Santé

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS

Voir aussi : Psychologie...

Lack of catastrophic drug program a black eye for Canada

Drug costs shouldn’t impoverish Canadians - Globe Editorial


La cause des maux en santé


Comment peut-on prétendre se soucier de notre système de santé tout en refusant nous-mêmes la main d'oeuvre dont nous disposons pourtant déjà, et qui nous fait pourtant le plus cruellement défaut ?...
Médecins potentiels

Et si la mixité public-privé représentait ne serait-ce qu'une partie de la solution ?...
Une fausse controverse

Calling Dr. Clavicle - Margaret Wente
Do Canadians have what it takes to transform medicare?
Medicare shouldn’t mean monopoly - Globe Editorial
‘Fractured’ health care system is failing Canadians, report finds
Si on pensait d’abord aux patients
A small cancer tumour, a giant time bomb
Access delayed is access denied
Private rooms save lives and money
La paix de l'esprit pour 975$
Canada Health Act rules ignore human nature
It wouldn’t kill us to look at Australian health care - Jeffrey Simpson
With a little experimentation, medicare can be made to work
Infirmières - Le public stagne, le privé marque des points
Pour un examen critique du système de santé
Les infirmières se méprisent
Soyons réalistes
Réalité incontournable

Et les critiques vis-à-vis d'une privatisation des soins de santé, ne fut-elle que partielle, peuvent-elles vraiment s'appliquer du moment où le patient devrait à la base assumer lui-même les coûts reliés à sa santé, et deviendrait ainsi ni plus ni moins qu'un réel client, ce qui aurait donc pour effet de mettre les dispenseurs de soins de santé en situation de réelle concurrence ?
Privatisation des soins - Pourquoi payer plus pour en avoir moins?

Et en attendant que soit clairement encadrée, et donc intégrée la pratique privée, ne nous trouvons-nous pas à entretenir une brouillard légal qui ne peut qu'encourager l'apparition de procédures des moins rassurantes, puisque tenant essentiellement de la corruption ?...
Le brouillard autour d'une loi

Canadian health care falls short of what we deserve


Mais cela devrait-il vraiment empêcher pour autant que l'on tienne aussi compte d'autres considérations ?...
Un luxe, les soins dentaires?
Want fast care? Slip an MD some cash
Privatizing health care is risky for all of us

Et l'expérience américaine ne permet-elle pas de démontrer à quel point il peut s'avérer dangeureux de ne remettre la charge de gérer la santé qu'entre les mains du privé ?...
It’s evening in America -
MARGARET WENTE
Voler une banque pour recevoir des soins

Une porte serait-elle enfin ouverte pour ce qui est de soigner notre système de santé ?... Ou du moins pour oser remettre son modèle en question ?...
Liberal MP writes user-pay prescription for health care

Des services de santé rationnés
Qui paiera? - André Pratte
Les Français habitués de sortir leur portefeuille
Impôt santé de 200$ par an et «ticket orienteur» dans trois ans
Franchise santé: Bolduc refuse de dévoiler les chiffres

Mais cela ne suppose-t-il pas surtout que l'on puisse franchir toutes les barrières que l'on puisse rencontrer sur la voie du changement, surtout dans ce dossier en particulier ?...
Ticket modérateur:sommes-nous des «pissous»?
La solution 6-1-3

Ticket modérateur: le ministre Bachand ouvre les discussions
Franchise santé: Bachand sonne la retraite
Ticket modérateur: les médecins de famille s'unissent
User-fee dispute masks the real issue
When the penny drops, denial over health care stops - Jeffrey Simpson

Ignatieff s'oppose au ticket modérateur du Québec en santé
The Canada Health Act is dead
Jamais «pour rien»
Revue de presse - Faire des vagues
La santé - À consommer avec modération

Tollé contre une franchise en santé
Ignatieff ouvert à une franchise santé
Feds mum on Quebec fee to visit MD

La «franchise-santé» passera-t-elle le test fédéral?
Jean Charest ignore si la «franchise-santé» passera le test fédéral

Et si notre système de santé avait peut-être aussi besoin d'un peu plus de décentralisation ?...
Gouvernance en santé - Bolduc doit refaire ses devoirs dit Claude Castonguay

Et si l'on s'inspirait tout simplement de ce qui peut se faire ailleurs ?...
Un retard pitoyable

Le Canada peut faire beaucoup mieux
LA TÉLÉMÉDECINE A LA COTE EN SUISSE
It wouldn’t kill us to look at Australian health care - Jeffrey Simpson
B.C.’s new twist in delivering health care
Deux langues, deux mesures?

L'exemple américain - Mario Roy
Yes, he can. Et nous? - Vincent Marissal
A health-care challenge to Canada

Une victoire et une menace - Lysiane Gagnon

Obamacare may lure Quebec MDs


Et l'exemple de l'Ontario mérite-il d'ailleurs d'être suivi ?...
Ententes secrètes: Québec demande à la RAMQ d'enquêter

Médicaments: le Québec peut remercier l'Ontario
Médicaments génériques: Jean Coutu ouvert à une baisse des prix

Le Québec ne doit pas imiter l'Ontario, selon Jean Coutu
Ontario's war on drug prices


apathie politique

Gros échec


Non content de négliger la santé des Québécois, se pourrait-il que le ministre Bolduc ne puisse s'empêcher d'y ajouter l'injure suprême d'aller jusqu'à carrément faire croire que tout va très bien pour ce qui est de leur santé, même si cela n'a justement rien à voir avec la réalité ? Autrement dit, le ministre Bolduc serait-il carrément en train de mentir aux Québécois au sujet de rien de moins que leur propre santé ?...
Le ministre Bolduc est satisfait de son travail
Bolduc reconnaît la pénurie d'infirmières dans certaines unités

Le manque de leadership du gouvernement Charest dans le dossier de la santé n'en viendrait-il pas à s'apparenter tout simplement à de la négligence criminelle ?..
L'ingouvernable
Mort de Paul Buisson: un urgentologue «réprimandé»
Hôpitaux: Bolduc confiant de redresser la situation


Le gouvernement Charest, qui fut pourtant élu en promettant tout pour le système de santé, n'est-il pas surtout en train de prouver qu'il se moque tout simplement de la santé des Québécois ?... Et ce gouvernement aura-t-il donc carrément menti aux Québécois en ce qui concerne ni plus ni moins que leur propre santé ?...
Encore les urgences

Des paroles creuses
L'échec libéral - André Pratte
Hôpitaux en crise: les infirmières s'en prennent à Bolduc

Et se pourrait-il donc que la population ne soit peut-être pas tout à fait indifférente à que qu'on ce qu'on fasse aussi peu de cas de ce qui après tout ne s'avère rien de moins que sa propre santé ?...
Yves Bolduc prêt à diriger un autre ministère


Et si l'on se décidait enfin à faire face à la réalité, ne serait-ce que pour faire changement ?...

La maladie des dépenses

A small cancer tumour, a giant time bomb
Une santé financièrement malade
Don’t write a blank cheque for drugs - Globe editorial
Is there a medicare task force in the house?
Neuf ministres plus tard...
We want more health care, but we don’t want to pay for it - Jeffrey Simpson
Santé: ces étranges Canadiens
Santé: coup de semonce de l'OCDE
Santé: l'OCDE s'attaque aux vaches sacrées canadiennes
M. Bolduc reste
And the worst record on timely access to primary care goes to … - Jeffrey Simpson
We can’t afford to live in health-care denial - Jeffrey Simpson
Public contre privé: faut-il attendre ou payer ?
Le Québec est la province qui fait le plus de place au privé

When the penny drops, denial over health care stops - Jeffrey Simpson
Quelle universalité? - Marie-Claude Lortie
Why it's easier to avoid a shock to health care - Jeffrey Simpson
Les médecins appuient les revendications des infirmières
Une vie a un prix - PATRICK BELLEMARE
Can we afford medicare's soaring cost?
A $6-million investment that could save lives

Et si l'on se posait enfin les véritables questions ?...

To manage health costs, invest in social well-being

Combien de médecins?

Et si on remettait un peu en question certains ''principes fondamentaux'' de notre système de santé, ne serait-ce que pour faire changement...
Why do we still subsidize care for the well-to-do?


Et si on pouvait peut-être commencer par voir le patient comme un être humain plutôt qu'une machine à réparer ?...
L'art de rendre l'hôpital hospitalier

La véritable dignité - MAXIMILIAN ZUCCHI

Et si la médecine chimique représentait au départ un problème plutôt qu'une solution ?...
Harnessing the power of bacteria
RUÉE VERS LA SANTÉ « VERTE »
Little old ladies are crashing the system
Somnifères et anxiolytiques accroissent le risque de mortalité
La bataille des médecines
Guérir par les microbes ?
Le «patient zéro»?

Médicaments - Un risque réel
Médicaments - Cocktails risqués pour cancéreux âgés

Permettre les thérapies parallèles, Tout en demeurant prudent

Cancer: la tyrannie de la pensée positive

La preuve nécessaire
Asthme: la médecine douce n'aide pas les enfants
L'homéopathie ne repose sur aucune base scientifique

Prévenir l'obésité débute avant la naissance


Se pourrait-il donc que le gouvernement Charest n'ait tout simplement aucun plan pour sauver de la catastrophe notre système de santé ?...
Sans plan d’ensemble - CLAUDE CASTONGUAY

Québec envisage deux nouveaux hôpitaux généraux
Tolérance zéro pour les déficits d'hôpitaux

Le gouvernement Charest ferait-il carrément preuve de négligence à l'égard des aînés du Québec ?...

Plus de 1700 lits fermés
Au tour des préposés aux bénéficiaires d'être à bout de souffle
Plus pauvres, plus isolés -  Daniel Boiteau
CHSLD L’ASSS de Montréal défend son plan  -  Katia Gagnon
CHSLD  Processus d’entrée chaotique  -  Katia Gagnon

CHSLD : Réunion au sommet  -  Katia Gagnon
Abolition des  CHSLD de Montréal
La réforme des CHSLD connaît des ratés  -  Ariane Lacoursière

Voir aussi : Et par ailleurs, aurions-nous un peu oublié nos aînés ?...

Les tares de notre système de santé ne viennent-elles pas à prendre de telles proportions que cela semble en devenir pratiquement ridicule ?...
Encore les urgences


Notre système de santé serait-il donc fondamentalement inefficace ?...
(Y aurait-il donc un problème au niveau de la structure même de notre système de santé ?)
Hôpitaux: Le mystère de Montréal
Wait times: So much money, such modest progress - Jeffrey Simpson

Y aurait-il quelque chose qui cloche dans notre cher système de santé ?...

L’enfer de Barbara Gagné
Le prisonnier de guerre
C’est au québec qu’on attend le plus pour voir un médecin
Sondage national des médecins - La voix médicale
Plus de médecins pour moins de soins
The gift of a good death - Margaret Wente
MAL CHRONIQUE AUX URGENCES
DES PATIENTS S’EN VONT SANS AVOIR VU UN MÉDECIN
Combien sont-ils ? Mystère !

Soigner mieux pour moins cher
Another scary tale from the health-care trenches
Des personnes âgées plein les urgences
Editorial: Easing the pressure on the city's ERs
Take the politics out of health care? Good one!
La crise du biscuit
Avoir le dernier mot

Des miracles jusqu’à quand ?
Les Canadiens vont à l'urgence, faute d'autres ressources
« Accoucher n’est pas une pathologie »
Le monstre tricéphale
A dose of fiscal medicine
No easy fixes for health system

Assureur malade
Santé: une question sans réponse
Quatre cas de suicides confirmés par la direction du CHUQ
Conseil de la fédération - Toujours la santé!
Santé: la loi est bafouée, disent les médecins
L'assurance maladie en déclin
CMA speaks with forked tongue 

Échographies: des patients dirigés vers le privé
Santé effondrée
Pharmacies: le Québec à la remorque - Alain Dubuc
Fermeture de lits: Notre-Dame et Lakeshore écopent
«Un médecin ne peut pas scier la branche sur laquelle il est assis»
Pharmaciens d'hôpital: la pénurie persiste
Comme du bétail
Québec paiera pour les pompes - Vincent Marissal
Le facteur chaton - Ariane Krol

Les urgences, un milieu «hostile» aux aînés

Attente aux urgences: Québec s'éloigne de son objectif
Cancer et soins palliatifs - Mourir à l'urgence
Le réseau de la santé mal adapté à la hausse des maladies chroniques
Une «structure trop lourde», déplorent médecins et infirmières
Cancer gynécologique: des dizaines d'opérations reportées 
Failles importantes en cancérologie
La santé est-elle malade? - Michel Girard
Des services de première ligne à rebâtir
Sans rendez-vous, sans médecin?
Santé: les provinces ne pourront pas toujours compter sur le fédéral
La médecine ping-pong - Ariane Krol
Petites histoires d'horreur - Alain Dubuc
Superinfirmières en péril
Recherchées: infirmières désabusées
Superinfirmières: rien ne va plus

Sommes-nous aussi masos en santé? - Alain Dubuc
Urgences: Québec encore interpellé par des plaignants
Le directeur national des urgences démissionne
Une première ligne en lambeaux
Les étudiants boudent la médecine familiale
Marois dénonce le «dérapage» en santé
Le réseau est en crise, disent les intervenants du milieu

La santé au bord de la crise de nerf - Alain Dubuc

Le Bolduc émissaire - André Pratte

Système de santé en faillite
De plus en plus d'infirmières du privé
Hôpital Cité-de-la-Santé: les urgences mal en point
Danny Williams n'est pas le seul - Claude Picher
Le bouc émissaire
Décès d'un homme en attente d'une chirurgie cardiaque - Une situation «inacceptable», mais «exceptionnelle», juge Bolduc

Le Canada «menotté» par les coûts du système de santé
La courte paille - Ariane Krol
Mourir d'attendre - Yves Boisvert

Une opération reportée 10 fois

Mort en attendant l'opération: l'opposition remet en cause le leadership de Bolduc 
Mort en attendant l'opération
Urgences, vraiment? - Ariane Krol
Des opérations sont reportées

Crise dans les urgences: du jamais vu
La situation se détériore aux urgences

Des patients meurent faute de soins
Assurance médicaments: fraude et irrégularités coûtent cher

Cure health care, or lose it – bit by bit
'It’s my health and it’s my choice,' Danny Williams says
Danny Williams and the separatism of the rich
Revue de presse - La santé dans tous ses états
The ultimate in two-tier health care
La santé en retard d'une révolution - Alain Dubuc
Les listes d'attente «épurées»
Une bureaucratie inutile -  Michel Aubé
Santé: mythes et réalités - André Pratte
Des ententes coûteuses

Le système de santé québécois fait piètre figure
Dossier santé Québec cherche un sauveur
Hausse marquée de l'absentéisme dans le réseau de la santé
Le syndrome du spaghetti - Alain Dubuc
La cigale et la fourmi, version pandémie  -  Rima Elkouri
Voir aussi  Avortement : D’autres interventions compromises
et  Un ministre dans l’embarras — Pascale Breton
de même que Crise avortée    -  ARIANE KROL
ou La fissure dans le mur  - MÉLANIE DUGRÉ
Les personnes atteintes du VIH laissées pour compte  -  Pascale Breton

Et l'impotence de notre système de santé n'en vient-elle pas à prendre des proportions tout simplement inacceptables ?...
17 000 enfants opérés tardivement en 2009
Le S.O.S. des enfants diabétiques - Vincent Marissal
Femmes enceintes en Gaspésie : Une situation inconcevable, reconnaît le ministre  -  Pascale Breton
DES FEMMES SONT LAISSÉES À ENCEINTES ELLES-MÊMES 

Santé : Un an de congé payé avant la retraite  -  Denis Lessard
Santé : Méchant débat  -  MARIO ROY
Le Québec égoïste  -  ANDRÉ PRATTE
Anatomie d’une catastrophe  ALAIN DUBUC

Le cirque de la santé - ARIANE KROL

Santé : Gare aux « horreurs » du système canadien ! -  RICHARD HÉTU
Bolduc échoue au test  -  VINCENT MARISSAL
Les Québécois se tournent vers les cliniques sans rendez-vous

Urgences : Victimes de leur succès  -  Alain Larouche
Seulement 2,2 médecins par 1000 habitants en 2007

Urgences : TOUJOURS PLUS D’ATTENTE -  Pascale Breton
La situation à Montréal demeure la plus difficile

NÉONATALOGIE  Les hôpitaux montréalais débordés

Obésité morbide : Des années avant d’être opéré -  Pascale Breton

Le ministre Bolduc demande trois ans
Des impacts douloureux -  Denis Soulières

Système de santé : Dérapage dangereux

Et toute tentative de le réformer ne pourrait-elle qu'être vouée à l'échec ?...

Le Dossier de santé du Québec au point mort


Notre système de santé démontrerait-il donc une incapacité chronique à évoluer ?
La 16e heure

Notre système de santé n'aurait-il pas des chances de fonctionner déjà mieux s'il commençait par bien traiter ses propres employés ?...

Une culture à redéfinir?

Les remèdes du Dr Mintzberg
Une profession qui peut devenir toxique
New MDs need choice, not coercion
Santé: écoeuré du public
Quatre cas de suicides confirmés par la direction du CHUQ
En lutte contre la pénurie
Le cinquième des infirmières fait 70% des heures sup
Bad medicine
Les infirmières invitent les députés dans les hôpitaux
Sondage - Les Québécois se rangent du côté des infirmières
L'infirmière qui manque - Ariane Krol
Infirmières en péril
Sondage - Les Québécois se rangent du côté des infirmières
Manifestation d'infirmières: des conditions «déplorables»

Infirmières: rien ne va plus dans les négociations
La gestion causerait aussi des problèmes au personnel de la santé
Infirmières: explosion des heures supplémentaires

Infirmières: le ministre Bolduc n'a pas l'intention de sévir
D'autres infirmières de Longueuil refusent de rentrer au travail
D'autres infirmières refusent de travailler

Lettres - Sous la pointe de l'iceberg
La pénurie d'infirmières: un mythe?
Infirmières: pas si simple - André Pratte
Les infirmières pressent le gouvernement de négocier

Infirmières: le gouvernement répond aux critiques

Médecins spécialistes: un exode mûri
«D'autres infirmières pourraient refuser d'entrer au travail»
Des infirmières refusent de démarrer leur quart en signe de protestation
Heures supplémentaires obligatoires - L'Ordre invite les infirmières à dire non
Lettres - De l'action, S.V.P.
Quarts de 18 heures: le ministre et la FIQ s'affrontent
PRIS EN OTAGES -  STEEVE GAUTHIER
Des conditions de travail inégales
Le personnel médical est épuisé


Sain virage - Ariane Krol


Les médecins payés par problème plutôt qu'à l'acte?

Et si l'on parlait enfin du véritable problème ?...

Les infirmières se méprisent
Trop bien en Suisse

Et comment un système de santé peut-il penser fonctionner s'il ne peut même pas compter sur ses soins de "première ligne" ?...
Plusieurs activités non rémunérées

Trop de profs spécialistes
Santé: la vraie pénurie - Alain Dubuc
Les médecins de famille lancent une campagne choc

Et si l'on se donnait la peine de repenser un peu les objectifs que nous avons fixées à nos programmes d'enseignement ?
Pourquoi faire l’autruche ?


Ce système peut-il encore produire quelque chose qui ait du sens ?...
Une médecin recalée en français est partie aux É.-U.
Informatisation des dossiers: le ministre Bolduc déclare forfait
L’ambitieux projet d’informatisation des dossiers médicaux pour tous les Québécois vogue vers la catastrophe
CHUM La schizophrénie d’un hôpital universitaire  -  MICHÈLE OUIMET
Le CHUM écartelé  -  ARIANE KROL


Voir aussi Harper laisserait-il même tomber la santé des Canadiens ?...

Et ne s'en trouve-t-il pas déjà pour réussir à faire avancer les choses ?...
Une clinique « sans papier »

Un hôpital en santé, c'est possible
La santé qui fait du bien
Hôpital de Montmagny: priorité aînés
Hôpital Maisonneuve-Rosemont: virage complet
Combattre la pénurie de médecins de famille  -  Mathieu Perrault

Mais ceci dit, n'y a-t-il pas moyen de se consoler en se comparant à ce qui peut se faire ailleurs, tout au moins ?...
Quand la crise menace la santé

Would you rather get sick in Canada or the U.S.?
Throwing stones in glass houses

Et manque-t-il pourtant d'idées pour ce qui est de permettre au système d'avoir déjà plus de chances de fonctionner ?...

(Ou autrement dit : Comment sauver le système ?...)
Désengorgement des urgences: mode d'emploi

Les « abuseurs »


Mieux vaut prévenir que guérir
Health costs are killing us: Let’s try an outcomes-based payment system
Publicly funded home care appeals to Ontario voters and politicians
L’urgence de soigner
Santé - Couillard lance un appel à la décentralisation
Giving family doctors the tools to treat mental illness
La cause des maux en santé
Solution miracle aux urgences
Les limites du système
Look at the developing world to cut health costs
Les omnipraticiens réclament un meilleur accès aux spécialistes
Les ambulanciers croient détenir une partie de la solution
Inverser le processus de consentement
Les remèdes du Dr Mintzberg
Le péril gris
Un tiers plus de lits sans tabagisme
Soins de santé: plus d'efficacité, pas plus d'argent
Un médecin veut changer la façon de facturer les services
Réalité incontournable
En bref - Des prescriptions signées par les pharmaciens?
In search of the Rx for ER
Le patient d’abord - ROBERT OUELLET
«Hydro-santé»: Bolduc ne veut pas d'un organisme parapublic
Libre opinion - Le frère André comme ministre de la Santé...

Médecins d'urgence: prévenir plutôt que guérir
A hospital experiment worth watching
Étude québécoise - Médecin-pharmacien: un tandem efficace
Médecins de famille à former
N’appliquons pas les freins -  SYLVAIN LANDRY ET MARTIN BEAULIEU
Appui au système de santé public
Suivre les médecins  -  ARIANE KROL
Les jeunes médecins quittent le Québec  -  Pascale Breton
LA GRANDE SÉDUCTION DU RECRUTEMENT    -   Pascale Breton
Des spécialistes itinérants à la rescousse   -   Pascale Breton
LE PUBLIC FAIT DE PLUS EN PLUS APPEL AU PRIVÉ -  Pascale Breton
Deux groupes d’infirmières, un même travail -  Pascale Breton
Les primes d’été pourraient renaître avant d’avoir disparu
Diversifier l’accès -  ARIANE KROL
Un nouveau pacte social pour l'enfance : à lire et à méditer -  Rima  Elkouri
Québec s’attaque au plateau d’hôpital


... et surtout... comment le repenser ?...
Médecins nouveau genre recherchés

Et si les pharmaciens pouvaient facilement contribuer à désengorger les files d'attente ?...
Sondage: les médecins prêts à déléguer aux pharmaciens
Partage de compétences en santé - Une dose de bon sens
De la flexibilité S. V. P.

Guerre de clocher
D’accord, revoyons le rôle des pharmaciens

Les pharmaciens réclament des pouvoirs accrus

Et si une plus grande ouverture au privé représentait au moins une partie de la solution ?...
L'hôpital Maisonneuve-Rosemont se tourne vers le privé


Et que se passe-t-il d'ailleurs du côté du privé ?...
Want fast care? Slip an MD some cash
Centres médicaux spécialisés (CMS) - L'association avec Québec est scellée
Recherchées: infirmières désabusées
Médecins spécialistes: l'appel du privé
Une présence plus forte qu'il n'y paraît

Une fausse bonne affaire - Ariane Krol

All clinics should meet same high standards
Des règles plus strictes - Nathalie Collard
Soins au privé: pour des interventions mieux encadrées - Mathieu Gobeil


Et si un peu plus d'humanité pouvait justement aider ?...
L'entrevue - La médecine désarmée devant la mort

Et si le système de santé s'occupait d'abord de bien traiter ses propres employés ?...
Négociations en santé: un printemps chaud en vue


... et que dire de notre sécurité ?...

Your Views: Unprepared for Irene and What Quebec gets from Ottawa
ATV safety is only a matter of common sense
Le bilan du virage à droite au feu rouge s'alourdit
La nouvelle limite?
Cohabitation auto-vélo: relation orageuse
Rester dans la bonne voie - Ariane Krol
Sécurité routière: êtes-vous un danger public?
A clear need for reasonable accommodation
Vers un financement équitable des routes?
Our streets are safer but still not safe enough
Stationnement effondré: des inspections auraient pu éviter le drame

Accidents lors du déneigement: un «trou» dans la loi, selon le coroner
Cours d'école: de vieux jeux en voie de devenir dangereux
Huit enfants se font heurter chaque semaine à Montréal  -  Isabelle Audet
RÈGLEMENT SUR LA SÉCURITÉ DES PISCINES  Québec va de l’avant  -  Karim Benessaieh

TROP JEUNES POUR MOURIR
Je suis paranoïaque -  PATRICK LAGACÉ
Alcool au volant: Québec veut abaisser la limite

Allô les accidents - Marie-Claude Lortie

Un peu de jugement -  NATHALIE COLLARD

Et d'ailleurs, le gouvernement Charest se moquerait-il carrément de notre sécurité ?...

Ponts et viaducs: des ingénieurs du ministère ont sonné l'alarme


Médicaments
Les brevets de la discorde

La « règle de 15 ans » ne sera pas réévaluée
Halte au « bar ouvert »
Un régime équilibré
Quebec must keep the lid on drug prices
Fraude médicale - La vérité n'a pas besoin de déguisement
Les fermetures d’usines montrées du doigt
Québec doit réviser ses critères de remboursement des médicaments

Brevets - Harper a maintenant les coudées franches, dit la pharmaceutique Pfizer
Des incitatifs remis en question
Médicaments d'origine - Le Québec payera toujours beaucoup trop cher pour ses médicaments
A pill for what ails our health-care system
Universal pharmacare touted as way to save billions
Médicaments: un régime universel serait beaucoup plus économique
Les médicaments génériques trop dispendieux
Médicaments: la «règle de 15 ans» coûte trop cher
La bonne prescription - Alain Dubuc


Médicaments génériques: l'Ontario joue les précurseurs
Drug-store giants take on Ontario over move to cut prescription costs

Tough medicine in store for Ontario’s pharmacists


Gare à la hausse du coût des médicaments


Le combat des biotechs, 2e round
Les pharmas à la rescousse des biotechs

Le combat des biotechs

La biotech québécoise au bout du rouleau

La fin des blockbusters - DANIEL DUBRÛLE
Les biotechs veulent du financement d'urgence

Désengagement désastreux  -  Francis Beaudry
LA CRISE FRAPPE LES PHARMACEUTIQUES  -  Pascale Breton

RECHERCHE Un modèle en pleine mutation  -  Pascale Breton

Et se pourrait-il qu'on commence déjà à assister aux symptômes du syndrôme de l'après-grippe ?...
Le VPH affecte aussi les hommes
Vaccins et médicaments
Grippe A(H1N1) - L'OMS révèle le nom de ses experts
H1N1: l'OMS se défend d'avoir subi des pressions
A-t-on crié au loup pour rien?
L'OMS malade de la grippe - Ariane Krol
L'OMS critiquée
Valuable lessons from the flu pandemic
Le contre-choc de la grippe H1N1
Grippe A (H1N1) : un lien de confiance ébranlé


Le vaccin offrirait-il surtout un témoignage ultime de l'incompétence de nos gouvernements ?...
Des conditions de travail inégales
Pas question d'imiter les provinces voisines
La vaccination est un «joyeux bordel» selon la CSQ
Les infirmières demandent des excuses
Les passe-droits ne seront plus tolérés, dit Bolduc
Ça va rondement dans les cliniques
Claude Dubois n'attend pas - Patrick Lagacé
Les personnes âgées devront attendre
À quand un vaccin contre la démagogie? - André Pratte
Peu d'achalandage dans les centres de vaccination
Couic! - Pierre Foglia
Le syndrome du spaghetti - Alain Dubuc
Virus bureaucratique  -  ARIANE KROL
Piquée au vif - Marie-Claude Lortie
Les autorités sont sur la défensive
Détenus vaccinés: une erreur inacceptable, selon Bolduc
Des attentes inacceptables - Nathalie Collard
Le mystère de Montréal - Alain Dubuc
Québec ajuste sa stratégie
Vaccination: Québec lance un appel au calme

Voir aussi Harper laisserait-il même tomber la santé de ses propres citoyens, et ce même lorsque ceux-ci font face à une pandémie ?..

Et si le vaccin représentait un problème plus qu'une solution ?...
Autopsie d'un dérapage - Ariane Krol

Autism, vaccines and fear

Vaccin et autisme: The Lancet se rétracte
Un vaccin jugé «sûr» malgré 12 décès



Qui a peur de la pandémie ?...
La pandémie est finie, selon l'OMS
Grippe A (H1N1) : mieux évaluer le danger
Grippe A (H1N1): la campagne de prévention a coûté 1 milliard
La grippe et le paquebot - Marie-Claude Lortie
Magnifique survivante - Rima Elkouri
Plus de 10 000 victimes de la grippe H1N1
Vers un retour à la normale  -  Pascale Breton
Vaccination: 7 millions pour convaincre les Québécois
Le tiers de la population est vacciné
Appel à ceux qui n'ont pas encore été vaccinés
Vaccination: la santé publique craint un relâchement
Une responsabilité collective
Faire la queue pour les nuls - Stéphane Laporte
Peut-on prévenir la grippe?
Faire la part des choses

25 questions sur la grippe A (H1N1)
Grippe A: la progression est plus lente que prévu
La moitié des Québécois veulent le vaccin
H1N1: Ohmmmmm... - Marie-Claude Lortie
David Levine atteint de la grippe A (H1N1)
Quatre nouveaux décès au Québec
La grippe gagne du terrain
«Elle m'a envoyé un baiser, puis elle est partie»
Comme en Scandinavie ou presque..  -  Rima Elkouri
Vaccination à Montréal et Laval: le calme malgré l'affluence
Une femme meurt de la grippe en Montérégie
Une peur plus forte que nous  - Patrick Lagacé
L’ABC DE LA GRIPPE  -  Mathieu Perrault
En attendant le vaccin  -  Stéphane Laporte
Y a-t-il un pilote dans l'avion?  -  Alain Dubuc
Mécanique grippée  -  Ariane Krol

Grippe A (H1N1): Les centres resserreront le triage
La santé publique lance un appel au calme  -  Pascale Breton
Serons-nous vaccinés à temps?  -  Rima Elkouri
La vaccination? Yes sir!  -   PIERRE FOGLIA
« Les écoles peuvent très bien continuer à fonctionner » 
Les cas augmentent, l'inquiétude aussi
Femmes enceintes : Les obstétriciens et gynécologues sont inquiets 
Le vaccin se fait attendre  -  Pascale Breton
Grippe et questionnement à travers le monde
A ( H1N1)  5000 morts dans le monde, selon l’OMS

La grippe en questions - Isabelle Audet
Adversaires en politique, unis contre la grippe  -  Pascale Breton
Bolduc, Drainville et Khadir se font vacciner

Campagne de vaccination: mode d'emploi
Montréal espère vacciner 1,4 million de personnes
Êtes-vous pressé, cool ou sceptique?  -  Marie-Claude Lortie
Désinformation inquiétante  -  Christian Dufour
La campagne en dix questions  -  Isabelle Audet
La vaccination débute lundi
Recommandé par le Dr Amir  -  Patrick Lagacé
La vaccination pourrait débuter dès lundi  -  Ariane Lacoursière
Pis, le vaccin?  -  Marie-Claude Lortie
QUI A PEUR DE LA GRIPPE A (H1N1) ?  -  Pascale Breton

Les personnes atteintes du VIH laissées pour compte  -  Pascale Breton

La cigale et la fourmi, version pandémie  -  Rima Elkouri

Les autorités inquiètes... du manque d’inquiétude  -  Pascale Breton

Je suis du bord du consensus  -  PATRICK LAGACÉ

L’opposition au vaccin inquiète les autorités canadiennes  -  Malorie Beauchemin

Voir aussi La peste  -  MARIO ROY
A (H1N1) Complot ou menace réelle?  -  Pascale Breton
Grippe saisonnière / La campagne de vaccination mise sur la glace 

FRANCE : Même la traditionnelle bise est menacée  -  Marc Thibodeau

A (H1N1)  20 % des Canadiens vaccinés en priorité  -  Catherine Handfield

A (H1N1)  OTTAWA ENVOIE DES SACS À CADAVRES À DES RÉSERVES DU MANITOBA

La grippe A(H1N1) peut être contagieuse pendant plus d’une semaine

A (H1N1) Les femmes enceintes devraient se tenir loin des grandes foules 

Grippe A (H1N1) : les femmes enceintes pourront opter pour un vaccin sans adjuvant

A (H1N1) SOMMES-NOUS PRÊTS AU PIRE ?  -  Pascale Breton

Faut-il craindre le vaccin?  -  Pascale Breton
Vaccin trouble  -  ARIANE KROL

Grippe A (H1NI) La lenteur d’Ottawa critiquée  -  Mathieu Perrault
« Au Canada, la vaccination n’est pas obligatoire »

Vaccination à la chaîne contre la grippe  -  Pascale Breton

La rentrée scolaire aura lieu comme prévu  -  Pascale Breton
Cette mort doit convaincre de mieux protéger les femmes enceintes 
GRIPPE A(H1N1) Faut-il craindre la rentrée scolaire ? 
VACCIN CONTRE LA GRIPPE A (H1N1)   Le Canada achètera 50,4 millions de doses

A (H1N1) Une campagne de vaccination dès l’automne  -  Pascale Breton
A (H1N1) LE QUÉBEC RESTE SUR SES GARDES  -  Pascale Breton
A (H1N1) LA POINTE DE L’ICEBERG  -  Guy Boivin
Le Canada ne comptera plus ses cas de grippe A (H1N1)

A (H1N1) L’intensité de la grippe diminue au Québec

GRIPPE A (H1N1)  Les femmes enceintes mises en garde
Les hôpitaux ont assez de respirateurs, dit Yves Bolduc (NDE : S'il le dit, est-ce que ce n'est que pour tenter une fois de plus de "calmer" la population avec un beau mensonge ?...
TESTS DE LAGRIPPE A (H1N1)  Les laboratoires sont débordés

Grippe A (H1N1) Bilan de l’OMS et de l’OPS L’Amérique aura assez de traitements
GRIPPE A (H1N1)  Haro sur les visites pour éviter la propagation
GRIPPE A (H1N1)  Des mesures doivent être prises contre une seconde vague, préviennent des spécialistes

La grippe fait pression sur les hôpitaux
GRIPPE A (H1N1)  40000cas, dont 167 morts dans le monde

LES INFIRMIÈRES ONT PEUR

Grippe A H1N1 La vigilance est de mise  -  Karl Weiss

LA PANDÉMIE EST DÉCLARÉE - Ariane Lacoursière
Et puis? Et puis rien -  Marie-Claude Lortie
Pandémie: et après? ARIANE KROL

Grippe A (H1N1) :  Le Canada préoccupé par les autochtones
L’état de pandémie est proche, selon l’OMS
Premier décès lié à la grippe A (H1N1) au Québec
La grippe A(H1N1) est en perte de vitesse
Grippe A (H1N1) -  Des Canadiens réussissent le séquençage du virus
GRIPPE A (H1N1) - Encore des cas, mais lent retour à la normale
Épidémie de grippe : « Une infection de faible virulence »
PAS DE MASQUES, PAS D'ANTIVIRAUX !...
Presqu'une pandémie, mais pas vraiment... - PRIORITÉ À LA SURVEILLANCE
Une peur salutaire - ANDRÉ PRATTE
Le flou porcin - Marie-Claude Lortie
L’ennemi public numéro H1N1,  ou la grippe  "mystère"... -  Marie-Claude Lortie
Grippe porcine : un potentiel d’épidémie planétaire


L'épidémie de variole: analyse d'un fléau passé, mais imminent et inévitable

CANCER
Débats sur le cancer du sein

Is the decision to recommend reduced breast screening ethical?
Cures for cancer at any cost - MARGARET WENTE
Evidence and logic clash when it comes to small cancer tumours - Globe editorial
Émilie
Le cancer de l’oncologie
Des Québécois privés de médicaments de pointe
Trop cher pour vivre ?
Cancer: le Québec en Lada
Médicaments anticancéreux: le Canada se classe en queue de peloton
Le cancer, première cause de mortalité au Canada
La chimie du cancer - Ariane Krol
Failles importantes en cancérologie
Le cancer coûte 3,5 milliards par année au Québec

La vérité sur le cancer - Ariane Krol

Le Québec se croirait-il donc à l'abri du cancer ?...
La grande désorganisation


Et si l'on a pas encore pu trouver de véritable solution au cancer, serait-ce donc parce que cela demanderait peut-être que l'on sache dépasser les approches traditionnelles de la médecine, justement ?...
Le fléau du XXIe siècle: les survivants


Cellphones and cancer: watch that thing by your head - Globe editorial

Le portable représente un risque modéré

Les dangers méconnus de l'alcool
Comment boire? - Ariane Krol

Lois anti-tabac: moins de maladies du coeur et du poumon
Cholestérol: des résultats alarmants

Le surpoids et l'obésité : un problème de santé mondial

Maladies chroniques
Des microbes dans le pommeau de douche  -  Mathieu Perrault
Faut-il craindre la peste ? - Pascale Breton

Six pays s’unissent contre les maladies chroniques
Maladies chroniques : Un virage s’impose  -  Jean Rouleau
Le parkinson, une maladie qui tue les couples  -  Ariane Lacoursière

Des signes de conscience chez des patients dans un état végétatif

Démence et Alzheimer
L’insuline contre l’alzheimer ?

L'autruche et l'Alzheimer
Kick at the darkness to fight dementia - Globe Editorial

Vers une détection précoce de l’alzheimer  -  Mathieu Perrault

PROJET CARTaGENE : Une carte génétique du Québec  -  Pascale Breton


HEUREUX, MAIS STRESSÉS - Émilie Côté


Le Québec compte moins de fumeurs -  Ariane Lacoursière
Une chicha est l'équivalent de 100 cigarettes


Cancer de la peau: le soleil ne serait pas toujours coupable
Le bronzage au fil des décennies

LE SOLEIL CONTRE LE CANCER!

MALARIA
Chaussettes puantes contre le paludisme

SIDA
«Le milieu québécois du sida souffre d'autisme»
'Incomprehensible' that AIDS resources are flatlining: Stephen Lewis
L'espoir des «contrôleurs» du VIH
VIH: le Canada fait du surplace
Sida: les scientifiques rêvent à la guérison
En bref - Recul du sida en Afrique
Prévention et recherche sur le VIH/sida - Il faut doubler les sommes consacrées, croient les spécialistes
Sida: le taux de résistance aux antirétroviraux baisse au Québec
La valse des promesses
Cinq ans de partys «positifs»
URGENTE, LA RECHERCHE! -  Rose Legault
Sida : des succès menacés
Du nouveau sur le SIDA  -  Mathieu Perrault

«Je n'accepterai jamais ma maladie»
VIH/SIDA en milieu de travail: du chemin à faire
SELON UNE ÉTUDE DE LA CLINIQUE L’ACTUEL  Certaines trithérapies pourraient être allégées

Infection à l'ignorance - Ariane Krol

Cécité
Aveuglés par l’ignorance


OBÉSITÉ
La santé des immigrants se dégrade après leur arrivée
Éliminer la restauration rapide des quartiers pauvres
Changer le monde un terrain de jeux à la fois
L’obésité n’est pas taxable
Courte nuit, gros bedon?
Prévenir l'obésité débute avant la naissance
Pierre Lavoie: l'homme de 1000 km

Les jeunes «dangereusement inactifs»

Québec doit bouger  -  Jean-Pascal Beaupré

LE VIRAGE SANTÉ -  Pierre Lavoie
La voie du coeur  -  Jean-Pascal Beaupré
 
ALIMENTATION
The lost art of cooking

La prison
Fast-food autour des écoles - Entre interdiction et éducation
Bio ou budget
La religion potagère - Ariane Krol
Cancer: pas de miracle dans le potager
Le lait cru au tribunal   -  Stéphanie Bérubé

Le ministère de la Santé ne bannit pas les frites
Pour qui une taxe sur les boissons gazeuses?
If you tax pop today, what's next? Cookies?

Cancer de la prostate: le lait mis en cause
La surveillance des aliments déficiente au Canada
Vivre pour manger - Nathalie Collard
Malbouffe: Ottawa s'intéresse à la pub destinée aux enfants
Quand les obèses se rebiffent
LE POUVOIR DU TABLIER  -  Stéphanie Bérubé
Cordons-bleus sans frontières  -  Stéphanie Bérubé
Les vrais fermiers en ville  -  Marie-Claude Lortie
Le monde a perdu 75% de son patrimoine alimentaire  -  Stéphanie Bérubé
Interdire la malbouffe autour des écoles  -  Daphné Dions-Viens
Politiques alimentaires dans les établissements de santé  : Conséquences désastreuses  -  Claudette Péloquin-Antoun
Lundi sans viande  -  Stéphanie Bérubé

Le cola vitaminé devra attendre  -  Stéphanie Bérubé

Prix ferme  -  Marie-Claude Lortie
Pas dans mon assiette  -  Marie-Claude Lortie
Fini les charcuteries pour les petits ?  -  Stéphanie Bérubé

Cancer en tranches  -  ARIANE KROL

Pariez sur votre perte de poids - Stéphanie Bérubé

De la ville aux champs  -  Isabelle Audet

DES ÉTALS, UNEMISSION  -   Stéphanie Bérubé
SE NOURRIR COÛTE PLUS CHER… -  Stéphane  Paquet

Benoît qui s’ignorait  -  YVES BOISVERT

À BAS LES RÉGIMES - La réponse aux problèmes de poids n’est pas dans la privation, mais dans l’écoute des besoins de son corps
Ne nous passez pas le sel  -  Ariane Krol
Une très laide obsession
Journée de la liberté alimentaire -  Marie-Claude Lortie
Ne parlons pas de poids  -  Marie-Claude Lortie

Les Canadiens mangent plus de fruits qu’avant
Mon grain de sucre -  Michel Girard
Y a-t-il des oméga-3 dans les fruits de mer?
Pauvres mais enrichis - ARIANE KROL
Food Inc. : Dangereux mais nécessaire - Sylvain Charlebois


SAUVER SON ÉPICERIE POUR SAUVER LE VILLAGE  -  Stéphanie  Bérubé


Listériose : Garder l’oeil ouvert  -  Ariane Krol


Mais d’où vient donc le pâté chinois?  -  Stéphanie Bérubé




Le cadeau empoisonné - Mario Roy

Révolution tranquille de la mort
Mourir de malnutrition à Montréal...


Je viens juste de mourir

Voir aussi...LA RÉSIDENCE DE L’ENNUI -  Ariane Lacoursière
UNE SOCIÉTÉ QUI NE VALORISE PAS SES AÎNÉS

OPÉRATION NEZ ROUGES  -  Sylvie St-Jacques
HISTOIRES DE Clowns



Le gouvernement Charest mettrait-il en danger notre santé, notamment en nous mentant carrément à ce sujet ?...

Failles importantes en cancérologie
Cancer du sein: des résultats ne seraient pas divulgués aux familles
Tests de cancer du sein : Québec accusé d'enjoliver les chiffres
Tests de cancer du sein: plaidoyer pour des standards plus stricts

Tout ça pour ça - Ariane Krol
Marge d'angoisse - Marie-Claude Lortie
Tests de cancer du sein: le ministre Bolduc rassuré
Cancer du sein : PRÈS DE 3000 TESTS REPRIS  -  Ariane Lacoursière
« Amateurisme », accuse le Dr Barrette
« On a joué au yoyo avec nous »   -  Caroline Touzin

Anatomie d’une catastrophe  ALAIN DUBUC
Le cirque de la santé - ARIANE KROL

Cancer du sein Tests erronés  Une patiente dépose une demande de recours collectif

Bolduc échoue au test  -  VINCENT MARISSAL
Le contrôle de la qualité  -  PIERRE FOGLIA
Un problème pathologique -ARIANE KROL
« Si j’ai commis des fautes, je les assumerai »

Cancer du sein Les spécialistes se font rassurants

Le Collège des médecins préconise un programme d’assurance qualité
Une escalade verbale qui inquiète les patientes
Yves Bolduc tente de calmer le jeu
Dépistage du sein  UN TAUX D’ERREUR PRÉOCCUPANT - Tommy  Chouinard
Le doute qui ronge  -  ARIANE KROL

Le droit à une réévaluation

Cancer du sein : Des patientes pourraient être rappelées

Les patientes en otage - André Pratte

Les spécialistes demandent un service téléphonique - Tristan Péloquin 


L'argent et la vie - Marie-Claude Lortie
Procréation assistée: une gratuité controversée
In Quebec, infertility is now a disease

Le bar ouvert
Procréation assistée - Une gratuité inédite mais contestée
Lettres - L'exception plus que la règle?

Ne créons pas un monstre - Ariane Krol

Un pas de plus vers la gratuité de la procréation assistée


Dépistage prénatal de la trisomie 21: l'inquiétude se fait sentir


Breast implants are still a gamble


Un traitement chiropratique trop risqué?

Une chambre pour oublier la maladie


Prisonnier de son corps durant 23 ans

Médecin non compris -  Nathalie Collard
 

L'espoir dans une main

Bientôt des greffes de visage à Montréal

Vacances mortelles MARIO ROY


Le casque de vélo obligatoire, néfaste pour la santé?

Alcool au volant: comment intervenir -Ariane Krol

Les cellulaires sont-ils dangereux pour la santé?



Voir aussi : Psychologie


LE DEVOIR
Qu'est-ce qu'un cycle circadien?
Jouer avec son horloge biologique à ses risques et périls
Ces horloges qui rythment nos vies

Sondage Léger Marketing - Le Devoir - Les Québécois veulent savoir où les OGM se cachent dans leurs assiettes
Présence discrète des OGM dans le panier d'épicerie

Une fin de vie à prix fort - Mourir à la maison a un coût

Qui décidera des soins? - L'éthique d'une médecine pour société vieillissante


THE GAZETTE

GLOBE AND MAIL
***

L'ACTUALITÉ

TIME MAGAZINE



The Swiss Government's Remarkable Report on Homeopathic Medicine
Official Swiss Government Study and Report Dramatically Affirms Homeopathy’s Positive Results, Safety and Cost Effectiveness
Swiss government report declares homeopathy is 'cost effective' in treating patients



Two-tier health care


Do insurance companies “really” want us to be healthy?
Why is American healthcare so expensive?
Why is U.S. Health Care REALLY So Expensive?

Why Is Health Care So Expensive? Let Us Count the Conspirators

Why American Health Care Is So Expensive
Who Pays for Health Care?

Hospitals go where the money is

Why Is There So Much Waste in U.S. Health Care?
Perverse Incentives
Health Care: End the 'Perverse Incentives'

Changing Health Care Payment Systems to Mitigate Unnecessary Care

Waste measurements

Healthcare reform should reward quality of care, not quantity

Healthcare Bombshell: Tenet Lawsuit Alleges Community Healthcare Cheats Medicare

Health care in the twentieth century: a history of government interference and protection

how do health insurance companies make make money?


How Vaccinations Work
A primer on vaccination vs. immunization

Difference Between Vaccination and Immunization

Vaccination

Vaccines: The real issues in vaccine safety
Problems With Vaccinations

Vaccination Issues

PROBLÈMES LIÉS AUX VACCINS


The 'Perkins' story: myth or reality?
The Perkins Story
Use of Sodium Fluoride for mass behaviour control in Nazi Germany
The Myth AND LIE(s) About Fluoridated Water
The Truth About 'Fluoride


Fluoridated Water does not Prevent Tooth Decay
how to prevent cavities without fluoride
Fluoride is poison

Fluoridation 101

Dental fluorosis

Is-fluoride-really-effective-in-preventing-tooth-decay-or-could-it-be-doing-us-more-harm-than-good ?

Topical vs Systemic

Water fluoridation

What they say about how it started

The fluoride debate

Why is Fluoride Bad for You?


Poliomyélite : Causes
Polio
Poliomyélite

Did cooking allow for the increase in human brain size?
Are we meat eaters or vegetarians? Part II
Were Humans Meant to Eat Meat?

The Comparative Anatomy of Eating

Eating meat led to smaller stomachs, bigger brains

Why Stone Tool Making and Meat Eating Were So Significant in Human Evolution

The role of meat-eating in evolution

7 Reasons to Eat Beef You Are Not Aware Of

Big Brains Require An Explanation, Part I: Why Did Humans Become Smarter, Not Just More Numerous?





La véritable dignité - MAXIMILIAN ZUCCHI
« C’est grâce à des personnes comme elle (ma physiothérapeute) que je peux dire que la vie vaut la peine d’être vécue. »
Le semestre dernier, j’ai accompagné une physiothérapeute durant son travail à l’hôpital et j’ai eu la chance de rencontrer une patiente qui m’a beaucoup frappé.
C’était une femme âgée d’une quarantaine d’années, atteinte de sclérose en plaques. Ce jour-là, c’était sa dernière visite au centre de réhabilitation; lors des derniers mois, sa condition avait cessé de s’améliorer.
Durant la session de physio, j’ai pu voir de mes yeux les effets de cette maladie : une paralysie progressive – dans son cas surtout au niveau des jambes – et de l’incontinence. L’effet le plus dévastateur de cette maladie est le fait de devenir de moins en moins indépendant.
Mais ce qui m’a surtout frappé a été le rapport que la physiothérapeute avait avec la patiente: un regard humain qui ne se concentrait pas sur la maladie, mais sur la personne elle-même. Durant la session, je me demandais : « Comment est-ce possible ? Où cette pauvre femme trouve-t-elle la force de continuer à vivre, de faire ses exercices, en sachant que sa condition ne peut que se détériorer ? »
À la fin de la rencontre, la patiente a fait ses adieux à la physiothérapeute, et elle s’est retournée vers moi en disant : « Tu sais, c’est grâce à des personnes comme elle que je peux dire que la vie vaut la peine d’être vécue. »
Cette phrase est une provocation pour nous, membres du secteur de la santé, mais également pour tout le monde; elle signifie que l’humain qui entre en relation avec l’autre évoque en ce dernier (et en soi-même !) un plus grand désir, et ne peut y rester passif. Le patient est avant tout un être humain; il ne peut être regardé uniquement par rapport à sa maladie. Nous tous désirons beaucoup plus qu’une simple guérison « physique », nous avons besoin tout d’abord d’être aimés: voilà ce qu’est la dignité.
La véritable « dignité » que l’on invoque si souvent dans les débats sur l’euthanasie au Québec ne peut pas s’accomplir en donnant la mort, mais en posant un regard différent sur les patients parce que leur vie vaut la peine d’être soutenue.
Gardons la phrase de cette patiente comme un défi et un point de départ pour se lancer dans une grande aventure !


Le « patient zéro » ?
- PATRICK CARPENTIER
Le père de l’auteur, Fernand Carpentier, est décédé à 79 ans à l’hôpital MaisonneuveRosemont en octobre 2009.
En déplaçantmon père atteint du C. difficile dans l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, on a pu propager la bactérie
J’ai lu avec intérêt votre article ( La Presse, 2 mars) traitant des nouveaux cas de C. difficile à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Le texte imputait en grande partie la recrudescence de la bactérie aux lacunes de stérilisation et de salubrité. Il y a plus.
Mon père a succombé au C. difficile dans cet hôpital en octobre dernier. Il attendait de recevoir son congé quand soudainement son monde s’est écroulé. À cause de maladresses, il est devenu bien malgré lui un vecteur de propagation de la maladie.
C’est un état de choses qui aurait pu être atténué, voire évité, en utilisant le gros bon sens.
Dès le départ, on aurait dû être vigilant avec mon père puisqu’on lui avait prescrit un antibiotique à peine un mois avant son hospitalisation. Le monde médical sait bien que les antibiotiques perturbent la flore intestinale pour laisser la porte grande ouverte au C. difficile. Connaissant la propension des médecins québécois à prescrire les antibiotiques, c’est à se demander si mon père en avait réellement besoin, surtout qu’on savait pertinemment que sa chirurgie était imminente !
Ainsi donc, cinq jours après sa chirurgie, mon père a commencé à se plaindre de gonflement abdominal. Les diarrhées ont débuté le lendemain après l’administration d’un lavement; on le croyait constipé. Vingt-quatre heures plus tard, le diagnostic est tombé: C. difficile. Vingt-quatre heures durant lesquelles il a partagé une chambre avec un autre pauvre patient!
Plus incroyable encore, obligédepasser une radiographie de contrôle, on a déambulémon père dans lesméandres de l’hôpital pour l’amener en radiologie plutôt que de faire venir l’unité mobile dans sa chambre. On doit mettre chemise d’hôpital et gants pour aller le voir et lui se promène partout à propager sa bactérie mortelle!
On décide alors de le transférer vers un autre étage où on le mettra en isolement. On sait que les patients en attente de transfert voient leurs soins considérablement réduits en attendant que la prochaine unité les prenne en charge. Mon père a attendu d’être transféré tout l’après-midi, une période où son état s’est grandement détérioré, principalement à cause de la déshydratation due aux diarrhées. Il n’avait plus de soluté ; on le lui avait retiré quelques jours auparavant. Commentaire de l’infirmière : « Ils vont lui en donner en haut ». Mais il était encore à l’étage à contaminer tout le monde!
Le soir venu, l’état de mon père est devenu très critique. Enfin appelé en renfort, un résident vraisemblablement dépassé par les événements a cru à une embolie pulmonaire. Encore une fois en radiologie ! Le scan a été négatif. Bien pensé docteur, mais le problème évident, c’était le
C. difficile, non? Stabilisé, mon père est demeuré dans sa chambre, sans transfert à l’étage supérieur ni aux soins intensifs, bien qu’il ait semblé en avoir véritablement besoin. Ce n’est que le lendemain matin, après être tombé en septicémie sévère, qu’il a été transporté aux soins intensifs où il est décédé 10 heures plus tard.
Ironiquement, à la suite de son décès, les médecins ne s’entendaient même pas sur le diagnostic, avouant attendre, tout comme moi, les résultats de l’autopsie pour comprendre ce qui s’était passé.

J’ai su par la suite qu’il y avait eu une éclosion à l’hôpital durant la période de l’hospitalisation de mon père. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il a peut-être été le « patient zéro », celui qui a été à son origine...




Une vie a un prix - PATRICK BELLEMARE
Une immense pression administrative est exercée pour fermer des lits de soins critiques
La crise de la grippe A (H1N1) avait pourtant conscientisé le Ministère à la précarité des ressources de soins critiques.
Chaque fois qu ’ on r e nd public le décès d’un patient en attente de chirurgie, on questionne, avec raison, la qualité du système et de ses protagonistes. Chaque fois qu’un incident touche une salle d’urgence, onquestionne d’abord les gestes faits, l’aptitude des professionnels, puis l’infrastructure de soins.
Mon lieu d’exercice de la médecine est au carrefour de toutes les activités d’un hôpital, et un peu à l’image de l’urgence, son baromètre et souvent son facteur limitant: il s’agit d’une unité de soins intensifs.
Quotidiennement, on retrouve les patients les plus malades de l’hôpital nous provenant d’une des aires de réanimation de l’urgence ou de la salle d’opération. Chaque fois que les lits sont comblés, l’évidencenousobligeàprioriser les admissions, à en retarder parfois certainespourdes patients instables à la salle d’urgence, à carrément en annuler d’autres provenant du bloc opératoire.
Cet exercice désagréable est rendu nécessaire par la saturation d’une ressource pourtant essentielle au bon fonctionnement d’un hôpital de soins aigus: les lits de soins critiques. Cette ressource est limitée et dispendieuse.
La santé n’apas de prix... C’est un énoncé fort intéressant, mais de moins en moins exact. Un lit de soins critiques coûte approximativement 300 000$ par an.
Chaque fois qu’une crise politico-sanitaire point à l’horizon, vos (nos) décideurs nous demandent d’ajuster l’offre de services à la demande et d’éviter que des patients manquent de soins ou développent des complications prévisibles.
Ainsi, nos administrations hospitalières se voient confrontées aux listes d’attentes pour diverses chirurgies et procédures qu’il faut réduire à «tout prix» en augmentant la « production », mais sans crédits ajoutés. On nous demande d’augmenter notre « rendement» local tout en sachant que pour chaque procédure, le remboursement par le ministère est inférieur à son coût réel.
Presque du même souffle, la pression est immense pour contenir les coûts. Malgré ceci, dans mon hôpital, nous avons augmenté notre «production» chirurgicale de 12% dans la dernière année (tout à l’honneur des équipes locales). Pour la portion de la demande que nous ne contrôlons pas (clientèle de traumatisés… nous sommes centre de référence en traumatologie), notre achalandage a augmenté de 70% depuis 2002.
Le tout nous ramène aux débordements d’urgence, aux chirurgies majeures annulées, et à un dénominateur commun : les lits disponibles de soins critiques.
Récemment, nous avons traversé une crise sociosanitaire liée à la pandémie de grippe A( H1N1) pour laquelle nous nous sommes tant bien que mal préparés.
La commande était explicite… et légitime. Le ministère de la Santé demandait aux acteurs de soins critiques d’augmenter rapidement leur capacité d’accueil pour permettre de traiter les cas les plus graves de grippe sans pour autant compromettre l’accès aux soins critiques pour les autres patients porteurs de maladie grave.
C’est ainsi que nous sommes parvenus localement à augmenter notre capacité d’accueil en soins critiques à environ 38 lits de soins intensifs et de soins intermédiaires au total, dont 24 de soins intensifs, alors que le budget hospitalier consenti en finance environ 18 actuellement.
Les hauts représentants du ministère ont reconnu le sous-financement des soins critiques, la nécessité de réaménagements. La crise de la grippe A(H1N1) les ont conscientisés à la précarité des ressources de soins critiques au Québec. La « pilule pandémique » a permis de rendre l’offre de services temporairement acceptable en soins critiques au Québec.
Toutefois, aucun autre réaménagement d’infrastructure n’a été supporté financièrement et nos alliés pour la gestion de crise A( H1N1) souffrent maintenant d’amnésie sévère chaque fois qu’on tente de leur rappeler leurs engagements « pandémiques ».
Nous nous retrouvons par conséquent avec une pression administrative immense pour fermer des lits de soins critiques, alors qu’on pourrait en ouvrir davantage et que des patients sont victimes de listes d’attentes ou d’urgences qui débordent.
Les conséquences du goulot administratif actuel auquel nous nous soumettons ne peuvent que mener à une seule conclusion utile : au Québec, une vie a un prix…




Système de santé en faillite
Le décès de Jean-Guy
Pitre (notre photo), faute d’avoir été opéré à temps, est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Nous ne devons pas banaliser ce drame ou le considérer comme un simple accident, car il s’agit bien en fin de compte d’une erreur humaine, de l’erreur de ceux qui gèrent le système de santé. Soyons bien conscients que cela aurait pu arriver à chacun d’entre nous, ou encore à notre mère, notre père, notre frère ou notre soeur. On parle ici d’un véritable cas de non-assistance à une personne en danger de la part de notre ministère de la Santé. Les animaux sont mieux soignés et plus vite que les humains dans notre Belle Province. À l’époque où les ministres savaient encore ce qu’est le sens de l’honneur, notre ministre de la Santé, en tant que responsable ultime, aurait démissionné. Ce triste événement consacre la faillite de notre système de santé. Il est temps d’ouvrir la porte au privé. La coexistence entre médecine privée et médecine publique existe dans de nombreux pays, comme la France, pour le plus grand bien des usagers, et sans qu’une certaine gauche démagogique ne brandisse le spectre d’une médecine à deux vitesses. Sommes-nous plus idiots qu’ailleurs, au Québec, pour qu’on ne sache pas nous aussi mettre en place un système de santé mixte? Sur ce plan, les opposants à la médecine privée se montrent aussi bêtes, dogmatiques et bornés que les républicains qui s’opposent à la réforme de Barack Obama.
Philippe Riondel

Titanic en perdition
Je suis profondément choquée par le décès de M. Pitre et par l’inertie de notre société face à ce problème grave qui semble s’aggraver d’année en année. Le gouvernement a perdu le contrôle du gouvernail qu’est ce Titanic. Les infirmières font des heures supplémentaires, sont mal payées et sont stressées. Elles partent, démissionnent et nous nous retrouvons en pénurie de personnel. Les médecins sont mal payés et doivent faire de la paperasserie sans fin pour répondre aux besoins de nos fonctionnaires de la santé. D’une profession noble et primordiale qu’est la médecine dans une société, le gouvernement a réussi à la mettre à un niveau de métier déprimant où personne n’a le goût de travailler. Les patients sont impatients, irrespectueux et incompréhensifs envers les professionnels de la santé, car ils se sentent mal traités et incompris. On ne parle malheureusement que de l’aspect monétaire, mais le problème à mon avis est beaucoup plus profond que cela. Pourquoi avoir une médecine gratuite si c’est pour y laisser sa peau à cause d’une liste d’attente ou à une urgence débordée ? Si le gouvernement est incapable de prendre ses responsabilités et de mener à bien la santé de sa population, il est maintenant temps que les médecins, médecins spécialistes, infirmières et autres professionnels de la santé se prennent en main pour changer la situation.
Isabel Lapointe

La faute de personne!
Un policier retraité de 65 ans meurt sur une liste d’attente pour une chirurgie cardiaque majeure où il attend depuis sept mois. Une femme meurt dans une salle d’urgence faute de place pour la réanimer dans la salle de réanimation même de l’hôpital. Ce scénario se répète de plus en plus. Sommes-nous vraiment au Québec en 2010? Et ce n’est la faute de personne! Pas des médecins ou des administrateurs qui n’ont pas les ressources. Pas de la Régie régionale qui chapeaute et gère tout le réseau montréalais. Pas du ministre de la Santé qui ne peut faire davantage. Pas du premier ministre ou de son gouvernement qui ont les deux mains sur le volant. Non, ce n’est la faute à personne, ça arrive tout seul, comme cela ! Pardon, j’en oubliais un dernier à qui ce n’est jamais la faute: le citoyen québécois qui refuse de payer davantage de taxes ou d’impôts pour des services publics acceptables. Lui blâme le gouvernement de mal gérer les services qu’il réclame d’une façon insatiable. Non vraiment, pas la faute à personne. Vaut mieux retourner à nos préoccupations du jour : le niqab de Naema, le hockey, Haïti ou la météo. Beaucoup plus confortable ! En espérant que le prochain à mourir de l’incurie du système ne soit pas vous!
Serge Choquette, Magog



CHSLD L’ASSS de Montréal défend son plan  -  Katia Gagnon
Malgré les critiques essuyées par le plan de réorganisation des soins de longue durée aux personnes âgées, l’Agence de santé et services sociaux de Montréal persiste et signe: la réforme ira de l’avant comme prévu. Le directeur général de l’Agence, David Levine, s’est personnellement engagé à ne fermer aucun lit de longue durée dans les hôpitaux sans qu’un nombre équivalent de lits soient ouverts, ailleurs dans le réseau.
Le point de presse de David Levine, directeur général de l’ASSS, n’a pas calmé toutes les inquiétudes. Sur notre photo, Rita Clermont, de la résidence du parc Jarry à Montréal.
«On ne fermera jamais un lit si on n’a pas de lit ouvert ailleurs », a-t-il promis lors d’une rencontre de presse où il a fait le point sur la réforme amorcée au printemps dernier par la fermeture de près de 200 lits de longue durée à l’hôpital Saint-Mary’s et au CHUM. Les nombreux cas problématiques soulevés dans les médias sont anecdotiques et ne représentent pas la réalité généralement vécue par les personnes âgées en perte d’autonomie, croit-il.
Depuis 2007, 456 lits de longue durée ont été fermés par l’Agence. Or, le nombre de places en ressources intermédiaires a été haussé en conséquence, de 628 places. «Très souvent, on prend le cas de Mme X ou de M. Y et on fait l’extrapolation de tels cas à l’ensemble de la population. Ça génère un niveau de nervosité important chez les gens âgés», déplore le directeur général de l’ASSS. M.Levine assure que dès qu’un besoin immédiat se présente, il est comblé en quelques heures, malgré la liste d’attente imposante – près de 1500 noms – de gens qui attendent une place en CHSLD.
David Levine estime qu’il était urgent de fermer les soins de longue durée dans les hôpitaux, où les gens âgés passaient en moyenne près de 133 jours. Or, durant la majeure partie de ce séjour, les gens âgés n’avaient pas besoin de soins aigus. On les gardait à l’hôpital simplement parce qu’on n’avait nulle part où les envoyer.
« L’hôpital, ça n’est pas un environnement plaisant. On est en jaquette toute la journée. On n’a aucune activité. On vous sert à manger dans votre lit. En plus, les gens étaient transférés en moyenne quatre fois à l’intérieur du même hôpital, souligne-t-il. L’hôpital est un cauchemar pour les gens âgés. »
Avec la réforme, plaide-t-il, après en moyenne 40 jours à l’hôpital pour être soignés, les gens âgés séjournent en moyenne 44 jours dans un centre d’hébergement pour une évaluation. Ensuite, ils sont déplacés dans un autre centre d’hébergement, transitoire celui-là, en attente de la résidence qui constitue leur premier choix. Or, 80% des gens décident finalement de rester à la résidence de transition. Seuls 20% des bénéficiaires déménageront trois fois.
Mais la rencontre organisée par David Levine n’a pas calmé toutes les tensions. La Fédération de l’âge d’or du Québec estime que « des inquiétudes demeurent bien présentes ». A n ne-M a rie Drolet, directrice générale de la FADOQ-Montréal, estime « qu’il est impossible de croire qu’en trois ans, on puisse développer suffisamment de ressources intermédiaires pour combler l’ensemble des nouveaux besoins qui seront créés par les fermetures de lits ».
De plus, souligne Frédéric Lalande, conseiller aux dossiers sociaux à la FADOQ, la clientèle qui passe par l’hôpital est souvent beaucoup trop lourde pour les ressources intermédiaires, qui n’acceptent que des gens qui nécessitent moins de trois heures de soins par jour. «Il y a déjà des gens en attente pour les CHLSD et au lieu de régler cette problématique, on l’aggrave, dit-il. Il n’y a pas moins de personnes âgées, il y en a plus. Alors mathématiquement, ça n’arrive pas.»


CHSLD  Processus d’entrée chaotique  -  Katia Gagnon
EXCLUSIF I l y a quelques mois, les enfants de Lucille Dubé, 81 ans, se sont rendus à l’évidence. Ils n’étaient plus capables de garder à son domicile leur mère vieillissante et de plus en plus malade. Il fallait lui trouver un CHSLD. C’est à ce moment que la vieille dame est entrée dans un processus digne de Kafka : celui qu’impose l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal aux gens âgés qui recherchent une – très rare – place dans un centre d’hébergement.
Les démarches de Ginette Lauzon pour trouver une place pour sa mère dans un CHSLD ont été parsemées d’embûches.
Dans un premier temps, Mme Dubé – dont nous avons modifié le nom, à la demande de sa famille – a été dirigée vers une résidence pour une période d’évaluation. Elle pourrait y demeurer au maximum trois mois, a-t-on clairement indiqué aux enfants. D’ici à son placement permanent, elle pourrait devoir déménager encore, dans un centre transitoire. « Déjà, souligne la fille de Mme Dubé, Ginette Lauzon, nous nous questionnions sur la pertinence de faire subir trois déménagements à des personnes en situation de grande vulnérabilité. »
Heureusement, le nom de Mme Dubé a été placé tout en haut de la liste pour l’obtention d’une place en résidence permanente. Quelques semaines plus tard, excellente nouvelle : la travailleuse sociale de la résidence a annoncé à Mme Lauzon que sa mère avait obtenu sa place permanente. La famille nous a également demandé de taire le nom des résidences , t outes sit uées dans le quartier Ahuntsic, à Montréal.
Toutefois, entretemps, la santé de la vieille dame s’était détériorée. « Elle refusait de se nourrir et refusait toute médication », indique Mme Lauzon. Avec l’accord de la famille, les responsables de la résidence d’évaluation ont donc demandé son hospitalisation. Pas de problème, a d’abord indiqué la travailleuse sociale : en l’absence de la vieille dame, ses enfants pouvaient déménager ses effets dans la résidence permanente.
Quelques heures plus tard, un revirement est survenu. « La travailleuse sociale nous a expliqué qu’elle ne pouvait donner suite au transfert parce que ma mère était hospitalisée. Elle nous a expliqué que ma mère devait retourner à la résidence d’évaluation et que son état devait être stabilisé avant qu’on lui offre une place en résidence permanente », raconte M me Lauzon. Bref, en clair, la vieille dame perdait sa place. « Nous étions bouleversés. »
Mais le pire était à venir. La famille a ensuite été informée que, si d’aventure Mme Dubé quittait les urgences pour une chambre à l’hôpital, donc si son séjour s’y prolongeait, elle perdrait non seulement sa place en résidence permanente, mais également la place qu’elle occupait en résidence d’évaluation. À sa sortie de l’hôpital, elle se retrouverait donc dans un tout nouveau centre. « Tout le processus était à reprendre ! J’en ai eu le souffle coupé. Quelle aberration ! » s’exclame Mme Lauzon.
Même les employés du centre d’hébergement semblaient trouver cette situation intenable, souligne Ginette Lauzon. « Mon intervention n’est vraiment pas une attaque contre le personnel des centres, qui fait un travail extraordinaire avec les person nes âgées . C’est contre le système que je m’élève », dit-elle.
Une lettre éloquente
Mme Lauzon a résumé son histoire dans une lettre éloquente, qu’elle a fait parvenir à la ministre des Aînés, Marguerite Blais, ainsi qu’au ministre de la Santé, Yves B olduc . L e c abi net de la ministre Blais s’est contenté de lui envoyer un accusé de réception indiquant que le dossier relevait de la ministre des Services sociaux, Lise Thériault. « On a demandé un topo sur cette situation. Mais la ministre ne veut pas commenter un cas précis », indique Harold Fortin, attaché de presse de Lise Thériault.
Du côté de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, à laquelle nous avons pris l’initiative de faire parvenir la lettre de Ginette Lauzon, on indique que le processus imposé à Mme Dubé est effectivement conforme aux normes. « Madame a été traitée avec beaucoup de considération, dit Louise Massicotte, directrice adjointe de l’ASSS. Notre préoccupation, c’est le moins de déplacement possible pour les personnes. » Mais comme son séjour à l’hôpital devait durer deux semaines, précise-t-elle, « on a laissé sa place à quelqu’un d’autre à la résidence permanente ».
L’agence tiendra d’ailleurs une rencontre de presse ce mati n , a fi n d’ex pliquer à la presse les détails de son controversé plan d’accès aux places en CHSLD. C’est ce plan, adopté au printemps dernier, et en vertu duquel 200 lits de longue durée dans les hôpitaux ont été fermés, qui fait en sorte que la congestion est maximale à l’entrée des centres d’hébergement pour personnes âgées. Pas moins de 1500 personnes sont actuellement en attente d’une place en CHSLD.
Finalement, Lucille Dubé n’est demeurée aux urgences qu’un peu plus de 24 h. Néanmoins, « ce court séjour lui a fait perdre sa place en résidence permanente », souligne M me Lauzon dans sa missive, qu’elle nous a fait parvenir il y a 10 jours.
Cependant, lundi dernier, quelques jours à peine après que nous ayions transmis à l’agence la lettre de Ginette Lauzon, sa mère a de nouveau obtenu sa place en résidence permanente. Simple coïncidence? «Ça n’a aucun lien avec les démarches que M me Lauzon a faites », assure Mme Massicotte.



CHSLD : Réunion au sommet  -  Katia Gagnon
Une réunion au sommet se tiendra d’ici peu sur le dossier brûlant des places en CHLSD dans la région de Montréal. Elle rassemblera les ministres Marguerite Blais, responsable des Aînés, et Lise Thériault, responsable du dossier des Services sociaux. Le président de l’Agence de santé de Montréal, David Levine, sera aussi convoqué pour répondre aux questions des deuxministres.
Les deux ministres refusent de se dire inquiètes quant à la réforme mise en place par l’Agence, qui éliminera d’ici trois ans près de 800 lits de longue durée dans les hôpitaux montréalais. L’impact sera inévitable sur le réseau des CHSLD, où près de 1500 personnes sont en attente d’une place. Or, ces établissements devront désormais réserver une partie de leurs lits à la clientèle qui se retrouvait autrefois à l’hôpital, sous forme de lits de transition ou d’évaluation.
« Il n’est pas question de surseoir à ce plan. Ça va être déployé sur trois ans, et ça va se faire d’une façon correcte. C’est faux de prétendre qu’on va laisser des gens à la rue », dit Lise Thériault. Un hôpital est loin d’être l’endroit idéal où passer des mois, souligne Marguerite Blais. « On a fait une consultation et les aînés veulent vivre chez eux. Personne ne veut vivre à l’hôpital. »
Mme Blais émet toutefois certaines réserves. « Des personnes ballottées d’un endroit à l’autre, je n’en veux pas. Personne ne souhaite que nos aînés soient ballotés. Je veux m’assurer que les conditions de vie des aînés sont adéquates. »
« On va s’assurer, avec M. Levine, que les places planifiées répondent aux besoins de Montréal. Ce sont des questions normales à poser. On veut s’assurer que tout se déroule dans les règles de l’art », dit Lise Thériault.
Mais ces 800 lits fermés n’auront-ils pas un impact important sur la liste d’attente en CHSLD, déjà imposante ? Les CHSLD doivent rester le dernier recours en matière d’hébergement, répond Marguerite Blais « Il faut placer les gens aux bons endroits. » De son côté, Lise Thériault fait observer que la majorité des aînés en transition dans un CHSLD choisissent finalement de rester à cet endroit.
De plus, ajoute - t-el le, l’Agence de Montréal s’engage à créer près de 500 places dans des ressources intermédiaires d’hébergement. « Souvent, les gens ignorent l’existence de ces petites résidences, près de chez eux, où le climat est beaucoup plus familial. »
Lundi , l a déput ée de Crémazie, Lisette Lapointe, ainsi que son collègue de Ma r ie-Vic tor i n, Berna rd Drainville, ont employé des mots très durs pour qualifier la réforme mise de l’avant par l’Agence de santé deMontréal. I ls ont jugé « sauvage » et « inhumaine » la façon dont sont traités les aînés montréalais. La Fédération de la santé et des services sociaux s’est également montrée très critique à l’égard de cette fermeture massive de lits.



Abolition des 
CHSLD de Montréal
EXCLUSIF
« D’ici trois ans, tous les lits de longue durée dans les hôpitaux seront fermés », confirme le président de l’Agence de la santé et des services sociaux.
D’ici trois ans, la totalité des 792 lits de longue durée seront fermés dans les hôpitaux montréalais. La décision de l’Agence de la santé et des services sociaux, qui a commencé à se concrétiser sur le terrain ce printemps avec la fermeture de 200 lits à l’hôpital St. Mary et au CHUM, met en place un nouveau processus pour les aînés en attente d’hébergement : ces derniers pourraient ainsi changer jusqu’à trois fois de lieu de résidence avant d’avoir une place permanente.
« D’ici trois ans, tous les lits de longue durée dans les hôpitaux seront fermés », confirme le président de l’Agence de la santé et des services sociaux, David Levine, en entrevue à La Presse. Ces lits accueillaient des patients âgés qui y attendaient, en moyenne pendant trois mois, une place dans un centre d’hébergement. « Ils étaient dans les chambres les moins intéressantes de l’hôpital. À deux lits, avec salle de bains commune », souligne M. Levine.
Désormais, en l’espace de 72 heures, une fois leur problème de santé physique réglé, les aînés devront quitter l’hôpital. Pour aller où? « On a créé des lits d’évaluation dans nos CHSLD, qui sont un milieu de vie beaucoup mieux adapté aux besoins de ces personnes. » Les personnes âgées demeureront un maximum de trois mois dans ces lits d’évaluation. Ensuite, si elles n’ont pas de place dans le CHSLD de leur choix, on les transférera dans les « lits de transition », toujours en CHSLD. Puis, ultimement, elles iront dans l’établissement de leur choix.
Les aînés pourraient donc déménager trois fois avant de trouver une adresse permanente. Est-ce une bonne chose de déménager autant pour des aînés qui souffrent souvent de troubles cognitifs et perdent un peu de leurs capacités à chaque déplacement ? « Le système va être meilleur pour la clientèle », affirme M. Levine.
3700 personnes en attente pour les CHSLD
Le problème de ce plan, c’est que les places en CHSLD sont très rares. En 2004, le nombre de places en CHSLD a été gelé par l’ancien ministre de la Santé Philippe Couillard. Dans les faits, le nombre de places a diminué de 200 à Montréal depuis cinq ans. Résultat: il y a actuellement 3700 personnes en attente d’une place en CHSLD dans la région de Montréal.
Comment va-t-on éviter l’embouteillage? En créant des places en ressources intermédiaires, une nouvelle étape entre le domicile et le CHSLD, répond M. Levine. Ces ressources se déclinent en diverses formules, de la petite ressource de type familial à l’immeuble où les gens âgés ont chacun leur logement. Les services de soins à domicile sont assurés par les centres de santé locaux.
Depuis cinq ans, l’agence a créé 440 places en ressources intermédiaires et 500 nouvelles places verront le jour d’ici un an. Ces ressources accueillent en général des aînés qui ont besoin de moins de trois heures de soins par jour. On a aussi créé 4300 nouvelles « places » en soins à domicile, fait valoir David Levine. De plus, 6000 des 14 000 places en CHSLD seront transformées pour abolir les chambres multiples et créer des aires de vie commune. Des rénovations qui coûteront 60 millions.
Loin de faire l’unanimité
Mais la décision de l’Agence est loin de faire l’unanimité. « J’ai beaucoup de témoignages de gens qui disent faire face à un système complètement bouché, souligne François Béland, gériatre à l’Université de Montréal. Les administrateurs des CHSLD sont pressés par l’agence d’accueillir des cas. Ils les placent où ils peuvent. »
Quant à l’idée de déplacer des personnes âgées jusqu’à trois fois, « ça n’a aucun sens », tranche M. Béland. « L’objectif de ces unités de transition, ça va être de se débarrasser des personnes âgées, parce que d’autres vont arriver. On ne peut pas fonctionner de cette façon. Ça répond aux seuls besoins de l’Agence et des hôpitaux de courte durée. »
M. B é l a n d p r é vo i t d’ailleurs que cette nouvelle façon de faire augmentera la durée de séjour dans les hôpitaux. « Dans les faits, les personnes âgées vont continuer d’avoir des séjours très longs. Les hôpitaux vont vouloir s’en défaire, mais ils ne le pourront pas. On aura remplacé les unités officielles par des séjours dans les unités régulières des hôpitaux. »
« Il n’y a pas de places dans les CHSLD! Alors on est pris avec l’objectif de trouver des lits qui ne sont pas disponibles », s’insurge Paul Brunet, du Conseil de protection des malades. « On sabre dans les institutions de soins de longue durée et de grands malades se retrouvent en ressources intermédiaires, qui ont du mal à les accueillir. Un moment donné, ça va éclater. Et on va se retrouver avec un problème pire que celui qu’on a voulu régler », dit-il.
« Il ne faut pas paniquer, dit Michel Tremblay, président de l’Association des ressources intermédiaires du Québec. Mais les ressources intermédiaires ont une limite et si on veut dépasser cette limite-là, il va falloir négocier de nouvelles modalités, tant en termes financiers qu’en termes de services fournis. » À l’heure actuelle, les ressources intermédiaires reçoivent en moyenne 75$ par jour pour chaque aîné hébergé. Et les places sont occupées en totalité, précise M. Tremblay.

La réforme des CHSLD connaît des ratés  -  Ariane Lacoursière
Le transfert de patients atteints de troubles psychiatriques cause des maux de tête aux employés
EXCLUSIF
La réforme qui a cours depuis le printempsdanslemilieudel’hébergement pour aînés à Montréal a des conséquencesfâcheuses. Despatientsâgés ayantdestroublespsychiatriquesont récemment été transférés dans des centreshospitaliersdesoinsdelongue durée(CHSLD) conventionnels, oùils ont attaqué sauvagement des membres du personnel. Chaises lancées par la tête, étranglements, coups... Les gestes faits par ces patients ont choquélesemployés, quidisentmanquerdeformationpour accueillirune clientèle aussi lourde.
Depuis le printemps, l’Agence de la santé et des services sociaux (ASSS) de Montréal a commencé à fermer les 792 lits de longue durée des hôpitaux montréalais. Les patients sont progressivement transférés dans des « lits d’évaluation », dans des CHSLD, et le personnel n’est pas encore formé.
Depuis le printemps, l’Agence de la santé et des services sociaux (ASSS) de Montréal a commencé à fermer les 792 lits de longue durée des hôpitaux montréalais. Les patients qui occupent ces lits sont progressivement transférés dans des « lits d’évaluation », dans des CHSLD.
Récemment, 120 lits de longue durée du Centre hospitalier de l’ Université de Montréal (CHUM) ont ainsi été fermés. Les patients ont été redirigés vers des centres d’hébergement du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance.
Le CHSLD Émilie-Gamelin a accueilli une dizaine de ces patients, qui présentaient également de graves problèmes de santé mentale. « En temps normal, ces patients auraient dû se retrouver dans des unités spécifiques, avec des gens formés pour les accueillir. Mais avec la fermeture des lits de longue durée dans les hôpitaux, on se dépêche à sortir les patients et on les dirige tous vers les CHSLD, sans tenir compte de leur profil », dénonce le vice-président régional pour la Fédération de la santé et des services sociaux (CSN), Jean-Philippe Grad.
Incidents violents
L’intégration des nouveaux résidants ne s’est pas faite sans heurts au CHSLD Émilie-Gamelin. Le soir même de son arrivée, un patient a pris à la gorge une employée qui refusait de lui donner une cigarette.
La directrice générale adjointe des services en hébergement du CSSS Jeanne-Mance, Lise Guimond, confirme que cet incident s’est produit. « Depuis, un éducateur et un chef de section ont donné de la formation au groupe d’employés qui doit gérer ces patients, assure-t-elle. Ces patients resteront au CHSLD ÉmilieGamelin jusqu’en octobre. Il seront alors transférés dans des ressources spécifiques dans l’Ouest-de-l’Île qui ne sont pas encore prêtes. »
M. Grad rapporte que le soir du 21 juin, un autre incident violent s’est produit dans un autre établissement: le CHSLD du Manoir de l’âge d’or, qui a lui aussi accueilli des patients expulsés du CHUM.
Ce soir-là, une employée a trouvé un résidant qui dormait à même le sol d’une aire commune. Quand elle lui a demandé de regagner sa chambre, l’homme s’est fâché et s’est mis à lui lancer des chaises et à courir derrière elle. L’employée a dû se barricader.
Ces deux incidents ont abouti à deux plaintes à la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST). Pour M. Grad, ces situations n’auraient pas dû se produire. « Les CHSLD ne peuvent pas répondre aux besoins très lourds de ces patients pour le moment. Ils ne sont pas outillés », dit-il.
Hier, l ’ASSS-Montréa l a refusé d’accorder une entrevue à La Presse. « On se rend compte que les changements dans l’hébergement des personnes âgées demandent beaucoup d’explications. On va tenir une séance d’information exhaustive là-dessus d’ici quelques semaines. Mais entre-temps, on va refuser toute entrevue à ce sujet », a déclaré la porte-parole de l’Agence, Chantale Huot.
M. Grad estime pour sa part qu’il est urgent de corriger la situation. Selon lui, d’autres incidents pourraient se produire dans des CHSLD de la métropole. Car en plus du CHUM, plusieurs autres lits de longue durée sont en train d’être fermés à Montréal.




PRIS EN OTAGES -  STEEVE GAUTHIER
Forcés de faire des heures supplémentaires, les infirmiers et infirmières sont rendus au bout du rouleau
Comment se fait-il qu’on ait si peu de respect pour les infirmiers et infirmières ?
C’est l’histoire d’une prise d’otages. Dans mon pays, il y a bien peu de prises d’otages. Généralement, elles font beaucoup de fracas. Celle-ci, on ne la remarquera que très peu.
 Dans le contexte actuel, où les conditions de travail sont pour le moins difficiles, comment peut-on attirer des jeunes à devenir infirmières et infirmiers ?
Pourtant, dans mon histoire, il s’agit de la séquestration de 12 otages ; c’est considérable. Peut-être que, ayant été un de ces otages, je suis subjectif dans mon évaluation. Il est vrai que je me sens assez traumatisé à la suite de cet évènement pour le moins déstabilisant.
Samedi dernier, un hôpital universitaire de l’est de Montréal a pris en otages 12 infirmiers et infirmières pendant plus de 10 heures. Ils ont ainsi dû s’occuper des malades dont il avait la charge dans une unité de soins critiques pendant plus de 18 heures. Normalement, une journée de travail dure huit heures, où nos talents, nos compétences et nos valeurs sont mis à l’oeuvre afin de faire ce à quoi on excelle : soigner les malades.
I l est prévu dans le code de déontologie qu’un infirmier ou une infirmière doive s’occuper de ses patients tant qu’une relève n’est pas en mesure de prendre en charge les malades dont il ou elle s’occupe. Ce qui, je crois, fait bien l’affaire du système de santé malade dans lequel on vit, puisque les soignants ne peuvent pas abandonner les soignés sans que d’autres personnes soient disponibles. Dans ce contexte de pénurie, il arrive régulièrement que les professionnels de la santé, infirmiers ou infirmières, soient obligés de demeurer et de faire des heures de plus pour pallier au manque quotidien de personnel.
Nous sommes fatigués, nous sommes au bout de notre rouleau. J’ai parlé des heures supplémentaires obligées, et ce, sans égard aux heures supplémentaires volontaires grâce auxquelles notre système de santé collectif survit depuis maintes années.
On nous demande continuellement de faire notre part, comme si on considérait que faire seulement les heures régulières de travail pour lesquelles on s’est engagé était nettement insuffisant pour considérer qu’on fait déjà notre juste part.
Les infirmiers et infirmières tiennent le système de santé à bout de bras depuis longtemps déjà. Comment se fait-il alors qu’on ait si peu de respect pour ces professionnels ? Il est extrêmement difficile d’être dans un milieu où on te manque continuellement de respect, et de continuer de contribuer positivement à cette organisation. On l’a fait longtemps, mais je crois que les choses se dégradent à vitesse grand V.
Donc, ce samedi vers 16h, voyant qu’ils seraient encore obligés de faire des heures supplémentaires obligées durant la prochaine nuit, le groupe d’infirmiers et infirmières qui devaient prendre la relève du personnel de jour a décidé de ne pas commencer son quart de travail, de demeurer dans la salle de repas afin de manifester son écoeurement face à ce manque de respect récidivant. Il faut comprendre que c’est le groupe le plus sollicité à être pris en otage, car la pénurie est encore plus criante sur le quart de nuit que sur tous les autres quarts de travail.
Il faut savoir que ça fait déjà des années qu’on dénonce ces problèmes, qu’on propose des solutions, mais il ne se passe jamais rien. En fait, il se passe quelque chose: ça va de mal en pis. Pouvez-vous croire que pendant toute la durée de notre prise d’otages, il n’y a personne de l’administration qui a cru bon de venir donner du support à l’équipe séquestrée dans les soins critiques ? Personne.
Pouvez-vous croire aussi que plusieurs solutions ont été proposées, tant par l’équipe en otage que par l’équipe qui refusait de rentrer travailler dans ces conditions encore une fois outrageuses ? L’administration de l’hôpital a refusé toutes nos suggestions, choisissant la ligne dure à la manière de « on ne pliera sur rien »? Comment peut-on attirer des jeunes à devenir des infirmiers et infirmières dans un tel contexte ? On nous en demande toujours plus, nous sommes épuisés. Je me demande sur quel ton, de quelle manière, sur quelle tribune nous pourrions avoir une oreille attentive et qui permettrait aussi de vraiment de changer des choses. J’espère ici entrer au coeur des décideurs, pas les chefs d’unité, pas les coordonnatrices d’activité, pas les chefs de programme ni même les directeurs généraux d’hôpitaux.
Je m’adresse plutôt à la classe politique; c’est à vous de changer les choses. Vous êtes responsables du système de santé, vous pouvez entendre, vous devez prendre des décisions pour améliorer radicalement les conditions de travail des infirmiers et infirmières afin que ça devienne une profession intéressante pour les jeunes en questionnement sur leur avenir professionnel.

On a besoin de renfort, de beaucoup de renfort. Le vieillissement de la population et les boomers devraient en soi vous convaincre qu’on a besoin rapidement d’augmenter le nombre de professionnels soignants
Prenez notre défense, c’est dans votre intérêt
Près de 60 000 infirmiers et infirmières sont pris entre le besoin viscéral d’aider notre prochain et le fait que notre vie professionnelle étouffe notre vie personnelle.
(…) Je m’adresse aussi à la population en général : comment se fait-il qu’on accepte collectivement que les infirmières et infirmiers soient traités de la sorte, de façon irrespectueuse ? Lorsque vous aurez besoin de soins, les infirmiers et infirmières seront en première ligne de l’expérience traumatisante que vous allez vivre. Nous faisons la différence entre l’inhumanité et la souffrance, versus l’empathie et l’humanité.
Au moment, où on se rencontrera, vous serez peut-être en train de traverser l’un des pires moments de votre vie. Il serait plus que justifié que vous preniez notre défense, en manifestant et en vous plaignant. Vous seriez les plus grands gagnants de cette démarche.
Je souhaite atteindre le coeur des gens. Nous sommes des gens de coeur. Hier, lors de notre prise d’otages, quand après 17 heures de travail et la menace qui pesait sur nos têtes de devoir demeurer en poste pendant plus de 32 heures si les choses ne s’arrangeaient pas, j’ai pris conscience encore une fois de ce que veut dire la fameuse expression « avoir la vocation ». Nous étions dans tous nos états, certains pleuraient, d’autres étaient si fatiguées qu’elles tremblaient, d’autres ont eu des vomissements de fatigue. Malgré cela, aucun d’entre nous ne pouvait une seule seconde envisager de quitter ses patients.
Dans cette histoire, il est non seulement question de 12 otages, mais de plus de 60 000 infirmiers et infirmières pris dans un étau entre le besoin viscéral, qui est le nôtre, d’aider notre prochain et le fait que notre vie professionnelle étouffe notre vie personnelle.
Hier, une collègue devait célébrer l’anniversaire de sa plus grande fille, elle devait lui remettre un cadeau lui permettant d’ouvrir sa propre entreprise. Elle n’a pu y assister à cause de la prise d’otages. Le souper a eu lieu en son absence et son conjoint à remis son cadeau à sa fille et ça s’est terminé par un bref remerciement téléphonique, parce que le boulot attendait ma collègue. Et je pourrais vous raconter 11 autres histoires personnelles comme celle-ci.
Il y a de la souffrance, il y a du désespoir aussi dans mon groupe. On pense de plus en plus qu’on ne pourra pas y arriver. Les infirmières et infirmiers quittent massivement la profession et ceux qui restent perdent espoir d’une réalité meilleure. L’élastique a été étiré au maximum; l’État québécois doit cesser d’exercer cette pression insoutenable sur ceux qui sont les seuls dans notre société civile de qui on exige, sous peine de sanctions de l’employeur et de l’ordre professionnel, de continuer à travailler après un quart de travail de huit heures auprès de personnes qui ont besoin de soins.
Dans cette histoire que je voulais vous raconter, il y avait surtout une demande à l’aide, un cri de désespoir.



Une bureaucratie inutile -  Michel Aubé
J’ai lu avec intérêt l’articleintitulé « Tolérance zéro pour les déficits d’hôpitaux », publié le 30 décembre dans La Presse. Je travaille depuis 40 ans dans un CHU, comme médecin spécialiste, et cette initiative – de vouloir contrôler les déficits – demeure un thème récurrent pour l’administration publique. La dernière en date, celle de Lucien Bouchard, avait été une catastrophe, plaçant le système dans un état d’étirement maximal, soutenu à bout de bras par les médecins au détriment des malades, malgré les prétentions contraires. Aucun « gras » n’a été éliminé dans les postes administratifs ; plus encore, une autre strate administrative a été ajoutée avec la fusion des CHU.
L’élimination des déficits dans les hôpitaux est un thème récurrent de l’administration publique. Les coupes de Lucien Bouchard, il y a quelques années, avaient placé le système dans un état d’étirement maximal, soutenu à bout de bras par les médecins au détriment des malades.
Il ne faut pas oublier que ces gouvernements se sont initialement fait élire en promettant une utopie nommée «assurance maladie universelle», sans principes de responsabilisation des administrateurs (nommés à vie) ou des patients (où tout leur est dû, à bon droit). C’est la raison politique du système. Ces gouvernements ne peuvent malheureusement adapter leur promesse au réalisme de la situation déficitaire structurelle du système qu’ils ont engendré. En effet, le courage politique, doublé de sa franchise, ne semble en aucune façon s’imbriquer dans l’éthique de la conservation du pouvoir.
Sans en utiliser le terme, ce déficit structurel du système nous est à nouveau souligné par les fonctionnaires des agences et leurs suppôts.
La première absurdité, parlant de déficits, est précisément mentionnée au paragraphe d’introduction de l’article où il est fait mention d’une « nouvelle équipe engagée » par le MSSS pour redresser la situation. N’est-ce pas la fonction des administrateurs actuels? On débute l’exploration du déficit en allouant des fonds nouveaux pour l’étudier ! Absurde!
Je ne peux que douloureusement me souvenir d’une détérioration sans précédent de la qualité des soins médicaux en coïncidence avec le pouvoir retiré aux médecins dans l’administration des centres hospitaliers au profit de laïcs. Des laïcs plus que souvent ignorants de la chose médicale, mais superbement experts en « problématique », s’inventant un vocabulaire hermétique d’une insignifiance dysfonctionnelle inqualifiable.
En préambule à ce nouvel exercice dit de rationalisation, il m’apparaît opportun de poser quelques questions simples et certainement de basse naïveté lorsque les thèmes de « problématique » sont abordés.
• Quel est le ratio administrateurs/ patients dans les centres hospitaliers et comment se compare-t-il au système privé?
• Pourquoi deux administrateurs pour nos cliniques alors qu’ils étaient inexistants auparavant? Qu’ont-ils modifié de palpable et pourquoi retirent-ils des bonis «secrets de l’administration?» En fonction de quelle performance?
• Pourquoi des programmes d’amélioration de la qualité de l’acte médical ne sont-ils pas appuyés financièrement par l’administration?
• Pourquoi une laïque a-t-elle le pouvoir, pour des raisons budgétaires, de mettre fin à un programme de traitement unique et exclusif au Canada sans consulter les médecins impliqués?
Quelques bien-pensants prétendent que les services à la population ne seront pas modifiés avec les coupes à venir. Les services à la population sont déjà à la limite et sous-optimaux malgré ce que ces gens clament sur tous les toits. Si de telles coupes sont engagées, pourquoi les agences auraientelles alors permis de telles expansions bureaucratiques non productives quant à leur contribution aux services à la population? Évidemment, plusieurs raisons sont évoquées: vieillissement de la population, féminisation de la pratique médicale… mais jamais personne ne blâme l’administration!
D’autres bien-pensants encore, plus au fait de la « problématique », voudraient rapatrier dans les CHUs des services de haute qualité déjà offerts avec plus de célérité en centres périphériques. Ces mêmes services ont déjà des temps d’attente multipliés dans les CHUs. Je présume que les nouveaux concepteurs sauront trouver le personnel nécessaire dans les CHUs après avoir mis en retraite prématurée les infirmières spécialisées et réduit d’au-delà de 30% les entrées en programme de spécialisation il y a de çà quelques décades.
Avant que la population n’exige que ces administrateurs n’alignent leur performance sur le privé, qu’un effort soit fait pour élimer en priorité les « définisseurs» de problématique... et le budget aux malades s’en portera bien mieux.
Lors du dernier exercice de minceur de cette nature, les administrateurs sont demeurés alors que furent honteusement poussés vers la retraite des infirmières et des médecins de carrière.
La désespérance qui émane d’un tel contexte ne requiert aucun nouveau terme, elle se nomme incompétence.

De vieux mythes -  Carole Trempe
Les gestionnaires du réseau de la santé voient à assurer des services et des soins de qualité
La nomination des cadres supérieurs se fait par résolution du conseil d’administration. Leur révocation, leur démission sont entérinées de la même manière. Personne n’est nommé à vie.
L’auteure est directrice générale de l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux (ACSSSS). Elle réagit à l’opinion « Une bureaucratie inutile », signée par le neurologue Michel Aubé et publiée dans nos pages Forum mercredi dernier. La lettre du Dr Aubé me laisse stupéfaite. Il est en effet très étonnant qu’un médecin spécialiste oeuvrant au sein du réseau de la santé depuis 40 ans publie sur une tribune des faits qui s’avèrent totalement faux et non vérifiés. De tels propos ne tendent qu’à raviver de vieux mythes à l’égard des gestionnaires, mythes naguère et à bon droit, bien enterrés.
Les directeurs des services professionnels des établissements de santé sont des médecins omnipraticiens ou spécialistes.
Je me permettrai donc de rétablir les faits pour informer adéquatement la population qui bénéficie des services de santé et de services sociaux et qui a le droit de connaître le travail des directeurs qui occupent des fonctions d’encadrement supérieur dans notre réseau.
La nomination des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux se fait par résolution du conseil d’administration des établissements qui les embauchent. Leur révocation, leur démission sont également entérinées de la même manière. Personne n’est nommé à vie.
Dr Aubé, soyez rassuré sur le pouvoir retiré aux médecins dans l’administration des centres hospitaliers au profit de laïcs « plus que souvent ignorants de la chose médicale » : les directeurs des services professionnels (DSP) des établissements de santé sont des médecins omnipraticiens ou spécialistes.
Par conséquent, vos confrères font partie intégrante de l’équipe de direction des établissements de santé. À ce titre, ils participent également avec les autres directeurs à la prise de décision. Par surcroît, dans le cadre de ses fonctions, le directeur des services professionnels (DSP) est chargé d’assurer la liaison entre l’équipe médicale et la haute direction, assurant la circulation synallagmatique de l’information.
Il n’existe pas non plus de bonis secrets de l’administration. Peut-être faites-vous référence aux bonis au rendement que l’établissement peut octroyer aux équipes de directeurs ou à certains direc t eur s i ndiv iduel le - ment? Dans un cas comme dans l’autre, on parle d’un montant forfaitaire d’environ 2% par année, lorsqu’il est octroyé.
À l’origine, cette mesure a été introduite pour compenser le temps supplémentaire que font les dirigeants. En vertu du décret qui régit leurs conditions de travail, ils sont rémunérés pour 35 heures par semaine, alors qu’il est démontré qu’ils en travaillent minimalement 50.
Au passage, les rapports financiers des établissements de santé et de services sociaux sont publiés et les bonis au rendement sont déclarés, la population peut avoir accès à cette information.
Pour votre information, je me permets de vous référer au site de l’association (www. acssss.qc.ca). Vous y retrouverez une vidéo documentaire d’une quinzaine de minutes qui s’intitule L’influence du coeur. Cette vidéo a été tournée par l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux pour faire connaître la fonction de l’encadrement supérieur. Le scénario a été écrit à partir de rencontres auprès de certains directeurs du CSSS de Laval en collaboration avec le directeur général de cet établissement et en partenariat financier avec le MSSS.
Oh! Avant que je ne l’oublie, ceux que vous appelez les laïcs se nomment gestionnaires. Ces gestionnai res possèdent de très grandes valeurs humaines. Leur priorité: assurer des services et des soins de qualité à la population. Loin d’être incompétents, ils sont l’huile de coude qui fait rouler le système.



Femmes enceintes en Gaspésie : Une situation inconcevable, reconnaît le ministre  -  Pascale Breton
Il est inconcevable que les femmes enceintes de la HauteGaspésie doivent se déplacer constamment à Matane parce qu’elles n’ont pas accès à des services près de chez elles, reconnaît le ministre de la Santé, Yves Bolduc.
Pierre Pelletier et Stéphanie Lickfold ont dû parcourir 100 kilomètres pour la naissance d’Elsa, en raison du manque de services à l’hôpital de SainteAnne-des-Monts, en Gaspésie.
La Presse a publié hier un reportage sur la réalité des femmes enceintes de la région de Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, qui se retrouvent sans médecins accoucheurs.
Certaines doivent parcourir plus de 2000 km durant leur grossesse pour se rendre à leurs rendez-vous de suivi, en plus de devoir accoucher à Matane.
Cette situation risque d’ent ra î ner des compl ications graves, tant pour les mères que pour les bébés, craignent des médecins. D’ailleurs, une femme enceinte s’est endormie au volant en se rendant à l’un de ses rendez-vous, provoquant une collision frontale. Heureusement, elle s’en est tirée indemne, tout comme son bébé.
« On trouve inconcevable qu’elles doivent fa i re des milliers de kilomètres pour avoir des services alors qu’il y a beaucoup de services qui pourraient être donnés localement », a reconnu hier le ministre Bolduc, en réponse à une interpellation au cours de la période de questions à l’Assemblée nationale.
Au printemps, le ministre avait déclaré qu’il était « acceptable » que les femmes enceintes doivent se rendre accoucher à Matane.
Médecins demandés
L’Agence de santé et de services sociaux de la GaspésieÎles-de-la-Madeleine prépare actuellement un avis destiné au ministre concernant une éventuelle réouvertu re du service d’obstétrique et de gynécologie de l’hôpital de Sainte-Anne-des-Monts.
M a is pou r cela , il faut d’abord trouver des omnipraticiens en mesure de pratiquer des accouchements, des chirurgiens et des anesthésistes.
« Nous sommes en mode solution », a tout de même affirmé la porte-pa role du ministère de la Sa nté, Dominique Breton.
De son côté, le député péquiste de l’endroit, Pascal Bérubé, maintient la pression sur le gouvernement afin de ra mener les soins dans la région. Un regroupement de plusieurs centaines de personnes a d’ailleurs été créé sur Facebook pour « sauver le service d’obstétrique de Sainte-Anne-des-Monts ».
« On se retrouve dans une situation incroyable, déclare M. Bérubé. En tout temps, dans la M RC, il devrait y avoir un point de chute qui est l’hôpital des Monts (à Sainte-Anne-des-Monts) où on assure les soins de base. »
Le suivi abandonné
Que les femmes doivent accoucher à Matane, c’est une chose. Mais qu’aucun médecin ne soit en mesure d’assurer les suivis de grossesse en HauteGaspésie, c’est tout à fait déplorable, a dénoncé la porte-parole de l’Association des médecins en périnatalité du Québec, la Dre Andrée Garon.
« C’est vraiment déplorable que les médecins aient même abandonné le suivi de grossesse », lance-t-elle en entrevue à La Presse.
La spécialité de la gynécologie-obstétrique connaît des temps difficiles. Il manque du personnel dans les hôpitaux, sans compter les médecins et les sages-femmes. « Malheureusement, les régions plus éloignées et les petits centres paient la facture », déplore la Dre Garon.
E l le con st ate d ’a i l leu r s qu’un fossé sépare les «beaux discours entourant la politique de la périnatalité au Québec et la réalité sur le terrain ». Les femmes de la Haute-Gaspésie, mais aussi d’autres régions éloignées comme la Côte-Nord, en savent quelque chose.


DES FEMMES SONT LAISSÉES À ENCEINTES ELLES-MÊMES  -  Pascale Breton
Des complications qui n’ont pas été détectées à temps penda nt la grossesse, il risque d’y en avoi r dava ntage maintenant qu’il n’y a plus de services pour les femmes enceintes à Sainte-Anne-des-Monts.

« Ma crainte, c’est qu’on finisse par avoir des bébés mort-nés ou des problèmes parce que les femmes vont se présenter à la dernière minute », déclare la Dre Lorraine Saint-Germain, qui fait partie des omnipraticiens qui pratiquent les accouchements à Matane.
Au cours de la dernière année, une centaine de femmes de la Haute-Gaspésie se sont déplacées pour accoucher à Matane, à une centaine de kilomètres. Depuis cinq mois, deux ont aussi accouché aux urgences de l’hôpital de SainteAnne-des-Monts. Elles n’ont pas eu le temps de se rendre à Matane.
Mais ce qui inquiète le plus les médecins, ce sont les femmes qui ne vont pas à leurs rendez-vous de suivi de grossesse. Certaines n’ont pas de voiture. D’autres n’ont pas assez d’argent pour payer un voisin qui pourrait les y conduire. Elles se rendront à Matane le jour de l’accouchement seulement.
« On recule. C’est le retour à la petite Québécoise des années 1900 qui accouchait toute seule dans sa grange », dénonce la Dre Saint-Germain.
La MRC de Sainte-Anne-desMonts s’étend sur quelque 140 km, de Cap-Chat à Sainte-Madeleine. Une région au panorama magnifique, longeant des falaises et le fleuve en contrebas. Par temps clair, on aperçoit la Côte-Nord, de l’autre côté de la rive.
C’est aussi l’une des régions les plus pauvres du Québec, entre mer et montagnes. Tant la pêche que la forêt connaissent des années difficiles. À l’intérieur de certaines maisons à la peinture écaillée se cachent de nombreux chômeurs, des décrocheurs, des familles vivant de l’aide sociale.
Le service d’obstétrique et de gynécologie a fermé à la fin de 2007, avec le départ du dernier médecin accoucheur. Une fermeture qui devait être temporaire mais qui dure depuis 18 mois.
Jusqu’à récemment, des infirmières offraient au moins certains services à l’hôpital de Sainte-Annedes-Monts. Elles pouvaient écouter le coeur du bébé si nécessaire ou évaluer une femme en travail pour déterminer s’il était temps qu’elle se rende à Matane.
Ce service a été aboli il y a quelques semaines. « Ils épa rgnent sur le dos des femmes enceintes qui, déjà, avaient très peu de services chez elles », déplore la Dre Saint-Germain.
« C’était cher et nous sommes en redressement budgétaire », explique la directrice générale de l’hôpital, Hélène Laprise. « Quand on a cessé le service, il n’y avait aucune maman en demande d’évaluation, à court, moyen ou long terme. »
La volonté de la direction est toutefois de relancer complètement le service. D’ailleurs, les petits lits chauffants de la pouponnière, simplement recouverts d’un drap blanc, sont toujours en place. Aux murs, des affiches prônent l’allaitement tandis que des mobiles colorés sont encore suspendus au plafond.
L’hôpita l peine à atti rer des médecins depuis une dizaine d’années. Il manque la moitié des effectifs, soit une dizaine de médecins généralistes, des chirurgiens et des anesthésistes.
« En tant que CSSS (centre de santé et de services sociaux), on n’a peut-être pas mis tous les éléments en place pour favoriser le recrutement » reconnaît Mme Laprise.
Pour parer au plus urgent, la direction de l’hôpital espère mettre en place un programme pour suivre les femmes jusqu’à leur 26e semaine de grossesse avant de les diriger vers Matane.
Il faudra ensuite un an ou deux pour former une équipe complète en gynécologie et obstétrique afin de rouvrir totalement le service.
Incertitude
Mais rien n’est certain. Au printemps, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a remis en question la nécessité d’un tel service à Sainte-Annedes-Monts. Il estimait alors qu’il était « acceptable » que les femmes fassent la route jusqu’à Matane.
Relancé par le député de l’endroit, le péquiste Pascal Bérubé, le ministre a répété qu’il est préférable que les femmes accouchent à Matane.
« Pour des questions de sécurité pour la femme, pour l’enfant et pour le personnel, l’accouchement devra se faire à un autre endroit, et ça, il va falloir l’accepter parce qu’on n’aura pas le choix, pour une question de sécurité et de qualité des soins », a déclaré le ministre en juin, à l’Assemblée nationale.
L’Agence de santé et de services sociaux de la Haute-Gaspésie doit remettre un avis au ministre dans quelques mois pour réévaluer la question. « Soit qu’on offre le service avec les conditions de sécurité requises, soit qu’on n’offre pas le service », déclare le directeur médical de l’Agence, le Dr Claude Mercier.
Il souligne du même souffle que la Haute-Gaspésie « n’est pas le seul endroit de la province » qui vit une telle situation. Les Inuits et les résidants du Nord-du-Québec doivent aussi se déplacer, dit-il.
En attendant, les femmes enceintes se sentent abandonnées. Dans la rue, au restaurant, sur le quai, le manque de services en HauteGaspésie alimente les discussions.

« Un jour, ça ne s’appellera plus un hôpital, ce sera un gros CLSC. C’est un service essentiel dans un hôpital » dit Stéphanie Lickfold, une jeune maman.

Inquiétudes sur la 132
Kathy Gagné passe doucement la main sur son ventre, consciente qu’elle a failli perdre son bébé. Elle s’est endormie au volant en se rendant à Matane pour son suivi de grossesse et a percuté deux voitures.
« Je n’ai pas senti la fatigue. Je me suis réveillée et j’étais dans la voie inverse », raconte-t-elle.
Elle s’est retrouvée couverte d’ecchymoses, le ventre complètement noir. Des examens ont démontré que tout semble bien aller pour son bébé. « Je vais vraiment être rassurée quand je vais le voir », reconnaît toutefois la femme de 34 ans.
Ses inquiétudes ne sont d’ailleurs pas terminées. L’accouchement est prévu le 22 décembre. En Gaspésie, les tempêtes de neige sont fréquentes à cette période de l’année.
Il n’y a qu’une route pour se rendre à Matane : la 132. Elle n’a rien d’une autoroute. Le vent du large balaie constamment la neige, qui forme des lames sur la chaussée. La route est régulièrement fermée en raison des conditions météorologiques trop difficiles.
« Si je vais accoucher à Matane dans la tempête, je ne suis pas sûre que mon chum soit équipé pour m’accoucher dans l’auto », lance Mme Gagné, une pointe d’inquiétude dans la voix.
Comme plusieurs, elle se sent abandonnée. Comme si la Gaspésie ne pouvait avoir accès aux mêmes services que les autres régions.
« Ici, on se bat constamment pour avoir des services dans nos hôpitaux, on se bat pour nos écoles, on se bat pour avoir un travail », ajoute Mme Gagné.
Éducatrice spécialisée, elle est à même de constater la détresse dans laquelle vivent certaines familles. Elle se compte chanceuse mais sait que ce n’est pas le cas de tous. « On a un travail, mais la réalité n’est pas la même pour tous. Il y a beaucoup de gens qui sont défavorisés ici, qui n’ont pas les ressources pour se battre. »
À quelques rues de là, la petite Elsa, 9 mois, s’amuse avec ses jouets dans le salon, sous le regard de ses parents. Pour eux, il est clair que la venue d’un deuxième enfant sera planifiée. Pas question pour Stéphanie Lickfold d’accoucher en plein hiver.
« Sauf que planifier sa grossesse à cause des conditions météo, je trouve ça plate », déplore Mme Lickfold, qui a parcouru 2000 km pour son suivi de grossesse.
Elle se considère tout de même comme privilégiée. Elle n’a eu aucune complication et elle a évité le pire en accouchant en novembre.
« Je ne voudrais pas vivre la même situation que ma belle-soeur, qui a accouché au mois de janvier. Ils se sont rendus à l’hôpital de Matane de justesse. Quelques heures plus tard, la 132 était fermée », relate Mme Lickfold.
Contrairement aux femmes qui sont enceintes actuellement, la maman d’Elsa a aussi bénéficié de l’expertise des infirmières de Sainte-Anne-desMonts, un service qui a depuis été aboli, déplore-t-elle.
« J ’ava is des contractions, ma is comme c’était mon premier bébé, je n’étais pas trop certaine. L’infirmière m’a confirmé que c’était le vrai travail, mais elle m’a suggéré d’attendre encore avant de me rendre à l’hôpital. Elle m’a beaucoup aidée. »
Même en sachant qu’elle avait encore du temps pour se rendre à Matane, Mme Lickfold a tout de même fait le trajet en comptant ses contractions avec anxiété.
D’ailleurs, la distance est omniprésente dans les pensées des jeunes couples. « Je travaillais à Murdochville, à une heure et demie de route, à cette époque, dit Pierre Pelletier, le conjoint de Mme Lickfold. Tout ce que j’espérais, c’est qu’ils m’appellent assez vite pour qu’on ait ensuite le temps de se rendre à Matane. »
Le couple a l’impression que le gouvernement, l’Agence de santé et l’hôpital ont baissé les bras.
« Je comprends que c’est dur de trouver des médecins, mais ce que je reproche, c’est le manque de volonté pour essayer d’en trouver », lance Mme Lickfold.
Aujourd’hui, Elsa a 9 mois. Elle fait ses premiers pas en s’agrippant aux meubles. Ses parents continuent de se déplacer à Matane : il n’y a pas de médecins pour faire le suivi des bambins en Haute-Gaspésie. C’est aussi un problème.


Les bons soins ont un prix  -  Hugues Simard Cadieux
Dès qu’un problème de santé se complique, il faut parfois débourser des milliers de dollars... même au Canada
Personne au Canada ne doit s ’e ndet t e r , hypothéquer son avenir ou fa i re faillite pour se soigner, pour rester en vie. Vraiment ? Ayant déboursé entre 10 000 $ et 15 000 $ dans les dernières années afin de retrouver la santé, je ne peux m’empêcher de rester amer face à cette affirmation.
C’est vrai, le système de santé au Canada est gratuit et accessible à tous. Toutefois, cela ne garantit en rien des soins de santé adéquats et satisfaisants pour tous.
Notre système fonctionne bien lorsqu’il est question de soins d’urgence. Le patient qui se présente chez le médecin avec une fracture ou une coupure risque aussi d’être satisfait du traitement qu’il reçoit.
Par contre – et je suis certain que plusieurs personnes seront d’accord et se reconnaîtront ici –, si le problème est plus subtil, plus chronique et qu’il nécessite d’aller plus loin que les si mples tests de routine, c ’e st l à que les vrais problèmes commencent !
D’un spécialiste à l’autre, en passant par la médecine interne, et en retournant chez le médecin de famille (si on en a un) après chaque visite, le parcours est tellement long et lourd qu’il découragerait le malade ayant la détermination la plus inébranlable. On peut facilement se retrouver, quelques années plus tard, sans réponse devant un problème qui continue de prendre de l’ampleur.
Dans mon cas, employé de la SAQ âgé de 23 ans, c’est au moment où je me suis retrouvé incapable de travailler que j’ai réalisé qu’il ne fallait plus compter sur le système de santé public pour m’aider. Consultations au privé, tests, échantillons envoyés aux États-Unis et même en Angleterre pour analyse, rien n’a été laissé de côté. J’ai maintenant des dizaines de livres de médecine qui trônent dans ma bibliothèque et qui ont été très utiles.
C’est finalement un suivi avec un médecin ayant une pratique privée au centre-ville de Toronto qui a permis de mettre le doigt sur le bobo. Il s’agit du « Wilson’s temperature syndrome », un problème métabolique méconnu au Québec. Je ne suis pas encore guéri, mais le simple soulagement de savoir ce qui cloche valait les 400$ l’heure d’honoraires que demande ce médecin.
Cette semaine, une dame de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont appelle chez moi pour dire que mes résultats d’analyse sont complétés, que je peux passer les prendre ou qu’elle peut les faire parvenir à mon médecin. Elle a dû me trouver un peu perdu puisque j’ai mis un certain temps à comprendre qu’il s’agissait d’analyses datant du mois de juillet dernier, donc trois mois plus tôt. Je lui ai dit que je n’irais pas les chercher et que c’était inutile de les envoyer à mon médecin, puisque les choses avaient progressé entre temps.
Je me considère très chanceux d’avoir pu faire toutes ces démarches. Je pouvais compter sur mes parents pour me loger et me nourrir, alors que toutes mes économies y passaient et que j’étais sans revenus depuis un moment. Par contre, tout le monde n’a pas cette chance et les histoires semblables ne sont pas rares. J’entends souvent que des gens vont aux États-Unis et même à Cuba pour se faire opérer. Des parents qui partent en Europe faire soigner leur enfant et qui sacrifient tout le reste. Pour moi, c’est très compréhensible, la santé, c’est le plus important.
Les Américains ont grandement besoin d’un système de santé adéquat et accessible. Toutefois, je leur souhaite de ne pas trop s’inspirer du modèle public canadien.



Un an de congé payé avant la retraite  -  Denis Lessard
Un cadeau de 3 millions par année aux cadres du réseau de la santé
EXCLUSIF QUÉBEC — Un an de salaire en cadeau de retraite. Trop beau pour être vrai ? C’est pourtant le régime dont bénéficient les cadres du réseau de la santé au Québec.
Dès l’âge de 55 ans, les cadres du réseau de la santé au Québec peuvent bénéficier d’un an de salaire en quittant leur emploi.
A i nsi , dès l’âge de 55 a ns, les cad res du ministère d ’ Yve s B olduc qu i démissionnent avant d’avoir atteint le seuil de la retraite ont droit à une indemnité pouva nt at tei nd re u n a n de sa la i re. Une sit uation qui agace depuis plusieurs années le Conseil du Trésor. Et pour cause. Près de 80 % des cadres du réseau de la sa nté pa r tent à quelques mois de la date normale de leur retraite. L’indemnité de départ est si alléchante qu’il est devenu presque automatique qu’ils démissionnent avant leur retraite.
Dans l’actuelle ronde de négociations, le Conseil du Trésor menace d’abolir cette disposition l’a n procha in. Les représentants des cadres ont tenté de la troquer contre le déplafonnement de leur régime de retraite, ce que Québec a refusé.
Conséquence : bon nombre des 600 cadres – directeurs, directeurs adjoints et conseillers cadres (d’anciens patrons mis sur une tablette) du réseau de la santé « ont la main sur la poignée de porte et se préparent à partir avant que cette i ndem n ité soit abolie », confie une source dans le réseau. Cette généreuse indemnité n’a guère d’équivalent dans le secteur privé et reste unique dans le secteur public.
Interrogé en j uin par La Presse, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, avait dit ne pas con na ître le coût de cette mesure. Un recours à la Loi sur l’accès à l’information a cependant forcé son ministère à fournir des chiffres.
Cette disposition a coûté près de 3 millions de dollars en fonds publics en 20072008, la dernière année pour laquelle on a des statistiques. Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Charest, les coûts de cette indemnité ont augmenté de plus de 25 %.
Liberté 55
Le Ministère a analysé le départ de 124 cadres, directeurs de tous niveaux dans les hôpitaux, les CLSC, les agences rég iona les ou le Ministère. Pour bénéficier de l’indemnité – deux mois de salaire par année de service –, ces employés doivent avoir au moins 55 a ns et compter 15 années de service da ns le secteu r public ou parapublic.
Le constat est embarrassant pour Québec : des 124 c a s , 9 7 sont pa r tis ava nt d ’avoi r at tei nt 35 a n s de service – au-delà de 35 ans, on ne peut plus cotiser à sa caisse de retraite. De plus, pas moins de 80 cadres sont pa rtis ava nt leu r dernière a nnée normale de travail. Le nombre de cadres qui ont opté pour la retraite a fait un bond important, passant de 33 en 2005 à 60 en 2006.
Hier, le ministre Bolduc a expliqué que ces dispositions « font partie d’ententes convention nées » avec les a sso c iation s représent a nt ces cadres.
Cela semble particulier au ministère de la Santé, « mais dans le réseau de l’Éducation, je suis convaincu qu’ils ont aussi des clauses particulières », a-t-il résumé.
Au Conseil du Trésor, où l’on administre ces ind
emnités de départ, l’agacement dure depuis bien longtemps. Pour les syndiqués, le gouvernement serre la vis depuis des années et ne remplace désormais qu’u n seul employé pour deux qui s’en vont.


Santé : Méchant débat  -  MARIO ROY
Barack Obama est-il un nouveau Adolf Hitler ? A-t-il l’intention d’instituer des « tribunaux de la mort » pour départager ceux qui seront soignés de ceux qui ne le seront pas ? Les ÉtatsUnis deviennent-ils « un pays socialiste comme la Russie » ? Et ces trois questions comptent-elles parmi les plus stupides jamais posées?...
De fait, tout cela nourrit quotidiennement le débat sur la réforme du système de santé, aux États-Unis. L’animateur Rush Limbaugh a conscrit Hitler. Les tribunaux de la mort sont une gracieuseté de la républicaine Sarah Palin. Et c’est une citoyenne ordinaire de la Pennsylvanie qui a invité les socialistes russes au town hall meeting (une grosse assemblée de cuisine!) tenu dans son patelin.
Comme on le voit, les arguments et surtout le ton sur lequel ils sont assenés ont depuis longtemps dépassé les limites du raisonnable, atteignant parfois le niveau de la violence physique. Ça n’a rien de neuf. En 1994, alors qu’elle plaidait en public pour une réforme semblable, il était arrivé à Hillary Clinton de devoir porter une veste pare-balles !
Probablement nulle part au monde il n’est possible de discuter santé sans quelques dérapages – nous-mêmes en faisons régulièrement l’expérience ici. Pourquoi? D’abord parce que les soins posent une question de vie ou de mort, de sorte que chacun cède facilement à l’émotion. Ensuite, la résistance au changement est en ce domaine d’un poids pachydermique. Encore, les groupes de pression qui s’agitent dans le champ de la santé sont très puissants. Enfin sévit l’idéologie, d’où cette peur comique du « socialisme à la russe »...
Mais on aurait tort de se moquer.
Le « capitalisme à l’américaine », dont les Canadiens sont menacés chaque fois qu’on évoque ici le rôle du privé, est l’image-miroir du croque-mitaine slave ! Pas plus tard qu’hier, ce spectre a été à nouveau brandi par la Coalition canadienne de la santé ( puissant groupe de pression luttant contre tout changement), qui amorce une campagne auprès des médecins.
En ce sens, qu’elle réussisse ou qu’elle échoue, l’expérience américaine sera instructive pour nous. Elle donnera en effet un embryon de réponse à la question: une société vieillissante, devenue frileuse, portée sur le dogmatisme, « travaillée » par des lobbies bien organisés, peut-el le encore bouger, dans un sens ou dans l’autre ?
On le verra bientôt aux États-Unis. Et on le verra un jour chez nous : notre système de santé, à bien des points de vue supérieur à celui des ÉtatsUnis, n’en a pas moins besoin, lui aussi, d’être soigné.



Le Québec égoïste  -  ANDRÉ PRATTE
Un quart de siècle après que Robert Bourassa eut dénoncé la « médecine de guerre » prévalant au Québec, nous sommes pratiquement au même point.
Les Québécois aiment croire qu’ils forment une société plus juste, plus solidaire que les autres sociétés du continent. En témoigneraient les généreux programmes sociaux qu’ils se sont donnés au cours des ans.
Pourtant, nous tolérons depuis des décennies que des malades soient parqués dans des couloirs d’urgence pendant des heures, voire des jours, sans intimité, sans confort, presque sans soins. Les Québécois acceptent aussi en silence que des milliers de personnes âgées vivotent dans des centres d’hébergement où le personnel est mal formé, ou pas formé du tout, pour s’occuper d’eux. Des quasi-mouroirs où ils sont traités comme des enfants ou des débiles, où personne, surtout pas leur famille, ne vient les voir, leur parler, leur prendre la main.
Ces constats intolérables sont faits à intervalles réguliers par les médias (voir les reportages récents d’Ariane Lacoursière et de Pascale Breton dans La Presse), par le protecteur du citoyen, par la Commission des droits de la personne et combien d’autres. Les partis au pouvoir, les ministres, les comités, les plans d’action se sont succédé ; un quart de siècle après que Robert Bourassa eut dénoncé la « médecine de guerre » prévalant au Québec, nous sommes pratiquement au même point.
En 10 ans, le budget consacré à la santé par le gouvernement du Québec a augmenté de 10 milliards. Dix milliards! L’argent a-til été investi aux bons endroits?
Parlant de la situation dans les urgences et les centres d’hébergement pour personnes âgées, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a dénoncé mardi l’« échec flagrant » du gouvernement libéral. Compte tenu des engagements solennels pris par Jean Charest en 2003, l’expression est trop faible. Néanmoins, Mme Marois aurait mieux fait de s’abstenir. Ministre de la Santé il y a 10 ans, n’avait-elle pas elle-même lancé un « plan d’action global (...) pour trouver une solution définitive à la situation vécue dans plusieurs salles d’urgence » ? Les politiciens devraient cesser de promettre quoi que ce soit en ce domaine ; leur crédibilité est celle des charlatans.
La dure réalité, c’est que les besoins croissent beaucoup plus vite que les ressources qu’on arrive à y consacrer. Il faudrait donc concentrer encore plus les ressources publiques dans les secteurs prioritaires du système de santé. Malheureusement, les Québécois préfèrent éparpiller ces ressources parmi tous ces programmes et avantages dont ils si entichés : centres de la petite enfance à tarif modique, congés parentaux et assurance médicaments particulièrement généreux, droits de scolarité et tarifs d’électricité incroyablement bas. En euxmêmes, ces politiques peuvent avoir des effets bénéfiques. Mais au regard du pénible sort des patients dans les urgences et des vieux dans les centres d’hébergement, peut-on sérieusement considérer toutes ces dépenses comme prioritaires ?
Élus, bureaucrates, soignants et simples citoyens, nous avons le devoir moral de tout faire pour que les malades, les personnes âgées notamment, soient traités avec plus d’efficacité, de compassion et de dignité. À défaut, il faudra conclure que loin d’être solidaires, les Québécois sont plutôt horriblement égoïstes.

 

Anatomie d’une catastrophe 
ALAIN DUBUC
L’absence de standards pour les laboratoires de pathologie et l’absence de contrôles de qualité est tout à fait indéfendable.
Je me souviens d’avoir réagi avec une certaine condescendance quand TerreNeuve a été ébranlée par le scandale des tests de cancer du sein erronés, un drame qui nous rappelait que la province voisine était en quelque sorte le tiers-monde canadien. Eh bien! le tiers-monde, c’est aussi au Québec.
Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.
Une étude de l’Association des pathologistes affirme que de 15% à 20% des tests de marqueurs hormonaux – qui servent à déterminer le type de traitement pour le cancer du sein – effectués par les laboratoires de la province, seraient erronés. C’est une source d’angoisse terrible pour toutes les femmes qui ont été frappées par cette maladie.
Ce scandale, car c’en est un, nous envoie un signal inquiétant sur l’état de délabrement de notre système de santé. Ce n’est pas un accident, mais le symptôme d’un mal plus profond qui révèle au moins cinq problèmes persistants qui rendent ce système ingérable.
Premièrement, à quoi sert donc le ministère de la Santé? Il y a eu un drame à Terre-Neuve, qui a fait l’objet d’une commission d’enquête. C’est la province d’à côté. Comment se fait-il que personne n’ait allumé, que personne n’ait voulu vérifier l’état de nos laboratoires? Il y a des milliers de fonctionnaires au ministère de la Santé. On a un Institut de santé publique. Et il a fallu que ce grave problème soit révélé grâce à une initiative de l’Association des pathologistes. Voilà une grave anomalie.
Deuxièmement, cela met en relief le retard du Québec dans ce qui devrait être une priorité, une approche intégrée dans le dépistage et le traitement du cancer. Une maladie qui doit être une priorité en raison de ses ravages et de l’angoisse qu’elle peut provoquer. Si un problème aussi criant a pu passer inaperçu, c’est manifestement que le monde de la santé est encore paralysé par sa structure en silo, où chaque composante du système de santé fonctionne en vase clos.
Troisièmement, la déresponsabilisation. On a consacré beaucoup d’encre et de salive au Québec sur la place du privé en santé, un débat stérile, qui fait oublier les véritables enjeux. L’important, ce n’est pas de savoir qui fait quoi, le privé ou le public, mais bien qui décide. C’est l’État qui doit être le garant du système, qui doit définir les standards et les faire respecter. L’absence de standards pour les laboratoires de pathologie et l’absence de contrôles de qualité est tout à fait indéfendable. Dans ce cas précis, l’État n’a pas joué son rôle.
Quatrièmement, la stratégie du pompier. Cette inaction s’explique en partie par le fait que dans ce système au bord de la crise, on pare au plus pressé. Les interventions portent en général sur les enjeux les plus visibles: attentes en chirurgie, urgences. Au détriment des activités de l’ombre, comme la pathologie.
Cinquièmement, la gestion médiatique. Dans un système où tout le monde se bat pour des ressources rares, la meilleure façon d’obtenir des fonds, c’est de passer par les médias, pour faire bouger le ministre. Les pathologistes ont joué ce jeu, en lâchant une étude très partielle dans le public, au lieu de travailler avec le Ministère. Ils ont provoqué une panique. Le président de la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan Barrette, en a remis. C’est très irresponsable, mais hélas, ça fonctionne. Et ça ajoute au chaos.
Il y a une conclusion à tirer de cette histoire, et elle n’est pas rassurante. Les problèmes de la santé au Québec ne s’expliquent pas seulement par une pénurie de personnel ou un manque d’argent. Ils tiennent au fait que ce système est toujours ingérable.


Les Québécois se tournent vers les cliniques sans rendez-vous
MÉDECINE FAMILIALE
Dans tout le Canada, c’est au Québec que les patients sont les moins nombreux à pouvoir compter sur unmédecin de famille lorsqu’ils sont malades.
Seulement les trois quarts des Québécois ont un médecin régulier qu’ils peuvent consulter en cas de besoin. Cette proportion grimpe à 85% à l’échelle canadienne.

Les Québécois sont également deux fois plus nombreux que les autres Canadiens à se présenter dans une clinique sans rendezvous ou un CLSC lorsqu’ils ont un problème de santé.
Voilà ce que révèle un nouveau rapport publié par l’Institut canadien d’information sur la santé ( ICIS) portant sur l’expérience vécue en soins de santé primaires au Canada.
En ce qui a trait à l’accès à un médecin de famille, « le Québec est assurément distinct comparativement aux autres provinces », analyse Claude Lemay, gestionnaire à l’ICIS.
La nouvelle étude a été réalisée d’après l’Enquête canadienne sur l’expérience des soins de santé primaires, menée en 2008 par Santé Canada et cofinancée par l’ICIS. Cette enquête a permis d’interroger plus de 11 000 Canadiens.
Elle révèle notamment qu’une majorité de Canadiens se tournent généralement vers la même clinique dès qu’ils ont un problème de santé mineur. Une situation qui prévaut aussi au Québec, mais dans une proportion légèrement moindre : 91% comparativement à 85%.
La différence la plus importante entre le Québec et le reste du Canada vient du type d’établ issement visité. Les trois quarts des répondants à l’échelle canadienne ont ainsi affirmé qu’ils consultent généralement dans une cl inique ou un cabinet de médecin. Au Québec, seulement 58% des répondants se tournent vers ce type d’établissements de santé. Le tiers des patients québécois se présentent plutôt dans une clinique sans rendez-vous ou un CLSC.
Malgré ces différences, une for te proport ion de répondants se disent satisfaits des soins reçus. « La question qui demeure est qu’il y a un certain pourcentage de gens qui disent ne pas avoir d’endroit régulier où aller. Il y a aussi un certain pourcentage de gens qui disent ne pas avoir de médecin de famille, et c’est plus élevé au Québec », déclare M. Lemay.
I l serait intéressant , dans une enquête subséquente, de tenter de voir les raisons qui expliquent cet te si t uat ion, ajoute-t-il.
Maladies chroniques
L’étude s’est aussi penchée sur les Canadiens qui souffrent d’une maladie chronique et qui doivent faire l’objet d’un suivi régulier auprès d’un médecin.
Le quart de la population canadienne est atteinte d’un problème de santé chronique, qu’il s’agisse de diabète, d’une maladie cardiaque, d’hypertension artérielle ou encore de quelqu’un qui a été victime d’un AVC.
Pouvoi r compter sur un médecin de famille ou, du moins, avoir une clinique médicale où son dossier est connu est très important, affirme la Dre Sharon Johnston, médecin de famille et professeur à l’Université d’Ottawa.
« Il s’agit d’une mesure fondamentale, car tout le reste en dépend. Avoir un endroit où on peut aller de façon régulière est ainsi associé à moins de visites aux urgences », précise la Dre Johnston.
Bonne nouve l l e, l ’ étude publiée par l’ICIS démontre que la majorité des répondants atteints d’une maladie chronique ont été suivis à leur clinique régulière au cours de la dernière année. Par contre, une proportion importante d’entre eux ont confié ne pas avoir de plan de traitement ou n’avoir pas été suf fisamment conseillés par l’équipe médicale.
« Il faut du temps, reconnaît la Dre Johnston. Ce n’est pas seulement en une visite que nous allons élaborer un plan de traitement et qu’il sera parfait pour les 12 mois à suivre. »
Le concept d’autogestion de la maladie par le patient demande d’ailleurs beaucoup d’ajustements et d’évolution, de la part tant du médecin que du patient. Des changements qui sont longs à implanter.

Urgences : Victimes de leur succès  -  Alain Larouche
La mission première des urgences serait-elle noyée dans une multitude d’autres activités ?
Des centaines de lits pourraient être libérés si on organisait la première ligne de manière adéquate pour les personnes qui souffrent d’une maladie chronique.
L’auteur est médecin du Groupe conseil santé Concerto et expert-conseil en organisation des services médicaux.
Tous les partis politiques ont voulu améliorer la situation dans les urgences en y consacrant des ressources considérables. Mais en essayant de rendre les urgences plus performantes, se pourrait-il qu’on y crée de la congestion?
Depuis 25 ans, l ’ accessibi l ité aux services des urgences fait les manchettes. Tous les partis politiques ont voulu améliorer la situation et, sans l’ombre d’un doute, des ressources considérables y ont été consacrées: construction d’unités spacieuses dernier cri, acquisition d’équipement, équipes d’experts nationales, etc. Mais les améliorations attendues ne sont pas au rendez-vous et parfois, la situation empire. Se pourrait-il que plus on essaie de rendre les urgences performantes, plus on y crée de la congestion? Se pourrait-il que la mission première d’une unité d’urgence, soit de soigner des situations urgentes ou présumées urgentes, se perde dans une multitude d’autres activités, comme celle de répondre à des demandes pour des services qui devraient être accessibles ailleurs? Y aurait-il méprise quant à la nature du problème?
Quand un patient est amené aux urgences pour une situation urgente, il n’y a pas de problème: l’action est immédiate, l’état est stabilisé et l’hospitalisation est rapide. Cependant, certains de ces patients attendent un lit d’hospitalisation depuis les urgences puisque celles-ci sont dotées de capacités de surveillance équivalentes, parfois même supérieures, à celles des étages de l’hôpital. On peut se questionner ici sur la mission de ces urgences. D’autres situations laissent songeurs: • des malades chroniques dont la condition de santé s’est déséquilibrée ou des personnes en perte d’autonomie qui se font traiter aux urgences faute de soins adéquats accessibles ailleurs dans le réseau;
• des personnes qui présentent un problème subaigu et qu’on garde un peu plus longtemps pour compléter une investigation non urgente;
• des personnes alitées par compassion par l’infirmière du triage – celle-ci sachant que si elle renvoie le patient dans la salle d’attente, celui-ci attendra beaucoup plus longtemps (on a observé, dans une des urgences, que 14% des patients étaient de retour à la maison dans un délai maximum de trois heures après avoir été installés sur une civière);
• des patients gardés en observation pour compléter des traitements qui devraient être offerts ailleurs dans l’établissement;
• des visites de relance, voire des visites sur rendez-vous!
La moitié de toutes les journées d’hospitalisation sont le lot de moins de 3% de la population du Québec (sur une période de trois ans). Ces personnes sont hospitalisées trois fois ou plus et pour une majorité d’entre elles, ce sont des personnes porteuses de multiples maladies chroniques. Ces dernières présentent des conditions de santé très sensibles à une bonne organisation des services ambulatoires, des soins proactifs, coordonnés, donnés par des équipes interdisciplinaires en soutien actif au médecin de famille.
Là où ces mesures ont été implantées, on a observé des chutes des taux d’hospitalisation de 50% à 80%. On parle ici de centaines de lits au Québec qui pourraient être libérés si on organisait la première ligne de manière adéquate. À ceux qui diront qu’il faut de l’argent pour cela, je réponds qu’on en dépense bien plus pour opérer comme on opère actuellement. La démonstration se fait facilement.
Il est vrai qu’avec l’âge et le cumul des maladies chroniques, les risques de perte d’autonomie sont élevés. Or, il est connu que lorsqu’une personne est en perte d’autonomie physique, le pire service à lui rendre, c’est de la coucher sur une civière en attendant que… C’est ce que l’on fait lorsque cette personne est amenée aux urgences. Il existe pourtant des modes d’intervention efficaces, connus, évalués nous permettant de maintenir, voire d’améliorer le niveau d’autonomie de ces personnes à l’extérieur du milieu hospitalier.
Y a-t-il de l’espoir? Assurément. La priorité doit être accordée aux soins des malades chroniques, dans la communauté, à l’aide d’équipes interdisciplinaires en soutien aux médecins de famille et avec le patient et ses proches, qui sont dans le coup pour la prise en charge de leurs problèmes de santé. Ah oui, j’oubliais! Manque-t-il de médecins de famille? Certainement, si on continue de fonctionner comme cela.
Une collègue racontait récemment, lors d’une allocution, son expérience de médecin de famille qui fait de tout et qui a une très large clientèle. Elle affirmait ne pas avoir de liste d’attente parce qu’elle s’organise autrement! Plusieurs initiatives existent au Québec. Il s’agit de s’en inspirer et de cesser de miser sur les urgences.




Seulement 2,2 médecins par 1000 habitants en 2007
Le Canada sur un pied d’égalité avec la Pologne
La croissance du nombre de médecins en activité n’a été que de 0,2% au Canada entre 1990 et 1997 alors que la Corée affiche une croissance de 4,5%.
Au palmarès des pays qui comptent le plus de médecins par 1000 habitants, le Canada se classe dans les tout derniers rangs de l’Organisation de coopération etde développement économique (OCDE).
Le Canada se classe beaucoup mieux en ce qui a trait à l’équilibre recherché entre le nombre de spécialistes et de médecins généralistes. En fait, on atteint la parité, laquelle est saluée par l’OCDE qui y voit une bonne façon de réduire les coûts en soins de santé grâce à la prévention.
Seuls la Turquie, la Corée, le Mexique et le Japon font moins bien que nous à ce chapitre.
Le Canada arrive sur un pied d’égalité avec la Pologne, avec 2,2 médecins par 1000 habitants en 2007. La surprise, c’est que les États-Unis n’en ont que 2,4, ce qui les place eux-mêmes assez loin dans le classement, au 23e rang. Les plus performants dans cette catégorie? La Grèce, la Belgique, les Pays-Bas et la Norvège.
Le document Éco-Santé de l’OCDE, publié hier, permet d’établir d’autres comparaisons intéressantes sur les systèmes de santé des différents pays.
Ainsi, le Canada se classe aussi plutôt mal en ce qui a trait à l’évolution du nombre de médecins entre 1990 et 2007. Les pays qui, comme le Canada, comptent peu de médecins – le Mexique et la Corée – font des efforts beaucoup plus considérables pour redresser le tir.
Ainsi, la croissance du nombre de médecins en activité n’a été que de 0,2% au Canada entre 1990 et 1997 alors que la Corée affiche une croissance de 4,5%, le Mexique, de 4,2%, et l’ensemble des pays de l’OCDE, de 2% en moyenne.
Le Canada se classe beaucoup mieux en ce qui a trait à l’équilibre recherché entre le nombre de spécialistes et de médecins généralistes.
Ici, c’est la parité, laquelle est saluée par l’OCDE qui y voit une bonne façon de réduire les coûts en soins de santé grâce à la prévention. Au contraire, la Grèce et la Pologne comptent presque exclusivement des spécialistes.
En moyenne, dans les pays membres de l’OCDE, on recense deux fois plus de généralistes que de spécialistes et cette tendance n’est pas près de s’inverser puisque de façon générale dans ces pays, « la majorité des étudiants en médecine choisissent actuellement de se spécialiser », peut-on lire dans Éco-Santé.
Les médecins sont rares, très rares, et les pays se les arrachent. Aux ÉtatsUnis et au Royaume-Uni, l’augmentation du nombre de médecins ces dernières années a résulté, pour moitié environ, du recrutement de médecins formés à l’étranger.
Enfin, c’est au Royaume-Uni que les médecins ont eu les meilleures augmentations de salaire : les généralistes ont vu leur rémunération croître de 6% entre 1997 et 2007 et les spécialistes, de 3,8% au cours de la même période, si bien qu’aujourd’hui, dans ce pays, généralistes et spécialistes ont des salaires quasi équivalents.
Au cours de la période de référence de 1997 à 2006, tant les généralistes que les spécialistes canadiens ont vu leur rémunération croître de 0,4%. La Suisse et l’Autriche sont les seuls pays où les médecins ont subi des réductions de salaire.



Urgences : TOUJOURS PLUS D’ATTENTE -  Pascale Breton
Le temps passé aux urgences augmente d’année en année. Il atteint maintenant 17h06 en moyenne pour l’ensemble du Québec. La clientèle est vieillissante et malade. La tâche est toujours plus lourde pour le personnel. Et le ministre reconnaît qu’il faudra p
Les difficultés connues dans les urgences touchent l’ensemble de la province, note la présidente de l’Association des médecins d’urgence du Québec, la Dre Geneviève Bécotte. « La situation s’aggrave, mais se généralise surtout », dit-elle.
L’achalandage augmente constamment dans les hôpitaux du Québec . L’attente également. Les malades ont passé en moyenne 17h06 aux urgences l’an dernier, ce qui est encore loin de l’objectif ministériel de 12 heures.
La situation dans les urgences s’est dégradée ou est restée la même dans plus des trois quarts des hôpitaux de la province depuis l’an dernier, révèle le quatrième palmarès des urgences de La Presse. Et les choses ne s’amélioreront pas à court terme, a reconnu le ministre de la Santé, Yves Bolduc : « Il reste encore beaucoup à faire. »
La pat ience est de mise, révèle le quatrième palmarès des urgences de La Presse. La situation s’est dégradée ou est restée la même dans plus des trois quarts des hôpitaux de la province. Seulement un hôpital sur cinq s’est suffisamment amélioré pour obtenir une meilleure note cette année dans notre palmarès.
La situation ne s’améliorera pas à court terme, reconnaît le ministre de la Santé, Yves Bolduc. « En ce qui concerne les urgences, nous avons fait beaucoup au cours des dernières années, mais il reste encore beaucoup à faire », a-t-il déclaré à La Presse dans le cadre d’une entrevue pour réagir au palmarès des urgences (voir autre texte).
Les gens qui se présentent aux urgences sont de plus en plus âgés et malades. Le nombre de patients sur civières augmente, tout comme le nombre de patients qui arrivent par ambulance. Par conséquent, la durée moyenne de séjour (le temps passé aux urgences) augmente aussi.
À Montréal, l’hôpital NotreDame, au CHUM, se retrouve encore une fois en queue de peloton, avec une note de E+.
Il est rejoint par l’hôpital Saint-Françoi s - d’Assi s e , à Québec, qui a connu de grosses difficultés cette année. Le départ récent de plusieurs médecins des urgences n’a pas amélioré la situation, au point où l’hôpital pourrait même faire appel à des médecins dépanneurs pour éviter les ruptures de service cet été.
L’Hôpital d’Arthabaska, considéré par le ministère de la Santé comme un hôpital d’envergure importante, réussit pour sa part à tirer son épingle du jeu. Il obtient une note de A-. Même chose pour l’Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec (anciennement appelé Hôpital Laval).
Du côté des hôpitaux de petite taille, ceux de la Gaspésie se distinguent encore une fois. L’Hôpital de Chandler et l’Hôpital de Gaspé obtiennent même la note parfaite de A.
Les 11 salles des urgences en difficulté, ciblées par le ministre de la Santé au moment de sa tournée des urgences au printemps, se retrouvent toutes parmi les dernières de notre classement.
De façon générale, le palmarès révèle que les régions de Montréal, de l’Outaouais, de la Montérégie, des Laurentides et de Lanaudière connaissent des difficultés importantes.
Cette année, les régions de la Capitale-Nationale et de la Mauricie, en raison de la performance du centre hospitalier régional de Trois-Rivières, connaissent aussi des ratés.
En revanche, les hôpitaux de l’Estrie, du Saguenay– Lac-SaintJean, de la Gaspésie et du BasSaint-Laurent se portent mieux de façon générale.
Les difficultés connues dans les urgences et les problèmes d’engorgement touchent l’ensemble de la province, note la présidente de l ’Association des médecins d’urgence du Québec, la Dre Geneviève Bécotte.
« Ce qui est nouveau, c’est qu’il y a de plus en plus de régions touchées . Ce n’est plus seulement Montréal ou Laval, c’est maintenant dans les régions rurales et ça touche de nouveaux milieux urbains comme T r oi s - Ri v i è r e s e t Québec. La situation s’aggrave, mais se généralise surtout », analyse la Dre Bécotte.
Pas d’améliorations à court terme
Et il ne faut pas espérer de changements importants à court terme. La durée moyenne de séjour augmente d’année en année. Il s’agit du temps passé aux urgences, du moment où le patient est vu par le médecin et le personnel, jusqu’à son hospitalisation aux étages ou sa sortie de l’hôpital.
Cette attente a augmenté de plus de 30 minutes depuis l’an dernier. Elle atteint désormais 17h06. C’est bien loin de l’objectif de 12 heures fixé par le ministère.
Le pourcentage de séjour de plus de 4 8 heures au x urgences, donc la proportion de malades qui passent plus de deux jours aux urgences avant d’obtenir leur congé ou d’être hospitalisés aux étages, augmente également constamment. Une situation qui risque de durer pour les prochaines années.
« Malheureusement, ça n’ira pas en s’améliorant à court terme, croit la Dre Bécotte. Les périodes estivales sont toujours très difficiles, avec un roulement de personnel important pendant ces périodes. À court terme, ce serait illusoire de penser que ça va se régler, car i l n’existe pas de solutions faciles. C’est plutôt un ensemble de facteurs qui ont une influence. »
S.O.S. médecins de famille
Les solutions à l’engorgement des urgences ? Les Québécois doivent avoir un meilleur accès à un médecin de famille afin de pouvoir se tourner vers lui avant d’aboutir, en désespoir de cause, aux urgences, explique la présidente de l’AMUQ.
Une opinion que partage la directrice générale de l’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), Lise Denis.
Il f aut aus s i déve - lopper plus de services lorsque le patient sort de l’hôpital, que ce soit en mat ière d’hébergement ou de maintien à domicile. « Tant qu’on n’aura pas organisé ces services correctement et mis les investissements qu’il faut, on aura de la difficulté à tendre vers une durée moyenne de séjour de 12 heures », croit Mme Denis.
Dans le contexte, elle se réjouit tout de même de constater que la moitié des hôpitaux se sont maintenus. Pour la directrice générale de l’AQESSS, la situation aurait pu être pire, car la clientèle âgée et le nombre de malades qui requièrent une hospitalisation aux étages ont beaucoup augmenté au cours de la dernière année. « Malgré cette augmentation, les hôpitaux ont réussi à contenir, jusqu’à un certain point, une explosion qui aurait pu se produire au niveau de la durée moyenne de séjour. »


La situation à Montréal demeure la plus difficile
En moyenne, les malades passent 19h48 aux urgences, le pire taux de la province
La gestion des urgences est toujours difficile àMontréal. C’est dans la région qu’on retrouve les pires durées de séjour aux urgences de toute la province.
En moyenne, les malades passent 19h48 aux urgences avant d’obtenir leur congé ou d’être hospitalisés aux étages. C’est tout de même une demi-heure de moins que l’an dernier, s’encourage le président et directeur général de l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal, David Levine.
« Ça démontre au moins que notre suivi rigoureux garde tout le monde en alerte et ne permet pas une détérioration importante », déclare-t-il.
Trop de personnes se présentent aux urgences en dernier recours. Même les médecins de famille y envoient leurs patients pour qu’ils voient un médecin spécial iste plus rapidement , affirme M. Levine.
Pour remédier au problème, une infirmière-pivot sera nommée dans chaque hôpital. Les médecins des cliniques pourront lui envoyer des patients. Elle les enverra passer les examens nécessaires avant de leur trouver un rendez-vous avec un spécialiste, ajoute le PDG de l’agence.
Facteurs aggravants
La situation deMontréal est particulière, note pour sa part le chef des urgences de l’Hôpital général juif, le Dr Marc Afilalo. Son hôpital, pourtant reconnu pour sa bonne gestion des urgences, a d’ailleurs vu sa durée moyenne de séjour passer de 13h06 il y a quatre ans à 16h16 cette année.
La région compte pas moins de huit hôpitaux universitaires. La clientèle est de plus en plus âgée et malade. Le volume d’ambulances augmente d’année en année, tout comme le nombre de patients couchés sur civière.
Ce sont des facteurs qui accentuent la lourdeur de la tâche dans les urgences, dit le Dr Afilalo. « C’est plus difficile d’année en année. La clientèle est plus lourde, les maladies chroniques et le cancer sont des entités qui prennent de plus en plus de place dans un hôpital et le resserrement des lits occupés par des gens qui ne devraient pas être là est un problème criant. »
Urgences en difficulté
Dans tout le Québec, c’est à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont que le patient passe le plus de temps aux urgences, avec une moyenne de 34h18.
Au cours de sa tournée de 11 des salles des urgences en difficulté, au printemps, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a ciblé l’un des problèmes : l’hôpital manque de lits de courte durée.
« Le projet est entraitement ence moment et devrait se traduire par l’ouverture d’un certain nombre de lits dans les prochains mois », indique le porte-parole de l’hôpital, Pascal Mailhot. Il souligne du même souffle que les besoins sont croissants. L’hôpital dessert un bassin d’un demi-million de personnes, soit près de 30% de la population de Montréal.
Le temps passé aux urgences est aussi très élevé à l’hôpital Santa Cabrini, avec 29h12 en moyenne. À l’hôpital Notre-Dame et à l’Hôtel-Dieu du CHUM, ce n’est guère mieux. La durée moyenne de séjour y est respectivement de 27h18 et 27h48.
D’année en année, la situation est d’ailleurs toujours très difficile à Notre-Dame, reconnaît le directeur des services professionnels du CHUM, le Dr Charles Bellavance.
« On est bien conscients du problème et il y a bien des choses qu’on a mises de l’avant, mais ça prend du temps. Cela se fait progressivement d’année en année » , explique le Dr Bellavance.

L’hôpital Notre-Dame ne dispose pas de la marge de manoeuvre dont il aurait besoin. Dès qu’il manque de lits aux étages, les urgences s’en ressentent. La direction cherche aussi à replacer à l’extérieur de l’hôpital les patients qui occupent un lit de courte durée alors qu’ils ont plutôt besoin d’une place en hébergement ou en soins de longue durée.

NÉONATALOGIE  Les hôpitaux montréalais débordés

Alors que le département de néonatalogie du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine est fermé aux transferts depuis six jours, les autres hôpitaux de Montréal sont débordés. La pénurie de lits en néonatalogie au Québec, qui dure depuis environ cinq ans, atteint ces jours-ci des sommets inégalés dans la métropole.
« On est débordés depuis longtemps. Mais plus on avance, pire c’est. On est dans l’eau chaude, et l’eau se réchauffe de plus en plus », explique la chef du département de néonatalogie de l’Hôpital de Montréal pour enfants, la Dre Thérèse Perreault.
Alors que l’Hôpital de Montréal pour enfants n’a le personnel que pour accueillir 18 patients en néonatalogie, l’établissement en traite constamment 20. « Lundi soir, notre infirmière-chef est même restée pour prendre soins des patients. Ce n’est pas tout à fait normal », note la Dre Perreault.
Le département de néonatalogie de l’Hôpital de Montréal pour enfants est si plein que des ventilateurs ont failli manquer cette semaine. « Si on avait eu un seul nouveau patient à ventiler, on n’aurait pas eu le matériel pour le faire », précise la Dre Perreault.
La présidente de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec, la Dre Corinne Leclercq, confirme que la situation dans les départements de néonatalogie n’est pas unique au CHUSainte-Justine. « C’est dans tous les centres universitaires, assure la Dre Leclercq. Pendant ce temps, les hôpitaux intermédiaires qui doivent transférer des patients perdent un temps fou à leur trouver une place. Et souvent, dans le cas de ces patients, chaque minute compte. »
La pénurie de personnel en néonatalogie force la fermeture de plusieurs lits. Remplis à pleine capacité, les hôpitaux débordent.
La Dre Leclercq dit que les problèmes dans les départements de néonatalogie sont connus du gouvernement depuis longtemps. « Une table sectorielle mère-enfant a été mise sur pied. On a dit qu’on veut un site unique informatisé où les places disponibles dans les hôpitaux universitaires seraient inscrites en temps réel. Ça nous éviterait de faire de longs appels pour transférer des patients », explique-t-elle.
Les centres de néonatalogie de la province ont aussi reçu au cours des derniers mois la visite d’inspecteurs du gouvernement. « On a été évalués. Mais il va falloir voir ce que ça va donner concrètement », dit la Dre Perreault.
En attendant, le CHU SainteJustine compte rouvrir son département de néonatalogie aux transferts dès demain. « Mais il va falloir réévaluer la situation. Car même si on était fermé, on a dû accepter certains cas et là, on est aussi achalandé qu’avant », explique la porte-parole de l’hôpital, Mélanie Dallaire.
La crise dans les départements de néonatalogie risque donc de se poursuivre. « Actuellement, si la néonatalogie continue de rouler au Québec, c’est parce que les gens qui s’en occupent sont pleins de bonne volonté. On a le souci du patient. Sinon, ça tomberait », affirme la Dre Perreault.


Obésité morbide : Des années avant d’être opéré -  Pascale Breton
Québec veut lutter contre l’obésité morbide et améliorer l’accès à la chirurgie bariatrique. Mais il faudra encore des années avant que les changements se fassent sentir. Pendant ce temps, des milliers de personnes attendent. Leur santé se détériore. Elle
Pour les patients obèses qui ne sont pas inscrits sur une liste d’attente, inutile d’espérer subir une opération bariatrique avant de nombreuses années. Sur son site internet, le Dr Nicolas Christou, l’un des spécialistes de la chirurgie bariatrique au Québec, est très clair. « Même avec l’annonce du ministre Bolduc, nous ne sommes pas capables de vous placer sur la liste d’attente avant d’éliminer la liste déjà en place. »
Il faudra encore de trois à cinq ans pour y arriver, ajoute le Dr Christou.
Pourtant, le plan d’action qu’a récemment produit le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a été applaudi comme un pas dans la bonne direction. Québec veut faire passer le nombre d’opérations de 840 cette année à 3000 dans trois ans. Il a désigné deux centres d’excellence, le campus Lachine du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec ( hôpital Laval), pour accueillir le plus fort volume de patients. Le problème, du moins en ce qui concerne le CUSM, c’est qu’il faudra encore quelques années avant que le bloc opératoire du campus Lachine ne soit fonctionnel.
D’ici là, toutes les interventions bariatriques continuent d’être faites à l’hôpital Royal-Victoria, où le temps opératoire est très limité.
En fait, l’équipe de deux chirurgiens de l’hôpital ne dispose que d’une journée par semaine pour opérer les patients. Et encore.
« De 30 à 40% des cas sont annulés à cause d’un manque de lits pour soigner ces patients après l’opération. Il faut faire un choix entre quelqu’un qui a besoin d’une intervention pour un cancer de l’estomac, par exemple, ou pour une dérivation gastrique. C’est toujours l’estomac qui gagne », explique le Dr Christou, directeur du département de chirurgie.
Frustré de ne pas pouvoir opérer davantage de patients, le médecin s’est même retiré du régime d’assurance maladie du Québec au début de l’année. Désormais, les patients qui voudront être opérés par lui devront le consulter au Centre métropolitain de chirurgie plastique.
Il continue néanmoins de travailler à l’hôpital, opérant gratuitement les patients qui sont déjà inscrits sur sa liste lorsqu’il obtient du temps opératoire.
Pour contourner le problème de gestion des salles, il faut que l’hôpital fasse de la chirurgie bariatrique une priorité. Et pour cela, « le ministre doit garantir l’accès à cette chirurgie [après une période d’attente de] six mois ou un an, comme il l’a fait pour les opérations du genou, de la hanche ou de la cataracte », croit le Dr Christou.
Attirer plus de chirurgiens
À l’hôpital Laval, 200 km plus loin, le chef du département de chirurgie générale, le Dr Simon Biron, se considère comme chanceux. Avec son équipe de six chirurgiens, il opère à temps plein. Une nouvelle salle destinée à la chirurgie bariatrique vient même d’être inaugurée dans ce centre d’excellence désigné par le gouvernement.
Depuis plus de 20 ans, le Dr Biron et ses collègues contribuent au rayonnement de la chirurgie bariatrique. Mais aujourd’hui, il n’y a pas suffisamment de chirurgiens qui s’intéressent à ce domaine pour répondre à la demande.
« J’espère que le plan d’action va éveiller des vocations. Nous nous sommes battus pour faire reconnaître la chirurgie bariatrique. Nous avons une belle équipe ici, mais il faut qu’il y ait plus de chirurgiens ailleurs, dans les régions entre autres », croit le Dr Biron.
Il est convaincu des bienfaits de l’opération. Les patients maigrissent et les maladies associées à leur obésité disparaissent dans bien des cas. « Ça reste une intervention, pas un miracle », prévient-il toutefois.
Est-ce que l’opération augmente l’espérance de vie ? Sans doute. « Mais elle redonne avant tout une qualité de vie. C’est ce qui est le plus important », souligne le chirurgien de l’hôpital Laval.
Pour un chirurgien, il est valorisant de travailler auprès de patients qui souffrent d’obésité morbide, indique pour sa part le Dr Denis Gravel, de la Cité de la santé, à Laval.
« Les patients sont reconnaissants et c’est ce qu’il y a de plus beau pour un chirurgien. »
Lui aussi se réjouit du plan d’action. Grâce au budget qui y est associé, l’hôpital pourra opérer plus de patients d’ici à quelques années, et surtout installer plus de bandes gastriques. Québec accepte désormais de rembourser l’anneau, au coût de 5000$.
« Nous vivions une situation très difficile, déclare le Dr Gravel. Nous avions des gens qui devaient choisir la méthode bypass (dérivation gastrique) parce qu’ils n’étaient pas capables de se payer la bande. »
La réduction des listes d’attente est essentielle, croit de son côté la porteparole de la Coalition contre l’obésité morbide, Josée Roy, qui a elle-même été opérée en 2002.
« C’est extrêmement difficile pour le moral d’attendre sur une liste parce que nous savons qu’il existe une solution à notre problème, à notre maladie, mais nous n’y avons pas accès. »

En attente d’une nouvelle vie
« Je base tellement le reste de ma vie sur cette opération. »
« J’élève mes filles en accéléré. Je voudrais tellement qu’elles puissent se débrouiller si je meurs. »
Des larmes glissent sur la joue de Manon avant de tomber sur la table de la cuisine. Elle éponge vivement son visage avec un mouchoir chiffonné.
La réalité la rattrape. Sa mère est morte dans son sommeil à l’âge de 52 ans. Comme Manon, elle souffrait d’obésité morbide.
« J’ai 45 ans. Je le connais, le processus. Je commence à avoir les mêmes bobos qu’elle », dit Manon.
Elle pose son regard sur les deux cadres accrochés au mur du salon. Deux jeunes filles de 10 et 13 ans sont tout sourire pour leur photo d’école.
« Je les prépare du mieux que je le peux. Si je meurs, je ne veux pas qu’elles soient traumatisées », poursuit-elle.
Depuis trois ans, Manon attend de subir une opération bariatrique à la Cité de la santé de Laval. Trois longues années à voir sa qualité de vie s’effriter. Et à sentir le regard des autres constamment posé sur son corps trop gros.
Elle s’accroche à son opération future comme à une bouée de sauvetage. « Je base tellement le reste de ma vie sur cette opération. »
Pendant que les semaines, les mois et les années passent, sa santé file lentement. Conséquence de l’obésité, Manon souffre d’asthme, d’hypertension et de diabète depuis quelques années. Elle se pique chaque jour à l’insuline.
Quand elle est debout trop longtemps, le poids de la graisse accumulée sur son ventre pèse sur ses reins. « Je me sens continuellement comme une femme qui va accoucher dans quatre ou cinq jours et qui n’en peut plus. »
Les activités quotidiennes représentent une montagne pour elle. Elle a de la difficulté à marcher. « J’aimerais tellement aller attendre ma fille à la sortie des classes, comme les autres parents le font. L’école est au coin de la rue, mais je ne suis pas capable de m’y rendre. Le mieux que je peux faire est de m’asseoir dans les escaliers de l’appartement en attendant ma fille. »
Faire l’épicerie est une corvée. D’ailleurs, impossible de se glisser entre les tourniquets. Quand elle est vraiment obligée de faire les emplettes elle-même, Manon ravale son orgueil et se glisse sous la barrière de métal, là où l’on passe généralement le panier.
Le jugement d’autrui
Il y a aussi le regard des autres. Ceux qui jettent un coup d’oeil à peine discret pour évaluer les aliments qu’elle achète. Ceux qui la dévisagent à la caisse parce qu’elle achète un paquet de gomme, se demandant si elle ne prendra pas aussi une barre de chocolat.
Que dire des banquettes au restaurant, où elle est incapable de se glisser ? Ou des ceintures de sécurité dans les voitures, pas assez longues pour être bouclées ?
Elle se sent constamment jugée. « Il n’y a pas de place pour nous. La société n’est pas faite pour nous », affirme Manon.
Faute de pouvoir sortir, elle se connecte à la réalité en naviguant sur l’internet. Que ce soit pour trouver une adresse ou un réparateur, elle est devenue la personne-ressource de ses proches grâce à ses recherches sur le web.
Comme plusieurs personnes qui souffrent d’obésité morbide, Manon a toujours eu un surplus de poids. À l’école, les enfants la surnommaient Badaboum. Ils riaient d’elle parce qu’elle arrivait essoufflée en haut des escaliers. « Je longeais les murs en espérant passer inaperçue », se rappelle-t-elle.
Avec les années et deux grossesses, son problème a empiré. Aujourd’hui, les régimes amaigrissants ne peuvent rien changer. Et que dire du vélo stationnaire installé dans un coin du salon? Manon le regarde en espérant qu’un jour, elle pourra s’y installer et donner quelques coups de pédales.
Pour l’instant, elle attend son tour. « Si je me fais opérer, je vais reprendre la maîtrise de ma vie », souffle-t-elle en espérant qu’il ne soit pas trop tard.

L’OBÉSITÉMORBIDE
Pour ceux qui souffrent d’obésité morbide, les régimes ne peuvent plus rien. Seule une opération bariatrique peut les aider à maigrir. Une personne souffre d’obésité morbide lorsque son indice de masse corporelle est de 40 ou plus. Les causes de cet état sont multiples. Les gènes et l’environnement d’aujourd’hui, avec l’abondance d’aliments riches en calories, en seraient responsables. L’intervention bariatrique est une opération de l’estomac. L’une des techniques consiste à réduire l’estomac, soit par une dérivation gastrique ( bypass), soit par l’installation d’une bande gastrique (anneau). La seconde méthode tend à conserver davantage les parties fonctionnelles de l’estomac et limite l’absorption des éléments nutritifs. Il s’agit de la dérivation biliopancréatique. EN CHIFFRES 5 ans: le temps d’attente moyen avant de subir une opération. 300 000 Québécois, soit environ 5% de la population, souffrent d’obésité morbide. Plus de 4800 patients étaient inscrits sur les listes d’attente en mars dernier selon la Coalition contre l’obésité morbide.
Les gens souffrant d’obésité morbide se sentent constamment jugés. « Il n’y a pas de place pour nous. La société n’est pas faite pour nous. »



Le ministre Bolduc demande trois ans
« C’est inacceptable de passer 48 heures aux urgences. »
— Le ministre de la Santé, Yves Bolduc
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, se donne trois ans pour réduire le nombre de séjours de plus de 48 heures aux urgences d’au moins 30%.
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, veut réduire le nombre de séjours de plus de 48 heures aux urgences d’au moins 30% d’ici trois ans.
C’est le nouvel objectif du gouvernement pour améliorer la performance des urgences, a annoncé le ministre en entrevue à La Presse, dans le cadre de la publication du quatrième palmarès des urgences.
Au début de l’année, le ministre Bolduc avait reconnu qu’il était impossible de ramener à zéro d’ici 2010 le nombre de séjours de 48 heures et plus aux urgences. On comptait cette année quelque 64 300 séjours de plus de 48 heures dans les urgences de la province.
« C’est inacceptable de passer 48 heures aux urgences, affirme M. Bolduc. Mon objectif est de les éliminer un jour, mais pour l’instant, l’objectif est de les diminuer de 30% sur trois ans, ce qui voudrait dire une amélioration de 30% du fonctionnement de nos urgences. »
Même chose pour l’attente. Le gouvernement voulait réduire à 12 heures la durée moyenne de séjour (temps passé aux urgences) en 2010. Loin de diminuer, cette donnée a constamment augmenté au fil des ans pour atteindre 17 h 06 cette année. Il est donc utopique de croire que cette cible sera atteinte l’an prochain.
Par contre, une durée moyenne de séjour de 12 heures doit demeurer l’objectif à long terme. Il est même possible de réduire l’attente encore plus, croit le ministre.
C’est ce qui est arrivé à l’Hôpital d’Alma, au Saguenay– LacSaint-Jean, souligne M. Bolduc en parlant du centre hospitalier où il a longtemps travaillé avant d’être ministre. À Alma, la durée moyenne de séjour est de 9h48 cette année.
« On vise un chiffre de 12 heures, mais un hôpital qui se gère extrêmement bien va avoir une durée moyenne de séjour autour de 9,6 (9h48) », soutient M. Bolduc.
Et ce, peu importe qu’il s’agisse d’un hôpital universitaire très fréquenté ou d’un petit hôpital en région. Il n’y a aucune raison, selon le ministre, que certains hôpitaux obtiennent une note de D-ou de E+ en raison de l’attente, comme le démontre le palmarès de La Presse.
« Si un hôpital a une clientèle plus lourde, il faut plus de services pour s’occuper de cette clientèle, mais le patient ne devrait pas passer plus de temps aux urgences », indique le ministre.
Au-delà du constat, il reste que pour améliorer la performance et l’efficacité des urgences de la province, beaucoup de travail doit encore être fait. La situation ne changera pas avant quelques années encore. Pour augmenter l’efficacité des urgences, il faut améliorer les infrastructures. Ajouter des civières pour accueillir plus de patients et rénover les installations. Un travail qui est commencé dans plusieurs urgences.
La méthode Toyota
Il faut aussi améliorer le fonctionnement des urgences selon la méthode Lean (méthode Toyota). Le patient doit passer le moins de temps possible aux urgences, croit le ministre. Le personnel doit travailler de façon plus performante. Cette réorganisation est aussi en cours depuis quelques années.
« Mais le plus important, c’est qu’il faut développer le nombre de ressources nécessaires pour que les patients qui ont besoin d’être admis à l’hôpital puissent être traités », croit le ministre.
Cela signifie créer de nouvelles places en hébergement, notamment dans les CHSLD, mais aussi dans des ressources intermédiaires, comme dans des résidences pour les gens âgés semi-autonomes. Dans beaucoup d’hôpitaux, des malades occupent un lit de courte durée dans une unité de soins alors qu’ils devraient se trouver dans un lit de longue durée. Ce changement est également en cours, mais il faudra plusieurs années avant d’obtenir des résultats probants. Il faut quelques années pour construire de nouvelles installations.
« Je suis convaincu qu’on va réussir, mais ça va prendre encore quelques années avant qu’on développe toutes les ressources nécessaires pour le continuum de services dont nous avons besoin », affirme le ministre.

Des impacts douloureux -  Denis Soulières
La crise des radio-isotopes force le recours à des solutions de rechange parfois non validées, imprécises, souvent plus coûteuses et inaccessibles
Le Canada ne sera plus une figure de proue dans la mise au point de traitements novateurs en oncologie.
L’auteur est hématologue et oncologue médical au CHUM. Tous se souviennent avoir vu ces immenses structures faites de dominos, exigeant que chaque pièce soit en place de façon exacte pour que leur retombée bien ordonnée permette de créer une figure splendide et dont la formation est spectaculaire. Une pièce manque ou est mal placée et l’effet est raté.
L’arrêt du réacteur de Chalk River et de la production de radio-isotopes aura un impact certain sur les diagnostics et les traitements de cancers.
Le système de santé doit avoir la même exactitude, précision et prévision pour dispenser des soins adéquats et en temps opportun à chacun de ceux qui en ont besoin.
Les gestionnaires de la santé et les gouvernements successifs qui lui donnent son orientation devraient, à mon humble avis, s’assurer de bien connaître toutes ses composantes et comprendre leur rôle dans l’organigramme des soins. De plus, ils doivent travailler pour permettre une redondance de procédures afin de garantir la desserte de soins si l’une d’entre elles venait à faire défaut.
La crise des radio-isotopes démontre malheureusement la fragilité des différentes composantes du système de santé canadien et l’absence de prévisions pour assurer les soins actuels et futurs dont devraient profiter les patients canadiens.
Pour les patients qui souffrent d’un cancer, la médecine nucléaire sert à établir le diagnostic de leur condition, à déterminer le stade de la maladie et à choisir le traitement du cancer.
Prenons l’exemple d’une patiente ayant une masse cancéreuse au sein. Plusieurs composantes doivent tomber en place pour qu’un oncologue puisse décider du traitement le plus approprié : un rapport de pathologie adéquat, complet et reproductible (tel que mis en évidence de façon malheureuse et inquiétante récemment au Québec), mais aussi des examens de radiologie et de médecine nucléaire qui doivent être réalisés dans un temps médicalement raisonnable.
La réduction de l’accès à ces investigations entrave et engorge le système. Il oblige à l’utilisation d’autres mesures diagnostiques compensatrices parfois non validées, voire imprécises, souvent plus coûteuses, pour ne pas dire inaccessibles à plusieurs par manque de disponibilité.
La pénurie de radio-isotopes nous force donc à repenser dans un temps beaucoup trop court la façon de traiter une pathologie cancéreuse et d’organiser le système de santé pour permettre un accès raisonnable à tous.
La situation est encore plus troublante quand on pense aux patients dont la pathologie demande un traitement par des radio-isotopes, et pour lequel cette option est la principale source d’une potentielle guérison ou amélioration de l’état de santé. Il semble évident pour toute personne bien avisée qu’il faut définir, spécifier et appliquer les mesures faisant en sorte que RIEN ne pourra entraver la disponibilité de ces soins si spécifiques.
Et un gestionnaire aussi bien conscient de l’évolution de la médecine saurait que l’oncologie s’est investie au cours des dernières années dans le développement de molécules marquées par des radio-isotopes pour toucher spécifiquement les cellules cancéreuses dans un but de plus grande efficacité et de réduction des effets secondaires des traitements traditionnels.
L’arrêt du réacteur de Chalk River et de la production de radio-isotopes fait ressortir deux horreurs. D’abord, les patients souffriront dès à présent de mesures diagnostiques et thérapeutiques réduites. Ensuite, l’impact tout aussi horrible sur la reconsidération donnée aux thérapies nouvelles qu’on ne voudra pas dépendantes d’installations vétustes et sujettes aux imprévisions de gouvernements et gestionnaires qui ne méritent probablement pas de conserver leurs postes.
À la suite de ces événements, le Canada perdra certainement sa primauté dans le domaine de la production de radio-isotopes. Mais avec cela, il y a la perte de toute l’opportunité dont le Canada profitait d’être une figure de proue dans la mise au point de traitements novateurs en oncologie.
Pour les patients d’aujourd’hui qui vivent les délais et l’angoisse, pour l’obligation de repenser à la sauvette l’investigation de milliers de cas de cancer au Canada et ailleurs dans le monde, pour l’arrêt de la recherche de traitements novateurs, il semble clair que quelqu’un ou plusieurs personnes doivent justifier leur inaction ou assumer les conséquences.

Système de santé : Dérapage dangereux
De l’efficacité, oui, mais pas au détriment de la qualité des soins
La pression augmente de mois en mois, on bouscule les patients, on les respecte moins, on va trop vite, on prend des risques...
L’auteure est infirmière bachelière. Elle réside à Vaudreuil-sur-le-Lac.
Je réalise aujourd’hui à quel point le ministère de la Santé envoie un mauvais message aux établissements de santé. On ne parle plus que de durée de séjour aux urgences, sur les unités de soins. Les professionnels de la santé ont changé leur langage. On entend même des phrases horribles du genre «kick himout» (débarrassez-vous de lui), en parlant du patient.
La philosophie des hôpitaux change. La priorité n’est plus de fournir les meilleurs soins aux patients. Nous prenons un chemin dangereux. Nous remplaçons la mentalité de «prendre soin» des patients par celle «d’efficacité à tout prix».
Je travaille dans le milieu et j’ai l’impression, quand je vais au travail, d’avoir à me battre constamment pour que l’on voie les patients dans leur intégralité: physique, psychologique et sociale.
Je sens la pression augmenter de mois en mois, on bouscule les patients, on les respecte moins, on va trop vite, on prend des risques... cela devient de plus en plus dangereux.
Et lorsque j’ose m’opposer à un départ, je dois m’armer, m’allier avec des collègues pour ne pas être seule à m’opposer. Imaginez la pression du patient qui ne se sent pas prêt à partir et qui ne sait s’imposer.
Les professionnels de la santé oublient trop facilement que nos patients ont payé toute leur vie et continuent de payer pour le système de santé, que les établissements sont là pour prendre soin des patients, ce qui inclut l’ensemble de la personne et non pas seulement sa chirurgie, son organe.
Le Ministère développe de plus en plus des mesures d’efficacité pour les hôpitaux, ce qui pousse les administrateurs à faire pression sur les urgences et les unités de soins pour accélérer et précipiter les départs des patients. On oublie la qualité des services, la sécurité des patients, le patient lui-même.
Je travaille dans le milieu depuis déjà 28 ans. Je suis entrée par vocation et j’y reste pour la même raison. Je déplore les décisions actuelles du ministère, je vois les répercussions sur le système et donc sur les soins auxpatients. Ce système nepeut être gouverné comme les autres, il concerne des personnes et leur santé. Vous l’oubliez.
Je me dis que si je ne dénonce pas, c’est comme si je consentais aux décisions du ministère de la Santé et la manière de faire des établissements de santé.
Je crois qu’il faut de l’efficacité, oui, mais pas au détriment de la qualité des soins.



L’ambitieux projet d’informatisation des dossiers médicaux pour tous les Québécois vogue vers la catastrophe

Le Dossier santé vogue vers la catastrophe  -  Denis Lessard
QUÉBEC — L’ambitieux projet d’informatisation des dossiers médicaux pour tous les Québécois vogue vers la catastrophe. Lancé en 2006, le Dossier santé Québec (DSQ), actuellement le plus important mandat informatique dans l’ensemble du gouvernement du Québec, devait s’étendre sur quatre ans, et se terminer en juin 2010.
La base de données était destinée à 95 000 utilisateurs (médecins, infirmières et pharmaciens), dans tout le réseau de la santé, à l’origine. Or, même un an après l’échéance prévue, elle ne rejoindra que 5500 utilisateurs.
À la fin de 2009, le tiers du travail seulement est réalisé – Ottawa devait payer 300 des 563 millions de dollars que coûtera le projet. Or jusqu’ici le fédéral a versé 92 millions des sommes provenant du fonds Infoway, un reflet fidèle de l’état d’avancement du dossier.
Le scepticisme de tout le réseau de la santé par rapport à ce projet est apparu clairement hier matin. Après sa présentation devant les dirigeants d’établissement, au congrès annuel de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), le sous-ministre Bernard Lefrançois s’est fait demander publiquement «Y a-t-il un pilote dans l’avion?». «C’est moi maintenant», a-t-il répliqué, surpris.
M. Lefrançois venait d’annoncer que le Ministère avait décidé de reprendre la maîtrise d’oeuvre de ce projet complexe, attribué depuis le début à un groupe, important, de consultants informatiques – plus d’une centaine de « ressources externes » à temps plein, dont les moins bien rétribués gagnent 100$ l’heure, a appris La Presse.
Au surplus, le haut fonctionnaire avait annoncé que le projet qui se voulait «global» à l’origine, allait être scindé en quatre modules distincts, des bases de données moins complexes.
Or, trois ans plus tôt, sur la même tribune, son prédécesseur avait expliqué que c’était précisément pour accélérer les choses que le gouvernement avait décidé de largement faire appel aux consultants privés dans ce dossier.
Mercredi, le sous-ministre de la Santé, Jacques Cotton, avait eu bien du fil à retordre avec le critique péquiste à la Santé, Bernard Drainville, à la commission parlementaire de l’Administration publique réunie pour faire le suivi de la «vigie» décrétée par le vérificateur général pour ce projet problématique.
Fini l’échéancier…
Sans détour, le vérificateur Renaud Lachance a rappelé que la base de données était destinée à 95 000 utilisateurs (médecins, infirmières et pharmaciens), dans tout le réseau de la santé, à l’origine. Or, même un an après l’échéance prévue, elle ne rejoindra que 5500 utilisateurs, dans seulement 5 des 18 régions du Québec.
Le Ministère promet de rejoindre 37 000 professionnels, mais ne donne aucun échéancier pour cette cible, constate le vérificateur. Renaud Lachance souligne aussi que les budgets n’ont jamais été réévalués pour tenir compte des échéanciers transgressés. À Québec, un projet pilote devait être terminé à la fin de juin. Or, rien ne fonctionne comme prévu, et il a fallu ajouter une «seconde phase» à ce projet, qui reporte l’échéance d’un an.
Au début de 2008, La Presse avait révélé des irrégularités dans l’attribution de gigantesques contrats, dans le cadre de ce projet – par exemple, un contrat de plus de 100 millions avait été attribué à une filiale de Bell, seule soumissionnaire après que ses concurrents eurent été éliminés pour des raisons techniques. Par la suite, le vérificateur avait sévèrement blâmé le ministère de Philippe Couillard.
Cet été, après des mois de critiques du vérificateur, le ministre Bolduc a décidé de changer la «gouvernance» du projet. Issus du secteur privé, le consultant André Simard et une demi-douzaine de ses collaborateurs ont été mis sur une voie de garage. Depuis l’été, bon nombre de ces contrats de consultants n’ont pas été renouvelés une fois terminés.
Selon le ministre de la Santé, Yves Bolduc, «le projet va bien... contrairement à la perception». Il contredit le vérificateur général; il était prévu dès le début que le projet pilote serait prolongé. «On se rend compte qu’il y a des retards... j’avais dit 2011, cela peut être à la fin de 2010», précise le ministre.
En commission parlementaire, le sous-ministre avait soutenu que la banque de données serait disponible partout en 2011, mais «selon une géométrie qui pourrait varier selon la région». Pour lui, le niveau de débours d’Ottawa ne témoigne pas de l’avancement du dossier; des débours importants sont à prévoir au moment de la diffusion du logiciel, une opération qui se fera rapidement, explique-t-il.
« On s’en va dans le mur »
Certains des quatre volets ont bien fonctionné, l’informatisation de l’imagerie médicale est avancée. La base de données sur l’utilisation des médicaments est aussi en bonne voie. Devant la commission, mercredi, le sous-ministre Cotton expliquait candidement qu’il était «apparu nécessaire d’inverser l’approche globale» et de présenter plutôt «un portefeuille de projets».
Selon Bernard Drainville, critique péquiste à la Santé, «c’est bien évident que ce projet s’en va direct dans le mur. Bientôt on va parler d’un CHUM informatique». «On nous avait promis une auto fonctionnelle, on se retrouvera avec des pneus et des pièces détachées», résume-t-il. Depuis des mois, M. Drainville soutient que projet va dépasser le milliard, «il n’y a plus d’échéancier précis et, à partir de ce moment, cela devient un bar ouvert», prévient-il. Il salue la décision de «sortir les consultants externes pour reprendre le contrôle du projet».
En entrevue à La Presse, la présidente de l’AQESSS, Lise Denis, a reconnu que tout le réseau était perplexe devant cette aventure. Le DSQ a été lancé essentiellement parce qu’il y avait des fonds fédéraux disponibles, «s’il n’y avait pas eu d’argent fédéral, je ne suis pas certaine qu’on aurait commencé par là. C’est parti d’en haut vers le bas», déplore-t-elle.



CHUM La schizophrénie d’un hôpital universitaire  -  MICHÈLE OUIMET
Le CHUM ne sera pas achevé avant 2018. Si tout va bien. En attendant que le grand hôpital universitaire soit construit et que Saint-Luc, Notre-Dame et l’Hôtel-Dieu se retrouvent sous le même toit, les médecins se promènent entre les trois établissements. Les patients aussi. Un va-et-vient épuisant, absurde. Un médecin a accepté de faire sa ronde avec notre journaliste pendant plusieurs jours. Incognito. Voyage dans le labyrinthe du CHUM*.
Di ma nche mati n , 8 h . E ntrée de l ’hôpit a l Saint-Luc. Une brise légère balaie la poussière de la rue Saint-Denis. Le ciel est lourd, les nuages gris.

Dans le minuscule carré d’asphalte qui sert de cour aux patients, une femme fume, enfoncée dans son fauteuil roulant, deux solutés branchés dans ses bras amaigris. La quarantaine usée, le teint gris, les cheveux décolorés, elle regarde les voitures filer sur le boulevard René-Lévesque d’un air absent.
La ville est calme, les rues presque désertes. J’attends la Dre X. La journée s’annonce calme.
La Dre X fouille dans son sac. Elle cherche un trousseau de clés parmi les cinq qu’elle possède. Deux pour Saint-Luc, deux pour Notre-Dame, un cinquième pour l’Hôtel-Dieu.
Même si les urgences sont calmes, le corridor est transformé en dortoir de fortune: des lits se succèdent, cordés serré. Certains patients, plus chanceux, ont droit à une chambre microscopique.
Comme M. Leblanc. Un vieux, 90 ans. Il vivait seul dans un HLM lorsqu’il est tombé en bas de son lit. Il est resté sur le plancher de sa chambre pendant une quinzaine d’heures, sans personne pour le secourir. C’est son fils qui l’a découvert, inconscient, baignant dans ses selles.
L’ambulance l’a amené à l’urgence de Saint-Luc. Un cas lourd : dépressif, confus, maladie d’Alzheimer, coeur défaillant.
Quelques heures après son admission, M. Leblanc a fait un arrêt cardiaque. L’équipe médicale l’a réanimé. Une intervention lourde. Pourtant, son dossier précise en toutes lettres qu’il refuse ce type de soins. Sauf que le dossier est à l’Hôtel-Dieu et que les médecins ne l’avaient pas entre les mains lorsque le coeur de M. Leblanc a cessé de battre.
M. Leblanc est étendu dans son lit, pâle, fragile. Il se remet douloureusement de son arrêt cardiaque. Un rescapé. Sauvé malgré lui. La Dre X se penche vers lui. – Comment ça va? – Pas pire. – Vous savez où vous êtes? M. Leblanc hésite, ferme les yeux, fronce les sourcils. Il fouille dans sa mémoire trouée.
– J e s a i s pa s , d it-i l en secouant la tête.
M. Leblanc ferme les yeux. Son fils attend, bouleversé. La Dre X l’emmène dans un petit local pour lui parler, loin de l’agitation fiévreuse des urgences.
– Mon père ne veut pas qu’on s’acharne. Il refuse d’être bra nché sur une machine pour vivre.
– S’il refait un arrêt cardiaque, est-ce qu’on intervient ? demande la Dre X.
Le fils secoue la tête, les yeux pleins d’eau.
– C’est dur… Est-ce qu’il pourra retourner chez lui?
– Je ne crois pas. Il faut l’hospitaliser. Deux jours ou deux semaines, difficile à dire… Avez-vous d’autres questions?
– Je ne sa is pas quoi vous demander.
M . Leblanc doit dormir aux urgences en attendant qu’une chambre se libère à l’étage. Quelques heures ou quelques jours.
Mme Pouliot se promène: son coeur est soigné à l’Hôtel-Dieu, sa hanche à Notre-Dame, sa cirrhose à Saint-Luc. Elle a 72 ans: corpulente, cheveux teints en noir plaqués sur le crâne, voix rauque.
Elle a perdu le cardiologue qui l’avait soignée à NotreDame en 2001. Il est parti, comme les 300 médecins qui ont quitté le CHUM depuis 13 ans, c’est-à-dire depuis que l’idée de fusionner les hôpitaux agonise dans les cartons du ministère de la Santé.
La Dre X a les trois dossiers de Mme Pouliot entre les mains, sauf que chaque hôpital a son système de classement: NotreDame utilise l’ordre chronologique, l’Hôtel-Dieu sépare le dossier en deux – une moitié pour les consultations en clinique externe, l’autre pour les interventions réalisées pendant l’hospitalisation. Saint-Luc est à cheval entre les deux.
«Le CHUM, c’est le parlement à l’italienne, dit la Dre X. Depuis 1996, on a eu quatre directeurs généraux, six ministres de la Santé, quatre premiers ministres, deux maires et trois recteurs de l’Université de Montréal.»
M. Tremblay attend la visite du médecin, étendu sur un lit en face de l’îlot où travaillent les infirmières des urgences. Il est arrivé la veille. Essoufflements, douleurs au bras, fatigue subite. Soixante-trois ans. « Je file pesant», dit-il.
La Dre X tire un rideau avant de l’examiner.
– Avez-vous déjà fait une dépression? – C’est quoi, une dépression? Dans le passé, M. Tremblay a été soigné à l’Hôtel-Dieu.
«Si je fais venir son dossier de l’Hôtel-Dieu, ça va prendre 24 heures, explique la Dre X. Dans l’ordinateur, on a les données de base, mais pas le dossier au grand complet avec les notes des médecins.»
La Dre X s’installe devant un ordinateur. Elle hésite quelques secondes avant de taper son mot de passe. Elle en a une dizaine. Des mots à six, huit ou 12 lettres, avec ou sans majuscules, avec ou sans chiffres, qu’elle doit changer aux deux ou trois mois.
«Le système informatique du CHUM, c’est comme le registre des armes à feu à Ottawa, ironise la Dre X: beaucoup d’argent et peu d’efficacité.»
La Dre X passe une semaine dans chaque hôpital : SaintLuc, Hôtel-Dieu, Notre-Dame. Puis elle recommence. Encore et encore. En attendant que le CHUM soit construit. En 2018. Si tout va bien.
L a plupa r t des méde - cins font la navette entre les trois hôpitaux.
« Avant, je travaillais dans un seul hôpital. J’entrais à 7h et j’en sortais à 18 h, raconte la Dre X. Je pouvais consolider mon équipe. Aujourd’hui, les médecins passent d’un hôpital à l’autre. Les infirmières, elles, ne bougent pas. Je vois moins mes patients et l’esprit d’équipe s’effrite.»
Chaque hôpital est spécialisé. «Notre-Dame s’occupe du cerveau (neurologie), l’HôtelDieu, du coeur (cardiologie) et Saint-Luc, du cul (gastroentérologie, urologie, gynécologie), poursuit la Dre X. C’est comme si je décidais de me bâtir une grosse cabane. En attendant que la construction soit finie, je vivrais dans trois maisons. Je mettrais les toilettes dans la première, la cuisine dans la deuxième et les chambres à coucher dans la troisième. Et je passerais mon temps à me promener de l’une à l’autre. C’est ça, le CHUM, un enfant trisomique à trois têtes.»
Les patients aussi se promènent. Souvent. Trop souvent.
Comme M. Tremblay. Le diagnostic n’est pas clair. Son coeur fonctionne, mais la tête… La Dre X connaît de bons psy-
chiatres. Sauf qu’ils travaillent à l’Hôtel-Dieu.
Sixième étage. Mme Beaudoin est étendue dans son lit, pâle, les traits tirés, les cheveux en bataille. Il fait chaud, la fenêtre est ouverte et laisse entrer les bruits assourdissants du boulevard René-Lévesque: coups de klaxon, freins stridents des autobus, sirènes lancinantes des ambulances. Le centre-ville bourdonne dans la chambre.
Le mari de Mme Beaudoin ferme la fenêtre pour étouffer les bruits. La chaleur devient insupportable. Pendant que la Dre X parle à Mme Beaudoin, un préposé nettoie le lit voisin. Enlève le matelas, remet le matelas, ouvre la porte, ferme la porte, passe la vadrouille, nettoie le lit à grands coups de chiffon.
C’est au milieu de cette cacophonie que Mme Beaudoin parle de ses bobos les plus intimes à la Dre X: cancer de l’estomac soigné à Saint-Luc, troubles neurologiques suivis à Notre-Dame, faiblesses cardiaques graves surveillées à l’Hôtel-Dieu. Son dossier, épais comme un bottin de téléphone, est à Notre-Dame.
Mme Beaudoin a 75 ans. Elle est très malade. Fatiguée, usée, épuisée par les traitements de chimiothérapie. Peu importe, elle et son mari doivent se promener d’un hôpital à l’autre.
– C ’e s t d i f f i c i l e ? lui demande la Dre X.
– Oui, parce que je suis malade.

Le syndrome Jean-Pierre Ferland
« J’étais dans le hall de l’hôtel et j’ai senti une faiblesse tota le. L a moitié de mon corps était paralysée. Je suis tombé à genoux. »

C’était le 12 octobre 2006. Jean-Pierre Ferland devait donner le dernier spectacle de sa vie le lendemain au Centre Bell. Il était tendu comme une corde. Trop. Il s’est effondré.
« On m’a étendu sur un lit, a-t-il raconté trois ans plus tard. Je n’avais plus de force dans la jambe et le bras. J’ai dit à mon chauffeur : "Amènemoi à Saint-Luc."»
Jean-Pierre Ferland ne se doutait pas qu’il ferait le tour des trois hôpitaux du CHUM en 24 heures : d’abord SaintLuc, puis Notre-Da me et, enfin, l’Hôtel-Dieu.
« Ferla nd a fait les trois hôpitaux, explique la Dre X. C’est ce que vivent plusieurs de mes patients. Les médecins appellent ça le syndrome Jean-Pierre Ferland. »
À Sa i nt-Luc , Ferla nd subit une batterie de tests. Diagnostic : la carotide, l’artère qui conduit le sang du coeur à la tête, est bloquée à 80 %. La cigarette. Ferland a passé sa vie à fumer.
Beau cas pou r la neurologie. Sau f que la neurologie est à Notre-Da me. Jean-Pierre Ferland est donc t ra n sféré. E n a mbu la nce. Nouveaux examens, nouveau diagnostic. « J’avais le choix, raconte Ferland. On dilatait l’artère ou on m’opérait. J’ai choisi l’opération. »
Beau cas pour la cardiologie. Sauf que la cardiologie est à l’Hôtel-Dieu. Nouveau t ra n sfer t en a mbu la nce. « J’étais dans les vapes, dit Ferland. Je vous avoue que j’en ai perdu des bouts, mais j’ai l’impression d’avoir passé mon temps aux urgences. »
Les médecins ont été « extraordina ires », tient-il à souligner.
Par contre, l’état délabré des hôpitaux l’a renversé.
« L es médec i n s doivent quasiment se mettre en salopette pour travailler, dit-il. Un coup de marteau, un coup de pioche et un coup de bistouri. On n’irait pas manger dans un restaurant en réparation. C’est tellement en mauvais état ! C’est épouvantable ! Tu as l’impression d’entrer dans une maladie. Je trouve que les médecins font pitié. Je les plains. »
Le pire, poursuit-il, c’est Saint-Luc. « Quand j’ouvre une porte, je fais ça. » Et il tire sur la manche de sa chemise pour couvrir sa main. Pas question de toucher à une poignée. En un an, il a attrapé deux gastroentérites.
« À Notre-Da me, ils ont déménagé le bureau de mon médecin dans le sous-sol, à côté de la cafétéria. Ça sent le diable ! »
Jea n-P ier re Ferla nd a retrouvé la forme. Il a cessé de fumer. Mais en l’examinant sous toutes les coutures, les médecins lui ont trouvé de nouveaux bobos. Rien de grave. Aujourd’hui, il doit se rendre régulièrement à Saint-Luc pour des examens de routine, son état général est ausculté à Notre-Dame trois ou quatre fois par année et le chirurgien qui l’a opéré est à l’Hôtel-Dieu. Le grand écartèlement.

Le CHUM écartelé  -  ARIANE KROL
Officiellement,Saint-Luc, Notre-Dame et l’HôtelDieu ne forment qu’un seul beau grand Centre hospitalier universitaire. La réalité de ceux qui le fréquentent est tout autre. Lisez le récit percutant de notre collègue Michèle Ouimet, publié aujourd’hui et demain dans La Presse. On reste sans voix devant les problèmes causés par le saucissonnage du CHUM.
La concentration de la cardiologie à l’Hôtel-Dieu, de la neuro à Notre-Dame et de l’urologie et de la gynéco à Saint-Luc cause une foule de maux de tête. Dossiers incomplets, patients promenés d’un établissement à l’autre, médecins forcés de faire la navette... La perte de temps, d’énergie et d’efficacité dans les soins est ahurissante. Sans oublier les coûts engendrés par le roulement de personnel. Combien de médecins, d’infirmières et d’autres employés ont fui cette situation dysfonctionnelle au cours des dernières années? Et on ne parle même pas des fortunes dépensées en taxis et en ambulances pour transporter les malades, souvent dépassés, d’un bout à l’autre de la ville.
Certains regrettent le temps où chacun des trois hôpitaux était indépendant et offrait une gamme complète de services. C’est oublier que le problème ne vient pas du regroupement des spécialités dans un même CHU, mais de l’absence de toit commun pour les abriter. Si on avait respecté le premier échéancier annoncé en janvier 2000, on ne parlerait plus du futur CHUM, mais d’un hôpital moderne qui accueille déjà les patients.
Au lieu de ça, on a remanié le projet 10 fois, en paniquant chaque fois devant l’escalade des coûts. Sauf qu’il y a des coûts financiers et humains considérables à disperser les soins, les malades et le personnel en trois sites désuets. Ces coûts, on les a toujours sous-estimés. Avec le résultat que cette organisation bancale et contreproductive s’est perpétuée bien au-delà du raisonnable.
Québec nous promet maintenant une livraison finale en 2018. Pour l’instant. Les possibilités de retard demeurent nombreuses. On attend toujours la première vraie pelletée de terre non protocolaire. Pas étonnant qu’autant de Montréalais parlent du futur CHUM comme d’une espèce de gag récurrent, et non comme d’un projet qu’ils verront aboutir de leur vivant.
En attendant, les patients et ceux qui les soignent vont continuer à faire les frais de cet éparpillement sur trois sites. Et l’ensemble des contribuables à en acquitter la facture. Il n’y a pas que la construction qui coûte cher. Le statu quo aussi a un prix. Espérons que Québec va enfin en tenir compte et appuyer sur le champignon. Car chaque nouveau délai contribue à prolonger cet écartèlement intolérable. Ils sont déjà plusieurs à en partager la responsabilité.



Le patient d’abord - ROBERT OUELLET
Le financement des hôpitaux devrait être basé sur leurs activités et non sur un budget global
Ces derniers temps, de multiples exemples ont montré les ratés du système de santé au Québec. Les intervenants du réseau sont à bout de souffle et les conséquences parfois dramatiques qui en découlent doivent nous inciter à repenser notre façon de faire. D’innombrables commissions d’étude ont fait de nombreuses recommandations depuis une décennie. Trop souvent, ces rapports sont restés sur une tablette et ne font qu’accumuler la poussière.
À quand un véritable leadership de nos décideurs?
Nous avons développé une tolérance extrême face à un système qui a institutionnalisé la médecine de corridor. Les patients attendent des heures pour être vus, et parfois des jours pour être hospitalisés. Les médias nous informent quand survient un décès, mais notre société semble résignée face à la souffrance, l’anxiété et aux pertes de revenus personnels occasionnées par ces délais. La population n’a pas à accepter cette situation.
En tant que médecin pratiquant au Québec depuis 35 ans, je demeure convaincu plus que jamais que notre système de santé est un tout qui ne doit pas être géré à la pièce. Pourtant, nos décideurs ont tendance à seulement éteindre les feux attisés par les médias et cela, aux dépens d’une vision d’ensemble. Il est grand temps d’avoir un plan directeur qui tracera l’orientation du système, en fixera les buts et formulera les moyens de parvenir à un système adéquat.
J’ai pu constater sur place lors de rencontres exploratoires en Europe qu’il est possible de faire mieux chez nous. D’ailleurs, mes interlocuteurs me disaient que des temps d’attente tels que ceuxque nous avons ici donneraient lieu à «une révolution» dans leur pays.
Pourquoi ne pas s’inspirer des succès obtenus en Europe et dans d’autres provinces? En Colombie-Britannique, de récentes expériences ont montré qu’une amélioration de 30% dans l’efficacité des urgences avait été atteinte en quelques mois seulement grâce à des mesures d’incitation données aux hôpitaux. L’accès à un médecin de famille y est aussi grandement favorisé par l’entremise d’une méthode de rémunération par mesures d’incitation qui favorise de meilleurs résultats, une meilleure qualité et un meilleur service, tous au bénéfice du patient.
L’Association médicale canadienne (AMC) propose pour les hôpitaux un mode de financement basé sur les activités et non sur un budget global comme à l’heure actuelle. En financement par activités, l’argent suit le patient.
Nous sommes encore très loin de l’application à grande échelle du financement par activités, qui modifierait profondément l’attitude des administrateurs d’hôpitaux. Ils y verraient une mesure d’incitation puissante à améliorer le service aux patients plutôt que d’augmenter la bureaucratie puisque leur budget en dépendrait. Ainsi, le patient serait vu comme une source de revenus et non comme une dépense et un fardeau. Le système serait ainsi centré sur le patient et non sur luimême comme il l’est présentement. Les décideurs du Royaume-Uni ont compris cette dynamique et c’est pourquoi un séjour à l’urgence y est d’une durée maximale de quatre heures avant qu’on décide d’hospitaliser ou non un patient.
Il est grand temps que le Québec fasse un virage pour les patients. Les forces de «l’immobilisme» résisteront à tout changement, car cette approche introduirait une notion d’imputabilité et d’atteinte des résultats. Pourtant, c’est le patient qui en sortirait gagnant.
Un récent sondage IPSOS démontre que la population est d’accord pour investir dans la santé à condition que les résultats soient tangibles. La population ne veut plus voir les impôts augmenter sans qu’il y ait de résultats palpables. Elle a raison.

Il est évident que le premier ministre et le ministre de la Santé n’ont pas à être tenus personnellement responsables de tous les incidents malheureux du système de santé. Par contre, ils doivent faire preuve de leadership, définir les objectifs à atteindre et s’assurer de prendre les bons moyens pour y parvenir. Ces moyens existent et sont connus. D’autres provinces sont en voie d’améliorer leur situation et les Européens sont à des annéeslumière d’avance sur nous. La solution ne réside pas dans de nouvelles commissions, mais bien dans l’action. Le temps est venu d’agir!



N’appliquons pas les freins -  SYLVAIN LANDRY ET MARTIN BEAULIEU
Le réseau québécois de la santé doit continuer de s’inspirer du modèle Toyota malgré ses mésaventures
C’est paradoxalement par l’industrialisation de la santé que l’on peut humaniser davantage les soins.
M. Landry est professeur et directeur associé du pôle santé aux HECMontréal, professeur affilié au BEM– BordeauxManagement School et associé universitaire chez Logi-D Inc. M. Beaulieu est professionnel de recherche aux HEC Montréal. Plusieurs personnes ne sont sans doute pas demeurées indifférentes à la lecture du clin d’oeil de Stéphane Laporte il y a quelques jours. Ce dernier, avec l’humour cinglant qu’on lui connaît, mentionnait que «le ministre Bolduc voulait que le système hospitalier imite le modèle Toyota. C’est l’inverse qui s’est produit». Certains, tant à l’intérieurqu’à l’extérieur du réseau de la santé, pourraient profiter de l’occasion pour jeter aux oubliettes ces pratiques de gestion. Ce serait une grave erreur, d’autant plus qu’au Québec des centres hospitaliers utilisent déjà cette démarche avec succès.
L’approche Toyota appliquée au secteur de la santé permettrait de réduire l’ambiguïté dans les tâches. C’est par des moyens plus efficaces et efficients que l’on peut réduire les erreurs et consacrer du temps de qualité aux soins des patients.
Certes, la société Toyota traverse une période très difficile. Steven Spear, professeur et consultant américain qui a examiné le modèle Toyota sous toutes ses coutures, mentionne que la croissance de Toyota s’est réalisée plus rapidement que la capacité de celle-ci à déployer ses compétences dans un réseau mondial en pleine expansion. Bref, la quête du premier rang mondial des constructeurs automobiles a éloigné Toyota des principes du modèle qu’elle a elle-même créé. Ainsi, il faudrait aujourd’hui distinguer la société Toyota du système de production de Toyota (Toyota Production System).
Quelles leçons pouvons-nous tirer de cette mésaventure? Et surtout, quelles sont les leçons pour le réseau québécois de la santé qui a vu le ministre Yves Bolducmettre, dès son arrivée en poste, l’approche Toyota à l’avant-scène? Tout d’abord, plaçons les choses dans leur contexte. Le Québec n’est pas le premier réseau de la santé à s’intéresser à ce modèle aussi connu sous le vocable de «lean healthcare» ou «lean santé». De très nombreux centres hospitaliers dans le monde s’y intéressent, dont certains depuis près d’une dizaine d’années.
À l’arrivée du ministre, certains se sont montrés inquiets de voir associer le système de production de Toyota à la santé. En effet, dès que l’on parle dans le réseau de santé d’implanter des pratiques novatrices de gestion empruntées au monde industriel, on craint de déshumaniser les soins. Par contre, pour le Dr Marcus Froehling, un chirurgien allemand travaillant en Angleterre, c’est paradoxalement par l’industrialisation de la santé que l’on peut humaniser davantage les soins.
Il nous faut établir des critères, établir des protocoles de soins, réduire impitoyablement le gaspillage de temps et d’énergie, introduire des processus d’amélioration continue afin de trouver des solutions aux problèmes récurrents des centres hospitaliers. Et surtout impliquer les prestataires de soins et tous les travailleurs de la santé et des services sociaux dans les solutions mises de l’avant.
Il faut réduire l’ambiguïté dans les tâches. C’est là l’un des premiers constats de Steven Spear lorsqu’il s’est intéressé à transposer l’approche Toyota au secteur de la santé. C’est par ces moyens plus efficaces et efficients que l’on peut réduire les erreurs et consacrer du temps de qualité aux soins des patients. Le contexte professionnel de la santé n’est pas une excuse pour que chacun fasse les choses à sa manière.
Notre réseau de santé a besoin de normes afin de réduire l’ambiguïté de chacun de ses processus, de supprimer les activités sans valeur ajoutée, de rendre visibles les erreurs et d’introduire des initiatives de résolutions de problèmes pour les éliminer.
Notre réseau doit également s’interroger sur « qui » doit faire « quoi », sur comment modifier l’attitude de tous les intervenants face à leur travail avec la conviction de pouvoir changer les choses.
Cette réflexion n’est ni simple, ni rapide, nimagique et il faut y travailler assidûment en se rappelant les mésaventures de Toyota. Chaque établissement doit s’approprier la démarche et réaliser des projets d’amélioration à son rythme et à sa façon. Cela nécessite un travail de longue haleine.
Comme le dit si bien la société Disney pour expliquer son succès: « It is not the magic that makes it work, it’s the way we work that makes it magic. » Autrement dit, ce n’est pas par magie que les choses se réalisent, c’est par notre façon de travailler que ça devient magique!


Combattre la pénurie de médecins de famille  -  Mathieu Perrault
Un nouveau type de clinique à Montréal permettra d’améliorer l’accès aux soins
Un nouveau type de clinique médicale fera son apparition cet après-midi à Montréal : la clinique réseau intégrée. Une douzaine de professionnels de la santé, dont des infirmières, appuieront une dizaine de médecins. Cela permettra à chaque médecin de prendre 2000 patients, plutôt que 1500, dans un groupe de médecine familiale. D’ici 10 ans, prévoit l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal (ASSS), 60 cliniques réseau intégrées assureront à chacun des 1,8 million d’habitants de l’île l’accès à un médecin de famille attitré.
La première clinique réseau intégrée ouvre ses portes aujourd’hui à l’Hôpital de Verdun. D’ici 10 ans, prévoit l’ASSS de Montréal, 60 cliniques réseau intégrées assureront à chacun des habitants de l’île l’accès à un médecin de famille attitré.
« L’objectif est de réduire les visites aux urgences et d’améliorer le suivi et la qualité de vie des patients », explique David Levine, directeur général de l’ASSS.
La première clinique-réseau intégrée (CRI) ouvre ses portes à l’ Hôpital de Verdun, dans les anciens locaux de la clinique de médecine familiale. Une autre ouvrira cet automne à l’Hôpital général juif. La CRI de Verdun est la suite logique des efforts d’un groupe de médecins qui ont fondé le premier groupe de médecine familiale de la province, en 2003. Les groupes de médecine familiale, proposés par le rapport Clair, offrent à leurs patients des cliniques sans rendez-vous où ils peuvent consulter un collègue de leu r médecin de famille si ce dernier ne peut les recevoir. Il existe à Montréal 4 5 groupes de médecine familiale et cliniques réseau, une variante qui accepte tous les patients sans rendez-vous, pas seulement ceux qui sont inscrits.
À coups de 200 patients
« Nous nous sommes engagés envers l’ASSS à prendre 200 patients vulnérables cette année, et 200 l’an prochain », explique David Dunn, qui dirige la C R I de Verdu n. « Nos médecins, qui occupent l’équivalent de 11 postes à temps plein, ont pour le moment un peu moins de 2 0 0 0 0 patients . Je pense qu’ils vont en fait prendre 4 0 0 nouveaux patients par année avec le soutien supplémentaire. » L a C R I du Dr Dunn est ouverte 12 heures pa r j ou r la sema ine, et 8 heures par j our la fin de semaine.
Les groupes de médecine familiale ont déjà un certain soutien, soit deux infirmières. « L’idée derrière tout ça est de revenir à certains aspects de l’organisation des cliniques avant l’arrivée de l’assurance ma lad ie, d it M . L ev i ne. Beaucoup de médecins se faisaient aider par une infirmière. Mais la Régie de l’assurance maladie ne payait les médecins que s’ils voyaient eux-mêmes les patients. Les cliniques ont remercié les infirmières. Maintenant, l’objectif est la prise en charge du patient, que ce soit par un médecin ou par un autre professionnel de la santé. »
Chaque CRI devra desservir un bassin de population d’environ 30 000 personnes. Avec 60 CR I , espère M . Levine, les patients qui n’ont pas de médecin de famille pourront être inscrits facilement à partir d’une visite sans rendezvous. Pour le moment, les CRI n’inscrivent que les patients « vulnérables », par exemple les femmes enceintes ou les diabétiques.
Si u n secteu r de l’île a déjà son quota de C R I , sera-t-il interdit d’en ouvrir une nouvelle ? « En théorie, oui, dit M. Levine. Mais j e ne m’attends pas à voir ça rapidement. »
La masse critique de médecins de famille d’une CRI facilitera l’accès aux spécialistes. Certains ouvriront même un cabinet dans une CRI, espère M. Levine. La présence d’un programme de formation universitaire en médecine familiale à l’Hôpital de Verdun permettra aussi aux futurs médecins de s’habituer au travail en partenariat, et pourrait rehausser l’attrait de la médecine familiale, branche dans laquelle les postes de résidents ne sont pas tous comblés.





Appui au système de santé public
Une grande majorité de Canadiens et de Québécois, soit plus de 86%, souhaite que le système de santé soit renforcé dans le secteur public plutôt que dans le privé, indique un sondage.
C’est au Québec que l’appui au régime public est le plus fort, à près de 88%, selon la firme Nanos Research, qui a été mandatée par la Coalition canadienne de la santé pour réaliser un sondage pancanadien entre le 23 avril et le 3 mai. Les résultats ont été divulgués hier matin, en prévision du congrès annuel de l’Association médicale canadienne ( AMC), qui débute lundi à Saskatoon.
Michael McBane, coordonnateur national de la Coalition canadienne de la santé, affirme que le président sortant de l’AMC, le Dr Robert Ouellet, veut convaincre les médecins canadiens d’appuyer la privatisation des soins de santé, alors que cette option est rejetée par la population.



Suivre les médecins  -  ARIANE KROL
Pas de panique ! Rien ne permet de croire que la nouvelle entente autorisant la libre circulation des médecins entre le Québec et l’Ontario va entraîner un exode de nos praticiens vers la province voisine. Par contre, il faut se donner les moyens de suivre la situation et de mesurer les impacts futurs de cet accord.
Depuis le 1er août, les médec i n s québé c oi s qu i veulent exercer en Ontario n’ont plus grand paperasse à affronter. S’ils ont un permis de plein exercice et peuvent fourni r un cer t i f icat de bonne condui te professionnel le, leur demande sera acceptée en moins d’un mois. Le chemin i nverse est aussi facile pour les médecins ontar i ens diplômés depuis 1994. Les autres devront attendre quelques semaines encore, le temps que l’Of fice des professions fasse quelques modifications administratives.
Cela dit, il ne faut pas compter sur un afflux de médecins ontariens pour régler nos problèmes de pénurie. Plusieurs facteurs risquent en effet de dissuader les candidats qui pourraient être intéressés à venir exercer ici. La langue, puisqu’il faut parler français pour avoir le droit de pratiquer au Québec. Les tarifs, moins généreux qu’en Ontario, surtout pour les spécialistes. Et les fameux PREM ( plans régionaux d’effectifs médicaux), qui ne permettent pas aux médecins de pratiquer où bon leur semble.
L’entente se soldera-t-elle par une perte nette de médecins québécois ? Si elle leur ouvrait un marché fermé à double tour, on pourrait s’inquiéter. Mais ce n’est pas le cas. En fait, plusieurs Québécois se qualifiaient déjà pour travailler en Ontario. Pourtant, très peu se laissaient tenter. On ne voit pas comment le seul fait d’ouvrir la porte à tout le monde déclencherait une ruée.
Jusqu’à tout récemment, c’est plutôt nos voisins qui s’inquiétaient de l’exil de leurs médecins vers d’autres provinces. Il y a deux ans, l’Association médicale de l’Ontario a réclamé à grands cris des mesures pour retenir ses professionnels. Mais lorsque nous lui avons demandé de commenter cette entente qui pourrait entraîner le départ ou l’arrivée de praticiens, elle n’avait rien à dire. Ça donne une idée du peu d’effets qu’elle en attend!
Il sera toutefois important de suivre l’évolution de la situation. Et pour cela, i l faudrait d’abord la connaître. Savoir combien de professionnels ont a r i ens exe r - çaient au Québec ava nt l ’ entente, et inversement. À temps plein ou à temps partiel ? Aucun des deux collèges de médecins n’a pu nous fournir cette information hier. C’est pourtant essentiel pour témoigner d’éventuels changements.

Il ne s’agit pas, comme le suggère l’opposition officielle, d’envisager le retrait du Québec de cette entente. Moins d’une semaine après son entrée en vigueur, ce serait non seulement prématuré, mais ridicule. Par contre, Québec devra en faire un suivi serré. Autrement, cet accord servira à justifier tout et n’importe quoi, des pénuries de médecins aux salaires qu’il faudrait leur verser pour les garder, sans qu’on sache jamais s’il a le moindre impact.


Les jeunes médecins quittent le Québec  -  Pascale Breton
Insatisfaits des conditions de pratique et de la rémunération
EXCLUSIF
« Il y a un signal d’alarme avec les étudiants qui quittent et, éventuellement, le gouvernement va devoir se réveiller pour réaliser pourquoi. »
La rémunération moins élevée et les conditions de pratique poussent bon nombre de jeunes médecins à quitter le Québec pour faire leur résidence ailleurs. Et les deux tiers ne sont pas certains de revenir par la suite. C’est ce que révèle une enquête menée auprès d’étudiants en médecine qui avaient choisi de quitter la province pour effectuer leur résidence ailleurs au Canada. Elle n’a jamais été rendue publique, mais La Presse l’a obtenue grâce à la Loi d’accès à l’information.
À l’heure où le Québec manque de médecins et où la médecine de famille est en crise, les jeunes médecins sont attirés par le chant des sirènes du Canada anglais. C’est ce que révèle une enquête menée à l’été 2007 à la demande du ministère de la Santé et des Services sociaux, en collaboration avec la Fédération médicale étudiante du Québec.
À l’heure où le Québec manque de médecins et où la médecine de famille est en crise, cette enquête sonne l’alarme, convient le président de la Fédération médicale étudiante du Québec, Marc Beltempo.
« Il y a un signal d’alarme avec les étudiants qui quittent et éventuellement, le gouvernement va devoir se réveiller pour réaliser pourquoi. Cette enquête fait partie des pistes de solutions. Il y a des signaux criants au niveau des conditions de pratique au Québec », souligne-t-il.
Cette année, 72 postes de tère de la Santé et des Services sociaux, en collaboration avec la Fédération médicale étudiante du Québec.
Au total, 77 étudiants qui s ’ apprêtaient à commencer leur résidence à l ’extérieur du Québec ont été contactés. Du nombre, près de la moitié ont accepté de répondre au résidence en médecine n’ont pas trouvé preneur au Québec. De ce nombre, près d’un poste sur cinq en médecine de famille a été laissé vacant. Une situation qui s’aggrave d’année en année.
L’enquête a été menée à l’été 2007 à la demande du minisquestionnaire.
Comme l ’ échant i l lon est petit, les résultats doivent être analysés avec prudence. Mais ils ref lètent bien la situation actuelle, souligne M. Beltempo.
Plus des t rois quar ts des répondants reconnaissent que la quête d’un revenu plus élevé et le fa it d’avoi r moins de restrictions quant au lieu de pratique sont des facteurs qui influencent leur décision.
La rémunération peut varier de 10 000 $ par année entre le Québec et certaines provinces, note le président de la Fédération médicale étudiante du Québec. Un élément qui nuit aussi à l’attractivité du Québec pour les étudiants du reste du Canada.
« La différence de rémunération, pour les étudiants qui sont endettés, est assez importante. Ceux qui font une spécialité de cinq ans vont aller chercher 50 000 $ de plus en cinq ans (à l’extérieur du Québec). C’est quand même non négligeable », déclare M. Beltempo.
L’enquête indique aussi que sept étudiants sur dix sont insatisfaits des perspectives de pratique qui les attendent au Québec, à la fin de leur résidence. Les insatisfaits sont plus nombreux chez les anglophones que les francophones. Plus des deux tiers des répondants ont aussi mentionné qu’ils ne sont pas certains de revenir dans la province au terme de leur résidence.
L’enquête indique par ailleurs que les plans régionaux d’effectifs médicaux ( PREM), qui déterminent où les nouveaux médecins peuvent s’établir au Québec au terme de leurs études, jouent aussi un rôle dans la décision des étudiants.
Le t ier s des répondant s affirme ainsi que les PREM ont été un facteur déterminant dans leur décision de faire leur résidence à l’extérieur de la province. C’est principalement le cas pour les futurs médecins de famille.



LA GRANDE SÉDUCTION DU RECRUTEMENT    -   Pascale Breton
Sortie en mer, vol en hélicoptère, visite des installations high tech de l’hôpital, forfaits de golf. Les hôpitaux qui font face à une pénurie de médecins spécialistes déploient l’artillerie lourde pour les attirer.
« Il y a une lutte féroce pour le recrutement », affirme le directeur général de l’hôpital de Sept-Îles, Martin Beaumont. Dans cet hôpital, comme dans plusieurs autres, une personne travaille à temps plein au recrutement. Les jeunes de la région qui vont étudier la médecine ou les soins infirmiers dans les grandes villes se voient offrir des emplois d’été. Une façon de les convaincre de revenir au bercail, une fois leurs études terminées.
« On est devenus des spécialistes de la grande séduction », renchérit le directeur des services professionnels de l’Hôtel-Dieu de Sorel, le Dr Gérald Désaulniers. Situé en périphérie de Montréal, l’hôpital doit souvent faire appel à des médecins itinérants pour fonctionner. En cinq ans, le Dr Désaulniers a recruté 32 nouveaux médecins, dont seulement six sont partis depuis, explique-til avec un brin de fierté. « Il m’en manque encore une trentaine, dont une dizaine de spécialistes, mais je pense que d’ici deux ou trois ans, on aura réglé notre problème », dit-il, optimiste.
L’idée est de charmer le médecin suffisamment pour qu’il décide de s’installer dans la région de façon définitive. Ainsi, l’hôpital n’a plus besoin de recourir aux lettres d’entente et aux médecins itinérants. Il peut bâtir une véritable équipe dans un service. Pour y arriver, les hôpitaux présentent leur région sous ses plus beaux attraits. Du personnel accompagne le médecin pour l’aider à trouver garderie, maison, école, travail pour le conjoint. « On ne donne pas d’argent en dessous de la table, on n’achète pas les gens, mais on les accompagne », explique le Dr Désaulniers.
Dans les régions éloignées, la clé est d’atteindre une masse critique. Un hôpital doit avoir suffisamment de médecins dans une spécialité s’il veut en attirer d’autres. Sinon, le nouvel arrivant va se décourager, sachant très bien qu’il devra assurer toutes les gardes et que la charge de travail sera très lourde.

Des spécialistes itinérants à la rescousse   -   Pascale Breton
On manque de médecins spécialistes dans une quarantaine d’hôpitaux au Québec. La solution à court terme passe par les « mercenaires » de la médecine : les médecins itinérants. Pour le long terme, certains hôpitaux jouent la carte de la séduction.
Une quarantaine d’hôpitaux de la province font face à une pénurie d’effectifs grave, au point où ils doivent faire appel à des médecins spécialistes itinérants pour éviter des ruptures de service.
« On gère la pauvreté. On choisit où il va y avoir des bris de service parce qu’on n’a pas assez de monde pour tout couvrir partout », déclare le président de l’Association des anesthésiologistes du Québec, le Dr Claude Trépanier.
L’anesthésiologie est l’une des spécialités où la pénurie fait le plus mal. C’est le cas également dans cinq autres spécialités de base, soit la radiologie diagnostique, la chirurgie générale, l’obstétrique-gynécologie, la pédiatrie et la psychiatrie.
Le manque d’effectifs touche les 35 spécialités de la médecine, mais la pénurie qui frappe les spécialités de base a des conséquences importantes. C’est le fonctionnement de l’hôpital au complet qui est mis en péril.
« Un hôpital sans anesthésiologiste s’appelle un CLSC », illustre le Dr Trépanier.
« La pénurie n’est pas égale d’une spécialité à l’autre. Dans notre profession, nous sommes toujours appelés à gérer des crises de service. S’il n’y a pas de radiologie, les urgences menacent de fermer », renchérit le président de l’Association des radiologistes du Québec, le Dr Frédéric Desjardins.
Lettres d’entente
Pour éviter le pire, le ministère de la Santé et des Services sociaux a signé il y a plusieurs années des lettres d’entente avec les diverses associations de médecins.
Dans une douzaine de spécialités, ces ententes permettent aux hôpitaux en difficulté de faire appel à des médecins itinérants qui viennent donner un coup de main de façon temporaire.
En reconnaissant le besoin criant dans une spécialité, le Ministère accepte aussi de verser une rémunération majorée et diverses primes au médecin itinérant. Chaque année, le Ministère débourse environ 67 millions pour éviter des ruptures de service.
Actuellement, une soixantaine d’hôpitaux ont en main de telles lettres d’entente, dont certains à Montréal et Québec, mais leur nombre varie constamment au gré des crises. Le Ministère reconnaît une pénurie grave d’effectifs dans une quarantaine d’entre eux, surtout en région éloignée.
L’hôpital de Sept-Îles en fait partie. Au cours des dernières années, l’établissement a fait appel à des médecins itinérants en chirurgie générale, en obstétrique, en médecine interne, en psychiatrie. Cette fois, la crise touche l’anesthésiologie.
En l’espace de quelques mois, le service est passé de quatre anesthésiologistes à un seul. « La seule façon d’attirer des médecins et de les inciter à rester, ce sont les lettres d’entente. Elles nous aident à acheter du temps pour reconstruire nos services », explique le directeur général de l’hôpital, Martin Beaumont.
Les lettres d’entente agissent comme un cataplasme et permettent de régler les crises majeures. Mais elles ont un effet pervers, souligne le Dr Frédéric Desjardins, radiologiste. « Il est très difficile de les retirer une fois qu’elles ont été accordées, car c’est vu comme une baisse de salaire. Les médecins menacent d’aller ailleurs. »
Au-delà des lettres d’entente, les équipes sont réduites partout, rappelle pour sa part la présidente de l’Association des pédiatres du Québec, la Dre Thérèse CôtéBoileau. Il est difficile d’en demander plus lorsqu’un médecin est déjà de garde un soir sur deux ou sur trois, comme c’est le cas en plusieurs endroits, dit-elle.
« Nos équipes sont tellement restreintes qu’il suffit qu’un seul médecin tombe malade ou parte en congé de maternité pour qu’il y ait une crise de couverture », note la Dre Côté-Boileau.
Avec la hausse du nombre d’admissions en médecine, plusieurs croient que le pire est passé. Mais les jeunes ne veulent plus travailler comme leurs prédécesseurs. Il faudra encore plusieurs années avant de retrouver l’équilibre, estime le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette.
« Le verre commence à se remplir, mais d’une manière inégale d’une région à l’autre et d’une spécialité à l’autre », dit-il.
Les lettres d’entente ne règlent pas non plus les pénuries dans les autres spécialités, qui ont des conséquences moins désastreuses sur le fonctionnement d’un hôpital mais qui entraînent des désagréments pour la population. Il s’agit de spécialités comme l’ophtalmologie, l’urologie et la dermatologie.
Accès difficile en région
En plusieurs endroits, des médecins spécialisés se déplacent des grandes villes vers les régions à raison d’une fois par mois ou aux deux mois pour voir les patients.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux parle pour sa part d’indice d’accessibilité. Il évalue si la population a accès à des soins, mais également si la région se suffit à elle-même. En périphérie de Montréal, beaucoup de patients doivent ainsi se déplacer vers la métropole pour obtenir des soins ultra-spécialisés.
Dans les régions éloignées, les hôpitaux doivent compter sur un bassin diversifié de médecine spécialisée, sans quoi les patients sont envoyés vers Montréal ou Québec, avec tous les désagréments que cela comporte.
« Quand on est dans une région éloignée, qu’on a un accès en dessous de la moyenne et qu’on a une autosuffisance en dessous de la moyenne, ça veut dire qu’on est en situation de pénurie relative », explique le directeur de la maind’oeuvre médicale au Ministère, Daniel Poirier.

Les nouveaux « mercenaires » de la médecine spécialisée
Comme les omnipraticiens, qui ont leurs médecins suppléants, les spécialistes n’échappent plus au phénomène des médecins qui vont au plus offrant et font de l’itinérance une carrière.
Les médecins spécialistes n’échappent pas au phénomène des médecins qui vont au plus offrant et font de l’itinérance une carrière. Une situation que déplore le président de l’Association des radiologistes du Québec, le Dr Frédéric Desjardins.
Ni le Ministère, ni les associations de médecins ne sont en mesure de préciser combien de spécialistes se trouvent dans cette catégorie émergente. Mais ils sont très mal vus par leurs pairs.
« Malheureusement, dans ma spécialité et dans d’autres, on a maintenant ce que j’appelle des mercenaires. Ils n’ont pas d’attaches, ils ne font que de l’itinérance et vendent leurs services au plus offrant », déplore le président de l’Association des radiologistes du Québec, le Dr Frédéric Desjardins.
Consciente de la situation, la Fédération des médecins spécialistes du Québec veut se pencher sur cette question. « Il y en a de plus en plus, reconnaît le président de la FMSQ, le Dr Gaétan Barrette. C’est une nouvelle race qu’on n’avait pas avant, qu’on a depuis environ cinq ans, et on n’aime pas ça. »
En revanche, les médecins itinérants occasionnels sont essentiels pour faire face à la pénurie dans plusieurs spécialités.
La majorité de ces médecins sont rattachés à une équipe et à un hôpital. Ils vont travailler dans des hôpitaux en difficulté pendant leurs vacances ou de façon périodique, chaque mois.
« C’est une forme de travail social, unemanière d’aider ta profession dans un territoire », explique le Dr Desjardins. Pendant longtemps, l’équipe de radiologie de l’hôpital Sainte-Justine s’est ainsi relayée pour aider les collègues de Chibougamau, où on manquait d’effectifs, ajoute-t-il.
Les remplacements se trouvent souvent de bouche à oreille. Les médecins se connaissent et acceptent de s’entraider lorsqu’un hôpital obtient une lettre d’entente parce qu’il est en situation de crise ou parce qu’un médecin veut prendre des vacances.
« Il s’agit souvent d’ententes amicales qui ne tiennent qu’à un fil. Quand les conditions changent dans un service, l’entente tombe et la crise éclate », dit le Dr Desjardins.
Il est aussi plus facile de trouver des médecins itinérants selon les périodes de l’année. En période estivale, pendant leurs vacances, des médecins vont travailler dans une région où ils emmènent leur famille, pour découvrir de nouveaux endroits. En ce sens, les Îles-de-la-Madeleine n’ont généralement pas de problèmes à trouver des médecins l’été, disent plusieurs.



LE PUBLIC FAIT DE PLUS EN PLUS APPEL AU PRIVÉ -  Pascale Breton
Pour pallier la pénurie d’infirmières, un nombre grandissant d’établissements ont recours à des agences privées. Ce phénomène a pris une telle ampleur que Québec veut désormais y mettre un frein.
Le réseau public fait de plus en plus appel au privé pour répondre à la demande. Près de 60% des établissements de santé ont fait appel aux infirmières des agences l’an dernier.
Près de 7000 infirmières travaillent dans le secteur privé, selon les dernières statistiques compilées par l’Ordre des infirmiers et infirmières du Québec. Environ 3000 d’entre elles travaillent au sein d’agences privées. C’est deux fois plus qu’il y a sept ans.
C’est une formule qui coûte cher. La facture a grimpé à 145 millions l’an dernier pour le recours aux infirmières auxiliaires, techniciennes et cliniciennes provenant des agences privées, indiquent les données du ministère de la Santé et des Services sociaux obtenues par La Presse.
Letravail dupersonneldes agences dans le réseau public demeure marginal. Mais il augmente d’année en année. En 2007-2008, les infirmières indépendantes techniciennes et cliniciennes ont travaillé 2,4 millions d’heures. C’est une proportion de 3,6% du total des heures travaillées par le personnel infirmier dans le réseau public.
L’annéeprécédente, elles avaient travaillé 1,98 million d’heures, pour un total de 2,9% des heures travaillées dans le réseau.
Le recours à cette main-d’oeuvre indépendante s’étendmaintenant à l’ensemble de la province. Auparavant, il se limitait surtout aux régions de Montréal, de Québec et de l’Outaouais, note la directrice générale de l’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), Lise Denis.
« Les données nous démontrent qu’il y a des régions où, de plus en plus, on n’a pas le choix de recourir aux infirmières privées pour éviter des ruptures de service. Avant, c’était marginal, mais aujourd’hui, c’est plus systématique », constate-t-elle.
Les plus grands employeurs demeurent les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ainsi que les centres de réadaptation. Dans certains établissements, les infirmières des agences privées accomplissent jusqu’à 40% du total d’heures travaillées par le personnel infirmier.
De plus en plus, les hôpitaux font aussi appel aux agences privées pour éviter des ruptures de service aux urgences, aux soins intensifs ou dans les unités de soins. Une situation qui n’est pas idéale.
« Ce n’est pas le choix des établissements parce qu’en termes de qualité professionnelle, de continuité, de connaissance des patients, de connaissance des protocoles, c’est sûr que ces infirmières ne sont pas dans la même situation que les équipes permanentes », souligne Mme Denis.
Des cibles de réduction
La politique face à la maind’oeuvre indépendante varie d’ailleurs d’un établissement à l’autre. Certains hôpitaux ne veulent pas recourir aux agences. C’est le cas du CHUM. En revanche, les équipes en place sont régulièrement appelées à faire des heures supplémentaires pour pallier le manque d’effectifs.
« Nous avons plutôt décidé d’investir dans notre maind’oeuvre à nous », déclare la directrice générale adjointe aux affaires cliniques du CHUM, Esther Leclerc, pour expliquer la décision de son établissement.
« Dans les hôpitaux qui ont recours aux agences, c’est certain qu’il y a moins de pression sur le personnel en place, mais sur le plan du climat de travail, c’est plus fructueux d’investir dans des équipes stables », ajoute-t-elle. D’autres hôpitaux font régulièrement appel à la main-d’oeuvre indépendante, notamment à Québec, à Laval, dans Lanaudière, en Montérégie et ailleurs à Montréal.
C’est le cas de l’hôpital du SacréCoeur où les infirmières indépendantes ont assumé 10,9% des heures travaillées l’an dernier.
« Nous n’avons pas un nombre suffisant d’infirmières pour maintenir l’accessibilité des services. Nous voulons soutenir nos équipes et minimiser l’impact de la pénurie en réduisant le recours aux heures supplémentaires », indique la directrice des soins infirmiers à l’hôpital du Sacré-Coeur, Johanne Salvail.
Le phénomène de la maind’oeuvre indépendante a pris des proportions telles que Québec veut redresser la barre. Le gouvernement a demandé aux établissements de lui soumettre un plan de réduction du recours aux agences privées.
« Nous demandons aux établissements d’avoir des cibles de réduction pour nous assurer qu’il y ait une main-d’oeuvre utilisée qui provient du réseau public. Ce ne sont pas toutes les agences (de santé et de services sociaux) qui ont déposé leur plan de réduction jusqu’à présent, mais nous voulons réduire le recours aux agences privées au minimum », explique la responsable des communications au ministère de la Santé et des Services sociaux, Dominique Breton. Mais dans le contexte de pénurie actuel, où le taux d’absentéisme du personnel infirmier est élevé, la tendance est difficile à renverser.
D’ailleurs, 40% des établissements de santé ont accru leur recours à la main-d’oeuvre indépendante l’an dernier, indiquent les données provinciales.
À la Fédération interprofessionnelle du Québec (FIQ), on trouve d’ailleurs que le travail de réorganisation du travail n’avance pas vite. La volonté de changer les choses ne se fait pas toujours sentir sur le terrain, explique Daniel Gilbert, vice-président de la FIQ.
« Il y a peudepistesde solutions en cours. Tout est documenté et a fait l’objet d’un consensus, mais la volonté locale n’est vraiment pas là », ajoute M. Gilbert.


Deux groupes d’infirmières, un même travail -  Pascale Breton
« Il faut penser que l’infirmière qui vient travailler chez nous n’a pas de caisse de retraite et n’a pas les avantages sociaux qui sont accordés dans le réseau. Quand vous calculez tout ça, vous réalisez que la facturation que nous faisons au réseau (...) n’est pas abusive. »
Le nombre d’infirmières qui choisissent de travailler dans le secteur privé a bondi au cours des dernières années. Et avec elles, la multiplication des agences privées, surtout dans la région métropolitaine.
Les hôpitaux font de plus en plus appel aux agences privées pour éviter des ruptures de service aux urgences, aux soins intensifs ou dans les unités de soins.
Près de 7000 infirmières travaillent dans le secteur privé, selon les dernières statistiques compilées par l’Ordre des infirmiers et infirmières du Québec.
Environ 3000 d’entre elles travaillent au sein d’agences privées. C’est deux fois plus qu’il y a sept ans.
La main-d’oeuvre indépendante veut avoir la liberté de choisir son horaire. Elle apprécie la flexibilité qui est offerte dans le privé, estime Monique Richer, présidente et directrice générale de l’agence Accès Services Santé, qui emploie 750 personnes.
Dans le réseau, certains reprochent aux infirmières des agences de choisir les plus beaux quarts de travail, de ne travailler que le jour alors que les besoins sont criants dans les autres quarts de travail. À l’hôpital PierreLe Gardeur, par exemple, de 20 à 30% des infirmières assurant un remplacement de jour proviennent des agences privées.
Pourtant, plusieurs infirmières des agences travaillent aussi le soir, la nuit et les week-ends, affirme Mme Richer. « J’ai des infirmières qui me disent par exemple qu’elles sont prêtes à travailler toutes les fins de semaine, mais en échange, elles veulent qu’on les libère tout l’été. »
La région métropolitaine compterait à elle seule une soixantaine d’agences, mais aucune compilation officielle n’existe à ce sujet.
Certaines sont des agences bien établies, avec un chiffre d’affaires important. D’autres sont des agences intermédiaires qui se spécialisent dans des créneaux particuliers, notamment auprès des immigrants. Les autres sont des agences dites « maison ». Il s’agit souvent de quelques infirmières qui décident de se regrouper.
Les infirmières des agences gagnent davantage que celles qui travaillent exclusivement dans le réseau public. Elles peuvent espérer recevoir de 30 à 50$ l’heure.
Au bout du compte, la facture est élevée pour les établissements de santé qui ont recours aux agences. La somme a atteint 81,28 mi l l ions à Mont réal seulement pour le recours aux infirmières auxiliaires, techniciennes et cliniciennes du privé dans les établissements de santé.
« Oui, le salaire est plus alléchant. Par contre, il faut penser que l’infirmière qui vient travailler chez nous n’a pas de caisse de retraite et n’a pas les avantages sociaux qui sont accordés dans le réseau. Quand vous calculez tout ça, vous réalisez que la facturation que nous faisons au réseau, quand elle est faite correctement, n’est pas abusive », explique Mme Richer.
Certaines agences font toutefois de la surenchère, reconnaît-elle en soulignant que la mise en place d’un code d’éthique serait la bienvenue dans le milieu.
Le gouvernement a demandé aux établissements d’avoi r moins recours aux agences. Mais dans le contexte de pénurie, c’est très difficile.
Difficile de rivaliser avec le privé
Même avec une réorganisation du travail qui permet un peu plus de flexibilité, notamment pour une infirmière qui voudrait retourner aux études, le réseau public peine à rivaliser avec le privé.
« Nous essayons d’aménager des choses, mais nous n’avons sûrement pas encore dans le réseau la souplesse souhaitée par les infirmières d’agences qui magasinent leur quart de travail », reconnaît la directrice générale adjointe des affaires cliniques au CHUM, Esther Leclerc.
La présence des infirmières des agences peut aussi créer des tensions au sein des équipes de travail.
« Il y a un côté pervers à avoir une infirmière qui travaille à côté d’un groupe et qui est payée différemment pour le même travail. C’est un peu pervers parce que ça pourrit le climat. Si les autres infirmières ont l’impression d’avoir un peu moins de pression, on se retrouve tout de même avec deux groupes d’individus pour donner les mêmes soins », déclare Mme Leclerc.
Généralement, ces infirmières indépendantes sont très bien formées, mais connaissent peu les pratiques en place dans un établissement précis. Cela crée une surcharge de travail pour le reste de l’équipe, souligne le vice-président de la Fédération interprofessionnelle du Québec (FIQ), Daniel Gilbert. « Les i nfirmières doivent recommencer à expliquer à chaque quart de travail le fonctionnement de l’unité, soutenir cette main-d’oeuvre des agences privées. À un certain moment, elles en ont assez. »
Pour faciliter l’intégration, certains établ issements, comme l’hôpital du SacréCoeur, ont mis en place un processus de sélection rigoureux. « On n’improvise pas. On n’appelle pas à l’agence pour demander quatre ou cinq infirmières pour le soir même », lance la directrice des soins infirmiers, Johanne Salvail.
La direction étudie d’abord les curriculum vitae des infirmières indépendantes avant d’en convoquer certaines en entrevue. Celles qui seront retenues recevront ensuite deux jours de formation, aux frais de leur agence, dans l’unité de soins où elles seront appelées à travailler. L’hôpital constitue ainsi une banque d’infirmières qu’elle peut joindre pour pallier le manque d’effectifs.


Les primes d’été pourraient renaître avant d’avoir disparu
songe à desmesures incitatives pour le personnel de la Santé
« Nous sommes en train de regarder quelles pourraient être des mesures différentes, peutêtre encore des primes, mais données de façon différente, pour nous éviter des ruptures de service au cours de l’été. »
Pour éviter les ruptures de service dans les hôpitaux cet été, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, songe à rétablir les primes pour le personnel de la santé.
En mars dernier, il avait pourtant annoncé qu’ilmettait fin aux primes d’été. Ces primes étaient versées depuis six ans aux infirmières, aux inhalothérapeutes et aux préposés aux bénéficiaires pour les encourager à offrir des disponibilités supplémentaires pendant les vacances estivales.
Deux mois plus tard, le gouvernement étudie maintenant des moyens pour retenir le personnel dans le réseau cet été, a reconnu le ministre de la Santé, Yves Bolduc, en n’excluant pas un retour d’une certaine forme de primes.
« Nous sommes en train de regarder quelles pourraient être des mesures différentes, peutêtre encore des primes, mais données de façon différente, pour nous éviter des ruptures de service au cours de l’été », a-t-il répondu à une question de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale.
Pour l’année 2007-2008, les primes estivales avaient coûté 10 millions. Cette formule ne donnait toutefois pas le rendement souhaité, estime le ministre.
M. Bolduc rencontre ces jours-ci les syndicats et les dirigeants de certains établissements pour discuter des mesures à prendre.
Il faut ramener des incitatifs, selon la présidente de la Fédérat ion interprofessionnelle du Québec ( FIQ), Lina Bonamie, qui rencontre le ministre ce matin. Les primes d’été « ne donnaient pas plus de personnel en place, sauf que plusieurs infirmières, voyant le surplus d’argent qui pouvait être là, donnaient une disponibilité de plus. »
Cela évitait aux hôpitaux de recourir de façon systématique aux heures supplémentaires obligatoires.
L a Fédérat ion de la santé du Québec, affiliée à la CSQ, a par ailleurs rencontré le ministre la semaine dernière. « On lui a souligné les difficultés qu’il y aurait cet été s’il ne mettait pas de primes en place. Il y a aussi un risque que les employeurs en offrent de leur côté, de façon aléatoire, et qu’il y ait ainsi de l’anarchie dans le réseau », a expliqué la présidente, Monique Bélanger.
Une réorganisation du travail est par ailleurs en cours dans le réseau. Confrontés à la pénurie de personnel, les établissements doivent faire appel au personnel des agences privées et aux heures supplémentaires obligatoires pour combler les quarts de travail.
Des projets pilotes sont en cours, mais comme les effets ne se font pas encore sentir, des difficultés sont à prévoir pour l’été. C’est la raison pour laquelle le ministre est en train de revoir sa décision concernant les primes.
D’ailleurs, des ruptures de service menacent déjà certains hôpitaux, notamment l’hôpital Saint-François-d’Assise, à Québec. Dans ce cas, c’est le départ de huit médecins qui pose un problème.
« Ces huit départs subits ont mis l’équipe en place dans une situation précaire. Ils travaillent très fort, mais ce serait inacceptable qu’il y ait une rupture de service. On regarde si on ne pourrait pas faire appel de façon exceptionnel le – puisque la situation l’est – à des médecins dépanneurs », a indiqué MarieÈve Bédard, l’attachée de presse du ministre.
Deux autres hôpitaux, de plus petite taille, ont pour leur part choisi de fermer leurs urgences la nuit. Il s’agit de l’hôpital Chauveau, à Québec, et de l’hôpital Cloutier-du Rivage, dans la région de Trois-Rivières.


Diversifier l’accès -  ARIANE KROL
L’ Ontario vient de déposer un projet de loi qui permettra à plusieurs professionnels de la santé d’effectuer des tâches autrefois réservées aux médecins de famille. Une stratégie qui devrait aider à réduire l’attente et permettre aux omnipraticiens de se concentrer sur les tâches les plus complexes.
Des infirmières qui posent des plâtres et prescrivent des tests d’imagerie médicale, des pharmaciens qui renouvellent des ordonnances, des sages-femmes qui font des prises de sang, des physiothérapeutes qui demandent des échographies… Les Ontariens pourront bientôt recevoir toute une gamme de services de santé sans avoir à passer par un médecin. Le projet de loi annoncé cette semaine devrait entrer en vigueur au début de 2010, nous dit-on au bureau du ministre de la Santé.
L’Ontario veut améliorer l’accès aux soins pour ses quelque 850 000 citoyens qui n’ont pas de médecin de famille. Un problème bien connu au Québec, où environ deux millions de personnes sont dans cette situation, indique la Fédération des omnipraticiens (FMOQ). Hélas, la solution imaginée par nos voisins ne pourrait pas être implantée ici demain matin.
Car en matière de soins de première ligne, le système ontarien peut compter sur un élément presque absent chez nous: les infirmières praticiennes. Le Québec en a à peine plus d’une centaine, incluant celles en formation. L’Ontario, qui y a cru avant nous, en compte aujourd’hui un millier. Elles effectuent déjà un grand nombre de tâches autrefois réservées auxomnipraticiens, dont les prescriptions et le suivi de patients. Certaines cliniques médicales n’emploient aucun médecin et reposent entièrement sur ces professionnelles. La nouvelle loi leur donnera encore plus de responsabilités.
Ironiquement, les infirmières ontariennes trouvent que ce n’est pas assez. Elles se plaignent notamment de ne pas pouvoir prescrire certains médicaments. N’empêche: le modèle ontarien nous montre à quel point elles peuvent être utiles lorsqu’elles sont assez nombreuses. Le gouvernement québécois devrait étudier l’exemple de son voisin. Cela l’inciterait peut-être à plus d’enthousiasme à l’égard de ces « superinfirmières ».
Sur d’autres plans, par contre, le Québec n’a pas à rougir de la comparaison. Avec le système d’ordonnances collectives implanté au cours des dernières années, les pharmaciens peuvent déjà faire certains des gestes annoncés en Ontario. Mais d’autres améliorations pourraient être apportées. Il paraît tout à fait possible, et souhaitable, de réduire le nombre de situations où les pharmaciens doivent contacter des médecins, ou leur envoyer des patients, pour des formalités. Certains produits et articles sont en vente libre mais doivent, pour être couverts par les assurances, faire l’objet d’une prescription. Pourquoi ne pas permettre aux pharmaciens de la rédiger ? Pendant ce temps, le médecin pourrait voir des cas plus graves qu’il est le seul à pouvoir traiter.
Entre les omnis qui partent à la retraite et les étudiants qui préfèrent les spécialités, la pénurie n’est pas près de se résorber. Il va falloir imaginer d’autres modèles, comme les groupes de médecine familiale, qui reposent sur plusieurs types de professionnels. Car pour la santé du patient, c’est l’accès aux soins, et non à un diplôme particulier, qui est déterminant.


Un nouveau pacte social pour l'enfance : à lire et à méditer -  Rima  Elkouri
Longtemps vu comme un marginal dans le milieu de la santé, le Dr Julien a fini par s’imposer comme un pédiatre visionnaire qu’il valait la peine de suivre.
«Uun enfant. » C’est Pythagore qui le dit. L’image inspirante est citée en exergue du livre Tous responsables de nos enfants, coécrit par le Dr Gilles Julien et sa femme, l’avocate Hélène Sioui Trudel.
Le lancement avait lieu dans Hochelaga-Maisonneuve, hier midi. Un lancement simple et émouvant, où l’on a entre autres vu l’une des jeunes protégées du Dr Julien, devenue adolescente, participer avec grand sérieux à la lecture publique. Le Dr Julien la regardait avec fierté, comme si c’était sa propre fille. « Ce sont MES enfants, confiait-il, avec orgueil. C’est un gros, gros succès de les voir ici. »
Inconnu du grand public il y a à peine quelques années, longtemps vu comme un marginal dans le milieu de la santé, le Dr Julien a fini par s’imposer comme un pédiatre visionnaire qu’il valait la peine de suivre. n homme n’est jamais si grand que lorsqu’il est à genoux pour aider Ceux qui l’ont vu à l’oeuvre avec les enfants embrassent sa mission et saluent son entêtement. Avec le temps, le pédiatre bohème a même su rallier des gens officiellement du camp adverse, ceux de la grande machine étatique qu’il a toujours critiquée. Il est amusant de savoir, par exemple, que la directrice des communications de sa fondation, Caroline Richa rd , t rava i l la it aut refois pour un certain ministre Couillard.
Père de la pédiatrie sociale, le Dr Julien a mis en place dans Hochelaga et dans Côte-desNeiges des centres devenus des références pour ceux qui ont à coeur le bien-être des enfants de milieux défavorisés. Quant à Hélène Sioui Trudel, elle s’est jointe aux centres de pédiatrie sociale en 2006 pour contribuer à la mise en oeuvre de la Convention relative aux droits de l’enfant.
Tous responsables de nos enfants ( Bayard Canada) est un appel à l’action, écrit à quatre mains, où la rigueur de l’avocate vient rejoindre le rêve du pédiatre. Médiatrice, Me Sioui Trudel a notamment travaillé à la mise en oeuvre de ce qu’elle appelle le « cercle de l’enfant » , une pratique s’inspirant de la tradition autochtone, qui consiste à redonner du pouvoir aux familles, de les faire participer à la prise de décision.
L’idée, au coeur du projet de pédiatrie sociale, est dans le fond aussi simple que logique. Il s’agit de ne laisser tomber aucun enfant « entre deux chaises ». Il s’agit de réunir un « village » autour de chacun, de s’assurer que le nid familial et l’entourage soient mobilisés pour le bien-être de l’enfant.
Le principe tout simple en apparence reste difficile à appliquer en raison entre autres de la bureaucratisation excessive de l’appareil étatique. Résultat : l’enfant en difficulté est souvent otage de systèmes aussi fragmentés qu’incohérents. Les meilleures intentions du monde ne suffisent pas. Les interventions restent parcel laires et même peu efficaces à certains égards. « Souvent, les services sont dispensés trop tard, loin des principaux intéressés, par des spécialistes qui ne considèrent qu’un aspect du problème et qui manquent de temps ou de volonté pour travailler ensemble et avec le réseau familial à dresser un plan d’action. C’est l’une des constantes des systèmes qui veulent trop bien faire, mais passent à côté de l’essentiel », écrivent le Dr Julien et Me Sioui Trudel.
Of f iciel lement, le système agit dans le « meilleur intérêt de l’enfant ». Dans les faits, la réalité est tout autre. Comment se fait-il que les droits de tant d’enfants continuent à être bafoués dans un Québec dit « avant-gardiste » et dans un Canada qui promettait en 2002 d’être « digne de ses enfants » ? demandait hier Me Sioui Trudel. « C’est pourtant la triste réalité que nous découvrons, chaque jour, avec les enfants qui fréquentent les deux centres de pédiatrie sociale de Montréal. Ils ont pratiquement tous été victimes d’une forme d’abandon, de laisser-aller, de rejet ou d’exclusion, d’une violation pure et simple de leurs droits fondamentaux reconnus par la Convention relative aux droits de l’enfant », lit-on dans Tous responsables de nos enfants.
Malgré toutes les belles promesses et en dépit de toute notre bonne volonté, la réalité des enfants, surtout ceux issus de mi l ieux défavorisés, n’a malheureusement pas beaucoup changé avec le temps. « Si on ne renverse pas la vapeur, on s’en va vers une catastrophe avec les enfants. Ce n’est pas être pessimiste de le dire. Des constats, des statistiques nous le disent », rappelait hier le Dr Julien.
Que faire ? Interpeller l’État ? Non, nous dit le Dr Julien. La priorité, c’est d’interpeller les communautés, vous, moi, le voisin. C’est le but premier de ce livre. Nous mobiliser dans un véritable pacte social pour l’enfance. À lire et à méditer.


Québec s’attaque au plateau d’hôpital
Moins de sauce brune salée et plus de légumes verts, présentés assez joliment pour qu’ils soient appétissants pour les patients. Fini les frites et les boissons gazeuses servies aux gens qui vont les visiter ou qui les soignent. C’est une petite révolution que veut mener Québec avec son tout premier cadre de référence pour l’alimentation en milieu hospitalier, dévoilé jeudi.
« On souhaite que chaque établissement se donne des règles pour avoir une saine alimentation qui respecte les besoins de leur clientèle », résume le ministre de la Santé, Yves Bolduc.
La qualité de ce qui se trouve sur le plateau est évidemment ciblée, mais on veut aussi améliorer l’ambiance du repas d’hôpital pour qu’il rappelle au patient un climat familial, plus rassurant. Est-ce la fin de la pomme de terre en purée?
En théorie, oui, puisqu’on recommande d’utiliser plus de produits frais et locaux et d’éliminer les aliments transformés, plus gras et plus salés. Le réconfortant Jell-O, figure emblématique des plateaux d’hôpitaux, est aussi menacé, à moins qu’il ne soit fait avec des jus et des fruits frais afin de répondre aux nouvelles normes provinciales. C’est tout un changement que recommande Québec.
« C’est très bien comme politique. Les recommandations sont exemplaires », estime Denise Ouellet, professeure au département de nutrition de l’Université Laval, spécialiste de la santé en milieu institutionnel.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux ne s’intéresse pas qu’aux plateaux des patients, mais à toute la nourriture servie dans les établissements de santé. Cassecroûtes et machines distributrices compris.
« Des gens qui étaient hospitalisés avaient une alimentation validée par des diététistes pour qu’elle convienne à leurs besoins nutritionnels, relate Yves Bolduc. Mais ça ne les empêchait pas de prendre une liqueur et un chip lorsqu’ils descendaient à la cafétéria en soirée. »
Selon Denise Ouellet, c’était précisément le maillon faible de l’alimentation en milieu hospitalier: « Est-ce que c’est possible de manger santé à l’hôpital ? Certainement, mais à la cafétéria. Il faut que la nouvelle politique s’applique partout. Si on sert des repas nutritifs à la cafétéria, mais qu’à quelques corridors de là il y a de la malbouffe, ça n’a pas de sens. »
Les recommandations élaborées par l’équipe du ministère de la Santé s’appliqueront donc aux dépanneurs et autres restosminute, même s’ils sont opérés par une entreprise privée multinationale. Certaines recommandations sont très précises et calculent la quantité de sodium, de glucides ou de gras saturés que doivent contenir les aliments offerts.
Qui va payer la note?
Le grand absent de ce plan d’action, qui était attendu depuis longtemps, est l’enveloppe budgétaire.
Peler des pommes de terre, faire rôtir des poulets ou équeuter des fraises en saison demande évidemment plus de manipulations, donc plus de coûts. De même, le plan recommande d’éliminer la vaisselle jetable. C’est à la fois plus de temps de travail pour laver la vaisselle et plus de coûts pour acheter des nouveaux services et de la coutellerie.
Suzie Pellerin, directrice de la Coalition Poids, se réjouit de ce virage important, mais croit que le ministre Bolduc doit l’appuyer des ressources nécessaires. Sans quoi les recommandations ne sont pas réalistes. « Il y a de très beaux principes dans ce plan, ditelle, mais est-ce que les établissements en auront les moyens? »
Le ministre Bolduc, lui, assure que les établissements de santé ont déjà tout l’argent qu’il faut pour se conformer à la nouvelle politique. Ils doivent déjà consacrer 2% de leur masse salariale à la formation, ce qui devrait permettre à leurs employés d’être mieux outillés pour le virage santé.
« Ce n’est pas parce qu’on demande d’avoir une alimentation saine qu’il faut nécessairement ajouter beaucoup d’argent dans le réseau de la santé », indique le ministre. Chaque établissement doit adapter les recommandations à ses réalités, un établissement de soins de longue durée n’ayant évidemment pas les mêmes besoins qu’un centre des naissances. Les établissements ont jusqu’à mars 2012 pour s’y conformer.




Huit enfants se font heurter chaque semaine à Montréal  -  Isabelle Audet
ACCIDENTS DE LA CIRCULATION
Le Dr Patrick Morency, de la Direction de la santé publique de Montréal, a présenté hier matin des chiffres qu’il qualifie d’« inquiétants » sur le nombre d’enfants heurtés par une voiture depuis neuf ans. Au total, 3771 piétons ou cyclistes de 5 à 17 ans ont été blessés entre 1999 et 2008.
Les statistiques présentées hier par la Direction de la santé publique de Montréal sont alarmantes. Au total, 3771 piétons ou cyclistes de 5 à 17 ans ont été blessés entre 1999 et 2008 dans la région métropolitaine.
« Ça f a i t e nv i r o n hu i t enfants par semaine qui sont transportés en ambulance. Je crois que ces résultats parlent d’eux-mêmes », a déclaré le Dr Morency.
Les quartiers où la population est plus démunie figurent au sommet des secteurs les plus dangereux. C’est dans l’arrondissement de Mercier– Hochelaga-Maisonneuve que le plus grand nombre d’enfants ont été heurtés au cours de la dernière décennie, avec plus de 300 blessés. Suivent les arrondissements de Villeray– Saint-Michel– Parc-Extension, d e Ros e mont – L a P e t i t e - Patrie, de Côte-des-Neiges– Notre-Dame-de-Grâce et de Montréal-Nord.
Le Dr Morency précise que le nombre plus élevé d’enfants combiné à la forte circulation automobile et au manque d’infrastructures de protection font en sorte que ces secteurs sont les plus touchés.
Afin de réduire les accidents, la Coalition pour la réduction et l’apaisement de la ci rc ulation propose des « mesures simples et peu coûteuses », comme l’a ménagement de trottoirs s’élargissant aux intersections. Ainsi, les enfants traversent la rue sur une moins longue distance.
Les dos d’âne et les bacs à fleurs disposés au centre de la rue contribuent aussi à ralentir, voire à limiter la circulation automobile, et à réduire les accidents. « Il y a un problème, et pour le régler, certaines villes et arrondissements ont déjà mis certaines de ces mesures en place. On pourrait le faire de façon systématique lorsqu’on fait la réfection des rues. Ça ne coûte pas si cher que ça à faire, même pour une ville comme Montréal », a indiqué Daniel Bouchard, chargé de projet au Conseil régional de l’environnement.
« On entend souvent parler du fait qu’on veut davantage de transports collectifs, et qu’on veut que les gens marchent, qu’ils utilisent le vélo. Des enjeux comme ceux-ci, on en entend moins souvent parler, ajoute le Dr Morency. Il faut réduire la capacité routière pour éviter d’aggraver le problème. »



RÈGLEMENT SUR LA SÉCURITÉ DES PISCINES  Québec va de l’avant  -  Karim Benessaieh

Trois ans après l’onde de choc qu’avait provoquée la noyade de deux enfants de 4 et 13 ans en 2006, Québec a répondu hier avec un projet de règlement sur la sécurité des piscines résidentielles.
Selon les statistiques les plus récentes diffusées par l’INSPQ, 57 personnes se sont noyées dans une piscine résidentielle auQuébec entre 2000 et 2006. De ce nombre, 23 étaient âgées demoins de 5 ans.
Essentiellement, ce règlement, qui compte une dizaine d’articles, vise à empêcher les enfants d’accéder sans surveillance à la piscine. Selon le type de structure, il obligerait le propriétaire à ériger une clôture ou à empêcher l’accès à l’échelle (voir autre texte). Il ne s’applique qu’aux nouvelles piscines.
Même s’ils y décèlent des lacunes, les deux principaux organismes qui réclamaient un règlement plus musclé, la Société de sauvetage et l’Institut national de la santé publique du Québec, ont bien accueilli le document présenté par le ministre Laurent Lessard. Il sera étudié en commission parlementaire à l’automne, vraisemblablement amendé, et pourrait être adopté à temps pour l’été prochain, indique-t-on au ministère des Affaires municipales.
« C’est une excellente nouvelle, ça fait longtemps qu’on réclamait un règlement uniforme pour tout le Québec », se réjouit Diane Sergerie, conseillère scientifique à l’INSPQ. À la Société de sauvetage, on salue la « volonté politique » derrière ce projet de règlement. « J’aime mieux avoir un règlement imparfait qui part en consultation que d’attendre la perfection, dit Raynald Hawkins, directeur général. Ça fait plus de 20 ans qu’on travaille à ce projet de règlement. À force d’essayer d’avoir le consensus total, on s’est rendu compte qu’on n’avait jamais de règlement. Avec ce règlement-là, on pourra toujours éduquer et sensibiliser. »
Les consultat ions de l’automne seront l’occasion d’exiger des modifications substantielles au projet, précise M. Hawkins. Il regrette en premier lieu le fait qu’il ne s’applique qu’aux nouvelles piscines et croit qu’on devrait forcer les propriétaires à s’adapter d’ici quelques années. « On souhaiterait une zone de transition. Le gouvernement a mis en place des crédits d’impôt pour la rénovation. Est-ce qu’on pourrait donner accès à ces crédits aux propriétaires qui veulent faire les modifications pour se conformer au règlement? »
Diane Sergerie rappelle que l’INSPQ avait également proposé un délai de transition de deux à quatre ans. Elle souligne que le fait d’épargner les installations existantes « enlève beaucoup d’efficacité au règlement ». «Avec la durée de vie d’une piscine hors terre, il faudra attendre de 10 à 15 ans pour que le règlement prenne effet. »
Un choix nocif
Autre faiblesse: le projet de règlement laisse à plusieurs endroits le choix aux propriétaires entre une installation sécuritaire fixe et une autre qu’on peut retirer. Par exemple, dans le cas d’une piscine hors terre, on peut installer une échelle amovible et la retirer après la baignade, ou empêcher l’accès par des portières qui se verrouillent automatiquement.
Même scénario en ce qui concerne les piscines gonflables: on peut les protéger par une clôture ou par une simple couverture. Dans les deux cas, la Société de sauvetage privilégie la solution que les parents ne risquent pas d’oublier accidentellement. « L’échelle amovible, on sait que ce n’est pas une mesure efficace parce que les gens l’oublient ou la laissent là, dit M. Hawkins. Pour une piscine gonflable, c’est sûr que, plutôt que rien, on aime mieux voir une toile de protection. Mais il suffit de l’oublier unmatin et l’enfant peut y avoir accès. On sait que la mesure la plus efficace, c’est le ceinturage. »
La couverture sur une piscine gonflable, « ce n’est pas une mesure qu’on peut qualifier de sécuritaire », renchérit Diane Sergerie.
On trouve plus de 280000 piscines privées au Québec, qu’elles soient creusées, hors terre ou gonflables. Selon les statistiques les plus récentes diffusées par l’INSPQ, 57 personnes se sont noyées dans une piscine résidentielle au Québec entre 2000 et 2006. De ce nombre, 23 étaient âgées de moins de 5 ans.
Entre mai et juin 2006, deux enfants s’étaient noyés en moins de deux semaines, ce qui avait suscité l’émoi et provoqué un débat autour de la sécurité des piscines, surtout les modèles gonflables, mis en cause dans les deux cas. À la mi-mai, un garçon de 4 ans de Saint-Thomas, dans Lanaudière, avait échappé à la surveillance de ses parents pour se retrouver dans la piscine. Début juin, Judy Mirandette-Gaudette, 13 ans, est morte après que ses cheveux se furent coincés dans le système de filtration, trop puissant. Plusieursmunicipalités québécoises ont, dans les mois suivants, encadré d’un règlement plus strict l’installation de piscines gonflables.


Le règlement en bref
> Pour une piscine creusée ou semi-creusée
Elle doit être pourvue d’une échelle et être entourée d’une enceinte haute d’au moins 1,2 m.
L’enceinte doit empêcher tant les voisins que les propriétaires d’accéder à la piscine. Si la cour est déjà clôturée, une autre clôture entre la piscine et la maison est exigée.
Toute porte dans cette enceinte doit comporter un dispositif de fermeture et de verrouillage automatique.
Toute clôture formant une partie de cette enceinte doit empêcher le passage d’une sphère de 10 cm de diamètre.
> Pour une piscine hors terre (de plus de 1,2 m de haut)
Le propriétaire a le choix entre plusieurs dispositifs, notamment :
– Une échelle munie d’une portière de sécurité qui se referme et se verrouille automatiquement ;
– Une échelle amovible qui doit être remisée en dehors des périodes de baignade;
– Une pla t e f o r me ou une terrasse ceinte d’une clôture haute d’au moins 1,2 m dont l’accès est protégé par une porte qui se referme et se verrouille automatiquement.
> Pour une piscine gonflable (de moins de 1,4 m de haut)
Le propriétaire a le choix entre installer une enceinte de 1,2 m tout autour de la piscine ou la couvrir en tout temps.
> Pour toutes les piscines
Le règlement ne s’appl ique qu’aux nouvelles piscines.
Dans le cas du remplacement d’une piscine, sauf si elle est gonf lable, les nouvelles règles s’appliquent et le propriétaire doit demander un permis à sa municipalité. Dans le cas d’une piscine gonflable, on peut la réinstaller au même endroit et dans les mêmes conditions sans permis.
En cas d’infraction, le propriétaire peut écoper d’amendes allant j usqu’à 300 $ pour la première infraction, et jusqu’à 500 $ pour toute infraction subséquente.

SEMAINE DE PRÉVENTION
LA PRESSE CANADIENNE Quelque 75 personnes se noient chaque année au Québec, selon la division québécoise de la Société de sauvetage, qui organise la Semaine nationale de prévention de la noyade, laquelle a lieu du 18 au 25 juillet cette année.
Le nombre de noyades au Québec connaît généralement une hausse durant la première semaine des vacances de la construction.
Le directeur général de la division du Québec de la Société de sauvetage, Raynald Hawkins, soutient que le nombre de noyades dans la province connaît généralement une hausse durant la première semaine des vacances de la construction.
Il indique que la majorité des noyades peuvent être évitées, notamment en portant un gilet de sauvetage ou encore en s’abstenant de consommer de l’alcool.
M. Hawkins souligne que 70% des victimes de noyade qui étaient à bord d’une embarcation ne portaient pas ou portaient mal leur dispositif de flottaison.
Il signale également que 80% des victimes de noyade sont des hommes. Selon M. Hawkins, c’est la témérité de la gent masculine qui explique cette proportion.




TROP JEUNES POUR MOURIR
Ah! La belle époque où les enfants roulaient sans casque à vélo et voyageaient librement sur la banquette arrière de la voiture... Vraiment ? Entre 1970 et 1990, la mortalité liée aux traumatismes chez les moins de 18 ans a diminué de moitié grâce, notamm
Le mythe: tous ces noyades, chutes, empoisonnements, crânes fracturés, bras cassés, moelles épinières sectionnées chez les enfants, sont des accidents. Faux, répond le Dr Pierre Maurice. « Les traumatismes en général peuvent être évités, comme les maladies infectieuses ou d’autres problèmes de santé. Il faut briser ce mythe selon lequel il n’y avait rien à faire. C’est un mythe trop souvent véhiculé dans nos cuisines. »
Le Dr Maurice, de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ), a dévoilé hier une importante étude sur les traumatismes subis par les moins de 18 ans au Québec, entre 2000 et 2005. Constat : des mesures supplémentaires doivent être adoptées, particulièrement pour prévenir les noyades, les blessures à vélo, celles subies par une collision de la route et les chutes.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, « plus de 100 enfants succombent chaque heure de chaque jour du fait d’événements évitables ».
Au Québec, plus de 200 enfants et adolescents meurent chaque année à la suite d’un traumatisme. Les bébés de moins de 1 an meurent plus souvent d’une affection périnatale ou une malformation congénitale. Mais pour ceux qui ont soufflé leur première bougie, les traumatismes sont la première cause de mortalité. Ils représentent aussi la première cause d’hospitalisation chez les jeunes de plus de 10 ans.
Carlo Galli, coordonnateur du programme de prévention des blessures à l’Hôpital de Montréal pour enfants, est d’accord avec l’INSPQ: beaucoup de traumatismes ne sont pas des accidents. « D’ailleurs, sur notre site web consacré aux traumas, on évite de parler d’accidents », dit-il.
Du bébé tombé du lit de ses parents à celui brûlé par le café de la tasse qui s’est renversée, la plupart des blessures auraient pu être évitées. « Si vous avez une tasse de thé et que vous prenez votre enfant dans vos bras, vous
auriez pu prévenir la brûlure en posant la tasse avant. C’est la même chose avec les jeux qui ont des petits morceaux, il faut lire la notice pour ne pas que l’enfant avale un morceau. »
« L’idée n’est pas de culpabiliser les victimes et les parents, précise le Dr Maurice. Il faut être aux aguets et considérer que ce sont des phénomènes qui peuvent être prévenus, comme bien d’autres problèmes de santé. Il faut agir en amont pour ne pas avoir à se consoler à la suite d’un événement malheureux. »
Des règles plus sévères
Chaque été, les noyades dans les piscines résidentielles font les manchettes . Environ 14 enfants et adolescents meurent noyés chaque année et 33 autres sont hospitalisés à la suite d’une quasi-noyade. La grande majorité des quasi-noyades (23 sur 33) surviennent chez les moins de 4 ans.
Pour l’INSPQ, la baisse de la mortalité par noyade passe par une réglementation uniforme pour tout le Québec. L’Institut recommande que les piscines – qu’elles soient creusées, semicreusées ou gonflables – soient entourées d’une clôture infranchissable de quatre côtés avec une porte à fermeture et à verrouillage automatique. Un projet de réglementation est à l’étude à Québec et devra être discuté en commission parlementaire avant d’êt re adopté par le gouvernement.
Pourquoi une clôture à quatre côtés? « La plupart des enfants qui se noient dans une piscine sont ceux qui habitent la maison, pas ceux des voisins, dit le Dr Maurice. Il faut qu’on isole l’aire de la piscine du reste de la maison, et ne pas se servir de l’arrière de la maison comme l’un des côtés. »
Sans mesures coercitives, les comportements ne changent pas. Comme pour le port du casque à vélo. « Sans une loi, le taux de port du casque restera à 40%. En Australie, le taux est de plus de 80%. Ça prend une loi couplée à une campagne de promotion. »
L’INSPQ se préoccupe aussi de la sécur ité des piétons . « Aujourd’hui, on veut encourager les enfants à aller à l’école à pied pour contrer d’autres phénomènes comme l’obésité, et on est tout à fait d’accord avec ça. » Encore faut-il que ces déplacements se fassent en toute sécurité. « Il faut avoir des corridors scolaires sécuritaires. Il faut aussi des mesures d’atténuation du trafic, pour réduire la vitesse, détourner la circulation hors des quartiers résidentiels, et favoriser l’utilisation de transport non motorisé. Il y a beaucoup de travail à faire de ce côté-là. »
Enfin, il faut encore mettre l’accent sur les sièges d’auto pour enfants, dit l’INSPQ. « Au Québec en général, les enfants sont attachés, dit le Dr Maurice. Le problème, c’est qu’ils sont mal attachés. »
Garçons
Une douzaine de jeunes piétons québécois perdent la vie chaque année et 180 autres sont hospitalisés. Pendant la même année, huit cyclistes sont tués, presque tous des garçons.
Plus aventureux et moins prudents, les garçons sont d’ailleurs plus souvent victimes de traumatismes. Ils représentent les deux tiers des noyades, sont plus souvent victimes de chutes entre l’âge de 10 et 14 ans, ainsi que de suicides (qualifiés ici de traumatismes intentionnels).
Dans un rapport mondial sur les traumatismes chez les enfants, l’Organisation mondiale de la santé note également la surreprésentation des garçons victimes des traumatismes. Entre 15 et 17 ans, 86% des victimes par traumatisme dans le monde sont des garçons.

Un drame qui aurait pu être évité
Le 17 j u i l l et 2 0 0 5, Judy Mirandette-Gaudette était en visite chez son oncle, à SaintCôme. Elle se baignait avec sa cousine dans une piscine gonflable. Soudainement, ses cheveux, attachés en queue de cheval, ont été aspirés par le drain latéral.
La jeune fille de 13 ans a été maintenue sous l’eau de longues minutes, jusqu’à ce que son frère réussisse à couper sa queue de cheval avec un couteau. Mais il était trop tard. Judy est morte devant sa famille impuissante et horrifiée.
Quatre ans plus tard, la mère de la victime a reconstruit mille fois dans sa tête la série d’événements qui s’est soldée par ce drame. Et Louise Mirandette est convaincue d’une chose: la mort de sa fille aurait pu être évitée.
Elle est bien d’accord avec les conclusions de l’Institut national de santé publique du Québec, dont l’étude publiée hier démontre que les traumatismes peuvent généralement être évités. Jointe hier dans son domicile de Joliette, Mme Mirandette a énuméré les petites choses qui, selon elle, auraient pu sauver sa Judy.
D’abord, la piscine gonflable. Le drain qui a aspiré les cheveux de la victime n’était pas protégé par une grille. Ensuite, les propriétaires de la piscine ne connaissaient pas les manoeuvres de réanimation. « Je ne leur en ai jamais voulu, mais le gouvernement devrait obliger les propriétaires à suivre des cours de secourisme. »
Et finalement, l’ambulance a tardé à venir. Si les premiers répondants sont arrivés rapidement, l’ambulance a mis une vingtaine de minutes avant de parvenir à destination.
Louise Mirandet te mi l ite pour uniformiser les règlements municipaux sur les piscines résidentielles: elle souhaite que le gouvernement oblige tous les propriétaires du Québec à clôturer leurs piscines.
En 2006, elle a remis une pétition de 6000 noms à l’Assemblée nationale pour resserrer la réglementation. Depuis, elle écrit fréquemment à la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau.
« En trois ans, il me semble que le gouvernement aurait dû en faire plus », a-t-elle déploré. Québec a adopté un projet de loi sur les piscines à l’automne 2007, mais aucun règlement n’est encore appliqué.
À 4 0 0 km de Jol ie t t e, à Chicoutimi, une autre mère a réagi aux conclusions de l’étude de l’Institut national de santé publique du Québec. Mais Lucie Plante a toutefois un avis différent.
Son fils de 17 ans, PierreÉtienne, est mort en mars 2003 alors qu’il skiait à la station Mont-Bélu, à La Baie. Il a perdu l’équilibre et percuté un arbre en bordure de la piste.
Selon Lucie Plante, il aurait été impossible de prévenir le drame. Pierre-Étienne ne portait pas de casque, certes, mais le choc a été porté à son visage.
« Je pense qu’il y a des fatalités qu’on ne peut empêcher, a-telle dit. Avoir des enfants, c’est accepter que des accidents peuvent arriver, aussi malheureux soient-ils. »


Je suis paranoïaque -  PATRICK LAGACÉ
Je vois partout les dangers qui guettent un enfant de trois ans et demi. Les dangers réels et appréhendés.
Depuis la naissance de mon fils, j’ai changé à deux égards. Primo, je dors beaucoup moins. Deuzio, paranoïaque.
Totalement, complètement, intégralement parano. Je vois partout les dangers qui guettent un enfant de trois ans et demi. Les dangers réels et appréhendés.
J’ai peur que le petit s’électrocute, s’étouffe, se mutile, se noie, se fasse heurter par un cycliste ou une auto, tombe d’une échelle ou d’un balcon, s’empoisonne ou qu’un pitbull le prenne pour un T-bone.
Vous allez penser que cette paranoïa me transforme en véritable arbitre à la maison. Pourtant, non. J’ai assimilé les gestes qui font de moi un exemple pour
j e suis devenu Jeannot Prudent, à la perfection. Une seconde nature, ou presque.
Le manche de la casserole pleine d’eau boui l lante ne dépasse jamais dans le vide. Il est toujours pointé vers l’horloge de la cuisinière. Pas de risque qu’il s’ébouillante en l’agrippant.
Les cordes qui servent à activer les stores ont toutes été coupées pour en faire deux fils pendants, parallèles et inoffensifs. Pas de risque de pendaison accidentelle.
La porte qui garde la cour fermée est dotée du plus gros cadenas que j’ai pu trouver chez Rona. Pas de risque qu’un salopard, de la ruelle, lui demande de venir l’aider à trouver son chien.
Je lui fais même des spectacles pro-sécurité. C’est con, je sais. Mais le procédé est le suivant : quand Zak fait un geste qui peut, potentiellement, devenir dangereux, je pique une sainte colère. Une colère qui est fausse d’un bout à l’autre, répétée dans le miroir et dans la douche. Je veux qu’il en soit marqué, frappé, subjugué.
Tiens, la première fois qu’il a mis le pied dans la rue sans ma permission, je l’ai chicané après l’avoir agrippé par le bras. Fort. C’était, de ma part, complètement prémédité. Peut-être que Zak a été traumatisé. Peut-être ai-je fait un fou de moi auprès du voisinage.
Mais la leçon est assimilée. Le petit ne met plus le pied dans la rue.
Comme je vous disais, je suis un paranoïaque.
Je suis paranoïaque et je m’assume. Pour l’instant, Zak est un enfant. Ma paranoïa constitue l’enclos virtuel dans lequel il évolue. Quand il sera ado, il se rebiffera, il sera influencé par d’autres ados qui n’auront pas eu la chance d’avoir des pères sécuritaires comme je le suis et fatalement, ils tenteront de l’entraîner dans des jeux dangereux.
Comme le skateboard, tiens. Ou le vélo sans casque.
Le premier fait divers que j’ai couvert, c’était dans le millénaire précédent, impliquait une mort d’enfant. Accident de voiture, en Ontario.
Eh oui ! une affaire de siège d’auto. La petite fille était assise dans un pick-up, entre sa mère et sa soeur. Sans siège d’auto, en fait. Elle a été éjectée après un impact et n’a pas bénéficié du miracle qui a sauvé la vie de Pénélope McQuade.
Je n’ai jamais oublié cette affaire.
Étant vraiment parano, j’ai donc acheté le siège d’auto le plus cher de tout le rayon.
Étant vraiment parano, j’étais déçu de constater que la fonction ÉJECTION des sièges de pilote de F18 n’existe pas sur les sièges de bébé.
Étant vraiment , vraiment parano, je ne laisse pas Mme Lagacé attacher le siège dans son auto. L’autre jour, une question de logistique a imposé l’évidence: elle a dû l’installer seule, sans mon aide.
Évidemment, à la première occasion, je suis allé vérifier dans sa Jetta si le siège était solidement ancré.
Il l’était. J’ai profusément félicité la mère de Zak.
J’ai reçu un drôle de regard de sa part. Elle m’a regardé comme on regarde une grenouille hors de son élément naturel.
En voyant ce regard, j’ai pensé : je devrais vraiment me faire soigner.
Mais si je me fais soigner, le psychiatre va me donner des pilules, non? Faudra laisser lesdites pilules dans la pharmacie…
Peut-être que le petit pourrait alors les bouffer, par inadvertance. Et faire une surdose. Même en mourir. Ça se peut. Ça arrive. J’en suis sûr.
Oubliez ça. Je ne me ferai pas soigner. Je préfère être parano. C’est mieux pour la santé de mon enfant.


Un peu de jugement -  NATHALIE COLLARD
Le ministre québécois de la Santé, Yves Bolduc, songe à déposer un projet de loi visant à interdire aux conducteurs de fumer dans leur voiture en présence de mineurs.
La concentration de fumée dans une auto, soutient une étude, serait 27 fois plus élevée qu’à l’intérieur des murs d’une maison.
Une loi semblable est déjà en vigueur dans plusieurs provinces canadiennes, dont l’Ontario et la Colombie-Britannique, ainsi que dans certains États américains.
À l’origine, on le comprend bien, il y a la volonté de protéger les enfants de la fumée secondaire et, dans une certaine mesure, du manque de jugement des adultes.
Car il f aut s é r i e u s ement manquer de jugement pour fumer dans un si petit espace en présence d’enfants.
La plupart des fumeurs, même les plus invétérés, s’abstiennent généralement d’en griller une lorsqu’il y a des jeunes dans l’auto.
Faut-il adopter une loi pour ceux et celles qui n’ont pas encore compris?
Les militants du Parti libéral estiment que oui. Réunis en conseil général le week-end dernier, ils ont voté une résolution en ce sens.
Cette résolution est malheureusement l’exemple type d’une bonne intention qui va trop loin. Car en voulant protéger la santé des enfants et leur droit à respirer un air non pollué, on s’immisce trop loin dans la vie privée des gens.
Le prédécesseur du ministre Bolduc, Philippe Couillard, l’avait d’ailleurs compris. Il a refusé d’adopter une loi en ce sens.
Il n’avait pas tort. Avant de sévir, utilisons des moyens moins coercitifs. Une bonne campagne de prévention en convaincrait sans doute plusieurs. On peut également penser à une campagne de sensibilisation auprès des parents dans les pouponnières, les centres de la petite enfance et les écoles.
Quand l’État entre dans la voiture des individus et réglemente un comportement qui n’a rien à voir avec la conduite automobile et la sécurité routière, c’est un peu comme s’il mettait le bout du gros orteil dans la maison. Car la fumée de cigarette n’est pas la seule pratique adulte nocive. La consommation d’alcool peut l’être également. Une fête trop arroséequi se terminemal peut aussi avoir des conséquences néfastes pour les enfants. Faudrait-il interdire aux adultes de consommer de l’alcool en leur présence? Poussons cette idée un peu plus loin et prenons l’exemple de la malbouffe, par exemple. Peut-on imaginer un jour qu’une police de l’alimentation viendra fouiller dans notre garde-manger pour vérifier s’il n’y a pas d’aliments qui contiennent des gras trans? Une police de la bonne forme physique nous surveillera-t-elle pour s’assurer que nos enfants bougent au moins 30 minutes par jour (sous peine d’une contravention salée)? Où faut-il tracer la frontière de l’intervention de l’État dans la vie des citoyens ordinaires pour protéger la santé et le bien-être de leurs enfants? Utilisons le gros bon sens avant d’adopter une loi qui grugerait un peu plus les libertés individuelles.






La fin des blockbusters -
DANIEL DUBRÛLE
Se pourrait-il que l’âge d’or des grandes sociétés pharmaceutiques soit terminé ?
  Les sociétés pharmaceutiques ne peuvent conserver l’exclusivité sur les molécules et les produits qu’elles mettent au point dans leurs laboratoires.
C’est une question qui mérite d’être posée, avec l’échéance imminente de plusieurs brevets d’importance pour les entreprises installées au Québec, et qui profitaient de l’exclusivité de la vente des médicaments développés dans leur laboratoire.
Depuis maintenant deux ans, le milieu de la recherche pharmaceutique, et surtout les entreprises qui commercialisent les médicaments, a perdu l’exclusivité de plusieurs de leurs produits phares.
L’industrie du médicament générique a alors récupéré plusieurs de ces produits en les offrant à moindre coût aux patients. L’année 2010 était vue comme le seuil critique par l’industrie. Placées devant ce défi, les sociétés pharmaceutiques « innovantes », dotées d’imposants budgets de recherche et développement, doivent modifier leur approche.
« Contrairement à l’ancien modèle, on ne peut pas bâtir notre avenir avec les ventes de nos blockbusters (les produits les plus populaires) », explique Stan Glezer, directeur principal des stratégies médicales et opérations chez Sanofi-Aventis Canada.
Chez cette société, comme ailleurs, on a modifié, dit-on, l’approche pour se centrer sur les besoins spécifiques des gens. « Ce qui est important pour nous, dit M. Glezer, n’est plus de regarder le nombre de produits disponibles dans notre inventaire traditionnel, mais bien comment on peut toucher le patient directement avec nos produits. Jusqu’à quel point on peut aller dans le traitement global pour une seule et même personne. »
Préserver l’exclusivité
Par la loi (voir encadré), les sociétés pharmaceutiques ne peuvent conserver l’exclusivité sur les molécules et les produits qu’elles mettent au point dans leurs laboratoires.
Lorsqu’il s’agit d’un médicament si mple, l a molécule développée tombe dans le domaine public une quinzaine d’années après son élaboration, et les entreprises de médicaments génériques peuvent amorcer la distribution.
Néanmoins, lorsqu’il s’agit d’éléments plus complexes, plusieurs éléments de la recherche demeurent la propriété intellectuelle de la société qui l’a mise au point. C’est le cas du lovenox, mis au point par Sanofi-Aventis et utilisé pour prévenir les thromboses.
Pour obtenir le droit de distribuer un produit de ce genre (biosimilaire), le fabricant de médicaments génériques devra alors lui aussi mettre en place des études cliniques qui seront soumises aux organismes de réglementation comme Santé Canada.
L’ère des blockbusters terminée, il semble normal que des médicaments plus spécialisés et, ce faisant, plus complexes soient mis au point. Cela prolonge en quelque sorte l’exclusivité des grandes sociétés pharmaceutiques sur les produits qu’elles développent, puisque les fabricants de médicaments génériques n’auront pas accès à l’ensemble de la documentation clinique à l’échéance des brevets.
Solutions personnalisées
C’est en offrant des solutions personnalisées que les grandes sociétés pharmaceutiques entendent passer au travers de cette « crise des brevets ».
Chez Sonafi-Aventis Canada, on vise une offre intégrée s’adressant directement aux patients-consommateurs.
« On cherche à offrir plus que le produit pharmaceutique, dit Stan Glezer. Nous visons plutôt un service complet. Notamment avec des appareils de diagnostics personnels pour le traitement du diabète, qui ne font pas que calculer le taux de sucre, mais qui suggèrent le bon dosage pour les prochaines injections d’insuline. »
Des entreprises qui ne se contentent plus de produire des médicaments, mais qui offrent aussi des outils de gestion aux utilisateurs.
Autre changement de moeurs, les sociétés continuent de distribuer certains de leurs produits même une fois qu’ils sont rendus dans le domaine public, afin de tabler sur le prestige de la marque. « Par le passé, on a abandonné des produits dont le brevet était expiré, mais nous ne le faisons plus », a rappelé Stan Glezer.
L’avenir de l’industrie passerait vraisemblablement par une personnalisation accrue des traitements, par une interaction avec les patientsconsommateurs. Une pharmacologie 2.0, en quelque sorte.


Désengagement désastreux  -  Francis Beaudry
OPINION Le gouvernement et la Caisse de dépôt doivent secourir l’industrie biopharmaceutique et la recherche biomédicale en péril
La situation de la recherche biomédicale et des compagnies biopharmaceutiques est préoccupante au Québec. Jadis un fleuron québécois, beaucoup d’entreprises ont fermé leurs portes par manque de financement, ce qui engendre des conséquences importantes sur la recherche biomédicale universitaire, car leur avenir est intimement lié.
Le désengagement du gouvernement, de ses instances financières, et en particulier de la Caisse de dépôt et placement, a eu des conséquences désastreuses sur cette industrie. Le déclin a commencé bien avant la crise actuelle et ne peut servir d’excuse, mais ce désengagement, combiné à la faiblesse des marchés, empire une situation déjà périlleuse.
La première conséquence néfaste touche l’avenir de nos jeunes scientifiques spécialisé en recherche biomédicale, car le développement de nouvelles thérapies interpelle des expertises multidisciplinaires (médecine, médecine vétérinaire, pharmacie, pharmacologie, etc.). Nos jeunes en formation au niveau du baccalauréat, de la maîtrise et du doctorat peinent à voir leur avenir au Québec dans cette industrie. Plusieurs choisiront de s’expatrier, en particulier les étudiants chercheurs. Pour l’avenir de notre société, c’est désastreux, et pour eux c’est un choix déchirant, mais aussi une question de survie. Plusieurs veulent entreprendre ou poursuivre leur carrière dans un milieu favorable au développement scientifique et technologique.
Or, les conditions pour développer des compagnies biopharmaceutiques durables ne sont pas réunies. Le développement d’un médicament demande de huit à 12 années de recherche et des investissements variant de 120 à 500 millions de dollars.
La grande majorité des compagnies qui ont commencé leurs activités au milieu des années 90 et au début des années 2000 étaient principalement financées par Investissement Québec, la Caisse de dépôt et la FTQ. Le niveau d’investissement variait de 10 à 15 millions, ce qui peut sembler des montants importants, mais c’est peu considérant les montants réels impliqués dans le développement d’un médicament pour le marché.
Les biopharmaceutiques québécoises sont partiellement responsables de leur sort. Afin de pallier ce sous-financement chronique, des résultats préliminaires se sont transformés en objet de marketing pour mousser la valeur de la compagnie à la bourse. Les gestionnaires de ces compagnies ont réalisé rapidement qu’ils pouvaient s’abreuver rapidement sur ce marché spéculatif auprès d’investisseurs néophytes. Alors, ils ont poussé plusieurs médicaments vers des études cliniques de phase 1 et 2 très coûteuses. Malgré un gain initial sur le marché spéculatif, les résultats se sont souvent avérés négatifs, mettant ces compagnies dans une situation très précaire.
Le Québec n’a pas les moyens de perdre l’expertise de ses scientifiques formés dans nos institutions publiques. Il faut créer une meilleure synergie entre nos institutions de recherche et nos compagnies biopharmaceutiques. Il faut créer des conditions de financement favorable, stable et réaliste.
La Caisse de dépôt et placement peut jouer un rôle central dans ce type de financement. Il est certes risqué; la recherche, c’est risqué. Mais le retour sur l’investissement est potentiellement énorme, et pas seulement du point vue financier. Le gouvernement, à l’image des conditions offertes aux compagnies de conception de jeu vidéo, pourrait offrir des conditions fiscales et de prêt très avantageuses.
Cet engagement ne peut se faire seulement à l’industrie privée. Ce plan d’investissement doit inclure le financement des activités de recherche en milieu universitaire. La recherche fondamentale sous-jacente à plusieurs découvertes en recherche biomédicale est centrale au succès de nos compagnies biopharmaceutiques. De plus, si nous voulons former du personnel hautement qualifié, il faut leur permettre de travailler dans un environnement adéquat incluant des équipements de pointe.
La rémunération moyenne des étudiants aux cycles supérieurs est déficiente au Québec et décourage les jeunes intéressés en recherche.
Le gouvernement doit réinvestir dans nos universités et pas seulement dans le ciment et la brique. Il faut développer une vision, mais agir rapidement. Actuellement, plus de 75% des compagnies biopharmaceutiques de la région de Montréal sont en mode survie. Il n’est pas trop tard pour sauver cette industrie, qui a déjà été une des plus belles réussites de

LA CRISE FRAPPE LES PHARMACEUTIQUES  -  Pascale Breton
Longtemps un fleuron du Québec, l’industrie pharmaceutique vit des moments difficiles, aggravés par la crise économique. Au point où plusieurs petites entreprises de biotechnologies, véritable pipeline des grandes pharmaceutiques, sont en danger.
Un sondage mené par BIOQuébec révélait que 70% des entreprises de biotechnologies n’avaient pas de capitaux disponibles pour survivre plus d’un an.
Jusqu’à tout récemment, le Québec – et Montréal en particulier – était le centre le plus important au Canada dans le domaine de la recherche sur les médicaments innovateurs. Un titre que la province risque de perdre, craignent certains. « La compétition est féroce partout dans le monde et ailleurs au Canada, notamment en Ontario et en Colombie-Britannique. Montréal court le risque de se faire rattraper si on ne prend pas les bonnes décisions », analyse Michel Bouvier, professeur de biochimie à l’Université de Montréal et chercheur à l’Institut de recherche en immunologie et cancérologie (IRIC).
L’industrie pharmaceutique est très présente au Québec. On recense pas moins de 145 entreprises, allant des grandes compagnies pharmaceutiques aux petites entreprises de biotechnologies, ce qui crée environ 20 900 emplois.
Mais il s’agit d’un domaine risqué. Pour un seul médicament qui se retrouve sur les tablettes des pharmacies, des centaines d’essais s’avèrent infructueux. D’autres ne se rendent jamais jusqu’à la mise en marché parce que la molécule s’avère moins efficace que prévu ou parce que les effets toxicologiques sont trop importants.
Il faut compter en moyenne 14 ans entre la découverte d’une molécule et le moment où le produit est commercialisé. Le coût de la mise au point d’un seul médicament : environ 800 millions US.
« Il est très difficile de créer de nouveaux médicaments. Les plus faciles à découvrir – même s’il n’y a rien de facile dans ce domaine – ont été découverts. C’est de plus en plus difficile d’arriver avec de nouvelles molécules, surtout pour les maladies qui ne sont pas encore traitées ou pour lesquelles on n’a pas encore le bon médicament », ajoute M. Bouvier, qui est aussi directeur du Groupe universitaire de recherche sur le médicament (GRUM) à l’Université de Montréal.
L’industrie pharmaceutique est en pleine mutation. De nombreux brevets arrivent à échéance, ce qui représente des pertes de milliards de dollars pour les grandes compagnies pharmaceutiques. Les médicaments innovateurs devront en effet partager le marché avec des médicaments génériques, donc moins coûteux.
Relais
De plus en plus, les grands du secteur pharmaceutique délaissent la recherche à un stade précoce. Ce sont les entreprises de biotechnologies qui prennent le relais. Une découverte importante en recherche fondamentale mène souvent le chercheur à créer une entreprise ou un entrepreneur à en acquérir les droits, ce qui donne naissance à une compagnie de biotechnologies.
Cette entreprise se chargera de faire progresser la découverte jusqu’aux essais précliniques sur les animaux, puis de la validation du concept et des premières études cliniques sur les humains. Le Québec compte une soixantaine d’entreprises biotechnologiques dans le domaine de la santé, qui comptent de 15 à 20 employés en moyenne.
Dans bien des cas, lorsque le produit est arrivé aux phases II ou III des essais cliniques, les grandes entreprises pharmaceutiques rachètent la compagnie ou acquièrent des droits sur les licences.
« Les industries pharmaceutiques utilisent les biotechnologies comme leur pipeline. Elles les achètent à un stade beaucoup plus avancé, ce qui leur coûte beaucoup plus cher, mais elles savent exactement ce qu’elles acquièrent », explique Élie Farah, vice-président, investissements Grand Montréal, chez Montréal International.
Mais voilà, la crise économique rend les choses difficiles pour les petites entreprises. Elles ont dumal à trouver le financement nécessaire pour poursuivre leurs recherches.
Un sondagemené à la fin de 2008 par BIOQuébec révélait que 70% des entreprises de biotechnologies n’avaient pas de capitaux disponibles pour survivre plus d’un an. Le tiers pouvait tenir six mois et le quart d’entre elles, à peine trois mois.
Quelques mois plus tard, qu’en est-il? La prochaine enquête sera menée en juillet. « On n’aura pas beaucoup de compagnies qui vont avoir fermé, mais beaucoup se seront mises en état d’hibernation. Elles vont avoir congédié des employés pour en garder le strict minimum de façon à assurer un minimum de développement et à chercher du financement », croit Frank Béraud, directeur aux politiques et développement stratégique de BIOQuébec.
Les entreprises de biotechnologies appellent à l’aide. Des mesures ont été prévues dans le dernier budget du gouvernement provincial, mais il s’agit de mesures à moyen terme.
« Il faut mettre en place des mesures d’aide temporaires pour aider les entreprises existantes à passer à travers la crise », presse M. Béraud.
Le danger de perdre le savoir-faire ou des propriétés intellectuelles est réel. « L’effritement de la petite entreprise de biotechnologies entraîne l’assèchement du puits dans lequel la grande compagnie pharmaceutique s’abreuve », note la directrice générale de Montréal InVivo, Michelle Savoie. Cet organisme travaille justement à l’arrimage entre les compagnies de biotechnologies et les grandes entreprises pharmaceutiques.
Plusieurs pressent le gouvernement d’intervenir, mais la crise n’aura pas que du négatif, croit pour sa part le directeur de la santé et des biotechnologies au ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, Roger Marchand.

« La crise économique permet également de faire disparaître ou de restructurer les entreprises de biotechnologies qui sont les plus faibles et de renforcer les autres », croit-il.

Une entreprise spécialisée dans la recherche sur les maladies rares
Sur les murs du hall d’entrée d’Enobia Pharma, à Montréal, des photos de la petite Amy Tinsley sont accrochées comme un signe de victoire.
La petite fille n’était pas encore née qu’elle était déjà condamnée. Elle est atteinte d’hypophosphatasie , une maladie rare qui touche une personne sur 100 000 et pour laquel le i l n’existe encore aucun médicament. Un dérèglement dans le corps rend les os mous. Adultes comme en f a nt s peuvent en ê t r e atteints. Généralement, les bébés meurent dans leurs premiers mois de vie.
Mais la petite Amy a pu fêter son premier anniversaire. Elle a été soignée pendant six mois à Winnipeg, grâce à une technique mise au point par Enobia Pharma, à Montréal. Depuis quelques semaines, elle est de retour chez elle, en Irlande. Elle peut désormais se mouvoir et manger seule. Elle n’a plus besoin de respirateur artificiel.
Fondée en 1997, l’entreprise se spécialise dans la recherche sur les maladies rares. « La technologie consiste en l’ajout de quelque chose sur la protéine manquante afin qu’elle se rende spéci f iquement à l’os », explique Pierre Léonard, vice-président, développement des nouveaux médicaments et gestion de projets.
La compagnie en est rendue à la phase II des essais cliniques. Les succès remportés auprès de bébé Amy sont encourageants. Quatre autres bébés comme el le sont en traitement.
« Les bébés meurent habituellement dans la première année de vie. Nous voulions tester le médicament dans cette population, car ce sont eux qui en ont vraiment besoin. Mais pour une compagnie, il faut évaluer le risque. Certains peuvent dire que les bébés sont tellement malades qu’ils n’ont pas de chance de guérir. Finalement, nous avons décidé d’aller dans la situation la plus difficile », précise M. Léonard.
La crise économique se fait sentir, mais heureusement, Enobia Pharma avait levé des fonds de 40,1 millions en août 2007. « On aura épuisé ce financement au cours de l’été, mais il nous a permis de passer à travers la crise économique. Par contre, l’argent était conditionnel à l’atteinte de certains objectifs », souligne pour sa part Luc Cournoyer, vice-président , f i nance et administration.
Les objectifs ont été atteints. L’entreprise espère maintenant se rendre encore plus loin dans le long processus vers la mise en marché d’un médicament.

RECHERCHE Un modèle en pleine mutation  -  Pascale Breton

« Il faut trouver de nouvelles avenues. Les gens sont un peu surpris que les industriels travaillent ensemble pour financer des projets. Il y a quelques années, ça n’aurait pas été possible », indique le président-directeur général du CQDM, Max Fehlmann.
La recherche pha rmaceut ique est en pleine mutation au Québec. Un écart important sépare le stade précoce de la recherche fondamentale et ce qui intéresse les entreprises pharmaceutiques, soit le stade avancé du médicament près de sa commercialisation.
« Il faut arriver à faire un mei l leur ar rimage entre les deux », croit Michel Bouvier, professeur à l’ Université de Montréal et chercheur à l’Institut de recherche en immunologie et cancérologie ( IRIC).
C’est dans ce contexte que le Consortium québécois sur l a découver t e du médic ament ( CQDM) a vu le jour. L’organisme regroupe à la fois des représentants des grandes compagnies pharmaceutiques et des entreprises de biotechnologies. Ensemble, ils viennent de financer quatre projets de recherche multidisciplinaires qui réunissent à la fois des chercheurs des laboratoires des hôpitaux ou des universités et des représentants de l’industrie pharmaceutique. possible », indique d’ailleurs le président-directeur général du CQDM, Max Fehlmann.
Démarchages
D’autres organisations tentent aussi de mettre en contact les gens de l’industrie pharmaceutique. « Il faut faire beaucoup Savoie, directrice générale de Montréal InVivo.
Mais un problème demeure. Les petites entreprises de biotechnologies, pourtant essentielles au processus, cherchent du financement. « Au Québec, depuis deux ans, il n’y a eu à peu près aucun investissement
« Il faut trouver de nouvelles avenues. Les gens sont un peu surpris que les industriels travaillent ensemble pour financer des projets. Il y a quelques années, ça n’aurait pas été de démarchage auprès des centres académiques. C’est le rôle des grappes in vivo de permettre ce maillage entre les chercheurs académiques et les gens de l’industrie », explique Michelle pour le démarrage », soutient Maxime Ranger, chef d’exploitation et cofondateur de GInova Pharma.
Son entreprise de biotechnologies fondée en 2008 se spécialise dans la mise au point de nouveaux médicaments gastrointestinaux. GInova Pharma compte trois produits qui sont à l’étape des tests précliniques sur les animaux. Elle espère les mener jusqu’à la phase II des essais cliniques. Un processus coûteux puisque la compagnie doit actuellement amasser 20 millions.
À ce jour, peu d’entreprises de biotechnologies québécoises ont franchi avec succès l’étape des essais cliniques des phases II ou I I I. L’exemple récent est celui de Tératechnologie, qui a signé une entente avec EMD Serono pour commercial iser son produit aux États-Unis. La tésamorél ine permet de traiter la lipodystrophie, une condition qui affecte les gens atteints de VIH.






Vers un retour à la normale  -  Pascale Breton
GRIPPE A (H1N1)
Au terme de la vaste campagne de vaccination contre la grippe A ( H1N1) qui se termine aujourd’hui, plus de 55% des Québécois ont été vaccinés.
Les responsables de la santé publique auraient aimé atteindre un taux de 60%, voire davantage, mais se montrent satisfaits.
« Idéalement, ce serait le plus haut possible. Avoir 60%, ce serait très, très bien, et plus c’est haut, mieux c’est. Il va encore y avoir de la vaccination pendant les Fêtes et après, alors on peut encore garder espoir d’atteindre 60%, surtout pour nous protéger en vue d’une troisième vague », a souligné le ministre de la Santé, Yves Bolduc, hier.
Même si les grands centres de vaccination ferment leurs portes aujourd’hui, il sera toujours possible d’obtenir le vaccin pendant la période des Fêtes et même en janvier dans chacun des centres de santé et de services sociaux de la province.
Le taux de vaccination des enfants âgés de 6 mois à 5 ans, qui frôle 80%, est l’un des meilleurs. En revanche, les adultes de 20 à 44 ans sont ceux qui semblent le plus réticents à se faire vacciner, avec un taux de couverture de 40%.
Avec les vacances qui arrivent, la vaccination des écoliers est pratiquement terminée.
Hier, 3420 des 3428 écoles avaient terminé leur campagne. Les jeunes de 5 à 12 ans se sont fait vacciner dans une proportion de 71% tandis que les adolescents ont franchi la barre des 50%.
Depuis le début de la deuxième vague, le 30 août dernier, la grippe A (H1N1) a entraîné 2469 hospitalisations au Québec, dont 354 aux soins intensifs, et 78 décès. Le dernier en date a d’ailleurs été enregistré hier, dans la région de la Capitale-Nationale.
Dans 20% des cas de décès, les patients étaient normalement en bonne santé, a révélé le directeur national de la santé publique, le Dr Alain Poirier.
La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière commencera par ailleurs dès le 11 janvier. Le vaccin est gratuit pour les personnes à risque, c’est-à-dire les personnes âgées, les malades chroniques et les tout-petits âgés de 6 à 23 mois.



Le pire reste à venir, prévient Ottawa  -  Malorie Beauchemin
OTTAWA — La propagation de la grippe A (H1N1) fait de plus en plus de dommages, mais le pire reste à venir, a prévenu Ottawa.
Ottawa a maintenu qu’il sera possible de vacciner tous les Canadiens qui le souhaitent avant la période des fêtes de Noël.
« Nous nous attendons à voir davantage de malades, et davantage de décès dans les prochaines semaines, à mesure que progresse la deuxième vague de la pandémie, a estimé hier l’administrateur en chef de la santé publique, le Dr David Butler-Jones, lors de la mise au point hebdomadaire du gouvernement fédéral. Il faut s’y préparer. Et c’est pourquoi la prévention demeure notre meilleur atout. »
De plus en plus de régions au pays sont touchées par le virus, a soutenu Ottawa.
«Nous assistons à une intensification de l’activité grippale, a ajouté le Dr Butler-Jones. Le nombre d’hospitalisations, de recours aux soins intensifs et de décès a été cette semaine environ trois fois plus élevé que la semaine dernière.»
En date d’aujourd’hui , 6 573 900 doses auront été distribuées aux provinces et territoires par le fédéral. Près de 2 millions de plus seront envoyés la semaine prochaine, a répété la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq.
La responsabilité des provinces
Quant aux femmes enceintes, elles peuvent dorénavant recevoir le vaccin sans adjuvant, disponible dès maintenant, a annoncé Ottawa. Mais le gouvernement conservateur a dû, de nouveau, défendre sa gestion de la pandémie, alors que le quotidien Globe and Mail a rapporté hier que plus de la moitié des doses envoyées aux provinces et territoires étaient actuellement entreposées plutôt que d’être administrées à la population.
Le premier ministre Stephen Harper n’a pas hésité à rejeter la responsabilité sur les gouvernements provinciaux et territoriaux, qui sont en charge des campagnes de vaccination.
« L’approvisionnement du vaccin est maintenant beaucoup plus rapide que la capacité des provinces à le livrer (à la population)», a-t-il répliqué, en Chambre, face aux attaques de ses adversaires.
Ottawa a maintenu qu’il sera possible de vacciner tous les Canadiens qui le souhaitent avant la période des fêtes de Noël.
Pour le Parti libéral et le NPD, il est toutefois inconcevable que le fédéral ne participe pas davantage aux campagnes de vaccination, étant donné la confusion, les files d’attente et les pénuries temporaires constatées dans certains coins du pays.
«Nous savons que le pic de l’épidémie va venir à la fin du mois de novembre, pas à Noël. Il ne faut pas attendre jusqu’à Noël pour accomplir cette tâche importante », a souligné le député libéral Bob Rae, sommant le gouvernement d’intervenir, même si la santé demeure de compétence provinciale.
«Ce qui est vraiment important, c’est que le gouvernement fédéral s’assure qu’il y a un système de distribution qui fait en sorte que les vaccins sont administrés à la population, a souligné pour sa part le chef du NPD, Jack Layton. Les municipalités, les autorités de la santé et les provinces n’ont pas les ressources pour ouvrir suffisamment de cliniques, ce qui serait la meilleure solution.»
Alors que le gouvernement se targue depuis des jours d’avoir distribué davantage de doses par habitant que partout dans le monde, les libéraux ont démontré hier que l’Australie était largement en avance sur le Canada.
Selon les chiffres du ministère australien de la Santé, 5,5 millions de doses avaient été distribuées dans le pays en date du 30 septembre, pour une population totale de 22 millions. La vaste campagne de vaccination au Canada n’a commencé que le 26 octobre.
Les autorités de la santé ont réitéré, hier, l’importance de respecter les listes de priorité, établies par le fédéral et les provinces, alors qu’on a appris, dans les derniers jours, que les joueurs de deux équipes de la Ligue nationale de hockey, les Flames de Calgary et les Maple Leafs de Toronto, ont été immunisés avant certains groupes jugés prioritaires.
«On aime notre hockey, mais les joueurs ne sont pas considérés comme des groupes plus à risque, sauf s’ils ont des problèmes de diabète ou d’autres conditions médicales particulières, a souligné le Dr ButlerJones. Ça démontre de l’intérêt pour le vaccin. Mais s’il vous plaît, attendez votre tour. Il y aura des vaccins disponibles pour tout le monde.»

L’ABC DE LA GRIPPE  -  Mathieu Perrault



GRIPPE SAISONNIÈRE Des experts recommandent le vaccin dès que possible
TORONTO — I l n’est pas nécessaire de retarder l’administration du vaccin contre la grippe saisonnière sous prétexte qu’il pourrait augmenter le risque de contracter la grippe porcine.
Cette recommandation a été émise hier par le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI), un groupe d’experts canadiens en immunisation.
Le CCNI suggère aussi que les provinces et territoires offrent cette immunisation contre la grippe saisonnière dès que possible.
Il n’avait pas critiqué la décision prise par la plupart des provinces et territoires de ne pas l’offrir avant le début de l’année prochaine. Cette décision était en partie basée sur des études canadiennes non publiées selon lesquelles les personnes ayant déjà reçu l’immunisation contre la grippe saisonnière risqueraient davantage de contracter la grippe porcine.
Mais le CCNI soutient que même si les conclusions de ces études se vérifiaient, les risques auxquels une personne s’expose en n’étant pas vaccinée contre la grippe saisonnière sont plus importants que ceux évoqués dans les études.
Le comité presse les provinces et les territoires de lancer leur campagne de vaccination contre la grippe saisonnière dès que possible. Il est même favorable à l’idée d’administrer les deux vaccins au même moment, si la chose est possible.
La présidente du CCNI, la Dre Joanne Langley, a expliqué que le vaccin contre la grippe saisonnière peut être administré avant celui contre la grippe A(H1N1), après ou simultanément.
La Nouvelle-Écosse, qui avait prévu de reporter la vaccination contre la grippe saisonnière, sauf pour les aînés, a changé d’idée et offre maintenant les deux immunisations aux personnes qui en font la demande, a cité en exemple la Dre Langley.
Au moins deux membres du CCNI figurent parmi les auteurs des études non publiées à l’origine des inquiétudes concernant la double vaccination.
Mais Mme Langley n’a pas voulu préciser si les Dres Danuta Skowronski , du Centre d’épidémiologie de la Colombie-Britannique, et Natasha Crowcroft, de l’Agence ontarienne de protection et de promotion de la santé, avaient participé au vote pour la recommandation d’hier.


En attendant le vaccin  -  Stéphane Laporte
Je ne suis pas un bébé. Je ne suis pas une personne âgée. Je ne suis pas une personne malade. Je ne suis pas un travailleur de la santé. Je ne suis pas une femme enceinte, non plus. Bref, je ne fa is partie d’aucun des groupes qui doivent recevoir de façon prioritaire le vaccin contre la grippe A ( H1N1).
Si j a ma i s il reste des doses, je devrais donc pouvoir me faire piquer avant la fin de la construction du nouveau CHUM. En attendant, qu’est-ce que je fais ? J’arrête de respirer ? Je rentre chez les moines trappistes ? Je m’habille en homme-grenouille ? La deuxième vague sévit, comment fa i re pour surfer dessus ?
À défaut de me donner le vaccin, le gouvernement m’off r e une brochu r e. Ça s ’ i nt i t u l e Grippe A ( H1N1) – Ce que vous devez savoir, ce que vous devez faire. On y apprend d’abord que c e g uide est très i mportant et qu’il faut le conserver précieusement. On nous explique ce qu’est la grippe : une infection très contagieuse des voies respiratoires. On nous dresse la liste des personnes à risques. Et on rappelle combien il est important de se faire vacciner. J’veux bien...
Photos à l’appui, on nous montre comment se laver les mains en six étapes : mouiller, s avon ner, f r ot t e r , r i ncer, sécher, fermer. Enfin, je sais ! On dit aussi que si on se sent faible, il faut se reposer. Un peu plus, on nous enseignerait comment dormir en trois étapes : s’allonger, se fermer les yeux, et ne penser à rien.
On nous indique que si on est confus, il faut aller aux urgences. Le problème, c’est que lorsque je serai confus, je risque de ne me plus me rappeler ce qui est écrit dans la brochure.
D’ailleurs, je suis peut-être déjà confus car j ’a i relu la phrase suivante 10 fois avant d’en comprendre l e sens : « Si vos symptômes durent plus de sept jours, vous pouvez reprendre vos activités quand votre état général vous le permet. »
Ça veut dire quoi ? Plus vague que ça, tu tousses. Si ça fait sept jours que je suis malade, je peux reprendre mes activités pourvu que j ’aille mieux ? ? ? Bref, si je me sens bien, je peux recommencer à t ravailler. À moins qu’il faille aborder cette directive a contrario. Si ça fait moins de sept jours que mes symptômes durent, il est préférable de ne pas reprendre mes activités, parce que je suis toujours contagieux. Plus ça fait longtemps que tu es malade, plus que tu peux retourner travailler parce que tu n’es plus un danger. Au fond le gouvernement se fout que tu sois malade comme un chien depuis un mois, pourvu que tu ne contamines personne. C’est ça le bien commun.
Je me moque mais j e ne devrais pas. Écrire un guide de 16 pages sur la grippe, faut le faire. Au fond, tout tient en trois phrases...
Lavez-vous les mains, ne touchez pas aux autres, faitesvous vacciner. Si ça ne file pas, restez chez vous. Si ça va plus mal, appelez le docteur. Si vous êtes en train de crever, allez aux urgences. Pas besoin de compliquer ça comme un manuel IKEA.
Aussi vilaine soit-elle, une grippe, ça reste une grippe. Ce n’e s t pas l a pa r a l ysie supranucléaire progressive, la myopathie de Duchenne ou la leucodystrophie. Une grippe, tu fais de la fièvre, t’as mal partout, pis tu ne files pas. Normalement, ça dure une semaine, si tu te soignes, et ça dure sept jours, si tu ne te soignes pas. Normalement quand t’as la grippe, personne ne te plaint. Personne ne te donne de cadeau non plus. Ceux qui vainquent la grippe ne deviennent pas des héros, n’écrivent pas de livre, et ne vont pas à la télé raconter leur combat. La grippe, c’est à peine une maladie, c’est banal, comme les pellicules. Il y a bien eu la grippe espagnole, mais personne ne s’en souvient. Pour la majorité des gens, la grippe espagnole, c’est ce qui explique la voix de Julio Iglesias.
La grippe a toujours été le moindre de nos soucis. Toutes les alertes à la pandémie nous pa r a i s s a i ent pat hétiques . Ben oui, ben oui, la grippe aviaire... Ben oui, ben oui, la grippe porcine... On n’y croyait pas. Tellement que la plupart des Québécois ne souhaitaient pas se faire vacciner.
Ça, c ’é t a it ava nt . Avant lundi. Lundi, jour un de la grande vaccination, un jeune Ontarien en santé est décédé de la grippe A ( H1N1). Tout a viré de bord. La file pour aller voir le film de Michael Jackson a changé d’idée et s’est précipitée vers le centre où on pouvait se faire vacciner. On ne veut pas ressembler à Thriller.
Depuis lundi, c’est l’opér a t i o n p i q u e z - moi . R u e S a i nt-Den i s , de s pushers chuchoteraient : pote, coke, vaccin anti-grippe A ( H1N1), ils feraient fortune. Tout le monde veut sa dose. Un renversement de situation qui prend les autorités de cours. On ne s’attendait pas à une telle ferveur pour le vaccin. Le beaujolais nouveau songe à ajouter de l’adjuvant tellement c’est populaire.
Certaines personnes devront at t endre encore au moins un mois avant de recevoir la potion magique. Que fait-on ? La brochure a beau avoir 16 pages, elle se lit en un quart d’heure. Pour ne pas que les patients cessent de l’être, le gouvernement devrait nous occuper. Distribuer des masques et des gants dans nos boîtes aux lettres. Ou pourquoi pas une bonne soupe maison ? Un petit geste rassurant pour ne pas que l’on cède à la panique. Juste pour sentir que même si on n’est pas bébé, âgé ou enceinte, on est quand même important à leurs yeux.
Bon vaccin tout le monde, profitez-en, c’est sur le bras de l’État. Et sur le vôtre, aussi !


Gare aux faux prophètes  -  Jean Barreau
Magiciens de la recherche, ces opposants à la vaccination détournent l’attention vers des faits invérifiés et souvent invérifiables
Je me lève le matin et je me demande quelle baliverne tombera sur mon bureau ou dans ma boîte courriel au sujet de la vaccination A(H1N1). Puis, je tombe parfois sur un prophète, intellectuel autoproclamé, qui arpente le Québec pour nous délivrer d’une vaste conspiration de savants fous.
Je prends la peine parfois de les écouter, ces intellectuels. Je me dis qu’il faudrait au moins que je prête une petite oreille à un homme qui prétend passer 26 heures par jour et huit jours par semaine à faire des recherches théoriques sur des complots, pour voir ce qu’il en est de ces vantardises.
Je me surprends parfois à perdre du temps sur le site internet de certains de ces prophètes pour aller y chercher les références et la source des accablantes preuves qu’ils détiennent. Et je ne trouve rien! Que des pages blanches qui poudroient, et quelques très édifiants courriels, qui ont le mérite, au moins, de me divertir. Mais, quand même, lorsqu’on prétend avoir ce qu’il faut pour abattre le réseau de santé publique mondiale, on doit faire plus que de parler des diplômes que l’on a commencés sans les finir.
Ces prophètes parlent bien, ont un discours qui – en apparence – semble articulé, et que des gens vont se laisser convaincre. Que de questions j’aimerais leur poser à ces « débusqueurs » de complot!
Trouver des liens et des rapports obscurs est à la portée de quiconque possède un ordinateur. Comprendre ce qu’on lit, être critique est une autre paire de manches. Si ces magiciens de la recherche passaient moins de temps plongés dans leurs lectures et plus de temps sur le terrain, dans le vrai monde, à vérifier qu’ils ont bien compris ce qu’ils ont lu, nous perdrions moins de temps à chasser des mouches.
Mais, hélas! On les voit partout ces prophètes. Ils pourrissent les débats, congestionnent les boîtes de courriel, détournent l’attention vers des faits invérifiés et souvent invérifiables, et nous forcent à leur consacrer du temps et de l’énergie qui seraient diablement plus utiles ailleurs. Ce faisant, nous leur donnons une légitimité qu’ils ne méritent pas.
Lorsque quelqu’un m’annonce, preuve à l’appui que la Terre est plate, je me dis : « Bien, merci pour cette information utile », et je balaye le dossier dans la filière ronde sous mon bureau. Personne ne va en mourir, la santé publique n’est pas menacée. Mais lorsqu’un expert autoproclamé tente, et réussit, à convaincre des gens d’arrêter leur traitement ou de ne pas recevoir un vaccin sécuritaire qui leur épargnerait des problèmes, je dis: « Commencez par nous démontrer que vous savez de quoi vous parlez – et non comment vous parlez – et arrivez-nous avec autre chose que de belles ballounes mauves ficelées avec des lacets de bottine. Si vous voulez contredire des experts qui ont consacré leur vie à trouver des moyens pour améliorer la santé de leurs semblables (et je ne parle pas de moi), il vous faudra plus que nous dire que vous êtes des intellectuels surdoués. »
Comment un expert peut-il, de façon convaincante, réfuter une série d’énormités sans y perdre un temps fou? Le voilà qui se débat, qui cite ses connaissances, la littérature, son expérience de terrain et sa logique. Et le débat s’enlise dans les détails techniques. Ce qui laisse croire, faussement, que l’expert s’adresse à un autre expert. Peu importe l’issue, le faux prophète aura gagné, au moins, d’être traité d’égal à égal. Et les conséquences peuvent être démesurées.
Le virus pandémique est bénin et vous vous en sortirez avec deux ou trois jours de repos, nous disent certains bien-pensants, le sourire narquois. La belle affaire que voilà! La grippe A (H1N1) tue des jeunes comparativement à ce qu’on voit avec la grippe saisonnière. C’est un fait, solide comme une cloison d’acier. Pas à la tonne, il n’y a pas d’hécatombe; mais on ne se bat pas contre la vaccination en essayant d’entraîner le plus gens possible parce qu’il n’y a pas encore assez de décès qui le justifie. C’est une énormité. Chaque décès est un décès de trop s’il peut être évité.
Le vaccin est là, il ne coûte presque rien et il est sûr. Et quand bien même elle ne sauverait que 200 vies au Québec, la vaccination de la population aura eu un sens.


La santé publique lance un appel au calme  -  Pascale Breton
Alors qu’il suscitait la méfiance il y a quelques jours à peine, le vaccin contre la grippe A ( H1N1) entraîne maintenant une course contre la montre. À tel point que la santé publique lance un appel au calme.

« On offrira la vaccination à tout le monde, je pense qu’il faut se calmer », déclare le directeur national de la santé publique, le Dr Alain Poirier.
La mort d’un adolescent en apparente bonne sa nté en Ontario, plus t ôt cette semaine, a provoqué une vive inquiétude, notamment parmi les parents. Les files d’attente s’allongent devant les centres de vaccination de masse. Plusieurs se présentent alors qu’ils ne font pas partie des catégories qui doivent être vaccinées en priorité.
Il y a quelques jours à peine, des sondages montraient pourtant que les Québécois étaient réticents à se faire vacciner. Pour espérer atteindre un plus haut taux de vaccination dans la population, la santé publique avait alors indiqué que, tout en faisant appel au bon sens de la population pour respecter les dates de vaccination, personne ne serait refusé.
Face à l’affluence des derniers j ours, l e message a changé. La santé publique demande maintena nt au x agences régionales de resserrer les consignes. « Nous allons insister un peu plus sur le fait que les gens doivent respecter les consignes d’appel. Nous pensions que ça se ferait un peu plus dans l’ordre », reconnaît le Dr Poirier.
Parmi les gens qui réclament le vaccin, il y a beaucoup de parents inquiets. « Si une mère vient faire vacciner son enfant de 3 ans, on va tenter de la vacciner du même coup, plutôt que de lui demander de revenir lorsque ce sera son tour », explique le Dr Poirier.
Le problème, souligne-t-il, ce sont les autres, notamment les personnes âgées. « Elles n’ont aucune ra i son, elles débarquent même en autobus d’une région voisine pour se faire vacciner. (...) On a beaucoup de gens qui ne regardent pas t rop comment ça fonctionne. Là, on en a trop. »
Les personnes âgées ont été les moins touchées par la première vague de grippe A ( H1 N1) au pr i ntemps . I l semble qu’elles aient été exposées à des souches du virus au cours de leur vie et qu’elles aient développé une immunité.
Ac t uel l e ment , le v i r us H1N1 semble affecter les plus jeunes en plus grand nombre. Par conséquent, ils sont plus nombreux à développer des complications graves. C’est ce qui explique que les personnes âgées figurent dans les catégories de personnes qui seront vaccinées plus ta rd, explique le Dr Poirier.
Pas de vaccin dans les cabinets privés
Face à l’affluence dans les centres de vaccination, plusieurs réclament par ailleurs que le vaccin soit accessible dans les cabinets de médecin et les écoles. Pour le moment, ce ne sera pas le cas.
Certaines régions peuvent choisir de faire une vaccination dans les écoles, mais ce n’est pas possible à grande échelle. I l faut le consentement des parents, d’abord, mais il y a aussi une question de logistique, explique le Dr Poirier.
Dans des régions comme Mon t r é a l , L a v a l o u la Montérégie, où l’on compte des centaines d’écoles, il est i mpossible de vacciner un nombre suffisant de personnes en peu de temps.
En outre, toutes les doses ne sont pas disponibles actuellement. C’est aussi la raison pour laquelle les cabinets de médecins n’offrent pas le vaccin, contrairement à ce qui se produit avec la vaccination contre la grippe saisonnière, où l ’on peut généralement recevoir le vaccin chez son médecin ou sur son lieu de travail.
« Avec le vaccin saisonnier, nous avons beaucoup moins de doses et beaucoup plus de temps pour procéder à la vaccination », explique le Dr Poirier.
Pour le moment, même si la deuxième vague de grippe A ( H1N1) est bel et bien commencée, la situation est toujours maîtrisée, rappelle la santé publique.
Les urgences sont plus achalandées ces jours-ci, mais les cas ne sont pas plus graves, constate d’ailleurs le Dr Bruno Ber na r di n , s pécia l i s t e de médecine d’urgence à l’Hôpital général de Montréal.
« J ’a i vu plus de cas de grippe en trois jours qu’en une saison normale. Ce ne sont pas des gens très malades, ils sont surtout inquiets », relate-t-il.
L’inquiétude vient notamment des décès récents chez des j eunes. Mais la grippe saisonnière entraîne aussi, chaque année, quelques rares décès subits chez des jeunes, souligne le Dr Bernardin.
La différence avec la grippe A (H1N1), outre le fait qu’elle semble t oucher dava ntage les jeunes, est qu’elle semble aussi plus contagieuse.
Si plus de personnes sont touchées, il est normal qu’un plus grand nombre d’entre elles développent des compl i c a t i ons g r aves , c e qui risque d’entraîner plus d’hospitalisations, notamment aux soins i ntensifs. D’où l ’ i mportance de la vaccination pour prévenir cette situation, rappelle-t-il.

Des hôpitaux pédiatriques congestionnés Le service Info-Santé répond à trois fois plus d’appels qu’à l’habitude
Les urgences de l’ Hôpital de Montréal pour enfants et du centre hospitalier universitaire Sainte-Justine débordent. En raison de la deuxième vague de la pandémie de grippe A ( H1N1), les deux établissements fonctionnent à 180 % de leur capacité.
En conférence de presse hier matin, les directeurs des urgences des deux hôpitaux ont la ncé un message aux parents : si les enfants présentent des symptômes de grippe bénins, ils doivent demeurer à la maison. « Les urgences sont réservées aux cas urgents », ont-ils répété.
« Comme l a maladie est bénigne, je pense qu’on fait face, à ce stade-ci aujourd’hui, à une psychose du H1N1 », a dit le Dr Michael Arsenault, directeur médical des serv i c e s d ’ u r ge nc e a u C H U Sainte-Justine.
I l estime que près de la moitié des enfa nts qui se présentent aux urgences de s on ét abl i s s ement depuis une semaine présentent des symptômes d’allure grippale. Puisque plusieurs cas sont « bénins », a-t-il souligné, son équipe pourrait avoir du mal à soigner promptement les enfants les plus souffrants.
« Le mécanisme pour dépister ceux qui sont plus malades dépend du triage. Et si le triage est débordé par des cas de personnes moins malades, ça rend le travail au triage très difficile et c’est ça qui pourrait causer des problèmes », a-t-il expliqué.
La mort subite d’un garçon de 13 ans en Ontario de symptômes s’apparentant à la grippe A ( H1N1) suscite l’inquiétude chez beaucoup de parents dont l’enfant est fiévreux. La direction des deux hôpitaux comprend les préoccupations des parents. Elles leur demande toutefois, s’ils sont i nquiets, de consulter d’abord un médecin de famille ou encore le personnel d’une clinique sans rendez-vous de leur quartier.
Il est avisé de se rendre à l ’ hôpital seulement en cas d’urgence ou de symptômes de grippe chez un enfant atteint d’une maladie chronique.
Info-Santé
Avant de consulter un médecin avec un enfant, beaucoup de parents consultent d’abord I nfo-Santé. À Montréal, le service a d’ailleurs détaché une partie de son personnel pour répondre uniquement à des questions au sujet de la grippe. « Si l’on regarde le nombre total d’appels, on est passé du simple au triple en une semaine » , c a l c ule Marcelle Raymond, coordonnatrice qualité et partenariat au service régional Info-Santé de Montréal.
Dans la seule journée de mercredi , les i n f i r mières d’Info-Santé à Montréal ont répondu à 841 appels à propos de la grippe. Près de la moitié des appels concernent des enfants. Mme Raymond assure toutefois que les infirmières ne dirigent qu’une mi nor i t é de c a s ver s urgences.
« Des appels reçus mercredi à propos de la grippe, nous n’en avons dirigé que 4,3 % dans les urgences, tous âges c onfondus. Normalement , pour l’ensemble de nos appels, on en di r i ge 9 % vers les urgences. Il y a malheureusement un mythe qui dit que nous dirigeons tout le monde vers l’hôpital. »
Le débordement est toutefois palpable au service InfoSanté de Montréal depuis lundi. Le temps d’attente au téléphone peut atteindre 30 minutes selon les moments de la journée.
« Info-Santé fait face à un i mportant volume d’appels, c’est tout à fait observable. Nous t ravaillons pour voir ce qu’il est possible de faire pour rehausser le nombre d’appels auxquels on répond, mais c’est un défi quotidien », assure Dominique Breton, porte-parole du ministère de la Santé.
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Les centres de vaccination de la région doivent refuser des gens
Affluence dans les Laurentides
Victi me de son succès, l a région des Laurentides doit maintenant restreindre la vaccination aux seules personnes qui figurent parmi les catégories jugées prioritaires.
Hier, le centre de vaccination de Sa i nt-Eustache reflétait bien l’état de panique qui règne chez certains. En après-midi, plus de 2000 personnes attendaient d’être vaccinées, selon les estimations. Or, il est possible d’en vacciner de 800 à 1000 en une journée.
« On ne pensait jamais qu’il y aurait une telle affluence », a reconnu la Dre Blandine Piquet-Gauthier, directrice de l a s a nté publ i que des Laurentides.
La région des Laurentides a amorcé sa campagne de vaccination plus tôt que d’autres. Dès lundi, les travailleurs de la santé, les pompiers, les policiers, mais aussi les enfants en bas âge et les malades chroniques de moins de 65 ans étaient attendus pour la vaccination.
Résu l t a t , des r é s i da nt s d’autres régions, notamment de Montréal, sont venus gonf ler les files d’attente dans les Laurentides. Il y a aussi plusieurs parents très anxieux qui souhaitent faire vacciner leurs petits rapidement, surtout depuis le décès d’un jeune garçon survenu en Ontario plus tôt cette semaine, a noté la Dre Piquet-Gauthier.
« I l y avait beaucoup de parents antivaccin, mais ils ont changé d’idée avec ce qui s’est passé en Ontario. Nous sommes obligés de faire un appel au calme. La situation actuelle n’est pas dramatique. »
Tension
Mais en fin d’après-midi, la tension était palpable chez ceux qui attendaient leur tour, dans le stationnement face au centre de vaccination.
« C’est pathét ique, c ’est une désorganisation totale ! » pestait Louise Baillargeon, 61 ans, de Montréal. Dans la file depuis plus de deux heures, elle n’était même pas encore à mi-c hemin de l a porte d’entrée du bâtiment. « J ’a i passé quatre mois à l ’ hôpital et j ’ai été opérée pou r l e c oeur l a s e maine dernière. Pour moi, i l n’y a auc u ne c ha nce à prendre » , a-t-el le pla idé pour justifier sa présence dans le stationnement.
Pour gérer la foule, deux employés du centre de santé et de services sociaux de DeuxMontagnes, responsable de la vaccination à Saint-Eustache, écumaient le stationnement en répondant aux questions. Des policiers étaient également postés tout près.
La responsable des communications au CSSS de DeuxMontagnes, Line Gendron, reconnaît que la situation a pris une ampleur inattendue.
« On f a i t appel au s ens civique, mais évidemment, ce n’est pas écrit dans le front d’une personne qu’elle a une maladie chronique ou pas. »
Elle s ’est tout de même réjouie de voir que le message sur l’importance de la vaccination semble avoir passé. Au terme de sa campagne, l ’ a gence des L au r e nt i des espère avoir rejoint au moins 4 4 0 0 0 0 des 525 0 0 0 résidants de la région.




« Les écoles peuvent très bien continuer à fonctionner »  -  Pascale Breton &  Isabelle Audet
Depuis la rentrée scolaire, 16 écoles de Montréal ont rapporté que plus de 10 % des élèves d’un même niveau présentaient des symptômes d’allure grippale. La moitié de ces foyers d’éclosion ont été signalés mardi, a rapporté hier l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal.
La situation n’est pas hors de contrôle dans les écoles, estime la direction de la santé publique à Montréal, qui surveille de près les foyers d’éclosion de la grippe A (H1N1).
Sur le lot, 12 des institutions touchées par la grippe sont des écoles primaires, et quatre des écoles secondaires. Malgré l’augmentation récente des cas présumés de grippe, le directeur de la santé publique à l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal, le Dr Richard Lessard, s’est fait rassurant.
« I l y a des éclosions de grippe dans les écoles chaque année. (…) et on n’arrête pas le système scolaire pour autant. Pour l’instant, on attache une attention particulière aux éclosions dans les écoles parce qu’on suit ce qui se passe avec le H1N1, mais on est loin d’une situation qui est hors contrôle. Les écoles peuvent très bien continuer à fonctionner même s’il manque quelques enfants. »
Il a ajouté qu’il n’est pas nécessaire que les parents gardent les enfants à la maison si plusieurs camarades présentent des symptômes de la grippe. Selon lui, les parents peuvent aussi contracter la grippe dans leur milieu de travail et « ramener le virus à la maison ».
Le responsable des communications à la Commission scolaire de Montréal, Alain Perron , t enait l ui aussi à relativiser la situation. « Oui, c’est vrai, ça (l’évolution de la pandémie) va vite. Mais habituellement, en février, le taux d’absence à cause des rhumes est plus grand qu’en ce moment. On ne se cache pas la tête dans le sable, la grippe est là, mais on veut juste mettre les choses en perspective. »
Le ministère de l’ Éducation suit lui aussi quotidiennement la situation dans les écoles du Québec. Chaque jour, la direction des établissements où plus de 10 % des élèves et du personnel ne se présentent pas (toutes maladies confondues) en avisent le ministère. D’après Santé Ca nada , c e t au x de 10 % représente un signal d’une situation « à suivre ».
Priorité aussi aux élèves ?
Le président de la Centrale des syndicats du Québec, Réjean Parent, s’est interrogé publiquement hier sur l’ordre prioritaire dans la campagne de vaccination. Il a rapporté l’inquiétude des travailleurs de l’éducation, dont plusieurs réclament d’être vaccinés dès maintenant, comme le personnel du secteur de la santé.
« Certains de nos membres se demandent pourquoi nous ne sommes pas dans un secteur prioritaire étant donné qu’on est dans des espaces restreints et qu’on est un lieu de propagation aisé », a-t-il déclaré.
L’Agence de sa nté et de services sociaux de Montréal a toutefois précisé que, pour le moment, l’ordre prioritaire n’allait pas changer.

Femmes enceintes : Les obstétriciens et gynécologues sont inquiets  -  Pascale Breton
Les craintes et les réticences d’un grand nombre de femmes enceintes à se faire vacciner inquiète l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec.
« On demande à ce qu’elles soient vaccinées en premier, mais surtout, qu’elles soient rassurées de le faire », explique la présidente de l’Association, la Dre Corinne Leclercq.
Dès l a 14 e s e mai ne de grossesse, soit le début du deuxième trimestre, les femmes peuvent recevoir le vaccin avec adjuvant. Et elles devraient le faire, puisque la deuxième vague de grippe A ( H1N1) est bel et bien commencée, i nsiste l a Dre Leclercq.
Les femmes enceintes ne sont pas plus à r i sque de contracter le virus, mais plus s usceptibles de s ubir des complications si elles sont infectées.
Si, au départ, la recommandation était d’utiliser un vaccin sans adjuvant pour les femmes enceintes, il semble maintenant qu’il soit efficace et sécuritaire d’utiliser le vaccin avec adjuvant pour ce groupe de population. es bénéfices seraient supérieurs aux risques.
D’ailleurs, il existe certains désavantages à utiliser le vaccin sans adjuvant, souligne aussi la Dre Leclercq. Il semble moins efficace, donc il pourrait nécessiter plus d’une dose, sans compter que la charge virale qu’il contient est plus élevée.
Les femmes enceintes de moins de trois mois sont plus c raintives puisque c ’est la période où le foetus se forme. « La communauté scientifique ne peut pas prouver hors de tout doute qu’effectivement, il n’y a aucun risque de malformation », indique la présidente de l’Association.
Pour ces femmes, un vaccin sans adjuvant sera disponible d’ici une semaine ou deux.

Le vaccin se fait attendre  -  Pascale Breton
L’augmentation des cas de grippe A (H1N1) laisse présager que le pire pourrait survenir dès la mi-novembre, alors que la majorité de la population ne sera pas immunisée. Les foyers d’infection sont nombreux en Montérégie, en Mauricie et en Outaouais.
La grippe A (H1N1) pourrait prendre de vitesse le programme national de vaccination. Le pire pourrait d’ailleurs survenir dès la mi-novembre, alors que la majorité de la population ne sera pas immunisée. Faisant partie des groupes prioritaires, Julie Lefebvre, infirmière à LaSalle, s’est présentée hier à la clinique de vaccination du CLSC Dorval-Lachine pour recevoir le vaccin.
Une trentaine d’écoles de la Montérégie, une trentaine en Mauricie et 26 en Outaouais r apportaient hier un t aux d’absentéisme de plus de 10 % parmi les élèves et le personnel, notamment pour des symptômes d’allure grippale.
« Tous nos indicateurs du virus sont en augmentation », confirme le directeur national de la santé publique, le Dr Alain Poirier.
Pas question toutefois de changer l’ordre de vaccination, comme en Ontario, qui a pris cette décision après le décès d’un hockeyeur de 13 ans. Certaines personnes n’auront pas été vaccinées quand le pire de la grippe va frapper, reconnaît le Dr Poirier.
« À mesure que le vaccin arrive, on va leur offrir, dans l’ordre de ce qui nous apparaît le plus préoccupant. (…) Il va falloir que certains attendent », explique-t-il.
La plus r écente c apsule d’information diffusée par la santé publique indique qu’au pire de la deuxième vague, de 50 à 200 lits de soins critiques pourraient être requis pour soigner les enfants malades.
Chez les adultes, i l faut prévoir de 250 à 1000 l its pendant la semaine la plus critique, probablement quelque part à la fin novembre. Des salles de réveil et des salles de chirurgie pourraient alors être réquisitionnées pour hospitaliser les malades.
Des ratés à Montréal
Pour l’heure, ce sont toutefois des ratés dans la distribution des doses de vaccins dans certains hôpitaux de Montréal qui suscitent l’inquiétude. En fin de journée hier, les deux plus gros centres hospitaliers universitaires, le CHUM et le CUSM, n’avaient pas encore reçu les doses pour vacciner les travailleurs de la santé.
Da n s les cou loi rs des u r ge nc e s du C H U M, les interrogations quant au début de la vaccination alimentent les conversations.
« Les gens en parlent beaucoup. Ils sont un peu fâchés et un peu inquiets. Ils se demandent pourquoi nous n’avons pas encore le vaccin alors que dans d’autres hôpitaux, la vaccination est commencée », raconte la chef des urgences du CHUM, la Dre Emmanuelle Jourdenais.
L a di r ec t i on du CH UM multipliait les efforts hier pour obtenir quelques doses. Dès qu’elles arriveront, les médecins et le personnel qui travaillent directement auprès des malades, notamment aux urgences, aux soins intensifs et en dialyse, seront vaccinés en priorité.
Hier, l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal ne pouvait expliquer ces différences dans la distribution des vaccins. Une conférence de presse est prévue ce matin.
« C’est tout un déploiement. Il y a des hôpitaux qui ont reçu leurs doses, d’autres qui ne les ont pas reçues, ça va rentrer au fur et à mesure cette semaine », explique Monique Laganière, du ser vice des communications.
Pourtant, plusieurs hôpitaux ont commencé la vaccination de leur personnel, notamment sur la Rive-Sud. À Montréal, l ’ h ô p i t a l Ma i s o n n e u v e - Rosemont c o mmencera à vacciner ses employés en fin de journée jeudi. À l’hôpital du Sacré-Coeur, un premier lot de vaccins est arrivé. La vaccination du personnel en contact avec les patients les plus malades, notamment aux urgences et aux soins intensifs, a donc commencé hier.
La direction de l’hôpital du Sacré-Coeur espère que les employés et les médecins se feront vacciner en grand nombre.
« Nous avons organisé des rencontres d’information avec tous les employés pour expliquer en quoi consiste le vaccin et pourquoi on pense important de se faire vacciner », souligne la porte-parole de l’hôpital, Josée-Michelle Simard.
Réaction des microbiologistes
L’hésitation de plusieurs à se faire vacciner a par ailleurs fait réagir l’Association des microbiologistes du Québec. Elle presse la population de se faire vacciner.
« Nous prenons ra rement position, mais là, c’est une situation qu’on jugeait particulièrement choquante, de voir à quel point les gens, sans aucune i nformation réelle, doutent du vaccin. (…) C’est de la démagogie qui se produit sur l’internet, avec les chaînes de courriels et les blogues », affirme le président de l’Association, Stéphane Bourget.

Adversaires en politique, unis contre la grippe  -  Pascale Breton
Qu’ont en commun le ministre de la Santé Yves Bolduc, le député péquiste Bernard Drainville et le député de Québec s ol i da i r e Amir Khadir ? Tous trois se sont fait vacciner contre la grippe A( H1N1) hier, à l’hôpital Pierre-Boucher de Longueuil.
Bernard Drainville, député Parti québécois
Ce coup d’éclat se voulait avant tout un geste symbolique. Face à une menace comme celle de la pandémie, il n’y a plus d’esprit partisan qui tienne, a expliqué le ministre Bolduc à La Presse. Seul le député adéquiste Éric Caire était absent car il avait un empêchement.
Cette vaccination de politiciens était aussi une façon de montrer l’exemple. « Recevoir un vaccin est bénin comme geste, mais en même temps, c’est un geste tellement important parce que ça peut éviter un risque de complications », a déclaré le ministre.
Les doutes qui subsistent encore chez certains concernant le vaccin vont se dissiper avec le début de la campagne, croit aussi M. Bolduc.
« On comprend que les gens, avant qu’ils aient à faire le geste, aient un doute, aient des questionnements, c’est normal. Mais là, on est rendu dans la réalité où ils doivent prendre une décision. »
Selon lui, c’est un noyau dur de 5 à 10 % de la population qui tente d’influencer les autres en soutenant que la vaccination est nocive.

Le ministre s’attend par ailleurs à ce que l’approvisionnement en vaccins se déroule bien. La campagne de vaccination a débuté deux semaines plus tôt que ce qui était prévu initialement, rappelle M. Bolduc. « À l’intérieur de cinq ou six semaines, on devrait être capable de vacciner l’ensemble de la population. »

Grippe et questionnement à travers le monde
Le personnel médical sceptique  -  Marc Thibodeau
FRANCE
PARIS — « En tout cas, moi, il n’est pas question que je me fasse vacciner », lance à La Presse un médecin à l’issue d’une consultation survenue il y a quelques jours dans un cabinet privé du 19e arrondissement de Paris.
Un récent sondage montre qu’en France, à peine la moitié des médecins en pratique libérale souhaitent se faire vacciner. Du côté du personnel infirmier, le taux de participation prévu tombe à 35 %. Ci-dessus, un membre du personnel hospitalier reçoit le vaccin à Paris.
La défiance de la praticienne face à la campagne lancée pour endiguer la progression du virus (H1N1) n’a rien d’original en France, où la communauté médicale se montre plus que réticente à l’idée de se faire vacciner malgré les appels insistants du gouvernement.
Un récent sondage montre qu’à peine la moitié des médecins en pratique libérale souhaitent se faire vacciner. Du côté du personnel infirmier, le taux de participation prévu tombe à 35%.
« Il y a plus de risques à se faire vacciner qu’à affronter le H1N1 sans vaccination. On en fait trop et on fait prendre des risques à la population », répète aux médias Thierry Amouroux, secrétaire général du syndicat des professionnels infirmiers.
Dans un récent communiqué au ton alarmiste, l’organisation affirme que les adjuvants utilisés dans les vaccins pour amplifier leur effet peuvent influencer leur sécurité « de façon complètement imprévisible ».
Signe des temps, divers établissements ont indiqué cette semaine que moins de 10 % du personnel s’était i nscrit pour recevoir le vaccin contre la grippe A (H1N1), soit bien moins que pour le vaccin contre la grippe saisonnière.
La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, multiplie les interventions pour tenter de rassurer le personnel. Les adjuvants sont « connus et utilisés » depuis longtemps, souligne la politicienne, qui parle de la vaccination comme étant un « acte de responsabilité vers soi, mais aussi et surtout pour autrui ».
Les autorités auront aussi fort à faire pour convaincre la population de participer à la campagne de vaccination, qui doit débuter formellement pour le grand public au retour des vacances de la Toussaint, dans deux semaines.
Bien que la grippe A (H1N1) soit présente dans tous les esprits, notamment en raison de la forte couverture médiatique du sujet, nombre de Français sont sceptiques face à la nécessité d’un vaccin, voire carrément hostiles à l’idée. « Moi, je suis contre les vaccins en général », a commenté Séverine Van Wersch, croisée jeudi dans une rue du 3e arrondissement avec son jeune enfant de 4 mois.
Pas question, dit-elle, de vacciner le bébé ou sa soeur de 6 ans. « On l’avait fait vacciner contre le tétanos et elle a développé une réaction allergique. Alors moi, les vaccins, vous savez... » a lancé la Parisienne avant de reprendre son chemin.
Le scepticisme de la population est alimenté par un florilège d’écrits sur le web qui colportent une foule de rumeurs non vérifiées.
Mais aussi par les mises en garde d’intervenants plus sérieux, qui questionnent l’innocuité des vaccins, la vitesse à laquelle ils ont été approuvés par les autorités sanitaires et la pertinence d’une campagne massive alors que le nombre de décès demeure de loin inférieur à celui normalement associé à la grippe saisonnière.

La confusion règne chez les femmes enceintes
  -  Mali Ilse Paquin
GRANDE-BRETAGNE Un Gordon Brown victorieux a déclaré la Grande-Bretagne en avance sur le reste du monde pour son programme de vaccination cette semaine. Le pays ayant été durement touché, avec 122 morts, l’arrivée des vaccins a été accueillie avec soulage
LONDRES — Le gouvernement britannique n’y est pas allé de main morte pour ses provisions de vaccins : 132 millions de doses de Pandemrix et de Celvapan. Un nombre suffisant pour vacciner deux fois l’ensemble de la population.
La première phase de la vaccination a démarré en grande pompe merc r e d i der n i e r . Objectif : l’inoculation de 11 millions de personnes à risque, soit les femmes enceintes, les personnes souffrant de diverses maladies et le personnel hospitalier.
« Les premiers volontaires font preuve de leadership, i l s e nvoient l e bon message », a affirmé le ministre de la Santé, Andy Burnham, mercredi dernier à l’hôpital University College London.
Quelques poches de résistance font toutefois craqueler le vernis du consensus face au vaccin. Pas moins de 47 % des i nfi r mières n’ont pas l’intention de se faire immuniser, selon un sondage du Nursing Times. Les directeurs d’hôpitaux prévoient la participation de seulement 20 % de leurs effectifs médicaux. L’efficacité et la sécurité du vaccin sont en cause.
Du côté des fem mes enceintes, la con f usion r è g ne, c omme en fa it f oi le populaire site pa renta l Mumsnet. Une discussion en ligne cette semaine a révélé une grande inquiétude chez les futures mères.
« Je suis tellement déchirée, écrit " louii ", une femme enceinte depuis 25 semaines. J u s qu’à l a s e mai ne dernière, il n’était pas question que j e me f a s s e vacci ner. Maintenant, je ne sais plus quelle résolution prendre. »
L’objet de cette angoisse ? L e s a dj uva nt s à ba s e de squalène présents dans le Pandemrix, produit par GSK. Les effets secondaires de ces ingrédients, dont la fonction est de sti muler le système immunitaire, sont encore peu connus sur les futures mères. L’Organisation mondiale de la santé a suggéré l’été dernier qu’elles devraient les éviter dans la mesure du possible.
Par ailleurs, les États-Unis n’ont toujours pas approuvé l ’ u s a g e d e v a c c i n s a ve c adjuvants.
Or, la Grande-Bretagne a commandé deux fois plus de Pandemrix que de Celvapan, sa ns adjuvant. Sur le site Mumsnet , qui c ompte un million d’usagers par j our, une pa r t i c i pa nte nommée « laurawantsababy » a soumis une pétition au gouvernement exigeant un plus grand accès au Celvapan pour les femmes enceintes. Elle a été rejetée.
« Je pense sérieusement me rendre aux États-Unis pour éviter une i nj ec t i on avec des adjuvants », écrit « oremstango ».
Cette « panique » est injust i f iée, selon un expert en conception de vaccin, Tarit Mukhopadhyay. « Je comprends que les futures mères aimeraient avoir un "oui" ou un "non" catégorique sur les risques du Pandemrix, dit le professeur de l’ Univeristy College London. Toutefois, plus de 40 000 personnes ont été testées avec succès et il n’y a aucune raison pour que les femmes enceintes soient plus vulnérables au vaccin. »

Le dilemme des parents new-yorkais
  -  Richard Hétu
ÉTATS-UNIS
NEW YORK — À partir de mercredi, les écoles publiques de New York lanceront une campagne de vaccination contre la grippe A ( H1N1) qui vise à vacciner plus d’un million d’enfants d’ici à décembre. Mais Amanda Castillo, une fillette de 8 ans, ne sera pas du nombre. Ainsi en a décidé sa mère.
À New York, les élèves pourront recevoir le vaccin contre la grippe A (H1N1) sous forme de vaporisateur nasal ou par injection intramusculaire, selon la réponse qu’auront donnée leurs parents dans un formulaire de consentement offert en 10 langues, dont l’ourdou et le bengali. Sur notre photo, une jeune élève reçoit le vaccin en vaporisateur nasal dans son école de Miami.
« Je dois avouer que les ef fets secondaires du vaccin me font plus peur que la grippe elle-même », déclare Maria Casti l l o e n a l l a nt cueillir sa fille dans une école primaire du quartier East Village, à Manhattan. « J’ai lu tous les articles du New York Times sur le sujet et aucun ne m’a rassurée. »
Sa m Si nger, père d ’ u n enfant d’âge scolaire, a une o pi n i o n d i a mét r a l e ment opposée à cel l e de Maria Castillo. Il entend ainsi profiter de l’initiative de la Ville de New York, qui offrira gratuitement le vaccin contre la grippe A ( H1N1) aux élèves des écoles primaires d’abord et à ceux des écoles secondaires ensuite.
« C’est vraiment la meilleure façon de protéger mon fils », dit Sam Singer, dont le garçon de 6 ans fréquente le même établissement qu’Amanda Castillo. « J’ai fait des recherches sur les vaccins en général et sur celui contre le virus A ( H1N1) en particulier et je ne vois aucune raison d’avoir peur. »
Aucun sondage n’a été réalisé à New York pour déterminer l e pourcentage des parents qui se retrouvent dans le camp de Maria Castillo ou dans celui de Sam Singer. Une étude nationale a cependant révélé cette semaine que 52 % des parents américains veulent que leurs enfants soient vaccinés contre la grippe A (H1N1). En r eva nche, plus de si x adultes sur dix refuseront de se faire vacciner eux-mêmes, selon le sondage publié dans le Washington Post.
À New York, les élèves pourront recevoir le vaccin contre la grippe A (H1N1) sous forme de vaporisateur nasal ou par injection intramusculaire, selon la réponse qu’auront donnée leurs parents dans un formulaire de consentement offert en 10 la ngues, dont l’ourdou et le bengali.
Comme plusieurs autres grandes villes américaines, New York doit échelonner sa campagne de vaccination sur plusieurs semaines en raison d’u ne pénurie de vacci ns contre le virus A ( H1N1) aux États-Unis, un problème que les laboratoires pharmaceutiques ne devraient pas pouvoir résoudre avant le mois de décembre. « En ce moment, nous en sommes à un stade où la demande est plus forte que la production », a déclaré la sec réta ire à l a S a nt é , Kathleen Sebelius.
La demande est également plus forte que la controverse au sujet de la campagne de vaccination aux États-Unis, où 30 % des gens ne font pas confiance à la sécurité des vaccins contre le virus A ( H1N1), selon le sondage du Washington Post. Manuela Ruiz, une mère new-yorkaise, fait partie de ce groupe. Elle fera néanmoins vacciner sa fille de 7 ans.
« Je ne suis pas en faveur de la vaccination, mais j ’ai l’impression de ne pas avoir le choix, dit-elle à l’extérieure de l’école de sa fille. Quand j’ai appris que le vaccin serait of fer t gratuitement, j e me suis dit que tous les enfants le recevraient. Je ne veux pas que ma fille soit la seule à ne pas être vaccinée. »


A ( H1N1) 
5000 morts dans le monde, selon l’OMS
GENÈVE — L a grippe A ( H1N1) a tué au moins 5000 person nes da ns 195 pays et territoires de la planète depuis s on appa r i t i on en mars-av r i l , s elon l e dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié hier.
L e pr é c é de nt bi l a n de l’OMS, diffusé le 16 octobre, faisait état d’« au moins 4735 morts », soit une hausse de 265 décès en une semaine.
En Amérique du Nord, le nombre de décès a attei nt 3539 personnes.
La région Asie-Pacifique compte 1028 morts, contre « au moins 261 » en Europe.
L’ I sla nde, l e Soudan et Trinité-et-Tobago ont enregistré leurs premiers décès liés à la grippe A ( H1N1), t a nd i s que l a Mongol i e , le Rwanda et São Tomé et Principe ont signalé leurs premiers cas de personnes infectées.
L a malad i e a t oute f oi s commencé à reculer dans les régions t ropicales, hormis à Cuba, en Colombie et au Salvador.
« En général, l’activité grippale dans l’hémisphère Nord est la même que la dernière semaine, bien que les maladies respiratoires continuent de se propager et de voir leur intensité progresser », selon un communiqué de l’OMS.
En recul net dans l’hémisphère Sud, le nouveau virus a affecté au moins 414 945 personnes dans le monde, selon les dernières données de l’OMS, qui souligne que ce chiffre est bien en deçà de la réalité étant donné que nombre de pays ne comptabilisent plus tous les cas.

La grippe en questions - Isabelle Audet

QUE CONTIENT LE VACCIN?
Principalement, le vaccin qui sera administré aux Canadiens contient trois ingrédients : > LE VIRUS TUÉ ET FRAGMENTÉ Pour fabriquer le vaccin contre la grippe A (H1N1), l’industrie pharmaceutique dépose le virus dans des oeufs. Dans cet environnement, le virus se multiplie rapidement. Ensuite, le virus est extrait, puis tué avec un dérivé du chlore. Enfin, il est fragmenté pour qu’on ne puisse utiliser que les parties qui permettront à l’organisme de fabriquer des anticorps. > L’ADJUVANT Puisque les fragments du virus sont très petits, les fabricants du vaccin utilisent un « artifice » pour les rendre plus attrayants pour le système immunitaire. L’adjuvant est un dérivé de la vitamine E. Huileux, il forme des billes microscopiques dans le vaccin. Les fragments se collent à ces billes et semblent plus gros. La réponse immunitaire est alors plus rapide. > LE THIMÉROSAL Le vaccin sera offert en fioles contenant chacune 10 doses. Afin d’éviter que le vaccin soit contaminé d’une utilisation à l’autre, le fabricant y ajoute du thimérosal. Il s’agit d’une forme de mercure « éliminée rapidement par le corps », précise le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins. Il ne s’agit pas du méthylmercure, une forme qui peut être nocive pour l’organisme. Explications : Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins du Québec

ET LA GRIPPE AVIAIRE ?
Le virus de l’influenza prend naissance chez les animaux. En 1998, l’Organisation mondiale de la santé a craint qu’une souche présente chez les oiseaux mute et se transforme en grippe transmissible entre humains. Cette grippe aviaire a préoccupé les autorités lorsque des personnes en contact avec des volailles ont attrapé la maladie en 2003. À ce jour, le virus ne s’est toutefois pas encore transmis entre humains. « Est-ce que la grippe aviaire est oubliée ? Non. On surveille toujours son évolution, mais depuis 11 ans, elle est devenue moins préoccupante », explique le Dr Yves Robert.
LES ENFANTS, IMMUNISÉS DÈS LE PREMIER VACCIN?
Les enfants de 6 mois à 9 ans devront recevoir deux demi-doses du vaccin contre la grippe A (H1N1) à trois semaines d’intervalle. Serontils totalement immunisés dès la première injection ? Pas tout à fait. Dès la première dose, le système immunitaire des enfants se prépare à combattre le virus. Le nombre d’anticorps n’atteint toutefois pas le niveau optimal pour les protéger complètement. Voilà pourquoi la deuxième dose est nécessaire. Il est donc possible qu’un enfant contracte la maladie entre la première et la deuxième dose. Cependant, pour la grande majorité des enfants, le premier vaccin diminue les risques de complications, assure le Dr Yves Robert.
LES RISQUES ASSOCIÉS
> POUR 10% DES PERSONNES VACCINÉES Maux de tête, fatigue, douleur locale, bosse dure au site d’injection et douleurs articulaires. > ENTRE 1 ET 10% DES CAS Sensation de chaleur, démangeaison ou ecchymose au site d’injection, sueurs ou grelottement accrus, symptômes grippaux, enflure des glandes du cou, des aisselles ou de l’aine. > ENTRE 0,1 ET 1 % DES CAS Picotement ou engourdissement des mains ou des pieds, somnolence, insomnie, étourdissements, diarrhée, vomissements, maux d’estomac, sensation d’être malade, démangeaisons ou éruptions cutanées. Source : Santé Canada
LE VIRUS À MONTRÉAL
> Nombre total de cas confirmés et probables :
1287 > Nombre total de morts : 12 > Nombre de Montréalais hospitalisés : 232
(18 % des cas déclarés) > La proportion de Montréalais hospitalisés est plus élevée chez les enfants de moins de 5 ans et chez les adultes de 60 ans et plus. *Depuis le début de la première vague,
et jusqu’au 10 octobre. Source : Agence de la santé et des services sociaux
de Montréal

POURQUOI LES JEUNES SONT-ILS PLUS TOUCHÉS?
Le virus de l’influenza mute fréquemment. Plus une personne est âgée, plus son système immunitaire a combattu de souches différentes de la maladie. Les personnes de plus de 60 ans sont susceptibles d’avoir rencontré une forme analogue de la grippe A (H1N1) dans les années 50. Les jeunes de 15 à 45 ans sont les plus touchés par la présente grippe car leur système immunitaire ne connaît pas cette souche. « Le virus influenza nous réserve toujours des surprises parce qu’il a toujours la capacité de décider par lui-même quand il se met un nouveau masque. Il n’attend pas l’Halloween », vulgarise le Dr Yves Robert. Ce sont les personnes atteintes de maladies chroniques qui risquent de souffrir des complications du virus.


Désinformation inquiétante  -  Christian Dufour
L’auteur est politicologue à l’ École nationale d’administration publique (ENAP).
On a appris avec stupeur que 67% des Québécois – 67%! – refuseraient de se fa i re vacciner contre la grippe A(H1N1). En cette ère d’hyper-information liée à la révolution technologique, cela révèle quelque chose de troublant sur l’état de notre société.
On est confronté à une régression collective à un stade préscientifique, relativement à un enjeu – se faire ou non vacciner – que l’on croyait naïvement réglé depuis les années 1770. Le roi de France Louis XV étant mort de la petite vérole, Louis XVI s’était alors fait vacciner publiquement contre cette maladie, comme on avait commencé à le faire en Angleterre, pour calmer les craintes irrationnelles à ce sujet.
On a l’habitude de dire que l’information, c’est le pouvoir, et que plus les citoyens auront accès à de multiples sources d’information, mieux ce sera pour tout le monde. On voit pourtant dans cette affaire qu’il ne suffit pas que les gens soient informés, encore faut-il qu’ils disposent du minimum de jugement ou de formation leur permettant d’évaluer les diverses informations qu’ils obtiennent, en ne mettant pas tout sur le même pied.
Ce qu’il y a de nouveau, c’est que beaucoup de ceux qui ne veulent pas se faire vacciner ont l’impression d’être très bien informés: ils ont pris euxmêmes connaissance sur internet d’un tas d’informations sur le sujet, sans l’intermédiaire des filtres traditionnels comme les autorités gouvernementales ou les grands médias.
Disposer de trop d’information sans avoir le support nécessaire peut être pire que de ne pas être informé du tout, les gens qui s’estiment bien informés ayant tendance à manifester une assurance que les autres n’auront pas.
La nouvelle hyper-i nformation résultant d’internet camoufle mal une inquiétante désinformation. En effet, à moins d’adhérer aux théories du complot ou à l’idéologie du risque zéro, il suffit de savoir qu’il est probable qu’une pandémie arrive et que le vaccin offert par le système a toutes les chances d’être efficace pour adopter un comportement rationnel dans l’affaire du A(H1N1).
Un grand nombre de gens vous diront pourtant – gravement – que c’est beaucoup plus compliqué que cela et qu’ils ont lu ou entendu un tas de choses troublantes sur le sujet.
Le trop plein d’informations douteuses condamne une partie de la population à l’impuissance, provoquant une régression à un stade que l’on croyait révolu depuis deux siècles.
On voit clairement les limites de l’approche citoyenne en matière d’information à l’ère d’internet. Cela rappelle l’importance de disposer d’élites véritablement formées et informées, comme les fonctionnaires de la santé et les journalistes. On n’ose penser à ce que cela sera si les journaux traditionnels disparaissent, comme on nous le promet.
L’individualisme exacerbé de nos sociétés, où le citoyen-roi a la conviction de pouvoir juger de tout, y compris de ce qu’il ne connaît pas, est dangereux. Car non seulement monsieur et madame Tout-le-monde ont-ils individuellement accès à un nombre illimité d’informations pas toujours fiables, ils se méfient maintenant de tout système d’autorité quel qu’il soit.
C’est la recette pour la catastrophe alors qu’on croit dur comme fer en son droit imaginaire à une vie sans aucun risque.


La campagne en dix questions  -  Isabelle Audet
La campagne de vaccination s’amorcera lundi. Dès samedi, l’information au sujet des cliniques de vaccination régionales sera accessible sur le site internet
(ou encore au 1-877-644-4545). Le site, constamment mis à jour, contiendra les détails de la campagne pour toutes les régions du Québec, assure le ministère de la Santé. Tous les Québécois pourront recevoir le vaccin c e t autom ne. Cependa nt , puisque la province ne dispose pas encore de toutes les doses, certaines personnes jugées « à risque » seront vaccinées en priorité. I l s’agit des travailleurs de la santé, des personnes atteintes de maladies chroniques comme l’asthme, des femmes enceintes, des enfants de 6 mois à 5 ans moins un jour, et des Québécois sit ués dans les régions éloignées (où l’accessibilité aux services de santé est plus complexe).
RPersonne ne vérifiera si ceux qui demandent le vaccin dans la première vague font partie de la population à risque. « Évidemment, le principe général, c’est qu’on ne renvoie pas les gens (à la maison). Mais ne vous présentez pas tous la première journée ! Faisons l’hypothèse q ue s e u l e ment 3 0 % de s Québécois sont intéressés à la vaccination, ça fait quand même 2 millions de doses. On n’a pas ça présentement, ni même à l’intérieur des deux premières semaines », a indiqué le docteur Alain Poirier, directeur national de la santé publique.
ROui. L’adjuvant est ajouté au vaccin pour accélérer la réponse immunitaire et rendre le produit plus efficace. Il s’agit essentiellement de vitamine E. Cependant, le vaccin avec adjuvant n’a pas été testé auprès des femmes enceintes. Bien que la Santé publique recommande aux futures mères de se faire vacciner dès maintenant, celles qui demeurent inquiètes pourront obtenir un vaccin sans adjuvant au cours des prochaines semaines. Non. Il faut attendre entre 7 et 14 jours avant que le corps ait produit suffisamment d’anticorps protecteurs. D’après la Santé publique, le vaccin contre la grippe A (H1N1) est efficace dans une proportion variant de 95 à 98 % après cette période. Pour les adultes, oui. Les enfants de 6 mois à 9 ans devront toutefois recevoir deux demi-doses du vaccin avec adjuvant, dans un intervalle d’au moins trois semaines. Les nourrissons de moins de 6 mois ne sont pas autorisés à recevoir le vaccin.
RL a Sa nté publique demande à ceux qui se sentent malades d’attendre d’être guéris avant de se présenter dans une clinique de vaccination. De plus, les personnes allergiques aux oeufs doivent recevoir le vaccin sous surveillance médicale. Elles doivent se faire vacciner à l’extérieur de la campagne destinée au grand public. Enfin, ceux qui ont déjà souffert de la grippe A ( H1N1) sont immunisés. Inutile pour eux de recevoir ce vaccin.
RAlain Poirier espère qu’un maximum de personnes recevront le vaccin. « Si 80 % des Québécois se faisaient vacciner, ce serait très bien, mais nous n’avons pas fixé de pourcentage idéal, a-t-il dit. Tout de même, chaque personne qui recevra le vaccin contribuera à diminuer le risque de maladie pour elle-même, et pour ses proches. »
RQuébec n’envisage aucune mesure pour forcer la population à se faire vacciner. Au besoin, le ministère de la Santé diffusera de nouveau l’information relative au vaccin et aux moyens de se protéger de la grippe A (H1N1). Il planifie d’ailleurs une campagne publicitaire qui sera lancée au cours des prochaines semaines.
RSur l e s s i t e s w w w. pa ndemiequebec. gouv. qc. ca et www. combattezlagrippe.ca, ou encore par téléphone, au 1-877-64 4-4545 (Service Québec) et 1-800-O CANADA.

La vaccination pourrait débuter dès lundi  -  Ariane Lacoursière
La plus grande campagne de vaccination de l’histoire du Canada est sur le point de commencer. Le ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc, a confirmé hier que les provinces n’attendent plus que le feu vert d’Ottawa pour distribuer les premières doses. « D’ici les deux ou trois prochains jours, nous ferons une annonce officielle », a dit M. Bolduc.
Si le vaccin est homologué rapidement cette semaine, M. Bolduc n’écarte pas l’idée que la campagne puisse commencer dès lundi prochain.
Comme prév u , les travailleurs du milieu de la santé seront vaccinés en premier, de même que les personnes à risque telles que les femmes enceintes, les jeunes enfants et les personnes atteintes de maladies chroniques.
Plus tôt hier matin, la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a indiqué que deux millions de doses de vaccins ont déjà été acheminées aux provinces, qui n’attendent que l’homologation. Selon elle, le processus qui doit déterminer si le vaccin est sûr ou non suit son cours et devrait être terminé rapidement.
Mme Aglukkaq a aussi promis que des vaccins sans adjuvant seront bientôt disponibles pour les femmes enceintes. L’adjuvant est un produit qui rehausse l’efficacité d’un vaccin pour qu’une dose plus faible puisse être utilisée. Ottawa, qui n’avait pas prévu au départ acheter de vaccins sans adjuvant, s’est finalement ravisé et en a acheté 1,8 million de doses.
Le ministre Bolduc a précisé que ces vaccins sans adjuvant seront disponibles un peu après les autres et que la campagne de vaccination pour ces produits sera « un peu décalée », sans pouvoir préciser de combien de jours.
Et les bébés ?
Québec et Ottawa ne s’entendent pas pour savoir si les jeunes enfants, tout comme les femmes enceintes, devraient recevoir le vaccin avec ou sans adjuvant. Hier matin, l’administrateur en chef de la santé publique du Canada, le Dr David ButlerJones, a affirmé que le vaccin avec adjuvant est recommandé dès l’âge de 6 mois.
Pourtant, au cours des dernières semaines, le gouvernement du Québec a déclaré qu’il préférait donner la version sans adjuvant aux enfants de moins de 2 ans. « On continue de recommander le vaccin sans adjuvant pour les enfants de 6 à 23 mois », a affirmé le ministre Bolduc en ajoutant que si les autorités fédérales émettent des directives différentes, Québec rajustera le tir.
Le ministre Bolduc a aussi confirmé que le gouvernement pourrait avoir recours à une loi spéciale modifiant les conditions de travail du personnel du réseau de la santé si l’épidémie de grippe faisait des ravages. « La loi prévoit qu’on peut adopter un décret en temps de catastrophe. C’est-à-dire si 30% ou plus de la population est touchée », a dit M. Bolduc. La semaine dernière, M. Bolduc avait écarté la possibilité de recourir à un décret. Advenant que l’épidémie soit très sévère, les infirmières à la retraite depuis quelques années et les étudiantes en soins infirmiers pourront être appelées en renfort. Leur contribution se fera de façon volontaire.

Le front du refus  -  Alain Dubuc
Une grippe dangereuse est à nos portes. Dangereuse à cause de sa propagation, et à cause de ses victimes, souvent des jeunes. Nous avons heureusement un outil pour combattre la grippe porcine : un vaccin. Mais la résistance est forte.
Un puissant mouvement anti-vaccination balaie le Québec, tout comme le reste du monde industrialisé. Des parents, prêts à bannir la malbouffe pour la santé de leurs enfants, ne savent pas si, oui ou non, ils feront vacciner les membres de leur famille contre le virus H1N1. L’expression « majeur et vacciné » est en train de perdre son sens.
C’est un symptôme de la crise de confiance qui touche nos sociétés. Face à la science, et plus particulièrement la science médicale. Face au pouvoir, ce qui a été encouragé par l’absence de leaderhip des autorités politiques et sanitaires.
Il n’y a pas que les folkloriques adeptes du complot. Le refus prend des formes sophistiquées qui n’épargnent pas les citoyens éduqués et éclairés. On peut peut-être y voir un effet pervers de la pensée verte, quand on applique la saine méfiance des médicaments et de la médecine officielle au cas de la pandémie de grippe. Quelle erreur. S’il y a un endroit où la médecine s’est montrée irremplaçable, c’est bien avec la vaccination.
Mais sur ce terreau déjà fertile s’est ajouté le doute. Nous assistons à la première pandémie en temps réel de notre histoire. Nous sommes bombardés d’informations, contradictoires, parce que la médecine n’est pas une science exacte, et que le virus de cette grippe porcine est une nouvelle bibitte dont on sait peu de choses. Paradoxalement, les gens, qui se méfient pourtant de la médecine, sont décontenancés parce que celle-ci ne leur assène pas des vérités d’Évangile.
On ne sait pas quand la grippe va frapper. Ni quelle sera l’ampleur de la pandémie. Ni dans quelle proportion ceux qui l’attraperont souffriront de complications graves. Ajoutons à cela le fait que le vaccin est nouveau, quoique c’est le cas chaque année avec l’influenza traditionnelle.
Le doute est d’autant plus grand que l’épidémiologie est une science statistique, dont l’approche probabiliste, difficile à comprendre, horripile les gens. On mesure les risques pour des populations, tandis que les gens pensent à leur risque personnel.
Le risque d’attraper la grippe est relativement faible, celui d’être atteint d’une forme grave encore plus. Pourquoi alors se faire vacciner? Pour la même raison qu’on s’attache en automobile, même si la probabilité d’avoir besoin de la ceinture de sécurité est très faible. Les effets négatifs d’un tel vaccin sont quasi nuls, tandis que la grippe A(H1N1) peut, dans certains cas, avoir des effets dévastateurs.
Mais le message ne passe pas. C’est en partie la faute des organismes de santé publique. On se souvient qu’ils ont crié au loup au printemps dernier. Depuis, la stratégie de l’Agence de la santé publique du Canada n’a pas été facile à suivre, sur le choix du type de vaccin, sur le calendrier.
Une lacune qui n’a pas été comblée par le leadership politique. Le ministre québécois de la Santé, Yves Bolduc, n’a pas été très présent. C’est le président de la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan Barrette, dont le message a été le plus efficace sur YouTube, quand il a dit pourquoi lui et sa famille se feraient vacciner.
Mais la palme revient au premier ministre Stephen Harper, qui a dit qu’il prendrait le vaccin si c’était la recommandation générale, ne semblant pas être au courant que son gouvernement multiplie les efforts pour promouvoir la vaccination. Pour mémoire, le président Obama, en conférence de presse, a personnellement recommandé aux Américains de se faire vacciner.


Pis, le vaccin?  -  Marie-Claude Lortie
En ce moment, dans les fêtes, dans les soirées, le midi au lunch, autour de la machine à café au bureau, à la sortie de l’école, la question est partout : « Allez-vous faire vacciner vos enfants contre le H1N1?»
Vous l’avez sûrement entendue durant le long week-end. « Pis, le vaccin ? » Con na issez-vous u n parent qui ne se l’est pas fait demander?
Sauf que même si la question est dans toutes les bouches, les réponses, elles, ne sont pas exactement limpides et précises. « Pas encore décidé. » «Pense pas… Bien que…» « Ouain. » «Ben…» Des t on nes de gens ne savent pas quoi faire.
E t c e n ’e s t p a s p a r c e qu’ils sont décrochés et pas informés. Au contraire. Ils savent très bien que la grippe existe et de quoi elle retourne. Ils comprennent qu’il y a parfois des compl ic ations a ig uës . I ls saisissent l’importance des vaccins comme mesure de santé publique non seulement pour prévenir les cas particuliers mais aussi pour limiter la propagation… Mais ils n’ont quand même pas arrêté leur verdict.
On nage actuellement dans un flou décisionnel.
Et ce n’est pas du tout parce que tous ces parents adhèrent aux théories du complot farfelues qui se baladent sur l’internet… Ils hésitent parce qu’ils ont de la difficulté à évaluer la probabilité que la maladie soit vraiment grave pour eux.
Cela n’a rien d’étonnant. Même les experts ont de la difficulté à mesurer le danger de cette foutue grippe.
Car oui, il y a eu morts d’enfants, et oui, les femmes enceintes semblent particulièrement vulnérables. Et oui, cette grippe dérape parfois de façon virulente et ça s’est vu chez les petits… Mais la H1N1 demeure, malgré tout, quand même très « normale » comparativement aux grippes saisonnières que l’on voit chaque année. Pour la vaste majorité des gens, c’est tout simplement… une grippe !
D’ailleurs, saviez-vous que Montréal a été une des villes les plus touchées au monde par la maladie ?
On ne peut pas dire que cette grippe soit terrifiante.
Personnellement, je préférerais ne pas avoir à faire vacciner mes enfants. Pourquoi? Pour les mêmes raisons que vous.
D’abord, en gros, parce que le vaccin est tout neuf et que j’ai envie de faire comme les enfants devant un plat nouveau : attendre que les autres y goûtent avant d’y plonger ma fourchette. Toutefois, je sais très bien que c’est une réac tion i r rationnelle. Un médecin m’a fait remarquer hier que je n’hésite pas à les faire immuniser contre la grippe saisonnière avec des vaccins mis au point dans le même genre de délai…
Et puis il est vrai que si je mets dans une balance, d’un côté, mes hésitations au sujet du vaccin et, de l’autre, mes craintes face à la grippe et à ses complications, les histoires d’horreur de la H1N1 sont imbattables. Mais il y a autre chose. Une bonne partie de l’hésitation face au vaccin vient, je crois, du sentiment qu’ont beaucoup de gens, à tort ou à raison, d’avoir déjà été frappés par la grippe.
À la fin du printemps et durant l’été, on le sait, des milliers de familles québécoises ont été malades. Grippe hippopotamesque. Rien de subtil. Maladie tout en grosseur : grosse fièvre, grosse toux, grosse nausée, gros malaise généralisé...
Sauf que dans la très, très vaste majorité des cas, le diagnostic n’a jamais été confirmé par test. Il y en avait trop dans les hôpitaux à ce moment-là. Cela aurait coûté trop cher et causé trop de délais inutiles.
Mais cette décision de ne pas identifier automatiquement tous les cas de H1N1 fait que, aujourd’hui, on pense avoir eu le virus, on n’est pas certain… Cela met tous ces gens devant une situation mitigée face au vaccin. Leur est-il réellement nécessaire ?
Cette situation ne pourraitelle pas se régler si Québec acceptait d’offrir à ceux qui le demandent des tests sanguins pour déterminer la présence des anticorps de H1N1 ? Vous savez, un peu comme pour la rubéole…
J’entends déjà les responsables de la santé publique dire : « Trop cher. » Et quand on sait à quel point les hôpitaux ont besoin de tous leurs moyens pour se préparer à recevoir les cas les plus graves, aux unités de soins intensifs notamment, on s’incline.
Mais ne serait-ce quand même pas une option intéressante à offrir aux incertains ? Pour faire fondre une partie de l’incrédulité ?
Car croyez-vous vraiment qu’une campagne de vaccination antigrippe peut marcher si on ne prend pas au sérieux les hésitants et leurs hésitations ?

Décidément, ces épidémies sont vraiment trop pleines de flous…


QUI A PEUR DE LA GRIPPE A (H1N1) ?  -  Pascale Breton
D’un côté, les responsables de la santé publique affirment qu’il faut prendre la menace au sérieux. De l’autre, plusieurs les accusent de crier au loup. Entre les deux, une majorité de la population ne sait plus ce qu’elle doit penser de la grippe A (H1N1).
Les passa nts du centre-ville me j ettent un bref coup d’oeil avant de détourner rapidement le regard. Dans leur voiture, les automobilistes se permettent de me dévisager plus longuement. Pas de doute, je ne passe pas inaperçue.
Certaines entreprises vendent sur l’internet des ensembles individuels de protection contre la grippe A (H1N1). Notre journaliste Pascale Breton s’en est procuré un.
Ce n’est pas surprenant. Je me promène vêtue de la tête aux pieds d’une combinaison blanche en tissu, les mains protégées par des gants de chirurgien, le visage camouflé par un masque et des lunettes de protection.
L’idée est de voir la réaction des gens et leurs craintes face à la grippe A (H1N1).
Le nouveau virus est LE sujet de discussion de l’automne. Plusieurs traînent une petite bouteille de Purell dans leur sac. Les masques ont repris leur place dans les présentoirs des pharmacies. Et certaines entreprises, surtout aux ÉtatsUnis et en France, vendent par internet des trousses de protection contre la grippe porcine.
Je m’en suis procuré une, et me voilà donc au coeur du centre-ville, dans la foule compacte de l’heure du midi.
Il y a quelques semaines, le New York Times a tenté une expérience du genre. Voyons mai ntena nt comment les Montréalais réagissent de leur côté.
Dans les couloirs du métro, certains font un grand détour pour m’éviter. D’autres m’interpellent directement : « Estce que je dois avoir peur ? » me demande quelqu’un. « Est-ce que la deuxième vague de grippe A ( H1N1) est arrivée ? », me demande un autre.
Non, la grippe A (H1N1) ne laisse personne indifférent. Mais faut-il en faire autant pour se protéger? Bien sûr que non.
Le virus se transmet par les gouttelettes de salive en suspension. Il peut rester cinq minutes sur les mains, de 8 à 12 heures sur les vêtements et de 24 à 48 heures sur les surfaces dures.
Mais de là à ce qu’il colle à la peau et que le reste de la maisonnée soit contaminé, il y a un pas, explique le Dr Gaston De Serres, médecinconseil à l’Institut national de santé publique du Québec.
« Ces combinaisons sont exclusivement réservées aux travailleurs de la santé qui sont en contact avec des gens très malades», précise le Dr De Serres.
Généralement, un bon lavage des mains suffit. Pour ceux qui toussent, le port d’un masque est aussi recommandé.
Le problème avec la grippe A (H1N1), c’est que les gens ne savent plus quoi penser. Les avis sont contradictoires. À preuve, cette étude publiée il y a quelques jours dans le Journal de l’Association médicale canadienne, qui affirme que le lavage des mains n’est pas suffisant pour se protéger du virus. Une information aussitôt contredite par les responsables de la santé publique, qui affirment le contraire.
Faut-il craindre une deuxième vague de grippe porcine cet automne? Que penser des vaccins fabriqués en quatrième vitesse ? Sont-ils vraiment inoffensifs ? Et surtout, la grippe A (H1N1) est-elle vraiment plus dangereuse que la grippe saisonnière ?
En date du 6 octobre, le nouveau virus avait tué 78 Canadiens, dont 27 Québécois, à une période de l’année où l’on ne voit plus de cas de grippe, indique le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Alain Poirier, pour expliquer l’inquiétude des autorités.
Les victimes sont relativement jeunes et souvent en bonne santé. Ce ne sont pas des personnes généralement à risque face à la grippe saisonnière.
D’ailleurs, les personnes âgées de plus de 55 ans semblent même avoir une certaine protection naturelle contre le nouveau virus, probablement parce qu’elles ont été en contact avec des souches de H1N1 qui ont déjà circulé. Ce n’est pas le cas des plus jeunes, qui sont donc plus fragiles.
« On s’attend à ce que la deuxième vague de grippe A (H1N1) frappe plus durement que celle du printemps. Mais est-ce qu’elle sera plus grave que la grippe saisonnière ? C’est difficile à évaluer », résume le Dr Poirier.
L’Agence de santé publique du Canada prévoit que le tiers de la population pourrait être touché dans cette seconde vague. Et la seule protection efficace reste le vaccin, soutiennent les autorités.
Chaque automne, le pays connaît d’ailleurs une campagne de vaccination contre la grippe sa isonnière. L a différence, cette année, c’est qu’au lieu d’offrir le vaccin gratuitement à certains groupes jugés plus vulnérables, on vise toute la population.
C’est ce qui dérange. Même des médecins croient qu’une ca mpagne de vaccination massive est inutile, ce qui ajoute à la confusion.
Le défi de communication est énorme. Il faut redoubler d’efforts, a d’ailleurs dit le ministre de la Santé, Yves Bolduc, la semaine dernière en entrevue à La Presse. Il entend d’ailleu rs se fa i re vacciner, question de donner l’exemple.
I l r e s t e q ue l a g r i ppe A (H1N1) est le sujet parfait pour relancer le débat sur la vaccination. Ses opposants ne sont pas à court d’arguments, d’autant plus que les essais cliniques visant à déterminer l’innocuité et l’efficacité du vaccin ne seront terminés que dans plusieurs mois, soit bien après que l’ensemble de la population aura été vacciné.
R i e n p o u r c a l mer les inquiétudes.

Les personnes atteintes du VIH laissées pour compte  -  Pascale Breton
Les personnes atteintes du VIH vivent dans la crainte d’attraper la grippe A (H1N1) e t s e s e nt e nt to t a le ment oubliées par les responsables de la santé publique.
« I l existe u n t rès haut niveau d’anxiété. Tous nos malades nous pa rlent de leu rs i nqu i é t u d e s , ma i s nous ne savons pas quoi leur répondre. Nous avons très peu d’information de la part de la sa nté publique », dénonce le Dr Réjean T h o ma s , d e la cl i n ique médicale L’Actuel.
Pas moins de 2500 patients sont suivis à cette clinique. La plupart souffrent de comorbidité, c’est-à-dire qu’ils ont plu s d ’u ne malad ie . Dans bien des cas, leur système immunitaire est déjà affaibli.
Mais leurs questions ne trouvent pas de réponses. Doivent-ils se faire vacciner ? Si oui, recevront-ils le vaccin en premier, comme c’est le cas pour les groupes à r i sque ? C ’e st u n vér it a ble c a s s e - tê te pou r médecins.
« On attend. Mais on le voit, ça crée une panique chez nos patients, davantage que chez le reste de la population. Ce sont des personnes qui ont déjà un système immunitaire affaibli. On ne voit jamais cette panique-là avec la grippe saisonnière », a j o ut e le Dr T homas , en
les rappelant que tous les ans, les personnes vivant avec le VIH sont invitées à se faire vacciner contre la g r ippe saisonnière.
La santé publique se veut pou r t a nt ra ssu ra nte. L es personnes séropositives ne sont pas considérées comme plus à risque de contracter la grippe A (H1N1), explique le Dr Horacio Arruda, directeur de la protection de la santé publique du Québec.
« Elles vont être vaccinées au même titre que la population en général. Nous recommandons le vaccin, comme c’est le cas pour la grippe saisonnière, mais il n’y a pas de complications plus sévères qui ont été décelées », indique le Dr Arruda.
L a c ra i nte d’attraper la grippe A (H1N1) frappe plus durement ceux dont le système immunitaire est affaibli, ou encore ceux qui souffrent d’un fort niveau d’anxiété.
Les gens qui souffrent de troubles obsessifs compulsi fs , pa r exemple, v ivent constamment dans la peur d’attraper une maladie. Le nouveau virus en circulation n’y fait pas exception.
« Ça fait des années qu’ils ont déjà cette crainte, pour la grippe, pour les rhumes, le s pneu monies », ex pl ique le Dr Martin Tremblay, porte-parole scientifique de la Fondation des maladies mentales.
Ces personnes ne resteront pas pou r auta nt recluses à la maison. Pour elles, la menace est la même qu’avant la pa ndémie, ajoute le Dr Tremblay.
« La plupart de ces personnes vont fonctionner en apparence normalement, au prix de grands efforts pour tout surmonter, tout contourner, pour se laver les mains 75 fois dans la journée », explique le Dr Tremblay.
En revanche, les personnes qui souffrent d’anxiété maladive ou de troubles obsessifs compulsifs ont l’impression que le reste de la population comprend désormais mieux leur angoisse, ajoute-t-il.


Grippe A cherche plan B  -  Rima Elkouri
Face à la pa ndémie de g r ippe A ( H 1 N 1) , le Québec et l’ Onta rio sont comme la cigale et la fourmi, ai-je écrit mardi. Je venais de m’entretenir avec le Dr Redouane Bouali, exchef des soins intensifs de l’Hôtel-Dieu, qui a désormais un pied en Ontario et l’autre au Québec. Il s’inquiétait du manque de planification des autorités québécoises. Il me disait que, si une seconde vague de grippe frappa it, il préférera it être du côté ontarien.
Le Dr Bouali s’inquiètet-il pour rien ? Pas du tout, me con firme le Dr T udor Costachescu, chef des soins i ntensi fs au Cent re hospitalier de l’ Université de Montréal. « Au CHUM, on est prêt. Mais on sera rapidement débordé. Et si on est débordé, il n’y a pas de plan B. »
On prévoit que le quart de s pat ient s ho s pit a l i sé s avec un diagnostic de H1N1 au ront besoin de soins intensifs et de ventilation mécanique. Or, il suffirait de huit patients atteints du virus aux soins intensifs du CHUM pour qu’on atteigne un seuil critique, avertit le chef des soins intensifs. Cela pourrait prendre moins de deux semaines. « Au CHUM, nous serons très, très rapidement saturés. Moi, après huit patients, il est certain que je ne serai plus en mesure de faire quoi que ce soit d’autre. Et on parle d’activités qui ne peuvent être faites qu’ici : neu roc h i r u rgie, c h i r u rgie cardiaque, greffes, etc. »
Le CHUM a bien sûr son propre plan local pour faire face à la pandémie. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de plan cohérent à l’échelle du réseau , souligne le Dr Costachescu. « La différence, en O nt a r io, c ’est que les plans ne sont pas seulement propres à chaque hôpital. On sait à l’avance que des hôpitaux désignés vont préférentiellement prendre ces patients ».
Le Dr Costachescu trouve affligeant que nos gestionnaires n’aient rien appris de la crise du SRAS. Leurs homologues ontariens ont démontré beaucoup plus de leadership, observe-t-il. « Chez nous, au début de l’été, l’Agence de la santé et des services sociaux s’est contentée de pelleter le problème dans la cour des directeurs des services professionnels des hôpitaux en leur disant de faire un plan d’urgence local. Mais il n’y a pas de leadership global à l’échelle de la province. »
Et la pénurie de personnel, dans tout ça ? « C’est une autre catastrophe ! » dit le chef des soins intensifs du CHUM. Il s’attend à un taux d’absentéisme de 30 %. C’est ce qui s’est passé en Australie, où la grippe A (H1N1) a frappé fort cet été. C’est ce qui s’est aussi passé au Manitoba, dont les com munautés autochtones ont été durement touchées durant l’été. « Si ça arrive chez nous, on est vraiment dans le trouble », avertit-il.
Au ministère de la Santé, on nous assure que l’on aura les ressources appropriées. Le Dr Costachescu est pour le moins sceptique, le CHUM étant déjà en pénurie d’infirmières spécialisées. « La c a r a c tér i st iq ue de s s oi n s intensifs de tous les centres universitaires, c’est que nous fonctionnons sur la lame du couteau, sans aucune marge de ma n oe uv re. Nos tau x d’occupation sont toujours de 10 0 %, c’est-à-dire que toutes nos infirmières sont occ upées en per ma nence. Alors qu’en Ontario, on fonctionne avec des taux d’occupation avoisinant les 85 %. Il y a toujours une infirmière et demie qui peut être dégagée pour autre chose. Nous n’avons pas ce luxe. »
L a prem ière vag ue de H1N1 en juin aurait dû servir d’avertissement aux gestionnaires de la santé. « Il a suffi de deux patients au début de l’été pour qu’on ne soit plus capable de faire de chirurgie cardiaque pendant plus de deux semaines à l’hôpital Notre-Dame. Ça nous a littéralement paralysés », souligne le Dr Costachescu.
Pourquoi ? Parce que même si la mortalité associée au H1N1 demeure très basse, ceux qui sont malades sont très malades, ils le demeurent longtemps et mobilisent des ressources monstres.
Au moment où la première vague a frappé, au CHUM, on a sonné l’alarme auprès de l’Agence de santé et des services sociaux, raconte le Dr Costachescu. « On leur a dit : on a un sérieux problème. Non seulement un problème de ressou rces , mais aussi des problèmes éthiques. Si on a un transplanté et un patient H1N1, lequel on va prioriser ? »
Qu’a fait l’Agence ? « Elle a traîné les pieds tout l’été », dit le chef des soins intensifs, qui précise qu’on l’a finalement invité à participer hier après-midi à une conférence téléphon ique su r la pa ndémie. « Mais écoutez , on est en octobre ! » Si le virus respecte le cycle épidémique habituel, la deuxième vague devrait frapper de plein fouet fin octobre, début novembre, avertit-il. Est-il possible de monter un plan cohérent en si peu de temps ? Il en doute. « On est pas mal sous les 12 coups de minuit. »
J ’a i t e n t é d ’a vo i r d e s éclaircissements de la part de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. Réponse : « Nous ne sommes pas prêts à donner l’information », m’a dit la porte-parole, en précisant qu’il y aura une conférence de presse dans une semaine ou peut-être même deux. Mais qu’en est-il de votre plan régional ? « Le plan est en marche depuis plusieurs années », m’a-t-on dit. Tellement « en marche » qu’on semble l’avoir perdu en chemin.

La cigale et la fourmi, version pandémie  -  Rima Elkouri
J’ étais de ceux qui pensa ient que l’on s ’i nquiète un peu trop pour rien avec la grippe A (H1N1). C’était avant d’interviewer le Dr Redouane Bouali.
Le Dr Bouali était jusqu’en 2005 chef des soins intensifs de l’Hôtel-Dieu du CHUM. Lassé de notre système de santé, il a quitté Montréal pour Ottawa. En Ontario, il dirige maintenant le Réseau local intégré de soins de la région de Champlain, qui regroupe 18 hôpitaux. Mais il garde encore un pied au CHUM, où il vient faire des gardes plusieurs semaines par année.
Or, quand le Dr Bouali vient travailler à Montréal, il est étonné de voir les différences entre l’approche québécoise, plutôt relaxe, et l’approche ontarienne, plus méticuleuse, face à la pandémie de grippe A ( H1 N1) . « E n Onta r io, peut-être parce qu’il y a eu le SRAS, les gens sont beaucoup plus craintifs de ce qui va arriver », me dit-il.
En écoutant ce spécialiste en soins intensifs comparer deux systèmes de santé qu’il connaît parfaitement, j’avais l’impression d’être plongée dans la fable de la cigale et de la fourmi, version pandémie. Chez nos voisins ontariens, en cas de recrudescence de la grippe A ( H1N1), t out est prévu da ns les moind res déta ils , m’ex pliquet-il. Pendant ce temps, au Québec, on est beaucoup plus serein. « Quand je traverse la frontière pour venir faire ma garde au CHUM, j ’a i l ’ i mpr e s s i o n q u ’o n en fa it peut-êt re t rop en Ontario parce que, ici, les gens vivent normalement. » Mais tout en louant notre attitude « sereine » et en se disant qu’il est peut-être un peu trop parano, le Dr Bouali ne peut s’empêcher d’être inquiet. Si, soudainement, on a un afflux de patients extrêmement malades qui ont besoin de techniques de ventilation ava ncées da ns les lits de soins intensifs d u C H U M, q u ’a r r i ve r a - t-i l ? « C’est là qu’est ma crainte. »
Selon l’Organisation mondiale de la santé, le problème le plus urgent auquel les hôpitaux risquent de devoir fa i re face sera d’a r river à placer les nombreux patients gravement atteints pa r le virus H1N1 aux soins intensifs. Pour mieux se préparer à un tel scénario, le Dr Bouali a appelé au début du mois de juillet ses collègues austra liens, qui ont été pris au dépourvu par la grippe A (H1N1) en juin, en plein hiver austral. « Ils m’ont dit qu’en l’espace de 10 semaines ils ont eu 300 patients intubés, ventilés, gravement malades, qui ont eu besoin de lits aux soins intensifs. » C’est donc ce qui pourrait arriver ici entre novembre et fin janvier, observe-t-il. « Est-ce que vous pensez qu’à Montréal, avec la pénurie de personnel, vous arriverez à faire face à ça ? Vous serez en face d’une crise grave. C’est ça, mon inquiétude. »
Ce qui a étonné les médecins australiens, c’est que les patients les plus gravement atteints étaient relativement jeunes, souvent âgés de 20 à 40 ans. Et ce qui a le plus surpris le Dr Bouali, c’est la rapidité avec laquelle l’état de certains patients s’est détérioré, d’où la nécessité de faire appel à des techniques de traitement très sophistiquées. « Ils m’ont décrit la situation d’une jeune de 15 ans qui était à l’école le mercredi et qui, le vendredi, était sous système d’échanges extramembranaires pour être oxygénée. »
L’expérience australienne ne change rien au fait que la grippe A (H1N1) reste une maladie mineure avec une mortalité très basse, précise le Dr Bouali. « Mais ceux qui étaient malades sur le plan respiratoire l’ont été très gravement. C’est ce qui nous a surpris. »
Le métier du Dr Bouali, c’est bien sûr de penser au pire des scénarios et de s’assurer d’y être bien préparé. « J’aime bien le principe qui dit : plan for the worst and hope for the best. » Prévoir le pire en espérant le meilleur. Est-ce ce qu’on fait au Québec ? « Mes craintes, c’est quand je vois ce qui s’est passé en Australie. Si la même chose se produisait ici, j’aimerais être du côté de l’Ontario. »
Pour se préparer au pire, le Dr Bouali s’est intéressé à l’i mpact de la f la mbée sur le personnel hospitalier en Australie. « Il y a eu un manque de 25 à 30 % du personnel. Les gens ne se présentaient pas au travail. Alors imaginez-vous, vous avez déjà une pénurie de personnel et vous perdez 30 % du personnel ! Qu’est-ce qui va arriver ? »
En Ontario, on a déjà prévu le coup en recrutant des infirmières aux soins intensifs à la retraite ou du personnel des salles de réveil ou des urgences qui ont déjà certaines compétences. « On s’est dit que peut-être ces gens auraient besoin d’un rafraîchissement de leurs connaissances, alors on est en train de mettre sur pied un cours. » Et ici ? Au cabinet du ministre québécois de la Santé, la porte-parole m’assure que l’on aura, au besoin, les ressources humaines appropriées, mais qu’il serait « un peu prématuré » de faire comme les Ontariens.
Un autre grand défi en cas de crise, c’est la coordination des ressources hospitalières dans les différentes régions de la province. En Ontario, à la suite de la crise du SRAS, on a créé le Secrétariat des soins critiques, qui fait ce travail, avec des leaders qui ont des tâches précises. Au Québec, la coordination semble beaucoup plus floue. « Nous sommes en train de peaufiner », me dit le Dr Pierre Savard, directeur des urgences au ministère de la Santé, qui reconnaît l’importance de travailler « en interrégional ».
Le Dr Savard m’assure que le Québec est prêt. « Les plans ont été faits depuis 2006. Les directions d’hôpital ont le plan entre les mains. »
« Si le plan existe, il aurait besoin d’être communiqué », c onst a te pou r s a pa r t le Dr Bouali. Sur le terrain, le personnel de première ligne ne sait pas exactement ce qu’on attend de lui. Vu de l’intérieur, au CHUM, bien des questions demeurent sans réponse, notet-il. « Qui va prendre le lead pour commencer à annuler des opérations et reporter des opérations électives ? Qui sera responsable d’ouvrir plus de lits ? Qu’est-ce qui va arriver par rapport au personnel qui est à risque d’être contaminé ? Comment peut-on rassurer ces gens ? »
Le Dr Bouali invite ses collègues intéressés à voir ce qui se fait en Ontario afin de partager le savoir-faire en temps de crise. Et il croise les doigts. « J’espère que ça n’arrivera pas et que tout le monde sera content. » Il ajoute : « J’espère aussi me tromper. » Je l’espère aussi. Car son inquiétude m’inquiète.

Les autorités inquiètes... du manque d’inquiétude  -  Pascale Breton
Les mises en garde alarmistes qui circulent contre le vaccin de la grippe A (H1N1), à l’approche d’une campagne de vaccination massive, préoccupent la santé publique du Québec au plus haut point.
Préoccupé par le scepticisme au sujet de la grippe A (H1N1), le ministre de la Santé, Yves Bolduc, mise sur un élément : mieux informer la population.
« Chacun peut dire n’importe quoi, ce qui n’est pas nécessairement basé sur des données scientifiques. La meilleure façon de bloquer des dossiers est de créer le doute, de semer l’incertitude et d’utiliser la règle "on ne sait pas à 100 %" », a reconnu le ministre de la Santé, Yves Bolduc, en entrevue avec La Presse.
Mais voilà , Québec ne dispose pas de beaucoup de pouvoir pour contrer cette campagne négative. Chacun a droit à la liberté d’opinion. La santé publique mise donc sur un élément : mieux informer la population.
« La seule arme contre ça est la communication et l’information », ajoute M. Bolduc, en précisant que le Ministère devra redoubler d’efforts en ce sens.
« On veut que notre population soit protégée. On va lui fournir les moyens de l’être, on va essayer de lui donner la meilleure information possible. Ce qui n’empêche pas que des gens vont déformer le propos et créer le doute. »
Vaccination : mi-novembre
La campagne de vaccination massive doit se mettre en branle à la mi-novembre dans tout le Canada. Les travailleurs de la santé, les femmes enceintes, les jeunes enfants et les malades chroniques figurent parmi les groupes à risque qui devraient être vaccinés en premier, selon les responsables de la santé publique.
Mais des sondages menés tant au Canada qu’ailleurs dans le monde révèlent beaucoup de scepticisme face aux dangers réels de la grippe A (H1N1). Au point où plusieurs ne comptent pas se faire vacciner.
C’est souvent le cas lors de campagnes de vaccination massives, souligne le ministre Bolduc. Au début des années 90, quand Québec a entrepris de
vacciner quelque 1,5 million de jeunes âgés de 6 mois à 20 ans contre la méningite, les vaccins n’avaient pas la cote. Jusqu’à ce qu’il y ait des morts. À ce moment, «tout le monde a voulu avoir le vaccin, sauf des groupes qui disaient que ça allait faire mourir les enfants», rappelle le ministre.
Deuxième vague à venir ?
Pour l’instant, le virus ne semble pas avoir repris beaucoup de vigueur au Québec. En revanche, on a signalé des cas en Colombie-Britannique, si bien que la santé publique s’attend à une deuxième vague dans les semaines à venir.
À ce moment, le plan d’action mis en place par Québec sera prêt, assure le ministre.
« Ce n’est pas du jour au lendemain que la grippe apparaît. Ça se fait en quelques jours, alors on va le voir. Et tous nos plans sont prêts. On peut ouvrir 3000 lits supplémentaires en 24 ou 48 heures », assure M. Bolduc.
Si les hôpitaux sont trop engorgés, on recourra à des centres de soins non traditionnels. Les cas jugés moins u rgents , pa r exemple u n patient qui fait vérifier sa tension artérielle chaque semaine, pourraient être repoussés afin de concentrer le personnel soignant dans les urgences, ajoute le ministre.
« Dans le système de santé, la majorité des soins sont électifs et, lorsqu’arrive une grosse urgence, on met la priorité là-dessus. »
La santé publique a cessé depuis plusieurs semaines déjà de faire des tests auprès des malades pour vérifier s’il s’agit bel et bien du virus A (H1N1). Cela n’était plus nécessa ire lorsqu’il a été confirmé que l’épidémie avait vraiment gagné le Québec au printemps dernier.
Ces tests pourront êt re repris dès que l’on soupçonnera une deuxième vague, afin de déterminer que c’est bien le cas.

Les infirmières réclament un retrait préventif
  -  Catherine Handfield
La Fédération interprofession nel le de la s a nté du Québec (FIQ), qui représente 58 000 infirmières et inhalothépareutes, demande que ses membres enceintes soient immédiatement retirées de leur milieu de travail pour éviter qu’elles contractent la grippe A (H1N1).
La présidente de la FIQ, Régine Laurent, concède que cette demande est radicale. Mais l’« abus » de certains employeurs la rend maintenant nécessaire, dit-elle.
Au Québec, les femmes enceintes qui craignent de contracter le virus au travail doivent s’adresser à leur médecin traitant. Ce dernier peut recommander à l’employeur d’affecter sa patiente à un poste sans danger ou de la retirer de façon préventive. La CSST administre ce programme depuis 1981.
« Le problème, c’est que certains employeurs ne respectent pas les recommandations des médecins », affirme Régi ne L au rent . D’autres affectent leurs employées à des postes inappropriés, dit-elle. Le syndicat aurait reçu « plusieurs dizaines » de plaintes à ce sujet.
Les femmes enceintes ne sont pas plus susceptibles de contracter le virus, mais elles risquent davantage de souffrir de complications, selon les études.
Le ministre ne pliera pas
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, n’entend pas donner suite à la demande de la FIQ. Il avait également refusé en septembre d’ordonner le retrait préventif des enseignantes enceintes. « Le ministre s’en remet au programme de la CSST », a dit son attachée de presse, MarieÈve Bédard.
À ce j ou r, 91 2 fe mmes enceintes se sont adressées à la CSST de peur de contracter la grippe A (H1N1) dans leur milieu de travail. La CSST n’a pu préciser hier combien d’entre elles ont été retirées ou affectées à d’autres tâches.
Pas de problème... pour l’instant
L e r e t r a i t de s femmes enceintes ne compromet pas encore la capacité des hôpitaux à pourvoir les postes, selon les directions d’établissement interrogées hier. C’est le cas à l’hôpital MaisonneuveRosemont, au CHUM et au CUSM. À la Commission scolaire de Montréa l , qu i a reç u 90 demandes de retrait préventif d’employées enceintes en lien avec la grippe A (H1N1), « les suppléants comblent a mplement les retraits », assure le porteparole Alain Perron.
La donne pourrait toutefois changer si une deuxième vague du virus se manifeste. « Dans les prochains mois, on pourrait avoir des problèmes », a reconnu Rebecca Burns, coordonnatrice des communications du CUSM.

Je suis du bord du consensus  -  PATRICK LAGACÉ
Une c onfession , en ce début d’octobre 2009: je suis tanné d’avoir peur. Voilà. C’est dit. Je n’ai plus peur, dès aujourd’hui. Ça commence ce matin. Enfin, hier soir, puisque j’ai écrit ce texte hier soir.
J’ai eu très peur, ces dernières années. Le bacille du charbon. Le virus du Nil occidental. L’autre cochonnerie, dont j’oublie le nom, là, qui nous forçait à nous essuyer les pieds en descendant d’avion. La grippe aviaire. Est-ce que j’en oublie? Ah, oui, le SRAS. J’ai décidé que, non, il y a quand même une sacrée limite, je ne vais pas avoir peur, en plus, de la grippe porcine, cette grippe qui a muté, au chapitre terminologique, en grippe A (H1N1).
Parce que c’est pas des farces, quand même. Il ne faut plus se serrer la main, il faut traîner son Purell. Tout ça pour éviter la propagation du virus, qu’on dit plus virulent que celui de l’influenza, qui cause la grippe normale et qui assomme, comme chacun le sait, sept jours ou une semaine, selon sa virulence.
Des églises ont même banni l’eau bénite pour éviter la propagation du virus. Heureusement, je ne vais pas à l’église...
Donc, bref, je n’ai pas peur de la grippe A (H1N1).
Et je n’ai pas peur des vaccins. Voilà. C’est dit.
Vous pouvez m’en l e ver i mmédiatement des l i stes d’envois de vos courriels qui « révèlent » la « vérité » au sujet du lien secret entre les États, le virus et les grands laboratoires pharmaceutiques.
Je sais, je sais. Il y a des courriels qui circulent. Ils proclament la vérité : les vaccins, c’est de la merde, une invention de Big Pharma pour faire du fric et, accessoirement, peut-être, qui sait, réduire la population mondiale.
Tenez, au moment où j’écris ces lignes, ma messagerie clignote: un courriel qui m’incite urgemment à regarder le documentaire Silence, on vaccine, de l’Office national du film (ONF), sur Google Vidéo.
Avec ce message quasiment haletant : « L’ONF a permis la sortie du documentaire sous condition qu’aucune personne, aucun commerce, ne puisse acquérir le film pour la revente. De plus, aucune publicité ne sera faite pour faire connaître la sortie DVD... »
Il n’y a pas eu plus, ou moins, de publicité faite par l’ONF pour ce documentaire. Et si l’ONF veut « cacher » ce docu, pourquoi l’avoir financé? Pourquoi l’ONF offre-t-il, sur son site, des extraits du film? Un lien vers la boutique virtuelle où on peut acheter le DVD de Silence, on vaccine?
Pour une société d’État qui veut cacher la « vérité », on a déjà vu mieux...
Écoutez, je me souviens encore de mes notes dans les rares cours de science que j’ai suivis : ça me pousse à un peu d’humilité quand j’aborde le sujet. Je suis loin d’être docteur en physique quantique, disons.
C’est pourquoi, en science, je suis un mouton. Je suis la majorité.
Le cl i mat, par exemple. Bien sûr, il y a une poignée de scientifiques qui doutent du réchauffement climatique. Mais l’immense majorité des experts qui font métier d’étudier le climat disent qu’il se réchauffe. Et que c’est la faute de l’homme. Je suis de leur bord. Autre exemple: l’évolution. Oui, il y a des biologistes qui pensent que l’homme a été créé par le « dessein intelligent » de Dieu. Mais l’immense majorité des biologistes sont convaincus que l’homme descend du singe, dont la naissance est une sorte d’accident de la nature mais qui s’est si bien adapté qu’il peut désormais, ce singe, regarder Occupation double sans faire de crise d’épilepsie...
Je suis de leur bord. Du bord du consensus.
Et c’est la même chose avec les vaccins. Je suis du bord du consensus. Et le consensus dit que, sans être 100% inoffensive, la vaccination est un plus pour l’homme.
La vaccination massive a éradiqué une nuée de maladies infectieuses mortelles et débilitantes. Ne plus mourir en bas âge de la poliomyélite, par exemple? Pardonnez-moi de croire que c’est une avancée formidable.
Chaque époque a ses psychoses. À 15 ans, ma mère me traînait dans des conférences de conspirationnistes. Je me souviens, un dimanche d’été, à l’ UQAM, un conférencier nous assurait, rétroprojecteur en renfort, que le sida était une création du gouvernement américain. C’était en 1987. Et, pour lui, c’était clair: le sida, c’est la CIA qui l’a disséminé, à travers le Coke diète... Ben quoi? Le Coke diète et le sida sont apparus aux États-Unis à peu près en même temps. Avouez que c’est louche...
Aujourd’hui, le sida n’est plus à la mode au supermarché de la peur. La peur, c’est comme les poires: ça ne reste pas frais longtemps. À chaque époque ses angoisses, intimement liées à l’actualité. Aujourd’hui, la psychose, c’est la grippe et les vaccins.
Autre époque, mêmes conférences qui carburent à la peur. Ma collègue Pascale Breton a parlé à l’un de ces Einstein du complot grippal, qui dissémine son message de sceptique dans des conférences à 20$ le ticket.
J’en retiens que la conférence, comme la pilule, c’est une industrie...
Antoine Vitkine, dans son livre Les nouveaux imposteurs, a superbement décortiqué la mécanique des t héories du complot et les tactiques de leurs adeptes. À L’Express, il a déclaré, en 2008, en parlant du 11 septembre: « La théorie du complot apporte un certain confort à ceux qui y adhèrent, parce qu’elle donne une explication simpliste. Il est plus rassurant de rationaliser le mal, de se dire que le mal est le fruit des manigances du gouvernement américain et non des agissements de terroristes radicaux. »
Répétez après moi: il est rassurant de rationaliser le mal. J’aime cette phrase. Toute la psychose de notre époque est là, dans ces sept petits mots. Un peu de notre crédulité, aussi.

L’opposition au vaccin inquiète les autorités canadiennes  -  Malorie Beauchemin
OTTAWA — Le scepticisme grandissant dans la population à l’égard du vaccin contre la grippe A ( H1N1) inquiète les autorités de la santé publique, qui c ra ignent que l a pandémie ne soit aggravée parce que trop de Canadiens refusent l’injection. « L’idée que des gens pou r r a i e nt choisir de ne pas être immunisés est préoccupante », a estimé hier l’administrateur en chef de l’Agence de santé publ i q u e du Ca n a d a , le Dr David Butler-Jones.
Depuis plusieurs semaines, des pétitions contre une vaccination de masse, des doutes sur les effets secondaires du vaccin ainsi que des allégations de complot au profit des sociétés pharmaceutiques se sont multipliés et ont malmené les efforts du gouvernement à convaincre la population de l’importance de se faire vacciner contre le virus de la grippe A (H1N1).
Or, le Dr Butler-Jones met la population en garde: « Moins de gens immunisés, ça va vouloir dire plus de gens aux soins intensifs, plus de gens dans les hôpitaux et plus de gens infectés par le virus contraints de se soigner à la maison. »
« Si davantage de gens sont immunisés, ça protégera non seulement eux-mêmes, mais les autres autour, a-t-il ajouté. Éventuellement, la seule façon d’enrayer complètement la pandémie, c’est soit d’être tous infectés, ou tous immunisés. Je préfère la deuxième option. »
Au début du mois, un sondage Harris-Décima pour La Presse Canadienne avait révélé que 45% des Canadiens seulement affirmaient avoir l’intention de se faire vacciner contre la grippe A (H1N1).
« Personnellement, je ne voudrais pas conseiller à ma famille de refuser un vaccin qui les protégerait et assister ensuite à la mort d’un de mes enfants », a tranché le Dr Butler-Jones, qui estime, à la veille d’une possible deuxième vague de la pandémie, que la population ne devrait pas craindre le vaccin tant attendu.
Deux vaccins
Par ailleurs, les analyses du ministère de la Santé ont révélé que le fait d’être immunisé contre l’influenza saisonnière n’augmenterait pas le risque de contracter une forme sévère du virus de la grippe A (H1N1). Ottawa recommande donc aux personnes à risque de se faire vacciner, comme chaque année, contre le virus de la grippe saisonnière, en plus du vaccin contre la pandémie actuelle, qui doit être disponible au Canada à partir de la mi-novembre.

Complot ou menace réelle?  -  Pascale Breton
La menace d’une pandémie de grippe A (H1N1) – et surtout la vaccination massive qui se mettra en branle cet automne– suscite une suspicion et des questionnements grandissants.
Jean-Jacques Crèvecoeur et Cyrinne ben Mamou dénoncent le complot des compagnies pharmaceutiques, des gouvernements et de l’OMS dans le but d’organiser une campagne de vaccination obligatoire contre la grippe A(H1N1).
Certains crient à la théorie du complot. D’autres multiplient les mises en garde alarmistes dans les boîtes de courriel.
À les croire, c’est une pandémie inventée par les compagnies pharmaceutiques pour s’en mettre plein les poches. Le vaccin est dangereux; il a été volontairement contaminé pour provoquer un génocide de masse. Les gouvernements vont obliger la population à se faire vacciner, à la pointe du fusil s’il le faut.
« Je veux réveiller les gens sur le fait que nous sommes en train d’être manipulés. » Jean-Jacques Crèvecoeur s’est, quant à lui, donné pour mission d’alerter la population québécoise sur les dessous de la grippe A (H1N1) en organisant une quinzaine de conférences dans cinq villes du Québec, dont Montréal, cet automne.
Spécialisé en philosophie et en physique quantique, une branche de la physique moderne, M. Crèvecoeur ne croit pas les discours officiels. Tant l’Organisation mondiale de la santé que les gouvernements et les médias sont à la solde des compagnies pharmaceutiques, dit-il.
Dans ses conférences – il faut débourser 20$ pour y assister –, il se questionne sur la menace réelle de pandémie et met en doute le bien-fondé des vaccins. Mais il se défend de vouloir faire peur à la population: « Moi, je préviens les gens qu’ils sont en train de se faire avoir. »
Ce qu’il craint par-dessus tout? « Que les gouvernements obligent les gens à se faire vacciner. » Comme plusieurs autres, il est persuadé que c’est ce qui va se produire.
La Loi sur la santé publique du Québec prévoit que le gouvernement peut « ordonner la vaccination obligatoire de toute la population ou d’une certaine partie de celle-ci contre la variole ou contre une autre maladie contagieuse menaçant gravement la santé de la population » en cas d’urgence sanitaire.
« C’est un pouvoir qui existe, qu’on s’est donné pour une situation très particulière, où le taux de mortalité serait très élevé, pour la variole par exemple, mais on est très loin de ça. C’est plus théorique que réel », assure pour sa part le directeur de la protection de la santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda.
Même lorsque le Ministère envisageait un taux d’attaque de 35% de la grippe et prévoyait un taux de mortalité supérieur à ce qu’il est actuellement, il n’a jamais été question d’une vaccination obligatoire.
« Ça demeure une vaccination volontaire, fortement recommandée surtout aux personnes à risque », affirme le Dr Arruda.
Théorie du complot
La grippe A ( H1N1) semble un sujet de prédilection pour les adeptes de la théorie du complot. L’un des nombreux documents qui circulent affirme, références à l’appui, qu’une journaliste scientifique autrichienne aurait intenté des recours judiciaires notamment contre l’OMS, qu’elle accuserait de génocide planifié à l’aide de vaccins contaminés.
« Les théories du complot ont toujours été appuyées sur des citations d’apparence scientifique. Pourtant, ça ne repose sur aucune base. Ce sont des experts autoproclamés. Je peux trouver plein de gens qui pensent que la Terre est plate », commente André-A. Lafrance, professeur au département de communication de l’Université de Montréal.
Le dossier de la grippe A (H1N1) est très complexe alors que tout le monde a besoin de simplifier les choses. « Quelle merveilleuse façon de simplifier les choses que de croire qu’il y a un complot! » ajoute-t-il.
Titulaire de la chaire de recherche en relations publiques et communications marketing à l’Université du Québec à Montréal, Bernard Motulsky abonde dans son sens. « Ce n’est pas nouveau comme attitude de penser que des forces occultes gouvernent le monde. »
« L’internet permet à n’importe qui d’émettre à peu près n’importe quelle idée. La force vient du fait que ça se dissémine très rapidement, et plus il y a de gens qui y croient, plus les médias s’en mêlent », déclare M. Motulsky.
Comment faire la part des choses ? Les Sceptiques du Québec affirment qu’il faut se baser sur la méthode scientifique avant tout. Mettre en opposition les experts dans le dossier de la grippe A (H1N1) apporte aussi un éclairage intéressant, souligne le porteparole, Pierre Cloutier.
« Les gens voient deux experts, mais il y en a un qui représente des milliers de scientifiques, si ce n’est pas des millions, alors que l’autre représente un petit groupe de quelques personnes, mais qui sont très volubiles. »

Le point sur le vaccin
Même si les responsables de la santé publique rappellent l’importance de la vaccination, la population demeure divisée à ce sujet.
En fait , il n’y aura pas un, mais plusieurs vaccins contre la grippe A ( H1N1). Chaque compagnie pharmaceutique a travaillé à partir de la même souche du virus, mais pour produire un vaccin propre à chacune des compagnies, selon ses procédés de fabrication.
Au Canada, GlaxoSmithKline ( GSK) a le contrat d’exclusivité. « Le procédé de fabrication sera strictement identique à celui du vaccin contre la grippe saisonnière » , explique le Dr Philippe De Wals, président du comité sur l’immunisation du Québec et médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec.
Le vaccin pandémique disponible au Canada contient un adjuvant et un agent conservateur. Le premier est ajouté pour stimuler la réponse immunitaire. L’adjuvant retenu par GSK est le AS03.
Il s’agit « essentiellement de vitamine E » qui crée de petites gouttelettes de liquide dans le vaccin, indique le Dr De Wals, également professeur à l’Université Laval.
Cet adjuvant est l’un des moins connus sur le marché, reconnaît-il. Mais il s’apparente au squalène, utilisé de longue date en Europe.
Ce produit a été mis en cause dans une étude qui révélait que d’anciens combattants de la guerre du Golfe avaient eu des séquelles après avoir reçu un vaccin qui en contenait.
L’Organisation mondiale de la santé a par la suite indiqué que cette étude avait « des faiblesses techniques » et rappelé que cet adjuvant est utilisé depuis longtemps dans la production de vaccins antigrippaux. Administré à plus de 22 millions de doses, il n’a pas provoqué « de manifestations postvaccinales indésirables », dit l’OMS.
Au Québec, un vaccin sans adjuvant sera administré aux femmes enceintes et aux bambins parce que le vaccin avec adjuvant n’a pas été testé pour ces deux groupes de population, précise le Dr De Wals.
Quant au conservateur contenu dans le vaccin de GSK, il s’agit de thiomersal. Il est nécessaire pour éviter les contaminations bactériennes avec les vaccins multidoses.
« C’est un produit utilisé depuis des dizaines d’années, notamment dans le vaccin saisonnier, qui n’a jamais donné l’autisme », bien que des études aient tenté de démontrer le contraire, souligne le Dr DeWals.


Deux campagnes de vaccination
La campagne de vaccination contre l’influenza saisonnière sera repoussée au mois de janvier pour laisser toute la place à celle contre la grippe A (H1N1), a confirmé hier la direction de la santé publique du Québec. Si les dernières analyses sont concluantes, les premières doses pourront être administrées à partir du 15 novembre.
La vaccination contre la grippe A (H1N1) pourrait commencer le 15 novembre. Celle contre l’influenza saisonnière sera repoussée à janvier.
« Com me la menace de la grippe A ( H1 N1) est à l’automne, on préfère conserver nos énergies », a expliqué hier le directeur de la protection publique du Québec, le Dr Horracio Arruda. « Mais si l’on se rend compte que la souche de la grippe saisonnière circule avant son pic normal, qui survient généralement après le temps des Fêtes, là on pourrait rendre des doses disponibles pour les gens plus susceptibles de l’attraper. »
Les résultats de récentes études canadiennes qui semblent indiquer que le fait d’être vacciné contre la grippe saisonnière augmente le risque de contracter la grippe A (H1N1) ont été pris en considération dans la décision de repousser la vaccination contre la grippe saisonnière, a indiqué le Dr Arruda.
Hier, les autorités québécoises et canadiennes se sont toutefois empressées de mentionner que ces résultats étaient préliminaires car ils n’ont pas franchi l’étape de la validation aux fins de publication.
« Nous sommes au courant des études mentionnées dans les médias qui pourraient montrer un lien entre la vaccination contre la grippe saisonnière et la susceptibilité de contracter le virus de la grippe A (H1N1) et nous les examinons attentivement », a affirmé la Dre Patricia Huston de la Direction générale des maladies infectieuses et des mesures d’urgence de l’Agence de la santé publique du Canada.
« Ce sont des observations surprenantes car nous savons aussi qu’il existe des études si m ila i res réa lisées da ns d’autres pays qui n’appuient pas les observations faites au Canada, a-t-elle poursuivi. Pour le moment, nous ne pouvons pas dire pourquoi les résultats des études sont différents. Mais un examen i ndépenda nt des d iverses méthodologies est en cours pour en déterminer la cause. »
Le gouvernement du Canada a commandé 50,4 millions de doses du vaccin contre la grippe A (H1N1). Comme le recommande l’Organisation mondiale de la santé, les vaccins contiendront de l’adjuvant, une substance composée d’huile et d’eau qui permet de renforcer le système immunitaire, mais qui cause parfois des effets secondaires.
En conséquence, 1,8 million de doses sans adjuvant ont été commandées pour les femmes enceintes et les enfants âgés de moins de 3 ans.
«La vaccination est l’une des mesures efficaces de l’histoire moderne pour prévenir les pandémies, a souligné le Dr Arruda. Il demeure encore clair que les bénéfices de la vaccination dépassent les inconvénients des effets secondaires.»
Selon le gouvernement canadien, 78 personnes sont décédées depuis l’éclosion du virus en avril. Par ailleurs, 16 personnes atteintes de la maladie seraient actuellement hospitalisées au pays. De 2000 à 8000 personnes meurent chaque année au pays de l’influenza.


Grippe saisonnière / La campagne de vaccination mise sur la glace  -  Pascale Breton
La direction de la santé publique du Québec remet en question la campagne de vaccination contre la grippe saisonnière cette année, au point de la mettre sur la glace pour les prochains mois, a appris La Presse.
Des études préliminaires, en cours de validation, semblent montrer que le fait d’avoir été vacciné contre la grippe saisonnière augmente le risque de contracter la grippe A (H1N1).
Les provinces tergiversent depuis quelques semaines déjà à savoir si elles doivent lancer deux campagnes de vaccination simultanément, l’une contre la grippe A (H1N1) et l’autre contre l’influenza saisonnière.
De nouvelles études menées au Canada, notamment au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique, donnent maintenant du poids à leur hésitation. Les études semblent montrer que le fait d’avoir été vacciné contre la grippe saisonnière augmente le risque de contracter la grippe A (H1N1).
Il s’agit toutefois de résultats préliminaires puisque les études n’ont pas encore franchi le cap de la validation aux fins de publication. Les chercheurs refusent d’ailleurs de faire part officiellement de leurs conclusions.
«Actuellement, c’est en évaluation par les pairs. Les autres scientifiques regardent nos données pour évaluer la qualité de la méthodologie. Tant qu’on n’a pas les résultats de cette évaluation, on ne peut pas parler des résultats », a indiqué le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), l’un des auteurs d’une étude.
« Aucun résultat ne peut être considéré comme concluant ava nt la fin du processus d’examens par les pairs », at-on par ailleurs indiqué à l’Agence de santé publique du Canada. D’autres études similaires menées ailleurs dans le monde n’ont d’ailleurs pas donné les mêmes résultats, ajoute-t-on.
Pou r le m inistère de la Santé et des Services sociaux du Québec, les informations disponibles semblent toutefois suffisantes pour mettre la campagne de vaccination saisonnière sur la glace, du moins momentanément.
Selon ce qu’il a été possible d’apprendre, la campagne sera retardée pour laisser toute la place à la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) qui doit débuter à la mi-novembre. Le directeur de la protection publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, devrait en faire l’annonce en conférence de presse cet après-midi.
Hier, l’Ontario a pris une décision en ce sens, modifiant son calendrier de vaccination habituel.
Au Q uébec , plu sieu rs cliniques médicales annonçaient pourtant depuis quelques semaines déjà les dates de vaccination contre l’influenza saisonnière, principalement pour les personnes à risque, soit dans ce cas les personnes âgées, les malades chroniques et les jeunes enfants.
La décision de retarder la campagnehabituelle automnale donnera le temps nécessaire aux experts de la santé publique pour étudier l’évolution du virus dans la société. La vaccination contre la grippe saisonnière pourrait ensuite débuter, au début de l’année prochaine probablement, explique le Dr Karl Weiss, microbiologiste et infectiologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Québec a pris une sage décision, croit-il. « Il faut probablement donner la priorité au virus H1N1 parce qu’on sait que c’est ce qui circule actuellement. »
Il est rare que deux virus de la grippe circulent en même temps, précise aussi le Dr Weiss. Lorsqu’une majorité de Québécois qui le souhaitent auront été vaccinés, les responsables de la santé publique pourraient peut-être envisager une vaccination contre la grippe saisonnière, d’autant plus qu’elle semble circuler plus tard depuis quelques années, apparaissant souvent en janvier.
Québec doit par ailleurs apporter d’autres précisions concer na nt la vacc i nation contre la grippe A (H1N1). À la suite d’un avis des experts de l’INSPQ, la santé publique devrait ainsi recommander aux femmes enceintes et aux jeunes enfants d’opter pour le vaccin sans adjuvant.
L’adjuvant est un produit ajouté au vaccin afin de stimuler une meilleure réponse immunitaire et produire plus de doses. Ce type de vaccin peut toutefois entraîner des effets secondaires et n’a pas été testé sur les deux groupes à risque.

Même la traditionnelle bise est menacée  -  Marc Thibodeau
Psychose de la grippe A (H1N1) en France
La campagne actuelle de sensibilisation à la grippe A (H1N1) en France risque-t-elle de « rendre fous » les citoyens de l’Hexagone ? La question a été posée publiquement alors que des gestes quotidiens comme la bise sont maintenant proscrits. Et parfois remplacés par des coeurs en papier.
PARIS — Le virus de la grippe A (H1N1) fait peur en France, au point de compromettre des pratiques culturelles apparemment immuables comme la bise.
Aux Mathes, dans l’ouest de la France, 86 élèves et leurs enseignants ont été retenus dans un camp de vacances à la fin du mois d’août après que deux cas de grippe A (H1N1) eurent été détectés parmi le groupe.
C’est le cas notamment à l’école maternelle Jea n-Le Brun, à Guilvinec, où la direction a décidé d’interdire aux enfants cette salutation rituelle dans l’espoir de limiter les risques de contagion.
«On a mis en place un système de boîtes à bisous. Les enfants, plutôt que de faire la bise à leurs instituteurs ou leurs petits copains, leur donnent des petits coeurs en papier», a expliqué hier à La Presse une adjointe administrative de l’établissement, Brigitte Le Goff.
«Nous leur faisons aussi préparer des coffrets à bisous qu’ils vont pouvoir mettre dans leurs casiers», a ajouté la porte-parole, qui dit avoir obtenu une excellente collaboration des élèves.
Bien qu’elle n’ait pas connu de large écho dans le réseau d’éducation national, l’initiative de Guilvinec reflète les précautions prises par plusieurs entreprises du secteur privé, qui mettent en garde leurs employés contre les contacts «inutiles».
C’est le cas notamment de la firme d’assurances Axa, qui a mis en place une ligne téléphonique pour que les salariés puissent s’informer sur la maladie et les comportements à éviter.
Dans les rencontres publiques, il est désormais courant d’éviter la bise. Une journaliste rapporte que lors d’une récente conférence de presse, ses collègues se saluaient par un léger hochement de tête à la japonaise.
Ces marques de prudence, justifiées ou pas, dépriment le j ournaliste Pascal Riché, du site Rue89, qui ironise sur le fait que les « êtres humains ne se rendaient pas compte jusque-là des risques qu’ils prenaient en se touchant ». « La campagne actuelle (de sensibilisation) risque de nous rendre fous. Dans les entreprises, on commande des masques par dizaines de milliers... On surnettoie les poignées de porte, on espace les chaises dans les cantines, on barbote dans le gel hydroalcoolique, on se lingette, on se virucide, on s’aseptise », déplore-t-il.
Mutation dangereuse ?
Les médias alimentent largement les préoccupations de la population en multipliant les reportages sur le virus, qui a fait moins d’une demi-douzaine de morts dans l’Hexagone j usqu’à maintenant. Le quotidien Le Parisien, commentant le « choc » causé par la mort « foudroyante » d’un homme d’une trentaine d’années qui n’avait aucune ma ladie con nue ava nt de contracter le virus, souligne dans un récent numéro que « personne n’est à l’abri ».
Le Monde, plus posé, met en opposition deux chercheurs qui ne s’entendent pas sur les risques que pose le virus. L’un parle d’une grippe « unique » qui aurait peut-être connu récemment une mutation dangereuse. L’autre rappelle que la mortalité liée au virus reste sensiblement inférieure à celle de la grippe saisonnière.

LE VACCIN INQUIÈTE
En France, le débat s’étend aussi à la campagne de vaccination qu’entend lancer sous peu le gouvernement pour tenter d’endiguer la progression du virus. Dans une lettre ouverte, une députée européenne écologiste, Michèle Rivasi, s’inquiète des effets secondaires potentiels du vaccin qui sera utilisé et somme la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, de ne pas se « précipiter » dans ce dossier. Mme Bachelot précise pour sa part que le vaccin ne pose aucun risque et écarte les critiques qui l’accusent d’apeurer les Français en multipliant les mises en garde.

A (H1N1)  20 % des Canadiens vaccinés en priorité  -  Catherine Handfield
Au Canada, six groupes seront vaccinés en priorité contre la grippe A (H1N1) : les personnes atteintes de maladie chronique, les femmes enceintes, les enfants d’âge préscolaire, les résidants des communautés éloignées ou isolées, les travailleurs de la santé et les gens qui habitent avec des personnes à risque élevé.
C’est ce qu’a annoncé hier l’Agence de la santé publique du Canada, qui a produit à l’intention des provinces et des territoires un document d’orientation sur la séquence de la vaccination.
E nv i ron 7 m i l l ion s de Canadiens entrent dans l’une ou l ’au t r e d e s c a t é go r ie s visées, soit le cinquième de la population totale. Les catégories ne sont pas classées selon un ordre de priorité, a précisé David Butler-Jones, administrateur en chef de la santé publique du Canada.
« Chaque groupe est important, a-t-il déclaré au cours d’un point de presse à Ottawa. Les provinces et les territoires vont utiliser le guide dans leurs opérations de planification, mais ils sont libres de les interpréter en fonction de la situation et des circonstances locales. » Québec expliquera les détails de son plan de vaccination cet après-midi en conférence de presse.
Les gens qui n’entrent pas da ns les catégories déterminées pourront également recevoir le vaccin en début de campagne, a indiqué David Butler-Jones.
Lancement en novembre
« Au Canada, nous n’avons pas besoin d’un programme de rationalisation, a-t-il assuré. Nous n’allons pas renvoyer les gens. Le but est plutôt d’encourager les gens à risque à se présenter rapidement pour recevoir le vaccin. »
GlaxoSmithKline, à qui le gouvernement fédéral a commandé 50,4 millions de doses de vaccins, commencera ses essais cliniques au Canada à la fin de ce mois-ci ou au début du mois d’octobre, a indiqué Marie-Christine Beauchemin, responsable des communications de la société. Les essais se feront sur 2000 Canadiens dans 30 endroits différents.
Santé Canada devra approuver le vaccin avant le lancement de la campagne, qui commencera au début du mois de novembre, prévoit David Butler-Jones. À la mi-octobre, le gouvernement fédéral devrait avoir reçu entre sept et 10 millions de doses. La production se fait au rythme de 3,5 millions de doses par semaine.
Une seule injection pourra it êt re su f f isa nte, selon les premiers résultats d’essa is cl i n iques menés pa r GlaxoSmithKline en Europe.
« Nous espérons que les Canadiens vont retrousser leurs manches et recevoir le vaccin, une procédure simple qui peut réellement faire une différence », a dit le Dr Butler-Jones.
Par ailleurs, l’activité grippale est demeurée « relativement basse » cette semaine. Deux Canadiens sont morts, portant le bilan des victimes à 76 depuis l’éclosion du virus, en avril.

A (H1N1) 
OTTAWA ENVOIE DES SACS À CADAVRES À DES RÉSERVES DU MANITOBA
Santé Canada a envoyé des sacs mortuaires à des communautés autochtones du Manitoba dans le cadre des mesures de prévention contre la grippe A (H1N1). La ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, a demandé à son sous-ministre d’enquêter. Des réserves du nord de la province ont reçu des dizaines de sacs à cadavres, livrés en même temps que du désinfectant et des masques. C’est Santé Canada qui a envoyé ce matériel en vue d’une deuxième éclosion du virus, a indiqué le grand chef David Harper. L’affaire a suscité l’indignation des chefs autochtones du Manitoba et de nombreuses questions. « Je me demande si les responsables de la Santé savent des choses que nous ignorons », a dit David Harper, qui se dit « horrifié » par la situation. La ministre Aglukkaq, qui a ordonné une « enquête immédiate » dans ses services, affirme ignorer les circonstances de l’envoi. « Présentement, je me pose les mêmes questions que vous », a-telle dit. Les réserves du Manitoba ont été frappées durement lors de l’éclosion de la grippe au printemps, avec un taux d’infection 20 fois plus élevé que la population générale, selon les données des autorités locales.



La grippe A(H1N1) contagieuse pendant plus d’une semaine  -  Pascale Breton
Au moins 15% des personnes infectées par le virus de la grippe A ( H1N1) sont toujours contagieuses plus d’une semaine après l’apparition des premiers symptômes, révèle une nouvelle étude québécoise.
Les autorités de santé publique considéraient jusqu’à aujourd’hui qu’un isolement d’une semaine était suffisant dans le cas de la grippe A(H1N1).
Présentée ce matin dans le cadre de l’Interscience Conference in Antimicrobial and Chemotherapy, un congrès international qui se tient à San Francisco, l’étude indique en revanche qu’aucun sujet n’était toujours contagieux au bout de 10 jours.
Ces nouvel les informations concernant la grippe A (H1N1) pourraient changer la donne. À ce jour, la directive des autorités de santé publique préconisait de rester en isolement pendant sept jours si l’on développait des symptômes grippaux.
Or, les chercheurs savent maintenant que 15% des participants à l’étude étaient toujours contagieux au huitième jour.
« Ça sera aux autorités de santé publique de prendre en considération cette étude, à la lumière d’autres études faites en ce moment à travers le monde, afin de voir s’il y a lieu ou pas de changer les recommandations en ce qui a trait à l’isolement des sujets atteints », indique le Dr Guy Boivin, du Centre hospitalier universitaire de Québec, l’un des chercheurs principaux de l’étude.
Le projet de recherche a réunit une quinzaine de chercheurs québécois d’horizon aussi divers que l’épidémiologie, la virologie ou l’infectiologie. L’initiative a été lancée au printemps par le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ), avec la collaboration de l’Institut national de santé publique du Québec. Une subvention de 250 000$ a été accordée aux chercheurs pour leurs travaux.
Cette étude « montre la capacité des chercheurs au Québec de réagir rapidement à des défis de santé », s’est réjoui le président et directeur général du FRSQ, Yves Joanette.
Dans un premier temps, les chercheurs voulaient évaluer la contagiosité du virus. Ils ont rencontré 65 familles québécoises dont au moins une personne avait été infectée par le virus. Au total, près de 200 participants ont été rencontrés.
Des analyses sanguines ont aussi été prélevées chez les participants afin de déterminer quelle proportion de la population est infectée sans pour autant développer de symptômes grippaux. Ces résultats devraient être connus d’ici quatre à six semaines.
Après avoir présenté un abrégé de leurs travaux, le groupe de chercheurs tentera maintenant de publier son étude dans une revue spécialisée.
D’ici là, ils continuent de suivre les derniers développements du virus. Il en est d’ailleurs beaucoup question lors du congrès qui se tient à San Francisco. Ce qui se passe actuellement dans le sud des États-Unis, où la saison grippale est revenue avec plus de vigueur, est un bon indicateur de ce à quoi il faut se préparer au Québec, croit d’ailleurs le Dr Boivin.
« C’est une question de temps, de mois ou de semaines, avant qu’on ne soit frappé de nouveau par une deuxième vague de H1N1 » , croit le chercheur.
Les dernières données disponibles concernant la grippe A (H1N1) révèle que le virus a fait 74 morts au Canada, dont 26 au Québec.


Les femmes enceintes devraient se tenir loin des grandes foules  -  Catherine Handfield
L’Agence de la santé publique du Canada lance une campagne publicitaire pour rappeler les précautions visant à prévenir et à réduire la propagation de la grippe A ( H1N1). Par ailleurs, les personnes à risque, dont les femmes enceintes, devraient songer à ne pas prendre part à de grands rassemblements.
La ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a annoncé hier le lancement d’une campagne publicitaire à l’approche d’une seconde vague du virus. Dès le 14 septembre, les Canadiens pourront entendre des publicités à la radio et les voir dans les transports en commun et sur l’internet.
La campagne durera quatre semaines, a précisé l’administrateur en chef de la santé publique du Canada, David Butler-Jones, qui prête sa voix à certaines publicités radio.
Les publicités rappellent de se laver les mains, de tousser dans sa manche et de désinfecter les poignées de porte et autres surfaces fréquemment touchées. On conseille aussi aux gens atteints du virus de rester à la maison et aux personnes à risque de joindre leur médecin si elles présentent des symptômes grippaux.
Une étude publiée hier dans la revue américaine Science suggère que les campagnes intensives de vaccinationdevraientcommencer au moins unmois avant l’apogée de la pandémie, puisque deux doses du vaccin administrées à trois semaines d’intervalle pourraient être nécessaires.
Que fera le Canada si l’épidémie commence en octobre? « Nous aurions déjà en notre possession plusieurs doses disponibles », a répondu le Dr Butler-Jones, soulignant que la production s’élève à 3,5 millions de doses par semaine. Les clientèles à risque seraient vaccinées en priorité.
Des précautions
Par ailleurs, l’Agence de santé publique a publié hier deux nouveaux feui l lets de direc tives qu’on peut consulter sur son site web (www. santepublique. gc. ca).
Le premier est une version plus détaillée des consignes d’hygiène généra les . Le second s’adresse aux organisateurs et participants à de grands rassemblements, comme les manifestations sportives, les concerts ou les remises de diplômes, par exemple.
Les autorités conseillent aux personnes à risque, soit les femmes enceintes et les personnes immunodéficitaires, « d’envisager de ne pas assister à ce genre de rassemblement ». Les personnes atteintes du virus, quant à elles, ne devraient pas s’y présenter.


Grippe A (H1N1) : les femmes enceintes pourront opter pour un vaccin sans adjuvant
TORONTO — Le Canada offrira des vaccins sans adjuvant contre la grippe A (H1N1) aux femmes enceintes qui, autrement, auraient pu choisir de ne pas se faire vacciner, a indiqué le premier administrateur en chef de la santé publique du Canada.
Le docteur David Butler-Jones a confirmé à La Presse Canadienne que le Canada achètera 1,2 million de doses du vaccin sans adjuvant. Celles-ci seront réservées aux femmes enceintes, qui courent de plus gra nds risques d’être malades et même de mourir si elles contractent le virus.
Un adjuvant est un composé qui stimule la réaction du système immunitaire au vaccin, permettant d’utiliser de moindres doses pour chaque personne. Le Canada a choisi de s’approvisionner en vaccins avec adjuvant à la suite des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, qui a suggéré aux pays populeux d’utiliser des techniques de vaccination favorisant « l’économie d’antigènes » afin de maximiser l’approvisionnement mondial.
Alors que quelques pays européens utilisent des vaccins avec adjuvant depuis plusieurs années, aucun des vaccins homologués au Canada ne contient un adjuvant. Et il n’existe aucune donnée relative à l’utilisation d’un vaccin avec adjuvant pour les femmes enceintes – une situation qui en fait hésiter plus d’une à faire usage de toute forme de médicament ou de thérapie.


A (H1N1) SOMMES-NOUS PRÊTS AU PIRE ?  -  Pascale Breton
Le virus de la grippe A (H1N1) a déjà fait 2185 victimes et infecté près de 210 000 personnes dans le monde. Alors que plusieurs pays se préparent à combattre ce fléau, des voix s’élèvent pour affirmer que le Canada fait preuve de lenteur. Sera-t-il prêt
Le Canada se prépare depuis plusieurs années à affronter une pandémie, stockant antiviraux, masques et gels antibactériens. Mais tout pourrait basculer si la deuxième vague attendue de grippe A (H1N1) frappe trop tôt cet automne, avant que le vaccin ne soit prêt
Le fédéral et les provinces se préparent à une campagne de vaccination massive à compter de la mi-novembre. Le vaccin ne sera pas obligatoire, mais 50 millions de doses seront disponibles au pays. Les autorités estiment que jusqu’à 30% de la population pourrait être touchée par la maladie.
Si l’apogée de la grippe survient en janvier, comme c’est le cas depuis quelques années avec l’influenza saisonnière, tout pourrait bien se passer.
« Ce serait un scénario idéal parce qu’on aurait le temps de vacciner tout notre monde avant que le virus ne commence à circuler. Et avec une bonne vaccination, on réduirait considérablement l’impact de la maladie », estime le Dr Gaston de Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec et professeur en épidémiologie à l’Université Laval.
Le problème est que la deuxième vague de grippe A(H1N1) pourrait aussi frapper dès le mois de novembre, comme ce fut souvent le cas avec la grippe saisonnière par le passé.
Dans ce cas, le Canada n’est pas prêt, estime le Dr Paul Hébert, éditeur du Journal de l’Association médicale canadienne, qui signe un éditorial cette semaine pressant le gouvernement de vacciner plus rapidement les personnes à risque.
« Idéalement, il faudrait pouvoir vacciner les gens deux mois avant que le virus ne frappe, de façon à protéger le plus de monde possible », explique le Dr Hébert.
À ce jour, il estime que tant le fédéral que les provinces se sont bien préparés pour faire face à la pandémie. Les plans d’action semblent complets et sont mis à jour régulièrement.
Mais malgré toute la préparation possible, il n’existe que deux façons de prévenir la crise : l’accès à des antiviraux pour les personnes vulnérables et la vaccination. « On était prêts, mais tout à coup, il faut attendre jusqu’en novembre pour avoir le vaccin », déplore le Dr Hébert.
Tous les pays sont engagés dans la course à la production d’un vaccin. Des essais cliniques ont débuté au cours de l’été. Mais dans le meilleur des cas, il serait surprenant qu’un vaccin soit disponible avant octobre, estiment plusieurs. Stocks de masques, d’antiviraux et de gels antibactériens
Au Québec, tant les hôpitaux que les écoles, les universités, les établissements publics et de nombreuses entreprises disposent d’un plan d’action pour agir face à une pandémie.
Au cours des dernières semaines, une trentaine de collèges ont ainsi fait affaire avec la firme Prudent, un groupe-conseil spécialisé dans la gestion des risques et la planification des mesures d’urgence, expliquait récemment le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Gaétan Boucher, en rencontre à La Presse.
Comme plusieurs, l’Université de Montréal a fait installer 200 distributrices de gel antibactérien sur son campus. À l’entrée des hôpitaux, des agents de sécurité rappellent aux visiteurs de se désinfecter les mains.
Chaque hôpital dispose aussi d’une réserve de masques N-95 pour une semaine. Par la suite, en cas de besoin, ils pourront s’approvisionner dans la réserve nationale constituée par Québec.
« Nous sommes constamment en train de mettre nos lignes directrices à jour pour adapter nos pratiques selon les avancées médicales », souligne la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux, Dominique Breton.
Difficile toutefois de s’assurer que toutes les mesures mises en place seront les bonnes. Ce n’est qu’une fois la crise passée, rétrospectivement, qu’on le saura, rappelle le Dr Brian Ward, directeur adjoint du Centre de recherche en maladies infectieuses et microbiologie du Centre universitaire de santé McGill.
« Nous sommes beaucoup mieux préparés que la grande majorité des pays et ce, malgré un délai très court », croit le Dr Ward. Il y a déjà plusieurs années que le Canada a signé un contrat avec la compagnie GlaxoSmithKl ine, l’assurant ainsi d’avoir accès à des doses suffisantes de vaccin lorsque cela serait nécessaire, rappelle-t-il.
Cet après-midi, des partenaires du Ministère de la Santé feront le point sur la situation au Québec.

Faut-il craindre le vaccin?  -  Pascale Breton
Pétition contre une vaccination de masse, rumeurs de complot des grandes pharmaceutiques, doutes quant à l’innocuité du vaccin, les allégations circulent allègrement au sujet de la grippe A (H1N1).
Selon sondageLaPresseCanadienneHarris-Décima, seulement 45 % des répondants au Canada (48% au Québec) ont affirmé avoir l’intention de se faire vacciner.
Faut-il craindre le vaccin en préparation? Non, répondent les experts consultés. Même s’il est vrai que le vaccin peut entraîner des effets secondaires inconnus à ce jour, qui n’auraient pas été décelés lors des essais cliniques.
Ces effets secondaires sont théoriques, rappelle le Dr Gaston de Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec et professeur en épidémiologie à l’Université Laval.
« Le risque d’être malade avec le virus H1N1, lui, n’est pas théorique, il est tout à fait réel. Avec ce qui va arriver à l’automne, ceux qui ne seront pas vaccinés vont avoir une forte probabilité d’attraper le virus H1N1. S’ils l’attrapent, plusieurs vont être hospitalisés et quelques-uns vont en décéder », explique le Dr de Serres.
Comme l’Organisation mondiale de la santé le suggère en cas de pandémie, le vaccin en préparation contient un adjuvant. Il s’agit d’un produit qu’on ajoute au vaccin afin de stimuler une meilleure réponse immunitaire et de produire plus de doses.
Àce jour, rien n’indique que l’adjuvant pose problème, bien qu’il n’ait pas été testé spécifiquement sur certains groupes vulnérables, notamment les femmes enceintes, indique le Dr de Serres.
Chacun doit peser le pour et le contre, se questionner sur les bénéfices et les inconvénients de se faire vacciner ou non, croit pour sa part le Dr Brian Ward, directeur adjoint du centre de recherche en maladies infectieuses et microbiologie du Centre universitaire de santé McGill.
Après avoir subi les désagréments de la grippe A (H1N1) en juin dernier, lui-même n’hésitera pas à recommander à ses proches de se faire vacciner.
« Il n’y a aucune personne qui sera forcée de prendre le vaccin. Il s’agit de trouver un équilibre entre les craintes de la maladie et les craintes du vaccin », déclare le Dr Ward.
Les craintes face au vaccin viennent peut-être du fait que toute la population est aujourd’hui visée. Généralement, le vaccin contre l’influenza saisonnière cible plutôt des groupes précis, suggère de son côté le Dr Guy Boivin, microbiologiste et infectiologue au Centre hospitalier de l’Université Laval.
Certains se rappellent aussi cet épisode survenu en 1976, alors que des militaires américains basés au New Jersey avaient été frappés par un virus H1N1 de souche porcine, mais différente de la souche actuelle.
Les autorités avaient procédé en catastrophe à une vaccination de masse avant de se rendre compte qu’il n’y avait pas de pandémie et que le vaccin provoquait une paralysie chez certains, rappelle le Dr Boivin.
La situation est différente aujourd’hui, ajoute-t-il. « Je crois personnellement que les craintes ne sont pas justifiées. Avant de rendre un vaccin disponible, on fait des tests de sécurité et d’efficacité. »



Vaccin trouble  -  ARIANE KROL
Ot t awa of f r i ra - t-i l le vaccin contre la grippe A (H1N1) assez tôt cet automne ? La ministre fédérale de la Santé a beau répéter que oui, elle ne convainc personne. Leona Aglukkaq doit s’expliquer sur la stratégie canadienne.
La ministre Aglukkaq, qui participe à une importante conférence sur la prévention de la grippe à Winnipeg, est sur la défensive depuis mardi. Et elle se défend très mal. Nier que le Canada soit en retard, comme elle l’a fait à plusieurs reprises, n’avance à rien. Nous savons que d’autres pays comme les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie commenceront à offrir leur vaccin environ un mois avant le Canada. Pourquoi ? Pour l’instant, on n’a pas reçu l’ombre d’une explication.
Le Journal de l’A ssociation médicale canadienne a dénoncé la situation en éditorial lundi. Le Canada doit commencer à vacciner les groupes à risque plus tôt, réclament les cosignataires du texte. Une demande simple qui exige une réponse claire. Car si la grippe A (H1N1) s’est révélée moins féroce qu’on le craignait au départ, elle s’est aussi montrée d’une grande virulence envers certains groupes. Les femmes enceintes et les autochtones, par exemple, risquent beaucoup plus de souffrir de complications graves. La ministre, pourtant, n’a donné aucune garantie à leur sujet.
Mme Aglukkaq doit comprendre que la controverse ne s’éteindra pas d’elle-même. L’éditorial du Journal n’est qu’un avant-goût. Vers la mioctobre, on commencera à voir des images d’Américains et de Britanniques qui se font vacciner. Peut-être même des Australiens avant la fin de septembre. Les Canadiens vont poser des questions. Que leur répondra la ministre ? Que tout baigne puisque leur gouvernement s’occupera d’eux un mois plus tard ? Bonne chance !
Pourtant, d’après les informations que nous avons obtenues, Ottawa serait capable d’offrir le vaccin plus tôt à certains groupes à risque. C ’e s t m ê m e u n s c é n a r io envisagé pour les femmes enceintes. Par ailleurs, notre calendrier de vaccination plus tardif découlerait de certains c hoi x j u s t i f ia ble s – l ’éva - luation préalable du vaccin et la quantité commandée, entre autres. Bref, il y aurait des arguments défendables à l’appui de la stratégie canadienne. Pourquoi ne pas nous les présenter au lieu de répéter des phrases creuses qui ne rassurent personne ?
La ministre peut se compter chanceuse. Pour l’instant, les Canadiens semblent se méfier davantage du vaccin que de la grippe. Plus de la moitié n’ont pas l’intention de se faire immuniser, révélait un sondage cette semaine. Mais le vent peut tourner. Si le virus frappe tôt et, surtout, beaucoup plus gravement qu’au printemps, le vaccin risque de devenir très demandé. Si Ottawa n’est pas encore prêt à l’offrir, il va devoir s’expliquer.


La lenteur d’Ottawa critiquée  -  Mathieu Perrault
L e gouver nement fédér a l devrait commencer la vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1) plus tôt que prévu, réclame le Journal de l’Association médicale canadienne. Sinon, des victimes inutiles dans des groupes à risque, comme les femmes enceintes et les jeunes enfants, pourraient en souffrir et créer des goulots d’étranglement dans le réseau de la santé.
« Beaucoup de pays ont décidé de faire les choses de manière différente du Canada, explique Paul Hébert, l’éditeur du Journal, qui a signé l’éditorial. La manière dont Santé Canada a décidé d’approuver le vaccin fait en sorte qu’on commencera à vacciner au début décembre plutôt qu’au début octobre. Or, tout porte à penser que le pic de la grippe A (H1N1) cet automne aura lieu à la mi-décembre. Pour bien protéger les clientèles à risque, comme les femmes enceintes, les autochtones et les jeunes enfants, il faut commencer à vacciner début octobre. »
Des tests nécessaires
Selon le Dr Hébert, Santé Canada a décidé de procéder à des tests plus poussés que pour le vaccin de la grippe ordinaire. Ces tests sont nécessaires parce que le virus H1N1 de la grippe porcine n’a pas circulé depuis longtemps dans la population, ce qui fait que le vaccin est considéré comme un nouveau médicament. De plus, il doit être administré avec un adjuvant qui augmente son efficacité. Le Dr Hébert propose que le vaccin seul soit approuvé en version accélérée pour les clientèles à risque, et que le vaccin avec adjuvant soit approuvé selon les plans actuels pour le reste de la population.
« Ça ferait toute la différence pour les groupes à risque, dit le Dr Hébert. Et ça éviterait des embouteillages dans notre système de santé. Le Canada est l’un des pays les mieux placés pour répondre à la pandémie actuelle parce qu’il a une bonne capacité de production de vaccin, mais il faut bien se servir de cet atout. »
À Santé Canada, le relationniste Gary Scott Holub assure que l’approbation du vaccin sera accélérée si nécessaire et qu’elle « peut être rapidement ajustée pour répondre aux besoins en santé du public ». « Santé Canada sera en mesure d’approuver rapidement un vaccin antigrippal avec adjuvant ou sans adjuvant dès qu’un vaccin sera disponible et qu’une décision de santé publique autorisera l’utilisation d’un vaccin. »



« Au Canada, la vaccination n’est pas obligatoire »
2,7 millions de plus pour la recherche  -  Pascale Breton
Au moment où plusieurs mettent en doute la pertinence de se faire vacciner contre la grippe A ( H1N1), l’Agence de santé publique du Canada débloque des sommes supplémentaires pour étudier l’innocuité du vaccin.
Le gouvernement fédéral a ajouté hier 2,7 millions pour la recherche sur le vaccin, une somme qui s’ajoute au fonds de 10,8 millions annoncé au début de l’été.
« Ce fonds sera utilisé pour évaluer la sécurité et l’efficacité du vaccin pour lutter contre pour la pandémie », a annoncé hier la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq.
Des études cliniques seront menées en 10 endroits différents au pays. La vaccination devrait ensuite débuter à la mi-novembre. À ce moment, le Canada devrait disposer de 12 millions de doses sur les 50 millions prévues au total.
La capacité de production est en effet de 3,4 millions de doses par semaine et à la mi-novembre, la production devrait être commencée depuis quelques semaines.
« Au Canada, la vaccination n’est pas obligatoire », a rappelé l’administrateur en chef de l’Agence de santé publique du Canada, le Dr David Butler-Jones, voulant du coup mettre fin à certaines rumeurs qui circulent.
« Nous espérons que les gens vont faire le choix d’être immunisés (de se faire vacciner), mais ça reste leur choix. »
Depuis quelques semaines, beaucoup d’information circule, particulièrement sur l’internet, afin de dénoncer les campagnes de vaccination et de mettre en garde la population.
Des études menées auprès de médecins et d’infirmières montrent aussi les réticences de plusieurs à se faire vacciner. Un sondage publié cette semaine dans la revue BMJ (anciennement le British Medical Journal) révèle que moins de 50% des infirmières et médecins chinois qui avaient répondu au sondage avaient l ’ intention de se faire vacciner.


Vaccination à la chaîne contre la grippe  -  Pascale Breton
Québec espère ainsi contourner la pénurie anticipée de personnel en santé
Les autorités de santé publique craignent de manquer d’infirmières ou de médecins. Un certain nombre d’entre eux pourraient devoir s’absenter du travail, soit parce qu’ils seront malades ou parce qu’ils devront s’occuper de leurs proches.
Québec mise sur une campagne de vaccination massive, où 300 personnes seront vaccinées à l’heure dans chaque point de service, pour lutter contre la pandémie de grippe A (H1N1).
Jusqu’à 300 personnes à l’heure pourraient être vaccinées dans chaque point de service au Québec. Ce modèle à la chaîne a déjà été testé dans certaines régions lors de campagnes de vaccination contre la grippe saisonnière.
Ce modèle de vaccination à la chaîne permettra de vacciner la population plus rapidement, mais aussi de faire face à un taux d’absentéisme plus élevé qu’à l’habitude dans le réseau de la santé.
« Certaines tâches seraient réservées au x in firmières, mais il y aurait aussi d’autres ressources, comme des personnes retraitées, pour aider à l’organisation de l’administration des vaccins », explique la porte-parole du ministère de la Santé, Dominique Breton.
Ce modèle de vaccination à la chaîne a déjà été testé dans certaines régions – notamment la région de la CapitaleNationale – lors de campagnes de vaccination contre la grippe saisonnière.
Au Québec, on ne semble d’ailleurs pas craindre une pénurie de personnel. Ailleurs au pays, l’inquiétude commence à poindre à ce sujet. Les autorités de santé publique craignent de manquer d’infirmières ou de médecins. Un certain nombre d’entre eux pourraient devoir s’absenter du travail, parce qu’ils seront malades ou parce qu’ils devront s’occuper de leurs proches.
Banques de ressources
Selon le Globe and Mail d’hier, des provinces comme la Colombie-Britannique et l’Alberta songent même à faire appel aux pharmaciens pour vacciner la population afin de compenser un éventuel manque de main-d’oeuvre.
« Au Québec, précise Dominique Breton, la vaccination n’est pas un acte autorisé pour les pharmaciens. Seuls les médecins, les infirmières et infirmières auxiliaires peuvent administrer les vaccins. »
En plus du personnel en place, le gouvernement estime mières et infirmières auxiliaires se concentrent uniquement sur la vaccination.
Des infirmières à la retraite pou rraient aussi être rappelé e s . D e pu i s plu sieu r s
Ces banques de ressources vont permettre de pallier le ma nque de person nel , c roit la présidente de la Fédération interprofessionnelle du Québec , Régi ne qu’il peut compter sur un bassin de 40 000 étudiants et 9000 fonctionnaires qui pourraient s’occuper de l’inscription et de la préparation des personnes afin que les infirannées déjà, on tient à jour des listes de disponibilités des professionnels retraités ou qui vaquent à d’autres activités, notamment dans les syndicats. Laurent. « Notre âme d’infirmière demeure. C’est sûr que tout le monde va s’empresser d’offrir son aide pour aller vacciner. »
L’apport des infirmières au x ilia i res pou r ra it êt re i mpor t a nt , aj oute - t-el le . « C’est une main-d’oeuvre de plus si on a besoin d’une vacc i nation ma ssive et urgente. »
Les autorités de santé publique du Québec doivent par ailleurs faire le point sur la question de la vaccination cette semaine. On s’attend à ce que la campagne commence en novembre et que deux doses soient administrées, mais tout reste encore à préciser. Québec doit aussi faire le point sur la question des travailleuses enceintes quand il aura reçu l’avis de l’Institut national de santé publique.




La rentrée scolaire aura lieu comme prévu  -  Pascale Breton
La première vague de grippe A (H1N1), qui a atteint un sommet au début du mois de juin, est derrière nous. Mais les autorités de la santé publique se préparent à une deuxième vague, plus tard à l’automne. À la veille de la rentrée scolaire, la vigilance est de mise. La rentrée scolaire aura lieu comme prévu la semaine prochaine. Il n’est pas question de fermer les écoles de manière préventive ou de retirer systématiquement les travailleuses enceintes.
Le ministre québécois de la Santé, le Dr Yves Bolduc, en compagnie du directeur de la protection de la Santé publique du Québec, le Dr A (H1N1) à la veille de la rentrée scolaire. Arruda, ont fait le point hier sur la grippe
En fait, rien ne change dans le plan prévu à ce jour. Les autorités fédérales comme provinciales ont fait le point hier pour rassurer les parents et rappeler qu’il n’a pas lieu de fermer les écoles actuellement.
Mais la vigilance reste de mise et tout le monde se tient prêt. « On ne néglige aucun détail. S’il n’arrive rien, tant mieux. Mais s’il arrive quelque chose, on est prêts à tous les scénarios », a déclaré le ministre de la Santé, Yves Bolduc.
La première vague de grippe A ( H1N1), qui a frappé au printemps, a atteint son sommet pendant la deuxième semaine de juin. À ce moment, jusqu’à 107 cas ont été signalés en une seule journée. Mais depuis, l’indice grippal est en constante diminution, a expliqué le directeur de la protection de la santé publique, Horacio Arruda.
Si une deuxième vague de grippe frappait avec virulence, la décision de garder certaines écoles ouvertes pourrait être revue.
« Si la situation épidémiologique changeait et qu’on avait l’impression qu’il était nécessaire ( de fermer les écoles) parce que la sévérité est plus importante, les autorités de santé publique reviendraient pour prendre une décision », a précisé le Dr Arruda.
La question des travailleuses enceintes demeure toutefois en suspens. La situation est suffisamment préoccupante pour qu’un avis sur le sujet ait été demandé à l’Institut national de santé publique du Québec. La réponse devrait arriver dans les prochains jours.
La semaine dernière, une jeune mère de 23 ans est morte à Montréal à la suite de complications dues à la grippe A (H1N1) qu’elle a contractée en juin. Son bébé, né par césarienne, a survécu et se porte bien.
Une étude publiée dans la revue The Lancet plus tôt cet été a démontré que les femmes enceintes risquent davantage d’avoir des complications, d’être hospitalisées ou de mourir à cause de la grippe porcine.
Cette situation suscite des inquiétudes particulières dans les écoles, reconnues comme un foyer de propagation de la maladie.
Pour l’instant, c’est le programme en place qui s’applique, à savoir que le médecin traitant recommande le retrait préventif de la travailleuse enceinte s’il le juge nécessaire. Plusieurs enseignantes en bénéficient déjà puisqu’elles ne sont pas immunisées contre le parvarovirus B19, responsable de la « cinquième maladie », qui peut être dangereuse pour le foetus.
Selon l’avis qu’il aura reçu de ses experts, le ministère de la Santé pourrait recommander le retrait préventif des travailleuses enceintes, principalement dans les écoles et les services de garde.
Au moment où élèves et professeurs s’apprêtent à reprendre le chemin des classes, c’est la vigilance qui est de mise. Il faut rappeler les mesures de protection contre la grippe, notamment le lavage des mains. Si un enfant est malade, il devrait rester à la maison. Même chose pour le personnel enseignant, ont rappelé les autorités hier.
Nul besoin de courir acheter du désinfectant pour les mains. « Dans toutes les écoles du Québec, il y a de l’eau et du savon et ça suffit. Le Purell peut être une mesure de plus, mais le Ministère ne recommandera pas aux écoles et aux parents d’en acheter », a précisé Bruno Faucher, du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport en rappelant que ce produit, qui contient de l’alcool, peut même être contre-indiqué pour les jeunes enfants.
Les écoles se tiennent prêtes à faire face à une recrudescence de la grippe plus tard à l’automne. Une mise à jour du plan de préparation sera prête d’ici à quelques semaines. Au début du mois de septembre, toutes les organisations du réseau doivent aussi tenir une rencontre.
Même si on se trouve en pleine pandémie, les cas de grippe A ( H1N1) sont moins graves que ce qui avait été appréhendé.
Par contre, la maladie peut être dangereuse pour certaines catégories de personnes. C’est le cas des bambins de moins de 2 ans, des femmes enceintes, des personnes atteintes de maladies chroniques (diabète, maladie respiratoire) et des personnes âgées de plus de 60 ans.

« On ne doit pas faire peur, mais dans certaines situations, il peut y avoir des conséquences très graves », a rappelé Horacio Arruda. Ces personnes devraient consulter leur médecin dès l’apparition de symptômes grippaux.

Les syndicats réclament des directives claires
  -  Catherine Handfield
Les syndicats des milieux scolaire et médical ont accueilli le point de presse d’hier de façon mitigée. Plusieurs ont dénoncé le fait qu’il n’y ait pas de directives claires en cas de deuxième vague de grippe A (H1N1).
Le président de la centrale de l’enseignement du Québec (CSQ), Réjean Parent, s’est dit déçu du point de presse d’Yves Bolduc.
Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec, s’est dit « très déçu » des recommandations faites hier par les autorités. « On laisse planer une incertitude, une confusion », a-t-il déploré.
Réjean Parent, dont le syndicat représente 90 000 travailleurs du réseau scolaire québécois, aurait souhaité que les autorités de la santé publique lancent un plan d’action uniforme pour toutes les écoles du Québec.
M. Parent espérait aussi que le gouvernement mette sur pied une veille qui comptabiliserait les absences des élèves liées à la grippe, question d’assurer un suivi adéquat.
Même son de cloche du côté de Manon Bernard, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement. Elle apprécie que le ministère de l’Éducation ait envoyé des directives aux commissions scolaires, hier, concernant les mesures d’hygiène à adopter pour éviter la propagation du virus. « Mais concrètement, quel sera le suivi des autorités ? »
À l’opposé, Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, s’est dite « très satisfaite » du point de presse. « On connaît les règles d’hygiène à suivre, et on sera prêt à faire en sorte que tout fonctionne bien », a dit Mme Bouchard.
Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Louis Godin, a déploré le fait que les médecins de famille qui travaillent en cabinet privé n’aient pas reçu de directives claires.
Actuellement, la communicationaveclesautoritésest « difficile » et « déficiente », selon le Dr Godin. Contrairement à leurs collègues du milieu hospitalier, les omnipraticiens qui travaillent en clinique sont laissés à eux-mêmes, dit-il.
« Plusieurs questions restent en suspens. En cas de pandémie, qui travaillerait en clinique? Doit-on faire vacciner le personnel? Où peut-on se procurer des gants et des masques? »
« S’il y avait une deuxième vague de grippe demain matin, ce serait difficile », a-til conclu.

Ottawa déconseille la fermeture d’écoles
  -  Malorie Beauchemin
Même si les écoles et garderies représentent des lieux propices à la propagation des virus, et que les vaccins adéquats ne seront pas disponibles avant le mois de novembre, le gouvernement fédéral déconseille aux établissements scolaires de fermer leurs portes de façon préventive.
La direction de la santé publique n’envisage pas de recommander la fermeture des écoles comme ce fut le cas en Argentine plus tôt cette année.
La ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, a présenté hier les lignes directrices pour aider les écoles, garderies et établissements d’éducation postsecondaire à se préparer à une possible recrudescence des cas de grippe H1N1 à l’aube d’une saison habituellement propice à l’influenza.
Alors que la fermeture préventive d’écoles peut sembler un bon moyen de prévenir la propagation du virus, les autorités canadiennes rejettent cette mesure, expérimentée dans d’autres pays, dont l’Argentine.
« Les écoles représentent des situations contrôlées. On peut y superviser le lavage des mains, l’enseignement des mesures d’hygiène, l’information aux parents », a estimé le Dr David Butler-Jones, administrateur en chef de la santé publique du Canada.
Fermer les écoles aurait selon lui davantage d’effets négatifs : certains parents seraient contraints de s’absenter du travail, des enfants sans supervision pourraient propager le virus dans des endroits publics, comme des centres commerciaux, f réquentés notamment par des personnes âgées.
« Si les circonstances changent dramat iquement, et qu’on voit, par exemple, un taux de mortalité élevé chez les enfants, à ce moment-là on pourra reconsidérer la mesure », a-t-il ajouté.
Les autorités canadiennes recommandent plutôt des mesures d’hygiène, mais suggèrent aussi aux écoles et aux commissions scolaires de préparer des « protocoles d’isolement » , à mettre en place rapidement si des cas de grippe H1N1 surviennent.
Selon M. Butler-Jones, les vagues d’influenza surviennent habituellement vers la fin de l’automne, avec un sommet entre janvier et mars.
« À ce moment-là, tous ceux qui le souhaitent auront pu avoir au moins une dose de vaccin, voire deux si nécessaire », a-t-il ajouté. Le gouvernement fédéral a commandé il y a deux semaines 50 millions de doses de vaccins pour pallier une possible deuxième vague de grippe H1N1 dans les prochains mois.


Les PME doivent y voir
Le virus A (H1N1) est l’occasion d’adopter un plan d’urgence - Victor Pellegrino
Les autorités sanitaires du Canada se préparent en prévision d’une éventuelle épidémie de grippe A (H1N1) à l’automne, pendant que les organismes de santé provinciaux et fédéraux s’efforcent de mettre en place une stratégie pour affronter le virus.
Les problèmes de ce genre peuvent être inhabituels ou rares, mais ils n’ont pas à être imprévus. Pour les propriétaires d’entreprises du Canada, il peut s’agir d’une occasion idéale pour réfléchir à leurs plans d’urgence – qu’ils soient conçus pour le virus A (H1N1) ou pour toute autre éventualité.
Selon un sondage Harris/ Decima commandité par BMO Groupe financier, les propriétaires de PME du Canada qui disposent d’un plan d’urgence sont bien conscients de l’importance d’un tel plan. En fait, ceux qui en ont un le considèrent comme un important facteur de succès lors des périodes économiques difficiles.
Et c’est logique. Car les entreprises doivent pouvoir faire face à toutes sortes de situations susceptibles d’avoir des répercussions directes sur leur personnel et sur leur façon de faire des affaires, que ces situations soient liées à des problèmes sanitaires ou qu’elles résultent d’un ralentissement économique.
Mais pour ce qui est des problèmes de santé comme la grippe A (H1N1), la majorité des propriétaires de PME n’ont aucun plan. Selon le sondage mené auprès de propriétaires d’entreprises le mois dernier, seulement une entreprise sur 10 possède un plan de continuité des activités conçu spécialement pour affronter le virus A (H1N1).
Les propriétaires de microentreprises (moins de cinq employés) sont parmi les moins préparés. Les conséquences peuvent être importantes: si un seul employé d’une de ces petites entreprises tombe malade, cela peut représenter plus de 20% de son effectif.
Lorsqu’on prépare un plan d’urgence, il faut considérer plusieurs éléments.
• Envisager d i f férentes situations susceptibles d’avoir des répercussions sur votre entreprise, et en particulier la façon dont elles pourraient influer sur vous. Il peut s’agir, par exemple, d’une maladie et de la peur d’une pandémie qui inciteraient les employés et les clients à rester chez eux, de pannes d’électricité ou encore de conflits de travail. Les propriétaires d’entreprises devraient agir dès maintenant, notamment en organisant des séances de remue-méninges avec leurs gestionnaires pour s’assurer, autant que possible, que rien n’a été négligé.
• Dresser une l iste des mesures à prendre pour chaque scénario envisagé et les mettre par écrit afin que tous les employés-clés comprennent bien quelles sont leurs responsabilités dans chacun des scénarios.
• Élaborer un plan de communication, comprenant notamment un arbre d’appel et un schéma des communications, pour s’assurer que tous les employés peuvent être contactés en cas d’événement majeur et qu’ils peuvent ensuite exécuter les tâches qui leur ont été spécifiquement attribuées.
Un plan d’urgence devrait aussi comporter certains éléments propres aux urgences sanitaires. Par exemple, indiquer les services et les opérations prioritaires, former des employés pour qu’ils puissent assumer les responsabilités de leurs collègues absents, établir des lignes directrices en matière d’hygiène et prévoir des politiques d’horaires flexibles et de rémunération alternative.
Enf i n , un plan n’aura aucune valeur tant qu’i l n’aura pas été diffusé largement parmi les employés, afin qu’ils puissent prendre les mesures appropriées le moment venu.
Aujourd’hui, la menace de la grippe porcine inquiète les gens, mais d’une certaine façon, elle pourrait avoir quelque chose de bon. Nous avons parfois besoin d’une menace comme celle-là pour passer à l’action. En fait, si les autorités sanitaires canadiennes sont aujourd’hui relativement bien préparées à affronter le virus de la grippe A ( H1N1), c’est en grande partie parce qu’elles ont déjà vécu la crise du SRAS il y a six ans à peine et qu’elles en ont tiré des leçons.




Cette mort doit convaincre de mieux protéger les femmes enceintes  -  Ariane Lacoursière
Fatiha Idrissi Kaitouni, une Montréalaise de 23 ans qui était atteinte de la grippe A (H1N1), est morte hier matin à l’hôpital du Sacré-Coeur. Pour les proches de la jeune femme, ce décès doit convaincre les autorités de l’importance de protéger les femmes enceintes contre cette nouvelle épidémie.
Fatiha Idrissi Kaitouni était maintenue en vie artificiellement depuis la naissance de son fils Yassine.
Mme Kaitouni avait contracté la grippe A(H1N1) il y a deux mois, alors qu’elle était enceinte. Présentant une forte fièvre, elle s’était rendue à l’hôpital SainteJustine le 7 juin. Dans les jours suivants, elle a commencé à souffrir de graves problèmes respiratoires, à un point tel que les médecins ont dû ordonner son transfert à l’hôpital du Sacré-Coeur, où elle a subi une césarienne.
Dès sa naissance, son fils Yassine a été transféré à l’Hôpital de Montréal pour enfants où on l’a traité pour des problèmes respiratoires. Là-bas, il a reçu des antiviraux de façon préventive. « Le petit n’a jamais eu la grippe. Ce n’est pas le cas de sa mère, qui n’a pas eu de traitement rapidement même si on savait qu’elle était atteinte! » a dénoncé Hajar Rougui, une bonne amie de Mme Kaitouni.
À la suite de son accouchement, Mme Kaitouni a été plongée dans un coma artificiel. Dans les jours qui ont suivi, son état n’a fait que se détériorer. Souffrant de nombreuses hémorragies, elle a perdu beaucoup de sang. « Elle avait huit drains! Elle perdait 1,8 litre de sang à l’heure! Elle se faisait transfuser 34 sacs de sang par jour! » a dit Mme Rougui.
MmeKaitounin’a jamais repris totalement connaissance. « Juste une fois, elle s’est mise à parler un peu, a raconté Mme Rougui. Elle a juste dit: "Mon bébé... Mon bébé..." Elle avait tellement hâte de voir son bébé... »
Mme Kaitouni est morte tôt, hier matin. « Les médecins ont appelé son mari vers minuit et lui ont dit de venir à l’hôpital, car la pression artérielle de sa femme diminuait énormément. Il s’est rendu à son chevet. Elle est morte vers 4h45 du matin », a raconté Mme Rougui.
Le mari de Mme Kaitouni, Mohammed Idrissi, n’a pas voulu parler à La Presse, hier. « Pas aujourd’hui... Je suis si fatigué », a-t-il soufflé. L’hôpital du Sacré-Coeur n’a pas voulu commenter la situation. Le ministère de la Santé duQuébec a dit attendre des résultats d’analyses avant de parler des causes du décès. Le Ministère a confirmé queMme Kaitouni était bel et bien atteinte de la grippe A(H1N1), mais il reste à déterminer si sa mort a réellement été causée par le virus.
M. Idrissi a porté plainte à l’hôpital Sainte-Justine, car il estime que sa femme n’a pas été traitée assez rapidement. Mais il n’a pas l’intention d’entamerune poursuite, selon Mme Rougui. « Notre objectif est simplement que les autres femmes enceintes ne vivent pas pareille situation », a-t-elle assuré.
Si les femmes enceintes ne sont pas plus à risque de contracter la grippe A(H1N1), elles risquent davantage de subir des complications, puisque leur système immunitaire est affaibli. Les femmes enceintes ont quatre fois plus de risques que la moyenne d’être hospitalisées, selon une étude américaine publiée en juillet.
D’a i l leurs, une femme enceinte espagnole de 31 ans est morte hier, à l’hôpital de Castellon, des suites de complications liées à la grippe A (H1N1).
L’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal conseille d’ailleurs aux médecins de traiter les femmes enceintes dès l’apparition de symptômes grippaux.






GRIPPE A(H1N1) Faut-il craindre la rentrée scolaire ?  - Pascale Breton & Louise Leduc

« Si une forte propagation de personne à personne devait survenir, des établissements d’enseignement pourraient être exceptionnellement fermés »
Pendant que l’Europe se demande si des écoles devraient fermer leurs portes cet automne pour limiter la propagation de la grippe A (H1N1), la rentréescolairedevrait avoir lieu comme prévu à la fin du mois au Québec.
Pour l’instant, il n’est pas question de fermer les écoles, affirme le directeur national de la santé publique, le Dr Alain Poirier.
« Selon ce qu’on sait du virus, il y aura probablement plus de désavantages à fermer les écoles et les garderies. »
L’inquiétude vient du fait que le virus se propage facilement chez les jeunes. Mais il semble aussi moins virulent dans cette catégorie de la population. Fermer les écoles n’est pas la solution, poursuit le Dr Poirier.
« Est-ce que ce sont les parents qui vont devoir s’occuper des enfants et délaisser le travail? Est-ce que ces enfants seront confinés à la maison? La réponse est non. Ces enfants vont sortir, iront au cinéma, au centre commercial, vont se retrouver en groupe et transmettre le virus. »
Le Ministère compte plutôt sur la collaboration des écoles et des parents pour recenser les cas de grippe et rappeler les règles d’hygiène comme le lavage des mains.
C’est d’ailleurs la politique qui a été appliquée en avril, lorsque les premiers cas de grippe A( H1N1) ont été signalés au Québec. Des élèves ont été contaminés au collège Charlemagne, à l’école primaire de Dollard-desOrmeaux et au collège SaintBernard, à Drummondville.
Les écoles n’ont pas fermé leurs portes. Seul l’établissement de Drummondville a fermé sa section primaire pendant une journée, le temps de procéder à une désinfection.
Comme les municipalités, les hôpitaux et plusieurs entreprises, les écoles disposent d’un plan de préparation à une pandémie depuis 2006.
« Si une forte propagation de personne à personne devait survenir, des établissements d’enseignement pourraient être exceptionnellement fermés » , peut-on lire dans ce plan aux lignes plutôt générales.
Une mise à jour du plan est en cours et sera prête cet automne, précise le porte-parole du ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport, Pierre Noël. Mais rien n’indique pour le moment que l es recomma ndat i ons vont changer.
« La rentrée aura lieu comme prévu, le 27 août, i ndique d’ailleurs Nathalie Roberge, porte-parole de la Commission scolaire de Montréal . Nous avons un comité de pandémie en place et nous sommes toujours en lien avec les autorités de la santé publique pour évaluer la situation. »
Plutôt que la fermeture systématique des écoles, le plan québécois préconise de maintenir le plus possible les services en place, tant les services éducatifs, administratifs que de garde.
Si un trop grand nombre de travailleurs manquent à l’appel pour cause de maladie, les services essentiels devront être maintenus. Même grippées, certaines personnes pourraient devoir travailler, précise le plan.
De leur côté, les syndicats suivent également la situation de près. « Pour le moment, nous n’envisageons pas d’action particulière à la rentrée, sinon de surveiller les actions ministérielles s’il en est », indique Claude Girard, porte-parole de la Centrale des syndicats du Québec, qui représente la majorité des enseignants.
Situation différente en Europe
La situation est fort différente de l’autre côté de l’océan. La propagation de la grippe A( H1N1) préoccupe les autorités au point où certains pays songent à fermer des écoles.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment indiqué que des pays pourraient retarder la rentrée scolaire. Il revient à chaque gouvernement d’évaluer la situation qui lui est propre, selon l’ampleur de la pandémie, a signalé en entrevue Aphaluck Bhatiaseve, porteparole de l’OMS.
En France, par exemple, les autorités pourraient hausser le degré d’alerte à 6 en septembre, ce qui pourrait entraîner des fermetures d’école.
Ju squ’à ma i ntena nt , le Québec a adopté une stratégie bien différente de celle des autres pays en ne confinant pas les personnes malades, note le Dr Karl Weiss, microbiologiste et infectiologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.
« Il faut faire attention à la façon dont on est perçu. Le Canada est considéré, de l’extérieur, comme une zone chaude. Si ça se mettait à déraper, ce serait problématique », croit le Dr Weiss, qui cite notamment le risque que des citoyens canadiens soient mis en quarantaine à l’étranger.
D’ailleurs, il considère que la stratégie de communication mise en place par les autorités canadiennes et québécoises tend à banaliser la maladie. « Je tiens à le souligner. Ce n’est pas une maladie bénigne. »
Au printemps, le Mexique avait été le premier pays touché par la grippe A( H1N1). Il a aussi été le premier à confiner la population. Pendant une semaine, écoles, universités, garderies, gyms et restaurants ont fermé leurs portes pour endiguer la propagation du virus.
Par la suite, les États-Unis ont à leur tour fermé 533 écoles, obligeant plus de 330 000 élèves à faire l’école buissonnière. Le Japon a, pour sa part, fermé 4400 écoles à la mi-mai.

Choisir le bon moment
FERMETURE DES ÉCOLES
En cas de pandémie, la fermeture d’écoles doit faire partie des avenues à considérer, et l’idéal semble d’agir avant que 1% de la population ne soit malade, écrit la revue médicale britannique The Lancet dans un article consacré à la question dans son numéro du mois d’août.
Les contacts sont très étroits dans les écoles et les enfants sont considérés comme d’importants agents de transmission du virus de la grippe A(H1N1).
Selon Cauchemez et ses collaborateurs, en fonction des modèles étudiés, c’est en effet sous ce stade de 1% « que l’effet de l’intervention peut être maximal ».
Si chaque pandémie est unique, peut-on lire, il reste que l’on peut tirer des enseignements des réactions gouvernementales face à chacune. Alors qu’ils citent nommément les pandémies d’influenza en France en 1957 et à Hong Kong en 2008, les auteurs signalent que la fermeture d’écoles, dans ces deux occasions, « n’a pas eu d’effet significatif parce que la décision a été prise très tard après le début (de la pandémie) ».
Il est difficile de savoir à quel moment fermer les écoles, de la même façon qu’il est difficile de décider sur quelle base on le fait. Si l’on s’en remet aux taux d’absentéisme dans les écoles, dit The Lancet, le danger est justement de réagir trop tard étant donné la difficulté de colliger de telles données.
À l’inverse, si on réagit trop rapidement dès lors que quelques centaines de cas sont confirmés, le risque est de réagir plus fortement que ce que nécessite la capacité de transmission du virus.
Quoi qu’il en soit, les autorités – aussi bien des écoles, des localités ou des gouvernements – ne peuvent pas faire l’économie d’une réflexion sur la question, les contacts étant très étroits dans les écoles et les enfants étant considérés comme d’importants agents de transmission. Les auteurs estiment aussi que les parents d’enfants d’âge scolaire doivent commencer à réfléchir à leur propre plan dans l’éventualité où des écoles fermeraient pour une période plus ou moins prolongée.
Ces réflexions sont d’autant plus nécessaires dans le cas de la grippe A ( H1N1), écrivent Cauchemez et ses collaborateurs, que « 60% des personnes infectées ont 18 ans et moins ».
On est bien conscient de cela au Québec, comme en témoigne le message d’accueil téléphonique dans les hôpitaux affiliés à l’ Université McGill. On y précise d’emblée, sur la question des visites, qu’« il n’est pas recommandé aux jeunes de 18 ans » qui n’ont ni rendez-vous ni traitement de rendre visite à un malade. C’est là « une mesure temporaire car ce groupe d’âge est particulièrement touché par le virus », est-il précisé dans le message.
En juin, l’hôpitalMaisonneuveRosemont a été le premier à interdire les visites aux moins de 18 ans. Le centre hospitalier universitaire Sainte-Justine avait emboîté le pas et limité les visites aux seuls parents des enfants hospitalisés.



VACCIN CONTRE LA GRIPPE A (H1N1)   Le Canada achètera 50,4 millions de doses - Catherine Handfield

Ottawa passera bientôt une commandede50,4 millions dedosesde vaccin contre la grippe A (H1N1), un investissement de400millions. Le Canada sera en mesure de commencer sacampagne de vaccination massive en novembre.
La ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a annoncé hier que le gouvernement du Canada avait signé un contrat à long terme avec GlaxoSmithKline, le plus grand fabricant de vaccins antigrippaux au pays. Ottawa paiera 60% des coûts. Les provinces se chargeront du reste. « Nous estimons que les 50,4 millions de doses seront suffisantes pour immuniser tous les Canadiens qui ont besoin d’une protection », a déclaré Mme Aglukkaq dans une conférence téléphonique.
Les essais cliniques devraient commencer d’ici à octobre, et si tout se passe bien, la campagne de vaccination débutera en novembre ou plus tôt, a-t-elle indiqué.
Le Canada accuse un léger retard sur les États-Unis, l’Australie et la Chine, qui ont déjà entrepris leurs essais cliniques. Ces pays devraient être en mesure de commencer les vaccinations en septembre, a indiqué hier la directrice de la recherche sur les vaccins à l’Organisation mondiale de la santé, Marie-Paule Kieny.
Les autorités canadiennes ont toutefois assuré que leur échéancier correspond en grande partie à ce qui se passe ailleurs. De plus, « l’épidémie de grippe atteint son apogée après Noël, a rappelé le Dr David Butler-Jones, administrateur en chef de la santé publique. D’ici là, nous devrions avoir suffisamment de vaccins pour donner une dose à tous les Canadiens qui en feraient la demande ».
Pour contrer le nouveau virus qui se répand à vive allure sur la planète, les gouvernements se sont lancés dans la course à l’achat du vaccin. Ils ont décidé d’accélérer les procédures d’approbation du nouveau médicament afin de démarrer au plus vite la campagne de vaccination.
Réagissant aux craintes relayées dans les médias, l’OMS a assuré hier sur son site internet que les procédures en place étaient « rigoureuses » et qu’elles « ne compromettaient pas la sécurité et la qualité des contrôles ».
« Nous ne sommes pas prêts à simplifier les choses quand la sécurité est en jeu », a également déclaré Leona Aglukkaq.





A (H1N1) Une campagne de vaccination dès l’automne  -  Pascale Breton
Plus susceptibles de souffrir de complications, les femmes enceintes auront la priorité
« L’enjeu n’est pas de savoir qui aura accès ou non au vaccin, mais plutôt de savoir qui sera vacciné dans la première semaine ou dans la quatrième semaine de la campagne. »
Malgré les difficultés signalées à ce jour dans la production d’un vaccin contre la grippe A (H1N1), le Canada pourra entreprendre une campagne de vaccination massive à la fin de l’automne.
Le Canada entreprendra dès l’automne une campagne de vaccination massive contre la grippe A (H1N1). Les femmes enceintes et les travailleurs de la santé seront parmi les premières personnes à être vaccinés. En Australie, un premier groupe de volontaires ont été vaccinés contre le virus (notre photo).
Les femmes enceintes, plus susceptibles de souffrir de complications graves ou de mourir, selon une nouvelle étude, seront du premier groupe vacciné. C’est ce qu’ont confirmé hier les autorités canadiennes.
« Le vaccin sera prêt à temps pour que les provinces et les territoires entreprennent leur campagne de vaccination à la fin de l’automne » , a déclaré la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq.
L e Ca n ad a a s i g né u n contrat d’exclusivité avec la compagnie pharmaceutique GlaxoSmithKline pour la distribution du vaccin. La firme « devrait être en mesure de commencer ses essais cliniques en octobre et peut-être même plus tôt », a ajouté la ministre d’un ton optimiste.
L’Organisation mondiale de la santé avait fait savoir récemment que la production du vaccin s’avérait pourtant moins efficace que celle du vaccin contre l’influenza saisonnière.
Tous les Canadiens qui le souhaitent pourront néanmoins être vaccinés, a assuré l’administrateur en chef de l’Agence de santé publique du Canada, le Dr David Butler-Jones.
« L’enjeu n’est pas de savoir qui aura accès ou non au vaccin, mais plutôt de savoir qui sera vacciné dans la première semaine ou dans la quatrième semaine de la campagne », a-t-il déclaré.
Une liste des groupes à vacciner en priorité sera établie d’ici aumois de septembre. Les travailleurs de la santé et les femmes enceintes en feront partie.
Une étude publiée dans la revue The Lancet vient de démontrer que les femmes enceintes sont quatre fois plus susceptibles d’être hospitalisées en raison de complications graves dues à la grippe A (H1N1). Le taux de mortalité est également plus élevé que dans la population en général.
Cet te étude provient d’une analyse menée par les Centers for Disease Control and Prevention, aux États-Unis, concernant les cas de contamination survenus dans les premières semaines où le virus a frappé.
Les chiffres compilés montrent que 32% des femmes enceintes qui avaient contracté le virus avaient dû être hospitalisées en raison de complications. C’est quatre fois plus que le ratio dans la population en général.
En deux mois, six Américaines qui attendaient un enfant sont également mortes des suites de la grippe A ( H1N1). C’est 13% du total des décès enregistrés aux États-Unis à cause de la grippe.
Ces données renforcent l’idée que les femmes enceintes doivent être traitées rapidement avec des antiviraux si elles ont des symptômes. Elles devraient aussi être vaccinées.
Or, bien des femmes enceintes craignent les conséquences de la médication pour leurs bébés.
« Il faut peser le pour et le contre. La réalité est que le risque d’avoir une complication grave avec le H1N1 est quatre fois plus élevé chez les femmes enceintes comparativement aux autres femmes du même groupe d’âge », analyse le Dr Butler-Jones.
Au Canada, 45 des 235 femmes qui ont dû être hospitalisées à ce jour en raison de la grippe A ( H1N1) étaient enceintes. Neuf d’entre elles, soit 15%, ont souffert de complications très graves.
La vaccination reste toutefois un choix très personnel, mentionne le médecin. « On ne peut pas obliger tout le monde à se faire vacciner, mais nous pouvons encourager les gens à le faire, particulièrement ceux qui font partie des groupes à risque. »


LE QUÉBEC RESTE SUR SES GARDES  -  Pascale Breton
Chaque hôpital a envisagé ce qu’il pourrait faire en cas de pandémie majeure : retarder des opérations, réserver des unités complètes au traitement des malades, ouvrir des centres de soins à l’extérieur des hôpitaux, travailler avec du personnel réduit.
Après un mois de juin des plus chaotiques, le virus de la grippe A (H1N1) semble en perte de vitesse au Canada depuis trois semaines. Mais les autorités de santé publique s’attendent à un retour en force du virus au cours des prochains mois. Ils se préparent au pire, en espérant le meilleur. Unedeuxièmevaguede la grippeA (H1N1) pourrait forcer les hôpitaux québécois à annulerdesopérations, à retarder des examens médicaux et à remplacer en catastrophe le personnel malade.
En fait, le plan en cas de pandémie prévoit que les hôpitaux devront procéder à un certain délestage de leurs activités pour parer au plus urgent si la grippe frappe avec vigueur.
C’est ce qui s’est produit au printemps 2003 à Toronto. Le SRAS avait alors frappé par surprise et personne n’était préparé. Seulement quelques centaines de personnes avaient contracté le syndrome respiratoire, mais, étant donné la virulence du virus, 43 personnes en étaient mortes en quelques semaines.
Le système avait fonctionné au ralenti pendant des semaines. Infirmières et médecins étaient tombés malades. Des unités de soins avaient été fermées. Économiquement, la région de Toronto a mis du temps à se remettre de la crise.
Du plus rose au plus sombre, tous les scénarios sont envisageables en ce qui concerne la pandémie de grippe A (H1N1) qui sévit maintenant partout sur la planète, souligne le Dr Karl Weiss, microbiologiste-infectiologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Dans le cas d’un scénario-catastrophe, « l’impact sur le système de santé sera le moindre des maux parce qu’il va y avoir un impact économique titanesque. Le SRAS a coûté 8 milliards à l’économie canadienne. Une pandémie majeure pourrait coûter plusieurs centaines de milliards », explique le Dr Weiss.
Le plan de préparation à une pandémie prévoit des interventions à l’échelle tant provinciale que bénins semblables à ceux de la grippe saisonnière.
« Beaucoup de gens ont la grippe et ne le savent même pas. Pour toutes les maladies infectieuses, c’est pareil », mentionne le Dr Alain Poirier, directeur national de la santé publique.
Ainsi, des sondages montrent que, dans la région de New York, jusqu’à10% de la populationaurait contracté le virus en un mois.
Le Québec collige actuellement ses données pour évaluer le nombre de personnes touchées. Mais déjà, certains chiffres révèlent locale. Chaque hôpital a envisagé ce qu’il pourrait faire en cas de pandémie majeure: retarder des opérations, réserver des unités complètes au traitement des malades, ouvrir des centres de soins à l’extérieur des hôpitaux, travailler avec du personnel réduit.
Mais pour l’instant, la grippe A (H1N1) est loin de se comparer avec l’épisode de SRAS. La vague qui a frappé en avril a été relativement peu grave.
La plupart des personnes infectées ont éprouvé des symptômes que 50 000 Québécois auraient contracté la grippe sans le savoir.
Le virus a tout de même fait 55 victimes à ce jour au Canada, dont 19 au Québec. Mais la plupart sont des personnes dont le système immunitaire était déjà affaibli par une maladie chronique.
Le pic a été atteint en juin. « Le virus H1N1 a fait bien plus de ravage durant le mois de juin 2009 que l’influenza ordinaire n’en fait durant les mois de janvier ou février », déclare leDr KarlWeiss, de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Le nombre de cas est à la baisse depuis trois semaines, mais la santé publique se prépare à une deuxième vague vers la fin de l’automne ou à l’hiver.
« Est-ce qu’il va nous revenir en janvier ou février, comme la grippe habituelle? Personne n’est capable de le dire. Mais compte tenu du comportement habituel du virus, ce pourrait très bien être durant l’hiver », croit le Dr Alain Poirier, directeur national de la santé publique.
Le virus risque aussi de muter. Un premier cas de résistance au Tamiflu en Amérique du Nord a d’ailleurs été signalé la semaine dernière, dans un laboratoire de Québec. D’autres cas ont été découverts au Danemark, au Japon et en Chine.
Le médicament avait alors été administré à titre préventif à un septuagénaire. « Si d’autres cas surviennent, il faudra peut-être réévaluer l’utilisation du Tamiflu en prophylaxie à grande échelle. Il faudra peut-être le réserver pour le traitement des cas plus sérieux », croit le Dr Guy Boivin, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier de l’Université Laval, qui a fait la découverte avec son équipe.
Des travaux sont en cours au laboratoire pour tenter de déterminer si cette souche résistante du virus se transmet aussi facilement que les souches sensibles au Tamiflu. Cette donnée sera importante s’il y a une deuxième vague de grippe.

DÉSACCORD SUR LES STATISTIQUES - Mathieu Perrault
Les autorités médicales ont souvent relativisé la grippe A (H1N1) en soulignant que la grippe saisonnière tue 1500 personnes par année au Québec. À côté, le bilan de 19 victimes de la grippe A (H1N1) semble bénin.
L’Association pour la prévention des infections à l’hôpital et dans la communauté du Canada estime que la grippe cause de 500 à 1500 morts directement au Québec et entre 4000 et 8000 à cause de complications. La grippe A (H1N1) a fait 19 victimes jusqu’à maintenant dans la province.
Mais depuis quelques semaines, les données sur lesquelles s’appuie cette estimation sont contestées. Les autorités médicales sont accusées de surestimer l’ampleur de la grippe saisonnière afin d’avoir accès à des subventions de recherche. Cela pourrait paradoxalement miner la réaction du public devant la pandémie qui s’annonce.
Les travaux d’un anthropologue américain, Peter Doshi, sont cités par de nombreux chroniqueurs scientifiques, du New Scientist au Wall Street Journal. Depuis 2005, il a publié plusieurs études contestant la validité statistique des estimations de la mortalité due à la grippe, ce qui lui a valu d’être invité à des conférences de médecine parallèle avec des militants contre la vaccination.
« Le problème, c’est qu’on peut avoir les symptômes de la grippe causés par un autre virus que celui de la grippe, a expliqué M. Doshi en entrevue avec La Presse. Cette confusion mine la fiabilité des données et pourrait rendre mois efficaces les mesures de lutte contre la pandémie.
Le chiffre de 1500 victimes au Québec provient de données canadiennes. L’Association pour la prévention des infections à l’hôpital et dans la communauté du Canada estime que la grippe cause de 500 à 1500 morts directement et entre 4000 et 8000 à cause de complications. Mais une épidémiologiste de l’Agence de santé publique du Canada, Dena Schanzer, a publié en 2007 et 2008 des études estimant à entre 1000 et 6000 le nombre total de morts dus à la grippe saisonnière.
Dans les années où la grippe n’est pas très virulente, cela signifie que pas plus de 250 personnes meurent de la grippe au Québec. En 2006, dans une présentation interne, la Direction de la santé publique du Québec a d’ailleurs indiqué que de 59 à 132 décès « en excès » étaient officiellement attribués chaque année à la grippe saisonnière.

COURSE CONTRE LA MONTRE
PRODUCTION D’UN VACCIN
Le vaccin contre la grippe A (H1N1) est plus difficile à produire que prévu. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé hier que, malgré des progrès, la production du vaccin est encore de deux à quatre fois moins efficace que la production du vaccin contre la grippe saisonnière.
Un technicien prépare des échantillons à partir d’une souche du virus H1N1 au laboratoire de GlaxoSmithKline à Dresde, en Allemagne, le mois dernier.
Malgré tout, le gouvernement américain a annoncé mercredi que des essais cliniques sur le nouveau vaccin commenceront d’ici au début du mois d’août afin que les premières doses de vaccins soient prêtes en septembre.
La Chine a aussi annoncé des essais cliniques imminents. L’Australie a été le premier pays à commencer des essais cliniques, à la mi-juillet; le temps presse tout particulièrement dans ce pays parce que c’est actuellement la saison de la grippe dans l’hémisphère Sud.
Aux États-Unis, cette hâte pourrait paradoxalement diminuer le nombre total de doses disponibles. Le Bureau national scientifique sur la biodéfense a annoncé qu’il n’autoriserait pas l’utilisation d’un adjuvant, une molécule qui améliore la performance du vaccin dans le corps humain, parce que les essais cliniques sont insuffisants.
L’Agence de santé publique du Canada, qui ne commencera pas la vaccination pandémique avant le mois d’octobre, a pour sa part annoncé que le vaccin contiendra un adjuvant, déjà testé pour la grippe aviaire H5N1.
L’OMS a indiqué que, si les di f ficultés de production du vaccin ne sont pas résolues, le nombre de doses permettant de couvrir la population des pays industrialisés ne sera pas atteint en novembre comme on le prévoyait, mais en janvier.
Le délai pour le reste du monde (sauf la Chine et l’Inde, qui peuvent produire leurs propres vaccins) passera d’avril à juin.
En juin dernier, la Fédération internationale des fabricants pharmaceutiques avait estimé que, si la production de vaccins commençait en juin et que le rendement était aussi efficace que pour la grippe saisonnière, seulement un milliard de doses seraient disponibles avant la fin de l’année, selon l’hebdomadaire britannique The New Scientist.

SUR LA PISTE DU VIRUS
Comment le virus de la grippe A (H1N1) est-il parvenu à créer la fameuse pandémie attendue depuis une dizaine d’années ? Parce qu’il pénètre plus profondément dans les voies respiratoires du furet, un intermédiaire essentiel pour le processus de mutations génétiques qui permet à un virus animal d’infecter l’humain. La plupart des virus de la grippe restent dans le nez des furets, ont découvert deux équipes, l’une hollandaise et l’autre américaine, alors que celui de la grippe porcine se rend jusqu’aux poumons. Il reste donc plus longtemps dans leur corps et a plus de temps pour muter, expliquent les chercheurs dans la revue
Cela explique aussi le nombre élevé de pneumonies chez l’homme. Le virus qui a aussi une affinité avec les cellules intestinales, provoque des nausées peu fréquentes avec les autres grippes.





LA POINTE DE L’ICEBERG  -  Guy Boivin
Si 2500 cas ont été confirmés, on estime que plus de 50 000Québécois ont été infectés par le virus A(H1N1)
Le virus A(H1N1) a une virulence intermédiaire, plus importante que celle des grippes saisonnières, mais moins grande que celle de la grippe espagnole.
L’auteur est médecin et titulaire de la chaire de recherche du Canada sur les virus en émergence et la résistance aux antiviraux au Centre hospitalier de l’Université Laval.
Plusieurs sociétés préparent actuellement un vaccin contre le virus A(H1N1) en vue d’une vaccination à l’automne, notamment au laboratoire du groupe pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline, producteur du Relenza, de Dresde, en Allemagne.
Les pandémies de grippe font partie de l’histoire de l’humanité depuis des millénaires même si l’agent causal – les virus influenza A – n’a été décrit que dans les années 30. Ces virus ont une extraordinaire capacité de muter et donc de déjouer notre système immunitaire, permettant des réinfections à répétition sur une base quasi annuelle (appelées épidémies saisonnières).
Le nouveau virus grippal, aussi appelé A( H1N1) d’origine porcine, est particulier à bien des égards. Son origine immédiate résulte d’une combinaison de gènes provenant de virus porcins américain et eurasien. Cependant, son matériel génétique indique que certains de ses gènes sont à la base d’origine porcine, mais aussi aviaire et humaine.
Des études génétiques ont affirmé que ce nouveau virus pouvait avoir circulé chez les porcs depuis une dizaine d’années, mais que sa transmission chez l’humain ne serait survenue qu’au début de 2009. Il est maintenant bien établi que le virusA(H1N1) d’origine porcine se transmet très bien d’humain à humain, chaque cas infectant en moyenne 1,5 autre personne, ce qui contribue à la dissémination rapide du virus dans le monde.
Il y a actuellement plus de 100 000 cas confirmés d’infection par le virus A( H1N1) d’origine porcine sur la planète, incluant 10 000 cas au Canada et plus de 2500 cas au Québec. Ce nombre de cas ne représente seulement que la pointe de l’iceberg puisque la vaste majorité des personnes atteintes ne consultera pas un médecin et un prélèvement du nasopharynx n’est requis que pour le diagnostic des cas plus sévères nécessitant une hospitalisation ou un traitement.
On peut donc facilement estimer que plus de 50000 Québécois ont été infectés par ce virus depuis le début du mois de mai 2009. La très vaste majorité des cas présente des symptômes grippaux classiques, à savoir de la fièvre, de la toux, unmal de gorge, des céphalées, des douleurs musculaires et de la fatigue.
À noter cependant que 25% à 30% de ceux-ci présentent également des symptômes gastro-intestinaux (vomissements, diarrhée), ce qui est inhabituel avec la grippe saisonnière.
Les personnes qui souffrent d’une maladie pulmonaire chronique (asthme sévère, bronchite chronique, emphysème) et les femmes enceintes sont plus susceptibles d’avoir une maladie sévère.
Globalement, le taux d’hospitalisation des cas varie entre 3% et 15%, mais ce pourcentage est certainement surestimé en raison du faible nombre de sujets chez lesquels on recherche le virus.
Par ailleurs, le taux de mortalité se situe sous la barre de 0,5%, ce qui est nettement moins que celui associé aux cas sporadiques d’infection par le virus A(H5N1) d’origine aviaire en Asie (taux de mortalité de 50-60%). Des études animales récentes ont démontré que le virus A(H1N1) avait une virulence intermédiaire, c’est-àdire plus importante que celle associée aux virus humains saisonniers, mais moins grande que celle due aux virus A(H5N1) et au virus de la grippe espagnole.
Les personnes qui ont reçu le vaccin antigrippal à l’automne 2008 ne sont aucunement protégées contre le virus; à l’inverse, certaines personnes âgées de plus de 60 ans semblent posséder des anticorps reconnaissant ce virus, ce qui laisse croire qu’elles auraient été infectées par un autre virus porcin apparenté à celui de 2009 au cours de leur vie.
Plusieurs compagnies sont présentement à préparer un vaccin contre ce nouveau virus en vue d’une vaccination à l’automne. Quelques obstacles se dressent cependant à l’horizon: plus faible rendement de production du virus A(H1N1) dans les oeufs embryonnés de poulet et possible besoin de vacciner à deux reprises (au lieu d’une fois) pour stimuler adéquatement la production d’anticorps.
Selon toute évidence, l’ensemble de la population mondiale ne pourra être vacciné cet automne et on devra donner la priorité à certains groupes : travailleurs de la santé, femmes enceintes, personnes avec maladies pulmonaires sous-jacentes, etc.
En attendant la disponibilité d’un vaccin efficace, les mesures d’hygiène de base (lavage des mains fréquent, port d’un masque chez les personnes infectées pendant des activités de groupe) ainsi que l’utilisation ponctuelle d’antiviraux avec ou sans antibiotiques constituent les seuls moyens pour diminuer les effets du virus.
Deux antiviraux spécifiques contre ce virus (l’oseltamivir ou Tamiflu, le zanamivir ou Relenza) sont utilisés dans les cas sévères d’infectionets’avèrentefficaces s’ils sont utilisés rapidement (moins de 48 heures après le début des symptômes). Ils sont parfois aussi utilisés pour prévenir la grippe chez des personnes avec des maladies sous-jacentes qui ont été en contact avec des personnes infectées.
Rappelons toutefois que certains virus A(H1N1) d’origine porcine ayant acquis une résistance au Tamiflu ont été récemment détectés au Danemark, au Japon, à Hong Kong et même au Québec… Dans l’état actuel des connaissances, on estime qu’un individu est contagieux 24 heures avant et jusqu’à sept jours après le début des symptômes, d’où la recommandation de s’absenter de l’école ou du travail pour une période d’une semaine.
La reconnaissance actuelle d’une pandémie implique la transmission efficace d’un nouveau virus grippal chez les humains sans statuer pour autant sur sa virulence (taux de mortalité). Dans le cas de la grippe espagnole, une première vague estivale peu sévère a été suivie d’une deuxième vague automnale beaucoup plus meurtrière.
Bien qu’il y ait eu des vagues secondaires durant les pandémies de 1957 et de 1968, ces dernières ont été beaucoup moins sévères que celle de 1918-19. Également, une grande partie desdécès survenus lors de la pandémie de grippe espagnole était attribuable aux surinfections bactériennes qui n’ont pu être traitées à l’époque, dû à l’absence d’antibiotiques.
Le phénomène de mutations virales pouvant mener à une augmentation de la sévérité reste un phénomène aléatoire et de fait difficile à prédire.
Donc, en ce moment, nous ne pouvons conclure nécessairement à la survenue d’une vague associée à une plus grande virulence à l’automne ou à l’hiver prochain bien qu’il est presque certain que ce virus circulera pour encore quelques années. Cependant, comme pour toutes choses relatives à l’inf luenza, il faut tenter de se préparer à l’imprévisible…




Le Canada ne comptera plus ses cas de grippe A (H1N1)
« On délaisse le recensement individuel pour se tourner vers un portrait global appelé Surveillance influenza. Il révélera le portrait global de la situation et toute nouvelle tendance. »
La grippe A ( H1N1) a fait une nouvelle victime hier au Québec, ce qui porte à 18 le nombre de décès survenus depuis l’éclosion de la pandémie en avril. Il s’agit toutefois de l’un des derniers décomptes quotidiens des autorités sanitaires locales. À la demande de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les pays ont abandonné hier le recensement des cas de grippe A ( H1N1) pour se concentrer sur l’étude générale de la pandémie.
« On délaisse le recensement i ndividuel pour se tourner vers un portrait global appelé Surveillance inf luenza. Ce document d’analyse hebdomadaire sera publié tous les vendredis à 16h. Il révélera le portrait global de la situation et toute nouvelle tendance », a dit hier l’administrateur en chef de la santé publique du Canada, David Butler-Jones.
Selon l’OMS, le virus de la grippe A ( H1N1) se propage dans le monde à une vitesse « sans précédent » par rapport à d’autres pandémies. « Au cours des pandémies dans le passé, il a fallu plus de six mois aux virus grippaux pour se propager aussi largement que l’a fait le nouveau virus H1N1 en moins de six semaines », a relevé l’organisation dans une note publiée sur son site internet.
Pour cette raison, il serait « improductif » de demander aux pays touchés de continuer de faire des statistiques exhaustives des cas de grippe porcine, selon l’OMS.
Le Canada se conforme donc à cette demande. « Nous continuerons malgré tout d’observer comment l’influenza se répand au pays et de répondre rapidement aux situations de crise », a assuré la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq. Les cas inhabituels, les mutations du virus et les éclosions dans des endroits isolés continueront de faire l’objet de suivis étroits.
Assez de vaccins
La majorité des cas de grippe A (H1N1) au Canada sont encore bénins. « On note une baisse du nombre de personnes qui demandent des soins pour la grippe A ( H1N1) », a dit Mme Aglukkaq.
Mais ce n’est qu’une accalmie. Selon l’OMS, tous les pays auront besoin de vaccins au cours des prochains mois pour contrer la deuxième vague de grippe. « Virtuellement, les 6,8 milliards d’habitants de la planète sont susceptibles d’être contaminés », a affirmé un por te-parole de l’ OMS, Gregory Hartl.
Au Canada, on assure que l’on a largement assez de doses de vaccin. M. Butler-Jones assure même que le pays sera mieux outillé que les États-Unis et la Grande-Bretagne, car on a commencé à constituer des réserves de vaccins il y a 10 ans.
Grâce à des ententes avec des sociétés pharmaceutiques, le Canada est en mesure de produire près de 14 millions de doses par mois. « Donc, en quelques mois, nous aurons assez de vaccins pour que tous les habitants du Canada reçoivent au moins une dose, ce qui sera possiblement suffisant pour la plupart d’entre nous », a dit M. Butler-Jones dans une entrevue au Globe and Mail.
La ministre Aglukkaq assure pour sa part que les vaccins seront prêts à la fin du mois d’octobre ou au début du mois de novembre. Les travailleurs du milieu de la santé, les personnes aux prises avec des maladies chroniques et les membres des communautés isolées les recevront en priorité.
L’Assemblée des Premières Nations a d’ailleurs officiellement demandé hier que les communautés autochtones, jusqu’à maintenant plus touchées que le reste de la population par la grippe A ( H1N1), reçoivent le vaccin en priorité.



A (H1N1) L’intensité de la grippe diminue au Québec

Pour l’instant, la grande majorité des cas grippaux A (H1N1) sont bénins, mais il ne faut pas sous-estimer la puissance du virus.
Moins de visites dans les urgences, baisse des appels chez Info-santé: la grippe A (H1N1) est en perte de vitesse au Québec, malgré les cas qui continuent de s’accumuler.
« Depuis deux semaines, il y a eu diminution d’intensité », confirme le Dr Alain Poirier, directeur national de la santé publique.
Vingt-cinq nouveaux cas ont été confirmés depuis vendredi au Québec, pour un total de 2247, incluant les 14 décès attribuables à la grippe. Selon le Dr Poirier, il faut toutefois observer les signaux externes pour mesurer adéquatement l’indice grippal, dont l’achalandage dans les urgences. Et ces signaux montrent une baisse d’intensité. La proportion des cas de grippe A ( H1N1) confirmés chez les patients qui consultent pour un cas potentiel est aussi en diminution
Liste prioritaire
Hier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé que les travailleurs de la santé devraient obtenir un accès prioritaire aux vaccins, dès qu’ils seront disponibles . L’OMS conseille également de traiter en priorité les femmes enceintes, les personnes atteintes de maladies chroniques, mais aussi les enfants d’âge scolaire, plus susceptibles de transmettre la maladie.
Au Canada, les autorités fédérales ont également établi une liste de priorités pour les traitements. Dans l’éventualité où les cas de grippe se multiplieraient tragiquement à l’automne, une liste préétablie permettrait aux médecins de savoir à qui offrir les soins d’urgence, a expliqué une responsable de l’Agence de santé publique en entrevue au quotidien torontois The Globe and Mail. Theresa Tam, directrice générale du Centre de mesures et d’interventions d’urgence de l’agence fédérale, précise aussi que des unités complètes pourraient être consacrées à la grippe, dans certains hôpitaux, si la situation le commandait.
À Québec, où il inaugurait une unité d’opération hier, le ministre de la Santé Yves Bolduc a indiqué qu’il comptait bien suivre ces recommandations de la santé publique.
« Chaque établissement a préparé son plan d’action », confirme le Dr Poirier. Si les cas se multipliaient dans un hôpital, l’établ issement pourrait dédier des salles entières au traitement du virus, ce qui serait nettement plus efficace si ce n’est que pour une question de gestion de personnel, précise le Dr Poirier. Tous les hôpitaux sont aussi en lien avec le plan régional qui les concerne, poursuit-il. Si la situation empirait, de nouveaux sites, comme des cliniques externes, pourraient être dédiés au traitement du virus.
Banale, la grippe ?
Pour l’instant, la grande majorité des cas grippaux A ( H1N1) sont bénins, mais il ne faut pas sous-estimer la puissance du virus, estime le Dr Yoshihiro Kawaoka, de l’Université du Wisconsin. Comme il peut traverser la partie supérieure de l’appareil pulmonaire, le virus est plus susceptible de causer des pneumonies chez ceux qui sont affectés, conclut ce spécialiste, qui dévoilait hier les résultats d’une étude internationale publiée dans la revue Nature.
Le Dr Kawaoka y fait une mise en garde contre la banalisation de la maladie. La grippe A (H1N1) ressemble à la grippe saisonnière, mais frappe plus durement. Le virus a la capacité de se reproduire dans les poumons, conclut son groupe de recherche qui a mené des tests en laboratoire. Cette capacité est caractéristique des virus pandémiques, comme celui de la grippe espagnole.




GRIPPE A (H1N1)  Les femmes enceintes mises en garde

Le fait que trois femmes enceintes d’une même province se soient ret rouvées dernièrement aux soins intensifs des suites de la grippe A ( H1N1) amène le ministère fédéral de la Santé à renouveler ses mises en garde à l’égard de ce groupe particulièrement vulnérable.
Les femmes enceintes ne risquent pas plus de contracter le virus, mais si cela arrive, « elles sont plus susceptibles de souffrir d’une forme grave de la maladie et de complications », a signalé la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, au cours d’une conférence de presse téléphonique, hier midi.
Les femmes enceintes qui contractent le virus risquent d’accoucher prématurément ou de faire une fausse couche.
Le Ministère n’a pas voulu préciser de quelle province étaient issus les six cas graves diagnostiqués récemment, parmi lesquels se trouvent trois femmes enceintes. Il n’a pas été possible non plus de savoir combien de femmes enceintes avaient contracté le virus dans l’ensemble du pays depuis le début de la pandémie.
Même si le ministère de la Santé incite les femmes enceintes à être particulièrement prudentes, il ne leur recommande pas pour autant de cesser de travailler ou de vaquer à leurs activités habituelles. Elles ne devraient pas s’empêcher de se rendre dans des lieux publics non plus, mais elles seraient bien avisées d’éviter les grosses foules, de se laver les mains particulièrement souvent et de garder avec elles du désinfectant pour les mains.
Quand ils ont devant eux des femmes enceintes qui présentent des symptômes grippaux alors qu’elles sont dans leur deuxième ou troisième trimestre, les médecins devraient leur prescrire du Tamiflu de préférence, écrit le ministère de la Santé dans de nouvelles lignes directrices cliniques. La même recommandation est faite pour les femmes qui ont accouché dans les quatre semaines précédentes. Ces lignes directrices s’appuient sur des collectes de données et des études mises à jour régulièrement dans le monde.
Un vaccin est toujours attendu pour octobre au pays, vaccin qui devrait être offert à tous les Canadiens qui souhaitent l’obtenir. Aucune vaccination obligatoire n’est prévue.
Pour ce qui est des ventilateurs, dont on craignait qu’ils soient en nombre insuffisant, 370 ont été commandés pour que le total global au pays soit porté à 500.
En date d’hier, un total de 9717 cas du virus pandémique H1N1 2009 ont été confirmés au Canada; 894 cas ont nécessité une hospitalisation et 39 morts ont été signalées. Au Québec, on parle de 2192 cas, de 426 hospitalisations et de 14 morts.
Les symptômes de la grippe A (H1N1) sont similaires à ceux de la grippe saisonnière: fièvre, toux, fatigue, diminution de l’appétit, maux de tête et douleurs musculaires. Certaines personnes infectées par le virus A (H1N1) présenteront également de l’écoulement nasal, desmauxde gorge, desnausées, des vomissements et de la diarrhée.




Les hôpitaux ont assez de respirateurs, dit Yves Bolduc
Les hôpitaux du Québec ne manquent pas de respirateurs artificiels pour traiter les victimes graves de la grippe, qu’elle soit de type A (H1N1) ou autre, a assuré hier le ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc.
« Actuellement, le parc de respirateurs est à la hauteur, indique la porte-parole du ministère de la Santé, Dominique Breton. Mais c’est sûr que si la demande devient plus importante, on verra s’il y a lieu d’établir la priorité des cas ou de les regrouper à un endroit où à un autre. » Le plan du Ministère pour faire face à la pandémie de grippe A (H1N1) prévoit que chaque lit de chaque unité de soins ait son respirateur artificiel.
Mais est-ce que ce sera suffisant pour traiter les personnes les plus affaiblies par des problèmes respiratoires? Dans un article publié dans le Globe and Mail hier, l’Agence de la santé du Canada a confirmé qu’elle entendait augmenter son parc de respirateurs artificiels – qu’elle prête aux provinces au besoin – de 130 à 500. L’achat des appareils supplémentaires devrait coûter près de 4 millions de dollars.
Les grippés qui ont besoin d’un respirateur artificiel sont tout de même marginaux, dit le Dr Terry-Nan Tannenbaum, de la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal. « En général, on les utilise pour aider des gens qui ont beaucoup de difficulté à respirer et qui n’ont pas assez d’oxygène. »
L’article du Globe and Mail précisait que l’état de santé de certaines victimes exigeait qu’elles soient branchées sur des respirateurs à oscillation, un modèle coûteux et peu courant qui insuffle une petite quantité d’air dans les poumons à un rythme plus rapide. « Mais ce n’est pas le premier choix de respirateur », dit la coordonnatrice en inhalothérapie de l’Hôtel-Dieu, Valérie Lemieux.
Les modèles de respirateurs artificiels ont beaucoup évolué ces dernières années, selon Mme Lemieux. « Avant, quand un patient ne respirait pas bien, on passait peut-être plus rapidement à l’oscillation. Mais aujourd’hui, avec les nouveaux respirateurs, on a accès à une panoplie de possibilités pour s’ajuster au patient. »
Vers un ralentissement
Le ministère de la Santé a confirmé hier 31 nouveaux cas de grippe A (H1N1) depuis vendredi dernier, ce qui porte à 2181 le nombre de cas enregistrés au Québec depuis la fin du mois d’avril. Plusieurs sont aujourd’hui guéris.
« Le virus est présent dans la population, dit le Dr Tannenbaum. Mais à Montréal comme ailleurs, ça commence à diminuer si on regarde le nombre de tests positifs, le nombre de visites aux urgences et les appels à Info-Santé. Mais on ne sait pas ce qui va arriver à l’automne. »
De fait, le taux d’occupation des urgences était de 127% la semaine dernière et de 124% il y a deux semaines. Hier, il était de 113%. Le début des vacances y est certainement pour quelque chose, mais la baisse d’activité du virus de la grippe aussi, croit la DSP.
Assez de labos
Par ailleurs, le ministre Yves Bolduc a estimé hier que les laboratoires québécois seront en mesure de faire tous les dépistages de la grippe A (H1N1) grâce à une informatisation qui doublera d’ici l’automne leur capacité d’analyse. Le ministre a bon espoir qu’ils pourront traiter tous les échantillons qui leur seront transmis, advenant une nouvelle recrudescence de cas de la grippe A l’automne prochain.
Le bureau du ministre a aussi indiqué que deux autres laboratoires pourraient être mandatés pour répondre à la demande de tests nécessaires pour dépister le virus chez les patients qui en éprouvent les symptômes.
Après l’éclosion de la nouvelle souche grippale, l’hiver dernier, les laboratoires ont été inondés d’échantillons à tester et il a fallu augmenter la capacité, notamment en procédant à des analyses sept jours sur sept à certains endroits.
Depuis la fin des classes, la situation s’est stabilisée, mais l’accalmie pourrait n’être que passagère, une deuxième vague de grippe l’automne prochain n’étant pas exclue par les autorités sanitaires.





TESTS DE LAGRIPPE A (H1N1)  Les laboratoires sont débordés

Les cinq laboratoires québécois qui peuvent déterminer si un patient est atteint ou non de la grippe A (H1N1) ne seront pas en mesure de répondre à la demande advenant une hausse du nombre de cas. Déjà au mois de juin, les laboratoires fonctionnaient bien au-delà de leur capacité, a appris La Presse. Alors que les experts prédisent que la grippe reprendra de la vigueur cet automne, la situation est inquiétante.
Seuls le Laboratoire national de santé publique du Québec et les laboratoires des quatre centres hospitaliers universitaires de la province (CHUM, CHUQ, CHUS et CUSM) sont actuellement en mesure d’analyser les échantillons de cas présumés de contamination à la grippe A (H1N1) et de donner le bon diagnostic aux patients.
Les autres hôpitaux qui croient avoir des cas de grippe doivent faire parvenir leurs échantillons à l’un de ces cinq laboratoires.
Advenant un retour en force de la grippe A ( H1N1), les laboratoires ne seraient pas en mesure de répondre à la demande. Car au mois de juin, alors que la grippe touchaient de plus en plus de Québécois, les laboratoires étaient débordés.
Le Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), qui traite les échantillons de tout l’est de la province, devait analyser jusqu’à 94 spécimens en une journée durant cette période, alors que sa capacité n’est que de 50. « Nous devions envoyer nos surplus au Laboratoire national de santé publique », explique la porte-parole du CHUQ, Pascale St-Pierre.
Au Laboratoire national de santé publique, la situation n’était pas plus facile. À la mi-juin, l’établissement devait analyser jusqu’à 175 échantillons par jour alors qu’il a une capacité de 114, confirme la porte-parole de l’Institut national de santé publique (INSPQ), Nathalie Hudon.
Dès l’éclosion de la grippe A ( H1N1) cet hiver, l’INSPQ a augmenté ses ressources en laboratoire pour répondre à la demande. « Depuis avril, les tests sont faits sept jours sur sept », dit Mme Hudon. Malgré tout, le Laboratoire a dû fonctionner à plein régime au mois de juin, alors qu’un nombre croissant de Québécois étaient atteints du virus.
Deuxième vague cet automne
Depuis la fin des classes, la situation s’est stabilisée dans les laboratoires. « Au cours des cinq derniers jours, on a traité moins de 25 échantillons par jour. La situation est revenue à la normale », confirme Mme St-Pierre du CHUQ.
L’accalmie pourrait toutefois être de courte durée. Dans une conférence de presse jeudi, la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a averti la population de ne pas croire la crise passée. « La situation est calme, mais on peut s’attendre à une deuxième vague de grippe cet automne », a-t-elle dit.
Au cabinet du ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc, on minimise l’importance du problème. « On demande déjà aux gens qui ont des symptômes mineurs de la grippe de rester à la maison. Ce ne sont pas tous les gens qui doivent se soumettre au test pour savoir s’ils ont ou non la grippe », a dit l’attachée de presse du ministre Bolduc, Marie-Ève Bédard.
Vendredi dernier, 21 nouveaux cas de grippe A ( H1N1) ont été recensés au Québec, ce qui portait à 2150 le nombre de cas enregistrés depuis la fin du mois d’avril. Jusqu’à aujourd’hui, 14 personnes sont mortes de la maladie.




Grippe A (H1N1) Bilan de l’OMS et de l’OPS L’Amérique aura assez de traitements

« La région est suffisamment bien couverte sur le plan des antiviraux et des équipements pour établir des diagnostics. »
— Tous les pays des Amériques auront accès à un nombre suffisant d’antiviraux pour faire face à la grippe porcine dans les prochains mois, ont affirmé hier au Mexique l ’ Organisat ion mondiale de la santé ( OMS) et l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS).
Margaret Chan (à gauche), directrice générale de l’OMS, pose aux côtés de la ministre canadienne de la Santé Leona Aglukkaq pour la photo du sommet extraordinaire sur la grippe A (H1N1), qui a commencé hier à Cancun au Mexique.
Le laboratoire suisse Roche « nous a promis 5,6 millions de doses de Tamiflu », a déclaré Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, au premier jour d’un sommet extraordinaire sur la maladie rassemblant des experts et ministres d’une cinquantaine de pays dans la station balnéaire de Cancun.
Toutefois, l’OMS « poursuit ses négociations avec des donateurs, car nous souhaitons obtenir des soutiens pour acheter davantage de réserves d’antiviraux afin que les pays puissent faire face à la situation dans les prochains mois », a-t-elle ajouté.
Les autorités sanitaires s’inquiètent notamment de l’arrivée d’une nouvelle vague du virus A ( H1N1) avec l’automne boréal qui marque traditionnellement le début de la saison de la grippe classique.
Mirta Roses, directrice de l’OPS, a également estimé que la région était suffisamment pourvue après l’annonce d’un don de 420 000 doses de Tamiflu par les États-Unis, plus tôt dans la journée.
« La région est suffisamment bien couverte sur le plan des antiviraux et des équipements pour établir des diagnostics », a-telle assuré.
Le continent américain est le plus touché par la pandémie qui est apparue au Mexique à la fin du mois d’avril.
Les États-Unis (127 morts), le Mexique (116), l’Argentine (43) et le Canada (25) sont les pays ayant enregistré le plus de morts liées à la maladie.
À l’échelle mondiale, le virus A (H1N1) a déjà contaminé 77 201 personnes dans 120 pays et territoires, et a fait 332 morts, selon le dernier bilan de l’OMS publié mercredi.
L’un des objectifs de la rencontre de Cancun organisée par l’OMS est de connaître le nombre de traitements antiviraux nécessaires pour la région des Amériques et les autres pays en développement, afin de mieux enrayer la première pandémie du XXIe siècle.
Felipe Calderon, président du Mexique, a de nouveau estimé qu’i l fal lait garanti r l’accès des pays en développement au vaccin, une fois qu’il sera commercialisé.
Le premier laboratoire pharmaceutique à avoir annoncé la production d’un lot de vaccins, le suisse Novartis, a écarté l’idée de faire des dons aux pays pauvres et envisage seulement de consentir des rabais aux gouvernements démunis.






GRIPPE A (H1N1)  Haro sur les visites pour éviter la propagation
Pour limiter la propagation de la grippe A (H1N1), les visites sont désormais interdites au centre hospitalier universitaire SainteJustine, sauf pour les parents de jeunes enfants hospitalisés.
La semaine dernière, l’hôpital Maisonneuve-Rosemont avait pour sa part été le premier hôpital à interdire les visites aux moins de 18 ans.
« Ce sont surtout les jeunes qui transportent le virus et qui sont les plus touchés par la grippe A (H1N1). Avec cette mesure, nous voulons essayer de diminuer la propagation du virus », explique Mélanie Dallaire, porte-parole du centre hospitalier universitaire Sainte-Justine.
Il n’est donc plus question que les grands-parents, les frères ou les soeurs visitent un malade. Jusqu’à nouvel ordre, seuls les parents sont autorisés à se rendre au chevet de leur enfant.
Lorsque la grippe A ( H1N1) a commencé à circuler, plus tôt ce printemps, les cas recensés au Québec et au Canada étaient plutôt bénins. Mais le virus semble gagner de la vigueur. De plus en plus de cas d’hospitalisations sont rapportés.
Mardi, dans son bilan quotidien, la Direction de la santé publique a par ailleurs déploré deux nouveaux décès dus au virus, ce qui porte le total à 11 depuis le 5 juin.
Il s’agit d’un homme d’une cinquantaine d’années et d’une femme d’une soixantaine d’années, tous deux atteints de conditions sous-jacentes qui ont aggravé leur situation.
La propagation du virus force les hôpitaux à mettre en place plusieurs mesures préventives. « Nous avons plus de cas d’hospitalisation que d’habitude, notamment à cause de la grippe. Nous allons être obligés de garder des lits ouverts, alors que nous les fermons normalement en période estivale », indique ainsi Mme Dallaire.
Du côté de l’Hôpital de Montréal pour enfants, la clientèle s’est également accrue au cours des dernières semaines. Au point où il faut trouver du personnel de plus pour remplacer les travailleurs qui s’apprêtent à prendre leurs vacances.
« À ce temps-ci de l’année, on ne voit généralement plus de patients qui souffrent d’un virus respiratoire. Mais actuellement, nous sommes confrontés à des cas confirmés ou suspectés de H1N1 », note la conseillère en prévention des infections, Lyne St-Martin.
Mais il n’est pas question de restreindre les visites comme à l’hôpital Sainte-Justine, dumoins pour le moment.
Les autorités de santé publique ne recommandent pas aux gens atteints de se présenter systématiquement aux urgences, à moins d’être gravement atteints ou de faire partie de la population vulnérable. Pourtant, la clientèle s’est considérablement accrue depuis l’éclosion de la grippe A (H1N1) en avril.
La semaine dernière, l’hôpital Maisonneuve-Rosemont a dû détourner des ambulances parce que ses urgences étaient trop engorgées.
Pour le moment, la situation est revenue à la normale. Par contre, la directive restreignant les visites est toujours en vigueur. « Le ministère n’a pas demandé aux établissements de mettre en place de telles mesures, mais nous avons choisi de le faire pour éviter le plus possible la contamination », indique Pascal Mailhot, porte-parole de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Dans la plupart des hôpitaux, des agents de sécurité sont postés à l’entrée. Ils s’assurent que toutes les personnes qui entrent se désinfectent les mains et que celles qui toussent ou qui font de la fièvre portent un masque.





GRIPPE A (H1N1)  Des mesures doivent être prises contre une seconde vague, préviennent des spécialistes

— Il faut profiter du calme après la tempête pour mieux se préparer à l’éventualité d’une seconde vague de maladie et de décès liée à la grippe A ( H1N1), estiment des experts en gestion de crise réunis cette semaine lors d’une conférence tenue à Toronto.
Selon Reginal Phelps, une consultante en gestion de crises de San Francisco, tout le monde devrait se préparer à l’éventualité du retour en force du virus.
La situation évolue et est très volatile, dit-elle. « Si une personne vous dit qu’elle sait ce qu’il arrivera, elle se trompe parce que personne ne le sait », ajoute Mme Phelps.
Elle recommande que les systèmes de santé soient renforcés et que les informations au sujet de la maladie continuent à circuler de manière régulière.
« Je suis très contente de voir que tout le travail qui a été fait a porté ses fruits mais nous sommes très loin d’une réponse idéale au virus », a dit l’experte en matière de grippe, la Dre Allison McGeer.
Elle croit qu’au Canada cette dernière devrait être mieux coordonnée à l’échelle nationale et que cela passe par l’amélioration des soins de première ligne.




La grippe fait pression sur les hôpitaux
La grippe A ( H1N1) a un effet manifeste sur le système de santé, a indiqué hier la direction de la santé publique. Le nombre de visites aux urgences a augmenté de 2% et le nombre d’appels au système téléphonique Info-Santé a aussi bondi. Et ce, même si les autorités médicales de la province conseillent maintenant aux gens qui en ont les symptômes de ne se présenter à l’hôpital qu’en cas d’aggravation.
« Nous voulons retarder l’arrivée des cas à l’hôpital, a indiqué Alain Poirier, le directeur national de la santé publique, en point de presse à Québec. Nous ne voulons pas augmenter la pression. »
Cette stratégie semble enfin porter ses fruits. Le nombre de nouveaux cas a augmenté plus lentement, de 77 cas, portant le total à 1187. Deux de ces patients ont été hospitalisés, portant le total à 162. Aucun nouveau décès n’a été annoncé hier. Les sept décès jusqu’à maintenant étaient des patients ayant d’autres problèmes de santé les rendant plus vulnérables, par exemple une chimiothérapie anticancéreuse ou des problèmes cardiaques diminuant la capacité respiratoire.
La pandémie crée un deuxième pic de grippe cette année. Il pourrait même dépasser le sommet généralement atteint à la fin février – cette année, ce pic était de 600 nouveaux cas par semaine. Par contre, une proportion plus élevée des personnes atteintes se rend probablement à l’hôpital et y subit des tests, par rapport à la saison ordinaire de la grippe. Par exemple, le Dr Poirier est confiant que presque tous les décès reliés au H1N1 ont été comptabilisés, parce que les hôpitaux doivent faire passer des tests pour tout patient atteint d’une maladie respiratoire. Une saison ordinaire de grippe cause de 1000 à 1500 décès, mais ce chiffre n’est jamais observé directement faute de tests – il est basé sur des modèles épidémiologiques canadiens.


GRIPPE A (H1N1)  40000cas, dont 167 morts dans le monde
GENÈVE — Le virus A ( H1N1) de la grippe porcine a contaminé 39 620 personnes dans 89 pays et territoires, faisant 167 morts, selon le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) établi mercredi et publié hier sur le site internet de l’organisation.
Un travailleur de la santé pulvérise un désinfectant sur un collègue dans un hôtel de la province de Hubei, en Chine, où des élèves californiens ont été mis en quarantaine après que quelques-un d’entre eux eurent contracté la grippe A(H1N1).
Depuis le précédent bilan de l’OMS, publié lundi, 3692 nouveaux cas de grippe porcine, dont quatre morts supplémentaires (1 en Argentine et 3 au Canada) ont été répertoriés officiellement.
Le nombre de patients recensés a fait un bond au Canada (+ 1071 à 4049 cas, dont 7 mortels), au Chi l i (+ 641 à 2335 cas, dont 2 mortels), en Argentine (+ 390 cas à 733, dont un mortel), en Australie (+ 289 à 2112 cas), en Thaïlande (+ 281 à 310 cas), au Royaume Uni (+ 235 à 1461 cas, dont un mortel) et aux Philippines (+ 116 à 193 cas).
L’OMS procède à ses propres vérifications, ce qui explique le décalage entre ses statistiques et celles des pays.

LES INFIRMIÈRES ONT PEUR
En cas de pandémie sévère, plus de la moitié du personnel hospitalier pourrait manquer à l’appel, particulièrement chez les infirmières et les préposés aux bénéficiaires. C’est la conclusion de quatre études récentes au Royaume-Uni, en Australie et aux États-Unis. L’étude britannique est la plus pessimiste : seulement 15% des répondantes à un sondage auprès d’infirmières ont indiqué qu’elles continueraient à se présenter au travail coûte que coûte. Aux États-Unis, 45% du personnel hospitalier disait qu’il envisagerait de manquer des journées de travail si leur santé ou celle de leur famille semble menacée. Les deux études australiennes étaient plus optimistes, concluant que l’absentéisme serait limité à 20% et 40% dans les hôpitaux.



Grippe A H1N1
La vigilance est de mise  -  Karl Weiss
Un virus comme le H1N1, c’est un être vivant plus malin qu’on le pense et qui peut nous réserver bien des surprises
Le temps travaille pour nous, un vaccin sera un jour disponible et l’ennemi est bien identifié.
L’auteur est professeur titulaire de clinique à la faculté de médecine de l’Université de Montréal et microbiologisteinfectiologue à l’hôpital MaisonneuveRosemont. Le mois de juin est habituellement celui qui annonce l’été avec toutes ses couleurs et ses saveurs, certainement pas le moment de l’année où l’influenza et, a fortiori, une pandémie prend la tête d’affiche des journaux et des sites d’information sur internet. Pourtant, avec la déclaration de l’OMS qui annonce de facto que nous vivons la première pandémie du siècle, une situation un peu surréaliste semble planer sur la ville.
Les campagnes de dépistage du virus de la grippe A H1N1 ont lieu un peu partout dans le monde, comme ici, où une étudiante fait prendre sa température dans une clinique de Melbourne, en Australie.
En premier lieu, le virus de l’influenza H1N1 attaquait initialement les enfants, les adolescents, les jeunes adultes, et reste dans ce groupe d’âge, hormis quelques exceptions, une maladie relativement bénigne. Lentement, inexorablement, le virus a fait tache d’huile sur la planète, affectant les deux hémisphères simultanément, et commence à se propager aux autres couches démographiques, incluant celles qui présentent des facteurs de risque en terme de complications.
Il n’y a certainement pas lieu de paniquer pour l’instant, de ne plus sortir, de cesser de travailler, de ne pas planter ses fleurs, d’éviter les endroits publics. Il faut simplement continuer de vivre, d’aller aux festivals qui jalonnent l’été québécois, d’envahir les terrasses de café et de planifier ses vacances.
Le temps travaille pour nous, un vaccin sera éventuellement disponible d’ici la fin de l’année, nous avons des médicaments très efficaces pour combattre le virus sous toutes ses formes, et surtout l’ennemi est bien identifié. Mieux encore, nous commençons à avoir une certaine expérience clinique avec ce virus, nous le rencontrons tous les jours plusieurs dizaines de fois, et rien ne vaut le fait d’aller au feu.
Au Canada, notre système de santé hospitalier se comporte au niveau 6 depuis plusieurs semaines déjà. L’incertitude vient d’ailleurs. L’annonce de l’OMS n’a pas apporté sur le terrain de changements notables dans notre façon de faire au niveau hospitalier, nous voyons simplement un nombre sans cesse accru de cas quotidiennement dont certains sont très sévères.
Que décideront les autres pays ? Comment sera perçu un pays comme le nôtre qui compte en terme absolu plus de cas que l’ensemble de l’Europe? Avec une population 30 fois moindre, le Québec a répertorié deux fois plus de cas confirmés que la France, l’Allemagne et l’Italie réunies. L’approche a été différente entre le Canada et certaines autres zones géographiques qui ont adopté une approche plus agressive en terme d’isolement, de traitement, de prophylaxie et de quarantaine.
Le problème actuel au Québec est surtout urbain puisque Montréal semble être affectée de façon plus intense, et c’était attendu puisque les aires urbaines à haute densité de population sont certainement plus à risque de propagation. Les mouvements humains, plus nombreux, plus diversifiés, plus globaux sont certainement un facteur de risque.
Je ne pense pas que nous connaitrons des scènes dantesques dignes de « La peste » d’Albert Camus au Canada. Notre collectivité est équipée de moyens qui permettront avec le virus actuel d’en limiter les dégâts.
En fait, il y aura des pandémies avec des visages différents plutôt qu’une pandémie, selon que l’on vit dans un pays riche ou pauvre. La carte de distribution des cas de l’OMS illustre parfaitement cet état de fait. Il y a un grand trou béant de connaissances autour de l’Afrique, du Moyen-Orient, d’une grande partie de l’Asie, de l’Amérique centrale. Seuls quelques pays sentinelles comme l’Australie, Israël ou le Japon nous permettent de connaître la situation plus exhaustivement dans ces espaces géographiques clés.
Un virus, c’est un être vivant plus malin qu’on le pense, incontrôlable dans son évolution, qui peut nous réserver bien des surprises. Alarmé ? Non, mais pas de complaisance et de nonchalance non plus.
Pour paraphraser Winston Churchill, il y aura malheureusement du sang et des larmes, on ne peut pas passer au travers d’une pandémie sans aucun dommage. Seul un travail coordonné entre les instances gouvernementales, les entreprises dont certaines ont déjà une préparation exemplaire, les travailleurs de la santé qui va falloir protéger à tout prix et la population québécoise dans son ensemble, nous permettra de limiter les impacts du virus.



LA PANDÉMIE EST DÉCLARÉE - Ariane Lacoursière
C’est fait. Il y a officiellement une pandémie de grippe A (H1N1). Faut-il s’en inquiéter ? Non, croient les experts. C’est avant tout la vigilance qui est de mise.
La première pandémie mondiale du XXIe siècle est déclarée. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a relevé hier son niveau d’alerte de la grippe A (H1N1) au niveau maximal, incitant du coup les pays du monde entier à intensifier leur vigilance.

Depuis son apparition au Mexique et aux États-Unis à la fin du mois de mars, le virus A (H1N1) a fait près de 28 000 malades et 144 morts dans 74 pays.
La grippe A ( H1N1) a atteint le stade de pandémie car elle se transmet maintenant rapidement d’humain à humain et elle sévit dans plusieurs régions du monde. « Le virus ne peut pas être arrêté », a souligné hier la directrice de l’OMS, Margaret Chan. Cette dernière a également averti les pays déjà aux prises avec le virus qu’une « deuxième vague » de cas pourrait survenir.
Le Canada qui , avec 2978 personnes infectées, figure au troisième rang des pays les plus touchés par la grippe A (H1N1), est donc visé par cet avertissement. « Le Canada est très affecté par rapport aux autres pays. »
Mais les citoyens n’ont pas à s’alarmer, a assuré la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq. « On était prêts depuis longtemps pour la maladie. La décision de l’OMS de confirmer la pandémie n’est que technique. Ici au Canada, ça ne change pas grand-chose et ça ne veut absolument pas dire que le virus est plus virulent », a-t-elle déclaré en conférence de presse.
Le directeur de l’Agence de santé publique du Canada, le Dr David Butler-Jones, ajoute qu’à l’heure actuelle, la majorité des Canadiens qui contractent la grippe A (H1N1) « se soignent à la maison » et ont des symptômes qui « ressemblent à la grippe saisonnière ».
Micro-biologiste-infectiologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, Karl Weiss confirme qu’il ne faut pas s’inquiéter outre mesure de la nouvelle pandémie et que la population n’a pas à courir s’acheter des masques. L’OMS qualifie d’ailleurs la pandémie de « modérée ».
« Mais il faut rester en alerte, dit M. Weiss, rappelant que le simple fait de parler de grippe en plein mois de juin n’est pas normal. « Et on ne connaît pas vraiment l’histoire de ce virus. On ne sait pas encore s’il va devenir plus virulent », commente M. Weiss.
Hier, l’OMS a discuté avec les huit pays les plus touchés par la grippe A ( H1N1) pour confirmer qu’ils avaient « les preuves incontestables de transmissions locales ». Après cette discussion,
l’OMS a décidé de faire passer son niveau d’alerte de 5 ( pandémie imminente) à 6 (pandémie).
Le Mexique et les États-Unis demeurent les pays les plus touchés par le virus. Mais au cours des derniers jours, plusieurs cas se sont déclarés en Australie. Au Chili, le nombre des malades a plus que triplé en deux jours, atteignant désormais 1694 personnes.
Et il ne pourrait s’agir que de la pointe de l’iceberg selon M. Weiss. « Actuellement, on ne compte aucun cas en Afrique, remarquet-il. Pas parce qu’il n’y en a pas. Mais parce qu’on ne suit pas ce qui s’y passe. Il pourrait y avoir déjà plusieurs cas sur ce continent. » Et puisque les pays d’Afrique sont moins fortunés, la grippe pourrait y faire plusieurs victimes.
Pas de panique au Québec
Au Québec, le nombre de cas de grippe augmente lentement. La province a enregistré 39 nouveaux cas hier. « Le nombre de cas continue d’augmenter, mais la majorité demeure peu sévère », a déclaré le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Alain Poirier.
À Montréal , les hôpitaux pédiatriques notent une affluence accrue aux urgences, principalement pour des cas de grippe. Mais le Dr Poirier assure que les établissements sont prêts à répondre à la demande.
Maintenant que la pandémie est déclarée, très peu de choses changeront au Québec, assure le Dr Poirier. Des sites hors hôpitaux pouvant accueillir et traiter des patients advenant une pandémie majeure sont en préparation. « Mais on ne doit pas les déployer maintenant », dit le Dr Poirier.
Et la préparation à la vaccination massive, prévue pour l ’ automne, s ’ accélère ( voi r encadré).
Selon le numéro deux de l’OMS, le Dr Keiji Fukuda, le virus de la pandémie « va circuler dans le monde entier pendant un à deux ans ».

Si la panique ne semble pas encore s’être installée dans le monde, c’est que la virulence du virus est équivalente à celle de la grippe saisonnière. « Mais sa transmission est beaucoup plus efficace. La grippe saisonnière tue environ 1000 personnes par année ici. La H1N1 infecte trois fois plus de monde et on peut donc s’attendre à ce qu’elle fasse trois fois plus de victimes », explique Éric Frost, microbiologisteinfectiologue à l’Université de Sherbrooke.


Et puis? Et puis rien -  Marie-Claude Lortie
La maladie est à ce point bénigne dans certains cas que des gens l’ont attrapée sans le savoir. Ils pensaient avoir eu un petit rhume.
«Alors, j e devrais paniquer ? » Une urgentiste calée côté maladies infectieuses est au bout du fil, entre deux patients.
Je suis un peu gênée de lui faire prendre le temps de sa pause café pour répondre à mes questions, sauf que j’ai un problème. Je suis incapable de m’inquiéter à la suite de la décision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de déclarer officiellement une « pandémie » de H1N1. Estce grave, docteur ?
« Non, pas du tout. Aucun besoin de paniquer. La réalité, c’est que c’est actuellement une maladie tout à fait bénigne. Moins morbide et moins mortelle que la grippe saisonnière habituelle. Sauf que c’est vrai, oui, il y en a partout. » Partout? Oui, partout. Dans les garderies, dans les écoles, dans les bureaux, chez le personnel hospitalier.
« Juste aujourd’hui, j ’ai dû rappeler 30 patients pour leur dire qu’ils avaient des résultats positifs. » Et puis? Et puis, rien du tout. Dans 99,9999% des cas, le patient va bien après deux ou trois jours. Et même moins.
La maladie est à ce point bénigne dans certains cas – on ne parle pas, évidemment, des gens dont le système immunitaire est affaibli et qui sont vulnérables – que des gens l’ont attrapée sans le savoir. Ils pensaient avoir eu un petit rhume. Ce sont des tests effectués auprès du personnel hospitalier, même asymptomatique, qui ont montré ce phénomène.
Sauf que lorsque le médecin appelle à la maison pour dire à un patient qu’il fait maintenant partie officiellement des cas de H1N1 répertoriés, l’ex-malade s’inquiète quand même. « Les gens pleurent au bout du fil, même s’ils sont redevenus en parfaite santé », me raconte un médecin. Comme s’ils refusaient de croire à cette banalité. Et que les organismes de santé publique ne réussissaient pas à trouver les mots justes et les moyens efficaces pour à la fois nous calmer complètement élucidés – n’ont pas aidé
Pourtant, il est maintenant officiellement dit que le taux de mortalité du virus est bas. Un peu plus et on aurait presque envie de l’attraper maintenant cette bestiole, histoire de se bâtir quelques anticorps juste au cas où elle décidait de muter et de devenir plus féroce.
Le problème, c’est qu’il n’y a pas que le H1N1 qui circule, il y a aussi la grippe saisonnière classique. En tout, trois virus se baladent encore, me dit-on. Et comme personne n’a envie d’attraper une grippe qui pourrait s’avérer pénible et dangereuse, vaut mieux malade, pour ne pas pulvériser sa maladie sur tout le monde, on aide à prévenir la propagation de tous les virus. Une bonne idée, car il y a toujours, partout, des gens au système immunitaire affaibli.
Mais est-on devant un SRAS no 2? Tellement pas! Même l’OMS parle de « sévérité modérée » et ne s’attend pas à une hausse subite de la mortalité même en cas de deuxième vague renforcée avec le retour de la saison grippale à l’automne. et expliquer leur état d’alerte.
Qu’ils surveillent la situation d’aussi près nous inquiète en soi. Et les décès qui ont fait les manchettes, chez les jeunes gens en santé, au Mexique, au début de la crise, fin avril – cas encore pas continuer de suivre les recommandations anticontagion qui ont été diffusées au sujet de la H1N1. En se lavant bien les mains avec du savon, en ne touchant pas les gens qui ont des symptômes... Et en se mettant un masque, quand on est La maladie a fait officiellement 144 morts dans le monde, jusqu’à présent.
Les victimes du sida et de la malaria, elles, se comptent par millions. Il y a quelque chose de gênant à regarder les tableaux de statistiques de l’OMS en marge de leurs nombreuses pages d’information concernant la H1N1. Entre le VIH, le paludisme, la diarrhée et la tuberculose, cette grippe a l’air pour l’instant d’une fourmi de pays industrialisés qui toussote et parle à peine avec le nez bouché.


Pandémie: et après? ARIANE KROL

Dans son état actuel, la pandémie s’annonce étonnamment clémente.
La directrice générale de l’OMS avait l’air d’un médecin qui annonce d’un ton grave à son patient: j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise, c’est que vous êtes en pleine pandémie de grippe. La bonne? Vous ne sentirez presque rien. Et le patient de se demander : dans ce cas, pourquoi en faire tout un plat?
C’est l’impression qui se dégageait de la conférence de presse de l’Organisation mondiale de la santé, hier à Genève. Un contraste frappant avec l’atmosphère qui régnait à l’assemblée annuelle de l’organisme, il y a trois semaines. Tout le monde était alors sur les dents, dans l’attente que l’alerte soit relevée au plus haut niveau. Lorsque le seuil fatidique a finalement été franchi hier, ça ressemblait plutôt à une formalité.
C’est que l’échelle pandémique de l’OMS n’a plus de secrets pour personne. Nous avons tous compris que le sixième et dernier niveau d’alerte mesure la transmission, et non la gravité de la maladie. En trois mois, la population a appris à appliquer les mesures d’hygiène qui limitent la contagion, à évaluer la gravité de ses symptômes et, surtout, à ne pas paniquer. La somme d’informations et de réflexes intégrés en si peu de temps est tout à fait remarquable.
Évidemment, le virus peut muter et devenirplus féroce. Maisdans son état actuel, la pandémie s’annonce étonnamment clémente, du moins dans les pays développés. Ce sont donc les populations qui s’inquiètent le plus du virus qui risquent le moins d’en souffrir. Au Québec, les autorités de santé publique en sont rendues à demander aux parents de ne pas emmener leurs enfants inutilement aux urgences – apparemment, certains centres hospitaliers sont débordés de cas sans gravité qui nécessiteraient simplement du repos à la maison. Si c’est là le plus gros mal de tête que nous cause cette pandémie, nous pourrons nous compter chanceux!
Nous devons cependant être conscients que les populations mal préparées risquent d’être frappées beaucoup plus durement. Il suffit de regarder ce qui se passe au Manitoba. Sur la vingtaine de patients affectés au point de devoir être branchés à un respirateur, plus de la moitié sont des autochtones. Un triste rappel des conditions de vie qui prévalent dans les réserves – habitations surpeuplées qui n’ont pas toutes l’eau courante, manque de médicaments et de personnel soignant.
La ministre fédérale de la Santé, elle-même inuite, vient d’annoncer l’envoi de médecins, d’infirmières et d’épidémiologistes dans les réserves touchées. Il faudra faire plus, surtout en matière de prévention. Le gouvernement fédéral ne peut pas tenir des conférences de presse où il annonce, sur un ton rassurant, que tout est « sous contrôle », alors qu’une partie de sa population est touchée. C’est indécent.
« Nous sommes là-dedans tous ensemble, et nous allons tous passer à travers, ensemble », a déclaré la directrice générale de l’OMS à la fin de son allocution. C’est bien joli, mais si nous ne faisons pas des efforts tous ensemble, et pour tout le monde, il y en a qui ne passeront pas à travers.


Grippe A (H1N1) :  Le Canada préoccupé par les autochtones
« Nous n’avons pas les données pour comprendre pourquoi certaines communautés (sont touchées). »
— Le Canada enquête sur l’impact de la grippe A (H1N1) sur ses populations autochtones, ont indiqué les autorités sanitaires hier, tout en minimisant les craintes que ces communautés soient touchées plus sévèrement que d’autres.
« Il y a des informations sur des cas plus graves dans certaines régions du pays. C’est une préoccupation et nous enquêtons », a déclaré hier la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq.
« Il y a des informations sur des cas plus graves dans certaines régions du pays. C’est une préoccupation et nous enquêtons », a déclaré la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq. « Il faut éviter les spéculations et se fonder sur la science », a cependant fait valoir la ministre, au cours d’un point de presse après la décision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de déclencher le niveau 6 d’alerte maximale face à la grippe porcine.
Mme Aglukkaq, el le-même inuite, a indiqué que les autorités avaient envoyé du personnel supplémentaire ainsi que du matériel médical dans des communautés autochtones isolées. Mais les autorités ont indiqué ne pas disposer d’un décompte des cas de grippe dans les communautés amérindiennes.
« Ce n’est pas une maladie indigène », a souligné de son côté le Dr David Butler-Jones, administrateur en chef de la santé, affirmant que la maladie frappait tout le monde » et pas spécialement les Amérindiens.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait souligné mardi que certaines populations vulnérables sont particulièrement exposées à l’épidémie et avait cité le cas de communautés inuites ou amérindiennes du Canada « où un nombre disproportionné de cas graves » a été constaté.
L’inquiétude régnait dans des communautés amérindiennes du Manitoba, où 26 personnes, dont la moitié amérindienne, ont été placées sous respiration artificielle pour des problèmes pulmonaires graves.
Plusieurs membres de communautés isolées, dont des enfants, ont dû être transportés d’urgence à Winnipeg, capitale duManitoba, et des chefs de communautés autochtones ont reproché aux autorités d’avoir tardé à leur venir en aide.
Le nombre de cas de grippe a également augmenté dans le territoire autonome inuit du Nunavut, passant de 25 à 96 au cours des derniers jours.
« Nous n’avons pas les données pour comprendre pourquoi certaines communautés (sont touchées) et il est beaucoup trop tôt pour conclure, sur la base d’une ou deux communautés, que la maladie est plus grave chez certains groupes ethniques », a souligné le Dr Butler-Jones.
Il a indiqué ne pas avoir de chiffres sur la gravité des cas dans les communautés autochtones. Selon le dernier bilan, le Canada compte près de 3000 cas de grippe, dont 138, soit environ 5%, ont nécessité une hospitalisation.
Les autochtones (Amérindiens, métis et Inuits) sont environ 1,2 million sur une population de 33,5 millions de Canadiens.
M. Butler-Jones s’est montré relativement optimiste, exprimant l’espoir que le nombre de cas allait diminuer avec l’arrivée de l’été et de la chaleur.
Mme Aglukkaq s’est aussi voulue rassurante, soulignant que le Canada était préparé à la décision « principalement technique » prise par l’OMS et que cela ne changerait pas l’approche canadienne face à la maladie. « Heureusement, la grande majorité des cas de la maladie au Canada demeurent bénins », a-t-elle dit.




L’état de pandémie est proche, selon l’OMS
GRIPPE A (H1N1)
GENÈVE — Au moins 26 563 cas de la nouvelle grippe A (H1N1) ont été recensés dans 73 pays, parmi lesquels 140 mortels, selon le bilan fourni mardi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a indiqué qu’elle pourrait très bientôt déclarer l’état de pandémie mondiale pour la première fois depuis 41 ans.
Au Québec, on rapporte 14 nouveaux cas. Le nombre de personnes infectées par le virus, depuis la fin du mois d’avril, est maintenant de 607 au Québec. Cette donnée cumulative comprend des personnes maintenant guéries, et n’indique donc pas le nombre de patients actuellement atteints.
« Nous nous approchons vraiment très près du moment où nous saurons que nous sommes dans une situation de pandémie », a déclaré à la presse à Genève le numéro deux de l’OMS, Keiji Fukuda.
Certains experts estiment que le monde est déjà en situation de pandémie et que l’OMS a accédé aux demandes de certains pays et accepté de repousser l’officialisation du passage au niveau six, le dernier de l’échelle de l’organisation.
« À la surface des choses, je pense que nous sommes en phase 6 », a déclaré la directrice générale de l’OMS, Margaret Chan. Mais « la décision d’annoncer un passage en phase 6 est une lourde responsabilité, une responsabilité que je prendrai très au sérieux, et j’ai besoin d’être convaincue par des preuves irréfutables », a-t-elle ajouté.
Une annonce importante
Selon la directrice générale de l’OMS, il est important de vérifier que le virus est implanté en dehors de l’Amérique avant de déclarer l’état de pandémie mondiale. Elle devait tenir une téléconférence avec plusieurs gouvernements hier, avant de faire l’annonce officielle.
« Une fois que j’aurai des preuves indiscutables, je ferai l’annonce », a-t-elle assuré.
En Espagne, le ministère de la Santé a annoncé l’apparition d’un foyer dans la région de Madrid, où 121 élèves ont été contaminés dans 17 établissements, en date de mardi, comparativement à 66 élèves dans trois écoles vendredi dernier.



Premier décès lié à la grippe A (H1N1) au Québec
« C’est une triste histoire pour la famille, mais pour les mesures générales dans la population, il n’y a pas de changement. »
Plus de 540 cas, et maintenant un décès, le quatrième au pays. Des représentants du gouvernement ont confirmé hier qu’une dame âgée de la région de Québec a succombé aux suites de la grippe A (H1N1).
La femme, qui avait plus de 65 ans, était « apparemment en bonne santé » et s’est présentée à l’hôpital avec « un problème respiratoire aigu ». Elle a été traitée pour « une pneumonie bactérienne », a indiqué en conférence de presse le docteur Alain Poirier, directeur national de la santé publique.
La femme est morte vendredi dernier, « trois jours après le début des symptômes ». Mais c’est seulement hier que la présence du virus A ( H1N1) a été confirmée en laboratoire.
Les membres de sa famille sont surveillés de près. Selon le Dr Poirier, la femme n’avait pas voyagé dans les semaines précédant son décès. Mais pour ses proches comme pour tous les Québécois, cela ne change rien sur les précautions d’hygiène à prendre. « Il y a une transmission dans la communauté. Et on sait même que la transmission peut se faire avant même qu’il y ait des symptômes. »
« Lesmesuresne changent pas, a poursuivi le médecin. L’évolution est plus triste dans ce cas-ci (…), on parle d’un premier décès sur plus de 500 cas. Dans une année d’influenza saisonnière, on peut aller jusqu’à quelques milliers de décès, a-t-il rappelé. C’est une triste histoire pour la famille, mais pour les mesures générales dans la population, il n’y a pas de changement. » Québec se fait rassurant. « Nous avions anticipé que, malheureusement, il y aurait de fortes probabilités que le Québec compte aussi des décès à la suite de l’éclosion du virus de la grippe, a déclaré Paul Girard, sous-ministre au ministère de la Sécurité publique. Je tiens à réitérer que nous maintenons le même degré de vigilance face à la situation. »
« C’est le premier décès au Québec. Il y en a des centaines aux États-Unis », a tenu à préciser le Dr Poirier.
De nouveaux cas ont été recensés hier, portant le nombre de Québécois qui ont contracté le virus de la grippe A ( H1N1) à 547, dont 64 qui ont entraîné des hospitalisations. Au Canada, l’Agence de la santé publique dénombrait hier soir 2446 cas et 4 décès.
Le gouvernement rappelle l’importance des mesures d’hygiène. Tous les détails et l’évolution de la situation peuvent être consultés à www.pandemiequebec.gouv. qc.ca.



25 nouveaux cas de grippe A (H1N1) (+ numéro pour appeler en cas d'infection...
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EN BREF
Les autorités de santé publique ont confirmé le dépistage de 25 nouveaux cas de grippe A ( H1N1) au Québec, hier, portant à 305 le nombre de cas enregistrés depuis la fin du mois d’avril. Cette donnée cumulative comprend des personnes maintenant guéries, et ne réfère donc pas au nombre de patients actuellement atteints. Par ailleurs, bien que le site web www.pandemiequebec.qc.ca demeure en fonction en permanence, les heures d’accessibilité du numéro sans frais de Services Québec ont été réduites. Ainsi, à partir d’aujourd’hui, le numéro 1-877-644-4545 sera en fonction de 8h30 à 16h30, sept jours sur sept. Un homme est mort dimanche en Ontario des suites de la grippe A (H1N1).





 
L’exercice de grippe : ARIANE KROL
Le temps n’est pas encore venu de relever le niveau d’alerte de la grippe A ( H1N1), a décidé l’Organisation mondiale de la santé hier. Pourtant, les 193 pays réunis pour l’assemblée annuelle de l’OMS à Genève retiennent leur souffle. Car après une brève période d’accalmie, le dernier-né des virus grippaux est redevenu une source d’inquiétude majeure, dont on suit l’évolution pas à pas.
Le nombre de cas confirmés au Japon a bondi durant le weekend, passant de quatre vendredi à plus de 160 hier. Le virus semble se répandre par contamination locale plutôt que par un afflux de voyageurs. Or, c’est justement ce type de signal qu’attend l’OMS pour parler de pandémie : une t r a nsmi s s i on soutenue dans une région géographique autre que l’Amérique du Nord . On s’approche de plus en plus du sixième et dernier niveau d’alerte.
Pourtant, cette nouvelle grippe demeure pour l’instant assez bénigne. Surtout lorsqu’on la compare à la grippe saisonnière, qui tue environ un demi-million de personnes dans le monde chaque année. C’est que l’échelle de l’OMS sert à mesurer la transmission de la maladie, et non sa gravité.
Ce malentendu explique en grande partie pourquoi l’organisme et les médias ont été tellement critiqués depuis le passage au niveau d’alerte 5 il y a trois semaines. La catastrophe appréhendée n’a pas eu lieu. Sur presque 9000 cas confirmés, le virus a causé moins de 80 décès. Aurait-on été trop alarmistes ? Nous ne sommes pas de cet avis.
Il est possible que le virus se résorbe de lui-même, reconnaissent les scientifiques. Mais il se peut aussi qu’il engendre une pandémie d’intensité limitée, comme la grippe asiatique de la fin des années 50. Ou qu’il mute et devienne nettement plus féroce. La nouvelle souche présente d’ailleurs une similitude inquiétante avec la grippe espagnole de 1918: elle fait beaucoup de victimes chez les enfants, les ados et les jeunes adultes. Bref, il est trop tôt pour baisser la garde, d’autant que la saison de la grippe démarre bientôt dans l’hémisphère sud.
Si nous sommes chanceux, nous pourrons conclure à l’usage que le virus était vraiment sans gravité, et qu’il nous a offert l’occasion d’une grande répétition générale. Une sorte d’exercice de grippe, comme les exercices d’incendie auxquels on se livre chaque année dans les édif ices publ ics . On pourrait en tirer les mêmes avantages : éviter la panique et s’assurer que chacun fasse ce qu’il a à faire le plus efficacement possible. Autrement dit, développer les bons réflexes.
Vu sous cet angle, l’exercice de g r i ppe s e déroule plutôt bien. Les autorités sanitaires partagent l’information et la population garde son calme. Mais il reste des ajustements à faire. En particulier dans les milieux de travail, où les employés qui se présentent malades sont souvent mieux considérés que ceux qui restent à la maison. C’est une vision réductrice de la productivité, et qui risque de coûter très cher en cas de pandémie. Il va falloir apprendre à développer de nouveaux réflexes... et pas seulement celui de tousser dans son coude !





La grippe A(H1N1) est en perte de vitesse
286 cas ont été recensés au Canada
La progression du virus de la grippe A(H1N1) ralentit au Canada. Cinq nouveaux cas ont été découverts au pays, hier, contre près de 40 la veille. Les autorités évalueront la possibilité de réduire certaines mesures déployées au début de l’épidémie.
Plusieurs des spectateurs d’un match de soccer hier à Mexico portaient encore le masque. C’est le Mexique qui compte le plus de morts causées par la grippe A (H1N1), mais les États-Unis dénombrent maintenant plus de cas de personnes infectées.
L’Alberta et la Saskatchewan sont les seules provinces à avoir revu leur bilan à la hausse, hier. Elles ont signalé respectivement trois et deux nouveaux cas bénins. Au Québec, et pour une rare fois depuis deux semaines, le décompte était demeuré inchangé au cours des 24 dernières heures. Seize Québécois ont officiellement contracté le virus et sont rétablis ou en voie de l’être.
Il est trop tôt pour conclure que le pire est passé, et d’autres cas seront vraisemblablement découverts au cours des prochains jours, a mis en garde le Dr Horacio Arruda, de la Direction de la santé publique du Québec. Les autorités demeurent mobilisées. Mais ces données tendent à confirmer le fait que le virus serait beaucoup moins virulent que ne l’avaient appréhendé les autorités sanitaires lorsque les premiers cas ont été découverts au Mexique.
« Pour le moment, il n’est pas plus sévère qu’un virus de grippe saisonnière », a dit hier le Dr Arruda, rappelant que cette dernière emporte 4000 personnes au Canada chaque année. Un seul décès en lien avec la grippe a été confirmé au Canada, celui d’une Albertaine d’une trentaine d’années qui souffrait également d’une maladie chronique.
Diminution des interventions
Compte tenu de l’évolution de la situation, les autorités sanitaires de toutes les provinces du Canada se réuniront ce matin pour faire le point sur la marche à suivre au cours des prochaines semaines. « Si la tendance se maintient, on devrait diminuer nos interventions », a estimé hier le Dr Arruda. Par exemple, la Direction de la santé publique pourrait cesser de communiquer systématiquement avec toutes les personnes qui ont eu des contacts directs avec un malade.
C’est aussi la faible virulence du H1N1 qui a motivé la décision des autorités de ne pas placer le Collège Charlemagne en quarantaine, même si trois élèves de la même classe y ont contracté la maladie. Joints par La Presse, plusieurs parents ont confirmé qu’ils enverraient leur enfant à l’école comme d’habitude. « Mais il ne faudrait pas que d’autres cas se déclarent », a néanmoins prévenu une mère. Le taux d’absentéisme dans cet établissement privé de Montréal frôlait les 30% lundi dernier, au lendemain de l’annonce de la première infection.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recense maintenant quelque 4500 personnes atteintes dans une trentaine de pays. Les États-Unis ont découvert au cours des 48 dernières heures près d’un millier de nouveaux cas et leur bilan dépasse maintenant celui du Mexique, foyer présumé de la maladie. Washington a de plus confirmé, hier matin, un troisième décès lié à la grippe, ce qui porte à 53 le nombre total de victimes dans le monde (dont 48 au Mexique, 1 au Costa Rica et 1 au Canada). Les États-Unis ont expliqué cette hausse spectaculaire par l’amélioration du système de dépistage.
Les spécialistes de l’Organisation mondiale de la santé doivent se réunir jeudi pour déterminer s’il faut suspendre la production du vaccin contre la prochaine grippe saisonnière, déjà bien amorcée, pour s’attaquer plutôt à la souche H1N1. « Ce n’est pas une décision évidente », a relevé le Dr Arruda. La grippe saisonnière est plus mortelle que le H1N1 ne l’est à l’heure actuelle. Mais les autorités craignent que le virus mute au cours des prochains mois pour réapparaître dans une version plus virulente l’automne prochain.




Grippe A (H1N1) -  Des Canadiens réussissent le séquençage du virus

Pendant que le nombre de cas confirmés de grippe A (H1N1) a dépassé le cap des 200 au Canada et que le Québec compte désormais 10 personnes infectées, les scientifiques canadiens ont réussi une première avec le séquençage du virus.
Avant de pénétrer dans l’immeuble de la Cour suprême du Mexique, un homme s’est fait prendre sa température à l’aide d’un thermomètre à infrarouge, hier à Mexico. La ville a recommencé à vivre après plusieurs jours d’inactivité forcée.
Les experts du Laboratoire national de microbiologie, situé à Winnipeg, ont en effet complété le séquençage génétique de trois virus H1N1 provenant de cas confirmés en Nouvelle-Écosse, en Ontario et au Mexique.
« Il s’agit d’une première mondiale » et « d’une étape très importante », s’est réjouie hier la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq.
Même virus qu’au Mexique
Surtout, cette découverte indique maintenant aux chercheurs que même si la maladie s’est avérée jusqu’à présent beaucoup plus virulente au Mexique qu’au Canada, il s’agit du même virus.
« Il n’y a rien dans les données génétiques qui montre une différence entre les trois virus et qui explique une différence dans la sévérité de la maladie entre le Mexique, le Canada et les États-Unis », a déclaré le directeur général scientifique du Laboratoire national de microbiologie, le Dr Frank Plummer.
D’autres condit ions sousjacentes pourraient donc expliquer la virulence de la maladie en terre mexicaine, a ajouté le Dr Plummer, dont l’équipe a travaillé jour et nuit depuis une semaine pour parvenir à séquencer le virus.
Une question demeure également en suspens: celle de l’origine de la grippe A (H1N1). Le séquençage devrait permettre d’y répondre, croit le directeur général scientifique.
Vers un vaccin
Cette découverte est un pas important en avant. Elle pourrait mener jusqu’à la conception d’un vaccin, a souligné la Dre Danielle Grondin, sous-ministre adjointe des maladies infectieuses et mesures d’urgence à Santé Canada.
« L’important est de comprendre le génome. Ce sont les particularités génétiques du virus qui permettent d’établir ses caractères, comment il pourrait réagir. Connaître le virus nous permettra d’avancer dans la science, dans toutes les étapes, pour, à la toute fin, connaître l’épidémiologie du virus, comment il fonctionne, sa virulence. »
L’Organisation mondiale de la santé réunira pour sa part des fabricants de vaccin pour une téléconférence la semaine prochaine. Ce sera l’occasion de faire le point sur ce qu’il adviendra lorsqu’un vaccin sera mis au point.
« Selon des estimations conservatrices, nous aurons besoin d’un à deux milliards de doses de vaccin contre le virus H1N1 si nous avons une pandémie », a indiqué la Dre Marie-Paule Kieny, directrice de l’Initiative for Vaccine Research, à l’OMS.
La capacité annuelle de production du vaccin contre la grippe saisonnière est d’environ 900 millions à l’échelle mondiale, a-telle précisé.
Le Canada a par ailleurs passé le cap des 200 cas confirmés hier avec l’annonce de 36 nouveaux cas, ce qui porte le total à 201.
Le Québec a de son côté vu le nombre de ses cas doubler pour atteindre un total de 10. Il s’agit tous de cas bénins, qui n’ont pas requis d’hospitalisation.
Au pays, un seul cas a nécessité une hospitalisation, celui d’une jeune fille en Alberta, à la suite de complications respiratoires. Elle va maintenant mieux.
Pour l’instant, la plupart des infections ont été contractées à la suite d’un voyage au Mexique. La transmission du virus de personne à personne inquiète moins les autorités pour le moment.
À l’échelle canadienne, « les premiers détails analysés montrent que seulement 25% n’ont pas voyagé », a déclaré le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Alain Poirier.
Quant aux 29 étudiants et au professeur québécois qui étaient retenus en quarantaine dans un hôtel du nord-est de la Chine, ils ont été libérés hier. Les voyageurs ne présentaient aucun signe de maladie, mais les autorités chinoises ne voulaient prendre aucun risque. Un suivi médical sera assuré aujourd’hui, mais le groupe est libre de vaquer à ses activités.


 
GRIPPE A (H1N1) - Encore des cas, mais lent retour à la normale
Un nouveau cas bénin de grippe A (H1N1) s’estajoutéhierauQuébec, mais il semble que le plus fort de la crise soit passé, du moins pour le moment.
Le nouveau cas d’infection rapporté hier au Québec concerne une personne de la région de Montréal qui revenait d’un voyage au Mexique. Ce nouveau cas porte le total à 11 dans la province, tous des cas bénins. Sur la photo, un travailleur au Mexique désinfecte des trains.
Les données colligées par les autorités de santé publique partout au pays révèlent en effet que le point culminant du nombre de cas rapportés se situe vers la troisième semaine du mois d’avril.
Les questionnaires indiquent « un sommet du début des symptômes autour de la troisième semaine d’avril. Quant à savoir comment le virus va s’ajuster dans le temps, si ça peut bouger, ce n’est pas impossible », a déclaré hier le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Alain Poirier, qui voit là une bonne nouvelle.
À ce jour, la virulence du virus est également très faible à l’extérieur du Mexique. « Le taux de mortalité est très faible, bien en deçà de 1%, puisqu’il y a eu deux décès aux États-Unis et aucun au Canada », a ajouté le Dr Poirier.
Le nouveau cas d’infection rapporté hier concerne par ailleurs une personne de la région de Montréal qui revenait d’un voyage au Mexique. Ce nouveau cas porte le total à 11 dans la province, tous des cas bénins.
Au Canada, on compte désormais 216 cas, dont trois qui ont nécessité une hospitalisation.
La situation semble revenir à la normale un peu partout. Au Collège Charlemagne, où un cas a été identifié le week-end dernier, 96% des élèves étaient de retour en classe hier, a rapporté le coordonnateur gouvernemental en sécurité civile, Michel C. Doré.
Les experts s’attendent toutefois à ce que le virus revienne en force l’hiver prochain, pendant la saison grippale. Les pays doivent se préparer en conséquence, a indiqué hier le numéro 2 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr Keiji Fukuda.
La propagation du virus à l’hémisphère Sud, où l’hiver commence, suscite aussi l’inquiétude des scientifiques. Jusqu’à présent, la grippe A ( H1N1) a surtout causé des infections dans les pays de l’hémisphère Nord.
Le plus récent bilan officiel de l’OMS fait état de 2371 cas confirmés dans 24 pays, dont 44 décès.
L’OMS continue d’ailleurs de recenser les cas attentivement. « Si on regarde les pandémies passées, il est raisonnable de penser que le tiers de la population mondiale pourrait être affectée par le virus » advenant une pandémie de grippe A ( H1N1), a déclaré le Dr Fukuda.
Un vaccin presque prêt
Par ailleurs, un chercheur américain travaillant à l’élaboration d’un vaccin contre la grippe porcine a déclaré hier qu’il espérait que le vaccin contre ce virus serait prêt dans deux ou trois semaines pour des essais cliniques sur des souris de laboratoire.
Suresh Mittal, professeur à l’Université de Purdue, a ajouté que le vaccin serait prêt à être produit d’ici quelques mois.


Épidémie de grippe : « Une infection de faible virulence »
Le virus devrait s’installer dans la population, avertissent les autorités de santé publique
La propagation de la grippe A ( H1N1) semble diminuer, mais les autorités de la santé publique comptent maintenir leur surveillance pour être fin prêtes à réagir en cas de résurgence du virus.
Partout dans le monde, les gens se sont protégés contre la grippe A (H1N1).
Les cinq pays les plus touchés, dont le Canada, ont tenu une conférence téléphonique hier à l’invitation de l’Organisation mondiale de la santé pour faire le point sur les cas cliniques confirmés.
« On parle d’une infection de faible virulence pour l’instant », a déclaré le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Alain Poirier, au terme de cette conférence.
« Il ne faut pas baisser notre garde quand ce virus va s’installer dans toute la population du Québec, car on ne pense pas qu’il ne va pas le faire », a-t-il ajouté.
Même s’il semble moins virulent que ce qui n’était craint au départ, le virus continue sa propagation. De nouveaux décès ont aussi été confirmés hier, dont un deuxième aux États-Unis. Il s’agit d’une femme de l’État du Texas qui souffrait déjà de problèmes de santé chroniques.
Le Québec a pour sa part enregistré un quatrième cas confirmé. Il s’agit d’une personne de la région de Lanaudière qui revenait d’un voyage au Mexique. La maladie est bénigne.
À l’échelle canadienne, on compte 25 nouveaux cas, ce qui porte le total à 165. Dans tous les cas, le virus est de faible virulence, sauf pour une jeune fille de l’Alberta qui est hospitalisée à la suite de complications respiratoires. Elle va toutefois mieux, ont indiqué ses médecins.
Signe que l’inquiétude diminue, le gouvernement fédéral et l’Agence de santé publique du Canada n’ont pas tenu de conférence de presse quotidienne hier.
Du côté de Québec, les autorités de santé publique se voulaient rassurantes. Elles rappellent toutefois que le travail continue.
« Malgré le fait qu’on sent une diminution dans le nombre de cas confirmés, il est important de ne pas baisser la garde », a rappelé le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc.
D’autres cas sont à venir, a pour sa part insisté le Dr Alain Poirier. « Actuellement, ce sont des voyageurs qui ont ramené l’infection, mais on va sûrement avoir de la transmission. (…) On s’attend à ce qu’il y ait des cas et le jour où il y en aura, c’est autre chose qu’il faut mettre en place. »
Le plus récent bilan officiel de l’Organisation mondiale de la santé fait état de 1490 cas confirmés dans 21 pays.
Le Mexique compte désormais 822 cas confirmés, dont 29 décès, tandis que les autorités américaines rapportent 403 cas confirmés, dont deux décès. Le virus semble s’attaquer principalement à des jeunes, souvent dans la mivingtaine. « Peut-être parce que ce sont eux qui voyagent davantage », a dit le Dr Keiji Fukuda, numéro deux de l’OMS.
Les experts tentent maintenant d’évaluer la virulence que le virus pourrait prendre dans les prochains mois.
Chaque année, l’inf luenza saisonnière fait en effet de nombreuses victimes. Au Canada seulement, on rapporte entre 2000 et 8000 décès chaque année dus à des complications de la grippe.
La différence avec le virus de la grippe A (H1N1) est sa nouveauté. La population n’a donc pas développé d’immunité.
« Le virus a différents mécanismes pour changer son code génétique et c’est dû au hasard. Nous ne pouvons pas, de façon sûre et certaine, déterminer demain ce qui va arriver avec le virus. Le virus pourrait changer et être plus virulent, il pourrait rester identique ou il pourrait changer et être moins virulent », a expliqué Carl Gagnon, professeur au département de pathologie et de microbiologie de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.




PAS DE MASQUES, PAS D'ANTIVIRAUX !...
Les autorités canadiennes mettent la population en garde contre le recours aux masques et aux antiviraux comme le Tamiflu et le Relenza. Il n’est pas recommandé de porter un masque. S’il est porté de façon inadéquate, il peut contribuer à propager le virus. Seuls les gens malades, dans les hôpitaux notamment, et le personnel de la santé qui les soignent, devraient en porter. Quant aux antiviraux, ils devraient être réservés pour traiter les cas graves seulement. Sinon, il est possible que le corps développe une résistance au médicament.

Presqu'une pandémie, mais pas vraiment... - PRIORITÉ À LA SURVEILLANCE
Fermeture des écoles, limitation des rassemblements publics, rappel du personnel de la santé à la retraite : le Québec a prévu plusieurs mesures advenant une pandémie d’influenza. Mais c’est loin d’être le cas actuellement.
L’Organisation mondiale de la santé a haussé à 5 sur une échelle de 6 le niveau d’alerte à la pandémie. Il est clair maintenant qu’un nouveau virus se propage à l’humain, qu’il se transmet de personne à personne, et ce, d’un pays à l’autre.
« Nous sommes bel et bien dans un processus de phase d’alerte pandémique », explique Luce-Andrée Roy, coordonnatrice du bureau des mesures d’urgence pour la santé publique à l’Agence de santé de Montréal.
Mais nous sommes encore loin d’une pandémie mondiale. « Pour arriver à la phase 6, il faudrait qu’il y ait un débordement dans la plupart des pays, que ce soit très intense, qu’il y ait des épidémies partout alors qu’actuellement, les éclosions sont très limitées et il y a très peu de cas confirmés », nuance Mme Roy.
Depuis la menace de grippe aviaire, il y a quelques années, les pays ont élaboré des plans d’urgence pour faire face à une éventuelle pandémie. Pour l’instant, c’est la surveillance et la détection des cas potentiels qui prime. « Nous avons demandé à toutes les régions de se préparer », a indiqué le directeur national de la santé publique, le Dr Alain Poirier.
Les hôpitaux ont une marche à suivre pour identifier les personnes potentiellement infectées par le virus de l’influenza H1N1, en analysant leur risque d’exposition au virus et en détectant des symptômes d’allure grippale.
En prévision d’une pandémie, des centres de mesures d’urgence ont été mis en place, tant au ministère de la Santé que dans les agences régionales et les établissements de santé.
La Sécurité civile est désormais partie intégrante du déploiement du plan d’action. « Au moment où on se parle, on a mis en alerte toutes les organisations régionales de sécurité civile. Tous les ministères et organismes présents en région reçoivent les mêmes consignes », a expliqué le coordonnateur gouvernemental en sécurité civile, Michel C. Doré, lors de la conférence de presse quotidienne organisée par le Québec hier.
En cas de hausse du niveau d’alerte
Si l’OMS devait hausser son niveau d’alerte à la phase 6, d’autres mesures seraient mises en place. Les autorités ouvriraient notamment des centres de soins non traditionnels pour accueillir les malades si les hôpitaux étaient trop débordés.
Le personnel de la santé à la retraite pourrait être mis à contribution. Il faudrait aussi pallier l’absentéisme au travail dû à la maladie.
« Si on arrive à une situation où plusieurs personnes sont affectées dans une région ou dans une municipalité et qu’on est dans l’impossibilité de maintenir certaines fonctions essentielles, des ministères, des organisations, des municipalités voisines peuvent être interpellés pour s’assurer que les services essentiels soient offerts à la population », a précisé M. Doré.
Selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux, une pandémie peut durer de 12 à 18 mois et se caractériser par quelques vagues.


Une peur salutaire - ANDRÉ PRATTE
Alors qu’au Mexique, le nombre de décès causés par la grippe porcine monte en flèche, les quelques dizaines de malades recensés ailleurs sur la planète ont souffert de symptômes relativement bénins. Cela étant, certains accusent déjà les médias d’accorder une importance démesurée à cette nouvelle épidémie et de susciter ainsi une panique qui n’a pas sa raison d’être.
Nous ne sommes pas d’accord. Il n’y a qu’à entendre les spécialistes de la santé publique partout dans le monde pour comprendre que si, hors du Mexique, la situation n’est pas encore dramatique, elle est certainement préoccupante. Partout, notamment au Canada, on s’attend à une augmentation de nombre de personnes atteintes et à des décès. On voit mal comment les médias pourraient ignorer une telle nouvelle.
Toute cette information suscitet-elle l’inquiétude au sein de la population? Bien sûr que oui. Et c’est une excellente chose. Si la peur est parfois mauvaise conseillère, elle est aussi un puissant motivateur. Or, si nous voulons que l’épidémie soit contenue, aucune mesure – ni la surveillance des voyageurs ni l’administration massive de médicaments – ne sera plus efficace que la sensibilisation de la population et du personnel du réseau de la santé.
La tragédie du SRAS – 44morts en Ontario en 2003 – a montré le tort que peut faire un système de santé mal préparé et nonchalant. Cette affaire a aussi montré qu’une seule personne infectée peut être à l’origine d’une épidémie extrêmement grave. Il n’y a donc pas de chance à prendre.
Depuis la fin de semaine, partout sur la planète, les responsables de la santé publique répètent les mêmes consignes. Consignes tellement simples et efficaces qu’on s’étonne qu’elles ne fassent pas déjà partie de la vie quotidienne de tous :
• lavez-vous les mains fréquemment et minutieusement, à l’eau chaude;
• toussez et éternuez dans votre bras, pas dans vos mains;
• si vous ressentez des symptômes de la grippe, restez à la maison, réduisez au minimum vos contacts avec d’autres personnes et communiquez avec un professionnel de la santé par téléphone.
Si toute l’information diffusée par les médias depuis quelques jours pouvait seulement inciter davantage de gens à adopter ces mesures élémentaires d’hygiène, leur contribution aurait été d’une utilité considérable.
La peur peut être salutaire. La panique, elle, ne le sera j amai s . Tout le monde doit f a i re preuve d’une extrême vigilance mais, par ailleurs, il faut éviter les mesures irréfléchies, spectaculaires mais inefficaces. Comme l’a rappelé le docteur David Butler-Jones, responsable de la santé publique au Canada, les personnes qui ne sont pas malades n’ont aucune raison de réclamer l’accès à des médicaments. Distribuer des antiviraux à cette étape-ci serait même néfaste puisqu’elle pourrait entraîner une mutation du virus.
Revenons au SRAS: l’épidémie tient son origine d’un médecin de la province chinoise de Guandong qui, porteur du virus, s’est rendu dans un hôtel de Hong Kong pour un mariage. Une seule personne, une pandémie, 800 morts dans 27 pays.
C’est pourquoi aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous en remettre seulement aux gouvernements. Chacun a un rôle fondamental à jouer dans la lutte contre la grippe porcine.




Le flou porcin - Marie-Claude Lortie
Samedi, après avoir écouté les nouvelles et lu tout ce qu’il y avait dans les journaux au sujet de la grippe porcine, Pierre et Jeanne, sont partis à l’hôpital. Pas très malades, mais avec juste assez de toux et de malaise général et de nez bouché pour avoir envie de voir un médecin et de se faire rassurer. De retour de vacances au Mexique, le jeune couple – dont ce ne sont pas les vrais noms – était, vous le comprendrez, inquiets.
L or squ’ i l s s ont a r r i vé s aux urgences de cet hôpital Montréalais, ils se sont masqués et quand ils ont dit au préposé au triage qu’ils avaient des symptômes de grippe, qu’ils revenaient de voyage et compagnie, il s’est masqué lui aussi.
Sauf que, quand est venu le temps d’ouvrir un dossier, Pierre et Jeanne, deux Européens, ont dû expliquer qu’ils n’avaient pas de carte d’assurance maladie. Étrangers au Québec avec visa de travail, ils ne sont pas couverts par le régime québécois. Étant en processus de « magasinage » auprès d’assureurs dans leur pays pour renouveler leur couverture à meilleur prix – ils ont réglé cette situation dès hier – ils étaient, samedi, dans des sortes de limbes.
Résultat: on leur a demandé de payer chacun 500 $, une note qu’ils n’ont pu prendre. Ils sont donc repartis de l’hôpital avec deux noms de médecins qui pourraient peut-être les aider.
Personne n’a pris leurs noms, leurs numéros de téléphone. « On est restés surpris. Nous, on était sûr qu’on y resterait en quarantaine », dit Pierre.
Je lui ai parlé hier. Il va bien. Il a encore le nez bouché et une faible toux. Rien de plus. A-t-il eu la grippe porcine? Il ne le sait pas.
Pour le moment, il reste à la maison, tout comme sa conjointe – dont l’employeur lui a carrément demandé de ne pas venir au bureau. Tous les deux attendent. Quoi? Pas clair.
Lorsque j’ai appelé l’hôpital où ils étaient passés, on m’a assuré que si les symptômes avaient été alarmants, le couple aurait été gardé quoi qu’il en soit.
Mais ce que j’ai aussi compris en parlant avec les responsables hospitaliers, c’est qu’ils n’ont reçu aucune instruction de la part des autorités de la santé publique sur la manière de faire face à la situation actuelle.
Et ce flou, qui contraste avec la grande vigilance constatée au moment des menaces de grippe aviaire il y a trois ans, d’autres médecins l’ont constatée dans d’autres hôpitaux.
En fait, nous sommes tous atteints de f lou. Flou entourant la gravité de l’épidémie, flou sur la gravité de la maladie elle-même. Flou sur notre vulnérabilité.
On dirait qu’on ne peut pas faire de lien entre ce que les autorités sanitaires mondiales, européennes et nord-américaines disent et laissent entendre et ce qu’on voit autour de nous dans notre système médical.
Est-ce parce que les messages émanant des grands organismes sanitaires donnent une fausse vision alarmiste de la situation? Est-ce parce que les autorités de santé publique ont de la difficulté à trouver les mots pour donner autant l’heure juste aux paniqués qu’aux inconscients? Ou est-ce parce que les gens ici, sur le terrain, ne réagissent pas assez vite, tout simplement?
Mesurer à quel point on est visé par de telles menaces de santé publique est très difficile. Je me rappelle encore des inquiétudes extrêmes causées par les messages sur l’épidémie de sida à la fin des années 80. En insistant sur le fait que personne n’était à l’abri, ils donnaient l’impression que tout le monde était également à risque.
Un phénomène semblable se produit actuellement, car on insiste sur le fait que la grippe porcine touche les jeunes gens en pleine forme. Personne ne se sent donc protégé.
Mais où sont les nuances? Qui sont exactement ces morts mexicains ? Comment ont-ils attrapé la maladie? En touchant à une poignée de porte dans une boîte de nuit ou en étant marié à quelqu’un qui travaille dans une porcherie?
Devrions-nous tous, tout de suite, nous faire faire des ordonnances de Tamiflu? Ou attendre sans broncher ? Et nos copains qui reviennent du Texas? On les invite dans un party ou pas ?
J’ai hâte qu’on en sache un peu plus. Parce que ce flou ne me semble vraiment pas bon pour la santé.


L’ennemi public numéro H1N1,  ou la grippe  "mystèere"... -  MARIE-CLAUDE LORTIE
Il y a à peine autant de gens qui sont morts de cette grippe depuis le début de la crise que de gens morts de malaria dans la dernière… demi-heure.
Jusqu’à présent, de toutes les choses qui ont été dites par les dirigeants des pays les plus touchés par la grippe H1N1 (oui, la porcine, la mexicaine, l’Aléna-esque, la A comme dit Libération, bref, celle dont on parle depuis 12 jours) la palme de la clarté et de la nuance sur le degré d’inquiétude à avoir revient aux propos du président américain Barack Obama. Il les a prononcés vendredi à la sortie d’une rencontre de son cabinet, en s’adressant aux journalistes.
« Quelqu’un m’a demandé pourquoi celle-ci est différente des autres grippes. On ne sait pas avec certitude si elle sera plus grave que les autres grippes saisonnières. Quelqu’un faisait remarquer que plus de 36 000 personnes meurent chaque année, en moyenne, de grippe saisonnière. Et il y a 200 000 hospitalisations. Peut-être que le H1N1 va faire sa route comme une grippe ordinaire. Et nous nous serons préparés. Et nous n’aurons pas besoin de toute cette préparation. La raison pour laquelle les scientifi-
Oui, le virus varie d’année en année, a-t-il ensuite ajouté. Mais là, on sort carrément de la famille de virus habituelle. Voilà pourquoi, croit le président américain, il faut se préparer à l’éventualité d’un dérapage, bien que, pour le moment, les sources d’inquiétude soient théoriques.
Cette grippe, a-t-il conclu, on doit s’en préoccuper, mais ne pas s’en alarmer.
Ce n’est pas parce que l’OMS est au degré d’alerte 5 (sur une échelle de 6) que nous, à la maison, devons faire la même chose.
En fait, tout semble indiquer que, sur nos patios printaniers, ques sont inquiets, c’est que c’est une nouvelle souche, et ce qui se passe, c’est que les Américains et les gens de par monde ne se sont pas bâti une immunité comme ils s’en sont bâti une pour la grippe saisonnière à laquelle nous sommes habitués. » nous pouvons respirer calmement. On aimerait, avec la belle saison, ne pas avoir à se préoccuper de la contagion de la grippe de la même façon qu’à la veille des fêtes de Noël – zéro bisou aux amis le moindrement enrhumés, savon et Purell à portée de main en permanence – mais pour les masques, on oublie ça.
Non seulement la grippe ne se répand pas comme une traînée de poudre comme on l’a tous craint dans nos pires cauchemars, mais en plus, elle ne semble pas plus grave pour le moment, ici à tout le moins, que la grippe traditionnelle.
Et comme l’a fait remarquer le journaliste du Globe and Mail André Picard, spécialiste du journalisme médical, il y a à peine autant de gens qui sont morts de cette grippe depuis le début de la crise (23 en tout) que de gens morts de malaria dans la dernière… demi-heure.
Ce n’est pas le Tamiflu qu’il faut stocker, ce sont des moustiquaires qu’il faut acheter... pour les enfants africains. ( Toutes sortes d’ONG mènent campagne en ce sens, une moustiquaire coûte 10$.)
Cela ne veut pas dire que toutes les questions déclenchées par cette nouvelle grippe aient trouvé réponse.
De plus en plus de spécialistes disent que si les choses se calment maintenant, cela ne veut pas dire que le virus ne reviendra pas en force à l’automne avec le début de la saison traditionnelle de la grippe. (Le virus, habituellement, supporte mal le temps chaud de l’été, bien que, m’a fait remarquer un médecin, le Mexique n’ait pas exactement un climat sibérien, ce dont le H1N1 n’a pas semblé se plaindre…) Si la grippe revient en force, le vaccin sera-t-il prêt ? Et nous, serons-nous capables de réagir adéquatement quand on criera (encore) au loup?
Ensuite, on ne sait toujours pas pourquoi les Mexicains ont été touchés aussi durement. On a fait grand cas de la jeunesse et de la santé de ceux qui en sont morts. Mais encore ?
Est-ce que l’accès aux soins de santé est mis en cause?
Et en ce sens, que penser de nos perspectives au Québec ? Si cette grippe est grave mais soignable à condition d’avoir des soins adéquats rapidement, serons-nous capables, avec nos réseaux d’urgences en surcapacité et le manque de médecins de famille en première ligne – ceuxci sont cruciaux pour la détection des cas tôt dans le processus –, de faire face à une demande massive de services médicaux?


 
Arrivée de 75 employés saisonniers mexicains à Montréal - Le fédéral ne juge pas nécessaire d'évaluer leur santé sur place...
Les travailleurs ont été vus par un médecin
Environ 75 travailleurs agricoles mexicains sont arrivés à Montréal, hier, et tous ont assuré avoir été examinés par un médecin avant leur départ. Des voyageurs en provenance du Mexique ont toutefois déploré que les douaniers canadiens ne leur aient posé aucune question sur leur état de santé à leur arrivée à Montréal.
Une cohorte de travailleurs saisonniers mexicains est arrivée hier à l’aéroport Montréal-Dorval. Les 10 travailleurs interrogés par La Presse ont dit avoir subi un examen médical à l’aéroport de Mexico.
Portant une casquette et le sourire aux lèvres, des Mexicains ont atterri à l’aéroport MontréalTrudeau, hier soir.
Les 10 travailleurs interrogés par La Presse ont tous assuré qu’ils avaient subi un examen médical à l’aéroport de Mexico, tel que l’exige le gouvernement de Stephen Harper. Le ministre de l’Immigration, Jason Kenney, a annoncé hier aux Communes que les travailleurs mexicains rencontreraient deux médecins avant de prendre l’avion vers le Canada pour s’assurer qu’ils ne sont pas porteurs du virus de la grippe porcine.
« Nous avons pris des mesures supplémentaires pour nous assurer de la santé des Canadiens. Tous les travailleurs étrangers et temporaires du Mexique sont désormais tenus de se soumettre à un examen de santé avant leur départ. Cela comprend un questionnaire, un examen physique par deux médecins. Cet examen sera effectué avant le départ », a affirmé M. Kenney.
« Ils ont pris notre température, vérifié nos yeux, notre pression sanguine. Le médecin m’a demandé si j’étais fatigué ou si je présentais d’autres symptômes », a assuré Baldomaro Flores Alvarez, de l’État de Toluca.
Des travailleurs, dont Juan Robles et Manual Gomez, ont toutefois affirmé qu’ils avaient rencontré un seul médecin à l’aéroport de Mexico. Ces derniers ont également indiqué que les douaniers canadiens ne les avaient pas questionnés sur leur état de santé à leur arrivée à Montréal.
Des Québécois qui sont revenus du Mexique hier ont également affirmé que les douaniers ne leur avaient posé aucune question relativement aux symptômes de la grippe porcine. Pourtant, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) avait assuré dans la journée que « les agents de l’ASFC référeront à un agent de quarantaine toute personne présentant des symptômes de la maladie tels que fièvre, frissons, toux grave et/ou de détresse respiratoire. »
« Si je ne déclare pas mes symptômes et que je ne tousse pas au visage du douanier, comment peut-il savoir si j’ai la grippe? » s’est questionnée Kim Campbell, qui revenait d’un séjour de quatre jours à Guadalajara, au nord-est du Mexique.
El le ava it fa it un esca le à Chicago avant d’atterrir à Montréal en début de soirée. Les autorités mexicaines et américaines ne l’ont pas non plus interrogée sur son état de santé, assure Mme Campbell, qui ne présente aucune symptôme associé à la grippe porcine.
« Je me pose des questions, a dit Julie Dessureault, qui revenait d’un séjour de 10 jours à Mexico et Guadalajara. Je me demande si je dois entrer en contact avec mes jeunes enfants. Mais il faut croire que les autorités canadiennes, elles, ne s’en posent pas beaucoup. »
D’autres voyageurs qui débarquaient d’un vol direct de Mexico ont toutefois assuré que les douaniers canadiens, qui portaient des masques sanitaires, les ont questionnés sur leur état de santé. Hier soir, il n’y avait plus de réponse au bureau des communications de l’ASFC.
48 heures d’observation
René Mantha, directeur général de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’oeuvre étrangère, était venu accueillir les travailleurs mexicains hier soir. Le fait que les douaniers canadiens n’aient pas posé de questions relatives à la grippe porcine ne l’inquiétait pas. « Les 75 ont été examinés au Mexique, et aucun d’entre eux ne présentait de symptômes », a-t-il dit.
Sa Fondation a demandé hier à l’Institut de santé publique du Québec de préparer un protocole d’intervention destiné aux producteurs agricoles qui accueilleront cette année les travailleurs mexicains. En tout, quelque 6000 étrangers travailleront pour des producteurs agricoles du Québec, dont la moitié viennent du Mexique.
« Les voyageurs qui viendraient tout juste de contracter la grippe porcine ne présenteraient pas nécessairement de symptômes à leur arrivée à l’aéroport », a souligné René Mantha, directeur général de la Fondation.
D’ici l’arrivée du protocole, M. Mantha enverra une lettre aux producteurs agricoles ce matin pour leur conseiller de garder les travailleurs à domicile pendant les 48 premières heures pour surveiller leurs symptômes et éviter une éventuelle propagation.




L’OMS craint une pandémie
« La possibilité d’une pandémie doit être considérée très sérieusement, principalement en raison de la facilité du virus à se répandre dans tous les pays du monde. »
L’Organisation mondiale la santé a haussé son niveau d’alerte de4à5, sur une échelle de 6. Cela signifie qu’une pandémie de grippe porcine est imminente et que tous les pays doivent se préparer à y faire face.
L’OMS a réuni son comité des mesures d’urgence hier soir pour une rencontre spéciale afin de faire le point sur la situation. « Je rehausse le niveau d’alerte de 4 à 5, a déclaré la directrice générale de l’OMS, la Dre Margaret Chan, au terme de cette réunion.
Cela signifie qu’une pandémie est imminente. « La possibilité d’une pandémie doit être considérée très sérieusement, principalement en raison de la facilité du virus à se répandre dans tous les pays du monde », a ajouté la Dre Chan.
La directrice générale de l’organisation s’est voulue tout de même rassurante. « Le monde n’a jamais été aussi bien préparé à faire face à une pandémie, a-t-elle ajouté. Pour la première fois de l’histoire, nous pouvons suivre l’évolution de la pandémie en temps réel. »
Au cours de la journée, l’organisation avait annoncé qu’au moins neuf pays comptent désormais des cas de grippe porcine, confirmés par des tests en laboratoire.
Mais c’est la situation qui a cours aux États-Unis qui a incité l’OMS à relever son niveau d’alerte. Les autorités dénombraient hier soir 91 cas confirmés de grippe porcine, dans 10 États, principalement à New York, au Texas et en Californie.
Un premier décès à l’extérieur duMexique a aussi sonné l’alarme. Il s’agit d’un bambin de près de 2 ans, originaire de Mexico, qui était en visite chez des membres de sa famille au Texas lorsqu’il est tombé malade au début du mois d’avril. Il est mort dans un hôpital près de Houston lundi soir, à la suite de complications respiratoires.
En plus du Canada, du Mexique et des États-Unis, des cas sont identifiés en Grande-Bretagne, en Espagne, en Israël, en NouvelleZélande, en Allemagne et en Autriche.
19 cas au Canada
Au Canada, on compte maintenant 19 cas de personnes qui ont été infectées par le virus H1N1. L’Ontario a répertorié trois cas supplémentaires hier, portant le total à sept dans la province. Trois autres cas ont été identifiés en Colombie-Britannique, ce qui porte le total à six dans cette province.
Ailleurs, quatre cas ont été déclarés en Nouvelle-Écosse et deux en Alberta. Il s’agit d’affections légères dans tous les cas et les personnes affectées récupèrent bien.
Le fait que l’OMS ait relevé son niveau d’alerte ne modifie pas le plan d’action du Canada, a précisé l’administrateur en chef de l’Agence de santé publique du Canada, le Dr David Butler-Jones.
« Cela ne signifie pasde changements dans notre approche. Nous continuons notre surveillance pour trouver des cas d’influenza. (…) Nous avons un plan canadien de pandémie d’influenza, nous le suivons et nous allons continuer d’adapter notre surveillance et nos mesures de prévention selon ce que la situation nous dictera. »
Les autorités mexicaines ont par ailleurs demandé l’aide du Canada pour analyser des cas suspects de contamination à la grippe porcine. Une requête à laquelle le Canada s’est empressé d’acquiescer, a dit la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq. Quelque 200 échantillons seront ainsi acheminés au laboratoire national de santé publique, à Winnipeg, aux fins d’analyses.
Pour le moment, le Québec échappe toujours à la grippe porcine. « La situation au Québec est stable. Nous n’avons toujours pas de cas confirmé », a indiqué le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Alain Poirier, lors du point de presse quotidien.
Même si une pandémie semble désormais imminente, le Québec est en mesure d’y faire face, a assuré le Dr Poirier. « Nous augmentons notre niveau de préparation. Nous ouvrons les centres d’urgences des centres de santé et de services sociaux. (…) Nous avons un plan national de sécurité civile et nous procédons à l’activation de plus d’informations, de mises en alerte, pour une série de partenaires dans la population. »
Le laboratoire de santé publique du Québec, situé à Sainte-Anne-de-Bellevue, sera en mesure sous peu de faire les tests pour détecter la présence du virus d’influenza porcine. Actuellement, il faudrait envoyer les échantillons à Winnipeg. Une procédure qui permettra de gagner 24 heures dans la détection de cas potentiels.
« L’autosurveillance des symptômes » et les mesures d’hygiène de base demeurent toutefois les meilleurs outils de prévention, a cependant rappelé le Dr Poirier.



Grippe porcine : un potentiel d’épidémie planétaire
Nous sommes mieux outillés pour affronter une pandémie de grippe porcine qu’à l’époque du SRAS
Il n’existe aucun vaccin efficace actuellement. La mise au point et la production de celui-ci prendront au moins plusieurs mois. L’utilisation de médicaments antiviraux efficaces sera certainement la clé de voûte qui nous permettra de passer la phase critique initiale d’une pandémie.
L’auteur est microbiologisteinfectiologue à l’hôpital MaisonneuveRosemont et professeur titulaire de clinique à la faculté de médecine de l’Université de Montréal.
Le virus de l’influenza se transmet par de grosses gouttelettes qui voyagent sur une distance de trois à six pieds environ, à partir du cas index. Des mesures de prévention des infections mettant l’accent sur l’étiquette respiratoire, le lavage des mains et le port d’un masque devront être scrupuleusement et impérativement suivies pour réduire les conséquences d’une pandémie.
La médecine moderne nous a fait oublier les épidémies désastreuses qui ravageaient jadis les populations de façon régulière. La peste, le choléra, la variole frappaient tous les continents sans discrimination, tel un métronome.
Pour la plupart d’entre nous, ce genre d’épidémie a été relégué aux livres d’histoire et notre mémoire collective ne peut se rattacher à un événement historique précis qui nous tracerait un parallèle. La pandémie d’influenza, encore connue sous le nom de grippe espagnole, qui a affecté le monde entre 1918 et 1920, a fait, selon les estimations, entre 30 et 50 millions de morts.
Ce fut en fait la première vraie pandémie qui est, par définition, une épidémie à l’échelle planétaire (qui affecte au moins trois continents). Des moyens de transport relativement efficaces, des conditions de vie et d’hygiène précaires, une guerre mondiale et une révolution russe ont certainement contribué au taux de mortalité élevé: de 1 à 2% des cas soit plus de 10 fois la mortalité habituelle de l’influenza saisonnier (environ 1 sur 1000).
Le SRAS nous a ramenés à l’ordre en 2003, nous illustrant qu’en dépit de notre technologie et de notre savoir-faire, une société avancée comme la nôtre peut rapidement sombrer dans la panique et la désorganisation. Et pourtant, dans la région de Toronto, le SRAS n’a jamais eu de transmission communautaire, il a toujours été contenu dans le système de santé. Imaginons quelle aurait été la réaction de la population canadienne si le SRAS avait frappé de façon indiscriminée la communauté au sens large ?
Le propre des maladies infectieuses est de frapper n’importe qui, n’importe quand et à n’importe quel moment, et c’est cette particularité qui induit une peur démesurée dans la population, mais aussi une nécessité d’intervention rapide, coordonnée et massive des autorités médicales.
L’attention récente apportée par les médias, mais surtout par les institutions scientifiques telles que le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au virus de l’influenza porcin H1N1 démontre l’importance potentielle du fléau à venir.
Dans certains pays en développement, la cohabitation intense en zone rurale entre les animaux (porcs et volaille) et les humains favorise l’échange de matériel génétique entre les souches de grippe humaines et animales. Ces recombinaisons fréquentes vont être à la source des modifications parfois importantes qui apportent de nouvelles souches associées à des cycles plus sévères de la maladie. Les fortes densités de population des grands centres urbains de la planète, et la facilité des voyages contribuent également à une propagation rapide du virus.
Une pandémie doit rencontrer certains critères de base : elle doit être causée d’une part par une nouvelle souche dont la transmission interhumaine est assez efficace, et d’autre part affecter une population peu préparée au nouveau venu d’un point de vue immunitaire.
Des progrès importants
Sommes-nous prêts à affronter une pandémie ? En fait nous ne le serons jamais complètement, mais nous sommes certainement bien mieux outillés qu’au moment où le SRAS a frappé la planète. Des progrès importants ont été réalisés au Canada en matière de surveillance, de système d’alerte, de soutien des laboratoires et, surtout, nous avons observé un changement des mentalités à l’égard de la lutte contre les maladies infectieuses.
Quant aux moyens pour combattre une pandémie de grippe porcine, il est clair qu’il n’existe aucun vaccin efficace actuellement et que la mise au point et la production de celui-ci prendra au moins plusieurs mois. L’utilisation de médicaments antiviraux efficaces et offerts en traitement et en prophylaxie sera certainement la clé de voûte qui nous permettra de passer la phase critique initiale d’une pandémie. C’est d’ailleurs sur quoi repose la stratégie des autorités mexicaines qui ont réagit de façon exemplaire jusqu’à maintenant.
Le virus de l’influenza se transmet par de grosses gouttelettes qui voyagent sur une distance de trois à six pieds environ, à partir du cas index. Des mesures de prévention des infections mettant l’accent sur l’étiquette respiratoire, le lavage des mains et le port d’un masque devront être scrupuleusement et impérativement suivies pour réduire les conséquences d’une pandémie.
Conséquences gigantesques
Une pandémie massive causée par le virus de l’influenza porcin H1N1 aura des conséquences humaines, sociales, économiques et politiques gigantesques. L’économie de la planète déjà éprouvée connaîtra des moments très difficiles en cas de pandémie. L’impact du SRAS, pourtant limité en matière d’éclosion et de temps, a coûté 70 milliards de dollars à l’économie mondiale. Mais l’histoire nous a aussi appris que la peste noire qui a frappé l’Europe entre 1349 et 1351 a été un catalyseur de la Renaissance en réorganisant l’économie et la société dans son ensemble.
Seule une préparation exhaustive, et minutieuse, presque militaire de notre système de santé pourra limiter les dégâts humains et matériels d’une pandémie semblable à celle de 1918. La lutte contre les maladies infectieuses, c’est à la fois la science de Pasteur, Koch et Fleming, et les concepts stratégiques de Von Clausewitz et Napoléon: vitesse, vitesse, vitesse… dans notre intervention.




URGENTE, LA RECHERCHE! -  Rose Legault
Il est inacceptable qu’on n’ait pas encore trouvé la cause de la maladie de Parkinson
La mort de Gilles Carle nous fait vivre d’immenses émotions ! Je fais partie d’un groupe de soutien de la société Parkinson du Québec, comme aidante de mon mari qui est atteint de la maladie de Parkinson. En tant que conjointe, je vis, nous vivons des événements extrêmement pénibles chaque jour.
Rose Legault enlace son mari, Edmond Jones, atteint de la maladie de Parkinson.
Toutes les images et photos de Gilles Carle qui nous ont été présentées depuis son décès nous confrontent à l’immense épreuve que nous vivons tous. Personnellement, je n’ai pas eu la joie ni le temps de goûter au plaisir d’une vie heureuse avec mon mari, car deux ans à peine après notre mariage en 1995, il a été diagnostiqué de la maladie de Parkinson. Je l’ai vu perdre ses capacités physiques, ses sens, bien sûr la parole… Je l’ai vu dépérir psychologiquement, je le vois mourir un peu chaque jour depuis 10 ans. Quelle plaie que cette maladie!
Je connais aussi des personnes d’à peine 30 ans atteintes de cette maladie. Elles se battent avec acharnement pour vivre, elles ont un courage exceptionnel !
Les parkinsoniens sont fatigués de prendre des médicaments. Quand on pense qu’ils doivent avaler des dizaines de pilules par jour pour être capables de fonctionner, c’est invraisemblable ! Le nombre de personnes atteintes augmente avec les années et malheureusement on n’a pas encore trouvé la cause. C’est ça qui m’apparaît inacceptable!
Mon mari, que j’adore, vit dans un CHLD depuis deux ans. C’est le coeur déchiré que j’ai dû accepter ! La vérité est qu’il s’est rendu compte de ma fatigue, de mon épuisement, surtout psychologique. C’est alors qu’il a demandé d’aller en institution. Jamais je n’aurai assez de reconnaissance pour sa générosité. Bien sûr, je le vois tous les jours, je continue de l’accompagner pour les visites médicales. Il est encore capable de lire, de faire un peu d’ordinateur et il participe à ma grande surprise, aux activités du centre. Ça, c’est le bon côté!
Or, pour nous aidants-aidantes, l’urgence n’est pas tant l’aide matérielle que le soutien à la recherche. Nous avons d’excellents chercheurs à Montréal, mais leurs moyens sont très limités.
Tant et aussi longtemps que l’on n’aura pas trouvé la cause de la mort des cellules qui produisent la dopamine, substance essentielle, on n’avancera pas à améliorer le sort des parkinsoniens et malheureusement, on continuera à enrichir les compagnies de produits pharmaceutiques.
Il faut donc d’abord et avant tout, mettre l’accent sur ce qui est le plus important pour les malades en premier lieu, et pour la société par la suite : la recherche.

Du nouveau sur le SIDA  -  Mathieu Perrault

Un nouveau cobaye
Des virologistes new-yorkais ont mis au point une version génétiquement modifiée du VIH qui peut infecter les singes de laboratoire. Le VIH humain n’y arrive pas, ce qui limitait la recherche médicale aux chimpanzés, des animaux coûteux à utiliser et chez lesquels les symptômes du sida sont absents. La possibilité d’utiliser des singes de laboratoire permettra d’accélérer la conception et les tests des nouveaux médicaments.

Un géant du sida
La décision de deux entreprises pharmaceutiques, GSK et Pfizer, de créer la première entreprise consacrée uniquement au sida fait des vagues. Des militants tels que le Treatment Action Group craignent que la société, nommée ViiV, ait un monopole sur les traitements, ce qui ferait grimper les prix. De plus, cette concentration pourrait faire diminuer la concurrence actuelle entre GSK et Pfizer, et donc les sommes investies dans la recherche. Par contre, Unitaid, un organisme qui finance les traitements antisida dans le tiers-monde, a salué la création de ViiV, affirmant que les négociations pour créer des licences génériques pour les pays pauvres seraient simplifiées.

Nouvelle souche
UnenouvellesoucheduVIH, qui provient des gorilles au lieu des chimpanzés, vient d’être identifiée. Elle a été détectée à Paris chez une Camerounaise qui vivait jusqu’en 2004 à Yaoundé, ce qui signifie donc qu’elle a été contaminée par un contact sexuel humain, selon des biologistes britanniques. La patiente n’est pas encore malade.

Des centaines de milliards
Sans des investissements de centaines de milliards en santé dans les paysdu tiers-monde, le sida sera toujours en croissance non maîtrisée en 2030, prévient un groupe d’experts dans la revue Health Affairs. Si les normes de financement actuelles sont maintenues, le nombre de nouvelles victimes par année continuera à dépasser 2 millions dans les pays à faible ou moyen revenu, alors que les sommes dépensées liées au sida dans ces pays doubleront, pour atteindre 25 milliards (en dollars courants). Si l’investissement est triplé, il pourrait être possible d’abaisser le nombre de nouvelles victimes à 1 million par année dès 2015. Afin de limiter les dépenses, il est possible d’atteindre cet objectif en 2025 avec une augmentation plus graduelle des dépenses, qui n’excéderaient 30 milliards de dollars qu’en 2025, mais en instaurant des changements structurels pour rendre ces investissements plus efficaces, selon le rapport américain.

Congrès annuel
Washington accueillera en 2012 le congrès annuel de la Société internationale du sida, a annoncé la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton hier.

Le condom féminin
Une équipe américaine teste actuellement un condom féminin, un gel qui protège contre les spermatozoïdes et le VIH. Les chercheurs ont conçu un gel, liquide en milieu acide, comme c’est le cas dans le vagin, mais qui se solidifie en milieu alcalin, par exemple en présence de spermatozoïdes. Il capte les particules plus grandes que 50 nanomètres, soit les spermatozoïdes, les virus du sida, de l’herpès et du papillome, lié au cancer du col de l’utérus. L’équipe de bioingénieurs veut entamer des essais cliniques dans cinq ans, mais rappelle que des tentatives antérieures de créer un gel microbicide ont échoué.



Des microbes dans le pommeau de douche  -  Mathieu Perrault
Les femmes enceintes devraient éviter de prendre trop souvent des douches, ou alors en remplacer régulièrement le pommeau. Telle est la conclusion surprenante d’un microbiologiste américain, qui a publié hier une étude sur les microbes qui s’accumulent dans les pommeaux.
« Certains microbes parviennent à devenir 100 fois plus concentrés dans l’eau qui sort des pommeaux », explique Norman Pace, microbiologiste à l’Université du Colorado, qui publie l’étude dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. « Ils ne posent pas problème pour les gens qui sont en santé, mais pour ceux qui ont un système immunitaire affaibli, par exemple après une greffe, à cause du sida ou durant un traitement anticancer ou une grossesse, ça peut être dangereux. »
Le biologiste de Denver estime même que la popularité croissante des douches pourrait être responsable de l’augmentation des infections à Mycobacterium avium, cousine de la tuberculose. « Les infections à M. avium ne sont pas bien suivies parce que les patients ne sont pas contagieux, mais tout porte à croire qu’il y en a davantage qu’avant, dit M. Pace. Comme on sait que les douches tendent de plus en plus à remplacer les baignoires parce que les gens veulent économiser du temps, il serait logique qu’il y ait un lien entre les deux. On pense à tort que le bain est moins hygiénique que la douches, mais comme l’eau est en partie atomisée en sortant des pommeaux, les microbes pénètrent plus facilement dans les voies respiratoires. »
Peut-on laver un pommeau de douche? « C’est extrêmement compliqué à faire à la maison, dit M. Pace. Le plus simple est de le changer régulièrement. On peut aussi choisir des modèles tout en métal, pas seulement faits de pièces de plastique recouvertes de métal, parce que les microbes ont plus de difficulté à s’accrocher au métal qu’au plastique. »
En 2003, dans une étude sur les personnes vulnérables aux infections, l’Institut national de santé publique du Québec a signalé que de 20 à 30% des sidéens ont les symptômes d’une infection à


Vers une détection précoce de l’alzheimer  -  Mathieu Perrault
Un congrès international sur l’alzheimer a lieu à Montréal jusqu’à samedi. Plus de 700 participants étrangers se sont déplacés. Ils veulent répondre à une question urgente : peut-on détecter les gens qui sont le plus à risque d’avoir l’alzheimer ?
« Ce qu’on vise, c’est une approche comme pour les maladies cardiovasculaires », ex pl ique S erge G aut h ier, neurologue à l’Institut universitaire Douglas, qui est l’un des organisateurs de la réunion au Palais des congrès. « On pou rra it don ner des médicaments, l’équivalent des statines, à partir de 40 ans. Mais comme l’alzheimer est une maladie compliquée, qui peut être constituée de cinq pathologies différentes, il y aura probablement beaucoup de conseils de style de vie, de diète ou d’activités physiques ou cognitives. »
Hier matin, une conférence a abordé un débat qui fait rage parmi les spécialistes : doit-on se fier à l’imagerie médicale ( P E T-sca n) ou à l’a nalyse biochimique d’un échantillon recueilli lors d’une ponction lombaire. « Pour le moment, le problème principal du PETscan, c’est le coût, estime le Dr Gauthier. Les changements structurels sont assez évidents à voir. »
D’ici peu, une personne pourrait dès le début de la soixantaine avoir accès à ces tests, si elle souffre de pertes de mémoire ou a un historique familial d’alzheimer précoce, entre 60 et 75 ans. « On ne peut pas actuellement détecter l’alzheimer avec l’imagerie médicale assez tôt pour le prévenir. Mais on peut gagner deux ans dans l’identification de la maladie, ce qui permettra aux patients de s’enrôler dans des essais cliniques pour de nouvelles molécules. Si ces nouveaux médicaments fonctionnent, ils seront les premiers à en bénéficier. »
Cet après-midi, les directeurs de recherche des cinq grands réseaux mondiaux de recherche sur l’alzheimer se réunissent pour s’entendre sur un protocole commun. « On veut en arriver à une liste de questions qui pourraient être posées dès 40 ans, pour déterminer le risque relatif. On peut même penser à des tests génétiques, un peu comme le cancer du sein, pour raffiner le traitement. »
Le neurologue montréalais a bon espoir que le financement de ces recherches sera facile à obtenir. « Beaucoup de gouvernements sont prêts à donner de l’argent. Grâce au plan Sarkozy en France, qui prévoit beaucoup d’argent pour l’alzheimer, il y a un effet d’entraînement. Un projet de loi prévoyant des subventions de 1 millia rd US est sur la table d’Obama. Et il y aura des projets de loi au Québec et au Canada aux sessions parlementaires d’automne. » Pour joindre notre journaliste :



Faut-il craindre la peste ? - Pascale Breton
En quelques jours à peine, trois hommes d’une petite ville agricole de Chine sont morts foudroyés par la peste pulmonaire. Loin d’être disparue, la maladie est même en résurgence dans certains pays.
Trois hommes sont morts de la peste dans la province de Quinghai, au nord-ouest de la Chine.
Ce qui se passe en Chine n’a rien de surprenant, note Élisabeth Carniel, qui dirige l’unité de recherche sur les bactéries Yersinia de l’Institut Pasteur, à Paris. « On voit la peste qui est là, mais qui émerge aussi dans des pays où elle avait disparu depuis des décennies », dit-elle en entrevue.
L’Institut Pasteur suit la propagation de la maladie avec attention. Des cas de peste ont été signalés en Libye au mois de juillet. En 2004 et en 2006, la maladie a fait de nombreuses victimes en République démocratique du Congo. Après des années de latence, elle a aussi réapparu en Algérie en 2003 dans la région d’Oran, la ville même qui a servi de cadre à Albert Camus pour son célèbre roman La Peste.
L’une des hypothèses pour expliquer la résurgence de la maladie est sans doute le relâchement de la surveillance au fil des ans, croit Mme Carniel.
Les rongeurs sont les plus grands propagateurs de la peste. Il suffit d’être piqué par une puce infectée pour attraper la forme bubonique de la maladie.
La peste pulmonaire est moins répandue, mais beaucoup plus virulente. C’est celle-là qui vient de tuer trois Chinois dans la province de Quinghai, dans le nordouest du pays.
Un gardien de troupeau de 32 ans est mort. Puis son voisin, le lendemain. Et un troisième homme mardi. La ville est maintenant en quarantaine et une dizaine de personnes sont traitées par antibiotiques à l’hôpital.
La progression de la peste pulmonaire est fulgurante, indique Mme Carniel. Le malade qui n’est pas soigné meurt en moins de trois jours. « Nous n’avons pas le temps de diagnostiquer les premiers cas que les gens meurent. Par la suite, si on arrive à traiter la maladie tôt, les gens survivent. »
Les autorités chinoises connaissent bien la peste et devraient réussir à en limiter la propagation, estime celle qui est aussi directrice du Centre national de référence de la peste en France.
D’ailleurs, elle est loin l’époque de la peste noire, qui a fait 25 millions de morts en moins de cinq ans au XIVe siècle. Mais plus de 40 000 cas de peste ont tout de même été signalés à l’Organisation mondiale de la santé depuis 15 ans.
Les principaux foyers d’infection se trouvent en Afrique, notamment à Madagascar, en République démocratique du Congo et en Tanzanie. La Chine, le Vietnam et la Mongolie sont aussi considérés comme à risque.
Les pays riches ne sont pas épargnés. La côte ouest des États-Unis est un foyer d’infection. C’est probablement dû à la dernière pandémie de peste, qui a commencé à Hong Kong en 1894 et qui s’est ensuite propagée avec la navigation.
Encore aujourd’hu i , une dizaine de cas de peste sont signalés chaque année aux ÉtatsUnis. Au Canada, où la peste est une maladie à déclaration obligatoire, les derniers cas remontent à 1924.
Faut-i l c r aindre que le foyer d’infect ion en Chine ne voyage jusqu’ici ? « C’est peu probable » , estime le Dr Karl Weiss, microbiologiste et infectiologue à l ’ hôpital Maisonneuve-Rosemont.
« La maladie semble confinée à une région de Chine qui n’est généralement pas une zone de tourisme intense », explique-t-il.




SELONUNE ÉTUDEDE LACLINIQUE L’ACTUEL  Certaines trithérapies pourraient être allégées  -  Ariane Lacoursière

La clinique médicale l’Actuel fait des vagues dans la communauté médicale internationale ces jours-ci. L’établissement vient de publier une étude, supervisée par le Dr Benoît Trottier, qui montre qu’il serait possible de diminuer le nombre de médicaments des personnes infectées par le VIH qui résistent à la trithérapie.
Inventée en 1996, la trithérapie permet de baisser la charge virale des patients jusqu’à rendre le VIH indétectable. Les personnes résistantes à ce traitement doivent avaler un cocktail de médicaments légèrement différent et peuvent prendre jusqu’à sept capsules par jour.
Avoir avoir analysé les dossiers de 100 patients de la clinique l’Actuel, l’équipe du Dr Trottier a réalisé que certains patients pourraient être surmédicamentés. Il n’y aurait pas d’impact sur leur état de santé s’ils diminuaient leur prise de médicaments à, par exemple, trois par jour.
« On a remarqué que donner plus de médicaments n’entraînait pas nécessairement de meilleurs résultats sur les charges virales de ces patients », explique le médecin fondateur de la clinique l’Actuel, le Dr Réjean Thomas. Des analyses plus poussées sont nécessaires pour établir clairement de quels médicaments les patients pourraient se passer. À ce sujet, la clinique l’Actuel mènera une étude clinique dès cet automne.
À la cinquième conférence internationale sur le sida, qui s’est tenue du 19 au 22 juillet en Afrique du Sud, la découverte de la clinique l’Actuel a fait beaucoup jaser. « On a répondu à une question que beaucoup de médecins se posaient depuis longtemps », affirme le Dr Thomas.
Même l’Organisation mondiale de la santé s’est dite très contente des résultats. « Il y a des coûts importants liés aux traitements qui ont un impact direct sur leur accessibilité. Surtout dans les pays pauvres. Sans mentionner ce que représente la surmédicalisation sur le plan de la toxicité et des effets secondaires chez les patients », note le Dr Thomas.
Quand on sait qu’une trithérapie simple coûte environ 1500$ par mois, diminuer le nombre de médicaments réduirait les dépenses de façon significative. « Avec l’explosion des coûts de traitement, notre étude devrait intéresser les gouvernements, même ici », souligne le Dr Thomas.
En attendant d’approfondir la recherche, le Dr Thomas rappelle que les personnes qui vivent avec le VIH ne doivent pas modifier elles-mêmes leur médication.



Six pays s’unissent contre les maladies chroniques
« Les maladies chroniques sont la première cause de mortalité dans le monde. »
— Les agences nationales de recherche médicale de six pays, dont les États-Unis, la Chine, l’Inde et le Canada, ont annoncé hier la formation d’une alliance pour lutter contre les maladies chroniques qui affectent de plus en plus les pays en développement.
« Les conséquences médicales et les coûts socioéconomiques de ces maladies en grande partie évitables sont énormes et s’accroissent, risquant de compromettre les efforts pour lutter contre la pauvreté », selon les responsables de ces organismes publics.
Les pathologies ciblées dans cette offensive sont les maladies cardiovasculaires, les attaques cérébrales, certains cancers comme celui du poumon, les affections respiratoires chroniques et le diabète de type 2 dit adulte, lié à l’obésité.
L’Alliance mondiale contre les maladies chroniques est créée pour établir les priorités d’un effort coordonné de recherche visant à répondre à cette crise grandissante de santé publique qui atteint désormais les proportions d’une épidémie, poursuit le communiqué.
Selon des estimations d’experts, si rien n’est fait, 388 millions de personnes dans le monde mourront d’une ou de plusieurs de ces maladies au cours des 10 prochaines années, surtout dans les pays pauvres et à revenus intermédiaires.
« Les maladies chroniques sont la première cause de mortalité dans le monde et provoquent environ 60% de tous les décès dont 80% dans les pays pauvres et à revenus intermédiaires », a indiqué la Dr Elizabeth Nabel, directrice de l’Institut national du coeur, des poumons et du sang (NHLBI), qui fait partie des instituts nationaux de la santé (NIH) américains, dans un entretien avec l’AFP.
« Cette nouvelle alliance entre agences nationales de recherche médicale représente un effort pour financer des recherches et la formation (dans ces pays) afin de réduire le fardeau des maladies chroniques dans le monde en développement » , a-t-el le poursuivi.
« Il s’agit de former des personnes qui seront les leaders de la recherche et des soins médicaux dans ces pays », a précisé la Dr Nabel.
Manque d’équipements
Insistant sur l’importance de la prévention et de la surveillance, elle a souligné que, « dans de nombreux endroits du monde, il n’y a même pas les capacités de diagnostiquer la plupart des maladies chroniques ».
Ce médecin a cité le manque d’équipements pour prendre la tension artérielle ou faire des tests sanguins permettant de mesurer le taux de glucose afin de détecter le diabète.
Le doublement de l’incidence des maladies chroniques dans les pays en développement depuis 20 ans reflète à la fois le meilleur contrôle des maladies infectieuses et la mondialisation de l’économie, qui s’est accompagnée d’une gigantesque migration des campagnes vers les villes, a expliqué le Dr Stig Pramming, directeur de l’Oxford Health Alliance à Londres.
Ce mouvement a entraîné un bouleversement des habitudes de vie, des conditions de travail, de l’alimentation et une forte augmentation de la consommation de tabac, a-t-il expliqué à l’AFP.
Le nombre de personnes souffrant d’excès de poids ou obèses atteint actuellement 1,2 milliard dans le monde, comparativement à 800 millions qui souffrent de malnutrition et dont le poids est insuffisant, a relevé ce médecin.
Le Dr Pramming a déploré l’énorme manque de ressources financières pour relever le défi posé par les maladies chroniques dans les pays en développement et espéré que l’offensive de ces six pays allait en inciter d’autres, comme la France et l’Allemagne, à s’y joindre.


Maladies chroniques : Un virage s’impose  -  Jean Rouleau
Le traitement des maladies chroniques nécessite une collaboration étroite entre le patient, ses proches et les professionnels de la santé
Les maladies chroniques représentent la première cause de mortalité dans le monde, causant jusqu’à 60% des décès.
L’auteur est cardiologue praticien et doyen de la faculté de médecine de l’Université de Montréal
L’augmentation de la prévalence de maladies chroniques pourrait prendre des proportions inquiétantes avec le vieillissement accéléré de la population prévu d’ici 2030.
En clinique il y a quelques semaines, j’examinais un patient référé pour une douleur thoracique. Cet homme de 61 ans, cadre dans une grande entreprise, souffre de diabète depuis six ans. Même s’il prend consciencieusement ses nombreux médicaments, il ne suit aucune diète, ne fait pas d’exercice et s’intéresse peu au contrôle de sa maladie. En fait, il comprend mal les conséquences à long terme de son diabète.
Que ce soit le diabète, la maladie cardiaque ou la maladie d’Alzheimer, pour ne nommer que celles-là, les maladies chroniques sont en croissance. Elles représentent la toute première cause de mortalité dans le monde, causant jusqu’à 60% des décès. Le Québec n’échappe pas à cette réalité. L’augmentation de la prévalence de maladies chroniques pourrait même prendre des proportions inquiétantes avec le vieillissement accéléré de la population prévu d’ici 2030. Prévenir et traiter les maladies chroniques devient aujourd’hui un enjeu de société, un défi qui nous interpelle tous, autant le citoyen, le patient que le spécialiste et le pédagogue de la santé. Le défi est d’autant plus grand dans le contexte actuel de crise que traverse notre système de santé.
Les récentes recherches l’ont démontré, pour traiter efficacement les maladies chroniques afin de maintenir la qualité de vie de la personne atteinte et réduire le taux de morbidité, il faut regrouper nos forces. L’approche conventionnelle en santé ne suffit pas. La collaboration étroite et les actions concertées entre le patient, ses proches et les différents professionnels de la santé sont au coeur même de la solution. Il s’agit en fait d’un véritable travail d’équipe qui nécessite la participation du patient et un virage profond dans nos approches traditionnelles d’enseignement et de pratique en santé.
Les bénéfices de la collaboration entre professionnels de la santé sont admis de tous depuis déjà un bon moment. Mais comment en faire de facto la règle de pratique dans notre système de santé ? La solution: changer nos méthodes d’enseignement pour véritablement intégrer ces nouveaux concepts et modifier l’organisation des milieux de pratique, en particulier en médecine familiale.
Une vaste réforme
À l’Université de Montréal, nous avons résolument pris ce virage et une vaste réforme pédagogique de nos programmes de santé est en cours. La formation en pratique collaborative interdisciplinaire pour l’ensemble de nos professionnels de la santé fait désormais partie intégrante de nos programmes d’enseignement. En effet, depuis quelques années, nos facultés de sciences infirmières, de pharmacie et de médecine (qui comprend, en plus de la médecine, les programmes d’audiologie, d’orthophonie, d’ergothérapie, de physiothérapie et de nutrition) ont entrepris ce virage éducatif majeur.
Au Québec, la réforme de nos milieux cliniques, entreprise il y a quelques années par le ministère de la Santé, s’inscrit parfaitement dans cette voie. En plus des 169 CLSC, le Ministère a soutenu le développement de groupes de médecine familiale (GMF), dont 178 sont déjà en place. À ces entités s’ajoutent 39 unités de médecine familiale ( UMF), une quarantaine de centres universitaires de formation, en plus des nouvelles cliniques réseaux intégrées ( CRI). Les structures se mettent donc en place pour offrir un réseau souple et efficace de services de santé à proximité de sa clientèle. Ce réseau nous offre l’environnement idéal pour implanter les nouvelles pratiques collaboratives, la stratégie gagnante pour contrer le phénomène de maladies chroniques. L’utilisation optimale de ces nouveaux milieux cliniques devrait grandement réduire la pression toujours croissante sur nos urgences.


Le parkinson, une maladie qui tue les couples  -  Ariane Lacoursière
Après s’être mariés en 1969, Yvon Côté et Isabelle Côté vivaient le parfait amour. Mais leur monde s’est écroulé en 1989, quand Isabelle a appris qu’elle était atteinte du parkinson. Sous le choc, M. Côté a eu du mal à croire que sa femme, âgée d’à peine 45 ans, souffrait de cette atroce maladie.
Pourtant, de plus en plus de Québécois semblent touchés par la maladie de Parkinson, selon des médecins interrogés par La Presse. « Aucune donnée scientifique n’existe là-dessus. Mais je vous dirais que dans notre pratique, on a l’impression qu’il y en a de plus en plus. Et maintenant, on voit des jeunes de moins de 40 ans qui en souffrent », affirme le neurologue Sylvain Chouinard.
La présidente de la Société Parkinson du Québec, Natha l ie Ross , rappel le qu’environ 12 000 personnes souffrent du parkinson au Québec. Seulement 5% de ces gens ont moins de 50 ans.
Actuellement, aucune étude ne prouve que le Québec est aujourd’hui plus touché par le parkinson. « On sait seulement que le plus grand facteur de risque pour la maladie est l’âge », dit le neurologue Pierre J. Blanchet. Puisque la population québécoise vieillit, il est donc normal de noter plus de cas de parkinson. « On voit aussi parfois des patients plus jeunes. Mais peut-être est-ce parce qu’on reconnaît mieux la maladie qu’avant », affirme le Dr Blanchet.
Pour M. Côté, il est clair que la maladie de Parkinson est plus connue qu’avant. Quand sa femme a eu ses premiers symptômes en 1989, les médecins ne savaient pas ce qu’elle avait. « Elle avait un ralentissement du côté droit et des pertes d’équilibre, raconte-t-il. Mais on avait des adolescents à la maison et les médecins disaient que c’était le stress. Elle a dû changer de médecin avant qu’on diagnostique enfin la maladie de Parkinson. »
Quoique atteinte de la maladie, Mme Côté a pu travailler jusqu’en 1995. Mais depuis, son état ne cesse de se dégrader. Comme plusieurs personnes souffrant du parkinson, Mme Côté devient peu à peu captive de son corps. Si ses tremblements sont maîtrisés, elle tombe souvent et a besoin d’aide pour accompl i r plusieurs gestes du quotidien.
Son mari doit l’aider à s’habiller et à manger. Mme Côté porte une couche qui doit être régulièrement changée. M. Côté doit être constamment à ses côtés. « Je suis captif à la maison. Je ne peux rien faire. Cet été, je voulais faire du vélo, mais je n’ai pas pu », dit-il. Pour éviter de « perdre la tête », M. Côté se permet de quitter sa femme un soir par semaine pour aller jouer au hockey. « Je dois payer une gardienne. Et si je n’en ai pas, je ne peux pas partir », dit-il.
La présidente de la Société Parkinson du Québec explique que les conjoints de personnes atteintes de la maladie ont la vie dure. « Ils manquent de soutien et de ressources », dit-elle. Mme Ross ajoute que le parkinson est encore très tabou et que plusieurs personnes préfèrent s’isoler plutôt que d’en parler ouvertement. « Au début, quand ma femme avait de gros tremblements, on restait à la maison. Je voulais éviter les regards des gens », dit M. Côté.




PROJET CARTaGENE : Une carte génétique du Québec  -  Pascale Breton
CRÉER UNE BIOBANQUE RÉUNISSANT LES DONNÉES GÉNÉTIQUES DE MILLIERS DE QUÉBÉCOIS. PERMETTRE AUX CHERCHEURS D’UTILISER CES DONNÉES POUR DES RECHERCHES EN SANTÉ. ARRIVER À MIEUX COMPRENDRE, PRÉVENIR ET GUÉRIR CERTAINES MALADIES. IL S’AGIT DU PROJET CARTaGENE,
Au cours des derniers jours, des milliers de Québécois ont reçu par la poste une invitation pour le moins inhabituelle: participer à la création d’une banque de données qui permettra un jour de mieux prévenir et traiter les maladies.

« C’est un geste de citoyenneté. On demande aux gens de contribuer à des connaissances pour améliorer à long terme le système de santé », a expliqué le directeur scientifique du projet, le Dr Claude Laberge.
Pour lui, c’est l’aboutissement d’une carrière et la réalisation d’un projet qui a germé pendant près de 10 ans. Le Dr Laberge a d’ailleurs consacré ses années de travail en médecine à l’épidémiologie et à la recherche en génétique.
Dans les années 70, il a contribué à mettre sur pied le programme national de dépistage sanguin néonatal (programme qui existe encore aujourd’hui) afin de détecter trois types de maladies héréditaires chez les nouveau-nés.
Aujourd’hui, le Dr Laberge participe à un projet qui devrait durer les 50 prochaines années. Un projet qui, espère-t-il, va changer la médecine.
CARTaGENE est une banque de données et d’échantillons biologiquesprélevéschez20 000 Québécois âgés de 40 à 69 ans. Le but? Aider les chercheurs à mieux comprendre la maladie.
« On estime que 33% des gens de cet âge ont déjà des problèmes de santé comme l’hypertension, le diabète ou l’ostéoporose et s’ils n’en ont pas, leur conjoint en a », a souligné le Dr Laberge, rencontré dans les locaux de CARTaGENE, à deux pas de l’Université de Montréal.
On a r e c r ut é au ha s a r d 20 000 par ticipa nts dans les régions de Montréal, Québec, Sherbrooke et du Saguenay– LacSaint-Jean. Les lettres d’invitation ont été envoyées au cours des dernières semaines et déjà, le taux de réponse se situe autour de 28%. « C’est excellent en période estivale », s’est réjoui le Dr Laberge.
Les participants doivent fournir des échantillons de sang et d’urine, et se soumettre à divers tests pour mesurer notamment leur tour de taille ou leur densité osseuse.
Ces données, entièrement codées pour préserver l’identité des participants, seront regroupées dans une banque accessible aux chercheurs. Ils auront accès à un bassin regroupant des données diverses – par exemple des hommes, non-fumeurs, présentant un taux de cholestérol élevé – pour mener des recherches sur des maladies comme le diabète, le cancer ou l’alzheimer. Ils pourront étudier de quelle façon les gènes, l’environnement et les habitudes de vie influencent la santé des gens.
Un comité sera mandaté pour étudier les projets des chercheurs et leur permettre d’utiliser la banque de données. Celle-ci devrait être accessible au début de 2010, quand environ la moitié des 20 000 volontaires auront été trouvés.
Idéalement, le projet aboutira à une deuxième phase: recueillir des données chez 30 000 autres participants, âgés de 25 à 75 ans. « Ça reste à définir. Il faut qu’on prouve qu’on est capable de s’occuper des 20 000 premiers pour commencer », a insisté le Dr Laberge. Plus les banques de données contiennent d’informations, plus elles sont utiles pour faire certains recoupements quant aux maladies et à l’hérédité, par exemple.
Long processus
La génétique prend une place de plus en plus grande en santé. Mais le processus est long. Il n’a pas toujours été facile de convaincre certains organismes gouvernementaux, surtout en santé publique, se souvient le directeur scientifique.
« Au début, l’impression générale était que c’était trop compliqué. Les gens étaient habitués de faire des enquêtes de santé auprès de la population. Nous, on crée des ressources de santé pour que les chercheurs puissent mener des enquêtes », a rappelé le Dr Laberge.
Il ne s’agit plus de déterminer seulement si une personne est fumeuse ou non. Il sera possible de tenir compte des risques de maladies qu’elle traîne dans son bagage génétique et pourquoi un fumeur contracte une maladie que son voisin, fumeur aussi, n’a pas.
La médecine du futur est une médecine personnalisée. Les médecins disposeront de connaissances en génétique pour dresser le profil de leurs patients et leur administrer immédiatement le bon médicament.
Vers une science plus exacte
Les banques de données seront importantes, en pharmagénomique, « pour comprendre pourquoi, dans un bassin de 20 000 asthmatiques, un médicament fonctionne pour 18 000, ne marche pas pour 1000 autres et en tue 1000 autres », a expliqué Bartha Maria Knoppers, chercheuse principale à CARTaGENE et directrice du Centre de génomique et politiques de l’Université McGill.
I l faudra encore quelques décennies avant d’y arriver, mais c’est un projet emballant, estime Mme Knoppers . « On crée ces infrastructures publiques, humanistes, en vue d’une meilleure science, une science plus exacte. »
P ou r l’heure, le projet CARTaGENE en est à ses premiers balbutiements. À Montréal, les premiers participants ont été rencontrés il y a quelques jours à peine. Ailleurs, cela se fera au début de l’automne.

Cobaye pour la recherche médicale
  -  Éric Clément
Tiré au sort par la Régie de l’assurance maladie du Québec avec 19 999 autres Québécois âgés de 40 à 69 ans, l’auteur de ces lignes a reçu en juillet une invitation par la poste pour participer au projet CARTaGENE. Il s’agissait de lire la documentation et de composer un numéro de téléphone pour obtenir un rendez-vous. Pour le journaliste, l’idée était de vivre l’expérience et d’en rendre compte.
Les volontaires qui participent au projet CARTaGENE doivent se soumettre à une batterie de tests. Cet appareil, par exemple, aide à évaluer les risques de souffrir d’ostéoporose.
Le rendez-vous était à 8h20 à l’Hôtel-Dieu. On nous accueille et nous sommes dirigés vers un infirmier. Pas une minute d’attente ! L’infirmier nous fait signer un formulaire de consentement. Cela engage le volontaire à participer au projet sans rien attendre d’autre que la satisfaction d’aider la science. Le volontaire reçoit 45$ et une collation en compensation de son temps. Par contre, nous pouvons en tout temps nous retirer de l’expérience sans avoir à fournir de raison. En participant, le volontaire accepte que tous les échantillons prélevés demeurent la propriété de CARTaGENE, même après sa mort.
Anonyme
L’éthique est importante dans cette recherche. Dès le début de l’entretien, on nous remet un bracelet avec un numéro qui correspond à notre identité. Les chercheurs n’auront jamais accès à nos coordonnées. Seulement au code cor respondant . Par ailleurs, toutes les données et les échantillons seront détruits le 31 décembre 2058, date de la fin du projet.
Actuellement, la procédure de rencontre des volontaires est en rodage. Mais les deux infirmières et l’infirmier rencontrés sont très professionnels, attentifs et visiblement heureux de faire partie d’une telle recherche. Ils nous demandent à plusieurs reprises si nous avons des questions.
Après le premier entretien avec l’infirmier, on nous conduit dans une autre salle où une infirmière poursuit la procédure avec des tests médicaux. On reste avec elle durant une heure à une heure et demie. Elle commence par prendre trois fois notre tension artérielle et notre pouls. Elle note les résultats dans son ordinateur. Puis, nous retirons nos chaussures et mettons des chaussons. Et elle mesure deux fois notre taille, au millimètre près.
Ensuite, elle calcule le tour de taille et le tour de hanches, sans qu’on enlève nos vêtements. Puis, notre force de préhension: il s’agit de serrer le plus fort possible une poignée avec la main droite, puis avec la main gauche.
On participe ensuite à des mesures de bioimpédance, de rigidité osseuse et de rigidité artérielle. La bioimpédance utilise les propriétés électriques des tissus. Elle permet, dans notre cas, de calculer le pourcentage de gras corporel. L’infirmière nous fait monter sur un pèse-personne après avoir mouillé nos pieds avec de l’alcool. Un très faible courant électrique passe ensuite dans notre corps. On ne sent rien. Par la suite, on nous dit si nous sommes dans la norme, soit si notre corps a entre 11 et 22% de gras!
Puis, l’infirmière nous demande de poser un pied dans un appareil. Un système coince légèrement notre cheville et calcule notre densité osseuse, notamment la faculté du corps à conserver suffisamment de calcium et donc à éviter des maladies comme l’ostéoporose.
Test de rigidité artérielle
Le calcul de la rigidité artérielle était intéressant. Le test est récent, a dit l’infirmière. On ne sait pas encore si c’est très au point. Cela consiste à étudier l’état des artères. Plus elles vieillissent, plus elles deviennent rigides. Et cette rigidité peut être un facteur prédictif d’infarctus ou d’attaque cérébrale. Le test consiste à apposer une sorte de stylo muni d’un capteur et relié à un ordinateur sur une de nos veines de poignet. On voit alors les courbes de pression artérielle sur le moniteur de l’ordinateur.
Comme ce test réclame une interprétation, l’infirmière ne dévoile pas le degré de rigidité de nos artères. Mais comme pour tous les autres tests, si les médecins qui se pencheront sur nos résultats constatent que notre santé est en danger, ils nous le feront savoir. Cela fait partie du contrat entre CARTaGENE et le volontaire.
Puis, l’infirmière nous demande un échantillon d’urine et prélève 14 petits flacons de sang. C’est à partir de ces échantillons que les chercheurs vont travailler sur nos cellules et donc, sur l’ADN dans le cadre de ce projet génétique. L’infirmière fait ensuite passer un test cognitif pour enregistrer notre potentiel réactif et la mémoire visuelle. En terminant, nous remplissons un questionnaire sur nos habitudes de vie, nos maladies antérieures, les médicaments que nous prenons, etc.
Nous sommes invités à prolonger le travail en prenant une enveloppe dans laquelle nous pourrions inscrire les noms, prénoms, dates de naissance et de décès de nos parents, grands-parents et autres aïeux, afin de pouvoir faire appel à la généalogie dans le cadre de ce projet de recherche génétique.



HEUREUX, MAIS STRESSÉS - Émilie Côté
LES CANADIENS SONT HEUREUX. MAIS S’ILS CONSIDÈRENT QUE LA SANTÉ EST UN FACTEUR DÉTERMINANT DE BIEN-ÊTRE, ILS SONT PARADOXALEMENT DE PLUS EN PLUS STRESSÉS ET DE PLUS EN PLUS OBÈSES. TOUTEFOIS, LES QUÉBÉCOIS FUMENTMOINS QU’AVANT, MÊME QU’ILS RATTRAPENT LEUR
« Ce qui est très clair, c’est que le déterminant numéro un est la santé. Or, il y a des signes inquiétants concernant la santé comme l’obésité et la consommation d’alcool. »
« Est-ce que la vie est bonne ? » Si vous arrêtez dix personnes dans la rue, neuf personnes vous répondront oui , à en croire la plus récente Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, rendue publique hier par Statistique Canada.
En 2008, 91% des Canadiens – et 92,5% des Québécois – ont déclaré être satisfaits de leur vie. Ce bien-être est souvent la conséquence d’une bonne santé. La preuve, 54% des Canadiens se disant déçus de leur quotidien ont un état de santé passable ou mauvais, révèle l’enquête.
À l’inverse, « parmi ceux qui se disent satisfaits de leur vie, 63% ont qualifié leur santé de très bonne ou excellente », souligne Julie Mandeville, analyste chez Statistique Canada.
Mais 22% des Canadiens déclarent vivre un degré de stress assez élevé, pouret famille, souligne Mme Mandeville. Et quand on regarde les tendances, cela a toujours été supérieur au Québec. »
Les femmes sont plus stressées que les hommes, surtout chez les jeunes de 15 à 19 ans (20%, contre 13%). Mais à partir de 55 ans, « le stress va en diminuant à mesure que les gens avancent en âge », explique Julie Mandeville.
À la lumière des résultats de l’enquête, les Canadiens sont donc heureux, mais stressés ? « Ça semble une bonne nouvelle, mais je me demande si ce n’est pas une bombe à retardement », commente Paul Bernard, professeur de sociologie à l’Université de Montréal.
« Ce qui est très clair, c’est que le déterminant numéro un est la santé. Or, il y a des signes inquiétants concernant la santé comme l’obésité et la consommation d’alcool », dit-il (voir autre texte).
Le stress peut nuire à la santé. Il « peut se traduire par des comportements tels le tabagisme, la consommation abusive d’alcool et des habitudes alimentaires moins saines », souligne en effet l’enquête.
Or, « les gens sont satisfaits de leur vie car ils sont en santé, rappelle Paul Bernard. Et on sait que le stress mène à de mauvaises conduites de vie. Il y a un phénomène de compensation. »
Paul Bernard se désole aussi de voir que la proportion de Canadiens se disant atteints d’un trouble de l’humeur est passée de 5,3% à 6,8% de 2003 à 2008. Et ce sont surtout des femmes qui déclarent souffrir de dépression, d’un trouble bipolaire ou de manie: 8,5% contre 5% chez les hommes.
« Avec le stress qui ne va pas en diminuant, c’est un peu inquiétant », dit-il.
L’Indice relatif de bonheur
De son côté, Pierre Côté, fondateur de l’Indice relatif de bonheur ( IRB), un organisme qui sonde les Québécois, trouve que la proportion de 91% de gens se disant satisfaits de leur vie est élevée.
D’après les différents sondages réalisés par I RB – 35 000 Québécois ont répondu à plus de 500 questions à ce jour –, seulement 8% des Québécois affirment qu’ils ne pourraient pas être plus heureux qui ne le sont présentement.
Au fil de ses collectes de données, l’IRB a établi et classé par ordre d’importance 23 critères d’influence du bonheur. Le premier est l’accomplissement, suivi de la santé, le travail, la famille, la situation financière, l’amour, l’amitié et la reconnaissance.
Les données de l’IRB confirment l’une des conclusions de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, à savoir que la santé va de pair avec le bonheur. L’IRB moyen des personnes en santé est de 79 (sur 100), contre 59 chez ceux qui répondent « pas vraiment ».
« Le sentiment de bonheur augmente avec la scolarité et le revenu, ajoute Pierre Côté. L’argent ne fait pas le bonheur, mais y contribue. »
Et l’IRB moyen des Québécois ? 76,6. centage qui bondit à 26% au Québec et à 28% chez les gens de 35 à 54 ans. « Ce sont des gens qui ont à concilier travail


Le Québec compte moins de fumeurs -  Ariane Lacoursière
En 2003, 33% des ménages québécois interdisaient la cigarette dans leur foyer contre 54% aujourd’hui.
Longtemps considéré comme le cancre de la lutte contre le tabagisme au Canada, le Québec remonte tranquillement la pente, révèlent de nouvelles données publiées par Statistique Canada. Alors que le nombre de fumeurs stagne au pays, leur nombre ne cesse de diminuer au Québec.
« Il semble que le Québec soit en train d’effectuer un important rattrapage en ce qui a trait à la lutte contre le tabagisme », confirme Sylvain Tremblay, analyste pour Statistique Canada.
M. Tremblay a dressé ce constat après avoir analysé les données 2008 de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes. Plus de 65 000 citoyens canadiens ont été interrogés sur leur état de santé et sur les facteurs influençant leur santé.
L’enquête montre qu’aujourd’hui 21% des Canadiens fument contre 23% des Québécois. « Mais le taux de tabagisme est le même au pays depuis 2003 alors qu’au Québec, il ne cesse de diminuer », commente M. Tremblay.
L’exposition à la fumée secondaire à la maison a aussi subi une baisse spectaculaire cette année au Québec. Alors que le taux était de 12% l’an dernier, il est maintenant de 9,7%. Le Canada fait toujours mieux que le Québec à ce chapitre avec un taux d’exposition à la fumée secondaire de 7%. « Mais on voit que le Québec tolère de moins en moins la cigarette », note M. Tremblay. La preuve: en 2003, 33% des ménages interdisaient la cigarette dans leur foyer contre 54% aujourd’hui.
Selon la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, l’amélioration des performances du Québec est fort probablement liée aux nouvelles législations qui interdisent la cigarette dans les lieux de travail et les espaces publics. « La population est de plus en plus sensibilisée à la problématique de la fumée secondaire. Je connais de plus en plus de gens qui vont fumer sur leur balcon plutôt que dans leur maison », affirme le porte-parole de la Coalition, Louis Gauvin.
Si le Québec a longtemps traîné la patte dans la lutte contre le tabagisme, c’est qu’il a « commencé plus tard à légiférer », estime M. Gauvin. « Mais le Québec rattrape tranquillement le train », dit-il.
De plus en plus gros
Comme aux États-Unis, le nombre de personnes obèses ne cesse d’augmenter au Canada, révèle aussi l’enquête de Statistique Canada. En 2008, 17% des Canadiens étaient obèses contre 15% en 2003.
La cofondatrice de la Coalition contre l’obésité morbide, Jennifer Schultz, n’est pas surprise de voir que le taux d’obésité augmente au Canada. « On sait aussi que le nombre d’obèses morbides augmente encore plus au Canada depuis quelques années », dit-elle. Pour être considérée comme un obèse morbide, une personne doit présenter au moins 45 kg de surplus de poids.
Selon Mme Schultz, plusieurs facteurs expliquent la hausse du nombre d’obèses au pays. « Ce serait impossible de tous les nommer, dit-elle. Mais parmi les plus fréquemment invoqués, on trouve l’augmentation de la grosseur des portions et les choix de société. »
Le nombre de personnes faisant de l’embonpoint est stable depuis cinq ans (34%). Mais la situation pourrait être pire qu’elle n’y paraît selon Statistique Canada, car les répondants ont tendance « à surévaluer leur taille et à sous-évaluer leur poids ».
L’embonpoint n’est pas sans conséquence sur la santé des Canadiens. Il augmente de beaucoup le risque d’avoir des problèmes de santé chroniques, tels que le diabète de type 2 et les maladies du coeur.
Quand on parle de problèmes de poids, le Québec est un peu mieux que l’ensemble du pays avec un taux d’obésité de 15,5%, une amélioration de 0,4% par rapport à l’an dernier. Mais si la province francophone présente moins d’obèses, ce n’est certainement pas parce qu’elle est la plus active. Seulement 47% des Québécois disent faire de l’exercice modéré ou intense durant leurs loisirs contre 51% des Canadiens. Ce niveau d’activité équivaut à au moins 30 minutes de marche par jour ou une heure d’activité physique trois fois par semaine.
Par ailleurs, la consommation massive d’alcool est aussi en hausse au Québec. Le nombre d’hommes disant prendre cinq verres ou plus d’alcool en une même occasion, au moins une fois par mois durant la dernière année est de 25,8%, une hausse de 1% par rapport à 2003. Chez les femmes, la proportion est de 9,2%.





Québec doit bouger  -  Jean-Pascal Beaupré
Notre système de santé est sollicité au maximum, il craque de partout. Les coûts sont appelés à exploser avec le vieillissement accéléré de la population dans la prochaine décennie. Comment éviter une rupture de services?
Après son incroyable épopée de 1000 km à vélo en deux jours, le triathlonien Pierre Lavoie a martelé un message qui se veut une avenue de solution à la fois simple et efficace pour réduire les besoins en soins médicaux: si les Québécois bougeaient davantage et mangeaient mieux, ils seraient malades moins souvent.
Les bienfaits de l ’activité physique ne font pas de doute. Moins de troubles cardiaques, de cancers, de dépression. Un corps en forme réagit mieux au stress.
Alors, comment convaincre les Québécois sédentaires de sortir de leur léthargie, comment les aider à négocier ce virage vers le mieuxêtre? La sensibilisation, c’est un bon départ. Kino-Québec fait déjà son bout de chemin. Mais il faut aller plus loin.
Le gouvernement québécois doit prendre le taureau par les cornes. Il doit lancer un signal sans équivoque que la santé des Québécois passe d’abord par la prévention: il doit adopter un plan d’action qui prévoit des mesures incitatives financières qui favoriseront la participation des Québécois de tous âges à des activités sportives.
› Un enfant sur quatre est obèse ou fait de l’embonpoint au Québec. Les jeunes font en moyenne à peine plus d’une heure d’éducation physique par semaine à l’école. C’est nettement insuffisant pour insuffler le goût de bouger. Le ministère de l’Éducation devrait s’assurer que tous les élèves du primaire et du secondaire font au moins une demi-heure par jour d’activité physique. Des fonds supplémentaires devraient être consacrés spécifiquement à la réalisation de cet objectif. Cette séance quotidienne obligatoire devrait s’ajouter à la journée de classe régulière, et non remplacer une matière. Pourquoi pas pendant l’heure du dîner?
› Près de la moitié des adultes ne font pas assez d’activité physique. Les entreprises qui encouragent leurs employés à faire de l’exercice sur les lieux de travail méritent un coup de pouce financier. Québec devrait songer à leur accorder des subventions pour l’aménagement de locaux, l’achat d’équipements sportifs et l’embauche de personnel qualifié pour organiser ces activités et motiver les troupes.
› Les personnes âgées qui restent actives vivent plus longtemps en santé. Encore là, à l’instar des entreprises, les résidences de retraités devraient bénéficier d’une a ide monéta i re pour encourager nos têtes grises à rester en forme.
› Le gouvernement Charest devrait sérieusement envisager d’abolir la TVQ sur les vêtements, espadrilles et équipements de sport, qui exigent parfois des déboursés importants.
Tous ces investissements de l’État dans la santé des Québécois seraient largement compensés par des économies encore plus grandes en soins prodigués à la population.
Outre le fait que les Québécois jouiraient d’une meilleure qualité de vie, leur portefeuille collectif s’en porterait mieux: nous serions moins nombreux à nous rendre chez le médecin, à nous faire traiter dans les hôpitaux. Se prendre en main serait notre plus grande contribution à l’allègement du fardeau intolérable qui pèse sur notre système de santé.





LE VIRAGE SANTÉ -  Pierre Lavoie
Les Québécois doivent absolument adopter des habitudes de vie plus saines, sinon ils vont frapper un mur
Environ 80% des opérations au coeur pourraient être évitées si l’on bougeait plus, mangeait mieux et cessait de fumer. Un cancer sur deux pourrait être écarté.
L’auteur est un athlète international, conférencier et créateur du Grand défi Pierre Lavoie. À compter de demain, va se tenir au Québec un événement majeur dont l ’ issue pourrait avoir un impact considérable sur notre santé collective. Avec quelque 500 cyclistes, je vais parcourir 1000 km en deux jours, du Saguenay-Lac-Saint-Jean jusqu’à Montréal, avec un objectif précis: sensibiliser la population à l’urgence de prendre un virage santé dès maintenant.
Avec quelque 500 cyclistes, Pierre Lavoie va parcourir 1000 km en deux jours afin de recueillir des fonds pour la recherche médicale sur les maladies orphelines.
Plusieurs de mes coéquipiers sont des spécialistes de la santé, confrontés jour après jour à une réalité alarmante. Ils ont choisi de s’engager dans cette croisade, car ils ont un message capital à livrer. Par exemple, des pédiatres vont nous parler de ces nouveaux cas de diabète de type 2 qu’ils voient chez des enfants, un phénomène inconnu il y a à peine 15 ans.
Des cardiologues vont témoigner que 80% des opérations pourraient être évitées si l’on bougeait plus, mangeait mieux et cessait de fumer. Et des oncologues souligneront qu’un cancer sur deux pourrait ainsi être écarté. Quatre équipes du Canadien de Montréal et des dizaines d’autres vont aussi participer à cette croisade en guise d’appui au virage santé que nous souhaitons amorcer.
En somme, notre objectif est de dire aux Québécois que si nous ne prenons pas ce virage dès maintenant, nous nous dirigeons droit dans un mur. Déjà, une très grande part de nos impôts sont investis dans le système de santé pour soigner des maladies évitables. Et ce n’est pas en injectant des millions et des millions de plus que l’on va régler le problème.
La solution ne peut pas venir du gouvernement. Elle doit trouver sa source en amont, en travaillant sur la prévention. Cela nécessite une prise de conscience importante, comme nous l’avons fait dans le domaine de l’environnement. Lorsque nous avons réalisé que nous étions en train de détruire la planète, nous avons commencé à faire des gestes concrets et à changer nos habitudes.
Cette même prise de conscience qui a amené une prise en charge doit maintenant s’opérer en santé. Des élèves des écoles primaires du Québec nous ont donné un bel exemple au mois de mai, ce qui me rassure quant à notre capacité à renverser la vapeur. Cette génération, que l’ont dit de plus en plus sédentaire, a été mise au défi d’exécuter des périodes de 15 minutes d’activité physique à l’école et à la maison dans le cadre du concours le Grand défi dans mon école. Les jeunes ont répondu à l’appel de façon extraordinaire. Nous nous attendions à ce qu’ils accumulent 3 ou 4 millions de « 15 minutes actives ». Ils en ont accumulé 17 millions !
Je crois que de tels changements peuvent et doivent se produire dès maintenant. Chacun a la responsabilité d’emboîter le pas. L’idée n’est pas de devenir de super athlètes ou d’authentiques granolas. La solution est beaucoup plus simple et à la portée de tous: bouger plus, manger mieux. En somme, adopter peu à peu des habitudes de vie plus saines.
Dans quelques années, nous nous féliciterons d’avoir assuré la pérennité de notre système de santé et légué une société active, forte et dynamique aux prochaines générations. N’est-ce pas un beau défi à relever? Pour plus de détails sur la croisade de 1000 km les 12, 13 et 14 juin : www.legdpl.com

La voie du coeur  -  Jean-Pascal Beaupré
Il y a de ces gens qui forcent l’admiration. Par leur courage hors du commun. Leur énergie contagieuse. Leur détermination sans faille. Leur profond engagement social. Chacune de ces qualités est suffisante en soi pour ressortir du lot. Pierre Lavoie, lui, les incarne toutes.
Aujourd’hui, lemarathoncycliste de 1000 km sans interruption dont il a été l’instigateur connaîtra son apothéose avec l’arrivée de la centaine d’équipes participantes au Stade olympique . C’e s t l’aboutissement des efforts que Pierre Lavoie a déployés sans relâche ces dernières années pour recueillir des fonds pour la cause des maladies orphelines.
Le parcours de Pierre Lavoie est unique. Son itinéraire de vie a été jalonné de performances exceptionnelles et d’événements tragiques qui ont façonné cet homme de 45 ans plus grand que nature. Tour à tour, il a atteint les sommets euphoriques et touché les abysses de la détresse.
Au départ, Pierre Lavoie s’est forgé une réputation d’athlète de calibre international. Triathlonien d’exception, recordman mondial dans sa catégorie d’âge, ses exploits sportifs sont éloquents.
En cours de route, le destin s’est montré impitoyable pour sa conjointe Lynne et lui. Le couple a perdu non pas un, mais deux de ses quatre enfants, qui ont succombé en bas âge à l’acidose lactique, une maladie rare qui frappe surtout les enfants du Saguenay– Lac-Saint-Jean, sa région natale.
Ce terrible coup du sort en aurait envoyé plus d’un au tapis. Pas Pierre Lavoie, qui a rebondi et mis son immense talent d’athlète au service de la cause des maladies orphelines. Les couples désireux d’avoir des enfants lui sont maintenant redevables de pouvoir passer gratuitement un test de dépistage.
Couvert d’hommages et d’honneurs, Pierre Lavoie aurait fort bien pu s’en tenir là. C’était mal le connaître: il a élargi son combat.
Au plan géographique, d’une part, en le portant à l’échelle du Québec. Mais aussi en prônant la prévention de toutes les maladies. Ce surhomme hyperactif a mobilisé les jeunes de 6 à 12 ans, les a sensibilisés à l’importance de bouger pour se garder en santé. La réponse a été spectaculaire: des dizaines de milliers d’élèves de tout le Québec ont accumulé 17 millions de blocs de 15 minutes d’activité physique. Qui a dit que notre jeunesse était pantouflarde?
Dans son appel que nous avons publ ié dans nos pages Forum j eudi dernier, Pierre Lavoie faisait r ema rquer à juste titre que la meilleure façon de désengorger notre système de santé, c’est de se prendre en ma i n. La p l upa r t de s chirurgies cardiaques et un cancer sur deux pourraient être évités si tous les Québécois mangeaient mieux et faisaient de l’exercice.
Son passage remarqué à l’émission Tout le monde en parle, au printemps, a mis en relief sa force de caractère phénoménale. Il a défoncé des portes, il a su convaincre, il a emmené dans sa roue la communauté médicale et d’affaires de la province dans son Grand Défi de 1000 km.
Pierre Lavoie est devenu un ambassadeur extraordinaire pour la promotion de la santé. Une source inépuisable d’inspiration. Nous sommes tous invités à marcher, à courir, à nager, à rouler dans la voie qu’il a tracée vers le mieuxêtre et le dépassement de soi.




Le lait cru au tribunal   -  Stéphanie Bérubé
La vente de lait cru est interdite, selon la loi sur les aliments de Santé Canada. Des dispositions provinciales empêchent aussi le commerce de lait non pasteurisé. Les seules personnes autorisées à boire du lait non pasteurisé sont les producteurs laitiers et leur famille.
Votre beau-frère est producteur laitier, vous allez souper chez lui et il vous donne un petit pot de crème non pasteurisée? Ça va. Mais c’est à peu près la limite de la permission, le frigo de la belle-famille. Toute commercialisation est interdite.
C’est ce qui fait l’objet d’une contestation bien sentie, venant de plusieurs coins du pays.
Car le lait cru est un aliment qui intéresse plus que les fermiers. Ses adeptes maintiennent que le lait qui n’a pas été chauffé par la pasteurisation est entier. Qu’il contient des enzymes, des bactéries et des nutriments qui ne survivent pas à la pasteurisation.
Alors des consommateurs canadiens futés ont trouvé le moyen de contourner la loi. Ils ont formé des coopératives. Chacun est propriétaire de sa vache, en tout ou en partie. La bête vit chez un agriculteur qui en prend soin. Dans ce cas, le consommateur-membre de la coopérative peut boire son lait cru, puisqu’il provient théoriquement de sa vache, n’est-ce pas?
C’est ce que maintient Michael Schmidt, ce fermier ontarien qui s’est fait connaître pour sa bataille contre les instances sanitaires de sa province. Elles contestent la légitimité de sa coopérative depuis des années.
Un groupe de ColombieBritannique s’est aussi lancé dans le lait cru distribué à des actionnaires. La Cour suprême de la province a ordonné la fermeture de la ferme-coopérative le mois dernier parce que l’entreprise était une menace à la santé publique.
Au Québec, l’Union paysanne s’intéresse aussi au lait cru. Un projet de coopérative est en gestation avec trois producteurs de trois régions différentes.
L’Association des transformateurs laitiers du Canada a voulu mettre un holà au mouvement cette semaine en réitérant son soutien aux gouvernements provinciaux dans leurs batailles contre le lait cru.
« Le lait est un aliment très sécuritaire, dit Don Jarvis, président du regroupement canadien de transformateurs. Tant qu’il est pasteurisé. » La consommation de lait cru par l’humain était l’une des principales causes des maladies d’origine alimentaire, ainsi que de mortalité infantile, défendent les transformateurs laitiers.
Foutaise, maintient le biologiste Carol Vachon qui milite en faveur du lait cru depuis des années. On ne peut pas comparer la qualité du lait cru fait jadis, avec les moyens du bord, avec la qualité du lait produit aujourd’hui par les agriculteurs professionnels. Rien à voir.
« Tous les producteurs laitiers boivent leur lait. Pourquoi le lait deviendrait-il dangereux dès qu’il traverse la rue ? » demande Carol Vachon. Il prédit que la question du lait cru sera au coeur de débats de plus en plus nombreux, une partie des consommateurs étant à la recherche d’une alimentation alternative, le plus loin possible de l’alimentation industrielle.
Au sud de la frontière, le lait cru soulève aussi les passions. Une trentaine d’États permettent la vente de lait cru, d’autres étudient présentement la possibilité de permettre son commerce, sous une forme coopérative. Les producteurs laitiers qui voudraient offrir leurs produits non pasteurisés n’auraient qu’à soumettre leur lait à des tests afin de s’assurer de son innocuité. Le 2e Symposium international sur le lait cru s’est tenu la semaine dernière, au Wisconsin. Le premier avait eu lieu l’année dernière, à Toronto.
Selon Don Jarvis, porteparole des transformateurs laitiers, le mouvement est néanmoins marginal.
Un jugement prononcé cette année dans l’histoire du fermier ontarien Michael Schmidt a quand même donné de l’espoir aux défenseurs du lait cru. Un juge de paix a tranché: des membres d’une coopérative, majeurs et vaccinés, ont tout à fait le droit de boire leur lait comme ça leur plaît. Cru, dans ce casci. La province porte la cause en appel.
En France, on est passé à autre chose. Ladernièremode? Les machines distributrices de lait cru qui se multiplient à une vitesse folle. Les machines sont généralement installées à proximité d’épiceries et elles sont remplies tous les matins du lait de la traite, entier, par les producteurs.


LE POUVOIR DU TABLIER
  -  Stéphanie Bérubé
participants l’appelaient, par erreur, le cafouillis. Ferontils de la pâtisserie bientôt? Peut-être pas. Mais ils savent manier la farine et pétrir la pâte.
Ils découvrent des ingrédients et apprennent qu’ils sont souvent moins chers que du prêt-à-manger bas de gamme. Ils apprennent aussi qu’on peut utiliser ces carottes pas très belles vendues en solde dans les fruiteries et les transformer en quelque chose de savoureux.
Dans l’immédiat, la cuisine est aussi un outil de valorisation incroyable, explique Jean-François Archambault. Elle leur permet de vivre rapidement un succès, dit-il. Préparer des biscuits prend moins de 30 minutes. Les jeunes peuvent retourner dans leurs foyers respectifs et partager leur récolte. C’est très gratifiant. herbes qui se transformaient littéralement en pesto sur sa planche à découper, à force d’acharnement.
La quatrième, Tricya, sait déjà qu’elle sera vite responsable de son alimentation. C’est ce qui l’a décidée à prendre les choses en main. L’atelier lui donne aussi deux heures d’attention dont elle a grand besoin. Chacun y a sa place et son mot à dire. À la fin du cours, les jeunes cassent la croûte ensemble. C’est sympathique et paisible. Un peu émouvant, aussi, de voir des ados qui ont de grands manques et qui ont la maturité de chercher à les combler. Tout simplement.
Un mouvement populaire
S e l on J e a n - F r a nç o i s Archambault, en outillant mieux les jeunes qui risquent de se retrouver dans une situation précaire, on fera dans 11 écoles de Montréal et Laval. Ce sont toutes des écoles en milieu défavorisé. Le chef Alexandre Loiseau, du bistro Cocagne, délaisse la clientèle privilégiée du Plateau pour y donner des cours, quatre soirs par semaine.
« Je pourrais toucher tout le monde, pas juste les milieux défavorisés, plaide JeanFrançois Archambault. Les parents travaillent partout. La différence est que dans un milieu favorisé, le jeune va trouver 20 $ sur le comptoir pour qu’il s’achète à souper. »
La Tablée des chefs n’est pas le seul organisme à miser sur la cuisine pour lutter contre la pauvreté. Le mouvement gagne en popularité. À Montréal-Nord, Brunilda Reyes et ses Fourchettes de l’espoir visent le même objectif, depuis huit ans.
Les ateliers de cuisine sont offerts aux petits, aux jeunes et aux adultes. « Notre idée était de faire plus que du dépannage alimentaire », ditelle. Fournir la canne à pêche plutôt que le poisson.
Aux ateliers de cuisine pour les petits, Brunilda Reyes a eu cette idée géniale d’imposer la mixité. Elle s’arrange toujours pour qu’il y ait aussi des enfants qui viennent des écoles privées. Autour de la table, avec un fouet entre les mains, l’écart des revenus des parents disparaît. « Ils parlent de tout », raconte Brunilda Reyes. Qu’ils n’aiment pas le brocoli ou leur belle-mère. « La différence est que l’un va rentrer à la maison et trouver un frigo plein et l’autre, un frigo vide. »

Cordons-bleus sans frontières  -  Stéphanie Bérubé
Le chef Jean-Louis Thémis enseigne à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie, à Montréal. Il commence parfois son cours en demandant à ses élèves ce qu’ils ont mangé la veille. C’est un bon point de départ pour une discussion sur l’alimentation.
Quatre soirs par semaine, le chef Alexandre Loiseau, du bistro Cocagne, délaisse la clientèle privilégiée du Plateau pour donner des cours à des élèves d’écoles défavorisées.
Il a fait le même exercice avec ses élèves à Madagascar. « Il y a eu un silence dans la salle, raconte Thémis. Parce que personne n’avait mangé. Rien mangé. »
Jean-Louis Thémis en avait assez de voir l’extrême pauvreté à la télévision. Il a voulu faire quelque chose pour la combattre et a décidé d’utiliser sa meilleure arme, la cuisine. Le chef québécois, aux origines malgaches, a fondé Cuisiniers sans frontières en 2003. Il s’est rendu à Madagascar avec ses louches et ses couteaux, a recruté ses élèves directement dans la rue, s’est trouvé un petit local et leur a enseigné les rudiments de la cuisine. Il y est retourné chaque année depuis, en finançant ses activités par des campagnes trop confidentielles. Des chefs professionnels participent au projet.
L’une des premières activités d’un nouveau groupe d’élèves de Cuisiniers sans frontières est la sortie au restaurant, puisque la plupart des recrues n’ont jamais mis les pieds dans une institution digne de ce nom. « On leur trouve des vêtements et on s’arrange avec le propriétaire, raconte JeanLouis Thémis. Il faut qu’ils comprennent ce qu’est une entrée, un plat principal, le service. »
L’école de Cuisiniers sans frontières compte maintenant 83 « diplômés » et affiche un taux de placement de 60%. Ce sont des gens qui ont quitté la rue pour travailler en cuisine. Que ce soit dans un hôtel, pour un particulier ou même à leur compte. Une femme a ouvert un petit restaurant où elle sert des spécialités de chauve-souris et de hérisson, raconte Thémis.
« Je crois vraiment qu’on peut enrayer la pauvreté avec la bouffe », prétend le chef, qui regarde maintenant vers le Bénin pour étendre ses activités. « Notre philosophie est de donner la canne à pêche à des personnes qui veulent s’en sortir, mais qui n’ont pas les moyens de le faire. »




Les vrais fermiers en ville  -  Marie-Claude Lortie
La liste des problèmes que doit régler Montréal est longue et ardue. En attendant, pourquoi ne pas commencer par de petites choses qui peuvent, elles, commencer illico à changer le visage de la ville ? La chroniqueuse Marie-Claude Lortie est allée rencont
Quand Normand Laprise, le célèbre chef du restaurant Toqué !, parle de ses fournisseurs de fruits, de viande, de légumes, il les appelle par leur nom, souvent même leur prénom. Ce ne sont pas des entreprises, ce sont des individus, des hommes et des femmes avec qui il travaille généralement depuis longtemps. Il connaît leurs fermes, leurs arbres, leurs potagers. Et il achète leurs produits directement, histoire de limiter les intermédiaires et de pouvoir payer aux producteurs un prix décent pour leur travail sans pour autant vider sa caisse.
Le chef Normand Laprise (tenant une poule) et son second Charles-Antoine Crête (avec le cochon de lait de la ferme Gaspor), et la brigade du Toqué !. Laprise aimerait que la ferme se rapproche de la ville, grâce à de nouveaux marchés fermiers authentiques.
Si Normand Laprise pouvait changer une chose à Montréal, pour rendre la ville plus gourmande, plus savoureuse, plus vraie, il aménagerait des marchés fermiers protégés pour ce type de producteurs, afin que les consommateurs aient aussi accès à ces réels produits régionaux d’exception.
« Je verrais quelque chose comme le marché d’Union Square à New York », explique M. Laprise, qui y allait régulièrement quand, il y a plusieurs années, il a tenté une aventure de restauration new-yorkaise.
Pourtant, direz-vous, il y a déjà actuellement toutes sortes de marchés à Montréal. Il y a Jean-Talon, Atwater, Lachine, Maisonneuve… Il y a même aux carrefours des étals où l’on trouve fruits, légumes et fleurs…
Tout ça, toutefois, n’a rien à voir avec de vrais marchés fermiers, explique le chef, car il n’y a pas de règles strictes sur la provenance des produits.
Entre deux a griculteu rs venus vendre leur maïs ou leurs pommes aux Montréalais se faufilent toutes sortes de revendeurs qui ne sont pas allés au champ depuis bien longtemps et qui sont plutôt allés chercher leurs tomates ou leurs concombres chez des grossistes. Souvent, leurs fruits et légumes viennent exactement des mêmes fournisseurs que ceux des supermarchés et autres détaillants. Seuls les embal lages changent. On met le tout dans des paniers pour donner aux produits des airs rustiques. Mais c’est de la frime.
Ne trouvez-vous pas étrange, d’ailleurs, qu’on trouve sur les étals des maraîchers de ces marchés des bananes, des avocats, des mangues ? Pensezvous que tout cela pousse à Saint-Esprit ou à Oka?
Sans interdire quoi que ce soit à quiconque et sans empêcher les marchés actuels d’exister, note le chef, on pourrait créer d’autres lieux, réservés cette fois aux producteurs, avec des règles strictes comme à NewYork, afin que les consommateurs sachent exactement ce qu’ils vont chercher. « Ce qu’il faudrait, c’est ramener les vrais producteurs en ville et leur donner la chance d’offrir leurs produits, sans intermédiaire, à leurs prix. »
Car un des problèmes avec le système actuel, c’est que revendeurs et producteurs se côtoient et donc que les légumes issus de fermes industrielles, voire importés, et souvent bon marché font directement concurrence aux légumes régionaux cultivés de façon généralement assez artisanale.
Si, en plein milieu du marché Jean-Talon, comme ça s’est vu, une simple tête d’ail frais du Québec se retrouve à côté de tout un sac d’ail chinois qui coûte trois fois moins cher, que choisira le consommateur? Y aura-t-il quelqu’un pour lui expliquer la différence entre les deux produits, lui dire pourquoi l’aliment québécois coûte plus cher et lui démontrer que, en fait, les deux ails ne peuvent être comparés ? La cohabitation tord le marché.
À New York, l’organisme qui chapeaute les marchés fermiers, Greenmarket, est très strict. Seuls les producteurs eux-mêmes peuvent vendre leurs propres aliments dans les 45 marchés fermiers de Manhattan, du Bronx, de Brooklyn, du Queens et de Staten Island. Il faut qu’ils aient cultivé, élevé, cuisiné, préparé eux-mêmes ce qu’ils vendent. L’an dernier, un producteur de saucisse et de bacon a vu son permis révoqué. Il se vendait trop de viande, sur trop de marchés fermiers, a constaté Greenmarket, pour que tout cela provienne de la ferme du participant.
En réglementant ainsi l’approvisionnement, on s’assure que les produits offerts dans ces marchés peuvent se faire une concurrence sensée.
Alors où les installerait-on, ces nouveaux marchés à la new-yorkaise, chef?
« Là où on pourrait en profiter pour enlever du béton. Il y a trop de béton, en ville », lance Laprise. Il rêve d’ailleurs d’une métropole couverte de toits verts, qui encourage le retour des potagers dans la cité. Et le chef, de plus, ne voit pas pourquoi les citoyens ne retrouveraient pas le droit d’élever quelques poules en ville, comme on le fait déjà à Seattle, à Vancouver et dans des dizaines d’autres villes nord-américaines.
« La nature n’est pas loin de la ville, rappelle-t-il. Elle est déjà là. Sais-tu que je suis déjà allé à la cueillette aux morilles à Laval, près du Cosmodôme? »

Le monde a perdu 75% de son patrimoine alimentaire  -  Stéphanie Bérubé
Certaines ressources alimentaires sont menacées d’extinction. Pour d’autres, il est déjà trop tard. Elles ont disparu, parce que la planète se réchauffe, parce que la forêt a été transformée en mine, ou simplement parce que la petite communauté qui mangeait ceci ou cela a préféré se tourner vers de la nourriture industrielle, signe de modernité. Au bout du compte, la planète a perdu 75 % de sa diversité génétique en alimentation depuis 100 ans, estime la branche alimentaire des Nations unies, la FAO, qui a mené une importante étude à ce sujet avec des chercheurs de l’Université McGill.
« Nous voulions étudier douze communautés indigènes (sur cinq continents) et mesurer leur accès à une alimentation variée », explique Harriet Kuhnlein, professeure au Centre pour la nutrition et l’environnement des populations indigènes de McGill.
Les conclusions sont sans équivoque et surprenantes : lorsque vient l’heure du repas, ces communautés reculées ont accès à une bien plus importante biodiversité que les urbains que nous sommes. Les groupes qui cueillent encore travaillent parfois avec des fruits tropicaux multicolores et difformes qui feraient rêver ici les adeptes du mouvement Slow Food. Notre alimentation moderne repose essentiellement sur quatre cultures, le blé, le riz, le soya et le maïs, notent les chercheurs de la FAO. Une petite communauté thaïlandaise d’à peine plus de 600 âmes cuisine avec 387 espèces alimentaires, dont 62 fruits différents. Des Inuits canadiens chassent 79 espèces animales.
Cette richesse est toutefois en train de s’appauvrir, rapidement, a constaté le groupe de recherche. Les grands jardins de plusieurs communautés sont diminués par des projets industriels. Un groupe de la Thaïlande s’est même trouvé dans la situation absurde où son environnement immédiat a été déclaré parc national. Et donc protégé. « Ils ne peuvent plus cueillir ! » dit la professeure Kuhnlein.
Les peuples aborigènes délaissent aussi d’eux-mêmes leur alimentation traditionnelle lorsqu’ils ont accès à de nouveaux produits, peu chers, pratiques, mais souvent pauvres en valeur nutritive. « La nourriture traditionnelle est graduellement remplacée par la nourriture industrielle », explique la scientifique.
Il y a deux drames dans les conclusions de cette enquête. D’abord, des espèces sont à jamais rayées de la carte. L’autre drame est qu’il y a un lien direct entre la perte de biodiversité et la maladie. La nourriture traditionnelle, non transformée, est très nutritive. Plus un peuple la délaisse, plus il y a d’obésité dans le groupe.

Mais il y a de l’espoir. Parmi les communautés à l’étude, les Inuits de l’île de Baffin ont décidé de réintégrer dans leur alimentation des ingrédients traditionnels, après les avoir boudés durant plusieurs années au profit de pizzas et d’autres délices surgelés. Ils tirent aujourd’hui plus de 40 % de leurs calories quotidiennes d’une alimentation traditionnelle, alors que la proportion était de 31 % il y a 10 ans.


Interdire la malbouffe autour des écoles  -  Daphné Dions-Viens
Le Conseil des chaînes de restaurants du Québec tente de faire échouer l’initiative
Baie-Saint-Paul, Gatineau et Lavaltrie veulent s’attaquer à la restauration rapide à proximité des écoles, mais l’initiative ne fait pas que des heureux. L’industrie de la restauration tente plutôt de convaincre les municipalités de faire une croix sur le projet.
En collaboration avec la Coalition québécoise sur la problématique du poids, les trois villes examineront comment le zonage pourrait être utilisé pour limiter l’offre de malbouffe à proximité des écoles primaires et secondaires. En désaccord avec la démarche, le Conseil des chaînes de restaurants du Québec (CCRQ) tente de faire valoir ses arguments.
« N o u s p e n s o n s q u ’o n ne vise pas la bonne cible, explique Jean Lefebvre, viceprésident du CCRQ. Sur 21 repas par semaine, il y en a seulement cinq qui se prennent à l’école. La solution passe pa r la maison, avec une meilleure éducation des parents et des enfants, beaucoup plus que par des règlements et des interdits. »
M . L e febv r e , q u i s ’e s t récemment inscrit au registre des lobbyistes pour plaider la position du CCRQ dans ce dossier, a fait parvenir une lettre de cinq pages aux trois municipalités pour les dissuader de participer à ce projet-pilote. Le représentant de l’industrie de la restauration a aussi sollicité une rencontre, à laquelle seulement Gatineau a acquiescé pour l’instant.
Le maire de Baie-Saint-Paul, Jean Fortin, ne juge pas nécessaire de rencontrer M. Lefebvre. « Sa lettre était assez claire, les arguments étaient bien expliqués. Est-ce que ça vaut la peine qu’on le rencontre ? J’attends plutôt de savoir vers quoi on se dirige », dit-il.
M. Fortin a d’ailleurs été surpris par l’ampleur du débat suscité par ce projet-pilote. Plusieurs radios de Québec se sont intéressées au dossier, à la suite d’un reportage publié dans Le Soleil à la mimai. « Le téléphone n’a pas dérougi, raconte M. Fortin. Notre objectif n’est pas d’aller vers des solutions draconiennes qui ne correspondent pas aux attentes de la population. Mais le débat est intéressant. L a sensibilisation reste la meilleure façon de travailler sur ces enjeux-là. »
Ce n’est toutefois pas la première fois que Baie-Saint-Paul sonne la charge contre la malbouffe. L’an dernier, les élus ont adopté un règlement interdisant la restauration rapide au centre-ville, pour contrer l’arrivée d’une chaîne de restauration rapide dans ce secteur. La municipalité examine maintenant la possibilité d’étendre cette restriction aux zones scolaires.
Pour réaliser ce projet-pilote qui s’étend sur deux ans, les trois villes sélectionnées au ront d roit au x conseils des experts de la Coalition québécoise sur la problématique du poids. Une seule rencontre exploratoire s’est déroulée jusqu’à maintenant à Baie-Saint-Paul.
Selon la Coalition, il existe déjà plusieu rs règlements mu n ic ipau x qu i ont fa it jurisprudence en la matière, tant ici que chez nos voisins du Sud.


Politiques alimentaires dans les établissements de santé  :
Conséquences désastreuses  -  Claudette Péloquin-Antoun
La diminution de l’apport nutritionnel entraînera la détérioration de l’alimentation des patients
L’auteure est présidente de l’Association des nutritionnistes cliniciens du Québec. En juillet, le ministère de la Santé et des services sociaux a annoncé l’implantation de politiques alimentaires dans les établissements de santé à partir des mêmes mesures que celles imposées aux cafétérias du réseau scolaire.
Ces mesures comportent des restrictions et des interdits dans le but de diminuer les apports alimentaires et contribuer, par le fait même, à la prévention des problèmes reliés à la prise de poids.
La prévention des problèmes associés à l’obésité et l’embonpoint ne concerne pas la majorité des patients séjournant en centre hospitalier ou en CHSLD puisque leur problématiques est, de toute évidence, reliée à la perte de poids. En conséquence, une politique alimentaire qui vise la diminution de l’apport alimentaire, comme c’est le cas avec les orientations du ministère, ne peut être applicable à des patients malades qui, de manière générale, ont des besoins nutritionnels accrus.
Dans les établissements de santé, 81% des repas produits sont servis à des patients. Or, le fait que le MSSS a créé l’obligation, pour les services alimentaires destinés aux patients, de suivre les mesures instaurées pour les cafétérias et les casse-croûte, aura des conséquences désastreuses pour les patients admis dans les établissements de santé. En l’absence de professionnels qualifiés pour la prise en charge et le suivi des patients, l’application de ces mesures restrictives conduira inévitablement à une détérioration de leur état nutritionnel, avec toutes les complications qui s’ensuivent.
Un service alimentaire est la cuisine d’un hôpital ou d’un CHSLD. Son rôle est de préparer et de servir les repas. Le service alimentaire détermine les aliments qu’il va servir en concevant un cycle de menus quotidiens réguliers à partir desquels les patients indiquent leurs préférences. Il existe une nette distinction entre préférences alimentaires et besoins nutritionnels. Le service alimentaire ne détermine pas les besoins nutritionnels particuliers des patients puisque ceux–ci sont déterminés par une évaluation individuelle qui tient compte des symptômes, des pathologies et de la condition médicale globale de chaque patient. Cette évaluation complexe est effectuée par des professionnels, les nutritionnistes cliniciens.
Dans les CHSLD du Québec, il y a peu ou pas de nutritionnistes cliniciens pour déterminer les besoins et les traitements nutritionnels individuels appropriés. Le MSSS et les administrateurs invoquent souvent un milieu de vie. Ce milieu de vie n’est pas un choix personnel, il est devenu nécessaire en raison du fait que la personne ne peut plus vivre à domicile parce qu’elle a besoin de soins et de traitements. La détermination du traitement nutritionnel individuel permet de solutionner des problématiques et d’augmenter la qualité de vie des personnes malades (dénutrition, traitement des plaies, problèmes de dysphagie). Ces traitements ne visent aucunement la privation, bien au contraire.
De plus, puisque le MSSS n’a pas jugé bon, dans ses orientations, de créer l’obligation, pour la politique alimentaire, de se conformer aux plans de traitement nutritionnel individuels prescrits par les nutritionnistes. Nous nous questionnons sérieusement sur les conséquences d’une telle omission.
Faut-il s’attendre, dans le contexte actuel, à une amélioration de la qualité des aliments servis? Le MSSS n’a prévu aucune enveloppe budgétaire supplémentaire à cet effet. Les services alimentaires des établissements de santé font toujours l’objet de nombreuses coupures depuis le début des années 90 et leur performance est mesurée non pas sur la qualité des aliments servis mais uniquement sur le « coût-repas » le plus bas. Les patients ne doivent pas s’attendre à recevoir plus, mais plutôt moins qu’avant.

Nous avons demandé une rencontre au ministre de la santé et des services sociaux et nous attendons toujours une réponse.



Lundi sans viande  -  Stéphanie Bérubé
Il n’y a pas si longtemps, on ne mangeait pas de viande le vendredi. Pour des raisons religieuses, le poisson était au menu. Dans un avenir pas si lointain, on pourrait éliminer la viande des menus, le lundi. Cette fois, c’est l’environnement qui est en cause.
Le retour du pâté au saumon , sauce bla nc he, u n jour par semaine ? C’est ce que souhaite le mouvement Meatless Monday, qui commence à très populaire. aux États-Unis et en Europe. Une trentaine d’institutions américaines approuvent l’initiative et des personnalités publiques répa ndent l’idée da ns les grands médias.
L e pri ncipe est si mple : nous, Occidentaux, mangeons trop de viande. L’élevage est une importante source d’émission de gaz à effet de serre et demande beaucoup d’eau. Il faut diminuer. Cibler une journée est une façon pratique de le faire.
« Moi-même, je mange de la viande, mais une journée par semaine, c’est facile de l’éliminer, explique Peggy Neu, responsable du programme Meatless Monday. C’est un exercice très intéressant de trouver d’autres sources de protéines et de les cuisiner. » Le mouvement est né en 2003, mais a pris beaucoup d’ampleur dans la dernière année. L e groupe a des objectifs ambitieux : réduire de 15 % la consommation de viande en Amérique. « Si tout le monde s’y mettait, nous arriverions à une telle réduction », calcule Peggy Neu, qui sait bien que ce n’est pas demain la veille que les mangeurs de steak se tourneront tous vers les légumineuses, même une seule journée par semaine.
En Angleterre, le célèbre végétarien Paul McCartney et ses filles ont fait connaître le mouvement du lundi sans viande.
Plus à l’est, la ville de Gand, en Belgique, est la première municipalité à être officiellement devenue végétarienne, mais les Belges ont plutôt choisi le jeudi comme jour maigre. Les cantines de la Ville mettent désormais des courges dans les raviolis plutôt que du porc.
Le Canada a aussi sa toute jeune branche du lundi sans viande.
« Nous vou lons d’abord convaincre les restaurateurs d’ajouter un plat sans viande à leur menu le lundi et d’en faire la promotion, explique Nancy Callan, de MeatlessMonday. ca, à Vancouver. Et pour les restaurants qui offrent déjà des plats végétariens, nous demandons de faire des lundis 100 % végés. »
Selon la représenta nte canadienne, les commerçants ont tout intérêt à se lancer dans l’aventure dès maintenant, car ils bénéficieront de la publicité des précurseurs. En plus, explique-t-elle, les lundis sont des soirées particulièrement tranquilles dans les restos : le menu végétarien ne pou rra it qu’augmenter l’achalandage.
« Nous n’essayons pas de dire aux gens qu’ils doivent de ve n i r de s vé gé t a r ie n s , concède Nancy Callan. Ce que nous voulons leur dire, c’est que ce que l’on met dans notre assiette a un impact sur notre environnement.
« Les gens sont très ouverts à adopter des pratiques plus vertes, mais peu connaissent vraiment l’impact de l’élevage sur l’environnement. Nous leur suggérons d’ajouter le lundi sans viande à leu r co c kt a i l d ’habit udes environnementalistes. »


Le cola vitaminé devra attendre  -  Stéphanie Bérubé
Oubliez les chips au fromage cheddar enrichies de calcium et le cola à la vitamine D pour l’instant. Santé Canada veut revoir le projet de règlement qui aurait permis à l’industrie alimentaire d’ajouter vitamines et minéraux dans ses produits, même dans les aliments qui ont de faibles valeurs nutritives.
C’est pourtant dans l’air du temps. Aux États-Unis, le Diet Coke Plus contient des vitamines B6 et B12, du zinc et du magnésium. « Les consommateurs demandent de plus en plus des produits santé, et la réponse de l’industrie est de leur présenter des aliments dans lesquels on a ajouté des vitamines », déplore Suzie Pellerin, présidente de la Coalition sur la problématique du poids. Elle se réjouissait hier du fait qu’on ne verra pas le Diet Coke Plus et ses semblables traverser la frontière.
Santé Canada devait publier son projet de règlement au mois de mars 2009, mais avait préféré attendre un peu. De nombreuses voix s’étaient élevées contre cette « fortification universelle ».
Il y a de la vitamine D dans le lait ou les boissons de soya, explique Suzie Pellerin. Ces ajouts dans des produits de grande consommation répondent à des questions de santé publique. «En permettant l’enrichissement facultatif, c’est plutôt un argument marketing qu’on donne à l’industrie alimentaire, explique-t-elle. Et cela permet les dérives comme l’enrichissement de produits de malbouffe.»
Les porte-parole de Santé Canada confirment maintenant que le projet est en suspens. Ottawa retourne à l’étape de la consultation auprès des groupes concernés. « Les pressions des grandes entreprises alimentaires sont fortes », dit Suzie Pellerin.
Les fonctionnaires canadiens sont pris entre les représentants de l’industrie, qui invoquent des arguments de développement de marché et qui ont déjà dans leurs valises toute une gamme de produits à présenter, et les professionnels de la santé, qui émettent de sérieuses réserves.
Dans son journal, en mai dernier, l’Association médicale canadienne s’est déjà élevée contre l’ajout de vitamines dans les aliments. Une nouvelle étude publiée dans le Journal of Nutrition indique maintenant que l’enrichissement des aliments courants pourrait même mener à une surconsommation de certains minéraux et vitamines.
À la Coalition sur la problématique du poids, on se réjouit de ce nouveau délai, tout en étant conscient qu’il ne s’agit que d’un délai.
Les eaux vitaminées échappent à la réglementation puisqu’elles n’entrent pas dans la catégorie des aliments, mais plutôt dans « les produits de santé naturels », tout comme la plupart des boissons énergisantes. C’est ce qui explique qu’elles sont déjà bien présentes dans les rayons. Les chips et boissons gazeuses ne peuvent pas utiliser cette voie de contournement...


Fini les charcuteries pour les petits ?  -  Stéphanie Bérubé
Une autre tempête souff le sur l’industrie de la charcuterie, un an après la crise de la listériose. Mais cette fois, les dommages risquent d’être permanents : le Fonds mondial de recherche contre le cancer, organisme de référence en la matière, demande aux parents de cesser de donner des charcuteries à leurs enfants.
Le Fonds mondial de recherche contre le cancer recommande le moins de charcuterie possible en se basant sur des études faisant un lien entre la consommation de charcuteries et le cancer colorectal.
Ce sont les liens entre la consommation de charcuteries et le cancer colorectal qui amènent le Fonds à mettre un holà définitif à la consommation de jambon, de salami et autres saucissons de Bologne dès le plus jeune âge.
La littérature scientifique ne s’intéresse pas précisément aux conséquences de la consommation de charcuteries pour les enfants, mais les experts du Fonds estiment que l’alimentation des petits définit en grande partie leurs futurs choix alimentaires.
Les nitrites au banc des accusés
Le Fonds avait déjà mis les charcuteries à l’index dans son important rapport sur les habitudes de vie publié en 2007. On y recommandait de limiter les viandes rouges, mais d’éviter carrément « les viandes préparées » comme le bacon, les saucisses à hot-dog, mais aussi les charcuteries industrielles et toutes celles auxquelles on a ajouté du sel et des agents de conservation. Au banc des accusés, les nitrites, souvent montrés du doigt par les experts de la santé. Les nitrites permettent aux charcuteries de se détériorer moins rapidement et de conserver une belle couleur rosée. Le problème, c’est qu’une fois ingérées, elles se transforment en molécules dont les propriétés cancérigènes ont été prouvées.
En 2007, l’Institut national du cancer français a calculé que le risque de cancer colorectal augmentait de 21% par portion de 21 g de charcuteries consommées quotidiennement. C’est d’ailleurs cette répétition que craint Marni Craze, responsable du programme d’éducation des enfants au Fonds. « Si un enfant mange de la viande préparée dans son lunch tous les jours, à la fin de l’année scolaire, il en aura mangé beaucoup », écrit-elle dans le communiqué annonçant les nouvelles recommandations pour les enfants.
Ici, la Société canadienne du cancer préfère s’en tenir aux recommandations initiales du Fonds mondial : les charcuteries, le moins possible.
« Notre recommandation est une consommation maximale de trois portions de 85 g de viande rouge par semaine et encore moins de charcuteries, explique André Beaulieu, de la Société canadienne du cancer. Les études font plus de liens entre le cancer et les charcuteries qu’entre le cancer et la viande rouge. »
Obésité et cancer
Les études montrent aussi un lien entre l’obésité et le cancer, rappelle Beaulieu, et les charcuteries sont souvent très grasses et très salées.
Les consommateurs qui décident d’en mettre tout de même dans le panier devraient prendre le temps de regarder les étiquettes, conseille-t-il, et choisir des produits faibles en gras, avec moins de sodium et sans nitrites.
À une dizaine de jours de la rentrée scolaire, l’idée de sortir définitivement le jambon cuit de la boîte à lunch a de quoi donner des maux de tête aux parents. Le Fonds leur conseille de plutôt penser à la volaille et au poisson, comme le thon en conserve, ainsi qu’au fromage faible en gras et à des préparations telles que l’houmous ou purée de pois chiches au moment de faire les sandwichs des écoliers.
À la Société canadienne du cancer, on rappelle aussi l’importance de varier son alimentation. Tant dans l’assiette que dans la boîte à lunch.

Cancer en tranches  -  ARIANE KROL
Le retour en force de la grippe A ( H1N1)? Pffff ! Pas de quoi s’inquiéter. À quelques jours de la rentrée scolaire, la vraie menace se cache plutôt dans la boîte à lunch, nous apprend le Fonds mondial de la recherche contre le cancer. L’organisme demande de ne plus mettre de jambon ni d’autres viandes transformées dans les sandwichs à cause des risques de cancer associés à ces aliments. Les parents, toutefois, ne devraient pas s’inquiéter outre mesure. On n’est pas en présence d’un danger imminent, mais plutôt d’une habile stratégie de santé publique.
Il faut savoir que cette mise en garde ne s’appuie pas sur une nouvelle étude ou une découverte révolutionnaire. Cela fait des années que les viandes transformées, comme les viandes fumées et les saucisses à hot-dog, inquiètent les chercheurs. Le Fonds, qui est une référence mondiale en matière de prévention du cancer, a émis des recommandations très claires il y a deux ans: ne consommez que très peu (idéalement pas du tout) de viandes fumées, séchées ou saumurées. Réservez-les aux occasions spéciales, conseille pour sa part la Société canadienne du cancer. Saviez-vous que ces aliments augmentaient les risques de cancer colorectal? En consommezvous moins souvent qu’avant? Si vous avez répondu non à l’une ou l’autre de ces questions, vous êtes l’exemple parfait de ce qui a incité le Fonds à faire cette sortie dramatique sur les boîtes à lunch.
Ce n’est pas la santé des enfants qui est en cause, mais celle de l’ensemble de la population. Soyons clairs: les sandwichs au jambon mangés en première année du primaire ne provoqueront pas l’apparition de tumeurs deux ans plus tard. Le Fonds le reconnaît luimême, on ne connaît même pas l’effet des viandes consommées durant l’enfance. Sa mise en garde ne vise donc pas à prévenirundanger immédiat, comme un risque d’empoisonnement alimentaire. L’organisme vise plutôt le long terme. Il craint qu’en mangeant fréquemment des viandes transformées, les enfants n’en prennent l’habitude, ce qui augmenterait leur risque de souffrir d’un cancer à l’âge adulte. Du moins, c’est l’explication officielle qu’il a donnée cette semaine. Mais de toute évidence, l’impact recherché est beaucoup plus vaste, et beaucoup plus immédiat, que la santé future des jeunes.
En associant enfants, cancer et boîte à lunch dans le même communiqué, l’organisme était certain que son message serait largement repris. Et que beaucoup de gens, même ceux qui n’ont pas d’enfants, entendraient parler du lien entre les charcuteries et le cancer colorectal. C’est une stratégie habile, mais qui fait bien peu de cas de la sensibilité des parents. Combien se sont inquiétés inutilement cette semaine ? Espérons qu’on n’assiste pas à une nouvelle tendance en matière de santé publique. Les parents s’en font déjà bien assez pour leurs enfants sans qu’on les vise à tort et à travers dans l’espoir de rejoindre le plus grand nombre.



À BAS LES RÉGIMES- La réponse aux problèmes de poids n’est pas dans la privation, mais dans l’écoute des besoins de son corps
La solution n’est pas dans la quantité ou la valeur nutritive de ce qu’on avale, mais dans le rapport qu’on entretient
avec la nourriture.
Les deux auteures sont nutritionnistes et spécialistes de l’approche anti-régime. En compagnie de Marie-Claude Lortie de « La Presse », Mme Guèvrement a écrit les livres, « Mangez! » et « Manger, un jeu d’enfant », publiés aux Éditions La Presse.
Les régimes ne servent qu’à alimenter la culpabilité, à faire fondre la confiance et l’estime de soi, à appauvrir chaque fois un peu plus cette volonté farouche de réussir qui animent ceux qui souffrent d’embonpoint.
Àl’occasion de la Journée internationale sans diète, il nous semblait important de revenir sur un article paru dans La Presse du dimanche 3 mai qui faisait état des résultats d’une étude stipulant que la composition des aliments n’a aucune incidence sur la perte de poids.
Enfin, les choses sont dites et nous nous en réjouissons. Mais nous déplorons que cette révélation de première importance n’occupe qu’un espace aussi limité en regard de la place prépondérante que prend quotidiennement l’idée complètement erronée que ce sont les aliments qui sont responsables de la prise de poids.
Les problèmes de poids ne sont pas à prendre à la légère. Cette phrase peut en faire sourire plus d’un, mais quand on pense aux 73% des femmes du Québec qui veulent maigrir (selon un sondage Ipsos-Reid) et à qui on continue de faire croire que les régimes sont efficaces (alors que 95% d’entre elles reprendront leur poids et plus encore enmoins de cinq ans), c’est triste à pleurer.
À quoi servent les régimes? À alimenter la culpabilité, à faire fondre la confiance et l’estime de soi, à appauvrir chaque fois un peu plus cette volonté farouche de réussir qui animent ceux qui souffrent d’embonpoint. Ce qui est mince dans tout cela, c’est le résultat, surtout quand on pense à la somme d’efforts qu’il réclame, en vain…
C’est facile de maigrir: mangez moins et faites plus de sport ! Depuis le temps qu’on nous rebat les oreilles de ces inepties, on se demande bien pourquoi la taille de la population s’élargit dans les mêmes proportions que les étalages de produits diététiques. La réponse est simple: parce que la solution n’est pas dans la quantité ou la valeur nutritive de ce qu’on avale, mais dans le rapport qu’on entretient avec la nourriture. L’étude à laquelle l’article fait référence arrive aux mêmes conclusions, mais ne donne pas de solutions concrètes. Dommage. mais on ne l’écoute plus. Alors, on lui en donne trop, ou pas assez, ou trop tôt, ou trop tard. Pire, on le prive, on le restreint, on le frustre, on le force à faire fonctionner la machine avec deux fois moins d’énergie: c’est le régime. Lorsque les kilos se sont envolés, on remange (et c’est normal) surtout les aliments dont on a été privés, le corps fait des réserves en prévision de la prochaine famine, on reprend du poids et on recommence à s’affamer… C’est sans fin et sans faim.
Sauf si on interrompt cette spirale infernale qui non seulement est lourde de conséquences physiques, mais dont il ne faut pas négliger non plus les effets pervers sur le plan psychologique. Faire croire aux personnes qui ne parviennent pas à perdre du poids qu’elles sont les
Pour nous, spécialistes, la réponse aux problèmes de poids n’est pas dans la privation, mais dans l’écoute des besoins de son corps, ni plus ni moins. Manger aux premiers signaux de faim et cesser de manger lorsque le signal de satiété se fait sentir, c’est simple mais pas forcément évident. Pas facile en effet de retrouver les mêmes sensations que nous connaissions quand nous étions bébé et que nous désirions manger. Notre corps ne se posait pas de questions alors, il manifestait son besoin de carburant en utilisant le seul langage qu’il connaissait: les larmes. Aujourd’hui, le corps nous parle encore, seules responsables de leur infortune, c’est faire peser sur leurs épaules un poids bien plus lourd que celui de la graisse: la culpabilité.
Nous recevons tous les jours dans notre cabinet de ces malheureuses incapables de se regarder dans un miroir, et pas seulement à cause de leur apparence. Nous sommes fières aujourd’hui de les aider sur le chemin de la liberté alimentaire.
En comprenant que la nourriture ne fait pas grossir, elles voient leur poids diminuer et la table redevient pour elles le lieu de plaisir quotidien qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être.



Prix ferme  -  Marie-Claude Lortie
S AI NTE-C ATH ER I N E-D EHATLEY — Il est 17h et le soleil commence à envelopper les collines de sa lumière la plus racoleuse. La visite du vétérinaire est terminée et les vaches enceintes repartent en courant vers les champs. Làhaut, elles vont retrouver les boeufs et brouter de l’herbe fraîche en contemplant un panorama spectaculaire qui se décline en bleu et vert j usqu’aux montagnes du Vermont. Franchement, on peut difficilement imaginer des conditions de vie plus relax pour le steak ou la bavette qui aboutira dans notre assiette plus tard cet automne.
Cette ferme où les boeufs et les mamans des futurs boeufs paissent si en paix est une des quatre du groupe monboeuf. com, une entreprise chapeautant trois éleveurs qui ont décidé de produire de la viande autrement. D’abord, la variété est nouvelle: leur « boeuf des Cantons » – servi notamment chez DNA et au Club chasse et pêche à Montréal – est un croisement entre la très maigre race parthenais et la plus pulpeuse angus. Ensuite, les bêtes grandissent naturellement, donc sans antibiotiques, hormones et compagnie, et sont nourries de grains naturels. Enfin, cette viande est vendue directement aux consommateurs, par l’entremise d’un site web, monboeuf.com, qui fonctionne un peu comme les producteurs de légumes bio avec leurs paniers.
Pourquoi le web ? Parce qu’éliminer tous les intermédiaires était la seule façon de vendre à un prix concurrentiel et de ne pas trop perdre d’argent , explique Carmand Normand, financier à la retraite qui gère l’affaire avec l’aide de la restauratrice Patricia Hovington.
À une trentaine de kilomètres de là, à Barnston-Ouest, les concombres arméniens, les pois mange-tout violets et les salades « grosse blonde paresseuse » des Jardins du ruisseau Ball poussent tranquillement en écoutant un joyeux concert de bêlements et de piaillements. Là aussi, légumes et animaux grandissent sous le soleil, tranquillement et naturellement. Là aussi on a choisi de s’éloigner des variétés communes pour faire des produits originaux, cultiver des variétés anciennes, sauver des sortes de tomates ou d’aubergines de l’oubli. Aux Jardins, aucun des légumes récoltés à la main n’est banal. Et ce qu’ingurgitent les agneaux et les pintades, oies, poules et compagnie, c’est ce qu’ils sont censés manger dans la nature.
Pour tous ceux qui ont vu les documentaires Food Inc. ou Le monde selon Monsanto, qui ont lu In Defense of Food de Michael Pollan ou Fast Food Nation d’Eric Schlosser, bref, pour tous ceux qui s’intéressent à la surindustrialisation de l’agroalimentaire et qui sont inquiets de ce qui aboutit dans leur assiette, de telles fermes sont comme des oasis dans le désert. On s’y réfugie. Et on n’a qu’envie de remercier les agriculteurs de nous produire de tels aliments bons et vrais.
Mais sommes-nous assez dégoûtés, collectivement, par le poulet aux antibiotiques, l’utilisation des herbicides industriels et la possibilité que notre boeuf soit contaminé au E. coli pour payer le prix qu’il faut pour des aliments produits naturellement?
Lancez la discussion dans n’importe quel souper et la table risque d’être divisée. D’un côté, il y aura ceux prêts à payer le prix qu’il faut pour savoir ce qu’ils mangent et encourager les petits agriculteurs travaillant naturellement. Et de l’autre, il y aura ceux qui diront que les prix de ces produits sont trop élevés et qu’il est insensé, dans notre contexte commercial, de demander 2$ pour un seul bulbe d’ail quand on peut acheter un sac complet d’ail chinois pour à peine plus de 1$ chez les revendeurs du marché Jean-Talon.
Ce débat est irritant pour ceux qui croient que soutenir l’agriculture locale et naturelle n’a pas de prix. Mais on ne peut en faire fi. On ne va pas loin en prêchant uniquement aux convertis. Et on ne peut nier que, sur le marché, il y a bel et bien des produits d’habitude transformés, très ordinaires, vendus trop cher avec une étiquette proclamant douteusement « terroir », réalité qui a jadis inspiré un épisode des Bougon.
L’agriculture naturelle a encore du chemin à parcourir pour se définir par rapport à tout cela et convaincre la population qui fréquente les Costco et compagnie qu’elle voit juste. Mais il ne faut pas se décourager.
Et une des premières choses à faire, évidemment, c’est d’ouvrir ces fermes où l’on constate rapidement que, à part les gentlemenfarmers comme M. Normand, qui a fait fortune dans le milieu financier avant d’aller ne pas faire d’argent dans le boeuf, les agriculteurs qui se consacrent à la production artisanale et naturelle ne vivent généralement pas très richement.
S’ils vendent leurs produits au dessus du prix du marché, ce n’est pas pour pouvoir se faire construire un condo aux Bahamas. C’est parce qu’il est normal, quand on ne travaille pas de façon industrielle, de ne pas pouvoir concurrencer les prix de produits qui sortent de véritables usines agricoles. La perte est plus grande. Les récoltes ne sont pas gonflées auxproduits chimiques. Pratiquement tout est fait à la main…
La vraie anomalie dans le marché, ce n’est pas le prix élevé des produits régionaux. C’est le bas prix des produits industriels. Comment est-il possible de vendre si peu cher des aliments qui devraient sortir normalement, lentement et doucement de la terre? Voilà la vraie question à se poser.





Ne nous passez pas le sel  -  Ariane Krol
On s avait que les Canadiens consomment trop de sel. On a maintenant la preuve que ce n’est pas leur faute. Les multinationales de l’alimentation ont tendance à offrir des versions plus salées de leurs produits ici, révèle une étude internationale. C’est vrai pour les rondelles d’oignon de Burger King, mais aussi pour des aliments considérés comme bons pour la santé, comme les céréales All Bran. Qu’attend Ottawa pour intervenir?
Le sel est un tueur insidieux. Nous en avons besoin d’un minimum pour vivre mais, au-delà d’une certaine dose, il devient une menace pour la santé. Et cette limite est facile à dépasser. Un adulte canadien en consomme presque 3100 mg par jour en moyenne. C’est 35% au-dessus du seuil considéré comme sans danger – ce que les spécialistes appellent l’apport maximum tolérable. Et plus du double de la quantité nécessaire pour répondre aux besoins normaux. Rappelons que l’excès de sel favorise l’hypertension, qui augmente à son tour les risques des maladies cardiaques et rénales, ainsi que le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC).
À moins d’être extrêmement attentif à cet ingrédient, vous en mangez sûrement plus que vous ne le pensez. En effet, la plus grande partie du sodium que vous consommez ne provient pas de la salière que vous agitez au-dessus de votre assiette, mais des aliments vendus dans les restaurants et les épiceries. Si on veut réduire l’incidence des maladies liées au sel, on ne peut pas se fier uniquement aux efforts individuels. Il faut réduire l’apport à la source.
L’enquête publiée par le World Action on Salt and Health la semaine dernière est éloquente. L’organisme britannique a comparé des produits que des multinationales vendent dans plusieurs pays. La version canadienne est souvent la plus salée, ou l’une des plus salées, que l’on trouve dans le monde. Le cas le plus frappant est celui des All Bran, qui contiennent 2,15 grammes de sel par 100g – trois fois plus qu’aux États-Unis.
Le problème est bien connu des autorités de santé publique. Le ministre fédéral Tony Clement a créé un groupe de travail sur le sujet en 2007. Deux ans plus tard, on attend encore des résultats.
Ottawa doit en faire une priorité. C’est ce que le Royaume-Uni a fait il y a quelques années, et ça commence à rapporter. L’agence gouvernementale responsable des normes en matière d’alimentation veut réduire la consommation de façon significative d’ici à 2012. Et même si ses cibles sont volontaires et qu’il reste encore plus de deux ans pour les atteindre, plusieurs fabricants les ont déjà adoptées. Les normes volontaires donnent souvent de résultats étonnants. On l’a vu chez nous avec les gras trans, qui ont disparu de bien des listes d’ingrédients. On en trouve encore, en particulier dans la restauration rapide et dans les aliments à bas prix. Mais beaucoup de fabricants ont compris d’eux-mêmes qu’ils avaient intérêt à faire mieux.
Le sel est le prochain ingrédient controversé pour lequel l’industrie devra rendre des comptes. Et elle en est bien consciente. Plusieurs entreprises se demandent déjà comment modifier leurs recettes. Mais si on veut qu’elles s’y mettent, et en grand nombre, il va falloir qu’Ottawa prenne l’initiative.

Les Canadiens sous une montagne de sel  -  Stéphanie  Bérubé
Une portion de frites au Chalet Suisse contient 40 mg de sodium. La même portion de frites chez Harvey’s en contient 555 mg. Dans le premier cas, la chaîne laisse au consommateur le loisir de saler ses frites, à sa guise. Dans le second, elles arrivent toutes prêtes à être mangées.
C’est ce genre de scénario qui explique que la moyenne des Canadiens consomment plus de 3000 mg de sodium par jour et la majorité, à leur insu. Au Québec, les jeunes hommes sont les champions consommateurs de sel. Jusqu’à 4700 mg par jour. Les trois quarts du sel que nous consommons viennent des produits de l’industrie alimentaire ou de la restauration.
Au pays, la limite quotidienne recommandée par Santé Canada est de 2000 mg par jour. Et même, cette recommandation est présentement révisée car on sait que le sodium est très néfaste pour la santé. Il favorise les malaises cardiaques, notamment. Le Centre pour la science dans l’intérêt public, à Ottawa, est un des groupes qui font des pressions pour que ces normes soient révisées à la baisse et pour que l’industrie alimentaire soit tenue de réduire la quantité de sel dans ses produits. «Certains ont fait du bon boulot», admet Bill Jeffrey, coordonnateur du Centre pour le Canada. On pense à Campbell et à sa publicité télé montrant la montagne de sel représentant la quantité retirée des célèbres soupes. Pour d’autres, tout le travail reste à faire.
Le nouveau rapport sur le sel du Centre donne le vertige. Une tasse de soupe Minestrone aux fèves Le Choix du président contient 960 mg de sodium. C’est pratiquement la moitié de la quantité maximale suggérée en seulement 250 ml! Une tasse de jus de légumes Motts compte 650 mg de sodium. Le V-8 original en a 520 mg et sa version réduite en sodium, 175 mg. Une petite portion de feta en contient entre 290 mg et 750 mg.
Qu’il y ait une mine de sel dans les charcuteries, les plats préparés ou les burgers, on s’en doutait. Mais le sel se cache aussi où l’on ne l’attend pas. Dans les céréales du petitdéjeuner. Dans les sauces tomate biologiques. Dans le pain complet. Dans les biscuits au chocolat. Un fait est particulièrement troublant: des aliments sains, recommandés par Santé Canada, contiennent aussi beaucoup de sel. C’est le cas du thon en conserve, du riz préparé ou des légumineuses.
Les conclusions d’une autre enquête sur le sel ont aussi été publiées cette semaine. L’étude, réalisée en Grande-Bretagne cette fois, révèle que plus de la moitié des produits sans gluten, sans blé ou sans lactose ont plus de sel que leur version originale. Les fabricants ont modifié la teneur en sodium, à la hausse, de leurs produits de spécialité. Le groupe de sensibilisation aux effets du sel sur la santé qui a fait cette découverte a étudié les taux de sel dans 71 produits sans gluten, blé ou lactose de marques maison.


SAUVER SON ÉPICERIE POUR SAUVER LE VILLAGE  -  Stéphanie  Bérubé
Dans plusieurs villages du Québec, des épiceries ferment. Plus qu’un inconvénient pour les résidants qui doivent parcourir des dizaines de kilomètres pour se procurer l’essentiel, c’est surtout un signe de décroissance, comme si le village mourait un peu.
« Si on avait perdu notre épicerie, on aurait été considéré comme une municipalité dévitalisée, explique Jean-Guy Paré, le maire de SaintPierre-les-Becquets. La valeur du prix des maisons de Saint-Pierre aurait automatiquement baissé de 10% à 15%. »
Après 38 ans de loyaux services, Jean-Noël Mayrand, l’épicier de Saint-Pierre-les-Becquets, a pris sa retraite. En avril dernier, sonmagasin a fermé ses portes, laissant les habitants sans aucun marché d’alimentationetunédificecommercial vide enpleincoeur de ce village situé au sud de Trois-Rivières.
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais à Saint-Pierre, on a vite compris que laisser partir l’épicerie, c’était mourir un peu. Pour trouver un supermarché digne de ce nom, les habitants de SaintPierre doivent parcourir 15 km. Le village compte 1200 habitants. L’été, avec les vacanciers et quelques résidents saisonniers, il y en a quelques centaines de plus. La population est vieillissante. Certaines personnes n’ont ni voiture ni parenté pour aller acheter les provisions dans une ville voisine.
Face à ce problème, la mairie a formé un comité et s’est mise à étudier la possibilité de créer une coopérative d’alimentation.
Il y a eu un grand rassemblement à l’église au printemps. « Il y avait 300 personnes: ça faisait longtemps que le curé n’avait pas vu tant de monde », confie le maire de Saint-Pierre, Jean-Guy Paré. Avec ses collègues, il a expliqué le projet. Le prix de la carte de membre a été fixé à 300$, ce qui n’est pas rien dans un village comme Saint-Pierre.
Cette cotisation, que les membres ne paient qu’une seule fois, permet d’amasser une bonne mise de fonds. Assez pour ensuite obtenir des subventions et intéresser refusé d’acheter sa carte quand nous sommes passés chez lui, raconte-t-il. Il ne faisait jamais son épicerie à Saint-Pierre, il ne voyait donc pas l’utilité de devenir membre. Le lendemain, il est venu avec ses 300 $. Il n’avait pas dormi de la nuit . Pour lui, c’était devenu un geste de solidarité communautaire. »
Certains ont eu la solidarité plus forte encore. M. Mayrand, l’épicier retraité, a investi une importante partie de la vente de perd son épicerie, ensuite c’est l’école qui ferme, puis les autres commerces » , expl ique Guy Provencher, de la Coopérative de développement régionale, pour la région du Centre-du-Québec– Mauricie. « La première chose que tu sais, dit-il, les gens ne veulent plus s’y établir. »
Le maire abonde ne ce sens: « Si on avait perdu notre épicerie, on aurait été considéré comme une municipalité dévitalisée, explique Jean-Guy Paré. La valeur du prix des maisons de Saint-Pierre aurait automatiquement baissé de 10% à 15%. »
Une « municipalité dévitalisée » est une ville en perte de vitesse. Le taux de chômage y est élevé et les revenus familiaux sont parmi les plus faibles de la province. La population vieillit et les jeunes préfèrent s’installer ailleurs. les bannières en alimentation à se lancer dans l’aventure.
L’équipe de la coop a donné un peu de temps aux villageois pour penser au projet, puis s’est lancée dans la sollicitation directe. Le maire a lui-même fait du porteà-porte. Sa femme aussi. Le taux de participation a été très fort : on a vendu 370 cartes de membre, pour un comptant de 111 000$. « Les gens comprenaient très bien l’importance de sauver l’épicerie du village », explique Michel Dussault, vice-président de la coopérative. « Un monsieur avait son commerce dans la coopérative. Il compte aussi y faire du bénévolat dès que le commerce sera ouvert.
La valeur du supermarché
Un village qui perd son épicerie meurt un peu, croit Michel Dussault. « Ça aurait été d’une tristesse infinie de voir le local vide », confie-t-il au milieu de l’épicerie aux rayons dégarnis, qui devrait rouvrir ses portes à l’automne.
Cela aurait aussi entraîné de tristes conséquences. « Une ville Au Québec, 152 villes ou villages figurent sur la triste liste officielle desmunicipalités dévitalisées, que le gouvernement a établie d’après leur indice de développement.
Saint-Pierre-les-Becquets ne s’y trouve pas et compte sur la nouvelle épicerie pour s’en éloigner. Le bâtiment est actuellement inoccupé. La coopérative a en main une somme suffisante pour pouvoir le rénover sans l’éloigner du marché de proximité de M. Mayrand. L’épicier répondait aux petits désirs de ses clients. C’est ce qui faisait qu’on trouvait à Saint-Pierre-les-Becquets des litchis, des artichauts et des mangues, à longueur d’année.
Le commerce emploiera une vingtaine de personnes, dont un boucher à temps plein qui devra savoir faire les saucisses au goût des clients, lesquels seront en même temps… ses patrons ! La boulangerie sera aussi de retour, pour que ça sente le pain chaud dans le marché. On y fera des tourtières, des pâtés au saumon et aux patates pour ceux qui font encore « maigre et jeûne » le vendredi.

Et il y aura, dans un avenir rapproché, des conserves de tomates de Saint-Pierre. Car le maire Paré veut aussi rendre à Saint-Pierreles-Becquets le titre de capitale de la tomate. Déjà, un projet de conserverie haut de gamme est en marche. Le village pourrait bientôt avoir une petite pizzeria-café où la tomate serait à l’honneur. Dès l’année prochaine, le village pourrait tenir un Festival de la tomate où l’on organiserait une grande corvée-conserve communautaire au moment des récoltes, comme en Italie. Est-ce que tout cela serait possible dans un village sans épicerie? En créant une coopérative, un village peut renverser le mouvement de dévitalisation, explique Hélène Simard, présidente du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité. Plutôt qu’une fermeture en entraîne une autre et donne à la rue principale des airs de ville abandonnée, l’arrivée d’une coopérative peut inciter des entrepreneurs à profiter de son achalandage, aussi modeste soit-il. « Ça recrée une dynamique économique dans le village, dit Hélène Simard. Et ça attire les jeunes. »

ENSEMBLE, C’EST TOUT
Une centaine de coopératives de tous les genres voient le jour chaque année au Québec.
Pour trouver un supermarché digne de ce nom, les habitants de Saint-Pierre-les-Becquets, au sud de Trois-Rivières, doivent actuellement parcourir 15 km.
« Quand il y a des crises, les gens pensent aux coopératives », note Hélène Simard, présidente du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité. Ce qui explique une hausse considérable des coopératives de santé en région, pour contrer le manque d’accès aux médecins.
La lutte contre la malbouffe a aussi donné lieu à la naissance de plusieurs coops. Dans le milieu scolaire, quand le service de cafétéria est de piètre qualité, les élèves, les profs, les parents et les intervenants préfèrent se regrouper et faire la cuisine eux-mêmes.
Les coopératives prospèrent surtout en région; 75% des emplois coopératifs s’y trouvent. Le monde agricole en compte plusieurs et l’agriculture à valeur ajoutée s’y intéresse particulièrement, indique Mme Simard. Ainsi, des producteurs ou promoteurs de bio préfèrent se regrouper pour faire une mise en marché plus efficace, par exemple.
« La coopérative a une patience que l’entreprise privée n’a pas », note Hélène Simard. Souvent, l’élément déclencheur, dit-elle, est malheureusement la fermeture d’une entreprise ou un manque de service.
« Il faut quand même un plan d’affaires, dit-elle. Il faut que ça soit viable. Si on remplace un dépanneur qui ferme par le même dépanneur, ça ne vaut pas le coup. »
Il faut croire que certains administrateurs font bien leur devoirs: dans une étude publiée en 2008, le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation conclut que, au Québec, les coopératives ont un taux de survie supérieur à celui des entreprises privées. Dix ans après leur ouverture, le taux de survie des coopératives est de 44%. C’est deux fois plus que dans le cas des entreprises ordinaires.
La même étude révèle que le Québec est le grand champion des coopératives au Canada. La patrie d’Alphonse Desjardins compte la moitié de toutes les nouvelles coopératives du pays. Il y a actuellement un total 3200 coopératives, de toutes tailles, au Québec.

UNE IDÉE QUIGRANDIT
Le cas de Saint-Pierre-les-Becquets est loin d’être unique. Il y a environ 70 coopératives d’alimentation au Québec et elles risquent de se multiplier dans les années à venir, à mesure que les épiciers des villages prennent leur retraite.
Le maire de Saint-Pierre-les-Becquets, Jean-Guy Paré, devant les rayons vides de l’épicerie du village, qui a fermé au mois d’avril. Il s’est joint à d’autres Becquetois pour fonder une coopérative d’alimentation, qui devrait ouvrir à l’automne.
« C’est une avenue très intéressante pour les petites villes du Québec », estime Claude Savard, de la Fédération des coopératives d’alimentation du Québec, qui compte de plus en plus de membres.
Parmi les villages qui se tournent vers les coopératives pour remplacer l’épicerie, il n’y a pas de cas type. Certains sont très prospères et, à l’inverse, d’autres sont des municipalités dévitalisées au taux de croissance négatif et où l’on ne trouve que peu d’emplois. Ils ont toutefois une chose en commun: l’épicerie est à vendre depuis des années, mais ne trouve pas d’acheteur.
« Les marges bénéficiaires sont très minces dans l’alimentation », explique Claude Savard. Les entrepreneurs intéressés ont souvent peu de moyens, car ceux qui en ont préfèrent investir dans une aventure plus rentable. « La jeune génération n’est pas intéressée parce que ce sont des commerces qui demandent beaucoup d’heures de travail », précise-t-il.
L’unique épicerie
Un autre élément est souvent à l’origine de la mobilisation des citoyens. L’épicerie menacée de fermeture est l’unique commerce alimentaire du coin. Sans ce marché, les villageois devraient parcourir des dizaines de kilomètres pour acheter leur pain et leur beurre.
C’était le cas à Rivière-à-Pierre, où les dépanneurs étaient les seuls commerces d’alimentation, ce qui faisait monter la note et limitait beaucoup le choix pour le souper. Pour faire une épicerie complète, les citoyens devaient se rendre à SaintRaymond-de-Portneuf, à 35 km de là. « Aller-retour, ça donne 70 km. Si tu fais ton épicerie le mercredi et que c’est la seule journée où il fait beau, tu viens de la perdre! » lance René Mainguy, président de la nouvelle coopérative alimentaire de Rivière-à-Pierre. Car depuis trois semaines, le village de 300 foyers a un nouveau petit marché, coopératif. Il compte 325 membres, puisque les résidants saisonniers ont aussi été sollicités.
Une fois la coopérative ouverte, les membres ont évidemment tout intérêt à la fréquenter. Le sentiment d’appartenance et de fierté est très fort quand on sauve son marché, explique Claude Savard. Plus fort que les ristournes, qui ne viennent pas toujours. « Moi, lorsque j’assiste à des réunions de coopérative, je dis aux gens que les ristournes, c’est cette épicerie qui fait vivre le coeur du village », dit Claude Savard.
Mais il y a aussi des cas de réussites commerciales. Par exemple, Saint-Adelphe, en Mauricie, vient de célébrer le premier anniversaire de sa coopérative. Là où il n’y avait plus qu’un dépanneur se trouve maintenant un marché d’alimentation, une boucherie, une quincaillerie, un comptoir SAQ, un club vidéo, un poste d’essence et même un petit comptoir de fleurs.

C’est un peu le retour du magasin général et ça fonctionne si bien que Saint-Adelphe attire les gens des paroisses voisines, qui voudraient bien reproduire le modèle, explique Louis-Marc Trudel, administrateur à La Coop du coin. Les gens se sont certainement mis à acheter des fleurs et à louer des films puisque, après une année de fonctionnement, la coopérative dépasse de 20% ses prévisions budgétaires.


Listériose : Garder l’oeil ouvert  -  Ariane Krol
Le scandale de la viande Maple Leaf contaminée à la listeria est le résultat d’un système de contrôle et de prévention déficient à presque tous les égards.
Et ce qui devait arriver… arriva. Le scandale de la viande Maple Leaf contaminée à la listeria, qui a tué 22 personnes l’été dernier, n’est pas survenu par hasard. C’est le résultat d’un système de contrôle et de prévention déficient à presque tous les égards, révèle le rapport d’enquête indépendant dévoilé hier à Ottawa.
La page couverture du document aurait dû porter un sous-titre: les procédures ne peuvent rien en soi. L’enquêteur Sheila Weatherill ne l’écrit pas en toutes lettres, mais c’est une évidence qui saute aux yeux à la lecture de son rapport. Une évidence que les fabricants alimentaires et les autorités chargées de les surveiller feraient bien de garder à l’esprit. Changer les façons de faire n’est qu’une première étape. Ensuite, il faut demeurer en alerte. Autrement, on nourrit un sentiment de fausse sécurité presque aussi dangereux que la négligence elle-même.
C’est exactement ce qui s’est passé l’été dernier. Maple Leaf était convaincue d’avoir un excellent système de prévention. Son programme était plus exigeant que celui du gouvernement fédéral, et ce, depuis plusieurs années. Sauf que son application était loin d’être optimale. La bactérie listria avait été détectée à plusieurs reprises dans l’année précédant le drame mais, chaque fois, le personnel avait appliqué des mesures ponctuelles, sans réaliser que ce problème récurrent en cachait un plus grave. Et comme Maple Leaf avait une confiance absolue dans la salubrité de son usine, elle n’a pas pris de précautions particulières lorsqu’elle a réduit la quantité de sel dans les charcuteries – un geste réputé pour augmenter les risques de croissance des bactéries.
L’Agence canadienne d’inspection des aliments avait, elle aussi, pleinement confiance dans son nouveau Système de vérification de la conformité, considéré comme plus efficace. Mais certaines interventions, qui auraient pu aider à détecter le problème chez Maple Leaf, n’étaient pas prévues dans ce programme. De plus, les inspecteurs n’étaient pas bien formés et n’étaient probablement pas assez nombreux. Le fameux système n’était donc pas appliqué intégralement.
Les problèmes de communication et de coordination entre les différents ministères et ordres de gouvernement ont déjà été dénoncés. Un exemple révélateur: une grande partie des fonctionnaires qui ont participé à cette opération ignoraient l’existence duGuide d’interventions lors d’éclosions d’intoxication alimentaire... qui avait été adopté quatre ans plus tôt en prévision de ce genre de crise.
Rappelons enfin que 54 des 57 personnes qui ont souffert de listériose étaient des gens âgés vivant dans des hôpitaux ou des centres de soins prolongés. Les établissements ont tenu pour acquis que ces aliments étaient sûrs, sans prendre les précautions qui s’imposent pour ces clientèles vulnérables – notamment, réchauffer les viandes jusqu’à ce qu’elles soient fumantes.
Le ministre de l’Agriculture assure que des changements ont été faits et qu’il pourrait y en avoir d’autres. Ce n’est pas suffisant. Ottawa doit faire un suivi serré et rendre compte, dans six mois ou un an, des améliorations concrètes apportées sur le terrain. On ne va quand même pas attendre la prochaine éclosion de listériose pour vérifier si les recommandations ont été suivies !


Une très laide obsession
Entre tous ces baby-boomers sous le bistouri et toutes ces grands-mamans aspergées de crèmes pour peau lisse, à qui fiche-t-on réellement la paix?
Saviez-vous qu’on peut mourir de boulimie? Moi qui ai l’impression d’avoir écrit deux millions de mots sur les troubles du comportement alimentaire et sur les aspects meurtriers de notre obsession pour la minceur et la beauté, j’avais presque oublié qu’on pouvait se tuer en se faisant vomir. C’est le documentaire de Darryl Roberts, America the Beautiful, visionné tout récemment, qui me l’a rappelé.
Purges – vomissements volontaires, utilisation de laxatifs et de diurétiques – et excès alimentaires peuvent en effet se combiner pour provoquer des problèmes de santé très graves, notamment un déchirement de l’estomac ou de l’oesophage, ou alors mener à des déséquilibres de minéraux présents dans l’organisme. Ces déséquilibres peuvent devenir mortels en nuisant au fonctionnement du coeur. C’est ce qui est arrivé à Andrea Smeltzer, dont les parents sont interviewés par le documentariste.
Toujours au régime, toujours en train de compter ses calories, toujours en train de se détraquer les entrailles – mais ça, les parents ne semblaient pas le savoir comme des dizaines et des dizaines de milliers d’autres parents en Amérique du Nord, la boulimie étant largement sous-diagnostiquée –, leur fille est morte.
Beautiful, la minceur à tout prix?
Tourné et monté façon Michael Moore – d’ailleurs, le coproducteur Kurt Engfehr a travaillé sur Fahrenheit 9/11 et Bowling for Columbine –, America the Beautiful est un documentaire hyper-accessible et hyper-efficace sur notre fascination toxique pour les idéaux de beauté extra terrestres du monde actuel. ( Tellement irréalistes qu’une chirurgienne plastique, à un moment durant le film, explique que des femmes viennent la voir pour être transformées comme certaines vedettes qui sont en réalité « photoshoppées » et ne sont donc même pas elles-mêmes réellement comme ça!)
Bref, le film sera présenté samedi prochain, à deux reprises, au cinéma Impérial, rue Bleury. Allez-y.
Construit autour d’un personnage central, une petite fille appelée Garren, qui devient mannequin à 12 ans – oui, 12 ans – alors qu’elle joue encore avec des poupées Barbie, le documentaire épluche toute l’irrationalité de nos obsessions. On y parle, par exemple, de chirurgie plastique – qui peut mener à la mort elle aussi, comme on s’en rappelle en pensant à Micheline Charest. On y parle des produits de beauté, que l’on consomme sans se poser trop de questions sur leurs ingrédients chimiques alors que de plus en plus de composantes sont mises sur la sellette. On y parle de troubles alimentaires. D’excès partout. Du décalage poison et extrême entre la réalité et les images omniprésentes.
À travers tout cela, la caméra suit la petite fille qui devient mannequin professionnel à Los Angeles, puis à New York, où elle fait sensation, avant de se retrouver plus tard à Paris où elle frappe un mur. On lui dit en effet qu’avec ses 96 cm de tour de hanches (elle mesure 1,90 m), elle n’est pas assez mince. Garren commence alors à se trouver laide et grosse. L’enfer. Dans toute sa terrifiante subjectivité.
La présentation du film est pilotée par la Eating Disorder Education Organization et aussi par l’ANEB, un organisme montréalais qui vient en aide aux personnes atteintes de troubles alimentaires ainsi qu’à leurs proches. Il y aura discussion après la seconde présentation.
Avant-hier, j’ai joint le réalisateur Darryl Roberts au téléphone à Chicago où il m’a dit qu’il avait déjà passé un peu de temps au Canada depuis la sortie du documentaire, suffisamment pour constater que le public d’ici semble touché de la même façon qu’aux États-Unis. « La différence, au Canada, c’est que j’ai l’impression que les gens, notamment les gouvernements, sont réellement convaincus qu’il faut agir. »
Aux États-Unis, dit-il, c’est la croix et la bannière pour faire réagir les institutions gouvernementales. Mais pour court-circuiter l’inertie, Roberts aimerait organiser un visionnement de son film à la Maison-Blanche, surtout pour Michelle Obama et ses filles. Dans ses rêves les plus fous, il aimerait ensuite qu’elle parte à la FCC, l’organisme qui gère la réglementation des médias américains, pour que des balises soient imposées sur la diffusion des images glamour de maigreur, notamment.
« Mais je sais que dans le fond, ce qui va réellement amener le changement, c’est nous tous, quand col lectivement , on va décider de provoquer le changement. »
Actuel lement, M. Roberts amasse donc des signatures pour le America the Beautiful Action Network. Quand i l en aura 100 000 (il en a 50 000 jusqu’à maintenant), il commencera par demander officiellement au gouvernement d’interdire certains produits chimiques dans les cosmétiques et de tout simplement rendre la réglementation aussi stricte qu’en Europe.
« Je sens que le changement s’en vient », dit le réalisateur. « On approche du point de bascule. »
J’imagine que l’ANEB recommande aux ados et aux adultes touchés par le problème d’aller voir ce film, mais j’insiste pour dire à tous ceux qui ne se sentent pas directement visés d’y aller eux aussi. Mais en fait, qui n’est pas touché? Qui n’est réellement pas du tout affecté par tout ce qu’on voit, entend et lit tous les jours sur ce qu’on doit peser, sur les vêtements qu’il faut porter, sur la peau que l’on doit avoir, sur la quantité de cheveux idéale à transporter sur son crâne, sur l’exercice qu’il faut faire, sur le temps à passer au gym, sur l’alimentation parfaite à maintenir. Entre les ados obsédés par leur look, les jeunes mamans pressées de retrouver leur taille, les hommes au gym en train de se muscler ou de prouver qu’ils sont à 50 ans aussi en forme qu’à 20, entre tous ces baby-boomers sous le bistouri et toutes ces grands-mamans aspergées de crèmes pour peau lisse, à qui, à qui fiche-t-on réellement la paix?



Journée de la liberté alimentaire -  Marie-Claude Lortie
Le thème de la journée cette année: promouvoir la diversité corporelle, ce qui va, à mon avis, au coeur de la question. Car c’est ce qui manque autour de nous. De la di-ver-si-té.
J’aime bien Jessica Valenti, la fondatrice du site web feministing. com. C’est une j eune féministe extrêmement éloquente qui , en ce moment, fait f lipper la droite américaine avec un livre sur l’obsession conservatrice pour la virginité. Mais une des choses que je préfère d’elle, c’est son profil en cinq mots sur Twitter : « Feminist blogger/ writer. Big eater. » En français: Blogueuse/ auteur féministe. Bonne mangeuse. Big eater. En 2009, une telle affirmation est presque plus taboue et risquée que de s’avouer féministe.
Pa rlez à des j eunes femmes modernes, émancipées, et elles vous diront qu’elles n’ont pas peur de manipuler la scie électrique, de donner des camions jouets à leurs filles, de mener un procès de front, de faire campagne à la mairie ou à la présidence, de courir le marathon, d’opérer en plein cerveau ou de draguer comme elles l’entendent.
Ma i s avouer q u ’el le s mangent beaucoup?
Au fait, de nos jours, entendons-nous quiconque dire, sans complexe, aimer beaucoup manger ? À part les adolescents en pleine croissance qui ont l’excuse physiologique pour expliquer leur appétit vorace, et peuvent donc en parler sans impunité et sans peur d’être jugés – s’ils sont minces évidemment, car sinon eux aussi auront droit aux regards accusateurs –, qui se permet encore le droit de dire impunément : « Je suis un bon mangeur » ?
Chez les femmes, on oublie ça : 73% disent qu’elles veulent maigrir – incluant 50% des femmes ayant un poids normal et même 21% des femmes sous leur poids normal –, plus de 56% des femmes disent penser à leur poids régulièrement, 37% ressentent de l’anxiété en pensant à leur poids et 22% affirment que la gestion de leur poids domine leur vie 1. Pensez-vous vraiment que, comme Mme Valenti, elles sont nombreuses à assumer leur appétit ?
Le 6 mai, aujourd’hui, est la Journée internationale « sans diète », un événement lancé en 1992 par une ancienne anorexique. Au Québec, c’est le groupe ÉquiLibre qui souligne maintenant cette date chaque année en organisant différentes activités (infos : www.equilibre.ca). dites ? Pas d’influence ? Allez là où l’argent permet aux femmes (et de plus en plus aux hommes qui tombent dans le même panneau) qui rêvent à ce modèle, de se fondre dans cette norme. Allez les voir devant une école chic et cher en train d’attendre leurs enfants. Ou au premier rang d’un défilé de mode, ou un jeudi soir rue Crescent ou dans un gym huppé… Partout, mêmes autos, mêmes cheveux, mêmes kits Lulu Lemon, mêmes sacs Vuitton, même Botox, mêmes liftings…
Voyez-vous un mélange de Beth Ditto, de Sally Hunter, d’Helen Mirren et de Christina Hendricks ? Ou alors voyezvous Heather Locklear en mille
Le thème de la journée cette année : promouvoir la diversité corporelle, ce qui va, à mon avis, au coeur de la question. Car c’est ce qui manque autour de nous. De la di-ver-si-té.
De la même façon qu’on a besoin de diversité raciale, on a besoin de diversité corporelle au lieu de l’uniformité grande et mince que présentent la télé, les pubs, le cinéma, les magazines, partout, tout le temps…Cela n’a pas d’impact sur le public, vous exemplaires, avec version brune ou blonde, au choix (il y a longtemps que le modèle frisé n’est plus disponible) ?
Une année, pour le 6 mai, il faudra aussi parler du rôle des régimes et de l’omniprésent discours sur la « santé » et l’antiobésité, dans la prise de poids.
Il faudra rappeler à quel point les restrictions même les plus banales, « aujourd’hui, pas de dessert » ou « en semaine, salades à midi », encouragent l’excès. Car on ne fait ensuite que rêver de ce qu’on s’interdit pour mieux se jeter sur l’aliment en question quand on se le permet.
Les t ravaux de la grande spécialiste de la question, la psychologue torontoise Janet Polivy, ont même montré que simplement penser à d’éventuelles restrictions, donc se dire qu’un jour on devra se limiter ou même se priver d’un aliment, provoque l’excès…
Et quand on parle de restriction, on ne parle pas uniquement du régime au pamplemousse ou à la soupe à l’oignon. On parle aussi du discours nutritionniste qui enjoint de manger ceci et pas cela, au nom de la « santé », de la lutte anti-cancer ou antiobésité et je ne sais quelle autre croisade.
Vivement une journée pas seulement sans régime, mais sans regard moral sur nos assiettes, point. Une journée pour les bons mangeurs. Une journée de la liberté alimentaire. (1) Sondage Ipsos Reid fait en 2007 pour les Producteurs laitiers du Canada



ALIMENTATION

Pas dans mon assiette  -  Marie-Claude Lortie
Le film « Food, Inc. » montre, en gros, le côté très sombre pour ne pas dire sale, de notre panier d’épicerie.
Si vous allez faire vos courses dans de grandes surfaces, que vous achetez de la viande précoupée en gros paquets, à prix imbattable, si vous appréciez fortement les croquettes de poulet préfrites et le steak haché en boulettes qui se vend en boîte, dans le rayon surgelé, n’allez pas voir Food, Inc.
Ou plutôt, allez-y. Car il faut voir ce documentaire de Robert Kenner. Mais préparez-vous. Ce film n’est pas fait pour que vous en ressortiez indifférent à ce qui se joue dans votre assiette.
Ce nouveau documentaire sur les conséquences néfastes de la surindustrialisation de l’agroalimentaire nous frappe de plein fouet avec une tonne de réalités qui ne peuvent laisser cois et désabusés tous ceux qui mangent pour vivre.
Le film, qui prend l’affiche au Québec demain, nous dit et nous montre haut et fort tout ce qu’on essaie de ne pas entendre et de ne pas savoir. Tout ce à quoi on préfère ne pas penser en poussant un gros panier à roulettes dans les allées de congélateurs de chez Costco ou le rayon biscuits chez Wal-Mart.
Il nous parle de bêtes soumises à des traitements horribles, à des fermiers traités avec une cruauté différente mais aussi grande. Il nous parle des aberrations de tout le système américain basé sur les subventions à la culture du maïs, ce grain dont le sucre est partout, cette industrie qui fausse la donne à grande échelle.
Le film montre, en gros, le côté très sombre pour ne pas dire sale, de notre panier d’épicerie.
Vous pensez que le sort des canards à foie gras est terrible? Vous pensez encore qu’il faut faire des campagnes de boycottage contre les supermarchés qui en vendent et les petits éleveurs qui en produisent?
Ce film montre à quel point ce sujet est marginal, voire ridicule. Combien de fois, dans une année, mange-t-on du foie gras, si on en mange, point?
Ce film, lui, parle de l’horreur chez ce que l’on mange tous les jours. Chez les boeufs, chez les poulets. Il parle du sort réservé aux humains qui travaillent dans les abattoirs et les fermes. Il parle d’enfants morts d’avoir mangé de abattoirs énormes où la viande finit par entrer en contact avec le contenu des intestins. Non, rien pour vous ouvrir l’appétit.
Si vous avez déjà lu Fas t Food Nation d’Eric Schlosser ou In Defense of Food de Michael Pollan, si vous avez vu le film Le monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin, vous êtes déjà au courant d’une bonne partie des réalités désagréables exposées dans ce long métrage. Schlosser et Pollan sont interviewés longuement. Schlosser la viande contaminée par l’E. coli, bactérie dont la présence dans notre alimentation est liée notamment à la surindustrialisation de l’élevage bovin. Si vous vous demandez comment il se fait que jadis, lorsqu’on était enfant, on pouvait manger des boulettes saignantes alors que maintenant on risque d’en mourir, l’explication vous sera donnée. Cela a à voir avec des herbivores qui se mettent à manger du maïs – ce qui provoque un changement de la flore intestinale des animaux – et des a même participé à la production du documentaire. Et toute la partie traitant de Monsanto et de ses graines modifiées génétiquement pour pouvoir résister aux herbicides de... Monsanto est beaucoup moins fouillée, évidemment, que le film consacré exclusivement à ce sujet.
Toutefois, ce documentaire ramasse bien ensemble tous ces différents propos, les intègre et y ajoute toute une dimension humaine dont on a peu parlé. Les travailleurs illégaux exploités, les fermiers terrorisés, les éleveuses de poules devenues allergiques à tous les antibiotiques... Et les victimes des empoisonnements alimentaires liés à l’industrialisation.
Dans Food, Inc., on comprend rapidement qu’on peut s’inquiéter du sort des poules élevées dans le noir et les fientes, du bétail même plus capable de se tenir debout tellement on l’a obligé à engraisser vite. Mais qu’au-delà de tout cela, il y a de vrais humains. La partie, par exemple, où l’on explique comment le système fait grossir tout le monde, en créant avec des subventions à la production de maïs notamment un univers où les calories concentrées du sucre et du gras coûtent beaucoup moins cher que les aliments moins riches – fruits, légumes, etc. – est particulièrement percutante.
Et ce qui est aussi frappant, c’est que Michael Pollan explique qu’en grande partie, ce système a été créé par des politiques. Des politiques qui ont dérapé mais qui, par leur nature même, se changent. Si on l’exige.
Bon appétit.



Pariez sur votre perte de poids - Stéphanie Bérubé

Vous pouvez parier sur un cheval et sur qui remportera la Coupe Stanley. Et vous pouvez maintenant parier aussi sur votre prochaine perte de poids. Apparemment, le phénomène est assez répandu aux ÉtatsUnis et même ici, au Canada. Et il vient de conquérir l’Europe, si on se fie aux médias d’outremer qui commencent aussi à s’intéresser au site de « motivation » Stickk.com sur lequel vous pariez sur vous-même.
Le site a été créé l’année dernière aux États-Unis, mais son équipe technique se trouve à Montréal. Vous pouvez y passer un contrat avec vous-même, pour tout et pour rien. Si vous manquez de motivation pour faire votre lit le matin ou pour arrêter de fumer définitivement, par exemple. Mais c’est le régime qui est le plus populaire. Selon l’un des fondateurs du site, Jordan Goldberg, le taux de réussite est de 80%. C’est énorme, et même suspect, de voir des gens qui peinent à perdre du poids subitement réussir avec ce soutien virtuel.
« Les participants sont très motivés car ils ne veulent pas donner de l’argent à une cause qu’ils détestent », explique Jordan Goldberg au bout du fil. Car les participants peuvent choisir l’option « anti-charité ». C’est-à-dire que, lors de leur inscription, ils décident de la somme en jeu et, s’ils échouent à atteindre leur cible, l’entreprise versera l’argent à un groupe qui défend une cause qu’ils dénoncent. Un groupe pro-vie ou pro-choix, par exemple. Durant le processus, le participant reçoit des messages afin qu’il mette à jour son profil. On ne le laisse pas à lui-même. Il doit aussi dès le départ désigner un témoin qui suivra son cheminement. Il peut d’ailleurs choisir de verser la somme en jeu à un ami, s’il faillit. Ou même de ne pas du tout mettre d’argent en jeu. L’honneur peut très bien faire l’affaire puisque le participant peut demander que l’on publie en ligne ses résultats, bons ou mauvais.
Environ 85% de la clientèle est américaine et de 5% à 7%, canadienne, mais le groupe est en pleine expansion, se trouvant des parieurs un peu partout sur la planète.


 
De la ville aux champs  -  Isabelle Audet
La ferme biologique Au bonheur des prés est située à près de deux heures de Montréal. Après avoir quitté l’autoroute, il faut parcourir des kilomètres de routes vallonnées avant d’y arriver. C’est là que vivent Michael Smith et sa famille, après des années de vie urbaine.
Un jeudi matin pluvieux, aucune voiture ne passe sur le chemin d’Ayer’s Cliff, dans les Cantons-de-l’Est. On n’entend que Joséphine, « l’ânesse de garde » de la famille.
En enfilant des bottes de caoutchouc pour aller dans la grange, le propriétaire des lieux se remémore sa vie de Montréalais branché: « À l’époque, je déménage presque chaque année, je n’ai pas de voiture et je vais partout à vélo. Je trippe vraiment fort sur la vie en ville. »
Dans les années 90, Michael Smith vit à fond sa vie de jeune professionnel urbain. Il assume alors de grandes responsabilités pour l’entreprise Softimage, pour laquelle il voyage partout dans le monde.
Malgré son succès, l’idée d’acheter une terre à la campagne ne le quitte pas. Adolescent, il a travaillé dans des fermes et l’expérience l’a séduit.
Au début des années 2000, à l’aube de la quarantaine, il se décide. Il arpente alors les Cantons-de-l’Est, et il s’arrête à Ayer’s Cliff, là où une terre de 220 acres est à vendre. « Je suis monté sur la colline. Je me suis tout de suite imaginé travailler là. Et à cette époque, je vivais dans un loft en béton avec des meubles à roulettes! »
Il achète la terre en 2001, mais comme il commence une nouvelle relation amoureuse, il ne se rend à sa nouvelle propriété que les fins de semaine. « Martine n’était pas prête à déménager, et moi, je travaillais toujours chez Softimage. C’était notre maison de campagne », explique-t-il.
Une maison de campagne avec de grandes responsabilités. « J’aurais vraiment aimé avoir une caméra avec moi le jour où, en pleine réunion chez Softimage, j’ai dit à mon équipe qu’à la fin de la semaine, je devais m’absenter pour faire les foins. C’était l’incompréhension totale autour de la table! Un de mes collègues s’est même exclamé: tu vas faire quoi? »
Grand départ
En 2002, Martine et Michael deviennent parents. Michael accepte un emploi dans une autre entreprise, mais il le perd peu de temps avant l’arrivée de son deuxième bébé.
Prêt, pas prêt, le couple prend alors le chemin de la campagne. Pour de bon. Il rêve de grands espaces et d’air pur pour ses enfants.
Michael opte pour l’élevage d’agneaux biologiques, une activité qu’il arrive à faire seul après plusieurs mois de formation. Aujourd’hui, il a ajouté la pintade, le porc et la dinde à sa production.
Durant toute la visite, il distribue les commentaires joviaux aux animaux qu’il croise. « Hey, les filles ! » lance-t-il en entrant dans l’enclos où se trouvent les brebis. « Viens ici, toi, adresse dit-il ensuite à l’une des bêtes. Je vais te gratter le cou... Oui, t’es belle ! »
Quatre ans après avoir officiellement lancé son entreprise, il dit « vivre au paradis ». Les yeux tournés vers un champ, il raconte comment sa fille aînée monte à cheval sans selle, et comment son fils s’émerveille devant les poussins qui sortent de leur coquille.
Puis, il se racle la gorge et remet les choses en perspective. « Je n’ai pas pris de vacances depuis 2005. C’est dur pour le corps. Et j’ai tellement de paperasse à remplir! C’est difficile aussi pour un couple de vivre le lancement d’une entreprise, un déménagement dans un tout autre milieu et la vie avec de jeunes enfants », énumère-t-il d’un trait.
Il prend une grande pause avant d’ajouter qu’il fera le point en janvier prochain, cinq ans après le début de l’aventure. Devra-t-il vendre, ou encore trouver un associé?

« C’est mon projet. C’est mon rêve, répètet-il. Ce n’est pas toujours facile, pour moi et pour ma femme. Mais il fallait que j’essaie. Et puis, j’ai un tas d’idées encore. Je suis plus réaliste aujourd’hui mais non, je n’ai pas de regrets. »

DES ÉTALS, UNEMISSION  -   Stéphanie Bérubé
Ils sont plus petits et moins tendance que la plupart des marchés publics. Mais les marchés communautaires ont quelque chose de plus: une mission sociale. Dans le quartier Centre-Sud, le marché Frontenac s’attaque depuis 2008 à « la culture de la pauvreté
« Le commerce est très conciliable avec une mission sociale. Redonnons aux gens un marché public comme il y en avait il y a 50 ans. »
Il n’y avait plus un seul baklava disponible, à peine passé midi, à l’étal de gastronomie algérienne. À deux pas, Maria faisait encore griller ses quesadillas au fromage mexicain. À l’éventaire voisin, un producteur bio vendait ses tomates tout en donnant de précieux conseils sur l’utilisation de conifère dans le bain, à des fins thérapeutiques. Non, ce brouhaha alimentaire ne se déroulait pas dans un chic marché public de Montréal, mais au coin des rues Ontario et d’Iberville, samedi dernier. Pour la deuxième année, le tout petit marché Frontenac s’y est installé. Un marché nouveau genre, le marché communautaire, où l’on fait beaucoup plus que vendre des carottes et des radis...
Le marché Frontenac, c’était d’abord l’idée de quelques groupes communautaires décidés à augmenter l’offre alimentaire dans le quartier Centre-Sud. « On n’est pas ici pour faire de l’argent, note le producteur Jacques Machabée. On le fait pour montrer aux gens qu’il faut bien manger. »
Le Centre-Sud n’est pas bien pourvu en ressources alimentaires. Dans ce quartier toujours cité en exemple dès qu’il est question de pauvreté, il y a peu d’épiceries et beaucoup de dépanneurs. Le marché Frontenac a pour voisins les restaurants Subway, McDonald’s, La Belle Province et Tim Hortons. Résultat: les résidants de ce quartier pourtant démuni se retrouvent avec la note d’épicerie la plus élevée de Montréal. Et, inversement, de faibles valeurs nutritives dans le panier.
Une situation assez invraisemblable pour que des organismes communautaires du coin se disent qu’un marché était un outil de développement socioéconomique tout désigné. Le premier marché communautaire de Montréal est né en 2008, fruit du travail acharné d’un groupe d’intervenants visionnaires.
La clientèle est à l’image du quartier : mixte. « C’est vrai que dans un premier temps, on attire davantage les gens qui sont déjà habitués aux marchés publics », explique René Chabot, de la Table CIGAL, l’organisme local voué à la sécurité alimentaire qui est à l’origine du marché. Dans le Centre-Sud, près de la moitié des ménages ont un revenu annuel sous les 30 000$. Le quart des familles sont monoparentales.
Une fois l’idée lancée, le premier défi à relever était de trouver des producteurs commerçants, la multiplication des marchés publics ne favorisant pas le recrutement. Avec le mandat particulier du marché, l’équipe de direction les a choisis avec soin. L’offre est aussi différente que les gens qui défilent sur place. La poissonnerie La Mer a accepté d’installer un petit étalage, même s’il n’y a clairement pas de fortune à y faire. Les organisateurs y tenaient. On sait que la consommation de poisson est bien en deçà des recommandations de santé publique, surtout dans les milieux défavorisés. Alexander Meletakos, le poissonnier de service, sait très bien à qui il s’adresse. Il apporte toujours un produit de la semaine, du turbot du Québec, samedi dernier. Mais il y a aussi du homard à acheter vivant ou cuit, pour ceux qui peuvent se le permettre.
Même philosophie à l’étal de fruits voisin où l’on ne se gênait pas pour vendre des cerises, mais en petites quantités.
La semaine dernière, un groupe de femmes d’origine algérienne vendaient des délices de leur coin du monde. C’était la délégation la plus imposante, avec 11 femmes et enfants derrière la petite table. Ils se trouvaient entre des représentantes d’une coopérative verte qui offraient lait de soya et jus frais à prix d’ami et l’éventaire de Jacques Machabée, producteur biologique multidisciplinaire qui est aussi présent au marché JeanTalon, mais qui vend ses fruits, légumes et marinades moins cher au marché Frontenac, par conviction personnelle.
Sa ferme de Saint-Chrysostome produit 42 variétés de légumes. « On n’est pas ici pour faire de l’argent, dit le producteur aux bretelles John Deere. On le fait pour montrer aux gens qu’il faut bien manger. » M. Machabée n’est d’ailleurs pas avare d’information sur les valeurs nutritives et médicinales de ses pissenlits, de sa livèche, de son ortie et de son oseille, des plantes qui demandent tout de même un certain savoir-faire pour être cuisinées.
Communautaire, mais pas misérable
C’est aussi une des caractéristiques de ce marché qui est peutêtre petit et communautaire, mais qui n’est surtout pas misérabiliste. Au contraire. « Il y a pire que la pauvreté: il y a la culture de la pauvreté », estime Brigitte Leclerc, qui est commerçante au marché JeanTalon et qui participe au marché Frontenac, aussi par conviction.
« Le commerce est très conciliable avec une mission sociale, dit-elle. Redonnons aux gens un marché public comme il y en avait il y a 50 ans. Il y a eu un embourgeoisement des marchés publics à Montréal, avec Jean-Talon et Atwater où le produit du terroir a volé la vedette. Le marché public est à l’origine un endroit de rencontre. C’est le meilleur lieu de rassemblement. »
L’une des missions du marché communautaire est aussi d’attirer sur place des gens qui ne s’y risqueraient pas d’eux-mêmes.
« On essaie de rejoindre les familles monoparentales, les gens seuls », explique Julie Aubin, agente de mobilisation pour le marché. Il est aussi question d’aborder des personnes âgées et de mettre en place un service de livraison de leurs emplettes, offert par des bénévoles. Les intervenants ont un autre défi : convaincre une nouvelle clientèle que des ingrédients locaux sont un meilleur achat que le hamburger vendu pas très loin, pour le même prix que trois petits concombres bios. Pas simple.
Pour compléter le tableau, une banque alimentaire voisine devrait se joindre à la mêlée dès cette semaine. Les participantes cuisineront davantage la semaine pour y vendre leurs créations le samedi. Il est aussi question qu’elles servent de la soupe chaude, pour les samedis gris de l’été.
Le marché fait des petits
Le marché Frontenac risque de faire des petits à Montréal. L’année dernière, la table de concertation du Faubourg Saint-Laurent a fait des essais, en collaboration avec les producteurs commerçants du marché Frontenac. L’expérience a été assez concluante puisque cette année, deux nouveaux micromarchés communautaires sont nés. Le premier se tient au pied des Habitations Jeanne-Mance, le jeudi. « Il y a 1700 résidants dans ce HLM, explique Agnès Connat, de la table de concertation du Faubourg, qui pilote le projet. La moitié abrite des personnes âgées et dans l’autre moitié, il y a une grande proportion de familles immigrantes. C’est une population qui est très casanière, alors on pense vraiment que le marché va faire une différence pour eux et qu’ils vont augmenter leur consommation de fruits et légumes. »

Le second petit marché se tiendra cet été au parc ÉmilieGamelin le lendemain. Et pour respecter le mandat communautaire de l’entreprise, ce sont des résidants des Habitations JeanneMance qui vendent les fruits. Une maman de sept enfants s’est lancée dans la vente, ainsi qu’une jeune adolescente d’origine bangladaise qui tient un étal au parc Émilie-Gamelin.


En quête de producteurs
Les marchés publics continuent de se multiplier partout au Québec. Les villes de La Pocatière, de Sept-Îles et de Saint-Césaire ont toutes de nouveaux marchés cette année. À la fin de l’été, il devrait y avoir plus de 80 marchés officiellement répertoriés dans la province. Ce qui amène un beau problème : comment trouver des producteurs pour monter des étals dans tous ces marchés ?
« Il y a eu un embourgeoisement des marchés publics à Montréal, avec Jean-Talon et Atwater où le produit du terroir a volé la vedette, croit Brigitte Leclerc, une commerçante qui vend ses produits tant au marché Jean-Talon qu’au marché Frontenac. Le marché public est à l’origine un endroit de rencontre. C’est le meilleur lieu de rassemblement. »
« On travaille fort pour recruter des producteurs », indique la présidente de l’Association québécoise des marchés publics du Québec, Solange Fullum, qui admet qu’il commence vraiment à y avoir une pénurie de maraîchers disponibles pour tenir des éventaires.
En plein coeur de Montréal, le petit marché public communautaire Frontenac peine lui aussi à trouver des producteurs qui veulent venir en ville, une journée par semaine, pour installer des étals. « En ce moment, la demande est beaucoup plus forte que l’offre, explique Alain Beaudry, le directeur du marché rencontré sur place, samedi dernier. Les marchés de quartier se tiraillent pour avoir des engagements de producteurs locaux. » La direction du marché compte donc plutôt former de la main-d’oeuvre qui serait intéressée à vendre les produits de la ferme au marché.

Selon Solange Fullum, cet engouement pour les marchés publics n’est pas près de s’essouffler. « Les gens veulent de plus en plus acheter leurs produits frais, rappelle-t-elle. Ils sont sensibles à l’environnement et veulent diminuer la distance qui les sépare du producteur. Le marché répond parfaitement à leurs attentes. »



SE NOURRIR COÛTE PLUS CHER… -  Stéphane  Paquet
LES PRIX À LACONSOMMATIONONT FAIT UNSAUTDE PUCEDE 0,4% ENAVRIL DERNIER, COMPARATIVEMENT À AVRIL 2008. C’EST LE PRIX DES ALIMENTS QUI TIRE L’INFLATION VERS LE HAUT PUISQUE, SANS EUX, L’INDICE DES PRIX À LACONSOMMATIONAURAIT RECULÉ DE 1,1%.
Que vous regardiez ce qui reste dans votre portefeuille après avoir fait l’épicerie ou le dernier communiqué de Statistique Canada, le constat est le même: les aliments coûtent cher, pas mal plus cher que l’an dernier.
Hier midi, Clément Guérin avait les deux mains dans ses bottes de radis fraîchement récoltés quand on l’a joint. L’augmentation du prix des légumes, ce maraîcher de Sherrington peut vous en parler : le prix de ses radis est en hausse d’environ 2$, variant cette année entre 12$ et 14$ la caisse de 24 bottes.
Et celui de ses oignons ne le fait pas pleurer non plus. « Pour 50 livres, soit 10 fois 5 livres, c’est 14$ livrés à Montréal », explique Annie Riendeau, du groupe Vegco, qui distribue les légumes de M. Guérin. L’an dernier, à pareille date, les mêmes oignons se vendaient entre 6 $ et 7 $, une « année désastreuse », précise-t-elle.
Hier, Statistique Canada a confirmé ce que bien des Canadiens avaient déjà ressenti: le prix des aliments a augmenté de 7,1% au cours de la période de 12 mois terminée en avril. En mars, c’était 7,9%.
Par produit, ce sont les légumes frais qui augmentent le plus, avec un saut de 26%. Les fruits suivent avec 16,8%. Le prix des produits céréaliers, du boeuf et du poulet est en progression de 9% ou plus.
« Le marché est influencé par de multiples facteurs », explique Frédéric Alberro, du Conseil canadien des distributeurs en alimentation, qui regroupe notamment les grandes chaînes d’alimentation. « Ce ne sont pas les distributeurs qui sont responsables de cette hausse du prix des aliments », tranche-t-il.
Le professeur Sylvain Charlebois, de l’Université de Regina, n’est pas si sûr. « On a là un effet de rattrapage », dit-il.
Jusqu’à présent, ce sont surtout les producteurs qui avaient bénéficié de la hausse des denrées, poursuit-il. Les distributeurs et les détaillants s’étaient retenus, en absorbant eux-mêmes une partie de la hausse, ce qui a rogné leurs marges bénéficiaires. Aujourd’hui, la situation a changé : « Les distributeurs et les détaillants savent que le marché est capable de prendre cette hausse-là », explique encore M. Charlebois.
Mais le professeur n’a pas l’impression que l’inflation va durer, étant donné que le prix des commodités s’est stabilisé et que le dollar canadien a pris du mieux, réduisant du même souffle le prix des denrées importées. Bref, mieux vaut attendre et ne pas faire ses conserves en fin de semaine !
Pour lui, une légère hausse des prix est d’ailleurs souhaitable. « Si on veut une alimentation pas trop cher à long terme, il faut que le prix des denrées augmente à court terme de façon modérée. »
Pourquoi ? Parce qu’une augmentation des prix permet aux producteurs de dégager des bénéfices qui, idéalement, leur permettent d’investir et de devenir plus productifs tout en offrant des produits sûrs.
Et il offre cette donnée : en une génération, le pourcentage du revenu des Canadiens qui va à l’alimentation est passé de 25% ou 30% à seulement 10% actuellement. « On a marginalisé l’alimentation. »
Un baume pour les agriculteurs ?
Si les agriculteurs ont profité d’une hausse des prix depuis l’an dernier, à l’Association des jardiniers maraîchers du Québec, on ne s’attend pas à des hausses importantes pour la récolte présentement en terre. Une hausse, de toute façon, qui ne se retrouve pas nécessairement dans leur colonne des profits, explique le président de leur association, André Plante.
« L’impact du coût de l’énergie, ce n’est pas juste le transport », dit-il. Et M. Plante y va de sa liste: coût des semences, du chauffage des serres ou des boîtes cirées à base de pétrole. D’autres producteurs ont aussi parlé du salaire minimum, qui a grimpé à 9$ en mai au Québec. La maind’oeuvre coûte donc plus cher.
En tout, le maraîcher Clément Guérin estime qu’il lui en coûte environ 1$ de plus pour produire chaque caisse de radis cette année.
Et puis, il y a cette foutue météo qui, après un mois d’avril prometteur, pourrait décider de se liguer contre eux et, indirectement, les consommateurs de légumes. Déjà, les producteurs du New Jersey, avec qui ceux du Québec sont en concurrence, se le sont fait rappeler dernièrement. « Il a plu pendant sept jours là-bas… » souligne M. Guérin.
C’est le prix de ses légumes qui pourrait s’en ressentir, à la hausse évidemment.


Les Canadiens mangent plus de fruits qu’avant
L’obésité, le cancer. Acculés au mur, les Canadiens ont compris. Leur consommation de fruits continue d’augmenter systématiquement, année après année. Comparativement à il y a 20 ans, chacun mange 10 kg de fruits supplémentaires durant une année.
C’est beaucoup et c’est une bonne nouvelle, estime Paul Boisvert, coordonnateur de la chaire de recherche sur l’obésité de l’Université Laval. « Ce n’est pas étonnant parce que la publicité principale que l’on fait lorsque l’on parle de la santé, c’est de manger plus de fruits et de légumes », dit-il. Et il y a plus de fruits et de légumes offerts aux consommateurs. « J’ai remarqué qu’à l’aéroport de Toronto et de Montréal, il y a des kiosques de fruits, explique Paul Boisvert. On ne voyait pas ça avant et c’est bien, car les consommateurs ne sont plus prisonniers du fast food. »
Les tendances alimentaires
Statistique Canada a dévoilé hier ses dernières données pour la consommation des aliments au pays. Les nouvelles sont plutôt bonnes et révèlent de grandes tendances en alimentation. Par exemple, comment expliquer la baisse de consommation des légumes, alors qu’ils sont également directement visés par le discours santé? « Les gens ne cuisinent plus et les repas en famille sont en diminution », élucide Paul Boisvert. À part la salade déjà lavée et en sac, les légumes demandent généralement plus de préparation. C’est pour cette raison qu’on en a consommé presque trois kilos de moins l’année dernière, par rapport à 2007, par personne. Une partie de ces gens vont toutefois compenser leur diminution de consommation de légumes en mangeant une pomme ou un autre fruit, facile à apporter dans le lunch, explique Paul Boisvert. Toujours dans le but de se rapprocher de la recommandation canadienne des sept ou huit portions quotidiennes.
Parmi les aliments qui sont en hausse au Canada, le riz, le thé, la volaille et le yogourt dont la consommation a plus que doublé au pays durant les 10 dernières années. À l’inverse, on boit moins de lait et de boissons gazeuses. Encore une fois, les chiffres révèlent des tendances. L’offre en boisson a explosé depuis quelques années avec l’apparition d’eaux aromatisées et vitaminées, notamment.


Y a-t-il des oméga-3 dans les fruits de mer?
C’est la saison des fruits de mer du Québec et on peut se demander si les crustacés contiennent eux aussi une bonne dose d’oméga-3, à l’instar des poissons gras. La réponse est malheureusement non. Les crustacés contiennent des oméga-3, mais bien peu si on les compare à des poissons comme les anchois, le saumon, le maquereau ou le thon.
Agriculture Canada a dressé une petite liste des contenus en différents acides gras pour les produits de la mer. Pour une portion de 100 grammes, le saumon d’élevage de l’Atlantique compte plus de deux grammes d’oméga-3 de type DHA et EPA, les oméga-3 qui aideraient à la bonne santé cardiovasculaire, au développement des yeux, de la mémoire et du système nerveux. Le pauvre homard cuit s’en tire avec moins de 0,1 gramme pour la même portion… Crevettes et crabe des neiges en ont encore moins, pour la même quantité. Une portion de fruits de mer ne remplace donc pas le poisson, en ce qui concerne l’apport en oméga-3. Restent les moules bleues, qui s’en tirent avec près d’un gramme de ces précieux acides gras, toujours pour une petite portion de 100 grammes.


Mon grain de sucre -  Michel Girard
Combien de s ucre ? Aucun. Avez-vous du Twin, du Splenda ou de l’ Equal ? Eh oui ! je suis adepte de succédané de sucre. Une simple question de goût, tout en m’évitant d’inutiles calories.
Une plantation de canne à sucre au Brésil. Les producteurs de « vrai » sucre accaparent à l’heure actuelle 66% de ce lucratif marché.
Mais il se pourrait que je me « convertisse » bientôt au stévia.
Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’un produit naturel. Le nom botanique de la plante: Stevia rebaudiana. Il s’agit d’un arbuste originaire du nord de l’Amérique du Sud, plus précisément du Brésil et du Paraguay. Selon le site Passeportsanté. net, le stévia est aujourd’hui commercialement cultivé dans plusieurs pays : États-Unis, Amérique centrale et Amérique du Sud, Russie, Israël, Corée, Thaïlande, Japon, Chine.
La feuille de stévia est une sorte d’édulcorant qui sucre énormément plus que le vrai sucre, et ce, sans aucune calorie.
En Asie et en Amérique du Sud, on utilise le stévia dans nombre de produits agroalimentaires : tortillas, sauce soya, boissons gazeuses, gomme à mâcher, gâteaux de riz.
Aprè s l ’ avoi r longtemps interdit comme addit i f al imentaire, la Food and Drug Admini s t r a t ion ( FDA) des États-Unis a finalement autorisé, le 17 décembre dernier, la commercialisation de l’extrait de stévia à titre d’édulcorant. Ainsi, Coca-Cola et PepsiCo l’utilisent maintenant dans leur vaste gamme de produits.
Pourquoi je vous parle du stévia ?
Parce qu’il y a, semble-t-il, une piastre à faire... Les deux principaux producteurs de l’édulcorant stévia pour le marché nord-américain sont GLG Life Tech Corporation et PureCircle Limited. Il se trouve que la compagnie GLG Life (de Vancouver) est inscrite à la Bourse de Toronto sous le symbole GLG. Pour sa part, PureCircle est inscrite à la Bourse de Londres.
Après avoir touché la barre des 5 $ au début de 2008, l’action de GLG Life s’échange actuellement autour des 2 $.
L’analyste Maher Yaghi de la maison de courtage Valeurs mobilières Desjardins en parle si positivement dans sa dernière analyse du secteur des soins de la santé que GLG Life représente un de ses titres favoris. L’entreprise a conclu l’an dernier une alliance stratégique avec la société Cargill, laquel le est notamment partenaire de la multinationale Coca-Cola. GLG Li fe a également conclu une entente avec le groupe Weider Global Nutrition. L’analyste Yaghi est persuadé que l’édulcorant stévia va être en mesure de gagner d’importantes parts dans le marché du sucre. Ce qui devrait permettre à des sociétés comme GLG Life et Pure Circle de connaître une bonne croissance au fil des prochaines années.
Sachez que le volume d’affaire de l’industrie américaine du sucre est de l’ordre de 10 milliards US. Les producteurs de « vrai » sucre accaparent à l’heure actuelle 66% de ce lucratif marché. Au deuxième rang avec 16% du marché, on trouve les producteurs de mélasse et de maïs. Suivent les producteurs d’édulcorants artificiels : 12%. Et les producteurs de miel traînent à la queue du peloton avec 4% du marché.
Vu les qualités de produit naturel du stévia, l’avenir s’annoncerait plutôt prometteur pour les deux producteurs, GLG Life et Pure Circle.
GLG Life a réalisé un volume de vente de 10 millions US en 2008. À 2$ l’action, la valeur boursière de la petite société atteint presque les 160 millions de dollars.
Si les prévisions optimistes de l’analyste de Desjardins s’avèrent concluantes, GLG Life devrait voir ses ventes augmenter sensiblement au fil des ans.
Si vous désirez injecter une petite dose de sucre dans votre portefeuille, vous pouvez spéculer sur GLG Life.


 

Pauvres mais enrichis -
ARIANE KROL
Santé Canada envisage d’autoriser les fabricants à ajouter des vitamines et des minéraux à une foule d’aliments, y compris ceux qu’on peut qualifier de malbouffes. Une très mauvaise idée. Ottawa doit rectifier le tir.
C’est le Journal de l’Association médicale canadienne (CMAJ) qui a lâché cette petite bombe cette semaine. Le projet de règlement aurait dû apparaître dans la Gazette du Canada le 31 mars dernier, mais la ministre de la Santé l’a retiré à la dernière minute, rapporte la publication médicale. Santé Canada n’a pas voulu nous confirmer, ni démentir, ces affirmations.
De fa i t , le ministère a déjà évoqué la possibilité d’enrichir des al i ments qui présentent une faible valeur nutritive ou qui contiennent des quantités importantes d’ingrédients associés à des risques pour la santé (sodium, gras saturés et trans, alcool, etc.). Mais cette politique publiée en 2005 proposait aussi d’autres scénarios qui interdisaient d’enrichir ces catégories d’aliments. L’article du CMAJ, qui cite des sources anonymes chez Santé Canada, est inquiétant. Ottawa semble prête à faire passer les besoins de l’industrie avant ceux de la population.
Protéger la santé des Canadiens est notre priorité, nous dit-on au ministère. Effectivement, on a prévu des normes très strictes pour éviter l’absorption excessive de vitamines et de minéraux. Mais pourquoi se limiter à un rôle de protection? Quand on s’appelle Santé Canada, la santé devrait toujours passer avant n’importe quelle autre considération. Or, l’enrichissement facultatif ne répond pas à des besoins de santé publique.
« Les bienfaits de l’enrichissement facultatif à l’échelle de la population seraient vraisemblablement mineurs », souligne d’ailleurs le ministère dans sa politique. Certains individus peuvent présenter des carences. Mais ceux qui ont le plus intérêt à ce que les aliments puissent être enrichis, ce sont les fabricants. Car c’est un excellent moyen de se démarquer de la concurrence et de gagner des parts de marché.
Il est peu probable que l’ajout de vitamines et de minéraux à des croustilles ou des boissons gazeuses en fasse augmenter la consommation. Mais le message ainsi transmis serait pour le moins contradictoire. Comment Santé Canada pourrait-elle à la fois essayer de convaincre les citoyens de manger plus de fruits et de légumes et moins de gras, de sucre et de sel, et permettre à des aliments qui vont à l’encontre de ces messages de se doter d’une plus-value santé?

L’industrie dénonce la réglementation actuelle, jugée désuète, qui empêche l’entrée de produits disponibles ailleurs et freine le développement de nouveaux aliments ici. En effet, ça fait 11 ans que Santé Canada a entrepris de réviser sa réglementation. Il est grand temps qu’elle livre sa nouvelle mouture. Il est tout à fait possible d’élargir l’éventail des aliments qui peuvent être enrichis sans pour autant permettre des situations absurdes où les vitamines et les minéraux servent à faire oublier la pauvreté nutritionnelle de certains produits.




Food Inc. : Dangereux mais nécessaire - Sylvain Charlebois
Malgré son portrait injuste de l’industrie alimentaire, le documentaire Food, Inc. alimente les débats
Food, Inc. ne discute pas des coûts et de l’accessibilité d’une saine alimentation pour les consommateurs.
L’auteur est vice-doyen à l’École d’études supérieures de politiques publiques Johnson-Shoyama, à l’Université de la Saskatchewan.
C’est quasiment prévisible. Tous les ans, ou presque, un nouveau documentaire qui diabolise l’industrie agroalimentaire fait son apparition. Il y a eu le Super Size Me de Morgan Spurlock, Fast Food Nation, le récit d’Eric Schlosser publié en 2001 et porté au grand écran en 2006. En 2001, même le Québec a eu droit à sa leçon de moralité agricole avec Bacon, le film de Hugo Latulippe.
L’industrie alimentaire dépeinte dans le documentaire Food, Inc. est tordue, estime Sylvain Charlebois de l’Université de la Saskatchewan. Il n’offre, dit-il, aucune rigueur scientifique, aucune mesure fiable.
Certains livres adoptent le même point de vue et reprochent à l’industrie agroalimentaire de trahir la volonté des consommateurs. Ces oeuvres défilent en dénonçant les dérives de notre modèle capitaliste et de l’industrie agroalimentaire. Maintenant, c’est au tour de Robert Kenner de faire des siennes avec Food, Inc. (v.f. Les Alimenteurs). Ce film a été présenté en juin au Canada et sortira un peu plus tard cet été en Europe. Bien que tous ces documentaires brossent toujours un portrait grossier et injuste de l’industrie agroalimentaire, il n’en demeure pas moins qu’ils offrent une chance inouïe de débattre d’un aspect aussi important de notre vie quotidienne.
Sans surprise, le film Food, Inc. dresse un constat sombre de l’industrie agroalimentaire. Son réalisateur, Robert Kenner, qui a déjà remporté un prix Emmy pour un autre documentaire, y dénonce le cynisme des industriels du secteur de l’alimentation, en ce qui concerne les céréales génétiquement modifiées, le bétail traité aux hormones et les résidus toxiques dans presque tous les produits.
Après six ans d’enquête, M. Kenner estime que la prochaine crise mondiale sera alimentaire. Il a vraisemblablement raison, mais son film présente un argumentaire peu convaincant à cet égard.
D’abord, cedocumentairemontre une image complètement tordue de l’industrie. Il n’offre aucune rigueur scientifique, aucune mesure fiable, et fonde ses propos sur des données purement anecdotiques.
Le film explique que les rappels alimentaires causés par la bactérie E. coli sont anormalement dangereux, mais il présente des résultats de tests de dépistage qui ne suivent aucune logique empirique. M. Kenner mise sur la peur pour véhiculer son message alarmiste: il omet, par exemple, de mentionner que les bactéries se retrouvent dans notre environnement, peu importe les méthodes de production et de distribution alimentaires.
Food, Inc. ne discute aucunement des coûts et de l’accessibilité d’une saine alimentation pour les consommateurs. Pour les familles moins nanties, ces aspects sont bien sûr de première importance.
De plus, M. Kenner, lui-même un apprenti en matière de politique agricole, mentionnait en juin dernier que le film ne critique pas pour autant l’industrie agroalimentaire, mais présente plutôt un plaidoyer pour une plus grande transparence. Certes, qu’un cinéaste s’intéresse à un sujet qu’il ne connaît guère n’est pas rare. Or, le domaine agroalimentaire est d’une telle complexité qu’il doit s’assurer le concours de personnesressources crédibles. M. Kenner a choisi de s’entourer de Michael Pollan et d’Eric Schlosser, deux apôtres connus de l’anti-industrialisation de l’agriculture. Plusieurs entreprises ont offert des visites à M. Kenner, des entrevues et même de l’information supplémentaire. Ces offres ont toutes été déclinées par le cinéaste.
Food, Inc. est un film prévisible, dangereux, mais nécessaire. Il faut malgré tout que des documentaires sur ce sujet continuent d’être produits. C’est peut-être contreintuitif comme propos, mais il existe un besoin criant pour la poursuite de ce genre de débats. Les industriels doivent éduquer davantage les consommateurs à propos de leur réalité économique et financière. Pour l’instant, les documentaires comme Food, Inc. le font à leur place. Les consommateurs ont l’industrie agroalimentaire qu’ils méritent et il faut le dire.
Les cinéastes et les industriels se mobilisent. Mais d’après les résultats de Food, Inc., les consommateurs restent plutôt indifférents. Depuis sa sortie en juin dernier, Food, Inc. n’a malheureusement rapporté que 2 millions aux guichets. C’est peu, très peu. L’alimentation est l’affaire de tout le monde, mais peu sont prêts à investir quelques dollars pour s’informer davantage sur les rudiments de l’industrie agroalimentaire, peu importe la qualité du documentaire. C’est dommage.



Mais d’où vient donc le pâté chinois?  -  Stéphanie Bérubé
Le pâté chinois est la base de notre patrimoine alimentaire, soutient Jean-Pierre Lemasson, directeur du certificat en gestion des pratiques socioculturelles de la gastronomie de l’ UQAM. Paradoxalement, on ne connaît pas vraiment ses origines et c’est ce qui a intéressé ce sociologue. « Une de mes passions est l’histoire de la gastronomie québécoise, explique Jean-Pierre Lemasson. J’ai été fasciné par l’importance du pâté chinois dans la société québécoise et j’ai commencé à faire la collection des rumeurs urbaines sur son origine. » Son livre, Le mystère insondable du pâté chinois, sera en librairie mardi. Il est le premier volet d’une enquête qui se poursuit toujours. « Tenter de retracer l’origine du pâté chinois est, autant le dire d’emblée, un défi presque insurmontable, écrit Lemasson. Les pistes sont nombreuses, plus ou moins fantaisistes, presque jamais documentées, de telle sorte qu’il faut se livrer à un travail qu’un inspecteur de police jugerait audessus de ses forces. »

On a tous entendu parler de l’histoire des travailleurs chinois qui construisaient les chemins de fer. Fausse piste, soutien le sociologue qui s’intéresse aussi aux supposées origines américaines. Le China Pie et le Chinese Pie sont-ils des ancêtres ? Et le Shepherd’s Pie écossais ? Le hachis Parmentier français ?
Le professeu r Lemasson avoue qu’il a réconcilié avec cette recherche deux aspects de sa personnalité. L’universitaire analytique s’est régalé en fouillant dans les archives, dont celles de La Presse où il a trouvé une mention du pâté chinois dans un numéro de 1930. Il y était déjà présenté comme un plat commun.
Le professeur a aussi établi la généalogie du hachis de boeuf, du maïs en grains et de la pomme de terre en purée, comme entités indépendantes.
En plus du rigoureux travail analytique, le côté ludique du chercheur a été gâté avec un objet de recherche aussi sympathique. « Tous les Québécois ont déjà mangé du pâté chinois ! » ditil. Il transcende les classes sociales et on en mange en ville comme en campagne. « Il est notre expérience commune, notre matrice sensorielle », soutient le sociologue.
C’est une référence culturelle, un plat maîtrisé par tous les chefs et cuisiniers du dimanche, à part peut-être Thérèse, qui dans La petite vie n’arrivait pas à faire un pâté chinois dans les règles de l’art. Mais le plat a beau être un monument, il n’est pas un intouchable. Jean-Pierre Lemasson a demandé à des chefs de le revoir, à leur façon. Avec un jarret de porc et du sirop d’érable pour Annie Beauregard ; du boudin noir et sans blé d’Inde pour Jean Mourre et un confit de canard pour Danny St-Pierre.
Qu’on puisse l’actualiser est bien la preuve que c’est un plat d’avenir, affirme Jean-Pierre Lemasson, qui ne met pas un point final à son enquête en publiant ce livre. Toute information pertinente sur le pâté chinois et les recettes ancestrales peut lui être transmise au patechinois.info.







Je viens juste de mourir
Un père livre un témoignage au nomde sa fille, qui s’est suicidée après avoir souffert du trouble de la personnalité
borderline
Je voulais juste être heureuse, juste un peu plus heureuse moi aussi. Mais je n’avais pas le bon mode d’emploi. L’équilibre était trop fragile en moi.
L’auteur réside à Grand-Mère. Il est le père d’Isabelle, qui s’est enlevée la vie il y a quelques jours. Ses funérailles ont lieu aujourd’hui. Isabelle souffrait d’un trouble sévère de la personnalité, qu’on appelle parfois borderline. M. Prince a rédigé le témoignage qui suit comme si c’était sa fille qui l’écrivait.
Je viens juste de mourir. J’ai 35 ans. J’ai décidé de prendre un raccourci avec la vie. J’ai courtcircuité la détresse qui m’étouffait depuis trop longtemps. Je n’en pouvais plus ! J’ai tout essayé: médicaments, hospitalisations, psychiatres, intervenants. La science médicale n’a pas su me libérer, il a fallu que je le fasse moi-même. J’ai tenté pendant des années de vivre avec mes angoisses, mes souffrances, les moments où je me sentais capable de tout entreprendre ( j’en avais la capacité physique et intellectuelle) et les moments où je n’avais même pas la force de m’extraire de mon lit. On trouvait alors que j’étais paresseuse, que je m’écoutais!
C’est fini maintenant, je me suis suicidée. La souffrance n’a plus d’emprise sur moi. Ce n’est pas un acte facile. Ça prend de l’angoisse pour décider cela et ça prend de la détresse pour passer à l’acte! Courage ou lâcheté? Je laisse à d’autres le soin de juger!
Entre les deux maux, souffrance ou mort, j’ai choisi le moindre!
Et pourtant, je voulais juste être heureuse, juste un peu plus heureuse moi aussi. Mais je n’avais pas le bon mode d’emploi. L’équilibre était trop fragile en moi, il ne me manquait pourtant pas grand-chose, juste une meilleure connexion de petites cellules. Que de fois j’ai souhaité que ce soient des cellules défectueuses ailleurs que dans mon cerveau, n’importe où, de celles que l’on peut maintenant guérir… ou mieux endurer! J’aurais peut-être pu guérir moi aussi.
Je me suis vue lentement, progressivement, quotidiennement échapper le contrôle sur moi. J’étais à l’université quand tout a commencé, imperceptiblement, sournoisement. J’avais des amies, je les ai perdues. Elles voulaient que je sois aussi dynamique qu’avant, que j’exerce le même leadership. Depuis, j’ai désespérément quêté de l’amitié, de l’amour; j’en avais besoin plus qu’avant. Mais de l’amour inconditionnel, c’est une denrée rare. Les personnes « normales » ont peur d’être déstabilisées, dérangées. Je les comprends, je suis épuisante! Mais moi, j’ai soif d’amour quand même! Plus que jamais! Je l’ai tellement cherché, sans doute maladroitement. À l’impossible, nul n’est tenu!
Cette mort-ci n’est pas la première. Cette mutilation n’est pas la première. Je me suis fait opérer pour être sûre de ne pas avoir d’enfants, moi qui les aime éperdument. Moi qui aurais tant aimé en avoir et mes parents aussi qui adorent les petits enfants. Je ne voulais pas prendre le risque que mes enfants vivent la détresse qui est la mienne et soient malheureux comme je le suis. Il faut les aimer, les enfants, pour faire un tel choix, il faut les aimer plus que soi. Je ne suis pas sûre que la plus grande preuve d’amour soit de mourir pour ceux qu’on aime!
Toutes ces choses n’ont plus d’importance maintenant pour moi. Pour la première fois de mon existence, elles ne m’atteignent plus. Je suis sereine.
Le seul regret, c’est la douleur que je fais à ceux qui restent, mais je crois, s’ils m’aiment vraiment, qu’ils vont comprendre… après un certain temps.


OPÉRATION NEZ ROUGES  -  Sylvie St-Jacques
Sale temps pour les clowns. Entraînés bien malgré eux dans la tourmente médiatique, on les accuse d’infantiliser les vieux, de prendre de l’argent qui devrait plutôt être alloué aux soins essentiels, de faire les pitres devant la misère humaine. Mais en f
MOl ivier, coquette vieille dame d’origine haïtienne, est assise dans son fauteuil roulant. Seule dans le coin télé de la salle de séjour de l’unité 4 Est de l’Institut de gériatrie de Montréal, elle a le regard fixe, indifférente aux esclandres de Denis Lévesque à TVA.
Mme Olivier est atteinte de démence, nous dit-on.
Mélissa Holland (alias Dre Fifi, écolière attardée à trois couettes) et Philippe Thibodeau (alias Dr grand dadais maladroit), s’approchent à petits pas de Mme Olivier. Elle sourit, son regard s’illumine. Elle les reconnaît. Le Dr et la Dre Fifi entrent doucement dans la bulle de Mme Olivier en exécutant quelques pitreries franchement comiques (même pour une journaliste qui a toute sa tête).
Puis ils lui baisent la main. Rigolent un peu avec elle. Et la Dre Fifi lui propose de fredonner une chanson en créole. Cela fait aussi sourire la préposée aux bénéficiaires haïtienne qui passe par là et se joint à cette petite chorale improvisée.
Un peu plus loin, il y a la Dre Queen qui apprivoise M. Pallucci, bientôt rejointe par le Dr Waash. L’infirmière-chef Christine Fournier confie que M. Pallucci bougonne continuellement. Il esquisse pourtant un sourire quand la Dre Queen lui fredonne une chanson en italien avant de lui planter un bisou sur le crâne. « Ce monsieur ne se laisse jamais approcher. C’est un coup de maître, ce qu’ils viennent de faire là », chuchote Christine Fournier.
Avant leur tournée de deux heures dans deux étages de l’Institut de gériatrie, les clowns ont parlé avec Yves Borduas, directeur des admissions, qui les a mis au courant de l’état des patients. Après cette préparation d’usage, ils se lancent dans l’arène, apportant aux patients une dose de douce folie, de petites attentions, de chansons surannées, de tendresse.
« Quand on arrive à l’hôpital ou dans un CHSLD, on reçoit un document sur les résidants ciblés, avec des éléments sur leur vie. On apprend ce que la personne a fait comme travail, certains éléments physiques et psychologiques, si elle est sourde, si elle ne supporte pas le toucher, si elle a des lésions… On doit tenir compte de tout ça », explique Florence Vinit, directrice psychosociale de Dr Clown, que La Presse a rencontrée avant la visite à l’Institut de gériatrie.
Ni Bozo ni oncle Georges
« L’essence du clown, c’est d’être dans le moment présent, dans la relation avec l’autre. Il y a tout un travail corporel préalable, pour transformer une émotion et la mettre au service du patient », poursuit Florence Vinit.
Ce n’est pas l’effet d’un miracle clownesque si les Drs Clown arrivent à allumer des regards et à réchauffer des coeurs dans les centres d’hébergement pour personnes âgées. D’abord, il faut savoir que les clowns thérapeutiques ne sont pas des clowns de fête foraine qui débarquent avec un arsenal de cirque.
Les clowns, qui, en majorité, ont un solide bagage artistique, sont triés sur le volet et longuement formés.
Mélissa Holland est l’une des membres fondatrices de l’organisme, né en 2000. Grande fille espiègle et rieuse avec un petit quelque chose de Fifi Brindacier, la directrice artistique de Dr Clown raconte comment elle est devenue clown thérapeutique.
« Aprè s mon bac en enseignement du théâtre à Concordia, je suis allée vivre en Écosse. J’enseignais le théâtre et je détestais cela. C’est alors que j’ai commencé à faire le clown dans des hôpitaux là-bas. Quand je suis rentrée au Canada, en 2000, Olivier-Hugues Terreault et moi avons décidé de créer un organisme semblable avec ce que j’avais connu en Europe. De deux clowns, nous sommes rapidement passés à 28, qui interviennent dans 27 hôpitaux (à Québec, Montréal et Toronto). »
Dr travaille autant avec les enfants qu’avec les personnes âgées. Dans les deux cas, les clowns thérapeutiques côtoient de près la mort. Pour Mélissa Holland, la perception négative de son travail récemment véhiculée dans les médias confirme qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir pour faire connaître un métier déjà bien intégré dans plusieurs pays d’Europe.
« Ce n’est pas nouveau pour nous, ce genre de préjugés. Ça fait neuf ans que nous travaillons à briser cette perception. C’est pour cela que, avant de commencer notre travail dans un centre d’hébergement ou un CHSLD, on explique bien aux cadres que nous ne sommes pas infantilisants, que notre démarche artistique est adulte et thérapeutique. Il n’y a pas de perruques, de couleurs criardes et de ballons. »
Moins seul avec son chagrin
L’a n t h r o p o l o g u e L u c e Desaulniers, qui dirige le Centre d’étude sur la mort de l’UQAM, a suivi avec beaucoup d’intérêt la controverse autour des clowns. Elle a trouvé « méprisants et ignorants » les propos tenus sur eux. « Ceux qui ont participé à ce débat ont démontré qu’ils ne prenaient pas au sérieux les choses importantes, tout en se prenant eux-mêmes très au sérieux », a confié au téléphone cette spécialiste du vieillissement, qui a aussi perçu « une mésestime de la capacité de recul des gens âgés ».
Pour Luce Desaulniers, la déstabilisation heureuse apportée par les clowns est une « poignée de porte » pour accéder aux peurs et aux angoisses. « Il y a chez les clowns une bonté, une acuité qui leur permettent de saisir les petites occasions qu’ils transforment, retournent, amplifient, dramatisent ou grossissent. En reconnaissant l’émotion de la personne en face de lui, le clown la fait se sentir moins seule avec son chagrin. Il crée un lien d’humanité. »
La clown Laura Lacoste, alias Dre Oups, raconte plusieurs anecdotes qui confirment l’analyse anthropologique de Luce Desaulniers.
« Dans les hôpitaux, les membres du personnel sont très occupés, n’ont pas le temps de s’arrêter. Tandis que nous, on est juste une présence qui n’attend rien en retour. Les gens perçoivent cette disponibilité. »
Du temps, un peu de tendresse et quelques chansons pour offrir un peu d’humanité à des personnes qui ne connaissent pas des jours paradisiaques.
Les clowns Dre Fifi, Dr et Dre Queen (respectivement Mélissa Holland, Philippe Thibodeau et Marie-France Gravel, dans la vraie vie), en visite cette semaine aux patients de l’Institut de gériatrie de Montréal. Le temps d’un après-midi, ils ont insufflé aux patients une dose de douce folie, de petites attentions, de chansons surannées, de tendresse.

HISTOIRES DE Clowns
« Le clown offre toujours un clin d’oeil sur l’inaperçu. C’est pour cela qu’ils sont mal perçus dans notre monde. Parce qu’ils voient des choses que les autres ne voient pas. Ce sont des visionnaires. Je connais un clown, Paolo Doss. Sa seule présence donne envie de rire. C’est quelqu’un qui ne fait pas une cassure entre son présent de clown et la réalité du monde », témoigne l’anthropologue Luce Desaulniers.
Au cours des derniers jours, des clowns thérapeutiques, qui côtoient de près l’isolement, la maladie, l’angoisse de la mort, ont raconté à La Presse certains de leurs souvenirs les plus marquants. « Je me souviens d’un monsieur qui avait été très réfractaire à nos visites au début. Puis, il a changé ses horaires de physiothérapie pour nous voir. Il enseignait aux clowns à méditer, nous racontait des histoires zen. Ce jeu a duré plusieurs mois. Il avait pris avec nous la position d’enseignant, c’est lui qui orchestrait le jeu. » « Pendant trois ans, je voyais régulièrement une femme presque centenaire qui avait hâte de mourir. Quand on se voyait, elle me demandait, exaspérée : " Pourquoi je ne meurs pas ?" Comme elle avait un très bon sens de l’humour, nous avons instauré un jeu qui consistait à "pratiquer" sa mort. Je lui disais de rester bien droite, de ramener ses bras contre elle, comme si elle était dans un cercueil. Et puis on jasait, on faisait la liste des pour et des contre de sa vie. Un jour, elle est morte. Nous sommes allés à ses funérailles. » « L’autre jour, j’étais avec un autre Dr Clown et nous parlions avec une dame atteinte d’alzheimer. Elle nous racontait qu’elle venait de manger du gâteau au chocolat. L’autre Dr Clown lui a dit qu’il était déçu qu’elle ne lui en ait pas gardé un peu. La dame m’a alors regardée en disant que oui, il en avait mangé mais qu’il ne s’en souvenait pas, comme si l’autre clown souffrait d’alzheimer. Ce qui l’a amenée à parler de sa maladie en la projetant sur le clown. » « Si j’entre dans un hôpital sans mon costume, je remarque une lourdeur, une tristesse. Mais une fois qu’on est dans notre personnage, ça change. Il y a un rythme, une énergie qui s’installent. Tu vois la lumière dans les yeux des gens. On sait que quelque chose va se passer, que tout peut arriver. Il y a toute une histoire qui s’invente autour des clowns. C’est comme une comédie musicale! »



Cancer du sein : PRÈS DE 3000 TESTS REPRIS  -  Ariane Lacoursière
Près de 9500 patientes atteintes du cancer du sein attendent un appel qui leur confirmera que leur traitement a été fait correctement. Pour 2730 d’entre elles, il faudra revivre les affres de l’incertitude: leurs tests de pathologie devront être repris. U
Après avoir annoncé au début du mois de juin que 2100 tests de pathologie du cancer du sein devront être repris au Québec, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, en révisera finalement beaucoup plus. Près de 3000 tests faits entre avril 2008 et juin 2009 devront être revus, a-t-il annoncé hier
Cette augmentation du nombre de cas est due au fait que de grands hôpitaux montréalais, soit le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et l’hôpital du Sacré-Coeur, ne possédaient pas de contrôle de qualité externe suffisant, contrairement à ce qu’on croyait. Ces établ issements devront refaire leurs tests, ce qui porte le nombre de cas à 2730.
« Le CHUM était engagé dans une démarche de contrôle de qualité externe. Mais il n’avait pas de bulletin prouvant ses résultats. Par précaution, on va refaire ces tests », a expliqué le ministre Bolduc. Selon lui, l’objectif de la démarche est de « rassurer les patientes » et d’agir avec « prudence et transparence ».
Pour le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, le fait que des hôpitaux importants n’aient eu jusqu’à récemment aucun contrôle de qualité externe est « troublant ». « En matière de tests de laboratoire, ces établissements auraient dû être exemplaires. Ça m’inquiète de voir que ce n’était pas le cas », a dit M. Brunet.
La coalition Priorité cancer au Québec se réjouit quant à elle de la reprise des tests, car « cela permettra de rassurer les femmes qui ont vécu ou doivent vivre avec un diagnostic de cancer du sein », selon la porte-parole, Nathalie Rodrigue.
Seules les patientes parmi les 9463 qui ont reçu un diagnostic de cancer du sein entre avril 2008 et juin 2009 et dont les tests n’ont pas fait l’objet d’un contrôle externe sont visées par le rappel. Leur diagnostic de cancer n’est pas remis en question. C’est plutôt l’analyse permettant de déterminer le type de traitement à recevoir qui doit être refaite. Personne n’aura à subir une nouvelle biopsie puisque les laboratoires ont conservé les prélèvements initiaux.
Montréal : 1033 tests repris
À Montréal seulement, 1033 tests de cancer du sein devront être repris. La deuxième région la plus touchée est la Montérégie avec 445 tests à reprendre, suivie de l’Outaouais, qui doit en refaire 202. Selon le gouvernement, environ 5% des patientes visées par la révision pourraient voir leur traitement modifié.
Le ministre Bolduc reconnaît toutefois que le nombre exact de tests à refaire pourrait encore changer. « Mais on parle de quelques unités, pas plus », a-t-il dit. Ces changements sont attribuables au fait que certains échantillons comptabilisés dans deux hôpitaux différents pourraient en fait appartenir à la même femme.
Coûts indéterminés
En raison du grand nombre de tests à réaliser sur une courte période, les 2730 contre-analyses seront réalisées dans des laboratoires à l’extérieur du Québec. Les coûts de l’opération restent indéterminés. « L’appel d’offres n’est pas encore terminé. Nous ne savons pas le coût, mais ça ne cause pas de problème. Ce qui a à être fait va être fait », a déclaré le ministre Bolduc.
Les femmes visées par le rappel seront rappelées d’ici la fin du mois d’août. « Si un résultat discordant est détecté, les patientes en seront avisées rapidement et leur médecin traitant pourra alors discuter avec elles de la nécessité ou non de réviser le plan de traitement », a promis le ministre Bolduc. Le gouvernement se donne jusqu’en décembre pour terminer l’ensemble du processus de révision.
Mais pour le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette, une telle prévision est irréaliste. « Le ministre dit que l’appel d’offres n’est même pas fini et il espère avoir tout terminé pour décembre. C’est impossible », a-t-il dit.
Le Dr Barrette déplore aussi que le gouvernement ne remonte pas avant avril 2008 pour la révision des tests de pathologie. Car selon lui, plusieurs femmes ont pu recevoir un mauvais diagnostic avant cette période.
Quand il avait annoncé que les rappels de tests ne remonteraient qu’à avril 2008, le gouvernement avait expliqué que seules ces patientes pourront bénéficier d’un nouveau traitement si jamais elles ont été victimes d’un « faux négatif ». Le gouvernement avait reconnu être exposé à des poursuites. Depuis, une demande de recours collectif a été déposée en Cour supérieure.

« Amateurisme », accuse le Dr Barrette
Même si le ministre de la Santé, Yves Bolduc, reconnaît que des erreurs ont été commises dans les laboratoires de pathologie du Québec et que des tests de cancer du sein devront être repris, il ne fait rien pour améliorer la qualité des laboratoires de la province qui sont dans un état déplorable, a dénoncé le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette.
Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette, a qualifié hier « d’antiques » les laboratoires de pathologie du Québec.
« La pathologie au Québec est antique, a dit le Dr Barrette. Elle fonctionne comme si on était au XIXe siècle. Certains laboratoires ne sont même pas encore informatisés. Dans ces conditions, les pathologistes font des miracles. La crise actuelle n’est que la pointe de l’iceberg. »
LeDr Barrette est heureux que le ministre Bolduc « confirme ce qu’il disait depuis le début », c’est-à-dire que la plupart des 45 laboratoires de pathologie du Québec n’ont pas de système de contrôle de qualité externe. Le mois dernier, le Dr Barrette et le président de l’Association des pathologistes du Québec, le Dr Louis A. Gaboury, avaient diffusé un rapport disant que de 15% à 20% des tests de pathologie pourraient être erronés au Québec.
Le ministre Bolduc avait tout d’abord hésité avant de confirmer l’état de la situation. « Le fait que le ministre revienne sur sa parole initiale montre un certain degré d’amateurisme », a accusé le Dr Barrette.
Mais même si le ministre avoue maintenant le problème, il ne fait aucune déclaration quant à l’avenir de la pathologie au Québec, a dénoncé le Dr Barrette. Pourtant, la crise actuelle montre que la situation est critique, a-t-il ajouté.
« Actuellement, on est en état d’alerte dans les labos. Mais quand la tension va retomber, il faudra que des programmes de contrôle de la qualité soient mis en place et que la pathologie soit remise à niveau, a commenté le Dr Barrette. Certains labos utilisent encore des dactylos ! Il faut des améliorations et plus d’employés. »
Le Dr Barrette a ajouté que la crise qui touche le cancer du sein pourrait s’étendre à d’autres pathologies et qu’il est pressant que le gouvernement agisse pour améliorer l’état des laboratoires.
Pour le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, la réponse aux inquiétudes du Dr Barrette se trouve en partie du côté du Collège des médecins. « Le Collège a récemment donné un mandat au Dr Gaboury. Il doit faire des recommandations pour améliorer l’état de la pathologie au Québec. Le rapport n’est pas encore publié, mais il pourrait amener des modifications », a-t-il dit.


« On a joué au yoyo avec nous »   -  Caroline Touzin

Peur et colère chez les patientes ayant subi des tests déficients
Esther Gaudreault, 54 ans, a reçu un diagnostic de cancer du sein en juillet 2008. Après avoir subi une mastectomie partielle, six traitements de chimiothérapie et 16 traitements de radiothérapie, elle croyait être « sortie du bois ».
Dominic Brûlé, mère de famille de 42 ans, a été traitée au CHUM pour un cancer du sein durant la période visée par la révision des tests. « C’est pratiquement sûr que je suis parmi les femmes visées », raconte cette mère de trois enfants.
Aujourd’hui, la Montréalaise qui a été soignée à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont est inquiète. Elle fait partie des 9463 Québécoises qui seront jointes d’ici le mois d’août pour se faire indiquer si leurs tests de pathologie liés au traitement du cancer du sein devront être analysés de nouveau. Des femmes qui ignorent pour l’instant si elles ont reçu le bon traitement.
En plus d’être inquiète, Mme Gaudreault est surtout « profondément en colère » contre les docteurs Gaétan Barrette et Louis Gaboury qui ont, à son avis, « semé la panique » en raison de la manière dont ils ont informé la population sur les erreurs possibles dans des laboratoires de pathologie au Québec. Sa colère est aussi dirigée vers le ministre de la Santé, Yves Bolduc, pour la façon dont il a géré la crise.
« On a joué au yoyo avec les émotions des femmes et on continue à le faire. Quand on sait dans quel état de fragilité on se retrouve dans les mois qui suivent le traitement, une tel le at titude est tout simplement indécente! » estime Mme Gaudreault, qui songe à porter plainte au Collège des médecins.
Parmi les 9463 Québécoises qui ont reçu un diagnostic de cancer du sein entre avril 2008 et juin 2009, de nouvelles analyses sur des tests de pathologie seront faites pour 2730 femmes, selon le ministère de la Santé.
Comme le recommandait l e mi n i s t r e Bolduc , Mme Gaudreault a téléphoné à InfoSanté à la suite d’un reportage en mai dernier qui portait sur les résultats de l’étude du Dr Gaboury au sujet des erreurs possibles dans les résultats des tests pour le traitement de cancer du sein. « La pauvre infirmière d’ Info-Santé n’avait aucune information. Ça m’a donné plus d’inquiétude plutôt que de me rassurer », souligne-t-elle.
Le CHUM, MaisonneuveRosemont et Sac ré - Coeu r sont les hôpitaux montréalais visés par la révision des tests, a révélé le ministre Bolduc, hier. Mme Gaudreault a reçu le résultat non concluant d’un premier test du marqueur biologique HER-2 réalisé à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Puis, un second test a été fait au CHUM. Il s’est avéré négatif.
« Quand j ’ai parlé à mon médecin, il m’a répondu que mes tests avaient été envoyés au CHUM, dans le laboratoire du Dr Gaboury. Je me disais que c’était correct. Après tout, c’est le médecin qui est l’auteur de l’étude sur les tests erronés. Aujourd’hui, je ne sais plus », raconte la quinquagénai re directrice générale de l’Association francophone pour le savoir.
Dominic Brûlé, mère de famille de 42 ans, a aussi été traitée au CHUM pour un cancer du sein durant la période visée par la révision des tests. Cette mère de trois enfants avait également été rassurée par le personnel soignant. « Être soignée au CHUM me réconfortait. Je me disais que j’étais au meilleur endroit au Québec. Si j’étais dans un hôpital de région, ce serait autre chose. J’ai d’autant plus été surprise ce matin (hier) », indique cette Montréalaise.
Mme Brûlé a reçu le diagnostic en septembre dernier. « C’est pratiquement sûr que j e sui s pa r mi les femmes visées », dit celle qui se promet de joindre son infirmière pivot dès aujourd’hui pour en savoir plus. Comme Mme Gaudreault, son test pour les récepteurs hormonaux s’est avéré positif, mais pas celui du marqueur HER-2.
« Quand tu reçois tes résultats de tests, et que le HER-2 est négatif, tu es soulagée. Tu te dis: “ Ouf, je n’aurai pas ça en plus”. Ton cancer n’est donc pas le plus agressif et tu n’as pas à prendre un médicament supplémentaire avec beaucoup d’effets secondaires (l’Herceptin) », souligne d’ailleurs Mme Gaudreault.
Les ch i f f res révisés à la hausse par le Ministère – 600 patientes de plus – ont aussi inquiété des patientes traitées pour un cancer du sein dans d’autres hôpitaux de la région montréalaise. Et ce, même s’il n’y a que trois hôpitaux visés par cette révision. C’est le cas de Guylaine Couture, 32 ans, qui a reçu son diagnostic à l’hôpital Pierre Le Gardeur à Terrebonne en mai 2008. Son test HER-2 était-il un faux négat i f ? se demande-t-el le aujourd’hui. « Mon oncologue m’a rassurée, mais un doute subsiste. J’ai quand même peur que le téléphone sonne et qu’on me dise qu’on doit tout recommencer », dit-elle.

La crise en trois questions
QL’annonce
du gouvernement signifie-t-elle que des femmes pourraient avoir reçu un mauvais diagnostic de cancer du sein ? R Non. Toutes les femmes visées par le rappel ont le cancer du sein. C’est plutôt les tests permettant de déterminer de quel type de traitement elles ont besoin (tests sur le statut du gène et de la protéine HER-2 et sur le dosage des récepteurs hormonaux) qui doivent être refaits. Environ 5% des tests qui seront révisés pourraient être erronés selon les prévisions du gouvernement. QQui
est visé par les reprises de tests ? R Les femmes qui ont subi un test pathologique de cancer du sein dans des établissements qui n’avaient pas de système de contrôle de qualité externe entre avril 2008 et juin 2009. QLa
crise qui touche le Québec rappelle ce qui s’est passé à Terre-Neuve en 2005. Les deux situations sont-elles semblables ? R Tout à fait. Entre 1997 et 2005, les tests d’hormones réceptrices de 939 patientes traitées pour un cancer du sein par la Eastern Health ont dû être refaits à TerreNeuve. De ce nombre, 300 patientes qui avaient subi un test erronés sont mortes, un nombre deux fois plus élevé que ce à quoi les autorités s’attendaient.




Le cirque de la santé - ARIANE KROL

Inutile de blâmer le ministre Bolduc, le problème des contrôles de qualité existait bien avant son arrivée.
Depuis 10 jours, nous avons eu droit à un cours accéléré sur le traitement du cancer du sein. Nous avons appris que les résultats des tests destinés à orienter ces traitements varient énormément d’un labo à l’autre, et que plusieurs de ces installations ne sont pas soumises à des contrôles de qualité externe. Franchement? Ce n’était pas nécessaire. Cette histoire-là est un problème de régie interne que le système de santé aurait dû régler de lui-même depuis longtemps. Mais comme c’est souvent le cas chez nous, il a fallu une crise médiatique pour que ça devienne une priorité.
Oubliez Terre-Neuve, c’est un cas d’incurie et de dissimulation qui n’a rien avoir avec notre problème. Parlons plutôt de l’Ontario. Chez nos voisins, tous les labos doivent participer à un programme d’évaluation de la qualité externe. Les fameux tests sur le HER-2, pour connaître la pertinence du traitement à l’Herceptin, y sont soumis depuis trois ans. Les tests sur les récepteurs hormonaux depuis cinq ans. Apparemment, ça s’est imposé naturellement, sans psychodrame.
L’importance des contrôles externes est bien connue au Québec. À preuve, plusieurs labos adhèrent déjà à un tel programme. (On devrait les remercier, parce que leurs tests à eux n’auront pas besoin d’être refaits.) Et en mai 2008, une agence gouvernementale a recommandé d’imposer de tels contrôles aux labos qui font des tests pour le Herceptin.
Un an plus tard, ce n’était toujours pas fait. Il a fallu la crise que l’on sait pour que le ministre impose cette précaution élémentaire. À son bureau, on nous assure qu’un programme de contrôle national était déjà en préparation, et que son implantation était prévue dans tous les labos du Québec d’ici la fin de l’année.
C’est étrange, mais on a du mal à y croire. Qu’il se fasse du travail en ce sens, on n’en doute pas. Mais que le problème soit à un cheveu de se régler? Que le branle-bas de combat des derniers jours n’ait pas influencé le cours des choses? Permettez-nous d’être sceptiques. Parce que jusqu’à tout récemment, ce dossier-là n’avait pas l’air très pressant.
On peut comprendre, comme l’a dit le ministre Bolduc, qu’un programme d’assurance qualité national ne puisse pas se bâtir du jour au lendemain. Mais si on avait si bien saisi l’importance de ces contrôles, pourquoi ne les a-t-on pas fait faire ailleurs en attendant? Il n’y a pas de honte à ça. La Nouvelle-Écosse et l’Île-duPrince-Édouard en ont même fait une solution permanente à cause de la petite taille de leur population. Ils font affaire avec un centre de Toronto… tout comme un hôpital de la région de Québec, d’ailleurs.
La nécessité de ces contrôles externes est une telle évidence qu’on a du mal à comprendre pourquoi il a fallu se farcir un tel cirque pour en arriver là. Inutile de blâmer le ministre Bolduc, le problème existait bien avant son arrivée. C’est à se demander à quoi servent tous ces fonctionnaires et tous ces spécialistes qui sont censés gérer notre système de la santé. En tout cas, ça fait beaucoup de gens qui doivent des excuses aux patientes inquiétées pour rie




Cancer du sein Tests erronés  Une patiente dépose une demande de recours collectif

Une demande de recours collectif vient d’être déposée en Cour supérieure, dans la foulée de la crise des tests de pathologie erronés qui entraînera la reprise des analyses chez 2100 femmes atteintes d’un cancer du sein.
La requéra nte, Ma r ianne Tonnelier, soutient que le gouvernement a été négligent. Il connaissait depuis longtemps l’existence des problèmes vécus dans les laboratoires de pathologie, mais il n’a rien fait, allègue-t-elle.
Résultat, des milliers de femmes atteintes d’un cancer du sein et qui ont reçu un résultat négatif du test de marqueur biologique HER-2 ou du test pour les récepteurs hormonaux se demandent aujourd’hui si elles ont reçu le bon traitement.
Les conséquences de la crise, mises en lumière au cours des dernières semaines, entraînent un stress énorme pour les femmes, commente Me Bruce Johnston, du cabinet Trudel& Johnston, qui représente la requérante.
« Ce sont des dommages qu’on estime que toutes les femmes auront subis, simplement du fait d’être assujetties à ce stress de ne pas savoir si elles ont le bon traitement ou pas. »
Des semaines d’incertitude attendent aussi ces femmes. Elles ne savent pas encore si elles figurent parmi les 2100 personnes dont les tests devront être analysés de nouveau. La reprise de ces analyses s’échelonnera jusqu’en décembre.
La requéra nte, Ma r ianne Tonnelier, est la di rect r ice générale de Cactus, centre qui vient en aide aux toxicomanes. Elle a appris en juillet 2008 qu’elle était atteinte d’un cancer du sein. Elle a subi une ablation de sa tumeur et suivi des traitements de chimiothérapie. Elle a aussi entrepris de la radiothérapie.
En novembre 2008, le résultat de son test sur le marquer HER2, effectué pour déterminer si elle devait suivre un traitement d’hormonothérapie, s’est révélé négatif.
Mais il y a quelques semaines, un doute a germé dans son esprit. Un reportage portant sur les résultats d’une étude réalisée par le Dr Louis Gaboury a révélé des discordances de 20 à 30% dans les résultats de tests en pathologie dans le domaine du cancer du sein.
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a finalement annoncé que 2100 tests réalisés entre avril 2008 et juin 2009 seront refaits. Une centaine de femmes pourraient avoir reçu le mauvais traitement.
Des centaines d’autres femmes se retrouvent dans la même situation, allègue la requête. Près de 6000 Québécoises reçoivent chaque année un diagnostic du cancer du sein. Au nom de ces femmes, la requérante demande une compensation de 25 000 $, par personne, pour les dommages moraux encourus et 10 000$ pour les troubles et inconvénients encourus.
Au cabinet du ministre, on n’a pas voulu commenter, hier, cette requête en autorisation de recours collectif puisqu’elle pourrait se retrouver devant les tribunaux.


Bolduc échoue au test  -  VINCENT MARISSAL
Le temps d’attente dans les urgences continue de s’allonger à l’infini, les gens ont peur d’aller à l’hôpital de crainte de contracter des maux pires que ceux qui les y amènent et, maintenant, on remet en question la qualité de certains tests faits en laboratoire.
Dans le milieu de la santé au Québec , Gaétan Barrette ne laisse personne indifférent. Suffit de prononcer le nom du président de la Fédération des médecins spécialistes devant des gens de ce secteur pour obtenir, illico, de fortes réactions, comme j’ai pu le constater il y a quelques jours. Il est vrai que l’homme ne fait pas dans la dentelle et que ses manières, politiques et autres, sont plutôt lourdes.
D’abord, une anecdote pour mettre la table, si vous permettez le jeu de mots.
Quelqu’un me racontait que le Dr Barrette, invité il y a quelques semaines dans une loge du Centre Bell pour un match des séries éliminatoires, avait commandé… 12 hot-dogs pour son repas !
À son poste de président de la FMSQ comme à table, Gaétan Barrette aime prendre de grosses bouchées. Et tant pis si cela indispose parfois les âmes sensibles.
Il vient d’en faire une nouvelle démonstration ces derniers jours en confrontant le ministre de la Santé, Yves Bolduc, sur la question de la fiabilité des tests pathologiques du cancer du sein au Québec.
Si la manière est, selon ses détracteurs, discutable, l’objectif, lui, est atteint.
M. Barrette a dit hier regretter que tout le brouhaha des derniers jours ait pu inquiéter des milliers de femmes, s’empressant toutefois d’ajouter que c’était un mal nécessaire.
« C’est comme ça que ça marche au Québec. Ça fait des années qu’il ne se passe rien et maintenant, il se passe enfin quelque chose. Nous sommes donc satisfaits », a-t-il résumé en entrevue à RDI.
Le pire de cette histoire, ce n’est pas ce que dit Gaétan Barrette, mais bien plutôt le fait qu’il ait raison !
Les acteurs du mi l ieu de la santé, dont le rôle premier devrait être de protéger et de rassurer les patients, en sont réduits à devoir faire éclater des grenades dans les laboratoires pour qu’enfin, le gouvernement réagisse.
On pourra, bien sûr, accuser le bon docteur Barrette de manquer de tact, mais il a de toute évidence mis le doigt sur un gros bobo. Et il n’a pas peur d’appeler un chat un chat.
On ne peut pas en dire autant du ministre de la Santé, Yves Bolduc, qui a intérêt à reprendre rapidement le contrôle de la situation s’il ne veut pas devenir la première victime des tests de cancer du sein erronés.
Que le critique du Parti québécois en Santé, Bernard Drainville, dénonce les incohérences du ministre Bolduc, c’est normal et prévisible. Ce qui est plus grave pour le nouveau ministre, c’est qu’il vient de perdre une bonne poignée de plumes dans le très difficile milieu de la santé.
Depuis une semaine, le ministre Bolduc semble complètement dépassé, ce qui ajoute à l’inquiétude générale.
Est-il mal conseillé ? Mal informé ? A-t-il bien saisi les risques politiques d’une telle histoire? Le bureau du premier ministre s’est-il assuré de donner à son ministre recrue tout le soutien nécessaire pour affronter une telle crise ?
Si on écrit un jour un bouquin Gestion de crise pour les nuls, l’une des premières recommandations sera la suivante: avoir un message clair et simple et, surtout, éviter de dire une chose et son contraire.
Il y a eu, d’abord, un doute sur le moment où le ministre Bolduc a reçu la fameuse étude du Dr Gaboury. Puis, le ministre a cherché à minimiser ses conclusions, pour ensuite confirmer qu’elles sont inquiétantes.
Dimanche, l e ministre Bolduc a dit, d’une part, qu’il était « résolu à poser des gestes appropriés à très brève échéance », mais, d’autre part, que « le danger, c’est d’agir de façon précipitée ».
Enfin, M. Bolduc s’est laissé entraîner dans une guerre de mots avec Gaétan Barrette au lieu de rester au-dessus de la mêlée. D’autant que, finalement, c’est le Dr Barrette qui a gagné.
Si M. Bolduc suit du « coaching » de gestion de crise d’une firme professionnelle (ce qui est prévisible), il aurait intérêt à visionner les anciennes entrevues et points de presse de son prédécesseur, Philippe Couillard. L’assurance demeure le meilleur remède à toute crise politique.
Reste à savoir comment le ministre Bolduc s’en sortira à l’Assemblée nationale cette semaine. Il serait surprenant que l’opposition lâche une si belle occasion.
Faudra voir aussi quelle sera sa crédibilité dans le milieu, lui qui a été déstabilisé à la première secousse.
Mais i l sera it i njuste de blâmer seulement le ministre Bolduc. Pour un gouvernement qui avait fait de la santé sa « première priorité », le bilan après six ans de pouvoir est aussi douteux que semblent l’être certains tests de laboratoire.
Le temps d’attente dans les urgences continue de s’allonger à l’infini, les gens ont peur d’al ler à l ’ hôpital de c rainte de contracter des maux pires que ceux qui les y amènent et, maintenant, on remet en question la qualité de certains tests faits en laboratoire.
Tout ça pour un système qui engloutit toujours plus d’argent, comme un puits sans fond.
Dans le domaine de la santé au Québec, on s’éloigne des solutions, mais on approche dangereusement du point de rupture.




Le contrôle de la qualité  -  PIERRE FOGLIA
Au-delà de la mauvaise politique qu’est en train de faire le ministre de la Santé avec le cancer du sein, ce qui est d’abord en cause ici, c’est le contrôle de la qualité dans la majorité des laboratoires de pathologie du Québec.
On imagine bien ce que peut être le contrôle de la qualité dans une usine de chaussures, mais dans un laboratoire de pathologie ? Et d’abord, c’est quoi la pathologie ?
C’est la 5e roue du carrosse de la médecine. Ça se terre dans le sous-sol des hôpitaux, ça analyse des bouts de sein, de poumon, de vessie, de rate, ça donne souvent des mauvaises nouvelles. En chiffres, c’est, au Québec, 200 pathologistes dans 55 laboratoires.
Une bosse suspecte sur un sein. Biopsie. Le prélèvement de tissu arrive au laboratoire de pathologie, il est gelé dans de la paraffine pour qu’on puisse le trancher en lamelles qui seront exposées à des marqueurs, trempées dans des solutions qui les feront devenir orange ou bleu pâle. C’est la partie technique assurée par des laborantins.
Le pathologiste lit ensuite les résultats. S’il y a eu erreur dans la partie technique, c’est sûr qu’il va errer. Mais l’erreur peut être aussi la sienne: il peut mal lire de bons résultats techniques. Bref, quelle que soit leur origine, trois sortes d’erreurs. Très rare, le faux-positif: on a vu un cancer là où il n’y en a pas. La plus redoutée, tout aussi rare : ne pas voir de cancer là où il y en a un. Enfin, la troisième erreur, de loin la plus répandue: il y a bien un cancer, mais la mauvaise exécution des tests ou leur mauvaise lecture a mené à une classification erronée de la tumeur et le traitement risque donc d’être inapproprié.
Exemple: le Herceptin est un médicament très efficace dans le cas de tumeurs au sein qui produisent une certaine protéine, mais inutile sans la production de cette protéine. En cas d’erreur on va, soit se priver d’un médicament efficace, soit l’administrer en vain (l’Herceptin est un médicament extrêmement cher, plus de 40 000$ par année).
Vous allez me dire que l’erreur est commune... Pourquoi, soudainement, suspecter qu’il se ferait plus d’erreurs dans un laboratoire de pathologie que dans une usine de chaussures?
Contrôler la qualité dans une usine de chaussures, c’est assez facile : t’en prends une dans chaîne, si elle est croche, tu la jettes. Dans un labo, le mauvais résultat a l’air aussi bon qu’un bon. Le seul moyen de le détecter : par l’instauration dans le laboratoire d’un rigoureux système de contrôle de qualité. Comment ça marche? Précisément, je n’en sais trop rien. Relecture indépendante des résultats à l’extérieur du labo, robotisation des opérations techniques, en précisant, bien sûr que le plus rigoureux des contrôles de qualité ne corrigera pas toutes les erreurs. Même qu’il en restera pas mal : jusqu’à 10%, me dit-on.
Mais sans contrôle de qualité, quel pourcentage d’erreurs ?
C’est ce qu’on s’est demandé à Terre-Neuve où on a découvert, au début de l’année, que selon les labos il pouvait y avoir jusqu’à 30% d’erreurs sur le diagnostic du cancer du sein. Franchement effarant.
Et auQuébec? Le docteur Louis Gaboury n’est pas seulement président de l’Association des pathologistes du Québec, c’est aussi un chercheur super bien équipé et bien entouré dans son labo de l’Université de Montréal.
Il a soumis à 25 laboratoires de pathologie du Québec 15 échantillons de cancer du sein dans le cadre d’un projet pilote dont l’objectif était de faire l’inventaire des méthodes et des tests utilisés. Les résultats seraient bien entendu anonymes.
Trois labos, on ne sait donc pas lesquels, le ministre non plus, ont renvoyé 30% d’erreurs. Comme à Terre-Neuve. Soit 4 diagnostics erronés sur 15. Et pour l’ensemble des 25 labos, entre 15 et 20% d’erreurs.
Le ministre Bolduc s’inquiètet-il ? Pas beaucoup, je trouve. Il estime que l’étude a été mal interprétée, et d’ailleurs que son but n’était pas d’évaluer la validité des diagnostics.
Attendez une minute, M. le ministre. Les labos ont-ils oui ou non renvoyé 20% d’erreur sur ces 15 cas? Je comprends bien qu’aucune femme n’a été mise en danger par ces erreurs-là, mais est-il archifaux, comme vous le prétendez, d’en déduire que si ces laboratoires ont commis 20% d’erreurs dans le cadre de ce projet pilote, ils en commettent sans doute 20% aussi dans leurs opérations régulières ? Pourquoi archifaux? Ce projet pilote serait tombé dans la semaine de relâche? On aurait engagé des marchands de chaussures pour faire les tests?
Il faudrait voir ce que donne le même test dans les 25 autres labos du Québec. Mais archifaux? Vous êtes sûr? Et si, au contraire, c’était un peu vrai? Et même, plus que ça: la pointe de l’iceberg?
Le ministre n’a pas manqué de relever que l’étude du Dr Gaboury avait été payée par la compagnie pharmaceutique (Hoffmann-Laroche) qui fabrique le Herceptin. On le félicite de son sens critique, ça fait du bien d’entendre enfin un ministre de la santé s’interroger sur l’arrogance des multinationales pharmaceutiques. Dommage que ce soit mal à propos. Le ministre metil en cause ici l’intégrité du Dr Gaboury? Le ministre suggère-til que le chercheur a été complaisant? Au fait, n’avait-il pas frappé en vain à la porte du Ministère pour financer sa recherche avant de se tourner vers le privé?
Le ministre n’a pas manqué non plus d’accuser les médias d’avoir déclenché un mouvement de panique. Message reçu. La prochaine fois on titrera: « Magnifique! 70% des tests pour le cancer du sein sont bons ».
O. K., le ministre ne supporte pas le président de la Fédération des médecins spécialistes, le Dr Gaétan Barrette. Mais que voulaitil dire au juste en nous rappelant que « le Dr Barrette, quand il parle, parle aunomd’unsyndicat » ? Euh, oui... comme président du syndicat des médecins spécialistes, le Dr Barrette parle au nom des pathologistes, cela fait-il problème?
C’est vrai que le Dr Barrette a intempestivement étendu les résultats très inquiétants aux autres types de cancer. Mais la population avait déjà tiré, de toute façon, la même conclusion. Sans doute a-t-elle tort, mais comment voulez-vous qu’elle se rassure, M. le ministre, quand elle vous voit surtout occupé à minimiser les choses pour sauver le cul de votre gouvernement?


« Si j’ai commis des fautes, je les assumerai »
Le ministre Yves Bolduc doit s’excuser auprès d’un cadre de l’Institut national de la santé
Le ministre Bolduc a soutenu qu’il ne pensait pas comme un politicien mais comme un médecin dans ce dossier angoissant pour des milliers de patientes.
— Dure journée pour le ministre de la Santé, Yves Bolduc. Ses réponses approximatives dans le dossier des tests de cancer erronés l’ont forcé à s’excuser hier auprès d’un cadre de l’Institut national de la Santé.
Malmené à la période des questions à l’Assemblée nationale, le ministre de la Santé a maintes fois insisté pour dire qu’avant la semaine dernière, le gouvernement n’avait pas été mis au courant de l’étude qui indiquait que, dans certains laboratoires, on retrouvait jusqu’à 30% de réponses erronées pour les tests de cancer du sein.
Québec, indiquent des sources proches du dossier, veut casser l’impression qu’il était au courant du problème depuis longtemps – la possibilité d’un recours collectif des patientes a longuement été discutée lors de la rencontre à huis clos qu’a eue le ministre Bolduc avec les pathologistes et les hémato-oncologues, dimanche, à Montréal.
Émotif, paraissant fatigué, hier, le ministre Bolduc a soutenu qu’il ne pensait pas comme un politicien, mais comme un médecin dans ce dossier angoissant pour des milliers de patientes. « Il faut valider, voir s’il y a eu des patientes qui n’ont pas eu le traitement qu’elles devaient avoir. un dossier de communications, mais un dossier santé », a-t-il insisté, clairement ébranlé.
Des excuses
Le Dr Louis Gaboury, président de l’Association des pathologistes, avait transmis son étude dès le 30 avril à Louise Fauvel, de l’Institut national de santé publique. Yves Bolduc, comme médecin, éthicien, n’a qu’undevoir, ce n’est pasde survivre politiquement, c’est de rassurer les patientes avec des données fiables », a soutenu le ministre.
« Si j’ai commis des fautes, je les assumerai », a-t-il précisé. « Personne ne peut prédire les résultats des femmes qu’il faudra retester. Il faut se mettre au-dessus de la politique. Ce n’est pas
« Il avait envoyé un courriel à une secrétaire qui était en congé de maladie, le courriel n’a pas été ouvert », a dit le Dr Bolduc à l’Assemblée nationale.
Or, Mme Fauvel, « coordonnatrice de la recherche et de la gestion de projet », est conseillère-cadre à l’Institut, et l’une des spécialistes du VIH-Sida au Québec. Elle a collaboré à plusieurs études publiées par le Journal of Clinical Microbiology. Dans un courriel transmis vendredi au cabinet de M. Couillard, la spécialiste avait indiqué avoir reçu la documentation du Dr Gaboury le 30 avril, un jeudi, mais n’en avoir pris connaissance que le lundi suivant, le 4 mai, parce qu’elle avait été absente une journée pour des raisons de santé. Jusqu’à la fin mai, elle avait tenté sans succès de joindre le Dr Gaboury.
« M. Bolduc va communiquer avec Mme Fauvel pour s’excuser », disait laconiquement en fin de journée son attachée de presse, MarieÈve Bédard.
Tirs de l’opposition
Par ailleurs, le député péquiste Bernard Drainville a fait une recension sans quartier des déclarations du ministre Bolduc depuis la semaine dernière. « Cela ne veut absolument pas dire que l’ensemble des patientes a reçu le bon diagnostic dans tous les cas », a lancé le péquiste, citant le ministre. M. Drainville a rappelé que le ministre Bolduc avait parlé de « la majorité » des patientes qui avaient eu le bon diagnostic.
Après avoir dit que l’étude du Dr Gaboury était « explosive », le ministre avait ajouté: « Je ne peux rassurer personne », dans son point de presse de samedi. Et dimanche, le ministre Bolduc avait trouvé des coupables: les médias et le président de la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan Barrette. « La dernière chose dont la population a besoin, c’est une chicane de docteurs », a lancé le député péquiste.
Selon Éric Caire, critique de l’ADQ pour la santé, le premier ministre Charest devrait changer de ministre de la Santé. On a d’ailleurs remarqué que Jean Charest n’était pas allé au secours de son ministre, comme il l’avait fait vendredi dernier. Le leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis, n’a pas plus tenté de s’interposer pour freiner les tirs de l’opposition vers le ministre de la Santé.


Cancer du sein Les spécialistes se font rassurants

Plus de 2000 tests médicaux seront vérifiés
Souci de précaution
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a réitéré hier que les laboratoires de pathologie au Québec étaient fiables.
— Les résultats des tests médicaux de plus de 2000 Québécoises atteintes du cancer du sein seront revus d’ici la fin de l’année pour déterminer si elles ont eu le bon type de traitement, a annoncé hier le ministre de la Santé, Yves Bolduc.
On estime que pour 5% des cas environ, une centaine de patientes, un changement de traitement sera indiqué. L’opération remontera jusqu’au 1er avril 2008. Pour des cas aussi récents, un changement de traitement sera aussi efficace que si on avait pris d’abord la bonne décision.
Rendant public hier le rapport du comité spécial formé pour vérifier les résultats d’une étude du président des pathologistes, Louis Gaboury, le ministre Bolduc a relevé que les laboratoires de pathologie au Québec étaient fiables, « qu’il n’y a aucune raison de mettre en doute la qualité de leurs analyses », a-t-il souligné.
Président du comité, l’oncologue André Robidoux, du CHUM, a soutenu que des études devront être refaites « par souci de précaution », mais, selon les spécialistes, il n’y a pas « de pertinence clinique de refaire quelque analyse que ce soit ». « On aurait pu dire qu’aucun test ne serait refait, mais cela n’aurait pas rassuré les patientes », selon le spécialiste.
Dans tous les cas, insiste le médecin, on parle de patientes qui ont eu un diagnostic de cancer, un test qui, lui, ne prête pas à interprétation. Dans l’ensemble des patientes atteintes, certaines auraient dû avoir un traitement différent, après des tests où il y a inévitablement une part d’interprétation. « Variation, discordance de ce qui a été observé par le Dr Gaboury ne veut pas dire erreur de diagnostic », a insisté le spécialiste.
Les résultats des tests seront retournés à des laboratoires qui appliquent des contrôles de qualité externes – 67% d’entre eux le font. Personne n’aura à retourner subir de nouveaux tests. On procédera à partir du matériel déjà prélevé.
Dans environ 850 cas, on refera le test sur les marqueurs HER2, pour les patientes qui ont un cancer du sein infiltrant, qui sont négatives aux tests HER, et dont la tumeur était de 1 cm ou plus.
Pour les 1250 autres cas, on réanalysera les spécimens de tumeurs dans les cas de cancer infiltrant qui ont donné un résultat négatif aux récepteurs hormonaux, ou avec moins de 10% de cellules positives.
Hier, le ministre Bolducamartelé que depuis le début de la tempête, il s’était imposé la plus grande prudence, et qu’il avait préféré attendre le rapport des experts.
Toute la controverse dans les médias a eu comme « dommage collatéral l’anxiété chez les patientes », a déploré le Dr Bernard Têtu, du CHUQ. Pour le Dr Robidoux, le rapport « n’est pas une réponse politique » même si les spécialistes estiment qu’une revue des tests n’est pas scientifiquement nécessaire, « il importe avant tout de rassurer les patientes », insiste-t-il.
Pour lui, cela ne veut pas dire que tout fonctionne parfaitement dans les laboratoires de pathologie. Comme dans les salles d’opération, il manque d’effectifs, de moyens, il y a un surcroît de travail, « mais les tests se font tout de même, on procède à des opérations ».
Pour le ministre Bolduc, le gouvernement reste exposé à des poursuites, à un recours collectif de patientes qui n’auraient pas eu le traitement recommandé pour leur cancer. En fait, indique-t-on par ailleurs, ces risques de poursuites sont la principale raison qui a décidé Québec à ne pas trop remonter dans le temps, à fixer la frontière à avril 2008. Si des « faux négatifs » sont découverts, comme leur premier test ne remonte pas avant avril dernier, l’autre traitement sera tout aussi efficace que s’il avait été prescrit dès le début, a expliqué le Dr Robidoux, bien plus vague sur les cas antérieurs à la limite fixée par Québec.
La réévaluation des tests devrait être terminée avant la fin de l’année.
Double langage
Pou r l e président de la Fédération des spécial istes, Gaétan Barrette, « le gouvernement applique la recommandation qu’on avait faite. On est déçus devant le double langage, on dit en même temps que le système est correct, mais qu’on reteste tout de même. À tout le moins, la décision améliore les choses », a lancé le Dr Barrette. Pour lui, il faudra vérifier à terme ce qui a été constaté dans la nouvelle batterie de tests.
Pour le Dr Yves Lamontagne, le président du Collège des médecins, les partis de l’opposition à l’Assemblée nationale ont inutilement ameuté la population avec les constats du Dr Gaboury. « Au lieu de faire de la petite politique, ils auraient dû attendre les résultats. J’ai été choqué par les politiciens », a-t-il soutenu.
Du côté du PQ, on était moins agressif, soutenant que la décision aurait dû se prendre plus rapidement. Le ministre Bolduc « doit reconnaître l’erreur du gouvernement d’avoir tardé à assurer un meilleur contrôle de la qualité des laboratoires », a estimé Bernard Drainville, critique à la santé.
Des femmes seront encore pendant des semaines aux prises avec l’inquiétude.



Le Collège des médecins préconise un programme d’assurance qualité
Cancer du sein Erreurs de diagnostic
« Parmi les pistes de solutions, on pourrait envisager en priorité que des femmes déclarées négatives puissent être testées de nouveau. »
Le Collège des médecins du Québec recommande la création d’un programme d’assurance qualité à l’échelle provinciale pour éviter la répétition d’erreurs comme celles survenues dans les tests pathologiques de femmes atteintes de cancer du sein.
Le président de l’Association des médecins pathologistes du Québec, le Dr Louis Gaboury, au premier plan, et le président et directeur général du Collège des médecins, le Dr Yves Lamontagne, ont donné hier une conférence de presse relativement à l’étude du Dr Gaboury sur les diagnostics de cancer du sein. Cette étude a révélé un nombre important d’erreurs. Pour remédier à cette situation, le Collège recommande l’établissement d’un programme d’assurance qualité en matière de tests pathologiques.
Le Collège presse aussi le gouvernement d’agir rapidement afin de mettre sur pied un plan d’action pour déterminer si des examens devront être analysés de nouveau et, dans ce cas, le nombre de femmes visées.
Mais les femmes atteintes d’un cancer du sein, qui s’inquiètent d’avoir reçu, ou pas, le traitement adéquat, devront faire preuve de patience. Il faudra plusieurs jours, voire quelques semaines, avant d’en arriver à une conclusion.
« Parmi les pistes de solutions, on pourrait envisager en priorité que des femmes déclarées négatives puissent être testées de nouveau », a suggéré le Dr Louis A. Gaboury.
Président de l’Association des médecins pathologistes du Québec, c’est le Dr Gaboury qui a mené l’étude pour mesurer le contrôle de qualité dans les laboratoires de pathologie. Une étude à l’origine de la tourmente qui frappe depuis la semaine dernière.
Les résultats ont démontré que des tests pathologiques menés pour déterminer le type de traitement que doivent subir les femmes atteintes de cancer du sein étaient erronés. La discordance variait de 15 à 30% selon les laboratoires. Au total, 15 échantillons ont été envoyés dans 25 laboratoires.
Cette étude a semé l’inquiétude, d’autant plus que des centaines de femmes pourraient être visées, a soutenu le Dr Gaboury.
Mais hier, le président et directeur général du Collège des médecins, le Dr Yves Lamontagne, se voulait rassurant.
L’étude doit être vue comme un projet pilote. Même si le taux d’erreur varie de 15 à 30%, cela ne signifie pas que le même pourcentage de femmes cancéreuses ont reçu le mauvais traitement.
« L’étude est bien fondée, mais préliminaire, et elle sous-entend que l’on doit aller plus loin sur le plan de la recherche », a déclaré le Dr Lamontagne.
Le Collège a d’ailleurs mandaté le Dr Gaboury afin qu’il détermine les éléments qui devront faire partie d’un programme d’assurance qualité.
Le Dr Gaboury s’est pour sa part défendu d’avoir voulu semer la panique. Il ne s’agit pas de corporatisme, a-t-il aussi affirmé.
« Malheureusement, auQuébec, nous attendons souvent des crises pour agir. Je n’ai pas de contrôle sur la façon dont mon étude a été interprétée. Mais si cela a servi à éveiller la conscience de tout le monde sur les conséquences potentielles de telles discordances, au moins ce chaos aura servi à faire avancer la science et cela m’attriste que ce soit encore une fois les patientes qui en paient le prix », a-t-il déclaré hier.
Voi là des années que les pathologistes tentent en vain de sensibiliser le gouvernement à leurs difficultés. Ils manquent de moyens, les appareils sont vétustes et il devient urgent d’uniformiser les procédures dans l’ensemble des laboratoires, disent-ils. Même le Collège des médecins a sonné l’alarme en 2007. Dans une lettre envoyée à l’ancien ministre de la Santé, Philippe Couillard, que La Presse a obtenue, l’organisme recommandait de mettre en place un programme d’assurance qualité pour les tests pathologiques.
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, doit par ailleurs réagir ce matin en conférence de presse et annoncer la suite des choses.



Un problème pathologique-ARIANE KROL
Des études ont constaté des taux d’erreurs importants dans les tests du cancer du sein aux États-Unis et ailleurs dans le monde.
«Quand on che rche, on trouve », affirme le dicton. Les pathologistes québécois se doutaient bien qu’en enquêtant sur les analyses de cancer du sein, ils avaient de bonnes chances de découvrir des erreurs. Hélas, ils ont vu juste. Plusieurs de nos labos publics ont des problèmes de fiabilité inquiétants. S’il est urgent d’y remédier, il faut aussi savoir que le phénomène n’est pas unique au Québec. Il a été détecté dans de nombreux labos, et pas seulement à Terre-Neuve.
Les lacunes relevées par l’Association des pathologistes du Québec doivent être prises au sérieux. Ces tests, qui servent à orienter le traitement, sont d’une importance déterminante. Un résultat erroné peut priver une patiente de la médication appropriée. Ou, au contraire, lui faire subir un traitement inutile et dangereux. On a beaucoup parlé des coûts du Herceptin. À 45 000$ par patiente, on ne veut pas l’administrer pour rien. Cela dit, même si le médicament était gratuit, il ne faudrait pas le prescrire à la légère, car il peut causer de graves problèmes cardiaques. C’est d’ailleurs pourquoi l’agence chargée d’évaluer les technologies et les traitements pour le ministère de la Santé a recommandé que les labos qui font ces tests soient soumis à des contrôles externes. Un an plus tard, on attend toujours.
L’enquête-choc des pathologistes? L’Institut national de santé publique, qui relève du ministère de la Santé, en avait eu connaissance il y a un mois. Que personne à Québec n’ait flairé le potentiel de crise est assez révélateur. De toute évidence, la déficience était connue, ou soupçonnée, depuis longtemps. Les données n’ont fait que la confirmer.
Mais avant d’affoler la population, une mise en contexte s’impose. Nousne sommespas les seuls à avoir des problèmes de contrôle de qualité avec ces tests. Si nous n’avons pas de norme nationale pour le Québec, le Canada n’en a pas davantage. Les États-Unis se sont donné des lignes directrices il y a quelques années, mais leurs labos ne sont pas infaillibles pour autant. Les assureurs ont tellement de doutes sur la fiabilité des tests utilisés pour orienter les traitements contre le cancer du sein qu’ils acceptent souvent d’en rembourser un deuxième pour valider le diagnostic. Quand un assureur accepte de payer en double, c’est que ça en vaut vraiment la peine! Des études portant sur la qualité du travail des labos ont d’ailleurs constaté des taux d’erreurs importants dans ces tests, aussi bien aux États-Unis qu’ailleurs dans le monde. Ce n’est pas une raison pour se traîner les pieds. Le patient qui combat un cancer ne veut pas savoir que la majorité des diagnostics rendus au Québec sont exacts. Le seul qui l’intéresse, c’est le sien. Il faut tout mettre en oeuvre pour lui donner cette assurance. À commencer par des contrôles de qualité indépendants dans les labos. Et s’il y en a qui ont des difficultés avec certains tests, il faudra confier ce travail à d’autres, le temps qu’ils améliorent leurs pratiques.
La tâche n’a rien d’insurmontable, à condition d’en faire une priorité. D’autant que certains labos, apparemment, seraient déjà conformes. Le ministre de la Santé devrait commencer par là et donner la liste des hôpitaux où il ne sera pas nécessaire de revérifier les tests. Ça ferait déjà quelques milliers de patients inquiets en moins.


Une escalade verbale qui inquiète les patientes
Le Conseil pour la protection des malades s’inquiète de l’escalade verbale entre le ministre de la Santé, Yves Bolduc, et le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette. Car pendant que les deux hommes s’entredéchirent sur la place publique, dénonce l’avocat Paul Brunet, ce sont les patientes qui attendent dans l’anxiété.
« Ces gens-là sont vus, ils sont écoutés, a-t-i l déploré. Pour l’amour et le respect des femmes qui sont en cause, nous n’avons pas besoin d’une guerre d’ego. »
Le Dr Barrette a qualifiée de « ridicule » la déclaration du ministre Bolduc, hier. Car en admettant les résultats de l’étude du Dr Gaboury (voir autre texte), il admet que des victimes du cancer ont pu recevoir un traitement médical inapproprié. Et il contredit du coup ses propos rassurants.
« Si le test est valide, obligatoirement, il reflète l’état de la situation de la pathologie », a-t-il martelé, accusant le ministre de « manque de rigueur intellectuelle ».
Mais Yves Bolduc n’a pas mâché ses mots lui non plus, au sujet des propos tenus par le Dr Barrette dans les derniers jours. Tout comme il a condamné l’enflure médiatique qui, à son avis, entoure l’affaire.
« Le Dr Barrette, quand il parle, il parle au nom d’un syndicat, at-il lâché. Il ne représente aucune organisation professionnelle de qualité. À un moment donné, il va falloir regarder la crédibilité dans un contexte aussi important que le cancer du sein, alors que des milliers de femmes ont été apeurées. »
Le ministre affirme qu’il est faux de prétendre que les conclusions du Dr Gaboury peuvent se transposer à d’autres formes de cancer, comme l’a affirmé le Dr Barrette samedi.




Yves Bolduc tente de calmer le jeu
Cancer du sein Le ministre ignore encore si des patientes devront subir de nouvelles analyses
La majorité des victimes du cancer du sein peuvent se rassurer quant au traitement qu’elles ont reçu, a affirmé hier le ministre de la Santé, Yves Bolduc. Mais il ignore toujours si des patientes devront être rappelées, une situation qui sème le doute parmi les organismes de lutte contre le cancer.
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc : « Au cours des prochains jours, on doit avoir des réponses pour savoir s’il y a nécessité de faire des nouveaux tests. »
Leministre a vouluse faire rassurant au terme d’une rencontre avec des oncologues et des pathologistes pour adopter un plan d’action. Mais il admet que plusieurs questions restent en suspens.
« Au cours des prochains jours, on doit avoir des réponses pour savoir s’il y a nécessité de faire des nouveaux tests, de répéter des tests pour valider, a indiqué le ministre Bolduc. Et s’il y a nécessité, dans quelle proportion? On n’a pas pu le déterminer cet après-midi. »
Voilà pourquoi la coalition Priorité cancer au Québec n’est que partiellement rassurée par les propos du ministre Bolduc.
« Il n’a pas confirmé qu’on allait reprendre les tests dans les cas qui pourraient être douteux, a affirmé la porte-parole de l’organisme, Nathalie Rodrigue. Nous, ce qu’on voudrait, c’est que ce soit fait rapidement, tout en mettant en place des contrôles de qualité. »
Après avoir décortiqué la recherche menée par le Dr Louis Gaboury, le ministre a acquis au moins une certitude: « On a fait dire à l’étude des choses qui sont fausses. »
Il souligne que l’étude du Dr Gaboury mesurait le contrôle de qualité dans les laboratoires de pathologie. Il ne cherchait pas à établir si des patientes avaient reçu un traitement inadéquat.
La recherche a certes révélé que de 20% à 30% des analyses réalisées dans les laboratoires de pathologie sont erronées, mais cela ne veut pas dire pour autant que la même proportion de patientes ont reçu des soins inadéquats, ont affirmé le ministre et les huit spécialistes qu’il a consultés.
« Cette étude ne peut d’aucune manière dire ça, a dit le Dr Luc Boileau, PDG de l’Institut national de santé publique du Québec. Et elle peut encore moins dire que ça s’applique à d’autres cas de cancer au Québec. »
N’empêche, le Dr Gaboury luimême affirme que son travail peut mettre en cause la façon dont certaines victimes du cancer du sein ont été traitées.
« L’étude, comme elle montre des discordances et qu’elle insiste sur l’importance d’avoir un programme d’assurance qualité… Ça ne veut absolument pas dire que l’ensemble des patientes a reçu le bon diagnostic dans tous les cas », a-t-il dit.
Ces tests de pathologie ne servent pas à dépister le cancer, mais à en déterminer la nature précise. Les oncologues s’en servent pour déterminer quel type de médicaments ils administreront à leurs patientes en plus de la chimiothérapie, de la radiothérapie et de la chirurgie.



Dépistage du sein  UN TAUX D’ERREUR PRÉOCCUPANT - Tommy  Chouinard
— Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, juge « préoccupants » les taux d’erreur enregistrés dans les tests de diagnostic du cancer du sein selon une étude de l’Association des pathologistes du Québec. Mais il veut vérifier la fiabilité de cette étude avant de prendre des mesures spéciales.
Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le docteur Gaétan Barrette (à l’arrière-plan) et le président de l’Association des pathologistes du Québec et auteur de l’étude, le docteur Louis A. Gaboury (au premier plan) ont fait le point hier sur le taux d’erreur enregistré dans les tests de diagnostic du cancer du sein au Québec.
Yves Bolduc a demandé au Collège des médecins et à l’Institut national de santé publique de se pencher sur le document, qui laisse entendre que des femmes atteintes du cancer du sein auraient reçu un mauvais traitement ou pas de traitement du tout. Il s’attend à recevoir un rapport préliminaire aujourd’hui qui lui permettra de déterminer quelles actions devront être prises.
Entre-temps, les femmes inquiètes peuvent appeler la ligne Info-Santé (811). « Des gens vont être capables de répondre aux questionnements des gens. On n’aura pas toutes les réponses, mais au moins il va y avoir un premier répondant » , a affirmé le ministre.
« Au début de la semaine prochaine, je m’attends à ce qu’on ait des réponses pour notre clientèle qui reçoit des traitements actuellement et qui a eu des traitements récemment. Je n’exclus pas qu’on vérifie tous les cas sur une période donnée », a-t-il ajouté.
Le ministre dit comprendre l’inquiétude des femmes concernées « mais je ne peux pas les rassurer tant que les experts ne se sont pas prononcés » sur la fiabilité de l’étude. « Je ne veux pas minimiser, je ne veux pas dramatiser. Je pense qu’il faut avoir l’heure juste. Ce qu’on sait actuellement, c’est qu’il y a des possibilités qu’il y ait des patientes qui n’aient pas eu les bons traitements et des patientes qui auraient dû avoir certains traitements. Mais personne ne peut le dire à cette heure-ci parce qu’on n’a pas validé l’étude. »
Selon lui, cette vérification est faite « par rigueur intellectuelle ». « Je prends ça au sérieux, j’ai des préoccupations. Je veux m’assurer qu’on ait les meilleures informations possible. Quand ça touche des milliers de patients, il faut être sûr que l’étude sur laquelle on se base est fiable. C’est une règle de prudence, avant de procéder plus en profondeur », a-t-il expliqué.
Yves Bolduc veut « connaître la méthodologie » et vérifier « la rigueur et l’indépendance » de l’étude. Celle-ci a été financée à hauteur de 60 000$ par la compagnie pharmaceutique HoffmannLaroche, qui fabrique le Herceptin, un médicament utilisé dans le traitement du cancer du sein. « C’est sûr qu’on peut se poser la question si ç’a été commandité par une société pharmaceutique qui aurait des intérêts financiers à ce que les tests soient différents. Je vais me fier aux recommandations du Collège des médecins et de l’Institut national de la santé publique. Je veux être sûr qu’on cherche les faits, la vérité, la transparence », a affirmé M. Bolduc.
Programme de contrôle de la qualité
Le ministre dit ne pas avoir entendu parler de l’étude avant la diffusion d’un reportage à Radio-Canada mercredi soir. Le Collège des médecins et l’Institut national de la santé publique ont obtenu le document en après-midi hier, plusieurs heures après que Québec l’eut demandé à l’Association des pathologistes.
Yves Bolduc nie que son ministère ait été informé de possibles mauvais diagnostics dès 2005. « Ce qu’on savait, c’est qu’il y avait des améliorations à apporter au niveau de la pathologie. À ma connaissance, il n’y avait pas de questions de faux diagnostics ou de diagnostics erronés », a-t-il affirmé.
Le ministère de la Santé planche sur un « programme de contrôle de la qualité » dans les laboratoires de pathologie. « C’est un travail de longue haleine parce que c’est des longues réunions, il faut mettre un programme… C’est complexe. Mais je peux vous dire qu’on veut le faire le plus rapidement possible, on considère que c’est un élément important », a indiqué M. Bolduc.
Le critique péquiste en matière de santé, Bernard Drainville, se demande pourquoi un programme de contrôle de la qualité dans les laboratoires de pathologie n’a toujours pas été mis en place, alors que l’association présidée par le Dr Louis Gaboury le réclame depuis plusieurs années.
« Les femmes qui ont reçu un diagnostic de cancer du sein et qui ont reçu un traitement contre le cancer du sein se demandent ce matin si elles ont reçu le bon traitement. Combien de temps devront-elles attendre avant de savoir si elles doivent ou pas passer de nouveaux tests ? » s’est-il demandé.


RÉCEPTEURS HORMONAUX : LE SCANDALE DE TERRE-NEUVE - Tristan Péloquin
Si les pathologistes québécois en viennent aujourd’hui à tirer la sonnette d’alarme, c’est en grande partie à cause d’un scandale touchant plus de 1000 femmes atteintes du cancer qui a éclaté à TerreNeuve à la suite de tests erronés pour le traitement de cancers du sein.
Tout a commencé par une patiente de 43 ans, Peggy Deane, à qui on a diagnostiqué un cancer du sein en 2002. Pour déterminer quel type de traitement lui donner, les médecins de l’hôpital Eastern Health, près de St. John’s, lui ont fait passer un test de marqueur hormonal, comme on en fait des dizaines de milliers chaque année au pays. Si les résultats de ce type de test sont positifs, la patiente est traitée avec un bloqueur d’hormones qui a largement fait ses preuves, le tamoxifène ; dans le cas contraire, on lui prescrit un autre traitement. En l’occurrence, les tests de Mme Deane se sont révélés négatifs et les médecins ne lui ont pas prescrit de tamoxifène.
Mais en 2005, à la suite de doutes émis par un médecin américain qui a revu le dossier de Mme Deane, de nouveaux tests de marqueur hormonal ont été menés. Et cette fois-là, le résultat s’est révélé positif et les médecins lui ont alors prescrit le tamoxifène. Quelques mois plus tard, la patiente est morte. Pris d’un doute sur la qualité des tests menés par son laboratoire de pathologie, l’hôpital Eastern Health a dès lors pris la décision de refaire les tests de récepteurs hormonaux de 1000 patientes du cancer. On a alors découvert que 363 patientes avaient reçu un diagnostic erroné. Pour différentes raisons, les médecins n’ont pas averti les patientes que les tests étaient systématiquement refaits. La commission d’enquête a aussi démontré que le bureau du premier ministre Danny Williams avait été mis au courant de l’affaire assez tôt dans le processus, mais n’a pas jugé bon d’avertir la population.
Le premier ministre a finalement lancé en 2007 une commission d’enquête, présidée par la juge Margaret A. Cameron, pour faire la lumière sur cette affaire.
Dans son rappor t d’enquête, publié le 1er mars dernier, la juge Cameron a noté qu’il y avait un manque de standards dans les laboratoires de pathologie, et a notamment recommandé la création d’un programme de contrôle de la qualité pour limiter au minimum le nombre de tests erronés.

Le doute qui ronge  -  ARIANE KROL
Il aurait été préférable que les pathologistes remettent leur étude directement au ministre.
La patiente qui apprend qu’elle a un cancer du sein devrait au moins pouvoir se raccrocher à une certitude: celle de recevoir le traitement le plus efficace possible. Mais aujourd’hui, des milliers de Québécoises sont minées par le doute. Et si le labo s’était trompé? On ne peut pas les laisser en suspens. Le ministre de la Santé et l’Association des pathologistes doivent tout faire pour leur donner l’heure juste, le plus rapidement possible. D’autant que rien pour l’instant ne justifie qu’on cède à la panique.
On sait, grâce à Radio-Canada, que l’Association des pathologistes du Québec a soumis 25 labos publics à des contrôles de qualité à leur insu. Et que les résultats sont inquiétants. Le taux d’erreur pour certains tests atteint 30% dans certains endroits. C’est comparable à Terre-Neuve, nous dit l’association.
La comparaison n’est pas bénigne. En 2005, la province maritime a fait refaire plus d’un millier de tests de cancers du sein. Elle s’est aperçue avec horreur que plus du tiers étaient erronés. Près de 400 cas en huit ans. Près de 400 femmes qui, à cause d’analyses de labo mal faites, n’ont pas reçu le traitement auquel elles avaient droit. Cette erreur a-t-elle influencé le cours de leur maladie? On ne le saura jamais. Mais aujourd’hui, plus du quart d’entre elles sont mortes. Imaginez le désarroi de leurs proches. Imaginez l’angoisse de celles qui sont encore vivantes. Et imaginez la colère de la cinquantaine d’autres à qui l’on a diagnostiqué un cancer au stade avancé alors que ce n’était pas le cas – certaines ont même subi une mastectomie.
Maintenant, réfrénons notre imagination et revenons-en aux faits. Aucune information ne nous permet de croire qu’un tel psychodrame se prépare au Québec. Absolument aucune. Ça ne dissipe pas tous les doutes, mais c’est l’information qu’il faut avoir en tête. Car pour l’instant, c’est la seule dont on soit certain.
À cause de cette enquête, et de l’absence de contrôles de qualité externes dans nos labos, on peut raisonnablement penser que des femmes ont été aiguillées vers le mauvais traitement. Sauf que le président de l’Association des pathologistes le reconnaît luimême: son échantillon de 15 patientes ne permet pas de dire combien de tests il faudrait refaire, ni lesquels. Près de 6000 Québécoises recevront un diagnostic de cancer du sein en 2009. Multipliez par le nombre de personnes qui s’inquiètent pour chacune d’elles, et par plusieurs années, et vous aurez une petite idée du nombre de personnes qui se rongent les sangs ces jours-ci. C’est considérable. Trop. Il aurait été préférable, pour la paix d’esprit de tous ces gens, que les pathologistes remettent leur étude directement au ministre. Au lieu de ça, ce document extrêmement technique se retrouve disséqué sur la place publique, alors que pratiquement personne n’a pu le consulter. On ignore, par exemple, le nombre exact de labos qui présentent des problèmes graves, et combien d’échantillons ils traitent annuellement. Le potentiel de dérapage n’est pas négligeable.
Il serait facile de compter les points. De dire que le ministre de la Santé est dans l’embarras. Que les pathologistes ont enfin réussi à faire entendre leurs revendications. Que c’est du bonbon pour l’opposition. Que la population a tout à gagner à ce que la fiabilité des labos s’améliore. Mais il ne faut pas oublier que les seules personnes qui souffrent vraiment de cette histoire, ce sont les femmes à qui l’on a diagnostiqué un cancer du sein. C’est en fonction d’elles qu’il faut agir en premier.


Le droit à une réévaluation
Les patientes ont le droit de demander à leur médecin de réévaluer le niveau de fiabilité des examens immuno-histochimiques.
L’auteur est médecin spécialiste en oncologie chirurgicale aux centres hospitaliers St-Mary’s, Général de Montréal et Sacré-Coeur. Il est directeur du Centre d’oncologie Ville-Marie. Malgré une augmentation significative de l’incidence du cancer du sein, la mortalité reliée à cette maladie est à son taux le plus bas depuis trois décennies. Heureusement, ce progrès est relié à une détection plus efficace, grâce à la technologie moderne disponible pour le dépistage précoce, et aussi aux nouvelles modalités de traitement qui sont rattachées aux résultats de pathologie.
« Les patientes peuvent être assurées que les pathologistes du Québec placent toujours l’intérêt des patients en premier », soutient le Dr John Keyserlingk.
Face à une pénurie de pathologistes, l’Association des pathologistes du Québec a lancé une étude pour mieux évaluer la qualité des trois examens immuno-histochimiques cruciales ( ER, PR, Her2-Neu). Ces résultats sont essentiels pour déterminer le meilleur choix de traitement avant ou après la chirurgie. La fiabilité de ces résultats dépend de la technologie disponible pour produire le matériel qui sera soumis à l’expertise du pathologiste, introduisant ainsi une composante objective et une composante subjective.
Seulement 25 départements de pathologie au Québec auraient apparemment accepté de participer à ce projet louable, et plusieurs de ces centres ont eu de bons résultats.
Par contre, les résultats initiaux semblent indiquer qu’il y aurait parmi ces centres, qu’on pourrait croire déjà soumis à un contrôle de qualité, une variation suffisante pour justifier une évaluation qui engloberait tous les centres qui entreprennent de tels examens.
Cette initiative nous laisse croire qu’il n’y a pas encore au Québec un mécanisme national, doté d’un budget suffisant pour remplir le mandat d’accréditer ces centres qui ont démontré une qualité et une uniformité de leurs résultats afin de pouvoir conserver le privilège de continuer à entreprendre ces examens si importants. L’étude du Dr Gaboury avait sûrement comme objectif de convaincre les responsables de combler ce déficit dans les plus brefs délais.
Entre-temps, les patientes peuvent être assurées que les pathologistes du Québec, qui doivent compléter une formation extensive pour acquérir l’expertise nécessaire, placent toujours l’intérêt des patients en premier.
Par contre, les patientes ont aussi le droit de demander à leur médecinde faire réévaluer autant que possible, auprès de leur pathologiste, le niveau de fiabilité du centre médical en ce qui a trait à ces examens immuno-histochimiques.


Cancer du sein : Des patientes pourraient être rappelées
Cancer du sein Le ministre était au courant depuis un mois, selon le Dr Barrette
QUÉBEC— Leministre de la Santé, Yves Bolduc, aura demain à Montréal une rencontre cruciale avec les représentants des pathologistes et des hémato-oncologuesquébécois, afin de déterminerquoi fairedevant les taux d’erreur anormaux dans le dépistage du cancer du sein. Ces problèmesétaient signalésdansune étudetransmiseàses fonctionnaires depuis la fin avril.
Le ministre de la Santé rencontrera demain des professionnels de la santé afin de préparer son plan d’action.
Un plan d’action devrait être rendu public en début de semaine prochaine, a indiqué le ministre. Surtout, il a lancé un appel aux groupes de médecins qui seraient tentés de tirer profit de la pression exercée sur le gouvernement pour faire avancer des revendications. « Vous avez vu l’anxiété que cela causait. Je me suis engagé à donner l’heure juste, à être transparent. Je ne veux pas de négociations avec les corporations », a soutenu hier le ministre en conférence de presse.
Des patientes pourraient être rappelées, a convenu M. Bolduc. Les jours précédents, il avait plutôt mis en doute la valeur de l’étude du Dr Louis Gaboury. À la lumière des constats « explosifs » du pathologiste, « il y a une possibilité que des femmes ont été traitées et n’auraient pas dû l’être. Et il est possible que des femmes qui auraient dû l’être ne l’aient pas été », a résumé le ministre.
Il a soutenu qu’une employée de l’Institut national de santé publique avait eu le mois dernier seulement le « protocole et les résultats bruts, sans les conclusions » de l’enquête « préoccupante » du Dr Gaboury. Dans des « coups de sonde » (15 cas de cancer du sein soumis à 25 laboratoires de tout le Québec), le médecin a constaté que 15 à 20% des patientes avaient reçu le mauvais traitement. Dans trois labos, le taux d’erreur atteignait 30%.
« Je suis surpris de voir une telle différence entre ce que qui s’est réellement passé et ce que nous dit le ministre », a répliqué le Dr Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes.
Mmes Mélanie Cavanagh et Stéphanie Goulet, deux spécialistes du Bureau de lutte contre le cancer du ministère de la Santé, se trouvaient au congrès des pathologistes, les 24 et 25 avril dernier à Montréal, a soutenu le Dr Barrette. Or, dans un courriel au cabinet de M. Bolduc, Mme Cavanagh ne mentionne pas ce congrès. On lui a parlé vaguement de l’étude à la fin de février, explique-t-elle; on lui a maintes fois promis les résultats, mais elle n’a eu accès aux données que quelques heures avant le reportage diffusé par Radio-Canada.
Micheline Fauvel, de l’Institut national de santé publique, a obtenu l’étude par courriel le 30 avril, a-t-elle confirmé hier. À cause de problèmes de santé, elle n’en a pris connaissance que le 4 mai et a tenté en vain de joindre son auteur, le Dr Louis Gaboury, jusqu’au 26 mai en matinée.
Hier, le ministre a répété qu’il avait pris connaissance hier matin de l’étude reçue la veille seulement par le Ministère. Jusqu’ici, il avait soutenu avoir appris l’existence de cette étude mercredi dernier seulement, lors de la diffusion du reportage de Radio-Canada. À l’Assemblée nationale hier, la chef péquiste Pauline Marois et son critique à la Santé, BernardDrainville, ont soutenu que le ministère avait été mis au courant de l’étude bien avant qu’elle ne fasse l’objet de reportages.
Indice de l’embarras du gouvernement, c’est le premier ministre Jean Charest qui a tenu à répondre à Mme Marois. « On reconnaît l’anxiété que doivent vivre des milliers de femmes qui s’interrogent actuellement sur le diagnostic et le traitement qu’elles ont reçus… On est conscients de ce que ces femmes doivent vivre, a dit M. Charest. On va faire tous les gestes pour protéger la santé de ces femmes. »
Le Dr Barrette a salué la décision de tenir une réunion au sommet demain. « On retrouve le bonsens », a-t-il observé. Selon lui, il est probable qu’on exige un réexamen des tissus prélevés dans quelque 6000 cas de cancer du sein – il ne serait pas nécessaire de reprendre les biopsies car les tissus, scellés dans la cire, sont conservés dans les dossiers, a-t-il expliqué.
Selon le ministre Bolduc, l’étude du Dr Gaboury reste préliminaire. « Elle nous éveille » à des problématiques, a-t-il dit. Il a reconnu, après une conversation avec le Dr Gaboury, que les résultats étaient « explosifs » et révélaient des différences difficiles à expliquer entre les laboratoires au Québec.
Les employés affectés à la ligne spéciale pour répondre aux inquiétudes des malades n’ont pas grand-chose à dire pour l’instant, a convenu le ministre. Tout au plus, ils indiquent que le Ministère est au courant du problème et qu’une décision sera prise sous peu, a expliqué le ministre hier.
Le Ministère examine la possibilité de mettre sur pied un système de vérification généralisée des diagnostics à l’extérieur des hôpitaux, a fait savoir M. Bolduc; certains établissements ont déjà un tel système et demandent systématiquement une contre-expertise à l’extérieur, a-t-il précisé.



Les spécialistes demandent un service téléphonique - Tristan Péloquin
INQUIÉTUDE CHEZ LES PATIENTES
S’i l n ’ en t i ent qu ’ à la Fédération des médecins spécialistes ( FMSQ), le gouvernement devrait créer immédiatement une ligne téléphonique spéciale pour répondre aux inquiétudes de malades du cancer qui craignent ne pas avoir reçu le traitement adéquat à la suite d’erreurs dans les laboratoires de pathologie.
Un appareil de résonance magnétique qui sert au dépistage du cancer du sein.
Gaétan Barrette, le président de la FMSQ, a lancé cet appel hier matin, alors qu’il qualifiait de « crise » la situation qui prévaut dans les laboratoires de pathologie de la province. Son cri d’alarme découle d’une étude privée réalisée par le président de l’Association des pathologistes du Québec, le Dr Louis Gaboury, démontrant que de 15 à 20% des tests de marqueurs hormonaux utilisés pour déterminer le type de traitement à donner aux malades du cancer sont erronés.
L’étude du Dr Gaboury repose sur de nouvelles analyses menées sur des échantillons de 15 patientes québécoises déjà diagnostiquées pour des cancers du sein. Les échantillons ont été envoyés dans 25 laboratoires publics de pathologie, et les résultats d’analyses qui ont été retournés démontraient que de 15% à 20% des tests initiaux étaient erronés. Dans trois établissements, le taux d’erreur a même atteint 30% pour les récepteurs hormonaux liés au médicament Herceptin. « Normalement, ces genslà (les pathologistes) devraient scorer avec une précision de 95% », a soutenu le Dr Barrette.
La FMSQ estime que la situation dans les laboratoires québécois est tout aussi critique qu’à Terre-Neuve, où 400 femmes atteintes du cancer ont reçu entre 1997 et 2002 un traitement inutile, voire pas de traitement du tout, après qu’un laboratoire de pathologie eut commis des erreurs.
Pour le Dr Gaboury, il n’y a donc plus de doute possible : « Les conditions (de pratique qui ont cours au Québec) sont strictement les mêmes qu’à Terre-Neuve ». L’année dernière, la commission d’enquête Cameron a démontré dans cette province maritime que de graves lacunes existaient dans ses laboratoires de pathologie pour les tests de diagnostic pour le cancer du sein. Des milliers de tests de diagnostic ont dû être refaits pour en arriver à cette conclusion.
Fait à noter, l’étude du Dr Gaboury, qui reste confidentielle pour le moment, a été financée à hauteur de 60 000$ par la compagnie pharmaceutique Hoffmann-Laroche, qui fabrique le Herceptin. Le Dr Barrette a néanmoins soutenu que l’étude n’a « pas de biais commercial ni professionnel ».
Les conclusions du rapport du Dr Gaboury, dont les grandes lignes ont été dévoilées mercredi par Radio-Canada, ont été présentées au ministre de la Santé, Yves Bolduc, qui a soutenu hier n’en avoir pas été informé auparavant. Le Collège des médecins, mandaté par le ministre pour faire la lumière sur l’affaire, doit rencontrer aujourd’hui le Dr Gaboury pour prendre connaissance de l’étude et déterminer quelles seront les prochaines étapes. Il est possible que la méthodologie employée par le Dr Gaboury soit élargie à un plus large échantillon.
Selon le Dr Barrette, les résultats de l’étude, bien que provenant d’un nombre très limité d’échantillons, permettent déjà de faire certaines extrapolations. « C’est clair que la grande majorité des femmes (malades du cancer) ont eu un bon diagnostic. Mais ce que les résultats impliquent, c’est qu’un bon nombre ont été bien diagnostiquées, mais qu’elles ont eut le mauvais traitement. Et il y a aussi aux deux extrémités de la chaîne des gens qui ont eu des faux résultats positifs et qui ont reçu des traitements pour rien, ou encore des personnes qui sont passées carrément à travers les mailles du filet », a-t-il soutenu. « Ces conclusions se transposent aux cas de cancer du côlon, de cancer du cerveau, du pancréas ou des os. C’est la même chose. Tous ces diagnostics passent par la pathologie », a ajouté le Dr Barrette.
La FMSQ réclame la mise en place rapide d’un prog r a mme de contrôle de qualité dans les laboratoires de pathologie. « Même Toyota a un programme de contrôle de la qualité », a lancé le Dr Barrette, se moquant de l’intérêt avoué qu’a le ministre Bolduc pour les méthodes d’organisation utilisées par le constructeur automobile.
La FMSQ affirme avoir tiré la sonnette d’alarme auprès du ministre Couillard dès 2005 au sujet des problèmes dans les laboratoires de pathologie. « Depuis, rien n’a été fait », a ajouté le Dr Barrette.


Les patientes en otage - André Pratte
(NDE : Vous trouvez sans doute qu'il vaut mieux laisser mourir les gens comme le fait le gouvernement, plutôt que d'oser dire la vérité aux gens ? Et qui alors prend les gens en otages ? Ceux qui leur disent la vérité, ou ceux qui les laissent mourir, justement ? Avez-vous si peur des prises d'otages que vous êtes prêts à ce qu'on aille jusqu'à carrément liquider ces "otages", juste pour dire qu'il n'y aura pas eu de prise d'otages, justement !?!...)
Utiliser les malades pour faire de la politique ou du corporatisme est inadmissible du point de vue moral comme du point de vue professionnel.
On ne peut qu’applaudir le président du Collège des médecins du Québec, Yves Lamontagne, qui a dénoncé hier la tactique employée par les médecins spécialistes dans le dossier des tests du cancer du sein. « J’ai beaucoup de difficultés quand on essaie de pousser des dossiers en prenant les patients en otages », a dit le Dr Lamontagne. S’il faut parfois « gueuler » pour faire bouger le gouvernement, convientil, on doit à tout prix éviter de se servir des malades. C’est le point de vue que nous avons toujours défendu dans cette page.
La Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) et l’Association des pathologistes ont choisi d’exposer le problème de la variabilité des tests d’analyse du cancer du sein par le biais des médias. C’est un choix légitime, mais qui comporte des risques. Lorsqu’on adopte une telle stratégie, on doit s’assurer que l’information fournie aux médias est rigoureuse, complète et susceptible d’être bien comprise par les journalistes et par le grand public. Or, ces précautions n’ont pas été prises. L’auteur de l’étude pilote ayant suscité tant d’émoi, le Dr Louis Gaboury, aurait dû insister sur le caractère exploratoire de ses travaux et sur les dangers d’en extrapoler des conclusions générales. Au contraire, il a parlé de situation « explosive », évoqué le scandale survenu à Terre-Neuve et soutenu que « des centaines » de patientes ont pu recevoir un traitement inapproprié. Or, son étude ne permet pas de tirer des conclusions aussi inquiétantes. Tout au plus indiquet-elle la nécessité d’une recherche plus exhaustive.
Le Dr Gaboury accuse le ministère de la Santé de ne pas avoir réagi à la présentation de son étude en avril. Peut-être y a-t-il faute. On s’étonne toutefois que le résumé de l’étude présenté au congrès de l’Association des pathologistes ne fasse aucune mention de la gravité potentielle de la situation. En guise de conclusion, on lit seulement qu’« une majorité des participants sont ravis qu’un tel projet ait été réalisé au Québec ».
Suivant sa mauvaise habitude, le président de la FMSQ, Gaétan Barrette, s’est empressé de jeter de l’huile sur le feu. Il a notamment déclaré que le problème de variabilité décelé par le Dr Gaboury s’étendait à tous les cancers. L’Institut national de santé publique et le Collège des médecins ont catégoriquement rejeté cette thèse.
Si les médecins spécialistes impliqués ont manqué à leur devoir en faisant fi de l’anxiété des patientes, le ministre de la Santé n’a pas géré cette crise avec l’assurance nécessaire. C’était certes une bonne chose de prendre le problème à brasle-corps et de multiplier les points de presse. Malheureusement, les déclarations de M. Bolduc ont le plus souvent accru la confusion. Sa sortie de dimanche contre le Dr Barrette était déplacée; les patientes n’ont que faire de guéguerres politico-syndicales.

Souhaitons que la sage intervention de M. Lamontagne serve d’exemple à toutes les parties. Utiliser les malades pour faire de la politique ou du corporatisme est inadmissible du point de vue moral comme du point de vue professionnel. On ne devrait pas avoir à le rappeler à des médecins.




Prisonnier de son corps durant 23 ans
BRUXELLES — L’incroyable histoire de ce patient belge que ses médecins ont cru à tort dans le coma pendant 23 ans relance le débat sur la prise en charge de malades considérés comme en état végétatif, son cas étant en effet loin d’être isolé selon une récente étude.
Victime d’un accident de la route en 1983, Rom Houben, aujourd’hui âgé de 46 ans, avait très vite été considéré comme étant dans un coma végétatif.
Rom Houben avait 20 ans lorsqu’il a été blessé dans un accident de voiture. D’après les médecins, il est tombé dans le coma puis est passé dans un état végétatif. Ce n’est qu’il y a trois ans qu’un examen réalisé avec une technologie inexistante dans les années 80 a révélé qu’il était conscient et qu’il a été délivré.
Son cas a été rendu public récemment dans une étude publiée en juillet sur les erreurs de diagnostic chez les personnes souffrant de troubles de la conscience, dirigée par le neurologue Steven Laureys, du Coma Science Group de l’université de Liège, qui a découvert que Rom Houben était conscient.
«Je n’oublierai jamais le jour où ils ont finalement découvert ce qui n’allait pas, ça a été ma seconde naissance», a expliqué Rom Houben.
Une étude coordonnée par le professeur Laureys, réalisée sur une centaine de patients, «met en évidence le fait que 40% des personnes que l’on pensait en état végétatif ont en fait conscience de leur environnement et d’eux-mêmes à des degrés divers », souligne la neuropsychologue Audrey Vanhaudenhuyse, qui a participé à la recherche.
Mais si les tests dont a bénéficié Rom Houben permettent de réduire les risques d’erreurs de diagnostic depuis quelques années, ils restent coûteux et ne sont pas à la portée de tous les hôpitaux.
Nourrir l’espoir
Pendant ces 23 ans, la famille de Rom a continué d’espérer son réveil et refusé de le laisser mourir, a raconté sa mère, Fina, 73 ans, à l’Associated Press. «Nous avons toujours été convaincus qu’il nous comprenait. Nous cherchions juste un moyen pour qu’il nous le fasse savoir», a-telle affirmé.
Elle a emmené son fils aux États-Unis à cinq reprises pour lui faire passer des examens, jusqu’à ce qu’elle soit mise en relation avec le Dr Laureys, qui a soumis Rom à un PET scan. «Nous avons vu que son cerveau était presque normal», déclare Audrey Vanhaudenhuyse.
Les experts estiment que pendant ces 23 ans, Rom Houben voyait mal mais qu’il pouvait entendre les médecins, infirmières et visiteurs dans sa chambre et sentir quand on le touchait. Lui-même raconte notamment qu’il a entendu que son père était mort, sans pouvoir se manifester.
Une fois son état de conscience découvert, la famille et les médecins ont commencé à établir la communication, jusqu’à ce que Rom arrive à «dire» oui ou non en remuant légèrement son pied pour activer un appareil électronique installé par l’équipe du Dr Laureys. Il a ensuite réussi à épeler des mots avec son écran tactile.
Les spécialistes estiment aujourd’hui qu’il souffrait d’une forme de « locked-in syndrome », dans lequel des personnes capables de penser et de raisonner ne peuvent pas parler ou bouger.




Médecin non compris -  Nathalie Collard
Aurait-il été préférable que les parents composent le 911 pour qu’on leur prête assistance?
Faudra-t-il ajouter un nouveau chapitre aux fameux cours prénataux que plusieurs parents suivent durant la grossesse? Il pourrait s’intituler : comment accoucher sans infirmière ni médecin.
On peut bien sourire, mais la situation qui a été rapportée dans nos pages cette semaine est loin d’être amusante. Un couple qui attendait son premier enfant a accouché sans aucune aide médicale alors qu’il se trouvait au département d’obstétrique de l’hôpital Royal Victoria.
On avait administré du Cervidil à la jeune femme. Le travail s’est déclenché rapidement. Le futur père a appuyé sur la sonnette d’appel à plusieurs reprises durant 20 minutes, en vain. Une infirmière s’est finalement pointée pour repartir aussitôt. Elle n’est pas revenue. Le futur père a donc accouché sa conjointe du mieux qu’il a pu, sans aucune préparation et surtout, sans la présence du personnel médical. Le cauchemar.
On dira que certaines femmes accouchent sans crier gare et qu’on a déjà vu des femmes donner naissance à leur bébé dans des taxis et des voitures de police. Soit. On dira aussi que « dans l’ancien temps », on n’avait pas besoin d’un médecin pour mettre un enfant au monde, on faisait ça à la maison avec la voisine… On veut bien.
Mais la réalité c’est que cette jeune femme n’avait aucune intention de se rejouer un épisode des Filles de Caleb. Elle avait choisi d’accoucher à l’hôpital entourée des équipements médicaux dernier cri et en présence d’infirmières et, dans le meilleur des cas, d’un médecin, Elle s’est retrouvée seule, sans aide, le corps déchiré de douleur par les contractions, à se mordre les lèvres pour ne pas faire de bruit et réveiller ses voisines de chambre (!)…
C’est t out bonnement inacceptable.
La situation est d’autant plus aberrante que le jeune couple ne se trouvait pas dans un hôpital de brousse, au fin fond des bois ou dans la jungle amazonienne. L’hôpital Royal Victoria se situe en plein coeur du centre-ville de Montréal, et fait partie du centre universitaire McGill, un des fleurons de notre réseau universitaire. Aurait-il été préférable que les parents composent le 911 pour qu’on leur prête assistance?
Aujourd’hui, c’est une fin somme toute heureuse qui nous est racontée puisque le petit Kristophe est né en santé et qu’il se porte bien, grâce au sang-froid de ses parents.
Sa naissance aurait toutefois pu se dérouler fort différemment. Imaginons un instant que le père ait perdu conscience et qu’il n’ait pu aider sa conjointe à accoucher. Ou qu’il y ait eu complications chez la mère (hémorragie) ou chez le poupon (le cordon ombilical enroulé autour du coupar exemple). On serait aujourd’hui devant un drame incompréhensible que l’hôpital pourrait difficilement justifier.
Heureusement, il n’en est rien. Cela ne signifie pas qu’il faille enterrer l’histoire pour autant. « Il y a eu de l’aide appropriée pour la mère et l’enfant », a déclaré un porte-parole de l’hôpital. Voyons donc! C’est tout le contraire qui s’est produit. Et malgré cela, les jeunes parents conservent une attitude exemplaire, faisant preuve de calme et de dignité.
La moindre des choses serait de leur présenter des excuses. Publiquement.




Bientôt des greffes de visage à Montréal
Le CHUM a recruté un spécialiste, il ne reste plus qu’à trouver le premier patient et un donneur
Le spécialiste a été recruté, l’équipe a été formée, ne reste plus que le premier patient à trouver. La première greffe du visage au Canada – une opération qui n’a été réalisée qu’une dizaine de fois dans le monde – pourrait bien se faire à Montréal d’ici peu.
Montréal pourrait bientôt être la première ville au Canada où l’on fera une greffe du visage comme celle de Connie Culp, la première personne aux États-Unis à recevoir ce type de greffe. On voit ici Mme Culp avant et après sa greffe de 80% du visage, subie en décembre 2008 à Cleveland. Celle-ci a survécu à un coup de fusil reçu en pleine figure.
« On est maintenant prêts, il faut trouver le bon patient », a expliqué hier à La Presse le Dr Alain Danino, chirurgien plasticien à l’hôpital Notre-Dame du CHUM. Le spécialiste d’origine française a été recruté par le CHUM en 2007 expressément pour monter un programme de transplantation faciale. Il a notamment participé à trois des quatre greffes du visage réalisées en France depuis 2005.
La greffe de visage à partir d’un donneur est une opération complexe qui n’a été réalisée que 10 fois dans le monde depuis 2005. La onzième opération du genre a été révélée au public mardi: Connie Culp, une Américaine de 46 ans, défigurée depuis que son mari lui avait tiré au visage, s’est fait reconstruire 80% des os, muscles, vaisseaux, nerfs et peau grâce à une greffe du visage d’une donneuse morte dans les heures précédant l’opération (voir autre texte).
Le Québec ne manque, malheureusement, pas de cas où des gens défigurés pourraient bénéficier d’une greffe. Mais il s’agit d’une opération délicate qui n’est pas sans risque ni conséquences, précise le Dr Danino. Le greffé devra notamment prendre, pour le reste de sa vie, un cocktail de médicaments pour empêcher le rejet. « On va perdre de 5 à 10 ans de quantité de vie parce que les immunosuppresseurs engendrent une série de complications quasiment certaines, comme le diabète. » La défiguration, par contre, détruit la vie de ceux qui en sont victimes.
« Autant l’insuffisant rénal ou cardiaque inspire de la compassion, autant le défiguré inspire quasiment toujours de la répulsion, dit le Dr Danino. J’ai plusieurs patients qui vivent dans un isolement tel qu’ils ne parlent même plus à leur famille. »
Les patients du Dr Danino ont été défigurés notamment à la suite d’une tentative de suicide – le canon enfoncé dans la bouche dévie de son axe lors du coup de feu, défigurant la victime mais ne la tuant pas –, ou encore à cause d’une tumeurmaligne qui a détruit toutes les composantes de leur visage. Dans le monde, la greffe du visage a notamment aidé des patients défigurés par des morsures d’animaux. Certains grands brûlés pourraient aussi bénéficier de l’opération.
Chez tous ces candidats, la chirurgie plastique traditionnelle ne peut plus rien faire. Mais la greffe de visage restera toujours réservée à certains cas graves. « Il n’y en aura jamais autant que pour une transplantation rénale. Par contre, pour ces quelques patients, la médecine est actuellement démunie. Il faut leur permettre de vivre autrement que reclus. »
Le visage, avec ses multiples muscles et ses fonctions vitales, est très délicat à reconstruire, particulièrement pour les paupières et la bouche. « On ne sait pas reconstruire correctement une bouche actuellement », dit le médecin. « Pour qu’elle soit fonctionnelle, il faut faire fonctionner les muscles autour des lèvres. Sinon, la bouche laissera tomber les liquides, vous ne serez pas capable de vous alimenter. » Sans parler de l’aspect esthétique. Dans bien des cas, une greffe est encore la meilleure façon d’obtenir une bouche fonctionnelle.
Encore faut-il trouver un donneur. Ce qui ne devrait pas trop poser problème, dit le Dr Danino. Les Québécois sont déjà sensibles au don d’organes, dit-il. « C’est sûr qu’il faudra informer spécifiquement la famille du donneur. Ce n’est pas un don classique. »


Vacances mortelles MARIO ROY

Dans quelques j our s débutera la période officielle des vacances estivales pour la plupart des gens. L’économie étant ce qu’elle est et les offices régionaux de tourisme ayant mené de tapageuses campagnes publicitaires, peutêtre les Québécois choisiront-ils plus que jamais de demeurer au Québec. Ou alors, ils n’iront pas très loin: nord-est des États-Unis, Nouveau-Brunswick, Ontario. Avec armes, bagages et enfants, i ls se déplaceront surtout en voiture.
Or, c’est de loin la façon la plus da ngereuse de voyager.
En 2008, 31 personnes sont mortes au Québec uniquement pendant les deux semaines de vacances de la construction. Le bilan routier de ces 15 jours a été de 40% plus lourd que celui de l’année précédente, alors que l’année 2008 dans son ensemble a plutôt connu une baisse de 10% des victimes de la route par rapport à 2007 (557 contre 621).
Vacances riment avec insouciance, bien sûr. Mais est-il nécessaire d’aller jusque là?
Conduire est l’activité la plus périlleuse à laquelle 99% des gens s’adonneront au cours de leur vie. C’est aussi la plus complexe au point de vue des ressources mentales mises à contribution. Ce qui accroît encore le danger, c’est que la plupart des automobilistes n’ont aucune idée du travail ainsi imposé à leur cerveau. De sorte que la conduite est vue comme une sinécure, vécue comme un automatisme ouvert à toutes les distractions.
La preuve de cette complexité est pourtant accablante. « C’est le facteur humain et non les bris mécaniques, les conditions routières ou la température, qui est responsable, estime-t-on, de 90% des collisions », écrit Tom Vanderbilt dans Traffic : Why We Drive The Way We Do ( Circuler : Pourquoi nous conduisons comme nous le faisons, non traduit en français).
Vanderbilt rapporte les expériences répétées d’ingénieurs ayant tenté de concevoir une voiture qui, équipée de senseurs ultraperformants et de formidables ressources informatiques, serait capable de se piloter toute seule. Ils n’y sont jamais vraiment parvenus, même sur des circuits fermés anodins...
Surtout aux États-Unis, des milliers d’expériences ont été menées – et des montagnes de st at i s t iques amassées – sur les conducteurs, leur fonct ionnement mental, leur capacité d’attention, leur culture de la route.
La conclusion la plus troublante est celle-ci: chacun possède un niveau personnel de tolérance au risque, faible ou élevé, qui dicte sa façon de conduire. Le conducteur « à risque » ne sera pas plus en sécurité dans une grosse voiture munie de tous les accessoires de protection, circulant par un beau dimanche matin d’été sur une route droite et sûre; il augmentera alors de lui-même le niveau de dangerosité en roulant plus vite, en effectuant des manoeuvres douteuses, en somnolant, en buvant, en n’attachant pas sa ceinture, en utilisant son portable!
« Le dispositif de sécurité le plus efficace serait un poignard solidement fixé au volant, la pointe dirigée vers la poitrine du conducteur. L’incitation à la prudence serait alors passablement élevée! » ironise Vanderbilt
Cet été, essayons de conduire comme si cet accessoire faisait désormais partie de l’équipement de série de tous les véhicules.





Le casque de vélo obligatoire, néfaste pour la santé?
La mort de l’actrice Natasha Richardson sur les pentes du mont Tremblant, à la fin de l’hiver, a lancé un débat sur le port du casque en ski. Il y a quelques années, c’est le casque de vélo qui a fait les manchettes au Québec. Le gouvernement avait finale
« D’un côté, les casques permettent d’éviter les blessures graves à la tête. De l’autre, un certain nombre de cyclistes cessent de faire du vélo et manquent d’exercice. »
Les lois qui obligent les cyclistes à porter un casque font plus de tort que de bien. Plusieurs cyclistes cessent de faire du vélo parce qu’ils détestent le casque. Ces excyclistes ont un taux de mortalité plus élevé en raison de l’inactivité, à tel point que la réduction des décès entraînée par le port du casque s’en trouve annulée.
Selon la thèse d’un statisticien australien, les lois obligeant le port du casque décourageraient les cyclistes et les plongeraient dans l’inactivité, ce qui aurait une conséquence bien plus néfaste sur leur santé que le fait de rouler tête nue.
Telle est la thèse d’un statisticien australien, qui a analysé dans une étude les coûts et bénéfices des lois obligeant le port du casque dans plusieurs États australiens. Son étude n’a pas encore été publiée, mais elle formalise une hypothèse avancée depuis plusieurs années par des chercheurs opposés à de telles lois. Nuance importante, les critiques précisent qu’un cycliste qui décide de porter un casque diminue certainement ses risques de blessure à la tête ; ils s’opposent seulement au fait de rendre le casque obligatoire.
« D’un côté, les casques permettent d’éviter les blessures graves à la tête » , explique Piet de Jong, de l’Université Macquarie à Sydney, joint par téléphone. « De l’autre, un certain nombre de cyclistes cessent de faire du vélo et manquent d’exercice. Il y a des incertitudes sur le nombre de blessures évitées par les casques, sur le nombre de personnes qui cessent de faire du vélo et sur les bénéfices du vélo pour la santé. Mais il faut prendre des résultats très extrêmes, par exemple considérer que personne ne cessera de faire du vélo ou alors que les bénéfices du vélo pour la santé sont négligeables, pour qu’une loi obligeant le casque réduise les coûts de santé. Et je ne tiens même pas compte des ef fets néfastes des trajets supplémentaires en automobile que feront les ex-cyclistes. » Le statisticien d’origine hollandaise s’appuie en partie sur une étude d’une collègue statisticienne du gouvernement australien, Dorothy Robinson, qui avait mesuré une baisse de popularité du vélo de 20% à 40% après l’entrée en vigueur des lois australiennes. « L’effet positif sur les blessures graves chez les cyclistes qu’on lie souvent à de telles lois est presque uniquement dû à la baisse du nombre de cyclistes », précise en entrevue Mme Robinson, qui a publié son étude dans le British Medical Journal. « Moins de cyclistes, moins d’accidents. Et avec le casque obligatoire, certaines mesures pour promouvoir le vélo deviennent impossibles, par exemple le système Bixi que vous avez à Montréal. »
Une seule autre étude a mesuré rigoureusement l’effet de telles lois sur le nombre de cyclistes. Elle a été publiée en 2002 dans la revue Pediatrics par une épidémiologiste torontoise, Alison Macpherson, de l’ Université York. En Ontario, les enfants doivent porter un casque. La Dre Macpherson n’a pas détecté de baisse du nombre de jeunes cyclistes après l’entrée en vigueur de la loi, en 1995. Par contre, en 2002, le taux de port du casque était retombé à ce qu’il était en 1995.
« Je ne pense pas qu’on ait prouvé que le casque obligatoire décourage des cyclistes à long terme, dit la Dre Macpherson. L’étude de Robinson aurait dû être menée pendant plus longtemps. Et de toute façon, je trouve qu’on exagère les bénéfices du vélo pour la santé. La plupart des gens ne pédalent pas très vite. » Un épidémiologiste montréalais qui suit aussi le dossier, Barry Pless, de l’Université McGill, souligne lui aussi que les cyclistes vont en général plutôt lentement à Montréal, et donc qu’ils ne font pas assez d’exercice pour que cela soit pris en compte dans l’analyse des coûts et des bénéfices d’une loi obligeant le port du casque. Le Dr Pless estime en outre que l’étude de M. de Jong est suspecte tant qu’elle n’a pas été publiée dans une revue renommée.
Suzanne Lareau, présidente de Vélo-Québec, a été estomaquée d’entendre les défenseurs du casque minimiser les bénéfices du vélo pour la santé. « De l’exercice, c’est de l’exercice, qu’on soit essoufflé ou non, dit Mme Lareau. Et nous sommes convaincus que beaucoup de cyclistes cesseraient de faire du vélo si on les obligeait à porter un casque. Nous préférons améliorer la sécurité des cyclistes plutôt que de véhiculer l’idée que le vélo est dangereux. »
Un rapide sondage réalisé vendredi après-midi au coin du boulevard de Maisonneuve et de la rue de Bleury montre que la baisse de popularité du vélo est un risque bien réel. Un des 10 cyclistes interrogés a déclaré que si une loi l’obligeait à porter un casque, il ferait probablement moins de vélo. Une autre a affirmé qu’elle accumulerait les contraventions en signe de protestation. De la cinquantaine de cyclistes qui ont croisé l’intersection en une demi-heure, le tiers était casqué.