Religion
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AUTRES MÉDIAS |
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Le
dalaï- lama charme les foules montréalaises
Demonizing
Muslims: To what end? - GERALD CAPLAN
A
mirror of faith on the Canadian wall
Se pourrait-il donc que même l'Église
Catholique soit finalement capable de changement ?...
Un visage plus humain pour le pape
Confessions de Benoît XVI
Mais cela l'empêche-t-elle pour autant de faire preuve
d'incohérence ?
Condom
et
confusion
Canonisation
du frère André - Ce qu'il en reste
Le
Québec écartelé entre foi et
athéisme
Jésus
au Québec: nouveau chemin de croix
Avatar and the politics of our time - Rick Salutin
Religion: gare à l'intolérance
L’avocat
du
frère
André
Une athée passionnée par les «
miracles »
Matière à polémique
Un long processus
Un saint à hauteur d’homme -
Louise Leduc
Un portier au royaume des saints
Canonisation
du frère André - Perte de sens
Le
frère André est admis parmi les saints
Le frère André sera canonisé
Le
frère André sera bientôt un saint
Après 60 ans d'attente, le frère
André sera canonisé
Tekakwitha
bientôt sainte?
Une
première femme ordonnée prêtre au
Québec
Les anglicans ouvrent la porte aux femmes
évêques...
... les catholiques la referment
De par ses positions aussi radicales qu'incohérentes,
l'Église n'est-elle pas la première à
se ridiculiser elle-même ?...
Le pape comprend ceux qui quittent l’église
L'Église
s'enlise
Le
pape
et
le
sexe
-
Yves Boisvert
La
colère
de
soeur
Marguerite
-
Vincent Marissal
Le
chaînon
manquant
-
Alain Dubuc
«
Qu’il
se
mêle
donc
de
ses
affaires
»
Dieu
les aurait-il condamnées?
Josée Verner condamne les propos du cardinal Marc
Ouellet
Propos du cardinal Ouellet: le Dr Gaétan Barrette
est «bleu marin»
Avortement
- Air vicié
Le mépris de Kazem Ouellet - Patrick Lagacé
Le cardinal Ouellet sévèrement
dénoncé
L'avortement
injustifié même en cas de viol, selon le
cardinal Ouellet
Benoît
XVI lance une nouvelle polémique
Tous égaux, sauf les gais - Rima Elkouri
Le
nouveau visage des catholiques
Jésus
et nous - André Pratte
Plus que des fables
Il
est né (où?) le divin enfant
Une tradition de naissance
Dans
la bulle de son voile - Nathalie Petrowski
L'Église ne pourrait-elle pas commencer par chercher
à faire pardonner ses propres péchés,
avant de penser pouvoir faire la morale à qui que ce
soit ?...
NOUS
SOMMES
TOUTES
DES
SORCIÈRES
L'Église et l'église - Patrick Lagacé
Le
malaise
des
prêtres
-
Stéphane
Laporte
La culture du secret, dont l'Église semble avoir fait
une spécialité, aura-t-elle ironiquement eu
pour effet de lever le voile sur les problèmes
touchant au coeur de cette dernière ?...
Quebecer can sue Church for sex abuse
Le
Vatican serre la vis aux pédophiles
Le
Saint-Siège en Cour suprême américaine
- Le Vatican est-il protégé des
procès en pédophilie?
Prêtres
pédophiles: Benoît XVI demande pardon
Benoît
XVI : l'Église paie pour son propre
"péché"
Le
scandale de la pédophilie et son impact sur les
finances de l'Église
Extend
the
hand
of
healing
and
justice
Le
pape est-il hors la loi?
Un
cardinal a félicité la dissimulation d'abus
sexuels
FAIRE
PÉNITENCE
Le
Vatican s'attire les foudres de la France
Un
Canadien sur dix connaît une victime d'agression
sexuelle commise par un prêtre
Pédophilie:
l'Église aurait étouffé un scandale
au Canada
En
bref - Pédophilie: le Vatican publie ses directives
Benoît
XVI a traîné des pieds pour défroquer
un prêtre pédophile
Une
sexualité trouble
Des
agressions préméditées
Des
pulsions incontrôlées
Abus sexuels: le Vatican doit collaborer avec la justice
L'opinion
de quelques vaticanistes - L'Église réagit
comme une forteresse assiégée
Le
mystère de la pédophilie échappe au
Vatican
Silent
Pope,
defiant
Vatican
spark
Easter
outrage
Cinq
ans de pontificat - La Terre appelle le pape
The
Pope's
problem
is
hypocrisy,
not
modernity
Dirty job will define Benedict's papacy
Le quinquennat tourmenté de Benoît XVI
Can
faith
in
the
Pope,
and
the
church,
be
saved?
Des raccourcis troublants - PIERRE MURRAY
Pédophilie:
un avocat américain veut que le pape
témoigne
Benoît
XVI est-il coupable ?
Pope
vows not to be intimidated amid sexual abuse scandals
Pope Benedict XVI branded 'biggest sinner'
Le
procès
du
pape
-
Yves Boisvert
Pédophilie
- Le pape devrait se confesser
Sexe et Vatican - Assumer
Vatican
forced
to
defend
Pope
over
sex
scandal
Benoît
XVI aurait protégé un prêtre
pédophile
Agressions
sexuelles - Que fera l'Église du Québec ?
An apology won't end the abuse - Globe editorial
Agressions sexuelles - Les excuses ne suffisent pas
Un
religieux suggère un registre des prêtres
pédophiles
Le
pape exprime sa «honte» et annonce des mesures
Tempête
sur l'Église
La
fin du silence au Québec
Le pape appelle les évêques à
«restaurer la crédibilité de
l'Église»
La
queue du diable - PATRICK LAGACÉ
L’ambassadeur du Vatican a voulu étouffer
l’affaire - André Noël
Les
péchés de l’Église -
AGNÈS GRUDA
Un évêque comparaît en justice
- Louise Leduc
Voir aussi La
pédophilie
politiquement correcte - YVES BOISVERT
L'Église serait-elle en train de perdre tout ce qui
pouvait lui rester de crédibilité ?...
Des
Anglais
rêvent
de
voir
le
pape
menotté
L'Église serait-elle en train de perdre tout ce qui
pouvait lui rester de connection avec l'humanité ?...
Le
cardinal de fer
Et pourtant, se pourrait-il que même l'Église
soit donc capable de changement ?...
Cardinal John Henry Newman: a modern Christian
10 000 euros d'amende pour un évêque
négationniste
Ces chrétiens qu’on persécute
La cousine de Raël - PATRICK
LAGACÉ
L’ÉGLISE
DE SCIENTOLOGIE CONDAMNÉE EN FRANCE -
Marc Thibodeau
Sale
temps pour les scientologues aux États-Unis
- RICHARD HÉTU
Et
au Québec, qu’en est-il ? - Christiane
Desjardins
ISLAM
A thousand fatwas for Somalia's al-Shabaab
Seule au monde
La nouvelle censure - Mario Roy
Bienvenue en l'an 632 - Patrick Lagacé
Jihad jitters at Comedy Central
Des droits tout neufs - Mario Roy
L'ère
post-Rushdie
-
Mario Roy
Ben Laden menace les É-U de représailles
Ben
Laden
prend un virage écolo
Ben Laden et le climat: un chef en manque d'inspiration
Mon
papa, Oussama ben Laden
Ben Laden veut séduire les Occidentaux
- Judith LaChapelle
«Ai-je l'air d'un terroriste?»
L'islam et ses dérives...
Philosophie
- Tariq Ramadan : entre théologie et fanatisme
L'imam
qui inspire les terroristes
Tariq
le terrible - Nathalie Petrowski
Tariq
Ramadan à l'UdeM: la controverse
précède la conférence
Laissons
parler Tariq Ramadan - Mario Roy
Un
soir
de ramadan chez les Alper - Laura-Julie
Perrault
... notamment à l'égard des femmes !...
Tentative
de meurtre à Dorval: encore un «crime
d'honneur»?
Our
daughters
in
peril
S'embrasser
en public et autres sports extrêmes
Les femmes et l'islam - Nathalie Collard
Afghanistan:
les viols répandus et sous-estimés
D'ailleurs, l'islam ne se trouverait-il pas surtout à
donner naissance des héroïnes s'avérant
d'autant plus courageuses que ce dernier peut être
sexiste et mysogine ?...
Les
Saoudiennes
aussi
veulent
leur révolution
Femmes,
au
volant!
Mukhtar
Mai:
la
bataille
d'une
survivante
Quand l'islam ne fait que servir de paravent à la
barbarie pure et simple...
Barbarie en direct
Mais cela devrait-il pour autant justifier que nous
mêmes dérivions vers l'intolérance ?...
Viser l'islam
Et n'y a-t-il pas là autant de raisons de saluer le
courages de ceux, et surtout de celles qui se lèvent
pour y faire face à l'injustice ?...
La députée afghane qui rêve de devenir
présidente
A
wanderer from Islam with a message for the West
Une
star du niqab est née
Des
mulsulmanes américaines veulent prier avec les
hommes
L'improbable
destin d'une diplomate yéménite
Une
jeune fille de 12 ans meurt en mettant au monde son
bébé
Histoire
de "pantalon indécent" : Libérée,
Loubna veut « continuer le combat »
Une histoire de principe et de pantalon
Sauvée
par
le
ramadan
Les
témoins de Jéhovah éclipsent
U2 - Sylvie St-Jacques
Le Nigeria en
état d’alerte - Laura-Julie Perrault
La
crise redéfinit les valeurs, dit le
dalaï-lama
Voir aussi Le
chef spirituel qui attire les foules -
Laura-Julie Perrault
L’EXORCISME
N’ESTPAS
UN
SPECTACLE!
FRÈRE ANDRÉ Un autre pas franchi vers
la canonisation - Louise Leduc
La révolution de 1969 -
MARIE-CLAUDE LORTIE
Le
cardinal Ouellet appelle à une nouvelle
législation
Le
droit à l’avortement menacé, jugent des
experts
Les
médecins pourraient cesser de faire des
avortements au privé
L'éthique, la culture et le juge
ECR et Galilée... - Yves Boisvert
Pourquoi pas un accommodement? - André Pratte
Québec interjettera appel
Loyola
High School: Jean Charest veut porter le jugement en appel
La Cour donne raison à Loyola High School
Une
analyse biaisée
L'école
endoctrine nos jeunes, affirme une chercheuse
Cours
d'éthique et culture religieuse Des parents
déboutés en Cour supérieure
Pour
mieux vivre ensemble - RAYMOND GRAVEL
116
années après Léon XIII - ANDRÉ
PRATTE
Le cours d’éthique et de culture
religieuse devant les tribunaux
LIBAN - Un magazine « pour adultes
seulement » fait des vagues
Le pape
équilibriste
L’Arabie
Saoudite élira sa Miss Moralité
Nationalisons
les églises!
Les
VII péchés capitaux
Communautés
religieuses et alimentation: l'assiette divine
Sectes
« J’ai été 34 ans dans une secte
»
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Un saint à hauteur d’homme - Louise Leduc
Le pape
Benoît XVI a annoncé hier que le frère
André sera fait saint le 17 octobre. Retour sur une
dévotion populaire qui demeure sans égale au
Québec.
Mar ie-Jeanne Dor invi l le est passée à
l’Oratoire cette semaine pour que le frère André
intercède pour son Haïti natal. Nicola Mastrocola,
lui, y vient tous les dimanches depuis 50 ans. « Le
frère André s’est occupé de mes
problèmes cardiaques. »
Le cardinal Jean-Claude Turcotte a
insisté sur l’humilité du frère
André.
Comme au temps du frère André, l’Oratoire
demeure le haut lieu des coeurs en miettes. Chômeurs,
malades et endeuillés y défilent quotidiennement
pour allumer des lampions, poser leur main droite sur le
tombeau du frère André ou s’arrêter au
« bureau des bénédictions ».
Il y a file dans ce petit local, même en ce matin de
semaine. On veut une bénédiction pour soi ou
pour les objets religieux achetés à la boutique
d’à côté. Les bénédictions
se font en série, selon une formule
générique, jusqu’à ce qu’un homme fonde
en larmes devant un père de Sainte-Croix et les gens
dans la file, tous bien mal à l’aise.
Ce petit bureau perpétue l’oeuvre centrale du
frère André, à cette différence
près que, à ce dernier, on venait
réclamer des guérisons.
Malcommode?
Selon la journaliste Micheline Lachance, qui a écrit
une biographie du frère André, il aurait
reçu, au cours de la seule année 1909, quelque
29 500 lettres. Lui, l’analphabète qui ne pouvait lire!
Il
était malcommode, particulièrement à
l’égard des femmes. Tous les livres sur lui le
mentionnent. « Vous dites que vous avez mal à la
gorge? Eh bien, couvrez-la ! » auraitil lancé
à une énième femme qu’il trouvait trop
décolletée à son goût.
Dans un entretien accordé à Micheline Lachance,
le père Émile Déguire, ami intime du
frère André, admet que ce dernier refusait de
rencontrer celles qui n’étaient pas vêtues
modestement mais soutient qu’« il n’était pas
misogyne ».
Joseph Pichette, autre ami cité dans la biographie de
Jean-Guy Dubuc, veut aussi corriger la légende :
« J’ai connu le frère André pendant 30 ans
et j’ai passé des journées entières avec
lui, dans son bureau même, par des chaleurs suffocantes,
et les pèlerins le bousculaient du matin au soir. J’ai
remarqué qu’il avait toujours un même bon mot; il
était joyeux, aussi de bonne humeur à la fin de
sa journée qu’au commencement. Il en fut ainsi durant
les 25 premières années que je l’ai connu.
Durant les cinq dernières années, il avait pris
de l’âge, il se fatiguait plus vite et il était
plus nerveux. »
Bien avant d’être canonisés par Rome, « les
saints sont canonisés par la ferveur populaire »,
relève Jean Desclos, professeur de théologie
à l’Université de Sherbrooke.
Comme saint Antoine de Padoue et saint François
d’Assise, évoqueM. Desclos, le frère
André avait ce petit je-ne-saisquoi «qui
déplace les foules».
Parce que chacun espérait son miracle, sa
guérison ? Oui, il y avait de cela, mais pas
uniquement. « Il apportait aussi son soutien moral
à une époque où l’écoute
n’était pas encore à la mode. Le f rère
André est une figure éminemment sympathique,
l’image du gars ordinaire, de la campagne, qui a pu rallier
des gens moins croyants. »
Après Marguerite d’Youville, le frère
André est la deuxième personne née au
Canada à être canonisée.
L’Église catholique fustige la femme qui se fait
avorter, condamne les gais, désapprouve le port du
préservatif, refuse de bénir le mariage d’un
divorcé, mais accepte en ses murs le corps reconnu d’un
parrain de la mafia qui reçoit bénédiction et
est aspergé d’eau bénite. Je ne comprends pas. Qu’en
pense le cardinal Turcotte ?
Nous comprenons enfin pourquoi le cardinal Ouellet a fait une
sortie publique il y a quelques semaines au sujet de l’avortement.
C’était tout simplement une stratégie politique pour
plaire aux dirigeants du Vatican et ainsi démontrer la
robustesse de son dossier pour être promu.
Si le cardinal Ouellet tient tant à repeupler le
Québec, pourquoi ne milite-t-il pas en faveur de
l’abolition du célibat obligatoire chez les
ecclésiastiques, au lieu de nier le droit des femmes
à l’avortement ? Cette initiative aurait l’avantage de
résoudre des problèmes pour lesquels il est
beaucoup moins loquace, comme la pédophilie dans le
clergé catholique et la place des femmes dans la
hiérarchie. — Marcel Gilbert, Québec
L’image que le cardinal Ouellet a de la femme émane d’un
paternalisme éhonté et d’une misogynie croulante.
S’il n’était revêtu de la pourpre
ecclésiastique, cet homme serait jugé à sa
juste mesure: un sexiste attardé, qui ne connaît
pas la Charte des droits et libertés et qui s’est tenu
à l’écart de l’évolution de la
société humaine depuis des siècles.—
Marquita Riel, Orford
FAIRE PÉNITENCE
— d’après AFP
«
Face aux attaques du monde qui nous parlent de nos
péchés, nous voyons (...) qu’il est
nécessaire de faire pénitence et donc
reconnaître les erreurs commises dans notre vie
», a déclaré hier le pape Benoît
XVI lors d’une messe au Vatican. « La douleur de la
pénitence, c’est-à-dire de la purification et
de la transformation, cette douleur est une grâce
parce que c’est un renouvellement. » Dans cette
homélie improvisée, le pape a reconnu que
« les chrétiens », « même au
cours des derniers temps, ont souvent évité la
parole pénitence, qui nous semblait trop dure
». Ces propos ont été
interprétés comme « une forme de mea
culpa » par le vaticaniste Bruno Bartoloni,
interrogé par l’AFP. Selon lui, « le pape dit :
on a commis des fautes et il faut se repentir ». Mais
dans le même temps, Benoît XVI a eu des mots
très durs à propos des « agressions
contre l’Église », signes selon lui du «
conformisme » ambiant qui a remplacé les
« dictatures nazie comme marxiste ». « Ce
conformisme peut réellement être une vraie
dictature », a-t-il affirmé, relevant qu’il
rend « obligatoire de penser comme tout le monde,
d’agir comme tout le monde ».
Des raccourcis troublants - PIERRE MURRAY
Les faits ne
démontrent pas que Benoît XVI et son bras droit
aient voulu étouffer l’affaire du prêtre
pédophile
L’auteur est curé de la paroisse Bienheureux
François de Montmorency à Laval. Il s’agit
d’un débat juridique dans lequel les
différentes parties entreprennent des
démarches pour faire valoir leurs droits.
La semaine dernière, plusieurs médias
québécois ont repris presque mot à mot
un article du New York
Times qui montre du doigt le pape Benoît XVI pour
avoir contribué directement à étouffer
un cas de prêtre pédophile américain du
temps où il était cardinal préfet de la
Congrégation pour la doctrine de la foi.
Si l’information était avérée, à
l’évidence la crédibilité de
l’Église et du pape Benoît XVI serait gravement
entachée.
Aussi est-il étonnant de constater que l’information
publiée comporte des imprécisions et des
raccourcis troublants compte tenu de la gravité des
reproches adressés et des personnes
concernées. Le journaliste du New York Times donne
une interprétation que les faits ne suggèrent
pas.
Rappelons brièvement les faits : un prêtre du
diocèse de Milwaukee est dénoncé par
trois jeunes pour divers abus à connotation sexuelle
qui se seraient déroulés entre 1963 et 1969.
Des accusations au criminel auraient été
portées en 1974, mais par la suite
abandonnées, sans que la raison n’en soit
donnée.
Les allégations ont été portées
à l’attention de l’archevêque de Milwaukee en
1995. Celui-ci met immédiatement en branle un
processus judiciaire ecclésiastique qui ferait en
sorte que le prêtre soit laïcisé. Mais une
difficulté s’est rapidement présentée
touchant le délai de prescription.
Afin de
faire lever cet obstacle, l’archevêque de Milwaukee
entreprend dès 1996 différentes
démarches par le biais de lettres auprès de
laCongrégationdirigée par le cardinal
Ratzinger et son bras droit, MgrBertone, afin qu’un
décret de la Congrégation soit émis
selon lequel, malgré le temps écoulé,
un procès ecclésiastique puisse être
tenu.
En mai 1997, il est convenu que le procès pourra
être tenu. Surviennent ensuite des difficultés
liées au fait que le prêtre ne réside
plus dans le diocèse de Milwaukee, mais dans un autre
diocèse qui a juridiction. Un autre procès est
donc mis en branle dans cet autre diocèse.
En janvier 1998, le prêtre accusé dans cette
affaire écrit au cardinal Ratzinger pour porter en
appel la décision de passer outre aux délais
de prescription. Il ne demande pas une faveur, mais exerce
un recours juridique.
En mai de la même année, l’évêque
responsable du procès informe MgrBertone qu’il ira de
l’avant avec le procès, malgré la demande de
l’accusé.
À la suite de la rencontre à Rome le 30 mai
1998 avec Mgr Bertone, l’archevêque de Milwaukee
décide d’abandonner le procès judiciaire
à cause des difficultés liées aux
délais de prescription et d’opter pour une
démarche administrative qui empêcherait le
prêtre incriminé d’exercer quelque
ministère que ce soit. Il en informe Mgr Bertone dans
une lettre datée du 19 août, mais prêtre
incriminé est décédé deux jours
plus tard. Les faits rendus publics par le
New York Times contredisent donc les conclusions du
journaliste voulant que le cardinal Ratzinger et son bras
droit aient voulu étouffer l’affaire. Il s’agit
plutôt d’un débat juridique dans lequel les
différentes parties entreprennent des
démarches pour faire valoir leurs droits. L’intention
de l’archevêque de Milwaukee est claire et constante:
empêcher par tous les moyens à sa disposition
le prêtre incriminé d’exercer un
ministère. Dans les faits, le cardinal Ratzinger n’a
pas été mêlé à cette
histoire.
Il est désolant de constater que le désir
d’incriminer le cardinal Ratzinger l’emporte sur la
véracité des faits. Il ne s’agit pas ici de
défendre à tout prix l’Église, mais de
s’assurer que les reproches qui lui sont adressés le
soient en toute justice.
L’ambassadeur du Vatican a voulu étouffer
l’affaire - André Noël
Évêque accusé de possession de
pornographie infantile
L’ambassadeur du Vatican au Canada, Mgr Luigi Ventura, a
tenté j usqu’à la dernière minute de
maintenir un voile de silence sur le sca ndale impliquant
l’évêque Raymond Lahey, accusé de
possession et d’importation de pornographie i nfantile,
s’insurge l’Association des victimes de prêtres du
Québec.
La
nonciature apostolique d’Ottawa n’a rien dit pendant
plusieurs jours des raisons de la démission de
l’évêque Raymond Lahey, accusé de
possession et d’importation de pornographie infantile.
Une semaine après l’arrestation de Mgr Lahey, le pape
Benoît XVI a annoncé que Mgr Ventura quittait le
Canada pour la France. À Ottawa, la nonciature
apostolique, nom officiel de l’ambassade du Vatican, dit qu’il
n’y a aucun rapport entre ces deux faits. « Une chose
est sûre : Mgr Ventura part dans la controverse, et
j’espère que celle-ci le suivra en France »,
affirme France Bédard, fondatrice de l’Association des
victimes de prêtres.
Mme Bédard a transmis une chronologie des
événements à La Presse, qui l’a ensuite
validée.
Le 15 septembre, Mgr Lahey, évêque du
diocèse d’Antigonish en Nouvelle-Écosse, est
revenu des États-Unis et a débarqué
à l’aéroport d’Ottawa. Un douanier a
trouvé des images de garçons âgés
de 8 à 10 ans dans son ordinateur portable. Celui-ci et
d’autres objets ont été saisis.
L’évêque a été arrêté,
puis libéré en attendant les résultats de
l’enquête.
« Il a annoncé à la nonciature apostolique
(à Ottawa) qu’il voulait démissionner i
mmédiatement après son arrestation à
l’aéroport », a i ndiqué la nonciature
dans un courriel à La Presse. Mgr Lahey a-t-il dit
pourquoi il voulait démissionner ? « Il est
très logique qu’il ait donné les motivations
pour lesquelles il venait d’être arrêté, et
pour lesquelles le pape a immédiatement accepté
sa démission », a répondu la nonciature.
Or, la nonciature n’en a rien dit à personne pendant
plusieurs jours, même pas à la Conférence
des évêques cathol iques c a nadiens ( CECC).
« C’était à Mgr Lahey de décider
d’informer ou non ses collègues », a-t-elle dit,
en précisant qu’elle n’a pas d’autorité sur la
CECC.
Une semaine
plus tard, soit le 22 septembre, le pape a annoncé que
Mgr Ventura, qui avait nommé Mgr Lahey
évêque à Antigonish en 2003, quittait le
Canada pour devenir nonce apostolique en France. La
procédure de transfert avait commencé quatre
mois plus tôt, a assuré son bureau à
Ottawa.
Le 25 septembre, après une enquête menée
par la police d’Ottawa, des accusations de possession et
d’importation de matériel de pornographie i nfa ntile
ont été déposées contre Mgr Lahey.
Le lendemain, le 26 septembre, la CECC a publié un
communiqué dans lequel elle a indiqué de
façon laconique que « le Saint-Père a
accepté la démission de Mgr Raymond J. Lahey
pour des raisons personnelles ». Mais elle ignorait
toujours quelles étaient ces raisons personnelles, le
nonce apostolique ne lui ayant pas confié qu’il avait
été arrêté.
« La CECC n’a été informée des
accusations qui pèsent contre Mgr Lahey que le mercredi
30 septembre, à 14h30, par un j ournaliste de CBC
Television, a indiqué Gérard Baril, du service
des communications de la CECC, dans un courriel envoyé
à La Presse. Les " motifs personnels " qui ont
amené Mgr Lahey à présenter sa
démission au pape Benoît XVI nous étaient
tout à fait inconnus. Les évêques ne
relèvent pas de l’autorité de la
Conférence épiscopale, mais du pape. Cela
explique que Mgr Lahey n’était pas tenu d’informer la
CECC des raisons pour lesquelles il avait demandé
à être relevé de sa charge
épiscopale. »
« Deux semaines après avoir été i
nformé que Mgr Lahey avait été
arrêté à l’aéroport, l’a mbassadeur
du Vatican à Ottawa n’en avait même pas i
nformé les évêques ca nadiens , a dit Mme
Béda r d. Qu’espérait-il ? Qu’il ne soit pas
accusé ? Ces cachotteries n’ont rien d’étonnant
: elles sont la règle. Le Vatican a même
déjà menacé d’excommunier les membres du
clergé qui dénoncent l’existence de crimes
sexuels dans l’Église. »
« Avant d’être nommé évêque
d’Antigonish par le nonce apostolique Luigi Ventura, Mgr Lahey
avait été évêque à
TerreNeuve, rappelle Mme Bédard.
L’archevêché de Saint-Jean (de Terre-Neuve) a
admis qu’il était au courant depuis des années
des allégations faites contre Lahey par une victime
d’agressions sexuelles à l’orphelinat de Mount Cashel.
Cette victime affirme avoir été
bouleversée en 1985, quand il était jeune
garçon, en voyant la pornographie qui se trouvait chez
Lahey, alors simple curé. Cela ne l’a pas
empêché de devenir évêque, d’abord
à Terre-Neuve, puis en Nouvelle-Écosse. »
Mme Bédard souligne que The Observer, un quotidien
britannique, a publié un document confidentiel
provenant des archives du Vatican qui avait été
envoyé aux évêques du monde entier en
1962, et les menaçant d’excommunication s’ils
révélaient des allégations d’agressions
sexuelles. Le document de 69 pages, écrit en latin, a
été authentifié par l’ Église
catholique romaine d’A ngleterre et de Galles. La nonciature
apostolique à Ottawa affirme que le nouveau code de
droit canon, adopté en 1987, a aboli toutes les lois et
les dispositions antécédentes, y compris cette
directive.
« L’Église cultive l’aveuglement volontaire,
ajoute Mme Bédard, qui a elle-même
été violée par un abbé lorsqu’elle
était mineure et qui poursuit l’Archevêché
de Québec pour obtenir un dédommagement. J’ai
transmis nos informations sur Mgr Luigi Ventura aux
associations de victimes de prêtres en France, afin
qu’on sache là-bas comment il a pratiqué
l’omerta au Canada. »
Les péchés de l’Église -
AGNÈS GRUDA
Quand il a vu
l’évêque d’Antigonish, Raymond Lahey, s’excuser
au nom de l’Église auprès des victimes
d’agressions sexuelles de son diocèse, l’avocat John
McKiggan était convaincu qu’il avait devant lui un
homme droit et courageux.
PHOTO CHRIS WATTIE, REUTERS
L’évêque Raymond Lahey
s’est présenté hier au poste de police
d’Ottawa. Libéré après le versement
d’une caution de 9000 dollars, il sera de retour devant les
tribunaux le 4 novembre.
Ce juriste d’Halifax a mené de nombreux recours
collectifs contre des membres du clergé dans des causes
de ce genre. Chaque fois, l’Église s’est battue bec et
ongles pou r préserver sa réputation. Mais le 7
août dernier, Raymond Lahey a accepté non
seulement de reconnaître les fautes commises, mais aussi
de dédom mager les victimes.
Pour John McKiggan, qui représent a it les v ic ti mes
d’A ntigonish, l’événement était
historique. « C’était un incroyable changement de
cap. Je voyais l’évêque Lahey comme un homme qui
essaie d’agir correctement, et n’hésite pas pour cela
à se dresser contre les autres membres du clergé
», dit-il.
John McKiggan est tombé de haut, cette semaine, quand
il a appr is que le même Raymond Lahey était
accusé de possession de pornographie juvénile.
Ces faits ne correspondaient pas du tout à l’image de
l’homme qu’il avait vu demander pardon pour les fautes de
l’Église, à peine six semaines plus tôt.
E n 2 0 a ns de pratique, John McKiggan a
représenté des centaines de victimes d’agression
sexuelle. « Quand les agresseu rs éta ient des
hommes du clergé, ils appartenaient dans 75 % des cas
à l’Église catholique », a-t-il
constaté au fil des ans.
Les prêtres catholiques ne sont pas les seuls à
s’être trouvés mêlés à des
scandales sexuels. Il y en a eu aussi chez les anglicans, ou
encore chez les baptistes . Mais John Mc K igga n est
convaincu que la hiérarchie propre à
l’Église catholique crée u n climat favor a ble
aux abus.
« Chez les catholiques, il y a un incroyable respect
pour l’autorité du prêtre », note-t-il.
Des prêtres immatures
C’est aussi ce
que remarque l’au mônier a méricain Thomas Doyle
dans un long article paru il y a six ans dans la revue
Pastoral Psychology. L’auteur y rappelle qu’en une quinzaine
d’années, l’Église catholique américaine
a été éclaboussée par quelque 1800
poursuites pour des agressions sexuelles. Et il n’est pas
tendre pour la réaction des autorités
cléricales, qui ont toujours tout fait pour nier ces
allégations, ou encore les minimiser.
La hiérarchie propre à une Église
extrêmement centralisée crée un terreau
propice à des relations abusives, et aussi à la
loi du silence, écrit Thomas Doyle.
L’autre facteur qui ouvre la voie à des relations
sexuellement abusives est d’ordre individuel : un grand nombre
de prêtres catholiques souffrent de déficiences
psychologiques, soutient l’aumônier. Il cite des
études selon lesquelles 66 % des prêtres
catholiques aux États-Unis sont immatures sur le plan
émotionnel. Principale manifestation de cette
immaturité : « La difficulté à
établir des relations interpersonnelles et une
incapacité à intégrer leur
identité psychosexuelle. »
« Les prêtres im matu res sont plus à
l’aise avec des adolescents, ont peu d’amis de leur âge
et parviennent assez bien à camoufler ces
déficiences en les rationalisant », écrit
Thomas Doyle.
Et ce sont peut-être j ustement ces fa iblesses qu i
poussent certa i ns jeu nes hommes à se tourner vers la
prêtrise, avance Hubert Van Gijseghem, expert
psycholégal québécois qui a
rencontré des dizaines de prêtres accusés
d’agressions sexuelles ou de pédophilie.
« Quand un jeune homme se sent aux prises avec une
sexualité trouble qu’il n’accepte pas, il peut se
sentir attiré par le célibat
idéalisé des prêtres », dit-il.
Mais il arrive que leurs désirs les rattrapent au
tournant. « Après quelques années, la
sexualité peut venir chercher son dû, et ces
hommes peuvent tomber en amour avec des j eunes »,
constate Hubert Van Gijseghem.
Autrement dit, ce n’est pas la chasteté qui pousse les
prêtres catholiques à vivre leurs pulsions avec
des enfants qui leur sont subordonnés, comme on
pourrait l’imaginer. Mais bien ces pulsions qui poussent des
jeunes hommes troublés à épouser la
prêtrise.
Un évêque comparaît en justice -
Louise Leduc
L’évêque
de Nouvelle-Écosse en cavale, qui faisait l’objet d’un
ma ndat d’a rrêt pou r possession et importation de
matériel de pornographie i n fa ntile, s ’est rendu
à la police hier et a comparu au palais de j ustice
d’Ottawa. Tristement habituée à composer avec
des allégations de c ri mes sex uels da ns ses ra ngs,
l’ Église a réagi promptement.
Les malheurs de Raymond Lahey, âgé de 69 ans, ont
débuté le 15 septembre quand des images
suspectes ont été découvertes dans son
ordinateur lors d’une fouille aux douanes de l’aéroport
d’Ottawa.
Sans rien dire des vraies raisons motivant sa décision,
l’évêque Lahey a créé la surprise
en annonçant, samedi, qu’il avait donné sa
démission au pape Benoît X V I « pour des
raisons personnelles ». Il avait grand besoin,
écrivait-il, d’un moment de « ressourcement
».
Libéré après le versement d’une caution
de 9000 dollars, M. Lahey sera de retour deva nt les t r ibu
nau x le 4 novembre.
I ron iquement , en août , Lahey avait avalisé un
règlement offrant une compensation de 13 millions aux
victimes de prêtres agresseurs de son diocèse.
En 2006, il avait envoyé une lettre aux paroissiens de
son diocèse intitulée : Votre enfant et
l’éducation sexuelle, invitant les parents à
inculquer aux enfants « le respect de la
masculinité et de la féminité » et
à exposer les petits au « cadeau de la
fertilité ».
Au nom de l’Assemblée de s évêq ue s c a t
hol iq ue s du Canada, Mg James Weisgerber a décla
ré hier qu’« il est important que ces graves
accusations fassent l’objet d’une enquête approfondie de
la part des instances judiciaires compétentes ».
Disant s’adresser notamment à toutes ces personnes
« qui se sentent une deuxième fois v ic t i me s
», A nt hony Mancini, archevêque d’Halifax, s’est
dit conscient « que tout le monde est en état de
choc. (…) Je n’ai pas le pouvoir de trouver une solution
à ce problème, ni la capacité de
guérir la douleur ou d’effacer cette tragédie
», a-t-il ajouté.
Au Canada,
ces dernières années, ce sont surtout les
pensionnats autochtones qui ont éclaboussé les
religieux. Pendant des décennies, des enfants
autochtones ont été arrachés à
leurs familles pour être mieux assimilés dans des
pensionnats où ils sont nombreux à avoir
été agressés. L’ Église unie, l’
Église anglicane et l’Église
presbytérienne ont présenté leurs exc
uses . Un mea-culpa du Vatican est toujours
espéré des victimes.
En Onta rio, l’a ffaire du curé Charles Sylvestre a
aussi fait grand bruit. À 82 ans, en 2006, il a
commencé à purger trois ans de prison pour avoir
été le prédateur, pendant quatre
décennies, de 47 j eunes paroissiennes. Ce scandale a
d’autant plus choqué que ses supérieurs avaient
su qu’il commettait des agressions et l’avaient simplement
muté dans un autre diocèse.
Gare aux raccourcis
Carolyn Sharp, professeure de théologie à l’
Université Saint-Paul, à Ottawa, croit que cette
nouvelle affaire est dévastatrice pour l’image de
l’Église, mais tout de même moins que d’autres
ayant mis en lumière la complicité tacite de la
haute hiérarchie.
Elle juge cependant inapproprié de voir dans ces
nouvelles accusations la preuve du caractère malsain du
célibat des prêtres. « Il y aurait sans
doute lieu de refaire ce débat, mais il n’y a pas ici
de cause à effet. En 2008, selon Statistique Canada, il
y a eu au pays 1408 infractions liées à la
pornographie juvénile. Or, chaque fois qu’un membre du
clergé est touché par ces infractions, ça
fait grand bruit et je n’ai pas entendu dire qu’il y a eu
quantité de curés sur le lot cette
année-là. La pornographie juvénile,
ça reste le plus souvent le fait d’hommes en couple.
»
Par ailleurs, Mme Sharp attribue aux lois canadiennes le fait
que l’Église canadienne ait été tout de
même plus épargnée que celle des
États-Unis par les scandales sexuels. « Dans les
années 80, au nom de la liberté religieuse,
plusieu rs États n’imposaient pas aux membres du
clergé de dénoncer les cas d’agressions
sexuelles dont ils avaient connaissance. À l’inverse,
les lois canadiennes ne prévoyaient aucune exception et
cette obligation légale a toujours été
très présente dans l’esprit des membres du
clergé d’ici. »
Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef de la revue
jésuite Relations, croit pour sa part que cette
nouvelle affaire confirme la nécessité pour
l’Église de cesser « de se draper dans des
prétentions de sainteté » pour
plutôt convenir que ses membres sont aussi humains que
qui que ce soit.
Pour
le reste, M. Ravet met en garde contre les dangers de
généralisation. « Ce n’est pas parce qu’un
évêque est sous le coup de telles accusations
qu’il faut soupçonner tous les évêques.
»
L’ÉGLISE DE SCIENTOLOGIE CONDAMNÉE EN
FRANCE - Marc Thibodeau
PARIS — L’
Église de scientologie a été
condamnée hier en France à payer de lourdes
amendes à l’issue d’un r e t e nt i s s a nt pr o c
è s pou r escroquerie qui ne l’empêc hera pas
pour auta nt de poursuivre ses activités dans le
pays.
Le t r i bu na l c or r e c t i onnel de Paris exige que
les deux principales structures hexagonales de l ’orga
nisat ion d’origine a méricaine, qui contestera le
j ugement en appel, versent près de 1 million de
dollars pour avoir abusé d’anciens adeptes.
Le « dirigeant de fait » des s c i e ntolog
ues e n F r a nce, Alain Rosenberg, ainsi que t r oi s aut
r e s membres ont été condamnés
à des peines de prison avec sursis allant d e 1 8
moi s à d e u x a n s , a c c ompagnées d’a
mendes individuelles.
Bien que les procureurs aient demandé la
dissolution des deux structures ciblées par la
procédure, le tribunal n’a pas
obtempéré.
Une controverse avait éclaté l
’été dernier après que l a Mission
interministérielle de vigilance et de lutte contre
les dérives sectaires (Milivudes) eut
révélé qu’une modificat ion
législative adoptée en mai rendait i
mpossible l a dissolution d’une personne morale pour
escroquerie. Le gouvernement, parlant d’une simple «
erreur », a ensuite infirmé la
décision sans pour autant la rendre
rétroactive.
Le j uge
« a e x pr i mé s a volonté de faire
en sorte que la structure de la scientologie soit
maintenue pour qu’en réalité, on puisse
mieux la contrôler et a voulu donner à ce j
ugement une dimension nationale et internationale pour que
d’éventuelles victimes puissent être
prévenues des méthodes », de l ’ orga
n i s a t i on , a i ndiqué hier au quotidien Le
Monde l’avocat des parties civiles, Me Olivier Morice.
Le procès reposait notamment s u r le t é
moig n a g e d’une femme d’une quarantaine
d’années, Aude-Claire Malton, qui s’est
intéressée aux idées de Ron Hubbard
à la fin des années 90 après avoir
été sollicitée par des membres de
l’organisation à la sortie d’un métro
parisien.
Mme Malton, qui se trouvait alors dans une période
de grande vulnérabilité, a débou r s
é plu s de 3 0 0 0 0 dollars en quatre mois pour
suivre des cours et obtenir des l iv res censés l
’a ider à s e r emettre s u r pied. « I l
fallait sans cesse acheter », a relaté la
plaignante, qui a coupé les ponts avec
l’organisation grâce à l’aide de son
ex-conjoint.
L oi n de se considérer désavouée, l’
Église de scientologie s ’est félic
itée hier, dans un communiqué, que la cour
ait reconnu qu’elle « devait » continuer ses
activités en France.
« I l n’a pu échapper à la
réalité qu’il existe une large
communauté de scientologues heureux de pratiquer
leu r religion », i nd ique l ’or ga nisation , qui
s e dit v i c t i me d ’ u n « pro c è s e n
hérésie, une inquisition des Temps modernes
».
« Nous ne renoncerons pas. La religion de
scientologie se développe plus que jamais et sa
reconnaissance en France est inéluctable, comme
dans
les autres
pays. Nous croyons que personne n’a le droit de dire aux
Français ce qu’ils doivent d i r e e t c e qu’i l s
doivent penser en matière de religion », a
souligné un porte-parole.
La réaction était tout autre du
côté des associations de lutte contre les
sectes, qui parlaient hier d’une décision histor i
que s usceptible de nuire à l’organisation,
classée comme « secte » dans un rapport
parlementaire français de 1995.
Le
président de la Milivudes, Georges Frenech, s’est
réjoui, en particulier, que le fonctionnement
même de l’ Église de scientologie soit
montré du doigt.
Certains membres avaient d é j à é t
é c o n d a mnés p a r l e pa s s é e
n F r a nce pou r escroquerie sans que l’organisation
elle-même ne soit sanctionnée.
Sale temps pour les scientologues aux
États-Unis - RICHARD HÉTU
NEW YORK
— Depuis une semaine, l’ Église de scientologie
en bave également aux États-Unis,
où le mouvement fondé par Ron Hubbard a
fait l’objet d’un reportage dévastateur à
la télévision avant d’être
secoué par le départ d’une de ses
célébrités, le réalisateur
et scénariste canadien Paul Haggis.
PHOTO FRANCOIS GUILLOT,
AFP
Le cinéaste canadien Paul
Haggis a annoncé sa rupture avec la
scientologie dans une lettre diffusée lundi sur
le blogue d’un ex-scientologue.
Oscarisé en 2004 pour son film Collision, le
cinéaste a annoncé sa rupture avec la
scientologie dans une lettre adressée à
Tommy Davis, porte-parole de l’Église, et
diffusée lundi sur le blogue d’un
ex-scientologue. Il a notamment reproché à
l’organisation son soutien aux opposants du mariage
homosexuel en Californie ainsi que les attaques
publiques dont auraient été victi mes
plusieurs exscientologues qui avaient critiqué
l’Église et ses méthodes.
« Après cette lettre, je suis parfaitement
conscient du fait que certains de mes amis pourraient
décider de ne plus me f réquenter ou
travailler avec moi », a écrit Paul Haggis,
à qui l’on doit également les
scénarios des films de Clint Eastwood Million
Dollar Baby et Lettres d’Iwo Jima.
Et d’ajouter : « Cependant, je suis arrivé
à la conclusion que je ne pouvais pas faire
partie plus longtemps de ce groupe. J’ai juste honte
d’avoir attendu tant de mois avant d’agir. »
La l e t t r e du c i néaste a été
publiée su r l e blogue de Marty Rathbun, un des
q u a t r e e x-s c i e n t o l o g u e s i
nterviewés dans le cadre d’un reportage de
l’émission d’ABC Nightline diffusé jeudi
dernier. À titre d’« inspecteur
général », Rathbun a
géré les affaires juridiques de l’
Église de scientologie, t ravailla nt é t
r o i t e ment a v e c D a v i d Miscavige, l’actuel
dirigeant du mouvement.
Comme
les autres ex-scientologues interviewés, Rathbun
a dénoncé le climat de violence
créé et encouragé par Miscavige,
qui aurait lui-même frappé des membres de
son entourage.
« Je pense que cet homme est un fou furieux
», a déclaré Rathburn au cours de
l’entrevue diffusée sur ABC.
« Je le dirai sans détour : j’estime qu’il
est un sociopathe », a déclaré de
son côté Bruce Hines, un des «
auditeurs » de l’ Église, également
interrogé par ABC.
Le porte-parole de l’ Église de scientologie,
Tommy Davis, a nié les allégations des
exadeptes du mouvement. Le r e por t a ge d’A BC i nclua
i t un extrait d’une interview à laquelle Davis a
mis fin de façon brutale après que le
journaliste Martin Bashir eut tenté de lui poser
des questions sur ses croyances à propos du
soidisant seigneur Xenu, dont l’histoire ne serait
dévoilée qu’aux adeptes les plus
importants de la scientologie.
L’extrait, où le journaliste fait notamment
référence à la
confédération galactique sur laquelle Xenu
aurait régné voici 75 millions
d’années, connaît un succès viral
sur l’internet.
Et au Québec, qu’en est-il ? - Christiane
Desjardins
Au
Québec, l’Église de scientologie a fa it l
’objet d’une série de poursuites pour remboursements en
argent dans les années 80 et au début des
années 90, mais elles ont été
réglées à l’amiable. Et depuis une
quinzaine d’années, c’est le calme plat, selon les
recherches de La Presse.
L’avocat
Jean-Pierre Fafard, qui était un peu la bête
noire de la scientologie, confirme cet état de choses.
« Mon dernier dossier remonte à 15 ans, dit celui
qui a piloté plusieurs poursuites civiles contre
l’Église. J’ai représenté des membres
pendant sept ou huit ans. L’Église a pris un recours
collectif contre l’ACEF, ils m’ont poursuivi en diffamation,
je les ai poursuivis… Tous les dossiers se sont
réglés hors cour, jamais je n’ai fait de
procès », dit-il.
Me Fafard, qui est encore en contact avec I nfo-Secte, signale
qu’il n’y a plus de plainte. « Souvent, c’était
des plaintes pour obtenir des remboursements d’argent, mais il
semble qu’ils remboursent maintenant. » Il faut dire que
l’Église de scientologie, comme les autres corporations
religieuses d’ailleurs, est soumise à la Loi de la
protection du consommateur, comme cela a été
confirmé par un jugement de la Cour supérieure,
en 1997. À l’époque, l’Église
prétendait qu’elle n’avait pas à rembourser les
fidèles insatisfaits dans un délai de 10 jours,
puisqu’il s’agissait de matériel religieux, et que le
salut de la personne était en péril.
Ben Laden prend un virage écolo
DUBAÏ —
Le chef d’Al-Qaeda, Oussama ben Laden, a abordé hier
des thèmes inhabituels pour lui en accusant les nations
industrialisées d’être responsables du
réchauffement climatique et en attaquant la
suprématie du dollar, dans un deuxième message
audio en cinq jours.
PHOTO ARCHIVES
ASSOCIATED PRESS Rompant avec ses invectives contre les
« croisés » occidentaux, le chef
d’AlQaeda affirme, dans son message diffusé par
Al-Jazira, que « discuter du changement climatique
n’est pas un débat d’intellectuels ».
« Toutes les nations industrialisées,
particulièrement les grandes nations, sont responsables
du réchauffement climatique », déclare
Oussama ben Laden dans ce nouveau message diffusé par
Al-Jazira. Le message, qui n’est pas daté, n’a pas
été authentifié par une source
indépendante.
Rompant avec ses invectives contre les « croisés
» occidentaux, le chef d’Al-Qaeda, qui évoque
rarement dans ses messages les questions environnementales,
affirme que « discuter du changement climatique n’est
pas un débat d’intellectuels ».
« Ce message est destiné à tout le monde
au sujet de ceux qui sont responsables du changement
climatique, qu’ils l’aient fait de manière
délibérée ou non, et de la façon
dont nous devons y faire face», dit Oussama ben Laden,
traqué par les États-Unis et dont la trace s’est
perdue depuis les attaques du 11 septembre 2001.
Il dénonce l’administration de l’ex-président
américain George W. Bush, qui n’a pas signé le
protocole de Kyoto sur les changements climatiques, le seul
traité international contraignant contre le
réchauffement. Mais il ne fait aucune
référence à l’accord de Copenhague
signé le 19 décembre.
« Bush
junior et le Congrès américain avant lui avaient
rejeté ce protocole, afin de satisfaire (les
intérêts) des grandes compagnies », affirme
ben Laden.
Ces entreprises sont à l’origine de « la
spéculation, du monopole, de l’augmentation des prix et
des effets tragiques de la mondialisation »,
poursuit-il, en s’en prenant aux plans de sauvetage des
entreprises affectées par la crise économique
mondiale.
« Quand les auteurs du crime sont victimes de leur
propre acte, les chefs d’État se ruent à leur
rescousse avec de l’argent public »,
déplore-t-il.
Pour « libérer l’humanité de l’esclavage
de l’Amérique et de ses compagnies », Oussama ben
Laden appelle à « arrêter d’utiliser le
dollar et s’en débarrasser », même si
« cela aurait des répercussions énormes
».
Citant l’intel lectuel de gauche amér ica in Noam
Chomsky, le chef d’Al-Qaeda vi l ipende également une
administration américaine agissant comme la mafia.
Ce message est le second en cinq jours du chef d’AlQaeda. Le
24 janvier, il avait, également dans un bref
enregistrement audio, revendiqué l’attentat
manqué sur un avion de ligne américain le jour
de Noël et menacé les États-Unis de
nouvelles attaques s’ils poursuivaient leur soutien à
Israël.
Ben Laden veut séduire les Occidentaux -
Judith LaChapelle
Dans un
nouveau message, il tente de justifier les attentats du 11
septembre
Pas d’image vidéo, mais une voix qui serait bien la
sienne. Oussama ben Laden a parlé dans un message di f
fusé dimanche sur des forums de combattants
djihadistes. Son discours, selon les experts, ne contient
cependant aucune menace; au contraire, c’est le chef
d’Al-Qaeda qui paraît traqué.
PHOTO ARCHIVES AGENCE
FRANCE-PRESSE
Un jeune vendeur itinérant vend
des affiches de ben Laden dans les rues de Peshawar, au
Pakistan. C’était en 2003. Aujourd’hui encore, ben
Laden n’est présent qu’en images!
Mais i l ne faut pas s’y tromper, croit l’avocat David Harris,
ancien agent du Service canadien du renseignement de
sécurité (SCRS) et expert en terrorisme. «
Il semble avoir été bien conseillé par
des gens qui connaissent la façon de penser occidentale
», croit M. Harris, joint hier à ses bureaux
d’Ottawa.
Dans son message, Ben Laden s’attarde à justifier les
attaques du 11 septembre 2001, ce qui intrigue les analystes.
Il s’adresse au peuple américain en utilisant
allégrement le « nous ». Tous deux, dit-il,
ont un ennemi en commun: la Maison-Blanche. L’arrivée
d’Obama n’a rien changé, affirme-t-il. Il ne peut
espérer changer les choses, ou alors « son destin
pourrait être celui du président Kennedy ou de
son frère ».
Sympathie pour son bourreau
« La Maison-Blanche est occupée par des groupes
de pression », ajoute-t-il. « Vous,
Américains, devez libérer la Maison-Blanche de
ces groupes au lieu de libérer l’Irak. »
Cette façon d’unir les peuples américain et
musulman contre un ennemi commun étonne M. Harris, qui
a l’impression que ben Laden veut susciter une espèce
de « syndrome de Stockholm » chez ses
vis-à-vis, cet état d’esprit où la
victime ressent de la sympathie pour son bourreau.
« Il nous dit: j’ai peut-être tué, mais
nous sommes vous et moi dans la même situation: nous
sommes victimes de la Maison-Blanche. »
Il fait une
déclaration étonnante : « Nous sommes
prêts à accepter des discussions pour mettre fin
à la guerre. » Il faut cependant revoir les
relations avec Israël. « Est-ce que votre
sécurité et votre bien-être valent la
peine d’être sacrifiés pour celle d’Israël ?
» Ce message, à première vue moins
belliqueux parce qu’il propose une « solution »
aux Occidentaux, serait-il trompeur ? Difficile à dire,
admet M. Harris. « Mais ma préoccupation est
qu’il a bien compris cette vulnérabilité des
Occidentaux à chercher une solution. »
Pas de menaces
Les analystes se sont aussi attardés à ce que
ben Laden ne dit pas. Contrairement à ses autres
messages, il ne fait pas de menaces à l’Occident. Il ne
mentionne pas la guerre en Afghanistan, en Irak – ou si peu –,
en Somalie ou en Tchétchénie. Il ne louange pas
les « martyrs » qui ont détourné les
avions du 11 septembre.
Il parle d’une guerre entre deux nations – les
États-Unis et l’Islam – qui pourrait cesser si ce
n’était le « lobby israélien ».
« Il n’a pas dit « le lobby juif », remarque
David Harris.
« La meilleure façon de vous mettre à dos
l’Occident est de parler des juifs. Pour avoir une chance que
son message passe, il a parlé d’Israël. »
D’aut res experts , dont Anouar Eshki, chef du centre des
études stratégiques et légales en Arabie
Saoudite, cité par l’AFP, croient que le message montre
que ben Laden, traqué, « cherche une porte de
sortie pour arrêter ses attaques ».
Pour Walid Phares, de la Fondation pour la défense des
démocraties, ce changement de ton « pourrait
même signifier un possible réalignent entre les
forces du djihad au MoyenOrient ». « Cet
enregistrement, écrit M. Phares sur son site web,
mérite plus d’attention que les
précédents. »
Un soir de ramadan chez les Alper - Laura-Julie
Perrault
Mois de
jeûne et de spiritualité, le ramadan est aussi un
mois de célébration pour 1,5 milliard de
musulmans dans le monde. Après le coucher du soleil,
les privations du jour font place à la fête. La
table, oubliée pendant les heures d’ensoleillement,
déb
On ne peut pas s’empêcher d’avoir faim pour elle. Il est
20h. Le soleil s’est couché. Risalé Alper, qui
jeûne depuis 4h30 le matin – pas de nourriture, pas
d’eau – devrait en principe se ruer sur les mets fumants
qu’elle vient de disposer sur la table. Au lieu de ça,
elle remplit patiemment les assiettes de ses invités.
PHOTO ANDRÉ PICHETTE,
LA PRESSE
Risalé Alper, originaire de
Turquie, remplit les assiettes des invités qu’elle a
reçus récemment dans sa résidence de
Montréal-Nord pour le repas de rupture du jeûne
du ramadan. À sa droite, son mari, Ismail Alper.
Elle regarde à peine le plat de dattes qui lui,
pourtant, lui fait de l’oeil. Dans la famille Alper,
originaire de Turquie, on brise le jeûne du ramadan en
avalant une de ces perles du désert. « C’est la
seule partie un peu religieuse de la soirée. Le
prophète brisait lui aussi le jeûne avec une
datte, de l’eau ou du sel », explique, au bout de la
table, un des invités des Alper, Fehmi Kala.
Habituellement, chez les Alper, comme dans beaucoup de
familles musulmanes de Montréal, la rupture du
jeûne se fait en famille – le couple a deux fils, deux
brus et deux petites-filles qui partagent la même
adresse –, mais ce soir, la famille s’est élargie.
À l’invitation de la Fondation du dialogue, une
organisation liée à l’intellectuel musulman turc
Fethullah Gülen, les Alper ont décidé
d’agrandir la famille, le temps d’une soirée. Deux
candidats aux élections municipales de
Montréal-Nord, une étudiante, la
représentante de La Presse et deux voisins ont
été conviés. Des soirées du genre
auront lieu pendant tout le mois du ramadan.
Manger, partager
Au menu de la rencontre: la possibilité
d’échanger sur le ramadan, mais surtout, des
spécialités culinaires de l’est de la Turquie,
préparées dans la coquette cuisine des Alper,
dans une rue résidentielle de Montréal-Nord.
Sur la table,
des aubergines dans le yogourt, des poivrons farcis, des
kebabs arrosés d’une sauce aux tomates, du riz aux pois
chiches, des pains fourrés à la viande
épicée et la grande spécialité de
la maîtresse demaison: des cigarettes bourek. Ces
rouleaux feuilletés ont été
baptisés ainsi à cause de leur forme, mais ils
sont loin de goûter le tabac: ils sont remplis de
fromage et de coriandre. « Pour nous, c’est beaucoup
ça, le ramadan, manger avec des proches,
préparer des plats traditionnels, partager », dit
timidement Risalé.
Les invités posent quelques questions. Mais ils
mangent, surtout. « C’est tellement bon, ces rouleaux au
fromage! Risalé m’a appris à les faire, mais
ça demande tout un équipement particulier
», s’exclame Sylvia Cancilla, la voisine.
Les deux familles se connaissent depuis sept ans. Les deux
pères, Ismail et Franco, se disent bonjour tous les
matins quand ils partent au travail à 5h30. «
Avant leur arrivée, la rue était habitée
surtout par des familles francophones ou italiennes. Quand les
Alper sont arrivés, on s’est dit oh! oh! des Turcs! On
était un peu perplexes, mais maintenant, Ismail est
l’homme le plus connu de la rue », raconte en souriant
MmeCancilla.
Malgré les relations de bon voisinage, c’est la
première fois qu’ils sont conviés pour le
ramadan. Ils sont venus même s’ils avaient
déjà mangé à 18h30. « On ne
pouvait pas refuser cette invitation-là. »
Pendant toute la durée du souper, Ismail Alper explique
qu’il n’a aucunedifficulté à faire le ramadan,
même à Montréal. Il travaille depuis 23
ans dans une usine de Lachine et tout le monde s’est
habitué à le voir jeûner un mois par an.
« Parfois ils me taquinent un peu », dit-il en
riant doucement.
En fait, note-t-il, à mesure que les années
passent, le ramadan est de plus en plus plaisant, de plus en
plus facile. Les Alper n’ont aucune difficulté à
se procurer les produits turcs qui leur
permettentdepréparer lesfestins de soirée ou
à dégoter des pâtisseries aussi bonnes que
celles du pays. On compte à Montréal près
de 150 000 musulmans, et leur nombre s’accroît chaque
année. Les commerces spécialisés et les
boucheries halal sont devenus légion.
Pendant le ramadan, ils font des affaires d’or. « Mon
personnel double pendant le ramadan », sourit à
ce sujet Toufik Merazi, le propriétaire de la
pâtisserie La Table fleurie. « Le ramadan, c’est
notre Noël à nous. »
RAMADAN, MODED’EMPLOI
Le ramadan est le neuvième mois du calendrier
lunaire musulman. Pendant ce mois, qui se déplace de 10
jours chaque année dans le calendrier occidental,
basé sur la rotation de la Terre autour du Soleil, les
musulmans doivent jeûner du lever du soleil au coucher.
L’heure exacte du jeûne varie de jour en jour, mais cette
année, on peut dire que le jeûne s’étend
grosso modo de 4h30 du matin à 19h45, heure approximative
de la rupture du jeûne. Pendant cette période, ceux
qui font le jeûne du ramadan ne doivent ni manger, ni
boire, ni fumer. Ils doivent aussi prier cinq fois par jour, une
règle qui s’applique toute l’année, mais qui est
souvent respectée plus scrupuleusement pendant le
ramadan. Un des objectifs du jeûne est de permettre aux
nantis de comprendre la détresse des pauvres. C’est
d’ailleurs durant ce mois qu’ils doivent verser la zakat,
l’aumône.
Une jeune
fille de 12 ans meurt en mettant au monde son bébé
SANAA — Une
fillette yéménite de 12 ans, mariée de
force, est morte alors qu’elle mettait au monde son
bébé, a annoncé hier une organisation
de défense des droits de l’homme à Sanaa.
Selon l’Organisation yéménite pour la
protection de l’enfance (Siyaj), la petite Fawzia Abdallah
Youssef est morte vendredi d’une hémorragie à
l’hôpital saoudien de Hajja.
L’organisation non gouvernementale a précisé
dans un communiqué à l’AFP que la fillette
était tombée enceinte à 12 ans, et que
l’enfant est mort-né.
La fillette « avait été retirée
de l’école et mariée de force à 11 ans
par sa famille, qui vit dans le besoin », a
indiqué l’organisation, ajoutant que son père
souffrait d’insuffisance rénale.
L e
Yé m e n , p ay s d e la péninsule arabique
considéré comme l’un des plus pauvres au
monde, a une population à structure tribale et le
mariage forcé y est largement pratiqué.
L’an dernier, le cas d’une fillette yéménite
de 8 a ns, Nojoud Mohammad Ali, qui avait obtenu le divorce,
avait mis en lumière la situation de milliers de
femmes-enfants mariées de force.
Nojoud ava it obtenu le d ivorce après avoi r por
té plainte auprès d’un tribunal contre son
père qui l’avait forcée à se marier
à un homme de 20 ans son aîné.
Des orga nisations de la société civile, dont
des mouvements féministes, pressent le Parlement
d’adopter une loi fixant l’âge du mariage à 18
ans.
Libérée, Loubna veut «
continuer le combat »
KHARTOUM —
La journaliste soudanaise Loubna Ahmed al-Hussein a
été libérée, hier, après
avoir été emprisonnée la veille au
sortir de son procès pour avoir porté un
pantalon jugé « indécent » et
s’est engagée immédiatement à «
continuer le combat ».
« Nous allons continuer le combat pour changer cette
loi, la police de l’ordre public et les tribunaux de l’ordre
public », a-t-elle déclaré à
l’AFP, dans la cour du j ournal Ajras alHurriya (Les cloches
de la liberté), où elle a été
accueillie par les youyous de ses partisans. Mme Hussein
avait été reconnue coupable lundi d’avoir
porté un pantalon « indécent », un
crime passible de f lagellation au Soudan, un verdict
dénoncé par des organisations internationales.
Le juge lui avait donné le choix entre une amende de
500 livres soudanaises (200$) et un mois de prison.
Vêtue d’un pantalon brun et de la « tarha
», voile traditionnel soudanais recouvrant la
tête et les épaules, elle avait refusé
de payer l’a mende, préférant être
incarcérée, une décision qui semble
avoir embarrassé les autorités.
Le président de l’Association des journalistes
soudanais, Mohieddine Titawi, a indiqué que son
organisation avait payé l’amende et que Mme Hussein
avait aussitôt été
libérée.
« Je
ne sa is même pas qui a payé l’amende. J’avais
demandé à ma famille et à mes amis de
ne pas la payer », a-t-elle affirmé,
visiblement mécontente d’avoir été
libérée contre son gré de la prison des
femmes d’Omdurman, ville jumelle de Khartoum au confluent
des deux Nil.
La journaliste avait été arrêtée,
en juillet, dans un café de Khartoum avec une
douzaine d’autres femmes portant elles aussi un pantalon.
Dix des femmes arrêtées avaient reçu dix
coups de fouet chacune.
M m Hussei n a ensu ite entrepris une croisade contre
l’article 152 du Code pénal de 1991, entré en
vigueur deux ans après le coup d’État du
président Oma r el-Béchir, qui prévoit
40 coups de fouet maximum pour quiconque « commet un
acte indécent, un acte qui viole la moralité
publique ou porte des vêtements indécents
».
La journaliste a indiqué ne pas savoir si elle
interjetterait appel du verdict prononcé par la cour
de première instance.
Une histoire de principe et de pantalon
Une
journaliste soudanaise fait de son procès une tribune
contre l’oppression des femmes
KHARTOUM — La journaliste soudanaise Lubna Hussein, qui
encourait 40 coups de fouet pou r avoir porté un
pantalon en public, a finalement été
condamnée hier à 200 $ d’amende par un juge
soudanais.
PHOTO ASHRAF SHAZLY, AGENCE
FRANCE-PRESSE
Lubna Hussein avait revêtu un
pantalon à sa sortie de la Cour, hier à
Khartoum.
Lubna Hussein faisait partie d’un groupe de 13 femmes
interpellées le 3 juillet dernier lors d’une
opération de police dans un café de Khartoum, la
capitale soudanaise. Dix d’entre elles ont été
condamnées à une amende et ont reçu des
coups de fouet deux jours plus tard. Mais Lubna Hussein et
deux autres femmes ont décidé d’aller jusqu’au
procès, entendant en faire une tribune contre
l’oppression des femmes par le régime islamique
soudanais.
Lubna Hussein a déclaré qu’elle ne payerait pas
l’amende, préférant passer un mois en prison
parce qu’elle en fait une question de principe. « C’est
une occasion de se rendre compte des conditions de vie en
prison», a-t-elle déclaré.
Son avocat,
Galal al-Sayed, a confié qu’il lui avait
conseillé de payer l’amende avant de faire appel, mais
qu’elle avait refusé. Selon lui, le juge aurait pu
choisir les coups de fouet, mais il a opté pour
l’amende pour éviter les critiques de la
communauté internationale.
Peu avant que le jugement soit rendu, la police avait
interpellé plusieurs dizaines de femmes, beaucoup
portant des pantalons, qui manifestaient devant le tribunal.
Le pantalon est considéré comme indécent
dans la stricte interprétation de la charia, la loi
islamique adoptée par le régime de Khartoum
depuis le coup d’État militaire de 1989.
Sauvée par le ramadan
Malaisienne
condamnée à six coups de bâton pour avoir
bu une bière dans une boîte de nuit
KUALA LUMPUR — Au nom de la religion, une Malaisienne
musulmane de 32 ans devait recevoir six coups de bâton,
hier, pour avoir bu une bière. Au nom de la religion,
elle a obtenu un sursis... au moins jusqu’à la fin du
ramadan.
PHOTOMARK BAKER, AP
Kartika Sari Dewi Shukarno, à
droite, a été reconnue coupable d’avoir bu de
l’alcool en public. La sentence – six coups de bâton –
pourrait être exécutée à la fin
du ramadan.
Kartika Sari Dewi Shu ka rno, qui vit depuis 15 ans à
Singapour, a été condamnée, le mois
dernier, à recevoir six coups de bâton et
à une amende de 5000 ringits (1400 $), pour avoir bu de
l’alcool dans une boîte de nuit d’un hôtel de
l’État malaisien de Pahang, ce qui est contraire
à la loi islamique. Il s’agit de la première
femme condamnée en Malaisie à des coups de
bâton en vertu de la loi islamique.
La jeune femme a été interpellée hier par
des responsables religieux qui devaient l’emmener dans une
prison près de Kuala Lumpur, où la peine devait
lui être infligée. Mais, après quelques
kilomètres, la jeune femme a été
relâchée.
Sa h f r i A bdu l A z i z , élu responsable des
affaires religieuses de l’État de Pahang, a
indiqué que la sentence avait été
suspendue jusqu’à la fin du mois du ramadan, qui a
débuté la semaine dernière.
« La sentence demeure. Elle recevra les coups de
bâton après le mois du ramadan. Elle a
été relâchée, mais seulement
temporairement », a-t-il expliqué, cité
par le site internet du journal Daily Star.
Le sursis
accordé pourrait être un moyen d’enterrer
l’affaire, qui ternit l’image de la Malaisie, a estimé
à l’AFP un responsable gouvernemental, sous le couvert
de l’anonymat. « Laissons le tribunal islamique
décider. Le tribunal a le pouvoir de modifier la
condamnation et, selon la loi, le sultan peut aussi accorder
sa grâce », a indiqué ce responsable.
« Je ne sa is que dire, a réagi la jeune femme.
Je veux connaître ma situation légale. Je ne sais
pas si je suis libre », a-t-elle ajouté.
La jeune femme, qui avait refusé de faire appel, avait
demandé que la peine lui soit infligée en
public, estimant que ce serait « une façon plus
efficace d’éduquer les musulmans à ne pas boire
».
L’affaire a suscité une vive émotion dans le
village de sa famille, où une cinquantaine de partisans
de la jeune femme se sont rassemblés hier. « Je
me demande pourquoi Kartika va recevoir des coups de
bâton, alors que beaucoup d’autres musulmans boivent (de
l’alcool). Elle est persécutée », a
estimé Wan Alawiah, un homme de 64 ans.
La Malaisie, pays multiculturel qui compte d’importantes
minorités chinoise et indienne, dispose d’un double
système judiciaire et les tribunaux islamiques peuvent
juger les musulmans et faire appliquer la charia.
L’alcool est largement distribué en Malaisie, mais est
interdit aux musulmans, qui représentent plus de 60 %
de la population. En cas de consommation d’alcool, ils
encourent une amende, des coups de bâton, voire la
prison, mais les poursuites sont rares.
Les témoins de Jéhovah
éclipsent U2 - Sylvie St-Jacques
À
Vienne, 40 000 croyants des quatre coins du monde ont rempli
le plus gros stade d’Autriche
AUTRICHE
ENVOYÉE SPÉCIALE
PHOTO DIETER NAGL, AGENCE
FRANCE-PRESSE
Le congrès international des
témoins de Jéhovah a rempli le plus grand
amphithéâtre d’Autriche. « Chaque
année, nous devons trouver un plus grand stade
», explique leur porte-parole.
« Keep on the Watch! » « Wacht
Beständig! » « Mantegass Aletta ! »
« Wacht Bestandig ! » « Kitartoan
Virrasszatak! »
Le week-end dernier, Vienne était peuplée de 40
000 témoins de Jéhovah en provenance de 18 pays,
qui portaient tous un badge incitant le monde à «
rester aux aguets ».
Prenant congé du porte-à-porte, les
témoins s’étaient donné rendez-vous au
stade Ernst-Heppel pour trois jours de conférence, de
baptêmes, de chants religieux et d’échanges
culturels. Ils ont aussi eu droit au récit de l’un des
leurs, l’Autrichien Leopold Engleitner, qui, à 104 ans,
est l’aîné des survivants de l’Holocauste.
En plein centre du parterre du plus grand stade d’Autriche,
une vaste piscine a baptisé quelque 200 pratiquants de
cette religion qui réunit 7 millions de fidèles
dans le monde. Pour l’occasion, plusieurs témoins de
Jéhovah avaient revêtu le costume traditionnel de
leur pays. Si bien que, autour du stade Ernst-Heppel, on
pouvait voir des Japonaises en kimono converser avec des
Africaines en boubou ou des Autrichiens en costume tyrolien.
Nikki Maxwell participait au congrès avec son amie
Stefanie Steindohfe, une Allemande de 17 ans aux cheveux
rouges. Pour cette jeune Américaine de 18 ans, la foi
en Jéhovah (que lui ont transmise ses parents) donne un
sens à sa vie et espoir en l’avenir. « Je sais
que mon bonheur ne dépend pas des études que je
ferai ou d’un emploi payant », a-t-elle
déclaré en toute confiance.
Pour les f rères Dominik et Simon Krenn et leur cou-
VIENNE— sin
Dewin Nu Bbaum, trois Autrichiens dans le début de la
vingtaine, faire partie des témoins de Jéhovah
est une source de bonheur supérieure à toutes
les pratiques immorales proscrites par la religion, comme la
pornographie et « toutes les mauvaises choses ».
« Nous sommes heureux parce que le paradis est à
notre porte », a déclaré Dewin Nu Bbaum,
un grand jeune homme à l’allure
décontractée et au regard caché par
d’épais verres fumés.
Nicu Muldovan, Roumain d’une trentaine d’années en
complet-cravate, a quant à lui fait l’éloge des
idées de pureté et de moralité
véhiculées lors de cette rencontre
internationale.
Le congrès réunissait entre autres des
fidèles du Japon, de Slovaquie, de Hongrie, de
Slovénie, de Croatie, des ÉtatsUnis et de
Finlande.
« Chaque année, nous devons trouver un stade plus
grand et améliorer notre logistique », a
expliqué Bernd Gsell, porte-parole des témoins
de Jéhovah. La tenue du congrès dans ce stade
avait donné lieu à une certaine controverse en
février dernier, lorsque le groupe irlandais U2 avait
annoncé qu’il ne donnerait pas de concert à
Vienne parce que le plus grand amphithéâtre
d’Autriche était pris.
Le grand thème de ce congrès international a
été le péril de la planète.
« Les problèmes du monde actuel sont liés
à l’égoïsme, à l’ignorance, à
la violence et à la brutalité. Dans ce
congrès, nous avons essayé de transmettre
l’importance de cultiver de bonnes qualités comme la
maîtrise de soi, l’amour du prochain et toutes les
valeurs chrétiennes », a indiqué à
La Presse Bernd Gsell, qui a aussi fait
référence à la fameuse « horloge de
la fin du monde ».
« Nous croyons que d’ici peu, il y aura un changement
majeur qui ne sera pas induit par l’homme, mais par une
intervention divine. Un gouvernement régi par
Jésus remplacera les 200 gouvernements qui existent sur
la planète. »
Présents partout sur la planète, les
témoins de Jéhovah comptent un million de
fidèles aux États-Unis et plus de 600 000 au
Mexique. Le mouvement est en croissance en Afrique, où
l’on compte plusieurs centaines de milliers de pratiquants,
notamment au Nigeria et en Zambie.
Le Nigeria en état d’alerte - Laura-Julie
Perrault
Près de
200 personnes tuées dans des affrontements entre
policiers et islamistes extrémistes Trois jours de
violents affrontements dans le nord du Nigeria ont fait plus
de 260 morts depuis dimanche, mis le gouvernement en
état d’alerte et réveillé un fant
Ils s’appellent eux-mêmes Boko Haram, ce qui signifie en
dialecte hausa « l’éducation occidentale est un
péché ». Les autorités du Nigeria
les appellent les « talibans ». Depuis dimanche,
cette secte islamiste et la police du pays mènent une
bataille sans relâche dans le nord du Nigeria.
PHOTO PIUS UTOMI EKPEI,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Pour échapper aux combats, les
civils de Maidguri, notamment des femmes et des enfants, se
sont réfugiés hier au poste de police de la
ville.
Hier, les affrontements entre les deux groupes ont atteint
leur apogée. Selon le gouvernement nigérian,
plus de 190 islamistes ont été tués alors
que les forces de l’ordre nigérianes prenaient d’assaut
un bloc de maisons de la ville de Maidguri, où
s’étaient barricadés des militants et leur chef
spirituel, Ustaz Muhammed Yusuf.
Pour échapper aux combats, les civils de Maidguri se
sont réfugiés hier au poste de police de la
ville. Cet abri de fortune était aussi une morgue
à ciel ouvert. Les dépouilles de militants
islamistes y étaient entassées
pêle-mêle dans la cour.
Les autorités du pays estiment à plus de 260 le
nombre des victimes des violences des trois derniers jours.
Violence dans le nord du pays
Les troubles
ont commencé dimanche dans l’État de Bauchi. Les
policiers y ont arrêté un groupe de militants du
Boko Haram qui s’apprêtaient à leur tendre une
embuscade. Cette arrestation a été suivie
d’éruptions de violence dans plusieurs villes du nord
du Nigeria, une partie du pays où la population
musulmane est largement majoritaire. Selon des témoins,
des groupes de jeunes hommes armés de machettes,
d’armes à feu et d’explosifs artisanaux s’en sont pris
principalement aux forces de l’ordre.
Pour une charia nationale
Un chef du Boko Ha ram arrêté dimanche a
expliqué que son organisation cherche à
établir la charia dans l’ensemble du Nigeria. Depuis
2000, la loi islamique est appliquée dans 12 des 36
États qui composent ce pays multiethnique et
multireligieux, mais le Boko Haram voudrait que la charia
régisse aussi le sud du pays, majoritairement
chrétien.
L’organisation islamiste, fondée en 2004, admet
être inspirée par les talibans d’Afghanistan.
Tout comme les troupes du mollah Omar, le Boko Harem
prône l’abolition des écoles pro-occidentales,
s’opposent à la mixité homme-femme, à la
musique et à la danse en général.
Même s’ils n’ont pas revêtu de caractère
religieux, les affrontements des derniers jours font craindre
un regain de violence intercommunautaire dans le pays.
Composé de centaines d’ethnies, dont trois majeures, le
Nigeria a vécu plusieurs épisodes de violences
dans les années 60. Les plus récents accrochages
interreligieux remontent aux derniers mois. En novembre
dernier, 700 personnes ont été tuées lors
d’émeutes entourant les élections dans la
région de Jos. En février, au moins cinq
personnes sont mortes dans l’État de Bauchi au cours
d’affrontements entre musulmans et chrétiens.
Le Nigeria s’embrase
EN BREF
Plus de 300 personnes ont péri depuis dimanche dans le nord
du Nigeria au quatrième jour d’affrontements entre forces
de l’ordre et islamistes radicaux. Hier, 43 personnes ont
été tuées en une seule journée dans
l’État de Yobe. Les combats à Maiduguri, berceau des
islamistes qui se réclament des talibans, ont
continué à faire rage dans la nuit de mardi à
hier. Les affrontements touchaient cinq quartiers, avec les plus
intenses à Bayan où le dirigeant des talibans,
Mohamed Yusuf, et ses hommes seraient retranchés. Il aurait
échappé aux tirs de mortier qui ont démoli sa
maison la veille. L’AFP a réussi à contacter
brièvement par téléphone un chef des «
talibans », Aminu Tashen-Ilimi, retranché aux
alentours de Maiduguri. « Vous n’entendez pas qu’on nous
bombarde? Comment voulez-vous que je vous parle! » dit
l’homme dont la voix est couverte par le bruit de
détonations et des « Allah ou akbar » (Dieu est
le plus grand) hurlés par ses hommes. Les violences dans le
nord du Nigeria avaient éclaté dimanche matin, quand
des islamistes ont tenté d’attaquer un poste de police dans
l’État de Bauchi. Elles se sont ensuite propagées
à la région. La secte « Taliban » s’est
faite connaître en 2004. À l’instar de l’ancien
régime taliban afghan, elle veut un État «
islamique pur » dans le nord de la fédération
nigériane. – Agence France-Presse
Au moins 600 morts dans les affrontements
NIGERIA
Le chef des « talibans » est tué
Le dirigeant de la secte « Taliban » au Nigeria,
Mohamed Yusuf, a été tué hier
après avoir été capturé par
l’armée au terme de cinq jours d’affrontements entre
forces de l’ordre et islamistes radicaux, qui ont fait au
moins 600 morts.
Hier soir, un correspondant de l’AFP qui s’est rendu au
quartier général de la police de Maiduguri,
ville du nord-est où le chef islamiste avait
été arrêté, a pu voir sa
dépouille.
Le corps dénudé de Mohamed Yusuf, 39 ans,
était criblé de balles. « Il a
supplié et demandé le pardon avant d’être
tué par balles », a déclaré
à l’AFP un policier à Maiduguri, capitale de
l’État de Borno et fief des « talibans ».
Peu avant l’annonce de sa mort, des sources policière
et gouvernementale avaient indiqué que Mohamed Yusuf
avait été capturé.
Le chef spirituel « a été capturé
par l’armée qui a mené un raid contre la maison
dans laquelle il se cachait », à Maiduguri, a
indiqué une source militaire ayant requis l’anonymat.
Le numéro deux de la secte, Abubakar Shekau, a lui
aussi été tué tôt hier matin, en
même temps que 200 partisans en tentant de fuir
Maiduguri, où l’armée a lancé une vaste
offensive pour écraser la résistance islamiste,
avait indiqué une source policière.
Les combats sanglants qui ont secoué la ville ces
derniers jours ont cessé hier en milieu de
matinée, ont constaté un journaliste et un
photographe de l’AFP.
En moins de 24 heures, l’armée a tué au moins
300 islamistes seulement à Maiduguri. Un journaliste
local avait indiqué à l’AFP avoir compté
quelque 90 cadavres d’insurgés joncher le sol
près d’une mosquée dans le quartier de Bayan,
où les heurts ont été les plus violents.
L’armée, qui avait reçu des renforts, n’a
visiblement pas fait de quartier à Maiduguri.
« Toute
la nuit, nous avons entendu des tirs dans les quartiers de
Shokai et de Dekwa Lowcost », a déclaré un
témoin à l’AFP.
Dans la matinée, l’armée a bombardé
d’autres quartiers de la ville.
Situation maîtrisée
En fin de matinée, la ville était redevenue
silencieuse et quelques habitants s’aventuraient dans les
rues. Le couvre-feu en vigueur de 19h a 6h a été
repoussé de deux heures, à 21h.
« Les forces de sécurité maîtrisent
la situation après la chute des talibans », a
affirmé à l’AFP le porteparole du gouvernement
de l’État de Borno, Usman Chiroma.
En prévision de l’opération finale contre les
insurgés, un millier d’hommes étaient
arrivés de Calabar (sud) et les militaires avaient
reçu des véhicules blindés et des
mitrailleuses lourdes.
Les combats entre forces de l’ordre et islamistes radicaux,
qui ont démarré dimanche et touché en
tout quatre États du nord du Nigeria ( Bauchi, Borno,
Yobe et Kano), ont fait au moins 600 morts selon les chiffres
transmis par la police et des témoins.
Un confrère de l’AFP a vu mardi et mercredi une
vingtaine de dépouilles de « talibans »
entreposées dans la cour du commissariat central de
Maiduguri.
Le bilan global des combats depuis cinq jours s’élevait
mercredi déjà à 300 morts uniquement dans
cette ville, selon des chiffres transmis par la police. On
ignorait le bilan des pertes gouvernementales.
À l’hôpital de Maiduguri, on a indiqué
hier à l’AFP qu’il y avait « une quantité
innombrable de cadavres ». « Certains sont
toujours dans les rues et autour du quartier
général de la police », a-t-on
ajouté.
La crise redéfinit les valeurs, dit le
dalaï-lama
ENTREVUE AVEC
LE DALAÏ-LAMA Le 3 octobre prochain, le dalaï-lama
sera de passage à Montréal. Avant sa visite, il
a accordé une entrevue en direct de Dharamsala
où il vit en exil depuis 50 ans. La Presse lui a
demandé si la crise actuelle est une occasion
« L’une des choses importantes est que la crise aura
prouvé la fragilité du matérialisme en
temps que principe de base d’une vision viable de la vie.
»
COLLABORATION SPÉCIALE QLa
PHOTO AGENCE FRANCE-PRESSE
Le dalaï-lama sera de passage
à Montréal le 3 octobre au Centre Bell,
où il donnera une conférence sur la promotion
de l’éthique par l’enseignement.
crise économique actuelle remet-elle en question le
sens des valeurs morales et sociales existantes ? R Il y a
quelques années, durant une de mes visites au Japon,
j’ai parlé des besoins des gens, sans leur donner
l’espoir que l’économie continuerait incessamment
d’évoluer. J’ai mentionné qu’il était
important d’accepter qu’il y ait des limites, que c’est
vraiment mieux et plus sain. Deux ans plus tard, le Japon
entrait en récession et certains sont venus me
remercier de les avoir préparés mentalement
à affronter la crise. Le problème, c’est que
notre société se laisse beaucoup trop dominer
par des valeurs basées sur la consommation et les gens
définissent leur bonheur par des critères
matériels, en oubliant qu’en fait, la vraie source du
bonheur est loin de tout ça. Je suis quasiment
sûr que durant cette crise économique, les gens
dont les valeurs sont autres que matérielles – et
principalement basées sur des liens familiaux solides,
sur une profonde vision spirituelle de la vie et du bon sens
commun – seront plus capables et disposés à
faire face aux difficultés de la crise, dont la perte
d’un emploi.
À l’opposé, ceux dont les valeurs sont purement
matérielles risquent de souffrir davantage puisque leur
bien-être en aura pris un coup. QEst-
ce un bon moment pour redéfinir nos valeurs morales ? R
Je souhaite que cette crise économique, l’une des plus
difficiles de notre temps, apporte un profond questionnement
et une remise en question sur le sens de nos valeurs et nos
priorités. L’une des choses importantes est qu’elle
aura prouvé la fragilité du matérialisme
en temps que principe de base d’une vision viable de la vie.
Toutefois, elle nous donne la chance d’expérimenter, en
toute simplicité, un style de vie qui doit être
basé principalement sur le contentement et être
en parfait accord avec une attitude responsable envers
l’environnement. QComment
en est-on arrivé là ? Comment des gens comme
Madoff, à l’origine de la fraude de Wall Street,
ont-ils pu tromper des milliers de personnes ? Le sens de nos
valeurs a-t-il si radicalement régressé ? R La
plupart des gens partagent le même avis concernant la
crise financière actuelle, qui, en fait, est le
résultat d’un manque total de valeurs principales,
entre autres l’honnêteté,
l’intégrité et la transparence.
Récemment,
j’ai
demandé à un ami homme d’affaires les raisons de
la crise économique actuelle. Il m’a expliqué
qu’il y avait trois raisons principales: l’avidité, la
spéculation et le manque de transparence. Tout porte
à croire que le monde financier a su
particulièrement créer une tendance selon
laquelle le seul critère de succès qui compte
repose sur la rentabilité des investissements. En
suivant cette perspective, il est certain que les valeurs
essentielles telles que la transparence,
l’intégrité et le sens des
responsabilités, qui sont les bases propres d’une bonne
gestion financière, ont été
sérieusement compromises. Cette situation a pu
créer un contexte où l’avidité humaine
s’est engouffrée sans aucune restriction. QQuels
sont vos conseils pour que les gens reprennent confiance et
retrouvent un sens à leurs valeurs sociales et morales
? R Je pense qu’il est important de se souvenir que, dans
certains cas, tous ceux qui participent à la
consommation actuelle font partie aussi de leur propre
contribution. Je pense que dans une société
glorifiée matériellement, avec un style de vie
excessif, il ne faut pas seulement blâmer le monde des
affaires et des finances pour son excès et son
avidité.
Dans le but de regagner la confiance des gens envers la
société actuelle, je pense que nous devrions
trouver une façon pour que chaque individu puisse
retrouver ce qui lui importe le plus, et pour que ceux
à qui on a confié notre épargne
gagnée durement la gèrent avec le respect que
mérite la richesse des autres. Là aussi, je
pense que les lois pourraient jouer un rôle important.
Enfin, nous avons besoin de trouver une façon de faire
valoir la compassion comme la base, le pilier majeur de toutes
nos valeurs.
Le dalaï-lama à Montréal
Le chef spirituel des Tibétains sera à
Montréal le 3 octobre prochain et donnera une
conférence au Centre Bell, sur un sujet qui lui tient
à coeur: la promotion de l’éthique par
l’enseignement. Cette conférence intitulée
L’Éducation du coeur : la puissance de la compassion
portera sur les valeurs qu’il faut promouvoir pour
améliorer notre monde. Rappelons que la philosophie du
moine prône la responsabilisation, la tolérance
et l’accroissement de la compassion comme les meilleures
méthodes pour obtenir un règlement pacifique aux
conflits et aux injustices.
Le dalaï-lama s’était montré
particulièrement emballé, l’été
dernier, par le fait que les enfants du Québec
bénéficiaient d’un enseignement
multiconfessionnel.
FRÈRE ANDRÉ Un autre pas franchi vers la
canonisation - Louise Leduc
« On n’a
pas demandé aux médecins de nous dire s’ils
pensaient qu’il s’agissait d’un miracle. Il s’agissait
simplement pour eux de nous dire si la guérison pouvait
être expliquée scientifiquement ou non. »
À l’oratoire Saint-Joseph, c’est l’attente. D’ici
quelques semaines, quelques mois tout au plus, on espère
une réponse du Vatican, une réponse capitale dans
l’avancement de la cause de la canonisation du frère
André.
PHOTODAVID BOILY, ARCHIVES LA
PRESSE
Plusieurs pèlerins en visite
à l’Oratoire signent un registre qui demande
expressément la canonisation du frère
André, souvent sans le savoir.
Au coeur du dossier à l’étude: une guérison
jugée miraculeuse par l’Oratoire et survenue après
1982. Le détail est important: pour qu’une personne soit
canonisée, et donc déclarée sainte, au
moins un miracle doit pouvoir lui être attribué
après sa béatification. Un premier cas de
guérison, survenu celui-là en 1956, avait
pavé la voie à la béatification du
frère André en 1982.
Le dossier fait déjà des milliers de pages,
quantité d’avis médicaux ont été
sollicités et un avocat, en Italie, travaille
là-dessus depuis plus de 10 ans.
Plus tôt cette année, sans qu’ils ne diffusent trop
la nouvelle, les religieux de la congrégation de
Sainte-Croix, à laquelle appartenait le frère
André, ont franchi une étape importante.
Le 26 février dernier, la commission médicale
romaine du Vatican a conclu en effet qu’une guérison
portée à son attention était «
scientifiquement inexplicable », l’expression magique
qu’espéraient tant les religieux de Sainte-Croix. «
Si nous n’avions pas eu de réponse favorable, tout le
processus s’arrêtait là », explique le
père Claude Grou, recteur de l’Oratoire.
Les religieux de Sainte-Croix sont assez discrets sur la
guérison qu’ils tentent de faire reconnaître comme
miraculeuse par le Vatican. La personne guérie est
québécoise, mais on n’en saura pas plus, «
par respect pour les personnes concernées »,
précise le père Grou, qui n’a pas
révélé non plus combien la cause du
frère André a pu coûter en frais juridiques
et autres jusqu’ici.
D’un point de vue médical, le père Grou souligne
que les professionnels appelés à titre de
témoins jusqu’ici ne se sont pas fait tirer l’oreille.
« On n’a pas demandé aux médecins de nous
dire s’ils pensaient qu’il s’agissait d’un miracle, dit-il. Il
s’agissait simplement pour eux de nous dire si la
guérison pouvait être expliquée
scientifiquement ou non. »
Maintenant que les médecins appelés en tant que
témoins ont établi que la guérison ne
pouvait s’expliquer scientifiquement, il reste à prouver
que la guérison est consécutive à
l’intercession du frère André, ce sur quoi une
commission théologique se penche actuellement au Vatican.
Si la réponse était de nouveau favorable, une
autre commission, composée celle-là
d’archevêques et de cardinaux, serait appelée
à déterminer s’il serait pertinent
d’étendre la dévotion au frère André
à l’Église universelle. En bout de piste, la
décision doit être approuvée par le pape
lui-même.
Si le frère André était canonisé, et
donc déclaré saint, « cela ferait en sorte
qu’il serait reconnu non seulement par l’Église locale,
mais par toute l’Église », note le père
Grou.
Une
démarche appréciée
À l’Oratoire, aux abords du tombeau du frère
André, se trouvent des cahiers invitant les visiteurs
à apposer leur signature. Bon nombre de personnes le font
– des gens du Québec, d’ailleurs au Canada, des
ÉtatsUnis, du Mexique et d’un peu partout dans le monde,
sans bien réaliser que ce faisant, ils signent un
registre qui demande expressément la canonisation du
frère André, comme c’est écrit en haut du
document.
À l’évidence, peu de pèlerins sont au
courant des démarches en cours de l’Oratoire. Une fois
informés de la chose, ils n’en espèrent pas moins
un dénouement positif.
Henri Sansouci est de ceuxlà. « Normal: je suis
parent avec le frère André! lance-t-il. Ma
grand-mère, Aglaé Bessette, était
l’arrière-cousine du frère André et je suis
très content qu’il fasse partie de ma parenté !
»
Alice Brien Henri, elle, n’attend pas le Vatican pour canoniser
le frère André. « Pour moi, le frère
André, c’est déjà un saint! »
« Quand Lucien Bouchard a contracté la
bactérie mangeuse de chair, j’ai invoqué le
frère André et saint Joseph, et il a
été guéri. Le frère André, je
lui fais bien confiance », lance pour sa part Agathe
Bélanger.
« Le frère André, c ’est un de mes favoris,
confie Marie Guimond, originaire du NouveauBrunswick. Quand on
pense que cette personne si humble a pu faire un oratoire si
grandiose! Il mériterait certainement d’être
canonisé, mais que cela se fasse ou pas, je continuerai
de le prier. »
Janet Oko, de Burlington, en Ontario, voit bien toutes ces
béquilles exposées un peu partout dans l’Oratoire,
mais faut-il s’y fier les yeux fermés? « Les
télé-évangélistes à la
télévision aussi prétendent guérir
tout le monde… Eux, je ne crois pas du tout à leur
histoire. Pour le frère André, oui… j ’aurais
tendance à croire que c’est vrai. » Sur le site
internet de l’Oratoire, qui donne des renseignements
généraux et fait la promotion de la canonisation
du frère André, on raconte que le frère, de
son vivant, invitait les gens de façon
générale à consulter les médecins.
Il niait toujours fermement avoir personnellement quelque don
naturel de guérisseur et suggérait plutôt
aux gens de s’en remettre à saint Joseph, de faire une
neuvaine, de se frictionner avec de l’huile ou une
médaille de saint Joseph, « autant d’actes d’amour
et de foi, de confiance et d’humilité ».
La révolution de 1969 - MARIE-CLAUDE
LORTIE
Hier, j’ai
passé une partie de la journée à regarder
la télé. De la merveilleusement
intéressante et vieille télé sur le site
des archives de Radio-Canada. Des reportages et des
enregistrements touchant le débat qui a eu lieu, de
1967 à 1969, avant l’adoption du célèbre
« bill omnibus » du ministre de la Justice puis
premier ministre Pierre Trudeau, qui proposait de
décriminaliser l’homosexualité et d’ouvrir un
petit peu l’accès à l’avortement.
Une page entière remplie de liens nous amène
vers des archives qui nous donnent parfois l’impression que le
monde n’a pas du tout changé depuis ces changements au
Code criminel, il y a 40 ans – les commentaires d’un reportage
au sujet de l’avortement auraient presque pu être
recueillis hier matin –, alors que d’autres discussions
montrent que notre univers social a basculé du tout au
tout.
Par exemple, durant un extrait du débat des chefs des
élections de 1968, on entend le chef du NPD de
l’époque, Tommy Douglas, plein de bonne volonté
et plein de sympathie envers les gais, se dire tout à
fait prêt à appuyer le retrait du Code criminel
des dispositions sur la « grossière
indécence » utilisées pour condamner les
actes homosexuels. Puis, il lance: « Au Canada, il nous
faut adopter une nouvelle attitude au sujet de
l’homosexualité. Le moment est venu. Au lieu de faire
de cela un crime, et quelque chose qui se cache, nous devons
reconnaître cela comme un cas psychiatrique qui doit
être traité avec sympathie par les psychiatres et
les travailleurs sociaux. » Oh boy… Donc, voilà,
c’était il y a 40 ans. Trudeau avait les cheveux noirs
et répétait clairement ses messages-clés:
Ce que les gens font en privé, entre adultes
consentants, ça ne regarde pas la police. Ça
regarde leur conscience. Ça ne regarde pas
l’État. Il faut sortir la notion de péché
du Code criminel…
Un discours plutôt émouvant quand on se remet
dans l’époque, quand on pense à tous ces gais et
lesbiennes qui devaient vivre dans le secret, l’opprobre.
Quand on pense au courage qu’il fallait pour affronter des
mentalités à peine fraîchement
décoincées par la Révolution tranquille.
Évidemment, di rez-vous , côté avortement,
le projet de loi n’avançait pas très loin. Il
remettait aux médecins formés en «
comités thérapeutiques » le droit de
décider s’il pouvait être pratiqué.
À l’époque, bien des pro-choix avaient
été très déçus des limites
qui demeuraient.
Mais ironiquement, en 1988, c’est la Charte des droits et
libertés de ce même Trudeau qui a permis aux
pro-choix invoquant le droit à la liberté de
faire déclarer ces comités thérapeutiques
anticonstitutionnels.
P en s e z -vou s q u ’on a, aujourd’hui, les élus
qu’il faut pour nous protéger contre ceux qui veulent
ramener le péché dans le Code criminel?
Car des gens
qui veulent ramener le péché dans la loi, il y
en a. Il y en a beaucoup.
Hier, l’anniversaire du « bill omnibus » serait
peut-être passé inaperçu, n’eût
été les milliers de militants contre le libre
choix en matière d’avortement qui sont allés
à Ottawa demander au gouvernement Harper de
légiférer sur la question.
Qu’autant de personnes – incluant le cardinal de Québec
Marc Ouellet – aient trouvé le temps et les ressources
pour aller manifester, ce n’est pas rien. Et c’est
inquiétant pour ceux qui croient à la
liberté de choix, qu’ils soient personnellement
à l’aise ou totalement contre l’idée de
l’avortement.
Parlant de choix. Vous connaissez Bristol Palin, la fille de
Sarah Palin, tombée enceinte à 17 ans. Son
nouveau bébé dans les bras – dont elle dit qu’il
est un cadeau du Ciel –, elle fait maintenant campagne contre
la grossesse chez les adolescentes en prônant
l’abstinence, approche dont elle a pourtant déjà
dit qu’elle n’était pas réaliste.
Paradoxes mis à part, ce qui est intéressant,
c’est que Bristol a déclaré à CNN que
c’était bien sa décision d’avoir gardé le
bébé. « Ça n’a pas d’importance le
point de vue de ma mère là-dessus.
C’était ma décision. »
En outre, Sarah Palin a déjà avoué avoir
considéré l’avortement pendant de très
brefs instants avant de choisir de porter à terme son
fils trisomique.
Si ce ne sont pas des choix, ça, c’est quoi?
Le cardinal Ouellet appelle à une nouvelle
législation
« Le
temps est venu de réagir à la crise morale que
traverse notre pays sur le plan des valeurs et du droit
à la vie. »
— Le Canada traverse une grave crise morale en refusant de
mettre fin à l’avortement, estime le cardinal de
Québec Marc Ouellet, qui dénonce du même
souffle la « domination de la culture de la mort »
depuis 40 ans au pays.
Alors qu’il participait à une manifestation sur la
colline parlementaire visant à marquer le 40e
anniversaire de la loi omnibus de Pierre Trudeau qui a
décriminalisé l’avortement, le cardinal Ouellet
a lancé hier un appel aux députés pour
qu’ils adoptent une loi qui « protège la vie au
lieu de l’éliminer ».
Quelque 5000 personnes venues des quatre coins du pays ont
participé à cette manifestation, « La
marche nationale pour la vie », afin de réclamer
une loi limitant l’avortement.
« Si notre pays est très envié dans le
monde à bien des égards, il est au dernier rang
pour la protection des êtres humains les plus fragiles,
ceux qui ne sont la réputation de notre pays », a
affirmé le cardinal Ouellet à la foule.
« En tant que Canadiens, nous sommes conscients qu’un
examen de conscience est nécessaire pour opérer
le redressement moral pas encore nés. Nous ne pouvons
pas rester silencieux devant cette injustice et cette
violation du premier droit humain qui est le droit à la
vie. Ce droit est bafoué chez nous plus que partout
ailleurs en Occident. C’est triste, honteux et inacceptable
pour la conscience morale de l’humanité et pour qui
s’impose afin de mettre fin à la domination de la
culture de la mort et d’ouvrir l’avenir à la culture de
la vie. Une culture de la vie qui promeut la reconnaissance de
l’être humain dès le sein maternel et le respect
de la vie humaine à toutes les étapes de son
développement », a dit le primat.
Le gouvernement Harper a écarté l’idée de
relancer le débat sur l’avortement en déposant
un projet de loi sur cette épineuse question. Mais il a
indiqué qu’il ne pouvait empêcher un simple
député de déposer un projet de loi pour
interdire ou encadrer l’avortement. Certains
députés l’ont fait dans le passé, mais
ces projets de loi n’ont jamais été
adoptés.
Des
députés ont formé un caucus pro-vie afin
de relancer le débat à Ottawa. Ce groupe non
partisan comprend une dizaine de députés
conservateurs et une poignée de députés
libéraux. Aucun député du Québec
n’était présent à cette manifestation.
Le cardinal Ouellet a invité tous ceux qui croient que
l’enfant à naître mérite d’être
protégé à faire entendre leur voix en
multipliant les pressions sur ceux qui dirigent le pays.
« Je lance un appel à nos représentants au
Parlement qui ont charge d’administrer la justice et le bien
commun afin qu’ils adoptent ou amendent les lois qui
protègent la vie au lieu de l’éliminer. Le vide
juridique en ce domaine favorise le déclin des valeurs,
l’obscurcissement de la conscience morale et la
prolifération de la violence. Nous le voyons dans les
graves difficultés que rencontrent les
éducateurs et éducatrices dans les écoles
», a-t-il affirmé.
« Le temps est venu de réagir à la crise
morale que traverse notre pays sur le plan des valeurs et du
droit à la vie. Le temps est venu de prendre la parole
et de réclamer justice pour les victimes. Le temps est
venu d’agir pour un retour de la culture de la vie »,
at-il ajouté.
Interrogé au sujet de la manifestation, hier, le chef
du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a
affirmé que son parti appuie le droit d’une femme de
choisir librement.
« Je pense que ces gens-là sont
dépassés par le temps comme les
réformistes en face de nous », a dit le chef
bloquiste au sujet de ceux qui réclament une loi
limitant le droit à l’avortement.
Le droit à l’avortement menacé, jugent des
experts
Des groupes
féministes inquiets devant la « montée du
conservatisme religieux »
Quarante ans après que Pierre Elliott Trudeau eut sorti
l’État des chambres à coucher et ouvert la porte
à l’avortement, la menace d’un retour de balancier est
plus forte que jamais, craignent plusieurs experts et groupes
féministes.
Le
collectif La Riposte a organisé une
contre-manifestation pro-choix, hier, à
Montréal.
« Oui, le droit à l’avortement est menacé,
je suis très inquiète », dit Johanne
Fillion, porte-parole de l’Association du Québec pour
le planning des naissances.
Selon elle, la manifestation qui a rassemblé quelques
milliers de manifestants pro-vie, hier à Ottawa, ne
représente que la pointe d’un mouvement de mieux en
mieux organisé et de plus en plus présent au
Canada.
Les militants pro-vie sont loin de gagner toutes leurs
batailles. Mais ils se battent avec de plus en plus de moyens.
Depuis sept ans, des députés pro-vie
libéraux et conservateurs ont déposé neuf
projets de loi susceptibles de limiter le droit à
l’avortement, souligne la juriste Louise Langevin. Le plus
célèbre de ces projets de loi portait le
numéro C-484 et s’était rendu jusqu’en
deuxième lecture à la Chambre des communes.
Mais il n’y a pas que les projets de loi. Johanne Fillion
énumère une série d’actions
récentes signées par le mouvement pro-vie. Il y
a eu les « vigiles de Carême » devant des
cliniques d’avortement. La mobilisation contre l’octroi de
l’Ordre du Canada au Dr Henry Morgentaler. La tentative de
placarder babillards et autobus avec des photos de foetus non
nés. Et une autre visant à empêcher les
organisations humanitaires canadiennes de faire la promotion
du planning familial à l’étranger.
Ces campagnes ont beau rater leur cible, elles sont le signe
d’une montée inquiétante de la droite religieuse
au Canada, dénonce Johanne Fillion.
Louise Desmarais, auteure de Mémoires d’une bataille
inachevée, une histoire de l’avortement au Canada, en
rajoute. Elle note qu’au Québec, l’Église
catholique a cessé de s’intéresser à la
question de l’avortement au début des années 80.
Récemment, elle a repris sa place dans le débat.
En protestant contre l’hommage au Dr Morgentaler, par exemple.
Et aussi en s’associant à la manifestation pro-vie
d’hier.
« La montée du conservatisme religieux remet
très certainement en question le droit à
l’avortement », s’inquiète-t-elle.
« Les anti-choix sont organisés au sein d’un
lobby très puissant, et très bruyant. Il ne faut
pas les sous-estimer », affirme Louise Langevin.
Une de ses
collègues de l’Université Laval, Diane
Lamoureux, s’inquiète elle aussi, au point de souhaiter
que la « liberté reproductive » des femmes
soit inscrite dans la Charte canadienne des droits et
libertés. Selon elle, c’est la seule façon de
résister aux assauts des militants pro-vie. Mais aussi
d’assurer que les services d’avortement soient accessibles
partout au Canada, ce qui est loin d’être le cas
aujourd’hui.
« Le lobby des intégristes chrétiens est
bien placé à Ottawa, nous les surveillons de
près », dit pour sa part Michèle Asselin,
présidente de la Fédération des femmes du
Québec. Elle assure que celle-ci est prête
à fourbir ses armes à la première
initiative législative rappelant le projet de loi
C-484.
De telles initiatives sont inévitables, prévoit
Catherine Giroux, du collectif La Riposte, qui a
organisé une contre-manifestation pro-choix hier
à Montréal. Selon elle, le programme du Parti
conservateur ouvre grande la porte à des projets de loi
visant à protéger les femmes enceintes –
façon détournée de s’attaquer au droit
à l’avortement.
Depuis 40 ans
Le « bill omnibus » de Pierre Elliott Trudeau a
reçu l’assentiment de la Chambre des communes le 14 mai
1969. Louise Desmarais enseignait ce jour-là dans une
classe de fin de secondaire où la question du droit
à l’avortement a soulevé des réactions
timides et étonnées. « À
l’époque, c’était un sujet complètement
tabou », se rappelle Mme Desmarais.
Le « bill omnibus » libéralisait aussi
l’homosexualité et la contraception. Son ouverture
à l’avortement avait soulevé des
réactions mitigées chez les féministes de
l’époque.
Cette pratique restait assujettie à une série de
contraintes et restrictions. Une femme désirant mettre
fin à une grossesse devait obtenir l’assentiment d’un
comité formé de trois médecins, par
exemple. « Je refuserai de comparaître devant mes
trois juges pour étaler ma misère et ma peine
», avait alors clamé la journaliste Lise Payette.
Si le « bill omnibus » devait conduire «
à un carnage de vies humaines » ou, dans le cas
des homosexuels, à des « turpitudes sans nom,
plus ignobles les unes que les autres », le gouvernement
n’aurait qu’à modifier la loi, avait écrit
l’éditorialiste Roger Champoux dans La Presse du 15 mai
1969.
Dans les faits, 19 ans plus tard, la Cour suprême a
donné raison au Dr Henry Morgentaler et jugé que
les restrictions au droit à l’avortement étaient
inconstitutionnelles. Depuis, le Canada est l’un des seuls
pays industrialisés à ne pas
légiférer en matière d’avortement.
Cours d'éthique et culture religieuse Des parents
déboutés en Cour supérieure
- Isabelle Audet
Les
controversés cours d’éthique et de culture
religieuse (ECR) ne portent pas atteinte à la
liberté de conscience des élèves, a
tranché lundi à Drummondville le juge
Jean-Guy Dubois, de la Cour supérieure du
Québec.
Dans une cause opposant des parents à la Commission
scolaire des Chênes, dans le Centre-duQuébec,
le jugedevait seprononcer sur le caractère
obligatoire du cours. Il s’est rangé du
côté de la commission scolaire, qui a
refusé d’accorder une exemption pour le nouveau
programme.
En clair, les enfants doivent assister au cours
d’éthique et de culture religieuse. Cette formation
ne constitue pas unemenace pour eux, précise le
juge.
La famille concernée invoquait notamment la Charte
canadienne des droits et libertés pour soustraire
ses enfants au cours d’ECR.
« À la lumière de toute la preuve
présentée, le tribunal ne voit pas comment
le cours ECR brime la liberté de conscience et de
religion des demandeurs pour les enfants, alors que l’on
fait une présentation globale de diverses religions
sans obliger les enfants à y adhérer
», a écrit le juge.
Les
parents déboutés sont toujours
penchés sur le jugement, mais la Coalition pour la
liberté en éducation (CLE) croit qu’«
il y a matière à interjeter appel », a
déclaré le porte-parole de l’organisme,
Richard Décarie.
« Les modestes moyens des parents contre un
État financé à même nos
impôts ne nous empêcheront pas d’en appeler au
besoin», a déclaré Marie-Josée
Croteau, présidente de laCoalition pour la
liberté en éducation.
Le directeur général de la Commission
scolaire des Chênes, Yvan Aubé, se montre
satisfait du jugement, mais il précise que cette
décision n’annule pas le droit des parents de
demander une exemption.
« C’était la cause de cette
famille-là, fait-il remarquer. Ça ne vient
pas faire jurisprudence et nous allons continuer
d’analyser les demandes des parents. Par contre, ça
rend peut-être plus difficile la
démonstration que le fait de suivre le cours
d’éthique et de culture religieuse restreint les
droits et libertés. »
Professeur de droit à l’Université de
Sherbrooke et membre d’un groupe de recherche sur des
questions de société, de droit et de
religion, Sébastien Lebel-Grenier abonde dans son
sens: « On estime parfois que la liberté de
religion, c’est la liberté d’ignorance, c’est la
liberté de méconnaître d’autres
religions par peur de polluer l’esprit des enfants. C’est
un argument qui, dans la logique des droits fondamentaux
au Canada, ne marche pas. »
Pour mieux vivre ensemble - RAYMOND
GRAVEL
Il faut se
méfier de l’intégrisme fanatique des opposants
au cours d’éthique et de culture religieuse
L’auteur est prêtre dans le diocèse de
Joliette.
Depuis l’implantation du cours d’éthique et de
culture religieuse dans l’ensemble des écoles
primaires et secondaires du Québec, des voix
très minoritaires se sont élevées pour
dénoncer l’obligation rattachée à ce
programme.
Le cours se veut pourtant un enseignement sur l’apport des
religions en général et du christianisme en
particulier dans l’évolution de la
société québécoise, afin de
mieux comprendre notre culture et notre héritage
collectif et de permettre à nos jeunes de vivre dans
une société laïque devenue pluraliste et
multiconfessionnelle.
Sans même pouvoir en évaluer la pertinence et
le contenu, une coalition s’est formée pour
dénoncer ce nouveau cours. Un petit groupe
d’opposants, plus fanatiques les uns que les autres,
composé de parents ultra-catholiques d’une part et de
militants athées d’autre part, auxquels se sont
joints des adeptes de sectes religieuses fondamentalistes,
réclame haut et fort que le gouvernement respecte le
droit fondamental de liberté de conscience en
permettant l’exemption à leurs enfants. Ces opposants
demandent un véritable choix en éducation et
non pas l’imposition d’une religion relativiste.
Ça tombe bien, puisque l’objectif de ce nouveau
programme d’éthique et de culture religieuse n’impose
aucune religion à personne et respecte la conscience
de chacun.
Alors
où est le problème? Lorsque la coalition pour
la liberté en éducation (CLE) revendique le
droit de choisir, on peut se demander de quel choix il
s’agit? Les parents catholiques voudraient un retour de
l’enseignement confessionnel dans les établissements
scolaires; le mouvement laïque québécois
( MLQ), pour sa part, veut faire disparaître toute
référence religieuse du paysage
québécois et les sectes ne veulent surtout pas
que leurs adeptes aient des contacts avec d’autres croyances
par peur de contamination. On dit parfois que les
extrêmes se rejoignent ; dans ce cas-ci, on peut dire
que les extrémistes font front commun.
À l a Cour s upé r i e u r e de Drummondville,
on pouvait entendre le témoignage d’une femme qui
disait, la voix étreinte par l’émotion, que sa
petite fille du primaire était incapable d’entendre
parler de légende, de conte ou de fable
rattachés aux récits des différentes
cultures religieuses, parce qu’elle croyait encore au
père Noël. J’avais l’impression d’être au
festival Juste pour Rire, comme s’il y avait uniquement les
enfants qui étaient incapables de comprendre et
d’interpréter de tels récits. À ce que
je sache, les fondamentalistes bibliques qui croient encore
à l’arche de Noé sont des adultes, et s’ils
avaient pu apprendre au primaire à distinguer un
récit historique d’une légende ou d’un texte
poétique, peut-être y aurait-il moins de
créationnistes au Québec aujourd’hui.
Dans une société laïque comme la
nôtre, l’école n’a pas pour mission d’enseigner
la religion aux enfants. La transmission de la foi
appartient d’abord aux parents et ensuite aux
communautés des diverses confessions religieuses. Nos
évêques catholiques ont bien compris cette
réalité.
L’école doit apprendre aux enfants et aux jeunes
à mieux vivre ensemble, et, pour ce faire, elle doit
nécessairement montrer l’influence du christianisme
dans l’évolution de la société
québécoise et présenter le nouveau
visage interculturel et multiconfessionnel du Québec
contemporain.
Qu’on soit catholique, protestant, juif, musulman ou
même athée, on se doit de connaître les
caractéristiques culturelles et religieuses des
Québécois si on veut apprendre à
s’accueillir, à se respecter, à partager et
à s’enrichir les uns les autres. Comme catholique, en
quoi suisj e menacé de côtoyer l’autre,
différent de moi, qui fait partie d’une autre
confession religieuse ou même qui n’appartient
à aucune religion? Loin de me menacer, l’autre
m’apprend à être un meilleur citoyen. C’est un
objectif de ce nouveau cours. Ce cours d’éthique et
de culture religieuse n’est sûrement pas parfait. Son
expérimentation nous permettra de l’améliorer
avec le temps. Mais une chose est certaine : dans le
contexte actuel de la société
québécoise, il est essentiel pour le
mieuxêtre de notre collectivité.
Ce cours développe le sens critique de nos jeunes; il
permet de faire tomber tous les préjugés et
favorise l’inclusion dans le respect de la dignité de
chacun. C’est pourquoi il doit demeurer obligatoire pour
tous sans exception. Comme prêtre catholique, je fais
confiance à la sagesse de nos évêques et
je me méfie de l’intégrisme fanatique des
opposants.
116 années après Léon XIII
- ANDRÉ PRATTE
Un juge de la Cour supér i eu r e entend c e t t e
semaine des parents de Dr ummondv i l l e qui veulent voir
leurs enfants exemptés du nouveau cours
d’éthique et de culture religieuse. Très
sensibles à la démarche de ces parents parce
qu’elle relève de la protection de la l iberté
de conscience et de rel igion d’une minor ité , nous
est i - mons néanmoins que le t ribunal dev r a i t
rejeter leur requête.
Le cours d’éthique et de culture rel i gieuse
remplace depuis l’automne dernier les cours de religion et
de morale. La formation vise notamment à sensibiliser
les élèves à l’existence de
différentes religions et à leur inculquer le
respect de ces fois diverses.
Des demandes d’exemption ont été
déposées pour quelque 1700 enfants, une infime
minorité des 960 000 jeunes inscrits dans les
écoles primaires et secondaires de la province. Ces
demandes ont toutes été refusées.
La substitution des cours de religion et de morale par un
cours de culture religieuse est conforme au consensus qui
s’est développé au sein de la
société québécoise. Le fait que
les parents mécontents soient peu nombreux ne diminue
toutefois en rien la légitimité de leurs
préoccupations. Les chartes existent pour
préserver les droits fondamentaux des citoyens, peu
importe leur nombre.
À Dr ummondv i l l e , les parents demandent au
tribunal de déclarer insconstitutionnel le rejet de
leur demande d’exemption. Selon eux, le nouveau cours viole
leur liberté de conscience et de religion parce qu’il
impose aux élèves une vision
polythéiste du phénomène religieux, est
relativiste, dissocie l’éthique et la morale et
interfère avec leur capacité de transmettre
leur foi à leurs enfants.
Comment un
cours neutre du point de vue religieux peut-il violer la
liberté religieuse de quelqu’un ? Justement parce
que, selon ces parents, toutes les religions ne sont pas
égales. Lorsque l’école prétend que la
morale peut être envisagée sans
référence à la foi, lorsqu’elle affirme
que toutes les croyances sont équivalentes , el le
impose une sorte de « religion civile », de dire
le théologien Louis O’Neill, témoin-expert
pour les requérants, qui parle d’«
endoctrinement ».
Endoctrinement ? Si l’éthique et la culture
religieuse sont correctement enseignées (c’est bien
sûr un gros si...), le cours favorisera plutôt
le respect de toutes les religions. Un enfant dont les
parents sont profondément catholiques ne devrait pas
s’y sentir ostracisé. Il est vrai que
l’élève se familiarisera avec d’autres fois et
systèmes de valeurs, mais on ne voit pas comment il
pourrait en souf frir. Cela créera au contraire de
merveilleuses occasions de dia logue avec ses parents,
dialogue dont sa foi, si el le doit être authentique,
sortira renforcée.
Le nouveau cour s i mpose-til une contrainte aux
libertés fonda menta l es des pa r e n t s
québé - cois ? En autant qu ’ e l l e e x i s
t e , cet te contra i nte est « négligeable
», suivant les normes fixées par la Cour
suprême. Elle est d’autant plus tolérable
qu’elle sert une fin sociale légitime. Si
l’État était tenu d’exempter d’un cours tout j
eune qui s’y oppose pour des raisons de rel igion ou de
conscience, le nombre de demandes d’exemption se
multiplierait. Telle école catholique voudrait se
soustraire à l’obligation d’offrir le cours
d’éthique et de culture religieuse, tel parent
créationniste voudrait retirer son fils ou sa fille
du cours de biologie. Il deviendrait de plus en plus
difficile au système d’éducation de donner aux
futurs citoyens du Québec un socle culturel commun.
Des déclarations et écrits des parents
regroupés au sein de la Coalition pour la
liberté en éducation, il apparaît que
les demandes d’exemption ne sont qu’une première
étape vers le rétablissement des cours de
religion dans les écoles. Cette volonté
ressort aussi de l’expertise produite par le philosophe
français David Mascré, lui-aussi
témoinexpert pour les requérants. M.
Mascré s’appuie notamment sur l’encyclique
écrite par Léon XIII en 1893 (!) au sujet des
écoles catholiques du Manitoba: « Il faut fuir
à tout prix, comme très funestes, les
écoles où toutes les croyances sont
accueillies indifféremment et traitées de
pair, comme si, pour ce qui regarde Dieu et les
écoles divines, il importait peu d’avoir ou non de
saines doctrines, d’adopter la vérité ou
l’erreur. »
Depuis la publication de ce document, 116 ans ont
passé. Les membres d’une confession religieuse
peuvent certes être convaincus qu’il existe en ces
matières une seule et unique vérité ;
l’État moderne ne peut endosser une telle
perspective. Au contraire, il doit laisser à chacun
le choix de sa vérité spirituelle, dans le
respect de celle des autres. C’est ce que vise le cours
d’éthique et de culture religieuse.
Le cours d’éthique et de culture
religieuse devant les tribunaux
Le
nouveau programme d’éthique et de culture
religieuse se retrouvera cette semaine devant les
tribunaux. Frustré que le ministère de
l’Éducation n’ait pas accédé
à ses demandes répétées
d’exemption, le Collège Loyola a
décidé de porter sa cause en Cour
supérieure.
Le Collège Loyola, une école secondaire
privée catholique pour garçons
fondée il y a plus de 160 ans à
Montréal, estime que le programme implanté
l’automne dernier entre en conflit avec ses valeurs
catholiques et jésuites. Il accuse Québec
de violer la liberté de religion prévue
dans les chartes québécoise et canadienne
des droits et libertés en imposant ce cours
à tous ses élèves contre leur
gré et sans leur offrir d’autre
possibilité.
Les parents de plus de 600 élèves, soit
quelque 90% de la clientèle de
l’établissement, auraient d’ailleurs pris la
peine de demander personnellement au ministère de
l’Éducation d’exempter leur enfant.
« Le Collège Loyola cherche non seulement
à préserver l’intégrité de
son caractère catholique, mais aussi à
permettre aux parents catholiques d’exercer leur droit
de faire instruire leur enfant en respect de leurs
convictions religieuses », argue l’institution
dans les documents déposés à la
Cour supérieure de Montréal. La Presse n’a
pu joindre la direction, hier.
LeCollègene
souhaitepasmaintenir
l’ancien cours de religion, en vigueur jusqu’à
l’an dernier. Il a mis au point son propre cours qui,
affirme-t-il dans une lettre adressée au
Ministère, « enseigne les valeurs et les
croyances des religions du monde d’une manière
bien plus approfondie que le nouveau programme ».
Selon le Collège, la « neutralité
» prônée dans le cours
préparé par les fonctionnaires du
gouvernement est problématique puisqu’elle
« contrevient aux croyances de nombreuses
personnes et religions, y compris le catholicisme
».
Le Ministère réplique dans sa
défense que la liberté de religion est un
droit réservé aux individus et que le
Collège, en tant qu’institution, ne peut pas s’en
prévaloir. « Il a pourtant toujours
été accepté que les églises
et les communautés religieuses possédaient
ce droit », plaide le Collège.
Le caractère obligatoire du cours
d’éthique et de culture religieuse est aussi
contesté par des parents de Drummondville, qui
ont défendu leur point de vue en Cour
supérieure le mois dernier. Le ministère
de l’Éducation a reçu quelque 2000
demandes d’exemption depuis la mise en place du nouveau
cours, lesquelles ont toutes été
rejetées.
LIBAN - Un magazine « pour adultes
seulement » fait des vagues
«
C’était
très important de publier le magazine en langue
arabe, car les gens parlent facilement du corps en
anglais ou en français, mais rarement en arabe,
cela fait partie de notre schizophrénie »,
estime Joumana Haddad, créatrice de la revue
Jasad.
— Quand on lui demande si elle vend Jasad, Farah, qui
tient une minuscule librairie dans le quartier sunnite de
Tarik Jdidé, hésite un court instant, puis
va fouiller sous une pile de magazines féminins.
Elle brandit deux exemplaires du fameux magazine, sous
cellophane, avec l’autocollant vert « pour adultes
seulement ».
« Les exemplaires étaient dehors, mais
à cause des remarques du voisinage, je les ai
rentrés à l’intérieur »,
raconte la vendeuse. Rien à voir avec la couverture
de Playboy, entièrement couverte par un plastique
noir, mais depuis sa sortie il y a quelques mois, Jasad
fait des vagues au pays du Cèdre.
Le trimestriel se définit comme un magazine
spécialisé dans les littératures, les
sciences et les arts du corps. « La dimension
érotique et sexuelle y est très
présente », explique la créatrice de
la revue, Joumana Haddad, également poète et
journaliste au quotidien libanais An Nahar.
« Le corps érotique a été
kidnappé dans notre culture depuis trop longtemps.
C’était très important de publier le
magazine en langue arabe, car les gens parlent facilement
du corps en anglais ou en français, mais rarement
en arabe, cela fait partie de notre schizophrénie
», poursuit Joumana Haddad.
Le critique de cinéma de la revue, Hawick
Habechian, s’est surpris lui-même en écrivant
l’un de ses articles: « Pour traduire les noms des
organes sexuels en arabe, j’ai dû aller chercher
dans le dictionnaire! »
Fétichisme et cannibalisme
Des extraits de recueils anciens, qui parlent très
librement du corps, sont publiés dans chaque
numéro. Dans le premier exemplaire, Le jardin
parfumé, un ouvrage du XIIIe siècle
publié par le Cheikh Nefzaoui, s’est fait une
nouvelle jeunesse.
Le texte
énumère toutes les sortes de phallus avec
des détails croustillants. Le sommaire de Jasad ne
fait d’ailleurs pas dans la dentelle. Il y est question de
fétichisme du pied, d’homosexualité, du
pénis dans toutes ses dimensions, de violence
conjugale ou même de « cannibalisme, nouvelle
religion ? ».
Le magazine contient également une rubrique «
Ma première fois », où une
personnalité raconte sa première
expérience sexuelle. Et les dessins, peintures ou
photos qui illustrent Jasad sont plus
qu’évocateurs.
Évidemment, au Liban, certains sont un peu
tombés des nues en découvrant le nouveau
venu. « Il y a eu de fortes protestations des
autorités religieuses chrétiennes et
musulmanes et je reçois ma dose quotidienne
d’insultes. On m’accuse de corrompre les nouvelles
générations et d’importer des valeurs
occidentales », raconte Mme Haddad.
Les Saoudiens apprécient
Pour éviter les mauvaises surprises avec un
éditeur qui aurait pu décider de censurer le
contenu de Jasad, Joumana a créé sa propre
maison d’édition il y a un an et demi. La
poète est aussi passée à travers les
mailles de la censure officielle.
« Quand j’ai demandé la licence, j’ai
seulement dit que je voulais créer une revue
culturelle, sans donner de détails. » La
journaliste a financé le magazine de sa poche,
à hauteur de 50 000$. Depuis, elle compte sur les
revenus des ventes pour continuer l’aventure, car la
publicité répond aux abonnés absents.
« Cela fait six mois que j’essaye de négocier
avec les régies publicitaires. Ils ont joint des
clients, mais jusqu’ici, ils refusent de s’afficher dans
Jasad de peur de perdre des marchés dans les pays
du Golfe », lâche Mme Haddad.
Heureusement, les ventes marchent bien pour un magazine
qui s’adresse avant tout à une élite : 5000
exemplaires écoulés pour le premier
numéro, 4000 imprimés pour le second.
Curieusement, les abonnements ont le plus trouvé
preneur... en Arabie Saoudite, alors que le magazine y est
interdit et qu’il arrive clandestinement par courrier
postal!
Le pape équilibriste
Les critiques
des deux côtés démontrent que le Vatican a
maintenant une relation normale avec Israël Benoît
XVI a terminé hier sa visite d’une semaine en Terre
sainte. Bien qu’il ait essayé de jouer à
l’équilibriste, il retourne à Rome en laissant
derrièr
« Le numéro d’équilibriste le plus
difficile de sa papauté », a conclu John Allen,
le vaticaniste de l’hebdomadaire américain The National
Catholic Reporter.
Son arrivée à Jérusalem, lundi dernier, a
finalement été emblématique de son
voyage. Sur le tarmac de l’aéroport, il a appelé
à l’établissement d’un État palestinien.
Puis il a rendu visite à la famille de Gilad Shalit,
soldat israélien détenu par le Hamas depuis
2006. Enfin, il a fait au musée de l’holocauste Yad
Vashem un discours très attendu, qui a
été critiqué parce qu’il n’allait pas
assez loin.
Le
pape Benoît XVI, a été salué par
le premier ministre Benyamin Nétanyahou (au centre)
et le président israélien Shimon Peres,
à l’aéroport Ben Gourion, hier, lors de son
départ d’Israël, où il a effectué
un pèlerinage.
Benoît XVI a joué une main difficile, cette
semaine en Terre sainte. « Le numéro
d’équilibriste le plus difficile de sa papauté
», a conclu John Allen, le vaticaniste de l’hebdomadaire
américain The National Catholic Reporter. Il a
esquissé le plan de paix que tout le monde attendait,
tout en tendant la main aux musulmans et aux juifs en tant que
chef de l’Église catholique. Son objectif principal
était d’endiguer l’exode des chrétiens du
Moyen-Orient, mais cette communauté en déclin
reste divisée au sujet d’Israël : les
chrétiens arabes soutiennent les Palestiniens, les
orthodoxes et les chrétiens hébreux,
l’État juif.
Bref, il était inévitable qu’il
déçoive à gauche et à droite.
« Le appelé à une solution avec deux
États, il a dénoncé le mur et il a
demandé aux Palestiniens de ne pas céder
à la tentation de la violence. Il a condamné
l’« instrumentalisation de la religion ». Ce
dernier commentaire du pape unit les dimensions politique et
spirituelle de son voyage.
Néanmoins,
Frank
Dimant, vice-président de B’nai Brith Canada, estime
que le pape a trop penché du côté
palestinien. « Il a réclamé un État
palestinien sans même souligner le pacte qui unit Dieu
et la terre d’Israël. Il n’a pas condamné l’Iran,
qui veut détruire Israël, ni dénoncé
le cheik qui a attaqué Israël. »
Lors d’une rencontre à un centre catholique de
Jérusalem, le juge en chef palestinien Tayssir pape se
rendait en pèlerinage, il n’était pas en
tournée politique, explique Sami Aoun, politologue
à l’Université de Sherbrooke. Mais il a
réussi à réitérer certains points
fondamentaux qui rejoignent beaucoup de gens même s’ils
déplaisent à certains. Il a Attamimi a
réclamé une alliance entre chrétiens et
musulmans contre l’État juif. Il avait fait les
mêmes remarques en 2000, lors de la visite de Jean-Paul
II. Benoît XVI n’a pas dénoncé les propos
de M. Attamimi et lui a même serré la main
à la fin de la cérémonie – il est
possible que personne ne lui ait traduit son discours en
direct. Un porteparole papal a par la suite qualifié la
sortie de M. Attamimi: « Une négation directe de
ce que le dialogue devrait être ».
Quant au discours à Yad Vashem, il aurait dû
contenir, selon M. Dimant, des excuses du pape en tant
qu’Allemand qui a grandi sous le nazisme qui a même
été membre – bien malgré lui – des
Jeunesses hitlériennes. Le responsable du B’nai Brith a
aussi relevé que le pape n’a pas visité
l’exposition du musée, dont une section propose que le
pape d’alors, Pie XII, aurait pu s’opposer davantage à
l’holocauste. « Le pape a un désir très
fort de canoniser Pie XII », déplore M. Dimant.
L’attention portée au discours de Benoît XVI est
paradoxalement un signe de normalisation des relations avec
Israël, avance le vaticaniste John Allen. Les relations
diplomatiques n’existent que depuis 1994 – en 1964, Paul VI
avait pris soin de ne jamais faire référence
à l’« État » d’Israël et avait
appelé son président « monsieur »,
sans nommer sa fonction. « La simple présence
d’un pape à Jérusalem ne fait plus la manchette
; on s’intéresse maintenant à ce qu’il dit
», relève M. Allen. En éditorial, le
quotidien munichois Süddeutsche Zeitung a souligné
que, si le pape avait mentionné son appartenance aux
Jeunesses hitlériennes à Yad Vashem, cela aurait
aussi pu être vu comme une tentative maladroite de
justification.
L’Arabie Saoudite élira sa Miss
Moralité
Elles ont
entre 15 et 25 ans, ne sortent jamais de chez elles sans
être voilées de la tête aux pieds… et
espèrent remporter le concours de beauté dont le
coup de départ est donné aujourd’hui à
Safwa, en Arabie Saoudite.
Khadra
al-Mubarak est l’une des organisatrices du concours Miss
Beautiful Morals, qui couronnera la participante la plus
dévote.
Mais attention, il n’est pas question pour les 200
concurrentes de défiler en bikini devant des hommes.
Comme l’indique son nom, le concours Miss Beautiful Morals ne
doit désigner ni la plus belle, ni la plus sexy parmi
les participantes. Celles-ci doivent plutôt briller par
leur moralité, leur dévotion religieuse et le
respect dont elles font preuve à l’égard de
leurs parents.
Pendant les 10 prochaines semaines, les jeunes femmes
prendront part à des ateliers et seront
questionnées sur des thèmes tels que «
Découvrez votre force intérieure » et
« Le paradis est à vos pieds ».
Elles devront aussi passer une journée
mère-fille à la campagne où des juges
évalueront leur manière de se comporter à
l’égard de leur maman. La séance ne sera pas
filmée et les juges seront toutes des femmes. Les
participantes et leurs mamans pourront donc interagir en toute
liberté, sans être encombrées par le voile
qu’elles portent habituellement en public.
Les juges verront les visages des concurrentes, mais elles ne
les jugeront pas sur leur beauté, assure Khadra
al-Mubarak, la fondatrice de ce concours, citée par des
médias occidentaux.
« La
gagnante ne sera pas nécessairement jolie. Ce qui nous
intéresse, c’est la beauté de l’âme et la
moralité », ajoute-t-elle.
Le concours a gagné en popularité depuis sa
création, l’an dernier, alors qu’il avait rejoint 75
femmes. Les 200 participantes se disputent un prix de 2600 $.
Mais la Miss saoudienne 2008, Said al-Shufara, a
indiqué dans une entrevue publiée par le
quotidien israélien Haaretz que, pour elle, ce n’est
pas la victoire qui compte. « Ce qui compte, c’est
d’obéir à nos parents. »
L’Arabie Saoudite est un pays qui impose l’une des lectures
les plus restrictives de l’islam. Ainsi, son gouvernement
s’apprête à fermer les gymnases féminins,
qu’il juge contraires à la loi islamique. Les
Saoudiennes n’ont pas non plus le droit de conduire une auto.
Ces dernières années, des femmes saoudiennes ont
tenté de renverser cet interdit. Il y a un an,
l’écrivaine Wajeha alHuwaida avait mis sur YouTube une
vidéo la montrant au volant d’une voiture.
Ave c le c onc ou r s Mi s s Beautiful Morals, le royaume
wahhabite tente de canaliser l’énergie de la jeunesse
dans une direction plus respectueuse des lois en vigueur.