cyclistes partout. Il n’y avait aucun BIXI disponible dans
aucune des stations. Il y a 30 ans, quand j’ai
proposé qu’on fasse un réseau cyclable,
qu’on développe la Route Verte, personne n’y
croyait. »
« Je suis convaincu qu’à l’heure actuelle, le
MTQ est dans une réflexion des années 60. Si
nous mettons en place des systèmes de transports
efficaces et performants, il va y avoir un transfert
modal, et la diminution du nombre des véhicules,
dans cet axe-là, va s’opérer. »
Au grand damdu président de la commission, Michel
Germain, qui essaie depuis le début des audiences
de prévenir de telles manifestations, quelques
dizaines de personnes, qui étaient encore sur
place, passé 22h30, ont applaudi.
La Ville remet tout en question
Le maire
de Montréal, Gérald Tremblay, a surpris tout
le monde en demandant que le projet soit
réalisé en mode conventionnel, et non en
partenariat public-privé (PPP), comme le
prévoit le gouvernement.
La Ville de Montréal a réclamé hier
de nombreux changements majeurs au projet de
reconstruction de l’échangeur Turcot, qui remettent
en question l’ensemble du concept autoroutier
présenté aux consultations du Bureau
d’audiences publiques sur l’environnement ( BAPE).
Le maire Gérald Tremblay a
surpris tout le monde, hier, en demandant que le projet
de reconstruction de l’échangeur Turcot soit
réalisé en mode conventionnel et non en
partenariat public-privé.
D’entrée de jeu, hier, le maire de Montréal,
Gérald Tremblay, a surpris tout le monde en
demandant que le projet soit réalisé en mode
conventionnel, et non en partenariat public-privé (
PPP), comme le prévoit le gouvernement, parce que
la formule « ne donne ni le temps, ni la latitude,
ni la flexibilité requises pour adapter un projet
aussi névralgique ».
Dans son mémoire, la Ville explique que « les
firmes candidates à l’octroi d’un contrat en PPP
sont appelées à redéfinir un
avant-projet dans un contexte de grande
confidentialité pour maintenir
l’indépendance entre leurs propositions. Ainsi, il
devient difficile, voire carrément impossible, pour
la Ville d’influencer le contenu du projet ».
Or, selon la Ville, le projet du ministère des
Transports du Québec ( MTQ) « doit encore
évoluer » sur les plans de
l’aménagement urbain, de l’amélioration de
la qualité de vie des populations qui vivent
à proximité de l’échangeur actuel et
de l’intégration des transports collectifs au sein
d’un concept essentiellement autoroutier.
Et pour assurer cette évolution, précise le
mémoire, les élus de la Ville et de ses
arrondissements « ne demandent pas mieux que
d’être très sérieusement
impliqués dans les prochaines étapes
entourant ce projet ». Il s’agit d’une allusion
à peine voilée au fait que les élus
montréalais n’ont pas été
consultés pendant la phase de développement
du projet qui a abouti au scénario retenu par le
MTQ et qui est aujourd’hui fortement remis en question
à l’occasion des consultations du BAPE.
Le projet du MTQ prévoit la reconstruction
complète de quatre échangeurs autoroutiers
qui composent le « complexe Turcot »,
où transitent environ 290 000 véhicules par
jour, dans le sud-ouest de Montréal. Les piliers et
structures de béton de l’échangeur actuel
feront place, d’ici 2016, à de nouvelles voies de
circulation ramenées plus près du sol,
aménagées sur des remblais qui seront
construits en bordure de nombreux secteurs
résidentiels.
Les travaux s’étendraient sur un territoire
d’environ 15 kilomètres carrés, allant de
Westmount , près du centreville, jusqu’à
Montréal-Ouest, et du sud du canal de Lachine
jusqu’en haut de la falaise SaintJacques, où sera
construit le futur centre hospitalier universitaire, le
CUSM. Les travaux dureraient sept ans.
Leur coût est estimé à 1,5 milliard.
Dépendance à l’automobile
« La Ville, a affirmé le maire,
considère que le complexe Turcot ne doit pas faire
l’objet d’une reconstruction basée essentiellement
sur la capacité de l’ouvrage et la fluidité
de la circulation. »
Montr é a l , a r appelé M. Tremblay,
« veut rédui re de manière
significative la dépendance à l’automobile
par des investissements massifs dans les transports
collectifs et actifs comme le tramway, le métro,
l’autobus performant, le train, le vélo et la
marche, ainsi que sur des usages mieux adaptés de
l’automobile comme le covoiturage, l’autopartage et le
taxi ».
Montréal demande ainsi « la mise en oeuvre
d’un réseau régional de voies
réservées pour autobus, taxis, covoiturage
et véhicules d’urgence, notamment dans l’axe
Rive-Sud/ Montréal, ainsi que sur l’ensemble du
réseau supérieur de la région
métropol itaine, incluant les autoroutes 10, 15, 20
et 40 ».
Le maire a aussi demandé que « des
ajustements légitimement demandés par les
Montréalais » soient apportés à
la construction du projet Turcot pour «
édifier un projet urbain de qualité »
et réduire les impacts pendant les travaux et
après la mise en service des nouvelles voies de
circulation.
La Ville de Montréal demande ainsi au MTQ «
d’éviter autant que possible » les
expropriations prévues d’environ 160 logements, qui
toucheraient environ 400 personnes dans Saint-Henri, un
quartier de l’arrondissement du Sud-Ouest.
« S’ i l s ’ avérait i névitable de
procéder à l’expropriation des îlots
existants, précise le mémoi re, i l sera
nécessai re de remplacer les logements démol
is pa r des logements fournissa nt des condit ions
d’habitation équivalentes et permettant
d’améliorer la qualité de vie des personnes
déplacées. »
La Ville souhaite aussi la conclusion d’ententes de
financement avec le MTQ, pour compenser les
dépenses et coûts indirects que la
réalisation du projet aura sur les finances
municipales. Selon le mémoire de la Ville, les
pertes fiscales encourues par la Ville pour le
déplacement de l’emprise autoroutière
représentent, à elles seules, à 40
millions par année.
Enf in, Montréal demande que l’immense gare de
triage ferroviai re Turcot , qui sera
désaffectée, soit cédée
à la Ville par le MTQ, après la fin des
travaux. La falaise Saint-Jacques, qui longe la gare
Turcot au nord, devrait aussi être
cédée à la Ville pour la
création d’un écoterritoire. La Ville
souhaite enfin que le MTQ « s’implique
financièrement dans l’aménagement de cette
zone située à l’interface d’un important
corridor de transport générateur de
nuisances ».
ÉCHANGEUR TURCOT Un projet de remplacement
Le
CRE-Montréal convertirait cinq fois plus de gens aux
transports collectifs
« Le Plan de transport de Montréal prévoit
plusieurs projets de transports collectifs, et des mesures
pour réduire l’utilisation de l’automobile, comme le
péage routier ou la diminution du nombre de
stationnements. »
Le Conseil régional de l’environnement (CRE) de
Montréal a présenté hier un premier
projet « alternatif » à la reconstruction
complète de l’échangeur Turcot, axé sur
le développement des transports collectifs et la
réduction du trafic sur les autoroutes de la
métropole.
Selon
le directeur du Conseil régional de l’environnement,
André Porlier (notre photo), la proposition du CRE,
qui préconise un virage vers les transports publics,
est « plus cohérente avec la vision du
développement de Montréal » que le
projet présenté par le MTQ, relativement au
remplacement de l’échangeur Turcot.
Cette proposition, appuyée par une cinquantaine de
groupes écologistes et communautaires, et
validée par cinq universitaires de l’UQAM, de McGill et
de Concordia, prévoit notamment la réalisation
de cinq nouveaux projets de transport collectif, et le
démantèlement d’une partie de l’autoroute 20,
dans l’ouest de l’île de Montréal.
Le directeur du CRE, André Porlier, estime que cette
proposition est « plus cohérente avec la vision
du développement de Montréal » que le
projet présenté par le MTQ, qui préconise
le maintien de la pleine capacité autoroutière
de son échangeur actuel.
« Le Plan de transport de Montréal a
proposé un virage vers les transports publics, souligne
M. Porlier. Il prévoit plusieurs projets de transports
collectifs, et des mesures pour réduire l’utilisation
de l’automobile, comme le péage routier ou la
diminution du nombre de stationnements. Le ministère
des Transports, lui, nous arrive avec un projet qui
démontre qu’il a visiblement baissé pavillon
face à l’augmentation de la circulation et de la
congestion automobile. Et ça, pour les
Montréalais, c’est inacceptable. »
Le ministère des Transports du Québec projette
de reconstruire, à un coût estimé de 1,5
milliard, les quatre échangeurs qui composent le
complexe Turcot, où convergent les autoroutes A-15,
A-20 et A-720, dans le sud-ouest de Montréal. Environ
290 000 véhicules traversent ce complexe autoroutier,
chaque jour.
Le nouvel échangeur serait construit en grande partie
sur des remblais, au lieu des bretelles en béton
surélevées actuelles. Les fonctions de chacune
des 12 bretelles de l’échangeur actuel seraient
conservées. L’échangeur, et les autoroutes qui
s’y relient, conserveraient tous la même capacité
routière. La construction du projet s’étendra
sur sept ans, jusqu’à la fin de 2016.
Le projet du
CRE est complètement différent, notamment par
la réduction de 25% de la circulation automobile
entre l’échangeur Turcot et le centre-ville de
Montréal. À l’ouest de l’échangeur, le
CRE recommande, rien de moins que le
démantèlement de l’autoroute 20,
jusqu’à Montréal-Ouest, et son remplacement
par un boulevard urbain à grande capacité.
La troisième des autoroutes convergeant dans
l’échangeur Turcot, l’A-15, conserverait pour sa part
la même fonction, et la même capacité
routière.
La perte de capacité routière, dans l’axe
est-ouest des autoroutes A-20 et A-720, serait
compensée par le développement de plusieurs
projets de transport collectif (voir encadré
ci-joint). Certains de ces projets (desserte
améliorée, voie réservée)
pourraient être mis en oeuvre rapidement.
L’augmentation de l’offre de services de trains de banlieue
viendra avec la livraison de nouvelles voitures de train,
prévue à partir de l’an prochain. Avec le
développement déjà projeté de la
navette ferroviaire entre l’aéroport de Dorval et le
centre-ville, et la création d’un tramway vers
Lachine, l’ensemble de ces projets pourrait permettre de
convertir plus de 32 000 automobilistes à
l’utilisation des transports en commun.
Le projet du MTQ prévoit la création d’une
voie réservée aux transports en commun, au
centre de l’autoroute 20 après sa reconstruction, et
il préservera un corridor ferroviaire pour le passage
de la navette de Dorval, si jamais le tracé qui est
choisi pour ce projet traverse l’échangeur Turcot.
Selon le MTQ, pas plus de 6600 personnes pourraient
abandonner leur automobile pour leurs déplacements
quotidiens, cinq fois moins que dans le projet du CRE.
Le BAPE a repris, hier soir, son examen public du projet de
reconstruction de l’échangeur Turcot. D’ici vendredi,
un total de 90 groupes, organismes publics et privés,
ou simples citoyens, soumettront leurs opinions et
recommandations à la commission du BAPE, qui
présentera son rapport au gouvernement du
Québec d’ici le 11 septembre.
ÉCHANGEUR TURCOT Le CN construit une nouvelle voie
ferrée
Cette voie devra
pourtant être déplacée d’ici un an, comme le
prévoit le projet de reconstruction
« Comment peut-on dépenser l’argent de nos taxes
pour construire des voies ferrées à un endroit,
pour ensuite les tasser quelque temps plus tard ? »
Le directeur du bureau de projet
pourlareconstructiondel’échangeur Turcot,
Marc-AlainDubé, aannoncé hier, en pleine
séance publique de consultations, que le Canadien
National (CN) construira une nouvelle voie ferrée
à travers la gare de triage Turcot, malgré
l’imminence des chantiers qui y sont prévus.
Cette voie ferrée, dont la construction commence
dès lundi matin, selon M. Dubé, devra pourtant
être déplacée au nord de la gare Turcot,
d’ici un an, aux frais du ministère des Transports du
Québec (MTQ), tel que prévu dans le projet de
reconstruction de cet échangeur, situé dans le
sud-ouest de Montréal.
M. Dubé a fait cette annonce, hier, au cours de la
dernière séance de consultation du Bureau
d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui a
entenducette semaine les opinions de plus de 90 groupes et
organismes ou simples citoyens relativement au projet du MTQ.
Le MTQ projette de reconstruire les quatre échangeurs qui
composent le complexe Turcot et qui relient les autoroutes A-15,
A20 et A-720, où transitent environ 290 000
véhicules par jour. Le chantier durerait sept ans.
La construction des remblais sur lesquels seront
réaménagées près de la moitié
des voies de circulation du nouvel échangeur obligera le
MTQ à importer environ un million de mètres cubes
de matériaux divers dans l’ancienne gare de triage
Turcot. Située sous l’échangeur actuel, loin de
toute zone habitée, cette gare deviendra le point de
convergence des milliers de camions qui feront la navette entre
les dépôts de matériaux de remblais et les
chantiers du nouvel échangeur.
En raison de l’importance stratégique de ce passage pour
ses activités, le CN a toutefois obtenu du MTQ que les
voies ferrées perdues dans la gare Turcot soient
remplacées par un nouveau corridor ferroviaire de quatre
voies ferrées qui sera aménagé au nord de
la gare Turcot, près de la falaise Saint-Jacques, qui
borde le secteur Notre-Dame-de-Grâce, dans l’ouest de
Montréal.
« Ànotre avis, a ajouté le directeur du
Bureau de projet du complexe Turcot, cela n’aura pas d’impact
parce que nous avons l’espace pour aménager
jusqu’à huit voies au nord, et pour nous cela sera
simplement une voie de plus à déplacer lorsque
nous ferons nos travaux. »
Coûts additionnels
La
réponse de M. Dubé a fait réagir le
professeur David Hanna, directeur des études
avancées au Département d’études urbaines
et touristiques de l’UQA, qui présentait
unmémoire au BAPE peu après l’intervention de M.
Dubé.
« Je suis ravi d’entendreque le CN se propose maintenant
de confirmer sa voie ferrée de droite, à travers
la gare de triage Turcot, en y ajoutant une voie, et je suis
en même temps estomaqué que M. Dubé nous
dise que ce sera seulement une voie de plus à tasser
», a déclaré M. Hanna.
« D’abord, a-t-il ajouté, ce manque de
concertation entre les acteurs me surprend. Et,
deuxièmement, comment peut-on dépenser l’argent
de nos taxes pour construire des voies ferrées à
un endroit, pour ensuite les tasser quelque temps plus tard?
»
En première partie des audiences du BAPE, le 12 mai
dernier, M. Dubé a affirmé que le coût du
déplacement des voies ferrées «
était estimé à 40 millions. Les derniers
chiffres sont un peu plus élevés. La
différence entre les 40 millions de l’estimation
initiale et les coûts actuels, qui seront
peut-être plus de l’ordre de 60, 70 millions, sera prise
à même la réserve du projet ».
Depuis jeudi après-midi, le MTQ sait que ce sera,
finalement, cinq voies à déplacer vers le nord.
Cette voie a pour objectif, selon M. Dubé, «
d’accommoder un certain nombre de trains additionnels pour la
compagnie VIA Rail ». Elle sera construite
parallèlement à une « voie d’urgence
» du CN localisée juste au nord de l’emprise de
l’autoroute 20, jusqu’à SainteAnne-de-Bellevue, dans la
pointe ouest de l’île de Montréal.
Un porte-parole du MTQ, Réal Grégoire, a
précisé hier à La Presse queM.
Dubé avait fait cette annonce « pour être
sûr qu’il n’y ait pas de malentendu, et que quelqu’un,
lundi matin, pense que le MTQ a débuté les
travaux de reconstruction de Turcot. Ce sont des travaux
réalisés par le CN ».
La Pressen’apujoindreaucunreprésentant du CN, hier
après-midi.
La présidente du Conseil du Trésor, Monique
Gagnon-Tremblay, a révélé à La
Presse, jeudi, que les coûts de 1,5 milliard
prévus à l’origine pour le projet Turcot
pourraient s’élever jusqu’à 2,5 milliards, d’ici
à 2016.
Échanger sur Turcot -
NATHALIE COLLARD
Le moins que
l’on puisse dire, c’est que le ministère des Transports
du Québec manque de doigté dans le dossier de la
reconstruction de l’échangeur Turcot.
Il se présente aux séances du Bureau d’audiences
publiques en environnement ( BAPE) sans maquette du futur
échangeur. Il parle de voies réservées aux
transports collectifs sans avoir présenté son
projet final aux dirigeants de la Société de
transport de Montréal. I l propose une infrastructure qui
ne respecte pas l’esprit du plan de transport de la Ville de
Montréal.
Bref, malgré le fait qu’il se dise ouvert aux
propositions, le MTQ arrive avec ses gros sabots et donne
l’impression de vouloir faire cavalier seul.
Dans ce contexte, il ne faut pas s’étonner de la
méfiance des opposants qui se sont vu refuser cette
semaine le report des audiences.
Le Ministère des Transports devrait montrer un petit peu
moins d’arrogance dans ses relations avec les autres acteurs
municipaux, qu’il s’agisse d’élus, d’organismes ou de
simples citoyens.
La reconstruction du complexe Turcot est l’exemple parfait d’un
projet qui exige du tact et une certaine ouverture au dialogue.
Le
Ministère n’est pourtant pas complètement
fermé aux propositions. La preuve: au fil des semaines et
des consultations, il a modifié certains aspects du
tracé original.
On sent toutefois l’urgence d’agir. Comme si le pic de
démolition s’impatientait en coulisse...
Est-ce possible, sans mettre la sécurité des
automobilistes en péril, de prendre le temps de mieux
expliquer la reconstruction du complexe Turcot et ses impacts
dans les différents quartiers touchés,
documentation pertinente à l’appui?
Le ministère avait le choix entre quatre options pour
Turcot. Dans l’étude d’impact déposée au
BAPE, on trouve un chapitre consacré aux solutions et
justifications du scénario retenu. On peut y lire entre
autres que le choix de la reconstruction plutôt que la
réfection permettra « la correction de
problématiques actuelles ».
Dans les faits, la volonté de corriger du MTQ semble
assez limitée.
Notre inquiétude est d’autant plus vive que le
vérificateur général du Québec n’a
pas été impressionné par la performance
récente de ce ministère. Dans son plus
récent rapport , M. Lachance soulignait que le plan
d’action du MTQ n’avait pas été
révisé depuis 2000 et que depuis 2004, il n’y
avait eu aucune rencontre du comité de suivi. Il notait
également que les fonctionnaires de ce ministère
travaillaient avec des outils périmés. Enfin, le
vérificateur général observait que le MTQ
ne tenait pas compte des récentes informations sur
l’impact de l’auto sur la santé publique et
l’environnement. À la lumière de ces conclusions,
il est tout à fait légitime d’exiger de la part
duMTQ une plus grande transparence ainsi qu’une plus grande
ouverture d’esprit. Le nouveau complexe Turcot sera dans le
décor pour le prochain demi-siècle au moins.
D’où l’importance de se doter du meilleur projet
possible.
Turcot : L’équation
boiteuse : ALAIN DUBUC
Tout grand projet d’envergure provoque dorénavant de
longs débats collectifs. C’est maintenant dans l’ordre
des choses. Le remplacement de l’échangeur Turcot
n’échappe pas à la règle, avec son
cortège de dénonciations, de manifestations,
d’interventions passionnées aux audiences du BAPE.
Ce n’est pas un signe d’immobilisme. Il est parfaitement normal
et même essentiel qu’un projet comme celui-là
provoque des débats et soit soumis à un complexe
processus d’examen. Parce qu’il faut concilier un concept,
créé par le ministère des Transports dans
une logique de circulation, avec les exigences du
développement urbain. Parce qu’il faut minimiser les
impacts négatifs sur la qualité de vie des
citoyens, à commencer par les expropriations ou le bruit.
C’est donc un projet qui devra retourner bien des fois sur la
planche à dessin.
Mais aussi parce que le remplacement de cet échangeur
s’inscrit dans une réflexion, la place de l’automobile,
qui est au coeur des transformations économiques,
culturelles et sociales qu’il faudra faire pour protéger
l’environnement et la qualité de vie urbaine.
Ce qui n’est pas normal, c’est qu’une excellente idée –
moderniser une infrastructure urbaine décrépite et
débarrasser Montréal d’une monstruosité en
proposant un ouvrage plus près du sol – se transforme en
chemin de croix pour ceux qui en ont eu l’initiative.
L’élément
qui contribue peut-être le plus à rendre le
débat difficile, c’est l’équation implicite qui
colore les raisonnements. Parce qu’il faut réduire la
circulation automobile dans les villes, et que les
accès routiers contribuent à accroître le
volume de véhicules, il faut donc s’opposer à
tout projet d’ajout ou de remplacement du réseau
autoroutier. L’objectif est louable. Mais l’équation
est insuffisante, elle ne se vérifie pas toujours, et
dans bien des cas, elle devient un syllogisme.
Premièrement, cette équation encourage la
pensée magique, par exemple le rêve de remplacer
le spaghetti routier de Turcot par des boulevards urbains.
L’échangeur est la rencontre de trois autoroutes: la
15, la 20 et la 40. Le volume de circulation y est
considérable et le restera même si on
réussit à réduire l’utilisation de
l’auto. On ne peut pas transformer radicalement la fonction de
l’échangeur sans affecter les axes qui le nourrissent
et sans littéralement paralyser la métropole.
Deuxièmement, cette équation peut mener à
des solutions simplistes. Si l’ajout d’accès
autoroutiers augmente le volume automobile, il suffirait de
faire le contraire, et de fermer le robinet. C’est l’approche
soviétique de la régulation de la demande par
les queues. En restreignant l’accès à la ville,
on provoque une congestion qui dissuadera les automobilistes.
C’est ressorti dans le débat sur l’échangeur
Turcot avec cette idée de réserver une voie aux
autobus en réduisant le nombre de voies pour
l’automobile. Cette approche punitive comporte des coûts
énormes, et elle va à l’encontre des
expériences couronnées de succès. La
condition sine qua non pour réussir à
réduire la place de l’automobile, c’est de proposer une
alternative crédible et attrayante. À Londres,
par exemple, l’introduction des péages a
été un succès parce que les transports en
commun étaient de haut niveau.
Troisièmement, l’équation est imparfaite, parce
qu’elle oublie qu’une autoroute fonctionne dans les deux sens
et qu’un réseau autoroutier fonctionnel peut
réduire la congestion et épargner les villes.
Montréal ne dispose pas d’un réseau complet de
voies de ceinture comme on en trouve dans toutes les grandes
villes, qui permettent entre autres à la circulation,
surtout aux camions, de contourner le centre de la ville. Et
pourtant, on dénonce les efforts pour compléter
ces voies de ceinture, comme le prolongement de la 30 ou le
pont de la 25.
La morale de l’histoire, c’est qu’on ne réduira pas la
place de l’auto en écoeurant les automobilistes, mais
en leur proposant quelque chose de mieux.
Échangeur
Turcot
Pas de maquette avant l’été - L’information
nécessaire n’est pas disponible, selon un expert
« Si un spécialiste ne peut pas se
représenter l’ouvrage, comment le public en
général peut-il comprendre la nature de
l’intervention et de juger des impacts sur les milieux ?
»
Un docteur en urbanisme a déploré hier le manque
d’informations accessibles au grand public pour comprendre
l’ampleur du projet de reconstruction de l’échangeur
Turcot, et imaginer les impacts qu’il aura sur les quartiers
traversés par ses voies autoroutières.
Au deuxième jour des consultations du Bureau
d’audiences publiques sur l’environnement ( BAPE) relatives
à ce mégaprojet de 1,5 milliard de dollars, le
professeur au département de géographie,
urbanisme et environnement de l’Université Concordia ,
Pier re Gauthier, a demandé pourquoi aucune
représentation du projet en trois dimensions n’a
été rendue disponible pour le public ou les
spécialistes, dans le cadre du projet.
« Écoutez, a déclaré M. Gauthier
aux commissaires du BAPE, j’ai deux diplômes en
architecture et un doctorat en urbanisme, et l’information que
j’ai ne me permet pas de juger de la géométrie
des ouvrages, ou de leur insertion dans les milieux. Alors, si
un spécialiste ne peut pas se représenter
l’ouvrage, comment le public en général peut-il
comprendre la nature de l’intervention et de juger des impacts
sur les milieux ? »
Deux maquettes à venir
Le directeur du projet pour le ministère des Transports
du Québec ( MTQ), Alain Dubé, a expliqué
qu’une maquette à l’échelle précise du
projet Turcot « est en préparation » , mais
qu’elle ne devrait pas être disponible avant la fin de
juin.
Le MTQ a précisé que deux maquettes seront
réalisées. La première, complète
et animée, montrera le projet dans son ensemble.
L’autre sera constituée d’une série de maquettes
particulières des différents secteurs
traversés par le projet. On songe à une
exposition publique.
Le président de la commission du BAPE, Michel Germain,
a toutefois fait remarquer aux représentants du MTQ
qu’à ce moment-là, la portion publique de son
mandat sera terminée, et que le public se sera
déjà prononcé sur le projet de
reconstruction du plus gros carrefour autoroutier au
Québec.
Des voies rabaissées
Inauguré en 1967, dans le sudouest de Montréal,
l’échangeur Turcot relie trois des autoroutes les plus
importantes de la métropole, soit l’autoroute
Décarie (A-15), l’autoroute Jean-Lesage (A-20) et
l’autoroute Ville-Marie (A-720).
Environ 280
000 automobiles et camions le traversent tous les jours. Ses
nombreuses voies autoroutières t raversent plusieurs
qua r t iers résidentiels, dont Saint-Henri et
Côte-Saint-Paul. mètres carrés
(l’équivalent de 165 patinoires) d’espaces et de
terrains vagues dans la périphérie
immédiate de l’échangeur seront convertis en
espaces verts.
Simulations « trompeuses »
Selon M. Gauthier, les simulations visuelles et dessins
d’artistes publiées par le MTQ pour illustrer la
présence du futur échangeur dans les quartiers,
sont « trompeuses » . I l
Les voies routières de l’échangeur actuel sont
surélevées et étagées. Les plus
hautes s’élèvent jusqu’à 30
mètres.
Les piliers de béton et les bretelles qui occupent
présentement tout le paysage disparaîtront d’ici
2016, pour faire place à de nouvelles voies
routières, plus basses, aménagées sur des
talus paysagés. Plus de 300 000 s’agit, dit-il, de
vision partielle, sélective, habillée de
verdure, qui ne donne qu’une idée de « l ’ a t
mosphère » qu’on veut projeter.
« Mais pour comprendre l’échelle de ces ouvrages,
leur intégration avec les quartiers, les voies
piétonnières, les rues locales, ces
représentations sont inadéquates », a
commenté le professeur, spécialisé dans
l’étude de la trame urbaine.
L’architecte Pierre Brisset a pour sa part fait valoir qu’il a
cherché en vain dans les documents rendus publics par
le BAPE, dans le cadre des consultations en cours, une
justification à la reconstruction partielle de
l’autoroute Ville-Marie, qui est projetée dans le cadre
du projet.
Le centre Gadbois menacé
Le conseiller municipal d’arrondissement du district
Saint-Henri/ Pointe-SaintCharles/ Petite-Bourgogne, Pierre
Fréchette, a demandé pour sa part que le MTQ
produise une simulation visuelle montrant la proximité
du nouvel échangeur avec le centre réc
réati f Gadbois, au deuxième rang des centres
récréatifs les plus utilisés à
Montréal, avec 500 000 entrées par année.
Selon M. Fréchette, cette image, qui n’était pas
disponible hier, illustre que les nouvelles voies
routières seront à hauteur des bâtiments
du centre, et qu’une distance de seulement quelques
mètres séparera les voies routières du
complexe récréatif.
ÉCHANGEUR
TURCOT
: Un projet à contretemps ?
« Les organisations jugent totalement inacceptable
que le gouvernement tienne des consultations publiques
uniquement sur le projet de reconstruction du complexe Turcot.
»
Les impacts du projet de reconstruction de l’échangeur
Turcot, dans le sud-ouest de Montréal, devraient
être évalués en fonction d’autres grands
travaux routiers et des nombreux projets de transports en
commun déjà prévus dans l’axe est-ouest
de la métropole.
Tous
les participants aux consultations d’hier ont mis en doute
le bien-fondé de l’approche du Ministère
relativement aux consultations sur la reconstruction de
l’échangeur Turcot.
C’est ce qu’ont réclamé, hier, les porte-parole
d’une cinquantaine de groupes et d’organismes locaux,
régionaux et provinciaux, en ouverture des
consultations du Bureau d’audiences publiques sur
l’environnement ( BAPE) sur ce projet de 1,5 milliard de
dollars, prévu par le ministère des transports
du Québec (MTQ).
Avant même que débutent les audiences, ces
organismes ont demandé à la ministre du
Développement durable, de l’Environnement et des Parcs,
Line Beauchamp, « la tenue d’audiences publiques
élargies », englobant quatre projets de
transports collectifs (navette Dorval, tram-train, trains de
banlieue et le Viabus de l’Est), ainsi que le projet de
modernisation de la rue Notre-Dame, dans l’est de
Montréal.
« Les organisations jugent totalement inacceptable que
le gouvernement tienne des consultations publiques uniquement
sur le projet de reconstruction du complexe Turcot, sans tenir
compte de l’ensemble des projets et de leurs impacts à
tous les niveaux : sociaux, économiques et
environnementaux », a affirmé hier, au
début des audiences du BAPE, un des porte-parole de
cette coalition ad hoc, Daniel Bouchard,
Le projet du
MTQ consiste à reconstruire les quatre
échangeurs (Turcot, St-Pierre, Angrignon et La
Vérendrye) qui composent le « complexe Turcot
» dans le sudouest de Montréal. Ce complexe
assure les échanges automobiles entre trois des plus
importantes autoroutes de la métropole, soit
Décarie (A-15), Jean-Lesage (A20) et Ville-Marie
(A-720), ainsi que les liens entre ces autoroutes et le
réseau local montréalais. Environ 280 000
véhicules traversent ce complexe d’échangeurs
chaque jour.
Construit principalement sur des bretelles de béton
étagées qui s’élèvent
jusqu’à 30 mètres (100 pieds) de hauteur, en
1967, l’échangeur sera reconstruit en grande partie sur
des remblais, aménagés près des
structures actuelles. Les bretelles et voies de circulation
autoroutières seront toutes maintenues. Le MTQ
réaménagera également les liens routiers
entre les nouvelles structures et les rues locales. Le
chantier prendra sept ans. » Les coûts du projet
sont présentement estimés à 1,5 milliard.
Un chantier de cette envergure et de cette durée, qui
se déroulera en partie dans des secteurs
résidentiels, soulève beaucoup
d’inquiétude sur le plan local. Au nombre de la
trentaine de personnes et de groupes qui ont
défilé hier, devant le BAPE, pour
présenter leur requête pour la tenue de ces
consultations, plus du tiers ont questionné
l’idée de reconstruire les voies routières sur
des remblais, par crainte d’un « enclavement » des
quartiers.
À l’exception de la Fédération des
chambres de commerce du Québec, qui a fait
connaître son enthousiasme pour le projet qui
améliorera la fonctionnalité et la
sécurité de l’échangeur Turcot, et
l’accessibilité de Montréal pour le transport
des marchandises, tous les participants aux consultations
d’hier ont mis en doute le bienfondé de l’approche du
MTQ.
ÉCHANGEUR
TURCOT - Montréal veut plus de transports collectifs
Le projet de voies réservées aux transports
collectifs proposé par le MTQ sur l’A-20, dans le
sud-ouest de Montréal, ne s’étendrait que sur
quelques kilomètres. Il consiste à aménager
deux voies additionnelles, au centre de l’A-20.
La Ville de Montréal souhaite la réalisation d’une
voie réservée aux « véhicules
à occupation multiple » qui dépasse de
plusieurs kilomètres le projet soumis par
leministère des TransportsduQuébec(MTQ) pour
l’autoroute Jean-Lesage (A-20), dans le cadre du projet de
reconstruction de l’échangeur Turcot, au sud-ouest de la
métropole.
À l’occasion des consultations menées par le
Bureau d’audiences publiques sur l’environnement ( BAPE), cette
semaine, sur le projet Turcot, un représentant de
l’administration montréalaise, Alain Trudeau, a
affirmé mardi soir que « la Ville demande des
mesures préférentielles allant de Dorval jusqu’au
centre-ville. Ce qu’on nous propose, ce sont des mesures
uniquement à l’intérieur du projet. Le souhait de
la Ville serait de les étendre au moins jusqu’à
Verdun ».
Quelques kilomètres
Le projet de voies réservées au transport
collectif proposé par le MTQ sur l’A-20, dans le
sud-ouest de Montréal, ne s’étendrait que sur
quelques kilomètres. Il consiste à aménager
deux voies de circulation additionnelles, au centre de l’A-20,
réservées aux transports collectifs seulement.
Ces voies débuteraient à l’est de
l’échangeur Saint-Pierre, aux limites des arrondissements
du Sud-Ouest et de Lachine, jusqu’à la rue Pullman
actuelle (qui sera transformée en boulevard). En
empruntant ensuite ce nouveau boulevard, reliant entre elles les
rues NotreDame, Saint-Jacques et SaintAntoine, les autobus
circulant sur la voie de transport collectif pourraient se
rabattre vers les stations de métro Place-SaintHenri et
Lionel-Groulx, qui desservent ce secteur à l’ouest du
centre-ville.
Les autres véhicules autorisés à circuler
sur ces voies bénéficieraient pour leur part d’un
accès privilégié au réseau local et
artériel de Montréal, en direction du
centre-ville, sans avoir à traverser la circulation
lourde, sur une distance totale d’environ cinq
kilomètres. Par contre, à l’ouest de
l’échangeur Saint-Pierre et à l’est du quartier
Saint-Henri, les usagers devront réintégrer la
circulation normale.
En entrevue à La Presse, le responsable des transports au
comité exécutif de la Ville de Montréal ,
André Lavallée, a affirmé que les voies
réservées devraient être ouvertes à
tous les véhicules à « occupation multiple
» , soit les autobus, les taxis, et les automobiles qui
comptent plus de deux passagers.
La
Société de transport de Montréal (STM), qui
pourrait logiquement être appelée à
exploiter un service d’autobus sur ces voies, n’a pas voulu
commenter le projet du MTQ, faute d’informations. Une
porteparole a précisé à La Presse, cette
semaine, que les dirigeants de la STM prendront connaissance du
projet, pour la toute première fois, aujourd’hui, lors
d’une présentation du MTQ.
Une « amorce »
En présentant ce projet de voies réservées
devant le BAPE, le directeur du Bureau de projet Complexe
Turcot, Alain Dubé, a reconnu qu’il s’agissait d’une
« amorce de voie réservée », qui
pourrait éventuellement se prolonger vers l’ouest dans le
cadre d’un autre projet de réaménagement de
l’A-20, à la hauteur de l’échangeur Saint-Pierre,
dans l’arrondissement de Lachine.
M. Dubé a aussi reconnu que ces aménagements
exclusifs aux transports collectifs se sont «
ajoutés » au projet de reconstruction de
l’échangeur Turcot, en raison des « demandes
à répétition » du responsable des
dossiers de transport au comité exécutif de la
Ville de Montréal, André Lavallée.
Joint par La Presse, M. Lavallée s’est dit «
plutôt fier » d’apprendre que son insistance ait
convaincu le MTQ d’intégrer ces voies
réservées à un projet qui est
essentiellement autoroutier.
« C’est sûr que si ça s’arrête à
l’échangeur Saint-Pierre, on n’est pas plus
avancés, a-t-il commenté, en parlant du projet du
MTQ. Mais je vois cela comme un signe d’ouverture important de
la part du Ministère. »
M. Lavallée a réitéré que
l’administration Tremblay-Dauphin souhaitait une multiplication
des voies de circulation réservées aux autobus,
taxis et covoitureurs dans l’ensemble du réseau
autoroutier métropolitain, pour réduire la
pression des automobiles en ville, et offrir du même coup
une solution de rechange de transport rapide et efficace.
La Ville, a-t-il assuré, présentera un
mémoire touchant l’ensemble du projet Turcot au cours de
la seconde ronde d’audiences publiques du BAPE, prévues
pour la mi-juin.
Reconstruction de
l’échangeur Turcot Montréal
n’est pas convaincu du bien-fondé des expropriations
La Ville de
Montréal n’est pas convaincue du bien-fondé des
expropriations des 160 logements du quartier Saint-Henri,
prévues par le ministère des Transports du
Québec (MTQ), dans le cadre de la reconstruction de
l’échangeur Turcot.
Lors d’une rencontre avec le Conseil régional de
l’environnement de Montréal (CRE), hier, le responsable
des transports et de l’aménagement urbain à la
Ville de Montréal, André Lavallée, a dit
souhaiter que les ingénieurs du MTQ « travaillent
à refaire leurs devoirs », pour éviter le
déménagement d’environ 400 personnes, dans
l’arrondissement du Sud-Ouest.
Dans le cadrede la reconstruction de cet échangeur, qui
relie entre elles les autoroutes A-15 (Décarie), A-20 (
Jean-Lesage) et A-720 (Ville-Marie), des
réaménagements de certaines bretelles alimentant
l’autoroute du centre-ville (A-720) entraîneront la
démolition d’une ancienne usine de la rue
SaintRémi, convertie en logements, et la disparition de
tout un côté de la rue Desnoyers, dans un petit
secteur résidentiel de Saint-Henri appelé le
Village des Tanneries.
Le MTQ a promis aux personnes délogées la mise
en place d’un programme de déménagement. Cet
engagement a toutefois été reçu de
manière mitigée par un grand nombre de personnes
concernées, lors de la première phase des
consultations menées par le Bureau d’audiences
publiques sur l’environnement (BAPE).
En réponse à une question du public, M.
Lavallée a déclaré hier, lors de la
rencontre avec le CRE de Montréal, que la Ville n’a pas
changé d’opinion depuis novembre dernier, lorsque le
maire Gérald Tremblay a fait part de ses
préoccupations à la ministre des Transports,
Julie Boulet, face à cette reconstruction qui va durer
sept ans, et dont le coût est estimé à 1,5
milliard.
« La
position exprimée alors par la Ville
deMontréal était très claire, a dit M.
Lavallée. La nécessité des
expropriations ne nous a pas été
démontrée. »
M. Lavallée a aussi qualifié de «
contestables » les données du MTQ, qui estiment
que la mise en place de nouveaux services de transports en
commun entraînera, au mieux, d’ici 2016, une
réduction d’environ 5000 automobiles par jour, dans
le trafic de l’échangeur, où passent
quotidiennement plus de 290 000 véhicules.
« Je pense que la Société de transport
de Montréal va démontrer, lors des prochaines
audiences du BAPE, que le potentiel du transport collectif
est beaucoup plus important que cela », a
déclaré le responsable des transports à
la Ville de Montréal.
Devant un auditoire attentif, respectueux, mais visiblement
sceptique, M. Lavallée a assuré que la Ville
va demander la mise en place de voies
réservées aux autobus, aux taxis et aux
covoitureurs, afin de réduire à la source le
flot des automobiles de la banlieue qui envahissent
quotidiennement la métropole.
« Ça fait 20 ans qu’on étudie ça
au Québec, a-t-il déploré, et
après 20 ans, il y a une seule voie
réservée sur tout le réseau
supérieur, c’est celle de l’A-15 à la sortie
de Montréal, pour les gens qui vont dans le Nord les
fins de semaine. À mon avis, c’est inacceptable.
»
La Ville de Montréal présentera un
mémoire sur le projet Turcot lors de la reprise des
audiences publiques du BAPE, à partir du 15 juin.
Un ministre dans l’embarras — Pascale Breton
La
polémique des derniers jours entourant les
règles imposées aux cliniques d’avortement
a, une fois de plus, plongé le ministre de la
Santé, Yves Bolduc, dans la tourmente. Cette crise
s’ajoute à une série d’autres, comme le
dossier du CHUM et les erreur
Quand le premier minist re doit i nterveni r
personnellement dans un dossier, c’est
généralement signe que son ministre est dans
l’embarras.
PHOTO ANDRÉ
TREMBLAY, LA PRESSE
Dur été pour le
ministre de la Santé, Yves Bolduc. Il vient de
traverser une deuxième crise en trois mois.
Chaque fois, on lui reproche sa gestion chaotique des
dossiers, son manque de leadership, ses contradictions.
C’est ce qui est arrivé cette semaine. Jean Charest
s’est présenté aux côtés du
ministre de la Santé, Yves Bolduc, pour assurer que
son gouvernement n’avait nullement l’intention de
compromettre l’accès à l’avortement.
Le premier ministre voulait éteindre le feu,
alimenté en grande partie par M. Bolduc
lui-même. M. Charest voulait aussi
réitérer sa confiance en son ministre,
surtout que certains, dont le président de la
Fédération des médecins
spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr
Gaétan Barrette, réclamaient sa
démission.
Dur été pour le ministre Bolduc. Il vient
d’essuyer une deuxième crise en trois mois. Il a
aussi quelques autres controverses à son actif
depuis sa nomination, il y a à peine un an.
Chaque fois, on reproche au ministre sa gestion chaotique
des dossiers, son manque de leadership, ses
contradictions.
Le ministre a tendance à intervenir rapidement,
à réagir publiquement et à se
rétracter l’instant d’après. Une
valsehésitation qui est bien mal vue en politique.
« Ça devient gênant. Il faudrait qu’il
s’assure que ce qu’il dit est vraiment ce qu’il veut dire,
et qu’il s’assure aussi d’être appuyé
», analyse Réjean Blais, professeur au
département d’administration de la santé
à l’Université de Montréal.
L’une des responsabilités du ministre de la
Santé est de rassurer les gens, souligne le
critique péquiste en matière de
santé, Bernard Drainville. « Le ministre
Bolduc est particulièrement mauvais
là-dedans. Tu nepeux rassurer si tu tiens deux
discours en même temps. »
Pour l’opposition péquiste, il est clair que le
ministre est en sursis. « Il va falloir qu’il
arrête de faire des erreurs », note M.
Drainville, sans aller aussi loin toutefois que le
porte-parole adéquiste en santé, Éric
Caire. Ce dernier réclame carrément la
démission du ministre. Ce n’est d’ailleurs pas la
première fois.
Du côté des médecins
spécialistes, le Dr Gaétan Barrette a pour
sa part accusé le ministre d’avoir menti à
la population à plus d’une reprise, demandant sa
démission à mots à peine
cachés.
Inexpérience politique
Au coeur de la tourmente, le ministre semble prêt
à encaisser quelques taloches pour faire de la
politique comme « il le souhaite ».
Attablé devant son petitdéjeuner avant
d’entreprendre sa journéepublique, M. Bolduc
reconnaît lui-même qu’il n’est pas un bon
communicateur. « Je veux dire les choses telles
qu’elles sont », assure-t-il à La Presse. Au
risque que ce soit mal interprété.
C’est
impossible d’avoir toutes les réponses au moment
où une crise éclate, ajoute M. Bolduc, qui
dit ajuster son discours au fur et à mesure. Comme
dans un cabinet, lorsque le médecin doit faire des
tests avant de poser un diagnostic à son patient.
« Je suis un clinicien, un gestionnaire qui vient
faire de la politique, et non pas un politicien qui
s’improvise gestionnaire ou clinicien », lance M.
Bolduc.
C’est peut-être l’une de ses faiblesses. Tous les
experts consultés évoquent son
inexpérience politique.
« Alors que l’ancien ministre Philippe Couillard
était un bon général, M. Bolduc est
plutôt un bon colonel. C’est un bon tacticien
plutôt qu’un bon stratège », analyse
Réjean Blais, de l’Université de
Montréal.
Cette inexpérience politique finit par effriter la
confiance du public et du milieu. Au point où
certains se questionnent sur sa capacité à
occuper le poste de ministre.
« Je reste avec l’impression qu’il est en
difficulté, mais il n’est pas brûlé
», estime toutefois Louis Massicotte, professeur au
département de sciences politiques de
l’Université Laval.
Fine connaissance du système
En revanche, le ministre connaît bien le
système de santé. C’est son plus grand
atout. Médecin, gestionnaire, administrateur,
expert-conseil pour le Ministère, il a une longue
feuille de route. Même aujourd’hui, il continue ses
visites d’hôpitaux pour rester au courant et voir
lui-même les problèmes.
Pourtant, il donne souvent l’impression de mal
maîtriser ses dossiers. « Je ne suis pas
certain qu’il soit bien informé ou qu’il
s’enquière auprès des autres pour avoir les
bonnes informations » , dit Réjean Pelletier,
professeur en sciences politiques à
l’Université Laval.
Encore faut-il qu’il écoute, ce dont se plaignent
certains sous-ministres et directeurs.
« C’est faux. J’écoute beaucoup,
rétorque le principal intéressé. Mais
quand j’arrive, j’ai une approche de clinicien et,
souvent, je connais leurs chiffres aussi bien, sinon plus
qu’eux, parce que j’ai plus d’information qui me provient
du Ministère. »
M. Bolduc connaît sa valeur et n’hésite pas
à rappeler qu’il est un expert. Cette attitude peut
en froisser plus d’un et donner une mauvaise impression
sur l’homme.
« Il a une connaissance fine du milieu
médical, mais j’ai parfois l’impression que
ça le dessert. Un ministre doit gérer
l’ensemble des dossiers, il n’est pas là pour la
gestion quotidienne », dit le président de la
Fédération des médecins
omnipraticiens du Québec, le Dr Louis Godin.
Les négociations dans le réseau de la
santé arrivent à grands pas. Le ministre
devra être solide pour affronter les prochains mois.
Les prises de bec avec le président de la FMSQ, le
Dr Gaétan Barrette, l’ont bien montré.
UNE ANNÉE SOUS LE SIGNEDE LA CONTROVERSE
> Juin
2008 À peine nommé, le ministre Bolduc
critique la gestion du CHUM dans certains dossiers. Le
directeur général du CHUM, Denis Roy,
démissionne deux jours plus tard. > Automne 2008
Les médecins critiquent le projet du CHUM. Le
ministre annonce qu’il sera revu, avec plus de lits et de
salles d’opération. Un certain
mécontentement se manifeste ensuite à cause
de l’ophtalmologie et du plan fonctionnel et technique.
> Janvier 2009 Le ministre désavoue son
directeur national des urgences, le Dr Pierre Savard. Ce
dernier a indiqué que l’objectif était
d’éliminer les séjours de 48 heures aux
urgences d’ici un an. Le ministre le contredit en
soutenant qu’il ne veut pas fixer de cibles qui ne
pourraient être atteintes. > Juin 2009 Une
étude révèle des erreurs dans
l’interprétation de tests de pathologie chez des
femmes atteintes d’un cancer du sein. Le ministre dit
d’abord qu’il n’a pas eu connaissance de l’étude et
qu’elle n’est pas fiable. Puis, il reconnaît qu’il y
a de quoi s’inquiéter, avant de nommer des experts
pour revoir la question. Il annonce que 2100 tests devront
être révisés, un nombre qui montera
finalement à 2700. > Août 2009 La clinique
l’Alternative fait savoir qu’elle cessera de pratiquer des
avortements parce que les normes de la loi 34 sont trop
sévères. Une controverse éclate. Le
ministre dit que l’avortement a été inclus
dans la loi (réglementant une cinquantaine
d’interventions) à la recommandation du
Collège des médecins, qui le nie. Le
ministre est accusé de vouloir compromettre
l’accès à l’avortement et de mentir au
public. Il demande un nouvel avis au Collège, et
tout indique que l’avortement ne sera pas soumis aux
mêmes règles que les autres interventions
prévues dans la loi 34.
Un ministre en observation - VINCENT
MARISSAL
À
la lumière de sa performance des derniers jours, on
peut se demander comment réagirait Yves Bolduc en
cas de crise grave, un nouveau SRAS ou une grippe porcine,
par exemple. Ou même comment il survivra à la
saga du CHUM, un chapelet de crises que l’on
égrène depuis une bonne décennie.
Pour un médecin, Yves Bolduc vit plutôt
dangereusement. Tous les toubibs vous le diront: le
stress, à trop forte dose, est extrêmement
néfaste pour le corps et l’esprit. Et du stress, le
ministre de la Santé en a eu une triple dose cette
semaine.
Par moments, au cours des derniers jours, on avait
l’impression que le Dr Bolduc était sur le point de
défaillir tellement la pression était forte.
Après un tel épisode, la question se pose
(et elle est sur toutes les lèvres dans les milieux
de la santé et de la politique): Yves Bolduc a-t-il
la couenne assez dure pour diriger cet épuisant
ministère ?
Lorsqu’on a un grave problème de santé, la
dernière chose dont on a besoin, c’est de sentir
que son médecin panique, qu’il ne sait plus comment
réagir. À plus forte raison, lorsque toute
une population est inquiète, elle ne peut
être rassurée si le patron des
médecins est lui-même dépassé
par les événements.
À la lumière de sa performance des derniers
jours, on peut se demander comment réagirait Yves
Bolduc en cas de crise grave, un nouveau SRAS ou une
grippe porcine, par exemple. Ou même comment il
survivra à la saga du CHUM, un chapelet de crises
que l’on égrène depuis une bonne
décennie.
À l’Assemblée nationale, le
député adéquiste Éric Caire
n’a pas mis de gants blancs pour affirmer : « Yves
Bolduc n’a pas les capacités pour occuper le poste
de ministre de la Santé. »
La cha rge éta i t violente – mettez cela sur le
compte de l’effervescence typique des fins de session
parlementaire – mais il se trouve, dans le réseau
de la santé, quelques détracteurs tout aussi
sévères envers M. Bolduc.
I l serait toutefois faux de dire que le ministre a perdu
la confiance du milieu puisqu’il compte aussi des
alliés sincères.
Une série d’entrevues faites ces derniers jours et
une vilaine fracture à un doigt qui m’oblige
à fréquenter le CHUM depuis quelques
semaines (excellents soins, j’insiste pour le dire) m’ont
permis de constater que le ministre Bolduc recueille plus
de sympathie que de condamnations.
Tout le monde s’entend sur une chose: ministre de la
Santé au Québec, c’est un des pires jobs,
juste après celui d’entraîneur du Canadien !
Et, comme pour les discussions enf lammées et les
débats sur l’ordre des trios dans le Canadien,
l’affaire des tests de cancer du sein a pris de
proportions surréalistes, estime-t-on
généralement dans le milieu.
Avant de crucifier le Dr Bolduc, la plupart des gens
à qui j’ai parlé sont prêts à
lui donner une autre chance. chance. D’autres, par contre,
sont beaucoup moins indulgents.
« Ça prend un gestionnaire hors pair à
la tête de ce ministère, ce que n’est pas
Yves Bolduc , t ra nche un ac teur important du monde de
la santé sous le couvert de l’anonymat. C’est comme
si on avait catapulté un midget au poste de
directeur général d’une équipe de la
Ligue nationale. Une équipe qui a plein de
problèmes, en plus. »
Les
détracteurs du Dr Bolduc lui reprochent son manque
d’écoute, son manque d’expérience et une
certaine suffisance.
« Il commence ses interventions par: "Je le sais, je
suis
C’est le cas notamment du Dr Paul Perrotte,
président du conseil des médecins, dentistes
et pharmaciens (CMDP) du CHUM.
« Pour le dossier du CHUM, il nous a
écoutés et il a pris les bonnes
décisions, qui ont peutêtre enfin permis de
débloquer, dit le Dr Perrotte. Pour le CHUM, je lui
donne A. Pour le reste, les urgences par exemple, il a un
job difficile et il ne fait pas pire que les autres.
»
Voilà qui résume assez fidèlement le
sentiment répandu chez les partisans de la
deuxième médecin" et il les finit par :
"C’est moi le ministre." On ne peut pas discuter avec un
gars comme ça », ajoute une autre source du
milieu.
L’affaire des tests du cancer du sein a fait beaucoup de
bruit depuis 10 jours, mais pour ses opposants, le
ministre Bolduc était déjà en
observation depuis un an.
Tout a commencé quelques jours après sa
nomination, lorsqu’il a congédié l’ancien
directeur du CHUM, Denis Roy, une décision
cavalière et intempestive, selon certains.
Puis les fuites et les tergiversations entourant le projet
du CHUM ont accentué l’exaspération, qui a
culminé par la volteface du ministre sur le service
d’ophtalmologie, en mars. Ce service devait fonctionner en
centre médical spécialisé
associé, à l’extérieur du CHUM, mais
il a finalement été
réintégré, au grand
mécontentement des ophtalmologistes.
« Ce dossier-là a été un gros
pavé dans la mare, avoue le Dr Perrotte. Le
ministre a réagi à minuit moins une et cela
a créé beaucoup de remous. »
Il faut dire, à la décharge du ministre
Bolduc, que le milieu de la santé, en particulier
le milieu médical, est réputé
impitoyable envers son ministre.
Dès son arrivée, Yves Bolduc s’est
attiré critiques et railleries dans le
réseau à cause de ses
références à la «
méthode Toyota », parce qu’il vient d’une
région et non de Montréal ou parce qu’il est
omnipraticien et non pas spécialiste.
I l faut dire aussi que M. Bolduc a dû chausser les
souliers de Philippe Couillard, recordman de
longévité à ce poste casse-gueule et
modèle de c a l me et de contrôle.
Nécessairement, on compare.
Pour
survivre à ce poste, Yves Bolduc devra apprendre
à gérer les crises – et son stress. En
attendant, il trouvera peut-être un peu de
réconfort du côté de Nietzsche, qui
disait que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus
fort.
Le président du Conseil des
aînés démissionne
Georges
Lalande se dit exaspéré par l’attitude de
la ministre Blais
EXCLUSIF
M. Lalande reproche à la ministre de vouloir
« contrôler son institution » et d’en
« brimer la liberté et l’autonomie ».
Se disant exaspéré par l’attitude de la
ministre des Aînés, Ma rguer ite Blais, le
président du Conseil des aînés du
Québec , Georges La lande , démissionne, a
appris La Presse. M. Lalande reproche à la
ministre de vouloir « contrôler son
institution » et d’en « brimer la
liberté et l’autonomie ».
Le mandat de M. Lalande devait se terminer en novembre.
Mais il explique avoir décidé de quitter
ses fonctions avant terme, car la ministre Blais le
« pousse vers la sortie ».
Le Conseil des aînés a été
créé en 1992. Son mandat est, entre
autres, de promouvoir les droits des aînés
et de conseiller le gouvernement sur toutes les
questions qui touchent les personnes âgées.
Selon M. Lalande, la ministre Blais empêche le
Conseil des aînés de jouer son rôle.
Le président démis s ionnaire explique que
le rapport annuel 2008 du Conseil a été
déposé il y a plusieurs semaines au bureau
de la ministre Blais. « Mais elle ne l’a pas
encore déposé à l’Assemblée
nationale, car elle s’attarde sur certains
détails », soutient M. Lalande.
M. Lalande ajoute avoir créé
récemment un comité pour réf
léchir aux questions éthiques liées
au vieillissement. « Mais Mme Blais est intervenue
pour décider des membres qui devaient y
siéger, dénonce M. Lalande. Si on
enlève l’autonomie et l’indépendance du
Conseil, il ne sert à rien. »
M. Lalande est fonctionnaire depuis 35 ans. Il a
été notamment sous-ministre à la
Justice et aux Transports. « C’est la
première fois que je vois ça, dit-i l .
Tenter de soumett re le Consei l des aînés,
c ’ est inacceptable. »
M.
Lalande affirme que l’idée de lancer un programme
de certification des résidences privées
pour aînés est née au Conseil des
aînés. « Si on a pu faire ça,
c’est qu’on nous donnait la marge de parler. Il faut
conserver l’autonomie du Conseil des aînés
», dit-il.
Mme Blais déçue
La ministre Blais s’est dite « déçue
» de la réaction de M. Lalande. «
Elle croyait que son départ avait
été décidé d’un commun
accord », assure le directeur du cabinet de Mme
Blais, André Ménard.
Si le rapport annuel 2008 du Conseil des
aînés n’a pas encore été
déposé, c’est que certains
éléments « ne respectaient pas la
loi constitutive du Conseil des aînés
», dit M. Ménard. « Et c’est la
responsabilité de la ministre de s’assurer que
tout est conforme, ajoute-t-il. D’ailleurs, M. Lalande a
fait les changements et le rapport sera sûrement
déposé la semaine prochaine. »
Quant au comité d’éthique, M.
Ménard expl ique que l’ancien président du
groupe a écrit une lettre à la ministre
Blais lui demandant de démissionner. « Il
disait ne pas s’entendre avec M. Lalande. En
réaction, M. Lalande lui-même a
décidé de nommer Russell Copeman à
la tête du comité. Il l’a nommé
lui-même, dit M. Ménard. Ce n’est pas la
décision de la ministre. »
Au cour s des procha i ns mois, Mme Blais mènera
des consultations afin de trouver un remplaçant
à M. Lalande au Conseil des aînés.
CRÉDITS D’IMPÔT À LA RÉNOVATION -
UN PETIT EXTRA QUI FAIT DE L’EFFET
Quand les
gouvernements ont lancé leurs programmes de
crédit d’impôt pour inciter les
Québécois et les Canadiens à
rénover, l’incertitude sur l’efficacité de ces
mesures n’avait d’égal que l’incertitude
économique elle-même
«Ç’a été lent à partir,
mais c’est parti en fou. » Guy Aude t ,
propriétaire d’une entreprise de
construction-rénovation à Sherbrooke,
reçoit plus de soumissions pour des projets de
rénovation que les années
précédentes. Et les nouveaux crédits
d’impôt à la rénovation, mis en place
par les gouvernements fédéral et provincial, y
sont sûrement pour quelque chose.
Selon
l’Association provinciale des constructeurs d’habitation du
Québec, les intentions de rénovation des
ménages québécois dans les 12 prochains
mois sont passées de 12,4% en décembre 2008
à 19,8% en février, quelques semaines
après que les gouvernements aient annoncé ses
programmes de crédit d’impôt à la
rénovation.
Les intentions de rénovation ont certes
diminué à 16,6% en avril, selon le dernier
sondage de l’APCHQ. Mais cela reste néanmoins plus
encourageant qu’à la fin de l’année
dernière. Et plusieurs entrepreneurs en
rénovation poursuivent leur croissance malgré
la récession.
C’est le cas de Portes et Fenêtres Caron et Guay, de
Pont-Rouge, dont 75% du chiffre d’affaires de 30 millions
est attribuable aux activités de rénovation.
« En salle de montre, l’achalandage a presque
doublé par rapport à l’an dernier, note le
directeur des ventes, Réjean Guay. Et on est parti
pour une très bonne croissance. »
Jusqu’à maintenant, les ventes ont grimpé de
40%.
Dans ce cas comme dans d’autres, il demeure très
difficile de calculer exactement la responsabilité
des crédits d’impôt dans les bonnes affaires de
2009. Mais Réjean Guay croit que les mesures fiscales
apportent un surplus de clientèle, s’il en juge par
la quantité de gens qui glissent un mot sur ces
crédits d’impôt.
« Les crédits d’impôt viennent
contrebalancer les mauvaises nouvelles économiques
qui sont apparues au pays depuis janvier », dit pour
sa part Martin St-Amour, directeur chez Portes et
Fenêtres Verdun.
Selon lui, nul doute que cela convainc des consommateurs
à passer de l’étape du projet à celle
de la concrétisation.
« J’ai des exemples de clients qui ont mis leur projet
sur la glace à l’automne, voyant que leurs REER
avaient beaucoup baissé, dit-il. Mais ils sont
revenus à la charge en février ou en mars.
»
« Ça fait son chemin »
Au moment où le gouvernement fédéral a
lancé son programme, à la fin janvier, des
économistes se montraient sceptiques.
L’économiste en chef de BMO Marchés des
capitaux, Sherry Cooper, doutait que les ménages
à plus faible revenu soient tentés par le
programme. Yves Saint-Maurice, de Desjardins, se demandait
quant à lui si cela allait vraiment amener du jus
à l’économie.
Mais force
est de constater que pendant que les mises en chantier
diminuent et que le marché de l’habitation
s’essouffle, la rénovation tient le coup.
« À l’automne, on était
préoccupé de savoir comment le consommateur
réagirait à cette incertitude
économique là, dit Martin St-Amour. La
rénovation implique souvent des sommes assez
importantes. »
Mais avec l’arrivée du printemps, et après
quelques semaines de confusion et d’incompréhension
sur les modalités des crédits d’impôt,
l’inquiétude s’est dissipée.
« Avant que les crédits d’impôt
arrivent, nous étions inquiets, comme tout le
monde, même si on avait nos petites
stratégies, se rappelle Réjean Guay. Lorsque
les crédits d’impôt sont arrivés, on
trouvait que c’était une superbe nouvelle, mais les
premières semaines ont été toute une
aventure pour aller chercher des renseignements
là-dessus. Pendant un temps, on pensait que
c’était de la poudre aux yeux. »
« Au début de l’année, les gens ne
comprenaient pas trop ce que c’était, dit
Éric Sansoucy, associé chez SP
Rénovation, de Montréal . Le langage f iscal
n’est pas nécessairement parlé par tout le
monde. Mais on répète à chaque fois
que quand on atteint 20 000 $, c’est 3850 $ de
crédit d’impôt. Ça fait son chemin et
ça marche. » Si bien que plusieurs
Québécois ont devancé des travaux
prévus un peu plus tard, notent les entrepreneurs.
Secteur sensible
Florence Duhamel, directrice générale de
Maison D& D, à Brossard, ne note pas
d’augmentation par rapport à l’an dernier. «
Par contre, il n’y a pas de baisse, précise-t-elle.
Peut-être que sans ces crédits, il y en
aurait une. »
C’est aussi l’opinion d’Éric Cherbaka, directeur
général, division Membres et Industrie, de
l’APCHQ.
« Sans ces crédits, ce serait plus difficile
de passer au travers de la récession. La
rénovation est un secteur plutôt sensible
à la conjoncture économique. Les
crédits viennent maintenir l’activité. Sans
eux, les gens auraient attendu une stabilisation
économique. »
Aujourd’hui, une chose est certaine: les consommateurs
sont intéressés et veulent en savoir plus
sur les crédits. L’APCHQ remarque un grand nombre
de demandes d’information et de références
d’entrepreneurs sur son site web et au service à la
clientèle.
Et les entrepreneurs suivent les clients. « On nous
mentionne que beaucoup d’entrepreneurs qui ne faisaient
pas de rénovation sont entrés sur le
marché, dit Éric Cherbaka. Il y a beaucoup
plus de joueurs, et beaucoup plus de concurrence. »
ENTRE RÉCESSION ET RÉNOVATION
Même
si les Québécois ne semblent pas du tout
insensibles aux crédits d’impôt à la
rénovation, il est difficile de dire exactement
comment le duo récession-crédit
d’impôt se traduit dans leur comportement de
consommateur.
« Le crédit incite les gens à
dépenser plus, soutient Réjean Guay,
directeur des ventes chez Caron et Guay Portes et
fenêtres. « Les contrats ont grossi, dit-il,
passant d’une moyenne d’environ 5000$ à 7000
à 8000$. »
Chez Verdun Portes et fenêtres, la facture moyenne a
aussi augmenté, mais le directeur Martin St-Amour
l’explique autrement. « Les gens plus touchés
par la crise, par exemple les employés d’usine,
sont ceux qui remplaçaient une ou deux
fenêtres à la fois. Ces gens-là sont
probablement sortis du marché. On a moins d’appels
pour des soumissions à domicile, mais les gens qui
entreprennent les projets ont des budgets plus importants.
Le client moyen qui est resté dans le marché
a un peu plus d’argent à investir. »
Florence
Duhamel, directrice générale de Maisons
D& D, constate plutôt des projets de moins
grande envergure ce printemps. « Ce sont davantage
des urgences, des rénovations qu’il faudrait faire
de toute façon. »
Mais Mme Duhamel ne déprécie pas pour autant
les crédits d’impôt.
« Je reste encouragée par la mesure, mais je
pense qu’on va davantage voir les effets à
l’automne. Les gens vont réaliser que le mois de
janvier (le 1er février est la date limite du
programme fédéral) s’en vient vite et que
dans quelques mois, ils n’auront plus droit au
crédit d’impôt. L’économie va
redémarrer, ils vont avoir un peu de sous, une
sécurité d’emploi. Ils vont réaliser
qu’ils ont un projet qui a une échéance. Je
pense que ça va réveiller les gens. »
Comme quoi on n’aura le coeur net sur la réelle
popularité de ces crédits d’impôt que
sur les déclarations d’impôts des
Québécois, au printemps prochain.
DEUX ESPÈCES DE PROGRAMMES
Quand
Claude Bernier, vice-président chez Rona, dit que
les Québécois ont deux programmes de
crédit d’impôt très différents
à comprendre, il a tout à fait raison.
Le crédit d’impôt pour la rénovation
et l’amélioration résidentielles, mis en
place par le gouvernement québécois le 14
janvier dernier, s’adresse seulement aux
propriétaires qui confient leurs travaux à
des entrepreneurs ayant une licence de la Régie du
bâtiment du Québec. Il vise notamment
à soutenir les emplois du secteur de la
construction et décourager le travail au noir.
Il offre un crédit remboursable de 20% pour les
dépenses supérieures à 7500$,
jusqu’à un maximum de 20 000$, pourvu que les
ententes avec les entrepreneurs soient conclues en 2009 et
que les dépenses soient effectuées avant la
fin juin 2010.
Les travaux extérieurs (aménagement
paysager, remise à neuf des allées,
piscines) ne sont pas reconnus, contrairement au
crédit fédéral.
Le
crédit d’impôt fédéral pour la
rénovation résidentielle,
présenté dans le budget Flaherty du 27
janvier est un crédit non remboursable de 15% pour
les dépenses supérieures à 1000$,
avec un plafond de 10 000$.
La mesure est beaucoup moins restrictive qu’au provincial.
L’éventail de dépenses admissibles est assez
large, et il n’est pas nécessaire que les travaux
soient effectués par un entrepreneur. Ainsi, les
coûts des matériaux de construction pour la
construction d’une clôture construite par le
propriétaire lui-même est une dépense
admissible.
Les dépenses doivent être effectuées
entre le 27 janvier 2009 et le 1er février 2010.
Un outil de calcul détaillé, valide pour les
deux crédits d’impôt, est disponible sur le
site de Revenu Québec au
LES DÉTAILLANTS SENTENT L’ENGOUEMENT
En pleine
récession, les grands détaillants de la
quincaillerie et de la rénovation entendent bien
tirer profit des crédits d’impôts lancés
cet hiver. Déjà, tant Home Depot que Rona
constatent un impact sur les affaires. « On a vu une
réaction de la clientèle dans les jours et les
semaines qui ont suivi l’annonce des crédits, dit
Élise Vaillancourt, directrice régionale du
marketing de HomeDepot pour le Québec. Mais il est
difficile à dire si notre hausse de ventes y est
directement attribuable. »
De son
côté, Rona offre un programme incitatif
supplémentaire (Home Depot l’a aussi fait durant
quelques semaines) et invite les gens à s’inscrire
sur un site web, où les clients doivent fournir
certaines informations sur leur projet de rénovation.
Le détaillant de Boucherville ne veut pas
préciser le nombre de participants inscrits, mais il
est question de milliers de clients dans le pays. En
entrevue à
le premier vice-président marketing et innovation
client, Claude Bernier, indique aussi que « des
dizaines de millions de dollars en intentions ont
déjà été enregistrées
». Il précise toutefois que ce ne sont pas
encore des dépenses réelles.
« On
est très content des programmes de crédits
d’impôts, ajoute M. Bernier. On y croit beaucoup. De
mois en mois, le nombre d’inscrits à notre programme
augmente. Il y a un certain engouement. On parle de dizaines
de millions, pas de 50000$. »
Mais à l’instar des entrepreneurs, les
détaillants évoquent une certaine
complexité à bien saisir les tenants et
aboutissants des programmes.
« La difficulté, c’est que le consommateur doit
comprendre deux programmes très différents,
dit Claude Bernier. Il y a encore beaucoup
d’éducation à faire, mais le potentiel est
très grand. »
Mais le crédit d’impôt n’explique pas tout. Si
Élise Vaillancourt estime que ça a un impact
positif sur les gens qui étaient sur le point de
prendre une décision quant à leur projet de
rénovation, elle croit aussi que cette année,
plus de gens préfèrent utiliser leur dollar
discrétionnaire pour des rénovations (et leur
effet permanent) plutôt que pour des vacances (et leur
effet temporaire).
Tournages à Montréal
Québec ouvre les vannes
Le
gouvernement du Québec agit avec
célérité pour permettre la reprise
des tournages américains dès cet
été à Montréal. Deux ou trois
grosses productions américaines
s’apprêteraient déjà à profiter
de l’élargissement du crédit d’impôt
décrété hier à Québec.
Le ministre
québécois des Finances, Raymond Bachand, a
annoncé hier que Québec élargira
les possibilités de crédits d’impôt
pour les productions cinématographiques
étrangères. Sur la photo, Brad Pitt et
Cate Blanchett dans L’étrange histoire de
Benjamin Button. Des scènes de ce long
métrage américain ont été
tournées à Montréal.
Effective immédiatement, la principale mesure
précise que le crédit d’impôt de 25%
sur les salaires des productions étrangères
s’appliquera désormais à l’ensemble des
frais de production engagés au Québec.
« C’était important de le faire rapidement,
les décisions pour les tournages se prennent
maintenant », a indiqué le ministre des
Finances, Raymond Bachand, confirmant ainsi ce qu’avait
révélé La Presse il y a deux semaines
au sujet de ses intentions de relancer les tournages
à Montréal.
« C’est bon pour l ’ i ndustrie, qui le souhaitait
depuis quelques semaines, poursuit le grand argentier du
Québec. Nous avons toujours été parmi
les leaders dans ce domaine et comptons le rester. Nous
serons compétitifs avec Toronto, Vancouver et
plusieurs États américains »
Le ministre Bachand reconnaît que les crédits
d’impôt représentent un investissement
important mais assure qu’ils en valent entièrement
la peine.
«
C’est avantageux, dit-i l . Mieux vaut des crédits
d’impôt qui amènent des dépenses
réelles au Québec que le statu quo pour
notre industrie. Ça fait vivre pas mal de monde.
»
Les productions étrangères assurent le
maintien de 4500 emplois au Québec. Elles ont eu
des retombées de seulement 60 millions de dollars
l’an dernier, alors qu’elles avaient rapporté 270
millions en 2007. Avec les nouvelles mesures, les
retombées devraient dépasser 100 millions
cette année.
« Montréal sera complètement
transformé cet été, ajoute Hans
Fraikin, commissaire du Bureau du cinéma et de la
télévision du Québec. Avec cette
mesure, nous sommes sur un pied d’égalité
avec nos concurrents américains qui offrent aussi
des avantages fiscaux. »
Extrêmement satisfait des mesures annoncées,
il a expliqué que le Québec peut même
s’enorgueillir d’offrir davantage que la plupart des lieux
de tournage américains en raison des
infrastructures et des techniciens qu’il y a chez nous
depuis de nombreuses années.
En plus de l’élargissement du crédit
d’impôt à toutes les dépenses de
production, Québec a également
décidé de porter à 30% le
crédit d’impôt pour effets spéciaux et
animation informatique.
« C’est important parce que nous sommes
également très forts en postproduction au
Québec, note Hans Fraikin. Il y a
présentement des négociations pour deux,
voire trois longs métrages de fiction
américains bénéficiant de gros
budgets qui seront annoncés d’ici
l’été. »
Québec accorde près de
100millions à CAE
« C’est un risque calculé, qu’on partage,
parce que bien sûr on prête 35% de
l’investissement, mais cela veut dire que CAE y
contribue à 65%. »
Québec a annoncé hier l’attribution
à l’entreprise CAE d’une aide financière
de près de 100 millions, sous forme d’un
prêt à redevance, pour un projet
d’investissement majeur.
Le ministre des Finances et du
Développement économique, Raymond
Bachand, a confirmé l’aide de 99,8 millions
de Québec à CAE.
Le ministre des Finances et du Développement
économique, Raymond Bachand, a confirmé
l’aide octroyée pour un nouveau programme de
recherche et développement, en présence
du président et chef de la direction de CAE,
Robert E. Brown.
Grâce à un investissement total de
près de 274 millions, CAE espère devenir
le chef de file mondial de la modélisation et
de la simulation dans trois nouveaux domaines, soit
ceux de la santé, des mines et de
l’énergie. Québec investira 99,8
millions, sur sept ans, tandis que CAE financera son
programme à hauteur de 174 millions.
« C’est un risque calculé, qu’on partage,
parce que bien sûr on prête 35% de
l’investissement, mais cela veut dire que CAE y
contribue à 65%. Et nous sommes convaincus que
nous retrouverons notre argent, avec
intérêt et rendement. Et surtout avec
beaucoup d’emplois et une nouvelle entreprise qui
deviendra un leader dans un nouveau secteur », a
soutenu le ministre Bachand, en conférence de
presse.
Le projet doit assurer la création ou le
maintien de 2500 emplois directs et de 1000 emplois
indirects échelonnés sur une
période de 15 ans, selon la direction de
l’entreprise, dont le siège social est à
Montréal.
Plus
de 2000 emplois devraient en outre être
créés dans la région de
Montréal, et ce, même si CAE
annonçait, à la mi-mai, 700 mises
à pied, dont 600 dans la métropole
québécoise.
« Notre objectif maintenant, c’est d’avoir des
activités qui représenteront à
peu près le quart de notre chiffre d’affaires,
dans cinq à huit ans. Donc, cela donne un ordre
de grandeur au niveau du chiffre d’affaires et du
nombre d’emplois que l’on pourrait voir », a
détaillé M. Brown.
Dans le domaine de la santé, CAE prévoit
travailler en liaison avec le milieu, afin de lui
offrir des simulateurs d’environnement et de permettre
au personnel médical de répéter
des procédures médicales avant de les
utiliser pour des patients.
« Cela va permettre de sauver des vies et
diminuer des coûts », a soutenu M. Brown.
Des contrats auraient déjà
été signés, selon le PDG de
l’entreprise, avec l’Université de
Montréal, le Michener Institute for Applied
Health Sciences, de Toronto, et le Winnipeg Regional
Health Authority.
CAE offre également déjà aux
sociétés minières des formations
pour leurs conducteurs, tandis que du
côté du domaine de l’énergie,
l’entreprise souhaite permettre aux compagnies de
maximiser le rendement de leurs ressources. CAE
investira dans des outils de simulation et de
modélisation visant à optimiser la
gestion, la production, les réseaux de
distribution et la commercialisation dans le secteur.
Seul Québec par ticipe au nouveau projet
d’investissement de CAE, mais le gouvernement
fédéral avait à son tour
annoncé à la fin mars l’investissement
d’un montant remboursable dans le projet Falcon, un
programme de recherche et développement de 714
millions s’échelonnant sur cinq ans. Ce dernier
devait créer ou aider à conserver 1000
emplois.
Guerre de tranchée à
Rivière-du-Loup - VINCENT MARISSAL
Après une fin de semaine de réflexion,
MichaelIgnatieff indiquera aujourd’hui aux Canadiens s’il
fera tomber ou non le gouvernement Harper cette semaine,
déclenchant du coup des élections pour le 27
juillet.
Un conseil: ne retenez pas votre souffle, la
probabilité que les libéraux
précipitent le pays dans une campagne
électorale en plein été est
extrêmement faible.
Ce serait d’ailleurs une sage décision de passer un
tour de la part de M. Ignatieff. Une campagne au mois de
juillet, c’est risqué. En pleine récession
de surcroît, cela devient téméraire.
Le chef libéral irait dans les campings et les
parcs pour dire aux vacanciers inquiets de perdre leur
emploi à la rentrée que c’est une bonne
chose que de dépenser 300 millions de fonds publics
pour retarder encore un peu les mesures de reprise
économique? Ce n’est pas sérieux…
Comme nous n’aurons vraisemblablement pas
d’élections fédérales cet
été, le dernier événement
politique de la saison aura lieu lundi prochain sur la
scène provinciale, à Rivière-du-Loup,
avec l’élection partielle visant à remplacer
Mario Dumont.
Cette élection s’avère d’ailleurs beaucoup
plus intéressante que prévu, comme j’ai pu
le constater depuis deux jours en arpentant cette
magnifique région.
De Montréal, on avait l’impression depuis le
début de cette campagne que les jeux étaient
faits et que le candidat du Parti québécois,
l’ancien député du Bloc Paul Crête,
allait l’emporter facilement. Les péquistes
affichaient une belle assurance et les libéraux
admettaient eux-mêmes que leur candidat, l’ex-maire
de Rivière-duLoup, Jean D’Amour, était
« dans le trouble », comme on dit en
politique. (Ah oui, et l’ADQ, dites-vous? Dans
Rivière-du-Loup, on ne votait pas vraiment ADQ, on
votait Mario, et il n’est plus là, alors…).
Sur le terrain, à travers les bancs de brume
fantomatiques, on distingue plutôt la tendance
inverse: les libéraux pourraient créer la
surprise et arracher cette circonscription détenue
par Mario Dumont depuis 15 ans.
De l’aveu même de Paul Crête, la lutte contre
les libéraux est extrêmement serrée.
Et ce n’est pas une tactique pour cacher une trop grande
assurance. Paul Crête est un bonhomme franc et
direct. Il était visiblement inquiet, vendredi
soir, quand je l’ai croisé dans un resto à
la mode, rue Lafontaine, à Rivièredu-Loup.
Et pour cause.
La démarche n’a évidemment rien de
scientifique, mais de Rivière-du-Loup à
Cacouna en passant par Notre-Dame-du-Portage et
Trois-Pistoles, l’immense majorité des
électeurs rencontrés penchaient du
côté des libéraux. Un ou deux
électeurs ont bien parlé de l’arrestation du
candidat D’Amour pour conduite en état
d’ébriété, mais, en
général, on semble prêt à lui
pardonner d’avoir « pris une p’tite bière
», pour résumer les propos d’un homme de
Trois-Pistoles.
Quant aux allégations de conflit
d’intérêts pesant sur M. D’Amour (le
commissaire au lobbyisme enquête sur l’ex-maire de
Rivièredu-Loup parce qu’il aurait fait des
représentations pour son entreprise auprès
de son successeur sans s’inscrire au registre des
lobbyistes), pas un seul électeur n’en a
soufflé mot.
La ville
de Rivière-du-Loup se tire fort bien d’affaire
malgré les temps difficiles et elle a
côtoyé la prospérité ces
dernières années. Naturellement, l’ancien
maire en retire quelque mérite.
La principale arme des libéraux – sans surprise –
est de dire aux gens qu’il est temps d’élire un
député du parti au pouvoir. L’argument
semble faire mouche chez plusieurs électeurs.
À cet argument, les péquistes opposent un
raisonnement étonnant: Rivière-du-Loup a
connu 14 ans de prospérité économique
en étant dans l’opposition avec Mario Dumont. Donc,
l’opposition, c’est bon pour la région!
Remarquez que Paul Crête s’y connaît. Cela
fait 16 ans qu’il est dans l’opposition comme
député du Bloc québécois, qui
n’a connu et ne connaîtra jamais que ce rôle.
Cela dit, quel sera l’argument du PQ, aux prochaines
élections, lorsqu’il se battra pour prendre le
pouvoir?
Le candidat Crête joue gros aussi lorsqu’il dit,
comme il l’a fait samedi en point de presse dans son local
de Rivière-du-Loup, que cette élection
partielle est le premier grand test pour le gouvernement
Charest troisième mouture.
Vrai, les élections partielles sont souvent
l’occasion d’envoyer un message (le plus
fréquemment de frustration ou de colère) au
gouvernement, mais si le PQ « échappe »
Rivière-du-Loup après avoir
été en avance, c’est Pauline Marois qui
échouera à son premier grand test depuis le
scrutin général du 8 décembre.
Au moment où la chef du PQ impose un virage
stratégique important à son parti et
où l’option cause une fois de plus des remous, son
leadership serait certainement affaibli par une
défaite dans Rivière-du-Loup, terre
francophone réputée nationaliste.
Paul Crête admet qu’il devra attirer au moins deux
électeurs adéquistes sur trois pour gagner
lundi prochain (aux dernières élections, le
PQ a fini troisième avec un peu plus de 3000 votes,
contre 5700 pour les libéraux et 11 000 pour Mario
Dumont).
Voilà pourquoi le PQ met toute la gomme dans
Rivière-du-Loup. Hier, des dizaines de
bénévoles, qui avaient assisté la
veille à la Conférence nationale des
présidents du Parti québécois, sont
restés dans la région pour donner un coup de
main au candidat Crête.
Ces renforts ont fait sourciller les libéraux, qui
y voyaient une contribution illégale, mais le parti
de Jean Charest n’était pas en reste cette fin de
semaine.
Samedi, deux ministres (Claude Béchard et Tony
Tomassi) et près de 100 bénévoles
(essentiellement, du personnel politique de Québec
et de Montréal) ont débarqué dans la
circonscription pour la fin de semaine.
Les grands imposteurs - ANDRÉ PRATTE
Le conseil
général du Parti libéral du Québec
s’est tenu en fin de semaine sous le thème du
développement énergétique
duQuébec. Le premier ministre Jean Charest y a
présenté sa vision du Québec de l’avenir,
un Québec qui serait « la première
puissance mondiale d’énergies propres et renouvelables
». C’est un projet mobilisateur que nous applaudissons.
Il est déplorable que les libéraux aient choisi
d’en faire une affaire partisane.
Une vidéo présentée aux militants
dimanche retraçait l’histoire de
l’hydroélectricité au Québec. Le PLQ a
réussi le tour de force d’y raconter la nationalisation
de l’électricité sans dire un mot de René
Lévesque. Ministre libéral des Ressources
naturelles au début des années 60, M.
Lévesque a mené pendant des mois une campagne
publique en faveur de la nationalisation. C’est cette campagne
qui a convaincu les Québécois, puis le premier
ministre Lesage de prendre cet audacieux pari. On a beau
être partisan, il y a des limites à la
malhonnêteté intellectuelle.
Jean Charest s’est bien gardé de pavoiser après
que les organisateurs du conseil général,
affiches et vidéo à l’appui, l’eurent
sacré « grand bâtisseur » aux
côtés de Godbout, Lesage et Bourassa. Il ne s’est
pas moins présenté comme le père de la
relance de la construction des grandes centrales
hydroélectriques et du développement de
l’énergie éolienne dans la province. Or, c’est
faux. Le premier ministre qui a initié ces deux
virages, c’est Bernard Landry.
Il est vrai que le gouvernement de Jacques Parizeau avait mis
un frein aux grands projets de production électrique.
Il n’avait pas le choix: l’échec de Grande-Baleine
avait montré que la résistance des populations
autochtones ne pouvait être vaincue ou
contournée.
Il a fallu
que M. Landry conclue la Paix des Braves avec les Cris pour
que le plus grand projet depuis celui de la baie James, la
dérivation de la rivière Rupert, puisse aller de
l’avant. Voici ce que déclarait M. Landry, alors
premier ministre, il y a sept ans presque jour pour jour:
«Le Québec est à l’aube d’une autre grande
période de développement de projets
énergétiques. Les initiatives que mon
gouvernement a annoncées au cours de la dernière
année et celles que nous mettrons en place au cours des
prochains mois permettront au Québec de connaître
la plus importante vague de développement de projets
énergétiques depuis les travaux de la baie
James. » Et le chef péquiste de « confirmer
la ferme volonté de mon gouvernement
d’accélérer le développement de
l’énergie éolienne au Québec».
Bernard Landry mérite donc, au moins autant que son
successeur, le titre de « grand bâtisseur »
de l’énergie. Dans ce dossier, le chef libéral a
seulement pris la balle au bond. Le «plan Nord» et
le développement d’un « nouvel espace
économique » pour le Québec sont des
initiatives beaucoup plus originales lancées par le
premier ministre libéral. Souhaitons que le «
plan Nord » prenne bientôt une forme plus
concrète que la présentation PowerPoint à
laquelle il s’est limité jusqu’à maintenant.
Les libéraux ne sont évidemment pas les seuls
à déformer l’histoire à leur avantage.
Leurs adversaires péquistes font de même, par
exemple lorsqu’ils s’enorgueillissent du choix que le
Québec a fait de l’hydroélectricité,
oubliant que le PQ était contre la baie James,
préférant la filière nucléaire.
L’avenir économique du Québec dépend
notamment de sa capacité à exploiter au maximum,
dans le respect de l’environnement, ses ressources
hydroélectriques et éoliennes. Plutôt que
d’en faire un enjeu partisan, les politiciens devraient
s’efforcer d’y rallier toute la population.
« Les péquistes se foutent des
règles », dit JeanCharest
Dépenses électorales dans
Rivière-du-Loup
Libéraux et péquistes se sont accusés
mutuellement hier de faire fi des règles du
financement électoral pour la complémentaire
de Rivière-du-Loup, qui est devenue un champ de
bataille politique débordant largement les enjeux
locaux.
Jean Charest a raillé hier
les habitudes belliqueuses des péquistes, disant
qu’ils n’avaient pas pu s’empêcher de se chicaner
avec le DGE.
Jean Charest soutenait hier ne pas prêter foi aux
engagements du PQ, qui promet de comptabiliser une partie
des coûts d’un événement partisan
qu’il tiendra en fin de semaine dans cette
circonscription. Lundi, après quelques jours de
flottement, le vérificateur avait jeté du
lest et convenu que le PQ pouvait n’imputer qu’une partie
des coûts liés à la Conférence
des présidents de samedi prochain, aux
dépenses électorales du candidat
péquiste Paul Crête.
Cette conclusion avait nécessité bien des
échanges aigres-doux entre le bureau du DGE et le
PQ. « La chicane, cela fait tellement partie de la
culture du PQ qu’ils ne peuvent s’empêcher de se
chicaner avec le DGE. Il faut le faire », a
raillé Jean Charest hier.
Selon lui, « les péquistes dans
Rivière-du-Loup se foutent du président
d’élection (le DGE), ils se foutent des
règles ». Pour lui, personne ne peut croire
que le parti de Pauline Marois a subitement
décidé de tenir cette réunion dans
l’ancienne circonscription de Mario Dumont par hasard.
« Tout d’un coup, ils ont dit: "On va aller à
Rivière-duLoup." Voyons donc, ces dépenses
doivent être comptées aussi », a
lancé M. Charest.
« On
sait pourquoi les péquistes vont à
Rivière-du-Loup, cela va être
intéressant de les voir patiner autour de
ça... qu’ils ne sont pas là pour la
partielle. Du grand spectacle, comme: "Je ferai des
référendums, mais peut-être pas." Le
brouillard permanent ! » a-t-il conclu.
Pour Stéphane Bédard, leader parlementaire
du PQ, « Jean Charest devrait avoir honte, il ment
effrontément. Étrangement, il se soucie peu
de savoir si son candidat dans Rivière-du-Loup
respecte la loi sur le lobbying. » Le PQ va «
respecter intégralement » les directives du
DGE – des discussions ont déjà eu lieu pour
identifier la partie des dépenses de la
conférence qui devront être imputées
à la campagne de Paul Crête.
« Quand M. Charest dit qu’on ne respecte pas la loi
électorale, il ment effrontément. C’est un
signe de panique de sa part. C’est aussi un manque de
dignité, de respect à la fonction de premier
ministre que de lancer de telles accusations », a
poursuivi M. Bédard.
Surtout, ajoute-t-il, le même Jean Charest aura
contribué au déni le plus flagrant de la loi
québécoise sur le financement des
activités politiques ; il est monté au
husting lors du love-in de Montréal à
quelques heures du référendum de 1995.
En outre, depuis le déclenchement de la partielle,
le gouvernement Charest a « rempli le comté
de limousines aux frais des contribuables » en
multipliant le nombre de visites ministérielles.
Pauline Marois : une défaite
« crève-coeur »
Lachefdel’oppositionofficielle, Pauline Marois a
confié avoir vécu avec tiraillements la
campagne électorale municipale. « Cette
élection a été crève-coeur
dans plusieurs circonscriptions où nous avions
des sympathisants souverainistes des deux
côtés », reconnaît Mme Marois.
Les troupes souverainistes ont été
divisées, tant à Longueuil qu’à
Montréal. Le mot d’ordre donné aux
militants a été de choisir librement leurs
clans, ce qui n’a pas permis de mettre la machine
péquiste à profit.
Le péquiste Nicolas Marceau appuie
les hausses de tarifs
QUÉBEC — Le nouveau député
péquiste de Rousseau, l’économiste
Nicolas Marceau, approuve l’idée du
gouvernement Charest d’augmenter les tarifs comme ceux
de l’hydroélectricité une fois que la
reprise économique se sera confirmée.
PHOTO JACQUES
BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE
Nicolas Marceau a repris la
circonscription de Rousseau laissée vacante
par François Legault.
Cette sortie risque d’embarrasser Pauline Marois, qui
refuse jusqu’à maintenant de se prononcer sur
le sujet.
De son côté, Jean Charest n’a pas
nié que son gouvernement veut hausser les
tarifs préférentiels du bloc patrimonial
d’Hydro-Québec – ces 165 térawattheures
dont le prix est fixé à 2,8 cents le
kilowattheure. Il a prévenu que le gouvernement
devra prendre des mesures « pas toujours
populaires » pour retrouver l’équilibre
budgétaire. Il avait pourtant promis de ne pas
toucher au bloc patrimonial dans sa plus
récente stratégie
énergétique.
Augmenter les tari fs et majorer la TVQ comme veut le
faire le gouvernement sont « des voies
intéressantes » en vue de renflouer les
coffres de l’État, a affirmé Nicolas
Marceau hier, après avoir prêté
serment à l’Assemblée nationale. «
Il y a eu des démonstrations dans d’autres pays
qui montrent que ça peut être de bonnes
avenues pour une meilleure croissance
économique, pour plus d’équité.
»
Ces
mesures ne devraient entrer en vigueur qu’après
la récession, a toutefois prévenu le
nouveau député, élu le 21
septembre. Selon le successeur de François
Legault dans Rousseau, le gouvernement doit
présenter rapidement un « plan complet
» sur le retour à l’équilibre
budgétaire, ce qui permettra de mieux
évaluer sa stratégie.
Avant de faire le saut en politique, Nicolas Marceau
s’était déjà prononcé en
faveur d’une hausse des tarifs d’HydroQuébec.
Invité à titre de conférencier au
conseil général du PQ, en février
dernier, il avait plaidé pour une hausse de la
TVQ et des tarifs afin de retrouver l’équilibre
budgétaire. Pauline Marois avait refusé
de prendre position.
Lors de la période des questions, la chef
péquiste a accusé Jean Charest de renier
son engagement de maintenir tel quel le bloc
patrimonial. Cette promesse est inscrite dans la
stratégie énergétique 2006-2015.
« Il veut faire exploser les tarifs, a-t-elle
lancé. HydroQuébec a déjà
augmenté les tarifs de plus de 18% depuis cinq
ans. Ils annoncent une demande de plus de 8% pour les
cinq prochaines années, et maintenant, le
premier ministre a le bloc patrimonial dans sa mire
», a-t-elle affirmé. Un peu plus
tôt, lors d’un point de presse, elle n’avait pas
voulu se prononcer sur une révision du bloc
patrimonial. Elle s’est contentée de dire
qu’elle est « favorable à débattre
» des hausses tarifaires.
JeanCharest a déclaré: « Nous
vivons la pire crise économique depuis les 70
dernières années, et nous devrons, comme
société, prendre les mesures
responsables, pas toujours populaires, pas toujours
faciles. »
Marois craint pour la santé
financière du Québec - Jocelyne
Richer
TROIS-RIVIÈRES
— Le Parti québécois misera cet automne
sur l’état précaire des finances
publiques pour miner la crédibilité du
gouvernement et marquer des points.
La chef du parti, Pauline Marois, a dit craindre,
hier, en marge d’une réunion de ses
députés à Trois-Rivières,
que les prochaines nouvelles sur la santé
financière du gouvernement soient mauvaises.
Le déficit budgétaire anticipé
pour l’année en cours serait donc plus
important que prévu, selon elle.
«
Malheureusement,
la situation budgétaire va empirer plutôt
que de s’améliorer », a prédit Mme
Marois en point de presse, avant de rejoindre ses
députés.
En octobre, le ministre des Finances, Raymond Bachand,
doit faire le point, à l’occasion de sa «
mise à jour économique et
financière », et révéler si
les prévisions du printemps sont toujours
d’actualité. Normalement, cette mise à
jour périodique n’entraîne pas l’adoption
de nouvelles mesures budgétaires.
En mars, le dernier budget de la ministre Monique
Jérôme-Forget avait fixé à
tout près de 4 milliards le déficit
prévu pour 2009.
Le PQ recrute l’économiste Nicolas
Marceau
Succession de François Legault dans Rousseau
EXCLUSIF
QUÉBEC— La chef du Parti
québécois, Pauline Marois, a
recruté un économiste, Nicolas Marceau,
dans l’espoir de combler le vide laissé par le
départ de François Legault. Le
professeur à l’UQAM sera nommé sous peu
candidat du PQ dans la circonscription de Rousseau, a
appris La Presse.
Devant le conseil national des
militants péquistes, le 22 février
2009, François Legault (à gauche) a
invité Nicolas Marceau à prononcer un
discours sur les moyens de sortir de la crise
économique. Cette photo a été
prise à cette occasion par le PQ.
Nicolas Marceau a été membre de la
commission Séguin sur le
déséquilibre fiscal, créée
par le gouvernement Landry en 2001, et l’un des
experts qui a validé les Finances d’un
Québec souverain, une étude
préparée par François Legault en
2005.
À l’invitation de M. Legault, Nicolas Marceau a
prononcé, le 22 février dernier, un
discours sur les moyens de sortir de la crise
économique devant quelques centaines de
militants péquistes réunis en conseil
national. Le professeur au département des
sciences économiques avait proposé de
retrouver l’équilibre budgétaire en
augmentant la TVQ et les tarifs, comme ceux
d’hydroélectricité. Prudente, Pauline
Marois s’était contentée de dire qu’elle
est prête à faire un débat sur la
tarification des services publics, mais seulement
après la crise économique. M. Marceau
avait aussi insisté sur le maintien d’un panier
de services publics « généreux
» et d’un État de « taille
importante », une position qui correspond
à la philosophie péquiste.
Le PQ a appuyé sur l’accélérateur
afin de confirmer au plus vite la candidature de M.
Marceau dans Rousseau et éviter toute
contestation. L’exécutif de la circonscription
a fixé au 3 août, lundi, la date limite
pour déposer une candidature à la
succession de François Legault. L’investiture
aura lieu le 18 août.
Devant un échéancier aussi serré,
Carl Dubois, jeune militant qui songeait à
tenter sa chance, s’est désisté. Lynne
Harpin, attachée politique de M. Legault, avait
manifesté son intérêt, mais elle a
finalement décidé de laisser le champ
libre au candidat que la chef veut parachuter dans la
circonscription de Lanaudière. Nicolas Marceau,
45 ans, habite le Plateau-Mont-Royal.
Le gouvernement Charest n’a pas encore annoncé
la date de l’élection partielle dans Rousseau.
Il peut attendre jusqu’à la fin de
l’année avant de déclencher le scrutin.
L’entourage
de Pauline Marois a courtisé Nicolas Marceau
peu de temps après le départ de M.
Legault, le 25 juin dernier. L’économiste aura
de grands souliers à chausser puisque M.
Legault était le meil leur compteur de
l’équipe péquiste.
MM. Legault et Marceau se connaissent bien. Le
professeur figurait parmi les experts recrutés
par M. Legault pour examiner ses Finances d’un
Québec souverain. L’étude rendue
publique en mai 2005 concluait qu’un Québec
souverain dégagerait un surplus de 17 milliards
de dollars en cinq ans, grâce à
l’élimination des chevauchements et des fonds
récupérés d’Ottawa. M. Marceau
avait défendu la crédibilité du
document dans les pages de La Presse.
Nicolas Marceau s’est fait connaître dans les
cercles politiques lorsque le premier ministre Bernard
Landry l’a nommé, en 2001, au sein de la
commission sur le déséquilibre fiscal
présidée par Yves Séguin. Le
rapport déposé en mars 2002 recommandait
l’abolition du transfert social canadien et la
récupération par les provinces de la
TPS. L’automne dernier, M. Marceau a maintenu que le
déséquilibre fiscal existe toujours,
malgré la hausse des transferts
fédéraux.
Nicolas Marceau s’est prononcé contre la hausse
des droits de scolarité de 30% en cinq ans
annoncée par le gouvernement Charest en mars
2007. Il suggère une simple indexation.
Régulièrement interviewé par les
médias, M. Marceau est titulaire d’une
maîtrise en sciences économiques de
l’Université de Montréal et d’un
doctorat de l’Université Queen’s de Kingston,
en Ontario. Il enseigne à l’UQAM depuis 1996.
Spécialisé en économie publique,
il est chercheur au Centre interuniversitaire sur le
risque, les politiques économiques et l’emploi.
Il n’a pas rappelé La Presse.
L e 8 dé c embr e de r n i e r ,
François Legault avait remporté les
élections dans Rousseau avec 57% des suffrages
et une majorité écrasante de plus de 10
000 voix – sa plus forte depuis son premier scrutin en
1998. La circonscription était toutefois
détenue par le Parti libéral entre 1985
et 1994.
Le PQ presse le gouvernement de s’attaquer
aux « vaches sacrées »
— Le
porte-parole péquiste en matière de
finances, François Legault, a pressé le
gouvernement, hier, de s’attaquer aux « vaches
sacrées » afin de retrouver le chemin de
l’équilibre budgétaire dès
l’année prochaine et non pas dans cinq ans.
M. Legault s’est montré insatisfait du plan avec
lequel le ministre des Finances, Raymond Bachand, veut
rétablir l’équilibre des finances publiques
d’ici 2014. Mais le représentant de l’opposition
officielle n’a pas donné d’indication claire sur
les mesures à prendre.
Le député péquiste a cependant
plaidé que le gouvernement avait commandé
suffisamment de rapports d’experts, au cours des
dernières années, pour trouver le moyen
d’augmenter les revenus ou de réduire les
dépenses.
« Il va falloir revoir certaines vaches
sacrées, a-t-il dit. Il va falloir prendre des
décisions difficiles, autant du côté
des dépenses que des revenus. Mais arrêtons
de pelleter nos problèmes par en avant puis
d’utiliser le prétexte de la récession pour
ne rien faire puis laisser des factures à nos
enfants. »
Hier, M. Bachand a déclaré que le
gouvernement est prêt à s’engager à
retrouver l’équilibre budgétaire dès
l’exercice 2013-2014.
Afin de
concrétiser cet engagement, réclamé
notamment par le PQ, les libéraux ajouteront un
amendement au projet de loi 40, par lequel le gouvernement
souhaite suspendre l’obligation de déficit
zéro auquel il est tenu. Ce changement l’autorisera
à passer les pertes des prochaines années
à la dette.
« Le projet de loi disait qu’en 2011 je
déposerais les cibles d’objectif budgétaire
décroissant devant amener à l’atteinte de
l’équilibre budgétaire, a-t-il dit. Il
semble que c’est préférable d’être
clair, que l’équilibre budgétaire sera
atteint en 2013-2014. »
Selon M. Bachand, il serait irresponsable d’exiger plus
rapidement des efforts qui permettraient d’éviter
de faire grimper la dette.
« L’effort pour retourner à
l’équilibre budgétaire va être dur,
a-t-il dit. Mais demander de compenser par 11
milliardsadditionnels d’augmentations de taxes ou de
coupures de dépenses, on pense que c’est
irresponsable, et nous, on ne le fera pas. »
Le projet de loi 40 fait suite au dépôt du
budget, en mars dernier, dans lequel l’ancienne ministre
des Finances, Monique Jérôme-Forget, a
annoncé un déficit de 4 milliards pour
l’année 2009-2010 et des déficits successifs
qui totaliseront près de 12 milliards d’ici
2013-2014.
La chasse aux vaches sacrées -
Alain Dubuc
Depuis
deux semaines, un débat assez étrange se
déroule à l’Assemblée nationale.
C’est l’opposition péquiste qui presse le
gouvernement libéral à un retour rapide au
déficit zéro, ce qui, pour reprendre les
imparfaites catégories politiques, place les
péquistes à droite des libéraux.
François Legault a
critiqué le libellé du projet de loi 40
qui donnait un chèque en blanc au gouvernement.
Il avait parfaitement raison.
Le critique de l’opposition en matière des
Finances, François Legault, a même
affirmé que le Québec, pour ne pas frapper
un mur, devrait s’attaquer aux vaches sacrées,
comme le disaient les lucides. Le monde à l’envers!
Le point de départ de ce débat, c’est
l’étude du projet de loi 40 qui suspend
l’application de la loi sur le déficit zéro,
une grande réalisation du gouvernement Bouchard.
Cette loi permet un déficit pour des raisons
exceptionnelles, comme une récession, à
condition qu’on revienne rapidement à
l’équilibre et qu’on le compense en créant
des surplus.
On comprend que le gouvernement Charest, étant
donné la gravité de la récession, ait
voulu l’assouplir. Mais le projet de loi 40 allait
beaucoup plus loin, et dans les faits, mettait au rancart
la loi sur l’équilibre budgétaire. Tout ce
qu’il prévoyait, c’est qu’après les deux
années de récession, 2009-2010 et 2010-2011,
le ministre devait tout simplement proposer des budgets
dont les déficits seraient décroissants,
sans obligation de revenir au déficit zéro,
sans fixer d’échéancier.
François Legault a vertement critiqué le
libellé de ce projet de loi, qui donnait un
chèque en blanc au gouvernement. Il avait
parfaitement raison. La loi sur le déficit
zéro est peut-être symbolique, mais elle
constitue un garde-fou dont on a besoin.
Les
efforts du critique péquiste ont été
à ce point efficaces que le ministre des Finances,
Raymond Bachand, a été forcé
d’amender son projet, pour préciser qu’après
les deux ans de budgets de récession, le
gouvernement devrait ramener le déficit à
zéro en trois ans. Voilà un signe que les
travaux parlementaires peuvent être fructueux.
Mais le dossier n’est pas clos pour autant. M. Legault
n’est toujours pas satisfait, estimant que le retour
à l’équilibre budgétaire en cinq ans
est trop lent, qu’il fallait agir plus rapidement, et
prendre les grands moyens. Et là, M. Legault a
à la fois tort et raison. Raison sur le fond, tort
sur la manière.
Il n’est pas réaliste de croire qu’au sortir d’une
récession, dont les effets sur le budget se feront
sentir fortement l’an prochain, on puisse éliminer
le déficit rapidement. C’est déjà
très ambitieux de vouloir le faire en trois ans
après la récession, comme le souhaitent les
libéraux.
Par contre, M. Legault a bien raison de dire que, pour y
arriver, il faudra prendre les grands moyens. Je serais
bien mal placé pour le critiquer, puisque celui-ci
a repris, en commission parlementaire, la formulation
d’une de mes chroniques où je souhaitais «
l’ouverture de la chasse aux vaches sacrées
». Il s’agit de tout regarder, y compris la
tarification, le prix de l’électricité, la
façon de voir le système de santé.
Et François Legault a raison d’être
pressé. Parce que le gouvernement Charest n’a aucun
plan convaincant pour vaincre le déficit. Et comme
réformes profondes, nécessaires pour le
ramener à zéro, n’auront pas d’effets
budgétaires immédiats, c’est maintenant
qu’il faut commencer le travail.
En principe, ce ne serait pas une mauvaise chose que
l’opposition péquiste, tout comme celle de l’ADQ,
pousse sur les libéraux pour les forcer à
plus de rigueur budgétaire. Parce que le
gouvernement n’aurait pas autant de bâtons dans les
roues s’il doit faire des choix impopulaires. Mais
hélas, le risque est grand que François
Legault ait parlé en son nom personnel et que
ses idées ne soient pas celles de son parti.
Le nuage de Charest, le désert de
Marois - VINCENT MARISSAL
Les
choses ne vont pas bien pour le Parti
québécois, une tendance observée
depuis quelques mois et qui se confirme dans notre
plus récent sondage CROP.
C’est l’évidence. Les députés du
P Q recon na issent eux-mêmes avoir de
sérieux problèmes de communication.
Le réflexe naturel des péquistes sera
vraisemblablement de lancer de grands chantiers de
rénovation de l’option ou de concevoir un plan
de reconquête des nationalistes. Mais dans
l’immédiat, leur priorité devrait
être beaucoup plus terre à terre: sauver
la mise dans Rousseau, où une élection
partielle aura lieu le 21 septembre pour remplacer
François Legault.
Théoriquement, le PQ ne peut pas perdre
Rousseau, une circonscription sûre qui a
donné une confortable majorité de 10 000
voix à François Legault en
décembre.
Théoriquement, le PQ devait aussi prendre
Rivière-du-Loup lors de la partielle de j uin.
Il partait avec près de 20 % d’avance. Le
péquiste Paul Crête a toutefois fini loin
derrière le libéral Jean D’Amour.
Les partielles, c ’est bien connu, donnent souvent des
résultats étonnants. Rappelezvous
seulement la mini-vague adéquiste de 2002, la
péquiste Elsie Lefebvre dans LaurierDorion en
2004 ou la libérale Nathalie Rochefort dans
Mercier en 2001.
Normalement, les partielles servent à envoyer
un message de mécontentement au gouvernement.
Mais dans Rivière-duLoup, les électeurs
ont plutôt plébiscité Jean
Charest.
Les libéraux ont 11 points d’avance dans
l’ensemble du Québec, ils n’ont que deux points
d’arrière chez les francophones et
mènent par sept dans les régions. Le
taux de satisfaction à l’endroit du
gouvernement a grimpé de sept points cet
été, le chef libéral
écrase Pauline Marois à la question de
savoir qui ferait meilleur premier ministre et la
souveraineté est en perte de vitesse.
Le score de Québec solidaire et des verts
laisse croire par ailleurs que des péquistes
désabusés ont « parqué
» leur vote chez ces deux partis pour le moment.
Tous ces chiffres ne disent pas que le PQ perdra
Rousseau. Ils indiquent toutefois que la victoire est
loin d’être garantie. Déjà en
2007, François Legault avait failli perdre sa
circonscription. Il avait résisté
à la poussée de l’ADQ avec à
peine un millier de voix de majorité.
Le principal défi du Parti
québécois sera de mobiliser ses
électeurs et de les inciter à voter en
grand nombre le 21 septembre. Son pire ennemi, c’est
la lassitude des souverainistes.
Le
taux de participation, traditionnellement très
faible dans les partielles, pourrait favoriser les
libéraux, réputés efficaces pour
engranger notamment le vote des personnes
âgées.
Une élection partielle miestivale,
mi-rentrée, en même temps que des
élections municipales et parmi toutes les
rumeurs d’élections fédérales, ne
favorisera certainement pas la cohue vers les urnes.
Par ailleurs, le candidat péquiste, Nicolas
Marceau, est certes un économiste
respecté, mais il n’a pas la
notoriété de François Legault. Il
n’a pas été ministre et il est
parachuté da ns cette ci rconsc ription rurale
de Lanaudière.
En réponse au slogan du PQ, « Dans
Rousseau, c’est Ma rceau », les adéqu
istes du coin raillent déjà : «
Chez Marceau, c’est le Plateau.» Ça
promet pour les débats sur les enjeux
régionaux.
L’ADQ envoie Jean-Pierre Parrot au front, celui qui a
chauffé M. Legault en 2007 mais qui souffre
cette fois des problèmes de son parti. De plus,
les dérapages du premier débat à
la direction de l’ADQ et l’éviction de
Jean-François Plante de la course monopolisent
l’attention, faisant un tort considérable au
parti.
Chez les libéraux, rebelote pour Michel Fafard,
qui a fini deuxième en décembre avec
seulement 22% des voix. M. Fafard n’est pas connu sur
la scène nationale, mais il a l’avantage
d’être un gars du coin.
Pour savoir si les libéraux y croient
eux-mêmes, il suffira de compter les limousines
de ministre dans la circonscription au cours des
prochaines semaines.
L es péqu istes, eu x , ont déjà
promis de mettre toute la gomme pour faire gagner leur
candidat. Ils ont intérêt. Autrement, la
situation deviendra intenable pour Pauline Marois.
Il n’est pas anormal que, dans les mois suivant
l’élection d’un gouvernement majoritaire,
l’opposition officielle entreprenne une
traversée du désert, ce que notre CROP
confirme.
Jean Charest est sur un nuage, Pauline Marois vient
d’entreprendre sa traversée du désert.
Dans les mois à venir, l’état de
santé du Parti et de son option alimenteront
immanquablement les débats.
Pour le moment, toutefois, Mme Marois doit
éviter de trébucher dans Rousseau si
elle veut se rendre, éventuellement, de l’autre
côté du désert.
UN ÉTÉ SANS NUAGE POUR JEAN CHAREST
- Tommy Chouinard
Ni
la crise économique ni les bourdes de ses
ministres ne sont venues porter ombrage à la
popularité de Jean Charest au cours de la
période estivale. Un nombre croissant de
Québécois s’est dit satisfait du
gouvernement provincial dans un sondage CROP- La
Presse. Sur la scène fédérale,
le Parti libéral du Canada a connu un
été moins clément, perdant des
appuis au profit du Parti conservateur.
SAINT-HYACINTHE — La saison estivale a
profité aux libéraux,
révèle un sondage CROP-La Presse. La
cote de popularité de Jean Charest atteint un
sommet, alors que celle de Pauline Marois chute
encore. Le taux de satisfaction du gouvernement est
en hausse, tout comme les intentions de vote en
faveur du Parti libéral.
PHOTO MATHIEU
BÉLANGER, ARCHIVES REUTERS
Malgré la crise économique, «
les Québécois f ont la part des choses
et voient bien qu’au Québec on s’en tire mieu
x qu’ailleu rs », a affirmé à La
Presse, hier, un Jean Charest tout sourire. Il
venait de prendre connaissance de quelques
résultats publiés sur Cyberpresse. Le
coup de sonde tombe alors que les
députés libéraux sont
réu n is à S a i nt-Hyac i nt he afin
de préparer la rentrée parlementaire.
Le sondage, réalisé auprès de
1003 Québécois du 13 au 23 août,
est tout à son avantage. À la question
« Quel leader politique ferait le meilleur
premier ministre ? », 48 % des 1003
Québécois interrogés ont
répondu Jean Charest. C’est 14 points de plus
que Pauline Marois (34 %).
Depuis deux ans, à compter de
l’arrivée de Mme Marois à la
tête du Parti québécois, «
la cote de Jean Charest n’a jamais été
aussi bonne », a souligné le
vice-président de CROP, Claude Gauthier.
En avril, la cote de popula r ité de P au l i
ne M a rois dépassait de peu celle de Jean
Charest (40 % comparativement à 39 %). Un
mois plus tard, les deux chefs étaient
à égalité (38 %). Le premier
ministre a supplanté la chef péquiste
dans le coeur des Québécois en j u i n
(4 3 % contre 36 %). Il a doublé son avance
depuis.
La défaite du PQ aux élections
partielles de Rivièredu-L oup et le
dépa r t de F ra nçois L egau lt
peuvent ex pliquer la baisse de popularité de
M me Marois. Quant à Jean Charest, aucun
nuage n’a assombri son été. Le retour
à l’ère des déficits ne semble
pas avoir nui à son image.
«
C’est un premier ministre téflon », a
lancé Claude Gauthier. « Les erreurs et
les bourdes de ses ministres », comme celles
du ministre de la Santé Yves Bolduc dans le
dossier des avortements, « ne l’atteignent
pas, ne déteignent pas sur lui ». Jean
Charest est également demeuré disc ret
tout l ’é t é , a ob s e r vé
M. Gauthier. « Ç’a été
une saison assez calme, et il en
bénéficie. »
Impact des hausses de tarifs inconnu
Le vice-président de CROP a noté que
« ça prend u n certain temps ava nt que
l’on connaisse les impacts concrets » de la
crise éco - nomique sur le s fi na nces
publiques. Les hausses de tarifs annoncées
dans le dernier budget – une mesure impopulaire – ne
se sont pas encore concrétisées.
Cinquante et un pour cent des
Québécois se disent plutôt (44
%) ou très satisfaits (7 %) du gouvernement.
C’est une hausse de sept points depuis juin. La
dernière fois que le taux de satisfaction a
été aussi élevé,
c’était en janvier, avant l’annonce d’un
déficit budgétaire. Il est rare que ce
taux dépasse 50 %. Depuis son arrivée
au pouvoir, en 2003, le gouvernement Charest n’a
franchi ce seuil qu’au début de 2 0 0 8 , a
lors qu’il éta it minoritaire. Il y a un an,
il avait même atteint un sommet (61 %).
Le Parti libéral caracole en tête des
intentions de vote. Après la
répartition des 16 % d’indécis, il
recueille 4 4 %, une hausse de deux points depuis
juin, au moment où il avait repris les
devants sur le PQ. L’appui à la formation de
Pauline Marois a fondu, passant de 37 % à 33
%. L’ADQ, qui élira son prochain chef le 18
octobre, est toujours au fond du baril et ne
récolte que 8 %. Il se retrouve à
égalité avec Québec solidaire.
Le Parti vert n’est pas loin derrière,
à 7 %.
Les libéraux chauffent les péquistes
chez les francophones (37 % par rapport à 39
%). Le PQ a perdu quatre points au profit du PLQ
depuis le début de l’été.
L’appui à la souveraineté ne
s’élève qu’à 35 %. Il
atteignait 37 % en juin et 42 % en mai.
Dur coup pour le PQ - VINCENT
MARISSAL
Il y a
tout de même quelque chose de gênant pour
le PLQ de faire élire un autre
député montréalais –
vraisemblablement destiné au cabinet – avec un
si faible taux de participation.
Les élections partielles, c’est bien connu,
sont presque toujours une occasion de passer un
message désagréable au gouvernement.
Hier, dans Rivière-du-Loup, le message a
été effectivement
désagréable, mais il était
toutefois adressé à l’opposition
officielle, le Parti québécois.
Après 14 ans dans l’opposition avec l’enfant
chéri de la place, Mario Dumont, les
électeurs de Rivière-du-Loup ont
décidé de choisir un
député au pouvoir. Jean D’Amour,
l’ancien maire de Rivière-du-Loup, devient donc
officiellement député libéral
à sa troisième tentative.
Depuis que Jean Charest est au pouvoir, c’est la
première fois, en 16 élections
partielles, qu’il gagne ailleurs qu’en terrain
déjà conquis. Honte absolue, il avait
même perdu la circonscription de Laurier-Dorion
au PQ en 2004.
Cette fois, avec un gain dans Rivière-du-Loup,
le chef libéral gagne clairement du terrain en
région francophone et nationaliste.
Au début de cette campagne, les libéraux
étaient pourtant bien peu nombreux à
parier sur les chances de leur homme. D’abord, le PQ
avait repêché un candidat
d’expérience, Paul Crête, qui
était député bloquiste du coin
depuis 16 ans, connu dans la région et reconnu
pour son ardeur au travail. Ensuite, le candidat
D’Amour a été condamné pour
conduite avec les facultés
affaistratégie de la souveraineté
à la pièce n’a pas séduit un
électorat qui élisait pourtant le chef
des autonomistes depuis 1994.
Cette contre-performance du PQ est un fidèle
reflet de ce que l’on voit dans les sondages depuis
les dernières élections : Pauline Marois
n’arrive pas à s’imposer malgré les
erreurs et les problèmes du gouvernement
libéral.
Entre bières et BBQ, les bilans s’annoncent
pénibles pour les péquistes cet
été.
Quant à l’ADQ, personne ne leur accordait la
moindre chance de garder Rivière-du-Loup. On a
vu, en effet, que, sans Mario Dumont, l’avenir est
sombre pour les adéquistes.
Dans
Marguerite-Bourgeoys, tout le contraire de
Rivière-duLoup, côté suspense. Les
jeux que d’inspiration, mais il y a tout de même
quelque chose de gênant pour le PLQ de faire
élire un autre député
montréalais – vraisemblablement destiné
au cabinet – avec un si faible taux de participation.
M. Gignac se retrouve à ce chapitre en
compagnie d’autres ministres – Jacques Dupuis, Pierre
Arcand, Yolande James, notamment – élus dans la
plus grande indifférence par un noyau
gagné d’avance dans des châteaux forts de
la métropole.
Pour la petite histoire, il est cocasse de noter que
l’élection de M. Gignac est tombée le
jour même où le gouvernement
fédéral a annoncé son intention
d’aller de l’avant avec une commission des valeurs
mobilières pancanadienne, un projet unanimement
décrié à l’Assemblée
nationale, blies tout juste avant la campagne et on le
soupçonne aussi d’avoir parlé affaires
avec son successeur à la ville de
Rivière-du-Loup sans s’enregistrer comme
lobbyiste. N’empêche, l’argument d’un
député au pouvoir a porté.
Pour Pauline Marois, il s’agit d’un dur coup qui
s’ajoute à une fin de session difficile.
De toute évidence, sa nouvelle étaient
faits avant même le déclenchement des
partielles. En fait, Monique
Jérôme-Forget aurait pu passer les
clés de son bureau de comté à
Clément Gignac que personne ne s’en serait
vraiment rendu compte.
L’arrivée de Clément Gignac, un
économiste respecté, dans
l’équipe Charest est certes un bon coup pour un
premier ministre en manmais auquel a participé
le nouveau député de MargueriteBourgeoys
tout juste avant de faire le saut en politique.
Cela n’en fait pas un « traître »,
comme l’a affirmé Pauline Marois il y a deux
semaines, mais cela complique tout de même un
peu son entrée au Conseil des ministres,
surtout s’il accède à un poste
économique.
Les élections partielles d’hier soir auront
aussi permis de constater que l’effet Québec
solidaire semble confiné aux limites du Plateau
Mont-Royal, où le jeune parti a fait
élire un premier député, Amir
Khadir, en décembre.
Hier
soir, QS n’a récolté que des grenailles
dans les deux circonscriptions. Idem pour les verts,
qui, décidément, n’arrivent pas à
s’extirper de la marginalité.
DE MAUVAISES NOUVELLES POUR LE PARTI
QUÉBÉCOIS
CHAREST
DÉSORMAIS
PLUS POPULAIRE QUE MAROIS
« Mme n’est pas parvenue à s’imposer
» constate Maïalène Wilkins, analyste
de CROP, tandis que des déboires connus par le
gouvernement « rien n’a paru coller à la
cote de M. Charest ».
QUÉBEC— Les nouvelles sont bien mauvaises pour
Pauline Marois: deux ans après son arrivée
à la tête du Parti québécois,
un sondage CROP indique « qu’elle n’est pas
parvenue à s’imposer ».
Et seulement un Québécois sur trois pense
que sa nouvelle stratégie de réclamer plus
de compétences d’Ottawa fera progresser la
souveraineté.
De plus, même s’il est élu depuis cinq ans,
en dépit d’une session difficile à
l’Assemblée nationale, le Parti libéral
vient de retrouver l’avance qui l’a reporté au
pouvoir, il y a six mois.
Mais le plus dur est à venir pour Mme Marois:
Jean Charest est parvenu à la supplanter dans le
coeur des Québécois qui restaient
ambivalents depuis le début de l’année.
Le coup de sonde de CROP réalisé
auprès de 1003 personnes du 11 au 18 juin sera un
coup dur pour la chef péquiste et ses
stratèges. Bien que, depuis le début de
l’année, les tuiles sont tombées en
succession sur la tête de Jean Charest, la cote du
chef libéral est clairement en hausse.
Maintenant 43% des Québécois pensent que
parmi les leaders politiques, Jean Charest fait «
le meilleur premier ministre du Québec »,
une hausse significative de cinq points de pourcentage –
la marge d’erreur du sondage est de 3%, 19 fois sur 20.
À l’inverse, Mme Marois passe de 38% à
36%. Les deux chefs étaient littéralement
à égalité à 38% il y a
unmois. Pour 14% des répondants, « aucun
» des chefs ne fait l’affaire et 8% des gens sont
indécis.
Le chef libéral entame l’été avec
sept pointsdepourcentaged’avance. « Mme Marois
n’est pas parvenue à s’imposer » constate
Maïalène Wilkins, analyste de CROP, tandis
veraineté avait besoin de « crises »
pour progresser.
Globalement, une personne sur trois (34% des
répondants) estime que la nouvelle approche de
Mme Marois « aura comme effet de faire progresser
l’idée de souveraineté au Québec
». Pas moins de 58% pensent le contraire.
Même chez les répondants qui entendent
voter pour le Parti québécois, 31% pensent
que cette stratégie ne sera pas favorable
à la cause souverainiste. Par groupe, seuls les
du 8 décembre. Depuis trois mois, CROP
prédisait l’élection d’un gouvernement
péquiste, cette fois, c’est bien plus difficile
à prévoir. « L’avantage semble aux
libéraux », évalue MmeWilkins en
regard des intentions de vote, une fois répartis
proportionnellement les 20% d’indécis – un niveau
élevé. Le PLQobtient 42% des intentions de
vote, une remontée de cinq points de pourcentage
sur le sondage de mai. Le PQ fait du surplace avec 37%,
un point de moins qu’il y a que des déboires
connus par le gouvernement « rien n’a paru coller
à la cote de M. Charest ».
Rapatriement des compétences
Autre déception pour la chef péquiste, sa
proposition de rapatrier des compétences d’Ottawa
ne paraît pas populaire au-delà du cercle
des électeurs souverainistes. L’enquête a
débuté au moment où les
péquistes se réunissaient à
Rivière-du-Loup, après une semaine de
controverse autour des propos de Jacques Parizeau qui
avait dit que la soujeunes – les 18-34 ans – estiment,
à 41%, que cette stratégie fera avancer la
souveraineté. Quelque 54% des répondants
de la même tranche d’âge pensent le
contraire. Dans cette enquête de juin, 37% des
répondants se disent favorables à ce que
« le Québec devienne un pays souverain
» – cet appui oscille entre 37 et 42% depuis cinq
ans.
Autre déconvenue pour le PQ: dans les intentions
de vote, les libéraux reprennent les devants. Les
deux principaux partis sont proches du score obtenu aux
élections un mois. L’avance des libéraux
sur les péquistes est désormais de cinq
points, elle était de huit points le soir du 8
décembre. L’ADQ avait alors récolté
16% des suffrages, elle n’obtient plus que 9% des
intentions de vote. Québec solidaire et les verts
obtiennent chacun 6% des intentions de vote.
Chez les francophones, on constate une hausse des appuis
libéraux, qui passent de 29 à 33% des
intentions de vote et un tassement du côté
péquiste où on passe de 45 à 43%.
L’ADQ grimpe d’un point, à 11%; Québec
solidaire baisse d’un cran à 7% comme les verts
à 6%, mais encore là ces changements sont
trop timides pour être significatifs.
Par rapport à mai, le tableau ne bouge
guère en région. À Montréal,
le PLQdomine avec 49% des intentions de vote, contre 32%
au PQ. Les deux partis sont presque à
égalité (34% contre 30%) à
Québec, région où l’ADQa l’appui
d’un électeur sur quatre. Le Parti
québécois a l’avantage nettement ailleurs
en région, avec 45% des intentions de vote contre
35% aux libéraux et 11% à l’ADQ.
Ma l g ré l e s déboi res de plusieurs mi
n ist res – Raymond Bachand avec les FIER, Christine
St-Pierre avec Jean-Guy Chaput, et Yves Bolduc avec les
tests de cancer erratiques –, la popularité du
gouvernement Charest s’est maintenue en juin. «
Cela a été une surprise pour nous »,
confie Mme Wilkins qui pensait avant les
résultats que les dérapages nombreux
auraient des conséquences sur la satisfaction des
électeurs. Or celle-ci demeure à 44%, un
point de pourcentage de moins qu’en mai. Les
insatisfaits aussi baissent d’un point, à 51%,
niveau comparable à celui des trois derniers
mois.
PQ et PLQ encore à égalité
— En
dépit des tuiles qui se sont abattues sur la tête
du gouvernement Charest récemment, le Parti
québécois ne parvient pas à distancer les
libéraux. Jean Charest et Pauline Marois, tout comme
leurs partis, sont encore au coude à coude dans
l’opinion publique.
Au
Québec, le coeur des électeurs balance
toujours entre les libéraux de Charest et les
péquistes de Marois, selon le sondage CROP
effectué pour le compte de La Presse. Par ailleurs,
selon 40% des Québécois, l’ADQ ne survivra pas
au départ de Mario Dumont.
C’est ce qui ressort du plus récent sondage CROP
réalisé pour La Presse. L’enquête
menée auprès de 1001 personnes, du 14 au 24 mai
derniers, est précise à trois points
près.
Le constat le plus percutant de CROP porte sur l’ADQ. Les
militants adéquistes qui se réunissent à
Québec en fin de semaine pour discuter des
règles de la course pour remplacer Mario Dumont doivent
composer avec un constat troublant : pas moins de 40% des
électeurs pensent que le parti ne survivra pas au
départ de son chef fondateur. Quarante-huit pour cent
pensent qu’il survivra, une confiance qu’on trouve surtout
chez les adéquistes, 73%, et les gens de la
région de Québec, 56%.
Analyste de CROP, Maïalène Wilkins constate
surtout que le parti de Pauline Marois ne réussit pas
à prendre clairement les devants, et qu’il n’y a pas de
tendance qui se dégage depuis trois mois. « Les
problèmes des FIER, la commission sur la Caisse de
dépôt, la situation économique, le
débat sur l’éthique ou le port du voile, il
semble que rien n’a terni la cote du gouvernement »,
observe-t-elle.
Ainsi,
l’insatisfaction à l’endroit du gouvernement est en
hausse à 52%, une augmentation de 2%, en
deçà de la marge d’erreur. Après
répartition proportionnelle des 16% d’indécis,
le PQ récolte 38%, deux points de moins qu’il y a un
mois, le PLQ descend d’un point à 37% et l’ADQ grimpe
d’un palier, à 9%. Non seulement tous ces changements
sont-ils trop faibles pour être significatifs, mais
l’écart entre les deux principaux partis est trop mince
pour tirer une conclusion. Québec solidaire ne bouge
guère, à 7%, tout près des verts à
8%.
Le PQ ne parvient pas à capitaliser sur les
problèmes du gouvernement Charest. Même la chef,
Pauline Marois, se trouve ex aequo avec Jean Charest, à
38%, quand on demande lequel des deux ferait le meilleur
premier ministre.
Mais avec 16 points d’avance chez les électeurs
francophones – 45% contre 29% aux libéraux –, le PQ
aurait tout de même remporté les élections
si elles avaient eu lieu cette semaine, observe Mme Wilkins.
Les libéraux conservent leur avance dans l’île de
Montréal, à 43% contre 33% pour le PQ. À
Québec, les libéraux sont aussi en avance avec
39% contre 28% aux péquistes, mais dans la capitale,
les adéquistes brouillent les cartes avec 21% d’appuis.
Ailleurs en région, le PQ domine avec 46% des
intentions de vote contre 30% aux libéraux, laissant
l’ADQ avec 9%, un point seulement devant Québec
solidaire et les verts.
Quant à la souveraineté du Québec, elle
piétine aussi: actuellement, 42% des gens s’y disent
favorables contre 58% qui se disent en faveur du statu quo.
Le grand ouf de Pauline Marois - VINCENT
MARISSAL
Ces
dernières semaines, il y avait deux discours chez les
libéraux de Jean Charest à propos de
l’élection partielle tenue lundi soir dans Rousseau.
Le discours officiel, appuyé par le va-et-vient des
limousines de ministres dans la circonscription (et
même de celle du premier ministre, deux fois) : le
Parti québécois est vulnérable,
Rousseau est prenable et on va tout faire pour le prendre.
Et le discours non officiel, cynique à souhait : si
le PQ échappe Rousseau, Pauline Marois va se
retrouver dans le pétrin dans son parti et, nous, on
veut garder Pauline Marois en face le plus longtemps
possible. Donc, pas trop d’efforts dans Rousseau.
Où est la vérité? Probablement quelque
part entre ces deux discours. Les libéraux auraient
bien aimé prendre la forteresse de Rousseau. Pas un
parti ne rechigne à faire des gains en territoire
ennemi. Jean Charest aurait été bien fier
d’arriver au conseil général de son parti,
cette fin de semaine à Drummondville, avec un nouveau
député.
Les libéraux ont même été
tentés d’y croire, encouragés par un bon taux
de participation au vote par anticipation
(généralement favorable aux libéraux).
Par contre, les libéraux « aiment »
vraiment Pauline Marois, qu’i ls j ugent en grande partie
responsable de leurs succès dans les sondages. Ils
savent fort bien que la situation serait devenue intenable
pour la chef du PQ si elle avait perdu dans ce fief
péquiste.
Perdre Rousseau aurait été, pour Pauline
Marois, aussi néfaste que la défaite des
libéraux fédéraux dans Outremont pour
Stéphane Dion, lors d’une partielle en septembre
2007.
Mme Marois avait donc raison de dire lundi soir qu’il s’agit
d’« une vraie victoire », façon de dire
qu’elle a évité une vraie catastrophe.
Au PQ, il n’y avait d’ailleurs qu’un seul discours depuis le
premier jour de la campagne dans Rousseau: on met toute la
gomme pour gagner.
On peut penser raisonnablement penser que les
problèmes éthiques du gouvernement, la
démission de l’ancien ministre du Travail, David
Whissell, et l’imposition intempestive du bâillon la
semaine dernière n’auront pas aidé les
libéraux dans Rousseau, mais avec une majorité
de plus de 4000 voix, il s’agit, en effet, d’une « vraie
» victoire du PQ.
Encore une fois, le taux de par ticipat ion est plutôt
gênant ( 30%), ce qui démontre que les
libéraux, comme les péquistes, n’ont pas besoin
de mobiliser beaucoup de monde pour gagner dans leurs
châteaux forts.
La catastrophe, c’est du côté de l ’ADQ qu’el le
a frappé. Moins de 5% dans une c i rconsc r ipt ion que
l’ADQ a failli prendre il y a deux ans, c’est toute une gifle.
Une gifle coûteuse pour l’image de l’ADQ, mais aussi
pour ses finances, puisqu’un candidat doit obteni r au moins
15% pour avoir droit au remboursement de ses dépenses
électorales.
Aux élections générales de 2007,
Jean-Pierre Parrot (le même candidat en 2008 et lundi)
avait fini deuxième avec 38% du vote et seulement 1410
votes de moins que François Legault.
Cette fois, c’est la déconfiture. L’ADQ a
évité de peu la honte de finir quatrième,
derrière Québec solidaire.
Le score dans Rousseau confirme la marginalisation d’un parti
empêtré dans une course à la direction
grandguignolesque et voué à une mort lente.
Qui voudra encore se présenter (et payer de sa poche)
pour un parti qui n’arrive pas à franchir les 5% dans
une « bonne » circonscription ?
La partielle de Rousseau marque en quelque sorte le retour
à la « normale » sur la scène
politique québécoise : deux partis dominants,
des châteaux forts inébranlables pour chacun de
ces deux partis et entre le 450, Québec et le 819, une
quarantaine de circonscriptions qui font ou défont le
gouvernement.
La performance famélique de Québec solidaire
(4,39% du vot e) , pa r a i l l eu r s , confirme que ce
parti, malgré l’élection d’un premier
député en décembre, reste un
microphénomène circonscrit entre le boulevard
Saint-Laurent, l’avenue Papineau et les rues Rachel et
Jean-Talon.
Et
les verts? Ah oui! leur chef, Guy Rainville, a fini
cinquième, ave
Marois contredit sa nouvelle vedette - Tommy
Chouinard
Bloc
patrimonial d’Hydro-Québec
QUÉBEC — La chef péquiste Pauline Marois
contredit sa recrue Nicolas Marceau et s’oppose à
une hausse des tarifs préférentiels du bloc
patrimonial d’Hydro-Québec. Elle plaide en faveur
d’un gel jusqu’en 2015.
Selon elle, avant d’envisager des augmentations de tarifs,
le gouvernement Charest devrait régler une
série de litiges avec Ottawa, ce qui lui
permettrait de récupérer 8,8 milliards de
dollars.
Mardi, au moment de faire son entrée à
l’Assemblée nationale, le nouveau
député de Rousseau, l’économiste
Nicolas Marceau, a appuyé l ’ idée du
gouvernement Charest de revoir à la hausse les
tarifs comme ceux de l’hydroélectricité.
Pauline Marois, qui avait refusé jusqu’alors de se
prononcer clairement sur le sujet, a plaidé hier
pour que le bloc patrimonial soit «
protégé », contredisa nt du coup sa
recrue. Elle lui a fait la leçon à mots
couverts. « Les Québécois ont investi
beaucoup dans le développement d’une entreprise
majeure, une grande entreprise nationale,
HydroQuébec. Il faut qu’ils en aient certains
avantages (…) Il y a beaucoup d’autres avenues à
utiliser par le gouvernement avant d’aller toucher au bloc
patrimonial », a-t-elle affirmé.
Puis,
désignant M. Marceau sans le nommer, elle a
souligné qu’« un économiste peut faire
différentes hypothèses et c’est normal qu’il
les fasse », mais « un militant et un
député peut faire des choix pour la
population québécoise ». « C’est
dans ce sens-là que, nous, nous faisons des choix,
pour respecter les besoins et la réalité de
la population québécoise. »
Pauline Marois croit que le bloc patrimonial – une
énorme quantité d’énergie dont le
prix est fixé à 2,8 cents le kilowattheure –
doit être maintenu tel quel jusqu’en 2015, comme le
prévoit la stratégie
énergétique 2006-2015 du gouvernement.
La chef péquiste croit plutôt que le
gouvernement Charest doit « aller chercher son
dû » à Ottawa « avant de piger
dans les poches des Québécois ». Elle
a déposé une motion en ce sens à
l’Assemblée nationale.
Ce « dû », qu’elle chiffre à 8,8
milliards de dollars, proviendrait du règlement de
litiges qui opposent Ottawa et Québec :
compensation pour l’harmonisation de la TVQ et de la TPS;
changements à la péréquation; hausse
des transferts pour l’éducation postsecondaire ;
indemnité pour le verglas de janvier 1998.
Halte au détournement des sociétés
d’État ! - Robin Philpot
La hausse
des tarifs est le prélude à une campagne en
faveur de la privatisation d’Hydro-Québec
Au Québec, il n’y a pas que les rivières qui
se font détourner ! Il y a aussi des
sociétés d’État.
Après la Caisse de dépôt
détournée de sa mission de départ
avec les conséquences que l’on sait – perte de 40
milliards de dollars, ce qui explique en partie l’urgence
du gouvernement actuel de renflouer les coffres de
l’État –, c’est maintenant Hydro-Québec que
l’on détourne en la transformant en machine
à dividendes avant d’être une machine
à profits.
Ne nous trompons pas! La hausse des tarifs que le
gouvernement nous prépare n’est que le
prélude inéluctable d’une campagne en faveur
de la privatisation d’Hydro-Québec.
Pour saisir l’ampleur de ce détournement, il faut
faire un peu d’histoire.
Jamais, depuis la bataille des années 30 contre
« le trust de l’électricité »
jusqu’à l’élection
référendaire de 1962 sur la nationalisation
des compagnies d’électricité privées,
n’a-t-il été question de renflouer les
coffres de l’ État par la commercialisation de ce
« service public » qu’est
l’électricité. Ni d’opposer ce service aux
autres services comme ceux de l’éducation ou de la
santé. Mais le gouvernement Charest le fait
allègrement.
Depuis les « 12 002, faut se parler »
jusqu’à « notre propre énergie
», jamais Hydro-Québec ni ses patrons
gouvernementaux ne nous ont prévenus que
bientôt, une fois dans son marché captif,
elle ferait monter en flèche les tarifs pour ce
service essentiel qu’est l’électricité.
Contre
vents et marées, le Québec a fait le bon
choix de l’hydroélectricité depuis plus de
50 ans, sans la moindre aide du gouvernement
fédéral. Si le Québec peut se
permettre aujourd’hui de faire la morale à d’autres
en ce qui concerne les émissions de gaz à
effet de serre, c’est grâce à ce choix. Si le
Québec réussit mieux aujourd’hui que
d’autres à protéger les pauvres et à
combattre la pauvreté, c’est grâce à
ce choix.
Le Québec a fait ce choix, mais les
Québécois ont bien j oué le j eu, et
depuis toujours. Sans cette participation constante de la
population québécoise, autant politique que
financière, il n’y aurait pas de complexe
hydroélectrique de la Baie-James, ni la
Manicouagan, ni Churchill Falls.
Si les Québécois à la grandeur de la
province n’avaient pas accepté de convertir leur
domicile au chauffage électrique, en le payant de
leurs poches, soit par des investissements personnels soit
par des programmes gouvernementaux, le Québec
n’aurait jamais pu réaliser ses grands projets. Qui
aurait financé des projets semblables sans
être assuré qu’il y avait un
débouché captif pour toute cette
électricité ? Ceux qui en doutent n’ont
qu’à demander aux Terre-Neuviens pourquoi ils n’ont
jamais développé le bas Churchill. Rappelons
aussi que les interconnexions permettant la vente de
l’électricité à gros prix à
l’étranger n’existent que depuis les années
90.
Depuis les années 60, les Québécois
ont participé de bon gré à ce grand
projet tellement réussi. Et ils ont le droit d’en
profiter ! Ça fait d’ailleurs partie de notre
identité distincte, et de notre force.
Ceux qui n’ont à promouvoir aujourd’hui que la
hausse des tarifs d’électricité – mais
toujours avec un petit trémolo au sujet de leurs
moins nantis – ne font qu’avouer leur totale
incompétence à proposer des idées
économiques et sociales audacieuses pour
développer le Québec qui tiennent compte de
la formidable histoire de notre société
d’État.
I
l est temps d’a r rêter ce détournement
honteux!
La division au PQ a eu raison de Legault,
estime Charest
Avec la
perte d’un soldat de la trempe du député de
Rousseau, le Parti québécois aura certainement
« un examen de conscience à faire », a
dit le premier ministre.
— Des divisions « profondes » au sein du Parti
québécois sont à l’origine du
départ précipité de François
Legault, a estimé le premier ministre Jean Charest,
hier.
Désabusé par les tensions internes qui minent
le PQ, le député a
préféré tirer un trait sur 10 ans de
politique active, a analysé M. Charest, en point de
presse à Bruxelles, où il prendra la parole
aujourd’hui dans le cadre d’un forum sur les changements
climatiques.
À ses yeux, François Legault se trouvait
coincé dans le débat qui oppose les militants
péquistes les plus pragmatiques à « ceux
qui veulent que la souveraineté soit la
première priorité ».
Avec la perte d’un soldat de la t rempe du
député de Rousseau, le Parti
québécois aura certainement « un examen
de conscience à faire », a dit le premier
ministre.
M. Charest a eu de bons mots pour François Legault,
dont le départ permettra sans aucun doute au ministre
des Finances, Raymond Bachand, de pousser un soupir de
soulagement.
Au cours de la dernière session, M. Legault
était parvenu avec une facilité
déconcertante à mettre en boîte le
ministre des Finances, tant au sujet des pertes de la Caisse
de dépôt et placement qu’en ce qui concerne la
gestion des Fonds d’investissement régionaux ( FIER).
Redouté
par les parlementaires libéraux, François
Legault était en effet un adversaire politique
d’envergure, a admis le premier ministre. « Nous avons
eu raison de ne pas le sous-estimer car sur le plan
parlementaire, il s’est révélé un
adversaire de taille. Il en a fait la démonstration
», a concédé M. Charest.
Selon lui, le départ du porteparole de l’opposition
officielle en matière de finances laissera un trou
béant dans les rangs péquistes sur les enjeux
écosemblent profondes » , a-t-i l soutenu.
Pour le premier ministre, il apparaît clair que la
chef péquiste Pauline Marois n’était pas sur
la même longueur d’onde que son député.
« C’était devenu une évidence à
la fin de la session », a glissé M. Charest.
nomiques. « M. Legault était à peu
près le seul à aborder les questions
économiques (. . .) Les enjeux de l’économie
semblent extrêmement difficiles à aborder au
PQ. Ils préfèrent ne pas en parler, tant les
divisions
Le premier mini s t r e du Québec a entamé
hier dans la capitale belge un séjour d’une sema i ne
en Europe. Outre sa participation à un forum sur l
’environnement, M. Charest prendra part, lundi à
Bruxelles, à une conférence sur l ’ accord de
par tena r iat élargi Canada-Europe.
« Nous voulons maintenir le momentum pour la
négociation qui s’enclenche et qui va durer deux ans.
C’est très important de maintenir
l’intérêt et de garder les joueurs à la
table pour qu’on puisse, dans un délai raisonnable,
conclure une entente ambitieuse », a-t-il
lancé.
Outre Bruxelles, M. Charest se rendra lundi à Munich,
en Allemagne, pour discuter d’échanges commerciaux
avec ses visà-vis de la Bavière. Le 1er j
uillet, le premier ministre sera à Paris où il
aura un entretien à Matignon avec son homologue
François Fillon sur la mise en oeuvre de l’accord
Québec-France sur la mobilité de la
main-d’oeuvre.
François Legault quitte la politique
Le
député de Rousseau réfléchissait
depuis plusieurs semaines à ce départ. Il
avait cru l’automne dernier qu’il saurait s’adapter à
la vie de l’opposition, « mais c’est un gars qui aime
mieux construire que critiquer tout le temps », a
expliqué un proche.
QUÉBEC— Depuis des mois, il répétait
sans cesse : « On tourne en rond. » Il y a une
semaine, il est allé annoncer àPauline Marois
qu’il voulait quitter la politique. Elle lui a
demandé de rester, d’y réfléchir
à nouveau durant le week-end.
PHOTO JACQUES BOISSINOT,
ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE
La démission du joueur
étoile de la circonscription de Rousseau
inquiétera davantage plusieurs
députés péquistes, déjà
perplexes devant l’ascendant de Mme Marois sur les
troupes.
Et lundi, le jour des élections
complémentaires, le verdict des électeurs de
Rivière-du-Loup n’était qu’une mauvaise
nouvelle de plus pour la chef du PQ.
François Legault, le meilleur compteur de
l’équipe péquiste à l’Assemblée
nationale, lui avait annoncé plus tôt que sa
décision était irrévocable.
Ce départ porte un coup très dur à
Pauline Marois. La chef péquiste devait
déjà composer avec de bien mauvais sondages,
et la défaite dans la circonscription de
Rivière-du-Loup, pourtant totalement francophone. La
démission du joueur étoile de Rousseau
inquiétera davantage plusieurs députés,
déjà perplexes devant l’ascendant de Mme
Marois sur les troupes.
Selon les informations réunies hier auprès de
proches de François Legault, le député
de Rousseau réf léchissait depuis plusieurs
semaines à ce départ. Il avait cru l’automne
dernier qu’il saurait s’adapter à la vie de
l’opposition, « mais c’est un gars qui aime mieux
construire que critiquer tout le temps », a
expliqué un proche.
Quelques députés, au cours des derniers jours,
ont tenté de le convaincre de rester, conscients de
l’impact de cette catastrophe politique sur l’ensemble du
Parti québécois. François Legault a
été à l’évidence le
député péquiste le plus efficace depuis
le début de l’année à
l’Assemblée nationale. Il a tiré parti de la
déroute financière de la Caisse de
dépôt, torturé les nouveaux dirigeants
de la Caisse en commission parlementaire. Puis, il a fait
mal paraître le ministre des Finances, Raymond
Bachand, dans le dossier des FIER, les fonds
régionaux d’Investissement Québec.
Sa
dernière sortie, sur la fin nécessaire des
« vaches sacrées » de la
société québécoise, avait mis
dans l’embarras Pauline Marois. Des sources fiables
indiquent que les dirigeants de l’ADQ ont testé son
intérêt à prendre la succession de Mario
Dumont il y a quelques semaines, sans succès.
« François Legault veut prendre un recul de la
politique », a confié un proche. Aussi, pas
question de supputer ses chances pour la direction du Bloc
québécois, par exemple. Il compte prendre six
mois voire un an en sabbatique auprès de sa femme et
de ses deux fils au seuil de l’adolescence. Son seul projet
est un voyage avec toute la famille en août prochain,
probablement en Californie.
Par la suite, il compte revenir dans le secteur
privé, dans des consei ls d’administ ration, il
pourrait même fonder sa propre entreprise.
Il y a près de 11 ans que l’ancien patron d’Air
Transat avait fait le saut en politique, à
l’instigation de Jean-François Lisée qui
l’avait convaincu de frapper à la porte de Lucien
Bouchard. Indépendant de fortune depuis la vente de
ses actions de Transat, il était devenu
immédiatement ministre en titre de l’Industrie –
Bernard Landry, alors ministre plénipotentiaire de
l’Économie, avait dû partager son fief. Par la
suite, M. Legault est passé à
l’Éducation, puis brièvement à la
Santé avant les élections de 2003 où le
PQ devait perdre le pouvoir.
Maintes fois, il avait songé à se lancer dans
la course à la direction du PQ. La première,
en 2001, au départ de Lucien Bouchard, il a
jonglé un moment avec l’idée d’un «
tandem » avec Pauline Marois pour se rallier
rapidement à Bernard Landry, un geste qui a
scié les jambes à la prétendante.
Pendant des années il a su cultiver autour de lui une
bande de jeunes loups, prêts à l’appuyer au
premier geste. C’était l’époque où il
prenait un malin plaisir à prendre des distances,
mesurées, des positions de Bernard Landry sur le plan
de match pour la souveraineté. Legault a
déçu ses disciples quand il leur a fait faux
bond en 2005 lors du départ de Bernard Landry. Il a
alors annoncé alors rapidement qu’il ne serait pas
partant, pour des raisons familiales. Bon nombre de ses
partisans se sont regroupés autour de Richard
Legendre, sans succès.
À52 ans, François Legault estime avoir fait le
tour du jardin après 10 ans en politique. Aujourd’hui
il refusera de commenter le parcours difficile du Parti
québécois. Et, signale-t-on, il indiquera
clairement qu’il n’a pas l’intention de commenter les faits
et gestes de la vie politique, une fois qu’il en sera sorti.
« Vous pouvez effacer ses numéros de
téléphone de votre bottin »,
ironise-t-on.
Legault quitte le navire. Marois dans le
pétrin - Denis Lessard
Le PQ n’est
pas parvenu à tirer parti des gaffes libérales
ANALYSE
Les libéraux remontent dans les sondages. Jean Charest
est devenu nettement plus populaire que Pauline Marois.
— Ils ont fait toutes les gaffes imaginables. Bien des
ministres du gouvernement Charest se sont illustrés le
printemps dernier par leur manque de flair politique, se sont
laissé entraîner dans des controverses inutiles.
Le
remaniement ministériel de cette semaine ne cherche
pas à colmater les brèches apparues depuis le
début de l’année. Sur la photo, Laurent
Lessard, qui vient de quitter l’Agriculture, en compagnie de
Jean Charest, Clément Gignac, nouveau venu au
cabinet, Claude Béchard et Nathalie Normandeau, qui
voulait depuis longtemps quitter les Affaires municipales.
Pourtant, à l’issue d’une session très difficile
pour le gouvernement, c’est le PQ et Pauline Marois qui sont
dans le pétrin. Les problèmes de la chef
péquiste étaient déjà nombreux.
Ils se multiplient ce matin avec la
démissiondeFrançois Legault, de loin le meilleur
marqueur du PQ depuis le début de l’année.
Les libéraux remontent dans les sondages. Jean Charest
est devenu nettement plus populaire que Mme Marois. Le PLQ a
été capable d’aller chercher un candidat-vedette
comme Clément Gignac et, surtout, vient de l’emporter
dans Rivièredu-Loup, une circonscription francophone,
normalement un terreau fertile pour le Parti
québécois.
Bien sûr, on peut choisir les réponses faciles,
quelques semaines sont toujours une éternité en
politique. Les élus passent vite de héros
à zéro.
Et un classique: les élections générales
sont encore loin.
Mais cesdéconvenues, justeavant la saison des
barbecues, doivent soulever beaucoup de réflexions au
Parti québécois et dans l’entourage de Pauline
Marois.
La période faste de l’opposition à
l’Assemblée nationale, au printemps, le PQ la devait
pour beaucoup à son critique aux Finances,
François Legault, qui montait quotidiennement au
créneau. Mais l’ancien patron d’Air Transat trouvait le
temps bien long sur les banquettes de l’opposition. Il
n’était pas un joueur d’équipe. Il a fait damner
tous ses patrons, de Lucien Bouchard à André
Boisclair en passant par Bernard Landry. Mais l’annonce de son
départ ce matin est carrément une catastrophe
pour Pauline Marois.
Il dira qu’il ne part pas pour revenir plus tard, et à
son heure, en politique. Mais ces adieux pour mieux revenir
dans le siège du conducteur deviennent la coutume au
PQ. André Boisclair avait ouvert la voie. Pauline
Marois l’a imité. Les militants péquistes auront
désormais un « sauveur » dans le placard si
les choses ne s’améliorent pas avec Mme Marois.
Pourtant, la chef péquiste était parvenue
à obtenir il y a une semaine un chèque en blanc
de ses militants. Même chez les plus orthodoxes, dans un
rare moment d’harmonie, on a souscrit à une
démarche passablement vague de
récupération de compétences auprès
du gouvernement fédéral. Dans le public
déjà, l’idée de référendums
sectoriels n’a pas suscité d’enthousiasme. Quand le
fiduciaire de l’option souverainiste, Jacques Parizeau, s’est
mêlé de la partie avec une blague très
maladroite sur les « crises » nécessaires
au progrès de la souveraineté , bien des points
politiques accumulés par le PQ au printemps se sont
envolés.
Du côté de Pauline Marois, on a vite fait porter
le bonnet d’âne à M. Parizeau pour expliquer les
déboires récents du parti. Mais cela n’explique
pas pourquoi Jean Charest est parvenu à devancer
nettement Mme Marois comme « meilleur premier ministre
du Québec » aux yeux des électeurs.
Bolduc et Bachand éclopés
Coup d’oeil
dans le rétroviseur: au début de l’année,
le gouvernement Charest a un énorme squelette dans le
placard. Les pertes de 40 milliards de dollars de la Caisse de
dépôt et placement (CDP). Il ajoute la nomination
maladroite de Michael Sabia, propulsé au volant au
mépris d’un processus pourtant déterminé
par la loi.
Monique Jérôme-Forget pensait démissionner
à l’été. Mais elle ne pouvait prendre la
pression politique du désastre de la CDP. Elle est
partie en catastrophe, laissant le problème à
son collègue Raymond Bachand.
Ce dernier a eu plus que sa part de difficultés. Le
programme de développement régional
d’Investissement Québec, les FIER, permet aux fonds en
région de financer des entreprises de Montréal.
Des libéraux bien connus tirent les ficelles.
L’apparence de favoritisme et de laxisme sera difficile
à dissiper. Pour la Caisse de dépôt comme
pour les FIER, François Legault a facilement eu le
dessus sur Raymond Bachand, ministre studieux, mais bien moins
agile sur ses patins. Autre éclopé au
gouvernement: Yves Bolduc. Durement attaqué par le
péquiste Bernard Drainville, le ministre de la
Santé n’a, après trois semaines, toujours pas
retrouvé son aplomb, personnellement atteint par la
controverse autour des tests erratiques sur le cancer du sein.
Sa piètre performance à l’Assemblée
nationale a fait prendre la mesure du départ d’un
Philippe Couillard.
Sa volte-face prévisible désormais sur le
recours aux PPP pour le CHUM fera plaisir aux médecins,
et aux professionnels avides de contrats. Mais ce ne sera rien
de bon pour sa crédibilité.
À l’Assemblée nationale, rien n’a
fonctionné pour les libéraux. La force du PLQ
révélée dans un sondage CROP en fin de
session illustre bien l’impact limité de la joute dans
« l’aquarium » du Parlement.
Bien des gaffes
Christine St-Pierre, à la Culture, s’est payé
une querelle inutile avec le président de la SODEC,
JeanGuy Chaput. Après le congédiement de ce
dernier, elle est forcée de l’embaucher à son
propre ministère pour éviter une poursuite.
AuxAînés, MargueriteBlais a été
tournée en ridicule par sa critique péquiste,
Lisette Lapointe. Québec paie des « clowns
thérapeutiques » à des aînés
qui manquent de services essentiels. George Lalande,
président du conseil des aînés, lui fait
la guerre publiquement.
Jacques Dupuis, responsable de la Sécurité
publique, a transformé en gâchis la
décision, populaire, du gouvernement d’accorder une
enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva. On
accordera finalement des procureurs aux témoins sur le
tard... ce qui reporte l’enquête à l’automne.
Curieusement le remaniement ministériel de cette
semaine ne cherche pas à colmater les brèches
apparues depuis le début de l’année. M. Charest
avait un engagement à tenir auprès de
Clément Gignac. Nathalie Normandeau voulait depuis
longtemps quitter les Affaires municipales. Surtout, Laurent
Lessard, devait quitter l’Agriculture, le seul
ministère où un lobby, l’UPA, a le droit de vie
ou de mort sur le titulaire.
En dépit de tous ces faux pas libéraux c’est
Pauline Marois qui se retrouve sur la sellette ce matin. Elle
n’a pu être suffisamment inspirante, rassembleuse, pour
convaincre François Legault de rester. Elle aussi avait
laissé tomber André Boisclair après sa
défaite au leadership. Il est vrai que seulement un
militant sur cinq l’avait appuyée. L’ascendant de
Pauline Marois sur le PQ reste bien fragile.
Réjean Parent taxe Legault de
néolibéralisme
— Le
président de la Centrale des syndicats du
Québec, Réjean Parent, accuse François
Legault de colporter un « mantra »
néolibéral en plaidant pour une augmentation
de la productivité et la remise en question de
« vaches sacrées » au Québec.
Au lendemain de la démission du député
péquiste, le syndicaliste a signifié qu’il
n’avait pas apprécié son verdict sur le
« déclin tranquille de la société
québécoise », ainsi que ses propos sur
la nécessité d’accroître
l’efficacité des écoles et des hôpitaux.
« J’inviterais François Legault à faire
le tour de la province comme je l’ai fait, pour voir
à quel point il y a un essoufflement, les gens
travaillent plus que ce qu’on leur demande. Le monde est en
train de mourir au travail et on parle de gains de
productivité », a commenté M. Parent
hier, en marge de l’ouverture du congrès annuel de la
CSQ à Québec.
Selon lui, le discours tenu par celui qui était
porte-parole de l’opposition officielle en matière
d’économie ne ressemble en rien aux positions
sociale-démocrates traditionnelles du Parti
québécois.
« Bien là, je pense que le Parti libéral
est rendu plus socialdémocrate que le Parti
québécois », a-t-il ironisé.
« Je ne sais pas où elles sont, les vaches
sacrées, mais d’après moi, ça fait un
bout de temps qu’on les a tuées. La vraie vache
sacrée, c’est qu’il faut arrêter cette vision
néolibérale voulant que l’on paie moins
d’impôt et que l’État offre moins de services
», a ajouté M. Parent.
Mauvaise
cible
Le président de la CSQ estime que François
Legault s’est trompé de cible puisque, selon lui, les
infirmières et les enseignants tiennent
déjà à bout de bras les réseaux
de santé et d’éducation.
Il ne croit pas non plus qu’il faille augmenter les tarifs
d’hydroélectricité ou les droits de
scolarité pour permettre au gouvernement du
Québec d’investir davantage dans
l’amélioration de la qualité des services.
Alors que le député Legault suggérait
récemment au gouvernement Charest de chercher des
solutions à l’étranglement des finances
publiques dans le rapport Montmarquette portant sur la
tarification des services, Réjean Parent lui enjoint
de se tourner vers la grande entreprise.
Il reproche au gouvernement libéral de consentir des
avantages démesurés aux multinationales,
notamment à l’égard de l’accès aux
richesses naturelles.
« Il y a peut-être des contrats qu’il faut
ouvrir. Je n’ai pas de problème à ce qu’on
donne 600 millions à Rio Tinto Alcan s’il y a une
contrepartie et qu’on génère des emplois, mais
quand ce n’est plus le cas (...) on leur fait des rabais qui
sont rendus scandaleux », a-t-il argué.
Selon M. Parent, Québec s’est aussi privé de
précieux revenus en refusant d’augmenter la TVQ
lorsque le gouvernement fédéral a
réduit la TPS, et en choisissant de baisser les
impôts de près d’un milliard de dollars
lorsqu’Ottawa lui a transféré ce montant
supplémentaire, en 2007.
En route vers un « déclin tranquille »
François Legault se dit inquiet pour l’avenir du
Québec
« Je ne
souhaite pas être de la première
génération qui laisse moins à ses
enfants qu’on n’a reçu de nos parents. »
— Le Québec est en route vers un «
déclin tranquille » s’il ne s’attelle pas tout
de suite à l’équilibre des finances publiques
et à l’amélioration de la productivité,
soutient François Legault.
PHOTO JACQUES BOISSINOT, PC
« J’ai fait ma part », a
dit François Legault en quittant l’Assemblée
nationale hier. Dans l’opposition pour encore trois ou
quatre ans, l’exercice était devenu fastidieux pour
lui. « J’aime mieux construire que critiquer
», a résumé le numéro 2 du PQ.
L’heure était au bilan hier pour celui qui
était député de Rousseau depuis 10 ans
et qui croit que la souveraineté est « presque
impossible » actuellement, tant la méfiance des
citoyens est grande à l’endroit des politiciens.
« J’ai fait ma part » , a-t-il
résumé, expliquant qu’il ne trouvait plus la
motivation nécessaire pour représenter
correctement ses électeurs. Encore trois ou quatre
ans dans l’opposition, c’était trop pour lui. «
J’aime mieux construire que critiquer », a
résumé le numéro 2 du PQ.
M. Legault a aussi évoqué les obligations,
exigeantes, de la vie politique pour expliquer son
départ. « Être député, cela
veut dire le samedi être à une activité
de l’âge d’or dans le comté, avoir des
activités à peu près tous les soirs
», a-t-il souligné.
Le guerrier parlementaire, qui a dit aimer « avoir le
contrôle » sur ce qu’il entreprend, a tout
à coup eu la voix cassée par l’émotion
en parlant de ses fils Xavier et Victor, qui ont 16 et 15
ans. « J’ai peine à imaginer qu’ils avaient 5
et 4 ans au début de mon aventure politique. J’ai
été absent pour une partie de ces belles
années, a-t-il constaté à voix haute.
C’est la fin d’une étape de ma vie. »
M. Legault a précisé qu’i l ne verrouille pas
la porte à un éventuel retour en politique. Il
insiste toutefois sur le fait qu’il n’a aucun plan en ce
sens et compte prendre six mois à un an en «
ressourcement ».
Projets « impossibles »
« Je continue à penser que la
souveraineté est un projet pertinent », a-t-il
dit, tout en convenant que l’option piétinait depuis
un bon moment, tout comme le projet d’un renouvellement du
fédéralisme. « Le fruit n’en finit plus
de mûrir », constate-t-il.
« Il
faut prendre acte qu’actuellement, il y a tellement de
cynisme, tellement peu de confiance de la population
envers la classe politique que tout projet politique, que
ce soit la souveraineté du Québec, la
création de richesse ou un projet de
société, devient presque impossible à
présenter », soutient M. Legault.
L’homme d’affaires – il était l’un des fondateurs
d’Air Transat – a dit partir « inquiet pour l’avenir
du Québec qui s’est engagé dans un
déclin tranquille, malheureusement trop souvent
dans la résignation et l’indifférence
».
Selon lui , le Québec doit absolument relever trois
défis : hausser d’abord la richesse collective,
sans quoi bien des jeunes talentueux iront
s’établir ailleurs. La barre doit aussi être
redressée en ce qui concerne l’amélioration
de la productivité de l’appareil gouvernemental,
des réseaux de la santé et de
l’éducation notamment. Finalement, le gouvernement
doit absolument revenir à l’équilibre
budgétaire, pour éviter de faire payer aux
futurs contribuables le coût de services
donnés aujourd’hui. « Je ne souhaite pas
être de la première génération
qui laisse moins à ses enfants qu’on n’a
reçu de nos parents », a-t-il soutenu.
Pas un signe de faiblesse, selon Marois
En dépit des déconvenues récentes au
PQ, M. Legault est resté solidaire de Pauline
Marois, qui lui a toujours offert « une belle
collaboration », a-t-il insisté. Au cours
d’un point de presse tenu à Montréal, la
chef péquiste a d’ailleurs qualifié le
départ de M. Legault de « grosse perte
» pour elle et pour le PQ, mais a également
dit « très bien comprendre » les
raisons pour lesquelles le numéro 2 du parti a
décidé de tirer sa révérence.
À ceux qui voient dans le départ de
François Legault un signe que son leadership est
ébranlé et que le PQ va à la
dérive, Pauline Marois répond qu’ i l s f
ont « u ne a na l ys e un peu rapide » des
choses. « Je suis revenue il y a deux ans, alors que
le PQ était la deuxième opposition
officielle.
Son départ ne doit cependant pas être vu
comme un signe de faiblesse pour le PQ, croit Pauline
Marois : « Rappelez-vous que Jean Charest aussi a
perdu Philippe Couillard et Monique
Jérôme-Forget » au cours des derniers
mois, a-t-elle illustré. Depuis, nous avons fait
élire 51 députés, nous sommes
redevenus l’opposition officielle, et il y a eu une
unanimité autour du plan de travail sur la
souveraineté que j’ai mis de l’avant », a
souligné la chef du Parti québécois.
« Nous avons connu plus de gains que de pertes
depuis deux ans », a-telle ajouté.
Bernard Landry, pour sa part, a affirmé que le
départ de M. Legault est « une perte pour le
Québec, pour l’Assemblée nationale et pour
le PQ ». « Il était un des meilleurs
analystes économiques à être
passé à l’Assemblée nationale
», a-t-il dit.
Le critique de l’ADQ en matière de
développement é conomique, F r a nçoi
s Bonnardel, a pour sa part souligné
l’intensité avec laquelle François Legault a
mené ses dossiers au cours des derniers mois.
« Le PQ a été le parti d’un seul homme
ce printemps, et cet homme s’en va aujourd’hui »,
a-t-il dit. DES EXTRAITS DU POINT DE PRESSE DE
FRANÇOIS LEGAULT, PAGE A19
Caire ne retournera pas à l’ADQ
QUÉBEC — Malgré le départ de Gilles
Taillon, Éric Caire ne retournera pas à
l’ADQ. Il entend également rester
député indépendant dans
l’éventualité où Gérard
Deltell prendrait la tête du parti.
« Avec tout le respect que j’ai pour lui, je ne
pense pas que Gérard va réussir à
relever le parti », a-t-il dit à La Presse en
soirée, hier.
Plus tôt, tout juste après l’annonce de M.
Taillon, le député de La Peltrie avait exclu
la possibilité d’un retour à l’ADQ. «
Cette annonce ne change en rien la décision que
j’ai prise vendredi. J’ai dit que je quittais l’ADQ. Je
maintiens cette décision, je suis un
député indépendant », a
affirmé le candidat malheureux à la
direction. Il a précisé que le
député des Chutes-de-laChaudière,
Marc Picard, qui a quitté l’ADQ avec lui, partage
son avis.
Éric
Caire reviendrait à l’ADQ seulement si un «
messie », une « personnalité
extrêmement forte identifiée au courant de
centre-droite, comme Lucien Bouchard »,
décidait de « sauver le parti ».
« C’est très, très, très peu
probable. Je ne crois pas que ça va arriver
», a-t-il convenu.
Selon M. Caire, une nouvelle course à la direction
serait suicidaire. « La première nous a
pratiquement détruits, je ne vois pas comment la
deuxième pourrait être salvatrice »,
a-t-il lancé.
Au cours de son émission quotidienne sur le canal
V, Mario Dumont a mis de la pression sur Éric Caire
et Marc Picard pour qu’ils reviennent dans le giron
adéquiste. « Avec le départ de Gilles
Taillon, ils ont gagné leur point. Maintenant, la
balle revient dans leur camp et ils doivent faire partie
de la solution », a affirmé l’ancien chef
adéquiste.
Éric Caire réfléchit à son
avenir politique - Tommy Chouinard
QUÉBEC — Le député de La Peltrie,
Éric Caire, réfléchit à son
avenir politique depuis que Gilles Taillon lui a
refusé le poste de chef parlementaire de l’ADQ. Un
schisme pourrait même éclater au sein du
parti, signale l’entourage de M. Caire.
L’entourage d’Éric Caire
(à droite) indique que celui-ci est très
déçu que Gilles Taillon (à gauche),
qui a gagné la course à la direction de
l’ADQ par une seule voix, ne lui ait pas demandé
d’être « le numéro deux, chef
parlementaire. »
Gilles Taillon a provoqué un tremblement de terre,
hier, en rejetant la demande d’Éric Caire de
devenir chef parlementaire. Il a plutôt nommé
à c e poste s t r a t é gique le
député de Shefford, François
Bonnardel, qui a coprésidé sa campagne
à la direction.
M. Bonnardel, qui mènera désormais la charge
contre l es l i bérau x en Chambre, est l’ami de
coeur de la vicepremière ministre Nathalie
Normandeau. Gilles Taillon n’y voit aucun problème.
Le chef adéquiste a annoncé s a déc i
s i on à É r i c Ca i r e hier matin. Ce
dernier n’a pas participé à la
période des questions en matinée, ni
assisté au caucus de son parti. Il n’a pas
rappelé La Presse. Il s’est toutefois confié
à des proches.
« M. Caire m’a dit qu’il était officiellement
en réflexion », a a f f i r mé
à La Pres s e l ’e xdéputé de Chambly
Richard Merlini, qui a coprésidé sa campagne
à la direction.
« Il m’a dit que tout est sur la table. Sa
réflexion inclut toutes les possibilités. Il
est député jusqu’aux prochaines
élections. Est-ce qu’il veut continuer à l’A
DQ ? Siéger comme i ndépendant ? Estce
qu’autre chose pourrait l’i ntéresser ? E st-ce u
ne réflexion sur la création d’un autre
parti ? » a-t-il ajouté.
Des proches de d’Éric Caire et de Christia n
Lévesque – a ut r e c a nd i dat da n s la course
à la direction – envisagent de quitter l’A DQ pour
créer une nouvelle formation politique de
centre-droite.
Plusieurs
anciens députés sont dans le coup, de
même que des « gens de l’extérieur
», a noté M. Merlini, qui reproche au nouveau
patron de vouloir « recentrer le parti ». Les
discussions, a morcées peu de temps après le
congrès à la direction du 18 octobre, sont
au stade embryonnaire. « On s’était dit qu’on
allait donner la chance au coureur et voir les premiers
gestes de M. Taillon. Mais des gestes d’unité, il
n’en a pas fait. »
Selon lui, Gilles Taillon « ne respecte pas le
résultat qu’il a obtenu. Il agit comme s ’ i l ava
i t gagné avec u ne majorité
écrasante. Compte tenu du résultat, c’est
clair qu’il devait faire des gestes d’unité
très forts. Et M. Caire ava it très l
é g i t i mement demandé d’être le
numéro deux, c hef pa rlementaire. Alors, on est
très déçus de la décision de
M. Taillon ».
Rappelons que Gilles Taillon a remporté la course
à la direction par une seule voix, si l’on
soustrait le vote en sa faveur enregistré par l’
Infoman Jean-René Dufort sous le nom d’Omar Bongo,
défunt président autoritaire du Gabon.
Selon Gilles Ta illon , Éric Caire a demandé
une « cogestion » de l’A DQ, une «
direction bicéphale comme Québec solida i r
e » , ce qui était « i nacceptable
». « J’ai été élu chef.
Je suis le seul à avoir eu 50 % plus un »,
a-t-il insisté. Selon lui, « il n’y a pas de
guerre » avec M. Caire. « Pour moi, le dossier
est réglé. M. Caire est toujours
adéquiste. Je pense qu’il va rester chez nous.
»
« Les militants, s’ils ont à coeur l’A DQ,
comme moi, doivent assurément respecter le vote
populaire démocratique », a répondu M.
Taillon au sujet des déchirements que pou r ra it
provoquer sa décision.
É r i c Ca i r e a r e f u s é les autres
responsabilités que l ui a of f er t e s M. Ta i l
l on , c’est-à-dire le poste de leader
parlementaire et celui de critique en matière
d’économie. I l a préféré
conserver ses fonctions de critique en matière de
santé et d’affaires intergouvernementales.
Sylvie Roy, qui avait déjà demandé de
ne plus être chef parlementaire, devient leader
parlementaire. La députée, qui se dit
victime d’intimidation des libéraux, apprend
maintenant qu’elle n’éta it pas le premier choix de
son chef à ce poste.
Débat des candidats Caire et Taillon
s’affrontent... sans dérapage - Tommy
Chouinard
à
la direction de l’ADQ
BÉCANCOUR — Après s’être
entredéchirés su r la place publique la
semaine dernière, Gilles Taillon et Éric
Caire ont baissé le ton lors du deuxième
débat des candidats à la direction de l’ADQ
à Bécancour, hier. Leurs échanges,
tout de même vifs à l’occasion, ont fait
ressortir un clivage idéologique entre les deux
hommes.
Les trois candidats à la succession de Mario Dumont
sont revenus sur la tournure belliqueuse qu’a prise la
campagne la semaine dernière. « Si
l’expérience est la somme de nos erreurs, je suis
plus expérimenté que jamais, a lancé
Éric Caire dans son discours d’ouverture. Ce soir,
on va débattre de nos idées. »
L’ex-députédeLévis,Christian
Lévesque, qui était resté à
l’écart de la querelle entre MM. Caire et Taillon,
a insisté sur l’impact négatif causé
par les attaques personnelles de ses adversaires.
«Les deux dernières semaines ont vraiment
été difficiles. Ça a fait mal»,
a-t-il affirmé, soulignant les manchettes sur
«la mort du parti», «les
chicanes», «le cirque à l’ADQ».
La semaine dernière, Gilles Taillon a accusé
Éric Caire d’avoir « falsifié »
son CV. Le député de La Peltrie a quant
à lui laissé entendre que son adversaire
tente d’utiliser son état de santé – la
récidive d’un cancer de la prostate – pour
recueillir davantage d’appuis.
Hier, Éric Caire et Gilles Taillon ont
croisé le fer à quelques reprises, mais ils
ont gardé un ton posé. « Une mesure
m’embête dans ton programme, celle d’abolir les
agences régionales de la santé, a
lancé M. Caire à son adversaire. Ça
créerait une désorganisation de la
médecine générale en
région.»
«
Les établissements et les médecins veulent
plus de pouvoir. On n’a pas besoin d’intermédiaire.
On a 97 gros centres hospitaliers au Québec. Ils
sont capables de s’organiser », a
répliqué M. Taillon.
L’ancien numéro 2 du parti a à son tour
décoché une flèche vers le
député de La Peltrie, qui venait d’affirmer
que des investissements importants seront toujours
nécessaires dans le réseau de la
santé. « Avant de presser le citron, de
mettre davantage de pression sur le portefeuille de la
classe moyenne, il faut revoir l’organisation du travail
», a-t-il dit.
Christian Lévesque et Éric Caire ont
plaidé en faveur d’une ouverture beaucoup plus gra
nde à l’assu ra nce privée. « Faisons
attention », a rétorqué un Gilles
Taillon, modéré, soulignant que le
modèle américain coûte cher et reste
peu performant.
Sur le thème de la famille, les trois candidats
sont à peu de chose près sur la même
longueur d’onde. Cependant, Christian Lévesque
s’est attiré les foudres d’Éric Caire
après avoir proposé de rendre les paiements
hypothécaires déductibles des revenus aux
fins de l’impôt. «C’est une mauvaise mesure
qui est à l’origine de la crise immobilière
aux États-Unis», a-t-il dit.
Les trois candidats s’entendent tous pour dire qu’une
réorganisation majeure de l’ADQ s’impose. Gilles
Taillon a manifesté sa volonté de solliciter
davantage les gens d’affaires. «Je
préfère 300 dons de 10$ qu’un seul de
3000$», a répliqué Éric Caire.
«Je veux les deux», a répondu Gilles
Taillon du tac au tac. «Oui, mais le deuxième
est plus compromettant», a dit M. Caire.
Le nationalisme repensé -
Éric Caire
Non pas
nourri de symboles et de vaches sacrées, mais
plutôt de succès et de résultats
L’auteur est député de La Peltrie et
candidat à la direction de l’Action
démocratique du Québec. Il réplique
à l’opinion de Mathieu Bock-Côté
intitulée « Le nationalisme sacrifié
», publiée le 1er septembre. Dans son texte,
le sociologue Mathieu BockCôté accuse l’ADQ
de liquider son orientation nationaliste au profit d’un
« libéralisme moderniste
asséché ». Je suis en profond
désaccord avec cette analyse.
Je pense que le nationalisme québécois doit
être repensé. Pour ma part, je
préconise un nationalisme qui se nourrit non pas de
symboles et de vaches sacrées, mais plutôt de
succès et de résultats. Le vrai levain du
nationalisme ne doit pas être le ressentiment et la
peur de l’autre, mais plutôt être la
fierté et l’amour des nôtres.
Lorsque tel est le cas, le nationalisme nous oblige
à critiquer les structures du modèle
québécois qui servent mal nos concitoyens.
Il n’y a rien de « strictement technicien »
à remettre en question un système qui
hypothèque la santé, voire la vie de
dizaines de milliers de Québécois et qui
démoralise bien des membres du personnel soignant.
Notre fibre nationaliste devrait nous rendre
intolérants à un système
d’éducation public qui produit 30% de
décrocheurs et dont les diplômés
maîtrisent mal le français écrit et
l’anglais. En tant que nationaliste, je refuse que les
universités de chez nous souffrent d’un
sous-financement chronique.
Repenser le nationalisme, c’est aussi cesser de mettre en
constante contradiction l’individuel et le collectif. Bien
sûr, la prospérité économique
contribue à l’épanouissement des individus
par un meilleur accès à l’emploi et par de
meilleurs salaires. Mais cela ne se fait pas au
détriment de la destinée collective, bien au
contraire.
La
prospérité économique est aussi, pour
un peuple, un puissant vecteur de fierté et de
force collectives. Mes propositions portant sur la
prospérité économique permettraient
de créer au Québec un espace
économique plus libre et plus dynamique. Les
mesures que je propose existent ailleurs et ont
démontré leur efficacité. Le but est
d’avoir au Québec non seulement des individus plus
forts, mais aussi une nation plus forte.
Repenser le nationalisme, c’est aussi repenser la question
nationale. Depuis 60 ans, tous les premiers ministres du
Québec, Jean Charest mis à part, ont
été obsédés par le rapport de
force entre le Québec et le gouvernement
fédéral. La stratégie des
référendums perdants a fait long feu et le
PQ n’a aucune stratégie de rechange à offrir
aux Québécois.
Dans le contexte actuel, je pense que notre seul moyen
d’obtenir un véritable rapport de force au sein de
la confédération est d’accroître le
poids économique du Québec par rapport
à l’ensemble canadien. Non seulement n’y a-t-il
aucune fierté à recevoir du gouvernement
fédéral 8 milliards de dollars de
péréquation annuellement, mais encore, cela
nous affaiblit terriblement sur le plan politique.
Le jour où les Québécois seront plus
riches que la moyenne canadienne – et j’ai la conviction
qu’ils peuvent le devenir –, le jour où nous
paierons de la péréquation plutôt que
d’en recevoir, ce jour-là, nous aurons un rapport
de force extraordinaire avec le reste du Canada et toutes
les options nous seront alors ouvertes.
D’ici là, et en particulier dans un contexte
démographique qui s’annonce difficile, je pense que
le principal projet de société que les
Québécois doivent se donner est de
créer un espace économique qui maximise
notre extraordinaire potentiel de richesses. Et je suis
fier de constater que pour le moment, l’ADQ est le seul
parti qui préconise ce nationalisme d’ouverture et
de gagnants. C’est une question de fierté et de
véritable amour des nôtres.
Le derby de démolition - ANDRÉ
PRATTE
Des ennuis de
santé forcent Gilles Taillon à envisager son
retrait de la course à la direction de l’ADQ. S’il
décide d’abandonner pour se consacrer à un
combat évidemment plus important, ce sera une mauvaise
nouvelle pour le parti dont la campagne au leadership confirme
les doutes des électeurs au sujet de l’avenir de l’ADQ
post-Dumont. Pour tout dire, cette course s’est
transformée en derby de démolition : l’ADQ
risque d’en sortir en piteux état.
Malheureusement, M. Taillon lui-même a quitté le
terrain des idées pour tomber dans le combat de boxe
qu’il dénonçait il y a trois semaines à
peine. Après avoir soutenu qu’il fallait éviter
d’insulter ses adversaires afin de pouvoir refaire
l’unité du parti après la course, M. Taillon a
traité Éric Caire de «tricheur»,
l’accusant d’avoir «trompé les
Québécois en indiquant avoir un diplôme
universitaire qu’il n’a pas». Or, tout indique qu’il
s’agit d’une simple erreur de transcription. Le CV
publié sur le site internet de l’Assemblée
nationale indique bien que M. Caire n’a pas
complété ses études pour un
baccalauréat en communications. Sur le site de campagne
de M. Caire, le résumé de son parcours
professionnel ne dit pas un mot de ce passage à
l’université.
Bref, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. Or, M.
Taillon ne l’a pas seulement fouetté, il l’a
passé au hachoir à viande. Lundi, il en a remis,
accusant M. Caire de ne pas avoir réussi un seul cours
et le sommant de remettre son relevé de notes au parti.
Est-ce à cette fin que l’ADQ avait tant insisté
pour que les bulletins scolaires soient chiffrés?
Venant d’un
candidat qui prône «une prestation
irréprochable sur le plan du contenu»,
voilà qui est très décevant. On pardonne
plus facilement les excès d’arrogance d’un jeune
politicien comme Éric Caire. Toutefois, une telle
attitude lui sera fatale, de même qu’à son parti,
s’il devient chef sans avoir appris à maîtriser
ses coups de gueule.
L’A DQ s’est effondrée en 2008 parce qu’elle avait
perdu beaucoup de crédibilité. Ce qui se passe
ces jours-ci risque de faire évaporer le peu qui reste.
Les
candidats
doivent s’empresser de revenir au débat d’idées.
D’autant qu’idées il y a bel et bien. Par exemple, dans
le texte que nous publions cicontre, Éric Caire propose
de repenser le nationalisme québécois suivant
une approche moins centrée sur le passé et la
menace de l’indépendance: «Notre seul moyen
d’obtenir un véritable rapport de force au sein de la
confédération est d’accroître le poids
économique du Québec.» Voilà une
approche bienvenue, très différente de celles
mises de l’avant par MM. Taillon et Lévesque. Que les
aspirants en discutent donc au lieu de comparer leurs
bulletins de 3e année !
Marois a
failli diriger le Québec - L’ADQ a proposé une
coalition au PQ à l’automne 2008
—
Terrorisés par la perspective d’élections
l’automne dernier, les dirigeants de l’Action
démocratique du Québec ont proposé une
coalition au Parti québécois, deux semaines avant
le déclenchement de la campagne. Et ce nouveau
gouvernement aurait été dirigé par Pauline
Marois.
La chef
du PQ Pauline Marois aurait pu devenir première
ministre du Québec si le projet de coalition entre son
parti et l’ADQ avait abouti avant les élections de
décembre 2008.
Plusieurs sources de haut niveau parmi les décideurs de
l’ADQ à l’époque ont indiqué à La
Presse que, pendant deux ou trois jours, des échanges ont
eu lieu sur ce scénario, entre les cabinets de Mario
Dumont et Pauline Marois, par l’intermédiaire de deux
avocats associés à l’un et l’autre chef,
Marc-André Gravel et Éric Bédard.
Selon les informations obtenues par La Presse de sources
sûres, une poignée de stratèges
adéquistes, dont Mario Dumont et Gilles Taillon, au
retour d’un conseil général de leur parti,
s’étaient réunis pour préparer leur offre
au Parti québécois. Rien n’avait été
mis sur papier, toutefois.
Pour contrecarrer l’échéancier de Jean Charest qui
se préparait manifestement à déclencher les
élections le 8 décembre, l’ADQ avait fait une
avancée surprenante pour attirer le PQ dans son plan.
Mario Dumont et Pauline Marois seraient allés voir le
lieutenantgouverneur, Pierre Duchesne, pour lui dire que les
formations détenant la majorité à
l’Assemblée s’alliaient pour former un gouvernement de
coalition, dont Pauline Marois allait être la
première ministre.
«
Charest contrôlait tout… il avait l’agenda en main. On
voulait le bloquer, reprendre l’initiative. Mario Dumont a
envoyé Marc-André Gravel avec la proposition de
renverser le gouvernement. La réponse des
péquistes a été qu’ils étaient
certains de prendre le pouvoir… que Pauline Marois allait de
toute façon être première ministre aux
Fêtes. Ils ne voulaient pas embarquer », a
révélé à La Presse un
adéquiste inf luent à l’époque. Dans le
camp péquiste, certains confient qu’il y avait une base
pour des discussions, mais que le temps manquait – le premier
ministre Charest allait à l’évidence faire
basculer le Québec en campagne électorale dans
les deux semaines suivantes, même s’il avait à
maintes reprises soutenu le contraire.
Devant la tempête économique qui
s’annonçait, l’ADQ voulait l’appui du PQ pour un
« gouvernement de crise d’une durée de deux ans
» où les postes de ministres auraient
été partagés, également entre les
deux partis. Au surplus, on se disait ouvert à la
nomination de ministres venus de la société
civile, non élus à l’Assemblée nationale.
Chaque parti mettait de l’eau dans son vin: l’ADQ mettait par
exemple au rancart son engagement d’abolir les commissions
scolaires, le PQ indiquait qu’il ne profiterait pas de ce
régime pour promouvoir la souveraineté.
Fait étonnant, Gilles Taillon, aujourd’hui
prétendant à la direction de l’ADQ, était
aux premières loges lors des discussions dans le cercle
restreint autour de Mario Dumont, indiquent des sources
sûres.
Joint hier, l’aspirant chef a pris ses distances: « J’ai
entendu parler de cela dans les corridors… La proposition
qu’on a faite était plutôt dirigée au
gouvernement, on proposait de ne pas tenir d’élections
en période de crise économique. » Le
scénario de coalition avait été
expliqué, avec moins de détails, à
l’ensemble du caucus adéquiste dès la
proposition faite. Deux autres aspirants à la direction
du parti, le député Éric Caire (La
Peltrie) et Christian Lévesque ( Lévis)
n’avaient pas soulevé d’objections à
l’idée de voir leur formation faire une coalition avec
le Parti québécois.
L’avocat Marc-André Gravel avait, le premier,
sollicité le camp souverainiste, et avait
été aiguillé vers Éric
Bédard, frère du leader parlementaire du PQ,
Stéphane. Joints cette semaine, les deux avocats sont
restés très vagues sur leurs conversations de
l’automne dernier.
Le nationalisme sacrifié -
Mathieu Bock- Côté
L’ADQ
renie son discours contre le multiculturalisme et les
accommodements raisonnables
L’auteur est candidat au doctorat en sociologie à
l’UQAM. Au coeu r de la cou rse à la direction de
l’A DQ , on retrouve une course à la liquidation de
son héritage nationaliste. Alors que ce parti aura
incarné, à travers la crise des
accommodements raisonnables de 2006 à 2008, la
révolte de l’identité nationale contre le
multiculturalisme postréférendaire, au point
de contester un temps le monopole du Parti
québécois sur le nationalisme, il semble
aujourd’hui renier ce positionnement pour s’aligner sur
les grands canons de la rectitude politique.
Les aspirants à la
direction de l’ADQ lors d’un débat, le 23
août dernier. Jean-François Plante
(deuxième à partir de la gauche) a
été exclu de la course depuis.
Dans la mesure où la question nationale prend de
plus en plus forme à travers la question de
l’identité québécoise, il semble que
c’est en sacrifiant la seconde que l’ADQ croit pouvoir en
finir avec la première.
Ce sacrifice du nationalisme, on le constate notamment
avec la remise en question du discours de l’ADQ contre le
multiculturalisme et les accommodements raisonnables. On
le sait, une certaine droite économique a toujours
été très critique du nationalisme.
Elle s’est sentie marginalisée ces dernières
années à l’ADQ et semble revenir en force en
faisant le procès de ce qu’elle considère
comme un dérapage identitaire.
Une des conseillères d’Éric Caire a ainsi
assimilé la critique des accommodements
raisonnables et du multiculturalisme à un
«populisme de bas étage […] associant le
déclin du français à une hausse de
l’immigration » qui représenterait «
une erreur magistrale et un manque d’appréciation
de la maturité des adéquistes en
matière d’immigration et d’identité
culturelle». Elle n’est certainement pas la seule
à faire un tel diagnostic qui était
même celui de Jean-François Plante, le
candidat récemment exclu de la course, qui a tenu
des propos encore plus sévères sur le moment
identitaire de l’ADQ.
Il y a pourtant là quelque chose de paradoxal. Car
tant que l’ADQ s’en est tenue à la critique du
modèle québécois, elle a
été contenue dans les marges de l’espace
public, dont elle n’est sortie qu’en élargissant
son conservatisme vers des préoccupations
culturelles et identitaires annonçant le
réinvestissement d’une charge conservatrice dans le
nationalisme québécois.
De la
remise en question de la réforme scolaire à
la lutte contre le cours d’enseignement et de culture
religieuse en passant par la défense du patrimoine
historique de la majorité francophone, l’ADQ a su
reconnaître dans la transmission contrariée
de l’identité québécoise la
préoccupation la plus fondamentale de la
population.
C’est en passant de la révolte
générationnelle à la révolte
du sens commun contre le consensus progressiste que l’ADQ
est devenue un véritable parti politique. Mais
l’ADQ veut renoncer au secret de son succès, ce qui
l’entraîne à basculer vers un
libéralisme moderniste asséché.
L’ADQ se détourne ainsi du créneau qui a
fait son succès pour en revenir à sa base la
plus étroite, à partir de laquelle on voit
bien mal comment elle pourrait reconstituer une coalition
susceptible de lui redonner un rôle significatif
dans la politique québécoise.
Elle se contente de se poser com me « l’aile d roite
» du PLQ et de reprendre comme programme les grands
thèmes du manifeste Pour un Québec lucide
qui avait le défaut de mener une critique
strictement technicienne et comptable du modèle
québécois.
La différence entre l’ADQ et le PLQ s’amenuise et
il ne serait pas surprenant qu’au terme de la course
actuelle, certains de ses députés s’y
rallient en consacrant la marginalisation d’une formation
ne rejoignant plus que la frange la plus
exaspérée de la génération X,
qui se reconnaît dans la pensée
libertarienne.
Il est étrange que l’A DQ s’aligne à ce
moment sur le consensus progressiste en renonça nt
à sa d i f férence politique qui lui aurait
peutêtre permis de canaliser le
mécontentement d’une frange considérable de
la population. Pendant un temps, l’ADQ a semblé
faire partie de la solution à la crise d’une
démocratie québécoise
confisquée par sa technocratie progressiste et
scindée entre ses élites et les classes
moyennes et populaires. Elle fait tout désormais
pour faire partie du problème.
Taillon dénonce l’agressivité de
Caire - Tommy Chouinard
«
S’il y en a qui sont incapables de faire des débats
d’idées et qui veulent faire de la boxe, ce n’est
pas l’arène dans laquelle je vais évoluer.
»
QUÉBEC— Visiblement furieux d’avoir
été éclipsé par Éric
Caire et ses coups de gueule lors du premier débat
des aspirants à la direction de l’ADQ, Gilles
Taillon a condamné hier l’attitude «
agressive » de son adversaire.
En conférence de presse pour présenter sa
plate-forme électorale, l’ancien numéro 2 du
parti a reproché à M. Caire d’avoir
«fait de la boxe» dimanche. Il n’a pas
apprécié que le député de La
Peltrie tombe à bras raccourcis sur Christian
Lévesque, brandisse vers lui un doigt accusateur,
lui tapote l’épaule, «embarque presque
par-dessus lui» et «le traite de riche».
« Je pense que ce n’est pas la façon, dans un
débat au sein d’un même parti, de traiter son
concurrent », a affirmé
l’ex-député de Chauveau.
Les attaques de M. Caire, d’une rare virulence, ont retenu
davantage l’attention que le discours posé et
documenté de Gilles Taillon. Ce dernier n’entend
pas jouer le jeu de M. Caire pour se retrouver sous le feu
des projecteurs. M. Taillon appelle ses collègues
à mener un débat «sur le fond»,
débat dont l’ADQ a besoin. «S’il y en a qui
sont incapables de faire des débats d’idées
et qui veulent faire de la boxe, ce n’est pas
l’arène dans laquelle je vais
évoluer.»
Il faut éviter, selon lui, d’insulter ses
adversaires, de se disputer, car il faudra retrouver
l’unité après la campagne à la
direction. Éric Caire a refusé de commenter
les commentaires de M. Taillon.
Engagements similaires
Dans sa plate-forme électorale, Gilles Taillon
reprend pour l’essentiel les engagements qu’avait pris
l’ADQ aux élections de 2007 et 2008, qu’il avait
contribué à définir avec Mario
Dumont. Par exemple, il veut réduire de 1 milliard
les dépenses de programmes et d’un autre les
subventions aux entreprises. Il propose de réduire
la dette de 10 milliards avec la privatisation partielle
d’Hydro-Québec. Il souhaite verser 100 $ par
semaine pour chaque enfant d’âge préscolaire
qui ne fréquente pas les garderies
subventionnées. Il milite pour que la pratique
médicale soit partagée entre les secteurs
public et privé.
Le candidat a fait appel à une firme afin de
réunir en groupes de discussion des
électeurs qui avaient voté pour l’ADQ en
2007 et lui ont tourné le dos un an plus tard.
«La réponse à Québec et dans le
450 a été la même: le programme de
l’ADQ de 2007, on le veut», a-t-il dit.
Alors qu’Éric Caire propose de tripler les droits
de scolarité, M. Taillon écarte tout «
choc tarifaire». Après avoir remis en
question une proposition traditionnelle du parti, celle
d’abolir les commissions scolaires, M. Taillon veut
finalement faire disparaître ces structures et
confier aux écoles leur statut juridique et
linguistique. La formation professionnelle serait
intégrée au collégial. M. Taillon
rejette par ailleurs l’idée d’abolir la formule
Rand, comme le demandent les jeunes adéquistes, et
souhaite un « dialogue social » plutôt
qu’un affrontement avec les syndicats.
Sur le front constitutionnel, le candidat souhaite
négocier un «nouveau pacte» avec
Ottawa. Il réclame le respect des
compétences actuelles, le retrait du pouvoir
fédéral de dépenser, le rapatriement
des budgets en culture, plus d’argent pour
l’éducation postsecondaire, la transformation du
transfert social canadien en points d’impôt. Mais
sous un éventuel gouvernement Taillon, il n’y
aurait «pas de séparation, pas de menace de
séparation, pas de référendum»,
a-t-il prévenu. Un «mandat fort des
Québécois» obtenu à des
élections générales lui donnerait
selon lui un rapport de force suffisant pour obtenir gain
de cause.
Un premier débat musclé - Tommy
Chouinard
LÉVIS — Éric Caire est tombé
à bras raccourcis sur Christian Lévesque
lors du premier débat des aspirants à la
direction de l’ADQ, hier à Lévis.
Le député de La Peltrie a accusé M.
Lévesque d’avoir des propositions « floues
» au sujet des droits de scolarité et de
l’avenir politique du Québec. Il a interrompu son
adversaire à quelques reprises. Il lui a
même tapoté l’épaule pour lui
signifier qu’il voulait prendre la parole ou le mettre
au défi de répondre à ses
questions.
« Christian Lévesque et son équipe
vont comprendre que ça prend un peu de contenu
quand on fait une course à la direction »,
a affirmé M. Caire au terme du débat.
Selon lui, Christian Lévesque n’est « ni
convaincu, ni convaincant »
Si M. Caire a été aussi cinglant, c’est
qu’il « a cru voir que je prends de plus en plus
de place dans la campagne», a commenté M.
Lévesque, exdéputé de Lévis.
Les coups de gueule ne sont donc pas venus de
l’animateur de radio Jean-François Plante,
ex-candidat congédié par Mario Dumont aux
élections de 2007. L’ancien conseiller municipal
de Montréal est demeuré discret.
Toutefois, l’ADQ n’a toujours pas déclaré
M. Plante officiellement candidat. Le président
de l’élection, Pierre Éloi Talbot,
étudie toujours son bulletin de candidature.
De son côté, Gilles Taillon a adopté
un ton posé. L’ancien numéro 2 du parti a
insisté sur la nécessité de
réduire la taille de l’État et de
rembourser la dette grâce à la
privatisation partielle d’Hydro-Québec. Les
attaques menées par Éric Caire contre M.
Lévesque lui ont porté ombrage.
Éric
Caire a annoncé ses couleurs dans son discours
d’introduction devant une centaine de militants: l’ADQ
doit «brasser la cage», être
«à la limite un petit baveux». Il a
dit vouloir éviter les «discours
racoleurs».
Éric Caire a décoché ses
flèches dès le premier face-à-face
sur le thème de l’éducation
postsecondaire. Le député de La Peltrie a
proposé de tripler les droits de scolarité
afin d’atteindre la moyenne canadienne. «On s’en
fout, de la moyenne canadienne!» a lancé M.
Lévesque, qui milite pour l’indexation au
coût de la vie. «Si on veut une
économie du savoir, chacun des citoyens doit
participer à cet effort.»
Éric Caire est alors sorti de ses gonds :
«Donc, le travailleur d’usine, tu le taxes plus?
Où est la justice dans ta proposition?» Il
a ensuite indiqué qu’il entend payer les
études de ses quatre enfants. «Tu as un
salaire de député de 85 000$, alors que la
population a un revenu moyen par couple de 45 000$.
Quels choix ils vont faire, eux?» a dit Christian
Lévesque. «Tu en as, de l’argent, toi,
pourquoi je paierais pour tes enfants?» a
répliqué M. Caire.
Selon le député, la position de M.
Lévesque, «c’est le discours fleur bleue:
faut faire peur à personne, faut déranger
personne, faut que les syndicats soient nos amis».
M. Lévesque a reproché à son
adversaire de «lancer des idées pour
choquer».
Autre échange musclé sur le thème
de l’avenir politique du Québec. Pour Christian
Lévesque, «le débat constitutionnel
est devenu un débat stérile d’une autre
génération. On est rendus ailleurs en
2009. On doit s’occuper du développement du
Québec, s’occuper de nos affaires.» La
réplique d’Éric Caire fut cinglante:
«Tu n’es pas capable de marcher et de mâcher
de la gomme en même temps, toi?»
«Si tu es autonomiste sans rien demander, tu vas
autonomiser quoi? Christian, tu ne revendiques rien. Tu
dis qu’il faut mettre ça sous le tapis. C’est le
discours vide de Jean Charest et, je suis
désolé, il y a déjà un parti
qui propose ça et il n’est pas
autonomiste.»
Éric Caire prône une
«fédération
décentralisée » dans laquelle le
Québec aurait plus de pouvoirs. Christian
Lévesque l’a accusé d’être
fédéraliste. «Tu es
absentéiste!» a riposté son
adversaire.
Lors d’un point de presse, Éric Caire s’est
déclaré vainqueur du débat. Trois
autres débats auront lieu d’ici au scrutin, qui
se tiendra par téléphone du 16 au 18
octobre.
L’ADQ doit s’assumer - Éric
Duhaime
L’auteur
est consultant en développement démocratique
et ex-conseiller politique de Mario Dumont de 2003
à 2008. Il réagit à l’opinion de
Sébastien Proulx publiée dans le
numéro de mardi dernier.
Mon ami et ex-leader parlementaire de l’opposition
officielle, Sébastien Proulx, y est allé un
peu fort en prétendant que l’ADQ n’est pas un parti
de droite, comme s’il s’agissait d’une maladie honteuse.
L’actuelle course à la direction du parti permet
certes un important débat d’idées, mais elle
ne peut servir de prétexte pour faire
dériver le bateau adéquiste vers de
dangereux récifs d’incohérence.
Déjà qu’il a fallu près d’une
décennie à notre parti pour définir
notre positionnement constitutionnel. Pendant 10 ans, les
adéquistes se faisaient demander s’ils
étaient souverainistes ou
fédéralistes. Question à laquelle on
ne pouvait que répondre ni l’un, ni l’autre.
Maintenant, nous sommes autonomistes et avons clairement
défini ce que ça implique en termes de
pouvoir et de rapport de force. Cela nous a permis
d’ouvrir d’autres débats beaucoup plus urgents et
importants pour le Québec.
On ne va quand même pas commencer aujourd’hui
à répondre à la question: «
Êtes-vous de droite ou de gauche » par un ni
un, ni l’autre. Il n’y a pas de honte à être
de droite et, en tant qu’adéquiste, on a le devoir
de s’accepter. Un parti qui souhaite réduire la
taille de l’État, mettre fin au monopole public du
système de santé, réduire la dette,
valoriser les libertés individuelles, donner plus
de liberté de choix aux familles, s’attaquer plus
vigoureusement aux criminels et remettre les
assistés sociaux au travail est par
définition un parti de droite.
On peut
utiliser un slogan de droite humaniste ou de droite de
compassion, mais on ne peut remettre en cause la raison
d’être de notre parti. Des partis politiques qui ne
sont ni de droite, ni de gauche et qui sont uniquement
focalisés sur la question constitutionnelle, on en
a déjà deux vieux au Québec.
La pertinence de l’ADQ, c’est justement qu’il y a un
Éric Caire pour affirmer vouloir s’inspirer du film
L’illusion tranquille. Un Gilles Taillon pour se
présenter comme le candidat de l’économie
qui veut relancer « notre parti sur la base de nos
valeurs de centre-droit ». Un Christian
Lévesque obsédé par un «
État plus efficace et moins coûteux ».
Un Gérard Deltell pour dire à la CSN que des
hausses salariales de 11,5%, dans le contexte actuel,
n’ont pas de bon sens. Une Sylvie Roy pour défendre
quotidiennement les victimes d’actes criminels à
l’Assemblée nationale. UneMarie Grégoire
pour parler de l’importance de l’équité
entre les générations. Et même un
Jean-François Plante pour dire merde à la
rectitude politique.
Le combat de l’ADQ depuis plus de 15 ans consiste à
dépolariser le Québec sur l’axe
constitutionnel souverainiste-fédéraliste
pour ramener le débat vers un axe gauche-droite,
comme dans pratiquement toutes les autres
démocraties du monde.
N’en déplaise à mon ami Sébastien, il
ne s’agit pas ici d’une question de dogme, mais simplement
de cohérence. À nous tous adéquistes
d’assumer que nos idées sont de droite et de
redonner à cette droite québécoise
les titres de noblesse qu’elle mérite.
L’ADQn’est pas de droite -
Sébastien Proulx
Si le
parti se radicalise, il ne gouvernera jamais
L’ADQ est un parti à l’image de la
société québécoise dans sa
grande capacité d’intégration.
DL’auteur est avocat chez Heenan Blaikie. Il a
été leader parlementaire de l’ADQ de 2006
à 2008. epuis les élections du 8
décembre dernier, et encore davantage depuis qu’on
a abondamment discuté de la course à la
direction de l’ADQ, il est question de la droite et de la
gauche, de ce que devrait être ou ne pas être
l’Action démocratique du Québec.
Si l’ADQ a perdu son statut et la
place qu’elle avait difficilement gagnée en 2007,
c’est qu’elle a manqué de
crédibilité et de cohérence. Sur
notre photo, Jean-François Plante avec l’ex-chef
de l’ADQ, Mario Dumont.
D’entrée de jeu, je dois vous faire cette
confidence qui m’attirera certainement les foudres d’une
tranche d’adéquistes qui se voit grosse comme un
boeuf, mais qui ressemble davantage à la
grenouille: je ne suis pas à droite, au sens
où le souhaiteraient les dogmatiques, les
idéologues et les Jean-François Plante de ce
monde.
Lorsque l’ADQ a été fondé ( je n’y
étais pas), elle l’a été sur la base
de valeurs qui nous sont chères. Valeurs qui,
à l’époque comme aujourd’hui, ne sont pas la
réalité quotidienne des deux formations
politiques dites traditionnelles, comme la liberté
de choisir ce qui est bon pour soi et le devoir
incontestable de cesser d’hypothéquer nos enfants
pour les caprices d’aujourd’hui, notamment.
Comme le dit si bien l’ex-députée Marie
Grégoire, redonner à l’État du
Québec sa capacité d’être
généreux, c’est justement cette recherche de
créer plus de richesses dans cette
société qui s’appauvrit, dans le but
évident de mieux préparer l’avenir et
surtout, d’en faire bénéficier nos
concitoyens, comme nous le ferions pour nos familles
respectives.
Depuis quelques semaines, revient constamment ce besoin
pour certains de réaf f i rmer qu’ils militent
à l’ADQ parce de la droite. Sinon j’en descends
aussitôt.
L’ADQ est un parti à l’image de la
société québécoise dans sa que
c ’est le véhicule de la droite au Québec.
Je m’inscris en faux contre cette pratique. L’ADQ ce n’est
pas le véhicule grande capacité
d’intégration. On y retrouve des gens de droite et
des gens qui ont des affinités avec la gauche, on y
retrouve des militants qui proviennent des familles
souverainistes et fédéralistes, parce que
nous acceptons la différence et sommes capables de
travailler dans un but commun: servir le Québec et
son bien le plus précieux, vous.
Certains
prétendent que l’ADQ s’est perdu parce qu’elle ne
répond plus aux aspirations de la droite
québécoise (existe-t-elle cette droite en
dehors de quelques esprits qui s’agitent?). C’est à
mon avis faire le mauvais constat.
Si l’ADQ a perdu son statut et la place qu’elle avait
difficilement gagnée en 2007, c’est qu’elle a
manqué de crédibilité et de
cohérence. Nous aurions promis la lune qu’on ne
nous aurait pas crus. C’est cruel, vous me direz, mais
c’est ainsi.
Si l’ADQ veut retrouver le poids politique qu’elle a perdu
et ensuite prétendre offrir aux
Québécois d’assumer leur destinée,
notre formation devra être bien davantage qu’une
agence de diffusion des idées de la droite. Elle
devra démontrer son véritable profil, celui
d’une troisième voie. Celle où un
gouvernement sera capable de concilier
développement économique et humanisme, celle
où un premier ministre sera capable de convaincre
qu’il a suffisamment d’amour pour le Québec et sa
jeunesse pour combattre corps et âme ceux qui
veulent endetter la prochaine génération
pour payer l’épicerie.
Pour être cette troisième voie, l’ADQ ne doit
pas se vampiriser, pire, se radicaliser. Sinon, elle ne
gouvernera jamais.
Si les membres et le prochain chef choisissent de
promouvoir et de se définir par l’idéologie
de la droite au détriment des raisons et des
valeurs qui ont amené les fondateurs à se
réunir et à rêver d’un projet de
société qui n’est taxé d’aucune
étiquette de droite ou de gauche, la route sera
longue et ardue.
Si c’est la voie retenue, plusieurs se poseront les
questions suivantes: y a-t-il de la place pour moi ?
Est-ce que c’est le Québec que je souhaite voir se
développer sous mes yeux ? Estce un projet de
société inclusif pour tous les
Québécois ?
Déçus, ils quitteront vers d’autres lieux
politiques. Et c’est ailleurs que j’irai travailler
à construire un Québec meilleur pour mes
enfants.
Un candidat accueilli froidement - Martin
Ouellet
Direction
de l’ADQ
L’entrée en scène de l’animateur
controversé Jean-François Plante dans la
campagne à la direction de l’Action
démocratique (ADQ) suscite un malaise parmi les
députés.
Émule du morning-man déchu Jeff Fillion,
inspiré par le courant américain le plus
conservateur, M. Plante n’est pas le bienvenu à
l’ADQ, a prévenu hier François Bonnardel.
Organisateur du candidat à la direction Gilles
Taillon, le député de Shefford reproche
à M. Plante de véhiculer des
stéréotypes misogynes dans ses interventions
à la radio internet.
Le
député accuse notamment l’animateur d’avoir
banalisé la tuerie de la Polytechnique et de
s’opposer à l’équité salariale de
même qu’à la parité hommes-femmes dans
les conseils d’administration.
« Il y a des gens qui ont signé sa mise en
candidature alors il faut croire qu’il y a des gens qui
croient en ce genre de discours. Moi, je n’endosse pas
ça et je ne pense pas que notre formation politique
peut endosser ce type de propos », a dit le
député Bonnardel.
Les orientations hors normes de M. Plante étant
source d’embarras pour l’ADQ, l’ex-chef Mario Dumont
l’avait forcé à abandonner sa candidature
dans la circonscription de Deux-Montagnes pendant la
campagne électorale de 2007.
Une candidature accueillie froidement
à l’ADQ
Jean-François
Plante
se lance dans la course à la direction
« La Révolution tranquille, ça
s’arrête ici », a claironné
Jean-François Plante hier. Le modèle
québécois hérité des
années 60, estime-t-il, est « un exemple de
lourdeur ».
Pour renouer avec le succès, l’Action
démocratique du Québec doit revenir à
droite et rompre avec le modèle
québécois. C’est en tout cas ce que propose,
en quelques formules lapidaires, l’animateur de radio
Jean-François Plante, qui est officiellement devenu
hier le quatrième candidat à la succession
de Mario Dumont.
Le député
adéquiste de Shefford, François Bonnardel,
estime que la candidature de Jean-François Plante
est une mauvaise nouvelle pour le parti.
L’arrivée de « Jeff » Plante dans la
course a cependant été accuei l l ie
froidement , voire avec hostilité, par le caucus de
l’ADQ. « Je ne trouve pas ça bien. Pour moi,
c’est une mauvaise nouvelle », a
déclaré le député de Shefford,
François Bonnardel, coprésident de la
campagne du candidat Gilles Taillon. Pour le
député des Chutes-de-la-Chaudière,
Marc Picard, cette annonce est « une t rès
mauva i se chose pour la démocratie » et
« ternit la course » à la direction.
Sur le thème sans équivoque de «
L’Action adroite », M. Plante s’est
présenté hier comme le « candidat qui
s’inscrit en rupture de la continuité ».
« La Révolution tranquille, ça
s’arrête ici », a-t-il claironné. Le
modèle québécois hérité
des années 60, estime-t-il, est « un exemple
de lourdeur ».
Demandes incessantes
Animateur d’une émission de radio internet, XTRM,
« où il est permis de discuter de TOUS les
sujets », Jeff Plante a plusieurs fois
répété au cours des dernières
semaines que le poste de chef de l’ADQ ne
l’intéressait pas. « Je ne pense pas que j’ai
un charisme incroyable », avait-il expliqué.
Ironiquement, encore hier, sa page d’accueil sur le site
de Radio XTRM affichait en titre: « Moi, chef? Vous
voulez rire? »
Il a affirmé hier avoir cédé aux
demandes incessantes d’un groupe de partisans
adéquistes qui souhaitaient « un candidat de
la rupture ». « Un groupe de militants, dont
je fais partie, a cherché un candidat pour
représenter nos valeurs. On n’en a pas
trouvé, a-til avoué candidement. J’ai dit
non une première fois. À force de me
picosser, ils ont fini par m’avoir. » Présent
sur Facebook, son groupe d’appui avait attiré 73
personnes en fin de journée hier, dont le
président de l’Institut économique de
Montréal, Michel KellyGagnon, et un membre en vue
de Fathers4Justice, Andy Srougi.
M. Plante, qui a été conseiller municipal
à Rosemont de 1998 lence conjugale. Il a
réitéré hier son intention de
défendre des sujets qu’il qualifie de «
tabous », comme les droits des pères.
« Il
faut cesser d’ostraciser les hommes au Québec : en
cas de séparation, il faut que la loi
préà 2005, avait dû retirer sa
candidature aux élections provinciales de mars 2007
en raison de propos controversés, notamment sur
l’équité salariale et la viosume que les
deux parents ont une capacité égale. »
Outre le thème de la famille, il compte faire
campagne sur celui de la liberté, «
liberté en éducation de choisir son
école ou son projet éducatif, liberté
de choisir en santé entre le privé et le
public ». Son orientation, il la qualifie de «
droite modérée », une étiquette
dont l’ADQ de Mario Dumont a trop cherché à
s’éloigner, estimet-il. « Quand l’ADQ
était à 40%, elle prônait le taux de
taxe unique (« flat tax ») et les bons
d’études. On cherche toujours ce fameux consensus
mou au Québec, mais personne ne peut faire
l’unanimité. »
Controverse toujours vive
À l’ADQ, on se montre sceptique quant à la
capacité de M. Plante de remplir les conditions
pour poser sa candidature. D’ici le 18 août, il doit
en effet obtenir la signature de 1000 membres, dont au
moins 60 dans chacune des 12 régions du
Québec. « Ce n’est quand même pas
évident. On a mis cette norme pour s’assurer que
les candidatures soient solides. On va voir si les
militants veulent de lui », a déclaré
Gérard Deltell, député de Chauveau.
Plusieurs ont encore en travers de la gorge les propos
controversés de Jean-François Plante, qu’on
avait ressortis en mars 2007 et où il
décrivait notamment les programmes de
discrimination positive envers les femmes comme «
une forme d’apartheid où on bloque les hommes
». Il s’était également vanté
d’avoir refusé de porter le ruban blanc le 6
décembre, pour souligner la tuerie de
Polytechnique.
« M. Plante ne représente pas un courant
d’idées au Québec par son questionnement sur
le rôle des femmes dans la société,
affirme le député Marc Picard. Pour moi,
c’est revenir en arrière. Je ne pense pas que 1000
membres vont l’appuyer. C’est une démarche qu’il
fait pour luimême. C’est un animateur de radio qui
veut augmenter ses cotes d’écoute. Il n’a aucune
chance de se faire élire. »
Le député de Beauce-Nord, Janvier Grondin,
précise laconiquement que Jeff Plante n’est pas
« son » candidat. « Ses propos ne
m’attirent pas du tout. Je ne les endosse pas et j’imagine
que beaucoup de membres aussi ne les endossent pas.
»
La troisième voie en péril
- DENIS LESSARD
Personne
ne l’a remarqué : le parti a changé de nom.
Depuis mars, l’Action démocratique du Québec
n’est plus désignée officiellement comme
« Équipe Mario Dumont ». La cassure est
lourde de conséquences.
Le caucus adéquiste,
dégonflé à la suite des
dernières élections: Éric Caire,
Marc Picard, Gérard Deltell, Janvier Grondin et
Mario Dumont (qui a quitté la vie politique). Les
élus François Bonnardel et Sylvie Roy ne
figurent pas sur la photo.
Après le scrutin de décembre 2008,
reste-t-il une place pour la fameuse «
troisième voie » que proposait le
député de Rivière-du-Loup?
« Il reste de l’espace pour un parti de centre droit
au Québec, a dit cette semaine Mario Dumont.
Personne ne peut prédire ce qui va arriver dans
trois ou quatre ans... Les analystes ont vu quelquefois
l’ADQ disparaître, et ils l’ont vu quelquefois au
pouvoir. C’est risqué de prédire quatre ans
d’avance. »
Michel Kelly-Gagnon, président de l’Institut
économique de Montréal, a songé
brièvement à se lancer en politique. Selon
lui, depuis la crise économique, l’avenir est bien
sombre pour les porte-étendards de la droite.
« L’ADQ a une chance sur deux de survivre; je ne
suis pas sûr que ses membres vont passer au travers.
Mais le processus politique aura perdu quelque chose si
elle disparaît. Cela va redevenir comme avant
», prédit-il.
Christian Dufour, chercheur à l’ENAP, a
été bien proche du courant adéquiste
pendant un moment. L’avenir du parti n’est pas rose, selon
lui : « L’ADQ représentait le changement, et
le personnage de Dumont, inscrit dans l’histoire du
Québec, lui donnait de l’ampleur. Maintenant, on
garde l’image de quelque chose d’un peu rural, presque
créditiste. Est-ce qu’il y a un marché
politique pour cela? »
À son avis, l’ADQrisque d’avoir été
« quelque chose de transitoire mais fécond,
qui a changé les deux autres partis ».
Même chez les adéquistes de la
première heure, on s’interroge. « Y a-t-il de
la place pour plus de deux partis politiques au
Québec? Je n’en suis plus certain », observe
JeanSimon Venne, un des fondateurs du parti.
Longtemps éminence grise de Mario Dumont, l’ancien
banquier Léon Courville est pourtant convaincu que
l’ADQ survivra. « Il y a une
génération de moins de 35 ans
découragés de l’immobilisme, des non-dits,
des tabous de nos politiques sociales qui nous
mènent vers l’implosion des finances publiques.
»
Succession incertaine
« Quand un chef fondateur quitte un parti, il y a
toujours un questionnement, constate Sylvie Roy, chef par
intérim. On pense que c’est la mort du parti. Mais
le PQ a survécu au départ de M.
Lévesque, le Bloc à celui de M. Bouchard.
À l’ADQ, il y a une vie après Mario Dumont.
»
Jusqu’à cette semaine, il n’y avait que trois
candidats à sa succession.
Le premier à se jeter à l’eau, Éric
Caire, député de La Peltrie, incarne le
courant qui domine l’ADQ depuis des années – la
filière Québec. La rivalité entre les
adéquistes de la région de la
Capitale-Nationale et ceux du reste de la province est une
donnée fondamentale pour comprendre l’ancien parti
de Mario Dumont.
ÀQuébec, l’ADQrécolte encore 20% des
intentions de vote, selon le dernier sondage CROP – deux
fois plus que partout ailleurs dans la province. Des
militants de Québec se demandent encore pourquoi la
permanence du parti est à Montréal. On casse
toujours
PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE du sucre sur
le dos de la direction « montréalaise »
du parti, Simon-Pierre Diamond et Mario Carpentier.
Mais le manque de détermination de l’organisation
de M. Caire a donné prise à un autre courant
: Myriam Taschereau, candidate conservatrice battue
à l’automne 2008, évalue actuellement ses
appuis.
Pendant des semaines, un autre candidat, François
Bonnardel, député de Shefford, a
songé à faire le saut. Son exploit: survivre
en tant qu’adéquiste dans cette région
peinte en rouge. En revanche, il a fallu expliquer au
prétendant Bonnardel que sa relation avec la
vice-première ministre Nathalie Normandeau pourrait
poser problème à un futur chef
adéquiste.
Bonnardel
a été le premier à inciter Gilles
Taillon, ancien président du Conseil du patronat,
à se lancer dans la course.
La décision était loin d’être
évidente – Mario Dumont en a été le
premier surpris, assure-ton. Taillon est le seul
adéquiste qui, hormis Dumont, jouit d’une certaine
notoriété au Québec. Il avait
opté pour une sortie élégante en se
portant candidat adéquiste dans Chapleau en
décembre 2008, un ticket assuré pour la
retraite.
Des ennuis de santé, les récriminations de
sa femme au sujet de la vie publique, tout l’incitait
à accrocher ses patins et à se rapprocher de
la jeune famille de sa fille, en Outaouais.
Con t r a i r ement à Ca i r e , Taillon a
déclenché un mouvement d’appuis lorsqu’il a
annoncé sa décision. Quelques ex-élus
– Pierre Gingras (ancien président du caucus),
Linda Lapointe, Luci l le Méthé et Lucie
Leblanc – ont vite sauté dans le train de Gilles
Taillon, tout comme Claudette Carrier, ex-directrice du
parti.
M. Taillon a mis du temps à obtenir un appui
à Québec. « C’est certain qu’une
course fait des camps », indique Sylvie Roy. «
La gang de Québec ne veut rien savoir de Taillon. .
. mais sa victoire paraît acquise »,
confie-t-on.
Au-delà de cette première fournée,
l’appui des anciens députés à Gilles
Taillon ne sera pas spontané. Affable en public, le
critique financier de l’ADQ a acquis la réputation
d’être très cassant avec les collègues
qui ne sont pas de son avis. Il a déjà
enguirlandé des collègues qui n’avaient pas
été assez solidaires quand il avait
éprouvé des problèmes avec son
association dans Chauveau.
Il a causé une onde de choc sentie jusqu’à
Ottawa quand, d’entrée de jeu, il a annoncé
qu’il prendrait ses distances du Parti conservateur.
Plusieurs employés de l’ADQ,
congédiés après la
dégelée de décembre, ont
été récupérés dans les
cabinets conservateurs, chez Josée Verner notamment
. Myriam Taschereau a dû démissionner de son
poste au bureau de Stephen Harper pour envisager la course
adéquiste.
Christian Lévesque, député
défait dans Lévis, va aussi se lancer dans
la course, mais il tergiverse encore. Des trois candidats,
il est celui qui a le plus sollicité d’appuis,
rencontré d’anciens collègues,
enrôlé de nouveaux membres. Le premier geste
du néophyte a laissé songeur : il a
recruté le vétéran péquiste
Raymond Bréa rd à titre de conseiller, un
apparatchik expérimenté mais associé
au dérapage du lobbyisme sous Bernard Landry.
Le candidat « naturel » pour succéder
à Ma rio Dumont ne sera pas sur les rangs. Depuis
des années, l’avocat Marc-André Gravel est
un conseiller écouté, bien connu des
militants, dont il préside les congrès. Mais
à chaque élection, il a laissé tomber
l’organisateur JeanSimon Venne, qui tentait de le
convaincre de se porter candidat. À la barre d’un
cabinet devenu important, il ne laissera pas la proie pour
l’ombre.
Un autre cas pourrait brouiller les cartes : Gérard
Deltell, exjournaliste, élu dans Chauveau, est un
politicien naturel. Son éloquence, son sens de la
répartie, son souci de l’image ont fait en sorte
que, en quelques semaines, il est sorti du rang. Janvier
Grondin, son collègue de Beauce, fait sa promotion,
mais le nouveau député répète
publiquement qu’il va passer son tour.
Un parti en décrépitude
Depuis la déconfiture prévisible du 8
décembre, le parti est en
décrépitude. Déjà en 2008, le
million de dollars amassé représentait la
moitié des recettes de 2007. Les contributions
étaient versées normalement jusqu’au
fatidique congrès de Laval, au printemps 2008 –
quelques reportages assassins avaient mis en relief que
des militants étaient mal à l’aise devant la
décision du parti de donner 50 000$ de plus par
année au chef Mario Dumont.
Ajoutez des contradictions sur le processus menant
à cette décision, la table était mise
: l’ADQ paraissait sans gouvernail. Personne n’a
parlé du programme du parti durant ce week-end
noir.
L’ADQ subira son véritable test l’automne prochain
: les membres auront alors à décider s’ils
renouvellent leur adhésion au parti. L’ADQ a
déjà eu plus de 80 000 membres, en 2003. Il
en restera peut-être 15 000 après 2009. Il
paraît acquis que le congrès à la
direction aura lieu l’automne prochain. L’année en
cours sera déterminante pour l’ADQ, « une
question de vie ou de mort » pour le parti, convient
Gilles Taillon.
Chez les adéquistes, certains croient que si Gilles
Taillon devenait chef, il se désisterait rapidement
pour que Mario Dumont revienne.
De la « pure folie » , lance Dumont, nouveau
résidant de Saint-Bruno. En fait, depuis son
départ en mars, « j’aurais adoré me
retrouver à l’Assemblée nationale à
une seule occasion. J’aurais aimé sentir
l’excitation des députés en Chambre le jour
où la relation NormandeauBonnardel a
été rendue publique », confie-t-il,
cabotin.
Le chef de l’ADQ sera élu le 18
octobre
Avancer le
scrutin fragilisera le parti, craint son état-major
— Les militants adéquistes ont devancé au 18
octobre l’élection de leur prochain chef même
si des membres de l’état-major les ont
prévenus que le parti n’a pas les moyens de
précipiter sa campagne à la direction.
Lors d’un débat en plénière au
conseil général de l’ADQ, hier, l’ex-leader
parlementaire Sébastien Proulx a lancé un
sévère avertissement aux 400 militants qui
devaient entériner les règles de
l’élection proposées par le conseil de
direction: « Notre parti n’a pas le membership
nécessaire, n’a pas l’argent nécessaire,
n’attire pas suffisamment de nouvelles personnes pour
faire une course nationale », a-t-il dit en
substance. Il faisait partie du comité qui avait
recommandé au conseil de direction de tenir
l’élection du chef en février 2010. Le
conseil avait accepté cette proposition en mars
dernier.
M. Proulx croit que l’ADQ doit offrir à son
prochain chef un parti « équipé pour
aller à la guerre » après son
élection, ce qui sera difficile, selon lui, si le
scrutin est devancé. Comme une bonne partie de la
campagne aurait lieu en plein été, les
candidats auront du mal à se faire connaître
et à séduire l’électorat, a-t-il dit.
Janvier Grondin, député de BeauceNord, a
souligné pour sa part que le conseil de direction,
dont il fait partie, a mûrement
réfléchi sa décision. Les
élections municipales, début novembre,
risquent de porter ombrage à la campagne
adéquiste si elle est devancée, a-t-il
ajouté.
Patrick Robitaille, organisateur et ancien directeur
général de l’ADQ, a dit craindre qu’«
on n’ait pas le temps de faire le tour du Québec,
d’aller rencontrer les gens, de faire une campagne
convenablement ». Marc-André Gravel, membre
du comité qui a recommandé l’élection
en février 2010, a prévenu les militants
qu’ils ne devaient pas voter « en fonction des
intérêts des candidats » – tous en
faveur d’un scrutin automnal – « mais en fonction de
l’intérêt unique du parti ».
Le chef fondateur de l’ADQ, Jean Allaire, a toutefois
servi des arguments qui ont convaincu les militants
d’opter pour une élection le 18 octobre: «
Lorsqu’il n’y a pas de chef permanent, il y a un
flottement, une attente dans la population et dans le
parti. Je trouve que ce serait mauvais pour le parti, et
pour le Québec également, d’avoir un chef
qui est nommé seulement en février. »
Après le vote en faveur d’un scrutin le 18 octobre,
Sébastien Proulx a indiqué que les militants
devraient « travailler plus fort » pour faire
de la campagne une réussite. « Est-ce que
ça donnera les résultats? On verra. (La
décision des militants) rend l’exercice beaucoup
plus difficile. »
En conférence de presse, le président de
l’ADQ, Mario Charpentier, a cherché à se
faire rassurant sur la capacité du parti de mener
à bien la campagne à la direction, bien
qu’il ne compte plus que 12 000 membres, a-t-il toutefois
reconnu.
Selon les nouvelles règles, les personnes
intéressées à briguer la succession
de Mario Dumont ont jusqu’au 18 août pour
déposer un bulletin de candidature. Le scrutin aura
lieu par téléphone du 16 au 18 octobre.
Hier, les trois candidats en lice jusqu’à
maintenant – Gilles Taillon, Éric Caire et
Christian Lévesque – ont fait leur premier discours
officiel devant les militants. Gérard Deltell,
député de Chauveau et exreporter de TQS,
annoncera cette semaine s’il se porte candidat. Le nouveau
sénateur conservateur Leo Housakos,
spécialiste du financement à l’ADQ, l’a
assuré de son soutien. Questionné par les
journalistes à ce sujet, M. Deltell a
répondu: « Je ne ferai pas état de mes
conversations privées. »
Gilles Taillon soupçonne les conservateurs d’Ottawa
de vouloir « prendre le contrôle » de la
course à la direction. « Je suis inquiet. On
entend des bruits à ce sujet. On espère bien
que nos amis les conservateurs vont comprendre que l’ADQ
est un parti autonomiste et veut travailler dans le
respect de ses idées », a affirmé
l’ancien numéro 2 de l’ADQ.
Comme plusieurs militants, M. Taillon estime que le parti
joue son avenir avec cette campagne à la direction.
« C’est une question de vie ou de mort pour l’ADQ.
»
Gilles Taillon prend ses distances des
conservateurs
Troisième
candidat à la direction de l’ADQ
« Je pense qu’il faut garder une totale objectivité
par rapport aux partis fédéraux quand on veut
entreprendre une négociation sur un nouveau pacte
confédéral. »
— Sitôt entré dans la course à la direction
de l’ADQ, Gilles Taillon prend ses distances des conservateurs
de Stephen Harper, ce qui marque une rupture avec la position de
l’ancien chef Mario Dumont.
Gilles
Taillon se dit prêt à revoir l’idée
d’éliminer les commissions scolaires. « Si on
gardait les commissions scolaires en structure de service, qui
dépendent des écoles et non l’inverse, moi je
suis ouvert »
Le candidat remet également en question une position
traditionnelle du parti, l’abolition des commissions scolaires.
Comme de plus en plus d’adéquistes, il est favorable
à ce que l’élection du chef, prévue en
février 2010, soit devancée à l’automne.
Même s’il se dit le « candidat de la
continuité », Gilles Taillon a indiqué qu’il
ne se collera pas sur les conservateurs comme l’a fait Mario
Dumont. « Je pense qu’il faut garder une totale
objectivité par rapport aux partis fédéraux
quand on veut entreprendre une négociation sur un nouveau
pacte confédéral », qui vise à donner
plus d’autonomie au Québec, a-til affirmé hier,
lors d’une conférence de presse où il a
confirmé sa candidature après une courte retraite
de la vie politique active.
« On ne sait pas avec qui il faudra faire les
négociations dans quelques années. Je veux me
placer dans une position de négociation, de rapport de
force. Je pense qu’on va garder notre réserve
làdessus. Nos candidats sont libres, peuvent se
prononcer. Mais moi, je n’embarquerai pas dans un alignement
politique vis-à-vis d’un parti fédéral.
»
M. Taillon entend « garder beaucoup de réserve
» aux prochaines élections fédérales.
Interrogé pour savoir si sa position marquait une rupture
avec celle de l’ancien chef, il a répondu que « M.
Dumont a pris des positions au fil des ans comme chef et il
n’est plus chef ». Mario Dumont n’a jamais caché
son penchant pour les conservateurs. Il a fait des sorties
publiques en faveur de Stephen Harper lors des deux
dernières élections fédérales.
De son
côté, le député de La Peltrie,
Éric Caire, également candidat dans la course,
n’hésiterait pas à appuyer un autre parti s’il
répond mieux aux intérêts du Québec.
L’autre candidat dans la course est l’ex-député de
Lévis, Christian Lévesque.
Gilles Taillon se dit prêt à revoir l’idée
d’éliminer les commissions scolaires. « Si on
gardait les commissions scolaires en structure de service, qui
dépendent des écoles et non l’inverse, moi je suis
ouvert », a-t-il dit. L’ancien vice-président de la
Fédération des commissions scolaires (de 1996
à 1998) reprend ainsi la proposition récente d’un
groupe de « sages » du monde de l’éducation.
Pour le reste, l’homme de 63 ans compte maintenir les «
orientations fondamentales » du parti.
L’ex-député de Chauveau, à Québec,
évoque une possible « actualisation » des
engagements, mais au fond, il ne présentera « rien
de différent ». « On n’a pas
été battus sur notre programme. Les gens ne sont
pas allés voter » et les libéraux ont
« fait énormément de fausse
représentation ». L’ancien président du
Conseil du patronat, de 1998 à 2006, a placé
l’économie au coeur de sa campagne, vantant sa «
crédibilité » et son «
expérience ».
Plusieurs adéquistes – dont la commission jeunesse –
veulent devancer l’élection du chef à l’automne,
une idée qui plaît à Gilles Taillon. «
Une course courte, ça donne un chef plus rapidement,
ça permet de faire les choses plus vite, on gagne trois,
quatre mois. Pourquoi pas ? » at-il lancé.
Le comité exécutif – dont fait partie M. Taillon –
a opté pour la tenue d’un congrès en
février 2010. Les avis étaient partagés sur
la question. Un débat sur les règles de la course
aura lieu au conseil général, les 30 et 31 mai.
À sa première rencontre officielle, dimanche
dernier, les membres du nouveau comité des anciens
parlementaires de l’ADQ se sont prononcés pour la plupart
en faveur d’un scrutin à l’automne. Le camp d’Éric
Caire milite aussi pour devancer le congrès.
Gilles Taillon n’entend pas se présenter aux
élections partielles dans Rivière-du-Loup et
Marguerite-Bourgeoys. I l ne demandera pas à l’un des
députés adéquistes de lui céder son
siège s’il est élu chef. M. Taillon veut briguer
les suffrages en Outaouais, bastion libéral, comme aux
dernières élections. L’occasion ne pourrait se
présenter qu’aux prochaines élections
générales. « Ce n’est pas un drame que le
chef de l’ADQ ne soit pas à l’Assemblée nationale
pendant un certain temps. C’est peut-être même un
bienfait pour faire du financement et de l’organisation »,
a-t-il dit.
Quel nouveau chef pour l'ADQ ?...
Gilles Taillon : L’impatient - Agnès Gruda
Le directeur
d’une commission scolaire arrive à la dernière
minute à une conférence de presse
délicate. Sa responsable des communications trottine
derrière lui pendant qu’il monte vers la salle
où il va rencontrer les médias. Elle lui
assène à toute vapeur des statistiques
compliquées. Le temps d’arriver en haut de l’escalier,
il a parfaitement assimilé toutes les données.
Comme s’il les avait toujours connues.
Cette scène s’est déroulée il y a plus de
15 ans à la Commission scolaire de Sherbrooke. Marielle
Levac s’en souvient encore comme si c’était hier. La
responsable des communications, c’était elle. Et elle
se souvient de son patron de l’époque, Gilles Taillon,
comme d’un homme doté d’un redoutable esprit de
synthèse, vif et intelligent.
« Vous pédalez comme un petit canard, vous lui
donnez l’information et il intègre ça comme s’il
avait fait toute la recherche luimême », dit-elle.
Mais dans la vie, il n’y a pas que ceux qui pédalent
vite. Les petits canards boiteux, eux, peuvent en arracher
avec Gilles Taillon, qui a peu de patience pour « les
timorés et les insécures », selon son
ancienne collaboratrice.
Partout où il a passé, Gilles Taillon a
laissé derrière lui cette double image.
Côté cour, un gestionnaire direct,
déterminé et efficace. Côté jardin,
un homme qui fonce sans trop s’en faire pour ceux qu’il
égratigne au passage. « Si vous cherchez un
humaniste, ce n’est pas lui », dit Mme Levac.
« Il sait traiter les chiffres, ses analyses sont
chirurgicales, mais il n’est pas du genre à partager le
pouvoir », note un autre ancien collaborateur.
Le principal intéressé, lui, admet avoir «
des impatiences » et préférer les
employés qui « performent ». « Je
suis un bon boss, mais je suis un boss! » dit-il. Avant
d’ajouter : « Je ne suis pas un monstre! »
L’enfance
Le parcours
Gilles Taillon
est né en 1945, dans une famille ouvrière de
Saint-Jérôme. Son père souffrait de
sclérose en plaques. Enfant, il l’a souvent vu
emporté par une ambulance. Il en a gardé une
peur bleue des hôpitaux. Mais aussi un sens aigu des
responsabilités.
Son père meurt quand il a 11 ans. « Tu vas te
faire instruire », lui martèle sa mère.
Alors, il s’instruit. Des études en histoire qui le
mènent vers l’enseignement. Puis vers des postes de
gestionnaire où il découvre son amour des
chiffres.
Il travaille encore à Sherbrooke quand la
tragédie le frappe de nouveau: sa femme meurt dans un
accident de voiture, le laissant seul avec un bambin. En
entrevue, il passe vite sur sa vie privée, souligne
qu’il s’est remarié peu de temps après et a
élevé avec sa nouvelle femme une « famille
reconstituée » de trois enfants.
Le monde scolaire a servi de tremplin à la vie publique
de Gilles Taillon. Après son passage à
Sherbrooke, où il a présidé à une
décentralisation qui a servi de modèle ailleurs
au Québec, il est entré à la
Fédération des commissions scolaires.
Pas étonnant que son adhésion à l’ADQ, un
parti qui prône l’abolition des commissions scolaires,
ait causé un choc puissant parmi ses anciens
collègues. À la Fédération,
personne ne veut parler de l’ancien directeur, qui a
payé sa prise de position par une rupture: celle des
liens d’amitié qui l’unissaient à l’actuel
président de l’organisme, André Caron.
« On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs
», commente Gilles Taillon.
Passé au Conseil du patronat, qu’il dirigera pendant
huit ans, il a « adouci les angles » de cet
organisme perçu comme intransigeant, estime sa
collaboratrice de l’époque, Diane Bellemare.
C’est cette ancienne candidate de l’ADQ qui lui fera
rencontrer Mario Dumont. La magie opère et Gilles
Taillon se lance en politique en 2006. Élu dans
Chauveau, à Québec, il découvre les hauts
et les bas de la vie politique. Sa pire épreuve
l’oppose au comité de direction de sa circonscription.
Des collaborateurs l’enregistrent à son insu alors
qu’il évoque la possibilité d’embaucher sa femme
comme attachée de presse.
Souffrant de troubles cardiaques , cel le-ci
préfère se rapprocher de la famille, dans
l’Outaouais. Et c’est là que Gilles Taillon se
présente aux plus récentes élections. Il
n’a aucune chance de l’emporter. Pourtant, il compte remettre
ça la prochaine fois. « Si l’ADQ n’est pas
capable de gagner l’Outaouais, aussi bien faire une croix sur
le Québec », lance-t-il avec défi.
Christian Lévesque : Le lucide - Judith
LaChapelle
Avant de
devenir le critique officiel du Conseil du Trésor,
Christian Lévesque a été
président d’une chambre de commerce, candidat aux
élections municipales, vendeur de portes et
fenêtres... et spécialiste de la mode
masculine. Ah! bon? « Euh, c’est un peu gênant
de le dire, mais j’avais été remarqué
par des agences de mannequins... »
Pas d’hier, donc, qu’il est sur le devant de la
scène. Avant d’être politicien, Christian
Lévesque est un homme d’affaires qui a
commencé, justement, avec des boutiques de
vêtements de luxe. Jusqu’à ce que Simons et les
Ailes de la mode, dit-il, bouffent les petits commerces
comme les siens. À 28 ans, il doit déclarer
faillite, ce que des militants adéquistes n’ont pas
manqué, ces derniers temps, de ramener sur le tapis.
Il ne s’en cache pas. « J’ai perdu de la
naïveté. Je pensais que, en faisant les choses
de la bonne façon, j’allais automatiquement
réussir. Mais je me suis aperçu qu’il faut
aussi tenir compte du contexte social. »
Quelques années plus tard, en 2001, il prend la
tête de l’entreprise familiale, Vitrerie Lévis.
Il est président de la chambre de commerce de
Lévis lorsqu’il rencontre Mario Dumont. Christian
Lévesque vient d’emménager à
L’Ancienne-Lorette, une ban-
lieue de Québec dont les citoyens viennent de
demander la défusion. Christian Lévesque est
contre. Dumont lui présente celui qui deviendra son
premier organisateur politique: Éric Caire.
M. Lévesque se lance donc dans la campagne municipale
de 2005. Face à lui, Émile Loranger, maire de
L’AncienneLorette pendant 18 ans. Au fil d’arrivée,
300 voix font pencher la balance en faveur de Loranger. Une
performance « assez impressionnante » pour
quelqu’un qui était inconnu dans la ville, se
souvient Daniel Dupuis, conseiller municipal qui a fait
campagne aux côtés de Christian
Lévesque.
Daniel Dupuis, un intime d’Éric Caire, décrit
aujourd’hui son ancien chef comme un « meneur
charismatique ». Le maire Loranger, qui attribue le
score serré au fait que 40% des Lorettiens, en 2005,
n’avaient jamais connu l’ancienne ville, parle de son ancien
adversaire comme d’une « personne posée, pas
agressive, honnête ».
Des
convictions à défendre
De cette première incursion en politique, Christian
Lévesque dit avoir retenu une leçon: «
On fait de la politique parce qu’on a des convictions
à défendre. » Il devient membre de l’ADQ
en 2006 et est pressenti comme candidat aux élections
de 2007. Surfant sur la vague adéquiste, il devient
député de Lévis et critique du Conseil
du Trésor.
Ses premiers mois à l’Assemblée nationale sont
un choc. « Dans une entreprise, il y a un conseil
d’administration dont les membres travaillent ensemble pour
donner une direction à l’entreprise. Au Parlement, la
période de questions sert à
déstabiliser l’autre camp. C’est difficile d’avoir
une communion. »
La vague adéquiste passée, Christian
Lévesque perd son siège aux élections
de décembre dernier. Son nom comme candidat à
la direction de l’ADQ commence à circuler très
tôt. Mais, avant même que sa candidature ne soit
officiellement annoncée, la nomination de l’ancien
péquiste Raymond Bréard (forcé de
démissionner du PQ en 2002 après une affaire
de lobbyisme) au poste de conseiller et la publication d’une
liste d’une douzaine d’anciens députés
adéquistes qu’il a rencontrés ont
choqué des militants.
Christian Lévesque a d’ailleurs accusé le clan
de son ancien partenaire et désormais rival
Éric Caire de vouloir le mettre « dans
l’embarras ».
Néanmoins, il dit vouloir en finir avec la politique
« des années 70 ». Il voudrait voir les
gouvernements, qu’ils soient majoritaires ou minoritaires,
élus pour un mandat de cinq ans « pour qu’on
puisse travailler ensemble à faire avancer des
projets pour le Québec ».
Il croit aussi que les chefs ne devraient pas faire plus de
deux mandats « pour toujours attirer la
créativité ». Il aimerait même
voir le gouvernement choisir, parmi tous les
députés, les plus compétents pour
occuper un ministère, comme le démocrate Obama
a recruté le républicain Robert Gates pour
s’occuper de la Défense. « Pourquoi pas? C’est
le talent qui bâtit le Québec, dit-il. J’ai
été élevé à prendre
conscience du talent des autres. »
Éric Caire : L’ambitieux - Marjorie
Beauchemin
Québec, 29 novembre 2008. En pleine campagne
électorale québécoise, Éric
Caire, député de La Peltrie, prononce un bref
discours dans sa circonscription avant d’inviter le chef de
l’ADQ, Mario Dumont, à s’adresser aux militants.
Son ton est alors vif, sa présence imposante, son
charisme manifeste. Tellement qu’un collègue
journaliste d’un quotidien anglophone, peu habitué
à la colline parlementaire de Québec, me
glisse à l’oreille: « Est-ce que c’est lui, le
prochain chef de l’ADQ? »
C’était un peu après la mi-campagne. L’ADQ
périclitait – à 12% dans les sondages – et
déjà, le départ possible du chef
était sur toutes les lèvres.
Ce n’est pas un hasard si, dès l’annonce du
départ de Mario Dumont, les micros se sont
tournés vers le député de La Peltrie.
Des 40 adéquistes qui ont entouré le chef de
l’opposition officielle à l’Assemblée
nationale pendant 18 mois, Caire a été de loin
celui qui s’est fait le plus rapidement remarquer.
Pendant plus d’un an, en Chambre, il a tenu tête
à l’un des ministres les plus solides du gouvernement
Charest, Philippe Couillard, même si, de son propre
aveu, il ne connaissait rien au secteur de la santé.
« Je n’ai pas peur de m’entourer de gens qui ont les
compétences dont j’ai besoin pour mener à bien
les projets, explique le principal intéressé.
Je pense avoir fait la démonstration que je suis
capable de maîtriser assez rapidement des dossiers
complexes. »
Militant depuis 10 ans dans le parti de Mario Dumont,
Éric Caire représente l’adéquiste type:
43 ans, père de famille (il attend son
quatrième enfant en juin), informaticien, politicien
de terrain. Même sa conjointe, Marie-Ève Lemay,
travaillait pour l’ADQ jusqu’à la
débâcle électorale de 2008.
Les leçons de 2003
Après une tentative « symbol ique » comme
cand idat indépendant à la mairie de
L’Ancienne-Lorette, en 2001, il se présente sous la
bannière adéquiste dans La Peltrie, à
Québec, en 2003.
En
tête des sondages quelques mois auparavant, l’ADQ mord
la poussière au fil d’arrivée, avec seulement
quatre élus, dont le chef. Après cet
échec cuisant, « il a été de ceux
qui ont blâmé l’entourage immédiat de
Mario Dumont, estimant qu’il avait été mal
conseillé », révèle une source
adéquiste, autrefois proche de l’ex-chef du parti.
Profondément déçu, Caire se lance dans
une tournée du Québec pour comprendre ce qui
s’est passé. Un exercice qui a été
profitable, selon lui.
« Je pense que les leçons de 2003 nous ont
menés à 2007, où on a eu une campagne
bien structurée, sur les bons objectifs »,
soutient le député, qui n’hésite pas
à s’attribuer une part du mérite.
Arrive le deuxième scrutin en 20 mois, qui tourne au
vinaigre pour les adéquistes. Puis, le départ
soudain du cofondateur du parti.
« Je ne l’ai pas vu venir. Ça a
été tout un choc », dit Éric
Caire. Pragmatique, rationnel, il retombe rapidement sur ses
pieds. Après avoir consulté son entourage –
conciliation travailfamille oblige –, il se lance dans la
course. Mais sa campagne ne part pas du bon pied. Moins de
24 heures après avoir présenté son
attaché de presse aux journalistes, il doit le
congédier parce qu’il a diffusé un
communiqué bourré de fautes.
Pas une girouette
Richard Merlini, ancien
députéadéquistedeChambly qui
copréside sa campagne, estime que la page est
tournée et décrit son candidat comme
persévérant, rigoureux et cohérent.
« On nous reprochait souvent, quand on était
l’opposition officielle, d’être des girouettes. La
question ne se posera pas avec Éric Caire »,
croit M. Merlini, qui partage la tâche avec l’ancien
député de Berthier, François Benjamin.
Le choix des coprésidents de sa campagne n’est pas
irréfléchi : en plus de provenir tous deux de
régions hors de Québec, Merlini
représente l’aile fédéraliste du parti,
Benjamin a plutôt un passé souverainiste.
« Pour moi, c’était important. Il faut qu’on
incarne ce qu’est l’autonomie, conclut le candidat à
la direction. Il va falloir que l’autonomie devienne un
terrain d’atterrissage pour les fédéralistes
nationalistes et pour les souverainistes qui pensent que le
Canada n’est quand même pas le tiers-monde. »
Le
courage de ses convictions - ANDRÉ PRATTE
Tout
éloignait M. Dumont du PQ... sauf l’appétit du
pouvoir.
Le politicien idéal aurait le courage de ses convictions.
La vie politique, la quête du pouvoir, les aléas de
la conjoncture lui imposeraient certes des virages et des
compromis. Mais il y a un seuil qu’il refuserait de franchir :
celui des idées qui lui sont les plus chères,
celui de ses principes. Pour ceux-là, il serait
prêt à se battre, quitte à perdre. À
quoi bon faire de la politique si ce n’est pour défendre
des idées?
C’est pourquoi il était si révoltant de voir,
l’automne dernier, des partis fédéralistes
pactiser avec le Bloc québécois. Rien à
voir avec la légitimité – incontestable – des
députés bloquistes. Simplement, il était
à nos yeux à la fois inacceptable et
incompréhensible que des politiciens croyant au Canada
agissent de manière à renforcer une formation
vouée à la sécession du Québec.
De la même manière, on ne peut qu’être
scandalisé en apprenant que l’Action démocratique
a proposé au Parti québécois de former une
coalition afin de soutirer le pouvoir à Jean Charest
avant qu’il ne déclenche des élections, en
novembre dernier. Comment Mario Dumont a-t-il pu envisager de
gouverner aux côtés d’un des « vieux partis
» qu’il n’avait cessé de dénoncer depuis la
création de l’ADQ? Pire encore, de gouverner avec un
parti dont plusieurs des positions étaient à des
annéeslumière des siennes ? C’est pourtant ainsi
que les choses se sont passées, comme l’a
révélé la semaine dernière le chef
du bureau de La Presse à l’Assemblée nationale,
Denis Lessard.
Pour
mémoire, voici ce que M. Dumont écrivait dans son
livre ( publié en 2005) au sujet de l’offre que lui avait
fait Lucien Bouchard de se joindre à son gouvernement :
« En réalité, tout m’éloignait du PQ:
le cheminement politique qui avait été le mien
jusqu’alors, mon aversion pour le dogmatisme étroit de ce
parti, l’obligation dans laquelle étaient ses chefs et
ses grands ténors de faire, périodiquement,
profession de foi pour la souveraineté, sans parler de
l’obligation de s’engager, de façon récurrente,
vis-à-vis de ce que les péquistes appellent
pompeusement la social-démocratie (...). » On
apprend aujourd’hui que tout éloignait M. Dumont du Parti
québécois... sauf l’appétit du pouvoir. Il
avait pourtant intitulé son livre Avoir le courage de ses
convictions.
C’est vrai, l’ADQ était confrontée à
l’époque à la perspective d’une raclée
électorale. Vrai aussi, la coalition aurait reposé
sur un accord tentant de faire le pont entre les deux
programmes. Tout de même, pour un parti qui a toujours
prétendu offrir une rupture avec la politique du
passé, la manoeuvre était rien de moins que
grossière.
Ne vaut-il pas mieux perdre en étant fidèle
à ses idées que prendre le pouvoir sous de fausses
représentations ? C’est, en tout cas, ce que croirait le
politicien idéal.
D’abord un ménage dans les
dépenses - Gilles Taillon
L’état
des finances publiques du Québec inquiète de
plus en plus les citoyens qui réalisent, chaque jour
qui passe, le gâchis de la gestion économique des
libéraux : dette en hausse exponentielle,
déficit budgétaire croissant et menace de
nouvelles taxes et tarifs de toutes sortes. Une situation
pourtant prévisible depuis quelques années et
que l’ADQ avait déjà diagnostiquée au
temps où elle occupait les banquettes de l’opposition
officielle. Une situation occultée lors de la
dernière campagne électorale, stratégie
électoraliste oblige.
Il aura fallu le chronomètre de l’ I nstitut
économique de Montréal sur la dette, la gestion
poreuse de la Caisse de dépôt et placement et le
dernier rapport financier trimestriel du gouvernement pour que
les conséquences néfastes de la situation
commencent à se matérialiser dans le quotidien
des gens de la classe moyenne et des familles. De plus, la
tragicomédie du conseil général du Parti
libéral, en fin de semaine dernière, aura
confirmé le burlesque de l’action gouvernementale.
Personne n’a été dupe de la manoeuvre des
délégués libéraux, toutes voiles
dehors, pour saigner les contribuables et d’un premier
ministre déguisé en pompier promettant de ne pas
mettre le feu.
C’est
justement à cette responsabilité gouvernementale
que nous en appelons pour éviter à la classe
moyenne et aux familles de passer à la caisse. M.
Charest doit avoir le courage de faire aujourd’hui ce qu’il a
refusé d’accomplir malgré ses promesses
électorales : l’assainissement des finances publiques
du Québec.
En somme, avant de songer à hausser les revenus, il
faut faire le ménage dans les dépenses. Budget
libéral après budget libéral, les
dépenses gouvernementales augmentent deux fois plus
vite que le coût de la vie. Comme critique des finances
dans l’opposition officielle, j’ai toujours insisté sur
l’urgence d’agir à ce propos et j’ai
dénoncé le caractère jovialiste des
prévisions de la ministre des Finances de
l’époque. Ces remarques trop techniques ne
séduisaient pas jusqu’à ce que, malheureusement,
la réalité nous rattrape.
Il
n’est pas trop tard pour agir et le gouvernement serait bien
avisé d’emprunter désormais la voie du bon sens
: celle de réduire les dépenses gouvernementales
avant de songer à puiser dans la poche des familles et
de la classe moyenne.
L’ADQ semble condamnée - Denis Lessard
Selon le
sondage CROP, le tiers parti ne récolterait que 7% des
suffrages
QUÉBEC — L’Action démocratique du Québec
est condamnée, estime désormais une
majorité de Québécois. Avec les querelles
de la course à la direction, l’avenir du parti de Mario
Dumont paraît bien plus incertain qu’au printemps.
C’est ce qui se dégage du sondage réalisé
pour La Presse par la maison CROP, auprès de 1000
personnes. L’enquête tenue du 17 au 27 septembre
derniers est précise à trois points près.
CROP a demandé aux répondants s’ils croyaient
que « l’ADQ allait survivre au départ de Mario
Dumont ». Désormais, 51% des gens pensent qu’il
n’y a pas d’avenir pour le tiers parti – ils étaient
40% à être de cet avis en mai dernier. Au
printemps, avant que la course à la succession de l’ADQ
ne dégénère entre Gilles Taillon et
Éric Caire, 48% des gens pensaient que l’ADQ
était là pour rester, on ne compte plus qu’une
personne sur trois, 33%, encore de cet avis aujourd’hui.
L’ADQ n’a jamais eu la cote à Montréal, il n’est
donc pas surprenant que 55% des répondants de la
métropole croient que l’ADQ a vécu. Plus
inquiétant pour les adéquistes: dans leur
château fort de Québec, 57% des gens estiment que
le tiers parti est en sursis. Aussi, 39% de ceux qui votent
pour l’ADQ estiment que leur parti est condamné!
Charest bien en selle
Le coup de sonde montre aussi que, s’ils étaient
passés aux urnes cette semaine, la plupart des
électeurs auraient répété leur
choix du 8 décembre dernier. Le PLQ aurait
récolté 43% des suffrages, contre 35% au PQ, les
mêmes résultats qu’il y a 10 mois. L’ADQ aurait
plongé à 7% des suffrages, moins de la
moitié des 16% récoltés aux
dernières élections. Pour Québec
solidaire et le Parti vert, les scores de 6 et 8% d’intentions
de vote sont beaucoup plus élevés que les 4 et
2% des suffrages du 8 décembre.
Depuis
août, le sondage de septembre indique que les
libéraux ont descendu d’un point, que le PQ a
monté de deux, des mouvements en deçà de
la marge d’erreur de 3 points et qui, par conséquent,
ne peuvent être considérés comme
significatifs.
« C’est comme s’il ne s’était rien passé
depuis les dernières élections », observe
Maïalène Wilkins, analyste de CROP. Les
déboires de la Caisse de dépôt, la
controverse autour des FIER ( Fonds d’intervention
économique régional), le départ de
Monique Jérôme-Forget, les problèmes
d’Yves Bolduc avec les tests de dépistage du cancer
duseinet, récemment, la controverse autour de
l’éthique et la démission du ministre David
Whissell: rien n’a laissé de traces, « comme si
le gouvernement était en téflon »,
observe-t-elle.
À la suite du départ du ministre Whissell, les
deux tiers des Québécois (66%) estiment que les
règles d’éthique visant les élus «
devraient être plus contraignantes ».
Peut-être le débat autour des hausses de tarifs
changera-t-il les choses, mais il est survenu trop tard au
cours de l’enquête pour en mesurer l’impact.
Sur la satisfaction, le gouvernement est en baisse de deux
points, mais reste à un niveau bien confortable – 49%
des répondants sont contents de ce qui se passe
à Québec.
Seul bémol pour le gouvernement, Jean Charest encaisse
une baisse de sa cote personnelle. Désormais, 43% des
gens estiment qu’il est le meilleur premier ministre –
c’était 48% en août. Mais, observe MmeWilkins, le
résultat dumois dernier sortait du rang: le score de
septembre est dans le droit fil du constat de juin dernier.
Durant cette période où le Moulin à
paroles et le décès de Pierre Falardeau auraient
pu favoriser le nationalisme, la souveraineté n’a pas
marqué de points. À la question sur la
souveraineté, 37% des répondants auraient
voté oui. Si on revenait avec la formule de la «
souveraineté partenariat » comme au
référendumde1994, le campduOui
récolterait 42% des suffrages.
De l’ADQ à l’ABQ? - ANDRÉ PRATTE
Lors du
débat des candidats à la direction de l’Action
démocratique du Québec, le député
Éric Caire a soutenu que le parti se devait de «
brasser la cage », d’être « à limite
un petit peu baveux ». Et M. Caire de faire une
démonstration du style qu’il souhaite imprégner
à l’A DQ en éta nt lui-même plus qu’un
petit peu baveux à l’endroit d’un de ses rivaux,
Christian Lévesque.
Une « Action baveuse du Québec », est-ce
vraiment ce dont la province a besoin ? Pendant quelques
années, les Québécois ont
apprécié le côté frondeur du parti
de Mario Dumont, le fait qu’il osait s’attaquer à nos
vaches sacrées. Quand est venu le temps des choses
sérieuses, l’électorat a constaté que la
formation n’était pas prête à gouverner,
n’était même pas capable d’être une
opposition sérieuse. C’est pourquoi l’ADQ se retrouve
à la case départ. Selon le sondage CROP-La
Presse publié ce matin, à peine 8 % des
Québécois voteraient ADQ si des élections
avaient lieu ces jours-ci.
Brasser la
cage ? Les adéquistes semblent avoir du mal à
secouer leur propre cage. Les propositions mises de l’avant
par les candidats à la direction relèvent du
copier-coller des anciens programmes du parti. Dans certains
cas, l’ADQ a raison d’insister ; on pense à la
diminution de la dette. Dans d’autres, on comprend mal
pourquoi les candidats s’entêtent à promouvoir
des idées dont l’ADQ n’est pas parvenue à
démontrer le bien-fondé ; c’est le cas de
l’abolition des commissions scolaires.
Le positionnement ambigu du parti au sujet de l’avenir
politique du Québec continue de poser problème.
Pendant le débat, M. Lévesque a accusé M.
Caire d’être « fédéraliste ».
Est-ce censé être une insulte ? Les
adéquistes devront bien un jour admettre qu’être
autonomiste sans être fédéraliste,
ça n’a pas de sens. L’autonomie des états
constituants, c’est un principe clé du
fédéralisme. L’autonomie sans la
fédération, c’est l’indépendance.
Y a-t-il au Québec de la place à droite du Parti
libéral ? Sans doute. Cette place estelle grande ou
petite ? Plutôt petite si on en juge par les
difficultés qu’a eues le gouvernement Charest pendant
ses premières années. Chose certaine, toute
formation qui défend des idées aussi
controversées devra faire preuve d’une très
grande rigueur. C’est là-dessus que devraient plancher
les adéquistes au cours des prochains mois, à
défaut de quoi ils se condamneront à la
marginalité.
Vaut
mieux être assisté social que de travailler
au salaire minimum !...
Le salaire minimum insuffisant pour les
assistés sociaux - Un rapport embarrassant pour
Emploi-Québec EXCLUSIF
«
Certains seraient prêts à travailler au
salaire minimum si on leur laissait entrevoir des
possibilités d’avancement. »
QUÉBEC — La plupart des
bénéficiaires de l’aide sociale
refuseraient un emploi au salaire minimum à cause
des avantages qu’ils perdraient, constate une vaste
enquête menée par Emploi-Québec.
Une enquête menée
pour Emploi-Québec révèle que les
assistés sociaux ne seraient pas enclins
à accepter un emploi au salaire minimum
à cause des avantages qu’ils y perdent.
Le rapport de Léger Marketing, produit en
février 2008, propose le résumé des
observations faites deux mois auparavant dans des
groupes types d’assistés sociaux qui ont des
problèmes à réintégrer la
population active. Les échanges avec près
de 70 bénéficiaires, qui perçoivent
de l’aide directe depuis plus de deux ans, ont eu lieu
à Montréal, à Québec et en
Mauricie.
Obtenu par La Presse en vertu de la Loi sur
l’accès à l’information gouvernementale,
le rapport observe que « la grande majorité
des répondants refuseraient une telle offre
», un emploi au salaire minimum, qui sera
augmenté à 9$ l’heure à compter du
1er mai. « Pour eux le calcul est simple: la perte
des avantages financiers offerts par l’aide sociale
combinée à un revenu presque
équivalent aux prestations supplémentaires
(transport, garderie, etc.) ne permet pas d’envisager un
emploi à ces conditions. »
Dans l’ensemble, le rapport est embarrassant pour le
Ministère qui a tenté, dans un premier
temps, d’en interdire l’accès public.
Appelé à commenter, le ministre Sam Hamad
a relevé que depuis cette enquête, le
salaire minimum avait été haussé
à deux reprises, pour un total de 1$ l’heure. De
plus, le Pacte pour l’emploi accorde maintenant 2400$ de
plus sur un an aux prestataires qui participent aux
mesures pour améliorer leur aptitude à
l’emploi. Ceux qui réintègrent le
marché du travail après trois ans
d’inactivité reçoivent aussi 2400$ de plus
que leur salaire la première année. Pour
M. Hamad, ces mesures ont contribué au fait que
le nombre des prestataires a reculé de 64000
depuis cinq ans – on compte actuellement 350 000
bénéficiaires.
Mais selon le rapport de Léger Marketing, les
prestataires d’aide sociale craignent qu’une mise
à pied éventuelle ne les place dans une
situation pire que l’aide sociale, qu’elle « ne
les fasse retourner en arrière ».
Seuls « quelques répondants » dans
tous les groupes interviewés affirment que
« si l’emploi correspondait à leurs
compétences et à leurs champs
d’intérêt, ils accepteraient volontiers un
emploi au salaire minimum ». De la même
manière, « certains seraient prêts
à travailler au salaire minimum si on leur
laissait entrevoir des possibilités d’avancement
».
Des bénéficiaires de l’aide sociale qui
ont des « limitations physiques » qui les
empêchent de retourner occuper le même genre
d’emploi qu’ils ont perdu « n’envisagent pas
vraiment un retour dans d’autres types d’emploi, un peu
comme si le marché du travail leur était
maintenant complètement fermé ».
«
Plusieurs répondants » expriment que
« sans un salaire décent, des conditions
de travail respectables (horaire de travail convenable
et sécurité au travail) et un travail
intéressant, il leur est difficile d’imaginer
un retour à l’emploi ».
Fait étonnant, souligne Léger Marketing,
alors que des parents d’enfants en bas âge ne
voient pas de contrainte à leur retour au
travail, certains prestataires soulèvent que le
fait de devoir s’occuper d’un adolescent ou de leurs
parents les empêcherait de travailler.
« Dans la majorité des cas », une
compensation financière versée par
Emploi-Québec, « comme une prime quelques
fois par année », contribuerait à
convaincre les prestataires de retourner au travail,
au salaire minimum.
Les gens évaluent plutôt
négativement leurs chances de revenir au
travail, en particulier dans la région de
Trois-Rivières, où la situation est pire
qu’il y a deux ans, selon les membres du groupe type.
Les programmes de réinsertion
d’Emploi-Québec sont souvent critiqués.
Pour les bénéficiaires, ces mesures
« ne permettent pas de retourner sur le
marché du travail et d’y rester ».
« Plusieurs répondants avaient la
conviction que les employeurs engageaient des
participants aux mesures uniquement pour la
durée de leur stage. » Les prestataires
soulignent que la rémunération ne permet
pas de se déplacer, de se nourrir et d’avoir
une tenue vestimentaire adéquate pour occuper
l’emploi. Une fois le stage terminé, les
prestataires s’estiment laissés à
eux-mêmes. Les assistés sociaux «
de façon générale n’ont pas
refusé de participer à une mesure
». Certains relèvent qu’on ne leur a rien
proposé, d’autres expriment que les stages
suggérés « leur paraissaient
inappropriés ».
« Les commentaires que certains ont émis
à l’égard des programmes sont
très négatifs », les mesures sont
considérées « inefficaces pour la
réinsertion au marché du travail
».
Beaucoup de prestatai res « échangent
généralement plus avec les agents
(d’aide sociale) que par téléphone
». « Ils ont l’impression d’être
traités comme des numéros de dossier et
les agents semblent décourager fortement ce
type de clientèle souvent très
démunie. » D’autres prestataires ont une
opinion plus positive des agents d’aide sociale et
plusieurs considèrent que ces fonctionnaires
« sont débordés de travail
».
OSER ALLER PLUS LOIN - FRANÇOISE DAVID ET AMIR
KHADIR
La crise
économique entraîne des changements profonds qui
passent par une réflexion sur la souveraineté au
Québec
La crise
actuelle est l’aboutissement de politiques
néolibérales qui ont lourdement aggravé
les problèmes inhérents à la culture et
à l’organisation capitaliste.
Les auteurs sont porte-parole de Québec
solidaire. Le texte suivant est extrait du manifeste «
Pour sortir de la crise: dépasser le capitalisme?
», que Québec solidaire rend public à
l’occasion du 1er mai.
Pour Françoise David et Amir
Khadir, la souveraineté a une finalité qui
va au-delà des actions indispensables au regard de
la langue française et de la culture
québécoise. Elle se construit par des
actions conséquentes sur les plans
économique et écologique.
En novembre 2005, une trentaine de progressistes du
Québec signaient le Manifeste pour un Québec
solidaire. On y lisait: « Nous croyons nous aussi
faire preuve de lucidité. (…)
Inégalités sociales, pauvreté, crises
financières, scandales comptables,
dégradations environnementales et changements
climatiques sur fond de conflits meurtriers sont les
conséquences visibles d’un laisser-faire qui a
abandonné à l’illusion du marché
autorégulé le soin de gérer le
quotidien et l’avenir de la Terre et des humains. (…) Le
type de mondialisation porté par les puissants et les
biens nantis, en est le principal responsable. »
Ces progressistes répondaient au manifeste Pour un
Québec lucide qui proposait de s’engager davantage
dans la voie tracée par les néolibéraux
depuis 30 ans. Nous assistions à une sorte d’union
sacrée de politiciens, penseurs, économistes
et gens d’affaires, un peu à l’image de la vaste
coalition de droite qui a porté les Reagan et Bush au
pouvoir aux États-Unis.
Au contraire des Lucien Bouchard, Joseph Facal, Pierre
Fortin, André Pratte et Cie, les signataires du
manifeste pour un Québec solidaire proposaient de
rompre avec les recettes néolibérales, sachant
fort bien que le désengagement de l’État, la
déréglementation tous azimuts ainsi que le
culte du libre marché mèneraient tout droit
à des crises aux effets dramatiques.
Les lucides ont pesé lourdement sur les choix
étatiques et soutenu des politiques néfastes
pour la majorité: privatisation en douce des services
publics, transfert de responsabilités sociales aux
femmes, le plus souvent gratuitement, introduction des
partenariats public-privé, précarisation et
pertes d’emplois, réduction d’impôts qui
profitent aux actionnaires des entreprises et aux riches et
induisent un accroissement notable des
inégalités sociales, hausses des tarifs,
mauvaises décisions au plan écologique.
Maintenant que le Québec vit à l’heure d’une
immense crise financière, économique et
écologique, il est plus que temps de demander des
comptes aux lucides et à leurs amis.
D’où
vient cette crise? Est-elle simplement causée par les
excès du capitalisme, par des fraudeurs et des
financiers qui ont agi en bandits de grand chemin? Pour
Québec solidaire, la réponse est non.
La crise actuelle est l’aboutissement de politiques
néolibérales qui ont lourdement aggravé
les problèmes inhérents à la culture et
à l’organisation capitaliste. Depuis les
années 80, des mouvements sociaux et des partis
écologistes et de gauche le répètent:
on assiste à la montée fulgurante puis
à la domination d’une pensée individualiste et
affairiste qui soutient les puissants, les ultrariches,
ceux-ci cherchant à mettre la main sur les richesses
de la planète entière, avec la
complicité de politiciens complaisants. Tout cela sur
fond de mondialisation sans entrave et au prix de pillages
environnementaux.
Partout au Québec et ailleurs dans le monde, des
changements sont en cours. Des alternatives existent et sont
appuyées par des mouvements citoyens. La
montée de la gauche en Amérique latine et en
Europe, les luttes et les révoltes populaires en
Afrique et en Asie, et plus près d’ici, les
initiatives citoyennes en faveur du commerce
équitable et le développement de notre
économie sociale sont autant d’exemples, porteurs
d’espoir. Ces initiatives locales seront toutefois largement
insuffisantes si nous ne prenons pas ensemble la
décision de changer profondément notre monde.
Pour Québec solidaire, ce changement passe par une
réflexion sur la souveraineté que nous
voulons. À nos yeux, la souveraineté se
construit par des actions conséquentes sur les plans
économique et écologique. Seronsnous
souverains mais totalement dépendants d’États
voisins ou de financiers sans scrupules, souverains mais
dépossédés de nos ressources
naturelles?
Pour nous, la souveraineté a une finalité qui
va au-delà des actions indispensables au regard de la
langue française et de la culture
québécoise. La souveraineté doit
être populaire, démocratique, économique
et politique. Et nous la voulons pour que le peuple
québécois soit maître de son destin,
parce qu’il mérite mieux que d’être porteur
d’eau ou, aujourd’hui, porteur de gaz.
Aujourd’hui, et plus encore qu’en 2005, il ne s’agit pas de
choisir entre le statu quo et le changement, comme le
clamaient les lucides, mais de statuer sur la nature du
changement. Car plus que jamais, un autre Québec et
un autre monde sont non seulement possibles, mais
nécessaires.
Le Québec glisse-t-il à
gauche? - Alain Dubuc
Le vent
est en train de tourner. Après deux
décennies où le Québec s’est
éloigné du modèle
social-démocrate classique des années 60,
on assiste à un retour du balancier. Chacun
à leur façon, nos trois principaux partis
sont en train, faute d’un terme plus précis, de
se déplacer vers la gauche.
Ce phénomène est mondial. La crise,
provoquée en grande partie par les excès
du laisser-faire, consacre l’échec du capitalisme
pur et dur. Dans la plupart des pays, il y a un
mouvement de correction, avec un rôle accru de
l’État et un rejet des postulats
néolibéraux, comme on peut le voir aux
États-Unis avec les politiques de
l’administration Obama.
Le Québec n’échappe pas au
phénomène. Les idées
libérales – pas néolibérales –, ont
dominé longtemps, par exemple avec l’appui au
libre-échange, l’élimination des
déficits, la réduction du fardeau fiscal,
la redéfinition du rôle de l’État.
On perçoit maintenant les signes d’un retour du
balancier.
Cela ne mène pas à un succès de la
gauche. Québec solidaire ne réussit pas
à profiter de la crise et ne progresse pas d’un
poil. Le Parti québécois, la formation
politique la plus sociale-démocrate,
piétine dans les sondages. Mais chacun des grands
partis, parfois imperceptiblement, modifie son discours.
On le
voit chez les libéraux, qui se
débarrassent des principaux symboles qui
définissaient pourtant la doctrine de Jean
Charest lorsqu’il a pris le pouvoir. Les idées de
rupture et de remise en cause du modèle
québécois, comme la révision des
lois du travail ou la réingénierie de
l’État, sont loin derrière nous. Le
dernier de ces symboles, les partenariats
publics-privés, est en train d’être mis au
rencart. En fait, progressivement, le PLQ se recentre et
revient à ses racines « bourassiennes
».
À l’ADQ, la crise existentielle provoquée
par l’échec électoral et le départ
de Mario Dumont mène également à
une réf lexion sur la doctrine et le programme.
Le fait que Sébastien Proulx, l’ancien leader
parlementaire du parti, affirme haut et fort que l’ADQ
n’est pas un parti de droite montre que bien des
militants sont maintenant mal à l’aise avec les
idées qui caractérisaient le parti et
souhaiteraient qu’il migre vers le centre pour rejoindre
l’électorat.
Mais c’est au PQ que les changements risquent
d’être les plus importants. Déjà,
depuis quelques mois, plusieurs indices montraient que
le parti revenait à ses anciennes amours,
notamment avec le gel des tarifs
d’électricité ou le retour à
l’interventionnisme dans le débat sur la Caisse
de dépôt. Un processus qui ne peut
qu’être accéléré par le
départ de François Legault.
Le PQ est d’abord et avant tout une coalition où
coexistent des courants idéologiques
différents, unis inconfortablement par une cause
commune. En perdant François Legault, le PQ ne
perd pas seulement son poids lourd économique, il
perd également celui qui défendait au sein
du parti des idées plus conservatrices. Ses
dernières interventions sur la nécessaire
remise en cause des vaches sacrées, que l’on peut
qualifier de lucides, ont créé un malaise
dans son parti. Avec son départ,
l’équilibre gauche-droite est rompu et l’on peut
craindre qu’il n’y ait pas grand-monde pour faire
contrepoids aux réflexes naturels de la base
militante.
Ce qui se passe au PQ risque d’avoir un effet domino sur
l’ensemble du monde politique. En temps normal, une
radicalisation du PQ pourrait profiter aux
libéraux qui n’auraient qu’à occuper plus
clairement le centre-droit. Mais dans une période
d’incertitude comme celle que nous vivons, il est plus
probable que les libéraux suivent le courant. Le
risque, c’est qu’on jette le bébé avec
l’eau du bain.
Le PQ à la recherche d’un guide
économique - Vincent Marissal
Tout
parti qui aspire au pouvoir doit avoir une équipe
économique forte. C’est encore plus important au
PQ puisque ce parti doit constamment démontrer
que le projet souverainiste est aussi viable
économiquement.
Des sondages favorables la fin de semaine
dernière, un gain dans Rivière-du-Loup
lundi et, en plus, la démission du plus coriace
adversaire à son gouvernement,
éventée le jour même de son
anniversaire, le 24 juin.
Vraiment, Jean Charest n’en demandait certainement pas
tant.
Pour les libéraux, le départ de
François Legault est une autre preuve du bon
alignement des astres. Pour le Parti
québécois, c’est un autre morceau de ciel
tombé sur la tête.
Non pas que la démission de François
Legault soit si surprenante. On le savait las depuis
quelque temps. Tellement qu’en l’entendant, la semaine
dernière, dire que le Québec devrait avoir
le courage de s’attaquer aux « vaches
sacrées », des collègues du
député de Rousseau ont
immédiatement compris qu’il envoyait une
dernière salve avant de partir.
Impatient devant la lenteur de la « machine
» lorsqu’il était au pouvoir, l’opposition
ne pouvait que devenir un supplice pour cet ex-dirigeant
d’Air Transat.
En plus, il avait dit lui-même, en entrant en pol
it ique en 1998, qu’il se donnait 10 ans. Cet engagement
visait surtout à convaincre sa femme qui,
contrairement à lui, n’a aucune attirance pour la
politique.
Après 11 ans en politique, et au moment où
le PQ est collé à l’opposition pour au
moins trois ans encore, le départ de
François Legault n’est donc pas une surprise.
Mais il tombe, pour Pauline Marois, à un bien
mauvais moment, soit à la toute fin d’une
période difficile et au sacro-saint modèle
québécois ou en suggérant d’abattre
quelques vaches sacrées, M. Legault n’aura fait
que braquer ses adversaires au sein de son propre parti.
Sa démission, c’est un peu la victoire (encore
une fois) du statu quo.
Au PQ, certains se méfiaient aussi de
François Legault parce qu’il venait du milieu des
affaires, plutôt hostile au mouvement
souverainiste. Pis encore, disaient encore d’autres, il
y avait fait fortune.
Après le départ de Lucien Bouchard, au
moment où on ne savait pas encore s’il y aurait
une course à la direction, je me souviens d’une
conversation avec des péquistes qui parlaient
avec mépris de François Legault comme d’un
« pet it lement. En ce sens, son départ ne
fait qu’aggraver la pénurie de
députés qualifiés en
économie et en finance.
En plus
de priver de son centre le premier trio d’attaquants de
l’équipe de l’opposition de Pauline Marois au
moment où les batailles politiques se disputent
sur la patinoire de l’économie, la
démission de M. Legault soulève une autre
question : qui est la référence en
économie au PQ maintenant ? Pas seulement le
ministre des Finances en attente (on a vu, de tout
temps, des députés plus ou moins
compétents accéder à ce poste
crucial), mais qui est l’autorité en
matières économique et financière
de l’option souverainiste?
De tout temps, le PQ a su attirer et envoyer à
l’avant-scène des moment où
l’économie, la tasse de thé de M. Legault,
occupe toute la place dans les débats publics.
Au PQ, même s’il y est resté plus de 10
ans, François Legault a toujours
été considéré comme un
outsider. Considéré comme le «
chouchou » de Lucien Bouchard à ses
débuts, il n’était pas le gars le plus
populaire parmi des collègues ministres.
D’autres le trouvaient trop à droite, ce qui le
rendait irrémédiablement louche. En
proposant des changements au comptable qui a fait
fortune dans une compagnie aérienne à
rabais »… C’est dire le peu de
considération.
En effet, François Legault a réussi en
affaires, il a le « profil » entrepreneur et
des amis dans ce milieu, il s’y connaît en
chiffres et il est (un peu) plus à droite que
l’immense majorité de ses anciens
collègues. On peut voir tout cela comme
d’horribles défauts. Ou alors, ce qui est sans
doute plus près de la réalité,
comme des caractéristiques dont le PQ manque
cruelpersonnalités au profil économique
costaud.
Que l’on pense, évidemment, à Jacques
Parizeau, à Bernard Landry, à Jacques
Léonard. Au recrutement (la suite a
été moins spectaculaire, mais c’est une
autre histoire) de Jean Campeau ou de Daniel
Paillé. À Joseph Facal, aussi, qui
était, dit-on, intraitable au Conseil du
Trésor.
Tout par t i qui aspi re au pouvoir doit avoir une
équipe économique forte, on l’a vu,
notamment, lors de la débandade de l’ADQ aux
dernières élections. Mais pour le PQ, c
’est encore plus important puisque ce parti doit
constamment démontrer que le projet souverainiste
est aussi viable économiquement.
En tout respect pour les députés du Parti
québécois actuellement en poste, le
successeur de François Legault aux dossiers
économiques ne saute pas aux yeux. ( Le nouveau
député de Nicolet-Yamaska, Jean-Marie
Aussant , a une maîtrise en économie et un
bac en administration des affaires, mais il n’est
élu que depuis six mois). Ce n’est pas Pauline
Marois qui comblera le vide, elle qui a bien du mal, et
depuis toujours, à s’imposer comme une leader au
« profil économique ».
La chef du PQ aurait, dit-on, essayé d’att i rer
l ’ é conomi s t e Clément Gignac, mais
celui-ci, on le sait, a grossi les rangs libéraux
de Jean Charest. Raymond Bachand, un a nc i en s ouve r
a i n i s t e convaincu, aurait pu être la pierre
d’assise économique du Parti
québécois, mais il a tourné le dos
à l’« option » pour se joindre aux
libéraux il y a près de cinq ans
déjà.
Pour l e PQ, perd re son meneur sur le front
économique à l’Assemblée nationale,
c’est évidemment une mauvaise nouvelle. Mais pour
les souverainistes, ne plus avoir de grand guide
économique, c’est autrement plus grave.
DE GROS TRACAS DANS LES DEUX CAMPS - Denis
Lessard
Devant ces
bilans de fin de session, la chef adéquiste Sylvie
Roy baisse les bras. Le dialogue de sourds entre
libéraux et péquistes est de retour avec la
quasidisparition de l’ADQ, « on croirait voir un
vieux film en noir et blanc des années 70 »,
a-t-elle dit.
— Session fertile en crises et en réalignement. Le
gouvernement libéral a dû composer avec les
controverses de la Caisse de dépôt, des FIER,
les inquiétudes sur la fiabilité des tests
de cancer du sein, et l’éthique de certains
ministres, actuels et passés.
Pauline Marois n’a pas été en reste.
Lançant prudemment un nouveau plan souverainiste,
elle s’est trouvée confrontée aux
déclarations de Jacques Parizeau. Elle a dû
composer cette semaine avec les sorties i ntempestives de
son critique aux Finances, François Legault,
pressé d’en finir avec les « vaches
sacrées » de la société
québécoise.
Pire encore, alors que le PQ devait remporter haut la main
la complémentaire dans Rivièredu-Loup, il
est désormais loin d’être acquis que
l’ex-bloquiste Paul Crête pourra arracher l’ancien
siège de Mario Dumont.
Mais à cette session étonnante,
libéraux et péquistes ont mis un point
d’orgue prévisible dans les injures. Pour Mme
Marois, le gouvernement a été
réélu sur une « imposture »,
Jean Charest « a menti à la population
». Pour son adversaire, la péquiste est
totalement « irresponsable », et lance des
attaques à défaut d’arguments. Les PPP, pour
Mme Marois, c’est : « pas polie Pauline », de
blaguer Jean Charest, faisant hier le bilan des six mois
écoulés depuis sa réélection.
Devant ces bilans de fin de session, la chef
adéquiste Sylvie Roy baisse les bras. Le dialogue
de sourds entre libéraux et péquistes est de
retour avec la quasi-disparition de l’ADQ, « on
croirait voir un vieux film en noir et blanc des
années 70 », a-t-elle dit.
Pour arriver à fermer la Chambre hier, le
gouvernement a laissé sur la table son projet de
loi 40 qui permet de suspendre la loi antidéficit
pour replonger le Québec dans l’encre rouge pour
quatre ans. Le PQ, qui avait fait son beurre des
négociations de Philippe Couillard pour trouver un
emploi alors qu’il était encore membre du
gouvernement, a laissé filer le débat sur
l’éthique – beaucoup de députés, des
deux côtés de la Chambre, appréhendent
des règles contraignantes.
Dans son bilan hier, Mme Marois a voulu ruser avec le
gouvernement, réclamant un remaniement
ministériel pour a igui l lonner un gouvernement
« déjà usé et à bout de
souffle ».
En fa it ,
el le défonce une porte ouverte. Un important jeu
de chaises musicales est déjà prévu
pour mardi – tous les ministres ont été
convoqués à une dernière
réunion du Conseil, dès 8h du matin. En
prime, on annoncera aussi un vaste rebrassage des
sousministres – quelques retraites sont prévues.
Le vent tourne
Pendant plusieurs semaines, le PQ a eu le haut du
pavé à l’Assemblée nationale : les
attaques incessantes de François Legault, le
critique financier du parti, sur la Caisse de
dépôt puis sur le programme des FIER, pour
favoriser l’investissement en région, ont souvent
fait mouche.
Mais plus récemment, le vent a paru tourner.
Après une semaine dans les câbles, le
gouvernement a mis fin à la controverse sur les
tests du cancer du sein. Le nouveau plan souverainiste de
Mme Marois a décollé sans problème,
mais la sortie inattendue de Jacques Parizeau, pour qui la
souveraineté avance à coup de crise, a
plombé les efforts du PQ.
Cette semaine, François Legault paraissait
impatient, réclamant des compressions importantes
de dépenses même au prix du confort des
contribuables. Cette sortie sur les vaches sacrée
était si détonante qu’hier, un reporter a
demandé si M. Legault partirait avant la fin de son
mandat, ce que ne croit pas la chef péquiste.
H i er , Mme Maroi s a reconnu que la joute serait chaude
pour le PQ dans Rivière-du-Loup pour son candidat
Paul Crête, dans la complémentaire de lundi.
Pour diminuer les attentes, elle a rappelé que le
PQ avait fini troisième dans cette circonscription
aux dernières élections – « on part de
là », a-t-elle dit. Inversement, Jean Charest
a annoncé qu’il comptait de rendre dans
Rivière-du-Loup lundi soir, signe d’optimisme quant
au choix des électeurs.
Du point de vue de Mme Marois, les Québécois
se souviendront de Jean Charest, qui soutenait sans nuance
avant les élections qu’il n’y aurait pas de
problèmes avec la Caisse de dépôt et
que le Québec ne ferait pas de déficit. Six
mois plus tard, le PLQ est en train de retomber
dans
l’ornière des déficits où les
péquistes avaient trouvé le
Québec en 1994. Il avait fallu alors corriger
le tir et imposer de douloureuses compressions de
dépenses. « Je ne veux pas revivre
ça », de dire Mme Marois.
PHOTO JACQUES
BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE
La chef péquiste Paulin
Marois a souhaité hier une bonne Fête
nationale et un joyeux anniversaire au premier
ministre Jean Charest : les deux
événements tombent le même jour,
le 24 juin.
Pour
Jean Charest toutefois, on peut se demander «
qui mène au Parti québécois
» quand on voit Mme Marois proposer un retour
très progressif au déficit zéro
et son critique aux Finances, François Legault,
se faire l’apôtre d’une médecine de
cheval, une obsession des dépenses
calquée sur les orientations des «
lucides » à l’automne 2005. Jean Charest
avait applaudi aux lucides, mais leur rapport ne
suivait pas la pire crise économique depuis les
années 20, d’expliquer M. Charest.
Dans un point de presse marathon sur la situation
économique, M. Charest a laissé tomber
que le Québec fait « mieux que partout
ailleurs sur la planète », grâce
aux décisions de son gouvernement.
Un remaniement risqué
- Vincent Marissal
Lorsqu’un premier ministre se sent l’obligation de
remanier son équipe après six mois,
c’est généralement le signe que tout ne
baigne pas.
En avril dernier, au salon des vins du
Centre-duQuébec, j’ai rencontré des
fromagers artisans qui n’avaient pas une très
haute opinion de celui qui était à
l’époque le ministre de l’Agriculture.
— Tiens, essaye donc notre nouveau fromage, on l’a
baptisé le P’tit Lessard, m’a dit un barbu
à l’air espiègle.
— Lessard? Comme Laurent Lessard, le ministre de
l’Agriculture? ai-je demandé avant d’engouffrer
l’excellent échantillon.
— Oui, c’est ça, c’est une pâte molle,
comme le ministre, m’a répondu le bonhomme,
pince-sans-rire.
Souhaitons pour lui (et pour nous) que Laurent Lessard
jouisse d’une meilleure cote de
crédibilité dans les milieux municipaux,
dont il vient de devenir le ministre, parce que,
autrement, il va trouver le temps long. Et nous aussi,
surtout à Montréal qui aurait bien
besoin, pour une fois, d’un ministre sensible aux
particularités de la métropole.
Il convient de donner la chance au coureur en de
telles occasions, mais disons que les réactions
tièdes (au mieux) du monde municipal
montréalais à la nomination de M.
Lessard laissent croire que le nouveau ministre devra
faire ses preuves.
Il ne suffit pas d’être ancien maire pour faire
un bon ministre des Affaires municipales, comme il ne
suffit pas d’être médecin pour exceller
à la Santé. En plus, sans rien enlever
à la région de
Chaudière-Appalaches, son chef lieu, Thetford
Mines, n’a pas grandchose en commun avec
Montréal.
Par ailleurs, M. Lessard a la réputation
d’être un politicien coloré (selon la
version polie), voire rustre (selon la version crue).
I l quit te l’Agriculture au moment où les
relations entre le gouvernement du Québec et le
milieu agricole sont au plus mal, quoi qu’en dise le
premier ministre Charest.
En outre, sa gestion de la crise de la
listériose dans les fromageries
québécoises, il y un an, a
provoqué une colère durable dans cette
industrie.
Écorché par la protectrice du citoyen,
qui a écrit dans un récent rapport que
le ministère de l’Agriculture a mal
géré la crise de la listériose,
Laurent Lessard a rejeté par un retentissant
« pas question » toute compensation
à deux fromageries (la Société
coopérative agricole de l’Île-aux-Grues
et la Fromagerie Blackburn), « faussement
associées à la cause possible de la
contamination », selon la protectrice du
citoyen.
Quoi
qu’il en soit, le grand gagnant du remaniement de
mardi est sans conteste Laurent Lessard. Et le
perdant, Claude Béchard. La
rétrogradation du jeune ministre des Ressources
naturelles à l’Agriculture, est surprenante
puisque celui-ci vient tout juste de lancer une
importante réforme de la gestion de la
forêt. M. Béchard, qui a
été sur le carreau pendant de longs mois
à cause d’un cancer, aurait certainement
aimé voir sa réforme prendre forme.
Au lieu de cela, il hérite d’un
ministère en mauvais état et d’un
ministère passif, les Affaires
intergouvernementales canadiennes.
Clément Gignac, élu dans la partielle de
lundi avec 23% des voix dans Marguerite-Bourgeoys,
gagne lui aussi au jeu du remaniement en
accédant directement au cabinet. (Au fait, 23%,
c’est le pire taux de participation dans une
élection partielle depuis 1963, depuis que le
Directeur des élections compile ces
données, soit le pire taux en 95
élections partielles).
De toute évidence, M. Gignac avait un deal avec
le premier ministre pour entrer si vite au cabinet. On
peut même se demander si le tout n’avait pas
été « arrangé »
l’automne dernier : Monique Jérôme-Forget
se représentait à la demande de Jean
Charest, elle devait démissionner après
son budget, libérant ainsi un siège
sûr à la recrue vedette des
libéraux.
Cette nomination est sans doute une bonne nouvelle
pour les libéraux, mais elle ne fera
probablement pas l’affaire de quelques simples
députés, comme Alain Paquet, Guy
Ouellette ou Michel Pigeon, qui attendent patiemment
leur tour.
L’inexpérience politique de M. Gignac explique
peut-être qu’il a annulé mardi matin
toutes les entrevues qu’il s’était
engagé à donner au lendemain de son
élection. Le bureau du premier ministre voulait
probablement s’assurer que le nouveau ministre
maîtrise les bonnes « lignes » avant
d’affronter les médias. En particulier sur sa
participation, à titre de fonctionnaire
fédéral, à l’élaboration
d’une commission des valeurs mobi l ières
pancanadienne.
Mais au fait , pourquoi un remaniement si rapide, si,
comme Jean Charest aime le répéter dans
ses envolées autocongratulatoires, le
gouvernement n’a pas de problème, ne
connaît aucun raté ? Tout baigne, quoi.
Il y avait quelque chose de cocasse à entendre
Jean Charest insister lundi devant les journalistes
pour dire que ce brassage arrive « plus »
de six mois, après la réélection
de son gouvernement. En effet, six mois et quinze
jours…
En fait , lorsqu’un premier ministre se sent
l’obligation de remanier son équipe
après six mois, c’est
généralement le signe que tout ne baigne
pas, justement.
Cela dit, le premier ministre Charest peut partir en
vacances l’âme en paix, avec deux gains en poche
et une opposition anémique.
Sur le site internet du PQ, on pouvait voir encore
mardi une fenêtre claironnant: « Je veux
Paul Crête à Québec » (elle
a été retirée hier). Et pas un
mot sur le remaniement du gouvernement Charest.
Même pas un petit communiqué de
circonstance.
Faut croire que les péquistes étaient
pressés de partir en vacances. Le départ
de François Legault, un autre coup dur pour le
PQ, n’aidera certainement pas au moral des troupes.
Le drôle d’été des
politiciens québécois - Alain Dubuc
Si la
chef du PQ n’a pas progressé dans une situation
qui lui était pourtant très favorable, on
peut se demander si elle y parviendra un jour.
La saison politique québécoise s’est
terminée sur trois signaux: des sondages qui
montrent que le Parti libéral est bien en selle;
une victoire inespérée dans les
élections partielles de Rivière-du-Loup;
et pour coiffer le tout, la démission de
François Legault, qui prive le PQ d’un poids
lourd.
Pauline Marois à
l’Assemblée nationale.
Ces excellentes nouvelles pour le PLQ permettront
à Jean Charest de se reposer à sa maison
de North Hatley. Par contre, le séjour de Pauline
Marois dans sa charmante maisonnette de Charlevoix
risque de se transformer en une déchirante et
introspective retraite fermée.
Il est bien sûr imprudent de tirer des conclusions
trop hâtives de ces signaux. Car on est loin des
prochaines élections. Et que le score des
libéraux n’a rien d’éclatant:
l’écart qui les sépare des
péquistes, cinq points dans notre dernier sondage
CROP, s’est rétréci depuis les
élections. La cote de popularité du
gouvernement Charest, à 44%, est nettement plus
basse qu’avant le scrutin de décembre.
Par contre, il est étonnant que Jean Charest s’en
tire si bien après l’hiver et le printemps qu’il
a connus. Après une victoire plus mince que
prévu, le gouvernement libéral, maladroit,
malmené dans le dossier de la Caisse de
dépôt, surtout par François Legault,
a piqué du nez, assez pour se faire devancer par
le Parti québécois dans les intentions de
vote.
Comment se fait-il que Mme Marois n’ait pas
réussi à profiter de ce succès? Si
la chef du PQ n’a pas progressé dans une
situation qui lui était pourtant très
favorable, on peut se demander si elle y parviendra un
jour.
Pourquoi? Certains expliquent cela par la
personnalité de MmeMarois, qui ne passe pas, qui
ne réussit pas à convaincre plus de 36%
des Québécois qu’elle serait le meilleur
premier ministre. Je crois plutôt que ses
problèmes s’expliquent par ses stratégies.
D’abord, la façon dont le PQ a défini son
rôle d’opposition officielle. Au lieu de jouer la
carte de la compétence, ce que permettait la
qualité de la députation péquiste,
on a plutôt joué celle de
l’agressivité. Les députés
péquistes ont été d’une rare
brutalité, dénonciateurs,
hystériques parfois. Cela a dû agacer pas
mal de monde, parce que trop, c’est comme pas assez.
Parce que les critiques ont été
caricaturales. Même ceux qui ne sont pas des fans
des libéraux voient bien que la gestion
gouvernementale n’est pas la catastrophe décrite
par l’opposition. Et parce qu’il y a un manque de
respect dans l’indignation perpétuelle des
troupes de MmeMarois. Les libéraux ne sont pas
des usurpateurs, mais plutôt ceux que les
Québécois ont choisis au terme d’un
processus démocratique.
L’autre problème, c’est la façon dont
MmeMarois a choisi de gérer ce qui est devenu
l’impasse structurelle du PQ. L’appui à la
souveraineté est bas, à 35%. Il n’y a pas
assez de souverainistes pour porter le PQ au pouvoir.
Dans un jeu d’équilibre délicat, Pauline
Marois doit donc élargir sa base sans
démobiliser ses militants fidèles. La
stratégie des batailles sectorielles pour les
pouvoirs a plutôt été un repoussoir,
parce qu’elle propose le bordel permanent à des
citoyens qui ne veulent plus de chicanes.
En somme, Jean Charest a été chanceux dans
sa malchance. Il s’en serait moins bien tiré si
l’opposition n’était pas si faible, avec ce PQ
qui se cherche et l’ADQ sans chef. Il ne disposera pas
toujours de cet avantage et devrait profiter de ce
répit pour retrouver un rythme et une
capacité de communiquer qui lui ont manqué
depuis six mois. À bien y penser, il aura, lui
aussi, du travail à faire dans sa retraite de
North Hatley.
Le déficit du Québec plus
élevé que prévu - Denis
Lessard
Les
sorties du ministre Bachand sur les tarifs ont
suscité des tensions au sein du gouvernement
QUÉBEC — Le déficit de 20092010 sera
plus élevé que prévu: il
dépassera les 3,9 milliards estimés
dans le budget du printemps dernier, a nnoncera
demain le ministre des Finances, Raymond Bachand.
Il y a quelques semaines, M. Bachand avait soutenu
qu’il ne fallait rien conclure du fait que, pour les
trois premiers mois de l’année seulement, le
déficit était déjà
atteint aux trois quarts, à 3 milliards.
Demain, M. Bachand doit, avec sa collègue du
Trésor, Monique Gagnon-Tremblay, brosser le
tableau des finances publiques sans trop divulguer
les pistes examinées afin de corriger le tir
pour les années suivantes. Sur quatre ans,
les déficits cumulés de Québec
devaient atteindre 11,6 milliards avant même
qu’on sache qu’il y aura un dérapage
dès la première année.
À
Québec,
on ne parle plus toutefois de « la
grand-messe des tarifs »
– la
vaste consultation qui devait avoir lieu cet
automne. M. Bachand misait
énormément sur cette
opération « pédagogique
» – il l’avait d’ailleurs
amorcée – afin d’expliquer la
nécessité de hausser les
tarifs d’électricité. Mais
cette idée d’amplifier l’impact d’une
mauvaise nouvelle n’a pas trouvé
beaucoup de partisans au Conseil des
ministres, a-t-on appris.
Il
semble aussi que le cabinet de M. Charest a eu
à mettre les freins sur les nombreuses
déclarations des ministres Bachand et
Clément Gignac, qui ont parlé
ouvertement des tarifs d’électricité
sans s’être concertés avec Nathalie
Normandeau, responsable des Ressources naturelles.
Une source proche d’HydroQuébec a par
ailleurs expliqué que le scénario
d’une hausse de la TVQ, en plus de celle
déjà annoncée pour 2011, est
sérieusement examiné. Une augmentation
de 1% de la TVQ rapporte 1 milliard au gouvernement,
et Québec peut plaider qu’il ne fait que
combler l’espace laissé vacant par Ottawa,
sans avoir à débattre de la pertinence
de toucher au « bloc patrimonial » des
tarifs d’Hydro-Québec.
L’impact de la crise boursière a
frappé dur dans les recettes venues des
impôts des sociétés, un creux de
13% par rapport aux prévisions, ont i
ndiqué les documents des comptes publics il y
a deux semaines. Pour le seul premier trimestre de
2009-2010, les revenus autonomes ont atteint 11,9
milliards, sans compter les transferts
fédéraux. Ces revenus
représentaient une baisse de 275 millions en
comparaison du même trimestre de
l’année dernière.
Les dépenses sont aussi en hausse par rapport
aux cibles. Pour le premier trimestre de
l’année en cours, elles étaient de 941
millions supérieures à celles de la
même période, un an plus tôt. Or,
durant l’année 2008-2009, les dépenses
étaient en croissance de 6, 8 %, un rythme
d’augmentation que le gouvernement veut casser sans
appel – 4,5% cette année, 3,2% pour les
années subséquentes.
Mme Gagnon-Tremblay ne divulguera pas son plan de
match concernant le secteur public. Dans ce secteur,
les syndiqués s’attendent à un gel
salarial cette année, suivi de deux
années d’augmentation famélique – 0,5%
–, selon un reportage récent du Soleil. Or,
sur la place publique, les centrales exigent encore
des hausses totalisant 11,5% sur 3 ans. Ces demandes
seront officiellement déposées au
gouvernement vers la fin de la semaine.
Québec a déjà fait savoir qu’il
comptait répondre rapidement.
La marge de manoeuvre de Jean Charest
- Alain Dubuc
Le
dernier sondage CROP-La Presse réservait
d’excellentes nouvelles au premier ministre Jean
Charest. Le taux de satisfaction à
l’égard de son gouvernement est
élevé, à 51%. Les
libéraux devancent très
confortablement leurs adversaires péquistes
dans les intentions de vote, 44% contre 33%.
Ces bonnes dispositions de l’opinion publique
constituent, pour le gouvernement libéral,
une occasion en or. Les libéraux, encore en
début de mandat, disposent ainsi d’un capital
de sympathie et d’une marge de manoeuvre qui leur
permettent d’agir. Cette solide avance dans les
sondages est un outil, un atout qu’il ne faut pas
gaspiller.
Le gouvernement Charest, comme à peu
près tous les gouvernements de la
planète, aura devant lui des années
très difficiles, où il devra faire
face à la crise des finances publiques
engendrée par le combat contre la
récession. Cette crise sera
particulièrement prononcée au
Québec où la situation
financière était déjà
fragile.
Ces défis forceront le gouvernement du
Québec, comme tous les autres, à
prendre des décisions impopulaires. Pour
s’imposer et passer à travers, il faut avoir
les reins solides. Un gouvernement minoritaire n’y
serait sans doute pas parvenu. Il n’est pas
évident non plus que le gouvernement Charest
pourrait réussir s’il n’avait pas
été capable de rompre avec la
morosité qui a suivi sa victoire
électorale de l’an dernier. Le premier
ministre avait peut-être les mains sur le
volant, pour reprendre son expression, mais ne
contrôlait ni le frein, ni
l’accélérateur.
Au Québec, les problèmes financiers
sont assez sérieux pour que la
résolution de la crise budgétaire
dépasse le cadre strict des finances
publiques. Ce n’est pas seulement une affaire
d’impôts, de tarifs ou de compressions, mais
une démarche plus substantielle qui nous
forcera certainement à repenser la
façon dont l’État joue son rôle.
Le
premier ministre Charest, à la sortie d’une
réunion de son caucus, au début de la
semaine, en annonçant une vaste consultation
publique sur les finances, a mis la table pour une
réflexion bien plus large. La question qu’il
veut poser, « Où le Québec
veutil se retrouver dans 20 ans sur le plan
économique et social ? », est
ambitieuse. Mais c’est de cela dont il s’agit.
On pourrait cependant craindre qu’il s’agisse d’un
remake. On se souvient que les ambitions de
réformes des libéraux, lorsqu’ils ont
pris le pouvoir il y a six ans, ont tourné en
queue de poisson, à cause des maladresses du
nouveau gouvernement et aussi de la levée de
boucliers qu’il a provoquée. Et ils se sont
retrouvés minoritaires quatre ans plus tard.
Les libéraux, cette fois-ci, pourraient
réussir là où ils avaient
échoué parce qu’ils disposent de trois
avantages sur lesquels ils ne pouvaient pas compter
il y a six ans: la nécessité,
l’expérience, et le rapport de forces
politique.
La nécessité, c’est la période
exceptionnelle que nous venons de traverser,
où il sera possible de convaincre les
citoyens qu’on n’a pas le choix.
L’expérience, par ailleurs, permettra aux
libéraux de ne pas commettre les mêmes
erreurs, de travailler de façon plus
consensuelle au lieu de braquer inutilement. Le fait
que M. Charest annonce un grand « dialogue
», un peu comme l’avait fait Lucien Bouchard,
montre bien que le premier ministre a changé
de méthode. Quant au rapport de forces, c’est
ce que le CROP décrivait, un gouvernement
bien en selle face à une opposition
affaiblie.
En
somme, le premier ministre Charest a le choix dans
l’orientation de son troisième mandat. Il
peut « surfer » quelques années
en espérant en obtenir un quatrième.
Ou il peut profiter de son expérience et de
la marge de manoeuvre dont il dispose pour laisser
sa marque.
Québec lance une consultation
élargie - Tommy Chouinard
QUÉBEC — Maintenant qu’il a adopté,
après avoir clos les débats, sa loi
autorisant le retour aux déficits, le
gouvernement Charest s’apprête à lancer
une consultation sur les moyens visant à
retrouver l’équilibre budgétaire. Le
ministre des Finances, Raymond Bachand, entend
devancer à l’automne le début des
traditionnelles consultations
prébudgétaires. Ces consultations
seront « élargies ».
PHOTO JACQUES
BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE
Le ministre des Finances,
Raymond Bachand, devancera les traditionnelles
consultations prébudgétaires.
Voici la forme que prendra la «vaste
consultation» promise en août par le
premier ministre Jean Charest sur l’enjeu des
finances publiques. Le gouvernement a
décidé de faire une croix sur une
grand-messe, un sommet à l’image de celui
qu’avait tenu Lucien Bouchard en 1996 sur le
déficit zéro.
Québec invitera plus de groupes sociaux
qu’à l’habitude à participer aux
consultations prébudgétaires. M.
Bachand tiendrait quelques rencontres
privées, mais il organiserait aussi des
audiences publiques. Le ministre pourrait
également se déplacer en
région.
Un site internet sera créé afin
d’offrir la possibilité aux citoyens de se
prononcer sur les moyens de revenir à
l’équilibre budgétaire. Cette mesure a
déjà été utilisée
par Monique Jérôme-Forget et Michel
Audet dans le cadre de la préparation de leur
budget.
Des prédécesseurs de M. Bachand, Yves
Séguin et Michel Audet, ont
déjà tenu quelques jours d’audiences
publiques dans le cadre de leurs consultations
prébudgétaires. Mais Québec
veut un exercice plus large encore cette fois-ci.
Lors d’un entretien avec La Presse, hier, Raymond
Bachand a fait part de sa volonté de lancer
ses consultations prébudgétaires peu
de temps après la publication de sa mise
à jour économique, en octobre. Ces
consultations ont généralement lieu en
janvier et en février seulement.
Le ministre rendra public un document de
réflexion sur le retour au déficit
zéro, au coeur duquel se trouvera une hausse
des tarifs des services publics. Il pourrait en
profiter pour proposer une hausse de la TVQ
dès janvier, une option qu’il envisage si la
reprise économique se confirme.
Après avoir étudié les
positions exprimées pendant les consultations
qui dureraient jusqu’en février, le ministre
dévoilera dans son budget, au printemps, les
mesures choisies par le gouvernement pour sortir du
trou budgétaire.
Hier, comme prévu, le gouvernement Charest a
forcé l’adoption du projet de loi 40 en
imposant la clôture des débats – mesure
communément appelée le bâillon.
Cette loi suspend certaines dispositions de la loi
antidéficit pour que le gouvernement ne soit
pas contraint d’équilibrer ses budgets
pendant quatre ans. Québec prévoit des
déficits de plus de 11 milliards de dollars,
dont 3,9 milliards cette année. Le retour
à l’équilibre budgétaire est
prévu en 2013-2014, une
échéance inscrite dans le projet de
loi 40.
Quelques instants avant le début de la
séance extraordinaire de l’Assemblée
nationale, Jean Charest a plaidé qu’il ne
pouvait faire autrement que de procéder
à la clôture des débats pour
adopter le projet de loi 40. «Le Parti
québécois avait déjà dit
que jamais il n’adopterait le projet de loi. Ils
sont passés aux actes, et ils ont fait de
l’obstruction. Alors il faut assumer nos
responsabilités. Ce sont les
intérêts supérieurs du
Québec qui sont en jeu», a-t-il
expliqué aux journalistes.
D e son côté, R ay mond Bachand a
affirmé que «ne pas suspendre la Loi
sur l’équilibre budgétaire, ça
veut dire qu’il faut compenser ça, il faut
augmenter les impôts et surtout réduire
les services publics».
«On l’a dit aux Québécois: on va
maintenir les services publics», a-t-il
ajouté, laissant planer la possibilité
d’augmenter les impôts. En août,
questionné sur le sujet, le premier ministre
Jean Charest s’était contenté de dire
que son «objectif» est de maintenir le
fardeau fiscal des Québécois «le
plus près possible de la moyenne
canadienne». Rappelons que toutes les
provinces sont dans le rouge et pourraient augmenter
leurs impôts.
Pour le moment, seulement une partie du plan visant
le retour à l’équilibre
budgétaire est connue. Québec entend
augmenter la TVQ en 2011, indexer les tarifs des
services publics, limiter la croissance des
dépenses à 3,2% par année et
lutter davantage contre l’évasion fiscale.
Le Parti québécois et l’Action
démocratique du Québec refusaient de
donner leur aval au projet de loi 40 car ils
voulaient d’abord que le gouvernement dévoile
toutes les mesures qu’il entend prendre pour
retrouver l’équilibre budgétaire.
«C’est le retour à l’arrogance
libérale auquel nous assistons, a
lancé la chef péquiste Pauline Marois.
Pourquoi nous imposer un bâillon? Pourquoi
veut-il un chèque en blanc ? Est-ce que c’est
parce que le premier ministre veut cacher les vrais
chiffres aux Québécois?»
Jea n Cha rest a rétorqué que le
gouvernement avait déjà
dévoilé une partie des mesures qu’il
mettra en oeuvre pour revenir au déficit
zéro, ce qu’«aucun autre gouvernement
dans le monde» n’avait fait à sa
connaissance.
L e député péqu iste du
Richelieu, Sylvain Simard, a fait crouler de rire
ses collègues en rappelant que le
libéral Jacques Chagnon avait proposé
en 1996, lors de l’étude de la loi
antidéficit, que les salaires des ministres
soient réduits de 20% à 40% advenant
un déficit. Le gouvernement péquiste
avait rejeté cette option, et le Parti
libéral n’en a plus parlé depuis.
«À l’époque, je trouvais
ça loufoque, mais, avoir su, j’aurais
voté en faveur», a lancé M.
Simard.
Charest lance une vaste consultation -
Tommy Chouinard
SAINT-HYACINTHE — S’inspirant de Lucien Bouchard et de
son sommet économique de 1996, le premier
ministre Jean Charest tiendra une « vaste
consultation » d’ici le prochain budget sur la
délicate question des mesures à prendre
pour retrouver l’équilibre budgétaire.
Les hausses de tarifs seront au menu des discussions.
Hier, à l’issue d’une réunion de deux
jours du caucus de son parti, M. Charest a dit
souhaiter que « le plus grand nombre de
Québécois participent » à
ce qu’il appelle un « dialogue » sur les
finances publiques. Il n’a toujours pas
déterminé la forme que prendrait cette
consultation.
Chose certaine, les hausses de tarifs feront partie du
débat. « C’est de là qu’on va
partir. Ça va nous permettre de voir comment on
peut agir de manière équitable »,
a souligné M. Charest, qui semble
écarter une augmentation des impôts.
Pendant la consultation, le premier ministre demandera
aux participants de répondre à une
question plutôt large, une question visant
à concevoir l’objectif à long terme des
choix difficiles qu’ils devront faire : «
Où le Québec veut-il se trouver dans 20
ans sur le plan économique et social ? »
Le premier ministre ne croit pas que sa cote de
popularité, très élevée
selon un sondage CROP-La Presse, chutera
inévitablement avec les mesures
d’austérité à venir. Le
gouvernement devra « travailler avec les
Québécois » et bien leur faire
« comprendre les objectifs »
derrière ces mesures. « Ce sera mon
défi », a-t-il noté.
En 1996, peu de temps après avoir
succédé à Jacques Parizeau
à titre de premier ministre, Lucien Bouchard
avait convoqué le patronat, les syndicats et
d’autres groupes sociaux à participer à
un sommet économique sur l’atteinte du
déficit zéro.
Dans
son dernier budget, Québec a annoncé un
déficit de 3,9 milliards de dollars pour
l’année en cours – plus de 11 milliards au
cours des quatre prochaines années. Le retour
à l’équilibre budgétaire est
prévu en 2013-2014. Pour y arriver, il entend
notamment limiter la croissance des dépenses
à 3,2 %, un objectif hautement ambitieux.
Québec a déjà annoncé
l’indexation prochaine de quelques tarifs de services
publics et un « rattrapage important et
progressif » dans certains cas – il n’a pas
précisé lesquels. Chose certaine, il a
promis de maintenir les tarifs des services de garde
à 7 $ par jour. La TVQ augmentera de 1 % en
2011, ce qui enverra 1 milliard de dollars de plus par
année dans les coffres de l’État. Les
autres moyens pour atteindre le déficit
zéro n’ont pas été clairement
définis.
Selon le plan de retour à l’équilibre
budgétaire déposé avec le dernier
budget, les « autres mesures à identifier
aux revenus et aux dépenses», dont les
hausses tarifaires, doivent rapporter 450 millions en
2010-2011, 1,3 milliard en 2011-2012, 2,8 milliards en
20122013 et 3,8 milliards en 2013-2014.
Jean Charest craint que le Québec ne plonge
encore plus dans le rouge que prévu en raison
des décisions d’Ottawa, qui a un déficit
de plus de 50 milliards de dollars. Il
appréhende une coupe dans les transferts aux
provinces, qui accaparent une bonne part du budget
fédéral.
« Si, à Ottawa, il y a un débat
sur la question de l’équilibre
budgétaire, quelle voie choisiront-ils pour
équilibrer le budget ? Ce sera une question
à poser à tous les partis. » En
plus d’une hausse de la TPS, « il y a toutes
sortes d’hypothèses possibles. Il y a les
transferts aussi », a noté Jean Charest.
À la rentrée parlementaire, le 15
septembre, le projet de loi 40, qui permet de
suspendre l’application de la loi anti-déficit,
sera « le premier sujet » de discussion.
Le gouvernement n’a pas adopté le projet la
session dernière, car il n’avait pas l’appui de
l’opposition. Jean Charest plaide qu’il a fait un
« compromis » en acceptant de garantir
dans le projet de loi que le Québec retrouvera
l’équilibre budgétaire en 2013-2014.
L’opposition veut savoir comment le gouvernement
entend s’y prendre pour atteindre le déficit
zéro avant de voter en faveur du projet de loi.
M. Charest veut que l’adoption de la loi
précède sa vaste consultation. «
Je fais appel au sens des responsabilités de
chacun, a-t-il dit. Je demande à Pauline Marois
d’agir en respectant les intérêts
supérieurs du Québec et de faire en
sorte qu’on adopte le projet de loi 40 rapidement car
le temps presse. Il en va de la
crédibilité des finances publiques du
Québec. »
Le premier ministre dit voir des « signes de
reprise » économique. Ces signes sont
certes « encourageants », mais ils
demeurent encore « incertains », a-t-il
souligné. La reprise sera lente selon lui.
Charest promet plus qu’une «
opération comptable »
Conseil général du PLQ
Révision de la tarification
DRUMMONDVILLE — C ’est pour améliorer
le niveau de vie des Québécois
et mieux partager la richesse que le
gouvernement prépare une vaste
révision de la tarification, a
soutenu hier le premier ministre Jean
Charest.
Devant 400 délégués
réunis pour la fin de semaine en
conseil général, M. Charest et
certains de ses ministres ont semblé
vouloir tempérer l’ardeur de la
commission politique du PLQ, qui propose une
longue liste de tarifs afin d’éponger
les déficits de 12 milliards
prévus pour les quatre prochaines
années.
Pour M. Charest, il faut «aller
au-delà de l’exercice
comptable»; la revue des sources de
revenus du gouvernement est «un
exercice de vision», qui doit avoir un
impact sur l’avenir de l’ensemble de la
société.
«La question de l’équilibre
budgétaire n’est pas une
idéologie rigide », a-t-il
soutenu hier. « L’équilibre
budgétaire est un moyen qu’on doit se
donner pour investir dans ce qui compte pour
le Québec.»
Deva nt les délégués,
M. Charest a défendu les
décisions du gouvernement (le retour
au déficit pour permettre
l’accélération de chantiers
qui font travailler 100 000 personnes dans
une période de ralentissement
économique).
Une longue liste de signaux récents
sont encourageants : progression du PIB,
rebond des exportations, bonne performance
de Montréal en matière de
création d’emplois. « La
récession est probablement
terminée», a dit le premier
ministre, citant le président de la
Réserve fédérale
américaine.
Pour Jean Charest, le gouvernement a
«livré les engagements de la
campagne électorale » en
« gérant la récession
». Il doit maintenant «
préparer le Québec à
rebondir».
Pour atténuer l’impact de la crise
des 12 derniers mois, il a fallu augmenter
les dépenses et «accepter un
déficit» pour maintenir les
services aux citoyens, a-t-il
insisté.
Or,
le déficit prévu au
Québec (3,9 milliards cette
année) reste bien modeste, deux fois
moins important que celui de l’Ontario et
trois fois moins que celui du gouvernement
fédéral. Le Québec
retrouvera l’équilibre parmi les
premiers, dans quatre ans, comparativement
à sept ans dans les cas de l’Ontario
et d’Ottawa.
Pour «préparer le
rebond», il faudra résorber le
déficit, a-t-il souligné.
C’est dans cette logique que s’inscrit la
volonté de revoir l’ensemble de la
tarification.
Tarifs, péages et taxes
Devant les journalistes, quelques ministres
ont paru vouloir mettre un peu la
pédale douce à la proposition
de la commission politique. «Les gens
recommandent… On va regarder cela au fur et
à mesure», s’est
contenté de dire le ministre de la
Santé Yves Bolduc. Ces propos
étaient semblables à ceux de
ses collègues Monique Gagnon-Tremblay
et Clément Gignac. Jeudi, la
direction du PLQ avait rendu public un texte
présentant des orientations
très audacieuses en matière de
tarification, un plan de match qui, s’il
était suivi par Québec,
déboucherait sur des décisions
difficiles à avaler pour les
contribuables.
On suggère l’implantation de
péages sur les autoroutes et dans la
communauté métropolitaine de
Montréal afin de financer l’entretien
et l’amélioration du réseau
routier. Les militants auront aussi à
se prononcer sur une proposition pour mettre
en place des droits de scolarité
«modestes» au collégial.
Pour freiner la malbouffe, on propose de
taxer davantage sucreries, croustilles et
boissons gazeuses.
Les militants devront voter aujou rd’hui su
r u ne série de propositions
destinées à hausser l’ensemble
des tarifs gouvernementau x et à les
indexer pour l’avenir. HydroQuébec
est visée: on suggère des
ajustements de tarifs selon l’heure de la
consommation, « quelques dollars de
plus » seulement chaque mois, assure
le document du PLQ.
On propose aussi l’imposition de redevances
sur l’eau captée par les grands
utilisateurs, Hydro-Québec, mais
aussi le secteur agricole et les
papetières. Pour la ministre de
l’Environnement, Line Beauchamp,
Québec a déjà depuis
l’an passé fait des gestes afin de
mettre en place ces redevances. Mais cette
opération vise tout autant à
changer les habitudes de consommation (une
redevance semblable à celle de
l’Ontario ne ferait entrer que de 3 à
6 millions dans les coffres du
gouvernement). Pour l’eau
embouteillée, les recettes seraient
encore plus minces (des dizaines de milliers
de dollars), a souligné Mme
Beauchamp.
Le document propose aussi une
deuxième ronde de
réingénierie du gouvernement.
On voudrait confier au privé
l’administration des régimes de
retraite publics. On propose aussi la mise
en place d’une « caisse santé
» afin de faire face à
l’augmentation des coûts liée
au vieillissement de la population.
Hausse des tarifs Le gouvernement Charest
passera à l’acte - Denis
Lessard
Hausse des tarifs Le projet de loi est
déjà prêt
QUÉBEC — Les contribuables
québécois doivent se
préparer au pire. Quand il observe ce
qui se passe dans le reste du Canada, le
gouvernement Charest estime qu’il lui manque
15 milliards de dollars de recettes venues des
tarifs des services aux citoyens.
Les mises en garde nombreuses et
récentes de Jean Charest quant à
une hausse importante de ces tarifs ne sont
pas que de vagues intentions : Québec a
déjà mis en marche son
opération en ce sens
Un « projet de loi sur le f i na ncement
des ser v ices publics » circule
déjà parmi les sous-ministres
depuis la semaine dernière, a appris La
Presse . L ors de la dernière
réunion du conseil des ministres, les
membres du gouvernement ont aussi reçu
l’ambitieux plan de Québec en
EXCLUSIF matière de tarification. Tous
ont le mandat de revenir avec leur proposition
à temps pour la réunion du 21
octobre, y compris un inventaire complet des
tarifs relevant de leurs ministères et
organismes.
Dans le mémoi re qui accompagne le
projet de loi, le gouvernement souligne que
l’ensemble des ta ri fs actuellement
appliqués rapporte 21 milliards de
dollars annuellement. C’est 60 % de la moyenne
des provinces – il faudrait
théoriquement atteindre 36 milliards,
soit 15 milliards de plus qu’actuellement,
pour rejoindre cette moyenne.
Le document d’une trentaine de pages insiste
sur le fait qu’il faudra prévoir des
mesures d’atténuation pour les
ménages à bas revenus. Aussi,
pas question de toucher au tarif des garderies
à 7 $ par jour.
On fait grand cas en revanche de la
nécessité d’obtenir des
compagnies minières des royautés
« au prix du marché ». Un
rapport embarrassant du vérificateur
général, l’an dernier, avait
critiqué le fait que ces
multinationales ne paient aucune redevance
à Québec.
Les droits seront aussi attendus des
forestières ainsi que des compagnies
qui captent l’eau pour la revendre.
Hausse et indexation
Le projet de loi d’une cinquantaine d’articles
– dont une quinzaine ne font que
prévoir les ajustements à
d’autres lois – indique que l’ensemble des
tarifs appliqués par le gouvernement
devront être ajustés pour tenir
compte de la valeur réelle des
services. Ils devront aussi être
désormais indexés annuellement.
Le problème de la non-indexation a
été maintes fois soulevé,
d’abord par le rapport de l’économiste
Claude Montmarquette, qui, au printemps 2008,
avait préconisé une hausse
générale des tarifs
gouvernementaux.
L’économiste proposait la fin de la
« culture de la gratuité »
et de la « sous-tarification » des
services publics et l’application du principe
de « l’utilisateu r-payeu r ». Il
recommandait même une hausse importante
des tarifs d’électricité et des
droits de scola rité, l’i nsta llation
de compteurs d’eau et l’instauration du
péage aux entrées de l’île
de Montréal.
Après les dernières
élections, la ministre des Finances
Monique Jérôme-Forget avait joint
à son budget un document proposant une
large réflexion sur la tarification au
Québec. Elle y relevait que, dans bien
des cas, les tarifs des services aux citoyens
– des permis de pêche aux certificats de
naissance – étaient inchangés
depuis des années. On peut souvent
remonter à 1996 pour trouver la
dernière augmentation, avait fait
valoir Mme Jérôme-Forget. «
Il est temps de bouger » avait-elle
soutenu. Son document de réflexion est
d’ailleurs mis en référence avec
le mémoire de la semaine
dernière.
Charest refroidit ses militants
- Denis Lessard
Québec doit « se serrer la
ceinture » avant de hausser les
tarifs, dit le premier ministre
Québécois» a-t-il
expliqué, se défendant bien
d’ainsi «désavouer» ses
militants, qui ont, en fin de semaine,
«contribué au
débat».
PHOTO
BERNARD BRAULT, LA PRESSE
«Le
gouvernement n’a jamais affirmé
qu’il allait adopter ce que les membres
proposeraient », a
déclaré le premier
ministre Jean Charest à l’issue
du conseil général de son
parti, hier.
Les résolutions adoptées par
le PLQ doivent « être
examinées dans un contexte plus
large », qui déborde les
seules augmentations de tarifs. Il faut le
« tableau d’ensemble » qu’est
susceptible d’apporter au gouvernement la
« consultation
prébudgétaire élargie
» qui est en préparation.
Pendant deux jours, les 400
délégués avaient
pourtant stuDRUMMONDVILLE — Le premier
ministre Charest a administré hier
une douche froide à ses militants
qui proposaient une longue liste de
tarifications nouvelles pour
équilibrer les finances de
l’État.
Majorer les tarifs n’est pas une
panacée aux problèmes du
gouvernement. Dans les prochaines
années, l’État devra surtout
« se serrer la ceinture », a
insisté hier M. Charest.
«Le gouvernement n’a jamais
affirmé qu’il allait adopter ce que
les membres proposaient», a
résumé M. Charest en point
de presse, à l’issue du conseil
général de son parti.
« Je suis chef du PLQ, mais je suis
le premier ministre de tous les dieusement
discuté, amendé et
adopté une série de
propositions ouvrant la voie à de
nouveaux tarifs, ce qui suppose des
décisions impopulaires de la part
du gouvernement. Le PLQ est
désormais en faveur de la
généralisation des
péages sur toutes les routes de la
province, de la hausse des tarifs de
l’électricité domestique et
même de l’imposition de droits de
scolarité au collégial.
Dans son allocution de clôture, M.
Charest n’a pas même
évoqué les propositions de
son parti sur les tarifs. Il a
souligné que, dans
l’évaluation des moyens de
réduire le déficit, il faut
se garder « d’avoir une approche
idéologique ».
Pour réduire le déficit – on
prévoit un total de 11,6 milliards
en quatre ans –, le gouvernement compte
«se serrer la ceinture», a
promis M. Charest, qui dit «garder
les yeux sur la colonne des
dépenses». «Nous allons
resserrer nos dépenses en
protégeant les services. Les
nouvelles initiatives gouvernementales
seront forcément
limitées» a-t-il lancé
devant les militants.
Comme prévu, les dépenses de
programmes augmenteront de 4,5% cette
année par rapport à
l’année dernière, une
décision qui visait à
atténuer l’impact du ralentissement
économique. L’an prochain, ramener
à 3,2 % la croissance des
dépenses est un défi
colossal, a insisté M. Charest. Au
surplus, la veille, l’économiste
Luc Godbout était venu dire aux
militants libéraux qu’il vaudrait
bien mieux viser 2,8%.
M. Charest s’est engagé à ne
pas hausser les impôts. «Dans
un monde idéal»,
l’impôt reste le moyen le plus
progressif d’augmenter les revenus de
l’État, « mais on est dans le
Canada, à côté des
États-Unis», de souligner M.
Charest. Une hausse
inconsidérée des
impôts risque de susciter des
départs.
Des échanges vigoureux
Les débats du conseil
général ont donné le
feu vert au gouvernement pour faire
adopter une « loi-cadre sur la
tarification », qui permettra
d’arrimer les tarifs à un
pourcentage du coût réel des
services. Dans le même esprit, le
conseil national a approuvé
rapidement le principe « d’ajuster
progressivement des tarifs
d’électricité afin qu’ils
reflètent les coûts de
production ».
Si bien des propositions ont passé
comme une lettre à la poste, les
délégués ont mis du
temps à approuver une
résolution controversée
proposant la mise en place d’un
«système de péages sur
les infrastructures autoroutières
interurbaines ». Pour plusieurs,
cette mesure risque de mettre un frein au
développement régional.
«Cette nouvelle taxe pour les
entreprises en région est contraire
à nos engagements », a
lancé Alain Maheux, de BeauceNord.
Dans bien des régions, il n’y a pas
d’autre solution que l’automobile ; les
transports en commun sont insuffisants,
souvent même inexistants, a fait
valoir un délégué de
Vaudreuil-Soulanges.
Mais pour les jeunes du PLQ, cosignataires
de la résolution, le principe de
l’utilisateur-payeur va dans le sens de
l’équité. « J’utilise
les transports en commun et je
subventionne par mes impôts des
routes qui ne me servent pas», a
expliqué Julien Gagnon, le
président de l’aile jeunesse du
PLQ.
Redevance sur l’eau
L es délég
ués ont au ssi demandé
au gouvernement d’instaurer
«le plus rapidement
possible» une redevance sur
l’eau embouteillée, une
idée qu’approuve la ministre
de l’Environnement, Line Beauchamp.
(NDE : Qu'attend-elle alors pour
agir, au juste ?!...)
On veut aussi que Québec
établisse un seuil pour les droits
miniers que devront lui verser les
exploitations dont les profits
dépassent 500 000 $.
On a également voté pour que
le gouvernement Charest hausse ses droits
sur les boissons alcoolisées et
adopte une nouvelle taxe d’accise sur les
aliments qui nuisent à la
santé, comme les croustilles, les
confiseries et les boissons gazeuses.
Samedi, le conseil général
avait adopté, de justesse, une
proposition qui prévoit la mise en
place de droits de scolarité
« modestes » au
collégial. Une proposition de
laquelle Jean Charest a clairement pris
ses distances.
Sans dire qu’il s’oppose à ces
droits, il a souligné que le
gouvernement « ne voudrait rien
faire qui réduise
l’accessibilité des études
postsecondaires ». La
résolution a été
adoptée par une dizaine de voix
seulement, ce qui montre, selon lui,
« qu’il n’y a pas de bonne ou de
mauvaise réponse à cette
question ».
Péages, droits de scolarité
dans les cégeps et factures d’Hydro plus
salées au menu - Denis Lessard
Conseil général du Parti
libéral en fin de semaine
— Des tarifs nouveaux, des droits de
scolarité même pour le
collégial, une facture
d’électricité plus salée et
surtout… des péages partout. Les
militants libéraux se sont mis au
goût du jour et, en période
d’austérité budgétaire,
proposeront en fin de semaine une longue liste
de mesures impopulaires. Même les
croustilles et les boissons gazeuses devraient
être frappées de taxes
supplémentaires, proposent les
libéraux, une mesure qui vise plus
à changer les habitudes qu’à
financer le gouvernement.
QUÉBEC
Même les croustilles et les boissons
gazeuses devraient être frappées de
taxes supplémentaires, proposent les
libéraux, une mesure qui vise plus
à changer les habitudes qu’à
financer le gouvernement.
C ’est le pla n de matc h qu’auront à
adopter en fin de semaine les militants
libéraux réunis à
Drummondville en conseil général.
Diffusée en fin de journée hier,
la résolution principale soumise au vote
propose une « loi-cadre sur la
tarification » dans le but de hausser
l’ensemble des tarifs prélevés par
le gouvernement – des recettes de 21 milliards
par année proviennent de cette source si
on tient compte des factures
d’électricité.
Cette loi-c ad re dev ra it , selon la
commission politique du PLQ, établir les
tarifs « en fonction d’un pourcentage
déterminé des coûts
réels pour chaque service ». Les
sommes perçues devront servir à
financer les services visés,
préciset-on aussi.
Une proposition soulèvera bien des
débats : on recommande que « soit
envisagée la possibilité
d’instaurer de modestes frais de
scolarité au niveau collégial
», des frais qui devront tenir compte du
coût des services. En contrepartie, on
préconise des balises, des «
limites » aux frais accessoires
exigés par les réseaux de la
santé et de l’éducation.
Le texte tient aussi pour acquis que «
beaucoup de tarifs existent et la plupart seront
indexés », une orientation
identique à celle des documents
ministériels sur la nouvelle politique
tarifaire, révélée pa r La
Presse cette semaine, et qui contenait, coï
ncidence, u n projet de loi sur une hausse
générale de la tarification.
Le PLQ propose un retour des péages. Et
pas seulement pour les autoroutes 25 et 30.
Selon les libéraux, il faudrait «
instaurer des péages sur les
infrastructures autoroutières
interurbaines, dont les revenus seront
exclusivement affectés au maintien des
infrastructures autoroutières
tarifées ».
Montréal aura plus que sa part de postes
de péage. Sur le territoire de la
Communauté métropolitaine de
Montréal, on propose un système de
péage distinct dont les revenus seront
utilisés pour améliorer la
fluidité du réseau autoroutier,
améliorer le réseau secondaire et
favoriser les transports en commun. Cette
idée se trouvait déjà dans
le rapport de Claude Montmarquette rem is au
début de 2 0 0 8 . L’administration T
remblay l’avait reprise dans son plan de
transport quelques mois plus tard.
Sur cette lancée, Québec, G at i
neau , Sherbro oke e t Trois-Rivières
devraient aussi subi r la même
médecine. Seule consolation : les nouveau
x usagers des tra nsports en commun devraient
bénéficier d’u ne première
c a r te mensuel le au tarif symbolique de 1 $.
Sou rce giga ntesque de revenus, une
augmentation du tarif de
l’électricité est à
prévoir. « Les tarifs actuels ne
reflètent pas les coûts de
production plus onéreux des nouvelles
installations », prévient le PLQ.
Le prix moyen d’un kilowattheure est de 6,8
cents à Montréal, mais de 11,7
cents à Toronto et de 21,27 cents
à New York.
Le document libéral ne parle plus du
« bloc de production patrimonial »,
dont les tarifs dépendent du gouvernement
et non de la Régie de l’énergie.
Les libéraux proposent plutôt
« d’ajuster progressivement les tarifs
d’électricité afin qu’ils
reflètent les coûts de production,
et qu’ils varient selon le moment de la
journée et l’intensité de la
demande ».
En contrepartie, on suggère d’augmenter
le seuil auquel la consommation
résidentielle est tarifée à
un prix inférieur, pour protéger
les personnes à faible revenu.
L’an dernier, le gouvernement Charest avait
essuyé les critiques acerbes du
vérificateur parce qu’il n’exigeait pas
les redevances prévues auprès des
m i n ières . L es d roits «
théoriques » sont de 12 % des
profits. En réalité, depuis 2002,
Québec n’a obtenu que 1,5 % des profits.
Le document préconise un pourcentage
plancher pour ces droits miniers et la mise en
place « le plus rapidement possible d’une
redevance sur l’eau ». Lors de la mise en
place du Fonds des générations, on
avait prévu que les capteurs d’eau
contribueraient comme Hydro-Québec, mais
on n’a jamais tarifé leurs
activités finalement.
Et s’ils se lassent de parler de tarification,
les militants libéraux pourront traverser
d’autres terrains minés. La
résolution propose une série de
resserrements sur les pouvoirs et les
dépenses des commissions scolaires.