Violence
| LA PRESSE & COMPAGNIE |
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La guerre en déclin
In most places around the globe, violence has stopped
making sense
Ambulances
et hôpitaux en mal de respect
La mondialisation de la colère
London riots rupture the ruling class - DOUG SAUNDERS
Unskilled, unmarried, unwanted …
Des
causes
bien
connues
Un
«
superflic » à la rescousse
Predictive policing program aims to prevent crime
The
enlightened
path
against youth crime? Prevention
The national shame of aboriginal incarceration
Guerre
et
faim
Perspectives
- Le prix de la violence
DES DOMMAGES POUR LA VIE
Casser le fil
Et si les mots pouvaient réellement tuer,
après tout ?...
Norway's terror, the world's problem - GERALD CAPLAN
Norway
shows
we
must
expose dangerous fictions - Doug Saunders
Norvège: l'extrême droite sous haute
surveillance
It’s
time
to
confront
the
‘counterjihadists’
Un
avertissement
Les influences américaines de Breivik
Des liens obscurs entre la Norvège et l’angleterre
Un
ton respectueux
Fox
News
and
the
poisoning
of
American
political
debate
Fusillade
à Tucson - La jungle
Le pouvoir des mots
Un incident tragique
Une rhétorique empoisonnée
D’Oklahoma City à Tucson
N'est-ce pas tout simplement navrant d'avoir à
rappeler que le contrôle des armes à feu
représente sans aucun doute la première
à adopter pour contrer la prolifération de la
violence, ne serait-ce que parce qu'elle serait tout au
moins supposée s'avérer l'une des plus simples
à appliquer ?...
A law-and-order model for Stephen Harper: 310 million
Americans packing heat - Gerald Caplan
U.S.
gun
lobbies:
the
inmates
who
run
the
asylum
-
Gerald
Caplan
Arizona
shooting:
The
claim
that
more
guns
means
less
crime
is
just
silly
Editorial:
Guns and gun control; let's reframe the debate
Rien ne changera
Trente-cinq fois par jour
À moins que tout ne soit pas nécessairement si
simple non plus ?...
À chacun de protéger ses droits
To
inoculate
against
violence,
CeaseFire
BÂTIR
UNE
SOCIÉTÉ
MOINS
VIOLENTE
Étude
statistique sur la protection de la jeunesse - Les marques
psychologiques blessent autant les enfants que la violence
Les
poings serrés: la boxe pour retrouver le
droit chemin
Traitements
de choc pour jeunes gangsters
Un projet novateur à Montréal
Des
crimes moins violents et moins nombreux
La
cyberintimidation
Casser
le cercle vicieux qui mène en prison
Un gage de sécurité
Et la saga Villanueva connaîtra-t-elle un jour une fin
?...
La triple peine des Villanueva
UNE
MÈRE ET SON DEUIL
Villanueva
doit être expulsé, tranche la Commission de
l'immigration
Ne
pas
tout
confondre
-
Rima Elkouri
«Je
ne comprends pas l'attitude de l'administration
Tremblay»
Dany
Villanueva contestera son expulsion au Honduras
Dany
Villanueva menacé d'expulsion
Voir aussi Et
l'enquête
sur la mort du jeune Villanueava ne devrait-elle pas
surtout porter sur la police en tant que telle ?...
Voir aussi
Les Conservateurs seraient-ils en train de signer la
mort du registre des armes à feu ?...
Moins de meurtres aux États-Unis. Pourquoi? -
André Pratte
Le vieillissement, la récession et l'effet Obama
font baisser la criminalité
« Les gangs de rue, ce sont des enfants
» - Caroline Touzin
JAMAIS
SANS MES FILLES - Ève Dumas
L’utilisation
du Taser doit être mieux encadrée,
conclut une enquête publique
Le nombre de crimes et leur gravité en
baisse
Voir aussi Quand
c'est
la police elle-même qui est accusée...
Voir aussi Et
si l'enquête sur la mort du jeune Villanueava devait
surtout porter sur la police en tant que telle ?...
Le temps... et les coûts
s’étirent - Caroline Touzin
Le frère de Fredy menacé
d’expulsion - Caroline Touzin
Montréal-Nord : Multiplication des
initiatives
Petite victoire pour le clan Villanueva -
Caroline Touzin
«
SA MORT DOIT SERVIR À QUELQUE CHOSE »
- Daphné Cameron
Bientôt une police de la police ? -
Judith LaChapelle
Un an plus tard, de petits changements
- Judith LaChapelle
Anniversaire de la mort de Fredy Villanueva : Réfléchir,
chanter, marcher ou se recueillir - Ariane
Lacoursière
Appel
à la mobilisation pacifique à
Montréal-Nord - Hugo Meunier
La
famille
Villanueva participera à l’enquête
AFFAIRE VILLANUEVA Le ministre «
satisfait » de l’entente
Québec
dépense 3,3 millions pour apaiser les tensions
Le maire de Montréal-Nord ne se
représentera pas
LA FUITE DE MONTRÉAL-NORD - Hugo
Meunier
Travailleur
social
: Limiter les tensions à Montréal-Nord
Montréal-Nord : Nouveaux affrontements
: Le spectre des émeutes hante encore le
quartier - Hugo Meunier
Un conseiller « avec une fibre sociale »
pourrait être nommé - Caroline Touzin
LES TENSIONS SOCIALES DOIVENT ÊTRE
ÉTUDIÉES - Caroline
Touzin
La carrière musicale de Dany Villanueva
- Patrick Lagacé
L’autre côté de la
médaille - PATRICK
LAGACÉ
Villanueava
: Jacques Dupuis revient sur sa décision
Le ministre Dupuis invité à se retirer
du processus
«
Mettre de l’eau dans son vin » -
Émilie Côté
LA
FAMILLE VILLANUEVA DEMEURE INFLEXIBLE
Le compromis honorable - YVES
BOISVERT
Villanueva
: Le ministre Dupuis veut-il une enquête
injuste? - YVES BOISVERT
La famille Villanueva se retire
malgré l’ouverture du coroner
Mme Villanueva : « Je n’ai pas confiance
»
Les agents impliqués craignent pour leur
sécurité
Affaire
Freddy
Villanueva - L’enquête du coroner
déjà controversée
Dany
Villanueva renonce à son enquête
préliminaire
Montréal-Nord
: POUR ÉVITER UNE AUTRE EXPLOSION -
Katia Gagnon
L’agente communautaire qui fait taire la machine
à rumeurs
MONTRÉAL-NORD
: Les jeunes et la police dialoguent
Villanueva:
enfin
l’enquête!
-
ANDRÉ PRATTE
ZIDANE, SUPERSTAR DE
MONTRÉAL-NORD - Violaine Baillivy
Un
éducateur sur deux victime de violence
Les
blessures des parents battus
Tueries diverses
L’impossible
deuil
Breivik
avait été signalé aux
autorités
Le
tueur
en
série
typique
n’existe
pas
Une
question
vertigineuse
Des Norvégiens demontréal bouleversés
« La police ne nous croit pas »
Un fou
Qui
en
veut
au
pays
du
Nobel?
Prison:
dans l'univers de l'aile B-E, l'infirmerie
Un autre - Marie-Claude Lortie
SURVIVRE
À L’HORREUR - Katia Gagnon
UNE PREMIÈRE MONDIALE - Katia Gagnon
Fort Hood: le tireur, «agréable et
intelligent»
Charles
Manson : Des meurtres qui ont choqué
l’Amérique - Nicolas
Bérubé
Les
fractures de Columbine (et deux ados malades...)
Une
société plus pacifique que jamais
Polytechnique, 20 ans après: «Quatorze fins
du monde»
Polytechnique:
les victimes dont on ne parle jamais
Polytechnique
vue de l'intérieur, 20 ans après
Vingt ans déjà - Nathalie Collard
Double
meurtre de 1979 : La Rage - Michèle Ouimet
Le
deuil
- Michèle Ouimet
LE PARDON - MICHÈLE
OUIMET
Pardon et religion - Michèle
Ouimet
L’innocence perdue -
MICHÈLE OUIMET
1949, L’ATTENTAT DE SAULT-AU-COCHON - Caroline
Touzin
Pas
l’unique responsable - Les cas de
violence grave ne s’expliquent pas seulement par le
syndrome de la Tourette
Voir aussi Quand
c'est
la police elle-même qui est accusée...
Meurtre de Nancy Michaud
Cette p’tite vie
Le
silence coupable - MICHÈLE OUIMET
Le plaisir de faire mal
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Video games tied to aggression
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ARTICLES SUR LE WEB
Results of Canada's New Firearms Act
CANADIAN GUN CONTROL: SHOULD THE UNITED
STATES LOOK NORTH FOR A SOLUTION TO ITS
FIREARMS PROBLEM?
De
l'origine de la violence (notamment à
l'école)...
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« Les gangs de rue, ce sont des enfants »
- Caroline Touzin
Nouveau livre
de la criminologue et députée Maria Mourani
Après La face cachée des gangs de rue, paru en
2006, la députée du Bloc québécois
Maria Mourani publie cette semaine un second livre sur le
sujet : Gangs de rue Inc. La criminologue de formation y
dépeint avec humanisme sa vision de ce
phénomène complexe et mondialisé.
Q Pou r
PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE
Maria Mourani, criminologue et
députée bloquiste d’Ahuntsic, publie cette
semaine un second livre sur le sujet des gangs de rue.
ce second ouvrage, vous êtes allée passer une
semaine au Salvador, à la rencontre de membres des deux
gangs ennemis les plus dangereux en Amérique, la Mara
Salvatrucha (MS-13) et la Pandilla 18. Comment s’est
déroulé votre séjour ? R Selon mon
analyse, la Mara Salvatrucha et la Pandilla 18
représentent la nouvelle génération de
gangs auxquels il faut faire attention. Des gangs qui
pourraient prendre de l’expansion ici. Des membres ont
déjà été observés à
Toronto et à Ottawa. Après les dernières
élections fédérales, je me suis donc
rendue à mes frais là où ces gangs sont
bien établis : au Salvador. J’y étais à
titre de criminologue. Ça aurait été
dangereux d’y aller en tant que députée. Il y a
beaucoup d’extorsion, d’enlèvements.
Avec un guide, je suis allée visiter des barrios
où les MS-13 et la Pandilla 18 font la loi. En tant que
chercheuse terrain, c’était la première fois que
j’avais peur. C’est vraiment un ghetto. Quand tu entres, tout
le monde te regarde, et tu as intérêt à
avoir l’autorisation d’y être. Avec mes appareils photo,
j’étais la cible idéale à voler. Mon
guide a dû téléphoner à un chef de
gang qui était en prison – sur son cellulaire ! – pour
avoir la permission de faire des entrevues et de prendre des
photos (NDLR : celle de la couverture du livre a
été prise par Mme Mourani). Après qu’on a
obtenu son accord, la tension a tombé. Q Vous
n’avez pas
pour autant cessé de vous intéresser aux gangs
de Montréal. Dans votre livre, vous
révélez qu’une nouvelle génération
de gangs se dessine pour laquelle les couleurs des deux gangs
ennemis, les Bloods (rouges) e t les Crips ( ble u s) veulent
de moins en moins dire quelque chose. R Dans
Saint-Léonard, par exemple, les STL Finest portent
autant le rouge que le bleu et font le signe MS-13. Ils se
placent sous la bannière des gars de l’est, les
Eastside. Qu’ils vivent à MontréalNord, à
Saint-Léonard ou à Rivière-des-Prairies,
ils sont tous Eastside. On ne peut pas dire que les couleurs
sont disparues. Veut, veut pas, ça fait l’affaire des
plus vieux membres que les jeunes travaillent pour eux en
s’identifiant à leur couleur. Mais les jeunes, eux,
commencent à s’en foutre. Ce qui compte, c’est le
pognon qu’ils peuvent faire ensemble. Q Vous
consacrez un chapitre de votre livre à l’ infiltration
de l’armée américaine par les gangs de rue.
Selon vous, est-ce qu’un phénomène semblable
peut se produire dans les Forces canadiennes ? R Aux
États-Unis, ce phénomène est très
documenté. Sur l’internet, on voit des vidéos de
gars de gangs en train de manipuler des armes comme
l’armée leur a appris à le faire. Au Canada,
l’armée n’a pas de faits tangibles pour dire que ce
phénomène existe. Mais il faut être
très prudent, car le but des gangs, c’est d’être
le plus perfectionnés possible, d’avoir accès
aux armes et d’aller dans les pays où la drogue est
facile d’accès, comme l’A fghanistan. Les gangs d’ici
regardent ce qui se fait aux États-Unis. Comme
l’armée canadienne est en recrutement à l’heure
actuelle, je crois qu’il faut faire attention à qui on
recrute. Q Dans
certains passages de votre livre, on a l’impression que vous
enlevez votre casquette de criminologue pour laisser parler la
mère de famille avec une écriture au « je
» plus émotive. Pour vous, les gangs sont plus
qu’un sujet de recherche... R C’est un peu mon combat. Un
combat humain. Il faut réaliser que les gangs de rue,
ce sont des enfants. J’ai vu au Salvador des jeunes de 4-5 ans
qui marchaient comme des gars du MS-13. Ça m’a beaucoup
touchée. Ici, on a l’impression que ce ne sont pas nos
jeunes, que c’est un problème d’immigration. Mais ce
n’est pas vrai. Je veux qu’on arrête de penser les gangs
de rue comme un monstre. Les gangs commettent des gestes
abominables parfois. Mais on oublie qu’ils ont commencé
enfant, à 12 ou 14 ans. Les vrais criminels, ce sont
les vieux gars de gangs, âgés de 25, même
45 ans, qui habitent dans les grosses baraques à
Lachenaie, Terrebonne et compagnie. Ce sont eux qui font le
fric et débarquent dans les quartiers plus
défavorisés comme Saint-Michel avec leur grosse
bagnole et leur chaîne en or pour recruter des jeunes.
QÀ
la fin de votre livre, vous proposez un équilibre entre
répression et prévention pour résoudre le
problème des gangs. Cette solution n’est pas nouvelle.
Avez-vous l’impression de devoir répéter ce que
vous-mêmes et d’autres criminologues prônez depuis
des années ? R Je n’arrête pas de
répéter, peut-être parce que les gens ne
réalisent pas l’ampleur du problème. Lorsqu’on
regarde l’échiquier politique, on voit bien qu’on met
beaucoup plus d’argent dans la répression. La
prévention est toujours l’enfant pauvre. On a encore la
pensée magique qu’on peut tous les mettre en dedans et
que le problème va se régler. Tant qu’on ne
résout pas les problèmes de pauvreté et
de discrimination, c’est un puits sans fond. Cet
été, ils ont démantelé plusieurs
réseaux à Montréal. Mais d’autres sont
déjà prêts à prend re leur place.
JAMAIS SANS MES FILLES - Ève
Dumas
Elles ont un
passé et des horizons différents, mais leur
envie de faire bouger les choses est la même. La Presse
vous présente trois femmes de combat. Aujourd’hui,
rencontre avec la Cambodgienne Somaly Mam, vendue et revendue
dans les réseaux de trafic se
« Ce qui me donne de l’espoir et de la force, c’est de
travailler directement avec les filles. J’aime quand elles me
sourient, j’aime les voir à l’école. C’est
concret. »
On peut difficilement imaginer une histoire plus sordide que
celle de Somaly Mam, qui est aussi celle d’environ 1,8 million
de jeunes partout au monde. Vendue à un homme qui
prétendait être son grand-père, puis
revendue par ce dernier à un réseau de trafic
sexuel alors qu’elle n’avait qu’une douzaine d’années,
la Cambodgienne a connu certains des pires sévices qui
soient: manipulation, abus, torture, viol. Depuis qu’elle a
réussi à s’extirper de l’enfer, elle y replonge
sans relâche pour sauver et réinsérer
socialement des filles réduites à l’esclavage
sexuel.
PHOTO MICHAEL PEAKE, LA
PRESSE CANADIENNE
Sortie de l’enfer de l’esclavage
sexuel, la Cambodgienne Somaly Mam y replonge pour en
extirper de très jeunes filles.
Avec son ex-mari français, Pierre Legros, qui a
réussi à la sortir du bordel une fois pour
toutes, Somaly Mam a fondé AFESIP (Agir pour les femmes
en situation précaire) en 1996. Partie de rien, l’ONG
jouit maintenant d’une reconnaissance internationale. Plus de
4000 filles et jeunes femmes ont été
sauvées et accueillies dans les centres mis sur pied
par l’organisme.
« Moi, ma vie s’est terminée après le
premier viol, explique la femme de 38 ou 39 ans (elle ne
connaît pas son âge exact), qui était
à Toronto la semaine dernière dans le cadre
d’une campagne lancée par la chaîne de magasins
Body Shop: Mettons fin au trafic sexuel des mineurs.
« Pour les filles qui vivent des situations semblables
à la mienne, le bonheur est tout simplement hors de
portée, même lorsqu’elles réussissent
à trouver un emploi digne, à se marier, à
fonder une famille. Mais ce qui me donne de l’espoir et de la
force, c’est de travailler directement avec les filles. Il
faut que je voie la réalité en face. J’aime
quand les filles me sourient, j’aime les voir à
l’école. C’est concret. Je suis une femme de terrain.
»
Le pistolet sur la tempe
Dès qu’elle a remis les pieds à Phnom Penh, elle
a connu plusieurs fois la sensation glaçante d’un
pistolet sur la tempe et a reçu d’innombrables menaces
de mort. Mère de trois enfants, elle
s’inquiétait surtout pour la sécurité de
sa famille. Récemment, des tenanciers de bordel ont
réussi à enlever sa fille de 14 ans pendant
quatre jours.
« C’est grave, ce qui lui est arrivé, mais en
même temps ma fille a la chance d’avoir beaucoup de
soutien. Elle a grandi dans le centre et elle voit que la
plupart des enfants de bordel n’ont pas de parents ou ont
été vendus par ceux-ci. Mes propres enfants sont
de la plus grande importance pour moi, mais tous ces autres
enfants ont aussi besoin de moi, plus encore parfois. »
Des nuits blanches
Dans son livre
Le Silence de l’innocence, publié en 2005, elle raconte
ses nuits blanches et les cauchemars qui n’ont cessé de
la hanter depuis ses premières années d’enfer.
« Aujourd’hui, je n’ai plus peur. Si on peut vivre un
jour, un mois, un an en faisant des choses importantes, qui
nous comblent, c’est mieux que de vivre pendant 100 ans sans
rien faire. Moi j’aime la vie avec beaucoup de goût.
»
Cette année, le gouvernement cambodgien a enfin
voté une loi pour protéger les victimes et pour
punir les trafiquants. « Le gouvernement commence enfin
à bouger. »
Elle constate que les bordels sont un peu moins nombreux
depuis qu’elle a entrepris ses sauvetages mais que les filles
sont de plus en plus jeunes. Elles n’ont parfois que 4 ou 5
ans.
Le viol des vierges
« I l y a une croyance en Extrême-Orient selon
laquelle on peut atteindre l’immortalité, ou du moins
rajeunir et éclaircir sa peau, en violant des enfants
vierges. D’autres, comme en Afrique, pensent qu’on peut se
guérir du sida en couchant avec des vierges »,
explique Mme Mam.
C’est ainsi que le sida se répand à une vitesse
fulgurante dans ces populations. Somaly Mam a vu plusieurs de
ses jeunes rescapées en mourir.
À la jeunesse croissante des esclaves sexuelles
s’ajoutent des méthodes de représailles de plus
en plus barbares. On ne fait plus que battre les
récalcitrantes et leur infliger des brûlures de
cigarette ; on leur plante carrément des clous dans la
tête.
« Mon message, c ’est que tout le monde peut aider. Il y
a beaucoup de gens qui le veulent mais qui ont peur et ne
savent pas par où commencer. » Somaly Mam
encourage ceux qui veulent faire leur part à acheter
les produits Body Shop créés pour la campagne et
dont les recettes seront remises à la Somaly Mam
Foundation ainsi qu’à Au-delà des
frontières, un organisme canadien qui lutte contre le
trafic des mineurs chez nous.
L’utilisation du Taser doit être mieux
encadrée, conclut une enquête publique
— Une
enquête publique a conclu que les pistolets à
décharge électrique ( Taser) pouvaient tuer ou
causer de sérieuses blessures et que les forces
policières doivent revoir leur méthode
d’utilisation.
Selonle jugeThomasBraidwood, le gouvernement de la
ColombieBritannique et son corps policier ne se sont pas
informés adéquatement des dangers reliés
à l’usage de ces pistolets. Le magistrat a
également soutenu que les officiers n’avaient pas
été formés adéquatement avant
d’utiliser ces armes.
Taser International, la société
américaine quimet au point, produit et distribue le
pistolet, a toujours maintenu qu’il n’y avait pas
suffisammentdepreuvesdémontrantque cette arme pouvait
être mortelle.
Le juge Braidwood n’est pas allé jusqu’à
recommander l’interdiction de ces pistolets, mais il a
suggéré que les autorités
policières encadrent plus rigoureusement leur
utilisation.
Le rapport a
été livré hier, dans le cadre de la
première étape de l’enquête publique
visant à examiner l’usage de ces armes en
Colombie-Britannique.
Le juge Braidwood a présenté 19 suggestions sur
les changements qui, selon lui, doivent être
apportés pour rendre plus sûre l’utilisation du
pistolet électrique.
La deuxième étape de l’enquête publique a
pour but de clarifier les actions de policiers de la GRC qui
ont confronté un immigrant polonais à
l’aéroport international de Vancouver, en 2007.
Robert Dziekanski a perdu la vie après avoir
reçu cinq décharges de la part d’agents qui
considéraient que la victime affichait un comportement
bizarre.
Cette deuxième phase de l’enquête avait
été reportée jusqu’en septembre
après la mise à jour d’un courriel de la GRC
laissant sous-entendre que des officiers comptaient utiliser
le controversé pistolet en direction de M. Dziekanski
avant même de le voir.
Le nombre de crimes et leur gravité en
baisse
ENQUÊTE
DE STATISTIQUE CANADA
OTTAWA— Le nombre de crimes et leur gravité sont en
baisse au Canada.
Les données de 2008 sur les crimes
déclarés par la police, rendues publ iques hier
par Statistique Canada, démontrent que le taux de
criminalité et que l’Indice de gravité de la
criminalité ont tous les deux diminué de 5%. Le
Québec présente notamment un taux de
gravité inférieur à la moyenne nationale.
Mais cela n’empêchera le gouvernement
fédéral conservateur de prendre des mesures
sévères pour réduire l’activité
criminelle au pays, a indiqué hier le ministre de la
Justice, Rob Nicholson.
Il a également précisé que les
conservateurs continueront à faire pression sur les
partis de l’opposition pour qu’ils entérinent des
projets de lois anticrime quand le Parlement reprendra ses
activités à l’automne.
« Nous ne dirigeons pas le pays en fonction des
dernières statistiques », a affirmé le
ministre au cours d’un entretien téléphonique
avec La Presse Canadienne.
Les crimes violents ont aussi connu une diminution, mais dans
une moindre mesure.
Il s’agit d’une cinquième baisse annuelle
consécutive des crimes déclarés par la
police, qui a signalé environ 77 000 crimes de moins en
2008 que l’année précédente. Selon
Statistique Canada, il y a eu une diminution de 28 000 vols de
5000$ et moins, 22 000 entrées par infraction en moins
et 20 000 vols de véhicules motorisés en moins.
La
gravité des crimes commis est en baisse dans quasiment
toutes les provinces, mais c’est au Manitoba que ce
déclin est le plus marqué. Toutefois, cette
province a continué, en 2008, à avoir le taux
d’homicides le plus élevé de tout le pays.
À titre d’exemple, le taux de meurtres commis au
Manitoba était de 50% plus élevé que
celui de la province figurant en deuxième place, soit
l’Alberta.
La seule exception concernant le taux de crimes commis est
l’Île-du-Prince-Édouard, où l’on a
noté, en 2008, une augmentation de 7%.
Au pays, environ un crime signalé à la police
sur cinq est violent. Bien que l’on constate 3500 affaires de
violence de moins en 2008, les homicides, qui
représentent moins de 1% de tous les crimes violents,
figuraient parmi ceux qui ont progressé en 2008.
Le taux de crimes commis par des jeunes de 12 à 17 ans
a pour sa part fléchi de 5%, la quatrième baisse
en cinq ans. Le taux de crimes violents commis par les jeunes
de cette catégorie d’âge a également
diminué de 3%. Mais il est demeuré relativement
stable depuis 2000.
Sur le plan géographique, la gravité de la
criminalité est plus élevée dans le nord
et dans l’ouest du pays. L’indice de gravité de la
criminalité est calculé en fonction la
gravité des peines imposées par les cours. Par
exemple, les crimes les plus sérieux et qui sont punis
par plus longues peines obtiennent des scores plus
élevés.
À l’instar des provinces de l’Atlantique, le
Québec et l’Ontario ont des taux inférieurs
à la moyenne nationale, avec des taux respectifs de
82,5 et 70,6. Le Nouveau-Brunswick affiche quant à lui
un taux de 71,3.
Les taux les plus élevés de gravité sont
enregistrés dans les Territoires du NordOuest (337,7),
au Nunavut (324,2) et au Yukon (181,5).
Parmi les provinces, c’est en Saskatchewan (156,1), au
Manitoba ( 128,7) et en Colombie-Britannique ( 120,9), que
l’on trouve les taux les plus élevés. À
l’opposé, l’Île-du-PrinceÉdouard (68,2)
affiche le plus bas taux de gravité de la
criminalité. Pour l’ensemble du Canada, il est de 90,0.
Le temps... et les coûts s’étirent
- Caroline Touzin
ENQUÊTE PUBLIQUE DU CORONER SUR LA MORT DE FREDY
VILLANUEVA
Au rythme où l’enquête publique du coroner
sur la mort de Fredy Villanueva se déroule depuis
sa reprise, elle pourrait être beaucoup plus longue
que prévu.
PHOTO IVANOH DEMERS, LA
PRESSE
L’agente Stéphanie Pilotte
pourrait témoigner dès cet
après-midi au palais de justice de
Montréal dans l’enquête sur la mort de Sur
la photo, la mère de Lilian Maribel Madrid
Antunes, au palais de justice de Montréal en
compagnie d’un agent de sécurité.
Conscient des coûts d’une t e l l e e nquête,
l e c oroner André Perreault a donné un
avertissement aux avocats de mieux « cibler »
leurs questions aux témoins, hier, à la
quatrième journée d’audiences au palais de j
ustice de Montréal.
Le coroner Perreault s’est dit préoccupé par
le rapport « qualité-prix » de
l’enquête, soit la qualité de la preuve
établie devant lui par rapport au temps que cela
prend – et l’a rgent que cela coûte aux
contribuables – pour établir cette preuve.
Le coroner a fait cette mise en ga rde visa nt « t
ous les avocats » après que Me René
Saint-Léger, avocat du jeune blessé par
balles Denis Méas, eut posé des questions
techniques durant une heure et demie, hier, à un
technicien en identité j udiciaire de la
Sûreté du Québec. « Si un
témoignage technique comme celui-là prend
une demi-journée, je plains déjà les
témoins qui vont suivre », a souligné
le coroner.
C’est que le t e c h nic i en Rober t F or t i n a j
oué u n rôle mineur dans l’enquête
criminelle de la SQ sur les deux policiers du SPVM. Il
était chargé de prendre des photos des
blessu r e s des agents Jean-Loup Lapointe et
Stéphanie Pilotte ainsi que de la scène de
l’incident.
Me Saint-Léger cherchait à savoir pourquoi
le technicien en identité judiciaire n’avait pas
transmis l’information à ses supérieurs que
les deux agents n’avaient pas de blessure apparente au
cou, alors que la thèse de l’enquête voulait
que des jeunes les avaient « étranglés
». « Ça ne relevait pas de mes f
onctions » , a résumé le policier.
Témoignage de l’agente Pilotte aujourd’hui ?
L’agente Stéphanie Pilotte pou rra it t é
moi g n e r d è s cet après-midi. Le coroner
P e r r e au l t a or don né que l e s deu x polic
i er s i mpl i - qués dans la mort de Fredy
Villanueva témoignent avant les jeunes
témoins du drame. L’agente Pilotte avait l ’a i r
d’avoi r pleu r é, « l es yeu x gonf
lés » , à son retou r au poste de
quartier 39 après l’intervention policière
qui a mal tourné, a décrit hier
l’enquêteur en scène d’incident de la SQ,
Sylvain Landry.
À 1 h 10, dans la nuit du 10 août,
l’enquêteur Landry et son collègue, le
technicien Robert For t i n , s ont a l l é s au P
DQ 39 pou r prend r e des photos ainsi que saisir les
armes à feu et les uniformes des deux policiers.
Lorsqu’ils sont a r r ivés au poste, l ’ a gent J e
a n-L oup Lapointe se t rouvait dans un bureau avec un
représentant syndical, a témoigné M.
Landry. L’enquêteur n’a rien remarqué «
de particulier » da ns l ’a t t i t ude de l ’a gent
Lapointe.
Au moins 34 journées d’audience
Le c ontre-i nter r ogatoi r e de l’agent Landry se
poursuit aujourd’hui. S’il reste du temps,
Stéphanie Pilotte commencera son témoignage
qui se prolongera selon toute vraisemblance dans la
prochaine semaine d’audiences prévue au
début du mois de décembre.
L’enquête publique est déjà en reta rd
sur son horaire. Le témoignage de l
’enquêteur principal de la Sûreté du
Québec responsable de l’enquête criminelle,
Bruno Duchesne, devait durer une journée et demie.
Or, il s’est fa it c uisiner pendant t rois jours par une
dizaine d’avocats. Pour l’instant, le Bureau du coroner a
prévu 34 journées d’audience
échelonnées jusqu’en mai prochain.
Le frère de Fredy menacé d’expulsion
- Caroline Touzin
Dany
Villanueva, le frère de la victime, était dans
la ligne de mire de l’Agence des services frontaliers du
Canada au moment de l’intervention policière du 9
août 2008. Encore aujourd’hui, il risque l’expulsion
vers son pays d’origine, le Honduras.
C’est ce qu’a souligné Me Pierre Dupras, l’avocat de
l’agent Jean-Loup Lapointe, en contreinterrogeant le
sergent-détective de la Sûreté du
Québec, Bruno Duchesne, hier.
Moins d’une
semaine après le drame, un enquêteur de
l’Agence, Sylvain Loiselle, a pris contact avec le
sergentdétective Duchesne pour savoir si le
frère de la victime était « le
même Dany Villanueva » qui faisait l’objet d’une
enquête de son service. Le policier de la SQ le lui a
confirmé.
Comme le j eune homme de 23 ans n’est pas citoyen canadien
et qu’il a déjà fait l’objet d’une
condamnation criminelle, il pourrait être
expulsé du Canada. En avril 2006, il a reconnu sa
culpabilité à une série d’accusations,
dont vol qualifié et possession d’une arme à
utilisation restreinte. Il a d’ailleurs été
accusé de crimes de même nature deux mois avant
la mort de son frère. Cette cause est en cours.
Dany Villa nueva devait respecter certaines conditions
imposées par la cour lorsque les agents Lapointe et
Pilotte l’ont interpellé, avec son groupe d’amis,
pour avoir enfreint un règlement municipal le 9
août 2008. Ce soir-là, Dany Villanueva,
témoin de la mort de son frère, a
été arrêté pour méfait,
voies de fait et entrave au travail des policiers. Aucune
accusation n’a encore été portée contre
lui, mais son dossier est toujours à l’étude,
a indiqué le procureur de la Couronne,
François Brière.
Montréal-Nord : Multiplication des
initiatives
Les
initiatives en vue d’améliorer l’offre de services et
d’activités dans l’a r rondissement de
Montréal-Nord se multiplient.
Hier, des minist r e s du gouvernement Charest et des
membres du conseil d’arrondissement ont
procédé au lancement d’une publication sur
l’emploi et d’un site internet correspondant.
Intitulé Au boulot, le bulletin d’informations sera
publié à huit reprises durant l’année
et distribué dans 40 000 foyers de
Montréal-Nord.
Son
objectif est de fa i re connaître les ressources et s
er v i c es en employabilité sur le territoire, en
plus de faire connaître les possibilités de
carrière et les métiers en demande.
Jeudi, les autorités locales avaient annoncé
le déménagement du centre de loisirs de son
site actuel de la rue Salk à l’ancienne école
primaire Frederick Banting, située tout près.
Ce déménagement offrira au centre de loisirs
beaucoup plus de place dans un édifice n’ayant pas
besoin d’une mise à niveau aussi importante que les
locaux actuels, mais surtout, la démolition du
bâtiment actuel permettra de libérer le site en
vue de la construction d’un centre sportif.
Une somme de 200 000 $ a été allouée
pour préparer le projet.
Le Ministère nomme un remplaçant -
Caroline Touzin
Le juge de la
Cour du Québec André Perreault remplacera le
juge Robert Sansfaçon à titre de coroner ad hoc
pour présider l’enquête publique sur la mort du
jeune Fredy Villanueva.
Le ministère de la Sécurité publique en a
fait l’annonce, hier, une semaine après que le juge
Sansfaçon se fut retiré de l’enquête pour
des problèmes de santé récurrents qui le
forcent à prendre sa retraite.
Au
Ministère, on ne précise toutefois pas si
l’enquête sera en mesure de reprendre comme prévu
le 26 octobre prochain. « Ce sera au juge Per reau lt de
déter m i ner quand l’enquête reprendra »,
a d it la por te-pa role du M inistère, Ma rie-M
ichèle Lacasse.
Cette nomination rapide réjouit un des avocats
représentant le clan Villanueva, Me Alain Arsenault,
qui souhaite une reprise de l’enquête « le plus
tôt possible ». « Nous sommes très
heureux de la nomination du juge Perreault. Nous avons
hâte de travailler avec lui et son procureur, Me
François Daviault », a-t-il indiqué, hier.
Petite victoire pour le clan Villanueva -
Caroline Touzin
Les
policiers témoigneront en premier
Les policiers de Montréal impliqués dans la
mort du jeune Fredy Villanueva n’ont pas été
interrogés par la Sûreté
duQuébec. Les jeunes témoins de l’intervention
policière, eux, l’ont été. C’est un
« fait brutal », et non un « reproche
» adressé à qui que ce soit, selon le
coroner ad hoc Robert Sansfaçon, responsable de
l’enquête publique.
C’est pourquoi, par souci de « transparence et
d’équité », le coroner a
décidé de changer l’ordre de comparution des
témoins. Il fera d’abord témoigner les agents
Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte, a-t-il
décidé, hier, au moment d’une audience
préliminaire à l’enquête au palais de
justice de Montréal.
Il s’agit d’une petite victoire pour le clan Villanueva, car
le coroner Sansfaçon accède ainsi à la
requête présentée par Me Alain
Arsenault, représentant des procureurs de la famille
Villanueva et des cinq jeunes témoins du drame.
Toutefois, le coroner Sansfaçon s’est gardé
une porte ouverte en précisant que sa décision
est « intérimaire ». Il la confirmera
à la reprise de l’enquête, le 26 octobre,
à la fin du témoignage de l’enquêteur de
la Sûreté du Québec Bruno Duchesne,
interrompu au moment de la suspension de l’enquête,
enmai dernier. Cet enquêteur pourrait alors expliquer
pourquoi la SQ s’est contentée de déclarations
écrites des deux agents.
Les deux jeunes blessés par balle au cours de
l’intervention policière dans un parc de
Montréal-Nord le 9 août 2008, Denis Méas
et Jeffrey Sagor Metellus, ont été
interrogés dans les heures suivant leur admission
à l’hôpital, a fait valoir Me Arsenault.
Metellus était encore sous sédatif, a-t-il
ajouté. La policière Stéphanie Pilotte,
elle, a remis une déclaration écrite aux
enquêteurs de la Sûreté du Québec,
le 15 août. Son collègue, Jean-Loup Lapointe, a
remis sa déclaration un mois après
l’événement, le 9 septembre.
« Il
y a des détails qu’on n’a pas (dans ces
déclarations écrites) qu’il aurait
été intéressant d’avoir », a
approuvé le coroner Sansfaçon.
De leur côté, les procureurs des policiers, de
la Ville de Montréal, de la Fraternité des
policiers et du Directeur des poursuites criminelles et
pénales se sont vivement opposés à la
modification de l’ordre de comparution des témoins.
Selon eux, dans la « chronologie des
événements », il est
préférable d’entendre d’abord les jeunes
témoins. « Avant de savoir pourquoi les
policiers sont intervenus, il faut savoir s’il y avait
quelqu’un dans le parc. Et que faisaient les jeunes dans le
parc? Priaient-ils la Vierge Marie ou faisaient-ils autre
chose? » a plaidé Me PierreYves Boisvert,
avocat de la Ville de Montréal.
Me Pierre Dupras, avocat de l’agent Jean-Loup Lapointe, a
quant à lui dénoncé le caractère
« stratégique » de la requête des
procureurs de la famille Villanueva. Cette demande leur sert
selon lui à étayer leur thèse de
profilage racial. Le coroner Sansfaçon a voulu
rassurer les avocats des policiers: même si les agents
témoignent en premier, ils pourront revenir à
la barre s’ils le désirent après le
témoignage des jeunes.
Par ailleurs, le coroner Sansfaçon a jugé
inacceptable l’attitude de l’avocat de la Ville de
Montréal, Me Pierre-Yves Boisvert, quant au
calendrier des audiences. Il venait d’avertir la quinzaine
d’avocats au dossier des difficultés qu’il
éprouvait à concilier les horaires de chacun,
si bien que l’enquête pourrait s’étirer
jusqu’en mars 2010.
Les trois avocats de la Ville ont fourni une seule
journée de disponibilité en novembre.
« SA MORT DOIT SERVIR À QUELQUE CHOSE
» - Daphné Cameron
Le 9
août 2008, Fredy Villanueva a été abattu
au cours d’une intervention policière au parc
Henri-Bourassa. Le lendemain, une émeute a
éclaté dans le quartier. Un an plus tard, la
tension reste palpable à Montréal-Nord, et les
relations entre les jeunes e
La marche organisée pour commémorer la mort de
Fredy Villanueva s’est déroulée dans une
ambiance antipolicière hier à
Montréal-Nord. La famille du jeune homme tombé
sous les balles d’un agent du SPVM il y a un an a de nouveau
réclamé que des accusations criminelles soient
portées contre le policier qui a ouvert le feu.
PHOTODAVID BOILY, LA PRESSE
Bien que les commémorations
se soient déroulées sans accrochage majeur,
la tension était palpable entre les policiers et
les manifestants.
« C’est douloureux de savoir que son fils a
été assassiné par un bandit », a
déclaré la mère de Fredy Villanueva,
Lilian Maribel Madrid Antunes, après la minute de
silence dédiée à son fils lors de la
manifestation.
« Sa mort doit servir à quelque chose »,
a ajouté la soeur du défunt, Wendy. «
Aujourd’hui, nous marchons pour la justice et pour la
vérité. Et nous allons continuer de le faire
jusqu’à ce que des accusations soient portées
contre le policier qui a tiré sur mon frère.
»
Quelques centaines de personnes se sont jointes aux proches
de la famille Villanueva hier après-midi pour marquer
le premier anniversaire de la mort de Fredy.
Les manifestants ont défilé dans les rues de
Montréal-Nord jusque dans un stationnement du parc
Henri-Bourassa, à l’endroit où le jeune homme
a été atteint par les balles de l’agent
Jean-Loup Lapointe.
Plus
tôt dans l’après-midi, des politiciens et des
groupes communautaires s’étaient rassemblés au
même endroit pour participer à une
cérémonie de prière et de chant
organisée par le Conseil des leaders religieux de
Montréal-Nord.
Manifestation tendue
Bien que les commémorations se soient
déroulées sans accrochage majeur, la tension
était palpable entre les policiers et les
manifestants.
Quelques minutes après le début de la marche,
une dizaine de participants ont bousculé des agents
à vélo. Mais des proches de la famille
Villanueva les ont dissuadés d’aller plus loin. Par
ailleurs, en milieu de soirée, un jeune homme qui
transportait plusieurs cocktails Molotov dans son sac
à dos a été interpellé.

« Pol i c ie r s , meur t r ier s » , «
Lapointe en prison », « profilage, arme fatale
»… Tout le long de la manifestation, les participants
ont scandé des slogans hostiles à la police.
Plusieurs participants portaient également des
pancartes en forme de pierre tombale sur les-
«
Aujourd’hui, nous marchons pour la justice et pour la
vérité. Et nous allons continuer de le faire
jusqu’à ce que des accusations soient
portées contre le policier qui a tiré sur
mon frère. »
quelles étaient inscrits les noms de personnes
tuées par des balles policières.
PHOTODAVID BOILY, LA
PRESSE
Les manifestants ont
défilé dans les rues de
Montréal-Nord jusque dans un stationnement du
parc Henri-Bourassa, à l’endroit où Fredy
Villanueva a été abattu. Tout le long de
la marche, les participants ont scandé des
slogans hostiles à la police.
« Nous sommes ici pour saluer la fami l le Vi l
lanueva, qui , depuis un an, mène un combat pour
faire la lumière sur la mort de Fredy », a
expliqué le porteparole de
Montréal-Républik et coorganisateur de la
manifestation, Will Prosper. « Ce n’est pas normal
qu’il n’existe pas encore un système où ce
n’est pas la police qui fait enquête sur la police.
»
L’affaire
Villanueva a fait couler beaucoup d’encre cette
année. Au-delà du feuilleton entourant la
participation de la famille Villanueva à
l’enquête du coroner, le public doit avant tout se
souvenir de la personne qu’était Fredy, croit la
soeur de la victime.
« Dans la dernière année, beaucoup de
personnes ont dit du mal de mon frère », a
déploré Patricia Villanueva. Ce que
j’aimerais que l’on retienne aujourd’hui, c’est que
c’était vraiment une bonne personne. C’était
un garçon qui aimait avant tout jouer au
PlayStation et au X-Box. C’était un vrai ado!
Surtout pas un criminel. »
« Fredy était toujours prêt à
nous donner un coup de main », a renchéri
Wendy Villanueva. « Je suis heureuse de voir les
centaines de personnes qui sont ici pour nous soutenir.
Mais c’est aussi un jour triste pour nous, car nous avons
perdu un membre de notre famille. C’était notre
bébé. Et on ne pourra jamais le ravoir.
»
Conférences et spectacle de rap par et pour les
résidants du quartier
Hoodstock à Montréal-Nord
Le contingent policier a irrité certains
participants à la soirée, si bien que la
mère de Fredy Villanueva, Lilian, a
apostrophé le commandant Bélair en
début de soirée. « Chaque fois que
je vous vois, ça me rappelle la mort de mon fils
», lui a-t-elle dit à l’aide d’un
interprète.
Des dizaines de personnes ont participé samedi
à Hoodstock, à Montréal-Nord,
manifestation publique destinée à
souligner le premier anniversaire de la mort de Fredy
Villanueva et de l’émeute qui avait suivi.
« Ça fait du bien, a confié la soeur
de Fredy Villanueva, Patricia, rencontrée sur les
lieux avec le reste de la famille. Même
après un an, il y a des gens qui nous soutiennent
toujours et qui sont toujours avec nous, alors c’est
très rassurant. »
Une vingtaine d’artistes ont donné un concert
samedi soir, notamment le chanteur Luck Mervil et un
éventail de groupes rap québécois.
Les musiciens souhaitaient signifier leur appui à
la famille Villanueva et dénoncer la relation
tendue entre les jeunes du quartier et les forces de
l’ordre.
« Fredy est mort dans des circonstances où
il n’aurait jamais dû être tué, a
affirmé David Ricardo Osias, alias DVD, membre du
groupe G.A. Boyz. Les policiers ont tiré sur un
jeune sans défense. »
M. Osias connaissait bien Fredy Villanueva. Il est un
ami proche de son frère Dany, celui que les
agents Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte
avaient interpellé lors de l’intervention qui
s’est soldée par la mort du jeune homme de 18
ans, le 9 août 2008.
Luck Mervil, lui, se demande si Fredy Villanueva, fils
d’immigrés du Honduras, aurait connu le
même sort s’il s’était appelé
Frédéric Villeneuve. « On devrait se
questionner à savoir si la loi est la même
pour tout le monde, a-t-il indiqué avant de
monter sur scène, si la justice est la même
pour tout le monde. »
Des résidants du quartier ont commencé
à converger vers le parc en début
d’après-midi, samedi. Quatre conférences
ont abordé les problèmes sociaux qui
affligent Montréal-Nord – gangs de rue, rapports
interraciaux, relation entre jeunes et policiers.
« C’est pour démontrer que les gens de
Montréal-Nord sont capables d’organiser quelque
chose de positif » , a résumé
l’organisateur de Hoodstock, Will
« C’est une question de visibilité pour
rassurer les personnes qui sont dans le parc et les
citoyens qui sont dans le quartier », a
indiqué Roger Bélair, commandant du poste
de quartier 39.
Mais le
contingent policier a irrité certains
participants à la soirée, si bien que la
mère de Prosper, qui est aussi membre de
Montréal-Nord Républik.
Présence policière accrue
Le Service de police de la Ville de Montréal
n’entendait pas prendre les choses à la
légère. Les agents ont circulé en
petits groupes, à pied, en vélo et
à cheval, autour du parc
Aimé-Léonard, où avait lieu la
manifestation. Fredy Villanueva, Lilian, a
apostrophé le commandant Bélair en
début de soirée. « Chaque fois que
je vous vois, ça me rappelle la mort de mon fils
», lui a-t-elle dit à l’aide d’un
interprète.
Affirmant que la présence policière
provoque les jeunes, elle a demandé aux policiers
de se faire aussi discrets que possible. Le SPVM a
accepté de retirer certains agents du parc pour
les poster quelques rues plus loin.
Le 9 août 2008, Fredy Villanueva, 18 ans, a
été abattu au cours d’une intervention
policière au parc Henri-Bourassa, à
quelques kilomètres du parc
Aimé-Léonard. Le lendemain, des centaines
de résidants de Montréal-Nord sont
descendus dans la rue pour dénoncer la fusillade.
Des casseurs en ont profité pour fracasser des
vitrines, incendier des commerces, saccager une caserne
de pompiers et échanger des coups de feu avec des
policiers.
Près d’un an plus tard, samedi après-midi,
les citoyens de Montréal-Nord ont profité
d’une journée radieuse au parc HenriBourassa. Les
courts de tennis étaient pleins. Le
théâtre de l’arrestation qui a mis le feu
aux poudres, un stationnement entre le parc et un
aréna, était presque vide. Sur un arbre
situé tout près, des proches de Fredy
Villanueva ont accroché sa photo, disposé
des fleurs, des chandelles et de petits crucifix.
« Ça fait bizarre de ne plus le voir dans
le coin », a confié Habid Ibarra, un bon
ami de Fredy Villanueva, qui passait près du
cénotaphe.
Même si l’atmosphère semblait sereine, la
tension reste palpable dans le quartier, ont
confié des citoyens croisés sur les lieux.
« Il m’arrive encore d’entendre des coups de feu
et il continue d’y avoir de la bataille partout, a
confié Simon, 20 ans. Je ne pense pas que
ça a changé ici. Je pense que ça ne
va jamais changer. »
Bientôt une police de la police ? -
Judith LaChapelle
En
Ontario, l’Unité des enquêtes
spéciales (UES), créée en 1990,
est chargée d’étudier les circonstances
de décès ou de blessures graves survenus
lors d’opérations policières.
Les pressions se font plus fortes pour la
création d’un organisme indépendant
d’enquête sur la police. Dans une rencontre
prévue d’ici peu, la Commission de la
sécurité publique de Montréal et
le ministère de la Sécurité
publique examineront ensemble cette question, a appris
La Presse.
L’au t omn e de r n i e r , la Commission avait
entamé une réflexion à cause de
l’apparence de partialité et du manque de
transparence de la formule actuelle. La
réflexion de cet organisme, à qui le
Service de police de la Ville de Montréal
(SPVM) est tenu de rendre des comptes, s’ajoute
à celles de nombreux acteurs influents des
domaines politique et juridique depuis un an.
En mai dernier, le maire de Québec,
Régis Labeaume, avait déclaré :
« Aucun corps policier ne devrait enquêter
sur les comportements d’un autre corps policier.
» « Ça altère
sérieusement la confiance du public, avait-il
déclaré au Soleil. Ça donne au
système une mauvaise réputation. »
M. Labeaume a demandé au gouvernement Charest
la création d’une agence d’enquête
indépendante.
En Onta r io , l ’ Uni t é des enquêtes
spéciales ( UES) a été
créée en 1990 à la suite d’une
réf lexion sur la police et la question
raciale. Elle compte une quarantaine
d’enquêteurs (dont la moitié sont
d’anciens policiers) chargés d’étudier
les circonstances de décès ou de
blessures graves survenus lors d’opérations
policières.
Au Québec, le Commissaire à la
déontologie policière reçoit les
plaintes des citoyens, fait enquête et, s’il y a
lieu, s’adresse au Comité de déontologie
policière pour poursuivre les policiers. Mais
lorsqu’il y a mort d’homme impliquant un pol icier,
une « politique ministérielle »
veut qu’une enquête soit menée par un
autre corps policier que celui mêlé
à l’incident. Dans l’affaire Villanueva, qui
mettait en cause deux policiers du SPVM, c’est la
Sûreté du Québec (SQ) qui a
enquêté.
Pas de système parfait
Le
système québécois n’est pas pire
que les autres au pays, note l’ancien commissaire
à la déontologie policière, Paul
Monty. « Dans les autres provinces, où la
Gendarmerie royale du Canada est très
présente, elle enquête sur ses propres
policiers. »
Et le système ontarien n’est pas parfait non
plus. Dans un rapport lapidaire publié en
septembre dernier, l’ombudsman de l’Ontario,
André Marin, a vivement critiqué le
fonctionnement de l’ UES. « Faible » ,
« craintif » , « trop près de
la police », l’organisme n’est pas pris au
sérieux par les policiers, a constaté M.
Marin, lui-même ancien directeur de l’UES.
« Lorsqu’une mort survient, la police doit
contacter sur-le-champ l’UES. Or, elle ne le fait
presque jamais », avait-il dénoncé
dans une entrevue au Droit d’Ottawa.
Dans l’affaire Villanueva , la SQ n’a j amais i
nterrogé les policiers mêlés
à l’incident. L’ombudsman ontarien a
répertorié plusieurs cas où les
enquêteurs indépendants de l’UES ont
tardé à rencontrer les policiers : dans
le cas de la mort d’un homme de 20 ans, les policiers
ont été interrogés six jours plus
tard. Dans un autre cas, un policier témoin a
été interviewé plus de quatre
mois après les faits.
Une question de perception
Système i mpa r fait , donc, mais
incontournable, croit néanmoins l’ombudsman de
l’Ontario. Le juge ontarien à la retraite
Patrick J. LeSage, qui a réexaminé le
système en 2005, est aussi de cet avis. «
C’est d’abord pour une question de perception »,
a-t-il expliqué à La Presse cette
semaine.
Principaux obstacles au projet : le manque
d’enthousiasme des policiers. . . et « les
coûts extrêmement importants pour
maintenir une équipe permanente de cette nature
», note Paul Monty. Néanmoins, il croit
que le gouvernement québécois a
intérêt à étudier
sérieusement la question. « Dans une
population qui est de moins en moins homogène,
où les policiers ne sont pas de la même
provenance que les individus, je pense qu’on devra
nécessairement y venir. »
Un anplus tard, de petits changements
- Judith LaChapelle
Fredy
Villanueva Marche commémorative demain à
Montréal-Nord
« Il y a eu une brisure énorme qui a
causé beaucoup de peine ; on ne peut pas
régler tout ça en quelques mois. »
Près du petit autel aménagé à la
mémoire de son frère, mardi, Wendy Villanueva
faisait face avec aplomb aux micros et caméras de
télé braqués sur elle. Non, elle n’a
pas commenté la reprise de l’enquête du coroner
Sansfaçon. Oui, elle croit que les choses se sont
améliorées à Montréal-Nord
depuis la mort de son frère. « Mais tout le
monde, y compris les policiers, doit réaliser que
nous sommes des personnes, qu’on n’enlève pas la vie
aux gens. »
PHOTODAVID BOILY, LA PRESSE
La grande soeur de Fredy Villanueva,
Wendy, est devenue la porte-parole de la famille à
la suite de la mort de son frère.
Et puis, sa gorge s’est nouée, ses yeux se sont
embués. « Ma famille est cassée en mille
morceaux... On ne peut pas trouver la paix. »
Il y a un an, la jeune femme n’aurait certainement pas
imaginé qu’elle deviendrait la porte-parole de sa
famille endeuillée aux côtés de
militants antiracisme, antirépression
policière, altermondialistes, etc. Il y a un an,
Wendy, 26 ans, deuxième de la famille de cinq enfants
Villanueva, était mère au foyer tandis que son
petit frère Fredy traînait ses 18 ans dans les
parcs de Montréal-Nord après avoir
terminé sa quatrième secondaire.
Le soir du 9 août 2008, Fredy Villanueva jouait aux
dés avec des copains, au parc Henri-Bourassa, quand
la police a interpellé son frère
aîné, Dany. Dans l’altercation qui a suivi, un
des deux policiers a tiré et Fredy Villanueva est
mort. Le lendemain, une manifestation a viré à
l’émeute. Depuis ce jour, Montréal-Nord est un
centre d’attraction médiatique et politique.
Qu’est-ce qui a changé à Montréal-Nord
depuis un an? « Il y a eu une brisure énorme
qui a causé beaucoup de peine; on ne peut pas
régler tout ça en quelques mois », dit
Will Prosper, de Montréal-Nord Républik.
BrunildaReyes, des Fourchettes de l’espoir, est d’accord.
« Mais on sent que les gens commencent à
prendre leur place. » Des citoyens prennent la parole
pour s’opposer, par exemple, à des décisions
municipales. « On ne voyait pas ça avant.
» La campagne électorale municipale de
novembre, où Mme Reyes se présentera pour la
première fois à titre de candidate, promet
d’être fébrile. D’autant plus que le maire
sortant, Marcel Parent, ne se représentera pas.
L’année a été chargée pour celle
qui s’est retrouvée sur le devant de la scène
à cause de son engagement dans le quartier depuis 10
ans. Un an plus tard, elle fait son bilan. « J’ai
retenu que je n’étais pas assez à
l’écoute des gens, dit-elle pourtant. Il y a des
choses que je n’avais pas vues. »
Prendre sa
vie en main
D’abord resto populaire, les Fourchettes de l’espoir a
élargi son mandat pour accompagner les gens du
quartier qui veulent prendre leur vie en main. En avril, la
première cohorte de Ma seconde chance, un programme
financé par le fédéral et qui s’adresse
aux décrocheurs de 20 à 30 ans, s’est
installée dans ses locaux pour six mois.
Dans la salle à manger des Fourchettes, rue Pascal,
Karl Sauvageau, Melissa Fernandez et Mohammed Hak prennent
une pause avant le lunch. Il y a un an, Karl Sauvageau
travaillait, de nuit, dans un entrepôt
réfrigéré. « Rien de très
valorisant », dit l’homme de 23 ans, qui avait
abandonné le cégep. Melissa Fernandez, 21 ans,
au chômage, venait de déménager rue
Pascal. Et Mohammed Hak, 24 ans, avait côtoyé
la pauvreté pendant quatre mois au Cambodge, une
expérience « qui lui a permis d’ouvrir les yeux
sur une autre pauvreté, à Montréal
».
Montréal-Nord, quartier dangereux? « Mais non,
disent-ils. Il y a des jeunes plein les parcs, c’est plein
de vie », dit Mohammed. « Ceux qui disent que
c’est dangereux ne savent pas de quoi ils parlent ; il faut
changer les perceptions », enchaîne Melissa.
Karl retient que l’argent et le parrainage existent pour
démarrer une entreprise ou simplement pour
réinventer sa vie, qu’il ne reste qu’à les
utiliser.
Un an plus tard, Karl Sauvageau a trouvé sa voie: il
retournera au cégep pour devenir intervenant en
santé mentale. Melissa Fernandez, elle, suivra un
cours de coiffure. Mohammed Hak continuera en cuisine et
rêve d’ouvrir son propre restaurant.
Le quartier change tranquillement. Le Canadien y construira
une patinoire, le groupe Simple Plan financera une maison de
jeunes, de nouveaux groupes communautaires lancent des
projets. « Ce n’est pas plus facile, mais les
bailleurs de fonds nous écoutent davantage »,
dit Mme Reyes.
Et Wendy Villanueva a aussi décidé de
reprendre les études. « Je deviendrai
architecte-paysagiste », dit-elle. Ses frères
et soeurs feront bientôt des commentaires publics sur
la reprise de l’enquête du coroner cet automne. Ils
habitent près de leur mère, à l’est de
Montréal. « Ma mère trouve toujours
ça très difficile, elle a de la
difficulté à sortir de la maison », dit
Wendy Villanueva. Mais elle sera là, demain, pour la
marche en mémoire de son fils.
Anniversaire de la mort de Fredy Villanueva : Réfléchir,
chanter, marcher ou se recueillir - Ariane
Lacoursière
Plusieurs manifestations se préparent à la
veille du premier anniversaire de la mort de Fredy Villanueva
Ce week-end,
un an après la mort de Fredy Villanueva, au moins
quatre activités publiques de commémoration
auront lieu à Montréal-Nord: un forum social, un
festival de musique, une marche et une manifestation
silencieuse. Ces activités ne font toutefois pas
l’unanimité parmi ceux, famille ou citoyens, qui ne
veulent pas que la mort de Villanueva tombe dans l’oubli.
La famille Villanueva et la Coalition contre la
répression et les abus policiers (CRAP) ont
annoncé hier la tenue, samedi et dimanche, de
Hoodstock, un événement à deux volets. Le
« premier forum social de Montréal-Nord »,
inspiré des forums sociaux mondiaux, aura lieu pendant
la journée au parc Aimé-Léonard. Au menu,
ateliers et conférences sur des thèmes
variés comme la vie après les gangs de rue,
l’éducation alternative et le rôle de la jeunesse
dans la diaspora haïtienne.
Samedi soir, dans un grand spectacle, Luck Mervil et une
vingtaine d’artistes hip hop, soul ou reggae promettent
musique et discours engagés.
Dimanche en fin de journée, toujours au parc
Aimé-Léonard, Hoodstock se terminera par une
grande marche familiale à la mémoire de Fredy
Villanueva. « On demande aux gens de venir nous soutenir
dans la paix », a dit Wendy Villanueva, la soeur de
Fredy.
« On
s’attend à beaucoup de monde », a dit Alexandre
Popovic, de la CRAP, qui affirme que les policiers «
sont au courant de la marche. » Les organisateurs disent
n’avoir « aucune inquiétude » quant au
risque de voir la manifestation
dégénérer.
À quelques rues de là, derrière la Maison
culturelle et communautaire de Montréal-Nord,
près de l’autel à la mémoire de Fredy
Villanueva, le Conseil des leaders religieux de
Montréal-Nord tiendra une manifestation silencieuse
dimanche, entre 15h30 et 17h30. Un curé, un pasteur et
un imam accompagneront les citoyens.
Hier, Will Prosper, porte-parole de l’organisme
Montréal-Nord Républik, a mentionné que
les organisateurs de Hoodstock auraient aimé que le
Conseil les informe de ses intentions. « Il y a des gens
qui font partie de cette coalition qui vont se
présenter aux élections municipales. Je pense
que le mandat d’un candidat est de rassembler, et pas de
diviser. »
Brunilda Reyes, coordonnatrice des Fourchettes de l’espoir et
candidate de Vision Montréal aux élections
municipales de novembre, et qui participera à la
manifestation silencieuse, a indiqué à La Presse
que M. Prosper y avait été invité, mais
qu’il n’avait pas répondu. « Personne n’a
l’exclusivité de la commémoration,
ajoute-t-elle. Plein de monde a été
touché par ce qui s’est passé. Il faut donner
à tous l’occasion de se souvenir. »
Appel à la mobilisation pacifique à
Montréal-Nord - Hugo Meunier
Premier
anniversaire de la mort de Fredy Villanueva
« Un vent nouveau souf f le à Montréal-Nord,
porteur d’espoir et de changements de mentalité » ,
a lancé avec aplomb Gethro Auguste, fondateur de la
Coalition montréalaise de la nonviolence. Il a
livré ce message hier matin, en marge d’un appel à
la mobilisation visant à souligner le premier
anniversaire de la mort de Fredy Villanueva, le 9 août
prochain.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA
PRESSE
La Coalition montréalaise de la
non-violence organise une manifestation silencieuse le 9
août, près de l’endroit où Fredy
Villanueva a été abattu par un policier l’an
dernier. Un groupe de citoyens a aussi mis sur pied Hoodstock,
un forum social doublé d’un spectacle qui aura lieu le
week-end prochain.
La coalition, appuyée d’organismes communautaires et
religieux de Montréal-Nord, espère mobiliser mais
surtout sensibiliser les citoyens, les élus et les
médias à la promotion de la non-violence. «
Il faut un engagement réel de tout le monde. Il faut
choisir l’intelligence et non la violence », a
martelé M. Auguste devant quelques dizaines de personnes,
surtout des jeunes, rassemblées à la Maison
culturelle et communautaire du boulevard Rolland.
La coal ition organise une manifestation silencieuse dimanche
prochain, près de l’endroit où Fredy Villanueva a
été abattu par un policier l’an dernier.
Tour à tour, quelques acteurs importants de
l’arrondissement ont dressé un court bilan des efforts et
des gestes faits par les groupes communautaires depuis un an.
« Il reste beaucoup de chemin à faire et je suis
convaincu que ces gestes seront vains s’il n’y a pas un
changement de mentalité », a dit la directrice de
l’organisme Fourchettes de l’espoir, Brunilda Reyes, qui sera
candidate de Vision Montréal au poste de
conseillère municipale dans Montréal-Nord le 1er
novembre prochain.
La coalition
dit observer un rattrapage dans l’arrondissement pour offrir des
logements sociaux aux familles et des infrastructures sportives
et culturelles aux jeunes.
Parallèlement à la manifestation silencieuse
organisée par la coalition, des citoyens de
Montréal-Nord ont mis sur pied Hoodstock, un forum social
doublé d’un spectacle auquel participera Luck Mervil, qui
aura lieu les 8 et 9 août au parc
AiméLéonard. À la demande de la famille
Villanueva, une marche à la mémoire de Fredy
clôturera Hoodstock.
Lamanifestation de la Coalition montréalaise de la
non-violence et Hoodstock sont deux choses distinctes, mais
leurs porteparole assurent qu’elles sont complémentaires.
Les deux groupes sont aussi convaincus qu’aucun
débordement ne viendra entacher ces rassemblements,
même si la colère et la frustration sont encore
bien vives. « Le but de Hoodstock est justement
d’éviter des débordements. On doit canaliser notre
colère et notre frustration vers quelque chose de
créatif », a souligné l’attachée de
presse de Hoodstock, Carla Beauvais.
Du côté de la coalition, un animateur de l
’organisme Fourchettes de l’espoir invite les médias
à faire leur part. « Vous avez contribué un
peu à toute cette paranoïa. Je pense personnellement
qu’il n’y aura pas de débordements si vous nous aidez un
peu », a souligné Jonathan Duguay dans l ’ approbat
ion générale.
La famille Villanueva participera
à l’enquête
Une entente avec le gouvernement permettra la reprise des
audiences en octobre
MORT DE FREDY
VILLANUEVA
L’enquête publique du coroner sur la mort de Fredy
Villanueva est sortie de l’impasse hier. Les avocats de la
famille Villanueva et des jeunes témoins du drame se
sont entendus avec le gouvernement afin que l’enquête
reprenne à l’automne, a appris La Presse.
PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES
LA PRESSE CANADIENNE
L’avocat de la famille Villanueva et
des témoins, Alain Arsenault, et la soeur de la
victime, Patricia Villanueva, en conférence de presse
le 26 mai dernier.
« Ça a mal été. Assez mal, merci.
Mais maintenant, nous sommes optimistes », a
résumé Me Alain Arsenault, l’avocat
chargé par la famille Villanueva et les jeunes
témoins de négocier avec le ministère de
la Sécurité publique et le Bureau du coroner.
La famille Villanueva salue aujourd’hui la « grande
ouverture du ministère de la Sécurité
publique et du Bureau du coroner ». « On tenait
à prendre position avant que l’été ne se
termine. Si ça peut avoir une influence positive pour
atténuer les tensions à Montréal-Nord,
tant mieux », a ajouté Me Arsenault.
Cette enquête publique du coroner s’était ouverte
sur fond de controverse le 25 mai dernier. La famille
Villanueva et les témoins-clés du drame inscrits
à titre de personnes intéressées avaient
décidé de la boycotter. Faute d’argent, ils
n’étaient pas représentés par un avocat,
alors que les deux policiers impliqués dans la mort du
jeune Villanueva, eux, l’étaient. Le coroner Robert
Sansfaçon avait décidé de suspendre son
enquête dès le deuxième jour,
jusqu’à ce que l’équilibre des forces en
présence soit rétabli.
Près
de deux mois plus tard, après d’intenses
négociations, cet équilibre est rétabli,
se réjouit Me Arsenault. Le ministère de la
Sécurité publique paiera les honoraires de
quatre avocats et d’un recherchiste, aussi avocat, à un
tarif qualifié de « correct » par Me
Arsenault. Ils recevront un taux horaire majoré par
rapport au taux de référence au gouvernement,
qui est de 100$ l’heure pour des avocats qui comptent plus de
10 ans de pratique. Pour un avocat d’expérience, le
taux négocié se rapproche désormais de
celui des avocats des policiers (quelque 200$ l’heure).
Me Arsenault s’attend à ce que l’enquête reprenne
au mois d’octobre. La famille Villanueva, les deux
blessés par balle – Jeffrey Sagor-Metellus et Denis
Meas – ainsi que les jeunes témoins Anthony Yerwood
Clavasquin et Jonathan Sénatus y participeront à
titre de personnes intéressées.
Ils réclamaient aussi que le mandat du coroner
Sansfaçon soit élargi pour aborder les questions
du profilage racial et des tensions sociales dans
Montréal-Nord. « Nous avons bon espoir que
l’enquête publique du coroner examinera de
manière ouverte le contexte social de
Montréal-Nord et la relation entre la police et les
jeunes », a déclaré l’avocat.
De son côté, le Bureau du coroner devrait
commenter cette entente dans les prochains jours.
Fredy Villanueva, 18 ans, est mort lors d’une intervention
policière, le 9 août 2008, dans un parc de
Montréal-Nord.
AFFAIRE VILLANUEVA Le ministre « satisfait
» de l’entente
Le ministre de la
Sécurité publique, Jacques Dupuis, s’est
réjoui de l’entente survenue entre la famille Villanueva
et le Bureau du coroner pour la reprise à l’automne de
l’enquête publique du coroner sur la mort de Fredy
Villanueva, a fait savoir son cabinet, hier.
«
Il est important que cette enquête ait lieu et on
accueille favorablement sa reprise à l’automne »,
a indiqué le cabinet du ministre de la
Sécurité publique Jacques Dupuis.
« On est satisfait de la conclusion des
négociations relativement aux honoraires d’avocats
payés aux familles. Il est important que cette
enquête ait lieu et on accueille favorablement sa reprise
à l’automne », a-t-on indiqué au cabinet du
ministre, ce dernier n’étant pas disponible pour une
entrevue, hier.
L’enquête
publique
du coroner sur la mort de Fredy Villanueva est sortie de
l’impasse, comme le révélait La Presse hier. Les
avocats de la famille Villanueva et des jeunes témoins
du drame se sont finalement entendus avec le Bureau du coroner
sur leur tarif horaire. En effet, en réaction à
la suspension de l’enquête il y a deux mois, le
ministère de la Sécurité publique a
accepté de débourser les honoraires de quatre
avocats et d’un recherchiste, aussi avocat, pour
représenter la famille Villanueva et les jeunes
témoins du drame.
Le coroner Robert Sansfaçon avait suspendu son
enquête, aussitôt après l’avoir
commencée, afin que l’équilibre entre les forces
en présence soit rétabli. Les policiers
impliqués dans la mort de Fredy Villanueva
étaient représentés par avocat, alors que
la famille et les jeunes témoins du drame, faute
d’argent, ne l’étaient pas. L’enquête devrait
reprendre en octobre. Fredy Villanueva, 18 ans, est mort lors
d’une intervention policière, le 9 août 2008,
dans un parc de Montréal-Nord.
Québec dépense 3,3 millions pour
apaiser les tensions
Relations
entre les citoyens et les policiers
Québec lance une nouvelle offensivepour apaiser les
tensions et rapprocher les policiers et les citoyens dans
certains quartiers chauds de Montréal. Le gouvernement
investira 3,3millions de dollars d’ici trois ans pour
créer de nouvelles unités mixtes
destinées à combattre les préjugés
encore trop présents chez les civils comme chez les
hommes en uniforme.
Depuis
novembre, Rose-Andrée Hubbard (habillée en
beige) contribue à l’effort de rapprochement entre
les policiers et les jeunes à Montréal-Nord.
La première agente de concertation civile de
Montréal était au parc Kent à
Côte-desNeiges hier, pour l’annonce de la
création de nouvelles unités mixtes du SPVM.
Au cours des prochaines semaines, huit nouvelles patrouilles
formées d’un policier et d’un « agent de
concertation civile » – issu du milieu communautaire –
feront leur apparition dans les arrondissements
deMontréal-Nord, Villeray– Saint-Michel–
Parc-Extension,
Côte-des-Neiges–Notre-Dame-deGrâce, Sud-Ouest,
LaSalle, SaintLaurent, Pierrefonds-Roxboro et
Ahuntsic-Cartierville, où les indices de
pauvreté et d’exclusion sociale sont
généralement plus élevés que dans
le reste de l’Île. Et où les relations entre les
policiers et la population sont les plus difficiles.
La mission des escouades sera double : elles devront
améliorer les perceptions que les jeunes ont des
policiers, et vice versa. « Les jeunes pourront
démystifier les pratiques policières et
atténuer leurs préjugés, et les policiers
pourront mieux comprendre la réalité des
communautés culturelles, des jeunes en particulier, et
améliorer leurs interventions », a insisté
en conférence de presse, hier, la ministre responsable
des Communautés culturelles et de l’Immigration,
Yolande James.
Québec fait aussi le pari que l’ajout de ces 16 agents
sur le territoire permettra à la population de trouver
une oreille plus attentive en cas de problème afin de
mieux prévoir les éventuels débordements
du même type que l’émeute qui a secoué
Montréal-Nord en août dernier. Des rencontres
d’information avec la population, des journées
d’immersion policière et des activités sportives
seront multipliées.
Le fait qu’un
tel programme doive être mis sur pied ne doit pas
être perçu comme un constat d’échec des
autres efforts déployés dans la même
direction au cours des dernières années, a
indiqué de son côté ClaudeDauphin,
président du conseil exécutif de
Montréal. « Montréal a la
réputation internationale d’être l’une des villes
les plus sécuritaires au monde. Nous sommes 22es au
monde et nous sommes numéro un en Amérique du
Nord. Si nous voulons conserver ce qualificatif d’être
une ville sécuritaire, nous devons agir. Sinon, nous
régresserons. »
Cette fois, c’est l’arrondissement de Montréal-Nord qui
montrera l’exemple aux sept autres arrondissements
visés par le programme. Un projet-pilote y a
été mis en place à la suite de
l’émeute de Montréal-Nord, où la
psychologue Rose-Andrée Hubbard est officiellement
devenue la première agente de concertation civile de
Montréal. Depuis novembre, elle aide les policiers
à modifier leur manière d’aborder les jeunes.
Elle écoute aussi les critiques des adolescents contre
les policiers qui interviennent souvent en trop grand nombre
pour des incidents mineurs. « Les jeunes refusent
l’autorité des policiers comme ils rejettent celle de
leurs parents. C’est normal. Il y a des comportements à
améliorer d’un côté comme de l’autre
», explique-t-elle.
Dans Montréal-Nord, des organismes communautaires
reconnaissent que l’embauche de Mme Hubbard a
été utile. « Ça a permis de
renforcer la coopération avec les policiers, observe
Brunilda Reyes, directrice générale des
Fourchettes de l’espoir et porte-parole de Solidarité
Montréal-Nord. Mais un agent pour 84 000
résidants, c’est très peu. »
« Ça ne réglera pas tous les
problèmes, mais tout ce qu’on pourra faire pour
atténuer les tensions sera bienvenu », a
ajouté Williamson Lamarre, président du
Café jeunesse multiculturel.
Leministère de la Sécurité publique du
Québec envisage la possibilité d’étendre
ces actions à d’autres arrondissements de
Montréal, et même à d’autres villes.
Le maire de Montréal-Nord ne se
représentera pas
« Par
respect pour mes concitoyens, que j’ai eu le plaisir et
l’honneur de servir depuis 2001, je me devais de prendre cette
décision. »
Le maire de Montréal-Nord, Marcel Parent, a
annoncé hier qu’il ne serait pas candidat à la
mairie de son arrondissement, le 1er novembre, en raison de
son état de santé.
Après en avoir discuté avec le maire de
Montréal, Gérald Tremblay, M. Parent a
expliqué dans un communiqué qu’il a dû
prendre sa décision « en raison d’une
détérioration récente de son état
de santé, détérioration constatée
par ses médecins au cours des derniers jours ».
« Par respect pour mes concitoyens de
Montréal-Nord, que j’ai eu le plaisir et l’honneur de
servir depuis 2001, je me devais de prendre cette
décision », a-t-il écrit.
M. Parent, âgé de 77 ans, a remercié le
maire Tremblay a été le théâtre
d’une émeute à la suite de la mort de Fredy
Villanueva, abattu par un policier l’été
dernier. Des groupes de jeunes ont réclamé sa
démission. « pour les années
extraordinaires passées à ses côtés
comme maire de l’arrondissement et président du conseil
municipal ».
La dernière année a été difficile
pour M. Parent. Montréal-Nord
Il y a deux semaines, de nouveaux affrontements entre les
policiers et des jeunes du quartier ont
dégénéré. Et samedi dernier, M.
Parent a été hué, à l’aréna
de Montréal-Nord, lors du match de soccer mettant en
vedette Zinedine Zidane.
L’annonce de
son départ a surpris le monde de la politique
municipale, qui s’attendait à le voir briguer un
troisième mandat. En effet, sa candidature avait
été confirmée le 8 juin dernier, à
l’assemblée d’investiture de son parti.
Union Montréal n’a pas encore choisi le candidat qui le
représentera dans Montréal-Nord le 1er novembre
mais, selon nos informations, les noms de plusieurs
politiciens ont déjà été
évoqués.
Hier, le vice-président dubureau de direction d’Union
Montréal pour l’Est, Gilles Deguire, a confirmé
à La Presse qu’il était en réflexion.
« J’ai déjà manifesté de
l’intérêt pour ce poste et il m’intéresse
encore », a-t-il dit. M. Deguire, qui est le directeur
du bureau de la ministre libérale Line Beauchamp, a
été policier pendant 30 ans à
Montréal, dont 10 ans comme agent sociocommunautaire
à Montréal-Nord.
Le conseiller de ville Jean-Marc Gibeau, dont le nom circule
également, a répondu hier qu’il
préférait ne pas annoncer ses couleurs le jour
de l’annonce de M. Parent. « Dès demain, j’y
réfléchirai sérieusement », a-t-il
toutefois ajouté.
Les noms du conseiller James V. Infantino et de Claudel
Toussaint, le directeur de la culture, des sports, des loisirs
et du développement social à l’arrondissement,
ont également été évoqués.
La semaine prochaine, les responsables du parti rencontreront
les candidats qui ont manifesté leur
intérêt. Après cette réunion, la
direction du parti décidera s’il y aura une
assemblée d’investiture ou non.
LA FUITE DE MONTRÉAL-NORD - Hugo
Meunier
Les
résidants du secteur de Montréal-Nord où
a éclaté l’émeute l’an dernier ont
plié bagage en grand nombre, a constaté La
Presse hier sur le terrain. La grand-messe du
déménagement battait son plein près de la
rue Pascal et du boulevard Rolland – épicent
«M oi, je m’en vais voir les feux d’artifice de La Ronde
au lieu de celui de l’émeute de Montréal-Nord !
» badine Daniel, qui troque son logement du boulevard
Rolland contre un appartement de l’arrondissement d’Anjou.
PHOTO PATRICK
SANFAÇON, LA PRESSE
Alors que plusieurs personnes se
sentent coincées à Montréal-Nord,
d’autres choisissent d’y rester.
Il y a près d’un an, sa rue et la rue transversale,
Pascal, étaient au coeur de l’émeute qui a suivi
la mort de Fredy Villanueva sous les balles d’un policier de
Montréal.
Daniel, ses voisins Michel, Yves et leurs familles ont
décidé de fuir le quartier au lendemain de ces
débordements sans précédent.
Et ils ne sont pas les seuls, à en juger par le nombre
de camions-cube et de remorques qui abondaient dans le secteur
hier matin.
Daniel et ses amis avaient du mal à réprimer de
profonds soupirs de soulagement en plaçant leurs biens
dans les camions de déménagement garés
devant leurs logements situés côte à
côte.
Ni la moiteur de cette journée ni la perspective de
repartir à zéro dans un nouvel environnement
n’auraient pu altérer leur joie de partir, trop
contents de voir s’évanouir dans le rétroviseur
ce quartier où ils ont pourtant vécu une partie
de leur vie.
«
Après l ’émeute, les af f iches "À louer"
sont apparues partout. Beaucoup de gens s’en vont. Tu n’es pas
chez toi ici, tu n’es plus le bienvenu! Je ne vais même
pas au dépanneur à pied dans la rue Pascal, je
ne me sens pas en sécurité! » explique
Yves, pourtant un solide gaillard.
Un futur Bronx
Coiffé d’une casquette du Québec, Michel sort de
sa poche une photographie. On y voit sa voiture garée
en bordure du trottoir d’en face, derrière une
rangée de voitures de la police de Montréal. Une
image croquée en pleine nuit il y a deux semaines, lors
du dernier épisode de violence entre les policiers et
une bande de jeunes. « Je vis dans le quartier depuis
des années, mais là, c’est assez! C’est rempli
de jeunes de 15 ans qui veulent prendre le contrôle du
coin. D’ici 10 ans, ça va devenir un ghetto ! »
tonne Michel.
Une prédiction partagée par Caroline Pelletier,
résidante de la rue Arthur-Chevrier, à un jet de
pierre de là, qui part avec sa famille s’installer dans
l’arrondissement de Rivière-des-Prairies, après
avoir vécu 30 ans à Montréal-Nord.
« J’ai l’impression que les problèmes iront de
mal en pis. Les bonnes familles vont s’en aller et le quartier
va ressembler au Bronx d’ici 10 ans », déplore
Mme Pelletier, qui tient entre ses bras Ylana,
âgée de quelques mois.
Lors de la dernière échauffourée entre
policiers et jeunes il y a deux semaines, le fracas des
matraques sur les boucliers des membres de l’escouade tactique
avait réveillé le bébé.
Selon cette mère d’une autre fillette de 6 ans, le
milieu n’est tout simplement pas approprié pour
élever des enfants. « L’affaire Villanueva a
été la goutte qui a fait déborder le
vase. À Rivière-des-Prairies, il y a plus de
familles unies, moins de mères seules et de meilleurs
modèles à offrir aux enfants »,
résume Mme Pelletier.
« Les gens ont peur d’aller habiter à
Montréal-Nord »
Une simple
balade dans le quartier suffit pour réaliser la
quantité d’affiches « À louer »
placardées sur les immeubles locatifs. Les quelques
propriétaires joints ont avoué que les
locataires ne se bousculaient pas aux portes depuis
l’émeute.
Gino Daraiche et sa fille Sandy ont
quitté hier l’appartement qu’ils occupaient depuis
30 ans dans Montréal-Nord.
« Bien sûr que c’est plus difficile! Le quartier
est pourtant "moins pire" qu’on pense, mais les nouvelles
sont plus fortes que la réalité »,
estime l’agent i mmobi l ier Louis Sylva i n Pierre, en
quête de locataires pour la rue Pascal. « Un
jour, 30 ou 40 personnes m’ont joint pour un quatre et demi
annoncé sur l’internet. Quand ils ont su que
c’était à Montréal-Nord, ils m’ont dit
: " Non merci, monsieur." Les gens ont peur d’aller habiter
à Montréal-Nord », observe-t-il.
« La
rue Pascal est un peu trop chaude pour louer maintenant
», confesse cet autre propriétaire, qui demande
540 $ pour un grand quatre et demi. À quelques
mètres de là, une affiche propose un autre
quatre et demi chauffé.
Et libre depuis mai.
Travailleur social : Limiter les tensions à
Montréal-Nord
Les policiers
pourront solliciter un travailleur social, à leur
disposition 24 heures sur 24 cet été
« Les problèmes de Montréal-Nord ne
relèvent pas que du ministère de la
Sécurité publique, ils sont majeurs et touchent
plusieurs sphères socioéconomiques. »
Les affrontements de mardi dernier laissent présager un
été chaud dans le quartier de
Montréal-Nord. Mais les policiers auront une nouvelle
arme à leur disposition pour éviter le regain de
violence appréhendé à l’approche du
premier anniversaire de la mort de Fredy Villanueva : un
travailleur social sera à leur disposition 24 heures
sur 24.
À
l’approche
du premier anniversaire de la mort de Fredy Villanueva, on
craint un regain de violence dans le quartier de
Montréal-Nord.
D’ici quelques jours, quelques semaines tout au plus, un
numéro d’urgence sera fourni auxpoliciers et aux
organismes communautaires pour leur permettre de joindre en
tout temps, sept jours sur sept, l’un des quatre travailleurs
sociaux de Montréal-Nord. Les policiers pourront
l’appeler pour qu’il leur prête main-forte chaque fois
qu’ils auront à intervenir auprès des jeunes
du quartier avec qui les relations sont toujours tendues. Les
autorités font le pari qu’un civil sera plus efficace
qu’un agent en uniforme.
La nécessité d’accroître la collaboration
entre les policiers et les services communautaires revient
souvent sur le tapis lorsqu’il est question de
Montréal-Nord. Mais ce besoin est apparu d’autant plus
criant aux membres de la table Prévention, paix et
sécurité de l’arrondissement
Montréal-Nord lorsqu’ils se sont réunis
d’urgence mercredi pour trouver des moyens de rétablir
les ponts entre les jeunes et la police à la suite des
violences de cette semaine. « Si nous avions eu un
travailleur social sur place mardi soir, il n’y aurait
peut-être pas eu d’incident », a expliqué
hier Jean-Marc Gibeau, responsable du dossier de la
sécurité à la mairie de
Montréal-Nord.
Un travailleur social pourra même parfois être
dépêché en lieu et place des policiers,
par exemple lorsqu’une plainte sera émise par un
commerçant dont l’accès est bloqué par un
attroupement de jeunes. S’il parvient à les
persuader à quitter les lieux, les forces de l’ordre
n’entreront pas en scène. « Depuis un an,
chaque intervention des policiers risque de créer une
réaction des jeunes. C’est un peu normal, on
représente l’autorité, a reconnu hier le
commandant du poste de quartier 39, Roger Bélair. Nous
n’avons pas un rôle de médiateurs à long
terme, comme les organismes sociaux. » L’affrontement
entre les policiers et une cinquantaine de jeunes est survenu
lorsque les policiers ont tenté de disperser des jeunes
réunis au parc Carignan. Neuf d’entre eux ont
été accusés cette semaine de voies de
fait sur les policiers, de méfaits, de menaces ou de
possession d’armes. Un seul était toujours
détenu, hier.
Vigie
Cette mesure s’ajoute au comité de « vigie
» formé mercredi pour traquer les signes
annonciateurs de violence et désamorcer les crises
avant qu’elles n’éclatent. « On appréhende
l’été et l’anniversaire de la mort de Fredy
Villanueva », confirme Jean-Marc Gibeau, ajoutant
toutefois du même souffle que « l’incident de
mardi aurait pu arriver dans n’importe quel autre quartier de
Montréal. Sauf qu’on en aurait moins parlé.
»
Pou r W i l l i a m L a ma r r e , direc teur du Café j
eunesse mult iculturel de MontréalNord qui chapeaute
l’équipe de travailleurs communautaires en poste, cette
annonce est évidemment un pas dans la bonne direction.
Mais il en faudra bien davantage pour changer la donne dans
cet arrondissement. « C’est le territoire le plus
densément peuplé au Canada : il faut revoir
complètement son aménagement et pour
ça, ça nous prendrait un sérieux coup
de pouce financier de Québec. »
Les craintes que l’été soit mouvementé
seraient aussi moins grandes si Québec avait
accepté de lancer une enquête publique
indépendante sur la mort de Fredy Villanueva, dit M.
Lamarre. « Ça aiderait sûrement (à
apaiser les tensions) parce que la population la
réclame. »
La coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés,
Nicole Filion, réclame aussi plus de soutien de
Québec dans ce dossier. « La solution n’est pas
policière mais politique », dit-elle,
déplorant que ce soit le ministre Jacques Dupuis qui
ait commenté publiquement les événements
de cette semaine. « Les problèmes de
Montréal-Nord ne relèvent pas que du
ministère de la Sécurité publique, ils
sont majeurs et touchent plusieurs sphères
socioéconomiques. » Près de 40% de la
population du secteur vit sous le seuil de la pauvreté,
rappelle Mme Filion.
Montréal-Nord : Nouveaux affrontements :
Le spectre des émeutes hante encore le quartier
- Hugo Meunier
Alors que
l’enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva est
toujours dans l’impasse, l’affrontement entre la police et des
jeunes de Montréal-Nord, mardi soir, a prouvé
que le feu couvait toujours dans le quartier. Cette situation
inquiète tant les
« Les citoyens de Montréal-Nord nous disent
qu’ils en ont assez des fauteurs de troubles et que ces
derniers ne sont pas représentatifs de la population du
quartier », a indiqué le président de la
Fraternité des policiers de Montréal, Yves
Francoeur.
Sous un soleil radieux, des enfants hauts comme trois pommes
jouaient au soccer hier matin au parc Carignan. Tard la
veille, c’est dans ce petit espace vert niché au coeur
d’un secteur résidentiel du quartier
Montréal-Nord qu’a éclaté un affrontement
musclé entre des policiers et une cinquantaine de
jeunes.
Neuf personnes ont été arrêtées et
un policier a subi des blessures mineures durant ces
débordements, au cours desquels des vitrines de
bâtiments, d’abribus, de commerces et de voitures ont
volé en éclats. Des feux ont aussi
été allumés dans des ordures.
Le spectre des émeutes de l’été dernier
hantait bien des esprits hier matin dans ces rues de
Montréal-Nord devenues familières. Et ce,
même si les événements de mardi soir se
sont avérés de bien moindre importance.
Mais les traces du grabuge de la veille étaient encore
bien visibles dans les environs. Assez pour laisser un
goût amer dans la bouche des commerçants et
résidants du quartier interrogés.
Tout a débuté vers 22h15, lorsque les policiers
ont reçu un appel – le deuxième en soirée
– concernant une bagarre entre jeunes au parc Carignan,
situé à l’angle des rues Rolland et Renoir.
À leur arrivée, il n’y avait aucune bagarre,
seulement un groupe de 50 à 75 jeunes dans le parc.
Les policiers auraient alors décidé de rester
à l’écart et de garder un oeil sur le parc.
C’est à ce moment que des jeunes auraient
commencé à lancer des projectiles en leur
direction, des roches et des bouteilles notamment.
« Les policiers ont alors dispersé les jeunes,
qui se sont mis à vandaliser des résidences, des
voitures et des commerces », a expliqué l’agent
André Leclerc, du Service de police de la Ville de
Montréal.
C’est à ce moment que les policiers ont
procédé à l’arrestation de neuf
personnes, toutes adultes.
Sept d’entre eux ont comparu au palais de justice de
Montréal, hier après-midi, pour divers chefs
d’accusation, principalement de voie de fait à
l’égard de plusieurs policiers, qui ne sont toutefois
pas identifiés comme tels dans les actes d’accusation.
La Couronne s’est opposée à la mise en
liberté des accusés et ceux-ci seront de retour
devant le tribunal ce matin pour leur enquête sous
cautionnement. Deux autres ont été
relâchés.
Un policier a quant à lui subi des blessures mineures
au visage et au bras pendant qu’il passait les menottes
à un des suspects.
Mauvaise publicité
Résidants et commerçantsdéploraient hier
cette nouvelle mauvaise publicité pour leur quartier.
« Le grabuge est l’oeuvre d’une bande de jeunes qui font
du trouble avant d’aller se cacher. Ils veulent juste mettre
le feu aux poudres », a dénoncé Carl
François, qui a assisté aux
événements depuis son logement situé en
bordure du parc. « C’étaient des jeunes qui se
tiraillaient jusqu’à ce qu’un coup de poing soit
donné. Une dame en haut de chez nous a aussitôt
appelé les policiers. À leur arrivée, les
jeunes se sont rassemblés pour foutre le bordel
», a raconté l’homme de 42 ans.
Mère de
deux jeunes enfants, Malika était surprise de constater
que le parc familial devant chez elle se retrouvait au coeur
d’un affrontement avec les policiers. « Je suis toujours
dans ce parc, il n’y a que des enfants ici d’habitude. Hier
soir, c’était étrange, il y avait un groupe de
jeunes agités, des filles se bagarraient »,
a-t-elle souligné.
Près d’un an après les émeutes de
Montréal-Nord, des commerces de la rue Pascal ont
à nouveau été ciblés par les
vandales.
La vitrine de la boucherie Fortin a notamment
été perforée par un projectile. «
J’ai peur que les problèmes recommencent. C’est
l’été, les gangs de jeunes se tiennent dans le
coin », a soupiré le gérant de la
boucherie.
À quelques mètres de là, Sarith Oum
balayait les éclats de verre sur sa Honda grise. Le
pare-brise avant et la vitre arrière étaient
fracassés. La voiture du jeune homme était
garée au mauvais moment et au mauvais endroit. «
Il n’y a pas eu d’incident comme ça depuis longtemps.
Je sais que ça n’a pas rapport avec moi », a
déploré M. Oum, qui devra payer les
dégâts de sa poche.
Quelques aut res voitures stationnées dans la rue ont
été endommagées.
Sur le boulevard Léger, les vitrines d’une succursale
de la Banque Nationale et d’un Jean Coutu ont aussi
été brisées.
Des vitriers étaient en train de réparer celle
de la pharmacie. « Les vandales auraient utilisé
des bonbonnes de gaz propane », a expliqué Benoit
Lapointe, de Vitrerie Michelois.
Pas de bon augure
De son côté, le président de la
Fraternité des policiers de Montréal, Yves
Francoeur, ne « voit pas de bon augure » les
événements survenus au parc Carignan. «
Malheureusement, on est appelé à craindre les
débordements cet été », a-t-il dit,
hier.
Après l’émeute du 10 août dernier, le
syndicat des policiers avait critiqué la direction du
Service de police de Montréal pour sa gestion de la
crise. Rien à voir avec la miniémeute de mardi.
Cette fois-ci, le syndicat considère
que la mobilisation policière a été
adéquate et bien organisée. « Trente
minutes après le début de
l’événement, on était plus nombreux
que les manifestants », a souligné M.
Francoeur.
Autre aspect positif aux yeux du syndicat: «
Les
citoyens de Montréal-Nord nous disent qu’ils en
ont assez des fauteurs de troubles et que ces derniers
ne sont pas représentatifs de la population du
quartier », a indiqué le président
de la Fraternité.
Invité à réagir, le ministre de la
Sécurité publique, Jacques Dupuis, allait
d’ailleurs dans ce sens. Il a
expliqué que ce sont des citoyens qui ont fait
appel aux policiers, ajoutant que la
majorité d’entre eux veulent vivre calmement et en paix
à Montréal-Nord. Selon le ministre, l’incident
aurait été causé par certains agitateurs
qui tentent de « déstabiliser le quartier »
pour se livrer à des actes illégaux.
Enfin, la coordonnatrice de la Ligue des droits et
libertés, Nicole Filion, a plutôt imputé
les événements de mardi soir à la tension
croissante entre les policiers et la population. Une tension
qui s’explique, selon elle, par la répression
policière et l’exclusion sociale vécue par une
partie importante de la population.
Un conseiller « avec une fibre sociale » pourrait
être nommé - Caroline Touzin
Impasse dans
l’enquête sur la mort de Fredy Villanueva
Cette proposition aurait pour but de dissiper les
appréhensions de la famille Villanueva et des jeunes
blessés par balle envers l’enquête suspendue
depuis le 26 mai.
Pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouve
l’enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva,
la proposition de nommer un conseiller « avec une
fibre sociale » comme adjoint au coroner Robert
Sansfaçon est sur la table, a appris La Presse.
Cette proposition aurait pour but de dissiper les
appréhensions de la famille Villanueva et des jeunes
blessés par balle envers l ’enquête suspendue
depuis le 26 mai. Les honoraires des avocats payés
par l’État et l’élargissement du mandat de
l’enquête sont au coeur de leurs revendications.
« C’est une possibilité qui a
été soulevée. Mais on n’est pas
rendu là, car la question des honoraires des
avocats n’est pas réglée » (NDE :
''QUOI !?!''...) , a expliqué
à La Presse une source près du dossier.
Lors d’une récente rencontre entre des avocats qui
ont un intérêt dans l’enquête, la
solution de nommer un conseiller – un assesseur en vertu de
la loi – a été avancée.
« Si la complexité des événements
qui font l’objet de l’enquête l’exige, le
gouvernement, à la demande du coroner en chef, peut
désigner comme assesseur une personne qui, en raison
de ses connaissances et de sa compétence
particulière, est en mesure d’assister et
d’éclairer le coroner durant l’enquête »,
selon la Loi sur la recherche des causes et des
circonstances des décès.
Une seconde source près du dossier confirme cette
piste de solution, en ajoutant que le conseiller devrait
avoir « une fibre sociale ». Plusieurs
organismes, dont la Ligue des droits et libertés,
demandent depuis des mois que l’enquête du coroner
traite de profilage racial. Fredy Villanueva, 18 ans, est
mort lors d’une intervention policière, le 9
août dernier, dans un parc de Montréal-Nord. Le
coroner Sansfaçon a toujours dit qu’il voulait
d’abord examiner les faits concernant les causes du
décès du jeune Fredy avant d’élargir
son mandat.
Des
négociations entre les avocats de la famille
Villanueva et le Bureau du coroner sur les honoraires ont
commencé après la suspension de l
’enquête. Au lendemain de son discours d’ouverture, le
26 mai, le coroner Sansfaçon a refusé de
continuer tant qu’il y aurait «
déséquilibre des forces en présence
». Il a ainsi forcé le ministre de la
Sécurité publique, Jacques Dupuis, à
revenir sur sa décision et à accepter de payer
les frais d’avocats de la famille Villanueva et des
blessés, Jeffrey Sagor-Metellus et Denis Meas.
Les avocats de la famille et des deux blessés veulent
obtenir des moyens équivalents à ceux des
avocats des policiers. Or, le taux de
référence au gouvernement est de 100$ l’heure
pour des avocats qui comptent plus de 10 ans de pratique.
Les avocats des policiers, eux, sont payés au moins
le double.
La question des honoraires d’avocat implique deux
ministères. C’est le ministère de la Justice
qui fournit le tarif gouvernemental au Bureau du coroner.
Mais c’est le ministère de la Sécurité
publique qui délie les cordons de la bourse, en
fonction de la suggestion du Bureau du coroner. «
C’est maintenant au Bureau du coroner à
décider », a dit l’attaché de presse de
la ministre de la Justice, Philippe Archambault. Au Bureau,
on dit que « les échanges se poursuivent
», selon sa porte-parole, Diane Bernier. Si le Bureau
suggère des honoraires plus élevés que
le tarif en vigueur, le ministère de la
Sécurité publique doit se tourner vers le
Conseil du Trésor.
L’avocat d’un des j eunes blessés par bal le, Me
Alain Arsenault, a refusé de commenter, hier. «
Je n’ai rien à dire. Je ne veux pas jeter de l’huile
sur le feu », a-t-il dit, faisant
référence à la mini-émeute
survenue mardi soir dans Montréal-Nord.
De son côté, la Fraternité des policiers
de Montréal refuse de commenter la question des
honorai res d’avocat . « C’est important pour nous que
l’enquête reprenne en septembre. On veut que les
citoyens apprennent dans les détails ce qui s’est
passé pour renforcer le lien de confiance entre la
population et la police », a dit son président,
Yves Francoeur.
Même son de cloche au ministère de la
Sécurité publique. « On souhaite et on a
toujours souhaité que ça reprenne le plus
rapidement possible », a dit le ministre Jacques
Dupuis, hier, questionné sur le sujet en point de
presse à Québec. Des dates sont
réservées au début du mois de septembre
et dans la semaine du 26 octobre au palais de justice de
Montréal pour la suite de l’enquête.
LES TENSIONS SOCIALES DOIVENT ÊTRE
ÉTUDIÉES - Caroline Touzin
L’enquête publique du coroner sur la mort de Fredy
Villanueva s’ouvre aujourd’hui sur fond de controverse. Tous
les groupes de la société civile inscrits ont
décidé de la boycotter. La famille Villanueva et
les témoinsclés du drame iront en cour seulement
« Si j’étais le juge Sansfaçon, je me
dirais que je n’ai certainement pas été
nommé coroner seulement pour réexpliquer au
public que la balle du policier a atteint le jeune Villanueva.
»
Aux yeux de l’avocat Guy Gilbert, le coroner Robert
Sansfaçon a le pouvoir d’élargir son
enquête sur la mort de Fredy Villanueva. Me Gilbert est
bien placé pour le savoir: c’est lui qui a
présidé l’enquête publique du coroner sur
la mort du caporal Lemay dans la pinède d’Oka en 1990.
Il est dans « l’intérêt public »
d’examiner les tensions sociales entre la police et la
population de Montréal-Nord, selon Me Gilbert. Cette
enquête s’ouvre ce matin au palais de justice de
Montréal sur fond de controverse : la majorité
des personnes et des groupes inscrits à titre de
« personnes intéressées » s’en sont
retirées avant même qu’elle ne commence.
Dans l’entrevue qu’il a accordée à La Presse, Me
Gilbert critique le ministre de la Sécurité
publique, Jacques Dupuis, pour son refus de payer les frais
d’avocats des cinq jeunes témoins du drame.
Dès sa déclaration d’ouverture, en septembre
1991, le coroner Gilbert s’était fondé sur la
Loi sur la recherche des causes et des circonstances des
décès pour décrire le « large cadre
» de son mandat. Il est convaincu que le juge Robert
Sansfaçon, assujetti à la même loi,
devrait en faire une interprétation similaire.
« Si j’étais le juge Sansfaçon, je me
dirais que je n’ai certainement pas été
nommé coroner seulement pour réexpliquer au
public que la balle du policier a atteint le jeune Villanueva,
affirme Me Gilbert. Il y a 50 personnes au Bureau du coroner
qui auraient pu faire l’enquête. Pourquoi a-t-on
nommé le juge Sansfaçon? Pour qu’il donne
à cette enquête des retombées qui auront
du poids dans le public. Si j’étais lui, je serais
imprégné de ça. Le public a des attentes
non seulement en raison d’une situation ponctuelle, mais en
raison d’une situation qui dure. »
Me Gilbert n’a jamais eu peur de remettre en question les
méthodes policières. Il était l’un des
trois commissaires mandatés en 1977 pour faire la
lumière sur des gestes illégaux de la GRC
pendant la crise d’Octobre (commission McDonald). Puis, en
1991, à titre de coroner dans l’enquête publique
sur la mort du caporal Lemay, il a annoncé
d’entrée de jeu son intention de se pencher sur le
travail de la Sûreté du Québec le 11
juillet 1990. Ce jour-là, 125 policiers ont assailli la
pinède d’Oka. Le caporal Lemay a été
tué durant cet assaut par l’un des Mohawks
embusqués dans la pinède. Quatre ans plus tard,
dans son rapport, il critiquait vivement la SQ, qui avait
selon lui fait preuve de négligence. Il recommandait
que la police n’intervienne pas dans les communautés
autochtones sans une autorisation du ministre de la
Sécurité publique.
«
J’avais l’impression, si ce n’est la conviction, que sans une
présentation globale de la situation j’arriverais
à une réponse sur un aspect technique du
décès: comment la balle avait abîmé
le corps du caporal Lemay. Ça ne m’apparaissait pas
entrer dans le coeur du vrai problème ni servir
l’intérêt public », se souvient Me Gilbert,
aujourd’hui en semiretraite et avocat-conseil au cabinet
Gilbert Simard Tremblay.
Le coroner Sansfaçon devrait se pencher sur le
profilage racial, sur les interventions policières
contre les gangs dans les quartiers défavorisés
ainsi que sur les perceptions selon lesquelles la police
bénéficie d’une certaine impunité, comme
l’a déjà suggéré la Ligue des
droits et libertés, estime Me Gilbert. « S’il y a
un antagonisme entre la police et certains milieux sociaux, si
le seul fait qu’on soit noir ou que ça se passe dans
tel district, c’est déjà deux prises contre la
personne appréhendée, cela justifie qu’on
l’examine dans une enquête comme celle-ci », selon
l’avocat. Lorsqu’il a entendu les requêtes
préliminaires, le coroner Sansfaçon n’a pas
écarté la possibilité d’élargir
son enquête, mais il a jugé cela «
prématuré ». Des groupes de pression n’y
ont vu « aucune garantie d’ouverture ».
Une question de perte de droit
Même si le gouvernement n’est pas tenu de le faire, il
devrait payer les frais d’avocats des jeunes
témoinsdudrame, croitMe Gilbert. « Que
l’État soit tenu ou pas de payer les frais d’avocats,
là n’est pas la question. L’administration de la
justice serait mieux servie si les témoins
appelés à la barre étaient
représentés par avocat. Ces jeunes sont
exposés à la perte de leurs droits en plus de
risquer que des accusations soient plus tard portées
contre eux. Ce n’est pas en ajoutant deux ou trois avocats
qu’on va mettre la Caisse de dépôt et placement
en faillite. »
Si la Sécurité publique ne le fait pas, le
Barreau pourrait aussi contribuer, estime Me Gilber t . Aut
rement , il prévoit que le coroner Sansfaçon
devra composer avec le déséquilibre des forces
en présence: « D’un côté, un peloton
de procureurs pour la police; de l’autre, rien pour les autres
témoins. »
Le choix du juge Sansfaçon pour mener cette
enquête est le bon, croit Me Gilbert. « Il a une
technique de travail, un style accueillant qui va favoriser la
venue de l’information », souligne-t-il. Rien
n’empêche le coroner d’élargir son mandat en
cours d’enquête au nom de l’intérêt public,
selon lui. « La règle fondamentale: le coroner
est maître de son enquête pour le meilleur et pour
le pire. Il fera une très bonne enquête ou une
moins bonne, selon ce qu’il aura envisagé comme cadre
de son mandat », conclut l’avocat de 79 ans.
La carrière musicale de Dany Villanueva -
Patrick Lagacé
Le j
ugement, chez les humains, c’est comme la climatisation
dans une voiture. C’est en option. Ce n’est pas
donné d’office à tout le monde. Prenez Dany
Villanueva. M. Villanueva est le frère de Fredy
Villanueva, 18 ans, la victime de la fusillade
d’août 2008 au parc Henri-Bourassa, à
MontréalNord. La fusillade est survenue
après que des policiers eurent interpellé
Dany Villanueva. Les amis de Dany et son frère,
Fredy, se sont interposés.
Il y a deux semaines, un peu excédé par tout
le théâtre ambulant qui entoure
l’enquête (pour l’instant avortée) du coroner
Robert Sansfaçon sur cet événement
tragique, j’ai pondu une chronique, « L’autre
côté de la médaille ».
Dans ce papier, je rappelais simplement que certains des
personnages impliqués dans cette affaire ne sont
pas des citoyens exempla i res , disons . Dany Villanueva,
soulignais-je, a un casier judiciaire long comme le bras
Ça ne veut pas dire que son frère
méritait de mourir. Ça veut simplement dire,
et j’étais tanné qu’on n’en fasse pas
mention depuis des semaines, que Dany Villanueva est un
criminel récidiviste. Il faut le dire.
Sinon, une partie du contexte de cette af fai re
échappe au public. Prenez Dany Villanueva, donc.
Avant la fusillade qui a coûté la vie
à son frère, Dany Villanueva avait fait face
à la justice à de nombreuses reprises. Des
affaires de violence, de vol, d’association avec des
jeunes de gangs de rue.
Longtemps avant la fusillade, en avril 2006, Dany
Villanueva avait confié à un juge qu’il
tentait d’échapper à son milieu
nordmontréalais. Il comparaissait alors
après avoir été arrêté
dans une voiture, avec des jeunes membres d’un gang de
rue. Des jeunes armés, précisons-le.
MacamaradeJudithLachapelle, qui a fait le portrait de
criminel de Dany, avait rapporté, en août
dernier, ce que le frère de Fredy avait dit au juge
à propos de ses potes membres de gang: «
C’est dangereux de sortir les pieds devant. »
Appuyez sur fast forward, au 24 novembre 2008. Trois mois
après la fusillade. Sur YouTube, ce jour-là,
un vidéoclip a été mis en ligne. La
chanson: Dans mon district. Le groupe: Mobsterz. Mobster,
en anglais, signifie mafieux.
Le genre: gangsta rap. Appelons ça une forme de
hip-hop « agressif », pour rester poli. Genre
qui glorifie le fric, le banditisme, les guns, la
violence. Justement, Dans mon district commence sur un
bruit de mitraillette.
Images de l’émeute deMontréalNord. Jeunes
Noirs qui posent pour la caméra. Dans ce clip, on
voit Michael Alexandre, 21 ans. Et un autre jeune, mineur,
qu’on ne peut identifier. Qui sont-ils?
Deux soldats Blood Maf ia Family (BMF), liés aux
Bloods, le gang des Rouges.
Je n’ai pas oublié Dany Villanueva. J’y arrive.
Appuyez encore sur fast forward. Au 8 février 2009.
Sixmois après la fusillade du parc Henri-Bourassa.
Un second clip des Mobsterz est mis en ligne sur YouTube.
La
chanson: Hyper God City, qui commence avec un bruit de
mitraillette et un gars en manteau de fourrure.
Dans ce clip, on voit quatre criminels liés
à des gangs comme les BMF ou les Youth Master Crew,
eux-mêmes affiliés aux Rouges. Leurs noms :
Bayron Clavasquin Padilla, Daniel Artiga, Jean-Luc Sanon
et Russell Similomme. Ils ne sont pas vieux, mais leurs
casiers criminels sont bien garnis.
Dany Villanueva?
Notre homme, (mal) caché sous une casquette verte,
est là, se dandinant nonchalamment, comme le veut
le genre, avec ces jeunes citoyens remarquables.
Je vous parlais de jugement. Dany Villanueva n’est pas
censé fréquenter des types associés
aux gangs de rue. Ça, ce sont les conditions
imposées par la cour AVANT la fusillade qui a
coûté la vie à son frère. Et
que fait-il, APRÈS? Non seulement il
fréquente encore ces criminels, mais il se fait
filmer en leur compagnie! Vraiment, il faut le faire. J’ai
appelé l’avocat qui représente la famille
Villanueva dans le processus de l’enquête du
coroner, Me Alain Arsenault, vendredi. Il ne m’a pas
rappelé.
Les membres du clan Villanueva n’hésitent pas
à traiter les policiers dans cette affaire de
meurtriers. J’aimerais bien les entendre sur le jugement
qu’exerce Dany Villanueva dans la vie. J’aimerais bien les
entendre, notamment, sur ce qu’ils pensent du jugement de
Dany Villanueva, en particulier, ce soir d’août
2008.
Se peut-il que le déficit de jugement de Dany ait
contribué à déclencher une
chaîne d’événements catastrophiques
qui s’est soldée par la mort d’un homme? Son
frère, je veux dire? Enfin, les deux clips de
Mobsterz sont sur mon blogue (cyberpresse. ca/lagace), si
vous voulez vous initier à l’oeuvre de ce groupe.
Dany, c’est celui qui a la casquette verte. Pas facile
à reconnaître, j’en conviens. Mais c’est lui.
L’autre côté de la
médaille - PATRICK LAGACÉ
Montréal-Nord
n’est
pas l’oasis de paix qui pourrait fleurir si seulement les
méchants policiers étaient moins racistes,
moins brutaux, moins méchants.
Est-ce que le clanVillanueva boude encore ? Je vous le
demande parce que je reviens d’un petit congé
forcé pour cause de dents de sagesse capricieuses
et que j’ai manqué des bouts du feu roulant qu’est
l’actualité.
Donc, le clan Villanueva boude encore, dites? Il demande
encore à l’ONU d’envoyer des Casques bleus pour
protéger la population de Montréal-Nord?
Ah, le clan Villanueva n’a pas demandé une telle
chose ?
Ça ne devrait pas tarder.
Il y a bien des gens, à MontréalNord, qui
voudraient que l’enquête du juge Robert
Sansfaçon soit une enquête sur la police
elle-même. Soit.
Remarquez, j’ai entendu trop d’histoires émanant de
ce quartier pour penser que le profilage racial est une
invention. Ça existe. Oui, les relations entre la
police et la communauté sont difficiles.
Mais peut-on, une seconde, j uste une seconde, se mettre
dans la peau des flics de Montréal-Nord?
Ce quartier n’est pas exactement un secteur de la
bucolique banlieue de Baie-d’Urfé. L’essentiel des
interventions de la police ne touche pas les entorses au
règlement d’arrosage.
Puis-je rappeler que, dans l’année
précédant la fusillade fatidique du parc
Henri-Bourassa, deux policiers ont été
victimes de project i les t i rés en leur
direction?
Le premier, par un tireur embusqué qui l’attendait
chez lui (un suspect a été acquitté
au terme d’un procès).
Le second, lorsqu’il patrouillait dans une camionnette du
SPVM (aucun suspect n’a été
arrêté).
Et puis-je rappeler que le soir de la charmante
émeute où des citoyens-en-colère ont
foutu le feu aux voitures personnelles des pompiers – des
pompiers!!! – ainsi qu’à quelques véhicules
de résidants du coin, une policière a
été atteinte par une balle?
Et je ne parle même pas de l’apport des gangs de rue
à la vie communautaire.
Montréal-Nord n’est pas l’oasis de paix qui
pourrait fleurir si seulement les méchants
policiers étaient moins racistes, moins brutaux,
moins méchants.
Puis-je rappeler que Dany Villanueva, frère du
défunt, l’homme que les policiers ont
apostrophé ce soir d’août, est un bandit ?
Désolé. Il n’y a pas d’autre mot. Ma
collègue Judith Lachapelle a fait son portrait de
criminel le 13 août 2008 dans La Presse.
C’est un récidiviste bien connu de la police que
les deux agents du parc Henri-Bourassa ont croisé,
en ce soir d’août 2008.
Vols, arrestation dans une voiture où on a
trouvé des membres de gangs de rue armés,
autre arrestation en possession d’un gun de calibre 22,
claques sur la gueule d’un jeune de 14 ans.
Est-ce que j ’oublie quelque chose?
Ah oui.
Deux mois avant le drame, le 18 juin 2008, bris de
conditions: il avait communiqué avec des gens qu’il
ne devait pas contacter, en vertu des termes de sa mise en
liberté.
Alors, de grâce, de grâce, fichezmoi la paix
avec le conte pour enfants selon lequel la méchante
police raciste a harcelé, dans ce parc, ce soir
d’août 2008, de jeunes gens sans histoire qui
jouaient tout simplement aux dés.
N’importe quel flic qui connaît son quartier et son
métier serait allé piquer un brin de jasette
à Dany Villanueva en le voyant ce soi r-là,
dans ce parc-là, « chillant » avec
d’autres jeunes hommes.
Question de voir si Villanueva n’était pas, encore,
en train de s’acoquiner avec des types dont il devait se
tenir loin, par exemple.
Puis-je rappeler aussi que, selon les témoins
interrogés par les médias dans les moments
qui ont suivi la fusillade, il est assez clair que trois
jeunes, dont Fredy Villanueva, ont chargé la
policière, pendant que le policier se battait avec
Dany Villanueva?
Qu’est-ce qui se passe dans la tête de trois gars
pour qu’ils se disent: Tiens, on va sauter sur la police ?
Je ne le sais pas. Je ne veux pas le savoir. Tout ce que
je sais, c’est que, quand trois jeunes hommes dans la
force de l’âge sautent sur un agent de police, cet
agent, que ce soit une fille ou un gars, est
théoriquement à quelques secondes
d’être désarmé.
J’ai l’air de donner le bon Dieu sans confession aux
flics. Pas du tout. Je vous donne l’autre
côté de la médaille, totalement
occulté de la réalité depuis quelques
mois, quand il est question de l’enquête.
J’espère que cette enquête accouchera. Je
veux savoir, dans le détail, ce qui s’est
passé au parc HenriBourassa avant que ça ne
dégénère entre les flics et les
jeunes.
Ont-ils été baveux? Ont-ils mal réagi
à des provocations? Ont-ils cherché le
trouble? Qu’ont-ils dit au groupe? Ont-ils opté
trop rapidement pour la force plutôt que de recourir
à cette arme secrète des plus doués
des flics : le bagout ?
Je veux savoir ce que les témoins directs ont
raconté à la SQ
Je veux savoir, aussi, comment il se fait que les
enquêteurs de la SQ se soient contentés, une
semaine après, d’un rapport écrit des deux
policiers. Ceux-ci n’ont jamais été
interrogés. Les limiers de la SQ n’ont jamais
tenté de les interroger.
Et cela est consternant.
J’aimerais aussi souligner que Jonathan Senatus, qui
était dans le groupe au sein duquel ce bon Dany
Villanueva jouait aux dés, a été
arrêté, accusé et a plaidé
coupable de possession d’arme, quelques mois après
le drame.
Pas un petit revolver-jouet: une arme semi-automatique.
Juste ça.
Mais bon, selon la légende, Senatus est un bon
cégépien qui aime jouer aux dés dans
les parcs. Sans plus.
Si j’étais Dany Villanueva, je n’aurais pas trop,
trop envie d’aller témoigner, avocat payé
par l’État ou pas. Parce que, si les flics risquent
de devoir répondre à des questions
embêtantes, ce bon Dany va également s’en
faire poser des salées.
Il devrait larguer son chandail en coton ouaté
gris, aussi, celui avec le capuchon. Et s’acheter un
complet à cravate, tiens. Ce ne sera pas de trop
pour projeter une image de citoyen respectable.
Oui, il y a des problèmes dans
Montréal-Nord. Graves. Oui, les relations
police-citoyens y sont difficiles.
Je ne suis juste pas convaincu que l’af faire Vi l lanueva
, si tragique soit-elle, soit le bon prétexte pour
régler le « cas » Montréal-Nord.
Villanueava : Jacques Dupuis revient sur sa
décision
— Le
ministre de la Sécurité publique, Jacques
Dupuis, revient sur sa décision et accepte de payer
tous les frais d’avocat requis pour permettre la reprise de
l’enquête publique du coroner sur la mort de Freddy
Villanueva. Pour l’opposition, cette enquête a perdu
de sa crédibilité en raison de «
l’entêtement » de M. Dupuis.
Hier après-midi, par voie de communiqué,
Jacques Dupuis a indiqué que son ministère
payera « les honoraires des avocats requis pour la
reprise et la bonne marche de l’enquête publique
présidée par le juge Robert Sansfaçon
».
L’État pourrait donc assumer les frais d’avocat des
deux jeunes blessés par balle lors de l’intervention
policière de l’été dernier à
Montréal-Nord. Il ferait la même chose pour
quatre autres jeunes témoins si le juge
Sansfaçon en fait la demande au gouvernement, a-t-on
indiqué à La Presse. Une part plus importante
des honoraires d’avocat de la famille Villanueva pourrait
aussi être couverte par l’État – non seulement
l’accompagnement durant l’enquête, mais aussi la
représentation devant le coroner –, encore une fois
dans l’éventualité où le juge l’exige.
« Si le juge en venait à la conclusion que les
témoins doivent être représentés
par avocat, le gouvernement se pliera à la demande du
juge Sansfaçon », a affirmé Jacques
Dupuis en matinée.
Le ministre a exhorté la famille Villanueva à
participer à l’enquête. « Je rappelle que
nous avons offert de payer un avocat pour la famille. Cet
avocat pourrait poser toutes les questions à tous les
témoins. Il n’y a pas de restriction. Je souhaite que
la famille revienne sur sa décision, se constitue un
procureur et se présente à l’enquête
», a-t-il dit.
Quant à l’idée d’élargir le mandat de
l’enquête comme le demande la famille, M. Dupuis s’en
remet au juge Sansfaçon. « Il a toutes les
possibilités d’accepter les questions. C’est à
lui que revient la responsabilité de tenir
l’enquête et de prendre les décisions. »
« Je
n’interviendrai pas pendant que l’enquête se tient,
afin que l’enquête se fasse de façon
indépendante et sereine », a-t-il
ajouté.
L’opposition condamne le ministre
L’opposition a condamné l’attitude de Jacques Dupuis
dans ce dossier. « M. Dupuis, qui a pris une
décision (hier) en catastrophe, aurait pu la prendre
il y a déjà quelque temps et permettre de
mieux soutenir les témoins. Si M. Dupuis avait
été à l’écoute des gens de ce
quartier, de la famille concernée, il ne se
retrouverait pas avec entre les mains un risque d’avortement
de cette commission d’enquête, qui, à mon point
de vue, doit avoir lieu », a affirmé la chef du
Parti québécois, Pauline Marois.
Selon la chef intérimaire de l’ADQ, Sylvie Roy,
« l’entêtement » du ministre a
entraîné « une cristallisation des
positions de confrontation » qui mine l’enquête.
Le député de Québec solidaire, Amir
Khadir, juge que M. Dupuis doit se retirer du dossier et le
gouvernement, « instaurer une commission
d’enquête publique au mandat élargi ».
Le président du comité exécutif de la
Ville de Montréal, Claude Dauphin, n’est « pas
contre » une enquête au mandat élargi.
« La décision relève du gouvernement, du
ministre de la Sécurité publique, mais s’il
décide d’élargir l’enquête, on ne sera
pas contre », a indiqué M. Dauphin.
Le ministre Dupuis invité à se retirer
du processus
Affaire
Fredy Villanueva La famille et l’opposition se montrent
critiques
Le PQ et l’ADQ estiment que le dossier devrait
être retiré au ministre de la
Sécurité publique.
Même s’il dit avoir « mis de l’eau dans son
vin », le ministre de la Sécurité
publique, Jacques Dupuis, doit se retirer du dossier
Villanueva. C’est ce que la famille de Fredy Villanueva
et les partis de l’opposition ont réclamé
haut et fort, hier.
Jean Charest n’a pas l’intention de céder aux
pressions et de désavouer son ministre. Il a
réitéré sa confiance en M. Dupuis
et lancé un appel au camp Villanueva pour qu’il
participe à l’enquête publique du coroner,
suspendue depuis mardi.
Le camp Villanueva doit aussi «
mettre de l’eau dans son vin », estime Jacques
Dupuis. « On ne se racontera pas beaucoup
d’histoires, j’ai mis de l’eau dans mon vin. Je fais
un appel pour que tout le monde fasse la même
chose afin qu’on aille devant le coroner et qu’on
tienne l’enquête », a-t-il
affirmé lors d’un point de presse.
Mardi, le ministre Dupuis est revenu sur sa
décision et a accepté de payer les frais
d’avocats des jeunes témoins de l’intervention
policière qui a entraîné la mort de
Fredy Villanueva l’été dernier dans
Montréal-Nord. Il a pris cette décision
à la suite d’une recommandation du coroner Robert
Sansfaçon, qui a suspendu son enquête
publique jusqu’à ce que « l’iniquité
procédurale » soit rétablie.
Alors que les deux policiers impliqués dans la
mort du jeune Villanueva sont représentés
par des avocats d’expérience, les jeunes
témoins devaient se présenter à
l’enquête sans avocat, faute de moyens pour les
payer.
Or, pour la famille Villanueva, Jacques Dupuis n’est
plus un « interlocuteur valable ». «
Si le ministre ( Dupuis) veut s’ouvrir la "trappe", il
doit être conscient qu’il n’améliore pas
les choses. Il n’aide pas à ce qu’un
véritable dialogue s’installe entre les personnes
impliquées. Il devrait arrêter de parler.
Il sème la confusion », a dit hier Me Alain
Arsenault, avocat (non payé) de la famille
Villanueva.
La famille Villanueva et les témoins
blessés par balle réclament une «
commission d’enquête publique transparente au
mandat large ». Jacques Dupuis ne ferme pas
complètement la porte à l’idée.
« Faisons l’enquête du coroner, et on verra
», a-t-il dit.
Le ministre a plaidé que le coroner
Sansfaçon – un juge en exercice – avait
déjà indiqué avoir toute la
latitude requise pour accepter des questions comme le
profilage racial. « Les parties peuvent être
assurées qu’il s’agit d’un coroner
indépendant et impartial. La preuve : il m’a un
peu tapé sur les doigts, et je me suis rendu
à ses suggestions », a-t-il ajouté.
« L’objectif ultime, c’est que nous connaissions
les causes et les circonstances du décès
malheureux de Fredy Villanueva et que la paix sociale
soit maintenue à MontréalNord, à
Montréal et au Québec », a
souligné M. Dupuis lors de la période des
questions en Chambre.
Perte
de confiance
L’opposition péquiste accuse Jacques Dupuis
d’avoir causé une « perte de confiance
» dans l’enquête publique. « Le
ministre de la Sécurité publique n’a pas
fait son travail, et il semble y avoir eu de ce type de
bévues ou d’omissions qui sont très
questionnables. Actuellement, on se trouve devant un
grave problème, à mon point de vue,
d’équité, de justice et de
crédibilité », a affirmé la
chef du Parti québécois, Pauline Marois.
Le PQ estime que le dossier devrait être
retiré au ministre Dupuis afin d’être
confié à la ministre de la Justice,
Kathleen Weil.
La chef intérimaire de l’ADQ, Sylvie Roy, a fait
la même demande. « Il est évident que
l’obstination du ministre de la Sécurité
publique a mis en péril les apparences de justice
et a failli faire avorter l’enquête du juge
Sansfaçon. Le ministre de la
Sécurité publique s’est
complètement discrédité »,
a-t-elle lancé.
Le premier ministre Jean Charest dit avoir «
totalement confiance en Jacques Dupuis ». «
De grâce, passons ensemble à
l’enquête du coroner, a-t-il lancé. C’est
l’appel que je fais à ceux qui veulent que
justice soit faite, peu importe l’angle sous lequel on
aborde les tristes événements de
l’été dernier. C’est d’abord
connaître les faits qui va bien nous servir.
»
« L’enjeu, c’est de faire l’enquête du
coroner. Il ne faut pas dévier le débat.
On veut savoir ce qui s’est passé
l’été dernier, connaître les faits.
C’est la première étape, et elle est
incontournable pour la suite des choses. »
Pas de nouvelles
Malgré les récentes déclarations
publiques de Jacques Dupuis et de la famille Villanueva,
le coroner Robert Sansfaçon « n’a pas
reçu de nouvelles officielles de qui que ce soit
», selon sa porteparole, Anne-Marie Lessard.
Desoncôté, lafamilleVillanueva attend un
appel du coroner Sansfaçon ou du procureur de
l’enquête, Me François Daviault, a
indiqué à La Presse l’avocat de la
famille, Me Arsenault. La famille Villanueva refuse
aujourd’hui de « négocier en public
», mais se dit ouverte à écouter ce
que le coroner ou toute autre personne en
autorité a à dire, sauf Jacques Dupuis.
Vérifications faites au Bureau du coroner : le j
uge Robert Sansfaçon, nommé coroner ad
hoc, ne peut pas joindre luimême les
témoins et les parties inscrites à titre
de « personnes intéressées »
à son enquête. « Le coroner doit
être indépendant et impartial. Il ne peut
pas contacter une partie ou une autre, au risque de
mettre son impartialité en péril »,
a expliqué sa porteparole. Ce sera à Me
Daviault, procureur de l’enquête, de clarifier les
positions des uns et des autres. C’est ce qu’il fera
dans les prochains jours, a indiqué le Bureau du
coroner.
« Mettre de l’eau dans son vin
» - Émilie Côté
Paiera,
paiera pas? Il a dit non pendant cinq mois, mais
voilà qu’il a changé d’idée. Mardi
dernier, le ministre de la Sécurité
publique, Jacques Dupuis, est revenu sur sa
décision et a accepté de payer les frais
d’avocats des jeunes témoins blessés par
balle lors de l’intervention policière qui a
entraîné la mort de Fredy Villanueva,
l’été dernier, à
Montréal-Nord.
Cette volte-face ne sort pas de nulle part. Elle fait
suite à la décision du coroner Robert
Sansfaçon de suspendre son enquête publique
pour cause d’« iniquité procédurale
».
Mais s’il y a quelque chose dont Jacques Dupuis doit
vouloir se reposer, ce week-end, ce sont les
caméras et les journalistes qui l’ont
gardé occupé à l’Assemblée
nationale.
Toute la semaine, le ministre a été
critiqué. La famille Villanueva et les partis de
l’opposition ont exigé qu’il se retire du
dossier. Mais Jacques Dupuis a dit « mettre de
l’eau dans son vin ». « La preuve: il (le
coroner) m’a un peu tapé sur les doigts, et je me
suis rendu à ses suggestions », at-il
déclaré.
Me Alain Arsenault, l’avocat (non payé) de la
famille Villanueva, qui n’a pas la langue dans sa poche,
a même invité M. Dupuis à se fermer
« la trappe ». « Il nous a fait perdre
six mois avec ses niaiseries, a vociféré
Me Arsenault en entrevue avec La Presse Canadienne. Je
pense qu’il jette délibérément de
l’huile sur le feu. Peut-il se taire? Y a-t-il quelqu’un
d’autre qui pourrait nous parler ? »
Me Arsenault préférerait discuter avec la
ministre de la Justice, Kathleen Weil. « Le
ministre Dupuis n’a plus cette autorité pour quoi
que ce soit. Je ne répondrai pas aux remarques du
ministre Dupuis. »
Le
Parti québécois, l’Action
démocratique et Québec solidaire ont aussi
demandé au premier ministre du Québec de
retirer le dossier de Villanueva des mains du ministre
de la Sécurité publique, mais Jean Charest
a déclaré : « J’ai totalement
confiance en Jacques Dupuis. »
La famille Villanueva veut que Jean Charest
décrète la tenue d’une « commission
d’enquête transparente au mandat large ».
En attendant, l’enquête du coroner est suspendue
indéfiniment et la famille Villanueva poursuit
son boycottage.
Et pour ajouter à sa « grosse semaine
», Jacques Dupuis a dû intervenir avant-hier
pour défendre un collègue dans un tout
autre dossier. Le PQ a demandé que le ministre du
Travail démissionne parce que l’entreprise ABC
Rive-Nord, dont il est actionnaire, fait des affaires
avec le ministère des Transports. David Whissell
s’est défendu, mais la leader adjointe de
l’opposition officielle, Agnès Maltais, lui a
lancé: « T’as pas fini, mon homme »,
a rapporté le Journal de Québec.
C’est là que Jacques Dupuis, en tant que leader
parlementaire libéral, a réagi avec
colère. « On appelle ça une menace,
de l’intimidation ! » a-t-il lancé, avant
que les péquistes se mettent… à rigoler.
Mais Jacques Dupuis n’a pas fini de faire les manchettes
au sujet de l’affaire Villanueva. « Dans le
contexte actuel, ni moi ni le ministre ne commenterons
davantage... même cette grosse semaine » ,
nous a dit hier l’attaché de presse du ministre
de la Sécurité publique.
LA FAMILLE VILLANUEVA DEMEURE INFLEXIBLE
Malgré l’ouverture du juge Sansfaçon, elle
continue de réclamer
une commission d’enquête élargie
La suspension de l’enquête publique sur la mort de
Fredy Villanueva par le coroner Robert Sansfaçon
a forcé le ministre de la Sécurité
publique à fournir des avocats aux jeunes
témoins. Pourtant, des doutes persistent toujours
quant aux limites de ce processus. « Il ne suffit
pas de désigner un juge pour apposer un sceau
d’équité », a souligné le
coroner.
Avocats fournis ou non, la famille Villanueva et les
jeunes témoins blessés par balle ne
participeront pas à l’enquête publique du
coroner Robert Sansfaçon sous sa forme actuelle.
Ils exigent que le gouvernement québécois
ordonne une « commission d’enquête publique
transparente au mandat large ».
Le coroner Robert Sansfaçon a surpris tout le
monde en annonçant la suspension de son
enquête jusqu’à ce que les jeunes
témoins de la mort de Fredy Villanueva aient les
moyens d’être représentés par
avocat, hier matin, au palais de justice de
Montréal.
Le coroner Sansfaçon n’avait pas le pouvoir
juridique d’ordonner à l’État de leur
fournir des avocats. Il a ainsi fait indirectement ce
qu’il ne pouvait pas faire directement. Le ministre de
la Sécurité publique Jacques Dupuis a
dû réagir en fournissant le nombre
d’avocats nécessaire, à la
discrétion du coroner (voir autre texte).
Ce n’était toutefois qu’une des deux
revendications de la famille Villanueva et de plusieurs
groupes sociaux qui les appuient, dont la Ligue des
droits et libertés. « Comme on le dit
depuis le mois de janvier, on veut une commission
d’enquête pour que toutes les parties disent ce
qu’elles ont à dire », a indiqué
Patricia Villanueva, soeur de Fredy, assise à la
même table que l’ex-président de la CSN
Gérald Larose, le président de la Ligue
des Noirs, Dan Philip, et le porte-parole de
Montréal-Nord Républik, Will Prosper, en
conférence de presse plus tard dans la
journée.
Tous ont perdu confiance en celui qui a ordonné
l’enquête du coroner : le ministre Jacques Dupuis.
« La décision du coroner est
malheureusement nécessaire compte tenu des gestes
faits depuis décembre par le ministère de
la Sécurité publique, qui, selon nous, a
tenté de protéger les policiers avant tout
; avant l’ensemble
des citoyens », a ajouté Me Alain
Arsenault, représentant de la famille Villanueva.
Une commission d’enquête n’est pas régie
par la même loi que l’enquête publique du
coroner. Aux yeux de la famille Vi l lanueva et des
groupes sociaux, la commission d’enquête est
« le meilleur forum » pour discuter du
profilage racial, de l’intervention policière
contre les gangs de rue dans les quartiers
économiquement défavorisés et de
l’« impunité policière »
lorsqu’il y a mort d’homme dans une intervention
policière.
«
Même si le coroner Sansfaçon élargit
son enquête à ces questions, il reste que
son mandat concerne Montréal-Nord, explique
Nicole Fillion, de la Ligue des droits et
libertés. L’intérêt d’une commission
d’enquête est de se pencher sur tout un
système de répression policière,
sur l’action gouvernementale pour contrer l’exclusion
sociale, et le mélange explosif lorsqu’on lie les
deux. »
Une réponse tardive ?
Au moment de son annonce, le coroner Sansfaçon a
remis en question la loi qui le régit ( Loi sur
les causes et les circonstances des
décès). « Doit-elle ou peut-elle
être revue ? Je pose la question. »
C’est que le coroner a essuyé des reproches quant
à sa position tardive sur le «
déséquilibre des forces ». Le
coroner d’une enquête publique n’a pas le pouvoir
d’assigner des témoins pour connaître leurs
besoins avant le début de son enquête,
a-t-il déploré.
Le coroner Sansfaçon a aussi répondu
à la famille qui privilégie une commission
d’enquête publique. « L’un n’empêche
pas l’autre. L’enquête du coroner peut appuyer
davantage des demandes pour qu’une commission
d’enquête se tienne. Elle aurait pu avoir un effet
de levier », a-t-il dit.
À l’ouverture de l’enquête lundi, neuf des
15 parties inscrites comme « personnes
intéressées » étaient
absentes, dont la famille Villanueva et les deux
témoins blessés par balle. Après
une « nuit qui lui a porté conseil »,
le coroner Sansfaçon a
décrété que l’« exercice est
non crédible » si les jeunes témoins
ne sont pas représentés par avocat, alors
que les policiers le sont. À ses yeux, il y a un
déséquilibre fondamental. « Il ne
suffit pas de désigner un juge pour apposer un
sceau d’équité », a souligné
le coroner.
Les avocats des deux policiers impliqués dans la
mort du jeune Villanueva, Mes Pierre Dupras et
Gérald Soulière, ont refusé de
commenter la position du coroner Sansfaçon.
« Le dossier est maintenant politique », a
dit pour sa part l’avocat de la Fraternité des
policiers de Montréal, Michael Stober.
Au Bureau du coroner, hier, on ne savait pas si
l’enquête reprendrait. Et si oui, à quel
moment. « Le juge Sansfaçon est
indépendant. On n’interfère pas dans son
dossier. Il décidera de la reprise ou non des
audiences », a dit Me Christian Hacquin du Bureau
du coroner.
Un ultimatum au ministre
À Montréal-Nord, les groupes et les gens
qui appuient la cause de la famille Villanueva sont
satisfaits de la suspension de l’enquête du
coroner. Mais qu’il y ait des procédures
équitables ou pas, certains ne se font pas
d’illusion. « Être noir à
Montréal-Nord, c’est être
défavorisé, précise Jay Jordan,
un travailleur de rue. Personne ne dira jamais que la
police est raciste. »
PHOTO ANDRÉ
TREMBLAY, LA PRESSE
François
Bérard, coordonnateur du mouvement
Solidarité Montréal-Nord, et Brunilda
Reyes, directrice des Fourchettes de l’espoir,
appuient les demandes de la famille Villanueva.
« La mort de Fredy était un
événement désastreux et j’aurais
espéré qu’on en apprenne quelque chose
de bien », dit de son côté
Jean-Yves Mérilan. Mais le résidant de
Montréal-Nord n’y croit pas. Selon lui, le
gouvernement ne veut pas régler quoi que ce
soit, mais plutôt se débarrasser d’un
problème. « C’est juste pour l’image
», dit-il.
De son côté, le mouvement
Solidarité Montréal-Nord interpellera
l’Assemblée nationale, si le ministre de la
Sécurité publique Jacques Dupuis n’agit
pas pour que la situation soit équitable d’ici
la prochaine semaine. « Nous donnons une semaine
au ministre pour répondre à nos demandes
», a déclaré le coordonnateur
François Bérard.
Brunilda Reyes, directrice de l’organisme Les
Fourchettes de l’espoir, demande pourquoi le ministre
Dupuis a attendu a « ce point extrême de
l’enquête » pour être « ouvert
» à l’idée que le mandat de
l’enquête soit élargi et que les frais
d’avocat des jeunes proches de Fredy Villanueva soient
payés.
Hier, le ministre Dupuis a déclaré que
c’est au juge Sansfaçon que revenait « la
responsabilité de tenir l’enquête et de
prendre les décisions ». Mais Brunilda
Reyes doute de la bonne foi du ministre de la
Sécurité publique. « Maintenant,
c’est au ministre de faire ses devoirs. Le coroner a
peut-être le pouvoir d’élargir son
mandat, mais il n’est pas indépendant car son
boss lui dit de ne pas le faire »,
affirme-t-elle.
Le groupe Montréal-Nord Républik demande
également que l’enquête aille
au-delà du cadre médicolégal de
la mort de Fredy Villanueva, et qu’on examine les
tensions raciales et sociales dans le secteur.
Le compromis honorable - YVES BOISVERT
Ce
braquage est une manière de jouer avec le feu
et d’accroître les tensions sociales.
Ça commence à être une tentative
de faire capoter le processus. Ça commence
à ressembler à du chantage. Mauvaise
idée. Dangereuse idée.
Si les familles des victimes dans l’affaire
Villanueva veulent une commission d’enquête,
il y a une bonne façon de l’obtenir :
participer à l’enquête du coroner.
C’est là qu’ils pourront faire la
démonstration de la nécessité
d’une éventuelle enquête, plus en
profondeur.
Mai ntenant que Jacques Dupuis a été
forcé tardivement d’admettre qu’il avait
tort, maintenant qu’il s’engage à payer les
honoraires d’avocats non seulement de la famille
Villanueva, mais aussi des deux autres jeunes qui
ont reçu une balle policière pour la
durée du processus, cette enquête
devrait commencer.
Le juge Robert Sansfaçon, qui agit comme
coroner, a les mêmes pouvoirs qu’un
président de commission d’enquête, et
même davantage à certains
égards.
Il peut forcer des témoins à
comparaître, il peut exiger des documents, il
peut faire lancer des mandats d’arrêt et
même faire détenir des témoins.
La Loi sur les causes et les circonstances des
décès donne aux personnes «
intéressées » le droit de
contre-interroger tous les témoins et de
faire venir leurs propres témoins à la
barre. Si le coroner refuse d’entendre certains
témoins, il est tenu de motiver son rejet.
Et puis, l’article 3 de la loi autorise le coroner
à faire « toute recommandation visant
une meilleure protection de la vie humaine ».
Il va de soi que les rapports entre la police et les
minorités touchent directement à la
protection de la vie humaine. Il y a donc là
de l’espace pour faire entendre ce qu’on a à
dire sur le sujet.
Si la preuve démontre une crise grave dans
les relations entre les citoyens et la police, le
coroner peut fort bien lui-même recommander la
tenue d’une commission d’enquête.
Depuis le début, les familles
impliquées dans l’événement
fatal du 9 août 2008 sont aussi inflexibles
que le ministre l’était jusqu’à hier.
Elles ont tort, mais elles ont leurs raisons. Leurs
avocats ont tort davantage… et n’ont pas raison
d’avoir tort.
Ces
avocats ont aussi la responsabilité de saisir
l’occasion pour ceux qu’ils représentent. Il
y a un compromis honorable qui s’offre à eux,
tant dans l’attitude forcée du ministre
Dupuis que dans l’ouverture plus nette du juge
Sansfaçon.
La stratégie de confrontation des avocats des
familles est malavisée pour deux raisons.
D’abord, au cas où ils l’ignoreraient,
l’opinion publique n’est pas du tout favorable
à la tenue d’une commission d’enquête.
Je publierais un échantillon des courriels
que je reçois sur le sujet, c’est à
faire peur: que faisaient ces petits bums dans la
rue, les gangs de rue sont en arrière, etc.
Je ne dis pas, bien entendu, qu’il faut se fier aux
commentaires de taverne pour décider de la
pertinence d’une enquête. Je dis que si le
sujet le justifie, il faut préparer le
terrain pour rendre nécessaire politiquement
et socialement une telle enquête.
Et l’enquête Sansfaçon est la bonne
manière de plaider cette cause. Car en ce
moment, Québec n’est pas du tout
intéressé à bouger.
L’autre raison, c’est que ce braquage est une
manière de jouer avec le feu et
d’accroître les tensions sociales. Ça
commence à être une tentative de faire
capoter le processus. Ça commence à
ressembler à du chantage. Mauvaise
idée. Dangereuse idée.
Je ne blâme pas les familles là-dedans.
Si mon fils avait reçu une balle, ou si mon
enfant sans arme était mort en recevant deux
balles d’un pistolet de policier, je me donnerais le
droit de dire qu’il a été «
assassiné ». Je serais
révolté et je n’aurais aucune
confiance dans tout ce qui pourrait ressembler
à l’appareil judiciaire.
Le rôle des avocats est de trouver pour leurs
clients le meilleur véhicule possible pour
que soit entendue cette rage et que soient
examinées correctement les questions que la
police et le gouvernement veulent éviter.
Pas le meilleur véhicule possible dans un
monde idéal. Le meilleur possible dans les
circonstances du moment.
Or, s’ils continuent avec cette stratégie
sans compromis de l’enquête ou rien, ça
risque fort d’être « rien ». Ils
donneront alors raison au ministre Dupuis, à
la police et à tous ceux qui ne veulent rien,
mais vraiment rien entendre et je crois qu’ils sont
la vaste majorité au jour d’aujourd’hui.
On aura tous perdu cette importante occasion, mais
cette fois, ce sera beaucoup leur faute.
Le ministre Dupuis veut-il une enquête
injuste? - YVES BOISVERT
Le
ministre doit absolument trouver une voie de communication
avec les représentants des familles pour leur
donner l’occasion de revenir à l’enquête.
La scène est indécente. D’un
côté, le procureur indépendant du
coroner, assisté des enquêteurs de la
Sûreté du Québec. De l’autre, les
avocats de la Fraternité des policiers de
Montréal, des policiers impliqués dans la
mort de Fredy Villanueva, du procureur
général, du service de police de la Ville de
Montréal...
Et ceux qui ont reçu des balles ne sont nulle part.
Il faut féliciter le procureur François
Daviault pour avoir dit l’évidence, hier matin: le
déséquilibre des forces juridiques en
présence à l’enquête Villanueva en
mine la crédibilité.
C’est au point où il se demandait publiquement hier
matin si l’enquête pouvait procéder. Il y a
apparence de « déséquilibre » et
« d’injustice ». Imaginerait-on une telle
enquête si les policiers n’étaient pas
représentés par avocat?
Bonne remarque, bonne question. Mais pourquoi le procureur
ne les a-t-il pas faites plus tôt? Et comment se
fait-il que, trois heures plus tard, l’enquête
commençait?
C’était une ultime tentative de forcer la main du
ministre, apparemment. Le coroner a également
manifesté son intention d’interpréter
largement son mandat d’enquêter sur les causes et
les circonstances de la mort de Fredy Villanueva – car
c’est large, les circonstances.
Malheureusement, les familles des victimes n’ont pas saisi
l’occasion. On leur a demandé si elles voulaient
demeurer « parties intéressées
». C’est-à-dire poser des questions et
assigner des témoins.
Les avocats des jeunes hommes ont tous dit non. Parce
qu’on ne paie pas leurs honoraires d’avocat, mais aussi
parce que l’enquête n’est pas assez large. Donc,
même avec un avocat payé, ils refusent d’en
être. Ils ont eu tort. S’ils avaient rendu leur
participation conditionnelle au paiement de leurs frais
d’avocats, le coroner aurait été
forcé d’agir. Comme rien dans la loi ne l’autorise
à forcer le paiement, il aurait pu suspendre
l’enquête en attendant que le ministre
décide. Ensuite, le coroner aurait pu naturellement
élargir la portée de l’enquête, ne
serait-ce que parce les avocats des jeunes auraient
posé des questions que personne d’autre ne posera.
Il aurait dû en tenir compte dans son analyse.
Occasion ratée, donc. Depuis le début, le
ministre est inutilement inflexible et, depuis
Inutile
de déclencher une enquête de quatre ans. Mais
qu’au moins la voix des victimes soit entendue dans un
processus qui leur donne confiance un minimum.
Ça ne se fait jamais dans une enquête du
coroner! dit le ministre. Et alors? C’est lui qui a choisi
le format. Chaque cas est différent. Il ne s’agit
pas d’un accident d’autobus. On parle des relations
tendues entre la police et les minorités du
nord-est de la ville. Le sujet est la méfiance
vis-à-vis de l’État. Il ne suffit pas de
dire que François Daviault est un avocat le
début, les avocats des familles et des victimes le
sont tout autant. Ceux-là ont l’excuse d’avoir
souffert physiquement et moralement de l’intervention
policière et d’entretenir une compréhensible
méfiance.
Le ministre Dupuis, lui, a raté toutes les
occasions d’élever le débat. Il montre
surtout qu’il ne veut pas parler de la situation à
Montréal-Nord – juridiction municipale!
indépendant très respecté – c’est le
cas. Par la force des choses, il est appelé
à présenter le point de vue des
enquêteurs de la SQ. Toutes les forces
policières, patronales et syndicales, sont
représentées et généralement
aux frais de l’État.
On nous dira que Québec paie les frais d’avocat de
la famille Villanueva. Encore là, pour une portion
bien limitée.
C’est donc une enquête bien mal engagée.
Le juge Robert Sansfaçon a tout de même dit
que les parties intéressées pourraient
revenir à la charge à tout moment. Il a
clairement dit que si, après l’exposé des
faits de l’événement, il devient pertinent
d’élargir l’enquête, il le fera. C’est
clairement son objectif. Ce n’est pas le format
idéal, mais c’est déjà ça.
C’est maintenant la dernière chance de cette
enquête. Le ministre vient de se faire dire par le
procureur du coroner qu’il y a apparence d’injustice. Que
lui faut-il de plus pour agir? Veut-il un rapport qui ne
prêche qu’aux convertis, à ceux qui pensent
que tout va bien à Montréal-Nord, à
part quelques trouble-fêtes? Avec écrit en
lettres de feu dessus: « apparemment injuste »
?
Pas besoin d’enquête, à ce compte-là.
Le ministre doit absolument trouver une voie de
communication avec les représentants des familles
pour leur donner l’occasion de revenir à
l’enquête. Il doit redonner de la
crédibilité à cette enquête qui
commence avec unedéclaration officielle d’apparence
d’injustice.
Mais
il est peut-être trop tard.
La famille Villanueva se retire malgré
l’ouverture du coroner
L’enquête publique du coroner sur la mort de Fredy
Villanueva a débuté sur fond de controverse,
hier. Et ce, même si le coroner Robert
Sansfaçon a tout tenté pour résoudre
l’apparence de « déséquilibre »
de son enquête. La famille du jeune tué par
balle e
Me Daviault a même laissé planer le doute sur
la pertinence d’une telle enquête si « les
trois personnes intéressées les plus
importantes, celles qui ont été le plus
affectées, ne sont pas présentes pour faire
valoir leurs droits ».
Malgré plusieurs signes d’ouverture
manifestés par le coroner Robert Sansfaçon
au premier jour de son enquête publique sur la mort
de Fredy Villanueva, hier, la famille Villanueva et les
deux jeunes blessés par balle ne sont plus
intéressés à y participer.
Le frère de Fredy
Villanueva, témoin clé de l’intervention
policière, Danny, était présent
hier. Après avoir assuré qu’il voulait
participer à l’enquête, il s’est
désisté en après-midi, en
solidarité avec le reste de sa famille.
« Mon intention est d’examiner toutes les questions
pertinentes », a pourtant indiqué le coroner
Sansfaçon, répondant ainsi aux nombreuses
critiques qui réclament depuis des mois une
enquête au mandat élargi pour examiner la
question de profilage racial.
« Je n’ai pas prédéterminé que
les questions de profilage ou des situations de certaines
personnes à Montréal-Nord n’étaient
pas des sujets d’intérêt », a
ajouté le coroner en spécifiant que cette
enquête est un « exercice en progression dans
le temps ». Lorsque le coroner a fait cette
déclaration d’ouverture, la famille Villanueva
avait déjà quitté la salle d’audience
du palais de justice de Montréal.
Il y a eu de nombreux rebondissements en cette
première journée de l’enquête
publique. D’abord en matinée, le procureur neutre
chargé de l’enquête, Me François
Daviault, a soulevé une « apparence de
déséquilibre; d’une situation injuste
» pour les deux jeunes témoins blessés
lors de l’intervention policière du 9 août
dernier.
Le procureur a souligné d’emblée hier matin
que « les forces en présence sont
inégales ». Les témoins policiers sont
représentés par avocat, dont les frais sont
payés par l’État, contrairement aux
principaux témoins civils. Me Daviault a même
laissé planer le doute sur la pertinence d’une
telle enquête si « les trois personnes
intéressées les plus importantes, celles qui
ont été le plus affectées, ne sont
pas présentes pour faire valoir leurs droits
».
Ces trois personnes intéressées sont la
famille Villanueva et les deux témoins clés
blessés par balles, Denis Meas et Jeffrey Sagor
Metellus. Au total, 9 des 15 parties ayant obtenu le
statut de personne intéressée étaient
absentes en matinée, dont la mère du
défunt, Lilian Maribel Madrid Antunes. Le
frère de Fredy et témoin clé de
l’intervention policière, Danny, était
néanmoins présent. Accompagné d’un
avocat, il a assuré qu’il voulait participer
à l’enquête, mais en après-midi il
s’est désisté en solidarité avec le
reste de sa famille.
Retraits
volontaires
Bien que le coroner Sansfaçon n’ait pas le pouvoir
d’ordonner que les frais d’avocat des témoins
soient payés par l’État, il voulait «
régler la question d’équité avant de
commencer l’enquête publique ». Il semblait
déterminé à trouver une solution. Il
a même suspendu l’enquête, hier midi, pour
permettre à la famille Villanueva et aux deux
jeunes blessés de venir lui exposer leur vision en
après-midi.
Ces derniers se sont présentés, pour mieux
se retirer. Ils lui ont fait valoir que les frais d’avocat
n’étaient pas leur seule revendication. Ils veulent
une commission d’enquête au mandat large,
plutôt qu’une enquête du coroner. Face
à ces « retraits volontaires », le
coroner Sansfaçon a décidé d’aller de
l’avant. Il a fait sa déclaration d’ouverture
devant une salle presque vide.
À l’extérieur de la salle de cour, la
famille Villanueva, par l’entremise de l’un de leurs
avocats (non payés) exprimait sa position: «
Ce n’est pas le bon forum, c’est ça
fondamentalement le problème », a dit Me
Alain Arsenault.
Mme Antunes ne sera pas forcée de témoigner
puisqu’elle souffre d’un syndrome dépressif majeur,
qui la rend inapte à participer à un
processus judiciaire. Et les autres jeunes témoins
se présenteront en cour le jour de leur citation
à comparaître, sans plus.
Depuis plusieurs mois, le ministre de la
Sécurité publique Jacques Dupuis
répète qu’il fournira un seul avocat
à la famille Villanueva. Rien pour les
témoins blessés par balle. Hier, le
gouvernement a été à nouveau
vertement critiqué par les partis d’opposition,
mais il n’a pas changé sa position. «
Permettons au juge Sansfaçon de faire son travail.
Et si lui veut pendant son enquête poser des gestes,
faire des commentaires, il a l’occasion de le faire
», a dit le premier ministre Jean Charest avant
d’apprendre que la famille Villanueva se retirait.
Le titre de « personnes intéressées
» permet aux personnes ou aux groupes sociaux
inscrits d’interroger et de contreinterroger tous les
témoins cités à comparaître
durant l’enquête. Cela permet aussi de faire des
recommandations à la fin de l’enquête. En
tant que « personnes intéressées
», il ne reste plus que les policiers
impliqués dans la mort de Fredy Villanueva, leur
syndicat et leur employeur, la Ville de Montréal.
Mme Villanueva : « Je n’ai pas confiance »
La
mère de Fredy Villanueva n’a pas pu témoigner
lors du premier jour d’enquête
En quittant le palais de justice de Montréal, hier,
la mère de Fredy Villanueva s’est rendue au parc
Henri-Bourassa, à MontréalNord, où son
fils a été abattu en août dernier. Aux
côtés du regroupement Montréal-Nord
Républik, Lilian Villanueva a mis en doute la
transparence de l’enquête publique.
Hier au parc Henri-Bourassa, les
représentants de Montréal-Nord
Républik ont dénoncé le manque de
crédibilité de l’enquête du coroner
Robert Sansfaçon. La cousine de Fredy Villanueva,
Martha (au premier plan), participait à
l’événement. Une commémoration en
l’honneur du jeune homme mort il y a un an a suivi.
« Je n’ai pas confiance, absolument pas confiance
», a dit Mme Villanueva, malgré les propos
rassurants du coroner Robert Sansfaçon. Ce dernier a
affirmé hier qu’il était très ouvert
à mener une enquête large et à trouver
une solution pour régler les problèmes
d’avocat de la famille.
« Il aurait fallu une enquête transparente, a
poursuivi Lilian Villanueva, qui n’a visiblement pas
été convaincue par les mots du juge. Pourquoi
vouloir cacher la vérité? »
Mme Villanueva n’a pas témoigné hier lors de
l’ouverture de l’enquête sur la mort de Fredy
Villanueva. L’avocat de son fils Dany a déposé
un billet de médecin indiquant qu’elle souffrait de
symptômes dépressifs majeurs.
Elle a toutefois fait acte de présence en milieu
d’après-midi à la commémoration
organisée en l’honneur de son fils au parc
Henri-Bourassa. Vêtue de noir, les yeux rougis, la
dame a allumé des chandelles devant le
mémorial de Fredy Villanueva, érigé
à quelques mètres de l’endroit où le
jeune homme de 18 ans est tombé sous des balles
policières.
« La douleur est toujours aussi grande », a
soupiré Mme Villanueva, qui se rend au parc
Henri-Bourassa tous les samedis soir depuis la mort de son
fils.
« Un
gaspillage d’argent »
Peu avant la commémoration, Montréal-Nord
Républik a organisé une conférence de
presse, hier, pour dénoncer l’ouverture de
l’enquête. Un « gaspillage d’argent » dont
les conclusions n’auront « aucune
crédibilité », selon Will Prosper, le
porteparole du regroupement.
« Le j uge Sansfaçon et le ministre de la
Sécurité publique, Jacques Dupuis, ne sont
clairement pas à l’écoute de la famille
Villanueva et de la population », a
déploré M. Prosper, rappelant le boycottage
par neuf des 15 parties impliquées.
Montréal-Nord Republik, qui se veut une voix pour le
quartier, demande une enquête au mandat plus vaste.
Une enquête qui pourrait répondre « aux
vraies problématiques » sous-jacentes à
la mort de Fredy Villanueva, selon Will Prosper, ancien
policier de la GRC.
« Si on veut prévenir d’autres
événements tragiques, il faut mettre en
lumière les tensions sociales et la condition
socioéconomique à Montréal-Nord, mais
également les relations entre les citoyens et les
policiers », a-t-il dit.
« Si un autre jeune meurt dans des conditions
nébuleuses, c’est sûr qu’il y aura encore des
émeutes. Et le responsable, ce sera le gouvernement.
»
Les agents impliqués craignent pour leur
sécurité
L’agent Lapointe
ressent une « insécurité
généralisée pour lui et sa famille »,
selon le témoignage qu’a rendu un inspecteur du SPVM.
Le policier de Montréal impliqué dans la mort de
Fredy Villanueva, Jean-LoupLapointe, craint pour sa
sécurité au point où il a reçu
l’autorisation exceptionnelle de porter son arme de service en
dehors de ses heures de travail.
L’agent Lapointe ressent une « insécurité
généralisée pour lui et sa famille »
, selon le témoignage qu’a rendu un inspecteur du Service
de police de la Ville de Montréal (SPVM) au moment de
requêtes préliminaires à l’enquête
publique du coroner sur la mort du jeune Villanueva.
Sauf exception,
les policiers entreposent leur arme de service au poste de
police. Or, l’agent Lapointe a reçu de son employeur
l’autorisation de porter son arme de service pour aller et venir
de sa résidence au travail, a expliqué
l’inspecteur Richard Dupuis au coroner Robert Sansfaçon.
Après avoi r mortel lement atteint d’une bal le le jeune
Villanueva, le 9 août dernier, l’agent Lapointe a
été en arrêt de travail durant cinq semaines
et demie. Depuis, il envisage « difficilement » de
revenir comme patrouilleur au poste de quartier 39, à
Montréal-Nord, où il travaillait au moment de
l’intervention policière qui a mal tourné. Il lui
est arrivé de faire des manoeuvres de contre-filature
parce qu’il se sentait suivi. Ni lui ni sa famille n’ont
reçu de menace, a toutefois souligné l’inspecteur
Dupuis.
Stéphanie Pilotte, la partenaire de patrouille de l’agent
Lapointe le soir du 9 août, a été en
arrêt de travail pendant un mois. Elle a ensuite repris le
travail progressivement jusqu’à la fin du mois de
janvier, où elle a recommencé à travailler
à temps plein. Ni l’agent Pilotte ni l’agent Lapointe
n’ont réintégré le poste de quartier 39. Le
SPVM a mis en place d’autres mesures de protection pour ses deux
agents, a i ndiqué l ’ i nspec teu r Dupuis, sans donner
de détails pour ne pas les rendre caduques. Pour des
raisons de sécurité, les avocats des deux agents
ont obtenu du tribunal qu’il soit interdit de publier des photos
de leurs clients.
Affaire Freddy Villanueva - L’enquête du
coroner déjà controversée
15
personnalités pressent Jean Charest de faire toute la
lumière sur les interventions policières
Gérald Larose qualifie l’enquête du coroner
d’opération de « camouflage » qui ne
permettra pas d’aller « au fond des choses ».
L’entrée de l’immeuble où logent les bureaux
montréalais du premier ministre était
encerclée de rubans jaunes pour en bloquer
l’accès. Les signataires d’une lettre réclamant
une enquête approfondie sur les interventions
policières avec mort d’homme n’ont pas pu aller porter
eux-mêmes leur missive; à la place, ils se sont
fait dire de remettre leur lettre à la police.
Inquiètes
de
la tournure donnée à l’enquête sur
l’affaire Villanueva, des personnalités se sont
présentées au bureau de Jean Charest, à
Montréal, pour solliciter une rencontre. Dan Philip,
président de la Ligue des Noirs duQuébec
(à gauche), et Gérald Larose (à droite)
faisaient partie du groupe.
L’ironie de la situation a été soulignée
par Gérald Larose, ancien président de la CSN et
aujourd’hui professeur à l’UQAM, qui est à
l’origine de la démarche appuyée par 14 autres
personnalités. À moins d’une semaine du
début de l’enquête du coroner sur la mort de
Fredy Villanueva, ces 15 personnes – dont l’ex-ministre
péquiste Louise Harel, la porte-parole de Québec
solidaire Françoise David et l’auteur-compositeur
interprète Luck Mervil – demandent une «
rencontre urgente » avec le premier ministre.
L’enquête du coroner est une opération de «
camouflage », a dit Gérald Larose, parce qu’elle
ne permettra pas d’aller « au fond des choses ».
Les signataires craignent que l’exercice accentue la «
perception de graves injustices commises à l’endroit
des minorités ( profilage racial,
surreprésentation des minorités dans le
système judiciaire et à titre de victimes de
tirs mortels de policiers) » ainsi que « la
certitude que les autorités feront toujours tout pour
les nier ».
« Il n’y a pas d’apparence de justice et dans la
balance, certains pèsent plus lourd que d’autres
», a ajouté Françoise David.
Les signataires déplorent que le mandat de
l’enquête du coroner ne soit pas plus large. «
Nous voulons une commission publique d’enquête sur les
événements de MontréalNord, mais aussi
sur d’autres événements antérieurs, a
déclaré Gérald Larose. Nous
émettons l’hypothèse que nous n’avons pas
atteint un degré de professionnalisme dans ces
situations et cela doit être corrigé. »
En après-midi, le ministre de la Sécurité
publique, Jacques Dupuis, a indiqué qu’il était
prêt à rencontrer les signataires. L’invitation a
été refusée parce que, selon M. Larose,
M. Dupuis a été maintes fois interpellé
sur le sujet « et il n’a jamais bougé ».
« J’estime que le premier ministre doit ramener à
l’ordre son ministre qui, lui-même, a une garde
rapprochée composée essentiellement de policiers
», a dit M. Larose.
Inquiétude
« Nous sommes inquiets », a plusieurs fois
répété M. Larose. Inquiets notamment de
voir que l’enquête telle qu’elle s’annonce n’aidera en
rien à assainir le climat à
Montréal-Nord, a déclaré M. Larose. Le
gouvernement avait pourtant promis de « faire toute la
lumière » sur les événements.
« Le ministre est revenu sur son engagement à
fournir aux familles les ressources nécessaires afin
qu’elles soient valablement représentées
à l’occasion de l’enquête »,
écrivent les signataires, en soulignant que les moyens
des familles sont modestes.
« On sait que les policiers sont formidablement bien
représentés grâce aux fonds publics
», dit M. Larose. Le gouvernement a proposé de
payer les coûts de l’avocat de la famille Villanueva
seulement.
Plusieurs témoins et groupes de défense des
droits ont renoncé à participer à
l’enquête menée par le juge Robert
Sansfaçon. Déjà, la famille Villanueva,
les quatre témoins du drame et les groupes comme la
Ligue des droits et libertés ainsi que la Ligue des
Noirs ont annoncé qu’ils ne participeraient pas
à l’exercice.
L’avocat de l’un des témoins, Me Alain Arsenault, a
souligné que sans les moyens pour se préparer
convenablement à l’enquête, il ne pouvait
représenter correctement son client. « Participer
à l’enquête reviendrait à la cautionner
», dit-il.
Le ministère public a déjà
décidé de ne pas porter d’accusation contre le
policier qui a tiré les coups de feu. « Pourquoi,
lorsqu’un geste est fait par certains citoyens, il peut rester
impuni? » a souligné Luck Mervil. « Il y a
eu plusieurs personnes tuées ou blessées par des
policiers et ceux-ci ont eu l’impunité », a
ajouté Dan Philip, de la Ligue des Noirs.
Fredy Villanueva a été tué par balle dans
un parc de Montréal-Nord lors d’une intervention
policière, le 9 août 2008. L’enquête du
coroner Robert Sansfaçon doit débuter lundi.
Dany Villanueva renonce à son
enquête préliminaire
Les cinq
hommes de 19 à 22 ans ont renoncé à
leur enquête préliminaire, hier, après
que la Couronne eut modifié les trois accusations
portées contre eux.
Inculpé dans une affaire de vol qualifié,
Dany Villanueva, frère de Fredy Villanueva, abattu
lors d’une opération policière dans
Montréal-Nord, a renoncé à son
enquête préliminaire, hier, au palais de
justice de Montréal.
Deux mois avant la mort de son frère, Dany, 22 ans,
a été arrêté avec quatre autres
jeunes hommes, puis accusé de vol qualifié
commis avec une arme à feu au centre-ville de
Montréal. Les cinq hommes de 19 à 22 ans ont
renoncé à leur enquête
préliminaire, hier, après que la Couronne
eut modifié les trois accusations portées
contre eux.
Après analyse au laboratoire balistique, l’arme du
crime s’est avérée être une fausse
arme. C’est pourquoi la Couronne a abandonné l’un
des chefs d’accusation – avoir occupé un
véhicule automobile où les accusés
savaient être en présence d’une arme à
feu. Les deux autres chefs ont été
modifiés. Les cinq jeunes hommes sont maintenant
accusés d’avoir utilisé une fausse arme lors
de la perpétration d’un vol qualifié le ou
vers le 18 juin 2008.
Dany Villanueva et trois des coaccusés retourneront
en cour le 10 septembre. Dany Villanueva, Bay ron Alexis
Clavasquin Padilla, Peterson François et Jose
Miguel Aguilar Medrano sont en liberté sous caution
en attente de la suite du processus. Le cinquième
accusé, Russel Similome, est détenu.
Dany
Villanueva a des antécédents judiciaires. En
avril 2006, il a reconnu sa culpabilité à
plusieurs accusations, dont certaines liées
à une fréquentation des gangs de rue. Il
avait alors admis s’être trouvé dans la
voiture de son père en possession d’un pistolet de
calibre 22. Il avait également reconnu avoir
bousculé un adolescent de 14 ans et lui avoir
volé une chaîne au cou parce que celui-ci,
avait-il déclaré à l’époque,
lui devait de l’argent. La victime avait plutôt
qualifié l’agression de « taxage ».
Durant la même période, Dany Villanueva
s’était fait épingler dans un
véhicule en compagnie de quatre autres hommes et
plusieurs armes. Quatre complices portaient des foulards
rouges, traditionnellement associés au gang de rue
des Bloods. Villanueva était le seul qui n’en
portait pas. Le juge Louis Legault, qui entendait cette
affaire, a indiqué qu’il n’y avait « aucune
preuve » que Villanueva faisait partie d’un gang,
mais il a indiqué qu’il avait « frayé
» avec des membres de gangs de rue.
Dany Villanueva avait rassuré le magistrat en
déclarant que sa famille allait
déménager loin de Montréal-Nord. Le
juge avait approuvé, signalant qu’il était
préférable pour lui de « sortir
» du milieu des gangs de rue. Villanueva avait
été condamné à 11 mois de
prison et deux ans de probation. C’est à ce
moment-là que sa famille a
déménagé à Repentigny. Le 18
juin 2008, lorsqu’il a été
arrêté de nouveau dans l’affaire du vol
qualifié, Dany Villanueva a aussi été
accusé d’avoir brisé l’ordonnance de
probation qui l’empêchait de communiquer avec des
personnes qui, à sa connaissance, avaient des
antécédents judiciaires ou étaient
des membres d’un gang de rue.
Même si leur famille avait
déménagé, les frères Dany et
Fredy Villanueva fréquentaient toujours
Montréal-Nord l’été dernier. Le 9
août, deux policiers ont interpellé six
jeunes, dont les deux frères, qui jouaient aux
dés dans un parc du quartier. Fredy Villanueva a
été atteint mortellement par balle durant
l’opération policière. Selon l’enquête
de la Sûreté du Québec qui a
été menée à la suite de sa
mort, les policiers ont décidé ce
soir-là d’appliquer à la lettre le
règlement municipal qui interdit les jeux de hasard
dans les parcs.
Dans le rapport d’enquête de la SQ, il est
également noté que le policier Jean-Loup
Lapointe avait reconnu dans le groupe Dany Villanueva,
membre d’un gang de rue. Fredy se serait interposé
entre son frère Dany et les policiers qui voulaient
l’interroger. Aucune accusation criminelle n’a
été portée contre les deux policiers
impliqués dans l’événement. Quant
à l’enquête publ ique du coroner Robert
Sansfaçon, qui doit faire la lumière sur les
causes et les circonstances de la mort de Fredy
Villanueva, elle est suspendue au moins jusqu’à
l’automne.
Montréal-Nord : POUR ÉVITER UNE
AUTRE EXPLOSION - Katia Gagnon
Les
événements de MontréalNord ont
poussé le Service de police de la ville de
Montréal à apporter des « changements
majeurs » au fonctionnement d’Éclipse, la
brigade de lutte contre les gangs de rue,
créée en grande pompe il y a tout juste un
an. Neuf mois après la mort de Fredy Villanueva, la
direction du SPVM admet ainsi que les interventions
d’Éclipse ont contribué à durcir les
relations entre la population du quartier et le service de
police en général.
« Il y a eu des changements majeurs au niveau
d’Éclipse », a expliqué JeanGuy
Gagnon, directeur adjoint à la direction
stratégique du SPVM, dans une longue entrevue
à La Presse, où il a dévoilé
le plan d’action du SPVM à la suite des
événements de l’été dernier.
« Je n’ai pas eu de plaintes contre les gars
d’Éclipse. Mais je réalise qu’il y a quelque
chose, dit-il. Il y a eu beaucoup de critiques. »
Le problème concerne-t-il simplement les
perceptions? « Il y avait des choses à
changer », répond M. Gagnon.
Avant le 10 août, les policiers d’Éclipse
avaient une autonomie totale. Ils pouvaient
décider, de leur propre chef, d’intervenir dans un
quartier. « La première chose qu’on a
changée, c’est la coordination avec le niveau
local. Maintenant, quand ils interviennent, ils doivent le
faire en partenariat. Parce que le policier local, lui, il
les connaît, les gens de son secteur. »
Dix « quartiers chauds »
D’ici quelques semaines, les policiers de la brigade, qui
interviennent à l’échelle de l’île de
Montréal, seront également mieux
outillés en matière de renseignement. Les
photos, les descriptions et les renseignements à
propos des « sujets cibles » seront beaucoup
plus précis.
Comment ? Le SPVM a identifié 10 secteurs chauds
dans l’île, où on retrouve les
caractéristiques sociodémographiques qui ont
transformé Montréal-Nord en
poudrière. « Ces secteurs, ce n’est pas
nécessairement un arrondissement au complet,
précise M. Gagnon, ça peut être deux
rues par deux rues. Mais ce sont tous des secteurs
où, selon la recherche, les conditions peuvent
favoriser l’adhésion aux gangs de rue. »
Jean-Guy Gagnon refuse de nommer ces secteurs pour
éviter de les « stigmatiser ».
Dans chacun de ces points chauds, deux nouveaux pol iciers
seront embauchés et travailleront en collaboration.
L’agent de concertation (voir autre texte) sera
chargé des relations avec les communautés.
Quant à l’autre agent, il aura pour mission de
réaliser des « analyses » qui seront
notamment destinées aux policiers d’Éclipse.
« Il faut plus d’analyse, plus de renseignements sur
les tensions dans un quartier, sur les relations qu’il
peut y avoir entre certains groupes », explique
Jean-Guy Gagnon.
« Notre objectif, poursuit-il, ce serait que, chaque
fois qu’Éclipse intervient, ce soit clairement
à l’endroit d’un membre de gang de rue ou d’une
personne en relation avec les gangs de rue. Mais ce n’est
pas facile. Ce n’est pas écrit dans le front des
gens. Il faut donc voir comment on peut renforcer les
façons de faire d’Éclipse. »
Jean-Guy
Gagnon espère que ces changements mettront fin aux
critiques virulentes dont Éclipse a
été l’objet depuis sa formation. Car la
brigade demeure essentielle à la lutte contre les
gangs, dit-il. Les meurtres et tentatives de meurtre
liés aux gangs de rue sont en chute libre à
Montréal.
« L’idée, ce n’est pas de remettre en
question le projet Éclipse. On doit maintenir nos
efforts dans la lutte contre les gangs de rue. Mais il
faut amener Éclipse encore plus loin, au niveau de
ce que les citoyens veulent avoir. »
Montréal-Nord, la poudrière
Le plan d’action du SPVM s’étend donc à
l’ensemble de l’île, mais, évidemment, tout
part de Montréal-Nord. Et le travail qui reste
à faire dans ce quartier est immense pour la
police, admet sans peine M. Gagnon. « Il faut qu’on
parle directement avec les jeunes, les parents, les
directeurs d’école pour être plus à
l’affût de ce qui se passe vraiment sur le terrain.
On n’est pas au même niveau que ce qu’on a, par
exemple, dans le quartier SaintMichel ou
Rivière-des-Prairies, où les
problématiques sont semblables. »
Depuis août dernier, le SPVM a multiplié les
rencontres avec les groupes et les jeunes de
Montréal-Nord. « Les plaintes qu’on a
souvent, c’est que les deux policiers patrouillent la rue,
ils se parlent entre eux, mais ils ont un peu de
difficulté à entrer en contact avec les
citoyens. » Les jeunes policiers manquent souvent de
ces aptitudes de communication, observe le numéro 2
du SPVM. « Les jeunes nous disent qu’avec les
policiers plus âgés,
généralement, ça va très bien.
»
Le soir du 9 août, la veille de l’émeute qui
a embrasé MontréalNord, Jean-Guy Gagnon
s’est luimême rendu sur place pour prendre le pouls
du quartier. « Je sentais qu’il y avait quelque
chose dans l’air. Ce soir-là, on a tenté de
multiplier les contacts avec les gens de la
communauté. Mais dans ce secteur-là, on a
n’a pas réussi à avoir un filet social
où il y a des intervenants qui peuvent être
facilement interpellés, dit-il. On a essayé
auprès de maintes personnes d’avoir un leader qui
puisse intervenir auprès de la communauté.
Malheureusement, on n’a pas pu trouver cette
personne-là. »
Du profilage racial
Et les accusations de profilage racial , qui ont
empoisonné les relations entre la population et la
police, sont-elles justifiées ? « Il semble
effectivement qu’il y avait parfois du profilage racial
dans les interpellations, pas dans le sens d’arrestations
non justifiées. On a eu des plaintes de jeunes.
Certains n’avaient rien à se reprocher, dit-il.
Mais jusqu’à présent, on n’a pas de dossier
majeur, flagrant, d’une personne qui aurait abusé
de son autorité pour procéder à de
mauvaises arrestations. »
À l ’ i nterne, les événements
d’août dernier ont administré un
véritable électrochoc aux forces de police
de Montréal. Rappelons qu’une policière a
été prise pour cible lors de l’émeute
du 10 août. « C’est une première au
Québec », dit M. Gagnon. Partout à
Montréal, les postes de quartier seront donc
davantage sécurisés. On installera des
caméras, on posera des serrures
supplémentaires.
Les policiers auront aussi une formation spécifique
pour faire face au phénomène de
l’encerclement, où des jeunes d’un quartier
donné se massent, en groupe, autour des deux
policiers en patrouille.
QU’EST-CE QUE L’ESCOUADE ÉCLIPSE?
L’escouade Éclipse a été
créée en juin dernier, à la suite de
l’injection par Ottawa de 7 millions dans la lutte contre les
gangs de rue. L’escouade compte 40 policiers,
équipés de 17 véhicules bien
identifiés aux couleurs de la brigade. En moyenne, ces
policiers ont quatre ans d’expérience. Leurs
interventions ont suscité moult critiques dans des
quartiers sensibles comme MontréalNord et Saint-Michel.
La population et les groupes communautaires ont souvent
accusé les policiers d’Éclipse de se livrer au
profilage racial, en interpellant des jeunes sans raison. Mais
les résultats de l’escouade sont probants, estime
Jean-Guy Gagnon, directeur de la planification
stratégique au Service de police de la ville de
Montréal. « En 2007, en février, on avait
déjà 11 meurtres liés aux gangs de rue.
Cette année, on est en mai, et on n’a encore aucun
meurtre. On a un très beau bulletin en matière
de lutte contre les gangs de rue. »
L’agente qui fait taire la machine à rumeurs
« Un agent de
police interpelle une adolescente soupçonnée
d’être en fugue dans un parc de Montréal-Nord.
À cette heure-là, la jeune fille, qui se cache le
visage, devrait être à l’école. Elle refuse
de répondre aux questions du policier. L’agent la fait
monter dans sa voiture de police. D’autres jeunes observent la
scène de loin.
C’est
à ce moment que la rumeur est lancée. Car les
rumeurs circulent vite à Montréal-Nord.
« La police a arrêté une jeune fille pour
rien. » Le mot se passe dans les organismes
communautaires. Peu de temps après, le
téléphone de Rose-Andrée Hubbard se met
à sonner.
Au bout du fil, des intervenants communautai res i nquiets .
Mme Hubbard, psychologue d’origine haïtienne, va aux
sources au poste de police de quartier. Puis elle rappelle
tout le monde : l’adolescente n’était pas en fugue,
mais elle refusait de collaborer. Elle a été
conduite chez elle. Et ses parents ont été
rencontrés. Fin de la rumeur. Rose-Andrée
Hubbard est l’« agente de concertation » du PDQ
39. Elle n’est pas policière. Elle est issue du
milieu communautaire. Elle a été
embauchée quelques mois après l’émeute
de Montréal-Nord pour « consolider les liens
entre la police et la communauté ». Mais,
précise-t-on à la police, le projet
était dans l’air bien avant l’émeute.
« Après une intervention policière, les
gens hésitent à nous appeler pour savoir ce
qui s’est réellement passé, alors les rumeurs
continuent de circuler, raconte le commandant du PDQ 39,
Roger Bélair. Avant, ça pouvait prendre
plusieurs jours avant que les rumeurs remontent à
nous. Maintenant, l’information circule dans la même
journée grâce à Mme Hubbard. »
« Pourquoi tant de policiers? »
En entrevue à La Presse cette semaine, le commandant
Bélair et Mme Hubbard ont abordé du bout des
lèvres les « événements de
MontréalNord ». Question de ne pas nuire
à l’enquête publique du coroner sur la mort de
Fredy Villanueva, abattu par un policier le 9 août
dernier dans un parc du quartier. Cette enquête
débute lundi.
« On peut dire que tout MontréalNord est
sensible. Tout le monde a des choses à
améliorer. Il y a une confiance à
rétablir ou à consolider », explique Mme
Hubbard, 37 ans. L’une des premières choses qu’elle a
faites en entrant en poste, c’est de patrouiller avec les
agents du PDQ 39. « Certaines fois, ils font de
très bonnes interventions qui peuvent avoir des
conséquences dans la communauté. La
communauté peut mal les interpréter » ,
souligne-t-elle.
La population de Montréal-Nord lui pose souvent la
même question depuis qu’elle est en poste. «
Pourquoi tant de voitures de police? Pourquoi tant de
policiers sur les lieux quand un jeune est
arrêté dans un quartier résidentiel?
» Mme Hubbard relaie les questions aux policiers. Et
parfois, ils se rendent compte que « l’impact social
» de leur intervention a été
négatif, même si l’intervention était
justifiée.
Mme
Hubbard s’est aussi rendu compte d’une différence
majeure entre les agents patrouilleurs et les agents
« sociocommunautaires ». « Les
patrouilleurs ne savent pas ce que les organismes
communautaires peuvent apporter après une
intervention policière », explique la femme
arrivée au Canada il y a six ans à peine.
La psychologue leur rappelle que les « retours
» sur une intervention policière
auprès de la communauté sont aussi
importants que l’intervention elle-même. Quand des
vendeurs de crack sont arrêtés dans un
immeuble à logements, les autres locataires doivent
être rassurés par la suite.
« Les gens veulent connaître leurs
patrouilleurs. Ils ne veulent pas voir des policiers
d’autres secteurs sur le terrain », indique Mme
Hubbard sans vouloir montrer du doigt l’escouade
Éclipse, connue pour ses interventions
musclées dans sa lutte contre les gangs de rue.
Et les agents patrouilleurs du PDQ 39 sont
représentatifs des minorités du quartier, a
découvert Mme Hubbard. Il y a le même
pourcentage d’Italiens au poste que dans la population.
Constat similaire chez les Haïtiens, les
LatinoAméricains et les Arabes.
Éducation des citoyens
Mme Hubbard vante le programme COOP du SPVM qui
débutera le mois prochain dans
Montréal-Nord, puis sera étendu aux autres
postes de quartier. Ce projet pilote offre à la
population une série d’ateliers sur le rôle
de la police, les lois, l’emploi de la force qui culminent
par une vraie patrouille avec des policiers (cobra).
Déjà, lors du lancement du projet dans une
école du quartier, vendredi dernier, les jeunes en
avaient long à dire sur le profilage racial et sur
le manque de respect de certains patrouilleurs, note
l’intervenante sociale.
Le commandant Bélair, qui travaille dans le
quartier depuis cinq ans, insiste sur le fait que le PDQ
39 ne partait pas de zéro. Des actions de
visibilité, comme la patrouille à pied et
à vélo, sont faites depuis des
années. « Les événements de
Montréal-Nord ont mis en lumière des choses
sur lesquelles on n’a pas assez insisté, mais on
créait déjà des liens avec la
communauté », dit le policier de 47 ans.
« L’agent de concertation vient faciliter nos
approches. Des gens peuvent hésiter à parler
à la police, alors Rose-Andrée vient nous
aider. Elle ouvre une porte plus large », ajoute le
commandant Bélair. Est-ce que l’ajout d’une «
agente de concertation » dans chaque poste de
quartier évitera un nouveau soulèvement
social ? « On a amorcé quelque chose et le
résultat est prometteur », croit Mme Hubbard.
MONTRÉAL-NORD
:
Les jeunes et la police dialoguent
« On était là pour écouter
les jeunes. Que pensezvous de la police? Si vous
étiez à notre place, de quelle façon
interviendriez-vous ? Ils ne se sont pas gênés
pour nous dire ce qu’ils pensent », résume le
chef du SPVM, Yvan Delorme.
En ce beau vendredi de printemps, il y avait 80 jeunes des
écoles secondaires de MontréalNord
massés dans la salle de spectacle de la Maison
culturelle et communautaire, à deux pas du parc
où Fredy Villanueva a perdu la vie.
Yvan Delorme, directeur du SPVM,
était à Montréal-Nord hier.
Et, en bas, sur la scène, des policiers du Service de
police de la Ville de Montréal qui venaient «
dialoguer » avec eux. Les échanges ont
été vifs mais constructifs, estime le chef du
SPVM, Yvan Delorme.
« Les jeunes n’y ont pas été de main
morte », résume RoseAndrée Hubbard, la
nouvelle agente sociocommunautaire haïtienne
embauchée au poste de Montréa l-Nord. I l s
ont notamment pris conscience que leur poste de quartier
comptait beaucoup plus de policiers noirs et latinos qu’ils
ne le pensaient.
« Ça a été un bon coup. Une bonne
façon d’approcher les jeunes. On est en train de
passer par-dessus les événements d’août
dernier », dit Jean-Marc Gibeau, conseiller municipal
du secteur.
Profilage racial au menu
D’emblée, on est entré dans le vif du
sujet: le profilage racial. « Certains jeunes se sont
vidé le coeur », raconte M. Gibeau. Mais, avec la
simulation d’un appel et une fausse « intervention
», les jeunes ont vu, concrètement, que le
travail de la police n’est pas si simple.
« On était là pour écouter les
jeunes. Que pensez-vous de la police? Si vous étiez
à notre place, de quelle façon
interviendriez-vous ? Ils ne se sont pas gênés
pour nous dire ce qu’ils pensent », résume le
chef du SPVM, Yvan Delorme, qui a assisté à une
partie de la rencontre.
Il y aura d’autres exercices de rapprochement avec la police
dans les prochains mois. Des intervenants communautaires
seront notamment invités à participer à
des patrouilles de police, des « cobras » comme on
dit en langage policier. Éventuellement, on voudrait
aussi faire participer des jeunes à ce type de
patrouille.
Pas d’enquête publique, dit Delorme
Cette semaine, d’autres groupes ont annoncé qu’ils ne
participeraient pas à l’enquête du coroner sur
l’affaire Villanueva, qui commencera dans deux semaines. Le
processus y perd-il de la crédibilité ? «
Ça ne perdra pas de sa crédibilité si le
procureur et le juge font ce qu’ils ont à faire.
» M. Delorme aurait pourtant aimé que ses
policiers répondent aux questions des avocats de ces
groupes. « C’est toujours bon d’aller au fond des
choses. Des perceptions vont mettre de l’ombre sur
l’enquête et je trouve ça malheureux » ,
souligne le directeur du SPVM.
Les groupes récalcitrants réclament une
commission d’enquête beaucoup plus large, qui
dépasse l’événement d’août.
Devrait-on modifier la formule ? « Non. C’est
l’événement qui est jugé. Est-ce que
ça a été bien orchest ré, cet
événement ? » répond M. Delorme.
Villanueva: enfin l’enquête! - ANDRÉ
PRATTE
(NDE
:
Bla, bla, bla...)
Neuf mois
après l’émeute qui a secoué
MontréalNord et ébranlé le Québec
entier, l’enquête publique du coroner sur la mort de
Freddy Villanueva s’amorce enfin aujourd’hui. À l’issue
des travaux du juge Robert Sansfaçon, on devrait savoir
exactement ce qui s’est passé en ce 9 août 2008
alors que l’homme de 18 ans a péri sous les balles d’un
policier.
Les proches de la victime et les autres jeunes impliqués
ont décidé de boycotter l’enquête, sauf pour
les témoignages que le coroner leur imposera de rendre.
Il en est de même pour divers groupes de pression,
notamment la Ligue des Noirs et la Ligue des droits et
libertés. La semaine dernière, 15
personnalités ont pressé le gouvernement de mettre
sur pied une enquête au mandat plus vaste. Il appert que
toutes ces personnes ont déjà rendu leur verdict
au sujet de l’événement: le groupe de Villanueva a
été victime de profilage ethnique et le jeune
homme lui-même d’abus policier. « Pourquoi,
lorsqu’un geste est fait par certains citoyens, il peut rester
impuni? » a lancé le chanteur Luck Merville.
L’enquête du coroner est une opération de «
camouflage », selon Gérald Larose, parce qu’elle ne
permettra pas d’aller « au fond des choses ».
Mais qu’est-ce que le fond des choses? Avant de sauter aux
conclusions d’abus policier et de racisme, il faudrait savoir
comment au juste Villanueva est mort. Et si le jeune homme avait
sa part de responsabilité, comme le laisse croire
l’enquête réalisée par la
Sûreté du Québec? À l’inverse,
faut-il croire la version des policiers selon laquelle leur vie
était menacée? Avaient-ils une raison valable
d’interpeller ce groupe de jeunes? Ont-ils inutilement eu
recours à la manière forte?
Le coroner
Sansfaçon a pris une sage décision en refusant
de s’engager, avant même le début de son
enquête, à aborder des questions comme le
profilage ethnique. Il n’exclut pas de se pencher sur de
telles problématiques, mais il le fera seulement s’il y
a un lien entre celles-ci et le décès. Si un tel
lien existe, il sera crucial, en effet, que le juge creuse le
sujet à fond.
Les partisans d’une enquête plus large voudraient que
soient étudiés les problèmes sociaux du
quartier et les comportements des policiers. Ces questions,
certainement importantes, ont déjà fait l’objet
des « chantiers de Montréal-Nord en
santé» lancés par le maire Gérald
Tremblay. Le rapport final des chantiers, fruit d’une
consultation réalisée auprès de dizaines
d’intervenants et de 500 citoyens, a été
publié en avril et comptait plusieurs recommandations,
dont certaines sont en voie de réalisation. Une
commission d’enquête qui amorcerait ses travaux
aujourd’hui sur les causes profondes de l’émeute de
l’été dernier arriverait trop tard pour
être utile.
Les 15 personnalités qui ont interpellé le
premier ministre craignent que le cadre étroit auquel
s’astreint le juge Sansfaçon n’accentue « la
perception de graves injustices commises à l’endroit
des minorités ». À notre avis, ce sont
plutôt ceux qui condamnent l’enquête avant qu’elle
n’ait eu lieu qui encouragent cette perception.
ZIDANE, SUPERSTAR DE MONTRÉAL-NORD -
Violaine Baillivy
Le footballeur
étoile apporte un message d’espoir aux jeunes
Quelques minutes, des poignées de mains et des
autographes sur des ballons ronds: c’est tout ce qu’il aura
fallu à Zinédine Zidane pour gagner le coeur des
centaines de jeunes qui s’étaient massés hier
dans un petit aréna de Montréal-Nord à
l’annonce du passage du footballeur étoile.
Selon
les organisateurs, 1400 personnes se sont rassemblées
à l’aréna de Montréal-Nord hier pour
voir « Zizou ».
Zinédine Zidane n’avait pas fait deux pas dans
l’aréna de MontréalNord que déjà
la foule scandait « Zizou, Zizou, Zizou, Zizou! On
t’aime!!!! » en étirant le bras pour effleurer –
à tout le moins – la star. Visiblement sensible
à ce flot d’émotion, Zidane a pris son temps
pour rejoindre la tribune où il devait prendre la
parole, s’arrêtant systématiquement pour serrer
la main de ses fans ébahis et laisser beaucoup,
beaucoup d’autographes derrière lui. « Pas
là! Ça va s’effacer! » a-t-il
remarqué, bon enfant, à un gamin qui
réclamait un souvenir sur son bras.
Mais Zinédine Zidane était d’abord là
pour envoyer unmessage d’espoir aux jeunes: « Quand on
croit à ses rêves, tout est possible! »
Élevé dans une banlieue pauvre de Marseille,
Zinédine Zidane a connu, lui aussi, la dure
réalité de grandir dans un quartier « pas
facile » comme Montréal-Nord aux prises avec des
problèmes de pauvreté, de décrochage
scolaire et secoué l’été dernier par de
violentes émeutes à la suite de la mort de Fredy
Villanueva. « C’était très difficile,
j’avais juste une envie: sortir de ce quartier pour faire
quelque chose de ma vie… » a-t-il raconté lors
d’un bref point de presse avant de rencontrer les jeunes.
« Qua nd on me r ega r de aujourd’hui, on croit souvent
que j’ai eu la vie facile, mais ça n’a jamais
été facile, leur a-t-il ensuite lancé.
Mais j’ai tenu bon, je me suis accroché. (…) Quand on a
envie de réussir, on peut réussir, et pas que
dans le sport. »
Zinédine Zidane n’était « pas là
pour donner des leçons », « mais à
travers mon parcours, beaucoup de jeunes peuvent être
inspirés ».
« Vrai! » ont répliqué les
spectateurs – 1400 selon les organisateurs – dans leurs
témoignages. « On a
toujoursbesoind’unmodèle, d’un père ou d’une
mère qui va nous inciter à nous dépasser.
Zinédine, c’est un grand joueur mais aussi un grand
homme », disait Ben Souda Noureddile, qui avait
trimballé avec lui toute l’équipe des Puma
pee-wee de Montréal-Nord. « Ça va
rehausser l’image de notre quartier et prouver qu’on est
capables d’avoir des gens importants. Il nous redonne un
sentiment de fierté », a renchéri hier
Sarah Sahtali, 19 ans.
Le bain de foule de Zinédine n’aura pas duré
plus d’une demiheure et, pressé par un horaire
réglé au quart de tour, il n’aura même pas
eu le temps de répondre à la dizaine de
questions que des enfants avaient préparées pour
lui. La sonorité de l’aréna était du
reste très mauvaise et l’on avait du mal à
comprendre ses propos. Quant à ceux des dignitaires,
dont le maire de l’arrondissement, Marcel Parent, ils ont
été complètement enterrés par les
cris des jeunes qui réclamaient toujours plus de
Zidane.
« Ces moments-là sont toujours trop courts, c’est
dommage. Mais, au moins, les jeunes l’ont vu, ils avaient
besoin de ça après tout ce que le quartier a
vécu, après les émeutes », a
remarqué Victor Henriquez, porte-parole de l’organisme
communautaire Les fourchettes de l’espoir.
Zinédine Zidane affrontera cet après-midi des
policiers de Montréal lors d’un match amical de soccer
au stade PercivalMolson dont une partie des profits sera
remise à l’UNICEF pour financer la construction d’une
école au Burkina Faso.
Le jeune retraité a remarqué hier qu’à 37
ans, il n’a plus tout à fait la même forme qui
lui a permis d’être classé trois fois meilleur
joueur mondial de l’année par la FIFA. N’empêche
que les jeunes ne donnaient aucune chance aux policiers de
l’emporter contre la star et son équipe de joueurs
d’élite. « On est surtout là pour qu’il y
ait un peu d’adversité... mais je ne gagerais pas qu’on
va gagner! » blaguait hier l’agent – et centre droit –
Marc Parent.
Un autre - Marie-Claude Lortie
À
force de respecter la vie privée de chacun,
sommes-nous en train de perdre notre capacité
d’aider, de sentir quand ça déraille?
Mardisoir, àBridgeville, en banlieue de Pittsburgh,
muni de quatre armes à feu cachées dans un
grand sac noir, un homme est entré dans une salle de
gym où avait lieu une classe de danse
aérobique. Il a fouillé dans son sac pendant
quelques instants, seul gars dans cet espace rempli de
femmes venues faire de l’exercice au rythme de musiques
latines. Puis il a éteint la lumière et s’est
mis à tirer. Sans dire un mot, il a fait feu. Une
cinquantaine de balles. Trois femmes sont mortes. Neuf ont
été blessées, dont certaines gravement,
y compris l’instructrice, enceinte. Et puis le tireur,
George Sodini, 48 ans, informaticien de métier, s’est
suicidé.
PHOTO DON WRIGHT, AP
Nancy Smith était
soulagée de retrouver sa fille Tracey à
l’extérieur du Centre de conditionnement physique
L. A. Fitness, hier à Bridgeville, où trois
femmes ont été tuées et neuf autres
blessées.
L’Amérique venait encore une fois d’être le
théâtre d’une tuerie.
M. Sodini ne s’est pas rendu dans une école, ni dans
un bureau de poste, ni dans une salle remplie de
programmeurs en train de taper devant leur écran
d’ordinateur pour donner libre cours à son
délire assassin. Il s’est rendu chez L.A. Fitness, un
centre de conditionnement physique, dans une salle remplie
de femmes. Ce n’est pas un hasard du tout, comprend-on en
lisant le terrifiant blogue personnel qu’il a laissé
derrière lui. M. Sodini avait un problème avec
les femmes.
Depuis neuf mois, Sodini préparait en effet son geste
en écrivant régulièrement ce qui lui
passait par la tête sur un site web personnel. On y
apprend toutes sortes de choses sur sa vie – il était
adepte de musculation et de bronzage en cabine – et sur ce
qui se passait dans sa tête. Il dit ce qu’il pense de
sa famille et même d’Obama. Il explique qu’il a
essayé de commettre le même geste plus
tôt, mais n’en a pas été capable…
Mais en lisant ses textes, on comprend surtout qu’il
était profondément déprimé et
était convaincu que l’avenir lui apporterait encore
moins de bonheur que le présent ou le passé.
Et on saisit qu’il avait décidé de
blâmer les femmes pour ses malheurs et cette absence
totale de goût de vivre. Pas toutes les femmes, mais
presque, ou plutôt toutes celles qui ne voulaient pas
de lui et refusaient ses avances.
Et selon ses estimations, « 30 millions » de
femmes l’avaient rejeté. Et c’est pour cela qu’il
n’avait pas connu l’intimité d’une femme depuis 19
ans.
« Flying solo for many years is a destroyer »,
écrit-il. « Vivre en solo détruit.
» « Un homme a besoin d’une femme pour avoir
confiance en lui. »
En lisant
le blogue, où le tueur parle en détail de sa
non-vie sexuelle et de ses échecs et qui suinte de
son idée insensée que la clé du bonheur
réside dans la séduction d’une femme
irréelle, on comprend que les filles croisées
au gym incarnaient tous les fantasmes de cet homme
profondément déprimé et frustré.
« Les jeunes filles ici sont tellement belles,
écrit-il, qu’on ne les dirait pas humaines,
très comestibles. »
Incapable de les charmer, Sodini a
préféré les tuer. Et se faire
connaître du même coup. Un cocktail fou à
l’américaine mélangeant une quête
impossible et hallucinée de sexe, de beauté,
de célébrité…
Selon la police, le blogue est authentique. Selon moi, il
est presque banal. Pas banal dans ce qu’il dit, mais banal
parce que le modèle du délire meurtrier se
répète. Comme à Columbine, comme
à Virginia Tech, comme à Dawson, l’assassin
laisse des indices, des signes précurseurs. Dans ce
cas, il fait carrément allusion aux gestes qu’il
entend commettre, mais parle surtout de son mal-être.
Il distribue les pistes, mais on ne les voit pas. Le tireur
se perd dans sa maladie mentale sans que personne le
remarque.
Pourtant, Sodini n’était pas un homme isolé.
Il travaillait à titre de programmeur dans une
entreprise où il côtoyait apparemment des
collègues. Il affirme même dans son blogue
qu’il a eu une promotion à la fin de juillet. Toutes
sortes de gens ont passé du temps avec ce
gars-là et ne se sont aperçus de rien.
À force de vouloir laisser les gens tranquilles, de
respecter la vie privée de chacun, de ne pas nous
mettre le nez dans les affaires des autres comme on faisait
autrefois dans les villages, sommes-nous en train de perdre
notre capacité d’aider, de sentir quand ça
déraille?
Le tueur savait qu’il s’adressait au public et à un
public large qui finirait par le découvrir dans la
mort. À la fin de son blogue, il explique qu’il sait
très bien qu’on lira ses textes et qu’on tentera de
comprendre, comme on le fait maintenant. « Certaines
personnes aiment étudier ces trucs, écrit-il.
Peut-être que cela fera un peu de lumière sur
les raisons qui font que certains n’arrivent pas à
réaliser leur vie et que cela pourra en aider
d’autres. »
Maintenant, à nous de nous demander, encore une fois,
comme chaque fois qu’il y a une telle tuerie, comment faire
pour entendre et voir ces êtres souffrant de maladie
mentale avant qu’ils entraînent avec eux autant de
gens dans la mort.
SURVIVRE À L’HORREUR - Katia Gagnon
La fusillade a
eu d’importantes conséquences psychologiques Des
chercheurs du Centre de recherche Fernand-Seguin et du Centre
universitaire de santé McGill ont réalisé
une première mondiale en sondant le coeur d’une
population touchée par une fusillade en
Près de 40% des personnes qui ont répondu au
questionnaire des chercheurs l’an dernier ont indiqué
avoir souffert d’un trouble de santé mentale à la
suite des événements survenus le 13 septembre
2006. Des troubles parfois très graves. Près de
10% des répondants ont eu des manifestations
sévères de choc post-traumatique. Près de
7% ont eu des idées suicidaires et près de 11% ont
souffert d’une dépression majeure.
Le temps
passe, mais certaines blessures restent longtemps après
une tragédie. « Chez certaines personnes, deux
ans après, la blessure psychologique est encore
là », affirme Alain Lesage, psychiatre et
directeur adjoint du Centre de recherche Fernand-Seguin de
l’hôpital Louis-H. Lafontaine, qui a dirigé
l’étude.
Ces chiffres sont énormes, soulignent les chercheurs.
« C’est deux à trois fois plus que dans la
population en général », dit Stéphane
Guay, psychologue, directeur du Centre d’études sur le
trauma et l’un des auteurs de l’étude.
Et le plus inquiétant dans ces chiffres, c’est le nombre
de personnes qui, malgré ces troubles, n’ont pas
consulté un professionnel. Seul le tiers des personnes
ayant souffert d’un trouble de santé mentale ont
été traités. Pourquoi ? Les
préjugés relatifs aux maladies mentales, la peur
de paraître faible.
« La principale raison, c’est celle de
l’acceptabilité et non de l’accessibilité des
soins. Les gens pensent que ça va passer, qu’ils vont
s’en sortir par eux-mêmes. Mais, dans certains cas,
ça ne passe pas », explique Alain Lesage,
psychiatre et directeur adjoint du Centre de recherche
Fernand-Seguin de l’hôpital Louis-H. Lafontaine, qui a
dirigé l’étude.
Ainsi, près de 7% des répondants ont encore des
symptômes sévères de choc post-traumatique.
« Des symptômes importants, qui peuvent affecter
leur fonctionnement quotidien. Ils continuent à vivre
avec leur problème et ça paraît dans leur
trajectoire scolaire. Ils ont eu du mal à terminer leur
année. Ils ne sont pas où ils voudraient
être », souligne le Dr Lesage.
Le personnel négligé
Les chercheurs estiment que l’aide psychologique d’urgence
offerte par le CUSM tout de suite après la fusillade a
été de grande qualité et bien
déployée grâce à la collaboration
étroite entre l’hôpital et le collège.
« La façon dont les services ont été
déployés pourrait servir de modèle »,
croit Alain Lesage. L’immense majorité des
répondants qui ont reçu des services
psychologiques – 80% – en ont d’ailleurs été
satisfaits.
Cependant, observent-ils, on a négligé certaines
clientèles, comme les membres du person-
nel. « Le
personnel de soutien qui a procédé au nettoyage le
lendemain de la fusillade était aux premières
loges de la tragédie. Comme les profs qui étaient
là le 13 septembre. Ils sont à risque d’être
blessés psychologiquement. Or, on a sous-estimé
leur souffrance. On les voyait comme des aidants pour les
étudiants. On a eu des aidants blessés qui ont
continué à aider », résume Alain
Lesage.
« Chez certaines personnes, deux ans après, la
blessure psychologique est encore là. »
De plus, les chercheurs ont noté que les blessures
psychologiques émergent souvent, chez les
étudiants comme chez les enseignants, bien après
la fin des mesures d’urgence. « Une fois la vague de
soutien passée, certaines personnes se sont senties
isolées », explique Stéphane Guay.
Richard Filion, le directeur de Dawson, a constaté tout
cela. Plus de trois mois après les
événements, au retour des vacances des
Fêtes, plusieurs membres du personnel du collège
ont craqué. « Après les Fêtes, on a vu
que des choses demeurées latentes sont remontées
à la surface. On a senti beaucoup de fragilité,
d’anxiété. On a donc décidé de
prolonger nos séances de soutien jusqu’en avril »,
explique-t-il.
Les chercheurs, eux, recommandent d’instaurer, à la suite
d’un tel événement, des séances
générales d’informations à caractère
quasi obligatoire, où on informerait les gens des
symptômes des principales maladies psychiatriques, dont le
choc post-traumatique, afin que les gens «
s’autodépistent », souligne M. Guay. « On a
fait tout ce qu’on pouvait raisonnablement faire. Mais
peut-être aurions-nous dû maintenir la
présence de services psychologiques encore plus longtemps
», dit Richard Filion.
Le web, un allié inattendu
L’étude a notamment permis aux chercheurs de
découvrir un allié inattendu dans le traitement
des blessures psychologiques : l’internet. Près de 14%
des répondants, étudiants comme professeurs, ont
utilisé l’internet pour obtenir un soutien psychologique,
dans des groupes de discussion informels qui se sont
formés spontanément après la fusillade.
« Ça a accru le soutien psychologique, observe
Alain Lesage. Dawson est en train de nous apprendre quelque
chose sur un véhicule supplémentaire pour
rejoindre les gens en matière de santé mentale.
Pour encourager les gens à aller consulter. »
Si un événement semblable survenait, la mise sur
pied d’un site web, où les symptômes des
différents troubles sont établis, et où des
professionnels peuvent répondre en ligne à une
première demande d’information, revêt donc une
grande importance, croient les chercheurs. « Un tel site
web pourrait devenir l’emblème de
l’événement », affirme Stéphane Guay.
Après une séance d’information, on pourrait
inviter les gens qui se posent des questions à utiliser
un tel site pour converser en ligne avec un professionnel
plutôt que de faire la file devant un bureau à la
vue de tous, dit Alain Lesage.
La longue guérison
Le 13
septembre 2006, Katherine Mandilaras a été
atteinte d’une balle à la jambe par Kimveer Gill.
Après trois jours à l’hôpital, sa blessure
physique était en voie de guérison. Mais ses
plaies psychologiques étaient encore à vif. Il
lui aura fallu six mois avant de rentrer de nouveau dans la
cafétéria du collège Dawson, le lieu de
la fusillade.
Dans les semaines qui ont suivi l’événement,
Katherine Mandilaras a fait des cauchemars. Elle sursautait au
moindre bruit. « J’avais de la difficulté
à dormir. Quand ma jambe me faisait mal, je faisais des
cauchemars. La journée du 13 septembre repassait comme
un film dans mes rêves », raconte-t-elle.
Au retour des Fêtes, la crainte de revenir au
collège s’est amplifiée. « J’avais peur.
J’allais à mes cours et c’était tout. J’avais
peur d’aller à la cafétéria. » Au
printemps, Katherine s’est rendue pour la première fois
à la cafétéria. « Dès qu’il
y avait un bruit, je sursautais. Mais j’ai vu qu’il n’y avait
rien, qu’il ne se passait rien. »
Ses c ra i
ntes se sont alors estompées . Aujourd’hui, près
de trois ans après le drame, Katherine Mandilaras
fréquente toujours Dawson et considère que sa
vie est redevenue normale. Elle a d’ailleurs participé
à l’étude des chercheurs sur les
conséquences psychologiques de
l’événement. Pour sa part, elle n’a pas
jugé bon de consulter un thérapeute.
« Mais moi, je n’ai jamais vu Kimveer Gill. Je n’ai pas
vu son visage. Pour moi, c’est comme un souvenir
irréel, pas comme pour d’autres, qui l’ont vu, qui ont
vu ses yeux », raconte la jeune femme.
Richard Filion, le directeur du collège, a vu Kimveer
Gill déclencher son arme le 13 septembre 2006. Il revit
encore cette scène régulièrement. «
Lorsque j’arrive au collège par le boulevard de
Maisonneuve, je revois souvent la scène. Je revois la
démarche du tueur. La panique des étudiants
», raconte-t-il.
« Lors de tels événements, notre organisme
reçoit un électrochoc d’une très grande
intensité. Pour moi, il y a eu un avant et un
après la fusillade. »
Le choc post-traumatique, c’est quoi ?
Le choc
post-traumatique est un trouble anxieux qui se
développe à la suite de l’exposition à un
événement extrêmement stressant. Moins de
10% de la population développera ce trouble au cours
d’une vie.
Le trouble se manifeste notamment par des flash-back, des
cauchemars, « qui causent énormément de
détresse », souligne Stéphane Guay,
directeur du Centre d’études sur le trauma.
Le patient souffre aussi de symptômes
d’évitement. Il essaie de parler le moins possible de
l’événement qui l’a fait souffrir. Il ressent
également des symptômes physiques :
difficultés de concentration, de sommeil,
hypervigilance, sursauts exagérés.
Pou r quoi pl
u s i e u r s p e r sonnes exposées aux mêmes
événements ne développent-elles pas
toutes un stress post-traumatique ? « C’est la grande
question, répond M. Guay. À ce jour, on a
identifié certains facteurs qui peuvent être
associés au choc post-traumatique, mais pas de
prédicteurs. »
Thérapies
Les personnes souffrant de stress post-traumatique
évitent souvent de consulter « parce qu’elles ont
peur de reparler de l ’événement » ,
souligne M. Guay. Pourtant, des thérapies de type
cognitivo-comportemental sont très efficaces pour
traiter ce problème psychologique. Le thérapeute
expose graduellement la personne à un souvenir qui lui
rappelle l’événement, une image, une odeur, ou
alors un son, comme un coup de fusil, et le psychologue
évoque ainsi peu à peu le souvenir de
l’événement avec le patient.
« On les aide à défaire ces associations
pour apprivoiser les souvenirs. Le but ultime, c’est qu’ils
soient capables de nous raconter l ’événement
sans ressentir de détresse », résume M.
Guay.
UNE PREMIÈRE MONDIALE - Katia Gagnon
Nombre de fusillades en milieu scolaire sont survenues depuis
20 ans, tant au Canada qu’aux États-Unis. Pourtant, jamais
une équipe de chercheurs n’a été en mesure de
réaliser le genre de travail qui sera publié
officiellement aujourd’hui. L’oeuvre des chercheurs
québécois, qui démontre noir sur blanc les
conséquences psychologiques d’un tel
événement, est donc une première mondiale.
« Une des difficultés pour réaliser ce genre
d’études, c’est que les milieux concernés ne
voulaient pas s’ouvrir, de crainte d’être traumatisés
de nouveau », explique Alain Lesage, directeur du Centre de
recherche Fernand-Seguin et l’un des auteurs de l’étude. Le
même questionnement s’est posé à Dawson. Les
chercheurs se sont demandé si, éthiquement, leur
démarche était correcte. Mais la collaboration
étroite et fructueuse qui s’est établie, au
lendemain de la tragédie, entre la direction du
collège et le Centre universitaire de santé McGill a
permis de dépasser les craintes initiales. « On
traverse de tels événements de façon assez
chaotique. Il faut prendre du recul pour voir si les gestes
posés ont été efficaces. Il faut qu’on puisse
tirer des leçons, dit Richard Filion, directeur
général de Dawson. Ce n’est pas en enfouissant les
événements pénibles qu’ils disparaissent.
» Sur les 10 000 étudiants et membres du personnel de
Dawson qui étaient inscrits ou travaillaient au
Cégep le jour de la fusillade, 1000 ont accepté de
répondre au questionnaire des chercheurs, qui ont
également mené une cinquantaine d’entrevues.
Cependant, certains ont refusé net de se prêter
à l’exercice. « Certaines personnes ont fermé
les rideaux et ne voulaient plus rien entendre », dit M.
Lesage. Un souhait que les chercheurs ont évidemment
respecté.
DERRIÈRE
LES RUMEURS, DEUX ADOS MALADES
Les États-Unis
commémoreront demain les 10 ans de la tuerie de
l’école Columbine, au Colorado. Le massacre, le plus
important à survenir dans une école
américaine à l’époque, avait
consterné le pays et le monde. Beaucoup de choses ont
été écrites et dites
Eric Harris et Dylan Klebold n’étaient pas des «
rejets » : ils avaient plusieurs amis à
l’école.
Le 20 avril 1999, deux adolescents sont entrés dans
l’école secondaire Columbine, à Littleton, au
Colorado, armés de fusils et de bombes artisanales. Adeptes
de musique violente, vêtus de longs imperméables
noirs, les deux ados « rejets » ont
déchargé leur rage sur leurs camarades qui
s’étaient moqués d’eux. Douze élèves
et un professeur sont tombés sous leurs balles.
PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Il y aura 10 ans demain, deux adolescents semaient
l’émoi à l’école secondaire Columbine,
à Littleton, au Colorado. Armés de fusils et de
bombes artisanales, ils y ont tué 12 élèves
et un professeur.
Dix ans plus tard, c’est la version de l’histoire qui reste
gravée dans la mémoire collective. Une version
inexacte, a découvert le journaliste Dave Cullen, auteur de
Columbine (Hachette), qui a passé une partie des 10
dernières années à enquêter à
Littleton. La réalité derrière le massacre
est beaucoup plus complexe.
D’abord, la question évidente: pourquoi? « Il y
a deux questions : pourquoi Eric Harris, et pourquoi Dylan Klebold
», dit le journaliste, joint cette semaine à Miami.
Les deux garçons ont été décrits
comme des « gothiques » appartenant à la Trench
Coat Mafia (la mafia des imperméables) qui voulaient se
venger de tous les élèves populaires,
athlètes et autres jeunes cool de l’école. Faux,
selon Dave Cullen. Pas plus qu’ils n’étaient gais,
racistes, néonazis ou l’objet d’intimidation de la part de
leurs camarades. Ils ont tué arbitrairement, et n’ont pas
tant agi par vengeance que par désir de tuer, dit le
journaliste. Surtout dans le cas d’Harris.
En effet, Eric Harris, 18 ans, et Dylan Klebold, 17 ans,
n’étaient pas des « rejets » : ils avaient
plusieurs amis à Columbine, et même un certain
succès auprès des filles. Ils ont été
pincés pour de petits délits (vandalisme, vols),
mais étaient considérés comme de bons
élèves.
Harris, selon l’enquête de Cullen, était un
élève brillant et cool. Il fumait, buvait, flirtait,
était invité aux fêtes, faisait du sport,
distribuait des pointes de pizza gratuites à la pizzeria
où il travaillait.
Il excellait aussi à adopter la bonne attitude
à tout moment, notamment pour dire aux adultes ce qu’ils
voulaient entendre. Il avait un sang-froid impressionnant,
était obsédé par la domination et l’envie de
tuer, mentait et se considérait comme un être
supérieur. Il fabriquait des bombes artisanales dans sa
chambre et avait publié des menaces de mort sur son site
web. C’était un vrai psychopathe, a conclu le journaliste.
Dylan Klebold, lui aussi, était brillant, « mais
pas trop cool ». En tout cas, pas à ses propres yeux.
« Dylan ne voyait que la mauvaise partie de lui »,
raconte Dave Cullen. Dans son journal intime, il a noirci des
pages sur son manque d’amour, sa quête inaccessible du
bonheur, son désespoir de n’être compris par
personne.
Pourtant, expose Dave Cullen, Klebold a grandi au sein d’une
famille unie et aimante, avait plusieurs amis et même une
copine pour le bal de fin d’études. Il avait très
hâte d’aller étudier en informatique au
collège.
Timide, docile, les émotions à fleur de peau,
il admirait Harris. Mais surtout, il souffrait d’une
dépression et n’a pas obtenu d’aide. « Je doute
fortement que Dylan aurait pu tuer par lui-même, dit Dave
Cullen. C’était un jeune dépressif. Il aurait pu se
suicider ; il en a parlé pendant deux ans mais ne l’a
jamais fait. » Dylan Klebold, croit le journaliste, est
devenu dangereux parce qu’il a détourné la rage
qu’il avait en lui vers les autres, à cause de l’influence
d’Eric Harris.
Du contrôle des armes à la santé mentale
Dix ans plus tard, l’accès aux armes à feu a
été restreint au Colorado, et les forces
policières ont perfectionné leurs stratégies
d’intervention dans les écoles. « Nous sommes moins
naïfs, nous prenons les menaces plus au sérieux, nous
contrecarrons plusieurs complots de tuerie », dit Dave
Cullen.
Mais pour le journaliste, les Dylan Klebold d’aujourd’hui
manquent encore d’aide. « Nous n’avons pas fait de
réels efforts pour soigner les jeunes psychologiquement
malades. Pourtant, si on regarde les tueurs de Columbine et de
Virginia Tech, on a un psychopathe, un dépressif et un
jeune qui souffrait de sérieux problèmes mentaux.
»
« Je pense qu’on aurait pu prévenir la tuerie
», soutient l’auteur. Empêcher Dylan Klebold de
sombrer dans la folie meurtrière, probablement. Mais
peut-être pas retenir Eric Harris d’accomplir des tueries de
masse, à moins de l’enfermer. Les psychopathes ne se
soignent pas, dit Dave Cullen, en citant des spécialistes.
« On peut penser que si Eric avait atteint l’âge
adulte, il aurait pu commettre quelque chose d’encore pire,
conclut le journaliste. On aurait pu empêcher Columbine,
mais la question la plus difficile est : comment aurait-on pu
arrêter Eric Harris? »
Les fractures de
Columbine
Comment ces ados ont-ils pu se transformer en meurtriers?
Sans nier les zones d’ombres, Dave Cullen suit quelques pistes qui
nous éclairent tout autant qu’elles nous troublent.
Je me suis plongée dans la lecture de Columbine
à reculons. De la même façon que je n’avais
pas envie d’aller voir le film Polytechnique (que j’ai finalement
vu et apprécié en tremblant), je n’avais pas
particulièrement envie de me plonger dans ce récit
funeste du journaliste Dave Cullen qui a passé presque 10
ans à enquêter sur la tragédie de Columbine.
Y a-t-il vraiment quelque chose à tirer de ces
histoires de folie meurtrière? À quoi bon vouloir
coller un sens à l’insensé ?
En exergue de Columbine ( Twelve, 2009), cette phrase
d’Hemingway a fini par convaincre la sceptique en moi que
l’exercice en valait la peine. « The world breaks everyone
and afterward many are strong at the broken places. »
Traduction libre et moins poétique : le monde brise les
individus et après, ils sont souvent plus forts à
l’endroit de la fracture.
Ce que nous apprend Dave Cullen en revisitant ces zones de
fracture – il a mené des centaines d’entrevues et
épluché 25 000 pages de preuves policières –,
c’est que l’on avait tout faux à propos des tueurs de
Columbine, qui ont abattu 13 personnes dans leur école
secondaire avant de s’enlever la vie. Au lendemain de la
tragédie, on les a dépeints comme des ados «
gothiques », membres d’une mystérieuse Trench Coat
Mafia, homosexuels victimes d’intimidation, adeptes du nazisme,
hypnotisés par la musique nihiliste de Marilyn Manson. On a
inventé vite, vite du sens, parce qu’il était
intolérable de faire autrement.
Le mythe est resté. Ce qui n’empêche pas la
vérité d’être ailleurs. Ce que nous raconte
Dave Cullen et qui est le plus troublant dans cette histoire,
c’est que les tueurs Eric Harris et Dylan Klebold n’étaient
pas ces personnages caricaturaux assoiffés de vengeance que
l’on aurait sans doute aimé qu’ils soient. Ils
n’étaient pas victimes de la raillerie de leurs pairs ou
adeptes d’une sous-culture mystérieuse. Ils étaient
d’abord et avant tout des adolescents dits « ordinaires
», appréciés de leur entourage, ce qui, loin
d’atténuer l’horreur de la tragédie, ne fait que
l’accentuer.
Comment ces ados ont-ils pu se transformer en meurtriers ?
Comment « l’ordinaire » a-t-il pu masquer une telle
bombe à retardement? Il n’y a évidemment pas de
réponse simple à cette question. Mais Dave Cullen
suit quelques pistes qui nous éclairent tout autant
qu’elles nous troublent, sans la prétention
d’éradiquer les zones d’ombres. Il s’intéresse
à ce qui a pu se passer dans la tête des tueurs, dont
il a entre autres épluché les journaux intimes.
Eric Harris est décrit par Cullen comme un jeune homme
brillant et sociable. Le genre d’élève qui a
toujours la main levée en classe, qui a toujours la bonne
réponse. S’il était fasciné par la violence
meurtrière et les armes, il n’en laissait rien
paraître devant ses professeurs. Dans son cours de
création littéraire, il pouvait écrire des
poèmes pour dire non à la haine et oui à
l’amour universel. Il flirtait, jouait au soccer et au bowling.
Mais sa face cachée était celle d’un jeune homme
manipulateur, calculateur, incapable d’empathie, qui
réussissait froidement à leurrer tout le monde.
Des analyses psychiatriques approfondies ont fini par
indiquer qu’Eric Harris était sans doute un réel
psychopathe. Un diagnostic à rebours qui ne résout
pas le crime, comme l’explique Dave Cullen, mais qui permet d’en
établir les fondements. En commettant son crime, Harris
voulait démontrer sa supériorité et en jouir.
Dylan Klebold était bien différent de Harris. Il est
décrit comme un jeune homme brillant, lui aussi, mais bien
plus timide. Il était le cadet d’une famille unie. Il
aimait le baseball. Il était très bon en
mathématiques. Il avait des projets d’études
universitaires. Il avait une copine. Ils étaient
allés ensemble au bal de fin d’études. Ils avaient
pris des photos. Elle portait une robe de satin bleu. Il portait
un smoking.
Ce que l’on a compris trop tard, c’est que sous cette
façade d’adolescent ordinaire, Dylan Klebold était
dépressif. Il était mal dans sa peau, il avait une
piètre estime de lui-même. Il avait des idées
suicidaires. Il noyait son mal de vivre dans la vodka. Ce
n’était pas un gars d’action. Mais il s’est accroché
à Harris qui, lui, en était un et qui a
détourné son mal intérieur. D’où la
question: aurait-on pu prévenir la tragédie si on
avait détecté la dépression de Klebold ?
L’Amérique a heureusement appris des leçons de
Columbine, souligne Cullen. Elle a renforcé quelques-unes
de ses zones de fracture révélées
tragiquement le 20 avril 1999.
On a entre autres restreint l’accès aux armes à
feu dans le Colorado. On a compris que, contrairement à la
croyance populaire, les tueries dans les écoles ne se
produisent pas à la suite d’un simple accès de
folie. Dans plus de 90% des cas, le geste a été
planifié à l’avance et, dans plus de 80% des cas,
les tueurs ont révélé leurs intentions de
façon explicite, indique une étude conjointe des
Services secrets et du ministère américain de
l’Éducation scrutant à la loupe 37 tueries qui se
sont produites entre 1974 et 2000.
Depuis Columbine, on prend donc les indices plus au
sérieux. Les policiers ont aussi de meilleures
stratégies pour intervenir. Il reste que 10 ans
après la tragédie, des zones de fracture restent
entières, comme le souligne Dave Cullen dans l’entrevue
accordée à ma collègue Judith Lachapelle.
« Nous n’avons pas fait de réels efforts pour soigner
les jeunes psychologiquement malades », rappelle-t-il. Un
constat troublant qui devrait nous porter à faire le
même examen de conscience de ce côté-ci de la
frontière.
Charles Manson : Des meurtres qui ont
choqué l’Amérique - Nicolas
Bérubé
40e
anniversaire des assassinats commandés par Charles
Manson En août 1969, l’Amérique était
secouée par les assassinats commis par une bande de
jeunes dirigés par Charles Manson. Quarante ans plus
tard, ces meurtres absurdes restent gravés dans
l’imagina
LOS ANGELES— Ciello Drive est une route à deux voies
qui s’enfonce dans un canyon du nord de Los Angeles. La
circulation automobile y est légère,
pratiquement inexistante.
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PRESS
Charles Manson photographié
lors de son procès en 1969 à Los Angeles.
L’homme, aujourd’hui âgé de 74 ans, est
toujours incarcéré en Californie.
L’endroit était désert au soir du 8 août
1969, quand les disciples de Charles Manson sont
arrivés à bord d’une vieille Ford 1959.
Assise sur la banquette, Linda Kasabian, 20 ans, était
euphorique. « Je me sentais spéciale, choisie
», explique Kasabian, qui se confie pour la
première fois dans un nouveau documentaire du
réalisateur Nick Godwin.
Ce soir-là, Charles Manson avait ordonné
à quatre disciples d’aller à la résidence
de l’actrice d’Hollywood Sharon Tate, et de tuer tous ceux qui
s’y trouvaient.
À l’intérieur de la maison, Tate, mariée
au réalisateur Roman Polanski, était en train
d’entretenir ses hôtes. La tuerie a été
longue et brutale, se souvient Kasabian.
« J’ai vu une femme habillée avec une robe
blanche, et qui avait du sang partout sur elle. Elle criait et
appelait sa mère. J’ai vu Katie la poignarder. J’ai
couru en bas de la côte, je suis entrée dans la
voiture et j’ai attendu. »
Les crimes ont choqué l’Amérique et donné
lieu à une chasse à l’homme jamais vue à
l’époque. Le témoignage de Mme Kasabian durant
le procès de la « famille Manson » a permis
au procureur, Vincent Bugliosi, d’envoyer les meurtriers en
prison. Aucun chef d’accusation n’a été retenu
contre elle.
Dans Manson, un film documentaire qui sera diffusé ce
week-end (dimanche, 9 août, à 21h sur la
chaîne History), le réalisateur anglais Nick
Godwin s ’ ent r et i ent avec Kasabian, qui fuit les
médias depuis des décennies.
« Tous les membres de la famille Manson sont soit morts,
soit en prison, explique M. Godwin en entrevue avec La Presse.
La seule personne qui pouvait parler était Linda
Kasabian, et elle est disparue de la circulation depuis les
années 70. »
M. Godwin a
embauché un détective privé. Après
plusieurs mois de recherches, l’équipe l’a finalement
localisée. Mme Kasabian, aujourd’hui âgée
de 60 ans, vit avec sa famille sous un nom d’emprunt dans un
parc de maisons mobiles, quelque part en Californie.
« Au départ, elle ne voulait pas nous parler,
dit-il. Il a fallu gagner sa confiance. Cela a pris environ
six mois. »
Leréalisateurditavoir étésurpris par la
vulnérabilité de Kasabian au moment des crimes.
« Elle avait 20 ans. Elle ne connaissait pas grandchose
de la vie. »
Comment Manson a-t-il pu séduire des jeunes comme elle
et les pousser à commettre des crimes insensés?
« La réponse est en partie liée à
l’air du temps. C’était à l’été
1969, en Californie. Les communes étaient à la
mode. Les idées marginales fleurissaient. La drogue
était disponible partout... »
Et Manson, quoique peu éduqué, avait une
personnalité forte, qui commandait l’attention autour
de lui, note-t-il.
« De nos jours, ce ne serait pas un mélange
très attrayant. À l’époque,
c’était nouveau, c’était excitant. »
Manson, 74 ans, est toujours incarcéré au
pénitencier de Corcoran, en Californie.
Le procureur Bugliosi a affirmé récemment que
c’est l’absurdité des crimes qui a marqué
l’imaginaire collectif.
« Si ces crimes avaient fait partie d’un roman de
fiction, personne n’aurait lu le livre. Ça aurait paru
trop invraisemblable. »
Double meurtre de 1979 : La Rage -
Michèle Ouimet
LE 3 JUILLET 1979, GILLES PIMPARÉ ET NORMAND
GUÉRIN
TUENT CHANTAL DUPONT, 15 ANS, ET MAURICE MARCIL,
14 ANS, EN LES JETANT EN BAS DU PONT JACQUES-
CARTIER. CE DOUBLE ASSASSINAT BOULEVERSE LE
QUÉBEC. TRENTE ANS PLUS TARD, UN DES MEURTRIERS,
GILLES PIM
Trois juillet
1979. Le soir. Gilles Pimparé etNormandGuérin
violent ChantalDupont, 15ans. Àquelques mètres
de là, son ami, Maurice Marcil, 14 ans, est assis sur
une poutre du pont Jacques-Cartier, les pieds pendants
au-dessus du fleuve. Il est terrorisé.
Le
meurtrier Gilles Pimparé
Gilles Pimparé et Normand Guérin ont
emmené leurs victimes sur la passerelle qui court sous
le pont Jacques-Cartier. Maurice sait qu’il va mourir. Il
supplie Guérin et Pimparé de le tuer avant de le
jeter en bas du pont. Pimparé serre une corde autour du
cou de Maurice. Chantal pleure. Maurice perd connaissance. Il
tombe, une chute vertigineuse de 163 pieds. Lorsque son corps
touche les eaux noires du fleuve, il est vivant.
Quelques instants plus tard, c’est au tour de Chantal. Son
corps heurte l’eau avec une violence inouïe. Elle aussi
est vivante au moment de l’impact. Cause de la mort: noyade.
Ce double meurtre a bouleversé le Québec.
Pimparé et Guérin ne connaissaient pas les
victimes. Ils voulaient leur dérober de l’argent.
Maurice avait 2$ sur lui ; Chantal, rien .
Quelques jours plus tard, la police arrête les deux
meurtriers. Ils ont 25 ans. Normand Guérin passe aux
aveux, des aveux crus qui dorment dans une vieille boîte
de carton, dans les archives du palais de justice de
Montréal.
« La fille (Chantal) était toute nue à
l’exception de ses petites culottes et elle cachait ses seins
avec ses mains, a raconté Normand Guérin
à un policier de la Sûreté du
Québec. Là, Gilles Pimparé m’a dit: c’est
à ton tour. (…) Là, j’ai fourré la fille
et après je lui ai dit de se rhabiller. Là
Gilles a dit au gars (Maurice) de s’asseoir sur le pilier
toujours en dessous du pont, au-dessus de l’eau et il a dit au
gars : "Fais ta prière parce que tu vas mourir."
Là le gars a dit: "Si tu veux me tuer, jette-moi pas
tout de suite en bas du pont. Étouffe-moi avant."
« Là Gilles a sorti
u ne corde et il l’a passée autour du cou du gars et il
a serré. Le gars se débattait pas mal. Là
Gilles serrait plus fort mais il avait de la misère.
Là le gars a perdu connaissance et Gilles l’a
poussé en bas. (…)
« Le gars a touché l’eau et la fille m’a dit : "
Tu m’avais promis de ne pas nous tuer. » J’ai dit : " Tu
viens de voir quelqu’un mourir, je ne peux pas te laisser
aller." (...) Là je l’ai pognée par en
arrière, elle se débattait, je l’ai pris par le
cou pour l’étouffer, j’ai tombé à terre
avec la fille. Là j’ai continué à
l’étouffer. J’étais pas capable, elle se
débattait trop et j’ai dit à Gilles : "Chu pas
capable." (…) Gilles m’a dit: "Bouches-y le nez et la bouche."
Je lui ai bouchés. Là Gilles a continué
à l’étrangler et elle a tombé sans
connaissance. J’ai pris la fille dans mes bras et je l’ai
jetée. »
Gilles Pimparé se souvient avec une netteté
stupéfiante du 3 juillet 1979. Chaque minute est
gravée dans sa mémoire. Le film des
événements tragiques tourne dans sa tête
depuis 30 ans.
Je l’ai rencontré en avril, à la prison de La
Macaza. Il faisait froid, un fin crachin brouillait le
paysage. La prison se trouve au bout d’une route, dans les
Laurentides, au nord de Labelle. Quelques blocs
échoués dans un champ, entourés de
clôtures et de barbelés.
Gilles Pimparé a vieilli. Sur les photos d’archives,
ses cheveux noirs sont attachés en queue de cheval.
Aujourd’hui, son front est dégarni, ses cheveux ont
grisonné, ses épaules se sont
voûtées. Petit, sec, nerveux. Une boucle
d’oreille, un tatouage sur l’avant-bras, une montre. Jean
délavé, t-shirt blanc. Il parle sans
arrêt, comme s’il vomissait ses 30 ans de prison.
Lorsqu’il raconte les meurtres et le viol, il pleure. Les
larmes restent accrochées dans les rides de son visage
fané.
I l se souvient de tout, de Chantal qui pleurait et qui le
suppliait : "Fais-moi pas mal !", de la corde qu’il tenait
autour du cou de Maurice, de Maurice, juché sur une
poutre, les pieds dans le vide au-dessus du fleuve, du
désarroi de Maurice qui voulait mourir avant
d’être jeté dans le fleuve, de sa chute
interminable avant que son corps touche l’eau, de son
complice, Normand, qui n’arrivait pas à étouffer
Chantal, de la panique qui les a submergés tout de
suite après les meurtres.
« Normand pis moi, on était paniqués. Il y
avait du sang sur mon manteau », raconte Gilles
Pimparé.
Mais ils se sont vite calmés. Il n’y avait pas de
témoins, Chantal et Maurice étaient morts.
« Après les meurtres, on est partis à La
Ronde, pis on a mangé une pointe de pizza », dit
Gilles Pimparé.
Il se souvient, avec une netteté tout aussi
stupéfiante, des coups de poing que son père lui
donnait quand il était petit, des nuits où son
père se faufilait dans sa chambre pour l’agresser, du
silence de sa mère, de sa propre violence qui le
rongeait.
À 14 ans, Gilles Pimparé était une boule
de rage. « J’étais réellement violent
», avoue-t-il. Sa rage a explosé le 3 juillet
1979. Ce soir-là, Chantal Dupont, 15 ans, et Maurice
Marcil, 14 ans, ont croisé sa route. Gilles
Pimparé a grandi dans le Faubourg à M’lasse,
coin Frontenac et Ontario. Une enfance pauvre. Battu par son
père, battu par sa mère. Une famille de six
enfants, trois gars, trois filles. Gilles est
l’aîné des garçons. Son père
était poseur de plancher. Un colérique.
« J’étais pas gros, dit Gilles Pimparé. Un
grand maigre. »
Un grand maigre qui carbure à la violence. « Mon
père abusait de moi , raconte-t-il. Je me vengeais sur
mes frères et soeurs. »
À 12 ans, il brûle le bras de sa soeur Johanne
avec une spatule
et il « garroche » un couteau à sa soeur
Lise. « Elle voulait pas que je sorte. »
« Mes soeurs avaient peur de moi. J’étais le
mouton noir de la famille. Ma mère avait peur de mon
père. Quand il partait, elle me frappait avec un
bâton de hockey ou un manche à balai. Je passais
mon temps à pleurer. J’en ai mangé, des
volées. »
Il se
souvient parfaitement du jour où son père l’a
battu pour la dernière fois. Il avait 14 ans et il
fumait une cigarette au métro Frontenac. « Mon
père m’a vu. Il m’a sacré une claque, j’ai
saigné du nez et de la bouche. »
Il déteste l’école, où il accumule les
échecs. À 14 ans, quand il apprend qu’il double
son année, il pète les plombs. « Quand la
maîtresse m’a donné mon bulletin, je lui ai
donné un coup de poing. »
Le jour où le directeur le convoque à son bureau
pour le battre avec une courroie, Gilles Pimparé
réplique. « Il m’a donné un coup, un seul.
J’ai attrapé la strap, pis je l’ai frappé avec.
»
Il se retrouve à Saint-Vallier, une école pour
les durs. Il passe trois jours seul dans une cellule. «
J’ai démanché mon lit et j’ai brisé la
fenêtre avec. J’arrêtais pas de pleurer. »
Il sort de Saint-Vallier gonflé à bloc.
Enragé. Il multiplie les actes de délinquance.
C’est à cette époque qu’il rencontre Normand
Guérin. Ensemble, ils volent des autos et attaquent des
dépanneurs. En 1975, il fait de la prison: vol
qualifié avec port d’arme. Il se retrouve à La
Macaza, d’où il s’évade. Il prend de la drogue,
de l’alcool. « J’étais complètement parti.
Je prenais mon gun et je faisais les dépanneurs.
»
En o c t obre 19 78 , il est condamné à 20 mois
de prison. Cinq mois plus tard, en mars 1979, il est
libéré. Son agent de libération
conditionnelle « croit naïvement en lui ». Il
part vivre chez ses parents et vend des encyclopédies.
Il retrouve son vieil ami, Normand Guérin, qu’il avait
perdu de vue.
En juin, quelques semaines avant le double meurtre, les deux
hommes se promènent à La Ronde et sur le pont
Jacques-Cartier à la recherche de victimes. Ils volent
neuf personnes âgées de 16 à 65 ans et
violent deux femmes. Une escalade de violence qui culmine avec
la mort de Chantal Dupont et Maurice Marcil, le 3 juillet.
« C’est un accident, plaide Gilles Pimparé.
Personne devait mourir ce soir-là. » Quand Gilles
Pimparé comprend qu’il est accusé de meurtre, il
essaie de se suicider. Deux fois.
Les premières années en prison sont
éprouvantes.
« Au début, j e me sentais menacé. Les
autres disaient : "Cet ostie de chien-là, il restera
pas icitte !" Ils me traitaient d’ostie de crapule et d’ostie
de pédo. Il y en a même un qui est entré
dans ma cellule pour me crisser une volée. Pas facile.
J’ai aussi des relations sexuelles sur le bras. – Sur le bras?
– Je suis obligé de sucer des gars. »
Depuis 30 ans, Gilles Pimparé dort à peine trois
heures par nuit. Il reste éveillé jusqu’aux
premières lueurs de l’aube, puis il plonge dans un
sommeil agité.
« Si je dors plus de trois heures, je fais des
cauchemars », dit-il.
Il revit les meurtres et les agressions sexuelles. Les
meurtres et les agressions. Toujours. Sans fin.
A-t-il des remords ? « C’est sûr que j’en ai.
Quand j’étais jeune, je savais pas comment approcher
les femmes. On me traitait de criss de cave, d’ostie de
niaiseux. Je passais pour un deux de pique. Pour moi, les
femmes, c’était des osties de chiennes. »
Il veut sortir de prison. Il est convaincu qu’il finira par
être libéré. Il a 55 ans. Il en a
passé 36 en prison. En 1979, il a été
condamné à la prison à vie sans
possibilité de libération conditionnelle avant
25 ans. Depuis 2001, il a fait trois demandes de
libération; les trois ont été
rejetées.
Dans sa première décision, rendue en 2001, la
Commission des libérations conditionnelles constate que
l’ordinateur utilisé par Pimparé en prison
contient 1500 photos pornographiques, dont celle « d’une
jeune fille dénudée ayant à
l’arrière-plan le pont Jacques-Cartier ».
Les psychiatres rappel lent sa « criminalité
violente » , sa « sexualité
débridée », ses « délits
sexuels », ses « antécédents
criminels qui remontent à 1973 et qui n’ont
cessé de s’aggraver avec les années dans la
violence ».
« Vous avez tendance à vous montrer
catégorique, excessif, contradicteur, enmarge et
désireux d’échapper aux normes imposées,
ajoutent les psychiatres. Vous avez un conflit avec
l’autorité. »
Même diagnostic en 2005 et en 2008. En 2007, un rapport
psychologique précise que Gilles Pimparé a
« un risque élevé de récidive
violente et sexuelle ».
Gilles Pimparé rejette ces conclusions et plaide sa
cause. « Je n’ai plus de violence en moi. Je suis encore
un petit cul dans mon coeur, un enfant. »


Un enfant, jure-t-il, qui n’a plus de rage.
LE DEUIL - MICHÈLE OUMET
LE 3 JUILLET 1979,
GILLES PIMPARÉ
ET NORMAND GUÉRIN TUENT CHAN-
TAL DUPONT, 15 ANS, ET MAURICE
MARCIL, 14 ANS, EN LES JETANT EN
BAS DU PONT JACQUES-CARTIER. CE
DOUBLE ASSASSINAT BOULEVERSE LE
QUÉBEC. TRENTE ANS PLUS TARD, LES
PARENTS ET LE FRÈRE D
Lorsque
Maurice Marcil a quitté la maison pour aller voir le
spectacle de Gérard Lenormand à La Ronde, sa
mère a passé sa main dans ses cheveux. Elle ne
sedoutaitpasqu’elle ne le reverrait plus jamais.
Maurice, 14 ans, est mort le soir du 3 juillet 1979.
Jeté en bas du pont Jacques-Cartier. Il était
avec une amie qu’il voyait pour la première fois,
Chantal Dupont, 15 ans. C’est le frère de Maurice,
Yvan, qui avait obtenu les billets. Il les avait
refilés à Maurice.
« C’est moi qui les avais présentés l’un
à l’autre et c’est moi qui leur avais donné les
billets, raconte Yvan. J’avais tout ce qu’il fallait pour
culpabiliser. »
Maurice et Chantal sont partis avant la fin du spectacle.
Seuls. Ils ont décidé de marcher pour retourner
chez eux, à Longueuil. Ils ont emprunté le pont
JacquesCartier. C’est là, au milieu du pont, qu’ils ont
croisé Gilles Pimparé et Normand Guérin.
Pimparé avait un fusil, Guérin, un couteau.
Les deux hommes ont violé Chantal. Maurice, assis sur
une poutre du pont, les pieds dans le vide, entendait Chantal
pleurer. Elle était vierge. Pimparé avait
glissé une corde autour du cou de Maurice. Il a
supplié Pimparé de l’étrangler avant de
le jeter en bas du pont. Une chute vertigineuse de 163 pieds.
Maurice est mort le premier, Chantal a suivi de près.
Diagnostic du coroner : mort par noyade. Ils étaient
vivants lorsque leurs corps ont percuté les eaux
sombres du fleuve.
« Ma mère s’est tout de suite doutée qu’il
s’était passé quelque chose de grave, se
rappelle Yvan Marcil. Elle savait que ce n’était pas
une fugue. On imaginait le pire. On a vécu une
période très douloureuse, on ne savait pas si
Maurice était vivant. »
Yvan Marcil a 48 ans. À l’époque, il en avait
18. Il vivait avec son père. Ses parents avaient
divorcé deux ans plus tôt, la famille
était dispersée.
Le 4 juillet, la mère de Maurice, Madeleine, est aux
abois. Son fils n’est pas rentré coucher. Elle est
prête à remuer ciel et terre pour retrouver
Maurice. Elle engueule les policiers qui lui disent que son
fils a peut-être fait une fugue.
« Je le savais qu’il n’avait pas fugué, je
connaissais mon fils, dit-elle. C’était le début
des vacances et il avait plein de projets. Il m’avait
même demandé de lui enregistrer une partie
d’échecs à la télé. Maurice
était un petit gars tranquille, bon aux échecs,
bon à l’école. Il aimait l’astronomie, la
géographie... »
Pendant une semaine, le temps s’est arrêté. Une
semaine d’enfer qui s’est étirée du 3 au 10
juillet, date où les corps de Maurice et Chantal ont
été repêchés dans le fleuve. Une
semaine où tous les espoirs étaient permis.
« Il n’y avait plus de minutes, plus d’heures, le temps
était suspendu, raconte Madeleine. Je vivais dans une
autre dimension. »
Rien ne l’arrête. « On avait mis un morceau de
tissu qui appartenait à Maurice autour d’un pendule
pour savoir où il était. Le pendule pointait
vers le fleuve. On a embauché un voyant, j’ai
distribué des photos de Maurice à La Ronde, j’ai
contacté des députés, je me suis
même rendue au bureau du premier ministre René
Lévesque. »
« On passait pour des folles, des emmerdeuses »,
ajoute son amie Carmen.
« J’étais prête à tout, même
à aller en France, poursuit Madeleine. On m’avait dit
qu’il y avait une voyante reconnue mondialement. »
« Elle voulait se battre contre tout le monde, affirme
le père de Maurice, Grégoire Marcil. Elle
engueulait les policiers : ‘ Vous ne faites rien! ’.
L’enquêteur était tanné de l’entendre. Il
aurait fallu mettre l’armée au grand complet
là-dessus ! C’était une réaction de
mère. Quand ils ont retrouvé le corps de
Maurice, elle était siphonnée. »
« Maurice est mort le 3 juillet, à l’âge de
14 ans, 7 mois et 22 jours, précise Madeleine. Il est
mort seul face à ses deux assassins. Quelles ont
été ses dernières pensées ? Je
l’ignore. Ça me torture. »
« C’est les journaux qui nous informaient, explique
Yvan, le frère de Maurice. Tout le monde en parlait,
c’était un meurtre crapuleux, un gros
événement qui avait fait le tour du
Québec. »
L’histoire
faisait la une: « Les monst res du pont Jacques -
Cartier » ; « Ils seraient tombés vivants
dans le fleuve » ; « Un récit horrifiant
». Les détails morbides étaient
étalés dans les journaux. Les Marcil les
encaissaient, à froid, comme une gifle en plein visage.
Après le procès, Madeleine s’est
réfugiée dans le silence. Un long silence
qu’elle a brisé pour la première fois en avril
lorsqu’elle a accepté de me rencontrer.
Elle est menue, frêle, à fleur de peau. Assise
droite sur une chaise dans le salon de son amie Carmen, elle
retient ses larmes. Elle ne veut pas pleurer ni s’effondrer.
« Le nombre d’années n’efface en rien le
traumatisme », laisse-t-elle tomber dans un souffle.
C’est le père, Grégoire Marcil, qui a
identifié le corps de son fils. « Ils ouvrent un
tiroir, ils lèvent le drap, puis tu regardes, dit-il.
Ça donne un choc. Un noyé depuis une semaine,
c’est tout gonflé. »
Grégoire vit dans la maison où Maurice a grandi,
un bungalow sans prétention dans une rue tranquille de
Longueuil avec un magnifique jardin. « Je le savais que
mon gars était mort, raconte Grégoire. Je me
suis assis dans le jardin, j’ai senti l’odeur des lys et je me
suis dit : ‘ Il est mort’. »
« Au début, j’étais en criss, je voulais
fighter. Il y avait beaucoup de monde responsable de la mort
de Maurice: le fédéral qui n’avait pas
bloqué l’accès à la passerelle sous le
pont, la Ville, incapable d’assurer un minimum de
sécurité à La Ronde, les
libérations conditionnelles qui avaient laissé
Pimparé en liberté. Un de mes amis m’a dit : ‘
Embarque-toi pas là-dedans, tu vas y laisser ta peau,
ta santé et ton argent et tu ne retrouveras pas ton
fils’. Les procès au civil, c’est trop gros, trop
difficile. Je me suis dit: ‘Je démissionne, je tourne
la page’. »
Il arrête de parler et laisse flotter son regard sur la
cour. Il me montre un arbre qu’il a planté en 1977,
deux ans avant la mort de Maurice. « J’avais 44 ans,
c’est mon repère. »
Aujourd’hui, Grégoire Marcil a 76 ans. Il a vieilli,
ses cheveux ont blanchi, ses épaules se sont
voûtées. Il a chassé Maurice de sa
tête.
Il se lève péniblement et traverse le couloir
d’un pas hésitant. Dans la pièce du fond, il
fouille dans une vieille boîte à chaussures
remplie de photos de Maurice. Des photos en noir et blanc.
Derrière un meuble, se cache une immense photo de
Maurice. Grégoire pousse le meuble, extirpe la photo,
enlève le plastique jauni qui la protège.
Maurice apparaît, en gros plan, chemise à
carreaux, cheveux bouclés, yeux immenses, sourire
angélique. Il avait 4 ou 5 ans lorsque la photo a
été prise.
Grégoire Marcil regarde la photo, l’oeil sec.
« Je fais un effort pour penser à Maurice parce
que je ne pense jamais à ça. J’ai appris
à dire: ‘ Il faut oublier’. Je fais du jardinage, mes
plantes poussent, elles meurent à l’automne, il y en a
d’autres qui poussent au printemps. Tu prends les beaux
côtés de l’affaire et tu oublies les mauvais.
L’hiver, tu oublies que l’été existe, puis
l’été, tu oublies que l’hiver existe. »
Depuis 30 ans, il essaie d’oublier la mort de son fils.
Madeleine, elle, n’a pas oublié. Elle n’a pas
tourné la page et elle n’a rien pardonné.
Au contraire. Elle veille au grain. Pas question que les
assassins de son fils sortent de prison. Ils ont
été condamnés à
perpétuité, admissibles à une
libération conditionnelle après 25 ans.
Elle a tenu à témoigner devant la Commission des
libérations conditionnelles lorsque Gilles
Pimparé a demandé une semi-liberté. Elle
a enregistré son témoignage et envoyé la
cassette aux commissaires. « Je ne voulais pas voir
l’assassin de Maurice. Je suis désolée, mais
ça me donne la nausée. »
Elle a lu une lettre où elle parle à Maurice.
C’était en 2008. « Tu aurais eu 44 ans cette
année. Je n’arrive pas à t’imaginer à cet
âge... »
Trente ans plus tard, la douleur est toujours aussi vive.
« Maurice est mort sans aide, sans secours, sans
personne pour lui tenir la main, dit-elle avec un frisson.
Seul dans l’horreur face à des individus sans
humanité. Quand je vois une manifestation de
solidarité, j’éclate en sanglots. Avant, je ne
comprenais pas pourquoi. Je me disais que je n’étais
pas normale. J’ai compris quand j’ai écrit ma lettre
aux commissaires, j’ai compris que Maurice n’avait eu personne
près de lui quand il est mort. Il n’a eu droit à
aucune solidarité humaine. Il est mort en dehors de
toute humanité. »
Même si elle a compris, elle éclate encore en
sanglots quand elle voit un geste de solidarité. Parce
que Maurice, lui…

Le 3 juillet 1979, la vie de
LE PARDON - MICHÈLE OUIMET
LE 3 JUILLET
1979, GILLES PIMPARÉ ET NORMAND GUÉRIN ONT
TUÉ CHANTAL DUPONT,
CONTROVERSE.
15 ANS, ET MAURICE MARCIL, 14 ANS, EN LES JETANT EN BAS DU
PONT JACQUES-CARTIER.
CE DOUBLE ASSASSINAT A BOULEVERSÉ LE QUÉBEC. LES
PARENTS DE CHANTAL DUPONT
ET LE
Yvan Marcil a pardonné aux meurtriers de son
frère, NormandGuérin et Gilles Pimparé,
mais il a pris des années avant d’y arriver.
PHOTODENIS COURVILLE,
ARCHIVES LA PRESSE
« J’ai réussi à pardonner, mais le
processus a été très long, dit-il. Au
début, c’est le déni, tu ne veux pas
reconnaître la tragédie. Mais tu ne peux pas
pardonner sans d’abord voir le mal qui a été
fait. Et ça, ça prend des années. »
Le soir du 3 juillet 1979, Maurice Marcil, 14 ans, revenait de
La Ronde, à pied, avec une amie, Chantal Dupont, 15
ans. En traversant le pont JacquesCartier, ils ont
croisé Normand Guérin et Gilles Pimparé.
Chantal et Maurice ont été jetés vivants
en bas du pont Jacques-Cartier.
Des meurtres gratuits, crapuleux. Un long frisson d’horreur a
secoué le Québec, bouleversé par le
destin tragique des deux adolescents.
Même si 30 ans se sont écoulés depuis le
drame, Yvan Marcil reste marqué au fer rouge. Je l’ai
rencontré dans un presbytère, rue Rachel, au
coeur du Plateau-Mont-Royal. Son presbytère. Yvan
Marcil est prêtre. Il avait 18 ans quand Maurice est
mort. Aujourd’hui, il en a 48.
Yvan Marcil est bâti d’une seule pièce : grand,
épaules musclées, mains larges comme des
palettes. Des petites lunettes cerclées d’argent
chevauchent son nez fin. Une barbe mange son visage. Il est
calme, réfléchi.
« Je peux pardonner, mais je ne pourrai jamais oublier
ce qui s’est passé, tient-il à préciser.
Le pardon, ce n’est pas l’acceptation du mal. Ce qui est
arrivé à mon frère sur le pont
Jacques-Cartier est horrible. Je suis encore scandalisé
et j’espère que je serai indigné toute ma vie.
Sa vie a été détruite, c’est grave. Ce
meurtre a atteint ma famille et a bouleversé ma vie
à tout jamais. »
« Je me suis demandé ce que je faisais avec ce
mal. Est-ce que je voulais vivre toute ma vie dans le
ressentiment et l’amertume? Me replier, m’enfermer dans cette
prison intérieure? J’ai décidé de me
libérer de ce poids en pardonnant. Jeannine Dupont,
elle, a rapidement atteint le pardon. C’est quelqu’un de
très spirituel. »
Jeannine Dupont, la mère de Chantal ; Chantal qui a
été violée avant d’être
jetée en bas du pont. Les Dupont ont rapidement
pardonné aux meurtriers, un geste qui a provoqué
une énorme controverse et soulevé une
hostilité à peine voilée.
Yvan Marcil connaissait les Dupont avant les meurtres. Il les
avait rencontrés deux ans plus tôt. « Louis
et Jeannine Dupont cheminaient dans la religion catholique. On
suivait ensemble des sessions de formation à la vie
spirituelle. J’ai vécu le processus du pardon avec les
Dupont. Ils ont témoigné dans des groupes de
prière. Puis il y a eu le film de Boivin*. »
Un film crève-coeur, réalisé 13 ans
après les meurtres, qui a provoqué un
débat monstre sur le pardon. En acceptant de participer
au film de Denis Boivin, les Dupont franchissaient un pas de
plus dans leur démarche spirituelle. Leur pardon
devenait public.
En 1992, le cinéaste Denis Boivin tourne son film sur
le double meurtre du pont Jacques-Cartier. Il retrouve les
parents de Chantal Dupont, le père du jeune Maurice
Marcil et le meurtrier, Normand Guérin.
Le film commence avec le récit des meurtres. Un
récit brutal, insoutenable, calqué sur les aveux
de Normand Guérin et lu par le journaliste Claude
Poirier.
En apprenant la mort de sa fille, Louis Dupont s’effondre.
« J’ai pleuré beaucoup, confie-t-il à la
caméra. J’ai voulu arrêter, mais j’étais
pas capable. »
Puis il a pardonné. Tout de suite. « Pardonner,
c’est offrir notre fille au Seigneur. (…) Au procès, on
disait bonjour à Normand Guérin avec un signe de
la tête et un petit sourire. Il a compris que le pardon
était fait. »
« Ils ont commencé à m’écrire,
raconte Normand Guérin. Ils me pardonnaient. Pour moi ,
c ’était insensé. »
La mère de Normand Guérin a été
stupéfiée par le pardon des Dupont. Elle les a
croisés au procès de son fils. « La
première fois que j’ai entendu parler du pardon,
dit-elle, c’est quand M. Dupont est venu me voir en cour. Il
m’a dit qu’il pardonnait. Ça m’a ben surpris, j’ai pas
été capable de dire merci. Ça m’a
aidée à surmonter tout ça ben gros.
Ça prend du caractère. Ça doit être
la religion qui les aide beaucoup, ils sont très
religieux. »
Le père de Maurice, lui, a rejeté le pardon. Un
rejet viscéral. « Pardonner ! La première
fois que j’ai entendu ça, ça m’a choqué.
Un pardon, c’est une manipulation de l’intérieur. Faut
que tu embarques dans un bag religieux. »
Les Dupont et Normand Guérin se sont rencontrés
en 1992, en prison, sous l’oeil de la caméra de Boivin.
C’est la scène finale du film.
M. Dupont
s’approche, Normand Guérin hésite. Il prend
Guérin dans ses bras. Mme Dupont avance timidement. Les
trois s’étreignent en pleurant, le père, la
mère et le meurtrier qui a violé et tué
Chantal en la jetant en bas du pont.
« C’est le plus beau moment de ma vie », dit le
père entre deux sanglots.
Les Dupont ont visité Normand Guérin en prison
une ou deux fois par an. Le 27 avril, Mme Dupont est morte,
terrassée par la sclérose latérale
amyotrophique. Elle n’a jamais regretté son geste.
« Après la diffusion du film, j’ai
été inondé d’appels, raconte Denis
Boivin. Ça venait de partout : la Floride, la
Suède, le Rwanda… »
Curiosité, fascination, volonté d’en savoir
davantage. Le film a étonné, choqué. Il
n’a laissé personne indifférent.
Gilles Pimparé a refusé de participer au film de
Denis Boivin. « Quand j’ai su que les Dupont
pardonnaient, je me suis dit : "Quessé ça? Sont
fuckés ben raide!" »
Depuis 1979, les Dupont ont visité Gilles
Pimparé trois ou quatre fois en prison.
« J’ai jamais été à l’aise avec
ça, affirme Gilles Pimparé, que j ’ai
interviewé à la prison de La Macaza en avril.
Ils parlaient de Dieu, du Seigneur. C’est des charismatiques.
Ils me disaient, en parlant de leur fille: "Le Seigneur est
venu la chercher, c’était son heure". »
Gilles Pimparé et Normand Guérin ont
passé des années dans le même
pénitencier. Ils se parlaient des Dupont.
Pimparé était sceptique, Guérin,
emballé. « Normand me disait que les Dupont
voulaient l’adopter quand il sortirait de prison. Ils
voulaient vivre ensemble. Je lui ai dit: " T’es fucké
ben raide dans la tête! C’est complètement
débile !" »
« J’avais confié à M. Dupont que mon
père m’avait agressé quand j’étais jeune,
poursuit Pimparé. Il m’a demandé si je lui avais
pardonné. Je lui ai répondu non. Il m’a dit:
"Dis-toi que je suis ton père, pis je te demande pardon
pour ce que je t’ai fait". Il pleurait. J’ai trouvé
ça ben spécial. »
En 2007, Gilles Pimparé a envoyé une lettre aux
Dupont leur demandant de ne plus le contacter. « Je
trouvais ça malsain. »
Il a aussi coupé les ponts avec Normand Guérin.
« Normand voulait me parler des Dupont. Je lui ai dit :
"Décâlisse, je veux rien savoir ! Je sais pas
c’est quoi ton trip!" »
Les Dupont ont refusé de m’accorder une entrevue.
Normand Guérin aussi. Il m’a écrit une lettre.
« Ce n’est pas une bonne chose que de remuer le
passé ou tout simplement de faire parler de moi
après toutes ces années. En ce moment, le monde
ne sait rien de moi et je pense que c’est correct comme
ça. »
« Les Dupont ont fait un acte d’amour qui vient de leur
foi, un acte surhumain, croit Yvan Marcil. Ils voulaient
permettre à Normand Guérin de cheminer et de
sortir de sa prison intérieure. C’est exceptionnel.
Même pour moi, le geste des Dupont reste à la
limite du supportable. C’est tellement fort. L’assasin de son
enfant… On n’est plus dans les liens naturels. C’est un acte
de foi qui va au-delà du mal. »
Yvan Marcil parle beaucoup, avec de grands gestes de la main.
Le crépuscule envahit doucement le presbytère.
La noirceur enveloppe la rue Henri-Julien et le bruit des
voitures est assourdi par les lourds rideaux qui couvrent les
fenêtres.
Yvan Marcil pense souvent à son petit frère.
« Je garde un lien avec lui par la prière. C’est
la consolation de la foi. »
Sa foi l’aide à supporter le deuil. « C’est
beaucoup plus difficile de croire en l’humain que de croire en
Dieu », laisse-t-il tomber avec un soupir.
Secoué par un léger frisson, il enfile un
chandail, puis reprend le fil de ses idées : la mort,
le mal, la douleur, la foi, le pardon.
Il parlerait de son frère pendant des heures. C’est sa
façon à lui de faire le deuil. * Le film de
Denis Boivin, Le pardon, est disponible sur le site
www.netima.ca.
L’innocence perdue -
MICHÈLE OUIMET
Mes
articles sur le double meurtre du pont Jacques-Cartier ont
réveillé de douloureux souvenirs. Plusieurs
lecteurs m’ont écrit pour me dire à quel
point la mort de Chantal Dupont, 15 ans, et de Maurice
Marcil, 14 ans, les avait bouleversés.
Le soir du 3 juillet 1979, Normand Guérin et Gilles
Pimparé ont croisé les deux adolescents sur
le pont. Guérin avait un couteau; Pimparé,
un fusil. Ils ont amené les jeunes sur la
passerelle qui court sous le tablier du pont. Maurice
était assis sur une poutre, les pieds pendants
au-dessus du fleuve, terrorisé. Pimparé l’a
jeté en bas du pont. Chantal a suivi peu
après. Son corps a violemment heurté les
eaux du fleuve. Elle était vivante au moment de
l’impact. Comme Maurice.
Ce double meurtre a frappé le Québec.
Plusieurs s’en souviennent. Voici ce qu’ils m’ont
écrit.
« En 1979, j’étais un jeune agent des
services correctionnels à Parthenais.
J’étais affecté au secteur de la protection.
J’ai bien connu Pimparé et Guérin pendant
leur incarcération avant leur procès.
Je me souviens comme si c’était hier de leurs
vantardises concernant le double meurtre. En 30 ans de
carrière, j’en ai côtoyé, des
personnages célèbres, de Mario Bastien
à Valéry Fabrikant, mais je dois vous dire
que les deux pires crapules demeurent Pimparé et
Guérin. »
« Cette histoire me rappelle la mort de mon
frère, en avril 2006, dans l’Ouest canadien. I l a
croisé deux hommes de 18 ans qui l’ont battu
à mort pour le simple plaisir. Les deux hommes
avaient bu. C’était un meurtre sordide, gratuit.
Ils ont laissé mon frère sur un talus, les
yeux crevés par des clés, une plaie
béante au dos, les membres disloqués, le
crâne fracassé, le visage transformé
en bouillie. Ils se sont acharnés sur lui pendant
45 minutes à poings nus et à coups de
pierre.
Ils ont écopé de 12 ans de prison,
admissibles à une libération conditionnelle
après huit ans.
La mort de mon frère défile souvent dans ma
tête. Dans ma famille, le sujet est tabou. Notre
deuil n’est pas encore fait. »
« Pendant deux ans, j’ai été boubou
macoute pour la Sécurité du revenu. Je
voyais la misère dans le quartier du faubourg
à Mélasse où Pimparé a grandi,
une misère qui collait à la peau, transmise
de génération en génération.
Et je me disais souvent: les médias font des
milliers de kilomètres pour nous montrer la
misère dans le monde. Pas besoin d’aller aussi
loin. »
«
J’ai eu un peu de difficulté à lire votre
article, car j’avais oublié cette sordide histoire.
C’est avec dégoût que je repense à la
une du Journal de Montréal qui traînait sur
la table de la cuisine.
J’étais copain avec Maurice. Pas proche, mais on se
parlait à la récréation. On
était assis côte à côte en
classe. J’avais de la difficulté à
l’école. Lui, c’était un bollé.
J’essayais d’avoir un peu de son influence positive. J’ai
toujours voulu ignorer cette histoire. Peut-être
est-ce un curieux hasard du destin qui m’a dirigé
vers votre article. Aujourd’hui, j’ai eu le courage de le
lire au complet. »
L’ancien chef de police Jacques Duchesneau se souvient
avec netteté du double meurtre. « En 1979, je
travaillais à titre d’enquêteur à la
section des homicides de la police de Montréal et
j’ai côtoyé les deux enquêteurs qui ont
interrogé Pimparé et Guérin. Ces deux
policiers m’ont dit que Pimparé avait une haine
à peine maîtrisée envers son
père, alors qu’il éprouvait un "tendre"
respect pour sa mère et sa soeur. À
l’époque, et encore aujourd’hui, je suis toujours
chamboulé par le côté sadique du
crime. Contrairement à la famille Dupont, je n’ai
pas le pardon aussi facile. Mais je m’efforce de
comprendre ce qui a pu pousser ces deux hommes à
commettre un geste aussi odieux. »
La mère de Maurice Marcil m’a écrit. Je l’ai
rencontrée en avril. Elle m’a parlé de son
fils, de la semaine infernale qui a suivi sa disparition,
du temps suspendu où elle a oscillé entre
l’espoir et la détresse, de sa douleur lorsqu’elle
a appris sa mort.
Elle m’avait confié qu’elle ne voulait pas que les
assassins de son fils sortent de prison. « Ils ont
été condamnés à
perpétuité... »
Elle m’a demandé de préciser sa
pensée. « Ce que vous avez écrit ne
correspond pas à mon état d’esprit. Aussi
longtemps que les deux criminels ne comprendront pas la
gravité de leurs actes et que les experts n’auront
pas donné l’assurance de leur
non-dangerosité, je m’opposerai à leur mise
en liberté. »
« J’ai le même âge que Maurice Marcil et
Chantal Dupont. Enfin, celui qu’ils auraient aujourd’hui
s’ils n’avaient pas été assassinés.
Je m’en souviens comme si c’était hier
Les vacances d’été commençaient.
J’étais assise au bord de la piscine, mon
père m’a tendu le journal en me disant: "Lis
ça." Je n’avais jamais réalisé
à quel point la vie pouvait être dangereuse,
je pensais que mes parents exagéraient. À 14
ans, je me croyais immortelle et invincible.
Le double meurtre a été comme une gifle.
J’étais bouleversée. Je ne l’ai jamais
oublié. Ces deux jeunes, je les porte en moi. C’est
avec eux que j ’ai perdu mon innocence. »
Pardon et religion - Michèle Ouimet
Faut-i l
être c r oyant pour pardonner ?
« No n , répond A rlène Gaudreault,
criminologue et présidente de l’Association
Plaidoyer victimes. Ceux qui pardonnent ont des valeurs
spirituelles fortes : bonté, respect,
dignité. Ils pardonnent pour ne pas rester avec
quelque chose de malsain. Le pardon, par contre, est
très rare. »
En 2003, Mme Gaudreault a réalisé 19
entrevues avec des victimes de voies de fait, d’inceste et
d’agressions. Toutes, ou presque, ont rejeté
l’idée du pardon. Les blessures sont trop
profondes, la colère trop forte, les fantasmes de
vengeance trop envahissants.
« Il ne faut pas imposer le pardon aux victimes,
prévient-elle. Et le pardon n’est pas
nécessairement une condition de guérison.
»
Le pardon est loin de faire l’unanimité.
Lorsqu’elle montre le film de Denis Boivin à ses
étudiants, ils sont choqués. « Ils
trouvent que les victimes sont naïves et qu’elles se
font avoir », dit Mme Gaudreault.
Jerzy Sredzinski aimerait tourner un documentaire sur le
pardon. Polonais d’origine, il vit en France. Il a vu le
film de Denis Boivin.
Une question le hantait depuis quelques années :
« Quelle est l’exigence la plus extrême que
l’on puisse imposer à un être humain? »
Il pensait connaître la réponse: «
Demander à une mère de pardonner au
meurtrier de son fils. »
L’idée du film faisait tranquillement son chemin
lorsque sa soeur a été assassinée. Un
meurtre sordide : un voisin l’a frappée à la
tête, puis il a mis le feu à son appartement.
« J’ai été confronté à
ma propre question », raconte-t-il. M. Sredzinski
vit en banlieue de Paris. C’est là que je l’ai
joint. Il songe au pardon, mais il veut d’abord rencontrer
le meurtrier de sa soeur, qui a été
condamné à cinq ans de prison. Il l’a
contacté par le truchement d’un organisme.
« Le pardon, c’est la chose la plus difficile
à faire, affirme M. Sredzinski. L’élan
naturel nous mène vers la punition, la vengeance.
»
Il ne pense pas qu’il faille être croyant pour
pardonner. « Je suis croyant, dit-il, mais ma
démarche n’a pas de connotation religieuse. Je
cherche des valeurs universelles, je ne veux pas
m’enfermer dans le christianisme. Ce meurtre m’a fait
beaucoup souffrir. Je dois faire un effort infini pour
arriver au pardon. »
Il tient toujours à réaliser son film.
Jerzy Sredzinski, les Dupont. Trois victimes indirectes,
deux formes de pardon. L’un basé sur la foi,
l’autre sur des valeurs universelles.
La question reste entière: le pardon est-il une
forme de manipulation de l’âme, un trip religieux ou
un geste de pure bonté?
1949, L’ATTENTAT DE SAULT-AU-COCHON - Caroline
Touzin
Un
triangle amoureux. Une bombe dans un avion. Vingt-trois
victimes. Trois pendus. C’est l’histoire d’un crime
presque parfait. Le « vrai » crime d’Ovide
Plouffe. Soixante ans plus tard, l’attentat de
Sault-au-Cochon est toujours imprimé dans la
mémoire d
« Il fallait être méchant pour faire
un plan comme ça. » Thérèse
Bergeron-Halpin, 84 ans, est toujours indignée,
60 ans plus tard. La dame âgée se souvient
de l’air ébranlé de son mari, James
Halpin, à son retour à Québec,
après avoir passé plusieurs heures en
forêt à la recherche du lieu de
l’écrasement du DC-3 de la Canadian Pacific
Airlines près de Sault-au-Cochon.
Le procès de J. Albert
Guay s’est déroulé au palais de justice
de Québec. Il sera pendu le 12 juin 1951
après avoir dénoncé ses
complices.
« Il m’a décrit à quel point
c’était macabre. Il a vu des corps, dont un
bébé. Ça l’a vraiment secoué
», raconte-t-elle. Son mari, pharmacien à
Québec, a été l’un des premiers
à se rendre sur les lieux de l’« un des
drames les plus horribles et les plus ignobles à
noircir les annales criminelles canadiennes »,
comme l’a écrit Allo-Police dans un dossier sur
« La vraie histoire du crime d’Ovide Plouffe
» publié en 1984.
Le 9 septembre 1949, un avion partant de Québec
à destination de Baie-Comeau s’est
écrasé près du village de
pêcheurs de Charlevoix. À bord, il y avait
trois grands patrons de compagnies américaines.
Les 23 passagers ont péri, dont une certaine J.
Guay.
L’ami d’enfance de M. Halpin, « Mo »
Edwards, photographe pour le Toronto Star, avait
insisté pour qu’il l’accompagne. « Quand Mo
a reçu un appel de Toronto, la nouvelle
n’était même pas rendue à
Québec », se remémore Mme
BergeronHalpin, dont le mari est récemment
décédé.
Après une marche de trois heures en montagne, le
pharmacien et le photographe sont arrivés sur la
scène de crime avant les policiers. M. Edwards a
eu le temps de prendre quelques photos. En entendant les
policiers, il a refilé les films à son
ami, qui les a cachés sous son manteau. Les
agents ont confisqué l’appareil d’Edwards, mais
n’ont pas pensé à fouiller M. Halpin.
À leur retour, Mo s’est empressé de
transmettre les photos au journal torontois, qui a
publié les premières images du drame.
23
personnes tuées
L’enquête révélera quatre jours plus
tard qu’une explosion dans le compartiment à
bagages a causé la tragédie. Deux semaines
se sont écoulées avant que la
vérité n’éclate. «
L’explication trouvée : les 23 personnes
tuées pour une femme dont son mari aurait voulu
se défaire en touchant aussi 10 000$ d’assurance
», a alors titré La Presse.
Le mari, c’est J. Albert Guay, 31 ans, décrit par
les médias de l’époque comme un «
raté » vendeur itinérant de bijoux
à Québec. La femme, c’est Rita Morel. Le
couple a une fillette de 4 ans et… une relation
orageuse.
Au procès de Guay, un ami de l’accusé,
Lucien Carreau, racontera que Guay cherchait un moyen de
tuer sa femme. Il lui avait offert 500$ pour qu’il mette
du poison dans son verre de vin. C’est que Guay
était amoureux fou d’une jeune serveuse de 17
ans, Marie-Ange Robitaille.

Le bijoutier a ainsi planifié le premier attentat
terroriste contre un avion civil en Amérique.
« La seule explosion du genre était
arrivée quelques mois auparavant, aux
Philippines. Il n’y avait pas eu de mort à ce
moment-là. Mais ce n’était pro-bablement
pas passé inaperçu pour Albert Guay »,
a raconté à l’époque le Dr JeanMarie
Roussel du Laboratoire de médecine légale et
de police technique de Montréal.
Le 24 septembre 1949, J. Albert
Guay entrait au palais de justice de Québec pour
sa comparution.
C’est le travail du Dr Roussel et de son collègue,
le jeune chimiste Robert Péclet, qui a permis
d’identifier les causes de l’explosion. « Ils ont
été très débrouillards. Mais
aussi chanceux de découvrir des traces d’explosifs.
Ça aurait pu être un meurtre parfait. Si
l’avion n’avait pas été en retard, il aurait
explosé au-dessus du Saint-Laurent où on
aurait eu peu de chances de trouver quoi que ce soit
», affirme la fille du Dr Péclet, Claire
Péclet, qui a suivi les traces de son père
en devenant à son tour scientifique au Laboratoire.
Meurtre payant
En achetant le billet d’avion de sa femme, Guay a pris une
assurance vie de 10 000 $, une somme considérable
pour l’époque. Rita devait aller chercher pour lui
des bijoux à Baie-Comeau. Il est allé la
conduire lui-même à l’aéroport, non
sans l’embrasser, avant de la quitter.
Peu de
temps avant le départ, Marguerite Ruest-Pitre,
complice de Guay, est allée porter un colis – une
statue « fragile » – dans l’avion. Mme Pitre
était surnommée « le corbeau »
par ses voisines en raison de son air bête et de
ses éternels vêtements noirs. Elle avait eu
deux maris, 14 enfants de plusieurs hommes et elle
faisait des avortements clandestins, selon Allo-Police.
À son procès, Mme Pitre a toujours
nié connaître le contenu du paquet. Selon
la poursuite, en échange de ses services, Guay
effaçait une vieille dette de 600$. C’est le
frère de Mme Pitre, Généreux Ruest,
un horloger confiné à un fauteuil roulant,
qui a fabriqué la bombe.
Guay a dénoncé ses complices un mois avant
d’être pendu, le 12 janvier 1951. À son
procès, il n’a pas témoigné pour sa
défense. Le jury a mis 17 minutes pour le
déclarer coupable. Son amante, la jeune serveuse,
n’a jamais été accusée et a ensuite
changé d’identité. Mme Pitre et son
frère ont été condamnés
à mort à leur tour. Au pied de
l’échafaud, elle a remercié les policiers
et même le juge. « Je regrette tout ce qui
s’est passé », a-t-elle lancé. C’est
la dernière femme à avoir
été exécutée au Canada.
L’auteur Roger Lemelin s’est inspiré de cette
affaire pour écrire Le crime d’Ovide Plouffe.
L’histoire a ensuite été portée au
grand écran en 1984. Rita Morel est ainsi devenue
Rita Toulouse dans le film de Denys Arcand. Mais
parfois, la réalité est encore plus
étrange que la fiction. « Chose curieuse,
la seule personne qui a pu être identifiée
d’après les photographies prises sur les lieux –
on aperçoit sa figure, sous le fuselage –,
c’était Rita Morel, l’épouse d’Albert Guay
», a raconté le Dr Roussel du Laboratoire
de médecine légale.
Pas l’unique responsable- Les cas de violence grave ne
s’expliquent pas seulement par le syndrome de la Tourette
Ça vient
me chercher comme parent, tous les cas ne sont pas si graves,
même si personne n’aura de vie facile en ayant ce
syndrome.
L’auteure réside à Montréal.
Le
syndrome de la Tourette n’explique pas tout dans les causes de
Francis Proulx et de Mark Lafleur. D’autres facteurs peuvent
avoir influencé leurs agissements.
J’aimerais vous faire part de mes commentaires au sujet de
conversations que j’ai entendues à la radio sur Guy
Lafleur et son fils Mark, à la suite du verdict de
culpabilité prononcé contre M. Lafleur.
J’ai un fils de 23 ans qui souffre du syndrome de la Tourette.
Donc, vous imaginez que je sympathise beaucoup, beaucoup avec
Guy Lafleur et sa femme. Des nuits blanches et des soucis, nous
en avons eu notre part nous aussi.
Je suis, comme vous, outrée du jugement de
culpabilité à l’endroit de M. Lafleur.
Par contre, ce que je n’aime pas entendre, ce sont les
comparaisons entre le syndrome et Francis Proulx. Oui,
apparemment, M. Proulx souffre du syndrome, mais à ce que
je sache, ce n’est pas à cause de ça qu’il a
tué.
Les gens
retiennent souvent cette impression et, comme parent membre de
l’Association québécoise du syndrome de la
Tourette, on me disait dernièrement que l’organisme
doit souvent répondre à des questions pour
tenter de démystifier tous ces dires.
Mon fils me disait: « Ça n’aidera pas l’image
qu’ont les gens de nous lorsqu’un cas grave est
médiatisé. »
On n’a pas raison de tout mettre sur le dos du syndrome de la
Tourette. À ma connaissance, dans le cas de Mark
Lafleur, la drogue a été un gros facteur, et
dans celui de Francis Proulx, il éprouve d’autres
problèmes mentaux.
On oublie les autres qui ont cette maladie, qui essaient de
fonctionner dans la société et qui travaillent
fort sur eux pour y arriver. Le quotidien n’est pas plus
facile pour autant, croyez-moi !
Chacun doit vivre son quotidien avec le syndrome et tous les
problèmes que ça comporte. D’entendre juste ces
commentaires très négatifs, vous comprendrez que
ça vient me chercher comme parent, parce que tous les
cas ne sont pas si graves, même si personne n’aura de
vie facile en ayant ce syndrome. C’est l’image que ça
donne pour tous les autres cas moins graves de violence : il y
a plusieurs facteurs qui font que ces personnes ont fait ces
gestes, pas juste le syndrome de la Tourette. Mais ça,
on oublie de le mentionner dans les commentaires qu’on entend
à la radio.
Tenter de démystifier le syndrome est majeur. Il
faudrait juste fouiller un peu plus loin avant
d’émettre des opinions ou des commentaires. C’est trop
facile sinon.
Cette p’tite vie
QUÉBEC —
Il n’a pas l’air de Hannibal Lecter. Francis Proulx, je veux
dire. Le gars qui a tué Nancy Michaud, l’an dernier,
à Rivière-Ouelle, dans le Basdu-Fleuve. Il n’a pas
l’air d’un monstre. Pourtant, ce qu’il a fait est
assurément monstrueux.
La vie
de Francis Proulx a commencé petite, avec une
mère dépressive (notre photo), qui embrigade son
fils chez les Témoins de Jéhovah. Et un
père inconnu.
Moins costaud que ce que le dessin de cour qui a circulé
peut laisser penser. Maigre, nerveux. Profil de hibou, avec ces
lunettes à la Lennon. Voix mal assurée.
Vocabulaire limité. J’ai suivi, comme tout le monde, les
comptes rendus de son procès pour meurtre. Vous le savez,
la défense admet le meurtre. Admet que Proulx, 29 ans,
est entré en pleine nuit chez une voisine, Nancy Michaud,
37 ans, mère de famille. Qu’il l’a tuée d’une
balle dans la tête. Qu’il a transporté le corps
vers unemaison abandonnée. Corps qu’il a violé.
La défense veut démontrer que Proulx, pour cause
de médication et de maladie mentale, ne peut être
tenu criminellement responsable de ses actes.
Je suis allé assister au procès de Proulx, cette
semaine, à Québec. Je l’ai vu être
interrogé par son avocat, Jean Desjardins. Et le
contreinterrogatoire de la procureure de la Couronne, Annie
Landreville, flanquée de James Rondeau.
À la barre, j’ai vu un type démuni. Il faut
être démuni en maudit pour charger un cadavre dans
sa voiture, le violer et oublier que, ce faisant, on laisse un
véritable buffet d’empreintes génétiques
incriminantes pour les enquêteurs de la police...
Mais Francis Proulx est également assez vif d’esprit.
Assez pour narguer, avec des répliques baveuses, Me
Landreville. Mercredi, la procureure talonnait le meurtrier,
à propos d’une entrée par effraction dans une
maison. Où Proulx dit avoir parlé deux heures au
hamster de la maisonnée, dans la pénombre.
« J’aime mieux parler à un hamster qu’à une
avocate », a-t-il dit à l’avocate qui
s’étonnait qu’on puisse parler si longtemps à un
rongeur domestiqué.
Il y a un truc qui me frappe, chez Proulx. C’est cette vie.
Tout, dans cette vie, était petit. La p’tite vie, la
vraie, c’est lui qui la vivait.
Une vie qui a commencé petite. Mère
dépressive, qui embrigade son fils chez les
Témoins de Jéhovah. Père inconnu.
L’école, ensuite, où il était
ridiculisé à cause de ses tics.
Sa vie, jusqu’à ce soir de mai 2008, quand il est
entré chez Nancy Michaud, qui dormait, seule dans son
lit?
Du poker sur le web. Des voyages à la « cour
à scrap », où il allait chercher des radios
d’auto. Il faisait une collection de radios d’auto. Du XXX sur
le web.
De la loto. Un fou de loto, Proulx. Jusqu’à 100$ par
semaine en gratteux. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est
acheté avec les 1000$ dérobés dans le
compte de Nancy Michaud, le soir du meurtre: 20$ de gratteux,
à 4h du matin, dans un dépanneur.
Ce qu’il
faisait avec les billets grattés? Une collection.
Sa vie, sinon? Pas grand-chose. Petit cercle d’amis. En cour, il
en a nommé quatre. Définition d’un ami? «
Quelqu’un à qui tu parles de temps en temps. À qui
on envoie la main quand on les voit. »
Les filles? Pas de filles. Zéro. Un semblant de blonde,
au secondaire. Sinon, c’est avec le corps de Nancy Michaud qu’il
a perdu sa virginité. À 28 ans.
Même un ancien voisin de Proulx, René Nadeau,
était petit. Pas physiquement, je veux dire. Mais
René Nadeau était petit au point de vendre un
revolver à Proulx, l’idiot du village, allant même
jusqu’à lui dire comment se fabriquer un silencieux.
C’est ce gun qui a tué Nancy Michaud.
Proulx a grandi chez sa grandmère, quasi voisine de la
victime. Dans la maison: la grand-mère, un oncle et
Proulx. La dynamique? Eh bien, imaginez une armoire. Qui se
verrouille à clé. Pourquoi? Proulx: « Ma
grand-mère mettait son Coke, son Seven-Up, ses chips
là-dedans parce que mon oncle Gilles se servait, sinon.
»
Du Coke. Du Seven-Up. Des chips. Sous clé.
Ah, le Coke. Un jour, Proulx vole dans un chalet. Et il prend la
peine de voler quoi?
Du Coke. La p’tite vie? Après son aveu aux flics de la
SQ, Proulx est retourné en cellule, avec un faux
détenu, vrai agent double de la GRC qui l’enregistrait
à son insu. À la perspective de passer sa propre
vie sous clé, il a dit: « C’est-tu vrai que dans
les prisons fédérales, ils mangent du steak pis
des fruits de mer? Pis qu’ils peuvent te servir deux fois? Avoir
su, j’aurais fait mon meurtre avant... »
Proulx est de ces hommes qui vivent dans une prison invisible,
la prison de leur petit désert sans curiosité,
sans culture, sans références. Et hors cet enclos
aride et rabougri, tout est gros, tout est menaçant, tout
est une offense personnelle.
Tiens, à l’agent double, Proulx a raconté avoir
tué Nancy Michaud parce qu’elle faisait « une belle
vie », avec son salaire d’attachée politique. Si
elle avait été pauvre, il ne l’aurait pas
tuée, a-t-il dit à son (faux) codétenu.
Riche, la victime? Le salaire, pour des jobs d’adjointe de
ministre comme celui de Mme Michaud, c’est 45 000$, environ. On
est loin, très loin de Céline Dion... Une,
très, très p’tite vie. C’est peut-être
pourquoi je n’ai pas été surpris quand Proulx a
expliqué pourquoi il a pris le corps de Mme Michaud d’une
certaine façon, et pas d’une autre, sur le lit de cette
maison abandonnée, quelques heures après le
meurtre. C’est ce qu’il a dit au jury. Je n’invente pas
ça. Il a dit : « J’ai une petite queue. »
Le silence coupable - MICHÈLE OUIMET
« Je lui
ai dit: "Tu m’as fait du mal." Il a baissé les yeux.
"Tu m’as forcée." Il m’a répondu qu’il ne s’en
souvenait pas. Il souffrait beaucoup. Son cancer. Il m’a
avoué qu’il avait fait du mal à d’autres femmes.
»
Sur la photo en noir et blanc, on discerne nettement les sept
soeurs. Debout côte à côte dans leur robe
légère, elles regardent fixement l’objectif. En
arrière-plan, la ferme familiale.
Combien ont été agressées par leur
frère aîné? Lucie l’ignore. Deux, trois
peut-être. Elle soupire et replace la photo dans
l’album.
La première fois que son frère l’a
touchée, elle avait 8 ans. C’était
l’été, il faisait chaud. Elle était
dehors, étendue sur une couverture. Son frère
s’est approché doucement, puis il s’est couché
sur elle. « Ça me chatouillait entre les jambes
», raconte Lucie.
Elle ne comprenait pas ce qui se passait, mais elle sentait
que quelque chose clochait.
« Pendant des années, je me suis laissé
faire, ajoute-t-elle. Il se collait. J’étais tellement
jeune. Je ne disais rien. »
Il n’a jamais été violent, il ne l’a jamais
pénétrée, mais il revenait sans cesse, la
collait, la caressait. Sauf une fois. Elle avait 14 ans, lui
20. Elle lisait près de la fenêtre. Son
frère est entré dans la chambre.
« Ma mère était en bas, dans la cuisine.
Il m’a couchée sur le lit, puis il m’a prise de force.
Je me suis débattue, mais je n’ai pas osé crier.
Ça s’est passé vite. J’étais très
fâchée. »
Il ne l’a plus jamais touchée. Il y a eu un froid entre
eux jusqu’au jour où elle a pris son courage à
deux mains et a osé l’affronter. C’était au
milieu des années 90, quelques mois avant la mort de
son frère. Elle avait 40 ans.
Elle était en visite chez lui. Aux premières
lueurs de l’aube, ils se sont retrouvés dans la cuisine
pendant que les autres dormaient.
« Je lui ai dit: "Tu m’as fait du mal." Il a
baissé les yeux. "Tu m’as forcée." Il m’a
répondu qu’il ne s’en souvenait pas. Il souffrait
beaucoup. Son cancer. Il m’a avoué qu’il avait fait du
mal à d’autres femmes. À la sienne aussi. Il l’a
battue. Il s’en voulait énormément. »
Aujourd’hui, Lucie a 55 ans. Elle a longtemps
traîné son passé incestueux. « J’ai
gardé cette boule à l’intérieur de moi.
Quand je faisais l’amour avec un homme, je pensais à
mon frère. »
Elle a fait
une dépression, elle a vu des psychologues. « Ils
m’ont dit que la meilleure façon de s’en sortir,
c’était de parler. Alors je parle. »
Son père était agriculteur. Ils vivaient
pauvrement dans un village en France. « On avait des
trous dans nos souliers », rappelle Lucie.
Une enfance difficile. Une mère froide et distante qui
élevait ses enfants à coups de claques. Un
père dur, autoritaire. Des parents très
religieux. Ils étaient neuf enfants, Lucie était
au milieu. Les sept filles dormaient dans une chambre, les
deux garçons dans une autre.
Elle a émigré au Québec au milieu des
années 70. Le besoin de mettre un océan entre
elle et sa famille. Elle a jeté son ancre sur la
Rive-Sud, dans une petite maison située au milieu d’une
rue paisible.
Elle étale ses albums de photos sur la table de la
cuisine et tourne lentement les pages. Elle parle avec un
accent français mâtiné de
québécois.
« Ici, c’est mon frère », dit-elle en
pointant la photo d’un grand maigre. Bel homme, cheveux noirs
en bataille.
« Là, c’est ma mère. » Une femme
courte, cheveux blancs, pommettes rougeaudes. Le physique
d’une femme qui a travaillé dur toute sa vie. Elle vit
toujours dans son village en France.
Lucie n’en veut pas à son frère. « Je
l’aimais beaucoup », dit-elle. Par contre, elle est en
colère contre sa mère. Une immense
colère. Elle savait que son fils touchait ses filles.
Elle n’a rien dit. Jamais. Lucie l’a appris peu de temps
après la mort de son père au début des
années 2000.
La vérité est sortie lors d’une conversation
téléphonique, Lucie au Québec, sa
mère en France. Lucie avait 50 ans, sa mère 80.
« Ma mère m’a demandé pourquoi
j’étais partie si loin, au Canada, raconte Lucie. Je
lui ai dit : "Mon frère m’a fait mal." Elle m’a
demandé: "Qu’est-ce qu’il t’a fait?" Elle insistait. Je
lui ai répondu: "Ce qu’un homme fait à une
femme." Elle m’a dit: "Je le savais, je t’ai vue,
collée sur ton frère, dans mon lit." Je lui ai
crié: "Pourquoi tu nous as pas chicanés? Tu te
gênais pas pour nous donner des claques pour une
vaisselle mal faite!" Elle m’a lancé: "C’était
pas de mes affaires!" »
Elle en veut terriblement à sa mère. Pas
question de pardonner, encore moins d’oublier. « Elle
peut mourir, ça ne me dérangerait pas »,
crache Lucie.
Elle jure qu’elle est heureuse avec son mari et ses enfants,
mais les souvenirs sont là, tenaces. Ils lui collent
à la peau. Elle n’arrive pas à oublier les
assauts de son frère et le silence de sa mère.
Surtout le silence. Ils empoisonnent sa vie. Elle croit qu’en
parlant, elle réussira à évacuer la
colère qui l’étouffe.