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La
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Délivrez-
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Debt, key lime pie and willpower - MARGARET WENTE
Un
travailleur sur cinq en détresse
L'émission
Bob l'éponge est associée à des
problèmes d'attention et d'apprentissage
Un homme de coeur
Les
Breivik
de ce monde sont difficiles à arrêter,
croient les experts
APPRENDRE
À
ÊTRE
UN
PÈRE
« Le système l’a toujours garroché
»
Les
prédateurs sont
mal
soignés,
juge
un
expert
Culture’s role in mental health is overlooked
LES
HUIT
ÉTAPES
DU
DEUIL
Dans
la
tête
du
Dr
Turcotte
À Montréal contre la maladie mentale
Quebec’s
mental-health system needs therapy
La
vie
en
général
Sommes-nous
plus intelligents que nos ancêtres?
Le
stress comme vous ne l'avez jamais vu
L’ART DE DOMPTER LA BÊTE
LA SCIENCE DU BONHEUR
Mieux vaut être riche et en santé…
Rentre
dans
le
rang
Santé
mentale: une coalition décrie le manque de
ressources
Les
électrochocs demeurent un traitement de choix,
malgré le tabou
L’électrostimulation
demeure
une
pratique
controversée
Prévention
du suicide - Les visages effacés
Dead
dogs
and
morality
Un
quartier difficile prédispose aux problèmes
psychologiques
Une commission et l’opinion publique
Why Canada's prisons can't cope with flood of mentally ill
inmates
Les
oubliés
de
la
désinstitutionnalisation
Traitement
de l'autisme: une qualité de service inégale
UNE
APPROCHE
REMISE
EN
QUESTION
Efficacité critiquée
Getting
a
handle
on
happiness
How
the
rich
are
different
from
you
(and
me)
Avoiding the temptation trap
We
need
a
continuum
of
care
for
mentally
ill
offenders
S’ENTRAÎNER
À
S’ESCLAFFER
Hey,
kids:
Learn
about
your
brain
L'argent
peut faire le bonheur, soutient un psy
Le jeu, les joueurs, les milliards
L'autisme
et la schizophrénie rarement
héréditaires
British shootings show need for mental health supports -
Globe editorial
Get
politically
active,
get
happy
Les antidépresseurs ont leurs limites
L'épuisement
professionnel coûte cher
La
Bourse, Google, CNN : mélange peu productif
- Mathieu Perrault
Mythes
tenaces - Jacques Hendlisz
Un autre - Marie-Claude
Lortie
La dépression des moins de 3 ans n’est
pas à négliger
Fraudeurs et psychopates : SANS AUCUN
REMORDS - Martin Croteau
Earl Jones : L’HOMME DERRIÈRE LE
MASQUE - Catherine Handfield
Voir aussi Et
parlant d'économies, gare aux fraudeurs !...
et Y
a-t-il plus grands voleurs que les fraudeurs ?...
LE
RIRE
SOUS TOUTES LES COUTURES - Mathieu
Perrault
QUAND LES VACANCES SONT UNE SOURCE DE STRESS
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Émilie Côté
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COMPRENDRE LA
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TROUBLES ENVAHISSANTS DU DÉVELOPPEMENT
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Diagnostic des
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Aux
parents de fils schizophrènes : Bon courage
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Les antidépresseurs
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La Bourse, Google, CNN : mélange peu productif
- Mathieu Perrault
Ceux qui font
plusieurs choses en même temps auraient plus de
difficulté à passer d’une tâche à
l’autre
Une étude attaque la mode du multitâche,
déjà la cible de nombreuses critiques. Des
sociologues de l’Université Stanford ont
découvert que les adeptes du multitâche ont plus
de difficulté que la moyenne à passer d’une
tâche à l’autre.
«C’est très ironique», explique Clifford
Nass, l’auteur principal de l’étude, publiée
dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.
«Le multitâche vise justement à faire
plusieurs tâches en même temps, à passer
rapidement d’une tâche à l’autre. Si on met plus
de temps à regagner notre concentration quand on se
tourne vers une nouvelle tâche, c’est
contre-productif.»
Le multitâche consiste par exemple à
écouter la radio ou la télévision tout en
faisant une recherche sur l’internet. «Cette habitude
peut être nuisible si elle cause des goulots
d’étranglement cognitifs », explique M. Nass
Pour son
étude, le sociologue californien a divisé 262
cobayes – des étudiants de Stanford – en deux groupes,
selon qu’ils pratiquaient peu ou beaucoup le multitâche.
Il a constaté que les fervents du multitâche
étaient beaucoup moins bons pour écarter les
distractions et qu’ils mettaient beaucoup plus de temps
à passer d’une tâche à l’autre.
L’expérience qui mesurait ce délai consistait
à mettre en ordre des lettres, puis des chiffres. La
différence entre les deux groupes atteignait quatre
secondes.
Deux explications
Deux explications sont possibles. «Soit le
multitâche diminue la capacité de passer d’une
tâche à l’autre, dit M. Nass. Soit les gens qui
ont des difficultés à passer d’une tâche
à l’autre sont, pour une raison mystérieuse,
attirés par le multitâche. Peutêtre
pensent-ils erronément améliorer leur
performance. Quoi qu’il en soit, il faut tenir compte de cet
effet pour éviter que certaines catégories de
personnes soient désavantagées dans un monde qui
met de plus en plus l’accent sur l’efficacité et la
flexibilité. La nécessité de
répondre rapidement aux courriels oblige les gens
à surveiller sans cesse leur boîte de
réception. Sacrifier la performance dans notre
tâche principale pour pouvoir surveiller d’autres
sources d’information n’est pas nécessairement un bon
calcul.»
Pour déterminer si ces difficultés cognitives
sont causées par le multitâche, ou si les gens
qui ont ces difficultés sont plutôt
attirés par le multitâche, M. Nass va faire cet
automne une expérience par imagerie neurologique.
« Nous verrons quelles régions du cerveau sont
activées. S’il s’agit de régions qui changent
peu à l’âge adulte, on peut considérer que
le multitâche n’est pas responsable des
difficultés cognitives. Mais s’il s’agit de
régions très plastiques, le multitâche est
alors coupable et devrait être évité.
»
Mythes tenaces - Jacques Hendlisz
Dans une
lettre publiée le 11 août dans La Presse, une
citoyenne de LaSalle fait le récit d’une agression dont
elle a été témoin. Elle dénonce un
événement déplorable et pose des
questions pertinentes.
Elle présume que l’agresseur – surnommé «
fou » et « hurluberlu » – souffre d’un
problème de santé mentale parce qu’il se
trouvait proche de l’Institut universitaire en santé
mentale Douglas. Elle sous-entendquelespersonnes aux prises
avec un problème de santé mentale sont violentes
et suggère un coupable: la
désinstitutionnalisation.
Encore une fois, nous constatons que les mythes entourant les
maladies mentales ont la couenne dure.
Une personne
sur cinq souffre ou souffrira d’un problème de
santé mentale au courant de sa vie: Alzheimer,
anxiété, dépression, anorexie, boulimie,
schizophrénie, troubles bipolaires, etc. On ne choisit
pas de souffrir d’une maladie mentale comme on ne choisit pas
de souffrir d’un cancer. Les personnes malades méritent
mieux que de se faire traiter de fou et d’hurluberlu. Elles
méritent notre compassion et notre soutien. Les
préjugés sont tels qu’une personne malade
préférera souffrir en silence et voir sa
santé s’aggraver plutôt que d’aller chercher de
l’aide.
L’événement regrettable que mentionne l’auteure
de la lettre et le rapprochement qu’elle tente de faire avec
celui – plus dramatique – de l’homme schizophrène
paranoïaque qui a décapité un passager
à bord d’un autobus l’année dernière,
n’aident en rien à nous débarrasser de cette
perception que les personnes souffrant de maladies mentales
constituent des risques pour la société.
Pourtant, les faits dévoilent une autre
réalité.
Moins de 4% des interactions entre les citoyens et les
services policiers concernent des personnes ayant des
problèmes mentaux graves et, parmi toutes les personnes
suspectes d’un délit, seulement 0,7% auraient un
problème de santé mentale grave. La plupart du
temps, ce sont elles qui sont victimes d’actes
d’agressivité. « Le risque que pose la
société pour la personne qui a un
problème de santé mentale est plus
élevé que le risque que pose la personne qui a
un problème de santé mentale pour la
société », rappelle la chercheuse Anne
Crocker, de l’Institut Douglas.
Heureusement, les gens qui souffrent de problèmes de
santé mentale ne vivent plus dans les hôpitaux.
Grâce aux percées scientifiques et à
l’amélioration des thérapies, l’époque
asilaire – l’institutionnalisation – est depuis longtemps
révolue. Partout dans le monde, ils vivent dans la
communauté. Ainsi, ils se portent mieux, ils ont plus
de chances de se rétablir, de mener des vies
productives et de contribuer à la
société.
La dépression des moins de 3 ans n’est pas
à négliger
— La
dépression chez les enfants de 3 ans n’est pas un
état grincheux passager, mais une maladie grave. Une
étude américaine montre pour la première
fois qu’une dépression profonde peut être
chronique, même chez les plus petits, contrairement
à l’idée largement admise de la prétendue
insouciance de l’enfance.
Jusqu’à
très
récemment, « les gens ne prêtaient pas
vraiment attention aux troubles dépressifs des moins de
6 ans. Ils ne pensaient pas que cela puisse arriver, les
enfants de moins de 6 ans étant affectivement trop
immatures pour éprouver cela », explique la
principale auteure de l’étude, Joan Luby, psychiatre
à l’Université de Washington, dont
l’équipe de recherche a suivi pendant deux ans 200
enfants âgés de 3 à 6 ans, dont 75 chez
lesquels avait été diagnostiquée une
dépression grave. Parmi les enfants initialement
déprimés, 64% l’étaient toujours ou
vivaient un épisode dépressif récurrent
six mois plus tard, et 40% connaissaient toujours des
problèmes deux ans plus tard. Au total, près de
20% souffraient d’une dépression persistante ou
récurrente, au vu des résultats.
Fraudeurs et psychopates : SANS AUCUN
REMORDS - Martin Croteau
Le criminel en
cravate a souvent un profil de psychopathe
Les criminels en cravate sont-ils plus nombreux qu’auparavant
? Chose certaine, les crimes financiers retiennent l’attention
des médias et du public plus que jamais. En entrevue
avec La Presse, le psychiatre Robert Hare, auteur de Snakes in
Suits : When Psychopaths Go to Work, dévoile des
détails troublants sur la psychologie des fraudeurs.
« Le psychopathe commet des crimes parce que c’est dans
sa nature. Et sa nature, essentiellement, est d’utiliser les
autres pour son propre avantage. »
QExiste-
t-il un profil type du criminel financier ? R Ils sont tous
différents, mais il y a certaines
caractéristiques communes, les mêmes qu’on trouve
chez d’autres criminels. Un certain égoïsme, un
souci de son propre bien-être au détriment de
celui des autres, un sentiment qu’on mérite les choses.
Le criminel en cravate a le sentiment qu’il est correct
d’enfreindre la loi pour satisfaire ses propres besoins.
QQu’est-
ce qui pousse un homme d’affaires aisé à
commettre ce genre de crime ? R Certaines personnes vont
être poussées au crime par un concours de
circonstances. Elles peuvent avoir un problème de jeu
ou un problème familial et en venir à commettre
des crimes. Dans le cas d’individus psychopathes, le sujet de
notre livre, il s’agit du type de criminel le plus dangereux
et le plus problématique pour la société
parce que, pour ces personnes, ça fait partie de leur
personnalité d’utiliser et de manipuler les autres pour
atteindre leurs fins. QL’actualité
regorge de criminels en cravate par les temps qui courent.
S’agit-il de criminels « ordinaires » ou de
« psychopathes » ? R Pour déterminer s’ils
sont psychopathes ou pas, il faut une évaluation
scientifique détaillée. Chose certaine,
toutefois, pour manipuler, frauder, détruire des
centaines de vies sans la moindre apparence de remords ou de
souci, cela est caractéristique des psychopathes.
QVotre
livre
s’intitule Des serpents en cravate : quand les psychopathes
vont au travail. Comment comparez-vous ces individus aux
criminels plus « conventionnels », par exemple des
braqueurs de banque? R Pour plusieurs criminels ordinaires, le
crime est un travail. Ce sont des professionnels qui
comprennent les risques, mais qui choisissent de les courir
pour profiter d’une manne au bout du compte. Les psychopathes,
eux, sont différents. Ce ne sont pas des gens qui vont
calculer les risques et les récompenses. Ils croient
qu’ils ont droit à l’argent qu’ils pillent. Que les
autres humains sont des objets qui n’ont ni sentiments ni
droits. Un criminel professionnel peut avoir une conscience,
une loyauté face aux autres, par exemple envers sa
famille. Un psychopathe n’a de loyauté envers personne
sauf lui-même. QDonc,
un criminel psychopathe, tel que vous le décrivez, ne
ressent pas le moindre remords par rapport à ses actes
? R Le psychopathe ne commet pas des crimes parce qu’il vit un
problème. Il le fait parce que c’est dans sa nature. Et
sa nature, essentiellement, est d’utiliser les autres pour son
propre avantage. Vous pouvez avoir un criminel en cravate qui
pille l’épargne de ses investisseurs. Pour lui, peu
importe si ses victimes sont des membres de sa famille, des
amis ou de parfaits étrangers. Il peut faire cela sans
éprouver le moindre trouble de conscience. Le seul
moment où il ressent du remords, c’est lorsqu’il se
fait arrêter. QNe
sait-il pas qu’il va se faire prendre ? R Nous faisons tous la
même chose. Dans votre vie ordinaire, vous pouvez
commettre des actes qui sont, disons, un peu « à
la limite », sans nécessairement être
illégaux. Vous pouvez faire des choses que vous ne
voulez pas que votre femme sache, vous pouvez acheter une
bouteille de whisky même si votre médecin vous
l’interdit. Normalement, on évalue le risque pour
déterminer s’il y a des chances d’être
découvert. Dans le cas du psychopathe, des choses qui
pourraient arriver dans le futur ne comptent pas vraiment,
c’est une abstraction. Ils se disent : « De toute
façon, je suis brillant, je peux m’en tirer. »
Ils pensent aux récompenses et non au risque qu’ils
soient démasqués. QLes
fraudes financières ne datent pas d’hier. Comment cette
forme de criminalité évolue-t-elle ? R Je ne
sais pas s’il y a plus de psychopathes qu’auparavant, mais
c’est devenu beaucoup plus facile pour ces personnes de
commettre des crimes. Il est possible de faire toutes vos
transactions mobilières ou bancaires par
téléphone ou sur l’internet. Il est possible
d’envoyer un courriel à 100 000 internautes avec un
clic de souris. L’internet procure aux criminels plusieurs
nouveaux moyens pour faire de l’argent. Je reçois
moi-même une cinquantaine de pourriels chaque jour. Il
suffit qu’une ou deux personnes vulnérables
répondent pour que le criminel puisse agir.
L’HOMME DERRIÈRE LE MASQUE -
Catherine Handfield
Après
des semaines de recherche, le conseiller financier Earl Jones
s’est livré aux policiers lundi. Il a été
libéré mardi. Le lendemain, sa
société a été mise en faillite.
Bientôt, l’homme qui menait jusqu’au printemps un train
de vie de luxe sera offici
« Earl se comportait comme s’il n’avait jamais tort. Et
malheureusement, nous l’avons tous cru. »
La dernière fois que Bevan Jones a vu son frère
Earl, c’était le matin du 9 avril. Earl Jones
était passé au domicile de Bevan et de sa
conjointe, dans les Laurentides, pour leur demander de
l’argent.
Earl
Jones à sa sortie du palais de justice mardi dernier.
Le conseiller financier a tout perdu en quelques jours :
réputation, amis, famille, entreprise...
Earl Jones leur a expliqué qu’un de ses bons amis
souhaitait qu’on lui avance quelques milliers de dollars pour
s’acheter un bateau. Cet ami attendait un important versement
et, bien entendu, il les rembourserait avec un taux
d’intérêt appréciable.
Ce matin-là, Bevan Jones, un retraité de 70 ans,
a senti que quelque chose clochait. Earl Jones se raclait
constamment la gorge, comme il le faisait, enfant, lorsqu’une
affaire le tracassait. Mais Bevan a gardé ses doutes
pour lui. Et sa femme, Frances Gordon, a remis à Earl
Jones les derniers 13 000 $ qu’il lui restait dans son compte.
Les seuls dollars qu’elle n’avait pas encore confiés au
soi-disant conseiller financier.
Une histoire inventée
Aujourd’hui, Frances Gordon et Bevan Jones réalisent
qu’Earl Jones avait inventé de toutes pièces
cette histoire de bateau. Et que l’homme charmant,
généreux, aimable et volubile qu’ils ont connu
n’était peut-être pas le vrai Earl. «
Aujourd’hui, nous réalisons que sa vie n’est qu’un
tissu de mensonges », résume Bevan Jones,
rencontré cette semaine dans sa jolie et modeste maison
de Montcalm, dans les Laurentides.
« Jamais, jamais , jamais » Bevan Jones ne s’est
douté du présumé stratagème de son
frère, accusé cette semaine de vol et de fraude.
L’Autorité des marchés financiers (AMF) le
soupçonne d’avoir détourné de 30 à
50 millions de dollars grâce à une combine
« à la Ponzi », une fraude qui consiste
à verser à l’investisseur des rendements fictifs
obtenus à même la contribution de nouveaux
investisseurs.
Les gens qui l’ont connu sont unanimes : Earl Jones semblait
avoir une très grande confiance en lui et ne pouvait
qu’inspirer la confiance. « Earl se comportait comme
s’il n’avait jamais tort, dit Frances Gordon. Et
malheureusement, nous l’avons tous cru. »
Une rapide ascension
Cadet d’une famille composée d’une fille et de trois
garçons, Earl Jones a grandi dans le quartier
Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal, dans un
milieu de classe moyenne. Son père était
graveur, et sa mère, femme au foyer. Earl Jones
était un garçon discret et sportif, selon son
frère Bevan.
Il a poursuivi ses études à l’école
secondaire West Hill, où il a rencontré Maxine,
qui deviendra plus tard sa femme. Earl Jones a ensuite suivi
une formation en finances à l’Université
Concordia, d’où il a obtenu son diplôme vers
1967.
Le jeune financier a commencé sa carrière au
service de gestion de patrimoine de Montréal Trust. Sa
femme et lui se sont acheté une maison modeste à
Beaconsfield. C’est à cette période que le
couple a eu ses deux filles : Kimberley, qui souffre d’une
légère déficience intellectuelle et
habite à Cape Cod au Massachusetts, et Christine, qui
demeure à Montréal.
C’est vers la fin des années 70 qu’Earl Jones a
décidé de se lancer à son compte.
Dès lors, sa fortune a commencé à
croître. Le financier s’est acheté une maison
dotée d’une plage privée dans le croissant
huppé de Gables Court, à Beaconsfield. Puis un
appartement à Boca Raton, en Floride, et un cottage
à Mont-Tremblant, situé sur le terrain du club
de golf Le Maître.
Le goût
du luxe
Earl Jones a pris goût au luxe, selon plusieurs de ses
proches. Il possédait une Mercedes qu’il faisait laver
et cirer fréquemment. Maxine, elle, voyageait en BMW.
Excellent golfeur, il est membre du club de golf Royal
Montréal à L’ Î leBizard, le club
privé et prestigieux des hommes d’affaires anglophones
où il faut verser 20 000$ pour être membre, sans
compter les frais annuels d’environ 6000$. Le mariage de sa
fille Christine y a d’ailleurs été
célébré avec faste en 2003. Jones est
aussi un habitué des pentes de Tremblant.
Earl Jones aime les bons vins et mangeait plusieurs fois par
semaine au restaurant. Maxine incitait son mari à
verser de généreux pourboires, selon Danielle
Octeau-Manouvrier, une des personnes fraudées. «
Earl ne regardait jamais les prix, ajoute Frances Gordon. Ce
mot ne faisait tout simplement pas partie de son vocabulaire.
»
Il n’hésitait pas à payer la tournée
à ses proches, selon Charlie Washer, qui aurait
également été fraudé. Il y a
quelques années, Earl Jones a invité M. Washer
à une réception dans une salle de Westmount.
« Il avait payé la facture des 10 personnes
assises à notre table », se souvient Charlie
Washer, qui voyait Earl Jones comme un homme « toujours
bien habillé » et « flamboyant ».
« Dans la famille Jones, tout le monde parle beaucoup.
Mais c’est Earl qui parlait le plus, renchérit Bevan
Jones. Il riait et jouait des tours constamment. »
Earl Jones est également réputé
être « un homme à femmes », selon
Wendy Nelles, une proche de la famille qui lui a
également confié ses économies. Le couple
s’est déjà séparé pendant quelques
mois avant de revenir ensemble.
Un bon père
Au dire de plusieurs, Earl et Maxine Jones aimaient beaucoup
voyager. Wendy Nelles se souvient que le couple est
allé à Londres en avril, et qu’il revenait
d’Acapulco quand le scandale a éclaté. Tous deux
voyageaient, surtout en Floride et à Cape Cod, pour
visiter leur fille Kimberley qui habite dans une école
pour déficients intellectuels.
« Ils allaient la visiter fréquemment, parfois de
deux à trois fois par mois », dit Bevan Jones. Au
début du mois de juillet, Earl Jones est d’ailleurs
allé voir Kimberley au Massachusetts. Était-ce
pour s’assurer qu’elle ait tout ce qu’il faut advenant son
arrestation?
« Earl adorait ses filles et les trois garçons de
Christine. C’est un très bon père, a convenu
Bevan Jones. Quand il était introuvable, en juillet, je
savais qu’il n’était pas loin. Il n’aurait jamais
quitté ses enfants. »
Bevan Jones ignore si Maxine, Christine et Kimberley se
doutaient du présumé stratagème d’Earl
Jones, qui semblait le rattraper ces dernières
années. En 2006, il a hypothéqué son
appartement de Dorval et son cottage de Mont-Tremblant pour
800 000 $, a révélé The Gazette cette
semaine. Depuis deux ans, il versait moins assidûment
les supposés intérêts à ses
investisseurs, selon Bevan Jones.
« J’imagine que la crise économique faisait en
sorte qu’il trouvait de moins en moins de clients. Earl devait
être complètement désespéré
», ajoute Bevan, qui n’excuse en rien ses
présumés agissements.
LE RIRE SOUS TOUTES LES COUTURES -
Mathieu Perrault
Les blagues
étaient de rigueur lors de la réunion des
vendeurs d’une entreprise finlandaise. Le directeur des ventes
était toujours celui qui lançait la
première blague et ses subordonnés riaient
à tout coup. Mais ces derniers se servaient aussi de
l’humour pour exprimer leurs insatisfactions – à propos
des produits de leur entreprise, des mauvaises habitudes de
leur patron ou de leurs collègues. Mais quand des
clients potentiels, britanniques, ont joint la réunion,
l’atmosphère s’est faite plus sérieuse. Finies
les blagues sur les défauts des produits et les
moqueries pas toujours gentilles. Seuls subsistaient quelques
lieux communs amusants sur les différences culturelles
entre les deux pays.
Cette description, faite par une philologue de la
faculté d’économie de l’Université
d’Helsinki dans la revue académique Negotiation
Journal, illustre bien le pouvoir de l’humour. Le rire est une
manière d’établir la hiérarchie. Dans
plusieurs cultures, les dirigeants (d’une entreprise ou d’une
tribu) se servent du rire pour montrer leur dominance: quand
ils rient, leurs subordonnés doivent rire aussi. Depuis
une vingtaine d’années, les études scientifiques
sur le rire se sont multipliées.
« Le rire est un descendant direct des jeux de bataille
des animaux, explique Robert Provine, psychologue de
l’Université du Maryland qui a publié le livre
Le rire, sa vie, son oeuvre. Il est fondamental pour
reconnaître les amis des ennemis. Et il joue un
rôle central dans le processus de séduction de la
femme par l’homme. »
Le psychologue américain avance que le « ha-ha
» du rire reflète le halètement durant
l’effort physique. Et plus précisément, le
halètement durant les jeux de bataille auxquels se
livrent tous les animaux, même les hommes, quand ils
sont petits.
« Le contact physique qu’ont deux amis qui se
chamaillent est fondamental pour leur amitié. On
retrouve un peu ce phénomène dans le sport, chez
les adultes. On n’a qu’à penser aux chatouillements,
qui ne sont agréables que s’ils sont faits par des
parents et amis. Comme il est difficile de faire semblant de
rire, c’est un mécanisme important pour
déterminer l’honnêteté d’une personne.
Rire peut servir à inclure ou à exclure. »
Le
parallèle entre le rire et les batailles rituelles est
d’autant plus évident quand on pense à la
séduction. « Les hommes font beaucoup plus rire
les femmes que les femmes les hommes, dit M. Provine. Je ne
pense pas que ce soit seulement dû à des normes
sociales imposant le sérieux aux femmes. Les hommes les
plus populaires, les mâles alpha, sont aussi ceux qui
font le plus rire les autres. »
Les femmes ont plus tendance à sourire qu’à rire
que les hommes, probablement parce que ces derniers utilisent
leur présence physique – y compris leur voix et le rire
– comme une menace ou un instrument de défense, selon
John Moreall, philosophe du College of William and Mary en
Virginie qui consacre sa carrière au rire (son
cinquième livre sur le sujet, Comic Relief : A
Comprehensive Theory of Laughter, sera publié en
septembre) et a fondé la Société
internationale d’études sur l’humour. « Dans
plusieurs cultures, les femmes ne doivent pas rire bruyamment,
dit M. Moreall. C’est une expression inacceptable de
masculinité. »
Et pourtant, les femmes sont plus susceptibles que les hommes
de réagir à l’humour, selon une étude
publiée en 2005 par des psychiatres de
l’Université Stanford. Placés devant des dessins
animés, les hommes utilisaient moins que les femmes la
partie du cerveau responsable de la compréhension du
langage. Les chercheurs californiens avançaient que les
hommes s’attendaient trop à rire, alors que les femmes
abordaient les vidéos avec un oeil plus critique qui
les rendait paradoxalement plus réceptives à
leur humour.
Le rire fascine l’homme depuis l’Antiquité. Platon
jugeait qu’il s’agissait trop souvent de moqueries et le
bannissait de sa cité idéale, alors qu’Aristote
voulait s’en servir pour enseigner les pratiques vertueuses
aux masses en humiliant les mauvais citoyens. Darwin estimait
au contraire que le rire était toujours signe de joie.
« On apprend beaucoup sur une société en
étudiant comment elle traite le rire, dit Robert
Provine. Dans le film Ridicule de Patrice Leconte, par
exemple, rire était vulgaire, même si les mots
d’esprit étaient très bien
considérés. Les Français de cette
époque, sous Louis XVI, avaient d’ailleurs une
très mauvaise opinion de l’habitude qu’avaient les
Anglais de rire à gorge déployée. »
Cette emphase sur l’humour est de toute façon mal
placée. « Seulement 10% à 20% du temps que
nous passons à rire est une réponse à des
blagues, affirme M. Provine. Le reste du temps, il s’agit de
signaux sociaux qu’on envoie à d’autres personnes pour
signifier notre désir d’entrer en communication, par
exemple quand on rit un peu en disant "quelle belle
journée", ou quand on rit par nervosité. Le rire
n’est pas toujours lié à l’humour. »
Les usages sociaux du rire intéressent d’ailleurs
beaucoup les psychologues. « Il y a de plus en plus
d’études sur la contribution du rire à la
stabilité familiale et maritale », explique Glenn
Weisfeld, psychologue de l’Université Wayne au
Michigan. « Certains chercheurs s’inquiètent
d’ailleurs que le fait que les enfants passent de moins en
moins de temps à jouer de manière non
structurée avec des amis mènera à une
génération de personnes qui ne savent pas se
servir du rire comme d’un instrument d’intégration et
de communication. »
LES BIENFAITS DE LA RIGOLADE
Bon pour le
coeur, pour le lait maternel, pour le système
immunitaire, pour les schizophrènes, mais aussi
élément déclencheur de crises d’asthme:
le rire a un impact direct sur la santé physique, qui
intéresse de plus en plus les chercheurs.
« Rire un bon coup est aussi bon pour le coeur que
faire de l’exercice aérobique », affirme
Michael Miller, directeur du centre de cardiologie
préventive de l’Université du Maryland, qui a
publié plusieurs études sur les effets
cardiovasculaires du rire. « Rire contrecarre les
effets du stress mental, qui rend les parois des vaisseaux
sanguins plus rigides. »
Le Dr Miller a montré des extraits de la
comédie King Pin, des frères Farrelly,
à 20 volontaires, et des scènes violentes de
Saving Private Ryan à 20 autres cobayes. Le flot
sanguin augmentait en moyenne de 22% après la
comédie et décroissait de 35% après le
film de guerre.
Le
cardiologue américain a eu l’idée de son
étude après avoir constaté que les
cardiaques avaient moins d’humour dans leur vie quotidienne
que la moyenne. « Je voulais vérifier si
c’était la maladie qui les rendait sombres, ou le
contraire. Il est d’ailleurs possible qu’une partie de
l’effet négatif de la dépression sur le coeur
soit dû au manque de rire. »
N’est-il pas possible d’avoir une crise cardiaque en riant
trop fort? « Non, en général les
cardiaques s’arrêtent de rire parce qu’ils manquent de
souffle avant de risquer l’infarctus. »
D’autres études ont montré que le rire
améliore le système immunitaire en
réduisant la production des hormones du stress et en
augmentant la production de globules blancs, que les
mères japonaises qui regardent une comédie
(Charlie Chaplin) avant de donner le sein à leur
bébé ont plus de mélatonine dans leur
lait, ce qui réduit les symptômes de
l’eczéma, que les schizophrènes
israéliens sont moins agités quand ils
regardent régulièrement des comédies,
et que le tiers des crises d’asthme chez les enfants
australiens sont dues à des séances
prolongées de rires.
DES MILLIONS D’ANNÉES
Quel est
l’âge du rire? Probablement 10 à 16 millions
d’années, selon des primatologues britanniques, qui ont
mis un terme à cette question épineuse en
prouvant que le rire humain et celui des grands singes ont un
schéma de fréquences similaire. En analysant 11
caractéristiques du rire de 25 jeunes primates, dont 3
bébés humains, les chercheurs de
l’Université de Portsmouth ont constaté que plus
les singes étaient génétiquement proches
de l’homme, plus leurs rires étaient similaires.
LES QUATRE RIRES
Il existe quatre
types de rires, ont démontré des psychologues
allemands et britanniques : le bonheur, le rire
incontrôlable provoqué par un chatouillement, le
ricanement agressif et le ricanement qui se réjouit du
malheur d’autrui. Cela confirme que le rire est un
mécanisme de communication complexe, qui peut transmettre
plusieurs émotions en même temps. Les chercheurs
ont montré à 24 cobayes des séquences de
rires faites par des comédiens professionnels, qui
devaient suivre ces quatre catégories. Les
émotions étaient reconnues avec justesse dans 37%
à 50% des cas, les ricanements agressifs étant les
plus faciles à identifier.
UNGAZ HILARANT POUR ARME
Une
entreprise américaine d’armements propose de fabriquer
des munitions non mortelles moins dures que les balles en
caoutchouc, mais qui seraient aussi efficaces parce qu’elles
contiendraient un gaz hilarant rendant un soldat ennemi
incapable de se défendre parce qu’il serait en train de
s’esclaffer. L’objectif est d’avoir une balle qui est
sécuritaire même si la cible est proche du soldat
– les balles en caoutchouc ordinaire peuvent causer des
blessures graves à courte portée. L’entreprise
californienne Agentai a reçu 100 000$US de
l’armée américaine pour étudier la
faisabilité du concept en 2002 et travaille aussi
à l’utilisation de « gaz incapacitants »
non mortels, hilarants ou malodorants, dans les obus
d’artillerie, selon le magazine britannique
QUAND LES VACANCES SONT UNE SOURCE DE STRESS
- Émilie Côté
Vous stressez
plus qu’autre chose en voyant les vacances arriver? Vous avez
l’impression que vous ne réussirez pas à
terminer tout le travail qui traîne sur votre bureau? La
Presse s’est entretenue avec différents experts en
gestion de temps. Si l’arrivée
Vendredi soir, sortie du bureau à 19h. Vous êtes
crevé. Vous voudriez terminer tel dossier pour avoir
l’esprit libre, mais vous devez rentrer à la maison. Il
faut faire les bagages et remplir la voiture: vous avez promis
aux enfants de partir à 5h le lendemain matin en
direction des plages du Maine.
PHOTO ROBERT SKINNER, LA
PRESSE
Difficile de décrocher du
boulot ? Certains acceptent de s’éloigner du
travail... à condition de pouvoir rester en contact
permanent avec le bureau. Même confortablement
installés sur une plage.
Deux semaines de vacances et dépenser 2500$? Et avoir
deux fois plus de travail quand ce sera le temps de retourner
au boulot? Pour certains parents, l’arrivée des
vacances est une source de stress. Pour d’autres, cela n’en
vaut même pas la peine.
Un sondage mené au printemps dernier par Expedia
indique que 39% des Québécois et 53% des
Canadiens ne profitent pas de tous les jours de vacances qui
leur sont accordés. Si 28% des Québécois
ont du mal à faire fi du stress relié au bureau
quand ils sont en vacances, 5% affirment qu’ils ont trop de
responsabilités au travail pour s’arrêter. Parmi
les Québécois sondés, 17% ont
déjà annulé des plans de vacances en
raison du travail.
Marie Claude Lamarche, psychologue spécialisée
en santé psychologique au travail, cite en exemple le
cas hypothétique d’un jeune travailleur qui vient de
faire des investissements importants pour ouvrir un bureau et
travailler à son compte. « Le concept de vacances
pour les travailleurs autonomes, c’est de l’argent qui n’entre
pas. Partir deux semaines, c’est 5000$ de dépenses et
5000$ de perte de revenus, donc 10 000$ sur la marge de
crédit », souligne-t-elle.
Dans les milieux compétitifs, des gens peuvent craindre
d’avoir « un couteau dans le dos » à leur
retour, poursuit-elle. Tandis que chez les nouveaux parents,
partir loin de la maison peut être synonyme de
complications plutôt que de repos.
Quand sa fille avait 4 mois, Mme Lamarche et son conjoint sont
partis en voiture vers les plages de la côte Est
américaine, comme ils en avaient l’habitude. «
Elle a hurlé jusqu’à Kennebunk », raconte
Mme Lamarche.
Il existe des formules simples pour décrocher, fait
valoir la psychologue. Dans un camping familial situé
à 45 minutes de la maison, par exemple. Tout est une
question d’organisation et de planification.
Organiser son départ du bureau
Luc-Richard
Poirier est le président fondateur
d’intelligenceSanté, qui offre aux entreprises une
conférence intitulée « Osez se
décrocher de vraies belles vacances ». Il
remarque que des gens stressent à l’idée
d’être en vacances, car ils mettent le pied sur
l’accélérateur quand ils sont en congé.
Ils remplissent leur agenda, ce qui les empêche de
lâcher prise. « On a tendance à prendre
notre modèle professionnel structuré, axé
sur la performance, et à l’appliquer à nos
vacances. Je dis à ces gens-là : les plus beaux
soupers, ce sont les soupers imprévus. »
C’est aussi une question de personnalité,
souligne-t-il. « Il y a des gens qui ont de la
difficulté à déléguer. Il y a
aussi des workaholics, qui ne sont pas capables de
décrocher. Je leur dis : votre entreprise va continuer
à rouler si vous n’êtes pas là. »
Partir en vacances, ça s’organise au bureau, ajoute M.
Poirier. « Avez-vous cherché quelqu’un pour vous
remplacer ? Il y a des gens qui disent: je reviens et j’ai 364
courriels. Avez-vous mis une réponse automatique disant
que vous êtes en vacances ? Avez-vous averti vos plus
importants clients? »
Il faut aussi prévoir du temps pour se reposer pour
arriver au bureau frais et dispos. Revenir de voyage le
dimanche soir à 23h et retourner au bureau le lundi
matin à 7h, ce n’est pas une bonne idée.
Et le BlackBerry ou le cellulaire, on l’emporte avec soi ou on
le laisse à la maison? Selon Marie Claude Lamarche, son
propriétaire doit se demander si le besoin de
décrocher est plus important que la demande du patron
ou l’occasion d’avoir un nouveau client. « Physiquement,
la personne est à la plage, mais mentalement, elle est
revenue au bureau », indique-telle. D’un autre
côté, « il y a des gens qui ne partiraient
pas s’ils ne pouvaient pas être en contact ».
Mais peut-être que la personne n’a pas vraiment le
choix. « Il y a beaucoup de gestionnaires à
sensibiliser, signale M. Poirier. L’été est une
période à risque pour les entreprises, car les
gens sont en vacances et se demandent : " Est-ce que j’aime
mon travail ?" »
C’est à l’image d’une personne qui a des doutes sur son
couple et part en voyage pour voir si elle s’ennuiera de son
conjoint ou non, illustre Marie Claude Lamarche.
« Pour décrocher de ton travail, il faut que tu y
sois accroché. Il faut que tu l’aimes », conclut
Luc-Richard Poirier.
Avoir du temps : Une question de planification -
Émilie Côté
« Le
monde du travail d’aujourd’hui, où tout va vite, nous
empêche d’adopter des comportements qui sont
guidés par l’efficacité. Comme si un pompier
passait son temps à éteindre des incendies, sans
voir qu’il y a un pyromane derrière lui. »
Rares sont les gens qui n’ont jamais l’impression de manquer
de temps. Mais ce n’est pas seulement une impression.
Selon une étude de Statistique Canada publiée en
avril dernier, le nombre moyen d’heures travaillées des
couples canadiens a augmenté de 13% depuis 30 ans.
Une autre étude réalisée il y a deux ans
a révélé que le tiers des Canadiens se
considèrent comme des bourreaux de travail. Non
seulement ils sont plus stressés que les autres
travailleurs quand ils manquent de temps (71%, contre 58%),
ils regrettent de ne pas passer suffisamment de temps avec
leur famille (70%, contre 45%).
« Plus du tiers des Canadiens peuvent être
classés dans la catégorie des personnes
fortement stressées, principalement à cause de
leur travail », peut-on lire dans une troisième
étude, que Gilles Pronovost, professeur à
l’Université du Québec à Montréal,
a réalisée à partir des enquêtes de
Statistique Canada. « Tout indique que nous vivons dans
une société malade du temps »,
écrit le chercheur.
François Gamonnet, le fondateur de l’Institut de
gestion du temps, a même trouvé un nom pour les
gens qui ont l’impression constante que 24 heures ne suffisent
pas dans une seule journée: la « tempsdinite
». « On sous-évalue le temps et on
surévalue ses capacités », résume
celui qui est une sorte de « docteur du temps ».
Pourtant, dit le consultant qui ne jure que par le logiciel
Outlook, « une journée est bien assez longue pour
une personne organisée ».
À l’ère des BlackBerry et des portables,
pourquoi cette obsession du temps? « Ce qui a
changé depuis 30 ans, c’est le concept de vitesse des
communications. Nous sommes loin de la vitesse de l’homme qui
marche, ironise François Gamonnet. Nous avons des
outils qui nous permettent d’aller vite. Mais est-ce que nous
savons piloter à la vitesse de nos outils? Non. »
« Le monde du travail d’aujourd’hui, où tout va
vite, nous empêche d’adopter des comportements qui sont
guidés par l’efficacité, poursuit-il. Comme si
un pompier passait son temps à éteindre des
incendies, sans voir qu’il y a un pyromane derrière
lui. »
Cinq
symptômes
Selon la méthode Gamonnet, la tempsdinite se traduit
par cinq symptômes. Il y a la « lofophilie
», soit l’incapacité à réaliser des
tâches dans les délais prévus. Il y a
aussi la « chronophagie », qui concerne les gens
qui se sentent constamment dérangés par les
autres et leur environnement. « Le cellulaire, les
collègues de travail, les visiteurs, le BlackBerry
», énumère François Gamonnet.
Il y aussi la « ouite », qui touche les
travailleurs qui disent oui à tout. Le fondateur de
l’Institut de gestion du temps leur conseille de
négocier avec leurs collègues en leur disant,
par exemple : « Je peux remettre cela demain, mais
l’autre devra attendre à la semaine prochaine. »
Enfin, il y a la « réunionite » et la
« courrielite », qui affectent les gens qui ont
l’impression d’être constamment en réunion ou de
ne jamais voir le fond de leur boîte de courriels.
Le spécialiste en gestion de temps demande d’abord
à ses clients de noter tout ce qu’ils font : 15 minutes
de courriels, 5 minutes au téléphone avec tel
client, 10 minutes dans le bureau du patron, etc. « Les
gens prennent conscience de la durée prévue et
de la durée réelle pour accomplir une
tâche. Au bout du compte, ils vont
récupérer du temps gaspillé en ayant
conscience de leur comportement. »
Doit-on nécessairement interrompre une tâche pour
répondre à un courriel ? La rédaction de
tel document qui n’était pas urgente valait-elle
vraiment deux heures de travail ? « Il faut être
efficace et efficient, et établir le budget du temps
nécessaire et suffisant à telle tâche, et
juger si cela est une priorité », résume
François Gamonnet.
Il faut même prévoir du temps pour gérer
son temps. « Il ne faut pas y passer toutes ses
journées, mais ne pas le gérer prend encore plus
de temps. »
« Chaque personne peut perdre facilement une heure par
jour, dit François Gamonnet . Le travai l est un sport
d’équipe, mais les règles du jeu sont
individuelles. C’est pour cela que tout le monde court dans
tous les sens. »
Alerte aux surdoués - Youri
Courmier
Qualifier un
enfant de « génie » peut avoir des
conséquences négatives sur son
développement intellectuel et social
Dire à un enfant « tu es capable de tout, tu es
un génie » peut être aussi grave que de lui
dire « tu n’es capable de rien, tu es imbécile
».
L’auteur est doctorant au King’s College de Londres et ancien
professeur de relations internationales au Center for Talented
Youth, à l’Université Johns Hopkins, à
Baltimore.
PHOTO NATHAN DENETTE,
ARCHIVES PC
Brandon Yepez, âgé de 12
ans, a des aptitudes disons particulières pour
résoudre le cube Rubik. Il est venu à bout du
casse-tête en 1m27:68.
Jean-Jacques Rousseau était d’abord et avant tout un
gourmand paresseux qui dormait à longueur de
journée, mais qui avait parfois des élans de
génie sur papier. Wayne Gretzky est un génie sur
la glace, pas nécessairement dans la cuisine. Un
politicien moyen, au QI moyen, offrant une vision de
société parfois inférieure à la
moyenne, peut tout de même être génie de la
rhétorique.
Pour la même raison que savoir lire à 3 ans ne
fait pas de quelqu’un le futur Nobel de la littérature,
le fait d’être propre à 8 mois ne devrait pas
être pris pour une prédisposition à
devenir médecin ou avocat.
Donc, si l’on peut être génial sans être
génie et avoir du génie sans être
génial, à quoi sert le terme? Àforcede
qualifier un enfant de surdoué, est-ce qu’on lui rend
service? Aumême titre que de catégoriser les gens
d’idiots ou d’imbéciles peut dépersonnaliser des
troubles de l’apprentissage, utiliser des superlatifs positifs
comme «génie» peut avoir des
conséquences négatives sur le
développement intellectuel et social d’un enfant.
Ayant enseigné les relations internationales aux Center
for Talented Youth (CTY) de l’Université Johns Hopkins
de 2006 à 2007, des enfants dits surdoués, j’en
ai vu. La majorité de mes étudiants
étaient curieux, motivés et surtout, se
moquaient d’être « talentueux » et
comprenait la différence entre ce qu’ils ressentent et
perçoivent, et ce que les tests peuvent bien en dire.
D’autres, moins chanceux, vivaient mal l’expérience:
burn-out à 14 ans sous la pression de performance
provenant des parents; sinon, perte de confiance soudaine,
dès qu’un concept difficile venait bousiller l’attente
que tout doit être facile quand on est «
génial ».
Dire à
un enfant « tu es capable de tout, tu es un génie
» peut être aussi grave que de lui dire « tu
n’es capable de rien, tu es imbécile ». D’abord,
l’un ou l’autre implique qu’on lui impose un cadre analytique
extérieur, impersonnel et universel, qui le
définit, plutôt que de créer un espace
dans lequel l’enfant peut se définir lui-même.
Mais plus grave encore, on entre dans un système de
pensée circulaire, par lequel les attentes et les
exigences sont conçues pour valider ad absurdum une
prémisse boiteuse. Ainsi, le con déconne et le
brillant brille.
Au-delà des effets de l’étiquetage, posons-nous
la question plus fondamentale : si aucun d’entre nous n’arrive
à définir de manière crédible le
phénomène de l’intelligence, pourquoi autant de
personnes croient-elles pouvoir le mesurer? La réponse
est simple: il n’y pas de mesure véritable, seulement
une décision d’accorder à certaines
capacités intellectuelles le statut de « preuve
» du génie.
Par exemple, pour être admis au Ivy League ou au CTY, il
faut performer sur les tests standardisés SAT, qui
vérifient les connaissances en mathématiques et
le vocabulaire des jeunes. Aucune garantie que l’un ou l’autre
de ces talents alimentera nécessairement un bon travail
en relations internationales.
Avec ces tests, on ne mesure pas l’intuition, l’imagination,
la persévérance, l’aptitude en recherche ou la
créativité. Les tentatives de comptabiliser le
génie n’obéissent aucunement les trois plus
importants piliers de la science: il faut une hypothèse
claire pouvant être prouvée fausse, il faut des
données mesurables se rapportant directement à
l’hypothèse, et la règle d’or, il ne faut jamais
baser de grandes généralisations sur les
résultats.
Avant même de chercher le génie,
ceux qui écrivent les tests se disent l’avoir
déjà trouvé. Ensuite, on
calcule des données disparates
généralement tachées par des
prédispositions culturelles et de classe sociale, et
finalement on utilise cette pseudo-science pour prédire
(et valider à coup de beaux diplômes) l’avenir et
les compétences des jeunes.
Le génie n’existe pas à l’état pur, en
suspension dans quelques neurones attentives. Quant à
moi, un enfant qui peut réciter une vignette
entière des Têtes à claques est aussi
brillant que celui qui régurgite une longue liste de
mots à quatre syllabes ou des expressions latines comme
ad absurdum. Mais bon, ce n’est pas moi qui écris les
tests. D’ailleurs, si j’avais un tel luxe, je ne
choisirais que des questions auxquelles je saurais
répondre. Preuve ultime que le concept est
ridicule.
Des jeunes (pas tout à fait) comme les autres -
Sylvia Galipeau
C’est clair,
votre fils est un génie. Qui sait, peut-être
deviendra-t-il astronaute et succédera-t-il à
David StJacques? Il a une imagination débordante, c’est
le prochain Xavier Dolan ? La Presse est allée
investiguer du côté de l’enfance de quelques sur
Pascale Lefrançois avait à peine 3 ans quand,
assise auprès de sa mère qui lui lisait une
histoire, elle a lancé: « Maman, lis pas! »
Et la petite puce haute comme trois pommes a continué
la lecture. Toute seule. Comme une grande.
Colin,
12 ans, Renaud, 10 ans, et Élise, 7 ans, font leurs
devoirs sous le regard de leur petit frère. Les trois
enfants vont à l’école Fernand-Seguin, une
école publique de la CSDM pour enfants doués.
Ils sont imbattables aux échecs, dévorent les
romans (à raison de 900 pages par semaine chacun !),
et Renaud est même le plus fort de son équipe
de soccer.
« Je ne sais pas comment elle a fait son affaire, mais
elle est arrivée en maternelle et elle savait
déjà lire! » s’éblouit encore son
père, René Lefrançois, rencontré
dans sa chic demeure de Cartierville.
C’est la même petite bonne femme qui, 13 ans plus tard,
allait émerveiller le Québec en gagnant,
à 16 ans, la dictée de Bernard Pivot.
Les experts le confirment, un enfant qui apprend tout seul
à lire a de bonnes chances d’être parmi les 2
à 10% (selon les estimations) de jeunes doués.
Car qu’est-ce que l’intelligence, sinon « la
facilité à apprendre », rappelle
Françoys Gagné, professeur à la retraite
du département de psychologie de l’UQAM et auteur d’une
théorie sur les fondements de la douance et du talent.
Évidemment, quand c’est notre enfant, le seul de
surcroît, comment savoir s’il est précoce ou non?
« Tout le monde nous disait qu’elle n’était pas
comme les autres ! » Pensez-y: toute petite, vers 2 ans,
Pascale Lefrançois entrait dans le cabinet de dentiste
de son père et chantait l’hymne national. Tous les
couplets. Sans faute.
Bien sûr, c’était aussi une enfant comme les
autres. Le samedi matin, elle regardait Le Petit Castor
à la télé. Son père, de son
côté, l’accompagnait en feuilletant des livres
d’art. Très vite, c’est toutefois la fillette qui s’est
mise à accompagner son père : « Papa, on
va regarder la Pinacothèque de Munich? » Elle
connaissait le titre des oeuvres par coeur. « Tout
était un jeu pour elle », confie-til : apprendre
le nom des capitales de l’Afrique à 6 ans, tout comme
les dynasties des rois de France à 10 ans. Une vraie
éponge.
Résultat, il a fallu alimenter sa curiosité.
Nourrir sa soif d’apprendre. Par souci pédagogique,
mais aussi par nécessité. « Elle avait une
longueur d’avance sur les autres, alors il fallait l’occuper
ailleurs. » En maternelle, ses parents l’inscrivent donc
à des cours de piano. Sans surprise, elle excelle.
Une forme de « handicap »
Pour en avoir
le coeur net, ils lui font passer un test d’intelligence. Mais
ils ne lui diront pas le résultat. Jamais. « On
ne le lui a jamais dit parce qu’on voulait qu’elle soit une
fille comme les autres. On ne voulait pas la pousser. Surtout,
ne pas faire d’elle un chien savant, dit son père.
Surtout pas ça: un chien savant. »
Car au risque de « se plaindre le ventre plein »,
oui, la douance est une forme de « handicap »,
croit-il. « Il y a d’autres exigences, mais il faut tout
autant les satisfaire. »
À noter, la petite, par ailleurs si
éveillée intellectuellement, a toujours
été discrète, timide et surtout
très sensible. « Quand on lui chantait bon
anniversaire, ça la bouleversait. À tel point
qu’on est allés consulter. On pensait qu’elle avait un
acouphène ! »
De là à conclure que tous les enfants
doués sont ainsi timides et sensibles, il y a un pas
que plusieurs dénoncent. Au contraire, il n’y a pas de
profil type, précise Serge Larivée, professeur
de psychoéducation à l’Université de
Montréal et auteur d’un livre sur le quotient
intellectuel. Et tant qu’à déboulonner certains
mythes, ce ne sont pas non plus des jeunes mal dans leur peau,
des décrocheurs asociaux, et ils n’ont pas plus de
problèmes de comportement que la moyenne des enfants de
leur âge, ajoute-t-il. « Ce sont des enfants comme
les autres ! »
Des enfants comme les autres qui ont le don de surprendre
leurs parents. Suzanne Savignac se souvient encore du jour
où son fils Renaud, aujourd’hui âgé de 10
ans, lui a demandé: « Maman, trois fois deux,
ça fait six? » Il avait 4 ans. Deux ans plus
tard, dans une Rôtisserie St-Hubert, sa mère
commande trois menus pour enfants à 4,95$ et deux
assiettes pour les parents. « Maman, s’il y avait juste
nous trois, ça coûterait 14,85 $ ? »
« À ça, on ne sait pas trop quoi
répondre », confie-t-elle. Pourtant, son
aîné, Colin, avait déjà
préparé le terrain. À 8 mois, il
prononçait ses premiers mots; à 18, des phrases
complètes; et à deux ans et demi, il connaissait
la moitié de l’alphabet. « Mais on ne l’a jamais
poussé! Il jouait avec les lettres aimantées sur
le frigo ! »
Aujourd’hui, les deux garçons, tout comme leur petite
soeur Él i s e , vont à l ’ école
Fernand-Seguin, une école publ ique de la CSDM pour
enfants doués. Ils sont imbattables aux échecs,
dévorent les romans ( à raison de 900 pages par
semaine chacun!), et Renaud est même le plus fort de son
équipe de soccer.
« C’est sûr que ça me donne un peu le
vertige, confie la mère, ingénieure, qui a
arrêté de travailler à la naissance de son
quatrième enfant. Je me questionne tout le temps :
est-ce que je leur permets d’exploiter leur plein potentiel ?
»

Gare à la surstimulation, prévient toutefois
Serge Larivée. « Ma crainte, dit-il, c’est qu’on
vole leur enfance à ces enfants. Laissons-les
être des enfants. Cela fait de meilleurs adultes.
»
COMPRENDRE LA DOUANCE Les experts
ne s’entendent pas - Mathieu Perrault
Mozart n’avait
aucun talent particulier. Il était simplement très
travailleur, notamment grâce à son père, qui
lui imposait un régime de piano extrêmement
exigeant.
Telle est la thèse d’Anders Ericsson, psychologue de
l’Université d’État de Floride, qui divise le
monde de la recherche sur les surdoués depuis une
décennie. Sa théorie selon laquelle l’excellence
ne dépend que de l’effort, pas des aptitudes
intellectuelles, vient de séduire la presse grand public.
Un journaliste du New York Times, Daniel Coyle, et un autre de
la revue Fortune, Geoff Colvin, viennent de publier deux livres
basés sur les thèses d’Ericsson, respectivement
The Talent Code et Talent is Overrated.
Les critiques n’ont pas tardé à fuser. « Je
pense que l’analyse des données est trop limitée
», explique Ellen Winner, psychologue de
l’Université de Boston qui a publié une critique
de cette théorie dans un livre édité par M.
Ericsson. « Personne ne nie que l’intelligence ne suffit
pas, qu’il faut aussi travailler. Mais dire que le travail
suffit, c’est absurde. Ça montre qu’on n’a jamais
rencontré un surdoué et qu’on n’a jamais
essayé d’enseigner le piano cinq heures par jour à
un enfant normal. »
L’explication
de Mme Winner et des aut re s c r i t iques de M. Ericsson est
simple : les surdoués travaillent davantage que les
autres parce qu’ils ont facilement des succès. «
Travailler cinq heures de temps au piano n’est possible que si
on a de la facilité et donc du plaisir, dit Mme Winner.
Statistiquement, une association n’est pas
nécessairement causale: si la douance et le travail
sont associés, ça peut aussi bien signifier que
la douance pousse à travailler. Personnellement, je
trouve que c’est beaucoup plus probable. »
M. Ericsson n’en démord pas. « Ellen et moi
sommes d’accord qu’un travail acharné est essentiel
pour le succès international. Mais je n’ai jamais vu de
preuve que les aptitudes intellectuelles facilitent ce type de
travail. À part la taille et la masse dans plusieurs
sports, je ne connais aucun trait génétique qui
limite l’atteinte des plus hauts sommets dans un domaine.
»
Mme Winner a indiqué à La Presse que des
équipes sont en train d’analyser plus finement les
données de M. Ericsson, pour montrer que le lien entre
le travail et le succès n’est pas proportionnel – et
donc qu’il est douteux.
D’autres inf luences, notamment familiales, entrent en jeu
pour comprendre la douance. « Pour atteindre les sommets
dans une discipline, particulièrement quand il s’agit
de créativité et de compétences sociales,
il faut être né ou bien dans une fami l le except
ionnel lement intellectuelle, ou alors dans un milieu
très difficile », estime un autre critique de M.
Ericsson, Miha ly Csi kszentmiha lyi , psychologue à l
’ Université Cla r emont en Ca l i f ornie . «
Même si on est surdoué, si on n’a pas des parents
qui nous poussent à aller au bout de nos
capacités, ou alors un milieu dont on veut
s’échapper à tout prix, on ne fera
généralement pas les efforts nécessaires
pour atteindre le sommet. »
L’ÉCOLE DES SURDOUÉS
Les multiplications à trois chiffres à 5 ans,
les équations du second degré à 10, un cours
de mathématiques pour les 3 ans: la clientèle du
Center for Talented Youth de l’Université John Hopkins,
à Baltimore, est vraiment exceptionnelle. Près de 10
000 personnes suivent les cours par internet et ont accès
à des tuteurs qui peuvent les aider en ligne. Chaque
été, un camp de deux semaines à Baltimore
permet de passer aux expériences pratiques. La
clientèle est surtout américaine mais s’étend
à l’ensemble des pays où il existe suffisamment
d’anglophones (aucun Québécois n’est inscrit). Lors
d’une visite, La Presse a demandé comment les enfants de 3
ans pouvaient suivre un cours par internet. « Tous nos
élèves lisent, écrivent et savent utiliser
l’ordinateur pour copier/coller, attacher des fichiers aux
courriels », a répondu le relationniste. — Mathieu
Perreault
UN QI DE 228
Elle a un nom prédestiné. Marilyn vos Savant,
une Américaine née de parents d’origine allemande et
italienne, a le plus haut QI au monde, 228. Les résultats
de son premier test de QI, passé à l’âge de 10
ans (son âge mental correspondant était alors de 23
ans), lui a ouvert les portes du Livre Guinness des records.
Maintenant âgée de 62 ans, elle a trouvé une
curieuse application à son intelligence : depuis plus de 20
ans, elle écrit un courrier des lecteurs pour plus de 400
journaux et magazines américains, « Ask Marilyn
». Elle est mariée à Robert Jarvik,
l’inventeur du coeur artificiel, qui a décidé de lui
faire la cour en 1985, après voir vu un article sur son
intelligence dans un magazine. La presse de la Grosse Pomme les
avait alors surnommés « le couple le plus intelligent
de New York ». — Mathieu Perreault
COMBIENDE SURDOUÉS?
Quelle proportion de la population est surdouée ? Les
études ne s’entendent pas sur cette question, les
réponses allant de 2% à 10%. L’Association nationale
des enfants doués des États-Unis a
démontré l’an dernier que ce flou laisse
probablement des milliers d’enfants sans aide. Les données
par État vont de 1,1 % des enfants au Vermont à
13,9% en Carolinedu-Sud. Même en regroupant les États
par région, pour effacer les différences de
gouvernement, la proportion allait de 3,34% dans le nord-est des
États-Unis à 7,46% dans le Sud. Au Canada, il
n’existe pas de données provinciales à ce sujet. —
Mathieu Perreault
TROUBLES ENVAHISSANTS DU DÉVELOPPEMENT Québec
augmente ses services - Ariane Lacoursière
EXCLUSIF
Les enfants qui souffrent de troubles envahissants du
développement (TED) pourront, sous peu, profiter de
meilleurs services grâce à la création du
Centre d’excellence en troubles envahissants du
développement de l’Université de Montréal
(CETEDUM).
Au Québec, entre 0,2% et 1,1% de la population souffre
de TED, dont le plus fréquent reste l’autisme. Le
nombre de cas n’est pas en hausse dans la province, selon le
directeur scientifique du CETEDUM, le Dr Laurent Mottron, mais
la demande pour de meilleurs services est forte.
« Dans nos conseils d’administration, qui sont publics,
plus de 50% des questions du public touchent l’autisme et les
services offerts », confirme le président de
l’Agence de la santé et des services sociaux de
Montréal, David Levine.
En plus de
faire de la recherche et de l’enseignement sur les TED, le
CETEDUM offrira des soins cliniques. La création d’un
guichet unique, dont le numéro de
téléphone sera connu sous peu, permettra entre
autres aux familles d’obtenir des services plus rapidement.
Le CETEDUM veut aussi analyser des problèmes qui
touchent les personnes vivant avec un TED comme le logement,
la résolution de crises et l’hospitalisation.
Le centre d’excellence est déjà en train
d’uniformiser les protocoles de détection des TED chez
les enfants de 0 à 5 ans. « Avant, chaque
établissement avait ses méthodes
d’évaluation, explique le Dr Mottron. On uniformise le
tout pour corriger les biais dans les diagnostics. »
LeCETEDUMsera situé dans les deux lieux, à
l’hôpital de Rivièredes-Prairies et au Centre
hospitalier universitaire Sainte-Justine. Les régions
pourront aussi profiter de services améliorés.
« Notre but est qu’un enfant deGaspé qui souffre
d’un TED reçoive d’aussi bons services que s’il
était à Montréal », dit le doyen de
la faculté de médecine de l’Université de
Montréal, Jean-Lucien Rouleau.
Diagnostic des enfants autistes ou atteints de TED Les
psychologues critiquent la directive
Les psychologues
québécois sont les seuls en Amérique du
Nord à ne pas pouvoir diagnostiquer si un enfant est
atteint de troubles envahissants du développement ( TED).
Le diagnostic d’un pédopsychiatre pour obtenir des
services spécialisés est impératif. La
Presse a appris que le gouvernement s’apprête à
émettre une directive pour que l’évaluation d’un
psychologue soit suffisante. Mais ce n’est qu’« un
diachylon sur le bobo », dénoncent certains. Le
Québec est le seul endroit en Amérique du Nord
où les psychologues ne peuvent diagnostiquer un enfant
atteint de troubles envahissants du développement (TED).
Le Réseau d’action Autisme/TED a lancé une
pétition – signée 5000 fois – pour que le projet
de loi 21, qui prévoit une révision du Code des
professions, leur donne ce droit réservé aux
pédopsychiatres.
Bientôt,
les
parents d’un enfant autiste n’auront plus besoin d’un
diagnostic médical pour obtenir les services d’un
centre de réadaptation spécialisé.
À l’heure actuelle, le Réseau estime que,
seulement à Montréal, 600 familles se morfondent
sur une liste d’attente pour rencontrer un pédopsychiatre
et obtenir un diagnostic TED. Ensuite, ils doivent patienter
entre six mois et deux ans pour avoir les soins intensifs
appropriés dans un centre de réadaptation en
déficience intellectuelle et en troubles envahissants du
développement (CRDITED).
Mais bientôt , les parents n’auront plus besoin d’un
diagnostic médical pour obtenir des services pour leur
enfant. L’évaluation d’un psychologue suffira, a
annoncé à La Presse Harold Fortin, attaché
de presse de Lise Thériault, ministre
déléguée aux Services sociaux.
Déjà trois centres de réadaptation
acceptent des enfants « évalués » et
non « diagnostiqués » TED, a-t-il
précisé. Une « directive administrative
» sera émise sous peu par le Ministère.
« C’est en processus. Ce n’est pas encore partagé
dans le réseau », confirmeBrigitteBédard,
conseillère en communication à la
Fédération québécoise des centres de
réadaptation en déficience intellectuelle et en
troubles envahissants du développement (FQCRDITED).
Mais pour les psychologues et des organismes comme le
Réseau d’action Autisme/TED, ce n’est pas assez. Ils
réclament que le projet de loi 21 (voir capsule),
déposé en mars dernier, soit amendé de
façon à donner aux psychologues
spécialisés en troubles envahissants du
développement le droit de le diagnostiquer.
Québec ne compte pas aller jusque-là. Pourquoi? Le
gouvernement s’appuie sur le rapport Trudeau sur la santé
mentale, déposé en 2005, qui définit
clairement les champs d’exercices des professionnels des
différentes disciplines, répond Harold Fortin.
Le Dr Martin Drapeau, vice-président de l’Ordre des
psychologues du Québec, précise que l’autisme
n’est jamais diagnostiqué par un seul spécialiste.
Mais il ne croit pas que l’on doive aller jusqu’à
modifier le projet de loi afin que les psychologues puissent
« entériner » ou « endosser » un
diagnostic.
Pour les
psychologues dont la clientèle est TED, c’est une
évidence. « Le diagnostic TED est un diagnostic
psychologique et fonctionnel, et non médical »,
plaide Katherine Moxness, directrice des services
professionnels aux centres de réadaptation
Lisette-Dupras et de l’ouest de Montréal.
Des représentants du ministère de la
Santé et des Services sociaux ont par ailleurs dit
à la psychologue qu’avec la nouvelle directive, les
enfants « évalués » TED auront droit
à moins de services que les enfants «
diagnostiqués » TED. « Le fait qu’on
accélère la procédure ne change rien au
fait que l’enfant doit faire l’objet d’un diagnostic pour
avoir le traitement approprié », confirme Harold
Fortin, attaché de presse au ministère de la
Santé et des Services sociaux.
Pour Nathalie Garcin, directrice des services professionnels
au service de réadaptation L’Intégrale, le
gouvernement ne fait que mettre « un diachylon sur une
partie du bobo ». L’enfant simplement TED n’aura pas
accès à l’Intervention comportementale intensive
(ICI) de 20 heures par semaine, tel que recommandé en
2003 par le gouvernement de Jean Charest. Et ses parents
n’auront pas droit à la prestation de la Régie
des rentes de 171$ par mois.
Pour Diane Guerrera, coprésidente du Réseau
d’action Autisme/ TED, c’est inadmissible. «
Donnera-t-on juste un peu de chimiothérapie à
quelqu’un qui a le cancer? lance-t-elle. Les enfants doivent
pouvoir recevoir immédiatement tous les soins
nécessaires. »
« La littérature démontre l’importance de
l’intervention précoce pour les enfants TED »,
renchérit la psychologue Katherine Moxness.
Patience et angoisse
En 2003, le gouvernement Charest a lancé la politique
Un geste porteur d’avenir, pour développer des services
prioritaires aux enfants âgés de 0 à 5
ans. Six ans plus tard, « la liste d’attente demeure un
défi à relever », dit le communiqué
de presse de la Fédération
québécoise des centres de réadaptation en
déficience intellectuelle.
En date du 31 mars dernier, le délai d’attente moyen
pour un premier service était de 160 jours pour les
enfants âgés de 0 à 4 ans. Mais les listes
d’attente sont beaucoup plus longues pour que l’enfant TED
puisse avoir le service d’ICI. Cela peut prendre
jusqu’à deux ans, estime le Réseau d’action
Autisme/TED.
Catherine Kozminski, dont la fille de 5 ans est autiste, a
passé des journées au téléphone
pour obtenir des rendez-vous. D’abord pour avoir un
diagnostic, puis pour des services en centre de
réadaptation. En attendant, le parent se meurt
d’angoisse, dénonce-t-elle. « Même au
privé, il y a des listes d’attente. J’étais
prête à payer 200$ l’heure pour que ma fille voie
un orthophoniste », raconte la coauteure de L’autisme un
jour à la fois. « Le système a des lacunes
et les parents n’en peuvent plus », conclut-elle.
Autisme : DES ENFANTS AUX SENS FRAGILES -
Émilie Côté
LE NOMBRE
D’ENFANTS QUÉBÉCOIS SOUFFRANT DE TROUBLES
ENVAHISSANTS DU DÉVELOPPEMENT (TED) A AUGMENTÉ
EN CINQANS DE 143% AU SECONDAIRE ET DE 92% AU PRIMAIRE. LEURS
PARENTS MANQUENT DE RESSOURCES, COMME EN TÉMOIGNENT LES
600 JEUNES AUTISTES QUI SONT SUR LA LI
L’inconnu effraie ces petits êtres anxieux. C’est
pourquoi ils doivent constamment être rassurés
sur l’horaire de la journée et le déroulement
des activités.
Àl’école À pas de géant, dans
CôteSaint-Luc, les enfants ne voient pas le monde comme
les autres. Le regard hagard, ils semblent parfois perdus dans
leurs pensées, mais c’est plutôt leurs sens qui
sont trop sensibles à tout ce qui les entoure. Quand
ils vivent un trop-plein d’informations, ils crient ou se
mettent en boule dans un coin.
Chez
les enfants autistes, les messages que les sens transmettent
au cerveau sont mal interprétés, ce qui
entraîne une sorte de « trop-plein »
d’informations.
L’inconnu effraie ces petits êtres anxieux. C’est
pourquoi ils doivent constamment être rassurés
sur l’horaire de la journée et le déroulement
des activités.
Âgés de 4 à 21 ans, anglophones ou
francophones, les élèves qui fréquentent
À pas de géant sont autistes. « J’ai plus
de personnel que d’élèves : 100 employés
pour 70 enfants, indique la directrice générale,
Jocelyne Lecompte. Chaque élève a son
éducateur, sans compter les orthophonistes, les
musicothérapeutes, les spécialistes en
développement des habiletés sociales ou en
gestion des comportements. »
« Notre programme est hautement individualisé. Il
n’y a pas deux élèves qui ont le même
programme et le même horaire », souligne la
directrice.
Jocelyne Lecompte est pédiatre de formation,
spécialisée dans la toxicomanie
périnatale. Son fils, John, a fréquenté
l’école À pas de géant. Comme tous les
parents d’enfants autistes, Mme Lecompte a été
atterrée d’apprendre que son fils ne serait jamais
comme les autres. « J’ai même pensé
à me tuer avec mon enfant, mais j’avais un autre
bébé », confie-t-elle.
« Il y a des parents, surtout des mères, qui se
suicident, souligne la directrice, en poste depuis cinq ans.
Il y a le choc, la peine, l’inquiétude pour l’avenir,
mais surtout la culpabilité. Même s’il n’y a pas
de base rationnelle, tu ne peux pas t’empêcher de te
dire : "Qu’est-ce que j’ai fait ?" »
À 3 ans, le fils de Jocelyne Lecompte était
capable de faire un casse-tête de 100 pièces en
deux minutes et demie. Mais l’évaluation faite à
l’époque par un neuropsychiatre n’était pas
aussi encourageante : John ne parlerait jamais, ne serait
jamais propre et ne pourrait pas aller plus loin que la
troisième année du primaire.
Le médecin n’avait pas vu juste. Aujourd’hui, John a 17
ans. Il a remporté plusieurs honneurs scolaires, et
même gagné des prix d’art oratoire. « Mais
si John étudie en physique nucléaire, il n’est
pas capable de s’acheter des souliers. Il n’est pas capable de
faire du vélo, mais il pratique le karaté
», explique sa mère.
Collation et atelier en mouvement
Lundi, 10 h 30. C’est l’heure de la collation à
l’école À pas de géant. Philippe, petit
blond aux yeux bleus, couvre constamment ses yeux avec son
avantbras. « C’est une façon pour lui de faire un
shut-down de tout ce qui se passe », explique son
éducatrice.
Son voisin, Laurent, 10 ans, a l’air d’un petit ange à
lunettes. Mais subitement, il se met à donner des coups
sur la table. Dans le jargon, on dit qu’il est un «
non-verbal ». « Il ne parle pas, mais il fait du
vélo de montagne, du ski et du catamaran »,
indique son éducatrice.
De son côté, Charles-Édouard est loin de
ne pas pouvoir s’exprimer. Avec son accent français et
sa voix bien portante, on dirait même qu’il est dans une
pièce de théâtre. « C’est pas vrai,
c’est pas vrai, j’ai perdu mon sang-froid, lance-t-il. Estce
qu’on va jouer au cricket? Tu frappes avec un marteau et
ça passe à travers un tunnel. »
Charles-Édouard est atteint du syndrome d’Asperger qui,
comme l’autisme, fait partie des troubles envahissants du
développement ( TED). Son intelligence et son langage
se développent normalement – même de façon
trop poussée –, mais il a des problèmes de
socialisation.
Les jumelles
Zoé et Hélène ont 6 ans. Assises devant
leur enseignante, elles doivent faire une série
d’exercices, dont chanter Frère Jacques en massant leur
poitrine et reconnaître leur visage sur une photo.
L’éducatrice Andréanne O’Brien est émue
de voir Hélène serrer Zoé pendant une
comptine en chantant « Est-ce que ça va bien?
». « Au début de l’année, elles
n’avaient pas vraiment conscience l’une de l’autre »,
note l’éducatrice.
Hélène se met alors à fixer la table en
récitant l’alphabet machinalement. C’est de
l’écholalie, nous explique-t-on. L’enfant
répète des choses entendues
précédemment.
Il faut constamment capter, et capter de nouveau l’attention
des jumelles. « C’est comme s’il y avait tellement de
choses dans leur tête qu’elles ne sont pas capables de
se concentrer sur une seule, illustre Andréanne O’
Brien. Elles perçoivent toutes les informations de leur
environnement. Nous, il faut les allumer. »
Le prochain atelier s’intitule « Atelier en mouvement
». Les jumelles passent à travers des cerceaux et
des cylindres, roulent sur elle-mêmes ou sur un
tabouret, puis elles doivent coller sur un dessin les lettres
et les chiffres appropriés. « Le but, c’est de
leur apprendre à rester concentrées en bougeant
» , explique Andréanne.
Des jeux fermés
Chez les enfants atteints de TED, les messages que les sens
transmettent au cerveau sont mal interprétés.
Leur vision de l’environnement est confuse. « L’autiste
peut piquer une crise parce que quelqu’un a
éternué. Ils peuvent même percevoir les
ultrasons d’un système de sécurité
», souligne Jocelyne Lecompte.
Dans 80% des cas, l’intelligence des enfants TED est normale
et peut même être supérieure à la
moyenne.
Ce sont des êtres très anxieux. Ils doivent
connaître les tenants et aboutissants d’une situation :
le début et la fin, et les différentes
étapes entre les deux. Quand vient le temps de jouer,
oubliez les mises en situation du genre: « Tu fais le
papa et je fais la maman. » « Les enfants aiment
faire des jeux fermés comme des mathématiques,
car c’est prévisible. Sinon, ça les rend
anxieux, explique Jenny Haines, qui supervise l’atelier de
jeux et de socialisation. Ils peuvent avoir peur que le jeu
dure toute la journée. »
Le jeu préféré des élèves
de Mme Haines : celui de la carte de métro de
Montréal, que la spécialiste a
créé. Avec des billets et des correspondances,
les enfants doivent déterminer quelles stations
séparent un point A d’un point B. « Des enfants
connaissent tous les noms de stations par coeur,
souligne-t-elle. C’est un jeu qu’ils aiment, car il a du sens
et un but. »
Jessie et Paul en musicothérapie
Un petit garçon accourt vers nous. Avec ses oreilles
légèrement décollées, ses longs
cils et ses fossettes, impossible de ne pas être
attendri. « As-tu vu mon chandail de Spider-Man ?
» lance-t-il avec fierté.
Paul, 4 ans, et Jessie, 5 ans, sont à leur atelier de
musicothérapie. « La différence entre la
musique et la musicothérapie, c’est le fait
d’être en lien et d’ouvrir un canal de communication
avec l’autre », nous explique leur enseignante, Marianne
Béchard.
Pour le premier exercice, Paul et Jessie doivent
répéter le « né-na-na-na »
d’une chanson jazz manouche. Ensuite, les deux bambins doivent
chanter une comptine en tapant sur un tambour à tour de
rôle au moment approprié. « Il y a comme
objectif que le corps et la voix soient dynamiques. Il y a
aussi l’anticipation, savoir quand c’est son
tour. »
Les
jumelles Zoé et Hélène
développent leur rapport à l’autre pendant
leur atelier de musicothérapie.
Peu de temps après, Jessie se met à crier, car
elle ne veut pas s’asseoir. Son éducatrice lui demande
d’exprimer son mécontentement au « je ». –
Je ne veux pas cet oreiller. – Je ne veux pas ce plancher. Son
éducatrice lui demande de souf f ler pour se calmer.
Après, c’est Paul qui est turbulent, au point de devoir
sortir de la classe. Quelques minutes plus tard, il revient en
pleurant. « Désolé, je veux de la musique
», chigne-t-il, déçu que l’atelier soit
terminé.
Stacey Scourse, son éducatrice, écrit sur une
petite feuille les dessins des événements qui
ont causé son expulsion.
– Paul, regarde-moi. Est-ce que Stacey est contente?
– Non, répond le garçon, qui retrouve rapidement
le sourire.
Manque de ressources
En avril dernier, Catherine Kozminski, auteure du livre
L’autisme, un jour à la fois, déplorait dans nos
pages Forum les « listes d’attente interminables »
qui angoissent les parents d’enfants autistes.
Selon les chiffres dévoilés en mars dernier par
le ministère de l’Éducation, le nombre d’enfants
souffrant de troubles envahissants du développement (
TED) a augmenté en cinq ans de 92% au primaire et de
143% au secondaire. De 2003-2004 à 2007-2008, le nombre
de cas a bondi de 1721 à 3307 au primaire, et de 805
à 1957 au secondaire. Au Ministère, on explique
ces hausses importantes par le fait que le dépistage
est plus précis qu’auparavant.
À
l’école À pas de géant, la liste d’attente
est de 600 enfants. « Je n’appelle pas ça une liste
d’attente, mais un stationnement », se désole
Jocelyne Lecompte.
À pas de géant est un établissement
privé pleinement subventionné. Le gouvernement
verse environ 25 000 $ par élève, la fondation de
l’école 15 000$ (grâce à plusieurs campagnes
de financement) et le parent doit débourser 5000 $.
« Jamais on ne refuse un enfant sur la base du revenu de
ses parents », dit la directrice.
Quand la pédiatre a pris la direction de l’école,
À pas de géant/Giant Steps avait la
réputation d’être « fermée sur
elle-même ». Elle a alors voulu inculquer sa
philosophie de médecin en centre hospitalier
universitaire. « Je voulais miser sur le transfert
d’expertise. Ici, nos enfants sont chanceux et la
communauté est généreuse avec nous. Nous
avons une mission sociale et je voulais nous donner une raison
autre d’exister. »
Mme Lecompte a fait de l’école une unité
pédiatrique universitaire, qui a des partenariats de
recherche avec les universités montréalaises. Un
centre de ressources a également été mis
sur pied, « où toute l’expertise de l’école
est concentrée ». Les écoles, les
commissions scolaires, les enseignants et même les parents
qui viennent d’apprendre que leur enfant est autiste peuvent
joindre la coordonnatrice, Marla Cable. « Nous pouvons
nous déplacer pour des consultations, des ateliers et des
formations, indique-t-elle. Nous pouvons aussi prêter des
livres ou organiser des activités. »
Les services du centre de ressources sont gratuits. Il en va de
même quand l’enfant commence à
réintégrer son école
régulière quelques jours par semaine avec son
éducateur. « L’école reçoit toute
l’expertise À pas de géant. L’enfant n’est pas un
poids additionnel, car il vient avec une ressource »,
souligne Mme Lecompte.
À pas de géant accueille des enfants et
adolescents autistes de tous les niveaux, mais pas ceux qui ont
une déf icience intel lectuel le sévère.
« Il faut que l’enfant ait déjà
développé un peu d’attention et de
réciprocité. Il faut qu’on sente qu’on va faire
une différence pour l’enfant. Le but ultime est que
l’enfant réintègre complètement son
école de quartier. »
Mais Jocelyne Lecompte n’a pas fini de refaire la
réputation de son école. Une mère
très engagée dans la cause de l’autisme au
Québec a affirmé à La Presse que «
Giant Steps ne choisit que les beaux cas ».
Si À pas de géant ne fait pas l’unanimité,
plusieurs experts louangent l’établissement privé
dont les cas sont notamment recommandés par les
commissions scolaires. En fait, nous avons constaté qu’il
y a plusieurs écoles de pensée – voire plusieurs
camps – concernant l’autisme au Québec. « C’est
certainement le domaine de la médecine où il y a
le plus de conf lits et de désaccords », souligne
le Dr Laurent Mottron, médecin psychiatre qui dirige une
chaire de recherche sur l’autisme à l’ Université
de Montréal.
Quoi qu’ i l en s oit , Mme Lecompte plaide en faveur de l’union
des forces. « Il faut une interdisciplinarité, un
lien entre la science fondamentale et le plan clinique. Il faut
enlever les barrières entre les anglophones et les
francophones, entre le privé et le public. Il faut
travailler ensemble », conclut la directrice
générale d’À pas de géant.
Voici Joseph S’il
prend ses médicaments et est bien suivi, un
schizophrène peut être fonctionnel sans
être dangereux
Malheureusement, il arrive que, dans les médias,
l’image de la schizophrénie soit éloignée
de la réalité.
L’auteure réside à Sherbrooke.
Esther
Charrette est stagiaire en technique de travail social dans
une résidence pour personnes atteintes de
schizophrénie.
Je vous présente Joseph. À 18 ans, le
médecin lui a annoncé qu’il souffrait d’une
maladie incurable. Quatre fois par jour, il doit prendre
plusieurs types de médicaments afin de ne pas trop
ressentir les effets de sa maladie. Oui, il a
déjà essayé d’arrêter sa
médication, mais chaque fois il a dû être
hospitalisé d’urgence, ce qui fait qu’il a appris sa
leçon.
Présentement, Joseph travaille 18 heures par semaine
sur un plateau de travail au CHUS. Il s’occupe de la
récupération du papier. Il réalise aussi
plusieurs autres tâches connexes.
Là où il habite, on l’a embauché pour
tondre la pelouse l’été, pour pelleter l’hiver
et pour aider à tout autre travail d’entretien.
À plusieurs reprises, on l’a invité à
parler de sa maladie au cégep ainsi qu’à
l’université.
Parfois, il lui arrive de se fatiguer plus rapidement que
d’autres. Il doit alors se reposer et faire une sieste.
Néanmoins, son ménage est toujours fait, il est
propre, les ordures sont au chemin toutes les semaines, le
chat est nourri et la litière est nettoyée. Sans
oublier le lavage et toutes les autres tâches
domestiques qu’il effectue sans difficulté et avec
entrain.
Bien que toutes ces activités occupent beaucoup Joseph,
il trouve le temps de se détendre en s’adonnant
à plusieurs passe-temps. Il dessine des portraits,
cuisine, fait de la marche, mange au restaurant, va à
la piscine et visite sa famille. a eu plusieurs
expériences de travail qui ont été
très positives selon moi, comme la conciergerie ou
l’entretien des terrains.
Bien que cet
homme ait un peu de difficulté à articuler, si
un jour vous cognez à sa porte, il s’empressera de
faire connaissance avec vous. Qu’est-ce que Joseph pourrait
bien vous raconter durant cette discussion?
Si on lui demande un service, il s’empresse d’offrir son aide.
Son plus cher désir est de travailler à temps
plein et de s’intégrer totalement dans la
société. De plus, Joseph
Il serait possible qu’il vous explique que, malgré tout
ce qu’il fait, il souffre d’une maladie mentale. En fait, il
est atteint de schizophrénie.
Surpris ? Est-ce à cela que vous vous attendiez ?
Je suis stagiaire en technique de travail social dans une
résidence pour personnes atteintes de
schizophrénie. Vous avez lu le fait vécu d’une
personne atteinte de ce trouble de santé mentale.
Chaque jour, cet homme prend ses médicaments et il est
suivi par des psycho-éducateurs, des psychiatres et des
travailleurs sociaux. Contrairement à certaines
croyances, il n’est pas dangereux pour la population et il
n’est pas un clochard. La santé mentale peut prendre
bien des visages, dont celui d’une personne tout à fait
fonctionnelle. Malheureusement, il arrive que, dans les
médias, l’image de la schizophrénie soit
éloignée de la réalité. Pensons au
cas de Vice Li, qui a décapité un passager dans
un autocar au Manitoba. Ces faits sont véridiques, mais
auraiton omis de mentionner que, dans ces situations
extrêmes et tragiques, ces gens ne prenaient pas leur
médication et qu’ils étaient laissés
à eux-mêmes, sans encadrement adéquat ?
J’espère que cette lettre vous aura permis de jeter un
nouveau regard sur la schizophrénie et que d’autres
actions concrètes seront prises pour valoriser ces
personnes en soulignant leurs bons coups et leurs
réussites. L’auteure de la lettre de la semaine, Esther
Charrette, recevra une copie laminée de cette page.
Toxicomanie et maladie mentale sont liées
REMISEDES PRIX
DE LA FONDATIONKAISER
Quand Gilbert (nom fictif) s’est présenté
à sa première thérapie de groupe pour
combattre sa dépendance aux drogues, il a
été incapable de prendre la parole.
Les
lauréats des prix de la fondation Kaiser (de gauche
à droite, rang du haut) : Terry McGurk (directeur de
COAST, Ontario), Karen Minden (PDG de l’Institut Pine River,
Ontario), André Picard ( journaliste au Globe and
Mail), Dre Liz Whynot (ancienne présidente de
l’hôpital des femmes de la Colombie-Britannique)
Michel Perron (PDG du Centre canadien de lutte contre
l’alcoolisme et les toxicomanies, Ontario), Loryn Marcellus
(membre du AADAC, Alberta). Rang du bas : Cherill Greening,
Rena Alec et Shannon Alec (Spirits of Burns Lake,
Colombie-Britannique).
Gilbert voulait pourtant « se prendre en main »,
comme lui répétaient sans cesse ses proches.
Mais, en plus de sa toxicomanie, il souffrait de troubles
psychotiques qui le rendaient méfiant envers les
autres. La thérapie de groupe n’était pas
adaptée à sa condition. Il n’y est plus jamais
retourné.
Le cas de Gilbert n’est pas unique. Entre 50% et 70% des gens
qui souffrent de problèmes de santé mentale ont
aussi un problème de toxicomanie, selon les
observations rapportées par les cliniciens
québécois. Ces gens ont souvent besoin d’un
traitement adapté pour s’en sortir. Et surtout, ces
malades ont besoin que l’on reconnaisse leur toxicomanie comme
un véritable problème de santé.
Hier soir, ceux qui travaillent pour faire avancer les causes
de la toxicomanie et de la maladie mentale étaient
à l’honneur à l’hôtel Fairmont
Reine-Elizabeth.
Fondation Kaiser
Montréal a été choisi cette année
pour accueillir la quatrième remise des prix de la
Fondation Kaiser, seuls honneurs nationaux qui
récompensent le travail réalisé dans ces
deux domaines.
Sept personnes
et organisations de partout au Canada ont été
honorées, dont Michel Perron, le
président-directeur général du Centre
canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies.
André Picard, journaliste au Globe and Mail, a
également été récompensé
pour des articles sur la maladie mentale publiés en
juin 2008.
« Ces gens nous aident à atteindre le but que
nous nous sommes fixé il y a 25 ans: faire
reconnaître la toxicomanie et la santé mentale
comme des problèmes de santé publique, et non
comme de simples problèmes moraux », a dit hier
Edgar F. Kaiser, président de la Fondation Kaiser.
En effet, la toxicomanie est étroitement liée
à la santé mentale, selon Rémi Quirion,
vice-doyen à la recherche de la faculté de
médecine de l’Université McGill et membre du
conseil d’administration de la Fondation Kaiser.
« Les recherches démontrent de plus en plus de
liens entre les deux domaines », a expliqué le Dr
Quirion, hier, en marge de la cérémonie. Les
gens qui souffrent de dépression, de
schizophrénie et d’anxiété ont davantage
de risques de présenter des dépendances,
souligne-t-il.
Comment expliquer ce lien? Selon une théorie, les gens
affectés mentalement tentent d’atténuer leurs
symptômes avec de l’alcool ou des drogues.
L’hypothèse socio-économique suggère
quant à elle que les gens qui souffrent de
problèmes psychologiques proviennent plus souvent de
milieux défavorisés, où l’accès
aux drogues est plus facile.
Certains chercheurs vont plus loin: ils considèrent la
toxicomanie comme une maladie mentale à laquelle les
gens sont prédisposés
génétiquement.
Mais peu importe les causes, les gens qui souffrent des deux
problèmes ont souvent besoin de ressources
spécialisées pour les aider. Et à ce
chapitre, il reste encore du travail à faire, estime
Rémi Quirion.
Percée québécoise en
insomnie
«
Après un suivi d’un an, plus de 80% des patients ont des
améliorations, et 68% n’ont plus d’insomnie chronique.
»
Des psychologues de l ’ Université Laval ont mis au point
un traitement révolutionnaire contre l’insomnie. Un an
après le traitement, plus des deux tiers des patients
sont guéris.
Ce t t e ava ncée c on f i r me qu’utiliser à long
terme des somnifères ne règle pas ce type de
problème. Pendant six semaines, le patient prend un
somnifère tous les soirs et suit une fois par semaine une
séance de groupe de psychothérapie comportementale
; puis durant cinq mois, il rencontre le psychothérapeute
individuellement chaque mois, sans prendre de somnifères.
« Les résultats sont très
intéressants », a expliqué l’auteur
principal de l’étude parue dans le Journal de
l’association médicale américaine, Charles Morin.
« Après un suivi d’un an, plus de 80% des patients
ont des améliorations, et 68% n’ont plus d’insomnie
chronique. Ce sont des taux de succès qui commencent
à avoir de l’allure. Peut-être que ça va
convaincre les gouvernements d’allouer davantage de ressources
aux traitements non pharmacologiques. »
L’étude visait au départ à évaluer
l’utilisation de somnifères en combinaison avec la
psychothérapie. Des études antérieures,
notamment certaines de M. Morin, montrent qu’un traitement
comportant seulement des somnifères n’était pas
efficace.
Les chercheurs de Québec ont recruté 160 adultes
souff rant d’insomnie chronique qui avaient consulté
l’hôpital universitaire. Ils devaient mettre plus de 30
minutes à s’endormir, ou rester 30 minutes
éveillés au milieu de la nuit, au moins trois
nuits par semaine. Leur problème devait perdurer depuis
plus de six mois, mais en moyenne il datait d’au moins 10 ans.
La
psychothérapie comportementale leur enseignait l’ABC du
sommeil – par exemple, il faut dormir dans un endroit sombre et
calme, faire des activités calmes avant le coucher, et ne
pas se servir de son lit pour autre chose que la
sexualité et le sommeil, même pas regarder la
télé.
La moitié des adultes ont suivi la psychothérapie
de six semaines, et l’autre moitié la combinaison
psychothérapie-somnifères de six semaines. Par la
suite, la moitié du premier groupe n’a plus reçu
de traitement, et l’autre moitié a eu la
psychothérapie mensuelle. Le deuxième groupe, qui
recevait toujours la psychothérapie mensuelle, a aussi
été séparé en deux: une quarantaine
de cobayes ne prenaient plus du tout de somnifères, et
les autres recevaient une dizaine de somnifères par mois
qu’ils pouvaient utiliser n’importe quand. À la fin de
chaque mois, ils devaient remettre les somnifères non
utilisés et en recevaient 10 autres. Tous les traitements
cessaient après six mois.
Après six autre mois sans traitement – donc un an
après le début de l’intervention – les
résultats ont été évalués. Le
groupe ayant eu le plus de succès était de loin
celui qui avait eu la thérapie combinée suivie par
la psychothérapie mensuelle sans somnifère: 81%
avaient des améliorations significatives de leur
insomnie, et 68% n’en faisaient plus du tout. Les insomniaques
ayant eu seulement la psychothérapie hebdomadaire, puis
la psychothérapie mensuelle, avaient des résultats
comparables à ceux qui avaient eu la thérapie
combinée, puis des somnifères occasionnels : 63%
d’amélioration, et 44% de rémission
complète.
« Nous pensons que s’ils n’ont plus du tout de
somnifères, les patients mettent plus d’énergie
dans les changements à leur comportement », estime
M. Morin.
Cela signifie que les médecins qui donnent à leurs
patients des somnifères à utiliser au besoin font
fausse route. « C’est approprié si l’insomnie est
passagère, par exemple lors d’un divorce, d’une mise
à pied, dit M. Morin. Mais en présence d’insomnie
chronique, il faut absolument commencer par les changements
comportementaux. »
Un mal nécessaire
Les familles
aux prises avec la maladie mentale doivent pouvoir intervenir
devant l’imminence du danger.
L’auteure est directrice générale de la
Fédération des familles et amis de la personne
atteinte de maladie mentale (FFAPAMM). Au Québec, dans
le régime actuel, lorsque quelqu’un a des motifs
sérieux de croire que l’état mental d’une
personne présente un danger pour elle-même ou
pour autrui, il peut avoir recours à Loi P-38.001. Il
s’agit de la Loi sur la protection des personnes dont
l’état mental présente un danger pour
elles-mêmes ou pour autrui.
Lorsque les familles se voient contraintes d’utiliser cette
loi pour amener contre son gré un proche atteint de
maladie mentale, c’est qu’il y a là assurément
une notion d’urgence. La famille, par différents
moyens, a tenté d’obtenir sans succès la
collaboration et le consentement de la personne afin de la
conduire dans un centre de santé et de services
sociaux.
Dans une telle situation, deux scénarios sont
envisageables : la garde provisoire ou la garde
préventive. Dans un cas comme dans l’autre, il est
important de mentionner que les membres de l’entourage font
ces démarches à contrecoeur. Ils s’y
résignent afin d’éviter de voir leur proche
s’enfoncer dans la psychose et ainsi aggraver sa maladie
mentale. Il s’agit de démarches éprouvantes, au
point où les familles ont le sentiment que la terre
s’effrite sous leurs pieds, la détresse de l’un
s’entremêlant à celle de l’autre.
Les parents
utilisent le système judiciaire après avoir
épuisé tous les moyens pour convaincre leur
proche de se faire traiter. Ils ne s’ingèrent pas de
gaieté de coeur dans la vie de la personne et ne la
considèrent pas non plus comme un adversaire. Les
membres de l’entourage qui accompagnent une personne atteinte
de maladie mentale sont souvent médusés devant
l’alliance obligée du système juridique et de
celui de la santé.
L’application de la Loi est certes problématique
à plusieurs égards mais chose certaine, ce n’est
pas en restreignant la définition de la
dangerosité que l’on favorisera le
rétablissement de la personne qui vit une crise. Il
faut maintenir cette notion dans un sens large et
préciser les critères afin que les
professionnels basent leur évaluation sur des
critères objectifs. Par ailleurs, la notion
d’immédiateté du danger devrait laisser place
à l’imminence du danger, en raison d’une intervention
préventive qui permettrait d’intervenir lorsque la
personne en désorganisation manifeste des
symptômes avant-coureurs d’une crise.
Les familles aux prises avec la maladie mentale luttent pour
l’amélioration de la qualité de vie de leur
proche. Loin d’elles l’idée de revenir au
système asilaire où l’individu « subissait
» souvent à outrance un traitement qui lui
était infligé.
Aujourd’hui, les nouveaux traitements médicaux et les
services de soutien dans la communauté permettent
d’aspirer au rétablissement. Cependant, il y a des
jours où rien ne va plus et malgré le fait que
la Loi soit contraignante, elle devra toujours être
disponible et accessible pour pallier des situations
ambiguës et ainsi protéger la personne et son
environnement; elle est malheureusement un mal
nécessaire.
Bon courage ! - Liliane
Laverdière
Il faut
beaucoup de patience pour changer la mentalité d’un
itinérant atteint de maladie mentale
L’auteure est la mère d’un fils schizophrène et
habite à Montréal.
Ce ne
sera pas facile de motiver les gens atteints de maladie
mentale à rester en appartement et éviter de
se retrouver dans la rue.
Pour faire suite à l’article de Katia Gagnon
intitulé « 300 sans-abri bientôt
maîtres de leur logis » (lundi 24 août), je
suis abasourdie par cette nouvelle. Non pas parce que
plusieurs millions de dollars seront octroyés à
un projet de recherche pour sauver ces personnes atteintes de
maladie mentale qui vivent dans la rue, mais plutôt de
la façon dont cela se fera.
Mon fils est schizophrène depuis 8 ans. Sa maladie a
débuté à l’âge de 17 ans. Vous ne
pouvez imaginer par où ma famille est passée.
Premièrement, cela a pris un an pour avoir le
diagnostic que peut-être il souffrait de maladie
mentale. La médication a été prescrite
sans information pour la famille alors que mon fils ne savait
même plus comment il s’appelait à
l’époque.
Il devait se trouver un toit : il est passé de la rue
à chez nous. Pendant quatre ans, j’ai essayé de
trouver de l’aide pour lui et pour moi. Les intervenants de la
santé se relançaient la balle. Il a
habité pendant un an dans des appartements
supervisés. C’est à ces endroits qu’il a
commencé à consommer bières et drogues.
On l’a jeté dehors parce qu’il ne cadrait pas avec le
groupe.
E n su ite, j ’a i t rouvé u n organisme qui soutient
les personnes atteintes de maladie mentale pour que mon fils
retrouve sa dignité en travaillant, même si
c’était une ou deux journées par semaine. Cet
organisme nous a aidés et nous aide encore, bravo !
Puis j’ai
aidé mon fils à se trouver un appartement
convenable. La famille lui a donné un coup de main pour
lui dénicher des meubles et tout le reste. Cela n’a pas
marché: après trois ans en appartement, il est
revenu chez nous pour quatre mois.
Aujourd’hui, il est de retour dans un appartement, mais il ne
va pas bien. Je le motive pour qu’il trouve de l’aide afin
qu’il ne se retrouve pas à la rue encore une fois. Je
lui paie ses médicaments tous les mois pour m’assurer
qu’il les prend!
Alors, je suis sceptique que cette nouvelle façon de
faire du milieu avec les itinérants portera ses fruits
! Si la famille n’avait pas été là pour
mon fils, il serait déjà mort. Depuis 8 ans, je
m’efforce de le comprendre, de l’aimer, de le soutenir dans
ses démarches avec l’équipe en santé
mentale. Avec 0 $ en poche (toutes mes économies y
passent).
Vous allez sans doute me dire que mon fils a de la chance
d’avoir une famille qui l’aide, donc qu’il n’a pas besoin de
plus, car les personnes à la rue sont souvent seules.
C’est vrai, mais si l’aide financière et psychologique
avait été donnée à ces familles au
moment où elles en avaient besoin pour leur fils ou
leur fille, il y aurait sans doute moins d’itinérance
dans notre ville.
Certaines familles n’en peuvent plus d’essayer de trouver des
solutions pour leur fils ou leur fille atteint de maladie
mentale. Parfois, elles n’ont pas d’argent, car elles vivent
sous le seuil de la pauvreté. Après plusieurs
tentatives pour l’aider, elles lâchent et laissent leur
enfant à lui-même. Il se retrouve ainsi à
la rue et débute un long processus d’itinérance.
Sans médicament parfois, c’est difficile de retrouver
sa dignité et ses idées!
Je souhaite bonne chance et bon courage à
l’équipe qui sera choisie pour essayer de changer les
choses. Vous en avez de la chance, car vous débutez
avec plusieurs millions de dollars en poche! Tout cela pour
cacher l’itinérance d’une ville avec ses
problèmes. Il vous faudra avoir beaucoup de patience
pour changer la mentalité d’une personne atteinte de
maladie mentale, vivant dans la rue, seule, sans travail, sans
lien social, et l’inciter à demeurer dans un
appartement.
Le pouvoir des potins - Mathieu Perrault
Ceux qui
vivent difficilement avec les potins manquent souvent
d’intelligence sociale, de « puissance douce ».
« Si elle s’imagine que nous allons respecter ses
diktats, elle se trompe. » Pendant plus d’un an, le
sociologue Tim Hallett, de l’Université de l’Indiana, a
épié les potins dans une école primaire
de cet État. En échange de l’anonymat de
l’école, il a pu disséquer des dizaines de
réunions officielles et informelles dans l’école
qui ont montré la puissance des potins dans les
relations entre la directrice et les enseignants.
« Les potins jouent un rôle crucial dans les
organisations, explique M. Hallett en entrevue
téléphonique. C’est une manifestation de la
"puissance douce" des subordonnés quand ils ont
épuisé les canaux officiels de protestation
contre l’autorité. Ils peuvent miner l’autorité
légitime impunément. D’autres chercheurs ont
avancé que les potins sont simplement un outil de
coercition sociale, de conformisme. Je pense plutôt
qu’ils servent aux faibles contre les plus forts, même
quand ces derniers ont raison et sont dans leur bon droit.
»
L’école où a travaillé le sociologue
américain avait une nouvelle directrice qui devait
mettre de l’ordre dans les pratiques administratives – le
budget de photocopies était incontrôlable – et
d’enseignement – les élèves en difficulté
n’étaient pas suivis de manière
systématique. Mais son style dictatorial a rapidement
suscité une levée de boucliers. Les enseignants
ont déposé une plainte formelle contre la
directrice, qui a été rejetée
après enquête de la commission scolaire.
Impuissants, les enseignants ont alors décidé de
se traîner les pieds et ont multiplié les
commentaires assassins en apparence anodins.
« La
directrice a décidé d’adoucir son ton
après l’enquête, mais les enseignants pensaient
qu’elle était simplement hypocrite, dit M. Hallett. Il
a fallu la nomination d’un directeur adjoint
d’expérience, qui partageait les objectifs de la
directrice mais savait comment se faire accepter et
apprécier par les enseignants, pour que les
réformes s’accomplissent. »
Néfastes?
Cela signifie-t-il que les potins sont néfastes ? Dans
le New York Times, cet automne, une employée d’une i
mprimerie du Montana , PrintingForLess, a vanté les
mérites de la politique interne interdisant les potins.
« À mon dernier travail, les potins
étaient nombreux, a-t-elle écrit. Cela
permettait aux gens qui avaient une attitude négative
de répandre leurs mauvaises ondes. »
Tim Hallett pense qu’une telle approche est contre-productive.
« Les potins ne sont pas seulement nuisibles, ils
constituent également une source d’information pour qui
sait les lire, ainsi qu’une manière pour les gens qui
se sentent muselés de communiquer leurs sentiments
réprimés en public. Ceux qui vivent
difficilement avec les potins manquent souvent d’intel l
igence sociale, de "puissance douce". Il ne suffit pas
d’être plus élevé dans la
hiérarchie pour se faire obéir, mais
également de convaincre que nos instructions
méritent le respect. Dans l’école que j’ai
étudiée, certains enseignants se plaignaient du
temps que leur faisaient perdre les potins dans les
réunions. Mais il s’agissait de gens qui auraient
préféré faire leur travail sans
interactions avec autrui, sans interactions autres que
professionnelles, à tout le moins. Or, il est
très rare que seules les compétences
professionnelles comptent quand il s’agit de travail
d’équipe. La personnalité des gens de
l’équipe compte aussi. »
POURQUOI LES POTINS SUR LES CÉLÉBRITÉS
SONTILS SI POPULAIRES ?
Parce que
l’omniprésence des vedettes nous donne l’impression
qu’on les connaît bien et qu’un réflexe ancestral
nous pousse à chercher à acquérir le plus
d’information possible sur nos proches. Cette théorie
du psychologue Robin Dunbar, de l’Université de
Liverpool en Angleterre, expliquée dans son livre
Grooming, Gossip and
the Evolution
of Language, explique que dans la préhistoire, les
contacts sociaux se limitaient souvent aux membres d’une
même tribu, qu’il fallait chercher à
connaître le mieux possible afin de survivre dans un
environnement sauvage et hostile. En quelque sorte, les potins
sont l’ancêtre de l’« intelligence sociale »
décrite comme l’un des principaux atouts des bons
gestionnaires et des personnes qui connaissent du
succès dans leur carrière.