Société
| LA PRESSE & COMPAGNIE |
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How Puerto Rico stepped
back from an economic abyss
- neil reynolds
Governments can't spend people back to work - NEIL
REYNOLDS
Believe
it or not: Less educated legislators do a better job -
NEIL REYNOLDS
How
declining cities can reverse their fortunes - NEIL
REYNOLDS
The
alarming
truth
about
waste
at
City Hall - Margaret Wente
In
a
world
without
‘socialism’
-
Margaret
Wente
Humpty Dumpty’s great fall - Preston Manning
With government spending, virtue hath its own rewards -
Neil Reynolds
Reflections
on the narrative of liberal
Mensonge
et utopie
La philosophie interventionniste classique est-elle
vraiment toujours d'actualité ?
Un
livre
très
rouge
The
stealthy return of economic nationalism
Pour faire fonctionner une économie, ne serait-ce
qu'à la base, pourrait-on vraiment trouver mieux
que le libre marché ?...
Party platforms offer a clear policy choice for a change
Harper
is
indeed
a
conservative
(by
a
bit)
Un
ancien directeur de Google s'adresse à Barack
Obama - «Pouvez-vous augmenter mes impôts,
s.v.p.»
Bataille autour d’un symbole
Perspectives
- Sa part
Taxing the super-rich
Et si notre société démontrait
encore un certain problème avec tout ce qui
concerne la répartition de la richesse ?...
Les
gênantes inégalités canadiennes
De plus en plus inégalitaire
Un
monde de moins en moins égalitaire
Libre
opinion - Troublantes inégalités sociales
Who wants to talk about income inequality? - Jeffrey
Simpson
Jeunes et 47 fois plus pauvres
L'iniquité
érigée en système
Why
aren’t we talking about income inequality? - Jeffrey
Simpson
Inégalités
de revenus - Le grand écart
Les
inégalités de revenus s'accroissent aux
États-Unis
Un
confort croissant, mais mal partagé dans les pays
de l'OCDE
Le
fossé s’élargit plus vite au Canada qu’aux
États- Unis
Do we care that Canada is an unequal society? - Jeffrey
Simpson
Écart
entre
riches
et
pauvres:
le
fossé
se
creuse
Le
fossé
sans
fond
Socialism
in
America
demands
Super
Bowl
solidarity
-
Gerald
Caplan
Les
devoirs
de
Davos
Redirecting
our
rage
at
the
real
gravy
train
Does
inequality
matter?
Money
really
can
buy
anything
–
even
at
the
University
of
Toronto
-
Gerald
Caplan
Some
pigs
are
more
equal
than
others
-
Gerard
Caplan
Is
it
good
to
be
good?
La
mauvaise vache à lait
Françoise
David espère que le budget reflètera les
«valeurschères» au Québec
Sur
une autre planète
Caviar et pâté chinois - JEAN-MARC LORD
L'incompétence et l'inaction serait-elles donc des
propriétés caractéristiques de la
fonction publique en général ?...
What
makes
the
one-trick
Tea
Party
tick?
Financement
du Dr Julien - Les normes
Sociétés
d'État - Osons en parler
Postes Canada: la modernisation se fait attendre
Rénovation des édifices du Parlement: trop
de joueurs impliqués
De socialisme...
State capitalists are having their day
Les
dégâts du capitalisme - John R. MacArthur
La
crise pourrait rétablir la justice redistributive
Le
capitalisme, «cancer» incurable?
Government
and
the
good
life
As
they say in Kerala, there's more to life than GDP
... et de capitalisme !...
Was the boom worth it?
Why
the market makes us better off
Leacock’s investment strategy is nothing to laugh about
Et se pourrait-il donc que même ceux qui cherchent
à trouver une solution de rechange au capitalisme
en viennent à se demander comment on pourrait
pourtant trouver un autre point de départ à
l'économie ?...
Les oligarques
Opportunity
knocks
for
the
next
economics
idol
Le
capitalisme, «cancer» incurable?
Le communisme ne serait-il donc qu'une utopie ?...
Fin
d'un modèle
Another
aging tyrant admits failure
Or, cela ne l'empêche-t-il pour autant d'avoir
laissé des traces on ne peut plus concrètes
?...
Chavez and the good old days of Marxist misadventure
Stalin’s
world is still with us
Et pourtant, peut-on vraiment se contenter de laisser
à elles-mêmes les forces du marché
sans rien faire d'autre, et penser sérieusement que
tout puisse alors moindrement bien fonctionner ?
Un
État ratatiné
Économie
néolibérale - De l'État et du
marché
Lettres
- L'affaiblissement de la fonction publique
Les
ratés du néolibéralisme
Et s'il y avait bel et bien une place pour les
sociétés d'État dans une
économie de marché, et donc dans une
économie où de telles sociétés
seraient justement exposées à une
concurrence digne de ce nom ?...
Pétrole
et gaz - Le Québec doit reprendre le
contrôle de ses ressources
Et si le modèle coopératif
représentait justement la solution de rechange que
l'on se trouve à rechercher ?...
Conférence
internationale du mouvement coopératif et
mutualiste québécois - Une économie
solide repose sur la diversité Alliance
coopérative internationale - «La
finalité sociale plutôt que le seul
profit!»
L'identité
et le développement du Québec - Hors du
capitalisme est le salut!
SOCODEVI
- Tout est fait pour briser le cercle vicieux de la
dépendance
Dynamiser
des régions - Il y a un avenir pour le monde
forestier ou agricole
Quand les mesures sociales ne semblent réussir
qu'à entraîner et maintenir une
dépendance...
Changing New Brunswick’s culture of dependence
- Neil Reynolds
Et si la concurrence ne pouvait après tout
s'avérer qu'un avantage, sinon l'un des
éléments les plus fondamentaux dont on
puisse avoir besoin pour faire fonctionner quelque
système que ce soit ?...
In garbage collection, competition is rarely
wasted
Et cette institution qu'on appelle l'État se
trouverait-elle donc elle-même à être
entrée dans une phase de pure et simple
déliquescence ?..
The world’s problems are so big, and our politicians are
so small - MARGARET WENTE
L'impuissance
des politiques - François
Brousseau
If Alberta can't cut its deficit quickly, who can? -
Jeffrey Simpson
Un test de crédibilité
The
withering
of
the
state
Se pourrait-il donc qu'il s'avère parfois difficile
pour les syndicats de passer pour autre chose que des
"empêcheurs de tourner en rond" ?...
(Se pourrait-il donc qu'il arrive au syndicalisme de
parfois occasionner certains abus, pour le moins qu'on
puisse dire ?...)
Teachers who don’t deserve union protection
Rien
de
grave
New
meters
for
Hydro are the smart choice
Nouveaux compteurs: les syndiqués d'Hydro veulent
bloquer le projet
It might be time to rethink the construction holiday
Union’s ludicrous wish list does its members no favours
Et pourtant, peut-on vraiment prétendre que
l'ère du "capitalisme sauvage" soit
complètement révolue ?...
Licenciements collectifs: du travail à faire
Et s'il y avait tout de même une place pour la
fonction publique, ou du moins pour les dépenses
publiques, après tout ?...
Passage
on
an
urban graveyard train
Le
Québec
anti-
intellectuel
Gen Y's pampered losers are just a myth
Génération
ras- le- bol
Liban:
le cauchemar des aides domestiques
Des
pères gais et gagas
Féminisme... et machisme !...
C’est
peut-
être
moi
le
mononcle
Dur
printemps
pour
les
femmes
Editorial:
Quebec a bright light for Canadian women
Un
siècle en pantalon
Le gouvernement Harper serait-il carrément
sexiste ?...
Here's
where it pays to get tough on crime
Violence
against women: an international epidemic
India is no exception: The subjection of women is its
own religion - Doug Saunders
Saudi women’s activism accelerates
Les
Saoudiennes aussi veulent leur révolution
Les
justicières
en
rose
L'école
des Africaines (3) - La classe, un répit pour les
vidomegons
L'école
des Africaines (1) - «Un jour, le Burkina s'en
sortira»
Leur «crime»: être femme
Le secret de Polichinelle du Liban
Vendue pour 5000$ à l'âge de 13 ans
Les taxis pour femmes font fureur au Liban
Les
Adelitas
n’ont
jamais
repris
les
armes
Agressions
sexuelles: les plaintes aboutissent moins
Polygamie
Polygamie
- La liberté de religion comporte des limites
We all have a stake in the polygamy case
Les amis de la polygamie
Is
monogamy
overrated?
-
Margaret
Wente
Polygamie
- Clairement contre
UN
«
ESCLAVAGE
MODERNE
»
?
Le dilemme de la polygamie
Women
at
work:
still
behind
on
the
bottom
line
Ceci
n’est
pas
un
politicien
en
jupe
Une
commission
à
reculons
-
Marie-Claude Lortie
Nouvelle
carte électorale - Comment combler le
fossé entre le peuple et le Parlement ?
La
fin
de
la
femme
artificielle?
-
Nathalie Petrowski
Les
avantages de la participation des femmes aux C.A.
Nouvelles
mamans: les congédiements abusifs se multiplient
Félicitations,
vous
êtes
renvoyée
-
Rima Elkouri
Violence
conjugale: quand injure rime avec crime
Un
métier excitant - Patrick Lagacé
LES FUNAMBULES - Mélanie
Dugré
Conciliation
famille-famille - Ariane Krol
La
fée du logis - Marie-Claude Lortie
LE QUÉBEC, MATRIARCAL? -
Émilie Goulet & Julie Robillard
Comme
une odeur de misogynie - Nathalie Petrowski
Les
femmes
plus
vulnérables
face
aux
maladies
Équité
salariale: Québec sort le bâton
Femmes et indépendance - Marie-Claude
Lortie
Plus de femmes que d’hommes décrochent leur
diplôme
En guerre contre les talons hauts - Mali Ilse
Paquin
LA NOUVELLE MICHELLE -
Marie-Claude Lortie
Les 100 jours de Michelle Obama - Yoland
Cohen
Inspirante Michelle - NATHALIE COLLARD
L’amour au temps de Lola - Louise Leduc
Milieu des arts : L’égalité hommes
femmes n’est pas pour demain
À la défense des potiches
- SOPHIE COUSINEAU
Un meilleur rendement -
ANNE -MARIE HÉBERT
Manifeste pour une fête des
Mères heureuse - Sylvia Galipeau
Fermes en péril
- L'UPA proteste contre le rapport
St-Pierre
La pilule fête ses 50 ans
La révolution des sexes
bénéfique pour les hommes
Et en ce qui concerne le plafond de verre...
What glass ceiling? It's the mommy track - MARGARET WENTE
Sorry,
professor,
but
women
do
still
face
hiring
discrimination
Les
femmes
à
la
rescousse
-
Claude Picher
Travailler, c’est trop dur...
Le plafond de verre existe-t-il encore ?
Carrière ou famille, pourquoi choisir
?
Les mères
québécoises plus actives que les
françaises - Sylvia Galipeau
Maman danse la salsa - Sylvia Galipeau
Net recul pour les femmes - La
série télé d’Anne-Marie Losique
perpétue la banalisation et la glorification du
commerce du sexe
Super Souris - Marie-Claude Lortie
Les
frencheuses
Et que dire de ces messieurs ?...
La
petite
noirceur
-
Mario Roy
AÏE! VOUS VOULEZ VOUS MARIER? - Marc Tison
Voir aussi Et si l'on parlait simplement de
nos propres économies ?...
Et comment au juste pourrait-on repenser la retraite
?...
BMO
veut une réforme complète du système
des retraites
Retraites
- Le REER insuffisant
Est-il jamais trop tôt pour planifier sa retraite ?...
Après les enfants, la retraite - Marc
Tison
REFAIRE SA VIE ET SA RETRAITE
Quand l’heure de la retraite approche
- Caroline Rodgers
Voir aussi Et si l'on parlait simplement de
nos propres économies ?...
Repas et réconfort pour 4,50$
Un Canadien sur cinq s’occupe d’un parent âgé
malade - Katia Gagnon
Bénévolat : Un projet pilote
sera lancé à l’automne
Québec mise sur le bénévolat : Lise
Thériault
Et si l'on revoyait quelque peu le traitement que l'on peut
réserver à nos aînés, en
commençant notamment par peut-être revoir un
peu notre système de pension à cet effet ?...
Widening the options for an aging population
Let’s take the CPP – and be creative
Les
conservateurs veulent gâter les électeurs de
l'âge d'or
Pour
stimuler l'épargne des Québécois -
Québec songe à créer un REER public
Flaherty se penche sur le Régime de pensions du
Canada
Can Canada own the pension podium?
Les boomers, jeunes de coeur et d'esprit
Être vieux sans être gâteux
DIVERSITÉ GÉNÉRATIONNELLE
Tasse-toi pas, mon’oncle!
Des préjugés tenaces
QUAND ÂGE RIME AVEC BONHEUR
Éloge de la vieillesse
- Benoît Voyer
« Passée date »
Vieillir
au
féminin
-
Nathalie Collard
Québec dévoile un plan contre la
maltraitance envers les aînés
Et par ailleurs, aurions-nous carrément laissé
de côté nos aînés ?...
LE PARADIS EST AU DANEMARK
Les Danois, les vieux et nous
Les
vieux,
ce
n’est
pas
sexy
Peut-être
qu’on
se
fiche
des
vieux
DES
MILIEUX
CRÉÉS
DANS
L’URGENCE
Le
public
offre
de
meilleurs
soins
For-profit facilities leave seniors vulnerable
TUEZ-MOI AVANT!
Quebec's
elderly deserve much better
Résidences
pour aînés: les zones grises de la
certification
Sécurité
incendie: des critères moins sévères
Qui
veille sur le réseau privé?
Résidences
pour aînés... mais pas dans ma cour!
Décès
d'un aîné dans une résidence: le
coroner ouvre une enquête
Les
urgences, un milieu «hostile» aux
aînés
Résidences
privées non certifiées: des retraités
s'inquiètent de la situation
72%
des contrats attribués à des
résidences non certifiées
Résidences
privées: les aînés restent à
risque
Voir aussi Le gouvernement Charest ferait-il
carrément preuve de négligence envers les
aînés du Québec ?...
Plus pauvres, plus isolés
- Daniel Boiteau
De
nombreuses résidences privées pour
aînés toujours pas certifiées
Reportages sur les personnes
âgées : Un accablement
injustifié - Guylaine Martin
« Les personnes âgées ne voient aucune
différence dans leur plateau »
Les vieux
abandonnés
Des résidants traités comme des
numéros - Ariane Lacoursière
Des fermetures de lits inacceptables
Caser les vieux ANDRÉ PRATTE
De nombreux aînés meurent de «
négligence » Un sociologue
québécois dénonce l’«
âgisme meurtrier »
Sous-financement d'entreprises prenant soin des
aînés - Ariane Lacoursière
Les aînés
accaparent la période de questions à
l’Assemblée nationale
L’opposition devance la ministre
Blais
Manque de formation des préposés aux
bénéficiaires : Québec savait
depuis un an
LA RÉSIDENCE DE L’ENNUI
- Ariane Lacoursière
UNE SOCIÉTÉ QUI NE VALORISE
PAS SES AÎNÉS
Une question de gros sous
RESSOURCES INTERMÉDIAIRES, LA
PANACÉE?
Préposés aux
bénéficiaires : EXPÉRIENCE NON
REQUISE - Ariane
Lacoursière
Aucune règle n’encadre la
formation des préposés
ÉTABLISSEMENTS POUR PERSONNES
ÂGÉES 39% des résidences
privées n’ont pas encore été
certifiées
La ministre Blais enverra des clowns
distraire les personnes âgées
Riez, riez… - Marie-Claude Lortie
Les établissements auront des
étoiles
LE BONHEUR EST
ÀOUTREMONT - Ariane Lacoursière
voir aussi OPÉRATION
NEZ ROUGES - Sylvie St-Jacques
HISTOIRES DE Clowns
Chambre avec vue - Rima
Elkouri
Le taux d'incapacité global au Canada a
grimpé entre 2001 et 2006
Loterie
vidéo: les règles du jeu remises en question
Des diverses drogues... et de leur légalisation !...
Safe-injection
sites in Montreal? Plan carefully
Les tunnels de la drogue se multiplient
Drug
cases comprised 72 per cent of federal prosecution
caseload last year: report
DES VENDEURS DE DROGUE EN BLOUSE BLANCHE
GÉANT DE L’OR VERT
En
bref
-
Washington
s'attaque
aux mafias du monde
Getting
medical
marijuana
to
the
people who need it
Flesh
Eating Drugs
L'illusion
d'un monde sans drogue
Milliardaire,
philanthrope
et
militant
Constat
d'échec - A-t-on trouvé mieux que la
«guerre contre la drogue»?
Une
commission recommande de légaliser le cannabis
LA GUERRE CONTRE LA DROGUE A ÉCHOUÉ
The
arguments
for
and
against
Vancouver’s
supervised
injection
site
Supervised injection
for the sake of public health - Globe editorial
Sites
d'injection supervisée - Question d'éthique
Une
dose
de
réalité
Dying
for
a
change
on
safe-injection
site
Canadian
goodwill
will
not
stop
drug
crime
-
Globe
Editorial
Bras
de fer sur les sites d'injection supervisée
Pariah
products
will
always
find
their
way
Les
obstacles aux sites d'injection sont plus politiques que
juridiques
At
the
bottom
of
a
bong
is
the
paradox
of
conservatism
Des
milliardaires
pour
la
légalisation
LES
VIEUX
POTEUX
WASHINGTON
RETIENT
SON
SOUFFLE
Les Québécois divisés
Sorry
to
harsh
your
mellow,
California,
but
…
Guns
and
grow-ops:
Conservatives
should
be
consistent
-
Tom
Flanagan
Mexique:
débat sur la légalisation des drogues
Mexique
- Débat sur la légalisation des drogues
France:
controverse sur les centres d'injection
Légalisation
du cannabis en Californie: buzz légal
LA CALIFORNIE SE PRONONCE - Nicolas
Bérubé
« LES MENTALITÉSONTCHANGÉ »
- Nicolas Bérubé
Coherence needed on marijuana laws
Controverse autour d'un club compassion à Lachine
Lutte contre les narcotrafiquants: réprimer ou
légaliser?
At war over the war on drugs - MARGARET WENTE
Legalizing
drugs isn’t the answer - Margaret Wente
Quand
punir a des limites
Keep
Insite open, top court rules
Supreme Court ruling opens doors to drug injection clinics
across Canada
Dutch classify high-potency marijuana as hard drug
De la prostitution... et de sa légalisation !...
A
little legalizing, a big peace dividend - Neil Reynolds
Décriminalisation de la drogue: une question de
santé au Portugal
Amsterdam
cracks down on prostitution, cannabis: lessons
for Victoria?
Amsterdam Cuts Prostitute Displays
South Africa:
Legalising Prostitution
Dutch find that going legal has not stopped criminals
We
must
punish
prostitution's
buyers
Sexe,
malaise
et
vérités
Decriminalization
could protect sex workers from predators, lawyer argues
Prostitutes, like everyone else, deserve safety
Why
the
courts
must
decriminalize
prostitution
Liberalize
prostitution
laws
to
protect
women
-
Globe
Editorial
Prostitution:
travail ou prison?
POUR
EN
FINIR
AVEC
LA
PROSTITUTION
Sex,
sin
and
Craigslist
Femme
cherche prostitué
Les bons sentiments
Le
plus vieux dilemme du monde
Ottawa
appeals
prostitution
ruling
MPs need to tackle the prostitution issue
Mais bonne chance pour faire entendre ceci à nos
gouvernements !...
Clients, not prostitutes, should risk criminal charges,
court hears
LA
PROSTITUTION
N’EST
PAS
UN
DROIT
CONSTITUTIONNEL,
PLAIDE
OTTAWA
Un
manifeste pour sauver le patrimoine religieux
Saving Quebec's religious heritage
Les
leçons
de
la
Grande
Bibliothèque
-
Alain Dubuc
Grande
Bibliothèque : Pari gagné
Patrimoine
- Une autre défaite
J’ai besoin de mes quotidiens
La chaleur urbaine - Charles
Côté
DES ACTIONS CONTRE LA CHALEUR URBAINE
Les jours torrides se prolongent
- Martin Croteau
Voir aussi... La canicule se poursuit à
Montréal - Catherine Handfield
DES CITOYENS EN ONT MARRE DU BRUIT -
Éric Clément
Bruyant… à la
campagne! - Francine Bastien
Lettres - Agressions sonores
Les prévisions « alarmistes
» irritent les entreprises de loisirs
- Martin Croteau
Voir aussi.... Comme en Irlande -
Marie-Claude Lortie
Le décrochage - Pierre Foglia
Les élus européens veulent mettre les
riches à contribution
Lettres
- L'individualisme triomphe
Le
déficit fédéral payé par la
classe moyenne et pas par les privilégiés
Les
salaires exorbitants des banquiers
|
Perspectives
- Faisons payer les riches!
Lettres
- Quelle richesse ?
Les
femmes
citoyennes
-
Lise Payette
Déficit
d'équité
S'intégrer ou pas
A
welcome first for the Oscars - at last
It's
loco
to
only
buy
local
|
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LES FUNAMBULES - Mélanie
Dugré
Les femmes
doivent assumer leur liberté de choix en recherchant
l’équilibre entre le travail et la famille
L’auteure est avocate et mère de deux garçons.
Était-il empoisonné, le cadeau que nous ont fait
les pionnières du féminisme ? N’est-il au fond
qu’une utopie, reflet d’un insatiable appétit de tout
avoir dans la vie?
Le documentaire Bébé ou CV a provoqué
chez moi un mélange de confusion, de réflexion
et d’émotion. Il m’a confrontée aux
côtés nutritif et givré de celle que je
suis. Le premier, résultat d’années de labeur et
de sueur sur les bancs d’université et le
deuxième, né de ma bouleversante
expérience de la maternité.
Je pourrais vous raconter qu’un jour dans mon ancienne vie
d’avocate de grand bureau de pratique privée, j’ai
frappé unmur. Unsoir, je me suis retrouvée
assise sur le plancher de mon salon à faire un
casse-tête avec mon fils de 15 mois, l’oeil sur le
BlackBerry, l’oreille sur le téléphone et la
voix qui encourageait: « Allez ti-Lou, mets la vache
dans l’étable et le cochon dans la porcherie. »
J’ai croisé son regard interrogateur, l’air de dire:
« Ma foi, cette femme est complètement folle…
». Je me suis surtout projetée dans l’avenir,
tentant d’enseigner à cette progéniture qu’il
faut remplir une tâche à la fois et s’appliquer
à bien terminer les projets entamés. J’ai
réalisé quel pitoyable modèle
j’étais.
Je pourrais aussi vous raconter que dans ma vie de mère
à la maison en congé de maternité, j’ai
frôlé la dépression bien qu’investie du
rôle le plus noble, mais ô combien ingrat, qui
existe, celui d’élever mes enfants.
Quelle douleur de devoir admettre que je n’étais faite
ni pour la grande carrière qui suscite l’admiration des
pairs ni pour le rôle de maman à la maison qui
impose le respect. Je n’étais qu’une avocate-maman qui,
malgré un amour profond pour ses petits anges cornus et
un sincère désir de présence et
d’implication, ressentait un viscéral besoin de
s’accomplir professionnellement.
Conte de
fées ou réalité, la conciliation de ces
idéaux? Une belle et possible réalité en
ce qui me concerne. Concrétisée grâce
à une identification claire de mes attentes et
priorités, une recherche minutieuse des occasions
d’emploi y répondant, une inébranlable franchise
quant à ma situation familiale et un employeur ouvert
à la flexibilité et aux compromis en retour de
la compétence, de la loyauté et du travail bien
fait.
Non, il n’était pas empoisonné le fruit
d’années de batailles et de revendications. Nous y
avons gagné une liberté de choix dont trop peu
de femmes dans le monde peuvent jouir. Le plus grand
défi associé à cette liberté est
de faire nos choix, de trouver notre zone de confort,
d’atteindre l’équilibre qui nous permettra de nous
épanouir, professionnellement et personnellement, tout
en acceptant qu’il y ait de perpétuels
impondérables qui mettront ce fragile équilibre
en péril et remettront nos choix en question.
Notre plus grand ennemi, quant à lui, est le manque de
respect dont nous, les femmes, sommes susceptibles de faire
preuve les unes envers les autres. Il est si facile de juger
le comportement de l’une, de condamner la décision
d’une autre et d’émettre des opinions à
l’emporte-pièce. Quellequesoit la façondontnous
choisissons d’exercer notre liberté de choix, c’est
unies et solidaires que nous devrions la défendre.
C’est ainsi que nous permettrons aux mamans qui souhaitent
rester à la maison de le faire tout en brisant leur
isolement et en améliorant les conditions de celles qui
concilient travail et famille par, notamment, l’accès
au travail à temps partiel, aux horaires flexibles et
aux journées «famille».
Dans le tourbi l lon de la vie moderne, nous sommes toutes des
funambules en quête de l’équilibre parfait qui
rendra la traversée douce et paisible. Cette
quête est noble et juste mais au passage, il ne faudrait
pas oublier que la liberté de choix dont nous
disposons, toute précieuse et délicieuse qu’elle
soit, a un prix: celui, comme mère, comme
professionnelle et comme femme d’assumer ces choix. En
définitive, il faut apprendre à faire la paix
avec soi, à célébrer l’imperfection et
à se répéter qu’à l’impossible,
nul n’est tenu… erreurs du protocole deKyoto. Les objectifs de
Kyoto ont tenté d’être réalisés par
la mise en place de deux grandes catégories de moyens:
l’adoption de normes environnementales dans la
réglementation et les campagnes de sensibilisation
misant sur des mesures volontaires. Ces deux moyens proposent
une réponse parfois efficace, mais toujours partielle
en l’absence de l’internalisation des coûts de la
pollution dans le système de production.

Les mécanismes de compensation des émissions de
gaz carbonique en sont une bonne illustration. Ceux-ci
permettent de payer pour financer des initiatives de
réduction des gaz à effet de serre et ainsi
rendre certaines activités polluantes «
carboneutres ». Leur caractère volontaire montre
toutefois leurs limites. Plusieurs organismes proposent des
services de compensation pour l’utilisation des voitures, des
vols en avion et des systèmes de chauffage au mazout.
Pourtant, combien d’automobilistes, de voyageurs et de
propriétaires de maisons chauffées au mazout
utilisent ces services?
LE QUÉBEC, MATRIARCAL? -
Émilie Goulet & Julie Robillard
Malgré
leur plus grande autonomie, les femmes accèdent encore
aux postes de pouvoir à un rythme très lent
Pour plusieurs, le Québec serait une
société matriarcale, c’est-à-dire une
société dominée par les femmes, où
les hommes, victimes, seraient en manque de repères et
en train d’y perdre leur place.
L’entrée
des
femmes sur le marché du travail les a rendues plus
autonomes et indépendantes qu’avant. Toutefois,
à un niveau d’éducation égal, elles
gagnent environ 70% du salaire de leurs homologues
masculins.
Ce discours récurrent est très présent,
surtout cet automne dans la populaire émission Tout le
monde en parle, où on y a fait
régulièrement référence. Il y a
effectivement eu des acquis majeurs pour la condition
féminine durant les dernières décennies.
Toutefois, est-ce suffisant pour qualifier la
société québécoise de matriarcale?
Il est vrai qu’il y a maintenant plus de femmes en politique
et que le gouvernement Charest peut se vanter d’avoir
instauré la première parité
ministérielle (qui n’est plus depuis le départ
de Monique Jérôme-Forget) en 2007.
Néanmoins, à peine 28,8% des
députés sont des femmes. Doit-on rappeler que la
notion de parité implique un équilibre dans la
représentativité des femmes et des hommes au
pouvoir et qu’elle a été introduite justement
pour remédier à cette situation
désavantageuse pour les femmes?
Malgré cet effort de parité au Québec, on
retrouve encore majoritairement des hommes à la
tête de l’État (provincial et
fédéral), des partis politiques et des villes.
Ce sont encore eux qui occupent majoritairement les fonctions
ministérielles les plus influentes et prestigieuses
(finances, commerce, relations internationales, justice).
Dans la fonction publique, environ un tiers des postes de
haute direction (sous-ministres en titre ou associées
et présidentes ou adjointes d’organismes
gouvernementaux) sont occupés par des femmes.
Même son de cloche dans les municipalités
québécoises où, en 2009, la proportion de
femmes se limite à 13,9% dans les postes à la
mairie et à 26,7% dans ceux de conseiller. En
réalité, la faible proportion de femmes dans des
postes politiques importants prouve qu’elles sont loin
d’être en position de domination politique au
Québec et au Canada.
La
sphère économique, autre lieu incontestable de
pouvoir, doit aussi être examinée avant de taxer
le Québec de société matriarcale.
Effectivement, l’entrée des femmes sur le marché
du travail les a rendues plus autonomes et
indépendantes qu’avant. Toutefois, leurs conditions de
travail et salariales sont généralement plus
difficiles que celles des hommes, car elles occupent des
emplois atypiques, précaires, à temps partiel et
au salaire minimum en plus grande proportion que ces derniers.
À un niveau d’éducation égal, elles
gagnent environ 70% du salaire de leurs homologues masculins.
Même si plusieurs justifient la « domination
» féminine dans la société
québécoise par le fait que les jeunes femmes
réussissent mieux sur le plan académique et
qu’elles obtiennent maintenant plus de la moitié des
diplômes universitaires, la réalité du
marché du travail montre que leur présence dans
les postes de pouvoir augmente à un rythme
extrêmement lent. Il s’agit de la théorie du
plafond de verre, qui explique que les femmes, et autres
groupes minorisés, restent structurellement
coincés à des paliers hiérarchiques
subalternes.
À titre d’exemple, entre 2002 et 2008, l’augmentation
du nombre de femmes aux postes de haute direction et à
la tête des plus grandes entreprises canadiennes a
oscillé entre 0,2% et 1,8% aux deux ans, pour atteindre
respectivement un taux de 16,9% et 6% en 2008. De plus, elles
occupent seulement 13% des sièges sur les conseils
d’administration, et ce, même si elles
représentent 47,1% de la force de travail au Canada. La
situation est plus positive dans les sociétés
d’État québécoises, où la
proportion de femmes sur les conseils d’administration
atteignait 44,8% en mars 2009.
La situation du plafond de verre se reproduit aussi dans le
domaine de l’éducation au Québec et au Canada.
Si les hommes ne représentent que le tiers du personnel
enseignant total au Canada, ils occupent environ 60% des
postes au niveau universitaire, alors que plus de 71% des
femmes sont professeures aux niveaux primaire et secondaire.
Les hommes gagnent encore plus d’argent que les femmes pour un
niveau d’éducation identique. Ce sont encore les femmes
qui consacrent plus de temps aux tâches parentales et
domestiques non rémunérées et ce sont
elles qui mettent généralement leur
carrière de côté pour s’y consacrer. De
plus, les problèmes de discrimination, de violence et
les stéréotypes sont encore bien
présents.
Alors, comment peut-on clamer haut et fort que le
Québec est une société matriarcale
dominée par les femmes alors que les sphères de
pouvoir réel sont encore majoritairement
occupées par des hommes? Le discours affirmant que
l’égalité des sexes serait atteinte et que les
femmes se retrouveraient aujourd’hui en situation de
domination, semble être accepté par une grande
partie de la population. Cependant, les faits réels
nous prouvent inéluctablement le contraire.
Rassurez-vous, la gynocratie au Québec n’est
définitivement pas pour demain matin…
QU’EN PENSEZ-VOUS? forum@lapresse.ca
Femmes et indépendance - Marie-Claude
Lortie
Ce devrait
être la semaine de la Fédération des fem
mes du Q uébec (FFQ). Celle où l’on parle de sa
nouvelle présidente, élue samedi, Alexa Conradi.
Celle où l’on rappelle le rôle joué par
cet organisme, qui regroupe les associations féminines
de la province et qui a déjà été
un grand porte-parole des Québécoises dans tous
les dossiers touchant les femmes.
Ce devrait être la semaine de la FFQ, mais plus je pense
à la Fédération, plus j’ai envie, en
fait, de parler de la présidente d’un autre organisme
pas mal plus officiel, le Conseil du statut de la femme,
nommé par le gouvernement du Québec pour le
conseiller sur les questions qui concernent les femmes.
Pourquoi ? Parce que, au début du mois, Christiane
Pelchat a dénoncé publiquement les coupes dans
les pensions des veuves envisagées par la Régie
des rentes du Québec.
Parce que, en août, elle est descendue dans
l’arène pour parler haut et fort contre la
décision du ministre libéral de la Santé
de rendre la vie presque impossible aux cliniques
privées offrant des avortements.
Parce que, en fait, depuis qu’elle a été
nommée à la présidence du Conseil, en
2006, elle ne fait que foncer, tête première,
dans les dossiers épineux, quitte à
déranger au passage le gouvernement qui l’a
nommée. De l’hypersexualisation des jeunes filles au
port du voile dans la fonction publique en passant par la
modification de la Charte québécoise des droits
pour reconnaître l’égalité comme valeur
québécoise fondamentale, la présidente
n’a pas chômé et a brassé bien des cages.
En fait, depuis quelques années, j’ai l’impression de
la voir houspiller le gouvernement libéral bien plus
souvent que tout autre organisme féministe, alors
qu’elle a été associée à ce parti
politique comme députée et chef de cabinet.
Qu’on soit d’accord ou pas avec Mme Pelchat – et je fais
partie de celles qui ne sont pas toujours du même avis
que cette avocate féministe qui a longtemps
travaillé au Sénégal avant d’être
recrutée pour son CV étoffé –, on ne peut
que s’incliner devant son front et son indépendance
d’esprit.
Et c’est ici qu’il est intéressant de commencer
à parler de la Fédération des femmes du
Québec, qui vient d’élire à sa
présidence une organisatrice communautaire
féministe reconnue. Une femme qui était, j
usqu’en j uin dernier, présidente de Québec
solidaire (QS), parti fondé par une ancienne
présidente de la FFQ, Françoise David.
Je rêve ou QS et la FFQ sont décidément
proches ? Trop proches ?
J’ai parlé hier à Mme Conradi et je lui ai
posé la question. « Seriez-vous capable de
critiquer Québec solidaire ? »
« Tout
à fait », m’a-t-elle répondu,
précisa nt qu’elle n’avait « aucun
problème » avec l’idée de devoir un jour
prendre ses distances par rapport au parti. « Je n’ai
aucune hésitation à dire que je le ferai si
nécessaire », affirme-t-elle.
Est-elle même prête à prendre du recul par
rapport à l’accent très, très fort qu’a
mis la Fédération sur la lutte contre la
pauvreté des femmes en général et des
immigrées en particulier, dossier très QS s’il
en est un?
« J’ai envie qu’on ait une j u st ice é c onom
ique pou r l’ensemble des fe m mes »,
répond-elle, en prenant soin de préciser qu’il
n’y a pas que les femmes au bas de l’échelle qui sont
victimes d’inégalités et que la
précarité, notamment, touche aussi les femmes
des classes moyennes. « J’ai envie qu’on crée des
ponts entre toutes les femmes visées par l’incertitude
financière », dit-elle.
En discutant, elle prend aussi la peine de parler du suicide
de Nelly Arcan, en faisant un lien entre cette mort tragique
et la dictature de la beauté encouragée par la
société de consommation qui finit par affecter
toutes les femmes, peu importe leur statut social.
Bref, Mme Conradi semble vouloir ouvrir les
préoccupations de la FFQ à des dossiers plus
larges que celui de la pauvreté, aussi louable et
important soit-il.
En 1995, durant la campagne référendaire, quand
la Fédération des femmes du Québec a
décidé de se joindre au camp
indépendantiste, son image a changé. Lorsque
j’ai exprimé cette observation récemment,
Françoise David, qui était présidente de
la FFQ à l’époque, m’a rappelé que cette
décision avait été prise tout à
fait démocratiquement au sein de l’organisme, ce dont
je ne doute pas une seconde. Toutefois, cette prise de
position, je le répète, a transformé l’i
mage de la F édération . Soudainement, la FFQ ne
se préoccupait plus seulement des femmes et prenait des
positions politiques sur d’autres enjeux qui n’étaient
plus féministes et féminins en soi.
Depuis, rien n’a jamais été fait, à la
FFQ, pour redéfinir l’i ndépenda nce de l ’orga
- nisme. Et aucune position n’a jamais été prise
pour le différencier, clairement, de Québec
solidaire, parti de gauche et souverainiste fondé par
son ancienne présidente.
Bref, quelque part, on a l’impression que l’ombre de Mme
David, avec ses causes bien à elle (aussi louables
soient-elles), plane toujours sur la FFQ.
Et samedi, voilà que les militantes élisent
l’ancienne présidente de QS à la tête de
la FFQ…
Le fém i n isme, com me le montre la présidente
du Conseil du statut de la femme à chacune de ses
sorties publiques contre le gouvernement libéral, est
une cause qui vit mal en conjonction avec l’esprit partisan.
Régulièrement, Mme Pelchat critique le parti
dont elle a déjà été
députée, car ses responsabilités, pour
défendre l’ensemble des femmes du Québec,
l’obligent à s’élever au-dessus de ces
considérations.
Espérons
que la nouvelle présidente de la FFQ montrera
rapidement que l’organisme fém i n iste est de nouveau
capable d’une pareille indépendance d’esprit et est
prêt à aller au front pour toutes les femmes,
toutes classes confondues, et non pas uniquement pour
l’électorat potentiel de Québec solidaire.
Plus de femmes que d’hommes décrochent leur
diplôme - Louise Leduc
Pou r la prem
ière foi s au Québec, les femmes (51,6 %) sont
plus nombreuses que les hommes à être
diplômées universitaires. Et, si la tendance se
maintient, on n’a rien vu encore : chez les 25 à 34
ans, pas moins de 58,4 % des titulaires d’un diplôme
universitaire sont des femmes.
C’est entre autres ce qui ressort d’un document sur les
diplômés universitaires rendu public hier par
l’Institut de la statistique du Québec.
En un coup d’oeil – mais en plusieurs chiffres! –, toutes les
tendances sont là. Ainsi, l’étude
démontre bien que même si la lutte contre le
décrochage est sur toutes les lèvres, les
Québécois sont de plus en plus nombreux à
se rendre quand même jusqu’à l’université.
« Au Québec, en 2006, on dénombre 880 670
personnes de 25 à 64 ans titulaires d’un grade
universitaire, cette population s’étant accrue de 23,6
% depuis 2001 », peut-on lire dans le document.
Fait à noter, à eux seuls, les immigrants
récents (arrivés entre 2001 et 2006) comptent
pour 38,1 % de l’augmentation des titulaires d’un
diplôme universitaire de 2001 à 2006. Les
immigrants les plus scolarisés sont ceux qui sont
nés en Afrique.
Les
maîtrises et les doctorats gagnent-ils en
popularité au Québec? Au cours de la
décennie 1996-2006, apprend-on, ce sont les titulaires
d’une maîtrise dont le nombre s’est le plus accru – une
augmentation de 58,6% au Québec, ce qui est cependant
moindre que la hausse de 68% dans l’ensemble du Canada et de
72,5% en Ontario.
Un choix différencié
Comme le signale l’enquête de l’Institut de la
statistique, le domaine d’études choisi demeure
fortement différencié selon le sexe. Chez les
hommes universitaires, en 2006, les deux domaines
d’études les plus populaires sont ceux qui se
rapportent à la gestion et au génie.
Chez les femmes, l’éducation demeure le domaine
d’études le plus choisi (22 %).
Cependant, cela pourrait vite changer. Ainsi, par rapport
à leurs aînés, les titulaires d’un grade
universitaire de 25 à 34 ans ont tendance à
délaisser le domaine de l’éducation et, dans une
moindre mesure, celui des sciences humaines. Plus encore, dit
l’étude, «cette désaffection est plus
importante chez les jeunes femmes que chez les jeunes
hommes». C’est, entre autres, parce que les jeunes
femmes sont plus attirées que leurs aînées
par l’administration et le droit.
En guerre contre les talons hauts - Mali Ilse
Paquin
Les syndicats
britanniques réclament des chaussures confortables
Souffrir pour être belle, d’accord, mais souffrir pour
travailler ? Les femmes ne devraient plus être
forcées à porter des talons hauts au travail,
disent les syndicats britanniques.
LONDRES — Les syndicalistes britanniques ont un nouvel en nemi
: les chaussu res à talons hauts. Ils ont
signifié aux patrons du pays cette sema ine que les fe
m mes pouva ient re f u ser de les porter au travail. Cette
position a aussitôt provoqué une levée de
boucliers… chez des adeptes des talons hauts.
PHOTO ARCHIVES AFP
Une centrale syndicale britannique
s’insurge contre le port obligatoire des talons hauts,
particulièrement dans le commerce de détail.
Peu reconnues pour leur confort, ces chaussures
n’étaient pas moins prisées par les
participantes à une course inusitée, à
Berlin, en juillet dernier (ci-dessus).
Plusieurs dossiers chauds ont été abordés
à la conférence annuelle de la centrale
syndicale TUC (Trades Union Congress), qui s’est
terminée hier à Liverpool. Toutefois, la motion
demandant aux employeurs de réévaluer leur code
vestimentaire a fait couler plus d’encre que la perte de 10
000 emplois mardi dernier.
« Le congrès demande aux employeurs qui exigent
le port des talons hauts de s’assurer qu’ils ne nuisent pas
à la santé de leur personnel. Si c’est le cas,
les chaussures confortables devraient être permises
», disait l’énoncé.
Plus de 90 % de l’assemblée a approuvé cette
mesure introduite par le syndicat des podiatres.
E l le ava it pou r t a nt été
ridiculisée pa r la députée conservatrice
Nadine Dorries. « Mon emploi est dominé par les
hommes et mes collègues ont des instincts meurtriers,
avait-elle écrit dans son blogue au mois d’août.
Je dois leur tenir tête et je mesure 1m60. Je n’ai pas
le choix de porter mes Ch ristia n Louboutin. »
D e s c h ron iqueu se s de droite ont marché dans son
sillon, avertissant les syndicats de ne pas toucher à
leurs Manolo Blahnik.
Même une
syndicaliste universitaire a accusé le TUC de
paternalisme et de sexisme. « Pou rquoi visons-nous
seulement les femmes ? » a demandé Loraine Monk,
juste avant le vote.
Discrimination ?
Ce sont plutôt cer t a i n s milieux de travail qui sont
discriminatoires, répliquent les défenseurs de
la motion. «Nous ne disons pas aux femmes quoi porter,
affirme à La Presse Mary Turner, présidente du
syndicat GMB. Nous disons simplement que les femmes devraient
avoir le choix de se chausser confortablement. Nous sommes
leur allié.»
Le secteur du commerce de détail est montré du
doigt. L es maga si ns H a r rods et Selfridges, deux temples
de la mode à Londres, ont des règles très
strictes sur le type de chaussures de leurs vendeuses,
soutient une podiatre qui désire conserver l’anonymat.
Résultat, plusieurs de ses patientes souffrent le
martyre : oignons, nerf coincé et inflammation de
l’avant-pied.
« Une de mes clientes s’est fait avertir que ses talons
n’étaient pas assez hauts, dit de son côté
Emma Supple, une sommité en podiatrie. Elle risque de
perdre son emploi. »
Les opérations aux pieds coûtent 29 millions de
livres sterling (50 millions $ CAN) par année au
système de santé, rappelle l’experte.
L’amour au temps de Lola - Louise Leduc
Aussi atypique
que soit la situation de Lola – combien de
Québécoises vivent avec des milliardaires ? –,
cette affaire a mis en lumière comme jamais les risques
auxquels s’exposent les conjoints de fait, pour le meilleur ou
pour le pire. Cette histoire fe
Alors que des générations de femmes ont
rêvé d’un voile blanc, Myriam*, elle, n’est pas
princesse pour deux sous. Si un jour, comme dans d’autres
provinces canadiennes, les conjoints de fait risquaient de se
devoir une pension alimentaire et tout le tralala, elle ne
serait plus concubine, mais voisine. « Je
m’achèterais quelque chose pas loin de chez mon chum,
mais je ne vivrais plus en permanence sous le même toit
qu’un homme. »
Vérification faite, cela ne serait d’aucune
utilité : devant les tribunaux, c’est la
présence ou pas d’un projet de vie commun, et non d’un
toit commun, qui détermine la nature d’une union.
Myriam s’en étonne. Elle va creuser cela, comme elle
s’est assurée jusqu’ici de protéger ses
arrières afin de ne rien, rien, rien devoir à
son homme en cas de rupture.
C’est que Myriam, qui a étudié et qui a gravi un
à un les échelons d’une entreprise dont elle est
aujourd’hui cadre supérieure, s’est trouvé un
prince charmant qui, à son grand désespoir, a
gardé un côté très grenouille.
Moins il décroche de contrats de déneigement,
mieux il se porte, car il préfère se consacrer
à ses passions personnelles. Quinze mille dollars,
annuellement, lui suffisent amplement. Le couple n’a pas
d’enfant. Myriam joue à contrecoeur les pourvoyeuses et
son homme trouve cela parfait. Myriam, non.
Au rythme où les filles décrochent des
diplômes et où les garçons
décrochent tout court, Myriam risque d’être un
cas de moins en moins isolé.
Pour Sylvie aussi, il y a « inversion des rôles
traditionnels » mais, dans son cas, sans acrimonie
aucune. Médecin, Sylvie a eu la possibilité de
pousser plus encore sa formation à l’étranger
pendant deux ans. Son amoureux, avec lequel elle a un enfant,
a obtenu un congé sabbatique pendant la première
année, mais il devra vraisemblablement
démissionner après. Avant le départ –
avant l’affaire Lola, aussi –, ils se sont mariés
civilement. Pour faciliter l’obtention des visas, mais aussi,
dit Sylvie, parce qu’elle voulait prouver son engagement
à l’heure où son amoureux s’apprêtait
à faire de grands sacrifices pour le bien de la
famille. Et, ajoute-t-elle, « je ne souhaite pas qu’il
parte de rien si un jour les choses tournent mal ».
Il reste que pour l’heure, au Québec, les situations
comme celle de Christiane demeurent plus répandues.
Christiane se décrit comme une « conjointe de
fait en deuil de mariage ». « Moi, j ’ai toujours
voulu me marier, dit-elle. Pour mon conjoint, pas question.
Comme il était matériellement mieux pourvu
quemoi lorsque nous nous sommes rencontrés – il avait
déjà sa maison qu’il achevait de payer – et
comme son salaire est beaucoup plus élevé que le
mien, je ne pourrai jamais acheter 50% de la maison que nous
habitons et je ne pourrai jamais payer 50% des dépenses
relatives à la maison. De toute façon, si
j’achetais 10% de la maison, que me reviendrait-il en cas de
séparation? Dix pour cent. »
Christiane, elle, paie l’épicerie, la femme de
ménage, les cours des enfants, son auto. « Je
dépense. Lui, il investit. »
« Vous direz que s’il n’était pas là, je
ne mènerais pas la vie que je mène
présentement. Vrai. Par contre, je ne suis pas non plus
nécessairement dans la ouate. Je paie 50% des frais
reliés aux vacances et à la fin du mois,
après la garderie, l’épicerie, les coûts
liés à l’auto, il ne me reste pas une
énorme somme à mettre de côté.
« Je
m’occupe également des enfants, poursuit-elle. C’est un
très bon père, mais il est parfois absent. Dans
moins de 10 ans, il sera plusieurs fois millionnaire. Mais si
je n’étais pas là, pourrait-il se permettre
autant de rencontres en dehors des heures de bureau?
« Si on se sépare, j’aurai une pension pour les
enfants, mais je n’aurai pour moi que mon salaire annuel de 38
000$. La loi doit changer. En attendant, j’espère
simplement que l’amour ne nous lâchera pas. »
Mélanie, pour sa part, a obtenu gain de cause
auprès de son amoureux. Mère de trois enfants et
conjointe de fait depuis 12 ans, elle voyait sa propre
mère, inquiète, lui refiler à
répétition des dépliants de la Chambre
des notaires sur l’absence d’obligation mutuelle entre
conjoints.
Le sujet revenait souvent dans le couple, mais sans suite.
Jusqu’à l’affaire Lola. «
Çaaprécipité les choses, dit
Mélanie. Je ne lui ai pas tordu le bras, mais je lui ai
fait comprendre que ma situation m’inquiétait. »
Mariage il y a eu, pour des raisons toutes juridiques.
N’empêche, « au palais de justice, on avait le
choix d’échanger ou pas des anneaux. Nous avons choisi
de le faire, et nous ne sommes pas faits en bois. Au moment du
geste symbolique, nous étions pas mal remués!
»
De son côté, Josianne raconte à la blague
qu’elle a fait du père de ses quatre enfants un «
marié obligé ». « Puisque la maison
est au nom de mon conjoint seulement, je me sens plus
rassurée maintenant. »
Pour quelquesmariages « obligés » depuis
l’affaire Lola, combien de disputes conjugales?
En tout cas, un appel lancé sur Cyberpresse a
suscité des réponses très variées.
Certains de nos correspondants ont défilé devant
l’autel, incités à cela par l’affaire Lola.
D’autres, plus nombreux, envisagent une entente
notariée. Plus nombreux encore sont ceux qui disent
qu’en cas de victoire de Lola – une victoire loin d’être
impossible, selon plusieurs avocats qui suivent la cause de
près –, ils ne s’engageront tout simplement plus. Les
droits et devoirs mutuels? Niet. « Après un
divorce qui m’a coûté un bras, si les
règles changent entre conjoints de fait, je redeviens
aussitôt célibataire. » « On peut
vouloir partager sa maison et son lit sans vouloir partager sa
fortune, non? »
Et cecourriel, deGuy, intitulé: « Moi si
j’étais une femme… » Il y explique que lui, il se
trouverait un Éric (l’ex de Lola) ou un Paul McCartney.
Bref, s’il était une femme, écrit-il, il serait
« la Earl Jones du mariage ».
En filigrane de ces missives, de la peur et de l’aigreur.
Quarante ans d’accès au divorce – et à ses
solutions intrinsèquement imparfaites – y sont pour
quelque chose. Le Québec est peu « marieux
». « Beaucoup ont souffert du divorce de leurs
parents ou de leur propre divorce, fait observer le
psychologue François St-Père. Les gens ont peur
d’être trahis ou de se retrouver devant un juge qui les
obligera à partager leurs biens avec quelqu’un qui les
aura blessés. On est plus conscient aussi que l’amour,
de nos jours, ce n’est plus nécessairement à la
vie, à la mort. »
Milieu des arts : L’égalité hommes femmes
n’est pas pour demain - Nathaëlle Morissette
Les nombreuses
luttes féministes n’auront visiblement pas suffi. Les
inégalités entre les hommes et les femmes qui
travaillent dans le milieu des arts persistent toujours,
révèlent deux études menées par
l’Association québécoise des auteurs dramatiques
(A
Les textes dramatiques écrits par les femmes sont moins
joués dans les théâtres d’ici que les
oeuvres de leurs collègues masculins. Et du
côté des artistes qui se retrouvent sur les
planches ou devant la caméra, la situation n’est pas
plus rose: l’écart entre le salaire annuel moyen des
comédiens et celui de leurs consoeurs s’est agrandi en
2008 par rapport à 2007.
Les chiffres révélés dans les deux
études sont éloquents. Par exemple, bien que 40%
des auteurs dramatiques soient des femmes, seulement 29% des
oeuvres j ouées au théâtre proviennent
d’une plume féminine, révèle un document
établissant le portrait de la condition
socio-économique des auteurs dramatiques
québécois, intitulé Rideau de verre.
L’étude, publiée à la fin août et
menée par Marie-Ève Gagnon, présidente de
l’AQAD, a tenu compte de sept saisons théâtrales
entre 2000 et 2007. Quelque 1600 productions ont
été répertoriées pour effectuer ce
travail colossal qui a duré deux ans.
Autre inégalité soulevée par l’auteure:
l’accès à la scène. Environ 35,9% des
hommes comptent trois productions ou plus à leur actif
au cours de ces sept années, ce qui est le cas de 18%
des femmes. «Il est donc plus difficile à une
femme de légitimer sa pratique et de soutenir sa
carrière par un accès régulier à
la scène», révèle l’étude.
Et la présence de femmes à la direction
artistique «ne se traduit pas par des gains pour les
auteures».«Parexemple,chezThéâtres
associés inc., où 40% des directions artistiques
sont féminines, on a vu que les oeuvres de femmes ne
représentaient que 24,1% des textes choisis.»
Les chiffres obtenus ne surprennent guère
Marie-Ève Gagnon qui, avant même d’entamer son
étude, se doutait que la scène n’accordait pas
la même place aux hommes et aux femmes.
La
présidente de l’AQAD a tout de même fait des
découvertes inattendues. «La plus grande
surprise, c’était plutôt de voir à quel
point les gens étaient mal à l’aise (d’aborder
la question des inégalités), mentionne-t-elle.
C’est comme si c’était un sujet révolu pour la
plupart des gens et qu’il fallait passer à autre chose,
ajoute-telle. Souvent l’héritage féministe est
perçu comme négatif par plusieurs
personnes.»
Pendant ce temps à l’UDA
La situation n’est guère plus reluisante du
côté des femmes membres de l’UDA. La Presse a
révélé au cours de l’été
qu’en 2008, les femmes artistes ont gagné 77,4% du
revenu moyen des hommes, contrairement à 81,5% pour
2007. À partir de ces chiffres, le comité des
femmes de l’Union des artistes – dont font notamment partie
les comédiennes Nathalie Gascon et Geneviève
Rioux – a déposé un rapport samedi dernier au
conseil d’administration de l’UDA.
Selon le texte de cette étude, le revenu moyen des
femmes en 2008 était de 17 995$ (par rapport à
17 662$ en 2007) alors qu’il atteignait 23 101$ (par rapport
à 21 622 $ en 2007) pour leurs confrères
masculins. L’inégalité se traduit aussi en
nombre de cachets versés. Si les femmes en ont obtenu
54 683$ l’an dernier, la part des hommes s’élève
à 76 934$.
Afin de renverser la vapeur, le comité a notamment
l’intention d’intensifier ses efforts pour «offrir aux
artistes des modèles de réussite
féminine», lit-on dans le rapport
rédigé par la présidente du groupe,
Denyse Marleau. Le comité veut stimuler
l’entrepreneurship et encourager les femmes à donner un
second souffle à leur carrière en se
lançant dans la rédaction de textes ou encore en
montant des spectacles, explique Mme Marleau. Il offrira des
formations pour expliquer comment faire une demande de
subvention ou encore vers quel organisme se tourner.
De son côté, la ministre de la Culture et de la
Condition féminine, Christine St-Pierre, veut faire une
analyse approfondie des deux études avant de se
prononcer sur la question. Son cabinet tient toutefois
à souligner que Mme St-Pierre ne prend pas ce dossier
à la légère puisqu’elle a notamment
formé en avril un comité de travail qui se
penche sur la place qu’occupent les femmes dans les
professions liées à la culture.
À la défense des potiches
- SOPHIE COUSINEAU
En prenant
connaissance des critiques de Stephen Jarislowsky sur la loi
québécoise qui vise à atteindre la
parité hommes-femmes sur les conseils des
sociétés d’État, je suis restée
interloquée.
Il faut reconnaître cela à ce grand financier de
Montréal. Peu de gens osent dire tout haut ce qu’ils
pensent tout bas devant un parterre du Cercle de la finance
internationale de Montréal !
Pour ceux qui ont raté ce moment d’anthologie, Stephen
Jarislowsky a affirmé lors de sa causerie jeudi que
cette loi adoptée en 2006 est électoraliste.
Ainsi donc, cette mesure de discrimination positive servira
mal les sociétés visées, qui devront se
résoudre à recruter des potiches d’ici 2011.
On aime généralement le francparler de Stephen
Jarislowsky. Mais en livrant sa pensée de façon
provocatrice – ce que je soupçonne l’amuse beaucoup–,
ce gestionnaire de fonds a dérapé.
Stephen Jarislowsky a évoqué une « petite
femme » qui n’aurait ni la force de caractère, ni
l’expertise pour remettre en question la stratégie
d’affaires d’un PDG. Puisant dans sa mémoire ou son
imaginaire, on ne sait trop, il a ensuite décrit
l’archétype de la femme des années 50 qui
passerait sa journée à récurer des
chaudrons ou à essuyer les fesses de ses marmots aux
couches, totalement déconnectée du monde des
affaires.
« Parce qu’elles élèvent des enfants,
c’est beaucoup plus difficile (de devenir de bonnes
administratrices), a dit ce gestionnaire de fonds.
« Elles n’ont pas vécu toute leur vie dans cette
sorte de culture, elles viennent de l’extérieur. Il y a
quelque chose qui manque, c’est cette compétence
industrielle. Il faut connaître la concurrence. Il faut
connaître la culture. Il faut connaître toutes
sortes de choses économiques, les finances. »
Ainsi donc, à cause de cette maudite loi 53, on en
viendrait à offrir à une femme au foyer un poste
d’administratrice à la Société des
alcools du Québec, faute d’avoir trouvé une
meilleure candidate? Bien voyons!
À la limite, ces commentaires maladroits sont risibles.
Ils ne font que trahir les 83 ans du vénérable
Stephen Jarislowsky. I ls ne col lent évidemment pas
à la réalité d’aujourd’hui. Promenez-vous
un midi dans la rue Sainte-Catherine, sur le boulevard
René-Lévesque, sur l’avenue McGill-College. Vous
allez croiser des tonnes de professionnelles bardées de
diplômes, avec des années d’expérience,
qui marchent d’un pas pressé entre deux rendez-vous.
Des avocates d’affaires, des banquières, des actuaires,
des consultantes… Révélation-choc : en 2009, des
femmes occupent des postes de haute direction!
Stephen
Jarislowsky a bien pris soin de préciser qu’il
était en faveur de la nomination d’administratrices qui
seraient curieuses, courageuses et compétentes. Ce qui
est sous-entendu dans son discours, c’est que le Québec
et le Canada n’en comptent pas assez pour peupler la
moitié des conseils d’administration des
sociétés d’État
québécoises.
Au-delà des stéréotypes, c’est ce qui est
le plus choquant dans les propos de Stephen Jarislowsky.
Non seulement c’est faux, mais en plus, ce mythe est savamment
entretenu dans certains cercles d’affaires. Dans ma vieille
édition du répertoire publié par Women in
the Lead/Femmes de tête se trouvent 565 noms de femmes
d’affaires ou d’entrepreneures du Canada qui ont les
compétences et l’expérience pour être
membres de conseils d’administration. Des Jacynthe
Côté ( Rio Tinto Alcan), Monique Leroux (
Desjardins), Liliane Colpron ( Première Moisson),
Christiane Germain ( Hôtels Germain). Entre autres.
Même sous la torture, je parie qu’aucune de ces 565
femmes ne réclamerait publiquement une mesure de
discrimination positive pour décrocher un poste
d’administratrice. Mais le plafond de verre, pour traduire une
expression anglaise, n’en est pas moins étanche. Et
c’est parce que la situation semble engluée de
façon si indécrottable que le gouvernement du
Québec a cherché à donner l’exemple.
Voyez les dernières statistiques de Catalyst Canada,
une association à but non lucratif qui enquête
tous les deux ans sur les « avancées » des
femmes sur les conseils d’administration des 500 plus grandes
entreprises du pays.
En 2007, les femmes occupaient seulement 13% des sièges
d’administrateurs des entreprises du palmarès Financial
Post 500. En 2005, leur poids s’établissait à
12%. En 2003, 11,2%... Bref, au rythme où progressent
les choses, il faudra atteindre l’an 2046 avant atteindre la
parité!
Certaines entreprises font des ef for ts notables.
Après avoir résisté aux pressions du
Mouvement d’éducat ion et de défense des
actionnaires (MEDAC), la Banque Nationale du Canada a
adopté, à sa dernière assemblée
annuelle, une politique pour que son conseil soit un jour
composé d’autant de femmes que d’hommes. Mais pas
toutes. En 2007, 40% des entreprises du FP 500 n’avaient
aucune femme à leur conseil d’administration, selon
l’enquête de Catalyst Canada. C’est injustifiable. Mais
cela s’explique par le fait que les entreprises recrutent
rarement en dehors du petit cercle des administrateurs
professionnels, des hommes (et de rares femmes) qui se
retrouvent d’un conseil à l’autre. Le petit club
privé, quoi.
Bref, tout le monde s’entend pour dire que les
sociétés d’État doivent être
pilotées par des administrateurs compétents.
Mais ce n’est pas parce que le Québec insiste sur
l’importance de recruter des femmes que les conseils seront
peuplés de greluches.
Un constat qui, à l’évidence, échappe
à Stephen Jarislowsky, encore prisonnier du XXe
siècle.
Un meilleur rendement - ANNE -MARIE
HÉBERT
Les conseils
d’administration gagnent à y faire siéger un
plus grand nombre de femmes
LL’auteure est associée directrice des services
consultatifs pour le Canada chez Ernst & Young. ors de son
a l l oc ut i on devant le Cerc le de la finance
internationale de Montréal, Stephen Jarislowsky a
dénoncé la loi québécoise qui
impose graduellement la parité hommes-femmes dans les
conseils d’administration des sociétés
d’État.
Stephen
Jarislowsky
a dénoncé jeudi à Montréal la
loi québécoise qui impose graduellement la
parité hommes-femmes dans les conseils
d’administration des sociétés d’État.
Il a cependant assuré qu’il était en faveur de
la parité pourvu que les membres des conseils
d’administration fassent preuve de curiosité, de
courage et de compétence, les trois qualités
essentielles pour accomplir ce travail, selon lui. Sur ce
point, toutes les femmes sont sans doute d’accord avec M.
Jarislowsky.
Pour ce qui est de son point de vue sur la parité
cependant, permettez-moi de ne pas le partager pour les
raisons suivantes :
• en avril 2006, il y avait 60 femmes et 158 hommes qui
siégeaient au conseil d’administration des 24
sociétés d’État et organismes
visés. Je suis convaincue qu’il est possible de trouver
au Québec 49 femmes avec les qualités requises
pour accomplir un travail de qualité ;
• on a besoin de membres de conseil qui amènent de
nouvelles façons de se pencher sur des problèmes
familiers et rejettent la pensée de groupe ayant pu
contribuer aux défis financiers mondiaux auxquels
l’univers est confronté;
• des données provenant d’un rapport Catalyst de 2007
démontrent qu’en moyenne, les entreprises figurant au
palmarès des 500 sociétés du magazine
Fortune dont le conseil d’administration est composé
d’un plus grand nombre de femmes affichaient un meilleur
rendement financier que celles où moins de femmes
siégeaient au conseil d’administration ;
• les
entreprises québécoises réussissent bien
à recruter des femmes, mais n’ont pas un bulletin
très reluisant en ce qui a trait à leur
capacité de les retenir, les développer et les
promouvoir. Encore une fois, selon Catalyst, le Québec
est en queue de peloton au pays en matière de
représentation des femmes au sein des équipes de
direction et des conseils d’administration ;
• on anticipe que dès 2011, notre population active
sera en décroissance avec 12 personnes qui sortent du
marché du travail pour 10 personnes qui y feront leur
entrée. Actuellement, on a trois travailleurs par
retraité au Québec, mais on prévoit en
avoir deux pour un dans 20 ans.
Dans ce contexte, i l es t essentiel d’encourager tous les
Québécois, hommes ou femmes, à contribuer
à l’essor de la société
québécoise. Nos gouvernements ont les moyens
d’agir en faisant un geste concret pour faire évoluer
la situation en exigeant la sélection de femmes de haut
calibre pour siéger au conseil d’administration des
sociétés d’État. Cette loi doit
être valorisée pour sa contribution à
l’évolution de la place des femmes pour
améliorer notre compétitivité.
En donnant l’occasion aux hommes qui occupent la major
ité de ces positions d’être témoins de
l’apport des femmes et en ajoutant des femmes de calibre aux
réseaux des hommes, ces derniers seront mieux à
même de capitaliser sur le talent de l’autre
moitié de la population pour contribuer au
succès d’autres organisations.
En participant au conseil de sociétés
d’État, les femmes sélectionnées
deviendront des sources d’inspiration pour d’autres femmes et
contribueront à nourrir l’ambition d’autres femmes.
M. Jarislowsky, mon père a vécu à une
époque où les attentes de la
société envers lui étaient qu’il
travaille et fasse vivre sa famille alors que ma mère
s’occupait des enfants. J’apprécie le fait de vivre
à une époque où mes fils et ma fille
pourront se réaliser dans tous les aspects de leur vie
et contribuer pleinement à notre société.
Nous avons besoin de tous les talents et d’une plus grande
diversité de pensée pour assurer une croissance
économique soutenue au Québec. Les femmes ont
besoin que les hommes de votre calibre reconnaissent et
valorisent la contribution qu’elles peuvent apporter à
notre économie et non le contraire pour avoir
l’ambition et le goût d’y faire leur part.
Manifeste
pour une fête des Mères heureuse - Sylvia
Galipeau
Il a fait
l’Éloge de la lenteur. Puis rédigé un
Manifeste pour une enfance heureuse. Fête des
Mères oblige, nous avons demandé à
l’auteur Carl Honoré, qui vit à Londres et qui
est de passage à Montréal cette semaine, de nous
livrer quelques conseils maternels pour une vie de famille
heureuse.
Généreux, il nous a proposé 12
réflexions. À laisser mijoter, mesdames, et
à savourer en temps voulu. 1 Faites-en moins. On ne
peut pas tout faire, dit-il, c’est impossible. Les magazines
féminins nous mentent. Alors établissons des
priorités, tant dans notre vie personnelle que dans
celle de nos enfants. 2 Débranchez. De temps en temps,
éteignons les ordinateurs, les vidéos, histoire
de trouver un autre rythme, « un nouvel espace pour la
solitude et l’ennui ». 3 Célébrez l’ennui.
« L’ennui est devenu le grand péché de
notre société, déplore-til. S’ennuyer,
c’est échouer. » Or les enfants, tout comme les
parents, ont besoin de s’ennuyer de temps en temps. Pour
créer. 4 Passez une semaine sans consulter un seul
manuel de parentalité. Pas un livre, pas une chronique,
pas un site internet. Délivrez-vous du bombardement de
conseils et faites-vous confiance. 5 Entourez-vous de parents
qui, comme vous, cherchent un autre chemin. Vous vous sentez
seuls, dans votre quête de lenteur, de temps libre, et
de résistance à performance à outrance?
Erreur, dit-il. D’autres parents s’interrogent comme vous.
Trouvez-les. 6 Célébrez la diversité.
Observez autour de vous les personnes que vous admirez.
Demandez-leur comment elles ont grandi: avec le même et
unique parcours parascolaire archi-chargé? Probablement
pas. 7 Programmez du temps non programmé. Oui, c’est
paradoxal. Mais nous en sommes là, dit-il. Tous les
jours, nos enfants devraient avoir environ une heure de temps
libre. (Ne paniquez pas, le temps passé au service de
garde, s’il est non planifié, compte...) 8 Retrouvez
votre équilibre. N’oubliez jamais que vos enfants vous
regardent, vous imitent, apprennent de vous. Si vous voulez
élever des enfants « en équilibre »,
commencez pas retrouvez le vôtre. Comment ? En
établissant des priorités (voir point 1). 9
Conduisez votre enfant à son entraînement de
soccer (hockey, danse, gym, etc.), puis... partez. Votre
(omni) présence a tendance à devenir
claustrophobe, dit-il. « Donnez-lui un espace pour
jouer, avoir du plaisir, sans toujours avoir un oeil qui le
surveille derrière son épaule. » 10 Faites
les choses pour votre enfant, et non pour la galerie. «
Posez-vous toujours la question: pourquoi est-ce que je fais
ça? conseille-t-il. Est-ce vraiment un bon moment pour
ajouter le violon à l’emploi du temps de mon enfant?
» 11 Percer la bulle de surprotection qui entoure votre
enfant. Vous n’osez pas le laisser se promener seul dans le
quartier? Promenez-vous à pied et vous verrez: il n’y a
pas de pédophile tous les 10 mètres. « La
rue n’est pas un champ de bataille ! » 12 Ne faites pas
les devoirs de votre enfant. Dans unmonde idéal,
peutêtre n’existeraient-ils pas. En attendant, ils sont
obligatoires. Mais c’est à votre enfant de les faire.
Pas à vous. « Résistez à la
tentation de trop faire. »
Fermes en
péril - L'UPA proteste contre le rapport
St-Pierre
L’application
des propositions du rapport Saint-Pierre serait fatale pour de
nombreuses entreprises agricoles au Québec
Le principe de stabiliser le revenu des entreprises agricoles
est toujours aussi pertinent aujourd’hui, et même
davantage dans le contexte de
la mondialisation.
L’auteur est président général de l’Union
des producteurs agricoles (UPA).
Le rapport sur l’aide
de l’État en agriculture laisse entendre que
l’agriculture québécoise se traînerait
les pieds, alors qu’elle se hisse au rang des plus
performantes d’Amérique du Nord, soutient Christian
Lacasse de l’UPA.
Ave c son
récent r a pp o r t sur le soutien de l’État en
agriculture, Michel R. Saint-Pierre avoue sans détour
avoir voulu provoquer un « électrochoc ».
Disant vouloir se garder de la langue de bois, il a
effectivement franchi plusieurs pas, allant jusqu’à
blesser les agriculteurs dans leur fierté.
La mienne a été profondément
offensée en lisant son document, à l’instar de
nombreux producteurs agricoles que j’ai rencontrés.
Plusieurs jugements de valeur parsèment son texte, dont
l’idée que les agriculteurs ont cessé «
d’être des entrepreneurs en se considérant comme
des employés de l’État ». Voilà qui
nous fait une belle réputation! Comment ajouter foi
à un tel travail, à plus forte raison que son
analyse est truffée de biais sur le plan
méthodologique?
Le document laisse par ailleurs entendre que notre agriculture
se traînerait les pieds, alors qu’elle se hisse au rang
des plus performantes d’Amérique du Nord! Et ce,
même si elle doit composer avec sa nordicité, ce
qui la désavantage largement par rapport à nos
voisins du Sud. Qui plus est, elle contribue à offrir
à nos concitoyens un des paniers d’épicerie les
moins chers parmi les pays industrialisés. Pas mal pour
des gens prétendument si peu entrepreneurs...
M. Saint-Pierre veut démontrer que le soutien de
l’État à l’agriculture est devenu un gouffre.
C’est sa thèse, sinon la commande qu’il a
reçue... Nous ne sommes pas dupes. Il affirme aussi que
notre agriculture est soutenue davantage qu’ailleurs, ce qui
n’est pas le cas quand on s’en remet aux chiffres de l’OCDE et
à des indicateurs complets, ce qu’il n’a pas fait, bien
sûr. Il s’en prend particulièrement à
l’Assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA),
limitant son analyse à des paramètres qui
appuient ses conclusions.
Il s’est
gardé évidemment de remettre les choses en
perspective. Notamment de rappeler que l’agriculture a
dû composer, ces dernières années, avec
une succession de crises sans précédent: crise
de la vache folle, qui a provoqué des pertes de
centaines de millions de dollars au Canada et dont nous ne
sommes pas encore relevés; sub-
Le principe derrière l’ASRA, créée il y a
plus de 30 ans, est de stabiliser le revenu des entreprises
agricoles. Ce principe est toujours aussi pertinent
aujourd’hui, et même davantage dans le contexte de la
mondialisation. Il se base sur une notion fondamentale que
veut évacuer Michel Saint-Pierre: les coûts de
production, ce qu’il en coûte pour produire un filet de
porc, une douzaine d’épis de maïs ou un rôti
de palette. Ces coûts sont bien différents chez
nous de ce qu’ils sont dans des pays compétiteurs, tels
le Mexique ou le Brésil, où le climat peut
permettre jusqu’à quatre ou cinq récoltes par
année, doit-on rappeler à ceux qui ont la
comparaison facile...
À ces coûts s’ajoutent également les
attentes sociétales envers notre agriculture, notamment
en matière ventions déloyales des
Américains à leurs producteurs de
céréales, qui ont maintenu les prix au plancher
des années durant; dépréciation du
dollar, dévastatrice pour nos exportations, etc.
Ces crises se sont ajoutées à l’incertitude
chronique des marchés agricoles. Ceux-ci, faut-il
savoir, ne suivent pas les règles des autres
marchés. Ils sont, par nature, volatiles et incapables
de rémunérer adéquatement les
agriculteurs et leurs coûts de production. Les
programmes de sécurité du revenu visent à
contrebalancer ce phénomène. C’est la même
chose dans tous les pays industrialisés, où le
soutien à l’agriculture est considéré
comme une fonction vitale. d’innocuité,
d’environnement, de méthodes de production,
d’occupation et d’entretien du territoire.
« Son testament », voilà comment M.
Saint-Pierre qualifie le rapport qu’il a produit, à
l’aube de sa retraite. Sauf qu’en proposant, comme il le fait,
d’abolir le plus important programme de soutien à
l’agriculture québécoise (l’ASRA), ce n’est pas
son testament de fin de carrière qu’a signé M.
Saint-Pierre, c’est l’arrêt de mort, à plus ou
moins brève échéance, de nombreuses
fermes dans nos régions rurales ainsi que des emplois
qui en dépendent... si jamais le gouvernement
décidait d’emboîter le pas à ses
propositions.
La révolution des sexes
bénéfique pour les hommes
Depuis 20 ans,
l’indice de bonheur des hommes augmente plus vite que celui
des femmes
On évoque souvent les affres que vivent les hommes
roses snobés par des femmes avides de virilité.
Mais quand les économistes se penchent sur la question,
les résultats sont clairs : les hommes ont beaucoup
mieux vécu les chambardements des rôles sexuels
traditionnels.
Depuis deux décennies, l’indice de bonheur des hommes
augmente plus vite que celui des femmes. «
Traditionnellement, les femmes étaient plus heureuses
que les hommes », explique Betsey Stevenson, du Bureau
national de recherche économique des États-Unis,
qui vient de publier une étude basée sur 40 ans
d’études sur le bonheur aux États-Unis et en
Europe. « Mais cela a récemment changé.
Aux États-Unis, l’indice de bonheur des femmes baisse
régulièrement depuis les années 90, alors
que celui des hommes reste inchangé. En Europe, les
indices des deux sexes augmentent, mais celui des hommes
grimpe plus vite, et il est passé devant celui des
femmes. »
Toutes catégories
La tendance
touche toutes les catégories socioéconomiques :
couples mariés ou non, riches et pauvres,
décrocheurs et détenteurs d’un diplôme
universitaire. « Il est très difficile de
déterminer exactement quel est le problème, mais
il est clair que la transformation des rôles
traditionnels est plus difficile pour les femmes que pour les
hommes, même si ces derniers semblent être ceux
qui ont le plus à perdre. »
L’économiste, qui enseigne à l’Université
de Pennsylvanie, propose cinq hypothèses. « On
sait qu’auparavant, le bonheur des femmes était
très étroitement lié au bonheur conjugal.
Ce n’est plus le cas. Peut-être y a-t-il des facteurs de
stress dans les couples qui affectent davantage les femmes que
les hommes. Deuxièmement, on voit très
clairement, dans les sondages sur les jeunes adultes, que les
femmes se plaignent de ne pas avoir de temps libre, de temps
pour s’amuser, mais qu’en même temps elles veulent
être des exemples à la fois en tant
qu’épouse, mère et travailleuse.
Troisièmement, il se pourrait que la baisse de la
cohésion sociale, l’éclatement des
réseaux sociaux traditionnels affecte plus les femmes
que les hommes. Enfin, il est possible que les femmes soient
moins tolérantes de ce qui reste en matière de
discrimination sexuelle, ou tout simplement qu’elles soient
plus à l’aise de parler de leur insatisfaction. En
d’autres mots, que le malaise silencieux de la banlieue dont
parlait Betty Friedman est maintenant sur la place publique.
»
Les hommes tirent-ils une satisfaction quelconque de leur
bonheur quand ils voient les femmes de plus en plus
insatisfaites? « C’est certain que les hommes doivent
s’en rendre compte, au moins inconsciemment, dit Mme
Stevenson. Ça peut renforcer leurs sentiments positifs.
Mais c’est une relation impossible à calculer, les deux
tendances sont inextricables. »
Travailler,
c’est trop dur...
Vous avez
l’impression de vous défoncer à l’ouvrage, que les
semaines de travail sont de plus en plus longues, que vous
n’arrivez plus à « fournir » ? Eh Bien! vous
n’avez pas tort. Une étude de la sociologue Katherine
Marshall, parue hier dans L’Emploi et le revenu en perspective,
une publication spécialisée de Statistique Canada,
montre qu’en 30 ans, le nombre moyen d’heures travaillées
des couples est passé de 58 à 65 heures par
semaine. Cela représente une hausse de 13% ou, si vous
voulez, l’équivalent d’une journée entière
(un peu plus de sept heures) de travail. Nous parlons ici de
travail rémunéré.
Et dire que, justement dans les années 70, les
futurologues nous prédisaient la « civilisation des
loisirs » dans les années 2000...
Les chiffres que nous venons de voir cachent toutefois en bonne
partie les bouleversements qui ont secoué le
marché du travail depuis trois décennies.
En 1976, les
familles où les deux conjoints travaillaient à
l’extérieur ne représentaient que 4 ménages
sur 10, contre 7 sur 10 maintenant.
Évidemment, c’est l’arrivée massive des femmes sur
le marché du travail qui a tout changé. En 1976,
dans 53% des ménages, seul l’homme occupait un emploi.
Aujourd’hui, cette proportion est tombée à 21%.
Lorsque les deux conjoints travaillent, cela fait
forcément augmenter le nombre d’heures travaillées
des familles.
Un des points les plus intéressants de l’étude
concerne la semaine de travail chez les familles où les
deux conjoints travaillent. En 1976, nous avons vu que ces
ménages formaient une minorité. Ensemble, les deux
conjoints travaillaient à l’extérieur, à
cette époque, 77,2 heures en moyenne par semaine (33,8
heures pour les femmes et 43,3 heures pour les hommes). En 2008,
la semaine de travail des conjoints se situait à 76,7
heures (34,7 heures pour les femmes et 42 heures pour les
hommes).
Les
résultats de l’enquête montrent que, dans
l’ensemble, 46% des hommes, mais seulement 33% des femmes,
supportent un niveau de stress tolérable. À
l’inverse, seulement 19% des répondants masculins vivent
un niveau de stress élevé, contre 30% chez les
femmes. C’est dire qu’en ce qui concerne les ménages
à deux revenus, le nombre d’heures de travail n’a
pratiquement pas bougé en 30 ans. On peut noter une
très légère augmentation des heures
travaillées chez les femmes, et une très
légère diminution chez les hommes. Pourquoi alors
a-t-on l’impression de courir comme des fous à longueur
de journée ?
Parce qu’il y a plus de ménages à deux revenus,
c’est aussi simple que cela.
Dans les années 70, lorsqu’un seul conjoint occupait un
emploi, la deuxième ( je l’écris au féminin
pour des raisons évidentes) s’occupait
généralement des courses, du ménage, des
travaux domestiques, des enfants. Lorsque cette deuxième
conjointe est entrée à son tour sur le
marché du travail, comme cela s’est produit massivement,
le couple doit se partager les travaux domestiques, et la charge
globale de travail augmente pour les deux conjoints, surtout
quand il y a des enfants. Même si la participation des
hommes aux tâches domestiques tend à augmenter, les
femmes continuent d’y consacrer plus d’heures.
L’étude s’étend longuement sur le stress
lié au manque de temps.
Pour mesurer l e niveau de stress relié à des
horaires surchargés, on recueille des renseignements
auprès d’un échantillonnage représentatif
de répondants.
Ceux-ci sont
invités à répondre par oui ou par non
à dix propositions comme « Je sens que je n’ai plus
le temps de m’amuser », « Je crains de ne pas passer
assez de temps avec ma famille ou mes amis » ou «
À la fin de la journée, j’ai souvent l’impression
que je n’ai pas accompli ce que je voulais accomplir ».
Un score de zéro à trois réponses positives
indique un niveau de stress tolérable. À plus de
sept réponses posit ives, on considère que le
niveau de stress lié aux horaires surchargés est
extrême.
Les résultats de l’enquête montrent que, dans
l’ensemble, 46% des hommes, mais seulement 33% des femmes,
supportent un niveau de stress tolérable. À l ’ i
nverse, seulement 19 % des répondants masculins vivent un
niveau de stress élevé, contre 30% chez les
femmes.
Chez les couples à deux revenus comptant au moins un
enfant de moins de six ans, le niveau de stress extrême
grimpe à 24% chez les hommes et 38% chez les femmes.
Enfin, l’étude établit qu’il existe toujours un
écart salarial important entre les hommes et les femmes,
mais que celui-ci tend à s’amenuiser. En 2008, les gains
hebdomadai res moyens des hommes (avant impôts) se
situaient à 1040$, contre 74 0 $ pour les femmes, un
écart de 41%. Dix ans plus tôt, cet écart
atteignait 52%. Comme les femmes diplômées
universitaires sont maintenant plus nombreuses que les hommes
sur le marché du travail, leurs salaires augmentent plus
rapidement. Ainsi, entre 1997 et 2008, l’augmentation a
été en moyenne de 6,7% chez les hommes et de 15,4%
chez les femmes.
D’autre part, l’écart de 41% ne tient pas compte de la
longueur de la semaine de travail, plus longue chez les hommes
que chez les femmes. Heure pour heure travaillée,
l’écart fond à 19%.
Le
plafond de verre existe-t-il encore ?
L’ascension
des femmes au travail est plus facile qu’avant, selon une
spécialiste
VIE AUTRAVAIL
Le fameux plafond de verre, cette entrave invisible qui
empêcherait les femmes d’accéder aux plus hauts
niveaux décisionnels dans les organisations, est une
idée du passé.
PHOTOALAIN ROBERGE, ARCHIVES
LA PRESSE
Si certaines femmes ont les
mêmes ambitions de carrière que le
modèle masculin standard, un grand nombre d’entre
elles ont d’autres priorités, selon la psychologue
Susan Pinker.
C’est ce que soutient Susan Pinker, psychologue
montréalaise, chroniqueuse et auteure du livre Le sexe
fort n’est pas celui qu’on croit, qui vient de paraître.
Une telle déclaration pourrait faire grincer des dents
à certaines féministes. Mais ce n’est pas
l’objectif de Mme Pinker, qui a passé deux ans à
faire des recherches sur les différences entre hommes
et femmes dans le monde du travail pour écrire son
livre.
« À mon avis, maintenant, les entreprises veulent
bien avoir des femmes aux plus hauts niveaux, dit-elle. Le
problème, c’est qu’elles ont de la difficulté
à retenir les femmes pour ces postes, à cause
d’une combinaison de facteurs. »
Ces facteurs ne sont pas uniquement reliés à
l’éducation des enfants et à la famille, ni une
question de culture ou de sexisme. Ils sont davantage
reliés aux préférences des femmes.
On ne peut pas généraliser, souligne la
psychologue, mais il reste que si certaines femmes ont les
mêmes ambitions de carrière que le modèle
masculin standard, un grand nombre d’entre elles ont d’autres
priorités.
Pour la plupart, l’important n’est pas de grimper les
échelons le plus vite possible et de gagner beaucoup
d’argent, croit Mme Pinker. Elles cherchent avant tout un
travail valorisant, une meilleure qualité de vie et une
carrière qui leur permet de contribuer positivement
à la société en interagissant avec les
autres.
« Traditionnellement, on a pensé que pour
accéder aux mêmes avantages que les hommes, il
fallait être exactement comme eux, et que toutes les
différences entre les sexes étaient construites
culturellement, dit-elle. On pensait que si on
détruisait ces raisons culturelles, tout le reste
allait suivre. Mais ce n’est pas ce qui se passe. »
T ravai l ler 80 heures par semaine pour devenir
associé dans un bureau d’avocats ou PDG
intéresse moins les femmes en général,
parce qu’elles ne sont pas les clones des hommes, selon elle.
C’est pourquoi plusieurs décrochent avant d’atteindre
les sommets.
Égalité des chances
« On croyait que si on donnait aux femmes les
mêmes possibilités, elles allaient réagir
comme les hommes, en choisissant les mêmes professions,
les mêmes cheminements de carrière et les
mêmes horaires, mais ce n’est pas le cas »,
constate la psychologue.
On a beau faire la promotion des professions en sciences pures
et en génie auprès des jeunes femmes, les plus
douées choisissent majoritairement les domaines
reliés à la santé, comme la
médecine.
En fait, cette
possibilité de choisir a un effet paradoxal: plus les
femmes ont de choix, et plus elles choisissent des parcours
différents des hommes. L’égalité des
chances est essentielle, mais ne garantit pas
l’égalité des résultats. Et c’est tant
mieux, affirme l’auteure.
« Le message principal de mon livre, c’est que ce n’est
pas vrai que les hommes sont plus forts parce qu’ils suivent
un modèle de réussite où le travail prime
sur tout, dit-elle. Ce n’est pas une vie nécessairement
désirable. Il faut remettre en question ces valeurs.
»
Une question de pouvoir
Pour Élaine Émond, codirectrice du Centre de
développement femmes et gouvernance de l’ENAP
(École nationale d’administration publique), le plafond
de verre existe encore, et il faut lutter contre lui.
« Mais il ne faut pas mettre tout ça sur le dos
des hommes, dit-elle. C’est plutôt une question de
mentalité masculine qu’on a développée
comme société pour ce qui concerne le monde du
pouvoir. Même s’il y a plus de femmes qu’avant à
des postes élevés, le modèle du
leadership demeure masculin. »
Selon elle, les dirigeants masculins vont chercher les gens
qu’ils connaissent pour combler les postes importants, et se
renvoient l’ascenseur entre eux. « Pour l’instant, il
faut admettre qu’il n’est pas évident qu’on vienne
chercher des femmes pour des postes d’influence. »
Et si les femmes veulent influencer la société,
elles doivent accéder à des postes de pouvoir,
en proportion du nombre de femmes dans la population, selon
elle.
Repenser le modèle du travail
Si les entreprises veulent garder les femmes douées et
qualifiées, elles devront reconnaître les
différences entre les sexes et faire preuve de
souplesse dans l’organisation du travail, selon Susan Pinker.
Et ce, autant pour les hommes que pour les femmes.
D’ailleurs, ces changements pourraient bien se faire
grâce à la générationmontante,
croitÉlisabeth Deschênes, PDG de l’agence de
publicité Zoum Armada.
« Les jeunes de la génération Y ont des
caractéristiques communes allant au-delà des
sexes, dit-elle. J’ai des jeunes hommes dans mes
équipes de création, où, historiquement,
on travaillait jusqu’à 10h le soir. À 17h30, ils
s’en vont, parce que leur vie familiale et personnelle est
très importante. »
Selon elle, les choses vont changer car à l’avenir,
hommes et femmes partageront de plus en plus la même
vision de la qualité de vie.
Carrière
ou famille, pourquoi choisir ?
Est-ce
possible? S’il faut en croire une récente enquête
américaine, les jeunes femmes ne se posent plus cette
existentielle question: elles ont vu leurs mères
travailler, et elles comptent bien en faire autant. Mieux:
elles veulent une carrière, une vraie. Même
(surtout?), si elles ont des enfants.
C’est ce qui ressort d’une étude longitudinale rendue
publique le mois dernier par le Families and Work Institute
américain, un groupe d’experts à but non
lucratif de recherche sur les tendances en matière de
travail et de vie de famille.
Surprise: alors qu’en 2002, moins d’une fille sur deux (48%)
de moins de 30 ans pensait poursuivre sa carrière
après avoir fondé une famille (c’était
l’époque, souvenez-vous, de la fameuse tendance du
opting out), elles sont aujourd’hui largement majoritaires
(69% des femmes avec enfants, 66% des femmes sans), à
vouloir continuer de gravir les échelons. C’est l’une
des premières fois qu’hommes et femmes
témoignent d’une semblable ambition professionnelle,
souligne l’organisme, qui a sondé 3500 jeunes
travailleurs (salariés ou autonomes) de moins de 30
ans.
C’est aussi l’une des premières fois que les jeunes
hommes affirment passer autant de temps avec leurs enfants: de
2,4 heures par jour en 1977, ils disent passer aujourd’hui
plus de quatre heures par jours en famille (comparativement
à cinq heures pour les mères).
Conséquence: les jeunes pères sont aussi plus
nombreux que les mères à trouver difficile
(à 45%, contre 39% des mères) la conciliation
famille-travail.
À noter
: les jeunes ne sont toutefois pas tous convaincus que ces
mères qui travaillent soient pour autant de très
bonnes mères. Un homme sur trois, et deux femmes sur 10
continuent de les voir d’un mauvais oeil.
Entre autres données intéressantes, soulignons
que de plus en plus de femmes (26%) commencent à gagner
autant, sinon plus, que leurs conjoints.
Ces chiffres confirment une tendance observée dans
plusieurs pays occidentaux, notamment au Québec,
commente Jacques Hamel, professeur de sociologie à
l’université de Montréal. « Ce sont des
enfants des baby-boomers. C’est une génération
qui a connu le double revenu des parents. C’est devenu une
norme de compter sur le double revenu dans le ménage
», dit-il.
Dans le cadre d’une enquête réalisée pour
l’Observatoire Jeunes et Société de l’INRS, le
sociologue a interrogé plus de 6000 jeunes
cégépiens et universitaires pour sonder leurs
valeurs. Verdict? « Aujourd’hui, les filles sont
majoritaires dans des domaines jadis réservés
aux garçons. En médecine, par exemple. Il n’y a
rien d’étonnant à ce qu’elles envisagent une
carrière. » Mais pas à n’importe quel
prix, nuance-til. « C’est très net : ce ne sera
pas une carrière au sens traditionnel du terme. Elles
ne veulent pas travailler 60 heures par semaine, se
défoncer au travail, ou ne miser que sur ça.
»
Quant au temps passé en famille par les pères,
Jacques Hamel doute qu’il soit si important. Un rapport
récent du Conseil de la famille a en effet
révélé que les pères s’engageaient
certes au sein de la famille, mais consacraient aussi moins de
temps qu’avant aux enfants, perdant davantage de temps en
déplacements. D’où, peut-être, cette plus
difficile conciliation entre boulot, métro, et dodo.
Les mères québécoises
plus actives que les françaises - Sylvia Galipeau
Vrai, les
Françaises ont un taux de fécondité
quasi inégalé dans le monde occidental, avec
1,94 enfant par femme. Vrai, elles ont aussi un taux
d’activité très élevé,
à 80%. Mais, surprise, les
Québécoises sont désormais encore
plus actives qu’elles, tout particulièrement quand
elles ont de jeunes enfants.
C’est ce qui ressort d’un nouvel ouvrage comparatif entre
les deux pays, Concilier travail et famille, le rôle
des acteurs France-Québec, publié aux
Presses de l’Université du Québec.
Premier constat: le taux d’activité des
Françaises ayant de jeunes enfants de moins de 3
ans était de 60% en 2003, par rapport à 73%
au Québec. Les enfants grandissant, l’écart
se réduit, mais les Québécoises
demeurent malgré tout plus actives: ainsi, le taux
d’activité des Françaises ayant des enfants
de 3 à 6 ans passe à 74%, par rapport
à 77% au Québec. En fait, le taux
d’activité des Françaises baisse fortement
(chutant de 20 points), lorsqu’elles passent de un
à deux, puis de deux à trois enfants.
Diane-Gabrielle
Tremblay,
codirectrice de la publication, et professeure
d’économie et de gestion à la Téluq
de l’UQAM, s’est dite surprise de constater à quel
point en France, la garde des jeunes enfants reposait sur
le dos des mères. Si les enfants entrent à
l’école à 3 ans, faute de «
crèches » en nombre suffisant, « entre
0 et 3 ans, c’est beaucoup plus souvent les parents,
typiquement les femmes, ou encore la famille
élargie, qui s’occupent des enfants, ditelle. Au
Québec, le rôle très important des
services de garde fait que le taux d’activité des
femmes est assez élevé. »
Le taux d’activité des mères
françaises augmente avec leur taux d’obtention d’un
diplôme. Si elles travaillent dans une proportion de
78% quand elles n’ont aucundiplôme (quel que soit
l’âge de leur enfant), ce chiffre grimpe à
94% si elles ont un diplôme d’études
supérieures.
Autre constat: le travail dit « domestique »,
demeure, en France comme ici, encore du ressort des
femmes, qui y consacrent près de deux fois plus de
temps que les hommes (à 69% en France, et 61% ici).
Si la répartition est plus égalitaire ici,
les auteurs confirment que c’est parce que les
pères assument une part plus importante des
tâches, mais aussi parce que les mères
québécoises travaillent davantage. En clair:
le partage des tâches est plus équitable
lorsque les deux parents travaillent à temps plein.
La popularité du congé de paternité
pourrait changer la donne et pousser vers encore plus
d’équité. L’apparition du congé
paternel (de trois à cinq semaines ici, et de deux
semaines en France) a déjà un succès
incontestable, confirme l’ouvrage: en 2006, 40% des
pères québécois ont pris les semaines
qui leur étaient réservées.
L’année suivante, 60% s’en sont prévalus
(alors que seuls 14% des pères canadiens prennent
une partie du congé parental prévu au
régime canadien). En France, entre 2003 et 2004,
les deux tiers des pères concernés en ont
bénéficié. « On sait que cela a
ensuite un impact sur la participation des pères,
souligne Diane-Gabrielle Tremblay. Ce sont des
pères qui vont s’occuper davantage des enfants.
» À suivre.
Maman danse la salsa - Sylvia Galipeau
C’est
l’histoire d’un gars, prof de salsa, qui a du flair.
Après la danse pour enfants, voilà qu’il vient
de lancer un cours réservé à un
marché en pleine expansion: les nouvelles mamans.
Lundi matin, 10h30. Nous sommes dans le sous-sol d’un
complexe sportif à Laval, dans une grande salle
pleine de miroirs, avec, debout, une bonne dizaine de mamans
en rang. On se croirait en plein tournage d’une pub pour
porte-bébés. C’est que chacune des mamans
porte son bébé sur le ventre,
symétriquement, suivant religieusement les
instructions de l’enseignant. On tourne à gauche:
« Un, deux trois, pause, cinq, six, sept, pause.
» Toutes les mères tournent en choeur, le
sourire fendu jusqu’aux oreilles. Certaines tiennent la
tête de leur enfant, d’autres son dos, ou encore ses
mains. Plusieurs petits coquins suivent le rythme avec leurs
pieds. Le spectacle est de toute beauté.
Quelques minutes à peine après le début
du cours, un premier poupon s’endort, au rythme de la
musique et du déhanchement de sa maman. Ici, un
enfant crie, là, une mère rit. L’ambiance,
c’est clair, est à la fête.
À
Montréal, deux cafés pour mamans proposent
déjà des cours de salsa du genre. On pense
ici à Kavaloo, avenue Van Horne, et Maman,
bébé et café, rue Sherbrooke. Mais la
différence, ici, c’est que l’activité
n’émane pas d’un centre destiné aux mamans,
mais d’une vraie de vraie école de danse latine,
Baila Productions, à Laval, qui, flairant un bon
filon, vient tout juste d’ajouter un nouveau cours
à son programme. Un peu comme si l’Académie
culinaire offrait tout à coup un cours pour les
mamans, ou la SAQ, une activité de
dégustation pour jeunes mères.
Il faut dire qu’un grand nombre de nouvelles mamans
prennent congé un an, passant du jour au lendemain
du stade de femme occupée à mère au
foyer, et se retrouvent du coup souvent isolées.
D’où l’intérêt des activités
variées du genre. Chose que les cardio-poussettes
de ce monde ont compris depuis quelques temps.
Visiblement, donc, l’offre « maman »
s’élargit tranquillement. « J’adore, c’est
vraiment le fun comme activité avec mon
bébé! Parce que oui, à longueur de
semaine à la maison, je m’ennuie un peu »,
confirme Mireille Gauthier, rencontrée cette
semaine, après son premier cours de salsa avec
bébé.
« J’ai fait beaucoup d’activités avec mon
enfant, et c’est ce que j’ai trouvé de mieux
», enchaîne Catherine Baril, avec sa petite
Flavie tout endormie. Mieux que le cardio-poussette
« où c’est juste la maman qui fait
l’exercice, pendant que bébé reste dans la
poussette » ; mieux, aussi, que l’aquapoussette,
« où bébé gèle ».
« Ici, ce n’est pas juste pour la maman, c’est
vraiment pour les deux », résume-t-elle.
« C’est un de mes meilleurs cours, indique par
ailleurs Ilias Benz, le professeur et co-fondateur de
l’école Baila productions. C’est le plus facile
à donner. Je ne sais pas pourquoi, mais ce sont
elles mes clientes qui manifestent le plus leur joie,
dit-il. Je pense qu’elles sont vraiment contentes de faire
une activité comme ça, parce qu’à la
maison, elles en ont plein les bras. »
Net
recul pour les femmes- La série télé
d’Anne-Marie Losique perpétue la banalisation et la
glorification du commerce du sexe
Les
propriétaires de bar accroîtront leur
notoriété et leur « respectabilité
», tout en attirant davantage de jeunes femmes vers ce
« métier », présenté
comme étant glamour et lucratif.
L’auteure est membre fondatrice de la Concertation des luttes
contre l’exploitation sexuelle (CLES).
L’émission
d’Anne-Marie Losique, Pole position Québec, servira
à la promotion des bars de danseuses nues pour le plus
grand bénéfice de leurs propriétaires.
L’annonce d’une série télévisée,
intitulée Pole position Québec, produite et
animée par Anne-Marie Losique, mettant en
compétition des danseuses nues et des vedettes du porno,
est une bien triste nouvelle.
La diffusion de cette série par la
télévision, la rendant ainsi accessible au grand
public même s’il s’agit de la télé payante,
s’inscrit dans la banalisation accélérée et
la glorification du commerce du sexe observées au cours
de la dernière décennie.
S’il est vrai que le Québec est en train
d’acquérir une réputation internationale pour ses
bars de danseuses nues, cela n’a rien de réjouissant.
Cette tendance devrait nous inquiéter, non d’un point de
vue puritain, mais parce qu’elle constitue un net recul pour la
lutte des femmes pour l’égalité et le respect de
leurs droits.
Il ne s’agit pas ici uniquement d’exposer des femmes nues ou
légèrement vêtues dansant autour d’un
poteau, mais d’une incitation directe à la consommation
de tels spectacles qui poussent les hommes à acheter des
« services sexuels », autrement dit à devenir
des clients prostitueurs.
Pour ceux qui croient qu’il s’agit d’une prestation artistique
sans conséquence, rappelons que, à la suite du
jugement de la Cour suprême du Canada d’autoriser la
dansecontact (en décembre 1999), impliquant des
attouchements sexuels entre danseuses nues et clients dans les
isoloirs, cette pratique, dénoncée par un certain
nombre de danseuses nues de Toronto comme étant de la
prostitution, s’est rapidement généralisée
dans les bars de danseuses au Québec.
À présent, dans la plupart des bars de danseuses,
au lieu d’être rémunérées par les
propriétaires de bars pour leur prestation, ce sont les
danseuses qui doivent payer un droit au propriétaire pour
avoir accès aux clients qu’elles doivent satisfaire dans
des isoloirs pour obtenir rémunération.
Dans ce
contexte, on comprend que l’émission de Mme Losique
servira à la promotion de cette pratique pour le plus
grand bénéfice des propriétaires de bar.
Ces derniers accroîtront ainsi leur
notoriété et leur « respectabilité
», tout en attirant davantage de jeunes femmes vers ce
« métier », présenté comme
étant glamour et lucratif. La décision de
diffuser ce genre d’émission à la
télévision relève donc d’un choix
politique très discutable.
Bien entendu, la prolifération de bars de danseuses
nues s’inscrit dans un contexte plus large où la
culture pornographique envahit de plus en plus notre espace et
pénètre tous les foyers (via internet et la
télé). Des études montrent que la
consommation accrue de la pornographie et de la prostitution
influence en profondeur les relations entre les hommes et les
femmes. Cela reproduit et propage une représentation
des rapports sexuels calqués sur le rapport entre
client et prostituée, qui rend plus difficile de
concevoir des rapports sexuels réciproques, non
commerciaux, entre êtres humains.
À Montréal comme ailleurs au pays, la
multiplication d’établissements qui encouragent et
tirent profit de diverses formes de prostitution est devenue
très visible. Bars de danseuses nues, salons demassages
érotiques, agences d’escortes, et autres commerces
annoncent impunément des « services sexuels
» dans les médias, malgré les lois
canadiennes qui interdisent la tenue de « maison de
débauche » et le proxénétisme.
Il est affligeant de constater le laxisme des autorités
qui ferment les yeux sur ce type de commerce, n’intervenant
que lorsqu’on soupçonne l’implication de mineures.
Autrement, c’est la politique de l’autruche qui prime.
Soyons clairs. La prostitution n’est pas une question de
liberté sexuelle et son acceptation sociale ne la rend
pas inoffensive pour autant. Elle ne peut être
réduite à une question de santé publique,
comme l’affirment certains milieux qui préconisent la
décriminalisation totale, sous prétexte de mieux
lutter contre le VIH/sida. Les impacts sociaux
désastreux de la prostitution sur les femmes et les
enfants qui s’y laissent prendre sont multiples et bien
documentés. Il faut tirer les leçons des pays
qui ont choisi de légaliser la prostitution (tels les
Pays-Bas, l’Allemagne, l’Australie et la
Nouvelle-Zélande), voulant ainsi tirer profit de cette
industrie, et qui en subissent aujourd’hui les graves
conséquences.
Il est urgent de susciter un vaste débat public pour
réfléchir aux enjeux sociaux de l’exploitation
sexuelle commercialisée. Veut-on faire du Québec
une nouvelle destination du tourisme sexuel pour lutter contre
la crise économique? Le plus grand obstacle à la
lutte contre la prostitution, c’est de croire qu’elle est
inévitable.
Dans le contexte de grave crise économique comme celle
que nous traversons, il est urgent de se doter d’une
véritable politique en matière de prostitution
qui tienne compte de l’intérêt commun à
long terme.
Pour cela, il faut suspendre immédiatement toute
répression à l’endroit des personnes qui y sont
contraintes pour survivre et cesser de banaliser la
prostitution.
AÏE!
VOUS VOULEZ VOUS MARIER? - Marc Tison
Injustes
noces… Désunion de fait… Quelques précautions
financières préalables vous éviteront
des déconvenues postérieures.
Pas de mariage en rouge
Première mise en garde de Lise Morin,
conseillère budgétaire à l’ACEF de
l’Est de Montréal: c’est une mauvaise idée –
voire un mauvais présage – de s’endetter pour se
marier.
« Il y a de nombreuses possibilités de faire
des cérémonies qui ont du sens sur le plan
symbolique sans que ce soit très coûteux
», assure-t-elle.
Voilà, c’est dit.
Discuter tôt entre égaux
Au début d’une relation entre jeunes adultes, les
revenus sont souvent équivalents. Mais l’écart
se creuse après l’arrivée d’un premier enfant
– généralement en faveur des hommes, observe
Hélène Belleau, professeure à I NRS
Urbanisation Culture Société. « C’est
pourquoi je suggère aux jeunes mariées de
discuter des questions financières dès que
possible, au début de la relation, recommande-t-elle.
Il est plus facile de le faire quand les salaires des deux
sont égaux que lorsque l’on a un salaire nettement
moindre. Quand on discute des questions financières
et qu’on a un salaire inférieur, on craint
généralement de passer pour
intéressé… et de défendre ses petits
intérêts personnels, ce qui va à
l’encontre de l’idéal amoureux. »
Inventaire
« Dès le départ, il faudrait dresser la
liste des biens et de la valeur des biens qui nous
appartiennent », propose la planificatrice
financière et fiscaliste Josée Jeffrey. Au
départ, on sait très bien quel est l’apport de
chacun. Mais le temps estompe les souvenirs et exacerbe les
différends. « Ce sont des choses ennuyeuses,
mais quand il y a des règlements de comptes, c’est
plus simple. »
Prudence avec le compte commun
« Si l’union ne dure pas depuis un certain nombre
d’années, il ne faut pas tout mettre en commun,
prévient Lise Morin. Une union sur deux ne tient pas
la route. »
En effet, nos experts sont unanimes. Chacun doit conserver
son compte personnel et n’ouvrir un compte commun que pour
les dépenses communes. « Tant qu’on n’a pas
acheté de maison ou qu’on n’a pas d’enfant, je ne
vois pourquoi il y aurait un compte commun », soutient
la planificatrice financière Lison Chèvrefils.
LanotaireDeniseArchambault résume les risques d’un
seul compte pour le couple. « Décès et
inaptitude: le compte est gelé. Faillite : le compte
peut y passer. Malhonnêteté d’un conjoint : le
compte VA y passer. »
Les revenus sont-ils inégaux ?
Une femme, dont la vie était bien organisée et
financièrement équilibrée, a
quitté un appartement en coopérative pour
vivre avec un homme qui gagnait beaucoup plus qu’elle. Elle
a tenté d’ajuster son rythme de vie au sien. «
Elle avait des dettes depuis que cet homme était dans
sa vie », observe Lise Morin. La solution la plus
équitable consiste à partager les
dépenses communes au prorata des revenus. Celui qui
apporte 40% des revenus du ménage paie 40% des
dépenses communes. Un arrangement similaire peut se
faire à la pièce. « Si une des deux
personnes se sert beaucoup plus que l’autre de la voiture
familiale, les dépenses peuvent être
partagées au prorata de l’utilisation »,
suggère Lison Chèvrefils.
Un minimum de discrétion
Si l ’écart des revenus est important, le conjoint
(souvent la conjointe) moins riche peut n’avoir que
très peu d’argent discrétionnaire,
malgré le partage des dépenses au prorata des
revenus. Hélène Bel leau suggère des
arrangements compensatoires, en donnant l’exemple de revenus
de 20 000$ et 100 000$. « Les conjoints peuvent
convenir que le calcul ne tiendra pas compte des premiers 15
000 $ que chaque conjoint touchera, propose-t-elle. Ainsi,
une personne qui gagne 20 000$ aura tout de même 15
000 $ pour ses dépenses personnelles. »
Si les conjoints gèrent plutôt en mettant leurs
revenus en commun, les surplus budgétaires «
peuvent être redistribués à parts
égales dans les comptes personnels de chacun »,
suggère la chercheuse.
Le grand principe est que chacun ait une somme minimale dont
il pourra disposer à sa guise, sans en rendre compte
à son conjoint.
Carte de crédit et marge de crédit communes
Lison Chèvrefils met vigoureusement en garde contre
les marges de crédit et cartes de crédit
communes. Sans doute est-il plus facile d’obtenir un
prêt en commun, surtout quand un des deux conjoints
possède un dossier de crédit peu reluisant.
C’est justement là que réside le risque : une
séparation survient et la fourmi se retrouve avec les
dettes de la cigale. « Je l’ai encore vu il y a deux
semaines », raconte la planificatrice. Une femme
s’était portée garante de la marge de
crédit de son conjoint, qui l’a quittée
ensuite. Si elle retirait sa caution, l’homme risquait la
faillite. « Elle a décidé de laisser les
choses en l’état, mais elle était
coincée et il s’agissait d’une grosse somme. »
Chacun sa carte et sa marge personnelle, donc. « Mais
que chacun connaisse les dettes de l’autre, s’ils veulent
que ce soit clair, précise Josée Jeffrey. Plus
c’est transparent, mieux c’est. »
Meubler trop vite
Nouveau couple? Il faut absolument un
téléviseur à grand écran et une
laveuse à chargement frontal. « On part
ensemble à neuf ; on meuble de la cave au grenier en
achetant maintenant et en payant dans trois ans,
dénonce Denise Archambault. D’un coup sec, la
télé n’est plus bonne et la laveuse ne lave
plus blanc. »
Rien n’oblige à tout avoir en même temps.
« Il sera toujours temps dans cinq ans, si on
épargne, de se procurer ce dont on rêve,
soutient Lise Morin, conseillère budgétaire
à l’ACEF de l’Est de Montréal. Ce n’est pas la
période la plus riche de la vie, et on ne veut pas
déjà se mettre dans une situation de perte de
pouvoir d’achat, où tout coûte plus cher parce
qu’on paie des intérêts. »
Partager à deux les dettes (d’un seul...)
On s’installe, on cohabite, et on offre de partager le
remboursement des prêts contractés par
l’être aimé et endetté.
Sur le même principe, un conjoint ajoute les dettes de
sa petite entreprise autonome au prêt de la maison
achetée en commun. Myopie amoureuse…
Dans un cas comme dans l’autre, ce sont des arrangements qui
augmenteront l’acrimonie en cas de séparation.
« Tu m’as fait payer la moitié de tes dettes!
» entendra-t-on 10 ans plus tard, prévient
Denise Archambault.
Lise Morin, de l’ACEF de l’Est, en a vu un exemple
récent. « Une dame est venue dans mon bureau
aujourd’hui et toutes ses dettes avaient été
causées par son conjoint, narre-t-elle. Il ne pouvait
pas avoir de crédit à la suite d’une faillite,
et sa vieille voiture a demandé beaucoup de
réparations. Elle a tout mis sur ses propres cartes
de crédit. Ils se sont séparés au bout
de deux ans et elle reste avec ses dettes à lui.
»
Chacun
pour soi, donc.
REER
Simplifiez-vous la vie. La veille du mariage – le
surlendemain peut faire l’affaire aussi –, ouvrez un nouveau
compte REER distinct de celui que vous détenez
déjà, où seront versées vos
nouvelles cotisations. « Le REER fait partie du
patrimoine familial, rappelle Josée Jeffrey. Il sera
dif-
ficile de déterminer la valeur du REER avant et
après le mariage.
Soutien pour enfants
L’un des nouveaux mariés a des enfants? « Au
Québec, le calcul du soutien pour enfants sur la base
du nouveau revenu familial se fait dès le mois
suivant, explique Josée Jeffrey. Il faut informer la
Régie des rentes du changement dans le mois suivant
le mariage. »
« Du côté de la prestation fiscale
fédérale pour enfants, le calcul est
basé sur la situation familiale au 31
décembre, ou sur la nouvelle situation familiale,
selon la plus avantageuse des deux, ajoutet-elle. La plupart
du temps, la situation familiale au 31 décembre est
plus avantageuse. La prestation ne change que le 1er juillet
de l’année suivante. »
Dans le cas des nouveaux conjoints de fait, le nouveau
ménage n’est reconnu qu’après 12 mois de vie
commune.
Une assurance vie ?
Quand doit-on songer à souscrire une assurance vie?
Dès qu’il y a vie commune et responsabilités
communes, répond la planificatrice financière
Lison Chèvrefils. « Si on est en logement et
que l’un décède, l’autre se retrouve avec un
loyer à payer seul, et peut-être y a-t-il des
meubles qui ne sont pas entièrement payés.
»
Le principe est le suivant : dès lors que notre
décès mettrait un proche en difficulté
financière, il y a lieu de contracter une assurance
vie.
« On prend une petite assurance symbolique, avec un
avenant de garantie d’assurabilité pour le futur – le
futur étant la maison qu’on va acheter, les enfants
qu’on va avoir, indique Lison Chèvrefils. Il n’est
pas nécessaire de prendre une protection de 250 000$
tout de suite. » Lors d’un futur renouvellement, on
n’aura pas à faire la preuve de son bon état
de santé.
Mariés ou conjoints de fait?
La nuance est importante. Les couples mariés ou unis
civilement sont soumis à la Loi sur le patrimoine
familial. Les conjoints de fait en sont exclus. La Loi sur
le patrimoine a préséance sur le régime
matrimonial ou le testament. Elle touche la résidence
principale, la résidence secondaire, les meubles, les
voitures servant aux déplacements de la famille, les
sommes et droits accumulés pour la retraite. La
valeur que ces biens ont acquise durant le mariage est
partageable en deux à la fin de l’union.
Faut-il un contrat de mariage?
Le contrat de mariage est-il indispensable? « La
réponse est non, mais il est très
recommandable, insiste la notaire Denise Archambault. Les
gens font l’erreur de penser que depuis la Loi sur le
patrimoine, le contrat de mariage n’est plus bon. »
Ce document est plus court qu’autrefois, mais il est encore
indispensable si on choisit un autre régime
matrimonial que la société d’acquêts,
imposée par défaut par le Code civil.
Selon ce régime, la valeur de tous les biens acquis
durant le mariage ( patrimoine familial exclus) est
partageable pour moitié à la fin du
régime – que cette conclusion soit un
décès ou une séparation.
Plusieurs juristes, dont Denise Archambault, lui
préfèrent le régime de
séparation de biens. Il sépare les biens
acquis par chacun en dehors du patrimoine familial, mais son
grand avantage est surtout de séparer les dettes.
Sous ce régime, un conjoint ne sera pas responsable
des dettes de l’autre. Fort utile lorsqu’un conjoint
possède une petite entreprise en voie de faillite.
Sous ce régime, si l’un des conjoints a une situation
financière plus stable, le couple marié aura
avantage à inscrire la maison au nom de celui-ci,
suggère Me Archambault. En cas de faillite de l’autre
conjoint, la maison ne sera pas entraînée dans
le naufrage. Et en cas de séparation, la Loi sur le
patrimoine viendra tout de même en faire le partage
égal.
Pour les conjoints de fait, la question se pose autrement :
ils ne sont pas reconnus par le Code civil. Une convention
de conjoints de fait décrira comment s’effectuera le
partage des biens et des responsabilités.
Faut-il un testament?
Le testament est-il nécessaire si on se marie ou que
l’on vit en commun? « Un testament est
nécessaire dès l’âge de 18 ans si on ne
veut pas laisser le Code civil déterminer qui seront
nos héritiers », rappelle Me Denise
Archambault.
S’il n’y a pas d’enfants, le Code civil attribue les biens
du défunt en partie à son conjoint
marié et en partie aux héritiers
légaux, mais il n’attribue rien au conjoint de fait.
Urgence testament.
Vous avez déjà accumulé quelques
épargnes REER ? Vous voulez vous assurer que votre
conjoint en sera bénéficiaire si vous
décédez, de telle sorte que le paiement de
l’impôt soit reporté? Dans le jargon, c’est ce
qu’on appelle le roulement fiscal au conjoint. Seul un
testament permet de le garantir. On pouvait autrefois
désigner un conjoint bénéficiaire lors
de l’ouverture du compte, mais un jugement a invalidé
cette procédure.
Quel est le plus fort: le contrat de mariage ou le
testament?
Question d’un lecteur : « J’ai toujours entendu dire
que le contrat de mariage prime le testament. Donc, si un
contrat de mariage stipulait "au dernier vivant les biens",
cela primerait ce qui pourrait être écrit dans
un testament subséquent? »
La réponse est non, indique Me Denise Archambault.
Cette clause désuète était
formulée ainsi : « Je lègue de
façon irrévocable… » Elle primait alors
tout testament subséquent. « Mais je n’en ai
pas vu en 30 ans de notariat », ajoute-t-elle.
La chaîne de prépondérance se
déroule ainsi: la Loi sur le patrimoine, le
régime matrimonial, et enfin le testament. « On
commence par partager le patrimoine familial,
résumeMe Archambault. Si je suis en
société d’acquêts, on partage ensuite
les acquêts. Et si j’ai fait un testament qui donnait
tous mes biens à ma cousine Gertrude, Gertrude aura
tout ce qui reste. »
Le testament peut défaire une clause testamentaire
inscrite dans le contrat de mariage. Mais il ne peut aller
à l’encontre des droits accordés par le
régime matrimonial, que celui-ci ait
été choisi par contrat de mariage ou
imposé par défaut par le Code civil.
Après les enfants, la retraite - Marc
Tison
Âgés de 55 et 54 ans, Édouard et
Micheline ont désormais la retraite dans leur l i
gne de mire. J usqu’à ma i ntena nt , ils avaient
d’autres priorités.
« Nous avons accompagné trois enfants qui
sont aujourd’hui adultes et qui ont fait des études
supérieures, décrit Édouard. C’est
là l’oeuvre de notre vie. Cependant, je
réalise que ces dépenses, que nous ne
regrettons en aucune façon, ont handicapé
notre potentiel de retraite. »
Ils sont tous deux travailleurs autonomes, donc sans
régime complémentaire de retraite.
Édouard gagne 88 000 $ et Micheline 28 000$.
« J’ai versé des cotisations à nos
REER respectifs dans une proportion égale depuis de
nombreuses années, tant et si bien que nous
possédons aujourd’hui chacun 160 000$ dans ces
comptes, poursuit Édouard. C’est là tout
notre avoir de retraite. »
Ils sont propriétaires d’une maison d’u ne va l e u
r de 200 000$, libre d’hypothèque, qu’ils
espèrent pouvoir conserver durant leur retraite.
Ils sont inquiets…
Des objectifs trop modestes?
La planificatrice financière Sophie Labonne, de la
Banque Scotia, félicite le couple pour sa patiente
discipline de contribution au REER du conjoint, qui
facilitera grandement le fractionnement des revenus de
retraite. Elle fait toutefois une mise en garde. On ne
peut faire de retrait d’un REER de conjoint cotisant avant
qu’un délai couvrant trois 31 décembre
consécutifs se soit écoulé depuis la
dernière cotisation.
« I l sera i mportant pour Édouard de cesser
de cotiser au régime de conjoint de Micheline au
moins trois ans avant sa conversion en FERR », avise
donc notre planificatrice. Rien n’empêchera par
ailleurs Micheline de convertir son propre REER au moment
de sa retraite.
La
planificatrice observe que le couple, outre les
études des enfants, a consacré ses
ressources au remboursement de son hypothèque. La
valeur que représente la maison peutelle être
mise à profit ? Mme Labonne en a fait l’objet d’une
des trois hypothèses de retraite qu’elle a
tracées pour le couple.
Le premier scénario répond aux objectifs
d’Édouard et Micheline, qui souhaitent toucher
à la retraite un revenu brut de 52 000$, soit 45%
de leurs revenus combinés actuels.
Notre planificatrice a supposé une indexation des
revenus et dépenses de 3 % par année, et un
rendement sur les investissements de 5,5%. Ses calculs
montrent que si le couple continue de verser 10 600$ dans
les REER de chacun, l’un et l’autre pourront toucher
à 65 ans un revenu brut de 28 000$, indexé
de 3% jusqu’à 90 ans. L’objectif de 52 000$ est
donc atteint, et même légèrement
dépassé.
Cependant, Mme Labonne est réticente à
l’idée de planifier une retraite avec moins de 60%
des revenus actuels. « Les gens pensent qu’ils
pourront s’en tirer avec moins, dit-elle, mais
l’expérience me démontre le contraire,
surtout quand la piqûre des voyages les prend et
quand la santé vacille... »
Pour leur donner un peu plus de marge de manoeuvre
budgétaire, elle a fait le calcul des mesures
nécessaires pour atteindre un revenu de retraite
équivalent à 60% des revenus actuels, soit
69 600 $. Pour y parvenir, le rendement sur les
investissements devra être haussé à
6,5 %, et chaque conjoint devra verser 5000 $ par
année dans son CELI. Cette épargne
supplémentaire serait pour l’essentiel t i
rée des remboursements d’i mpôts e n provena
nce des cotisations REER.
Dans un troisième scénario, Mme Labonne fait
entrer en action l’actif accumulé sur la maison,
pour tenter d’atteindre un revenu de retraite
équivalent à 70% de leurs revenus actuels –
une proportion fréquemment citée en
planification financière.
Notre conseillère utilise un emprunt pour
investissement de 100 0 0 0 $, garanti par leur
propriété. Elle maintient les cotisations au
CELI et le rendement du précédent
scénario. Dans ces conditions, le couple ne pourra
soutenir jusqu’à 90 ans qu’un revenu combiné
de 76 000$, inférieur de 5000$ aux 81 200$
visés. « Je ne crois pas que pareil
scénario corresponde à la
personnalité du couple », observe notre
planificatrice.
Par contre, elle croit que le deuxième
scénario est parfaitement réalisable.
« Pour le peu de différence que ce
scénario représente pour le couple, souligne
la planificatrice, il leur permet enfin d’atteindre le
minimum souhaitable de 60% des revenus à la
retraite. Peu de sacrifices pour une différence
majeure! »
REFAIRE SA VIE ET SA RETRAITE
C’est un
séminaire de planification de retraite offert par son
employeur qui a déclenché l’alarme. « Je
sors de cet exercice avec le sentiment qu’il mefaut
consulter un conseiller en planification financière
», s’inquiète Suzanne.
Âgée de 50 ans, notre correspondante
prévoit prendre sa retraite dans six ans.
Après 24 ans de service dans une
société du secteur public, elle toucherait
alors une rente équivalant à 48% de son revenu
brut, sans pénalité. Elle gagne actuellement
74 500$ par année.
C’est déjà une aventure. Mais pour compliquer
les choses, elle est présentement en instance de
séparation. Elle devra donc quitter la maison qu’elle
détenait avec son conjoint. D’une valeur de 649 000$,
la propriété est encore grevée d’une
hypothèque de 180 000$.
« Dans le meilleur scénario, explique Suzanne,
j’évalue qu’il me reviendra 100 000$ de la vente de
la maison, puisque la mise de fonds de mon conjoint de fait
était beaucoup plus importante que la mienne. »
Elle compte quitter la banlieue et revenir à
Montréal afin de faciliter les études
collégiales de son fils de 19 ans. Dans ce contexte,
elle songe à remplacer sa Volvo vieille de 11 ans par
une sous-compacte ou une voiture d’occasion.
« Il me faudra sans doute réduire mon train de
vie, mais de combien? demandet-elle. Serait-il plus
judicieux d’acheter un appartement ou d’en louer un, une
fois la maison vendue? »
D’abord la retraite
La plani ficatrice Josée Laframboise, de BMO Groupe
financier, a d’abord vérifié si les projets de
retraite prochaine de Suzanne étaient
réalistes. Mauvaise nouvelle. Avec une rente
équivalant à 48% de son revenu d’emploi, elle
ne pourra prendre sa retraite à 56 ans. Une des
difficultés de la projection résidait dans la
situation instable de Suzanne. « Elle n’a pas de
budget et ne sait pas combien elle dépense par mois
» , constate Mme Laframboise.
« En prenant l’hypothèse qu’elle devrait viser
70% de ses revenus pour maintenir son niveau de vie actuel,
on constate un manque à gagner de près de 30%,
même en considérant la rente de la RRQ qu’elle
retirera à 60 ans et la pension du Canada, à
65 ans », observe la planificatrice.
Les 46 000$
qu’elle détient en REER, les 17 000$ investis en
placements non enregistrés et les 100 000$ qui
représentent sa part sur la maison familiale ne
suffisent pas à combler le déficit.
Il vaudrait mieux qu’elle retarde sa retraite à 60
ans. Elle ajouterait ainsi quatre années de service,
ce qui porterait sa rente de retraite à 56% de son
salaire brut. Elle aurait eu le temps d’accumuler davantage
d’épargnes, tant en REER que hors REER. Une partie
proviendrait de la réduction des dépenses
liées à la propriété actuelle –
hypothèques, impôts fonciers, entretien, etc.
Josée La f ramboise et Suzanne ont
évalué que son coût de la vie pourrait
se maintenir à 34 800 $. Suzanne serait ainsi en
mesure d’épargner 1200 $ par mois, répar t is
dans son REER et dans des placements non enregistrés.
En comblant ses droits de cotisation annuels, avec un
rendement de 6%, elle porterait son REER de 46 000$ à
104 000$ en 2018.
La planificatrice suggère d’utiliser une partie du
fruit de la vente de la maison pour payer comptant une
nouvelle voiture de prix raisonnable. Les actifs non
enregistrés de Suzanne totaliseraient ensuite environ
100 000 $. Avec une épargne annuelle de près
de 10 000$, ils atteindraient 258 000$ en 2018.
Ces mesu res permettraient ensuite à Suzanne de
maintenir un revenu de retraite de 50 400$ en dollars
d’aujourd’hui. À ce régime, elle
détiendrait encore à 90 ans des actifs de 110
000$.
Josée Laframboise recommande au passage de revoir la
composition du portefeuille de Suzanne, trop
concentré en actions.
Ensuite le logement
Le retour à Montréal sera coûteux. Le
coût moyen d’un appartement gravite autour de 275
000$, rappelle la planificatrice. Avec un taux de 3,95% et
un amortissement sur 25 ans, la mensualité serait de
1300$. Il faut encore compter avec les charges de
copropriété, l’impôt foncier, les
dépenses d’entretien et les autres frais
d’acquisition et d’aménagement. Suzanne doit en outre
se procurer de nouveaux électroménagers et son
fils viendra habiter avec elle pendant quelques
années encore.
« À la suite de la séparation, elle fera
face seule à toutes ses obligations
financières, observe Mme Laframboise. Dans ce
contexte, la solution la plus abordable serait la location
d’un appartement. Dans l’île de Montréal, le
coût moyen d’un 4 1/2 est de 850$ par mois. »
Programme strict. Mais dans deux ou trois ans, avec des
données rafraîchies et plus précises,
une nouvelle projection montrera peut-être que la
retraite approche.
Quand l’heure de la retraite approche -
Caroline Rodgers
Pour bien
gérer son patrimoine, il faut utiliser les bons
outils. Ce dernier texte d’une série de 12 porte sur
la retraite.
Vous devez planifier vos besoins longtemps à l’avance
pour maintenir un train de vie acceptable.
Si la retraite n’est plus un rêve lointain, mais une
réalité qui se concrétisera d’ici
quelques années, il vous faut un plan d’action pour
retirer les économies accumulées pendant toute
votre vie
Comme futur retraité, vous faites face à trois
risques, selon Hélène Gagné,
gestionnaire de
« Si on a des sources de revenus ailleurs, comme un
régime de retraite de l’employeur ou de l’immobilier,
on peut laisser l’argent croître à
l’intérieur d’un portefeuille équilibré
avec des actions et des obligations, dit Dominique Vincent,
gestionnaire de portefeuille chez MacDougall, MacDougall et
MacTier. Mais si vos placements sont la source principale de
vos revenus, il faut d’autant plus faire preuve de
vigilance. »
Mais at tention ! Être trop prudent risque de vous
exposer au second risque : celui de la
longévité.
« Il arrive que des investisseurs ne veuillent plus
connaître des reculs et transfèrent toute leur
épargne dans des titres défensifs, dit
Hélène Gagné. Ils risquent alors de
perdre des rendements. Or, l’espérance de vie
augmente. Il y a donc un risque que ces individus survivent
à leur épargne. » portefeuille
associée de PWL Capital, et conseillère en
sécurité financière. Il faut en tenir
compte dans votre stratégie.
D’abord, il y a le risque des marchés financiers.
Quand il reste peu d’années devant soi, il faut
diminuer ces risques en modifiant la composition du
portefeuille, en misant davantage sur des titres
défensifs de qualité. Votre situation
financière générale doit aussi
être prise en compte.
Le troisième risque est l’inflation. Celle-ci a
graduellement diminué depuis 25 ans, après
avoir été élevée dans les
années 80. Mais il ne faut pas tenir pour acquis
qu’elle restera faible pendant toute votre retraite.
Des études ont démontré que les
retraités subissent l’inflation de façon plus
marquée que le reste de la population, car les biens
et services dont ils ont besoin connaissent un taux
d’inflation plus élevé que d’autres biens. Si
l’inf lation que vous subissez est supérieure
à vos rendements, ceux-ci deviennent alors
négatifs !
Payer
l’épicerie, et plus !
Quelle que soit la taille de votre bas de laine, il vous
faudra régulièrement des liquidités
pour répondre à vos besoins. Vous devez donc
planifier ceux-ci longtemps à l’avance pour maintenir
un train de vie acceptable.
Vous avez des contributions non utilisées dans votre
REER?
Établissez un plan d’action pour combler celles-ci
pendant les dernières années
précédant votre retraite, en étalant ce
rattrapage sur plus d’une année pour maximiser vos
retours d’impôt, souligne Dominique Vincent.
Vous devez prévoir la façon dont vous
effectuerez les retraits, de façon à minimiser
l’impôt à payer et avoir des liquidités
disponibles en tout temps sans faire fondre trop vite votre
capital. Pour ce faire, privilégiez les titres qui
paient des dividendes pour générer des
revenus.
Et du point de vue fiscal, il est plus avantageux d’utiliser
votre épargne non enregistrée avant de toucher
au REER.
Selon plusieurs études, pour éviter
d’épuiser votre capital trop vite, à 65 ans,
vous devriez puiser au maximum 4% par année de vos
économies, à condition de maintenir un
portefeuille investi à 50% en actions, selon
Hélène Gagné.
Si vous constatez un manque à gagner entre vos
besoins et vos revenus à la retraite, quelques
possibilités s’offrent encore à vous, selon
Patrice Delisle, directeur principal, stratégies
retraite à la Banque Nationale.
« On peut soit réduire son train de vie et ses
attentes, ou travailler plus longtemps, ou à temps
partiel, dit-il. Ou encore, regarder comment
l’épargne est investie et se demander si on est
capable d’accepter un niveau de risque plus
élevé dans l’espoir d’obtenir un rendement
supérieur. »
Un Canadien sur cinq s’occupe d’un parent âgé
malade - Katia Gagnon
Pas moins
d’un Canadien sur cinq prend soin, pendant parfois plus de
10 heures par sema ine, d’u n pa rent âgé
malade. Ces données, qui proviennent d’un vaste
sondage réalisé par la firme Ekos pour le
compte du Conseil national des aînés, donnent
la mesure du travail accompli par les aidants naturels des
personnes âgées.
Quelque 6% des 3 0 0 0 Ca nad iens interrogés par
Ekos – et 10 % des Québécois –
hébergent chez eux une personne âgée
en perte d’autonomie. Dans plus de la moitié des
situations, il s’agit d’un de leurs parents ou de celui de
leur partenaire de vie.
Près de la moitié des gens qui
hébergent ainsi un aîné consacrent
plus de 11 heures par semaine aux soins qu’ils lui
prodiguent et 39 % d’entre eux y consacrent entre cinq et
dix heures.
Une proportion de 14 % de Canadiens, sans héberger
la personne âgée chez eux, consacrent eux
aussi de longues heures chaque semaine aux soins d’un
parent âgé. C’est également le cas de
10 % des Québécois. Le tiers de ces
répondants y consacrent entre cinq et dix heures
par semaine et 51 % y consacrent cinq heures ou moins par
semaine.
En plus
du sondage, le Conseil national des aînés a
mandaté la firme Strategic Counsel pour former 15
groupes témoins partout au pays, qui rassemblaient
au total 150 personnes qu’on a interrogées sur des
sujets divers touchant les aînés.
On leu r a nota m ment demandé quelle était
leur pr i nc ipa le préocc upation concer na nt les
person nes âgées. La réponse a
été la même dans tous les groupes :
pour l’ensemble des participants, l’isolement des
aînés est un enjeu social majeur.
« Plusieurs étaient d’avis que la
société canadienne, tout comme les autres
sociétés occidentales, a collectivement
marginalisé les aînés, peuton lire
dans le rapport de Strategic Counsel. Les
aînés sont considérés comme
étant inutiles ou sont dévalués par
la société. »
Or, cet isolement, déplorent les participants aux
groupes témoi ns , ouv re pa r fois la porte aux
abus. « De l’avis des participants, les personnes
souffrant de solitude sont plus susceptibles de
tolérer les mauvais traitements si, en
échange, elles peuvent avoir des contacts humains
et recevoir une forme quelconque d’aide. »
Bénévolat : Un projet pilote
sera lancé à l’automne
« Ce
sont des causes qui touchent le coeur des gens. On parle
des aînés, de pauvreté... Si les gens
savaient, ils se trouveraient une cause et donneraient du
temps. »
La minist re déléguée aux Services
sociaux, Lise Thériault, veut amener les
Québécois à faire plus de
bénévolat. À l’automne, elle lancera
un projet pilote pour inciter les citoyens à donner
de leur temps.
Les
familles
doivent prendre soin de leurs proches qui vieillissent,
soutient la ministre déléguée aux
Services sociaux, Mme Lise Thériault. «
Mais il n’y a pas seulement la famille. D’autres
personnes peuvent aussi aider en donnant du temps
», ajoute-t-elle.
« Actuellement, les gens ne s’impliquent pas parce
qu’ils ne savent pas où aller et parce qu’ils ne
sont pas sollicités. Il faut trouver un moyen pour
que les gens s’engagent », a dit la ministre lors
d’une entrevue exclusive.
Alors qu’elle réagissait à la série
d’articles de La Presse sur les conditions de vie des
aînés en résidences privées,
Mme Thériault a déclaré que les
familles doivent prendre soin de leurs proches qui
vieillissent. « Mais il n’y a pas seulement la
famille. D’autres personnes peuvent aussi aider en donnant
du temps », a-t-elle dit.
Selon Mme Thér iault , les citoyens connaissent peu
les problèmes touchant les services sociaux.
« Pourtant, ce sont des causes qui touchent le coeur
des gens. On parle des aînés, de
pauvreté... Si les gens savaient , ils se
trouveraient une cause et donneraient du temps. »
En
sensibilisant la population à l’importance du
bénévolat, Mme Thériault veut aider
les organismes communautaires à renouveler leurs
banques de ressources bénévoles. « El
le veut amener de nouveaux visages dans les organismes
d’aide » , a dit l’attaché de presse de la
ministre, Harold Fortin.
Mme Thériault veut également s’adresser aux
entreprises et aux sociétés privées.
« Elle les incitera à mettre sur pied des
programmes pour encourager leurs employés à
donner du temps, a expliqué M. Fortin. La ministre
va les sensibiliser à l’importance d’avoir une
responsabilité sociale. »
Mme Thér i aul t avoue s’inspirer des
États-Unis et de l’Ontario, où la culture
d’entraide est beaucoup plus répandue et
ancrée dans les traditions. « Je pense qu’on
doit inciter les gens d’ici à faire de même.
À s’engager. À redonner », a-t-elle
dit. Les di f férents organismes communautaires
joints hier ont salué l’initiative de la ministre,
mais n’ont pas voulu la commenter avant d’en savoir plus.
Mme Thériault affirme qu’elle est
déjà à la tâche et que son
projet sera lancé au début de l’automne.
Québec mise sur le bénévolat : Lise
Thériault
Ministre
déléguée aux Services sociaux Les
derniers jours ont été mouvementés
pour la ministre déléguée aux
Services sociaux, Lise Thériault. La publication
d’une série de La Presse sur les résidences
privées pour aînés a remis en question
Q Notre dossier publié la semaine dernière a
révélé que la qualité des
résidences privées varie grandement au
Québec. Qu’avez-vous fait depuis pour corriger la
situation ? R Dans le réseau privé, la
certification va bon train. On continue pour pouvoir
s’assurer que les résidences soient
certifiées le plus possible pour la fin du mois de
juin. Parallèlement, il y a déjà un
bilan préliminaire qui se fait sur la certification
des résidences, pour savoir si ce qu’on a mis en
place tient la route et de quelle manière on peut
le bonifier. Il faut s’attarder à la question pour
s’assurer que le personnel en place réponde aux
besoins des gens. QIl
s’agit donc d’une révision du processus de
certification? R Oui. On va le réviser. Pour nous,
ça a toujours été la première
étape. Donc, on va pouvoir passer à la phase
deux. QLe
Québec
traite-t-il
bien ses aînés ? R On a fait de grandes
avancées. On a une ministre des Aînés.
En tant que gouvernement, on envoie un signal qui
démontre l’importance qu’on leur accorde. On prend
conscience que la population est vieillissante. C’est un
des grands défis du Québec. Est-ce qu’on
traite bien nos aînés? Oui. Peut-on les
traiter mieux? Oui. Il y a une responsabilité du
gouvernement. Mais il y a aussi une responsabilité
des familles. Q Vous êtes députée
d’Anjou depuis 2002. Vous avez été ministre
de l’Immigration de 2005 à 2007 et nommée
ministre déléguée aux Services
sociaux le 18 décembre 2008. Pourquoi avoir
décidé de scinder en deux le
ministère de la Santé et des Services
sociaux (MSSS) ? R C’est une décision du premier
ministre. Le MSSS est le plus gros ministère. Il y
a tellement de dossiers que l’idéal, c’est d’avoir
deux ministres, parce qu’il s’agit vraiment des personnes
les plus vulnérables de notre
société. Q Vous devez vous occuper de
plusieurs dossiers, notamment la protection de la
jeunesse, les aînés, les sans-abri,
l’adoption internationale... Quelles sont vos
priorités ? R Mon premier dossier, à court
terme, est l’itinérance. Il y a eu une commission
là-dessus qui déposera son rapport avant la
fin du mois de juin. On veut concevoir un plan d’action
pour l’automne. Je vais aussi coprésider les
consultations qui seront lancées à la
mi-juin par mon collègue Sam Hamad (ministre de
l’Emploi et de la Solidarité sociale) pour que le
Québec puisse se doter d’un deuxième plan de
lutte contre la pauvreté. Q Vous êtes en
politique depuis huit ans mais on a peu entendu parler de
vous. Quel genre de politicienne êtes-vous ? R Je
suis quelqu’un de terrain. Je vais voir la
réalité des gens. De par mon
côté femme d’affaires, l’obligation de
résultat importe plus qu’un style f lamboyant. Les
dossiers des services sociaux sont souvent
délicats, aussi. Vous ne me verrez jamais sur la
place publique avec un dossier de protection de la
jeunesse, par exemple. Parce qu’il y a beaucoup de
renseignements confidentiels. Ce ne sont pas des dossiers
qu’on peut afficher sur la place publique. Je ne pense pas
qu’avoir de la visibilité est garant de
résultats. QCroyez-
vous à l’engagement social ? R Je c rois au
bénévolat. C’est important de redonner
à la société. Nous avons un contexte
économique un peu plus difficile. Je voudrais qu’on
soit solidaire en tant que société. Quand on
regarde ce qui se passe ailleurs... Prenez les
États-Unis . Le sénateur Kennedy a
déposé un projet de loi de 5 milliards pour
favoriser l’engagement communautaire des gens. Je pense
qu’on doit inciter les gens d’ici à faire de
même. À s’investir. À redonner. Je
planche sur un programme pour inciter les gens à
donner du temps à titre de bénévoles.
D’ici cinq ans, beaucoup de gens prendront leur retraite.
C’est le temps d’ i mplanter quelque chose comme ç
a . Pour que les gens qui iront à la retraite
puissent se trouver une cause et donner de leur temps. On
sera prêts pour lancer un projet pilote à
l’automne. Ac t uel lement, les gens ne s’engagent pas
parce qu’ils ne savent pas où aller et parce qu’ils
ne sont pas sollicités. Il faut trouver un moyen
pour que les gens s’investissent.
DIVERSITÉ GÉNÉRATIONNELLE
Tasse-toi pas, mon’oncle! - Caroline Rodgers
Avec les
besoins importants en main-d’oeuvre des prochaines
années, ce sera tentant pour les retraités
de revenir sur le marché du travail, car on leur
offrira des conditions alléchantes.
Et ceux qui atteindront l’âge de la retraite
pourraient bien décider de rester au bureau
à temps partiel. Du moins, c’est ce que leurs
employeurs souhaitent, dans bien des cas.
De plus en plus, on verra des gens continuer à
travailler passé l’âge habituel de la
retraite.
Cela posera divers défis aux employeurs. Le choc
générationnel en est un.
Bien sûr, les baby-boomers ont des valeurs et des
attentes communes avec les générations
suivantes. Plusieurs différences les
séparent aussi, notamment dans leur attitude au
travail.
Par exemple, selon Cécile Cournoyer, directrice
de la gestion des talents à la Banque de
développement du Canada (BDC), les boomers sont,
de façon générale, plus
attachés et plus loyaux envers les organisations
pour lesquelles ils travaillent.
Les représentants de la génération
X (nés entre 1965 et 1979) ont vu leurs parents
perdre leur emploi, et ils sont plus loyaux envers
eux-mêmes qu’envers leur employeur.
« Le X a besoin d’autonomie, dit Alain Samson,
conférencier et auteur. Faites-lui confiance,
donnez-lui un mandat et laissezle faire. Vous pouvez
même lui confier plusieurs mandats à la
fois. Il sera plus productif, car il se lasse de
travailler sur un même mandat. Tandis que le
boomer préfère terminer un mandat avant
qu’on lui en confie un autre. »
Quant aux membres de la génération Y, ils
font beaucoup parler d’eux depuis leur arrivée au
travail. Parfois parce que leurs
prédécesseurs les trouvent trop
gâtés!
Ils
aiment être consultés, et veulent que
leur opinion soit prise en compte. Ils sont
indépendants et veulent savoir le pourquoi des
choses. Quand ils font un travail, il faut leur
expliquer ses objectifs. Et être fidèle
à une organisation n’est pas la chose la plus
importante à leurs yeux.
« Avec eux, il faut être positif, dit
Alain Samson. Pour les garder, il faut créer un
milieu de travail où ils pourront
développer des amitiés et avoir du
plaisir. Cela les dérange moins de quitter un
emploi que de quitter un milieu où ils ont des
amis. »
Des avantages sociaux adaptés
Pour Mme Cournoyer, de la BDC, la diversité
générationnelle ne devrait pas
être vue comme un problème. C’est une
réalité avec laquelle les gestionnaires
ont toujours dû composer.
« Elle a toujours existé, mais
aujourd’hui on en parle davantage, dit-elle. C’est en
partie parce que l’explosion technologique des
dernières années a amené de
nouvelles façons d’apprendre. Cela accentue
parfois les différences. Du moins, ça
rend la gestion de ces différences un peu plus
complexe. »
Aujourd’hui, un employeur devrait prendre en
considération les besoins variés des
générations qui sont au sein de son
entreprise en même temps. Notamment au chapitre
des avantages sociaux.
« Quand les effectifs étaient plus
homogènes, les avantages sociaux étaient
les mêmes pour tous, dit Cécile
Cournoyer. On a maintenant dépassé ce
stade. Les avantages sociaux sont flexibles, car on
reconnaît que les employés ont des
besoins différents selon leur âge.
»
Les organisations, qui décidaient ce qui
était le mieux pour tout le monde, deviennent
moins paternalistes. Au-delà d’un certain menu
de base commun, on laisse aux employés la
responsabilité de gérer leur
régime en fonction de leurs priorités.
On assouplit également les horaires pour
permettre aux semiretraités de continuer
à contribuer à l’organisation, ou aux
plus jeunes de consacrer du temps aux activités
personnelles et à la famille.
Plus pauvres, plus isolés -
Daniel Boiteau
L’auteur est un Montréalais qui agit comme
bénévole auprès des personnes
âgées seules. Marguerite Blais, la
ministre responsable des Aînés, souligne
toute son admiration devant le dévouement de
centaines de bénévoles qui s’activent
particulièrement auprès des personnes
âgées, malades, seules ou pauvres.
J’aimerais faire remarquer à la ministre que
malgré toute leur bonne volonté, ces
personnes ne pourront pas combler le manque
d’implication et encore moins le désengagement
du gouvernement du Québec envers ces gens, de
plus en plus pauvres et isolés.
Quand je lis que des milliards de dollars sont
dépensés dans des travaux routiers
souvent mal faits et qu’en plus nous payons 35% plus
cher que nos voisins, je me questionne. Du même
souffle, quand vous coupez 3,5 millions en subventions
à un organisme d’économie sociale en
aide domestique ( EESDA), l’indignation m’envahit.
En plus de procurer de l’aide à ces personnes
âgées et souvent seules, ces organismes
sont souvent une occasion de leur permettre de voir et
de parler avec du vrai monde.
Ce
virage à droite, où on se fie à
la charité pour combler la pauvreté
(modèle privilégié par votre
gouvernement), les ministres qui se pavanent avec leur
chéquier dans le temps des Fêtes pour
distribuer des 250 000$ aux organismes de
charité, tout ça, ce sont des peanuts
comparativement à leurs besoins.
Les apparitions de ces mêmes ministres sur les
planchers de danse devant les caméras de
télévision lors de fêtes
organisées pour se faire voir ne les rendent
même pas mal à l’aise. La pauvreté
et la solitude, c’est malheureusement à
l’année, pas seulement dans le temps des
Fêtes.
Augmentation de tarifs, coupes dans les services et
baisse d’impôts des plus riches, toutes ces
politiques qui frappent les plus démunis, faut
que ça cesse.
Et nous, citoyens et citoyennes, que faisons-nous
à part « checker » le score au
hockey ? César a endormi son peuple avec du
pain et des jeux, allons-nous un jour nous
réveiller ou continuer de nous endormir sur
l’air de « Na na na, hey hey hey, good bye... Go
Habs Go » ?
Éloge de la vieillesse -
Benoît Voyer
Notre
société – qui souffre de « jeunisme
» – aurait intérêt à regarder de
plus près le charme et la richesse des personnes
âgées.
L’auteur réside à Saint-Jérôme.
«
J’apprécie
au plus haut point l’intelligence des
aînés, affirme Benoit Voyer (au centre de
la photo). Ils ont acquis une expérience
inestimable que la société devrait mettre
davantage à son service. »
La vieillesse est une belle période de l’existence
humaine. Je ne suis pas encore rendu à cette
étape de ma vie mais, chaque j our, ma situation
professionnelle me permet de côtoyer des dizaines et
des dizaines d’aînés. Il m’est donc permis de
m’inspirer de ce que je vois: c’est beau et bon
d’être vieux !
Notre société – qui souffre de «
jeunisme » – aurait intérêt à
regarder de plus près le charme et la richesse de
ceux et celles qui sont rendus au troisième et au
quatrième âge de leur humanité.
J ’ apprécie au plus haut point l’intelligence des
aînés : ils ont acquis une expérience
inestimable que la société devrait mettre
davantage à son service.
Vous me
direz qu’ils sont conservateurs. J’avoue que c’est parfois
vrai, mais il ne faut pas généraliser. Je
connais des personnes âgées qui sont pas mal
plus ouvertes que les « p’tits jeunes » qu’on
dit très libéraux. Ce n’est pas une question
d’âge, mais plutôt une attitude qui habite
l’intériorité de l’humain. Je connais de
jeunes vieux et de vieux jeunes.
Il me semble que les jeunes générations
devraient profiter de l’expérience qu’ils ont
acquise au fil des ans.
Jacques Ménard, président du conseil
d’administration de BMO Nesbitt Burns et président
de BMO Groupe financier (Québec), abonde dans la
même voie que moi dans son livre : « Quand on
montre la porte à des milliers de personnes en
pleine possession de leurs moyens dans le secteur de la
santé et de l’éducation, comme cela a
été le cas il y a quelques années, on
rate une belle occasion de transmettre du savoir et
quelques expériences de vie. On constate ce que
ça coûte aujourd’hui ! Plusieurs d’entre nous
avons acquis des acti fs qui nous permettront de bien
vivre et de continuer à contribuer à
l’effort collectif. » ( Jacques Ménard et
Denis Bouchard)
N’est-ce pas un peu ce qu’écrivait, en d’autres
mots, Simone Weil, dans l’Enracinement : « Il serait
vain de se détourner du passé pour ne penser
qu’à l’avenir. C’est une illusion dangereuse de
croire qu’il y ait même là une
possibilité. L’opposition entre l’avenir et le
passé est absurde. L’aveni r ne nous apporte rien,
ne nous donne rien; c’est nous qui, pour le construire,
devons tout lui donner, lui donner notre vie
elle-même. Mais pour donner, il faut
posséder, et nous ne possédons d’autre vie,
d’autre sève, que les trésors
hérités du passé et
digérés, assimilés,
recréés par nous. De tous les besoins de
l’âme humaine, il n’y en a pas de plus vital que le
passé. »
Il est temps de favoriser une collaboration entre les
personnes âgées et ceux et celles qui
prennent leur relève. Un jour, le vieux dicton
pourra s’exprimer avec élégance : « Si
jeunesse savait, si vieillesse pouvait. » L’auteur
de la lettre de la semaine, Benoit Voyer, recevra une
copie laminée de cette page.
« Passée date »
Devrons-nous rapidement prendre la décision
d’arrêter de vieillir pour recevoir des soins ?
L’auteure habite à Montréal.
Àla lecture de la lettre de la Dre Gill, mon
café est passé de travers. Il m’a fallu
relire sa conclusion trois fois plutôt qu’une pour
comprendre que j’étais « passée date
» aux yeux de la société en devenant
une retraitée.
Selon vous, Mme Gill, il faudrait cesser de mettre tout
l’argent de l’État dans les soins de santé
pour « cette race de monde » que sont les
retraités, car ils ne travaillent pas. Vous oubliez
sans doute que nous sommes passés sur le
marché du travail avant vous (44 ans dans mon cas),
que nous avons contribué à vos frais de
scolarité indirectement par le biais des
subventions aux universités pour vos longues
études de médecine, que nous avons
payé des impôts, etc.
J’espère ne jamais tomber malade dans votre
région, de peur de devoir solliciter vos services
comme médecin traitant. « Ah non, pas encore
une personne sous un châtain clair! Astucieuse,
hein, la petite vieille!
Le vieillissement, ce n’est pas une maladie, mais une
étape de la vie. Vous y arriverez un jour vous
aussi, croyez-moi sur parole. Devrons-nous rapidement
prendre la décision d’arrêter de vieillir
âgée! Il y en a déjà 12 sur 14
dans ma salle d’attente. Qu’est-ce que je vais faire?
»
Je n’ose penser que votre serment de donner des soins aux
malades soit relié à la couleur des cheveux
de vos patients. Ça doit être pour ça
que je camoufle soigneusement ma crinière grise
pour satisfaire votre raisonnement? Non,
désolée pour vous, mais moi, je continue ma
route en pensant que je suis chanceuse d’avoir des
médecins dans ma ville qui croient encore que je
suis importante pour eux en me donnant des soins de
qualité sans égard à mes 65 ans bien
sonnés.
Reportages sur les personnes âgées : Un
accablement
injustifié - Guylaine Martin
Les
reportages provoquent désengagement et
découragement chez les intervenants qui
soignent les personnes âgées
L’auteure est directrice générale de
Baluchon Alzheimer. Depuis quelques mois, les
personnes âgées ou celles qui en prennent
soin sont saisies de crainte quant à ce qui les
attend advenant qu’elles doivent quitter leur domicile
pour aller en centre d’hébergement ou de soins
de longue durée, privé ou public.
PHOTO FRANÇOIS
ROY, ARCHIVES LA PRESSE
Un
tout
petit nombre d’aînés terminent leurs
jours en centre d’hébergement. Selon
l’Institut de la statistique du Québec, en
2001, c’est 90 % des personnes âgées
qui vivaient chez elles. Les aidants naturels
dispensent 80 % des soins requis par leur proche,
contrairement à une légende voulant
que les familles cherchent à se «
débarrasser de leurs vieux ».
Les médias dénoncent la pénurie
d’employés en CHSLD, leur manque de formation,
les transferts fréquents d’un
établissement à l’autre –
documentés à partir de cas individuels
et non à partir d’enquêtes sur la
qualité générale des soins
donnés en établissement.
Ce battage médiatique a des réperc
ussions i mpor ta ntes . Peut-êt re incite-il
les administrateurs de la santé à revoir
leurs priorités, à s’enquérir des
conditions qui prévalent dans les CHSLD, ou
à mieux expliquer au public la cause des
incidents déplorés : c’est ce que nous
espérons.
Mais nous observons aussi l’effet d’accablement et la
stigmatisation qui s’installent chez les intervenants,
dont la majorité est généreuse et
compatissante, comme s’ils portaient une tare : celle
d’accompagner une part de la population en perte grave
d’autonomie.
Nous croyons que le résultat des
dénonciations à partir de cas
isolés entraîne plutôt l’effet
contraire de celui qui est recherché : un
désengagement, un découragement, et le
sentiment d’être mal vu lorsqu’on travaille dans
ces milieux qui sont loin d’être aussi
négligents que ce que l’on cherche à
faire croire.
Seule une enquête bien menée sur la
satisfaction de la clientèle
révélerait l’état des soins et
services. Notre expérience dans ces milieux
nous a démontré que la majorité
des soignants manifestent un souci des personnes
âgées que révèlent de
nombreux gestes d’attention que ne requiert pas leur
description de tâches.
Rappelons
qu’un tout petit nombre d’aînés terminent
leurs jours en centre d’hébergement. Selon
l’Institut de la statistique du Québec, en
2001, c’est 90 % des personnes âgées qui
vivaient chez elles. Nous savons également que
les aidants naturels dispensent 80 % des soins requis
par leur proche, contrairement à une
légende voulant que les familles cherchent
à se « débarrasser de leurs vieux
».
L orsqu’i ls sont attei nts de la maladie d’A
lzheimer, la plupa rt sont pris en charge par un
proche aidant. Nous sommes témoins, à
Baluchon Alzheimer, de la
générosité des familles et de
l’imagination déployée afin d’entourer
d’affection la personne atteinte.
Notre organisme, créé il y a 10 ans dans
le but de donner du répit au x fa m illes qui
pren nent soin d’un parent atteint de la maladie
d’Alzheimer, survit grâce à la
contribution du Ministère de la santé et
des services sociaux.
Ce service est subventionné et répond
à un besoin criant maintes fois exprimés
par les organismes qui représentent les
aidants. De nombreux témoignages nous
parviennent régulièrement, attestant de
la qualité des services des «
baluchonneuses » et des bienfaits
éprouvés grâce à leur
présence et à leurs conseils. S’il est
principalement un service de répit, Baluchon
Alzheimer offre aussi un accompagnement de
qualité par des professionnels.
Les travailleurs sociaux trouvent en Baluchon
Alzheimer des partenaires efficaces, les familles
bénéficient d’un soutien
personnalisé, les baluchonneuses trouvent sens
à leur vie et à leur dévouement,
des réseaux se tissent, des gens sont
constamment formés, et l’espoir renaît
souvent là où on ne savait plus
où donner de la tête.
Nous sommes convaincus que les responsables des
dossiers des aînés, autant la ministre
Marguerite Blais que la ministre
déléguée aux services sociaux,
Lise Thériault, sont sensibles aux immenses
besoins de répit des aidants et cherchent
à mettre en place des services adéquats.
Nous ne pouvons que leur demander de faire avancer ces
dossiers avec diligence, en soutenant sans tarder les
programmes de maintien à domicile, car c’est
à eux qu’il incombe de trouver des solutions
à la croissance en nombre des personnes
dépendantes.
« Les personnes âgées ne voient
aucune différence dans leur plateau »
- Ariane Lacoursière
EXCLUSIF Jour après jour, les centres
d’hébergement et de soins de longue
durée (CHSLD) du Québec ne
reçoivent que 5,23 $ par jour en subventions
pour nourrir chacun de leurs aînés. Afin
d’améliorer l’alimentation des personnes
âgées en institution, le gouvernement de
Jean Charest a décidé d’injecter 3
millions de plus pa r année en 2008. Mais
aujourd’hui, plusieurs intervenants estiment que cet
investissement est de la poudre aux yeux.
Les mesures adoptées
par le gouvernement Charest pour améliorer
l’alimentation des personnes âgées qui
vivent en institution sont nettement insuffisantes.
« Ces 3 millions, c ’est du gaspillage ! C’est
encore une façon de faire semblant de s’occuper
des personnes âgées ! Sur le terrain, on
ne voit aucune amélioration »,
dénonce la présidente du Syndicat
professionnel des diététistes et
nutritionnistes du Q uébec , C laudet te P
éloqu i n Antoun.
« Les personnes âgées ne voient
aucune différence dans leur plateau. Car les 3
millions ne peuvent pas servir à faire des
améliorations récurrentes. On ne peut
donc pas hausser le budget des aliments dans
l’assiette. On doit se contenter de faire des projets
spéciaux ponctuels », renchérit le
président de l’Ordre professionnel des
diététistes du Québec (OPDQ),
Michel Sanscartier.
La ministre déléguée aux Services
sociaux, Lise Thériault, explique que les
améliorations dans l’alimentation en CHSLD ne
sont pas encore visibles, car le gouvernement devait
d’abord publier son cadre de référence,
publié en j uin 20 09, avant de lancer des
projets. « Dans quelques semaines, on pourra
lancer des appels d’offres pour des projets »,
dit l’attaché de presse de la ministre
Thériault, Harold Fortin.
Quand il a présenté son investissement
récurrent de 3 millions, le gouvernement a
mentionné que l’argent devait surtout servir
à offrir de la formation aux employés en
CHSLD et à rehausser la nutrition clinique.
« Même si on donne des cours aux
cuisiniers, ils doivent quand même
préparer 3 repas et deux collations par jour
avec 5,23 $ par personne ! Avec cette somme,
même si on mettait le meilleur chef en ville, il
aurait de la difficulté à faire autre
chose que du pâté chinois ! » note
M. Sanscartier.
Quand on sait qu’une petite portion de yogou rt
individuel coûte 0,75 $, on comprend que
plusieurs CHSLD préfèrent les
éviter, affirme M. Sanscartier. «
À cause des sommes offertes actuellement pour
la nourriture, c’est impossible de répondre
à 100 % des besoins de 100 % des nutriments
», dit-il.
Normes
plus sévères
P rofesseure au dépa rtement de nut r ition de
l ’ U n ive r s it é L ava l , Denise Ouellet
ajoute qu’espérer rehausser la nutrition
clinique avec seu lement 3 m illions de dolla rs est
« utopique ». Selon elle, on voit encore
une fois que la nutrition des personnes
âgées « n’est pas une
priorité du gouvernement ».
Mme Ouellet affirme depuis longtemps que le
Québec devrait se doter de normes plus
sévères. « Aux ÉtatsUnis,
le gouvernement doit mesurer l’état
nutritionnel des aînés en institution et
s’assurer de leur maintien. Pour ce faire, il y a des
nutritionnistes dans les établissements ! Ici,
on n’a rien de ce genre », dit-elle.
M. Fortin réplique que bientôt, «
un CHSLD pourra décider d’engager une
diététiste pour évaluer les
besoins nutritionnels de ses patients », dit-il.
M. Fortin reconnaît que les 3 millions «
ne régleront pas tous les problèmes tout
de suite », mais il ajoute qu’« avant
qu’on intervienne, il n’y avait rien pour
améliorer l’alimentation en CHSLD ».
Perte d’autonomie
Mme Péloquin Antoun croit quant à elle
qu’il est temps que le Québec accorde plus
d’importance à la nutrition des
aînés. Le 10 août, elle a
d’ailleurs envoyé une lettre au ministre de la
Santé, Yves Bolduc, à ce sujet. Mme
Péloquin Antoun explique que la malnutrition
des personnes âgées
accélère leur perte d’autonomie. «
Plusieurs études ont démontré
qu’une personne bien nourrie pourra, par exemple,
guérir plus vite des plaies de lit, dit-elle.
Pour pouvoir offrir des diètes efficaces, il
devrait y avoir plus de nutritionnistes dans les
CHSLD.»
« Actuellement, il y a environ 65 postes de
diététistes à temps complet pour
4 4 000 patients hébergés en CHSLD au
Québec. On veut établir un ratio qui
pourrait tourner autour d’un poste à temps
complet pour 180 lits », dit M. Sanscartier.
Les vieux abandonnés
Mon
père, Mario, se retrouve dans un
véritable mouroir
Horreur ou erreur ? C’est dix fois pire qu’à
l’hôpital. Un véritable mouroir, comme le
dit ma mère.
L’auteure habite Repentigny. Ma r i o, c ’ es t mon
père depuis 49 ans. Il s’est pas mal
magané avec les années, mais c’est un
bon diable.
Depuis déjà une dizaine d’années,
il fait des séjours à l’hôpital
pour différents problèmes qui,
hélas ! ne s’amél iorent pas avec le
temps. Sa conjointe, ma mère, s’en occupe du
mieux qu’elle peut depuis toutes ces années. On
appelle ça une aidante naturel le…
Évidemment, on tient pour acquis que c ’est
naturel de s’occuper d’un conjoint malade. Quand
ça commence à moins bien aller pour
l’aidant, c’est à ce moment que les
problèmes commencent.
Mario est à l ’ hôpital depuis t rois
mois. C’est certain qu’il ne reviendra plus à
la maison, sinon ma mère va y passer. Alors, on
enclenche le processus de placement : la paperasse, le
certificat d’inaptitude, la demande
d’exonération – parce qu’ils ne sont pas
riches, ils n’ont que les pensions de p’tits vieux
comme on les appelle.
Et voilà, qu’en plus de dire à l’homme
de ta vie, après 56 ans de vie commune, que
vous ne vivrez plus jamais avec lui, vous devez lui
payer un loyer de 1400$ par mois à
l’hôpital. Et à ce prix, la
télévision n’est pas incluse. Comme c
’est son seul loisi r, on doit alors ajouter un beau
300$, ce qui constitue selon moi une arnaque! Et, si
vous oubliez de payer une journée, on vous
coupe le câble !
On lui a donc promis que très bientôt, il
vivra dans un autre endroit où il pourra
apporter sa propre télé et manger mieux.
À l’hôpital, une assiette doit
coûter 56 cents, alors imaginez ce qu’il y a
dedans! Le préposé nous a même
carrément dit de lui apporter ses repas et de
les mettre dans le frigo; il offrait de les
réchauffer.
L’appel tant attendu est arrivé: «
Monsieur, on a une place pour vous au Pavillon
Rosemont, vous allez être bien mieux. »
Horreur ou erreur ? C’est dix fois pire qu’à
l’hôpital. Un véritable mouroir, comme le
dit ma mère. Mon père a un fantasme
depuis hier : monter sur le toit et voler comme un
oiseau! Il a encore toute sa tête, mais le coeur
n’y est plus. Peut-on le blâmer ?
À qui s’adresser pour régler la situat
ion ? Les infirmiers et infirmières en ont
plein les bras ! Les médecins font probablement
de leur mieux. Les t ravailleurs sociaux ? En trois
mois, on en a passé quatre. Le premier ministre
? J. E. ? Barack Obama?
Dites-le-moi, je vous en prie, pour que je puisse
sauver mon Mario !
Je prie, papa, pour qu’on v i en ne t e c he r c he r
de là-haut.
Des résidants traités comme des
numéros - Ariane Lacoursière
Alice
Lacoursière* et son mari, Pierre, ont
vécu ensemble pendant plus de 40 ans. Mais
aujourd’hui, ils risquent d’être
séparés. Alice ne peut plus prendre soin
de Pierre, qui est aphasique. L’Agence de la
santé de Montréal recommande de placer
Pierre dan
Alice Lacoursière refuse de transférer
son mari dans le quartier Ahuntsic. En attendant de
trouver une résidence qui lui convienne, elle
doit endurer le fait que Pierre est constamment
déménagé d’un centre
d’hébergement à un autre. Une situation
éprouvante pour le couple, qui dit être
« épuisé ».
PHOTO DAVID BOILY, LA
PRESSE
Le
mari
d’Alice Lacoursière, Pierre, a
été transféré au CHSLD
Émilie-Gamelin jeudi dernier, en attendant
qu’une place se libère dans une «
ressource intermédiaire » près
du domicile du couple.
Depuis 1991, année où son mari a subi
une importante hémorragie au cerveau, Alice
prenait soin de lui à la maison. Tout a
basculé le 7 février dernier. Ce
jour-là, Mme Lacoursière est
tombée sur la glace et s’est fracturé
une cheville. Elle a dû être
hospitalisée d’urgence.
Pierre a dû être placé dans un
« lit d’urgence sociale » au centre
d’hébergement et de soins de longue
durée (CHSLD) Jean-De La Lande.
Pendant ce temps, Mme Lacoursière a entrepris
une longue réadaptation. « Je me suis
rendu compte que je ne pourrais plus reprendre mon
mari à la maison, racontet-elle. J’ai
demandé une place permanente pour lui au CHSLD
Jean-De La Lande. »
Mais parce qu’il nécessite un peu moins de
trois heures de soins par jour, Pierre n’est pas
admissible dans un CHSLD. « Les personnes qui
demandent moins de trois heures de soins sont
dirigées vers des ressources
intermédiaires », confirme la directrice
générale adjointe de l’Agence de la
santé et des services sociaux (ASSS) de
Montréal, Lise Massicotte.
En mai, l’Agence a donc suggéré à
Mme Lacoursière de placer son mari dans la
ressource intermédiaire Les Tournesols,
à Ahuntsic. « L’endroit est très
beau. Mais c’est difficilement accessible de chez moi.
Je ne me déplace plus à ma guise
», explique Mme Lacoursière, qui a
refusé d’y envoyer son mari.
L’ASSS a accepté de prolonger l ’
hébergement de Pierre dans son « lit
d’urgence sociale » , le temps que sa femme lui
trouve une résidence. « Ces lits peuvent
être utilisés pour un maximum de trois
semaines. Si la situation est compliquée, on
peut prolonger le délai, mais une seule fois.
Il faut donner la place aux autres », explique
Mme Massicotte.
Incapable de trouver une place convenable pour son
mari, Mme Lacoursière a reçu une lettre
le 28 juillet l’informant que Pierre devait quitter le
CHSLD Jean-De La Lande au plus tard le 7 août.
On lui a écrit qu’il serait
déménagé dans un « lit de
transition » au CHSLD ÉmilieGamelin. Mme
Lacoursière a protesté, sans
succès.
La semaine dernière, La Presse a assisté
au déménagement de Pierre. À
notre arrivée, à 9h, sa chambre au CHSLD
Jean-De La Lande avait déjà
été vidée. Pierre était
dans un état de panique et ne comprenait pas ce
qui se passait. « Ils ont tout pris. Pif! Paf!
» a-t-il crié en se lançant dans
les bras de sa femme.
Lecoeurgros, MmeLacoursière et son mari ont dit
au revoir à « l’équipe de soins
hors pair » du CHSLD Jean-De La Lande. À
leur arrivée au CHSLD Émilie-Gamelin,
Pierre semblait confus. Pendant de longues minutes, il
a examiné ses nouveaux meubles. Il s’est
ensuite mis à arpenter le couloir, silencieux,
la mine basse.
« Pierre prend du temps à s’adapter
à un nouveau milieu. Il avait enfin un
équilibre. Maintenant, tout est à
recommencer. Et j’aurai encore tout à
recommencer d’ici quelques mois, s’attristeMme
Lacoursière. On traite les personnes
âgées comme des numéros. J’ai
l’impression d’être prise dans le
système… »
La situation que vivent Mme Lacoursière et son
mari n’est pas exceptionnelle, selon Francis Collins,
de l’Association du personnel professionnel et
technique de la santé et des services sociaux.
« Des centaines de personnes âgées
vivent des situations semblables chaque année
dans les CHSLD, dit-il. À chaque
déménagement, on constate la
dégradation de leur état. Malgré
ça, on déménage constamment les
aînés tant qu’on ne leur trouve pas une
place permanente. Les CHSLD manquent de places pour
accueillir tout le monde. »
Le président de la Fédération des
préposés aux bénéficiaires
du Québec, Michel Lemelin, est du même
avis. « Ça montre que le système
est mal conçu. Ça montre aussi qu’il
manque de places en CHSLD. »
Des fermetures de lits inacceptables
L’Agence de la santé et des services sociaux de
Montréal persiste dans son intention de fermer
792 lits de longue durée dans les
hôpitaux montréalais, alors que 3700
personnes sont en attente d’une place en CHSLD (un peu
moins de la moitié d’entre elles sont cependant
déjà dans un CHSLD mais pas dans celui
de leur choix). L’Agence prétend que de
nouvelles places vont être créées
en « ressources intermédiaires »,
mais tout indique que cette option ne sera pas
disponible au moment opportun. Quel est donc l’agenda
caché de l’Agence? Que devront faire les
familles? Elles devront « placer » leurs
aînés dans un centre privé qui
leur coûtera très cher. La fermeture de
lits en CHSLD s’intègre aux politiques de
privatisation du gouvernement Charest. L’Agence
indique qu’elle hébergera les personnes
concernées d’abord en lits d’évaluation,
puis en lits de transition et enfin dans des lits
définitifs. Trois déménagements.
C’est inacceptable au plan humain. L’Agence est
sûre d’avoir raison dans son plan de «
réingénierie » (oups! il faut dire
« modernisation ») alors que sur le
terrain, pratiquement tous les intervenants
(médecins, travailleurs sociaux,
infirmières) trouvent que ces fermetures n’ont
pas d’allure. Jacques Fournier Membre de l’Association
pour la défense des droits des retraités
(AQDR)
D’ici trois ans, la
totalité des 792 lits de longue durée
seront fermés dans les hôpitaux
montréalais.
Une
mort accélérée
La décision de l’Agence de la santé et
des services sociaux de fermer d’ici trois ans la
totalité des 792 lits de longue durée
dans les hôpitaux de Montréal pose une
fondamentale question de société :
« A-ton le droit de vieillir ? » Les
démarches proposées par son PDG, David
Levine, empruntent des couloirs obscurs qui
s’apparentent d’une façon aux couloirs d’une
mort en accéléré. Séjour
de trois mois d’évaluation dans les CHSLD, puis
séjour dans des lits de transition, enfin, si
la vie se maintient, l’individu concerné irait
dans l’établissement de son choix, si tant est
qu’il puisse choisir. Nous en sommes donc
arrivés là. Nos sociétés
vieillissantes semblent de plus en plus
ingérables. Ceux qui vieillissent s’accrochent
tant bien que mal à quelques fragments
d’espoir. Jacques Léger Montréal
Caser les vieux ANDRÉ PRATTE
N’y
a-t-il pas un risque qu’on bouscule les personnes
âgées pour satisfaire à tout prix la
norme des 72 heures?
L’annonce d’une réorganisation des soins offerts
aux personnes âgées à
Montréal a suscité une inquiétude
palpable dans la population. Cette inquiétude,
nous la partageons.
Lundi dernier, sous la plume de Katia Gagnon, La Presse
relatait les grandes lignes de cette «
transformation de l’offre de services » mise en
oeuvre par l’Agence de la santé et des services
sociaux de Montréal.
Cette réorganisation comporte deux volets. En
premier lieu, les 792 lits de soins de longue
durée que comptent actuellement les
hôpitaux de Montréal seront fermés
d’ici trois ans. Tout le monde s’entend sur le fait que
l’hôpital n’est pas un milieu de vie
approprié pour une personne âgée
n’ayant pas constamment besoin de soins médicaux.
En second lieu, on va faire en sorte que les lits de
courte durée présentement occupés
par des personnes âgées, dont l’état
de santé a été stabilisé,
soient libérés en 72 heures au plus.
Encore là, on ne contestera pas l’objectif : il
s’agit de réserver tous les lits des centres
hospitaliers aux personnes qui ont besoin de soins
à court terme.
Si les objectifs sont incontestables, pourquoi cette
inquiétude? Parce que, ayant le virage
ambulatoire à l’esprit, bien des gens se
demandent où on va envoyer les personnes
âgées concernées, d’autant que les
CHSLD affichent toujours complet. Dans le cas des lits
de longue durée, l’Agence assure qu’aucun ne sera
fermé si on n’a pas trouvé d’endroit
approprié pour loger la personne
déplacée. Il faut dire que la coordination
entre les établissements du réseau est
bien meilleure depuis la mise sur pied des Centres de
santé et de services sociaux (CSSS).
Pour
ce qui est des vieux occupants des lits de courte
durée, même s’ils n’ont plus besoin de
soins actifs, ils seront d’abord envoyés dans
un « lit d’évaluation »,
c’est-à-dire dans un CHSLD où le
personnel spécialisé déterminera
le type d’hébergement qui leur convient. Si, au
bout de trois mois, on a été incapable
de trouver une place dans un lieu souhaité par
le patient, celui-ci sera transféré dans
un « lit de transition ».
C’est l’aspect de la réorganisation qui suscite
le plus de scepticisme. La réaction de M.
Jacques Fournier, reproduite ci-contre, est
représentative: « Trois
déménagements, c’est inacceptable au
plan humain. »
À l’Agence, on explique que les « lits de
transition » seront le plus proche possible des
services souhaités par chaque patient.
Autrement dit, à défaut d’accommoder le
premier choix de la personne âgée, on lui
offrira ce qui s’en rapproche le plus, tant au plan
géographique qu’à celui du type
d’hébergement.
N’y a-t-il pas un risque qu’on bouscule les personnes
âgées pour satisfaire à tout prix
la norme des 72 heures? Qu’on accroisse l’angoisse de
ces personnes fragiles en les déplaçant
de case en case?
Les gestionnaires devront garder à l’esprit
qu’il ne s’agit pas seulement d’exécuter un
plan, qu’ils ne déplacent pas des pions, mais
des personnes vulnérables. Il faudra aussi que
la famille, si elle est présente, soit
vigilante. Comme devront l’être les
médias, le Protecteur du citoyen et la
Commmission des droits de la personne.
De nombreux aînés meurent de «
négligence » Un sociologue
québécois dénonce l’«
âgisme meurtrier »
EXCLUSIF
« Le taux de suicide des aînés est
plus élevé que chez les jeunes et,
pourtant, on en entend peu parler. Il faut faire quelque
chose. »
Des centaines de personnes âgées meurent
chaque année au Québec parce que la
société ne prend pas soin d’elles
correctement, affirme le sociologue Louis Plamondon.
Et comme il n’y a aucune mesure de contrôle, cet
« âgismemeurtrier » fait possiblement
des centaines d’autres victimes, mais personne ne le
sait, dénonce le chercheur associé
à l’Institut universitaire de gériatrie de
Montréal.
Dans une recherche publiée aujourd’hui dans la
revue Vie et vieillissement, M. Plamondon montre que le
Québec traite ses aînés avec
indifférence.
De 2005 à 2007, le Bureau du coroner de la
province a enquêté sur la mort violente de
2370 personnes de plus de 65 ans. M. Plamondon a
analysé ces dossiers et a découvert que,
dans 33% des cas, l’âgisme a pu contribuer au
décès. « Dans ces dossiers, on peut
penser que la négligence passive ou active de
différents acteurs a causé ces
décès, note M. Plamondon. C’est ce que
j’entends par âgisme. »
Le chercheur a par exemple répertorié 394
cas de suicide. « On sait que la dépression
est sous-traitée chez les aînés. Les
personnes âgées se font souvent dire:
“C’est normal que vous soyez déprimé, vous
êtes vieux!” On peut parler ici de
négligence et d’âgisme », commente M.
Plamondon. La douleur chronique et la solitude peuvent
aussi mener des aînés à se suicider,
et M. Plamondon croit que la société doit
faire quelque chose pour freiner le
phénomène.
« C’est un fort taux de suicide. C’est plus
élevé que chez les jeunes et, pourtant,
on en entend peu parler. Il faut faire quelque chose
», dit la présidente de l’Association
québécoise de gérontologie,
Catherine Geoffroy.
M. Plamondon a aussi répertorié 101 cas
de chutes d’un lit, d’un fauteuil ou d’un escalier
chez des aînés qui étaient
portés ou soutenus par un tiers. « On
parle ici de négligence de membres du personnel
dans les lieux de résidence et les
hôpitaux, et ce personnel est parfois mal
formé », note M. Plamondon.
Ce dernier a aussi enregistré 30 homicides, 91
cas de piétons heurtés par un
véhicule à moteur et 22 cas de noyade
dans une baignoire ou dans une piscine
supervisée. Des expositions soutenues au feu,
au froid ou à la fumée ont fait 32
victimes, et 27 autres personnes sont mortes
après avoir été
intoxiquées ou avoir consommé des
médicaments. « Ces morts sont toutes
causées par une certaine négligence,
soutient M. Plamondon. Dans certains cas, des
personnes âgées sont oubliées hors
de leur résidence et meurent de froid.
Certaines histoires donnent réellement froid
dans le dos. »
Déjà troublé par ces
premières conclusions, M. Plamondon ajoute que
la situation pourrait être bien pire qu’elle n’y
paraît. De l’aveu même du Bureau du
coroner, une infime partie des décès de
personnes âgées font l’objet
d’enquêtes au Québec. Dans un colloque
sur les abus envers les aînés, en avril
dernier, la coroner Catherine Rudel-Tessier a
affirmé que plus de 750 décès de
personnes âgées font l’objet d’une
enquête chaque année mais que de nombreux
cas de morts violentes passent inaperçus parce
qu’ils ne sont pas dénoncés.
« Seuls les décès signalés
au coroner font parfois l’objet d’une enquête.
On devrait changer la loi pour avoir un portrait plus
juste de la situation et obliger la déclaration
de toute mort de personne âgée en centre
privé ou public », croit M. Plamondon.
La loi oblige déjà les centres de
réadaptation, les centres jeunesse, les
garderies et les prisons à déclarer
automatiquement tout décès. « On
le fait pour les prisonniers et les enfants, mais pas
pour les personnes âgées. On devrait
répandre cette obligation aux résidences
privées et publiques pour aînés
», commente M. Plamondon.
Sous-financement d'entreprises prenant soin des
aînés - Ariane Lacoursière
Des milliers d’aînés
condamnés à la solitude
- Ariane Lacoursière
« Le gouvernement dit que les
aînés sont sa priorité. Mais
finalement, concrètement, ça ne
paraît pas beaucoup. »
Au Québec, 101 entreprises
d’économie sociale aident chaque
année plusde75 000personnes
âgéesen faisant leur ménage,
en préparant leurs repas et en les
accompagnant chez le médecin. Mais depuis
leur création en 1998, ces entreprises ont
vu leurs subventions stagner. Si bien
qu’aujourd’hui, des milliers de personnes
âgées doivent se passer de ces
services.
PHOTO
ANDRÉ TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE
Faute de pouvoir se payer
des services à domicile à un
coût raisonnable, plusieurs personnes
âgées n’ont à peu
près plus de contact avec
l’extérieur et doivent se résigner
à la solitude.
Et alors que Québec avait promis de
corriger la situation dès ce printemps,
l’argent se fait toujours attendre, dénonce
la présidente de la Coalition des
entreprises d’économie sociale en aide
domestique, Marie-Claude Gasse.
« On joue un rôle crucial dans le
maintien à domicile des personnes
âgées. Mais puisque nos subventions
sont gelées depuis 1998, on a dû
augmenter nos tarifs. Et plusieurs
aînés démunis ne peuvent plus
s’offrir nos services », explique Mme Gasse.
L’a ide f i na ncière di rec te offerte par
Québec aux entreprises d’économie
sociale est de 4$ à 10$ l’heure, selon le
niveau de richesse du client. Cette aide est la
même depuis 10 ans. « Parce que le
salaire minimum a augmenté et que d’autres
coûts ont augmenté, on a dû
hausser nos tarifs », dit Mme Gasse.
De 2$ à 10$ l’heure
Des aînés qui payaient autrefois 2 $
l’heure pour recevoir de l’aide domestique doivent
maintenant payer 10$. « C’est trop cher,
commente Mme Gasse. Plusieurs ne nous appellent
plus. Où se retrouvent-ils peu de temps
après? Dans le système de
santé. »
Mme
Gasse explique que les entreprises
d’économie sociale j ouent un rôle i
mpor t ant , notamment dans l’alimentation des
aînés. « Plusieurs personnes
âgées sont mal nourries, dit-elle.
Nous allons chez elles et nous préparons
leurs repas. On fait énormément de
prévention. »
Les entreprises d’économie sociale sont
toujours en lien avec les CLSC et peuvent au
besoin orienter une personne âgée qui
commence à éprouver des troubles
vers les ressources. « On connaît les
aînés. Ils nous font confiance. On
est leur lien avec l’extérieur », dit
Mme Gasse.
Selon elle, le gouvernement dit depuis longtemps
que le dossier des entreprises d’économie
sociale est « prioritaire ». «
Mais il ne fait rien. La ministre des Services
sociaux, Lise Thériault, nous avait promis
que des subventions arriveraient au début
du mois de mai. On les attend toujours, affirme
Mme Gasse. Le gouvernement dit que les
aînés sont sa priorité. Mais
finalement, concrètement, ça ne
paraît pas beaucoup. »
Mme Gasse aimerait que les 6000 employés
des entreprises d’économie sociale du
Québec, majoritairement des femmes,
puissent gagner un peu plus que le salaire
minimum. « Mais dans les conditions
actuelles, les entreprises doivent garder leurs
coûts le plus bas possible », dit Mme
Gasse.
L’attaché de presse de la minist re
Thér iault , Ha rold Fortin, confirme que
la ministre a rencontré les entreprises
d’économie sociale en mars pour discuter de
leur situation.
« On privilégie le soutien à
domicile et Mme Thériault est très
sensible à leur réalité,
dit-il. Les entreprises d’économie sociale
font partie de la solution pour le maintien
à domicile des personnes
âgées. D’ici quelques semaines, on
pourra leur montrer le travail qu’on a fait pour
régler le problème. On va leur
apporter l’aide dont elles ont besoin. »
Les aînés accaparent la
période de questions à l’Assemblée
nationale
La
ministre des Aînés, Marguerite Blais, a
encore dû essuyer les critiques sur sa gestion
envahissante du Conseil des aînés.
Les aînés ont accaparé une bonne
part de la dernière période de
questions de la session parlementaire, hier,
à l’Assemblée nationale. La ministre
déléguée aux Services sociaux,
Lise Thériault, a dû se défendre
de n’avoir rien fait depuis un an pour corriger le
manque de formation des préposés aux
bénéficiaires travaillant dans les
résidences privées pour personnes
âgées. Laministre des
Aînés, Marguerite Blais, a quant
à elle encore dû essuyer les critiques
sur sa gestion envahissante du Conseil des
aînés.
La chef de l’opposition, Pauline Marois, a ouvert le
bal en accusant la ministre Thériault de ne
pas avoir réglé le manque de formation
des préposés dans les
résidences privées, alors qu’un
rapport soulevait la problématique en mai
2008, comme l’a rapporté La Presse, hier.
« Encore une fois, le gouvernement savait,
mais il n’a rien fait », a dit Mme Marois.
Selon elle, « si les ministres avaient fait
leur travail correctement », ils «
auraient lu » le rapport.
Mme Thériault s’est défendue en disant
avoir créé une mutuelle de formation
récemment. « Nous n’avons pas attendu
d’avoir des questions en Chambre pour agir, nous
avons agi », a-t-elle soutenu.
La
critique officielle en matière de personnes
âgées, Lisette Lapointe, a ensuite
dirigé les attaques vers la ministre Blais en
lui reprochant encore une fois de s’être
« ingérée dans les affaires du
Conseil des aînés et de faire la guerre
à son président ».
L’ancien président du Conseil des
aînés, Georges Lalande, a
démissionné la semaine dernière
en affirmant que la ministre Blais voulait
contrôler son organisme. Cette
démission a fait beaucoup de bruit. À
un point tel que M. Lalande a été
invité à participer à
l’émission Maisonneuve en direct de
RadioCanada, hier midi. Mais M. Lalande ne s’est
finalement pas présenté. Il a
reçu un appel du Secrétariat du
Conseil exécutif aux emplois
supérieurs du Québec lui demandant de
ne pas participer à l’émission.
« On m’a dit que je ne respecterais pas mon
devoir de réserve si je le faisais. Selon
moi, je n’ai pas ce devoir. Mais puisque je veux
continuer ma carrière dans le gouvernement,
je me suis abstenu. De toute façon, j’ai dit
ce que j’avais à dire sur la ministre Blais.
Je maintiens qu’elle a fait preuve d’abus de pouvoir
envers le Conseil des aînés »,
mentionne M. Lalande.
Choquée par cette situation, Mme Lapointe a
accusé la ministre Blais d’avoir, « par
le biais du Secrétariat aux emplois
supérieurs (...), empêché M.
Lalande de participer à Maisonneuve en direct
».
En fin de journée, l’attaché de presse
de Mme Blais, Renaud Dugas, a assuré «
n’avoir jamais empêché M. Lalande de
parler à qui que ce soit ».
L’opposition devance la ministre Blais
Dépôt du rapport 2007-2008 du Conseil des
aînés
Pour dénoncer le fait que la ministre des
Aînés, Marguerite Blais, ait attendu
« trop longtemps » avant de déposer
le rapport annuel 2007-2008 du Conseil des
aînés, l’opposition officielle a
déposé le document, hier matin à
l’Assemblée nationale. Un geste inusité,
qui prouve que la ministre Blais a mal
géré ce dossier, selon la critique
péquiste en matière de personnes
âgées, Lisette Lapointe.
« Le Conseil des aînés a
déposé son rapport annuel en août
2008. À partir de ce moment, la ministre avait
30 jours pour le déposer. Elle ne l’a pas fait.
Elle a dit qu’il n’était pas conforme et a fait
changer des détails. Mais quand je regarde, je
ne vois vraiment pas ce qui n’était pas
correct, commente Mme Lapointe. C’est museler un
conseil que de refuser de déposer un rapport
annuel ! »
Même son de cloche du côté du
président démissionnaire du Conseil des
aînés, Georges Lalande. « La
ministre nous a fait changer des virgules. Pourtant,
nos rapports annuels utilisent le même squelette
depuis 15 ans et tout a toujours été
correct! » dénonce M. Lalande, qui voit
le geste de Mme Blais comme une «
ingérence dans le Conseil des
aînés ».
Le même sort a été
réservé au Plan stratégique du
Conseil des aînés, selon Mme Lapointe,
qui a aussi déposé le document, hier.
« C’est assez particulier que l’opposition
dépose ces documents avant le gouvernement !
» note Mme Lapointe.
La
ministre Blais affirme que lorsqu’elle a reçu
le rapport annuel du Conseil des aînés en
août 2008, certains détails «
n’étaient pas conformes à la loi
». « Dans le document, le Conseil se
donnait le mandat de défendre les droits des
aînés, alors que leur rôle est de
les promouvoir, remarque Mme Blais. Ce n’est pas
grand-chose, mais c’est important. »
« Nous avons accepté ce changement. Mais
après, la ministre a demandé une
série d’autres modifications. Elle a voulu
soumettre le Conseil à ses volontés
», répond M. Lalande, qui a
annoncé sa démission la semaine
dernière.
De son côté, Mme Blais se défend
d’avoir voulu retarder le dépôt du
rapport annuel en s’ingérant dans les
décisions du Conseil des aînés.
Elle ajoute n’avoir reçu le document final avec
les modifications « que vendredi dernier
». « J’allais le déposer cette
semaine », dit-elle.
Pour Mme Blais, le fait qu’une ministre se consacre
maintenant aux aînés amène plus de
surveillance. « On est un ministère en
devenir. On est plus nombreux à s’occuper des
dossiers. Et moi, je pose des questions », dit
Mme Blais.
Manque de formation des préposés aux
bénéficiaires : Québec savait
depuis un an
EXCLUSIF
Une forte proportion de préposés aux
bénéficiaires travaillant dans des
résidences privées pour personnes
âgées n’ont pas de formation, a
révélé récemment La Presse
dans une enquête-choc. La ministre des Services
sociaux du Québec, Lise Thériault,
s’était dite « surprise » par la
situation et avait promis de corriger le tir. Mais
aujourd’hui, La Presse apprend que le gouvernement
savait depuis au moins un an que la formation des
employés des résidences privées
pour aînés est déficiente.
En mai 2008, la Table de concertation sur la formation
du personnel oeuvrant en CHSLD privés et en
résidences pour personnes âgées a
publié un rapport troublant. Après avoir
interrogé les employés et les
propriétaires de 146 résidences
privées pour aînés de la province,
la Table concluait que « seulement 41% des
résidences exigent une formation de
préposé au moment de l’embauche ».
La Table interpellait même directement le
gouvernement : « La responsabilité de
l’État auprès des aînés exige
que la réalité de cette situation soit
reconnue et que des moyens exceptionnels soient
déployés pour que cette clientèle
soit desservie adéquatement. »
Mais un an après la sortie de ce rapport, les
lacunes sont toujours importantes dans les
résidences privées, comme l’a
rapporté La Presse le mois dernier. Sans
formation, une journaliste a été
engagée dans des résidences privées
pour personnes âgées.
Dans son rapport, la Table notait que les
préposés aux bénéficiaires
sont de plus en plus appelés à prodiguer
des soins poussés. Dans 46% des résidences
sondées, les préposés
procèdent à des injections d’insuline. Et
dans 15% des résidences, les
préposés injectent de la morphine. «
Ces données sont pour le moins troublantes quand
on sait que la plupart de ces gestes ne doivent
être posés que par des membres d’un ordre
professionnel », dénonçait le
rapport.
La Table rapportait aussi que les employés de
résidences privées « ne
considèrent pas avoir les compétences pour
effectuer les tâches qu’on leur demande ».
Le rapport de la Table a été
subventionné en partie par EmploiQuébec.
Une copie du document a été transmise le 3
juin 2008 à la Commission des partenaires du
marché du travail, un organisme qui conseille le
ministre de l’Emploi, Sam Hamad. Mais il semble que le
rapport soit passé à travers les mailles
du filet.
Selon l’attaché de presse du ministre Hamad,
Alexandre Boucher, le cabinet n’a reçu le rapport
qu’en février 2009. « À partir de ce
moment, on n’a pas chômé. On travaille
à l’élaboration d’une mutuelle de
formation pour les préposés aux
bénéficiaires », dit M. Boucher.
Le
président de la Fédération des
préposés aux bénéficiaires
du Québec, Michel Lemelin, a participé
à l’élaboration du rapport. Il assure que
le gouvernement connaît le problème depuis
plus d’un an. « Le rapport a été
déposé à Emploi-Québec, au
ministère de la Santé et des Services
sociaux. Je crois même que le ministère des
Aînés l’a eu. Et l’Office des professions.
Mais rien n’a été fait depuis un an
», déplore M. Lemelin.
La critique péquiste en matière de
personnes âgées, Lisette Lapointe, attaque
elle aussi le gouvernement. « Il ne peut pas dire
qu’il ne savait pas! Mais rien n’a été
fait depuis. C’est épouvantable »,
dit-elle.
Certification
Dans son rapport, la Table explique que le gouvernement
a instauré, en février 2007, un processus
de certification des résidences privées
pour aînés. Parmi les critères de
certification, on oblige les résidences à
avoir en poste, 24 heures sur 24, au moins une personne
majeure qui détient une formation en
réanimation cardio-respiratoire, en secourisme et
en déplacement sécuritaire de personnes
âgées.
Mais ce critère n’est pas suffisant,
dénonce le rapport, qui suggère d’obliger
tous les employés et les propriétaires de
résidences privées à avoir suivi
une formation.
À la suite des révélations de La
Presse le mois dernier, la ministre Thériault
avait promis de resserrer les critères de
certification. Elle disait notamment vouloir s’attaquer
à la formation des employés. « Mais
le gouvernement savait depuis un an qu’une telle mesure
était nécessaire », mentionne M.
Lemelin.
Au cabinet de la ministre Thériault, on se
défend d’avoir fermé les yeux sur la
crise. « La première phase du processus de
certification se termine fin juin. Même si le
gouvernement savait déjà qu’il fallait
modifier les critères, on ne pouvait pas les
changer en cours de route. On attend la fin de la
première phase de certification et on changera
les critères », assure l’attaché de
presse de la ministre Thériault, Harold Fortin.
Mais pour Mme Lapointe, aucune excuse n’est valable.
« Ce qu’on voit, c’est que depuis un an, rien de
concret n’a été fait. Une mutuelle de
formation existe. Mais dans les faits, rien n’a
bougé », dit-elle.
Mourir de rire
- NATHALIE COLLARD
Tout le monde espère terminer sa vie dans la
dignité. Or les nombreux reportages publiés au
cours des dernières années sur les conditions
de vie des personnes âgées en résidence
montrent à quel point ce souhait est loin
d‘être une réalité pour tous.
L’éclatement des familles, la pauvreté, le
manque de ressources humaines en milieu hospitalier, entre
autres, font en sorte que de plus en plus de personnes
âgées (celles qui ne sont pas riches, en fait)
vivent dans des conditions inacceptables.
Les récents reportages de notre collègue
Ariane Lacoursière ne font pas exception. Ils
brossent un portrait de la vieillesse qui, très
honnêtement, ne donne pas envie de vivre vieux. Viv re
ma l ade, oublié des siens, dans un endroit
déprimant, nourri de purées incolores et
inodores… Franchement, qui veut finir sa vie comme
ça?
Dans ce contexte, la déclaration de la ministre
responsable des Aînés, Marguerite Blais,
annonçant l’embauche prochaine de clowns
thérapeutiques, est complètement aberrante.
« C’est comme un rayon de soleil », a
déclaré Mme Blais qui doit faire une annonce
officielle à ce sujet la semaine prochaine.
Passons sur le côté absolument infantilisant de
cette approche. La clientèle des CHSLD n’est pas
celle des garderies, peut-on lui épargner les
thérapies gnangnan?
Avant de
penser divertir les personnes âgées avec un
clown, un furet ou la dernière technique New Age en
vogue, il faudrait peutêtre s’assurer qu’elles
reçoivent des soins adéquats. Avant de se
taper les cuisses devant les pitreries de Dr Clown, ces gens
arrivés au terme de leur vie ont peut-être
envie d’un traitement humain dispensé par un
personnel courtois, bien payé et relativement de
bonne humeur.
Soyonsprosaïques: avant de subventionner un clown,
aussi drôle soit-il, peut-on investir dans
l’amélioration des conditions matérielles des
résidences pour personnes âgées? Revoir
la décoration de ces mouroirs pour en faire des
milieux de vie minimalement agréables (par exemple,
en peignant les murs de couleurs vives, en s’assurant que
les gens dorment dans des draps propres). Surtout, peut-on
leur servir des repas appétissants servis à la
bonne température? Si on se soucie de la nourriture
que mange bébé dans certains CPE, on peut
sûrement offrir un repas digne de ce nom à
mémé, non?
La ministre Blais n’ignore pourtant pas le triste sort des
personnes âgées. Le rapport de la consultation
publique sur les conditions de vie des aînés,
déposé en mars 2008, identifiait
déjà de nombreux problèmes, parmi
lesquels la piètre qualité de la nourriture
servie dans les résidences.
Un an auparavant, en juin 2007, la Protectrice du citoyen,
Raymonde Saint-Germain, émettait elle aussi une
série de recommandations visant à
améliorer la situation des personnes
âgées vivant dans les CHSLD. Le
ministère avait réagi assez favorablement
à ces recommandations mais visiblement, il pourrait
faire plus. Même le processus de certification
instauré il y a plus de deux ans n’est pas suffisant
pour éviter les abus.
Il est vrai que lorsque la clientèle n’en a plus pour
très longtemps et qu’elle a peu ou pas de moyens de
se plaindre, il est facile de laisser traîner les
choses.
Des situations « inadmissibles » : Les
Aînés auraient bien besoins de l'argent
versé pour les clowns afin de répondre à
leurs vrais besoins
RAPPORTDE LA PROTECTRICEDUCITOYEN SUR LES
AÎNÉS
— La Protectrice du citoyen, Raymonde SaintGermain,
évaluera la pertinence d’embaucher des clowns pour
distraire les aînés, elle qui juge «
inadéquates » la qualité des soins,
l’hygiène et la salubrité dans plusieurs
résidences.
Selon elle, le processus de certification des
résidences privées aurait bien besoin de 300
000$ supplémentaires, une somme équivalente
à ce que consacrera le gouvernement Charest à
l’embauche de clowns.
Dans son rapport annuel déposé hier à
l’Assemblée nationale, elle dénonce des «
situations inadmissibles » concernant
l’hébergement des aînés. Dont le manque de
formation du personnel dans les établissements
privés, problème relevé par La Presse
dans une série de reportages publiés la semaine
dernière. Le personnel n’est pas formé pour
prodiguer les « soins de base », traiter les
plaies de lit, manipuler le lève-personne et utiliser
les bains spéciaux, démontrent des plaintes
traitées par la Protectrice du citoyen.
D’après Raymonde SaintGermain, moins du tiers des
résidences privées avaient obtenu une
certification de l’État au 7 avril. Des 2199
résidences privées du Québec, seulement
686 (31%) avaient obtenu leur certification. Or, à la
suite de l’adoption d’une loi en 2006, le gouvernement
s’était engagé à ce que toutes les
résidences soient certifiées en février
2009. Cet échéancier a été
reporté au mois de juin.
Pourtant, 99,7% des propriétaires de résidence
ont fait une demande de certification au ministère de
la Santé et des Services sociaux. « C’est le
Ministère qui est déficient, qui tarde à
aller faire les visites nécessaires pour leur donner
leur certification, a souligné Mme Saint-Germain. Ce
qu’on nous dit, c’est qu’il y a un manque de ressources.
» Elle déplore aussi que le ministère
n’inspecte que 12% des CHSLD par année – les
résidences privées ne sont pas incluses dans les
inspections.
La ministre
responsable des Aînés, Marguerite Blais, a
réagi à la série de reportages de La
Presse en indiquant que des « clowns
thérapeutiques » seront envoyés dans les
établissements pour distraire les aînés.
Elle a renoncé depuis à tenir une
conférence de presse pour annoncer cet investissement
de 300 000$.
Raymonde Saint-Germain entend « examiner » ce
programme, qui, selon elle, n’est « pas mauvais en
soi. On pourra voir s’il y a des suggestions à faire
pour améliorer la pertinence du programme. »
Elle souligne que l’investissement prévu de 300 000$
serait utile dans la certification et l’inspection des
résidences.
Selon la ministre déléguée aux Services
sociaux, Lise Thériault, « la certification des
résidences va bon train ». Quelque 2000
résidences obtiendront leur certification le 30 juin,
a-t-elle assuré. Mais 33 établissements ont de
« grandes difficultés » à se
conformer aux exigences, et 17 résidences ont
été fermées par le Ministère ou
ont changé de vocation. La ministre a promis
d’adopter des mesures pour améliorer la formation du
personnel.
SelonRaymonde Saint-Germain, il y a « urgence »
de rendre obligatoire la certification des résidences
qui accueillent des toxicomanes, des déficients
intellectuels ou des personnes qui ont des problèmes
de santé mentale. « Sans certification, il n’y
a aucune assurance que ces personnes seront traitées
de façon adéquate », a-t-elle
souligné.
La protectrice du citoyen a reçu 21 330 plaintes en
2008-09, en hausse de 5,7% par rapport à
l’année précédente. Les
Québécois se plaignent plus que jamais des
soins de santé et des services sociaux. Dans ce
secteur, le nombre de plaintes a bondi de 68%. Il est
passé de 542 en 2007-08 à 912 l’an dernier.
LA RÉSIDENCE DE L’ENNUI - Ariane
Lacoursière
« On
dit qu’il y a une supervision médicale. Mais aucun
médecin ne prend de nouveaux patients ici. »
Ce qui frappe en entrant à la résidence du
Parc, c’est l’obscurité et la vétusté
des lieux. Des tapis usés et sombres couvrent tous
les planchers du rez-dechaussée. Des toiles
d’araignée pendent du plafond. Une odeur de cigarette
plane dans l’air.
La
résidence du Parc, à Saint-Lambert,
héberge plus de 150 personnes. Certaines sont
atteintes de la maladie d’Alzheimer. Les autres sont
à peine autonomes. Pendant quelques jours, notre
journaliste Ariane Lacoursière a travaillé
comme réceptionniste dans cet établissement.
Ce qu’elle a vu et entendu l’a stupéfiée.
Malgré les sommes déboursées, les
aînés y côtoient l’ennui. Et la
résidence du Parc ne fait pas figure d’exception en
ce sens.
« Les résidants qui le désirent peuvent
fumer dans leur chambre », dit la gérante de
l’établissement, Jo-Ann Grenier.
Aux étages, on se croirait à l’hôpital.
Les chambres sont blanches et désincarnées.
Une forte odeur d’urine fait lever le coeur.
Seul le troisième étage est plus accueillant.
Il vient tout juste d’être rénové. Les
gens souffrant de la maladie d’Alzheimer sont
confinés à cet étage. Une dizaine
d’entre eux passent leurs journées en pyjama, assis
dans le corridor. Ils regardent le temps passer en laissant
couler de longues traînées de bave le long de
leurs joues. « Ces résidants n’ont pas le droit
d’aller manger avec les autres dans la salle à manger
en bas. Ils ont leur salle à manger ici à
l’étage », dit Mme Grenier.
Il en coûte entre 1900 $ et 5000$ par mois pour
habiter à la résidence du Parc. Le coût
varie en fonction du degré d’autonomie des
résidants. Pour cette somme, on assure que des
infirmières auxiliaires seront présentes en
permanence. « On dit aussi qu’il y a une supervision
médicale. Mais aucun médecin ne prend de
nouveaux patients ici », confie Mme Grenier.
La rotation du personnel est grande à la
résidence du Parc. Pour combler les manques,
l’établissement fait souvent appel à du
personnel d’agence privée.
Par un beau samedi matin, une résidante vient se
plaindre à la réception. « Je n’ai pas
mangé. Ma préposée ne m’a pas
apporté mon plateau », dit-elle.
On apprend plus tard que la préposée en
question, embauchée pour la journée dans une
agence privée, ignorait que la résidante
prenait son déjeuner dans sa chambre. « Les
résidants viennent souvent se plaindre du personnel
d’agence. Ces employés ne connaissent pas les
résidants et font plus d’erreurs, dit la
réceptionniste. Les résidants payent cher pour
habiter ici et ça les choque. »
Vente de chaussures
Le temps s’écoule lentement à la
résidence du Parc. « Presque tous les
résidants passent leur journée dans leur
chambre, à ne rien faire », dit la
réceptionniste. Les rares activités qui ont
lieu n’attirent pas les foules. Lors de notre séjour,
une vente de chaussures n’a réuni que cinq
résidants.
Et le grand salon, où les gens sont invités
à se réunir pour jouer aux cartes
l’après-midi, est toujours vide. La
télévision de la salle projette des
publireportages en permanence.
« Avant, les gens participaient. Mais nos
résidants sont de plus en plus malades et en ont
moins envie », note Mme Grenier.
Les repas ne sont pas non plus très
appétissants. Tout est trop cuit ou sans saveur. Les
côtelettes de porc sont dures. Les pommes de terre
bouillies, trop molles. Les employés eux-mêmes
préfèrent aller au restaurant plutôt que
d’avaler les mêmes repas que les résidants.
« C’est pas pire, j’ai seulement été
malade une fois en mangeant ici », raconte une
préposée.
Plusieurs employés de la résidence du Parc
confient qu’ils ne veulent pas finir leur vie dans une
maison comme celle où ils travaillent.
Une certification facile à obtenir
La
qualité des résidences privées pour
aînés varie grandement au Québec. Pour
mieux les encadrer, le gouvernement a mis en place un
programme de certification en 2007. Des inspecteurs ont
visité les résidences privées du
Québec pour s’assurer qu’elles respectent 26
critères d’évaluation. Mais le processus
comporte des lacunes.
Par exemple, aucun critère ne mesure le confort des
usagers. « Les grosses résidences laissent
leurs aînés seuls à ne rien faire, mais
elles sont tout de même certifiées. C’est
dommage pour les aînés que le critère de
qualité ne soit pas considéré »,
déplore la propriétaire d’une résidence
privée de Montréal, qui préfère
garder l’anonymat.
D’autres critères d’évaluation
mentionnés dans le « Manuel d’application du
Règlement sur les conditions d’obtention d’un
certificat de conformité de résidences pour
personnes âgées » ne signifient pas
grand-chose.
Par exemple, les résidences doivent « offrir
des menus variés conformes au Guide alimentaire
canadien ». Mais, comme La Presse l’a remarqué,
il est possible de servir des repas au goût douteux
qui respectent le Guide alimentaire canadien.
La directrice générale de l’Association des
résidences et CHSLD privés du Québec,
Mariette Lanthier, reconnaît que les critères
d’évaluation du ministère de la Santé
et des Services sociaux ne sont pas très
sévères. « Ce sont des critères
sociosanitaires minimaux. On demande par exemple aux
résidences d’avoir une trousse de premiers soins
accessible en tout temps », dit-elle.
Mais Mme Lanthier croit que les résidences qui se
contentent de répondre aux exigences minimales sont
appelées à disparaître. « Le
milieu des résidences pour aînés est
très compétitif. Les gens n’iront pas habiter
dans des endroits de mauvaise qualité, estime-t-elle.
Ceux qui y habitent déjà ne partiront
peut-être pas. Mais ceux qui magasinent leur
résidence ne choisiront pas les pires. »
Réplique de la résidence
La résidence du Parc n’a pas encore reçu sa
certification du gouvernement du Québec. « Nous
sommes en attente d’une réponse. Mais nous
satisfaisons les critères de qualité
d’Agrément Canada », dit Marilène
Béland, directrice de l’établissement.
Réagissant au reportage de La Presse, Mme
Béland confirme que le recours aux agences de
personnel privées est fréquent à la
résidence du Parc. « On le fait le moins
possible. Mais on est en pénurie de personnel et on
doit quand même offrir des soins aux résidants
», dit-elle.
En ce qui concerne la nourriture, Mme Béland ne
s’inquiète pas du fait que les employés de la
résidence n’en veulent pas. « Nous n’avons
qu’un seul menu qu’on doit adapter à tout le monde.
La nourriture ne doit pas avoir trop de sel ni de gras.
Certains doivent la manger en purée, d’autres
hachée... On ne peut pas plaire à tout le
monde », souligne-t-elle.
Pour améliorer l’apparence de sa résidence,
Mme Béland dit qu’un « plan d’action pour la
rénovation de la bâtisse » est en branle.
Elle ajoute qu’il est vrai que des médecins ne sont
pas toujours présents à sa résidence.
« Mais nous avons toujours des contacts avec eux
», dit-elle.
Louise Forest est directrice d’une résidence
privée de SaintHubert . Avant Noël , le seul
médecin qui venait soigner ses résidants une
fois par semaine a pris sa retraite. Depuis, assurer les
services médicaux dans sa résidence est
difficile. Une vingtaine de résidences dans la seule
région de la Montérégie seraient dans
la même situation, selon Mme Forest.
Sans services médicaux à domicile, Mme Forest
doit trouver du temps pour envoyer ses résidants chez
le médecin. « Très peu d’entre eux sont
soutenus par leur famille. Nous devons nous en occuper et
les amener chez le médecin. Mais ça prend du
temps. Et nous manquons déjà de personnel
», dit-elle.
Réjeanne St-Onge, Montréalaise de 83 ans, a
subi les contrecoups du manque de soins dans les
résidences privées. La Presse a
rencontré cette dame au mois de décembre 2008.
Elle habitait alors dans une résidence privée
de plus de 500 places dans l’est de Montréal.
Mme St-Onge voulait voir un médecin. Lorsqu’elle
urinait, elle éprouvait de vives douleurs. Elle
devait se lever et se tenir le ventre en grimaçant,
tout en urinant dans sa culotte d’incontinence. «
Ça dure depuis des mois », disait-elle.
Mme St-Onge voulait aussi pouvoir lire. Mais elle souffrait
de cataractes. Veuve et sans enfant, elle n’avait pas de
famille. Et personne n’assurait son suivi médical.
Lors de notre rencontre, Mme StOnge sentait les
excréments. Elle avait les ongles sales. « On
se fout de moi ici. Mais je ne suis pas si mal. De toute
façon, j’irais où? » demandait-elle. Mme
St-Onge est morte quelques semaines après notre
rencontre.
UNE SOCIÉTÉ QUI NE VALORISE PAS
SES AÎNÉS
Aline Charles
est professeure d’histoire à l’Université Laval.
Elle étudie le traitement réservé aux
aînés au cours des siècles. Selon elle, le
Québec a développé une perception
négative de la vieillesse à la fin du XIXe
siècle. « Auparavant, la vieillesse était
valorisée, explique Mme Charles. Très peu de
gens devenaient vieux. Ceux qui le faisaient étaient
vus comme des gens exceptionnels, dit-elle. Les
sociétés qui avaient beaucoup
d’aînés montraient qu’elles avaient le dessus sur
la mort. »
Ce n’est plus
le cas aujourd’hui. Dans la dizaine de résidences
visitées par La Presse au cours des derniers mois, tous
les employés s’entendaient pour dire qu’au moins 80% de
leurs résidants ne reçoivent jamais de visite et
sont littéralement abandonnés. « Les
familles ne sont pas présentes. Les résidences
doivent offrir l’accompagnement et les soins », confirme
la directrice générale de l’Association des
résidences et CHSLD privés du Québec,
Mariette Lanthier.
Une question de gros sous
Le
gouvernement du Québec verse 250$ par jour pour
chaque personne âgée hébergée
dans un Centre d’hébergement et de soins de longue
durée (CHSLD). Quelques résidences
privées ne reçoivent quant à elles
que 82$ par jour du gouvernement.
La
majorité des résidences privées ne
reçoivent pas de subventions du gouvernement du
Québec. Elles ne tirent donc leurs profits que
des frais facturés à leurs clients.
« Mais ce n’est vraiment pas la majorité des
résidences privées qui reçoivent ces
subventions. La majorité n’en a tout simplement pas
», dit la directrice générale de
l’Association des résidences et CHSLD privés
du Québec, Mariette Lanthier.
Les résidences privées ne tirent donc leurs
profits que des frais facturés à leurs
clients.
Avec leur clientèle qui ne cesse de s’alourdir, les
résidences privées demandent souvent plus
d’argent à leurs pensionnaires pour être en
mesure de leur offrir des soins. D’autres réduisent
leurs services. « Si on demande au privé
d’offrir plus de soins, qui va payer au bout du compte?
Les résidants » , dit Michèle
Charpentier, professeure à l’École de
travail social de l’UQAM.
Diane est secrétaire depuis 10 ans dans une
résidence privée de Saint-Bruno qui demande
2000$ par mois à ses clients. Elle dénonce
le fait qu’en plus de ces frais « exorbitants
», la résidence exige 100$ de chaque
résidant pour ouvrir un dossier médical.
Diane raconte que l’automne dernier, une dame est
tombée sur le trottoir en face de
l’établissement. « Elle saignait. Une
employée lui a fait un pansement, raconte-telle.
Mais parce que la résidante ne s’était pas
blessée dans la résidence, on lui a
facturé 28$ pour le pansement. C’est
indécent! »
Aucune
règle n’encadre la facturation dans les
résidences privées pour aînés.
Mme Lanthier croit que les établissements
privés ne peuvent pas abuser. « S’ils le
font, ils vont perdre leur clientèle »,
dit-elle.
Diane n’est pas de cet avis. « Les gens sont
abandonnés ici par leur famille. Ils sont
vulnérables. Ils préfèrent payer pour
éviter les problèmes » ,
indique-t-elle.
Propriétaire d’une petite résidence
privée de Montréal, Line Vincelli est de cet
avis. Elle ajoute que le principal danger avec les
résidences privées, « c’est la taille
de l’établissement ».
« Beaucoup de propriétaires de
résidence privées sont en fait des
promoteurs immobiliers. Leur objectif, c’est de faire de
l’argent. La qualité des soins offerts et le
confort des usagers, ce n’est malheureusement pas leur
priorité », déplore-t-elle.
À la résidence du Parc, chaque
dépense est étroitement surveillée.
« Il ne doit pas y avoir de gaspillage »,
explique la directrice de la résidence du Parc,
Marilène Béland.
Lors du passage de La Presse, certains résidants
déploraient que des produits alimentaires, comme le
fromage au déjeuner, disparaissaient « parce
que ça coûte trop cher aux
propriétaires ».
Mme Béland assure que ce n’est pas le cas. «
Il faut faire attention. Les résidants croient
souvent que des services disparaissent pour des raisons
financières. Mais il s’agit souvent juste de
changements », dit-elle.
RESSOURCES INTERMÉDIAIRES, LA
PANACÉE?
Depuis
quelques années, le gouvernement encourage le
développement de ressources intermédiaires au
Québec. Il s’agit de résidences privées
qui ont des contrats de soins avec des centres de
santé et de services sociaux (CSSS). Les CSSS ont le
mandat d’aller donner les soins dans la ressource
intermédiaire, qui offre pour sa part le gîte
et le couvert. Mais le développement des ressources
intermédiaires se fait au compte-gouttes. À
Montréal, seulement huit de ces établissements
offrent en tout 250 places d’hébergement. «
Mais 23 projets sont en cours et on ouvrira 845 places d’ici
la fin de 2010 », dit le porte-parole de l’Agence de
santé et de services sociaux de Montréal,
Mathieu Leroux. Si le développement des ressources
intermédiaires est si lent, c’est que les CSSS
manquent de main-d’oeuvre et ne peuvent donc pas facilement
assurer des soins en ressources intermédiaires.
« L’idée n’est pas bête, mais dans la
pratique, ça cause un problème. Les CSSS
manquent de ressources », dit la professeure à
l’école de travail social de l’UQAM, Michèle
Charpentier.
Préposés aux bénéficiaires :
EXPÉRIENCE NON REQUISE - Ariane Lacoursière
Aucune
formation n’est nécessaire pour être
embauché comme préposé Alors que les
résidences privées pour aînés
sont en plein essor au Québec, une enquête de
La Presse révèle que la qualité des
soins qui y sont offerts laisse parfois à
désirer. Sans format
« Tu dois donner de la codéine ou de la
morphine aux patients des chambres 302 et 303 s’ils te le
demandent. Ils ont des maux chroniques. Les
médicaments sont dans la dépense de la cuisine
», a expliqué une préposée
à la journaliste de La Presse.
On avait l ’ embarras du choix. Après une dizaine
d’appels téléphoniques dans des
résidences privées pour personnes
âgées de la région montréalaise,
sept d’entre elles acceptaient de nous engager comme
préposée aux bénéficiaires, peu
importe notre manque d’expérience. Notre choix s’est
porté sur la résidenceEnsoleillée, un
établissement situé au bord de la
rivière Richelieu, à Beloeil, et
rénové il y a deux ans. Les 70
aînés qui y résident déboursent
jusqu’à 1600$ par mois en frais d’hébergement.
Sans avoir été
reçue en entrevue, et sur seule présentation
du prénom, nous avons été
engagée. Aucune personne citée en
référence n’a été
appelée. Sur place, le gérant a tenté
de retracer le CV envoyé. « Je ne le trouve
pas, mais tu peux revenir pour ta formation samedi »,
nous a-t-on dit.
Les pa t rons de l a ré s i - dence savaient que la
nouvelle employée ne possédait aucune
formation de préposée aux
bénéficiaires, ni aucune expérience
dans le domaine. Malgré tout, ils n’ont pas
hésité à nous confier la
responsabilité d’une dizaine de personnes, dont
plusieurs étaient handicapées.
Un petit cours sur la manipulation du lève-personne a
été fourni à la journaliste. Mais
jamais elle n’a été invitée à
manipuler elle-même l’appareil au cours de ce
briefing.
Après avoir donné une séance de
formation de six heures à leur nouvelle
employée, les patrons de la résidence Ensolei
l lée étaient prêts à la laisser
travailler seule une nuit, avec 10 personnes
âgées vulnérables.
Distribution de médicaments
De 23h à 6h30, la préposée
inexpérimentée devait transporter certains
résidants aux toilettes avec le lève-personne,
changer leur culotte d’incontinence, les déshabiller,
préparer leur déjeuner, faire leur lessive et
même leur donner des médicaments.
« Tu dois donner de la codéine ou de la
morphine aux patients des chambres 302 et 303 s’ils te le
demandent. Ils ont des maux chroniques. Les
médicaments sont dans la dépense de la cuisine
», a expliqué une préposée de la
résidence Ensoleillée à la journaliste
de La Presse.
Donner des médicaments n’est pas une tâche
anodine. Selon la loi, seuls les gens ayant reçu une
formation spéciale peuvent accomplir cette
tâche.
À la résidence Ensoleillée, une autre
préposée sans formation travaillait la nuit
avec les 60 autres résidants, qui étaient
semi-autonomes. La nuit, les 70 pensionnaires de la
résidence étaient donc confiés aux
soins de deux filles sans expérience.
En entrevue après notre séjour, la directrice
de la résidence, France Baron, a assuré que
l’embauche d’employés sans formation est «
exceptionnelle ». « Quand on fait ça, on
met rapidement l’employé sur une liste pour qu’il
suive une formation le plus vite possible », dit-elle.
Mme Baron
reconnaît toutefois que le poste de
préposé aux bénéficiaires de
nuit n’est pas facile à combler. « Mais on
essaie quand même d’avoir des employés
formés, dit-elle. Pour plus de
sécurité, on a maintenant deux personnes la
nuit. Avant, on en avait juste une. »
Les patients de la résidence Ensoleillée, eux,
ne se souciaient guère de l’inexpérience de
leur nouvelle préposée. Ils dirigeaient
même ses gestes hésitants. Bernard,
résidant de 65 ans, énumérait
fièrement les gestes à faire pour l’aider.
« Baisse mes culottes. Donnemoi mon urinoir et
aide-moi à faire pipi… ».
Vers 2 h toutes les nuits, Jérôme, autre
résidant, sonnait. Parce qu’il souffrait de la
varicelle, il fallait soigneusement se couvrir avant de
pénétrer dans sa chambre. Jérôme
ne regardait même pas qui entrait. Les yeux
fermés, il tendait la main pour prendre sa morphine,
l’avalait d’un trait et se rendormait.
Sept résidences privées de la région
montréalaise ont accepté d’engager la journal
iste de La Presse au cours des derniers mois. Chaque fois,
son manque d’expérience n’était pas pris en
compte. « On te donnera la formation en cours de route
», lui a-t-on dit à plusieurs reprises.
Un phénomène répandu
L’expérience vécue par La Presse n’est pas
rare. « Le privé embauche beaucoup de
préposés non formés. C’est un
phénomène très répandu »,
confirme le président de la Fédération
des préposés aux bénéficiaires
du Québec ( FPBQ), Michel Lemelin.
La jeune Isabelle, 19 ans, a elle aussi été
engagée dans une résidence privée pour
aînés de MontSaint-Hilaire alors qu’elle ne pos
séda i t aucune formation.
Isabelle travaillait seule, comme préposée aux
bénéficiaires de nuit. Elle devait superviser
30 résidants.
« On ne m’a donné qu’une petite formation. Je
devais servir et desservir les repas, faire le
ménage, le lavage. En plus, je devais changer les
culottes d’incontinence, changer des sacs de sonde urinaire,
distribuer des médicaments, préparer de
l’insuline, les aider à se coucher »,
énumère la jeune fille.
La pression était énorme. « Je ne me
sentais pas prête pour faire tout ça. J’aurais
pu me tromper dans les médicaments. Et s’il y avait
eu un feu? Je ne savais même pas comment
évacuer tout le monde » dit-elle.
Deux fois, Isabelle a dû appeler une ambulance pour
obtenir de l’aide. La jeune femme était payée
8,50 $ l’heure. Après quatre mois de travail, elle a
démissionné.
Un système à améliorer, reconnaît la
ministre déléguée aux Services sociaux
« Ce
que nous exigeons, c’est la base. Les résidences qui
accueillent des personnes en perte plus grave d’autonomie
devraient avoir des préposés avec des
formations plus complètes. »
La minist re déléguée aux Services
sociaux, Lise Thériault, a été
ébranlée quand La Presse lui a annoncé
que des résidences privées pour
aînés n’hésitent pas à engager
des préposés aux bénéficiaires
sans formation.
« Dans les critères de certification, il est
indiqué qu’au moins une personne formée en
réanimation cardiovasculaire, en secourisme et en
déplacement sécuritaire de personnes doit en
tout temps se trouver dans les résidences. Ces
formations sont données par la Croix-Rouge, par
l’Ambulance Saint-Jean et par d’autres organismes. Elles
sont facilement accessibles », a déclaré
d’entrée de jeu Mme Thériault.
La ministre affirme que les évaluateurs qui se
rendent dans les résidences doivent s’assurer qu’au
moins un employé formé est présent en
tout temps dans la résidence.
Certification
La ministre reconnaît toutefois que le processus de
certification n’est pas très exigeant. « Il
amène les propriétaires de résidences
à respecter un minimumde normes, dit-elle. Ce que
nous exigeons, c’est la base. Les résidences qui
accueillent des personnes en perte plus grave d’autonomie
devraient avoir des préposés avec des
formations plus complètes », dit-elle, tout en
reconnaissant que le processus de certification n’impose pas
une telle exigence.
Malgré le constat de La Presse, Mme Thériault
croit tout de même que la population
québécoise peut avoir confiance dans les
résidences privées et que le processus de
certification est efficace. « Avant, il n’y avait
aucun système pour superviser le privé.
Maintenant, on a au moins des critères »,
explique-t-elle.
« Avec la certification, on voulait s’assurer qu’il y
ait un minimum de normes. On partait de loin. On a fait un
bon premier pas », ajoute la ministre.
Mme Thériault reconnaît que la pénurie
de préposés aux bénéficiaires
peut amener des résidences à engager des gens
sans formation. « La pénurie de main-d’oeuvre,
c’est partout. Les préposés ne font pas
exception. Il faut essayer de renverser la tendance. Mais
plusieurs corps de métiers tentent de s’arracher les
candidats » , dit-elle.
Même si elle répète que la
majorité des résidences privées pour
aînés sont de qual ité , Mme
Thériault reconnaît qu’il y a « place
à l’amélioration » dans le processus de
certification. « On ne pourrait pas mettre des
exigences supplémentaires pour toutes les
résidences. Mais on pourrait adapter les
critères en fonction du type de résidence
», avance-t-elle.
Par exemple, les résidences qui accueillent des
personnes âgées en perte d’autonomie pourraient
avoir l’obligation de prouver que tous leurs employés
ont reçu des formations spécialisées.
Aucune
règle
n’encadre la formation des préposés
« On
n’oserait pas laisser des enfants dans une classe avec un
professeur mal formé. Le fait qu’on accepte que nos
aînés soient traités par des
professionnels non formés en dit long sur notre
société », remarque le directeur
général de la Fédération des
préposés aux bénéficiaires
public et privé du Québec, Michel Lemelin.
Depuis quelques années, le gouvernement a
freiné le développement de lits en centre
d’hébergement et de soins de longue durée
(CHSLD). Profitant de ce vide, les résidences
privées se sont multipliées.
Aujourd’hui, environ 104 500 places en hébergement
sont dans des centres privés, soit plus du double du
nombre de places en CHSLD.
Afin d’encadrer le développement des
résidences privées, le gouvernement a
élaboré un processus de certification en 2007.
Pour être accréditées, les
résidences doivent respecter 26 critères.
Le gouvernement exige, entre autres, qu’au moins « une
personne majeure soit présente en tout temps dans la
résidence », peut-on lire sur le site du
ministère de la Santé et des Services sociaux.
« Cette personne doit posséder une formation
à jour dans les domaines suivants :
réanimation cardiorespiratoire, secourisme
général, déplacement sécuritaire
des personnes. »
La résidence Ensoleillée, en attente
d’accréditation, ne respecte pas ce critère.
« Mais elle sera sûrement certifiée. Les
inspecteurs viennent te demander si tes employés sont
formés, mais ils ne vérifient pas. Ils se
fient à ta parole », dit le directeur d’une
résidence privée deMontréal qui a
reçu son accréditation.
Cette situation choque le directeur général de
la Fédération des préposés aux
bénéficiaires public et privé du
Québec, Michel Lemelin. Selon lui, les
préposés qui ne disposent pas d’une formation
suffisante sont « moins compétents » et
sont « incapables d’effectuer toutes les tâches
». Ils ne devraient donc « pas être
engagés ».
« On n’oserait pas laisser des enfants dans une classe
avec un professeur mal formé. Le fait qu’on accepte
que nos aînés soient traités par des
professionnels non formés en dit long sur notre
société », remarque M. Lemelin. Selon
lui, le processus de certification du gouvernement «
n’est pas assez sévère » en ce qui
concerne la formation des préposés aux
bénéficiaires.
Même si les critères étaient plus
sévères, les préposés aux
bénéficiaires du Québec ont besoin de
plus d’encadrement, estime M. Lemelin. Car les formations
offertes sont très variables, dénonce M.
Lemelin.
AuQuébec, aucune règle n’encadre la formation
des préposés aux bénéficiaires.
Des cégeps offrent des cours de 750 heures permettant
d’obtenir un diplôme d’études professionnelles
de préposé aux bénéficiaires.
D’autres écoles privées offrent des cours
d’une durée variable, dont le coût oscille
entre 300$ et 900$. « Aucun organisme ne s’assure que
les formations de préposés soient toutes de
qualité. Il y a de graves lacunes dans la formation
des préposés », dit M. Lemelin.
Le secteur public refuse d’engager des
préposés qui n’ont pas reçu une
formation de 750 heures. Mais les résidences
privées n’ont pas les mêmes exigences.
La FPBQ
souhaiterait que le ministère de l’Éducation
encadre toutes les formations de préposés aux
bénéficiaires offerts dans la province.
« On voudrait éventuellement qu’un ordre
professionnel qui encadre la profession soit
créé », annonce M. Lemelin.
Une pénurie criante
Si certaines résidences privées sont
prêtes à recruter du personnel
sous-qualifié, c’est que la pénurie
d’employés est forte dans le domaine de
l’hébergement pour aînés.
Le président du Syndicat québécois des
employés de service de la FTQ, Daniel Boyer,
reconnaît qu’il n’y a presque plus de critères
d’embauche au privé, car les candidats manquent
à l’appel.
Et la situation ne fera que s’aggraver. On estime qu’il
manque actuellement 2100 préposés dans toute
la province. Selon l’Association québécoise
des établissements de santé et de services
sociaux (AQESSS), il en faudra 26 000 d’ici 2015.
Le secteur privé est plus touché par la
pénurie de personnel. « Le privé offre
de moins bons salaires et pas d’avantages sociaux.
Dès qu’ils ont une chance, les préposés
vont au public », dit le vice-président de la
Fédération de la santé et des services
sociaux, Jeff Beglay.
Le salaire horaire des préposés du
privé est de 8,50$ à 15$ alors que dans le
réseau public, il est de 14$ à 19$.
« C’est vrai que le taux de roulement au privé
est plus élevé. Le public n’engage pas de gens
sans expérience. Les préposés se
forment donc au privé et vont ensuite au public
», dit la présidente de l’Association des
résidences et CHSLD privés du Québec,
Mariette Lanthier.
Les résidences privées sont en même
temps confrontées à un alourdissement majeur
de leur clientèle. « L’âge moyen des
pensionnaires est passé de 77 à 84 ans en cinq
ans, dit Mme Lanthier. Il y a moins de places en CHSLD. Donc
de plus en plus de résidences privées sont
obligées de garder des clientèles alourdies.
» Le fardeau est énorme pour les
résidences qui possèdent du personnel
sous-qualifié.
Professeure à l’école de travail social de
l’UQAM, Michèle Charpentier dénonce le fait
que le gouvernement « passe le relais des soins des
aînés au privé » . « Ce
réseau n’est pas organisé ni soutenu et n’a
pas le mandat de donner des soins », dit-elle.
Dans un rapport publié en 2007, le Conseil des
aînés du Québec notait aussi que «
le secteur privé n’est pas nécessairement en
mesure de s’adapter à l’évolution de la perte
d’autonomie jusqu’à la fin de la vie des
résidants ».
ÉTABLISSEMENTS POUR PERSONNES
ÂGÉES 39% des résidences privées
n’ont pas encore été certifiées
Plusieurs
résidences privées ne respectent pas encore
les normes de sécurité incendie.
Alors que le processus de certification des
résidences privées pour aînés
devait se terminer au plus tard à la fin juin,
encore 39% des établissements n’ont pas reçu
leur accréditation. Plusieurs de ces
établissements ne respectent pas les exigences en
termes de protection contre les incendies et ne peuvent
recevoir leur certification.
Sur les 2201 résidences privées pour
personnes âgées du Québec, 850 ne
respectent toujours pas l’ensemble des 26 critères
de certification du gouvernement.
La ministre déléguée aux Services
sociaux, Lise Thériault, explique que plusieurs
résidences tardent à répondre aux
critères de sécurité incendie.
« Avant qu’un permis ne soit donné, les
services d’incendie doivent faire leur inspection,
dit-elle. Des résidences doivent ajouter des
gicleurs ou des extincteurs. Et elles doivent ensuite
attendre une deuxième visite des services
d’incendie. Donc il y a parfois des délais. »
L’assistant directeur au centre d’expertise et de
développement de la prévention au Service de
sécurité incendie de Montréal, Ronald
Dubeau, confirme que Malheureusement, on ne peut pas
donner notre accord dans ce temps-là. »
À Montréal, seulement le tiers des 330
résidences privées pour aînés
respectent jusqu’à maintenant la
sécurité incendie. Le directeur de la
gestion du réseau de l’Agence de la santé et
des services sociaux de Montréal, plusieurs
résidences privées ne respectent pas encore
les normes de sécurité incendie. «
Elles doivent prévoir des plans d’évacuation
pour sortir des gens souvent en lourde perte d’autonomie,
explique-t-il. Plusieurs établissements manquent de
personnel pour donner de l’assistance à tous leurs
résidants. Surtout la nuit. Normand Lauzon,
confirme la situation. « Nous avons plusieurs
édifices de tous genres ici. Certains sont plus
vieux et d’autres hébergent plus de 600 personnes.
Dans les grands établissements, l’inspection
incendie est plus longue », dit-il.
En
attendant, les pompiers de Montréal tentent de
pallier le manque de sécurité dans
certaines résidences. « On envoie plus de
pompiers sur place quand des alarmes se
déclenchent. Mais cette mesure ne peut pas rendre
les résidences privées conformes »,
dit M. Dubeau.
Malgré ce contretemps, la ministre
Thériault se dit satisfaite de
l’efficacité du processus de certification.
« Il n’y avait que 400 résidences
certifiées en février. On en a maintenant
900 de plus, et ce, même si certaines
résidences se sont inscrites tardivement,
ditelle. Et il ne faut pas oublier que le Québec
est la seule province canadienne à certifier ses
résidences privées. »
Le gouvernement a adopté le programme de
certification des résidences privées pour
aînés il y a deux ans. Pour obtenir un
permis, les établissements doivent respecter 26
critères. Mais étant donné la
lenteur du processus, la ministre Thériault a
dû accorder un délai supplémentaire
de quatre mois aux établissements cet hiver.
Encore aujourd’hu i , plus de 850 établissements
n’ont pas de permis. Mais selon la ministre
Thériault, la majorité sont en voie
d’être certifiés. « La très
grande majorité collabore. C’est pourquoi nous
allons leur permettre de terminer le processus dans les
plus brefs délais », dit la ministre.
Environ 2% des résidences privées pour
aînés – soit 46 établissements –
refusent carrément de participer au processus de
certification. Ces établissements recevront sous
peu un préavis, puis un avis de
non-certification. Elles pourraient devoir
éventuellement cesser leurs activités si
aucune amélioration n’est apportée. En
tout, 1638 personnes âgées partout au
Québec pourraient donc devoir être
déplacées. « Les Agences ont toutes
des plans de relocalisation », assure Mme
Thériault.
La ministre ajoute que son gouvernement est aussi en
train de revoir le processus de certification pour
durcir certains critères. À la suite d’un
reportage de La Presse cet hiver, le gouvernement avait
entre autres décidé d’obliger les
résidences à engager des
préposés aux bénéficiaires
ayant reçu une formation.
La ministre Blais enverra des clowns
distraire les personnes âgées
(NDE
:
Ne peut-on trouver mieux à faire que de les
distraire de leur triste réalité, pour ne
les faire que mieux oublier à quel point elle est
inacceptable, justement ?...)
L’Office des professions ne créera pas d’ordre pour
les préposés aux bénéficiaires
« Nous avons donné du financement pour des
clowns thérapeutiques, a dit la ministre. Ce sera bon
pour les aînés et les intervenants. »
La ministre des aînés, Marguerite Blais, est
ébranlée par les reportages de La Presse sur
les résidences privées pour
aînés. Réagissant d’avance au dossier
d’aujourd’hui, MmeBlais a annoncé qu’elle lancera
sous peu un programme de divertissementpour lespersonnes
âgées. Pour briser leur solitude, elleenverra
des clowns dans les résidences.
« Lundi, nous annoncerons que nous avons signé
une entente avec Dr Clown. Nous avons donné du
financement pour des clowns thérapeutiques, a dit la
ministre. Ce sera bon pour les aînés et les
intervenants. »
Mme Blais a également financé l’Association
des loisirs thérapeutiques « pour
développer des outils pour mieux stimuler les
aînés ».
Selon Mme Blais, les familles ont également le devoir
de s’intéresser à leurs aînés.
« Trop de gens ne vont pas visiter leurs proches qui
sont en centre d’hébergement. Il faut prendre le
temps de le faire », a-t-elle souligné.
La ministre a également déploré le fait
que des résidences privées pour
aînés engagent des préposés sans
formation, comme l’a rapporté La Presse, hier.
« Nous présenterons un plan d’action
gouvernementale pour contrer la maltraitance cet automne. La
question de la négligence sera abordée
», a-t-elle dit. Les résidences privées
pour aînés pourraient aussi avoir l’obligation
de mettre sur pied des comités d’usagers, comme c’est
le cas dans les CHSLD.
Ordre professionnel demandé
Pour
éviter que des préposés aux
bénéficiaires sans formation ne travaillent
dans les résidences privées pour
aînés, un ordre professionnel encadrant cette
profession devrait être créé, demande la
Fédération des préposés aux
bénéficiaires du Québec (FPBQ).
« L’enjeu est majeur, a soutenu le président de
la FPBQ, Michel Lemelin. C’est la seule façon
d’assurer la protection des aînés. »
Mais cette demande de M. Lemelin restera lettre morte.
L’Office des professions du Québec a confirmé,
hier, qu’un ordre ne sera pas créé. «
Nous avons discuté longuement avec les gens de la
Fédération. Mais la question est maintenant
fermée », a déclaré le conseiller
spécial au bureau du président de l’Office des
professions, Michel Sparer.
Ce dernier se défend d’avoir fait la sourde oreille.
« L’Office est actuellement en train de
préparer un projet de règlement qui encadrera
mieux le travail des préposés aux
bénéficiaires », a annoncé M.
Sparer. Le projet de règlement pourra, par exemple,
spécifier dans quel contexte un préposé
peut donner des médicaments à des
résidants.
De son côté, le Syndicat
québécois des employées et
employés de service (SQEES-FTQ) souhaite qu’une
formation uniforme soit imposée aux employés
des résidences privées.
« Les employeurs du privé savent que leurs
préposés manquent de formation. Les
administrateurs eux-mêmes n’ont pas toujours les
compétences qu’il faut. Nous aimerions que tous les
employés du privé aient des formations
uniformes », a déclaré la
vice-présidente du SQEES, Danielle Legault.
À ce sujet, une mutuelle de format ion
débutera ses t ravaux la semaine prochaine. Les
employés des résidences privées, les
employeurs, les syndicats et Emploi Québec se
réuniront afin de tenter de trouver une solution au
manque de formation des préposés du
réseau privé.
Riez, riez… - Marie-Claude Lortie
Ces crises
de conscience périodiques – parce que ce
thème revient à intervalles dans
l’actualité depuis des années – ne nous
empêchent pas de continuer à parquer nos
vieux dans ces résidences. Cela demeure une
solution que l’on choisit.
Le monsieur marchait seul dans un couloi r beige comme sa
chemise, l’air f âché , grognon. Vous savez,
cet air figé dans la grosse mauvaise humeur qu’ont
certains vieux alcooliques confits dans leur amertume? Qui
fait un peu peur parfois aussi. Eh bien voilà.
C’était lui. Un vieux monsieur comme ça,
muet. Le genre de gars à qui personne n’a envie de
parler, de peur que toute gentillesse soit reçue
par du fiel.
Et puis les deux clowns spécialisées que
j’accompagnais à l’Institut gériatrique, un
grand CHSLD associé à l’Université de
Montréal, sont arrivées. Le monsieur bougon
n’a même pas bougé la tête pour les
regarder, trop occupé à fixer le plancher
comme s’il était en train d’engueuler mentalement
son passé. Et son présent.
Une des deux clowns s’est mise à délirer
avec la distributrice de liquide antibactérien dont
elle s’aspergeait. L’autre lui disait qu’elle puait et
d’en rajouter. Moimême j’ai fini par rire parce que
leur petit numéro était franchement rigolo.
Le monsieur ? J’étais convaincue que jamais il ne
sortirait de son mutisme. Trop en maudit contre tout.
Sauf que, à force de se ridiculiser, de faire la
folle, de laisser tomber tous les morceaux de l’ordre
établi entre malades et personnes en santé
dans cet hôpital glauque, l’auguste a fini par faire
craquer l’homme à la colère sourde. Il s’est
mis à sourire. Puis à rire.
En le regardant, je me suis étonnée qu’il
sache encore comment.
Cette semaine, j’ai souvent repensé à cette
scène et je me suis demandé combien de fois
le personnel de l’hôpital, sans clown, avait
réussi à faire rire ce monsieur. Et sa
famille, s’il lui en reste une.
Toute la semaine, je me suis aussi demandé si tous
ces gens qui ont ri et ridiculisé les clowns
thérapeutiques et leur travail savent exactement ce
qu’ils font et où ils font leurs interventions.
Car ce dont a parlé ma collègue Ariane
Lacoursière la semaine dernière, ces centres
où on embauche des préposés sans
formation, ce sont des résidences privées.
Des lieux où on paie pour envoyer des personnes
âgées en perte d’autonomie qui ont besoin de
soins de base mais non de suivi médical pointu en
permanence. Les clowns ne sont pas pour ces gens, qui
peuvent être tout à fait lucides et qui sont
capables de lire, de placoter et de s’amuser, fut-ce en
jouant au bingo ou à la Wii – très
populaire, surtout l’application bowling. Sans blague,
ça aussi je l’ai vu.
Un centre d’hébergement et de soins de longue
durée, un CHSLD, là où on envoie des
Dr Clown, c’est autre chose.
On parle de sortes d’hôpitaux – l’Institut de
gériatrie, par exemple – financés par
l’État, où restent à long terme des
gens qui ont des problèmes de santé beaucoup
plus sérieux. Alzheimer, démence,
séquelles d’AVC et autres maladies
dégénératives ou incapacitantes assez
graves pour qu’ils aient besoin d’être dans un
hôpital tout le temps. C’est bien différent.
Je ne dis
pas que tous ces gens sont trop handicapés
intellectuellement pour apprécier autre chose que
des clowns comme divertissement dans leur quotidien gris.
Certains seraient peut-être plus émus par un
quatuor à cordes.
Mais les cas des CHSLD sont particulièrement
lourds. Souvent, ce sont des gens à qui on ne sait
plus comment parler et dont on se décourage.
L’intervention des clowns thérapeutiques est
conçue pour eux. Ils sont là pour
créer des contacts, amadouer, faire sourire,
allumer la pensée de cas difficiles. Et ils sont
là aussi pour tous les proches de ces huîtres
affectives que sont ces vieux malades. Ils sont là
pour trouver autrement des pistes vers des instants de
légèreté dans des univers d’une
lourdeur et d’une obscurité
désespérantes.
J’avoue que cette semaine, la cible était facile.
Une ministre poids léger qui parle de clowns pour
aider les personnes âgées alors que des
reportages nous rappellent pour l’énième
fois la qualité très problématique
des soins offerts dans certaines résidences pour
les aînés.
C’était tellement facile – et tellement malhabile
de la part du gouvernement à Québec – que
tout le monde ou à peu près est tombé
dans le panneau, avec les mêmes blagues, les
mêmes jeux de mots, mélangeant pommes et
poires allégrement… Les clowns, ce sont vous, les
hommes et femmes politiques, qui pensez régler
ainsi les problèmes des personnes
âgées et blablabla… Et le scandale, c’est la
qualité des soins et blablabla…
Toute l a s emaine cette logorrhée.
Toute la semaine les mêmes hauts cris, comme si les
gens qui hurlaient voulaient se réveiller
eux-mêmes, se sortir de leur propre léthargie
face au sort réservé à leurs propres
parents, grands-parents…
« Quoi? On fait ça à nos vieux? Mais
c’est épou-van-table ! »
Oui, les conditions de vie dans les résidences pour
personnes âgées pourraient être
grandement améliorées. J’en suis convaincue.
Ma i s ces c r i s e s de conscience périodiques –
parce que ce thème revient à intervalles
dans l’actualité depuis des années – ne nous
empêchent pas de continuer à parquer nos
vieux dans ces résidences. Cela demeure une
solution que l’on choisit.
Ce qui me fait croire que tous ces hauts cris sont en fait
nourris, d’abord et avant tout, par une réaction au
quotidien de la vieillesse, peu importe où elle se
passe. Couches, manger mou… N’est-ce pas d’abord et avant
tout l’idée que nous aussi serons là un jour
qui nous fait bondir? Ou tout simplement la peur
d’être tellement seul qu’un humble clown puisse
devenir un nouvel ami?
Les établissements auront des
étoiles
Tout comme
les hôtels de qualité se voient attribuer
quatre ou cinq étoiles, les résidences
privées pour
personnesâgéesduQuébecauront
bientôt un processus d’évaluation semblable.
La FADOQ lancera
l’hiverprochainsanouvelleaccréditation ROSES D’OR.
Seule ombre au tableau: la participation à ce
programme sera facultative.
La
ministre des Aînés, Marguerite Blais, a
défendu l’initiative du gouvernement d’envoyer
des clowns divertir les personnes âgées
dans les résidences. Une mesure qui les aidera
à briser l’isolement, selon elle.
« Ce sera un sceau de qualité de vie et de
bien-être. On évaluera différents
critères qui ne sont pas considérés
dans le processus de certification actuel des
résidences privées. Par exemple, la
nourriture est-elle bonne ? Les loisirs sont-ils
intéressants ? » explique le directeur
général de la FADOQ, Danis Prud’homme. La
FADOQ recevra un million de dollars sur quatre ans du
gouvernement pour mener à terme ce projet.
Le programme ROSES D’OR existe déjà au
Québec. Mais depuis que le gouvernement a
obligé les résidences privées pour
aînés à se certifier, la FADOQ a
dû revoir ses critères d’évaluation.
« On est en train de les réviser. Tout
devrait être prêt pour l’hiver 2010, annonce
M. Prud’homme. Au départ, le nouveau programme sera
volontaire. Mais on espère que ça devienne
obligatoire d’ici peu. »
M. Prud’homme ne comprend pas pourquoi la ministre des
Aînés, Marguerite Blais, n’a pas
profité de la publication du dossier de La Presse
sur les résidences privées pour
aînés pour rappeler que le nouveau programme
ROSES D’OR de la FADOQ est en branle. La ministre Blais a
préféré annoncer que son gouvernement
financera l’embauche de clowns dans les centres
d’hébergement et de soins de longue durée
(CHSLD). Le gouvernement déboursera 293 000$ en
quatre ans pour cette initiative.
Cette
annonce a dérangé plusieurs intervenants.
Marc Morin est préposé aux
bénéficiaires depuis 27 ans. Selon lui, le
gouvernement se moque des aînés. « Mme
Blais décide d’envoyer des clowns dans les
résidences pour aînés. Sur quelle
planète vit-elle ? Les aînés ont
besoin de soins et d’écoute. Le réseau
d’hébergement pour aînés ne cesse de
se dégrader au Québec », dit-il.
La ministre Blais a défendu, hier, sa
décision. Selon elle, les clowns permettront de
briser l’isolement et la solitude dont souffrent plusieurs
bénéficiaires. « Ce n’est pas du tout
infantilisant de mettre un rayon de soleil dans la vie des
gens », a-t-elle argué.
Par ailleurs, La Presse a appris que la
Confédération des syndicats nationaux (CSN)
diffusera l’été prochain une nouvelle
« Plateforme de revendications pour une vision
sociale et positive du vieillissement ». Ce document
contiendra une série d’exigences qui pourraient
mener à des moyens de pression.
Dans le document, la CSN dénonce le « manque
de volonté » du gouvernement de «
répondre aux besoins des personnes
aînés par une offre suffisante de services
publics ». La CSN réclame un «
renforcement des critères de certification des
résidences pour personnes âgées
» et demande au ministère de la Santé
« d’uniformiser les exigences de formation du
personnel oeuvrant auprès des personnes
vulnérables ».
LE BONHEUR EST ÀOUTREMONT - Ariane
Lacoursière
Tout n’est
pas sombre dans l’univers des résidences pour
aînés. Dans le troisième et dernier
volet de sa série, La Presse a visité une
résidence privée à Outremont qui traite
aux petits oignons la trentaine de personnes qui y vivent.
Portrait d’une possib
« L’avantage de n’avoir pas beaucoup de
résidants c’est qu’on les connaît. »
« On nous traite avec dignité ici. On a de
bonnes discussions, C’est valorisant. »
Thérèse est nue. Debout au milieu de sa salle
de bains. Sa peau pend de partout. Ses joues touchent son
cou. Son dos est si voûté qu’elle semble
pliée en deux.
Dans sa jeunesse,
Thérèse était pédiatre à
l’Hôpital de Montréal pour enfants.
Aujourd’hui, elle se traîne péniblement dans sa
chambre de la résidence Outremont, un
établissement privé de Montréal.
La résidence qu’elle habite la traite avec attention.
Les préposés aux bénéficiaires
connaissent les habitudes de leur trentaine de
résidants par coeur.
« Je sais qui préfère son steak saignant
et qui déteste le bingo. Une résidante veut du
Cheez Whiz tous les matins et deux Whippets avant de se
coucher. Un autre ne veut pas être
dérangé la nuit et dort longtemps le matin.
L’avantage de n’avoir pas beaucoup de résidants c’est
qu’on les connaît », dit Claudine, l’une des
préposées aux bénéficiaires de
la résidence Outremont.
Tout comme ses deux autres collègues, Claudine
possède une formation en règle de
préposée aux bénéficiaires.
« C’est important. Ça permet de bien traiter
les aînés », dit-elle.
Chaque mat i n, Claudine entame sa tournée des
résidants vers 8h. Aujourd’hui, elle supervise
Thérèse dans sa toilette sommaire. Elle l’aide
à enlever sa chemise de nuit, sa couche et à
se laver les fesses.
Elle lui donne ensuite un coup de main pour s’habiller.
L’opération est complexe. Thérèse est
à bout de souffle. « Je suis plus capable
», râle-t-elle. Sa respiration est difficile.
Ses yeux roulent vers l’arrière.
Claudine assoit Thérèse et lui frotte le dos.
La résidante se calme. « Merci Claudine. Tu es
un ange », souffle la résidante.
La préposée poursuit sa tournée. Elle
effectue un petit arrêt dans la chambre de Marcelle,
une aînée trisomique. Marcelle parle fort. Elle
semble paniquée. Claudine finit par comprendre que la
résidante veut laver la cage de son oiseau. «
C’est correct Marcelle, c’est correct, chhhhh, dit Claudine
en lui caressant les cheveux. Tu peux laver la cage
tranquillement. Ça ne dérange pas. »
Marcelle se calme instantanément.
On visite ensuite Monique, qui doit prendre son bain.
Surveillée par Claudine, la dame entre dans l’eau.
Les deux femmes discutent en riant.
Claudine caresse la joue de la résidante. «
C’est ma grande amie », dit-elle.
« C’est vrai ! Claudine est tellement fine »,
enchaîne Monique.
La résidante s’asperge d’eau en poussant un soupir de
bonheur. On la laisse ensuite prendre son bain
tranquillement. «Cette résidante aime rester
longtemps dans son bain, dit Claudine. On va revenir plus
tard. »
Après
avoir visité plusieurs autres personnes, on termine
la tournée chez Jacqueline. Il est 11h
passées. Jacqueline se lève tout juste.
Très corpulente, la dame est couverte de
croûtes. Parce qu’elle est très nerveuse, elle
se gratte au sang la nuit. Patiemment, Claudine étend
une crème spéciale sur toutes ses plaies.
Jacqueline adore Claudine. Elle l’appelle sa beauté.
Durant de longues minutes, elles discutent ensemble, assises
au bord du lit.
C’est l’heure du dîner. Tous les résidants
affluent vers la cafétéria de la
résidence Outremont. La pièce intime offre une
belle vue sur le mont Royal.
La salle à manger est calme. L’épaisse neige
qui tombe dehors donne une ambiance feutrée. Le repas
est somptueux. Potage à la courge musquée,
à la patate douce et au gingembre, buffet de salades,
tilapia poché au vin, religieuse au chocolat… Les
résidants qui le veulent peuvent aussi prendre du
vin.
« On fait tout maison ici. Ça goûte comme
au restaurant. C’est sûr que si j’avais 100
pensionnaires, je ne pourrais pas leur offrir ça. Je
devrais leur donner de la sauce en poudre », remarque
Diane, la cuisinière.
Autre avantage de n’avoir que peu de résidants, la
cuisinière adapte son menu au goût de chacun.
« Je ne mets jamais de pâtes à Mme
Tremblay. Je fais des repas végétariens
à une autre… » énumère la
cuisinière.
Durant le repas, les employés prennent le temps de
s’asseoir avec les résidants pour bavarder. «
On nous traite avec dignité ici. On a de bonnes
discussions, C’est valorisant », dit Marie-Ange, une
résidante de 86 ans.
« Ce qui fait la différence, c’est les petites
attentions » , dit la directrice de la
résidence Outremont, Line Vincelli.
L’après-midi, une boutique ambulante de bijoux vient
présenter ses produits aux résidants. Chaque
jour, des activités originales sont organisées
à la résidence Outremont. Durant notre visite
d’une semaine, une rencontre avec des élèves
du primaire, des séances quotidiennes d’exercices,
des métamorphoses, l’installation d’une console Wii
et des ateliers littéraires ont été
organisés.
On planifiait aussi la soirée spéciale du jour
de l’An. « Il va y avoir un souper de fondue. Toute ma
famille va venir. C’est vraiment populaire », dit
Marie-Ange.
L’hiver dernier, les employés de la résidence
Outremont ont eu l’idée de faire voyager leurs
résidants. Ils ont créé une mise en
scène pour transporter virtuellement leurs
résidants au Mexique.
Toutes les chaises de la cafétéria ont
été alignées dans le couloir. «
On était déguisées en hôtesses de
l’air. On a fait semblant de faire embarquer les
résidants dans un avion. On a donné les
consignes de sécurité. On a joué un
petit film. C’était très réel »,
dit Mme Vincelli.
Après le « vol d’avion », les
résidants sont revenus dans la salle à manger,
qui avait été transformée pour
l’occasion. « On avait mis des faux palmiers. Il y
avait des mariachis qui jouaient de la musique du Mexique.
Il y avait des cocktails et de la nourriture du Mexique
», raconte fièrement la directrice.
« Les résidants ne s’ennuient pas ici. Quand
ils deviennent trop malades et qu’il faut les envoyer dans
un CHSLD, c’est un crève-coeur. Parce que les
personnes meurent souvent dans les six mois suivant leur
déménagement, dit Claudine. Moi je pense
qu’ils meurent d’ennui. »
LA CALIFORNIE SE PRONONCE - Nicolas
Bérubé
Six
plants de marijuana poussent dans le placard de Shawn
Wright. L’homme de 27 ans agit en toute
légalité: il possède une carte
remise par l’État de la Californie autorisant les
gens malades à fumer du cannabis.
M. Wright est en pleine santé. Il profite
simplement d’une application très libérale
de la loi sur la marijuana médicale en
Californie.
Un petit tour de passe-passe, répandu dans
l’État, qui pourrait devenir désuet le 2
novembre prochain, quand les électeurs se
prononceront sur la légalisation complète
et la taxation de la marijuana – premier effort
sérieux sur la question aux États-Unis.
M. Wright (nom fictif), graphiste qui habite Los
Angeles, estime qu’il est grand temps que l’État
cesse de « jouer à l’autruche » au
sujet du cannabis.
« Je ne dis pas que le cannabis est bon pour la
santé. Mais ce n’est pas pire que l’alcool. Je
crois que le produit devrait être vendu et
taxé. L’État a besoin de revenus. »
Les militants en faveur de la légalisation ont
récolté plus de 680 000 signatures l’an
dernier pour appuyer la tenue du vote. Maintenant, ils
lancent une campagne de sensibilisation qui mise sur le
thème de l’heure: la crise économique.
Dale Clare, porte-parole de la campagne «
Contrôler et taxer le cannabis », note que
l’État ferait des économies en cessant
d’arrêter et de détenir les consommateurs
de marijuana.
« Le cannabis est déjà la plante la
plus lucrative cultivée en Californie. Nous
voulons que l’État puisse toucher sa part.
»
Une
étude du Board of Equalization, instance
chargée de percevoir les impôts en
Californie, montre que l’État toucherait 1,4
milliard de dollars annuellement en taxes sur la
marijuana. La Californie se dirige vers un
déficit de 20 milliards en 2010.
La nouvelle loi autoriserait les personnes de 21 ans et
plus à posséder une once de marijuana et
à en faire la culture pour leur consommation
personnelle. La consommation en public serait interdite.
Le cannabis serait essentiellement traité comme
l’alcool.
L’initiative prévoit un durcissement des peines
pour les adultes qui vendraient de la marijuana aux
mineurs, ou qui consommeraient la drogue près des
écoles. La proposition offre aussi la
possibilité à certaines villes de choisir
d’interdire la vente de cannabis sur leur territoire.
Ouvrir la voie
La légalisation du cannabis nuirait aux groupes
qui gèrent l’entrée massive des drogues
aux États-Unis. Récemment, un
représentant mexicain a confié au Wall
Street Journal que la marijuana était « Je
ne dis pas que le cannabis est bon pour la santé.
Mais ce n’est pas pire que l’alcool. Je crois que le
produit devrait être vendu et taxé.
L’État a besoin de revenus. » responsable
de 50% des revenus des groupes criminels, qui oscillent
entre 30 et 40 milliards annuellement.
Plusieurs groupes représentant les forces de
l’ordre comptent faire campagne contre la
légalisation. Le groupe Parents contre les
vendeurs de drogue s’oppose aussi à la
légalisation de la marijuana. « Les
déficits budgétaires ne justifient pas la
légalisation du cannabis, note le groupe.
L’avenir de nos enfants est plus important que cela
», souligne le groupe.
Le dernier sondage sur la question,
réalisé par la firme Pew en avril 2009,
montre que 56% des Californiens sont en faveur de la
légalisation.
C’est le cas du politologue conservateur John J. DiIulio
fils, ex-directeur du programme de la foi mis sur pied
par George W. Bush. Dans une récente lettre
ouverte, M. DiIulio appelle les électeurs
à légaliser le cannabis.




« L’an dernier, 800 000 personnes ont
été arrêtées au pays pour
possession simple de marijuana, ce qui a eu un impact
à peu près nul sur la
sécurité du public. Il n’y a aucune preuve
convaincante voulant que le cannabis soit plus dangereux
que l’alcool », conclut-il.
« LESMENTALITÉSONTCHANGÉ »
- Nicolas Bérubé
Ethan
Nadelmann est le fondateur de la Drug Policy Alliance,
organisation que finance le milliardaire George Soros et
qui propose une réforme sur la prohibition des
drogues. La Presse l’a interviewé.
QComment percevez-vous le référendum sur
la légalisation de la marijuana en Californie,
qui aura lieu à l’automne? R C’est une excellente
nouvelle. Mon équipe a d’ailleurs
participé à la rédaction de
certains documents du projet. Le fait que cette question
sera posée aux électeurs de l’État
le plus populeux des États-Unis montre bien que
les gens sont de plus en plus à l’aise avec
l’idée de taxer et de contrôler la vente du
cannabis, plutôt que de laisser les groupes
criminels faire des profits.
PHOTO
JUSTIN SULLIVAN GETTY IMAGES
QPensez-vous que le projet a des chances d’être
approuvé par l’électorat ? R Difficile
à dire. Les derniers sondages placent le vote en
faveur de la légalisation à environ 50 ou
55%. C’est beaucoup plus que dans les dernières
années, mais je ne sais pas si ce sera assez.
Bien des gens seront nerveux avant le vote, et
décideront de voter non. Je crois que ça
va être serré.
QVous
étudiez la prohibition des drogues depuis plus de
20 ans. Quel regard portez-vous sur l’évolution
du débat au fil des ans? R J’ai commencé
à m’engager à la fin des années 80,
au point culminant de la « guerre contre les
drogues » menée par la Maison-Blanche.
Depuis ce temps, les mentalités ont
changé. Les gens réalisent que la
prohibition coûte extrêmement cher, et que
les drogues sont toujours aussi disponibles. Il y a un
effet de lassitude. Bien des gens sont prêts
à essayer une autre approche. Je crois que la
légalisation de la marijuana à des fins
médicales en Californie et ailleurs a
changé la donne. Avant, les consommateurs
étaient des jeunes aux cheveux longs. Maintenant,
des adultes fument pour diverses raisons. Le cannabis
n’est plus vu comme un trip de jeunesse. Enfin, la crise
économique a aussi un impact. Le marché du
cannabis rapporte des milliards chaque année,
mais le gouvernement ne touche pas un sou. Au moment
où les villes et les États font des
déficits records, la question devient
d’actualité.
QAux yeux du gouvernement fédéral, la
marijuana est illégale. Comment réagirait
Washington si la Californie devait en légaliser
la consommation? R L’administration Obama aurait
à prendre une décision. Le
département de la Justice devrait prendre
position. Je crois qu’il pourrait choisir de ne pas
intervenir. L’an dernier, le ministre de la Justice a
dit qu’il n’interviendrait pas pour faire appliquer les
lois fédérales sur la marijuana
médicale. Dans les faits, ça envoie un
message clair : Washington laisse les États
tracer leur propre voie. Au début des
années 30, ce sont les États qui ont
commencé à légaliser la vente
d’alcool. Une fois cette porte enfoncée,
Washington a mis fin à la prohibition, en 1933.
Il ne faut pas oublier que le gouvernement
fédéral n’a pas les ressources pour
être partout à la fois. Les policiers
municipaux et de l’État représentent 90%
des forces sur le terrain.
QCertaines personnalités publiques, comme Arnold
Schwarzenegger, encouragent à mots couverts le
débat sur la légalisation. Est-ce que cela
vous étonne? R En privé, bien des
policiers et des politiciens me disent qu’ils sont en
faveur de la légalisation et de la taxation. Mais
en public, ils tiennent un discours différent.
Ils ne veulent pas être associés à
la tolérance. Je crois que nous avons fait bien
du chemin dans les dernières années, mais
nous ne sommes pas encore rendus au bout. La
légalisation est encore une idée qui fait
peur, même si la marijuana n’a jamais
été aussi présente.
La chaleur urbaine -
Charles Côté
La
multiplication des centres commerciaux en banlieue, au
détriment de la végétation,
accentue l’effet de la canicule dans ces zones. Ces
véritables « îlots de chaleur »
aggravent les problèmes de santé qui
surviennent durant les jours les plus torrides. Certains
quartiers de Montréal, où règnent
le béton et l’asphalte, ne sont pas à
l’abri de ce phénomène grandissant.
Les centres commerciaux et les parcs industriels qui se
multiplient en banlieue créent de plus en plus
d’îlots de chaleur urbains, selon les plus
récentes images réalisées par le
département de géographie de l’UQAM.
Selon les relevés satellitaires effectués
par l’équipe de l’UQAM, que La Presse a obtenus
en primeur, il peut y avoir des écarts de plus de
15°C entre une zone « fraîche » et
un îlot de chaleur voisin.
Les îlots de chaleur urbains sont un
problème de santé publique grandissant . I
ls surviennent quand la végétation est
remplacée par des constructions ou de l’asphalte.
Ils aggravent les problèmes de santé qui
surgissent lors des vagues de chaleur.
« Si on vit près d’une telle zone, on sent
son influence, affirme James A. Voogt, professeur
à l’Université Western Ontario. La chaleur
se transmet à l’air qui se déplace.
»
De 2005 à 2008, des nouvelles zones de chaleur
intense ont apparu à quatre intersections
d’autoroutes : celle de la 640 et de la 25, à
Terrebonne et Mascouche; celle de la 640 et de la 15,
à Boisbriand; celle de la 30 et de la 15,
à Candiac, et bien sûr celle de la 10 et de
la 30 à Brossard, où est installé
le centre commercial DIX30.
Cependant, dans la région métropolitaine,
c’est l’usine de Bombardier, dans SaintLaurent, qui
s’illustre comme l ’ î lot le plus chaud. Au
moment du relevé de 2008, réalisé
le 5 juillet à 10h25, il faisait 41,9°C sur
les terrains de Bombardier, comparativement à
21,7°C non loin de là; c’est un écart
de plus de 20°C.
Mal conçus, des quartiers résidentiels en
apparence verts peuvent aussi donner chaud à
leurs habitants, ce qui entraîne des
dépenses supplémentaires de climatisation.
Pourtant, quelques détails dans la planification
et les plantations d’arbres peuvent faire toute la
différence, selon le professeur de
géographie Yves Baudouin, qui a
réalisé l’étude de l’UQAM avec ses
étudiants. « On a observé deux
quartiers à peu près du même
âge, un à Ahuntsic et l’autre à
Pointe-Claire, où il y a de grandes
différences de température. À
Pointe-Claire, les rues sont beaucoup trop larges et il
n’y a pas suffisamment d’arbres. »
Vaste problème
La carte
montréalaise des îlots de chaleur urbains
donne l’impression que le problème est trop grand
pour s’y attaquer.
Une équipe d’étudiants en urbanisme de
l’Université McGill a voulu trouver une
façon de cibler les priorités. Ils ont
croisé les relevés satellitaires de l’UQAM
avec les données sur l’âge et le revenu des
habitants. Ils ont constaté que les coups de
chaleur frappent plus durement les enfants et les
personnes âgées, d’autant plus s’ils sont
à faible revenu.
« La Ville devrait se préoccuper du
problème là où il touche vraiment
des gens exposés à des problèmes de
santé, dit l’une des étudiantes, Julia
Lebeveda. S’il y a des personnes seules et
âgées, par exemple. »
Dans un rapport remis en 2007 à la Ville de
Montréal, l’équipe de McGill a
dessiné une carte de la
vulnérabilité aux îlots de chaleur
urbains. Deux quartiers ressortent comme
particulièrement vulnérables:
ParcExtension et Saint-Michel.
En regardant de plus près un secteur de
Saint-Michel, l’équipe de McGill a trouvé
des rues comme la 12e et la 13e entre les rues
ÉmileJournault et Robert, où le risque
lié à l’effet des îlots de chaleur
urbains est extrême. Il n’y a pratiquement pas
d’arbres et le béton, l’asphalte et les toits
goudronnés sont omniprésents. Le fait que
de nombreuses personnes âgées à
faible revenu y vivent en fait une zone où une
intervention serait prioritaire, selon eux. Comme casser
l’asphalte et planter des arbres.
Nécessaire verdissement
« Nous recomma ndons d’augmenter la
végétation et de réduire les
surfaces noires, dit Chen F. Chan, étudiant
à McGill. Les rues à SaintMichel sont trop
larges. En réduisant les surfaces, on peut en
plus économiser en déneigement l’hiver.
»
Clément Charrette, conseiller en
aménagement de l’arrondissement de Saint-Michel,
affirme que le pouvoir d’intervention de la Ville
« est limité pour ce qui est
déjà construit ». « Cependant,
dans nos projets, on s’assure qu’on a un plan
d’intégration et d’implantation architecturale
qui intègre des éléments pour
contrer la chaleur. » Cela vaut aussi pour
l’ancienne carrière Francon, où un autre
centre commercial doit être construit. « Ils
ont l’obligation de présenter un projet de
développement durable et d’augmenter le
verdissement », dit-il.
La Ville de Montréal travaille à un Plan
de verdissement et continue ses plantations d’arbres :
il y en a eu 10 000 en 2008. La Soverdi, organisme qui
collabore avec la Ville, en a cependant planté
beaucoup moins en 2008: 600 au lieu de 6000. « On
n’a pas eu de grands espaces pour planter, dit Pierre
Bélec, de la Soverdi. Par contre, le programme de
verdissement des ruelles a vraiment pris son envol. On
en a fait une quinzaine et on devrait atteindre la
trentaine. »
Les actions de la Ville de Montréal, bien que
nombreuses, manquent d’envergure, dit Coralie Deny, du
Conseil régional de l’environnement de
Montréal. « À Montréal, on
doit mettre l’accent sur les stationnements "frais",
dit-elle. Il faudrait un règlement pour les
nouveaux stationnements. Pour les existants, c’est
déjà plus compliqué, mais il y a
des choses à faire. »
Le cardiologue qui plante des arbres
Les
problèmes de santé causés par les
coups de chaleur sont loin d’être anodins,
soutient le Dr François Reeves, cardiologue
à la Cité de la santé, à
Laval
Le Dr Reeves est resté marqué par les
décès causés par la vague de
chaleur en Europe en 2003. « Il y a eu 15 000
morts juste dans la région parisienne, dit-il.
J’étais sur place à ce moment là.
Et 72% de ces morts étaient d’origine
cardiovasculaires. Je me suis dit : ce sont mes
patients qui meurent ! »
Il explique qu’un coup de chaleur induit un
état inflammatoire
généralisé. « Il y a des
protéines néfastes qui se mettent
à circuler et ça déclenche des
arythmies et des infarctus », dit-il.
Il
ajoute que des recherches récentes ont
prouvé que, de plus, la chaleur rend la
pollution plus toxique. « Les particules
ultrafines de pollution causent plus de dommages au
coeur quand la température augmente »,
dit-il. Les gaz d’échappement sont la
principale source de cette pollution.
« Quand on commence à avoir des
données aussi brutales, on ne peut plus
détourner le regard, dit le Dr Reeves. Il faut
faire de la prévention. »
Au cours des dernières années, il a pris
ce dossier à coeur, d’abord en y consacrant
plusieurs pages dans son livre Prévenir
l’infarctus ou y survivre, puis en agissant
directement dans son milieu. « En septembre
2008, on a organisé notre première
journée de l’arbre, dans le cadre de la Semaine
de la santé, dit-il. On a planté 400
arbres, dont 200 sur les terrains de l’hôpital.
Les arbres sont nos meilleurs alliés pour
combattre la pollution et réduire la chaleur.
»
Il travaille maintenant à la création
d’une chaire de cardiologie environnementale à
la faculté de médecine de
l’Université de Montréal.
QUARTIERS CHAUDS ET NUITS CHAUDES
La
vague de chaleur qui a fait 700 morts à
Chicago en 1995 a fait ressortir un
phénomène étonnant: le risque
de mourir d’un coup de chaleur est plus grand dans
les quartiers « chauds », au sens
criminel du terme. Dans ces quartiers, où
se concentrent des personnes pauvres
privées de climatisation, on a peur
d’ouvrir ses fenêtres la nuit. À
Montréal, tous ces facteurs sont
réunis dans Saint-Michel, un quartier
où se trouvent des zones à «
risque extrême » d’effets
néfastes des îlots de chaleur
urbains, selon une étude de la
faculté d’urbanisme de l’Université
McGill. Selon Fernand Landreville, responsable du
plan d’urgence de l’arrondissement de
Saint-Michel, les îlots de chaleur ont
été repérés. «
On a produit une carte en grand format. Les
services sociaux ont le nom des gens qui sont
susceptibles d’être sensibles aux vagues de
chaleur. »
LE VERDISSEMENT DE BALTIMORE
Doubler la surface forestière en 30
ans, pour la faire passer à 40%, c’est
l’objectif que s’est fixé en 2003 Baltimore,
au Maryland, une ville de 630 000 habitants au sein
d’une agglomération qui en compte 2,6
millions. Pour ce faire, toutes sortes d’initiatives
ont été lancées, dont un site
web qui permet de calculer la valeur de chaque
service rendu par un arbre. Ainsi, à
Baltimore, un chêne rouge de 30
centimètres rapporterait 133$ à son
propriétaire. À consulter au
www.trees.maryland.gov/calculator.asp
DES ACTIONS CONTRE LACHALEUR URBAINE
Selon Coralie Deny, du Conseil régional de
l’environnement de Montréal, on peut faire
plusieurs choses pour lutter contre les effets
néfastes des îlots de chaleur.
ARRACHER L’ASPHALTE «
Si
les gens veulent aller plus loin, dans les quartiers
plus denses, ils peuvent enlever l’asphalte entre le
trottoir et la résidence, par exemple, et
faire des plantations.
PLANTER DES ARBRES
C’est le meilleur outil contre les îlots de
chaleur. Et en plus, ils réduisent la
pollution de l’air.
CHANGER LES TOITURES
On doit
favoriser les toits blancs, soit une membrane blanche ou
du gravier blanc. Ça coûte un peu plus cher,
mais ça dure plus longtemps, selon les fabricants.

LES PLANTES GRIMPANTES
C’est un
mythe qu’elles abîment les murs. Au contraire, elles
les protègent des rayons du soleil et cela
réduit les écarts de température que
le mur doit subir.

Les jours torrides se prolongent
- Martin Croteau
Après s’être fait attendre pendant des
semaines, le premier épisode de chaleur de
l’été se prolonge. La température a
oscillé autour de 30° C durant tout le
week-end et le temps chaud se poursuivra aujourd’hui.
PHOTO BERNARD BRAULT,
LA PRESSE
Environnement
Canada a prolongé l’avertissement de smog en
vigueur depuis vendredi et mis en garde les personnes
souffrant de problèmes respiratoires.
L’organisme recommande de limiter l’exercice à
l’extérieur
Pendant qu’un soleil de plomb tombait sur la
métropole, hier après-midi , le complexe
aquatique du parc Jean-Drapeau vivait l’une des ses plus
grosses journées de l’année. Pas moins de
5000 personnes ont franchi ses tourniquets dans la seule
j ournée d’hier. Samedi , 5500 baigneurs y
avaient fait trempette.
« Si vous ne nous montrez pas votre maillot de
bain, vous n’entrez pas », a scandé un
employé de la piscine aux dizaines de personnes
qui faisaient la queue à l’extérieur du
complexe.
La raison: l’administration voulait éviter que
des parents accompagnent leurs enfants à la
piscine sans se baigner. Elle souhaitait permettre
à un maximum de baigneurs d’entrer dans le
complexe. D’ai l leurs, a indiqué un
employé, certains parents se sont
déjà jetés à l’eau tout
habillés dans le passé.
Chaleur bienvenue
Les passants rencontrés hier n’étaient
absolument pas incommodés par la grande chaleur,
bien au contraire.
« Je suis arrivé à Montréal
fin juin et c’est vrai que le début de
l’été n’a pas été l’extase,
a indiqué Adrien Dedeyan, un étudiant
français qui vient de terminer un stage
d’été. Je repars mercredi et je vais avoir
un bon souvenir de Montréal. »
N’empêche, les parcs et les terrasses
étaient moins fréquentés
qu’à l’habitude, comme c’était le cas
samedi. Au St-Ciboire, rue SaintDenis, quelques clients
profitaient d’une bière au soleil, mais sans
plus.
La température ressentie par les
Montréalais a atteint 36° avec le facteur
humidex, selon Environnement Canada. La
météorologue Michèle Fleury
s’attend à des températures encore plus
torrides aujourd’hui. Tellement que son organisme a
lancé un avertissement de chaleur et
d’humidité accablantes pour le Grand
Montréal et pour Laval.
Smog
« Les températures vont être encore
plus chaudes et ça va rester humide, explique la
météorologue. On a un maximum prévu
de 32° à Montréal, mais la sensation
devrait être de 40° avec l’humidité.
»
Environnement Canada a en outre prolongé
l’avertissement de smog en vigueur depuis vendredi et
mis en garde les personnes souffrant de problèmes
respiratoires. L’organisme recommande de limiter
l’exercice à l’extérieur.
La raison de ce nouvel avertissement : la masse d’air
chaud stagne et les vents du sud-ouest transportent chez
nous des polluants venus de l’Ontario et des
États-Unis.
Pour la troisième journée de suite,
l’indice de la qualité de l’air était
d’ailleurs considéré comme « mauvais
» au centre de Montréal, selon le
Réseau de surveillance de la qualité de
l’air.
Les températures resteront élevées
jusqu’à demain en fin de journée,
lorsqu’une masse d’air froid souff lera sur le sud-ouest
du Québec. Elle sera accompagnée de
quelques averses, mais sans plus. Le beau temps devrait
durer encore quelques jours, selon Environnement Canada.
DES CITOYENS EN ONT MARRE DU BRUIT -
Éric Clément
Festivals à répétition, concerts en
plein air, feux d’artifice hebdomadaires, courses
automobiles, défilés, zone piétonne
avec bars, clubs et terrasses. Montréal
l’épicurienne s’amuse… bruyamment. Tellement, que
des citoyens s’en plaignent jusque sur la R
« Ce n’est plus une, mais deux longues fins de
semaine de festivités gaies qu’il nous faut
endurer. Durant ce temps, ma maison est inhabitable. On
peut mesurer le bruit dans mes murs sur l’échelle
de Richter. »
Les citoyens de Montréal sont habitués aux
bruits de la ville, mais pour ceux qui vivent à
proximité des spectacles extérieurs ou des
bars, la fête des autres peut devenir un enfer.
Dans le
secteur du Quartier des spectacles, les résidants
en ont pris leur parti. Ils sont conscients qu’ils
résident dans une zone où le bruit fait
partie du paysage. Et à partir du quartier de la
Place des Arts, avec ses grands immeubles, le son se
propage moins loin que pour une aire ouverte, comme au
parc Jean-Drapeau, par exemple. Chez Spectra, la
porte-parole Marie-Ève Boisvert dit que le
système de son du Festival international de jazz
ou des FrancoFolies commence à ba i sser
après 100 pieds. De plus, si les hautparleurs
sont plus puissants qu’il y a 20 ans, leur grosseur et
leur nombre ont été réduits. Du
coup, les spectacles ne sont pas plus bruyants qu’avant,
selon elle, et le son est mieux dispersé.
Mais dans le quartier gai, la situation est
différente. Des citoyens ont même
formé un comité pour se plaindre du bruit
des bars de la rue SainteCatherine et des spectacles du
parc Émilie-Gamelin. « Ce n’est plus une,
mais deu x l ongues f i ns de semaine de
festivités gaies qu’il nous faut endurer, dit pa
r exemple Pier re Wroblewski, résidant de la rue
Panet. Durant ce temps, ma maison est inhabitable. Je
dis bien INHABITABLE! On peut mesurer le bruit dans mes
murs sur l’échelle de Richter. Depuis quatre ans,
j ’appelle
des
amis et je vis chez eux pendant six jours, le temps
que ça passe. »
« C’est un problème de santé
publique dans le quartier », ajoute
Geneviève Rollin, une autre résidante.
Depuis l’an dernier, un règlement sur le bruit
a été adopté par Ville-Marie.
« On essaie de faire appliquer le
règlement sans grand succès, dit
Gérard Paquette, citoyen de l’arrondissement.
Le commandant Gagnon du PDQ 22 refuse d’appliquer ce
règlement car il est favorable à une
certaine tolérance. » Invité
à commenter, le Service de police n’a pas
rappelé.
Patrick Leclerc a fondé le Regroupement
québécois contre le bruit il y a trois
ans. Plus de 1000 personnes en sont membres. Selon
lui, les citoyens sont plus irrités qu’avant
par le bruit. « Il a augmenté partout,
dit-il. Dans les rues et dans les commerces. Dans les
cinémas, le bruit atteint 100 décibels.
C’est beaucoup trop fort. »
Le
bruit a des effets sur la santé, dit Patrick
Leclerc. « Les gens deviennent pratiquement
sourds et on augmente le volume. Si on faisait un
sondage sur le nombre de personnes
dérangées par la pollution sonore, on
serait surpris du résultat. Il faut une
réglementation sur la quantité de
décibels permis pendant les spectacles. Il y a
un problème de calibrage des aigus et des
basses extrêmes. Il faut que Québec
légifère là-dessus. »
Politique du bruit
Une politique sur le bruit pourrait voir le jour.
Réagissant à l’inquiétude des
citoyens et des membres du corps médical,
l’exministre de la Santé, Philippe Couillard, a
demandé, il y a trois ans, un avis à
l’Institut national de la santé publique.
L’avis sera transmis au nouveau ministre cet automne,
dit le Dr Maurice Poulin, responsable de
l’unité santé au travail à
l’Institut national de santé publique.
« L’avis dira s’il est pertinent d’avoir une
politique sur le bruit, dit le Dr Poulin. On est en
train de développer ça. On a des
difficultés car, sur le bruit, il n’y a pas
beaucoup de ressources au Québec. L’avis aura
plusieurs chapitres sur la définition du bruit,
les mesures, ses effets sur la santé et le
portrait législatif. On regarde
également si on peut chiffrer les coûts
engendrés par la pollution sonore. Des
recommandations seront faites au ministre. »
Des sons qui voyagent loin
« Il y a un nombre d’événements
trop important au parc Jean-Drapeau. Il faudrait
qu’il y ait une rotation des lieux. »
Des citoyens de la Rive-Sud sont
excédés par le bruit en provenance du
parc Jean-Drapeau et de ses nombreux spectacles de
musique. Martin Lafond coordonne le mouvement de
protestation à Saint-Lambert. «
J’habite rue Merton depuis 2007 et les spectacles du
parc Jean-Drapeau, toutes les fins de semaine, entre
sept et neuf heures de musique par jour,
jusqu’à 23h, c’est insupportable. Depuis mai,
c’est infernal. Et ça dure jusqu’en octobre.
»
Selon Patrick Leclerc, du Regroupement
québécois contre le bruit, « il
y a un nombre d’événements trop
important au parc Jean-Drapeau ». « Il
faudrait qu’il y ait une rotation des lieux »,
dit-il.
M. Lafond dit qu’en six mois, c’est 376 heures de
bruit, l’équivalent de 250 spectacles de
1h30. « Notre sommeil est troublé,
celui des enfants aussi. Impossible de profiter de
nos congés en paix, de dormir la
fenêtre ouverte, et même fermée !
» écrit-il dans un tract
distribué à Saint-Lambert.
Un site internet, silencestlambert. ca, a
été créé. M. Lafond
réclame moins de spectacles à
Jean-Drapeau ou la création d’un « mur
du son » aux frais de la Ville de
Montréal. Mais les demandes d’aide qu’il a
présentées aux administrations de
SaintLambert et de Montréal n’ont rien
donné. Du coup, il a déposé une
plainte à l’ombudsman de Montréal, Me
Johanne Savard, qui a demandé à la
Société du parc Jean-Drapeau
d’effectuer des tests de bruit. Certains ont eu lieu
la fin de semaine dernière durant les
spectacles d’Osheaga. D’autres auront lieu dans
quelques jours.
Aller au Stade?
Une possibilité serait de
déménager des spectacles hors de
l’île. Le Stade olympique est
évoqué. La Régie des
installations olympiques est ouverte à
accueillir les spectacles les plus bruyants. Mais
c’est le choix des promoteurs, dit Sylvie Bastien,
porte-parole de la RIO. Myriam Vallée, du
Groupe Spectacles Gillett, qui organisait Osheaga,
dit que ces spectacles s’adressent à une
clientèle qui aime être à
l’extérieur.
À la Société du parc
JeanDrapeau, le directeur général,
ChristianOuellet, est conscient que le voisinage du
parc « est exposé », mais le
mandat de la société est d’animer ce
parc et de générer des profits,
dit-il. Il a une entente de cinq ans avec des
promoteurs et compte bien l’honorer. « On
essaie de bien diriger nos systèmes de son
», dit-il. Mais il n’y a pas de limite de
décibels dans le parc. « C’est
l’ombudsman qui va nous dire si c’est acceptable ou
pas, ditil. Si la Ville de Montréal
décide de modifier la programmation, on le
fera, mais on n’en est pas là. »
« S’il y a une trop grande concentration au
parc JeanDrapeau, il faut regarder ça, dit le
maire de Ville-Marie, Benoit Labonté. Les
citoyens sont capables de vivre avec des
événements ponctuels, mais si c’est
récurrent au mépris des droits des
citoyens, il faudrait réévaluer
ça. S’il y a d’autres options, comme le Stade
olympique, ça mérite d’être
étudié. »
Le conseiller municipal Marcel Tremblay, responsable
du parc Jean-Drapeau, n’a pas rappelé La Pres
se. Son porte-parole, Darren Becker, dit que «
la Ville n’a pas l’intention de
déménager les spectacles du parc
».
LES IMPACTS SUR LA SANTÉ
Le coeur
Selon une méta-analyse allemande, le
risque d’hypertension augmente
généralement à partir de 60
décibels dans le cas du bruit des avions,
et de 65 ou 70 décibels pour celui des
autoroutes. Le risque d’infarctus augmente de
10% à 20% entre 70 et 75 décibels,
et de 50% à 75% entre 75 et 80
décibels, selon le nombre d’années
de vie près d’une autoroute, dit une
étude berlinoise.
Le sommeil
Le bruit retarde le sommeil, le rend plus
léger, augmente les mouvements nocturnes
et le nombre d’éveils et donne
généralement une impression
d’avoir mal dormi qui affecte l’humeur, selon
une métaanalyse hollandaise ayant
recensé une demi-douzaine
d’études. Le Conseil sur la santé
des Pays-Bas a calculé que le nombre
d’éveils moyens passait d’une dizaine
à plus de 300 par année quand le
niveau de bruit passait de 40 à 55
décibels.
L’école
Les enfants qui vont à l’école
près d’un aéroport peuvent
accumuler un an de retard dans l’apprentissage
de la lecture, selon une étude
européenne. Les auteurs recommandent que
les salles de classe situées près
des aéroports reçoivent un
isolement acoustique et ils suggèrent
qu’on évite de construire d’autres
écoles dans ces endroits.
Le stress
Le bruit du trafic aérien est plus
dérangeant que celui des voitures, et
celui des trains est le moins stressant, selon
une étude des Pays-Bas. À 70
décibels, le niveau de bruit d’un grand
boulevard, entre 30% et 55% des gens sont
très stressés par le bruit d’un
avion, contre 20% à 30% par le bruit des
voitures et 13 à 17% par le bruit du
train.
INFRACTION AUX DÉCIBELS
Règlements
Les arrondissements montréalais ont des
règlements sur le bruit. Ville-Marie a
donné des dents au sien, l’an dernier.
Des amendes de 1000$ à 12 000$ sont
prévues pour chaque infraction. Un an
après son entrée en vigueur, 15
constats d’infraction à ce
règlement ont été
émis: 14 pour des entreprises, 1 pour
un particulier. L’ombudsman de Montréal
considère que le « modèle
de Ville-Marie est à suivre en
matière de gestion de bruit ».
Outremont
Outremont a défini le niveau maximum de
bruit toléré pour des
soirées privées dans un local :
98 décibels. Et de 70 décibels
pour un commerce.
Inspecteurs
Il y a seulement deux inspecteurs de la ville
centre sur le bruit pour la Ville de
Montréal. Ils relèvent du
PlateauMont-Roya l . Ma i s l ’arrondissement
de Ville-Marie a pris l’initiative d’engager
son propre technicien sur le bruit l’an
dernier.
Ombudsman

L’ombudsman de Montréal a reçu
32 demandes d’enquêtes sur le bruit en
2006, 42 en 2007 et 54 en 2008. En 2008, 12
demandes concernaient le bruit dans le
PlateauMont-Royal et 10 dans Ville-Marie.
Victor Hugo disait que « la musique,
c’est du bruit qui pense ». Mais la
musique a changé depuis le XIXe
siècle…
Prendre la mesure sonore d’un
événement
C’est lafirmeDécibelsConsultants qui a
mesuré en fin de semaine l’impact sonore
des concerts d’Osheaga pour un citoyen de
Longueuil.
Pour mesurer le bruit
à un endroit donné, les
spécialistes utilisent un
sonomètre.
Gilles Leroux, directeur technique de
Décibels Consultants, explique comment il
procède. « On installe un
sonomètre intégrateur le plus
près possible du spectacle, pour avoir un
point de référence, dit-il.
L’appareil a une horloge interne qui permet de
comparer minute par minute le bruit
généré sur place et le bruit
enregistré à la résidence du
plaignant. On saura donc si ce qui est reçu
est le même bruit que celui du site. »
La mesure a duré deux jours afin
d’enregistrer aussi tous les bruits ambiants
près de la résidence du citoyen de
Longueuil, que ce soit le bruit de la route 132,
celui provenant du pont Jacques-Cartier ou du
boulevard Taschereau.
À la demande de l’ombudsman, la firme va se
rendre à Saint-Lambert demain pendant le
pique-nique électronique du parc
Jean-Drapeau, de 14h et 23h. Elle remettra ensuite
son rapport à l’ombudsman. « On
conclura si ça s’entend et on dira de
combien », dit M. Leroux.
« Le bruit peut atteindre 140
décibels en milieu industriel, dit-il.
C’est quasiment le bruit en arrière d’un
747. Les bruits de voisinage, c’est autour de 50
décibels. Face aux haut-parleurs, sur la
scène, ça peut être 110-115 et
le bruit s’atténue de 6 décibels
chaque fois qu’on double la distance de mesure.
Par exemple, si à 300 m, je mesure 100
décibels, à 600 m, ça va
être 94 décibels, etc. »
M. Leroux dit que l’irritant est souvent dû
aux basses fréquences des spectacles qui se
propagent facilement et ne sont pas
bloquées par la fenestration. «
Ça peut même vibrer à
l’intérieur des maisons », dit M.
Leroux.
Dimanche silencieux à Granby
La Ville
de Granby doit bientôt adopter un règlement
qui interdira tout bruit excessif le dimanche, une
mesure qui vise surtout les activités de
construction.
« On veut donner au moins une journée de
quiétude aux citoyens », affirme le maire
Richard Goulet.
Le règlement actuel interdit les travaux bruyants
la nuit, tous les jours de la semaine. L’avis de motion
déposé le 10 juillet proscrira aussi
« d’exécuter des t ravaux susceptibles de
faire du bruit de façon à nuire à
la paix, à la tranquillité et au
bien-être [...] du voisinage » en tout temps
le dimanche.
La motion doit être adoptée à la
prochaine séance du conseil, le 24 août.
«
Ce qu’on veut surtout empêcher, c’est la
construction, les scies à chaîne et les
marteaux-piqueurs le dimanche, précise M. Goulet.
La construction du matin au soir, le week-end, il faut y
mettre un frein. »
Fendre le bois, tondre le gazon, faire de la soudure et
des travaux de menuiserie et de débosselage
resteront des activités permises durant le jour,
même le dimanche.
La modification apportée au règlement
découle de plaintes de citoyens. Le
dépôt d’une plainte par un voisin sera
aussi nécessaire pour qu’il y ait amende ou
avertissement.
La mesure ne fait pas que des heureux. Entrepreneur en
excavation, le Granbyen Sébastien Ouellet juge
que le projet de règlement est « ridicule
» et qu’il « va trop loin ».
« Ça ne tient pas debout, il y a des gens
qui travaillent le week-end ! dit M. Ouellet. Et s’il
pleut le samedi, ils devront tout remettre à la
semaine suivante. Déjà que
l’été ne dure pas longtemps au
Québec... »
Bruyant… à la campagne!
- Francine Bastien
J’ai
lu avec intérêt le dossier sur le bruit
du journaliste Éric Clément dans La
Presse de samedi dernier. J’ai beaucoup de sympathie
pour les résidants qui doivent renoncer
à vivre chez eux dans un minimum de
sérénité une fois
l’été venu. Évidemment, les
festivals bruyants, ça rapporte et ça
passe en premier. Les citoyens et leur droit
à la paix? Qu’estce que c’est que ça?
Je me permets de porter à votre attention une
situation qui, quoique différente, pose les
mêmes questions de respect du droit à
la quiétude.
J’habite à la campagne, un endroit
isolé, que j’ai choisi
précisément parce que le silence en
est une composante essentielle. Or, depuis quelques
mois, une compagnie de chemin de fer a
décidé que ses trains, qui ont
toujours circulé le jour, devaient circuler
la nuit question d’augmenter le chiffre d’affaires.
Si bien que vers 1h et 4h la nuit, deux trains
passent à proximité en s’assurant de
siffler au moins trois fois à chaque passage
à niveau. Il y a quatre passages à
niveau dans mon village!
Le train circule dans plusieurs municipal
ités des Cantons-de-l’Est entre Farnham et la
frontière américaine. Des milliers de
personnes ne dorment plus la nuit. Et que font les
municipalités? Certaines adoptent des
résolutions qui, aumoins, tiennent compte des
centaines de plaintes de citoyens dont la vie est
sérieusement perturbée par le bruit.
Que fait la compagnie de chemin de fer? Elle
continue de faire circuler ses trains la nuit comme
si de rien n’était.
Il semble donc qu’il soit de plus en plus difficile,
sinon impossible, d’échapper à la
pollution sonore pourtant tout aussi
délétère que la pollution de
l’air. Le simple fait qu’aucune présomption
ne pèse contre le pollueur et qu’il
appartienne au citoyen, qui ne dérange
personne par son silence, de prouver par maintes
expertises, souvent coûteuses, que le bruit
existe, en dit long sur les priorités de
notre société. Et que dire encore de
ces enfants qui apprennent en bas âge à
crier plus fort que les autres et à qui les
parents répondent en criant encore plus fort
à leur tour… Le chemin vers le respect du
silence sera long!
Les prévisions «
alarmistes » irritent les entreprises de
loisirs - Martin Croteau
es
entreprises touristiques n’attribuent plus seulement
à la météo la baisse
d’achalandage qu’elles subissent depuis le
début de l’été : elles montrent
aussi du doigt les météorologues, dont
elles dénoncent les prévisions trop
« alarmistes ».
PHOTO ALAIN DION,
LA VOIX DE L’EST
Jour demétéo
clémente (une fois n’est pas coutume) au
parc aquatique de Bromont.
Christian Dufour sait fort bien que les
météorologues ne font pas la pluie et
le beau temps, qu’ils ne font que l’annoncer.
Seulement, le directeur de l’expérience
client à Mont Saint-Sauveur et à
MontAvila constate que sa clientèle fond
comme neige au soleil chaque fois que les bulletins
prévoient de la pluie. Et ce, même s’il
ne pleut pas.
« Une journée où ils annoncent
des averses et qu’il fait soleil, les gens se sont
déjà mis dans la tête qu’il
allait pleuvoir, dit-il. On perd beaucoup de
clientèle en raison de prévisions qui
sont souvent imprécises. »
Le mois dernier, M. Dufour a compté quatre
journées consécutives où les
bulletins météo prévoyaient des
averses, et durant lesquelles le parc aquatique de
Mont Saint-Sauveur n’a pas reçu une goutte de
pluie. Il calcule que ces prévisions
erronées ont coûté une fortune
à son établissement.
« Une journée comme celle-là, on
perd au moins 1000 visiteurs, a-t-il
déploré. Les gens se
réveillent, ils apprennent que le temps est
incertain, alors ils décident d’annuler leur
sortie. »
Le Mont Saint-Sauveur n’est pas seul à
grogner. Le parc aquatique de Bromont et le Village
Vacances Valcartier se disent aussi
pénalisés par des prévisions
météo trop pessimistes. Si bien que
ces entreprises, avec la Société des
attractions touristiques du Québec (SATQ),
ont entrepris l’an dernier des démarches pour
inciter les diffuseurs à être moins
« alarmistes ».
« Le gros problème, c’est
l’imprécision des prévisions
météorologiques, constate Pierre-Paul
Leduc, directeur de la SATQ. Bien souvent, ce qui
est annoncé par la météo, ce
n’est pas vraiment ce qu’on a. »
Or, poursuit-il, les Québécois sont
très sensibles aux prédictions des
météorologues. Plusieurs choisiront
d’annuler une sortie à l’extérieur
s’ils aperçoivent un pictogramme montrant un
nuage gris à la télévision.
« Ça influence beaucoup leur
comportement, affirme M. Leduc. On se rend compte
que les stationnements des parcs aquatiques sont
vides même si la météo est
beaucoup plus belle que ce qui était
annoncé. »
« On ne veut pas faire croire aux gens qu’il
fait beau alors qu’il pleut à boire debout,
renchérit Christian Dufour. Mais au moins,
s’ils n’annoncent que 40% de probabilités
d’averses, ils devraient plutôt annoncer qu’il
y a 60% de chances qu’il ne pleuvra pas. »
Tirer sur le messager ?
Après un mois de juillet exécrable,
pendant lequel Montréal a établi un
record pour le plus bas nombre d’heures
d’ensoleillement, les entreprises ont toutes les
raisons de râler contre la
météo. Mais tirent-elles sur le
messager en montrant du doigt les
météorologues ?
Le chefduservicedes opérations
météo au réseau
MétéoMédia, Martin
Bélanger, concède que les
prévisions sont beaucoup plus difficiles
à établir en été.
« Dans le cas des précipitations de
neige, on a affaire à des zones de
précipitations élargies, a-t-il
indiqué. C’est plus facile de faire le suivi.
En été, la nature des
précipitations est différente. Au lieu
d’avoir des bandes de précipitations
très vastes, on a des cellules d’averses et
des orages isolés. »
C’est pourquoi M. Bélanger suggère aux
vacanciers de consulter les sites et bulletins
météo aussi souvent que possible pour
connaître les prévisions les plus
récentes, donc les plus précises. Les
météorologues, ajoute-t-il, ne font
qu’annoncer le fruit de leurs calculs.
« Notre travail, c’est d’informer la
population, a souligné M. Bélanger. On
laisse aux gens le soin de choisir leurs
activités. »
Sale temps, auditoires records - Louise
Leduc
Ce n
’ e st pa s un s a l e temps pour tout le monde.
MétéoMédia, en tout cas,
obtient des auditoires records. Le mois dernier, le
trafic a explosé sur son site internet. Pas
moins de 14 millions de pages de plus qu’en juillet
2008 ont été lues.
« Les gens voient bien que la
météo est très instable et ils
regardent manifestement le site plusieurs fois par
jour, a expliqué Bertrand Leduc, directeur
des ventes chez MétéoMédia. Ce
n’est pas parce que je travaille là, mais,
moi-même, quand j’étais en vacances,
j’allais sur le site à tout bout de champ
avant de planifier une activité. »
M.
Leduc se dit très au fait du débat en
cours. Oui, les propriétaires de terrains de
golf ou de glissades d’eau voient d’un mauvais oeil
les mentions de probabilités de
précipitations. M. Leduc fait valoir que les
gens doivent vraiment s’arrêter afin de mieux
interpréter tout cela.
À la télévision, les gens ont
les prévisions pour leur région. S’ils
vont quelque part, c’est au site internet qu’ils
doivent se référer. « Nous
couvrons quelque 200 localités et,
franchement, on ne se trompe pas beaucoup. »
J’ai besoin de mes quotidiens
Tous mes sens
sont interpellés lors de la lecture, je suis
imprégnée de leur odeur, de leurs idées
L’auteure réside à Jonquière.
Les
journaux et revues sont des produits culturels
indispensables. Devrons-nous les sacrifier sur l’autel de
l’information rapide ? s’interroge Marthe Vaillancourt,
adepte de l’information papier.
Il y a des nuits où le sommeil est plus difficile,
alors je me tourne vers la radio, ma compagne d’insomnie. Il y
a quelques semaines, j ’ai entendu un animateur, dont j’oublie
le nom, discuter avec grandiloquence de la fin de
l’information papier. À tel point, dit-il, qu’à
Detroit, un certain journal ne sera publié
dorénavant que trois jours par semaine. Même la
France est touchée, et on entend M. Sarkozy proposer
toutes sortes de mesures pour rattacher les jeunes aux
activités culturelles et à la lecture des
journaux.
J’ai ressenti cette onde de choc comme une autre catastrophe,
une autre partie de la crise qui bouleverse tout. Chaque
matin, je lis régulièrement trois quotidiens,
j’y ajoute, au cours du mois, six revues d’information.
Quarante-cinq ans d’engagement communautaire m’ont
démontré le besoin fondamental de lire les
éditoriaux, les articles de fond pour alimenter mes
réflexions sur différents sujets.
Chaque jour, je découpe, j’empile les
aide-mémoire et je ne suis jamais prise de court
lorsque j’ai à prendre la parole. Je peux toujours
citer l’un ou l’autre quotidien. Leurs textes permettent de
réfléchir, de structurer ma pensée. Tous
mes sens sont interpellés lors de la lecture, je suis
imprégnée de leur odeur, de leurs idées,
j’ai besoin de les tenir dans mes mains, de les garder
près de mon lieu de travail, de vibrer aux
émotions qu’ils soulèvent, de digérer
l’information. De plus, ils me ramènent à un
devoir de mémoire et de transmission de toute
l’information reçue. Les textes lus et relus permettent
de construire mes propres références et de
partager avec des amis à qui je refile journaux et
revues.
Comment retrouverais-je autant de bénéfices
enm’assoyant devant l’internet ou en me contentant des clips
de l’information continue? Par exemple, je m’intéresse
depuis des années à l’aménagement urbain.
J’entends dans un média un expert se prononcer sur la
question, je n’ai pas eu le temps de prendre des notes, alors
je ne peux le citer convenablement.
J’ai
tenté de savoir si l’on partagemesappréhensions.
Réponses plutôt vagues: chez les baby-boomers,
une certaine indifférence. Ils achètent les
journaux, mais on les remplacera advenant leur départ.
Chez les plus jeunes, on ne jure que par les nouvelles des
réseaux d’information continue et les technologies, on
lit parfois. Chez les aînés, on aime bien lire
l’information papier.
Les journaux et revues sont des produits culturels
indispensables. Devrons-nous les sacrifier sur l’autel de
l’information rapide, les consommer en deux temps, trois
mouvements, comme on agit dans le monde de
l’éphémère, de l’ici et maintenant, sans
approfondissement, sans analyse, vite passons à autre
chose, nous n’avons plus le temps, l’ineffable quête de
la rapidité conditionne notre vie, pourquoi prendre le
temps d’ouvrir un journal? Nous sommes dans le monde de
l’immédiat, de la vacuité, du paraître, de
la glorification du dieu internet.
Même si je ne peux pas concevoir d’être
privée de la section livres, des éditoriaux, des
articles de fond, je peux être facilement critique,
surtout si je me réfère à la
dernière année. De quels sujets a-t-il
été question? Politique, sport, économie.
Est-il nécessaire de noircir tant de pages sur les
aventures de Julie Couillard ou sur la violence de Jonathan
Roy? Ah! J’oubliais le côté économique,
ça fait vendre le journal!
Tout ce remue-méninges m’a fait constater que je
consacre plus de 3000$ par année à l’achat de
magazines et de journaux. Tout un bail! Mais j’ai une
pensée pour tous ces jeunes qui étudient en
écriture journalistique. Quel sera leur avenir? Et tous
ceux qui écrivent déjà, pourront-ils se
recycler dans un autre média?
Dans une société, tout se tient. Pas
d’enseignement de l’histoire, diminution du financement de la
culture, retrait annoncé des journaux. Et quoi encore?
Jen’osealler au bout de ma pensée, je vais choquer les
internautes, les consommateurs iPod et autres utilisateurs de
ces nouvelles technologies. L’auteure de la lettre de la
semaine, Marthe Vaillancourt, recevra une copie laminée
de cette page.
Le
décrochage II - Pierre Foglia
L’autre jour,
j’ai écrit une chronique sur le décrochage –
c’était le même titre : « Le
décrochage ». J’ai reçu des millions de
courriels comme chaque fois qu’il est question
d’éducation. Beaucoup de profs qui me font promettre
l’anonymat. Si vous saviez! me disent-ils. Si vous saviez!
Ceuxlà avaient mis des zéros à des copies
nulles et même blanches, on les a obligés – sous
la menace de sanctions administratives – à changer ces
zéros pour des NE – Non évalué! Ou encore
cellelà qui s’est fait dire qu’il ne fallait plus
écrire E (échec) dans le bulletin.
Que dois-je écrire alors ? À l’avenir vous
écrirez: RR. Ce qui signifie? Réussite
reportée!
Vous riez, m’écrit-elle dans son courriel, pas moi.
Et encore cet employé d’une multinationale qui a
investi 105 000$ en 2007 et en 2008 dans un programme contre
le décrochage dans une école de l’Est où
le taux dépasse les 50%, et qui n’en peut plus des
faux-fuyants du « plan-cadre de
persévérance » et du charabia des
conseillers pédagogiques.
Bref, je reviens sur le sujet. Trois angles différents,
trois let tres dont j ’ai masqué les signatures.
Qu’avez-vous tous à vous imaginer que le
décrochage scolaire augmente ? Il était bien
plus élevé dans votre temps... Juste comme
j’allais effacer cette ineptie, la phrase suivante m’a
titillé... la différence c’est que dans votre
temps, un décrocheur ça s’appelait un ouvrier,
ajoute plaisamment mon correspondant. Tout le contraire,
monsieur. Je l’ai déjà raconté, je suis
journaliste – ou presque – par accident technologique. Je
viens du « professionnel ». Je suis entré
à 13 ans dans un centre d’apprentissage pour y
apprendre un métier. J’y ai fait trois ans. Dans ce
centre d’apprentissage, on formait des mécaniciens, des
menuisiers, des peintres en bâtiment, des plombiers, des
typographes, même des selliers-bourreliers (qui
travaillaient le cuir). Rigoureuses études à
mi-temps, ateliers pour l’autre moitié du temps,
l’humeur n’était pas du tout au décrochage. Ce
furent-là mes seules études, et mon seul
diplôme dans la vie : un CAP – certificat d’aptitude
professionnelle. Je n’en ai aucune honte, ce qui n’exclut pas
le regret de n’avoir pas fait d’études
supérieures.
Pourrait-on suivre le même parcours aujourd’hui?
Pourquoi ai-je l’impression que devenir un ouvrier,
aujourd’hui, n’est plus une option, juste un pis-aller ?
Tout le monde y veut aller à l’université. Tout
le monde y veut être docteur, avocat, professeur,
cinéaste, à la rigueur policier. Personne y veut
être coiffeuse, ou préposé aux
bénéficiaires, cuisinier dans une cantine.
On a parfois l’impression que pour devenir électricien,
il faut d’abord décrocher et après quelque mois
(ou années) d’errance, se dire bon, faudrait quand
même que je fasse quelque chose, pourquoi pas apprendre
un métier, pourquoi pas l’électricité ?
Je reviens
à mon correspondant qui est docteur en quelque chose,
il ne m’étonnerait pas que ce soit en pédagogie.
N’avez-vous pas remarqué comment le discours sur le
décrochage commence à ressembler à de
l’intégrisme. Il y a eux, les décrocheurs, et il
y a nous, les instruits. Ils sont les hérétiques
des temps modernes.
Je ne sais pas si ce sont des hérétiques,
monsieur, ou des victimes et je m’en crisse. Il n’en tiendrait
qu’à nous qu’ils soient instruits. Des peintres en
bâtiment, des mécaniciens, des plombiers, des
coiffeuses, des ouvriers agricoles, des réparateurs de
fournaises instruits, cela n’est pas du tout impossible, je le
sais puisque cela m’est arrivé.
Et cela devrait être l’objectif numéro un de
l’école plutôt que de former d’autres docteurs en
pédagogie de merde. Le docteur en pédagogie
pullule, comme le chroniqueur d’a i l leu r s , mais essayez
donc de trouver un menuisier pour refaire vos armoires de
cuisine ou le plancher du salon.
J’ai été un décrocheur. Ma mère,
au désespoir, me traîne devant l’orienteur.
Peut-il reprendre sa dixième année ? L’orienteur
lui a ri au nez. Il a dit que je ne pourrai s même pas
êt re menui s ier. Alors quoi ? a demandé ma
mère. Journalier, a dit l’orienteur.
J’ai 49 ans. Ingénieur civil. J’ai fait Poly.
Aujourd’hui cadre supérieur responsable de
l’international dans une très grande entreprise. Je
parle allemand, italien, français, anglais.
Voilà, c’est mon histoire. Si elle peut aider quelques
décrocheurs à. . . rac crocher, j’ajouterai que
seuls ma femme et quelques amis savent que je n’ai pas
terminé mon secondaire.
Votre histoire aidera peut-être des décrocheurs
à raccrocher – j’en doute quand même un peu – ce
que j’y trouve, moi, d’exemplaire c’est l’orienteur :
même pas menuisier, MÊME PAS! Dans ce
mépris de la menuiserie, l’outrecuidance d’une
société qui croit racheter son insondable
inculture en envoyant ses enfants à
l’université.
Dans votre chronique sur le décrochage, vous parlez de
la nullité de ces parents qui n’arrivent pas à
fixer des règles à la maison et à les
faire respecter. Je crois être un de ces parents. Je
suis le père d’un ado de 18 ans. Je suis prof de
statistiques dans une université, pouvez
vérifier mais ne publiez pas mon nom.
Mon fils rentre de l’école furieux, j’ignore pourquoi.
Il bardasse, et il bardasse et il bardasse. Je lui demande de
se calmer. Il crisse son poing dans le mur et défonce
le gyproc. OK, pas de char cette semaine. Va chier ! OK, pas
de char pour tout le mois. Fin de l’épisode. Dans les
heures qui suivent, il pique du fric dans le sac de sa
mère pour aller faire la foire avec les copains. Je
supprime son allocation hebdomadaire pour rembourser le vol.
Explication tumultueuse. J’essaie de le raisonner. Je lui
propose qu’on efface tout et qu’on recommence, sauf la dette,
il faudra qu’il rembourse. Y pète un câble. Y
m’explose les lunettes et la cloison nasale d’un coup de
poing. J’appelle la police. Les jours suivants, il
décide que le lycée c’est fini. Je relis votre
chronique celle où vous dites : tu vas à
l’école Chose, as-tu compris?
Tu-vas-à-l’é-cole. Je le lui dis exactement
comme ça. Il me projette dans le mur d’une très
violente poussée (il est plus grand et plus lourd que
moi). Je rappelle la police. Et je vous écris : je fais
quoi maintenant?