GRIPPE
SAISONNIÈRE Des experts recommandent le vaccin
dès que possible
TORONTO
— I l n’est pas nécessaire de retarder
l’administration du vaccin contre la grippe
saisonnière sous prétexte qu’il pourrait
augmenter le risque de contracter la grippe porcine.
Cette recommandation a été émise
hier par le Comité consultatif national de
l’immunisation (CCNI), un groupe d’experts canadiens en
immunisation.
Le CCNI suggère aussi que les provinces et
territoires offrent cette immunisation contre la grippe
saisonnière dès que possible.
Il n’avait pas critiqué la décision prise
par la plupart des provinces et territoires de ne pas
l’offrir avant le début de l’année
prochaine. Cette décision était en partie
basée sur des études canadiennes non
publiées selon lesquelles les personnes ayant
déjà reçu l’immunisation contre la
grippe saisonnière risqueraient davantage de
contracter la grippe porcine.
Mais le CCNI soutient que même si les conclusions
de ces études se vérifiaient, les risques
auxquels une personne s’expose en n’étant pas
vaccinée contre la grippe saisonnière sont
plus importants que ceux évoqués dans les
études.
Le
comité presse les provinces et les territoires de
lancer leur campagne de vaccination contre la grippe
saisonnière dès que possible. Il est
même favorable à l’idée
d’administrer les deux vaccins au même moment, si
la chose est possible.
La présidente du CCNI, la Dre Joanne Langley, a
expliqué que le vaccin contre la grippe
saisonnière peut être administré
avant celui contre la grippe A(H1N1), après ou
simultanément.
La Nouvelle-Écosse, qui avait prévu de
reporter la vaccination contre la grippe
saisonnière, sauf pour les aînés, a
changé d’idée et offre maintenant les deux
immunisations aux personnes qui en font la demande, a
cité en exemple la Dre Langley.
Au moins deux membres du CCNI figurent parmi les auteurs
des études non publiées à l’origine
des inquiétudes concernant la double vaccination.
Mais Mme Langley n’a pas voulu préciser si les
Dres Danuta Skowronski , du Centre
d’épidémiologie de la
Colombie-Britannique, et Natasha Crowcroft, de l’Agence
ontarienne de protection et de promotion de la
santé, avaient participé au vote pour la
recommandation d’hier.
En attendant le vaccin - Stéphane
Laporte
Je ne suis
pas un bébé. Je ne suis pas une personne
âgée. Je ne suis pas une personne malade. Je
ne suis pas un travailleur de la santé. Je ne suis
pas une femme enceinte, non plus. Bref, je ne fa is partie
d’aucun des groupes qui doivent recevoir de façon
prioritaire le vaccin contre la grippe A ( H1N1).
Si j a ma i s il reste des doses, je devrais donc pouvoir
me faire piquer avant la fin de la construction du nouveau
CHUM. En attendant, qu’est-ce que je fais ? J’arrête
de respirer ? Je rentre chez les moines trappistes ? Je
m’habille en homme-grenouille ? La deuxième vague
sévit, comment fa i re pour surfer dessus ?
À défaut de me donner le vaccin, le
gouvernement m’off r e une brochu r e. Ça s ’ i nt
i t u l e Grippe A ( H1N1) – Ce que vous devez savoir, ce
que vous devez faire. On y apprend d’abord que c e g uide
est très i mportant et qu’il faut le conserver
précieusement. On nous explique ce qu’est la grippe
: une infection très contagieuse des voies
respiratoires. On nous dresse la liste des personnes
à risques. Et on rappelle combien il est important
de se faire vacciner. J’veux bien...
Photos à l’appui, on nous montre comment se laver
les mains en six étapes : mouiller, s avon ner, f r
ot t e r , r i ncer, sécher, fermer. Enfin, je sais
! On dit aussi que si on se sent faible, il faut se
reposer. Un peu plus, on nous enseignerait comment dormir
en trois étapes : s’allonger, se fermer les yeux,
et ne penser à rien.
On nous indique que si on est confus, il faut aller aux
urgences. Le problème, c’est que lorsque je serai
confus, je risque de ne me plus me rappeler ce qui est
écrit dans la brochure.
D’ailleurs, je suis peut-être déjà
confus car j ’a i relu la phrase suivante 10 fois avant
d’en comprendre l e sens : « Si vos symptômes
durent plus de sept jours, vous pouvez reprendre vos
activités quand votre état
général vous le permet. »
Ça veut dire quoi ? Plus vague que ça, tu
tousses. Si ça fait sept jours que je suis malade,
je peux reprendre mes activités pourvu que j ’aille
mieux ? ? ? Bref, si je me sens bien, je peux recommencer
à t ravailler. À moins qu’il faille aborder
cette directive a contrario. Si ça fait moins de
sept jours que mes symptômes durent, il est
préférable de ne pas reprendre mes
activités, parce que je suis toujours contagieux.
Plus ça fait longtemps que tu es malade, plus que
tu peux retourner travailler parce que tu n’es plus un
danger. Au fond le gouvernement se fout que tu sois malade
comme un chien depuis un mois, pourvu que tu ne contamines
personne. C’est ça le bien commun.
Je me
moque mais j e ne devrais pas. Écrire un guide de
16 pages sur la grippe, faut le faire. Au fond, tout tient
en trois phrases...
Lavez-vous les mains, ne touchez pas aux autres,
faitesvous vacciner. Si ça ne file pas, restez chez
vous. Si ça va plus mal, appelez le docteur. Si
vous êtes en train de crever, allez aux urgences.
Pas besoin de compliquer ça comme un manuel IKEA.
Aussi vilaine soit-elle, une grippe, ça reste une
grippe. Ce n’e s t pas l a pa r a l ysie
supranucléaire progressive, la myopathie de
Duchenne ou la leucodystrophie. Une grippe, tu fais de la
fièvre, t’as mal partout, pis tu ne files pas.
Normalement, ça dure une semaine, si tu te soignes,
et ça dure sept jours, si tu ne te soignes pas.
Normalement quand t’as la grippe, personne ne te plaint.
Personne ne te donne de cadeau non plus. Ceux qui
vainquent la grippe ne deviennent pas des héros,
n’écrivent pas de livre, et ne vont pas à la
télé raconter leur combat. La grippe, c’est
à peine une maladie, c’est banal, comme les
pellicules. Il y a bien eu la grippe espagnole, mais
personne ne s’en souvient. Pour la majorité des
gens, la grippe espagnole, c’est ce qui explique la voix
de Julio Iglesias.
La grippe a toujours été le moindre de nos
soucis. Toutes les alertes à la pandémie
nous pa r a i s s a i ent pat hétiques . Ben oui,
ben oui, la grippe aviaire... Ben oui, ben oui, la grippe
porcine... On n’y croyait pas. Tellement que la plupart
des Québécois ne souhaitaient pas se faire
vacciner.
Ça, c ’é t a it ava nt . Avant lundi. Lundi,
jour un de la grande vaccination, un jeune Ontarien en
santé est décédé de la grippe
A ( H1N1). Tout a viré de bord. La file pour aller
voir le film de Michael Jackson a changé
d’idée et s’est précipitée vers le
centre où on pouvait se faire vacciner. On ne veut
pas ressembler à Thriller.
Depuis lundi, c’est l’opér a t i o n p i q u e z -
moi . R u e S a i nt-Den i s , de s pushers chuchoteraient
: pote, coke, vaccin anti-grippe A ( H1N1), ils feraient
fortune. Tout le monde veut sa dose. Un renversement de
situation qui prend les autorités de cours. On ne
s’attendait pas à une telle ferveur pour le vaccin.
Le beaujolais nouveau songe à ajouter de l’adjuvant
tellement c’est populaire.
Certaines personnes devront at t endre encore au moins un
mois avant de recevoir la potion magique. Que fait-on ? La
brochure a beau avoir 16 pages, elle se lit en un quart
d’heure. Pour ne pas que les patients cessent de
l’être, le gouvernement devrait nous occuper.
Distribuer des masques et des gants dans nos boîtes
aux lettres. Ou pourquoi pas une bonne soupe maison ? Un
petit geste rassurant pour ne pas que l’on cède
à la panique. Juste pour sentir que même si
on n’est pas bébé, âgé ou
enceinte, on est quand même important à leurs
yeux.
Bon vaccin tout le monde, profitez-en, c’est sur le bras
de l’État. Et sur le vôtre, aussi !
Gare aux faux prophètes
- Jean Barreau
Magiciens de la recherche, ces opposants à la
vaccination détournent l’attention vers des
faits invérifiés et souvent
invérifiables
Je me lève le matin et je me demande quelle
baliverne tombera sur mon bureau ou dans ma
boîte courriel au sujet de la vaccination
A(H1N1). Puis, je tombe parfois sur un
prophète, intellectuel autoproclamé, qui
arpente le Québec pour nous délivrer
d’une vaste conspiration de savants fous.
Je prends la peine parfois de les écouter, ces
intellectuels. Je me dis qu’il faudrait au moins que
je prête une petite oreille à un homme
qui prétend passer 26 heures par jour et huit
jours par semaine à faire des recherches
théoriques sur des complots, pour voir ce qu’il
en est de ces vantardises.
Je me surprends parfois à perdre du temps sur
le site internet de certains de ces prophètes
pour aller y chercher les références et
la source des accablantes preuves qu’ils
détiennent. Et je ne trouve rien! Que des pages
blanches qui poudroient, et quelques très
édifiants courriels, qui ont le mérite,
au moins, de me divertir. Mais, quand même,
lorsqu’on prétend avoir ce qu’il faut pour
abattre le réseau de santé publique
mondiale, on doit faire plus que de parler des
diplômes que l’on a commencés sans les
finir.
Ces prophètes parlent bien, ont un discours qui
– en apparence – semble articulé, et que des
gens vont se laisser convaincre. Que de questions
j’aimerais leur poser à ces «
débusqueurs » de complot!
Trouver des liens et des rapports obscurs est à
la portée de quiconque possède un
ordinateur. Comprendre ce qu’on lit, être
critique est une autre paire de manches. Si ces
magiciens de la recherche passaient moins de temps
plongés dans leurs lectures et plus de temps
sur le terrain, dans le vrai monde, à
vérifier qu’ils ont bien compris ce qu’ils ont
lu, nous perdrions moins de temps à chasser des
mouches.
Mais,
hélas! On les voit partout ces
prophètes. Ils pourrissent les débats,
congestionnent les boîtes de courriel,
détournent l’attention vers des faits
invérifiés et souvent
invérifiables, et nous forcent à leur
consacrer du temps et de l’énergie qui seraient
diablement plus utiles ailleurs. Ce faisant, nous leur
donnons une légitimité qu’ils ne
méritent pas.
Lorsque quelqu’un m’annonce, preuve à l’appui
que la Terre est plate, je me dis : « Bien,
merci pour cette information utile », et je
balaye le dossier dans la filière ronde sous
mon bureau. Personne ne va en mourir, la santé
publique n’est pas menacée. Mais lorsqu’un
expert autoproclamé tente, et réussit,
à convaincre des gens d’arrêter leur
traitement ou de ne pas recevoir un vaccin
sécuritaire qui leur épargnerait des
problèmes, je dis: « Commencez par nous
démontrer que vous savez de quoi vous parlez –
et non comment vous parlez – et arrivez-nous avec
autre chose que de belles ballounes mauves
ficelées avec des lacets de bottine. Si vous
voulez contredire des experts qui ont consacré
leur vie à trouver des moyens pour
améliorer la santé de leurs semblables
(et je ne parle pas de moi), il vous faudra plus que
nous dire que vous êtes des intellectuels
surdoués. »
Comment un expert peut-il, de façon
convaincante, réfuter une série
d’énormités sans y perdre un temps fou?
Le voilà qui se débat, qui cite ses
connaissances, la littérature, son
expérience de terrain et sa logique. Et le
débat s’enlise dans les détails
techniques. Ce qui laisse croire, faussement, que
l’expert s’adresse à un autre expert. Peu
importe l’issue, le faux prophète aura
gagné, au moins, d’être traité
d’égal à égal. Et les
conséquences peuvent être
démesurées.
Le virus pandémique est bénin et vous
vous en sortirez avec deux ou trois jours de repos,
nous disent certains bien-pensants, le sourire
narquois. La belle affaire que voilà! La grippe
A (H1N1) tue des jeunes comparativement à ce
qu’on voit avec la grippe saisonnière. C’est un
fait, solide comme une cloison d’acier. Pas à
la tonne, il n’y a pas d’hécatombe; mais on ne
se bat pas contre la vaccination en essayant
d’entraîner le plus gens possible parce qu’il
n’y a pas encore assez de décès qui le
justifie. C’est une énormité. Chaque
décès est un décès de trop
s’il peut être évité.
Le vaccin est là, il ne coûte presque
rien et il est sûr. Et quand bien même
elle ne sauverait que 200 vies au Québec, la
vaccination de la population aura eu un sens.
La santé publique lance un appel au calme
- Pascale Breton
Alors
qu’il suscitait la méfiance il y a quelques jours
à peine, le vaccin contre la grippe A ( H1N1)
entraîne maintenant une course contre la montre.
À tel point que la santé publique lance un
appel au calme.
PHOTO PATRICK
SANFAÇON, LA PRESSE
« On offrira la vaccination à tout le
monde, je pense qu’il faut se calmer »,
déclare le directeur national de la santé
publique, le Dr Alain Poirier.
La mort d’un adolescent en apparente bonne sa nté
en Ontario, plus t ôt cette semaine, a
provoqué une vive inquiétude, notamment
parmi les parents. Les files d’attente s’allongent
devant les centres de vaccination de masse. Plusieurs se
présentent alors qu’ils ne font pas partie des
catégories qui doivent être
vaccinées en priorité.
Il y a quelques jours à peine, des sondages
montraient pourtant que les Québécois
étaient réticents à se faire
vacciner. Pour espérer atteindre un plus haut
taux de vaccination dans la population, la santé
publique avait alors indiqué que, tout en faisant
appel au bon sens de la population pour respecter les
dates de vaccination, personne ne serait refusé.
Face à l’affluence des derniers j ours, l e
message a changé. La santé publique
demande maintena nt au x agences régionales de
resserrer les consignes. « Nous allons insister un
peu plus sur le fait que les gens doivent respecter les
consignes d’appel. Nous pensions que ça se ferait
un peu plus dans l’ordre », reconnaît le Dr
Poirier.
Parmi les gens qui réclament le vaccin, il y a
beaucoup de parents inquiets. « Si une mère
vient faire vacciner son enfant de 3 ans, on va tenter
de la vacciner du même coup, plutôt que de
lui demander de revenir lorsque ce sera son tour
», explique le Dr Poirier.
Le problème, souligne-t-il, ce sont les autres,
notamment les personnes âgées. «
Elles n’ont aucune ra i son, elles débarquent
même en autobus d’une région voisine pour
se faire vacciner. (...) On a beaucoup de gens qui ne
regardent pas t rop comment ça fonctionne.
Là, on en a trop. »
Les personnes âgées ont été
les moins touchées par la première vague
de grippe A ( H1 N1) au pr i ntemps . I l semble
qu’elles aient été exposées
à des souches du virus au cours de leur vie et
qu’elles aient développé une
immunité.
Ac t uel l e ment , le v i r us H1N1 semble affecter les
plus jeunes en plus grand nombre. Par conséquent,
ils sont plus nombreux à développer des
complications graves. C’est ce qui explique que les
personnes âgées figurent dans les
catégories de personnes qui seront
vaccinées plus ta rd, explique le Dr Poirier.
Pas de vaccin dans les cabinets privés
Face
à l’affluence dans les centres de vaccination,
plusieurs réclament par ailleurs que le vaccin
soit accessible dans les cabinets de médecin et
les écoles. Pour le moment, ce ne sera pas le
cas.
Certaines régions peuvent choisir de faire une
vaccination dans les écoles, mais ce n’est pas
possible à grande échelle. I l faut le
consentement des parents, d’abord, mais il y a aussi une
question de logistique, explique le Dr Poirier.
Dans des régions comme Mon t r é a l , L a
v a l o u la Montérégie, où l’on
compte des centaines d’écoles, il est i mpossible
de vacciner un nombre suffisant de personnes en peu de
temps.
En outre, toutes les doses ne sont pas disponibles
actuellement. C’est aussi la raison pour laquelle les
cabinets de médecins n’offrent pas le vaccin,
contrairement à ce qui se produit avec la
vaccination contre la grippe saisonnière,
où l ’on peut généralement recevoir
le vaccin chez son médecin ou sur son lieu de
travail.
« Avec le vaccin saisonnier, nous avons beaucoup
moins de doses et beaucoup plus de temps pour
procéder à la vaccination »,
explique le Dr Poirier.
Pour le moment, même si la deuxième vague
de grippe A ( H1N1) est bel et bien commencée, la
situation est toujours maîtrisée, rappelle
la santé publique.
Les urgences sont plus achalandées ces jours-ci,
mais les cas ne sont pas plus graves, constate
d’ailleurs le Dr Bruno Ber na r di n , s pécia l
i s t e de médecine d’urgence à
l’Hôpital général de
Montréal.
« J ’a i vu plus de cas de grippe en trois jours
qu’en une saison normale. Ce ne sont pas des gens
très malades, ils sont surtout inquiets »,
relate-t-il.
L’inquiétude vient notamment des
décès récents chez des j eunes.
Mais la grippe saisonnière entraîne aussi,
chaque année, quelques rares décès
subits chez des jeunes, souligne le Dr Bernardin.
La différence avec la grippe A (H1N1), outre le
fait qu’elle semble t oucher dava ntage les jeunes, est
qu’elle semble aussi plus contagieuse.
Si plus de personnes sont touchées, il est normal
qu’un plus grand nombre d’entre elles développent
des compl i c a t i ons g r aves , c e qui risque
d’entraîner plus d’hospitalisations, notamment aux
soins i ntensifs. D’où l ’ i mportance de la
vaccination pour prévenir cette situation,
rappelle-t-il.
Des hôpitaux pédiatriques
congestionnés Le service Info-Santé
répond à trois fois plus d’appels
qu’à l’habitude
Les
urgences de l’ Hôpital de Montréal pour
enfants et du centre hospitalier universitaire
Sainte-Justine débordent. En raison de la
deuxième vague de la pandémie de grippe
A ( H1N1), les deux établissements fonctionnent
à 180 % de leur capacité.
En conférence de presse hier matin, les
directeurs des urgences des deux hôpitaux ont la
ncé un message aux parents : si les enfants
présentent des symptômes de grippe
bénins, ils doivent demeurer à la
maison. « Les urgences sont
réservées aux cas urgents »,
ont-ils répété.
« Comme l a maladie est bénigne, je pense
qu’on fait face, à ce stade-ci aujourd’hui,
à une psychose du H1N1 », a dit le Dr
Michael Arsenault, directeur médical des serv i
c e s d ’ u r ge nc e a u C H U Sainte-Justine.
I l estime que près de la moitié des
enfa nts qui se présentent aux urgences de s on
ét abl i s s ement depuis une semaine
présentent des symptômes d’allure
grippale. Puisque plusieurs cas sont «
bénins », a-t-il souligné, son
équipe pourrait avoir du mal à soigner
promptement les enfants les plus souffrants.
« Le mécanisme pour dépister ceux
qui sont plus malades dépend du triage. Et si
le triage est débordé par des cas de
personnes moins malades, ça rend le travail au
triage très difficile et c’est ça qui
pourrait causer des problèmes », a-t-il
expliqué.
La mort subite d’un garçon de 13 ans en Ontario
de symptômes s’apparentant à la grippe A
( H1N1) suscite l’inquiétude chez beaucoup de
parents dont l’enfant est fiévreux. La
direction des deux hôpitaux comprend les
préoccupations des parents. Elles leur demande
toutefois, s’ils sont i nquiets, de consulter d’abord
un médecin de famille ou encore le personnel
d’une clinique sans rendez-vous de leur quartier.
Il est avisé de se rendre à l ’
hôpital seulement en cas d’urgence ou de
symptômes de grippe chez un enfant atteint d’une
maladie chronique.
Info-Santé
Avant de consulter un médecin avec un enfant,
beaucoup de parents consultent d’abord I
nfo-Santé. À Montréal, le service
a d’ailleurs détaché une partie de son
personnel pour répondre uniquement à des
questions au sujet de la grippe. « Si l’on
regarde le nombre total d’appels, on est passé
du simple au triple en une semaine » , c a l c
ule Marcelle Raymond, coordonnatrice qualité et
partenariat au service régional
Info-Santé de Montréal.
Dans la seule journée de mercredi , les i n f i
r mières d’Info-Santé à
Montréal ont répondu à 841 appels
à propos de la grippe. Près de la
moitié des appels concernent des enfants. Mme
Raymond assure toutefois que les infirmières ne
dirigent qu’une mi nor i t é de c a s ver s
urgences.
« Des appels reçus mercredi à
propos de la grippe, nous n’en avons dirigé que
4,3 % dans les urgences, tous âges c onfondus.
Normalement , pour l’ensemble de nos appels, on en di
r i ge 9 % vers les urgences. Il y a malheureusement
un mythe qui dit que nous dirigeons tout le monde vers
l’hôpital. »
Le débordement est toutefois palpable au
service InfoSanté de Montréal depuis
lundi. Le temps d’attente au téléphone
peut atteindre 30 minutes selon les moments de la
journée.
« Info-Santé fait face à un i
mportant volume d’appels, c’est tout à fait
observable. Nous t ravaillons pour voir ce qu’il est
possible de faire pour rehausser le nombre d’appels
auxquels on répond, mais c’est un défi
quotidien », assure Dominique Breton,
porte-parole du ministère de la Santé.
les
Les centres de vaccination de la région doivent
refuser des gens
Affluence dans les Laurentides
Victi me de son succès, l a région des
Laurentides doit maintenant restreindre la
vaccination aux seules personnes qui figurent parmi
les catégories jugées prioritaires.
Hier, le centre de vaccination de Sa i nt-Eustache
reflétait bien l’état de panique qui
règne chez certains. En après-midi,
plus de 2000 personnes attendaient d’être
vaccinées, selon les estimations. Or, il est
possible d’en vacciner de 800 à 1000 en une
journée.
« On ne pensait jamais qu’il y aurait une
telle affluence », a reconnu la Dre Blandine
Piquet-Gauthier, directrice de l a s a nté
publ i que des Laurentides.
La région des Laurentides a amorcé sa
campagne de vaccination plus tôt que d’autres.
Dès lundi, les travailleurs de la
santé, les pompiers, les policiers, mais
aussi les enfants en bas âge et les malades
chroniques de moins de 65 ans étaient
attendus pour la vaccination.
Résu l t a t , des r é s i da nt s
d’autres régions, notamment de
Montréal, sont venus gonf ler les files
d’attente dans les Laurentides. Il y a aussi
plusieurs parents très anxieux qui souhaitent
faire vacciner leurs petits rapidement, surtout
depuis le décès d’un jeune
garçon survenu en Ontario plus tôt
cette semaine, a noté la Dre Piquet-Gauthier.
« I l y avait beaucoup de parents antivaccin,
mais ils ont changé d’idée avec ce qui
s’est passé en Ontario. Nous sommes
obligés de faire un appel au calme. La
situation actuelle n’est pas dramatique. »
Tension
Mais en fin d’après-midi, la tension
était palpable chez ceux qui attendaient leur
tour, dans le stationnement face au centre de
vaccination.
« C’est pathét ique, c ’est une
désorganisation totale ! » pestait
Louise Baillargeon, 61 ans, de Montréal. Dans
la file depuis plus de deux heures, elle
n’était même pas encore à mi-c
hemin de l a porte d’entrée du
bâtiment. « J ’a i passé quatre
mois à l ’ hôpital et j ’ai
été opérée pou r l e c
oeur l a s e maine dernière. Pour moi, i l
n’y a auc u ne c ha nce à prendre » ,
a-t-el le pla idé pour justifier sa
présence dans le stationnement.
Pour gérer la foule, deux employés du
centre de santé et de services sociaux de
DeuxMontagnes, responsable de la vaccination
à Saint-Eustache, écumaient le
stationnement en répondant aux questions. Des
policiers étaient également
postés tout près.
La responsable des communications au CSSS de
DeuxMontagnes, Line Gendron, reconnaît que la
situation a pris une ampleur inattendue.
« On f a i t appel au s ens civique, mais
évidemment, ce n’est pas écrit dans le
front d’une personne qu’elle a une maladie chronique
ou pas. »
Elle s ’est tout de même réjouie de
voir que le message sur l’importance de la
vaccination semble avoir passé. Au terme de
sa campagne, l ’ a gence des L au r e nt i des
espère avoir rejoint au moins 4 4 0 0 0 0 des
525 0 0 0 résidants de la région.
« Les écoles peuvent très bien
continuer à fonctionner » - Pascale
Breton & Isabelle Audet
Depuis
la rentrée scolaire, 16 écoles de
Montréal ont rapporté que plus de 10 % des
élèves d’un même niveau
présentaient des symptômes d’allure
grippale. La moitié de ces foyers
d’éclosion ont été signalés
mardi, a rapporté hier l’Agence de santé
et de services sociaux de Montréal.
La
situation
n’est pas hors de contrôle dans les
écoles, estime la direction de la santé
publique à Montréal, qui surveille de
près les foyers d’éclosion de la grippe
A (H1N1).
Sur le lot, 12 des institutions touchées par la
grippe sont des écoles primaires, et quatre des
écoles secondaires. Malgré l’augmentation
récente des cas présumés de grippe,
le directeur de la santé publique à
l’Agence de santé et de services sociaux de
Montréal, le Dr Richard Lessard, s’est fait
rassurant.
« I l y a des éclosions de grippe dans les
écoles chaque année. (…) et on
n’arrête pas le système scolaire pour
autant. Pour l’instant, on attache une attention
particulière aux éclosions dans les
écoles parce qu’on suit ce qui se passe avec le
H1N1, mais on est loin d’une situation qui est hors
contrôle. Les écoles peuvent très
bien continuer à fonctionner même s’il
manque quelques enfants. »
Il a ajouté qu’il n’est pas nécessaire que
les parents gardent les enfants à la maison si
plusieurs camarades présentent des
symptômes de la grippe. Selon lui, les parents
peuvent aussi contracter la grippe dans leur milieu de
travail et « ramener le virus à la maison
».
Le responsable des communications à la Commission
scolaire de Montréal, Alain Perron , t enait l ui
aussi à relativiser la situation. « Oui,
c’est vrai, ça (l’évolution de la
pandémie) va vite. Mais habituellement, en
février, le taux d’absence à cause des
rhumes est plus grand qu’en ce moment. On ne se cache
pas la tête dans le sable, la grippe est
là, mais on veut juste mettre les choses en
perspective. »
Le
ministère de l’ Éducation suit lui aussi
quotidiennement la situation dans les écoles du
Québec. Chaque jour, la direction des
établissements où plus de 10 % des
élèves et du personnel ne se
présentent pas (toutes maladies confondues) en
avisent le ministère. D’après Santé
Ca nada , c e t au x de 10 % représente un signal
d’une situation « à suivre ».
Priorité aussi aux élèves ?
Le président de la Centrale des syndicats du
Québec, Réjean Parent, s’est
interrogé publiquement hier sur l’ordre
prioritaire dans la campagne de vaccination. Il a
rapporté l’inquiétude des travailleurs de
l’éducation, dont plusieurs réclament
d’être vaccinés dès maintenant,
comme le personnel du secteur de la santé.
« Certains de nos membres se demandent pourquoi
nous ne sommes pas dans un secteur prioritaire
étant donné qu’on est dans des espaces
restreints et qu’on est un lieu de propagation
aisé », a-t-il déclaré.
L’Agence de sa nté et de services sociaux de
Montréal a toutefois précisé que,
pour le moment, l’ordre prioritaire n’allait pas
changer.
Femmes enceintes : Les obstétriciens et
gynécologues sont inquiets - Pascale
Breton
Les
craintes et les réticences d’un grand nombre de
femmes enceintes à se faire vacciner
inquiète l’Association des obstétriciens
et gynécologues du Québec.
« On demande à ce qu’elles soient
vaccinées en premier, mais surtout, qu’elles
soient rassurées de le faire », explique la
présidente de l’Association, la Dre Corinne
Leclercq.
Dès l a 14 e s e mai ne de grossesse, soit le
début du deuxième trimestre, les femmes
peuvent recevoir le vaccin avec adjuvant. Et elles
devraient le faire, puisque la deuxième vague de
grippe A ( H1N1) est bel et bien commencée, i
nsiste l a Dre Leclercq.
Les femmes enceintes ne sont pas plus à r i sque
de contracter le virus, mais plus s usceptibles de s
ubir des complications si elles sont infectées.
Si, au
départ, la recommandation était d’utiliser
un vaccin sans adjuvant pour les femmes enceintes, il
semble maintenant qu’il soit efficace et
sécuritaire d’utiliser le vaccin avec adjuvant
pour ce groupe de population. es bénéfices
seraient supérieurs aux risques.
D’ailleurs, il existe certains désavantages
à utiliser le vaccin sans adjuvant, souligne
aussi la Dre Leclercq. Il semble moins efficace, donc il
pourrait nécessiter plus d’une dose, sans compter
que la charge virale qu’il contient est plus
élevée.
Les femmes enceintes de moins de trois mois sont plus c
raintives puisque c ’est la période où le
foetus se forme. « La communauté
scientifique ne peut pas prouver hors de tout doute
qu’effectivement, il n’y a aucun risque de malformation
», indique la présidente de l’Association.
Pour ces femmes, un vaccin sans adjuvant sera disponible
d’ici une semaine ou deux.
Le vaccin se fait attendre - Pascale
Breton
L’augmentation des cas de grippe A (H1N1) laisse
présager que le pire pourrait survenir dès
la mi-novembre, alors que la majorité de la
population ne sera pas immunisée. Les foyers
d’infection sont nombreux en Montérégie,
en Mauricie et en Outaouais.
PHOTO ANDRÉ
TREMBLAY, LA PRESSE
La
grippe A (H1N1) pourrait prendre de vitesse le
programme national de vaccination. Le pire pourrait
d’ailleurs survenir dès la mi-novembre, alors
que la majorité de la population ne sera pas
immunisée. Faisant partie des groupes
prioritaires, Julie Lefebvre, infirmière
à LaSalle, s’est présentée hier
à la clinique de vaccination du CLSC
Dorval-Lachine pour recevoir le vaccin.
Une trentaine d’écoles de la
Montérégie, une trentaine en Mauricie et
26 en Outaouais r apportaient hier un t aux
d’absentéisme de plus de 10 % parmi les
élèves et le personnel, notamment pour des
symptômes d’allure grippale.
« Tous nos indicateurs du virus sont en
augmentation », confirme le directeur national de
la santé publique, le Dr Alain Poirier.
Pas question toutefois de changer l’ordre de
vaccination, comme en Ontario, qui a pris cette
décision après le décès d’un
hockeyeur de 13 ans. Certaines personnes n’auront pas
été vaccinées quand le pire de la
grippe va frapper, reconnaît le Dr Poirier.
« À mesure que le vaccin arrive, on va leur
offrir, dans l’ordre de ce qui nous apparaît le
plus préoccupant. (…) Il va falloir que certains
attendent », explique-t-il.
La plus r écente c apsule d’information
diffusée par la santé publique indique
qu’au pire de la deuxième vague, de 50 à
200 lits de soins critiques pourraient être requis
pour soigner les enfants malades.
Chez les adultes, i l faut prévoir de 250
à 1000 l its pendant la semaine la plus critique,
probablement quelque part à la fin novembre. Des
salles de réveil et des salles de chirurgie
pourraient alors être
réquisitionnées pour hospitaliser les
malades.
Des ratés à Montréal
Pour l’heure, ce sont toutefois des ratés dans la
distribution des doses de vaccins dans certains
hôpitaux de Montréal qui suscitent
l’inquiétude. En fin de journée hier, les
deux plus gros centres hospitaliers universitaires, le
CHUM et le CUSM, n’avaient pas encore reçu les
doses pour vacciner les travailleurs de la santé.
Da n s les cou loi rs des u r ge nc e s du C H U M, les
interrogations quant au début de la vaccination
alimentent les conversations.
«
Les gens en parlent beaucoup. Ils sont un peu
fâchés et un peu inquiets. Ils se demandent
pourquoi nous n’avons pas encore le vaccin alors que
dans d’autres hôpitaux, la vaccination est
commencée », raconte la chef des urgences
du CHUM, la Dre Emmanuelle Jourdenais.
L a di r ec t i on du CH UM multipliait les efforts hier
pour obtenir quelques doses. Dès qu’elles
arriveront, les médecins et le personnel qui
travaillent directement auprès des malades,
notamment aux urgences, aux soins intensifs et en
dialyse, seront vaccinés en priorité.
Hier, l’Agence de santé et de services sociaux de
Montréal ne pouvait expliquer ces
différences dans la distribution des vaccins. Une
conférence de presse est prévue ce matin.
« C’est tout un déploiement. Il y a des
hôpitaux qui ont reçu leurs doses, d’autres
qui ne les ont pas reçues, ça va rentrer
au fur et à mesure cette semaine »,
explique Monique Laganière, du ser vice des
communications.
Pourtant, plusieurs hôpitaux ont commencé
la vaccination de leur personnel, notamment sur la
Rive-Sud. À Montréal, l ’ h ô p i t
a l Ma i s o n n e u v e - Rosemont c o mmencera
à vacciner ses employés en fin de
journée jeudi. À l’hôpital du
Sacré-Coeur, un premier lot de vaccins est
arrivé. La vaccination du personnel en contact
avec les patients les plus malades, notamment aux
urgences et aux soins intensifs, a donc commencé
hier.
La direction de l’hôpital du Sacré-Coeur
espère que les employés et les
médecins se feront vacciner en grand nombre.
« Nous avons organisé des rencontres
d’information avec tous les employés pour
expliquer en quoi consiste le vaccin et pourquoi on
pense important de se faire vacciner », souligne
la porte-parole de l’hôpital,
Josée-Michelle Simard.
Réaction des microbiologistes
L’hésitation de plusieurs à se faire
vacciner a par ailleurs fait réagir l’Association
des microbiologistes du Québec. Elle presse la
population de se faire vacciner.
« Nous prenons ra rement position, mais là,
c’est une situation qu’on jugeait
particulièrement choquante, de voir à quel
point les gens, sans aucune i nformation réelle,
doutent du vaccin. (…) C’est de la démagogie qui
se produit sur l’internet, avec les chaînes de
courriels et les blogues », affirme le
président de l’Association, Stéphane
Bourget.
Adversaires en politique, unis contre la grippe
- Pascale Breton
Qu’ont
en commun le ministre de la Santé Yves Bolduc, le
député péquiste Bernard Drainville
et le député de Québec s ol i da i
r e Amir Khadir ? Tous trois se sont fait vacciner
contre la grippe A( H1N1) hier, à l’hôpital
Pierre-Boucher de Longueuil.
PHOTO FRANÇOIS
ROY, LA PRESSE
Bernard
Drainville, député Parti
québécois
Ce coup d’éclat se voulait avant tout un geste
symbolique. Face à une menace comme celle de la
pandémie, il n’y a plus d’esprit partisan qui
tienne, a expliqué le ministre Bolduc à La
Presse. Seul le député adéquiste
Éric Caire était absent car il avait un
empêchement.
Cette vaccination de politiciens était aussi une
façon de montrer l’exemple. « Recevoir un
vaccin est bénin comme geste, mais en même
temps, c’est un geste tellement important parce que
ça peut éviter un risque de complications
», a déclaré le ministre.
Les
doutes qui subsistent encore chez certains concernant le
vaccin vont se dissiper avec le début de la
campagne, croit aussi M. Bolduc.
« On comprend que les gens, avant qu’ils aient
à faire le geste, aient un doute, aient des
questionnements, c’est normal. Mais là, on est
rendu dans la réalité où ils
doivent prendre une décision. »
Selon lui, c’est un noyau dur de 5 à 10 % de la
population qui tente d’influencer les autres en
soutenant que la vaccination est nocive.
Le ministre s’attend par ailleurs à ce que
l’approvisionnement en vaccins se déroule bien.
La campagne de vaccination a débuté deux
semaines plus tôt que ce qui était
prévu initialement, rappelle M. Bolduc. «
À l’intérieur de cinq ou six semaines, on
devrait être capable de vacciner l’ensemble de la
population. »
Grippe et questionnement à travers
le monde
Le personnel médical sceptique
-
Marc Thibodeau
FRANCE
PARIS — « En tout cas, moi, il n’est pas question
que je me fasse vacciner », lance à La
Presse un médecin à l’issue d’une
consultation survenue il y a quelques jours dans un
cabinet privé du 19e arrondissement de Paris.
PHOTO FRANCOIS GUILLOT,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Un
récent sondage montre qu’en France, à
peine la moitié des médecins en pratique
libérale souhaitent se faire vacciner. Du
côté du personnel infirmier, le taux de
participation prévu tombe à 35 %.
Ci-dessus, un membre du personnel hospitalier
reçoit le vaccin à Paris.
La défiance de la praticienne face à la
campagne lancée pour endiguer la progression du
virus (H1N1) n’a rien d’original en France, où la
communauté médicale se montre plus que
réticente à l’idée de se faire
vacciner malgré les appels insistants du
gouvernement.
Un récent sondage montre qu’à peine la
moitié des médecins en pratique
libérale souhaitent se faire vacciner. Du
côté du personnel infirmier, le taux de
participation prévu tombe à 35%.
« Il y a plus de risques à se faire
vacciner qu’à affronter le H1N1 sans vaccination.
On en fait trop et on fait prendre des risques à
la population », répète aux
médias Thierry Amouroux, secrétaire
général du syndicat des professionnels
infirmiers.
Dans un récent communiqué au ton
alarmiste, l’organisation affirme que les adjuvants
utilisés dans les vaccins pour amplifier leur
effet peuvent influencer leur sécurité
« de façon complètement
imprévisible ».
Signe des temps, divers établissements ont
indiqué cette semaine que moins de 10 % du
personnel s’était i nscrit pour recevoir le
vaccin contre la grippe A (H1N1), soit bien moins que
pour le vaccin contre la grippe saisonnière.
La
ministre de la Santé, Roselyne Bachelot,
multiplie les interventions pour tenter de rassurer le
personnel. Les adjuvants sont « connus et
utilisés » depuis longtemps, souligne la
politicienne, qui parle de la vaccination comme
étant un « acte de responsabilité
vers soi, mais aussi et surtout pour autrui ».
Les autorités auront aussi fort à faire
pour convaincre la population de participer à la
campagne de vaccination, qui doit débuter
formellement pour le grand public au retour des vacances
de la Toussaint, dans deux semaines.
Bien que la grippe A (H1N1) soit présente dans
tous les esprits, notamment en raison de la forte
couverture médiatique du sujet, nombre de
Français sont sceptiques face à la
nécessité d’un vaccin, voire
carrément hostiles à l’idée.
« Moi, je suis contre les vaccins en
général », a commenté
Séverine Van Wersch, croisée jeudi dans
une rue du 3e arrondissement avec son jeune enfant de 4
mois.
Pas question, dit-elle, de vacciner le
bébé ou sa soeur de 6 ans. « On
l’avait fait vacciner contre le tétanos et elle a
développé une réaction allergique.
Alors moi, les vaccins, vous savez... » a
lancé la Parisienne avant de reprendre son
chemin.
Le scepticisme de la population est alimenté par
un florilège d’écrits sur le web qui
colportent une foule de rumeurs non
vérifiées.
Mais aussi par les mises en garde d’intervenants plus
sérieux, qui questionnent l’innocuité des
vaccins, la vitesse à laquelle ils ont
été approuvés par les
autorités sanitaires et la pertinence d’une
campagne massive alors que le nombre de
décès demeure de loin inférieur
à celui normalement associé à la
grippe saisonnière.
La confusion règne chez les femmes enceintes
- Mali Ilse Paquin
GRANDE-BRETAGNE Un Gordon Brown victorieux a
déclaré la Grande-Bretagne en avance sur
le reste du monde pour son programme de vaccination
cette semaine. Le pays ayant été
durement touché, avec 122 morts,
l’arrivée des vaccins a été
accueillie avec soulage
LONDRES — Le gouvernement britannique n’y est pas
allé de main morte pour ses provisions de
vaccins : 132 millions de doses de Pandemrix et de
Celvapan. Un nombre suffisant pour vacciner deux fois
l’ensemble de la population.
La première phase de la vaccination a
démarré en grande pompe merc r e d i der
n i e r . Objectif : l’inoculation de 11 millions de
personnes à risque, soit les femmes enceintes,
les personnes souffrant de diverses maladies et le
personnel hospitalier.
« Les premiers volontaires font preuve de
leadership, i l s e nvoient l e bon message », a
affirmé le ministre de la Santé, Andy
Burnham, mercredi dernier à l’hôpital
University College London.
Quelques poches de résistance font toutefois
craqueler le vernis du consensus face au vaccin. Pas
moins de 47 % des i nfi r mières n’ont pas
l’intention de se faire immuniser, selon un sondage du
Nursing Times. Les directeurs d’hôpitaux
prévoient la participation de seulement 20 % de
leurs effectifs médicaux. L’efficacité
et la sécurité du vaccin sont en cause.
Du côté des fem mes enceintes, la con f
usion r è g ne, c omme en fa it f oi le
populaire site pa renta l Mumsnet. Une discussion en
ligne cette semaine a révélé une
grande inquiétude chez les futures
mères.
« Je suis tellement déchirée,
écrit " louii ", une femme enceinte depuis 25
semaines. J u s qu’à l a s e mai ne
dernière, il n’était pas question que j
e me f a s s e vacci ner. Maintenant, je ne sais plus
quelle résolution prendre. »
L’objet de cette angoisse ? L e s a dj uva nt s
à ba s e de squalène présents
dans le Pandemrix, produit par GSK. Les effets
secondaires de ces ingrédients, dont la
fonction est de sti muler le système
immunitaire, sont encore peu connus sur les futures
mères. L’Organisation mondiale de la
santé a suggéré
l’été dernier qu’elles devraient les
éviter dans la mesure du possible.
Par ailleurs, les États-Unis n’ont toujours pas
approuvé l ’ u s a g e d e v a c c i n s a ve c
adjuvants.
Or, la Grande-Bretagne a commandé deux fois
plus de Pandemrix que de Celvapan, sa ns adjuvant. Sur
le site Mumsnet , qui c ompte un million d’usagers par
j our, une pa r t i c i pa nte nommée «
laurawantsababy » a soumis une pétition
au gouvernement exigeant un plus grand accès au
Celvapan pour les femmes enceintes. Elle a
été rejetée.
« Je pense sérieusement me rendre aux
États-Unis pour éviter une i nj ec t i
on avec des adjuvants », écrit «
oremstango ».
Cette « panique » est injust i f
iée, selon un expert en conception de vaccin,
Tarit Mukhopadhyay. « Je comprends que les
futures mères aimeraient avoir un "oui" ou un
"non" catégorique sur les risques du Pandemrix,
dit le professeur de l’ Univeristy College London.
Toutefois, plus de 40 000 personnes ont
été testées avec succès et
il n’y a aucune raison pour que les femmes enceintes
soient plus vulnérables au vaccin. »
Le dilemme des parents new-yorkais
- Richard Hétu
ÉTATS-UNIS
NEW YORK — À partir de mercredi, les
écoles publiques de New York lanceront une
campagne de vaccination contre la grippe A ( H1N1)
qui vise à vacciner plus d’un million
d’enfants d’ici à décembre. Mais
Amanda Castillo, une fillette de 8 ans, ne sera pas
du nombre. Ainsi en a décidé sa
mère.
PHOTO WILFREDO LEE,
ASSOCIATED PRESS
À New York, les
élèves pourront recevoir le vaccin
contre la grippe A (H1N1) sous forme de
vaporisateur nasal ou par injection
intramusculaire, selon la réponse qu’auront
donnée leurs parents dans un formulaire de
consentement offert en 10 langues, dont l’ourdou
et le bengali. Sur notre photo, une jeune
élève reçoit le vaccin en
vaporisateur nasal dans son école de Miami.
« Je dois avouer que les ef fets secondaires
du vaccin me font plus peur que la grippe
elle-même », déclare Maria Casti
l l o e n a l l a nt cueillir sa fille dans une
école primaire du quartier East Village,
à Manhattan. « J’ai lu tous les
articles du New York Times sur le sujet et aucun ne
m’a rassurée. »
Sa m Si nger, père d ’ u n enfant d’âge
scolaire, a une o pi n i o n d i a mét r a l
e ment opposée à cel l e de Maria
Castillo. Il entend ainsi profiter de l’initiative
de la Ville de New York, qui offrira gratuitement le
vaccin contre la grippe A ( H1N1) aux
élèves des écoles primaires
d’abord et à ceux des écoles
secondaires ensuite.
« C’est vraiment la meilleure façon de
protéger mon fils », dit Sam Singer,
dont le garçon de 6 ans fréquente le
même établissement qu’Amanda Castillo.
« J’ai fait des recherches sur les vaccins en
général et sur celui contre le virus A
( H1N1) en particulier et je ne vois aucune raison
d’avoir peur. »
Aucun sondage n’a été
réalisé à New York pour
déterminer l e pourcentage des parents qui se
retrouvent dans le camp de Maria Castillo ou dans
celui de Sam Singer. Une étude nationale a
cependant révélé cette semaine
que 52 % des parents américains veulent que
leurs enfants soient vaccinés contre la
grippe A (H1N1). En r eva nche, plus de si x adultes
sur dix refuseront de se faire vacciner
eux-mêmes, selon le sondage publié dans
le Washington Post.
À New York, les élèves pourront
recevoir le vaccin contre la grippe A (H1N1) sous
forme de vaporisateur nasal ou par injection
intramusculaire, selon la réponse qu’auront
donnée leurs parents dans un formulaire de
consentement offert en 10 la ngues, dont l’ourdou et
le bengali.
Comme plusieurs autres grandes villes
américaines, New York doit échelonner
sa campagne de vaccination sur plusieurs semaines en
raison d’u ne pénurie de vacci ns contre le
virus A ( H1N1) aux États-Unis, un
problème que les laboratoires pharmaceutiques
ne devraient pas pouvoir résoudre avant le
mois de décembre. « En ce moment, nous
en sommes à un stade où la demande est
plus forte que la production », a
déclaré la sec réta ire
à l a S a nt é , Kathleen Sebelius.
La demande est également plus forte que la
controverse au sujet de la campagne de vaccination
aux États-Unis, où 30 % des gens ne
font pas confiance à la
sécurité des vaccins contre le virus A
( H1N1), selon le sondage du Washington Post.
Manuela Ruiz, une mère new-yorkaise, fait
partie de ce groupe. Elle fera néanmoins
vacciner sa fille de 7 ans.
« Je ne suis pas en faveur de la vaccination,
mais j ’ai l’impression de ne pas avoir le choix,
dit-elle à l’extérieure de
l’école de sa fille. Quand j’ai appris que le
vaccin serait of fer t gratuitement, j e me suis dit
que tous les enfants le recevraient. Je ne veux pas
que ma fille soit la seule à ne pas
être vaccinée. »
A ( H1N1) 5000 morts dans le monde,
selon l’OMS
GENÈVE — L a grippe A ( H1N1) a tué
au moins 5000 person nes da ns 195 pays et
territoires de la planète depuis s on appa
r i t i on en mars-av r i l , s elon l e dernier
bilan de l’Organisation mondiale de la
santé (OMS) publié hier.
L e pr é c é de nt bi l a n de
l’OMS, diffusé le 16 octobre, faisait
état d’« au moins 4735 morts »,
soit une hausse de 265 décès en une
semaine.
En Amérique du Nord, le nombre de
décès a attei nt 3539 personnes.
La région Asie-Pacifique compte 1028 morts,
contre « au moins 261 » en Europe.
L’
I sla nde, l e Soudan et Trinité-et-Tobago
ont enregistré leurs premiers
décès liés à la grippe
A ( H1N1), t a nd i s que l a Mongol i e , le
Rwanda et São Tomé et Principe ont
signalé leurs premiers cas de personnes
infectées.
L a malad i e a t oute f oi s commencé
à reculer dans les régions t
ropicales, hormis à Cuba, en Colombie et au
Salvador.
« En général,
l’activité grippale dans
l’hémisphère Nord est la même
que la dernière semaine, bien que les
maladies respiratoires continuent de se propager
et de voir leur intensité progresser
», selon un communiqué de l’OMS.
En recul net dans l’hémisphère Sud,
le nouveau virus a affecté au moins 414 945
personnes dans le monde, selon les
dernières données de l’OMS, qui
souligne que ce chiffre est bien en
deçà de la réalité
étant donné que nombre de pays ne
comptabilisent plus tous les cas.
La grippe en questions - Isabelle Audet
QUE CONTIENT LE VACCIN?
Principalement, le vaccin qui sera administré
aux Canadiens contient trois ingrédients : > LE
VIRUS TUÉ ET FRAGMENTÉ Pour fabriquer le
vaccin contre la grippe A (H1N1), l’industrie pharmaceutique
dépose le virus dans des oeufs. Dans cet
environnement, le virus se multiplie rapidement. Ensuite, le
virus est extrait, puis tué avec un
dérivé du chlore. Enfin, il est
fragmenté pour qu’on ne puisse utiliser que les
parties qui permettront à l’organisme de fabriquer
des anticorps. > L’ADJUVANT Puisque les fragments du
virus sont très petits, les fabricants du vaccin
utilisent un « artifice » pour les rendre plus
attrayants pour le système immunitaire. L’adjuvant
est un dérivé de la vitamine E. Huileux, il
forme des billes microscopiques dans le vaccin. Les
fragments se collent à ces billes et semblent plus
gros. La réponse immunitaire est alors plus rapide.
> LE THIMÉROSAL Le vaccin sera offert en fioles
contenant chacune 10 doses. Afin d’éviter que le
vaccin soit contaminé d’une utilisation à
l’autre, le fabricant y ajoute du thimérosal. Il
s’agit d’une forme de mercure « éliminée
rapidement par le corps », précise le Dr Yves
Robert, secrétaire du Collège des
médecins. Il ne s’agit pas du méthylmercure,
une forme qui peut être nocive pour l’organisme.
Explications : Dr Yves Robert, secrétaire du
Collège des médecins du Québec
ET LA GRIPPE AVIAIRE ?
Le virus de l’influenza prend naissance chez les
animaux. En 1998, l’Organisation mondiale de la santé
a craint qu’une souche présente chez les oiseaux mute
et se transforme en grippe transmissible entre humains.
Cette grippe aviaire a préoccupé les
autorités lorsque des personnes en contact avec des
volailles ont attrapé la maladie en 2003. À ce
jour, le virus ne s’est toutefois pas encore transmis entre
humains. « Est-ce que la grippe aviaire est
oubliée ? Non. On surveille toujours son
évolution, mais depuis 11 ans, elle est devenue moins
préoccupante », explique le Dr Yves Robert.
LES ENFANTS, IMMUNISÉS DÈS LE PREMIER VACCIN?
Les enfants de 6 mois à 9 ans devront recevoir
deux demi-doses du vaccin contre la grippe A (H1N1) à
trois semaines d’intervalle. Serontils totalement
immunisés dès la première injection ?
Pas tout à fait. Dès la première dose,
le système immunitaire des enfants se prépare
à combattre le virus. Le nombre d’anticorps n’atteint
toutefois pas le niveau optimal pour les protéger
complètement. Voilà pourquoi la
deuxième dose est nécessaire. Il est donc
possible qu’un enfant contracte la maladie entre la
première et la deuxième dose. Cependant, pour
la grande majorité des enfants, le premier vaccin
diminue les risques de complications, assure le Dr Yves
Robert.
LES RISQUES ASSOCIÉS
> POUR 10% DES PERSONNES VACCINÉES Maux de
tête, fatigue, douleur locale, bosse dure au site
d’injection et douleurs articulaires. > ENTRE 1 ET 10%
DES CAS Sensation de chaleur, démangeaison ou
ecchymose au site d’injection, sueurs ou grelottement
accrus, symptômes grippaux, enflure des glandes du
cou, des aisselles ou de l’aine. > ENTRE 0,1 ET 1 % DES
CAS Picotement ou engourdissement des mains ou des pieds,
somnolence, insomnie, étourdissements,
diarrhée, vomissements, maux d’estomac, sensation
d’être malade, démangeaisons ou
éruptions cutanées. Source : Santé
Canada
LE VIRUS À MONTRÉAL
>
Nombre total de cas confirmés et probables :
1287 > Nombre total de morts : 12 > Nombre de
Montréalais hospitalisés : 232
(18 % des
cas déclarés) > La proportion de
Montréalais hospitalisés est plus
élevée chez les enfants de moins de 5 ans et
chez les adultes de 60 ans et plus. *Depuis le
début de la première vague,
et jusqu’au 10 octobre. Source : Agence de la santé
et des services sociaux
de Montréal
POURQUOI LES JEUNES SONT-ILS PLUS TOUCHÉS?
Le virus de l’influenza mute fréquemment. Plus
une personne est âgée, plus son système
immunitaire a combattu de souches différentes de la
maladie. Les personnes de plus de 60 ans sont susceptibles
d’avoir rencontré une forme analogue de la grippe A
(H1N1) dans les années 50. Les jeunes de 15 à
45 ans sont les plus touchés par la présente
grippe car leur système immunitaire ne connaît
pas cette souche. « Le virus influenza nous
réserve toujours des surprises parce qu’il a toujours
la capacité de décider par lui-même
quand il se met un nouveau masque. Il n’attend pas
l’Halloween », vulgarise le Dr Yves Robert. Ce sont
les personnes atteintes de maladies chroniques qui risquent
de souffrir des complications du virus.
Désinformation
inquiétante - Christian Dufour
L’auteur
est politicologue à l’ École nationale
d’administration publique (ENAP).
On a appris avec stupeur que 67% des
Québécois – 67%! – refuseraient de se fa i
re vacciner contre la grippe A(H1N1). En cette
ère d’hyper-information liée à la
révolution technologique, cela
révèle quelque chose de troublant sur
l’état de notre société.
On est confronté à une régression
collective à un stade préscientifique,
relativement à un enjeu – se faire ou non
vacciner – que l’on croyait naïvement
réglé depuis les années 1770. Le
roi de France Louis XV étant mort de la petite
vérole, Louis XVI s’était alors fait
vacciner publiquement contre cette maladie, comme on
avait commencé à le faire en Angleterre,
pour calmer les craintes irrationnelles à ce
sujet.
On a l’habitude de dire que l’information, c’est le
pouvoir, et que plus les citoyens auront accès
à de multiples sources d’information, mieux ce
sera pour tout le monde. On voit pourtant dans cette
affaire qu’il ne suffit pas que les gens soient
informés, encore faut-il qu’ils disposent du
minimum de jugement ou de formation leur permettant
d’évaluer les diverses informations qu’ils
obtiennent, en ne mettant pas tout sur le même
pied.
Ce qu’il y a de nouveau, c’est que beaucoup de ceux qui
ne veulent pas se faire vacciner ont l’impression
d’être très bien informés: ils ont
pris euxmêmes connaissance sur internet d’un tas
d’informations sur le sujet, sans l’intermédiaire
des filtres traditionnels comme les autorités
gouvernementales ou les grands médias.
Disposer de trop d’information sans avoir le support
nécessaire peut être pire que de ne pas
être informé du tout, les gens qui
s’estiment bien informés ayant tendance à
manifester une assurance que les autres n’auront pas.
La
nouvelle hyper-i nformation résultant d’internet
camoufle mal une inquiétante
désinformation. En effet, à moins
d’adhérer aux théories du complot ou
à l’idéologie du risque zéro, il
suffit de savoir qu’il est probable qu’une
pandémie arrive et que le vaccin offert par le
système a toutes les chances d’être
efficace pour adopter un comportement rationnel dans
l’affaire du A(H1N1).
Un grand nombre de gens vous diront pourtant – gravement
– que c’est beaucoup plus compliqué que cela et
qu’ils ont lu ou entendu un tas de choses troublantes
sur le sujet.
Le trop plein d’informations douteuses condamne une
partie de la population à l’impuissance,
provoquant une régression à un stade que
l’on croyait révolu depuis deux siècles.
On voit clairement les limites de l’approche citoyenne
en matière d’information à l’ère
d’internet. Cela rappelle l’importance de disposer
d’élites véritablement formées et
informées, comme les fonctionnaires de la
santé et les journalistes. On n’ose penser
à ce que cela sera si les journaux traditionnels
disparaissent, comme on nous le promet.
L’individualisme exacerbé de nos
sociétés, où le citoyen-roi a la
conviction de pouvoir juger de tout, y compris de ce
qu’il ne connaît pas, est dangereux. Car non
seulement monsieur et madame Tout-le-monde ont-ils
individuellement accès à un nombre
illimité d’informations pas toujours fiables, ils
se méfient maintenant de tout système
d’autorité quel qu’il soit.
C’est
la recette pour la catastrophe alors qu’on croit dur
comme fer en son droit imaginaire à une vie sans
aucun risque.
La campagne en dix questions - Isabelle
Audet
La
campagne de vaccination s’amorcera lundi. Dès
samedi, l’information au sujet des cliniques de
vaccination régionales sera accessible sur le
site internet
(ou encore au 1-877-644-4545). Le site, constamment mis
à jour, contiendra les détails de la
campagne pour toutes les régions du
Québec, assure le ministère de la
Santé. Tous les Québécois pourront
recevoir le vaccin c e t autom ne. Cependa nt , puisque
la province ne dispose pas encore de toutes les doses,
certaines personnes jugées « à
risque » seront vaccinées en
priorité. I l s’agit des travailleurs de la
santé, des personnes atteintes de maladies
chroniques comme l’asthme, des femmes enceintes, des
enfants de 6 mois à 5 ans moins un jour, et des
Québécois sit ués dans les
régions éloignées (où
l’accessibilité aux services de santé est
plus complexe).
RPersonne ne vérifiera si ceux qui demandent le
vaccin dans la première vague font partie de la
population à risque. « Évidemment,
le principe général, c’est qu’on ne
renvoie pas les gens (à la maison). Mais ne vous
présentez pas tous la première
journée ! Faisons l’hypothèse q ue s e u l
e ment 3 0 % de s Québécois sont
intéressés à la vaccination,
ça fait quand même 2 millions de doses. On
n’a pas ça présentement, ni même
à l’intérieur des deux premières
semaines », a indiqué le docteur Alain
Poirier, directeur national de la santé publique.
ROui. L’adjuvant est ajouté au vaccin pour
accélérer la réponse immunitaire et
rendre le produit plus efficace. Il s’agit
essentiellement de vitamine E. Cependant, le vaccin avec
adjuvant n’a pas été testé
auprès des femmes enceintes. Bien que la
Santé publique recommande aux futures
mères de se faire vacciner dès maintenant,
celles qui demeurent inquiètes pourront obtenir
un vaccin sans adjuvant au cours des prochaines
semaines. Non. Il faut attendre entre 7 et 14 jours
avant que le corps ait produit suffisamment d’anticorps
protecteurs. D’après la Santé publique, le
vaccin contre la grippe A (H1N1) est efficace dans une
proportion variant de 95 à 98 % après
cette période. Pour les adultes, oui. Les enfants
de 6 mois à 9 ans devront toutefois recevoir deux
demi-doses du vaccin avec adjuvant, dans un intervalle
d’au moins trois semaines. Les nourrissons de moins de 6
mois ne sont pas autorisés à recevoir le
vaccin.
RL a Sa
nté publique demande à ceux qui se sentent
malades d’attendre d’être guéris avant de
se présenter dans une clinique de vaccination. De
plus, les personnes allergiques aux oeufs doivent
recevoir le vaccin sous surveillance médicale.
Elles doivent se faire vacciner à
l’extérieur de la campagne destinée au
grand public. Enfin, ceux qui ont déjà
souffert de la grippe A ( H1N1) sont immunisés.
Inutile pour eux de recevoir ce vaccin.
RAlain Poirier espère qu’un maximum de personnes
recevront le vaccin. « Si 80 % des
Québécois se faisaient vacciner, ce serait
très bien, mais nous n’avons pas fixé de
pourcentage idéal, a-t-il dit. Tout de
même, chaque personne qui recevra le vaccin
contribuera à diminuer le risque de maladie pour
elle-même, et pour ses proches. »
RQuébec n’envisage aucune mesure pour forcer la
population à se faire vacciner. Au besoin, le
ministère de la Santé diffusera de nouveau
l’information relative au vaccin et aux moyens de se
protéger de la grippe A (H1N1). Il planifie
d’ailleurs une campagne publicitaire qui sera
lancée au cours des prochaines semaines.
RSur l e s s i t e s w w w. pa ndemiequebec. gouv. qc.
ca et www. combattezlagrippe.ca, ou encore par
téléphone, au 1-877-64 4-4545 (Service
Québec) et 1-800-O CANADA.
La vaccination pourrait débuter dès
lundi - Ariane Lacoursière
La plus
grande campagne de vaccination de l’histoire du Canada
est sur le point de commencer. Le ministre de la
Santé du Québec, Yves Bolduc, a
confirmé hier que les provinces n’attendent plus
que le feu vert d’Ottawa pour distribuer les
premières doses. « D’ici les deux ou trois
prochains jours, nous ferons une annonce officielle
», a dit M. Bolduc.
Si le vaccin est homologué rapidement cette
semaine, M. Bolduc n’écarte pas l’idée que
la campagne puisse commencer dès lundi prochain.
Comme prév u , les travailleurs du milieu de la
santé seront vaccinés en premier, de
même que les personnes à risque telles que
les femmes enceintes, les jeunes enfants et les
personnes atteintes de maladies chroniques.
Plus tôt hier matin, la ministre
fédérale de la Santé, Leona
Aglukkaq, a indiqué que deux millions de doses de
vaccins ont déjà été
acheminées aux provinces, qui n’attendent que
l’homologation. Selon elle, le processus qui doit
déterminer si le vaccin est sûr ou non suit
son cours et devrait être terminé
rapidement.
Mme Aglukkaq a aussi promis que des vaccins sans
adjuvant seront bientôt disponibles pour les
femmes enceintes. L’adjuvant est un produit qui rehausse
l’efficacité d’un vaccin pour qu’une dose plus
faible puisse être utilisée. Ottawa, qui
n’avait pas prévu au départ acheter de
vaccins sans adjuvant, s’est finalement ravisé et
en a acheté 1,8 million de doses.
Le
ministre Bolduc a précisé que ces vaccins
sans adjuvant seront disponibles un peu après les
autres et que la campagne de vaccination pour ces
produits sera « un peu décalée
», sans pouvoir préciser de combien de
jours.
Et les bébés ?
Québec et Ottawa ne s’entendent pas pour savoir
si les jeunes enfants, tout comme les femmes enceintes,
devraient recevoir le vaccin avec ou sans adjuvant. Hier
matin, l’administrateur en chef de la santé
publique du Canada, le Dr David ButlerJones, a
affirmé que le vaccin avec adjuvant est
recommandé dès l’âge de 6 mois.
Pourtant, au cours des dernières semaines, le
gouvernement du Québec a déclaré
qu’il préférait donner la version sans
adjuvant aux enfants de moins de 2 ans. « On
continue de recommander le vaccin sans adjuvant pour les
enfants de 6 à 23 mois », a affirmé
le ministre Bolduc en ajoutant que si les
autorités fédérales émettent
des directives différentes, Québec
rajustera le tir.
Le ministre Bolduc a aussi confirmé que le
gouvernement pourrait avoir recours à une loi
spéciale modifiant les conditions de travail du
personnel du réseau de la santé si
l’épidémie de grippe faisait des ravages.
« La loi prévoit qu’on peut adopter un
décret en temps de catastrophe.
C’est-à-dire si 30% ou plus de la population est
touchée », a dit M. Bolduc. La semaine
dernière, M. Bolduc avait écarté la
possibilité de recourir à un
décret. Advenant que l’épidémie
soit très sévère, les
infirmières à la retraite depuis quelques
années et les étudiantes en soins
infirmiers pourront être appelées en
renfort. Leur contribution se fera de façon
volontaire.
Le front du refus - Alain Dubuc
Une
grippe dangereuse est à nos portes. Dangereuse
à cause de sa propagation, et à cause de
ses victimes, souvent des jeunes. Nous avons
heureusement un outil pour combattre la grippe porcine :
un vaccin. Mais la résistance est forte.
Un puissant mouvement anti-vaccination balaie le
Québec, tout comme le reste du monde
industrialisé. Des parents, prêts à
bannir la malbouffe pour la santé de leurs
enfants, ne savent pas si, oui ou non, ils feront
vacciner les membres de leur famille contre le virus
H1N1. L’expression « majeur et vacciné
» est en train de perdre son sens.
C’est un symptôme de la crise de confiance qui
touche nos sociétés. Face à la
science, et plus particulièrement la science
médicale. Face au pouvoir, ce qui a
été encouragé par l’absence de
leaderhip des autorités politiques et sanitaires.
Il n’y a pas que les folkloriques adeptes du complot. Le
refus prend des formes sophistiquées qui
n’épargnent pas les citoyens
éduqués et éclairés. On peut
peut-être y voir un effet pervers de la
pensée verte, quand on applique la saine
méfiance des médicaments et de la
médecine officielle au cas de la pandémie
de grippe. Quelle erreur. S’il y a un endroit où
la médecine s’est montrée
irremplaçable, c’est bien avec la vaccination.
Mais sur ce terreau déjà fertile s’est
ajouté le doute. Nous assistons à la
première pandémie en temps réel de
notre histoire. Nous sommes bombardés
d’informations, contradictoires, parce que la
médecine n’est pas une science exacte, et que le
virus de cette grippe porcine est une nouvelle bibitte
dont on sait peu de choses. Paradoxalement, les gens,
qui se méfient pourtant de la médecine,
sont décontenancés parce que celle-ci ne
leur assène pas des vérités
d’Évangile.
On ne
sait pas quand la grippe va frapper. Ni quelle sera
l’ampleur de la pandémie. Ni dans quelle
proportion ceux qui l’attraperont souffriront de
complications graves. Ajoutons à cela le fait que
le vaccin est nouveau, quoique c’est le cas chaque
année avec l’influenza traditionnelle.
Le doute est d’autant plus grand que
l’épidémiologie est une science
statistique, dont l’approche probabiliste, difficile
à comprendre, horripile les gens. On mesure les
risques pour des populations, tandis que les gens
pensent à leur risque personnel.
Le risque d’attraper la grippe est relativement faible,
celui d’être atteint d’une forme grave encore
plus. Pourquoi alors se faire vacciner? Pour la
même raison qu’on s’attache en automobile,
même si la probabilité d’avoir besoin de la
ceinture de sécurité est très
faible. Les effets négatifs d’un tel vaccin sont
quasi nuls, tandis que la grippe A(H1N1) peut, dans
certains cas, avoir des effets dévastateurs.
Mais le message ne passe pas. C’est en partie la faute
des organismes de santé publique. On se souvient
qu’ils ont crié au loup au printemps dernier.
Depuis, la stratégie de l’Agence de la
santé publique du Canada n’a pas
été facile à suivre, sur le choix
du type de vaccin, sur le calendrier.
Une lacune qui n’a pas été comblée
par le leadership politique. Le ministre
québécois de la Santé, Yves Bolduc,
n’a pas été très présent.
C’est le président de la Fédération
des médecins spécialistes, Gaétan
Barrette, dont le message a été le plus
efficace sur YouTube, quand il a dit pourquoi lui et sa
famille se feraient vacciner.
Mais
la palme revient au premier ministre Stephen Harper, qui
a dit qu’il prendrait le vaccin si c’était la
recommandation générale, ne semblant pas
être au courant que son gouvernement multiplie les
efforts pour promouvoir la vaccination. Pour
mémoire, le président Obama, en
conférence de presse, a personnellement
recommandé aux Américains de se faire
vacciner.
Pis, le vaccin? - Marie-Claude Lortie
En ce
moment, dans les fêtes, dans les soirées,
le midi au lunch, autour de la machine à
café au bureau, à la sortie de
l’école, la question est partout : «
Allez-vous faire vacciner vos enfants contre le
H1N1?»
Vous l’avez sûrement entendue durant le long
week-end. « Pis, le vaccin ? » Con na
issez-vous u n parent qui ne se l’est pas fait demander?
Sauf que même si la question est dans toutes les
bouches, les réponses, elles, ne sont pas
exactement limpides et précises. « Pas
encore décidé. » «Pense pas…
Bien que…» « Ouain. »
«Ben…» Des t on nes de gens ne savent pas
quoi faire.
E t c e n ’e s t p a s p a r c e qu’ils sont
décrochés et pas informés. Au
contraire. Ils savent très bien que la grippe
existe et de quoi elle retourne. Ils comprennent qu’il y
a parfois des compl ic ations a ig uës . I ls
saisissent l’importance des vaccins comme mesure de
santé publique non seulement pour prévenir
les cas particuliers mais aussi pour limiter la
propagation… Mais ils n’ont quand même pas
arrêté leur verdict.
On nage actuellement dans un flou décisionnel.
Et ce n’est pas du tout parce que tous ces parents
adhèrent aux théories du complot farfelues
qui se baladent sur l’internet… Ils hésitent
parce qu’ils ont de la difficulté à
évaluer la probabilité que la maladie soit
vraiment grave pour eux.
Cela n’a rien d’étonnant. Même les experts
ont de la difficulté à mesurer le danger
de cette foutue grippe.
Car oui, il y a eu morts d’enfants, et oui, les femmes
enceintes semblent particulièrement
vulnérables. Et oui, cette grippe dérape
parfois de façon virulente et ça s’est vu
chez les petits… Mais la H1N1 demeure, malgré
tout, quand même très « normale
» comparativement aux grippes saisonnières
que l’on voit chaque année. Pour la vaste
majorité des gens, c’est tout simplement… une
grippe !
D’ailleurs, saviez-vous que Montréal a
été une des villes les plus
touchées au monde par la maladie ?
On ne peut pas dire que cette grippe soit terrifiante.
Personnellement, je préférerais ne pas
avoir à faire vacciner mes enfants. Pourquoi?
Pour les mêmes raisons que vous.
D’abord, en gros, parce que le vaccin est tout neuf et
que j’ai envie de faire comme les enfants devant un plat
nouveau : attendre que les autres y goûtent avant
d’y plonger ma fourchette. Toutefois, je sais
très bien que c’est une réac tion i r
rationnelle. Un médecin m’a fait remarquer hier
que je n’hésite pas à les faire immuniser
contre la grippe saisonnière avec des vaccins mis
au point dans le même genre de délai…
Et puis il est vrai que si je mets dans une balance,
d’un côté, mes hésitations au sujet
du vaccin et, de l’autre, mes craintes face à la
grippe et à ses complications, les histoires
d’horreur de la H1N1 sont imbattables. Mais il y a autre
chose. Une bonne partie de l’hésitation face au
vaccin vient, je crois, du sentiment qu’ont beaucoup de
gens, à tort ou à raison, d’avoir
déjà été frappés par
la grippe.
À la fin du printemps et durant
l’été, on le sait, des milliers de
familles québécoises ont été
malades. Grippe hippopotamesque. Rien de subtil. Maladie
tout en grosseur : grosse fièvre, grosse toux,
grosse nausée, gros malaise
généralisé...
Sauf que dans la très, très vaste
majorité des cas, le diagnostic n’a jamais
été confirmé par test. Il y en
avait trop dans les hôpitaux à ce
moment-là. Cela aurait coûté trop
cher et causé trop de délais inutiles.
Mais cette décision de ne pas identifier
automatiquement tous les cas de H1N1 fait que,
aujourd’hui, on pense avoir eu le virus, on n’est pas
certain… Cela met tous ces gens devant une situation
mitigée face au vaccin. Leur est-il
réellement nécessaire ?
Cette situation ne pourraitelle pas se régler si
Québec acceptait d’offrir à ceux qui le
demandent des tests sanguins pour déterminer la
présence des anticorps de H1N1 ? Vous savez, un
peu comme pour la rubéole…
J’entends déjà les responsables de la
santé publique dire : « Trop cher. »
Et quand on sait à quel point les hôpitaux
ont besoin de tous leurs moyens pour se préparer
à recevoir les cas les plus graves, aux
unités de soins intensifs notamment, on
s’incline.
Mais ne serait-ce quand même pas une option
intéressante à offrir aux incertains ?
Pour faire fondre une partie de
l’incrédulité ?
Car croyez-vous vraiment qu’une campagne de vaccination
antigrippe peut marcher si on ne prend pas au
sérieux les hésitants et leurs
hésitations ?


Décidément, ces épidémies
sont vraiment trop pleines de flous…
QUI A PEUR DE LA GRIPPE A (H1N1) ? - Pascale
Breton
D’un
côté, les responsables de la santé
publique affirment qu’il faut prendre la menace au
sérieux. De l’autre, plusieurs les accusent de
crier au loup. Entre les deux, une majorité de la
population ne sait plus ce qu’elle doit penser de la
grippe A (H1N1).
Les passa nts du centre-ville me j ettent un bref coup
d’oeil avant de détourner rapidement le regard.
Dans leur voiture, les automobilistes se permettent de
me dévisager plus longuement. Pas de doute, je ne
passe pas inaperçue.
Certaines
entreprises
vendent sur l’internet des ensembles individuels de
protection contre la grippe A (H1N1). Notre
journaliste Pascale Breton s’en est procuré un.
Ce n’est pas surprenant. Je me promène
vêtue de la tête aux pieds d’une combinaison
blanche en tissu, les mains protégées par
des gants de chirurgien, le visage camouflé par
un masque et des lunettes de protection.
L’idée est de voir la réaction des gens et
leurs craintes face à la grippe A (H1N1).
Le nouveau virus est LE sujet de discussion de
l’automne. Plusieurs traînent une petite bouteille
de Purell dans leur sac. Les masques ont repris leur
place dans les présentoirs des pharmacies. Et
certaines entreprises, surtout aux ÉtatsUnis et
en France, vendent par internet des trousses de
protection contre la grippe porcine.
Je m’en suis procuré une, et me voilà donc
au coeur du centre-ville, dans la foule compacte de
l’heure du midi.
Il y a quelques semaines, le New York Times a
tenté une expérience du genre. Voyons mai
ntena nt comment les Montréalais
réagissent de leur côté.
Dans les couloirs du métro, certains font un
grand détour pour m’éviter. D’autres
m’interpellent directement : « Estce que je dois
avoir peur ? » me demande quelqu’un. «
Est-ce que la deuxième vague de grippe A ( H1N1)
est arrivée ? », me demande un autre.
Non, la grippe A (H1N1) ne laisse personne
indifférent. Mais faut-il en faire autant pour se
protéger? Bien sûr que non.
Le virus se transmet par les gouttelettes de salive en
suspension. Il peut rester cinq minutes sur les mains,
de 8 à 12 heures sur les vêtements et de 24
à 48 heures sur les surfaces dures.
Mais de là à ce qu’il colle à la
peau et que le reste de la maisonnée soit
contaminé, il y a un pas, explique le Dr Gaston
De Serres, médecinconseil à l’Institut
national de santé publique du Québec.
« Ces combinaisons sont exclusivement
réservées aux travailleurs de la
santé qui sont en contact avec des gens
très malades», précise le Dr De
Serres.
Généralement, un bon lavage des mains
suffit. Pour ceux qui toussent, le port d’un masque est
aussi recommandé.
Le
problème avec la grippe A (H1N1), c’est que les
gens ne savent plus quoi penser. Les avis sont
contradictoires. À preuve, cette étude
publiée il y a quelques jours dans le Journal de
l’Association médicale canadienne, qui affirme
que le lavage des mains n’est pas suffisant pour se
protéger du virus. Une information aussitôt
contredite par les responsables de la santé
publique, qui affirment le contraire.
Faut-il craindre une deuxième vague de grippe
porcine cet automne? Que penser des vaccins
fabriqués en quatrième vitesse ? Sont-ils
vraiment inoffensifs ? Et surtout, la grippe A (H1N1)
est-elle vraiment plus dangereuse que la grippe
saisonnière ?
En date du 6 octobre, le nouveau virus avait tué
78 Canadiens, dont 27 Québécois, à
une période de l’année où l’on ne
voit plus de cas de grippe, indique le directeur
national de la santé publique du Québec,
le Dr Alain Poirier, pour expliquer l’inquiétude
des autorités.
Les victimes sont relativement jeunes et souvent en
bonne santé. Ce ne sont pas des personnes
généralement à risque face à
la grippe saisonnière.
D’ailleurs, les personnes âgées de plus de
55 ans semblent même avoir une certaine protection
naturelle contre le nouveau virus, probablement parce
qu’elles ont été en contact avec des
souches de H1N1 qui ont déjà
circulé. Ce n’est pas le cas des plus jeunes, qui
sont donc plus fragiles.
« On s’attend à ce que la deuxième
vague de grippe A (H1N1) frappe plus durement que celle
du printemps. Mais est-ce qu’elle sera plus grave que la
grippe saisonnière ? C’est difficile à
évaluer », résume le Dr Poirier.
L’Agence de santé publique du Canada
prévoit que le tiers de la population pourrait
être touché dans cette seconde vague. Et la
seule protection efficace reste le vaccin, soutiennent
les autorités.
Chaque automne, le pays connaît d’ailleurs une
campagne de vaccination contre la grippe sa
isonnière. L a différence, cette
année, c’est qu’au lieu d’offrir le vaccin
gratuitement à certains groupes jugés plus
vulnérables, on vise toute la population.
C’est ce qui dérange. Même des
médecins croient qu’une ca mpagne de vaccination
massive est inutile, ce qui ajoute à la
confusion.
Le défi de communication est énorme. Il
faut redoubler d’efforts, a d’ailleurs dit le ministre
de la Santé, Yves Bolduc, la semaine
dernière en entrevue à La Presse. Il
entend d’ailleu rs se fa i re vacciner, question de
donner l’exemple.
I l r e s t e q ue l a g r i ppe A (H1N1) est le sujet
parfait pour relancer le débat sur la
vaccination. Ses opposants ne sont pas à court
d’arguments, d’autant plus que les essais cliniques
visant à déterminer l’innocuité et
l’efficacité du vaccin ne seront terminés
que dans plusieurs mois, soit bien après que
l’ensemble de la population aura été
vacciné.
R i e n p o u r c a l mer les inquiétudes.
Les personnes atteintes du VIH laissées pour
compte - Pascale Breton
Les
personnes atteintes du VIH vivent dans la crainte
d’attraper la grippe A (H1N1) e t s e s e nt e nt to t
a le ment oubliées par les responsables de la
santé publique.
« I l existe u n t rès haut niveau
d’anxiété. Tous nos malades nous pa
rlent de leu rs i nqu i é t u d e s , ma i s
nous ne savons pas quoi leur répondre. Nous
avons très peu d’information de la part de la
sa nté publique », dénonce le Dr
Réjean T h o ma s , d e la cl i n ique
médicale L’Actuel.
Pas moins de 2500 patients sont suivis à cette
clinique. La plupart souffrent de comorbidité,
c’est-à-dire qu’ils ont plu s d ’u ne malad ie
. Dans bien des cas, leur système immunitaire
est déjà affaibli.
Mais leurs questions ne trouvent pas de
réponses. Doivent-ils se faire vacciner ? Si
oui, recevront-ils le vaccin en premier, comme c’est
le cas pour les groupes à r i sque ? C ’e st u
n vér it a ble c a s s e - tê te pou r
médecins.
« On attend. Mais on le voit, ça
crée une panique chez nos patients, davantage
que chez le reste de la population. Ce sont des
personnes qui ont déjà un système
immunitaire affaibli. On ne voit jamais cette
panique-là avec la grippe saisonnière
», a j o ut e le Dr T homas , en
les rappelant que tous les ans, les personnes vivant
avec le VIH sont invitées à se faire
vacciner contre la g r ippe saisonnière.
La santé publique se veut pou r t a nt ra ssu
ra nte. L es personnes séropositives ne sont
pas considérées comme plus à
risque de contracter la grippe A (H1N1), explique le
Dr Horacio Arruda, directeur de la protection de la
santé publique du Québec.
« Elles vont être vaccinées au
même titre que la population en
général. Nous recommandons le vaccin,
comme c’est le cas pour la grippe saisonnière,
mais il n’y a pas de complications plus
sévères qui ont été
décelées », indique le Dr Arruda.
L a c ra i nte d’attraper la grippe A (H1N1) frappe
plus durement ceux dont le système immunitaire
est affaibli, ou encore ceux qui souffrent d’un fort
niveau d’anxiété.
Les gens qui souffrent de troubles obsessifs compulsi
fs , pa r exemple, v ivent constamment dans la peur
d’attraper une maladie. Le nouveau virus en
circulation n’y fait pas exception.
« Ça fait des années qu’ils ont
déjà cette crainte, pour la grippe, pour
les rhumes, le s pneu monies », ex pl ique le Dr
Martin Tremblay, porte-parole scientifique de la
Fondation des maladies mentales.
Ces personnes ne resteront pas pou r auta nt recluses
à la maison. Pour elles, la menace est la
même qu’avant la pa ndémie, ajoute le Dr
Tremblay.
« La plupart de ces personnes vont fonctionner
en apparence normalement, au prix de grands efforts
pour tout surmonter, tout contourner, pour se laver
les mains 75 fois dans la journée »,
explique le Dr Tremblay.
En revanche, les personnes qui souffrent
d’anxiété maladive ou de troubles
obsessifs compulsifs ont l’impression que le reste de
la population comprend désormais mieux leur
angoisse, ajoute-t-il.
Grippe A cherche plan B - Rima
Elkouri
Face
à la pa ndémie de g r ippe A ( H 1 N 1) ,
le Québec et l’ Onta rio sont comme la cigale et
la fourmi, ai-je écrit mardi. Je venais de
m’entretenir avec le Dr Redouane Bouali, exchef des
soins intensifs de l’Hôtel-Dieu, qui a
désormais un pied en Ontario et l’autre au
Québec. Il s’inquiétait du manque de
planification des autorités
québécoises. Il me disait que, si une
seconde vague de grippe frappa it, il
préférera it être du
côté ontarien.
Le Dr Bouali s’inquiètet-il pour rien ? Pas du
tout, me con firme le Dr T udor Costachescu, chef des
soins i ntensi fs au Cent re hospitalier de l’
Université de Montréal. « Au CHUM,
on est prêt. Mais on sera rapidement
débordé. Et si on est
débordé, il n’y a pas de plan B. »
On prévoit que le quart de s pat ient s ho s pit
a l i sé s avec un diagnostic de H1N1 au ront
besoin de soins intensifs et de ventilation
mécanique. Or, il suffirait de huit patients
atteints du virus aux soins intensifs du CHUM pour qu’on
atteigne un seuil critique, avertit le chef des soins
intensifs. Cela pourrait prendre moins de deux semaines.
« Au CHUM, nous serons très, très
rapidement saturés. Moi, après huit
patients, il est certain que je ne serai plus en mesure
de faire quoi que ce soit d’autre. Et on parle
d’activités qui ne peuvent être faites
qu’ici : neu roc h i r u rgie, c h i r u rgie cardiaque,
greffes, etc. »
Le CHUM a bien sûr son propre plan local pour
faire face à la pandémie. Le
problème, c’est qu’il n’y a pas de plan
cohérent à l’échelle du
réseau , souligne le Dr Costachescu. « La
différence, en O nt a r io, c ’est que les plans
ne sont pas seulement propres à chaque
hôpital. On sait à l’avance que des
hôpitaux désignés vont
préférentiellement prendre ces patients
».
Le Dr Costachescu trouve affligeant que nos
gestionnaires n’aient rien appris de la crise du SRAS.
Leurs homologues ontariens ont démontré
beaucoup plus de leadership, observe-t-il. « Chez
nous, au début de l’été, l’Agence
de la santé et des services sociaux s’est
contentée de pelleter le problème dans la
cour des directeurs des services professionnels des
hôpitaux en leur disant de faire un plan d’urgence
local. Mais il n’y a pas de leadership global à
l’échelle de la province. »
Et la
pénurie de personnel, dans tout ça ?
« C’est une autre catastrophe ! » dit le
chef des soins intensifs du CHUM. Il s’attend à
un taux d’absentéisme de 30 %. C’est ce qui s’est
passé en Australie, où la grippe A (H1N1)
a frappé fort cet été. C’est ce qui
s’est aussi passé au Manitoba, dont les com
munautés autochtones ont été
durement touchées durant l’été.
« Si ça arrive chez nous, on est vraiment
dans le trouble », avertit-il.
Au ministère de la Santé, on nous assure
que l’on aura les ressources appropriées. Le Dr
Costachescu est pour le moins sceptique, le CHUM
étant déjà en pénurie
d’infirmières spécialisées. «
La c a r a c tér i st iq ue de s s oi n s
intensifs de tous les centres universitaires, c’est que
nous fonctionnons sur la lame du couteau, sans aucune
marge de ma n oe uv re. Nos tau x d’occupation sont
toujours de 10 0 %, c’est-à-dire que toutes nos
infirmières sont occ upées en per ma
nence. Alors qu’en Ontario, on fonctionne avec des taux
d’occupation avoisinant les 85 %. Il y a toujours une
infirmière et demie qui peut être
dégagée pour autre chose. Nous n’avons pas
ce luxe. »
L a prem ière vag ue de H1N1 en juin aurait
dû servir d’avertissement aux gestionnaires de la
santé. « Il a suffi de deux patients au
début de l’été pour qu’on ne soit
plus capable de faire de chirurgie cardiaque pendant
plus de deux semaines à l’hôpital
Notre-Dame. Ça nous a littéralement
paralysés », souligne le Dr Costachescu.
Pourquoi ? Parce que même si la mortalité
associée au H1N1 demeure très basse, ceux
qui sont malades sont très malades, ils le
demeurent longtemps et mobilisent des ressources
monstres.
Au moment où la première vague a
frappé, au CHUM, on a sonné l’alarme
auprès de l’Agence de santé et des
services sociaux, raconte le Dr Costachescu. « On
leur a dit : on a un sérieux problème. Non
seulement un problème de ressou rces , mais aussi
des problèmes éthiques. Si on a un
transplanté et un patient H1N1, lequel on va
prioriser ? »
Qu’a fait l’Agence ? « Elle a traîné
les pieds tout l’été », dit le chef
des soins intensifs, qui précise qu’on l’a
finalement invité à participer hier
après-midi à une conférence
téléphon ique su r la pa ndémie.
« Mais écoutez , on est en octobre !
» Si le virus respecte le cycle
épidémique habituel, la deuxième
vague devrait frapper de plein fouet fin octobre,
début novembre, avertit-il. Est-il possible de
monter un plan cohérent en si peu de temps ? Il
en doute. « On est pas mal sous les 12 coups de
minuit. »
J
’a i t e n t é d ’a vo i r d e s
éclaircissements de la part de l’Agence de la
santé et des services sociaux de Montréal.
Réponse : « Nous ne sommes pas prêts
à donner l’information », m’a dit la
porte-parole, en précisant qu’il y aura une
conférence de presse dans une semaine ou
peut-être même deux. Mais qu’en est-il de
votre plan régional ? « Le plan est en
marche depuis plusieurs années », m’a-t-on
dit. Tellement « en marche » qu’on semble
l’avoir perdu en chemin.
La cigale et la fourmi, version pandémie
- Rima Elkouri
J’
étais de ceux qui pensa ient que l’on s ’i
nquiète un peu trop pour rien avec la grippe A
(H1N1). C’était avant d’interviewer le Dr
Redouane Bouali.
Le Dr Bouali était jusqu’en 2005 chef des soins
intensifs de l’Hôtel-Dieu du CHUM. Lassé de
notre système de santé, il a quitté
Montréal pour Ottawa. En Ontario, il dirige
maintenant le Réseau local intégré
de soins de la région de Champlain, qui regroupe
18 hôpitaux. Mais il garde encore un pied au CHUM,
où il vient faire des gardes plusieurs semaines
par année.
Or, quand le Dr Bouali vient travailler à
Montréal, il est étonné de voir les
différences entre l’approche
québécoise, plutôt relaxe, et
l’approche ontarienne, plus méticuleuse, face
à la pandémie de grippe A ( H1 N1) .
« E n Onta r io, peut-être parce qu’il y a
eu le SRAS, les gens sont beaucoup plus craintifs de ce
qui va arriver », me dit-il.
En écoutant ce spécialiste en soins
intensifs comparer deux systèmes de santé
qu’il connaît parfaitement, j’avais l’impression
d’être plongée dans la fable de la cigale
et de la fourmi, version pandémie. Chez nos
voisins ontariens, en cas de recrudescence de la grippe
A ( H1N1), t out est prévu da ns les moind res
déta ils , m’ex pliquet-il. Pendant ce temps, au
Québec, on est beaucoup plus serein. «
Quand je traverse la frontière pour venir faire
ma garde au CHUM, j ’a i l ’ i mpr e s s i o n q u ’o n
en fa it peut-êt re t rop en Ontario parce que,
ici, les gens vivent normalement. » Mais tout en
louant notre attitude « sereine » et en se
disant qu’il est peut-être un peu trop parano, le
Dr Bouali ne peut s’empêcher d’être inquiet.
Si, soudainement, on a un afflux de patients
extrêmement malades qui ont besoin de techniques
de ventilation ava ncées da ns les lits de soins
intensifs d u C H U M, q u ’a r r i ve r a - t-i l ?
« C’est là qu’est ma crainte. »
Selon l’Organisation mondiale de la santé, le
problème le plus urgent auquel les hôpitaux
risquent de devoir fa i re face sera d’a r river
à placer les nombreux patients gravement atteints
pa r le virus H1N1 aux soins intensifs. Pour mieux se
préparer à un tel scénario, le Dr
Bouali a appelé au début du mois de
juillet ses collègues austra liens, qui ont
été pris au dépourvu par la grippe
A (H1N1) en juin, en plein hiver austral. « Ils
m’ont dit qu’en l’espace de 10 semaines ils ont eu 300
patients intubés, ventilés, gravement
malades, qui ont eu besoin de lits aux soins intensifs.
» C’est donc ce qui pourrait arriver ici entre
novembre et fin janvier, observe-t-il. « Est-ce
que vous pensez qu’à Montréal, avec la
pénurie de personnel, vous arriverez à
faire face à ça ? Vous serez en face d’une
crise grave. C’est ça, mon inquiétude.
»
Ce qui a étonné les médecins
australiens, c’est que les patients les plus gravement
atteints étaient relativement jeunes, souvent
âgés de 20 à 40 ans. Et ce qui a le
plus surpris le Dr Bouali, c’est la rapidité avec
laquelle l’état de certains patients s’est
détérioré, d’où la
nécessité de faire appel à des
techniques de traitement très
sophistiquées. « Ils m’ont décrit la
situation d’une jeune de 15 ans qui était
à l’école le mercredi et qui, le vendredi,
était sous système d’échanges
extramembranaires pour être
oxygénée. »
L’expérience australienne ne change rien au fait
que la grippe A (H1N1) reste une maladie mineure avec
une mortalité très basse, précise
le Dr Bouali. « Mais ceux qui étaient
malades sur le plan respiratoire l’ont été
très gravement. C’est ce qui nous a surpris.
»
Le métier du Dr Bouali, c’est bien sûr de
penser au pire des scénarios et de s’assurer d’y
être bien préparé. « J’aime
bien le principe qui dit : plan for the worst and hope
for the best. » Prévoir le pire en
espérant le meilleur. Est-ce ce qu’on fait au
Québec ? « Mes craintes, c’est quand je
vois ce qui s’est passé en Australie. Si la
même chose se produisait ici, j’aimerais
être du côté de l’Ontario. »
Pour se préparer au pire, le Dr Bouali s’est
intéressé à l’i mpact de la f la
mbée sur le personnel hospitalier en Australie.
« Il y a eu un manque de 25 à 30 % du
personnel. Les gens ne se présentaient pas au
travail. Alors imaginez-vous, vous avez
déjà une pénurie de personnel et
vous perdez 30 % du personnel ! Qu’est-ce qui va arriver
? »
En Ontario, on a déjà prévu le coup
en recrutant des infirmières aux soins intensifs
à la retraite ou du personnel des salles de
réveil ou des urgences qui ont déjà
certaines compétences. « On s’est dit que
peut-être ces gens auraient besoin d’un
rafraîchissement de leurs connaissances, alors on
est en train de mettre sur pied un cours. » Et ici
? Au cabinet du ministre québécois de la
Santé, la porte-parole m’assure que l’on aura, au
besoin, les ressources humaines appropriées, mais
qu’il serait « un peu prématuré
» de faire comme les Ontariens.
Un autre grand défi en cas de crise, c’est la
coordination des ressources hospitalières dans
les différentes régions de la province. En
Ontario, à la suite de la crise du SRAS, on a
créé le Secrétariat des soins
critiques, qui fait ce travail, avec des leaders qui ont
des tâches précises. Au Québec, la
coordination semble beaucoup plus floue. « Nous
sommes en train de peaufiner », me dit le Dr
Pierre Savard, directeur des urgences au
ministère de la Santé, qui reconnaît
l’importance de travailler « en
interrégional ».
Le Dr Savard m’assure que le Québec est
prêt. « Les plans ont été
faits depuis 2006. Les directions d’hôpital ont le
plan entre les mains. »
« Si le plan existe, il aurait besoin d’être
communiqué », c onst a te pou r s a pa r t
le Dr Bouali. Sur le terrain, le personnel de
première ligne ne sait pas exactement ce qu’on
attend de lui. Vu de l’intérieur, au CHUM, bien
des questions demeurent sans réponse, notet-il.
« Qui va prendre le lead pour commencer à
annuler des opérations et reporter des
opérations électives ? Qui sera
responsable d’ouvrir plus de lits ? Qu’est-ce qui va
arriver par rapport au personnel qui est à risque
d’être contaminé ? Comment peut-on rassurer
ces gens ? »
Le Dr Bouali invite ses collègues
intéressés à voir ce qui se fait en
Ontario afin de partager le savoir-faire en temps de
crise. Et il croise les doigts. « J’espère
que ça n’arrivera pas et que tout le monde sera
content. » Il ajoute : « J’espère
aussi me tromper. » Je l’espère aussi. Car
son inquiétude m’inquiète.
Les autorités inquiètes... du manque
d’inquiétude - Pascale Breton
Les
mises en garde alarmistes qui circulent contre le vaccin
de la grippe A (H1N1), à l’approche d’une
campagne de vaccination massive, préoccupent la
santé publique du Québec au plus haut
point.
Préoccupé
par le scepticisme au sujet de la grippe A (H1N1), le
ministre de la Santé, Yves Bolduc, mise sur un
élément : mieux informer la population.
« Chacun peut dire n’importe quoi, ce qui n’est
pas nécessairement basé sur des
données scientifiques. La meilleure façon
de bloquer des dossiers est de créer le doute, de
semer l’incertitude et d’utiliser la règle "on ne
sait pas à 100 %" », a reconnu le ministre
de la Santé, Yves Bolduc, en entrevue avec La
Presse.
Mais voilà , Québec ne dispose pas de
beaucoup de pouvoir pour contrer cette campagne
négative. Chacun a droit à la
liberté d’opinion. La santé publique mise
donc sur un élément : mieux informer la
population.
« La seule arme contre ça est la
communication et l’information », ajoute M.
Bolduc, en précisant que le Ministère
devra redoubler d’efforts en ce sens.
« On veut que notre population soit
protégée. On va lui fournir les moyens de
l’être, on va essayer de lui donner la meilleure
information possible. Ce qui n’empêche pas que des
gens vont déformer le propos et créer le
doute. »
Vaccination : mi-novembre
La campagne de vaccination massive doit se mettre en
branle à la mi-novembre dans tout le Canada. Les
travailleurs de la santé, les femmes enceintes,
les jeunes enfants et les malades chroniques figurent
parmi les groupes à risque qui devraient
être vaccinés en premier, selon les
responsables de la santé publique.
Mais des sondages menés tant au Canada
qu’ailleurs dans le monde révèlent
beaucoup de scepticisme face aux dangers réels de
la grippe A (H1N1). Au point où plusieurs ne
comptent pas se faire vacciner.
C’est souvent le cas lors de campagnes de vaccination
massives, souligne le ministre Bolduc. Au début
des années 90, quand Québec a entrepris de
vacciner
quelque 1,5 million de jeunes âgés de 6
mois à 20 ans contre la méningite, les
vaccins n’avaient pas la cote. Jusqu’à ce qu’il y
ait des morts. À ce moment, «tout le monde
a voulu avoir le vaccin, sauf des groupes qui disaient
que ça allait faire mourir les enfants»,
rappelle le ministre.
Deuxième vague à venir ?
Pour l’instant, le virus ne semble pas avoir repris
beaucoup de vigueur au Québec. En revanche, on a
signalé des cas en Colombie-Britannique, si bien
que la santé publique s’attend à une
deuxième vague dans les semaines à venir.
À ce moment, le plan d’action mis en place par
Québec sera prêt, assure le ministre.
« Ce n’est pas du jour au lendemain que la grippe
apparaît. Ça se fait en quelques jours,
alors on va le voir. Et tous nos plans sont prêts.
On peut ouvrir 3000 lits supplémentaires en 24 ou
48 heures », assure M. Bolduc.
Si les hôpitaux sont trop engorgés, on
recourra à des centres de soins non
traditionnels. Les cas jugés moins u rgents , pa
r exemple u n patient qui fait vérifier sa
tension artérielle chaque semaine, pourraient
être repoussés afin de concentrer le
personnel soignant dans les urgences, ajoute le
ministre.
« Dans le système de santé, la
majorité des soins sont électifs et,
lorsqu’arrive une grosse urgence, on met la
priorité là-dessus. »
La santé publique a cessé depuis plusieurs
semaines déjà de faire des tests
auprès des malades pour vérifier s’il
s’agit bel et bien du virus A (H1N1). Cela
n’était plus nécessa ire lorsqu’il a
été confirmé que
l’épidémie avait vraiment gagné le
Québec au printemps dernier.
Ces tests pourront êt re repris dès que
l’on soupçonnera une deuxième vague, afin
de déterminer que c’est bien le cas.
Les infirmières réclament un retrait
préventif - Catherine
Handfield
La
Fédération interprofession nel le de la
s a nté du Québec (FIQ), qui
représente 58 000 infirmières et
inhalothépareutes, demande que ses membres
enceintes soient immédiatement retirées
de leur milieu de travail pour éviter qu’elles
contractent la grippe A (H1N1).
La présidente de la FIQ, Régine Laurent,
concède que cette demande est radicale. Mais
l’« abus » de certains employeurs la rend
maintenant nécessaire, dit-elle.
Au Québec, les femmes enceintes qui craignent
de contracter le virus au travail doivent s’adresser
à leur médecin traitant. Ce dernier peut
recommander à l’employeur d’affecter sa
patiente à un poste sans danger ou de la
retirer de façon préventive. La CSST
administre ce programme depuis 1981.
« Le problème, c’est que certains
employeurs ne respectent pas les recommandations des
médecins », affirme Régi ne L au
rent . D’autres affectent leurs employées
à des postes inappropriés, dit-elle. Le
syndicat aurait reçu « plusieurs dizaines
» de plaintes à ce sujet.
Les femmes enceintes ne sont pas plus susceptibles de
contracter le virus, mais elles risquent davantage de
souffrir de complications, selon les études.
Le ministre ne pliera pas
Le
ministre de la Santé, Yves Bolduc, n’entend pas
donner suite à la demande de la FIQ. Il avait
également refusé en septembre d’ordonner
le retrait préventif des enseignantes
enceintes. « Le ministre s’en remet au programme
de la CSST », a dit son attachée de
presse, MarieÈve Bédard.
À ce j ou r, 91 2 fe mmes enceintes se sont
adressées à la CSST de peur de
contracter la grippe A (H1N1) dans leur milieu de
travail. La CSST n’a pu préciser hier combien
d’entre elles ont été retirées ou
affectées à d’autres tâches.
Pas de problème... pour l’instant
L e r e t r a i t de s femmes enceintes ne compromet
pas encore la capacité des hôpitaux
à pourvoir les postes, selon les directions
d’établissement interrogées hier. C’est
le cas à l’hôpital MaisonneuveRosemont,
au CHUM et au CUSM. À la Commission scolaire de
Montréa l , qu i a reç u 90 demandes de
retrait préventif d’employées enceintes
en lien avec la grippe A (H1N1), « les
suppléants comblent a mplement les retraits
», assure le porteparole Alain Perron.
La donne pourrait toutefois changer si une
deuxième vague du virus se manifeste. «
Dans les prochains mois, on pourrait avoir des
problèmes », a reconnu Rebecca Burns,
coordonnatrice des communications du CUSM.
Je suis du bord du consensus - PATRICK
LAGACÉ
Une c
onfession , en ce début d’octobre 2009: je suis
tanné d’avoir peur. Voilà. C’est dit. Je
n’ai plus peur, dès aujourd’hui. Ça
commence ce matin. Enfin, hier soir, puisque j’ai
écrit ce texte hier soir.
J’ai eu très peur, ces dernières
années. Le bacille du charbon. Le virus du Nil
occidental. L’autre cochonnerie, dont j’oublie le nom,
là, qui nous forçait à nous essuyer
les pieds en descendant d’avion. La grippe aviaire.
Est-ce que j’en oublie? Ah, oui, le SRAS. J’ai
décidé que, non, il y a quand même
une sacrée limite, je ne vais pas avoir peur, en
plus, de la grippe porcine, cette grippe qui a
muté, au chapitre terminologique, en grippe A
(H1N1).
Parce que c’est pas des farces, quand même. Il ne
faut plus se serrer la main, il faut traîner son
Purell. Tout ça pour éviter la propagation
du virus, qu’on dit plus virulent que celui de
l’influenza, qui cause la grippe normale et qui assomme,
comme chacun le sait, sept jours ou une semaine, selon
sa virulence.
Des églises ont même banni l’eau
bénite pour éviter la propagation du
virus. Heureusement, je ne vais pas à
l’église...
Donc, bref, je n’ai pas peur de la grippe A (H1N1).
Et je n’ai pas peur des vaccins. Voilà. C’est
dit.
Vous pouvez m’en l e ver i mmédiatement des l i
stes d’envois de vos courriels qui «
révèlent » la «
vérité » au sujet du lien secret
entre les États, le virus et les grands
laboratoires pharmaceutiques.
Je sais, je sais. Il y a des courriels qui circulent.
Ils proclament la vérité : les vaccins,
c’est de la merde, une invention de Big Pharma pour
faire du fric et, accessoirement, peut-être, qui
sait, réduire la population mondiale.
Tenez, au moment où j’écris ces lignes, ma
messagerie clignote: un courriel qui m’incite urgemment
à regarder le documentaire Silence, on vaccine,
de l’Office national du film (ONF), sur Google
Vidéo.
Avec ce message quasiment haletant : « L’ONF a
permis la sortie du documentaire sous condition
qu’aucune personne, aucun commerce, ne puisse
acquérir le film pour la revente. De plus, aucune
publicité ne sera faite pour faire
connaître la sortie DVD... »
Il n’y a pas eu plus, ou moins, de publicité
faite par l’ONF pour ce documentaire. Et si l’ONF veut
« cacher » ce docu, pourquoi l’avoir
financé? Pourquoi l’ONF offre-t-il, sur son site,
des extraits du film? Un lien vers la boutique virtuelle
où on peut acheter le DVD de Silence, on vaccine?
Pour une société d’État qui veut
cacher la « vérité », on a
déjà vu mieux...
Écoutez, je me souviens encore de mes notes dans
les rares cours de science que j’ai suivis : ça
me pousse à un peu d’humilité quand
j’aborde le sujet. Je suis loin d’être docteur en
physique quantique, disons.
C’est pourquoi, en science, je suis un mouton. Je suis
la majorité.
Le cl i mat, par exemple. Bien sûr, il y a une
poignée de scientifiques qui doutent du
réchauffement climatique. Mais l’immense
majorité des experts qui font métier
d’étudier le climat disent qu’il se
réchauffe. Et que c’est la faute de l’homme. Je
suis de leur bord. Autre exemple: l’évolution.
Oui, il y a des biologistes qui pensent que l’homme a
été créé par le «
dessein intelligent » de Dieu. Mais l’immense
majorité des biologistes sont convaincus que
l’homme descend du singe, dont la naissance est une
sorte d’accident de la nature mais qui s’est si bien
adapté qu’il peut désormais, ce singe,
regarder Occupation double sans faire de crise
d’épilepsie...
Je suis de leur bord. Du bord du consensus.
Et c’est la même chose avec les vaccins. Je suis
du bord du consensus. Et le consensus dit que, sans
être 100% inoffensive, la vaccination est un plus
pour l’homme.
La vaccination massive a éradiqué une
nuée de maladies infectieuses mortelles et
débilitantes. Ne plus mourir en bas âge de
la poliomyélite, par exemple? Pardonnez-moi de
croire que c’est une avancée formidable.
Chaque époque a ses psychoses. À 15 ans,
ma mère me traînait dans des
conférences de conspirationnistes. Je me
souviens, un dimanche d’été, à l’
UQAM, un conférencier nous assurait,
rétroprojecteur en renfort, que le sida
était une création du gouvernement
américain. C’était en 1987. Et, pour lui,
c’était clair: le sida, c’est la CIA qui l’a
disséminé, à travers le Coke
diète... Ben quoi? Le Coke diète et le
sida sont apparus aux États-Unis à peu
près en même temps. Avouez que c’est
louche...
Aujourd’hui, le sida n’est plus à la mode au
supermarché de la peur. La peur, c’est comme les
poires: ça ne reste pas frais longtemps. À
chaque époque ses angoisses, intimement
liées à l’actualité. Aujourd’hui,
la psychose, c’est la grippe et les vaccins.
Autre époque, mêmes conférences qui
carburent à la peur. Ma collègue Pascale
Breton a parlé à l’un de ces Einstein du
complot grippal, qui dissémine son message de
sceptique dans des conférences à 20$ le
ticket.
J’en retiens que la conférence, comme la pilule,
c’est une industrie...
Antoine Vitkine, dans son livre Les nouveaux imposteurs,
a superbement décortiqué la
mécanique des t héories du complot et les
tactiques de leurs adeptes. À L’Express, il a
déclaré, en 2008, en parlant du 11
septembre: « La théorie du complot apporte
un certain confort à ceux qui y adhèrent,
parce qu’elle donne une explication simpliste. Il est
plus rassurant de rationaliser le mal, de se dire que le
mal est le fruit des manigances du gouvernement
américain et non des agissements de terroristes
radicaux. »
Répétez après moi: il est rassurant
de rationaliser le mal. J’aime cette phrase. Toute la
psychose de notre époque est là, dans ces
sept petits mots. Un peu de notre
crédulité, aussi.
L’opposition au vaccin inquiète les
autorités canadiennes - Malorie
Beauchemin
OTTAWA —
Le scepticisme grandissant dans la population à
l’égard du vaccin contre la grippe A ( H1N1)
inquiète les autorités de la santé
publique, qui c ra ignent que l a pandémie ne
soit aggravée parce que trop de Canadiens
refusent l’injection. « L’idée que des gens
pou r r a i e nt choisir de ne pas être
immunisés est préoccupante », a
estimé hier l’administrateur en chef de l’Agence
de santé publ i q u e du Ca n a d a , le Dr David
Butler-Jones.
Depuis plusieurs semaines, des pétitions contre
une vaccination de masse, des doutes sur les effets
secondaires du vaccin ainsi que des allégations
de complot au profit des sociétés
pharmaceutiques se sont multipliés et ont
malmené les efforts du gouvernement à
convaincre la population de l’importance de se faire
vacciner contre le virus de la grippe A (H1N1).
Or, le Dr Butler-Jones met la population en garde:
« Moins de gens immunisés, ça va
vouloir dire plus de gens aux soins intensifs, plus de
gens dans les hôpitaux et plus de gens
infectés par le virus contraints de se soigner
à la maison. »
« Si davantage de gens sont immunisés,
ça protégera non seulement
eux-mêmes, mais les autres autour, a-t-il
ajouté. Éventuellement, la seule
façon d’enrayer complètement la
pandémie, c’est soit d’être tous
infectés, ou tous immunisés. Je
préfère la deuxième option. »
Au
début du mois, un sondage Harris-Décima
pour La Presse Canadienne avait
révélé que 45% des Canadiens
seulement affirmaient avoir l’intention de se faire
vacciner contre la grippe A (H1N1).
« Personnellement, je ne voudrais pas conseiller
à ma famille de refuser un vaccin qui les
protégerait et assister ensuite à la mort
d’un de mes enfants », a tranché le Dr
Butler-Jones, qui estime, à la veille d’une
possible deuxième vague de la pandémie,
que la population ne devrait pas craindre le vaccin tant
attendu.
Deux vaccins
Par ailleurs, les analyses du ministère de la
Santé ont révélé que le fait
d’être immunisé contre l’influenza
saisonnière n’augmenterait pas le risque de
contracter une forme sévère du virus de la
grippe A (H1N1). Ottawa recommande donc aux personnes
à risque de se faire vacciner, comme chaque
année, contre le virus de la grippe
saisonnière, en plus du vaccin contre la
pandémie actuelle, qui doit être disponible
au Canada à partir de la mi-novembre.
Complot ou menace réelle? - Pascale
Breton
La
menace d’une pandémie de grippe A (H1N1) – et
surtout la vaccination massive qui se mettra en branle
cet automne– suscite une suspicion et des
questionnements grandissants.
PHOTO FRANÇOIS
ROY, LA PRESSE
Jean-Jacques
Crèvecoeur et Cyrinne ben Mamou
dénoncent le complot des compagnies
pharmaceutiques, des gouvernements et de l’OMS dans le
but d’organiser une campagne de vaccination
obligatoire contre la grippe A(H1N1).
Certains crient à la théorie du complot.
D’autres multiplient les mises en garde alarmistes dans
les boîtes de courriel.
À les croire, c’est une pandémie
inventée par les compagnies pharmaceutiques pour
s’en mettre plein les poches. Le vaccin est dangereux;
il a été volontairement contaminé
pour provoquer un génocide de masse. Les
gouvernements vont obliger la population à se
faire vacciner, à la pointe du fusil s’il le
faut.
« Je veux réveiller les gens sur le fait
que nous sommes en train d’être manipulés.
» Jean-Jacques Crèvecoeur s’est, quant
à lui, donné pour mission d’alerter la
population québécoise sur les dessous de
la grippe A (H1N1) en organisant une quinzaine de
conférences dans cinq villes du Québec,
dont Montréal, cet automne.
Spécialisé en philosophie et en physique
quantique, une branche de la physique moderne, M.
Crèvecoeur ne croit pas les discours officiels.
Tant l’Organisation mondiale de la santé que les
gouvernements et les médias sont à la
solde des compagnies pharmaceutiques, dit-il.
Dans ses conférences – il faut débourser
20$ pour y assister –, il se questionne sur la menace
réelle de pandémie et met en doute le
bien-fondé des vaccins. Mais il se défend
de vouloir faire peur à la population: «
Moi, je préviens les gens qu’ils sont en train de
se faire avoir. »
Ce qu’il craint par-dessus tout? « Que les
gouvernements obligent les gens à se faire
vacciner. » Comme plusieurs autres, il est
persuadé que c’est ce qui va se produire.
La Loi sur la santé publique du Québec
prévoit que le gouvernement peut « ordonner
la vaccination obligatoire de toute la population ou
d’une certaine partie de celle-ci contre la variole ou
contre une autre maladie contagieuse menaçant
gravement la santé de la population » en
cas d’urgence sanitaire.
« C’est un pouvoir qui existe, qu’on s’est
donné pour une situation très
particulière, où le taux de
mortalité serait très élevé,
pour la variole par exemple, mais on est très
loin de ça. C’est plus théorique que
réel », assure pour sa part le directeur de
la protection de la santé publique du
Québec, le Dr Horacio Arruda.
Même lorsque le Ministère envisageait un
taux d’attaque de 35% de la grippe et prévoyait
un taux de mortalité supérieur à ce
qu’il est actuellement, il n’a jamais été
question d’une vaccination obligatoire.
« Ça demeure une vaccination volontaire,
fortement recommandée surtout aux personnes
à risque », affirme le Dr Arruda.
Théorie du complot
La grippe A ( H1N1) semble un sujet de
prédilection pour les adeptes de la
théorie du complot. L’un des nombreux documents
qui circulent affirme, références à
l’appui, qu’une journaliste scientifique autrichienne
aurait intenté des recours judiciaires notamment
contre l’OMS, qu’elle accuserait de génocide
planifié à l’aide de vaccins
contaminés.
« Les théories du complot ont toujours
été appuyées sur des citations
d’apparence scientifique. Pourtant, ça ne repose
sur aucune base. Ce sont des experts
autoproclamés. Je peux trouver plein de gens qui
pensent que la Terre est plate », commente
André-A. Lafrance, professeur au
département de communication de
l’Université de Montréal.
Le dossier de la grippe A (H1N1) est très
complexe alors que tout le monde a besoin de simplifier
les choses. « Quelle merveilleuse façon de
simplifier les choses que de croire qu’il y a un
complot! » ajoute-t-il.
Titulaire de la chaire de recherche en relations
publiques et communications marketing à
l’Université du Québec à
Montréal, Bernard Motulsky abonde dans son sens.
« Ce n’est pas nouveau comme attitude de penser
que des forces occultes gouvernent le monde. »
« L’internet permet à n’importe qui
d’émettre à peu près n’importe
quelle idée. La force vient du fait que ça
se dissémine très rapidement, et plus il y
a de gens qui y croient, plus les médias s’en
mêlent », déclare M. Motulsky.
Comment faire la part des choses ? Les Sceptiques du
Québec affirment qu’il faut se baser sur la
méthode scientifique avant tout. Mettre en
opposition les experts dans le dossier de la grippe A
(H1N1) apporte aussi un éclairage
intéressant, souligne le porteparole, Pierre
Cloutier.
« Les gens voient deux experts, mais il y en a un
qui représente des milliers de scientifiques, si
ce n’est pas des millions, alors que l’autre
représente un petit groupe de quelques personnes,
mais qui sont très volubiles. »
Le point sur le vaccin
Même si les responsables de la santé
publique rappellent l’importance de la vaccination, la
population demeure divisée à ce sujet.
En fait , il n’y aura pas un, mais plusieurs vaccins
contre la grippe A ( H1N1). Chaque compagnie
pharmaceutique a travaillé à partir de
la même souche du virus, mais pour produire un
vaccin propre à chacune des compagnies, selon
ses procédés de fabrication.
Au Canada, GlaxoSmithKline ( GSK) a le contrat
d’exclusivité. « Le procédé
de fabrication sera strictement identique à
celui du vaccin contre la grippe saisonnière
» , explique le Dr Philippe De Wals,
président du comité sur l’immunisation
du Québec et médecin-conseil à
l’Institut national de santé publique du
Québec.
Le vaccin pandémique disponible au Canada
contient un adjuvant et un agent conservateur. Le
premier est ajouté pour stimuler la
réponse immunitaire. L’adjuvant retenu par GSK
est le AS03.
Il s’agit « essentiellement de vitamine E
» qui crée de petites gouttelettes de
liquide dans le vaccin, indique le Dr De Wals,
également professeur à
l’Université Laval.
Cet
adjuvant est l’un des moins connus sur le
marché, reconnaît-il. Mais il s’apparente
au squalène, utilisé de longue date en
Europe.
Ce produit a été mis en cause dans une
étude qui révélait que d’anciens
combattants de la guerre du Golfe avaient eu des
séquelles après avoir reçu un
vaccin qui en contenait.
L’Organisation mondiale de la santé a par la
suite indiqué que cette étude avait
« des faiblesses techniques » et
rappelé que cet adjuvant est utilisé
depuis longtemps dans la production de vaccins
antigrippaux. Administré à plus de 22
millions de doses, il n’a pas provoqué «
de manifestations postvaccinales indésirables
», dit l’OMS.
Au Québec, un vaccin sans adjuvant sera
administré aux femmes enceintes et aux bambins
parce que le vaccin avec adjuvant n’a pas
été testé pour ces deux groupes
de population, précise le Dr De Wals.
Quant au conservateur contenu dans le vaccin de GSK,
il s’agit de thiomersal. Il est nécessaire pour
éviter les contaminations bactériennes
avec les vaccins multidoses.
« C’est un produit utilisé depuis des
dizaines d’années, notamment dans le vaccin
saisonnier, qui n’a jamais donné l’autisme
», bien que des études aient tenté
de démontrer le contraire, souligne le Dr
DeWals.
Deux campagnes de vaccination
La
campagne de vaccination contre l’influenza
saisonnière sera repoussée au mois de
janvier pour laisser toute la place à celle
contre la grippe A (H1N1), a confirmé hier la
direction de la santé publique du Québec.
Si les dernières analyses sont concluantes, les
premières doses pourront être
administrées à partir du 15 novembre.
La
vaccination
contre la grippe A (H1N1) pourrait commencer le 15
novembre. Celle contre l’influenza saisonnière
sera repoussée à janvier.
« Com me la menace de la grippe A ( H1 N1) est
à l’automne, on préfère conserver
nos énergies », a expliqué hier le
directeur de la protection publique du Québec, le
Dr Horracio Arruda. « Mais si l’on se rend compte
que la souche de la grippe saisonnière circule
avant son pic normal, qui survient
généralement après le temps des
Fêtes, là on pourrait rendre des doses
disponibles pour les gens plus susceptibles de
l’attraper. »
Les résultats de récentes études
canadiennes qui semblent indiquer que le fait
d’être vacciné contre la grippe
saisonnière augmente le risque de contracter la
grippe A (H1N1) ont été pris en
considération dans la décision de
repousser la vaccination contre la grippe
saisonnière, a indiqué le Dr Arruda.
Hier, les autorités québécoises et
canadiennes se sont toutefois empressées de
mentionner que ces résultats étaient
préliminaires car ils n’ont pas franchi
l’étape de la validation aux fins de publication.
« Nous sommes au courant des études
mentionnées dans les médias qui pourraient
montrer un lien entre la vaccination contre la grippe
saisonnière et la susceptibilité de
contracter le virus de la grippe A (H1N1) et nous les
examinons attentivement », a affirmé la Dre
Patricia Huston de la Direction générale
des maladies infectieuses et des mesures d’urgence de
l’Agence de la santé publique du Canada.
«
Ce sont des observations surprenantes car nous savons
aussi qu’il existe des études si m ila i res
réa lisées da ns d’autres pays qui
n’appuient pas les observations faites au Canada,
a-t-elle poursuivi. Pour le moment, nous ne pouvons pas
dire pourquoi les résultats des études
sont différents. Mais un examen i ndépenda
nt des d iverses méthodologies est en cours pour
en déterminer la cause. »
Le gouvernement du Canada a commandé 50,4
millions de doses du vaccin contre la grippe A (H1N1).
Comme le recommande l’Organisation mondiale de la
santé, les vaccins contiendront de l’adjuvant,
une substance composée d’huile et d’eau qui
permet de renforcer le système immunitaire, mais
qui cause parfois des effets secondaires.
En conséquence, 1,8 million de doses sans
adjuvant ont été commandées pour
les femmes enceintes et les enfants âgés de
moins de 3 ans.
«La vaccination est l’une des mesures efficaces de
l’histoire moderne pour prévenir les
pandémies, a souligné le Dr Arruda. Il
demeure encore clair que les bénéfices de
la vaccination dépassent les inconvénients
des effets secondaires.»
Selon le gouvernement canadien, 78 personnes sont
décédées depuis l’éclosion
du virus en avril. Par ailleurs, 16 personnes atteintes
de la maladie seraient actuellement hospitalisées
au pays. De 2000 à 8000 personnes meurent chaque
année au pays de l’influenza.
Grippe saisonnière / La campagne de vaccination
mise sur la glace - Pascale Breton
La
direction de la santé publique du Québec
remet en question la campagne de vaccination contre la
grippe saisonnière cette année, au point
de la mettre sur la glace pour les prochains mois, a
appris La Presse.
Des
études
préliminaires, en cours de validation, semblent
montrer que le fait d’avoir été
vacciné contre la grippe saisonnière
augmente le risque de contracter la grippe A (H1N1).
Les provinces tergiversent depuis quelques semaines
déjà à savoir si elles doivent
lancer deux campagnes de vaccination
simultanément, l’une contre la grippe A (H1N1) et
l’autre contre l’influenza saisonnière.
De nouvelles études menées au Canada,
notamment au Québec, en Ontario et en
Colombie-Britannique, donnent maintenant du poids
à leur hésitation. Les études
semblent montrer que le fait d’avoir été
vacciné contre la grippe saisonnière
augmente le risque de contracter la grippe A (H1N1).
Il s’agit toutefois de résultats
préliminaires puisque les études n’ont pas
encore franchi le cap de la validation aux fins de
publication. Les chercheurs refusent d’ailleurs de faire
part officiellement de leurs conclusions.
«Actuellement, c’est en évaluation par les
pairs. Les autres scientifiques regardent nos
données pour évaluer la qualité de
la méthodologie. Tant qu’on n’a pas les
résultats de cette évaluation, on ne peut
pas parler des résultats », a
indiqué le Dr Gaston De Serres, médecin
épidémiologiste à l’Institut
national de santé publique du Québec
(INSPQ), l’un des auteurs d’une étude.
« Aucun résultat ne peut être
considéré comme concluant ava nt la fin du
processus d’examens par les pairs », at-on par
ailleurs indiqué à l’Agence de
santé publique du Canada. D’autres études
similaires menées ailleurs dans le monde n’ont
d’ailleurs pas donné les mêmes
résultats, ajoute-t-on.
Pou r le m inistère de la Santé et des
Services sociaux du Québec, les informations
disponibles semblent toutefois suffisantes pour mettre
la campagne de vaccination saisonnière sur la
glace, du moins momentanément.
Selon
ce qu’il a été possible d’apprendre, la
campagne sera retardée pour laisser toute la
place à la campagne de vaccination contre la
grippe A (H1N1) qui doit débuter à la
mi-novembre. Le directeur de la protection publique du
Québec, le Dr Horacio Arruda, devrait en faire
l’annonce en conférence de presse cet
après-midi.
Hier, l’Ontario a pris une décision en ce sens,
modifiant son calendrier de vaccination habituel.
Au Q uébec , plu sieu rs cliniques
médicales annonçaient pourtant depuis
quelques semaines déjà les dates de
vaccination contre l’influenza saisonnière,
principalement pour les personnes à risque, soit
dans ce cas les personnes âgées, les
malades chroniques et les jeunes enfants.
La décision de retarder la campagnehabituelle
automnale donnera le temps nécessaire aux experts
de la santé publique pour étudier
l’évolution du virus dans la
société. La vaccination contre la grippe
saisonnière pourrait ensuite débuter, au
début de l’année prochaine probablement,
explique le Dr Karl Weiss, microbiologiste et
infectiologue à l’hôpital
Maisonneuve-Rosemont.
Québec a pris une sage décision, croit-il.
« Il faut probablement donner la priorité
au virus H1N1 parce qu’on sait que c’est ce qui circule
actuellement. »
Il est rare que deux virus de la grippe circulent en
même temps, précise aussi le Dr Weiss.
Lorsqu’une majorité de Québécois
qui le souhaitent auront été
vaccinés, les responsables de la santé
publique pourraient peut-être envisager une
vaccination contre la grippe saisonnière,
d’autant plus qu’elle semble circuler plus tard depuis
quelques années, apparaissant souvent en janvier.
Québec doit par ailleurs apporter d’autres
précisions concer na nt la vacc i nation contre
la grippe A (H1N1). À la suite d’un avis des
experts de l’INSPQ, la santé publique devrait
ainsi recommander aux femmes enceintes et aux jeunes
enfants d’opter pour le vaccin sans adjuvant.
L’adjuvant est un produit ajouté au vaccin afin
de stimuler une meilleure réponse immunitaire et
produire plus de doses. Ce type de vaccin peut toutefois
entraîner des effets secondaires et n’a pas
été testé sur les deux groupes
à risque.
Même la traditionnelle bise est
menacée - Marc Thibodeau
Psychose
de la grippe A (H1N1) en France
La campagne actuelle de sensibilisation à la
grippe A (H1N1) en France risque-t-elle de «
rendre fous » les citoyens de l’Hexagone ? La
question a été posée publiquement
alors que des gestes quotidiens comme la bise sont
maintenant proscrits. Et parfois remplacés par
des coeurs en papier.
PARIS — Le virus de la grippe A (H1N1) fait peur en
France, au point de compromettre des pratiques
culturelles apparemment immuables comme la bise.
PHOTO XAVIER LEOTY,
ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Aux
Mathes,
dans l’ouest de la France, 86 élèves et
leurs enseignants ont été retenus dans
un camp de vacances à la fin du mois
d’août après que deux cas de grippe A
(H1N1) eurent été détectés
parmi le groupe.
C’est le cas notamment à l’école
maternelle Jea n-Le Brun, à Guilvinec, où
la direction a décidé d’interdire aux
enfants cette salutation rituelle dans l’espoir de
limiter les risques de contagion.
«On a mis en place un système de
boîtes à bisous. Les enfants, plutôt
que de faire la bise à leurs instituteurs ou
leurs petits copains, leur donnent des petits coeurs en
papier», a expliqué hier à La Presse
une adjointe administrative de l’établissement,
Brigitte Le Goff.
«Nous leur faisons aussi préparer des
coffrets à bisous qu’ils vont pouvoir mettre dans
leurs casiers», a ajouté la porte-parole,
qui dit avoir obtenu une excellente collaboration des
élèves.
Bien qu’elle n’ait pas connu de large écho dans
le réseau d’éducation national,
l’initiative de Guilvinec reflète les
précautions prises par plusieurs entreprises du
secteur privé, qui mettent en garde leurs
employés contre les contacts
«inutiles».
C’est le
cas notamment de la firme d’assurances Axa, qui a mis en
place une ligne téléphonique pour que les
salariés puissent s’informer sur la maladie et
les comportements à éviter.
Dans les rencontres publiques, il est désormais
courant d’éviter la bise. Une journaliste
rapporte que lors d’une récente conférence
de presse, ses collègues se saluaient par un
léger hochement de tête à la
japonaise.
Ces marques de prudence, justifiées ou pas,
dépriment le j ournaliste Pascal Riché, du
site Rue89, qui ironise sur le fait que les «
êtres humains ne se rendaient pas compte
jusque-là des risques qu’ils prenaient en se
touchant ». « La campagne actuelle (de
sensibilisation) risque de nous rendre fous. Dans les
entreprises, on commande des masques par dizaines de
milliers... On surnettoie les poignées de porte,
on espace les chaises dans les cantines, on barbote dans
le gel hydroalcoolique, on se lingette, on se virucide,
on s’aseptise », déplore-t-il.
Mutation dangereuse ?
Les médias alimentent largement les
préoccupations de la population en multipliant
les reportages sur le virus, qui a fait moins d’une
demi-douzaine de morts dans l’Hexagone j usqu’à
maintenant. Le quotidien Le Parisien, commentant le
« choc » causé par la mort «
foudroyante » d’un homme d’une trentaine
d’années qui n’avait aucune ma ladie con nue ava
nt de contracter le virus, souligne dans un
récent numéro que « personne n’est
à l’abri ».
Le Monde, plus posé, met en opposition deux
chercheurs qui ne s’entendent pas sur les risques que
pose le virus. L’un parle d’une grippe « unique
» qui aurait peut-être connu
récemment une mutation dangereuse. L’autre
rappelle que la mortalité liée au virus
reste sensiblement inférieure à celle de
la grippe saisonnière.
LE VACCIN INQUIÈTE
En France, le débat s’étend aussi
à la campagne de vaccination qu’entend lancer sous
peu le gouvernement pour tenter d’endiguer la progression
du virus. Dans une lettre ouverte, une
députée européenne écologiste,
Michèle Rivasi, s’inquiète des effets
secondaires potentiels du vaccin qui sera utilisé
et somme la ministre de la Santé, Roselyne
Bachelot, de ne pas se « précipiter »
dans ce dossier. Mme Bachelot précise pour sa part
que le vaccin ne pose aucun risque et écarte les
critiques qui l’accusent d’apeurer les Français en
multipliant les mises en garde.
A (H1N1) 20 % des Canadiens vaccinés en
priorité - Catherine Handfield
Au
Canada, six groupes seront vaccinés en
priorité contre la grippe A (H1N1) : les
personnes atteintes de maladie chronique, les femmes
enceintes, les enfants d’âge préscolaire,
les résidants des communautés
éloignées ou isolées, les
travailleurs de la santé et les gens qui habitent
avec des personnes à risque élevé.
C’est ce qu’a annoncé hier l’Agence de la
santé publique du Canada, qui a produit à
l’intention des provinces et des territoires un document
d’orientation sur la séquence de la vaccination.
E nv i ron 7 m i l l ion s de Canadiens entrent dans
l’une ou l ’au t r e d e s c a t é go r ie s
visées, soit le cinquième de la population
totale. Les catégories ne sont pas
classées selon un ordre de priorité, a
précisé David Butler-Jones, administrateur
en chef de la santé publique du Canada.
« Chaque groupe est important, a-t-il
déclaré au cours d’un point de presse
à Ottawa. Les provinces et les territoires vont
utiliser le guide dans leurs opérations de
planification, mais ils sont libres de les
interpréter en fonction de la situation et des
circonstances locales. » Québec expliquera
les détails de son plan de vaccination cet
après-midi en conférence de presse.
Les gens qui n’entrent pas da ns les catégories
déterminées pourront également
recevoir le vaccin en début de campagne, a
indiqué David Butler-Jones.
Lancement en novembre
«
Au Canada, nous n’avons pas besoin d’un programme de
rationalisation, a-t-il assuré. Nous n’allons pas
renvoyer les gens. Le but est plutôt d’encourager
les gens à risque à se présenter
rapidement pour recevoir le vaccin. »
GlaxoSmithKline, à qui le gouvernement
fédéral a commandé 50,4 millions de
doses de vaccins, commencera ses essais cliniques au
Canada à la fin de ce mois-ci ou au début
du mois d’octobre, a indiqué Marie-Christine
Beauchemin, responsable des communications de la
société. Les essais se feront sur 2000
Canadiens dans 30 endroits différents.
Santé Canada devra approuver le vaccin avant le
lancement de la campagne, qui commencera au début
du mois de novembre, prévoit David Butler-Jones.
À la mi-octobre, le gouvernement
fédéral devrait avoir reçu entre
sept et 10 millions de doses. La production se fait au
rythme de 3,5 millions de doses par semaine.
Une seule injection pourra it êt re su f f isa
nte, selon les premiers résultats d’essa is cl i
n iques menés pa r GlaxoSmithKline en Europe.
« Nous espérons que les Canadiens vont
retrousser leurs manches et recevoir le vaccin, une
procédure simple qui peut réellement faire
une différence », a dit le Dr Butler-Jones.
Par ailleurs, l’activité grippale est
demeurée « relativement basse » cette
semaine. Deux Canadiens sont morts, portant le bilan des
victimes à 76 depuis l’éclosion du virus,
en avril.
A (H1N1) OTTAWA ENVOIE DES SACS
À CADAVRES À DES RÉSERVES DU
MANITOBA
Santé Canada a envoyé des sacs
mortuaires à des communautés autochtones
du Manitoba dans le cadre des mesures de
prévention contre la grippe A (H1N1). La ministre
de la Santé, Leona Aglukkaq, a demandé
à son sous-ministre d’enquêter. Des
réserves du nord de la province ont reçu
des dizaines de sacs à cadavres, livrés en
même temps que du désinfectant et des
masques. C’est Santé Canada qui a envoyé
ce matériel en vue d’une deuxième
éclosion du virus, a indiqué le grand chef
David Harper. L’affaire a suscité l’indignation
des chefs autochtones du Manitoba et de nombreuses
questions. « Je me demande si les responsables de
la Santé savent des choses que nous ignorons
», a dit David Harper, qui se dit «
horrifié » par la situation. La ministre
Aglukkaq, qui a ordonné une « enquête
immédiate » dans ses services, affirme
ignorer les circonstances de l’envoi. «
Présentement, je me pose les mêmes
questions que vous », a-telle dit. Les
réserves du Manitoba ont été
frappées durement lors de l’éclosion de la
grippe au printemps, avec un taux d’infection 20 fois
plus élevé que la population
générale, selon les données des
autorités locales.
La grippe A(H1N1) contagieuse pendant plus d’une
semaine - Pascale Breton
Au moins
15% des personnes infectées par le virus de la
grippe A ( H1N1) sont toujours contagieuses plus d’une
semaine après l’apparition des premiers
symptômes, révèle une nouvelle
étude québécoise.
Les
autorités
de santé publique considéraient
jusqu’à aujourd’hui qu’un isolement d’une
semaine était suffisant dans le cas de la
grippe A(H1N1).
Présentée ce matin dans le cadre de
l’Interscience Conference in Antimicrobial and
Chemotherapy, un congrès international qui se
tient à San Francisco, l’étude indique en
revanche qu’aucun sujet n’était toujours
contagieux au bout de 10 jours.
Ces nouvel les informations concernant la grippe A
(H1N1) pourraient changer la donne. À ce jour, la
directive des autorités de santé publique
préconisait de rester en isolement pendant sept
jours si l’on développait des symptômes
grippaux.
Or, les chercheurs savent maintenant que 15% des
participants à l’étude étaient
toujours contagieux au huitième jour.
« Ça sera aux autorités de
santé publique de prendre en considération
cette étude, à la lumière d’autres
études faites en ce moment à travers le
monde, afin de voir s’il y a lieu ou pas de changer les
recommandations en ce qui a trait à l’isolement
des sujets atteints », indique le Dr Guy Boivin,
du Centre hospitalier universitaire de Québec,
l’un des chercheurs principaux de l’étude.
Le projet de recherche a réunit une quinzaine de
chercheurs québécois d’horizon aussi
divers que l’épidémiologie, la virologie
ou l’infectiologie. L’initiative a été
lancée au printemps par le Fonds de la recherche
en santé du Québec (FRSQ), avec la
collaboration de l’Institut national de santé
publique du Québec. Une subvention de 250 000$ a
été accordée aux chercheurs pour
leurs travaux.
Cette
étude « montre la capacité des
chercheurs au Québec de réagir rapidement
à des défis de santé », s’est
réjoui le président et directeur
général du FRSQ, Yves Joanette.
Dans un premier temps, les chercheurs voulaient
évaluer la contagiosité du virus. Ils ont
rencontré 65 familles québécoises
dont au moins une personne avait été
infectée par le virus. Au total, près de
200 participants ont été
rencontrés.
Des analyses sanguines ont aussi été
prélevées chez les participants afin de
déterminer quelle proportion de la population est
infectée sans pour autant développer de
symptômes grippaux. Ces résultats devraient
être connus d’ici quatre à six semaines.
Après avoir présenté un
abrégé de leurs travaux, le groupe de
chercheurs tentera maintenant de publier son
étude dans une revue spécialisée.
D’ici là, ils continuent de suivre les derniers
développements du virus. Il en est d’ailleurs
beaucoup question lors du congrès qui se tient
à San Francisco. Ce qui se passe actuellement
dans le sud des États-Unis, où la saison
grippale est revenue avec plus de vigueur, est un bon
indicateur de ce à quoi il faut se
préparer au Québec, croit d’ailleurs le Dr
Boivin.
« C’est une question de temps, de mois ou de
semaines, avant qu’on ne soit frappé de nouveau
par une deuxième vague de H1N1 » , croit le
chercheur.
Les dernières données disponibles
concernant la grippe A (H1N1) révèle que
le virus a fait 74 morts au Canada, dont 26 au
Québec.
Les femmes enceintes devraient se tenir loin des
grandes foules - Catherine Handfield
L’Agence
de la santé publique du Canada lance une campagne
publicitaire pour rappeler les précautions visant
à prévenir et à réduire la
propagation de la grippe A ( H1N1). Par ailleurs, les
personnes à risque, dont les femmes enceintes,
devraient songer à ne pas prendre part à
de grands rassemblements.
La ministre fédérale de la Santé,
Leona Aglukkaq, a annoncé hier le lancement d’une
campagne publicitaire à l’approche d’une seconde
vague du virus. Dès le 14 septembre, les
Canadiens pourront entendre des publicités
à la radio et les voir dans les transports en
commun et sur l’internet.
La campagne durera quatre semaines, a
précisé l’administrateur en chef de la
santé publique du Canada, David Butler-Jones, qui
prête sa voix à certaines publicités
radio.
Les publicités rappellent de se laver les mains,
de tousser dans sa manche et de désinfecter les
poignées de porte et autres surfaces
fréquemment touchées. On conseille aussi
aux gens atteints du virus de rester à la maison
et aux personnes à risque de joindre leur
médecin si elles présentent des
symptômes grippaux.
Une étude publiée hier dans la revue
américaine Science suggère que les
campagnes intensives de vaccinationdevraientcommencer au
moins unmois avant l’apogée de la
pandémie, puisque deux doses du vaccin
administrées à trois semaines d’intervalle
pourraient être nécessaires.
Que
fera le Canada si l’épidémie commence en
octobre? « Nous aurions déjà en
notre possession plusieurs doses disponibles », a
répondu le Dr Butler-Jones, soulignant que la
production s’élève à 3,5 millions
de doses par semaine. Les clientèles à
risque seraient vaccinées en priorité.
Des précautions
Par ailleurs, l’Agence de santé publique a
publié hier deux nouveaux feui l lets de direc
tives qu’on peut consulter sur son site web (www.
santepublique. gc. ca).
Le premier est une version plus détaillée
des consignes d’hygiène généra les
. Le second s’adresse aux organisateurs et participants
à de grands rassemblements, comme les
manifestations sportives, les concerts ou les remises de
diplômes, par exemple.
Les autorités conseillent aux personnes à
risque, soit les femmes enceintes et les personnes
immunodéficitaires, « d’envisager de ne pas
assister à ce genre de rassemblement ». Les
personnes atteintes du virus, quant à elles, ne
devraient pas s’y présenter.
Grippe A (H1N1) : les femmes enceintes
pourront opter pour un vaccin sans adjuvant
TORONTO
— Le Canada offrira des vaccins sans adjuvant contre la
grippe A (H1N1) aux femmes enceintes qui, autrement,
auraient pu choisir de ne pas se faire vacciner, a
indiqué le premier administrateur en chef de la
santé publique du Canada.
Le docteur David Butler-Jones a confirmé à
La Presse Canadienne que le Canada achètera 1,2
million de doses du vaccin sans adjuvant. Celles-ci
seront réservées aux femmes enceintes, qui
courent de plus gra nds risques d’être malades et
même de mourir si elles contractent le virus.
Un
adjuvant est un composé qui stimule la
réaction du système immunitaire au vaccin,
permettant d’utiliser de moindres doses pour chaque
personne. Le Canada a choisi de s’approvisionner en
vaccins avec adjuvant à la suite des
recommandations de l’Organisation mondiale de la
santé, qui a suggéré aux pays
populeux d’utiliser des techniques de vaccination
favorisant « l’économie d’antigènes
» afin de maximiser l’approvisionnement mondial.
Alors que quelques pays européens utilisent des
vaccins avec adjuvant depuis plusieurs années,
aucun des vaccins homologués au Canada ne
contient un adjuvant. Et il n’existe aucune
donnée relative à l’utilisation d’un
vaccin avec adjuvant pour les femmes enceintes – une
situation qui en fait hésiter plus d’une à
faire usage de toute forme de médicament ou de
thérapie.
A (H1N1) SOMMES-NOUS PRÊTS AU PIRE ?
- Pascale Breton
Le virus
de la grippe A (H1N1) a déjà fait 2185
victimes et infecté près de 210 000
personnes dans le monde. Alors que plusieurs pays se
préparent à combattre ce fléau, des
voix s’élèvent pour affirmer que le Canada
fait preuve de lenteur. Sera-t-il prêt
Le Canada se prépare depuis plusieurs
années à affronter une pandémie,
stockant antiviraux, masques et gels
antibactériens. Mais tout pourrait basculer si la
deuxième vague attendue de grippe A (H1N1) frappe
trop tôt cet automne, avant que le vaccin ne soit
prêt
Le fédéral et
les provinces se préparent à une campagne
de vaccination massive à compter de la
mi-novembre. Le vaccin ne sera pas obligatoire, mais 50
millions de doses seront disponibles au pays. Les
autorités estiment que jusqu’à 30% de la
population pourrait être touchée par la
maladie.
Si l’apogée de la grippe survient en janvier,
comme c’est le cas depuis quelques années avec
l’influenza saisonnière, tout pourrait bien se
passer.
« Ce serait un scénario idéal parce
qu’on aurait le temps de vacciner tout notre monde avant
que le virus ne commence à circuler. Et avec une
bonne vaccination, on réduirait
considérablement l’impact de la maladie »,
estime le Dr Gaston de Serres,
épidémiologiste à l’Institut
national de santé publique du Québec et
professeur en épidémiologie à
l’Université Laval.
Le problème est que la deuxième vague de
grippe A(H1N1) pourrait aussi frapper dès le mois
de novembre, comme ce fut souvent le cas avec la grippe
saisonnière par le passé.
Dans ce cas, le Canada n’est pas prêt, estime le
Dr Paul Hébert, éditeur du Journal de
l’Association médicale canadienne, qui signe un
éditorial cette semaine pressant le gouvernement
de vacciner plus rapidement les personnes à
risque.
« Idéalement, il faudrait pouvoir vacciner
les gens deux mois avant que le virus ne frappe, de
façon à protéger le plus de monde
possible », explique le Dr Hébert.
À ce jour, il estime que tant le
fédéral que les provinces se sont bien
préparés pour faire face à la
pandémie. Les plans d’action semblent complets et
sont mis à jour régulièrement.
Mais malgré toute la préparation possible,
il n’existe que deux façons de prévenir la
crise : l’accès à des antiviraux pour les
personnes vulnérables et la vaccination. «
On était prêts, mais tout à coup, il
faut attendre jusqu’en novembre pour avoir le vaccin
», déplore le Dr Hébert.
Tous les
pays sont engagés dans la course à la
production d’un vaccin. Des essais cliniques ont
débuté au cours de l’été.
Mais dans le meilleur des cas, il serait surprenant
qu’un vaccin soit disponible avant octobre, estiment
plusieurs. Stocks de masques, d’antiviraux et de gels
antibactériens
Au Québec, tant les hôpitaux que les
écoles, les universités, les
établissements publics et de nombreuses
entreprises disposent d’un plan d’action pour agir face
à une pandémie.
Au cours des dernières semaines, une trentaine de
collèges ont ainsi fait affaire avec la firme
Prudent, un groupe-conseil spécialisé dans
la gestion des risques et la planification des mesures
d’urgence, expliquait récemment le
président-directeur général de la
Fédération des cégeps,
Gaétan Boucher, en rencontre à La Presse.
Comme plusieurs, l’Université de Montréal
a fait installer 200 distributrices de gel
antibactérien sur son campus. À
l’entrée des hôpitaux, des agents de
sécurité rappellent aux visiteurs de se
désinfecter les mains.
Chaque hôpital dispose aussi d’une réserve
de masques N-95 pour une semaine. Par la suite, en cas
de besoin, ils pourront s’approvisionner dans la
réserve nationale constituée par
Québec.
« Nous sommes constamment en train de mettre nos
lignes directrices à jour pour adapter nos
pratiques selon les avancées médicales
», souligne la porte-parole du ministère de
la Santé et des Services sociaux, Dominique
Breton.
Difficile toutefois de s’assurer que toutes les mesures
mises en place seront les bonnes. Ce n’est qu’une fois
la crise passée, rétrospectivement, qu’on
le saura, rappelle le Dr Brian Ward, directeur adjoint
du Centre de recherche en maladies infectieuses et
microbiologie du Centre universitaire de santé
McGill.
« Nous sommes beaucoup mieux
préparés que la grande majorité des
pays et ce, malgré un délai très
court », croit le Dr Ward. Il y a
déjà plusieurs années que le Canada
a signé un contrat avec la compagnie GlaxoSmithKl
ine, l’assurant ainsi d’avoir accès à des
doses suffisantes de vaccin lorsque cela serait
nécessaire, rappelle-t-il.
Cet après-midi, des partenaires du
Ministère de la Santé feront le point sur
la situation au Québec.
Faut-il craindre le vaccin? - Pascale Breton
Pétition contre une vaccination de masse,
rumeurs de complot des grandes pharmaceutiques, doutes
quant à l’innocuité du vaccin, les
allégations circulent allègrement au
sujet de la grippe A (H1N1).
Selon
sondageLaPresseCanadienneHarris-Décima,
seulement 45 % des répondants au Canada (48% au
Québec) ont affirmé avoir l’intention de
se faire vacciner.
Faut-il craindre le vaccin en préparation? Non,
répondent les experts consultés.
Même s’il est vrai que le vaccin peut
entraîner des effets secondaires inconnus
à ce jour, qui n’auraient pas été
décelés lors des essais cliniques.
Ces effets secondaires sont théoriques,
rappelle le Dr Gaston de Serres,
épidémiologiste à l’Institut
national de santé publique du Québec et
professeur en épidémiologie à
l’Université Laval.
« Le risque d’être malade avec le virus
H1N1, lui, n’est pas théorique, il est tout
à fait réel. Avec ce qui va arriver
à l’automne, ceux qui ne seront pas
vaccinés vont avoir une forte
probabilité d’attraper le virus H1N1. S’ils
l’attrapent, plusieurs vont être
hospitalisés et quelques-uns vont en
décéder », explique le Dr de
Serres.
Comme l’Organisation mondiale de la santé le
suggère en cas de pandémie, le vaccin en
préparation contient un adjuvant. Il s’agit
d’un produit qu’on ajoute au vaccin afin de stimuler
une meilleure réponse immunitaire et de
produire plus de doses.
Àce jour, rien n’indique que l’adjuvant pose
problème, bien qu’il n’ait pas
été testé spécifiquement
sur certains groupes vulnérables, notamment les
femmes enceintes, indique le Dr de Serres.
Chacun
doit peser le pour et le contre, se questionner sur
les bénéfices et les
inconvénients de se faire vacciner ou non,
croit pour sa part le Dr Brian Ward, directeur adjoint
du centre de recherche en maladies infectieuses et
microbiologie du Centre universitaire de santé
McGill.
Après avoir subi les désagréments
de la grippe A (H1N1) en juin dernier, lui-même
n’hésitera pas à recommander à
ses proches de se faire vacciner.
« Il n’y a aucune personne qui sera
forcée de prendre le vaccin. Il s’agit de
trouver un équilibre entre les craintes de la
maladie et les craintes du vaccin »,
déclare le Dr Ward.
Les craintes face au vaccin viennent peut-être
du fait que toute la population est aujourd’hui
visée. Généralement, le vaccin
contre l’influenza saisonnière cible
plutôt des groupes précis, suggère
de son côté le Dr Guy Boivin,
microbiologiste et infectiologue au Centre hospitalier
de l’Université Laval.
Certains se rappellent aussi cet épisode
survenu en 1976, alors que des militaires
américains basés au New Jersey avaient
été frappés par un virus H1N1 de
souche porcine, mais différente de la souche
actuelle.
Les autorités avaient procédé en
catastrophe à une vaccination de masse avant de
se rendre compte qu’il n’y avait pas de
pandémie et que le vaccin provoquait une
paralysie chez certains, rappelle le Dr Boivin.
La situation est différente aujourd’hui,
ajoute-t-il. « Je crois personnellement que les
craintes ne sont pas justifiées. Avant de
rendre un vaccin disponible, on fait des tests de
sécurité et d’efficacité. »
Vaccin trouble - ARIANE KROL
Ot t awa
of f r i ra - t-i l le vaccin contre la grippe A (H1N1)
assez tôt cet automne ? La ministre
fédérale de la Santé a beau
répéter que oui, elle ne convainc
personne. Leona Aglukkaq doit s’expliquer sur la
stratégie canadienne.
La ministre Aglukkaq, qui participe à une
importante conférence sur la prévention de
la grippe à Winnipeg, est sur la défensive
depuis mardi. Et elle se défend très mal.
Nier que le Canada soit en retard, comme elle l’a fait
à plusieurs reprises, n’avance à rien.
Nous savons que d’autres pays comme les
États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie
commenceront à offrir leur vaccin environ un mois
avant le Canada. Pourquoi ? Pour l’instant, on n’a pas
reçu l’ombre d’une explication.
Le
Journal de l’A ssociation médicale canadienne a
dénoncé la situation en éditorial
lundi. Le Canada doit commencer à vacciner les
groupes à risque plus tôt, réclament
les cosignataires du texte. Une demande simple qui exige
une réponse claire. Car si la grippe A (H1N1)
s’est révélée moins féroce
qu’on le craignait au départ, elle s’est aussi
montrée d’une grande virulence envers certains
groupes. Les femmes enceintes et les autochtones, par
exemple, risquent beaucoup plus de souffrir de
complications graves. La ministre, pourtant, n’a
donné aucune garantie à leur sujet.
Mme Aglukkaq doit comprendre que la controverse ne
s’éteindra pas d’elle-même.
L’éditorial du Journal n’est qu’un
avant-goût. Vers la mioctobre, on commencera
à voir des images d’Américains et de
Britanniques qui se font vacciner. Peut-être
même des Australiens avant la fin de septembre.
Les Canadiens vont poser des questions. Que leur
répondra la ministre ? Que tout baigne puisque
leur gouvernement s’occupera d’eux un mois plus tard ?
Bonne chance !
Pourtant, d’après les informations que nous avons
obtenues, Ottawa serait capable d’offrir le vaccin plus
tôt à certains groupes à risque. C
’e s t m ê m e u n s c é n a r io
envisagé pour les femmes enceintes. Par ailleurs,
notre calendrier de vaccination plus tardif
découlerait de certains c hoi x j u s t i f ia
ble s – l ’éva - luation préalable du
vaccin et la quantité commandée, entre
autres. Bref, il y aurait des arguments
défendables à l’appui de la
stratégie canadienne. Pourquoi ne pas nous les
présenter au lieu de répéter des
phrases creuses qui ne rassurent personne ?
La
ministre peut se compter chanceuse. Pour l’instant, les
Canadiens semblent se méfier davantage du vaccin
que de la grippe. Plus de la moitié n’ont pas
l’intention de se faire immuniser,
révélait un sondage cette semaine. Mais le
vent peut tourner. Si le virus frappe tôt et,
surtout, beaucoup plus gravement qu’au printemps, le
vaccin risque de devenir très demandé. Si
Ottawa n’est pas encore prêt à l’offrir, il
va devoir s’expliquer.
La lenteur d’Ottawa critiquée -
Mathieu Perrault
L e
gouver nement fédér a l devrait commencer
la vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1)
plus tôt que prévu, réclame le
Journal de l’Association médicale canadienne.
Sinon, des victimes inutiles dans des groupes à
risque, comme les femmes enceintes et les jeunes
enfants, pourraient en souffrir et créer des
goulots d’étranglement dans le réseau de
la santé.
« Beaucoup de pays ont décidé de
faire les choses de manière différente du
Canada, explique Paul Hébert, l’éditeur du
Journal, qui a signé l’éditorial. La
manière dont Santé Canada a
décidé d’approuver le vaccin fait en sorte
qu’on commencera à vacciner au début
décembre plutôt qu’au début octobre.
Or, tout porte à penser que le pic de la grippe A
(H1N1) cet automne aura lieu à la
mi-décembre. Pour bien protéger les
clientèles à risque, comme les femmes
enceintes, les autochtones et les jeunes enfants, il
faut commencer à vacciner début octobre.
»
Des tests nécessaires
Selon le
Dr Hébert, Santé Canada a
décidé de procéder à des
tests plus poussés que pour le vaccin de la
grippe ordinaire. Ces tests sont nécessaires
parce que le virus H1N1 de la grippe porcine n’a pas
circulé depuis longtemps dans la population, ce
qui fait que le vaccin est considéré comme
un nouveau médicament. De plus, il doit
être administré avec un adjuvant qui
augmente son efficacité. Le Dr Hébert
propose que le vaccin seul soit approuvé en
version accélérée pour les
clientèles à risque, et que le vaccin avec
adjuvant soit approuvé selon les plans actuels
pour le reste de la population.
« Ça ferait toute la différence pour
les groupes à risque, dit le Dr Hébert. Et
ça éviterait des embouteillages dans notre
système de santé. Le Canada est l’un des
pays les mieux placés pour répondre
à la pandémie actuelle parce qu’il a une
bonne capacité de production de vaccin, mais il
faut bien se servir de cet atout. »
À Santé Canada, le relationniste Gary
Scott Holub assure que l’approbation du vaccin sera
accélérée si nécessaire et
qu’elle « peut être rapidement
ajustée pour répondre aux besoins en
santé du public ». « Santé
Canada sera en mesure d’approuver rapidement un vaccin
antigrippal avec adjuvant ou sans adjuvant dès
qu’un vaccin sera disponible et qu’une décision
de santé publique autorisera l’utilisation d’un
vaccin. »
« Au Canada, la
vaccination n’est pas obligatoire »
2,7 millions de plus pour la recherche
-
Pascale Breton
Au
moment où plusieurs mettent en doute la
pertinence de se faire vacciner contre la grippe A (
H1N1), l’Agence de santé publique du Canada
débloque des sommes supplémentaires pour
étudier l’innocuité du vaccin.
Le gouvernement fédéral a ajouté
hier 2,7 millions pour la recherche sur le vaccin, une
somme qui s’ajoute au fonds de 10,8 millions
annoncé au début de l’été.
« Ce fonds sera utilisé pour évaluer
la sécurité et l’efficacité du
vaccin pour lutter contre pour la pandémie
», a annoncé hier la ministre de la
Santé, Leona Aglukkaq.
Des études cliniques seront menées en 10
endroits différents au pays. La vaccination
devrait ensuite débuter à la mi-novembre.
À ce moment, le Canada devrait disposer de 12
millions de doses sur les 50 millions prévues au
total.
La
capacité de production est en effet de 3,4
millions de doses par semaine et à la
mi-novembre, la production devrait être
commencée depuis quelques semaines.
« Au Canada, la vaccination n’est pas obligatoire
», a rappelé l’administrateur en chef de
l’Agence de santé publique du Canada, le Dr David
Butler-Jones, voulant du coup mettre fin à
certaines rumeurs qui circulent.
« Nous espérons que les gens vont faire le
choix d’être immunisés (de se faire
vacciner), mais ça reste leur choix. »
Depuis quelques semaines, beaucoup d’information
circule, particulièrement sur l’internet, afin de
dénoncer les campagnes de vaccination et de
mettre en garde la population.
Des études menées auprès de
médecins et d’infirmières montrent aussi
les réticences de plusieurs à se faire
vacciner. Un sondage publié cette semaine dans la
revue BMJ (anciennement le British Medical Journal)
révèle que moins de 50% des
infirmières et médecins chinois qui
avaient répondu au sondage avaient l ’ intention
de se faire vacciner.
Vaccination à la chaîne contre la
grippe - Pascale Breton
Québec espère ainsi contourner la
pénurie anticipée de personnel en
santé
Les autorités de santé publique craignent
de manquer d’infirmières ou de médecins.
Un certain nombre d’entre eux pourraient devoir
s’absenter du travail, soit parce qu’ils seront malades
ou parce qu’ils devront s’occuper de leurs proches.
Québec mise sur une campagne de vaccination
massive, où 300 personnes seront vaccinées
à l’heure dans chaque point de service, pour
lutter contre la pandémie de grippe A (H1N1).
PHOTO ARCHIVES REUTERS
Jusqu’à
300 personnes à l’heure pourraient être
vaccinées dans chaque point de service au
Québec. Ce modèle à la
chaîne a déjà été
testé dans certaines régions lors de
campagnes de vaccination contre la grippe
saisonnière.
Ce modèle de vaccination à la chaîne
permettra de vacciner la population plus rapidement,
mais aussi de faire face à un taux
d’absentéisme plus élevé
qu’à l’habitude dans le réseau de la
santé.
« Certaines tâches seraient
réservées au x in firmières, mais
il y aurait aussi d’autres ressources, comme des
personnes retraitées, pour aider à
l’organisation de l’administration des vaccins »,
explique la porte-parole du ministère de la
Santé, Dominique Breton.
Ce modèle de vaccination à la chaîne
a déjà été testé dans
certaines régions – notamment la région de
la CapitaleNationale – lors de campagnes de vaccination
contre la grippe saisonnière.
Au Québec, on ne semble d’ailleurs pas craindre
une pénurie de personnel. Ailleurs au pays,
l’inquiétude commence à poindre à
ce sujet. Les autorités de santé publique
craignent de manquer d’infirmières ou de
médecins. Un certain nombre d’entre eux
pourraient devoir s’absenter du travail, parce qu’ils
seront malades ou parce qu’ils devront s’occuper de
leurs proches.
Banques de ressources
Selon le
Globe and Mail d’hier, des provinces comme la
Colombie-Britannique et l’Alberta songent même
à faire appel aux pharmaciens pour vacciner la
population afin de compenser un éventuel manque
de main-d’oeuvre.
« Au Québec, précise Dominique
Breton, la vaccination n’est pas un acte autorisé
pour les pharmaciens. Seuls les médecins, les
infirmières et infirmières auxiliaires
peuvent administrer les vaccins. »
En plus du personnel en place, le gouvernement estime
mières et infirmières auxiliaires se
concentrent uniquement sur la vaccination.
Des infirmières à la retraite pou rraient
aussi être rappelé e s . D e pu i s plu
sieu r s
Ces banques de ressources vont permettre de pallier le
ma nque de person nel , c roit la présidente de
la Fédération interprofessionnelle du
Québec , Régi ne qu’il peut compter sur un
bassin de 40 000 étudiants et 9000 fonctionnaires
qui pourraient s’occuper de l’inscription et de la
préparation des personnes afin que les
infirannées déjà, on tient à
jour des listes de disponibilités des
professionnels retraités ou qui vaquent à
d’autres activités, notamment dans les syndicats.
Laurent. « Notre âme d’infirmière
demeure. C’est sûr que tout le monde va
s’empresser d’offrir son aide pour aller vacciner.
»
L’apport des infirmières au x ilia i res pou r ra
it êt re i mpor t a nt , aj oute - t-el le .
« C’est une main-d’oeuvre de plus si on a besoin
d’une vacc i nation ma ssive et urgente. »
Les autorités de santé publique du
Québec doivent par ailleurs faire le point sur la
question de la vaccination cette semaine. On s’attend
à ce que la campagne commence en novembre et que
deux doses soient administrées, mais tout reste
encore à préciser. Québec doit
aussi faire le point sur la question des travailleuses
enceintes quand il aura reçu l’avis de l’Institut
national de santé publique.
La rentrée scolaire aura lieu comme
prévu - Pascale Breton
La
première vague de grippe A (H1N1), qui a atteint
un sommet au début du mois de juin, est
derrière nous. Mais les autorités de la
santé publique se préparent à une
deuxième vague, plus tard à l’automne.
À la veille de la rentrée scolaire, la
vigilance est de mise. La rentrée scolaire aura
lieu comme prévu la semaine prochaine. Il n’est
pas question de fermer les écoles de
manière préventive ou de retirer
systématiquement les travailleuses enceintes.
Le
ministre
québécois de la Santé, le Dr Yves
Bolduc, en compagnie du directeur de la protection de
la Santé publique du Québec, le Dr A
(H1N1) à la veille de la rentrée
scolaire. Arruda, ont fait le point hier sur la grippe
En fait, rien ne change dans le plan prévu
à ce jour. Les autorités
fédérales comme provinciales ont fait le
point hier pour rassurer les parents et rappeler qu’il
n’a pas lieu de fermer les écoles actuellement.
Mais la vigilance reste de mise et tout le monde se
tient prêt. « On ne néglige aucun
détail. S’il n’arrive rien, tant mieux. Mais s’il
arrive quelque chose, on est prêts à tous
les scénarios », a déclaré le
ministre de la Santé, Yves Bolduc.
La première vague de grippe A ( H1N1), qui a
frappé au printemps, a atteint son sommet pendant
la deuxième semaine de juin. À ce moment,
jusqu’à 107 cas ont été
signalés en une seule journée. Mais
depuis, l’indice grippal est en constante diminution, a
expliqué le directeur de la protection de la
santé publique, Horacio Arruda.
Si une deuxième vague de grippe frappait avec
virulence, la décision de garder certaines
écoles ouvertes pourrait être revue.
« Si la situation épidémiologique
changeait et qu’on avait l’impression qu’il était
nécessaire ( de fermer les écoles) parce
que la sévérité est plus
importante, les autorités de santé
publique reviendraient pour prendre une décision
», a précisé le Dr Arruda.
La question des travailleuses enceintes demeure
toutefois en suspens. La situation est suffisamment
préoccupante pour qu’un avis sur le sujet ait
été demandé à l’Institut
national de santé publique du Québec. La
réponse devrait arriver dans les prochains jours.
La semaine dernière, une jeune mère de 23
ans est morte à Montréal à la suite
de complications dues à la grippe A (H1N1)
qu’elle a contractée en juin. Son
bébé, né par césarienne, a
survécu et se porte bien.
Une étude publiée dans la revue The Lancet
plus tôt cet été a
démontré que les femmes enceintes risquent
davantage d’avoir des complications, d’être
hospitalisées ou de mourir à cause de la
grippe porcine.
Cette
situation suscite des inquiétudes
particulières dans les écoles, reconnues
comme un foyer de propagation de la maladie.
Pour l’instant, c’est le programme en place qui
s’applique, à savoir que le médecin
traitant recommande le retrait préventif de la
travailleuse enceinte s’il le juge nécessaire.
Plusieurs enseignantes en bénéficient
déjà puisqu’elles ne sont pas
immunisées contre le parvarovirus B19,
responsable de la « cinquième maladie
», qui peut être dangereuse pour le foetus.
Selon l’avis qu’il aura reçu de ses experts, le
ministère de la Santé pourrait recommander
le retrait préventif des travailleuses enceintes,
principalement dans les écoles et les services de
garde.
Au moment où élèves et professeurs
s’apprêtent à reprendre le chemin des
classes, c’est la vigilance qui est de mise. Il faut
rappeler les mesures de protection contre la grippe,
notamment le lavage des mains. Si un enfant est malade,
il devrait rester à la maison. Même chose
pour le personnel enseignant, ont rappelé les
autorités hier.
Nul besoin de courir acheter du désinfectant pour
les mains. « Dans toutes les écoles du
Québec, il y a de l’eau et du savon et ça
suffit. Le Purell peut être une mesure de plus,
mais le Ministère ne recommandera pas aux
écoles et aux parents d’en acheter », a
précisé Bruno Faucher, du ministère
de l’Éducation, du Loisir et du Sport en
rappelant que ce produit, qui contient de l’alcool, peut
même être contre-indiqué pour les
jeunes enfants.
Les écoles se tiennent prêtes à
faire face à une recrudescence de la grippe plus
tard à l’automne. Une mise à jour du plan
de préparation sera prête d’ici à
quelques semaines. Au début du mois de septembre,
toutes les organisations du réseau doivent aussi
tenir une rencontre.
Même si on se trouve en pleine pandémie,
les cas de grippe A ( H1N1) sont moins graves que ce qui
avait été appréhendé.
Par contre, la maladie peut être dangereuse pour
certaines catégories de personnes. C’est le cas
des bambins de moins de 2 ans, des femmes enceintes, des
personnes atteintes de maladies chroniques
(diabète, maladie respiratoire) et des personnes
âgées de plus de 60 ans.
« On ne doit pas faire peur, mais dans certaines
situations, il peut y avoir des conséquences
très graves », a rappelé Horacio
Arruda. Ces personnes devraient consulter leur
médecin dès l’apparition de
symptômes grippaux.
Les syndicats réclament des directives claires
- Catherine Handfield
Les
syndicats des milieux scolaire et médical ont
accueilli le point de presse d’hier de façon
mitigée. Plusieurs ont dénoncé le
fait qu’il n’y ait pas de directives claires en cas de
deuxième vague de grippe A (H1N1).
Le président de la
centrale de l’enseignement du Québec (CSQ),
Réjean Parent, s’est dit déçu
du point de presse d’Yves Bolduc.
Réjean Parent, président de la Centrale
des syndicats du Québec, s’est dit «
très déçu » des
recommandations faites hier par les autorités.
« On laisse planer une incertitude, une
confusion », a-t-il déploré.
Réjean Parent, dont le syndicat
représente 90 000 travailleurs du réseau
scolaire québécois, aurait
souhaité que les autorités de la
santé publique lancent un plan d’action
uniforme pour toutes les écoles du
Québec.
M. Parent espérait aussi que le gouvernement
mette sur pied une veille qui comptabiliserait les
absences des élèves liées
à la grippe, question d’assurer un suivi
adéquat.
Même son de cloche du côté de Manon
Bernard, présidente de la
Fédération des syndicats de
l’enseignement. Elle apprécie que le
ministère de l’Éducation ait
envoyé des directives aux commissions
scolaires, hier, concernant les mesures
d’hygiène à adopter pour éviter
la propagation du virus. « Mais
concrètement, quel sera le suivi des
autorités ? »
À l’opposé, Josée Bouchard,
présidente de la Fédération des
commissions scolaires du Québec, s’est dite
« très satisfaite » du point de
presse. « On connaît les règles
d’hygiène à suivre, et on sera
prêt à faire en sorte que tout fonctionne
bien », a dit Mme Bouchard.
Le président de la Fédération des
médecins omnipraticiens du Québec, Louis
Godin, a déploré le fait que les
médecins de famille qui travaillent en cabinet
privé n’aient pas reçu de directives
claires.
Actuellement, la
communicationaveclesautoritésest «
difficile » et « déficiente
», selon le Dr Godin. Contrairement à
leurs collègues du milieu hospitalier, les
omnipraticiens qui travaillent en clinique sont
laissés à eux-mêmes, dit-il.
« Plusieurs questions restent en suspens. En cas
de pandémie, qui travaillerait en clinique?
Doit-on faire vacciner le personnel? Où peut-on
se procurer des gants et des masques? »
« S’il y avait une deuxième vague de
grippe demain matin, ce serait difficile »,
a-til conclu.
Ottawa déconseille la fermeture d’écoles
- Malorie Beauchemin
Même si les écoles et garderies
représentent des lieux propices à la
propagation des virus, et que les vaccins
adéquats ne seront pas disponibles avant le
mois de novembre, le gouvernement
fédéral déconseille aux
établissements scolaires de fermer leurs
portes de façon préventive.
La direction de la
santé publique n’envisage pas de
recommander la fermeture des écoles comme
ce fut le cas en Argentine plus tôt cette
année.
La ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, a
présenté hier les lignes directrices
pour aider les écoles, garderies et
établissements d’éducation
postsecondaire à se préparer à
une possible recrudescence des cas de grippe H1N1
à l’aube d’une saison habituellement propice
à l’influenza.
Alors que la fermeture préventive
d’écoles peut sembler un bon moyen de
prévenir la propagation du virus, les
autorités canadiennes rejettent cette mesure,
expérimentée dans d’autres pays, dont
l’Argentine.
« Les écoles représentent des
situations contrôlées. On peut y
superviser le lavage des mains, l’enseignement des
mesures d’hygiène, l’information aux parents
», a estimé le Dr David Butler-Jones,
administrateur en chef de la santé publique
du Canada.
Fermer les écoles aurait selon lui davantage
d’effets négatifs : certains parents seraient
contraints de s’absenter du travail, des enfants
sans supervision pourraient propager le virus dans
des endroits publics, comme des centres commerciaux,
f réquentés notamment par des
personnes âgées.
« Si les circonstances changent dramat
iquement, et qu’on voit, par exemple, un taux de
mortalité élevé chez les
enfants, à ce moment-là on pourra
reconsidérer la mesure », a-t-il
ajouté.
Les autorités canadiennes recommandent
plutôt des mesures d’hygiène, mais
suggèrent aussi aux écoles et aux
commissions scolaires de préparer des «
protocoles d’isolement » , à mettre en
place rapidement si des cas de grippe H1N1
surviennent.
Selon M. Butler-Jones, les vagues d’influenza
surviennent habituellement vers la fin de l’automne,
avec un sommet entre janvier et mars.
« À ce moment-là, tous ceux qui
le souhaitent auront pu avoir au moins une dose de
vaccin, voire deux si nécessaire »,
a-t-il ajouté. Le gouvernement
fédéral a commandé il y a deux
semaines 50 millions de doses de vaccins pour
pallier une possible deuxième vague de grippe
H1N1 dans les prochains mois.
Les PME doivent y voir
Le
virus A (H1N1) est l’occasion d’adopter un plan
d’urgence - Victor Pellegrino
Les autorités sanitaires du Canada se
préparent en prévision d’une
éventuelle épidémie de grippe A
(H1N1) à l’automne, pendant que les organismes de
santé provinciaux et fédéraux
s’efforcent de mettre en place une stratégie pour
affronter le virus.
Les problèmes de ce genre peuvent être
inhabituels ou rares, mais ils n’ont pas à
être imprévus. Pour les
propriétaires d’entreprises du Canada, il peut
s’agir d’une occasion idéale pour
réfléchir à leurs plans d’urgence –
qu’ils soient conçus pour le virus A (H1N1) ou
pour toute autre éventualité.
Selon un sondage Harris/ Decima commandité par
BMO Groupe financier, les propriétaires de PME du
Canada qui disposent d’un plan d’urgence sont bien
conscients de l’importance d’un tel plan. En fait, ceux
qui en ont un le considèrent comme un important
facteur de succès lors des périodes
économiques difficiles.
Et c’est logique. Car les entreprises doivent pouvoir
faire face à toutes sortes de situations
susceptibles d’avoir des répercussions directes
sur leur personnel et sur leur façon de faire des
affaires, que ces situations soient liées
à des problèmes sanitaires ou qu’elles
résultent d’un ralentissement économique.
Mais pour ce qui est des problèmes de
santé comme la grippe A (H1N1), la
majorité des propriétaires de PME n’ont
aucun plan. Selon le sondage mené auprès
de propriétaires d’entreprises le mois dernier,
seulement une entreprise sur 10 possède un plan
de continuité des activités conçu
spécialement pour affronter le virus A (H1N1).
Les propriétaires de microentreprises (moins de
cinq employés) sont parmi les moins
préparés. Les conséquences peuvent
être importantes: si un seul employé d’une
de ces petites entreprises tombe malade, cela peut
représenter plus de 20% de son effectif.
Lorsqu’on prépare un plan d’urgence, il faut
considérer plusieurs éléments.
• Envisager d i f férentes situations
susceptibles d’avoir des répercussions sur votre
entreprise, et en particulier la façon dont elles
pourraient influer sur vous. Il peut s’agir, par
exemple, d’une maladie et de la peur d’une
pandémie qui inciteraient les employés et
les clients à rester chez eux, de pannes
d’électricité ou encore de conflits de
travail. Les propriétaires d’entreprises
devraient agir dès maintenant, notamment en
organisant des séances de remue-méninges
avec leurs gestionnaires pour s’assurer, autant que
possible, que rien n’a été
négligé.
• Dresser une l iste des mesures à prendre pour
chaque scénario envisagé et les mettre par
écrit afin que tous les
employés-clés comprennent bien quelles
sont leurs responsabilités dans chacun des
scénarios.
• Élaborer un plan de communication, comprenant
notamment un arbre d’appel et un schéma des
communications, pour s’assurer que tous les
employés peuvent être contactés en
cas d’événement majeur et qu’ils peuvent
ensuite exécuter les tâches qui leur ont
été spécifiquement
attribuées.
Un plan d’urgence devrait aussi comporter certains
éléments propres aux urgences sanitaires.
Par exemple, indiquer les services et les
opérations prioritaires, former des
employés pour qu’ils puissent assumer les
responsabilités de leurs collègues
absents, établir des lignes directrices en
matière d’hygiène et prévoir des
politiques d’horaires flexibles et de
rémunération alternative.
Enf i n , un plan n’aura aucune valeur tant qu’i l
n’aura pas été diffusé largement
parmi les employés, afin qu’ils puissent prendre
les mesures appropriées le moment venu.
Aujourd’hui, la menace de la grippe porcine
inquiète les gens, mais d’une certaine
façon, elle pourrait avoir quelque chose de bon.
Nous avons parfois besoin d’une menace comme
celle-là pour passer à l’action. En fait,
si les autorités sanitaires canadiennes sont
aujourd’hui relativement bien préparées
à affronter le virus de la grippe A ( H1N1),
c’est en grande partie parce qu’elles ont
déjà vécu la crise du SRAS il y a
six ans à peine et qu’elles en ont tiré
des leçons.
Cette mort doit convaincre de mieux protéger
les femmes enceintes - Ariane Lacoursière
Fatiha
Idrissi Kaitouni, une Montréalaise de 23 ans qui
était atteinte de la grippe A (H1N1), est morte
hier matin à l’hôpital du
Sacré-Coeur. Pour les proches de la jeune femme,
ce décès doit convaincre les
autorités de l’importance de protéger les
femmes enceintes contre cette nouvelle
épidémie.
PHOTOFOURNIE PAR LA
FAMILLE
Fatiha
Idrissi
Kaitouni était maintenue en vie
artificiellement depuis la naissance de son fils
Yassine.
Mme Kaitouni avait contracté la grippe A(H1N1) il
y a deux mois, alors qu’elle était enceinte.
Présentant une forte fièvre, elle
s’était rendue à l’hôpital
SainteJustine le 7 juin. Dans les jours suivants, elle a
commencé à souffrir de graves
problèmes respiratoires, à un point tel
que les médecins ont dû ordonner son
transfert à l’hôpital du
Sacré-Coeur, où elle a subi une
césarienne.
Dès sa naissance, son fils Yassine a
été transféré à
l’Hôpital de Montréal pour enfants
où on l’a traité pour des problèmes
respiratoires. Là-bas, il a reçu des
antiviraux de façon préventive. « Le
petit n’a jamais eu la grippe. Ce n’est pas le cas de sa
mère, qui n’a pas eu de traitement rapidement
même si on savait qu’elle était atteinte!
» a dénoncé Hajar Rougui, une bonne
amie de Mme Kaitouni.
À la suite de son accouchement, Mme Kaitouni a
été plongée dans un coma
artificiel. Dans les jours qui ont suivi, son
état n’a fait que se détériorer.
Souffrant de nombreuses hémorragies, elle a perdu
beaucoup de sang. « Elle avait huit drains! Elle
perdait 1,8 litre de sang à l’heure! Elle se
faisait transfuser 34 sacs de sang par jour! » a
dit Mme Rougui.
MmeKaitounin’a jamais repris totalement connaissance.
« Juste une fois, elle s’est mise à parler
un peu, a raconté Mme Rougui. Elle a juste dit:
"Mon bébé... Mon bébé..."
Elle avait tellement hâte de voir son
bébé... »
Mme
Kaitouni est morte tôt, hier matin. « Les
médecins ont appelé son mari vers minuit
et lui ont dit de venir à l’hôpital, car la
pression artérielle de sa femme diminuait
énormément. Il s’est rendu à son
chevet. Elle est morte vers 4h45 du matin », a
raconté Mme Rougui.
Le mari de Mme Kaitouni, Mohammed Idrissi, n’a pas voulu
parler à La Presse, hier. « Pas
aujourd’hui... Je suis si fatigué », a-t-il
soufflé. L’hôpital du Sacré-Coeur
n’a pas voulu commenter la situation. Le
ministère de la Santé duQuébec a
dit attendre des résultats d’analyses avant de
parler des causes du décès. Le
Ministère a confirmé queMme Kaitouni
était bel et bien atteinte de la grippe A(H1N1),
mais il reste à déterminer si sa mort a
réellement été causée par le
virus.
M. Idrissi a porté plainte à
l’hôpital Sainte-Justine, car il estime que sa
femme n’a pas été traitée assez
rapidement. Mais il n’a pas l’intention d’entamerune
poursuite, selon Mme Rougui. « Notre objectif est
simplement que les autres femmes enceintes ne vivent pas
pareille situation », a-t-elle assuré.
Si les femmes enceintes ne sont pas plus à risque
de contracter la grippe A(H1N1), elles risquent
davantage de subir des complications, puisque leur
système immunitaire est affaibli. Les femmes
enceintes ont quatre fois plus de risques que la moyenne
d’être hospitalisées, selon une
étude américaine publiée en
juillet.
D’a i l leurs, une femme enceinte espagnole de 31 ans
est morte hier, à l’hôpital de Castellon,
des suites de complications liées à la
grippe A (H1N1).
L’Agence de la santé et des services sociaux de
Montréal conseille d’ailleurs aux médecins
de traiter les femmes enceintes dès l’apparition
de symptômes grippaux.
GRIPPE A(H1N1) Faut-il craindre la rentrée
scolaire ? - Pascale Breton & Louise Leduc
« Si
une forte propagation de personne à personne devait
survenir, des établissements d’enseignement
pourraient être exceptionnellement fermés
»
Pendant que l’Europe se demande si des écoles
devraient fermer leurs portes cet automne pour limiter la
propagation de la grippe A (H1N1), la
rentréescolairedevrait avoir lieu comme
prévu à la fin du mois au Québec.
Pour l’instant, il n’est pas question de fermer les
écoles, affirme le directeur national de la
santé publique, le Dr Alain Poirier.
« Selon ce qu’on sait du virus, il y aura
probablement plus de désavantages à fermer
les écoles et les garderies. »
L’inquiétude vient du fait que le virus se propage
facilement chez les jeunes. Mais il semble aussi moins
virulent dans cette catégorie de la population.
Fermer les écoles n’est pas la solution, poursuit
le Dr Poirier.
« Est-ce que ce sont les parents qui vont devoir
s’occuper des enfants et délaisser le travail?
Est-ce que ces enfants seront confinés à la
maison? La réponse est non. Ces enfants vont
sortir, iront au cinéma, au centre commercial, vont
se retrouver en groupe et transmettre le virus. »
Le Ministère compte plutôt sur la
collaboration des écoles et des parents pour
recenser les cas de grippe et rappeler les règles
d’hygiène comme le lavage des mains.
C’est d’ailleurs la politique qui a été
appliquée en avril, lorsque les premiers cas de
grippe A( H1N1) ont été signalés au
Québec. Des élèves ont
été contaminés au collège
Charlemagne, à l’école primaire de
Dollard-desOrmeaux et au collège SaintBernard,
à Drummondville.
Les écoles n’ont pas fermé leurs portes.
Seul l’établissement de Drummondville a
fermé sa section primaire pendant une
journée, le temps de procéder à une
désinfection.
Comme les municipalités, les hôpitaux et
plusieurs entreprises, les écoles disposent d’un
plan de préparation à une pandémie
depuis 2006.
« Si une forte propagation de personne à
personne devait survenir, des établissements
d’enseignement pourraient être exceptionnellement
fermés » , peut-on lire dans ce plan aux
lignes plutôt générales.
Une mise à jour du plan est en cours et sera
prête cet automne, précise le porte-parole du
ministère de l’Éducation, des Loisirs et du
Sport, Pierre Noël. Mais rien n’indique pour le
moment que l es recomma ndat i ons vont changer.
« La rentrée aura lieu comme prévu, le
27 août, i ndique d’ailleurs Nathalie Roberge,
porte-parole de la Commission scolaire de Montréal
. Nous avons un comité de pandémie en place
et nous sommes toujours en lien avec les autorités
de la santé publique pour évaluer la
situation. »
Plutôt que la fermeture systématique des
écoles, le plan québécois
préconise de maintenir le plus possible les
services en place, tant les services éducatifs,
administratifs que de garde.
Si un trop grand nombre de travailleurs manquent
à l’appel pour cause de maladie, les services
essentiels devront être maintenus. Même
grippées, certaines personnes pourraient devoir
travailler, précise le plan.
De leur côté, les syndicats suivent
également la situation de près. «
Pour le moment, nous n’envisageons pas d’action
particulière à la rentrée, sinon de
surveiller les actions ministérielles s’il en est
», indique Claude Girard, porte-parole de la
Centrale des syndicats du Québec, qui
représente la majorité des enseignants.
Situation différente en Europe
La situation est fort différente de l’autre
côté de l’océan. La propagation de
la grippe A( H1N1) préoccupe les autorités
au point où certains pays songent à fermer
des écoles.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a
récemment indiqué que des pays pourraient
retarder la rentrée scolaire. Il revient à
chaque gouvernement d’évaluer la situation qui
lui est propre, selon l’ampleur de la pandémie, a
signalé en entrevue Aphaluck Bhatiaseve,
porteparole de l’OMS.
En France, par exemple, les autorités pourraient
hausser le degré d’alerte à 6 en
septembre, ce qui pourrait entraîner des
fermetures d’école.
Ju squ’à ma i ntena nt , le Québec a
adopté une stratégie bien
différente de celle des autres pays en ne
confinant pas les personnes malades, note le Dr Karl
Weiss, microbiologiste et infectiologue à
l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.
« Il faut faire attention à la façon
dont on est perçu. Le Canada est
considéré, de l’extérieur, comme
une zone chaude. Si ça se mettait à
déraper, ce serait problématique »,
croit le Dr Weiss, qui cite notamment le risque que des
citoyens canadiens soient mis en quarantaine à
l’étranger.
D’ailleurs, il considère que la stratégie
de communication mise en place par les autorités
canadiennes et québécoises tend à
banaliser la maladie. « Je tiens à le
souligner. Ce n’est pas une maladie bénigne.
»
Au printemps, le Mexique avait été le
premier pays touché par la grippe A( H1N1). Il a
aussi été le premier à confiner la
population. Pendant une semaine, écoles,
universités, garderies, gyms et restaurants ont
fermé leurs portes pour endiguer la propagation
du virus.
Par la suite, les États-Unis ont à leur
tour fermé 533 écoles, obligeant plus de
330 000 élèves à faire
l’école buissonnière. Le Japon a, pour sa
part, fermé 4400 écoles à la
mi-mai.
Choisir le bon moment
FERMETURE DES ÉCOLES
En cas de pandémie, la fermeture d’écoles
doit faire partie des avenues à
considérer, et l’idéal semble d’agir avant
que 1% de la population ne soit malade, écrit la
revue médicale britannique The Lancet dans un
article consacré à la question dans son
numéro du mois d’août.
Les
contacts
sont très étroits dans les écoles
et les enfants sont considérés comme
d’importants agents de transmission du virus de la
grippe A(H1N1).
Selon Cauchemez et ses collaborateurs, en fonction des
modèles étudiés, c’est en effet
sous ce stade de 1% « que l’effet de
l’intervention peut être maximal ».
Si chaque pandémie est unique, peut-on lire, il
reste que l’on peut tirer des enseignements des
réactions gouvernementales face à chacune.
Alors qu’ils citent nommément les
pandémies d’influenza en France en 1957 et
à Hong Kong en 2008, les auteurs signalent que la
fermeture d’écoles, dans ces deux occasions,
« n’a pas eu d’effet significatif parce que la
décision a été prise très
tard après le début (de la
pandémie) ».
Il est difficile de savoir à quel moment fermer
les écoles, de la même façon qu’il
est difficile de décider sur quelle base on le
fait. Si l’on s’en remet aux taux d’absentéisme
dans les écoles, dit The Lancet, le danger est
justement de réagir trop tard étant
donné la difficulté de colliger de telles
données.
À
l’inverse,
si on réagit trop rapidement dès lors que
quelques centaines de cas sont confirmés, le
risque est de réagir plus fortement que ce que
nécessite la capacité de transmission du
virus.
Quoi qu’il en soit, les autorités – aussi bien
des écoles, des localités ou des
gouvernements – ne peuvent pas faire l’économie
d’une réflexion sur la question, les contacts
étant très étroits dans les
écoles et les enfants étant
considérés comme d’importants agents de
transmission. Les auteurs estiment aussi que les parents
d’enfants d’âge scolaire doivent commencer
à réfléchir à leur propre
plan dans l’éventualité où des
écoles fermeraient pour une période plus
ou moins prolongée.
Ces réflexions sont d’autant plus
nécessaires dans le cas de la grippe A ( H1N1),
écrivent Cauchemez et ses collaborateurs, que
« 60% des personnes infectées ont 18 ans et
moins ».
On est bien conscient de cela au Québec, comme en
témoigne le message d’accueil
téléphonique dans les hôpitaux
affiliés à l’ Université McGill. On
y précise d’emblée, sur la question des
visites, qu’« il n’est pas recommandé aux
jeunes de 18 ans » qui n’ont ni rendez-vous ni
traitement de rendre visite à un malade. C’est
là « une mesure temporaire car ce groupe
d’âge est particulièrement touché
par le virus », est-il précisé dans
le message.
En juin, l’hôpitalMaisonneuveRosemont a
été le premier à interdire les
visites aux moins de 18 ans. Le centre hospitalier
universitaire Sainte-Justine avait emboîté
le pas et limité les visites aux seuls parents
des enfants hospitalisés.
VACCIN CONTRE LA GRIPPE A (H1N1) Le Canada
achètera 50,4 millions de doses - Catherine Handfield
Ottawa
passera bientôt une commandede50,4 millions
dedosesde vaccin contre la grippe A (H1N1), un
investissement de400millions. Le Canada sera en mesure de
commencer sacampagne de vaccination massive en novembre.
La ministre fédérale de la Santé,
Leona Aglukkaq, a annoncé hier que le gouvernement
du Canada avait signé un contrat à long
terme avec GlaxoSmithKline, le plus grand fabricant de
vaccins antigrippaux au pays. Ottawa paiera 60% des
coûts. Les provinces se chargeront du reste. «
Nous estimons que les 50,4 millions de doses seront
suffisantes pour immuniser tous les Canadiens qui ont
besoin d’une protection », a déclaré
Mme Aglukkaq dans une conférence
téléphonique.
Les essais cliniques devraient commencer d’ici à
octobre, et si tout se passe bien, la campagne de
vaccination débutera en novembre ou plus tôt,
a-t-elle indiqué.
Le Canada accuse un léger retard sur les
États-Unis, l’Australie et la Chine, qui ont
déjà entrepris leurs essais cliniques. Ces
pays devraient être en mesure de commencer les
vaccinations en septembre, a indiqué hier la
directrice de la recherche sur les vaccins à
l’Organisation mondiale de la santé, Marie-Paule
Kieny.
Les
autorités canadiennes ont toutefois assuré
que leur échéancier correspond en grande
partie à ce qui se passe ailleurs. De plus,
« l’épidémie de grippe atteint son
apogée après Noël, a rappelé
le Dr David Butler-Jones, administrateur en chef de la
santé publique. D’ici là, nous devrions
avoir suffisamment de vaccins pour donner une dose
à tous les Canadiens qui en feraient la demande
».
Pour contrer le nouveau virus qui se répand
à vive allure sur la planète, les
gouvernements se sont lancés dans la course
à l’achat du vaccin. Ils ont décidé
d’accélérer les procédures
d’approbation du nouveau médicament afin de
démarrer au plus vite la campagne de vaccination.
Réagissant aux craintes relayées dans les
médias, l’OMS a assuré hier sur son site
internet que les procédures en place
étaient « rigoureuses » et qu’elles
« ne compromettaient pas la sécurité
et la qualité des contrôles ».
« Nous ne sommes pas prêts à
simplifier les choses quand la sécurité
est en jeu », a également
déclaré Leona Aglukkaq.
A (H1N1) Une campagne de vaccination dès
l’automne - Pascale Breton
Plus
susceptibles de souffrir de complications, les femmes
enceintes auront la priorité
« L’enjeu n’est pas de savoir qui aura accès
ou non au vaccin, mais plutôt de savoir qui sera
vacciné dans la première semaine ou dans la
quatrième semaine de la campagne. »
Malgré les difficultés signalées
à ce jour dans la production d’un vaccin contre la
grippe A (H1N1), le Canada pourra entreprendre une
campagne de vaccination massive à la fin de
l’automne.
Le
Canada entreprendra dès l’automne une campagne de
vaccination massive contre la grippe A (H1N1). Les
femmes enceintes et les travailleurs de la santé
seront parmi les premières personnes à
être vaccinés. En Australie, un premier
groupe de volontaires ont été
vaccinés contre le virus (notre photo).
Les femmes enceintes, plus susceptibles de souffrir de
complications graves ou de mourir, selon une nouvelle
étude, seront du premier groupe vacciné.
C’est ce qu’ont confirmé hier les autorités
canadiennes.
« Le vaccin sera prêt à temps pour que
les provinces et les territoires entreprennent leur
campagne de vaccination à la fin de l’automne
» , a déclaré la ministre de la
Santé, Leona Aglukkaq.
L e Ca n ad a a s i g né u n contrat
d’exclusivité avec la compagnie pharmaceutique
GlaxoSmithKline pour la distribution du vaccin. La firme
« devrait être en mesure de commencer ses
essais cliniques en octobre et peut-être même
plus tôt », a ajouté la ministre d’un
ton optimiste.
L’Organisation mondiale de la santé avait fait
savoir récemment que la production du vaccin
s’avérait pourtant moins efficace que celle du
vaccin contre l’influenza saisonnière.
Tous les Canadiens qui le souhaitent pourront
néanmoins être vaccinés, a
assuré l’administrateur en chef de l’Agence de
santé publique du Canada, le Dr David Butler-Jones.
« L’enjeu n’est pas de savoir qui aura accès
ou non au vaccin, mais plutôt de savoir qui sera
vacciné dans la première semaine ou dans la
quatrième semaine de la campagne », a-t-il
déclaré.
Une liste des groupes à vacciner en priorité
sera établie d’ici aumois de septembre. Les
travailleurs de la santé et les femmes enceintes en
feront partie.
Une
étude publiée dans la revue The Lancet vient
de démontrer que les femmes enceintes sont quatre
fois plus susceptibles d’être hospitalisées
en raison de complications graves dues à la grippe
A (H1N1). Le taux de mortalité est également
plus élevé que dans la population en
général.
Cet te étude provient d’une analyse menée
par les Centers for Disease Control and Prevention, aux
États-Unis, concernant les cas de contamination
survenus dans les premières semaines où le
virus a frappé.
Les chiffres compilés montrent que 32% des femmes
enceintes qui avaient contracté le virus avaient
dû être hospitalisées en raison de
complications. C’est quatre fois plus que le ratio dans la
population en général.
En deux mois, six Américaines qui attendaient un
enfant sont également mortes des suites de la
grippe A ( H1N1). C’est 13% du total des
décès enregistrés aux
États-Unis à cause de la grippe.
Ces données renforcent l’idée que les femmes
enceintes doivent être traitées rapidement
avec des antiviraux si elles ont des symptômes.
Elles devraient aussi être vaccinées.
Or, bien des femmes enceintes craignent les
conséquences de la médication pour leurs
bébés.
« Il faut peser le pour et le contre. La
réalité est que le risque d’avoir une
complication grave avec le H1N1 est quatre fois plus
élevé chez les femmes enceintes
comparativement aux autres femmes du même groupe
d’âge », analyse le Dr Butler-Jones.
Au Canada, 45 des 235 femmes qui ont dû être
hospitalisées à ce jour en raison de la
grippe A ( H1N1) étaient enceintes. Neuf d’entre
elles, soit 15%, ont souffert de complications très
graves.
La vaccination reste toutefois un choix très
personnel, mentionne le médecin. « On ne peut
pas obliger tout le monde à se faire vacciner, mais
nous pouvons encourager les gens à le faire,
particulièrement ceux qui font partie des groupes
à risque. »
LE
QUÉBEC
RESTE SUR SES GARDES - Pascale Breton
Chaque hôpital a envisagé ce qu’il pourrait
faire en cas de pandémie majeure : retarder des
opérations, réserver des unités
complètes au traitement des malades, ouvrir des
centres de soins à l’extérieur des
hôpitaux, travailler avec du personnel
réduit.
Après un mois de juin des plus chaotiques, le virus
de la grippe A (H1N1) semble en perte de vitesse au Canada
depuis trois semaines. Mais les autorités de
santé publique s’attendent à un retour en
force du virus au cours des prochains mois. Ils se
préparent au pire, en espérant le meilleur.
Unedeuxièmevaguede la grippeA (H1N1) pourrait
forcer les hôpitaux québécois à
annulerdesopérations, à retarder des examens
médicaux et à remplacer en catastrophe le
personnel malade.
En fait, le plan en cas de pandémie prévoit
que les hôpitaux devront procéder à un
certain délestage de leurs activités pour
parer au plus urgent si la grippe frappe avec vigueur.
C’est ce qui s’est produit au printemps 2003 à
Toronto. Le SRAS avait alors frappé par surprise et
personne n’était préparé. Seulement
quelques centaines de personnes avaient contracté
le syndrome respiratoire, mais, étant donné
la virulence du virus, 43 personnes en étaient
mortes en quelques semaines.
Le système avait fonctionné au ralenti
pendant des semaines. Infirmières et
médecins étaient tombés malades. Des
unités de soins avaient été
fermées. Économiquement, la région de
Toronto a mis du temps à se remettre de la crise.
Du plus rose au plus sombre, tous les scénarios
sont envisageables en ce qui concerne la pandémie
de grippe A (H1N1) qui sévit maintenant partout sur
la planète, souligne le Dr Karl Weiss,
microbiologiste-infectiologue à l’hôpital
Maisonneuve-Rosemont.
Dans le cas d’un scénario-catastrophe, «
l’impact sur le système de santé sera le
moindre des maux parce qu’il va y avoir un impact
économique titanesque. Le SRAS a coûté
8 milliards à l’économie canadienne. Une
pandémie majeure pourrait coûter plusieurs
centaines de milliards », explique le Dr Weiss.
Le plan de préparation à une pandémie
prévoit des interventions à l’échelle
tant provinciale que bénins semblables à
ceux de la grippe saisonnière.
« Beaucoup de gens ont la grippe et ne le savent
même pas. Pour toutes les maladies infectieuses,
c’est pareil », mentionne le Dr Alain Poirier,
directeur national de la santé publique.
Ainsi, des sondages montrent que, dans la région de
New York, jusqu’à10% de la populationaurait
contracté le virus en un mois.
Le Québec collige actuellement ses données
pour évaluer le nombre de personnes
touchées. Mais déjà, certains
chiffres révèlent locale. Chaque
hôpital a envisagé ce qu’il pourrait faire en
cas de pandémie majeure: retarder des
opérations, réserver des unités
complètes au traitement des malades, ouvrir des
centres de soins à l’extérieur des
hôpitaux, travailler avec du personnel
réduit.
Mais pour l’instant, la grippe A (H1N1) est loin de se
comparer avec l’épisode de SRAS. La vague qui a
frappé en avril a été relativement
peu grave.
La plupart des personnes infectées ont
éprouvé des symptômes que 50 000
Québécois auraient contracté la
grippe sans le savoir.
Le virus a tout de même fait 55 victimes à ce
jour au Canada, dont 19 au Québec. Mais la plupart
sont des personnes dont le système immunitaire
était déjà affaibli par une maladie
chronique.
Le pic a été atteint en juin. « Le
virus H1N1 a fait bien plus de ravage durant le mois de
juin 2009 que l’influenza ordinaire n’en fait durant les
mois de janvier ou février », déclare
leDr KarlWeiss, de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Le nombre de cas est à la baisse depuis trois
semaines, mais la santé publique se prépare
à une deuxième vague vers la fin de
l’automne ou à l’hiver.
« Est-ce qu’il va nous revenir en janvier ou
février, comme la grippe habituelle? Personne n’est
capable de le dire. Mais compte tenu du comportement
habituel du virus, ce pourrait très bien être
durant l’hiver », croit le Dr Alain Poirier,
directeur national de la santé publique.
Le virus risque aussi de muter. Un premier cas de
résistance au Tamiflu en Amérique du Nord a
d’ailleurs été signalé la semaine
dernière, dans un laboratoire de Québec.
D’autres cas ont été découverts au
Danemark, au Japon et en Chine.
Le médicament avait alors été
administré à titre préventif à
un septuagénaire. « Si d’autres cas
surviennent, il faudra peut-être
réévaluer l’utilisation du Tamiflu en
prophylaxie à grande échelle. Il faudra
peut-être le réserver pour le traitement des
cas plus sérieux », croit le Dr Guy Boivin,
microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier de
l’Université Laval, qui a fait la découverte
avec son équipe.
Des travaux sont en cours au laboratoire pour tenter de
déterminer si cette souche résistante du
virus se transmet aussi facilement que les souches
sensibles au Tamiflu. Cette donnée sera importante
s’il y a une deuxième vague de grippe.
DÉSACCORD SUR LES STATISTIQUES - Mathieu
Perrault
Les autorités médicales ont souvent
relativisé la grippe A (H1N1) en soulignant que
la grippe saisonnière tue 1500 personnes par
année au Québec. À
côté, le bilan de 19 victimes de la grippe
A (H1N1) semble bénin.
L’Association pour la
prévention des infections à
l’hôpital et dans la communauté du Canada
estime que la grippe cause de 500 à 1500 morts
directement au Québec et entre 4000 et 8000
à cause de complications. La grippe A (H1N1) a
fait 19 victimes jusqu’à maintenant dans la
province.
Mais depuis quelques semaines, les données sur
lesquelles s’appuie cette estimation sont
contestées. Les autorités médicales
sont accusées de surestimer l’ampleur de la
grippe saisonnière afin d’avoir accès
à des subventions de recherche. Cela pourrait
paradoxalement miner la réaction du public devant
la pandémie qui s’annonce.
Les travaux d’un anthropologue américain, Peter
Doshi, sont cités par de nombreux chroniqueurs
scientifiques, du New Scientist au Wall Street Journal.
Depuis 2005, il a publié plusieurs études
contestant la validité statistique des
estimations de la mortalité due à la
grippe, ce qui lui a valu d’être invité
à des conférences de médecine
parallèle avec des militants contre la
vaccination.
« Le problème, c’est qu’on peut avoir les
symptômes de la grippe causés par un autre
virus que celui de la grippe, a expliqué M. Doshi
en entrevue avec La Presse. Cette confusion mine la
fiabilité des données et pourrait rendre
mois efficaces les mesures de lutte contre la
pandémie.
Le chiffre de 1500 victimes au Québec provient de
données canadiennes. L’Association pour la
prévention des infections à
l’hôpital et dans la communauté du Canada
estime que la grippe cause de 500 à 1500 morts
directement et entre 4000 et 8000 à cause de
complications. Mais une épidémiologiste de
l’Agence de santé publique du Canada, Dena
Schanzer, a publié en 2007 et 2008 des
études estimant à entre 1000 et 6000 le
nombre total de morts dus à la grippe
saisonnière.
Dans les années où la grippe n’est pas
très virulente, cela signifie que pas plus de 250
personnes meurent de la grippe au Québec. En
2006, dans une présentation interne, la Direction
de la santé publique du Québec a
d’ailleurs indiqué que de 59 à 132
décès « en excès »
étaient officiellement attribués chaque
année à la grippe saisonnière.
COURSE CONTRE LA MONTRE
PRODUCTION D’UN VACCIN
Le vaccin contre la grippe A (H1N1) est plus difficile
à produire que prévu. L’Organisation
mondiale de la santé (OMS) a annoncé hier
que, malgré des progrès, la production du
vaccin est encore de deux à quatre fois moins
efficace que la production du vaccin contre la grippe
saisonnière.
Un
technicien
prépare des échantillons à partir
d’une souche du virus H1N1 au laboratoire de
GlaxoSmithKline à Dresde, en Allemagne, le mois
dernier.
Malgré tout, le gouvernement américain a
annoncé mercredi que des essais cliniques sur le
nouveau vaccin commenceront d’ici au début du
mois d’août afin que les premières doses de
vaccins soient prêtes en septembre.
La Chine a aussi annoncé des essais cliniques
imminents. L’Australie a été le premier
pays à commencer des essais cliniques, à
la mi-juillet; le temps presse tout
particulièrement dans ce pays parce que c’est
actuellement la saison de la grippe dans
l’hémisphère Sud.
Aux États-Unis, cette hâte pourrait
paradoxalement diminuer le nombre total de doses
disponibles. Le Bureau national scientifique sur la
biodéfense a annoncé qu’il n’autoriserait
pas l’utilisation d’un adjuvant, une molécule qui
améliore la performance du vaccin dans le corps
humain, parce que les essais cliniques sont
insuffisants.
L’Agence de santé publique du Canada, qui ne
commencera pas la vaccination pandémique avant le
mois d’octobre, a pour sa part annoncé que le
vaccin contiendra un adjuvant, déjà
testé pour la grippe aviaire H5N1.
L’OMS a indiqué que, si les di f ficultés
de production du vaccin ne sont pas résolues, le
nombre de doses permettant de couvrir la population des
pays industrialisés ne sera pas atteint en
novembre comme on le prévoyait, mais en janvier.
Le délai pour le reste du monde (sauf la Chine et
l’Inde, qui peuvent produire leurs propres vaccins)
passera d’avril à juin.
En juin dernier, la Fédération
internationale des fabricants pharmaceutiques avait
estimé que, si la production de vaccins
commençait en juin et que le rendement
était aussi efficace que pour la grippe
saisonnière, seulement un milliard de doses
seraient disponibles avant la fin de l’année,
selon l’hebdomadaire britannique The New Scientist.
SUR LA PISTE DU VIRUS
Comment le virus de la grippe A (H1N1) est-il
parvenu à créer la fameuse
pandémie attendue depuis une dizaine
d’années ? Parce qu’il pénètre
plus profondément dans les voies
respiratoires du furet, un intermédiaire
essentiel pour le processus de mutations
génétiques qui permet à un
virus animal d’infecter l’humain. La plupart des
virus de la grippe restent dans le nez des furets,
ont découvert deux équipes, l’une
hollandaise et l’autre américaine, alors que
celui de la grippe porcine se rend jusqu’aux
poumons. Il reste donc plus longtemps dans leur
corps et a plus de temps pour muter, expliquent les
chercheurs dans la revue
Cela
explique aussi le nombre élevé de
pneumonies chez l’homme. Le virus qui a aussi une
affinité avec les cellules intestinales,
provoque des nausées peu fréquentes
avec les autres grippes.
LA POINTE DE L’ICEBERG - Guy
Boivin
Si 2500
cas ont été confirmés, on estime
que plus de 50 000Québécois ont
été infectés par le virus A(H1N1)
Le virus A(H1N1) a une virulence intermédiaire,
plus importante que celle des grippes
saisonnières, mais moins grande que celle de la
grippe espagnole.
L’auteur est médecin et titulaire de la chaire de
recherche du Canada sur les virus en émergence et
la résistance aux antiviraux au Centre
hospitalier de l’Université Laval.
Plusieurs
sociétés
préparent actuellement un vaccin contre le
virus A(H1N1) en vue d’une vaccination à
l’automne, notamment au laboratoire du groupe
pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline, producteur
du Relenza, de Dresde, en Allemagne.
Les pandémies de grippe font partie de l’histoire
de l’humanité depuis des millénaires
même si l’agent causal – les virus influenza A –
n’a été décrit que dans les
années 30. Ces virus ont une extraordinaire
capacité de muter et donc de déjouer notre
système immunitaire, permettant des
réinfections à répétition
sur une base quasi annuelle (appelées
épidémies saisonnières).
Le nouveau virus grippal, aussi appelé A( H1N1)
d’origine porcine, est particulier à bien des
égards. Son origine immédiate
résulte d’une combinaison de gènes
provenant de virus porcins américain et eurasien.
Cependant, son matériel génétique
indique que certains de ses gènes sont à
la base d’origine porcine, mais aussi aviaire et
humaine.
Des études génétiques ont
affirmé que ce nouveau virus pouvait avoir
circulé chez les porcs depuis une dizaine
d’années, mais que sa transmission chez l’humain
ne serait survenue qu’au début de 2009. Il est
maintenant bien établi que le virusA(H1N1)
d’origine porcine se transmet très bien d’humain
à humain, chaque cas infectant en moyenne 1,5
autre personne, ce qui contribue à la
dissémination rapide du virus dans le monde.
Il y a actuellement plus de 100 000 cas confirmés
d’infection par le virus A( H1N1) d’origine porcine sur
la planète, incluant 10 000 cas au Canada et plus
de 2500 cas au Québec. Ce nombre de cas ne
représente seulement que la pointe de l’iceberg
puisque la vaste majorité des personnes atteintes
ne consultera pas un médecin et un
prélèvement du nasopharynx n’est requis
que pour le diagnostic des cas plus
sévères nécessitant une
hospitalisation ou un traitement.
On peut donc facilement estimer que plus de 50000
Québécois ont été
infectés par ce virus depuis le début du
mois de mai 2009. La très vaste majorité
des cas présente des symptômes grippaux
classiques, à savoir de la fièvre, de la
toux, unmal de gorge, des céphalées, des
douleurs musculaires et de la fatigue.
À noter cependant que 25% à 30% de ceux-ci
présentent également des symptômes
gastro-intestinaux (vomissements, diarrhée), ce
qui est inhabituel avec la grippe saisonnière.
Les personnes qui souffrent d’une maladie pulmonaire
chronique (asthme sévère, bronchite
chronique, emphysème) et les femmes enceintes
sont plus susceptibles d’avoir une maladie
sévère.
Globalement, le taux d’hospitalisation des cas varie
entre 3% et 15%, mais ce pourcentage est certainement
surestimé en raison du faible nombre de sujets
chez lesquels on recherche le virus.
Par ailleurs, le taux de mortalité se situe sous
la barre de 0,5%, ce qui est nettement moins que celui
associé aux cas sporadiques d’infection par le
virus A(H5N1) d’origine aviaire en Asie (taux de
mortalité de 50-60%). Des études animales
récentes ont démontré que le virus
A(H1N1) avait une virulence intermédiaire,
c’est-àdire plus importante que celle
associée aux virus humains saisonniers, mais
moins grande que celle due aux virus A(H5N1) et au virus
de la grippe espagnole.
Les
personnes qui ont reçu le vaccin antigrippal
à l’automne 2008 ne sont aucunement
protégées contre le virus; à
l’inverse, certaines personnes âgées de
plus de 60 ans semblent posséder des anticorps
reconnaissant ce virus, ce qui laisse croire qu’elles
auraient été infectées par un autre
virus porcin apparenté à celui de 2009 au
cours de leur vie.
Plusieurs compagnies sont présentement à
préparer un vaccin contre ce nouveau virus en vue
d’une vaccination à l’automne. Quelques obstacles
se dressent cependant à l’horizon: plus faible
rendement de production du virus A(H1N1) dans les oeufs
embryonnés de poulet et possible besoin de
vacciner à deux reprises (au lieu d’une fois)
pour stimuler adéquatement la production
d’anticorps.
Selon toute évidence, l’ensemble de la population
mondiale ne pourra être vacciné cet automne
et on devra donner la priorité à certains
groupes : travailleurs de la santé, femmes
enceintes, personnes avec maladies pulmonaires
sous-jacentes, etc.
En attendant la disponibilité d’un vaccin
efficace, les mesures d’hygiène de base (lavage
des mains fréquent, port d’un masque chez les
personnes infectées pendant des activités
de groupe) ainsi que l’utilisation ponctuelle
d’antiviraux avec ou sans antibiotiques constituent les
seuls moyens pour diminuer les effets du virus.
Deux antiviraux spécifiques contre ce virus
(l’oseltamivir ou Tamiflu, le zanamivir ou Relenza) sont
utilisés dans les cas sévères
d’infectionets’avèrentefficaces s’ils sont
utilisés rapidement (moins de 48 heures
après le début des symptômes). Ils
sont parfois aussi utilisés pour prévenir
la grippe chez des personnes avec des maladies
sous-jacentes qui ont été en contact avec
des personnes infectées.
Rappelons toutefois que certains virus A(H1N1) d’origine
porcine ayant acquis une résistance au Tamiflu
ont été récemment
détectés au Danemark, au Japon, à
Hong Kong et même au Québec… Dans
l’état actuel des connaissances, on estime qu’un
individu est contagieux 24 heures avant et
jusqu’à sept jours après le début
des symptômes, d’où la recommandation de
s’absenter de l’école ou du travail pour une
période d’une semaine.
La reconnaissance actuelle d’une pandémie
implique la transmission efficace d’un nouveau virus
grippal chez les humains sans statuer pour autant sur sa
virulence (taux de mortalité). Dans le cas de la
grippe espagnole, une première vague estivale peu
sévère a été suivie d’une
deuxième vague automnale beaucoup plus
meurtrière.
Bien qu’il y ait eu des vagues secondaires durant les
pandémies de 1957 et de 1968, ces
dernières ont été beaucoup moins
sévères que celle de 1918-19.
Également, une grande partie
desdécès survenus lors de la
pandémie de grippe espagnole était
attribuable aux surinfections bactériennes qui
n’ont pu être traitées à
l’époque, dû à l’absence
d’antibiotiques.
Le phénomène de mutations virales pouvant
mener à une augmentation de la
sévérité reste un
phénomène aléatoire et de fait
difficile à prédire.
Donc, en ce moment, nous ne pouvons conclure
nécessairement à la survenue d’une vague
associée à une plus grande virulence
à l’automne ou à l’hiver prochain bien
qu’il est presque certain que ce virus circulera pour
encore quelques années. Cependant, comme pour
toutes choses relatives à l’inf luenza, il faut
tenter de se préparer à
l’imprévisible…
Le Canada ne comptera plus ses cas de
grippe A (H1N1)
«
On délaisse le recensement individuel pour se
tourner vers un portrait global appelé
Surveillance influenza. Il révélera le
portrait global de la situation et toute nouvelle
tendance. »
La grippe A ( H1N1) a fait une nouvelle victime hier au
Québec, ce qui porte à 18 le nombre de
décès survenus depuis l’éclosion de
la pandémie en avril. Il s’agit toutefois de l’un
des derniers décomptes quotidiens des
autorités sanitaires locales. À la demande
de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les
pays ont abandonné hier le recensement des cas de
grippe A ( H1N1) pour se concentrer sur l’étude
générale de la pandémie.
« On délaisse le recensement i ndividuel
pour se tourner vers un portrait global appelé
Surveillance inf luenza. Ce document d’analyse
hebdomadaire sera publié tous les vendredis
à 16h. Il révélera le portrait
global de la situation et toute nouvelle tendance
», a dit hier l’administrateur en chef de la
santé publique du Canada, David Butler-Jones.
Selon l’OMS, le virus de la grippe A ( H1N1) se propage
dans le monde à une vitesse « sans
précédent » par rapport à
d’autres pandémies. « Au cours des
pandémies dans le passé, il a fallu plus
de six mois aux virus grippaux pour se propager aussi
largement que l’a fait le nouveau virus H1N1 en moins de
six semaines », a relevé l’organisation
dans une note publiée sur son site internet.
Pour cette raison, il serait « improductif »
de demander aux pays touchés de continuer de
faire des statistiques exhaustives des cas de grippe
porcine, selon l’OMS.
Le Canada se conforme donc à cette demande.
« Nous continuerons malgré tout d’observer
comment l’influenza se répand au pays et de
répondre rapidement aux situations de crise
», a assuré la ministre
fédérale de la Santé, Leona
Aglukkaq. Les cas inhabituels, les mutations du virus et
les éclosions dans des endroits isolés
continueront de faire l’objet de suivis étroits.
Assez de vaccins
La
majorité des cas de grippe A (H1N1) au Canada
sont encore bénins. « On note une baisse du
nombre de personnes qui demandent des soins pour la
grippe A ( H1N1) », a dit Mme Aglukkaq.
Mais ce n’est qu’une accalmie. Selon l’OMS, tous les
pays auront besoin de vaccins au cours des prochains
mois pour contrer la deuxième vague de grippe.
« Virtuellement, les 6,8 milliards d’habitants de
la planète sont susceptibles d’être
contaminés », a affirmé un por
te-parole de l’ OMS, Gregory Hartl.
Au Canada, on assure que l’on a largement assez de doses
de vaccin. M. Butler-Jones assure même que le pays
sera mieux outillé que les États-Unis et
la Grande-Bretagne, car on a commencé à
constituer des réserves de vaccins il y a 10 ans.
Grâce à des ententes avec des
sociétés pharmaceutiques, le Canada est en
mesure de produire près de 14 millions de doses
par mois. « Donc, en quelques mois, nous aurons
assez de vaccins pour que tous les habitants du Canada
reçoivent au moins une dose, ce qui sera
possiblement suffisant pour la plupart d’entre nous
», a dit M. Butler-Jones dans une entrevue au
Globe and Mail.
La ministre Aglukkaq assure pour sa part que les vaccins
seront prêts à la fin du mois d’octobre ou
au début du mois de novembre. Les travailleurs du
milieu de la santé, les personnes aux prises avec
des maladies chroniques et les membres des
communautés isolées les recevront en
priorité.
L’Assemblée des Premières Nations a
d’ailleurs officiellement demandé hier que les
communautés autochtones, jusqu’à
maintenant plus touchées que le reste de la
population par la grippe A ( H1N1), reçoivent le
vaccin en priorité.
A (H1N1) L’intensité de la grippe diminue au
Québec
Pour
l’instant, la grande majorité des cas grippaux A
(H1N1) sont bénins, mais il ne faut pas
sous-estimer la puissance du virus.
Moins de visites dans les urgences, baisse des appels chez
Info-santé: la grippe A (H1N1) est en perte de
vitesse au Québec, malgré les cas qui
continuent de s’accumuler.
« Depuis deux semaines, il y a eu diminution
d’intensité », confirme le Dr Alain Poirier,
directeur national de la santé publique.
Vingt-cinq nouveaux cas ont été
confirmés depuis vendredi au Québec, pour un
total de 2247, incluant les 14 décès
attribuables à la grippe. Selon le Dr Poirier, il
faut toutefois observer les signaux externes pour mesurer
adéquatement l’indice grippal, dont l’achalandage
dans les urgences. Et ces signaux montrent une baisse
d’intensité. La proportion des cas de grippe A (
H1N1) confirmés chez les patients qui consultent
pour un cas potentiel est aussi en diminution
Liste prioritaire
Hier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a
annoncé que les travailleurs de la santé
devraient obtenir un accès prioritaire aux vaccins,
dès qu’ils seront disponibles . L’OMS conseille
également de traiter en priorité les femmes
enceintes, les personnes atteintes de maladies chroniques,
mais aussi les enfants d’âge scolaire, plus
susceptibles de transmettre la maladie.
Au
Canada, les autorités fédérales ont
également établi une liste de
priorités pour les traitements. Dans
l’éventualité où les cas de grippe
se multiplieraient tragiquement à l’automne, une
liste préétablie permettrait aux
médecins de savoir à qui offrir les soins
d’urgence, a expliqué une responsable de l’Agence
de santé publique en entrevue au quotidien
torontois The Globe and Mail. Theresa Tam, directrice
générale du Centre de mesures et
d’interventions d’urgence de l’agence
fédérale, précise aussi que des
unités complètes pourraient être
consacrées à la grippe, dans certains
hôpitaux, si la situation le commandait.
À Québec, où il inaugurait une
unité d’opération hier, le ministre de la
Santé Yves Bolduc a indiqué qu’il comptait
bien suivre ces recommandations de la santé
publique.
« Chaque établissement a
préparé son plan d’action »,
confirme le Dr Poirier. Si les cas se multipliaient dans
un hôpital, l’établ issement pourrait
dédier des salles entières au traitement
du virus, ce qui serait nettement plus efficace si ce
n’est que pour une question de gestion de personnel,
précise le Dr Poirier. Tous les hôpitaux
sont aussi en lien avec le plan régional qui les
concerne, poursuit-il. Si la situation empirait, de
nouveaux sites, comme des cliniques externes, pourraient
être dédiés au traitement du virus.
Banale, la grippe ?
Pour l’instant, la grande majorité des cas
grippaux A ( H1N1) sont bénins, mais il ne faut
pas sous-estimer la puissance du virus, estime le Dr
Yoshihiro Kawaoka, de l’Université du Wisconsin.
Comme il peut traverser la partie supérieure de
l’appareil pulmonaire, le virus est plus susceptible de
causer des pneumonies chez ceux qui sont
affectés, conclut ce spécialiste, qui
dévoilait hier les résultats d’une
étude internationale publiée dans la revue
Nature.
Le Dr Kawaoka y fait une mise en garde contre la
banalisation de la maladie. La grippe A (H1N1) ressemble
à la grippe saisonnière, mais frappe plus
durement. Le virus a la capacité de se reproduire
dans les poumons, conclut son groupe de recherche qui a
mené des tests en laboratoire. Cette
capacité est caractéristique des virus
pandémiques, comme celui de la grippe espagnole.
GRIPPE A (H1N1) Les femmes enceintes mises en
garde
Le fait que
trois femmes enceintes d’une même province se soient
ret rouvées dernièrement aux soins intensifs
des suites de la grippe A ( H1N1) amène le
ministère fédéral de la Santé
à renouveler ses mises en garde à
l’égard de ce groupe particulièrement
vulnérable.
Les femmes enceintes ne risquent pas plus de contracter le
virus, mais si cela arrive, « elles sont plus
susceptibles de souffrir d’une forme grave de la maladie
et de complications », a signalé la ministre
de la Santé, Leona Aglukkaq, au cours d’une
conférence de presse téléphonique,
hier midi.
Les femmes enceintes qui contractent le virus risquent
d’accoucher prématurément ou de faire une
fausse couche.
Le Ministère n’a pas voulu préciser de
quelle province étaient issus les six cas graves
diagnostiqués récemment, parmi lesquels se
trouvent trois femmes enceintes. Il n’a pas
été possible non plus de savoir combien de
femmes enceintes avaient contracté le virus dans
l’ensemble du pays depuis le début de la
pandémie.
Même si le ministère de la Santé
incite les femmes enceintes à être
particulièrement prudentes, il ne leur recommande
pas pour autant de cesser de travailler ou de vaquer
à leurs activités habituelles. Elles ne
devraient pas s’empêcher de se rendre dans des lieux
publics non plus, mais elles seraient bien avisées
d’éviter les grosses foules, de se laver les mains
particulièrement souvent et de garder avec elles du
désinfectant pour les mains.
Quand
ils ont devant eux des femmes enceintes qui
présentent des symptômes grippaux alors
qu’elles sont dans leur deuxième ou
troisième trimestre, les médecins
devraient leur prescrire du Tamiflu de
préférence, écrit le
ministère de la Santé dans de nouvelles
lignes directrices cliniques. La même
recommandation est faite pour les femmes qui ont
accouché dans les quatre semaines
précédentes. Ces lignes directrices
s’appuient sur des collectes de données et des
études mises à jour
régulièrement dans le monde.
Un vaccin est toujours attendu pour octobre au pays,
vaccin qui devrait être offert à tous les
Canadiens qui souhaitent l’obtenir. Aucune vaccination
obligatoire n’est prévue.
Pour ce qui est des ventilateurs, dont on craignait
qu’ils soient en nombre insuffisant, 370 ont
été commandés pour que le total
global au pays soit porté à 500.
En date d’hier, un total de 9717 cas du virus
pandémique H1N1 2009 ont été
confirmés au Canada; 894 cas ont
nécessité une hospitalisation et 39 morts
ont été signalées. Au
Québec, on parle de 2192 cas, de 426
hospitalisations et de 14 morts.
Les symptômes de la grippe A (H1N1) sont
similaires à ceux de la grippe
saisonnière: fièvre, toux, fatigue,
diminution de l’appétit, maux de tête et
douleurs musculaires. Certaines personnes
infectées par le virus A (H1N1)
présenteront également de
l’écoulement nasal, desmauxde gorge,
desnausées, des vomissements et de la
diarrhée.
Les hôpitaux ont assez de
respirateurs, dit Yves Bolduc
Les
hôpitaux du Québec ne manquent pas de
respirateurs artificiels pour traiter les victimes
graves de la grippe, qu’elle soit de type A (H1N1) ou
autre, a assuré hier le ministre de la
Santé du Québec, Yves Bolduc.
« Actuellement, le parc de respirateurs est
à la hauteur, indique la porte-parole du
ministère de la Santé, Dominique Breton.
Mais c’est sûr que si la demande devient plus
importante, on verra s’il y a lieu d’établir la
priorité des cas ou de les regrouper à un
endroit où à un autre. » Le plan du
Ministère pour faire face à la
pandémie de grippe A (H1N1) prévoit que
chaque lit de chaque unité de soins ait son
respirateur artificiel.
Mais est-ce que ce sera suffisant pour traiter les
personnes les plus affaiblies par des problèmes
respiratoires? Dans un article publié dans le
Globe and Mail hier, l’Agence de la santé du
Canada a confirmé qu’elle entendait augmenter son
parc de respirateurs artificiels – qu’elle prête
aux provinces au besoin – de 130 à 500. L’achat
des appareils supplémentaires devrait
coûter près de 4 millions de dollars.
Les grippés qui ont besoin d’un respirateur
artificiel sont tout de même marginaux, dit le Dr
Terry-Nan Tannenbaum, de la Direction de la santé
publique (DSP) de Montréal. « En
général, on les utilise pour aider des
gens qui ont beaucoup de difficulté à
respirer et qui n’ont pas assez d’oxygène.
»
L’article du Globe and Mail précisait que
l’état de santé de certaines victimes
exigeait qu’elles soient branchées sur des
respirateurs à oscillation, un modèle
coûteux et peu courant qui insuffle une petite
quantité d’air dans les poumons à un
rythme plus rapide. « Mais ce n’est pas le premier
choix de respirateur », dit la coordonnatrice en
inhalothérapie de l’Hôtel-Dieu,
Valérie Lemieux.
Les modèles de respirateurs artificiels ont
beaucoup évolué ces dernières
années, selon Mme Lemieux. « Avant, quand
un patient ne respirait pas bien, on passait
peut-être plus rapidement à l’oscillation.
Mais aujourd’hui, avec les nouveaux respirateurs, on a
accès à une panoplie de
possibilités pour s’ajuster au patient. »
Vers un ralentissement
Le
ministère de la Santé a confirmé
hier 31 nouveaux cas de grippe A (H1N1) depuis vendredi
dernier, ce qui porte à 2181 le nombre de cas
enregistrés au Québec depuis la fin du
mois d’avril. Plusieurs sont aujourd’hui guéris.
« Le virus est présent dans la population,
dit le Dr Tannenbaum. Mais à Montréal
comme ailleurs, ça commence à diminuer si
on regarde le nombre de tests positifs, le nombre de
visites aux urgences et les appels à
Info-Santé. Mais on ne sait pas ce qui va arriver
à l’automne. »
De fait, le taux d’occupation des urgences était
de 127% la semaine dernière et de 124% il y a
deux semaines. Hier, il était de 113%. Le
début des vacances y est certainement pour
quelque chose, mais la baisse d’activité du virus
de la grippe aussi, croit la DSP.
Assez de labos
Par ailleurs, le ministre Yves Bolduc a estimé
hier que les laboratoires québécois seront
en mesure de faire tous les dépistages de la
grippe A (H1N1) grâce à une informatisation
qui doublera d’ici l’automne leur capacité
d’analyse. Le ministre a bon espoir qu’ils pourront
traiter tous les échantillons qui leur seront
transmis, advenant une nouvelle recrudescence de cas de
la grippe A l’automne prochain.
Le bureau du ministre a aussi indiqué que deux
autres laboratoires pourraient être
mandatés pour répondre à la demande
de tests nécessaires pour dépister le
virus chez les patients qui en éprouvent les
symptômes.
Après l’éclosion de la nouvelle souche
grippale, l’hiver dernier, les laboratoires ont
été inondés d’échantillons
à tester et il a fallu augmenter la
capacité, notamment en procédant à
des analyses sept jours sur sept à certains
endroits.
Depuis la fin des classes, la situation s’est
stabilisée, mais l’accalmie pourrait n’être
que passagère, une deuxième vague de
grippe l’automne prochain n’étant pas exclue par
les autorités sanitaires.
TESTS DE LAGRIPPE A (H1N1) Les laboratoires sont
débordés
Les cinq
laboratoires québécois qui peuvent
déterminer si un patient est atteint ou non de la
grippe A (H1N1) ne seront pas en mesure de répondre
à la demande advenant une hausse du nombre de cas.
Déjà au mois de juin, les laboratoires
fonctionnaient bien au-delà de leur
capacité, a appris La Presse. Alors que les experts
prédisent que la grippe reprendra de la vigueur cet
automne, la situation est inquiétante.
Seuls le Laboratoire national de santé publique du
Québec et les laboratoires des quatre centres
hospitaliers universitaires de la province (CHUM, CHUQ,
CHUS et CUSM) sont actuellement en mesure d’analyser les
échantillons de cas présumés de
contamination à la grippe A (H1N1) et de donner le
bon diagnostic aux patients.
Les autres hôpitaux qui croient avoir des cas de
grippe doivent faire parvenir leurs échantillons
à l’un de ces cinq laboratoires.
Advenant un retour en force de la grippe A ( H1N1), les
laboratoires ne seraient pas en mesure de répondre
à la demande. Car au mois de juin, alors que la
grippe touchaient de plus en plus de
Québécois, les laboratoires étaient
débordés.
Le Centre hospitalier universitaire de Québec
(CHUQ), qui traite les échantillons de tout l’est
de la province, devait analyser jusqu’à 94
spécimens en une journée durant cette
période, alors que sa capacité n’est que de
50. « Nous devions envoyer nos surplus au
Laboratoire national de santé publique »,
explique la porte-parole du CHUQ, Pascale St-Pierre.
Au Laboratoire national de santé publique, la
situation n’était pas plus facile. À la
mi-juin, l’établissement devait analyser
jusqu’à 175 échantillons par jour alors
qu’il a une capacité de 114, confirme la
porte-parole de l’Institut national de santé
publique (INSPQ), Nathalie Hudon.
Dès
l’éclosion
de la grippe A ( H1N1) cet hiver, l’INSPQ a
augmenté ses ressources en laboratoire pour
répondre à la demande. « Depuis
avril, les tests sont faits sept jours sur sept »,
dit Mme Hudon. Malgré tout, le Laboratoire a
dû fonctionner à plein régime au
mois de juin, alors qu’un nombre croissant de
Québécois étaient atteints du
virus.
Deuxième vague cet automne
Depuis la fin des classes, la situation s’est
stabilisée dans les laboratoires. « Au
cours des cinq derniers jours, on a traité moins
de 25 échantillons par jour. La situation est
revenue à la normale », confirme Mme
St-Pierre du CHUQ.
L’accalmie pourrait toutefois être de courte
durée. Dans une conférence de presse
jeudi, la ministre fédérale de la
Santé, Leona Aglukkaq, a averti la population de
ne pas croire la crise passée. « La
situation est calme, mais on peut s’attendre à
une deuxième vague de grippe cet automne »,
a-t-elle dit.
Au cabinet du ministre de la Santé du
Québec, Yves Bolduc, on minimise l’importance du
problème. « On demande déjà
aux gens qui ont des symptômes mineurs de la
grippe de rester à la maison. Ce ne sont pas tous
les gens qui doivent se soumettre au test pour savoir
s’ils ont ou non la grippe », a dit
l’attachée de presse du ministre Bolduc,
Marie-Ève Bédard.
Vendredi dernier, 21 nouveaux cas de grippe A ( H1N1)
ont été recensés au Québec,
ce qui portait à 2150 le nombre de cas
enregistrés depuis la fin du mois d’avril.
Jusqu’à aujourd’hui, 14 personnes sont mortes de
la maladie.
Grippe A (H1N1) Bilan de l’OMS et de l’OPS
L’Amérique aura assez de traitements
« La
région est suffisamment bien couverte sur le plan
des antiviraux et des équipements pour
établir des diagnostics. »
— Tous les pays des Amériques auront accès
à un nombre suffisant d’antiviraux pour faire face
à la grippe porcine dans les prochains mois, ont
affirmé hier au Mexique l ’ Organisat ion mondiale
de la santé ( OMS) et l’Organisation
panaméricaine de la santé (OPS).
Margaret
Chan
(à gauche), directrice générale de
l’OMS, pose aux côtés de la ministre
canadienne de la Santé Leona Aglukkaq pour la
photo du sommet extraordinaire sur la grippe A (H1N1),
qui a commencé hier à Cancun au Mexique.
Le laboratoire suisse Roche « nous a promis 5,6
millions de doses de Tamiflu », a
déclaré Margaret Chan, directrice
générale de l’OMS, au premier jour d’un
sommet extraordinaire sur la maladie rassemblant des
experts et ministres d’une cinquantaine de pays dans la
station balnéaire de Cancun.
Toutefois, l’OMS « poursuit ses négociations
avec des donateurs, car nous souhaitons obtenir des
soutiens pour acheter davantage de réserves
d’antiviraux afin que les pays puissent faire face
à la situation dans les prochains mois »,
a-t-elle ajouté.
Les autorités sanitaires s’inquiètent
notamment de l’arrivée d’une nouvelle vague du
virus A ( H1N1) avec l’automne boréal qui marque
traditionnellement le début de la saison de la
grippe classique.
Mirta Roses, directrice de l’OPS, a également
estimé que la région était
suffisamment pourvue après l’annonce d’un don de
420 000 doses de Tamiflu par les États-Unis, plus
tôt dans la journée.
« La région est suffisamment bien couverte
sur le plan des antiviraux et des équipements pour
établir des diagnostics », a-telle
assuré.
Le
continent américain est le plus touché par
la pandémie qui est apparue au Mexique à
la fin du mois d’avril.
Les États-Unis (127 morts), le Mexique (116),
l’Argentine (43) et le Canada (25) sont les pays ayant
enregistré le plus de morts liées à
la maladie.
À l’échelle mondiale, le virus A (H1N1) a
déjà contaminé 77 201 personnes
dans 120 pays et territoires, et a fait 332 morts, selon
le dernier bilan de l’OMS publié mercredi.
L’un des objectifs de la rencontre de Cancun
organisée par l’OMS est de connaître le
nombre de traitements antiviraux nécessaires pour
la région des Amériques et les autres pays
en développement, afin de mieux enrayer la
première pandémie du XXIe siècle.
Felipe Calderon, président du Mexique, a de
nouveau estimé qu’i l fal lait garanti r
l’accès des pays en développement au
vaccin, une fois qu’il sera commercialisé.
Le premier laboratoire pharmaceutique à avoir
annoncé la production d’un lot de vaccins, le
suisse Novartis, a écarté l’idée de
faire des dons aux pays pauvres et envisage seulement de
consentir des rabais aux gouvernements démunis.
GRIPPE A (H1N1)
Haro sur les visites
pour éviter la propagation
Pour
limiter la propagation de la grippe A (H1N1), les visites
sont désormais interdites au centre hospitalier
universitaire SainteJustine, sauf pour les parents de
jeunes enfants hospitalisés.
La semaine dernière, l’hôpital
Maisonneuve-Rosemont avait pour sa part été
le premier hôpital à interdire les visites
aux moins de 18 ans.
« Ce sont surtout les jeunes qui transportent le
virus et qui sont les plus touchés par la grippe A
(H1N1). Avec cette mesure, nous voulons essayer de
diminuer la propagation du virus », explique
Mélanie Dallaire, porte-parole du centre
hospitalier universitaire Sainte-Justine.
Il n’est donc plus question que les grands-parents, les
frères ou les soeurs visitent un malade.
Jusqu’à nouvel ordre, seuls les parents sont
autorisés à se rendre au chevet de leur
enfant.
Lorsque la grippe A ( H1N1) a commencé à
circuler, plus tôt ce printemps, les cas
recensés au Québec et au Canada
étaient plutôt bénins. Mais le virus
semble gagner de la vigueur. De plus en plus de cas
d’hospitalisations sont rapportés.
Mardi, dans son bilan quotidien, la Direction de la
santé publique a par ailleurs déploré
deux nouveaux décès dus au virus, ce qui
porte le total à 11 depuis le 5 juin.
Il s’agit d’un homme d’une cinquantaine d’années et
d’une femme d’une soixantaine d’années, tous deux
atteints de conditions sous-jacentes qui ont
aggravé leur situation.
La
propagation du virus force les hôpitaux à
mettre en place plusieurs mesures préventives.
« Nous avons plus de cas d’hospitalisation que
d’habitude, notamment à cause de la grippe. Nous
allons être obligés de garder des lits
ouverts, alors que nous les fermons normalement en
période estivale », indique ainsi Mme
Dallaire.
Du côté de l’Hôpital de
Montréal pour enfants, la clientèle s’est
également accrue au cours des dernières
semaines. Au point où il faut trouver du
personnel de plus pour remplacer les travailleurs qui
s’apprêtent à prendre leurs vacances.
« À ce temps-ci de l’année, on ne
voit généralement plus de patients qui
souffrent d’un virus respiratoire. Mais actuellement,
nous sommes confrontés à des cas
confirmés ou suspectés de H1N1 »,
note la conseillère en prévention des
infections, Lyne St-Martin.
Mais il n’est pas question de restreindre les visites
comme à l’hôpital Sainte-Justine, dumoins
pour le moment.
Les autorités de santé publique ne
recommandent pas aux gens atteints de se
présenter systématiquement aux urgences,
à moins d’être gravement atteints ou de
faire partie de la population vulnérable.
Pourtant, la clientèle s’est
considérablement accrue depuis l’éclosion
de la grippe A (H1N1) en avril.
La semaine dernière, l’hôpital
Maisonneuve-Rosemont a dû détourner des
ambulances parce que ses urgences étaient trop
engorgées.
Pour le moment, la situation est revenue à la
normale. Par contre, la directive restreignant les
visites est toujours en vigueur. « Le
ministère n’a pas demandé aux
établissements de mettre en place de telles
mesures, mais nous avons choisi de le faire pour
éviter le plus possible la contamination »,
indique Pascal Mailhot, porte-parole de l’hôpital
Maisonneuve-Rosemont.
Dans la plupart des hôpitaux, des agents de
sécurité sont postés à
l’entrée. Ils s’assurent que toutes les personnes
qui entrent se désinfectent les mains et que
celles qui toussent ou qui font de la fièvre
portent un masque.
GRIPPE A (H1N1) Des mesures doivent être
prises contre une seconde vague, préviennent des
spécialistes
— Il faut
profiter du calme après la tempête pour mieux
se préparer à l’éventualité
d’une seconde vague de maladie et de décès
liée à la grippe A ( H1N1), estiment des
experts en gestion de crise réunis cette semaine
lors d’une conférence tenue à Toronto.
Selon Reginal Phelps, une consultante en gestion de crises
de San Francisco, tout le monde devrait se préparer
à l’éventualité du retour en force du
virus.
La situation évolue et est très volatile,
dit-elle. « Si une personne vous dit qu’elle sait ce
qu’il arrivera, elle se trompe parce que personne ne le
sait », ajoute Mme Phelps.
Elle
recommande que les systèmes de santé soient
renforcés et que les informations au sujet de la
maladie continuent à circuler de manière
régulière.
« Je suis très contente de voir que tout le
travail qui a été fait a porté ses
fruits mais nous sommes très loin d’une
réponse idéale au virus », a dit
l’experte en matière de grippe, la Dre Allison
McGeer.
Elle croit qu’au Canada cette dernière devrait
être mieux coordonnée à
l’échelle nationale et que cela passe par
l’amélioration des soins de première ligne.
La grippe fait pression sur les hôpitaux
La grippe
A ( H1N1) a un effet manifeste sur le système de
santé, a indiqué hier la direction de la
santé publique. Le nombre de visites aux urgences a
augmenté de 2% et le nombre d’appels au
système téléphonique
Info-Santé a aussi bondi. Et ce, même si les
autorités médicales de la province
conseillent maintenant aux gens qui en ont les
symptômes de ne se présenter à
l’hôpital qu’en cas d’aggravation.
« Nous voulons retarder l’arrivée des cas
à l’hôpital, a indiqué Alain Poirier,
le directeur national de la santé publique, en
point de presse à Québec. Nous ne voulons
pas augmenter la pression. »
Cette
stratégie semble enfin porter ses fruits. Le nombre
de nouveaux cas a augmenté plus lentement, de 77
cas, portant le total à 1187. Deux de ces patients
ont été hospitalisés, portant le
total à 162. Aucun nouveau décès n’a
été annoncé hier. Les sept
décès jusqu’à maintenant
étaient des patients ayant d’autres
problèmes de santé les rendant plus
vulnérables, par exemple une chimiothérapie
anticancéreuse ou des problèmes cardiaques
diminuant la capacité respiratoire.
La pandémie crée un deuxième pic de
grippe cette année. Il pourrait même
dépasser le sommet généralement
atteint à la fin février – cette
année, ce pic était de 600 nouveaux cas par
semaine. Par contre, une proportion plus
élevée des personnes atteintes se rend
probablement à l’hôpital et y subit des
tests, par rapport à la saison ordinaire de la
grippe. Par exemple, le Dr Poirier est confiant que
presque tous les décès reliés au H1N1
ont été comptabilisés, parce que les
hôpitaux doivent faire passer des tests pour tout
patient atteint d’une maladie respiratoire. Une saison
ordinaire de grippe cause de 1000 à 1500
décès, mais ce chiffre n’est jamais
observé directement faute de tests – il est
basé sur des modèles
épidémiologiques canadiens.
GRIPPE A (H1N1) 40000cas,
dont 167 morts dans le monde
GENÈVE
— Le virus A ( H1N1) de la grippe porcine a
contaminé 39 620 personnes dans 89 pays et
territoires, faisant 167 morts, selon le dernier bilan de
l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
établi mercredi et publié hier sur le site
internet de l’organisation.
PHOTO AP
Un travailleur de la
santé pulvérise un désinfectant sur
un collègue dans un hôtel de la province de
Hubei, en Chine, où des élèves
californiens ont été mis en quarantaine
après que quelques-un d’entre eux eurent
contracté la grippe A(H1N1).
Depuis le précédent bilan de l’OMS,
publié lundi, 3692 nouveaux cas de grippe porcine,
dont quatre morts supplémentaires (1 en Argentine
et 3 au Canada) ont été
répertoriés officiellement.
Le
nombre de patients recensés a fait un bond au
Canada (+ 1071 à 4049 cas, dont 7 mortels), au
Chi l i (+ 641 à 2335 cas, dont 2 mortels), en
Argentine (+ 390 cas à 733, dont un mortel), en
Australie (+ 289 à 2112 cas), en Thaïlande
(+ 281 à 310 cas), au Royaume Uni (+ 235 à
1461 cas, dont un mortel) et aux Philippines (+ 116
à 193 cas).
L’OMS procède à ses propres
vérifications, ce qui explique le décalage
entre ses statistiques et celles des pays.
LES INFIRMIÈRES ONT PEUR
En cas de pandémie sévère, plus de
la moitié du personnel hospitalier pourrait manquer
à l’appel, particulièrement chez les
infirmières et les préposés aux
bénéficiaires. C’est la conclusion de quatre
études récentes au Royaume-Uni, en Australie
et aux États-Unis. L’étude britannique est la
plus pessimiste : seulement 15% des répondantes
à un sondage auprès d’infirmières ont
indiqué qu’elles continueraient à se
présenter au travail coûte que coûte. Aux
États-Unis, 45% du personnel hospitalier disait qu’il
envisagerait de manquer des journées de travail si
leur santé ou celle de leur famille semble
menacée. Les deux études australiennes
étaient plus optimistes, concluant que
l’absentéisme serait limité à 20% et
40% dans les hôpitaux.
Grippe A H1N1 La
vigilance
est de mise - Karl Weiss
Un virus
comme le H1N1, c’est un être vivant plus malin qu’on
le pense et qui peut nous réserver bien des
surprises
Le temps travaille pour nous, un vaccin sera un jour
disponible et l’ennemi est bien identifié.
L’auteur est professeur titulaire de clinique à la
faculté de médecine de l’Université
de Montréal et microbiologisteinfectiologue
à l’hôpital MaisonneuveRosemont. Le mois de
juin est habituellement celui qui annonce
l’été avec toutes ses couleurs et ses
saveurs, certainement pas le moment de l’année
où l’influenza et, a fortiori, une pandémie
prend la tête d’affiche des journaux et des sites
d’information sur internet. Pourtant, avec la
déclaration de l’OMS qui annonce de facto que nous
vivons la première pandémie du
siècle, une situation un peu surréaliste
semble planer sur la ville.
Les
campagnes
de dépistage du virus de la grippe A H1N1 ont
lieu un peu partout dans le monde, comme ici, où
une étudiante fait prendre sa température
dans une clinique de Melbourne, en Australie.
En premier lieu, le virus de l’influenza H1N1 attaquait
initialement les enfants, les adolescents, les jeunes
adultes, et reste dans ce groupe d’âge, hormis
quelques exceptions, une maladie relativement
bénigne. Lentement, inexorablement, le virus a fait
tache d’huile sur la planète, affectant les deux
hémisphères simultanément, et
commence à se propager aux autres couches
démographiques, incluant celles qui
présentent des facteurs de risque en terme de
complications.
Il n’y a certainement pas lieu de paniquer pour l’instant,
de ne plus sortir, de cesser de travailler, de ne pas
planter ses fleurs, d’éviter les endroits publics.
Il faut simplement continuer de vivre, d’aller aux
festivals qui jalonnent l’été
québécois, d’envahir les terrasses de
café et de planifier ses vacances.
Le temps travaille pour nous, un vaccin sera
éventuellement disponible d’ici la fin de
l’année, nous avons des médicaments
très efficaces pour combattre le virus sous toutes
ses formes, et surtout l’ennemi est bien identifié.
Mieux encore, nous commençons à avoir une
certaine expérience clinique avec ce virus, nous le
rencontrons tous les jours plusieurs dizaines de fois, et
rien ne vaut le fait d’aller au feu.
Au Canada, notre système de santé
hospitalier se comporte au niveau 6 depuis plusieurs
semaines déjà. L’incertitude vient
d’ailleurs. L’annonce de l’OMS n’a pas apporté sur
le terrain de changements notables dans notre façon
de faire au niveau hospitalier, nous voyons simplement un
nombre sans cesse accru de cas quotidiennement dont
certains sont très sévères.
Que
décideront les autres pays ? Comment sera
perçu un pays comme le nôtre qui compte en
terme absolu plus de cas que l’ensemble de l’Europe? Avec
une population 30 fois moindre, le Québec a
répertorié deux fois plus de cas
confirmés que la France, l’Allemagne et l’Italie
réunies. L’approche a été
différente entre le Canada et certaines autres
zones géographiques qui ont adopté une
approche plus agressive en terme d’isolement, de
traitement, de prophylaxie et de quarantaine.
Le problème actuel au Québec est surtout
urbain puisque Montréal semble être
affectée de façon plus intense, et
c’était attendu puisque les aires urbaines à
haute densité de population sont certainement plus
à risque de propagation. Les mouvements humains,
plus nombreux, plus diversifiés, plus globaux sont
certainement un facteur de risque.
Je ne pense pas que nous connaitrons des scènes
dantesques dignes de « La peste » d’Albert
Camus au Canada. Notre collectivité est
équipée de moyens qui permettront avec le
virus actuel d’en limiter les dégâts.
En fait, il y aura des pandémies avec des visages
différents plutôt qu’une pandémie,
selon que l’on vit dans un pays riche ou pauvre. La carte
de distribution des cas de l’OMS illustre parfaitement cet
état de fait. Il y a un grand trou béant de
connaissances autour de l’Afrique, du Moyen-Orient, d’une
grande partie de l’Asie, de l’Amérique centrale.
Seuls quelques pays sentinelles comme l’Australie,
Israël ou le Japon nous permettent de connaître
la situation plus exhaustivement dans ces espaces
géographiques clés.
Un virus, c’est un être vivant plus malin qu’on le
pense, incontrôlable dans son évolution, qui
peut nous réserver bien des surprises.
Alarmé ? Non, mais pas de complaisance et de
nonchalance non plus.
Pour paraphraser Winston Churchill, il y aura
malheureusement du sang et des larmes, on ne peut pas
passer au travers d’une pandémie sans aucun
dommage. Seul un travail coordonné entre les
instances gouvernementales, les entreprises dont certaines
ont déjà une préparation exemplaire,
les travailleurs de la santé qui va falloir
protéger à tout prix et la population
québécoise dans son ensemble, nous permettra
de limiter les impacts du virus.
LA PANDÉMIE EST
DÉCLARÉE - Ariane Lacoursière
C’est
fait. Il y a officiellement une pandémie de
grippe A (H1N1). Faut-il s’en inquiéter ? Non,
croient les experts. C’est avant tout la vigilance qui
est de mise.
La première pandémie mondiale du XXIe
siècle est déclarée. L’Organisation
mondiale de la santé (OMS) a relevé hier
son niveau d’alerte de la grippe A (H1N1) au niveau
maximal, incitant du coup les pays du monde entier
à intensifier leur vigilance.
Depuis son apparition au Mexique et aux
États-Unis à la fin du mois de mars, le
virus A (H1N1) a fait près de 28 000 malades et
144 morts dans 74 pays.
La grippe A ( H1N1) a atteint le stade de
pandémie car elle se transmet maintenant
rapidement d’humain à humain et elle sévit
dans plusieurs régions du monde. « Le virus
ne peut pas être arrêté », a
souligné hier la directrice de l’OMS, Margaret
Chan. Cette dernière a également averti
les pays déjà aux prises avec le virus
qu’une « deuxième vague » de cas
pourrait survenir.
Le Canada qui , avec 2978 personnes infectées,
figure au troisième rang des pays les plus
touchés par la grippe A (H1N1), est donc
visé par cet avertissement. « Le Canada est
très affecté par rapport aux autres pays.
»
Mais les citoyens n’ont pas à s’alarmer, a
assuré la ministre fédérale de la
Santé, Leona Aglukkaq. « On était
prêts depuis longtemps pour la maladie. La
décision de l’OMS de confirmer la pandémie
n’est que technique. Ici au Canada, ça ne change
pas grand-chose et ça ne veut absolument pas dire
que le virus est plus virulent », a-t-elle
déclaré en conférence de presse.
Le directeur de l’Agence de santé publique du
Canada, le Dr David Butler-Jones, ajoute qu’à
l’heure actuelle, la majorité des Canadiens qui
contractent la grippe A (H1N1) « se soignent
à la maison » et ont des symptômes
qui « ressemblent à la grippe
saisonnière ».
Micro-biologiste-infectiologue à l’hôpital
Maisonneuve-Rosemont, Karl Weiss confirme qu’il ne faut
pas s’inquiéter outre mesure de la nouvelle
pandémie et que la population n’a pas à
courir s’acheter des masques. L’OMS qualifie d’ailleurs
la pandémie de « modérée
».
« Mais il faut rester en alerte, dit M. Weiss,
rappelant que le simple fait de parler de grippe en
plein mois de juin n’est pas normal. « Et on ne
connaît pas vraiment l’histoire de ce virus. On ne
sait pas encore s’il va devenir plus virulent »,
commente M. Weiss.
Hier, l’OMS a discuté avec les huit pays les plus
touchés par la grippe A ( H1N1) pour confirmer
qu’ils avaient « les preuves incontestables de
transmissions locales ». Après cette
discussion,
l’OMS a
décidé de faire passer son niveau d’alerte
de 5 ( pandémie imminente) à 6
(pandémie).
Le Mexique et les États-Unis demeurent les pays
les plus touchés par le virus. Mais au cours des
derniers jours, plusieurs cas se sont
déclarés en Australie. Au Chili, le nombre
des malades a plus que triplé en deux jours,
atteignant désormais 1694 personnes.
Et il ne pourrait s’agir que de la pointe de l’iceberg
selon M. Weiss. « Actuellement, on ne compte aucun
cas en Afrique, remarquet-il. Pas parce qu’il n’y en a
pas. Mais parce qu’on ne suit pas ce qui s’y passe. Il
pourrait y avoir déjà plusieurs cas sur ce
continent. » Et puisque les pays d’Afrique sont
moins fortunés, la grippe pourrait y faire
plusieurs victimes.
Pas de panique au Québec
Au Québec, le nombre de cas de grippe augmente
lentement. La province a enregistré 39 nouveaux
cas hier. « Le nombre de cas continue d’augmenter,
mais la majorité demeure peu sévère
», a déclaré le directeur national
de la santé publique du Québec, le Dr
Alain Poirier.
À Montréal , les hôpitaux
pédiatriques notent une affluence accrue aux
urgences, principalement pour des cas de grippe. Mais le
Dr Poirier assure que les établissements sont
prêts à répondre à la
demande.
Maintenant que la pandémie est
déclarée, très peu de choses
changeront au Québec, assure le Dr Poirier. Des
sites hors hôpitaux pouvant accueillir et traiter
des patients advenant une pandémie majeure sont
en préparation. « Mais on ne doit pas les
déployer maintenant », dit le Dr Poirier.
Et la préparation à la vaccination
massive, prévue pour l ’ automne, s ’
accélère ( voi r encadré).
Selon le numéro deux de l’OMS, le Dr Keiji
Fukuda, le virus de la pandémie « va
circuler dans le monde entier pendant un à deux
ans ».

Si la panique ne semble pas encore s’être
installée dans le monde, c’est que la virulence
du virus est équivalente à celle de la
grippe saisonnière. « Mais sa transmission
est beaucoup plus efficace. La grippe saisonnière
tue environ 1000 personnes par année ici. La H1N1
infecte trois fois plus de monde et on peut donc
s’attendre à ce qu’elle fasse trois fois plus de
victimes », explique Éric Frost,
microbiologisteinfectiologue à
l’Université de Sherbrooke.
Et puis? Et puis rien - Marie-Claude
Lortie
La
maladie est à ce point bénigne dans
certains cas que des gens l’ont attrapée sans le
savoir. Ils pensaient avoir eu un petit rhume.
«Alors, j e devrais paniquer ? » Une
urgentiste calée côté maladies
infectieuses est au bout du fil, entre deux patients.
Je suis un peu gênée de lui faire prendre
le temps de sa pause café pour répondre
à mes questions, sauf que j’ai un
problème. Je suis incapable de m’inquiéter
à la suite de la décision de
l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de
déclarer officiellement une «
pandémie » de H1N1. Estce grave, docteur ?
« Non, pas du tout. Aucun besoin de paniquer. La
réalité, c’est que c’est actuellement une
maladie tout à fait bénigne. Moins morbide
et moins mortelle que la grippe saisonnière
habituelle. Sauf que c’est vrai, oui, il y en a partout.
» Partout? Oui, partout. Dans les garderies, dans
les écoles, dans les bureaux, chez le personnel
hospitalier.
« Juste aujourd’hui, j ’ai dû rappeler 30
patients pour leur dire qu’ils avaient des
résultats positifs. » Et puis? Et puis,
rien du tout. Dans 99,9999% des cas, le patient va bien
après deux ou trois jours. Et même moins.
La maladie est à ce point bénigne dans
certains cas – on ne parle pas, évidemment, des
gens dont le système immunitaire est affaibli et
qui sont vulnérables – que des gens l’ont
attrapée sans le savoir. Ils pensaient avoir eu
un petit rhume. Ce sont des tests effectués
auprès du personnel hospitalier, même
asymptomatique, qui ont montré ce
phénomène.
Sauf que
lorsque le médecin appelle à la maison
pour dire à un patient qu’il fait maintenant
partie officiellement des cas de H1N1
répertoriés, l’ex-malade s’inquiète
quand même. « Les gens pleurent au bout du
fil, même s’ils sont redevenus en parfaite
santé », me raconte un médecin.
Comme s’ils refusaient de croire à cette
banalité. Et que les organismes de santé
publique ne réussissaient pas à trouver
les mots justes et les moyens efficaces pour à la
fois nous calmer complètement
élucidés – n’ont pas aidé
Pourtant, il est maintenant officiellement dit que le
taux de mortalité du virus est bas. Un peu plus
et on aurait presque envie de l’attraper maintenant
cette bestiole, histoire de se bâtir quelques
anticorps juste au cas où elle décidait de
muter et de devenir plus féroce.
Le problème, c’est qu’il n’y a pas que le H1N1
qui circule, il y a aussi la grippe saisonnière
classique. En tout, trois virus se baladent encore, me
dit-on. Et comme personne n’a envie d’attraper une
grippe qui pourrait s’avérer pénible et
dangereuse, vaut mieux malade, pour ne pas
pulvériser sa maladie sur tout le monde, on aide
à prévenir la propagation de tous les
virus. Une bonne idée, car il y a toujours,
partout, des gens au système immunitaire
affaibli.
Mais est-on devant un SRAS no 2? Tellement pas!
Même l’OMS parle de «
sévérité modérée
» et ne s’attend pas à une hausse subite de
la mortalité même en cas de deuxième
vague renforcée avec le retour de la saison
grippale à l’automne. et expliquer leur
état d’alerte.
Qu’ils surveillent la situation d’aussi près nous
inquiète en soi. Et les décès qui
ont fait les manchettes, chez les jeunes gens en
santé, au Mexique, au début de la crise,
fin avril – cas encore pas continuer de suivre les
recommandations anticontagion qui ont été
diffusées au sujet de la H1N1. En se lavant bien
les mains avec du savon, en ne touchant pas les gens qui
ont des symptômes... Et en se mettant un masque,
quand on est La maladie a fait officiellement 144 morts
dans le monde, jusqu’à présent.
Les victimes du sida et de la malaria, elles, se
comptent par millions. Il y a quelque chose de
gênant à regarder les tableaux de
statistiques de l’OMS en marge de leurs nombreuses pages
d’information concernant la H1N1. Entre le VIH, le
paludisme, la diarrhée et la tuberculose, cette
grippe a l’air pour l’instant d’une fourmi de pays
industrialisés qui toussote et parle à
peine avec le nez bouché.
Pandémie: et après? ARIANE KROL
Dans
son état actuel, la pandémie s’annonce
étonnamment clémente.
La directrice générale de l’OMS avait
l’air d’un médecin qui annonce d’un ton grave
à son patient: j’ai une bonne et une mauvaise
nouvelle. La mauvaise, c’est que vous êtes en
pleine pandémie de grippe. La bonne? Vous ne
sentirez presque rien. Et le patient de se demander :
dans ce cas, pourquoi en faire tout un plat?
C’est l’impression qui se dégageait de la
conférence de presse de l’Organisation mondiale
de la santé, hier à Genève. Un
contraste frappant avec l’atmosphère qui
régnait à l’assemblée annuelle de
l’organisme, il y a trois semaines. Tout le monde
était alors sur les dents, dans l’attente que
l’alerte soit relevée au plus haut niveau.
Lorsque le seuil fatidique a finalement
été franchi hier, ça ressemblait
plutôt à une formalité.
C’est que l’échelle pandémique de l’OMS
n’a plus de secrets pour personne. Nous avons tous
compris que le sixième et dernier niveau
d’alerte mesure la transmission, et non la
gravité de la maladie. En trois mois, la
population a appris à appliquer les mesures
d’hygiène qui limitent la contagion, à
évaluer la gravité de ses
symptômes et, surtout, à ne pas paniquer.
La somme d’informations et de réflexes
intégrés en si peu de temps est tout
à fait remarquable.
Évidemment,
le
virus peut muter et devenirplus féroce.
Maisdans son état actuel, la pandémie
s’annonce étonnamment clémente, du
moins dans les pays développés. Ce
sont donc les populations qui s’inquiètent le
plus du virus qui risquent le moins d’en souffrir.
Au Québec, les autorités de
santé publique en sont rendues à
demander aux parents de ne pas emmener leurs enfants
inutilement aux urgences – apparemment, certains
centres hospitaliers sont débordés de
cas sans gravité qui nécessiteraient
simplement du repos à la maison. Si c’est
là le plus gros mal de tête que nous
cause cette pandémie, nous pourrons nous
compter chanceux!
Nous devons cependant être conscients que les
populations mal préparées risquent
d’être frappées beaucoup plus durement.
Il suffit de regarder ce qui se passe au Manitoba.
Sur la vingtaine de patients affectés au
point de devoir être branchés à
un respirateur, plus de la moitié sont des
autochtones. Un triste rappel des conditions de vie
qui prévalent dans les réserves –
habitations surpeuplées qui n’ont pas toutes
l’eau courante, manque de médicaments et de
personnel soignant.
La ministre fédérale de la
Santé, elle-même inuite, vient
d’annoncer l’envoi de médecins,
d’infirmières et
d’épidémiologistes dans les
réserves touchées. Il faudra faire
plus, surtout en matière de
prévention. Le gouvernement
fédéral ne peut pas tenir des
conférences de presse où il annonce,
sur un ton rassurant, que tout est « sous
contrôle », alors qu’une partie de sa
population est touchée. C’est
indécent.
« Nous sommes là-dedans tous ensemble,
et nous allons tous passer à travers,
ensemble », a déclaré la
directrice générale de l’OMS à
la fin de son allocution. C’est bien joli, mais si
nous ne faisons pas des efforts tous ensemble, et
pour tout le monde, il y en a qui ne passeront pas
à travers.
Grippe A (H1N1) : Le Canada
préoccupé par les autochtones
« Nous n’avons pas les données pour
comprendre pourquoi certaines communautés (sont
touchées). »
— Le Canada enquête sur l’impact de la grippe A
(H1N1) sur ses populations autochtones, ont
indiqué les autorités sanitaires hier,
tout en minimisant les craintes que ces
communautés soient touchées plus
sévèrement que d’autres.
« Il y a des
informations sur des cas plus graves dans certaines
régions du pays. C’est une
préoccupation et nous enquêtons
», a déclaré hier la ministre de
la Santé, Leona Aglukkaq.
« Il y a des informations sur des cas plus
graves dans certaines régions du pays. C’est
une préoccupation et nous enquêtons
», a déclaré la ministre de la
Santé, Leona Aglukkaq. « Il faut
éviter les spéculations et se fonder sur
la science », a cependant fait valoir la
ministre, au cours d’un point de presse après
la décision de l’Organisation mondiale de la
santé (OMS) de déclencher le niveau 6
d’alerte maximale face à la grippe porcine.
Mme Aglukkaq, el le-même inuite, a
indiqué que les autorités avaient
envoyé du personnel supplémentaire ainsi
que du matériel médical dans des
communautés autochtones isolées. Mais
les autorités ont indiqué ne pas
disposer d’un décompte des cas de grippe dans
les communautés amérindiennes.
« Ce n’est pas une maladie indigène
», a souligné de son côté le
Dr David Butler-Jones, administrateur en chef de la
santé, affirmant que la maladie frappait tout
le monde » et pas spécialement les
Amérindiens.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait
souligné mardi que certaines populations
vulnérables sont particulièrement
exposées à l’épidémie et
avait cité le cas de communautés inuites
ou amérindiennes du Canada « où un
nombre disproportionné de cas graves » a
été constaté.
L’inquiétude régnait dans des
communautés amérindiennes du Manitoba,
où 26 personnes, dont la moitié
amérindienne, ont été
placées sous respiration artificielle pour des
problèmes pulmonaires graves.
Plusieurs membres de communautés
isolées, dont des enfants, ont dû
être transportés d’urgence à
Winnipeg, capitale duManitoba, et des chefs de
communautés autochtones ont reproché aux
autorités d’avoir tardé à leur
venir en aide.
Le nombre de cas de grippe a également
augmenté dans le territoire autonome inuit du
Nunavut, passant de 25 à 96 au cours des
derniers jours.
« Nous n’avons pas les données pour
comprendre pourquoi certaines communautés (sont
touchées) et il est beaucoup trop tôt
pour conclure, sur la base d’une ou deux
communautés, que la maladie est plus grave chez
certains groupes ethniques », a souligné
le Dr Butler-Jones.
Il a indiqué ne pas avoir de chiffres sur la
gravité des cas dans les communautés
autochtones. Selon le dernier bilan, le Canada compte
près de 3000 cas de grippe, dont 138, soit
environ 5%, ont nécessité une
hospitalisation.
Les autochtones (Amérindiens, métis et
Inuits) sont environ 1,2 million sur une population de
33,5 millions de Canadiens.
M. Butler-Jones s’est montré relativement
optimiste, exprimant l’espoir que le nombre de cas
allait diminuer avec l’arrivée de
l’été et de la chaleur.
Mme Aglukkaq s’est aussi voulue rassurante, soulignant
que le Canada était préparé
à la décision « principalement
technique » prise par l’OMS et que cela ne
changerait pas l’approche canadienne face à la
maladie. « Heureusement, la grande
majorité des cas de la maladie au Canada
demeurent bénins », a-t-elle dit.